diff options
| author | Roger Frank <rfrank@pglaf.org> | 2025-10-15 04:39:23 -0700 |
|---|---|---|
| committer | Roger Frank <rfrank@pglaf.org> | 2025-10-15 04:39:23 -0700 |
| commit | 69d3a0277be696469dcc2f845e4762b1418ca8fc (patch) | |
| tree | 7c9cdd9b554d4113ffdaa8a8fb2b2245a804d4f8 | |
| -rw-r--r-- | .gitattributes | 3 | ||||
| -rw-r--r-- | 12246-0.txt | 12048 | ||||
| -rw-r--r-- | 12246-h/12246-h.htm | 12738 | ||||
| -rw-r--r-- | LICENSE.txt | 11 | ||||
| -rw-r--r-- | README.md | 2 | ||||
| -rw-r--r-- | old/12246-8.txt | 12476 | ||||
| -rw-r--r-- | old/12246-8.zip | bin | 0 -> 148041 bytes | |||
| -rw-r--r-- | old/12246-h.zip | bin | 0 -> 166522 bytes | |||
| -rw-r--r-- | old/12246-h/12246-h.htm | 13178 | ||||
| -rw-r--r-- | old/12246.txt | 12476 | ||||
| -rw-r--r-- | old/12246.zip | bin | 0 -> 146027 bytes |
11 files changed, 62932 insertions, 0 deletions
diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes new file mode 100644 index 0000000..6833f05 --- /dev/null +++ b/.gitattributes @@ -0,0 +1,3 @@ +* text=auto +*.txt text +*.md text diff --git a/12246-0.txt b/12246-0.txt new file mode 100644 index 0000000..2b6b573 --- /dev/null +++ b/12246-0.txt @@ -0,0 +1,12048 @@ +*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 12246 *** + +OEUVRES COMPLÈTES + +DE + +FRANÇOIS VILLON + + + + + +SUIVIES D'UN CHOIX DES POÉSIES DE SES DISCIPLES +ÉDITION PRÉPARÉE PAR LA MONNOYE + +MISE A JOUR, AVEC NOTES ET GLOSSAIRE +PAR M. PIERRE JANNET + +[NOTE DU TRANSCRIPTEUR: Les numéros de pages du document +original ont été conservés pour faciliter l'identification +des nombreuses références qu'on trouve dans les Notes et le +Glossaire-Index, à la fin du texte.] + + + +PRÉFACE [P. V] + + +On ne sait guère de la vie de François Villon que ce qu'il en +dit lui-même, et l'on en sait trop. J'aurais voulu me dispenser +de décrire, après tant d'autres[1], cette existence peu +édifiante, mais je n'ai pas cru pouvoir le faire. Le sujet des +poésies de Villon, c'est Villon lui-même, et sa biographie est +la clef de ses oeuvres. + +[Footnote 1: Voir notamment la _Vie de François Villon_, par +Guillaume Colletet, en tête des oeuvres de Villon, édition +de M.P.L. Jacob, bibliophile (M. Paul Lacroix), Paris, 1854, +in-16;--le _Mémoire_ de M. Prompsault, en tête de son édition +de Villon, Paris, 1832, in-8;--_François Villon, Versuch einer +kritischen Darstellung seines Lebens nach seinen Gedichten_, von +Dr. S. Nagel. _Mulheim an der Ruhr_, 1856, in-4, le travail le +plus complet et le plus judicieux qu'on eût fait jusqu'alors sur +ce sujet, et la base de ceux qu'on a faits depuis;--_François +Villon, sa vie et ses oeuvres_, par Antoine Campeaux, _Paris, +Durand_, 1859, in-8, et la notice de M. Anatole de Montaiglon, +excellente pour le fond comme pour la forme, dans _les Poètes +Français_, recueil publié sous la direction de M. Eugène Crépet, +Paris, 1861-62, 4 vol. gr. in-8, t. I, p. 447-455.] + +François Villon naquit à Paris en 1431. Sur la foi d'une pièce +que Fauchet, dans son traité _de l'Origine des chevaliers_, +imprimé en 1599, dit avoir trouvée dans un manuscrit de sa +bibliothèque [2], on [ p. VI] a mis en doute le lieu de la +naissance et jusqu'au nom du poète. On s'est livré à des +conjectures ingénieuses pour concilier les renseignements +fournis par lui-même avec les indications de Fauchet, pour +expliquer comment il pouvait s'appeler à la fois Corbueil et +Villon, être à la fois natif d'Auvers et de Paris. Pour moi, je +crois, avec le P. Du Cerceau, Daunou et beaucoup d'autres, +qu'on ne doit tenir aucun compte de ce huitain, amplification +maladroite de l'épitaphe en quatre vers [3]. Ce n'est pas sur +une pareille autorité qu'on peut substituer le nom de _Corbueil_ +à celui de _Villon_, que notre poète se donne lui-même en vingt +endroits de ses oeuvres [4]. + +[Footnote 2: Voici cette pièce, que j'ai cru devoir rejeter des +oeuvres de Villon: + +_Je suis Françoys, dont ce me poise, Nommé Corbueil en mon +surnom, Natif d'Auvers emprès Pontoise, Et du commun nommé +Villon. Or, d'une corde d'une toise Sauroit mon col que mon cul +poise, Se ne fut un joli appel. Le jeu ne me sembloit point +bel._ + +L'auteur de ce huitain n'a pas compris l'intention comique de ce +vers de Villon: + +_Né de Paris emprès Pontoise;_ + +C'est pourquoi il le fait gravement naître à Auvers, qui est +en effet près de Pontoise. Mais une preuve certaine de la +composition tardive de cette pièce, c'est qu'on ne trouverait +probablement pas dans la seconde moitié du XVe siècle, et +certainement pas dans les oeuvres de Villon, un huitain dont +les rimes soient distribuées comme dans celui-là. Dans tous les +huitains de Villon, sans exception, le premier vers rime avec +le troisième, le second avec le quatrième, le cinquième et le +septième, et le sixième avec le huitième. Les faussaires ne +pensent jamais à tout.] + +[Footnote 3: Voy. p. 101.] + +[Footnote 4: Voy. le _Glossaire-Index_, au mot VILLON.] + +Les parents de Villon étaient pauvres[5]. Sa mère était [P. VII] +illettrée[6]; son père était vraisemblablement un homme de +métier, et peut-être, ainsi que l'a conjecturé M. Campeaux, un +ouvrier en cuir, un _cordouennier_[7]. + +[Footnote 5: V. p. 31, huitain XXXV.] + +[Footnote 6: «Oncques lettre ne leuz.» P. 55, v. 22.] + +[Footnote 7: Voyez _Notes_, p. 224.] + +Poussé par le désir de s'élever au-dessus de la triste condition +de ses parents, ou plutôt par ce besoin de savoir qui tourmente +les natures comme la sienne, Villon étudia. Il connut les +misères de l'état d'écolier pauvre. On n'a pas de renseignements +certains sur le genre d'études auquel il se livra ni sur les +progrès qu'il y fit. M. Nagel suppose qu'il obtint le grade de +maître ès arts, et se fonde surtout sur le legs qu'il fait plus +tard, de sa «nomination qu'il a de l'Université» (p. 15). Mais +ce legs pourrait bien n'être qu'une plaisanterie, comme tant +d'autres. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'obtint pas +le grade de maître en théologie, but suprême des études du +temps[8]. + +[Footnote 8: Voy. _Grand Testament_, huitains XXXVII (p. 32) et +LXXII (p. 52.)] + +En ce temps-là, comme plus tard, les étudiants étaient exposés +à bien des tentations. Villon n'y sut pas résister. En contact +avec des jeunes gens sans préjugés d'aucune sorte et dépourvus +d'argent comme lui, il adopta leurs moeurs et façons de vivre. +Bientôt il devint leur chef et leur providence[9]. Les _Repues +franches_, singulier monument élevé à sa gloire par quelqu'un +de ses disciples, nous font connaître par quelles combinaisons +ingénieuses lui et ses compagnons se procuraient les moyens de +mener joyeuse vie. Leurs friponneries étaient tout à [P. VIII] +fait dans les moeurs du temps, et ne dépassaient sans doute pas +les proportions de ce qu'on serait volontiers tenté d'appeler +_des bons tours_; mais ils étaient sur une pente glissante, et +la justice n'entendait pas raillerie. + +[Footnote 9: _C'estoit la mère nourricière De ceux qui n'avoient +point d'argent; A tromper devant et derrière Estoit un homme +diligent._ (P. 190.)] + +Rien ne prouve cependant que Villon ait eu maille à partir avec +elle à cause de ses entreprises sur le bien d'autrui. On a parlé +de ses deux procès: il en eut au moins trois, bien constatés par +ses oeuvres, et le premier, qu'on n'avait pas fait ressortir +jusqu'à présent, est le seul dont le sujet soit indiqué d'une +manière certaine. C'est la suite d'une affaire d'amour. + +Avant de tomber dans ces relations honteuses avec des femmes +perdues dont la _Ballade de la Grosse Margot_[10] nous donne +l'ignoble tableau, Villon fut amoureux. Il connut l'amour vrai, +l'amour naïf et timide[11]. Quel fut l'objet de cette passion, +c'est ce qu'il n'est pas facile de dire. Il l'appelle de divers +noms, Denise, Roze, Katherine de Vauzelles. Que ce fût une +femme de moeurs faciles, une gentille bourgeoise ou une noble +damoiselle, il paraît certain que c'était une coquette. Elle +l'écouta d'abord, l'encouragea[12] et finit par le rebuter. Il +s'en plaignit sans doute à ses compagnons, que les femmes qu'ils +fréquentaient n'avaient pas habitués à de pareilles rigueurs, et +qui se moquèrent de lui[13]. Villon s'emporta contre sa belle, +lui fit des avanies, lui dit des injures, composa [P. IX] +peut-être contre elle quelque ballade piquante, quelque rondeau +bien méchant. Or, bien que religieux au fond, il frondait +volontiers les choses sacrées[14]. La belle dame se plaignit; la +juridiction ecclésiastique s'en mêla[15], et Villon fut bel et +bien condamné au fouet[16]. + +[Footnote 10: Page 83.] + +[Footnote 11: Le doux souvenir de cette passion se montre en +maints endroits des oeuvres de Villon, mêlé à ses regrets et aux +reproches qu'il adresse à sa maîtresse avide et cruelle. Voy. +les huitains III, IV, V et X du _Petit Testament_, LV à LIX du +_Grand Testament_, la ballade de la page 57, le rondeau p. 59, +etc.] + +[Footnote 12: _Quoy que je luy voulsisse dire, Elle estoit +preste d'escouter, etc._ (P. 47.)] + +[Footnote 13: _... qui partout m'appelle L'amant remys et +renié_. (P. 48.)] + +[Footnote 14: Voir notamment les huitains CVI à CX du _Grand +Testament_.] + +[Footnote 15: _Quant chicanner me feit Denise, Disant que je +l'avoye mauldite_. P. 69.] + +[Footnote 16: La sentence fut exécutée. La _Double ballade_ de +la page 45 ne laisse aucun doute à cet égard: _J'en fus batu, +comme à ru telles, Tout nud..._ (P. 46, v. 24-25.)] + +C'est à la suite de cette sentence que Villon, décidé à quitter +Paris, composa les _Lays_ ou legs auxquels on a donné depuis le +titre de _Petit Testament_. + +Dans le huitain VI, page 9, il annonce qu'il s'en va à Angers. +Il est probable qu'il ne fit pas ce voyage. Ses habitudes, ses +relations, sa misère, le retinrent à Paris ou aux environs. +C'était en 1456. Flétri par le châtiment qu'il avait subi, aigri +par l'infortune, il ne connut plus de bornes. L'année qui suivit +sa condamnation fut assurément l'époque la plus honteuse de +sa vie. En 1457, il était dans les prisons du Châtelet, et +le Parlement, après lui avoir fait appliquer la question de +l'eau[17], le condamnait à mort. On ignore le motif de cette +condamnation; on a supposé qu'il s'agissait d'un crime commis à +Rueil par lui et plusieurs de ses compagnons, dont quelques-uns +furent pendus[18]. Cette supposition paraît fondée. Quant au +crime commis, il n'était peut-être pas d'une extrême [P. X] +gravité. Les lois étaient sévères, et les compagnons de Villon +devaient avoir, comme lui, des antécédents fâcheux. + +[Footnote 17: C'est ce qu'indiquent clairement ces deux vers de +la page 104: _On ne m'eust, parmi ce drapel, Faict boyre à celle +escorcherie_.] + +[Footnote 18: Voy. la _Belle leçon aux enfans perduz_, p. 86, et +le _Jargon_, p. 125.] + +Quoi qu'il en soit, Villon ne partagea pas leur sort. Il est +vrai qu'il ne négligea rien pour se tirer d'affaire: il appela +de la sentence, ce qui lui valut quelque répit; puis, du +moins ceci paraît certain, à l'occasion de la naissance d'une +princesse qu'il appelle Marie, il implora la protection du +père de cette princesse. Cette démarche lui réussit: le prince +intercéda pour lui, et le Parlement commua sa peine en celle du +bannissement. Villon se montra pénétré de reconnaissance. Il +adressa une requête au Parlement, pour lui rendre grâces autant +que pour lui demander un délai de trois jours pour quitter +Paris, et il composa pour la princesse qui venait de naître +des vers pleins de sentiment. M. Prompsault a cru que cette +princesse était Marie de Bourgogne, fille de Charles le +Téméraire, née le 13 février 1457; mais c'était une erreur. M. +Auguste Vitu, qui prépare depuis nombre d'années une édition de +Villon, a reconnu qu'il s'agissait de Marie d'Orléans, fille du +poète Charles d'Orléans, née le 19 décembre 1457, et M. Campeaux +a clairement démontré que cette opinion était fondée. + +A partir du moment où Villon quitte Paris, en exécution de +l'arrêt du Parlement, nous perdons sa trace jusqu'en 1461. +A cette époque nous le trouvons dans les prisons de +Meung-sur-Loire, où le détient Thibault d'Aussigny, évêque +d'Orléans. Quel nouveau méfait lui reprochait-on? Ceux qui +supposent qu'il avait fabriqué de la fausse monnaie n'ont pas +pris garde que la punition de ce crime était exclusivement du +ressort des juges séculiers. Dans le _Débat du coeur et du +corps de Villon_, composé dans sa prison, le poète attribue sa +détention à sa _folle plaisance_. + +Ce qu'on lui reprochait, c'était peut-être quelque [P. XI] +propos ou quelque écrit peu orthodoxe, quelque _plaisanterie_ +sentant le sacrilège, quelque aventure galante par trop +scandaleuse, toutes choses dont il était bien capable et dont la +répression regardait la justice ecclésiastique. Il y a lieu de +croire que le délit n'était pas en rapport avec la punition, car +Villon, qui n'a jamais protesté contre sa condamnation au fouet, +qui se contente d'indiquer vaguement que le Parlement l'avait +jugé _par fausserie_, fit preuve de la plus violente rancune +contre Thibault d'Aussigny. Il paraît même certain que cette +mauvaise affaire ne lui fit pas perdre la faveur de ses +protecteurs, Charles d'Orléans et le duc de Bourbon. + +Quoi qu'il en soit, Villon languit longtemps dans la prison de +Meung, plongé dans un cul de basse-fosse, nourri au pain et à +l'eau. Rien n'indique qu'une sentence quelconque ait été rendue +contre lui mais le traitement qu'on lui faisait subir devait le +conduire lentement à une mort certaine. Heureusement Louis +XI, qui venait de succéder à Charles VII, alla à Meung dans +l'automne de 1461, et Villon lui dut sa délivrance. Fut-ce, +ainsi que le dit M. Campeaux, par suite «du don de joyeux +avènement qui remettait leur peine à tous les prisonniers d'une +ville où le roi entrait après son sacre?» Je serais plutôt +porté à croire, malgré l'absence de preuves, que Villon fut +personnellement l'objet d'une mesure de clémence de la part du +roi; la façon dont il en témoigne sa reconnaissance me paraît +justifier cette supposition [19]. + +[Footnote 19: On a dit récemment que le roi qui délivra Villon +était Charles VII. Je ne puis adopter cette opinion. Sans +examiner ici la valeur du document sur lequel elle est basée, +je me bornerai à faire remarquer que Charles VII mourut +à Mehun-sur-Yèvre, près de Bourges, le 22 juillet 1461, +précisément au moment où Villon était dans la prison de +Meung-sur-Loire, près d'Orléans, où il passa _tout un été_ (p. +21, v. 14), c'est-à-dire tout l'été de la même année 1461.] + +En sortant des prisons de Meung, Villon composa, du moins +en partie, le _Grand Testament_, dans lequel sont [P. XII] +intercalées des pièces qui se rapportent à diverses époques de +sa vie, et dont quelques-unes ont dû être composées beaucoup +plus tard. + +Il est probable, en effet, que Villon vécut encore longtemps; +mais on ne sait rien de précis à cet égard. Les conjectures sur +lesquelles on se fonde pour placer la date de sa mort entre 1480 +et 1489 ne sont, en définitive, que des conjectures. Quant +aux voyages qu'on lui fait faire à Saint-Omer, Lille, Douai, +Salins, Angers, Saint-Genoux, et jusque dans le Roussillon, +rien ne prouve qu'ils ont eu lieu. Villon nomme ces localités +dans ses oeuvres, il est vrai, mais nulle part il ne dit +qu'il les a visitées. Son voyage à Bruxelles, son séjour en +Angleterre, avec la réponse hardie qu'il aurait faite au roi +Edouard V, ne me semblent pas beaucoup plus certains, malgré mon +respect pour celui qui s'en est fait l'historien [20]. Ce qui +me semble hors de doute, c'est sa retraite dans le centre de +la France, où semblait l'attirer quelque chose qui nous est +inconnu, peut-être quelque relation de famille. Dans le _Petit +Testament_, il annonce qu'il va à Angers [21]; il en revenait +peut-être lorsqu'il fut arrêté à Meung. Dans le _Grand Testament_, +il dit qu'il «parle un peu poictevin [22].» La _Ballade Villon_ +(p. 109) et la _Double ballade_ (p. 107) prouvent qu'il séjourna +quelque temps à Blois, à la cour de Charles d'Orléans, et le vers +de la page 111: [P. XIII] + +_Que fais-je plus? Quoi? Les gaiges ravoir._ + +autorise à penser qu'il avait obtenu auprès du prince une de ces +charges qu'on donnait aux poètes de cour. Ainsi, par le _Dit de +la naissance Marie_, Villon n'avait pas seulement échappé au +dernier supplice; il s'était de plus acquis la faveur de Charles +d'Orléans, et il sut la conserver, du moins pendant quelque +temps, et peut-être jusqu'à la mort du duc, arrivée en 1465. + +[Footnote 20: Rabelais, livre IV, chap. LXVII. M. Nagel a relevé +deux erreurs dans ce passage de Rabelais. Villon n'aurait pu se +trouver à la cour d'Edouard V, qui ne monta sur le trône qu'en +1483, et le médecin Thomas Linacre, né vers 1460, ne fut célèbre +que sous les règnes de Henri VII et de Henri VIII.] + +[Footnote 21: Page 9.--Le Franc archer de Bagnolet dit, p. 157, +v. 12: «Ma mère fut née d'Anjou;» mais cela ne prouverait rien, +même quand il serait démontré que ce monologue est de Villon.] + +[Footnote 22: Page 62.] + +Il eut un autre protecteur en la personne du duc de Bourbon, qui +lui faisait de «gracieux prêts [23].» + +Enfin, Rabelais, livre IV, chapitre XIII, nous apprend que +«maistre François Villon, sus ses vieux jours, se retira à +Saint-Maixent en Poictou, sous la faveur d'un homme de bien, +abbé dudit lieu. Là, pour donner passe-temps au peuple, +entreprit faire jouer la Passion en gestes et langage poictevin +[24].» Ce témoignage n'est pas irrécusable; mais pourquoi +ne pas l'accepter? Après une vie aussi agitée, on aime à se +représenter le pauvre poète enfin tranquille, à l'abri du +besoin, s'occupant, pour son plaisir, de jeux dramatiques, +auxquels il avait dû probablement, dans d'autres temps, demander +son pain [25]. + +[Footnote 23: P. 115, v. 6.] + +[Footnote 24: _oeuvres de Rabelais_, édition Burgaud des Marets +et Ratnery, t. II, p. 92. On voit ensuite un tour joué au +sacristain des cordeliers, Estienne Tapecoue, qui sent bien +son Villon, mais dont le dénoûment cruel a pu être inventé par +Rabelais, qui n'aimait pas les moines.] + +[Footnote 25: On croit que Villon donna des représentations +dramatiques à Paris et ailleurs, et c'est comme directeur de +troupe qu'on lui fait parcourir une partie de la France et des +Pays-Bas.] + +En pénétrant dans les mystères de cette existence misérable, on +est frappé de deux choses: D'abord, on remarque qu'elle n'exerça +pas sur le coeur de Villon toute l'action corruptrice qu'il y +avait lieu de redouter. Au milieu de son abjection, [P. XIV] +Villon conserve des sentiments élevés. Il est plein d'amour et +de respect pour sa mère [26], de reconnaissance pour quiconque +l'a secouru [27], de vénération pour ceux qui ont fait de +grandes choses; il aime son pays, chose d'autant plus honorable +qu'elle était rare en ce temps-là [28]; il regrette les erreurs +de sa jeunesse, et le temps qu'il a si mal employé [29]; voilà +qui doit lui faire pardonner bien des choses. + +[Footnote 26: Voy. p. 32, huit. XXXVIII; p. 54, huit. LXXIX; p. +55, Ballade.] + +[Footnote 27: Guillaume Villon, p. 9, 53; Jean Cotard, p. 22, +58; Louis XI, p. 23, 24; le Parlement, P. 103; Marie d'Orléans, +p. 105, 107; le duc de Bourbon, p. 114.] + +[Footnote 28: Ces deux vers de la page 34: + +_Et Jehanne, la bonne Lorraine, + Qu'Anglois brulèrent à Rouen_, + +lui font d'autant plus d'honneur qu'à l'époque où il les écrivit +des gens éclairés regardaient Jeanne d'Arc comme sorcière, et +les Anglais avaient en France de nombreux partisans.] + +[Footnote 29: _Grand Testament_, huitain XXVI et suiv.] + +Puis, quelle influence n'eut-elle pas sur le talent du poète +[30]! Formé, comme on dit aujourd'hui, à l'école du malheur, il +vit les choses sous leur vrai jour, et il entra dans une voie +tout à fait nouvelle. Il rompit en visière à l'Allégorie, qui +régnait alors en souveraine, à toutes les afféteries de la +poésie rhétoricienne cultivée par les beaux esprits du temps. +Il fut le premier poète _réaliste_. Que l'on compare avec ses +autres oeuvres les quelques pièces qu'il a composées selon la +poétique de ses contemporains, la _Ballade Villon_ (p. 109), la +_Requeste au Parlement_ (p. 103), et d'autres, et l'on ne sera +point tenté de «regretter, avec Clément Marot, qu'il n'ait [P. XV] +pas été «nourry en la court des rois et princes, où les jugemens +s'amendent et les langaiges se pollissent,» car il y eût +certainement plus perdu que gagné. + +[Footnote 30: _Travail mes lubres sentemens, Esguisez comme +une pelote, M'ouvrist plus que tous les Commens D'Averroys sur +Aristote._ (P. 25.)] + +M. A. de Montaiglon a parfaitement caractérisé le rôle de Villon +dans la poésie française. Je ne puis mieux faire que de lui +emprunter ces quelques lignes: + +«... Au moment où parut Villon, la littérature française en +était précisément à cette période de transformation; de la +poésie générale elle passait à la poésie personnelle; ses +contemporains, subissant à leur insu cette phase littéraire, +s'essayaient à l'individualité avec plus d'effort que de +bonheur; Villon l'atteignit du premier coup. Sa force est là, +et sa valeur s'augmente de l'intérêt que, sous ce rapport, +offraient ses oeuvres. Elle est tellement saisissante qu'elle a +été reconnue de tous, et le succès qui l'accueillit ne s'arrêta +pas. François Ier lui fit l'honneur d«faire faire une édition de +ses poésies par Clément Marot, qui le combla de ses louanges. +Un peu plus tard, il est vrai, l'école de Ronsard protesta. +Pasquier condamne Villon, et Du Verdier s'émerveille que Marot +ait osé «louer un si _goffe_ ouvrier et faire cas de ce qui ne +vaut rien.» Cela marque moins un manque de goût que la force +partiale du préjugé; la Pléiade, qui est en réalité aussi +aristocratique que savante, ne pouvait admirer Villon sans +se condamner elle-même; mais, ce moment passé, le charme +recommence: Regnier est un disciple de Villon; Patru le loue; +Boileau a senti quel était son rang; La Fontaine l'admire; +Voltaire l'imite; les érudits littéraires du XVIIe et du XVIIIe +siècle, Colletet, le P. Du Cerceau, l'abbé Massieu, l'abbé +Goujet, parlent de lui comme il convient, en même temps que +Coustelier et Formey le réimpriment, que La Monnoye l'annote, et +que Lenglet-Dufresnoy prépare une nouvelle édition. De [P. XVI] +nos jours, une justice encore plus éclatante lui a été rendue. +L'édition de Prompsault, à laquelle M. Lacroix est venu ajouter, +pourrait être acceptée comme définitive, au moins quant au +texte, si M. Vitu n'en promettait une, qui, en profitant des +précédentes, donnera sans doute le dernier mot. Tous ceux qui +ont parlé incidemment de Villon, MM. Sainte-Beuve, Saint-Marc +Girardin, Chasles, Nisard, Geruzez, Demogeot, Génin, et d'autres +encore, l'ont bien caractérisé. En même temps qu'eux, M. Daunou +a écrit sur notre poète une longue étude, insérée dans le +_Journal des Savants_, et M. Théophile Gautier, dans l'ancienne +_Revue française_, des pages vives, aussi justes que pleines de +verve, qui ont été recueillies dans ses _Grotesques_. Enfin, en +1850 M. Profillet, et en 1856 un professeur allemand, M. Nagel, +ont pris Villon pour sujet d'un travail spécial; l'année +dernière (1859), M. Campeaux lui a consacré un excellent +travail, auquel, pour être meilleur, il ne manque peut-être +qu'une plus ancienne et plus familière connaissance des +alentours. Tous sont, avec raison, unanimes à reconnaître +l'originalité, la valeur aisée et puissante, la force et +_l'humanité_ de la poésie de Villon. Pour eux tous, et ce +jugement est aujourd'hui sans appel, Villon n'est pas seulement +le poète supérieur du XVe siècle, mais il est aussi le premier +poète, dans le vrai sens du mot, qu'ait eu la France moderne, et +il s'est écoulé un long temps avant que d'autres fussent dignes +d'être mis à côté de lui. L'appréciation est maintenant juste et +complète; d'autres viendront qui le loueront avec plus ou moins +d'éclat et de talent, qui le jugeront avec une critique plus +ou moins solide ou brillante; mais désormais les traits de la +figure de Villon sont arrêtés de façon à ne plus changer, et +ceux qui entreprendront d'y revenir ne pourront rester dans +la vérité qu'à la condition de s'en tenir aux mêmes [P. XVII] +contours.» + +Plus loin, M. A. de Montaiglon, passant légèrement sur le _Petit +Testament_, «qui n'est que spirituel, » et sur quelques pièces +qu'il regrette de trouver dans le _Grand Testament_, ajoute: + +«Ce n'est pas là qu'il faut chercher Villon, mais dans la partie +populaire et humaine de son oeuvre. On ne dira jamais assez +à quel point le mérite de la pensée et de la forme y est +inestimable. Le sentiment en est étrange, et aussi touchant que +pittoresque dans sa sincérité; Villon peint presque sans le +savoir, et en peignant il ne pallie, il n'excuse rien; il a même +des regrets, et ses torts, qu'il reconnaît en se blâmant, mais +dont il ne peut se défendre, il ne les montre que pour en +détourner. Je connais même peu de leçons plus fortes que la +ballade: _Tout aux tavernes et aux filles_. La bouffonnerie, +dans ses vers, se mêle à la gravité, l'émotion à la raillerie, +la tristesse à la débauche; le trait piquant se termine avec +mélancolie; le sentiment du néant des choses et des êtres est +mêlé d'un burlesque soudain qui en augmente l'effet. Et tout +cela est si naturel, si net, si franc, si spirituel; le style +suit la pensée avec une justesse si vive, que vous n'avez pas le +temps d'admirer comment le corps qu'il revêt est habillé par le +vêtement. C'est bien mieux que l'esprit bourgeois, toujours un +peu mesquin, c'est l'esprit populaire que cet enfant des Halles, +qui écrivait: _Il n'est bon bec que de Paris_, a recueilli dans +les rues et qu'il épure en l'aiguisant. Il en a le sentiment, il +en prend les mots, mais il les encadre, il les incruste dans une +phrase si vive, si nette, si bien construite, si énergique ou si +légère, que cette langue colorée reçoit de son génie l'élégance +et même le goût, sans rien perdre de sa force. Il a tout: la +vigueur et le charme, la clarté et l'éclat, la variété et +l'unité, la gravité et l'esprit, la brièveté incisive du trait +et la plénitude du sens, la souplesse capricieuse [P. XVIII] +et la fougue violente, la qualité contemporaine et l'éternelle +humanité. Il faut aller jusqu'à Rabelais pour trouver un maître +qu'on puisse lui comparer, et qui écrive le français avec la +science et l'instinct, avec la pureté et la fantaisie, avec la +grâce délicate et la rudesse souveraine que l'on admire dans +Villon, et qu'il a seul parmi les gens de son temps...» + +On ne connaît certainement pas la totalité des oeuvres de +Villon, du moins sous son nom. Il est évident que le _Petit +Testament_ n'est pas son coup d'essai. Lors de son second +procès, en 1457, il était probablement connu par d'autres +compositions. Sans cela, il est douteux que Charles d'Orléans +fût intervenu en sa faveur, et que le Parlement lui eût fait +grâce de la vie. Lorsqu'il composa le _Grand Testament_, il y fit +entrer quelques pièces qui n'en faisaient pas nécessairement +partie, mais qui s'y rattachaient assez naturellement. On n'y +trouve pas une ballade, pas un rondeau composés antérieurement +au _Petit Testament_. Villon ne paraît pas avoir été +très-soucieux de recueillir ses oeuvres. La plupart sont sans +doute perdues; d'autres sont disséminées dans des recueils +manuscrits ou imprimés où il n'est pas facile de les reconnaître, +soit parce qu'elles ne portent pas de nom d'auteur, soit +parce qu'elles sont attribuées à d'autres. On ne connaît +pas de manuscrit qui contienne tout ce qu'on sait positivement +lui appartenir. Les premières éditions, qui furent faites sans +son concours et probablement après sa mort, ne contiennent que +le _Grand_ et le _Petit Testament_, le _Jargon_, et un petit +nombre de pièces détachées. Jean de Calais, l'éditeur présumé du +_Jardin de plaisance_, dont la première édition est de 1499 +ou de 1500, s'acquitta fort mal des fonctions d'exécuteur +testamentaire que Villon lui avait confiées, si tant est qu'on +doive prendre au sérieux les huitains CLX et CLXI du [P. XIX] +_Grand Testament_. Il fit entrer dans son recueil diverses +pièces connues comme étant de Villon et beaucoup d'autres qu'on +lui attribue avec plus ou moins de vraisemblance, mais sans dire +des unes ni des autres qu'elles étaient de lui. + +M. Brunet a donné, dans la dernière édition du _Manuel du +Libraire_, une excellente notice des éditions de Villon. La +première avec date est de Paris (Pierre Levet), 1489, in-4°. +Il en parut plusieurs autres à la fin du XVe siècle et au +commencement du XVIe. Celle de Paris, Galiot Du Pré, 1532, in-8, +est la première à laquelle on ait joint les _Repues franches_, +le _Monologue du franc archier de Baignolet_ et le _Dialogue des +seigneurs de Mallepaye et de Baillevent_ [31]. + +[Footnote 31: Il avait été fait antérieurement plusieurs +éditions des _Repeues franches_, qui s'ajoutaient aux éditions +correspondantes des oeuvres de Villon, mais qui portaient des +signatures ou une pagination séparées.] + +L'année suivante, le même Galiot Du Pré publia la première +édition des oeuvres de Villon revues par Clément Marot. + +En 1723 il parut chez Coustelier une édition de Villon, avec les +remarques d'Eusèbe de Laurière et une lettre du P. Du Cerceau. + +Les oeuvres de Villon furent réimprimées en 1742, à la Haye, +avec les remarques de Laurière, Le Duchat et Formey, des +mémoires de Prosper Marchand et une lettre critique extraite du +_Mercure_ de février 1724. + +En 1832 parut l'édition de Prompsault, fruit de longues et +laborieuses recherches, et qui, sans être parfaite, ne méritait +pas le discrédit dont elle a été frappée pendant longtemps. + +Dans l'édition de 1854, due aux soins de M.P.L. Jacob, +bibliophile (M. Paul Lacroix), le texte de Prompsault [P. XX] +a été revu, notablement amélioré, élucidé par des notes où +brillent l'érudition et la sagacité bien connues de leur auteur. + +Enfin, tout récemment, M. Paul Lacroix a publié le texte des +deux _Testaments_ d'après un manuscrit de la bibliothèque +de l'Arsenal. Je n'ai pu faire usage de cette intéressante +publication, d'abord parce que l'impression de mon édition +était trop avancée, puis pour une autre raison: c'est que je ne +pouvais m'écarter du texte que j'avais adopté. + +On savait depuis longtemps que La Monnoye avait eu l'intention +de faire une édition des oeuvres de Villon. A cet effet, il +avait annoté un exemplaire de l'édition de 1723. Cet exemplaire, +dont on avait perdu la trace depuis longtemps, a été retrouvé, +en 1858, au _British Museum_, par M. Gustave Masson, qui m'a +gracieusement offert une copie du travail de La Monnoye. + +En tête de son exemplaire, La Monnoye avait inscrit d'abord ce +titre, qui nous fait connaître le plan d'une vaste collection +qu'il projetait: + +_L'Histoire et les Chefs de la poésie françoise, avec la liste +des poètes provençaux et françois, accompagnée de remarques sur +le caractère de leurs ouvrages._ + +Puis vient ce titre particulier: + +_Poésies de François Villon et de ses disciples, revues sur les +différentes éditions, corrigées et augmentées sur le manuscrit +de M. le duc de Coislin et sur plusieurs autres, et enrichies +d'un grand nombre de pièces, avec des notes historiques et +critiques._ + +La Monnoye n'eut pas le temps de mettre la dernière main à son +édition de Villon. Son travail ne porta que sur l'établissement +du texte. La comparaison des manuscrits et des anciennes +éditions, faite par un homme tel que La Monnoye, devait [P. XXI] +donner d'excellents résultats. J'ai reproduit scrupuleusement, +sauf deux ou trois exceptions indiquées dans les notes, le texte +tel qu'il a été arrêté par lui, et ce texte est assurément le +meilleur qu'on ait donné jusqu'à présent. + +La Monnoye ne se contenta pas de revoir le texte de l'édition de +1723. Il y ajouta de sa main divers morceaux qui n'avaient pas +encore été publiés, et qui ont paru pour la première fois dans +l'édition Prompsault. Mais il ne put faire le choix des poésies +qu'il voulait joindre aux oeuvres de Villon. Pour répondre de +mon mieux à son plan, je donne à la fin du volume dix-sept +pièces tirées du _Jardin de plaisance_. M. Campeaux en avait +publié un plus grand nombre: j'ai fait un choix dans son choix, +et si les pièces que je donne ne sont pas de Villon, elles sont +au moins de son école, et souvent dignes de lui. + +Pour toute la partie du texte établie par La Monnoye, je n'avais +qu'une chose à faire: suivre la leçon adoptée par lui. A +l'égard des pièces dont il ne s'était pas occupé, j'ai dû agir +autrement: je les ai revues sur les manuscrits et les éditions +originales. + +A défaut des notes historiques et critiques promises par La +Monnoye, et sans avoir la prétention de les suppléer, je donne +à la suite du texte quelques renseignements qui m'ont paru +nécessaires, puis un _Glossaire-Index,_ dans lequel j'ai tenté +d'expliquer les mots vieillis, de donner des renseignements sur +les personnes et les choses. S'il n'a pas d'autre utilité, ce +travail servira du moins de table. + +Une édition de Villon n'est pas facile à faire. J'ai largement +mis à profit les travaux de mes devanciers, et je me plais à le +reconnaître. J'aurais pu relever bien des erreurs: je me suis +contenté de les corriger. Je crois que cette édition [P. XXII] +vaut mieux que celles qui l'ont précédée. D'autres viendront +après moi qui feront mieux. J'ai cru prudent de leur donner +l'exemple de l'indulgence. + +P. JANNET. + + + +REMARQUES PHILOLOGIQUES. [P. XXIII] + + +La langue de Villon est encore la vieille et bonne langue +française, riche et simple, claire, naturelle, à l'allure vive +et franche. C'est encore la langue des fabliaux, assouplie, +mais presque entièrement préservée de l'invasion des mots +pédantesques forgés dans la seconde moitié du XVe siècle. Le +_Glossaire_, dont l'étendue est grande relativement à celle du +livre, n'offre qu'un petit nombre de ces mots. En revanche, il +en contient beaucoup d'autres dont la perte est regrettable. + +Villon était très-sévère pour la rime. Aussi, lorsque nous +rencontrons à la fin de ses vers quelque chose qui nous paraît +anormal, nous devons nous garder de l'expliquer par une +négligence du poëte. Il faut chercher d'autres raisons; cela +peut amener des observations intéressantes. + +Par exemple, lorsqu'il fait rimer _e_ avec _a_[32], cela prouve, +ainsi que Marot l'a remarqué, que Villon prononçait, à la +parisienne, _a_ pour _e_. + +Lorsqu'il fait rimer _oi, oy_, avec _ai, ay, é_[33], cela prouve +que ce que nous appelons la diphtongue _oi_ se prononçait _é_ ou +_è_. + +S'il fait rimer _Changon, Nygon, escourgon_, avec [P. XXIV] +_donjon_[34], c'est que, dans certains cas, le _g_ se prononçait +_j_. + +[Footnote 32: _Robert, Haubert_, avec _pluspart, poupart_ (p.11 +et 12); _La Barre, feurre_, avec _terre, guerre_ (p. 14); +_appert_ avec _part, despart_ (p. 44), etc.] + +[Footnote 33: _Chollet_ avec _souloit_ (p. 14); _exploictz_ avec +_laiz_ (p. 17); _moyne, essoyne, royne_, avec _Seine_ (p. 34), +etc.] + +[Footnote 34 Pages 12 et 13.] + +S'il fait rimer _fuste_ avec _fusse, prophètes_ avec +_fesses_[35], c'est encore une affaire de prononciation +parisienne. + +Il en est de même d'_ancien, Valérien, paroissien, rimant avec +_an_[36]. + +Lorsqu'il écrit _soullon_ pour rimer avec _Roussillon_[37], il +entend que les deux _ll_ seront mouillées, et prononcées comme +telles, sans être précédées d'un _i_ comme en espagnol. + +Comment faut-il prononcer le nom de Villon? + +La _Ballade_ de la page 99, l'_Epistre_ de la page 111, le +_Problème_ ou _Ballade_ de la page 120, etc., ne laissent aucun +doute à cet égard. On doit le prononcer comme les deux dernières +syllabes du mot _paVILLON_, c'est-à-dire comme on pourra. En +France, ce n'est guère que dans le Midi qu'on sait prononcer +les _ll mouillées_. Les Parisiens diront _Viyon_; les Picards, +_Vilion_.... + + _Mais bel est fol et lunaticque + Qui de ce fait sermon si long; + Peu nuit à la chose publicque + Se Brussiens disent_ Filon. + _Il ne m'en chaut gueres si l'on + Choisit de ces façons la pire, + Et bien veuil qu'on dise selon + Que dès pieça l'on souloit dire_. + +[Footnote 35: Pages 26 et 52.] + +[Footnote 36: P. 81.] + +[Footnote 37: Voy. la Ballade de la page 99.] + + + + +CLÉMENT MAROT DE CAHORS [P.1] + +Varlet de chambre du Roy + +AUX LECTEURS. + + +_Entre tous les bons livres imprimez de la langue françoise ne +s'en veoit ung si incorrect ne si lourdement corrompu que celluy +de Villon, et m'esbahy (veu que c'est le meilleur Poète parisien +qui se trouve) comment les imprimeurs de Paris et les enfans de +la ville n'en ont eu plus grand soing. Je ne suis (certes) en +rien son voysin; mais, pour l'amour de son gentil entendement, +et en recompense de ce que je puys avoir aprins de luy en lisant +ses Oeuvres, j'ai faict à icelles ce que je vouldroys estre +faict aux miennes, si elles estaient tombées en semblable +inconvénient. Tant y ay trouvé de broillerie en l'ordre des +coupletz et des vers, en mesure, en langaige, en la ryme et en +la raison, que je ne sçay duquel je doy plus avoir pitié, ou de +l'oeuvre ainsi oultrement gastée, ou de l'ignorance de ceux +qui l'imprimèrent; et, pour en faire preuve, me suys advisé +(Lecteurs) de vous mettre icy ung des couplets incorrects du mal +imprimé Villon, qui vous fera exemple et tesmoing d'ung grand +nombre d'autres autant broillez et gastez que luy, lequel [P. 2] +est tel_: + + Or est vray qu'après plainctz et pleurs + Et angoisseux gemissemens, + Apres tristesses et douleurs + Labeurs et griefz cheminemens + Travaille mes lubres sentemens + Aguysez ronds, comme une pelote + Monstrent plus que les commens + En sens moral de Aristote. + +_Qui est celluy qui vouldroit nyer le sens n'en estre grandement +corrompu? Ainsi, pour vray, l'ay-je trouvé aux vieilles +impressions, et encores pis aux nouvelles. Or, voyez maintenant +comment il a esté r'abillé, et en jugez gratieusement_: + + Or est vray qu'après plainctz et pleurs + Et angoisseux gemissemens, + Apres tristesses et douleurs, + Labeurs et griefz cheminemens, + Travail mes lubres sentements + Aguysa (ronds comme pelote), + Me monstrant plus que les comments + Sur le sens moral d'Aristote. + +_Voylà comment il me semble que l'autheur l'entendoit; et vous +suffise ce petit amendement pour vous rendre advertiz de ce que +puys avoir amendé en mille autres passages, dont les aucuns me +ont esté aisez et les autres très difficiles. Toutesfoys, partie +avecques les vieulx imprimez, partie avecques l'ayde de bons +vieillards qui en sçavent par cueur, et partie par deviner +avecques jugement naturel, a esté reduict nostre Villon en +meilleure et plus entière forme qu'on ne l'a veu de nos aages, +et ce sans avoir touché à l'antiquité de son parler, à [P. 3] +sa façon de rimer, à ses meslées et longues parenthèses, à la +quantité de ses sillabes, ne à ses couppes, tant féminines que +masculines; esquelles choses il n'a suffisamment observé les +vrayes reigles de françoise poésie, et ne suys d'advis que en +cela les jeunes Poetes l'ensuyvent, mais bien qu'ilz cueillent +ses sentences comme belles fleurs, qu'ils contemplent l'esprit +qu'il avoit, que de luy apreignent à proprement descrire, et +qu'ils contrefacent sa veine, mesmement celle dont il use en ses +Ballades, qui est vrayment belle et héroïque, et ne fay double +qu'il n'eust emporté le chapeau de laurier devant tous les +Poètes de son temps, s'il eust esté nourry en la Court des Roys +et des Princes, là où les jugemens se amendent et les langaiges +se pollissent. Quant à l'industrie des lays qu'il feit en ses +Testamens, pour suffisamment la congnoistre et entendre il +fauldroit avoir esté de son temps à Paris, et avoir congneu +les lieux, les choses et les hommes dont il parle: la mémoire +desquelz tant plus se passera, tant moins se congnoistra icelle +industrie de ses lays dictz. Pour ceste cause, qui vouldra faire +une oeuvre de longue durée ne preigne son soubject sur telles +choses basses et particulières. Le reste des Oeuvres de nostre +Villon (hors cela) est de tel artifice, tant plain de bonne +doctrine et tellement painct de mille belles couleurs, que le +temps, qui tout efface, jusques icy ne l'a sceu effacer; et +moins encor l'effacera ores et d'icy en avant, que les bonnes +escriptures françoises sont et seront mieulx congneues et +recueillies que jamais. + +Et pour ce (comme j'ay dit) que je n'ay touché à son antique +façon de parler, je vous ay exposé sur la marge, avecques les +annotations, ce qui m'a semblé le plus dur à entendre, laissant +le reste à vos promptes intelligences, comme_ ly Roys _pour_ +le Roy, homs _pour homme_, compaing _pour_ compaignon; [P. 4] +_aussi force pluriers pour singuliers, et plusieurs autres +incongruitez dont estait plain le langaige mal lymé d'icelluy +temps. + +Après, quand il s'est trouvé faulte de vers entiers, j'ay prins +peine de les refaire au plus près (selon mon possible) de +l'intention de l'autheur, et les trouverez expressément marquez +de cette marque_ +, _afin que ceulx qui les sçauront en la sorte +que Villon les fist effacent les nouveaulx pour faire place aux +vieulx. + +Oultre plus, les termes et les vers qui estaient interposez, +trouverez reduictz en leurs places; les lignes trop courtes, +allongées; les trop longues acoursies; les mots obmys, remys; +les adjoutez ostez, et les tiltres myeulx attiltrez. + +Finalement, j'ay changé l'ordre du livre, et m'a semblé plus +raisonnable de le faire commencer par le Petit Testament, +d'autant qu'il fut faict cinq ans avant l'autre. + +Touchant le Jargon, je le laisse à corriger et exposer aux +successeurs de Villon en l'art de la pinse et du croq. + +Et si quelqu'un d'adventure veult dire que tout ne soit +racoustré ainsi qu'il appartient, je luy respons dès maintenant +que, s'il estait autant navré en sa personne comme j'ay trouvé +Villon blessé en ses Oeuvres, il n'y a si expert chirurgien qui +le sceust panser sans apparence de cicatrice; et me suffira +que le labeur qu'en ce j'ay employé soit agréable au Roy mon +souverain, qui est cause et motif de ceste emprise et de +l'exécution d'icelle, pour l'avoir veu voulentiers escouter et +par très bon jugement estimer plusieurs passages des Oeuvres qui +s'ensuyvent._ + + + +MAROT [P. 5] + +AU ROY FRANÇOIS Ier. + + Si à Villon on treuve encor à dire, + S'il n'est reduict ainsi qu'ay prétendu, + A moy tout seul en soit le blasme (Sire), + Qui plus y ay travaillé qu'entendu; + Et s'il est mieux en son ordre estendu + Que paravant, de sorte qu'on l'en prise, + Le gré à vous en doyt estre rendu, + Qui fustes seul cause de l'entreprise. + + [P. 7] + + LE + PETIT TESTAMENT + DE MAISTRE + FRANÇOIS VILLON + + FAIT L'AN 1456. + + Mil quatre cens cinquante et six, + Je, François Villon, escollier, + Considérant, de sens rassis, + Le frain aux dents, franc au collier, + Qu'on doit ses oeuvres conseiller, + Comme Vegèce le racompte, + Saige Romain, grand conseiller, + Ou autrement on se mescompte. + + II. + + En ce temps que j'ay dit devant, + Sur le Noël, morte saison, + Lorsque les loups vivent de vent, + Et qu'on se tient en sa maison, + Pour le frimas, près du tison: + Cy me vint vouloir de briser + La très amoureuse prison + Qui souloit mon cueur desbriser. + + III. [P.8] + + Je le feis en telle façon, + Voyant Celle devant mes yeulx + Consentant à ma deffaçon, + Sans ce que jà luy en fust mieulx; + Dont je me deul et plains aux cieulx, + En requérant d'elle vengence + A tous les dieux venerieux, + Et du grief d'amours allégence. + + IV. + + Et, se je pense à ma faveur, + Ces doulx regrets et beaulx semblans + De très decepvante saveur, + Me trespercent jusques aux flancs: + Bien ilz ont vers moy les piez blancs + Et me faillent au grant besoing. + Planter me fault autre complant + Et frapper en un autre coing. + + V. + + Le regard de Celle m'a prins, + Qui m'a esté félonne et dure; + Sans ce qu'en riens aye mesprins, + Veult et ordonne que j'endure + La mort, et que plus je ne dure. + Si n'y voy secours que fouir. + Rompre veult la dure souldure, + Sans mes piteux regrets ouir! + + VI. + + Pour obvier à ses dangiers, + Mon mieulx est, ce croy, de partir. + Adieu! Je m'en voys à Angiers, [P. 9] + Puisqu'el ne me veult impartir + Sa grace, ne me departir. + Par elle meurs, les membres sains; + Au fort, je meurs amant martir, + Du nombre des amoureux saints! + + VII. + + Combien que le départ soit dur, + Si fault-il que je m'en esloingne. + Comme mon paouvre sens est dur! + Autre que moy est en queloingne, + Dont onc en forest de Bouloingne + Ne fut plus alteré d'humeur. + C'est pour moy piteuse besoingne: + Dieu en vueille ouïr ma clameur! + + VIII. + + Et puisque departir me fault, + Et du retour ne suis certain: + Je ne suis homme sans deffault, + Ne qu'autre d'assier ne d'estaing. + Vivre aux humains est incertain, + Et après mort n'y a relaiz: + Je m'en voys en pays loingtaing; + Si establiz ce présent laiz. + + IX. + + Premièrement, au nom du Père, + Du Filz et du Saint-Esperit, + Et de la glorieuse Mère + Par qui grace riens ne périt, + Je laisse, de par Dieu, mon bruit + A maistre Guillaume Villon, + Qui en l'honneur de son nom bruit, [P. 10] + Mes tentes et mon pavillon. + + X. + + A celle doncques que j'ay dict, + Qui si durement m'a chassé, + Que j'en suys de joye interdict + Et de tout plaisir déchassé, + Je laisse mon coeur enchassé, + Palle, piteux, mort et transy: + Elle m'a ce mal pourchassé, + Mais Dieu luy en face mercy! + + XI. + + Et à maistre Ythier, marchant, + Auquel je me sens très tenu, + Laisse mon branc d'acier tranchant, + Et à maistre Jehan le Cornu, + Qui est en gaige détenu + Pour ung escot six solz montant; + Je vueil, selon le contenu, + Qu'on luy livre, en le racheptant. + + XII. + + Item, je laisse à Sainct-Amant + Le Cheval Blanc avec la Mulle, + Et à Blaru, mon dyamant + Et l'Asne rayé qui reculle. + Et le décret qui articulle: + _Omnis utriusque sexus_, + Contre la Carmeliste bulle, + Laisse aux curez, pour mettre sus. + + XIII. [P. 11] + + Item, à Jehan Trouvé, bouchier, + Laisse le mouton franc et tendre, + Et ung tachon pour esmoucher + Le boeuf couronné qu'on veult vendre, + Et la vache qu'on ne peult prendre. + Le vilain qui la trousse au col, + S'il ne la rend, qu'on le puist pendre + Ou estrangler d'un bon licol! + + XIV. + + Et à maistre Robert Vallée, + Povre clergeon au Parlement, + Qui ne tient ne mont ne vallée, + J'ordonne principalement + Qu'on luy baille legerement + Mes brayes, estans aux trumellières, + Pour coeffer plus honestement + S'amye Jehanneton de Millières. + + XV. + + Pour ce qu'il est de lieu honeste, + Fault qu'il soit myeulx recompensé, + Car le Saint-Esprit l'admoneste. + Ce obstant qu'il est insensé. + Pour ce, je me suis pourpensé, + Puysqu'il n'a sens mais qu'une aulmoire, + De recouvrer sur Malpensé, + Qu'on lui baille, l'Art de mémoire. + + XVI. + + Item plus, je assigne la vie + Du dessusdict maistre Robert... [P. 12] + Pour Dieu! n'y ayez point d'envie! + Mes parens, vendez mon haubert, + Et que l'argent, ou la pluspart, + Soit employé, dedans ces Pasques, + Pour achepter à ce poupart + Une fenestre emprès Saint-Jacques. + + XVII. + + Derechief, je laisse en pur don + Mes gands et ma hucque de soye + A mon amy Jacques Cardon; + Le gland aussi d'une saulsoye, + Et tous les jours une grosse oye + Et ung chappon de haulte gresse; + Dix muys de vin blanc comme croye, + Et deux procès, que trop n'engresse. + + XVIII. + + Item, je laisse à ce jeune homme, + René de Montigny, troys chiens; + Aussi à Jehan Raguyer, la somme + De cent frans, prins sur tous mes biens; + Mais quoy! Je n'y comprens en riens + Ce que je pourray acquerir: + On ne doit trop prendre des siens, + Ne ses amis trop surquerir. + + XIX. + + Item, au seigneur de Grigny + Laisse la garde de Nygon, + Et six chiens plus qu'à Montigny, + Vicestre, chastel et donjon; + Et à ce malostru Changon, + Moutonnier qui tient en procès, + Laisse troys coups d'ung escourgon, [P. 13] + Et coucher, paix et aise, en ceps. + + XX. + + Et à maistre Jacques Raguyer, + Je laisse l'Abreuvoyr Popin, + Pour ses paouvres seurs grafignier; + Tousjours le choix d'ung bon lopin, + Le trou de la Pomme de pin, + Le doz aux rains, au feu la plante, + Emmailloté en jacopin; + Et qui vouldra planter, si plante. + + XXI. + + Item, à maistre Jehan Mautainct + Et maistre Pierre Basannier, + Le gré du Seigneur, qui attainct + Troubles, forfaits, sans espargnier; + Et à mon procureur Fournier, + Bonnetz courts, chausses semellées, + Taillées sur mon cordouennier, + Pour porter durant ces gellées. + + XXII. + + Item, au chevalier du guet, + Le heaulme luy establis; + Et aux pietons qui vont d'aguet + Tastonnant par ces establis, + Je leur laisse deux beaulx rubis, + La lenterne à la Pierre-au-Let., + Voire-mais, j'auray les _Troys licts_, + S'ilz me meinent en Chastellet. + + XXIII. [P. 14] + + Item, à Perrenet Marchant, + Qu'on dit le Bastard de la Barre, + Pour ce qu'il est ung bon marchant, + Luy laisse trois gluyons de feurre + Pour estendre dessus la terre + A faire l'amoureux mestier, + Où il luy fauldra sa vie querre, + Car il ne scet autre mestier. + + XXIV. + + Item, au Loup et à Chollet, + Je laisse à la foys un canart, + Prins sous les murs, comme on souloit, + Envers les fossez, sur le tard; + Et à chascun un grand tabart + De cordelier, jusques aux pieds, + Busche, charbon et poys au lart, + Et mes housaulx sans avantpiedz. + + XXV. + + Derechief, je laisse en pitié, + A troys petitz enfans tous nudz, + Nommez en ce présent traictié, + Paouvres orphelins impourveuz, + Tous deschaussez, tous despourveus, + Et desnuez comme le ver; + J'ordonne qu'ils seront pourveuz, + Au moins pour passer cest yver. + + XXVI. + + Premièrement, Colin Laurens, + Girard Gossoyn et Jehan Marceau, + Desprins de biens et de parens, [P. 15] + Qui n'ont vaillant l'anse d'ung ceau, + Chascun de mes biens ung faisseau, + Ou quatre blancs, s'ilz l'ayment mieulx; + Ils mangeront maint bon morceau, + Ces enfans, quand je seray vieulx! + + XXVII. + + Item, ma nomination, + Que j'ay de l'Université, + Laisse par résignation, + Pour forclorre d'adversité + Paouvres clercs de ceste cité, + Soubz cest _intendit_ contenuz: + Charité m'y a incité, + Et Nature, les voyant nudz. + + XXVIII. + + C'est maistre Guillaume Cotin + Et maistre Thibault de Vitry, + Deux paouvres clercs, parlans latin, + Paisibles enfans, sans estry, + Humbles, bien chantans au lectry. + Je leur laisse cens recevoir + Sur la maison Guillot Gueuldry, + En attendant de mieulx avoir. + + XXIX. + + Item plus, je adjoinctz à la Crosse + Celle de la rue Sainct-Anthoine, + Et ung billart de quoy on crosse, + Et tous les jours plain pot de Seine, + Aux pigons qui sont en l'essoine, + Enserrez soubz trappe volière, + Et mon mirouer bel et ydoyne, [P. 16] + Et la grace de la geollière. + + XXX. + + Item, je laisse aux hospitaux + Mes chassis tissus d'araignée; + Et aux gisans soubz les estaux, + Chascun sur l'oeil une grongnée, + Trembler à chière renffrongnée, + Maigres, velluz et morfonduz; + Chausses courtes, robbe rongnée, + Gelez, meurdriz et enfonduz. + + XXXI. + + Item, je laisse à mon barbier + Les rongneures de mes cheveulx, + Plainement et sans destourbier; + Au savetier, mes souliers vieulx, + Et au fripier, mes habitz tieulx + Que, quant du tout je les délaisse, + Pour moins qu'ilz ne coustèrent neufz + Charitablement je leur laisse. + + XXXII. + + Item, aux Quatre Mendians, + Aux Filles Dieu et aux Beguynes, + Savoureulx morceaulx et frians, + Chappons, pigons, grasses gelines, + Et puis prescher les Quinze Signes, + Et abatre pain à deux mains. + Carmes chevaulchent nos voisines, + Mais cela ne m'est que du meins. + + XXXIII. [P. 17] + + Item, laisse le Mortier d'or + A Jehan l'Espicier, de la Garde, + Et une potence à Sainct-Mor, + Pour faire ung broyer à moustarde, + Et celluy qui feit l'avant-garde, + Pour faire sur moy griefz exploitz, + De par moy sainct Anthoine l'arde! + Je ne lui lairray autre laiz. + + XXXIV. + + Item, je laisse à Mairebeuf + Et à Nicolas de Louvieulx, + A chascun l'escaille d'un oeuf, + Plaine de frans et d'escus vieulx, + Quant au concierge de Gouvieulx, + Pierre Ronseville, je ordonne, + Pour luy donner encore mieulx, + Escus telz que prince les donne. + + XXXV. + + Finalement, en escrivant, + Ce soir, seullet, estant en bonne, + Dictant ces laiz et descripvant, + Je ouyz la cloche de Sorbonne, + Qui tousjours à neuf heures sonne + Le Salut que l'Ange prédit; + Cy suspendy et cy mis bonne, + Pour pryer comme le cueur dit. + + XXXVI. + + Cela fait, je me entre-oubliai, + Non pas par force de vin boire, + Mon esperit comme lié; [P. 18] + Lors je senty dame Mémoire + Rescondre et mectre en son aulmoire + Ses espèces collaterales, + Oppinative faulce et voire, + Et autres intellectualles. + + XXXVII. + + Et mesmement l'extimative, + Par quoy prospérité nous vient; + Similative, formative, + Desquelz souvent il advient + Que, par l'art trouvé, hom devient + Fol et lunaticque par moys: + Je l'ay leu, et bien m'en souvient, + En Aristote aucunes fois. + + XXXVIII. + + Doncques le sensif s'esveilla + Et esvertua fantasie, + Qui tous argeutis resveilla, + Et tint souveraine partie, + En souppirant, comme amortie, + Par oppression d'oubliance, + Qui en moy s'estoit espartie + Pour montrer des sens l'alliance. + + XXXIX. + + Puis, mon sens qui fut à repos + Et l'entendement desveillé, + Je cuide finer mon propos; + Mais mon encre estoit gelé, + Et mon cierge estoit souflé. + De feu je n'eusse pu finer. + Si m'endormy, tout enmouflé, [P. 19] + Et ne peuz autrement finer. + + XL + + Fait au temps de ladicte date, + Par le bon renommé Villon, + Qui ne mange figue ne date; + Sec et noir comme escouvillon, + Il n'a tente ne pavillon + Qu'il n'ayt laissé à ses amys, + Et n'a mais qu'un peu de billon, + Qui sera tantost à fin mys. + + + CY FINE LE TESTAMENT VILLON. + + + [P. 21] + CY COMMENCE + LE + GRANT TESTAMENT + DE + FRANÇOIS VILLON + FAIT EN 1461. + + + I. + + En l'an trentiesme de mon aage, + Que toutes mes hontes j'eu beues, + Ne du tout fol, ne du tout sage. + Nonobstant maintes peines eues, + Lesquelles j'ay toutes receues + Soubz la main Thibault d'Aussigny. + S'evesque il est, seignant les rues, + Qu'il soit le mien je le regny! + + II. + + Mon seigneur n'est, ne mon evesque; + Soubz luy ne tiens, s'il n'est en friche; + Foy ne luy doy, ne hommage avecque; + Je ne suis son serf ne sa biche. + Peu m'a d'une petite miche + Et de froide eau, tout ung esté. + Large ou estroit, moult me fut chiche. [P. 22] + Tel luy soit Dieu qu'il m'a esté. + + III. + + Et, s'aucun me vouloit reprendre + Et dire que je le mauldys, + Non fais, si bien me sçait comprendre, + Et rien de luy je ne mesdys. + Voycy tout le mal que j'en dys: + S'il m'a esté misericors, + Jésus, le roy de paradis, + Tel luy soit à l'âme et au corps! + + IV. + + S'il m'a esté dur et cruel + Trop plus que cy ne le racompte, + Je vueil que le Dieu éternel + Luy soit doncq semblable, à ce compte!... + Mais l'Eglise nous dit et compte + Que prions pour nos ennemis; + Je vous dis que j'ay tort et honte: + Tous ses faictz soient à Dieu remis! + + V. + + Si prieray Dieu de bon cueur, + Pour l'âme du bon feu Cotard. + Mais quoy! ce sera doncq par cueur, + Car de lire je suys faitard. + Prière en feray de Picard; + S'il ne le sçait, voise l'apprandre, + S'il m'en croyt, ains qu'il soit plus tard + A Douay, ou à Lysle en Flandre! + + VI. [P. 23] + + Combien souvent je veuil qu'on prie + Pour luy, foy que doy mon baptesme, + Obstant qu'à chascun ne le crye, + Il ne fauldra pas à son esme. + Au Psaultier prens, quand suys à mesme, + Qui n'est de beuf ne cordoen, + Le verset escript le septiesme + Du psaulme de _Deus laudem_. + + VII. + + Si pry au benoist Filz de Dieu, + Qu'à tous mes besoings je reclame, + Que ma pauvre prière ayt lieu + Verz luy, de qui tiens corps et ame, + Qui m'a préservé de maint blasme + Et franchy de vile puissance. + Loué soit-il, et Nostre-Dame, + Et Loys, le bon roy de France! + + VIII. + + Auquel doint Dieu l'heur de Jacob, + De Salomon l'honneur et gloire; + Quant de prouesse, il en a trop; + De force aussi, par m'ame, voire! + En ce monde-cy transitoire, + Tant qu'il a de long et de lé; + Affin que de luy soit memoire, + Vive autant que Mathusalé! + + IX. + + Et douze beaulx enfans, tous masles, + Veoir, de son très cher sang royal, + Aussi preux que fut le grand Charles, [P. 24] + Conceuz en ventre nuptial, + Bons comme fut sainct Martial. + Ainsi en preigne au bon Dauphin; + Je ne luy souhaicte autre mal, + Et puys paradis à la fin. + + X. + + Pour ce que foible je me sens, + Trop plus de biens que de santé, + Tant que je suys en mon plain sens, + Si peu que Dieu m'en a presté, + Car d'autre ne l'ay emprunté, + J'ay ce Testament très estable + Faict, de dernière voulenté, + Seul pour tout et irrévocable: + + XI. + + Escript l'ay l'an soixante et ung, + Que le bon roy me délivra + De la dure prison de Mehun, + Et que vie me recouvra, + Dont suys, tant que mon cueur vivra, + Tenu vers luy me humilier, + Ce que feray jusqu'il mourra: + Bienfaict ne se doibt oublier. + + + _Icy commence Villon à entrer en matière + pleine d'erudition et de bon sçavoir._ + + + XII. + + Or est vray qu'après plaingtz et pleurs + et angoisseux gemissemens, + Après tristesses et douleurs, [P. 25] + Labeurs et griefz cheminemens, + Travail mes lubres sentemens, + Esguisez comme une pelote, + M'ouvrist plus que tous les Commens + D'Averroys sur Aristote. + + XIII. + + Combien qu'au plus fort de mes maulx, + En cheminant sans croix ne pile, + Dieu, qui les Pellerins d'Esmaus + Conforta, ce dit l'Evangile, + Me montra une bonne ville + Et pourveut du don d'espérance; + Combien que le pecheur soit vile, + Riens ne hayt que persévérance. + + XIV. + + Je suys pécheur, je le sçay bien; + Pourtant Dieu ne veult pas ma mort, + Mais convertisse et vive en bien; + Mieulx tout autre que péché mord, + Soye vraye voulenté ou enhort, + Dieu voit, et sa miséricorde, + Se conscience me remord, + Par sa grace pardon m'accorde. + + XV. + + Et, comme le noble Romant + De la Rose dit et confesse + En son premier commencement, + Qu'on doit jeune cueur, en jeunesse, + Quant on le voit vieil en vieillesse, + Excuser; helas! il dit voir. + Ceulx donc qui me font telle oppresse, [P. 26] + En meurté ne me vouldroient veoir. + + XVI. + + Se, pour ma mort, le bien publique + D'aucune chose vaulsist myeulx, + A mourir comme ung homme inique + Je me jugeasse, ainsi m'aid Dieux! + Grief ne faiz à jeune ne vieulx, + Soye sur pied ou soye en bière: + Les montz ne bougent de leurs lieux, + Pour un paouvre, n'avant, n'arrière. + + XVII. + + Au temps que Alexandre regna, + Ung hom, nommé Diomedès, + Devant luy on luy amena, + Engrillonné poulces et detz + Comme ung larron; car il fut des + Escumeurs que voyons courir. + Si fut mys devant le cadès, + Pour estre jugé à mourir. + + XVIII. + + L'empereur si l'arraisonna: + «Pourquoy es-tu larron de mer?» + L'autre, responce luy donna: + «Pourquoy larron me faiz nommer? + «Pour ce qu'on me voit escumer + «En une petiote fuste? + «Se comme toy me peusse armer, + «Comme toy empereur je fusse. + + XIX. [P. 27] + + «Mais que veux-tu! De ma fortune, + «Contre qui ne puis bonnement, + «Qui si durement m'infortune, + «Me vient tout ce gouvernement. + «Excuse-moy aucunement, + «Et sçaches qu'en grand pauvreté + «(Ce mot dit-on communément) + «Ne gist pas trop grand loyaulté.» + + XX. + + Quand l'empereur eut remiré + De Diomedès tout le dict: + «Ta fortune je te mueray, + «Mauvaise en bonne!» ce luy dit. + Si fist-il. Onc puis ne mesprit + A personne, mais fut vray homme; + Valère, pour vray, le rescript, + Qui fut nommé _le grand_ à Romme. + + XXI. + + Se Dieu m'eust donné rencontrer + Ung autre piteux Alexandre, + Qui m'eust faict en bon heur entrer, + Et lors qui m'eust veu condescendre + A mal, estre ars et mys en cendre + Jugé me fusse de ma voix. + Nécessité faict gens mesprendre, + Et faim saillir le loup des boys. + + XXII. + + Je plaings le temps de ma jeunesse, + Ouquel j'ay plus qu'autre gallé, + Jusque à l'entrée de vieillesse, [P. 28] + Qui son partement m'a celé. + Il ne s'en est à pied allé, + N'a cheval; las! et comment donc? + Soudainement s'en est voilé, + Et ne m'a laissé quelque don. + + XXIII. + + Allé s'en est, et je demeure, + Pauvre de sens et de sçavoir, + Triste, failly, plus noir que meure, + Qui n'ay ne cens, rente, n'avoir; + Des miens le moindre, je n'y voir, + De me desadvouer s'avance, + Oublyans naturel devoir, + Par faulte d'ung peu de chevance. + + XXIV. + + Si ne crains avoir despendu, + Par friander et par leschier; + Par trop aimer n'ay riens vendu, + Que nuls me puissent reprouchier. + Au moins qui leur couste trop cher. + Je le dys, et ne croys mesdire. + De ce ne me puis revencher: + Qui n'a méfiait ne le doit dire. + + XXV. + + Est vérité que j'ay aymé + Et que aymeroye voulentiers; + Mais triste cueur, ventre affamé, + Qui n'est rassasié au tiers, + Me oste des amoureux sentiers. + Au fort, quelqu'un s'en recompense, + Qui est remply sur les chantiers, [P. 29] + Car de la panse vient la danse. + + XXVI. + + Bien sçay se j'eusse estudié + Ou temps de ma jeunesse folle, + Et à bonnes meurs dedié, + J'eusse maison et couche molle! + Mais quoy? je fuyoye l'escolle, + Comme faict le mauvays enfant... + En escrivant ceste parolle, + A peu que le cueur ne me fend. + + XXVII. + + Le dict du Saige est très beaulx dictz, + Favorable, et bien n'en puis mais, + Qui dit: «Esjoys-toy, mon filz, + A ton adolescence; mais + Ailleurs sers bien d'ung autre mectz, + Car jeunesse et adolescence + (C'est son parler, ne moins ne mais) + Ne sont qu'abbus et ignorance.» + + XXVIII. + + Mes jours s'en sont allez errant, + Comme, dit Job, d'une touaille + Sont les filetz, quant tisserant + Tient en son poing ardente paille: + Lors, s'il y a nul bout qui saille, + Soudainement il le ravit. + Si ne crains rien qui plus m'assaille, + Car à la mort tout assouvyst. + + XXIX. [P. 30] + + Où sont les gratieux gallans + Que je suyvoye au temps jadis, + Si bien chantans, si bien parlans, + Si plaisans en faictz et en dictz? + Les aucuns sont mortz et roydiz; + D'eulx n'est-il plus rien maintenant. + Respit ils ayent en paradis, + Et Dieu saulve le remenant! + + XXX. + + Et les aucuns sont devenuz, + Dieu mercy! grans seigneurs et maistres, + Les autres mendient tous nudz, + Et pain ne voyent qu'aux fenestres; + Les autres sont entrez en cloistres; + De Celestins et de Chartreux, + Bottez, housez, com pescheurs d'oystres: + Voilà l'estat divers d'entre eulx. + + XXXI. + + Aux grans maistres Dieu doint bien faire + Vivans en paix et en requoy. + En eulx il n'y a que refaire; + Si s'en fait bon taire tout quoy. + Mais aux pauvres qui n'ont de quoy, + Comme moy, Dieu doint patience; + Aux aultres ne fault qui ne quoy, + Car assez ont pain et pitance. + + XXXII. + + Bons vins ont, souvent embrochez, + Saulces, brouetz et gros poissons; + Tartres, flans, oeufz fritz et pochez, [P. 31] + Perduz, et en toutes façons. + Pas ne ressemblent les maçons, + Que servir fault à si grand peine; + Ils ne veulent nulz eschançons, + Car de verser chascun se peine. + + XXXIII. + + En cest incident me suys mys, + Qui de rien ne sert à mon faict. + Je ne suys juge, ne commis, + Pour punyr n'absouldre meffaict. + De tous suys le plus imparfaict. + Loué soit le doulx Jésus-Christ! + Que par moy leur soit satisfaict! + Ce que j'ay escript est escript. + + XXXIV. + + Laissons le monstier où il est; + Parlons de chose plus plaisante. + Ceste matière à tous ne plaist: + Ennuyeuse est et desplaisante. + Pauvreté, chagrine et dolente, + Tousjours despiteuse et rebelle, + Dit quelque parolle cuysante; + S'elle n'ose, si le pense-elle. + + XXXV. + + Pauvre je suys de ma jeunesse, + De pauvre et de petite extrace. + Mon pere n'eut oncq grand richesse. + Ne son ayeul, nommé Erace. + Pauvreté tous nous suyt et trace. + Sur les tumbeaulx de mes ancestres, + Les ames desquelz Dieu embrasse, [P. 32] + On n'y voyt couronnes ne sceptres. + + XXXVI. + + De pouvreté me guermentant, + Souventesfoys me dit le cueur: + «Homme, ne te doulouse tant + Et ne demaine tel douleur, + Se tu n'as tant qu'eust Jacques Cueur. + Myeulx vault vivre soubz gros bureaux + Pauvre, qu'avoir esté seigneur + Et pourrir soubz riches tumbeaux!» + + XXXVII. + + Qu'avoir esté seigneur!... Que dys? + Seigneur, lasse! ne l'est-il mais! + Selon ce que d'aulcun en dict, + Son lieu ne congnoistra jamais. + Quant du surplus, je m'en desmectz. + Il n'appartient à moy, pécheur; + Aux théologiens le remectz, + Car c'est office de prescheur. + + XXXVIII. + + Si ne suys, bien le considère, + Filz d'ange, portant dyadème + D'etoille ne d'autre sydère. + Mon père est mort, Dieu en ayt l'ame, + Quant est du corps, il gyst soubz lame... + J'entends que ma mère mourra, + Et le sçait bien, la pauvre femme; + Et le filz pas ne demourra. + + XXXIX. [P. 33] + + Je congnoys que pauvres et riches, + Sages et folz, prebstres et laiz, + Noble et vilain, larges et chiches, + Petitz et grans, et beaulx et laidz, + Dames à rebrassez colletz, + De quelconque condicion, + Portant attours et bourreletz, + Mort saisit sans exception. + + XL. + + Et mourut Paris et Hélène. + Quiconques meurt, meurt à douleur. + Celluy qui perd vent et alaine, + Son fiel se crève sur son cueur, + Puys sue Dieu sçait quelle sueur! + Et n'est qui de ses maulx l'allège: + Car enfans n'a, frère ne soeur, + Qui lors voulsist estre son pleige. + + XLI. + + La mort le faict frémir, pallir, + Le nez courber, les veines tendre, + Le col enfler, la chair mollir, + Joinctes et nerfs croistre et estendre. + Corps féminin, qui tant est tendre, + Polly, souef, si precieulx, + Te faudra-il ces maulx attendre? + Ouy, ou tout vif aller ès cieulx. + + [P. 34] + + BALLADE + DES DAMES DU TEMPS JADIS. + + Dictes-moy où, n'en quel pays, + Est Flora, la belle Romaine; + Archipiada, ne Thaïs, + Qui fut sa cousine germaine; + Echo, parlant quand bruyt on maine + Dessus rivière ou sus estan, + Qui beauté eut trop plus qu'humaine? + Mais où sont les neiges d'antan! + + Où est la très sage Heloïs, + Pour qui fut chastré et puis moyne + Pierre Esbaillart à Sainct-Denys? + Pour son amour eut cest essoyne. + Semblablement, où est la royne + Qui commanda que Buridan + Fust jetté en ung sac en Seine? + Mais où sont les neiges d'antan! + + La royne Blanche comme ung lys, + Qui chantoit à voix de sereine; + Berthe au grand pied, Bietris, Allys; + Harembourges, qui tint le Mayne, + Et Jehanne, la bonne Lorraine, + Qu'Anglois bruslèrent à Rouen; + Où sont-ilz, Vierge souveraine?... + Mais où sont les neiges d'antan! + [P. 35] + ENVOI + + Prince, n'enquerez de sepmaine + Où elles sont, ne de cest an, + Que ce refrain ne vous remaine: + Mais où sont les neiges d'antan! + + + BALLADE + DES SEIGNEURS DU TEMPS JADIS + + Suyvant le propos précèdent. + + Qui plus? Où est le tiers Calixte, + Dernier decedé de ce nom, + Qui quatre ans tint le Papaliste? + Alphonse, le roy d'Aragon, + Le gracieux duc de Bourbon, + Et Artus, le duc de Bretaigne, + Et Charles septiesme, le Bon?... + Mais où est le preux Charlemaigne! + + Semblablement, le roy Scotiste, + Qui demy-face eut, ce dit-on, + Vermeille comme une amathiste + Depuys le front jusqu'au menton? + Le roy de Chypre, de renom; + Hélas! et le bon roy d'Espaigne, + Duquel je ne sçay pas le nom?... + Mais où est le preux Charlemaigne! + + D'en plus parler je me désiste; [P. 36] + Ce n'est que toute abusion. + Il n'est qui contre mort résiste, + Ne qui treuve provision. + Encor fais une question: + Lancelot, le roy de Behaigne, + Où est-il? Où est son tayon?... + Mais où est le preux Charlemaigne! + + ENVOI. + + Où est Claquin, le bon Breton? + Où le comte Daulphin d'Auvergne, + Et le bon feu duc d'Alençon?... + Mais où est le preux Charlemaigne! + + + BALLADE + + A ce propos, en vieil françois. + + Mais où sont ly sainctz apostoles, + D'aulbes vestuz, d'amys coeffez, + Qui sont ceincts de sainctes estoles, + Dont par le col prent ly mauffez, + De maltalent tout eschauffez? + Aussi bien meurt tilz que servans; + De ceste vie sont bouffez: + Autant en emporte ly vens. + + Voire, où sont de Constantinobles + L'emperier aux poings dorez, + Ou de France ly roy tresnobles, + Sur tous autres roys décorez. + Qui, pour ly grand Dieux adorez, [P. 37] + Bastist eglises et convens? + S'en son temps il fut honorez, + Autant en emporte ly vens. + + Où sont de Vienne et de Grenobles + Ly Daulphin, ly preux, ly senez? + Où, de Dijon, Sallins et Dolles, + Ly sires et ly filz aisnez? + Où autant de leurs gens privez, + Heraulx, trompettes, poursuyvans? + Ont-ilz bien bouté soubz le nez?... + Autant en emporte ly vens. + + ENVOI. + + Princes à mort sont destinez, + Et tous autres qui sont vivans; + S'ils en sont coursez ou tennez, + Autant en emporte ly vens. + + + XLII. + + Puys que papes, roys, filz de roys, + Et conceuz en ventres de roynes, + Sont enseveliz, mortz et froidz, + En aultruy mains passent leurs resnes; + Moy, pauvre mercerot de Renes, + Mourray-je pas? Ouy, se Dieu plaist; + Mais que j'aye faict mes estrenes, + Honneste mort ne me desplaist. + + XLIII. + + Ce monde n'est perpetuel, + Quoy que pense riche pillart; + Tous sommes soubz coutel mortel. + Ce confort prent pauvre vieillart, [P. 38] + Lequel d'estre plaisant raillart + Eut le bruyt, lorsque jeune estoit, + Qu'on tiendrait à fol et paillait, + Se, vieil, à railler se mettoit. + + XLIV. + + Or luy convient-il mendier, + Car à ce force le contraint. + Regrette huy sa mort, et hier; + Tristesse son cueur si estrainct, + Souvent, se n'estoit Dieu qu'il crainct, + Il feroit un horrible faict. + Si advient qu'en ce Dieu enfrainct, + Et que luy-mesmes se deffaict. + + XLV. + + Car, s'en jeunesse il fut plaisant, + Ores plus rien ne dit qui plaise. + Tousjours vieil synge est desplaisant: + Moue ne faict qui ne desplaise. + S'il se taist, affin qu'il complaise, + Il est tenu pour fol recreu; + S'il parle, on luy dit qu'il se taise. + Et qu'en son prunier n'a pas creu. + + XLVI. + + Aussi, ces pauvres femmelettes, + Qui vieilles sont et n'ont de quoy, + Quand voyent jeunes pucellettes + En admenez et en requoy, + Lors demandent à Dieu pourquoy + Si tost nasquirent, n'a quel droit? + Notre Seigneur s'en taist tout coy, + Car, au tanser, il le perdroit. + + [P. 39] + + LES REGRETS + DE LA BELLE HEAULMIÈRE + + Jà parvenue à vieillesse. + + Advis m'est que j'oy regretter + La belle qui fut heaulmière, + Soy jeune fille souhaitter + Et parler en ceste manière: + «Ha! vieillesse felonne et fière, + Pourquoy m'as si tost abatue? + Qui me tient que je ne me fière, + Et qu'à ce coup je ne me tue? + + «Tollu m'as ma haulte franchise + Que beauté m'avoit ordonné + Sur clercz, marchans et gens d'Eglise: + Car alors n'estoit homme né + Qui tout le sien ne m'eust donné, + Quoy qu'il en fust des repentailles, + Mais que luy eusse abandonné + Ce que reffusent truandailles. + + «A maint homme l'ay reffusé, + Qui n'estoit à moy grand saigesse, + Pour l'amour d'ung garson rusé, + Auquel j'en feiz grande largesse. + A qui que je feisse finesse, + Par m'ame, je l'amoye bien! + Or ne me faisoit que rudesse, + Et ne m'amoyt que pour le mien. + + «Jà ne me sceut tant detrayner, [P. 40] + Fouller au piedz, que ne l'aymasse, + Et m'eust-il faict les rains trayner, + S'il m'eust dit que je le baisasse + Et que tous mes maux oubliasse; + Le glouton, de mal entaché, + M'embrassoit... J'en suis bien plus grasse! + Que m'en reste-il? Honte et péché. + + «Or il est mort, passé trente ans, + Et je remains vieille et chenue. + Quand je pense, lasse! au bon temps, + Quelle fus, quelle devenue; + Quand me regarde toute nue, + Et je me voy si très-changée, + Pauvre, seiche, maigre, menue, + Je suis presque toute enragée. + + «Qu'est devenu ce front poly, + Ces cheveulx blonds, sourcilz voultyz, + Grand entr'oeil, le regard joly, + Dont prenoye les plus subtilz; + Ce beau nez droit, grand ne petiz; + Ces petites joinctes oreilles, + Menton fourchu, cler vis traictis, + Et ces belles lèvres vermeilles? + + «Ces gentes espaules menues, + Ces bras longs et ces mains tretisses; + Petitz tetins, hanches charnues, + Eslevées, propres, faictisses + A tenir amoureuses lysses; + Ces larges reins, ce sadinet, + Assis sur grosses fermes cuysses, [P. 41] + Dedans son joly jardinet? + + «Le front ridé, les cheveulx gris, + Les sourcilz cheuz, les yeulx estainctz, + Qui faisoient regars et ris, + Dont maintz marchans furent attaincts; + Nez courbé, de beaulté loingtains; + Oreilles pendans et moussues; + Le vis pally, mort et destaincts; + Menton foncé, lèvres peaussues: + + «C'est d'humaine beauté l'yssues! + Les bras courts et les mains contraictes, + Les espaulles toutes bossues; + Mammelles, quoy! toutes retraictes; + Telles les hanches que les tettes. + Du sadinet, fy! Quant des cuysses, + Cuysses ne sont plus, mais cuyssettes + Grivelées comme saulcisses. + + «Ainsi le bon temps regretons + Entre nous, pauvres vieilles sottes, + Assises bas, à croppetons, + Tout en ung tas comme pelottes, + A petit feu de chenevottes, + Tost allumées, tost estainctes; + Et jadis fusmes si mignottes!... + Ainsi en prend à maintz et maintes.» + + [P. 42] + + BALLADE DE LA BELLE HEAULMIÈRE + AUX FILLES DE JOIE. + + «Or y pensez, belle Gantière, + Qui m'escolière souliez estre, + Et vous, Blanche la Savetière, + Ores est temps de vous congnoistre. + Prenez à dextre et à senestre; + N'espargnez homme, je vous prie: + Car vieilles n'ont ne cours ne estre, + Ne que monnoye qu'on descrie. + + «Et vous, la gente Saulcissière, + Qui de dancer estes adextre; + Guillemette la Tapissière, + Ne mesprenez vers vostre maistre; + Tous vous fauldra clorre fenestre, + Quand deviendrez vieille, flestrie; + Plus ne servirez qu'un vieil prebstre, + Ne que monnoye qu'on descrie. + + «Jehanneton la Chaperonnière, + Gardez qu'ennuy ne vous empestre; + Katherine la Bouchière, + N'envoyez plus les hommes paistre: + Car qui belle n'est, ne perpetre + Leur bonne grace, mais leur rie. + Laide vieillesse amour n'impetre, + Ne que monnoye qu'on descrie. + + ENVOI. + + «Filles, veuillez vous entremettre + D'escouter pourquoy pleure et crie + C'est que ne puys remède y mettre, [P. 43] + Ne que monnoye qu'on descrie.» + + + XLVII. + + Ceste leçon icy leur baille + La belle et bonne de jadis; + Bien dit ou mal, vaille que vaille, + Enregistrer j'ay faict ces ditz + Par mon clerc Fremin l'estourdys, + Aussi rassis que je pense estre... + S'il me desment, je le mauldys: + Selon le clerc est deu le maistre. + + XLVIII. + + Si apercoy le grand danger + Là où l'homme amoureux se boute... + Hé! qui me vouldroit laidanger + De ce mot, en disant: «Escoute! + Se d'aymer t'estrange et reboute + Le barat de celles nommées, + Tu fais une bien folle doubte, + Car ce sont femmes diffamées. + + XLIX. + + «S'ils n'ayment fors que pour l'argent, + On ne les ayme que pour l'heure. + Rondement ayment toute gent, + Et rient lors quant bourse pleure. + De celles n'est qui ne recoeuvre; + Mais en femmes d'honneur et nom + Franc homme, se Dieu me sequeure, + Se doit employer; ailleurs, non.» + + L. [P. 44] + + Je prens qu'aucun dye cecy, + Si ne me contente-il en rien. + En effect, je concludz ainsy, + Et sy le cuyde entendre bien, + Qu'on doit aymer en lieu de bien. + Asçavoir-mon se ces fillettes, + Qu'en parolles toute jour tien, + Ne furent pas femmes honnestes? + + LI. + + Honnestes, si furent vrayement, + Sans avoir reproches ne blasmes. + S'il est vray que, au commencement, + Une chascune de ces femmes + Lors prindrent, ains qu'eussent diffames, + L'une ung clerc, ung lay, l'autre ung moine, + Pour estaindre d'amours les flammes, + Plus chauldes que feu Sainct-Antoine. + + LII. + + Or firent selon le decret + Leurs amys, et bien y appert; + Elles aymoient en lieu secret, + Car autre qu'eulx n'y avoit part. + Toutesfois, ceste amour se part: + Car celle qui n'en avoit qu'un + D'icelluy s'eslongne et despart, + Et ayme myeulx aymer chascun. + + LIII. + + Qui les meut à ce? J'imagine, + Sans l'honneur des dames blasmer + Que c'est nature feminine, [P. 45] + Qui tout vivement veult aymer. + Autre chose n'y sçay rymer; + Fors qu'on dit, à Reims et à Troys, + Voire à l'Isle et à Sainct-Omer, + Que six ouvriers font plus que troys. + + LIV. + + Or ont les folz amans le bond, + Et les dames prins la vollée; + C'est le droit loyer qu'amours ont; + Toute foy y est violée, + Quelque doulx baiser n'acollée. + De chiens, d'oyseaulx, d'armes, d'amours, + Chascun le dit à la vollée: + «Pour ung plaisir mille doulours.» + + + + DOUBLE BALLADE + SUR LE MÊME PROPOS. + + Pour ce, aymez tant que vouldrez, + Suyvez assemblées et festes, + En la fin jà mieulx n'en vauldrez, + Et sy n'y romprez que vos testes: + Folles amours font les gens bestes: + Salmon en idolatrya; + Samson en perdit ses lunettes... + Bien heureux est qui rien n'y a! + + Orpheus, le doux menestrier, + Jouant de flustes et musettes, + En fut en dangier du meurtrier [P. 46] + Bon chien Cerberus à troys testes; + Et Narcissus, _le bel honnestes_, + En ung profond puys se noya, + Pour l'amour de ses amourettes... + Bien heureux est qui rien n'y a! + + Sardana, le preux chevalier, + Qui conquist le regne de Crètes, + En voult devenir moulier + Et filer entre pucellettes. + David ly roy, saige prophètes, + Craincte de Dieu en oublya, + Voyant laver cuisses bien faictes... + Bien heureux est qui rien n'y a! + + Ammon en voult deshonnorer, + Feignant de manger tartelettes, + Sa soeur Thamar, et deflorer, + Qui fist choses moult deshonnestes; + Herodes (pas ne sont sornettes) + Sainct Jean-Baptiste en décolla, + Pour dances, saultz et chansonnettes... + Bien heureux est qui rien n'y a! + + De moy, pauvre, je veuil parler; + J'en fuz batu, comme à ru telles, + Tout nud, jà ne le quiers celer. + Qui me feit mascher ces groiselles, + Fors Katherine de Vauselles? + Noé le tiers ot, qui fut là. + Mitaines à ces nopces telles, + Bien heureux est qui rien n'y a! + + Mais que ce jeune bachelier [P. 47] + Laissast ces jeunes bachelettes, + Non! et, le deust-on vif brusler, + Comme ung chevaucheur d'escovettes. + Plus doulces luy sont que civettes; + Mais toutesfoys fol s'y fia: + Soient blanches, soient brunettes, + Bien heureux est qui rien n'y a! + + + LV. + + Si celle que jadis servoye + De si bon cueur et loyaument, + Dont tant de maulx et griefz j'avoye, + Et souffroye tant de torment, + Se dit m'eust, au commencement, + Sa voulenté (mais nenny, las!), + J'eusse mys peine aucunement, + De moy retraire de ses las. + + LVI. + + Quoy que je luy voulsisse dire, + Elle estoit preste d'escouter, + Sans m'accorder ne contredire; + Qui plus, me souffroit arrester, + Joignant elle près s'accouter; + Et ainsi m'alloit amusant, + Et me souffroit tout racompter, + Mais ce n'estoit qu'en m'abusant. + + LVII. + + Abusé m'a, et faict entendre + Tousjours d'ung que ce fust ung aultre; + De farine, que ce fust cendre; + D'ung mortier, ung chapeau de feautre; [P. 48] + De viel machefer, que fust peaultre; + D'ambesas, que ce fussent ternes... + Toujours trompant ou moy ou aultre, + Et vendoit vessies pour lanternes. + + LVIII. + + Du ciel, une poisle d'arain; + Des nues, une peau de veau; + Du matin, qu'estoit le serain; + D'un trongnon de chou, ung naveau; + D'orde cervoise, vin nouveau; + D'une truie, ung molin à vent; + Et d'une hart, ung escheveau; + D'un gras abbé, ung poursuyvant. + + LIX. + + Ainsi m'ont amours abusé, + Et pourmené de l'uys au pesle. + Je croy qu'homme n'est si rusé, + Fust fin comme argent de crepelle, + Qui n'y laissast linge et drapelle, + Mais qu'il fust ainsi manyé + Comme moy, qui partout m'appelle: + _L'Amant remys et renyé_. + + LX. + + Je renye Amours et despite; + Je deffie à feu et à sang. + Mort par elles me precipite, + Et si ne leur vault pas d'ung blanc. + Ma vielle ay mys soubz le banc; + Amans je ne suyvray jamais; + Se jadis je fuz de leur ranc, + Je declaire que n'en suys mais. + + LXI. [P. 49] + + Car j'ay mys le plumail au vent: + Or le suyve qui a attente; + De ce me tays dorenevant. + Poursuyvre je vueil mon entente, + Et, s'aucun m'interroge ou tente + Comment d'amours ose mesdire, + Geste parolle les contente: + «Qui meurt a ses loix de tout dire.» + + LXII. + + Je cognoys approcher ma soef; + Je crache, blanc comme cotton, + Jacobins gros comme ung estoeuf: + Qu'est-ce à dire? que Jenanneton + Plus ne me tient pour valeton, + Mais pour ung vieil usé régnait... + De vieil porte voix et le ton, + Et ne suys qu'ung jeune coquart. + + LXIII. + + Dieu mercy et Jaques Thibault, + Qui tant d'eau froide m'a faict boyre, + En ung bas lieu, non pas en hault; + Manger d'angoisse mainte poire; + Enferré... Quand j'en ay mémoire, + Je pry pour luy et _reliqua_, + Que Dieu luy doint... et voire, voire, + Ce que je pense... _et cetera_. + + LXIV. + + Toutesfoys, je n'y pense mal, + Pour luy et pour son lieutenant; + Aussy pour son official, [P. 50] + Qui est plaisant et advenant, + Que faire n'ay du remenant; + Mais du petit maistre Robert?... + Je les ayme, tout d'ung tenant, + Ainsi que faict Dieu le Lombart. + + LXV. + + Si me souvient, à mon advis, + Que je feis, à mon partement, + Certains lays, l'an cinquante six, + Qu'aucuns, sans mon consentement, + Voulurent nommer _Testament_; + Leur plaisir fut, et non le mien: + Mais quoy! on dit communement, + Qu'un chascun n'est maistre du sien. + + LXVI. + + S'ainsi estoit qu'aulcun n'eust pas + Receu les lays que je luy mande, + J'ordonne que, après mon trespas, + A mes hoirs en face demande; + Qui sont-ilz? si on le demande: + Moreau, Provins, Robin Turgis; + De moy, par dictez que leur mande, + Ont eu jusqu'au lict où je gys. + + LXVII. + + Pour le révoquer ne le dy, + Et y courust toute ma terre; + De pitié en suys refroidy, + Envers le bastard de la Barre: + Parmy ses trois gluvons de foerre, + Je luy donne mes vieilles nattes; + Bonnes seront pour tenir serre, [P. 51] + Et soy soustenir sur ses pattes. + + LXVIII. + + Somme, plus ne diray qu'ung mot, + Car commencer veuil à tester: + Devant mon clerc Fremin, qui m'ot + (S'il ne dort), je vueil protester, + Que n'entends homme detester, + En ceste presente ordonnance; + Et ne la vueil manifester + Sinon au royaulme de France. + + LXIX. + + Je sens mon cueur qui s'affoiblist, + Et plus je ne puys papier. + Fremin, siez-toy près de mon lict, + Que l'on ne me viengne espier! + Prens tost encre, plume et papier, + Ce que nomme escryz vistement; + Puys fais-le partout copier, + Et vecy le commancement. + + + _Ici commance Villon à tester_. + + LXX. + + Au nom de Dieu, Père eternel. + Et du Filz que Vierge parit, + Dieu au Père oeternel, + Ensemble et du Sainct Esperit, + Qui saulva ce qu'Adam périt, + Et du pery pare les Cieulx... + Qui bien ce croyt, peu ne merit: [P. 52] + De gens mortz se font petiz Dieux. + + LXXI. + + Mortz estoient, et corps et ames, + En damnée perdition; + Corps pourriz, et ames en flammes, + De quelconque condition; + Toutesfoys, fais exception + Des patriarches et prophètes; + Car, selon ma conception, + Oncques grand chault n'eurent aux fesses. + + LXXII. + + Qui me diroit: «Qui te faict mectre + Si très-avant ceste parolle, + Qui n'es en Théologie maistre? + A toy est presumption folle.» + --C'est de JESUS la parabolle, + Touchant le Riche ensevely + En feu, non pas en couche molle, + Et du Ladre, de dessus ly. + + LXXIII. + + Si du Ladre eust veu le doy ardre, + Jà n'en eust requis refrigère, + N'au bout d'icelluy doiz aherdre, + Pour refreschir sa maschouëre. + Pions y feront mate chère, + Qui boy vent pourpoinct et chemise: + Puys que boyture y est si chère, + Dieu nous garde de la main mise! + + LXXIV. [P. 53] + + Ou nom de Dieu, comme j'ay dit, + Et de sa glorieuse Mère, + Sans peché soit parfaict ce dict + Par moy, plus maigre que chimere; + Si je n'ay eu fièvre effimère, + Ce m'a faict divine clémence; + Mais d'autre dueil et perte amère + Je me tays, et ainsi commence: + + LXXV. + + Premier, je donne ma pauvre ame + A la benoiste Trinité, + Et la commande à Nostre Dame, + Chambre de la divinité; + Priant toute la charité + Des dignes neuf Ordres des cieulx, + Que par eulx soit ce don porté + Devant le Trosne précieux. + + LXXVI. + + Item, mon corps j'ordonne et laisse + A nostre grand mère la terre; + Les vers n'y trouveront grand gresse: + Trop lui a faict faim dure guerre. + Or luy soit délivré grand erre; + De terre vint, en terre tourne. + Toute chose, se par trop n'erre, + voulentiers en son lieu retourne. + + LXXVII. + + Item, et à mon plus que père, + Maistre Guillaume de Villon + Qui m'a esté plus doulx que mère [P. 54] + D'enfant eslevé de maillon; + Dejetté m'a de maint boillon, + Et de cestuy pas ne s'esjoye, + Si luy requiers à genoillon, + Qu'il m'en laisse toute la joye. + + LXXVIII. + + Je luy donne ma librairie, + Et le _Rommant du Pet au Diable_, + Lequel maistre Gui Tabarie + Grossoya, qu'est hom véritable. + Par cayers est soubz une table. + Combien qu'il soit rudement faict, + La matière est si très notable, + Qu'elle amende tout le meffaict. + + LXXIX. + + Item, donne à ma bonne mère + Pour saluer nostre Maistresse, + Qui pour moy eut douleur amère, + Dieu le sçait, et mainte tristesse; + Autre chastel ou fosteresse + N'ay où retraire corps et ame, + Quand sur moy court male destresse, + Ne ma mère, la povre femme! + + [P. 55] + + BALLADE + QUE VILLON FEIT A LA REQUESTE DE SA MÈRE, + POUR PRIER NOSTRE-DAME. + + Dame du ciel, régente terrienne, + Emperière des infernaulx palux, + Recevez-moy, vostre humble chrestienne, + Que comprinse soye entre voz esleuz, + Ce non obstant qu'oncques rien ne valuz. + Les biens de vous, ma dame et ma maistresse, + Sont trop plus grans que ne suis pecheresse, + Sans lesquelz biens ame ne peult merir + N'avoir les cieulx, je n'en suis jengleresse. + En ceste foy je vueil vivre et mourir. + + A vostre Filz dictes que je suis sienne; + Que de luy soyent mes péchez aboluz: + Pardonnés moi comme à l'Egyptienne, + Ou comme il feit au clerc Theophilus, + Lequel par vous fut quitte et absoluz, + Combien qu'il eust au diable faict promesse. + Preservez-moy, que je ne face cesse; + Vierge, pourtant, me vouilliés impartir + Le sacrement qu'on celebre à la messe. + En ceste foy je vueil vivre et mourir. + + Femme je suis povrette et ancienne, + Ne riens ne sçay; oncques lettre ne leuz; + Au monstier voy dont suis parroissienne + Paradis painct, où sont harpes et luz, + Et ung enfer où damnez sont boulluz: [P. 56] + L'ung me faict paour, l'autre joye et liesse. + La joye avoir fais-moy, haulte Deesse, + A qui pecheurs doivent tous recourir, + Comblez de foy, sans faincte ne paresse. + En ceste foy je vueil vivre et mourir. + + ENVOI. + + Vous portastes, Vierge, digne princesse, + JESUS régnant, qui n'a ne fin ne cesse. + Le Tout-Puissant, prenant nostre foiblesse, + Laissa les cieulx et nous vint secourir; + Offrist à mort sa très clère jeunesse; + Nostre Seigneur tel est, tel le confesse. + En ceste foy je vueil vivre et mourir. + + + + LXXX. + + Item, m'amour, ma chère Rosé, + Ne luy laisse ne cueur ne foye: + Elle aymeroit mieulx autre chose, + Combien qu'elle ait assez monnoye: + Quoy? une grand bourse de soye, + Pleine d'escuz, profonde et large: + Mais pendu soit-il, que je soye, + Qui luy lairra escu ne targe. + + LXXXI. + + Car elle en a, sans moy, assez. + Mais de cela il ne m'en chault; + Mes grans deduictz en sont passez; + Plus n'en ay le cropion chauld. + Si m'en desmetz aux hoirs Michault, [P. 57] + Qui fut nommé le bon fouterre. + Priez pour luy, faictes ung sault: + A Saint-Satur gist, soubz Sancerre. + + LXXXII. + + Ce non obstant, pour m'acquitter + Envers Amours, plus qu'envers elle, + Car oncques n'y peuz acquester + D'amours une seule estincelle; + Ne sçay s'à tous est si rebelle + Qu'à moy: ce ne m'est grand esmoy; + Mais, par saincte Marie la belle! + Je n'y voy que rire pour moy. + + LXXXIII. + + Ceste Ballade luy envoye, + Qui se termine toute en R. + Qui la portera? que j'y voye: + Ce sera Pernet de la Barre, + Pourveu, s'il rencontre en son erre + Ma damoyselle au nez tortu, + Il luy dira, sans plus enquerre: + «Orde paillarde, d'où viens-tu?» + + + + BALLADE + DE VILLON A S'AMYE. + + Faulse beaulté, qui tant me couste cher. + Rude en effect, hypocrite doulceur; + Amour dure, plus que fer, à mascher; [P. 58] + Nommer que puis de ma deffaçon soeur, + Cherme felon, la mort d'ung povre cueur, + Orgueil mussé, qui gens met au mourir; + Yeulx sans pitié! ne veult droicte rigueur, + Sans empirer, ung pauvre secourir? + + Mieulx m'eust valu avoir esté crier + Ailleurs secours, c'eust esté mon bonheur: + Rien ne m'eust sceu hors de ce fait chasser; + Trotter m'en fault en fuyte à deshonneur. + Haro, haro, le grand et le mineur! + Et qu'est cecy? mourray, sans coup ferir, + Ou pitié veult, selon ceste teneur, + Sans empirer, ung povre secourir. + + Ung temps viendra, qui fera desseicher, + Jaulnir, flestrir, vostre espanie fleur: + Je m'en risse, se tant peusse marcher, + Mais nenny: lors (ce seroit donc foleur) + Vieil je seray; vous, laide, et sans couleur. + Or, beuvez fort, tant que ru peult courir. + Ne donnez pas à tous ceste douleur, + Sans empirer, ung povre secourir. + + ENVOI. + + Prince amoureux, des amans le greigneur, + Vostre mal gré ne vouldroye encourir; + Mais tout franc cueur doit, par Nostre Seigneur, + Sans empirer, ung povre secourir. + + + [P. 59] + LXXXIV. + + Item, à maistre Ythier, marchant, + Auquel mon branc laissay jadis, + Donne (mais qu'il le mette en chant), + Ce lay, contenant des vers dix; + Et aussi ung _De profundis_ + Pour ses anciennes amours, + Desquelles le nom je ne dis, + Car il me herroit à tousjours. + + + + LAY OU PLUSTOST RONDEAU. + + MORT, j'appelle de ta rigueur, + Qui m'as ma maistresse ravie, + Et n'es pas encore assouvie, + Se tu ne me tiens en langueur. + Onc puis n'euz force ne vigueur; + Mais que te nuysoit-elle en vie, + Mort? + + Deux estions, et n'avions qu'ung cueur; + S'il est mort, force est que dévie, + Voire, ou que je vive sans vie, + Comme les images, par cueur, + Mort! + + + + LXXXV. + + Item, à maistre Jehan Cornu, + Autres nouveaux lays luy vueil faire, + Car il m'a tousjours secouru [P. 60] + A mon grand besoing et affaire: + Pour ce, le jardin luy transfère, + Que maistre Pierre Bourguignon + Me renta, en faisant refaire + L'huys, et redrecier le pignon. + + LXXXVI. + + Par faulte d'ung huys, j'y perdis + Ung grez, et ung manche de houe. + Alors, huyt faulcons, non pas dix, + N'y eussent pas prins une alloüe. + L'hostel est seur, mais qu'on le cloüe. + Pour enseigne y mis ung havet; + Qui que l'ait prins, point ne l'en loüe: + Sanglante nuict et bas chevet! + + LXXXVII. + + Item, et pource que la femme + De maistre Pierre Sainct Amant + (Combien, si coulpe y a ou blasme, + Dieu luy pardonne doulcement!) + Me meist en reng de caymant, + Pour le Cheval Blanc qui ne bouge, + Luy changeay à une jument, + Et la Mulle à ung Asne rouge. + + LXXXVIII. + + Item, donne à sire Denys + Hesselin, Esleu de Paris, + Quatorze muys de vin d'Aulnis, + Prins chez Turgis, à mes perilz. + S'il en beuvoit tant que periz + En fust son sens et sa raison, + Qu'on mette de l'eau es barrilz: [P. 61] + Vin perd mainte bonne maison. + + LXXXIX. + + Item, donne à mon advocat, + Maistre Guillaume Charruau, + Quoy qu'il marchande ou ait estât, + Mon branc... Je me tays du fourreau, + Il aura, avec ce, ung réau + En change, affin que sa bourse enfle, + Prins sur la chaussée et carreau + De la grand closture du Temple. + + Item, mon procureur Fournier + Aura, pour toutes ses corvées + (Simple seroit de l'espargner; + En ma bourse quatre havées), + Car maintes causes m'a saulvées, + Justes, ainsi, JESUS-CHRIST m'ayde! + Comme elles ont esté trouvées; + Mais bon droit a bon mestier d'ayde. + + XCI. + + Item, je donne à maistre Jaques + Raguyer le grant godet de Grève, + Pourveu qu'il payera quatre plaques, + Deust-il vendre, quoy qu'il luy griefve, + Ce dont on ceuvre mol et grève; + Aller sans chausses et chappin, + Tous les matins, quand il se liève, + Au trou de la Pomme de pin. + + XCII. [P. 62] + + Item, quant est de Mairebeuf, + Et de Nicolas de Louviers, + Vache ne leur donne ne beuf, + Car vachers ne sont, ne bouviers, + Mais gens à porter esperviers, + Ne cuidez pas que je vous joue, + Pour prendre perdriz et plouviers, + Sans faillir, sur la Maschecroüe. + + XCIII. + + Item, vienne Robert Turgis + A moy, je luy payeray son vin, + Combien, s'il trouve mon logis, + Plus fort sera que le devin. + Le droit luy donne d'eschevin, + Que j'ay comme enfant de Paris... + Se je parle ung peu poictevin, + Ilce m'ont deux dames appris. + + XCIV. + + Filles sont très belles et gentes, + Demourantes à Sainct-Genou, + Près Sainct-Julian des Voventes, + Marches de Bretaigne ou Poictou, + Mais je ne dy proprement où, + Or y pensez trestous les jours, + Car je ne suis mie si fou... + Je pense celer mes amours. + + XCV. + + Item, à Jehan Raguyer je donne, + Qui est sergent, voir des Douze, + Tant qu'il vivra, ainsi l'ordonne, [P. 63] + Tous les jours une talemouze, + Pour brouter et fourrer sa mouse, + Prinse à la table de Bailly; + A Maubuay sa gorge arrouse, + Car à manger n'a pas failly. + + XCVI. + + Item, donne au prince des Sotz + Pour ung bon sot Michault du Four, + Qui à la fois dit de bons motz + Et chante bien: _Ma doulce amour_! + Avec ce, il aura le bonjour. + Brief, mais qu'il fust ung peu en poinct, + Il est ung droit sot de séjour, + Et est plaisant où il n'est point. + + XCVII. + + Item, aux unze vingtz Sergens + Donne, car leur faict est honneste, + Et sont bonnes et doulces gens, + Denis Richier, et Jehan Vallette, + A chascun une grand cornette, + Pour pendre à leurs chappeaulx de feautre + J'entendz à ceulx de pied, hohecte! + Car je n'ay que faire des autres. + + XCVIII. + + Derechef, donne à Périnet, + J'entendz le bastard de la Barre, + Pour ce qu'il est beau fils et net, + En son escu, en lieu de barre, + Trois detz plombez, de bonne carre, + Ou ung beau joly jeu de cartes... + Mais quoy! s'on l'oyt vessir ne poirre, [P. 64] + En oultre aura les fièvres quartes. + + XCIX. + + Item, ne vueil plus que Chollet + Dolle, trenche, douve ne boyse, + Relye brocq ne tonnelet, + Mais tous ses outilz changer voyse + A une espée lyonnoise, + Et retienne le hutinet: + Combien qu'il n'ayme bruyt ne noyse, + Si luy plaist-il ung tantinet. + + C. + + Item, je donne à Jehan le Lou, + Homme de bien et bon marchant, + Pour ce qu'il est linget et flou, + Et que Chollet est mal chassant, + Par les rues plustost qu'au champ, + Qui ne lairra poulaille en voye, + Le long tabart, et bien cachant, + Pour les musser, qu'on ne les voye. + + CI. + + Item, à l'orfèvre Du Boys, + Donne cent clouz, queues et testes, + De gingembre sarazinoys, + Non pas pour accoupler ses boytes, + Mais pour conjoindre culz et coettes, + Et couldre jambons et andoilles, + Tant que le laict en monte aux tettes, + Et le sang en devalle aux coilles. + + CII. [P. 65] + + Au cappitaine Jehan Riou, + Tant pour luy que pour ses archiers, + Je donne six livres de lou, + Qui n'est pas viande à porchiers, + Prins à gros mastins de bouchiers, + Et cuittes de vin de buffet. + Pour manger de ces morceaulx chiers, + On en ferait bien un mau faict. + + CIII. + + C'est viande ung peu plus pesante, + Que duvet, ne plume, ne liège. + Elle est bonne à porter en tente, + Ou pour user en quelque siège. + Et, s'ilz estoient prins en un piège, + Les mastins, qu'ils ne sceussent courre, + J'ordonne, moy qui suis bon miège, + Que des peaulx, sur l'hyver, se fourre. + + CIV. + + Item, à Robin Troussecaille, + Qui s'est en service bien faict; + A pied ne va comme une caille, + Mais sur roussin gros et reffaict: + Je luy donne, de mon buffet, + Une jatte qu'emprunter n'ose; + Si aura mesnage parfait: + Plus ne luy failloit autre chose. + + CV. + + Item, donne à Perrot Girard, + Barbier juré du Bourg-la-Royne, + Deux bassins et ung coquemard, [P. 66] + Puis qu'à gaigner mect telle peine. + Des ans y a demy douzaine, + Qu'en son hostel, de cochons gras + M'apastela une sepmaine; + Tesmoing l'abesse de Pourras. + + CVI. + + Item, aux Frères mendians, + Aux Devotes et aux Beguines, + Tant de Paris que d'Orléans, + Tant Turlupins que Turlupines, + De grasses souppes jacobines + Et flans leurs fais oblation; + Et puis après, soubz les courtines, + Parler de contemplation. + + CVII. + + Si ne suis-je pas qui leur donne, + Mais du tout en sont-ce les mères, + Et Dieu, qui ainsi les guerdonne, + Pour qui souffrent peines amères. + Il fault qu'ilz vivent, les beaulx pères, + Et mesmement ceulx de Paris. + S'ilz font plaisir à noz commères, + Ilz ayment ainsi les maris. + + CVIII. + + Quoy que maistre Jehan de Pontlieu + En voulsist dire, _et reliqua_, + Contrainct et en publique lieu, + Voulsist ou non, s'en revocqua. + Maistre Jehan de Mehun se moqua + De leur façon; si feit Mathieu. + Mais on doit honorer ce qu'a [P. 67] + Honnoré l'Eglise de Dieu. + + CIX. + + Si me submectz, leur serviteur, + En tout ce que puis faire et dire, + A les honorer de bon cueur, + Et servir, sans y contredire. + L'homme bien fol est d'en mesdire, + Car, soit à part, ou en prescher, + Ou ailleurs, il ne fault pas dire + Si gens sont pour eux revencher. + + CX. + + Item, je donne à frère Baulde, + Demeurant à l'hostel des Carmes, + Portant chère hardie et baulde, + Une sallade et deux guysarmes, + Que De Tusca et ses gens d'armes + Ne luy riblent sa Caige-vert. + Vieil est: s'il ne se rend aux armes, + C'est bien le diable de Vauvert. + + CXI. + + Item, pour ce que le Scelleur, + Maint estront de mousche à masché, + Donne, car homme est de valleur, + Son sceau davantage craché, + Et qu'il ait le pouce escaché, + Pour tout comprendre à une voye; + J'entendz celluy de l'Evesché, + Car les autres, Dieu les pourvoye. + + CXII. [P. 68] + + Quant de messieurs les Auditeux, + Leur chambre auront lembroysée; + Et ceulx qui ont les culz rongneux, + Chascun une chaise persée, + Mais qu'à la petite Macée + D'Orléans, qui eut ma ceincture, + L'amende soit bien hault taxée: + Elle est une mauvaise ordure. + + CXIII. + + Item, donne à maistre Françoys, + Promoteur de la vacquerie, + Ung hault gorgerin d'Escossoys, + Toutesfois sans orfaverie; + Car, quant receut chevalerie, + Il maugrea Dieu et saint George. + Parler n'en oyt qu'il ne s'en rie, + Comme enragé, à pleine gorge. + + CXIV. + + Item, à maistre Jehan Laurens, + Qui a les povres yeulx si rouges, + Par le peché de ses parens, + Qui beurent en barilz et courges, + Je donne l'envers de mes bouges, + Pour chascun matin les torcher... + S'il fust archevesque de Bourges, + Du cendal eust, mais il est cher. + + CXV. + + Item, à maistre Jehan Cotard, + Mon procureur en Court d'Eglise, + Devoye environ ung patard, [P. 69] + Car à present bien m'en advise, + Quant chicanner me feit Denise, + Disant que l'avoye mauldite; + Pour son ame, qu'ès cieulx soit mise! + Ceste Oraison j'ay cy escripte. + + + BALLADE ET ORAISON. + + Père Noé, qui plantastes la vigne; + Vous aussi, Loth, qui bustes au rocher, + Par tel party qu'Amour, qui gens engigne, + De vos filles si vous feit approcher, + Pas ne le dy pour le vous reprocher, + Architriclin, qui bien sceustes cest art, + Tous trois vous pry qu'o vous veuillez percher + L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard! + + Jadis extraict il fut de vostre ligne, + Luy qui beuvoit du meilleur et plus cher; + Et ne deust-il avoir vaillant ung pigne, + Certes, sur tous, c'estoit un bon archer; + On ne luy sceut pot des mains arracher, + Car de bien boire oncques ne fut faitard. + Nobles seigneurs, ne souffrez empescher + L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard! + + Comme um viellart qui chancelle et trepign + L'ay veu souvent, quand il s'alloit coucher; + Et une foys il se feit une bigne, + Bien m'en souvient, à l'estal d'ung boucher. + Brief, on n'eust sçeu en ce monde chercher [P. 70] + Meilleur pion, pour boire tost et tard. + Faictes entrer quand vous orrez hucher + L'âme du bon feu maistre Jehan Cotard. + + ENVOI. + + Prince, il n'eust sçeu jusqu'à terre cracher; + Tousjours crioyt: Haro, la gorge m'ard! + Et si ne sceut oncq sa soif estancher, + L'âme du bon feu maistre Jehan Cotard. + + + + CXVI. + + Item, vueil que le jeune Merle + Désormais gouverne mon change, + Car de changer envys me mesle, + Pourveu que tousjours baille en change, + Soit à privé, soit à estrange, + Pour trois escus, six brettes targes; + Pour deux angelotz, ung grand ange: + Car amans doivent estre larges. + + CXVII. + + Item, j'ay sçeu, à ce voyage, + Que mes trois povres orphelins + Sont creus et deviennent en aage, + Et n'ont pas testes de belins, + Et qu'enfans d'icy à Salins + N'a mieulx saichans leur tour d'escolle; + Or, par l'ordre des Mathelins, + Telle jeunesse n'est pas folle. + + CXVIII. [P. 71] + + Si vueil qu'ilz voysent à l'estude; + Où? chez maistre Pierre Richer. + Le _Donnait_ est pour eulx trop rude: + Jà ne les y vueil empescher. + Ilz sçauront, je l'ayme plus cher: + _Ave salus, tibi decus_, + Sans plus grandes lettres chercher: + Tousjours n'ont pas clercs le dessus. + + CXIX. + + Cecy estudient, et puis ho! + Plus procéder je leur deffens. + Quant d'entendre le grand _Credo_, + Trop fort il est pour telz enfans. + Mon grant tabard en deux je fendz: + Si vueil que la moictié s'en vende, + Pour eulx en achepter des flans, + Car jeunesse est ung peu friande. + + CXX. + + Et veuil qu'ilz soyent informez + En meurs, quoy que couste bature; + Chapperons auront enfermez, + Et les poulces soubz la ceincture; + Humbles à toute créature; + Disans: _Hen? Quoy? Il n'en est rien!_ + Si diront gens, par adventure: + «Voycy enfans de lieu de bien!» + + CXXI. + + Item, à mes pouvres clergeons, + Auxquelz mes titres je resigne, + Beaulx enfans et droictz comme joncs, [P. 72] + Les voyans, je m'en dessaisine, + Et, sans recevoir, leur assigne, + Seur comme qui l'auroit en paulme, + A une certain jour que l'on signe, + Sur l'hostel de Guesdry Guillaume. + + CXXII. + + Quoy que jeunes et esbatans + Soyent, en rien ne me desplaist; + Dedans vingt, trente ou quarante ans + Bien autres seront, se Dieu plaist. + Il faict mal qui ne leur complaist, + Car ce sont beaux enfans et gents; + Et qui les bat ne fiert, fol est, + Car enfans si deviennent gens. + + CXXIII. + + Les bourses des Dix-et-huict clers + Auront; je m'y vueil travailler: + Pas ilz ne dorment comme lerz, + Qui trois mois sont sans resveiller. + Au fort, triste est le sommeiller + Qui faict aise jeune en jeunesse, + Tant qu'enfin luy faille veiller, + Quant reposer deust en vieillesse. + + CXXIV. + + Cy en escris au collateur + Lettres semblables et pareilles: + Or prient pour leur bienfaicteur, + Ou qu'on leur tire les oreilles. + Aucunes gens ont grand merveilles, + Que tant m'encline envers ces deux; + Mais, foy que doy, festes et veilles, [P. 73] + Oncques ne vey les mères d'eulx! + + CXXV. + + Item, et à Michault Culdou, + Et à sire Charlot Taranne, + Cent solz: s'ilz demandent prins où? + Ne leur chaille; ils viendront de manne; + Et unes houses de basanne, + Autant empeigne que semelle; + Pourveu qu'ils me saulveront Jehanne, + Et autant une autre comme elle. + + CXXVI. + + Item, au seigneur de Grigny, + Auquel jadis laissay Vicestre, + Je donne la tour de Billy, + Pourveu, se huys y a ne fenestre + Qui soit ne debout ne en estre, + Qu'il mette très bien tout appoinct: + Face argent à dextre, à senestre: + Il m'en fault, et il n'en a point. + + CXXVII. + + Item, à Thibault de la Garde: + Thibault? je mentz, il a nom Jehan; + Que luy donray-je, que ne perde? + Assez ay perdu tout cest an. + Dieu le vueille pourvoir, _amen...!_ + Le barillet? par m'ame, voyre! + Genevoys est le plus ancien, + Et plus beau nez a pour y boyre. + + + CXXVIII. [P. 74] + + Item, je donne à Basanyer, + Notaire et greffier criminel, + De giroffle plain ung panyer, + Prins chez maistre Jehan de Ruel. + Tant à Mautainct; tant à Rosnel; + Et, avec ce don de giroffle, + Servir, de cueur gent et ysnel, + Le seigneur qui sert sainct Cristofle, + + CXXIX. + + Auquel ceste Ballade donne, + Pour sa dame, qui tous biens a. + S'Amour ainsi tous ne guerdonne, + Je ne m'esbahys de cela; + Car au Pas conquesté celle a + Que tint René, roy de Cecille, + Où si bien fist et peu parla + Qu'oncques Hector feit, ne Troïle. + + + + BALLADE + + Que Villon donna à un gentilhomme, nouvellement marié, pour + l'envoyer à son espouse, par luy conquise à l'espée. + + Au poinct du jour, que l'esprevier se bat, + Meu de plaisir et par noble coustume, + Bruyt il demaine et de joye s'esbat, + Reçoit son per et se joint à la plume: + Ainsi vous vueil, à ce désir m'allume. + Joyeusement ce qu'aux amans bon semble. [P. 75] + Sachez qu'Amour l'escript en son volume, + Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble. + + Dame serez de mon cueur, sans debat, + Entierement, jusques mort me consume. + Laurier soüef qui pour mon droit combat, + Olivier franc, m'ostant toute amertume. + Raison ne veult que je desaccoustume, + Et en ce vueil avec elle m'assemble, + De vous servir, mais que m'y accoustume; + Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble. + + Et qui plus est, quand dueil sur moy s'embat, + Par fortune qui sur moy si se fume, + Vostre doulx oeil sa malice rabat, + Ne plus ne moins que le vent faict la fume. + Si ne perds pas la graine que je sume + En vostre champ, car le fruict me ressemble: + Dieu m'ordonne que le fouysse et fume; + Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble. + + ENVOI. + + Princesse, oyez ce que cy vous resume: + Que le mien cueur du vostre desassemble + Jà ne sera: tant de vous en presume; + Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble. + + + + CXXX. + + Item, à sire Jehan Perdryer, + Riens, n'à Françoys, son second frère. + Si m'ont-ilz voulu aydier, [P. 76] + Et de leurs biens faire confrère; + Combien que Françoys, mon compère, + Contre langues flambans et rouges, + Sans commandement, sans prière, + Me recommanda fort à Bourges. + + CXXXI. + + Si aille veoir en Taillevent, + Ou chapitre de fricassure, + Tout au long, derrière et devant, + Lequel n'en parle jus ne sure; + Mais à Macquaire vous asseure, + A tout le poil cuysant ung dyable, + Affin que sentist bon l'arsure, + Ce _Recipe_ m'escript, sans fable. + + + + BALLADE. + + En reagal, en arsenic rocher, + En orpigment, en salpestre et chaulx vive; + En plomb boillant, pour mieulx les esmorcher; + En suif et poix, destrampez de lessive + Faicte d'estronts et de pissat de Juifve; + En lavaille de jambes à meseaulx; + En raclure de piedz et vieulx houseaulx; + En sang d'aspic et drogues venimeuses; + En fiel de loups, de regnards et blereaux, + Soient frittes ces langues envieuses! + + En cervelle de chat qui hayt pescher, + Noir, et si vieil qu'il n'ait dent en gencive; + D'ung vieil mastin, qui vault bien aussi cher [P. 77] + Tout enragé, en sa bave et salive; + En l'escume d'une mulle poussive, + Detrenchée menu à bons ciseaulx; + En eau où ratz plongent groings et museaulx, + Raines, crapauds, telz bestes dangereuses, + Serpens, lezards, et telz nobles oyseaulx, + Soient frittes ces langues envieuses! + + En sublimé, dangereux à toucher; + Et au nombril d'une couleuvre vive; + En sang qu'on mect en poylettes secher, + Chez ces barbiers, quand plaine lune arrive, + Dont l'ung est noir, l'autre plus vert que cive, + En chancre et fix, et en ces ords cuveaulx + Où nourrices essangent leurs drappeaulx; + En petits baings de filles amoureuses + Qui n'entendent qu'à suivre les bordeaulx, + Soient frittes ces langues envieuses! + + ENVOI. + + Prince, passez tous ces friands morceaux, + S'estamine n'avez, sacs ou bluteaux, + Parmy le fons d'unes brayes breneuses; + Mais, paravant, en estronts de pourceaulx + Soient frittes ces langues envieuses! + + + + CXXXII. + + Item, à maistre Jehan Courault, + Les Contredictz Franc-Gontier mande: + Quant du Tyrant seant en hault, [P. 78] + A cestuy-là rien ne demande; + Le saige ne veult que contende, + Contre puissant, pouvre homme las, + Affin que ses filez ne tende, + Et que ne tresbuche en ses laqs. + + CXXXIII. + + Gontier ne crains: il n'a nulz hommes + Et mieulx que moy n'est herité; + Mais en ce debat cy nous sommes, + Car il loue sa pouvreté: + Estre pouvre, yver et esté, + A felicité il repute, + Ce que tiens à malheureté. + Lequel à tort? Or en dispute. + + + + BALLADE + + Intitulée: _Les Contredictz de Franc-Gontier_ + + Sur mol duvet assis, ung gras chanoine, + Lez ung brasier, en chambre bien nattée, + A son costé gisant dame Sydoine, + Blanche, tendre, pollie et attaintée: + Boire ypocras, à jour et à nuyctée, + Rire, jouer, mignonner et baiser, + Et nud à nud, pour mieulx des corps s'ayser, + Les vy tous deux, par un trou de mortaise: + Lors je congneuz que, pour dueil appaiser, + Il n'est tresor que de vivre à son aise. + + Se Franc-Gontier et sa compaigne Heleine [P. 79] + Eussent tousjours tel douce vie hantée, + D'oignons, civetz, qui causent forte alaine, + N'en comptassent une bise tostée. + Tout leur mathon, ne toute leur potée, + Ne prise ung ail, je le dy sans noysier. + S'ilz se vantent coucher soubz le rosier, + Ne vault pas mieulx lict costoyé de chaise? + Qu'en dictes-vous? Faut-il à ce muser? + Il n'est tresor que de vivre à son aise. + + De gros pain bis vivent, d'orge, d'avoine, + Et boivent eau, tout au long de l'année. + Tous les oyseaulx d'icy en Babyloine + A tel escot une seule journée + Ne me tiendroient, non une matinée. + Or s'esbate, de par Dieu, Franc-Gontier, + Helène o luy, soubz le bel esglantier; + Si bien leur est, n'ay cause qu'il me poise; + Mais, quoy qu'il soit du laboureux mestier, + Il n'est tresor que de vivre à son aise. + + ENVOI. + + Prince, jugez, pour tous nous accorder. + Quant est à moy, mais qu'à nul n'en desplaise, + Petit enfant, j'ay ouy recorder + Qu'il n'est tresor que de vivre à son aise. + + + CXXXIV. + + Item, pour ce que sçait la Bible, + Mademoyselle de Bruyères, + Donne prescher, hors l'Evangile, [P. 80] + A elle et à ses bachelieres, + Pour retraire ces villotières + Qui ont le bec si affilé, + Mais que ce soit hors cymetières, + Trop bien au marché au filé. + + + + + BALLADE + DES FEMMES DE PARIS. + + Quoy qu'on tient belles langagières + Florentines, Veniciennes, + Assez pour estre messaigières, + Et mesmement les anciennes; + Mais, soient Lombardes, Rommaines, + Genevoises, à mes perilz, + Piemontoises, Savoysiennes, + Il n'est bon bec que de Paris. + + De très beau parler tiennent chaires, + Ce dit-on, les Napolitaines, + Et que sont bonnes cacquetoeres + Allemanses et Bruciennes; + Soient Grecques, Egyptiennes, + De Hongrie ou d'autre pays, + Espaignolles ou Castellannes, + Il n'est bon bec que de Paris. + + Brettes, Suysses, n'y sçavent guères, + Ne Gasconnes et Tholouzaines; + Du Petit-Pont deux harangères [P. 81] + Les concluront, et les Lorraines, + Anglesches ou Callaisiennes, + (Ay je beaucoup de lieux compris?) + Picardes, de Valenciennes; + Il n'est bon bec que de Paris. + + ENVOI. + + Prince, aux dames parisiennes + De bien parler donnez le prix; + Quoy qu'on die d'Italiennes, + Il n'est bon bec que de Paris. + + + + CXXXV. + + Regarde-m'en deux, trois, assises + Sur le bas du ply de leurs robes, + En ces monstiers, en ces eglises; + Tire t'en près, et ne t'en hobes; + Tu trouveras là que Macrobes + Oncques ne fist tels jugemens; + Entens: quelque chose en desrobes; + Ce sont tous beaulx enseignemens. + + CXXXVI. + + Item, et au mont de Montmartre, + Qui est ung lieu moult ancien, + Je lui donne et adjoincts le tertre. + Qu'on dit de mont Valerien; + Et, oultre plus, d'ung quartier d'an + Du pardon qu'apportay de Romme: + Sy yra maint bon paroissien, + En l'abbaye ou il n'entre homme. + + CXXXVII. [P. 82] + + Item, valetz et chambrières + De bons hostelz (rien ne me nuyst), + Faisans tartes, flans et goyères, + Et grant rallias à minuict: + Riens n'y font sept pintes ne huict, + Tant que gisent Seigneur et dame; + Puis après, sans mener grant bruyt, + Je leur ramentoy le jeu d'asne. + + CXXXVIII. + + Item, et à filles de bien, + Qui ont pères, mères et antes, + Par m'ame! je ne donne rien; + Tout ont eu varletz et servantes; + Se fussent-ilz de pou contentes, + Grant bien leur feissent maintz lopins, + Aux povres filles advenantes, + Qui se perdent aux Jacopins. + + CXXXIX. + + Aux Célestins et aux Chartreux, + Quoy que vie meinent estroicte, + Si ont-ilz largement entre eulx, + Dont povres filles ont souffrette: + Tesmoing Jaqueline et Perrette, + Et Isabeau, qui dit: _Enné!_ + Puis qu'ilz ont eu telle disette, + A peine en seroit-on damné. + + CXL. + + Item, à la grosse Margot, + Très doulce face et pourtraicture, + Foy que doy _Brelare Bigod,_ + Assez devote creature. [P. 83] + Je l'ayme de propre nature, + Et elle moy, la doulce sade. + Qui la trouvera d'adventure, + Qu'on luy lise ceste Ballade. + + + + BALLADE + DE VILLON ET DE LA GROSSE MARGOT. + + Se j'ayme et sers la belle de bon haict, + M'en devez-vous tenir à vil ne sot? + Elle a en soy des biens à fin souhaict. + Pour son amour ceings bouclier et passot. + Quand viennent gens, je cours et happe un pot: + Au vin m'en voys, sans demener grand bruyt. + Je leur tendz eau, frommage, pain et fruict, + S'ils payent bien, je leur dy que bien _stat_: + «Retournez cy, quand vous serez en ruyt, + En ce bourdel où tenons nostre estat!» + + Mais, tost après, il y a grant deshait, + Quand sans argent s'en vient coucher Margot; + Veoir ne la puis; mon cueur à mort la hait. + Sa robe prens, demy-ceinct et surcot: + Si luy prometz qu'ilz tiendront pour l'escot. + Par les costez si se prend, l'Antechrist + Crie, et jure par la mort Jesuchrist, + Que non fera. Lors j'enpongne ung esclat, + Dessus le nez luy en fais ung escript, + En ce bourdel où tenons nostre estat. + + Puis paix se faict, et me lasche ung gros pet [P. 84] + Plus enflée qu'ung venimeux scarbot. + Riant, m'assiet le poing sur mon sommet, + Gogo me dit, et me fiert le jambot. + Tous deux yvres, dormons comme ung sabot; + Et, au reveil, quand le ventre luy bruyt, + Monte sur moy, qu'el ne gaste son fruit. + Soubz elle geins; plus qu'ung aiz me faict plat; + De paillarder tout elle me destruict, + En ce bourdel où tenons nostre estat. + + ENVOI. + + Vente, gresle, gelle, j'ay mon pain cuict! + Je suis paillard, la paillarde me suit. + Lequel vault mieux, chascun bien s'entresuit. + L'ung l'autre vault: c'est à mau chat mau rat. + Ordure amons, ordure nous affuyt. + Nous deffuyons honneur, il nous deffuyt, + En ce bourdel où tenons nostre estat. + + + + CXLI. + + Item, à Marion l'Ydolle, + Et la grand Jehanne de Bretaigne, + Donne tenir publique escolle, + Où l'escolier le maistre enseigne. + Lieu n'est où ce marché ne tienne, + Sinon en la grille de Mehun; + De quoy je dy: Fy de l'enseigne, + Puis que l'ouvrage est si commun! + + CXLII. [P. 85] + + Item, à Noë le Jolys, + Autre chose je ne luy donne, + Fors plein poing d'osiers frez cueilliz + En mon jardin; je l'abandonne. + Chastoy est une belle aulmosne; + Ame n'en doit estre marry. + Unze vingtz coups lui en ordonne, + Par les mains de maistre Henry. + + CXLIII. + + Item, ne sçay que à l'Hostel-Dieu + Donner, n'aux povres hospitaulx; + Bourdes n'ont icy temps ne lieu, + Car povres gens ont assez maulx. + Chascun leur envoye leurs os. + Les Mandians ont eu mon oye; + Au fort, ilz en auront les os: + A menues gens menue monnoye. + + CXLIV. + + Item, je donne à mon barbier, + Qui se nomme Colin Galerne, + Près voysin d'Angelot l'Herbier, + Ung gros glasson... Prins où? En Marne, + Affin qu'à son ayse s'yverne. + De l'estomach le tienne près. + Se l'yver ainsi se gouverne, + Il n'aura chault l'esté d'après. + + CXLV. + + Item, rien aux Enfans-Trouvez; + Mais les perduz fault que console, + Si doivent estre retrouvez, [P. 86] + Par droict, sur Marion l'Ydolle. + Une leçon de mon escolle + Leur liray, qui ne dure guière. + Teste n'ayent dure ne folle, + Mais escoutent: c'est la dernière! + + + + BELLE LEÇON + DE VILLON, AUX ENFANS PERDUZ. + + Beaux enfans, vous perdez la plus + Belle rose de vo chapeau, + Mes clers apprenans comme glu; + Se vous allez à Montpippeau + Ou à Ruel, gardez la peau: + Car, pour s'esbatre en ces deux lieux, + Cuydant que vaulsist le rappeau, + La perdit Colin de Cayeulx. + + Ce n'est pas ung jeu de trois mailles, + Où va corps, et peut-estre l'ame: + S'on perd, rien n'y sont repentailles, + Qu'on ne meure à honte et diffame; + Et qui gaigne, n'a pas à femme + Dido la royne de Cartage. + L'homme est donc bien fol et infame, + Qui, pour si peu, couche tel gage. + + Qu'ung chascun encore m'escoute: + On dit, et il est vérité, + Que charretée se boyt toute, [P. 87] + Au feu l'yver, au bois l'esté. + S'argent avez, il n'est enté; + Mais le despendez tost et viste. + Qui en voyez-vous hérité? + Jamais mal acquest ne proffite. + + + + BALLADE + DE BONNE DOCTRINE, + A ceux de mauvaise vie. + + Car ou soyes porteur de bulles, + Pipeur ou hazardeur de dez, + Tailleur de faulx coings, tu te brusles, + Comme ceux qui sont eschaudez, + Traistres pervers, de foy vuydez; + Soyes larron, ravis ou pilles: + Où en va l'acquest, que cuydez? + Tout aux tavernes et aux filles. + + Ryme, raille, cymballe, luttes, + Comme folz, faintis, eshontez; + Farce, broille, joue des flustes; + Fais, ès villes et ès cités, + Fainctes, jeux et moralitez; + Gaigne au berlan, au glic, aux quilles: + Où s'en va tout? Or escoutez: + Tout aux tavernes et aux filles. + + De telz ordures te reculles; [P. 88] + Laboure, fauche champs et prez; + Serz et panse chevaulx et mulles, + S'aucunement tu n'es lettrez; + Assez auras, se prens en grez. + Mais, se chanvre broyes ou tilles, + Où tend ton labour qu'as ouvrez? + Tout aux tavernes et aux filles. + + ENVOI. + + Chausses, pourpoinctz esguilletez, + Robes, et toutes vos drapilles, + Ains que cessez, vous porterez + Tout aux tavernes et aux filles. + + + CXLVI. + + A vous parle, compaings de galles, + Qui estes de tous bons accors; + Gardez-vous tous de ce mau hasles, + Qui noircist gens quand ils sont mortz; + Eschevez-le, c'est ung mal mors; + Passez-vous-en mieulx que pourrez; + Et, pour Dieu, soyez tous recors + Qu'une fois viendra que mourrez. + + CXLVII. + + Item, je donne aux Quinze-Vingtz, + Qu'autant vauldroit nommer Trois-Cens + De Paris, non pas de Provins, + Car à eulx tenu je me sens. + Ilz auront, et je m'y consens, + Sans les estuis, mes grans lunettes, [P. 89] + Pour mettre à part, aux Innocens, + Les gens de bien des deshonnestes. + + CXLVIII. + + Icy n'y a ne rys ne jeu. + Que leur vault avoir eu chevances, + N'en grans lictz de parement geu, + Engloutir vin, engrossir panses, + Mener joye, festes et danses, + Et de ce prest estre à toute heure? + Tantost faillent telles plaisances, + Et la coulpe si en demeure. + + CXLIX. + + Quand je considère ces testes + Entassées en ces charniers, + Tous furent maistres des requestes, + Ou tous de la Chambre aux Deniers, + Ou tous furent porte-paniers; + Autant puis l'ung que l'autre dire, + Car, d'evesques ou lanterniers, + Je n'y congnois rien a redire. + + CL. + + Et icelles qui s'inclinoient + Unes contre autres en leur vies; + Desquelles les unes regnoient, + Des autres craintes et servies: + Là les voy toutes assouvies, + Ensemble en ung tas pesle-mesle. + Seigneuries leur sont ravies; + Clerc ne maistre ne s'y appelle. + + CLI. [P. 90] + + Or sont-ilz mortz, Dieu ayt leurs âmes! + Quant est des corps, ils sont pourriz. + Ayent esté seigneurs ou dames, + Souef et tendrement nourriz + De cresme, fromentée ou riz, + Leurs os sont declinez en pouldre, + Auxquelz ne chault d'esbat, ne riz... + Plaise au doulx Jesus les absouldre! + + CLII. + + Aux trespassez je fais ce lays, + Et icelluy je communique + A regentz, courtz, sieges et plaids, + Hayneurs d'avarice l'inique, + Lesquelz pour la chose publique + Se seichent les os et les corps: + De Dieu et de sainct Dominique + Soient absolz, quand ilz seront mortz + + + + LAYS. + + Au retour de dure prison, + Où j'ay laissé presque la vie, + Se Fortune a sur moy envie, + Jugez s'elle fait mesprison! + Il me semble que, par raison, + Elle deust bien estre assouvie, + Au retour. + + + Cecy plain est de desraison, [P. 91] + Qui vueille que de tout desvie; + Plaise à Dieu que l'ame ravie + En soit, lassus, en sa maison, + Au retour! + + + + CLIII. + + Item, donne à maistre Lomer, + Comme extraict que je suis de fée, + Qu'il soit bien amé; mais, d'amer + Fille en chief ou femme coëffée, + Jà n'en ayt la teste eschauffée, + Ce qui ne luy couste une noix, + Faire ung soir pour soy la fastée, + En despit d'Auger le Danois. + + CLIV. + + Item, rien à Jaques Cardon, + Car je n'ay rien pour luy honneste. + Non pas que le jette à bandon + Sinon cette Bergeronnette: + S'elle eust le chant _Marionnette_, + Faict por Marion la Peau-Tarde, + D'un _Ouvrez vostre huys, Guillemette_, + Elle allast bien à la moustarde. + + CLV. + + Item donne aux amans enfermes, + Oultre le lay Alain Chartier, + A leurs chevetz, de pleurs et lermes + Trestout fin plain ung benoistier, + Et ung petit brin d'esglantier, [P. 92] + En tout temps verd, pour gouppillon, + Pourveu qu'ilz diront ung _Psaultier_ + Pour l'ame du pouvre Villon. + + CLVI. + + Item, à maistre Jacques James, + Qui se tue d'amasser biens, + Donne fiancer tant de femmes + Qu'il vouldra; mais d'espouser, riens + Pour qui amasse-il? Pour les siens. + Il ne plainct fors que ses morceaulx; + Ce qui fut aux truyes, je tiens + Qu'il doit de droit estre aux pourceaulx. + + CLVII. + + Item, le Camus Seneschal, + Qui une fois paya mes debtes, + En recompense, mareschal, + Pour ferrer oës et canettes. + Je luy envoye ces sornettes, + Pour soy desennuyer; combien, + Si veult, face-en des alumettes. + De bien chanter s'ennuye-on bien. + + CLVIII. + + Item, au Chevalier du Guet + Je donne deux beaulx petitz pages, + Philippot et le gros Marquet, + Qui ont servy, dont sont plus sages, + La plus grant partie de leurs aages, + Tristan, prevost des mareschaulx. + Hélas, s'ilz sont cassez de gaiges, + Aller leur fauldra tous deschaulx! + + CLIX. [P. 93] + + Item, au Chappelain je laisse + Ma chapelle à simple tonsure, + Chargée d'une seiche messe, + Où il ne fault pas grand lecture. + Resigné luy eusse ma cure, + Mais point ne veult de charge d'ames; + De confesser, ce dit, n'a cure, + Sinon chambrières et dames. + + CLX. + + Pour ce que sçait bien mon entente, + Jehan de Calays, honnorable homme, + Qui ne me veit des ans a trente, + Et ne sçait comment je me nomme, + De tout ce Testament, en somme, + S'aucune y a difficulté, + Oster jusqu'au rez d'une pomme + Je luy en donne faculté. + + CLXI. + + De le gloser et commenter, + De le diffinir ou prescripre, + Diminuer ou augmenter; + De le canceller ou transcripre + De sa main, ne sceust-il escripre; + Interpreter, et donner sens, + A son plaisir, meilleur ou pire; + A tout ceci je m'y consens. + + CLXII. + + Et s'aucun, dont n'ay congnoissance, + Estoit allé de mort à vie, + Audict Calais donne puissance, [P. 94] + Affin que l'ordre soit suyvie + Et mon ordonnance assouvie, + Que ceste aulmosne ailleurs transporte, + Sans se l'appliquer par envie; + A son ame je m'en rapporte. + + CLXIII. + + Item, j'ordonne à Saincte-Avoye, + Et non ailleurs, ma sepulture; + Et, affin que chascun me voye, + Non pas en chair, mais en paincture, + Que l'on tire mon estature + D'ancre, s'il ne coustoit trop cher. + De tumbel? Rien; je n'en ay cure, + Car il greveroit le plancher. + + CLXIV. + + Item, vueil qu'autour de ma fosse + Ce que s'ensuyt, sans autre histoire, + Soit escript, en lettre assez grosse; + Et qui n'auroit point d'escriptoire, + De charbon soit, ou pierre noire, + Sans en rien entamer le plastre: + Au moins sera de moy memoire + Telle qu'il est d'ung bon folastre. + + CLXV. + + CY GIST ET DORT EN CE SOLLIER, + QU'AMOUR OCCIST DE SON RAILLON, + UNG POUVRE PETIT ESCOLLIER, + QUI FUT NOMMÉ FRANÇOIS VILLON. + ONCQUES DE TERRE N'EUT SILLON. + + TESTAMENT. [P. 95] + + IL DONNA TOUT, CHASCUN LE SCET: + TABLE, TRETTEAULX, PAIN, CORBILLON. + POUR DIEU, DICTES-EN CE VERSET. + + + + RONDEAU. + + _Repos eternel donne à cil, + Lumière, clarté perpétuelle, + Qui vaillant plat ny escuelle + N'eut oncques, n'ung brin de percil. + Il fut rez, chef, barbe, sourcil, + Comme ung navet qu'on ree et pelle. + Repos éternel donne à cil_. + + _Rigueur le transmit en exil, + Et luy frappa au cul la pelle, + Nonobstant qu'il dist_: J'en appelle! + _Qui n'est pas terme trop subtil. + Repos eternel donne à cil_. + + + CLXVI. + + Item, je vueil qu'on sonne à branle + Le gros Beffray, qui n'est de voire; + Combien que cueur n'est qui ne tremble; + Quand de sonner est à son erre. + Saulvé a mainte belle terre, + Le temps passé, chascun le sçait: + Fussent gens d'armes ou tonnerre; + Au son de luy tout mal cessoit. + + CLXVII [P. 96] + + Les sonneurs auront quatre miches; + Et se c'est peu, demy-douzaine, + Autant qu'en donnent les plus riches; + Mais ilz seront de sainct Estienne. + Vollant est homme de grant peine: + L'ung en sera. Quand j'y regarde, + Il en vivra une sepmaine. + Et l'autre? Au fort, Jehan de la Garde. + + CLXVIII. + + Pour tout ce fournir et parfaire, + J'ordonne mes executeurs, + Auxquelz faict bon avoir affaire, + Et contentent bien leurs debteurs. + Ilz ne sont pas trop grans venteurs, + Et ont bien de quoy, Dieu mercys! + De ce faict seront directeurs... + Escripts: je t'en nommeray six. + + CLXIX. + + C'est maistre Martin Bellefaye, + Lieutenant du cas criminel. + Qui sera l'autre? J'y pensoye: + Ce sera sire Colombel. + S'il luy plaist et il lui est bel, + Il entreprendra ceste charge. + Et l'autre? Michel Jouvenel. + Ces trois seulz, et pour tous, j'en charge. + + CLXX. + + Mais, au cas qu'ils s'en excusassent, + En redoubtant les premiers frais, + Ou totalement recusassent, [P. 97] + Ceulx qui s'ensuivent cy-après + J'institue, gens de bien très, + Philip Bruneau, noble escuyer, + Et l'autre, son voysin d'emprès, + Cy est maistre Jacques Raguyer; + + CLXXI. + + Et l'aultre, maistre Jaques James, + Trois hommes de bien et d'honneur, + Desirans de saulver leurs âmes, + Et doubtans Dieu Nostre Seigneur. + Plustot y metteront du leur, + Que ceste ordonnance ne baillent. + Point n'auront de contrerooleur, + Mais à leur seul plaisir en taillent. + + CLXXII + + Des testamens qu'on dit le maistre + De mon faict n'aura _quid_ ne _quod_; + Mais ce sera ung jeune prebstre, + Qui se nomme Colas Tacot. + Voulentiers beusse à son escot, + Et qu'il me coustast ma cornette! + S'il sceust jouer en ung trippot, + Il eust de moy le Trou Perrette. + + CLXXIII. + + Quant au regard du luminaire, + Guillaume du Ru j'y commectz. + Pour porter les coings du suaire, + Aux executeurs le remectz. + Trop plus mal me font qu'oncques mais + Penil, cheveulx, barbe, sourcilz. + Mal me presse; est temps désormais [P. 98] + Que crie à toutes gens merciz. + + + + BALLADE + Par laquelle Villon crye mercy à chascun. + + A Chartreux, aussi Celestins, + A mendians et aux devotes, + A musars et cliquepatins, + Servantes et filles mignottes, + Portant surcotz et justes cottes; + A cuyderaulx d'amours transis, + Chaussans sans meshaing fauves bottes, + Je crye à toutes gens merciz! + + A fillettes monstrans tetins, + Pour avoir plus largement hostes; + A ribleurs meneurs de butins, + A basteleurs traynans marmottes, + A folz et folles, sotz et sottes, + Qui s'en vont sifflant cinq et six; + A veufves et à mariottes, + Je crye à toutes gens merciz! + + Sinon aux trahistres chiens mastins, + Qui m'ont fait ronger dures crostes + Et boire eau maintz soirs et matins, + Qu'ores je ne crains pas trois crottes. + Je feisse pour eulx petz et rottes; + Je ne puis, car je suis assis. + Bien fort, pour éviter riottes, + Je crye à toutes gens, merciz! + + ENVOI. [P. 99] + + Qu'on leur froisse les quinze costes + De gros mailletz, fortz et massis, + De plombée et de telz pelottes. + Je crye à toutes gens merciz! + + + BALLADE + POUR SERVIR DE CONCLUSION. + + Icy se clost le Testament + Et finist du pouvre Villon. + Venez à son enterrement, + Quant vous orrez le carillon, + Vestuz rouges com vermillon, + Car en amours mourut martir; + Ce jura-il sur son coullon + Quand de ce monde voult partir. + + Et je croy bien que pas n'en ment, + Car chassié fut comme un soullon + De ses amours hayneusement, + Tant que, d'icy à Roussillon, + Brosses n'y a ne brossillon, + Qui n'eust, ce dit-il sans mentir, + Ung lambeau de son cotillon, + Quand de ce monde voult partir. + + Il est ainsi, et tellement, + Quand mourut n'avoit qu'un haillon. + Qui plus? En mourant, mallement [P. 100] + L'espoignoit d'amours l'esguillon; + Plus agu que le ranguillon + D'un baudrier luy faisoit sentir, + C'est de quoy nous esmerveillon, + Quand de ce monde voult partir. + + ENVOI. + + Prince, gent comme esmerillon, + Saichiez qu'il fist, au departir: + Ung traict but de vin morillon, + Quand de ce monde voult partir. + + FIN DU GRAND TESTAMENT. + + + [P. 101] + + POÉSIES DIVERSES + + LE QUATRAIN + Que feit Villon quand il fut jugé à mourir. + + JE SUIS François, dont ce me poise, + Né de Paris emprès Ponthoise. + Or d'une corde d'une toise + Saura mon col que mon cul poise. + + + L'EPITAPHE + + EN FORME DE BALLADE + Que feit Villon pour luy et ses compagnons, s'attendant + estre pendu avec eulx. + + Frères humains, qui après nous vivez, + N'ayez les cueurs contre nous endurciz, + Car, si pitié de nous pouvres avez, + Dieu en aura plustost de vous merciz. + Vous nous voyez cy attachez cinq, six: + Quant de la chair, que trop avons nourrie, [P. 102] + Elle est pieça devorée et pourrie, + Et nous, les os, devenons cendre et pouldre. + De nostre mal personne ne s'en rie, + Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre! + + Se vous clamons, frères, pas n'en devez + Avoir desdaing, quoique fusmes occis + Par justice. Toutesfois, vous sçavez + Que tous les hommes n'ont pas bon sens assis; + Intercedez doncques, de cueur rassis, + Envers le Filz de la Vierge Marie, + Que sa grace ne soit pour nous tarie, + Nous preservant de l'infernale fouldre. + Nous sommes mors, ame ne nous harie; + Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre! + + La pluye nous a debuez et lavez, + Et le soleil dessechez et noirciz; + Pies, corbeaulx, nous ont les yeux cavez, + Et arrachez la barbe et les sourcilz. + Jamais, nul temps, nous ne sommes rassis; + Puis cà, puis là, comme le vent varie, + A son plaisir sans cesser nous charie, + Plus becquetez d'oyseaulx que dez à couldre. + Ne soyez donc de nostre confrairie, + Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre! + + ENVOI. + + Prince JESUS, qui sur tous seigneurie, + Garde qu'Enfer n'ayt de nous la maistrie: + A luy n'ayons que faire ne que souldre. + Hommes, icy n'usez de mocquerie + Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre! + + + + LA REQUESTE DE VILLON [P. 103] + Présentée à la Cour de Parlement, en forme de ballade. + + Tous mes cinq Sens, yeulx, oreilles et bouche, + Le nez, et vous, le sensitif, aussi; + Tous mes membres où il y a reprouche, + En son endroit ung chascun die ainsi: + «Court souverain, par qui sommes icy, + Vous nous avez gardé de desconfire; + Or, la langue ne peut assez suffire + A vous rendre suffisantes louenges: + Si prions tous, fille au souverain Sire, + Mère des bons, et soeur des benoistz anges!» + + Cueur, fendez-vous, ou percez d'une broche, + Et ne soyez, au moins, plus endurcy + Qu'au desert fut la forte bise roche + Dont le peuple des Juifs fut adoulcy; + Fondez larmes, et venez à mercy, + Comme humble cueur qui tendrement souspire: + Louez la Court, conjoincte au sainct Empire, + L'heur des Françoys, le confort des estranges, + Procreée la sus au ciel empire, + Mère des bons, et soeur des benoistz anges! + + Et vous, mes dentz, chascune si s'esloche; + Saillez avant, rendez toutes mercy, + Plus haultement qu'orgue, trompe, ne cloche, + Et de mascher n'ayez ores soulcy; + Considerez que je fusse transy, + Foye, pommon, et rate qui respire; + Et vous, mon corps, vil qui estes ou pire [P. 104] + Qu'ours ne pourceau, qui faict son nid ès fanges, + Louez la Court, avant qu'il vous empire, + Mère des bons, et soeur des benoistz anges! + + ENVOI. + + Prince, trois jours ne vueillez m'escondire, + Pour moy pourvoir, et aux miens adieu dire; + Sans eulx, argent je n'ay, icy n'aux changes. + Court triumphant, _fiat_, sans me desdire; + Mère des bons, et soeur des benoistz anges! + + + + + BALLADE + DE L'APPEL DE VILLON. + + Que dites-vous de mon appel, + Garnier? Feis-je sens ou follie? + Toute beste garde sa pel; + Qui la contrainct, efforce ou lye, + S'elle peult, elle se deslie. + Quand à ceste peine arbitraire + On me jugea par tricherie, + Estoit-il lors temps de me taire? + + Se fusse des hoirs Hue Capel, + Qui fut extraict de boucherie, + On ne m'eust, parmy ce drapel, + Faict boyre à celle escorcherie: + Vous entendez bien joncherie? + Ce fut son plaisir voluntaire + De me juger par fausserie. [P. 105] + Etoit-il lors temps de me taire? + + Cuydez-vous que soubz mon cappel + N'y eust tant de philosophie + Comme de dire: «J'en appel?» + Si avoit, je vous certifie, + Combien que point trop ne m'y fie. + Quand on me dit, présent notaire: + «Pendu serez!» je vous affie, + Estoit-il lors temps de me taire? + + ENVOI. + + Prince, si j'eusse eu la pepie, + Pieça je fusse où est Clotaire, + Aux champs debout comme ung espie. + Estoit-il lors temps de me taire? + + + LE DIT + + DE LA NAISSANCE MARIE. + Jam nova progenies celo demittitur alto. + _Virg._, (ecl. 4, v.7.) + + O louée Conception, + Envoiée sà jus des cieulx; + Du noble Lys digne syon; + Don de Jhésus très précieux, + MARIE, nom très gracieux, + Font de pitié, source de grace, + La joye confort de mes yeulx, [P. 106] + Qui nostre paix batist et brasse! + + La paix, c'est assavoir, des riches, + Des povres le substantement, + Le rebours des felons et chiches, + Très necessaire enfantement, + Conceu, porté honnestement, + Hors le pechié originel, + Que dire je puis sainctement + Souverain bien, Dieu éternel! + + Nom recouvré, joye de peuple, + Confort des bons, de maulx retraicte; + Du doux Seigneur première et seule + Fille, de son cler sang extraicte, + Du dextre costé Clovis traicte, + Glorieuse ymage en tous fais, + Ou hault ciel créée et pourtraicte, + Pour esjouyr et donner paix! + + En l'amour et crainte de Dieu, + Es nobles flans Cesar conceue; + Des petis et grans, en tout lieu, + A très grande joye receue; + De l'amour Dieu traicte, tissue, + Pour les discordez ralier, + Et aux enclos donner yssue, + Leurs lians et fers delier. + + Aucunes gens, qui bien peu sentent, + Nourriz en simplesse et confiz, + Contre le vouloir Dieu attentent, + Par ignorance desconfiz, + Désirans que feussiez ung filz; [P. 107] + Mais qu'ainsi soit, ainsi m'aist Dieux, + Je croy que ce soit grans proufiz; + Raison: Dieu fait tout pour le mieulx. + + Du Psalmiste je prens les dictz: + _Delectasti me, Domine, + In factura sua_! Je diz: + «Noble enfant, de bonne heure né, + A toute doulceur destiné, + Manna du Ciel, celeste don, + De tous bienfais le guerdonné, + Et de nos maulx le vray pardon!» + + + + DOUBLE BALLADE. + + Combien que j'ay leu en ung Dit: + _Inimicum putes_, y a, + _Qui te presentem laudabit_, + Toutesfois, non obstant cela, + Oncques vray homme ne cela + En son courage aucun grant bien, + Qui ne le monstrast çà et là: + On doit dire du bien le bien. + + Saint Jehan-Baptiste ainsi le fist, + Quand l'Aignel de Dieu descela. + En ce faisant pas ne meffist, + Dont sa voix ès tourbes vola; + De quoy saint André Dieu loua, + Qui de luy cy ne sçavoit rien, + Et au Fils de Dieu s'aloua: [P. 108] + On doit dire du bien le bien. + + Envoyée de Jhesucrist, + Rappelles sà jus, par deçà, + Les povres que Rigueur proscript + Et que Fortune betourna. + Cy sçay bien comment y m'en va! + De Dieu, de vous, vie je tien... + Benoist celle qui vous porta! + On doit dire du bien le bien. + + Cy, devant Dieu, fais congnoissance, + Que creature feusse morte, + Ne feust vostre doulce naissance, + En charité puissant et forte, + Qui ressuscite et reconforte + Ce que Mort avoit prins pour sien. + Vostre présence me conforte: + On doit dire du bien le bien. + + Cy vous rens toute obéissance, + A ce faire raison m'exorte, + De toute ma povre puissance; + Plus n'est deul qui me desconforte, + N'autre ennuy de quelque sorte. + Vostre je suis et non plus mien; + Ad ce droit et devoir m'enhorte: + On doit dire du bien le bien. + + O grace et pitié très immense, + L'entrée de paix et la porte, + Some et benigne clemence, + Qui noz faultes toult et supporte, + Sy de vous louer me deporte, [P. 109] + Ingrat suis, et je le maintien, + Dont en ce refrain me transporte: + On doit dire du bien le bien. + + ENVOI. + + Princesse, ce loz je vous porte, + Que sans vous je ne feusse rien. + A vous et à vous m'en rapporte. + On doit dire du bien le bien. + + Euvre de Dieu, digne, louée + Autant que nulle créature, + De tous biens et vertuz douée, + Tant d'esperit que de nature, + Que de ceulx qu'on dit, d'adventure, + Plus nobles que rubis balais; + Selon de Caton l'escripture: + _Patrem insequitur proles_. + + Port assuré, maintien rassiz, + Plus que ne peut nature humaine, + Et, eussiez des ans trente-six, + Enfance en rien ne vous demaine. + Que jour ne le die et sepmaine, + Je ne sçay qui me le deffend... + A ce propos ung dit ramaine: + De saige mère saige enfant. + + Dont résume ce que j'ay dit: + _Nova progenies coelo_ + Car c'est du poëte le dit: [P. 110] + _Jamjam demittitur alto_. + Saige Cassandre, belle Echo, + Digne Judith, caste Lucresse, + Je vous congnois, noble Dido, + A ma seule dame et maistresse. + + En priant Dieu, digne pucelle, + Que vous doint longue et bonne vie; + Qui vous ayme, MADEMOISELLE, + Jà ne coure sur luy envie. + Entière dame et assouvie, + J'espoir de vous servir ainçoys, + Certes, se Dieu plaist, que devie + Vostre povre escolier FRANÇOYS. + + + + + BALLADE VILLON. + + Je meurs de soif auprès de la fontaine, + Chauld comme feu, et tremble dent à dent, + En mon païs suis en terre loingtaine; + Lez un brazier friçonne tout ardent; + Nu comme ung ver, vestu en president; + Je ris en pleurs, et attens sans espoir; + Confort reprens en triste desespoir; + Je m'esjouys et n'ay plaisir aucun; + Puissant je suis sans force et sans povoir, + Bien recueilly, debouté de chascun. + + Rien ne m'est seur que la chose incertaine, + Obscur, fors ce qui est tout evident; + Doubte ne fais, fors en chose certaine; [P. 111] + Science tiens à soudain accident; + Je gaigne tout, et demeure perdent; + Au point du jour, diz: «Dieu vous doint bon soir!» + Gisant envers, j'ay grant paour de cheoir; + J'ay bien de quoy, et si n'en ay pas un; + Eschoicte attens, et d'homme ne suis hoir, + Bien recueilly, debouté de chascun. + + De riens n'ay soing, si metz toute ma paine + D'acquerir biens, et n'y suis pretendant; + Qui mieulx me dit, c'est cil qui plus m'attaine, + Et qui plus vray, lors plus me va bourdant; + Mon ami est qui me fait entendant + D'ung cygne blanc que c'est ung corbeau noir; + Et qui me nuyst croy qu'il m'aide à povoir. + Verité, bourde, aujourd'uy m'est tout un. + Je retiens tout; riens ne sçay concepvoir, + Bien recueilly, debouté de chascun. + + L'ENVOI. + + Prince clement, or vous plaise savoir + Que j'entens moult, et n'ay sens ne sçavoir; + Parcial suis, à toutes lois commun. + Que fais-je plus? Quoy? Les gaiges ravoir, + Bien recueilly, debouté de chascun. + + + + EPISTRE + EN FORME DE BALLADE, A SES AMIS. + + Ayez pitié, ayez pitié de moy, + A tout le moins, si vous plaist, mes amis! + En fosse giz, non pas soubz houx ne may, [P. 112] + En cest exil ouquel je suis transmis + Par fortune, comme Dieu l'a permis. + Filles, amans, jeunes, vieulx et nouveaulx; + Danceurs, saulteurs, faisans les piez de veaux, + Vifs comme dars, aguz comme aguillon; + Gouffres tintans, clers comme gastaneaux, + Le lesserez là, le povre Villon? + + Chantres chantans à plaisance, sans loy; + Galans, rians, plaisans en faictz et diz, + Coureux, allans, francs de faulx or, d'aloy; + Gens d'esperit, ung petit estourdiz; + Trop demourez, car il meurt entandiz. + Faiseurs de laiz, de motets et rondeaux, + Quand mort sera vous lui ferez chandeaux. + Il n'entre, où gist, n'escler ne tourbillon; + De murs espoix on luy a fait bandeaux: + Le lesserez là, le povre Villon? + + Venez le veoir en ce piteux arroy, + Nobles hommes, francs de quars et de dix, + Qui ne tenez d'empereur ne de roy, + Mais seulement de Dieu de Paradiz: + Jeuner lui fault dimanches et mardiz + Dond les dens a plus longues que ratteaux, + Après pain sec, non pas après gasteaux; + En ses boyaulx verse eau à gros bouillon; + Bas enterré, table n'a, ne tresteaulx: + Le lesserez là, le povre Villon? + + ENVOI. + + Princes nommez, anciens, jouvenceaulx, + Impetrez-moy graces et royaulx sceaux, + Et me montez en quelque corbillon. [P. 113] + Ainsi se font l'un à l'autre pourceaux, + Car, où l'un brait, ilz fuyent à monceaux. + Le lesserez là, le povre Villon? + + + + + LE DEBAT + DU CUEUR ET DU CORPS DE VILLON, + En forme de Ballade. + + Qu'est-ce que j'oy?--Ce suis-je.--Qui?--Toncueur, + Qui ne tient mais qu'à ung petit filet, + Force n'ay plus, substance ne liqueur, + Quand je te voy retraict ainsi seulet, + Com pouvre chien tappy en recullet. + --Pourquoy est-ce?--Pour ta folle plaisance. + --Que t'en chault-il?--J'en ai la desplaisance. + --Laisse m'en paix!--Pourquoi?--J'y penseray. + --Quand sera-ce?--Quant seray hors d enfance. + --Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray. + + --Que penses-tu?--Estre homme de valeur. + --Tu as trente ans.--C'est l'aage d'ung mullet. + --Est-ce enfance?--Nenny.--C'est donc folleur + Qui te saisit?--Par où?--Par le collet. + Rien ne congnois.--Si fais: mouches en laict: + L'ung est blanc, l'autre est noir, c'est la distance. + --Est-ce doncq tout?-Que veulx-tu que je tance? + Si n'est assez, je recommenceray. + --Tu es perdu!--J'y mettray resistance. + --Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray. + + --J'en ay le dueil; toi, le mal et douleur. [P. 114] + Si fusse ung povre ydiot et folet, + Au cueur eusses de t'excuser couleur: + Se n'as-tu soing, tout ung, tel, bel ou laid, + Ou la teste as plus dure qu'ung jalet, + Ou mieulx te plaist qu'honneur ceste meschance! + Que respondras à ceste conséquence? + --J'en seray hors quand je trespasseray. + --Dieu, quel confort!--Quelle saige eloquence! + --Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray. + + --D'ond vient ce mal?--Il vient de mon malheur. + Quand Saturne me feit mon fardelet, + Ces maulx y mist, je le croy.--C'est foleur: + Son seigneur es, et te tiens son valet. + Voy que Salmon escript en son roulet: + «Homme sage, ce dit-il, a puissance + Sur les planètes et sur leur influence.» + --Je n'en croy rien; tel qu'ilz m'ont faict seray. + --Que dis-tu?--Rien.--Certe, c'est ma créance. + Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray. + + ENVOI. + + --Veux-tu vivre?--Dieu m'en doint la puissance! + --Il te fault...--Quoy?--Remors de conscience; + Lire sans fin.--Et en quoy?--En science; + Laisse les folz!--Bien, j'y adviseray. + --Or le retiens.--J'en ay bien souvenance. + --N'attends pas tant que tourne à desplaisance. + Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray. + + + + LA REQUESTE [P. 115] + Que Villon bailla à Monseigneur de Bourbon. + + Le mien seigneur et prince redoubté, + Fleuron de Lys, royale geniture, + Françoys Villon, que travail a dompté + A coups orbes, par force de batture, + Vous supplie, par cette humble escripture, + Que luy faciez quelque gracieux prest. + De s'obliger en toutes cours est prest; + Si ne doubtez que bien ne vous contente. + Sans y avoir dommage n'interest, + Vous n'y perdrez seulement que l'attente. + + A prince n'a ung denier emprunté, + Fors à vous seul, vostre humble créature. + Des six escus que lui avez presté, + Cela pieça, il mist en nourriture; + Tout se payera ensemble, c'est droicture, + Mais ce sera légèrement et prest: + Car, se du gland rencontre en la forest + D'entour Patay, et chastaignes ont vente, + Payé serez sans delay ny arrest: + Vous n'y perdrez seulement que l'attente. + + Si je pensois vendre de ma santé + A ung Lombard, usurier par nature, + Faulte d'argent m'a si fort enchanté, + Que j'en prendrois, ce croy-je, l'adventure. + Argent ne pend à gippon ne ceincture; + Beau sire Dieux! je m'esbahyz que c'est, + Que devant moy croix ne se comparoist, + Sinon de bois ou pierre, que ne mente; + Mais s'une fois la vraye m'apparoist, + Vous n'y perdrez seulement que l'attente. [P. 116] + + ENVOI. + + Prince du Lys, qui à tout bien complaist, + Que cuydez-vous, comment il me desplaist + Quand je ne puis venir à mon entente? + Bien m'entendez, aydez-moi, s'il vous plaist: + Vous n'y perdrez seulement que l'attente. + + + + SUSCRIPTION DE LADITE REQUESTE + + _Allez, Lettres, faictes un sault, + Combien que n'ayez pied ne langue: + Remonstrez, en vostre harengue, + Que faulte d'argent si m'assault._ + + + + BALLADE + + DES PROVERBES. + + Tant grate chèvre que mal gist; + Tant va le pot à l'eau qu'il brise; + Tant chauffe-on le fer qu'il rougist; + Tant le maille-on qu'il se debrise; + Tant vault l'homme comme on le prise; + Tant s'eslongne-il qu'il n'en souvient; + Tant mauvais est qu'on le desprise; + Tant crie l'on Noel qu'il vient. + + Tant raille-on que plus on ne rit; + Tant despend-on qu'on n'a chemise; + Tant est-on franc que tout se frit; [P. 117] + Tant vault tien que chose promise; + Tant ayme-on Dieu qu'on suyt l'Eglise; + Tant donne-on qu'emprunter convient; + Tant tourne vent qu'il chet en bise; + Tant crie l'on Noel qu'il vient. + + Tant ayme-on chien qu'on le nourrist; + Tant court chanson qu'elle est apprise; + Tant garde-on fruict qu'il se pourrist; + Tant bat-on place qu'elle est prise; + Tant tarde-on qu'on fault à l'emprise; + Tant se haste-on que mal advient; + Tant embrasse-on que chet la prise; + Tant crie l'on Noel qu'il vient; + + ENVOI. + + Prince, tant vit fol qu'il s'advise; + Tant va-t-il qu'après il revient; + Tant le matte-on qu'il se radvise; + Tant crie l'on Noel qu'il vient. + + + + + BALLADE + + DES MENUS PROPOS. + + Je congnois bien mouches en laict; + Je congnois à la robe l'homme; + Je congnois le beau temps du laid; + Je congnois au pommier la pomme; + Je congnois l'arbre à veoir la gomme; + Je congnois quand tout est de mesme; + Je congnois qui besongne ou chomme; + Je congnois tout, fors que moy-mesme. [P. 118] + + Je congnois pourpoinct au collet; + Je congnois le moyne à la gonne; + Je congnois le maistre au valet; + Je congnois au voyle la nonne; + Je congnois quand piqueur jargonne; + Je congnois folz nourriz de cresme; + Je congnois le vin à la tonne; + Je congnois tout, fors que moy-mesme. + + Je congnois cheval du mulet; + Je congnois leur charge et leur somme; + Je congnois Bietrix et Bellet; + Je congnois gect qui nombre et somme; + Je congnois vision en somme; + Je congnois la faulte des Boesmes; + Je congnois filz, varlet et homme: + Je congnois tout, fors que moy-mesme. + + ENVOI. + + Prince, je congnois tout en somme; + Je congnois coulorez et blesmes; + Je congnois mort qui nous consomme; + Je congnois tout, fors que moy-mesme. + + + + BALLADE [P. 119] + DES POVRES HOUSSEURS. + + On parle des champs labourer, + De porter chaulme contre vent, + Et aussi de se marier + A femme qui tance souvent; + De moyne de povre couvent, + De gens qui vont souvent sur mer; + De ceulx qui vont les bleds semer, + Et de celluy qui l'asne maine; + Mais, à trestout considérer, + Povres housseurs ont assez peine. + + A petis enfans gouverner, + Dieu sçait se c'est esbatement! + De gens d'armes doit-on parler? + De faire leur commandement? + De servir Malchus chauldement? + De servir dames et aymer? + De guerrier et bouhourder + Et de jouster à la quintaine? + Mais, à trestout considérer, + Povres housseurs ont assez peine. + + Ce n'est que jeu de bled soyer, + Et de prez faulcher, vrayement; + Ne d'orge battre, ne vanner, + Ne de plaider en Parlement; + A danger emprunter argent; + A maignans leurs poisles mener; + Et à charretiers desjeuner, [P. 120] + Et de jeusner la quarantaine; + Mais, à trestout considérer, + Povres housseurs ont assez peine. + + + + PROBLÈME OU BALLADE + AU NOM DE LA FORTUNE. + + Fortune fuz par clercz jadis nommée, + Que toy, Françoys, crie et nomme meurtrière. + S'il y a hom d'aucune renommée + Meilleur que toy, faiz user en plastrière, + Par povreté, et fouyr en carrière, + S'a honte viz, te dois tu doncques plaindre? + Tu n'es pas seul; si ne te dois complaindre. + Regarde et voy de mes faitz de jadis, + Maints vaillans homs par moy mors et roidiz, + Et n'eusses-tu envers eulx ung soullon, + Appaise-toy, et mectz fin en tes diz: + Par mon conseil prends tout en gré, Villon! + + Contre grans roys je me suis bien armée, + Le temps qui est passé; car, en arrière, + Priame occis et toute son armée; + Ne lui valut tour, donjon, ne barrière. + Et Hannibal, demoura-il derrière? + En Cartaige, par moy, le feiz actaindre; + Et Scypion l'Affricquain feiz estaindre; + Julius César au sénat je vendiz; + En Egipte Pompée je perdiz; + En mer noyay Jazon en ung boullon; [P. 121] + Et, une fois, Romme et Rommains ardiz.... + Par mon conseil prends tout en gré, Villon! + + Alexandre, qui tant fist de hamée, + Qui voulut voir l'estoille poucynière, + Sa personne par moy fut inhumée. + Alphasar roy, en champ, sous la bannière, + Ruay jus mort; cela est ma manière. + Ainsi l'ay fait, ainsi le maintendray; + Autre cause ne raison n'en rendray. + Holofernes, l'ydolastre mauldiz, + Qu'occist Judic (et dormoit entandiz!) + De son poignart, dedens son pavillon; + Absallon, quoy! en fuyant suspendis.... + Par mon conseil prends tout en gré, Villon! + + ENVOI. + + Povre Françoys, escoute que tu dis: + Se rien peusse sans Dieu de paradiz, + A toy n'aultre ne demourroit haillon: + Car pour ung mal lors j'en feroye dix: + Par mon conseil prends tout en gré, Villon! + + + + + BALLADE + CONTRE LES MESDISANS DE LA FRANCE. + + Rencontré soit de bestes feu gectans, + Que Jason vit, querant la Toison d'or; + Ou transmué d'homme en beste, sept ans, + Ainsi que fut Nabugodonosor; [P. 122] + Ou bien ait perte aussi griefve et villaine + Que les Troyens pour la prinse d'Heleine; + Ou avallé soit avec Tantalus + Et Proserpine aux infernaulx pallus, + Ou plus que Job soit en griefve souffrance, + Tenant prison en la court Dedalus, + Qui mal vouldroit au royaume de France! + + Quatre mois soit en un vivier chantant, + La teste au fons, ainsi que le butor; + Ou au Grand-Turc vendu argent contant, + Pour estre mis au harnois comme ung tor; + Ou trente ans soit, comme la Magdelaine, + Sans vestir drap de linge ne de laine; + Ou noyé soit, comme fut Narcisus; + Ou aux cheveux, comme Absalon, pendus, + Ou comme fut Judas par desperance, + Ou puist mourir comme Simon Magus, + Qui mal vouldroit au royaume de France! + + D'Octovien puisse venir le temps: + C'est qu'on luy coule au ventre son trésor; + Ou qu il soit mis entre meules flotans; + En un moulin, comme fut saint Victor; + Ou transgloutis en la mer, sans haleine, + Pis que Jonas au corps de la baleine; + Ou soit banny de la clarté Phoebus, + Des biens Juno et du soulas Venus, + Et du grant Dieu soit mauldit à outrance, + Ainsi que fut roy Sardanapalus, + Qui mal vouldroit au royaume de France! + + ENVOI. [P. 123] + + Prince, porté soit des clers Eolus, + En la forest où domine Glocus, + Ou privé soit de paix et d'espérance, + Car digne n'est de posséder vertus, + Qui mal vouldroit au royaume de France! + + + + LE JARGON OU JOBELIN [P. 124] + DE MAISTRE + FRANÇOIS VILLON. + + + BALLADE I. + + A Parouart, la grand Mathe Gaudie, + Où accollez sont duppez et noirciz, + De par angels suyvans la paillardie, + Sont greffiz et prins cinq ou six. + Là sont bleffeurs, au plus hault bout assis + Pour l'evagie, et bien hault mis au vent. + Escevez-moy tost ces coffres massis! + Ces vendengeurs, des ances circoncis, + S'embrouent du tout à néant... + Eschec, eschec, pour le fardis! + + Brouez-moy sur ces gours passans, + Advisez-moy bien tost le blanc, + Et pictonnez au large sur les champs: + Qu'au mariage ne soyez sur le banc + Plus qu'un sac de piastre n'est blanc. + Si gruppez estes des carireux, [P. 125] + Rebignez-moy tost ces enterveux, + Et leur montrez des trois le bris: + Que clavés ne soyez deux et deux... + Eschec, eschec, pour le fardis! + + Plantez aux hurmes vos picons, + De paour des bisans si très-durs, + Et, aussi, d'estre sur les joncs, + En mahe, en coffres, en gros murs. + Escharricez, ne soyez durs, + Que le grand Can ne vous fasse essorer. + Songears ne soyez pour dorer, + Et babignez tousjours aux ys + Des sires, pour les debouser... + Eschec, eschec, pour le fardis! + + ENVOI. + + Prince Froart, dit des Arques Petis, + L'un des sires si ne soit endormis, + Levez au bec, que ne soyez griffis, + Et que vous n'en ayez du pis... + Eschec, eschec, pour le fardis! + + + + + BALLADE II. + + Coquillars, narvans à Ruel, + Men ys vous chante que gardez + Que n'y laissez et corps et pel, + Com fist Colin de l'Escaillier, + Devant la roe babiller + Il babigna, pour son salut. [P. 126] + Pas ne sçavoit oingnons peller, + Dont Lamboureur lui rompt le suc. + + Changez, andossez souvent, + Et tirez tout droit au tremble, + Et eschicquez tost en brouant. + Qu'en la jarte ne soyez ample. + Montigny y fut, par exemple, + Bien estaché au halle-grup, + Et y jargonnast-il le temple, + Dont Lamboureur lui rompt le suc. + + Gailleurs, bien faitz en piperie, + Pour ruer les ninars au loing, + A l'assault tost, sans suerie! + Que les mignons ne soient au gaing, + Tout farcis d'un plumas à coing, + Qui griefve et garde le duc, + Et de la dure si très loing, + Dont Lamboureur luy rompt le suc. + + ENVOI. + + Prince, arrière de Ruel, + Et n'eussiez vous denier ne pluc, + Que au giffle ne laissez la pel, + Pour Lamboureur, qui rompt le suc. + + + + BALLADE III. [P. 127] + + Spélicans, + Qui, en tous temps, + Avancez dedans le pogois, + Gourde piarde, + Et sur la tarde, + Desboursez les pauvres nyais, + Et pour soustenir vostre pois, + Les duppes sont privez de caire, + Sans faire haire, + Ne hault braiere, + Mais plantez ils sont comme joncz, + Pour les sires qui sont si longs. + + Souvent aux arques, + A leurs marques, + Se laissent tous desbouser + Pour ruer, + Et enterver + Pour leur contre que lors faisons. + La fée aux Arques vous respond, + Et rue deux coups, ou bien troys, + Aux gallois. + Deux, ou troys + Mineront trestout aux frontz, + Pour les sires qui sont si longs. + + Et pour ce, benards, + Coquillars, + Rebecquez-vous de la montjoye, + Qui desvoye [P. 128] + Votre proye, + Et vous fera de tout brouer; + Par joncher + Et enterver, + Qui est aux pigeons bien cher: + Pour rifler + Et placquer + Les angels de mal tous rondz, + Pour les sires qui sont si longs. + + ENVOI. + + De paour des hurmes + Et des grumes, + Rassurez-vous en droguerie + Et faerie, + Et ne soyez plus sur les joncz, + Pour les sires qui sont si longs. + + + + BALLADE IV. + + Saupicquetz frouans des gours arques, + Pour deshouser, beau sire dieux, + Allez ailleurs planter vos marques! + Benards, vous estes rouges gueux. + Berard s'en va chez les joncheux + Et babigne qu'il a plongis. + Mes frères, soiez embrayeux + Et gardez les coffres massis. + + Se gruppez estes, des grappes + De ces angels si graveliffes; + Incontinent, manteaulx et cappes, [P. 129] + Pour l'emboue ferez eclipses; + De vos sarges serez besifles, + Tout debout et non pas assis. + Pour ce, gardez d'estre griffes + Dedens ces gros coffres massis. + + Nyais qui seront attrapez, + Bientost s'en brouent au Halle, + Plus ne vault que tost ne happez + La baudrouse de quatre talle. + Des tires fait la hairenalle, + Quand le gosser est assiegis, + Et si hurcque la pirenalle, + Au saillir des coffres massis. + + ENVOI. + + Prince des gayeulx, à leurs marques, + Que voz contres ne soient griffis. + Pour doubte de frouer aux arques, + Gardez-vous des coffres massis. + + + + BALLADE V. + + Joncheurs, jonchans en joncherie, + Rebignez bien où joncherez; + Qu'Ostac n'embroue vostre arrerie, + Où acollez sont vos ainsnez. + Poussez de la quille et brouez, + Car tost seriez roupieux. + Eschet qu'acollez ne soyez. + Par la poe du marieux. + + Bendez-vous contre la faerie, [P. 130] + Quanques vous aurez desbousez, + N'estant à juc la riflerie + Des angelz et leurs assosez. + Berard, se povez, renversez, + Si greffir laissez voz carieux; + La dure bientost renversez, + Pour la poe du marieux. + + Entervez à la floterie, + Chantez-leur trois, sans point songer. + Qu'en artes ne soyez en surie, + Blanchir vos cuirs et essurger. + Bignez la mathe, sans targer; + Que vos ans ne soyent ruppieux! + Plantez ailleurs contre assiéger, + Pour la poe du marieux. + + ENVOI. + + Prince Benard en Esterie, + Querez coupans pour Lamboureux + Et autour de vos ys tuerie, + Pour la poe du marieux. + + + + BALLADE VI + + Contres de la gaudisserie, + Entervez tousjours blanc pour bis, + Et frappez, en la hurterie, + Sur les beaulx sires bas assis. + Ruez de feuilles cinq ou six, + Et vous gardez bien de la roe, + Qui aux sires plante du gris, [P. 131] + En leur faisant faire la moe. + + La giffle gardez de rurie, + Que vos corps n'en ayent du pis, + Et que point, à la turterie, + En la hurme ne soyez assis. + Prenez du blanc, laissez du bis, + Ruez par les fondes la poe, + Car le bizac, à voir advis, + Faict aux Beroars faire la moe. + + Plantez de la mouargie, + Puis ça, puis là, pour l'artis, + Et n'espargnez point la flogie + Des doulx dieux sur les patis. + Vos ens soyent assez hardis, + Pour leur avancer la droe; + Mais soient memorandis, + Qu'on ne vous face la moe. + + ENVOI. + + Prince, qui n'a bauderie + Pour eschever de la soe, + Danger du grup, en arderie, + Faict aux sires faire la moe. + + FIN DES OEUVRES DE MAISTRE + FRANÇOIS VILLON. + + + + POÉSIES [P. 132] + ATTRIBUÉES A VILLON + + + + I RONDEL. + + Les biens dont vous estes la dame + Ont mon cueur si très fort espris, + Qu'il feust mort, s'il n'eust entrepris + De vous aymer plus que nul âme. + + Quant à moy, point je ne l'en blasme, + Pour ce qu'ilz ont de tous le pris + Les biens dont vous estes la dame. + + De ce qu'il fault que je vous ayme, + Je sçay trop bien que j'ay mespris; + Mais qui en doit estre repris? + Non pas moi. Qui donc? Sur mon ame, + Les biens dont vous estes la dame. + + + II. RONDEL. + + A bien juger mon propre affaire + Et piteux cas, sans riens en taire, + Plus qu'autre croire me debvez, [P. 134] + Se par adventure n'avez + Information de contraire. + + Celle ou celluy qui m'a brassé + Ce maulvais los et pourchassé + Me het et ne vous ayme pas; + Mais il quiert que soye chacié + De vostre amour et effacié. + Je congnois bien telz advocas. + + Se vous avez voulu refaire + Leur voulenté pour me deffaire, + Vous faictes mal et me grevez. + Considerez que vous sçavez + Qu'onc vers vous ne voulus meffaire + A bien juger. + + + III. RONDEL. + + Une fois me dictes ouy, + En foy de noble et gentil femme; + Je vous certifie, ma Dame, + Qu'oncques ne fuz tant resjouy. + + Veuillez le donc dire selon + Que vous estes benigne et doulche, + Car ce doulx mot n'est pas si long + Qu'il vous face mal en la bouche. + + Soyez seure, si j'en jouy, + Que ma lealle et craintive ame + Gardera trop mieulx que nul ame + Vostre honneur. Avez-vous ouy? + Une fois me dictes ouy. + + + IV. RONDEL. [P. 135] + + Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente; + Une j'en sers qui est bien suffisante + Pour contenter un grant duc ou un roy. + Je l'ayme bien, mais non pas elle moy; + Il n'est besoing que de ce je me vante. + + Combien qu'elle est de taille belle et gente, + De m'en louer pour ceste heure presente + Pardonnez-moy, car je n'y voy de quoy; + Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente. + + Quant je luy dy de mon vouloir l'entente, + Et cueur et corps et biens je luy presente, + Pour tout cela remède je n'y voy. + Deliberé suis, sçavez-vous de quoy? + De luy quicter et le jeu et l'actente. + Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente. + + + V. RONDEL. + + De mon faict je ne sçay que dire; + Par tout où je vois je m'adire, + Et des yeulx voy moins que du coute. + En danger suis qu'il ne me couste + La vie, tant suis remply d'ire. + + De mon faict je ne sçay que dire, + Car ma dame si ne tient compte + De mon martyre, quant luy compte, + Mais me dit que trop aise suis, + Et qu'en ce royaulme n'a conte + Qui ait de nulle meilleur compte + Que j'ay d'elle, quant je la suis, + + Nullement, de paour de mesdire, [P. 136] + Jamais je ne l'ose desdire; + A son gré parler je l'ecoute, + Puis emprès elle je m'accoute, + Sans luy vouloir riens contredire. + De mon faict je ne sçay que dire. + + + VI. RONDEL. + + Pour entretenir mes amours + Colorer me fault maints fins tours; + Car ma bourse est très mal garnie + Pour fourrer le poignet tousjours. + + Ung jour demande haults atours, + Et l'autre ung grant bort de velours, + Et je respons: «Or bien, m'amye,» + Pour entretenir mes amours. + + Veez-vous ce donneur de bonjours? + Il a faict en el tant de cours, + Practiqué l'art de baverie, + Qu'il scet moult bien, sans ce qu'il rie, + Dire sa pensée à rebours. + Pour entretenir mes amours + Colorer me fault maints fins tours. + + + VII. RONDEL. + + Tu te brusles à la chandelle! + Helas! mon cueur, ne vois tu pas + Que danger est tousjours au pas, + Qui fait à tous guerre mortelle? + + Soyes seur que tu l'auras belle [P. 137] + Se tu n'y vas bien par compas; + Tu te brusles à la chandelle. + + Sont-ce chastaignes qu'on y pelle, + A ton advis, pour ton repas? + Nennil. Retrais toy tout le pas, + Ains qu'on te frape au cul la pelle. + Tu te brusles à la chandelle. + + + VIII. RONDEL. + + Adieu vous dy la lerme à l'oeil; + Adieu, ma très gente mignonne, + Adieu, sur toutes la plus bonne, + Adieu vous dy, qui m'est grand dueil. + + Adieu, adieu, m'amour, mon vueil; + Mon povre cueur vous laisse et donne. + Adieu vous dy la lerme à l'oeil. + + Adieu, par qui du mal recueil + Mille fois plus que mot ne sonne; + Adieu, du monde la personne + Dont plus me loue et plus me dueil. + Adieu vous dy la lerme à l'oeil. + + + IX. BALLADE. + + Las! je me plains d'amours et de ma dame, + Et de mes yeulx dont j'ay veu sa beaulté; + Et oultre plus, je me plains d'une femme + Qui contre moy a le conseil donné + Dont j'ay déjà tant de mal enduré [P. 138] + Qu'il me fauldra, par deffaulte de joye, + Aller criant, comme tout forcené: + Je hez ma dame que tant aymer souloye. + + Car se pitié son très doulx cueur n'entame + A me donner ce que j'ay desiré, + J'iray mourir, ainsi qu'ung homme infame. + Tout hors de sens et si desespéré + Qu'après ma mort il en sera parlé + Plus loin dix fois que d'icy en Savoye, + Et lors diray pour plus estre blasmé: + Je hez ma dame que tant aymer souloye + + Se je le dy, je jure sur mon ame + Que ce sera contre ma voulenté. + Je prye à Dieu qu'il n'y puist avoir ame + A celle fin qu'il ne soit raporté. + Car jasoit ce qu'elle m'ait courroucé + Tant qu'on peut plus, cent mille fois mourroye + Avant que j'eusse ne dit ne proferé: + Je hez ma dame que tant aymer souloye. + + + X. RONDEL. + + Quelque chose qu'Amours ordonne, + Force m'est que vous habandonne + Pour pourchasser ailleurs mon bien; + Car, sur ma foy, je congnois bien + Que vous m'estes pire que bonne. + + Trop a de cueur qui vous en donne: + Pour ce jà Dieu ne me pardonne + Se vous avez jamais le mien, [P. 139] + Quelque chose qu'Amours ordonne. + + Si n'aymeray je jà personne + Que vous, quoy que l'on me sermonne, + En tout ce monde terrien; + Mais maintenant je n'en fais rien, + Et sers selon qu'on me guerdonne. + Quelque chose qu'Amours ordonne, + Force m'est que vous habandonne. + + + + XI. RONDEL. + + Hahay! estes vous rencherie, + Dieux y ait part, puis devant hier? + Ma dame, c'est pour enrager! + Le faictes-vous par mocquerie? + + Mais venez çà, je vous en prie: + Est le cuir devenu si cher? + Hahay! estes vous rencherie? + + Et dea! et ne sçavez-vous mie + Que mon père est cordouennier; + Vous voulez bazanne priser + Plus que cordouen la moitié. + Hahay! estes-vous rencherie? + + + + XII. RONDEL. + + Au plus offrant ma dame est mise + Et dernier encherisseur. + Je ne sçay se c'est par honneur, + Mais je n'en prise pas la guise. + + Elle m'avoit sa foy promise, [P. 140] + Mais je voy qu'elle a mis son cueur + Au plus offrant. + + Et pour ce je quitte la prinse + D'estre nommé son serviteur, + Car donner me porte malheur. + Ainsi j'ay laissé l'entreprise + Au plus offrant. + + + XIII. RONDEL. + + Entens à moy, vray dieu d'amours, + Et faiz que la mort ait son cours + Hastivement, + + Car j'ay mal employé mes jours. + Je meurs en aymant par amours + Certainement. + + Languir me fault en griefs doulours. + + + XIV. BALLADE + _Pour ung prisonnier._ + + S'en mes maulx me peusse esjoyr + Tant que tristesse me feust joye + Par me doulouser et gemir, + Voulentiers je me complaindroye; + Car, s'au plaisir Dieu, hors j'estoye, + J'ay espoir qu'au temps advenir + A grant honneur venir pourroye + Une fois avant que mourir. + + Pourtant, s'ay eu moult à souffrir [P. 141] + Par fortune, dont je larmoye, + Et que n'ay pas peu obtenir + N'avoir ce que je pretendoye, + Au temps advenir je vouldroye + Voulentiers bon chemin tenir + Pour acquerir honneur et joye + Une fois avant que mourir. + + Sans plus loin exemple querir, + Par moy mesme juger pourroye + Que meschief nul ne peult fouyr, + S'ainsi est qu'advenir luy doye. + C'est jeunesse qui tout desvoye; + Nul ne s'en doit trop esbahyr. + Si juste n'est qui ne fourvoye + Une fois avant que mourir. + + Prince, s'aucun povoir avoye + Sur ceulx qui me font cy tenir, + Voulentiers vengeance en prendroye + Une fois avant que mourir. + + + XV. RONDEL. + + Comme moy vous aurez voz gages. + J'en fuz bien payé au partir: + Plain de dueil jusques au partir, + Ne sont-ce plaisans advantages? + + Servez amours entre vous sages: + Il vous en fera repentir; + Comme moy vous aurez vos gages. + + Repeuz serez de doulx langaiges [P. 142] + Pour vous garder de departir. + Quant est à moy, j'en suys martir. + Bien tard congnoistrez telz ouvrages; + Comme moy vous aurez vos gages. + + + XVI. BALLADE. + + Il n'est danger que de vilain, + N'orgueil que de povre enrichy, + Ne si seur chemin que le plain, + Ne secours que de vray amy, + Ne desespoir que jalousie, + N'angoisse que cueur convoiteux, + Ne puissance où il n'ait envie, + Ne chere que d'homme joyeulx; + + Ne servir qu'au roy souverain, + Ne lait nom que d'homme ahonty, + Ne manger fors quant on a faim, + N'emprise que d'homme hardy, + Ne povreté que maladie, + Ne hanter que les bons et preux, + Ne maison que la bien garnie, + Ne chère que d'homme joyeulx; + + Ne richesse que d'estre sain, + N'en amours tel bien que mercy, + Ne de la mort rien plus certain, + Ne meilleur chastoy que de luy; + Ne tel trésor que preudhommye, + ***************************** + Ne paistre qu'en grant seigneurie, + Ne chère que d'homme joyeulx; + + ENVOI. [P. 143] + + Que voulez-vous que je vous die? + Il n'est parler que gracieulx, + Ne louer gens qu'après leur vie, + Ne chère que d'homme joyeulx + + + XVII. BALLADE MORALE. + + D'une dague forte et aigüe + Soit-il frappé parmy l'eschine, + Et ait tousjours une sansue + Attachée à sa poitrine, + Et attainct d'une coulevrine + Entre le nez et le menton, + Ou qu'en prison vive en famine, + Qui autruy blasme sans raison. + + Son giste soit emmy la rue, + Tout nud quand il fera bruyne, + Sur pel de heriçon pointue, + Couvert d'une chère estamine; + De vent de bise sa courtine, + Et soit mors d'ung escorpion, + Ou qu'en prison vive en foraine, + Qui autruy blasme sans raison. + + Sa chair soit detrenchée menue + Plus qu'au moulin n'est la farine, + Ou de gros nerfz soit bien batue, + Ou couche nud sur tas d'espine: + Et affin que plus tost il fine, + Son corps soit remply de poison, + Ou qu'en prison vive en famine, [P. 144] + Qui autruy blasme sans raison. + + ENVOI. + + Prince, soit mis en la gehaine + Dix fois le jour comme ung larron, + Ou qu'en prison vive en famine, + Qui autruy blasme sans raison. + + + + XVIII. BALLADE. + + J'ay ung arbre de la plante d'amours, + Enraciné en mon cueur proprement, + Qui ne porte fruits, sinon de dolours, + Fueilles d'ennuy et fleurs d'encombrement; + Mais, puis qu'il fut planté premièrement, + Il est tant creu, de racine et de branche, + Que son umbre, qui me porte nuysance, + Fait au dessoubs toute joye seichier, + Et si ne puis, pour toute ma puissance, + Autre planter, ne celuy arrachier. + + De si long-temps est arrosé de plours + Et de lermes tant douloureusement, + Et si n'en sont les fruits de rien meillours: + Ne je n'y truys guères d'amendement. + Je les recueille pourtant soigneusement. + C'est de mon cueur l'amère soustenance, + Qui trop mieux fust en friche ou en souffrance + Que porter fruits qui le dussent blecier; + Mais pas ne veult l'amoureuse ordonnance, + Autre planter, ne celuy arrachier. + + S'en ce printemps, que les feuilles et fleurs [P. 145] + Et arbrynceaux percent nouvellement, + Amours vouloit moy faire ce secours, + Que les branches qui font empeschement + Il retranchast du tout entierement, + Pour y enter ung rynceau de plaisance, + Il gecteroit bourgeons de souffisance; + Joye en istroit, dont il n'est rien plus chier; + Et ne fauldroit jà, par desesperance, + Autre planter, ne celuy arrachier. + + ENVOI. + + Ma princesse, ma première esperance, + Mon cueur vous sert en dure penitence. + Faictes le mal qui l'acqueult retranchier, + Et ne souffrez en vostre souvenance + Autre planter, ne celuy arrachier. + + + + XIX. BALLADE. + + Plaisant assez, et des biens de fortune + Ung peu garny, me trouvay amoureux, + Voire si bien, que, tant aymay fort une, + Que nuit et jour j'en estois langoureux. + Mais tant y a, que je fus si heureux + Que, moyennant vingt escus à la rose, + Je fis cela que chacun bien suppose. + Alors je dis, connoissant ce passage: + «Au fait d'amours, babil est peu de chose; + Riche amoureux a tousjours l'advantage. + + Or est ainsy que, durant ma pecune, + Je fus traite comme amy precieux; + Mais, tost après, sans dire chose aucune, + Cette vilaine alla jetter les yeulx [P. 146] + Sur un vieillard riche, mais chassieux, + Laid et hideux trop plus qu'on ne propose. + Ce neantmoins, il en jouit sa pose, + Dont moy, confus, voyant un tel ouvrage, + Dessus ce texte allay bouter en glose: + Riche amoureux a tousjours l'advantage. + + Or elle a tort, car noyse ny rancune + N'eut onc de moy. Tant lui fus gracieux, + Que, s'elle eust dit: «Donne-moy de la lune» + J'eusse entrepris de monter jusqu'aux cieulx; + Et, nonobstant, son corps tant vicieux + Au service de ce vieillard expose. + Dont, ce voyant, un rondeau je compose, + Que luy transmets; mais, en pou de langage, + Me respond franc: «Povreté te depose: + Riche amoureux a tousjours l'advantage!» + + ENVOI. + + Prince tout bel, trop mieux parlant qu'Orose, + Si vous n'avez toujours bourse desclose, + Vous abusez: car Meung, docteur très sage, + Nous a descrit que, pour cueillir la rose, + Riche amoureux a tousjours l'advantage. + + + + XX. BALLADE. + + Qui en amours veut estre heureux, + Faut tenir train de seigneurie, + Estre prompt et advantureux + Quand vient à monstrer l'armarie: + Porter drap d'or, orfaverie, + Car cela les dames esmeut. + Tout sert; mais, par saincte Marie! [P. 147] + Il ne fait pas ce tour qui veult. + + Je fus naguères amoureux + D'une dame cointe et jolie, + Qui me dit, en mots gracieux: + «Mon amour est en vous ravie; + Mais il faut qu'el soit desservie + Par cinquante escus d'or, s'on peut. + --Cinquante escus! Bon gré ma vie! + Il ne fait pas ce tour qui veult.» + + Alors luy donnay sur les lieux + Où elle feisoit l'endormie: + Quatre venues, de coeur joyeux, + Luy fis en moins d'heure et demie. + Lors me dit, à voix espasmie: + «Encore un coup! le coeur me deult. + --Encore un coup! Hélas! m'amye, + Il ne fait pas ce tour qui veult!» + + ENVOI. + + Prince d'amours, je te supplie, + Si plus ainsi elle m'accuelt, + Que ma lance jamais ne plie: + Il ne fait pas ce tour qui veult! + + + + XXI. BALADE JOYEUSE DES TAVERNIERS. + + D'ung gect de dart, d'une lance asserée, + D'ung grant faussart, d'une grosse massue, + D'une guisarme, d'une flèche ferrée, + D'ung bracquemart, d'une hache esmolue, + D'ung grand penart et d'une bisagüe, + D'ung fort espieu et d'une saqueboute; [P. 148] + De maulx briguans puissent trouver tel route + Que tous leurs corps fussent mis par morceaulx, + Le cueur fendu, desciré par monceaulx, + Le col couppé d'ung bon branc acherin, + Descirez soient de truye et de pourceaulx + Les taverniers qui brouillent nostre vin. + + D'ung arc turcquois, d'une espée affilée + Ayent les paillars la brouaille cousue, + De feu gregoys la perrucque bruslée, + Et par tempeste la cervelle espandue, + Au grand gibet leur charongne pendue, + Et briefvement puissent mourir de goutte, + Ou je requiers et pry que l'on leur boute + Parmy leur corps force d'ardans barreaulx; + Vifs escorchez des mains de dix bourreaulx, + Et puis bouillir en huille le matin, + Desmembrez soient à quatre grans chevaux, + Les taverniers qui brouillent nostre vin. + + D'un gros canon la tête escarbouillée + Et de tonnerre acablez en la rue + Soient tous leurs corps, et leur chair dessirée, + De gros mastins bien garnye et pourvue, + De forz esclers puissent perdre la veue, + Neige et gresil tousjours sur eux degoutte, + Avecques ce ilz aient la pluye toute + Sans que sur eux ayent robbes ne manteaulx, + Leurs corps trenchez de dagues et couteaulx, + Et puis traisnez jusques en l'eau du Rin; + Desrompuz soient à quatre-vingts marteaulx + Les taverniers qui brouillent nostre vin. + + Prince, de Dieu soient maulditz leurs boyaulx, [P. 149] + Et crever puissent par force de venin + Ces faulx larrons, maulditz et desloyaulx, + Les taverniers qui brouillent nostre vin + + + + XXII. S'ENSUIT LE MONOLOGUE DU [P. 150] + FRANC ARCHIER DE BAIGNOLLET + + AVEC SON EPITAPHE. + + C'est à meshuy! J'ay beau corner! + Or ça, il s'en fault retourner, + Maulgré ses dentz, en sa maison + Si ne vis-je pieça saison + Où j'eusse si hardy couraige + Que j'ay! Par la morbieu! j'enraige + Que je n'ay à qui me combatre... + Y a-il homme qui à quatre, + Dy-je, y a-il quatre qui vueillent + Combatre à moy? Se tost recueillent + Mon gantelet; vela pour gaige! + Par le sang bieu! je ne crains paige, + S'il n'a point plus de quatorze ans. + J'ay autresfoys tenu les rencz, + Dieu Mercy! et gaigné le prix + Contre cinq Angloys que je pris, + Povres prisonniers desnuez, [P. 151] + Si tost que je les euz ruez. + Ce fust au siège d'Alençon. + Les troys se misrent à rançon, + Et le quatriesme s'enfuyt. + Incontinent que l'autre ouyt + Ce bruit, il me print à la gorge. + Se je n'eusse crié: Sainct George! + Combien que je suys bon Françoys, + Sang bieu! il m'eust tué ançoys + Que personne m'eust secouru. + Et quand je me senty feru + D'une bouteille, qu'il cassa + Sur ma teste: «Venez ça, ça! + Dis-je lors. Que chascun s'appaise! + Je ne quiers point faire de noise, + Ventre bieu! et buvons ensemble. + Posé soit ores que je tremble, + Sang bieu! je ne vous crains pas maille.» + + _Cy dit ung quidem, par derrière les gens_: + Coquericoq. + + Qu'esse cy? J'ay oüy poullaille + Chanter chez quelque bonne vieille; + Il convient que je la resveille. + Poullaille font icy leurs nidz! + C'est du demourant d'Ancenys, + Par ma foy! ou du Champ-Toursé... + Helas! que je me vis coursé + De la mort d'ung de mes nepveux! + J'euz d'ung canon par les cheveux, + Qui me vint cheoir tout droit en barbe; + Mais je m'escriay: «Saincte Barbe! [P. 152] + Vueille-moy ayder à ce coup, + Et je t'ayderay l'autre coup!» + Adonc le canon m'esbranla, + Et vint ceste fortune-là + Quand nous eusmes le fort conquis. + Le Baronnet et le Marquis, + Craon, Cures, l'Aigle et Bressoire, + Accoururent pour veoir l'histoire; + La Rochefouquault, l'Amiral, + Aussi Beuil et son attirail, + Pontièvre, tous les capitaines, + Y deschaussèrent leurs mitaines + De fer, de paour de m'affoler, + Et si me vindrent acoler + A terre, où j'estoye meshaigné, + De paour de dire: «Il n'a daigné!» + Combien que je fusse malade, + Je mis la main à la salade, + Car el m'estouffoit le visaige. + «Ha! dist le Marquis, ton oultraige + Te fera une foys mourir!» + Car il m'avoit bien veu courir, + Oultre l'ost, devant le chasteau. + Hélas! j'y perdy mon manteau, + Car je cuidoye d'une poterne + Que ce fust l'huys d'une taverne. + Et moy tantost de pietonner, + Car, quand on oyt clarons sonner, + Il n'est courage qui ne croisse. + Tout aussitost: «Où esse? Où esse? + Et, à brief parler, je m'y fourre, + Ne plus ne moins qu'en une bourre. + Si ce n'eust esté la brairie + Du costé devers la prairie, [P. 153] + De nos gens, qui crioient trestous, + Disant: «Pierre, que faictes-vous? + N'assaillez pas la basse court + Tout seul!» je l'eusse prins tout court, + Certes; mais c'eust esté outraige. + Et se ce n'eust esté ung paige + Qui nous vint trencher le chemin, + Mon frère d'armes Güillemin + Et moy, Dieu lui pardoint, pourtant! + Car, quoy? il nous en pend autant + A l'oeil, eussions, sans nulle faille, + Frappé au travers la bataille + Des Bretons; mais nous apaisames + Nos couraiges et recullames... + Que dy-je? non pas reculer, + Chose dont on ne doibt parler... + Ung rien, jusque au Lyon d'Angiers. + Je ne craignoye que les dangiers, + Moy; je n avoye paour d'aultre chose. + Et quand la bataille fut close, + D'artillerie grosse et gresle + Vous eussez ouy, pesle-mesle: + _Tip, tap, sip, sap_, à la barrière, + Aux esles, devant et derrière. + J'en eus d'ung parmy la cuirace. + Les dames qu'estoient en la place + Si ne craignoyent que le couillart. + Certes, j'estoye ung bon paillart; + J'en avoye ung si portatif, + Se je n'eusse esté si hastif + De mettre le feu en la pouldre, + J'eusse destruit et mis en fouldre + Tout quanqu'avoit de damoiselles. + Il porte deux pierres jumelles, [P. 154] + Mon couillart: jamais n'en a meins. + Et dames de joindre les mains, + Quand ilz virent donner l'assault. + Les ungs se servoyent du courtault + Si dru, si net, si sec que terre. + Et puis, quoy? parmy ce tonnerre, + Eussez ouy sonner trompilles, + Pour faire dancer jeunes filles + Au son du courtault, haultement. + Quand j'y pense, par mon serment! + C'est vaine guerre qu'avec femmes; + J'avoye toujours pitié des dames. + Veu qu'ung courtault tresperce ung mur, + Ilz auroyent le ventre bien dur, + S'il ne passoit oultre... Pensez + Qu'on leur eust faict du mal assez, + Se l'en n'eust eu noble couraige; + Mesmes ces pehons de villaige, + J'entens pehons de plat pays, + Ne se fussent point esbahis + De leur mal faire; mais nous sommes + Tousjours, entre nous gentilz hommes, + Au guet dessus la villenaille. + J'estoye par deçà la bataille, + Tousjours la lance ou la bouteille + Sur la cuisse: c'estoit merveille, + Merveille de me regarder. + Il vint ung Breton estrader, + Qui faisoit rage d'une lance; + Mais il avoit, de jeune enfance, + Les reins rompus; c'estoit dommaige. + Il vint tout seul, par son oultraige, + Estrader par mont et par val; + Pour bien pourbondir ung cheval [P. 155] + Il faisoit feu et voire flambe. + Mais je lui trenchay une jambe, + D'ung revers, jusques à la hanche; + Et fis ce coup-là ung dimenche, + Que dy-je? ung lundy matin. + Il ne s'armoit que de satin, + Tant craignoit à grever ses reins. + Voulentiers frappoit aux chanfrains + D'ung cheval, quand venoit en jouste, + Ou droit à la queue, sans doubte. + Point il ne frappoit son roussin, + Pource qu'il avoit le farcin, + Que d'ung baston court et noailleux, + Dessus sa teste et ses cheveulx, + De paour de le faire clocher. + Aussi, de paour de tresbucher, + Il alloit son beau pas, _tric, trac_, + Et ung grant panon de bissac + Voulentiers portoit sur sa teste. + D'ung tel homme fault faire feste + Autant que d'ung million d'or. + Gens d'armes! c'est ung grant tresor; + S'il vault riens il ne fault pas dire. + J'ay fait raige avecques La Hire: + Je l'ay servy trestout mon aage. + Je fus gros vallet, et puis page, + Archier, et puis je pris la lance, + Et la vous portoye sur la panse, + Tousjours troussé comme une poche. + Et puis, monseigneur de la Roche, + Que Dieu pardoint, me print pour paige. + J'estoye gent et beau de visaige, + Je chantoye et brouilloye des flustes, + Et si tiroye entre deux butes. [P. 156] + A brief parler, j'estoye ainsi + Mignon comme cest enfant-cy; + Je n'avoys pas gramment plus d'aage... + Or ça, ça, par où assauldray-je + Ce cocq que j'ay ouy chanter? + A peu besongner bien vanter; + Il fault assaillir cest hostel. + + _Adonc apperçoit le Franc Archier un espoventail de_ + chenevière, faict en façon d'ung gendarme, + croix blanche devant et croix noire + derrière, en sa main tenant + une arbaleste_. + + (A part.) + + Ha! le Sacrement de l'autel! + Je suis affoibly! Qu'esse-cy? + + (A l'espoventail.) + + Ha! Monseigneur, pour Dieu, mercy! + Hault le trait, qu'aye la vie franche! + Je voy bien, à vostre croix blanche, + Que nous sommes tout d'ung party. + + (A part.) + + D'ond, tous les diables! est-il sorty, + Tout seul et ainsi effroyé? + + (A l'espoventail.) + + Comment! Estes-vous desvoyé? + Mettez jus, je gage l'amende. + Et, pour Dieu, mon amy, desbende + Au hault ou au loing ton baston! + _Adonc il advise sa croix noire_. [P. 157] + Par le sang bieu! c'est ung Breton, + Et je dy que je suis Françoys!... + Il est fait de toy, ceste fois, + Perrenet; c'est ung parti contraire! + + (A l'espoventail.) + + Hen, Dieu! et où voulez-vous traire? + Vous ne sçavez pas que vous faictes. + Dea! je suis Breton, si vous l'estes. + Vive sainct Denis ou sainct Yve! + Ne m'en chault qui, mais que je vive! + Par ma foi! Monseigneur mon maistre, + Se vous voulez sçavoir mon estre, + Ma mère fut née d'Anjou, + Et mon père je ne sçay d'où, + Sinon que j'ouy reveler + Qu'il fut natif de Lantriquer. + Comment sçauray-je vostre nom? + Monseigneur Rollant, ou Yvon, + Mort seray quand il vous plaira! + + (A part.) + + Et comment! il ne cessera + Meshuy de me persecuter, + Et si ne me veult escouter! + + (A l'espoventail.) + + En l'honneur de la Passion + De Dieu, que j'aye confession, + Car je me sens jà fort malade! + Or, tenez, vela ma salade, + Qui n'est froissée ne couppée; + Je la vous rens, et mon espée, [P. 158] + Et faictes prier Dieu pour moy. + Je vous laisse, sur vostre foy, + Ung voeu que je doibs à sainct Jacques. + Pour le faire, prendrez mon jacques, + Et ma ceinture et mon cornet. + + (A part.) + + Tu meurs bien maulgré toy, Pernet, + Voire maulgré toi et à force! + + (Au public.) + + Puis qu'endurer fault et à force, + Priez pour l'ame, s'il vous plaist, + Du Franc Archier de Baignolet, + Et m'escripvez, à ung paraphe, + Sur moy ce petit epitaphe: + + _Cy gist Pernet le Franc Archier, + Qui cy mourut sans desmarcher, + Car de fuyr n'eut onc espace, + Lequel Dieu, par sa saincte grace, + Mette ès cieulx, avecques les ames + Des francs archiers et des gens d'armes, + Arrière des arbalestriers. + Je les hay tous: ce sont meurdriers! + Je les congnois bien de pieça. + Et mourut l'an qu'il trespassa._ + + Velà tout; les mots sont très beaux. + Or, vous me lairrez mes houseaulx, + Car, se j'alloye en paradis + A cheval, comme fist jadis + Sainct Martin, et aussi sainct George, + J'en seroye bien plus prest... Or je [P. 159] + Vous laisse gantelet et dague: + Car, au surplus, je n'ay plus bague + De quoy je me puisse deffendre. + + (A l'espoventail.) + + Attendez! me voulez-vous prendre + En desaroy? Je me confesse + A Dieu, tandis qu'il n'y a presse, + A la Vierge et à tous sainctz. + + (A part.) + + Or meurs-je les membres tous sains + Et tout en bon point, ce me semble. + Je n'ay mal, sinon que je tremble + De paour et de malle froidure, + Et de mes cinq sens de nature... + Cinq cens! Où prins, qui ne les emble? + Je n'en veiz onc cinq cens ensemble, + Par ma foy! n'en or, n'en monnoye. + Pour néant m'en confesseroye: + Oncques ensemble n'en veiz deux. + Et de mes sept pechez morteux + Il fault bien que m'en supportez: + Sur moy je les ay trop portez; + Je les metz jus, avec mon jacques. + J'eusse attendu jusques à Pasques, + Mais vecy ung advancement. + Et du premier commendement + De la Loy, qui dit qu'on doibt croire + (Non pas l'estoc quand on va boire, + Cela s'entend) en ung seul Dieu, + Jamais ne me trouvay en lieu + Où j'y creusse mieulx qu'à ceste heure, + Mais qu'à ce besoing me sequeure. + + (A l'espoventail.) [P. 160] + + Ne desbendez? Je ne me fuys! + + (A part.) + + Hélas! je suis mort où je suis. + Je suis aussi simple, aussi coy + Comme une pucelle; car, quoy + Dit le second commendement? + Qu'on ne jure Dieu vainement. + Non ay-je en vain, mais très ferme, + Ainsi que fait ung bon genderme, + Car il n'est rien craint, s'il ne jure. + Le tiers nous enjoingt et procure, + Et advertist et admoneste, + Que l'en doit bien garder la feste, + Autant en hyver qu en esté: + J'ay tousjours voulentiers festé, + De ce ne mentiray-je point; + Et le quatriesme nous enjoint + Qu'on doit honnorer père et mère: + J'ay tousjours honoré mon père, + En moy congnoissant gentilhomme + De son costé, combien qu'en somme + Sois villain et de villenaille. + + (A l'espoventail.) + + Et, pour Dieu, mon amy, que j'aille + Jusques amen; miséricorde! + Relevez ung peu vostre corde; + Ferez que le traict ne me blesse. + + (A part.) + + Item, morbieu! je me confesse + Du cinquiesme, sequentement: + Deffend-il pas expressément [P. 161] + Que nul si ne soit point meurtrier? + + (A l'espoventail.) + + Las! Monseigneur l'arbalestrier, + Gardez bien ce commendement; + Quant est à moy, par mon serment, + Meurdre ne fis onc qu'en poulaille. + + (A part.) + + L'aultre commendement nous baille + Qu'on n'emble rien; ce ne fis oncque, + Car en lieu n'en place quelconque + Je n'euz loysir de rien embler. + J'ay assez à qui ressembler + En ce point; je n'ay point meffait, + Car, se l'en m'eust pris sur le fait, + Dieu scet comme il me fust mescheu! + + _Cy lusse tomber à terre l'espoventail, celluy qui + le tient_. + + (A l'espoventail.) + + Las! monseigneur! vous estes cheu!... + Jésus! et qui vous a bouté, + Dictes? Ce n'ay-je pas esté, + Vrayement, ou diable ne m'emporte, + Au cas, dictes? Je m'en rapporte + A tous ceulx qui sont cy, beau sire, + Affin que ne vueillez pas dire + Que c'est demain ou pour demain. + Au fort, baillez-moy vostre main, + Je vous ayderay à lever. + Mais ne me vueillez pas grever: + J'ai pitié de vostre fortune. + + _Cy apperçoyt le Franc Archier, de l'espoventail, que [P. 162] + ce n'est pas ung homme_. + + Par le corps bieu! j'en ay pour une! + Il n'a pié ne main; il ne hobe; + Par le corps bieu! c'est une robe + Plaine, de quoy? charbieu! de paille! + Qu'esse-cy? morbieu! on se raille, + Ce cuiday-je, des gens de guerre... + Que la fièvre quartaine serre + Celluy qui vous a mis icy! + Je le feray le plus marry, + Par la vertu bieu! qu'il fut oncques. + Se mocque on de moy quelconques? + Et ce n'est, j'advoue sainct Pierre! + Qu'espoventail de chenevière, + Que le vent a cy abatu!... + La mort bieu! vous serez batu, + Tout au travers, de ceste espée... + Quand la robbe seroit couppée, + Ce seroit ung très grand dommaige. + Je vous emporteray pour gaige, + Toutesfoys, après tout hutin. + Au fort, ce sera mon butin, + Que je rapporte de la guerre. + On s'est bien raillé de toi, Pierre, + La charbieu saincte et beniste! + Vous eussiez eu l'assault bien viste, + Se j'eusse sceu vostre prouesse: + Vous eussiez tost eu la renverse, + Voir, quelque paour que j'en eusse. + Or pleust à Jésus que je fusse, + A tout cecy, en ma maison! + Qu'il poise! Mengié a foison [P. 163] + De paille: elle chiet par derrière. + C'est paine pour la chamberière, + De la porter hors de ce lieu. + + (Au public.) + + Seigneurs, je vous commande à Dieu; + Et se l'on vous vient demander + Qu'est devenu le Franc Archier, + Dictes qu'il n'est pas mort encor, + Et qu'il emporte dague et cor, + Et reviendra par cy de brief. + Adieu; je m'en vois au relief. + + FIN DU MONOLOGUE DU FRANC ARCHIER + DE BAIGNOLLET. + + + + XXIII. [P. 164] + + DIALOGUE DE MESSIEURS + DE MALLEPAYE ET DE BAILLEVENT. + + M. Hée, Monsieur de Baillevent! B. Quoy + De neuf? M. On nous tient en aboy, + Comme despourveuz, malureux. + B. Si j'avoye autant que je doy, + Sang bieu! je seroye chez le Roy, + Un page après moy! M. Voire deux! + + B. Nous sommes francs... M. Adventureux. + B. Riches. M. Bien aises B. Plantureux. + M. Voire, de souhaits. B. C'est assez. + M. Gentilz hommes. B. Hardis. M. Et preux. + B. Par l'huys. M. Du joly Souffreteux + Heritiers. B. De gaiges cassez. + + M. Nous sommes, puis troys ans passez + Si minces. B. Si mal compassez. + M. Si simples. B. Legiers comme vent. + M. Si esbaudiz. B. Si mal pansez, [P. 165] + De donner pour Dieu dispensez, + Car nous jeusnons assez souvent. + + M. Hée, monsieur de Baillevent, + Qui peult trouver, soubz quelque amant, + Deux ou troys mille escus, quel proye! + B. Nous ferions bruyt. M. Toutallement. + B. Le quartier en vault l'arpent, + Pardieu! Monsieur de Mallepaye! + + M. J'escripz contre ces murs. B. Je raye, + Puis de charbon et puis de craye. + M. Je raille. B. Je fays chère à tous. + M. Nous avons beau coucher en raye, + L'oreille au vent, la gueulle baye, + On ne faict point prochas de nous. + + B. Helas! serons-nous jamais soulx? + M. Il ne fault que deux ou trois coups + Pour nous remonter. B. Doux. M. Droictz. B. Druz. + M. Pour fringuer. B. Pour porter le houx. + M. Gens... B. A dire: D'ond venez-vous? + M. Francs. B. Fins. M. Froidz. B. Forts. + M. Grans. B. Gros. M. Escreuz. + + B. De serjens sommes tous recreux, + Et si n'avons nulz bien acreuz. + M. Nous debvons. B. On nous doibt. M. Fourraige. + B. Entretenus. M. Comme poux creux. + B. Jurons sang bieu, nous serons creuz: + Arrière, piettons de village! + + M. Ne suis-je pas beau personnaige? [P. 166] + B. J'ay train de seigneur. M. Pas de saige. + B. Ressourdant. M. Comme bel alun. + B. Pathelin en main. M. Dire raige. + B. Et, par la mort bien! c'est dommage, + Que ne mettons vilains eu run. + + M. Hée! cinq cens escus! B. C'est esgrun. + M. Quand j'en ay j'en offre à chascun, + Et suis bien aise quand j'en preste. + B. Mes rentes sont sur le commun; + M. Mais povres gens n'en ont pas ong; + B. J'y romproye pour néant la teste. + + M. S'il povoyt venir quelque enqueste, + Quelque mandement ou requeste, + Ou quelque bonne commission! + B. Mais en quelque banquet honneste, + Faire accroire à cest ou à ceste + La Pragmatique Sanction! + + M. Et si elle y croit? B. Promision. + M. Se elle promet? B. Monition. + M. Se on l'admoneste? B. Qu'on marchande. + M. Se on faict marché? B. Fruiction. + M. Se on fruict? B. La Petition + En façon de belle demande + + D'ung beau cent escus. M. Quelle viande! + B. Qui l'auroit quand on la demande, + On ferait... M. Quoi? B. Feu. M. Sainct Jehan, voire! + B. On tauxeroit bien grosse amende + Sur le faict de ceste demande, [P. 167] + Se j'en quictoye le petitoire. + + M. Quel bien! B. Quel heur! M. Quel accessoire! + B. Je me raffroichiz la mémoire + Quand il m'en souvient. M. Quel plaisir! + B. Se on nous bailloit par inventaire + Deux mil escuz en une armoire, + Ilz n'auroient garde d'y moysir. + + M. Qui peut prendre! B. Qui peut choisir! + M. Gaigner! B. Espargner! M. Se saisir! + Nous serions partout bienvenuz. + B. Ung songe! M. Mais quel? B. De plaisir. + M. Nous prendrons si bien le loisir + De compter ne sçay quantz escuz. + + B. Nous sommes bien entretenuz. + M. Aymez. B. Portez. M. Et soustenuz... + B. De nos parens. M. De bonne race. + B. Rentes assez et revenuz, + Et s'a présent n'en avons nulz, + Ce n'est que malheur qui nous chasse. + + M. Je n'en fais compte. B. Je raimasse. + M. Je volle par coups. B. Je tracasse, + Puis au poil et puis à la plume. + M. Je gaudis, et si je rimasse, + Que voulez-vous! il ne tient qu'à ce + Que je ne l'ay pas de coustume. + + B. D'honneur assez. M. Chascun en hume. + B. Je destains le feu. M. Je l'allume. + B. Je m'esbas. M. Je passe mon dueil. [P. 168] + B. Le plus souvent, quand je me fume, + Je batteroye comme fer d'enclume, + Si je me trouvoye tout seul. + + M. Je ris. B. Je bave sur mon sueil. + M. Je donne à quelqu'une ung guin d'oeil. + B. Je m'esbas à je ne sçay quoy. + M. J'entretiens. B. Je fais bel accueil. + M. On me fait tout ce que je vueil, + Quand nous sommes mon paige et moy. + + B. Je ne demande qu'avoir dequoy, + Belle amye, et vivre à requoy, + Faire tousjours bonne entreprise, + Belles armes, loyal au Roy. + M. Mais trois poulx rempans en aboy + Pour le gibier de la chemise! + + B. Je porteroye pour ma devise + La marguerite en or assise + Et le houx partout estandu. + M. Vostre cry, quel? B. Nouvelle guise. + M. Riens en recepte, tant en mise, + Et, toute somme, item perdu. + + B. Je vous seroye, au residu, + Gorgias sur le hault verdi + Le bel estomac d'alouette. + M. Robbe! B. De gris blanc, gris perdu, + Bien emprunté et mal rendu, + Payé d'une belle estiquette. + + M. Puis la chaine d'or, la baguette, + Le lacqs de soye, la cornette... [P. 169] + B. De velours. M. C'est bel affiquet. + B. Quand nous aurions fait nostre emplète, + La porte seroit bien estroicte + Se ne passions jusqu'au ticquet. + + M. Nectelet. B. Gorgias. M. Friquet. + B. De vert? M. Tousjours quelque bouquet. + B. Selon la saison de l'année. + M. Et de paige? B. Quelque naquet. + M. S'il vient hasart en ung banquet? + B. Le prendre entre bond et vollée. + + M. Aux survenans? B. Chère meslée. + M. Aux povres duppes? B. La havée. + M. Et aux rustes? B. Le jobelin. + M. Aux mignons de court? B. L'accollée. + M. Aux gens de mesmes? B. La risée. + M. Et aux ouvriers? B. Le pathelin. + + M. D'entretenir? B. Damoiselin. + M. Et saluer? B. Bas comme lin. + M. Et diviser? B. Motz tous nouveaulx. + Pour contenter le femynin. + Nous ferions plus d'ung esclin + Qu'ung aultre de quinze royaulx. + + M. Hée, cueurs joyeux! B. Hée, cueurs loyaulx! + M. Prests. B. Prins. M. Prompts. B. Preux. M. Especiaulx. + B. Aymez. M. Supportez. B. Bien receuz. + M. Nous devrions passer aux sceaulx + Envers les officiers royaulx, [P. 170] + Comme messieurs les despourveuz. + + B. De congnoissance bien pourveuz + Et de sagesse. M. On nous a veuz + Si gentilz et si francs. B. Si doulx. + M. Helas! cent escuz nous sont deubz. + B. Au fort, si nous les eussions euz, + On en tint plus compte de nous. + + M. Nous avons faict plaisir à tous. + B. Chère à dire: D'ond venez-vous? + M. Esmerillonnez. B. Advenans. + M. Cent escus, et juger des coups. + On auroit beau mettre aux deux bouts, + Se nous ne tenions des gaignans. + + B. Nous sommes deux si beaulx gallans. + M. Fringans. B. Bruyans. M. Allans. B. Parlans. + M. Esmeuz de franche volunté. + B. Aagez de sens. M. Et jeunes d'ans. + B. Bien gays. M. Assez rescéans. + B. Porres d'argent. M. Prou de santé. + + B. Chascun de nous est habité. + M. Maison à Paris. B. Bien monté, + Aussi bien aux champs qu'en la ville. + M. Il y a ceste malheurté + Que de l'argent qu'avons presté + Nous n'en arrons ne croix ne pille. + + B. Où sont les cens et deux cens mille + Escus que nous avions en pile, + Quand chascun avoit bien du sien? [P. 171] + M. Au fort, se nous n'en avons mille, + Nous sommes, selon l'Évangile, + Des bienheureux du temps ancien. + + B. J'aymasse mieulx qu'il n'en fust rien. + M. Trouvons en par quelque moyen. + B. Qui en a à présent? M. Je ne sçay. + B. Hé, ung engin parisien.... + M. Art lombard. B. Franc praticien, + Pour faire à present ung essay! + + M. Je vis le temps que j'avançay + L'argent de chose, et adressay + Tel et tel et tel benefice. + B. Et, pour moy, quand je compassé + Monseigneur tel, et pourchassé + Moy mesmes tout seul son office. + + M. J'estois tousjours à tous propice; + Mais je crains. B. Et quoy? M. Qu'avarice + Nous surprint, si devenions riches. + B. Riches, quoi! Geste faulce lisse, + Pauvreté, nous tient en sa lice. + M. C'est ce qui nous faict estre chiches. + + B. Nous sommes legiers. M. Comme biches. + B. Rebondis... M. Comme belles miches. + B. Et fraysés... M. Comme beaulx ongnons. + B. Aussi coustelez. M. Comme chiches, + B. Adventureux. M. Comme Suysses + A Nancy, sur les Bourguygnons. + + B. Entre les gallans. M. Compaignons. + B. Entre les gorgias. M. Mignons. [P. 172] + B. Entre gens d'armes. M. Courageux. + B. S'on barguigne. M. Nous barguignons. + B. Heureulx. M. Gomme beaux champignons. + Mis sus en ung jour ou en deux, + + B. Nous sommes les adventureux + Despourveuz. M. D'argent. B. Plantureux. + M. De nouvelles plaisantes. B. Tant. + M. Pour servir princes. B. Curieux. + M. Et pour les mignons. B. Gracieux. + M. Et pour le commun. B. Tant à tant. + + M. Hée, monsieur de Baillevent, + Quand reviendra le bon temps? + B. Quand chascun aura ses souhaits. + M. Cent mille escus argent comptant, + Sur ma foy, je seroye content + Qu'on ne parlast plus que de paix. + + B. Nous sommes si francs. M. Si parfaits. + B. Si sçavans. M. Si cauts en nos faiz. + B. Si bien nez. M. Si preux. B. Si hardis. + M. Saiges. B. Subtilz. M. Advisez. B. Mais + Faulte d'argent et les grans prestz... + M. Nous ont ung peu appaillardis. + + B. Abandonnez. M. Comme hardis. + B. Requis. M. Comme les gras mardis. + B. Et fiers. M. Comme ung beau pet en baing. + B. J'ay dueil que vieulx villains tarnys + Soient d'or et d'argent si garnis, [P. 173] + Et mignons en ont tant besoing. + + M. Nous avons froid. B. Chauld. M. Faim. B. Soif M. Soing. + B. Nous tracassons. M. Ça. B. Là. M. Près. B. Loing. + M. Sans prouffit. B. Sans quelque advantaige. + M. Mais, s'on nous fonçoit or au poing, + Nous serions pour faire à ung coing + Nostre prouffit d'aultruy dommage. + + Avez-vous tousjours l'heritaige + De Baillevent? B. Ouy. M. J'enraige + Qu'en Mallepaye n'a vins, blez, grains. + B. Cent francs de rente et ung fromaige, + Vous m'orriez dire de couraige: + Vive le roy! M. Ronfflez, villains! + + B. Qui a le vent? M. Joyeulx mondains. + B. Gré de dames? M. Amoureux craints. + B. Et l'argent, qui? M. Qui plus embource. + B. Qu'est-ce d'entre nous courtissains? + M. Nous prenons escus pour douzains, + Franchement, et bourse pour bource. + + B. Ha! Monseigneur! M. Sang bieu, la mousse + M'a trop cousté. B. Et pourquoy? M. Pource. + B. Hay! hay! tout est mal compassé. + M. Comment? B. On ne joue plus du poulce. + M. Qui ne tire. B. Quicte la trousse; + Autant vauldroit ung arc cassé. + + M. Monsieur mon pere eust amassé [P. 174] + Plus d'escus qu'on eust entassé + En ung hospital de vermine. + B. Mais nous avons si bien sassé, + Le sang bieu! que tout est passé, + Gros et menu, par l'estamyne. + + M, Si vient guerre, mort ou famine, + Dont Dieu nous gard, quel train, quel myne + Ferons nous pour gaigner le broust? + B. Quant à moy, je me determine + D'entrer chez voisin et voisine + Et d'aller voir si le pot bout. + + M. Mais regardons, à peu de coust, + Quel train nous viendroit mieulx à goust + Pour amasser biens et honneurs. + B. Le meilleur est prendre partout. + M. De rendre, quoy? B. On s'en absoult, + Pour cinq solz, à ces pardonneurs. + + M. Allons servir quelques seigneurs. + B, Aucuns sont si petitz d'honneurs + Qu'on n'y a que peine et meschance. + M. Et prouffit, quel? B. Scions les heurs; + Mais entre nous, ans estradeurs, + Il nous fault esplucher la chance. + + M. Servons marchans pour la pitance, + Pour _fructus ventris_, pour la pance. + B. On y gaigneroit ses despens. + M. Et de foncer? B. Bonne asseurance, + Petite foy, large conscience; + Tu n'y scez riens et y aprens. + + M. De procès, quoy? B. Si je m'y rens, [P. 175] + Je veulx estre mis sur les rangs, + S'ilz ont argent, si je n'en crocque. + M. Quels gens sont-ce? B. Gros marchesens, + Qui se font bien servir des gens; + Mais de payer, querez qui bloque! + + M. Officiers, quoi? C'est toute mocque: + L'ung pourchasse, l'autre desroque, + Et semble que tout soit pour eulx. + B. Laissons-les là. M. Ho! je n'y tocque. + Il n'est point de pire defroque + Que de malheur à malheureux. + + B. Pour despourveuz adventureux + Comme nous, encor c'est le mieulx + De faire l'ost et les gens d'armes. + M. En fuite je suis couraigeux. + B. Et à frapper? M. Je suis piteux; + Je crains trop les coups, pour les armes. + + B. Servons donc Cordelièrs ou Carmes, + Et prenons leurs bissacs à fermes, + Car il n'y a pas grand débit. + M. Ilz nous prescheroient en beaulx termes, + Et pleureroyent maintes lermes + Devant que nous prinssions l'habit. + + B. Se en cest malheur et labit + Nous mourions, par quelque acabit, + Ame n'y a qui bien nous face. + M. J'ay ung vieil harnoys qu'on forbit, + Sur lequel je fonde ung obit, [P. 176] + Et du surplus, Dieu le parface! + + B. Hée, fault-il que Fortune efface + Nostre bon bruyt? M. Malheur nous chasse; + Mais il n'a nul bien qui n'endure, + B. Prenons quelque train. M. Suyvons trasse. + B. Nous trassons, et quelqu'un nous trasse: + A loups ravis grosse pasture. + + M. Allons! B. Mais où? M. A l'adventure. + B. Qui nous admoneste? M. Nature. + B. Pour aller? M. Où on nous attend. + B. Par quel chemin? M. Par soing ou cure. + B. Logez où? M. Près de la clousture + De monsieur d'Angoulevent. + + B. Comment yrons? M. Jusqu'à Claqdent + *************************** + Et passerons par Mallepaye. + B. Brief, c'est le plus expédient + Que nous jetons la plume au vent: + Qui ne peult mordre, si abaye. + + M. Où ung franc couraige s'employe, + Il treuve à gaigner. B. Querons proye. + M. Desquelz serons-nous? B. Des plus forts. + M. Il ne m'en chault, mais que j'en aye, + Que la plume au vent on envoye. + B. Puis après? M. Alors comme alors. + + B. La plume au vent! M. Sus. B. Là. M. Dehors! + B. Au hault et au loing. M. Corps pour corps. [P. 177] + Je me tiendray des mieulx venuz. + B. On n'yra point, quand serons mors, + Demander au roy les tresors + De messieurs les despourveuz. + + La plume au vent! M. Je le concluz. + **************************** + Pour les povres de ceste année. + B. Ne demeurons plus si confuz. + **************************** + Au grat, la terre est degelée! + + M. Allons, suyvons quelque traînée. + Devant! vostre fièvre est tremblée, + Car nous sommes tous estourdiz. + B. Dieu doint aux riches bonne année! + M. Aux despourveuz grasse journée! + B. Et aux femmes pesans mariz! + + Prenez en gré, grans et petiz. + + FIN DU DIALOGUE DE MALLEPAYE + ET DE BAILLEVENT. + + + [P. 178] + + + XXIV. + LES REPEUES FRANCHES + DE FRANÇOIS VILLON + ET DE SES COMPAGNONS. + + Vous qui cerchez les repeues franches, + Et, tant jours ouvriers que dimenches, + N'avez pas planté de monnoye, + Affin que chascun de vous oye + Comment on les peut recouvrer, + Vueillez vous au sermon trouver + Qui est escript dedans ce livre. + Mettez tous peine de le lire, + Entre vous, jeunes perrucatz, + Procureurs, nouveaulx advocatz, + Aprenans aux despens d'aultruy. + Venez-y tost, sans nul estrif, + Clercz, de praticque diligens, + Qui congnoissez si bien vos gens; + Sergens à pied et à cheval, + Venez-y d'amont et d'aval, + Les hoirs du deffunct Pathelin, [P. 179] + Qui sçavez jargon jobelin; + Capitaine du pont-à-Billon; + Tous les subjetz Francoys Villon, + Soyez, à ce coup, reveillez. + Pas ne devez estre oubliez, + Tous gallans à pourpointz sans manches, + Qui ont besoing de repeues franches, + Et tous ceulx, tant yver qu'esté, + Qui en ont grant nécessité. + Venez vous apprendre comment + Les maistres anciennement + Sçavoyent tous les tours de ce faire: + Messire Chascun Poicdenaire, + Qui de livres sçait les usaiges, + Et veult lire tous les passaiges, + De celuy en prins appetis; + Venez-y donc, grans et petis, + Car, de la science sçavoir, + Vous ne povez que mieulx valoir. + Venez, chevaucheurs d'escuyrie, + Serviteurs de grant seigneurie, + Venez-y sans dilation, + Tous gens sotz et toutes gens sottes; + Venez-y, bigotz et bigottes; + Venez-y, povres Turlupins + Et Cordeliers et Jacopins; + Venez aussi, toutes prestresses, + Qui sçavez piecà les adresses + Des presbitaires hault et bas; + Gardez que vous n'y faillez pas! + Venez, gorriers et gorrières, + Qui faictes si bien les manières; + Que c'est une chose terrible. + Pour bien faire tout le possible; [P. 180] + Toutes manières de farseurs, + Anciens et jeunes mocqueurs; + Venez-y tous, vrays macquereaulx + De tous estatz, vieulx et nouveaulx; + Venez-y toutes, macquerelles, + Qui, par vos subtilles querelles, + Avez tousjours en vos maisons + Pour avoir, en toutes saisons, + Tant jours ouvriers que dimenches, + Souvent les bonnes repeues franches. + Venez-y tous, bons pardonneurs, + Qui sçavez faire les honneurs, + Aux villages, de bons pastez, + Avecques ces gras curatez, + Qui ayment bien vostre venue + Pour avoir la franche repeue; + Affin que chascun d'eulx enhorte + Les paroissiens, qu'on apporte + Des biens aux pardons de ce lieu, + Et qu'on face du bien pour Dieu. + Tant que le pardonneur s'en aille, + Le curé ne despendra maille, + Et aura maistre Jehan Laurens + Fermement payé les despens + Et quarte de vin, simplement, + Au curé, à son parlement. + De tout estât, soit bas ou hault, + Venez-y, qu'il n'y ait deffault; + Venez-y, varletz, chamberières, + Qui sçavez si bien les manières, + En disant mainte bonne bave, + D'avoir du meilleur de la cave, + Et puis joyeusement preschez, + Après que vos gens sont couchez. [P. 181] + Ceulx qui cerchent banquets ou festes + Pour dire quelques chansonnettes, + Affin d'atrapper la repeue, + Que chascun de vous se remue + D'y venir bien legièrement; + Et vous pourrez ouyr comment + Ung grant tas de bonnes commères + Sçavent bien trouver les manières + De faire leurs marys coqus. + Venez-y, et n'attendez plus, + Entre vous, prebstres sans séjour, + Qui dictes deux messes par jour + A Sainct-Innocent, ou ailleurs; + Venez-y, pour sçavoir plusieurs + Des passaiges et des adresses + De maintes petites finesses + Que l'en faict facillement + Qu'advient, par faulte d'argent, + En maint lieu, la franche repeue, + Qui ne doit à nul estre teue. + Par tel, cil qui veue ne l'aura, + Paiera, et celuy qui fera + De ceste repeue le présent, + De l'escot s'en yra exempt, + Moyennant qu'il monstre ce livre: + Par ce moyen sera delivre; + En lieu où n'aura esté veu + Il sera franchement repeu, + Ainsi qu'on orra plus à plain, + Qui de l'entendre prendra soing. + + + [P. 182] + BALLADE DE L'ACTEUR. + + Quant j'euz ouy ce présent mandement: + Qu'on semonnoit venir, de par l'Acteur, + Le dessusdict, j'ay pensé lermement + De moy trouver, et en prins l'adventure, + Comme celuy qui, de droicte nature, + Vouloit de ce faire narration, + A celle fin qu'il en fust mention, + A ung chascun, pour le temps advenir, + Qui s'attendent et ont intention + Que les respeues les viendront secourir. + + Mais ce secours est d'anciennement + De tous repas le chief, et par droicture; + Pourquoy, aulcuns, qui ont entendement, + Le treuvent bon, et aultres n'en ont cure, + Et ne cerchent tant que l'argent leur dure, + Mais font du leur si grant destruction, + Qu'ilz en entrent en la subjection, + De faire aux dens l'arquemie, sans faillir, + En attendant, pour toute production, + Que les repeues les viendront secourir. + + J'en ay congneu, qui souvent largement + Donnoyent à tous repeues outre mesure; + Qui depuis ont continuellement + Servy le Pont-à-Billon, par droicture, + Dont la façon a esté à maint dure, + En leur grant dueil et tribulation; + Mais lors n'avoyent nulle remission, + Combien que ce leur fist le cueur frémir, + Ilz n'attendoyent aultre succession, [P. 183] + Que les repeues les viendront secourir. + + ENVOI. + + Prince, pour ce que ne me puis tenir + Que de telz faitz ne face mention, + Puisque à mon temps les ay veu avenir, + J'en vueil faire quelque narration, + Et escripre, soubz la correction + Des escoutans, affin d'en souvenir, + La présente nouvelle invention, + Que les repeues les viendront secourir. + + + + BALLADE DES ESCOUTANS. + + Qui en a est Le bien venu; + Qui n'en a point, l'en n'en tient compte, + Cil qui en a est bien congneu, + Cil qui n'en a point vit à honte. + Qui paye l'on exauce et monte + Jusque au tiers ciel, pour en prester: + Son honneur tout aultre surmonte, + Par force de bien acquester. + + Quant entendismes les estatz + De telz dissimulations, + Congnoissant les hauts et les bas, + Par toutes abreviations, + Nous mismes, sans sommations, + Aux champs, par bois et par tailllis. + Pour congnoistre les fictions, [P. 184] + Qui se font souvent à Paris. + + Pource que chacun maintenoit + Que c'estoit la ville du monde + Qui plus de peuple soustenoit, + Et où maintz estranges abonde, + Pour la grant science parfonde + Renommée en icelle ville, + Je partis, et veulx qu'on me tonde, + S'à l'entrée avois croix ne pille. + + Il estoit temps de se coucher, + Et ne sçavoye où heberger; + D'ung logis me vins approcher, + Sçavoir s'on m'y vouldroit loger, + En disant: «Avez à menger?» + L'hoste me respondit: «Si ay.» + Lors luy priay, pour abréger: + «Apportez-le donc devant moy.» + + Je fus servy passablement, + Selon mon estat et ma sorte, + Et pensant, à part moy, comment + Je cheviroye avec l'hoste, + Je m'avisé que, soubz ma cotte, + Avois une espée qui bien trenche: + Je la lairray, qu'on ne me l'oste, + En gaige de la repeue franche. + + L'espée estoit toute d'acier, + Il ne s'en failloit que le fer; + Mais l'hoste la me fist machier, + Fourreau et tout, sans fricasser; [P. 185] + Puis, après, me convint penser + De repaistre, se faim avoye; + Rien n'y eust valu le tencer: + De leans partis sans monnoye. + + + + L'ACTEUR. + + Lendemain, m'aloye enquerant + Pour encontrer Martin Gallant. + Droit en la Salle du Palays + Rencontray, pour mon premier mès, + Tout droit soubz la première porte, + Plusieurs mignons d'estrange sorte, + Que sembloit bien à leur habit + Qu'ilz fussent gens de grant acquit. + Lors vins pour entrer en la Salle: + L'ung y monte, l'aultre devalle. + Là me pourmenoye, de par Dieu, + Regardant l'estat de ce lieu, + Et quand je l'euz bien regardée, + Tant plus la voys tant plus m'agrée; + Je vis là tant de mirlificques, + Tant d'ameçons et tant d'afficques, + Pour attraper les plus huppez. + Les plus rouges y sont happez; + A l'ung convient vendre sa terre; + Maint, sans sainctir, là se detterre, + Partie ou peu en demourra + De tout ce que vaillant aura; + Cuydant destruyre son voysin + De Poytou, ou de Lymousin, + Ou de quelque aultre nation, + Maint en est en destruction, + Et fault, ains partir de léans, [P. 186] + Qu'ilz facent l'arquemye aux dens. + On emprunte, qui a credit, + Tout ainsi que devant est dict. + Quand leur argent fort s'appetiese, + Lors leur est la repeue propice, + Et lors cerchent (plus n'en doubtez), + Hault et bas et de tous costez, + Comme on verra par demomstrances + En ce traicté des Repeues franches. + Et quant au regard de plusieurs + Aultres repeues, sont escriptes + Affin qu'on preigne les meilleurs, + En lisant, grandes ou petites. + Vous orrez maintz moyens licites + Comment ilz ont esté happez, + Hault et bas, par bonnes conduictes + De ceulx qui les ont attrapez. + + + LA REPEUE + DE VILLON ET DE SES COMPAIGNONS. + + «Qui n'a or, ny argent, ny gaige, + Comment peult-il faire grant chère? + Il fault qu il vive d'avantaige: + La façon en est coustumière. + Sçaurions-nous trouver la manière + De tromper quelqu'ung, pour repaistre? + ******************************** + Qui le fera sera bon maistre!» + + Ainsi parloyent les compaignons [P. 187] + Du bon maistre Françoys Villon, + Qui n'avoient vaillant deux ongnons, + Tentes, tapis, ne pavillon. + Il leur dit: «Ne nous soucion, + Car, aujourd'huy, sans nul deffault, + Pain, vin, et viande, à grant foyson, + Aurez, avec du rost tout chault.» + + _La manière d'avoir du Poisson._ + + Adoncques il leur demanda + Quelles viandes vouloyent macher: + L'ung de bon poysson souhaita; + L'autre demanda de la chair. + Maistre Françoys, ce bon archer, + Leur dist: «Ne vous en souciez; + Il vous faut voz pourpointz lascher, + Car nous aurons viandes assez.» + + Lors partit de ses compaignons, + Et vint à la Poyssonnerie, + Et les laissa delà les pontz, + Quasy plains de melencolie. + Il marchanda, à chère lye, + Ung pannier tout plain de poysson, + Et sembloit, je vous certiffie, + Qu'il fust homme de grant façon. + + Maistre Françoys fut diligent + D'achapter, non pas de payer, + Et dist qu'il bailleroit l'argent + Tout comptant au porte-pannier. + Ils partent sans plus plaidoyer, + Et passèrent par Nostre-Dame, + Là où il vit le Penancier, [P. 188] + Qui confessoit homme ou bien femme. + + Quant il le vit, à peu de plait, + Il luy dist: «Monsieur, je vous prie + Que vous despechez, s'il vous plaist, + Mon nepveu; car, je vous affie + Qu'il est en telle resverie: + Vers Dieu il est fort negligent; + Il est en tel merencolie, + Qu'il ne parle rien que d'argent. + + --Vrayment, ce dit le Penancier, + Très voulentiers on le fera.» + Maistre Francoys print le pannier, + Et dit: «Mon amy, venez ça; + Velà qui vous depeschera, + Incontinent qu'il aura faict.» + Adonc maistre Françoys s'en va, + Atout le pannier, en effect. + + Quand le Penancier eut parfaict + De confesser la créature, + Gaigne-denier, par dit parfaict, + Accourut vers luy bonne alleure, + Disant: «Monsieur, je vous asseure, + S'il vous plaisoit prendre loysir + De me depescher à ceste heure, + Vous me feriez ung grant plaisir. + + --Je le vueil bien, en verité, + Dist le Penancier, par ma foy! + Or, dictes _Benedicite,_ + Et puis je vous confesseray, + Et, en après, vous absouldray, [P. 189] + Ainsy comme je doy le faire; + Puis penitence vous bauldray, + Qui vous sera bien necessaire. + + --Quel confesser! dist le povre homme: + Fus-je pas à Pasques absoulz? + Que bon gré sainct Pierre de Romme! + Je demande cinquante soulz. + Qu'esse-cy? A qui sommes-nous? + Ma maistresse est bien arrivée! + A coup, à coup, depeschez-vous, + Payez mon panier de marée. + + --Ha! mon amy, ce n'est pas jeu, + Dist le Penancier, seurement: + Il vous fault bien penser à Dieu + Et le supplier humblement. + --Que bon gré en ayt mon serment! + Dist cet homme, sans contredit, + Depeschez-moy legierement, + Ainsi que ce seigneur a dit.» + + Adonc le Penancier vit bien + Qu'il y eut quelque tromperie; + Quand il entendit le moyen, + Il congneut bien la joncherie. + Le povre homme, je vous affie, + Ne prisa pas bien la façon, + Car il n'eut, je vous certifie, + Or ne argent de son poysson. + + Maistre François, par son blason. + Trouva la façon et manière + D'avoir marée à grant foyson, [P. 190] + Pour gaudir et faire grant chère. + C'estoit la mère nourricière + De ceulx qui n'avoyent point d'argent; + A tromper devant et derrière, + Estoit ung homme diligent. + + _La manière d'avoir des Trippes pour diner._ + + Que fist-il? A bien peu de plet, + S'advisa de grant joncherie: + Il fist laver le cul bien net + A ung gallant, je vous affie, + Disant: «Il convient qu'on espie: + Quand seray devant la trippière, + Monstre ton cul par raillerie, + Puis, après, nous ferons grant chière.» + + Le compaignon ne faillit pas, + Foy que doy sainct Remy de Rains! + A Petit-Pont vint par compas, + Son cul descouvrit jusque aux rains. + Quand maistre Françoys vit ce train, + Dieu sçet s'il fit piteuses lippes, + Car il tenoit entre ses mains + Du foye, du polmon et des trippes. + + Comme s'il fust plain de despit, + Et courroucé amèrement, + Il haulsa la main ung petit, + Et le frappa bien rudement, + Des trippes, par le fondement; + Puis, sans faire plus long caquet, + Les voulut, tout incontinent, [P. 191] + Remettre dedans le baquet. + + La trippière fut courroucée + Et ne les voulut pas reprendre. + Maistre Françoys, sans demourée, + S'en alla, sans compte luy rendre: + Par ainsi, vous povez entendre, + Qui'ilz eurent trippes et poisson. + Mais, après, il faut du pain tendre, + Pour ce disner de grant façon. + + _La manière d'avoir du Pain._ + + Il s'en vint chez an boulengier + Affin de mieulx fornir son train, + Contrefaisant de l'escuyer + Ou maistre d'hostel, pour certain, + Et commanda que, tout souldain, + Cy pris, cy mis; on chappellast + Cinq ou six douzaines de pain, + Et que bien tost on se hastast. + + Quand la moytié fut chappellé, + En une hotte le fist mettre, + Comme s'il fust de près hasté, + Il pria et requist au maistre + Qu'aucun se voulsist entremettre + D'apporter, après luy courant, + Le pain chappellé en son estre, + Tandis qu'on fist le demourant. + + Le varlet le mist sur son col; + Après maistre François le porte, [P. 192] + Et arriva, soit dur ou mol, + Emprès une grant vielle porte. + Le varlet deschargea sa hotte + Et fut renvoyé, tout courant, + Hastivement, tenant sa hotte, + Pour requerir le demourant. + + Maistre Françoys, sans contredit, + N'attendit pas la revenue. + Il eut du pain, par son édit, + Pour fournir sa franche repeue. + Le boulengier, sans attendue, + Revint, mais ne retrouva point + Son maistre d'hostel; il tressue, + Qu'on l'avoit trompé en ce point. + + _La manière d'avoir du Vin._ + + Après qu'il fut fourny de vivres, + Il fault bien avoir la mémoire + Que, s'ils vouloyent ce jour estre yvres, + Il falloit qu'ils eussent à boire. + Maistre Françoys, debvez le croire, + Emprunta deux grans brocs de boys, + Disant qu'il estoit necessaire + D'avoir du vin par ambagoys. + + L'ung fist emplir de belle eaue clère, + Et vint à la Pomme de Pin, + Atout ses deux brocs, sans renchère, + Demandant s'ils avoient bon vin, + Et qu'on luy emplist du plus fin, + Mais qu'il fust blanc et amoureux. [P. 193] + On luy emplist, pour faire fin, + D'ung très bon vin blanc de Baigneux. + + Maistre Francoys print les deux brocs, + L'un emprès l'autre les bouta; + Incontinent, par bons propos, + Sans se haster, il demanda + Au varlet: «Quel vin est ce là?» + Il luy dist: «Vin blanc de Baigneux. + --Ostez cela, ostez cela, + Car, par ma foy, point je n'en veulx. + + «Qu'esse-cy? Estes-vous bejaulne? + Vuidez-moy mon broc vistement. + Je demande du vin de Beaulne, + Qui soit bon, et non aultrement.» + Et, en parlant, subtillement + Le broc qui estoit d'eaue plain + Contre l'aultre legierement + Luy changea, à pur et à plain. + + Par ce point, ils eurent du vin + Par fine force de tromper; + Sans aller parler au devin, + Ils repeurent, per ou non per. + Mais le beau jeu fut au souper, + Car maistre Françoys, à brief mot, + Leur dit: «Je me vueil occuper, + Que mangerons ennuyt du rost.» + + _La manière d'avoir du Rost._ [P. 194] + + Il fut appointé qu'il yroit + Devant l'estal d'ung rotisseur, + Et de la chair marchanderoit, + Contrefaisant du gaudisseur, + Et, pour trouver moyen meilleur, + Faignant que point on ne se joue, + Il viendroit un entrepreneur, + Qui luy bailleroit sur la joue. + + Il vint à la rostisserie, + En marchandant de la viande; + L'autre vint, de chère marrie: + «Qu'est-ce que ce paillart demande?» + Luy baillant une buffe grande, + En luy disant mainte reproche. + Quand il vit qu'il eut ceste offrande, + Empoigna du rost pleine broche. + + Celuy qui bailla le soufflet + Fuist bien tost et à motz exprès. + Maistre Françoys, sans plus de plet, + Atout son rost, courut après, + Ainsi, sans faire long procès, + Ils repeurent, de cueur devot, + Et eurent, par leur grant excès, + Pain, vin, chair, et poisson, et rost. + + [P. 195] + + SECONDE REPEUE + + DE L'EPIDEMIE. + + Et pour la première repeue + Dont après sera mention, + Bien digne d'estre ramenteue + Et mise en revelation, + Et pourtant, soubs correction, + Affin que l'en en parle encore, + Comme nouvelle invention, + Redigé sera par memoire. + + Or advint, de coup d'aventure, + Que les suppostz devant nommez, + Ne cherchoyent rien par droicture. + Qu'en richesse gens renommez. + Ung jour qu'ilz estaient affamez, + En la porte d'ung bon logis + Virent entrer, sans estre armez, + Ambassadeurs de loing pays. + + Si pensèrent entre eux comment + Ilz pourroient, pour l'heure, repaistre, + Et, selon leur entendement, + L'ung d'iceulz s'aprocha du maistre + D'hostel, et se fit acongnoistre, + Disant qu'il luy enseigneroit + Le haut, le bas marché, pour estre + Par luy conduyt, s'il luy plaisoit. + + Je croy bien que monsieur le maistre, + Qui du bas mestier estoit tendre, [P. 196] + Fit ce gallant très bien repaistre, + Et luy commenda charge prendre + De la cuysine, d'y entendre, + Tant que leur train departira, + Et bien payera, sans attendre, + A son gré, quand il s'en yra. + + Lors s'en vint à ses compaignons, + Dire: «Nostre escot est payé; + Je suis jà l'ung des grans mignons + De léans et mieulx avoyé, + Car le maistre m'a envoyé + Par la ville, pour soy sortir; + Mais, se mon sens n'est desyoyé, + Bien brief l'en feray repentir. + + --Va, lui dirent ses compaignons, + Et esguise tout ton engin + A nous rechauffer les rongnons + Et nous faire boire bon vin. + Passe tous les sens Pathelin, + De Villon et Pauquedenaire, + Car se venir peux en la fin, + Passé seras maistre ordinaire.» + + Ce gallant vint en la maison + Où estoyt logé l'ambassade, + Où les seigneurs, par beau blason, + Devisoyent rondeau ou ballade. + Il estoit miste, gent et sade, + Bien habitué, bien en point, + Robbe fourrée, pourpoint d'ostade; + Il entendoit son contrepoint. + + Le principal ambassadeur [P. 197] + Aymoit une peu le bas mestier, + Dont le gallant fut à honneur, + Car c'estoyt quasi son mestier, + Et luy conta que, à son quartier, + Avoit de femmes largement, + Qui estoyent, s'il estoit mestier, + A son joly commandement. + + Le gallant fut entretenu + Par ce seigneur venu nouveau, + Et léans il fut retenu, + Pour estre fin franc macquereau. + Le jeu leur sembla si très beau; + Aussi, il fit si bonne mine, + Qu'il fut esleu, sans nul appeau, + Pour estre varlet de cuysine. + + Les ambassadeurs convoyèrent + Seigneurs et bourgeois à disner, + Lesquels voulentiers y allèrent + Passer temps, point n'en faut doubter. + Toutesfoys, vous debvez sçavoir, + Quelque chose que je vous dye, + Que l'ambassadeur, pour tout veoir, + Craignoit moult fort l'Epidemie. + + Ce gallant en fut adverty, + Qui nonobstant fist bonne mine, + Et quand il fut près de midi, + A l'heure qu'il est temps qu'on disne, + Il entra dedans la cuysine, + Manyant toute la viande, + Comme docteur en médecine [P. 198] + Qui tient malades en commande. + + Tous les seigneurs là regardèrent + Son train, ses façons et manières; + Mais, après luy, pas ne tastèrent, + Aussi ne luy challoit-il guères. + Après il print les esguières, + Le vin, le claire, l'ypocras, + Darioles, tartes entières: + Il tasta de tout, par compas. + + Et, pour bien entendre son cas, + Quand il vit qu'il estoit saison, + A bien jouer ne faillit pas, + Pour faire aux seigneurs la raison, + Si bien que dedans la maison + Demeura tout seul pour repaistre, + Soustenant, par fine achoison, + Qu'il se douloit du cousté destre. + + Lors y avoit une couchette + Où il failloit la feste faire, + Et n'a dent qui ne luy cliquette; + Là se mist, commençant à braire + Que l'on s'en fuyt au presbytaire, + Pour faire le prebstre acourir, + Atout Dieu et l'autre ordinaire + Qu'il fault pour ung qui veult mourir. + + Quand les seigneurs virent le prebstre + Avec ses sacremens venir, + Chacun d'eulx eust bien voulu estre + Dehors, je n'en veulx point mentir: + Si grant haste eurent d'en sortir, [P. 199] + Que là demeurèrent les vivres, + Dont les compaignons du martir + Furent troys jours et troys nuyts yvres. + + Par ce point eurent la repeue + Franche chascun des compaignons. + La finesse le prebstre a teue, + Affin de complaire aux mignons; + Mais les seigneurs dont nous parlons + Eurent tous, pour ce coup, l'aubade: + Chascun d'eulx fut, nous ne faillons, + De la grant paour troys jours malade. + + + + LA TROISIEME REPEUE + + DES TORCHECULS. + + Un Lymousin vint à Paris, + Pour aulcun procès qu'il avoit. + Quand il partit de son pays + Pas gramment d'argent il n'avoit, + Et toutefoys il entendoit + Son fait, et avoit souvenance + Que son cas mal se porteroit + S'il n'avoit une repeue franche. + Ce Lymousin, c'est chose vraye, + Qui n'avoit vaillant ung patac, + Se nommoit seigneur de Combraye, + Sans qu'on le suivist à son trac. + Plus rusé estoit qu'ung vieil rat, [P. 200] + Et affamé comme un vieil loup, + Avec monsieur de Penessac, + Et le seigneur de Lamesou. + Les troys seigneurs s'entretrouvèrent; + Car ilz estoyent tous d'ung quartier + Et Dieu sçait s'ilz se saluèrent, + Ainsi qu'il en estoit mestier; + Toutesfoys, ce bon escuyer + De Combraye, propos final, + Fut esleu leur grant conseillier, + Et le gouverneur principal. + Ils conclurent, pour le meilleur, + Que ce bon notable seigneur + Yroit veoir s'il pourroit trouver + Quelque bon lieu pour s'y loger, + Et, selon qu'il le trouverait, + Aux aultres le raconteroit. + Or advint, environ midy, + Qu'il estoit de faim estourdy, + S'en vint à une hostellerie, + Rue de la Mortellerie, + Où pend l'enseigne du Pestel: + _A bon logis et bon hostel,_ + Demandant s'on a que repaistre: + «Ouy, vrayment, ce dist le maistre; + Ne soyez de rien en soucy, + Car vous serez très bien servy + De pain, de vin et de viande. + --Pas grand chose je ne demande, + Dist le bon seigneur de Combraye: + Il n'y a guère que j'avoye [P. 201] + Bien desjuné; mais, toutesfoys, + Si ai-je disné maintes foys + Que n'avoye pas tel appetit.» + Ce seigneur menga ung petit, + Car il n'avoit guère d'argent, + Commendant qu'on fust diligent + D'avoir quelque chose de bon, + Pour son soupper: ung gras chapon; + Car il pensoit bien que, le soir, + Il devoit avec luy souper + Des gentilzhommes de la cour. + L'hostesse fut bien à son gourt, + Car, quand vint à compter l'escot, + Le seigneur ne dist oncques mot, + Mais tout ce qu'elle demanda + Ce gentilhomme luy bailla, + Disant: «Vous comptez par raison!» + Puis il sortit de la maison, + Bouta son sac soubs son esselle, + Et vint raconter la nouvelle + A ses compaignons, et comment + Il failloit faire saigement. + Il fut dit, à peu de parolles, + Pour eviter grans monopolles, + Que le seigneur de Penessac + Yroit devant louer l'estat + Et blasonner la suffisance + De ce seigneur, car, sans doubtance, + La chose le valoit très bien, + Et, pour trouver meilleur moyen, + Il menroit en sa compaignie, + Lamesou; et n'y faillit mye. [P. 202] + Si vint demander à l'hostesse + S'ung seigneur remply de noblesse + Estoit logé en la maison. + L'hostesse respondit que non, + Et que vrayement il n'y avoit + Qu'ung Lymousin, lequel debvoit + Venir au soir souper léans. + «Ha! dist-il, dame de céans, + C'est celuy que nous demandons; + Par ma foy! c'est le grant baron, + Qui est arrivé au matin. + --Je n'entens point vostre latin, + Dist l'hostesse; vous parlez mal: + Il n'a ne jument ne cheval; + Il va à pied, par faulte d'asne.» + Lors Penessac respondit: «Dame, + Il vient icy pour ung procès; + Il est appellant des excès + Qu'on luy a faictz en Lymousin, + Et va ainsi de pied, affin + Que son procès soit plus tost faict.» + L'hostesse le creut, en effet. + Alors, le seigneur de Combraye + Arrive, et Dieu sçait quelle joye + Ces deux seigneurs icy lui firent; + Et le genoil en bas tendirent + Aussi tost comme il fut venu, + Et par ce point il fut congneu + Qu il estoit seigneur honorable. + Le bon seigneur se sist à table, + En tenant bonne gravité. + Vis-à-vis, de l'autre costé, + S'assit le seigneur de l'hostel, + Et eurent du vin, Dieu sçait quel! [P. 203] + Il ne le fault point demander. + Quand ce vint à l'escot compter + L'hostesse assez hault comptoit, + Mais au seigneur il n'en challoit, + Feignant qu'il fust tout plain d'argent. + Lors il dist qu'on fust diligent + De penser à faire les litz, + Car il vouloit en ce logis + Coucher; puis après, par exprès, + Il print son grand sac à procès, + Et le bailla léans en garde, + Disant: «Qu'on me le contregarde. + Si de l'argent voulez avoir, + Il ne faut que le demander.» + L'hostesse ne fut pas ingrate, + En disant: «Je n'en ay pas haste. + N'espargnez rien qui soit céans.» + Ces seigneurs couchèrent léans + L'espace de cinq ou six moys, + Sans payer argent, toutesfoys, + Non obstant ce qu'il demandoit + A l'hostesse s'elle vouloit + Avoir de l'argent, bien souvent; + Mais il n'estoit point bien content + De mettre souvent main en bourse. + L'hostesse n'estoit point rebourse, + Et dist: «Ne vous en soucyez; + Dieu mercy! j'ay argent assez, + A vostre bon commandement.» + Ces mignons pensèrent comment + Ilz pourroyent retirer leur sac; + Et lors monsieur de Penessac + Dist à ce baron de Combraye + Qu'il se boutast bientost en voye, [P. 204] + Jugeant qu'il fust embesongné. + Ce seigneur vint, tout refrongné, + Vers l'hostesse, par bon moyen, + Et lui dit: «Mon cas va très bien; + Mon procès est ennuyt jugé. + A coup, qu'il n'y ait plus songé, + Baillez-moy mon sac, somme toute, + Car j'ay paour et si fays grant doubte, + Que les seigneurs soyent departis.» + Il print son sac: «Adieu vous dis! + Je reviendray tout maintenant.» + Il s'en alla diligemment, + A tout ses procès et son sac; + Et les seigneurs de Penessac + Et de Lamesou l'attendoyent; + Lesquelz seigneurs si s'esbatoyent, + A recueillir les torcheculz + Des seigneurs qui estoyent venus + Aux chambres, et bien se pensoyent + Qu'à quelque chose serviroyent + Ilz ostèrent tous ces procès + De ce sac, et, par motz exprès, + L'emplirent de ces torcheculz; + Puis, au soir, quand furent venuz + A leur logis, fut mis en garde, + Et, pour mieulx mettre en sauvegarde, + Il fut bouté, par grant humblesse, + Avec les robbes de l'hostesse, + Qui sentoyent le muguelias. + Au soir, firent grant ralias; + Le lendemain il fut raison + De departir de la maison + Pour s'en aller sans revenir. + On cuydoit qu'ilz deussent venir [P. 205] + Lendemain soupper et disner, + Pour leurs offices resiner, + Maiz ilz ne vindrent oncques puis. + Ils faillirent cinq ou six nuitz, + Dont l'hostesse fut eschec et mac. + Elle n'osoit ouvrir le sac + Sans avoir le congé du juge, + Auquel avoit piteux deluge; + Tellement qu il fut necessaire + Qu'on envoyast ung commissaire + Pour ouvrir ce sac, somme toute. + Quand il fust là venu sans doubte, + Il lava ses mains à bonne heure, + De paour de gaster l'escripture, + Car à cela estoit expert. + Toutesfoys, le sac fut ouvert; + Mais, quand il le vit si breneux, + Il s'en alla tout roupieux, + Cuydant que ce fust mocquerie, + Car il n'entendoit raillerie. + Ainsi partirent ces seigneurs + De Paris, joyeux en couraige. + De tromper furent inventeurs: + Cinq moys vesquirent d'avantaige; + De blasonner ilz firent raige; + Leur hoste fut par eulx vaincu. + Ils ne laissèrent, pour tout gaige + Qu'un sac tout plain de torchecu. + + [P. 206] + LA QUATRIESME REPEUE FRANCHE + + DU SOUFFRETEUX. + + «Où pris argent, qui n'en a point? + Remède est vivre d'avantaige. + Qui n'a ne robbe ne pourpoint, + Que pourroit-il laisser pour gaige? + Toutesfoys, qui aurait l'usaige + De dire quelque chansonnette + Qui peust deffrayer le passaige, + Le payement ne seroit qu'honneste.» + + L'ACTEUR. + + Ainsi parloit le Souffreteux, + Qui estoit fin de sa nature; + Moytié triste, moytié joyeux. + Du Palays partit, bonne alleure, + En disant: «Qui ne s'adventure, + Il ne fera jamais beau fait,» + Pour pourchasser sa nourriture, + Car il estoit de faim deffaict. + + Pour trouver quelque tromperie, + Le gallant se voulust haster: + En la meilleure hostellerie + Ou taverne s'alla bouter, + Et commença à demander + S'on avoit rien pour luy de bon; + Car il vouloit léans disner, [P. 207] + Et faire chère de façon. + + Lors on demanda quelle viande + Il falloit à ce pèlerin. + Il respondit: «Je ne demande + Qu'une perdrix ou un poussin, + Avec une pinte de vin + De Beaulne, qui soit frais tirée. + Et puis après, pour faire fin, + Le cotteret et la bourrée.» + + Tout ce qui luy fut convenable + Le varlet luy alla quérir. + Le gallant s'en va mettre à table, + Affin de mieulx se resjouyr, + Et disna là, tout à loisir, + Maschant le sens, trenchant du saige; + Mais il fallut, ains que partir, + Avoir ung morceau de formaige. + + «Adonc dit le clerc: Mon amy, + Il fault compter, car vous devez, + Tout par tout, sept solz et demy, + Et convient que les me payez. + --Je ne sçay comment les aurez, + Dist le gallant, car, par sainct Gille! + Je veulx bien que vous le saichez, + Je ne soustiens ne croix ne pille. + + --Qui n'a argent si laisse gaige; + Ce n'est que le faict droicturier. + Vous voulez vivre d'avantaige, + Et n'avez maille ne denier! + Estes-vous larron ou meurtrier? [P. 208] + Par Dieu, ains que d'icy je hobe, + Vous me payerez, pour abréger, + Ou vous y laisserez la robbe. + + --Quant est d'argent, je n'en ay point, + Affin de le dire tout hault. + Comment! m'en iray-je en pourpoint, + Et desnué comme ung marault? + Dieu mercy! je n'ay pas trop chault; + Mais, s'il vous plaisoit m'employer, + Je vous serviray, sans deffault, + Jusques à mon escot payer. + + --Et comment? Que sçavez-vous faire? + Dites-le moy tout plainement. + --Quoy? toute chose nécessaire. + Point ne fault demander comment; + Je gaige que, tout maintenant, + Je vous chanteray ung couplet, + Si hault et si cler, je me vant, + Que vous direz: «Cela me plaist!» + + L'ACTEUR. + + Lors, le varlet, voyant cecy, + Fut content de ceste gaigeure, + Et pensa en luy-mesme ainsi, + Qu'il attendroit ceste adventure; + Et s'il chantoit bien d'adventure, + Il lui dirait, pour tous desbats, + Qu'il payast l'escot, bon alleure, + Car son chant ne lui plaisoit pas. + + L'accord fut dit, l'accord fut faict, [P. 209] + Devant tous, non pas en arrière. + Lors le gallant tire, de faict, + De dedens sa gibecière + Une bourse, d'argent legière, + Qui estoit pleine de mereaulx, + Et chanta, par bonne manière, + Haultement, ces mots tout nouveaulx: + + De sa bourse dessus la table + Frappa, affin que je le notte, + Et, comme chose convenable, + Chanta ainsi à haulte notte: + «Faut payer ton hoste, ton hoste!» + Tout au long chanta ce couplet. + Le varlet, estant coste à coste, + Respondit: «Cela bien me plaist!» + + Toutesfoys, il n'entendoit pas + Qu'il ne fust de l'escot payé, + Parquoy il failloit sur ce pas. + De son sens fut moult desvoyé. + Devant tous fut notiffié + Qu'il estoit gentil compaignon, + Et qu'il avoit, par son traicté, + Bien disné pour une chanson. + + C'est bien disné, quand on eschappe + Sans desbourser pas ung denier, + Et dire adieu au tavernier + En torchant son nez à la nappe. + + [P. 210] + + LA CINQUIESME REPEUE + + DU PELLETIER. + + Ung jour advint qu'ung Pelletier + Espousa une belle femme + Qui appetoit le bas mestier, + En faisant recorder sa game. + Le Pelletier, sans penser blasme, + Ne s'en soucioit qu'ung petit: + Mieulx aymoit du vin une dragme, + Que coucher dedens ung beau lict. + + Ung curé, voyant cest affaire, + De la femme fut amoureux, + Et pensa qu'à son presbytaire + Il maineroit ce maistre gueux. + Il s'en vint à luy tout joyeux, + A celle fin de le tromper, + En disant: «Mon voysin, je veux + Vous donner ennuyt à soupper.» + + Le Pelletier en fut content, + Car il ne vouloyt que repaistre, + Et alla tout incontinent + Faire grant chère avec le prestre, + Qui luy joua d'un tour de maistre, + Disant: «Ma robbe est deffourrée; + Il vous y convient la main mettre, + Affin qu'elle soit reffourrée. + + --Et bien, ce dist le Pelletier, [P. 211] + Monseigneur, j'en suis bien content, + Mais que vous m'en vueillez payer; + Je suis tout vostre, seurement.» + Ils firent leur appoinctement + Qu'il auroit, pour tout inventoire, + Dix solz tournois entièrement, + Et du vin largement pour boire, + + Pourvu qu'il la despecheroit, + Car il luy estoit necessaire, + Et que toute nuyt veilleroit, + Avec son clerc, au presbitaire. + Il fut content de cest affaire. + Mais le Curé les enferma + Soubs la clef, sans grant noyse faire, + Puis hors de la maison alla. + + Le Curé vint en la maison + Du Pelletier, par ses sornettes, + Et trouva si bonne achoyson + Qu'il fist très bien ses besongnettes. + Ilz firent cent mille chosettes, + Car, ainsi comme il me semble, + Il contenta ses amourettes, + Et puis hors de la maison emble. + + Ce fourreur, pour la repeue franche + Fut fait coqu bien fermement; + Et luy chargea la dame blanche + Qu'il y retournast hardiment, + Et que, par son sainct sacrement, + Jamais nul jour ne l'oubliera, + Mais luy fera hébergement, [P. 212] + Toutes les foys qu'il luy plaira. + + Et pourtant, donne soy bien garde + Chascun qui aura belle femme + Qu'on ne lui joue telle aubade + Pour la repeue: c'est grant diffame; + Quant il est sceu, ce n'est que blasme + Et reproche, au temps advenir. + Vela des repeues la grant game; + Pourtant, ayez-en souvenir! + + + + SIXIESME REPEUE FRANCHE + + DES GALLANTS SANS SOULCY. + + Une assemblée de compaignons, + Nommez les _Gallans sans soucy_, + Se trouvèrent entre deux pontz, + Près le Palays, il est ainsi; + D'aultres y en avoit aussi, + Qui aymoient bien besoigne faîcte, + Et estoient, de franc cueur transi, + A l'abbé de Saincte Souffrette. + + Ces compaings ainsi assemblez + Ne demandèrent que repas; + D'argent ilz n'estoyent pas comblez, + Non pourtant ne faillirent pas. + Ilz se boutèrent, c'est le cas, [P. 213] + A l'enseigne du Plat d'estaing, + Où ilz repeurent par compas, + Car ilz en avoient grant besoing. + + Quant ce vint à l'escot compter, + Je crois que nully ne s'en cource; + Mais le beau jeu est au payer, + Quant il n'y a denier en bourse. + Nul d'eulx n'avoit chère rebourse: + «Pour de l'escot venir au bout, + Dist ung gallant, de plaine source, + Il n'en faut qu'ung pour payer tout.» + + Ilz appointèrent tous ensemble, + Que l'ung d'iceulx on banderait: + Par ainsi, selon qui me semble, + Le premier qu'il empoigneroit, + Estoit dit que l'escot payeroit. + Mais ilz en eurent grand discord: + Chascun bandé estre vouloit, + Dont ne peurent estre d'accord. + + Le varlet, voyant ces desbas, + Leur dit: «Nul de vous ne s'esmoye; + Je suis content que, par compas, + Tout maintenant bandé je soye.» + Les gallans en eurent grand joye, + Et le bandèrent en ce lieu, + Puis chascun d'eux si print la voye + Pour s'en aller sans dire adieu. + + Le varlet, qui estoit bandé, + Tournoyoit parmy la maison. + Il fut de l'escot prébendé [P. 214] + Par ceste subtile achoison. + Affin d'avoir provision + De l'escot, l'hoste monte en hault: + Quand il vit ceste intention, + A peu que le cueur ne lui fault. + + En montant, l'hoste fut happé + Par son varlet, sans dire mot, + Disant: «Je vous ay attrapé, + Il faut que vous payez l'escot, + Ou vous laisserez le surcot.» + De quoy il ne fut pas joyeux, + **************************** + Cuydant qu'il fust mathelineux. + + Quand le varlet se desbanda, + La tromperie peut bien congnoistre: + Fut estonné quand regarda, + Et vit bien que c'estoit son maistre. + Pensez qu'il en eut belle lettre, + Car il parla lors à bas ton, + Et, pour sa peine, sans rien mettre, + Il eut quatre coups de baston. + + Ainsi furent, sans rien payer, + Les povres gallans délivrez + De la maison du tavernier, + Où ilz s'estoyent presque enyvrez + Des vins qu'on leur avoit livrez + Pour boire à plain gobelet, + Que paya le povre varlet. + + Et que ce soit vray ou certain, [P. 215] + Ainsi que m'ont dit cinq ou six, + Le cas advint au Plat d'estain + Près Sainct-Pierre-des-Arsis. + Bien eschéoit ung grant mercis, + A tout le moins, pour ce repas, + Et si ne le payèrent pas. + + Aussi fut si bien aveuglé, + Le povre varlet malheureux, + Qui fut de tout l'escot sanglé, + Et fallust qu'il payast pour eulx; + Et s'en allèrent tous joyeux + Les mignons, torchant leur visaige, + Qui avoyent disné d'advantaige. + + + + LA SEPTIESME REPEUE + + FAICTE AUPRÈS DE MONTFAULCON. + + Pour passer temps joyeusement, + Raconter vueil une repeue + Qui fut faicte subtillement + Près Montfaulcon, c'est chose sceue, + Et diray la desconvenue + Qu'il advint à de fins ouvriers; + Aussi y sera ramenteue + La finesse des escolliers. + + Quand compaignons sont desbauchez, + Ilz ne cherchent que compaignie; + Plusieurs ont leurs vins vendangez [P. 216] + Et beu quasy jusqu'à la lye. + Or advint qu'une grant mesgnie + De compaignons se rencontrèrent. + ****************************** + ****************************** + + Et, sans trouver la saison chère, + Chascun d'eulx se resjouyssoit + Disant bons motz, faisant grant chère; + Par ce point le temps se passoit. + Mais l'ung d'iceulx promis avoit + De coucher avec une garce, + Et aux aultres le racontoit, + Par jeu, en manière de farce. + + Tant parlèrent du bas mestier, + Que fut conclud, par leur façon, + Qu'ilz yroyent ce soir-là coucher + Près le gibet de Montfaulcon, + Et auroyent pour provision + Ung pasté de façon subtile, + Et meneroyent, en conclusion, + Avec eulx chascun une fille. + + Ce pasté, je vous en respons, + Fut faict sans demander qu'il couste, + Car il y avoit six chapons, + Sans la chair, que point je n'y boute. + On y eust bien tourné le coute, + Tant estoit grant, point n'en doubtez. + Le Prince des Sots et sa routte + En eussent esté bien souppez. + + Deux escolliers voyant le cas, [P. 217] + Qui ne sçavoyent rien que tromper, + Sans prendre conseil d'advocatz, + Ilz se voullurent occuper, + Pensant à eux, comme atrapper + Les pourroyent d'estoc ou de trenche; + Car ilz voulloyent ce soir soupper + Et avoir une repeue franche. + + Sans aller parler au devin, + L'ung prist ce pasté de façon, + L'autre emporta un broc de vin, + Du pain assez, selon raison, + Et allèrent vers Montfaulcon, + Où estoit toute l'assemblée. + Filles y avoit à foyson, + Faisant chère desmesurée. + + Aussi juste comme l'orloge, + Par devis et bonne manière, + Ilz entrèrent dedans leur loge, + Espérant de faire grant chière, + Et tastoient devant et derrière + Les povres filles, hault et bas. + ***************************** + ***************************** + + Les escolliers, sans nulle fable. + Voyant ceste desconvenue, + Vestirent habitz de diable, + Et vindrent là, sans attendue: + L'ung, ung croc, l'autre, une massue, + Pour avoir la franche repue, + Vindrent assaillir les gallans. + ***************************** + + Disant: «A mort! à mort, à mort! [P. 218] + Prenez, à ces chaisnes de fer, + Ribaulx, putains, par desconfort, + Et les amenez en enfer; + Ilz seront avec Lucifer, + Au plus parfond de la chauldière, + Et puis, pour mieulx les eschauffer, + Gettez seront en la rivière!» + + L'ung des gallans, pour abbreger, + Respondit: «Ma vie est finée! + En enfer me fault heberger. + Vecy ma dernière journée; + Or suis-je bien ame dampnée! + Nostre peché nous a attains, + Car nous yrons, sans demourée, + En enfer avec ces putains!» + + Se vous les eussiez veu fouyr, + Jamais ne vistes si beau jeu, + L'ung amont, l'autre aval courir; + Chascun d'eulx ne pensoit qu'à Dieu. + Ilz s'en fouyrent de ce lieu, + Et laissèrent pain, vin et viande, + Criant sainct Jean et sainct Mathieu, + A qui ilz feroyent leur offrande. + + Noz escolliers, voyant cecy, + Non obstant leur habit de diable, + Furent alors hors de soulcy, + Et s'assirent trestous à table; + Et Dieu sçait si firent la galle [P. 219] + Entour le vin et le pasté, + Et repeurent, pour fin finalle, + De ce qui estoit appresté. + + C'est bien trompé, qui rien ne paye, + Et qui peut vivre d'advantaige, + Sans desbourser or ne monnoye, + En usant de joyeux langaige. + Les escolliers, de bon couraige, + Passèrent temps joyeusement, + Sans bailler ny argent ny gaige, + Et si repeurent franchement. + + Si vous vouliez suyvre l'escolle + De ceulx qui vivent franchement, + Lisez en cestuy prothocolle, + Et voyez la façon comment; + Mettez-y vostre entendement + A faire comme ilz faseyent, + Et, s'il n'y a empeschement, + Vous vivrez comme ilz vivoyent. + + FIN DES REPEUES FRANCHES + ET DES POÉSIES ATTRIBUÉES A VLLLON. + + + +NOTES. + +_(Les chiffres renvoient aux pages du volume. V. signifie_ vers; +_Pr._, Prompsault; _P. L._, M. Paul L. Jacob, bibliophile.) + +P. 1. _Clément Marot aux Lecteurs._ Cette préface, avec le +huitain qui l'accompagne, est en tête de l'édition de _Paris, +Galiot du Pré,_ 1533, la première donnée par Marot. + +P. 2, lig. 28. _Toutesfoys_... Marot dit clairement qu'il n'a +pas consulté un seul manuscrit. Il n'a pas non plus eu sous les +yeux toutes les éditions du XVe siècle. + +P. 4, lig. 5. _Après _... Les vers que Marot dit avoir refaits +sont au nombre de dix ou douze seulement, et, chose singulière, +on les trouve tels quels dans les manuscrits et les anciennes +éditions. (P. L.) + +P. 7. _Le Petit Testament_. Ce titre, que Villon n'avait pas +eu l'intention de donner à ses _lays_ (voy. p. 50, v. II), se +trouve en tête des plus anciennes éditions de ses oeuvres. + +P. 8-9. Les huitains IV à IX ont été publiés pour la première +fois par Prompsault, d'après un mss. La Monnoye ne les a pas +connus. + +P. 9, huitain IX. L'invocation par laquelle Villon commence son +Testament n'est qu'une affaire de simple formule. Ce n'est pas +là qu'il faut chercher la preuve de ses sentiments religieux. + +P. 14, huit. XXIII. Ce huitain, publié pour la première fois par +Prompsault, se trouve en manuscrit dans l'exemplaire annoté de +La Monnoye. + +P. 17-19. Les huitains XXXVI-XXXIX, publiés pour la première +fois par M. Prompsault, n'étaient pas connus de La Monnoye. +C'est une satire du jargon scolastique du temps. Il n'est pas +certain que Villon en soit l'auteur. J'ai conservé quelques-unes +des corrections introduites dans ce texte par M. P. L. + +P. 21. _Le Grand Testament_. Huit. I. _En l'an trentiesme de mon +eage_... On a conclu de ce vers que Villon n'avait pas trente +ans accomplis en 1461. La mesure du vers ne lui permettait pas +d'être plus exact; mais dans le _Débat du corps et du coeur_ (p. +113), fait dans la prison de Meung, il dit positivement: «Tu as +trente ans.» Il était donc réellement né en 1431. + +P. 22, huit. V. La leçon de l'édition Prompsault est meilleure +que celle de La Monnoye. La voici: + + _Si prieray pour lui de bon cueur, + Par l'ame du bon feu Cotard..._ + +C'est-à-dire que Villon jure par l'âme de son procureur Cotard +(voy. ce nom au _Glossaire-index_), de prier Dieu pour Thibault +d'Aussigny. La suite nous apprend ce qu'il entend par là. + +P. 37-38. On a cru que dans les huitains XLIII-XLV Villon +parlait de lui-même; c'est évidemment une erreur. Pour le +reconnaître, il suffit de se rappeler qu'il n'avait que trente +ans, et n'était pas un «pauvre vieillart.» + +P. 45, huit. LIV. Je n'ai pas adopté la correction de La +Monnoye, qui termine ainsi ce huitain: + + _C'est pure vérité decellée: + Pour une joye cent doulours_. + +P. 56. Les six premiers vers de l'_Envoi_ donnent en acrostiche +le nom de _Villon_, ainsi que M. Nagel l'a remarqué le premier. +Il a découvert aussi que le premier huitain de la _Ballade +de Villon à s'amye,_ p. 57, donne en acrostiche le nom de +_Françoys._ Le second huitain donne _Martheos,_ sans doute par +l'effet du hasard. + +P. 90. _Lays._ Publié pour la première fois par Prompsault. En +manuscrit dans La Monnoye. Il en est de même du huitain CLIII, +p. 91. + +P. 99. «_Et je croy bien que pas n'en ment._» Le huitain qui +commence par ce vers et le reste de la ballade ont été publiés +pour la première fois par Prompsault. Ils existent en manuscrit +dans La Monnoye. + +P. 101. _Poésies diverses_. Le titre de plusieurs éditions +annonce un _Codicille_, ce qui a préoccupé quelques éditeurs +plus que de raison. L'édition de Pierre Levet, 1489, et une +autre édition du XV'siècle (la troisième décrite par M. Brunet), +disent ce qu'il faut entendre par là. Dans celle de Pierre Levet +on lit: _Cy commence le grant Codicille et Testament de maistre +François Villon,_ et dans l'autre: _Sensuit le grant Testament +et Codicille de maistre François Villon._ Le _Codicille_ n'est +donc autre chose que le _Grand Testament,_ postérieur de cinq +ans au _Petit Testament._ + +Les _poésies diverses_ ont été classées de différentes +façons, selon le gré des éditeurs. J'ai cherché à les ranger +chronologiquement. Le _quatrain_ et _l'épitaphe_ (p. 101), la +_Requeste au Parlement_ (p. 103), la _Ballade de l'appel_ (p. +104), le _Dit de la naissance Marie_ (p. 105) et la _Double +ballade_ (p. 107) se rapportent au procès de 1457. Je parlerai +des autres pièces plus tard. + +P. 105. _Le Dit de la naissance Marie_. Cette pièce et les deux +suivantes se trouvent dans un très-beau manuscrit des Poésies de +Charles d'Orléans, conservé à la Bibliothèque impériale. Elles +ont été publiées pour la première fois par M. Prompsault. + +P. 107. _Double ballade_. Cette pièce, adressée à Marie +d'Orléans, fut composée longtemps après la précédente, et +lorsque la princesse était déjà grande, et avait «port assuré, +maintien rassis» (p. 109, v. 17). + +P. 110. _Ballade Villon._ Cette pièce est incontestablement de +Villon, dont elle porte le nom dans le manuscrit des poésies +de Charles d'Orléans. Il n'est pas aussi certain que les deux +autres pièces tirées du même manuscrit soient de lui, mais c'est +on ne peut plus vraisemblable. + +Cette ballade fut composée sur un sujet donné par le duc +d'Orléans. On trouve dans le manuscrit de ses poésies celles qui +furent composées à la même occasion par onze autres poëtes. + +P. 111 _Epistre_, Cette pièce fut composée dans la prison de +Meung. Elle a été publiée pour la première fois par Prompsault, +mais elle existe en manuscrit, avec des variantes, dans La +Monnoye. + +P. 112. _Le Débat du cueur et du corps_. Composé dans la prison +de Meung. Les précédents éditeurs n'ont pas remarqué que le nom +de Villon se trouve en acrostiche dans les six vers qui, non +compris le refrain, forment l'_envoi_. + +P. 113. _La, Requeste à Monseigneur de Bourbon_. Prompsault se +trompe lorsqu'il dit que Marot a fait le titre de cette ballade. +On le trouve dans les éditions du XVe siècle tel qu'il est +reproduit ici. + +Le duc de Bourbon était Jean II, qui mourut en 1487; ce ne +pouvait être Charles Ier, mort en décembre 1456, à l'époque +précisément où Villon, peu connu comme poëte, se faisait +fouetter publiquement. + +P. 119. _Ballade des povres housseurs_. Cette pièce a été tirée +du _Jardin de plaisance_ par Prompsault. Il n'est pas bien +prouvé qu'elle soit de Villon. On ne sait pas au juste ce +que signifie ce mot _housseurs_. Cotgrave le traduit par +_balayeurs_, _ramoneurs_; M. P. L., par _batteurs de tapis_; +Prompsault, par _porteurs de housseaux_ ou de bottes; M. +Campeaux, par écoliers portant des _housses_, comme ceux du +collège de Navarre. Son explication me paraît la meilleure, à +moins que _housseurs_ ne signifie _faiseurs de housseaux_. Il +y a un rapprochement à faire entre cette supposition et, +d'une part, les conjectures de M. Campeaux relativement à la +profession du père de Villon; d'autre part, l'affirmation +très-nette de la onzième des pièces attribuées à Villon, que je +publie, p. 139. «...Mon père est cordouennier.» Malheureusement +ce rondeau n'est pas plus certainement de Villon que la _Ballade +des povres housseurs_. + +P. 120. _Problème ou Ballade_. Publié pour la première fois par +Prompsault. En manuscrit dans La Monnoye. + +P. 121. _Ballade contre les mesdisans de la France_. Prompsault +a cru publier cette pièce pour la première fois; mais il en +existe une édition en caractères gothiques, reproduite par M. A. +de Montaiglon dans les _Anciennes Poésies françoises_, t. V, +p. 320, qui m'a fourni de bonnes variantes. La Monnoye la +connaissait. Elle existe en manuscrit dans son exemplaire +annoté, avec le titre qu'elle porte ici. + +P. 124. _Le Jargon ou Jobelin_. Tous les éditeurs de Villon ont +reculé devant l'explication de ces ballades en argot. Je +suis leur exemple; mais cela ne doit pas décourager ceux qui +voudraient tenter l'entreprise. En recueillant avec soin toutes +les variantes des anciennes éditions, en rapprochant les +ballades de Villon des monuments assez nombreux de ce langage +qui nous restent du XVe siècle et du commencement du XVIe, on +arriverait probablement à quelque chose de satisfaisant. + +P. 133. _Poésies attribuées à Villon_. J'ai choisi ce titre à +cause de son élasticité. Je ne suis pas convaincu que ces pièces +soient de notre poëte; mais je n'ai pas voulu, en les donnant +comme émanant de ses disciples, lui faire tort de celles qui +peuvent lui appartenir. + +P. 133-143. Dix-sept pièces choisies parmi celles que M. +Campeaux a tirées du _Jardin de plaisance_. On ne peut, lire son +travail sans être tenté d'admettre que plusieurs de ces pièces +sont réellement de Villon. + +P. 144-146. Les ballades XVIII, XIX et XX ont été réunies pour +la première fois aux oeuvres de Villon dans l'édition de 1723. +Je ne crois pas qu'elles soient de lui. + +P. 147. _Ballade joyeuse des taverniers_. Cette pièce se trouve +dans toutes les éditions de _la Chasse et le Départ d'Amours,_ +d'Octavien de Saint-Gelais, dont la première est de 1509. Je +dois cette indication à mon ami M. Louis Moland. + +P. 150. _Monologue du franc archier de Baignollet_. Réuni pour +la première fois aux oeuvres de Villon en 1532, dans une +édition de Galiot du Pré. Il existe de ce monologue une édition +gothique, format d'agenda, qui a été reproduite dans l'_Ancien +théâtre françois_, t. II, p. 326. J'en ai tiré quelques +variantes. + +P. 164. _Dialogue de messieurs de Mallepaye et de Baillevent_. +De même que le _Monologue du franc archer_, cette pièce fut +réunie pour la première fois aux oeuvres de Villon dans +l'édition de Galiot du Pré, 1532. Elle est écrite, comme l'a +remarqué le premier M. A. de Montaiglon, «en strophes de six +vers sur deux rimes, qui s'enchaînent de telle façon que la +rime placée dans une strophe au troisième et au sixième vers +se répète, dans la strophe suivante, aux quatre autres vers, +c'est-à-dire au premier, au second, au quatrième et au cinquième.» +Je l'ai divisée selon ces indications, et l'on conviendra qu'elle +y a beaucoup gagné. + +Deux strophes sont incomplètes, l'une d'un vers, p. 172, et +l'autre de deux, p. 177. + +P. 178. _Les Repeues franches_. Ce recueil fut imprimé plusieurs +fois dans le XVe siècle et la première moitié du XVIe. Il n'est +pas de Villon; mais le poëte y joue un tel rôle qu'on ne peut se +dispenser de le joindre à ses oeuvres, ce qu'on fait, du reste, +depuis plus de trois cents ans. Il est écrit presque tout +entier en strophes de huit vers, ce que les précédents éditeurs +n'avaient pas assez remarqué, comme l'a dit M. A. de Montaiglon. +Il y a vers la fin quelques strophes que je n'ai pu compléter, +bien que j'aie consulté plusieurs éditions anciennes, y compris +celle de Jean Trepperel, que je crois la première. + +P. 187. _La Manière d'avoir du poisson_. Le moyen employé par +Villon pour se débarrasser du _porte-pannier_ rappelle le +fabliau des _Trois Avugles de Compiengne_, par Cortebarbe. Voir +aussi les _Aventures de Til Ulespiègle_, chap. LXXI (_Nouvelle +collection Jannet_); _Morlini_, nouv. XIII; les _Facétieuses +Nuits de Straparole_, édition Jannet, _Paris_, 1857, t. Ier, p. +liv. + +P. 190. _La Manière d'avoir des trippes_. Voir un expédient +analogue dans les _Aventures de Til Ulespiègle_, édition citée, +chap. LXXII. + +P. 191. _La Manière d'avoir du pain_. Imité par l'auteur des +_Aventures de Til Ulespiègle_, chap. VI. + +P. 192. _La Manière d'avoir du vin_. Se retrouve dans _Til +Ulespiègle_, chap. LVII. + +P. 206. _La Repeue franche du Souffreteux_. Imité par l'auteur +de _Til Ulespiègle_, chap. LXI, et par Bonaventure Des Périers. +Voy. l'édition de M. Louis Lacour, 1856. In-16, p. 122. + + + + + +GLOSSAIRE-INDEX. + +----------A---------- + +_A_, avec. P. 34, v. 18; p. 158, v. 12. + +_A coup_, vite, tout de suite. + +_A tout_, avec. + +_Abandonné_, libéral, prodigue. 172. + +_Abayer_, aboyer. + +_Aboluz_, abolis, absous. §§. + +_Aboy_ (en), aux abois, abaissé.--«Trois poulx rampans en aboy», +c'est-à-dire descendant le long de la chemise, telles sont +les armoiries que le seigneur de Mallepaye assigne à son ami +Baillevent, P. 168. + +ABSALON, 121, 122. + +_Absoluz, absolz_, absous. + +_Abusion_, peine inutile, fait de quelqu'un qui s'abuse. (P. 35, +v. 2.) + +_Acabit_, accident (?). 175. + +_Accollèe, acollée_, accolade. + +_Accouter_, appuyer, accoter. 47, 136. + +_Acherin_, acéré, d'acier. + +_Achoison, achoyson_, occasion, feinte, ruse. + +_Acongnoistre_, connaître. 195. + +_Accueillir_, tenir. 145. + +_Acquester_, acquérir. + +_Acreuz_, acquis, augmentés. 165. + +_Acteur_ (l'), l'auteur. 182. + +_Adextre_, adroit, habile. + +_Adirer_, absenter, supprimer. 135. + +_Admenez_ (en) (?), P. 38, v. 25. + +_Adonc, adoncques_, alors. + +_Advantaige_, voy. _avantaige_. + +_Affier_, assurer, certifier. + +_Affiques_, affiquets. 185. + +_Affoler_, blesser. 152. + +_Affuyt_, suit. + +_Aguet (aller d')_, marcher avec précaution et sans bruit, c'est +ce que faisaient sans doute les soldats de police à pied dont +parle Villon, p. 13, v. 21. + +_Aherdre_, p. 52, se trouve dans Cotgrave avec le sens de +toucher, prendre. + +_Ahonti_, déshonore, couvert de honte. 142. + +_Aid_, aide, assiste «Ainsi m'aid Dieux!» P. 26, v. 6. + +_Aignel_, agneau. 107. + +_Ainçoys_, avant. + +_Ains_, avant. + +_Aist_, aide. «Ainsi m'aist Dieux!» 107. + +_Aiz_, planche. 84. + +ALENÇON. 151. Cette ville fut prise et reprise plusieurs fois +par les Anglais et les Français pendant les guerres du XVe +siècle. C'est en 1448 que Charles VII l'assiégea pour la +dernière fois; il s'en empara, ainsi que de toutes les autres +places fortes de la Normandie. (P. L.)--Le bon feu duc d'Alençon +dont parle Villon (p. 36) serait, selon M. Pr., Jean Ier, +tué à la bataille d'Azincourt, en 1415. + +ALEXANDRE, p. 26. Cette anecdote d'Alexandre et du pirare +Diomédès est, suivant Formey, rapportée par Cicéron, dans un +fragment du traité _De Republica_, liv. III, que nous a conservé +Nonius Marcellus. Le nom du pirare ne s'y trouve pas. Voy. 121. + +ALLEMANSES, allemandes, 80. + +_Alleure_ (_bonne_), promptement. + +ALLYS (p. 34, v. 19), Alix de Champagne, mariée en 1160 à Louis +le Jeune, roi de France, et morte en 1216. (Pr.) + +_Alouer_ (_s'_), s'attacher, se dévouer. 108. + +ALPHASAR, p. 121. Arphaxad, roi des Mèdes. + +ALPHONSE, _le roy d'Aragon_. Alphonse V, dit le Sage, mort en +1458. + +_Amant_, 165, amendement. + +_Amathiste_, améthyste. 35. + +_Ambagoys_, ambages, finesses. 192. + +_Ambesas_, doubleas. P. 48. + +_Ameçons_, hameçons. Employé au figuré, p. 185. + +AMIRAL (l'), p. 152. M. P. L. suppose que c'est Prégent, seigneur +de Coetivy et de Retz, créé amiral en 1439, et tué en 1450, au +siège de Cherbourg. + +AMMON, fils de David. Plaisant récit de son amour pour sa soeur +Thamar. (P. 46, v. 15.) + +_Amoureux_, agréable, bon. 195, v. 1. + +_Amys_, amicts. 36. + +_Ance_, anse. 15. + +ANCENYS, 151. + +_Ançoys_, avant. + +_Ancre_, encre. + +_Andoilles_, andouilles. 64. + +_Ange, Angelot_, (p. 70), étaient des monnaies d'or. Deux +_angelots_ valaient un grand _ange_. Villon veut que le jeune +merle agisse consciencieusement, ce qui n'était sans doute pas +dans ses habitudes. (Pr.) + +ANGELOT L'HERBIER (l'herboriste), 85. + +ANGIERS, 9. Le _Lyon d'Angiers_ (153) était sans doute +l'enseigne d'une hôtellerie. + +ANGLAIS, p. 151. + +ANGLESCHES, anglaises, p.81, v. 3. + +_Angoisseux_, plein d'angoisse. + +ANGOULEVENT, p. 176. Un Prince des Sots nommé Angoulevent vivait +à la fin du XVIe siècle et se fit connaître par un procès qu'il +soutint pour défendre les privilèges de sa principauté. Mais ce +passage prouve que le nom d'Angoulevent était générique parmi +les gueux et les aventuriers dès le XVe siècle. (P. L.) + +ANJOU, 157. + +_Antan_, l'an passé. + +_Ante_, tante. 82. + +_Apasteler_, nourrir. + +_Apostoles_, pape (p. 36), et, par extension, évêque, et +peut-être prêtre. + +_Appaillardir_, appauvrir, mettre sur la paille 172. + +_Appeau_, appel. 197. + +_Appoinct_, à point. 73. + +_Appointé_, convenu. + +_Appoinctement_, accord. + +_Aprins_, appris. + +_Arain_, airain, cuivre. 48 + +_Arbrynceaux_, arbrisseaux. + +ARCHIPIADA, 34, vraisemblablement Archippa, l'amante de +Sophocle. (Pr.) + +ARCHITRICLIN (p. 69). Le maître d'hôtel des noces de Cana, qui +conseilla de boire le bon vin le premier. + +_Ardiz_, brûlai. 121, v. 2. + +_Ardre_, brûler. + +_Argeutis_, arguties. 18. + +ARISTOTE, 18, 25. + +_Armarie (montrer l')_, p. 146, paraître armé dans un tournoi. +(P. L) + +_Arquemie_, alchimie. «Faire l'arquemie aux dens» (p. 182 et +186), c'est vivre de vent, n'avoir rien à manger. + +_Arraisonner_, interroger. + +_Arrons_, aurons. + +_Ars_. brûlé. 17. + +_Arsure_. brûlure. 76. + +_Art de la pinse et du croc_, l'art des voleurs. P. 2. + +_Art de mémoire_, 11. Probablement l'_Ars memorativa_, ouvrage +didactique souvent réimprimé au XVe s. avec des figures +singulières. (P. L.) + +ARTUS, _le duc de Bretaigne_ (p. 35, v. 10) est Artus III, le +Justicier, mort en 1458. + +_Asçavoir-mon_, c'est à savoir. + +ASNE ROUGE, 60. Est-ce une enseigne? + +_Assier_, acier. 9. + +_Assouvir_, calmer, satisfaire, accomplir. 29, 89, 90, 94, 110. + +_Atout_, avec. + +_Attaine_, III. Atteigne, blesse. (P. L.) + +_Attaintée_, 78, bien parée (Pr.),-fardée (P. L.). + +_Attendue_, attente, retard. + +_Attente_, intention. 49. + +_Aubade_, peur. 199. + +_Aucun, aucune_, quelque. 30, 120. + +_Aucunement_, en quelque façon. + +_Auditeux_, auditeurs. + +AUGER LE DANOIS, 91. + +_Aulmoire_, armoire. + +AULNIS (vin d'), 60. + +AUSSIGNY (_Thibault d'_), 21. + +AUVERGNE (p. 36). Le dernier Dauphin de la branche héréditaire +fut Beraud III, qui mourut en 1428. (P. L.) + +_Avaller_, descendre, précipiter en bas. + +_Avantage (vivre d')_, vivre aux dépens d'autrui. 206, 208, etc. + +_Avenir_, advenir. + +AVERROYS, Averrhoès. 25. + +_Avoyé_, en voie, bien venu. 196. + +_Ayser (s')_, se mettre à son aise, se servir librement. P. 78, +v. 21. + +----------B---------- + +BABYLOINE, Babylone. 79. + +_Bachelette_, jeune fille. 47. + +_Bachelier_, jeune galant, amoureux. 47. + +_Bague_, bagage, arme. + +BAIGNEUX, 193 + +BAIGNOLET, 150. + +_Bailler_, donner. + +BAILLY, 3. + +_Bandon (à),_ à l'abandon. + +_Barat_, tromperie. + +_Barbiers_, étaient les chirurgiens du temps. 77. + +_Barguigner_, marchander, hésiter. + +_Barre_ (p 63), pièce du blason qui indique la bâtardise. Au +lieu de cela, Villon donne au bâtard de La Barre trois dés pipés +pour mettre dans son écusson. + +BASANYER, 74. + +_Bas mestier_, acte amoureux. + +_Baston_, 156. Nom des armes portatives en général. On a dit +plus tard «baston à feu». + +_Batture_, action de battre. 71, 115. + +BAULDE (_frère_). 67. + +_Baulde_, réjouie. 67. + +_Bauldray_, donnerai. + +_Bave_, bavardage. 180. + +_Baver_, bavarder. + +_Baverie_, bavardage, vaines promesses. + +Baye, ouverte. 165. + +BEAULNE. 193, 207. + +_Beffray_, beffroi. + +BÉGUINES, 66. + +_Béjaulne_, niais. 193. + +_Belin_, mouton. 70. + +BELLEFAYE (_Martin_), p. 96, à qui Villon donne le titre de +lieutenant criminel, était conseiller au Parlement de Paris. + +BELLET, 118. + +_Benoist_, béni. + +_Benoistier_, bénitier. + +_Bergeronnette_, chanson rustique. 91. + +_Berlan_, brelan. 87. + +BERTHE _au grand pied_ (p. 34, v. 19) fut mère de Charlemagne. + +_Besongner_, travailler. 118. + + +_Besongnettes_, affaires d'amour. + +_Betourner_, dompter, abattre. 108. + +_Bière_ (en), mort, enseveli. + +BIETRIS (p. 34, v. 19), Béatrix de Provence, mariée à Charles de +France, fils de Louis VIII. (Pr.) + +BIETRIX, 118. + +_Billart_, bâton recourbé avec lequel on jouait à la crosse. + +BILLY (_la tour de_), 73. + +_Bisagüe_, besaiguë. + +_Bise_, brune. 79. + +_Blanc_, 15, 48, monnaie d'argent qui, du temps de Villon, +valait douze deniers. + +BLANCHE. Prompsault dit que la reine Blanche dont il est +question p. 34, v. 17, était Blanche de Bourbon, mariée en 1352 +à Pierre le Cruel. M. P. L. pense qu'il s'agit plutôt de Blanche +de Castille, mère de saint Louis. + +BLANCHE LA SAVETIÈRE, 42. + +_Blason_, conversation, beau parler. 189, 196. + +_Blasonner_, vanter, bavarder, se moquer. 201, 206. + +_Bloquer_, donner de l'argent. 175. + +BOESMES, p. 118. «La faute des Boesmes», c'était l'hérésie des +Bohémiens, sectateurs de Jean Hus et de Jérôme de Prague. + +_Boillon_, p. 54. Le _boullon_ ou _bouillon_ est l'endroit de +la rivière où l'eau forme un tournant. On dit encore, dans le +langage trivial, _boire un bouillon_, c'est à dire: courir le +risque d'être englouti dans une mauvaise affaire. (P. L.) + +_Boiture_, boisson 52. + +_Bonne_. «Cy suspendy et cy mis bonne», p.17. Prompsault +interprète _bonne_ par _borne_. M P. Lacroix suppose que cette +expression équivaut à _mettre en panne_. + +_Bonne alleure_, promptement. + +_Bordeaulx_, lieux de prostitution. 77. + +_Bort_, bordure. 136. + +_Bouffé_, soufflé, emporté par un souffle. (P. 36, v. 19.) + +_Bouges_, chausses, culottes. + +_Bouhourder_, lutter à armes courtoises. 119. + +_Boullon_, bouillon, tourbillon. + +_Boulluz_, bouillis. 56. + +BOULOGNE, 9. + +BOURBON. Le gracieux duc de Bourbon (p. 55 v. 9) est Jean Ier, +mort en 1456. Voy. p. 115, et _notes_, p. 223. + +_Bourde_, mensonge, 111. + +_Bourder_, mentir. + +BOURG-LA-ROYNE, 65. + +BOURGES, 68, 76. + +BOURGUIGNON (Pierre),60. + +BOURGUYGNONS. 171. + +_Bourreletz_, sorte de coiffure. 33. + +_Bourse_. «Les bourses des dix-et-huit clers» (p. 72). Le +collège des _Dix-huit_, où l'on recevait les étudiants trop +pauvres pour pourvoir à leurs besoins, était situé, suivant M. +P. L, devant le collège de Clugny, sur l'emplacement actuel de +l'église de la Sorbonne. + +_Bouter_, mettre. 146, 148, 193.--frapper, pousser. 161. +_Bouter soubz le nez_, p.37, manger et boire. + +_Boyser_, travailler le bois. 64. + +_Bracquemart_, épée courte et large. + +_Braire_, crier. 198. + +_Brairie_, cris. 152. + +_Branc_, sorte d'épée. + +_Brayes,_ chausses, culottes. + +_Brelare Bigod_ (p. 82), sorte de juron en allemand corrompu: +_Verloren, bey Gott!_ + +BREAAOIRE, Bressuire. 152. + +BRETAIGNE, 62. + +BRETONS, 153, 154, 157. + +_Brettes_, Bretonnes. 80. + +_Brief_, brièvement. 196. + +_Broiller_, p. 87 M. P. L. dit que cela signifiait jouer des +_imbroglios_, des scènes comiques. + +_Broillerie_, désordre. + +_Broises, brossillons_, broussailles. 99. + +_Brouaille_, 148, me paraît synonyme de _brodier, broudier_, +anus. + +_Brouillez_, en désordre, embrouillés. 2 + +_Broust_, nourriture, subsistance. 174. + +_Brouter_, manger. 63. + +BROYER à moustarde, mortier. 17. + +BRUCIENNES, Prussiennes. 80. + +BRUNBAU (_Philip_), 97. + +_Bruire_, faire du bruit. + +_Bruit, bruyt_, renommée, réputation 9, 176. + +BRUYÈRES (Mlle de), 79. + +BUEIL, p. 152 Selon M. P. L., c'est Jean de Beuil, comte de +Sanceire, qui succéda comme amiral à Prégent de Coëtivy. + +_Buffe_, soufflet. 194. + +_Bulle (Carmeliste)_, 10 Voy. DÉCRET. Les porteurs de bulles (p. +87) étaient des ecclésiastiques ou des officiers du Saint-Siège, +qui venaient quêter et vendre des indulgences au nom du pape +dans les pays catholiques. Mais ils ne pouvaient plus être admis +en France sans un ordre du roi; les privilèges de l'Église +gallicane ou de la Pragmatique-Sanction s'opposaient à ces +collectes papales, qui avaient tant appauvri la chrétienté an +moyen âge. (P.L.) + +_Bureaux_, vêtements de bure. 32. + +BURIDAN, 34. C'était une tradition bien établie parmi les +écoliers de l'Université de Paris, qu'une reine de France +avoit fait de la Tour de Nesle, située au bas de la Seine, +sur l'emplacement du palais de l'Institut, le théâtre de ses +débauches nocturnes. Elle attirait chez elle tous les passants, +et surtout les écoliers, qui lui plaisaient; puis, son caprice +satisfait, elle les faisait tuer et jeter dans la rivière. +Buridan eut le bonheur d'échapper à la mort, et il inventa +ce fameux sophisme, qui devait être sa vengeance et sa +justification: «Il est permis de tuer une reine si c'est +nécessaire.» Villon est le plus ancien auteur qui ait parlé de +cette tradition. Gaguin, dans son _Compendium_ des Annales de +France, l'a rapportée ensuite avec plus de détail. Quoi qu'il +en soit, les trois brus de Philippe le Bel furent accusées +d'adultère, et l'une d'elles, Marguerite de Bourgogne, femme de +Louis le Hutin, fut étranglée dans sa prison, en 1314, par +ordre du roi. Quant à Buridan, il devint un des plus célèbres +professeurs de l'Université de Paris, et fut exilé de France +comme disciple d'Ockan. Il se retira en Autriche, où il continua +de professer la philosophie nominaliste. (P. L.) + +_Butor_, p. 122. Espèce de héron, oiseau aquatique. On croyait +au moyen âge qu'il restait enfoui dans la vase, au fond de +l'eau, durant l'hiver. (P. L.) + +----------C---------- + +_Caquetoeres_, caqueteuses, bavardes. 80. + +_Cadès_, juge, cadi. 26. + +_Caige-vert_, 67. Pr. suppose que c'était un nom donné aux +filles publiques M. P. L. rappelle, à l'appui de cette opinion, +qu'une célèbre maison de débauche, à Toulouse, était appelée +Châtel-vert. + +CALIXTE (_te tiers_), 35. Calixte III, élu pape le 8 avril 1455, +siégea trois ans et quatre mois. (Pr.) + +CALLAISIENNES, 8l. + +_Canceler_, 93. Barrer, annuler. (Pr). Authentiquer, légaliser. +(P. L.) + +_Canettes_, canes. Ferrer les oies et les canes (p. 92) est +quelque chose comme «mener les poules pisser.» + +_Capitaine du Pont à Billon_, 179. Les crocheteurs, gueux et +mendiants qui se mettaient sur le pont au Change, le nommaient +alors le _pont à Billon_. (Pr.) + +_Cappel_, chapeau. 105. + +CARDON (_Jacques_), 91. + +CARMES, 175. + +CARMES (_l'hostel des_), 67. + +_Carre_, dimension. «Trois detz plombez de bonne carre.» (P. 63, +v. 27.) + +CARTAIGE, Carthage, 120. + +CARTES _à jouer_, 63. + +CASSANDRE, 110. + +CASTELLANES, Castillanes, 80. + +CATON, 109. + +_Caut_, habile, prudent. 172. + +_Caver_, creuser. 102. + +_Caymant_, mendiant. 60. + +_Céans,_ ici dedans. + +_Ceau_, seau. 15. + +CECILLE, Sicile. 74. + +_Ceincture_, virginité. 68. + +CELESTINS, 30, 82, 98. + +_Celle_, cette. 104. + +_Cendal_, 68. Etoffe de soie orientale, ordinairement rouge. (P. +L.) + +_Ceps_, 13. Fers qu'on mettait aux pieds des prisonniers. + +CERBERUS, Cerbère, le chien qui garde la porte des enfers. 46. + +_Cervoise_, 48. + +CÉSAR (_Jules_), 120. + +_Chaille (ne leur)_, qu'ils ne s'en inquiètent pas. P. 73. + +_Chambres, privés_. 204. + +CHAMBRE AUX DENIERS, 89. + +CHAMP-TOURCÉ, 151. Chantocé ou Champtocé, village du département +de Maine-et-Loire. + +_Chandeaux_, vers louangeurs (?). 112. + +CHANGON, voy. _moutonnier_. + +_Chapeau de laurier_, couronne. 2. + +CHAPPELAIN (_le_), p. 93, était quelque ami de Villon qui +portait ce surnom. Villon lui lègue sa chapelle à simple tonsure +(p. 93, v. 2). Le bénéfice à simple tonsure, selon Pr., était +destiné à des clercs étudiants, et n'exigeait pas beaucoup +d'instruction. + +_Chappin_, savate (?). 61. + +CHARLEMAGNE, 35. + +CHARLES (_le grand_), Charlemagne. 24. + +CHARLES VII, roi de France, mort en 146l, pendant le séjour de +Villon dans la prison de Meung, p. 35. + +CHARRUAU (_Guillaume_),61. + +CHARTIER (_Alain_), 91. + +CHARTREUX, 31, 82, 98. + +_Chascun Poicdenaire_, 171. Personnification de tous ceux qui +n'ont pas d'argent. + +_Chastoy_, correction, châtiment. 85, 142. + +_Chat_ «qui hayt pescher», qui a horreur de l'eau. P. 76. + +_Chault (il ne m'en)_, je m'en moque. 56, 157. + +_Chef_, tête. 94. + +_Chenu_, vieux, blanchi par l'âge. 40. + +_Cheoir_, tomber. 111. + +_Chère, chière_, mine, visage.--_Chère lye_, 187, mine +joyeuse.--_Chère marrie_, 194, air de mauvaise humeur.-- +_Chère meslée_, 169, visage renfrogné.--_Chère rebourse_, mine +refrognée. + +_Cherme_, charme, 58. + +_Chet_, tombe. 117. + +_Cheu_, tombé. + +CHEVAL BLANC, enseigne(?), 60. + +CHEVALIER DU GUET. 92. + +_Chevance_, avoir, argent, capital. 28, 89. + +_Chevaulcher_, faire l'acte amoureux. 16. + +_Chevaucheur_, celui qui va à cheval. 47. + +_Chevir_, venir à bout, se tirer d'affaire. 184. + +_Chière_, voy. _Chère_. + +_Chiet_, tombe. + +CHOLLET, 64. + +_Chosettes_, petites choses, caresses amoureuses. + +CHYPRE. Le roi de Chypre mentionné p. 36, v. 17, serait, selon +Le Duchat, Pierre de Lusignan, qui vivait dans le XIVe siècle. +Pr. croit qu'il s'agit plutôt de Guy de Lusignan, mort en 1194. + +_Cil_, celui, 95, 111. + +_Clamer_, appeler, crier. 102. + +_Claqdent_, 176. Pays des gueux, à qui le froid fait claquer les +dents. Plus tard on y fit voyager les malades qu'on traitait par +le mercure. Leur itinéraire obligé était par _Surie, Bavière_ et +_Claquedent_. + +CLAQUIN, _le bon Breton_ (p. 36), Bertrand Du Guésclin, mort en +1380. + +_Clercs, clers_, savants, hommes instruits. 71, 120.--écoliers, +étudiants, 15, 86;--garçons de divers métiers. Les _clers +Eolus_, p. 123, sont les vents. Les garçons d'hôtellerie +sont appelés clercs, p. 207. Quand on dit de nos jours un _clerc +de perruquier_, par exemple, on fait une plaisanterie qui n'est +pas nouvelle. + +_Cler_, clair, pur. 56, 106. + +_Clergeon_, écolier, petit clerc d'homme de loi. 11, 71 + +_Cliquepatins_, 98, traîne-savates. (LeDuchat.) + +_Clorre_, clore, fermer. + +CLOTAIRE, 105. + +CLOVIS, 106. + +_Coettes_, lits de plume (p. 64). Ce mot paraît être employé ici +dans un autre sens. + +_Coing_, le coin qui sert à battre monnaie. 8. + +_Cointe_, jolie, gentille. 147. + +COLIN DE CAYEULX, 86. + +COLIN GALERNE, 85. + +_Collatérales (espèces)_, 18. Termes d'école, qui signifient les +facultés dépendantes de la mémoire. (P. L.) + +COLOMBEL, 96. + +_Com_, comme. + +_Combien que_, bien que, quoique. + +COMBRAYE (_le seigneur de_). 199. + +_Commander_, recommander. 163. + +_Commens_, Commentaires. 25. + +_Compaings_, compagnons. + +_Compasser_ (?). 171. + +_Complaindre (se)_, se plaindre, se lamenter. 120, 140. + +_Conclure_, vaincre dans la dispute, mettre à bout d'arguments. +8l, v. 2. + +_Congnoistre (soy)_, se reconnaître 160. + +_Conjoindre_, réunir. 64. + +_Conseiller_, agir avec prudence. P. 7, v. 5. + +CONSTANTINOBLES. L'empereur de Constantinople, _aux poings +dorez_, dont parle Villon (p. 36, v. 22), serait, selon M. Pr., +l'empereur Basile, souverain très-libéral. + +_Conte_, comte. 135. + +_Contemplation_, employé dans un sens équivoque. 66. + +_Contendre_, disputer. 78. + +_Contraict_, déformé, recourbé, _contracté_. 41. + +_Contregarder_, garder. 203. + +_Contrepoint (entendre le)_, être habile. 196. + +_Convenir_, falloir. 38, 185. + +_Convint_, couvent. 37. + +_Convoyer_, convier. 197. + +_Coquart_, coq. 49. + +_Corbillon_, panier. 113. + +CORDELIERS, 175, 179. + +_Cordoen_, cuir. 23, 139. + +_Cordouennier_, ouvrier en cuir, cordonnier. + +CORNU (_Jean_), 59. + +COTARD (_Jehan_), 22, 68. Le procureur en cour d'Église qui +défendit Villon lors de son premier procès, en 1456. + +_Cotteret_, cotret. 207. + +_Coucher_, mettre au jeu. «Qui pour si peu couche tel gage.» P. +86. + +_Couiltart_, coulart, canon à main, long et mince. Employé dans +un sens équivoque. 153. + +_Coullon_, p. 99, rime avec _vermillon, carillon, Villon_, ce +qui donne assez clairement le sens du mot et la façon dont se +prononçait le nom du poëte. + +_Courage_, coeur. P. 107, v. 18. + +COURAULT (Jehan), 77. + +_Courre_, courir. P. 65. + +_Coursé_, fâché, courroucé. 37, 151. + +_Courtault_, 154. Canon portatif. Employé dans un sens +équivoque. + +_Courtissain_, courtisan. 173. + +_Coustelez_, 171. M. P. L. traduit ce mot par armés. + +_Coute_, coude. 135. + +_Coutel_, couteau. + +CRAON, 152. + +_Créance_, croyance, opinion. 114. + +_Crepelle_, coupelle. «Argent de crepelle» (p. 48), argent +épuré. + +CRÈTE, 46. + +_Creu_, grandi, accru. 70. + +_Croire_, faire crédit, prendre à crédit, parfois en donnant un +gage. P. 159, v. 26-27. + +_Croix_, argent. Ce que Villon appelle irrévérencieusement _la +vraie croix_ (p. 115-116), c'était la marque empreinte sur la +plupart des monnaies du temps, et qui a été depuis remplacée par +l'effigie du prince. _Pile_ désignait le revers. On joue encore +à _pile ou face._ «Sans croix ne pile», sans argent. + +_Croppetons (à)_, accroupi. 41. + +CROSSE (la), 15. M. Prompsault croit qu'il s'agit d'une potence. + +_Crostes_, croûtes. 98. + +_Cry_, 168, cri d'armes. + +CUEUR (_Jacques_), 32. + +_Cuider_, croire. + +CULDOU (_Michault_), 72. + +_Curatez_, curés. 180. + +_Cure_, soin, souci. + +CURES, 152. + +_Cuveaulx_, cuviers, baquets. 77. + +_Cuyder_, croire. + +_Cuyderaulx d'amours_, 98, jeunes vaniteux, selon Pr.; M. P. L. +rapproche de cette locution celle de «cuydeurs de vendanges», +employée par Rabelais (_Gargantua_, ch. 25). + +_Cy_, ici. + +_Cy pris, cy mis_, donnant, donnant. 191. + +_Cymballer_, jouer des cymbales. 87. + +----------D---------- + +_Damoiselin_, de damoiseau. + +_Danger_ 119. «A danger emprunter argent», c'était, si je ne me +trompe, emprunter à dix pour cent. + +_Dangier_, danger, péril. 8. + +DAUPHIN (le), 24. Joachim de France, fils de Louis XI et de +Charlotte de Savoie, sa seconde femme, mourut en bas âge. + +DAULPHIN _de Vienne et de Grenobles_ (p. 37). Le Dauphin de +Viennois résidait à Grenoble. (Pr.) + +DAVID (p. 46, v. 11). Jolie allusion à son amour pour Bethsabée. + +_Dea!_ exclamation: Dame! + +_Débouté_, rebuté. 110. + +_Debteur_, débiteur. 96. Villon, comme on le fait encore +souvent, emploie ce mot dans le sens de _créancier_. + +_Debuer_, laver, lessiver. 102. + +_Déchasse_, banni, chassé, 10. + +DÉCRET _Omnis utriusque sexus_, 10. Ce décret a été porté par le +quatrième concile de Latran, tenu en 1215. Il ordonne à tous les +chrétiens de l'un et de l'autre sexe de confesser leurs péchés +à leur propre pasteur, au moins une fois l'an. En 1489, les +religieux mendiants obtinrent de Nicolas V une bulle datée de +Pisé, 2 octobre, qui leur donnait le pouvoir de confesser, au +préjudice des droits des curés, établis par le canon que nous +venons de citer. L'Université se leva contre, tint plusieurs +assemblées, dans l'une desquelles les Mendiants furent exclus +de son sein. Les évêques de France se joignirent à elle. Des +députés furent envoyés à Rome, et en rapportèrent une bulle de +Calixte III qui révoquait celle de Nicolas V. Cette affaire +était à peine terminée, ou même ne l'était pas encore, quand +Villon composait son Petit Testament. Témoin du zèle chaleureux +des curés de Paris, il leur lègue le canon _Omnis_ pour le +remettre en vigueur. (Pr.) + +DEDALUS, Dédale. Sa «court» (p. 122, v. 7) était son célèbre +labyrinthe, où il fut enfermé lui-même. + +_Dedans_, d'ici à... «Dedans ces Pasques.» (P. 12, V. 4.) + +_Dédié_, consacré. «Et à bonnes moeurs dédié» (p. 29, v. 5). + +_Deffaçon_, ruine, destruction. 8, 58. + +_Deffuyr_, éviter, négliger. 84. + +_Dejeter_, retirer. 54. + +_Delivre_, quitte, libéré. 181. + +_Demener_, mener, faire, gouverner, 32, 83, 109. + +_Demonstrance_, démonstration. 186. + +_Demourant (le)_ le reste. + +_Demourée_, retard, séjour. 191. + +_Demourra_, restera. 32. + +_Demourroit_, resterait. 121. + +_Demy-ceinct_, p. 33 «Ceinture d'argent avec des pendants +auxquels on attachait la bourse, les clefs, etc.» (P. L.) + +_De par_, au nom de. 9. + +_Departir_, départ. P. 100, v. 8. + +_Departir_, partir, se séparer. 9, 142, 196, 204, 205. + +_Departir_, donner en partie, accorder une part. 9, v. 3. + +_Deporter_ (se), cesser, renoncer. 109. + +_Desbriser_, maltraiter, martyriser. 7. + +_Deschaulx_, nu-pieds. P. 92 + +_Desclos_, ouvert. + +_Desconfire_, ruiner, détruire. 103, 106. + +_Descrier_, décrier, 42, est dit des monnaies dont on +interdisait la circulation par un cri public. + +_Descrire_, écrire, rapporter. 146. + +_Deshait_, 83, dispute, désappointement. + +_Desmarcher_, reculer. 158. + +_Desnué_, dépouillé. 14, 208. + +_Despartir (se)_, se séparer. 44. + +_Despendre_, dépenser. + +_Despendu_, dépensé. 28. + +_Desperance_, désespoir. 122. + +_Despiter_, défier. 48. + +_Despiteux_, querelleur, hargneux. 31. + +_Despourveu_, dépourvu. 14. + +_Desprins_, dépourvu, 15. + +_Despriser_, déprécier. 116. + +_Desplaisance_, déplaisir. + +_Desroquer_, 175, pour _dérocher_, terme de fauconnerie, qui +signifie forcer la bête. (P. L.) + +_Dessaisiner (se)_, se dessaisir. 72. + +_Dessiré_, déchiré. 148. + +_Destaindre_, éteindre. 167. + +_Destourbier_, trouble, embarras. 16. + +_Destre_, droit. 198. + +_Desveillé_, réveillé, ravivé. 18. + +_Desvier_, dévier. 91. + +_Desvoyé_, 156, égaré, écarté de votre bannière. (P. L.) + +_Detrayner_, maltraiter. 40. + +_Détrenché_, coupé, haché. 143. + +_Detterrer (se)_, perdre ses terres. 185. + +_Detz_, doigts. 26. + +_Detz_, dés. 63. + +_Deul_, chagrin, deuil. 108. + +_Deul (je me)_, je me plains. 8. + +_Devaller_, descendre 185. + +_Devant_, ci-devant. P. 7, v. 9. + +_Dévier_, sortir de sa voie, mourir. 59, 110. + +_Dextre_, droit, droite. + +DIDO, Didon. 86, 110. + +_Die_, dise. 103. + +_Diffame_, déshonneur. 44, 86. + +_Diffinir_, définir, expliquer. 93. + +DIJON, 37. + +_Dilation_, retard, délai. 179. + +DIOMEDÈS, 26 + +_Discordez_, désunis. 106. + +_Ditz_, propos, discours. 43. + +_Diviser_, causer, parler. 169. + +DIX ET HUICT (les), 72, voy. _Bourse_. + +_Doint_, donne. + +_Doller_, travailler de la dojoire. 64. + +_Doncques_, donc. + +_D'ond_, d'où. 114, 156. + +DONNAIT (70). On appelait _Donat_, ou _Donet_, la grammaire +d'Aelius Donatus, intitulée _De octo partibus orationis_, +laquelle était en usage dans toutes les universités de l'Europe, +et surtout dans celles de France. (P. L.) + +DOUAY, 22. + +_Doubtance_, doute. 201. + +_Double_, supposition, crainte. 43, 204. + +_Doubler_, craindre, redouter. 97. + +_Doulche_, douce. 134. + +_Doulouser (se)_, se plaindre, se lamenter. 32, 140. + +_Douver_, faire des douves. 64. + +_Douzain_, petite monnaie. 173. + +DOUZE (sergent des), 62. Douze sergents étaient particulièrement +attachés au prévôt de Paris et lui tenaient lieu de garde. (Pr.) + +_Doye_, doive. 141. + +_Drapel_, linge. 104. + +_Drapelle_, linge, habits. 48. + +_Drapilles_, linge, hardes. 88. + +DU BOYS. 64. + +DU RU (_Guillaume_). 97. + +_Du tout_, entièrement, complètement. 16, 21. + +----------E---------- + +ECHO, nymphe, 34, 110. + +_Edit_, adresse, invention. 192. + +_Effimère_, éphémère. 53. + +_Efforcer_, contraindre. 104. + +_Effroyé_, 156, effarouché, avec un air menaçant. (Pr.) + +EGIPTE, Egypte. 120. + +EGYPTIENNE (l'), Ste Marie l'Egyptienne, 15. + +_El_, elle. 9, 84. + +_Embattre_ (s'), s'abattre. 75. + +_Embesongné_, occupé, affairé. 204. + +_Embler_, voler. 159, 161. Se dérober, 211. + +_Embroché (vin)_, mis en perce. 30. + +_Emmy_, au milieu de. + +_Empescher_, 71, occuper, embarrasser. + +_Emperier_, empereur. 36. + +_Emperière_, impératrice, souveraine. 55. + +_Empire (ciel)_, l'empyrée. 103. + +_Emprès_, auprès de. + +_Emprise_, entreprise. + +_Enchanter_, ensorceler. 117. + +_Encliner (s')_, avoir de l'inclination. 72. + +_Enclos_, enfermé. 106. + +_Encombrement_, tristesse, ennuis. 144. + +ENFANS PERDUZ 85, 86. Jeunes compagnons de Villon. + +ENFANS-TROUVEZ, 85. + +_Enferma_, infirmes. 91. + +_Enfondu_, 16. Creux et décharnez, dit Marot.--Ne pouvant se +soutenir. (Pr.) + +_Engigner_, tromper. 68. + +_Engin_, esprit, intellect. 196.--Invention, tour d'adresse. +171. + +_Engrillonné_, attaché avec des menottes. 26. + +_Enhort_, exhortation. 25. + +_Enhorter_, exhorter. + +_Enmouflé_, chaussé de _moufles_ ou pantoufles, selon Pr. et M. +P. L, Je croirais que cela signifie plutôt _emmitouflé_. + +_Enné_ (p. 82), sorte de juron, parent de _enda, parmanenda_ +(par mon âme). + +_Ennuyt_, aujourd'hui, ce soir. 193, 204. + +_Enquerir_, rechercher. 35. + +_Enserré_, enfermé. 15. + +_Ensuyvre_, suivre, imiter. 2. + +_Entandiz_, pendant ce temps. 112, 121. + +_Entendre_, connaître, savoir: «J'entends que ma mère mourra.» +(P. 32, v. 25.) + +_Entente_, intention, projet. 49. + +_Entour_, autour de. + +_Entrepreneur_, survenant qui se mêle des affaires de quelqu'un, +qui _l'entreprend._ 194. + +_Entr'oeil_, espace entre les deux yeux. 40. + +_Envers_, à l'envers, renversé. 111, v. 5. + +_Envys_, malgré soi. 70. + +EOLUS. 123. Les «clerc Eolus» sont les sujets de ce dieu, les +vents. + +ERACE, père de Villon, 31. + +_Erre_, voie, chemin. 57, v. 17.--_Grand erre_, promptement, +tout de suite. 53.--_A son erre_, en train, en voie. 95. + +_Ès_, aux, dans les. + +ESBAILURT, Abailard. 34. + +_Esbatans_, joyeux, aimant à s'amuser, à s'ébattre. 72. + +_Esbatement_, amusement. 119. + +_Esbaudiz_, privés de joie. 164. + +_Escaché_, écrasé. 67. + +_Escarbouillé_, écrasé. 148. + +_Eschec et mac (être)_, échec et mat. Terme du jeu d'échecs. 205. + +_Eschever_, éviter. 88. + +_Eschoicte_, échéance, héritage, 111. + +_Esclat_, 83, bâton, échalas. + +_Esclin_, 169. Escalin, petite monnaie allemande _(schilling)_. + +_Escollier_, étudiant, jeune homme qui suit les cours de +l'Université. + +_Escondire_, refuser. 104. + +ESCOSSOYS, 68. + +_Escourgeon_, sorte de fouet. 13. + +_Escoutans_, auditeurs. 183. + +_Escouvillon_, balai de four. 19. + +_Escovette_, balai, du latin _scopa_. Les «chevaucheurs +d'escovettes» (p. 47, v. 4) sont les sorciers, qui vont au +sabbat à cheval sur un balai. + +_Escreuz_, 165. Bien faits, selon Pr. + +_Escriptures_, écrits, ouvrages. 2. + +_Escuz_, écus, monnaies d'or ou d'argent, de valeurs diverses, +p. 56, 70, 145, 147.--Prendre écus pour douzains, p. 173, c'est +ne pas regarder à l'argent.--«Escuz telz que prince les donne,» +p. 17, peut s'entendre des armoiries. + +_Esgrun_, 166, Amer, du bas latin _egrunum_. (P. L.) + +_Esguière_, vase à mettre de l'eau. 198. + +_Esguilletez (pourpoinctz)_, 88, pourpoints garnis +d'aiguillettes. + +_Esguisé_, aiguisé. «Esguisez comme une pelote» (p. 25, v. 4), +obtus. + +_Esjouir, esjoir_, réjouir. + +_Esles_, ailes, 153. + +_Eslocher_, ébranler. 103. + +ESMAUS (les pèlerins d'), 25. Voy. _Evangile selon S. Luc_, chap. +XXIV. + +_Esme_, 23, pour _estime_, estimation, intention. (P. L.) + +_Esmerillon_, 100. L'émérillon est le plus petit des oiseaux de +proie qu'on dressait pour la chasse au vol. (P. L.) + +_Esmérillonné_, gai, vif. 170. + +_Esmolu_, émoulu, aiguisé. 147. + +_Esmorcher_, nettoyer, purifier. 76. + +_Esmoyer (s')_, s'inquiéter. + +ESPAGNE. Il serait difficile de dire quel est ce valeureux roi +d'Espagne (p. 35. v. 18), dont le poëte ne savait pas le nom. +(Pr.) M. P. L. suppose que c'est Jean II, roi de Castille et de +Léon, qui régna jusqu'en 1454. + +_Espani_, épanoui. 58. + +_Espasmie_, pamée. 147. + +_Espartir_, épandre, répartir, 18. + +_Especiaulx_, 169. D'un mérite tout particulier. (P. L.) + +_Esperviers (gens à porter)_, 62. Gentilshommes ayant le droit +de chasser au vol. M. P. L. remarque que l'épervier est aussi un +filet de braconnier. + +_Espie_, espion, guetteur. «Aux champs debout comme ung espie» +(p. 105), veut dire pendu. + +_Espoindre_, piquer, exciter. 100. + +_Espoir (j')_, j'espère, 110. + +_Espois_, épais. 112. + +_Essoine, essoyne_, embarras, tourment, 15, 34. + +_Estaux_, étaux. 16. + +_Estable_, stable. 24. + +_Establis_, étaux des marchands. 13. + +_Estaing_, étain. 9. + +_Estamine_, étoffe claire. + +_Estan_, étang. 34. + +_Estature_, stature, portrait. 94. + +_Estoeuf_, éteuf. 49. + +_Estomac d'alouette_ (?). 168. + +ESTRADER, battre l'estrade, escarmoucher. 154. + +_Estradeur_, batteur d'estrade, coureur de fortune. 174. + +_Estrange_, étranger. 70, v. 15; 103, 184. + +_Estranger_, éloigner. 43, v. 15. + +_Estre_, demeure, hôtel. 191. + +_Estre_, état, existence, manière d'être. 42, 157.--_En estre_, +p. 73, en état. + +_Estrenes_, étrennes (p. 37, v. 23). Villon, qui se dit mercerot +de Rennes, se compare à un marchand qui désire étrenner avant de +fermer boutique. (P. L.) + +_Estrif, estry_, débat, querelle, dispute, 15, 178. + +_Exaucer_, élever, monter. 183. + +_Estimative_, qui juge, qui apprécie. 18 + +_Extrace_, extraction, lignée. 31. + +----------F---------- + +_Fable_, mensonge. 76. + +_Faictisses_, jolies, bien faites. 40. + +_Faille_, faute. 153. + +_Faillent_, manquent. 8. + +_Faillir_, manquer. + +_Failly_, découragé, abattu. 28. + +_Fainctes_, 87. Momeries ou mascarades, H. L. + +_Faintis_, trompeur, 87. + +_Faitard_, paresseux, 22, 69. + +_Fantasie_, imagination. 18. + +_Farcer_, faire ou jouer des farces. 87. + +_Fardelet_, 114, petit fardeau. Saturne préparait le fardeau que +chaque mortel devait porter pendant sa vie. + +_Fastée (la)_. Je ne sais pas ce que signifie ce vers: «faire +ung soir pour soy la fastée» (p. 91). D'autres éditions portent +_la saffée_, ce que je ne comprends pas davantage. + +_Faulse_, méchante. 57. + +_Fault, faut_, manque. + +_Faussart_, fauchard, sorte de hallebarde. + +_Fausserie_, fausseté, fausse accusation. 105. + +_Feautre_, feutre, 48, 63. + +_Fenestres_. Les fenêtres servaient de montre aux marchands pour +étaler leurs marchandises. «Et pain ne voient qu'aux fenêtres» +(p. 30, v. 12) est dit des pauvres _gallans_ qui n'avaient pas +de quoi manger.--_Clorre fenestre_, 42. Fermer boutique. + +_Ferir_, frapper. + +_Fictions_, feintes, tours de finesse. 184. + +_Fière_, frappe. 39. + +_Fiert_, frappe. + +_Filetz_, bouts de fil, 29. + +_Finablement_, finalement, enfin. 2 + +_Finer_, finir, achever. 18, 143.--Obtenir. «De feu je n'eusse +pu finer» (p. 18, v. 28). + +_Fix, fics_, terme de médecine. 77. + +_Flambans_, enflammés. 76. + +_Flambe_, flamme, 155. + +_Flans_, sorte de patisserie. 71. + +FLORA, 34. Il y a eu plusieurs courtisanes romaines de ce nom. +La plus célèbre est la plus ancienne, à qui l'on attribue +Pinstitution des florales. Une autre Flora fut maîtresse du +grand Pompée. (P. L.) + +_Flou_, mince, fluet. 64. + +_Flours_, fleurs. 145. + +_Foleur_, folie. 58, 113, 114. + +_Foncer_, donner de l'argent, des fonds. 174. + +_Font_, fontaine, source. 105. + +_Forclorre_, délivrer, mettre hors. «Pour forclorre +d'adversité», p. 15. + +_Formative (faculté)_, faculté d'inventer. 12. + +_Fors_, excepté, hormis. + +_Fort (au)_, au fond, après tout. 161, 170. + +_Fouir_, fuir. 8. + +FOURNIER, 6l, le procureur de Villon, qui lui avait «sauvé +maintes causes justes». + +_Fourrer le poignet_ à la bourse, tirer de l'argent. 136. + +_Fouterre_, voy. MICHAULT. + +_Fouyr_, fuir. 141.--Creuser. 120. + +FRANC-GONTIER, 78. M. Paul Lacroix a publié récemment, à la +suite des _Testaments_ de Villon, le _Banquet du Bois_, qu'il +regarde comme la pièce contre laquelle sont dirigés les +_Contredictz de Franc-Gontier_, et qu'il croit une oeuvre de la +jeunesse de Villon. + +FRANCE, 36, 121. Le très noble roi de France, «sur tous autres +roys decorez», dont parle Villon (p. 36, v. 23), était, selon M. +Pr., saint Louis. + +_Franchise_, puissance, domination (p. 39, v. 9). + +_Franchy_, affranchi, délivré. 23. + +FRANÇOIS, promoteur de la vaquerie. 68. + +FREMIN, 51. + +_Frez_, frais. 85. + +_Friquet_, élégant, fringant. 169. + +_Fromentée_, sorte de gâteau dont Baillevent donne la recette. +90 + +_Fruiction_, bénéfice, profit. 166. + +_Fruire_, profiter, tirer avantage. 166. + +_Fume, fumée_. 75. + +_Fumer (se)_, se mettre en colère, s'emporter. + +_Fuste_, bateau, petit navire, de _fustis_, bois. 26. + +----------G---------- + +_Gallans_, jeunes gens, joyeux compagnons. + +_Gallans sans souci_, p.212. Ce sont peut-être les Enfants sans +souci, écoliers et basochiens, qui s'étaient mis en société à la +fin du XVe siècle pour jouer des farces et des soties. Clément +Marot fit partie de cette bande joyeuse. (P. L.) + +_Galles_, plaisir, jouissances, gaies parties. + +_Galler_, se réjouir, mener joyeuse vie, se gaudir. 27. + +GARNIER, 104. + +_Gastaneaux_, 112. Prompsault a lu _Gastaveaux_, qu'il traduit +par grelots. J'ai suivi la leçon de La Monnoye. + +_Gaudisseur_, plaisant, farceur. 194. + +_Gect_, 118. Jetons servant à compter. + +_Gehaine_, instrument de torture. 144. + +_Gendarme, genderme_, soldat, homme d'armes. + +GENEVOIS, 73. + +_Genoillon (à)_, à genoux. 54. + +_Geu_, couché. 89. + +_Gippon_, jupon, robe. 117. + +GIRARD _(Perrot)_. 65. + +_Gisans_, ceux qui sont couchez. 16. + +_Glic_, jeu de cartes qu'on appelait aussi _la chance_. P. 87. + +GLOCUS, 123. La forêt où règne Glaucus, c'est la mer. (P. L.) + +_Gluyons de feurre_, bottes de paille. 14, 50. + +_Godet de grève_, 6l. Grand pot de grès à mettre du vin. (P. L.) +Je crois qu'il s'agit plutôt de quelque abreuvoir situé place de +Grève. + +_Gogo_, 84. «Il semblerait que _gogo_ ait été synonyme de +_rufien_ dans les mauvais lieux. On a dit de là _vivre à +gogo_, du latin _gaudium_, dont on avait fait _gogue_. Le mot +_goguette_ est resté.» (P. L.) + +_Gonne_, vêtement de moine, tunique, froc. 118. + +_Gorgerin_, 68. C'était une pièce de l'armure destinée à +protéger la gorge de l'homme d'armes. Nous croyons que Villon +appelle _gorgerin d'Escossoys_ la corde d'une potence. (P. L.) + +_Gorgias_, élégant, richement vêtu. 168, 169, 172. + +_Gorriers, gorrières_, 179, hommes et femmes élégants, vêtus +richement et à la mode. + +_Gourt (être à son)_, p. 201, être à son affaire, être content. + +GOUVIEULX, voy. RONSEVILLE. + +_Goyères_, sorte de gâteaux. 81. + +_Grâce (par qui)_, par la grâce de qui. 9. + +_Grafignier_, déchirer avec les ongles. (Pr.) + +_Gramment_, beaucoup, grandement. 156, 199. + +GRAND-TURC, 122. + +_Grat_, action de gratter la terre pour trouver quelque chose, +comme les poules. «Au grat, la terre est dégelée!» P. 177. + +_Greigneur_, plus grand, _grandior_, 58. + +GRENOBLE, 37. + +_Grève_, jambe. 61. + +_Grever_, charger, blesser. 94, 134, 155, 161. + +_Grez_, 60, pierre à aiguiser. (Pr.) + +_Grez_, gré. «Prendre en gré», avoir agréable, savoir se +contenter (p. 88). + +GRIGNY, 73. + +_Grille_, prison. 84. + +_Gris blanc, gris perdu_, p. 168, sortes de fourrures. + +_Grivelé_, marqueté, moucheté comme les grives. 41. + +_Groiselles_, groseilles. «Mascher des groiselles (p. 46, v. +26), c'est ce qu'on appelle maintenant avaler la pilule.» + +_Grongnée_ sur l'oeil, emplâtre ou meurtrissure. 16. + +GROS VALLET, 155. C'était un des servants de l'homme d'armes. +Il faisait partie de ce qu'on appelait une _lance fournie_, +c'est-à-dire les trois ou quatre combattants qui devaient +accompagner un homme d'armes et marcher à ses côtés dans la +bataille. (P. L.) + +_Guerdonner_, récompenser. + +_Guermenter (se)_, 32. Se lamenter, se plaindre. Voy. Cotgrave. + +_Guerrier_, guerroyer. 119. + +GUESDRY GUILLAUME (p. 72). Le même que Guillaume Gueuldry, p. +15. M. P. L. pense que «la maison Guesdry Guillaume» était le +pilori ou la maison du bourreau. + +_Guet_ (chevalier du), 92. On donnait le titre de chevalier au +capitaine du guet, parce qu'il était resté peut-être seul en +possession de l'ordre de l'Etoile, créé par le roi Jean. (Pr.) + +GUILLEMETTE _la tapissière_. 42. + +GUILLEMIN, 153. + +GUILLOT GUEULDRY, p. 15. V. GUESDRY. + +_Guin d'oeil_, regard, clin d'oeil. 168. + +_Guisarme, guysarme_, 67, 147. espèce de hache à deux +tranchants. (P. L.) + +_Guise_, mode, façon, manière. 139, 168. + +----------H---------- + +_Habité_, 170, ayant maison, habitation. + +_Habitué (bien)_, ayant de belles manières. 196. + +_Hahay_! exclamation. 139. + +_Haict (de bon)_, de bon coeur, avec plaisir, avec empressement. +p. 83. + +_Hamée_ (?), 121. + +HANNIBAL, Annibal. 120. + +_Hardis_, p. 172, v. 24, liards. Petite monnaie qui avait cours +sous Philippe le Hardi. + +HAREMBOURGES (p. 34, v. 20), Eremburges, fille et unique +héritière d'Elie de la Flèche, comte du Maine, mort en 1110. +(Pr.) + +_Harier_, tracasser. 102. + +_Hasles_, hâle. 88. + +_Havée,_ poignée, poignée de main. 61, 169. + +_Haiet_, 60, croc. (Pr.) + +_Hayneurs_, qui détestent. 90. + +_Hayter_, profiter, réussir. «Riens ne hayt que persévérance.» +(P. 25, v. 14.) + +_Heaulmière,_ marchande de heaumes. 39. + +_Hébergement,_ accueil. + +HECTOR, 74. + +HÉLÈNE, HELEINE, 53, 112. + +HELOïS, Héloïse, nièce de Fulbert, amante d'Abailard + +HENRY (maistre), 85--«Henri Cousin était alors bourreau et +tourmenteur-juré de la prévôté de Paris.» (P. L.) + +HERODE (p. 46) fit décapiter saint Jean Baptiste, sur la demande +de la danseuse Hérodiade. + +_Herroit_, haïrait. 59. + +HESSELIN (_Denys_). 60. + +_Hez_, hais. 138. + +_Histoire_, ornement. «Sans autre histoire», 94. Au quinzième +siècle et au commencement du seizième, on appelait _histoires_ +les gravures dont les livres étaient ornés. + +_Ho_! assez! halte là! P. 71, v. 9. + +_Hober_, remuer, bouger. + +_Hohecte (y),_ 63. Si ce n'est une sorte d'exclamation, c'est +incompréhensible. + +_Hoirs_, héritiers. + +HOLOFERNES, 121. + +_Hom_, homme, on. 18, 120. + +_Hostel_, maison. 82. + +HOTEL-DIEU de Paris, 85. + +_Houseaulx, houses_. Sorte de chaussure. 14, 73, 76, 158. + +_Housseurs_, 119. Voy. _Notes_, p. 223. + +_Houx_, houssine, baguette. Les muguets portaient des houssines +ou cravaches à la main, pour montrer qu'ils avaient des chevaux +à l'écurie. (P. L.) + +_Hucher_, crier, appeler à haute voix. 70. + +_Hucque_, 12, camail à capuchon, que les hommes de toute +condition portaient au XVe siècle (P. L.) + +HUE CAPET, Hugues Capet. 104. + +_Humblesse_, humilité. 205. + +_Hutin_, bruit, bataille. 98, 162. + +_Hutinet_, bruit, brouillerie. 64. + +_Huy_, aujourd'huy. 38. + +_Huys_, porte. + +----------I---------- + +_Icelle_, cette. + +_Idolatryer_, tomber dans l'idolâtrie. 45. + +_Ilce_, cela. P. 62, v. 16. + +_Istroit_, sortirait, 145. + +_Ils, ilz_, elles. «S'ils n'ayment fors que pour l'argent.» (P. +43, v. 19). + +_Impartir_, accorder, donner. 9, 55. + +_Impêtrer_, obtenir. 42. + +_Impourveu_, pauvre, qui n'est pas pourvu de biens. 14. + +_Informé_, instruit. «Informez en meurs» (p. 71), bien élevés. + +INNOCENS (les), cimetière de Paris, 89. + +_Inventaire_, compte fait. + +ISABEAU, 82. + +ISLE (L'). Lille en Flandre, p. 45. + +----------J---------- + +_Jà, déjà, certainement. + +_Jacobins_, glaires, flegmes. 49. + +_Jacobines_ (soupes), bonnes soupes grasses. 66. + +JACOPINS, Jacobins. 13, 82, 179. + +_Jacques_ (p. 158). Les Francs Archiers portaient des _jacques_ +ou cottes de mailles sous leur hoqueton ou casaque. (P. L.) Il +y avait des _jacques_ de toutes sortes d'étoffes. Nous disons +encore _jaquette_. + +JACQUELINE, 82. + +_Jalet_, galet, caillou. 114. + +_Jambot_, p. 84. Petite jambe, membre viril. + +JAMES, (_Jacques_), 92,97. + +_Jargon jobelin_, argot, 179. + +_Jargonner_, p. 118. «Je congnois quand pipeur jargonne», veut +dire: je connais l'artifice du chasseur à la pipée. + +_Jasoit_, quoique, 138. + +JASON, _Jazon_, 121. + +JEHAN de CALAYS, 93. + +JEHAN LAURENS, p. 180. Personnification du peuple, qui apportait +de l'argent aux _pardons_, ou peut-être un nom donné aux +_pardonneurs_. + +JEHANNE, 173. + +JEHANNE DE BRETAIGNE, 84. + +JEHANNE, la bonne Lorraine (p. 34, v. 21), Jeanne d'Arc. + +JEHANNETON, 49. + +JEHANNETON _la Chaperonnière_, 42. + +_Jengleresse_, menteuse, 55. + +_Jeu d'asne_ (p. 82), jeu d'amours. M. P. L. suppose qu'on +devrait lire le jeu de dame. C'est la même chose. + +_Jeux_, pièces dramatiques, 87. + +JOB, 29, 122. + +_Jobelin_, argot. 169, 179. + +_Joinctes_, jointures, articulations 33. + +JONAS, 122. + +_Joncherie_, plaisanterie, raillerie, friponnerie. 104, 189, +190. + +JOUVENEL (Michel) (p. 96), huitième fils de Jean Jouvenel des +Ursins, fut bailli de Troyes, et mourut en 1470. + +JUDAS, 122. + +JUDIC, _Judith_. 110, 121. + +JUIFS, 103. + +JUNO, Junon. 122. + +_Jus_, bas, à bas. 76, 136, 159. + +JUSQU'IL, jusqu'à ce qu'il. + +----------K---------- + +KATHERINE _la Bouchière_, 42. + +KATHERINE DE VAUSELLES, 46. + +----------L---------- + +_L'en_, on, l'on. + +_Là sus_, là haut. 103. + +LA BARRE, 50, 57, 63. + +_Labit_, 175, décadence, de _labes_ (P.L.). + +_Labour_, travail, labeur. 88. + +_Laboureux mestier_, état de laboureur. 79. + +LA GARDE (_Jean de_). 17, 73, 96. + +LA HIRE. 155. Étienne Vignoles, dit La Hire, fut un des plus +braves capitaines de Charles VII. Il se distingua dans les +guerres contre les Anglais, et mourut à Montauban en 1442. +(P.L.) + +_Laidanger_, injurier, railler. 43. + +L'AIGLE, 152. + +_Lairra_, laissera. + +_Lairray_, laisseray. + +_Lait_, laid. + +_Laiz_, laïques. 33. + +_Lame_, pierre tumulaire. «Quant est du corps, il gyst soubz +lame» (32, v. 23). + +LAMESOU (_le seigneur de_), 200. + +LANCELOT, _le roi de Behaigne_ (p. 36, v.6). Pr. a cru voir dans +ce personnage Ladislas V, prince d'une rare bravoure, tué à la +bataille de Varnes en 1444, et qui régnait sur la Pologne, +la Bohème et la Hongrie. M. P L. remarque avec raison que +_Lancelot_ ne ressemble guère à _Ladislas_. + +LANTRIQUER, nom breton de la ville de Trequier. 157. + +_Laqs_, filets, pièges. 78. + +_Larmoyer_, pleurer, verser des larmes. 141. + +LA ROCHE, 155. Le seigneur de La Roche était un des bons +capitaines de Charles VII. Il s'attacha à la personne du Dauphin +Louis, et le suivit dans ses révoltes contre son père. On le +voit figurer parmi les familiers du Dauphin dans les _Cent +nouvelles du bon roy Louis XI_, où il est toujours nommé +«monseigneur de La Roche». (P. L.) + +LA ROCHEFOUCAULD, 152. Ce ne peut être que Foucauld, 3e du nom +seigneur de La Rochefoucauld, de Marsillac. etc., conseiller +et chambellan de Charles VII, fait chevalier sur le champ de +bataille, en 1461. (P. L.) + +_Las_, lacs, filets. 47. + +_Lasse!_ hélas. 32. + +_Lassus_, là haut. 91. + +_Latin_, langage, parler quelconque. «Je n'entends point vostre +latin.» 202. + +LAURENS (_Jehan_), 68. + +_Lavaille_, eau qui a servi à laver. 76. + +_Lay_, laïque 44. + +_Lay_, pièce de vers. «Ce lay contenant des vers dix.» P. 59, v. +4. + +_Lays_ est employé, dans la préface de Marot et dans les deux +Testaments, dans le sens de legs. + +_Lé_, large «Tant qu'il a de long et de lé» (23, v. 22). + +_Lealle_, loyale. 134. + +_Léans_, là dedans. + +LE CAMUS SENESCHAL, 92. + +_Lectry_, lutrin, 15. + +_Légèrement_, vivement, promptement. + +LE LOU (_Jehan_), 64. + +_Lembroysé_, lambrissé, 68. + +_Lermes_, larmes. + +_Lerz_, loirs. 72. + +_Leschier_, rechercher les bons morceaux se livrer à sa +gourmandise. 28. + +_Lettres_, savoir, connaissances. «Sans plus grandes lettres +chercher» (p. 71, v. 7). + +_Lez_ auprès, à côté de. + +_Lians_, liens. 106. + +_Librairie_, bibliothèque. 54. + +_Lice_, lisière, laisse. 171, v. 21. + +_Lit de parement_, 89. C'était un grand lit d'honneur, avec +dosseret, dais et courtines, chevet, couvre-pied, marchepied, +chaire d'attente, prie-dieu, etc. (P. L.) + +_Ligne_, 69, lignée, race. + +_Linget_, mince, délié. 64. + +_Lisse_, chienne, p. 171, v. 20 + +LOMBART, 50. Synonyme de juif ou usurier. (P. L.) Plusieurs +banquiers, juifs d'origine, lombards de nation, vinrent +s'établir à Paris dans la rue qui porte leur nom. Comme ils +prêtaient à gros intérêts, le peuple donna le nom de _lombards_ +aux usuriers et prêteurs sur gages. (Pr.)--_Art lombard_, 171, art +d'attraper de l'argent. + +LOMER, 91. + +LORRAINES, 8l. + +_Los_, lot. 134. + +LOTH, 69. + +LOUVIERS (Nicolas de) ou de Louvieulx, 17, 62. Prompsault croit +qu'il s'agit d'un bourgeois de Paris qui concourut à remettre la +ville de Paris entre les mains de Charles VII, et qui fut fait +conseiller à la Chambre des comptes par Louis XI. + +_Loyaument_, loyalement. + +_Loyer_, récompense. 45. + +LOYS, le bon roi de France Louis XI, p. 23. + +_Loz_, louange. 109. + +_Lubres_ (p. 95, v. 3), sombres et tristes, dit Pr. + +LUCRESSE. Lucrèce. 118. + +_Lunettes_, yeux, vue. Samson fut livré par Dalila aux +Philistins, qui lui crevèrent les yeux. C'est ce que Villon +rapporte ainsi p. 45, 2. 21: «Samson en perdit ses lunettes.» + +_Lutter_, faire le métier de baladin. 87. + +_Luz_, luths. 55. + +_Ly_, le, les. 36. + +LYMOUSINS, 185, 199, 202. + +LYSLE EN FLANDRE, Lille. 22. + +_Lysses_, lices, luttes: «à tenir amoureuses lysses» (p. 40, v. +29). + +----------M---------- + +_M'_, mon, ma. «Par m'ame.» 73. + +MACÉE _d'Orléans_. 68. + +_Macher_, manger. 187. + +MACQUAIRE, 76. + +MACROBE, 81. + +MAGDELAINE (_la_), 122. + +_Maignan_, chaudronnier. 119. + +_Maille_, petite pièce de monnaie. 86, 180, 208. + +_Maille_, pas du tout. «Je ne vous crains pas maille», 151. + +_Mailler_, battre à coups de marteau, de maillet. 116. + +_Maillon_, maillot. 54. + +_Main mise_, 52. «Dieu nous garde de la main mise», nous +préserve d'être pris. + +MAIREBEUF. 17, 62. + +_Mais_, plus. «Il n'a mais qu'un peu de billon.» (P. 19, v. 9.) + +_Mais que_, pourvu que. + +_Maistre des testament_, 97. Je ne sais ce que c'était. + +_Maistrie_, domination. 102. + +_Mal, male_, mauvais, mauvaise. + +MALCHUS, 199. Servir Malchus, c'était, selon M. P. L., servir un +homme d'épée à la guerre, porter un épieu, une guisarme ou un +coutelas, appelé _Malchus_, du nom de celui à qui saint Pierre +coupa une oreille. + +_Mal gré_, disgrâce. 58. + +_Malheureté_, infortune, malheur, misère. + +_Mallement_, méchamment, durement. + +MALPENSÉ, 11. Personnage imaginaire, aux idées peu nettes. + +_Maltalent_, méchanceté, colère. 36. + +_Mander_, envoyer. 77. + +_Manna_, manne. 107. + +_Manne_. «Venir de manne» (73), venir du ciel, comme la manne. + +_Marché au filè_ (?), 80. + +_Marché (hault et bas)_, 195, toutes sortes d'affaires, y +compris les affaires d'amour. + +_Marchesens_ (?), 175. + +MARGOT (_la grosse_), 82, 83. + +MARIE (_d'Orléans_), 105. + +MARION LA PEAU TARDE, 91. + +MARION L'YDOLLE, 84, 86. + +MARIONNETTE, titre ou refrain de chanson. P. 91. + +_Mariottes_, femmes mariées (?), 98. + +MARQUET. 92. + +MARTIN GALLANT, 185. + +MASCHECROUE (la). Prompsault croit que c'est le nom d'une +tavernière. M. P. L. pense qu'il s'agit des plaines arrosées par +la Crou, petite rivière qui passe à Gonesse et à Saint-Denis. + +_Maschouère_, mâchoire, 52. + +_Mate chère_, triste mine. 52. + +_Mathelins (l'ordre des)_, 70, l'ordre des fous, des insensés. +Peut-être la confrérie des Sots ou de Mère-Sotte, cette société +joyeuse de poëtes et de comédiens, qui était alors la rivale de +la Confrérie dramatique de la Passion. (P. L.) + +_Mathelineux_, fou. + +MATHIEU, p. 66. M. B. L. suppose qu'il s'agit de Mathieu de +Gand, trouvère du XIIIe siècle, qui a écrit contre les moines. + +_Mathon_, fromage mou. + +(P. L.) + +MATHUSALÉ, Mathusalem, 23. + +_Mau_, mauvais, 65, 84. + +MAUBUAY, p. 63. La fontaine Maubuée (c'est-à-dire malpropre) +était située à l'entrée de la rue de ce nom, qui n'avait alors +que des filles et des mauvais garçons pour habitants (P. L.). +Villon envoie Jean Raguyer boire à la fontaine Maubuée, 1. + +_Mauffez_, le diable. Villon dit assez irrespectueusement que le +prêtre, exorcisant les possédés, prend le diable par le col avec +son étole (p. 36). + +_Mauldite_, injuriée avec blasphème. (P. L.) + +_Maulgré_, malgré. 158. + +_Maulx_, mauvais. 106, v. 12. + +MAUTAINCT, 74. + +MEHUN, 24, 84. + +MEHUN (_Jehan de_), continuateur du _Roman de la Rose_, 66. + +_Meins_, moins. 154. + +_Meist_, mit. 60. + +MENDIANS (_frères_), 66, 98. + +_Menestrier_, musicien. 45. + +_Menroit_, mènerait. 201. + +_Mercerot_, petit mercier. «Moy, pauvre mercerot de Rennes» (p. +37, v. 21), signifie gueux comme un _mercelot_, c'est-à-dire +comme ces merciers ou porte-balles qui couraient le pays, et qui +étaient affiliés aux bandes de gueux et de bohémiens. + +_Merciz_, miséricorde. + +_Mereaulx_, jetons qui servaient à faire les comptes. + +_Mérencolie_, mélancolie, folie. 188. + +_Merir_, mériter. 55, v. 8. + +_Merit_, mérite. 52, v. 1. + +MERLE, 70. + +_Meschance_, misère, malheur. + +_Meschief_, malheur, accident, 141. + +_Meschoir_, arriver du mal. + +_Mescompter (se)_, s'exposer à des mécomptes. 7. + +_Mesdire_, mentir. «Je le dys et ne croys mesdire.» (P. 28, v. +20.) + +_Meseaulx_, lépreux. 76. + +_Meshaigné_, blessé, en mauvais état. 152. + +_Meshaing_, peine. 98. + +_Meshuy_, p. 150. «C'est à meshuy!» C'est maintenant, pour le +coup!--Aujourd'hui. 157. + +_Mesprendre_, mal agir, 27, 42, 133. + +_Masprins_, mal agi, 8. + +_Messaigières_, entremetteuses. P. 80, v. 9. + +_Messe (seiche)_, 93, messe sans consécration. + +_Mestier_, besoin. 6l, 197, 200. + +_Mestier (bas)_, affaires d'amour. + +MEUNG, p. 146. C'est le continuateur du _Roman de la Rose_, +Jehan de Meung. Voy. MEHUN. + +_Meurdri_, meurtri. 16. + +_Meure_, mûre, fruit de la ronce. «Plus noir que meure.» (P. 28, +v. 9.) + +_Meurté_, maturité. 26. + +MICHAULT DU FOUR, 63. + +MICHAULT le bon fouterre, 57. Il y a dans le recueil publié par +Barbazan un fabliau du _Foteor_; mais le héros du conte n'est +pas nommé. + +_Mie_, pas du tout. 62. + +_Miege_, mégissier. 65. + +_Mignon_, favori. 196. + +_Mignotte_, jolie, mignonne. 41, 98. + +_Mineur_, petit. «Haro, haro, le grand et le mineur!» (p 58, v +11.) A l'aide, grands et petits! + +_Mirlificques_, 185. Merveilles, pour _mirifiques_. (P. L.) + +_Misericors_, indulgent, miséricordieux 22. + +_Miste_, joli, aimable. 196. + +_Mitaines_. L'avant-dernier vers de la page 46 fait allusion à +l'usage, qui n'est pas encore complètement perdu, de donner des +gants aux convives d'une noce. + +_Mitaines de fer_, gantelets. 152. + +_Mocque_, moquerie. 175. + +_Mol_ mollet. 61. + +MONFAULCON, 215. + +_Monopolles_, cabales, complots. 205. + +_Monstier_, couvent. + +MONTMARTRE, 8l. + +MONTPIPPEAU, 86. + +MONT-VALÉRIEN, 81. + +_Moralitez_ (p. 87), pièces dramatiques dont les vertus, les +vices, etc., sont les personnages. + +MOREAU, 50. + +_Morillon_ (vin), p. 100. Vin rouge + +_Mors_, mordu. 143, v. 18. + +_Mort_. «Aller de mort à vie», p. 91, est un jeu de mots, +l'inverse d'aller de vie à trépas. + +MORTELLERIE (_Rue de la_), à Paris. 200. + +_Morteux_, mortels. 159. + +MORTIER D'OR. Paraît avoir été l'enseigne de Jehan de la Garde, +l'épicier. (P. 17, v. 1.) + +_Moulier_, femme, 46. + +_Moult_, très, beaucoup. + +_Mouse_, museau. 63. + +_Mousse_, p. 173, v. 21. Vin On dit encore _moût_ dans le sens +de _vin nouveau_. (P. L.) Je crois qu'il s'agit plutôt des frais +faits pour paraître, pour se faire _mousser_. + +_Moustarde (aller à la)_, 91, faire grand bruit d'une chose, +s'en vanter, en parler à tout propos. + +_Moutonnier_, 12. M. P. L. croit que Changon était un _mouton_ +ou faux compagnon que Villon avait rencontré dans les prisons, +pour son malheur. C'est assez vraisemblable. + +_Muer_, changer. 27. + +_Muguelias_, muglias, 204. Sorte de parfum. + +MULLE, 60, probablement une enseigne. + +_Musars_, fainéants, 98. + +_Muser_, s'amuser, perdre son temps. 79 + +_Musser_, cacher. 58. + +_Mye_, point, pas du tout. 202. + +----------N---------- + +_N'_, ni 108. + +NABUGODONOZOR, 122. + +NANCY. P. 171. Ce souvenir du siège et de la bataille de +Nancy, où les Suisses défirent le duc de Bourgogne, Charles +le Téméraire, prouve, ainsi que l'a remarqué M. P. L., que +le _Dialogue de Mallepaye et Baillevent_ a été composé après +l'année 1477. + +_Naquet_, 169, jeune garçon, d'où _laquais_ (P. L.). On appelait +particulièrement _naquets_ les garçons des jeux de paume. + +NARCISSUS, Narcisse, 46, 122. + +_Natté_, garni de nattes, suivant l'usage du temps. «En chambre +bien nattée», 78. + +_Naveau_, navet. 48. + +_Navrer_, blesser. + +_Ne_, ni. + +_Ne que_, pas plus que. + +_Nectelet_, 169. Propret, bien vêtu. + +_Nennil, nenny_, non. + +_Noailleux_, noueux. 155. + +NOÉ, 69. + +NOÉ LE JOLYS, 46, 85. Probablement un ancien compagnon de +Villon, qui le chargea dans son premier procès pour se disculper +lui-même, et ne fut condamné qu'au tiers de la peine infligée à +Villon. Celui-ci lui en gardait encore rancune lorsqu'il écrivit +le grand Testament. (Huitain CXLII.) + +_Noise_, bruit, querelle. + +_Nombrer_, compter. 118. + +NOTRE-DAME-DE-PARIS, 187. + +_Nourri_, élevé, 2. + +_Noyse_, bruyt, querelle. + +_Noysier_, faire du bruit, quereller. 79. + +_Nully_, nul, aucun, personne. 213. + +_Nuyctée_, durée de la nuit. 78. + +_Nuysance_, préjudice. 144. + +----------O---------- + +_O_, avec. 69, 79. + +_Obstant_, malgré, nonobstant. + +OCTOVIEN, 122. Prompsault croit qu'il s'agit de Caius Julius +Caesar Octavianus, qui fut empereur sous le nom d'Auguste. + +_Oës_, oies. 92. + +_Onc, oncques_, jamais. + +_Oppresse_, oppression. 26. + +_Ord_, sale. + +_Orbes_, 115, aveugles, selon M.P.L. + +_Ores_, maintenant. + +_Orfaverie_, orfèvrerie, bijoux, ornements en or. 68, 146. + +ORLÉANS, 66. + +ORPHEUS, Orphée, 45. + +_Orrez_, entendrez. + +_Ost_, armée. + +_Ostade_, étoffe précieuse. 196. + +_Ot_, entend, 51.--Eut, 46. + +_Ou_, au. 29, v. 4; 106, v. 17. + +_Oubliance_, oubli. 18. + +_Oultraige_, courage intempestif, outrecuidance. 152, 154. + +_Oultrement_, beaucoup, plus que de raison, 1. + +_Ouquel_, auquel, dans lequel. + +_Ouvrer_, travailler. 87. + +_Ouvrez vostre huys, Guillemette_; refrain ou commencement de +chanson. 91. + +_Oy_, entends, 113. + +_Oystres_, huîtres. 30. + +_Oyt_, entend. 64, 68. + +----------P---------- + +_Paillart_, gueux. 194. + +_Palais_ (le), à Paris, 185, 206. + +_Pallus, palux_, marais. 55, 122. + +_Panon de Bissac_ (p. 155), pennon ou bannière de toile grise +(P. L.). + +_Paour_, peur. + +_Paouvre_, pauvre. 9. + +_Papaliste_, papauté. 35. + +_Papier_ (p. 51, v. 12), respirer, souffler. + +_Par tel_, de telle façon. Peut-être le vers 22 de la page 181 +devrait être ainsi: «Par tel si, qui veue ne l'aura.» + +_Pardoint_, pardonne. 153. + +_Pardons_, 180. Prières publiques, processions et autres +pratiques pieuses auxquelles étaient attachées des indulgences +particulières. (P. L.) + +_Pardonneurs_, vendeurs d'indulgences, de pardons. 174, 180. + +_Parfaict_, achevé. 188. + +_Parfond_, profond. + +PARIS, 33. + +PARIS, 66, 80, 88, 101, 184, 199 et _passim_. + +_Parit_, engendra, 51, v. 20. + +_Parmi_, avec. 50.--Au milieu de, dans. 153.--A travers. 104. + +_Partement_, départ. + +PAS. Il est question, p. 74, v. 13 et suiv., d'un pas d'armes +tenu par René d'Anjou, qui prenait le titre de roi de Sicile. + +_Passot_ (83). Pr. croit que c'est une lance; M. P. L., une épée +courte. + +PATAC, patard, petite monnaie. 69, 199. + +PATAY, chef-lieu de canton dans le Loiret, 115. Pr. fait la +remarque qu'il n'y a pas de forêt dans cette localité, et qu'il +n'y vient pas de châtaignes. + +PATHELIN, 179, 196. Le héros d'une farce bien connue, qu'on a +attribuée à Villon. + +_Pathelin_, 166, 169, langage mielleux et plein d'artifices. + +_Paulme (en)_, dans la main. «Seur comme qui l'auroit en +paulme», p. 72. + +PAUQUEDENAIRE, p. 196, est présenté comme un homme expert en +tromperies, comme Villon et Pathelin. Il n'est pas autrement +connu. Voy. POICDENAIRE. + +_Peaultre_, 48. Suivant Cotgrave, le _peautre_ est le gouvernail +d'un navire. Dans _l'Ancien théâtre français_, t. II, p. 155, on +trouve _battu comme peaultre_, ce qui équivaut à _battu comme +plâtre_. + +_Peaussa_, couvert d'une peau épaisse et ridée. 41. + +_Pehon_, piéton, fantassin. 154. + +_Pel_, peau. 143. + +_Peiner (se)_, se donner de la peine. 31. + +_Penancier_, Pénitencier, confesseur. 188. + +_Penart_, lance ornée d'un pennon. 147. + +PENESSAC (_monsieur de_), 200. + +_Per_. «Reçoit son per et se joint à la plume», p. 74, v. 20. + +_Per ou non per_, pair ou non, quoi qu'il en soit. 193. + +PERDRYER (_Jehan et Françoys_), 75. + +PERNET (158), _Perrenet_ (157), diminutifs de _Pierre_, nom du +franc archer de Bagnolet. + +_Perpétrer_, obtenir, acquérir. 42. + +PERRETTE, 82. + +_Perrucatz_, 178. Gens à perruque. On appelait perrucats tous +les gens de la Basoche (P. L.) + +_Pery_, perdu, 51, v. 23. + +_Pesle_, poêle, s. m. 48. + +PESTEL (_enseigne du_), ou pilon. 200. + +_Petiote_, petite. 26. + +PETIT-PONT, à Paris. 81, 190. + +_Peu_, repu, nourri. (P. 21, v. 13.) + +PHILIPPOT, 92. + +PHOEBUS, 122. La clarté Phoebus, c'est, on le sait, la lumière +du jour. + +PICARDS, 122. C'étaient des hérétiques qui ne faisaient aucune +prière pour les morts. Voilà pourquoi Villon promet à Thibault +d'Aussigny une _prière de Picard_. + +PICARDES, 81. + +_Pieça_, il y a longtemps. + +_Piétonner_, courir à pied. 152. + +_Piez blancs_, p. 8. Avoir les pieds blancs, c'est, suivant M. +P. L., revenir de loin, comme les voyageurs aux pieds poudreux. + +_Piez de veaux (faire les)_, danser, faire des gambades. 112. + +_Pigne_, peigne, 69. + +_Pigon_, pigeon. «Les pigeons qui sont en l'essoine, enserrez +sous trappe volière» (p. 15, v. 27-28), sont des prisonniers +enfermez dans une prison grillée. + +_Pion_, buveur, ivrogne. 52, 70. + +_Pipeur ou hazardeur de dez_ (87), filou qui joue avec des _dés +pipés_. + +_Piteux_, porté à la pitié. 175. + +_Plain_, uni 142;--entier. «Tant que je suis en mon plain sens» +(p 24, v. 9). + +_Plaindre_, regretter. «Je plaings le temps de ma jeunesse.» (P. +27, v. 25.) + +_Plaisance_, plaisanterie, vie joyeuse, ou plutôt affaires +d'amour. + +_Plaisant_, agréable. 63. + +_Plait_, plaid, plaidoyer. «A peu de plaît», sans grands +discours. + +_Planté_, abondance, 178. + +_Plaque_ (p. 61), monnaie fabriquée sous Charles VII, à +l'imitation des Pays-Bas. + +PLAT D'ESTAIN, cabaret de Paris, 213, 215. + +_Pleige_, caution, répondant. 33. + +_Plet_, voy. _Plait_. + +_Plombée_, 99. Fouets ou masses garnis de plomb. (P. L.) + +_Plours_, pleurs. 144. + +_Plumail. Mettre le plumail au vent_ (49, v. 1), se jeter +résolument dans un parti. + +POICTOU, 62. + +_Poirre_, peter. 64, v. 1. + +_Poise_, pèse, tourmente, 101, 163, 179. + +_Poisle_, poêle, 48. + +PONT A SILLON. Pont au change. 179, 182. + +PONTHOISE, 101. + +PONTHIÈVRE. Penthièvre. 152. + +PONTLIEU (_Jean de_), 66. C'est Jean de Poilli, docteur de +Paris, implacable adversaire des moines mendiants au XIVe +siècle. Il avait écrit plusieurs ouvrages qui furent condamnés +par le pape Jean XXII. Villon nous apprend qu'il dut abjurer ses +hérésies et faire amende honorable. (P. L.) + +POPIN (_l'abreuvoir_). Cet abreuvoir était au bout du Pont-Neuf, +vis-à-vis la rue Thibautaudez. On a démoli de nos jours une +voûte qui conduisait à cet abreuvoir, où les truands et les +mauvais garçons se réunissaient, au moyen âge, avec les ribaudes +et les bohémiennes. (P. L.) + +POMME DE PIN. Cabaret de Paris. 61, 192. + +POMPÉE, 120. + +_Porte-paniers_. Portefaix, porteurs de hottes. 89. + +_Pou_, peu, 82, 146. + +_Poulaille_, volaille. 64, 151. + +_Poulce_, 173. «Jouer du poulce», donner de l'argent. + +_Pour-demain_, après-demain. 161. + +_Pourbondir_ un cheval, le faire caracoler, 154. + +_Pour ce que_, parce que. + +_Pourchasser_, poursuivre, procurer. + +_Pourmener_, promener. «Pourmené de l'uys au pesle» (p. 48), +promené de la porte au poêle, du froid au chaud; lanterné. + +_Pourpenser (se)_, penser, décider à par soi. + +POURRAS (l'abbesse de). Cette abbesse de Pourras était, je +pense, une coquine, qui, sous ce titre, vint avec Villon duper +le pauvre barbier de Bourg-la-Reine, qui y tenait aussi une +hôtellerie (Pr.)--Le peuple appelait abbesse de Poilras, une +maquerelle publique qui avait été rasée au pilori, fouettée et +chassée de la ville. (P.L.) + +_Poursuivans_ (P. 37, v. 10). Poursuivants d'armes. C'était un +des premiers grades de la chevalerie. (P.L.) + +_Pourtraicte_, formée. 106. + +_Pourtraicture_, portrait, visage. 82. + +_Poylette_, petite poêle. 77. + +POYSSONNERIE (la), à Paris. 187. + +POYTOU, 185. voy. POICTOU. + +PRAGMATIQUE SANCTION. 166. + +_Prébendé_, chargé, comme d'une prébende. + +_Premier_, premièrement, d'abord, 53, v. 9. + +_Prescheur_, celui qui prêche, prédicateur. 32. + +_Prescripre_, transcrire (?). 93. + +_Preudhommye_, prud'homie. 142. + +PRIAME, Priam, roi de Troie. 120. + +PRINCE DES SOTZ (p. 63). C'était le chef électif de la confrérie +joyeuse de la Bazoche du Palais et le _maître des jeux_ de cette +association dramatique. On le nommait tous les ans à la fête de +mai, et ses suppôts étaient tenus de lui obéir pendant toute la +durée de ses pouvoirs. (P.L.) + +_Procès_, actes, pièces de procédure. 204. + +_Prochas_, recherche. 165. + +PROSERPINE, 122. + +Prou, assez. 170. + +PROVINS, 50, 88. + +_Provision_ (p. 36, v. 4), recours, remède. + +_Prunier_ «En qu'en son prunier n'a pas creu» (p. 38, v. 23), +qui n'est pas de son invention, de son cru. + +PSALMISTE (_le_) David. 107. + +Psaulme _Deus laudem_, p. 23. C'est le psaume 108: _Deus laudem +meam_, etc. Le verset septième, qui servait de prière à Villon +quand il faisait des voeux pour l'évêque d'Orléans, est ainsi +conçu: _Fiant dies ejus pauci et episcopatum ejus accipiat +alter_. «Que les jours de sa vie soient réduits au plus petit +nombre, et que son évêché passe à un autre. «C'est le sens que +le poëte donne au mot _episcopatum_. (Pr.) + +_Puis_, depuis. + +----------Q---------- + +_Quanque_, ce que, 153. + +_Quant de, quant est de_, à l'égard de, quant à. 23, 32, 102. + +_Quantz_, combien de. 167. + +_Ouars et dix_ (112), taxes et dîmes. (P.L.) + +_Que_, à, de quoi. 30, v. 19; 57, v. 12. + +_Queloingne_, quenouille. «Autre que moy est en queloingne» (p. +9, v. 10), signifie que Villon a été supplanté auprès de sa +maîtresse. + +_Querir, querye_, chercher. + +_Qui_, ce qui. «Qui n'esteit à moy grand saigesse.» (P. 39, v. +18.) + +_Qui ne quoy_, rien, quoi que ce soit. 30. + +_Quiers_, veux, cherche à. P. 46. + +_Quinze-Vingtz_, 88. Les pensionnaires de l'hôpital fondé par +Saint-Louis pour trois cents aveugles. + +_Quoy_, tranquille, en repos. 30. + +----------R---------- + +_R'abiller_, réparer, remettre en état, 1. + +_Racoustré_, raccoutré, réparé. 2. + +RAGUYER (_Jacques_), 61, 97. + +RAGUYER (_Jean_), 61, 97. + +_Raillart_, railleur, bon vivant, 38. + +_Railler_, faire le métier de bouffon, 87. + +_Raillon_ (p. 94), dard. Le raillon était une espèce de flèche +triangulaire. (P.L.) + +_Raimasser_ (?), 167. + +_Raine_, rainette. 77. + +_Rains_, p. 13. M.P.L. rapproche ce mot de _rainceaux_, et le +traduit par _rameaux, fagots_. «Les fagots, dit-il, étaient +empilés de chaque côté des vastes cheminées du XVe siècle. On +s'appuyait donc contre les _rains_ en se chauffant la plante des +pieds.» + +_Ralias, rallias, ralyas_, festin, régal. 82, 205. + +_Ramenteu_, rappelé, remémoré. + +_Ramentevoir_, rappeler. 82. + +_Ranguillon_, ardillon. 100. + +_Rappeau_, nouvel appel. 86. + +_Ravis_, enragés. «A loups ravis grosse pasture», 176, v. 8. + +_Raye (coucher en)_, p. 165. Se mettre en évidence. + +_Réau_, 6l, royal d'or. Cette monnaie valait 30 sols tournois en +1470. (P. L.) + +_Réagal_, 76. Espèce d'arsenic rouge. (P. L.) + +_Rebours_, 106, ce qui rebute. + +_Rebourse_, revêche, 203. + +_Rebouter_, rebuter, 43, v. 15. + +_Rebrassès colletz_, 33, collets fort hauts et bien plissés +(Pr.).--Collets bordés de fourrures. (P. L.) + +_Recipe_, 76, ordonnance de médecin. + +_Recoeuvre, trouve_, obtienne. 43, v. 23 + +_Recorder_, rappeler, 79. + +_Recors (être)_, se rappeler. 88. + +RECOUVRER, rendre. «Et que vie me recouvra.» 24, v. 18. + +_Recreu_, fatigué, lassé. 38, l65. + +_Recueil_, accueil, 137. + +_Recullet (en)_, dans un coin, acculé. 113. + +_Réer_ (95, v. 9), raser, râcler. + +_Refrigère_, rafraîchissement. 52. + +REIMS, 45. + +_Relaiz_, ressource. 9. + +_Relief_, 163. On appelait relief l'ordre du prince qui +autorisait un officier à toucher ses appointements échus pendant +son absence. (P. L.) + +_Remaine_, reste. «Que le refrain ne vous remaine.» (P. 35, v. +3.) + +_Remain_ reste, 10 + +_Remenant (le)_, le reste. 30, 50. + +_Reminer_, considérer. 17. + +_Remordre_, causer du regret, des remords. (P. 25, v. 21.) + +_Renchère_, 192. Pr. suppose que c'est le bâton dont on se sert +pour porter deux sceaux, un à chaque bout. + +RENÉ (d'Anjou), roi de Sicile. 74. + +RENES, Rennes, 37. + +_Repaistre_, manger, se régaler. + +_Repentailles_, regrets, repentir. 39, 86. + +_Reprouche_, chose répréhensible. 103. + +_Repues franches_, repas qui ne coûtent rien. + +_Requérir_, quérir, chercher à nouveau. 192. + +_Requoy (en), à requoy_, en repos, tranquille, 30, 168. + +_Résceans_ (?), 170. + +_Rescondre_. Renfermer, du latin _recondere_. (P. L.) + +_Rescrire_, écrire, rapporter, 27. + +_Résiner_, résigner. «Pour leurs offices résiner» (p. 205), pour +prendre congé et régler leurs comptes. + +_Respit_, répit, repos. 30. + +_Ressourdant_, 166, Ressortant, brillant. (P. L.) + +_Retraict_, retiré. 41, 113. + +_Retraire_, retirer. 47, 54, 80, 137. + +_Revencher_ (se), prendre sa revanche, se prévaloir. 28--_Eux +revencher_, se venger. 67. + +_Revenue_, retour. 192. + +_Rez_, 93. Le rez d'une pomme en est l'épluchure. + +_Rez_, rasé. 95, v. 8. + +_Ribler_, 67, voler pendant la nuit, comme les ribauds, +_ribaldi_. (P.L.) + +_Ribleur_, voleur de nuit. 98. + +RICHER (_Pierre_), 71. + +RICHIER (_Denis_), 63. + +_Rie_, moquerie, raillerie. 42, v. 22. + +_Riotte_, querelle, dispute. 98. + +RIOU (_Jean_), 65. + +_Risse_, rirais. 58. + +ROBERT, 50. + +ROBIN TURGIS, voy. TURGIS. + +ROLLANT, 157. + +ROMAN DE LA ROSE, 25. + +ROMMANTE _du Pet au diable_, 54. Ouvrage imaginaire que Villon +s'attribue. + +ROME, _Romme_. 81, 121. + +RONSEVILLE (_Pierre de_), concierge de Louvieulx. 17. Il y a une +localité de ce nom dans le département de l'Oise. + +ROSE, 56. + +ROSNEL, 74. + +_Rottes_, vents qui s'échappent de l'estomac. 98. + +_Rouge_, fin. Terme d'argot. 185. + +_Roulet_, 114. Du latin _rotulus_, parce que les livres étaient +roulés. (P.L.) + +_Roupieux_, désappointé, avec un pied de nez. 205. + +ROUSSILLON, 99. + +_Route_, bande, troupe. 148. + +_Royaulx_, p. 169, Écus d'or. + +_Royne_, reine. + +_Ru_, ruisseau. Battu «comme à ru telles» (p. 46), comme le +linge qu'on lave. + +_Rubis_. Cl. Marot pense que les beaux rubis légués par Villon +aux soldats du guet (13, v. 23) étaient des rubis de taverne. + +RUEL, 86. + +RUEL (_Jehan de_), 74. + +_Ruer_, jeter. 151.--_Ruer jus_, abattre, 121. + +_Run_, ruine. 166. + +_Rustes_, paysans, gens grossiers. 169. + +_Ruyt_, ardeur amoureuse, rut. 83. + +_Rymer_, 87, faire des vers. + +_Rynceau_, rameau, rainceau. 145. + +----------S---------- + +_Sà jus_, ici bas. 105, 108. + +_Sade_, gentil, gentille, aimable. 83, 196. + +_Sadinet_, la nature de la femme. 40. + +_Saillir_, sortir. 27, 103. + +_Sainctir_, devenir saint. 185. + +SAINT-AMANT, 60. + +SAINT ANDRÉ, 107. + +SAINT ANTOINE (feu), 17, 44. + +S. CRISTOFLE, 74. + +S. DENIS, p. 157. Le cri des Français était _Montjoie S. Denis_; +celui des Bretons était _Bretagne et S. Yves_. (P.L.) + +S. DOMINIQUE. 90. «Les Frères Prêcheurs, ordre institué par +saint Dominique, étaient chargés de l'inquisition en France.» +(Pr.) + +S.-ESTIENNE, paroisse de Paris. 96. + +SAINCT-GENOU, 62. + +S. GEORGES, 68, 151, 158. + +S. GILLE, 207. + +S.-INNOCENT, paroisse de Paris. 181. + +S. JACQUES, 158. + +S.-JACQUES, paroisse de Paris, p. 12. + +S. JEAN-BAPTISTE, p. 46, 107,--_feu saint Jean_, 166. + +SAINT JULIAN DES VOVENTES, 62. + +S. MARTIAL, 24. + +S. MARTIN, 158. + +S. MATHIEU, 218. + +SAINCT OMER, 45. + +S. PIERRE, 162. + +S. PIERRE DE ROME, 189. + +S. PIERRE DES ARSIS, église située dans la Cité. 215. + +S. REMY DE RAINS, 190. + +SAINT SATUR _soubz Sancerre_, 57. + +S. VICTOR, 122. + +S. YVES, voy. S. Denis. + +SAINCTE-AVOYE, 94. Villon veut être enterré dans cette +église parce que c'est la seule de Paris qui ne soit pas au +rez-de-chaussée. Elle était au second étage. + +Ste BARBE, 152. + +_Sainte Souffrette_, patronne imaginaire des gueux. 212. + +_Sallade_, 67, 152, 157, casque sans heaume et sans crête, +espèce de pot de fer. (P.L.) + +SALINS, 37, 70. + +SALMON, Salomon, 45, 114. + +SAMSON, 45. + +_S'amye_, son amie, sa maîtresse. + +SANCERRE, 57. + +SANG. Le sang menstruel servait à faire des philtres et autres +breuvages auxquels on attribuait une vertu magique. Voy. p. 77, +v. 11 et 12. + +_Sans_, cens, c'est-à-dire rente, revenu. P. 72, v. 3. + +_Saqueboute_, sorte d'épieu. 148. + +_Sarazinoys_, d'Orient. «Gingembre sarazinois.» 64. + +SARDANA (p. 46, v. 7). On a fait beaucoup de conjectures au +sujet de ce Sardana, qui conquit le royaume de Crète, et +plus tard vécut de la vie des femmes. Il n'y en a pas une de +satisfaisante. + +SARDANAPALUS, 122. + +SATURNE, 14. + +_Saulsoye_, lieu planté de saules, arbres qui ne portent point +de glands, comme chacun sait. C'est pourquoi Villon lègue «le +gland d'une saulsoye». (P. 12, v. 10). + +_Scarbot_, escarbot. 84. + +_Scotiste_, écossais, d'Ecosse. M.P.L. pense que le roi +d'Ecosse qui avait la moitié de la face vermeille, c'est-à-dire +une _tache de vin_ (p. 35 v. l3), était Jacques II, mort en +1460. + +SCYPION L'AFFRIQUAIN, 120. + +_Se_, si. L'e s'élidait souvent: «S'evesque il est, seignant les +rues» (21 v. 7). + +_Seigner_, bénir en faisant le signe de la croix (p. 21, v. 7). + +_Seigneurier_, dominer. 102. + +_Séjour_ «Prebstre sans séjour» (p. 186) peut s'entendre de deux +façons: sans cure et sans résidence; sans loisir et sans repos. +(P. L.) + +_Senestre_, gauche. + +_Senez_, anciens, vieillards, hommes de sens. 37. + +_Sensif_, 18, sensitif, _sensorium_ siège du sentiment. (P. L.) + +_Sensitif_, le tact, le toucher. 103. + +_Sentemens_, sentiments, intelligence. 25. + +_Sequentement_, en suivant. 160. + +_Sequeure_, secourt, 43.--Secoure. 159. + +_Serain_, soir. 48. + +_Sereine_, Sirène. 34. + +_Serf_. Ce mot sert de prétexte à une équivoque. «Je ne suis son +serf ne sa biche» (21. V 12). + +SERGENTS, 63. Le prévôt de Paris avait deux compagnies de +sergents à pied et à cheval, composées de 110 hommes chacune, et +ayant leurs corps de garde aux barrières de la ville. (P. L.) + +_Serre (tenir)_, 51, v. 1. J'ignore ce que cela veut dire. + +_Servans_, serfs, serviteurs. «Aussi bien meurt filz que +servans» (p. 36, v. 18) signifie: Les maîtres meurent aussi +bien que les serviteurs, les fils de famille aussi bien que les +serfs. + +_Ses_, ces. 8. + +_Seur_, sûr. 71, 142. + +_Si_, ainsi, oui, en effet. + +_Similative (faculté)_, faculté d'imiter. 18. + +SIMON MAGUS, 122. + +_Simplesse_, simplicité, ignorance. 106. + +_Sires_, seigneurs. 37. + +_Sist_, assit, 202. + +_Sollier_, plancher. 94. + +_Some_, auguste[1]. 108 + +_Somme_, sommeil. P. 118, v. 16. + +_Somme_, en somme. 51. + +_Somme_, compter, 118. + +_Sommet_, tête. 84. + +SORBONNE. «Je ouis la cloche de Sorbonne» (p. 17, v. 20). +Ce vers ne prouve pas que Villon était dans les prisons de +l'Université, puisqu'il est certain qu'il était libre lorsqu'il +composa le _Petit Testament_, mais seulement qu'il logeait dans +le voisinage de la Sorbonne. + +_Sortir (soy)_, se fournir, s'approvisionner. 196. + +_Sot_, bouffon, comédien. 63, 98. Voy. _Prince des sots_. + +_Souef_, doux. 33, 75. Doucement. 90. + +_Sonffrette_, disette. 82. + +_Souffreteux_, pauvre diable, misérable. 206. + +_Soulas_, plaisir, joie. 122. + +_Souldre_, régler, résoudre. 102. + +_Souldure_, liaison, union. 8. + +_Soullon_, p. 99. M.P.L. dit que c'était un ballon avec lequel +on jouait à la _soulle_. Le mot doit être prononcé _souillon_, +et n'a pas besoin d'être expliqué. On le retrouve p. 120. + +_Souloir_, avec coutume. + +_Soustenance_, soutien. 144. + +_Soustenir_, porter. 208. + +_Souventesfoys_, souvent. 32. + +_Soyer_, scier. 119. + +_Submectre_, soumettre. 67. + +_Substantement_, nourriture, soutien. 106. + +_Sumer_, semer. 74, v. 16. + +_Sur_, chez, 13, v. 17. + +_Surcot_, manteau. + +_Surquerir_, 12. Enrichir, de _succurrere_, suivant M.P.L. + +_Sus (Mettre)_, mettre en vigueur, soutenir. 10. + +_Sus (mis)_, surgis, venus. 172. + +SUYSSES, 171. + +_Sydère_, astre. 32. + +----------T---------- + +TABARIE _(Guy)_, copiste du _Roman du Pet au Diable_. 54. + +_Tabart_, manteau. + +_Tachon_, instrument servant à chasser les mouches. 11. + +TACOT (_Colas_), 97. + +_Tailleur de faulx coings_, faux monnayeur. 87. + +TAILLEVENT, 76. Le livre de Taillevent, «grand cuisinier du roy +de France», eut plusieurs éditions au quinzième siècle et au +commencement du seizième. + +_Talemouze_, sorte de pâtisserie. 63. + +_Tancer, tencer_, disputer. + +TANTALUS, Tantale. 122. + +TARANNE (_Charlot_), 72. + +_Targe_, 70. La targe était une ancienne monnaie de Bretagne, +ou _brette_, du latin _bretta_. Son nom lui venait de ce que le +revers portait une _targe_, ou bouclier échancré. (P.L.) + +_Tarny_, terni, usé. 172. + +_Tauxer_, taxer, imposer. 166. + +_Tayon_, oncle. 36. + +_Telles_, toiles. 46, v. 24. + +TEMPLE (_la closture du_), à Paris. 61. + +_Tencer_, v. _tancer_. + +_Tenir_, posséder des biens sous la suzeraineté de quelqu'un: +«Soubz luy ne tiens s'il n'est en friche» (21, v. 10). + +_Tenné_, 37, ennuyé, tourmenté. Cette expression s'emploie +encore dans le langage familier. + +_Terrien, terrienne_, terrestre. + +_Tettes_, mamelles. 41. + +THAÏS, 34. Courtisane célèbre, qui vivait à Athènes vers le +milieu du quatrième siècle. (Pr.) + +THAMAR, 46. + +THEOPHILUS, 55. Voy. le _Miracle de Théophile_, par Gautier de +Coinsi. _Rennes_. 1838, in-8. + + +THIBAULT, (_Jacques_), 49. Voy. AUSSIGNY. + +_Tholouzaines_, femmes de Toulouse. 80. + +_Ticquet_, loquet (?), 169. + +_Tieulx_, tels. 16. + +_Tocquer_, toucher. 175. + +_Tollu_, pris, ôté. 39. + +_Tor_, taureau. 122. + +_Tostée_, pain trempé dans du vin. 79. + +_Touaille_, serviette, pièce de toile. 29. + +_Toult_, ôte, enlève. 108. + +_Tour d'escolle_ (70), tour de vaurien. + +_Tourbes_, foule. 107. + +_Toute jour_, toute la journée. 44. + +_Trac_, trace, train. 199. + +_Tracer_, suivre à la piste. 31. + +_Trahistre_, traître, méchant. 98. + +_Traicte_, tirée, extraite. 106. + +_Traictis_, joli. 40. + +_Traire_, tirer. 157. + +_Transglouti_, englouti. 122. + +_Transmué_, changé. 121. + +_Transy_, trépassé. 103. + +_Trasse_, trace, piste. 176. + +_Trasser_, suivre à la piste, poursuivre. 176. + +_Travail_, souffrance, peine, adversité. 25, 115. + +_Travailler (se)_, s'occuper, s'employer. 72. + +_Tresbucher_, tomber, l55. + +_Trespercer_, transpercer. 8, 154. + +_Tressuer_, tressaillir. 192. + +_Trestous_, tous. + +_Trestout_, tout, entièrement. + +_Tretisses_, voy. _traictiss_. + +_Treuver_, trouver. 36. + +TRISTAN, prévost des mareschaulx (p. 92), est le fameux Tristan +l'Ermite, prévôt de l'hôtel du roi et favori de Louis XI. (P.L.) + +TROÏLE (74), fils de Priam et d'Hécube, fut tué par Achille au +siège de Troie. (P.L.) + +_Trompille_, trompe, trompette. 154. + +_Trop plus_, beaucoup plus, trop. 22. + +TROU PERRETTE, 97, probablement un cabaret. Marot dit que +c'était un jeu de paume. + +_Trousse_, carquois. 173. + +TROUSSECAILLE (_Robin_), 65. + +_Trousser au col_, emporter sur les épaules. 11. + +TROYENS, 122. + +TROYS, Troyes. 45. + +TROYS LICTS (p. 13, v. 25), chambre du Châtelet un peu plus +commode que les autres, peut-être. (Pr.) + +_Truandailles_, hommes de la lie du peuple. 39. + +_Trumellières_, porte-manteau, accroché au _trumeau_, partie de +mur entre deux fenêtres, 11. + +_Truys_, trouve. 144. + +_Tumbel_, tombeau. 94. + +TURGIS (_Robert_). 50, 60, 62. + +TURLUPINS, TURLUPINES, 66, 179, hérétiques du treizième et du +quatorzième siècle, qui s'appelaient eux-mêmes la _Confrérie des +pauvres_, et qui n'étaient pas plus orthodoxes en matière de +morale qu'en matière de religion. On a désigné quelquefois sous +ce nom les ordres mendiants des deux sexes. + +TUSCA (_de_), chef de police ou capitaine d'aventures. 67. + +_Tyran_, tyran. 78. + +----------U---------- + +_Unes_, une paire de. «Et unes houses de basane.» P. 73. v. 7.--«Unes +brayes breneuses.» P. 77. + +_Uys_, porte. 48. + +----------V---------- + +_Vacquerie_, vicairie. 68. + +VALENCIENNES, 81. + +VALERE LE GRAND, Valère Maxime. 27. + +_Valeton_, serviteur, amoureux. 49. + +VALLETTE (_Jehan_), 63. + +_Varlet_, garçon de cabaret, de cuisine. 193, 197, 208. + +_Vaulsist_, valait, 26. + +VAUSELLES (_Katherine de_), 46. + +VAUVERT (le diable de). L'opinion commune était que les diables +habitaient Vauvert. C'est pour cette raison que l'on appelait +rue d'Enfer celle qui conduisait en ce lieu. (Pr.) + +_Vecy_, voici. + +_Veez_, voyez. 136. + +_Vela_, voilà. + +_Venerieux_, relatif à l'amour. «A tous les Dieux venerieux.» +(P. 8, v. 7.) + +_Vent (avoir le)_, 173, être favorisé de la fortune. On dit +aujourd'hui: Avoir vent en poupe. + +_Venteur_, 96, homme qui se vante volontiers. + +VENUS, 122 + +_Veoir_, voir. 25.--Vrai. 197. + +_Verdi_, p. 168, v. 24 (?). Peut-être faut-il lire: «Gorgias, +sur le hault vestu.» + +_Vers_, envers. 24. + +VICESTRE, 12, 73. Le château de Bicêtre. Il était en ruines du +temps de Villon. + +_Viellart_, vieillard. 69. + +_Vielle_. «Ma vielle ay mys soubz le banc», p. 48, veut dire: +j'ai renoncé au jeu, j'ai quitté la partie. + +VIENNE en Dauphiné. 37. + +VILLON (Guillaume), 9, 53. Ce Guillaume Villon ou de Villon +n'était pas le père du poëte, puisque celui-ci, qui l'appelle +son «plus que père», parle de lui, dans le _Grand Testament_ +(p. 53) comme d'une personne encore en vie, et lui lègue sa +bibliothèque, tandis qu'il vient de dire (p. 32) que son père +est mort, M. Nagel s'est attaché à prouver qu'il n'était même +pas son parent, d'où la conclusion que le poëte aurait adopté le +nom de Villon pour faire honneur à son maître et protecteur. +Il se fonde particulièrement sur le huitain IX du _Petit +Testament_, où François dit que sa renommée _bruit_ en faveur du +nom de Guillaume, et sur le huitain 23 du _Grand Testament_, où +il se plaint qu'il est abandonné des siens, ce qui ne s'accorde +pas avec les témoignages de reconnaissance qu'il prodigue à +Guillaume Villon. J'avoue que tout cela est assez concluant. On +pourrait objecter néanmoins qu'en se disant abandonné du moindre +des siens, tout en parlant comme il le fait des bontés que +Guillaume avait pour lui, Villon se rappelait cet axiome, que +l'exception confirme la règle. Quant à l'honneur que sa renommée +devait faire au nom de Villon, il importait peu que Guillaume +fût ou non de la famille du poëte: le résultat était le même +pour lui. + +_Villotières_, coureuses, filles de mauvaise vie. Voy. Cotgrave. + +_Vin de buffet_, vin commun et frelaté. 65. + +_Vin (aller au)_, p. 83, c'est aller au cabaret chercher du vin +qu'on emporte dans l'endroit où il doit être bu. C'est ainsi +qu'on s'en procurait généralement au moyen âge. Voy. _Ancien +théâtre français_. t. 1, p. 1955 _Farce de Pernet_ _qui va au +vin_; t. 1, p. 250. _Farce du gentilhomme et de Naudet_. + +Vin d'Aulnys. 60.--de Baigneulx. 193.--de Beaune. 193, +207.--Morillon (rouge). 100. + +_Vis_, visage. 40. + +_Vivre d'avantage_, vivre sans rien débourser, aux dépens +d'autrui. + +_Vo_, votre. 86. + +_Voir_, vrai. 28. + +_Voire_ (95, v. 17), verre. + +_Voire_, vraiment. 23, 145, 164. + +_Volse_, aille. 22. + +VOLLANT, 196. + +_Vouilliés_, veuillez 55. + +_Voulenté_, volonté. + +_Voulsisse_, voulusse. 147. + +_Voulsist_, voulût. 33, 191. + +_Voult_, voulut. 99 + +_Voultyz (sourcilz)_, sourcils arqués, bien plantés. (P. 40.) + +_Voyse_, aille. 64. + +_Vueil_, voeu. 75, v. 9. + +_Vueil_, veux. 22. + +----------Y---------- + +Y, il. «Cy sçay bien comment y m'en va.» 108. + +_Ydoine_, propre, _idoneus_. + +_Ypocras_, vin sucré et épicé. 78, 198 + +_Ysnel_. prompt, alerte. 74. + +YTHIER, 59. + +Yver, hiver. 85. + +YVON, prénom commun en Bretagne. 157. + + + + +TABLE DES MATIÈRES + + Pages + +PRÉFACE.... V + +REMARQUES PHILOLOGIQUES.... XXIII + +CLÉMENT MAROT AUX LECTEURS.... 1 + +MAROT AU ROY FRANÇOIS Ier.... 5 + +LE PETIT TESTAMENT.... 7 + +LE GRAND TESTAMENT.... 21 + +Ballade des Dames du temps jadis.... 34 + +Ballade des Seigneurs du temps jadis.... 35 + +Ballade en vieil françois.... 36 + +Les Regrets de la belle Heaulmière.... 39 + +Ballade de la belle Heaulmière.... 42 + +Double Ballade sur le même propos.... 45 + +Ballade que Villon fait à la requeste de sa mère, pour prier +Nostre Dame.... 55 + +Ballade de Villon à s'amye.... 57 + +Lay ou plustost Rondeau.... 59 + +Ballade et oraison.... 69 + +Ballade que Villon bailla à un gentilhomme .... 74 + +Ballade.... 76 + +Ballade intitulée: _Les Contredictz de Franc-Gontier_.... 78 + +Ballade des femmes de Paris.... 80 + +Ballade de Villon et de la Grosse Margot.... 83 + +Belle leçon de Villon aux enfans perduz.... 86 + +Ballade de bonne doctrine à ceux de mauvaise vie .... 87 + +Lays.... 90 + +Rondeau.... 95 + +Ballade par laquelle Villon crye mercy à chascun.... 98 + +Ballade pour servir de conclusion.... 99 + +POÉSIES DIVERSES: + +Le quatrain que feit Villon quand il fut jugé à mourir.... 101 + +L'Epitaphe en forme de Ballade que feit Villon pour luy et ses +compagnons, s'attendant estre pendu avec eulx.... 101 + +La requeste de Villon à la Cour de Parlement .... 103 + +Ballade de l'appel de Villon.... 104 + +Le Dit de la naissance Marie.... 105 + +Double Ballade.... 107 + +Ballade Villon.... 110 + +Epistre en forme de Ballade, à ses amis.... 111 + +Le Débat du cueur et du corps de Villon.... 113 + +La Requeste que Villon bailla à Monseigneur de Bourbon.... 115 + +Ballade des proverbes.... 116 + +Ballade des menus propos.... 117 + +Ballade des povres housseurs.... 119 + +Problème ou Ballade au nom de la Fortune .... 120 + +Ballade contre les mesdisans de la France.... 121 + +Le Jargon ou Jobelin de Maistre François Villon.... 124 + +POÉSIES ATTRIBUÉES A VILLON: + +I. Rondel.... 133 + +II. Rondel.... 133 + +III. Rondel.... 134 + +IV. Rondel.... 135 + +V. Rondel.... 135 + +VI. Rondel.... 136 + +VII. Rondel.... 136 + +VIII. Rondel.... 136 + +IX. Rondel.... 137 + +X. Rondel.... 138 + +XI. Rondel.... 139 + +XII. Rondel.... 139 + +XIII. Rondel.... 140 + +XIV. Ballade pour ung prisonnier.... 140 + +XV. Rondel.... 141 + +XVI. Ballade.... 142 + +XVII. Ballade morale.... 143 + +XVIII. Ballade.... 144 + +XIX. Ballade.... 145 + +XX. Ballade.... 146 + +XXI. Ballade joyeuse des Taverniers.... 147 + +XXII. Monologue du Franc Archier de Baignollet.... 150 + +XXIII. Dialogue de messieurs de Mallepaye et de Baillevent.... 164 + +XXIV. Les Repeues franches de François Villon et de ses +compagnons.... 178 + +_Ballade de l'Acteur_.... 182 + +_Ballade des Escoutans _.... 183 + +_La Repeue de Villon et de ses compaignons_.... 186 + +La manière d'avoir du poisson.... 187 + +La manière d'avoir des trippes.... 190 + +La manière d'avoir du pain.... 191 + +La manière d'avoir du vin.... 192 + +La manière d'avoir du rost.... 194 + +_Seconde Repeue, de l'Epidémie_ .... 195 + +_La troisiesme Repeue, des Torcheculs_ .... 199 + +_La quatriesme Repeue, du Souffreteux_... 206 + +_La cinquiesme Repeue, du Pelletier_.... 210 + +_Sixiesme Repeue, des Gallants sans soucy_... 212 + +_La septiesme Repeue, faicte auprès de Montfaulcon_.... 215 + +NOTES.... + +GLOSSAIRE-INDEX.... + + + +ADDITIONS ET CORRECTIONS. + +Le nom de M. CAMPAUX est partout écrit par erreur CAMPEAUX. + +Les deux premiers huitains de la Ballade p. 74 donnent en +acrostiche AMBRAISE DE LOREDE, peut-être le nom du gentilhomme +pour qui cette pièce fut composée. + +L'envoi de la _Ballade de la Grosse Margot_ (p. 84) donne en +acrostiche le nom de Villon. + +_Fille en chief_ (p. 91), fille coiffée de ses cheveux. + +Les _Coups orbes_ (p. 115) sont des coups produisant des +contusions, des _bleus_. + +_Coustelez comme chiches_ (p. 171) peut se traduire par: «à +côtes, comme des pois chiches». + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Oeuvres complètes de François Villon +by François Villon + +*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 12246 *** diff --git a/12246-h/12246-h.htm b/12246-h/12246-h.htm new file mode 100644 index 0000000..7c72d89 --- /dev/null +++ b/12246-h/12246-h.htm @@ -0,0 +1,12738 @@ +<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01 Transitional//EN"> +<html> +<head> +<meta http-equiv="content-type" content= +"text/html; charset=UTF-8"> +<title>Oeuvres complètes de François Villon</title> +<meta name="author" content="Pierre Janet"> +<style type="text/css"> +body {margin-left: 10%; margin-right: 10%} +h1,h2,h3,h4,h5,h6 {text-align: center;} +p {text-align: justify} +blockquote {text-align: justify} +hr {width: 50%; text-align: center} +hr.full {width: 100%} +hr.short {width: 20%; text-align: center} +.note {font-size: 0.8em; margin-left: 10%; margin-right: 10%} +.footnote {font-size: 0.8em; margin-left: 10%; margin-right: 10%} +.side {padding-left: 10px; font-weight: bold; font-size: 75%; + float: right; margin-left: 10px; border-left: thin dashed; + width: 25%; text-indent: 0px; font-style: italic; text-align: left} +span.pagenum {font-size: 10pt; right: 91%; left: 1%; position: absolute} +.poem {margin-bottom: 1em; margin-left: 10%; margin-right: 10%; + text-align: left} +.poem .stanza {margin: 1em 0em} +.poem p {padding-left: 3em; margin: 0px; text-indent: -3em} +.poem p.i2 {margin-left: 1em} +.poem p.i4 {margin-left: 2em} +.poem p.i6 {margin-left: 3em} +.poem p.i8 {margin-left: 4em} +.poem p.i10 {margin-left: 5em} +a:link {color: blue; text-decoration: none} +link {color: blue; text-decoration: none} +a:visited {color: blue; text-decoration: none} +a:hover {color: red} +</style> +</head> +<body> +<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 12246 ***</div> +<h1>OEUVRES COMPLÈTES</h1> +<h3>DE</h3> +<h1>FRANÇOIS VILLON</h1> +<br> +<br> +<br> + +<h3>SUIVIES D'UN CHOIX DES POÉSIES DE SES DISCIPLES<br> + ÉDITION PRÉPARÉE PAR LA MONNOYE</h3> +<h3>MISE AU JOUR, AVEC NOTES ET GLOSSAIRE PAR M. PIERRE +JANNET</h3> +<br> +<br> +<br> + <a name="pV"></a><span class="pagenum">P. V</span> +<h3>PRÉFACE</h3> +<p>On ne sait guère de la vie de François Villon +que ce qu'il en dit lui-même, et l'on en sait trop. +J'aurais voulu me dispenser de décrire, après tant +d'autres<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href= +"#footnote1"><sup>1</sup></a>, cette existence peu +édifiante, mais je n'ai pas cru pouvoir le faire. Le sujet +des poésies de Villon, c'est Villon lui-même, et sa +biographie est la clef de ses oeuvres.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote1" name= +"footnote1"></a><b>Note 1:</b> <a href= +"#footnotetag1">(retour)</a> Voir notamment la <i>Vie de +François Villon</i>, par Guillaume Colletet, en tête +des oeuvres de Villon, édition de M.P.L. Jacob, +bibliophile (M. Paul Lacroix), Paris, 1854, in-16;—le +<i>Mémoire</i> de M. Prompsault, en tête de son +édition de Villon, Paris, 1832, +in-8;—<i>François Villon, Versuch einer kritischen +Darstellung seines Lebens nach seinen Gedichten</i>, von Dr. S. +Nagel. <i>Mulheim an der Ruhr</i>, 1856, in-4, le travail le plus +complet et le plus judicieux qu'on eût fait jusqu'alors sur +ce sujet, et la base de ceux qu'on a faits +depuis;—<i>François Villon, sa vie et ses +oeuvres</i>, par Antoine Campeaux, <i>Paris, Durand</i>, 1859, +in-8, et la notice de M. Anatole de Montaiglon, excellente pour +le fond comme pour la forme, dans <i>les Poètes +Français</i>, recueil publié sous la direction de +M. Eugène Crépet, Paris, 1861-62, 4 vol. gr. in-8, +t. I, p. 447-455.</blockquote> +<p>François Villon naquit à Paris en 1431. Sur la +foi d'une pièce que Fauchet, dans son traité<a +name="pVI"></a><span class="pagenum">p. VI</span> <i>de l'Origine +des chevaliers</i>, imprimé en 1599, dit avoir +trouvée dans un manuscrit de sa bibliothèque <a id= +"footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href= +"#footnote2"><sup>2</sup></a>, on a mis en doute le lieu de la +naissance et jusqu'au nom du poète. On s'est livré +à des conjectures ingénieuses pour concilier les +renseignements fournis par lui-même avec les indications de +Fauchet, pour expliquer comment il pouvait s'appeler à la +fois Corbueil et Villon, être à la fois natif +d'Auvers et de Paris. Pour moi, je crois, avec le P. Du Cerceau, +Daunou et beaucoup d'autres, qu'on ne doit tenir aucun compte de +ce huitain, amplification maladroite de l'épitaphe en +quatre vers <a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href= +"#footnote3"><sup>3</sup></a>. Ce n'est pas sur une pareille +autorité qu'on peut substituer le nom de <i>Corbueil</i> +à celui de <i>Villon</i>, que notre poète se donne +lui-même en vingt endroits de ses oeuvres <a id= +"footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href= +"#footnote4"><sup>4</sup></a>.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote2" name= +"footnote2"></a><b>Note 2:</b> <a href= +"#footnotetag2">(retour)</a> Voici cette pièce, que j'ai +cru devoir rejeter des oeuvres de Villon:<br> + +<div class="poem"> +<div class="stanza" style="font-style: italic;"> +<p>Je suis Françoys, dont ce me poise,</p> +<p>Nommé Corbueil en mon surnom,</p> +<p>Natif d'Auvers emprès Pontoise,</p> +<p>Et du commun nommé Villon.</p> +<p>Or, d'une corde d'une toise</p> +<p>Sauroit mon col que mon cul poise,</p> +<p>Se ne fut un joli appel.</p> +<p>Le jeu ne me sembloit point bel.</p> +</div> +</div> +<p>L'auteur de ce huitain n'a pas compris l'intention comique de +ce vers de Villon:</p> +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p><i>Né de Paris emprès Pontoise;</i></p> +</div> +</div> +<p>C'est pourquoi il le fait gravement naître à +Auvers, qui est en effet près de Pontoise. Mais une preuve +certaine de la composition tardive de cette pièce, c'est +qu'on ne trouverait probablement pas dans la seconde +moitié du XVe siècle, et certainement pas dans les +oeuvres de Villon, un huitain dont les rimes soient +distribuées comme dans celui-là. Dans tous les +huitains de Villon, sans exception, le premier vers rime avec le +troisième, le second avec le quatrième, le +cinquième et le septième, et le sixième avec +le huitième. Les faussaires ne pensent jamais à +tout.</p> +</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote3" name= +"footnote3"></a><b>Note 3:</b> <a href= +"#footnotetag3">(retour)</a> Voy. <a href="#p101">p. +101.</a></blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote4" name= +"footnote4"></a><b>Note 4:</b> <a href= +"#footnotetag4">(retour)</a> Voy. le <i>Glossaire-Index</i>, au +mot VILLON.</blockquote> +<p>Les parents de Villon étaient pauvres<a id= +"footnotetag5" name="footnotetag5"></a><a href= +"#footnote5"><sup>5</sup></a>. Sa <a name="pVII"></a><span class= +"pagenum">P. VII</span> mère était +illettrée<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a +href="#footnote6"><sup>6</sup></a>; son père était +vraisemblablement un homme de métier, et peut-être, +ainsi que l'a conjecturé M. Campeaux, un ouvrier en cuir, +un <i>cordouennier</i><a id="footnotetag7" name= +"footnotetag7"></a><a href="#footnote7"><sup>7</sup></a>.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote5" name= +"footnote5"></a><b>Note 5:</b> <a href= +"#footnotetag5">(retour)</a> V. <a href="#p031">p. 31,</a> +huitain XXXV.</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote6" name= +"footnote6"></a><b>Note 6:</b> <a href= +"#footnotetag6">(retour)</a> «Oncques lettre ne +leuz.» <a href="#p055">P. 55,</a> v. 22.</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote7" name= +"footnote7"></a><b>Note 7:</b> <a href= +"#footnotetag7">(retour)</a> Voyez <i>Notes</i></blockquote> +<p>Poussé par le désir de s'élever au-dessus +de la triste condition de ses parents, ou plutôt par ce +besoin de savoir qui tourmente les natures comme la sienne, +Villon étudia. Il connut les misères de +l'état d'écolier pauvre. On n'a pas de +renseignements certains sur le genre d'études auquel il se +livra ni sur les progrès qu'il y fit. M. Nagel suppose +qu'il obtint le grade de maître ès arts, et se fonde +surtout sur le legs qu'il fait plus tard, de sa «nomination +qu'il a de l'Université» (p. 15). Mais ce legs +pourrait bien n'être qu'une plaisanterie, comme tant +d'autres. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'obtint pas le +grade de maître en théologie, but suprême des +études du temps<a id="footnotetag8" name= +"footnotetag8"></a><a href="#footnote8"><sup>8</sup></a>.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote8" name= +"footnote8"></a><b>Note 8:</b> <a href= +"#footnotetag8">(retour)</a> Voy. <i>Grand Testament</i>, +huitains XXXVII (<a href="#p032">p. 32</a>) et LXXII (<a href= +"#p052">p. 52.</a>)</blockquote> +<p>En ce temps-là, comme plus tard, les étudiants +étaient exposés à bien des tentations. +Villon n'y sut pas résister. En contact avec des jeunes +gens sans préjugés d'aucune sorte et +dépourvus d'argent comme lui, il adopta leurs moeurs et +façons de vivre. Bientôt il devint leur chef et leur +providence<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a><a href= +"#footnote9"><sup>9</sup></a>. Les <i>Repues franches</i>, +singulier monument élevé à sa gloire par +quelqu'un de ses disciples, nous font connaître par quelles +combinaisons ingénieuses lui et ses compagnons se +procuraient les moyens de mener joyeuse vie. Leurs friponneries +<a name="pVIII"></a><span class="pagenum">P. VIII</span> +étaient tout à fait dans les moeurs du temps, et ne +dépassaient sans doute pas les proportions de ce qu'on +serait volontiers tenté d'appeler <i>des bons tours</i>; +mais ils étaient sur une pente glissante, et la justice +n'entendait pas raillerie.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote9" name= +"footnote9"></a><b>Note 9:</b> <a href= +"#footnotetag9">(retour)</a> +<div class="poem"> +<div class="stanza" style="font-style: italic;"> +<p>C'estoit la mère nourricière</p> +<p>De ceux qui n'avoient point d'argent;</p> +<p>A tromper devant et derrière</p> +<p>Estoit un homme diligent. (<a href="#p190">P. 190.</a>)</p> +</div> +</div> +</blockquote> +<p>Rien ne prouve cependant que Villon ait eu maille à +partir avec elle à cause de ses entreprises sur le bien +d'autrui. On a parlé de ses deux procès: il en eut +au moins trois, bien constatés par ses oeuvres, et le +premier, qu'on n'avait pas fait ressortir jusqu'à +présent, est le seul dont le sujet soit indiqué +d'une manière certaine. C'est la suite d'une affaire +d'amour.</p> +<p>Avant de tomber dans ces relations honteuses avec des femmes +perdues dont la <i>Ballade de la Grosse Margot</i><a id= +"footnotetag10" name="footnotetag10"></a><a href= +"#footnote10"><sup>10</sup></a> nous donne l'ignoble tableau, +Villon fut amoureux. Il connut l'amour vrai, l'amour naïf et +timide<a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a><a href= +"#footnote11"><sup>11</sup></a>. Quel fut l'objet de cette +passion, c'est ce qu'il n'est pas facile de dire. Il l'appelle de +divers noms, Denise, Roze, Katherine de Vauzelles. Que ce +fût une femme de moeurs faciles, une gentille bourgeoise ou +une noble damoiselle, il paraît certain que c'était +une coquette. Elle l'écouta d'abord, l'encouragea<a id= +"footnotetag12" name="footnotetag12"></a><a href= +"#footnote12"><sup>12</sup></a> et finit par le rebuter. Il s'en +plaignit sans doute à ses compagnons, que les femmes +qu'ils fréquentaient n'avaient pas habitués +à de pareilles rigueurs, et qui se moquèrent de +lui<a id="footnotetag13" name="footnotetag13"></a><a href= +"#footnote13"><sup>13</sup></a>. Villon s'emporta contre sa +belle, lui fit des avanies, lui dit des injures, <a name= +"pIX"></a><span class="pagenum">P. IX</span> composa +peut-être contre elle quelque ballade piquante, quelque +rondeau bien méchant. Or, bien que religieux au fond, il +frondait volontiers les choses sacrées<a id= +"footnotetag14" name="footnotetag14"></a><a href= +"#footnote14"><sup>14</sup></a>. La belle dame se plaignit; la +juridiction ecclésiastique s'en mêla<a id= +"footnotetag15" name="footnotetag15"></a><a href= +"#footnote15"><sup>15</sup></a>, et Villon fut bel et bien +condamné au fouet<a id="footnotetag16" name= +"footnotetag16"></a><a href="#footnote16"><sup>16</sup></a>.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote10" name= +"footnote10"></a><b>Note 10:</b> <a href= +"#footnotetag10">(retour)</a> <a href="#p083">Page +83.</a></blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote11" name= +"footnote11"></a><b>Note 11:</b> <a href= +"#footnotetag11">(retour)</a> Le doux souvenir de cette passion +se montre en maints endroits des oeuvres de Villon, +mêlé à ses regrets et aux reproches qu'il +adresse à sa maîtresse avide et cruelle. Voy. les +huitains III, IV, V et X du <i>Petit Testament</i>, LV à +LIX du <i>Grand Testament</i>, la ballade de la <a href= +"#p057">page 57,</a> le rondeau <a href="#p059">p. 59,</a> +etc.</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote12" name= +"footnote12"></a><b>Note 12:</b> <a href= +"#footnotetag12">(retour)</a> +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p><i>Quoy que je luy voulsisse dire,</i></p> +<p><i>Elle estoit preste d'escouter, etc.</i> (<a href="#p047">P. +47.</a>)</p> +</div> +</div> +</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote13" name= +"footnote13"></a><b>Note 13:</b> <a href= +"#footnotetag13">(retour)</a> +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p><i>... qui partout m'appelle</i></p> +<p><i>L'amant remys et renié</i>. (<a href="#p048">P. +48.</a>)</p> +</div> +</div> +</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote14" name= +"footnote14"></a><b>Note 14:</b> <a href= +"#footnotetag14">(retour)</a> Voir notamment les huitains CVI +à CX du <i>Grand Testament</i>.</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote15" name= +"footnote15"></a><b>Note 15:</b> <a href= +"#footnotetag15">(retour)</a> +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p><i>Quant chicanner me feit Denise,</i></p> +<p><i>Disant que je l'avoye mauldite</i>. <a href="#p069">P. +69.</a></p> +</div> +</div> +</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote16" name= +"footnote16"></a><b>Note 16:</b> <a href= +"#footnotetag16">(retour)</a> La sentence fut +exécutée. La <i>Double ballade</i> de la page 45 ne +laisse aucun doute à cet égard: +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p><i>J'en fus batu, comme à ru telles,</i></p> +<p><i>Tout nud...</i> (<a href="#p046">P. 46,</a> v. 24-25.)</p> +</div> +</div> +</blockquote> +<p>C'est à la suite de cette sentence que Villon, +décidé à quitter Paris, composa les +<i>Lays</i> ou legs auxquels on a donné depuis le titre de +<i>Petit Testament</i>.</p> +<p>Dans le huitain VI, <a href="#p009">page 9,</a> il annonce +qu'il s'en va à Angers. Il est probable qu'il ne fit pas +ce voyage. Ses habitudes, ses relations, sa misère, le +retinrent à Paris ou aux environs. C'était en 1456. +Flétri par le châtiment qu'il avait subi, aigri par +l'infortune, il ne connut plus de bornes. L'année qui +suivit sa condamnation fut assurément l'époque la +plus honteuse de sa vie. En 1457, il était dans les +prisons du Châtelet, et le Parlement, après lui +avoir fait appliquer la question de l'eau<a id="footnotetag17" +name="footnotetag17"></a><a href="#footnote17"><sup>17</sup></a>, +le condamnait à mort. On ignore le motif de cette +condamnation; on a supposé qu'il s'agissait d'un crime +commis à Rueil par lui et plusieurs de ses compagnons, +dont quelques-uns furent pendus<a id="footnotetag18" name= +"footnotetag18"></a><a href="#footnote18"><sup>18</sup></a>. +Cette supposition paraît fondée. Quant au crime +commis, il n'était peut-être <a name="pX"></a><span +class="pagenum">P. X</span> pas d'une extrême +gravité. Les lois étaient sévères, et +les compagnons de Villon devaient avoir, comme lui, des +antécédents fâcheux.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote17" name= +"footnote17"></a><b>Note 17:</b> <a href= +"#footnotetag17">(retour)</a> C'est ce qu'indiquent clairement +ces deux vers de la <a href="#p104">page 104:</a> +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p><i>On ne m'eust, parmi ce drapel,</i></p> +<p><i>Faict boyre à celle escorcherie</i>.</p> +</div> +</div> +</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote18" name= +"footnote18"></a><b>Note 18:</b> <a href= +"#footnotetag18">(retour)</a> Voy. la <i>Belle leçon aux +enfans perduz</i>, <a href="#p086">p. 86,</a> et le +<i>Jargon</i>, <a href="#p125">p. 125.</a></blockquote> +<p>Quoi qu'il en soit, Villon ne partagea pas leur sort. Il est +vrai qu'il ne négligea rien pour se tirer d'affaire: il +appela de la sentence, ce qui lui valut quelque répit; +puis, du moins ceci paraît certain, à l'occasion de +la naissance d'une princesse qu'il appelle Marie, il implora la +protection du père de cette princesse. Cette +démarche lui réussit: le prince intercéda +pour lui, et le Parlement commua sa peine en celle du +bannissement. Villon se montra pénétré de +reconnaissance. Il adressa une requête au Parlement, pour +lui rendre grâces autant que pour lui demander un +délai de trois jours pour quitter Paris, et il composa +pour la princesse qui venait de naître des vers pleins de +sentiment. M. Prompsault a cru que cette princesse était +Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire, +née le 13 février 1457; mais c'était une +erreur. M. Auguste Vitu, qui prépare depuis nombre +d'années une édition de Villon, a reconnu qu'il +s'agissait de Marie d'Orléans, fille du poète +Charles d'Orléans, née le 19 décembre 1457, +et M. Campeaux a clairement démontré que cette +opinion était fondée.</p> +<p>A partir du moment où Villon quitte Paris, en +exécution de l'arrêt du Parlement, nous perdons sa +trace jusqu'en 1461. A cette époque nous le trouvons dans +les prisons de Meung-sur-Loire, où le détient +Thibault d'Aussigny, évêque d'Orléans. Quel +nouveau méfait lui reprochait-on? Ceux qui supposent qu'il +avait fabriqué de la fausse monnaie n'ont pas pris garde +que la punition de ce crime était exclusivement du ressort +des juges séculiers. Dans le <i>Débat du coeur et +du corps de Villon</i>, composé dans sa prison, le +poète attribue sa détention à sa <i>folle +plaisance</i>.</p> +<p>Ce qu'on lui reprochait, c'était peut-être +quelque <a name="pXI"></a><span class="pagenum">P. XI</span> +propos ou quelque écrit peu orthodoxe, quelque +<i>plaisanterie</i> sentant le sacrilège, quelque aventure +galante par trop scandaleuse, toutes choses dont il était +bien capable et dont la répression regardait la justice +ecclésiastique. Il y a lieu de croire que le délit +n'était pas en rapport avec la punition, car Villon, qui +n'a jamais protesté contre sa condamnation au fouet, qui +se contente d'indiquer vaguement que le Parlement l'avait +jugé <i>par fausserie</i>, fit preuve de la plus violente +rancune contre Thibault d'Aussigny. Il paraît même +certain que cette mauvaise affaire ne lui fit pas perdre la +faveur de ses protecteurs, Charles d'Orléans et le duc de +Bourbon.</p> +<p>Quoi qu'il en soit, Villon languit longtemps dans la prison de +Meung, plongé dans un cul de basse-fosse, nourri au pain +et à l'eau. Rien n'indique qu'une sentence quelconque ait +été rendue contre lui mais le traitement qu'on lui +faisait subir devait le conduire lentement à une mort +certaine. Heureusement Louis XI, qui venait de succéder +à Charles VII, alla à Meung dans l'automne de 1461, +et Villon lui dut sa délivrance. Fut-ce, ainsi que le dit +M. Campeaux, par suite «du don de joyeux avènement +qui remettait leur peine à tous les prisonniers d'une +ville où le roi entrait après son sacre?» Je +serais plutôt porté à croire, malgré +l'absence de preuves, que Villon fut personnellement l'objet +d'une mesure de clémence de la part du roi; la +façon dont il en témoigne sa reconnaissance me +paraît justifier cette supposition <a id="footnotetag19" +name="footnotetag19"></a><a href= +"#footnote19"><sup>19</sup></a>.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote19" name= +"footnote19"></a><b>Note 19:</b> <a href= +"#footnotetag19">(retour)</a> On a dit récemment que le +roi qui délivra Villon était Charles VII. Je ne +puis adopter cette opinion. Sans examiner ici la valeur du +document sur lequel elle est basée, je me bornerai +à faire remarquer que Charles VII mourut à +Mehun-sur-Yèvre, près de Bourges, le 22 juillet +1461, précisément au moment où Villon +était dans la prison de Meung-sur-Loire, près +d'Orléans, où il passa <i>tout un +été</i> (<a href="#p021">p. 21,</a> v. 14), +c'est-à-dire tout l'été de la même +année 1461.</blockquote> +<p>En sortant des prisons de Meung, Villon composa, du moins en +partie, le <i>Grand Testament</i>, <a name="pXII"></a><span +class="pagenum">P. XII</span> dans lequel sont intercalées +des pièces qui se rapportent à diverses +époques de sa vie, et dont quelques-unes ont dû +être composées beaucoup plus tard.</p> +<p>Il est probable, en effet, que Villon vécut encore +longtemps; mais on ne sait rien de précis à cet +égard. Les conjectures sur lesquelles on se fonde pour +placer la date de sa mort entre 1480 et 1489 ne sont, en +définitive, que des conjectures. Quant aux voyages qu'on +lui fait faire à Saint-Omer, Lille, Douai, Salins, Angers, +Saint-Genoux, et jusque dans le Roussillon, rien ne prouve qu'ils +ont eu lieu. Villon nomme ces localités dans ses oeuvres, +il est vrai, mais nulle part il ne dit qu'il les a +visitées. Son voyage à Bruxelles, son séjour +en Angleterre, avec la réponse hardie qu'il aurait faite +au roi Edouard V, ne me semblent pas beaucoup plus certains, +malgré mon respect pour celui qui s'en est fait +l'historien <a id="footnotetag20" name="footnotetag20"></a><a +href="#footnote20"><sup>20</sup></a>. Ce qui me semble hors de +doute, c'est sa retraite dans le centre de la France, où +semblait l'attirer quelque chose qui nous est inconnu, +peut-être quelque relation de famille. Dans le <i>Petit +Testament</i>, il annonce qu'il va à Angers<a id= +"footnotetag21" name="footnotetag21"></a><a href= +"#footnote21"><sup>21</sup></a>; il en revenait peut-être +lorsqu'il fut arrêté à Meung. Dans le +<i>Grand Testament</i>, il dit qu'il «parle un peu +poictevin <a id="footnotetag22" name="footnotetag22"></a><a href= +"#footnote22"><sup>22</sup></a>.» La <i>Ballade Villon</i> +(<a href="#p109">p. 109</a>) et la <i>Double ballade</i> (<a +href="#p107">p. 107</a>) prouvent qu'il séjourna quelque +temps à Blois, à la cour de Charles +d'Orléans, <a name="pXIII"></a><span class="pagenum">P. +XIII</span> et le vers de la <a href="#p111">page 111:</a></p> +<p><i>Que fais-je plus? Quoi? Les gaiges ravoir.</i></p> +<p>autorise à penser qu'il avait obtenu auprès du +prince une de ces charges qu'on donnait aux poètes de +cour. Ainsi, par le <i>Dit de la naissance Marie</i>, Villon +n'avait pas seulement échappé au dernier supplice; +il s'était de plus acquis la faveur de Charles +d'Orléans, et il sut la conserver, du moins pendant +quelque temps, et peut-être jusqu'à la mort du duc, +arrivée en 1465.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote20" name= +"footnote20"></a><b>Note 20:</b> <a href= +"#footnotetag20">(retour)</a> Rabelais, livre IV, chap. LXVII. M. +Nagel a relevé deux erreurs dans ce passage de Rabelais. +Villon n'aurait pu se trouver à la cour d'Edouard V, qui +ne monta sur le trône qu'en 1483, et le médecin +Thomas Linacre, né vers 1460, ne fut célèbre +que sous les règnes de Henri VII et de Henri +VIII.</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote21" name= +"footnote21"></a><b>Note 21:</b> <a href= +"#footnotetag21">(retour)</a> Page 9. —Le Franc archer de +Bagnolet dit, <a href="#p157">p. 157,</a> v. 12: «Ma +mère fut née d'Anjou;» mais cela ne +prouverait rien, même quand il serait +démontré que ce monologue est de +Villon.</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote22" name= +"footnote22"></a><b>Note 22:</b> <a href= +"#footnotetag22">(retour)</a> <a href="#p062">Page +62.</a></blockquote> +<p>Il eut un autre protecteur en la personne du duc de Bourbon, +qui lui faisait de «gracieux prêts <a id= +"footnotetag23" name="footnotetag23"></a><a href= +"#footnote23"><sup>23</sup></a>.»</p> +<p>Enfin, Rabelais, livre IV, chapitre XIII, nous apprend que +«maistre François Villon, sus ses vieux jours, se +retira à Saint-Maixent en Poictou, sous la faveur d'un +homme de bien, abbé dudit lieu. Là, pour donner +passe-temps au peuple, entreprit faire jouer la Passion en gestes +et langage poictevin <a id="footnotetag24" name= +"footnotetag24"></a><a href= +"#footnote24"><sup>24</sup></a>.» Ce témoignage +n'est pas irrécusable; mais pourquoi ne pas l'accepter? +Après une vie aussi agitée, on aime à se +représenter le pauvre poète enfin tranquille, +à l'abri du besoin, s'occupant, pour son plaisir, de jeux +dramatiques, auxquels il avait dû probablement, dans +d'autres temps, demander son pain <a id="footnotetag25" name= +"footnotetag25"></a><a href="#footnote25"><sup>25</sup></a>.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote23" name= +"footnote23"></a><b>Note 23:</b> <a href= +"#footnotetag23">(retour)</a> <a href="#p115">P. 115,</a> v. +6.</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote24" name= +"footnote24"></a><b>Note 24:</b> <a href= +"#footnotetag24">(retour)</a> <i>oeuvres de Rabelais</i>, +édition Burgaud des Marets et Ratnery, t. II, p. 92. On +voit ensuite un tour joué au sacristain des cordeliers, +Estienne Tapecoue, qui sent bien son Villon, mais dont le +dénoûment cruel a pu être inventé par +Rabelais, qui n'aimait pas les moines.</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote25" name= +"footnote25"></a><b>Note 25:</b> <a href= +"#footnotetag25">(retour)</a> On croit que Villon donna des +représentations dramatiques à Paris et ailleurs, et +c'est comme directeur de troupe qu'on lui fait parcourir une +partie de la France et des Pays-Bas.</blockquote> +<p>En pénétrant dans les mystères de cette +existence misérable, on est frappé de deux choses: +D'abord, on remarque qu'elle n'exerça pas sur le coeur de +Villon toute l'action corruptrice qu'il y <a name= +"pXIV"></a><span class="pagenum">P. XIV</span> avait lieu de +redouter. Au milieu de son abjection, Villon conserve des +sentiments élevés. Il est plein d'amour et de +respect pour sa mère <a id="footnotetag26" name= +"footnotetag26"></a><a href="#footnote26"><sup>26</sup></a>, de +reconnaissance pour quiconque l'a secouru <a id="footnotetag27" +name="footnotetag27"></a><a href="#footnote27"><sup>27</sup></a>, +de vénération pour ceux qui ont fait de grandes +choses; il aime son pays, chose d'autant plus honorable qu'elle +était rare en ce temps-là <a id="footnotetag28" +name="footnotetag28"></a><a href="#footnote28"><sup>28</sup></a>; +il regrette les erreurs de sa jeunesse, et le temps qu'il a si +mal employé <a id="footnotetag29" name= +"footnotetag29"></a><a href="#footnote29"><sup>29</sup></a>; +voilà qui doit lui faire pardonner bien des choses.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote26" name= +"footnote26"></a><b>Note 26:</b> <a href= +"#footnotetag26">(retour)</a> Voy. <a href="#p032">p. 32,</a> +huit. XXXVIII; <a href="#p054">p. 54,</a> huit. LXXIX; <a href= +"#p055">p. 55,</a> Ballade.</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote27" name= +"footnote27"></a><b>Note 27:</b> <a href= +"#footnotetag27">(retour)</a> Guillaume Villon, <a href= +"#p009">p. 9,</a> <a href="#p053">53</a>; Jean Cotard, p. <a +href="#p022">22,</a> <a href="#p058">58;</a> Louis XI, p. <a +href="#p023">23,</a> <a href="#p024">24;</a> le Parlement, <a +href="#p103">P. 103;</a> Marie d'Orléans, <a href= +"#p105">p. 105,</a> <a href="#p107">107;</a> le duc de Bourbon, +<a href="#p114">p. 114.</a></blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote28" name= +"footnote28"></a><b>Note 28:</b> <a href= +"#footnotetag29">(retour)</a> Ces deux vers de la <a href= +"#p034">page 34:</a> +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p><i>Et Jehanne, la bonne Lorraine,</i></p> +<p><i>Qu'Anglois brulèrent à Rouen</i>,</p> +</div> +</div> +<p>lui font d'autant plus d'honneur qu'à l'époque +où il les écrivit des gens éclairés +regardaient Jeanne d'Arc comme sorcière, et les Anglais +avaient en France de nombreux partisans.</p> +</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote29" name= +"footnote29"></a><b>Note 29:</b> <a href= +"#footnotetag29">(retour)</a> <i>Grand Testament</i>, huitain +XXVI et suiv.</blockquote> +<p>Puis, quelle influence n'eut-elle pas sur le talent du +poète<a id="footnotetag30" name="footnotetag30"></a><a +href="#footnote30"><sup>30</sup></a>! Formé, comme on dit +aujourd'hui, à l'école du malheur, il vit les +choses sous leur vrai jour, et il entra dans une voie tout +à fait nouvelle. Il rompit en visière à +l'Allégorie, qui régnait alors en souveraine, +à toutes les afféteries de la poésie +rhétoricienne cultivée par les beaux esprits du +temps. Il fut le premier poète <i>réaliste</i>. Que +l'on compare avec ses autres oeuvres les quelques pièces +qu'il a composées selon la poétique de ses +contemporains, la <i>Ballade Villon</i> (<a href="#p109">p. +109</a>), la <i>Requeste au Parlement</i> (<a href="#p103">p. +103</a>), et d'autres, et l'on ne sera point tenté de +«regretter, <a name="pXV"></a><span class="pagenum">P. +XV</span> avec Clément Marot, qu'il n'ait pas +été «nourry en la court des rois et princes, +où les jugemens s'amendent et les langaiges se +pollissent,» car il y eût certainement plus perdu que +gagné.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote30" name= +"footnote30"></a><b>Note 30:</b> <a href= +"#footnotetag30">(retour)</a> +<div class="poem"> +<div class="stanza" style="font-style: italic;"> +<p>Travail mes lubres sentemens,</p> +<p>Esguisez comme une pelote,</p> +<p>M'ouvrist plus que tous les Commens</p> +<p>D'Averroys sur Aristote. (<a href="#p025">P. 25.</a>)</p> +</div> +</div> +</blockquote> +<p>M. A. de Montaiglon a parfaitement caractérisé +le rôle de Villon dans la poésie française. +Je ne puis mieux faire que de lui emprunter ces quelques +lignes:</p> +<p>«... Au moment où parut Villon, la +littérature française en était +précisément à cette période de +transformation; de la poésie générale elle +passait à la poésie personnelle; ses contemporains, +subissant à leur insu cette phase littéraire, +s'essayaient à l'individualité avec plus d'effort +que de bonheur; Villon l'atteignit du premier coup. Sa force est +là, et sa valeur s'augmente de l'intérêt que, +sous ce rapport, offraient ses oeuvres. Elle est tellement +saisissante qu'elle a été reconnue de tous, et le +succès qui l'accueillit ne s'arrêta pas. +François Ier lui fit l'honneur d«faire faire une +édition de ses poésies par Clément Marot, +qui le combla de ses louanges. Un peu plus tard, il est vrai, +l'école de Ronsard protesta. Pasquier condamne Villon, et +Du Verdier s'émerveille que Marot ait osé +«louer un si <i>goffe</i> ouvrier et faire cas de ce qui ne +vaut rien.» Cela marque moins un manque de goût que +la force partiale du préjugé; la Pléiade, +qui est en réalité aussi aristocratique que +savante, ne pouvait admirer Villon sans se condamner +elle-même; mais, ce moment passé, le charme +recommence: Regnier est un disciple de Villon; Patru le loue; +Boileau a senti quel était son rang; La Fontaine l'admire; +Voltaire l'imite; les érudits littéraires du XVIIe +et du XVIIIe siècle, Colletet, le P. Du Cerceau, +l'abbé Massieu, l'abbé Goujet, parlent de lui comme +il convient, en même temps que Coustelier et Formey le +réimpriment, que La Monnoye l'annote, et que +Lenglet-Dufresnoy prépare une nouvelle édition. <a +name="pXVI"></a><span class="pagenum">P. XVI</span> De nos jours, +une justice encore plus éclatante lui a été +rendue. L'édition de Prompsault, à laquelle M. +Lacroix est venu ajouter, pourrait être acceptée +comme définitive, au moins quant au texte, si M. Vitu n'en +promettait une, qui, en profitant des précédentes, +donnera sans doute le dernier mot. Tous ceux qui ont parlé +incidemment de Villon, MM. Sainte-Beuve, Saint-Marc Girardin, +Chasles, Nisard, Geruzez, Demogeot, Génin, et d'autres +encore, l'ont bien caractérisé. En même temps +qu'eux, M. Daunou a écrit sur notre poète une +longue étude, insérée dans le <i>Journal des +Savants</i>, et M. Théophile Gautier, dans l'ancienne +<i>Revue française</i>, des pages vives, aussi justes que +pleines de verve, qui ont été recueillies dans ses +<i>Grotesques</i>. Enfin, en 1850 M. Profillet, et en 1856 un +professeur allemand, M. Nagel, ont pris Villon pour sujet d'un +travail spécial; l'année dernière (1859), M. +Campeaux lui a consacré un excellent travail, auquel, pour +être meilleur, il ne manque peut-être qu'une plus +ancienne et plus familière connaissance des alentours. +Tous sont, avec raison, unanimes à reconnaître +l'originalité, la valeur aisée et puissante, la +force et <i>l'humanité</i> de la poésie de Villon. +Pour eux tous, et ce jugement est aujourd'hui sans appel, Villon +n'est pas seulement le poète supérieur du XVe +siècle, mais il est aussi le premier poète, dans le +vrai sens du mot, qu'ait eu la France moderne, et il s'est +écoulé un long temps avant que d'autres fussent +dignes d'être mis à côté de lui. +L'appréciation est maintenant juste et complète; +d'autres viendront qui le loueront avec plus ou moins +d'éclat et de talent, qui le jugeront avec une critique +plus ou moins solide ou brillante; mais désormais les +traits de la figure de Villon sont arrêtés de +façon à ne plus changer, et ceux qui entreprendront +d'y revenir ne pourront rester dans la vérité +qu'à la condition de s'en tenir <a name="pXVII"></a><span +class="pagenum">P. XVII</span> aux mêmes +contours.»</p> +<p>Plus loin, M. A. de Montaiglon, passant +légèrement sur le <i>Petit Testament</i>, +«qui n'est que spirituel, » et sur quelques +pièces qu'il regrette de trouver dans le <i>Grand +Testament</i>, ajoute:</p> +<p>«Ce n'est pas là qu'il faut chercher Villon, mais +dans la partie populaire et humaine de son oeuvre. On ne dira +jamais assez à quel point le mérite de la +pensée et de la forme y est inestimable. Le sentiment en +est étrange, et aussi touchant que pittoresque dans sa +sincérité; Villon peint presque sans le savoir, et +en peignant il ne pallie, il n'excuse rien; il a même des +regrets, et ses torts, qu'il reconnaît en se blâmant, +mais dont il ne peut se défendre, il ne les montre que +pour en détourner. Je connais même peu de +leçons plus fortes que la ballade: <i>Tout aux tavernes et +aux filles</i>. La bouffonnerie, dans ses vers, se mêle +à la gravité, l'émotion à la +raillerie, la tristesse à la débauche; le trait +piquant se termine avec mélancolie; le sentiment du +néant des choses et des êtres est mêlé +d'un burlesque soudain qui en augmente l'effet. Et tout cela est +si naturel, si net, si franc, si spirituel; le style suit la +pensée avec une justesse si vive, que vous n'avez pas le +temps d'admirer comment le corps qu'il revêt est +habillé par le vêtement. C'est bien mieux que +l'esprit bourgeois, toujours un peu mesquin, c'est l'esprit +populaire que cet enfant des Halles, qui écrivait: <i>Il +n'est bon bec que de Paris</i>, a recueilli dans les rues et +qu'il épure en l'aiguisant. Il en a le sentiment, il en +prend les mots, mais il les encadre, il les incruste dans une +phrase si vive, si nette, si bien construite, si énergique +ou si légère, que cette langue colorée +reçoit de son génie l'élégance et +même le goût, sans rien perdre de sa force. Il a +tout: la vigueur et le charme, la clarté et +l'éclat, la variété et l'unité, la +gravité et l'esprit, la brièveté incisive du +trait et la plénitude du <a name="pXVIII"></a><span class= +"pagenum">P. XVIII</span> sens, la souplesse capricieuse et la +fougue violente, la qualité contemporaine et +l'éternelle humanité. Il faut aller jusqu'à +Rabelais pour trouver un maître qu'on puisse lui comparer, +et qui écrive le français avec la science et +l'instinct, avec la pureté et la fantaisie, avec la +grâce délicate et la rudesse souveraine que l'on +admire dans Villon, et qu'il a seul parmi les gens de son +temps...»</p> +<p>On ne connaît certainement pas la totalité des +oeuvres de Villon, du moins sous son nom. Il est évident +que le <i>Petit Testament</i> n'est pas son coup d'essai. Lors de +son second procès, en 1457, il était probablement +connu par d'autres compositions. Sans cela, il est douteux que +Charles d'Orléans fût intervenu en sa faveur, et que +le Parlement lui eût fait grâce de la vie. Lorsqu'il +composa le <i>Grand Testament</i>, il y fit entrer quelques +pièces qui n'en faisaient pas nécessairement +partie, mais qui s'y rattachaient assez naturellement. On n'y +trouve pas une ballade, pas un rondeau composés +antérieurement au <i>Petit Testament</i>. Villon ne +paraît pas avoir été très-soucieux de +recueillir ses oeuvres. La plupart sont sans doute perdues; +d'autres sont disséminées dans des recueils +manuscrits ou imprimés où il n'est pas facile de +les reconnaître, soit parce qu'elles ne portent pas de nom +d'auteur, soit parce qu'elles sont attribuées à +d'autres. On ne connaît pas de manuscrit qui contienne tout +ce qu'on sait positivement lui appartenir. Les premières +éditions, qui furent faites sans son concours et +probablement après sa mort, ne contiennent que le +<i>Grand</i> et le <i>Petit Testament</i>, le <i>Jargon</i>, et +un petit nombre de pièces détachées. Jean de +Calais, l'éditeur présumé du <i>Jardin de +plaisance</i>, dont la première édition est de 1499 +ou de 1500, s'acquitta fort mal des fonctions d'exécuteur +testamentaire que Villon lui avait confiées, si tant est +qu'on doive prendre au sérieux les huitains CLX <a name= +"pXIX"></a><span class="pagenum">P. XIX</span> et CLXI du +<i>Grand Testament</i>. Il fit entrer dans son recueil diverses +pièces connues comme étant de Villon et beaucoup +d'autres qu'on lui attribue avec plus ou moins de vraisemblance, +mais sans dire des unes ni des autres qu'elles étaient de +lui.</p> +<p>M. Brunet a donné, dans la dernière +édition du <i>Manuel du Libraire</i>, une excellente +notice des éditions de Villon. La première avec +date est de Paris (Pierre Levet), 1489, in-4°. Il en parut +plusieurs autres à la fin du XVe siècle et au +commencement du XVIe. Celle de Paris, Galiot Du Pré, 1532, +in-8, est la première à laquelle on ait joint les +<i>Repues franches</i>, le <i>Monologue du franc archier de +Baignolet</i> et le <i>Dialogue des seigneurs de Mallepaye et de +Baillevent</i> <a id="footnotetag31" name="footnotetag31"></a><a +href="#footnote31"><sup>31</sup></a></p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote31" name= +"footnote31"></a><b>Note 31:</b> <a href= +"#footnotetag31">(retour)</a> Il avait été fait +antérieurement plusieurs éditions des <i>Repeues +franches</i>, qui s'ajoutaient aux éditions +correspondantes des oeuvres de Villon, mais qui portaient des +signatures ou une pagination séparées.</blockquote> +<p>L'année suivante, le même Galiot Du Pré +publia la première édition des oeuvres de Villon +revues par Clément Marot.</p> +<p>En 1723 il parut chez Coustelier une édition de Villon, +avec les remarques d'Eusèbe de Laurière et une +lettre du P. Du Cerceau.</p> +<p>Les oeuvres de Villon furent réimprimées en +1742, à la Haye, avec les remarques de Laurière, Le +Duchat et Formey, des mémoires de Prosper Marchand et une +lettre critique extraite du <i>Mercure</i> de février +1724.</p> +<p>En 1832 parut l'édition de Prompsault, fruit de longues +et laborieuses recherches, et qui, sans être parfaite, ne +méritait pas le discrédit dont elle a +été frappée pendant longtemps.</p> +<p>Dans l'édition de 1854, due aux soins de M.P.L. Jacob, +bibliophile (M. Paul Lacroix), le texte de <a name= +"pXX"></a><span class="pagenum">P. XX</span> Prompsault a +été revu, notablement amélioré, +élucidé par des notes où brillent +l'érudition et la sagacité bien connues de leur +auteur.</p> +<p>Enfin, tout récemment, M. Paul Lacroix a publié +le texte des deux <i>Testaments</i> d'après un manuscrit +de la bibliothèque de l'Arsenal. Je n'ai pu faire usage de +cette intéressante publication, d'abord parce que +l'impression de mon édition était trop +avancée, puis pour une autre raison: c'est que je ne +pouvais m'écarter du texte que j'avais adopté.</p> +<p>On savait depuis longtemps que La Monnoye avait eu l'intention +de faire une édition des oeuvres de Villon. A cet effet, +il avait annoté un exemplaire de l'édition de 1723. +Cet exemplaire, dont on avait perdu la trace depuis longtemps, a +été retrouvé, en 1858, au <i>British +Museum</i>, par M. Gustave Masson, qui m'a gracieusement offert +une copie du travail de La Monnoye.</p> +<p>En tête de son exemplaire, La Monnoye avait inscrit +d'abord ce titre, qui nous fait connaître le plan d'une +vaste collection qu'il projetait:</p> +<p><i>L'Histoire et les Chefs de la poésie +françoise, avec la liste des poètes +provençaux et françois, accompagnée de +remarques sur le caractère de leurs ouvrages.</i></p> +<p>Puis vient ce titre particulier:</p> +<p><i>Poésies de François Villon et de ses +disciples, revues sur les différentes éditions, +corrigées et augmentées sur le manuscrit de M. le +duc de Coislin et sur plusieurs autres, et enrichies d'un grand +nombre de pièces, avec des notes historiques et +critiques.</i></p> +<p>La Monnoye n'eut pas le temps de mettre la dernière +main à son édition de Villon. Son travail ne porta +que sur l'établissement du texte. La comparaison des +manuscrits et des anciennes éditions, <a name= +"pXXI"></a><span class="pagenum">P. XXI</span> faite par un homme +tel que La Monnoye, devait donner d'excellents résultats. +J'ai reproduit scrupuleusement, sauf deux ou trois exceptions +indiquées dans les notes, le texte tel qu'il a +été arrêté par lui, et ce texte est +assurément le meilleur qu'on ait donné +jusqu'à présent.</p> +<p>La Monnoye ne se contenta pas de revoir le texte de +l'édition de 1723. Il y ajouta de sa main divers morceaux +qui n'avaient pas encore été publiés, et qui +ont paru pour la première fois dans l'édition +Prompsault. Mais il ne put faire le choix des poésies +qu'il voulait joindre aux oeuvres de Villon. Pour répondre +de mon mieux à son plan, je donne à la fin du +volume dix-sept pièces tirées du <i>Jardin de +plaisance</i>. M. Campeaux en avait publié un plus grand +nombre: j'ai fait un choix dans son choix, et si les +pièces que je donne ne sont pas de Villon, elles sont au +moins de son école, et souvent dignes de lui.</p> +<p>Pour toute la partie du texte établie par La Monnoye, +je n'avais qu'une chose à faire: suivre la leçon +adoptée par lui. A l'égard des pièces dont +il ne s'était pas occupé, j'ai dû agir +autrement: je les ai revues sur les manuscrits et les +éditions originales.</p> +<p>A défaut des notes historiques et critiques promises +par La Monnoye, et sans avoir la prétention de les +suppléer, je donne à la suite du texte quelques +renseignements qui m'ont paru nécessaires, puis un +<i>Glossaire-Index,</i> dans lequel j'ai tenté d'expliquer +les mots vieillis, de donner des renseignements sur les personnes +et les choses. S'il n'a pas d'autre utilité, ce travail +servira du moins de table.</p> +<p>Une édition de Villon n'est pas facile à faire. +J'ai largement mis à profit les travaux de mes devanciers, +et je me plais à le reconnaître. J'aurais pu relever +bien des erreurs: je me suis contenté <a name= +"pXXII"></a><span class="pagenum">P. XXII</span> de les corriger. +Je crois que cette édition vaut mieux que celles qui l'ont +précédée. D'autres viendront après +moi qui feront mieux. J'ai cru prudent de leur donner l'exemple +de l'indulgence.</p> +<p>P. JANNET.</p> +<br> +<br> +<br> + +<p>REMARQUES PHILOLOGIQUES. <a name="pXXIII"></a><span class= +"pagenum">P. XXIII</span></p> +<p>La langue de Villon est encore la vieille et bonne langue +française, riche et simple, claire, naturelle, à +l'allure vive et franche. C'est encore la langue des fabliaux, +assouplie, mais presque entièrement +préservée de l'invasion des mots +pédantesques forgés dans la seconde moitié +du XVe siècle. Le <i>Glossaire</i>, dont l'étendue +est grande relativement à celle du livre, n'offre qu'un +petit nombre de ces mots. En revanche, il en contient beaucoup +d'autres dont la perte est regrettable.</p> +<p>Villon était très-sévère pour la +rime. Aussi, lorsque nous rencontrons à la fin de ses vers +quelque chose qui nous paraît anormal, nous devons nous +garder de l'expliquer par une négligence du poëte. Il +faut chercher d'autres raisons; cela peut amener des observations +intéressantes.</p> +<p>Par exemple, lorsqu'il fait rimer <i>e</i> avec <i>a</i> <a +id="footnotetag32" name="footnotetag32"></a><a href= +"#footnote32"><sup>32</sup></a>, cela prouve, ainsi que Marot l'a +remarqué, que Villon prononçait, à la +parisienne, <i>a</i> pour <i>e</i>.</p> +<p>Lorsqu'il fait rimer <i>oi, oy</i>, avec <i>ai, ay, +é</i> <a id="footnotetag33" name="footnotetag33"></a><a +href="#footnote33"><sup>33</sup></a>, cela prouve que ce que nous +appelons la diphtongue <i>oi</i> se prononçait +<i>é</i> ou <i>è</i>.</p> +<p>S'il fait rimer <i>Changon, Nygon, escourgon</i>, avec <a +name="pXXIV"></a><span class="pagenum">P. XXIV</span> +<i>donjon</i> <a id="footnotetag34" name="footnotetag34"></a><a +href="#footnote34"><sup>34</sup></a>, c'est que, dans certains +cas, le <i>g</i> se prononçait <i>j</i>.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote32" name= +"footnote32"></a><b>Note 32:</b> <a href= +"#footnotetag32">(retour)</a> <i>Robert, Haubert</i>, avec +<i>pluspart, poupart</i> (<a href="#p011">p.11</a> et <a href= +"#p012">12</a>); <i>La Barre, feurre</i>, avec <i>terre, +guerre</i> (<a href="#p014">p. 14</a>); <i>appert</i> avec +<i>part, despart</i> (<a href="#p044">p. 44</a>), +etc.</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote33" name= +"footnote33"></a><b>Note 33:</b> <a href= +"#footnotetag33">(retour)</a> <i>Chollet</i> avec <i>souloit</i> +(<a href="#p014">p. 14);</a> <i>exploictz</i> avec <i>laiz</i> +(<a href="#p017">p. 17</a>); <i>moyne, essoyne, royne</i>, avec +<i>Seine</i> (<a href="#p034">p. 34</a>), etc.</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote34" name= +"footnote34"></a><b>Note 34:</b> <a href= +"#footnotetag34">(retour)</a> Pages <a href="#p012">12</a> et <a +href="#p013">13.</a></blockquote> +<p>S'il fait rimer <i>fuste</i> avec <i>fusse, +prophètes</i> avec <i>fesses</i><a id="footnotetag35" +name="footnotetag35"></a><a href="#footnote35"><sup>35</sup></a>, +c'est encore une affaire de prononciation parisienne.</p> +<p>Il en est de même d'<i>ancien, Valérien, +paroissien,</i> rimant avec <i>an</i><a id="footnotetag36" name= +"footnotetag36"></a><a href="#footnote36"><sup>36</sup></a>.</p> +<p>Lorsqu'il écrit <i>soullon</i> pour rimer avec +<i>Roussillon</i><a id="footnotetag37" name= +"footnotetag37"></a><a href="#footnote37"><sup>37</sup></a>, il +entend que les deux <i>ll</i> seront mouillées, et +prononcées comme telles, sans être +précédées d'un <i>i</i> comme en +espagnol.</p> +<p>Comment faut-il prononcer le nom de Villon?</p> +<p>La <i>Ballade</i> de la page <a href="#p099">99,</a> +l'<i>Epistre</i> de la page <a href="#p111">111,</a> le +<i>Problème</i> ou <i>Ballade</i> de la page <a href= +"#p120">120,</a> etc., ne laissent aucun doute à cet +égard. On doit le prononcer comme les deux +dernières syllabes du mot <i>paVILLON</i>, +c'est-à-dire comme on pourra. En France, ce n'est +guère que dans le Midi qu'on sait prononcer les <i>ll +mouillées</i>. Les Parisiens diront <i>Viyon</i>; les +Picards, <i>Vilion</i>....</p> +<div class="poem"> +<div class="stanza" style="font-style: italic;"> +<p>Mais bel est fol et lunaticque</p> +<p>Qui de ce fait sermon si long;</p> +<p>Peu nuit à la chose publicque</p> +<p>Se Brussiens disent Filon.</p> +<p>Il ne m'en chaut gueres si l'on</p> +<p>Choisit de ces façons la pire,</p> +<p>Et bien veuil qu'on dise selon</p> +<p>Que dès pieça l'on souloit dire.</p> +</div> +</div> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote35" name= +"footnote35"></a><b>Note 35:</b> <a href= +"#footnotetag35">(retour)</a> Pages <a href="#p026">26</a> et <a +href="#p052">52.</a></blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote36" name= +"footnote36"></a><b>Note 36:</b> <a href= +"#footnotetag36">(retour)</a> <a href="#p081">P. +81.</a></blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote37" name= +"footnote37"></a><b>Note 37:</b> <a href= +"#footnotetag37">(retour)</a> Voy. la Ballade de la page <a href= +"#p099">99.</a></blockquote> +<br> +<br> +<br> + <a name="p001"></a><span class="pagenum">P. 1</span> +<h3>CLÉMENT MAROT DE CAHORS<br> + Varlet de chambre du Roy</h3> +<p>AUX LECTEURS.</p> +<p><i>Entre tous les bons livres imprimez de la langue +françoise ne s'en veoit ung si incorrect ne si lourdement +corrompu que celluy de Villon, et m'esbahy (veu que c'est le +meilleur Poète parisien qui se trouve) comment les +imprimeurs de Paris et les enfans de la ville n'en ont eu plus +grand soing. Je ne suis (certes) en rien son voysin; mais, pour +l'amour de son gentil entendement, et en recompense de ce que je +puys avoir aprins de luy en lisant ses Oeuvres, j'ai faict +à icelles ce que je vouldroys estre faict aux miennes, si +elles estaient tombées en semblable inconvénient. +Tant y ay trouvé de broillerie en l'ordre des coupletz et +des vers, en mesure, en langaige, en la ryme et en la raison, que +je ne sçay duquel je doy plus avoir pitié, ou de +l'oeuvre ainsi oultrement gastée, ou de l'ignorance de +ceux qui l'imprimèrent; et, pour en faire preuve, me suys +advisé (Lecteurs) de vous mettre icy ung des couplets +incorrects du mal imprimé Villon, qui vous fera exemple et +tesmoing d'ung grand nombre d'autres autant broillez et gastez +que luy, lequel est tel</i>:</p> +<div class="poem"> +<div class="stanza"><a name="p002"></a><span class="pagenum">P. +2</span> +<p>Or est vray qu'après plainctz et pleurs</p> +<p>Et angoisseux gemissemens,</p> +<p>Apres tristesses et douleurs</p> +<p>Labeurs et griefz cheminemens</p> +<p>Travaille mes lubres sentemens</p> +<p>Aguysez ronds, comme une pelote</p> +<p>Monstrent plus que les commens</p> +<p>En sens moral de Aristote.</p> +</div> +</div> +<p><i>Qui est celluy qui vouldroit nyer le sens n'en estre +grandement corrompu? Ainsi, pour vray, l'ay-je trouvé aux +vieilles impressions, et encores pis aux nouvelles. Or, voyez +maintenant comment il a esté r'abillé, et en jugez +gratieusement</i>:</p> +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p>Or est vray qu'après plainctz et pleurs</p> +<p>Et angoisseux gemissemens,</p> +<p>Apres tristesses et douleurs,</p> +<p>Labeurs et griefz cheminemens,</p> +<p>Travail mes lubres sentements</p> +<p>Aguysa (ronds comme pelote),</p> +<p>Me monstrant plus que les comments</p> +<p>Sur le sens moral d'Aristote.</p> +</div> +</div> +<p><i>Voylà comment il me semble que l'autheur +l'entendoit; et vous suffise ce petit amendement pour vous rendre +advertiz de ce que puys avoir amendé en mille autres +passages, dont les aucuns me ont esté aisez et les autres +très difficiles. Toutesfoys, partie avecques les vieulx +imprimez, partie avecques l'ayde de bons vieillards qui en +sçavent par cueur, et partie par deviner avecques jugement +naturel, a esté reduict nostre Villon en meilleure et plus +entière forme qu'on ne l'a veu de nos aages, et ce sans +avoir touché à l'antiquité de <a name= +"p003"></a><span class="pagenum">P. 3</span> son parler, à +sa façon de rimer, à ses meslées et longues +parenthèses, à la quantité de ses sillabes, +ne à ses couppes, tant féminines que masculines; +esquelles choses il n'a suffisamment observé les vrayes +reigles de françoise poésie, et ne suys d'advis que +en cela les jeunes Poetes l'ensuyvent, mais bien qu'ilz cueillent +ses sentences comme belles fleurs, qu'ils contemplent l'esprit +qu'il avoit, que de luy apreignent à proprement descrire, +et qu'ils contrefacent sa veine, mesmement celle dont il use en +ses Ballades, qui est vrayment belle et héroïque, et +ne fay double qu'il n'eust emporté le chapeau de laurier +devant tous les Poètes de son temps, s'il eust esté +nourry en la Court des Roys et des Princes, là où +les jugemens se amendent et les langaiges se pollissent. Quant +à l'industrie des lays qu'il feit en ses Testamens, pour +suffisamment la congnoistre et entendre il fauldroit avoir +esté de son temps à Paris, et avoir congneu les +lieux, les choses et les hommes dont il parle: la mémoire +desquelz tant plus se passera, tant moins se congnoistra icelle +industrie de ses lays dictz. Pour ceste cause, qui vouldra faire +une oeuvre de longue durée ne preigne son soubject sur +telles choses basses et particulières. Le reste des +Oeuvres de nostre Villon (hors cela) est de tel artifice, tant +plain de bonne doctrine et tellement painct de mille belles +couleurs, que le temps, qui tout efface, jusques icy ne l'a sceu +effacer; et moins encor l'effacera ores et d'icy en avant, que +les bonnes escriptures françoises sont et seront mieulx +congneues et recueillies que jamais.</i></p> +<p><i>Et pour ce (comme j'ay dit) que je n'ay touché +à son antique façon de parler, je vous ay +exposé sur la marge, avecques les annotations, ce qui m'a +semblé le plus dur à entendre, laissant le reste +à vos promptes intelligences, comme</i> ly Roys +<i>pour</i> le Roy, homs <i>pour homme</i>, compaing <a name= +"p004"></a><span class="pagenum">P. 4</span> <i>pour</i> +compaignon; <i>aussi force pluriers pour singuliers, et plusieurs +autres incongruitez dont estait plain le langaige mal lymé +d'icelluy temps.</i></p> +<p><i>Après, quand il s'est trouvé faulte de vers +entiers, j'ay prins peine de les refaire au plus près +(selon mon possible) de l'intention de l'autheur, et les +trouverez expressément marquez de cette marque</i> f, +<i>afin que ceulx qui les sçauront en la sorte que Villon +les fist effacent les nouveaulx pour faire place aux +vieulx.</i></p> +<p><i>Oultre plus, les termes et les vers qui estaient +interposez, trouverez reduictz en leurs places; les lignes trop +courtes, allongées; les trop longues acoursies; les mots +obmys, remys; les adjoutez ostez, et les tiltres myeulx +attiltrez.</i></p> +<p><i>Finalement, j'ay changé l'ordre du livre, et m'a +semblé plus raisonnable de le faire commencer par le Petit +Testament, d'autant qu'il fut faict cinq ans avant +l'autre.</i></p> +<p><i>Touchant le Jargon, je le laisse à corriger et +exposer aux successeurs de Villon en l'art de la pinse et du +croq.</i></p> +<p><i>Et si quelqu'un d'adventure veult dire que tout ne soit +racoustré ainsi qu'il appartient, je luy respons +dès maintenant que, s'il estait autant navré en sa +personne comme j'ay trouvé Villon blessé en ses +Oeuvres, il n'y a si expert chirurgien qui le sceust panser sans +apparence de cicatrice; et me suffira que le labeur qu'en ce j'ay +employé soit agréable au Roy mon souverain, qui est +cause et motif de ceste emprise et de l'exécution +d'icelle, pour l'avoir veu voulentiers escouter et par +très bon jugement estimer plusieurs passages des Oeuvres +qui s'ensuyvent.</i></p> +<p>MAROT <a name="p005"></a><span class="pagenum">P. 5</span></p> +<p>AU ROY FRANÇOIS Ier.</p> +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p>Si à Villon on treuve encor à dire,</p> +<p>S'il n'est reduict ainsi qu'ay prétendu,</p> +<p>A moy tout seul en soit le blasme (Sire),</p> +<p>Qui plus y ay travaillé qu'entendu;</p> +<p>Et s'il est mieux en son ordre estendu</p> +<p>Que paravant, de sorte qu'on l'en prise,</p> +<p>Le gré à vous en doyt estre rendu,</p> +<p>Qui fustes seul cause de l'entreprise.</p> +</div> +</div> +<br> +<br> + +<p><a name="p007"></a><span class="pagenum">P. 7</span></p> +<h3>LE<br> +PETIT TESTAMENT<br> +DE MAISTRE<br> +FRANÇOIS VILLON</h3> +<p>FAIT L'AN 1456.</p> +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p>Mil quatre cens cinquante et six,</p> +<p>Je, François Villon, escollier,</p> +<p>Considérant, de sens rassis,</p> +<p>Le frain aux dents, franc au collier,</p> +<p>Qu'on doit ses oeuvres conseiller,</p> +<p>Comme Vegèce le racompte,</p> +<p>Saige Romain, grand conseiller,</p> +<p>Ou autrement on se mescompte.</p> +</div> +<p>II.</p> +<div class="stanza"> +<p>En ce temps que j'ay dit devant,</p> +<p>Sur le Noël, morte saison,</p> +<p>Lorsque les loups vivent de vent,</p> +<p>Et qu'on se tient en sa maison,</p> +<p>Pour le frimas, près du tison:</p> +<p>Cy me vint vouloir de briser</p> +<p>La très amoureuse prison</p> +<p>Qui souloit mon cueur desbriser.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>III.</p> +</div> +<a name="p008"></a><span class="pagenum">P. 8</span> +<div class="stanza"> +<p>Je le feis en telle façon,</p> +<p>Voyant Celle devant mes yeulx</p> +<p>Consentant à ma deffaçon,</p> +<p>Sans ce que jà luy en fust mieulx;</p> +<p>Dont je me deul et plains aux cieulx,</p> +<p>En requérant d'elle vengence</p> +<p>A tous les dieux venerieux,</p> +<p>Et du grief d'amours allégence.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>IV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et, se je pense à ma faveur,</p> +<p>Ces doulx regrets et beaulx semblans</p> +<p>De très decepvante saveur,</p> +<p>Me trespercent jusques aux flancs:</p> +<p>Bien ilz ont vers moy les piez blancs</p> +<p>Et me faillent au grant besoing.</p> +<p>Planter me fault autre complant</p> +<p>Et frapper en un autre coing.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>V.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Le regard de Celle m'a prins,</p> +<p>Qui m'a esté félonne et dure;</p> +<p>Sans ce qu'en riens aye mesprins,</p> +<p>Veult et ordonne que j'endure</p> +<p>La mort, et que plus je ne dure.</p> +<p>Si n'y voy secours que fouir.</p> +<p>Rompre veult la dure souldure,</p> +<p>Sans mes piteux regrets ouir!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>VI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pour obvier à ses dangiers,</p> +<p>Mon mieulx est, ce croy, de partir.</p> +<p>Adieu! Je m'en voys à Angiers,</p> +<a name="p009"></a><span class="pagenum">P. 9</span> +<p>Puisqu'el ne me veult impartir</p> +<p>Sa grace, ne me departir.</p> +<p>Par elle meurs, les membres sains;</p> +<p>Au fort, je meurs amant martir,</p> +<p>Du nombre des amoureux saints!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>VII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Combien que le départ soit dur,</p> +<p>Si fault-il que je m'en esloingne.</p> +<p>Comme mon paouvre sens est dur!</p> +<p>Autre que moy est en queloingne,</p> +<p>Dont onc en forest de Bouloingne</p> +<p>Ne fut plus alteré d'humeur.</p> +<p>C'est pour moy piteuse besoingne:</p> +<p>Dieu en vueille ouïr ma clameur!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>VIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et puisque departir me fault,</p> +<p>Et du retour ne suis certain:</p> +<p>Je ne suis homme sans deffault,</p> +<p>Ne qu'autre d'assier ne d'estaing.</p> +<p>Vivre aux humains est incertain,</p> +<p>Et après mort n'y a relaiz:</p> +<p>Je m'en voys en pays loingtaing;</p> +<p>Si establiz ce présent laiz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>IX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Premièrement, au nom du Père,</p> +<p>Du Filz et du Saint-Esperit,</p> +<p>Et de la glorieuse Mère</p> +<p>Par qui grace riens ne périt,</p> +<p>Je laisse, de par Dieu, mon bruit</p> +<p>A maistre Guillaume Villon,</p> +<p>Qui en l'honneur de son nom bruit,</p> +<a name="p010"></a><span class="pagenum">P. 10</span> +<p>Mes tentes et mon pavillon.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>X.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>A celle doncques que j'ay dict,</p> +<p>Qui si durement m'a chassé,</p> +<p>Que j'en suys de joye interdict</p> +<p>Et de tout plaisir déchassé,</p> +<p>Je laisse mon coeur enchassé,</p> +<p>Palle, piteux, mort et transy:</p> +<p>Elle m'a ce mal pourchassé,</p> +<p>Mais Dieu luy en face mercy!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et à maistre Ythier, marchant,</p> +<p>Auquel je me sens très tenu,</p> +<p>Laisse mon branc d'acier tranchant,</p> +<p>Et à maistre Jehan le Cornu,</p> +<p>Qui est en gaige détenu</p> +<p>Pour ung escot six solz montant;</p> +<p>Je vueil, selon le contenu,</p> +<p>Qu'on luy livre, en le racheptant.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je laisse à Sainct-Amant</p> +<p>Le Cheval Blanc avec la Mulle,</p> +<p>Et à Blaru, mon dyamant</p> +<p>Et l'Asne rayé qui reculle.</p> +<p>Et le décret qui articulle:</p> +<p><i>Omnis utriusque sexus</i>,</p> +<p>Contre la Carmeliste bulle,</p> +<p>Laisse aux curez, pour mettre sus.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XIII.</p> +<a name="p011"></a><span class="pagenum">P. 11</span></div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à Jehan Trouvé, bouchier,</p> +<p>Laisse le mouton franc et tendre,</p> +<p>Et ung tachon pour esmoucher</p> +<p>Le boeuf couronné qu'on veult vendre,</p> +<p>Et la vache qu'on ne peult prendre.</p> +<p>Le vilain qui la trousse au col,</p> +<p>S'il ne la rend, qu'on le puist pendre</p> +<p>Ou estrangler d'un bon licol!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et à maistre Robert Vallée,</p> +<p>Povre clergeon au Parlement,</p> +<p>Qui ne tient ne mont ne vallée,</p> +<p>J'ordonne principalement</p> +<p>Qu'on luy baille legerement</p> +<p>Mes brayes, estans aux trumellières,</p> +<p>Pour coeffer plus honestement</p> +<p>S'amye Jehanneton de Millières.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pour ce qu'il est de lieu honeste,</p> +<p>Fault qu'il soit myeulx recompensé,</p> +<p>Car le Saint-Esprit l'admoneste.</p> +<p>Ce obstant qu'il est insensé.</p> +<p>Pour ce, je me suis pourpensé,</p> +<p>Puysqu'il n'a sens mais qu'une aulmoire,</p> +<p>De recouvrer sur Malpensé,</p> +<p>Qu'on lui baille, l'Art de mémoire.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item plus, je assigne la vie</p> +<p>Du dessusdict maistre Robert...</p> +<a name="p012"></a><span class="pagenum">P. 12</span> +<p>Pour Dieu! n'y ayez point d'envie!</p> +<p>Mes parens, vendez mon haubert,</p> +<p>Et que l'argent, ou la pluspart,</p> +<p>Soit employé, dedans ces Pasques,</p> +<p>Pour achepter à ce poupart</p> +<p>Une fenestre emprès Saint-Jacques.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Derechief, je laisse en pur don</p> +<p>Mes gands et ma hucque de soye</p> +<p>A mon amy Jacques Cardon;</p> +<p>Le gland aussi d'une saulsoye,</p> +<p>Et tous les jours une grosse oye</p> +<p>Et ung chappon de haulte gresse;</p> +<p>Dix muys de vin blanc comme croye,</p> +<p>Et deux procès, que trop n'engresse.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je laisse à ce jeune homme,</p> +<p>René de Montigny, troys chiens;</p> +<p>Aussi à Jehan Raguyer, la somme</p> +<p>De cent frans, prins sur tous mes biens;</p> +<p>Mais quoy! Je n'y comprens en riens</p> +<p>Ce que je pourray acquerir:</p> +<p>On ne doit trop prendre des siens,</p> +<p>Ne ses amis trop surquerir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, au seigneur de Grigny</p> +<p>Laisse la garde de Nygon,</p> +<p>Et six chiens plus qu'à Montigny,</p> +<p>Vicestre, chastel et donjon;</p> +<p>Et à ce malostru Changon,</p> +<p>Moutonnier qui tient en procès,</p> +<p>Laisse troys coups d'ung escourgon,</p> +<a name="p013"></a><span class="pagenum">P. 13</span> +<p>Et coucher, paix et aise, en ceps.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et à maistre Jacques Raguyer,</p> +<p>Je laisse l'Abreuvoyr Popin,</p> +<p>Pour ses paouvres seurs grafignier;</p> +<p>Tousjours le choix d'ung bon lopin,</p> +<p>Le trou de la Pomme de pin,</p> +<p>Le doz aux rains, au feu la plante,</p> +<p>Emmailloté en jacopin;</p> +<p>Et qui vouldra planter, si plante.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à maistre Jehan Mautainct</p> +<p>Et maistre Pierre Basannier,</p> +<p>Le gré du Seigneur, qui attainct</p> +<p>Troubles, forfaits, sans espargnier;</p> +<p>Et à mon procureur Fournier,</p> +<p>Bonnetz courts, chausses semellées,</p> +<p>Taillées sur mon cordouennier,</p> +<p>Pour porter durant ces gellées.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, au chevalier du guet,</p> +<p>Le heaulme luy establis;</p> +<p>Et aux pietons qui vont d'aguet</p> +<p>Tastonnant par ces establis,</p> +<p>Je leur laisse deux beaulx rubis,</p> +<p>La lenterne à la Pierre-au-Let.,</p> +<p>Voire-mais, j'auray les <i>Troys licts</i>,</p> +<p>S'ilz me meinent en Chastellet.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXIII.</p> +<a name="p014"></a><span class="pagenum">P. 14</span></div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à Perrenet Marchant,</p> +<p>Qu'on dit le Bastard de la Barre,</p> +<p>Pour ce qu'il est ung bon marchant,</p> +<p>Luy laisse trois gluyons de feurre</p> +<p>Pour estendre dessus la terre</p> +<p>A faire l'amoureux mestier,</p> +<p>Où il luy fauldra sa vie querre,</p> +<p>Car il ne scet autre mestier.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, au Loup et à Chollet,</p> +<p>Je laisse à la foys un canart,</p> +<p>Prins sous les murs, comme on souloit,</p> +<p>Envers les fossez, sur le tard;</p> +<p>Et à chascun un grand tabart</p> +<p>De cordelier, jusques aux pieds,</p> +<p>Busche, charbon et poys au lart,</p> +<p>Et mes housaulx sans avantpiedz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Derechief, je laisse en pitié,</p> +<p>A troys petitz enfans tous nudz,</p> +<p>Nommez en ce présent traictié,</p> +<p>Paouvres orphelins impourveuz,</p> +<p>Tous deschaussez, tous despourveus,</p> +<p>Et desnuez comme le ver;</p> +<p>J'ordonne qu'ils seront pourveuz,</p> +<p>Au moins pour passer cest yver.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Premièrement, Colin Laurens,</p> +<p>Girard Gossoyn et Jehan Marceau,</p> +<p>Desprins de biens et de parens,</p> +<a name="p015"></a><span class="pagenum">P. 15</span> +<p>Qui n'ont vaillant l'anse d'ung ceau,</p> +<p>Chascun de mes biens ung faisseau,</p> +<p>Ou quatre blancs, s'ilz l'ayment mieulx;</p> +<p>Ils mangeront maint bon morceau,</p> +<p>Ces enfans, quand je seray vieulx!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, ma nomination,</p> +<p>Que j'ay de l'Université,</p> +<p>Laisse par résignation,</p> +<p>Pour forclorre d'adversité</p> +<p>Paouvres clercs de ceste cité,</p> +<p>Soubz cest <i>intendit</i> contenuz:</p> +<p>Charité m'y a incité,</p> +<p>Et Nature, les voyant nudz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>C'est maistre Guillaume Cotin</p> +<p>Et maistre Thibault de Vitry,</p> +<p>Deux paouvres clercs, parlans latin,</p> +<p>Paisibles enfans, sans estry,</p> +<p>Humbles, bien chantans au lectry.</p> +<p>Je leur laisse cens recevoir</p> +<p>Sur la maison Guillot Gueuldry,</p> +<p>En attendant de mieulx avoir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item plus, je adjoinctz à la Crosse</p> +<p>Celle de la rue Sainct-Anthoine,</p> +<p>Et ung billart de quoy on crosse,</p> +<p>Et tous les jours plain pot de Seine,</p> +<p>Aux pigons qui sont en l'essoine,</p> +<p>Enserrez soubz trappe volière,</p> +<p>Et mon mirouer bel et ydoyne,</p> +<a name="p016"></a><span class="pagenum">P. 16</span> +<p>Et la grace de la geollière.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je laisse aux hospitaux</p> +<p>Mes chassis tissus d'araignée;</p> +<p>Et aux gisans soubz les estaux,</p> +<p>Chascun sur l'oeil une grongnée,</p> +<p>Trembler à chière renffrongnée,</p> +<p>Maigres, velluz et morfonduz;</p> +<p>Chausses courtes, robbe rongnée,</p> +<p>Gelez, meurdriz et enfonduz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je laisse à mon barbier</p> +<p>Les rongneures de mes cheveulx,</p> +<p>Plainement et sans destourbier;</p> +<p>Au savetier, mes souliers vieulx,</p> +<p>Et au fripier, mes habitz tieulx</p> +<p>Que, quant du tout je les délaisse,</p> +<p>Pour moins qu'ilz ne coustèrent neufz</p> +<p>Charitablement je leur laisse.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, aux Quatre Mendians,</p> +<p>Aux Filles Dieu et aux Beguynes,</p> +<p>Savoureulx morceaulx et frians,</p> +<p>Chappons, pigons, grasses gelines,</p> +<p>Et puis prescher les Quinze Signes,</p> +<p>Et abatre pain à deux mains.</p> +<p>Carmes chevaulchent nos voisines,</p> +<p>Mais cela ne m'est que du meins.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXIII.</p> +<a name="p017"></a><span class="pagenum">P. 17</span></div> +<div class="stanza"> +<p>Item, laisse le Mortier d'or</p> +<p>A Jehan l'Espicier, de la Garde,</p> +<p>Et une potence à Sainct-Mor,</p> +<p>Pour faire ung broyer à moustarde,</p> +<p>Et celluy qui feit l'avant-garde,</p> +<p>Pour faire sur moy griefz exploitz,</p> +<p>De par moy sainct Anthoine l'arde!</p> +<p>Je ne lui lairray autre laiz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je laisse à Mairebeuf</p> +<p>Et à Nicolas de Louvieulx,</p> +<p>A chascun l'escaille d'un oeuf,</p> +<p>Plaine de frans et d'escus vieulx,</p> +<p>Quant au concierge de Gouvieulx,</p> +<p>Pierre Ronseville, je ordonne,</p> +<p>Pour luy donner encore mieulx,</p> +<p>Escus telz que prince les donne.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Finalement, en escrivant,</p> +<p>Ce soir, seullet, estant en bonne,</p> +<p>Dictant ces laiz et descripvant,</p> +<p>Je ouyz la cloche de Sorbonne,</p> +<p>Qui tousjours à neuf heures sonne</p> +<p>Le Salut que l'Ange prédit;</p> +<p>Cy suspendy et cy mis bonne,</p> +<p>Pour pryer comme le cueur dit.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Cela fait, je me entre-oubliai,</p> +<p>Non pas par force de vin boire,</p> +<p>Mon esperit comme lié;</p> +<a name="p018"></a><span class="pagenum">P. 18</span> +<p>Lors je senty dame Mémoire</p> +<p>Rescondre et mectre en son aulmoire</p> +<p>Ses espèces collaterales,</p> +<p>Oppinative faulce et voire,</p> +<p>Et autres intellectualles.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et mesmement l'extimative,</p> +<p>Par quoy prospérité nous vient;</p> +<p>Similative, formative,</p> +<p>Desquelz souvent il advient</p> +<p>Que, par l'art trouvé, hom devient</p> +<p>Fol et lunaticque par moys:</p> +<p>Je l'ay leu, et bien m'en souvient,</p> +<p>En Aristote aucunes fois.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Doncques le sensif s'esveilla</p> +<p>Et esvertua fantasie,</p> +<p>Qui tous argeutis resveilla,</p> +<p>Et tint souveraine partie,</p> +<p>En souppirant, comme amortie,</p> +<p>Par oppression d'oubliance,</p> +<p>Qui en moy s'estoit espartie</p> +<p>Pour montrer des sens l'alliance.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Puis, mon sens qui fut à repos</p> +<p>Et l'entendement desveillé,</p> +<p>Je cuide finer mon propos;</p> +<p>Mais mon encre estoit gelé,</p> +<p>Et mon cierge estoit souflé.</p> +<p>De feu je n'eusse pu finer.</p> +<p>Si m'endormy, tout enmouflé,</p> +<a name="p019"></a><span class="pagenum">P. 19</span> +<p>Et ne peuz autrement finer.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XL</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Fait au temps de ladicte date,</p> +<p>Par le bon renommé Villon,</p> +<p>Qui ne mange figue ne date;</p> +<p>Sec et noir comme escouvillon,</p> +<p>Il n'a tente ne pavillon</p> +<p>Qu'il n'ayt laissé à ses amys,</p> +<p>Et n'a mais qu'un peu de billon,</p> +<p>Qui sera tantost à fin mys.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CY FINE LE TESTAMENT VILLON.</p> +<br> +<br> +<br> +</div> +<div class="stanza"><a name="p021"></a><span class="pagenum">P. +21</span> +<p>CY COMMENCE LE GRANT TESTAMENT</p> +<p>DE</p> +<p>FRANÇOIS VILLON</p> +<p>FAIT EN 1461.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>I.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>En l'an trentiesme de mon aage,</p> +<p>Que toutes mes hontes j'eu beues,</p> +<p>Ne du tout fol, ne du tout sage.</p> +<p>Nonobstant maintes peines eues,</p> +<p>Lesquelles j'ay toutes receues</p> +<p>Soubz la main Thibault d'Aussigny.</p> +<p>S'evesque il est, seignant les rues,</p> +<p>Qu'il soit le mien je le regny!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>II.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Mon seigneur n'est, ne mon evesque;</p> +<p>Soubz luy ne tiens, s'il n'est en friche;</p> +<p>Foy ne luy doy, ne hommage avecque;</p> +<p>Je ne suis son serf ne sa biche.</p> +<p>Peu m'a d'une petite miche</p> +<p>Et de froide eau, tout ung esté.</p> +<p>Large ou estroit, moult me fut chiche.</p> +<a name="p022"></a><span class="pagenum">P. 22</span> +<p>Tel luy soit Dieu qu'il m'a esté.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>III.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et, s'aucun me vouloit reprendre</p> +<p>Et dire que je le mauldys,</p> +<p>Non fais, si bien me sçait comprendre,</p> +<p>Et rien de luy je ne mesdys.</p> +<p>Voycy tout le mal que j'en dys:</p> +<p>S'il m'a esté misericors,</p> +<p>Jésus, le roy de paradis,</p> +<p>Tel luy soit à l'âme et au corps!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>IV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>S'il m'a esté dur et cruel</p> +<p>Trop plus que cy ne le racompte,</p> +<p>Je vueil que le Dieu éternel</p> +<p>Luy soit doncq semblable, à ce compte!...</p> +<p>Mais l'Eglise nous dit et compte</p> +<p>Que prions pour nos ennemis;</p> +<p>Je vous dis que j'ay tort et honte:</p> +<p>Tous ses faictz soient à Dieu remis!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>V.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si prieray Dieu de bon cueur,</p> +<p>Pour l'âme du bon feu Cotard.</p> +<p>Mais quoy! ce sera doncq par cueur,</p> +<p>Car de lire je suys faitard.</p> +<p>Prière en feray de Picard;</p> +<p>S'il ne le sçait, voise l'apprandre,</p> +<p>S'il m'en croyt, ains qu'il soit plus tard</p> +<p>A Douay, ou à Lysle en Flandre!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>VI.</p> +<a name="p023"></a><span class="pagenum">P. 23</span></div> +<div class="stanza"> +<p>Combien souvent je veuil qu'on prie</p> +<p>Pour luy, foy que doy mon baptesme,</p> +<p>Obstant qu'à chascun ne le crye,</p> +<p>Il ne fauldra pas à son esme.</p> +<p>Au Psaultier prens, quand suys à mesme,</p> +<p>Qui n'est de beuf ne cordoen,</p> +<p>Le verset escript le septiesme</p> +<p>Du psaulme de <i>Deus laudem</i>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>VII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si pry au benoist Filz de Dieu,</p> +<p>Qu'à tous mes besoings je reclame,</p> +<p>Que ma pauvre prière ayt lieu</p> +<p>Verz luy, de qui tiens corps et ame,</p> +<p>Qui m'a préservé de maint blasme</p> +<p>Et franchy de vile puissance.</p> +<p>Loué soit-il, et Nostre-Dame,</p> +<p>Et Loys, le bon roy de France!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>VIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Auquel doint Dieu l'heur de Jacob,</p> +<p>De Salomon l'honneur et gloire;</p> +<p>Quant de prouesse, il en a trop;</p> +<p>De force aussi, par m'ame, voire!</p> +<p>En ce monde-cy transitoire,</p> +<p>Tant qu'il a de long et de lé;</p> +<p>Affin que de luy soit memoire,</p> +<p>Vive autant que Mathusalé!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>IX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et douze beaulx enfans, tous masles,</p> +<p>Veoir, de son très cher sang royal,</p> +<p>Aussi preux que fut le grand Charles,</p> +<a name="p024"></a><span class="pagenum">P. 24</span> +<p>Conceuz en ventre nuptial,</p> +<p>Bons comme fut sainct Martial.</p> +<p>Ainsi en preigne au bon Dauphin;</p> +<p>Je ne luy souhaicte autre mal,</p> +<p>Et puys paradis à la fin.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>X.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pour ce que foible je me sens,</p> +<p>Trop plus de biens que de santé,</p> +<p>Tant que je suys en mon plain sens,</p> +<p>Si peu que Dieu m'en a presté,</p> +<p>Car d'autre ne l'ay emprunté,</p> +<p>J'ay ce Testament très estable</p> +<p>Faict, de dernière voulenté,</p> +<p>Seul pour tout et irrévocable:</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Escript l'ay l'an soixante et ung,</p> +<p>Que le bon roy me délivra</p> +<p>De la dure prison de Mehun,</p> +<p>Et que vie me recouvra,</p> +<p>Dont suys, tant que mon cueur vivra,</p> +<p>Tenu vers luy me humilier,</p> +<p>Ce que feray jusqu'il mourra:</p> +<p>Bienfaict ne se doibt oublier.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><i>Icy commence Villon à entrer en +matière</i></p> +<p><i>pleine d'erudition et de bon sçavoir.</i></p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Or est vray qu'après plaingtz et pleurs</p> +<p>et angoisseux gemissemens,</p> +<p>Après tristesses et douleurs,</p> +<a name="p025"></a><span class="pagenum">P. 25</span> +<p>Labeurs et griefz cheminemens,</p> +<p>Travail mes lubres sentemens,</p> +<p>Esguisez comme une pelote,</p> +<p>M'ouvrist plus que tous les Commens</p> +<p>D'Averroys sur Aristote.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Combien qu'au plus fort de mes maulx,</p> +<p>En cheminant sans croix ne pile,</p> +<p>Dieu, qui les Pellerins d'Esmaus</p> +<p>Conforta, ce dit l'Evangile,</p> +<p>Me montra une bonne ville</p> +<p>Et pourveut du don d'espérance;</p> +<p>Combien que le pecheur soit vile,</p> +<p>Riens ne hayt que persévérance.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je suys pécheur, je le sçay bien;</p> +<p>Pourtant Dieu ne veult pas ma mort,</p> +<p>Mais convertisse et vive en bien;</p> +<p>Mieulx tout autre que péché mord,</p> +<p>Soye vraye voulenté ou enhort,</p> +<p>Dieu voit, et sa miséricorde,</p> +<p>Se conscience me remord,</p> +<p>Par sa grace pardon m'accorde.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et, comme le noble Romant</p> +<p>De la Rose dit et confesse</p> +<p>En son premier commencement,</p> +<p>Qu'on doit jeune cueur, en jeunesse,</p> +<p>Quant on le voit vieil en vieillesse,</p> +<p>Excuser; helas! il dit voir.</p> +<p>Ceulx donc qui me font telle oppresse,</p> +<a name="p026"></a><span class="pagenum">P. 26</span> +<p>En meurté ne me vouldroient veoir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Se, pour ma mort, le bien publique</p> +<p>D'aucune chose vaulsist myeulx,</p> +<p>A mourir comme ung homme inique</p> +<p>Je me jugeasse, ainsi m'aid Dieux!</p> +<p>Grief ne faiz à jeune ne vieulx,</p> +<p>Soye sur pied ou soye en bière:</p> +<p>Les montz ne bougent de leurs lieux,</p> +<p>Pour un paouvre, n'avant, n'arrière.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Au temps que Alexandre regna,</p> +<p>Ung hom, nommé Diomedès,</p> +<p>Devant luy on luy amena,</p> +<p>Engrillonné poulces et detz</p> +<p>Comme ung larron; car il fut des</p> +<p>Escumeurs que voyons courir.</p> +<p>Si fut mys devant le cadès,</p> +<p>Pour estre jugé à mourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>L'empereur si l'arraisonna:</p> +<p>«Pourquoy es-tu larron de mer?»</p> +<p>L'autre, responce luy donna:</p> +<p>«Pourquoy larron me faiz nommer?</p> +<p>«Pour ce qu'on me voit escumer</p> +<p>«En une petiote fuste?</p> +<p>«Se comme toy me peusse armer,</p> +<p>«Comme toy empereur je fusse.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XIX.</p> +<a name="p027"></a><span class="pagenum">P. 27</span></div> +<div class="stanza"> +<p>«Mais que veux-tu! De ma fortune,</p> +<p>«Contre qui ne puis bonnement,</p> +<p>«Qui si durement m'infortune,</p> +<p>«Me vient tout ce gouvernement.</p> +<p>«Excuse-moy aucunement,</p> +<p>«Et sçaches qu'en grand pauvreté</p> +<p>«(Ce mot dit-on communément)</p> +<p>«Ne gist pas trop grand loyaulté.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><b>XX</b>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quand l'empereur eut remiré</p> +<p>De Diomedès tout le dict:</p> +<p>«Ta fortune je te mueray,</p> +<p>«Mauvaise en bonne!» ce luy dit.</p> +<p>Si fist-il. Onc puis ne mesprit</p> +<p>A personne, mais fut vray homme;</p> +<p>Valère, pour vray, le rescript,</p> +<p>Qui fut nommé <i>le grand</i> à Romme.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><b>XXI</b>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Se Dieu m'eust donné rencontrer</p> +<p>Ung autre piteux Alexandre,</p> +<p>Qui m'eust faict en bon heur entrer,</p> +<p>Et lors qui m'eust veu condescendre</p> +<p>A mal, estre ars et mys en cendre</p> +<p>Jugé me fusse de ma voix.</p> +<p>Nécessité faict gens mesprendre,</p> +<p>Et faim saillir le loup des boys.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><b>XXII</b>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je plaings le temps de ma jeunesse,</p> +<p>Ouquel j'ay plus qu'autre gallé,</p> +<p>Jusque à l'entrée de vieillesse,</p> +<a name="p028"></a><span class="pagenum">P. 28</span> +<p>Qui son partement m'a celé.</p> +<p>Il ne s'en est à pied allé,</p> +<p>N'a cheval; las! et comment donc?</p> +<p>Soudainement s'en est voilé,</p> +<p>Et ne m'a laissé quelque don.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><b>XXIII</b>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Allé s'en est, et je demeure,</p> +<p>Pauvre de sens et de sçavoir,</p> +<p>Triste, failly, plus noir que meure,</p> +<p>Qui n'ay ne cens, rente, n'avoir;</p> +<p>Des miens le moindre, je n'y voir,</p> +<p>De me desadvouer s'avance,</p> +<p>Oublyans naturel devoir,</p> +<p>Par faulte d'ung peu de chevance.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><b>XXIV</b>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si ne crains avoir despendu,</p> +<p>Par friander et par leschier;</p> +<p>Par trop aimer n'ay riens vendu,</p> +<p>Que nuls me puissent reprouchier.</p> +<p>Au moins qui leur couste trop cher.</p> +<p>Je le dys, et ne croys mesdire.</p> +<p>De ce ne me puis revencher:</p> +<p>Qui n'a méfiait ne le doit dire.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><b>XXV</b>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Est vérité que j'ay aymé</p> +<p>Et que aymeroye voulentiers;</p> +<p>Mais triste cueur, ventre affamé,</p> +<p>Qui n'est rassasié au tiers,</p> +<p>Me oste des amoureux sentiers.</p> +<p>Au fort, quelqu'un s'en recompense,</p> +<p>Qui est remply sur les chantiers,</p> +<a name="p029"></a><span class="pagenum">P. 29</span> +<p>Car de la panse vient la danse.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><b>XXVI</b>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Bien sçay se j'eusse estudié</p> +<p>Ou temps de ma jeunesse folle,</p> +<p>Et à bonnes meurs dedié,</p> +<p>J'eusse maison et couche molle!</p> +<p>Mais quoy? je fuyoye l'escolle,</p> +<p>Comme faict le mauvays enfant...</p> +<p>En escrivant ceste parolle,</p> +<p>A peu que le cueur ne me fend.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><b>XXVII</b>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Le dict du Saige est très beaulx dictz,</p> +<p>Favorable, et bien n'en puis mais,</p> +<p>Qui dit: «Esjoys-toy, mon filz,</p> +<p>A ton adolescence; mais</p> +<p>Ailleurs sers bien d'ung autre mectz,</p> +<p>Car jeunesse et adolescence</p> +<p>(C'est son parler, ne moins ne mais)</p> +<p>Ne sont qu'abbus et ignorance.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><b>XXVIII</b>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Mes jours s'en sont allez errant,</p> +<p>Comme, dit Job, d'une touaille</p> +<p>Sont les filetz, quant tisserant</p> +<p>Tient en son poing ardente paille:</p> +<p>Lors, s'il y a nul bout qui saille,</p> +<p>Soudainement il le ravit.</p> +<p>Si ne crains rien qui plus m'assaille,</p> +<p>Car à la mort tout assouvyst.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXIX.</p> +<a name="p030"></a><span class="pagenum">P. 30</span></div> +<div class="stanza"> +<p>Où sont les gratieux gallans</p> +<p>Que je suyvoye au temps jadis,</p> +<p>Si bien chantans, si bien parlans,</p> +<p>Si plaisans en faictz et en dictz?</p> +<p>Les aucuns sont mortz et roydiz;</p> +<p>D'eulx n'est-il plus rien maintenant.</p> +<p>Respit ils ayent en paradis,</p> +<p>Et Dieu saulve le remenant!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et les aucuns sont devenuz,</p> +<p>Dieu mercy! grans seigneurs et maistres,</p> +<p>Les autres mendient tous nudz,</p> +<p>Et pain ne voyent qu'aux fenestres;</p> +<p>Les autres sont entrez en cloistres;</p> +<p>De Celestins et de Chartreux,</p> +<p>Bottez, housez, com pescheurs d'oystres:</p> +<p>Voilà l'estat divers d'entre eulx.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Aux grans maistres Dieu doint bien faire</p> +<p>Vivans en paix et en requoy.</p> +<p>En eulx il n'y a que refaire;</p> +<p>Si s'en fait bon taire tout quoy.</p> +<p>Mais aux pauvres qui n'ont de quoy,</p> +<p>Comme moy, Dieu doint patience;</p> +<p>Aux aultres ne fault qui ne quoy,</p> +<p>Car assez ont pain et pitance.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Bons vins ont, souvent embrochez,</p> +<p>Saulces, brouetz et gros poissons;</p> +<p>Tartres, flans, oeufz fritz et pochez,</p> +<a name="p031"></a><span class="pagenum">P. 31</span> +<p>Perduz, et en toutes façons.</p> +<p>Pas ne ressemblent les maçons,</p> +<p>Que servir fault à si grand peine;</p> +<p>Ils ne veulent nulz eschançons,</p> +<p>Car de verser chascun se peine.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>En cest incident me suys mys,</p> +<p>Qui de rien ne sert à mon faict.</p> +<p>Je ne suys juge, ne commis,</p> +<p>Pour punyr n'absouldre meffaict.</p> +<p>De tous suys le plus imparfaict.</p> +<p>Loué soit le doulx Jésus-Christ!</p> +<p>Que par moy leur soit satisfaict!</p> +<p>Ce que j'ay escript est escript.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Laissons le monstier où il est;</p> +<p>Parlons de chose plus plaisante.</p> +<p>Ceste matière à tous ne plaist:</p> +<p>Ennuyeuse est et desplaisante.</p> +<p>Pauvreté, chagrine et dolente,</p> +<p>Tousjours despiteuse et rebelle,</p> +<p>Dit quelque parolle cuysante;</p> +<p>S'elle n'ose, si le pense-elle.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pauvre je suys de ma jeunesse,</p> +<p>De pauvre et de petite extrace.</p> +<p>Mon pere n'eut oncq grand richesse.</p> +<p>Ne son ayeul, nommé Erace.</p> +<p>Pauvreté tous nous suyt et trace.</p> +<p>Sur les tumbeaulx de mes ancestres,</p> +<p>Les ames desquelz Dieu embrasse,</p> +<a name="p032"></a><span class="pagenum">P. 32</span> +<p>On n'y voyt couronnes ne sceptres.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De pouvreté me guermentant,</p> +<p>Souventesfoys me dit le cueur:</p> +<p>«Homme, ne te doulouse tant</p> +<p>Et ne demaine tel douleur,</p> +<p>Se tu n'as tant qu'eust Jacques Cueur.</p> +<p>Myeulx vault vivre soubz gros bureaux</p> +<p>Pauvre, qu'avoir esté seigneur</p> +<p>Et pourrir soubz riches tumbeaux!»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Qu'avoir esté seigneur!... Que dys?</p> +<p>Seigneur, lasse! ne l'est-il mais!</p> +<p>Selon ce que d'aulcun en dict,</p> +<p>Son lieu ne congnoistra jamais.</p> +<p>Quant du surplus, je m'en desmectz.</p> +<p>Il n'appartient à moy, pécheur;</p> +<p>Aux théologiens le remectz,</p> +<p>Car c'est office de prescheur.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si ne suys, bien le considère,</p> +<p>Filz d'ange, portant dyadème</p> +<p>D'etoille ne d'autre sydère.</p> +<p>Mon père est mort, Dieu en ayt l'ame,</p> +<p>Quant est du corps, il gyst soubz lame...</p> +<p>J'entends que ma mère mourra,</p> +<p>Et le sçait bien, la pauvre femme;</p> +<p>Et le filz pas ne demourra.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXIX.</p> +<a name="p033"></a><span class="pagenum">P. 33</span></div> +<div class="stanza"> +<p>Je congnoys que pauvres et riches,</p> +<p>Sages et folz, prebstres et laiz,</p> +<p>Noble et vilain, larges et chiches,</p> +<p>Petitz et grans, et beaulx et laidz,</p> +<p>Dames à rebrassez colletz,</p> +<p>De quelconque condicion,</p> +<p>Portant attours et bourreletz,</p> +<p>Mort saisit sans exception.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et mourut Paris et Hélène.</p> +<p>Quiconques meurt, meurt à douleur.</p> +<p>Celluy qui perd vent et alaine,</p> +<p>Son fiel se crève sur son cueur,</p> +<p>Puys sue Dieu sçait quelle sueur!</p> +<p>Et n'est qui de ses maulx l'allège:</p> +<p>Car enfans n'a, frère ne soeur,</p> +<p>Qui lors voulsist estre son pleige.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XLI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>La mort le faict frémir, pallir,</p> +<p>Le nez courber, les veines tendre,</p> +<p>Le col enfler, la chair mollir,</p> +<p>Joinctes et nerfs croistre et estendre.</p> +<p>Corps féminin, qui tant est tendre,</p> +<p>Polly, souef, si precieulx,</p> +<p>Te faudra-il ces maulx attendre?</p> +<p>Ouy, ou tout vif aller ès cieulx.</p> +<a name="p034"></a><span class="pagenum">P. 34</span></div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +<p>DES DAMES DU TEMPS JADIS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Dictes-moy où, n'en quel pays,</p> +<p>Est Flora, la belle Romaine;</p> +<p>Archipiada, ne Thaïs,</p> +<p>Qui fut sa cousine germaine;</p> +<p>Echo, parlant quand bruyt on maine</p> +<p>Dessus rivière ou sus estan,</p> +<p>Qui beauté eut trop plus qu'humaine?</p> +<p>Mais où sont les neiges d'antan!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Où est la très sage Heloïs,</p> +<p>Pour qui fut chastré et puis moyne</p> +<p>Pierre Esbaillart à Sainct-Denys?</p> +<p>Pour son amour eut cest essoyne.</p> +<p>Semblablement, où est la royne</p> +<p>Qui commanda que Buridan</p> +<p>Fust jetté en ung sac en Seine?</p> +<p>Mais où sont les neiges d'antan!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>La royne Blanche comme ung lys,</p> +<p>Qui chantoit à voix de sereine;</p> +<p>Berthe au grand pied, Bietris, Allys;</p> +<p>Harembourges, qui tint le Mayne,</p> +<p>Et Jehanne, la bonne Lorraine,</p> +<p>Qu'Anglois bruslèrent à Rouen;</p> +<p>Où sont-ilz, Vierge souveraine?...</p> +<p>Mais où sont les neiges d'antan!</p> +<a name="p035"></a><span class="pagenum">P. 35</span></div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, n'enquerez de sepmaine</p> +<p>Où elles sont, ne de cest an,</p> +<p>Que ce refrain ne vous remaine:</p> +<p>Mais où sont les neiges d'antan!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +<p>DES SEIGNEURS DU TEMPS JADIS</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Suyvant le propos précèdent.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Qui plus? Où est le tiers Calixte,</p> +<p>Dernier decedé de ce nom,</p> +<p>Qui quatre ans tint le Papaliste?</p> +<p>Alphonse, le roy d'Aragon,</p> +<p>Le gracieux duc de Bourbon,</p> +<p>Et Artus, le duc de Bretaigne,</p> +<p>Et Charles septiesme, le Bon?...</p> +<p>Mais où est le preux Charlemaigne!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Semblablement, le roy Scotiste,</p> +<p>Qui demy-face eut, ce dit-on,</p> +<p>Vermeille comme une amathiste</p> +<p>Depuys le front jusqu'au menton?</p> +<p>Le roy de Chypre, de renom;</p> +<p>Hélas! et le bon roy d'Espaigne,</p> +<p>Duquel je ne sçay pas le nom?...</p> +<p>Mais où est le preux Charlemaigne!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>D'en plus parler je me désiste;</p> +<a name="p036"></a><span class="pagenum">P. 36</span> +<p>Ce n'est que toute abusion.</p> +<p>Il n'est qui contre mort résiste,</p> +<p>Ne qui treuve provision.</p> +<p>Encor fais une question:</p> +<p>Lancelot, le roy de Behaigne,</p> +<p>Où est-il? Où est son tayon?...</p> +<p>Mais où est le preux Charlemaigne!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Où est Claquin, le bon Breton?</p> +<p>Où le comte Daulphin d'Auvergne,</p> +<p>Et le bon feu duc d'Alençon?...</p> +<p>Mais où est le preux Charlemaigne!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>A ce propos, en vieil françois.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Mais où sont ly sainctz apostoles,</p> +<p>D'aulbes vestuz, d'amys coeffez,</p> +<p>Qui sont ceincts de sainctes estoles,</p> +<p>Dont par le col prent ly mauffez,</p> +<p>De maltalent tout eschauffez?</p> +<p>Aussi bien meurt tilz que servans;</p> +<p>De ceste vie sont bouffez:</p> +<p>Autant en emporte ly vens.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Voire, où sont de Constantinobles</p> +<p>L'emperier aux poings dorez,</p> +<p>Ou de France ly roy tresnobles,</p> +<p>Sur tous autres roys décorez.</p> +<p>Qui, pour ly grand Dieux adorez,</p> +<a name="p037"></a><span class="pagenum">P. 37</span> +<p>Bastist eglises et convens?</p> +<p>S'en son temps il fut honorez,</p> +<p>Autant en emporte ly vens.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Où sont de Vienne et de Grenobles</p> +<p>Ly Daulphin, ly preux, ly senez?</p> +<p>Où, de Dijon, Sallins et Dolles,</p> +<p>Ly sires et ly filz aisnez?</p> +<p>Où autant de leurs gens privez,</p> +<p>Heraulx, trompettes, poursuyvans?</p> +<p>Ont-ilz bien bouté soubz le nez?...</p> +<p>Autant en emporte ly vens.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Princes à mort sont destinez,</p> +<p>Et tous autres qui sont vivans;</p> +<p>S'ils en sont coursez ou tennez,</p> +<p>Autant en emporte ly vens.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XLII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Puys que papes, roys, filz de roys,</p> +<p>Et conceuz en ventres de roynes,</p> +<p>Sont enseveliz, mortz et froidz,</p> +<p>En aultruy mains passent leurs resnes;</p> +<p>Moy, pauvre mercerot de Renes,</p> +<p>Mourray-je pas? Ouy, se Dieu plaist;</p> +<p>Mais que j'aye faict mes estrenes,</p> +<p>Honneste mort ne me desplaist.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XLIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ce monde n'est perpetuel,</p> +<p>Quoy que pense riche pillart;</p> +<p>Tous sommes soubz coutel mortel.</p> +<p>Ce confort prent pauvre vieillart,</p> +<a name="p038"></a><span class="pagenum">P. 38</span> +<p>Lequel d'estre plaisant raillart</p> +<p>Eut le bruyt, lorsque jeune estoit,</p> +<p>Qu'on tiendrait à fol et paillait,</p> +<p>Se, vieil, à railler se mettoit.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XLIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Or luy convient-il mendier,</p> +<p>Car à ce force le contraint.</p> +<p>Regrette huy sa mort, et hier;</p> +<p>Tristesse son cueur si estrainct,</p> +<p>Souvent, se n'estoit Dieu qu'il crainct,</p> +<p>Il feroit un horrible faict.</p> +<p>Si advient qu'en ce Dieu enfrainct,</p> +<p>Et que luy-mesmes se deffaict.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XLV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Car, s'en jeunesse il fut plaisant,</p> +<p>Ores plus rien ne dit qui plaise.</p> +<p>Tousjours vieil synge est desplaisant:</p> +<p>Moue ne faict qui ne desplaise.</p> +<p>S'il se taist, affin qu'il complaise,</p> +<p>Il est tenu pour fol recreu;</p> +<p>S'il parle, on luy dit qu'il se taise.</p> +<p>Et qu'en son prunier n'a pas creu.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XLVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Aussi, ces pauvres femmelettes,</p> +<p>Qui vieilles sont et n'ont de quoy,</p> +<p>Quand voyent jeunes pucellettes</p> +<p>En admenez et en requoy,</p> +<p>Lors demandent à Dieu pourquoy</p> +<p>Si tost nasquirent, n'a quel droit?</p> +<p>Notre Seigneur s'en taist tout coy,</p> +<p>Car, au tanser, il le perdroit.</p> +<a name="p039"></a><span class="pagenum">P. 39</span></div> +<div class="stanza"> +<p>LES REGRETS</p> +<p>DE LA BELLE HEAULMIÈRE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Jà parvenue à vieillesse.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Advis m'est que j'oy regretter</p> +<p>La belle qui fut heaulmière,</p> +<p>Soy jeune fille souhaitter</p> +<p>Et parler en ceste manière:</p> +<p>«Ha! vieillesse felonne et fière,</p> +<p>Pourquoy m'as si tost abatue?</p> +<p>Qui me tient que je ne me fière,</p> +<p>Et qu'à ce coup je ne me tue?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Tollu m'as ma haulte franchise</p> +<p>Que beauté m'avoit ordonné</p> +<p>Sur clercz, marchans et gens d'Eglise:</p> +<p>Car alors n'estoit homme né</p> +<p>Qui tout le sien ne m'eust donné,</p> +<p>Quoy qu'il en fust des repentailles,</p> +<p>Mais que luy eusse abandonné</p> +<p>Ce que reffusent truandailles.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«A maint homme l'ay reffusé,</p> +<p>Qui n'estoit à moy grand saigesse,</p> +<p>Pour l'amour d'ung garson rusé,</p> +<p>Auquel j'en feiz grande largesse.</p> +<p>A qui que je feisse finesse,</p> +<p>Par m'ame, je l'amoye bien!</p> +<p>Or ne me faisoit que rudesse,</p> +<p>Et ne m'amoyt que pour le mien.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Jà ne me sceut tant detrayner,</p> +<a name="p040"></a><span class="pagenum">P. 40</span> +<p>Fouller au piedz, que ne l'aymasse,</p> +<p>Et m'eust-il faict les rains trayner,</p> +<p>S'il m'eust dit que je le baisasse</p> +<p>Et que tous mes maux oubliasse;</p> +<p>Le glouton, de mal entaché,</p> +<p>M'embrassoit... J'en suis bien plus grasse!</p> +<p>Que m'en reste-il? Honte et péché.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Or il est mort, passé trente ans,</p> +<p>Et je remains vieille et chenue.</p> +<p>Quand je pense, lasse! au bon temps,</p> +<p>Quelle fus, quelle devenue;</p> +<p>Quand me regarde toute nue,</p> +<p>Et je me voy si très-changée,</p> +<p>Pauvre, seiche, maigre, menue,</p> +<p>Je suis presque toute enragée.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Qu'est devenu ce front poly,</p> +<p>Ces cheveulx blonds, sourcilz voultyz,</p> +<p>Grand entr'oeil, le regard joly,</p> +<p>Dont prenoye les plus subtilz;</p> +<p>Ce beau nez droit, grand ne petiz;</p> +<p>Ces petites joinctes oreilles,</p> +<p>Menton fourchu, cler vis traictis,</p> +<p>Et ces belles lèvres vermeilles?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Ces gentes espaules menues,</p> +<p>Ces bras longs et ces mains tretisses;</p> +<p>Petitz tetins, hanches charnues,</p> +<p>Eslevées, propres, faictisses</p> +<p>A tenir amoureuses lysses;</p> +<p>Ces larges reins, ce sadinet,</p> +<p>Assis sur grosses fermes cuysses,</p> +<a name="p041"></a><span class="pagenum">P. 41</span> +<p>Dedans son joly jardinet?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Le front ridé, les cheveulx gris,</p> +<p>Les sourcilz cheuz, les yeulx estainctz,</p> +<p>Qui faisoient regars et ris,</p> +<p>Dont maintz marchans furent attaincts;</p> +<p>Nez courbé, de beaulté loingtains;</p> +<p>Oreilles pendans et moussues;</p> +<p>Le vis pally, mort et destaincts;</p> +<p>Menton foncé, lèvres peaussues:</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«C'est d'humaine beauté l'yssues!</p> +<p>Les bras courts et les mains contraictes,</p> +<p>Les espaulles toutes bossues;</p> +<p>Mammelles, quoy! toutes retraictes;</p> +<p>Telles les hanches que les tettes.</p> +<p>Du sadinet, fy! Quant des cuysses,</p> +<p>Cuysses ne sont plus, mais cuyssettes</p> +<p>Grivelées comme saulcisses.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Ainsi le bon temps regretons</p> +<p>Entre nous, pauvres vieilles sottes,</p> +<p>Assises bas, à croppetons,</p> +<p>Tout en ung tas comme pelottes,</p> +<p>A petit feu de chenevottes,</p> +<p>Tost allumées, tost estainctes;</p> +<p>Et jadis fusmes si mignottes!...</p> +<p>Ainsi en prend à maintz et maintes.»</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p042"></a><span class="pagenum">P. +42</span> +<p>BALLADE DE LA BELLE HEAULMIÈRE</p> +<p>AUX FILLES DE JOIE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Or y pensez, belle Gantière,</p> +<p>Qui m'escolière souliez estre,</p> +<p>Et vous, Blanche la Savetière,</p> +<p>Ores est temps de vous congnoistre.</p> +<p>Prenez à dextre et à senestre;</p> +<p>N'espargnez homme, je vous prie:</p> +<p>Car vieilles n'ont ne cours ne estre,</p> +<p>Ne que monnoye qu'on descrie.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Et vous, la gente Saulcissière,</p> +<p>Qui de dancer estes adextre;</p> +<p>Guillemette la Tapissière,</p> +<p>Ne mesprenez vers vostre maistre;</p> +<p>Tous vous fauldra clorre fenestre,</p> +<p>Quand deviendrez vieille, flestrie;</p> +<p>Plus ne servirez qu'un vieil prebstre,</p> +<p>Ne que monnoye qu'on descrie.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Jehanneton la Chaperonnière,</p> +<p>Gardez qu'ennuy ne vous empestre;</p> +<p>Katherine la Bouchière,</p> +<p>N'envoyez plus les hommes paistre:</p> +<p>Car qui belle n'est, ne perpetre</p> +<p>Leur bonne grace, mais leur rie.</p> +<p>Laide vieillesse amour n'impetre,</p> +<p>Ne que monnoye qu'on descrie.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Filles, veuillez vous entremettre</p> +<p>D'escouter pourquoy pleure et crie</p> +<a name="p043"></a><span class="pagenum">P. 43</span> +<p>C'est que ne puys remède y mettre,</p> +<p>Ne que monnoye qu'on descrie.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XLVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ceste leçon icy leur baille</p> +<p>La belle et bonne de jadis;</p> +<p>Bien dit ou mal, vaille que vaille,</p> +<p>Enregistrer j'ay faict ces ditz</p> +<p>Par mon clerc Fremin l'estourdys,</p> +<p>Aussi rassis que je pense estre...</p> +<p>S'il me desment, je le mauldys:</p> +<p>Selon le clerc est deu le maistre.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XLVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si apercoy le grand danger</p> +<p>Là où l'homme amoureux se boute...</p> +<p>Hé! qui me vouldroit laidanger</p> +<p>De ce mot, en disant: «Escoute!</p> +<p>Se d'aymer t'estrange et reboute</p> +<p>Le barat de celles nommées,</p> +<p>Tu fais une bien folle doubte,</p> +<p>Car ce sont femmes diffamées.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XLIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«S'ils n'ayment fors que pour l'argent,</p> +<p>On ne les ayme que pour l'heure.</p> +<p>Rondement ayment toute gent,</p> +<p>Et rient lors quant bourse pleure.</p> +<p>De celles n'est qui ne recoeuvre;</p> +<p>Mais en femmes d'honneur et nom</p> +<p>Franc homme, se Dieu me sequeure,</p> +<p>Se doit employer; ailleurs, non.»</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p044"></a><span class="pagenum">P. +44</span> +<p>L.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je prens qu'aucun dye cecy,</p> +<p>Si ne me contente-il en rien.</p> +<p>En effect, je concludz ainsy,</p> +<p>Et sy le cuyde entendre bien,</p> +<p>Qu'on doit aymer en lieu de bien.</p> +<p>Asçavoir-mon se ces fillettes,</p> +<p>Qu'en parolles toute jour tien,</p> +<p>Ne furent pas femmes honnestes?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Honnestes, si furent vrayement,</p> +<p>Sans avoir reproches ne blasmes.</p> +<p>S'il est vray que, au commencement,</p> +<p>Une chascune de ces femmes</p> +<p>Lors prindrent, ains qu'eussent diffames,</p> +<p>L'une ung clerc, ung lay, l'autre ung moine,</p> +<p>Pour estaindre d'amours les flammes,</p> +<p>Plus chauldes que feu Sainct-Antoine.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Or firent selon le decret</p> +<p>Leurs amys, et bien y appert;</p> +<p>Elles aymoient en lieu secret,</p> +<p>Car autre qu'eulx n'y avoit part.</p> +<p>Toutesfois, ceste amour se part:</p> +<p>Car celle qui n'en avoit qu'un</p> +<p>D'icelluy s'eslongne et despart,</p> +<p>Et ayme myeulx aymer chascun.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Qui les meut à ce? J'imagine,</p> +<p>Sans l'honneur des dames blasmer</p> +<a name="p045"></a><span class="pagenum">P. 45</span> +<p>Que c'est nature feminine,</p> +<p>Qui tout vivement veult aymer.</p> +<p>Autre chose n'y sçay rymer;</p> +<p>Fors qu'on dit, à Reims et à Troys,</p> +<p>Voire à l'Isle et à Sainct-Omer,</p> +<p>Que six ouvriers font plus que troys.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Or ont les folz amans le bond,</p> +<p>Et les dames prins la vollée;</p> +<p>C'est le droit loyer qu'amours ont;</p> +<p>Toute foy y est violée,</p> +<p>Quelque doulx baiser n'acollée.</p> +<p>De chiens, d'oyseaulx, d'armes, d'amours,</p> +<p>Chascun le dit à la vollée:</p> +<p>«Pour ung plaisir mille doulours.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>DOUBLE BALLADE</p> +<p>SUR LE MÊME PROPOS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pour ce, aymez tant que vouldrez,</p> +<p>Suyvez assemblées et festes,</p> +<p>En la fin jà mieulx n'en vauldrez,</p> +<p>Et sy n'y romprez que vos testes:</p> +<p>Folles amours font les gens bestes:</p> +<p>Salmon en idolatrya;</p> +<p>Samson en perdit ses lunettes...</p> +<p>Bien heureux est qui rien n'y a!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Orpheus, le doux menestrier,</p> +<p>Jouant de flustes et musettes,</p> +<a name="p046"></a><span class="pagenum">P. 46</span> +<p>En fut en dangier du meurtrier</p> +<p>Bon chien Cerberus à troys testes;</p> +<p>Et Narcissus, <i>le bel honnestes</i>,</p> +<p>En ung profond puys se noya,</p> +<p>Pour l'amour de ses amourettes...</p> +<p>Bien heureux est qui rien n'y a!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Sardana, le preux chevalier,</p> +<p>Qui conquist le regne de Crètes,</p> +<p>En voult devenir moulier</p> +<p>Et filer entre pucellettes.</p> +<p>David ly roy, saige prophètes,</p> +<p>Craincte de Dieu en oublya,</p> +<p>Voyant laver cuisses bien faictes...</p> +<p>Bien heureux est qui rien n'y a!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ammon en voult deshonnorer,</p> +<p>Feignant de manger tartelettes,</p> +<p>Sa soeur Thamar, et deflorer,</p> +<p>Qui fist choses moult deshonnestes;</p> +<p>Herodes (pas ne sont sornettes)</p> +<p>Sainct Jean-Baptiste en décolla,</p> +<p>Pour dances, saultz et chansonnettes...</p> +<p>Bien heureux est qui rien n'y a!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De moy, pauvre, je veuil parler;</p> +<p>J'en fuz batu, comme à ru telles,</p> +<p>Tout nud, jà ne le quiers celer.</p> +<p>Qui me feit mascher ces groiselles,</p> +<p>Fors Katherine de Vauselles?</p> +<p>Noé le tiers ot, qui fut là.</p> +<p>Mitaines à ces nopces telles,</p> +<p>Bien heureux est qui rien n'y a!</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p047"></a><span class="pagenum">P. +47</span> +<p>Mais que ce jeune bachelier</p> +<p>Laissast ces jeunes bachelettes,</p> +<p>Non! et, le deust-on vif brusler,</p> +<p>Comme ung chevaucheur d'escovettes.</p> +<p>Plus doulces luy sont que civettes;</p> +<p>Mais toutesfoys fol s'y fia:</p> +<p>Soient blanches, soient brunettes,</p> +<p>Bien heureux est qui rien n'y a!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si celle que jadis servoye</p> +<p>De si bon cueur et loyaument,</p> +<p>Dont tant de maulx et griefz j'avoye,</p> +<p>Et souffroye tant de torment,</p> +<p>Se dit m'eust, au commencement,</p> +<p>Sa voulenté (mais nenny, las!),</p> +<p>J'eusse mys peine aucunement,</p> +<p>De moy retraire de ses las.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quoy que je luy voulsisse dire,</p> +<p>Elle estoit preste d'escouter,</p> +<p>Sans m'accorder ne contredire;</p> +<p>Qui plus, me souffroit arrester,</p> +<p>Joignant elle près s'accouter;</p> +<p>Et ainsi m'alloit amusant,</p> +<p>Et me souffroit tout racompter,</p> +<p>Mais ce n'estoit qu'en m'abusant.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Abusé m'a, et faict entendre</p> +<p>Tousjours d'ung que ce fust ung aultre;</p> +<p>De farine, que ce fust cendre;</p> +<a name="p048"></a><span class="pagenum">P. 48</span> +<p>D'ung mortier, ung chapeau de feautre;</p> +<p>De viel machefer, que fust peaultre;</p> +<p>D'ambesas, que ce fussent ternes...</p> +<p>Toujours trompant ou moy ou aultre,</p> +<p>Et vendoit vessies pour lanternes.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Du ciel, une poisle d'arain;</p> +<p>Des nues, une peau de veau;</p> +<p>Du matin, qu'estoit le serain;</p> +<p>D'un trongnon de chou, ung naveau;</p> +<p>D'orde cervoise, vin nouveau;</p> +<p>D'une truie, ung molin à vent;</p> +<p>Et d'une hart, ung escheveau;</p> +<p>D'un gras abbé, ung poursuyvant.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ainsi m'ont amours abusé,</p> +<p>Et pourmené de l'uys au pesle.</p> +<p>Je croy qu'homme n'est si rusé,</p> +<p>Fust fin comme argent de crepelle,</p> +<p>Qui n'y laissast linge et drapelle,</p> +<p>Mais qu'il fust ainsi manyé</p> +<p>Comme moy, qui partout m'appelle:</p> +<p><i>L'Amant remys et renyé</i>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je renye Amours et despite;</p> +<p>Je deffie à feu et à sang.</p> +<p>Mort par elles me precipite,</p> +<p>Et si ne leur vault pas d'ung blanc.</p> +<p>Ma vielle ay mys soubz le banc;</p> +<p>Amans je ne suyvray jamais;</p> +<p>Se jadis je fuz de leur ranc,</p> +<p>Je declaire que n'en suys mais.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p049"></a><span class="pagenum">P. +49</span> +<p>LXI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Car j'ay mys le plumail au vent:</p> +<p>Or le suyve qui a attente;</p> +<p>De ce me tays dorenevant.</p> +<p>Poursuyvre je vueil mon entente,</p> +<p>Et, s'aucun m'interroge ou tente</p> +<p>Comment d'amours ose mesdire,</p> +<p>Geste parolle les contente:</p> +<p>«Qui meurt a ses loix de tout dire.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je cognoys approcher ma soef;</p> +<p>Je crache, blanc comme cotton,</p> +<p>Jacobins gros comme ung estoeuf:</p> +<p>Qu'est-ce à dire? que Jenanneton</p> +<p>Plus ne me tient pour valeton,</p> +<p>Mais pour ung vieil usé régnait...</p> +<p>De vieil porte voix et le ton,</p> +<p>Et ne suys qu'ung jeune coquart.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Dieu mercy et Jaques Thibault,</p> +<p>Qui tant d'eau froide m'a faict boyre,</p> +<p>En ung bas lieu, non pas en hault;</p> +<p>Manger d'angoisse mainte poire;</p> +<p>Enferré... Quand j'en ay mémoire,</p> +<p>Je pry pour luy et <i>reliqua</i>,</p> +<p>Que Dieu luy doint... et voire, voire,</p> +<p>Ce que je pense... <i>et cetera</i>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Toutesfoys, je n'y pense mal,</p> +<p>Pour luy et pour son lieutenant;</p> +<a name="p050"></a><span class="pagenum">P. 50</span> +<p>Aussy pour son official,</p> +<p>Qui est plaisant et advenant,</p> +<p>Que faire n'ay du remenant;</p> +<p>Mais du petit maistre Robert?...</p> +<p>Je les ayme, tout d'ung tenant,</p> +<p>Ainsi que faict Dieu le Lombart.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si me souvient, à mon advis,</p> +<p>Que je feis, à mon partement,</p> +<p>Certains lays, l'an cinquante six,</p> +<p>Qu'aucuns, sans mon consentement,</p> +<p>Voulurent nommer <i>Testament</i>;</p> +<p>Leur plaisir fut, et non le mien:</p> +<p>Mais quoy! on dit communement,</p> +<p>Qu'un chascun n'est maistre du sien.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>S'ainsi estoit qu'aulcun n'eust pas</p> +<p>Receu les lays que je luy mande,</p> +<p>J'ordonne que, après mon trespas,</p> +<p>A mes hoirs en face demande;</p> +<p>Qui sont-ilz? si on le demande:</p> +<p>Moreau, Provins, Robin Turgis;</p> +<p>De moy, par dictez que leur mande,</p> +<p>Ont eu jusqu'au lict où je gys.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pour le révoquer ne le dy,</p> +<p>Et y courust toute ma terre;</p> +<p>De pitié en suys refroidy,</p> +<p>Envers le bastard de la Barre:</p> +<p>Parmy ses trois gluvons de foerre,</p> +<p>Je luy donne mes vieilles nattes;</p> +<a name="p051"></a><span class="pagenum">P. 51</span> +<p>Bonnes seront pour tenir serre,</p> +<p>Et soy soustenir sur ses pattes.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Somme, plus ne diray qu'ung mot,</p> +<p>Car commencer veuil à tester:</p> +<p>Devant mon clerc Fremin, qui m'ot</p> +<p>(S'il ne dort), je vueil protester,</p> +<p>Que n'entends homme detester,</p> +<p>En ceste presente ordonnance;</p> +<p>Et ne la vueil manifester</p> +<p>Sinon au royaulme de France.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je sens mon cueur qui s'affoiblist,</p> +<p>Et plus je ne puys papier.</p> +<p>Fremin, siez-toy près de mon lict,</p> +<p>Que l'on ne me viengne espier!</p> +<p>Prens tost encre, plume et papier,</p> +<p>Ce que nomme escryz vistement;</p> +<p>Puys fais-le partout copier,</p> +<p>Et vecy le commancement.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><i>Ici commance Villon à tester</i>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Au nom de Dieu, Père eternel.</p> +<p>Et du Filz que Vierge parit,</p> +<p>Dieu au Père oeternel,</p> +<p>Ensemble et du Sainct Esperit,</p> +<p>Qui saulva ce qu'Adam périt,</p> +<p>Et du pery pare les Cieulx...</p> +<a name="p052"></a><span class="pagenum">P. 52</span> +<p>Qui bien ce croyt, peu ne merit:</p> +<p>De gens mortz se font petiz Dieux.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Mortz estoient, et corps et ames,</p> +<p>En damnée perdition;</p> +<p>Corps pourriz, et ames en flammes,</p> +<p>De quelconque condition;</p> +<p>Toutesfoys, fais exception</p> +<p>Des patriarches et prophètes;</p> +<p>Car, selon ma conception,</p> +<p>Oncques grand chault n'eurent aux fesses.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Qui me diroit: «Qui te faict mectre</p> +<p>Si très-avant ceste parolle,</p> +<p>Qui n'es en Théologie maistre?</p> +<p>A toy est presumption folle.»</p> +<p>—C'est de JESUS la parabolle,</p> +<p>Touchant le Riche ensevely</p> +<p>En feu, non pas en couche molle,</p> +<p>Et du Ladre, de dessus ly.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si du Ladre eust veu le doy ardre,</p> +<p>Jà n'en eust requis refrigère,</p> +<p>N'au bout d'icelluy doiz aherdre,</p> +<p>Pour refreschir sa maschouëre.</p> +<p>Pions y feront mate chère,</p> +<p>Qui boy vent pourpoinct et chemise:</p> +<p>Puys que boyture y est si chère,</p> +<p>Dieu nous garde de la main mise!</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p053"></a><span class="pagenum">P. +53</span> +<p>LXXIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ou nom de Dieu, comme j'ay dit,</p> +<p>Et de sa glorieuse Mère,</p> +<p>Sans peché soit parfaict ce dict</p> +<p>Par moy, plus maigre que chimere;</p> +<p>Si je n'ay eu fièvre effimère,</p> +<p>Ce m'a faict divine clémence;</p> +<p>Mais d'autre dueil et perte amère</p> +<p>Je me tays, et ainsi commence:</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Premier, je donne ma pauvre ame</p> +<p>A la benoiste Trinité,</p> +<p>Et la commande à Nostre Dame,</p> +<p>Chambre de la divinité;</p> +<p>Priant toute la charité</p> +<p>Des dignes neuf Ordres des cieulx,</p> +<p>Que par eulx soit ce don porté</p> +<p>Devant le Trosne précieux.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, mon corps j'ordonne et laisse</p> +<p>A nostre grand mère la terre;</p> +<p>Les vers n'y trouveront grand gresse:</p> +<p>Trop lui a faict faim dure guerre.</p> +<p>Or luy soit délivré grand erre;</p> +<p>De terre vint, en terre tourne.</p> +<p>Toute chose, se par trop n'erre,</p> +<p>voulentiers en son lieu retourne.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, et à mon plus que père,</p> +<p>Maistre Guillaume de Villon</p> +<a name="p054"></a><span class="pagenum">P. 54</span> +<p>Qui m'a esté plus doulx que mère</p> +<p>D'enfant eslevé de maillon;</p> +<p>Dejetté m'a de maint boillon,</p> +<p>Et de cestuy pas ne s'esjoye,</p> +<p>Si luy requiers à genoillon,</p> +<p>Qu'il m'en laisse toute la joye.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je luy donne ma librairie,</p> +<p>Et le <i>Rommant du Pet au Diable</i>,</p> +<p>Lequel maistre Gui Tabarie</p> +<p>Grossoya, qu'est hom véritable.</p> +<p>Par cayers est soubz une table.</p> +<p>Combien qu'il soit rudement faict,</p> +<p>La matière est si très notable,</p> +<p>Qu'elle amende tout le meffaict.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, donne à ma bonne mère</p> +<p>Pour saluer nostre Maistresse,</p> +<p>Qui pour moy eut douleur amère,</p> +<p>Dieu le sçait, et mainte tristesse;</p> +<p>Autre chastel ou fosteresse</p> +<p>N'ay où retraire corps et ame,</p> +<p>Quand sur moy court male destresse,</p> +<p>Ne ma mère, la povre femme!</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p055"></a><span class="pagenum">P. +55</span> +<p>BALLADE</p> +<p>QUE VILLON FEIT A LA REQUESTE DE SA MÈRE,</p> +<p>POUR PRIER NOSTRE-DAME.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Dame du ciel, régente terrienne,</p> +<p>Emperière des infernaulx palux,</p> +<p>Recevez-moy, vostre humble chrestienne,</p> +<p>Que comprinse soye entre voz esleuz,</p> +<p>Ce non obstant qu'oncques rien ne valuz.</p> +<p>Les biens de vous, ma dame et ma maistresse,</p> +<p>Sont trop plus grans que ne suis pecheresse,</p> +<p>Sans lesquelz biens ame ne peult merir</p> +<p>N'avoir les cieulx, je n'en suis jengleresse.</p> +<p>En ceste foy je vueil vivre et mourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>A vostre Filz dictes que je suis sienne;</p> +<p>Que de luy soyent mes péchez aboluz:</p> +<p>Pardonnés moi comme à l'Egyptienne,</p> +<p>Ou comme il feit au clerc Theophilus,</p> +<p>Lequel par vous fut quitte et absoluz,</p> +<p>Combien qu'il eust au diable faict promesse.</p> +<p>Preservez-moy, que je ne face cesse;</p> +<p>Vierge, pourtant, me vouilliés impartir</p> +<p>Le sacrement qu'on celebre à la messe.</p> +<p>En ceste foy je vueil vivre et mourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Femme je suis povrette et ancienne,</p> +<p>Ne riens ne sçay; oncques lettre ne leuz;</p> +<p>Au monstier voy dont suis parroissienne</p> +<p>Paradis painct, où sont harpes et luz,</p> +<a name="p056"></a><span class="pagenum">P. 56</span> +<p>Et ung enfer où damnez sont boulluz:</p> +<p>L'ung me faict paour, l'autre joye et liesse.</p> +<p>La joye avoir fais-moy, haulte Deesse,</p> +<p>A qui pecheurs doivent tous recourir,</p> +<p>Comblez de foy, sans faincte ne paresse.</p> +<p>En ceste foy je vueil vivre et mourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Vous portastes, Vierge, digne princesse,</p> +<p>JESUS régnant, qui n'a ne fin ne cesse.</p> +<p>Le Tout-Puissant, prenant nostre foiblesse,</p> +<p>Laissa les cieulx et nous vint secourir;</p> +<p>Offrist à mort sa très clère +jeunesse;</p> +<p>Nostre Seigneur tel est, tel le confesse.</p> +<p>En ceste foy je vueil vivre et mourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, m'amour, ma chère Rosé,</p> +<p>Ne luy laisse ne cueur ne foye:</p> +<p>Elle aymeroit mieulx autre chose,</p> +<p>Combien qu'elle ait assez monnoye:</p> +<p>Quoy? une grand bourse de soye,</p> +<p>Pleine d'escuz, profonde et large:</p> +<p>Mais pendu soit-il, que je soye,</p> +<p>Qui luy lairra escu ne targe.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXXI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Car elle en a, sans moy, assez.</p> +<p>Mais de cela il ne m'en chault;</p> +<p>Mes grans deduictz en sont passez;</p> +<p>Plus n'en ay le cropion chauld.</p> +<a name="p057"></a><span class="pagenum">P. 57</span> +<p>Si m'en desmetz aux hoirs Michault,</p> +<p>Qui fut nommé le bon fouterre.</p> +<p>Priez pour luy, faictes ung sault:</p> +<p>A Saint-Satur gist, soubz Sancerre.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXXII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ce non obstant, pour m'acquitter</p> +<p>Envers Amours, plus qu'envers elle,</p> +<p>Car oncques n'y peuz acquester</p> +<p>D'amours une seule estincelle;</p> +<p>Ne sçay s'à tous est si rebelle</p> +<p>Qu'à moy: ce ne m'est grand esmoy;</p> +<p>Mais, par saincte Marie la belle!</p> +<p>Je n'y voy que rire pour moy.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXXIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ceste Ballade luy envoye,</p> +<p>Qui se termine toute en R.</p> +<p>Qui la portera? que j'y voye:</p> +<p>Ce sera Pernet de la Barre,</p> +<p>Pourveu, s'il rencontre en son erre</p> +<p>Ma damoyselle au nez tortu,</p> +<p>Il luy dira, sans plus enquerre:</p> +<p>«Orde paillarde, d'où viens-tu?»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +<p>DE VILLON A S'AMYE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Faulse beaulté, qui tant me couste cher.</p> +<p>Rude en effect, hypocrite doulceur;</p> +<a name="p058"></a><span class="pagenum">P. 58</span> +<p>Amour dure, plus que fer, à mascher;</p> +<p>Nommer que puis de ma deffaçon soeur,</p> +<p>Cherme felon, la mort d'ung povre cueur,</p> +<p>Orgueil mussé, qui gens met au mourir;</p> +<p>Yeulx sans pitié! ne veult droicte rigueur,</p> +<p>Sans empirer, ung pauvre secourir?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Mieulx m'eust valu avoir esté crier</p> +<p>Ailleurs secours, c'eust esté mon bonheur:</p> +<p>Rien ne m'eust sceu hors de ce fait chasser;</p> +<p>Trotter m'en fault en fuyte à deshonneur.</p> +<p>Haro, haro, le grand et le mineur!</p> +<p>Et qu'est cecy? mourray, sans coup ferir,</p> +<p>Ou pitié veult, selon ceste teneur,</p> +<p>Sans empirer, ung povre secourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ung temps viendra, qui fera desseicher,</p> +<p>Jaulnir, flestrir, vostre espanie fleur:</p> +<p>Je m'en risse, se tant peusse marcher,</p> +<p>Mais nenny: lors (ce seroit donc foleur)</p> +<p>Vieil je seray; vous, laide, et sans couleur.</p> +<p>Or, beuvez fort, tant que ru peult courir.</p> +<p>Ne donnez pas à tous ceste douleur,</p> +<p>Sans empirer, ung povre secourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince amoureux, des amans le greigneur,</p> +<p>Vostre mal gré ne vouldroye encourir;</p> +<p>Mais tout franc cueur doit, par Nostre Seigneur,</p> +<p>Sans empirer, ung povre secourir.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p059"></a><span class="pagenum">P. +59</span> +<p>LXXXIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à maistre Ythier, marchant,</p> +<p>Auquel mon branc laissay jadis,</p> +<p>Donne (mais qu'il le mette en chant),</p> +<p>Ce lay, contenant des vers dix;</p> +<p>Et aussi ung <i>De profundis</i></p> +<p>Pour ses anciennes amours,</p> +<p>Desquelles le nom je ne dis,</p> +<p>Car il me herroit à tousjours.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LAY OU PLUSTOST RONDEAU.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>MORT, j'appelle de ta rigueur,</p> +<p>Qui m'as ma maistresse ravie,</p> +<p>Et n'es pas encore assouvie,</p> +<p>Se tu ne me tiens en langueur.</p> +<p>Onc puis n'euz force ne vigueur;</p> +<p>Mais que te nuysoit-elle en vie,</p> +<p>Mort?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Deux estions, et n'avions qu'ung cueur;</p> +<p>S'il est mort, force est que dévie,</p> +<p>Voire, ou que je vive sans vie,</p> +<p>Comme les images, par cueur,</p> +<p>Mort!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXXV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à maistre Jehan Cornu,</p> +<p>Autres nouveaux lays luy vueil faire,</p> +<a name="p060"></a><span class="pagenum">P. 60</span> +<p>Car il m'a tousjours secouru</p> +<p>A mon grand besoing et affaire:</p> +<p>Pour ce, le jardin luy transfère,</p> +<p>Que maistre Pierre Bourguignon</p> +<p>Me renta, en faisant refaire</p> +<p>L'huys, et redrecier le pignon.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXXVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Par faulte d'ung huys, j'y perdis</p> +<p>Ung grez, et ung manche de houe.</p> +<p>Alors, huyt faulcons, non pas dix,</p> +<p>N'y eussent pas prins une alloüe.</p> +<p>L'hostel est seur, mais qu'on le cloüe.</p> +<p>Pour enseigne y mis ung havet;</p> +<p>Qui que l'ait prins, point ne l'en loüe:</p> +<p>Sanglante nuict et bas chevet!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXXVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, et pource que la femme</p> +<p>De maistre Pierre Sainct Amant</p> +<p>(Combien, si coulpe y a ou blasme,</p> +<p>Dieu luy pardonne doulcement!)</p> +<p>Me meist en reng de caymant,</p> +<p>Pour le Cheval Blanc qui ne bouge,</p> +<p>Luy changeay à une jument,</p> +<p>Et la Mulle à ung Asne rouge.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXXVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, donne à sire Denys</p> +<p>Hesselin, Esleu de Paris,</p> +<p>Quatorze muys de vin d'Aulnis,</p> +<p>Prins chez Turgis, à mes perilz.</p> +<p>S'il en beuvoit tant que periz</p> +<p>En fust son sens et sa raison,</p> +<a name="p061"></a><span class="pagenum">P. 61</span> +<p>Qu'on mette de l'eau es barrilz:</p> +<p>Vin perd mainte bonne maison.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXXIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, donne à mon advocat,</p> +<p>Maistre Guillaume Charruau,</p> +<p>Quoy qu'il marchande ou ait estât,</p> +<p>Mon branc... Je me tays du fourreau,</p> +<p>Il aura, avec ce, ung réau</p> +<p>En change, affin que sa bourse enfle,</p> +<p>Prins sur la chaussée et carreau</p> +<p>De la grand closture du Temple.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, mon procureur Fournier</p> +<p>Aura, pour toutes ses corvées</p> +<p>(Simple seroit de l'espargner;</p> +<p>En ma bourse quatre havées),</p> +<p>Car maintes causes m'a saulvées,</p> +<p>Justes, ainsi, JESUS-CHRIST m'ayde!</p> +<p>Comme elles ont esté trouvées;</p> +<p>Mais bon droit a bon mestier d'ayde.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XCI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je donne à maistre Jaques</p> +<p>Raguyer le grant godet de Grève,</p> +<p>Pourveu qu'il payera quatre plaques,</p> +<p>Deust-il vendre, quoy qu'il luy griefve,</p> +<p>Ce dont on ceuvre mol et grève;</p> +<p>Aller sans chausses et chappin,</p> +<p>Tous les matins, quand il se liève,</p> +<p>Au trou de la Pomme de pin.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p062"></a><span class="pagenum">P. +62</span> +<p>XCII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, quant est de Mairebeuf,</p> +<p>Et de Nicolas de Louviers,</p> +<p>Vache ne leur donne ne beuf,</p> +<p>Car vachers ne sont, ne bouviers,</p> +<p>Mais gens à porter esperviers,</p> +<p>Ne cuidez pas que je vous joue,</p> +<p>Pour prendre perdriz et plouviers,</p> +<p>Sans faillir, sur la Maschecroüe.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XCIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, vienne Robert Turgis</p> +<p>A moy, je luy payeray son vin,</p> +<p>Combien, s'il trouve mon logis,</p> +<p>Plus fort sera que le devin.</p> +<p>Le droit luy donne d'eschevin,</p> +<p>Que j'ay comme enfant de Paris...</p> +<p>Se je parle ung peu poictevin,</p> +<p>Ilce m'ont deux dames appris.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XCIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Filles sont très belles et gentes,</p> +<p>Demourantes à Sainct-Genou,</p> +<p>Près Sainct-Julian des Voventes,</p> +<p>Marches de Bretaigne ou Poictou,</p> +<p>Mais je ne dy proprement où,</p> +<p>Or y pensez trestous les jours,</p> +<p>Car je ne suis mie si fou...</p> +<p>Je pense celer mes amours.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XCV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à Jehan Raguyer je donne,</p> +<p>Qui est sergent, voir des Douze,</p> +<a name="p063"></a><span class="pagenum">P. 63</span> +<p>Tant qu'il vivra, ainsi l'ordonne,</p> +<p>Tous les jours une talemouze,</p> +<p>Pour brouter et fourrer sa mouse,</p> +<p>Prinse à la table de Bailly;</p> +<p>A Maubuay sa gorge arrouse,</p> +<p>Car à manger n'a pas failly.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XCVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, donne au prince des Sotz</p> +<p>Pour ung bon sot Michault du Four,</p> +<p>Qui à la fois dit de bons motz</p> +<p>Et chante bien: <i>Ma doulce amour</i>!</p> +<p>Avec ce, il aura le bonjour.</p> +<p>Brief, mais qu'il fust ung peu en poinct,</p> +<p>Il est ung droit sot de séjour,</p> +<p>Et est plaisant où il n'est point.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XCVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, aux unze vingtz Sergens</p> +<p>Donne, car leur faict est honneste,</p> +<p>Et sont bonnes et doulces gens,</p> +<p>Denis Richier, et Jehan Vallette,</p> +<p>A chascun une grand cornette,</p> +<p>Pour pendre à leurs chappeaulx de feautre</p> +<p>J'entendz à ceulx de pied, hohecte!</p> +<p>Car je n'ay que faire des autres.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XCVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Derechef, donne à Périnet,</p> +<p>J'entendz le bastard de la Barre,</p> +<p>Pour ce qu'il est beau fils et net,</p> +<p>En son escu, en lieu de barre,</p> +<p>Trois detz plombez, de bonne carre,</p> +<p>Ou ung beau joly jeu de cartes...</p> +<a name="p064"></a><span class="pagenum">P. 64</span> +<p>Mais quoy! s'on l'oyt vessir ne poirre,</p> +<p>En oultre aura les fièvres quartes.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XCIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, ne vueil plus que Chollet</p> +<p>Dolle, trenche, douve ne boyse,</p> +<p>Relye brocq ne tonnelet,</p> +<p>Mais tous ses outilz changer voyse</p> +<p>A une espée lyonnoise,</p> +<p>Et retienne le hutinet:</p> +<p>Combien qu'il n'ayme bruyt ne noyse,</p> +<p>Si luy plaist-il ung tantinet.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>C.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je donne à Jehan le Lou,</p> +<p>Homme de bien et bon marchant,</p> +<p>Pour ce qu'il est linget et flou,</p> +<p>Et que Chollet est mal chassant,</p> +<p>Par les rues plustost qu'au champ,</p> +<p>Qui ne lairra poulaille en voye,</p> +<p>Le long tabart, et bien cachant,</p> +<p>Pour les musser, qu'on ne les voye.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à l'orfèvre Du Boys,</p> +<p>Donne cent clouz, queues et testes,</p> +<p>De gingembre sarazinoys,</p> +<p>Non pas pour accoupler ses boytes,</p> +<p>Mais pour conjoindre culz et coettes,</p> +<p>Et couldre jambons et andoilles,</p> +<p>Tant que le laict en monte aux tettes,</p> +<p>Et le sang en devalle aux coilles.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p065"></a><span class="pagenum">P. +65</span> +<p>CII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Au cappitaine Jehan Riou,</p> +<p>Tant pour luy que pour ses archiers,</p> +<p>Je donne six livres de lou,</p> +<p>Qui n'est pas viande à porchiers,</p> +<p>Prins à gros mastins de bouchiers,</p> +<p>Et cuittes de vin de buffet.</p> +<p>Pour manger de ces morceaulx chiers,</p> +<p>On en ferait bien un mau faict.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>C'est viande ung peu plus pesante,</p> +<p>Que duvet, ne plume, ne liège.</p> +<p>Elle est bonne à porter en tente,</p> +<p>Ou pour user en quelque siège.</p> +<p>Et, s'ilz estoient prins en un piège,</p> +<p>Les mastins, qu'ils ne sceussent courre,</p> +<p>J'ordonne, moy qui suis bon miège,</p> +<p>Que des peaulx, sur l'hyver, se fourre.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à Robin Troussecaille,</p> +<p>Qui s'est en service bien faict;</p> +<p>A pied ne va comme une caille,</p> +<p>Mais sur roussin gros et reffaict:</p> +<p>Je luy donne, de mon buffet,</p> +<p>Une jatte qu'emprunter n'ose;</p> +<p>Si aura mesnage parfait:</p> +<p>Plus ne luy failloit autre chose.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, donne à Perrot Girard,</p> +<p>Barbier juré du Bourg-la-Royne,</p> +<a name="p066"></a><span class="pagenum">P. 66</span> +<p>Deux bassins et ung coquemard,</p> +<p>Puis qu'à gaigner mect telle peine.</p> +<p>Des ans y a demy douzaine,</p> +<p>Qu'en son hostel, de cochons gras</p> +<p>M'apastela une sepmaine;</p> +<p>Tesmoing l'abesse de Pourras.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, aux Frères mendians,</p> +<p>Aux Devotes et aux Beguines,</p> +<p>Tant de Paris que d'Orléans,</p> +<p>Tant Turlupins que Turlupines,</p> +<p>De grasses souppes jacobines</p> +<p>Et flans leurs fais oblation;</p> +<p>Et puis après, soubz les courtines,</p> +<p>Parler de contemplation.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si ne suis-je pas qui leur donne,</p> +<p>Mais du tout en sont-ce les mères,</p> +<p>Et Dieu, qui ainsi les guerdonne,</p> +<p>Pour qui souffrent peines amères.</p> +<p>Il fault qu'ilz vivent, les beaulx pères,</p> +<p>Et mesmement ceulx de Paris.</p> +<p>S'ilz font plaisir à noz commères,</p> +<p>Ilz ayment ainsi les maris.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quoy que maistre Jehan de Pontlieu</p> +<p>En voulsist dire, <i>et reliqua</i>,</p> +<p>Contrainct et en publique lieu,</p> +<p>Voulsist ou non, s'en revocqua.</p> +<p>Maistre Jehan de Mehun se moqua</p> +<p>De leur façon; si feit Mathieu.</p> +<a name="p067"></a><span class="pagenum">P. 67</span> +<p>Mais on doit honorer ce qu'a</p> +<p>Honnoré l'Eglise de Dieu.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si me submectz, leur serviteur,</p> +<p>En tout ce que puis faire et dire,</p> +<p>A les honorer de bon cueur,</p> +<p>Et servir, sans y contredire.</p> +<p>L'homme bien fol est d'en mesdire,</p> +<p>Car, soit à part, ou en prescher,</p> +<p>Ou ailleurs, il ne fault pas dire</p> +<p>Si gens sont pour eux revencher.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je donne à frère Baulde,</p> +<p>Demeurant à l'hostel des Carmes,</p> +<p>Portant chère hardie et baulde,</p> +<p>Une sallade et deux guysarmes,</p> +<p>Que De Tusca et ses gens d'armes</p> +<p>Ne luy riblent sa Caige-vert.</p> +<p>Vieil est: s'il ne se rend aux armes,</p> +<p>C'est bien le diable de Vauvert.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, pour ce que le Scelleur,</p> +<p>Maint estront de mousche à masché,</p> +<p>Donne, car homme est de valleur,</p> +<p>Son sceau davantage craché,</p> +<p>Et qu'il ait le pouce escaché,</p> +<p>Pour tout comprendre à une voye;</p> +<p>J'entendz celluy de l'Evesché,</p> +<p>Car les autres, Dieu les pourvoye.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p068"></a><span class="pagenum">P. +68</span> +<p>CXII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quant de messieurs les Auditeux,</p> +<p>Leur chambre auront lembroysée;</p> +<p>Et ceulx qui ont les culz rongneux,</p> +<p>Chascun une chaise persée,</p> +<p>Mais qu'à la petite Macée</p> +<p>D'Orléans, qui eut ma ceincture,</p> +<p>L'amende soit bien hault taxée:</p> +<p>Elle est une mauvaise ordure.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, donne à maistre Françoys,</p> +<p>Promoteur de la vacquerie,</p> +<p>Ung hault gorgerin d'Escossoys,</p> +<p>Toutesfois sans orfaverie;</p> +<p>Car, quant receut chevalerie,</p> +<p>Il maugrea Dieu et saint George.</p> +<p>Parler n'en oyt qu'il ne s'en rie,</p> +<p>Comme enragé, à pleine gorge.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à maistre Jehan Laurens,</p> +<p>Qui a les povres yeulx si rouges,</p> +<p>Par le peché de ses parens,</p> +<p>Qui beurent en barilz et courges,</p> +<p>Je donne l'envers de mes bouges,</p> +<p>Pour chascun matin les torcher...</p> +<p>S'il fust archevesque de Bourges,</p> +<p>Du cendal eust, mais il est cher.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à maistre Jehan Cotard,</p> +<p>Mon procureur en Court d'Eglise,</p> +<a name="p069"></a><span class="pagenum">P. 69</span> +<p>Devoye environ ung patard,</p> +<p>Car à present bien m'en advise,</p> +<p>Quant chicanner me feit Denise,</p> +<p>Disant que l'avoye mauldite;</p> +<p>Pour son ame, qu'ès cieulx soit mise!</p> +<p>Ceste Oraison j'ay cy escripte.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE ET ORAISON.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Père Noé, qui plantastes la vigne;</p> +<p>Vous aussi, Loth, qui bustes au rocher,</p> +<p>Par tel party qu'Amour, qui gens engigne,</p> +<p>De vos filles si vous feit approcher,</p> +<p>Pas ne le dy pour le vous reprocher,</p> +<p>Architriclin, qui bien sceustes cest art,</p> +<p>Tous trois vous pry qu'o vous veuillez percher</p> +<p>L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Jadis extraict il fut de vostre ligne,</p> +<p>Luy qui beuvoit du meilleur et plus cher;</p> +<p>Et ne deust-il avoir vaillant ung pigne,</p> +<p>Certes, sur tous, c'estoit un bon archer;</p> +<p>On ne luy sceut pot des mains arracher,</p> +<p>Car de bien boire oncques ne fut faitard.</p> +<p>Nobles seigneurs, ne souffrez empescher</p> +<p>L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Comme um viellart qui chancelle et trepign</p> +<p>L'ay veu souvent, quand il s'alloit coucher;</p> +<p>Et une foys il se feit une bigne,</p> +<p>Bien m'en souvient, à l'estal d'ung boucher.</p> +<a name="p070"></a><span class="pagenum">P. 70</span> +<p>Brief, on n'eust sçeu en ce monde chercher</p> +<p>Meilleur pion, pour boire tost et tard.</p> +<p>Faictes entrer quand vous orrez hucher</p> +<p>L'âme du bon feu maistre Jehan Cotard.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, il n'eust sçeu jusqu'à terre +cracher;</p> +<p>Tousjours crioyt: Haro, la gorge m'ard!</p> +<p>Et si ne sceut oncq sa soif estancher,</p> +<p>L'âme du bon feu maistre Jehan Cotard.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, vueil que le jeune Merle</p> +<p>Désormais gouverne mon change,</p> +<p>Car de changer envys me mesle,</p> +<p>Pourveu que tousjours baille en change,</p> +<p>Soit à privé, soit à estrange,</p> +<p>Pour trois escus, six brettes targes;</p> +<p>Pour deux angelotz, ung grand ange:</p> +<p>Car amans doivent estre larges.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, j'ay sçeu, à ce voyage,</p> +<p>Que mes trois povres orphelins</p> +<p>Sont creus et deviennent en aage,</p> +<p>Et n'ont pas testes de belins,</p> +<p>Et qu'enfans d'icy à Salins</p> +<p>N'a mieulx saichans leur tour d'escolle;</p> +<p>Or, par l'ordre des Mathelins,</p> +<p>Telle jeunesse n'est pas folle.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p071"></a><span class="pagenum">P. +71</span> +<p>CXVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si vueil qu'ilz voysent à l'estude;</p> +<p>Où? chez maistre Pierre Richer.</p> +<p>Le <i>Donnait</i> est pour eulx trop rude:</p> +<p>Jà ne les y vueil empescher.</p> +<p>Ilz sçauront, je l'ayme plus cher:</p> +<p><i>Ave salus, tibi decus</i>,</p> +<p>Sans plus grandes lettres chercher:</p> +<p>Tousjours n'ont pas clercs le dessus.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Cecy estudient, et puis ho!</p> +<p>Plus procéder je leur deffens.</p> +<p>Quant d'entendre le grand <i>Credo</i>,</p> +<p>Trop fort il est pour telz enfans.</p> +<p>Mon grant tabard en deux je fendz:</p> +<p>Si vueil que la moictié s'en vende,</p> +<p>Pour eulx en achepter des flans,</p> +<p>Car jeunesse est ung peu friande.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et veuil qu'ilz soyent informez</p> +<p>En meurs, quoy que couste bature;</p> +<p>Chapperons auront enfermez,</p> +<p>Et les poulces soubz la ceincture;</p> +<p>Humbles à toute créature;</p> +<p>Disans: <i>Hen? Quoy? Il n'en est rien!</i></p> +<p>Si diront gens, par adventure:</p> +<p>«Voycy enfans de lieu de bien!»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à mes pouvres clergeons,</p> +<p>Auxquelz mes titres je resigne,</p> +<a name="p072"></a><span class="pagenum">P. 72</span> +<p>Beaulx enfans et droictz comme joncs,</p> +<p>Les voyans, je m'en dessaisine,</p> +<p>Et, sans recevoir, leur assigne,</p> +<p>Seur comme qui l'auroit en paulme,</p> +<p>A une certain jour que l'on signe,</p> +<p>Sur l'hostel de Guesdry Guillaume.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quoy que jeunes et esbatans</p> +<p>Soyent, en rien ne me desplaist;</p> +<p>Dedans vingt, trente ou quarante ans</p> +<p>Bien autres seront, se Dieu plaist.</p> +<p>Il faict mal qui ne leur complaist,</p> +<p>Car ce sont beaux enfans et gents;</p> +<p>Et qui les bat ne fiert, fol est,</p> +<p>Car enfans si deviennent gens.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Les bourses des Dix-et-huict clers</p> +<p>Auront; je m'y vueil travailler:</p> +<p>Pas ilz ne dorment comme lerz,</p> +<p>Qui trois mois sont sans resveiller.</p> +<p>Au fort, triste est le sommeiller</p> +<p>Qui faict aise jeune en jeunesse,</p> +<p>Tant qu'enfin luy faille veiller,</p> +<p>Quant reposer deust en vieillesse.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Cy en escris au collateur</p> +<p>Lettres semblables et pareilles:</p> +<p>Or prient pour leur bienfaicteur,</p> +<p>Ou qu'on leur tire les oreilles.</p> +<p>Aucunes gens ont grand merveilles,</p> +<p>Que tant m'encline envers ces deux;</p> +<a name="p073"></a><span class="pagenum">P. 73</span> +<p>Mais, foy que doy, festes et veilles,</p> +<p>Oncques ne vey les mères d'eulx!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, et à Michault Culdou,</p> +<p>Et à sire Charlot Taranne,</p> +<p>Cent solz: s'ilz demandent prins où?</p> +<p>Ne leur chaille; ils viendront de manne;</p> +<p>Et unes houses de basanne,</p> +<p>Autant empeigne que semelle;</p> +<p>Pourveu qu'ils me saulveront Jehanne,</p> +<p>Et autant une autre comme elle.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, au seigneur de Grigny,</p> +<p>Auquel jadis laissay Vicestre,</p> +<p>Je donne la tour de Billy,</p> +<p>Pourveu, se huys y a ne fenestre</p> +<p>Qui soit ne debout ne en estre,</p> +<p>Qu'il mette très bien tout appoinct:</p> +<p>Face argent à dextre, à senestre:</p> +<p>Il m'en fault, et il n'en a point.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à Thibault de la Garde:</p> +<p>Thibault? je mentz, il a nom Jehan;</p> +<p>Que luy donray-je, que ne perde?</p> +<p>Assez ay perdu tout cest an.</p> +<p>Dieu le vueille pourvoir, <i>amen...!</i></p> +<p>Le barillet? par m'ame, voyre!</p> +<p>Genevoys est le plus ancien,</p> +<p>Et plus beau nez a pour y boyre.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p074"></a><span class="pagenum">P. +74</span> +<p>CXXVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je donne à Basanyer,</p> +<p>Notaire et greffier criminel,</p> +<p>De giroffle plain ung panyer,</p> +<p>Prins chez maistre Jehan de Ruel.</p> +<p>Tant à Mautainct; tant à Rosnel;</p> +<p>Et, avec ce don de giroffle,</p> +<p>Servir, de cueur gent et ysnel,</p> +<p>Le seigneur qui sert sainct Cristofle,</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Auquel ceste Ballade donne,</p> +<p>Pour sa dame, qui tous biens a.</p> +<p>S'Amour ainsi tous ne guerdonne,</p> +<p>Je ne m'esbahys de cela;</p> +<p>Car au Pas conquesté celle a</p> +<p>Que tint René, roy de Cecille,</p> +<p>Où si bien fist et peu parla</p> +<p>Qu'oncques Hector feit, ne Troïle.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Que Villon donna à un gentilhomme, nouvellement +marié, pour</p> +<p>l'envoyer à son espouse, par luy conquise à +l'espée.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Au poinct du jour, que l'esprevier se bat,</p> +<p>Meu de plaisir et par noble coustume,</p> +<p>Bruyt il demaine et de joye s'esbat,</p> +<p>Reçoit son per et se joint à la plume:</p> +<p>Ainsi vous vueil, à ce désir m'allume.</p> +<a name="p075"></a><span class="pagenum">P. 75</span> +<p>Joyeusement ce qu'aux amans bon semble.</p> +<p>Sachez qu'Amour l'escript en son volume,</p> +<p>Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Dame serez de mon cueur, sans debat,</p> +<p>Entierement, jusques mort me consume.</p> +<p>Laurier soüef qui pour mon droit combat,</p> +<p>Olivier franc, m'ostant toute amertume.</p> +<p>Raison ne veult que je desaccoustume,</p> +<p>Et en ce vueil avec elle m'assemble,</p> +<p>De vous servir, mais que m'y accoustume;</p> +<p>Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et qui plus est, quand dueil sur moy s'embat,</p> +<p>Par fortune qui sur moy si se fume,</p> +<p>Vostre doulx oeil sa malice rabat,</p> +<p>Ne plus ne moins que le vent faict la fume.</p> +<p>Si ne perds pas la graine que je sume</p> +<p>En vostre champ, car le fruict me ressemble:</p> +<p>Dieu m'ordonne que le fouysse et fume;</p> +<p>Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Princesse, oyez ce que cy vous resume:</p> +<p>Que le mien cueur du vostre desassemble</p> +<p>Jà ne sera: tant de vous en presume;</p> +<p>Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à sire Jehan Perdryer,</p> +<p>Riens, n'à Françoys, son second +frère.</p> +<a name="p076"></a><span class="pagenum">P. 76</span> +<p>Si m'ont-ilz voulu aydier,</p> +<p>Et de leurs biens faire confrère;</p> +<p>Combien que Françoys, mon compère,</p> +<p>Contre langues flambans et rouges,</p> +<p>Sans commandement, sans prière,</p> +<p>Me recommanda fort à Bourges.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXXI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si aille veoir en Taillevent,</p> +<p>Ou chapitre de fricassure,</p> +<p>Tout au long, derrière et devant,</p> +<p>Lequel n'en parle jus ne sure;</p> +<p>Mais à Macquaire vous asseure,</p> +<p>A tout le poil cuysant ung dyable,</p> +<p>Affin que sentist bon l'arsure,</p> +<p>Ce <i>Recipe</i> m'escript, sans fable.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>En reagal, en arsenic rocher,</p> +<p>En orpigment, en salpestre et chaulx vive;</p> +<p>En plomb boillant, pour mieulx les esmorcher;</p> +<p>En suif et poix, destrampez de lessive</p> +<p>Faicte d'estronts et de pissat de Juifve;</p> +<p>En lavaille de jambes à meseaulx;</p> +<p>En raclure de piedz et vieulx houseaulx;</p> +<p>En sang d'aspic et drogues venimeuses;</p> +<p>En fiel de loups, de regnards et blereaux,</p> +<p>Soient frittes ces langues envieuses!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>En cervelle de chat qui hayt pescher,</p> +<p>Noir, et si vieil qu'il n'ait dent en gencive;</p> +<a name="p077"></a><span class="pagenum">P. 77</span> +<p>D'ung vieil mastin, qui vault bien aussi cher</p> +<p>Tout enragé, en sa bave et salive;</p> +<p>En l'escume d'une mulle poussive,</p> +<p>Detrenchée menu à bons ciseaulx;</p> +<p>En eau où ratz plongent groings et museaulx,</p> +<p>Raines, crapauds, telz bestes dangereuses,</p> +<p>Serpens, lezards, et telz nobles oyseaulx,</p> +<p>Soient frittes ces langues envieuses!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>En sublimé, dangereux à toucher;</p> +<p>Et au nombril d'une couleuvre vive;</p> +<p>En sang qu'on mect en poylettes secher,</p> +<p>Chez ces barbiers, quand plaine lune arrive,</p> +<p>Dont l'ung est noir, l'autre plus vert que cive,</p> +<p>En chancre et fix, et en ces ords cuveaulx</p> +<p>Où nourrices essangent leurs drappeaulx;</p> +<p>En petits baings de filles amoureuses</p> +<p>Qui n'entendent qu'à suivre les bordeaulx,</p> +<p>Soient frittes ces langues envieuses!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, passez tous ces friands morceaux,</p> +<p>S'estamine n'avez, sacs ou bluteaux,</p> +<p>Parmy le fons d'unes brayes breneuses;</p> +<p>Mais, paravant, en estronts de pourceaulx</p> +<p>Soient frittes ces langues envieuses!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXXII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à maistre Jehan Courault,</p> +<p>Les Contredictz Franc-Gontier mande:</p> +<a name="p078"></a><span class="pagenum">P. 78</span> +<p>Quant du Tyrant seant en hault,</p> +<p>A cestuy-là rien ne demande;</p> +<p>Le saige ne veult que contende,</p> +<p>Contre puissant, pouvre homme las,</p> +<p>Affin que ses filez ne tende,</p> +<p>Et que ne tresbuche en ses laqs.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXXIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Gontier ne crains: il n'a nulz hommes</p> +<p>Et mieulx que moy n'est herité;</p> +<p>Mais en ce debat cy nous sommes,</p> +<p>Car il loue sa pouvreté:</p> +<p>Estre pouvre, yver et esté,</p> +<p>A felicité il repute,</p> +<p>Ce que tiens à malheureté.</p> +<p>Lequel à tort? Or en dispute.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Intitulée: <i>Les Contredictz de Franc-Gontier</i></p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Sur mol duvet assis, ung gras chanoine,</p> +<p>Lez ung brasier, en chambre bien nattée,</p> +<p>A son costé gisant dame Sydoine,</p> +<p>Blanche, tendre, pollie et attaintée:</p> +<p>Boire ypocras, à jour et à nuyctée,</p> +<p>Rire, jouer, mignonner et baiser,</p> +<p>Et nud à nud, pour mieulx des corps s'ayser,</p> +<p>Les vy tous deux, par un trou de mortaise:</p> +<p>Lors je congneuz que, pour dueil appaiser,</p> +<p>Il n'est tresor que de vivre à son aise.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p079"></a><span class="pagenum">P. +79</span> +<p>Se Franc-Gontier et sa compaigne Heleine</p> +<p>Eussent tousjours tel douce vie hantée,</p> +<p>D'oignons, civetz, qui causent forte alaine,</p> +<p>N'en comptassent une bise tostée.</p> +<p>Tout leur mathon, ne toute leur potée,</p> +<p>Ne prise ung ail, je le dy sans noysier.</p> +<p>S'ilz se vantent coucher soubz le rosier,</p> +<p>Ne vault pas mieulx lict costoyé de chaise?</p> +<p>Qu'en dictes-vous? Faut-il à ce muser?</p> +<p>Il n'est tresor que de vivre à son aise.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De gros pain bis vivent, d'orge, d'avoine,</p> +<p>Et boivent eau, tout au long de l'année.</p> +<p>Tous les oyseaulx d'icy en Babyloine</p> +<p>A tel escot une seule journée</p> +<p>Ne me tiendroient, non une matinée.</p> +<p>Or s'esbate, de par Dieu, Franc-Gontier,</p> +<p>Helène o luy, soubz le bel esglantier;</p> +<p>Si bien leur est, n'ay cause qu'il me poise;</p> +<p>Mais, quoy qu'il soit du laboureux mestier,</p> +<p>Il n'est tresor que de vivre à son aise.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, jugez, pour tous nous accorder.</p> +<p>Quant est à moy, mais qu'à nul n'en +desplaise,</p> +<p>Petit enfant, j'ay ouy recorder</p> +<p>Qu'il n'est tresor que de vivre à son aise.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXXIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, pour ce que sçait la Bible,</p> +<p>Mademoyselle de Bruyères,</p> +<a name="p080"></a><span class="pagenum">P. 80</span> +<p>Donne prescher, hors l'Evangile,</p> +<p>A elle et à ses bachelieres,</p> +<p>Pour retraire ces villotières</p> +<p>Qui ont le bec si affilé,</p> +<p>Mais que ce soit hors cymetières,</p> +<p>Trop bien au marché au filé.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +<p>DES FEMMES DE PARIS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quoy qu'on tient belles langagières</p> +<p>Florentines, Veniciennes,</p> +<p>Assez pour estre messaigières,</p> +<p>Et mesmement les anciennes;</p> +<p>Mais, soient Lombardes, Rommaines,</p> +<p>Genevoises, à mes perilz,</p> +<p>Piemontoises, Savoysiennes,</p> +<p>Il n'est bon bec que de Paris.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De très beau parler tiennent chaires,</p> +<p>Ce dit-on, les Napolitaines,</p> +<p>Et que sont bonnes cacquetoeres</p> +<p>Allemanses et Bruciennes;</p> +<p>Soient Grecques, Egyptiennes,</p> +<p>De Hongrie ou d'autre pays,</p> +<p>Espaignolles ou Castellannes,</p> +<p>Il n'est bon bec que de Paris.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Brettes, Suysses, n'y sçavent guères,</p> +<p>Ne Gasconnes et Tholouzaines;</p> +<a name="p081"></a><span class="pagenum">P. 81</span> +<p>Du Petit-Pont deux harangères</p> +<p>Les concluront, et les Lorraines,</p> +<p>Anglesches ou Callaisiennes,</p> +<p>(Ay je beaucoup de lieux compris?)</p> +<p>Picardes, de Valenciennes;</p> +<p>Il n'est bon bec que de Paris.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, aux dames parisiennes</p> +<p>De bien parler donnez le prix;</p> +<p>Quoy qu'on die d'Italiennes,</p> +<p>Il n'est bon bec que de Paris.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXXV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Regarde-m'en deux, trois, assises</p> +<p>Sur le bas du ply de leurs robes,</p> +<p>En ces monstiers, en ces eglises;</p> +<p>Tire t'en près, et ne t'en hobes;</p> +<p>Tu trouveras là que Macrobes</p> +<p>Oncques ne fist tels jugemens;</p> +<p>Entens: quelque chose en desrobes;</p> +<p>Ce sont tous beaulx enseignemens.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXXVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, et au mont de Montmartre,</p> +<p>Qui est ung lieu moult ancien,</p> +<p>Je lui donne et adjoincts le tertre.</p> +<p>Qu'on dit de mont Valerien;</p> +<p>Et, oultre plus, d'ung quartier d'an</p> +<p>Du pardon qu'apportay de Romme:</p> +<p>Sy yra maint bon paroissien,</p> +<p>En l'abbaye ou il n'entre homme.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p082"></a><span class="pagenum">P. +82</span> +<p>CXXXVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, valetz et chambrières</p> +<p>De bons hostelz (rien ne me nuyst),</p> +<p>Faisans tartes, flans et goyères,</p> +<p>Et grant rallias à minuict:</p> +<p>Riens n'y font sept pintes ne huict,</p> +<p>Tant que gisent Seigneur et dame;</p> +<p>Puis après, sans mener grant bruyt,</p> +<p>Je leur ramentoy le jeu d'asne.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXXVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, et à filles de bien,</p> +<p>Qui ont pères, mères et antes,</p> +<p>Par m'ame! je ne donne rien;</p> +<p>Tout ont eu varletz et servantes;</p> +<p>Se fussent-ilz de pou contentes,</p> +<p>Grant bien leur feissent maintz lopins,</p> +<p>Aux povres filles advenantes,</p> +<p>Qui se perdent aux Jacopins.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXXIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Aux Célestins et aux Chartreux,</p> +<p>Quoy que vie meinent estroicte,</p> +<p>Si ont-ilz largement entre eulx,</p> +<p>Dont povres filles ont souffrette:</p> +<p>Tesmoing Jaqueline et Perrette,</p> +<p>Et Isabeau, qui dit: <i>Enné!</i></p> +<p>Puis qu'ilz ont eu telle disette,</p> +<p>A peine en seroit-on damné.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à la grosse Margot,</p> +<p>Très doulce face et pourtraicture,</p> +<p>Foy que doy <i>Brelare Bigod,</i></p> +<a name="p083"></a><span class="pagenum">P. 83</span> +<p>Assez devote creature.</p> +<p>Je l'ayme de propre nature,</p> +<p>Et elle moy, la doulce sade.</p> +<p>Qui la trouvera d'adventure,</p> +<p>Qu'on luy lise ceste Ballade.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +<p>DE VILLON ET DE LA GROSSE MARGOT.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Se j'ayme et sers la belle de bon haict,</p> +<p>M'en devez-vous tenir à vil ne sot?</p> +<p>Elle a en soy des biens à fin souhaict.</p> +<p>Pour son amour ceings bouclier et passot.</p> +<p>Quand viennent gens, je cours et happe un pot:</p> +<p>Au vin m'en voys, sans demener grand bruyt.</p> +<p>Je leur tendz eau, frommage, pain et fruict,</p> +<p>S'ils payent bien, je leur dy que bien <i>stat</i>:</p> +<p>«Retournez cy, quand vous serez en ruyt,</p> +<p>En ce bourdel où tenons nostre estat!»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Mais, tost après, il y a grant deshait,</p> +<p>Quand sans argent s'en vient coucher Margot;</p> +<p>Veoir ne la puis; mon cueur à mort la hait.</p> +<p>Sa robe prens, demy-ceinct et surcot:</p> +<p>Si luy prometz qu'ilz tiendront pour l'escot.</p> +<p>Par les costez si se prend, l'Antechrist</p> +<p>Crie, et jure par la mort Jesuchrist,</p> +<p>Que non fera. Lors j'enpongne ung esclat,</p> +<p>Dessus le nez luy en fais ung escript,</p> +<p>En ce bourdel où tenons nostre estat.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p084"></a><span class="pagenum">P. +84</span> +<p>Puis paix se faict, et me lasche ung gros pet</p> +<p>Plus enflée qu'ung venimeux scarbot.</p> +<p>Riant, m'assiet le poing sur mon sommet,</p> +<p>Gogo me dit, et me fiert le jambot.</p> +<p>Tous deux yvres, dormons comme ung sabot;</p> +<p>Et, au reveil, quand le ventre luy bruyt,</p> +<p>Monte sur moy, qu'el ne gaste son fruit.</p> +<p>Soubz elle geins; plus qu'ung aiz me faict plat;</p> +<p>De paillarder tout elle me destruict,</p> +<p>En ce bourdel où tenons nostre estat.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Vente, gresle, gelle, j'ay mon pain cuict!</p> +<p>Je suis paillard, la paillarde me suit.</p> +<p>Lequel vault mieux, chascun bien s'entresuit.</p> +<p>L'ung l'autre vault: c'est à mau chat mau rat.</p> +<p>Ordure amons, ordure nous affuyt.</p> +<p>Nous deffuyons honneur, il nous deffuyt,</p> +<p>En ce bourdel où tenons nostre estat.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXLI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à Marion l'Ydolle,</p> +<p>Et la grand Jehanne de Bretaigne,</p> +<p>Donne tenir publique escolle,</p> +<p>Où l'escolier le maistre enseigne.</p> +<p>Lieu n'est où ce marché ne tienne,</p> +<p>Sinon en la grille de Mehun;</p> +<p>De quoy je dy: Fy de l'enseigne,</p> +<p>Puis que l'ouvrage est si commun!</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p085"></a><span class="pagenum">P. +85</span> +<p>CXLII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à Noë le Jolys,</p> +<p>Autre chose je ne luy donne,</p> +<p>Fors plein poing d'osiers frez cueilliz</p> +<p>En mon jardin; je l'abandonne.</p> +<p>Chastoy est une belle aulmosne;</p> +<p>Ame n'en doit estre marry.</p> +<p>Unze vingtz coups lui en ordonne,</p> +<p>Par les mains de maistre Henry.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXLIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, ne sçay que à l'Hostel-Dieu</p> +<p>Donner, n'aux povres hospitaulx;</p> +<p>Bourdes n'ont icy temps ne lieu,</p> +<p>Car povres gens ont assez maulx.</p> +<p>Chascun leur envoye leurs os.</p> +<p>Les Mandians ont eu mon oye;</p> +<p>Au fort, ilz en auront les os:</p> +<p>A menues gens menue monnoye.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXLIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je donne à mon barbier,</p> +<p>Qui se nomme Colin Galerne,</p> +<p>Près voysin d'Angelot l'Herbier,</p> +<p>Ung gros glasson... Prins où? En Marne,</p> +<p>Affin qu'à son ayse s'yverne.</p> +<p>De l'estomach le tienne près.</p> +<p>Se l'yver ainsi se gouverne,</p> +<p>Il n'aura chault l'esté d'après.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXLV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, rien aux Enfans-Trouvez;</p> +<p>Mais les perduz fault que console,</p> +<a name="p086"></a><span class="pagenum">P. 86</span> +<p>Si doivent estre retrouvez,</p> +<p>Par droict, sur Marion l'Ydolle.</p> +<p>Une leçon de mon escolle</p> +<p>Leur liray, qui ne dure guière.</p> +<p>Teste n'ayent dure ne folle,</p> +<p>Mais escoutent: c'est la dernière!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BELLE LEÇON</p> +<p>DE VILLON, AUX ENFANS PERDUZ.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Beaux enfans, vous perdez la plus</p> +<p>Belle rose de vo chapeau,</p> +<p>Mes clers apprenans comme glu;</p> +<p>Se vous allez à Montpippeau</p> +<p>Ou à Ruel, gardez la peau:</p> +<p>Car, pour s'esbatre en ces deux lieux,</p> +<p>Cuydant que vaulsist le rappeau,</p> +<p>La perdit Colin de Cayeulx.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ce n'est pas ung jeu de trois mailles,</p> +<p>Où va corps, et peut-estre l'ame:</p> +<p>S'on perd, rien n'y sont repentailles,</p> +<p>Qu'on ne meure à honte et diffame;</p> +<p>Et qui gaigne, n'a pas à femme</p> +<p>Dido la royne de Cartage.</p> +<p>L'homme est donc bien fol et infame,</p> +<p>Qui, pour si peu, couche tel gage.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Qu'ung chascun encore m'escoute:</p> +<p>On dit, et il est vérité,</p> +<a name="p087"></a><span class="pagenum">P. 87</span> +<p>Que charretée se boyt toute,</p> +<p>Au feu l'yver, au bois l'esté.</p> +<p>S'argent avez, il n'est enté;</p> +<p>Mais le despendez tost et viste.</p> +<p>Qui en voyez-vous hérité?</p> +<p>Jamais mal acquest ne proffite.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +<p>DE BONNE DOCTRINE,</p> +<p>A ceux de mauvaise vie.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Car ou soyes porteur de bulles,</p> +<p>Pipeur ou hazardeur de dez,</p> +<p>Tailleur de faulx coings, tu te brusles,</p> +<p>Comme ceux qui sont eschaudez,</p> +<p>Traistres pervers, de foy vuydez;</p> +<p>Soyes larron, ravis ou pilles:</p> +<p>Où en va l'acquest, que cuydez?</p> +<p>Tout aux tavernes et aux filles.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ryme, raille, cymballe, luttes,</p> +<p>Comme folz, faintis, eshontez;</p> +<p>Farce, broille, joue des flustes;</p> +<p>Fais, ès villes et ès cités,</p> +<p>Fainctes, jeux et moralitez;</p> +<p>Gaigne au berlan, au glic, aux quilles:</p> +<p>Où s'en va tout? Or escoutez:</p> +<p>Tout aux tavernes et aux filles.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p088"></a><span class="pagenum">P. +88</span> +<p>De telz ordures te reculles;</p> +<p>Laboure, fauche champs et prez;</p> +<p>Serz et panse chevaulx et mulles,</p> +<p>S'aucunement tu n'es lettrez;</p> +<p>Assez auras, se prens en grez.</p> +<p>Mais, se chanvre broyes ou tilles,</p> +<p>Où tend ton labour qu'as ouvrez?</p> +<p>Tout aux tavernes et aux filles.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Chausses, pourpoinctz esguilletez,</p> +<p>Robes, et toutes vos drapilles,</p> +<p>Ains que cessez, vous porterez</p> +<p>Tout aux tavernes et aux filles.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXLVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>A vous parle, compaings de galles,</p> +<p>Qui estes de tous bons accors;</p> +<p>Gardez-vous tous de ce mau hasles,</p> +<p>Qui noircist gens quand ils sont mortz;</p> +<p>Eschevez-le, c'est ung mal mors;</p> +<p>Passez-vous-en mieulx que pourrez;</p> +<p>Et, pour Dieu, soyez tous recors</p> +<p>Qu'une fois viendra que mourrez.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXLVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je donne aux Quinze-Vingtz,</p> +<p>Qu'autant vauldroit nommer Trois-Cens</p> +<p>De Paris, non pas de Provins,</p> +<p>Car à eulx tenu je me sens.</p> +<p>Ilz auront, et je m'y consens,</p> +<a name="p089"></a><span class="pagenum">P. 89</span> +<p>Sans les estuis, mes grans lunettes,</p> +<p>Pour mettre à part, aux Innocens,</p> +<p>Les gens de bien des deshonnestes.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXLVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Icy n'y a ne rys ne jeu.</p> +<p>Que leur vault avoir eu chevances,</p> +<p>N'en grans lictz de parement geu,</p> +<p>Engloutir vin, engrossir panses,</p> +<p>Mener joye, festes et danses,</p> +<p>Et de ce prest estre à toute heure?</p> +<p>Tantost faillent telles plaisances,</p> +<p>Et la coulpe si en demeure.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXLIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quand je considère ces testes</p> +<p>Entassées en ces charniers,</p> +<p>Tous furent maistres des requestes,</p> +<p>Ou tous de la Chambre aux Deniers,</p> +<p>Ou tous furent porte-paniers;</p> +<p>Autant puis l'ung que l'autre dire,</p> +<p>Car, d'evesques ou lanterniers,</p> +<p>Je n'y congnois rien a redire.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et icelles qui s'inclinoient</p> +<p>Unes contre autres en leur vies;</p> +<p>Desquelles les unes regnoient,</p> +<p>Des autres craintes et servies:</p> +<p>Là les voy toutes assouvies,</p> +<p>Ensemble en ung tas pesle-mesle.</p> +<p>Seigneuries leur sont ravies;</p> +<p>Clerc ne maistre ne s'y appelle.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p090"></a><span class="pagenum">P. +90</span> +<p>CLI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Or sont-ilz mortz, Dieu ayt leurs âmes!</p> +<p>Quant est des corps, ils sont pourriz.</p> +<p>Ayent esté seigneurs ou dames,</p> +<p>Souef et tendrement nourriz</p> +<p>De cresme, fromentée ou riz,</p> +<p>Leurs os sont declinez en pouldre,</p> +<p>Auxquelz ne chault d'esbat, ne riz...</p> +<p>Plaise au doulx Jesus les absouldre!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Aux trespassez je fais ce lays,</p> +<p>Et icelluy je communique</p> +<p>A regentz, courtz, sieges et plaids,</p> +<p>Hayneurs d'avarice l'inique,</p> +<p>Lesquelz pour la chose publique</p> +<p>Se seichent les os et les corps:</p> +<p>De Dieu et de sainct Dominique</p> +<p>Soient absolz, quand ilz seront mortz</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LAYS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Au retour de dure prison,</p> +<p>Où j'ay laissé presque la vie,</p> +<p>Se Fortune a sur moy envie,</p> +<p>Jugez s'elle fait mesprison!</p> +<p>Il me semble que, par raison,</p> +<p>Elle deust bien estre assouvie,</p> +<p class="i8">Au retour.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p091"></a><span class="pagenum">P. +91</span> +<p>Cecy plain est de desraison,</p> +<p>Qui vueille que de tout desvie;</p> +<p>Plaise à Dieu que l'ame ravie</p> +<p>En soit, lassus, en sa maison,</p> +<p class="i8">Au retour!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, donne à maistre Lomer,</p> +<p>Comme extraict que je suis de fée,</p> +<p>Qu'il soit bien amé; mais, d'amer</p> +<p>Fille en chief ou femme coëffée,</p> +<p>Jà n'en ayt la teste eschauffée,</p> +<p>Ce qui ne luy couste une noix,</p> +<p>Faire ung soir pour soy la fastée,</p> +<p>En despit d'Auger le Danois.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, rien à Jaques Cardon,</p> +<p>Car je n'ay rien pour luy honneste.</p> +<p>Non pas que le jette à bandon</p> +<p>Sinon cette Bergeronnette:</p> +<p>S'elle eust le chant <i>Marionnette</i>,</p> +<p>Faict por Marion la Peau-Tarde,</p> +<p>D'un <i>Ouvrez vostre huys, Guillemette</i>,</p> +<p>Elle allast bien à la moustarde.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item donne aux amans enfermes,</p> +<p>Oultre le lay Alain Chartier,</p> +<p>A leurs chevetz, de pleurs et lermes</p> +<p>Trestout fin plain ung benoistier,</p> +<a name="p092"></a><span class="pagenum">P. 92</span> +<p>Et ung petit brin d'esglantier,</p> +<p>En tout temps verd, pour gouppillon,</p> +<p>Pourveu qu'ilz diront ung <i>Psaultier</i></p> +<p>Pour l'ame du pouvre Villon.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à maistre Jacques James,</p> +<p>Qui se tue d'amasser biens,</p> +<p>Donne fiancer tant de femmes</p> +<p>Qu'il vouldra; mais d'espouser, riens</p> +<p>Pour qui amasse-il? Pour les siens.</p> +<p>Il ne plainct fors que ses morceaulx;</p> +<p>Ce qui fut aux truyes, je tiens</p> +<p>Qu'il doit de droit estre aux pourceaulx.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, le Camus Seneschal,</p> +<p>Qui une fois paya mes debtes,</p> +<p>En recompense, mareschal,</p> +<p>Pour ferrer oës et canettes.</p> +<p>Je luy envoye ces sornettes,</p> +<p>Pour soy desennuyer; combien,</p> +<p>Si veult, face-en des alumettes.</p> +<p>De bien chanter s'ennuye-on bien.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, au Chevalier du Guet</p> +<p>Je donne deux beaulx petitz pages,</p> +<p>Philippot et le gros Marquet,</p> +<p>Qui ont servy, dont sont plus sages,</p> +<p>La plus grant partie de leurs aages,</p> +<p>Tristan, prevost des mareschaulx.</p> +<p>Hélas, s'ilz sont cassez de gaiges,</p> +<p>Aller leur fauldra tous deschaulx!</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p093"></a><span class="pagenum">P. +93</span> +<p>CLIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, au Chappelain je laisse</p> +<p>Ma chapelle à simple tonsure,</p> +<p>Chargée d'une seiche messe,</p> +<p>Où il ne fault pas grand lecture.</p> +<p>Resigné luy eusse ma cure,</p> +<p>Mais point ne veult de charge d'ames;</p> +<p>De confesser, ce dit, n'a cure,</p> +<p>Sinon chambrières et dames.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pour ce que sçait bien mon entente,</p> +<p>Jehan de Calays, honnorable homme,</p> +<p>Qui ne me veit des ans a trente,</p> +<p>Et ne sçait comment je me nomme,</p> +<p>De tout ce Testament, en somme,</p> +<p>S'aucune y a difficulté,</p> +<p>Oster jusqu'au rez d'une pomme</p> +<p>Je luy en donne faculté.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De le gloser et commenter,</p> +<p>De le diffinir ou prescripre,</p> +<p>Diminuer ou augmenter;</p> +<p>De le canceller ou transcripre</p> +<p>De sa main, ne sceust-il escripre;</p> +<p>Interpreter, et donner sens,</p> +<p>A son plaisir, meilleur ou pire;</p> +<p>A tout ceci je m'y consens.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et s'aucun, dont n'ay congnoissance,</p> +<p>Estoit allé de mort à vie,</p> +<a name="p094"></a><span class="pagenum">P. 94</span> +<p>Audict Calais donne puissance,</p> +<p>Affin que l'ordre soit suyvie</p> +<p>Et mon ordonnance assouvie,</p> +<p>Que ceste aulmosne ailleurs transporte,</p> +<p>Sans se l'appliquer par envie;</p> +<p>A son ame je m'en rapporte.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, j'ordonne à Saincte-Avoye,</p> +<p>Et non ailleurs, ma sepulture;</p> +<p>Et, affin que chascun me voye,</p> +<p>Non pas en chair, mais en paincture,</p> +<p>Que l'on tire mon estature</p> +<p>D'ancre, s'il ne coustoit trop cher.</p> +<p>De tumbel? Rien; je n'en ay cure,</p> +<p>Car il greveroit le plancher.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, vueil qu'autour de ma fosse</p> +<p>Ce que s'ensuyt, sans autre histoire,</p> +<p>Soit escript, en lettre assez grosse;</p> +<p>Et qui n'auroit point d'escriptoire,</p> +<p>De charbon soit, ou pierre noire,</p> +<p>Sans en rien entamer le plastre:</p> +<p>Au moins sera de moy memoire</p> +<p>Telle qu'il est d'ung bon folastre.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CY GIST ET DORT EN CE SOLLIER,</p> +<p>QU'AMOUR OCCIST DE SON RAILLON,</p> +<p>UNG POUVRE PETIT ESCOLLIER,</p> +<p>QUI FUT NOMMÉ FRANÇOIS VILLON.</p> +<p>ONCQUES DE TERRE N'EUT SILLON.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p095"></a><span class="pagenum">P. +95</span> +<p>TESTAMENT.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>IL DONNA TOUT, CHASCUN LE SCET:</p> +<p>TABLE, TRETTEAULX, PAIN, CORBILLON.</p> +<p>POUR DIEU, DICTES-EN CE VERSET.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><b>RONDEAU</b>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Repos eternel donne à cil,</p> +<p>Lumière, clarté perpétuelle,</p> +<p>Qui vaillant plat ny escuelle</p> +<p>N'eut oncques, n'ung brin de percil.</p> +<p>Il fut rez, chef, barbe, sourcil,</p> +<p>Comme ung navet qu'on ree et pelle.</p> +<p>Repos éternel donne à cil.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Rigueur le transmit en exil,</p> +<p>Et luy frappa au cul la pelle,</p> +<p>Nonobstant qu'il dist: J'en appelle!</p> +<p>Qui n'est pas terme trop subtil.</p> +<p>Repos eternel donne à cil.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je vueil qu'on sonne à branle</p> +<p>Le gros Beffray, qui n'est de voire;</p> +<p>Combien que cueur n'est qui ne tremble;</p> +<p>Quand de sonner est à son erre.</p> +<p>Saulvé a mainte belle terre,</p> +<p>Le temps passé, chascun le sçait:</p> +<p>Fussent gens d'armes ou tonnerre;</p> +<p>Au son de luy tout mal cessoit.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p096"></a><span class="pagenum">P. +96</span> +<p>CLXVII</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Les sonneurs auront quatre miches;</p> +<p>Et se c'est peu, demy-douzaine,</p> +<p>Autant qu'en donnent les plus riches;</p> +<p>Mais ilz seront de sainct Estienne.</p> +<p>Vollant est homme de grant peine:</p> +<p>L'ung en sera. Quand j'y regarde,</p> +<p>Il en vivra une sepmaine.</p> +<p>Et l'autre? Au fort, Jehan de la Garde.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pour tout ce fournir et parfaire,</p> +<p>J'ordonne mes executeurs,</p> +<p>Auxquelz faict bon avoir affaire,</p> +<p>Et contentent bien leurs debteurs.</p> +<p>Ilz ne sont pas trop grans venteurs,</p> +<p>Et ont bien de quoy, Dieu mercys!</p> +<p>De ce faict seront directeurs...</p> +<p>Escripts: je t'en nommeray six.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>C'est maistre Martin Bellefaye,</p> +<p>Lieutenant du cas criminel.</p> +<p>Qui sera l'autre? J'y pensoye:</p> +<p>Ce sera sire Colombel.</p> +<p>S'il luy plaist et il lui est bel,</p> +<p>Il entreprendra ceste charge.</p> +<p>Et l'autre? Michel Jouvenel.</p> +<p>Ces trois seulz, et pour tous, j'en charge.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Mais, au cas qu'ils s'en excusassent,</p> +<p>En redoubtant les premiers frais,</p> +<a name="p097"></a><span class="pagenum">P. 97</span> +<p>Ou totalement recusassent,</p> +<p>Ceulx qui s'ensuivent cy-après</p> +<p>J'institue, gens de bien très,</p> +<p>Philip Bruneau, noble escuyer,</p> +<p>Et l'autre, son voysin d'emprès,</p> +<p>Cy est maistre Jacques Raguyer;</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXXI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et l'aultre, maistre Jaques James,</p> +<p>Trois hommes de bien et d'honneur,</p> +<p>Desirans de saulver leurs âmes,</p> +<p>Et doubtans Dieu Nostre Seigneur.</p> +<p>Plustot y metteront du leur,</p> +<p>Que ceste ordonnance ne baillent.</p> +<p>Point n'auront de contrerooleur,</p> +<p>Mais à leur seul plaisir en taillent.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXXII</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Des testamens qu'on dit le maistre</p> +<p>De mon faict n'aura <i>quid</i> ne <i>quod</i>;</p> +<p>Mais ce sera ung jeune prebstre,</p> +<p>Qui se nomme Colas Tacot.</p> +<p>Voulentiers beusse à son escot,</p> +<p>Et qu'il me coustast ma cornette!</p> +<p>S'il sceust jouer en ung trippot,</p> +<p>Il eust de moy le Trou Perrette.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXXIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quant au regard du luminaire,</p> +<p>Guillaume du Ru j'y commectz.</p> +<p>Pour porter les coings du suaire,</p> +<p>Aux executeurs le remectz.</p> +<p>Trop plus mal me font qu'oncques mais</p> +<p>Penil, cheveulx, barbe, sourcilz.</p> +<a name="p098"></a><span class="pagenum">P. 98</span> +<p>Mal me presse; est temps désormais</p> +<p>Que crie à toutes gens merciz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +<p>Par laquelle Villon crye mercy à chascun.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>A Chartreux, aussi Celestins,</p> +<p>A mendians et aux devotes,</p> +<p>A musars et cliquepatins,</p> +<p>Servantes et filles mignottes,</p> +<p>Portant surcotz et justes cottes;</p> +<p>A cuyderaulx d'amours transis,</p> +<p>Chaussans sans meshaing fauves bottes,</p> +<p>Je crye à toutes gens merciz!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>A fillettes monstrans tetins,</p> +<p>Pour avoir plus largement hostes;</p> +<p>A ribleurs meneurs de butins,</p> +<p>A basteleurs traynans marmottes,</p> +<p>A folz et folles, sotz et sottes,</p> +<p>Qui s'en vont sifflant cinq et six;</p> +<p>A veufves et à mariottes,</p> +<p>Je crye à toutes gens merciz!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Sinon aux trahistres chiens mastins,</p> +<p>Qui m'ont fait ronger dures crostes</p> +<p>Et boire eau maintz soirs et matins,</p> +<p>Qu'ores je ne crains pas trois crottes.</p> +<p>Je feisse pour eulx petz et rottes;</p> +<p>Je ne puis, car je suis assis.</p> +<p>Bien fort, pour éviter riottes,</p> +<p>Je crye à toutes gens, merciz!</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p099"></a><span class="pagenum">P. +99</span> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Qu'on leur froisse les quinze costes</p> +<p>De gros mailletz, fortz et massis,</p> +<p>De plombée et de telz pelottes.</p> +<p>Je crye à toutes gens merciz!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +<p>POUR SERVIR DE CONCLUSION.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Icy se clost le Testament</p> +<p>Et finist du pouvre Villon.</p> +<p>Venez à son enterrement,</p> +<p>Quant vous orrez le carillon,</p> +<p>Vestuz rouges com vermillon,</p> +<p>Car en amours mourut martir;</p> +<p>Ce jura-il sur son coullon</p> +<p>Quand de ce monde voult partir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et je croy bien que pas n'en ment,</p> +<p>Car chassié fut comme un soullon</p> +<p>De ses amours hayneusement,</p> +<p>Tant que, d'icy à Roussillon,</p> +<p>Brosses n'y a ne brossillon,</p> +<p>Qui n'eust, ce dit-il sans mentir,</p> +<p>Ung lambeau de son cotillon,</p> +<p>Quand de ce monde voult partir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Il est ainsi, et tellement,</p> +<p>Quand mourut n'avoit qu'un haillon.</p> +<a name="p100"></a><span class="pagenum">P. 100</span> +<p>Qui plus? En mourant, mallement</p> +<p>L'espoignoit d'amours l'esguillon;</p> +<p>Plus agu que le ranguillon</p> +<p>D'un baudrier luy faisoit sentir,</p> +<p>C'est de quoy nous esmerveillon,</p> +<p>Quand de ce monde voult partir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, gent comme esmerillon,</p> +<p>Saichiez qu'il fist, au departir:</p> +<p>Ung traict but de vin morillon,</p> +<p>Quand de ce monde voult partir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><b>FIN DU GRAND TESTAMENT</b>.</p> +</div> +<div class="stanza"><br> +<br> +<br> +<a name="p101"></a><span class="pagenum">P. 101</span> +<p><b>POÉSIES DIVERSES</b></p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LE QUATRAIN</p> +<p>Que feit Villon quand il fut jugé à mourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>JE SUIS François, dont ce me poise,</p> +<p>Né de Paris emprès Ponthoise.</p> +<p>Or d'une corde d'une toise</p> +<p>Saura mon col que mon cul poise.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>L'EPITAPHE</p> +<p>EN FORME DE BALLADE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Que feit Villon pour luy et ses compagnons, s'attendant</p> +<p>estre pendu avec eulx.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Frères humains, qui après nous vivez,</p> +<p>N'ayez les cueurs contre nous endurciz,</p> +<p>Car, si pitié de nous pouvres avez,</p> +<p>Dieu en aura plustost de vous merciz.</p> +<p>Vous nous voyez cy attachez cinq, six:</p> +<a name="p102"></a><span class="pagenum">P. 102</span> +<p>Quant de la chair, que trop avons nourrie,</p> +<p>Elle est pieça devorée et pourrie,</p> +<p>Et nous, les os, devenons cendre et pouldre.</p> +<p>De nostre mal personne ne s'en rie,</p> +<p>Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Se vous clamons, frères, pas n'en devez</p> +<p>Avoir desdaing, quoique fusmes occis</p> +<p>Par justice. Toutesfois, vous sçavez</p> +<p>Que tous les hommes n'ont pas bon sens assis;</p> +<p>Intercedez doncques, de cueur rassis,</p> +<p>Envers le Filz de la Vierge Marie,</p> +<p>Que sa grace ne soit pour nous tarie,</p> +<p>Nous preservant de l'infernale fouldre.</p> +<p>Nous sommes mors, ame ne nous harie;</p> +<p>Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>La pluye nous a debuez et lavez,</p> +<p>Et le soleil dessechez et noirciz;</p> +<p>Pies, corbeaulx, nous ont les yeux cavez,</p> +<p>Et arrachez la barbe et les sourcilz.</p> +<p>Jamais, nul temps, nous ne sommes rassis;</p> +<p>Puis cà, puis là, comme le vent varie,</p> +<p>A son plaisir sans cesser nous charie,</p> +<p>Plus becquetez d'oyseaulx que dez à couldre.</p> +<p>Ne soyez donc de nostre confrairie,</p> +<p>Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince JESUS, qui sur tous seigneurie,</p> +<p>Garde qu'Enfer n'ayt de nous la maistrie:</p> +<p>A luy n'ayons que faire ne que souldre.</p> +<p>Hommes, icy n'usez de mocquerie</p> +<p>Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p103"></a><span class="pagenum">P. +103</span> +<p>LA REQUESTE DE VILLON</p> +<p>Présentée à la Cour de Parlement, en +forme de ballade.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Tous mes cinq Sens, yeulx, oreilles et bouche,</p> +<p>Le nez, et vous, le sensitif, aussi;</p> +<p>Tous mes membres où il y a reprouche,</p> +<p>En son endroit ung chascun die ainsi:</p> +<p>«Court souverain, par qui sommes icy,</p> +<p>Vous nous avez gardé de desconfire;</p> +<p>Or, la langue ne peut assez suffire</p> +<p>A vous rendre suffisantes louenges:</p> +<p>Si prions tous, fille au souverain Sire,</p> +<p>Mère des bons, et soeur des benoistz anges!»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Cueur, fendez-vous, ou percez d'une broche,</p> +<p>Et ne soyez, au moins, plus endurcy</p> +<p>Qu'au desert fut la forte bise roche</p> +<p>Dont le peuple des Juifs fut adoulcy;</p> +<p>Fondez larmes, et venez à mercy,</p> +<p>Comme humble cueur qui tendrement souspire:</p> +<p>Louez la Court, conjoincte au sainct Empire,</p> +<p>L'heur des Françoys, le confort des estranges,</p> +<p>Procreée la sus au ciel empire,</p> +<p>Mère des bons, et soeur des benoistz anges!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et vous, mes dentz, chascune si s'esloche;</p> +<p>Saillez avant, rendez toutes mercy,</p> +<p>Plus haultement qu'orgue, trompe, ne cloche,</p> +<p>Et de mascher n'ayez ores soulcy;</p> +<p>Considerez que je fusse transy,</p> +<p>Foye, pommon, et rate qui respire;</p> +<a name="p104"></a><span class="pagenum">P. 104</span> +<p>Et vous, mon corps, vil qui estes ou pire</p> +<p>Qu'ours ne pourceau, qui faict son nid ès fanges,</p> +<p>Louez la Court, avant qu'il vous empire,</p> +<p>Mère des bons, et soeur des benoistz anges!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, trois jours ne vueillez m'escondire,</p> +<p>Pour moy pourvoir, et aux miens adieu dire;</p> +<p>Sans eulx, argent je n'ay, icy n'aux changes.</p> +<p>Court triumphant, <i>fiat</i>, sans me desdire;</p> +<p>Mère des bons, et soeur des benoistz anges!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +<p>DE L'APPEL DE VILLON.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Que dites-vous de mon appel,</p> +<p>Garnier? Feis-je sens ou follie?</p> +<p>Toute beste garde sa pel;</p> +<p>Qui la contrainct, efforce ou lye,</p> +<p>S'elle peult, elle se deslie.</p> +<p>Quand à ceste peine arbitraire</p> +<p>On me jugea par tricherie,</p> +<p>Estoit-il lors temps de me taire?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Se fusse des hoirs Hue Capel,</p> +<p>Qui fut extraict de boucherie,</p> +<p>On ne m'eust, parmy ce drapel,</p> +<p>Faict boyre à celle escorcherie:</p> +<p>Vous entendez bien joncherie?</p> +<p>Ce fut son plaisir voluntaire</p> +<a name="p105"></a><span class="pagenum">P. 105</span> +<p>De me juger par fausserie.</p> +<p>Etoit-il lors temps de me taire?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Cuydez-vous que soubz mon cappel</p> +<p>N'y eust tant de philosophie</p> +<p>Comme de dire: «J'en appel?»</p> +<p>Si avoit, je vous certifie,</p> +<p>Combien que point trop ne m'y fie.</p> +<p>Quand on me dit, présent notaire:</p> +<p>«Pendu serez!» je vous affie,</p> +<p>Estoit-il lors temps de me taire?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, si j'eusse eu la pepie,</p> +<p>Pieça je fusse où est Clotaire,</p> +<p>Aux champs debout comme ung espie.</p> +<p>Estoit-il lors temps de me taire?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LE DIT</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>DE LA NAISSANCE MARIE.</p> +<p>Jam nova progenies celo demittitur alto.</p> +<p><i>Virg.</i>, (ecl. 4, v.7.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>O louée Conception,</p> +<p>Envoiée sà jus des cieulx;</p> +<p>Du noble Lys digne syon;</p> +<p>Don de Jhésus très précieux,</p> +<p>MARIE, nom très gracieux,</p> +<p>Font de pitié, source de grace,</p> +<a name="p106"></a><span class="pagenum">P. 106</span> +<p>La joye confort de mes yeulx,</p> +<p>Qui nostre paix batist et brasse!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>La paix, c'est assavoir, des riches,</p> +<p>Des povres le substantement,</p> +<p>Le rebours des felons et chiches,</p> +<p>Très necessaire enfantement,</p> +<p>Conceu, porté honnestement,</p> +<p>Hors le pechié originel,</p> +<p>Que dire je puis sainctement</p> +<p>Souverain bien, Dieu éternel!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Nom recouvré, joye de peuple,</p> +<p>Confort des bons, de maulx retraicte;</p> +<p>Du doux Seigneur première et seule</p> +<p>Fille, de son cler sang extraicte,</p> +<p>Du dextre costé Clovis traicte,</p> +<p>Glorieuse ymage en tous fais,</p> +<p>Ou hault ciel créée et pourtraicte,</p> +<p>Pour esjouyr et donner paix!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>En l'amour et crainte de Dieu,</p> +<p>Es nobles flans Cesar conceue;</p> +<p>Des petis et grans, en tout lieu,</p> +<p>A très grande joye receue;</p> +<p>De l'amour Dieu traicte, tissue,</p> +<p>Pour les discordez ralier,</p> +<p>Et aux enclos donner yssue,</p> +<p>Leurs lians et fers delier.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Aucunes gens, qui bien peu sentent,</p> +<p>Nourriz en simplesse et confiz,</p> +<p>Contre le vouloir Dieu attentent,</p> +<p>Par ignorance desconfiz,</p> +<a name="p107"></a><span class="pagenum">P. 107</span> +<p>Désirans que feussiez ung filz;</p> +<p>Mais qu'ainsi soit, ainsi m'aist Dieux,</p> +<p>Je croy que ce soit grans proufiz;</p> +<p>Raison: Dieu fait tout pour le mieulx.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Du Psalmiste je prens les dictz:</p> +<p><i>Delectasti me, Domine,</i></p> +<p><i>In factura sua</i>! Je diz:</p> +<p>«Noble enfant, de bonne heure né,</p> +<p>A toute doulceur destiné,</p> +<p>Manna du Ciel, celeste don,</p> +<p>De tous bienfais le guerdonné,</p> +<p>Et de nos maulx le vray pardon!»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>DOUBLE BALLADE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Combien que j'ay leu en ung Dit:</p> +<p><i>Inimicum putes</i>, y a,</p> +<p><i>Qui te presentem laudabit</i>,</p> +<p>Toutesfois, non obstant cela,</p> +<p>Oncques vray homme ne cela</p> +<p>En son courage aucun grant bien,</p> +<p>Qui ne le monstrast çà et là:</p> +<p>On doit dire du bien le bien.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Saint Jehan-Baptiste ainsi le fist,</p> +<p>Quand l'Aignel de Dieu descela.</p> +<p>En ce faisant pas ne meffist,</p> +<p>Dont sa voix ès tourbes vola;</p> +<p>De quoy saint André Dieu loua,</p> +<p>Qui de luy cy ne sçavoit rien,</p> +<a name="p108"></a><span class="pagenum">P. 108</span> +<p>Et au Fils de Dieu s'aloua:</p> +<p>On doit dire du bien le bien.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Envoyée de Jhesucrist,</p> +<p>Rappelles sà jus, par deçà,</p> +<p>Les povres que Rigueur proscript</p> +<p>Et que Fortune betourna.</p> +<p>Cy sçay bien comment y m'en va!</p> +<p>De Dieu, de vous, vie je tien...</p> +<p>Benoist celle qui vous porta!</p> +<p>On doit dire du bien le bien.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Cy, devant Dieu, fais congnoissance,</p> +<p>Que creature feusse morte,</p> +<p>Ne feust vostre doulce naissance,</p> +<p>En charité puissant et forte,</p> +<p>Qui ressuscite et reconforte</p> +<p>Ce que Mort avoit prins pour sien.</p> +<p>Vostre présence me conforte:</p> +<p>On doit dire du bien le bien.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Cy vous rens toute obéissance,</p> +<p>A ce faire raison m'exorte,</p> +<p>De toute ma povre puissance;</p> +<p>Plus n'est deul qui me desconforte,</p> +<p>N'autre ennuy de quelque sorte.</p> +<p>Vostre je suis et non plus mien;</p> +<p>Ad ce droit et devoir m'enhorte:</p> +<p>On doit dire du bien le bien.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>O grace et pitié très immense,</p> +<p>L'entrée de paix et la porte,</p> +<p>Some et benigne clemence,</p> +<p>Qui noz faultes toult et supporte,</p> +<a name="p109"></a><span class="pagenum">P. 109</span> +<p>Sy de vous louer me deporte,</p> +<p>Ingrat suis, et je le maintien,</p> +<p>Dont en ce refrain me transporte:</p> +<p>On doit dire du bien le bien.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Princesse, ce loz je vous porte,</p> +<p>Que sans vous je ne feusse rien.</p> +<p>A vous et à vous m'en rapporte.</p> +<p>On doit dire du bien le bien.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Euvre de Dieu, digne, louée</p> +<p>Autant que nulle créature,</p> +<p>De tous biens et vertuz douée,</p> +<p>Tant d'esperit que de nature,</p> +<p>Que de ceulx qu'on dit, d'adventure,</p> +<p>Plus nobles que rubis balais;</p> +<p>Selon de Caton l'escripture:</p> +<p><i>Patrem insequitur proles</i>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Port assuré, maintien rassiz,</p> +<p>Plus que ne peut nature humaine,</p> +<p>Et, eussiez des ans trente-six,</p> +<p>Enfance en rien ne vous demaine.</p> +<p>Que jour ne le die et sepmaine,</p> +<p>Je ne sçay qui me le deffend...</p> +<p>A ce propos ung dit ramaine:</p> +<p>De saige mère saige enfant.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Dont résume ce que j'ay dit:</p> +<p><i>Nova progenies coelo</i></p> +<a name="p110"></a><span class="pagenum">P. 110</span> +<p>Car c'est du poëte le dit:</p> +<p><i>Jamjam demittitur alto</i>.</p> +<p>Saige Cassandre, belle Echo,</p> +<p>Digne Judith, caste Lucresse,</p> +<p>Je vous congnois, noble Dido,</p> +<p>A ma seule dame et maistresse.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>En priant Dieu, digne pucelle,</p> +<p>Que vous doint longue et bonne vie;</p> +<p>Qui vous ayme, MADEMOISELLE,</p> +<p>Jà ne coure sur luy envie.</p> +<p>Entière dame et assouvie,</p> +<p>J'espoir de vous servir ainçoys,</p> +<p>Certes, se Dieu plaist, que devie</p> +<p>Vostre povre escolier FRANÇOYS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE VILLON.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je meurs de soif auprès de la fontaine,</p> +<p>Chauld comme feu, et tremble dent à dent,</p> +<p>En mon païs suis en terre loingtaine;</p> +<p>Lez un brazier friçonne tout ardent;</p> +<p>Nu comme ung ver, vestu en president;</p> +<p>Je ris en pleurs, et attens sans espoir;</p> +<p>Confort reprens en triste desespoir;</p> +<p>Je m'esjouys et n'ay plaisir aucun;</p> +<p>Puissant je suis sans force et sans povoir,</p> +<p>Bien recueilly, debouté de chascun.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Rien ne m'est seur que la chose incertaine,</p> +<p>Obscur, fors ce qui est tout evident;</p> +<a name="p111"></a><span class="pagenum">P. 111</span> +<p>Doubte ne fais, fors en chose certaine;</p> +<p>Science tiens à soudain accident;</p> +<p>Je gaigne tout, et demeure perdent;</p> +<p>Au point du jour, diz: «Dieu vous doint bon +soir!»</p> +<p>Gisant envers, j'ay grant paour de cheoir;</p> +<p>J'ay bien de quoy, et si n'en ay pas un;</p> +<p>Eschoicte attens, et d'homme ne suis hoir,</p> +<p>Bien recueilly, debouté de chascun.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De riens n'ay soing, si metz toute ma paine</p> +<p>D'acquerir biens, et n'y suis pretendant;</p> +<p>Qui mieulx me dit, c'est cil qui plus m'attaine,</p> +<p>Et qui plus vray, lors plus me va bourdant;</p> +<p>Mon ami est qui me fait entendant</p> +<p>D'ung cygne blanc que c'est ung corbeau noir;</p> +<p>Et qui me nuyst croy qu'il m'aide à povoir.</p> +<p>Verité, bourde, aujourd'uy m'est tout un.</p> +<p>Je retiens tout; riens ne sçay concepvoir,</p> +<p>Bien recueilly, debouté de chascun.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>L'ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince clement, or vous plaise savoir</p> +<p>Que j'entens moult, et n'ay sens ne sçavoir;</p> +<p>Parcial suis, à toutes lois commun.</p> +<p>Que fais-je plus? Quoy? Les gaiges ravoir,</p> +<p>Bien recueilly, debouté de chascun.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>EPISTRE</p> +<p>EN FORME DE BALLADE, A SES AMIS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ayez pitié, ayez pitié de moy,</p> +<p>A tout le moins, si vous plaist, mes amis!</p> +<a name="p112"></a><span class="pagenum">P. 112</span> +<p>En fosse giz, non pas soubz houx ne may,</p> +<p>En cest exil ouquel je suis transmis</p> +<p>Par fortune, comme Dieu l'a permis.</p> +<p>Filles, amans, jeunes, vieulx et nouveaulx;</p> +<p>Danceurs, saulteurs, faisans les piez de veaux,</p> +<p>Vifs comme dars, aguz comme aguillon;</p> +<p>Gouffres tintans, clers comme gastaneaux,</p> +<p>Le lesserez là, le povre Villon?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Chantres chantans à plaisance, sans loy;</p> +<p>Galans, rians, plaisans en faictz et diz,</p> +<p>Coureux, allans, francs de faulx or, d'aloy;</p> +<p>Gens d'esperit, ung petit estourdiz;</p> +<p>Trop demourez, car il meurt entandiz.</p> +<p>Faiseurs de laiz, de motets et rondeaux,</p> +<p>Quand mort sera vous lui ferez chandeaux.</p> +<p>Il n'entre, où gist, n'escler ne tourbillon;</p> +<p>De murs espoix on luy a fait bandeaux:</p> +<p>Le lesserez là, le povre Villon?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Venez le veoir en ce piteux arroy,</p> +<p>Nobles hommes, francs de quars et de dix,</p> +<p>Qui ne tenez d'empereur ne de roy,</p> +<p>Mais seulement de Dieu de Paradiz:</p> +<p>Jeuner lui fault dimanches et mardiz</p> +<p>Dond les dens a plus longues que ratteaux,</p> +<p>Après pain sec, non pas après gasteaux;</p> +<p>En ses boyaulx verse eau à gros bouillon;</p> +<p>Bas enterré, table n'a, ne tresteaulx:</p> +<p>Le lesserez là, le povre Villon?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Princes nommez, anciens, jouvenceaulx,</p> +<p>Impetrez-moy graces et royaulx sceaux,</p> +<a name="p113"></a><span class="pagenum">P. 113</span> +<p>Et me montez en quelque corbillon.</p> +<p>Ainsi se font l'un à l'autre pourceaux,</p> +<p>Car, où l'un brait, ilz fuyent à monceaux.</p> +<p>Le lesserez là, le povre Villon?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LE DEBAT</p> +<p>DU CUEUR ET DU CORPS DE VILLON,</p> +<p>En forme de Ballade.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Qu'est-ce que j'oy?—Ce +suis-je.—Qui?—Toncueur,</p> +<p>Qui ne tient mais qu'à ung petit filet,</p> +<p>Force n'ay plus, substance ne liqueur,</p> +<p>Quand je te voy retraict ainsi seulet,</p> +<p>Com pouvre chien tappy en recullet.</p> +<p>—Pourquoy est-ce?—Pour ta folle plaisance.</p> +<p>—Que t'en chault-il?—J'en ai la desplaisance.</p> +<p>—Laisse m'en paix!—Pourquoi?—J'y +penseray.</p> +<p>—Quand sera-ce?—Quant seray hors d enfance.</p> +<p>—Plus ne t'en dy.—Et je m'en passeray.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>—Que penses-tu?—Estre homme de valeur.</p> +<p>—Tu as trente ans.—C'est l'aage d'ung mullet.</p> +<p>—Est-ce enfance?—Nenny.—C'est donc +folleur</p> +<p>Qui te saisit?—Par où?—Par le collet.</p> +<p>Rien ne congnois.—Si fais: mouches en laict:</p> +<p>L'ung est blanc, l'autre est noir, c'est la distance.</p> +<p>—Est-ce doncq tout?-Que veulx-tu que je tance?</p> +<p>Si n'est assez, je recommenceray.</p> +<p>—Tu es perdu!—J'y mettray resistance.</p> +<p>—Plus ne t'en dy.—Et je m'en passeray.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p114"></a><span class="pagenum">P. +114</span> +<p>—J'en ay le dueil; toi, le mal et douleur.</p> +<p>Si fusse ung povre ydiot et folet,</p> +<p>Au cueur eusses de t'excuser couleur:</p> +<p>Se n'as-tu soing, tout ung, tel, bel ou laid,</p> +<p>Ou la teste as plus dure qu'ung jalet,</p> +<p>Ou mieulx te plaist qu'honneur ceste meschance!</p> +<p>Que respondras à ceste conséquence?</p> +<p>—J'en seray hors quand je trespasseray.</p> +<p>—Dieu, quel confort!—Quelle saige eloquence!</p> +<p>—Plus ne t'en dy.—Et je m'en passeray.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>—D'ond vient ce mal?—Il vient de mon malheur.</p> +<p>Quand Saturne me feit mon fardelet,</p> +<p>Ces maulx y mist, je le croy.—C'est foleur:</p> +<p>Son seigneur es, et te tiens son valet.</p> +<p>Voy que Salmon escript en son roulet:</p> +<p>«Homme sage, ce dit-il, a puissance</p> +<p>Sur les planètes et sur leur influence.»</p> +<p>—Je n'en croy rien; tel qu'ilz m'ont faict seray.</p> +<p>—Que dis-tu?—Rien.—Certe, c'est ma +créance.</p> +<p>Plus ne t'en dy.—Et je m'en passeray.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>—Veux-tu vivre?—Dieu m'en doint la puissance!</p> +<p>—Il te fault...—Quoy?—Remors de +conscience;</p> +<p>Lire sans fin.—Et en quoy?—En science;</p> +<p>Laisse les folz!—Bien, j'y adviseray.</p> +<p>—Or le retiens.—J'en ay bien souvenance.</p> +<p>—N'attends pas tant que tourne à +desplaisance.</p> +<p>Plus ne t'en dy.—Et je m'en passeray.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p115"></a><span class="pagenum">P. +115</span> +<p>LA REQUESTE</p> +<p>Que Villon bailla à Monseigneur de Bourbon.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Le mien seigneur et prince redoubté,</p> +<p>Fleuron de Lys, royale geniture,</p> +<p>Françoys Villon, que travail a dompté</p> +<p>A coups orbes, par force de batture,</p> +<p>Vous supplie, par cette humble escripture,</p> +<p>Que luy faciez quelque gracieux prest.</p> +<p>De s'obliger en toutes cours est prest;</p> +<p>Si ne doubtez que bien ne vous contente.</p> +<p>Sans y avoir dommage n'interest,</p> +<p>Vous n'y perdrez seulement que l'attente.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>A prince n'a ung denier emprunté,</p> +<p>Fors à vous seul, vostre humble créature.</p> +<p>Des six escus que lui avez presté,</p> +<p>Cela pieça, il mist en nourriture;</p> +<p>Tout se payera ensemble, c'est droicture,</p> +<p>Mais ce sera légèrement et prest:</p> +<p>Car, se du gland rencontre en la forest</p> +<p>D'entour Patay, et chastaignes ont vente,</p> +<p>Payé serez sans delay ny arrest:</p> +<p>Vous n'y perdrez seulement que l'attente.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si je pensois vendre de ma santé</p> +<p>A ung Lombard, usurier par nature,</p> +<p>Faulte d'argent m'a si fort enchanté,</p> +<p>Que j'en prendrois, ce croy-je, l'adventure.</p> +<p>Argent ne pend à gippon ne ceincture;</p> +<p>Beau sire Dieux! je m'esbahyz que c'est,</p> +<p>Que devant moy croix ne se comparoist,</p> +<p>Sinon de bois ou pierre, que ne mente;</p> +<p>Mais s'une fois la vraye m'apparoist,</p> +<p>Vous n'y perdrez seulement que l'attente.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p116"></a><span class="pagenum">P. +116</span> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince du Lys, qui à tout bien complaist,</p> +<p>Que cuydez-vous, comment il me desplaist</p> +<p>Quand je ne puis venir à mon entente?</p> +<p>Bien m'entendez, aydez-moi, s'il vous plaist:</p> +<p>Vous n'y perdrez seulement que l'attente.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>SUSCRIPTION DE LADITE REQUESTE</p> +</div> +<div class="stanza" style="font-style: italic;"> +<p>Allez, Lettres, faictes un sault,</p> +<p>Combien que n'ayez pied ne langue:</p> +<p>Remonstrez, en vostre harengue,</p> +<p>Que faulte d'argent si m'assault.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +<p>DES PROVERBES.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Tant grate chèvre que mal gist;</p> +<p>Tant va le pot à l'eau qu'il brise;</p> +<p>Tant chauffe-on le fer qu'il rougist;</p> +<p>Tant le maille-on qu'il se debrise;</p> +<p>Tant vault l'homme comme on le prise;</p> +<p>Tant s'eslongne-il qu'il n'en souvient;</p> +<p>Tant mauvais est qu'on le desprise;</p> +<p>Tant crie l'on Noel qu'il vient.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Tant raille-on que plus on ne rit;</p> +<p>Tant despend-on qu'on n'a chemise;</p> +<a name="p117"></a><span class="pagenum">P. 117</span> +<p>Tant est-on franc que tout se frit;</p> +<p>Tant vault tien que chose promise;</p> +<p>Tant ayme-on Dieu qu'on suyt l'Eglise;</p> +<p>Tant donne-on qu'emprunter convient;</p> +<p>Tant tourne vent qu'il chet en bise;</p> +<p>Tant crie l'on Noel qu'il vient.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Tant ayme-on chien qu'on le nourrist;</p> +<p>Tant court chanson qu'elle est apprise;</p> +<p>Tant garde-on fruict qu'il se pourrist;</p> +<p>Tant bat-on place qu'elle est prise;</p> +<p>Tant tarde-on qu'on fault à l'emprise;</p> +<p>Tant se haste-on que mal advient;</p> +<p>Tant embrasse-on que chet la prise;</p> +<p>Tant crie l'on Noel qu'il vient;</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, tant vit fol qu'il s'advise;</p> +<p>Tant va-t-il qu'après il revient;</p> +<p>Tant le matte-on qu'il se radvise;</p> +<p>Tant crie l'on Noel qu'il vient.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>DES MENUS PROPOS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je congnois bien mouches en laict;</p> +<p>Je congnois à la robe l'homme;</p> +<p>Je congnois le beau temps du laid;</p> +<p>Je congnois au pommier la pomme;</p> +<p>Je congnois l'arbre à veoir la gomme;</p> +<p>Je congnois quand tout est de mesme;</p> +<p>Je congnois qui besongne ou chomme;</p> +<a name="p118"></a><span class="pagenum">P. 118</span> +<p>Je congnois tout, fors que moy-mesme.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je congnois pourpoinct au collet;</p> +<p>Je congnois le moyne à la gonne;</p> +<p>Je congnois le maistre au valet;</p> +<p>Je congnois au voyle la nonne;</p> +<p>Je congnois quand piqueur jargonne;</p> +<p>Je congnois folz nourriz de cresme;</p> +<p>Je congnois le vin à la tonne;</p> +<p>Je congnois tout, fors que moy-mesme.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je congnois cheval du mulet;</p> +<p>Je congnois leur charge et leur somme;</p> +<p>Je congnois Bietrix et Bellet;</p> +<p>Je congnois gect qui nombre et somme;</p> +<p>Je congnois vision en somme;</p> +<p>Je congnois la faulte des Boesmes;</p> +<p>Je congnois filz, varlet et homme:</p> +<p>Je congnois tout, fors que moy-mesme.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, je congnois tout en somme;</p> +<p>Je congnois coulorez et blesmes;</p> +<p>Je congnois mort qui nous consomme;</p> +<p>Je congnois tout, fors que moy-mesme.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p119"></a><span class="pagenum">P. +119</span> +<p>BALLADE</p> +<p>DES POVRES HOUSSEURS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>On parle des champs labourer,</p> +<p>De porter chaulme contre vent,</p> +<p>Et aussi de se marier</p> +<p>A femme qui tance souvent;</p> +<p>De moyne de povre couvent,</p> +<p>De gens qui vont souvent sur mer;</p> +<p>De ceulx qui vont les bleds semer,</p> +<p>Et de celluy qui l'asne maine;</p> +<p>Mais, à trestout considérer,</p> +<p>Povres housseurs ont assez peine.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>A petis enfans gouverner,</p> +<p>Dieu sçait se c'est esbatement!</p> +<p>De gens d'armes doit-on parler?</p> +<p>De faire leur commandement?</p> +<p>De servir Malchus chauldement?</p> +<p>De servir dames et aymer?</p> +<p>De guerrier et bouhourder</p> +<p>Et de jouster à la quintaine?</p> +<p>Mais, à trestout considérer,</p> +<p>Povres housseurs ont assez peine.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ce n'est que jeu de bled soyer,</p> +<p>Et de prez faulcher, vrayement;</p> +<p>Ne d'orge battre, ne vanner,</p> +<p>Ne de plaider en Parlement;</p> +<p>A danger emprunter argent;</p> +<p>A maignans leurs poisles mener;</p> +<a name="p120"></a><span class="pagenum">P. 120</span> +<p>Et à charretiers desjeuner,</p> +<p>Et de jeusner la quarantaine;</p> +<p>Mais, à trestout considérer,</p> +<p>Povres housseurs ont assez peine.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>PROBLÈME OU BALLADE</p> +<p>AU NOM DE LA FORTUNE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Fortune fuz par clercz jadis nommée,</p> +<p>Que toy, Françoys, crie et nomme meurtrière.</p> +<p>S'il y a hom d'aucune renommée</p> +<p>Meilleur que toy, faiz user en plastrière,</p> +<p>Par povreté, et fouyr en carrière,</p> +<p>S'a honte viz, te dois tu doncques plaindre?</p> +<p>Tu n'es pas seul; si ne te dois complaindre.</p> +<p>Regarde et voy de mes faitz de jadis,</p> +<p>Maints vaillans homs par moy mors et roidiz,</p> +<p>Et n'eusses-tu envers eulx ung soullon,</p> +<p>Appaise-toy, et mectz fin en tes diz:</p> +<p>Par mon conseil prends tout en gré, Villon!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Contre grans roys je me suis bien armée,</p> +<p>Le temps qui est passé; car, en arrière,</p> +<p>Priame occis et toute son armée;</p> +<p>Ne lui valut tour, donjon, ne barrière.</p> +<p>Et Hannibal, demoura-il derrière?</p> +<p>En Cartaige, par moy, le feiz actaindre;</p> +<p>Et Scypion l'Affricquain feiz estaindre;</p> +<p>Julius César au sénat je vendiz;</p> +<p>En Egipte Pompée je perdiz;</p> +<a name="p121"></a><span class="pagenum">P. 121</span> +<p>En mer noyay Jazon en ung boullon;</p> +<p>Et, une fois, Romme et Rommains ardiz....</p> +<p>Par mon conseil prends tout en gré, Villon!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Alexandre, qui tant fist de hamée,</p> +<p>Qui voulut voir l'estoille poucynière,</p> +<p>Sa personne par moy fut inhumée.</p> +<p>Alphasar roy, en champ, sous la bannière,</p> +<p>Ruay jus mort; cela est ma manière.</p> +<p>Ainsi l'ay fait, ainsi le maintendray;</p> +<p>Autre cause ne raison n'en rendray.</p> +<p>Holofernes, l'ydolastre mauldiz,</p> +<p>Qu'occist Judic (et dormoit entandiz!)</p> +<p>De son poignart, dedens son pavillon;</p> +<p>Absallon, quoy! en fuyant suspendis....</p> +<p>Par mon conseil prends tout en gré, Villon!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Povre Françoys, escoute que tu dis:</p> +<p>Se rien peusse sans Dieu de paradiz,</p> +<p>A toy n'aultre ne demourroit haillon:</p> +<p>Car pour ung mal lors j'en feroye dix:</p> +<p>Par mon conseil prends tout en gré, Villon!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +<p>CONTRE LES MESDISANS DE LA FRANCE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Rencontré soit de bestes feu gectans,</p> +<p>Que Jason vit, querant la Toison d'or;</p> +<p>Ou transmué d'homme en beste, sept ans,</p> +<a name="p122"></a><span class="pagenum">P. 122</span> +<p>Ainsi que fut Nabugodonosor;</p> +<p>Ou bien ait perte aussi griefve et villaine</p> +<p>Que les Troyens pour la prinse d'Heleine;</p> +<p>Ou avallé soit avec Tantalus</p> +<p>Et Proserpine aux infernaulx pallus,</p> +<p>Ou plus que Job soit en griefve souffrance,</p> +<p>Tenant prison en la court Dedalus,</p> +<p>Qui mal vouldroit au royaume de France!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quatre mois soit en un vivier chantant,</p> +<p>La teste au fons, ainsi que le butor;</p> +<p>Ou au Grand-Turc vendu argent contant,</p> +<p>Pour estre mis au harnois comme ung tor;</p> +<p>Ou trente ans soit, comme la Magdelaine,</p> +<p>Sans vestir drap de linge ne de laine;</p> +<p>Ou noyé soit, comme fut Narcisus;</p> +<p>Ou aux cheveux, comme Absalon, pendus,</p> +<p>Ou comme fut Judas par desperance,</p> +<p>Ou puist mourir comme Simon Magus,</p> +<p>Qui mal vouldroit au royaume de France!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>D'Octovien puisse venir le temps:</p> +<p>C'est qu'on luy coule au ventre son trésor;</p> +<p>Ou qu il soit mis entre meules flotans;</p> +<p>En un moulin, comme fut saint Victor;</p> +<p>Ou transgloutis en la mer, sans haleine,</p> +<p>Pis que Jonas au corps de la baleine;</p> +<p>Ou soit banny de la clarté Phoebus,</p> +<p>Des biens Juno et du soulas Venus,</p> +<p>Et du grant Dieu soit mauldit à outrance,</p> +<p>Ainsi que fut roy Sardanapalus,</p> +<p>Qui mal vouldroit au royaume de France!</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p123"></a><span class="pagenum">P. +123</span> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, porté soit des clers Eolus,</p> +<p>En la forest où domine Glocus,</p> +<p>Ou privé soit de paix et d'espérance,</p> +<p>Car digne n'est de posséder vertus,</p> +<p>Qui mal vouldroit au royaume de France!</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p124"></a><span class="pagenum">P. +124</span> +<p><b>LE JARGON OU JOBELIN</b></p> +<p><b>DE MAISTRE</b></p> +<p><b>FRANÇOIS VILLON.</b></p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE I.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>A Parouart, la grand Mathe Gaudie,</p> +<p>Où accollez sont duppez et noirciz,</p> +<p>De par angels suyvans la paillardie,</p> +<p>Sont greffiz et prins cinq ou six.</p> +<p>Là sont bleffeurs, au plus hault bout assis</p> +<p>Pour l'evagie, et bien hault mis au vent.</p> +<p>Escevez-moy tost ces coffres massis!</p> +<p>Ces vendengeurs, des ances circoncis,</p> +<p>S'embrouent du tout à néant...</p> +<p>Eschec, eschec, pour le fardis!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Brouez-moy sur ces gours passans,</p> +<p>Advisez-moy bien tost le blanc,</p> +<p>Et pictonnez au large sur les champs:</p> +<p>Qu'au mariage ne soyez sur le banc</p> +<p>Plus qu'un sac de piastre n'est blanc.</p> +<a name="p125"></a><span class="pagenum">P. 125</span> +<p>Si gruppez estes des carireux,</p> +<p>Rebignez-moy tost ces enterveux,</p> +<p>Et leur montrez des trois le bris:</p> +<p>Que clavés ne soyez deux et deux...</p> +<p>Eschec, eschec, pour le fardis!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Plantez aux hurmes vos picons,</p> +<p>De paour des bisans si très-durs,</p> +<p>Et, aussi, d'estre sur les joncs,</p> +<p>En mahe, en coffres, en gros murs.</p> +<p>Escharricez, ne soyez durs,</p> +<p>Que le grand Can ne vous fasse essorer.</p> +<p>Songears ne soyez pour dorer,</p> +<p>Et babignez tousjours aux ys</p> +<p>Des sires, pour les debouser...</p> +<p>Eschec, eschec, pour le fardis!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince Froart, dit des Arques Petis,</p> +<p>L'un des sires si ne soit endormis,</p> +<p>Levez au bec, que ne soyez griffis,</p> +<p>Et que vous n'en ayez du pis...</p> +<p>Eschec, eschec, pour le fardis!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE II.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Coquillars, narvans à Ruel,</p> +<p>Men ys vous chante que gardez</p> +<p>Que n'y laissez et corps et pel,</p> +<p>Com fist Colin de l'Escaillier,</p> +<p>Devant la roe babiller</p> +<a name="p126"></a><span class="pagenum">P. 126</span> +<p>Il babigna, pour son salut.</p> +<p>Pas ne sçavoit oingnons peller,</p> +<p>Dont Lamboureur lui rompt le suc.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Changez, andossez souvent,</p> +<p>Et tirez tout droit au tremble,</p> +<p>Et eschicquez tost en brouant.</p> +<p>Qu'en la jarte ne soyez ample.</p> +<p>Montigny y fut, par exemple,</p> +<p>Bien estaché au halle-grup,</p> +<p>Et y jargonnast-il le temple,</p> +<p>Dont Lamboureur lui rompt le suc.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Gailleurs, bien faitz en piperie,</p> +<p>Pour ruer les ninars au loing,</p> +<p>A l'assault tost, sans suerie!</p> +<p>Que les mignons ne soient au gaing,</p> +<p>Tout farcis d'un plumas à coing,</p> +<p>Qui griefve et garde le duc,</p> +<p>Et de la dure si très loing,</p> +<p>Dont Lamboureur luy rompt le suc.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, arrière de Ruel,</p> +<p>Et n'eussiez vous denier ne pluc,</p> +<p>Que au giffle ne laissez la pel,</p> +<p>Pour Lamboureur, qui rompt le suc.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p127"></a><span class="pagenum">P. +127</span> +<p>BALLADE III.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Spélicans,</p> +<p>Qui, en tous temps,</p> +<p>Avancez dedans le pogois,</p> +<p>Gourde piarde,</p> +<p>Et sur la tarde,</p> +<p>Desboursez les pauvres nyais,</p> +<p>Et pour soustenir vostre pois,</p> +<p>Les duppes sont privez de caire,</p> +<p>Sans faire haire,</p> +<p>Ne hault braiere,</p> +<p>Mais plantez ils sont comme joncz,</p> +<p>Pour les sires qui sont si longs.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Souvent aux arques,</p> +<p>A leurs marques,</p> +<p>Se laissent tous desbouser</p> +<p>Pour ruer,</p> +<p>Et enterver</p> +<p>Pour leur contre que lors faisons.</p> +<p>La fée aux Arques vous respond,</p> +<p>Et rue deux coups, ou bien troys,</p> +<p>Aux gallois.</p> +<p>Deux, ou troys</p> +<p>Mineront trestout aux frontz,</p> +<p>Pour les sires qui sont si longs.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et pour ce, benards,</p> +<p>Coquillars,</p> +<p>Rebecquez-vous de la montjoye,</p> +<a name="p128"></a><span class="pagenum">P. 128</span> +<p>Qui desvoye</p> +<p>Votre proye,</p> +<p>Et vous fera de tout brouer;</p> +<p>Par joncher</p> +<p>Et enterver,</p> +<p>Qui est aux pigeons bien cher:</p> +<p>Pour rifler</p> +<p>Et placquer</p> +<p>Les angels de mal tous rondz,</p> +<p>Pour les sires qui sont si longs.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De paour des hurmes</p> +<p>Et des grumes,</p> +<p>Rassurez-vous en droguerie</p> +<p>Et faerie,</p> +<p>Et ne soyez plus sur les joncz,</p> +<p>Pour les sires qui sont si longs.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE IV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Saupicquetz frouans des gours arques,</p> +<p>Pour deshouser, beau sire dieux,</p> +<p>Allez ailleurs planter vos marques!</p> +<p>Benards, vous estes rouges gueux.</p> +<p>Berard s'en va chez les joncheux</p> +<p>Et babigne qu'il a plongis.</p> +<p>Mes frères, soiez embrayeux</p> +<p>Et gardez les coffres massis.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Se gruppez estes, des grappes</p> +<p>De ces angels si graveliffes;</p> +<a name="p129"></a><span class="pagenum">P. 129</span> +<p>Incontinent, manteaulx et cappes,</p> +<p>Pour l'emboue ferez eclipses;</p> +<p>De vos sarges serez besifles,</p> +<p>Tout debout et non pas assis.</p> +<p>Pour ce, gardez d'estre griffes</p> +<p>Dedens ces gros coffres massis.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Nyais qui seront attrapez,</p> +<p>Bientost s'en brouent au Halle,</p> +<p>Plus ne vault que tost ne happez</p> +<p>La baudrouse de quatre talle.</p> +<p>Des tires fait la hairenalle,</p> +<p>Quand le gosser est assiegis,</p> +<p>Et si hurcque la pirenalle,</p> +<p>Au saillir des coffres massis.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince des gayeulx, à leurs marques,</p> +<p>Que voz contres ne soient griffis.</p> +<p>Pour doubte de frouer aux arques,</p> +<p>Gardez-vous des coffres massis.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE V.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Joncheurs, jonchans en joncherie,</p> +<p>Rebignez bien où joncherez;</p> +<p>Qu'Ostac n'embroue vostre arrerie,</p> +<p>Où acollez sont vos ainsnez.</p> +<p>Poussez de la quille et brouez,</p> +<p>Car tost seriez roupieux.</p> +<p>Eschet qu'acollez ne soyez.</p> +<p>Par la poe du marieux.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p130"></a><span class="pagenum">P. +130</span> +<p>Bendez-vous contre la faerie,</p> +<p>Quanques vous aurez desbousez,</p> +<p>N'estant à juc la riflerie</p> +<p>Des angelz et leurs assosez.</p> +<p>Berard, se povez, renversez,</p> +<p>Si greffir laissez voz carieux;</p> +<p>La dure bientost renversez,</p> +<p>Pour la poe du marieux.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Entervez à la floterie,</p> +<p>Chantez-leur trois, sans point songer.</p> +<p>Qu'en artes ne soyez en surie,</p> +<p>Blanchir vos cuirs et essurger.</p> +<p>Bignez la mathe, sans targer;</p> +<p>Que vos ans ne soyent ruppieux!</p> +<p>Plantez ailleurs contre assiéger,</p> +<p>Pour la poe du marieux.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince Benard en Esterie,</p> +<p>Querez coupans pour Lamboureux</p> +<p>Et autour de vos ys tuerie,</p> +<p>Pour la poe du marieux.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE VI</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Contres de la gaudisserie,</p> +<p>Entervez tousjours blanc pour bis,</p> +<p>Et frappez, en la hurterie,</p> +<p>Sur les beaulx sires bas assis.</p> +<p>Ruez de feuilles cinq ou six,</p> +<p>Et vous gardez bien de la roe,</p> +<a name="p131"></a><span class="pagenum">P. 131</span> +<p>Qui aux sires plante du gris,</p> +<p>En leur faisant faire la moe.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>La giffle gardez de rurie,</p> +<p>Que vos corps n'en ayent du pis,</p> +<p>Et que point, à la turterie,</p> +<p>En la hurme ne soyez assis.</p> +<p>Prenez du blanc, laissez du bis,</p> +<p>Ruez par les fondes la poe,</p> +<p>Car le bizac, à voir advis,</p> +<p>Faict aux Beroars faire la moe.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Plantez de la mouargie,</p> +<p>Puis ça, puis là, pour l'artis,</p> +<p>Et n'espargnez point la flogie</p> +<p>Des doulx dieux sur les patis.</p> +<p>Vos ens soyent assez hardis,</p> +<p>Pour leur avancer la droe;</p> +<p>Mais soient memorandis,</p> +<p>Qu'on ne vous face la moe.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, qui n'a bauderie</p> +<p>Pour eschever de la soe,</p> +<p>Danger du grup, en arderie,</p> +<p>Faict aux sires faire la moe.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>FIN DES OEUVRES DE MAISTRE</p> +<p>FRANÇOIS VILLON.</p> +</div> +<br> +<br> +<br> +<div class="stanza"><a name="p133"></a><span class="pagenum">P. +133</span> +<p><b>POÉSIES</b></p> +<p><b>ATTRIBUÉES A VILLON</b></p> +</div> +<br> +<div class="stanza"> +<p>I. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Les biens dont vous estes la dame</p> +<p>Ont mon cueur si très fort espris,</p> +<p>Qu'il feust mort, s'il n'eust entrepris</p> +<p>De vous aymer plus que nul âme.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quant à moy, point je ne l'en blasme,</p> +<p>Pour ce qu'ilz ont de tous le pris</p> +<p>Les biens dont vous estes la dame.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De ce qu'il fault que je vous ayme,</p> +<p>Je sçay trop bien que j'ay mespris;</p> +<p>Mais qui en doit estre repris?</p> +<p>Non pas moi. Qui donc? Sur mon ame,</p> +<p>Les biens dont vous estes la dame.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>II. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>A bien juger mon propre affaire</p> +<p>Et piteux cas, sans riens en taire,</p> +<a name="p134"></a><span class="pagenum">P. 134</span> +<p>Plus qu'autre croire me debvez,</p> +<p>Se par adventure n'avez</p> +<p>Information de contraire.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Celle ou celluy qui m'a brassé</p> +<p>Ce maulvais los et pourchassé</p> +<p>Me het et ne vous ayme pas;</p> +<p>Mais il quiert que soye chacié</p> +<p>De vostre amour et effacié.</p> +<p>Je congnois bien telz advocas.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Se vous avez voulu refaire</p> +<p>Leur voulenté pour me deffaire,</p> +<p>Vous faictes mal et me grevez.</p> +<p>Considerez que vous sçavez</p> +<p>Qu'onc vers vous ne voulus meffaire</p> +<p>A bien juger.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>III. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Une fois me dictes ouy,</p> +<p>En foy de noble et gentil femme;</p> +<p>Je vous certifie, ma Dame,</p> +<p>Qu'oncques ne fuz tant resjouy.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Veuillez le donc dire selon</p> +<p>Que vous estes benigne et doulche,</p> +<p>Car ce doulx mot n'est pas si long</p> +<p>Qu'il vous face mal en la bouche.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Soyez seure, si j'en jouy,</p> +<p>Que ma lealle et craintive ame</p> +<p>Gardera trop mieulx que nul ame</p> +<p>Vostre honneur. Avez-vous ouy?</p> +<p>Une fois me dictes ouy.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p135"></a><span class="pagenum">P. +135</span> +<p>IV. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente;</p> +<p>Une j'en sers qui est bien suffisante</p> +<p>Pour contenter un grant duc ou un roy.</p> +<p>Je l'ayme bien, mais non pas elle moy;</p> +<p>Il n'est besoing que de ce je me vante.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Combien qu'elle est de taille belle et gente,</p> +<p>De m'en louer pour ceste heure presente</p> +<p>Pardonnez-moy, car je n'y voy de quoy;</p> +<p>Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quant je luy dy de mon vouloir l'entente,</p> +<p>Et cueur et corps et biens je luy presente,</p> +<p>Pour tout cela remède je n'y voy.</p> +<p>Deliberé suis, sçavez-vous de quoy?</p> +<p>De luy quicter et le jeu et l'actente.</p> +<p>Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>V. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De mon faict je ne sçay que dire;</p> +<p>Par tout où je vois je m'adire,</p> +<p>Et des yeulx voy moins que du coute.</p> +<p>En danger suis qu'il ne me couste</p> +<p>La vie, tant suis remply d'ire.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De mon faict je ne sçay que dire,</p> +<p>Car ma dame si ne tient compte</p> +<p>De mon martyre, quant luy compte,</p> +<p>Mais me dit que trop aise suis,</p> +<p>Et qu'en ce royaulme n'a conte</p> +<p>Qui ait de nulle meilleur compte</p> +<p>Que j'ay d'elle, quant je la suis,</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p136"></a><span class="pagenum">P. +136</span> +<p>Nullement, de paour de mesdire,</p> +<p>Jamais je ne l'ose desdire;</p> +<p>A son gré parler je l'ecoute,</p> +<p>Puis emprès elle je m'accoute,</p> +<p>Sans luy vouloir riens contredire.</p> +<p>De mon faict je ne sçay que dire.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>VI. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pour entretenir mes amours</p> +<p>Colorer me fault maints fins tours;</p> +<p>Car ma bourse est très mal garnie</p> +<p>Pour fourrer le poignet tousjours.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ung jour demande haults atours,</p> +<p>Et l'autre ung grant bort de velours,</p> +<p>Et je respons: «Or bien, m'amye,»</p> +<p>Pour entretenir mes amours.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Veez-vous ce donneur de bonjours?</p> +<p>Il a faict en el tant de cours,</p> +<p>Practiqué l'art de baverie,</p> +<p>Qu'il scet moult bien, sans ce qu'il rie,</p> +<p>Dire sa pensée à rebours.</p> +<p>Pour entretenir mes amours</p> +<p>Colorer me fault maints fins tours.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>VII. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Tu te brusles à la chandelle!</p> +<p>Helas! mon cueur, ne vois tu pas</p> +<p>Que danger est tousjours au pas,</p> +<p>Qui fait à tous guerre mortelle?</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p137"></a><span class="pagenum">P. +137</span> +<p>Soyes seur que tu l'auras belle</p> +<p>Se tu n'y vas bien par compas;</p> +<p>Tu te brusles à la chandelle.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Sont-ce chastaignes qu'on y pelle,</p> +<p>A ton advis, pour ton repas?</p> +<p>Nennil. Retrais toy tout le pas,</p> +<p>Ains qu'on te frape au cul la pelle.</p> +<p>Tu te brusles à la chandelle.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>VIII. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Adieu vous dy la lerme à l'oeil;</p> +<p>Adieu, ma très gente mignonne,</p> +<p>Adieu, sur toutes la plus bonne,</p> +<p>Adieu vous dy, qui m'est grand dueil.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Adieu, adieu, m'amour, mon vueil;</p> +<p>Mon povre cueur vous laisse et donne.</p> +<p>Adieu vous dy la lerme à l'oeil.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Adieu, par qui du mal recueil</p> +<p>Mille fois plus que mot ne sonne;</p> +<p>Adieu, du monde la personne</p> +<p>Dont plus me loue et plus me dueil.</p> +<p>Adieu vous dy la lerme à l'oeil.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>IX. BALLADE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Las! je me plains d'amours et de ma dame,</p> +<p>Et de mes yeulx dont j'ay veu sa beaulté;</p> +<p>Et oultre plus, je me plains d'une femme</p> +<p>Qui contre moy a le conseil donné</p> +<a name="p138"></a><span class="pagenum">P. 138</span> +<p>Dont j'ay déjà tant de mal enduré</p> +<p>Qu'il me fauldra, par deffaulte de joye,</p> +<p>Aller criant, comme tout forcené:</p> +<p>Je hez ma dame que tant aymer souloye.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Car se pitié son très doulx cueur n'entame</p> +<p>A me donner ce que j'ay desiré,</p> +<p>J'iray mourir, ainsi qu'ung homme infame.</p> +<p>Tout hors de sens et si desespéré</p> +<p>Qu'après ma mort il en sera parlé</p> +<p>Plus loin dix fois que d'icy en Savoye,</p> +<p>Et lors diray pour plus estre blasmé:</p> +<p>Je hez ma dame que tant aymer souloye</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Se je le dy, je jure sur mon ame</p> +<p>Que ce sera contre ma voulenté.</p> +<p>Je prye à Dieu qu'il n'y puist avoir ame</p> +<p>A celle fin qu'il ne soit raporté.</p> +<p>Car jasoit ce qu'elle m'ait courroucé</p> +<p>Tant qu'on peut plus, cent mille fois mourroye</p> +<p>Avant que j'eusse ne dit ne proferé:</p> +<p>Je hez ma dame que tant aymer souloye.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>X. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quelque chose qu'Amours ordonne,</p> +<p>Force m'est que vous habandonne</p> +<p>Pour pourchasser ailleurs mon bien;</p> +<p>Car, sur ma foy, je congnois bien</p> +<p>Que vous m'estes pire que bonne.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Trop a de cueur qui vous en donne:</p> +<p>Pour ce jà Dieu ne me pardonne</p> +<a name="p139"></a><span class="pagenum">P. 139</span> +<p>Se vous avez jamais le mien,</p> +<p>Quelque chose qu'Amours ordonne.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si n'aymeray je jà personne</p> +<p>Que vous, quoy que l'on me sermonne,</p> +<p>En tout ce monde terrien;</p> +<p>Mais maintenant je n'en fais rien,</p> +<p>Et sers selon qu'on me guerdonne.</p> +<p>Quelque chose qu'Amours ordonne,</p> +<p>Force m'est que vous habandonne.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XI. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Hahay! estes vous rencherie,</p> +<p>Dieux y ait part, puis devant hier?</p> +<p>Ma dame, c'est pour enrager!</p> +<p>Le faictes-vous par mocquerie?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Mais venez çà, je vous en prie:</p> +<p>Est le cuir devenu si cher?</p> +<p>Hahay! estes vous rencherie?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et dea! et ne sçavez-vous mie</p> +<p>Que mon père est cordouennier;</p> +<p>Vous voulez bazanne priser</p> +<p>Plus que cordouen la moitié.</p> +<p>Hahay! estes-vous rencherie?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XII. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Au plus offrant ma dame est mise</p> +<p>Et dernier encherisseur.</p> +<p>Je ne sçay se c'est par honneur,</p> +<p>Mais je n'en prise pas la guise.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p140"></a><span class="pagenum">P. +140</span> +<p>Elle m'avoit sa foy promise,</p> +<p>Mais je voy qu'elle a mis son cueur</p> +<p>Au plus offrant.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et pour ce je quitte la prinse</p> +<p>D'estre nommé son serviteur,</p> +<p>Car donner me porte malheur.</p> +<p>Ainsi j'ay laissé l'entreprise</p> +<p>Au plus offrant.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XIII. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Entens à moy, vray dieu d'amours,</p> +<p>Et faiz que la mort ait son cours</p> +<p>Hastivement,</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Car j'ay mal employé mes jours.</p> +<p>Je meurs en aymant par amours</p> +<p>Certainement.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Languir me fault en griefs doulours.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XIV. BALLADE</p> +<p><i>Pour ung prisonnier.</i></p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>S'en mes maulx me peusse esjoyr</p> +<p>Tant que tristesse me feust joye</p> +<p>Par me doulouser et gemir,</p> +<p>Voulentiers je me complaindroye;</p> +<p>Car, s'au plaisir Dieu, hors j'estoye,</p> +<p>J'ay espoir qu'au temps advenir</p> +<p>A grant honneur venir pourroye</p> +<p>Une fois avant que mourir.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p141"></a><span class="pagenum">P. +141</span> +<p>Pourtant, s'ay eu moult à souffrir</p> +<p>Par fortune, dont je larmoye,</p> +<p>Et que n'ay pas peu obtenir</p> +<p>N'avoir ce que je pretendoye,</p> +<p>Au temps advenir je vouldroye</p> +<p>Voulentiers bon chemin tenir</p> +<p>Pour acquerir honneur et joye</p> +<p>Une fois avant que mourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Sans plus loin exemple querir,</p> +<p>Par moy mesme juger pourroye</p> +<p>Que meschief nul ne peult fouyr,</p> +<p>S'ainsi est qu'advenir luy doye.</p> +<p>C'est jeunesse qui tout desvoye;</p> +<p>Nul ne s'en doit trop esbahyr.</p> +<p>Si juste n'est qui ne fourvoye</p> +<p>Une fois avant que mourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, s'aucun povoir avoye</p> +<p>Sur ceulx qui me font cy tenir,</p> +<p>Voulentiers vengeance en prendroye</p> +<p>Une fois avant que mourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XV. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Comme moy vous aurez voz gages.</p> +<p>J'en fuz bien payé au partir:</p> +<p>Plain de dueil jusques au partir,</p> +<p>Ne sont-ce plaisans advantages?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Servez amours entre vous sages:</p> +<p>Il vous en fera repentir;</p> +<p>Comme moy vous aurez vos gages.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p142"></a><span class="pagenum">P. +142</span> +<p>Repeuz serez de doulx langaiges</p> +<p>Pour vous garder de departir.</p> +<p>Quant est à moy, j'en suys martir.</p> +<p>Bien tard congnoistrez telz ouvrages;</p> +<p>Comme moy vous aurez vos gages.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XVI. BALLADE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Il n'est danger que de vilain,</p> +<p>N'orgueil que de povre enrichy,</p> +<p>Ne si seur chemin que le plain,</p> +<p>Ne secours que de vray amy,</p> +<p>Ne desespoir que jalousie,</p> +<p>N'angoisse que cueur convoiteux,</p> +<p>Ne puissance où il n'ait envie,</p> +<p>Ne chere que d'homme joyeulx;</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ne servir qu'au roy souverain,</p> +<p>Ne lait nom que d'homme ahonty,</p> +<p>Ne manger fors quant on a faim,</p> +<p>N'emprise que d'homme hardy,</p> +<p>Ne povreté que maladie,</p> +<p>Ne hanter que les bons et preux,</p> +<p>Ne maison que la bien garnie,</p> +<p>Ne chère que d'homme joyeulx;</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ne richesse que d'estre sain,</p> +<p>N'en amours tel bien que mercy,</p> +<p>Ne de la mort rien plus certain,</p> +<p>Ne meilleur chastoy que de luy;</p> +<p>Ne tel trésor que preudhommye,</p> +<p>*****************************</p> +<p>Ne paistre qu'en grant seigneurie,</p> +<p>Ne chère que d'homme joyeulx;</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p143"></a><span class="pagenum">P. +143</span> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Que voulez-vous que je vous die?</p> +<p>Il n'est parler que gracieulx,</p> +<p>Ne louer gens qu'après leur vie,</p> +<p>Ne chère que d'homme joyeulx</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XVII. BALLADE MORALE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>D'une dague forte et aigüe</p> +<p>Soit-il frappé parmy l'eschine,</p> +<p>Et ait tousjours une sansue</p> +<p>Attachée à sa poitrine,</p> +<p>Et attainct d'une coulevrine</p> +<p>Entre le nez et le menton,</p> +<p>Ou qu'en prison vive en famine,</p> +<p>Qui autruy blasme sans raison.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Son giste soit emmy la rue,</p> +<p>Tout nud quand il fera bruyne,</p> +<p>Sur pel de heriçon pointue,</p> +<p>Couvert d'une chère estamine;</p> +<p>De vent de bise sa courtine,</p> +<p>Et soit mors d'ung escorpion,</p> +<p>Ou qu'en prison vive en foraine,</p> +<p>Qui autruy blasme sans raison.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Sa chair soit detrenchée menue</p> +<p>Plus qu'au moulin n'est la farine,</p> +<p>Ou de gros nerfz soit bien batue,</p> +<p>Ou couche nud sur tas d'espine:</p> +<p>Et affin que plus tost il fine,</p> +<p>Son corps soit remply de poison,</p> +<a name="p144"></a><span class="pagenum">P. 144</span> +<p>Ou qu'en prison vive en famine,</p> +<p>Qui autruy blasme sans raison.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, soit mis en la gehaine</p> +<p>Dix fois le jour comme ung larron,</p> +<p>Ou qu'en prison vive en famine,</p> +<p>Qui autruy blasme sans raison.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XVIII. BALLADE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>J'ay ung arbre de la plante d'amours,</p> +<p>Enraciné en mon cueur proprement,</p> +<p>Qui ne porte fruits, sinon de dolours,</p> +<p>Fueilles d'ennuy et fleurs d'encombrement;</p> +<p>Mais, puis qu'il fut planté premièrement,</p> +<p>Il est tant creu, de racine et de branche,</p> +<p>Que son umbre, qui me porte nuysance,</p> +<p>Fait au dessoubs toute joye seichier,</p> +<p>Et si ne puis, pour toute ma puissance,</p> +<p>Autre planter, ne celuy arrachier.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De si long-temps est arrosé de plours</p> +<p>Et de lermes tant douloureusement,</p> +<p>Et si n'en sont les fruits de rien meillours:</p> +<p>Ne je n'y truys guères d'amendement.</p> +<p>Je les recueille pourtant soigneusement.</p> +<p>C'est de mon cueur l'amère soustenance,</p> +<p>Qui trop mieux fust en friche ou en souffrance</p> +<p>Que porter fruits qui le dussent blecier;</p> +<p>Mais pas ne veult l'amoureuse ordonnance,</p> +<p>Autre planter, ne celuy arrachier.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p145"></a><span class="pagenum">P. +145</span> +<p>S'en ce printemps, que les feuilles et fleurs</p> +<p>Et arbrynceaux percent nouvellement,</p> +<p>Amours vouloit moy faire ce secours,</p> +<p>Que les branches qui font empeschement</p> +<p>Il retranchast du tout entierement,</p> +<p>Pour y enter ung rynceau de plaisance,</p> +<p>Il gecteroit bourgeons de souffisance;</p> +<p>Joye en istroit, dont il n'est rien plus chier;</p> +<p>Et ne fauldroit jà, par desesperance,</p> +<p>Autre planter, ne celuy arrachier.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ma princesse, ma première esperance,</p> +<p>Mon cueur vous sert en dure penitence.</p> +<p>Faictes le mal qui l'acqueult retranchier,</p> +<p>Et ne souffrez en vostre souvenance</p> +<p>Autre planter, ne celuy arrachier.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XIX. BALLADE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Plaisant assez, et des biens de fortune</p> +<p>Ung peu garny, me trouvay amoureux,</p> +<p>Voire si bien, que, tant aymay fort une,</p> +<p>Que nuit et jour j'en estois langoureux.</p> +<p>Mais tant y a, que je fus si heureux</p> +<p>Que, moyennant vingt escus à la rose,</p> +<p>Je fis cela que chacun bien suppose.</p> +<p>Alors je dis, connoissant ce passage:</p> +<p>«Au fait d'amours, babil est peu de chose;</p> +<p>Riche amoureux a tousjours l'advantage.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Or est ainsy que, durant ma pecune,</p> +<p>Je fus traite comme amy precieux;</p> +<p>Mais, tost après, sans dire chose aucune,</p> +<a name="p146"></a><span class="pagenum">P. 146</span> +<p>Cette vilaine alla jetter les yeulx</p> +<p>Sur un vieillard riche, mais chassieux,</p> +<p>Laid et hideux trop plus qu'on ne propose.</p> +<p>Ce neantmoins, il en jouit sa pose,</p> +<p>Dont moy, confus, voyant un tel ouvrage,</p> +<p>Dessus ce texte allay bouter en glose:</p> +<p>Riche amoureux a tousjours l'advantage.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Or elle a tort, car noyse ny rancune</p> +<p>N'eut onc de moy. Tant lui fus gracieux,</p> +<p>Que, s'elle eust dit: «Donne-moy de la lune»</p> +<p>J'eusse entrepris de monter jusqu'aux cieulx;</p> +<p>Et, nonobstant, son corps tant vicieux</p> +<p>Au service de ce vieillard expose.</p> +<p>Dont, ce voyant, un rondeau je compose,</p> +<p>Que luy transmets; mais, en pou de langage,</p> +<p>Me respond franc: «Povreté te depose:</p> +<p>Riche amoureux a tousjours l'advantage!»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince tout bel, trop mieux parlant qu'Orose,</p> +<p>Si vous n'avez toujours bourse desclose,</p> +<p>Vous abusez: car Meung, docteur très sage,</p> +<p>Nous a descrit que, pour cueillir la rose,</p> +<p>Riche amoureux a tousjours l'advantage.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XX. BALLADE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Qui en amours veut estre heureux,</p> +<p>Faut tenir train de seigneurie,</p> +<p>Estre prompt et advantureux</p> +<p>Quand vient à monstrer l'armarie:</p> +<p>Porter drap d'or, orfaverie,</p> +<p>Car cela les dames esmeut.</p> +<a name="p147"></a><span class="pagenum">P. 147</span> +<p>Tout sert; mais, par saincte Marie!</p> +<p>Il ne fait pas ce tour qui veult.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je fus naguères amoureux</p> +<p>D'une dame cointe et jolie,</p> +<p>Qui me dit, en mots gracieux:</p> +<p>«Mon amour est en vous ravie;</p> +<p>Mais il faut qu'el soit desservie</p> +<p>Par cinquante escus d'or, s'on peut.</p> +<p>—Cinquante escus! Bon gré ma vie!</p> +<p>Il ne fait pas ce tour qui veult.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Alors luy donnay sur les lieux</p> +<p>Où elle feisoit l'endormie:</p> +<p>Quatre venues, de coeur joyeux,</p> +<p>Luy fis en moins d'heure et demie.</p> +<p>Lors me dit, à voix espasmie:</p> +<p>«Encore un coup! le coeur me deult.</p> +<p>—Encore un coup! Hélas! m'amye,</p> +<p>Il ne fait pas ce tour qui veult!»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince d'amours, je te supplie,</p> +<p>Si plus ainsi elle m'accuelt,</p> +<p>Que ma lance jamais ne plie:</p> +<p>Il ne fait pas ce tour qui veult!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXI. BALADE JOYEUSE DES TAVERNIERS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>D'ung gect de dart, d'une lance asserée,</p> +<p>D'ung grant faussart, d'une grosse massue,</p> +<p>D'une guisarme, d'une flèche ferrée,</p> +<p>D'ung bracquemart, d'une hache esmolue,</p> +<p>D'ung grand penart et d'une bisagüe,</p> +<a name="p148"></a><span class="pagenum">P. 148</span> +<p>D'ung fort espieu et d'une saqueboute;</p> +<p>De maulx briguans puissent trouver tel route</p> +<p>Que tous leurs corps fussent mis par morceaulx,</p> +<p>Le cueur fendu, desciré par monceaulx,</p> +<p>Le col couppé d'ung bon branc acherin,</p> +<p>Descirez soient de truye et de pourceaulx</p> +<p>Les taverniers qui brouillent nostre vin.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>D'ung arc turcquois, d'une espée affilée</p> +<p>Ayent les paillars la brouaille cousue,</p> +<p>De feu gregoys la perrucque bruslée,</p> +<p>Et par tempeste la cervelle espandue,</p> +<p>Au grand gibet leur charongne pendue,</p> +<p>Et briefvement puissent mourir de goutte,</p> +<p>Ou je requiers et pry que l'on leur boute</p> +<p>Parmy leur corps force d'ardans barreaulx;</p> +<p>Vifs escorchez des mains de dix bourreaulx,</p> +<p>Et puis bouillir en huille le matin,</p> +<p>Desmembrez soient à quatre grans chevaux,</p> +<p>Les taverniers qui brouillent nostre vin.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>D'un gros canon la tête escarbouillée</p> +<p>Et de tonnerre acablez en la rue</p> +<p>Soient tous leurs corps, et leur chair dessirée,</p> +<p>De gros mastins bien garnye et pourvue,</p> +<p>De forz esclers puissent perdre la veue,</p> +<p>Neige et gresil tousjours sur eux degoutte,</p> +<p>Avecques ce ilz aient la pluye toute</p> +<p>Sans que sur eux ayent robbes ne manteaulx,</p> +<p>Leurs corps trenchez de dagues et couteaulx,</p> +<p>Et puis traisnez jusques en l'eau du Rin;</p> +<p>Desrompuz soient à quatre-vingts marteaulx</p> +<p>Les taverniers qui brouillent nostre vin.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p149"></a><span class="pagenum">P. +149</span> +<p>Prince, de Dieu soient maulditz leurs boyaulx,</p> +<p>Et crever puissent par force de venin</p> +<p>Ces faulx larrons, maulditz et desloyaulx,</p> +<p>Les taverniers qui brouillent nostre vin</p> +</div> +<div class="stanza"><br> +<br> +<a name="p150"></a><span class="pagenum">P. 150</span> +<p>XXII. S'ENSUIT LE MONOLOGUE DU</p> +<p>FRANC ARCHIER DE BAIGNOLLET</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>AVEC SON EPITAPHE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>C'est à meshuy! J'ay beau corner!</p> +<p>Or ça, il s'en fault retourner,</p> +<p>Maulgré ses dentz, en sa maison</p> +<p>Si ne vis-je pieça saison</p> +<p>Où j'eusse si hardy couraige</p> +<p>Que j'ay! Par la morbieu! j'enraige</p> +<p>Que je n'ay à qui me combatre...</p> +<p>Y a-il homme qui à quatre,</p> +<p>Dy-je, y a-il quatre qui vueillent</p> +<p>Combatre à moy? Se tost recueillent</p> +<p>Mon gantelet; vela pour gaige!</p> +<p>Par le sang bieu! je ne crains paige,</p> +<p>S'il n'a point plus de quatorze ans.</p> +<p>J'ay autresfoys tenu les rencz,</p> +<p>Dieu Mercy! et gaigné le prix</p> +<p>Contre cinq Angloys que je pris,</p> +<a name="p151"></a><span class="pagenum">P. 151</span> +<p>Povres prisonniers desnuez,</p> +<p>Si tost que je les euz ruez.</p> +<p>Ce fust au siège d'Alençon.</p> +<p>Les troys se misrent à rançon,</p> +<p>Et le quatriesme s'enfuyt.</p> +<p>Incontinent que l'autre ouyt</p> +<p>Ce bruit, il me print à la gorge.</p> +<p>Se je n'eusse crié: Sainct George!</p> +<p>Combien que je suys bon Françoys,</p> +<p>Sang bieu! il m'eust tué ançoys</p> +<p>Que personne m'eust secouru.</p> +<p>Et quand je me senty feru</p> +<p>D'une bouteille, qu'il cassa</p> +<p>Sur ma teste: «Venez ça, ça!</p> +<p>Dis-je lors. Que chascun s'appaise!</p> +<p>Je ne quiers point faire de noise,</p> +<p>Ventre bieu! et buvons ensemble.</p> +<p>Posé soit ores que je tremble,</p> +<p>Sang bieu! je ne vous crains pas maille.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><i>Cy dit ung quidem, par derrière les gens</i>:</p> +<p>Coquericoq.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Qu'esse cy? J'ay oüy poullaille</p> +<p>Chanter chez quelque bonne vieille;</p> +<p>Il convient que je la resveille.</p> +<p>Poullaille font icy leurs nidz!</p> +<p>C'est du demourant d'Ancenys,</p> +<p>Par ma foy! ou du Champ-Toursé...</p> +<p>Helas! que je me vis coursé</p> +<p>De la mort d'ung de mes nepveux!</p> +<p>J'euz d'ung canon par les cheveux,</p> +<p>Qui me vint cheoir tout droit en barbe;</p> +<a name="p152"></a><span class="pagenum">P. 152</span> +<p>Mais je m'escriay: «Saincte Barbe!</p> +<p>Vueille-moy ayder à ce coup,</p> +<p>Et je t'ayderay l'autre coup!»</p> +<p>Adonc le canon m'esbranla,</p> +<p>Et vint ceste fortune-là</p> +<p>Quand nous eusmes le fort conquis.</p> +<p>Le Baronnet et le Marquis,</p> +<p>Craon, Cures, l'Aigle et Bressoire,</p> +<p>Accoururent pour veoir l'histoire;</p> +<p>La Rochefouquault, l'Amiral,</p> +<p>Aussi Beuil et son attirail,</p> +<p>Pontièvre, tous les capitaines,</p> +<p>Y deschaussèrent leurs mitaines</p> +<p>De fer, de paour de m'affoler,</p> +<p>Et si me vindrent acoler</p> +<p>A terre, où j'estoye meshaigné,</p> +<p>De paour de dire: «Il n'a daigné!»</p> +<p>Combien que je fusse malade,</p> +<p>Je mis la main à la salade,</p> +<p>Car el m'estouffoit le visaige.</p> +<p>«Ha! dist le Marquis, ton oultraige</p> +<p>Te fera une foys mourir!»</p> +<p>Car il m'avoit bien veu courir,</p> +<p>Oultre l'ost, devant le chasteau.</p> +<p>Hélas! j'y perdy mon manteau,</p> +<p>Car je cuidoye d'une poterne</p> +<p>Que ce fust l'huys d'une taverne.</p> +<p>Et moy tantost de pietonner,</p> +<p>Car, quand on oyt clarons sonner,</p> +<p>Il n'est courage qui ne croisse.</p> +<p>Tout aussitost: «Où esse? Où esse?</p> +<p>Et, à brief parler, je m'y fourre,</p> +<p>Ne plus ne moins qu'en une bourre.</p> +<p>Si ce n'eust esté la brairie</p> +<a name="p153"></a><span class="pagenum">P. 153</span> +<p>Du costé devers la prairie,</p> +<p>De nos gens, qui crioient trestous,</p> +<p>Disant: «Pierre, que faictes-vous?</p> +<p>N'assaillez pas la basse court</p> +<p>Tout seul!» je l'eusse prins tout court,</p> +<p>Certes; mais c'eust esté outraige.</p> +<p>Et se ce n'eust esté ung paige</p> +<p>Qui nous vint trencher le chemin,</p> +<p>Mon frère d'armes Güillemin</p> +<p>Et moy, Dieu lui pardoint, pourtant!</p> +<p>Car, quoy? il nous en pend autant</p> +<p>A l'oeil, eussions, sans nulle faille,</p> +<p>Frappé au travers la bataille</p> +<p>Des Bretons; mais nous apaisames</p> +<p>Nos couraiges et recullames...</p> +<p>Que dy-je? non pas reculer,</p> +<p>Chose dont on ne doibt parler...</p> +<p>Ung rien, jusque au Lyon d'Angiers.</p> +<p>Je ne craignoye que les dangiers,</p> +<p>Moy; je n avoye paour d'aultre chose.</p> +<p>Et quand la bataille fut close,</p> +<p>D'artillerie grosse et gresle</p> +<p>Vous eussez ouy, pesle-mesle:</p> +<p><i>Tip, tap, sip, sap</i>, à la barrière,</p> +<p>Aux esles, devant et derrière.</p> +<p>J'en eus d'ung parmy la cuirace.</p> +<p>Les dames qu'estoient en la place</p> +<p>Si ne craignoyent que le couillart.</p> +<p>Certes, j'estoye ung bon paillart;</p> +<p>J'en avoye ung si portatif,</p> +<p>Se je n'eusse esté si hastif</p> +<p>De mettre le feu en la pouldre,</p> +<p>J'eusse destruit et mis en fouldre</p> +<p>Tout quanqu'avoit de damoiselles.</p> +<a name="p154"></a><span class="pagenum">P. 154</span> +<p>Il porte deux pierres jumelles,</p> +<p>Mon couillart: jamais n'en a meins.</p> +<p>Et dames de joindre les mains,</p> +<p>Quand ilz virent donner l'assault.</p> +<p>Les ungs se servoyent du courtault</p> +<p>Si dru, si net, si sec que terre.</p> +<p>Et puis, quoy? parmy ce tonnerre,</p> +<p>Eussez ouy sonner trompilles,</p> +<p>Pour faire dancer jeunes filles</p> +<p>Au son du courtault, haultement.</p> +<p>Quand j'y pense, par mon serment!</p> +<p>C'est vaine guerre qu'avec femmes;</p> +<p>J'avoye toujours pitié des dames.</p> +<p>Veu qu'ung courtault tresperce ung mur,</p> +<p>Ilz auroyent le ventre bien dur,</p> +<p>S'il ne passoit oultre... Pensez</p> +<p>Qu'on leur eust faict du mal assez,</p> +<p>Se l'en n'eust eu noble couraige;</p> +<p>Mesmes ces pehons de villaige,</p> +<p>J'entens pehons de plat pays,</p> +<p>Ne se fussent point esbahis</p> +<p>De leur mal faire; mais nous sommes</p> +<p>Tousjours, entre nous gentilz hommes,</p> +<p>Au guet dessus la villenaille.</p> +<p>J'estoye par deçà la bataille,</p> +<p>Tousjours la lance ou la bouteille</p> +<p>Sur la cuisse: c'estoit merveille,</p> +<p>Merveille de me regarder.</p> +<p>Il vint ung Breton estrader,</p> +<p>Qui faisoit rage d'une lance;</p> +<p>Mais il avoit, de jeune enfance,</p> +<p>Les reins rompus; c'estoit dommaige.</p> +<p>Il vint tout seul, par son oultraige,</p> +<p>Estrader par mont et par val;</p> +<a name="p155"></a><span class="pagenum">P. 155</span> +<p>Pour bien pourbondir ung cheval</p> +<p>Il faisoit feu et voire flambe.</p> +<p>Mais je lui trenchay une jambe,</p> +<p>D'ung revers, jusques à la hanche;</p> +<p>Et fis ce coup-là ung dimenche,</p> +<p>Que dy-je? ung lundy matin.</p> +<p>Il ne s'armoit que de satin,</p> +<p>Tant craignoit à grever ses reins.</p> +<p>Voulentiers frappoit aux chanfrains</p> +<p>D'ung cheval, quand venoit en jouste,</p> +<p>Ou droit à la queue, sans doubte.</p> +<p>Point il ne frappoit son roussin,</p> +<p>Pource qu'il avoit le farcin,</p> +<p>Que d'ung baston court et noailleux,</p> +<p>Dessus sa teste et ses cheveulx,</p> +<p>De paour de le faire clocher.</p> +<p>Aussi, de paour de tresbucher,</p> +<p>Il alloit son beau pas, <i>tric, trac</i>,</p> +<p>Et ung grant panon de bissac</p> +<p>Voulentiers portoit sur sa teste.</p> +<p>D'ung tel homme fault faire feste</p> +<p>Autant que d'ung million d'or.</p> +<p>Gens d'armes! c'est ung grant tresor;</p> +<p>S'il vault riens il ne fault pas dire.</p> +<p>J'ay fait raige avecques La Hire:</p> +<p>Je l'ay servy trestout mon aage.</p> +<p>Je fus gros vallet, et puis page,</p> +<p>Archier, et puis je pris la lance,</p> +<p>Et la vous portoye sur la panse,</p> +<p>Tousjours troussé comme une poche.</p> +<p>Et puis, monseigneur de la Roche,</p> +<p>Que Dieu pardoint, me print pour paige.</p> +<p>J'estoye gent et beau de visaige,</p> +<p>Je chantoye et brouilloye des flustes,</p> +<a name="p156"></a><span class="pagenum">P. 156</span> +<p>Et si tiroye entre deux butes.</p> +<p>A brief parler, j'estoye ainsi</p> +<p>Mignon comme cest enfant-cy;</p> +<p>Je n'avoys pas gramment plus d'aage...</p> +<p>Or ça, ça, par où assauldray-je</p> +<p>Ce cocq que j'ay ouy chanter?</p> +<p>A peu besongner bien vanter;</p> +<p>Il fault assaillir cest hostel.</p> +</div> +<div class="stanza" style="font-style: italic;"> +<p>Adonc apperçoit le Franc Archier un espoventail de</p> +<p>chenevière, faict en façon d'ung gendarme,</p> +<p>croix blanche devant et croix noire</p> +<p>derrière, en sa main tenant</p> +<p>une arbaleste.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A part.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ha! le Sacrement de l'autel!</p> +<p>Je suis affoibly! Qu'esse-cy?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A l'espoventail.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ha! Monseigneur, pour Dieu, mercy!</p> +<p>Hault le trait, qu'aye la vie franche!</p> +<p>Je voy bien, à vostre croix blanche,</p> +<p>Que nous sommes tout d'ung party.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A part.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>D'ond, tous les diables! est-il sorty,</p> +<p>Tout seul et ainsi effroyé?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A l'espoventail.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Comment! Estes-vous desvoyé?</p> +<p>Mettez jus, je gage l'amende.</p> +<p>Et, pour Dieu, mon amy, desbende</p> +<p>Au hault ou au loing ton baston!</p> +<a name="p157"></a><span class="pagenum">P. 157</span> +<p><i>Adonc il advise sa croix noire</i>.</p> +<p>Par le sang bieu! c'est ung Breton,</p> +<p>Et je dy que je suis Françoys!...</p> +<p>Il est fait de toy, ceste fois,</p> +<p>Perrenet; c'est ung parti contraire!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A l'espoventail.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Hen, Dieu! et où voulez-vous traire?</p> +<p>Vous ne sçavez pas que vous faictes.</p> +<p>Dea! je suis Breton, si vous l'estes.</p> +<p>Vive sainct Denis ou sainct Yve!</p> +<p>Ne m'en chault qui, mais que je vive!</p> +<p>Par ma foi! Monseigneur mon maistre,</p> +<p>Se vous voulez sçavoir mon estre,</p> +<p>Ma mère fut née d'Anjou,</p> +<p>Et mon père je ne sçay d'où,</p> +<p>Sinon que j'ouy reveler</p> +<p>Qu'il fut natif de Lantriquer.</p> +<p>Comment sçauray-je vostre nom?</p> +<p>Monseigneur Rollant, ou Yvon,</p> +<p>Mort seray quand il vous plaira!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A part.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et comment! il ne cessera</p> +<p>Meshuy de me persecuter,</p> +<p>Et si ne me veult escouter!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A l'espoventail.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>En l'honneur de la Passion</p> +<p>De Dieu, que j'aye confession,</p> +<p>Car je me sens jà fort malade!</p> +<p>Or, tenez, vela ma salade,</p> +<p>Qui n'est froissée ne couppée;</p> +<a name="p158"></a><span class="pagenum">P. 158</span> +<p>Je la vous rens, et mon espée,</p> +<p>Et faictes prier Dieu pour moy.</p> +<p>Je vous laisse, sur vostre foy,</p> +<p>Ung voeu que je doibs à sainct Jacques.</p> +<p>Pour le faire, prendrez mon jacques,</p> +<p>Et ma ceinture et mon cornet.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A part.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Tu meurs bien maulgré toy, Pernet,</p> +<p>Voire maulgré toi et à force!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(Au public.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Puis qu'endurer fault et à force,</p> +<p>Priez pour l'ame, s'il vous plaist,</p> +<p>Du Franc Archier de Baignolet,</p> +<p>Et m'escripvez, à ung paraphe,</p> +<p>Sur moy ce petit epitaphe:</p> +</div> +<div class="stanza" style="font-style: italic;"> +<p>Cy gist Pernet le Franc Archier,</p> +<p>Qui cy mourut sans desmarcher,</p> +<p>Car de fuyr n'eut onc espace,</p> +<p>Lequel Dieu, par sa saincte grace,</p> +<p>Mette ès cieulx, avecques les ames</p> +<p>Des francs archiers et des gens d'armes,</p> +<p>Arrière des arbalestriers.</p> +<p>Je les hay tous: ce sont meurdriers!</p> +<p>Je les congnois bien de pieça.</p> +<p>Et mourut l'an qu'il trespassa.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Velà tout; les mots sont très beaux.</p> +<p>Or, vous me lairrez mes houseaulx,</p> +<p>Car, se j'alloye en paradis</p> +<p>A cheval, comme fist jadis</p> +<p>Sainct Martin, et aussi sainct George,</p> +<a name="p159"></a><span class="pagenum">P. 159</span> +<p>J'en seroye bien plus prest... Or je</p> +<p>Vous laisse gantelet et dague:</p> +<p>Car, au surplus, je n'ay plus bague</p> +<p>De quoy je me puisse deffendre.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A l'espoventail.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Attendez! me voulez-vous prendre</p> +<p>En desaroy? Je me confesse</p> +<p>A Dieu, tandis qu'il n'y a presse,</p> +<p>A la Vierge et à tous sainctz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A part.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Or meurs-je les membres tous sains</p> +<p>Et tout en bon point, ce me semble.</p> +<p>Je n'ay mal, sinon que je tremble</p> +<p>De paour et de malle froidure,</p> +<p>Et de mes cinq sens de nature...</p> +<p>Cinq cens! Où prins, qui ne les emble?</p> +<p>Je n'en veiz onc cinq cens ensemble,</p> +<p>Par ma foy! n'en or, n'en monnoye.</p> +<p>Pour néant m'en confesseroye:</p> +<p>Oncques ensemble n'en veiz deux.</p> +<p>Et de mes sept pechez morteux</p> +<p>Il fault bien que m'en supportez:</p> +<p>Sur moy je les ay trop portez;</p> +<p>Je les metz jus, avec mon jacques.</p> +<p>J'eusse attendu jusques à Pasques,</p> +<p>Mais vecy ung advancement.</p> +<p>Et du premier commendement</p> +<p>De la Loy, qui dit qu'on doibt croire</p> +<p>(Non pas l'estoc quand on va boire,</p> +<p>Cela s'entend) en ung seul Dieu,</p> +<p>Jamais ne me trouvay en lieu</p> +<p>Où j'y creusse mieulx qu'à ceste heure,</p> +<p>Mais qu'à ce besoing me sequeure.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p160"></a><span class="pagenum">P. +160</span> +<p>(A l'espoventail.) [p. 160]</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ne desbendez? Je ne me fuys!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A part.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Hélas! je suis mort où je suis.</p> +<p>Je suis aussi simple, aussi coy</p> +<p>Comme une pucelle; car, quoy</p> +<p>Dit le second commendement?</p> +<p>Qu'on ne jure Dieu vainement.</p> +<p>Non ay-je en vain, mais très ferme,</p> +<p>Ainsi que fait ung bon genderme,</p> +<p>Car il n'est rien craint, s'il ne jure.</p> +<p>Le tiers nous enjoingt et procure,</p> +<p>Et advertist et admoneste,</p> +<p>Que l'en doit bien garder la feste,</p> +<p>Autant en hyver qu en esté:</p> +<p>J'ay tousjours voulentiers festé,</p> +<p>De ce ne mentiray-je point;</p> +<p>Et le quatriesme nous enjoint</p> +<p>Qu'on doit honnorer père et mère:</p> +<p>J'ay tousjours honoré mon père,</p> +<p>En moy congnoissant gentilhomme</p> +<p>De son costé, combien qu'en somme</p> +<p>Sois villain et de villenaille.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A l'espoventail.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et, pour Dieu, mon amy, que j'aille</p> +<p>Jusques amen; miséricorde!</p> +<p>Relevez ung peu vostre corde;</p> +<p>Ferez que le traict ne me blesse.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A part.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, morbieu! je me confesse</p> +<p>Du cinquiesme, sequentement:</p> +<a name="p161"></a><span class="pagenum">P. 161</span> +<p>Deffend-il pas expressément</p> +<p>Que nul si ne soit point meurtrier?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A l'espoventail.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Las! Monseigneur l'arbalestrier,</p> +<p>Gardez bien ce commendement;</p> +<p>Quant est à moy, par mon serment,</p> +<p>Meurdre ne fis onc qu'en poulaille.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A part.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>L'aultre commendement nous baille</p> +<p>Qu'on n'emble rien; ce ne fis oncque,</p> +<p>Car en lieu n'en place quelconque</p> +<p>Je n'euz loysir de rien embler.</p> +<p>J'ay assez à qui ressembler</p> +<p>En ce point; je n'ay point meffait,</p> +<p>Car, se l'en m'eust pris sur le fait,</p> +<p>Dieu scet comme il me fust mescheu!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><i>Cy lusse tomber à terre l'espoventail, celluy +qui</i></p> +<p><i>le tient</i>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A l'espoventail.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Las! monseigneur! vous estes cheu!...</p> +<p>Jésus! et qui vous a bouté,</p> +<p>Dictes? Ce n'ay-je pas esté,</p> +<p>Vrayement, ou diable ne m'emporte,</p> +<p>Au cas, dictes? Je m'en rapporte</p> +<p>A tous ceulx qui sont cy, beau sire,</p> +<p>Affin que ne vueillez pas dire</p> +<p>Que c'est demain ou pour demain.</p> +<p>Au fort, baillez-moy vostre main,</p> +<p>Je vous ayderay à lever.</p> +<p>Mais ne me vueillez pas grever:</p> +<p>J'ai pitié de vostre fortune.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p162"></a><span class="pagenum">P. +162</span> +<p><i>Cy apperçoyt le Franc Archier, de l'espoventail, +que</i></p> +<p><i>ce n'est pas ung homme</i>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Par le corps bieu! j'en ay pour une!</p> +<p>Il n'a pié ne main; il ne hobe;</p> +<p>Par le corps bieu! c'est une robe</p> +<p>Plaine, de quoy? charbieu! de paille!</p> +<p>Qu'esse-cy? morbieu! on se raille,</p> +<p>Ce cuiday-je, des gens de guerre...</p> +<p>Que la fièvre quartaine serre</p> +<p>Celluy qui vous a mis icy!</p> +<p>Je le feray le plus marry,</p> +<p>Par la vertu bieu! qu'il fut oncques.</p> +<p>Se mocque on de moy quelconques?</p> +<p>Et ce n'est, j'advoue sainct Pierre!</p> +<p>Qu'espoventail de chenevière,</p> +<p>Que le vent a cy abatu!...</p> +<p>La mort bieu! vous serez batu,</p> +<p>Tout au travers, de ceste espée...</p> +<p>Quand la robbe seroit couppée,</p> +<p>Ce seroit ung très grand dommaige.</p> +<p>Je vous emporteray pour gaige,</p> +<p>Toutesfoys, après tout hutin.</p> +<p>Au fort, ce sera mon butin,</p> +<p>Que je rapporte de la guerre.</p> +<p>On s'est bien raillé de toi, Pierre,</p> +<p>La charbieu saincte et beniste!</p> +<p>Vous eussiez eu l'assault bien viste,</p> +<p>Se j'eusse sceu vostre prouesse:</p> +<p>Vous eussiez tost eu la renverse,</p> +<p>Voir, quelque paour que j'en eusse.</p> +<p>Or pleust à Jésus que je fusse,</p> +<p>A tout cecy, en ma maison!</p> +<a name="p163"></a><span class="pagenum">P. 163</span> +<p>Qu'il poise! Mengié a foison</p> +<p>De paille: elle chiet par derrière.</p> +<p>C'est paine pour la chamberière,</p> +<p>De la porter hors de ce lieu.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(Au public.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Seigneurs, je vous commande à Dieu;</p> +<p>Et se l'on vous vient demander</p> +<p>Qu'est devenu le Franc Archier,</p> +<p>Dictes qu'il n'est pas mort encor,</p> +<p>Et qu'il emporte dague et cor,</p> +<p>Et reviendra par cy de brief.</p> +<p>Adieu; je m'en vois au relief.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>FIN DU MONOLOGUE DU FRANC ARCHIER</p> +<p>DE BAIGNOLLET.</p> +</div> +<div class="stanza"><br> +<br> +<a name="p164"></a><span class="pagenum">P. 164</span> +<p>XXIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>DIALOGUE DE MESSIEURS</p> +<p>DE MALLEPAYE ET DE BAILLEVENT.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Hée, Monsieur de Baillevent! B. Quoy</p> +<p>De neuf? M. On nous tient en aboy,</p> +<p>Comme despourveuz, malureux.</p> +<p>B. Si j'avoye autant que je doy,</p> +<p>Sang bieu! je seroye chez le Roy,</p> +<p>Un page après moy! M. Voire deux!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Nous sommes francs... M. Adventureux.</p> +<p>B. Riches. M. Bien aises B. Plantureux.</p> +<p>M. Voire, de souhaits. B. C'est assez.</p> +<p>M. Gentilz hommes. B. Hardis. M. Et preux.</p> +<p>B. Par l'huys. M. Du joly Souffreteux</p> +<p>Heritiers. B. De gaiges cassez.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Nous sommes, puis troys ans passez</p> +<p>Si minces. B. Si mal compassez.</p> +<p>M. Si simples. B. Legiers comme vent.</p> +<a name="p165"></a><span class="pagenum">P. 165</span> +<p>M. Si esbaudiz. B. Si mal pansez,</p> +<p>De donner pour Dieu dispensez,</p> +<p>Car nous jeusnons assez souvent.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Hée, monsieur de Baillevent,</p> +<p>Qui peult trouver, soubz quelque amant,</p> +<p>Deux ou troys mille escus, quel proye!</p> +<p>B. Nous ferions bruyt. M. Toutallement.</p> +<p>B. Le quartier en vault l'arpent,</p> +<p>Pardieu! Monsieur de Mallepaye!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. J'escripz contre ces murs. B. Je raye,</p> +<p>Puis de charbon et puis de craye.</p> +<p>M. Je raille. B. Je fays chère à tous.</p> +<p>M. Nous avons beau coucher en raye,</p> +<p>L'oreille au vent, la gueulle baye,</p> +<p>On ne faict point prochas de nous.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Helas! serons-nous jamais soulx?</p> +<p>M. Il ne fault que deux ou trois coups</p> +<p>Pour nous remonter. B. Doux. M. Droictz. B. Druz.</p> +<p>M. Pour fringuer. B. Pour porter le houx.</p> +<p>M. Gens... B. A dire: D'ond venez-vous?</p> +<p>M. Francs. B. Fins. M. Froidz. B. Forts.</p> +<p>M. Grans. B. Gros. M. Escreuz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. De serjens sommes tous recreux,</p> +<p>Et si n'avons nulz bien acreuz.</p> +<p>M. Nous debvons. B. On nous doibt. M. Fourraige.</p> +<p>B. Entretenus. M. Comme poux creux.</p> +<p>B. Jurons sang bieu, nous serons creuz:</p> +<p>Arrière, piettons de village!</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p166"></a><span class="pagenum">P. +166</span> +<p>M. Ne suis-je pas beau personnaige?</p> +<p>B. J'ay train de seigneur. M. Pas de saige.</p> +<p>B. Ressourdant. M. Comme bel alun.</p> +<p>B. Pathelin en main. M. Dire raige.</p> +<p>B. Et, par la mort bien! c'est dommage,</p> +<p>Que ne mettons vilains eu run.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Hée! cinq cens escus! B. C'est esgrun.</p> +<p>M. Quand j'en ay j'en offre à chascun,</p> +<p>Et suis bien aise quand j'en preste.</p> +<p>B. Mes rentes sont sur le commun;</p> +<p>M. Mais povres gens n'en ont pas ong;</p> +<p>B. J'y romproye pour néant la teste.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. S'il povoyt venir quelque enqueste,</p> +<p>Quelque mandement ou requeste,</p> +<p>Ou quelque bonne commission!</p> +<p>B. Mais en quelque banquet honneste,</p> +<p>Faire accroire à cest ou à ceste</p> +<p>La Pragmatique Sanction!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Et si elle y croit? B. Promision.</p> +<p>M. Se elle promet? B. Monition.</p> +<p>M. Se on l'admoneste? B. Qu'on marchande.</p> +<p>M. Se on faict marché? B. Fruiction.</p> +<p>M. Se on fruict? B. La Petition</p> +<p>En façon de belle demande</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>D'ung beau cent escus. M. Quelle viande!</p> +<p>B. Qui l'auroit quand on la demande,</p> +<p>On ferait... M. Quoi? B. Feu. M. Sainct Jehan, voire!</p> +<p>B. On tauxeroit bien grosse amende</p> +<a name="p167"></a><span class="pagenum">P. 167</span> +<p>Sur le faict de ceste demande,</p> +<p>Se j'en quictoye le petitoire.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Quel bien! B. Quel heur! M. Quel accessoire!</p> +<p>B. Je me raffroichiz la mémoire</p> +<p>Quand il m'en souvient. M. Quel plaisir!</p> +<p>B. Se on nous bailloit par inventaire</p> +<p>Deux mil escuz en une armoire,</p> +<p>Ilz n'auroient garde d'y moysir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Qui peut prendre! B. Qui peut choisir!</p> +<p>M. Gaigner! B. Espargner! M. Se saisir!</p> +<p>Nous serions partout bienvenuz.</p> +<p>B. Ung songe! M. Mais quel? B. De plaisir.</p> +<p>M. Nous prendrons si bien le loisir</p> +<p>De compter ne sçay quantz escuz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Nous sommes bien entretenuz.</p> +<p>M. Aymez. B. Portez. M. Et soustenuz...</p> +<p>B. De nos parens. M. De bonne race.</p> +<p>B. Rentes assez et revenuz,</p> +<p>Et s'a présent n'en avons nulz,</p> +<p>Ce n'est que malheur qui nous chasse.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Je n'en fais compte. B. Je raimasse.</p> +<p>M. Je volle par coups. B. Je tracasse,</p> +<p>Puis au poil et puis à la plume.</p> +<p>M. Je gaudis, et si je rimasse,</p> +<p>Que voulez-vous! il ne tient qu'à ce</p> +<p>Que je ne l'ay pas de coustume.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. D'honneur assez. M. Chascun en hume.</p> +<p>B. Je destains le feu. M. Je l'allume.</p> +<a name="p168"></a><span class="pagenum">P. 168</span> +<p>B. Je m'esbas. M. Je passe mon dueil.</p> +<p>B. Le plus souvent, quand je me fume,</p> +<p>Je batteroye comme fer d'enclume,</p> +<p>Si je me trouvoye tout seul.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Je ris. B. Je bave sur mon sueil.</p> +<p>M. Je donne à quelqu'une ung guin d'oeil.</p> +<p>B. Je m'esbas à je ne sçay quoy.</p> +<p>M. J'entretiens. B. Je fais bel accueil.</p> +<p>M. On me fait tout ce que je vueil,</p> +<p>Quand nous sommes mon paige et moy.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Je ne demande qu'avoir dequoy,</p> +<p>Belle amye, et vivre à requoy,</p> +<p>Faire tousjours bonne entreprise,</p> +<p>Belles armes, loyal au Roy.</p> +<p>M. Mais trois poulx rempans en aboy</p> +<p>Pour le gibier de la chemise!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Je porteroye pour ma devise</p> +<p>La marguerite en or assise</p> +<p>Et le houx partout estandu.</p> +<p>M. Vostre cry, quel? B. Nouvelle guise.</p> +<p>M. Riens en recepte, tant en mise,</p> +<p>Et, toute somme, item perdu.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Je vous seroye, au residu,</p> +<p>Gorgias sur le hault verdi</p> +<p>Le bel estomac d'alouette.</p> +<p>M. Robbe! B. De gris blanc, gris perdu,</p> +<p>Bien emprunté et mal rendu,</p> +<p>Payé d'une belle estiquette.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Puis la chaine d'or, la baguette,</p> +<a name="p169"></a><span class="pagenum">P. 169</span> +<p>Le lacqs de soye, la cornette...</p> +<p>B. De velours. M. C'est bel affiquet.</p> +<p>B. Quand nous aurions fait nostre emplète,</p> +<p>La porte seroit bien estroicte</p> +<p>Se ne passions jusqu'au ticquet.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Nectelet. B. Gorgias. M. Friquet.</p> +<p>B. De vert? M. Tousjours quelque bouquet.</p> +<p>B. Selon la saison de l'année.</p> +<p>M. Et de paige? B. Quelque naquet.</p> +<p>M. S'il vient hasart en ung banquet?</p> +<p>B. Le prendre entre bond et vollée.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Aux survenans? B. Chère meslée.</p> +<p>M. Aux povres duppes? B. La havée.</p> +<p>M. Et aux rustes? B. Le jobelin.</p> +<p>M. Aux mignons de court? B. L'accollée.</p> +<p>M. Aux gens de mesmes? B. La risée.</p> +<p>M. Et aux ouvriers? B. Le pathelin.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. D'entretenir? B. Damoiselin.</p> +<p>M. Et saluer? B. Bas comme lin.</p> +<p>M. Et diviser? B. Motz tous nouveaulx.</p> +<p>Pour contenter le femynin.</p> +<p>Nous ferions plus d'ung esclin</p> +<p>Qu'ung aultre de quinze royaulx.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Hée, cueurs joyeux! B. Hée, cueurs +loyaulx!</p> +<p>M. Prests. B. Prins. M. Prompts. B. Preux. M. Especiaulx.</p> +<p>B. Aymez. M. Supportez. B. Bien receuz.</p> +<p>M. Nous devrions passer aux sceaulx</p> +<a name="p170"></a><span class="pagenum">P. 170</span> +<p>Envers les officiers royaulx, [p. 170]</p> +<p>Comme messieurs les despourveuz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. De congnoissance bien pourveuz</p> +<p>Et de sagesse. M. On nous a veuz</p> +<p>Si gentilz et si francs. B. Si doulx.</p> +<p>M. Helas! cent escuz nous sont deubz.</p> +<p>B. Au fort, si nous les eussions euz,</p> +<p>On en tint plus compte de nous.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Nous avons faict plaisir à tous.</p> +<p>B. Chère à dire: D'ond venez-vous?</p> +<p>M. Esmerillonnez. B. Advenans.</p> +<p>M. Cent escus, et juger des coups.</p> +<p>On auroit beau mettre aux deux bouts,</p> +<p>Se nous ne tenions des gaignans.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Nous sommes deux si beaulx gallans.</p> +<p>M. Fringans. B. Bruyans. M. Allans. B. Parlans.</p> +<p>M. Esmeuz de franche volunté.</p> +<p>B. Aagez de sens. M. Et jeunes d'ans.</p> +<p>B. Bien gays. M. Assez rescéans.</p> +<p>B. Porres d'argent. M. Prou de santé.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Chascun de nous est habité.</p> +<p>M. Maison à Paris. B. Bien monté,</p> +<p>Aussi bien aux champs qu'en la ville.</p> +<p>M. Il y a ceste malheurté</p> +<p>Que de l'argent qu'avons presté</p> +<p>Nous n'en arrons ne croix ne pille.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Où sont les cens et deux cens mille</p> +<p>Escus que nous avions en pile,</p> +<a name="p171"></a><span class="pagenum">P. 171</span> +<p>Quand chascun avoit bien du sien?</p> +<p>M. Au fort, se nous n'en avons mille,</p> +<p>Nous sommes, selon l'Évangile,</p> +<p>Des bienheureux du temps ancien.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. J'aymasse mieulx qu'il n'en fust rien.</p> +<p>M. Trouvons en par quelque moyen.</p> +<p>B. Qui en a à présent? M. Je ne sçay.</p> +<p>B. Hé, ung engin parisien....</p> +<p>M. Art lombard. B. Franc praticien,</p> +<p>Pour faire à present ung essay!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Je vis le temps que j'avançay</p> +<p>L'argent de chose, et adressay</p> +<p>Tel et tel et tel benefice.</p> +<p>B. Et, pour moy, quand je compassé</p> +<p>Monseigneur tel, et pourchassé</p> +<p>Moy mesmes tout seul son office.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. J'estois tousjours à tous propice;</p> +<p>Mais je crains. B. Et quoy? M. Qu'avarice</p> +<p>Nous surprint, si devenions riches.</p> +<p>B. Riches, quoi! Geste faulce lisse,</p> +<p>Pauvreté, nous tient en sa lice.</p> +<p>M. C'est ce qui nous faict estre chiches.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Nous sommes legiers. M. Comme biches.</p> +<p>B. Rebondis... M. Comme belles miches.</p> +<p>B. Et fraysés... M. Comme beaulx ongnons.</p> +<p>B. Aussi coustelez. M. Comme chiches,</p> +<p>B. Adventureux. M. Comme Suysses</p> +<p>A Nancy, sur les Bourguygnons.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Entre les gallans. M. Compaignons.</p> +<a name="p172"></a><span class="pagenum">P. 172</span> +<p>B. Entre les gorgias. M. Mignons.</p> +<p>B. Entre gens d'armes. M. Courageux.</p> +<p>B. S'on barguigne. M. Nous barguignons.</p> +<p>B. Heureulx. M. Gomme beaux champignons.</p> +<p>Mis sus en ung jour ou en deux,</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Nous sommes les adventureux</p> +<p>Despourveuz. M. D'argent. B. Plantureux.</p> +<p>M. De nouvelles plaisantes. B. Tant.</p> +<p>M. Pour servir princes. B. Curieux.</p> +<p>M. Et pour les mignons. B. Gracieux.</p> +<p>M. Et pour le commun. B. Tant à tant.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Hée, monsieur de Baillevent,</p> +<p>Quand reviendra le bon temps?</p> +<p>B. Quand chascun aura ses souhaits.</p> +<p>M. Cent mille escus argent comptant,</p> +<p>Sur ma foy, je seroye content</p> +<p>Qu'on ne parlast plus que de paix.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Nous sommes si francs. M. Si parfaits.</p> +<p>B. Si sçavans. M. Si cauts en nos faiz.</p> +<p>B. Si bien nez. M. Si preux. B. Si hardis.</p> +<p>M. Saiges. B. Subtilz. M. Advisez. B. Mais</p> +<p>Faulte d'argent et les grans prestz...</p> +<p>M. Nous ont ung peu appaillardis.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Abandonnez. M. Comme hardis.</p> +<p>B. Requis. M. Comme les gras mardis.</p> +<p>B. Et fiers. M. Comme ung beau pet en baing.</p> +<p>B. J'ay dueil que vieulx villains tarnys</p> +<a name="p173"></a><span class="pagenum">P. 173</span> +<p>Soient d'or et d'argent si garnis,</p> +<p>Et mignons en ont tant besoing.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Nous avons froid. B. Chauld. M. Faim. B. Soif M. Soing.</p> +<p>B. Nous tracassons. M. Ça. B. Là. M. +Près. B. Loing.</p> +<p>M. Sans prouffit. B. Sans quelque advantaige.</p> +<p>M. Mais, s'on nous fonçoit or au poing,</p> +<p>Nous serions pour faire à ung coing</p> +<p>Nostre prouffit d'aultruy dommage.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Avez-vous tousjours l'heritaige</p> +<p>De Baillevent? B. Ouy. M. J'enraige</p> +<p>Qu'en Mallepaye n'a vins, blez, grains.</p> +<p>B. Cent francs de rente et ung fromaige,</p> +<p>Vous m'orriez dire de couraige:</p> +<p>Vive le roy! M. Ronfflez, villains!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Qui a le vent? M. Joyeulx mondains.</p> +<p>B. Gré de dames? M. Amoureux craints.</p> +<p>B. Et l'argent, qui? M. Qui plus embource.</p> +<p>B. Qu'est-ce d'entre nous courtissains?</p> +<p>M. Nous prenons escus pour douzains,</p> +<p>Franchement, et bourse pour bource.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Ha! Monseigneur! M. Sang bieu, la mousse</p> +<p>M'a trop cousté. B. Et pourquoy? M. Pource.</p> +<p>B. Hay! hay! tout est mal compassé.</p> +<p>M. Comment? B. On ne joue plus du poulce.</p> +<p>M. Qui ne tire. B. Quicte la trousse;</p> +<p>Autant vauldroit ung arc cassé.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p174"></a><span class="pagenum">P. +174</span> +<p>M. Monsieur mon pere eust amassé</p> +<p>Plus d'escus qu'on eust entassé</p> +<p>En ung hospital de vermine.</p> +<p>B. Mais nous avons si bien sassé,</p> +<p>Le sang bieu! que tout est passé,</p> +<p>Gros et menu, par l'estamyne.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M, Si vient guerre, mort ou famine,</p> +<p>Dont Dieu nous gard, quel train, quel myne</p> +<p>Ferons nous pour gaigner le broust?</p> +<p>B. Quant à moy, je me determine</p> +<p>D'entrer chez voisin et voisine</p> +<p>Et d'aller voir si le pot bout.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Mais regardons, à peu de coust,</p> +<p>Quel train nous viendroit mieulx à goust</p> +<p>Pour amasser biens et honneurs.</p> +<p>B. Le meilleur est prendre partout.</p> +<p>M. De rendre, quoy? B. On s'en absoult,</p> +<p>Pour cinq solz, à ces pardonneurs.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Allons servir quelques seigneurs.</p> +<p>B, Aucuns sont si petitz d'honneurs</p> +<p>Qu'on n'y a que peine et meschance.</p> +<p>M. Et prouffit, quel? B. Scions les heurs;</p> +<p>Mais entre nous, ans estradeurs,</p> +<p>Il nous fault esplucher la chance.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Servons marchans pour la pitance,</p> +<p>Pour <i>fructus ventris</i>, pour la pance.</p> +<p>B. On y gaigneroit ses despens.</p> +<p>M. Et de foncer? B. Bonne asseurance,</p> +<p>Petite foy, large conscience;</p> +<p>Tu n'y scez riens et y aprens.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p175"></a><span class="pagenum">P. +175</span> +<p>M. De procès, quoy? B. Si je m'y rens,</p> +<p>Je veulx estre mis sur les rangs,</p> +<p>S'ilz ont argent, si je n'en crocque.</p> +<p>M. Quels gens sont-ce? B. Gros marchesens,</p> +<p>Qui se font bien servir des gens;</p> +<p>Mais de payer, querez qui bloque!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Officiers, quoi? C'est toute mocque:</p> +<p>L'ung pourchasse, l'autre desroque,</p> +<p>Et semble que tout soit pour eulx.</p> +<p>B. Laissons-les là. M. Ho! je n'y tocque.</p> +<p>Il n'est point de pire defroque</p> +<p>Que de malheur à malheureux.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Pour despourveuz adventureux</p> +<p>Comme nous, encor c'est le mieulx</p> +<p>De faire l'ost et les gens d'armes.</p> +<p>M. En fuite je suis couraigeux.</p> +<p>B. Et à frapper? M. Je suis piteux;</p> +<p>Je crains trop les coups, pour les armes.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Servons donc Cordelièrs ou Carmes,</p> +<p>Et prenons leurs bissacs à fermes,</p> +<p>Car il n'y a pas grand débit.</p> +<p>M. Ilz nous prescheroient en beaulx termes,</p> +<p>Et pleureroyent maintes lermes</p> +<p>Devant que nous prinssions l'habit.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Se en cest malheur et labit</p> +<p>Nous mourions, par quelque acabit,</p> +<p>Ame n'y a qui bien nous face.</p> +<p>M. J'ay ung vieil harnoys qu'on forbit,</p> +<a name="p176"></a><span class="pagenum">P. 176</span> +<p>Sur lequel je fonde ung obit,</p> +<p>Et du surplus, Dieu le parface!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Hée, fault-il que Fortune efface</p> +<p>Nostre bon bruyt? M. Malheur nous chasse;</p> +<p>Mais il n'a nul bien qui n'endure,</p> +<p>B. Prenons quelque train. M. Suyvons trasse.</p> +<p>B. Nous trassons, et quelqu'un nous trasse:</p> +<p>A loups ravis grosse pasture.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Allons! B. Mais où? M. A l'adventure.</p> +<p>B. Qui nous admoneste? M. Nature.</p> +<p>B. Pour aller? M. Où on nous attend.</p> +<p>B. Par quel chemin? M. Par soing ou cure.</p> +<p>B. Logez où? M. Près de la clousture</p> +<p>De monsieur d'Angoulevent.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Comment yrons? M. Jusqu'à Claqdent</p> +<p>***************************</p> +<p>Et passerons par Mallepaye.</p> +<p>B. Brief, c'est le plus expédient</p> +<p>Que nous jetons la plume au vent:</p> +<p>Qui ne peult mordre, si abaye.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Où ung franc couraige s'employe,</p> +<p>Il treuve à gaigner. B. Querons proye.</p> +<p>M. Desquelz serons-nous? B. Des plus forts.</p> +<p>M. Il ne m'en chault, mais que j'en aye,</p> +<p>Que la plume au vent on envoye.</p> +<p>B. Puis après? M. Alors comme alors.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. La plume au vent! M. Sus. B. Là. M. Dehors!</p> +<a name="p177"></a><span class="pagenum">P. 177</span> +<p>B. Au hault et au loing. M. Corps pour corps.</p> +<p>Je me tiendray des mieulx venuz.</p> +<p>B. On n'yra point, quand serons mors,</p> +<p>Demander au roy les tresors</p> +<p>De messieurs les despourveuz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>La plume au vent! M. Je le concluz.</p> +<p>****************************</p> +<p>Pour les povres de ceste année.</p> +<p>B. Ne demeurons plus si confuz.</p> +<p>****************************</p> +<p>Au grat, la terre est degelée!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Allons, suyvons quelque traînée.</p> +<p>Devant! vostre fièvre est tremblée,</p> +<p>Car nous sommes tous estourdiz.</p> +<p>B. Dieu doint aux riches bonne année!</p> +<p>M. Aux despourveuz grasse journée!</p> +<p>B. Et aux femmes pesans mariz!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prenez en gré, grans et petiz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>FIN DU DIALOGUE DE MALLEPAYE</p> +<p>ET DE BAILLEVENT.</p> +</div> +<div class="stanza"><br> +<br> +<br> +<a name="p178"></a><span class="pagenum">P. 178</span> +<p>XXIV.</p> +<p>LES REPEUES FRANCHES</p> +<p>DE FRANÇOIS VILLON</p> +<p>ET DE SES COMPAGNONS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Vous qui cerchez les repeues franches,</p> +<p>Et, tant jours ouvriers que dimenches,</p> +<p>N'avez pas planté de monnoye,</p> +<p>Affin que chascun de vous oye</p> +<p>Comment on les peut recouvrer,</p> +<p>Vueillez vous au sermon trouver</p> +<p>Qui est escript dedans ce livre.</p> +<p>Mettez tous peine de le lire,</p> +<p>Entre vous, jeunes perrucatz,</p> +<p>Procureurs, nouveaulx advocatz,</p> +<p>Aprenans aux despens d'aultruy.</p> +<p>Venez-y tost, sans nul estrif,</p> +<p>Clercz, de praticque diligens,</p> +<p>Qui congnoissez si bien vos gens;</p> +<p>Sergens à pied et à cheval,</p> +<p>Venez-y d'amont et d'aval,</p> +<a name="p179"></a><span class="pagenum">P. 179</span> +<p>Les hoirs du deffunct Pathelin,</p> +<p>Qui sçavez jargon jobelin;</p> +<p>Capitaine du pont-à-Billon;</p> +<p>Tous les subjetz Francoys Villon,</p> +<p>Soyez, à ce coup, reveillez.</p> +<p>Pas ne devez estre oubliez,</p> +<p>Tous gallans à pourpointz sans manches,</p> +<p>Qui ont besoing de repeues franches,</p> +<p>Et tous ceulx, tant yver qu'esté,</p> +<p>Qui en ont grant nécessité.</p> +<p>Venez vous apprendre comment</p> +<p>Les maistres anciennement</p> +<p>Sçavoyent tous les tours de ce faire:</p> +<p>Messire Chascun Poicdenaire,</p> +<p>Qui de livres sçait les usaiges,</p> +<p>Et veult lire tous les passaiges,</p> +<p>De celuy en prins appetis;</p> +<p>Venez-y donc, grans et petis,</p> +<p>Car, de la science sçavoir,</p> +<p>Vous ne povez que mieulx valoir.</p> +<p>Venez, chevaucheurs d'escuyrie,</p> +<p>Serviteurs de grant seigneurie,</p> +<p>Venez-y sans dilation,</p> +<p>Tous gens sotz et toutes gens sottes;</p> +<p>Venez-y, bigotz et bigottes;</p> +<p>Venez-y, povres Turlupins</p> +<p>Et Cordeliers et Jacopins;</p> +<p>Venez aussi, toutes prestresses,</p> +<p>Qui sçavez piecà les adresses</p> +<p>Des presbitaires hault et bas;</p> +<p>Gardez que vous n'y faillez pas!</p> +<p>Venez, gorriers et gorrières,</p> +<p>Qui faictes si bien les manières;</p> +<p>Que c'est une chose terrible.</p> +<a name="p180"></a><span class="pagenum">P. 180</span> +<p>Pour bien faire tout le possible;</p> +<p>Toutes manières de farseurs,</p> +<p>Anciens et jeunes mocqueurs;</p> +<p>Venez-y tous, vrays macquereaulx</p> +<p>De tous estatz, vieulx et nouveaulx;</p> +<p>Venez-y toutes, macquerelles,</p> +<p>Qui, par vos subtilles querelles,</p> +<p>Avez tousjours en vos maisons</p> +<p>Pour avoir, en toutes saisons,</p> +<p>Tant jours ouvriers que dimenches,</p> +<p>Souvent les bonnes repeues franches.</p> +<p>Venez-y tous, bons pardonneurs,</p> +<p>Qui sçavez faire les honneurs,</p> +<p>Aux villages, de bons pastez,</p> +<p>Avecques ces gras curatez,</p> +<p>Qui ayment bien vostre venue</p> +<p>Pour avoir la franche repeue;</p> +<p>Affin que chascun d'eulx enhorte</p> +<p>Les paroissiens, qu'on apporte</p> +<p>Des biens aux pardons de ce lieu,</p> +<p>Et qu'on face du bien pour Dieu.</p> +<p>Tant que le pardonneur s'en aille,</p> +<p>Le curé ne despendra maille,</p> +<p>Et aura maistre Jehan Laurens</p> +<p>Fermement payé les despens</p> +<p>Et quarte de vin, simplement,</p> +<p>Au curé, à son parlement.</p> +<p>De tout estât, soit bas ou hault,</p> +<p>Venez-y, qu'il n'y ait deffault;</p> +<p>Venez-y, varletz, chamberières,</p> +<p>Qui sçavez si bien les manières,</p> +<p>En disant mainte bonne bave,</p> +<p>D'avoir du meilleur de la cave,</p> +<p>Et puis joyeusement preschez,</p> +<a name="p181"></a><span class="pagenum">P. 181</span> +<p>Après que vos gens sont couchez.</p> +<p>Ceulx qui cerchent banquets ou festes</p> +<p>Pour dire quelques chansonnettes,</p> +<p>Affin d'atrapper la repeue,</p> +<p>Que chascun de vous se remue</p> +<p>D'y venir bien legièrement;</p> +<p>Et vous pourrez ouyr comment</p> +<p>Ung grant tas de bonnes commères</p> +<p>Sçavent bien trouver les manières</p> +<p>De faire leurs marys coqus.</p> +<p>Venez-y, et n'attendez plus,</p> +<p>Entre vous, prebstres sans séjour,</p> +<p>Qui dictes deux messes par jour</p> +<p>A Sainct-Innocent, ou ailleurs;</p> +<p>Venez-y, pour sçavoir plusieurs</p> +<p>Des passaiges et des adresses</p> +<p>De maintes petites finesses</p> +<p>Que l'en faict facillement</p> +<p>Qu'advient, par faulte d'argent,</p> +<p>En maint lieu, la franche repeue,</p> +<p>Qui ne doit à nul estre teue.</p> +<p>Par tel, cil qui veue ne l'aura,</p> +<p>Paiera, et celuy qui fera</p> +<p>De ceste repeue le présent,</p> +<p>De l'escot s'en yra exempt,</p> +<p>Moyennant qu'il monstre ce livre:</p> +<p>Par ce moyen sera delivre;</p> +<p>En lieu où n'aura esté veu</p> +<p>Il sera franchement repeu,</p> +<p>Ainsi qu'on orra plus à plain,</p> +<p>Qui de l'entendre prendra soing.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p182"></a><span class="pagenum">P. +182</span> +<p>BALLADE DE L'ACTEUR.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quant j'euz ouy ce présent mandement:</p> +<p>Qu'on semonnoit venir, de par l'Acteur,</p> +<p>Le dessusdict, j'ay pensé lermement</p> +<p>De moy trouver, et en prins l'adventure,</p> +<p>Comme celuy qui, de droicte nature,</p> +<p>Vouloit de ce faire narration,</p> +<p>A celle fin qu'il en fust mention,</p> +<p>A ung chascun, pour le temps advenir,</p> +<p>Qui s'attendent et ont intention</p> +<p>Que les respeues les viendront secourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Mais ce secours est d'anciennement</p> +<p>De tous repas le chief, et par droicture;</p> +<p>Pourquoy, aulcuns, qui ont entendement,</p> +<p>Le treuvent bon, et aultres n'en ont cure,</p> +<p>Et ne cerchent tant que l'argent leur dure,</p> +<p>Mais font du leur si grant destruction,</p> +<p>Qu'ilz en entrent en la subjection,</p> +<p>De faire aux dens l'arquemie, sans faillir,</p> +<p>En attendant, pour toute production,</p> +<p>Que les repeues les viendront secourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>J'en ay congneu, qui souvent largement</p> +<p>Donnoyent à tous repeues outre mesure;</p> +<p>Qui depuis ont continuellement</p> +<p>Servy le Pont-à-Billon, par droicture,</p> +<p>Dont la façon a esté à maint dure,</p> +<p>En leur grant dueil et tribulation;</p> +<p>Mais lors n'avoyent nulle remission,</p> +<p>Combien que ce leur fist le cueur frémir,</p> +<a name="p183"></a><span class="pagenum">P. 183</span> +<p>Ilz n'attendoyent aultre succession,</p> +<p>Que les repeues les viendront secourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, pour ce que ne me puis tenir</p> +<p>Que de telz faitz ne face mention,</p> +<p>Puisque à mon temps les ay veu avenir,</p> +<p>J'en vueil faire quelque narration,</p> +<p>Et escripre, soubz la correction</p> +<p>Des escoutans, affin d'en souvenir,</p> +<p>La présente nouvelle invention,</p> +<p>Que les repeues les viendront secourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE DES ESCOUTANS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Qui en a est Le bien venu;</p> +<p>Qui n'en a point, l'en n'en tient compte,</p> +<p>Cil qui en a est bien congneu,</p> +<p>Cil qui n'en a point vit à honte.</p> +<p>Qui paye l'on exauce et monte</p> +<p>Jusque au tiers ciel, pour en prester:</p> +<p>Son honneur tout aultre surmonte,</p> +<p>Par force de bien acquester.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quant entendismes les estatz</p> +<p>De telz dissimulations,</p> +<p>Congnoissant les hauts et les bas,</p> +<p>Par toutes abreviations,</p> +<p>Nous mismes, sans sommations,</p> +<p>Aux champs, par bois et par tailllis.</p> +<a name="p184"></a><span class="pagenum">P. 184</span> +<p>Pour congnoistre les fictions,</p> +<p>Qui se font souvent à Paris.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pource que chacun maintenoit</p> +<p>Que c'estoit la ville du monde</p> +<p>Qui plus de peuple soustenoit,</p> +<p>Et où maintz estranges abonde,</p> +<p>Pour la grant science parfonde</p> +<p>Renommée en icelle ville,</p> +<p>Je partis, et veulx qu'on me tonde,</p> +<p>S'à l'entrée avois croix ne pille.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Il estoit temps de se coucher,</p> +<p>Et ne sçavoye où heberger;</p> +<p>D'ung logis me vins approcher,</p> +<p>Sçavoir s'on m'y vouldroit loger,</p> +<p>En disant: «Avez à menger?»</p> +<p>L'hoste me respondit: «Si ay.»</p> +<p>Lors luy priay, pour abréger:</p> +<p>«Apportez-le donc devant moy.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je fus servy passablement,</p> +<p>Selon mon estat et ma sorte,</p> +<p>Et pensant, à part moy, comment</p> +<p>Je cheviroye avec l'hoste,</p> +<p>Je m'avisé que, soubz ma cotte,</p> +<p>Avois une espée qui bien trenche:</p> +<p>Je la lairray, qu'on ne me l'oste,</p> +<p>En gaige de la repeue franche.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>L'espée estoit toute d'acier,</p> +<p>Il ne s'en failloit que le fer;</p> +<p>Mais l'hoste la me fist machier,</p> +<a name="p185"></a><span class="pagenum">P. 185</span> +<p>Fourreau et tout, sans fricasser;</p> +<p>Puis, après, me convint penser</p> +<p>De repaistre, se faim avoye;</p> +<p>Rien n'y eust valu le tencer:</p> +<p>De leans partis sans monnoye.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>L'ACTEUR.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Lendemain, m'aloye enquerant</p> +<p>Pour encontrer Martin Gallant.</p> +<p>Droit en la Salle du Palays</p> +<p>Rencontray, pour mon premier mès,</p> +<p>Tout droit soubz la première porte,</p> +<p>Plusieurs mignons d'estrange sorte,</p> +<p>Que sembloit bien à leur habit</p> +<p>Qu'ilz fussent gens de grant acquit.</p> +<p>Lors vins pour entrer en la Salle:</p> +<p>L'ung y monte, l'aultre devalle.</p> +<p>Là me pourmenoye, de par Dieu,</p> +<p>Regardant l'estat de ce lieu,</p> +<p>Et quand je l'euz bien regardée,</p> +<p>Tant plus la voys tant plus m'agrée;</p> +<p>Je vis là tant de mirlificques,</p> +<p>Tant d'ameçons et tant d'afficques,</p> +<p>Pour attraper les plus huppez.</p> +<p>Les plus rouges y sont happez;</p> +<p>A l'ung convient vendre sa terre;</p> +<p>Maint, sans sainctir, là se detterre,</p> +<p>Partie ou peu en demourra</p> +<p>De tout ce que vaillant aura;</p> +<p>Cuydant destruyre son voysin</p> +<p>De Poytou, ou de Lymousin,</p> +<p>Ou de quelque aultre nation,</p> +<p>Maint en est en destruction,</p> +<a name="p186"></a><span class="pagenum">P. 186</span> +<p>Et fault, ains partir de léans,</p> +<p>Qu'ilz facent l'arquemye aux dens.</p> +<p>On emprunte, qui a credit,</p> +<p>Tout ainsi que devant est dict.</p> +<p>Quand leur argent fort s'appetiese,</p> +<p>Lors leur est la repeue propice,</p> +<p>Et lors cerchent (plus n'en doubtez),</p> +<p>Hault et bas et de tous costez,</p> +<p>Comme on verra par demomstrances</p> +<p>En ce traicté des Repeues franches.</p> +<p>Et quant au regard de plusieurs</p> +<p>Aultres repeues, sont escriptes</p> +<p>Affin qu'on preigne les meilleurs,</p> +<p>En lisant, grandes ou petites.</p> +<p>Vous orrez maintz moyens licites</p> +<p>Comment ilz ont esté happez,</p> +<p>Hault et bas, par bonnes conduictes</p> +<p>De ceulx qui les ont attrapez.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LA REPEUE</p> +<p>DE VILLON ET DE SES COMPAIGNONS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Qui n'a or, ny argent, ny gaige,</p> +<p>Comment peult-il faire grant chère?</p> +<p>Il fault qu il vive d'avantaige:</p> +<p>La façon en est coustumière.</p> +<p>Sçaurions-nous trouver la manière</p> +<p>De tromper quelqu'ung, pour repaistre?</p> +<p>********************************</p> +<p>Qui le fera sera bon maistre!»</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p187"></a><span class="pagenum">P. +187</span> +<p>Ainsi parloyent les compaignons</p> +<p>Du bon maistre Françoys Villon,</p> +<p>Qui n'avoient vaillant deux ongnons,</p> +<p>Tentes, tapis, ne pavillon.</p> +<p>Il leur dit: «Ne nous soucion,</p> +<p>Car, aujourd'huy, sans nul deffault,</p> +<p>Pain, vin, et viande, à grant foyson,</p> +<p>Aurez, avec du rost tout chault.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><i>La manière d'avoir du Poisson.</i></p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Adoncques il leur demanda</p> +<p>Quelles viandes vouloyent macher:</p> +<p>L'ung de bon poysson souhaita;</p> +<p>L'autre demanda de la chair.</p> +<p>Maistre Françoys, ce bon archer,</p> +<p>Leur dist: «Ne vous en souciez;</p> +<p>Il vous faut voz pourpointz lascher,</p> +<p>Car nous aurons viandes assez.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Lors partit de ses compaignons,</p> +<p>Et vint à la Poyssonnerie,</p> +<p>Et les laissa delà les pontz,</p> +<p>Quasy plains de melencolie.</p> +<p>Il marchanda, à chère lye,</p> +<p>Ung pannier tout plain de poysson,</p> +<p>Et sembloit, je vous certiffie,</p> +<p>Qu'il fust homme de grant façon.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Maistre Françoys fut diligent</p> +<p>D'achapter, non pas de payer,</p> +<p>Et dist qu'il bailleroit l'argent</p> +<p>Tout comptant au porte-pannier.</p> +<p>Ils partent sans plus plaidoyer,</p> +<p>Et passèrent par Nostre-Dame,</p> +<a name="p188"></a><span class="pagenum">P. 188</span> +<p>Là où il vit le Penancier,</p> +<p>Qui confessoit homme ou bien femme.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quant il le vit, à peu de plait,</p> +<p>Il luy dist: «Monsieur, je vous prie</p> +<p>Que vous despechez, s'il vous plaist,</p> +<p>Mon nepveu; car, je vous affie</p> +<p>Qu'il est en telle resverie:</p> +<p>Vers Dieu il est fort negligent;</p> +<p>Il est en tel merencolie,</p> +<p>Qu'il ne parle rien que d'argent.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>—Vrayment, ce dit le Penancier,</p> +<p>Très voulentiers on le fera.»</p> +<p>Maistre Francoys print le pannier,</p> +<p>Et dit: «Mon amy, venez ça;</p> +<p>Velà qui vous depeschera,</p> +<p>Incontinent qu'il aura faict.»</p> +<p>Adonc maistre Françoys s'en va,</p> +<p>Atout le pannier, en effect.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quand le Penancier eut parfaict</p> +<p>De confesser la créature,</p> +<p>Gaigne-denier, par dit parfaict,</p> +<p>Accourut vers luy bonne alleure,</p> +<p>Disant: «Monsieur, je vous asseure,</p> +<p>S'il vous plaisoit prendre loysir</p> +<p>De me depescher à ceste heure,</p> +<p>Vous me feriez ung grant plaisir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>—Je le vueil bien, en verité,</p> +<p>Dist le Penancier, par ma foy!</p> +<p>Or, dictes <i>Benedicite,</i></p> +<p>Et puis je vous confesseray,</p> +<a name="p189"></a><span class="pagenum">P. 189</span> +<p>Et, en après, vous absouldray,</p> +<p>Ainsy comme je doy le faire;</p> +<p>Puis penitence vous bauldray,</p> +<p>Qui vous sera bien necessaire.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>—Quel confesser! dist le povre homme:</p> +<p>Fus-je pas à Pasques absoulz?</p> +<p>Que bon gré sainct Pierre de Romme!</p> +<p>Je demande cinquante soulz.</p> +<p>Qu'esse-cy? A qui sommes-nous?</p> +<p>Ma maistresse est bien arrivée!</p> +<p>A coup, à coup, depeschez-vous,</p> +<p>Payez mon panier de marée.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>—Ha! mon amy, ce n'est pas jeu,</p> +<p>Dist le Penancier, seurement:</p> +<p>Il vous fault bien penser à Dieu</p> +<p>Et le supplier humblement.</p> +<p>—Que bon gré en ayt mon serment!</p> +<p>Dist cet homme, sans contredit,</p> +<p>Depeschez-moy legierement,</p> +<p>Ainsi que ce seigneur a dit.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Adonc le Penancier vit bien</p> +<p>Qu'il y eut quelque tromperie;</p> +<p>Quand il entendit le moyen,</p> +<p>Il congneut bien la joncherie.</p> +<p>Le povre homme, je vous affie,</p> +<p>Ne prisa pas bien la façon,</p> +<p>Car il n'eut, je vous certifie,</p> +<p>Or ne argent de son poysson.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Maistre François, par son blason.</p> +<p>Trouva la façon et manière</p> +<a name="p190"></a><span class="pagenum">P. 190</span> +<p>D'avoir marée à grant foyson,</p> +<p>Pour gaudir et faire grant chère.</p> +<p>C'estoit la mère nourricière</p> +<p>De ceulx qui n'avoyent point d'argent;</p> +<p>A tromper devant et derrière,</p> +<p>Estoit ung homme diligent.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><i>La manière d'avoir des Trippes pour diner.</i></p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Que fist-il? A bien peu de plet,</p> +<p>S'advisa de grant joncherie:</p> +<p>Il fist laver le cul bien net</p> +<p>A ung gallant, je vous affie,</p> +<p>Disant: «Il convient qu'on espie:</p> +<p>Quand seray devant la trippière,</p> +<p>Monstre ton cul par raillerie,</p> +<p>Puis, après, nous ferons grant +chière.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Le compaignon ne faillit pas,</p> +<p>Foy que doy sainct Remy de Rains!</p> +<p>A Petit-Pont vint par compas,</p> +<p>Son cul descouvrit jusque aux rains.</p> +<p>Quand maistre Françoys vit ce train,</p> +<p>Dieu sçet s'il fit piteuses lippes,</p> +<p>Car il tenoit entre ses mains</p> +<p>Du foye, du polmon et des trippes.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Comme s'il fust plain de despit,</p> +<p>Et courroucé amèrement,</p> +<p>Il haulsa la main ung petit,</p> +<p>Et le frappa bien rudement,</p> +<p>Des trippes, par le fondement;</p> +<p>Puis, sans faire plus long caquet,</p> +<a name="p191"></a><span class="pagenum">P. 191</span> +<p>Les voulut, tout incontinent,</p> +<p>Remettre dedans le baquet.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>La trippière fut courroucée</p> +<p>Et ne les voulut pas reprendre.</p> +<p>Maistre Françoys, sans demourée,</p> +<p>S'en alla, sans compte luy rendre:</p> +<p>Par ainsi, vous povez entendre,</p> +<p>Qui'ilz eurent trippes et poisson.</p> +<p>Mais, après, il faut du pain tendre,</p> +<p>Pour ce disner de grant façon.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><i>La manière d'avoir du Pain.</i></p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Il s'en vint chez an boulengier</p> +<p>Affin de mieulx fornir son train,</p> +<p>Contrefaisant de l'escuyer</p> +<p>Ou maistre d'hostel, pour certain,</p> +<p>Et commanda que, tout souldain,</p> +<p>Cy pris, cy mis; on chappellast</p> +<p>Cinq ou six douzaines de pain,</p> +<p>Et que bien tost on se hastast.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quand la moytié fut chappellé,</p> +<p>En une hotte le fist mettre,</p> +<p>Comme s'il fust de près hasté,</p> +<p>Il pria et requist au maistre</p> +<p>Qu'aucun se voulsist entremettre</p> +<p>D'apporter, après luy courant,</p> +<p>Le pain chappellé en son estre,</p> +<p>Tandis qu'on fist le demourant.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Le varlet le mist sur son col;</p> +<a name="p192"></a><span class="pagenum">P. 192</span> +<p>Après maistre François le porte,</p> +<p>Et arriva, soit dur ou mol,</p> +<p>Emprès une grant vielle porte.</p> +<p>Le varlet deschargea sa hotte</p> +<p>Et fut renvoyé, tout courant,</p> +<p>Hastivement, tenant sa hotte,</p> +<p>Pour requerir le demourant.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Maistre Françoys, sans contredit,</p> +<p>N'attendit pas la revenue.</p> +<p>Il eut du pain, par son édit,</p> +<p>Pour fournir sa franche repeue.</p> +<p>Le boulengier, sans attendue,</p> +<p>Revint, mais ne retrouva point</p> +<p>Son maistre d'hostel; il tressue,</p> +<p>Qu'on l'avoit trompé en ce point.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><i>La manière d'avoir du Vin.</i></p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Après qu'il fut fourny de vivres,</p> +<p>Il fault bien avoir la mémoire</p> +<p>Que, s'ils vouloyent ce jour estre yvres,</p> +<p>Il falloit qu'ils eussent à boire.</p> +<p>Maistre Françoys, debvez le croire,</p> +<p>Emprunta deux grans brocs de boys,</p> +<p>Disant qu'il estoit necessaire</p> +<p>D'avoir du vin par ambagoys.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>L'ung fist emplir de belle eaue clère,</p> +<p>Et vint à la Pomme de Pin,</p> +<p>Atout ses deux brocs, sans renchère,</p> +<p>Demandant s'ils avoient bon vin,</p> +<p>Et qu'on luy emplist du plus fin,</p> +<a name="p193"></a><span class="pagenum">P. 193</span> +<p>Mais qu'il fust blanc et amoureux.</p> +<p>On luy emplist, pour faire fin,</p> +<p>D'ung très bon vin blanc de Baigneux.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Maistre Francoys print les deux brocs,</p> +<p>L'un emprès l'autre les bouta;</p> +<p>Incontinent, par bons propos,</p> +<p>Sans se haster, il demanda</p> +<p>Au varlet: «Quel vin est ce là?»</p> +<p>Il luy dist: «Vin blanc de Baigneux.</p> +<p>—Ostez cela, ostez cela,</p> +<p>Car, par ma foy, point je n'en veulx.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Qu'esse-cy? Estes-vous bejaulne?</p> +<p>Vuidez-moy mon broc vistement.</p> +<p>Je demande du vin de Beaulne,</p> +<p>Qui soit bon, et non aultrement.»</p> +<p>Et, en parlant, subtillement</p> +<p>Le broc qui estoit d'eaue plain</p> +<p>Contre l'aultre legierement</p> +<p>Luy changea, à pur et à plain.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Par ce point, ils eurent du vin</p> +<p>Par fine force de tromper;</p> +<p>Sans aller parler au devin,</p> +<p>Ils repeurent, per ou non per.</p> +<p>Mais le beau jeu fut au souper,</p> +<p>Car maistre Françoys, à brief mot,</p> +<p>Leur dit: «Je me vueil occuper,</p> +<p>Que mangerons ennuyt du rost.»</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p194"></a><span class="pagenum">P. +194</span> +<p><i>La manière d'avoir du Rost.</i></p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Il fut appointé qu'il yroit</p> +<p>Devant l'estal d'ung rotisseur,</p> +<p>Et de la chair marchanderoit,</p> +<p>Contrefaisant du gaudisseur,</p> +<p>Et, pour trouver moyen meilleur,</p> +<p>Faignant que point on ne se joue,</p> +<p>Il viendroit un entrepreneur,</p> +<p>Qui luy bailleroit sur la joue.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Il vint à la rostisserie,</p> +<p>En marchandant de la viande;</p> +<p>L'autre vint, de chère marrie:</p> +<p>«Qu'est-ce que ce paillart demande?»</p> +<p>Luy baillant une buffe grande,</p> +<p>En luy disant mainte reproche.</p> +<p>Quand il vit qu'il eut ceste offrande,</p> +<p>Empoigna du rost pleine broche.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Celuy qui bailla le soufflet</p> +<p>Fuist bien tost et à motz exprès.</p> +<p>Maistre Françoys, sans plus de plet,</p> +<p>Atout son rost, courut après,</p> +<p>Ainsi, sans faire long procès,</p> +<p>Ils repeurent, de cueur devot,</p> +<p>Et eurent, par leur grant excès,</p> +<p>Pain, vin, chair, et poisson, et rost.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p195"></a><span class="pagenum">P. +195</span> +<p>SECONDE REPEUE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>DE L'EPIDEMIE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et pour la première repeue</p> +<p>Dont après sera mention,</p> +<p>Bien digne d'estre ramenteue</p> +<p>Et mise en revelation,</p> +<p>Et pourtant, soubs correction,</p> +<p>Affin que l'en en parle encore,</p> +<p>Comme nouvelle invention,</p> +<p>Redigé sera par memoire.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Or advint, de coup d'aventure,</p> +<p>Que les suppostz devant nommez,</p> +<p>Ne cherchoyent rien par droicture.</p> +<p>Qu'en richesse gens renommez.</p> +<p>Ung jour qu'ilz estaient affamez,</p> +<p>En la porte d'ung bon logis</p> +<p>Virent entrer, sans estre armez,</p> +<p>Ambassadeurs de loing pays.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si pensèrent entre eux comment</p> +<p>Ilz pourroient, pour l'heure, repaistre,</p> +<p>Et, selon leur entendement,</p> +<p>L'ung d'iceulz s'aprocha du maistre</p> +<p>D'hostel, et se fit acongnoistre,</p> +<p>Disant qu'il luy enseigneroit</p> +<p>Le haut, le bas marché, pour estre</p> +<p>Par luy conduyt, s'il luy plaisoit.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je croy bien que monsieur le maistre,</p> +<a name="p196"></a><span class="pagenum">P. 196</span> +<p>Qui du bas mestier estoit tendre,</p> +<p>Fit ce gallant très bien repaistre,</p> +<p>Et luy commenda charge prendre</p> +<p>De la cuysine, d'y entendre,</p> +<p>Tant que leur train departira,</p> +<p>Et bien payera, sans attendre,</p> +<p>A son gré, quand il s'en yra.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Lors s'en vint à ses compaignons,</p> +<p>Dire: «Nostre escot est payé;</p> +<p>Je suis jà l'ung des grans mignons</p> +<p>De léans et mieulx avoyé,</p> +<p>Car le maistre m'a envoyé</p> +<p>Par la ville, pour soy sortir;</p> +<p>Mais, se mon sens n'est desyoyé,</p> +<p>Bien brief l'en feray repentir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>—Va, lui dirent ses compaignons,</p> +<p>Et esguise tout ton engin</p> +<p>A nous rechauffer les rongnons</p> +<p>Et nous faire boire bon vin.</p> +<p>Passe tous les sens Pathelin,</p> +<p>De Villon et Pauquedenaire,</p> +<p>Car se venir peux en la fin,</p> +<p>Passé seras maistre ordinaire.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ce gallant vint en la maison</p> +<p>Où estoyt logé l'ambassade,</p> +<p>Où les seigneurs, par beau blason,</p> +<p>Devisoyent rondeau ou ballade.</p> +<p>Il estoit miste, gent et sade,</p> +<p>Bien habitué, bien en point,</p> +<p>Robbe fourrée, pourpoint d'ostade;</p> +<p>Il entendoit son contrepoint.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p197"></a><span class="pagenum">P. +197</span> +<p>Le principal ambassadeur</p> +<p>Aymoit une peu le bas mestier,</p> +<p>Dont le gallant fut à honneur,</p> +<p>Car c'estoyt quasi son mestier,</p> +<p>Et luy conta que, à son quartier,</p> +<p>Avoit de femmes largement,</p> +<p>Qui estoyent, s'il estoit mestier,</p> +<p>A son joly commandement.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Le gallant fut entretenu</p> +<p>Par ce seigneur venu nouveau,</p> +<p>Et léans il fut retenu,</p> +<p>Pour estre fin franc macquereau.</p> +<p>Le jeu leur sembla si très beau;</p> +<p>Aussi, il fit si bonne mine,</p> +<p>Qu'il fut esleu, sans nul appeau,</p> +<p>Pour estre varlet de cuysine.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Les ambassadeurs convoyèrent</p> +<p>Seigneurs et bourgeois à disner,</p> +<p>Lesquels voulentiers y allèrent</p> +<p>Passer temps, point n'en faut doubter.</p> +<p>Toutesfoys, vous debvez sçavoir,</p> +<p>Quelque chose que je vous dye,</p> +<p>Que l'ambassadeur, pour tout veoir,</p> +<p>Craignoit moult fort l'Epidemie.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ce gallant en fut adverty,</p> +<p>Qui nonobstant fist bonne mine,</p> +<p>Et quand il fut près de midi,</p> +<p>A l'heure qu'il est temps qu'on disne,</p> +<p>Il entra dedans la cuysine,</p> +<p>Manyant toute la viande,</p> +<a name="p198"></a><span class="pagenum">P. 198</span> +<p>Comme docteur en médecine</p> +<p>Qui tient malades en commande.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Tous les seigneurs là regardèrent</p> +<p>Son train, ses façons et manières;</p> +<p>Mais, après luy, pas ne tastèrent,</p> +<p>Aussi ne luy challoit-il guères.</p> +<p>Après il print les esguières,</p> +<p>Le vin, le claire, l'ypocras,</p> +<p>Darioles, tartes entières:</p> +<p>Il tasta de tout, par compas.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et, pour bien entendre son cas,</p> +<p>Quand il vit qu'il estoit saison,</p> +<p>A bien jouer ne faillit pas,</p> +<p>Pour faire aux seigneurs la raison,</p> +<p>Si bien que dedans la maison</p> +<p>Demeura tout seul pour repaistre,</p> +<p>Soustenant, par fine achoison,</p> +<p>Qu'il se douloit du cousté destre.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Lors y avoit une couchette</p> +<p>Où il failloit la feste faire,</p> +<p>Et n'a dent qui ne luy cliquette;</p> +<p>Là se mist, commençant à braire</p> +<p>Que l'on s'en fuyt au presbytaire,</p> +<p>Pour faire le prebstre acourir,</p> +<p>Atout Dieu et l'autre ordinaire</p> +<p>Qu'il fault pour ung qui veult mourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quand les seigneurs virent le prebstre</p> +<p>Avec ses sacremens venir,</p> +<p>Chacun d'eulx eust bien voulu estre</p> +<p>Dehors, je n'en veulx point mentir:</p> +<a name="p199"></a><span class="pagenum">P. 199</span> +<p>Si grant haste eurent d'en sortir,</p> +<p>Que là demeurèrent les vivres,</p> +<p>Dont les compaignons du martir</p> +<p>Furent troys jours et troys nuyts yvres.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Par ce point eurent la repeue</p> +<p>Franche chascun des compaignons.</p> +<p>La finesse le prebstre a teue,</p> +<p>Affin de complaire aux mignons;</p> +<p>Mais les seigneurs dont nous parlons</p> +<p>Eurent tous, pour ce coup, l'aubade:</p> +<p>Chascun d'eulx fut, nous ne faillons,</p> +<p>De la grant paour troys jours malade.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LA TROISIEME REPEUE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>DES TORCHECULS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Un Lymousin vint à Paris,</p> +<p>Pour aulcun procès qu'il avoit.</p> +<p>Quand il partit de son pays</p> +<p>Pas gramment d'argent il n'avoit,</p> +<p>Et toutefoys il entendoit</p> +<p>Son fait, et avoit souvenance</p> +<p>Que son cas mal se porteroit</p> +<p>S'il n'avoit une repeue franche.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ce Lymousin, c'est chose vraye,</p> +<p>Qui n'avoit vaillant ung patac,</p> +<p>Se nommoit seigneur de Combraye,</p> +<p>Sans qu'on le suivist à son trac.</p> +<a name="p200"></a><span class="pagenum">P. 200</span> +<p>Plus rusé estoit qu'ung vieil rat,</p> +<p>Et affamé comme un vieil loup,</p> +<p>Avec monsieur de Penessac,</p> +<p>Et le seigneur de Lamesou.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Les troys seigneurs s'entretrouvèrent;</p> +<p>Car ilz estoyent tous d'ung quartier</p> +<p>Et Dieu sçait s'ilz se saluèrent,</p> +<p>Ainsi qu'il en estoit mestier;</p> +<p>Toutesfoys, ce bon escuyer</p> +<p>De Combraye, propos final,</p> +<p>Fut esleu leur grant conseillier,</p> +<p>Et le gouverneur principal.</p> +<p>Ils conclurent, pour le meilleur,</p> +<p>Que ce bon notable seigneur</p> +<p>Yroit veoir s'il pourroit trouver</p> +<p>Quelque bon lieu pour s'y loger,</p> +<p>Et, selon qu'il le trouverait,</p> +<p>Aux aultres le raconteroit.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Or advint, environ midy,</p> +<p>Qu'il estoit de faim estourdy,</p> +<p>S'en vint à une hostellerie,</p> +<p>Rue de la Mortellerie,</p> +<p>Où pend l'enseigne du Pestel:</p> +<p><i>A bon logis et bon hostel,</i></p> +<p>Demandant s'on a que repaistre:</p> +<p>«Ouy, vrayment, ce dist le maistre;</p> +<p>Ne soyez de rien en soucy,</p> +<p>Car vous serez très bien servy</p> +<p>De pain, de vin et de viande.</p> +<p>—Pas grand chose je ne demande,</p> +<p>Dist le bon seigneur de Combraye:</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p201"></a><span class="pagenum">P. +201</span> +<p>Il n'y a guère que j'avoye</p> +<p>Bien desjuné; mais, toutesfoys,</p> +<p>Si ai-je disné maintes foys</p> +<p>Que n'avoye pas tel appetit.»</p> +<p>Ce seigneur menga ung petit,</p> +<p>Car il n'avoit guère d'argent,</p> +<p>Commendant qu'on fust diligent</p> +<p>D'avoir quelque chose de bon,</p> +<p>Pour son soupper: ung gras chapon;</p> +<p>Car il pensoit bien que, le soir,</p> +<p>Il devoit avec luy souper</p> +<p>Des gentilzhommes de la cour.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>L'hostesse fut bien à son gourt,</p> +<p>Car, quand vint à compter l'escot,</p> +<p>Le seigneur ne dist oncques mot,</p> +<p>Mais tout ce qu'elle demanda</p> +<p>Ce gentilhomme luy bailla,</p> +<p>Disant: «Vous comptez par raison!»</p> +<p>Puis il sortit de la maison,</p> +<p>Bouta son sac soubs son esselle,</p> +<p>Et vint raconter la nouvelle</p> +<p>A ses compaignons, et comment</p> +<p>Il failloit faire saigement.</p> +<p>Il fut dit, à peu de parolles,</p> +<p>Pour eviter grans monopolles,</p> +<p>Que le seigneur de Penessac</p> +<p>Yroit devant louer l'estat</p> +<p>Et blasonner la suffisance</p> +<p>De ce seigneur, car, sans doubtance,</p> +<p>La chose le valoit très bien,</p> +<p>Et, pour trouver meilleur moyen,</p> +<p>Il menroit en sa compaignie,</p> +<a name="p202"></a><span class="pagenum">P. 202</span> +<p>Lamesou; et n'y faillit mye.</p> +<p>Si vint demander à l'hostesse</p> +<p>S'ung seigneur remply de noblesse</p> +<p>Estoit logé en la maison.</p> +<p>L'hostesse respondit que non,</p> +<p>Et que vrayement il n'y avoit</p> +<p>Qu'ung Lymousin, lequel debvoit</p> +<p>Venir au soir souper léans.</p> +<p>«Ha! dist-il, dame de céans,</p> +<p>C'est celuy que nous demandons;</p> +<p>Par ma foy! c'est le grant baron,</p> +<p>Qui est arrivé au matin.</p> +<p>—Je n'entens point vostre latin,</p> +<p>Dist l'hostesse; vous parlez mal:</p> +<p>Il n'a ne jument ne cheval;</p> +<p>Il va à pied, par faulte d'asne.»</p> +<p>Lors Penessac respondit: «Dame,</p> +<p>Il vient icy pour ung procès;</p> +<p>Il est appellant des excès</p> +<p>Qu'on luy a faictz en Lymousin,</p> +<p>Et va ainsi de pied, affin</p> +<p>Que son procès soit plus tost faict.»</p> +<p>L'hostesse le creut, en effet.</p> +<p>Alors, le seigneur de Combraye</p> +<p>Arrive, et Dieu sçait quelle joye</p> +<p>Ces deux seigneurs icy lui firent;</p> +<p>Et le genoil en bas tendirent</p> +<p>Aussi tost comme il fut venu,</p> +<p>Et par ce point il fut congneu</p> +<p>Qu il estoit seigneur honorable.</p> +<p>Le bon seigneur se sist à table,</p> +<p>En tenant bonne gravité.</p> +<p>Vis-à-vis, de l'autre costé,</p> +<p>S'assit le seigneur de l'hostel,</p> +<a name="p203"></a><span class="pagenum">P. 203</span> +<p>Et eurent du vin, Dieu sçait quel!</p> +<p>Il ne le fault point demander.</p> +<p>Quand ce vint à l'escot compter</p> +<p>L'hostesse assez hault comptoit,</p> +<p>Mais au seigneur il n'en challoit,</p> +<p>Feignant qu'il fust tout plain d'argent.</p> +<p>Lors il dist qu'on fust diligent</p> +<p>De penser à faire les litz,</p> +<p>Car il vouloit en ce logis</p> +<p>Coucher; puis après, par exprès,</p> +<p>Il print son grand sac à procès,</p> +<p>Et le bailla léans en garde,</p> +<p>Disant: «Qu'on me le contregarde.</p> +<p>Si de l'argent voulez avoir,</p> +<p>Il ne faut que le demander.»</p> +<p>L'hostesse ne fut pas ingrate,</p> +<p>En disant: «Je n'en ay pas haste.</p> +<p>N'espargnez rien qui soit céans.»</p> +<p>Ces seigneurs couchèrent léans</p> +<p>L'espace de cinq ou six moys,</p> +<p>Sans payer argent, toutesfoys,</p> +<p>Non obstant ce qu'il demandoit</p> +<p>A l'hostesse s'elle vouloit</p> +<p>Avoir de l'argent, bien souvent;</p> +<p>Mais il n'estoit point bien content</p> +<p>De mettre souvent main en bourse.</p> +<p>L'hostesse n'estoit point rebourse,</p> +<p>Et dist: «Ne vous en soucyez;</p> +<p>Dieu mercy! j'ay argent assez,</p> +<p>A vostre bon commandement.»</p> +<p>Ces mignons pensèrent comment</p> +<p>Ilz pourroyent retirer leur sac;</p> +<p>Et lors monsieur de Penessac</p> +<p>Dist à ce baron de Combraye</p> +<a name="p204"></a><span class="pagenum">P. 204</span> +<p>Qu'il se boutast bientost en voye,</p> +<p>Jugeant qu'il fust embesongné.</p> +<p>Ce seigneur vint, tout refrongné,</p> +<p>Vers l'hostesse, par bon moyen,</p> +<p>Et lui dit: «Mon cas va très bien;</p> +<p>Mon procès est ennuyt jugé.</p> +<p>A coup, qu'il n'y ait plus songé,</p> +<p>Baillez-moy mon sac, somme toute,</p> +<p>Car j'ay paour et si fays grant doubte,</p> +<p>Que les seigneurs soyent departis.»</p> +<p>Il print son sac: «Adieu vous dis!</p> +<p>Je reviendray tout maintenant.»</p> +<p>Il s'en alla diligemment,</p> +<p>A tout ses procès et son sac;</p> +<p>Et les seigneurs de Penessac</p> +<p>Et de Lamesou l'attendoyent;</p> +<p>Lesquelz seigneurs si s'esbatoyent,</p> +<p>A recueillir les torcheculz</p> +<p>Des seigneurs qui estoyent venus</p> +<p>Aux chambres, et bien se pensoyent</p> +<p>Qu'à quelque chose serviroyent</p> +<p>Ilz ostèrent tous ces procès</p> +<p>De ce sac, et, par motz exprès,</p> +<p>L'emplirent de ces torcheculz;</p> +<p>Puis, au soir, quand furent venuz</p> +<p>A leur logis, fut mis en garde,</p> +<p>Et, pour mieulx mettre en sauvegarde,</p> +<p>Il fut bouté, par grant humblesse,</p> +<p>Avec les robbes de l'hostesse,</p> +<p>Qui sentoyent le muguelias.</p> +<p>Au soir, firent grant ralias;</p> +<p>Le lendemain il fut raison</p> +<p>De departir de la maison</p> +<p>Pour s'en aller sans revenir.</p> +<a name="p205"></a><span class="pagenum">P. 205</span> +<p>On cuydoit qu'ilz deussent venir</p> +<p>Lendemain soupper et disner,</p> +<p>Pour leurs offices resiner,</p> +<p>Maiz ilz ne vindrent oncques puis.</p> +<p>Ils faillirent cinq ou six nuitz,</p> +<p>Dont l'hostesse fut eschec et mac.</p> +<p>Elle n'osoit ouvrir le sac</p> +<p>Sans avoir le congé du juge,</p> +<p>Auquel avoit piteux deluge;</p> +<p>Tellement qu il fut necessaire</p> +<p>Qu'on envoyast ung commissaire</p> +<p>Pour ouvrir ce sac, somme toute.</p> +<p>Quand il fust là venu sans doubte,</p> +<p>Il lava ses mains à bonne heure,</p> +<p>De paour de gaster l'escripture,</p> +<p>Car à cela estoit expert.</p> +<p>Toutesfoys, le sac fut ouvert;</p> +<p>Mais, quand il le vit si breneux,</p> +<p>Il s'en alla tout roupieux,</p> +<p>Cuydant que ce fust mocquerie,</p> +<p>Car il n'entendoit raillerie.</p> +<p>Ainsi partirent ces seigneurs</p> +<p>De Paris, joyeux en couraige.</p> +<p>De tromper furent inventeurs:</p> +<p>Cinq moys vesquirent d'avantaige;</p> +<p>De blasonner ilz firent raige;</p> +<p>Leur hoste fut par eulx vaincu.</p> +<p>Ils ne laissèrent, pour tout gaige</p> +<p>Qu'un sac tout plain de torchecu.</p> +</div> +<div class="stanza"><br> +<a name="p206"></a><span class="pagenum">P. 206</span> +<p>LA QUATRIESME REPEUE FRANCHE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>DU SOUFFRETEUX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Où pris argent, qui n'en a point?</p> +<p>Remède est vivre d'avantaige.</p> +<p>Qui n'a ne robbe ne pourpoint,</p> +<p>Que pourroit-il laisser pour gaige?</p> +<p>Toutesfoys, qui aurait l'usaige</p> +<p>De dire quelque chansonnette</p> +<p>Qui peust deffrayer le passaige,</p> +<p>Le payement ne seroit qu'honneste.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>L'ACTEUR.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ainsi parloit le Souffreteux,</p> +<p>Qui estoit fin de sa nature;</p> +<p>Moytié triste, moytié joyeux.</p> +<p>Du Palays partit, bonne alleure,</p> +<p>En disant: «Qui ne s'adventure,</p> +<p>Il ne fera jamais beau fait,»</p> +<p>Pour pourchasser sa nourriture,</p> +<p>Car il estoit de faim deffaict.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pour trouver quelque tromperie,</p> +<p>Le gallant se voulust haster:</p> +<p>En la meilleure hostellerie</p> +<p>Ou taverne s'alla bouter,</p> +<p>Et commença à demander</p> +<p>S'on avoit rien pour luy de bon;</p> +<a name="p207"></a><span class="pagenum">P. 207</span> +<p>Car il vouloit léans disner,</p> +<p>Et faire chère de façon.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Lors on demanda quelle viande</p> +<p>Il falloit à ce pèlerin.</p> +<p>Il respondit: «Je ne demande</p> +<p>Qu'une perdrix ou un poussin,</p> +<p>Avec une pinte de vin</p> +<p>De Beaulne, qui soit frais tirée.</p> +<p>Et puis après, pour faire fin,</p> +<p>Le cotteret et la bourrée.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Tout ce qui luy fut convenable</p> +<p>Le varlet luy alla quérir.</p> +<p>Le gallant s'en va mettre à table,</p> +<p>Affin de mieulx se resjouyr,</p> +<p>Et disna là, tout à loisir,</p> +<p>Maschant le sens, trenchant du saige;</p> +<p>Mais il fallut, ains que partir,</p> +<p>Avoir ung morceau de formaige.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Adonc dit le clerc: Mon amy,</p> +<p>Il fault compter, car vous devez,</p> +<p>Tout par tout, sept solz et demy,</p> +<p>Et convient que les me payez.</p> +<p>—Je ne sçay comment les aurez,</p> +<p>Dist le gallant, car, par sainct Gille!</p> +<p>Je veulx bien que vous le saichez,</p> +<p>Je ne soustiens ne croix ne pille.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>—Qui n'a argent si laisse gaige;</p> +<p>Ce n'est que le faict droicturier.</p> +<p>Vous voulez vivre d'avantaige,</p> +<p>Et n'avez maille ne denier!</p> +<a name="p208"></a><span class="pagenum">P. 208</span> +<p>Estes-vous larron ou meurtrier?</p> +<p>Par Dieu, ains que d'icy je hobe,</p> +<p>Vous me payerez, pour abréger,</p> +<p>Ou vous y laisserez la robbe.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>—Quant est d'argent, je n'en ay point,</p> +<p>Affin de le dire tout hault.</p> +<p>Comment! m'en iray-je en pourpoint,</p> +<p>Et desnué comme ung marault?</p> +<p>Dieu mercy! je n'ay pas trop chault;</p> +<p>Mais, s'il vous plaisoit m'employer,</p> +<p>Je vous serviray, sans deffault,</p> +<p>Jusques à mon escot payer.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>—Et comment? Que sçavez-vous faire?</p> +<p>Dites-le moy tout plainement.</p> +<p>—Quoy? toute chose nécessaire.</p> +<p>Point ne fault demander comment;</p> +<p>Je gaige que, tout maintenant,</p> +<p>Je vous chanteray ung couplet,</p> +<p>Si hault et si cler, je me vant,</p> +<p>Que vous direz: «Cela me plaist!»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>L'ACTEUR.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Lors, le varlet, voyant cecy,</p> +<p>Fut content de ceste gaigeure,</p> +<p>Et pensa en luy-mesme ainsi,</p> +<p>Qu'il attendroit ceste adventure;</p> +<p>Et s'il chantoit bien d'adventure,</p> +<p>Il lui dirait, pour tous desbats,</p> +<p>Qu'il payast l'escot, bon alleure,</p> +<p>Car son chant ne lui plaisoit pas.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p209"></a><span class="pagenum">P. +209</span> +<p>L'accord fut dit, l'accord fut faict,</p> +<p>Devant tous, non pas en arrière.</p> +<p>Lors le gallant tire, de faict,</p> +<p>De dedens sa gibecière</p> +<p>Une bourse, d'argent legière,</p> +<p>Qui estoit pleine de mereaulx,</p> +<p>Et chanta, par bonne manière,</p> +<p>Haultement, ces mots tout nouveaulx:</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De sa bourse dessus la table</p> +<p>Frappa, affin que je le notte,</p> +<p>Et, comme chose convenable,</p> +<p>Chanta ainsi à haulte notte:</p> +<p>«Faut payer ton hoste, ton hoste!»</p> +<p>Tout au long chanta ce couplet.</p> +<p>Le varlet, estant coste à coste,</p> +<p>Respondit: «Cela bien me plaist!»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Toutesfoys, il n'entendoit pas</p> +<p>Qu'il ne fust de l'escot payé,</p> +<p>Parquoy il failloit sur ce pas.</p> +<p>De son sens fut moult desvoyé.</p> +<p>Devant tous fut notiffié</p> +<p>Qu'il estoit gentil compaignon,</p> +<p>Et qu'il avoit, par son traicté,</p> +<p>Bien disné pour une chanson.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>C'est bien disné, quand on eschappe</p> +<p>Sans desbourser pas ung denier,</p> +<p>Et dire adieu au tavernier</p> +<p>En torchant son nez à la nappe.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p210"></a><span class="pagenum">P. +210</span> +<p>LA CINQUIESME REPEUE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>DU PELLETIER.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ung jour advint qu'ung Pelletier</p> +<p>Espousa une belle femme</p> +<p>Qui appetoit le bas mestier,</p> +<p>En faisant recorder sa game.</p> +<p>Le Pelletier, sans penser blasme,</p> +<p>Ne s'en soucioit qu'ung petit:</p> +<p>Mieulx aymoit du vin une dragme,</p> +<p>Que coucher dedens ung beau lict.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ung curé, voyant cest affaire,</p> +<p>De la femme fut amoureux,</p> +<p>Et pensa qu'à son presbytaire</p> +<p>Il maineroit ce maistre gueux.</p> +<p>Il s'en vint à luy tout joyeux,</p> +<p>A celle fin de le tromper,</p> +<p>En disant: «Mon voysin, je veux</p> +<p>Vous donner ennuyt à soupper.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Le Pelletier en fut content,</p> +<p>Car il ne vouloyt que repaistre,</p> +<p>Et alla tout incontinent</p> +<p>Faire grant chère avec le prestre,</p> +<p>Qui luy joua d'un tour de maistre,</p> +<p>Disant: «Ma robbe est deffourrée;</p> +<p>Il vous y convient la main mettre,</p> +<p>Affin qu'elle soit reffourrée.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p211"></a><span class="pagenum">P. +211</span> +<p>—Et bien, ce dist le Pelletier,</p> +<p>Monseigneur, j'en suis bien content,</p> +<p>Mais que vous m'en vueillez payer;</p> +<p>Je suis tout vostre, seurement.»</p> +<p>Ils firent leur appoinctement</p> +<p>Qu'il auroit, pour tout inventoire,</p> +<p>Dix solz tournois entièrement,</p> +<p>Et du vin largement pour boire,</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pourvu qu'il la despecheroit,</p> +<p>Car il luy estoit necessaire,</p> +<p>Et que toute nuyt veilleroit,</p> +<p>Avec son clerc, au presbitaire.</p> +<p>Il fut content de cest affaire.</p> +<p>Mais le Curé les enferma</p> +<p>Soubs la clef, sans grant noyse faire,</p> +<p>Puis hors de la maison alla.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Le Curé vint en la maison</p> +<p>Du Pelletier, par ses sornettes,</p> +<p>Et trouva si bonne achoyson</p> +<p>Qu'il fist très bien ses besongnettes.</p> +<p>Ilz firent cent mille chosettes,</p> +<p>Car, ainsi comme il me semble,</p> +<p>Il contenta ses amourettes,</p> +<p>Et puis hors de la maison emble.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ce fourreur, pour la repeue franche</p> +<p>Fut fait coqu bien fermement;</p> +<p>Et luy chargea la dame blanche</p> +<p>Qu'il y retournast hardiment,</p> +<p>Et que, par son sainct sacrement,</p> +<p>Jamais nul jour ne l'oubliera,</p> +<a name="p212"></a><span class="pagenum">P. 212</span> +<p>Mais luy fera hébergement,</p> +<p>Toutes les foys qu'il luy plaira.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et pourtant, donne soy bien garde</p> +<p>Chascun qui aura belle femme</p> +<p>Qu'on ne lui joue telle aubade</p> +<p>Pour la repeue: c'est grant diffame;</p> +<p>Quant il est sceu, ce n'est que blasme</p> +<p>Et reproche, au temps advenir.</p> +<p>Vela des repeues la grant game;</p> +<p>Pourtant, ayez-en souvenir!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>SIXIESME REPEUE FRANCHE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>DES GALLANTS SANS SOULCY.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Une assemblée de compaignons,</p> +<p>Nommez les <i>Gallans sans soucy</i>,</p> +<p>Se trouvèrent entre deux pontz,</p> +<p>Près le Palays, il est ainsi;</p> +<p>D'aultres y en avoit aussi,</p> +<p>Qui aymoient bien besoigne faîcte,</p> +<p>Et estoient, de franc cueur transi,</p> +<p>A l'abbé de Saincte Souffrette.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ces compaings ainsi assemblez</p> +<p>Ne demandèrent que repas;</p> +<p>D'argent ilz n'estoyent pas comblez,</p> +<p>Non pourtant ne faillirent pas.</p> +<a name="p213"></a><span class="pagenum">P. 213</span> +<p>Ilz se boutèrent, c'est le cas,</p> +<p>A l'enseigne du Plat d'estaing,</p> +<p>Où ilz repeurent par compas,</p> +<p>Car ilz en avoient grant besoing.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quant ce vint à l'escot compter,</p> +<p>Je crois que nully ne s'en cource;</p> +<p>Mais le beau jeu est au payer,</p> +<p>Quant il n'y a denier en bourse.</p> +<p>Nul d'eulx n'avoit chère rebourse:</p> +<p>«Pour de l'escot venir au bout,</p> +<p>Dist ung gallant, de plaine source,</p> +<p>Il n'en faut qu'ung pour payer tout.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ilz appointèrent tous ensemble,</p> +<p>Que l'ung d'iceulx on banderait:</p> +<p>Par ainsi, selon qui me semble,</p> +<p>Le premier qu'il empoigneroit,</p> +<p>Estoit dit que l'escot payeroit.</p> +<p>Mais ilz en eurent grand discord:</p> +<p>Chascun bandé estre vouloit,</p> +<p>Dont ne peurent estre d'accord.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Le varlet, voyant ces desbas,</p> +<p>Leur dit: «Nul de vous ne s'esmoye;</p> +<p>Je suis content que, par compas,</p> +<p>Tout maintenant bandé je soye.»</p> +<p>Les gallans en eurent grand joye,</p> +<p>Et le bandèrent en ce lieu,</p> +<p>Puis chascun d'eux si print la voye</p> +<p>Pour s'en aller sans dire adieu.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Le varlet, qui estoit bandé,</p> +<p>Tournoyoit parmy la maison.</p> +<a name="p214"></a><span class="pagenum">P. 214</span> +<p>Il fut de l'escot prébendé</p> +<p>Par ceste subtile achoison.</p> +<p>Affin d'avoir provision</p> +<p>De l'escot, l'hoste monte en hault:</p> +<p>Quand il vit ceste intention,</p> +<p>A peu que le cueur ne lui fault.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>En montant, l'hoste fut happé</p> +<p>Par son varlet, sans dire mot,</p> +<p>Disant: «Je vous ay attrapé,</p> +<p>Il faut que vous payez l'escot,</p> +<p>Ou vous laisserez le surcot.»</p> +<p>De quoy il ne fut pas joyeux,</p> +<p>****************************</p> +<p>Cuydant qu'il fust mathelineux.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quand le varlet se desbanda,</p> +<p>La tromperie peut bien congnoistre:</p> +<p>Fut estonné quand regarda,</p> +<p>Et vit bien que c'estoit son maistre.</p> +<p>Pensez qu'il en eut belle lettre,</p> +<p>Car il parla lors à bas ton,</p> +<p>Et, pour sa peine, sans rien mettre,</p> +<p>Il eut quatre coups de baston.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ainsi furent, sans rien payer,</p> +<p>Les povres gallans délivrez</p> +<p>De la maison du tavernier,</p> +<p>Où ilz s'estoyent presque enyvrez</p> +<p>Des vins qu'on leur avoit livrez</p> +<p>Pour boire à plain gobelet,</p> +<p>Que paya le povre varlet.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p215"></a><span class="pagenum">P. +215</span> +<p>Et que ce soit vray ou certain,</p> +<p>Ainsi que m'ont dit cinq ou six,</p> +<p>Le cas advint au Plat d'estain</p> +<p>Près Sainct-Pierre-des-Arsis.</p> +<p>Bien eschéoit ung grant mercis,</p> +<p>A tout le moins, pour ce repas,</p> +<p>Et si ne le payèrent pas.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Aussi fut si bien aveuglé,</p> +<p>Le povre varlet malheureux,</p> +<p>Qui fut de tout l'escot sanglé,</p> +<p>Et fallust qu'il payast pour eulx;</p> +<p>Et s'en allèrent tous joyeux</p> +<p>Les mignons, torchant leur visaige,</p> +<p>Qui avoyent disné d'advantaige.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LA SEPTIESME REPEUE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>FAICTE AUPRÈS DE MONTFAULCON.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pour passer temps joyeusement,</p> +<p>Raconter vueil une repeue</p> +<p>Qui fut faicte subtillement</p> +<p>Près Montfaulcon, c'est chose sceue,</p> +<p>Et diray la desconvenue</p> +<p>Qu'il advint à de fins ouvriers;</p> +<p>Aussi y sera ramenteue</p> +<p>La finesse des escolliers.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quand compaignons sont desbauchez,</p> +<p>Ilz ne cherchent que compaignie;</p> +<a name="p216"></a><span class="pagenum">P. 216</span> +<p>Plusieurs ont leurs vins vendangez</p> +<p>Et beu quasy jusqu'à la lye.</p> +<p>Or advint qu'une grant mesgnie</p> +<p>De compaignons se rencontrèrent.</p> +<p>******************************</p> +<p>******************************</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et, sans trouver la saison chère,</p> +<p>Chascun d'eulx se resjouyssoit</p> +<p>Disant bons motz, faisant grant chère;</p> +<p>Par ce point le temps se passoit.</p> +<p>Mais l'ung d'iceulx promis avoit</p> +<p>De coucher avec une garce,</p> +<p>Et aux aultres le racontoit,</p> +<p>Par jeu, en manière de farce.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Tant parlèrent du bas mestier,</p> +<p>Que fut conclud, par leur façon,</p> +<p>Qu'ilz yroyent ce soir-là coucher</p> +<p>Près le gibet de Montfaulcon,</p> +<p>Et auroyent pour provision</p> +<p>Ung pasté de façon subtile,</p> +<p>Et meneroyent, en conclusion,</p> +<p>Avec eulx chascun une fille.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ce pasté, je vous en respons,</p> +<p>Fut faict sans demander qu'il couste,</p> +<p>Car il y avoit six chapons,</p> +<p>Sans la chair, que point je n'y boute.</p> +<p>On y eust bien tourné le coute,</p> +<p>Tant estoit grant, point n'en doubtez.</p> +<p>Le Prince des Sots et sa routte</p> +<p>En eussent esté bien souppez.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p217"></a><span class="pagenum">P. +217</span> +<p>Deux escolliers voyant le cas,</p> +<p>Qui ne sçavoyent rien que tromper,</p> +<p>Sans prendre conseil d'advocatz,</p> +<p>Ilz se voullurent occuper,</p> +<p>Pensant à eux, comme atrapper</p> +<p>Les pourroyent d'estoc ou de trenche;</p> +<p>Car ilz voulloyent ce soir soupper</p> +<p>Et avoir une repeue franche.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Sans aller parler au devin,</p> +<p>L'ung prist ce pasté de façon,</p> +<p>L'autre emporta un broc de vin,</p> +<p>Du pain assez, selon raison,</p> +<p>Et allèrent vers Montfaulcon,</p> +<p>Où estoit toute l'assemblée.</p> +<p>Filles y avoit à foyson,</p> +<p>Faisant chère desmesurée.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Aussi juste comme l'orloge,</p> +<p>Par devis et bonne manière,</p> +<p>Ilz entrèrent dedans leur loge,</p> +<p>Espérant de faire grant chière,</p> +<p>Et tastoient devant et derrière</p> +<p>Les povres filles, hault et bas.</p> +<p>*****************************</p> +<p>*****************************</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Les escolliers, sans nulle fable.</p> +<p>Voyant ceste desconvenue,</p> +<p>Vestirent habitz de diable,</p> +<p>Et vindrent là, sans attendue:</p> +<p>L'ung, ung croc, l'autre, une massue,</p> +<p>Pour avoir la franche repue,</p> +<p>Vindrent assaillir les gallans.</p> +<p>*****************************</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p218"></a><span class="pagenum">P. +218</span> +<p>Disant: «A mort! à mort, à mort!</p> +<p>Prenez, à ces chaisnes de fer,</p> +<p>Ribaulx, putains, par desconfort,</p> +<p>Et les amenez en enfer;</p> +<p>Ilz seront avec Lucifer,</p> +<p>Au plus parfond de la chauldière,</p> +<p>Et puis, pour mieulx les eschauffer,</p> +<p>Gettez seront en la rivière!»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>L'ung des gallans, pour abbreger,</p> +<p>Respondit: «Ma vie est finée!</p> +<p>En enfer me fault heberger.</p> +<p>Vecy ma dernière journée;</p> +<p>Or suis-je bien ame dampnée!</p> +<p>Nostre peché nous a attains,</p> +<p>Car nous yrons, sans demourée,</p> +<p>En enfer avec ces putains!»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Se vous les eussiez veu fouyr,</p> +<p>Jamais ne vistes si beau jeu,</p> +<p>L'ung amont, l'autre aval courir;</p> +<p>Chascun d'eulx ne pensoit qu'à Dieu.</p> +<p>Ilz s'en fouyrent de ce lieu,</p> +<p>Et laissèrent pain, vin et viande,</p> +<p>Criant sainct Jean et sainct Mathieu,</p> +<p>A qui ilz feroyent leur offrande.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Noz escolliers, voyant cecy,</p> +<p>Non obstant leur habit de diable,</p> +<p>Furent alors hors de soulcy,</p> +<p>Et s'assirent trestous à table;</p> +<a name="p219"></a><span class="pagenum">P. 219</span> +<p>Et Dieu sçait si firent la galle</p> +<p>Entour le vin et le pasté,</p> +<p>Et repeurent, pour fin finalle,</p> +<p>De ce qui estoit appresté.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>C'est bien trompé, qui rien ne paye,</p> +<p>Et qui peut vivre d'advantaige,</p> +<p>Sans desbourser or ne monnoye,</p> +<p>En usant de joyeux langaige.</p> +<p>Les escolliers, de bon couraige,</p> +<p>Passèrent temps joyeusement,</p> +<p>Sans bailler ny argent ny gaige,</p> +<p>Et si repeurent franchement.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si vous vouliez suyvre l'escolle</p> +<p>De ceulx qui vivent franchement,</p> +<p>Lisez en cestuy prothocolle,</p> +<p>Et voyez la façon comment;</p> +<p>Mettez-y vostre entendement</p> +<p>A faire comme ilz faseyent,</p> +<p>Et, s'il n'y a empeschement,</p> +<p>Vous vivrez comme ilz vivoyent.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>FIN DES REPEUES FRANCHES</p> +<p>ET DES POÉSIES ATTRIBUÉES A VLLLON.</p> +</div> +</div> +<br> +<br> +<br> +<a name="p220"></a><span class="pagenum">P. 220</span> +<h3>NOTES.</h3> +<p><i>(Les chiffres renvoient aux pages du volume. V. +signifie</i> vers; <i>Pr.</i>, Prompsault; <i>P. L.</i>, M. Paul +L. Jacob, bibliophile.)</p> +<p><a href="#p001">P. 1.</a> <i>Clément Marot aux +Lecteurs.</i> Cette préface, avec le huitain qui +l'accompagne, est en tête de l'édition de <i>Paris, +Galiot du Pré,</i> 1533, la première donnée +par Marot.</p> +<p><a href="#p002">P. 2,</a> lig. 28. <i>Toutesfoys</i>... Marot +dit clairement qu'il n'a pas consulté un seul manuscrit. +Il n'a pas non plus eu sous les yeux toutes les éditions +du XVe siècle.</p> +<p><a href="#p004">P. 4,</a> lig. 5. <i>Après</i> ... Les +vers que Marot dit avoir refaits sont au nombre de dix ou douze +seulement, et, chose singulière, on les trouve tels quels +dans les manuscrits et les anciennes éditions. (P. L.)</p> +<p><a href="#p007">P. 7.</a> <i>Le Petit Testament</i>. Ce titre, +que Villon n'avait pas eu l'intention de donner à ses +<i>lays</i> (voy. <a href="#p050">p. 50,</a> v. II), se trouve en +tête des plus anciennes éditions de ses oeuvres.</p> +<p><a href="#p008">P. 8-9.</a> Les huitains IV à IX ont +été publiés pour la première fois par +Prompsault, d'après un mss. La Monnoye ne les a pas +connus.</p> +<p><a href="#p009">P. 9,</a> huitain IX. L'invocation par +laquelle Villon commence son Testament n'est qu'une affaire de +simple formule. Ce n'est pas là qu'il faut chercher la +preuve de ses sentiments religieux.</p> +<p><a href="#p014">P. 14,</a> huit. XXIII. Ce huitain, +publié pour la première fois par Prompsault, se +trouve en manuscrit dans l'exemplaire annoté de La +Monnoye.</p> +<p><a href="#p017">P. 17</a>-19. Les huitains XXXVI-XXXIX, +publiés pour la première fois par M. Prompsault, +n'étaient pas connus de La Monnoye. C'est une satire du +jargon scolastique du temps. Il n'est pas certain que Villon en +soit l'auteur. J'ai conservé quelques-unes des corrections +introduites dans ce texte par M. P. L.</p> +<p><a href="#p021">P. 21.</a> <i>Le Grand Testament</i>. Huit. I. +<i>En l'an trentiesme de mon eage</i>... On a conclu de ce vers +que Villon n'avait pas trente ans accomplis en 1461. La mesure du +vers ne lui permettait pas d'être plus exact; mais dans le +<i>Débat du corps et du coeur</i> (<a href="#p113">p. +113</a>), fait dans la prison de Meung, il dit positivement: +«Tu as trente ans.» Il était donc +réellement né en 1431.</p> +<p><a href="#p022">P. 22,</a> huit. V. La leçon de +l'édition Prompsault est meilleure que celle de La +Monnoye. La voici:</p> +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p><i>Si prieray pour lui de bon cueur,</i></p> +<p><i>Par l'ame du bon feu Cotard...</i></p> +</div> +</div> +<p>C'est-à-dire que Villon jure par l'âme de son +procureur Cotard (voy. ce nom au <i>Glossaire-index</i>), de +prier Dieu pour Thibault d'Aussigny. La suite nous apprend ce +qu'il entend par là.</p> +<p><a href="#p037">P. 37</a>-38. On a cru que dans les huitains +XLIII-XLV Villon parlait de lui-même; c'est +évidemment une erreur. Pour le reconnaître, il +suffit de se rappeler qu'il n'avait que trente ans, et +n'était pas un «pauvre vieillart.»</p> +<p><a href="#p045">P. 45,</a> huit. LIV. Je n'ai pas +adopté la correction de La Monnoye, qui termine ainsi ce +huitain:</p> +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p><i>C'est pure vérité decellée:</i></p> +<p><i>Pour une joye cent doulours</i>.</p> +</div> +</div> +<p><a href="#p056">P. 56.</a> Les six premiers vers de +l'<i>Envoi</i> donnent en acrostiche le nom de <i>Villon</i>, +ainsi que M. Nagel l'a remarqué le premier. Il a +découvert aussi que le premier huitain de la <i>Ballade de +Villon à s'amye,</i> <a href="#p057">p. 57,</a> donne en +acrostiche le nom de <i>Françoys.</i> Le second huitain +donne <i>Martheos,</i> sans doute par l'effet du hasard.</p> +<p><a href="#p090">P. 90.</a> <i>Lays.</i> Publié pour la +première fois par Prompsault. En manuscrit dans La +Monnoye. Il en est de même du huitain CLIII, <a href= +"#p091">p. 91.</a></p> +<p><a href="#p099">P. 99.</a> «<i>Et je croy bien que pas +n'en ment.</i>» Le huitain qui commence par ce vers et le +reste de la ballade ont été publiés pour la +première fois par Prompsault. Ils existent en manuscrit +dans La Monnoye.</p> +<p><a href="#p101">P. 101.</a> <i>Poésies diverses</i>. Le +titre de plusieurs éditions annonce un <i>Codicille</i>, +ce qui a préoccupé quelques éditeurs plus +que de raison. L'édition de Pierre Levet, 1489, et une +autre édition du XV'siècle (la troisième +décrite par M. Brunet), disent ce qu'il faut entendre par +là. Dans celle de Pierre Levet on lit: <i>Cy commence le +grant Codicille et Testament de maistre François +Villon,</i> et dans l'autre: <i>Sensuit le grant Testament et +Codicille de maistre François Villon.</i> Le +<i>Codicille</i> n'est donc autre chose que le <i>Grand +Testament,</i> postérieur de cinq ans au <i>Petit +Testament.</i></p> +<p>Les <i>poésies diverses</i> ont été +classées de différentes façons, selon le +gré des éditeurs. J'ai cherché à les +ranger chronologiquement. Le <i>quatrain</i> et +<i>l'épitaphe</i> (<a href="#p101">p. 101</a>), la +<i>Requeste au Parlement</i> (<a href="#p103">p. 103</a>), la +<i>Ballade de l'appel</i> (<a href="#p104">p. 104</a>), le <i>Dit +de la naissance Marie</i> (<a href="#p105">p. 105</a>) et la +<i>Double ballade</i> (<a href="#p107">p. 107</a>) se rapportent +au procès de 1457. Je parlerai des autres pièces +plus tard.</p> +<p><a href="#p105">P. 105.</a> <i>Le Dit de la naissance +Marie</i>. Cette pièce et les deux suivantes se trouvent +dans un très-beau manuscrit des Poésies de Charles +d'Orléans, conservé à la Bibliothèque +impériale. Elles ont été publiées +pour la première fois par M. Prompsault.</p> +<p><a href="#p107">P. 107.</a> <i>Double ballade</i>. Cette +pièce, adressée à Marie d'Orléans, +fut composée longtemps après la +précédente, et lorsque la princesse était +déjà grande, et avait «port assuré, +maintien rassis» (<a href="#p109">p. 109,</a> v. 17).</p> +<p><a href="#p110">P. 110.</a> <i>Ballade Villon.</i> Cette +pièce est incontestablement de Villon, dont elle porte le +nom dans le manuscrit des poésies de Charles +d'Orléans. Il n'est pas aussi certain que les deux autres +pièces tirées du même manuscrit soient de +lui, mais c'est on ne peut plus vraisemblable.</p> +<p>Cette ballade fut composée sur un sujet donné +par le duc d'Orléans. On trouve dans le manuscrit de ses +poésies celles qui furent composées à la +même occasion par onze autres poëtes.</p> +<p><a href="#p111">P. 111.</a> <i>Epistre</i>, Cette pièce +fut composée dans la prison de Meung. Elle a +été publiée pour la première fois par +Prompsault, mais elle existe en manuscrit, avec des variantes, +dans La Monnoye.</p> +<p><a href="#p112">P. 112.</a> <i>Le Débat du cueur et du +corps</i>. Composé dans la prison de Meung. Les +précédents éditeurs n'ont pas +remarqué que le nom de Villon se trouve en acrostiche dans +les six vers qui, non compris le refrain, forment +l'<i>envoi</i>.</p> +<p><a href="#p113">P. 113.</a> <i>La, Requeste à +Monseigneur de Bourbon</i>. Prompsault se trompe lorsqu'il dit +que Marot a fait le titre de cette ballade. On le trouve dans les +éditions du XVe siècle tel qu'il est reproduit +ici.</p> +<p>Le duc de Bourbon était Jean II, qui mourut en 1487; ce +ne pouvait être Charles Ier, mort en décembre 1456, +à l'époque précisément où +Villon, peu connu comme poëte, se faisait fouetter +publiquement.</p> +<p><a href="#p119">P. 119.</a> <i>Ballade des povres +housseurs</i>. Cette pièce a été +tirée du <i>Jardin de plaisance</i> par Prompsault. Il +n'est pas bien prouvé qu'elle soit de Villon. On ne sait +pas au juste ce que signifie ce mot <i>housseurs</i>. Cotgrave le +traduit par <i>balayeurs</i>, <i>ramoneurs</i>; M. P. L., par +<i>batteurs de tapis</i>; Prompsault, par <i>porteurs de +housseaux</i> ou de bottes; M. Campeaux, par écoliers +portant des <i>housses</i>, comme ceux du collège de +Navarre. Son explication me paraît la meilleure, à +moins que <i>housseurs</i> ne signifie <i>faiseurs de +housseaux</i>. Il y a un rapprochement à faire entre cette +supposition et, d'une part, les conjectures de M. Campeaux +relativement à la profession du père de Villon; +d'autre part, l'affirmation très-nette de la +onzième des pièces attribuées à +Villon, que je publie, <a href="#p139">p. 139.</a> «...Mon +père est cordouennier.» Malheureusement ce rondeau +n'est pas plus certainement de Villon que la <i>Ballade des +povres housseurs</i>.</p> +<p><a href="#p120">P. 120.</a> <i>Problème ou Ballade</i>. +Publié pour la première fois par Prompsault. En +manuscrit dans La Monnoye.</p> +<p><a href="#p121">P. 121.</a> <i>Ballade contre les mesdisans de +la France</i>. Prompsault a cru publier cette pièce pour +la première fois; mais il en existe une édition en +caractères gothiques, reproduite par M. A. de Montaiglon +dans les <i>Anciennes Poésies françoises</i>, t. V, +p. 320, qui m'a fourni de bonnes variantes. La Monnoye la +connaissait. Elle existe en manuscrit dans son exemplaire +annoté, avec le titre qu'elle porte ici.</p> +<p><a href="#p124">P. 124.</a> <i>Le Jargon ou Jobelin</i>. Tous +les éditeurs de Villon ont reculé devant +l'explication de ces ballades en argot. Je suis leur exemple; +mais cela ne doit pas décourager ceux qui voudraient +tenter l'entreprise. En recueillant avec soin toutes les +variantes des anciennes éditions, en rapprochant les +ballades de Villon des monuments assez nombreux de ce langage qui +nous restent du XVe siècle et du commencement du XVIe, on +arriverait probablement à quelque chose de +satisfaisant.</p> +<p><a href="#p133">P. 133.</a> <i>Poésies +attribuées à Villon</i>. J'ai choisi ce titre +à cause de son élasticité. Je ne suis pas +convaincu que ces pièces soient de notre poëte; mais +je n'ai pas voulu, en les donnant comme émanant de ses +disciples, lui faire tort de celles qui peuvent lui +appartenir.</p> +<p><a href="#p133">P. 133</a>-143. Dix-sept pièces +choisies parmi celles que M. Campeaux a tirées du +<i>Jardin de plaisance</i>. On ne peut, lire son travail sans +être tenté d'admettre que plusieurs de ces +pièces sont réellement de Villon.</p> +<p><a href="#p144">P. 144</a>-146. Les ballades XVIII, XIX et XX +ont été réunies pour la première fois +aux oeuvres de Villon dans l'édition de 1723. Je ne crois +pas qu'elles soient de lui.</p> +<p><a href="#p147">P. 147.</a> <i>Ballade joyeuse des +taverniers</i>. Cette pièce se trouve dans toutes les +éditions de <i>la Chasse et le Départ d'Amours,</i> +d'Octavien de Saint-Gelais, dont la première est de 1509. +Je dois cette indication à mon ami M. Louis Moland.</p> +<p><a href="#p150">P. 150.</a> <i>Monologue du franc archier de +Baignollet</i>. Réuni pour la première fois aux +oeuvres de Villon en 1532, dans une édition de Galiot du +Pré. Il existe de ce monologue une édition +gothique, format d'agenda, qui a été reproduite +dans l'<i>Ancien théâtre françois</i>, t. II, +p. 326. J'en ai tiré quelques variantes.</p> +<p><a href="#p164">P. 164.</a> <i>Dialogue de messieurs de +Mallepaye et de Baillevent</i>. De même que le <i>Monologue +du franc archer</i>, cette pièce fut réunie pour la +première fois aux oeuvres de Villon dans l'édition +de Galiot du Pré, 1532. Elle est écrite, comme l'a +remarqué le premier M. A. de Montaiglon, «en +strophes de six vers sur deux rimes, qui s'enchaînent de +telle façon que la rime placée dans une strophe au +troisième et au sixième vers se +répète, dans la strophe suivante, aux quatre autres +vers, c'est-à-dire au premier, au second, au +quatrième et au cinquième.» Je l'ai +divisée selon ces indications, et l'on conviendra qu'elle +y a beaucoup gagné.</p> +<p>Deux strophes sont incomplètes, l'une d'un vers, <a +href="#p172">p. 172,</a> et l'autre de deux, <a href="#p177">p. +177.</a></p> +<p><a href="#p178">P. 178.</a> <i>Les Repeues franches</i>. Ce +recueil fut imprimé plusieurs fois dans le XVe +siècle et la première moitié du XVIe. Il +n'est pas de Villon; mais le poëte y joue un tel rôle +qu'on ne peut se dispenser de le joindre à ses oeuvres, ce +qu'on fait, du reste, depuis plus de trois cents ans. Il est +écrit presque tout entier en strophes de huit vers, ce que +les précédents éditeurs n'avaient pas assez +remarqué, comme l'a dit M. A. de Montaiglon. Il y a vers +la fin quelques strophes que je n'ai pu compléter, bien +que j'aie consulté plusieurs éditions anciennes, y +compris celle de Jean Trepperel, que je crois la +première.</p> +<p><a href="#p187">P. 187.</a> <i>La Manière d'avoir du +poisson</i>. Le moyen employé par Villon pour se +débarrasser du <i>porte-pannier</i> rappelle le fabliau +des <i>Trois Avugles de Compiengne</i>, par Cortebarbe. Voir +aussi les <i>Aventures de Til Ulespiègle</i>, chap. LXXI +(<i>Nouvelle collection Jannet</i>); <i>Morlini</i>, nouv. XIII; +les <i>Facétieuses Nuits de Straparole</i>, édition +Jannet, <i>Paris</i>, 1857, t. Ier, p. liv.</p> +<p><a href="#p190">P. 190.</a> <i>La Manière d'avoir des +trippes</i>. Voir un expédient analogue dans les +<i>Aventures de Til Ulespiègle</i>, édition +citée, chap. LXXII.</p> +<p><a href="#p191">P. 191.</a> <i>La Manière d'avoir du +pain</i>. Imité par l'auteur des <i>Aventures de Til +Ulespiègle</i>, chap. VI.</p> +<p><a href="#p192">P. 192.</a> <i>La Manière d'avoir du +vin</i>. Se retrouve dans <i>Til Ulespiègle</i>, chap. +LVII.</p> +<p><a href="#p206">P. 206.</a> <i>La Repeue franche du +Souffreteux</i>. Imité par l'auteur de <i>Til +Ulespiègle</i>, chap. LXI, et par Bonaventure Des +Périers. Voy. l'édition de M. Louis Lacour, 1856. +In-16, p. 122.</p> +<br> +<br> +<br> + <a name="p227"></a><span class="pagenum">P. 227</span> +<h2>GLOSSAIRE-INDEX.</h2> +<p><b>————— A +—————</b></p> +<p><i>A</i>, avec. <a href="#p034">P. 34,</a> v. 18; <a href= +"#p158">p. 158,</a> v. 12.</p> +<p><i>A coup</i>, vite, tout de suite.</p> +<p><i>A tout</i>, avec.</p> +<p><i>Abandonné</i>, libéral, prodigue. <a href= +"#p172">172.</a></p> +<p><i>Abayer</i>, aboyer.</p> +<p><i>Aboluz,</i> absolu, absous. <a href="#p055">55.</a></p> +<p><i>Aboy</i> (en), aux abois, +abaissé.—«Trois poulx rampans en aboy», +c'est-à-dire descendant le long de la chemise, telles sont +les armoiries que le seigneur de Mallepaye assigne à son +ami Baillevent, <a href="#p168">P. 168.</a></p> +<p>ABSALON, <a href="#p121">121,</a> <a href="#p122">122.</a></p> +<p><i>Absoluz, absolz</i>, absous.</p> +<p><i>Abusion</i>, peine inutile, fait de quelqu'un qui s'abuse. +(<a href="#p035">P. 35,</a> v. 2.)</p> +<p><i>Acabit</i>, accident (?). <a href="#p175">175.</a></p> +<p><i>Accollèe, acollée</i>, accolade.</p> +<p><i>Accouter</i>, appuyer, accoter. <a href="#p047">47,</a> <a +href="#p136">136.</a></p> +<p><i>Acherin</i>, acéré, d'acier.</p> +<p><i>Achoison, achoyson</i>, occasion, feinte, ruse.</p> +<p><i>Acongnoistre</i>, connaître. <a href= +"#p195">195.</a></p> +<p><i>Accueillir</i>, tenir. <a href="#p145">145.</a></p> +<p><i>Acquester</i>, acquérir.</p> +<p><i>Acreuz</i>, acquis, augmentés. <a href= +"#p165">165.</a></p> +<p><i>Acteur</i> (l'), l'auteur. <a href="#p182">182.</a></p> +<p><i>Adextre</i>, adroit, habile.</p> +<p><i>Adirer</i>, absenter, supprimer. <a href= +"#p135">135.</a></p> +<p><i>Admenez</i> (en) (?), <a href="#p038">P. 38,</a> v. 25.</p> +<p><i>Adonc, adoncques</i>, alors.</p> +<p><i>Advantaige</i>, voy. <i>avantaige</i>.</p> +<p><i>Affier</i>, assurer, certifier.</p> +<p><i>Affiques</i>, affiquets. <a href="#p185">185.</a></p> +<p><i>Affoler</i>, blesser. <a href="#p152">152.</a></p> +<p><i>Affuyt</i>, suit.</p> +<p><i>Aguet (aller d')</i>, marcher avec précaution et +sans bruit, c'est ce que faisaient sans doute les soldats de +police à pied dont parle Villon, <a href="#p013">p. +13,</a> v. 21.</p> +<p><i>Aherdre</i>, <a href="#p052">p. 52,</a> se trouve dans +Cotgrave avec le sens de toucher, prendre.</p> +<p><i>Ahonti</i>, déshonore, couvert de honte. <a href= +"#p142">142.</a></p> +<p><i>Aid</i>, aide, assiste «Ainsi m'aid Dieux!» <a +href="#p026">P. 26,</a> v. 6.</p> +<p><i>Aignel</i>, agneau. <a href="#p107">107.</a></p> +<p><i>Ainçoys</i>, avant.</p> +<p><i>Ains</i>, avant.</p> +<p><i>Aist</i>, aide. «Ainsi m'aist Dieux!» <a href= +"#p107">107.</a></p> +<p><i>Aiz</i>, planche. <a href="#p084">84.</a></p> +<p>ALENÇON. <a href="#p151">151.</a> Cette ville fut prise +et reprise plusieurs fois par les Anglais et les Français +pendant les guerres du XVe siècle. C'est en 1448 que +Charles VII l'assiégea pour la dernière fois; il +s'en empara, ainsi que de toutes les autres places fortes de la +Normandie. (P. L.)—Le bon feu duc d'Alençon dont +parle Villon (p. 36) serait, selon M. Pr., Jean Ier, tué +à la bataille d'Azincourt, en 1415.</p> +<p>ALEXANDRE, <a href="#p026">p. 26.</a> Cette anecdote +d'Alexandre et du pirare Diomédès est, suivant +Formey, rapportée par Cicéron, dans un fragment du +traité <i>De Republica</i>, liv. III, que nous a +conservé Nonius Marcellus. Le nom du pirare ne s'y trouve +pas. Voy. <a href="#p121">121.</a></p> +<p>ALLEMANSES, allemandes, <a href="#p080">80.</a></p> +<p><i>Alleure</i> (<i>bonne</i>), promptement.</p> +<p>ALLYS (<a href="#p034">p. 34,</a> v. 19), Alix de Champagne, +mariée en 1160 à Louis le Jeune, roi de France, et +morte en 1216. (Pr.)</p> +<p><i>Alouer</i> (<i>s'</i>), s'attacher, se dévouer. <a +href="#p108">108.</a></p> +<p>ALPHASAR, <a href="#p121">p. 121.</a> Arphaxad, roi des +Mèdes.</p> +<p>ALPHONSE, <i>le roy d'Aragon</i>. Alphonse V, dit le Sage, +mort en 1458.</p> +<p><i>Amant</i>, <a href="#p165">165,</a> amendement.</p> +<p><i>Amathiste</i>, améthyste. <a href= +"#p035">35.</a></p> +<p><i>Ambagoys</i>, ambages, finesses. <a href= +"#p192">192.</a></p> +<p><i>Ambesas</i>, doubleas. <a href="#p048">P. 48.</a></p> +<p><i>Ameçons</i>, hameçons. Employé au +figuré, <a href="#p185">p. 185.</a></p> +<p>AMIRAL (l'), <a href="#p152">p. 152.</a> M. P. L. suppose que +c'est Prégent, seigneur de Coetivy et de Retz, +créé amiral en 1439, et tué en 1450, au +siège de Cherbourg.</p> +<p>AMMON, fils de David. Plaisant récit de son amour pour +sa soeur Thamar. (<a href="#p046">P. 46,</a> v. 15.)</p> +<p><i>Amoureux</i>, agréable, bon. <a href= +"#p195">195,</a> v. 1.</p> +<p><i>Amys</i>, amicts. <a href="#p036">36.</a></p> +<p><i>Ance</i>, anse. <a href="#p015">15.</a></p> +<p>ANCENYS, <a href="#p151">151.</a></p> +<p><i>Ançoys</i>, avant.</p> +<p><i>Ancre</i>, encre.</p> +<p><i>Andoilles</i>, andouilles. <a href="#p064">64.</a></p> +<p><i>Ange, Angelot</i>, (<a href="#p070">p. 70</a>), +étaient des monnaies d'or. Deux <i>angelots</i> valaient +un grand <i>ange</i>. Villon veut que le jeune merle agisse +consciencieusement, ce qui n'était sans doute pas dans ses +habitudes. (Pr.)</p> +<p>ANGELOT L'HERBIER (l'herboriste), <a href="#p085">85.</a></p> +<p>ANGIERS, <a href="#p009">9.</a> Le <i>Lyon d'Angiers</i> (153) +était sans doute l'enseigne d'une hôtellerie.</p> +<p>ANGLAIS, <a href="#p151">p. 151.</a></p> +<p>ANGLESCHES, anglaises, <a href="#p081">p.81,</a> v. 3.</p> +<p><i>Angoisseux</i>, plein d'angoisse.</p> +<p>ANGOULEVENT, <a href="#p176">p. 176.</a> Un Prince des Sots +nommé Angoulevent vivait à la fin du XVIe +siècle et se fit connaître par un procès +qu'il soutint pour défendre les privilèges de sa +principauté. Mais ce passage prouve que le nom +d'Angoulevent était générique parmi les +gueux et les aventuriers dès le XVe siècle. (P. +L.)</p> +<p>ANJOU, <a href="#p157">157.</a></p> +<p><i>Antan</i>, l'an passé.</p> +<p><i>Ante</i>, tante. <a href="#p082">82.</a></p> +<p><i>Apasteler</i>, nourrir.</p> +<p><i>Apostoles</i>, pape (<a href="#p036">p. 36</a>), et, par +extension, évêque, et peut-être +prêtre.</p> +<p><i>Appaillardir</i>, appauvrir, mettre sur la paille <a href= +"#p172">172.</a></p> +<p><i>Appeau</i>, appel. <a href="#p197">197.</a></p> +<p><i>Appoinct</i>, à point. <a href="#p073">73.</a></p> +<p><i>Appointé</i>, convenu.</p> +<p><i>Appoinctement</i>, accord.</p> +<p><i>Aprins</i>, appris.</p> +<p><i>Arain</i>, airain, cuivre. <a href="#p048">48</a></p> +<p><i>Arbrynceaux</i>, arbrisseaux.</p> +<p>ARCHIPIADA, <a href="#p034">34,</a> vraisemblablement +Archippa, l'amante de Sophocle. Pr.)</p> +<p>ARCHITRICLIN (<a href="#p069">p. 69</a>). Le maître +d'hôtel des noces de Cana, qui conseilla de boire le bon +vin le premier.</p> +<p><i>Ardiz</i>, brûlai. <a href="#p121">121,</a> v. 2.</p> +<p><i>Ardre</i>, brûler.</p> +<p><i>Argeutis</i>, arguties. <a href="#p018">18.</a></p> +<p>ARISTOTE, <a href="#p018">18</a>, <a href="#p025">25.</a></p> +<p><i>Armarie (montrer l')</i>, p. <a href="#p146">146,</a> +paraître armé dans un tournoi. (P. L)</p> +<p><i>Arquemie</i>, alchimie. «Faire l'arquemie aux +dens» (p. <a href="#p182">182</a> et <a href= +"#p186">186</a>), c'est vivre de vent, n'avoir rien à +manger.</p> +<p><i>Arraisonner</i>, interroger.</p> +<p><i>Arrons</i>, aurons.</p> +<p><i>Ars</i>> brûlé. <a href="#p017">17.</a></p> +<p><i>Arsure</i>. brûlure. <a href="#p076">76.</a></p> +<p><i>Art de la pinse et du croc</i>, l'art des voleurs. <a href= +"#p002">P. 2.</a></p> +<p><i>Art de mémoire</i>, <a href="#p011">11.</a> +Probablement l'<i>Ars memorativa</i>, ouvrage didactique souvent +réimprimé au XVe s. avec des figures +singulières. (P. L.)</p> +<p>ARTUS, <i>le duc de Bretaigne</i> (<a href="#p035">p. 35,</a> +v. 10) est Artus III, le Justicier, mort en 1458.</p> +<p><i>Asçavoir-mon</i>, c'est à savoir.</p> +<p>ASNE ROUGE, <a href="#p060">60.</a> Est-ce une enseigne?</p> +<p><i>Assier</i>, acier. <a href="#p009">9.</a></p> +<p><i>Assouvir</i>, calmer, satisfaire, accomplir. <a href= +"#p029">29,</a> <a href="#p089">89,</a> <a href="#p090">90</a>, +<a href="#p094">94,</a> <a href="#p110">110.</a></p> +<p><i>Atout</i>, avec.</p> +<p><i>Attaine</i>, III. Atteigne, blesse. (P. L.)</p> +<p><i>Attaintée</i>, <a href="#p078">78,</a> bien +parée (Pr.),-fardée (P. L.).</p> +<p><i>Attendue</i>, attente, retard.</p> +<p><i>Attente</i>, intention. <a href="#p049">49.</a></p> +<p><i>Aubade</i>, peur. <a href="#p199">199.</a></p> +<p><i>Aucun, aucune</i>, quelque. <a href="#p030">30,</a> <a +href="#p120">120.</a></p> +<p><i>Aucunement</i>, en quelque façon.</p> +<p><i>Auditeux</i>, auditeurs.</p> +<p>AUGER LE DANOIS, <a href="#p091">91.</a></p> +<p><i>Aulmoire</i>, armoire.</p> +<p>AULNIS (vin d'), <a href="#p060">60.</a></p> +<p>AUSSIGNY (<i>Thibault d'</i>), <a href="#p021">21.</a></p> +<p>AUVERGNE (<a href="#p036">p. 36</a>). Le dernier Dauphin de la +branche héréditaire fut Beraud III, qui mourut en +1428. (P. L.)</p> +<p><i>Avaller</i>, descendre, précipiter en bas.</p> +<p><i>Avantage (vivre d')</i>, vivre aux dépens d'autrui. +<a href="#p206">206,</a> <a href="#p208">208,</a> etc.</p> +<p><i>Avenir</i>, advenir.</p> +<p>AVERROYS, Averrhoès. <a href="#p025">25.</a></p> +<p><i>Avoyé</i>, en voie, bien venu. <a href= +"#p196">196.</a></p> +<p><i>Ayser (s')</i>, se mettre à son aise, se servir +librement. P. <a href="#p078">78,</a> v. 21.</p> +<p><b>————— B +—————</b></p> +<p>BABYLOINE, Babylone. <a href="#p079">79.</a></p> +<p><i>Bachelette</i>, jeune fille. <a href="#p047">47.</a></p> +<p><i>Bachelier</i>, jeune galant, amoureux. <a href= +"#p047">47.</a></p> +<p><i>Bague</i>, bagage, arme.</p> +<p>BAIGNEUX, <a href="#p193">193</a></p> +<p>BAIGNOLET, <a href="#p150">150.</a></p> +<p><i>Bailler</i>, donner.</p> +<p>BAILLY, <a href="#p003">3.</a></p> +<p><i>Bandon (à),</i> à l'abandon.</p> +<p><i>Barat</i>, tromperie.</p> +<p><i>Barbiers</i>, étaient les chirurgiens du temps. <a +href="#p077">77.</a></p> +<p><i>Barguigner</i>, marchander, hésiter.</p> +<p><i>Barre</i> (<a href="#p063">p 63</a>), pièce du +blason qui indique la bâtardise. Au lieu de cela, Villon +donne au bâtard de La Barre trois dés pipés +pour mettre dans son écusson.</p> +<p>BASANYER, <a href="#p074">74.</a></p> +<p><i>Bas mestier</i>, acte amoureux.</p> +<p><i>Baston</i>, <a href="#p156">156.</a> Nom des armes +portatives en général. On a dit plus tard +«baston à feu».</p> +<p><i>Batture</i>, action de battre. <a href="#p071">71,</a> <a +href="#p115">115.</a></p> +<p>BAULDE (<i>frère</i>). <a href="#p067">67.</a></p> +<p><i>Baulde</i>, réjouie. <a href="#p067">67.</a></p> +<p><i>Bauldray</i>, donnerai.</p> +<p><i>Bave</i>, bavardage. <a href="#p180">180.</a></p> +<p><i>Baver</i>, bavarder.</p> +<p><i>Baverie</i>, bavardage, vaines promesses.</p> +<p>Baye, ouverte. <a href="#p165">165.</a></p> +<p>BEAULNE. <a href="#p193">193,</a> <a href="#p207">207.</a></p> +<p><i>Beffray</i>, beffroi.</p> +<p>BÉGUINES, <a href="#p066">66.</a></p> +<p><i>Béjaulne</i>, niais. <a href="#p193">193.</a></p> +<p><i>Belin</i>, mouton. <a href="#p070">70.</a></p> +<p>BELLEFAYE (<i>Martin</i>), p. <a href="#p096">96,</a> à +qui Villon donne le titre de lieutenant criminel, était +conseiller au Parlement de Paris.</p> +<p>BELLET, <a href="#p118">118.</a></p> +<p><i>Benoist</i>, béni.</p> +<p><i>Benoistier</i>, bénitier.</p> +<p><i>Bergeronnette</i>, chanson rustique. <a href= +"#p091">91.</a></p> +<p><i>Berlan</i>, brelan. <a href="#p087">87.</a></p> +<p>BERTHE <i>au grand pied</i> (<a href="#p034">p. 34,</a> v. 19) +fut mère de Charlemagne.</p> +<p><i>Besongner</i>, travailler. <a href="#p118">118.</a></p> +<p><i>Besongnettes</i>, affaires d'amour.</p> +<p><i>Betourner</i>, dompter, abattre. <a href= +"#p108">108.</a></p> +<p><i>Bière</i> (en), mort, enseveli.</p> +<p>BIETRIS (<a href="#p034">p. 34,</a> v. 19), Béatrix de +Provence, mariée à Charles de France, fils de Louis +VIII. (Pr.)</p> +<p>BIETRIX, <a href="#p118">118.</a></p> +<p><i>Billart</i>, bâton recourbé avec lequel on +jouait à la crosse.</p> +<p>BILLY (<i>la tour de</i>), <a href="#p073">73.</a></p> +<p><i>Bisagüe</i>, besaiguë.</p> +<p><i>Bise</i>, brune. <a href="#p079">79.</a></p> +<p><i>Blanc</i>, <a href="#p015">15,</a> <a href="#p048">48,</a> +monnaie d'argent qui, du temps de Villon, valait douze +deniers.</p> +<p>BLANCHE. Prompsault dit que la reine Blanche dont il est +question <a href="#p034">p. 34,</a> v. 17, était Blanche +de Bourbon, mariée en 1352 à Pierre le Cruel. M. P. +L. pense qu'il s'agit plutôt de Blanche de Castille, +mère de saint Louis.</p> +<p>BLANCHE LA SAVETIÈRE, <a href="#p042">42.</a></p> +<p><i>Blason</i>, conversation, beau parler. <a href= +"#p189">189,</a> <a href="#p196">196.</a></p> +<p><i>Blasonner</i>, vanter, bavarder, se moquer. <a href= +"#p201">201,</a> <a href="#p206">206.</a></p> +<p><i>Bloquer</i>, donner de l'argent. <a href= +"#p175">175.</a></p> +<p>BOESMES, <a href="#p118">p. 118.</a> «La faute des +Boesmes», c'était l'hérésie des +Bohémiens, sectateurs de Jean Hus et de +Jérôme de Prague.</p> +<p><i>Boillon</i>, <a href="#p054">p. 54.</a> Le <i>boullon</i> +ou <i>bouillon</i> est l'endroit de la rivière où +l'eau forme un tournant. On dit encore, dans le langage trivial, +<i>boire un bouillon</i>, c'est à dire: courir le risque +d'être englouti dans une mauvaise affaire. (P. L.)</p> +<p><i>Boiture</i>, boisson <a href="#p052">52.</a></p> +<p><i>Bonne</i>. «Cy suspendy et cy mis bonne», <a +href="#p017">p.17.</a> Prompsault interprète <i>bonne</i> +par <i>borne</i>. M P. Lacroix suppose que cette expression +équivaut à <i>mettre en panne</i>.</p> +<p><i>Bonne alleure</i>, promptement.</p> +<p><i>Bordeaulx</i>, lieux de prostitution. <a href= +"#p077">77.</a></p> +<p><i>Bort</i>, bordure. <a href="#p136">136.</a></p> +<p><i>Bouffé</i>, soufflé, emporté par un +souffle. (<a href="#p036">P. 36,</a> v. 19.)</p> +<p><i>Bouges</i>, chausses, culottes.</p> +<p><i>Bouhourder</i>, lutter à armes courtoises. <a href= +"#p119">119.</a></p> +<p><i>Boullon</i>, bouillon, tourbillon.</p> +<p><i>Boulluz</i>, bouillis. <a href="#p056">56.</a></p> +<p>BOULOGNE, <a href="#p009">9.</a></p> +<p>BOURBON. Le gracieux duc de Bourbon (<a href="#p055">p. 55</a> +v. 9) est Jean Ier, mort en 1456. Voy. <a href="#p115">p. +115,</a> et <i>notes</i>.</p> +<p><i>Bourde</i>, mensonge, <a href="#p111">111.</a></p> +<p><i>Bourder</i>, mentir.</p> +<p>BOURG-LA-ROYNE, <a href="#p065">65.</a></p> +<p>BOURGES, <a href="#p068">68,</a> <a href="#p076">76.</a></p> +<p>BOURGUIGNON (Pierre), <a href="#p060">60.</a></p> +<p>BOURGUYGNONS. <a href="#p171">171.</a></p> +<p><i>Bourreletz</i>, sorte de coiffure. <a href= +"#p033">33.</a></p> +<p><i>Bourse</i>. «Les bourses des dix-et-huit clers» +(<a href="#p072">p. 72</a>). Le collège des +<i>Dix-huit</i>, où l'on recevait les étudiants +trop pauvres pour pourvoir à leurs besoins, était +situé, suivant M. P. L, devant le collège de +Clugny, sur l'emplacement actuel de l'église de la +Sorbonne.</p> +<p><i>Bouter</i>, mettre. <a href="#p146">146,</a> <a href= +"#p148">148,</a> <a href="#p193">193.</a>—frapper, pousser. +<a href="#p161">161.</a> <i>Bouter soubz le nez</i>, <a href= +"#p037">p.37,</a> manger et boire.</p> +<p><i>Boyser</i>, travailler le bois. <a href="#p064">64.</a></p> +<p><i>Bracquemart</i>, épée courte et large.</p> +<p><i>Braire</i>, crier. <a href="#p198">198.</a></p> +<p><i>Brairie</i>, cris. <a href="#p152">152.</a></p> +<p><i>Branc</i>, sorte d'épée.</p> +<p><i>Brayes,</i> chausses, culottes.</p> +<p><i>Brelare Bigod</i> (<a href="#p082">p. 82</a>), sorte de +juron en allemand corrompu: <i>Verloren, bey Gott!</i></p> +<p>BREAAOIRE, Bressuire. <a href="#p052">52.</a></p> +<p>BRETAIGNE, <a href="#p062">62.</a></p> +<p>BRETONS, <a href="#p153">153,</a> <a href="#p154">154,</a> <a +href="#p157">157.</a></p> +<p><i>Brettes</i>, Bretonnes. <a href="#p080">80.</a></p> +<p><i>Brief</i>, brièvement. <a href="#p196">196.</a></p> +<p><i>Broiller</i>, <a href="#p087">p. 87</a> M. P. L. dit que +cela signifiait jouer des <i>imbroglios</i>, des scènes +comiques.</p> +<p><i>Broillerie</i>, désordre.</p> +<p><i>Broises, brossillons</i>, broussailles. <a href= +"#p099">99.</a></p> +<p><i>Brouaille</i>, <a href="#p148">148,</a> me paraît +synonyme de <i>brodier, broudier</i>, anus.</p> +<p><i>Brouillez</i>, en désordre, embrouillés. <a +href="#p002">2</a></p> +<p><i>Broust</i>, nourriture, subsistance. <a href= +"#p174">174.</a></p> +<p><i>Brouter</i>, manger. <a href="#p063">63.</a></p> +<p>BROYER à moustarde, mortier. <a href= +"#p017">17.</a></p> +<p>BRUCIENNES, Prussiennes. <a href="#p080">80.</a></p> +<p>BRUNBAU (<i>Philip</i>), <a href="#p097">97.</a></p> +<p><i>Bruire</i>, faire du bruit.</p> +<p><i>Bruit, bruyt</i>, renommée, réputation <a +href="#p009">9,</a> <a href="#p176">176.</a></p> +<p>BRUYÈRES (Mlle de), <a href="#p079">79.</a></p> +<p>BUEIL, <a href="#p152">p. 152.</a> Selon M. P. L., c'est Jean +de Beuil, comte de Sanceire, qui succéda comme amiral +à Prégent de Coëtivy.</p> +<p><i>Buffe</i>, soufflet. <a href="#p194">194.</a></p> +<p><i>Bulle (Carmeliste)</i>, <a href="#p010">10</a> Voy. +DÉCRET. Les porteurs de bulles (<a href="#p087">p. 87</a>) +étaient des ecclésiastiques ou des officiers du +Saint-Siège, qui venaient quêter et vendre des +indulgences au nom du pape dans les pays catholiques. Mais ils ne +pouvaient plus être admis en France sans un ordre du roi; +les privilèges de l'Église gallicane ou de la +Pragmatique-Sanction s'opposaient à ces collectes papales, +qui avaient tant appauvri la chrétienté an moyen +âge. (P.L.)</p> +<p><i>Bureaux</i>, vêtements de bure. <a href= +"#p032">32.</a></p> +<p>BURIDAN, <a href="#p034">34.</a> C'était une tradition +bien établie parmi les écoliers de +l'Université de Paris, qu'une reine de France avoit fait +de la Tour de Nesle, située au bas de la Seine, sur +l'emplacement du palais de l'Institut, le théâtre de +ses débauches nocturnes. Elle attirait chez elle tous les +passants, et surtout les écoliers, qui lui plaisaient; +puis, son caprice satisfait, elle les faisait tuer et jeter dans +la rivière. Buridan eut le bonheur d'échapper +à la mort, et il inventa ce fameux sophisme, qui devait +être sa vengeance et sa justification: «Il est permis +de tuer une reine si c'est nécessaire.» Villon est +le plus ancien auteur qui ait parlé de cette tradition. +Gaguin, dans son <i>Compendium</i> des Annales de France, l'a +rapportée ensuite avec plus de détail. Quoi qu'il +en soit, les trois brus de Philippe le Bel furent accusées +d'adultère, et l'une d'elles, Marguerite de Bourgogne, +femme de Louis le Hutin, fut étranglée dans sa +prison, en 1314, par ordre du roi. Quant à Buridan, il +devint un des plus célèbres professeurs de +l'Université de Paris, et fut exilé de France comme +disciple d'Ockan. Il se retira en Autriche, où il continua +de professer la philosophie nominaliste. (P. L.)</p> +<p><i>Butor</i>, <a href="#p122">p. 122.</a> Espèce de +héron, oiseau aquatique. On croyait au moyen âge +qu'il restait enfoui dans la vase, au fond de l'eau, durant +l'hiver. (P. L.)</p> +<p><b>————— C +—————</b></p> +<p><i>Caquetoeres</i>, caqueteuses, bavardes. <a href= +"#p080">80.</a></p> +<p><i>Cadès</i>, juge, cadi. <a href="#p026">26.</a></p> +<p><i>Caige-vert</i>, <a href="#p067">67.</a> Pr. suppose que +c'était un nom donné aux filles publiques M. P. L. +rappelle, à l'appui de cette opinion, qu'une +célèbre maison de débauche, à +Toulouse, était appelée Châtel-vert.</p> +<p>CALIXTE (<i>te tiers</i>), <a href="#p035">35.</a> Calixte +III, élu pape le 8 avril 1455, siégea trois ans et +quatre mois. (Pr.)</p> +<p>CALLAISIENNES, <a href="#p081">8l.</a></p> +<p><i>Canceler</i>, <a href="#p093">93.</a> Barrer, annuler. +(Pr). Authentiquer, légaliser. (P. L.)</p> +<p><i>Canettes</i>, canes. Ferrer les oies et les canes (<a href= +"#p092">p. 92</a>) est quelque chose comme «mener les +poules pisser.»</p> +<p><i>Capitaine du Pont à Billon</i>, <a href= +"#p179">179.</a> Les crocheteurs, gueux et mendiants qui se +mettaient sur le pont au Change, le nommaient alors le <i>pont +à Billon</i>. (Pr.)</p> +<p><i>Cappel</i>, chapeau. <a href="#p105">105.</a></p> +<p>CARDON (<i>Jacques</i>), <a href="#p091">91.</a></p> +<p>CARMES, <a href="#p175">175.</a></p> +<p>CARMES (<i>l'hostel des</i>), <a href="#p067">67.</a></p> +<p><i>Carre</i>, dimension. «Trois detz plombez de bonne +carre.» (<a href="#p063">P. 63,</a> v. 27.)</p> +<p>CARTAIGE, Carthage, <a href="#p120">120.</a></p> +<p>CARTES <i>à jouer</i>, <a href="#p063">63.</a></p> +<p>CASSANDRE, <a href="#p110">110.</a></p> +<p>CASTELLANES, Castillanes, <a href="#p080">80.</a></p> +<p>CATON, <a href="#p109">109.</a></p> +<p><i>Caut</i>, habile, prudent. <a href="#p172">172.</a></p> +<p><i>Caver</i>, creuser. <a href="#p102">102.</a></p> +<p><i>Caymant</i>, mendiant. <a href="#p060">60.</a></p> +<p><i>Céans,</i> ici dedans.</p> +<p><i>Ceau</i>, seau. <a href="#p015">15.</a></p> +<p>CECILLE, Sicile. <a href="#p074">74.</a></p> +<p><i>Ceincture</i>, virginité. <a href= +"#p068">68.</a></p> +<p>CELESTINS, <a href="#p030">30,</a> <a href="#p082">82,</a> <a +href="#p098">98.</a></p> +<p><i>Celle</i>, cette. <a href="#p104">104.</a></p> +<p><i>Cendal</i>, <a href="#p068">68.</a> Etoffe de soie +orientale, ordinairement rouge. (P. L.)</p> +<p><i>Ceps</i>, <a href="#p013">13.</a> Fers qu'on mettait aux +pieds des prisonniers.</p> +<p>CERBERUS, Cerbère, le chien qui garde la porte des +enfers. <a href="#p046">46.</a></p> +<p><i>Cervoise</i>, <a href="#p048">48.</a></p> +<p>CÉSAR (<i>Jules</i>), <a href="#p120">120.</a></p> +<p><i>Chaille (ne leur)</i>, qu'ils ne s'en inquiètent +pas. <a href="#p073">P. 73.</a></p> +<p><i>Chambres, privés</i>. <a href="#p204">204.</a></p> +<p>CHAMBRE AUX DENIERS, <a href="#p089">89.</a></p> +<p>CHAMP-TOURCÉ, <a href="#p151">151.</a> Chantocé +ou Champtocé, village du département de +Maine-et-Loire.</p> +<p><i>Chandeaux</i>, vers louangeurs (?). <a href= +"#p112">112.</a></p> +<p>CHANGON, voy. <i>moutonnier</i>.</p> +<p><i>Chapeau de laurier</i>, couronne. <a href= +"#p002">2.</a></p> +<p>CHAPPELAIN (<i>le</i>), <a href="#p093">p. 93,</a> +était quelque ami de Villon qui portait ce surnom. Villon +lui lègue sa chapelle à simple tonsure (<a href= +"#p093">p. 93,</a> v. 2). Le bénéfice à +simple tonsure, selon Pr., était destiné à +des clercs étudiants, et n'exigeait pas beaucoup +d'instruction.</p> +<p><i>Chappin</i>, savate (?). <a href="#p061">61.</a></p> +<p>CHARLEMAGNE, <a href="#p035">35.</a></p> +<p>CHARLES (<i>le grand</i>), Charlemagne. <a href= +"#p024">24.</a></p> +<p>CHARLES VII, roi de France, mort en 146l, pendant le +séjour de Villon dans la prison de Meung, p. <a href= +"#p035">35.</a></p> +<p>CHARRUAU (<i>Guillaume</i>), <a href="#p061">61.</a></p> +<p>CHARTIER (<i>Alain</i>), <a href="#p091">91.</a></p> +<p>CHARTREUX, <a href="#p031">31,</a> <a href="#p082">82,</a> <a +href="#p098">98.</a></p> +<p><i>Chascun Poicdenaire</i>, <a href="#p171">171.</a> +Personnification de tous ceux qui n'ont pas d'argent.</p> +<p><i>Chastoy</i>, correction, châtiment. <a href= +"#p085">85,</a> <a href="#p142">142.</a></p> +<p><i>Chat</i> «qui hayt pescher», qui a horreur de +l'eau. <a href="#p076">P. 76.</a></p> +<p><i>Chault (il ne m'en)</i>, je m'en moque. <a href= +"#p056">56,</a> <a href="#p157">157.</a></p> +<p><i>Chef</i>, tête. <a href="#p094">94.</a></p> +<p><i>Chenu</i>, vieux, blanchi par l'âge. <a href= +"#p040">40.</a></p> +<p><i>Cheoir</i>, tomber. <a href="#p111">111.</a></p> +<p><i>Chère, chière</i>, mine, visage. — +<i>Chère lye</i>, <a href="#p187">187,</a> mine +joyeuse.—<i>Chère marrie</i>, <a href= +"#p194">194,</a> air de mauvaise humeur.—<i>Chère +meslée</i>, <a href="#p169">169,</a> visage +renfrogné.—<i>Chère rebourse</i>, mine +refrognée.</p> +<p><i>Cherme</i>, charme, <a href="#p058">58.</a></p> +<p><i>Chet</i>, tombe. <a href="#p117">117.</a></p> +<p><i>Cheu</i>, tombé.</p> +<p>CHEVAL BLANC, enseigne(?), <a href="#p060">60.</a></p> +<p>CHEVALIER DU GUET. <a href="#p092">92.</a></p> +<p><i>Chevance</i>, avoir, argent, capital. <a href= +"#p028">28,</a> <a href="#p089">89.</a></p> +<p><i>Chevaulcher</i>, faire l'acte amoureux. <a href= +"#p016">16.</a></p> +<p><i>Chevaucheur</i>, celui qui va à cheval. <a href= +"#p047">47.</a></p> +<p><i>Chevir</i>, venir à bout, se tirer d'affaire. <a +href="#p184">184.</a></p> +<p><i>Chière</i>, voy. <i>Chère</i>.</p> +<p><i>Chiet</i>, tombe.</p> +<p>CHOLLET, <a href="#p064">64.</a></p> +<p><i>Chosettes</i>, petites choses, caresses amoureuses.</p> +<p>CHYPRE. Le roi de Chypre mentionné <a href="#p036">p. +36,</a> v. 17, serait, selon Le Duchat, Pierre de Lusignan, qui +vivait dans le XIVe siècle. Pr. croit qu'il s'agit +plutôt de Guy de Lusignan, mort en 1194.</p> +<p><i>Cil</i>, celui, <a href="#p095">95,</a> <a href= +"#p111">111.</a></p> +<p><i>Clamer</i>, appeler, crier. <a href="#p102">102.</a></p> +<p><i>Claqdent</i>, <a href="#p176">176.</a> Pays des gueux, +à qui le froid fait claquer les dents. Plus tard on y fit +voyager les malades qu'on traitait par le mercure. Leur +itinéraire obligé était par <i>Surie, +Bavière</i> et <i>Claquedent</i>.</p> +<p>CLAQUIN, <i>le bon Breton</i> (<a href="#p036">p. 36</a>), +Bertrand Du Guésclin, mort en 1380.</p> +<p><i>Clercs, clers</i>, savants, hommes instruits. <a href= +"#p071">71,</a> <a href="#p120">120.</a>—écoliers, +étudiants, <a href="#p015">15,</a> <a href= +"#p086">86</a>;—garçons de divers métiers. +Les <i>clers Eolus</i>, <a href="#p123">p. 123,</a> sont les +vents. Les garçons d'hôtellerie sont appelés +clercs, <a href="#p207">p. 207.</a> Quand on dit de nos jours un +<i>clerc de perruquier</i>, par exemple, on fait une plaisanterie +qui n'est pas nouvelle.</p> +<p><i>Cler</i>, clair, pur. <a href="#p056">56,</a> <a href= +"#p106">106.</a></p> +<p><i>Clergeon</i>, écolier, petit clerc d'homme de loi. +<a href="#p011">11,</a> <a href="#p071">71</a></p> +<p><i>Cliquepatins</i>, <a href="#p098">98,</a> +traîne-savates. (LeDuchat.)</p> +<p><i>Clorre</i>, clore, fermer.</p> +<p>CLOTAIRE, <a href="#p105">105.</a></p> +<p>CLOVIS, <a href="#p106">106.</a></p> +<p><i>Coettes</i>, lits de plume (<a href="#p064">p. 64</a>). Ce +mot paraît être employé ici dans un autre +sens.</p> +<p><i>Coing</i>, le coin qui sert à battre monnaie. <a +href="#p068">8.</a></p> +<p><i>Cointe</i>, jolie, gentille. <a href="#p147">147.</a></p> +<p>COLIN DE CAYEULX, <a href="#p086">86.</a></p> +<p>COLIN GALERNE, <a href="#p085">85.</a></p> +<p><i>Collatérales (espèces)</i>, <a href= +"#p018">18.</a> Termes d'école, qui signifient les +facultés dépendantes de la mémoire. (P. +L.)</p> +<p>COLOMBEL, <a href="#p096">96.</a></p> +<p><i>Com</i>, comme.</p> +<p><i>Combien que</i>, bien que, quoique.</p> +<p>COMBRAYE (<i>le seigneur de</i>). <a href="#p199">199.</a></p> +<p><i>Commander</i>, recommander. <a href="#p163">163.</a></p> +<p><i>Commens</i>, Commentaires. <a href="#p025">25.</a></p> +<p><i>Compaings</i>, compagnons.</p> +<p><i>Compasser</i> (?). <a href="#p171">171.</a></p> +<p><i>Complaindre (se)</i>, se plaindre, se lamenter. <a href= +"#p120">120,</a> <a href="#p140">140.</a></p> +<p><i>Conclure</i>, vaincre dans la dispute, mettre à bout +d'arguments. <a href="#p081">8l,</a> v. 2.</p> +<p><i>Congnoistre (soy)</i>, se reconnaître <a href= +"#p160">160.</a></p> +<p><i>Conjoindre</i>, réunir. <a href="#p064">64.</a></p> +<p><i>Conseiller</i>, agir avec prudence. <a href="#p007">P. +7,</a> v. 5.</p> +<p>CONSTANTINOBLES. L'empereur de Constantinople, <i>aux poings +dorez</i>, dont parle Villon (<a href="#p036">p. 36,</a> v. 22), +serait, selon M. Pr., l'empereur Basile, souverain +très-libéral.</p> +<p><i>Conte</i>, comte. <a href="#p135">135.</a></p> +<p><i>Contemplation</i>, employé dans un sens +équivoque. <a href="#p066">66.</a></p> +<p><i>Contendre</i>, disputer. <a href="#p078">78.</a></p> +<p><i>Contraict</i>, déformé, recourbé, +<i>contracté</i>. <a href="#p041">41.</a></p> +<p><i>Contregarder</i>, garder. <a href="#p203">203.</a></p> +<p><i>Contrepoint (entendre le)</i>, être habile. <a href= +"#p196">196.</a></p> +<p><i>Convenir</i>, falloir. <a href="#p038">38,</a> <a href= +"#p185">185.</a></p> +<p><i>Convint</i>, couvent. <a href="#p037">37.</a></p> +<p><i>Convoyer</i>, convier. <a href="#p197">197.</a></p> +<p><i>Coquart</i>, coq. <a href="#p049">49.</a></p> +<p><i>Corbillon</i>, panier. <a href="#p113">113.</a></p> +<p>CORDELIERS, <a href="#p175">175,</a> <a href= +"#p179">179.</a></p> +<p><i>Cordoen</i>, cuir. <a href="#p023">23,</a> <a href= +"#p139">139.</a></p> +<p><i>Cordouennier</i>, ouvrier en cuir, cordonnier.</p> +<p>CORNU (<i>Jean</i>), <a href="#p059">59.</a></p> +<p>COTARD (<i>Jehan</i>), <a href="#p022">22,</a> <a href= +"#p068">68.</a> Le procureur en cour d'Église qui +défendit Villon lors de son premier procès, en +1456.</p> +<p><i>Cotteret</i>, cotret. <a href="#p207">207.</a></p> +<p><i>Coucher</i>, mettre au jeu. «Qui pour si peu couche +tel gage.» <a href="#p086">P. 86.</a></p> +<p><i>Couiltart</i>, coulart, canon à main, long et mince. +Employé dans un sens équivoque. <a href= +"#p153">153.</a></p> +<p><i>Coullon</i>, p. <a href="#p099">99,</a> rime avec +<i>vermillon, carillon, Villon</i>, ce qui donne assez clairement +le sens du mot et la façon dont se prononçait le +nom du poëte.</p> +<p><i>Courage</i>, coeur. <a href="#p107">P. 107,</a> v. 18.</p> +<p>COURAULT (Jehan), <a href="#p077">77.</a></p> +<p><i>Courre</i>, courir. <a href="#p065">P. 65.</a></p> +<p><i>Coursé</i>, fâché, courroucé. <a +href="#p037">37,</a> <a href="#p151">151.</a></p> +<p><i>Courtault</i>, <a href="#p154">154.</a> Canon portatif. +Employé dans un sens équivoque.</p> +<p><i>Courtissain</i>, courtisan. <a href="#p173">173.</a></p> +<p><i>Coustelez</i>, <a href="#p171">171.</a> M. P. L. traduit ce +mot par armés.</p> +<p><i>Coute</i>, coude. <a href="#p135">135.</a></p> +<p><i>Coutel</i>, couteau.</p> +<p>CRAON, <a href="#p152">152.</a></p> +<p><i>Créance</i>, croyance, opinion. <a href= +"#p114">114.</a></p> +<p><i>Crepelle</i>, coupelle. «Argent de crepelle» +(<a href="#p048">p. 48</a>), argent épuré.</p> +<p>CRÈTE, <a href="#p046">46.</a></p> +<p><i>Creu</i>, grandi, accru. <a href="#p070">70.</a></p> +<p><i>Croire</i>, faire crédit, prendre à +crédit, parfois en donnant un gage. <a href="#p159">P. +159,</a> v. 26-27.</p> +<p><i>Croix</i>, argent. Ce que Villon appelle +irrévérencieusement <i>la vraie croix</i> (<a href= +"#p115">p. 115</a>-116), c'était la marque empreinte sur +la plupart des monnaies du temps, et qui a été +depuis remplacée par l'effigie du prince. <i>Pile</i> +désignait le revers. On joue encore à <i>pile ou +face.</i> «Sans croix ne pile», sans argent.</p> +<p><i>Croppetons (à)</i>, accroupi. <a href= +"#p041">41.</a></p> +<p>CROSSE (la), <a href="#p015">15.</a> M. Prompsault croit qu'il +s'agit d'une potence.</p> +<p><i>Crostes</i>, croûtes. <a href="#p098">98.</a></p> +<p><i>Cry</i>, <a href="#p168">168,</a> cri d'armes.</p> +<p>CUEUR (<i>Jacques</i>), <a href="#p032">32.</a></p> +<p><i>Cuider</i>, croire.</p> +<p>CULDOU (<i>Michault</i>), <a href="#p072">72.</a></p> +<p><i>Curatez</i>, curés. <a href="#p180">180.</a></p> +<p><i>Cure</i>, soin, souci.</p> +<p>CURES, <a href="#p152">152.</a></p> +<p><i>Cuveaulx</i>, cuviers, baquets. <a href="#p077">77</a></p> +<p><i>Cuyder</i>, croire.</p> +<p><i>Cuyderaulx d'amours</i>, <a href="#p098">98,</a> jeunes +vaniteux, selon Pr.; M. P. L. rapproche de cette locution celle +de «cuydeurs de vendanges», employée par +Rabelais (<i>Gargantua</i>, ch. 25).</p> +<p><i>Cy</i>, ici.</p> +<p><i>Cy pris, cy mis</i>, donnant, donnant. <a href= +"#p191">191.</a></p> +<p><i>Cymballer</i>, jouer des cymbales. <a href= +"#p087">87.</a></p> +<p><b>————— D +—————</b></p> +<p><i>Damoiselin</i>, de damoiseau.</p> +<p><i>Danger</i> <a href="#p119">119.</a> «A danger +emprunter argent», c'était, si je ne me trompe, +emprunter à dix pour cent.</p> +<p><i>Dangier</i>, danger, péril. <a href= +"#p008">8.</a></p> +<p>DAUPHIN (le), <a href="#p024">24.</a> Joachim de France, fils +de Louis XI et de Charlotte de Savoie, sa seconde femme, mourut +en bas âge.</p> +<p>DAULPHIN <i>de Vienne et de Grenobles</i> (<a href="#p037">p. +37</a>). Le Dauphin de Viennois résidait à +Grenoble. (Pr.)</p> +<p>DAVID (<a href="#p046">p. 46,</a> v. 11). Jolie allusion +à son amour pour Bethsabée.</p> +<p><i>Dea!</i> exclamation: Dame!</p> +<p><i>Débouté</i>, rebuté. <a href= +"#p110">110.</a></p> +<p><i>Debteur</i>, débiteur. <a href="#p096">96.</a> +Villon, comme on le fait encore souvent, emploie ce mot dans le +sens de <i>créancier</i>.</p> +<p><i>Debuer</i>, laver, lessiver. <a href="#p102">102.</a></p> +<p><i>Déchasse</i>, banni, chassé, <a href= +"#p010">10.</a></p> +<p>DÉCRET <i>Omnis utriusque sexus</i>, <a href= +"#p010">10.</a> Ce décret a été porté +par le quatrième concile de Latran, tenu en 1215. Il +ordonne à tous les chrétiens de l'un et de l'autre +sexe de confesser leurs péchés à leur propre +pasteur, au moins une fois l'an. En 1489, les religieux mendiants +obtinrent de Nicolas V une bulle datée de Pisé, 2 +octobre, qui leur donnait le pouvoir de confesser, au +préjudice des droits des curés, établis par +le canon que nous venons de citer. L'Université se leva +contre, tint plusieurs assemblées, dans l'une desquelles +les Mendiants furent exclus de son sein. Les évêques +de France se joignirent à elle. Des députés +furent envoyés à Rome, et en rapportèrent +une bulle de Calixte III qui révoquait celle de Nicolas V. +Cette affaire était à peine terminée, ou +même ne l'était pas encore, quand Villon composait +son Petit Testament. Témoin du zèle chaleureux des +curés de Paris, il leur lègue le canon <i>Omnis</i> +pour le remettre en vigueur. (Pr.)</p> +<p>DEDALUS, Dédale. Sa «court» (<a href= +"#p122">p. 122,</a> v. 7) était son célèbre +labyrinthe, où il fut enfermé lui-même.</p> +<p><i>Dedans</i>, d'ici à... «Dedans ces +Pasques.» (<a href="#p012">P. 12,</a> V. 4.)</p> +<p><i>Dédié</i>, consacré. «Et +à bonnes moeurs dédié» (<a href= +"#p029">p. 29,</a> v. 5).</p> +<p><i>Deffaçon</i>, ruine, destruction. <a href= +"#p008">8,</a> <a href="#p058">58.</a></p> +<p><i>Deffuyr</i>, éviter, négliger. <a href= +"#p084">84.</a></p> +<p><i>Dejeter</i>, retirer. <a href="#p054">54.</a></p> +<p><i>Delivre</i>, quitte, libéré. <a href= +"#p181">181.</a></p> +<p><i>Demener</i>, mener, faire, gouverner, <a href= +"#p032">32,</a> <a href="#p083">83,</a> <a href= +"#p109">109.</a></p> +<p><i>Demonstrance</i>, démonstration. <a href= +"#p186">186.</a></p> +<p><i>Demourant (le)</i> le reste.</p> +<p><i>Demourée</i>, retard, séjour. <a href= +"#p191">191.</a></p> +<p><i>Demourra</i>, restera. <a href="#p032">32.</a></p> +<p><i>Demourroit</i>, resterait. <a href="#p121">121.</a></p> +<p><i>Demy-ceinct</i>, p. <a href="#p033">33</a> «Ceinture +d'argent avec des pendants auxquels on attachait la bourse, les +clefs, etc.» (P. L.)</p> +<p><i>De par</i>, au nom de. <a href="#p009">9.</a></p> +<p><i>Departir</i>, départ. <a href="#p100">P. 100,</a> v. +8.</p> +<p><i>Departir</i>, partir, se séparer. <a href= +"#p009">9,</a> <a href="#p142">142,</a> <a href="#p196">196,</a> +<a href="#p204">204,</a> <a href="#p205">205.</a></p> +<p><i>Departir</i>, donner en partie, accorder une part. <a href= +"#p009">9,</a> v. 3.</p> +<p><i>Deporter</i> (se), cesser, renoncer. <a href= +"#p109">109.</a></p> +<p><i>Desbriser</i>, maltraiter, martyriser. <a href= +"#p007">7.</a></p> +<p><i>Deschaulx</i>, nu-pieds. <a href="#p092">P. 92</a></p> +<p><i>Desclos</i>, ouvert.</p> +<p><i>Desconfire</i>, ruiner, détruire. <a href= +"#p103">103,</a> <a href="#p106">106.</a></p> +<p><i>Descrier</i>, décrier, <a href="#p042">42,</a> est +dit des monnaies dont on interdisait la circulation par un cri +public.</p> +<p><i>Descrire</i>, écrire, rapporter. <a href= +"#p146">146.</a></p> +<p><i>Deshait</i>, <a href="#p083">83,</a> dispute, +désappointement.</p> +<p><i>Desmarcher</i>, reculer. <a href="#p158">158.</a></p> +<p><i>Desnué</i>, dépouillé. <a href= +"#p014">14,</a> <a href="#p208">208.</a></p> +<p><i>Despartir (se)</i>, se séparer. <a href= +"#p044">44.</a></p> +<p><i>Despendre</i>, dépenser.</p> +<p><i>Despendu</i>, dépensé. <a href= +"#p028">28.</a></p> +<p><i>Desperance</i>, désespoir. <a href= +"#p122">122.</a></p> +<p><i>Despiter</i>, défier. <a href="#p048">48.</a></p> +<p><i>Despiteux</i>, querelleur, hargneux. <a href= +"#p031">31.</a></p> +<p><i>Despourveu</i>, dépourvu. <a href= +"#p014">14.</a></p> +<p><i>Desprins</i>, dépourvu, <a href="#p015">15.</a></p> +<p><i>Despriser</i>, déprécier. <a href= +"#p116">116.</a></p> +<p><i>Desplaisance</i>, déplaisir.</p> +<p><i>Desroquer</i>, <a href="#p175">175,</a> pour +<i>dérocher</i>, terme de fauconnerie, qui signifie forcer +la bête. (P. L.)</p> +<p><i>Dessaisiner (se)</i>, se dessaisir. <a href= +"#p072">72.</a></p> +<p><i>Dessiré</i>, déchiré. <a href= +"#p148">148.</a></p> +<p><i>Destaindre</i>, éteindre. <a href= +"#p167">167.</a></p> +<p><i>Destourbier</i>, trouble, embarras. <a href= +"#p016">16.</a></p> +<p><i>Destre</i>, droit. <a href="#p198">198.</a></p> +<p><i>Desveillé</i>, réveillé, +ravivé. <a href="#p018">18.</a></p> +<p><i>Desvier</i>, dévier. <a href="#p091">91.</a></p> +<p><i>Desvoyé</i>, <a href="#p156">156,</a> +égaré, écarté de votre +bannière. (P. L.)</p> +<p><i>Detrayner</i>, maltraiter. <a href="#p040">40.</a></p> +<p><i>Détrenché</i>, coupé, haché. <a +href="#p143">143.</a></p> +<p><i>Detterrer (se)</i>, perdre ses terres. <a href= +"#p185">185.</a></p> +<p><i>Detz</i>, doigts. <a href="#p026">26.</a></p> +<p><i>Detz</i>, dés. <a href="#p063">63.</a></p> +<p><i>Deul</i>, chagrin, deuil. <a href="#p108">108.</a></p> +<p><i>Deul (je me)</i>, je me plains. <a href="#p008">8.</a></p> +<p><i>Devaller</i>, descendre <a href="#p185">185.</a></p> +<p><i>Devant</i>, ci-devant. <a href="#p007">P. 7,</a> v. 9.</p> +<p><i>Dévier</i>, sortir de sa voie, mourir. <a href= +"#p059">59,</a> <a href="#p110">110.</a></p> +<p><i>Dextre</i>, droit, droite.</p> +<p>DIDO, Didon. <a href="#p086">86,</a> <a href= +"#p110">110.</a></p> +<p><i>Die</i>, dise. <a href="#p103">103.</a></p> +<p><i>Diffame</i>, déshonneur. <a href="#p044">44,</a> <a +href="#p086">86.</a></p> +<p><i>Diffinir</i>, définir, expliquer. <a href= +"#p093">93.</a></p> +<p>DIJON, <a href="#p037">37.</a></p> +<p><i>Dilation</i>, retard, délai. <a href= +"#p179">179.</a></p> +<p>DIOMEDÈS, <a href="#p026">26</a></p> +<p><i>Discordez</i>, désunis. <a href="#p106">106.</a></p> +<p><i>Ditz</i>, propos, discours. <a href="#p043">43.</a></p> +<p><i>Diviser</i>, causer, parler. <a href="#p169">169.</a></p> +<p>DIX ET HUICT (les), <a href="#p072">72,</a> voy. +<i>Bourse</i>.</p> +<p><i>Doint</i>, donne.</p> +<p><i>Doller</i>, travailler de la dojoire. <a href= +"#p064">64.</a></p> +<p><i>Doncques</i>, donc.</p> +<p><i>D'ond</i>, d'où. <a href="#p114">114,</a> <a href= +"#p156">156.</a></p> +<p>DONNAIT <a href="#p070">70.</a> On appelait <i>Donat</i>, ou +<i>Donet</i>, la grammaire d'Aelius Donatus, intitulée +<i>De octo partibus orationis</i>, laquelle était en usage +dans toutes les universités de l'Europe, et surtout dans +celles de France. (P. L.)</p> +<p>DOUAY, <a href="#p022">22.</a></p> +<p><i>Doubtance</i>, doute. <a href="#p201">201.</a></p> +<p><i>Double</i>, supposition, crainte. <a href="#p043">43,</a> +<a href="#p204">204.</a></p> +<p><i>Doubler</i>, craindre, redouter. <a href= +"#p097">97.</a></p> +<p><i>Doulche</i>, douce. <a href="#p134">134.</a></p> +<p><i>Doulouser (se)</i>, se plaindre, se lamenter. <a href= +"#p032">32,</a> <a href="#p140">140.</a></p> +<p><i>Douver</i>, faire des douves. <a href="#p064">64.</a></p> +<p><i>Douzain</i>, petite monnaie. <a href="#p173">173.</a></p> +<p>DOUZE (sergent des), <a href="#p062">62.</a> Douze sergents +étaient particulièrement attachés au +prévôt de Paris et lui tenaient lieu de garde. +(Pr.)</p> +<p><i>Doye</i>, doive. <a href="#p141">141.</a></p> +<p><i>Drapel</i>, linge. <a href="#p104">104.</a></p> +<p><i>Drapelle</i>, linge, habits. <a href="#p048">48.</a></p> +<p><i>Drapilles</i>, linge, hardes. <a href="#p088">88.</a></p> +<p>DU BOYS. <a href="#p064">64.</a></p> +<p>DU RU (<i>Guillaume</i>). <a href="#p097">97.</a></p> +<p><i>Du tout</i>, entièrement, complètement. <a +href="#p016">16,</a> <a href="#p021">21.</a></p> +<p><b>————— E +—————</b></p> +<p>ECHO, nymphe, <a href="#p034">34,</a> <a href= +"#p110">110.</a></p> +<p><i>Edit</i>, adresse, invention. <a href="#p192">192.</a></p> +<p><i>Effimère</i>, éphémère. <a +href="#p053">53.</a></p> +<p><i>Efforcer</i>, contraindre. <a href="#p104">104.</a></p> +<p><i>Effroyé</i>, <a href="#p156">156,</a> +effarouché, avec un air menaçant. (Pr.)</p> +<p>EGIPTE, Egypte. <a href="#p120">120.</a></p> +<p>EGYPTIENNE (l'), Ste Marie l'Egyptienne, <a href= +"#p015">15.</a></p> +<p><i>El</i>, elle. <a href="#p009">9,</a> <a href= +"#p084">84.</a></p> +<p><i>Embattre</i> (s'), s'abattre. <a href="#p075">75.</a></p> +<p><i>Embesongné</i>, occupé, affairé. <a +href="#p204">204.</a></p> +<p><i>Embler</i>, voler. <a href="#p159">159,</a> <a href= +"#p161">161.</a> Se dérober, <a href="#p211">211.</a></p> +<p><i>Embroché (vin)</i>, mis en perce. <a href= +"#p030">30.</a></p> +<p><i>Emmy</i>, au milieu de.</p> +<p><i>Empescher</i>, <a href="#p071">71,</a> occuper, +embarrasser.</p> +<p><i>Emperier</i>, empereur. <a href="#p036">36.</a></p> +<p><i>Emperière</i>, impératrice, souveraine. <a +href="#p055">55.</a></p> +<p><i>Empire (ciel)</i>, l'empyrée. <a href= +"#p103">103.</a></p> +<p><i>Emprès</i>, auprès de.</p> +<p><i>Emprise</i>, entreprise.</p> +<p><i>Enchanter</i>, ensorceler. <a href="#p117">117.</a></p> +<p><i>Encliner (s')</i>, avoir de l'inclination. <a href= +"#p072">72.</a></p> +<p><i>Enclos</i>, enfermé. <a href="#p106">106.</a></p> +<p><i>Encombrement</i>, tristesse, ennuis. <a href= +"#p144">144.</a></p> +<p>ENFANS PERDUZ <a href="#p085">85,</a> <a href="#p086">86.</a> +Jeunes compagnons de Villon.</p> +<p>ENFANS-TROUVEZ, <a href="#p085">85.</a></p> +<p><i>Enferma</i>, infirmes. <a href="#p091">91.</a></p> +<p><i>Enfondu</i>, <a href="#p016">16.</a> Creux et +décharnez, dit Marot.— Ne pouvant se soutenir. +(Pr.)</p> +<p><i>Engigner</i>, tromper. <a href="#p068">68.</a></p> +<p><i>Engin</i>, esprit, intellect. <a href= +"#p196">196.</a>— Invention, tour d'adresse. <a href= +"#p171">171.</a></p> +<p><i>Engrillonné</i>, attaché avec des menottes. +<a href="#p026">26.</a></p> +<p><i>Enhort</i>, exhortation. <a href="#p025">25.</a></p> +<p><i>Enhorter</i>, exhorter.</p> +<p><i>Enmouflé</i>, chaussé de <i>moufles</i> ou +pantoufles, selon Pr. et M. P. L, Je croirais que cela signifie +plutôt <i>emmitouflé</i>.</p> +<p><i>Enné</i> (<a href="#p082">p. 82</a>), sorte de +juron, parent de <i>enda, parmanenda</i> (par mon âme).</p> +<p><i>Ennuyt</i>, aujourd'hui, ce soir. <a href="#p193">193,</a> +<a href="#p204">204.</a></p> +<p><i>Enquerir</i>, rechercher. <a href="#p035">35.</a></p> +<p><i>Enserré</i>, enfermé. <a href= +"#p015">15.</a></p> +<p><i>Ensuyvre</i>, suivre, imiter. <a href="#p012">2.</a></p> +<p><i>Entandiz</i>, pendant ce temps. <a href="#p112">112,</a> <a +href="#p121">121.</a></p> +<p><i>Entendre</i>, connaître, savoir: «J'entends que +ma mère mourra.» (<a href="#p032">P. 32,</a> v. +25.)</p> +<p><i>Entente</i>, intention, projet. <a href="#p049">49.</a></p> +<p><i>Entour</i>, autour de.</p> +<p><i>Entrepreneur</i>, survenant qui se mêle des affaires +de quelqu'un, qui <i>l'entreprend.</i> <a href= +"#p194">194.</a></p> +<p><i>Entr'oeil</i>, espace entre les deux yeux. <a href= +"#p040">40.</a></p> +<p><i>Envers</i>, à l'envers, renversé. <a href= +"#p111">111,</a> v. 5.</p> +<p><i>Envys</i>, malgré soi. <a href="#p070">70.</a></p> +<p>EOLUS. <a href="#p123">123.</a> Les «clerc Eolus» +sont les sujets de ce dieu, les vents.</p> +<p>ERACE, père de Villon, <a href="#p031">31.</a></p> +<p><i>Erre</i>, voie, chemin. <a href="#p057">57,</a> v. +17.—<i>Grand erre</i>, promptement, tout de suite. <a href= +"#p053">53.</a>—<i>A son erre</i>, en train, en voie. <a +href="#p095">95.</a></p> +<p><i>Ès</i>, aux, dans les.</p> +<p>ESBAILURT, Abailard. <a href="#p034">34.</a></p> +<p><i>Esbatans</i>, joyeux, aimant à s'amuser, à +s'ébattre. <a href="#p072">72.</a></p> +<p><i>Esbatement</i>, amusement. <a href="#p119">119.</a></p> +<p><i>Esbaudiz</i>, privés de joie. <a href= +"#p164">164.</a></p> +<p><i>Escaché</i>, écrasé. <a href= +"#p067">67.</a></p> +<p><i>Escarbouillé</i>, écrasé. <a href= +"#p148">148.</a></p> +<p><i>Eschec et mac (être)</i>, échec et mat. Terme +du jeu d'échecs. <a href="#p205">205.</a></p> +<p><i>Eschever</i>, éviter. <a href="#p088">88.</a></p> +<p><i>Eschoicte</i>, échéance, héritage, <a +href="#p111">111.</a></p> +<p><i>Esclat</i>, <a href="#p083">83,</a> bâton, +échalas.</p> +<p><i>Esclin</i>, <a href="#p169">169.</a> Escalin, petite +monnaie allemande <i>(schilling)</i>.</p> +<p><i>Escollier</i>, étudiant, jeune homme qui suit les +cours de l'Université.</p> +<p><i>Escondire</i>, refuser. <a href="#p104">104.</a></p> +<p>ESCOSSOYS, <a href="#p068">68.</a></p> +<p><i>Escourgeon</i>, sorte de fouet. <a href="#p013">13.</a></p> +<p><i>Escoutans</i>, auditeurs. <a href="#p183">183.</a></p> +<p><i>Escouvillon</i>, balai de four. <a href="#p019">19.</a></p> +<p><i>Escovette</i>, balai, du latin <i>scopa</i>. Les +«chevaucheurs d'escovettes» (<a href="#p047">p. +47,</a> v. 4) sont les sorciers, qui vont au sabbat à +cheval sur un balai.</p> +<p><i>Escreuz</i>, <a href="#p165">165.</a> Bien faits, selon +Pr.</p> +<p><i>Escriptures</i>, écrits, ouvrages. <a href= +"#p002">2.</a></p> +<p><i>Escuz</i>, écus, monnaies d'or ou d'argent, de +valeurs diverses, p. <a href="#p056">56,</a> <a href= +"#p070">70,</a> <a href="#p145">145,</a> <a href= +"#p147">147.</a>—Prendre écus pour douzains, p. <a +href="#p173">173,</a> c'est ne pas regarder à +l'argent.—«Escuz telz que prince les donne,» <a +href="#p017">p. 17,</a> peut s'entendre des armoiries.</p> +<p><i>Esgrun</i>, <a href="#p166">166,</a> Amer, du bas latin +<i>egrunum</i>. (P. L.)</p> +<p><i>Esguière</i>, vase à mettre de l'eau. <a +href="#p198">198.</a></p> +<p><i>Esguilletez (pourpoinctz)</i>, <a href="#p088">88,</a> +pourpoints garnis d'aiguillettes.</p> +<p><i>Esguisé</i>, aiguisé. «Esguisez comme +une pelote» (<a href="#p025">p. 25,</a> v. 4), obtus.</p> +<p><i>Esjouir, esjoir</i>, réjouir.</p> +<p><i>Esles</i>, ailes, <a href="#p153">153.</a></p> +<p><i>Eslocher</i>, ébranler. <a href="#p103">103.</a></p> +<p>ESMAUS (les pèlerins d'), <a href="#p025">25.</a>Voy. +<i>Evangile selon S. Luc</i>, chap. XXIV.</p> +<p><i>Esme</i>, <a href="#p023">23,</a> pour <i>estime</i>, +estimation, intention. (P. L.)</p> +<p><i>Esmerillon</i>, <a href="#p100">100.</a> +L'émérillon est le plus petit des oiseaux de proie +qu'on dressait pour la chasse au vol. (P. L.)</p> +<p><i>Esmérillonné</i>, gai, vif. <a href= +"#p170">170.</a></p> +<p><i>Esmolu</i>, émoulu, aiguisé. <a href= +"#p147">147.</a></p> +<p><i>Esmorcher</i>, nettoyer, purifier. <a href= +"#p076">76.</a></p> +<p><i>Esmoyer (s')</i>, s'inquiéter.</p> +<p>ESPAGNE. Il serait difficile de dire quel est ce valeureux roi +d'Espagne (<a href="#p035">p. 35.</a> v. 18), dont le poëte +ne savait pas le nom. (Pr.) M. P. L. suppose que c'est Jean II, +roi de Castille et de Léon, qui régna jusqu'en +1454.</p> +<p><i>Espani</i>, épanoui. <a href="#p058">58.</a></p> +<p><i>Espasmie</i>, pamée. <a href="#p147">147.</a></p> +<p><i>Espartir</i>, épandre, répartir, <a href= +"#p018">18.</a></p> +<p><i>Especiaulx</i>, <a href="#p169">169.</a> D'un mérite +tout particulier. (P. L.)</p> +<p><i>Esperviers (gens à porter)</i>, <a href= +"#p062">62.</a> Gentilshommes ayant le droit de chasser au vol. +M. P. L. remarque que l'épervier est aussi un filet de +braconnier.</p> +<p><i>Espie</i>, espion, guetteur. «Aux champs debout comme +ung espie» (<a href="#p105">p. 105</a>), veut dire +pendu.</p> +<p><i>Espoindre</i>, piquer, exciter. <a href= +"#p100">100.</a></p> +<p><i>Espoir (j')</i>, j'espère, <a href= +"#p110">110.</a></p> +<p><i>Espois</i>, épais. <a href="#p112">112.</a></p> +<p><i>Essoine, essoyne</i>, embarras, tourment, <a href= +"#p015">15,</a> <a href="#p034">34.</a></p> +<p><i>Estaux</i>, étaux. <a href="#p016">16.</a></p> +<p><i>Estable</i>, stable. <a href="#p024">24.</a></p> +<p><i>Establis</i>, étaux des marchands. <a href= +"#p013">13.</a></p> +<p><i>Estaing</i>, étain. <a href="#p019">9.</a></p> +<p><i>Estamine</i>, étoffe claire.</p> +<p><i>Estan</i>, étang. <a href="#p034">34.</a></p> +<p><i>Estature</i>, stature, portrait. <a href= +"#p094">94.</a></p> +<p><i>Estoeuf</i>, éteuf. <a href="#p049">49.</a></p> +<p><i>Estomac d'alouette</i> (?). <a href="#p168">168.</a></p> +<p>ESTRADER, battre l'estrade, escarmoucher. <a href= +"#p154">154.</a></p> +<p><i>Estradeur</i>, batteur d'estrade, coureur de fortune. <a +href="#p174">174.</a></p> +<p><i>Estrange</i>, étranger. <a href="#p070">70,</a> v. +15; <a href="#p103">103,</a> <a href="#p184">184.</a></p> +<p><i>Estranger</i>, éloigner. <a href="#p043">43,</a> v. +15.</p> +<p><i>Estre</i>, demeure, hôtel. <a href= +"#p191">191.</a></p> +<p><i>Estre</i>, état, existence, manière +d'être. <a href="#p042">42,</a> <a href= +"#p157">157.</a>—<i>En estre</i>, <a href="#p073">p. +73,</a> en état.</p> +<p><i>Estrenes</i>, étrennes (<a href="#p037">p. 37,</a> +v. 23). Villon, qui se dit mercerot de Rennes, se compare +à un marchand qui désire étrenner avant de +fermer boutique. (P. L.)</p> +<p><i>Estrif, estry</i>, débat, querelle, dispute, <a +href="#p015">15,</a> <a href="#p178">178.</a></p> +<p><i>Exaucer</i>, élever, monter. <a href= +"#p183">183.</a></p> +<p><i>Estimative</i>, qui juge, qui apprécie. <a href= +"#p018">18</a></p> +<p><i>Extrace</i>, extraction, lignée. <a href= +"#p031">31.</a></p> +<p><b>————— F +—————</b></p> +<p><i>Fable</i>, mensonge. <a href="#p076">76.</a></p> +<p><i>Faictisses</i>, jolies, bien faites. <a href= +"#p040">40.,</a></p> +<p><i>Faille</i>, faute. <a href="#p153">153.</a></p> +<p><i>Faillent</i>, manquent. <a href="#p008">8.</a></p> +<p><i>Faillir</i>, manquer.</p> +<p><i>Failly</i>, découragé, abattu. <a href= +"#p028">28.</a></p> +<p><i>Fainctes</i>, <a href="#p087">87.</a> Momeries ou +mascarades, H. L.</p> +<p><i>Faintis</i>, trompeur, <a href="#p087">87.</a></p> +<p><i>Faitard</i>, paresseux, <a href="#p022">22,</a> <a href= +"#p069">69.</a></p> +<p><i>Fantasie</i>, imagination. <a href="#p018">18.</a></p> +<p><i>Farcer</i>, faire ou jouer des farces. <a href= +"#p087">87.</a></p> +<p><i>Fardelet</i>, <a href="#p114">114,</a> petit fardeau. +Saturne préparait le fardeau que chaque mortel devait +porter pendant sa vie.</p> +<p><i>Fastée (la)</i>. Je ne sais pas ce que signifie ce +vers: «faire ung soir pour soy la fastée» (<a +href="#p094">p. 91</a>). D'autres éditions portent <i>la +saffée</i>, ce que je ne comprends pas davantage.</p> +<p><i>Faulse</i>, méchante. <a href="#p057">57.</a></p> +<p><i>Fault, faut</i>, manque.</p> +<p><i>Faussart</i>, fauchard, sorte de hallebarde.</p> +<p><i>Fausserie</i>, fausseté, fausse accusation. <a href= +"#p105">105.</a></p> +<p><i>Feautre</i>, feutre, <a href="#p048">48,</a> <a href= +"#p063">63.</a></p> +<p><i>Fenestres</i>. Les fenêtres servaient de montre aux +marchands pour étaler leurs marchandises. «Et pain +ne voient qu'aux fenêtres» (<a href="#p030">p. +30,</a> v. 12) est dit des pauvres <i>gallans</i> qui n'avaient +pas de quoi manger.—<i>Clorre fenestre</i>, <a href= +"#p042">42.</a> Fermer boutique.</p> +<p><i>Ferir</i>, frapper.</p> +<p><i>Fictions</i>, feintes, tours de finesse. <a href= +"#p184">184.</a></p> +<p><i>Fière</i>, frappe. <a href="#p039">39.</a></p> +<p><i>Fiert</i>, frappe.</p> +<p><i>Filetz</i>, bouts de fil, <a href="#p029">29.</a></p> +<p><i>Finablement</i>, finalement, enfin. <a href= +"#p002">2</a></p> +<p><i>Finer</i>, finir, achever. <a href="#p018">18,</a> <a href= +"#p143">143.</a>—Obtenir. «De feu je n'eusse pu +finer» (<a href="#p018">p. 18,</a> v. 28).</p> +<p><i>Fix, fics</i>, terme de médecine. <a href= +"#p077">77.</a></p> +<p><i>Flambans</i>, enflammés. <a href="#p076">76.</a></p> +<p><i>Flambe</i>, flamme, <a href="#p155">155.</a></p> +<p><i>Flans</i>, sorte de patisserie. <a href="#p071">71.</a></p> +<p>FLORA, <a href="#p034">34.</a> Il y a eu plusieurs courtisanes +romaines de ce nom. La plus célèbre est la plus +ancienne, à qui l'on attribue Pinstitution des florales. +Une autre Flora fut maîtresse du grand Pompée. (P. +L.)</p> +<p><i>Flou</i>, mince, fluet. <a href="#p064">64.</a></p> +<p><i>Flours</i>, fleurs. <a href="#p145">145.</a></p> +<p><i>Foleur</i>, folie. <a href="#p058">58,</a> <a href= +"#p113">113,</a> <a href="#p114">114.</a></p> +<p><i>Foncer</i>, donner de l'argent, des fonds. <a href= +"#p174">174.</a></p> +<p><i>Font</i>, fontaine, source. <a href="#p105">105.</a></p> +<p><i>Forclorre</i>, délivrer, mettre hors. «Pour +forclorre d'adversité», <a href="#p015">p. +15.</a></p> +<p><i>Formative (faculté)</i>, faculté d'inventer. +<a href="#p012">12.</a></p> +<p><i>Fors</i>, excepté, hormis.</p> +<p><i>Fort (au)</i>, au fond, après tout. <a href= +"#p161">161,</a> <a href="#p170">170.</a></p> +<p><i>Fouir</i>, fuir. <a href="#p008">8.</a></p> +<p>FOURNIER, <a href="#p061">6l,</a> le procureur de Villon, qui +lui avait «sauvé maintes causes justes».</p> +<p><i>Fourrer le poignet</i> à la bourse, tirer de +l'argent. <a href="#p136">136.</a></p> +<p><i>Fouterre</i>, voy. MICHAULT.</p> +<p><i>Fouyr</i>, fuir. <a href="#p141">141.</a>—Creuser. <a +href="#p120">120.</a></p> +<p>FRANC-GONTIER, <a href="#p078">78.</a> M. Paul Lacroix a +publié récemment, à la suite des +<i>Testaments</i> de Villon, le <i>Banquet du Bois</i>, qu'il +regarde comme la pièce contre laquelle sont dirigés +les <i>Contredictz de Franc-Gontier</i>, et qu'il croit une +oeuvre de la jeunesse de Villon.</p> +<p>FRANCE, <a href="#p036">36,</a> <a href="#p121">121.</a> Le +très noble roi de France, «sur tous autres roys +decorez», dont parle Villon (<a href="#p036">p. 36,</a> v. +23), était, selon M. Pr., saint Louis.</p> +<p><i>Franchise</i>, puissance, domination (<a href="#p039">p. +39,</a> v. 9).</p> +<p><i>Franchy</i>, affranchi, délivré. <a href= +"#p023">23.</a></p> +<p>FRANÇOIS, promoteur de la vaquerie. <a href= +"#p068">68.</a></p> +<p>FREMIN, <a href="#p051">51.</a></p> +<p><i>Frez</i>, frais. <a href="#p085">85.</a></p> +<p><i>Friquet</i>, élégant, fringant. <a href= +"#p169">169.</a></p> +<p><i>Fromentée</i>, sorte de gâteau dont Baillevent +donne la recette. <a href="#p090">90.</a></p> +<p><i>Fruiction</i>, bénéfice, profit. <a href= +"#p166">166.</a></p> +<p><i>Fruire</i>, profiter, tirer avantage. <a href= +"#p166">166.</a></p> +<p><i>Fume, fumée</i>. <a href="#p075">75.</a></p> +<p><i>Fumer (se)</i>, se mettre en colère, s'emporter.</p> +<p><i>Fuste</i>, bateau, petit navire, de <i>fustis</i>, bois. <a +href="#p026">26.</a></p> +<p><b>————— G +—————</b></p> +<p><i>Gallans</i>, jeunes gens, joyeux compagnons.</p> +<p><i>Gallans sans souci</i>, <a href="#p212">p. 212.</a> Ce sont +peut-être les Enfants sans souci, écoliers et +basochiens, qui s'étaient mis en société +à la fin du XVe siècle pour jouer des farces et des +soties. Clément Marot fit partie de cette bande joyeuse. +(P. L.)</p> +<p><i>Galles</i>, plaisir, jouissances, gaies parties.</p> +<p><i>Galler</i>, se réjouir, mener joyeuse vie, se +gaudir. <a href="#p027">27.</a></p> +<p>GARNIER, <a href="#p104">104.</a></p> +<p><i>Gastaneaux</i>, <a href="#p112">112.</a> Prompsault a lu +<i>Gastaveaux</i>, qu'il traduit par grelots. J'ai suivi la +leçon de La Monnoye.</p> +<p><i>Gaudisseur</i>, plaisant, farceur. <a href= +"#p194">194.</a></p> +<p><i>Gect</i>, <a href="#p118">118.</a> Jetons servant à +compter.</p> +<p><i>Gehaine</i>, instrument de torture. <a href= +"#p144">144.</a></p> +<p><i>Gendarme, genderme</i>, soldat, homme d'armes.</p> +<p>GENEVOIS, <a href="#p073">73.</a></p> +<p><i>Genoillon (à)</i>, à genoux. <a href= +"#p054">54.</a></p> +<p><i>Geu</i>, couché. <a href="#p089">89.</a></p> +<p><i>Gippon</i>, jupon, robe. <a href="#p117">117.</a></p> +<p>GIRARD <i>(Perrot)</i>. <a href="#p065">65.</a></p> +<p><i>Gisans</i>, ceux qui sont couchez. <a href= +"#p016">16.</a></p> +<p><i>Glic</i>, jeu de cartes qu'on appelait aussi <i>la +chance</i>. <a href="#p087">P. 87.</a></p> +<p>GLOCUS, <a href="#p123">123.</a> La forêt où +règne Glaucus, c'est la mer. (P. L.)</p> +<p><i>Gluyons de feurre</i>, bottes de paille. <a href= +"#p014">14,</a> <a href="#p050">50.</a></p> +<p><i>Godet de grève</i>, <a href="#p061">6l.</a> Grand +pot de grès à mettre du vin. (P. L.) Je crois qu'il +s'agit plutôt de quelque abreuvoir situé place de +Grève.</p> +<p><i>Gogo</i>, <a href="#p084">84.</a> «Il semblerait que +<i>gogo</i> ait été synonyme de <i>rufien</i> dans +les mauvais lieux. On a dit de là <i>vivre à +gogo</i>, du latin <i>gaudium</i>, dont on avait fait +<i>gogue</i>. Le mot <i>goguette</i> est resté.» (P. +L.)</p> +<p><i>Gonne</i>, vêtement de moine, tunique, froc. <a href= +"#p118">118.</a></p> +<p><i>Gorgerin</i>, <a href="#p068">68.</a> C'était une +pièce de l'armure destinée à protéger +la gorge de l'homme d'armes. Nous croyons que Villon appelle +<i>gorgerin d'Escossoys</i> la corde d'une potence. (P. L.)</p> +<p><i>Gorgias</i>, élégant, richement vêtu. +<a href="#p168">168,</a> <a href="#p169">169,</a> <a href= +"#p172">172.</a></p> +<p><i>Gorriers, gorrières</i>, <a href="#p179">179,</a> +hommes et femmes élégants, vêtus richement et +à la mode.</p> +<p><i>Gourt (être à son)</i>, <a href="#p201">p. +201,</a> être à son affaire, être content.</p> +<p>GOUVIEULX, voy. RONSEVILLE.</p> +<p><i>Goyères</i>, sorte de gâteaux. <a href= +"#p081">81.</a></p> +<p><i>Grâce (par qui)</i>, par la grâce de qui. <a +href="#p009">9.</a></p> +<p><i>Grafignier</i>, déchirer avec les ongles. (Pr.)</p> +<p><i>Gramment</i>, beaucoup, grandement. <a href= +"#p156">156,</a> <a href="#p199">199.</a></p> +<p>GRAND-TURC, <a href="#p122">122.</a></p> +<p><i>Grat</i>, action de gratter la terre pour trouver quelque +chose, comme les poules. «Au grat, la terre est +dégelée!» <a href="#p177">P. 177.</a></p> +<p><i>Greigneur</i>, plus grand, <i>grandior</i>, <a href= +"#p058">58.</a></p> +<p>GRENOBLE, <a href="#p037">37.</a></p> +<p><i>Grève</i>, jambe. <a href="#p061">61.</a></p> +<p><i>Grever</i>, charger, blesser. <a href="#p094">94,</a> <a +href="#p134">134,</a> <a href="#p155">155,</a> <a href= +"#p161">161.</a></p> +<p><i>Grez</i>, <a href="#p060">60,</a> pierre à aiguiser. +(Pr.)</p> +<p><i>Grez</i>, gré. «Prendre en gré», +avoir agréable, savoir se contenter (<a href="#p088">p. +88</a>).</p> +<p>GRIGNY, <a href="#p073">73.</a></p> +<p><i>Grille</i>, prison. <a href="#p084">84.</a></p> +<p><i>Gris blanc, gris perdu</i>, p. <a href="#p168">168,</a> +sortes de fourrures.</p> +<p><i>Grivelé</i>, marqueté, moucheté comme +les grives. <a href="#p041">41.</a></p> +<p><i>Groiselles</i>, groseilles. «Mascher des groiselles +(<a href="#p046">p. 46,</a> v. 26), c'est ce qu'on appelle +maintenant avaler la pilule.»</p> +<p><i>Grongnée</i> sur l'oeil, emplâtre ou +meurtrissure. <a href="#p016">16.</a></p> +<p>GROS VALLET, <a href="#p155">155.</a> C'était un des +servants de l'homme d'armes. Il faisait partie de ce qu'on +appelait une <i>lance fournie</i>, c'est-à-dire les trois +ou quatre combattants qui devaient accompagner un homme d'armes +et marcher à ses côtés dans la bataille. (P. +L.)</p> +<p><i>Guerdonner</i>, récompenser.</p> +<p><i>Guermenter (se)</i>, <a href="#p032">32.</a> Se lamenter, +se plaindre. Voy. Cotgrave.</p> +<p><i>Guerrier</i>, guerroyer. <a href="#p119">119.</a></p> +<p>GUESDRY GUILLAUME (<a href="#p072">p. 72).</a> Le même +que Guillaume Gueuldry, <a href="#p015">p. 15.</a> M. P. L. pense +que «la maison Guesdry Guillaume» était le +pilori ou la maison du bourreau.</p> +<p><i>Guet</i> (chevalier du), <a href="#p092">92.</a> On donnait +le titre de chevalier au capitaine du guet, parce qu'il +était resté peut-être seul en possession de +l'ordre de l'Etoile, créé par le roi Jean. +(Pr.)</p> +<p>GUILLEMETTE <i>la tapissière</i>. <a href= +"#p042">42.</a></p> +<p>GUILLEMIN, <a href="#p153">153.</a></p> +<p>GUILLOT GUEULDRY, p. <a href="#p015">15.</a> V. GUESDRY.</p> +<p><i>Guin d'oeil</i>, regard, clin d'oeil. <a href= +"#p168">168.</a></p> +<p><i>Guisarme, guysarme</i>, <a href="#p067">67,</a> <a href= +"#p147">147.</a> espèce de hache à deux tranchants. +(P. L.)</p> +<p><i>Guise</i>, mode, façon, manière. <a href= +"#p139">139,</a> <a href="#p168">168.</a></p> +<p><b>————— H +—————</b></p> +<p><i>Habité</i>, <a href="#p170">170,</a> ayant maison, +habitation.</p> +<p><i>Habitué (bien)</i>, ayant de belles manières. +<a href="#p196">196.</a></p> +<p><i>Hahay</i>! exclamation. <a href="#p139">139.</a></p> +<p><i>Haict (de bon)</i>, de bon coeur, avec plaisir, avec +empressement. <a href="#p083">p. 83.</a></p> +<p><i>Hamée</i> (?), <a href="#p121">121.</a></p> +<p>HANNIBAL, Annibal. <a href="#p120">120.</a></p> +<p><i>Hardis</i>, <a href="#p172">p. 172,</a> v. 24, liards. +Petite monnaie qui avait cours sous Philippe le Hardi.</p> +<p>HAREMBOURGES (<a href="#p034">p. 34,</a> v. 20), Eremburges, +fille et unique héritière d'Elie de la +Flèche, comte du Maine, mort en 1110. (Pr.)</p> +<p><i>Harier</i>, tracasser. <a href="#p102">102.</a></p> +<p><i>Hasles</i>, hâle. <a href="#p088">88.</a></p> +<p><i>Havée,</i> poignée, poignée de main. +<a href="#p061">61,</a> <a href="#p169">169.</a></p> +<p><i>Haiet</i>, <a href="#p060">60,</a> croc. (Pr.)</p> +<p><i>Hayneurs</i>, qui détestent. <a href= +"#p090">90.</a></p> +<p><i>Hayter</i>, profiter, réussir. «Riens ne hayt +que persévérance.» (<a href="#p025">P. +25,</a> v. 14.)</p> +<p><i>Heaulmière,</i> marchande de heaumes. <a href= +"#p039">39.</a></p> +<p><i>Hébergement,</i> accueil.</p> +<p>HECTOR, <a href="#p074">74.</a></p> +<p>HÉLÈNE, HELEINE, <a href="#p053">53,</a> <a +href="#p112">112.</a></p> +<p>HELOïS, Héloïse, nièce de Fulbert, +amante d'Abailard</p> +<p>HENRY (maistre), <a href="#p085">85</a>-«Henri Cousin +était alors bourreau et tourmenteur-juré de la +prévôté de Paris.» (P. L.)</p> +<p>HERODE (<a href="#p046">p. 46</a>) fit décapiter saint +Jean Baptiste, sur la demande de la danseuse +Hérodiade.</p> +<p><i>Herroit</i>, haïrait. <a href="#p059">59.</a></p> +<p>HESSELIN (<i>Denys</i>). <a href="#p060">60.</a></p> +<p><i>Hez</i>, hais. <a href="#p138">138.</a></p> +<p><i>Histoire</i>, ornement. «Sans autre histoire», +<a href="#p094">94.</a> Au quinzième siècle et au +commencement du seizième, on appelait <i>histoires</i> les +gravures dont les livres étaient ornés.</p> +<p><i>Ho</i>! assez! halte là! P. <a href="#p071">71,</a> +v. 9.</p> +<p><i>Hober</i>, remuer, bouger.</p> +<p><i>Hohecte (y)</i> <a href="#p063">63.</a> Si ce n'est une +sorte d'exclamation, c'est incompréhensible.</p> +<p><i>Hoirs</i>, héritiers.</p> +<p>HOLOFERNES, <a href="#p121">121.</a></p> +<p><i>Hom</i>, homme, on. <a href="#p018">18,</a> <a href= +"#p120">120.</a></p> +<p><i>Hostel</i>, maison. <a href="#p082">82.</a></p> +<p>HOTEL-DIEU de Paris, <a href="#p085">85.</a></p> +<p><i>Houseaulx, houses</i>. Sorte de chaussure. <a href= +"#p014">14,</a> <a href="#p013">73,</a> <a href="#p076">76,</a> +<a href="#p158">158.</a></p> +<p><i>Housseurs</i>, <a href="#p119">119.</a> Voy. +<i>Notes</i>,</p> +<p><i>Houx</i>, houssine, baguette. Les muguets portaient des +houssines ou cravaches à la main, pour montrer qu'ils +avaient des chevaux à l'écurie. (P. L.)</p> +<p><i>Hucher</i>, crier, appeler à haute voix. <a href= +"#p070">70.</a></p> +<p><i>Hucque</i>, <a href="#p012">12,</a> camail à +capuchon, que les hommes de toute condition portaient au XVe +siècle (P. L.)</p> +<p>HUE CAPET, Hugues Capet. <a href="#p104">104.</a></p> +<p><i>Humblesse</i>, humilité. <a href= +"#p205">205.</a></p> +<p><i>Hutin</i>, bruit, bataille. <a href="#p098">98,</a> <a +href="#p162">162.</a></p> +<p><i>Hutinet</i>, bruit, brouillerie. <a href= +"#p064">64.</a></p> +<p><i>Huy</i>, aujourd'huy. <a href="#p038">38.</a></p> +<p><i>Huys</i>, porte.</p> +<p><b>————— I +—————</b></p> +<p><i>Icelle</i>, cette.</p> +<p><i>Idolatryer</i>, tomber dans l'idolâtrie. <a href= +"#p045">45.</a></p> +<p><i>Ilce</i>, cela. P. <a href="#p062">62,</a> v. 16.</p> +<p><i>Istroit</i>, sortirait, <a href="#p145">145.</a></p> +<p><i>Ils, ilz</i>, elles. «S'ils n'ayment fors que pour +l'argent.» (<a href="#p043">P. 43,</a> v. 19).</p> +<p><i>Impartir</i>, accorder, donner. <a href="#p009">9,</a> <a +href="#p055">55.</a></p> +<p><i>Impêtrer</i>, obtenir. <a href="#p042">42.</a></p> +<p><i>Impourveu</i>, pauvre, qui n'est pas pourvu de biens. <a +href="#p014">14.</a></p> +<p><i>Informé</i>, instruit. «Informez en +meurs» (<a href="#p071">p. 71</a>), bien +élevés.</p> +<p>INNOCENS (les), cimetière de Paris, <a href= +"#p089">89.</a></p> +<p><i>Inventaire</i>, compte fait.</p> +<p>ISABEAU, <a href="#p082">82.</a></p> +<p>ISLE (L'). Lille en Flandre, <a href="#p045">p. 45.</a></p> +<p><b>————— J +—————</b></p> +<p><i>Jà,</i> déjà, certainement.</p> +<p><i>Jacobins</i>, glaires, flegmes. <a href="#p049">49.</a></p> +<p><i>Jacobines</i> (soupes), bonnes soupes grasses. <a href= +"#p066">66.</a></p> +<p>JACOPINS, Jacobins. <a href="#p013">13,</a> <a href= +"#p082">82,</a> <a href="#p179">179.</a></p> +<p><i>Jacques</i> (<a href="#p158">p. 158</a>). Les Francs +Archiers portaient des <i>jacques</i> ou cottes de mailles sous +leur hoqueton ou casaque. (P. L.) Il y avait des <i>jacques</i> +de toutes sortes d'étoffes. Nous disons encore +<i>jaquette</i>.</p> +<p>JACQUELINE, <a href="#p082">82.</a></p> +<p><i>Jalet</i>, galet, caillou. <a href="#p114">114.</a></p> +<p><i>Jambot</i>, <a href="#p084">p. 84.</a> Petite jambe, membre +viril.</p> +<p>JAMES, (<i>Jacques</i>), <a href="#p092">92,</a> <a href= +"#p097">97.</a></p> +<p><i>Jargon jobelin</i>, argot, <a href="#p179">179.</a></p> +<p><i>Jargonner</i>, <a href="#p118">p. 118.</a> «Je +congnois quand pipeur jargonne», veut dire: je connais +l'artifice du chasseur à la pipée.</p> +<p><i>Jasoit</i>, quoique, <a href="#p138">138.</a></p> +<p>JASON, <i>Jazon</i>, <a href="#p121">121.</a></p> +<p>JEHAN de CALAYS, <a href="#p093">93.</a></p> +<p>JEHAN LAURENS, <a href="#p180">p. 180.</a> Personnification du +peuple, qui apportait de l'argent aux <i>pardons</i>, ou +peut-être un nom donné aux <i>pardonneurs</i>.</p> +<p>JEHANNE, <a href="#p173">173.</a></p> +<p>JEHANNE DE BRETAIGNE, <a href="#p084">84.</a></p> +<p>JEHANNE, la bonne Lorraine (<a href="#p034">p. 34,</a> v. 21), +Jeanne d'Arc.</p> +<p>JEHANNETON, <a href="#p049">49.</a></p> +<p>JEHANNETON <i>la Chaperonnière</i>, <a href= +"#p042">42.</a></p> +<p><i>Jengleresse</i>, menteuse, <a href="#p055">55.</a></p> +<p><i>Jeu d'asne</i> (<a href="#p082">p. 82</a>), jeu d'amours. +M. P. L. suppose qu'on devrait lire le jeu de dame. C'est la +même chose.</p> +<p><i>Jeux</i>, pièces dramatiques, <a href= +"#p087">87.</a></p> +<p>JOB, <a href="#p029">29,</a> <a href="#p122">122.</a></p> +<p><i>Jobelin</i>, argot. <a href="#p169">169,</a> <a href= +"#p179">179.</a></p> +<p><i>Joinctes</i>, jointures, articulations <a href= +"#p033">33.</a></p> +<p>JONAS, <a href="#p122">122.</a></p> +<p><i>Joncherie</i>, plaisanterie, raillerie, friponnerie. <a +href="#p104">104,</a> <a href="#p189">189,</a> <a href= +"#p190">190.</a></p> +<p>JOUVENEL (Michel) (<a href="#p096">p. 96</a>), huitième +fils de Jean Jouvenel des Ursins, fut bailli de Troyes, et mourut +en 1470.</p> +<p>JUDAS, <a href="#p122">122.</a></p> +<p>JUDIC, <i>Judith</i>. <a href="#p110">110,</a> <a href= +"#p121">121.</a></p> +<p>JUIFS, <a href="#p103">103.</a></p> +<p>JUNO, Junon. <a href="#p122">122.</a></p> +<p><i>Jus</i>, bas, à bas. <a href="#p076">76,</a> <a +href="#p136">136,</a> <a href="#p159">159.</a></p> +<p>JUSQU'IL, jusqu'à ce qu'il.</p> +<p><b>————— K +—————</b></p> +<p>KATHERINE <i>la Bouchière</i>, <a href= +"#p042">42.</a></p> +<p>KATHERINE DE VAUSELLES, <a href="#p046">46.</a></p> +<p><b>————— L +—————</b></p> +<p><i>L'en</i>, on, l'on.</p> +<p><i>Là sus</i>, là haut. <a href= +"#p103">103.</a></p> +<p>LA BARRE, <a href="#p050">50,</a> <a href="#p057">57,</a> <a +href="#p063">63.</a></p> +<p><i>Labit</i>, <a href="#p175">175,</a> décadence, de +<i>labes</i> (P.L.).</p> +<p><i>Labour</i>, travail, labeur. <a href="#p088">88.</a></p> +<p><i>Laboureux mestier</i>, état de laboureur. <a href= +"#p079">79.</a></p> +<p>LA GARDE (<i>Jean de</i>). <a href="#p017">17,</a> <a href= +"#p073">73,</a> <a href="#p096">96.</a></p> +<p>LA HIRE. <a href="#p055">155.</a> Étienne Vignoles, dit +La Hire, fut un des plus braves capitaines de Charles VII. Il se +distingua dans les guerres contre les Anglais, et mourut à +Montauban en 1442. (P.L.)</p> +<p><i>Laidanger</i>, injurier, railler. <a href= +"#p043">43.</a></p> +<p>L'AIGLE, <a href="#p152">152.</a></p> +<p><i>Lairra</i>, laissera.</p> +<p><i>Lairray</i>, laisseray.</p> +<p><i>Lait</i>, laid.</p> +<p><i>Laiz</i>, laïques. <a href="#p033">33.</a></p> +<p><i>Lame</i>, pierre tumulaire. «Quant est du corps, il +gyst soubz lame» (<a href="#p032">32,</a> v. 23).</p> +<p>LAMESOU (<i>le seigneur de</i>), <a href="#p200">200.</a></p> +<p>LANCELOT, <i>le roi de Behaigne</i> (<a href="#p036">p. +36,</a> v.6). Pr. a cru voir dans ce personnage Ladislas V, +prince d'une rare bravoure, tué à la bataille de +Varnes en 1444, et qui régnait sur la Pologne, la +Bohème et la Hongrie. M. P L. remarque avec raison que +<i>Lancelot</i> ne ressemble guère à +<i>Ladislas</i>.</p> +<p>LANTRIQUER, nom breton de la ville de Trequier. <a href= +"#p157">157.</a></p> +<p><i>Laqs</i>, filets, pièges. <a href= +"#p078">78.</a></p> +<p><i>Larmoyer</i>, pleurer, verser des larmes. <a href= +"#p141">141.</a></p> +<p>LA ROCHE, <a href="#p155">155.</a> Le seigneur de La Roche +était un des bons capitaines de Charles VII. Il s'attacha +à la personne du Dauphin Louis, et le suivit dans ses +révoltes contre son père. On le voit figurer parmi +les familiers du Dauphin dans les <i>Cent nouvelles du bon roy +Louis XI</i>, où il est toujours nommé +«monseigneur de La Roche». (P. L.)</p> +<p>LA ROCHEFOUCAULD, <a href="#p152">152.</a> Ce ne peut +être que Foucauld, 3e du nom seigneur de La Rochefoucauld, +de Marsillac. etc., conseiller et chambellan de Charles VII, fait +chevalier sur le champ de bataille, en 1461. (P. L.)</p> +<p><i>Las</i>, lacs, filets. <a href="#p047">47.</a></p> +<p><i>Lasse!</i> hélas. <a href="#p032">32.</a></p> +<p><i>Lassus</i>, là haut. <a href="#p091">91.</a></p> +<p><i>Latin</i>, langage, parler quelconque. «Je n'entends +point vostre latin.» <a href="#p202">202.</a></p> +<p>LAURENS (<i>Jehan</i>), <a href="#p068">68.</a></p> +<p><i>Lavaille</i>, eau qui a servi à laver. <a href= +"#p076">76.</a></p> +<p><i>Lay</i>, laïque <a href="#p044">44.</a></p> +<p><i>Lay</i>, pièce de vers. «Ce lay contenant des +vers dix.» <a href="#p059">P. 59,</a> v. 4.</p> +<p><i>Lays</i> est employé, dans la préface de +Marot et dans les deux Testaments, dans le sens de legs.</p> +<p><i>Lé</i>, large «Tant qu'il a de long et de +lé» (<a href="#p023">23,</a> v. 22).</p> +<p><i>Lealle</i>, loyale. <a href="#p134">134.</a></p> +<p><i>Léans</i>, là dedans.</p> +<p>LE CAMUS SENESCHAL, <a href="#p092">92.</a></p> +<p><i>Lectry</i>, lutrin, <a href="#p015">15.</a></p> +<p><i>Légèrement</i>, vivement, promptement.</p> +<p>LE LOU (<i>Jehan</i>), <a href="#p064">64.</a></p> +<p><i>Lembroysé</i>, lambrissé, <a href= +"#p068">68.</a></p> +<p><i>Lermes</i>, larmes.</p> +<p><i>Lerz</i>, loirs. <a href="#p072">72.</a></p> +<p><i>Leschier</i>, rechercher les bons morceaux se livrer +à sa gourmandise. <a href="#p028">28.</a></p> +<p><i>Lettres</i>, savoir, connaissances. «Sans plus +grandes lettres chercher» (<a href="#p071">p. 71,</a> v. +7).</p> +<p><i>Lez</i> auprès, à côté de.</p> +<p><i>Lians</i>, liens. <a href="#p106">106.</a></p> +<p><i>Librairie</i>, bibliothèque. <a href= +"#p054">54.</a></p> +<p><i>Lice</i>, lisière, laisse. <a href="#p171">171,</a> +v. 21.</p> +<p><i>Lit de parement</i>, <a href="#p089">89.</a> C'était +un grand lit d'honneur, avec dosseret, dais et courtines, chevet, +couvre-pied, marchepied, chaire d'attente, prie-dieu, etc. (P. +L.)</p> +<p><i>Ligne</i>, <a href="#p069">69,</a> lignée, race.</p> +<p><i>Linget</i>, mince, délié. <a href= +"#p064">64.</a></p> +<p><i>Lisse</i>, chienne, p. <a href="#p171">171,</a> v. 20</p> +<p>LOMBART, <a href="#p050">50.</a> Synonyme de juif ou usurier. +(P. L.) Plusieurs banquiers, juifs d'origine, lombards de nation, +vinrent s'établir à Paris dans la rue qui porte +leur nom. Comme ils prêtaient à gros +intérêts, le peuple donna le nom de <i>lombards</i> +aux usuriers et prêteurs sur gages. (Pr.)—<i>Art +lombard</i>, <a href="#p171">171,</a> art d'attraper de +l'argent.</p> +<p>LOMER, <a href="#p091">91.</a></p> +<p>LORRAINES, <a href="#p081">8l.</a></p> +<p><i>Los</i>, lot. <a href="#p134">134.</a></p> +<p>LOTH, <a href="#p069">69.</a></p> +<p>LOUVIERS (Nicolas de) ou de Louvieulx, <a href="#p017">17,</a> +<a href="#p062">62.</a> Prompsault croit qu'il s'agit d'un +bourgeois de Paris qui concourut à remettre la ville de +Paris entre les mains de Charles VII, et qui fut fait conseiller +à la Chambre des comptes par Louis XI.</p> +<p><i>Loyaument</i>, loyalement.</p> +<p><i>Loyer</i>, récompense. <a href="#p045">45.</a></p> +<p>LOYS, le bon roi de France Louis XI, p. <a href= +"#p023">23.</a></p> +<p><i>Loz</i>, louange. <a href="#p109">109.</a></p> +<p><i>Lubres</i> (<a href="#p095">p. 95,</a> v. 3), sombres et +tristes, dit Pr.</p> +<p>LUCRESSE. Lucrèce. <a href="#p118">118.</a></p> +<p><i>Lunettes</i>, yeux, vue. Samson fut livré par Dalila +aux Philistins, qui lui crevèrent les yeux. C'est ce que +Villon rapporte ainsi <a href="#p045">p. 45,</a> <a href= +"#p002">2.</a> <a href="#p021">21:</a> «Samson en perdit +ses lunettes.»</p> +<p><i>Lutter</i>, faire le métier de baladin. <a href= +"#p087">87.</a></p> +<p><i>Luz</i>, luths. <a href="#p055">55.</a></p> +<p><i>Ly</i>, le, les. <a href="#p036">36.</a></p> +<p>LYMOUSINS, <a href="#p185">185,</a> <a href="#p199">199,</a> +<a href="#p202">202.</a></p> +<p>LYSLE EN FLANDRE, Lille. <a href="#p022">22.</a></p> +<p><i>Lysses</i>, lices, luttes: «à tenir amoureuses +lysses» (<a href="#p040">p. 40,</a> v. 29).</p> +<p><b>————— M +—————</b></p> +<p><i>M'</i>, mon, ma. «Par m'ame.» <a href= +"#p073">73.</a></p> +<p>MACÉE <i>d'Orléans</i>. <a href= +"#p068">68.</a></p> +<p><i>Macher</i>, manger. <a href="#p187">187.</a></p> +<p>MACQUAIRE, <a href="#p076">76.</a></p> +<p>MACROBE, <a href="#p081">81.</a></p> +<p>MAGDELAINE (<i>la</i>), <a href="#p122">122.</a></p> +<p><i>Maignan</i>, chaudronnier. <a href="#p119">119.</a></p> +<p><i>Maille</i>, petite pièce de monnaie. <a href= +"#p086">86,</a> <a href="#p180">180,</a> <a href= +"#p208">208.</a></p> +<p><i>Maille</i>, pas du tout. «Je ne vous crains pas +maille», <a href="#p151">151.</a></p> +<p><i>Mailler</i>, battre à coups de marteau, de maillet. +<a href="#p116">116.</a></p> +<p><i>Maillon</i>, maillot. <a href="#p054">54.</a></p> +<p><i>Main mise</i>, <a href="#p052">52.</a> «Dieu nous +garde de la main mise», nous préserve d'être +pris.</p> +<p>MAIREBEUF. <a href="#p017">17,</a> <a href="#p062">62.</a></p> +<p><i>Mais</i>, plus. «Il n'a mais qu'un peu de +billon.» (<a href="#p019">P. 19,</a> v. 9.)</p> +<p><i>Mais que</i>, pourvu que.</p> +<p><i>Maistre des testament</i>, <a href="#p097">97.</a> Je ne +sais ce que c'était.</p> +<p><i>Maistrie</i>, domination. <a href="#p102">102.</a></p> +<p><i>Mal, male</i>, mauvais, mauvaise.</p> +<p>MALCHUS, <a href="#p199">199.</a> Servir Malchus, +c'était, selon M. P. L., servir un homme +d'épée à la guerre, porter un épieu, +une guisarme ou un coutelas, appelé <i>Malchus</i>, du nom +de celui à qui saint Pierre coupa une oreille.</p> +<p><i>Mal gré</i>, disgrâce. <a href= +"#p058">58.</a></p> +<p><i>Malheureté</i>, infortune, malheur, +misère.</p> +<p><i>Mallement</i>, méchamment, durement.</p> +<p>MALPENSÉ, <a href="#p011">11.</a> Personnage +imaginaire, aux idées peu nettes.</p> +<p><i>Maltalent</i>, méchanceté, colère. <a +href="#p036">36.</a></p> +<p><i>Mander</i>, envoyer. <a href="#p077">77.</a></p> +<p><i>Manna</i>, manne. <a href="#p107">107.</a></p> +<p><i>Manne</i>. «Venir de manne» (<a href= +"#p073">73</a>), venir du ciel, comme la manne.</p> +<p><i>Marché au filè</i> (?), <a href= +"#p080">80.</a></p> +<p><i>Marché (hault et bas)</i>, <a href="#p195">195,</a> +toutes sortes d'affaires, y compris les affaires d'amour.</p> +<p><i>Marchesens</i> (?), <a href="#p175">175.</a></p> +<p>MARGOT (<i>la grosse</i>), <a href="#p082">82,</a> <a href= +"#p083">83.</a></p> +<p>MARIE (<i>d'Orléans</i>), <a href="#p105">105.</a></p> +<p>MARION LA PEAU TARDE, <a href="#p091">91.</a></p> +<p>MARION L'YDOLLE, <a href="#p084">84,</a> <a href= +"#p086">86.</a></p> +<p>MARIONNETTE, titre ou refrain de chanson. <a href="#p091">P. +91.</a></p> +<p><i>Mariottes</i>, femmes mariées (?), <a href= +"#p098">98.</a></p> +<p>MARQUET. <a href="#p092">92.</a></p> +<p>MARTIN GALLANT, <a href="#p185">185.</a></p> +<p>MASCHECROUE (la). Prompsault croit que c'est le nom d'une +tavernière. M. P. L. pense qu'il s'agit des plaines +arrosées par la Crou, petite rivière qui passe +à Gonesse et à Saint-Denis.</p> +<p><i>Maschouère</i>, mâchoire, <a href= +"#p052">52.</a></p> +<p><i>Mate chère</i>, triste mine. <a href= +"#p052">52.</a></p> +<p><i>Mathelins (l'ordre des)</i>, <a href="#p070">70,</a> +l'ordre des fous, des insensés. Peut-être la +confrérie des Sots ou de Mère-Sotte, cette +société joyeuse de poëtes et de +comédiens, qui était alors la rivale de la +Confrérie dramatique de la Passion. (P. L.)</p> +<p><i>Mathelineux</i>, fou.</p> +<p>MATHIEU, <a href="#p066">p. 66.</a> M. B. L. suppose qu'il +s'agit de Mathieu de Gand, trouvère du XIIIe +siècle, qui a écrit contre les moines.</p> +<p><i>Mathon</i>, fromage mou. (P. L.)</p> +<p>MATHUSALÉ, Mathusalem, <a href="#p023">23.</a></p> +<p><i>Mau</i>, mauvais, <a href="#p065">65,</a> <a href= +"#p084">84.</a></p> +<p>MAUBUAY, <a href="#p063">p. 63.</a> La fontaine Maubuée +(c'est-à-dire malpropre) était située +à l'entrée de la rue de ce nom, qui n'avait alors +que des filles et des mauvais garçons pour habitants (P. +L.). Villon envoie Jean Raguyer boire à la fontaine +Maubuée, <a href="#p001">1.</a></p> +<p><i>Mauffez</i>, le diable. Villon dit assez irrespectueusement +que le prêtre, exorcisant les possédés, prend +le diable par le col avec son étole (<a href="#p036">p. +36</a>).</p> +<p><i>Mauldite</i>, injuriée avec blasphème. (P. +L.)</p> +<p><i>Maulgré</i>, malgré. <a href= +"#p158">158.</a></p> +<p><i>Maulx</i>, mauvais. <a href="#p106">106,</a> v. 12.</p> +<p>MAUTAINCT, <a href="#p074">74.</a></p> +<p>MEHUN, <a href="#p024">24,</a> <a href="#p084">84.</a></p> +<p>MEHUN (<i>Jehan de</i>), continuateur du <i>Roman de la +Rose</i>, <a href="#p066">66.</a></p> +<p><i>Meins</i>, moins. <a href="#p154">154.</a></p> +<p><i>Meist</i>, mit. <a href="#p060">60.</a></p> +<p>MENDIANS (<i>frères</i>), <a href="#p066">66,</a> <a +href="#p098">98.</a></p> +<p><i>Menestrier</i>, musicien. <a href="#p045">45.</a></p> +<p><i>Menroit</i>, mènerait. <a href="#p201">201.</a></p> +<p><i>Mercerot</i>, petit mercier. «Moy, pauvre mercerot de +Rennes» (<a href="#p037">p. 37,</a> v. 21), signifie gueux +comme un <i>mercelot</i>, c'est-à-dire comme ces merciers +ou porte-balles qui couraient le pays, et qui étaient +affiliés aux bandes de gueux et de bohémiens.</p> +<p><i>Merciz</i>, miséricorde.</p> +<p><i>Mereaulx</i>, jetons qui servaient à faire les +comptes.</p> +<p><i>Mérencolie</i>, mélancolie, folie. <a href= +"#p188">188.</a></p> +<p><i>Merir</i>, mériter. <a href="#p055">55,</a> v. +8.</p> +<p><i>Merit</i>, mérite. <a href="#p052">52,</a> v. 1.</p> +<p>MERLE, <a href="#p070">70.</a></p> +<p><i>Meschance</i>, misère, malheur.</p> +<p><i>Meschief</i>, malheur, accident, <a href= +"#p141">141.</a></p> +<p><i>Meschoir</i>, arriver du mal.</p> +<p><i>Mescompter (se)</i>, s'exposer à des +mécomptes. <a href="#p007">7.</a></p> +<p><i>Mesdire</i>, mentir. «Je le dys et ne croys +mesdire.» (<a href="#p028">P. 28,</a> v. 20.)</p> +<p><i>Meseaulx</i>, lépreux. <a href="#p076">76.</a></p> +<p><i>Meshaigné</i>, blessé, en mauvais +état. <a href="#p152">152.</a></p> +<p><i>Meshaing</i>, peine. <a href="#p098">98.</a></p> +<p><i>Meshuy</i>, <a href="#p150">p. 150.</a> «C'est +à meshuy!» C'est maintenant, pour le +coup!—Aujourd'hui. <a href="#p157">157.</a></p> +<p><i>Mesprendre</i>, mal agir, <a href="#p027">27,</a> <a href= +"#p042">42,</a> <a href="#p133">133.</a></p> +<p><i>Masprins</i>, mal agi, <a href="#p008">8.</a></p> +<p><i>Messaigières</i>, entremetteuses. <a href="#p080">P. +80,</a> v. 9.</p> +<p><i>Messe (seiche)</i>, <a href="#p093">93,</a> messe sans +consécration.</p> +<p><i>Mestier</i>, besoin. <a href="#p061">6l,</a> <a href= +"#p197">197,</a> <a href="#p200">200.</a></p> +<p><i>Mestier (bas)</i>, affaires d'amour.</p> +<p>MEUNG, <a href="#p146">p. 146.</a> C'est le continuateur du +<i>Roman de la Rose</i>, Jehan de Meung. Voy. MEHUN.</p> +<p><i>Meurdri</i>, meurtri. <a href="#p016">16.</a></p> +<p><i>Meure</i>, mûre, fruit de la ronce. «Plus noir +que meure.» (<a href="#p028">P. 28,</a> v. 9.)</p> +<p><i>Meurté</i>, maturité. <a href= +"#p026">26.</a></p> +<p>MICHAULT DU FOUR, <a href="#p063">63.</a></p> +<p>MICHAULT le bon fouterre, <a href="#p057">57.</a> Il y a dans +le recueil publié par Barbazan un fabliau du +<i>Foteor</i>; mais le héros du conte n'est pas +nommé.</p> +<p><i>Mie</i>, pas du tout. <a href="#p062">62.</a></p> +<p><i>Miege</i>, mégissier. <a href="#p065">65.</a></p> +<p><i>Mignon</i>, favori. <a href="#p196">196.</a></p> +<p><i>Mignotte</i>, jolie, mignonne. <a href="#p041">41,</a> <a +href="#p098">98.</a></p> +<p><i>Mineur</i>, petit. «Haro, haro, le grand et le +mineur!» (<a href="#p058">p 58,</a> v 11.) A l'aide, grands +et petits!</p> +<p><i>Mirlificques</i>, <a href="#p185">185.</a> Merveilles, pour +<i>mirifiques</i>. (P. L.)</p> +<p><i>Misericors</i>, indulgent, miséricordieux <a href= +"#p022">22.</a></p> +<p><i>Miste</i>, joli, aimable. <a href="#p196">196.</a></p> +<p><i>Mitaines</i>. L'avant-dernier vers de la <a href= +"#p046">page 46</a> fait allusion à l'usage, qui n'est pas +encore complètement perdu, de donner des gants aux +convives d'une noce.</p> +<p><i>Mitaines de fer</i>, gantelets. <a href= +"#p152">152.</a></p> +<p><i>Mocque</i>, moquerie. <a href="#p175">175.</a></p> +<p><i>Mol</i> mollet. <a href="#p061">61.</a></p> +<p>MONFAULCON, <a href="#p215">215.</a></p> +<p><i>Monopolles</i>, cabales, complots. <a href= +"#p205">205.</a></p> +<p><i>Monstier</i>, couvent.</p> +<p>MONTMARTRE, <a href="#p081">8l.</a></p> +<p>MONTPIPPEAU, <a href="#p086">86.</a></p> +<p>MONT-VALÉRIEN, <a href="#p081">81.</a></p> +<p><i>Moralitez</i> (<a href="#p087">p. 87</a>), pièces +dramatiques dont les vertus, les vices, etc., sont les +personnages.</p> +<p>MOREAU, <a href="#p050">50.</a></p> +<p><i>Morillon</i> (vin), <a href="#p100">p. 100.</a> Vin +rouge</p> +<p><i>Mors</i>, mordu. <a href="#p143">143,</a> v. 18.</p> +<p><i>Mort</i>. «Aller de mort à vie», <a +href="#p091">p. 91,</a> est un jeu de mots, l'inverse d'aller de +vie à trépas.</p> +<p>MORTELLERIE (<i>Rue de la</i>), à Paris. <a href= +"#p200">200.</a></p> +<p><i>Morteux</i>, mortels. <a href="#p159">159.</a></p> +<p>MORTIER D'OR. Paraît avoir été l'enseigne +de Jehan de la Garde, l'épicier. (<a href="#p017">P. +17,</a> v. 1.)</p> +<p><i>Moulier</i>, femme, <a href="#p046">46.</a></p> +<p><i>Moult</i>, très, beaucoup.</p> +<p><i>Mouse</i>, museau. <a href="#p063">63.</a></p> +<p><i>Mousse</i>, <a href="#p173">p. 173,</a> v. 21. Vin On dit +encore <i>moût</i> dans le sens de <i>vin nouveau</i>. (P. +L.) Je crois qu'il s'agit plutôt des frais faits pour +paraître, pour se faire <i>mousser</i>.</p> +<p><i>Moustarde (aller à la)</i>, <a href="#p091">91,</a> +faire grand bruit d'une chose, s'en vanter, en parler à +tout propos.</p> +<p><i>Moutonnier</i>, <a href="#p012">12.</a> M. P. L. croit que +Changon était un <i>mouton</i> ou faux compagnon que +Villon avait rencontré dans les prisons, pour son malheur. +C'est assez vraisemblable.</p> +<p><i>Muer</i>, changer. <a href="#p027">27.</a></p> +<p><i>Muguelias</i>, muglias, <a href="#p204">204.</a> Sorte de +parfum.</p> +<p>MULLE, <a href="#p060">60,</a> probablement une enseigne.</p> +<p><i>Musars</i>, fainéants, <a href="#p098">98.</a></p> +<p><i>Muser</i>, s'amuser, perdre son temps. <a href= +"#p079">79</a></p> +<p><i>Musser</i>, cacher. <a href="#p058">58.</a></p> +<p><i>Mye</i>, point, pas du tout. <a href="#p202">202.</a></p> +<p><b>————— N +—————</b></p> +<p><i>N'</i>, ni <a href="#p108">108.</a></p> +<p>NABUGODONOZOR, <a href="#p122">122.</a></p> +<p>NANCY. <a href="#p171">P. 171.</a> Ce souvenir du siège +et de la bataille de Nancy, où les Suisses défirent +le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, prouve, +ainsi que l'a remarqué M. P. L., que le <i>Dialogue de +Mallepaye et Baillevent</i> a été composé +après l'année 1477.</p> +<p><i>Naquet</i>, <a href="#p169">169,</a> jeune garçon, +d'où <i>laquais</i> (P. L.). On appelait +particulièrement <i>naquets</i> les garçons des +jeux de paume.</p> +<p>NARCISSUS, Narcisse, <a href="#p046">46,</a> <a href= +"#p122">122.</a></p> +<p><i>Natté</i>, garni de nattes, suivant l'usage du +temps. «En chambre bien nattée», <a href= +"#p078">78.</a></p> +<p><i>Naveau</i>, navet. <a href="#p048">48.</a></p> +<p><i>Navrer</i>, blesser.</p> +<p><i>Ne</i>, ni.</p> +<p><i>Ne que</i>, pas plus que.</p> +<p><i>Nectelet</i>, <a href="#p169">169.</a> Propret, bien +vêtu.</p> +<p><i>Nennil, nenny</i>, non.</p> +<p><i>Noailleux</i>, noueux. <a href="#p155">155.</a></p> +<p>NOÉ, <a href="#p069">69.</a></p> +<p>NOÉ LE JOLYS, <a href="#p046">46,</a> <a href= +"#p085">85.</a> Probablement un ancien compagnon de Villon, qui +le chargea dans son premier procès pour se disculper +lui-même, et ne fut condamné qu'au tiers de la peine +infligée à Villon. Celui-ci lui en gardait encore +rancune lorsqu'il écrivit le grand Testament. (Huitain +CXLII.)</p> +<p><i>Noise</i>, bruit, querelle.</p> +<p><i>Nombrer</i>, compter. <a href="#p118">118.</a></p> +<p>NOTRE-DAME-DE-PARIS, <a href="#p187">187.</a></p> +<p><i>Nourri</i>, élevé, <a href="#p002">2.</a></p> +<p><i>Noyse</i>, bruyt, querelle.</p> +<p><i>Noysier</i>, faire du bruit, quereller. <a href= +"#p079">79.</a></p> +<p><i>Nully</i>, nul, aucun, personne. <a href= +"#p213">213.</a></p> +<p><i>Nuyctée</i>, durée de la nuit. <a href= +"#p078">78.</a></p> +<p><i>Nuysance</i>, préjudice. <a href= +"#p144">144.</a></p> +<p><b>————— O +—————</b></p> +<p><i>O</i>, avec. <a href="#p069">69,</a> <a href= +"#p079">79.</a></p> +<p><i>Obstant</i>, malgré, nonobstant.</p> +<p>OCTOVIEN, <a href="#p122">122.</a> Prompsault croit qu'il +s'agit de Caius Julius Caesar Octavianus, qui fut empereur sous +le nom d'Auguste.</p> +<p><i>Oës</i>, oies. <a href="#p092">92.</a></p> +<p><i>Onc, oncques</i>, jamais.</p> +<p><i>Oppresse</i>, oppression. <a href="#p026">26.</a></p> +<p><i>Ord</i>, sale.</p> +<p><i>Orbes</i>, <a href="#p115">115,</a> aveugles, selon +M.P.L.</p> +<p><i>Ores</i>, maintenant.</p> +<p><i>Orfaverie</i>, orfèvrerie, bijoux, ornements en or. +<a href="#p068">68,</a> <a href="#p146">146.</a></p> +<p>ORLÉANS, <a href="#p066">66.</a></p> +<p>ORPHEUS, Orphée, <a href="#p045">45.</a></p> +<p><i>Orrez</i>, entendrez.</p> +<p><i>Ost</i>, armée.</p> +<p><i>Ostade</i>, étoffe précieuse. <a href= +"#p196">196.</a></p> +<p><i>Ot</i>, entend, <a href="#p051">51.</a>—Eut, <a href= +"#p046">46.</a></p> +<p><i>Ou</i>, au. <a href="#p029">29,</a> v. 4; <a href= +"#p106">106,</a> v. 17.</p> +<p><i>Oubliance</i>, oubli. <a href="#p018">18.</a></p> +<p><i>Oultraige</i>, courage intempestif, outrecuidance. <a href= +"#p152">152,</a> <a href="#p154">154.</a></p> +<p><i>Oultrement</i>, beaucoup, plus que de raison, <a href= +"#p001">1.</a></p> +<p><i>Ouquel</i>, auquel, dans lequel.</p> +<p><i>Ouvrer</i>, travailler. <a href="#p087">87.</a></p> +<p><i>Ouvrez vostre huys, Guillemette</i>; refrain ou +commencement de chanson. <a href="#p091">91.</a></p> +<p><i>Oy</i>, entends, <a href="#p113">113.</a></p> +<p><i>Oystres</i>, huîtres. <a href="#p030">30.</a></p> +<p><i>Oyt</i>, entend. <a href="#p064">64,</a> <a href= +"#p068">68.</a></p> +<p><b>————— P +—————</b></p> +<p><i>Paillart</i>, gueux. <a href="#p194">194.</a></p> +<p><i>Palais</i> (le), à Paris, <a href="#p185">185,</a> +<a href="#p206">206.</a></p> +<p><i>Pallus, palux</i>, marais. <a href="#p055">55,</a> <a href= +"#p122">122.</a></p> +<p><i>Panon de Bissac</i> (<a href="#p155">p. 155</a>), pennon ou +bannière de toile grise (P. L.).</p> +<p><i>Paour</i>, peur.</p> +<p><i>Paouvre</i>, pauvre. <a href="#p009">9.</a></p> +<p><i>Papaliste</i>, papauté. <a href="#p035">35.</a></p> +<p><i>Papier</i> (p. <a href="#p051">51,</a> v. 12), respirer, +souffler.</p> +<p><i>Par tel</i>, de telle façon. Peut-être le vers +22 de la <a href="#p181">page 181</a> devrait être ainsi: +«Par tel si, qui veue ne l'aura.»</p> +<p><i>Pardoint</i>, pardonne. <a href="#p153">153.</a></p> +<p><i>Pardons</i>, <a href="#p180">180.</a> Prières +publiques, processions et autres pratiques pieuses auxquelles +étaient attachées des indulgences +particulières. (P. L.)</p> +<p><i>Pardonneurs</i>, vendeurs d'indulgences, de pardons. <a +href="#p174">174,</a> <a href="#p180">180.</a></p> +<p><i>Parfaict</i>, achevé. <a href="#p188">188.</a></p> +<p><i>Parfond</i>, profond.</p> +<p>PARIS, <a href="#p033">33.</a></p> +<p>PARIS, <a href="#p066">66,</a> <a href="#p080">80,</a> <a +href="#p088">88,</a> <a href="#p101">101,</a> <a href= +"#p184">184,</a> <a href="#p199">199</a> et <i>passim</i>.</p> +<p><i>Parit</i>, engendra, <a href="#p051">51,</a> v. 20.</p> +<p><i>Parmi</i>, avec. <a href="#p050">50.</a>—Au milieu +de, dans. <a href="#p153">153.</a>—A travers. <a href= +"#p104">104.</a></p> +<p><i>Partement</i>, départ.</p> +<p>PAS. Il est question, <a href="#p074">p. 74,</a> v. 13 et +suiv., d'un pas d'armes tenu par René d'Anjou, qui prenait +le titre de roi de Sicile.</p> +<p><i>Passot</i> (<a href="#p083">83</a>). Pr. croit que c'est +une lance; M. P. L., une épée courte.</p> +<p>PATAC, patard, petite monnaie. <a href="#p069">69,</a> <a +href="#p199">199.</a></p> +<p>PATAY, chef-lieu de canton dans le Loiret, <a href= +"#p115">115.</a> Pr. fait la remarque qu'il n'y a pas de +forêt dans cette localité, et qu'il n'y vient pas de +châtaignes.</p> +<p>PATHELIN, <a href="#p179">179,</a> <a href="#p196">196.</a> Le +héros d'une farce bien connue, qu'on a attribuée +à Villon.</p> +<p><i>Pathelin</i>, <a href="#p166">166,</a> <a href= +"#p169">169,</a> langage mielleux et plein d'artifices.</p> +<p><i>Paulme (en)</i>, dans la main. «Seur comme qui +l'auroit en paulme», <a href="#p072">p. 72.</a></p> +<p>PAUQUEDENAIRE, <a href="#p196">p. 196,</a> est +présenté comme un homme expert en tromperies, comme +Villon et Pathelin. Il n'est pas autrement connu. Voy. +POICDENAIRE.</p> +<p><i>Peaultre</i>, <a href="#p048">48.</a> Suivant Cotgrave, le +<i>peautre</i> est le gouvernail d'un navire. Dans <i>l'Ancien +théâtre français</i>, t. II, p. 155, on +trouve <i>battu comme peaultre</i>, ce qui équivaut +à <i>battu comme plâtre</i>.</p> +<p><i>Peaussa</i>, couvert d'une peau épaisse et +ridée. <a href="#p041">41.</a></p> +<p><i>Pehon</i>, piéton, fantassin. <a href= +"#p154">154.</a></p> +<p><i>Pel</i>, peau. <a href="#p143">143.</a></p> +<p><i>Peiner (se)</i>, se donner de la peine. <a href= +"#p031">31.</a></p> +<p><i>Penancier</i>, Pénitencier, confesseur. <a href= +"#p188">188.</a></p> +<p><i>Penart</i>, lance ornée d'un pennon. <a href= +"#p147">147.</a></p> +<p>PENESSAC (<i>monsieur de)</i>, <a href="#p200">200.</a></p> +<p><i>Per</i>. «Reçoit son per et se joint à +la plume», <a href="#p074">p. 74,</a> v. 20.</p> +<p><i>Per ou non per</i>, pair ou non, quoi qu'il en soit. <a +href="#p193">193.</a></p> +<p>PERDRYER (<i>Jehan et Françoys</i>), <a href= +"#p075">75.</a></p> +<p>PERNET (<a href="#p158">158</a>), <i>Perrenet</i> (<a href= +"#p157">157</a>), diminutifs de <i>Pierre</i>, nom du franc +archer de Bagnolet.</p> +<p><i>Perpétrer</i>, obtenir, acquérir. <a href= +"#p042">42.</a></p> +<p>PERRETTE, <a href="#p082">82.</a></p> +<p><i>Perrucatz</i>, <a href="#p178">178.</a> Gens à +perruque. On appelait perrucats tous les gens de la Basoche (P. +L.)</p> +<p><i>Pery</i>, perdu, <a href="#p051">51,</a> v. 23.</p> +<p><i>Pesle</i>, poêle, s. m. <a href="#p048">48.</a></p> +<p>PESTEL (<i>enseigne du</i>), ou pilon. <a href= +"#p200">200.</a></p> +<p><i>Petiote</i>, petite. <a href="#p026">26.</a></p> +<p>PETIT-PONT, à Paris. <a href="#p081">81,</a> <a href= +"#p190">190.</a></p> +<p><i>Peu</i>, repu, nourri. (<a href="#p021">P. 21,</a> v. +13.)</p> +<p>PHILIPPOT, <a href="#p092">92.</a></p> +<p>PHOEBUS, <a href="#p122">122.</a> La clarté Phoebus, +c'est, on le sait, la lumière du jour.</p> +<p>PICARDS, <a href="#p122">122.</a> C'étaient des +hérétiques qui ne faisaient aucune prière +pour les morts. Voilà pourquoi Villon promet à +Thibault d'Aussigny une <i>prière de Picard</i>.</p> +<p>PICARDES, <a href="#p081">81.</a></p> +<p><i>Pieça</i>, il y a longtemps.</p> +<p><i>Piétonner</i>, courir à pied. <a href= +"#p152">152.</a></p> +<p><i>Piez blancs</i>, <a href="#p008">p. 8.</a> Avoir les pieds +blancs, c'est, suivant M. P. L., revenir de loin, comme les +voyageurs aux pieds poudreux.</p> +<p><i>Piez de veaux (faire les)</i>, danser, faire des gambades. +<a href="#p112">112.</a></p> +<p><i>Pigne</i>, peigne, <a href="#p069">69.</a></p> +<p><i>Pigon</i>, pigeon. «Les pigeons qui sont en +l'essoine, enserrez sous trappe volière» (<a href= +"#p015">p. 15,</a> v. 27-28), sont des prisonniers enfermez dans +une prison grillée.</p> +<p><i>Pion</i>, buveur, ivrogne. <a href="#p052">52,</a> <a href= +"#p070">70.</a></p> +<p><i>Pipeur ou hazardeur de dez</i> (<a href="#p087">87</a>), +filou qui joue avec des <i>dés pipés</i>.</p> +<p><i>Piteux</i>, porté à la pitié. <a href= +"#p175">175.</a></p> +<p><i>Plain</i>, uni <a href="#p142">142;</a>—entier. +«Tant que je suis en mon plain sens» (<a href= +"#p024">p 24,</a> v. 9).</p> +<p><i>Plaindre</i>, regretter. «Je plaings le temps de ma +jeunesse.» (<a href="#p027">P. 27,</a> v. 25.)</p> +<p><i>Plaisance</i>, plaisanterie, vie joyeuse, ou plutôt +affaires d'amour.</p> +<p><i>Plaisant</i>, agréable. <a href="#p063">63.</a></p> +<p><i>Plait</i>, plaid, plaidoyer. «A peu de +plaît», sans grands discours.</p> +<p><i>Planté</i>, abondance, <a href="#p178">178.</a></p> +<p><i>Plaque</i> (<a href="#p061">p. 61</a>), monnaie +fabriquée sous Charles VII, à l'imitation des +Pays-Bas.</p> +<p>PLAT D'ESTAIN, cabaret de Paris, <a href="#p213">213,</a> <a +href="#p215">215.</a></p> +<p><i>Pleige</i>, caution, répondant. <a href= +"#p033">33.</a></p> +<p><i>Plet</i>, voy. <i>Plait</i>.</p> +<p><i>Plombée</i>, <a href="#p099">99.</a> Fouets ou +masses garnis de plomb. (P. L.)</p> +<p><i>Plours</i>, pleurs. <a href="#p144">144.</a></p> +<p><i>Plumail. Mettre le plumail au vent</i> (<a href= +"#p049">49,</a> v. 1), se jeter résolument dans un +parti.</p> +<p>POICTOU, <a href="#p062">62.</a></p> +<p><i>Poirre</i>, peter. <a href="#p064">64,</a> v. 1.</p> +<p><i>Poise</i>, pèse, tourmente, <a href="#p101">101,</a> +<a href="#p163">163,</a> <a href="#p179">179.</a></p> +<p><i>Poisle</i>, poêle, <a href="#p048">48.</a></p> +<p>PONT A SILLON. Pont au change. <a href="#p179">179,</a> <a +href="#p182">182.</a></p> +<p>PONTHOISE, <a href="#p101">101.</a></p> +<p>PONTHIÈVRE. Penthièvre. <a href= +"#p152">152.</a></p> +<p>PONTLIEU (<i>Jean de</i>), <a href="#p066">66.</a> C'est Jean +de Poilli, docteur de Paris, implacable adversaire des moines +mendiants au XIVe siècle. Il avait écrit plusieurs +ouvrages qui furent condamnés par le pape Jean XXII. +Villon nous apprend qu'il dut abjurer ses hérésies +et faire amende honorable. (P. L.)</p> +<p>POPIN (<i>l'abreuvoir</i>). Cet abreuvoir était au bout +du Pont-Neuf, vis-à-vis la rue Thibautaudez. On a +démoli de nos jours une voûte qui conduisait +à cet abreuvoir, où les truands et les mauvais +garçons se réunissaient, au moyen âge, avec +les ribaudes et les bohémiennes. (P. L.)</p> +<p>POMME DE PIN. Cabaret de Paris. <a href="#p061">61,</a> <a +href="#p192">192.</a></p> +<p>POMPÉE, <a href="#p120">120.</a></p> +<p><i>Porte-paniers</i>. Portefaix, porteurs de hottes. <a href= +"#p089">89.</a></p> +<p><i>Pou</i>, peu, <a href="#p082">82,</a> <a href= +"#p146">146.</a></p> +<p><i>Poulaille</i>, volaille. <a href="#p064">64,</a> <a href= +"#p151">151.</a></p> +<p><i>Poulce</i>, <a href="#p173">173.</a> «Jouer du +poulce», donner de l'argent.</p> +<p><i>Pour-demain</i>, après-demain. <a href= +"#p161">161.</a></p> +<p><i>Pourbondir</i> un cheval, le faire caracoler, <a href= +"#p154">154.</a></p> +<p><i>Pour ce que</i>, parce que.</p> +<p><i>Pourchasser</i>, poursuivre, procurer.</p> +<p><i>Pourmener</i>, promener. «Pourmené de l'uys au +pesle» (<a href="#p048">p. 48</a>), promené de la +porte au poêle, du froid au chaud; lanterné.</p> +<p><i>Pourpenser (se)</i>, penser, décider à par +soi.</p> +<p>POURRAS (l'abbesse de). Cette abbesse de Pourras était, +je pense, une coquine, qui, sous ce titre, vint avec Villon duper +le pauvre barbier de Bourg-la-Reine, qui y tenait aussi une +hôtellerie (Pr.)—Le peuple appelait abbesse de +Poilras, une maquerelle publique qui avait été +rasée au pilori, fouettée et chassée de la +ville. (P.L.)</p> +<p><i>Poursuivans</i> (<a href="#p037">P. 37,</a> v. 10). +Poursuivants d'armes. C'était un des premiers grades de la +chevalerie. (P.L.)</p> +<p><i>Pourtraicte</i>, formée. <a href= +"#p106">106.</a></p> +<p><i>Pourtraicture</i>, portrait, visage. <a href= +"#p082">82.</a></p> +<p><i>Poylette</i>, petite poêle. <a href= +"#p077">77.</a></p> +<p>POYSSONNERIE (la), à Paris. <a href= +"#p187">187.</a></p> +<p>POYTOU, <a href="#p185">185.</a> voy. POICTOU.</p> +<p>PRAGMATIQUE SANCTION. <a href="#p166">166.</a></p> +<p><i>Prébendé</i>, chargé, comme d'une +prébende.</p> +<p><i>Premier</i>, premièrement, d'abord, <a href= +"#p053">53,</a> v. 9.</p> +<p><i>Prescheur</i>, celui qui prêche, prédicateur. +<a href="#p032">32.</a></p> +<p><i>Prescripre</i>, transcrire (?). <a href="#p093">93.</a></p> +<p><i>Preudhommye</i>, prud'homie. <a href="#p142">142.</a></p> +<p>PRIAME, Priam, roi de Troie. <a href="#p120">120.</a></p> +<p>PRINCE DES SOTZ (<a href="#p063">p. 63</a>). C'était le +chef électif de la confrérie joyeuse de la Bazoche +du Palais et le <i>maître des jeux</i> de cette association +dramatique. On le nommait tous les ans à la fête de +mai, et ses suppôts étaient tenus de lui +obéir pendant toute la durée de ses pouvoirs. +(P.L.)</p> +<p><i>Procès</i>, actes, pièces de +procédure. <a href="#p204">204.</a></p> +<p><i>Prochas</i>, recherche. <a href="#p165">165.</a></p> +<p>PROSERPINE, <a href="#p122">122.</a></p> +<p>Prou, assez. <a href="#p170">170.</a></p> +<p>PROVINS, <a href="#p050">50,</a> <a href="#p088">88.</a></p> +<p><i>Provision</i> (<a href="#p036">p. 36,</a> v. 4), recours, +remède.</p> +<p><i>Prunier</i> «En qu'en son prunier n'a pas creu» +(<a href="#p038">p. 38,</a> v. 23), qui n'est pas de son +invention, de son cru.</p> +<p>PSALMISTE (<i>le</i>) David. <a href="#p107">107.</a></p> +<p>Psaulme <i>Deus laudem</i>, <a href="#p023">p. 23.</a> C'est +le psaume 108: <i>Deus laudem meam</i>, etc. Le verset +septième, qui servait de prière à Villon +quand il faisait des voeux pour l'évêque +d'Orléans, est ainsi conçu: <i>Fiant dies ejus +pauci et episcopatum ejus accipiat alter</i>. «Que les +jours de sa vie soient réduits au plus petit nombre, et +que son évêché passe à un autre. +«C'est le sens que le poëte donne au mot +<i>episcopatum</i>. (Pr.)</p> +<p><i>Puis</i>, depuis.</p> +<p><b>————— Q +—————</b></p> +<p><i>Quanque</i>, ce que, <a href="#p153">153.</a></p> +<p><i>Quant de, quant est de</i>, à l'égard de, +quant à. <a href="#p023">23,</a> <a href="#p032">32,</a> +<a href="#p102">102.</a></p> +<p><i>Quantz</i>, combien de. <a href="#p167">167.</a></p> +<p><i>Ouars et dix</i> (<a href="#p112">112),</a> taxes et +dîmes. (P.L.)</p> +<p><i>Que</i>, à, de quoi. <a href="#p030">30,</a> v. 19; +<a href="#p057">57,</a> v. 12.</p> +<p><i>Queloingne</i>, quenouille. «Autre que moy est en +queloingne» (<a href="#p009">p. 9,</a> v. 10), signifie que +Villon a été supplanté auprès de sa +maîtresse.</p> +<p><i>Querir, querye</i>, chercher.</p> +<p><i>Qui</i>, ce qui. «Qui n'esteit à moy grand +saigesse.» (<a href="#p039">P. 39,</a> v. 18.)</p> +<p><i>Qui ne quoy</i>, rien, quoi que ce soit. <a href= +"#p030">30.</a></p> +<p><i>Quiers</i>, veux, cherche à. <a href="#p046">P. +46.</a></p> +<p><i>Quinze-Vingtz</i>, <a href="#p088">88.</a> Les +pensionnaires de l'hôpital fondé par Saint-Louis +pour trois cents aveugles.</p> +<p><i>Quoy</i>, tranquille, en repos. <a href="#p030">30.</a></p> +<p><b>————— R +—————</b></p> +<p><i>R'abiller</i>, réparer, remettre en état, <a +href="#p001">1.</a></p> +<p><i>Racoustré</i>, raccoutré, +réparé. <a href="#p002">2.</a></p> +<p>RAGUYER (<i>Jacques</i>), <a href="#p061">61,</a> <a href= +"#p097">97.</a></p> +<p>RAGUYER (<i>Jean</i>), <a href="#p061">61,</a> <a href= +"#p097">97.</a></p> +<p><i>Raillart</i>, railleur, bon vivant, <a href= +"#p038">38.</a></p> +<p><i>Railler</i>, faire le métier de bouffon, <a href= +"#p087">87.</a></p> +<p><i>Raillon</i> (<a href="#p094">p. 94</a>), dard. Le raillon +était une espèce de flèche triangulaire. +(P.L.)</p> +<p><i>Raimasser</i> (?), <a href="#p167">167.</a></p> +<p><i>Raine</i>, rainette. <a href="#p077">77.</a></p> +<p><i>Rains</i>, <a href="#p013">p. 13.</a> M.P.L. rapproche ce +mot de <i>rainceaux</i>, et le traduit par <i>rameaux, +fagots</i>. «Les fagots, dit-il, étaient +empilés de chaque côté des vastes +cheminées du XVe siècle. On s'appuyait donc contre +les <i>rains</i> en se chauffant la plante des pieds.»</p> +<p><i>Ralias, rallias, ralyas</i>, festin, régal. <a href= +"#p082">82,</a> <a href="#p205">205.</a></p> +<p><i>Ramenteu</i>, rappelé, remémoré.</p> +<p><i>Ramentevoir</i>, rappeler. <a href="#p082">82.</a></p> +<p><i>Ranguillon</i>, ardillon. <a href="#p100">100.</a></p> +<p><i>Rappeau</i>, nouvel appel. <a href="#p086">86.</a></p> +<p><i>Ravis</i>, enragés. «A loups ravis grosse +pasture», <a href="#p176">176,</a> v. 8.</p> +<p><i>Raye (coucher en)</i>, <a href="#p165">p. 165.</a> Se +mettre en évidence.</p> +<p><i>Réau</i>, <a href="#p061">6l,</a> royal d'or. Cette +monnaie valait 30 sols tournois en 1470. (P. L.)</p> +<p><i>Réagal</i>, <a href="#p076">76.</a> Espèce +d'arsenic rouge. (P. L.)</p> +<p><i>Rebours</i>, <a href="#p106">106,</a> ce qui rebute.</p> +<p><i>Rebourse</i>, revêche, <a href="#p203">203.</a></p> +<p><i>Rebouter</i>, rebuter, <a href="#p043">43,</a> v. 15.</p> +<p><i>Rebrassès colletz</i>, <a href="#p033">33,</a> +collets fort hauts et bien plissés (Pr.).—Collets +bordés de fourrures. (P. L.)</p> +<p><i>Recipe</i>, <a href="#p076">76,</a> ordonnance de +médecin.</p> +<p><i>Recoeuvre, trouve</i>, obtienne. <a href="#p043">43,</a> v. +23.</p> +<p><i>Recorder</i>, rappeler, <a href="#p079">79.</a></p> +<p><i>Recors (être)</i>, se rappeler. <a href= +"#p088">88.</a></p> +<p>RECOUVRER, rendre. «Et que vie me recouvra.» <a +href="#p023">24,</a> v. 18.</p> +<p><i>Recreu</i>, fatigué, lassé. <a href= +"#p038">38,</a> <a href="#p165">l65.</a></p> +<p><i>Recueil</i>, accueil, <a href="#p137">137.</a></p> +<p><i>Recullet (en)</i>, dans un coin, acculé. <a href= +"#p113">113.</a></p> +<p><i>Réer</i> (<a href="#p095">95,</a> v. 9), raser, +râcler.</p> +<p><i>Refrigère</i>, rafraîchissement. <a href= +"#p052">52.</a></p> +<p>REIMS, <a href="#p045">45.</a></p> +<p><i>Relaiz</i>, ressource. <a href="#p009">9.</a></p> +<p><i>Relief</i>, <a href="#p163">163.</a> On appelait relief +l'ordre du prince qui autorisait un officier à toucher ses +appointements échus pendant son absence. (P. L.)</p> +<p><i>Remaine</i>, reste. «Que le refrain ne vous +remaine.» (<a href="#p035">P. 35,</a> v. 3.)</p> +<p><i>Remain</i> reste, <a href="#p010">10.</a></p> +<p><i>Remenant (le)</i>, le reste. <a href="#p030">30,</a> <a +href="#p050">50.</a></p> +<p><i>Reminer</i>, considérer. <a href="#p017">17.</a></p> +<p><i>Remordre</i>, causer du regret, des remords. (<a href= +"#p025">P. 25,</a> v. 21.)</p> +<p><i>Renchère</i>, <a href="#p192">192.</a> Pr. suppose +que c'est le bâton dont on se sert pour porter deux sceaux, +un à chaque bout.</p> +<p>RENÉ (d'Anjou), roi de Sicile. <a href= +"#p074">74.</a></p> +<p>RENES, Rennes, <a href="#p037">37.</a></p> +<p><i>Repaistre</i>, manger, se régaler.</p> +<p><i>Repentailles</i>, regrets, repentir. <a href= +"#p039">39,</a> <a href="#p086">86.</a></p> +<p><i>Reprouche</i>, chose répréhensible. <a href= +"#p103">103.</a></p> +<p><i>Repues franches</i>, repas qui ne coûtent rien.</p> +<p><i>Requérir</i>, quérir, chercher à +nouveau. <a href="#p192">192.</a></p> +<p><i>Requoy (en), à requoy</i>, en repos, tranquille, <a +href="#p030">30,</a> <a href="#p168">168.</a></p> +<p><i>Résceans</i> (?), <a href="#p170">170.</a></p> +<p><i>Rescondre</i>. Renfermer, du latin <i>recondere</i>. (P. +L.)</p> +<p><i>Rescrire</i>, écrire, rapporter, <a href= +"#p027">27.</a></p> +<p><i>Résiner</i>, résigner. «Pour leurs +offices résiner» (<a href="#p205">p. 205</a>), pour +prendre congé et régler leurs comptes.</p> +<p><i>Respit</i>, répit, repos. <a href= +"#p030">30.</a></p> +<p><i>Ressourdant</i>, <a href="#p166">166,</a> Ressortant, +brillant. (P. L.)</p> +<p><i>Retraict</i>, retiré. <a href="#p041">41,</a> <a +href="#p113">113.</a></p> +<p><i>Retraire</i>, retirer. <a href="#p047">47,</a> <a href= +"#p054">54,</a> <a href="#p080">80,</a> <a href= +"#p137">137.</a></p> +<p><i>Revencher</i> (se), prendre sa revanche, se +prévaloir. <a href="#p028">28</a>—<i>Eux +revencher</i>, se venger. <a href="#p067">67.</a></p> +<p><i>Revenue</i>, retour. <a href="#p192">192.</a></p> +<p><i>Rez</i>, <a href="#p093">93.</a> Le rez d'une pomme en est +l'épluchure.</p> +<p><i>Rez</i>, rasé. <a href="#p095">95,</a> v. 8.</p> +<p><i>Ribler</i>, <a href="#p067">67,</a> voler pendant la nuit, +comme les ribauds, <i>ribaldi</i>. (P.L.)</p> +<p><i>Ribleur</i>, voleur de nuit. <a href="#p098">98.</a></p> +<p>RICHER (<i>Pierre</i>), <a href="#p071">71.</a></p> +<p>RICHIER (<i>Denis</i>), <a href="#p063">63.</a></p> +<p><i>Rie</i>, moquerie, raillerie. <a href="#p042">42,</a> v. +22.</p> +<p><i>Riotte</i>, querelle, dispute. <a href="#p098">98.</a></p> +<p>RIOU (<i>Jean</i>), <a href="#p065">65.</a></p> +<p><i>Risse</i>, rirais. <a href="#p058">58.</a></p> +<p>ROBERT, <a href="#p050">50.</a></p> +<p>ROBIN TURGIS, voy. TURGIS.</p> +<p>ROLLANT, <a href="#p157">157.</a></p> +<p>ROMAN DE LA ROSE, <a href="#p025">25.</a></p> +<p>ROMMANTE <i>du Pet au diable</i>, <a href="#p054">54.</a> +Ouvrage imaginaire que Villon s'attribue.</p> +<p>ROME, <i>Romme</i>. <a href="#p081">81,</a> <a href= +"#p121">121.</a></p> +<p>RONSEVILLE (<i>Pierre de</i>), concierge de Louvieulx. <a +href="#p017">17.</a> Il y a une localité de ce nom dans le +département de l'Oise.</p> +<p>ROSE, <a href="#p056">56.</a></p> +<p>ROSNEL, <a href="#p074">74.</a></p> +<p><i>Rottes</i>, vents qui s'échappent de l'estomac. <a +href="#p098">98.</a></p> +<p><i>Rouge</i>, fin. Terme d'argot. <a href="#p185">185.</a></p> +<p><i>Roulet</i>, <a href="#p114">114.</a> Du latin +<i>rotulus</i>, parce que les livres étaient +roulés. (P.L.)</p> +<p><i>Roupieux</i>, désappointé, avec un pied de +nez. <a href="#p205">205.</a></p> +<p>ROUSSILLON, <a href="#p099">99.</a></p> +<p><i>Route</i>, bande, troupe. <a href="#p148">148.</a></p> +<p><i>Royaulx</i>, p. <a href="#p169">169,</a> Écus +d'or.</p> +<p><i>Royne</i>, reine.</p> +<p><i>Ru</i>, ruisseau. Battu «comme à ru +telles» (<a href="#p046">p. 46</a>), comme le linge qu'on +lave.</p> +<p><i>Rubis</i>. Cl. Marot pense que les beaux rubis +légués par Villon aux soldats du guet (<a href= +"#p013">13,</a> v. 23) étaient des rubis de taverne.</p> +<p>RUEL, <a href="#p086">86.</a></p> +<p>RUEL (<i>Jehan de</i>), <a href="#p074">74.</a></p> +<p><i>Ruer</i>, jeter. <a href="#p151">151.</a>—<i>Ruer +jus</i>, abattre, <a href="#p121">121.</a></p> +<p><i>Run</i>, ruine. <a href="#p166">166.</a></p> +<p><i>Rustes</i>, paysans, gens grossiers. <a href= +"#p169">169.</a></p> +<p><i>Ruyt</i>, ardeur amoureuse, rut. <a href= +"#p083">83.</a></p> +<p><i>Rymer</i>, <a href="#p087">87,</a> faire des vers.</p> +<p><i>Rynceau</i>, rameau, rainceau. <a href="#p145">145.</a></p> +<p><b>————— S +—————</b></p> +<p><i>Sà jus</i>, ici bas. <a href="#p105">105,</a> <a +href="#p108">108.</a></p> +<p><i>Sade</i>, gentil, gentille, aimable. <a href= +"#p083">83,</a> <a href="#p196">196.</a></p> +<p><i>Sadinet</i>, la nature de la femme. <a href= +"#p040">40.</a></p> +<p><i>Saillir</i>, sortir. <a href="#p027">27,</a> <a href= +"#p103">103.</a></p> +<p><i>Sainctir</i>, devenir saint. <a href="#p185">185.</a></p> +<p>SAINT-AMANT, <a href="#p060">60.</a></p> +<p>SAINT ANDRÉ, <a href="#p107">107.</a></p> +<p>SAINT ANTOINE (feu), <a href="#p017">17,</a> <a href= +"#p044">44.</a></p> +<p>S. CRISTOFLE, <a href="#p074">74.</a></p> +<p>S. DENIS, <a href="#p157">p. 157.</a> Le cri des +Français était <i>Montjoie S. Denis</i>; celui des +Bretons était <i>Bretagne et S. Yves</i>. (P.L.)</p> +<p>S. DOMINIQUE. <a href="#p090">90.</a> «Les Frères +Prêcheurs, ordre institué par saint Dominique, +étaient chargés de l'inquisition en France.» +(Pr.)</p> +<p>S.-ESTIENNE, paroisse de Paris. <a href="#p096">96.</a></p> +<p>SAINCT-GENOU, <a href="#p062">62.</a></p> +<p>S. GEORGES, <a href="#p068">68,</a> <a href="#p151">151,</a> +<a href="#p158">158.</a></p> +<p>S. GILLE, <a href="#p207">207.</a></p> +<p>S.-INNOCENT, paroisse de Paris. <a href="#p181">181.</a></p> +<p>S. JACQUES, <a href="#p158">158.</a></p> +<p>S.-JACQUES, paroisse de Paris, <a href="#p012">p. 12.</a></p> +<p>S. JEAN-BAPTISTE, <a href="#p046">46,</a> <a href= +"#p107">107,</a>—<i>feu saint Jean</i>, <a href= +"#p166">166.</a></p> +<p>SAINT JULIAN DES VOVENTES, <a href="#p062">62.</a></p> +<p>S. MARTIAL, <a href="#p024">24.</a></p> +<p>S. MARTIN, <a href="#p158">158.</a></p> +<p>S. MATHIEU, <a href="#p218">218.</a></p> +<p>SAINCT OMER, <a href="#p045">45.</a></p> +<p>S. PIERRE, <a href="#p162">162.</a></p> +<p>S. PIERRE DE ROME, <a href="#p189">189.</a></p> +<p>S. PIERRE DES ARSIS, église située dans la +Cité. <a href="#p215">215.</a></p> +<p>S. REMY DE RAINS, <a href="#p190">190.</a></p> +<p>SAINT SATUR <i>soubz Sancerre</i>, <a href="#p057">57.</a></p> +<p>S. VICTOR, <a href="#p122">122.</a></p> +<p>S. YVES, voy. S. Denis.</p> +<p>SAINCTE-AVOYE, <a href="#p094">94.</a> Villon veut être +enterré dans cette église parce que c'est la seule +de Paris qui ne soit pas au rez-de-chaussée. Elle +était au second étage.</p> +<p>Ste BARBE, <a href="#p152">152.</a></p> +<p><i>Sainte Souffrette</i>, patronne imaginaire des gueux. <a +href="#p212">212.</a></p> +<p><i>Sallade</i>, <a href="#p067">67,</a> <a href= +"#p152">152,</a> <a href="#p157">157,</a> casque sans heaume et +sans crête, espèce de pot de fer. (P.L.)</p> +<p>SALINS, <a href="#p037">37,</a> <a href="#p070">70.</a></p> +<p>SALMON, Salomon, <a href="#p045">45,</a> <a href= +"#p114">114.</a></p> +<p>SAMSON, <a href="#p045">45.</a></p> +<p><i>S'amye</i>, son amie, sa maîtresse.</p> +<p>SANCERRE, <a href="#p057">57.</a></p> +<p>SANG. Le sang menstruel servait à faire des philtres et +autres breuvages auxquels on attribuait une vertu magique. Voy. +<a href="#p077">p. 77,</a> v. 11 et 12.</p> +<p><i>Sans</i>, cens, c'est-à-dire rente, revenu. <a href= +"#p072">P. 72,</a> v. 3.</p> +<p><i>Saqueboute</i>, sorte d'épieu. <a href= +"#p148">148.</a></p> +<p><i>Sarazinoys</i>, d'Orient. «Gingembre +sarazinois.» <a href="#p064">64.</a></p> +<p>SARDANA (<a href="#p046">p. 46,</a> v. 7). On a fait beaucoup +de conjectures au sujet de ce Sardana, qui conquit le royaume de +Crète, et plus tard vécut de la vie des femmes. Il +n'y en a pas une de satisfaisante.</p> +<p>SARDANAPALUS, <a href="#p122">122.</a></p> +<p>SATURNE, <a href="#p014">14.</a></p> +<p><i>Saulsoye</i>, lieu planté de saules, arbres qui ne +portent point de glands, comme chacun sait. C'est pourquoi Villon +lègue «le gland d'une saulsoye». (<a href= +"#p012">P. 12,</a> v. 10).</p> +<p><i>Scarbot</i>, escarbot. <a href="#p084">84.</a></p> +<p><i>Scotiste</i>, écossais, d'Ecosse. M.P.L. pense que +le roi d'Ecosse qui avait la moitié de la face vermeille, +c'est-à-dire une <i>tache de vin</i> (<a href="#p035">p. +35</a> v. l3), était Jacques II, mort en 1460.</p> +<p>SCYPION L'AFFRIQUAIN, <a href="#p120">120.</a></p> +<p><i>Se</i>, si. L'e s'élidait souvent: «S'evesque +il est, seignant les rues» (<a href="#p021">21</a> v. +7).</p> +<p><i>Seigner</i>, bénir en faisant le signe de la croix +(<a href="#p021">p. 21,</a> v. 7).</p> +<p><i>Seigneurier</i>, dominer. <a href="#p102">102.</a></p> +<p><i>Séjour</i> «Prebstre sans séjour» +(<a href="#p186">p. 186</a>) peut s'entendre de deux +façons: sans cure et sans résidence; sans loisir et +sans repos. (P. L.)</p> +<p><i>Senestre</i>, gauche.</p> +<p><i>Senez</i>, anciens, vieillards, hommes de sens. <a href= +"#p037">37.</a></p> +<p><i>Sensif</i>, <a href="#p018">18,</a> sensitif, +<i>sensorium</i> siège du sentiment. (P. L.)</p> +<p><i>Sensitif</i>, le tact, le toucher. <a href= +"#p103">103.</a></p> +<p><i>Sentemens</i>, sentiments, intelligence. <a href= +"#p025">25.</a></p> +<p><i>Sequentement</i>, en suivant. <a href="#p160">160.</a></p> +<p><i>Sequeure</i>, secourt, <a href= +"#p043">43.</a>—Secoure. <a href="#p159">159.</a></p> +<p><i>Serain</i>, soir. <a href="#p048">48.</a></p> +<p><i>Sereine</i>, Sirène. <a href="#p034">34.</a></p> +<p><i>Serf</i>. Ce mot sert de prétexte à une +équivoque. «Je ne suis son serf ne sa biche» +(<a href="#p021">21.</a> V 12).</p> +<p>SERGENTS, <a href="#p063">63.</a> Le prévôt de +Paris avait deux compagnies de sergents à pied et à +cheval, composées de 110 hommes chacune, et ayant leurs +corps de garde aux barrières de la ville. (P. L.)</p> +<p><i>Serre (tenir)</i>, <a href="#p051">51,</a> v. 1. J'ignore +ce que cela veut dire.</p> +<p><i>Servans</i>, serfs, serviteurs. «Aussi bien meurt +filz que servans» (<a href="#p036">p. 36,</a> v. 18) +signifie: Les maîtres meurent aussi bien que les +serviteurs, les fils de famille aussi bien que les serfs.</p> +<p><i>Ses</i>, ces. <a href="#p008">8.</a></p> +<p><i>Seur</i>, sûr. <a href="#p071">71,</a> <a href= +"#p142">142.</a></p> +<p><i>Si</i>, ainsi, oui, en effet.</p> +<p><i>Similative (faculté)</i>, faculté d'imiter. +<a href="#p018">18.</a></p> +<p>SIMON MAGUS, <a href="#p122">122.</a></p> +<p><i>Simplesse</i>, simplicité, ignorance. <a href= +"#p106">106.</a></p> +<p><i>Sires</i>, seigneurs. <a href="#p037">37.</a></p> +<p><i>Sist</i>, assit, <a href="#p202">202.</a></p> +<p><i>Sollier</i>, plancher. <a href="#p094">94.</a></p> +<p><i>Some</i>, auguste <a href="#p001">1.</a> <a href= +"#p108">108.</a></p> +<p><i>Somme</i>, sommeil. <a href="#p118">P. 118,</a> v. 16.</p> +<p><i>Somme</i>, en somme. <a href="#p051">51.</a></p> +<p><i>Somme</i>, compter, <a href="#p118">118.</a></p> +<p><i>Sommet</i>, tête. <a href="#p084">84.</a></p> +<p>SORBONNE. «Je ouis la cloche de Sorbonne» (<a +href="#p017">p. 17,</a> v. 20). Ce vers ne prouve pas que Villon +était dans les prisons de l'Université, puisqu'il +est certain qu'il était libre lorsqu'il composa le +<i>Petit Testament</i>, mais seulement qu'il logeait dans le +voisinage de la Sorbonne.</p> +<p><i>Sortir (soy)</i>, se fournir, s'approvisionner. <a href= +"#p196">196.</a></p> +<p><i>Sot</i>, bouffon, comédien. <a href="#p063">63,</a> +<a href="#p098">98.</a> Voy. <i>Prince des sots</i>.</p> +<p><i>Souef</i>, doux. <a href="#p033">33,</a> <a href= +"#p075">75.</a> Doucement. <a href="#p090">90.</a></p> +<p><i>Sonffrette</i>, disette. <a href="#p082">82.</a></p> +<p><i>Souffreteux</i>, pauvre diable, misérable. <a href= +"#p206">206.</a></p> +<p><i>Soulas</i>, plaisir, joie. <a href="#p122">122.</a></p> +<p><i>Souldre</i>, régler, résoudre. <a href= +"#p102">102.</a></p> +<p><i>Souldure</i>, liaison, union. <a href="#p008">8.</a></p> +<p><i>Soullon</i>, <a href="#p099">p. 99.</a> M.P.L. dit que +c'était un ballon avec lequel on jouait à la +<i>soulle</i>. Le mot doit être prononcé +<i>souillon</i>, et n'a pas besoin d'être expliqué. +On le retrouve <a href="#p120">p. 120.</a></p> +<p><i>Souloir</i>, avec coutume.</p> +<p><i>Soustenance</i>, soutien. <a href="#p144">144.</a></p> +<p><i>Soustenir</i>, porter. <a href="#p208">208.</a></p> +<p><i>Souventesfoys</i>, souvent. <a href="#p032">32.</a></p> +<p><i>Soyer</i>, scier. <a href="#p119">119.</a></p> +<p><i>Submectre</i>, soumettre. <a href="#p067">67.</a></p> +<p><i>Substantement</i>, nourriture, soutien. <a href= +"#p106">106.</a></p> +<p><i>Sumer</i>, semer. <a href="#p074">74,</a> v. 16.</p> +<p><i>Sur</i>, chez, <a href="#p013">13,</a> v. 17.</p> +<p><i>Surcot</i>, manteau.</p> +<p><i>Surquerir</i>, <a href="#p012">12.</a> Enrichir, de +<i>succurrere</i>, suivant M.P.L.</p> +<p><i>Sus (Mettre)</i>, mettre en vigueur, soutenir. <a href= +"#p010">10.</a></p> +<p><i>Sus (mis)</i>, surgis, venus. <a href="#p172">172.</a></p> +<p>SUYSSES, <a href="#p171">171.</a></p> +<p><i>Sydère</i>, astre. <a href="#p032">32.</a></p> +<p><b>————— T +—————</b></p> +<p>TABARIE <i>(Guy)</i>, copiste du <i>Roman du Pet au +Diable</i>. <a href="#p054">54.</a></p> +<p><i>Tabart</i>, manteau.</p> +<p><i>Tachon</i>, instrument servant à chasser les +mouches. <a href="#p011">11.</a></p> +<p>TACOT (<i>Colas</i>), <a href="#p097">97.</a></p> +<p><i>Tailleur de faulx coings</i>, faux monnayeur. <a href= +"#p087">87.</a></p> +<p>TAILLEVENT, <a href="#p076">76.</a> Le livre de Taillevent, +«grand cuisinier du roy de France», eut plusieurs +éditions au quinzième siècle et au +commencement du seizième.</p> +<p><i>Talemouze</i>, sorte de pâtisserie. <a href= +"#p063">63.</a></p> +<p><i>Tancer, tencer</i>, disputer.</p> +<p>TANTALUS, Tantale. <a href="#p122">122.</a></p> +<p>TARANNE (<i>Charlot</i>), <a href="#p072">72.</a></p> +<p><i>Targe</i>, <a href="#p070">70.</a> La targe était +une ancienne monnaie de Bretagne, ou <i>brette</i>, du latin +<i>bretta</i>. Son nom lui venait de ce que le revers portait une +<i>targe</i>, ou bouclier échancré. (P.L.)</p> +<p><i>Tarny</i>, terni, usé. <a href="#p172">172.</a></p> +<p><i>Tauxer</i>, taxer, imposer. <a href="#p166">166.</a></p> +<p><i>Tayon</i>, oncle. <a href="#p036">36.</a></p> +<p><i>Telles</i>, toiles. <a href="#p046">46,</a> v. 24.</p> +<p>TEMPLE (<i>la closture du</i>), à Paris. <a href= +"#p061">61.</a></p> +<p><i>Tencer</i>, v. <i>tancer</i>.</p> +<p><i>Tenir</i>, posséder des biens sous la +suzeraineté de quelqu'un: «Soubz luy ne tiens s'il +n'est en friche» (<a href="#p021">21,</a> v. 10).</p> +<p><i>Tenné</i>, <a href="#p037">37,</a> ennuyé, +tourmenté. Cette expression s'emploie encore dans le +langage familier.</p> +<p><i>Terrien, terrienne</i>, terrestre.</p> +<p><i>Tettes</i>, mamelles. <a href="#p041">41.</a></p> +<p>THAÏS, <a href="#p034">34.</a> Courtisane +célèbre, qui vivait à Athènes vers le +milieu du quatrième siècle. (Pr.)</p> +<p>THAMAR, <a href="#p046">46.</a></p> +<p>THEOPHILUS, <a href="#p055">55.</a> Voy. le <i>Miracle de +Théophile</i>, par Gautier de Coinsi. <i>Rennes</i>. 1838, +in-8.</p> +<p>THIBAULT, (<i>Jacques</i>), <a href="#p049">49.</a> Voy. +AUSSIGNY.</p> +<p><i>Tholouzaines</i>, femmes de Toulouse. <a href= +"#p080">80.</a></p> +<p><i>Ticquet</i>, loquet (?), <a href="#p169">169.</a></p> +<p><i>Tieulx</i>, tels. <a href="#p016">16.</a></p> +<p><i>Tocquer</i>, toucher. <a href="#p175">175.</a></p> +<p><i>Tollu</i>, pris, ôté. <a href= +"#p039">39.</a></p> +<p><i>Tor</i>, taureau. <a href="#p122">122.</a></p> +<p><i>Tostée</i>, pain trempé dans du vin. <a href= +"#p079">79.</a></p> +<p><i>Touaille</i>, serviette, pièce de toile. <a href= +"#p029">29.</a></p> +<p><i>Toult</i>, ôte, enlève. <a href= +"#p108">108.</a></p> +<p><i>Tour d'escolle</i> (<a href="#p070">70</a>), tour de +vaurien.</p> +<p><i>Tourbes</i>, foule. <a href="#p107">107.</a></p> +<p><i>Toute jour</i>, toute la journée. <a href= +"#p044">44.</a></p> +<p><i>Trac</i>, trace, train. <a href="#p199">199.</a></p> +<p><i>Tracer</i>, suivre à la piste. <a href= +"#p031">31.</a></p> +<p><i>Trahistre</i>, traître, méchant. <a href= +"#p098">98.</a></p> +<p><i>Traicte</i>, tirée, extraite. <a href= +"#p106">106.</a></p> +<p><i>Traictis</i>, joli. <a href="#p040">40.</a></p> +<p><i>Traire</i>, tirer. <a href="#p157">157.</a></p> +<p><i>Transglouti</i>, englouti. <a href="#p122">122.</a></p> +<p><i>Transmué</i>, changé. <a href= +"#p121">121.</a></p> +<p><i>Transy</i>, trépassé. <a href= +"#p103">103.</a></p> +<p><i>Trasse</i>, trace, piste. <a href="#p176">176.</a></p> +<p><i>Trasser</i>, suivre à la piste, poursuivre. <a href= +"#p176">176.</a></p> +<p><i>Travail</i>, souffrance, peine, adversité. <a href= +"#p025">25,</a> <a href="#p115">115.</a></p> +<p><i>Travailler (se)</i>, s'occuper, s'employer. <a href= +"#p072">72.</a></p> +<p><i>Tresbucher</i>, tomber, <a href="#p155">l55.</a></p> +<p><i>Trespercer</i>, transpercer. <a href="#p008">8,</a> <a +href="#p154">154.</a></p> +<p><i>Tressuer</i>, tressaillir. <a href="#p192">192.</a></p> +<p><i>Trestous</i>, tous.</p> +<p><i>Trestout</i>, tout, entièrement.</p> +<p><i>Tretisses</i>, voy. <i>traictiss</i>.</p> +<p><i>Treuver</i>, trouver. <a href="#p036">36.</a></p> +<p>TRISTAN, prévost des mareschaulx (<a href="#p092">p. +92</a>), est le fameux Tristan l'Ermite, prévôt de +l'hôtel du roi et favori de Louis XI. (P.L.)</p> +<p>TROÏLE (<a href="#p074">74</a>), fils de Priam et +d'Hécube, fut tué par Achille au siège de +Troie. (P.L.)</p> +<p><i>Trompille</i>, trompe, trompette. <a href= +"#p154">154.</a></p> +<p><i>Trop plus</i>, beaucoup plus, trop. <a href= +"#p022">22.</a></p> +<p>TROU PERRETTE, <a href="#p097">97,</a> probablement un +cabaret. Marot dit que c'était un jeu de paume.</p> +<p><i>Trousse</i>, carquois. <a href="#p173">173.</a></p> +<p>TROUSSECAILLE (<i>Robin</i>), <a href="#p065">65.</a></p> +<p><i>Trousser au col</i>, emporter sur les épaules. <a +href="#p011">11.</a></p> +<p>TROYENS, <a href="#p122">122.</a></p> +<p>TROYS, Troyes. <a href="#p045">45.</a></p> +<p>TROYS LICTS (<a href="#p013">p. 13,</a> v. 25), chambre du +Châtelet un peu plus commode que les autres, +peut-être. (Pr.)</p> +<p><i>Truandailles</i>, hommes de la lie du peuple. <a href= +"#p039">39.</a></p> +<p><i>Trumellières</i>, porte-manteau, accroché au +<i>trumeau</i>, partie de mur entre deux fenêtres, <a href= +"#p011">11.</a></p> +<p><i>Truys</i>, trouve. <a href="#p144">144.</a></p> +<p><i>Tumbel</i>, tombeau. <a href="#p094">94.</a></p> +<p>TURGIS (<i>Robert</i>). <a href="#p050">50,</a> <a href= +"#p060">60,</a> <a href="#p062">62.</a></p> +<p>TURLUPINS, TURLUPINES, <a href="#p066">66,</a> <a href= +"#p179">179,</a> hérétiques du treizième et +du quatorzième siècle, qui s'appelaient +eux-mêmes la <i>Confrérie des pauvres</i>, et qui +n'étaient pas plus orthodoxes en matière de morale +qu'en matière de religion. On a désigné +quelquefois sous ce nom les ordres mendiants des deux sexes.</p> +<p>TUSCA (<i>de</i>), chef de police ou capitaine d'aventures. <a +href="#p067">67.</a></p> +<p><i>Tyran</i>, tyran. <a href="#p078">78.</a></p> +<p><b>————— U +—————</b></p> +<p><i>Unes</i>, une paire de. «Et unes houses de +basane.» <a href="#p073">P. 73.</a> v. 7.— +«Unes brayes breneuses.» <a href="#p077">P. +77.</a></p> +<p><i>Uys</i>, porte. <a href="#p048">48.</a></p> +<p><b>————— V +—————</b></p> +<p><i>Vacquerie</i>, vicairie. <a href="#p068">68.</a></p> +<p>VALENCIENNES, <a href="#p081">81.</a></p> +<p>VALERE LE GRAND, Valère Maxime. <a href= +"#p027">27.</a></p> +<p><i>Valeton</i>, serviteur, amoureux. <a href= +"#p049">49.</a></p> +<p>VALLETTE (<i>Jehan</i>), <a href="#p063">63.</a></p> +<p><i>Varlet</i>, garçon de cabaret, de cuisine. <a href= +"#p193">193,</a> <a href="#p197">197,</a> <a href= +"#p208">208.</a></p> +<p><i>Vaulsist</i>, valait, <a href="#p026">26.</a></p> +<p>VAUSELLES (<i>Katherine de</i>), <a href="#p046">46.</a></p> +<p>VAUVERT (le diable de). L'opinion commune était que les +diables habitaient Vauvert. C'est pour cette raison que l'on +appelait rue d'Enfer celle qui conduisait en ce lieu. (Pr.)</p> +<p><i>Vecy</i>, voici.</p> +<p><i>Veez</i>, voyez. <a href="#p136">136.</a></p> +<p><i>Vela</i>, voilà.</p> +<p><i>Venerieux</i>, relatif à l'amour. «A tous les +Dieux venerieux.» (<a href="#p008">P. 8,</a> v. 7.)</p> +<p><i>Vent (avoir le)</i>, <a href="#p173">173,</a> être +favorisé de la fortune. On dit aujourd'hui: Avoir vent en +poupe.</p> +<p><i>Venteur</i>, <a href="#p096">96,</a> homme qui se vante +volontiers.</p> +<p>VENUS, <a href="#p122">122.</a></p> +<p><i>Veoir</i>, voir. <a href="#p025">25.</a>—Vrai. <a +href="#p197">197.</a></p> +<p><i>Verdi</i>, p. <a href="#p168">168,</a> v. 24 (?). +Peut-être faut-il lire: «Gorgias, sur le hault +vestu.»</p> +<p><i>Vers</i>, envers. <a href="#p024">24.</a></p> +<p>VICESTRE, <a href="#p012">12,</a> <a href="#p073">73.</a> Le +château de Bicêtre. Il était en ruines du +temps de Villon.</p> +<p><i>Viellart</i>, vieillard. <a href="#p069">69.</a></p> +<p><i>Vielle</i>. «Ma vielle ay mys soubz le banc», +<a href="#p048">p. 48,</a> veut dire: j'ai renoncé au jeu, +j'ai quitté la partie.</p> +<p>VIENNE en Dauphiné. <a href="#p037">37.</a></p> +<p>VILLON (Guillaume), <a href="#p009">9,</a> <a href= +"#p053">53.</a> Ce Guillaume Villon ou de Villon n'était +pas le père du poëte, puisque celui-ci, qui l'appelle +son «plus que père», parle de lui, dans le +<i>Grand Testament</i> (<a href="#p053">p. 53</a>) comme d'une +personne encore en vie, et lui lègue sa +bibliothèque, tandis qu'il vient de dire (<a href= +"#p032">p. 32</a>) que son père est mort, M. Nagel s'est +attaché à prouver qu'il n'était même +pas son parent, d'où la conclusion que le poëte +aurait adopté le nom de Villon pour faire honneur à +son maître et protecteur. Il se fonde +particulièrement sur le huitain IX du <i>Petit +Testament</i>, où François dit que sa +renommée <i>bruit</i> en faveur du nom de Guillaume, et +sur le huitain 23 du <i>Grand Testament</i>, où il se +plaint qu'il est abandonné des siens, ce qui ne s'accorde +pas avec les témoignages de reconnaissance qu'il prodigue +à Guillaume Villon. J'avoue que tout cela est assez +concluant. On pourrait objecter néanmoins qu'en se disant +abandonné du moindre des siens, tout en parlant comme il +le fait des bontés que Guillaume avait pour lui, Villon se +rappelait cet axiome, que l'exception confirme la règle. +Quant à l'honneur que sa renommée devait faire au +nom de Villon, il importait peu que Guillaume fût ou non de +la famille du poëte: le résultat était le +même pour lui.</p> +<p><i>Villotières</i>, coureuses, filles de mauvaise vie. +Voy. Cotgrave.</p> +<p><i>Vin de buffet</i>, vin commun et frelaté. <a href= +"#p065">65.</a></p> +<p><i>Vin (aller au)</i>, <a href="#p083">p. 83,</a> c'est aller +au cabaret chercher du vin qu'on emporte dans l'endroit où +il doit être bu. C'est ainsi qu'on s'en procurait +généralement au moyen âge. Voy. <i>Ancien +théâtre français</i>. t. 1, p. 1955 <i>Farce +de Pernet</i> <i>qui va au vin</i>; t. 1, p. 250. <i>Farce du +gentilhomme et de Naudet</i>.</p> +<p>Vin d'Aulnys. <a href="#p060">60.</a>—de Baigneulx. <a +href="#p193">193.</a>—de Beaune. <a href="#p193">193,</a> +<a href="#p207">207.</a>—Morillon (rouge). <a href= +"#p100">100.</a></p> +<p><i>Vis</i>, visage. <a href="#p040">40.</a></p> +<p><i>Vivre d'avantage</i>, vivre sans rien débourser, aux +dépens d'autrui.</p> +<p><i>Vo</i>, votre. <a href="#p086">86.</a></p> +<p><i>Voir</i>, vrai. <a href="#p028">28.</a></p> +<p><i>Voire</i> (<a href="#p095">95,</a> v. 17), verre.</p> +<p><i>Voire</i>, vraiment. <a href="#p023">23,</a> <a href= +"#p145">145,</a> <a href="#p164">164.</a></p> +<p><i>Volse</i>, aille. <a href="#p022">22.</a></p> +<p>VOLLANT, <a href="#p196">196.</a></p> +<p><i>Vouilliés</i>, veuillez <a href="#p055">55.</a></p> +<p><i>Voulenté</i>, volonté.</p> +<p><i>Voulsisse</i>, voulusse. <a href="#p147">147.</a></p> +<p><i>Voulsist</i>, voulût. <a href="#p033">33,</a> <a +href="#p191">191.</a></p> +<p><i>Voult</i>, voulut. <a href="#p099">99.</a></p> +<p><i>Voultyz (sourcilz)</i>, sourcils arqués, bien +plantés. (<a href="#p040">P. 40.</a>)</p> +<p><i>Voyse</i>, aille. <a href="#p064">64.</a></p> +<p><i>Vueil</i>, voeu. <a href="#p075">75,</a> v. 9.</p> +<p><i>Vueil</i>, veux. <a href="#p022">22.</a></p> +<p><b>————— Y +—————</b></p> +<p>Y, il. «Cy sçay bien comment y m'en va.» <a +href="#p108">108.</a></p> +<p><i>Ydoine</i>, propre, <i>idoneus</i>.</p> +<p><i>Ypocras</i>, vin sucré et épicé. <a +href="#p078">78,</a> <a href="#p198">198.</a></p> +<p><i>Ysnel</i>. prompt, alerte. <a href="#p074">74.</a></p> +<p>YTHIER, <a href="#p059">59.</a></p> +<p>Yver, hiver. <a href="#p085">85.</a></p> +<p>YVON, prénom commun en Bretagne. <a href= +"#p157">157.</a></p> +<br> +<br> +<br> + +<h3>TABLE DES MATIÈRES</h3> +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" summary="" +style="text-align: left; width: 100%;"> +<tbody> +<tr> +<td style="vertical-align: top; width: 95%; text-align: left;"> +<br> +PRÉFACE<br> +REMARQUES PHILOLOGIQUES<br> +CLÉMENT MAROT AUX LECTEURS<br> +MAROT AU ROY FRANÇOIS Ier<br> +<br> + LE PETIT TESTAMENT<br> +<br> + LE GRAND TESTAMENT<br> +<div style="margin-left: 2em">Ballade des Dames du temps +jadis<br> +Ballade des Seigneurs du temps jadis<br> +Ballade en vieil françois<br> +Les Regrets de la belle Heaulmière<br> +Ballade de la belle Heaulmière<br> +Double Ballade sur le même propos<br> +Ballade que Villon fait à la requeste de sa mère, +pour prier Nostre Dame.<br> +Ballade de Villon à s'amye<br> +Lay ou plustost Rondeau<br> +Ballade et oraison<br> +Ballade que Villon bailla à un gentilhomme<br> +Ballade<br> +Ballade intitulée: <i>Les Contredictz de +Franc-Gontier</i><br> +Ballade des femmes de Paris<br> +Ballade de Villon et de la Grosse Margot<br> +Belle leçon de Villon aux enfans perduz<br> +Ballade de bonne doctrine à ceux de mauvaise vie<br> +Lays<br> +Rondeau.<br> +Ballade par laquelle Villon crye mercy à chascun<br> +Ballade pour servir de conclusion<br> +<br> +</div> +POÉSIES DIVERSES: +<div style="margin-left: 2em">Le quatrain que feit Villon quand +il fut jugé à mourir<br> +L'Epitaphe en forme de Ballade que feit Villon pour luy et +ses<br> + compagnons,s'attendant estre pendu avec eulx<br> +La requeste de Villon à la Cour de Parlement.<br> +Ballade de l'appel de Villon.<br> +Le Dit de la naissance Marie.<br> +Double Ballade.<br> +Ballade Villon.<br> +Epistre en forme de Ballade, à ses amis.<br> +Le Débat du cueur et du corps de Villon.<br> +La Requeste que Villon bailla à Monseigneur de +Bourbon.<br> +Ballade des proverbes.<br> +Ballade des menus propos.<br> +Ballade des povres housseurs.<br> +Problème ou Ballade au nom de la Fortune.<br> +Ballade contre les mesdisans de la France.<br> +Le Jargon ou Jobelin de Maistre François Villon.<br> +<br> +</div> +POÉSIES ATTRIBUÉES A VILLON: +<div style="margin-left: 2em">I. Rondel.<br> +II. Rondel.<br> +III. Rondel.<br> +IV. Rondel.<br> +V. Rondel.<br> +VI. Rondel.<br> +VII. Rondel.<br> +VIII. Rondel.<br> +IX. Rondel.<br> +X. Rondel.<br> +XI. Rondel.<br> +XII. Rondel.<br> +XIII. Rondel.<br> +XIV. Ballade pour ung prisonnier.<br> +XV. Rondel.<br> +XVI. Ballade.<br> +XVII. Ballade morale.<br> +XVIII. Ballade.<br> +XIX. Ballade.<br> +XX. Ballade.<br> +XXI. Ballade joyeuse des Taverniers.<br> +XXII. Monologue du Franc Archier de Baignollet.<br> +XXIII. Dialogue de messieurs de Mallepaye et de Baillevent.<br> +XXIV. Les Repeues franches de François Villon et de ses +compagnons.<br> +<div style="margin-left: 3em">Ballade de l'Acteur<br> +Ballade des Escoutans<br> +La Repeue de Villon et de ses compaignons<br> +<div style="margin-left: 1em">La manière d'avoir du +poisson.<br> +La manière d'avoir des trippes.<br> +La manière d'avoir du pain.<br> +La manière d'avoir du vin.<br> +La manière d'avoir du rost.<br> +</div> +Seconde Repeue, de l'Epidémie.<br> +La troisiesme Repeue, des Torcheculs.<br> +La quatriesme Repeue, du Souffreteux.<br> +La cinquiesme Repeue, du Pelletier.<br> +Sixiesme Repeue, des Gallants sans soucy.<br> +La septiesme Repeue, faicte auprès de Montfaulcon.<br> +<br> +</div> +</div> +NOTES<br> +<br> + GLOSSAIRE-INDEX<br> +<br> +</td> +<td style="vertical-align: top; width: 5%; text-align: right;"> +Pages<br> +<a href="#pV">V</a><br> +<a href="#pXXIII">XXIII</a><br> +<a href="#p001">1</a><br> +<a href="#p005">5</a><br> +<br> +<a href="#p007">7</a><br> +<br> +<a href="#p021">21</a><br> +<a href="#p034">34</a><br> +<a href="#p035">35</a><br> +<a href="#p036">36</a><br> +<a href="#p039">39</a><br> +<a href="#p042">42</a><br> +<a href="#p045">45</a><br> +<a href="#p055">55</a><br> +<a href="#p057">57</a><br> +<a href="#p059">59</a><br> +<a href="#p069">69</a><br> +<a href="#p074">74</a><br> +<a href="#p076">76</a><br> +<a href="#p078">78</a><br> +<a href="#p080">80</a><br> +<a href="#p083">83</a><br> +<a href="#p086">86</a><br> +<a href="#p087">87</a><br> +<a href="#p090">90</a><br> +<a href="#p095">95</a><br> +<a href="#p098">98</a><br> +<a href="#p099">99</a><br> +<br> +<br> + <a href="#p101">101</a><br> +<a href="#p101">101</a><br> +<br> +<a href="#p103">103</a><br> +<a href="#p104">104</a><br> +<a href="#p105">105</a><br> +<a href="#p107">107</a><br> +<a href="#p110">110</a><br> +<a href="#p111">111</a><br> +<a href="#p113">113</a><br> +<a href="#p115">115</a><br> +<a href="#p116">116</a><br> +<a href="#p117">117</a><br> +<a href="#p119">119</a><br> +<a href="#p120">120</a><br> +<a href="#p121">121</a><br> +<a href="#p124">124</a><br> +<br> +<br> + <a href="#p133">133</a><br> +<a href="#p133">133</a><br> +<a href="#p134">134</a><br> +<a href="#p135">135</a><br> +<a href="#p135">135</a><br> +<a href="#p136">136</a><br> +<a href="#p136">136</a><br> +<a href="#p136">136</a><br> +<a href="#p137">137</a><br> +<a href="#p138">138</a><br> +<a href="#p139">139</a><br> +<a href="#p139">139</a><br> +<a href="#p140">140</a><br> +<a href="#p140">140</a><br> +<a href="#p141">141</a><br> +<a href="#p142">142</a><br> +<a href="#p143">143</a><br> +<a href="#p144">144</a><br> +<a href="#p145">145</a><br> +<a href="#p146">146</a><br> +<a href="#p147">147</a><br> +<a href="#p150">150</a><br> +<a href="#p164">164</a><br> +<a href="#p178">178</a><br> +<a href="#p182">182</a><br> +<a href="#p183">183</a><br> +<a href="#p186">186</a><br> +<a href="#p187">187</a><br> +<a href="#p190">190</a><br> +<a href="#p191">191</a><br> +<a href="#p192">192</a><br> +<a href="#p194">194</a><br> +<a href="#p195">195</a><br> +<a href="#p199">199</a><br> +<a href="#p206">206</a><br> +<a href="#p210">210</a><br> +<a href="#p212">212</a><br> +<a href="#p215">215</a><br> +<br> +<a href="#p220">220</a><br> +<br> +<a href="#p227">227</a><br> +</td> +</tr> +</tbody> +</table> +<p><b>ADDITIONS ET CORRECTIONS.</b></p> +<p>Le nom de M. CAMPAUX est partout écrit par erreur +CAMPEAUX.</p> +<p>Les deux premiers huitains de la Ballade <a href="#p074">p. +74</a> donnent en acrostiche AMBRAISE DE LOREDE, peut-être +le nom du gentilhomme pour qui cette pièce fut +composée.</p> +<p>L'envoi de la <i>Ballade de la Grosse Margot</i> (<a href= +"#p084">p. 84</a>) donne en acrostiche le nom de Villon.</p> +<p><i>Fille en chief</i> (<a href="#p091">p. 91</a>), fille +coiffée de ses cheveux.</p> +<p>Les <i>Coups orbes</i> (<a href="#p115">p. 115</a>) sont des +coups produisant des contusions, des <i>bleus</i>.</p> +<p><i>Coustelez comme chiches</i> (<a href="#p171">p. 171</a>) +peut se traduire par: «à côtes, comme des pois +chiches».</p> +<div>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 12246 ***</div> +</body> +</html> + diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt new file mode 100644 index 0000000..6312041 --- /dev/null +++ b/LICENSE.txt @@ -0,0 +1,11 @@ +This eBook, including all associated images, markup, improvements, +metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be +in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES. + +Procedures for determining public domain status are described in +the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org. + +No investigation has been made concerning possible copyrights in +jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize +this eBook outside of the United States should confirm copyright +status under the laws that apply to them. diff --git a/README.md b/README.md new file mode 100644 index 0000000..7f36543 --- /dev/null +++ b/README.md @@ -0,0 +1,2 @@ +Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for +eBook #12246 (https://www.gutenberg.org/ebooks/12246) diff --git a/old/12246-8.txt b/old/12246-8.txt new file mode 100644 index 0000000..62b599f --- /dev/null +++ b/old/12246-8.txt @@ -0,0 +1,12476 @@ +Project Gutenberg's Oeuvres compltes de Franois Villon, by Franois Villon + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Oeuvres compltes de Franois Villon + Suivies d'un choix des posies de ses disciples + +Author: Franois Villon + +Release Date: May 3, 2004 [EBook #12246] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OEUVRES DE FRANOIS VILLON *** + + + + +Produced by Miranda van de Heijning, Renald Levesque and PG +Distributed Proofreaders. This file was produced from images +generously made available by the Bibliothque nationale de France +(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr. + + + + + + +OEUVRES COMPLTES + +DE + +FRANOIS VILLON + + + + + +SUIVIES D'UN CHOIX DES POSIES DE SES DISCIPLES +DITION PRPARE PAR LA MONNOYE + +MISE A JOUR, AVEC NOTES ET GLOSSAIRE +PAR M. PIERRE JANNET + +[NOTE DU TRANSCRIPTEUR: Les numros de pages du document +original ont t conservs pour faciliter l'identification +des nombreuses rfrences qu'on trouve dans les Notes et le +Glossaire-Index, la fin du texte.] + + + +PRFACE [P. V] + + +On ne sait gure de la vie de Franois Villon que ce qu'il en +dit lui-mme, et l'on en sait trop. J'aurais voulu me dispenser +de dcrire, aprs tant d'autres[1], cette existence peu +difiante, mais je n'ai pas cru pouvoir le faire. Le sujet des +posies de Villon, c'est Villon lui-mme, et sa biographie est +la clef de ses oeuvres. + +[Footnote 1: Voir notamment la _Vie de Franois Villon_, par +Guillaume Colletet, en tte des oeuvres de Villon, dition +de M.P.L. Jacob, bibliophile (M. Paul Lacroix), Paris, 1854, +in-16;--le _Mmoire_ de M. Prompsault, en tte de son dition +de Villon, Paris, 1832, in-8;--_Franois Villon, Versuch einer +kritischen Darstellung seines Lebens nach seinen Gedichten_, von +Dr. S. Nagel. _Mulheim an der Ruhr_, 1856, in-4, le travail le +plus complet et le plus judicieux qu'on et fait jusqu'alors sur +ce sujet, et la base de ceux qu'on a faits depuis;--_Franois +Villon, sa vie et ses oeuvres_, par Antoine Campeaux, _Paris, +Durand_, 1859, in-8, et la notice de M. Anatole de Montaiglon, +excellente pour le fond comme pour la forme, dans _les Potes +Franais_, recueil publi sous la direction de M. Eugne Crpet, +Paris, 1861-62, 4 vol. gr. in-8, t. I, p. 447-455.] + +Franois Villon naquit Paris en 1431. Sur la foi d'une pice +que Fauchet, dans son trait _de l'Origine des chevaliers_, +imprim en 1599, dit avoir trouve dans un manuscrit de sa +bibliothque [2], on [ p. VI] a mis en doute le lieu de la +naissance et jusqu'au nom du pote. On s'est livr des +conjectures ingnieuses pour concilier les renseignements +fournis par lui-mme avec les indications de Fauchet, pour +expliquer comment il pouvait s'appeler la fois Corbueil et +Villon, tre la fois natif d'Auvers et de Paris. Pour moi, je +crois, avec le P. Du Cerceau, Daunou et beaucoup d'autres, +qu'on ne doit tenir aucun compte de ce huitain, amplification +maladroite de l'pitaphe en quatre vers [3]. Ce n'est pas sur +une pareille autorit qu'on peut substituer le nom de _Corbueil_ + celui de _Villon_, que notre pote se donne lui-mme en vingt +endroits de ses oeuvres [4]. + +[Footnote 2: Voici cette pice, que j'ai cru devoir rejeter des +oeuvres de Villon: + +_Je suis Franoys, dont ce me poise, Nomm Corbueil en mon +surnom, Natif d'Auvers emprs Pontoise, Et du commun nomm +Villon. Or, d'une corde d'une toise Sauroit mon col que mon cul +poise, Se ne fut un joli appel. Le jeu ne me sembloit point +bel._ + +L'auteur de ce huitain n'a pas compris l'intention comique de ce +vers de Villon: + +_N de Paris emprs Pontoise;_ + +C'est pourquoi il le fait gravement natre Auvers, qui est +en effet prs de Pontoise. Mais une preuve certaine de la +composition tardive de cette pice, c'est qu'on ne trouverait +probablement pas dans la seconde moiti du XVe sicle, et +certainement pas dans les oeuvres de Villon, un huitain dont +les rimes soient distribues comme dans celui-l. Dans tous les +huitains de Villon, sans exception, le premier vers rime avec +le troisime, le second avec le quatrime, le cinquime et le +septime, et le sixime avec le huitime. Les faussaires ne +pensent jamais tout.] + +[Footnote 3: Voy. p. 101.] + +[Footnote 4: Voy. le _Glossaire-Index_, au mot VILLON.] + +Les parents de Villon taient pauvres[5]. Sa mre tait [P. VII] +illettre[6]; son pre tait vraisemblablement un homme de +mtier, et peut-tre, ainsi que l'a conjectur M. Campeaux, un +ouvrier en cuir, un _cordouennier_[7]. + +[Footnote 5: V. p. 31, huitain XXXV.] + +[Footnote 6: Oncques lettre ne leuz. P. 55, v. 22.] + +[Footnote 7: Voyez _Notes_, p. 224.] + +Pouss par le dsir de s'lever au-dessus de la triste condition +de ses parents, ou plutt par ce besoin de savoir qui tourmente +les natures comme la sienne, Villon tudia. Il connut les +misres de l'tat d'colier pauvre. On n'a pas de renseignements +certains sur le genre d'tudes auquel il se livra ni sur les +progrs qu'il y fit. M. Nagel suppose qu'il obtint le grade de +matre s arts, et se fonde surtout sur le legs qu'il fait plus +tard, de sa nomination qu'il a de l'Universit (p. 15). Mais +ce legs pourrait bien n'tre qu'une plaisanterie, comme tant +d'autres. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'obtint pas +le grade de matre en thologie, but suprme des tudes du +temps[8]. + +[Footnote 8: Voy. _Grand Testament_, huitains XXXVII (p. 32) et +LXXII (p. 52.)] + +En ce temps-l, comme plus tard, les tudiants taient exposs + bien des tentations. Villon n'y sut pas rsister. En contact +avec des jeunes gens sans prjugs d'aucune sorte et dpourvus +d'argent comme lui, il adopta leurs moeurs et faons de vivre. +Bientt il devint leur chef et leur providence[9]. Les _Repues +franches_, singulier monument lev sa gloire par quelqu'un +de ses disciples, nous font connatre par quelles combinaisons +ingnieuses lui et ses compagnons se procuraient les moyens de +mener joyeuse vie. Leurs friponneries taient tout [P. VIII] +fait dans les moeurs du temps, et ne dpassaient sans doute pas +les proportions de ce qu'on serait volontiers tent d'appeler +_des bons tours_; mais ils taient sur une pente glissante, et +la justice n'entendait pas raillerie. + +[Footnote 9: _C'estoit la mre nourricire De ceux qui n'avoient +point d'argent; A tromper devant et derrire Estoit un homme +diligent._ (P. 190.)] + +Rien ne prouve cependant que Villon ait eu maille partir avec +elle cause de ses entreprises sur le bien d'autrui. On a parl +de ses deux procs: il en eut au moins trois, bien constats par +ses oeuvres, et le premier, qu'on n'avait pas fait ressortir +jusqu' prsent, est le seul dont le sujet soit indiqu d'une +manire certaine. C'est la suite d'une affaire d'amour. + +Avant de tomber dans ces relations honteuses avec des femmes +perdues dont la _Ballade de la Grosse Margot_[10] nous donne +l'ignoble tableau, Villon fut amoureux. Il connut l'amour vrai, +l'amour naf et timide[11]. Quel fut l'objet de cette passion, +c'est ce qu'il n'est pas facile de dire. Il l'appelle de divers +noms, Denise, Roze, Katherine de Vauzelles. Que ce ft une +femme de moeurs faciles, une gentille bourgeoise ou une noble +damoiselle, il parat certain que c'tait une coquette. Elle +l'couta d'abord, l'encouragea[12] et finit par le rebuter. Il +s'en plaignit sans doute ses compagnons, que les femmes qu'ils +frquentaient n'avaient pas habitus de pareilles rigueurs, et +qui se moqurent de lui[13]. Villon s'emporta contre sa belle, +lui fit des avanies, lui dit des injures, composa [P. IX] +peut-tre contre elle quelque ballade piquante, quelque rondeau +bien mchant. Or, bien que religieux au fond, il frondait +volontiers les choses sacres[14]. La belle dame se plaignit; la +juridiction ecclsiastique s'en mla[15], et Villon fut bel et +bien condamn au fouet[16]. + +[Footnote 10: Page 83.] + +[Footnote 11: Le doux souvenir de cette passion se montre en +maints endroits des oeuvres de Villon, ml ses regrets et aux +reproches qu'il adresse sa matresse avide et cruelle. Voy. +les huitains III, IV, V et X du _Petit Testament_, LV LIX du +_Grand Testament_, la ballade de la page 57, le rondeau p. 59, +etc.] + +[Footnote 12: _Quoy que je luy voulsisse dire, Elle estoit +preste d'escouter, etc._ (P. 47.)] + +[Footnote 13: _... qui partout m'appelle L'amant remys et +reni_. (P. 48.)] + +[Footnote 14: Voir notamment les huitains CVI CX du _Grand +Testament_.] + +[Footnote 15: _Quant chicanner me feit Denise, Disant que je +l'avoye mauldite_. P. 69.] + +[Footnote 16: La sentence fut excute. La _Double ballade_ de +la page 45 ne laisse aucun doute cet gard: _J'en fus batu, +comme ru telles, Tout nud..._ (P. 46, v. 24-25.)] + +C'est la suite de cette sentence que Villon, dcid quitter +Paris, composa les _Lays_ ou legs auxquels on a donn depuis le +titre de _Petit Testament_. + +Dans le huitain VI, page 9, il annonce qu'il s'en va Angers. +Il est probable qu'il ne fit pas ce voyage. Ses habitudes, ses +relations, sa misre, le retinrent Paris ou aux environs. +C'tait en 1456. Fltri par le chtiment qu'il avait subi, aigri +par l'infortune, il ne connut plus de bornes. L'anne qui suivit +sa condamnation fut assurment l'poque la plus honteuse de +sa vie. En 1457, il tait dans les prisons du Chtelet, et +le Parlement, aprs lui avoir fait appliquer la question de +l'eau[17], le condamnait mort. On ignore le motif de cette +condamnation; on a suppos qu'il s'agissait d'un crime commis +Rueil par lui et plusieurs de ses compagnons, dont quelques-uns +furent pendus[18]. Cette supposition parat fonde. Quant au +crime commis, il n'tait peut-tre pas d'une extrme [P. X] +gravit. Les lois taient svres, et les compagnons de Villon +devaient avoir, comme lui, des antcdents fcheux. + +[Footnote 17: C'est ce qu'indiquent clairement ces deux vers de +la page 104: _On ne m'eust, parmi ce drapel, Faict boyre celle +escorcherie_.] + +[Footnote 18: Voy. la _Belle leon aux enfans perduz_, p. 86, et +le _Jargon_, p. 125.] + +Quoi qu'il en soit, Villon ne partagea pas leur sort. Il est +vrai qu'il ne ngligea rien pour se tirer d'affaire: il appela +de la sentence, ce qui lui valut quelque rpit; puis, du +moins ceci parat certain, l'occasion de la naissance d'une +princesse qu'il appelle Marie, il implora la protection du +pre de cette princesse. Cette dmarche lui russit: le prince +intercda pour lui, et le Parlement commua sa peine en celle du +bannissement. Villon se montra pntr de reconnaissance. Il +adressa une requte au Parlement, pour lui rendre grces autant +que pour lui demander un dlai de trois jours pour quitter +Paris, et il composa pour la princesse qui venait de natre +des vers pleins de sentiment. M. Prompsault a cru que cette +princesse tait Marie de Bourgogne, fille de Charles le +Tmraire, ne le 13 fvrier 1457; mais c'tait une erreur. M. +Auguste Vitu, qui prpare depuis nombre d'annes une dition de +Villon, a reconnu qu'il s'agissait de Marie d'Orlans, fille du +pote Charles d'Orlans, ne le 19 dcembre 1457, et M. Campeaux +a clairement dmontr que cette opinion tait fonde. + +A partir du moment o Villon quitte Paris, en excution de +l'arrt du Parlement, nous perdons sa trace jusqu'en 1461. +A cette poque nous le trouvons dans les prisons de +Meung-sur-Loire, o le dtient Thibault d'Aussigny, vque +d'Orlans. Quel nouveau mfait lui reprochait-on? Ceux qui +supposent qu'il avait fabriqu de la fausse monnaie n'ont pas +pris garde que la punition de ce crime tait exclusivement du +ressort des juges sculiers. Dans le _Dbat du coeur et du +corps de Villon_, compos dans sa prison, le pote attribue sa +dtention sa _folle plaisance_. + +Ce qu'on lui reprochait, c'tait peut-tre quelque [P. XI] +propos ou quelque crit peu orthodoxe, quelque _plaisanterie_ +sentant le sacrilge, quelque aventure galante par trop +scandaleuse, toutes choses dont il tait bien capable et dont la +rpression regardait la justice ecclsiastique. Il y a lieu de +croire que le dlit n'tait pas en rapport avec la punition, car +Villon, qui n'a jamais protest contre sa condamnation au fouet, +qui se contente d'indiquer vaguement que le Parlement l'avait +jug _par fausserie_, fit preuve de la plus violente rancune +contre Thibault d'Aussigny. Il parat mme certain que cette +mauvaise affaire ne lui fit pas perdre la faveur de ses +protecteurs, Charles d'Orlans et le duc de Bourbon. + +Quoi qu'il en soit, Villon languit longtemps dans la prison de +Meung, plong dans un cul de basse-fosse, nourri au pain et +l'eau. Rien n'indique qu'une sentence quelconque ait t rendue +contre lui mais le traitement qu'on lui faisait subir devait le +conduire lentement une mort certaine. Heureusement Louis +XI, qui venait de succder Charles VII, alla Meung dans +l'automne de 1461, et Villon lui dut sa dlivrance. Fut-ce, +ainsi que le dit M. Campeaux, par suite du don de joyeux +avnement qui remettait leur peine tous les prisonniers d'une +ville o le roi entrait aprs son sacre? Je serais plutt +port croire, malgr l'absence de preuves, que Villon fut +personnellement l'objet d'une mesure de clmence de la part du +roi; la faon dont il en tmoigne sa reconnaissance me parat +justifier cette supposition [19]. + +[Footnote 19: On a dit rcemment que le roi qui dlivra Villon +tait Charles VII. Je ne puis adopter cette opinion. Sans +examiner ici la valeur du document sur lequel elle est base, +je me bornerai faire remarquer que Charles VII mourut + Mehun-sur-Yvre, prs de Bourges, le 22 juillet 1461, +prcisment au moment o Villon tait dans la prison de +Meung-sur-Loire, prs d'Orlans, o il passa _tout un t_ (p. +21, v. 14), c'est--dire tout l't de la mme anne 1461.] + +En sortant des prisons de Meung, Villon composa, du moins +en partie, le _Grand Testament_, dans lequel sont [P. XII] +intercales des pices qui se rapportent diverses poques de +sa vie, et dont quelques-unes ont d tre composes beaucoup +plus tard. + +Il est probable, en effet, que Villon vcut encore longtemps; +mais on ne sait rien de prcis cet gard. Les conjectures sur +lesquelles on se fonde pour placer la date de sa mort entre 1480 +et 1489 ne sont, en dfinitive, que des conjectures. Quant +aux voyages qu'on lui fait faire Saint-Omer, Lille, Douai, +Salins, Angers, Saint-Genoux, et jusque dans le Roussillon, +rien ne prouve qu'ils ont eu lieu. Villon nomme ces localits +dans ses oeuvres, il est vrai, mais nulle part il ne dit +qu'il les a visites. Son voyage Bruxelles, son sjour en +Angleterre, avec la rponse hardie qu'il aurait faite au roi +Edouard V, ne me semblent pas beaucoup plus certains, malgr mon +respect pour celui qui s'en est fait l'historien [20]. Ce qui +me semble hors de doute, c'est sa retraite dans le centre de +la France, o semblait l'attirer quelque chose qui nous est +inconnu, peut-tre quelque relation de famille. Dans le _Petit +Testament_, il annonce qu'il va Angers [21]; il en revenait +peut-tre lorsqu'il fut arrt Meung. Dans le _Grand Testament_, +il dit qu'il parle un peu poictevin [22]. La _Ballade Villon_ +(p. 109) et la _Double ballade_ (p. 107) prouvent qu'il sjourna +quelque temps Blois, la cour de Charles d'Orlans, et le vers +de la page 111: [P. XIII] + +_Que fais-je plus? Quoi? Les gaiges ravoir._ + +autorise penser qu'il avait obtenu auprs du prince une de ces +charges qu'on donnait aux potes de cour. Ainsi, par le _Dit de +la naissance Marie_, Villon n'avait pas seulement chapp au +dernier supplice; il s'tait de plus acquis la faveur de Charles +d'Orlans, et il sut la conserver, du moins pendant quelque +temps, et peut-tre jusqu' la mort du duc, arrive en 1465. + +[Footnote 20: Rabelais, livre IV, chap. LXVII. M. Nagel a relev +deux erreurs dans ce passage de Rabelais. Villon n'aurait pu se +trouver la cour d'Edouard V, qui ne monta sur le trne qu'en +1483, et le mdecin Thomas Linacre, n vers 1460, ne fut clbre +que sous les rgnes de Henri VII et de Henri VIII.] + +[Footnote 21: Page 9.--Le Franc archer de Bagnolet dit, p. 157, +v. 12: Ma mre fut ne d'Anjou; mais cela ne prouverait rien, +mme quand il serait dmontr que ce monologue est de Villon.] + +[Footnote 22: Page 62.] + +Il eut un autre protecteur en la personne du duc de Bourbon, qui +lui faisait de gracieux prts [23]. + +Enfin, Rabelais, livre IV, chapitre XIII, nous apprend que +maistre Franois Villon, sus ses vieux jours, se retira +Saint-Maixent en Poictou, sous la faveur d'un homme de bien, +abb dudit lieu. L, pour donner passe-temps au peuple, +entreprit faire jouer la Passion en gestes et langage poictevin +[24]. Ce tmoignage n'est pas irrcusable; mais pourquoi +ne pas l'accepter? Aprs une vie aussi agite, on aime se +reprsenter le pauvre pote enfin tranquille, l'abri du +besoin, s'occupant, pour son plaisir, de jeux dramatiques, +auxquels il avait d probablement, dans d'autres temps, demander +son pain [25]. + +[Footnote 23: P. 115, v. 6.] + +[Footnote 24: _oeuvres de Rabelais_, dition Burgaud des Marets +et Ratnery, t. II, p. 92. On voit ensuite un tour jou au +sacristain des cordeliers, Estienne Tapecoue, qui sent bien +son Villon, mais dont le dnoment cruel a pu tre invent par +Rabelais, qui n'aimait pas les moines.] + +[Footnote 25: On croit que Villon donna des reprsentations +dramatiques Paris et ailleurs, et c'est comme directeur de +troupe qu'on lui fait parcourir une partie de la France et des +Pays-Bas.] + +En pntrant dans les mystres de cette existence misrable, on +est frapp de deux choses: D'abord, on remarque qu'elle n'exera +pas sur le coeur de Villon toute l'action corruptrice qu'il y +avait lieu de redouter. Au milieu de son abjection, [P. XIV] +Villon conserve des sentiments levs. Il est plein d'amour et +de respect pour sa mre [26], de reconnaissance pour quiconque +l'a secouru [27], de vnration pour ceux qui ont fait de +grandes choses; il aime son pays, chose d'autant plus honorable +qu'elle tait rare en ce temps-l [28]; il regrette les erreurs +de sa jeunesse, et le temps qu'il a si mal employ [29]; voil +qui doit lui faire pardonner bien des choses. + +[Footnote 26: Voy. p. 32, huit. XXXVIII; p. 54, huit. LXXIX; p. +55, Ballade.] + +[Footnote 27: Guillaume Villon, p. 9, 53; Jean Cotard, p. 22, +58; Louis XI, p. 23, 24; le Parlement, P. 103; Marie d'Orlans, +p. 105, 107; le duc de Bourbon, p. 114.] + +[Footnote 28: Ces deux vers de la page 34: + +_Et Jehanne, la bonne Lorraine, + Qu'Anglois brulrent Rouen_, + +lui font d'autant plus d'honneur qu' l'poque o il les crivit +des gens clairs regardaient Jeanne d'Arc comme sorcire, et +les Anglais avaient en France de nombreux partisans.] + +[Footnote 29: _Grand Testament_, huitain XXVI et suiv.] + +Puis, quelle influence n'eut-elle pas sur le talent du pote +[30]! Form, comme on dit aujourd'hui, l'cole du malheur, il +vit les choses sous leur vrai jour, et il entra dans une voie +tout fait nouvelle. Il rompit en visire l'Allgorie, qui +rgnait alors en souveraine, toutes les affteries de la +posie rhtoricienne cultive par les beaux esprits du temps. +Il fut le premier pote _raliste_. Que l'on compare avec ses +autres oeuvres les quelques pices qu'il a composes selon la +potique de ses contemporains, la _Ballade Villon_ (p. 109), la +_Requeste au Parlement_ (p. 103), et d'autres, et l'on ne sera +point tent de regretter, avec Clment Marot, qu'il n'ait [P. XV] +pas t nourry en la court des rois et princes, o les jugemens +s'amendent et les langaiges se pollissent, car il y et +certainement plus perdu que gagn. + +[Footnote 30: _Travail mes lubres sentemens, Esguisez comme +une pelote, M'ouvrist plus que tous les Commens D'Averroys sur +Aristote._ (P. 25.)] + +M. A. de Montaiglon a parfaitement caractris le rle de Villon +dans la posie franaise. Je ne puis mieux faire que de lui +emprunter ces quelques lignes: + +... Au moment o parut Villon, la littrature franaise en +tait prcisment cette priode de transformation; de la +posie gnrale elle passait la posie personnelle; ses +contemporains, subissant leur insu cette phase littraire, +s'essayaient l'individualit avec plus d'effort que de +bonheur; Villon l'atteignit du premier coup. Sa force est l, +et sa valeur s'augmente de l'intrt que, sous ce rapport, +offraient ses oeuvres. Elle est tellement saisissante qu'elle a +t reconnue de tous, et le succs qui l'accueillit ne s'arrta +pas. Franois Ier lui fit l'honneur dfaire faire une dition de +ses posies par Clment Marot, qui le combla de ses louanges. +Un peu plus tard, il est vrai, l'cole de Ronsard protesta. +Pasquier condamne Villon, et Du Verdier s'merveille que Marot +ait os louer un si _goffe_ ouvrier et faire cas de ce qui ne +vaut rien. Cela marque moins un manque de got que la force +partiale du prjug; la Pliade, qui est en ralit aussi +aristocratique que savante, ne pouvait admirer Villon sans +se condamner elle-mme; mais, ce moment pass, le charme +recommence: Regnier est un disciple de Villon; Patru le loue; +Boileau a senti quel tait son rang; La Fontaine l'admire; +Voltaire l'imite; les rudits littraires du XVIIe et du XVIIIe +sicle, Colletet, le P. Du Cerceau, l'abb Massieu, l'abb +Goujet, parlent de lui comme il convient, en mme temps que +Coustelier et Formey le rimpriment, que La Monnoye l'annote, et +que Lenglet-Dufresnoy prpare une nouvelle dition. De [P. XVI] +nos jours, une justice encore plus clatante lui a t rendue. +L'dition de Prompsault, laquelle M. Lacroix est venu ajouter, +pourrait tre accepte comme dfinitive, au moins quant au +texte, si M. Vitu n'en promettait une, qui, en profitant des +prcdentes, donnera sans doute le dernier mot. Tous ceux qui +ont parl incidemment de Villon, MM. Sainte-Beuve, Saint-Marc +Girardin, Chasles, Nisard, Geruzez, Demogeot, Gnin, et d'autres +encore, l'ont bien caractris. En mme temps qu'eux, M. Daunou +a crit sur notre pote une longue tude, insre dans le +_Journal des Savants_, et M. Thophile Gautier, dans l'ancienne +_Revue franaise_, des pages vives, aussi justes que pleines de +verve, qui ont t recueillies dans ses _Grotesques_. Enfin, en +1850 M. Profillet, et en 1856 un professeur allemand, M. Nagel, +ont pris Villon pour sujet d'un travail spcial; l'anne +dernire (1859), M. Campeaux lui a consacr un excellent +travail, auquel, pour tre meilleur, il ne manque peut-tre +qu'une plus ancienne et plus familire connaissance des +alentours. Tous sont, avec raison, unanimes reconnatre +l'originalit, la valeur aise et puissante, la force et +_l'humanit_ de la posie de Villon. Pour eux tous, et ce +jugement est aujourd'hui sans appel, Villon n'est pas seulement +le pote suprieur du XVe sicle, mais il est aussi le premier +pote, dans le vrai sens du mot, qu'ait eu la France moderne, et +il s'est coul un long temps avant que d'autres fussent dignes +d'tre mis ct de lui. L'apprciation est maintenant juste et +complte; d'autres viendront qui le loueront avec plus ou moins +d'clat et de talent, qui le jugeront avec une critique plus +ou moins solide ou brillante; mais dsormais les traits de la +figure de Villon sont arrts de faon ne plus changer, et +ceux qui entreprendront d'y revenir ne pourront rester dans +la vrit qu' la condition de s'en tenir aux mmes [P. XVII] +contours. + +Plus loin, M. A. de Montaiglon, passant lgrement sur le _Petit +Testament_, qui n'est que spirituel, et sur quelques pices +qu'il regrette de trouver dans le _Grand Testament_, ajoute: + +Ce n'est pas l qu'il faut chercher Villon, mais dans la partie +populaire et humaine de son oeuvre. On ne dira jamais assez + quel point le mrite de la pense et de la forme y est +inestimable. Le sentiment en est trange, et aussi touchant que +pittoresque dans sa sincrit; Villon peint presque sans le +savoir, et en peignant il ne pallie, il n'excuse rien; il a mme +des regrets, et ses torts, qu'il reconnat en se blmant, mais +dont il ne peut se dfendre, il ne les montre que pour en +dtourner. Je connais mme peu de leons plus fortes que la +ballade: _Tout aux tavernes et aux filles_. La bouffonnerie, +dans ses vers, se mle la gravit, l'motion la raillerie, +la tristesse la dbauche; le trait piquant se termine avec +mlancolie; le sentiment du nant des choses et des tres est +ml d'un burlesque soudain qui en augmente l'effet. Et tout +cela est si naturel, si net, si franc, si spirituel; le style +suit la pense avec une justesse si vive, que vous n'avez pas le +temps d'admirer comment le corps qu'il revt est habill par le +vtement. C'est bien mieux que l'esprit bourgeois, toujours un +peu mesquin, c'est l'esprit populaire que cet enfant des Halles, +qui crivait: _Il n'est bon bec que de Paris_, a recueilli dans +les rues et qu'il pure en l'aiguisant. Il en a le sentiment, il +en prend les mots, mais il les encadre, il les incruste dans une +phrase si vive, si nette, si bien construite, si nergique ou si +lgre, que cette langue colore reoit de son gnie l'lgance +et mme le got, sans rien perdre de sa force. Il a tout: la +vigueur et le charme, la clart et l'clat, la varit et +l'unit, la gravit et l'esprit, la brivet incisive du trait +et la plnitude du sens, la souplesse capricieuse [P. XVIII] +et la fougue violente, la qualit contemporaine et l'ternelle +humanit. Il faut aller jusqu' Rabelais pour trouver un matre +qu'on puisse lui comparer, et qui crive le franais avec la +science et l'instinct, avec la puret et la fantaisie, avec la +grce dlicate et la rudesse souveraine que l'on admire dans +Villon, et qu'il a seul parmi les gens de son temps... + +On ne connat certainement pas la totalit des oeuvres de +Villon, du moins sous son nom. Il est vident que le _Petit +Testament_ n'est pas son coup d'essai. Lors de son second +procs, en 1457, il tait probablement connu par d'autres +compositions. Sans cela, il est douteux que Charles d'Orlans +ft intervenu en sa faveur, et que le Parlement lui et fait +grce de la vie. Lorsqu'il composa le _Grand Testament_, il y fit +entrer quelques pices qui n'en faisaient pas ncessairement +partie, mais qui s'y rattachaient assez naturellement. On n'y +trouve pas une ballade, pas un rondeau composs antrieurement +au _Petit Testament_. Villon ne parat pas avoir t +trs-soucieux de recueillir ses oeuvres. La plupart sont sans +doute perdues; d'autres sont dissmines dans des recueils +manuscrits ou imprims o il n'est pas facile de les reconnatre, +soit parce qu'elles ne portent pas de nom d'auteur, soit +parce qu'elles sont attribues d'autres. On ne connat +pas de manuscrit qui contienne tout ce qu'on sait positivement +lui appartenir. Les premires ditions, qui furent faites sans +son concours et probablement aprs sa mort, ne contiennent que +le _Grand_ et le _Petit Testament_, le _Jargon_, et un petit +nombre de pices dtaches. Jean de Calais, l'diteur prsum du +_Jardin de plaisance_, dont la premire dition est de 1499 +ou de 1500, s'acquitta fort mal des fonctions d'excuteur +testamentaire que Villon lui avait confies, si tant est qu'on +doive prendre au srieux les huitains CLX et CLXI du [P. XIX] +_Grand Testament_. Il fit entrer dans son recueil diverses +pices connues comme tant de Villon et beaucoup d'autres qu'on +lui attribue avec plus ou moins de vraisemblance, mais sans dire +des unes ni des autres qu'elles taient de lui. + +M. Brunet a donn, dans la dernire dition du _Manuel du +Libraire_, une excellente notice des ditions de Villon. La +premire avec date est de Paris (Pierre Levet), 1489, in-4. +Il en parut plusieurs autres la fin du XVe sicle et au +commencement du XVIe. Celle de Paris, Galiot Du Pr, 1532, in-8, +est la premire laquelle on ait joint les _Repues franches_, +le _Monologue du franc archier de Baignolet_ et le _Dialogue des +seigneurs de Mallepaye et de Baillevent_ [31]. + +[Footnote 31: Il avait t fait antrieurement plusieurs +ditions des _Repeues franches_, qui s'ajoutaient aux ditions +correspondantes des oeuvres de Villon, mais qui portaient des +signatures ou une pagination spares.] + +L'anne suivante, le mme Galiot Du Pr publia la premire +dition des oeuvres de Villon revues par Clment Marot. + +En 1723 il parut chez Coustelier une dition de Villon, avec les +remarques d'Eusbe de Laurire et une lettre du P. Du Cerceau. + +Les oeuvres de Villon furent rimprimes en 1742, la Haye, +avec les remarques de Laurire, Le Duchat et Formey, des +mmoires de Prosper Marchand et une lettre critique extraite du +_Mercure_ de fvrier 1724. + +En 1832 parut l'dition de Prompsault, fruit de longues et +laborieuses recherches, et qui, sans tre parfaite, ne mritait +pas le discrdit dont elle a t frappe pendant longtemps. + +Dans l'dition de 1854, due aux soins de M.P.L. Jacob, +bibliophile (M. Paul Lacroix), le texte de Prompsault [P. XX] +a t revu, notablement amlior, lucid par des notes o +brillent l'rudition et la sagacit bien connues de leur auteur. + +Enfin, tout rcemment, M. Paul Lacroix a publi le texte des +deux _Testaments_ d'aprs un manuscrit de la bibliothque +de l'Arsenal. Je n'ai pu faire usage de cette intressante +publication, d'abord parce que l'impression de mon dition +tait trop avance, puis pour une autre raison: c'est que je ne +pouvais m'carter du texte que j'avais adopt. + +On savait depuis longtemps que La Monnoye avait eu l'intention +de faire une dition des oeuvres de Villon. A cet effet, il +avait annot un exemplaire de l'dition de 1723. Cet exemplaire, +dont on avait perdu la trace depuis longtemps, a t retrouv, +en 1858, au _British Museum_, par M. Gustave Masson, qui m'a +gracieusement offert une copie du travail de La Monnoye. + +En tte de son exemplaire, La Monnoye avait inscrit d'abord ce +titre, qui nous fait connatre le plan d'une vaste collection +qu'il projetait: + +_L'Histoire et les Chefs de la posie franoise, avec la liste +des potes provenaux et franois, accompagne de remarques sur +le caractre de leurs ouvrages._ + +Puis vient ce titre particulier: + +_Posies de Franois Villon et de ses disciples, revues sur les +diffrentes ditions, corriges et augmentes sur le manuscrit +de M. le duc de Coislin et sur plusieurs autres, et enrichies +d'un grand nombre de pices, avec des notes historiques et +critiques._ + +La Monnoye n'eut pas le temps de mettre la dernire main son +dition de Villon. Son travail ne porta que sur l'tablissement +du texte. La comparaison des manuscrits et des anciennes +ditions, faite par un homme tel que La Monnoye, devait [P. XXI] +donner d'excellents rsultats. J'ai reproduit scrupuleusement, +sauf deux ou trois exceptions indiques dans les notes, le texte +tel qu'il a t arrt par lui, et ce texte est assurment le +meilleur qu'on ait donn jusqu' prsent. + +La Monnoye ne se contenta pas de revoir le texte de l'dition de +1723. Il y ajouta de sa main divers morceaux qui n'avaient pas +encore t publis, et qui ont paru pour la premire fois dans +l'dition Prompsault. Mais il ne put faire le choix des posies +qu'il voulait joindre aux oeuvres de Villon. Pour rpondre de +mon mieux son plan, je donne la fin du volume dix-sept +pices tires du _Jardin de plaisance_. M. Campeaux en avait +publi un plus grand nombre: j'ai fait un choix dans son choix, +et si les pices que je donne ne sont pas de Villon, elles sont +au moins de son cole, et souvent dignes de lui. + +Pour toute la partie du texte tablie par La Monnoye, je n'avais +qu'une chose faire: suivre la leon adopte par lui. A +l'gard des pices dont il ne s'tait pas occup, j'ai d agir +autrement: je les ai revues sur les manuscrits et les ditions +originales. + +A dfaut des notes historiques et critiques promises par La +Monnoye, et sans avoir la prtention de les suppler, je donne + la suite du texte quelques renseignements qui m'ont paru +ncessaires, puis un _Glossaire-Index,_ dans lequel j'ai tent +d'expliquer les mots vieillis, de donner des renseignements sur +les personnes et les choses. S'il n'a pas d'autre utilit, ce +travail servira du moins de table. + +Une dition de Villon n'est pas facile faire. J'ai largement +mis profit les travaux de mes devanciers, et je me plais le +reconnatre. J'aurais pu relever bien des erreurs: je me suis +content de les corriger. Je crois que cette dition [P. XXII] +vaut mieux que celles qui l'ont prcde. D'autres viendront +aprs moi qui feront mieux. J'ai cru prudent de leur donner +l'exemple de l'indulgence. + +P. JANNET. + + + +REMARQUES PHILOLOGIQUES. [P. XXIII] + + +La langue de Villon est encore la vieille et bonne langue +franaise, riche et simple, claire, naturelle, l'allure vive +et franche. C'est encore la langue des fabliaux, assouplie, +mais presque entirement prserve de l'invasion des mots +pdantesques forgs dans la seconde moiti du XVe sicle. Le +_Glossaire_, dont l'tendue est grande relativement celle du +livre, n'offre qu'un petit nombre de ces mots. En revanche, il +en contient beaucoup d'autres dont la perte est regrettable. + +Villon tait trs-svre pour la rime. Aussi, lorsque nous +rencontrons la fin de ses vers quelque chose qui nous parat +anormal, nous devons nous garder de l'expliquer par une +ngligence du pote. Il faut chercher d'autres raisons; cela +peut amener des observations intressantes. + +Par exemple, lorsqu'il fait rimer _e_ avec _a_[32], cela prouve, +ainsi que Marot l'a remarqu, que Villon prononait, la +parisienne, _a_ pour _e_. + +Lorsqu'il fait rimer _oi, oy_, avec _ai, ay, _[33], cela prouve +que ce que nous appelons la diphtongue _oi_ se prononait __ ou +__. + +S'il fait rimer _Changon, Nygon, escourgon_, avec [P. XXIV] +_donjon_[34], c'est que, dans certains cas, le _g_ se prononait +_j_. + +[Footnote 32: _Robert, Haubert_, avec _pluspart, poupart_ (p.11 +et 12); _La Barre, feurre_, avec _terre, guerre_ (p. 14); +_appert_ avec _part, despart_ (p. 44), etc.] + +[Footnote 33: _Chollet_ avec _souloit_ (p. 14); _exploictz_ avec +_laiz_ (p. 17); _moyne, essoyne, royne_, avec _Seine_ (p. 34), +etc.] + +[Footnote 34 Pages 12 et 13.] + +S'il fait rimer _fuste_ avec _fusse, prophtes_ avec +_fesses_[35], c'est encore une affaire de prononciation +parisienne. + +Il en est de mme d'_ancien, Valrien, paroissien, rimant avec +_an_[36]. + +Lorsqu'il crit _soullon_ pour rimer avec _Roussillon_[37], il +entend que les deux _ll_ seront mouilles, et prononces comme +telles, sans tre prcdes d'un _i_ comme en espagnol. + +Comment faut-il prononcer le nom de Villon? + +La _Ballade_ de la page 99, l'_Epistre_ de la page 111, le +_Problme_ ou _Ballade_ de la page 120, etc., ne laissent aucun +doute cet gard. On doit le prononcer comme les deux dernires +syllabes du mot _paVILLON_, c'est--dire comme on pourra. En +France, ce n'est gure que dans le Midi qu'on sait prononcer +les _ll mouilles_. Les Parisiens diront _Viyon_; les Picards, +_Vilion_.... + + _Mais bel est fol et lunaticque + Qui de ce fait sermon si long; + Peu nuit la chose publicque + Se Brussiens disent_ Filon. + _Il ne m'en chaut gueres si l'on + Choisit de ces faons la pire, + Et bien veuil qu'on dise selon + Que ds piea l'on souloit dire_. + +[Footnote 35: Pages 26 et 52.] + +[Footnote 36: P. 81.] + +[Footnote 37: Voy. la Ballade de la page 99.] + + + + +CLMENT MAROT DE CAHORS [P.1] + +Varlet de chambre du Roy + +AUX LECTEURS. + + +_Entre tous les bons livres imprimez de la langue franoise ne +s'en veoit ung si incorrect ne si lourdement corrompu que celluy +de Villon, et m'esbahy (veu que c'est le meilleur Pote parisien +qui se trouve) comment les imprimeurs de Paris et les enfans de +la ville n'en ont eu plus grand soing. Je ne suis (certes) en +rien son voysin; mais, pour l'amour de son gentil entendement, +et en recompense de ce que je puys avoir aprins de luy en lisant +ses Oeuvres, j'ai faict icelles ce que je vouldroys estre +faict aux miennes, si elles estaient tombes en semblable +inconvnient. Tant y ay trouv de broillerie en l'ordre des +coupletz et des vers, en mesure, en langaige, en la ryme et en +la raison, que je ne say duquel je doy plus avoir piti, ou de +l'oeuvre ainsi oultrement gaste, ou de l'ignorance de ceux +qui l'imprimrent; et, pour en faire preuve, me suys advis +(Lecteurs) de vous mettre icy ung des couplets incorrects du mal +imprim Villon, qui vous fera exemple et tesmoing d'ung grand +nombre d'autres autant broillez et gastez que luy, lequel [P. 2] +est tel_: + + Or est vray qu'aprs plainctz et pleurs + Et angoisseux gemissemens, + Apres tristesses et douleurs + Labeurs et griefz cheminemens + Travaille mes lubres sentemens + Aguysez ronds, comme une pelote + Monstrent plus que les commens + En sens moral de Aristote. + +_Qui est celluy qui vouldroit nyer le sens n'en estre grandement +corrompu? Ainsi, pour vray, l'ay-je trouv aux vieilles +impressions, et encores pis aux nouvelles. Or, voyez maintenant +comment il a est r'abill, et en jugez gratieusement_: + + Or est vray qu'aprs plainctz et pleurs + Et angoisseux gemissemens, + Apres tristesses et douleurs, + Labeurs et griefz cheminemens, + Travail mes lubres sentements + Aguysa (ronds comme pelote), + Me monstrant plus que les comments + Sur le sens moral d'Aristote. + +_Voyl comment il me semble que l'autheur l'entendoit; et vous +suffise ce petit amendement pour vous rendre advertiz de ce que +puys avoir amend en mille autres passages, dont les aucuns me +ont est aisez et les autres trs difficiles. Toutesfoys, partie +avecques les vieulx imprimez, partie avecques l'ayde de bons +vieillards qui en savent par cueur, et partie par deviner +avecques jugement naturel, a est reduict nostre Villon en +meilleure et plus entire forme qu'on ne l'a veu de nos aages, +et ce sans avoir touch l'antiquit de son parler, [P. 3] +sa faon de rimer, ses mesles et longues parenthses, la +quantit de ses sillabes, ne ses couppes, tant fminines que +masculines; esquelles choses il n'a suffisamment observ les +vrayes reigles de franoise posie, et ne suys d'advis que en +cela les jeunes Poetes l'ensuyvent, mais bien qu'ilz cueillent +ses sentences comme belles fleurs, qu'ils contemplent l'esprit +qu'il avoit, que de luy apreignent proprement descrire, et +qu'ils contrefacent sa veine, mesmement celle dont il use en ses +Ballades, qui est vrayment belle et hroque, et ne fay double +qu'il n'eust emport le chapeau de laurier devant tous les +Potes de son temps, s'il eust est nourry en la Court des Roys +et des Princes, l o les jugemens se amendent et les langaiges +se pollissent. Quant l'industrie des lays qu'il feit en ses +Testamens, pour suffisamment la congnoistre et entendre il +fauldroit avoir est de son temps Paris, et avoir congneu +les lieux, les choses et les hommes dont il parle: la mmoire +desquelz tant plus se passera, tant moins se congnoistra icelle +industrie de ses lays dictz. Pour ceste cause, qui vouldra faire +une oeuvre de longue dure ne preigne son soubject sur telles +choses basses et particulires. Le reste des Oeuvres de nostre +Villon (hors cela) est de tel artifice, tant plain de bonne +doctrine et tellement painct de mille belles couleurs, que le +temps, qui tout efface, jusques icy ne l'a sceu effacer; et +moins encor l'effacera ores et d'icy en avant, que les bonnes +escriptures franoises sont et seront mieulx congneues et +recueillies que jamais. + +Et pour ce (comme j'ay dit) que je n'ay touch son antique +faon de parler, je vous ay expos sur la marge, avecques les +annotations, ce qui m'a sembl le plus dur entendre, laissant +le reste vos promptes intelligences, comme_ ly Roys _pour_ +le Roy, homs _pour homme_, compaing _pour_ compaignon; [P. 4] +_aussi force pluriers pour singuliers, et plusieurs autres +incongruitez dont estait plain le langaige mal lym d'icelluy +temps. + +Aprs, quand il s'est trouv faulte de vers entiers, j'ay prins +peine de les refaire au plus prs (selon mon possible) de +l'intention de l'autheur, et les trouverez expressment marquez +de cette marque_ +, _afin que ceulx qui les sauront en la sorte +que Villon les fist effacent les nouveaulx pour faire place aux +vieulx. + +Oultre plus, les termes et les vers qui estaient interposez, +trouverez reduictz en leurs places; les lignes trop courtes, +allonges; les trop longues acoursies; les mots obmys, remys; +les adjoutez ostez, et les tiltres myeulx attiltrez. + +Finalement, j'ay chang l'ordre du livre, et m'a sembl plus +raisonnable de le faire commencer par le Petit Testament, +d'autant qu'il fut faict cinq ans avant l'autre. + +Touchant le Jargon, je le laisse corriger et exposer aux +successeurs de Villon en l'art de la pinse et du croq. + +Et si quelqu'un d'adventure veult dire que tout ne soit +racoustr ainsi qu'il appartient, je luy respons ds maintenant +que, s'il estait autant navr en sa personne comme j'ay trouv +Villon bless en ses Oeuvres, il n'y a si expert chirurgien qui +le sceust panser sans apparence de cicatrice; et me suffira +que le labeur qu'en ce j'ay employ soit agrable au Roy mon +souverain, qui est cause et motif de ceste emprise et de +l'excution d'icelle, pour l'avoir veu voulentiers escouter et +par trs bon jugement estimer plusieurs passages des Oeuvres qui +s'ensuyvent._ + + + +MAROT [P. 5] + +AU ROY FRANOIS Ier. + + Si Villon on treuve encor dire, + S'il n'est reduict ainsi qu'ay prtendu, + A moy tout seul en soit le blasme (Sire), + Qui plus y ay travaill qu'entendu; + Et s'il est mieux en son ordre estendu + Que paravant, de sorte qu'on l'en prise, + Le gr vous en doyt estre rendu, + Qui fustes seul cause de l'entreprise. + + [P. 7] + + LE + PETIT TESTAMENT + DE MAISTRE + FRANOIS VILLON + + FAIT L'AN 1456. + + Mil quatre cens cinquante et six, + Je, Franois Villon, escollier, + Considrant, de sens rassis, + Le frain aux dents, franc au collier, + Qu'on doit ses oeuvres conseiller, + Comme Vegce le racompte, + Saige Romain, grand conseiller, + Ou autrement on se mescompte. + + II. + + En ce temps que j'ay dit devant, + Sur le Nol, morte saison, + Lorsque les loups vivent de vent, + Et qu'on se tient en sa maison, + Pour le frimas, prs du tison: + Cy me vint vouloir de briser + La trs amoureuse prison + Qui souloit mon cueur desbriser. + + III. [P.8] + + Je le feis en telle faon, + Voyant Celle devant mes yeulx + Consentant ma deffaon, + Sans ce que j luy en fust mieulx; + Dont je me deul et plains aux cieulx, + En requrant d'elle vengence + A tous les dieux venerieux, + Et du grief d'amours allgence. + + IV. + + Et, se je pense ma faveur, + Ces doulx regrets et beaulx semblans + De trs decepvante saveur, + Me trespercent jusques aux flancs: + Bien ilz ont vers moy les piez blancs + Et me faillent au grant besoing. + Planter me fault autre complant + Et frapper en un autre coing. + + V. + + Le regard de Celle m'a prins, + Qui m'a est flonne et dure; + Sans ce qu'en riens aye mesprins, + Veult et ordonne que j'endure + La mort, et que plus je ne dure. + Si n'y voy secours que fouir. + Rompre veult la dure souldure, + Sans mes piteux regrets ouir! + + VI. + + Pour obvier ses dangiers, + Mon mieulx est, ce croy, de partir. + Adieu! Je m'en voys Angiers, [P. 9] + Puisqu'el ne me veult impartir + Sa grace, ne me departir. + Par elle meurs, les membres sains; + Au fort, je meurs amant martir, + Du nombre des amoureux saints! + + VII. + + Combien que le dpart soit dur, + Si fault-il que je m'en esloingne. + Comme mon paouvre sens est dur! + Autre que moy est en queloingne, + Dont onc en forest de Bouloingne + Ne fut plus alter d'humeur. + C'est pour moy piteuse besoingne: + Dieu en vueille our ma clameur! + + VIII. + + Et puisque departir me fault, + Et du retour ne suis certain: + Je ne suis homme sans deffault, + Ne qu'autre d'assier ne d'estaing. + Vivre aux humains est incertain, + Et aprs mort n'y a relaiz: + Je m'en voys en pays loingtaing; + Si establiz ce prsent laiz. + + IX. + + Premirement, au nom du Pre, + Du Filz et du Saint-Esperit, + Et de la glorieuse Mre + Par qui grace riens ne prit, + Je laisse, de par Dieu, mon bruit + A maistre Guillaume Villon, + Qui en l'honneur de son nom bruit, [P. 10] + Mes tentes et mon pavillon. + + X. + + A celle doncques que j'ay dict, + Qui si durement m'a chass, + Que j'en suys de joye interdict + Et de tout plaisir dchass, + Je laisse mon coeur enchass, + Palle, piteux, mort et transy: + Elle m'a ce mal pourchass, + Mais Dieu luy en face mercy! + + XI. + + Et maistre Ythier, marchant, + Auquel je me sens trs tenu, + Laisse mon branc d'acier tranchant, + Et maistre Jehan le Cornu, + Qui est en gaige dtenu + Pour ung escot six solz montant; + Je vueil, selon le contenu, + Qu'on luy livre, en le racheptant. + + XII. + + Item, je laisse Sainct-Amant + Le Cheval Blanc avec la Mulle, + Et Blaru, mon dyamant + Et l'Asne ray qui reculle. + Et le dcret qui articulle: + _Omnis utriusque sexus_, + Contre la Carmeliste bulle, + Laisse aux curez, pour mettre sus. + + XIII. [P. 11] + + Item, Jehan Trouv, bouchier, + Laisse le mouton franc et tendre, + Et ung tachon pour esmoucher + Le boeuf couronn qu'on veult vendre, + Et la vache qu'on ne peult prendre. + Le vilain qui la trousse au col, + S'il ne la rend, qu'on le puist pendre + Ou estrangler d'un bon licol! + + XIV. + + Et maistre Robert Valle, + Povre clergeon au Parlement, + Qui ne tient ne mont ne valle, + J'ordonne principalement + Qu'on luy baille legerement + Mes brayes, estans aux trumellires, + Pour coeffer plus honestement + S'amye Jehanneton de Millires. + + XV. + + Pour ce qu'il est de lieu honeste, + Fault qu'il soit myeulx recompens, + Car le Saint-Esprit l'admoneste. + Ce obstant qu'il est insens. + Pour ce, je me suis pourpens, + Puysqu'il n'a sens mais qu'une aulmoire, + De recouvrer sur Malpens, + Qu'on lui baille, l'Art de mmoire. + + XVI. + + Item plus, je assigne la vie + Du dessusdict maistre Robert... [P. 12] + Pour Dieu! n'y ayez point d'envie! + Mes parens, vendez mon haubert, + Et que l'argent, ou la pluspart, + Soit employ, dedans ces Pasques, + Pour achepter ce poupart + Une fenestre emprs Saint-Jacques. + + XVII. + + Derechief, je laisse en pur don + Mes gands et ma hucque de soye + A mon amy Jacques Cardon; + Le gland aussi d'une saulsoye, + Et tous les jours une grosse oye + Et ung chappon de haulte gresse; + Dix muys de vin blanc comme croye, + Et deux procs, que trop n'engresse. + + XVIII. + + Item, je laisse ce jeune homme, + Ren de Montigny, troys chiens; + Aussi Jehan Raguyer, la somme + De cent frans, prins sur tous mes biens; + Mais quoy! Je n'y comprens en riens + Ce que je pourray acquerir: + On ne doit trop prendre des siens, + Ne ses amis trop surquerir. + + XIX. + + Item, au seigneur de Grigny + Laisse la garde de Nygon, + Et six chiens plus qu' Montigny, + Vicestre, chastel et donjon; + Et ce malostru Changon, + Moutonnier qui tient en procs, + Laisse troys coups d'ung escourgon, [P. 13] + Et coucher, paix et aise, en ceps. + + XX. + + Et maistre Jacques Raguyer, + Je laisse l'Abreuvoyr Popin, + Pour ses paouvres seurs grafignier; + Tousjours le choix d'ung bon lopin, + Le trou de la Pomme de pin, + Le doz aux rains, au feu la plante, + Emmaillot en jacopin; + Et qui vouldra planter, si plante. + + XXI. + + Item, maistre Jehan Mautainct + Et maistre Pierre Basannier, + Le gr du Seigneur, qui attainct + Troubles, forfaits, sans espargnier; + Et mon procureur Fournier, + Bonnetz courts, chausses semelles, + Tailles sur mon cordouennier, + Pour porter durant ces gelles. + + XXII. + + Item, au chevalier du guet, + Le heaulme luy establis; + Et aux pietons qui vont d'aguet + Tastonnant par ces establis, + Je leur laisse deux beaulx rubis, + La lenterne la Pierre-au-Let., + Voire-mais, j'auray les _Troys licts_, + S'ilz me meinent en Chastellet. + + XXIII. [P. 14] + + Item, Perrenet Marchant, + Qu'on dit le Bastard de la Barre, + Pour ce qu'il est ung bon marchant, + Luy laisse trois gluyons de feurre + Pour estendre dessus la terre + A faire l'amoureux mestier, + O il luy fauldra sa vie querre, + Car il ne scet autre mestier. + + XXIV. + + Item, au Loup et Chollet, + Je laisse la foys un canart, + Prins sous les murs, comme on souloit, + Envers les fossez, sur le tard; + Et chascun un grand tabart + De cordelier, jusques aux pieds, + Busche, charbon et poys au lart, + Et mes housaulx sans avantpiedz. + + XXV. + + Derechief, je laisse en piti, + A troys petitz enfans tous nudz, + Nommez en ce prsent traicti, + Paouvres orphelins impourveuz, + Tous deschaussez, tous despourveus, + Et desnuez comme le ver; + J'ordonne qu'ils seront pourveuz, + Au moins pour passer cest yver. + + XXVI. + + Premirement, Colin Laurens, + Girard Gossoyn et Jehan Marceau, + Desprins de biens et de parens, [P. 15] + Qui n'ont vaillant l'anse d'ung ceau, + Chascun de mes biens ung faisseau, + Ou quatre blancs, s'ilz l'ayment mieulx; + Ils mangeront maint bon morceau, + Ces enfans, quand je seray vieulx! + + XXVII. + + Item, ma nomination, + Que j'ay de l'Universit, + Laisse par rsignation, + Pour forclorre d'adversit + Paouvres clercs de ceste cit, + Soubz cest _intendit_ contenuz: + Charit m'y a incit, + Et Nature, les voyant nudz. + + XXVIII. + + C'est maistre Guillaume Cotin + Et maistre Thibault de Vitry, + Deux paouvres clercs, parlans latin, + Paisibles enfans, sans estry, + Humbles, bien chantans au lectry. + Je leur laisse cens recevoir + Sur la maison Guillot Gueuldry, + En attendant de mieulx avoir. + + XXIX. + + Item plus, je adjoinctz la Crosse + Celle de la rue Sainct-Anthoine, + Et ung billart de quoy on crosse, + Et tous les jours plain pot de Seine, + Aux pigons qui sont en l'essoine, + Enserrez soubz trappe volire, + Et mon mirouer bel et ydoyne, [P. 16] + Et la grace de la geollire. + + XXX. + + Item, je laisse aux hospitaux + Mes chassis tissus d'araigne; + Et aux gisans soubz les estaux, + Chascun sur l'oeil une grongne, + Trembler chire renffrongne, + Maigres, velluz et morfonduz; + Chausses courtes, robbe rongne, + Gelez, meurdriz et enfonduz. + + XXXI. + + Item, je laisse mon barbier + Les rongneures de mes cheveulx, + Plainement et sans destourbier; + Au savetier, mes souliers vieulx, + Et au fripier, mes habitz tieulx + Que, quant du tout je les dlaisse, + Pour moins qu'ilz ne coustrent neufz + Charitablement je leur laisse. + + XXXII. + + Item, aux Quatre Mendians, + Aux Filles Dieu et aux Beguynes, + Savoureulx morceaulx et frians, + Chappons, pigons, grasses gelines, + Et puis prescher les Quinze Signes, + Et abatre pain deux mains. + Carmes chevaulchent nos voisines, + Mais cela ne m'est que du meins. + + XXXIII. [P. 17] + + Item, laisse le Mortier d'or + A Jehan l'Espicier, de la Garde, + Et une potence Sainct-Mor, + Pour faire ung broyer moustarde, + Et celluy qui feit l'avant-garde, + Pour faire sur moy griefz exploitz, + De par moy sainct Anthoine l'arde! + Je ne lui lairray autre laiz. + + XXXIV. + + Item, je laisse Mairebeuf + Et Nicolas de Louvieulx, + A chascun l'escaille d'un oeuf, + Plaine de frans et d'escus vieulx, + Quant au concierge de Gouvieulx, + Pierre Ronseville, je ordonne, + Pour luy donner encore mieulx, + Escus telz que prince les donne. + + XXXV. + + Finalement, en escrivant, + Ce soir, seullet, estant en bonne, + Dictant ces laiz et descripvant, + Je ouyz la cloche de Sorbonne, + Qui tousjours neuf heures sonne + Le Salut que l'Ange prdit; + Cy suspendy et cy mis bonne, + Pour pryer comme le cueur dit. + + XXXVI. + + Cela fait, je me entre-oubliai, + Non pas par force de vin boire, + Mon esperit comme li; [P. 18] + Lors je senty dame Mmoire + Rescondre et mectre en son aulmoire + Ses espces collaterales, + Oppinative faulce et voire, + Et autres intellectualles. + + XXXVII. + + Et mesmement l'extimative, + Par quoy prosprit nous vient; + Similative, formative, + Desquelz souvent il advient + Que, par l'art trouv, hom devient + Fol et lunaticque par moys: + Je l'ay leu, et bien m'en souvient, + En Aristote aucunes fois. + + XXXVIII. + + Doncques le sensif s'esveilla + Et esvertua fantasie, + Qui tous argeutis resveilla, + Et tint souveraine partie, + En souppirant, comme amortie, + Par oppression d'oubliance, + Qui en moy s'estoit espartie + Pour montrer des sens l'alliance. + + XXXIX. + + Puis, mon sens qui fut repos + Et l'entendement desveill, + Je cuide finer mon propos; + Mais mon encre estoit gel, + Et mon cierge estoit soufl. + De feu je n'eusse pu finer. + Si m'endormy, tout enmoufl, [P. 19] + Et ne peuz autrement finer. + + XL + + Fait au temps de ladicte date, + Par le bon renomm Villon, + Qui ne mange figue ne date; + Sec et noir comme escouvillon, + Il n'a tente ne pavillon + Qu'il n'ayt laiss ses amys, + Et n'a mais qu'un peu de billon, + Qui sera tantost fin mys. + + + CY FINE LE TESTAMENT VILLON. + + + [P. 21] + CY COMMENCE + LE + GRANT TESTAMENT + DE + FRANOIS VILLON + FAIT EN 1461. + + + I. + + En l'an trentiesme de mon aage, + Que toutes mes hontes j'eu beues, + Ne du tout fol, ne du tout sage. + Nonobstant maintes peines eues, + Lesquelles j'ay toutes receues + Soubz la main Thibault d'Aussigny. + S'evesque il est, seignant les rues, + Qu'il soit le mien je le regny! + + II. + + Mon seigneur n'est, ne mon evesque; + Soubz luy ne tiens, s'il n'est en friche; + Foy ne luy doy, ne hommage avecque; + Je ne suis son serf ne sa biche. + Peu m'a d'une petite miche + Et de froide eau, tout ung est. + Large ou estroit, moult me fut chiche. [P. 22] + Tel luy soit Dieu qu'il m'a est. + + III. + + Et, s'aucun me vouloit reprendre + Et dire que je le mauldys, + Non fais, si bien me sait comprendre, + Et rien de luy je ne mesdys. + Voycy tout le mal que j'en dys: + S'il m'a est misericors, + Jsus, le roy de paradis, + Tel luy soit l'me et au corps! + + IV. + + S'il m'a est dur et cruel + Trop plus que cy ne le racompte, + Je vueil que le Dieu ternel + Luy soit doncq semblable, ce compte!... + Mais l'Eglise nous dit et compte + Que prions pour nos ennemis; + Je vous dis que j'ay tort et honte: + Tous ses faictz soient Dieu remis! + + V. + + Si prieray Dieu de bon cueur, + Pour l'me du bon feu Cotard. + Mais quoy! ce sera doncq par cueur, + Car de lire je suys faitard. + Prire en feray de Picard; + S'il ne le sait, voise l'apprandre, + S'il m'en croyt, ains qu'il soit plus tard + A Douay, ou Lysle en Flandre! + + VI. [P. 23] + + Combien souvent je veuil qu'on prie + Pour luy, foy que doy mon baptesme, + Obstant qu' chascun ne le crye, + Il ne fauldra pas son esme. + Au Psaultier prens, quand suys mesme, + Qui n'est de beuf ne cordoen, + Le verset escript le septiesme + Du psaulme de _Deus laudem_. + + VII. + + Si pry au benoist Filz de Dieu, + Qu' tous mes besoings je reclame, + Que ma pauvre prire ayt lieu + Verz luy, de qui tiens corps et ame, + Qui m'a prserv de maint blasme + Et franchy de vile puissance. + Lou soit-il, et Nostre-Dame, + Et Loys, le bon roy de France! + + VIII. + + Auquel doint Dieu l'heur de Jacob, + De Salomon l'honneur et gloire; + Quant de prouesse, il en a trop; + De force aussi, par m'ame, voire! + En ce monde-cy transitoire, + Tant qu'il a de long et de l; + Affin que de luy soit memoire, + Vive autant que Mathusal! + + IX. + + Et douze beaulx enfans, tous masles, + Veoir, de son trs cher sang royal, + Aussi preux que fut le grand Charles, [P. 24] + Conceuz en ventre nuptial, + Bons comme fut sainct Martial. + Ainsi en preigne au bon Dauphin; + Je ne luy souhaicte autre mal, + Et puys paradis la fin. + + X. + + Pour ce que foible je me sens, + Trop plus de biens que de sant, + Tant que je suys en mon plain sens, + Si peu que Dieu m'en a prest, + Car d'autre ne l'ay emprunt, + J'ay ce Testament trs estable + Faict, de dernire voulent, + Seul pour tout et irrvocable: + + XI. + + Escript l'ay l'an soixante et ung, + Que le bon roy me dlivra + De la dure prison de Mehun, + Et que vie me recouvra, + Dont suys, tant que mon cueur vivra, + Tenu vers luy me humilier, + Ce que feray jusqu'il mourra: + Bienfaict ne se doibt oublier. + + + _Icy commence Villon entrer en matire + pleine d'erudition et de bon savoir._ + + + XII. + + Or est vray qu'aprs plaingtz et pleurs + et angoisseux gemissemens, + Aprs tristesses et douleurs, [P. 25] + Labeurs et griefz cheminemens, + Travail mes lubres sentemens, + Esguisez comme une pelote, + M'ouvrist plus que tous les Commens + D'Averroys sur Aristote. + + XIII. + + Combien qu'au plus fort de mes maulx, + En cheminant sans croix ne pile, + Dieu, qui les Pellerins d'Esmaus + Conforta, ce dit l'Evangile, + Me montra une bonne ville + Et pourveut du don d'esprance; + Combien que le pecheur soit vile, + Riens ne hayt que persvrance. + + XIV. + + Je suys pcheur, je le say bien; + Pourtant Dieu ne veult pas ma mort, + Mais convertisse et vive en bien; + Mieulx tout autre que pch mord, + Soye vraye voulent ou enhort, + Dieu voit, et sa misricorde, + Se conscience me remord, + Par sa grace pardon m'accorde. + + XV. + + Et, comme le noble Romant + De la Rose dit et confesse + En son premier commencement, + Qu'on doit jeune cueur, en jeunesse, + Quant on le voit vieil en vieillesse, + Excuser; helas! il dit voir. + Ceulx donc qui me font telle oppresse, [P. 26] + En meurt ne me vouldroient veoir. + + XVI. + + Se, pour ma mort, le bien publique + D'aucune chose vaulsist myeulx, + A mourir comme ung homme inique + Je me jugeasse, ainsi m'aid Dieux! + Grief ne faiz jeune ne vieulx, + Soye sur pied ou soye en bire: + Les montz ne bougent de leurs lieux, + Pour un paouvre, n'avant, n'arrire. + + XVII. + + Au temps que Alexandre regna, + Ung hom, nomm Diomeds, + Devant luy on luy amena, + Engrillonn poulces et detz + Comme ung larron; car il fut des + Escumeurs que voyons courir. + Si fut mys devant le cads, + Pour estre jug mourir. + + XVIII. + + L'empereur si l'arraisonna: + Pourquoy es-tu larron de mer? + L'autre, responce luy donna: + Pourquoy larron me faiz nommer? + Pour ce qu'on me voit escumer + En une petiote fuste? + Se comme toy me peusse armer, + Comme toy empereur je fusse. + + XIX. [P. 27] + + Mais que veux-tu! De ma fortune, + Contre qui ne puis bonnement, + Qui si durement m'infortune, + Me vient tout ce gouvernement. + Excuse-moy aucunement, + Et saches qu'en grand pauvret + (Ce mot dit-on communment) + Ne gist pas trop grand loyault. + + XX. + + Quand l'empereur eut remir + De Diomeds tout le dict: + Ta fortune je te mueray, + Mauvaise en bonne! ce luy dit. + Si fist-il. Onc puis ne mesprit + A personne, mais fut vray homme; + Valre, pour vray, le rescript, + Qui fut nomm _le grand_ Romme. + + XXI. + + Se Dieu m'eust donn rencontrer + Ung autre piteux Alexandre, + Qui m'eust faict en bon heur entrer, + Et lors qui m'eust veu condescendre + A mal, estre ars et mys en cendre + Jug me fusse de ma voix. + Ncessit faict gens mesprendre, + Et faim saillir le loup des boys. + + XXII. + + Je plaings le temps de ma jeunesse, + Ouquel j'ay plus qu'autre gall, + Jusque l'entre de vieillesse, [P. 28] + Qui son partement m'a cel. + Il ne s'en est pied all, + N'a cheval; las! et comment donc? + Soudainement s'en est voil, + Et ne m'a laiss quelque don. + + XXIII. + + All s'en est, et je demeure, + Pauvre de sens et de savoir, + Triste, failly, plus noir que meure, + Qui n'ay ne cens, rente, n'avoir; + Des miens le moindre, je n'y voir, + De me desadvouer s'avance, + Oublyans naturel devoir, + Par faulte d'ung peu de chevance. + + XXIV. + + Si ne crains avoir despendu, + Par friander et par leschier; + Par trop aimer n'ay riens vendu, + Que nuls me puissent reprouchier. + Au moins qui leur couste trop cher. + Je le dys, et ne croys mesdire. + De ce ne me puis revencher: + Qui n'a mfiait ne le doit dire. + + XXV. + + Est vrit que j'ay aym + Et que aymeroye voulentiers; + Mais triste cueur, ventre affam, + Qui n'est rassasi au tiers, + Me oste des amoureux sentiers. + Au fort, quelqu'un s'en recompense, + Qui est remply sur les chantiers, [P. 29] + Car de la panse vient la danse. + + XXVI. + + Bien say se j'eusse estudi + Ou temps de ma jeunesse folle, + Et bonnes meurs dedi, + J'eusse maison et couche molle! + Mais quoy? je fuyoye l'escolle, + Comme faict le mauvays enfant... + En escrivant ceste parolle, + A peu que le cueur ne me fend. + + XXVII. + + Le dict du Saige est trs beaulx dictz, + Favorable, et bien n'en puis mais, + Qui dit: Esjoys-toy, mon filz, + A ton adolescence; mais + Ailleurs sers bien d'ung autre mectz, + Car jeunesse et adolescence + (C'est son parler, ne moins ne mais) + Ne sont qu'abbus et ignorance. + + XXVIII. + + Mes jours s'en sont allez errant, + Comme, dit Job, d'une touaille + Sont les filetz, quant tisserant + Tient en son poing ardente paille: + Lors, s'il y a nul bout qui saille, + Soudainement il le ravit. + Si ne crains rien qui plus m'assaille, + Car la mort tout assouvyst. + + XXIX. [P. 30] + + O sont les gratieux gallans + Que je suyvoye au temps jadis, + Si bien chantans, si bien parlans, + Si plaisans en faictz et en dictz? + Les aucuns sont mortz et roydiz; + D'eulx n'est-il plus rien maintenant. + Respit ils ayent en paradis, + Et Dieu saulve le remenant! + + XXX. + + Et les aucuns sont devenuz, + Dieu mercy! grans seigneurs et maistres, + Les autres mendient tous nudz, + Et pain ne voyent qu'aux fenestres; + Les autres sont entrez en cloistres; + De Celestins et de Chartreux, + Bottez, housez, com pescheurs d'oystres: + Voil l'estat divers d'entre eulx. + + XXXI. + + Aux grans maistres Dieu doint bien faire + Vivans en paix et en requoy. + En eulx il n'y a que refaire; + Si s'en fait bon taire tout quoy. + Mais aux pauvres qui n'ont de quoy, + Comme moy, Dieu doint patience; + Aux aultres ne fault qui ne quoy, + Car assez ont pain et pitance. + + XXXII. + + Bons vins ont, souvent embrochez, + Saulces, brouetz et gros poissons; + Tartres, flans, oeufz fritz et pochez, [P. 31] + Perduz, et en toutes faons. + Pas ne ressemblent les maons, + Que servir fault si grand peine; + Ils ne veulent nulz eschanons, + Car de verser chascun se peine. + + XXXIII. + + En cest incident me suys mys, + Qui de rien ne sert mon faict. + Je ne suys juge, ne commis, + Pour punyr n'absouldre meffaict. + De tous suys le plus imparfaict. + Lou soit le doulx Jsus-Christ! + Que par moy leur soit satisfaict! + Ce que j'ay escript est escript. + + XXXIV. + + Laissons le monstier o il est; + Parlons de chose plus plaisante. + Ceste matire tous ne plaist: + Ennuyeuse est et desplaisante. + Pauvret, chagrine et dolente, + Tousjours despiteuse et rebelle, + Dit quelque parolle cuysante; + S'elle n'ose, si le pense-elle. + + XXXV. + + Pauvre je suys de ma jeunesse, + De pauvre et de petite extrace. + Mon pere n'eut oncq grand richesse. + Ne son ayeul, nomm Erace. + Pauvret tous nous suyt et trace. + Sur les tumbeaulx de mes ancestres, + Les ames desquelz Dieu embrasse, [P. 32] + On n'y voyt couronnes ne sceptres. + + XXXVI. + + De pouvret me guermentant, + Souventesfoys me dit le cueur: + Homme, ne te doulouse tant + Et ne demaine tel douleur, + Se tu n'as tant qu'eust Jacques Cueur. + Myeulx vault vivre soubz gros bureaux + Pauvre, qu'avoir est seigneur + Et pourrir soubz riches tumbeaux! + + XXXVII. + + Qu'avoir est seigneur!... Que dys? + Seigneur, lasse! ne l'est-il mais! + Selon ce que d'aulcun en dict, + Son lieu ne congnoistra jamais. + Quant du surplus, je m'en desmectz. + Il n'appartient moy, pcheur; + Aux thologiens le remectz, + Car c'est office de prescheur. + + XXXVIII. + + Si ne suys, bien le considre, + Filz d'ange, portant dyadme + D'etoille ne d'autre sydre. + Mon pre est mort, Dieu en ayt l'ame, + Quant est du corps, il gyst soubz lame... + J'entends que ma mre mourra, + Et le sait bien, la pauvre femme; + Et le filz pas ne demourra. + + XXXIX. [P. 33] + + Je congnoys que pauvres et riches, + Sages et folz, prebstres et laiz, + Noble et vilain, larges et chiches, + Petitz et grans, et beaulx et laidz, + Dames rebrassez colletz, + De quelconque condicion, + Portant attours et bourreletz, + Mort saisit sans exception. + + XL. + + Et mourut Paris et Hlne. + Quiconques meurt, meurt douleur. + Celluy qui perd vent et alaine, + Son fiel se crve sur son cueur, + Puys sue Dieu sait quelle sueur! + Et n'est qui de ses maulx l'allge: + Car enfans n'a, frre ne soeur, + Qui lors voulsist estre son pleige. + + XLI. + + La mort le faict frmir, pallir, + Le nez courber, les veines tendre, + Le col enfler, la chair mollir, + Joinctes et nerfs croistre et estendre. + Corps fminin, qui tant est tendre, + Polly, souef, si precieulx, + Te faudra-il ces maulx attendre? + Ouy, ou tout vif aller s cieulx. + + [P. 34] + + BALLADE + DES DAMES DU TEMPS JADIS. + + Dictes-moy o, n'en quel pays, + Est Flora, la belle Romaine; + Archipiada, ne Thas, + Qui fut sa cousine germaine; + Echo, parlant quand bruyt on maine + Dessus rivire ou sus estan, + Qui beaut eut trop plus qu'humaine? + Mais o sont les neiges d'antan! + + O est la trs sage Helos, + Pour qui fut chastr et puis moyne + Pierre Esbaillart Sainct-Denys? + Pour son amour eut cest essoyne. + Semblablement, o est la royne + Qui commanda que Buridan + Fust jett en ung sac en Seine? + Mais o sont les neiges d'antan! + + La royne Blanche comme ung lys, + Qui chantoit voix de sereine; + Berthe au grand pied, Bietris, Allys; + Harembourges, qui tint le Mayne, + Et Jehanne, la bonne Lorraine, + Qu'Anglois bruslrent Rouen; + O sont-ilz, Vierge souveraine?... + Mais o sont les neiges d'antan! + [P. 35] + ENVOI + + Prince, n'enquerez de sepmaine + O elles sont, ne de cest an, + Que ce refrain ne vous remaine: + Mais o sont les neiges d'antan! + + + BALLADE + DES SEIGNEURS DU TEMPS JADIS + + Suyvant le propos prcdent. + + Qui plus? O est le tiers Calixte, + Dernier deced de ce nom, + Qui quatre ans tint le Papaliste? + Alphonse, le roy d'Aragon, + Le gracieux duc de Bourbon, + Et Artus, le duc de Bretaigne, + Et Charles septiesme, le Bon?... + Mais o est le preux Charlemaigne! + + Semblablement, le roy Scotiste, + Qui demy-face eut, ce dit-on, + Vermeille comme une amathiste + Depuys le front jusqu'au menton? + Le roy de Chypre, de renom; + Hlas! et le bon roy d'Espaigne, + Duquel je ne say pas le nom?... + Mais o est le preux Charlemaigne! + + D'en plus parler je me dsiste; [P. 36] + Ce n'est que toute abusion. + Il n'est qui contre mort rsiste, + Ne qui treuve provision. + Encor fais une question: + Lancelot, le roy de Behaigne, + O est-il? O est son tayon?... + Mais o est le preux Charlemaigne! + + ENVOI. + + O est Claquin, le bon Breton? + O le comte Daulphin d'Auvergne, + Et le bon feu duc d'Alenon?... + Mais o est le preux Charlemaigne! + + + BALLADE + + A ce propos, en vieil franois. + + Mais o sont ly sainctz apostoles, + D'aulbes vestuz, d'amys coeffez, + Qui sont ceincts de sainctes estoles, + Dont par le col prent ly mauffez, + De maltalent tout eschauffez? + Aussi bien meurt tilz que servans; + De ceste vie sont bouffez: + Autant en emporte ly vens. + + Voire, o sont de Constantinobles + L'emperier aux poings dorez, + Ou de France ly roy tresnobles, + Sur tous autres roys dcorez. + Qui, pour ly grand Dieux adorez, [P. 37] + Bastist eglises et convens? + S'en son temps il fut honorez, + Autant en emporte ly vens. + + O sont de Vienne et de Grenobles + Ly Daulphin, ly preux, ly senez? + O, de Dijon, Sallins et Dolles, + Ly sires et ly filz aisnez? + O autant de leurs gens privez, + Heraulx, trompettes, poursuyvans? + Ont-ilz bien bout soubz le nez?... + Autant en emporte ly vens. + + ENVOI. + + Princes mort sont destinez, + Et tous autres qui sont vivans; + S'ils en sont coursez ou tennez, + Autant en emporte ly vens. + + + XLII. + + Puys que papes, roys, filz de roys, + Et conceuz en ventres de roynes, + Sont enseveliz, mortz et froidz, + En aultruy mains passent leurs resnes; + Moy, pauvre mercerot de Renes, + Mourray-je pas? Ouy, se Dieu plaist; + Mais que j'aye faict mes estrenes, + Honneste mort ne me desplaist. + + XLIII. + + Ce monde n'est perpetuel, + Quoy que pense riche pillart; + Tous sommes soubz coutel mortel. + Ce confort prent pauvre vieillart, [P. 38] + Lequel d'estre plaisant raillart + Eut le bruyt, lorsque jeune estoit, + Qu'on tiendrait fol et paillait, + Se, vieil, railler se mettoit. + + XLIV. + + Or luy convient-il mendier, + Car ce force le contraint. + Regrette huy sa mort, et hier; + Tristesse son cueur si estrainct, + Souvent, se n'estoit Dieu qu'il crainct, + Il feroit un horrible faict. + Si advient qu'en ce Dieu enfrainct, + Et que luy-mesmes se deffaict. + + XLV. + + Car, s'en jeunesse il fut plaisant, + Ores plus rien ne dit qui plaise. + Tousjours vieil synge est desplaisant: + Moue ne faict qui ne desplaise. + S'il se taist, affin qu'il complaise, + Il est tenu pour fol recreu; + S'il parle, on luy dit qu'il se taise. + Et qu'en son prunier n'a pas creu. + + XLVI. + + Aussi, ces pauvres femmelettes, + Qui vieilles sont et n'ont de quoy, + Quand voyent jeunes pucellettes + En admenez et en requoy, + Lors demandent Dieu pourquoy + Si tost nasquirent, n'a quel droit? + Notre Seigneur s'en taist tout coy, + Car, au tanser, il le perdroit. + + [P. 39] + + LES REGRETS + DE LA BELLE HEAULMIRE + + J parvenue vieillesse. + + Advis m'est que j'oy regretter + La belle qui fut heaulmire, + Soy jeune fille souhaitter + Et parler en ceste manire: + Ha! vieillesse felonne et fire, + Pourquoy m'as si tost abatue? + Qui me tient que je ne me fire, + Et qu' ce coup je ne me tue? + + Tollu m'as ma haulte franchise + Que beaut m'avoit ordonn + Sur clercz, marchans et gens d'Eglise: + Car alors n'estoit homme n + Qui tout le sien ne m'eust donn, + Quoy qu'il en fust des repentailles, + Mais que luy eusse abandonn + Ce que reffusent truandailles. + + A maint homme l'ay reffus, + Qui n'estoit moy grand saigesse, + Pour l'amour d'ung garson rus, + Auquel j'en feiz grande largesse. + A qui que je feisse finesse, + Par m'ame, je l'amoye bien! + Or ne me faisoit que rudesse, + Et ne m'amoyt que pour le mien. + + J ne me sceut tant detrayner, [P. 40] + Fouller au piedz, que ne l'aymasse, + Et m'eust-il faict les rains trayner, + S'il m'eust dit que je le baisasse + Et que tous mes maux oubliasse; + Le glouton, de mal entach, + M'embrassoit... J'en suis bien plus grasse! + Que m'en reste-il? Honte et pch. + + Or il est mort, pass trente ans, + Et je remains vieille et chenue. + Quand je pense, lasse! au bon temps, + Quelle fus, quelle devenue; + Quand me regarde toute nue, + Et je me voy si trs-change, + Pauvre, seiche, maigre, menue, + Je suis presque toute enrage. + + Qu'est devenu ce front poly, + Ces cheveulx blonds, sourcilz voultyz, + Grand entr'oeil, le regard joly, + Dont prenoye les plus subtilz; + Ce beau nez droit, grand ne petiz; + Ces petites joinctes oreilles, + Menton fourchu, cler vis traictis, + Et ces belles lvres vermeilles? + + Ces gentes espaules menues, + Ces bras longs et ces mains tretisses; + Petitz tetins, hanches charnues, + Esleves, propres, faictisses + A tenir amoureuses lysses; + Ces larges reins, ce sadinet, + Assis sur grosses fermes cuysses, [P. 41] + Dedans son joly jardinet? + + Le front rid, les cheveulx gris, + Les sourcilz cheuz, les yeulx estainctz, + Qui faisoient regars et ris, + Dont maintz marchans furent attaincts; + Nez courb, de beault loingtains; + Oreilles pendans et moussues; + Le vis pally, mort et destaincts; + Menton fonc, lvres peaussues: + + C'est d'humaine beaut l'yssues! + Les bras courts et les mains contraictes, + Les espaulles toutes bossues; + Mammelles, quoy! toutes retraictes; + Telles les hanches que les tettes. + Du sadinet, fy! Quant des cuysses, + Cuysses ne sont plus, mais cuyssettes + Griveles comme saulcisses. + + Ainsi le bon temps regretons + Entre nous, pauvres vieilles sottes, + Assises bas, croppetons, + Tout en ung tas comme pelottes, + A petit feu de chenevottes, + Tost allumes, tost estainctes; + Et jadis fusmes si mignottes!... + Ainsi en prend maintz et maintes. + + [P. 42] + + BALLADE DE LA BELLE HEAULMIRE + AUX FILLES DE JOIE. + + Or y pensez, belle Gantire, + Qui m'escolire souliez estre, + Et vous, Blanche la Savetire, + Ores est temps de vous congnoistre. + Prenez dextre et senestre; + N'espargnez homme, je vous prie: + Car vieilles n'ont ne cours ne estre, + Ne que monnoye qu'on descrie. + + Et vous, la gente Saulcissire, + Qui de dancer estes adextre; + Guillemette la Tapissire, + Ne mesprenez vers vostre maistre; + Tous vous fauldra clorre fenestre, + Quand deviendrez vieille, flestrie; + Plus ne servirez qu'un vieil prebstre, + Ne que monnoye qu'on descrie. + + Jehanneton la Chaperonnire, + Gardez qu'ennuy ne vous empestre; + Katherine la Bouchire, + N'envoyez plus les hommes paistre: + Car qui belle n'est, ne perpetre + Leur bonne grace, mais leur rie. + Laide vieillesse amour n'impetre, + Ne que monnoye qu'on descrie. + + ENVOI. + + Filles, veuillez vous entremettre + D'escouter pourquoy pleure et crie + C'est que ne puys remde y mettre, [P. 43] + Ne que monnoye qu'on descrie. + + + XLVII. + + Ceste leon icy leur baille + La belle et bonne de jadis; + Bien dit ou mal, vaille que vaille, + Enregistrer j'ay faict ces ditz + Par mon clerc Fremin l'estourdys, + Aussi rassis que je pense estre... + S'il me desment, je le mauldys: + Selon le clerc est deu le maistre. + + XLVIII. + + Si apercoy le grand danger + L o l'homme amoureux se boute... + H! qui me vouldroit laidanger + De ce mot, en disant: Escoute! + Se d'aymer t'estrange et reboute + Le barat de celles nommes, + Tu fais une bien folle doubte, + Car ce sont femmes diffames. + + XLIX. + + S'ils n'ayment fors que pour l'argent, + On ne les ayme que pour l'heure. + Rondement ayment toute gent, + Et rient lors quant bourse pleure. + De celles n'est qui ne recoeuvre; + Mais en femmes d'honneur et nom + Franc homme, se Dieu me sequeure, + Se doit employer; ailleurs, non. + + L. [P. 44] + + Je prens qu'aucun dye cecy, + Si ne me contente-il en rien. + En effect, je concludz ainsy, + Et sy le cuyde entendre bien, + Qu'on doit aymer en lieu de bien. + Asavoir-mon se ces fillettes, + Qu'en parolles toute jour tien, + Ne furent pas femmes honnestes? + + LI. + + Honnestes, si furent vrayement, + Sans avoir reproches ne blasmes. + S'il est vray que, au commencement, + Une chascune de ces femmes + Lors prindrent, ains qu'eussent diffames, + L'une ung clerc, ung lay, l'autre ung moine, + Pour estaindre d'amours les flammes, + Plus chauldes que feu Sainct-Antoine. + + LII. + + Or firent selon le decret + Leurs amys, et bien y appert; + Elles aymoient en lieu secret, + Car autre qu'eulx n'y avoit part. + Toutesfois, ceste amour se part: + Car celle qui n'en avoit qu'un + D'icelluy s'eslongne et despart, + Et ayme myeulx aymer chascun. + + LIII. + + Qui les meut ce? J'imagine, + Sans l'honneur des dames blasmer + Que c'est nature feminine, [P. 45] + Qui tout vivement veult aymer. + Autre chose n'y say rymer; + Fors qu'on dit, Reims et Troys, + Voire l'Isle et Sainct-Omer, + Que six ouvriers font plus que troys. + + LIV. + + Or ont les folz amans le bond, + Et les dames prins la volle; + C'est le droit loyer qu'amours ont; + Toute foy y est viole, + Quelque doulx baiser n'acolle. + De chiens, d'oyseaulx, d'armes, d'amours, + Chascun le dit la volle: + Pour ung plaisir mille doulours. + + + + DOUBLE BALLADE + SUR LE MME PROPOS. + + Pour ce, aymez tant que vouldrez, + Suyvez assembles et festes, + En la fin j mieulx n'en vauldrez, + Et sy n'y romprez que vos testes: + Folles amours font les gens bestes: + Salmon en idolatrya; + Samson en perdit ses lunettes... + Bien heureux est qui rien n'y a! + + Orpheus, le doux menestrier, + Jouant de flustes et musettes, + En fut en dangier du meurtrier [P. 46] + Bon chien Cerberus troys testes; + Et Narcissus, _le bel honnestes_, + En ung profond puys se noya, + Pour l'amour de ses amourettes... + Bien heureux est qui rien n'y a! + + Sardana, le preux chevalier, + Qui conquist le regne de Crtes, + En voult devenir moulier + Et filer entre pucellettes. + David ly roy, saige prophtes, + Craincte de Dieu en oublya, + Voyant laver cuisses bien faictes... + Bien heureux est qui rien n'y a! + + Ammon en voult deshonnorer, + Feignant de manger tartelettes, + Sa soeur Thamar, et deflorer, + Qui fist choses moult deshonnestes; + Herodes (pas ne sont sornettes) + Sainct Jean-Baptiste en dcolla, + Pour dances, saultz et chansonnettes... + Bien heureux est qui rien n'y a! + + De moy, pauvre, je veuil parler; + J'en fuz batu, comme ru telles, + Tout nud, j ne le quiers celer. + Qui me feit mascher ces groiselles, + Fors Katherine de Vauselles? + No le tiers ot, qui fut l. + Mitaines ces nopces telles, + Bien heureux est qui rien n'y a! + + Mais que ce jeune bachelier [P. 47] + Laissast ces jeunes bachelettes, + Non! et, le deust-on vif brusler, + Comme ung chevaucheur d'escovettes. + Plus doulces luy sont que civettes; + Mais toutesfoys fol s'y fia: + Soient blanches, soient brunettes, + Bien heureux est qui rien n'y a! + + + LV. + + Si celle que jadis servoye + De si bon cueur et loyaument, + Dont tant de maulx et griefz j'avoye, + Et souffroye tant de torment, + Se dit m'eust, au commencement, + Sa voulent (mais nenny, las!), + J'eusse mys peine aucunement, + De moy retraire de ses las. + + LVI. + + Quoy que je luy voulsisse dire, + Elle estoit preste d'escouter, + Sans m'accorder ne contredire; + Qui plus, me souffroit arrester, + Joignant elle prs s'accouter; + Et ainsi m'alloit amusant, + Et me souffroit tout racompter, + Mais ce n'estoit qu'en m'abusant. + + LVII. + + Abus m'a, et faict entendre + Tousjours d'ung que ce fust ung aultre; + De farine, que ce fust cendre; + D'ung mortier, ung chapeau de feautre; [P. 48] + De viel machefer, que fust peaultre; + D'ambesas, que ce fussent ternes... + Toujours trompant ou moy ou aultre, + Et vendoit vessies pour lanternes. + + LVIII. + + Du ciel, une poisle d'arain; + Des nues, une peau de veau; + Du matin, qu'estoit le serain; + D'un trongnon de chou, ung naveau; + D'orde cervoise, vin nouveau; + D'une truie, ung molin vent; + Et d'une hart, ung escheveau; + D'un gras abb, ung poursuyvant. + + LIX. + + Ainsi m'ont amours abus, + Et pourmen de l'uys au pesle. + Je croy qu'homme n'est si rus, + Fust fin comme argent de crepelle, + Qui n'y laissast linge et drapelle, + Mais qu'il fust ainsi many + Comme moy, qui partout m'appelle: + _L'Amant remys et reny_. + + LX. + + Je renye Amours et despite; + Je deffie feu et sang. + Mort par elles me precipite, + Et si ne leur vault pas d'ung blanc. + Ma vielle ay mys soubz le banc; + Amans je ne suyvray jamais; + Se jadis je fuz de leur ranc, + Je declaire que n'en suys mais. + + LXI. [P. 49] + + Car j'ay mys le plumail au vent: + Or le suyve qui a attente; + De ce me tays dorenevant. + Poursuyvre je vueil mon entente, + Et, s'aucun m'interroge ou tente + Comment d'amours ose mesdire, + Geste parolle les contente: + Qui meurt a ses loix de tout dire. + + LXII. + + Je cognoys approcher ma soef; + Je crache, blanc comme cotton, + Jacobins gros comme ung estoeuf: + Qu'est-ce dire? que Jenanneton + Plus ne me tient pour valeton, + Mais pour ung vieil us rgnait... + De vieil porte voix et le ton, + Et ne suys qu'ung jeune coquart. + + LXIII. + + Dieu mercy et Jaques Thibault, + Qui tant d'eau froide m'a faict boyre, + En ung bas lieu, non pas en hault; + Manger d'angoisse mainte poire; + Enferr... Quand j'en ay mmoire, + Je pry pour luy et _reliqua_, + Que Dieu luy doint... et voire, voire, + Ce que je pense... _et cetera_. + + LXIV. + + Toutesfoys, je n'y pense mal, + Pour luy et pour son lieutenant; + Aussy pour son official, [P. 50] + Qui est plaisant et advenant, + Que faire n'ay du remenant; + Mais du petit maistre Robert?... + Je les ayme, tout d'ung tenant, + Ainsi que faict Dieu le Lombart. + + LXV. + + Si me souvient, mon advis, + Que je feis, mon partement, + Certains lays, l'an cinquante six, + Qu'aucuns, sans mon consentement, + Voulurent nommer _Testament_; + Leur plaisir fut, et non le mien: + Mais quoy! on dit communement, + Qu'un chascun n'est maistre du sien. + + LXVI. + + S'ainsi estoit qu'aulcun n'eust pas + Receu les lays que je luy mande, + J'ordonne que, aprs mon trespas, + A mes hoirs en face demande; + Qui sont-ilz? si on le demande: + Moreau, Provins, Robin Turgis; + De moy, par dictez que leur mande, + Ont eu jusqu'au lict o je gys. + + LXVII. + + Pour le rvoquer ne le dy, + Et y courust toute ma terre; + De piti en suys refroidy, + Envers le bastard de la Barre: + Parmy ses trois gluvons de foerre, + Je luy donne mes vieilles nattes; + Bonnes seront pour tenir serre, [P. 51] + Et soy soustenir sur ses pattes. + + LXVIII. + + Somme, plus ne diray qu'ung mot, + Car commencer veuil tester: + Devant mon clerc Fremin, qui m'ot + (S'il ne dort), je vueil protester, + Que n'entends homme detester, + En ceste presente ordonnance; + Et ne la vueil manifester + Sinon au royaulme de France. + + LXIX. + + Je sens mon cueur qui s'affoiblist, + Et plus je ne puys papier. + Fremin, siez-toy prs de mon lict, + Que l'on ne me viengne espier! + Prens tost encre, plume et papier, + Ce que nomme escryz vistement; + Puys fais-le partout copier, + Et vecy le commancement. + + + _Ici commance Villon tester_. + + LXX. + + Au nom de Dieu, Pre eternel. + Et du Filz que Vierge parit, + Dieu au Pre oeternel, + Ensemble et du Sainct Esperit, + Qui saulva ce qu'Adam prit, + Et du pery pare les Cieulx... + Qui bien ce croyt, peu ne merit: [P. 52] + De gens mortz se font petiz Dieux. + + LXXI. + + Mortz estoient, et corps et ames, + En damne perdition; + Corps pourriz, et ames en flammes, + De quelconque condition; + Toutesfoys, fais exception + Des patriarches et prophtes; + Car, selon ma conception, + Oncques grand chault n'eurent aux fesses. + + LXXII. + + Qui me diroit: Qui te faict mectre + Si trs-avant ceste parolle, + Qui n'es en Thologie maistre? + A toy est presumption folle. + --C'est de JESUS la parabolle, + Touchant le Riche ensevely + En feu, non pas en couche molle, + Et du Ladre, de dessus ly. + + LXXIII. + + Si du Ladre eust veu le doy ardre, + J n'en eust requis refrigre, + N'au bout d'icelluy doiz aherdre, + Pour refreschir sa maschoure. + Pions y feront mate chre, + Qui boy vent pourpoinct et chemise: + Puys que boyture y est si chre, + Dieu nous garde de la main mise! + + LXXIV. [P. 53] + + Ou nom de Dieu, comme j'ay dit, + Et de sa glorieuse Mre, + Sans pech soit parfaict ce dict + Par moy, plus maigre que chimere; + Si je n'ay eu fivre effimre, + Ce m'a faict divine clmence; + Mais d'autre dueil et perte amre + Je me tays, et ainsi commence: + + LXXV. + + Premier, je donne ma pauvre ame + A la benoiste Trinit, + Et la commande Nostre Dame, + Chambre de la divinit; + Priant toute la charit + Des dignes neuf Ordres des cieulx, + Que par eulx soit ce don port + Devant le Trosne prcieux. + + LXXVI. + + Item, mon corps j'ordonne et laisse + A nostre grand mre la terre; + Les vers n'y trouveront grand gresse: + Trop lui a faict faim dure guerre. + Or luy soit dlivr grand erre; + De terre vint, en terre tourne. + Toute chose, se par trop n'erre, + voulentiers en son lieu retourne. + + LXXVII. + + Item, et mon plus que pre, + Maistre Guillaume de Villon + Qui m'a est plus doulx que mre [P. 54] + D'enfant eslev de maillon; + Dejett m'a de maint boillon, + Et de cestuy pas ne s'esjoye, + Si luy requiers genoillon, + Qu'il m'en laisse toute la joye. + + LXXVIII. + + Je luy donne ma librairie, + Et le _Rommant du Pet au Diable_, + Lequel maistre Gui Tabarie + Grossoya, qu'est hom vritable. + Par cayers est soubz une table. + Combien qu'il soit rudement faict, + La matire est si trs notable, + Qu'elle amende tout le meffaict. + + LXXIX. + + Item, donne ma bonne mre + Pour saluer nostre Maistresse, + Qui pour moy eut douleur amre, + Dieu le sait, et mainte tristesse; + Autre chastel ou fosteresse + N'ay o retraire corps et ame, + Quand sur moy court male destresse, + Ne ma mre, la povre femme! + + [P. 55] + + BALLADE + QUE VILLON FEIT A LA REQUESTE DE SA MRE, + POUR PRIER NOSTRE-DAME. + + Dame du ciel, rgente terrienne, + Emperire des infernaulx palux, + Recevez-moy, vostre humble chrestienne, + Que comprinse soye entre voz esleuz, + Ce non obstant qu'oncques rien ne valuz. + Les biens de vous, ma dame et ma maistresse, + Sont trop plus grans que ne suis pecheresse, + Sans lesquelz biens ame ne peult merir + N'avoir les cieulx, je n'en suis jengleresse. + En ceste foy je vueil vivre et mourir. + + A vostre Filz dictes que je suis sienne; + Que de luy soyent mes pchez aboluz: + Pardonns moi comme l'Egyptienne, + Ou comme il feit au clerc Theophilus, + Lequel par vous fut quitte et absoluz, + Combien qu'il eust au diable faict promesse. + Preservez-moy, que je ne face cesse; + Vierge, pourtant, me vouillis impartir + Le sacrement qu'on celebre la messe. + En ceste foy je vueil vivre et mourir. + + Femme je suis povrette et ancienne, + Ne riens ne say; oncques lettre ne leuz; + Au monstier voy dont suis parroissienne + Paradis painct, o sont harpes et luz, + Et ung enfer o damnez sont boulluz: [P. 56] + L'ung me faict paour, l'autre joye et liesse. + La joye avoir fais-moy, haulte Deesse, + A qui pecheurs doivent tous recourir, + Comblez de foy, sans faincte ne paresse. + En ceste foy je vueil vivre et mourir. + + ENVOI. + + Vous portastes, Vierge, digne princesse, + JESUS rgnant, qui n'a ne fin ne cesse. + Le Tout-Puissant, prenant nostre foiblesse, + Laissa les cieulx et nous vint secourir; + Offrist mort sa trs clre jeunesse; + Nostre Seigneur tel est, tel le confesse. + En ceste foy je vueil vivre et mourir. + + + + LXXX. + + Item, m'amour, ma chre Ros, + Ne luy laisse ne cueur ne foye: + Elle aymeroit mieulx autre chose, + Combien qu'elle ait assez monnoye: + Quoy? une grand bourse de soye, + Pleine d'escuz, profonde et large: + Mais pendu soit-il, que je soye, + Qui luy lairra escu ne targe. + + LXXXI. + + Car elle en a, sans moy, assez. + Mais de cela il ne m'en chault; + Mes grans deduictz en sont passez; + Plus n'en ay le cropion chauld. + Si m'en desmetz aux hoirs Michault, [P. 57] + Qui fut nomm le bon fouterre. + Priez pour luy, faictes ung sault: + A Saint-Satur gist, soubz Sancerre. + + LXXXII. + + Ce non obstant, pour m'acquitter + Envers Amours, plus qu'envers elle, + Car oncques n'y peuz acquester + D'amours une seule estincelle; + Ne say s' tous est si rebelle + Qu' moy: ce ne m'est grand esmoy; + Mais, par saincte Marie la belle! + Je n'y voy que rire pour moy. + + LXXXIII. + + Ceste Ballade luy envoye, + Qui se termine toute en R. + Qui la portera? que j'y voye: + Ce sera Pernet de la Barre, + Pourveu, s'il rencontre en son erre + Ma damoyselle au nez tortu, + Il luy dira, sans plus enquerre: + Orde paillarde, d'o viens-tu? + + + + BALLADE + DE VILLON A S'AMYE. + + Faulse beault, qui tant me couste cher. + Rude en effect, hypocrite doulceur; + Amour dure, plus que fer, mascher; [P. 58] + Nommer que puis de ma deffaon soeur, + Cherme felon, la mort d'ung povre cueur, + Orgueil muss, qui gens met au mourir; + Yeulx sans piti! ne veult droicte rigueur, + Sans empirer, ung pauvre secourir? + + Mieulx m'eust valu avoir est crier + Ailleurs secours, c'eust est mon bonheur: + Rien ne m'eust sceu hors de ce fait chasser; + Trotter m'en fault en fuyte deshonneur. + Haro, haro, le grand et le mineur! + Et qu'est cecy? mourray, sans coup ferir, + Ou piti veult, selon ceste teneur, + Sans empirer, ung povre secourir. + + Ung temps viendra, qui fera desseicher, + Jaulnir, flestrir, vostre espanie fleur: + Je m'en risse, se tant peusse marcher, + Mais nenny: lors (ce seroit donc foleur) + Vieil je seray; vous, laide, et sans couleur. + Or, beuvez fort, tant que ru peult courir. + Ne donnez pas tous ceste douleur, + Sans empirer, ung povre secourir. + + ENVOI. + + Prince amoureux, des amans le greigneur, + Vostre mal gr ne vouldroye encourir; + Mais tout franc cueur doit, par Nostre Seigneur, + Sans empirer, ung povre secourir. + + + [P. 59] + LXXXIV. + + Item, maistre Ythier, marchant, + Auquel mon branc laissay jadis, + Donne (mais qu'il le mette en chant), + Ce lay, contenant des vers dix; + Et aussi ung _De profundis_ + Pour ses anciennes amours, + Desquelles le nom je ne dis, + Car il me herroit tousjours. + + + + LAY OU PLUSTOST RONDEAU. + + MORT, j'appelle de ta rigueur, + Qui m'as ma maistresse ravie, + Et n'es pas encore assouvie, + Se tu ne me tiens en langueur. + Onc puis n'euz force ne vigueur; + Mais que te nuysoit-elle en vie, + Mort? + + Deux estions, et n'avions qu'ung cueur; + S'il est mort, force est que dvie, + Voire, ou que je vive sans vie, + Comme les images, par cueur, + Mort! + + + + LXXXV. + + Item, maistre Jehan Cornu, + Autres nouveaux lays luy vueil faire, + Car il m'a tousjours secouru [P. 60] + A mon grand besoing et affaire: + Pour ce, le jardin luy transfre, + Que maistre Pierre Bourguignon + Me renta, en faisant refaire + L'huys, et redrecier le pignon. + + LXXXVI. + + Par faulte d'ung huys, j'y perdis + Ung grez, et ung manche de houe. + Alors, huyt faulcons, non pas dix, + N'y eussent pas prins une alloe. + L'hostel est seur, mais qu'on le cloe. + Pour enseigne y mis ung havet; + Qui que l'ait prins, point ne l'en loe: + Sanglante nuict et bas chevet! + + LXXXVII. + + Item, et pource que la femme + De maistre Pierre Sainct Amant + (Combien, si coulpe y a ou blasme, + Dieu luy pardonne doulcement!) + Me meist en reng de caymant, + Pour le Cheval Blanc qui ne bouge, + Luy changeay une jument, + Et la Mulle ung Asne rouge. + + LXXXVIII. + + Item, donne sire Denys + Hesselin, Esleu de Paris, + Quatorze muys de vin d'Aulnis, + Prins chez Turgis, mes perilz. + S'il en beuvoit tant que periz + En fust son sens et sa raison, + Qu'on mette de l'eau es barrilz: [P. 61] + Vin perd mainte bonne maison. + + LXXXIX. + + Item, donne mon advocat, + Maistre Guillaume Charruau, + Quoy qu'il marchande ou ait estt, + Mon branc... Je me tays du fourreau, + Il aura, avec ce, ung rau + En change, affin que sa bourse enfle, + Prins sur la chausse et carreau + De la grand closture du Temple. + + Item, mon procureur Fournier + Aura, pour toutes ses corves + (Simple seroit de l'espargner; + En ma bourse quatre haves), + Car maintes causes m'a saulves, + Justes, ainsi, JESUS-CHRIST m'ayde! + Comme elles ont est trouves; + Mais bon droit a bon mestier d'ayde. + + XCI. + + Item, je donne maistre Jaques + Raguyer le grant godet de Grve, + Pourveu qu'il payera quatre plaques, + Deust-il vendre, quoy qu'il luy griefve, + Ce dont on ceuvre mol et grve; + Aller sans chausses et chappin, + Tous les matins, quand il se live, + Au trou de la Pomme de pin. + + XCII. [P. 62] + + Item, quant est de Mairebeuf, + Et de Nicolas de Louviers, + Vache ne leur donne ne beuf, + Car vachers ne sont, ne bouviers, + Mais gens porter esperviers, + Ne cuidez pas que je vous joue, + Pour prendre perdriz et plouviers, + Sans faillir, sur la Maschecroe. + + XCIII. + + Item, vienne Robert Turgis + A moy, je luy payeray son vin, + Combien, s'il trouve mon logis, + Plus fort sera que le devin. + Le droit luy donne d'eschevin, + Que j'ay comme enfant de Paris... + Se je parle ung peu poictevin, + Ilce m'ont deux dames appris. + + XCIV. + + Filles sont trs belles et gentes, + Demourantes Sainct-Genou, + Prs Sainct-Julian des Voventes, + Marches de Bretaigne ou Poictou, + Mais je ne dy proprement o, + Or y pensez trestous les jours, + Car je ne suis mie si fou... + Je pense celer mes amours. + + XCV. + + Item, Jehan Raguyer je donne, + Qui est sergent, voir des Douze, + Tant qu'il vivra, ainsi l'ordonne, [P. 63] + Tous les jours une talemouze, + Pour brouter et fourrer sa mouse, + Prinse la table de Bailly; + A Maubuay sa gorge arrouse, + Car manger n'a pas failly. + + XCVI. + + Item, donne au prince des Sotz + Pour ung bon sot Michault du Four, + Qui la fois dit de bons motz + Et chante bien: _Ma doulce amour_! + Avec ce, il aura le bonjour. + Brief, mais qu'il fust ung peu en poinct, + Il est ung droit sot de sjour, + Et est plaisant o il n'est point. + + XCVII. + + Item, aux unze vingtz Sergens + Donne, car leur faict est honneste, + Et sont bonnes et doulces gens, + Denis Richier, et Jehan Vallette, + A chascun une grand cornette, + Pour pendre leurs chappeaulx de feautre + J'entendz ceulx de pied, hohecte! + Car je n'ay que faire des autres. + + XCVIII. + + Derechef, donne Prinet, + J'entendz le bastard de la Barre, + Pour ce qu'il est beau fils et net, + En son escu, en lieu de barre, + Trois detz plombez, de bonne carre, + Ou ung beau joly jeu de cartes... + Mais quoy! s'on l'oyt vessir ne poirre, [P. 64] + En oultre aura les fivres quartes. + + XCIX. + + Item, ne vueil plus que Chollet + Dolle, trenche, douve ne boyse, + Relye brocq ne tonnelet, + Mais tous ses outilz changer voyse + A une espe lyonnoise, + Et retienne le hutinet: + Combien qu'il n'ayme bruyt ne noyse, + Si luy plaist-il ung tantinet. + + C. + + Item, je donne Jehan le Lou, + Homme de bien et bon marchant, + Pour ce qu'il est linget et flou, + Et que Chollet est mal chassant, + Par les rues plustost qu'au champ, + Qui ne lairra poulaille en voye, + Le long tabart, et bien cachant, + Pour les musser, qu'on ne les voye. + + CI. + + Item, l'orfvre Du Boys, + Donne cent clouz, queues et testes, + De gingembre sarazinoys, + Non pas pour accoupler ses boytes, + Mais pour conjoindre culz et coettes, + Et couldre jambons et andoilles, + Tant que le laict en monte aux tettes, + Et le sang en devalle aux coilles. + + CII. [P. 65] + + Au cappitaine Jehan Riou, + Tant pour luy que pour ses archiers, + Je donne six livres de lou, + Qui n'est pas viande porchiers, + Prins gros mastins de bouchiers, + Et cuittes de vin de buffet. + Pour manger de ces morceaulx chiers, + On en ferait bien un mau faict. + + CIII. + + C'est viande ung peu plus pesante, + Que duvet, ne plume, ne lige. + Elle est bonne porter en tente, + Ou pour user en quelque sige. + Et, s'ilz estoient prins en un pige, + Les mastins, qu'ils ne sceussent courre, + J'ordonne, moy qui suis bon mige, + Que des peaulx, sur l'hyver, se fourre. + + CIV. + + Item, Robin Troussecaille, + Qui s'est en service bien faict; + A pied ne va comme une caille, + Mais sur roussin gros et reffaict: + Je luy donne, de mon buffet, + Une jatte qu'emprunter n'ose; + Si aura mesnage parfait: + Plus ne luy failloit autre chose. + + CV. + + Item, donne Perrot Girard, + Barbier jur du Bourg-la-Royne, + Deux bassins et ung coquemard, [P. 66] + Puis qu' gaigner mect telle peine. + Des ans y a demy douzaine, + Qu'en son hostel, de cochons gras + M'apastela une sepmaine; + Tesmoing l'abesse de Pourras. + + CVI. + + Item, aux Frres mendians, + Aux Devotes et aux Beguines, + Tant de Paris que d'Orlans, + Tant Turlupins que Turlupines, + De grasses souppes jacobines + Et flans leurs fais oblation; + Et puis aprs, soubz les courtines, + Parler de contemplation. + + CVII. + + Si ne suis-je pas qui leur donne, + Mais du tout en sont-ce les mres, + Et Dieu, qui ainsi les guerdonne, + Pour qui souffrent peines amres. + Il fault qu'ilz vivent, les beaulx pres, + Et mesmement ceulx de Paris. + S'ilz font plaisir noz commres, + Ilz ayment ainsi les maris. + + CVIII. + + Quoy que maistre Jehan de Pontlieu + En voulsist dire, _et reliqua_, + Contrainct et en publique lieu, + Voulsist ou non, s'en revocqua. + Maistre Jehan de Mehun se moqua + De leur faon; si feit Mathieu. + Mais on doit honorer ce qu'a [P. 67] + Honnor l'Eglise de Dieu. + + CIX. + + Si me submectz, leur serviteur, + En tout ce que puis faire et dire, + A les honorer de bon cueur, + Et servir, sans y contredire. + L'homme bien fol est d'en mesdire, + Car, soit part, ou en prescher, + Ou ailleurs, il ne fault pas dire + Si gens sont pour eux revencher. + + CX. + + Item, je donne frre Baulde, + Demeurant l'hostel des Carmes, + Portant chre hardie et baulde, + Une sallade et deux guysarmes, + Que De Tusca et ses gens d'armes + Ne luy riblent sa Caige-vert. + Vieil est: s'il ne se rend aux armes, + C'est bien le diable de Vauvert. + + CXI. + + Item, pour ce que le Scelleur, + Maint estront de mousche masch, + Donne, car homme est de valleur, + Son sceau davantage crach, + Et qu'il ait le pouce escach, + Pour tout comprendre une voye; + J'entendz celluy de l'Evesch, + Car les autres, Dieu les pourvoye. + + CXII. [P. 68] + + Quant de messieurs les Auditeux, + Leur chambre auront lembroyse; + Et ceulx qui ont les culz rongneux, + Chascun une chaise perse, + Mais qu' la petite Mace + D'Orlans, qui eut ma ceincture, + L'amende soit bien hault taxe: + Elle est une mauvaise ordure. + + CXIII. + + Item, donne maistre Franoys, + Promoteur de la vacquerie, + Ung hault gorgerin d'Escossoys, + Toutesfois sans orfaverie; + Car, quant receut chevalerie, + Il maugrea Dieu et saint George. + Parler n'en oyt qu'il ne s'en rie, + Comme enrag, pleine gorge. + + CXIV. + + Item, maistre Jehan Laurens, + Qui a les povres yeulx si rouges, + Par le pech de ses parens, + Qui beurent en barilz et courges, + Je donne l'envers de mes bouges, + Pour chascun matin les torcher... + S'il fust archevesque de Bourges, + Du cendal eust, mais il est cher. + + CXV. + + Item, maistre Jehan Cotard, + Mon procureur en Court d'Eglise, + Devoye environ ung patard, [P. 69] + Car present bien m'en advise, + Quant chicanner me feit Denise, + Disant que l'avoye mauldite; + Pour son ame, qu's cieulx soit mise! + Ceste Oraison j'ay cy escripte. + + + BALLADE ET ORAISON. + + Pre No, qui plantastes la vigne; + Vous aussi, Loth, qui bustes au rocher, + Par tel party qu'Amour, qui gens engigne, + De vos filles si vous feit approcher, + Pas ne le dy pour le vous reprocher, + Architriclin, qui bien sceustes cest art, + Tous trois vous pry qu'o vous veuillez percher + L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard! + + Jadis extraict il fut de vostre ligne, + Luy qui beuvoit du meilleur et plus cher; + Et ne deust-il avoir vaillant ung pigne, + Certes, sur tous, c'estoit un bon archer; + On ne luy sceut pot des mains arracher, + Car de bien boire oncques ne fut faitard. + Nobles seigneurs, ne souffrez empescher + L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard! + + Comme um viellart qui chancelle et trepign + L'ay veu souvent, quand il s'alloit coucher; + Et une foys il se feit une bigne, + Bien m'en souvient, l'estal d'ung boucher. + Brief, on n'eust seu en ce monde chercher [P. 70] + Meilleur pion, pour boire tost et tard. + Faictes entrer quand vous orrez hucher + L'me du bon feu maistre Jehan Cotard. + + ENVOI. + + Prince, il n'eust seu jusqu' terre cracher; + Tousjours crioyt: Haro, la gorge m'ard! + Et si ne sceut oncq sa soif estancher, + L'me du bon feu maistre Jehan Cotard. + + + + CXVI. + + Item, vueil que le jeune Merle + Dsormais gouverne mon change, + Car de changer envys me mesle, + Pourveu que tousjours baille en change, + Soit priv, soit estrange, + Pour trois escus, six brettes targes; + Pour deux angelotz, ung grand ange: + Car amans doivent estre larges. + + CXVII. + + Item, j'ay seu, ce voyage, + Que mes trois povres orphelins + Sont creus et deviennent en aage, + Et n'ont pas testes de belins, + Et qu'enfans d'icy Salins + N'a mieulx saichans leur tour d'escolle; + Or, par l'ordre des Mathelins, + Telle jeunesse n'est pas folle. + + CXVIII. [P. 71] + + Si vueil qu'ilz voysent l'estude; + O? chez maistre Pierre Richer. + Le _Donnait_ est pour eulx trop rude: + J ne les y vueil empescher. + Ilz sauront, je l'ayme plus cher: + _Ave salus, tibi decus_, + Sans plus grandes lettres chercher: + Tousjours n'ont pas clercs le dessus. + + CXIX. + + Cecy estudient, et puis ho! + Plus procder je leur deffens. + Quant d'entendre le grand _Credo_, + Trop fort il est pour telz enfans. + Mon grant tabard en deux je fendz: + Si vueil que la moicti s'en vende, + Pour eulx en achepter des flans, + Car jeunesse est ung peu friande. + + CXX. + + Et veuil qu'ilz soyent informez + En meurs, quoy que couste bature; + Chapperons auront enfermez, + Et les poulces soubz la ceincture; + Humbles toute crature; + Disans: _Hen? Quoy? Il n'en est rien!_ + Si diront gens, par adventure: + Voycy enfans de lieu de bien! + + CXXI. + + Item, mes pouvres clergeons, + Auxquelz mes titres je resigne, + Beaulx enfans et droictz comme joncs, [P. 72] + Les voyans, je m'en dessaisine, + Et, sans recevoir, leur assigne, + Seur comme qui l'auroit en paulme, + A une certain jour que l'on signe, + Sur l'hostel de Guesdry Guillaume. + + CXXII. + + Quoy que jeunes et esbatans + Soyent, en rien ne me desplaist; + Dedans vingt, trente ou quarante ans + Bien autres seront, se Dieu plaist. + Il faict mal qui ne leur complaist, + Car ce sont beaux enfans et gents; + Et qui les bat ne fiert, fol est, + Car enfans si deviennent gens. + + CXXIII. + + Les bourses des Dix-et-huict clers + Auront; je m'y vueil travailler: + Pas ilz ne dorment comme lerz, + Qui trois mois sont sans resveiller. + Au fort, triste est le sommeiller + Qui faict aise jeune en jeunesse, + Tant qu'enfin luy faille veiller, + Quant reposer deust en vieillesse. + + CXXIV. + + Cy en escris au collateur + Lettres semblables et pareilles: + Or prient pour leur bienfaicteur, + Ou qu'on leur tire les oreilles. + Aucunes gens ont grand merveilles, + Que tant m'encline envers ces deux; + Mais, foy que doy, festes et veilles, [P. 73] + Oncques ne vey les mres d'eulx! + + CXXV. + + Item, et Michault Culdou, + Et sire Charlot Taranne, + Cent solz: s'ilz demandent prins o? + Ne leur chaille; ils viendront de manne; + Et unes houses de basanne, + Autant empeigne que semelle; + Pourveu qu'ils me saulveront Jehanne, + Et autant une autre comme elle. + + CXXVI. + + Item, au seigneur de Grigny, + Auquel jadis laissay Vicestre, + Je donne la tour de Billy, + Pourveu, se huys y a ne fenestre + Qui soit ne debout ne en estre, + Qu'il mette trs bien tout appoinct: + Face argent dextre, senestre: + Il m'en fault, et il n'en a point. + + CXXVII. + + Item, Thibault de la Garde: + Thibault? je mentz, il a nom Jehan; + Que luy donray-je, que ne perde? + Assez ay perdu tout cest an. + Dieu le vueille pourvoir, _amen...!_ + Le barillet? par m'ame, voyre! + Genevoys est le plus ancien, + Et plus beau nez a pour y boyre. + + + CXXVIII. [P. 74] + + Item, je donne Basanyer, + Notaire et greffier criminel, + De giroffle plain ung panyer, + Prins chez maistre Jehan de Ruel. + Tant Mautainct; tant Rosnel; + Et, avec ce don de giroffle, + Servir, de cueur gent et ysnel, + Le seigneur qui sert sainct Cristofle, + + CXXIX. + + Auquel ceste Ballade donne, + Pour sa dame, qui tous biens a. + S'Amour ainsi tous ne guerdonne, + Je ne m'esbahys de cela; + Car au Pas conquest celle a + Que tint Ren, roy de Cecille, + O si bien fist et peu parla + Qu'oncques Hector feit, ne Trole. + + + + BALLADE + + Que Villon donna un gentilhomme, nouvellement mari, pour + l'envoyer son espouse, par luy conquise l'espe. + + Au poinct du jour, que l'esprevier se bat, + Meu de plaisir et par noble coustume, + Bruyt il demaine et de joye s'esbat, + Reoit son per et se joint la plume: + Ainsi vous vueil, ce dsir m'allume. + Joyeusement ce qu'aux amans bon semble. [P. 75] + Sachez qu'Amour l'escript en son volume, + Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble. + + Dame serez de mon cueur, sans debat, + Entierement, jusques mort me consume. + Laurier soef qui pour mon droit combat, + Olivier franc, m'ostant toute amertume. + Raison ne veult que je desaccoustume, + Et en ce vueil avec elle m'assemble, + De vous servir, mais que m'y accoustume; + Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble. + + Et qui plus est, quand dueil sur moy s'embat, + Par fortune qui sur moy si se fume, + Vostre doulx oeil sa malice rabat, + Ne plus ne moins que le vent faict la fume. + Si ne perds pas la graine que je sume + En vostre champ, car le fruict me ressemble: + Dieu m'ordonne que le fouysse et fume; + Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble. + + ENVOI. + + Princesse, oyez ce que cy vous resume: + Que le mien cueur du vostre desassemble + J ne sera: tant de vous en presume; + Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble. + + + + CXXX. + + Item, sire Jehan Perdryer, + Riens, n' Franoys, son second frre. + Si m'ont-ilz voulu aydier, [P. 76] + Et de leurs biens faire confrre; + Combien que Franoys, mon compre, + Contre langues flambans et rouges, + Sans commandement, sans prire, + Me recommanda fort Bourges. + + CXXXI. + + Si aille veoir en Taillevent, + Ou chapitre de fricassure, + Tout au long, derrire et devant, + Lequel n'en parle jus ne sure; + Mais Macquaire vous asseure, + A tout le poil cuysant ung dyable, + Affin que sentist bon l'arsure, + Ce _Recipe_ m'escript, sans fable. + + + + BALLADE. + + En reagal, en arsenic rocher, + En orpigment, en salpestre et chaulx vive; + En plomb boillant, pour mieulx les esmorcher; + En suif et poix, destrampez de lessive + Faicte d'estronts et de pissat de Juifve; + En lavaille de jambes meseaulx; + En raclure de piedz et vieulx houseaulx; + En sang d'aspic et drogues venimeuses; + En fiel de loups, de regnards et blereaux, + Soient frittes ces langues envieuses! + + En cervelle de chat qui hayt pescher, + Noir, et si vieil qu'il n'ait dent en gencive; + D'ung vieil mastin, qui vault bien aussi cher [P. 77] + Tout enrag, en sa bave et salive; + En l'escume d'une mulle poussive, + Detrenche menu bons ciseaulx; + En eau o ratz plongent groings et museaulx, + Raines, crapauds, telz bestes dangereuses, + Serpens, lezards, et telz nobles oyseaulx, + Soient frittes ces langues envieuses! + + En sublim, dangereux toucher; + Et au nombril d'une couleuvre vive; + En sang qu'on mect en poylettes secher, + Chez ces barbiers, quand plaine lune arrive, + Dont l'ung est noir, l'autre plus vert que cive, + En chancre et fix, et en ces ords cuveaulx + O nourrices essangent leurs drappeaulx; + En petits baings de filles amoureuses + Qui n'entendent qu' suivre les bordeaulx, + Soient frittes ces langues envieuses! + + ENVOI. + + Prince, passez tous ces friands morceaux, + S'estamine n'avez, sacs ou bluteaux, + Parmy le fons d'unes brayes breneuses; + Mais, paravant, en estronts de pourceaulx + Soient frittes ces langues envieuses! + + + + CXXXII. + + Item, maistre Jehan Courault, + Les Contredictz Franc-Gontier mande: + Quant du Tyrant seant en hault, [P. 78] + A cestuy-l rien ne demande; + Le saige ne veult que contende, + Contre puissant, pouvre homme las, + Affin que ses filez ne tende, + Et que ne tresbuche en ses laqs. + + CXXXIII. + + Gontier ne crains: il n'a nulz hommes + Et mieulx que moy n'est herit; + Mais en ce debat cy nous sommes, + Car il loue sa pouvret: + Estre pouvre, yver et est, + A felicit il repute, + Ce que tiens malheuret. + Lequel tort? Or en dispute. + + + + BALLADE + + Intitule: _Les Contredictz de Franc-Gontier_ + + Sur mol duvet assis, ung gras chanoine, + Lez ung brasier, en chambre bien natte, + A son cost gisant dame Sydoine, + Blanche, tendre, pollie et attainte: + Boire ypocras, jour et nuycte, + Rire, jouer, mignonner et baiser, + Et nud nud, pour mieulx des corps s'ayser, + Les vy tous deux, par un trou de mortaise: + Lors je congneuz que, pour dueil appaiser, + Il n'est tresor que de vivre son aise. + + Se Franc-Gontier et sa compaigne Heleine [P. 79] + Eussent tousjours tel douce vie hante, + D'oignons, civetz, qui causent forte alaine, + N'en comptassent une bise toste. + Tout leur mathon, ne toute leur pote, + Ne prise ung ail, je le dy sans noysier. + S'ilz se vantent coucher soubz le rosier, + Ne vault pas mieulx lict costoy de chaise? + Qu'en dictes-vous? Faut-il ce muser? + Il n'est tresor que de vivre son aise. + + De gros pain bis vivent, d'orge, d'avoine, + Et boivent eau, tout au long de l'anne. + Tous les oyseaulx d'icy en Babyloine + A tel escot une seule journe + Ne me tiendroient, non une matine. + Or s'esbate, de par Dieu, Franc-Gontier, + Helne o luy, soubz le bel esglantier; + Si bien leur est, n'ay cause qu'il me poise; + Mais, quoy qu'il soit du laboureux mestier, + Il n'est tresor que de vivre son aise. + + ENVOI. + + Prince, jugez, pour tous nous accorder. + Quant est moy, mais qu' nul n'en desplaise, + Petit enfant, j'ay ouy recorder + Qu'il n'est tresor que de vivre son aise. + + + CXXXIV. + + Item, pour ce que sait la Bible, + Mademoyselle de Bruyres, + Donne prescher, hors l'Evangile, [P. 80] + A elle et ses bachelieres, + Pour retraire ces villotires + Qui ont le bec si affil, + Mais que ce soit hors cymetires, + Trop bien au march au fil. + + + + + BALLADE + DES FEMMES DE PARIS. + + Quoy qu'on tient belles langagires + Florentines, Veniciennes, + Assez pour estre messaigires, + Et mesmement les anciennes; + Mais, soient Lombardes, Rommaines, + Genevoises, mes perilz, + Piemontoises, Savoysiennes, + Il n'est bon bec que de Paris. + + De trs beau parler tiennent chaires, + Ce dit-on, les Napolitaines, + Et que sont bonnes cacquetoeres + Allemanses et Bruciennes; + Soient Grecques, Egyptiennes, + De Hongrie ou d'autre pays, + Espaignolles ou Castellannes, + Il n'est bon bec que de Paris. + + Brettes, Suysses, n'y savent gures, + Ne Gasconnes et Tholouzaines; + Du Petit-Pont deux harangres [P. 81] + Les concluront, et les Lorraines, + Anglesches ou Callaisiennes, + (Ay je beaucoup de lieux compris?) + Picardes, de Valenciennes; + Il n'est bon bec que de Paris. + + ENVOI. + + Prince, aux dames parisiennes + De bien parler donnez le prix; + Quoy qu'on die d'Italiennes, + Il n'est bon bec que de Paris. + + + + CXXXV. + + Regarde-m'en deux, trois, assises + Sur le bas du ply de leurs robes, + En ces monstiers, en ces eglises; + Tire t'en prs, et ne t'en hobes; + Tu trouveras l que Macrobes + Oncques ne fist tels jugemens; + Entens: quelque chose en desrobes; + Ce sont tous beaulx enseignemens. + + CXXXVI. + + Item, et au mont de Montmartre, + Qui est ung lieu moult ancien, + Je lui donne et adjoincts le tertre. + Qu'on dit de mont Valerien; + Et, oultre plus, d'ung quartier d'an + Du pardon qu'apportay de Romme: + Sy yra maint bon paroissien, + En l'abbaye ou il n'entre homme. + + CXXXVII. [P. 82] + + Item, valetz et chambrires + De bons hostelz (rien ne me nuyst), + Faisans tartes, flans et goyres, + Et grant rallias minuict: + Riens n'y font sept pintes ne huict, + Tant que gisent Seigneur et dame; + Puis aprs, sans mener grant bruyt, + Je leur ramentoy le jeu d'asne. + + CXXXVIII. + + Item, et filles de bien, + Qui ont pres, mres et antes, + Par m'ame! je ne donne rien; + Tout ont eu varletz et servantes; + Se fussent-ilz de pou contentes, + Grant bien leur feissent maintz lopins, + Aux povres filles advenantes, + Qui se perdent aux Jacopins. + + CXXXIX. + + Aux Clestins et aux Chartreux, + Quoy que vie meinent estroicte, + Si ont-ilz largement entre eulx, + Dont povres filles ont souffrette: + Tesmoing Jaqueline et Perrette, + Et Isabeau, qui dit: _Enn!_ + Puis qu'ilz ont eu telle disette, + A peine en seroit-on damn. + + CXL. + + Item, la grosse Margot, + Trs doulce face et pourtraicture, + Foy que doy _Brelare Bigod,_ + Assez devote creature. [P. 83] + Je l'ayme de propre nature, + Et elle moy, la doulce sade. + Qui la trouvera d'adventure, + Qu'on luy lise ceste Ballade. + + + + BALLADE + DE VILLON ET DE LA GROSSE MARGOT. + + Se j'ayme et sers la belle de bon haict, + M'en devez-vous tenir vil ne sot? + Elle a en soy des biens fin souhaict. + Pour son amour ceings bouclier et passot. + Quand viennent gens, je cours et happe un pot: + Au vin m'en voys, sans demener grand bruyt. + Je leur tendz eau, frommage, pain et fruict, + S'ils payent bien, je leur dy que bien _stat_: + Retournez cy, quand vous serez en ruyt, + En ce bourdel o tenons nostre estat! + + Mais, tost aprs, il y a grant deshait, + Quand sans argent s'en vient coucher Margot; + Veoir ne la puis; mon cueur mort la hait. + Sa robe prens, demy-ceinct et surcot: + Si luy prometz qu'ilz tiendront pour l'escot. + Par les costez si se prend, l'Antechrist + Crie, et jure par la mort Jesuchrist, + Que non fera. Lors j'enpongne ung esclat, + Dessus le nez luy en fais ung escript, + En ce bourdel o tenons nostre estat. + + Puis paix se faict, et me lasche ung gros pet [P. 84] + Plus enfle qu'ung venimeux scarbot. + Riant, m'assiet le poing sur mon sommet, + Gogo me dit, et me fiert le jambot. + Tous deux yvres, dormons comme ung sabot; + Et, au reveil, quand le ventre luy bruyt, + Monte sur moy, qu'el ne gaste son fruit. + Soubz elle geins; plus qu'ung aiz me faict plat; + De paillarder tout elle me destruict, + En ce bourdel o tenons nostre estat. + + ENVOI. + + Vente, gresle, gelle, j'ay mon pain cuict! + Je suis paillard, la paillarde me suit. + Lequel vault mieux, chascun bien s'entresuit. + L'ung l'autre vault: c'est mau chat mau rat. + Ordure amons, ordure nous affuyt. + Nous deffuyons honneur, il nous deffuyt, + En ce bourdel o tenons nostre estat. + + + + CXLI. + + Item, Marion l'Ydolle, + Et la grand Jehanne de Bretaigne, + Donne tenir publique escolle, + O l'escolier le maistre enseigne. + Lieu n'est o ce march ne tienne, + Sinon en la grille de Mehun; + De quoy je dy: Fy de l'enseigne, + Puis que l'ouvrage est si commun! + + CXLII. [P. 85] + + Item, No le Jolys, + Autre chose je ne luy donne, + Fors plein poing d'osiers frez cueilliz + En mon jardin; je l'abandonne. + Chastoy est une belle aulmosne; + Ame n'en doit estre marry. + Unze vingtz coups lui en ordonne, + Par les mains de maistre Henry. + + CXLIII. + + Item, ne say que l'Hostel-Dieu + Donner, n'aux povres hospitaulx; + Bourdes n'ont icy temps ne lieu, + Car povres gens ont assez maulx. + Chascun leur envoye leurs os. + Les Mandians ont eu mon oye; + Au fort, ilz en auront les os: + A menues gens menue monnoye. + + CXLIV. + + Item, je donne mon barbier, + Qui se nomme Colin Galerne, + Prs voysin d'Angelot l'Herbier, + Ung gros glasson... Prins o? En Marne, + Affin qu' son ayse s'yverne. + De l'estomach le tienne prs. + Se l'yver ainsi se gouverne, + Il n'aura chault l'est d'aprs. + + CXLV. + + Item, rien aux Enfans-Trouvez; + Mais les perduz fault que console, + Si doivent estre retrouvez, [P. 86] + Par droict, sur Marion l'Ydolle. + Une leon de mon escolle + Leur liray, qui ne dure guire. + Teste n'ayent dure ne folle, + Mais escoutent: c'est la dernire! + + + + BELLE LEON + DE VILLON, AUX ENFANS PERDUZ. + + Beaux enfans, vous perdez la plus + Belle rose de vo chapeau, + Mes clers apprenans comme glu; + Se vous allez Montpippeau + Ou Ruel, gardez la peau: + Car, pour s'esbatre en ces deux lieux, + Cuydant que vaulsist le rappeau, + La perdit Colin de Cayeulx. + + Ce n'est pas ung jeu de trois mailles, + O va corps, et peut-estre l'ame: + S'on perd, rien n'y sont repentailles, + Qu'on ne meure honte et diffame; + Et qui gaigne, n'a pas femme + Dido la royne de Cartage. + L'homme est donc bien fol et infame, + Qui, pour si peu, couche tel gage. + + Qu'ung chascun encore m'escoute: + On dit, et il est vrit, + Que charrete se boyt toute, [P. 87] + Au feu l'yver, au bois l'est. + S'argent avez, il n'est ent; + Mais le despendez tost et viste. + Qui en voyez-vous hrit? + Jamais mal acquest ne proffite. + + + + BALLADE + DE BONNE DOCTRINE, + A ceux de mauvaise vie. + + Car ou soyes porteur de bulles, + Pipeur ou hazardeur de dez, + Tailleur de faulx coings, tu te brusles, + Comme ceux qui sont eschaudez, + Traistres pervers, de foy vuydez; + Soyes larron, ravis ou pilles: + O en va l'acquest, que cuydez? + Tout aux tavernes et aux filles. + + Ryme, raille, cymballe, luttes, + Comme folz, faintis, eshontez; + Farce, broille, joue des flustes; + Fais, s villes et s cits, + Fainctes, jeux et moralitez; + Gaigne au berlan, au glic, aux quilles: + O s'en va tout? Or escoutez: + Tout aux tavernes et aux filles. + + De telz ordures te reculles; [P. 88] + Laboure, fauche champs et prez; + Serz et panse chevaulx et mulles, + S'aucunement tu n'es lettrez; + Assez auras, se prens en grez. + Mais, se chanvre broyes ou tilles, + O tend ton labour qu'as ouvrez? + Tout aux tavernes et aux filles. + + ENVOI. + + Chausses, pourpoinctz esguilletez, + Robes, et toutes vos drapilles, + Ains que cessez, vous porterez + Tout aux tavernes et aux filles. + + + CXLVI. + + A vous parle, compaings de galles, + Qui estes de tous bons accors; + Gardez-vous tous de ce mau hasles, + Qui noircist gens quand ils sont mortz; + Eschevez-le, c'est ung mal mors; + Passez-vous-en mieulx que pourrez; + Et, pour Dieu, soyez tous recors + Qu'une fois viendra que mourrez. + + CXLVII. + + Item, je donne aux Quinze-Vingtz, + Qu'autant vauldroit nommer Trois-Cens + De Paris, non pas de Provins, + Car eulx tenu je me sens. + Ilz auront, et je m'y consens, + Sans les estuis, mes grans lunettes, [P. 89] + Pour mettre part, aux Innocens, + Les gens de bien des deshonnestes. + + CXLVIII. + + Icy n'y a ne rys ne jeu. + Que leur vault avoir eu chevances, + N'en grans lictz de parement geu, + Engloutir vin, engrossir panses, + Mener joye, festes et danses, + Et de ce prest estre toute heure? + Tantost faillent telles plaisances, + Et la coulpe si en demeure. + + CXLIX. + + Quand je considre ces testes + Entasses en ces charniers, + Tous furent maistres des requestes, + Ou tous de la Chambre aux Deniers, + Ou tous furent porte-paniers; + Autant puis l'ung que l'autre dire, + Car, d'evesques ou lanterniers, + Je n'y congnois rien a redire. + + CL. + + Et icelles qui s'inclinoient + Unes contre autres en leur vies; + Desquelles les unes regnoient, + Des autres craintes et servies: + L les voy toutes assouvies, + Ensemble en ung tas pesle-mesle. + Seigneuries leur sont ravies; + Clerc ne maistre ne s'y appelle. + + CLI. [P. 90] + + Or sont-ilz mortz, Dieu ayt leurs mes! + Quant est des corps, ils sont pourriz. + Ayent est seigneurs ou dames, + Souef et tendrement nourriz + De cresme, fromente ou riz, + Leurs os sont declinez en pouldre, + Auxquelz ne chault d'esbat, ne riz... + Plaise au doulx Jesus les absouldre! + + CLII. + + Aux trespassez je fais ce lays, + Et icelluy je communique + A regentz, courtz, sieges et plaids, + Hayneurs d'avarice l'inique, + Lesquelz pour la chose publique + Se seichent les os et les corps: + De Dieu et de sainct Dominique + Soient absolz, quand ilz seront mortz + + + + LAYS. + + Au retour de dure prison, + O j'ay laiss presque la vie, + Se Fortune a sur moy envie, + Jugez s'elle fait mesprison! + Il me semble que, par raison, + Elle deust bien estre assouvie, + Au retour. + + + Cecy plain est de desraison, [P. 91] + Qui vueille que de tout desvie; + Plaise Dieu que l'ame ravie + En soit, lassus, en sa maison, + Au retour! + + + + CLIII. + + Item, donne maistre Lomer, + Comme extraict que je suis de fe, + Qu'il soit bien am; mais, d'amer + Fille en chief ou femme coffe, + J n'en ayt la teste eschauffe, + Ce qui ne luy couste une noix, + Faire ung soir pour soy la faste, + En despit d'Auger le Danois. + + CLIV. + + Item, rien Jaques Cardon, + Car je n'ay rien pour luy honneste. + Non pas que le jette bandon + Sinon cette Bergeronnette: + S'elle eust le chant _Marionnette_, + Faict por Marion la Peau-Tarde, + D'un _Ouvrez vostre huys, Guillemette_, + Elle allast bien la moustarde. + + CLV. + + Item donne aux amans enfermes, + Oultre le lay Alain Chartier, + A leurs chevetz, de pleurs et lermes + Trestout fin plain ung benoistier, + Et ung petit brin d'esglantier, [P. 92] + En tout temps verd, pour gouppillon, + Pourveu qu'ilz diront ung _Psaultier_ + Pour l'ame du pouvre Villon. + + CLVI. + + Item, maistre Jacques James, + Qui se tue d'amasser biens, + Donne fiancer tant de femmes + Qu'il vouldra; mais d'espouser, riens + Pour qui amasse-il? Pour les siens. + Il ne plainct fors que ses morceaulx; + Ce qui fut aux truyes, je tiens + Qu'il doit de droit estre aux pourceaulx. + + CLVII. + + Item, le Camus Seneschal, + Qui une fois paya mes debtes, + En recompense, mareschal, + Pour ferrer os et canettes. + Je luy envoye ces sornettes, + Pour soy desennuyer; combien, + Si veult, face-en des alumettes. + De bien chanter s'ennuye-on bien. + + CLVIII. + + Item, au Chevalier du Guet + Je donne deux beaulx petitz pages, + Philippot et le gros Marquet, + Qui ont servy, dont sont plus sages, + La plus grant partie de leurs aages, + Tristan, prevost des mareschaulx. + Hlas, s'ilz sont cassez de gaiges, + Aller leur fauldra tous deschaulx! + + CLIX. [P. 93] + + Item, au Chappelain je laisse + Ma chapelle simple tonsure, + Charge d'une seiche messe, + O il ne fault pas grand lecture. + Resign luy eusse ma cure, + Mais point ne veult de charge d'ames; + De confesser, ce dit, n'a cure, + Sinon chambrires et dames. + + CLX. + + Pour ce que sait bien mon entente, + Jehan de Calays, honnorable homme, + Qui ne me veit des ans a trente, + Et ne sait comment je me nomme, + De tout ce Testament, en somme, + S'aucune y a difficult, + Oster jusqu'au rez d'une pomme + Je luy en donne facult. + + CLXI. + + De le gloser et commenter, + De le diffinir ou prescripre, + Diminuer ou augmenter; + De le canceller ou transcripre + De sa main, ne sceust-il escripre; + Interpreter, et donner sens, + A son plaisir, meilleur ou pire; + A tout ceci je m'y consens. + + CLXII. + + Et s'aucun, dont n'ay congnoissance, + Estoit all de mort vie, + Audict Calais donne puissance, [P. 94] + Affin que l'ordre soit suyvie + Et mon ordonnance assouvie, + Que ceste aulmosne ailleurs transporte, + Sans se l'appliquer par envie; + A son ame je m'en rapporte. + + CLXIII. + + Item, j'ordonne Saincte-Avoye, + Et non ailleurs, ma sepulture; + Et, affin que chascun me voye, + Non pas en chair, mais en paincture, + Que l'on tire mon estature + D'ancre, s'il ne coustoit trop cher. + De tumbel? Rien; je n'en ay cure, + Car il greveroit le plancher. + + CLXIV. + + Item, vueil qu'autour de ma fosse + Ce que s'ensuyt, sans autre histoire, + Soit escript, en lettre assez grosse; + Et qui n'auroit point d'escriptoire, + De charbon soit, ou pierre noire, + Sans en rien entamer le plastre: + Au moins sera de moy memoire + Telle qu'il est d'ung bon folastre. + + CLXV. + + CY GIST ET DORT EN CE SOLLIER, + QU'AMOUR OCCIST DE SON RAILLON, + UNG POUVRE PETIT ESCOLLIER, + QUI FUT NOMM FRANOIS VILLON. + ONCQUES DE TERRE N'EUT SILLON. + + TESTAMENT. [P. 95] + + IL DONNA TOUT, CHASCUN LE SCET: + TABLE, TRETTEAULX, PAIN, CORBILLON. + POUR DIEU, DICTES-EN CE VERSET. + + + + RONDEAU. + + _Repos eternel donne cil, + Lumire, clart perptuelle, + Qui vaillant plat ny escuelle + N'eut oncques, n'ung brin de percil. + Il fut rez, chef, barbe, sourcil, + Comme ung navet qu'on ree et pelle. + Repos ternel donne cil_. + + _Rigueur le transmit en exil, + Et luy frappa au cul la pelle, + Nonobstant qu'il dist_: J'en appelle! + _Qui n'est pas terme trop subtil. + Repos eternel donne cil_. + + + CLXVI. + + Item, je vueil qu'on sonne branle + Le gros Beffray, qui n'est de voire; + Combien que cueur n'est qui ne tremble; + Quand de sonner est son erre. + Saulv a mainte belle terre, + Le temps pass, chascun le sait: + Fussent gens d'armes ou tonnerre; + Au son de luy tout mal cessoit. + + CLXVII [P. 96] + + Les sonneurs auront quatre miches; + Et se c'est peu, demy-douzaine, + Autant qu'en donnent les plus riches; + Mais ilz seront de sainct Estienne. + Vollant est homme de grant peine: + L'ung en sera. Quand j'y regarde, + Il en vivra une sepmaine. + Et l'autre? Au fort, Jehan de la Garde. + + CLXVIII. + + Pour tout ce fournir et parfaire, + J'ordonne mes executeurs, + Auxquelz faict bon avoir affaire, + Et contentent bien leurs debteurs. + Ilz ne sont pas trop grans venteurs, + Et ont bien de quoy, Dieu mercys! + De ce faict seront directeurs... + Escripts: je t'en nommeray six. + + CLXIX. + + C'est maistre Martin Bellefaye, + Lieutenant du cas criminel. + Qui sera l'autre? J'y pensoye: + Ce sera sire Colombel. + S'il luy plaist et il lui est bel, + Il entreprendra ceste charge. + Et l'autre? Michel Jouvenel. + Ces trois seulz, et pour tous, j'en charge. + + CLXX. + + Mais, au cas qu'ils s'en excusassent, + En redoubtant les premiers frais, + Ou totalement recusassent, [P. 97] + Ceulx qui s'ensuivent cy-aprs + J'institue, gens de bien trs, + Philip Bruneau, noble escuyer, + Et l'autre, son voysin d'emprs, + Cy est maistre Jacques Raguyer; + + CLXXI. + + Et l'aultre, maistre Jaques James, + Trois hommes de bien et d'honneur, + Desirans de saulver leurs mes, + Et doubtans Dieu Nostre Seigneur. + Plustot y metteront du leur, + Que ceste ordonnance ne baillent. + Point n'auront de contrerooleur, + Mais leur seul plaisir en taillent. + + CLXXII + + Des testamens qu'on dit le maistre + De mon faict n'aura _quid_ ne _quod_; + Mais ce sera ung jeune prebstre, + Qui se nomme Colas Tacot. + Voulentiers beusse son escot, + Et qu'il me coustast ma cornette! + S'il sceust jouer en ung trippot, + Il eust de moy le Trou Perrette. + + CLXXIII. + + Quant au regard du luminaire, + Guillaume du Ru j'y commectz. + Pour porter les coings du suaire, + Aux executeurs le remectz. + Trop plus mal me font qu'oncques mais + Penil, cheveulx, barbe, sourcilz. + Mal me presse; est temps dsormais [P. 98] + Que crie toutes gens merciz. + + + + BALLADE + Par laquelle Villon crye mercy chascun. + + A Chartreux, aussi Celestins, + A mendians et aux devotes, + A musars et cliquepatins, + Servantes et filles mignottes, + Portant surcotz et justes cottes; + A cuyderaulx d'amours transis, + Chaussans sans meshaing fauves bottes, + Je crye toutes gens merciz! + + A fillettes monstrans tetins, + Pour avoir plus largement hostes; + A ribleurs meneurs de butins, + A basteleurs traynans marmottes, + A folz et folles, sotz et sottes, + Qui s'en vont sifflant cinq et six; + A veufves et mariottes, + Je crye toutes gens merciz! + + Sinon aux trahistres chiens mastins, + Qui m'ont fait ronger dures crostes + Et boire eau maintz soirs et matins, + Qu'ores je ne crains pas trois crottes. + Je feisse pour eulx petz et rottes; + Je ne puis, car je suis assis. + Bien fort, pour viter riottes, + Je crye toutes gens, merciz! + + ENVOI. [P. 99] + + Qu'on leur froisse les quinze costes + De gros mailletz, fortz et massis, + De plombe et de telz pelottes. + Je crye toutes gens merciz! + + + BALLADE + POUR SERVIR DE CONCLUSION. + + Icy se clost le Testament + Et finist du pouvre Villon. + Venez son enterrement, + Quant vous orrez le carillon, + Vestuz rouges com vermillon, + Car en amours mourut martir; + Ce jura-il sur son coullon + Quand de ce monde voult partir. + + Et je croy bien que pas n'en ment, + Car chassi fut comme un soullon + De ses amours hayneusement, + Tant que, d'icy Roussillon, + Brosses n'y a ne brossillon, + Qui n'eust, ce dit-il sans mentir, + Ung lambeau de son cotillon, + Quand de ce monde voult partir. + + Il est ainsi, et tellement, + Quand mourut n'avoit qu'un haillon. + Qui plus? En mourant, mallement [P. 100] + L'espoignoit d'amours l'esguillon; + Plus agu que le ranguillon + D'un baudrier luy faisoit sentir, + C'est de quoy nous esmerveillon, + Quand de ce monde voult partir. + + ENVOI. + + Prince, gent comme esmerillon, + Saichiez qu'il fist, au departir: + Ung traict but de vin morillon, + Quand de ce monde voult partir. + + FIN DU GRAND TESTAMENT. + + + [P. 101] + + POSIES DIVERSES + + LE QUATRAIN + Que feit Villon quand il fut jug mourir. + + JE SUIS Franois, dont ce me poise, + N de Paris emprs Ponthoise. + Or d'une corde d'une toise + Saura mon col que mon cul poise. + + + L'EPITAPHE + + EN FORME DE BALLADE + Que feit Villon pour luy et ses compagnons, s'attendant + estre pendu avec eulx. + + Frres humains, qui aprs nous vivez, + N'ayez les cueurs contre nous endurciz, + Car, si piti de nous pouvres avez, + Dieu en aura plustost de vous merciz. + Vous nous voyez cy attachez cinq, six: + Quant de la chair, que trop avons nourrie, [P. 102] + Elle est piea devore et pourrie, + Et nous, les os, devenons cendre et pouldre. + De nostre mal personne ne s'en rie, + Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre! + + Se vous clamons, frres, pas n'en devez + Avoir desdaing, quoique fusmes occis + Par justice. Toutesfois, vous savez + Que tous les hommes n'ont pas bon sens assis; + Intercedez doncques, de cueur rassis, + Envers le Filz de la Vierge Marie, + Que sa grace ne soit pour nous tarie, + Nous preservant de l'infernale fouldre. + Nous sommes mors, ame ne nous harie; + Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre! + + La pluye nous a debuez et lavez, + Et le soleil dessechez et noirciz; + Pies, corbeaulx, nous ont les yeux cavez, + Et arrachez la barbe et les sourcilz. + Jamais, nul temps, nous ne sommes rassis; + Puis c, puis l, comme le vent varie, + A son plaisir sans cesser nous charie, + Plus becquetez d'oyseaulx que dez couldre. + Ne soyez donc de nostre confrairie, + Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre! + + ENVOI. + + Prince JESUS, qui sur tous seigneurie, + Garde qu'Enfer n'ayt de nous la maistrie: + A luy n'ayons que faire ne que souldre. + Hommes, icy n'usez de mocquerie + Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre! + + + + LA REQUESTE DE VILLON [P. 103] + Prsente la Cour de Parlement, en forme de ballade. + + Tous mes cinq Sens, yeulx, oreilles et bouche, + Le nez, et vous, le sensitif, aussi; + Tous mes membres o il y a reprouche, + En son endroit ung chascun die ainsi: + Court souverain, par qui sommes icy, + Vous nous avez gard de desconfire; + Or, la langue ne peut assez suffire + A vous rendre suffisantes louenges: + Si prions tous, fille au souverain Sire, + Mre des bons, et soeur des benoistz anges! + + Cueur, fendez-vous, ou percez d'une broche, + Et ne soyez, au moins, plus endurcy + Qu'au desert fut la forte bise roche + Dont le peuple des Juifs fut adoulcy; + Fondez larmes, et venez mercy, + Comme humble cueur qui tendrement souspire: + Louez la Court, conjoincte au sainct Empire, + L'heur des Franoys, le confort des estranges, + Procree la sus au ciel empire, + Mre des bons, et soeur des benoistz anges! + + Et vous, mes dentz, chascune si s'esloche; + Saillez avant, rendez toutes mercy, + Plus haultement qu'orgue, trompe, ne cloche, + Et de mascher n'ayez ores soulcy; + Considerez que je fusse transy, + Foye, pommon, et rate qui respire; + Et vous, mon corps, vil qui estes ou pire [P. 104] + Qu'ours ne pourceau, qui faict son nid s fanges, + Louez la Court, avant qu'il vous empire, + Mre des bons, et soeur des benoistz anges! + + ENVOI. + + Prince, trois jours ne vueillez m'escondire, + Pour moy pourvoir, et aux miens adieu dire; + Sans eulx, argent je n'ay, icy n'aux changes. + Court triumphant, _fiat_, sans me desdire; + Mre des bons, et soeur des benoistz anges! + + + + + BALLADE + DE L'APPEL DE VILLON. + + Que dites-vous de mon appel, + Garnier? Feis-je sens ou follie? + Toute beste garde sa pel; + Qui la contrainct, efforce ou lye, + S'elle peult, elle se deslie. + Quand ceste peine arbitraire + On me jugea par tricherie, + Estoit-il lors temps de me taire? + + Se fusse des hoirs Hue Capel, + Qui fut extraict de boucherie, + On ne m'eust, parmy ce drapel, + Faict boyre celle escorcherie: + Vous entendez bien joncherie? + Ce fut son plaisir voluntaire + De me juger par fausserie. [P. 105] + Etoit-il lors temps de me taire? + + Cuydez-vous que soubz mon cappel + N'y eust tant de philosophie + Comme de dire: J'en appel? + Si avoit, je vous certifie, + Combien que point trop ne m'y fie. + Quand on me dit, prsent notaire: + Pendu serez! je vous affie, + Estoit-il lors temps de me taire? + + ENVOI. + + Prince, si j'eusse eu la pepie, + Piea je fusse o est Clotaire, + Aux champs debout comme ung espie. + Estoit-il lors temps de me taire? + + + LE DIT + + DE LA NAISSANCE MARIE. + Jam nova progenies celo demittitur alto. + _Virg._, (ecl. 4, v.7.) + + O loue Conception, + Envoie s jus des cieulx; + Du noble Lys digne syon; + Don de Jhsus trs prcieux, + MARIE, nom trs gracieux, + Font de piti, source de grace, + La joye confort de mes yeulx, [P. 106] + Qui nostre paix batist et brasse! + + La paix, c'est assavoir, des riches, + Des povres le substantement, + Le rebours des felons et chiches, + Trs necessaire enfantement, + Conceu, port honnestement, + Hors le pechi originel, + Que dire je puis sainctement + Souverain bien, Dieu ternel! + + Nom recouvr, joye de peuple, + Confort des bons, de maulx retraicte; + Du doux Seigneur premire et seule + Fille, de son cler sang extraicte, + Du dextre cost Clovis traicte, + Glorieuse ymage en tous fais, + Ou hault ciel cre et pourtraicte, + Pour esjouyr et donner paix! + + En l'amour et crainte de Dieu, + Es nobles flans Cesar conceue; + Des petis et grans, en tout lieu, + A trs grande joye receue; + De l'amour Dieu traicte, tissue, + Pour les discordez ralier, + Et aux enclos donner yssue, + Leurs lians et fers delier. + + Aucunes gens, qui bien peu sentent, + Nourriz en simplesse et confiz, + Contre le vouloir Dieu attentent, + Par ignorance desconfiz, + Dsirans que feussiez ung filz; [P. 107] + Mais qu'ainsi soit, ainsi m'aist Dieux, + Je croy que ce soit grans proufiz; + Raison: Dieu fait tout pour le mieulx. + + Du Psalmiste je prens les dictz: + _Delectasti me, Domine, + In factura sua_! Je diz: + Noble enfant, de bonne heure n, + A toute doulceur destin, + Manna du Ciel, celeste don, + De tous bienfais le guerdonn, + Et de nos maulx le vray pardon! + + + + DOUBLE BALLADE. + + Combien que j'ay leu en ung Dit: + _Inimicum putes_, y a, + _Qui te presentem laudabit_, + Toutesfois, non obstant cela, + Oncques vray homme ne cela + En son courage aucun grant bien, + Qui ne le monstrast et l: + On doit dire du bien le bien. + + Saint Jehan-Baptiste ainsi le fist, + Quand l'Aignel de Dieu descela. + En ce faisant pas ne meffist, + Dont sa voix s tourbes vola; + De quoy saint Andr Dieu loua, + Qui de luy cy ne savoit rien, + Et au Fils de Dieu s'aloua: [P. 108] + On doit dire du bien le bien. + + Envoye de Jhesucrist, + Rappelles s jus, par de, + Les povres que Rigueur proscript + Et que Fortune betourna. + Cy say bien comment y m'en va! + De Dieu, de vous, vie je tien... + Benoist celle qui vous porta! + On doit dire du bien le bien. + + Cy, devant Dieu, fais congnoissance, + Que creature feusse morte, + Ne feust vostre doulce naissance, + En charit puissant et forte, + Qui ressuscite et reconforte + Ce que Mort avoit prins pour sien. + Vostre prsence me conforte: + On doit dire du bien le bien. + + Cy vous rens toute obissance, + A ce faire raison m'exorte, + De toute ma povre puissance; + Plus n'est deul qui me desconforte, + N'autre ennuy de quelque sorte. + Vostre je suis et non plus mien; + Ad ce droit et devoir m'enhorte: + On doit dire du bien le bien. + + O grace et piti trs immense, + L'entre de paix et la porte, + Some et benigne clemence, + Qui noz faultes toult et supporte, + Sy de vous louer me deporte, [P. 109] + Ingrat suis, et je le maintien, + Dont en ce refrain me transporte: + On doit dire du bien le bien. + + ENVOI. + + Princesse, ce loz je vous porte, + Que sans vous je ne feusse rien. + A vous et vous m'en rapporte. + On doit dire du bien le bien. + + Euvre de Dieu, digne, loue + Autant que nulle crature, + De tous biens et vertuz doue, + Tant d'esperit que de nature, + Que de ceulx qu'on dit, d'adventure, + Plus nobles que rubis balais; + Selon de Caton l'escripture: + _Patrem insequitur proles_. + + Port assur, maintien rassiz, + Plus que ne peut nature humaine, + Et, eussiez des ans trente-six, + Enfance en rien ne vous demaine. + Que jour ne le die et sepmaine, + Je ne say qui me le deffend... + A ce propos ung dit ramaine: + De saige mre saige enfant. + + Dont rsume ce que j'ay dit: + _Nova progenies coelo_ + Car c'est du pote le dit: [P. 110] + _Jamjam demittitur alto_. + Saige Cassandre, belle Echo, + Digne Judith, caste Lucresse, + Je vous congnois, noble Dido, + A ma seule dame et maistresse. + + En priant Dieu, digne pucelle, + Que vous doint longue et bonne vie; + Qui vous ayme, MADEMOISELLE, + J ne coure sur luy envie. + Entire dame et assouvie, + J'espoir de vous servir ainoys, + Certes, se Dieu plaist, que devie + Vostre povre escolier FRANOYS. + + + + + BALLADE VILLON. + + Je meurs de soif auprs de la fontaine, + Chauld comme feu, et tremble dent dent, + En mon pas suis en terre loingtaine; + Lez un brazier frionne tout ardent; + Nu comme ung ver, vestu en president; + Je ris en pleurs, et attens sans espoir; + Confort reprens en triste desespoir; + Je m'esjouys et n'ay plaisir aucun; + Puissant je suis sans force et sans povoir, + Bien recueilly, debout de chascun. + + Rien ne m'est seur que la chose incertaine, + Obscur, fors ce qui est tout evident; + Doubte ne fais, fors en chose certaine; [P. 111] + Science tiens soudain accident; + Je gaigne tout, et demeure perdent; + Au point du jour, diz: Dieu vous doint bon soir! + Gisant envers, j'ay grant paour de cheoir; + J'ay bien de quoy, et si n'en ay pas un; + Eschoicte attens, et d'homme ne suis hoir, + Bien recueilly, debout de chascun. + + De riens n'ay soing, si metz toute ma paine + D'acquerir biens, et n'y suis pretendant; + Qui mieulx me dit, c'est cil qui plus m'attaine, + Et qui plus vray, lors plus me va bourdant; + Mon ami est qui me fait entendant + D'ung cygne blanc que c'est ung corbeau noir; + Et qui me nuyst croy qu'il m'aide povoir. + Verit, bourde, aujourd'uy m'est tout un. + Je retiens tout; riens ne say concepvoir, + Bien recueilly, debout de chascun. + + L'ENVOI. + + Prince clement, or vous plaise savoir + Que j'entens moult, et n'ay sens ne savoir; + Parcial suis, toutes lois commun. + Que fais-je plus? Quoy? Les gaiges ravoir, + Bien recueilly, debout de chascun. + + + + EPISTRE + EN FORME DE BALLADE, A SES AMIS. + + Ayez piti, ayez piti de moy, + A tout le moins, si vous plaist, mes amis! + En fosse giz, non pas soubz houx ne may, [P. 112] + En cest exil ouquel je suis transmis + Par fortune, comme Dieu l'a permis. + Filles, amans, jeunes, vieulx et nouveaulx; + Danceurs, saulteurs, faisans les piez de veaux, + Vifs comme dars, aguz comme aguillon; + Gouffres tintans, clers comme gastaneaux, + Le lesserez l, le povre Villon? + + Chantres chantans plaisance, sans loy; + Galans, rians, plaisans en faictz et diz, + Coureux, allans, francs de faulx or, d'aloy; + Gens d'esperit, ung petit estourdiz; + Trop demourez, car il meurt entandiz. + Faiseurs de laiz, de motets et rondeaux, + Quand mort sera vous lui ferez chandeaux. + Il n'entre, o gist, n'escler ne tourbillon; + De murs espoix on luy a fait bandeaux: + Le lesserez l, le povre Villon? + + Venez le veoir en ce piteux arroy, + Nobles hommes, francs de quars et de dix, + Qui ne tenez d'empereur ne de roy, + Mais seulement de Dieu de Paradiz: + Jeuner lui fault dimanches et mardiz + Dond les dens a plus longues que ratteaux, + Aprs pain sec, non pas aprs gasteaux; + En ses boyaulx verse eau gros bouillon; + Bas enterr, table n'a, ne tresteaulx: + Le lesserez l, le povre Villon? + + ENVOI. + + Princes nommez, anciens, jouvenceaulx, + Impetrez-moy graces et royaulx sceaux, + Et me montez en quelque corbillon. [P. 113] + Ainsi se font l'un l'autre pourceaux, + Car, o l'un brait, ilz fuyent monceaux. + Le lesserez l, le povre Villon? + + + + + LE DEBAT + DU CUEUR ET DU CORPS DE VILLON, + En forme de Ballade. + + Qu'est-ce que j'oy?--Ce suis-je.--Qui?--Toncueur, + Qui ne tient mais qu' ung petit filet, + Force n'ay plus, substance ne liqueur, + Quand je te voy retraict ainsi seulet, + Com pouvre chien tappy en recullet. + --Pourquoy est-ce?--Pour ta folle plaisance. + --Que t'en chault-il?--J'en ai la desplaisance. + --Laisse m'en paix!--Pourquoi?--J'y penseray. + --Quand sera-ce?--Quant seray hors d enfance. + --Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray. + + --Que penses-tu?--Estre homme de valeur. + --Tu as trente ans.--C'est l'aage d'ung mullet. + --Est-ce enfance?--Nenny.--C'est donc folleur + Qui te saisit?--Par o?--Par le collet. + Rien ne congnois.--Si fais: mouches en laict: + L'ung est blanc, l'autre est noir, c'est la distance. + --Est-ce doncq tout?-Que veulx-tu que je tance? + Si n'est assez, je recommenceray. + --Tu es perdu!--J'y mettray resistance. + --Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray. + + --J'en ay le dueil; toi, le mal et douleur. [P. 114] + Si fusse ung povre ydiot et folet, + Au cueur eusses de t'excuser couleur: + Se n'as-tu soing, tout ung, tel, bel ou laid, + Ou la teste as plus dure qu'ung jalet, + Ou mieulx te plaist qu'honneur ceste meschance! + Que respondras ceste consquence? + --J'en seray hors quand je trespasseray. + --Dieu, quel confort!--Quelle saige eloquence! + --Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray. + + --D'ond vient ce mal?--Il vient de mon malheur. + Quand Saturne me feit mon fardelet, + Ces maulx y mist, je le croy.--C'est foleur: + Son seigneur es, et te tiens son valet. + Voy que Salmon escript en son roulet: + Homme sage, ce dit-il, a puissance + Sur les plantes et sur leur influence. + --Je n'en croy rien; tel qu'ilz m'ont faict seray. + --Que dis-tu?--Rien.--Certe, c'est ma crance. + Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray. + + ENVOI. + + --Veux-tu vivre?--Dieu m'en doint la puissance! + --Il te fault...--Quoy?--Remors de conscience; + Lire sans fin.--Et en quoy?--En science; + Laisse les folz!--Bien, j'y adviseray. + --Or le retiens.--J'en ay bien souvenance. + --N'attends pas tant que tourne desplaisance. + Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray. + + + + LA REQUESTE [P. 115] + Que Villon bailla Monseigneur de Bourbon. + + Le mien seigneur et prince redoubt, + Fleuron de Lys, royale geniture, + Franoys Villon, que travail a dompt + A coups orbes, par force de batture, + Vous supplie, par cette humble escripture, + Que luy faciez quelque gracieux prest. + De s'obliger en toutes cours est prest; + Si ne doubtez que bien ne vous contente. + Sans y avoir dommage n'interest, + Vous n'y perdrez seulement que l'attente. + + A prince n'a ung denier emprunt, + Fors vous seul, vostre humble crature. + Des six escus que lui avez prest, + Cela piea, il mist en nourriture; + Tout se payera ensemble, c'est droicture, + Mais ce sera lgrement et prest: + Car, se du gland rencontre en la forest + D'entour Patay, et chastaignes ont vente, + Pay serez sans delay ny arrest: + Vous n'y perdrez seulement que l'attente. + + Si je pensois vendre de ma sant + A ung Lombard, usurier par nature, + Faulte d'argent m'a si fort enchant, + Que j'en prendrois, ce croy-je, l'adventure. + Argent ne pend gippon ne ceincture; + Beau sire Dieux! je m'esbahyz que c'est, + Que devant moy croix ne se comparoist, + Sinon de bois ou pierre, que ne mente; + Mais s'une fois la vraye m'apparoist, + Vous n'y perdrez seulement que l'attente. [P. 116] + + ENVOI. + + Prince du Lys, qui tout bien complaist, + Que cuydez-vous, comment il me desplaist + Quand je ne puis venir mon entente? + Bien m'entendez, aydez-moi, s'il vous plaist: + Vous n'y perdrez seulement que l'attente. + + + + SUSCRIPTION DE LADITE REQUESTE + + _Allez, Lettres, faictes un sault, + Combien que n'ayez pied ne langue: + Remonstrez, en vostre harengue, + Que faulte d'argent si m'assault._ + + + + BALLADE + + DES PROVERBES. + + Tant grate chvre que mal gist; + Tant va le pot l'eau qu'il brise; + Tant chauffe-on le fer qu'il rougist; + Tant le maille-on qu'il se debrise; + Tant vault l'homme comme on le prise; + Tant s'eslongne-il qu'il n'en souvient; + Tant mauvais est qu'on le desprise; + Tant crie l'on Noel qu'il vient. + + Tant raille-on que plus on ne rit; + Tant despend-on qu'on n'a chemise; + Tant est-on franc que tout se frit; [P. 117] + Tant vault tien que chose promise; + Tant ayme-on Dieu qu'on suyt l'Eglise; + Tant donne-on qu'emprunter convient; + Tant tourne vent qu'il chet en bise; + Tant crie l'on Noel qu'il vient. + + Tant ayme-on chien qu'on le nourrist; + Tant court chanson qu'elle est apprise; + Tant garde-on fruict qu'il se pourrist; + Tant bat-on place qu'elle est prise; + Tant tarde-on qu'on fault l'emprise; + Tant se haste-on que mal advient; + Tant embrasse-on que chet la prise; + Tant crie l'on Noel qu'il vient; + + ENVOI. + + Prince, tant vit fol qu'il s'advise; + Tant va-t-il qu'aprs il revient; + Tant le matte-on qu'il se radvise; + Tant crie l'on Noel qu'il vient. + + + + + BALLADE + + DES MENUS PROPOS. + + Je congnois bien mouches en laict; + Je congnois la robe l'homme; + Je congnois le beau temps du laid; + Je congnois au pommier la pomme; + Je congnois l'arbre veoir la gomme; + Je congnois quand tout est de mesme; + Je congnois qui besongne ou chomme; + Je congnois tout, fors que moy-mesme. [P. 118] + + Je congnois pourpoinct au collet; + Je congnois le moyne la gonne; + Je congnois le maistre au valet; + Je congnois au voyle la nonne; + Je congnois quand piqueur jargonne; + Je congnois folz nourriz de cresme; + Je congnois le vin la tonne; + Je congnois tout, fors que moy-mesme. + + Je congnois cheval du mulet; + Je congnois leur charge et leur somme; + Je congnois Bietrix et Bellet; + Je congnois gect qui nombre et somme; + Je congnois vision en somme; + Je congnois la faulte des Boesmes; + Je congnois filz, varlet et homme: + Je congnois tout, fors que moy-mesme. + + ENVOI. + + Prince, je congnois tout en somme; + Je congnois coulorez et blesmes; + Je congnois mort qui nous consomme; + Je congnois tout, fors que moy-mesme. + + + + BALLADE [P. 119] + DES POVRES HOUSSEURS. + + On parle des champs labourer, + De porter chaulme contre vent, + Et aussi de se marier + A femme qui tance souvent; + De moyne de povre couvent, + De gens qui vont souvent sur mer; + De ceulx qui vont les bleds semer, + Et de celluy qui l'asne maine; + Mais, trestout considrer, + Povres housseurs ont assez peine. + + A petis enfans gouverner, + Dieu sait se c'est esbatement! + De gens d'armes doit-on parler? + De faire leur commandement? + De servir Malchus chauldement? + De servir dames et aymer? + De guerrier et bouhourder + Et de jouster la quintaine? + Mais, trestout considrer, + Povres housseurs ont assez peine. + + Ce n'est que jeu de bled soyer, + Et de prez faulcher, vrayement; + Ne d'orge battre, ne vanner, + Ne de plaider en Parlement; + A danger emprunter argent; + A maignans leurs poisles mener; + Et charretiers desjeuner, [P. 120] + Et de jeusner la quarantaine; + Mais, trestout considrer, + Povres housseurs ont assez peine. + + + + PROBLME OU BALLADE + AU NOM DE LA FORTUNE. + + Fortune fuz par clercz jadis nomme, + Que toy, Franoys, crie et nomme meurtrire. + S'il y a hom d'aucune renomme + Meilleur que toy, faiz user en plastrire, + Par povret, et fouyr en carrire, + S'a honte viz, te dois tu doncques plaindre? + Tu n'es pas seul; si ne te dois complaindre. + Regarde et voy de mes faitz de jadis, + Maints vaillans homs par moy mors et roidiz, + Et n'eusses-tu envers eulx ung soullon, + Appaise-toy, et mectz fin en tes diz: + Par mon conseil prends tout en gr, Villon! + + Contre grans roys je me suis bien arme, + Le temps qui est pass; car, en arrire, + Priame occis et toute son arme; + Ne lui valut tour, donjon, ne barrire. + Et Hannibal, demoura-il derrire? + En Cartaige, par moy, le feiz actaindre; + Et Scypion l'Affricquain feiz estaindre; + Julius Csar au snat je vendiz; + En Egipte Pompe je perdiz; + En mer noyay Jazon en ung boullon; [P. 121] + Et, une fois, Romme et Rommains ardiz.... + Par mon conseil prends tout en gr, Villon! + + Alexandre, qui tant fist de hame, + Qui voulut voir l'estoille poucynire, + Sa personne par moy fut inhume. + Alphasar roy, en champ, sous la bannire, + Ruay jus mort; cela est ma manire. + Ainsi l'ay fait, ainsi le maintendray; + Autre cause ne raison n'en rendray. + Holofernes, l'ydolastre mauldiz, + Qu'occist Judic (et dormoit entandiz!) + De son poignart, dedens son pavillon; + Absallon, quoy! en fuyant suspendis.... + Par mon conseil prends tout en gr, Villon! + + ENVOI. + + Povre Franoys, escoute que tu dis: + Se rien peusse sans Dieu de paradiz, + A toy n'aultre ne demourroit haillon: + Car pour ung mal lors j'en feroye dix: + Par mon conseil prends tout en gr, Villon! + + + + + BALLADE + CONTRE LES MESDISANS DE LA FRANCE. + + Rencontr soit de bestes feu gectans, + Que Jason vit, querant la Toison d'or; + Ou transmu d'homme en beste, sept ans, + Ainsi que fut Nabugodonosor; [P. 122] + Ou bien ait perte aussi griefve et villaine + Que les Troyens pour la prinse d'Heleine; + Ou avall soit avec Tantalus + Et Proserpine aux infernaulx pallus, + Ou plus que Job soit en griefve souffrance, + Tenant prison en la court Dedalus, + Qui mal vouldroit au royaume de France! + + Quatre mois soit en un vivier chantant, + La teste au fons, ainsi que le butor; + Ou au Grand-Turc vendu argent contant, + Pour estre mis au harnois comme ung tor; + Ou trente ans soit, comme la Magdelaine, + Sans vestir drap de linge ne de laine; + Ou noy soit, comme fut Narcisus; + Ou aux cheveux, comme Absalon, pendus, + Ou comme fut Judas par desperance, + Ou puist mourir comme Simon Magus, + Qui mal vouldroit au royaume de France! + + D'Octovien puisse venir le temps: + C'est qu'on luy coule au ventre son trsor; + Ou qu il soit mis entre meules flotans; + En un moulin, comme fut saint Victor; + Ou transgloutis en la mer, sans haleine, + Pis que Jonas au corps de la baleine; + Ou soit banny de la clart Phoebus, + Des biens Juno et du soulas Venus, + Et du grant Dieu soit mauldit outrance, + Ainsi que fut roy Sardanapalus, + Qui mal vouldroit au royaume de France! + + ENVOI. [P. 123] + + Prince, port soit des clers Eolus, + En la forest o domine Glocus, + Ou priv soit de paix et d'esprance, + Car digne n'est de possder vertus, + Qui mal vouldroit au royaume de France! + + + + LE JARGON OU JOBELIN [P. 124] + DE MAISTRE + FRANOIS VILLON. + + + BALLADE I. + + A Parouart, la grand Mathe Gaudie, + O accollez sont duppez et noirciz, + De par angels suyvans la paillardie, + Sont greffiz et prins cinq ou six. + L sont bleffeurs, au plus hault bout assis + Pour l'evagie, et bien hault mis au vent. + Escevez-moy tost ces coffres massis! + Ces vendengeurs, des ances circoncis, + S'embrouent du tout nant... + Eschec, eschec, pour le fardis! + + Brouez-moy sur ces gours passans, + Advisez-moy bien tost le blanc, + Et pictonnez au large sur les champs: + Qu'au mariage ne soyez sur le banc + Plus qu'un sac de piastre n'est blanc. + Si gruppez estes des carireux, [P. 125] + Rebignez-moy tost ces enterveux, + Et leur montrez des trois le bris: + Que clavs ne soyez deux et deux... + Eschec, eschec, pour le fardis! + + Plantez aux hurmes vos picons, + De paour des bisans si trs-durs, + Et, aussi, d'estre sur les joncs, + En mahe, en coffres, en gros murs. + Escharricez, ne soyez durs, + Que le grand Can ne vous fasse essorer. + Songears ne soyez pour dorer, + Et babignez tousjours aux ys + Des sires, pour les debouser... + Eschec, eschec, pour le fardis! + + ENVOI. + + Prince Froart, dit des Arques Petis, + L'un des sires si ne soit endormis, + Levez au bec, que ne soyez griffis, + Et que vous n'en ayez du pis... + Eschec, eschec, pour le fardis! + + + + + BALLADE II. + + Coquillars, narvans Ruel, + Men ys vous chante que gardez + Que n'y laissez et corps et pel, + Com fist Colin de l'Escaillier, + Devant la roe babiller + Il babigna, pour son salut. [P. 126] + Pas ne savoit oingnons peller, + Dont Lamboureur lui rompt le suc. + + Changez, andossez souvent, + Et tirez tout droit au tremble, + Et eschicquez tost en brouant. + Qu'en la jarte ne soyez ample. + Montigny y fut, par exemple, + Bien estach au halle-grup, + Et y jargonnast-il le temple, + Dont Lamboureur lui rompt le suc. + + Gailleurs, bien faitz en piperie, + Pour ruer les ninars au loing, + A l'assault tost, sans suerie! + Que les mignons ne soient au gaing, + Tout farcis d'un plumas coing, + Qui griefve et garde le duc, + Et de la dure si trs loing, + Dont Lamboureur luy rompt le suc. + + ENVOI. + + Prince, arrire de Ruel, + Et n'eussiez vous denier ne pluc, + Que au giffle ne laissez la pel, + Pour Lamboureur, qui rompt le suc. + + + + BALLADE III. [P. 127] + + Splicans, + Qui, en tous temps, + Avancez dedans le pogois, + Gourde piarde, + Et sur la tarde, + Desboursez les pauvres nyais, + Et pour soustenir vostre pois, + Les duppes sont privez de caire, + Sans faire haire, + Ne hault braiere, + Mais plantez ils sont comme joncz, + Pour les sires qui sont si longs. + + Souvent aux arques, + A leurs marques, + Se laissent tous desbouser + Pour ruer, + Et enterver + Pour leur contre que lors faisons. + La fe aux Arques vous respond, + Et rue deux coups, ou bien troys, + Aux gallois. + Deux, ou troys + Mineront trestout aux frontz, + Pour les sires qui sont si longs. + + Et pour ce, benards, + Coquillars, + Rebecquez-vous de la montjoye, + Qui desvoye [P. 128] + Votre proye, + Et vous fera de tout brouer; + Par joncher + Et enterver, + Qui est aux pigeons bien cher: + Pour rifler + Et placquer + Les angels de mal tous rondz, + Pour les sires qui sont si longs. + + ENVOI. + + De paour des hurmes + Et des grumes, + Rassurez-vous en droguerie + Et faerie, + Et ne soyez plus sur les joncz, + Pour les sires qui sont si longs. + + + + BALLADE IV. + + Saupicquetz frouans des gours arques, + Pour deshouser, beau sire dieux, + Allez ailleurs planter vos marques! + Benards, vous estes rouges gueux. + Berard s'en va chez les joncheux + Et babigne qu'il a plongis. + Mes frres, soiez embrayeux + Et gardez les coffres massis. + + Se gruppez estes, des grappes + De ces angels si graveliffes; + Incontinent, manteaulx et cappes, [P. 129] + Pour l'emboue ferez eclipses; + De vos sarges serez besifles, + Tout debout et non pas assis. + Pour ce, gardez d'estre griffes + Dedens ces gros coffres massis. + + Nyais qui seront attrapez, + Bientost s'en brouent au Halle, + Plus ne vault que tost ne happez + La baudrouse de quatre talle. + Des tires fait la hairenalle, + Quand le gosser est assiegis, + Et si hurcque la pirenalle, + Au saillir des coffres massis. + + ENVOI. + + Prince des gayeulx, leurs marques, + Que voz contres ne soient griffis. + Pour doubte de frouer aux arques, + Gardez-vous des coffres massis. + + + + BALLADE V. + + Joncheurs, jonchans en joncherie, + Rebignez bien o joncherez; + Qu'Ostac n'embroue vostre arrerie, + O acollez sont vos ainsnez. + Poussez de la quille et brouez, + Car tost seriez roupieux. + Eschet qu'acollez ne soyez. + Par la poe du marieux. + + Bendez-vous contre la faerie, [P. 130] + Quanques vous aurez desbousez, + N'estant juc la riflerie + Des angelz et leurs assosez. + Berard, se povez, renversez, + Si greffir laissez voz carieux; + La dure bientost renversez, + Pour la poe du marieux. + + Entervez la floterie, + Chantez-leur trois, sans point songer. + Qu'en artes ne soyez en surie, + Blanchir vos cuirs et essurger. + Bignez la mathe, sans targer; + Que vos ans ne soyent ruppieux! + Plantez ailleurs contre assiger, + Pour la poe du marieux. + + ENVOI. + + Prince Benard en Esterie, + Querez coupans pour Lamboureux + Et autour de vos ys tuerie, + Pour la poe du marieux. + + + + BALLADE VI + + Contres de la gaudisserie, + Entervez tousjours blanc pour bis, + Et frappez, en la hurterie, + Sur les beaulx sires bas assis. + Ruez de feuilles cinq ou six, + Et vous gardez bien de la roe, + Qui aux sires plante du gris, [P. 131] + En leur faisant faire la moe. + + La giffle gardez de rurie, + Que vos corps n'en ayent du pis, + Et que point, la turterie, + En la hurme ne soyez assis. + Prenez du blanc, laissez du bis, + Ruez par les fondes la poe, + Car le bizac, voir advis, + Faict aux Beroars faire la moe. + + Plantez de la mouargie, + Puis a, puis l, pour l'artis, + Et n'espargnez point la flogie + Des doulx dieux sur les patis. + Vos ens soyent assez hardis, + Pour leur avancer la droe; + Mais soient memorandis, + Qu'on ne vous face la moe. + + ENVOI. + + Prince, qui n'a bauderie + Pour eschever de la soe, + Danger du grup, en arderie, + Faict aux sires faire la moe. + + FIN DES OEUVRES DE MAISTRE + FRANOIS VILLON. + + + + POSIES [P. 132] + ATTRIBUES A VILLON + + + + I RONDEL. + + Les biens dont vous estes la dame + Ont mon cueur si trs fort espris, + Qu'il feust mort, s'il n'eust entrepris + De vous aymer plus que nul me. + + Quant moy, point je ne l'en blasme, + Pour ce qu'ilz ont de tous le pris + Les biens dont vous estes la dame. + + De ce qu'il fault que je vous ayme, + Je say trop bien que j'ay mespris; + Mais qui en doit estre repris? + Non pas moi. Qui donc? Sur mon ame, + Les biens dont vous estes la dame. + + + II. RONDEL. + + A bien juger mon propre affaire + Et piteux cas, sans riens en taire, + Plus qu'autre croire me debvez, [P. 134] + Se par adventure n'avez + Information de contraire. + + Celle ou celluy qui m'a brass + Ce maulvais los et pourchass + Me het et ne vous ayme pas; + Mais il quiert que soye chaci + De vostre amour et effaci. + Je congnois bien telz advocas. + + Se vous avez voulu refaire + Leur voulent pour me deffaire, + Vous faictes mal et me grevez. + Considerez que vous savez + Qu'onc vers vous ne voulus meffaire + A bien juger. + + + III. RONDEL. + + Une fois me dictes ouy, + En foy de noble et gentil femme; + Je vous certifie, ma Dame, + Qu'oncques ne fuz tant resjouy. + + Veuillez le donc dire selon + Que vous estes benigne et doulche, + Car ce doulx mot n'est pas si long + Qu'il vous face mal en la bouche. + + Soyez seure, si j'en jouy, + Que ma lealle et craintive ame + Gardera trop mieulx que nul ame + Vostre honneur. Avez-vous ouy? + Une fois me dictes ouy. + + + IV. RONDEL. [P. 135] + + Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente; + Une j'en sers qui est bien suffisante + Pour contenter un grant duc ou un roy. + Je l'ayme bien, mais non pas elle moy; + Il n'est besoing que de ce je me vante. + + Combien qu'elle est de taille belle et gente, + De m'en louer pour ceste heure presente + Pardonnez-moy, car je n'y voy de quoy; + Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente. + + Quant je luy dy de mon vouloir l'entente, + Et cueur et corps et biens je luy presente, + Pour tout cela remde je n'y voy. + Deliber suis, savez-vous de quoy? + De luy quicter et le jeu et l'actente. + Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente. + + + V. RONDEL. + + De mon faict je ne say que dire; + Par tout o je vois je m'adire, + Et des yeulx voy moins que du coute. + En danger suis qu'il ne me couste + La vie, tant suis remply d'ire. + + De mon faict je ne say que dire, + Car ma dame si ne tient compte + De mon martyre, quant luy compte, + Mais me dit que trop aise suis, + Et qu'en ce royaulme n'a conte + Qui ait de nulle meilleur compte + Que j'ay d'elle, quant je la suis, + + Nullement, de paour de mesdire, [P. 136] + Jamais je ne l'ose desdire; + A son gr parler je l'ecoute, + Puis emprs elle je m'accoute, + Sans luy vouloir riens contredire. + De mon faict je ne say que dire. + + + VI. RONDEL. + + Pour entretenir mes amours + Colorer me fault maints fins tours; + Car ma bourse est trs mal garnie + Pour fourrer le poignet tousjours. + + Ung jour demande haults atours, + Et l'autre ung grant bort de velours, + Et je respons: Or bien, m'amye, + Pour entretenir mes amours. + + Veez-vous ce donneur de bonjours? + Il a faict en el tant de cours, + Practiqu l'art de baverie, + Qu'il scet moult bien, sans ce qu'il rie, + Dire sa pense rebours. + Pour entretenir mes amours + Colorer me fault maints fins tours. + + + VII. RONDEL. + + Tu te brusles la chandelle! + Helas! mon cueur, ne vois tu pas + Que danger est tousjours au pas, + Qui fait tous guerre mortelle? + + Soyes seur que tu l'auras belle [P. 137] + Se tu n'y vas bien par compas; + Tu te brusles la chandelle. + + Sont-ce chastaignes qu'on y pelle, + A ton advis, pour ton repas? + Nennil. Retrais toy tout le pas, + Ains qu'on te frape au cul la pelle. + Tu te brusles la chandelle. + + + VIII. RONDEL. + + Adieu vous dy la lerme l'oeil; + Adieu, ma trs gente mignonne, + Adieu, sur toutes la plus bonne, + Adieu vous dy, qui m'est grand dueil. + + Adieu, adieu, m'amour, mon vueil; + Mon povre cueur vous laisse et donne. + Adieu vous dy la lerme l'oeil. + + Adieu, par qui du mal recueil + Mille fois plus que mot ne sonne; + Adieu, du monde la personne + Dont plus me loue et plus me dueil. + Adieu vous dy la lerme l'oeil. + + + IX. BALLADE. + + Las! je me plains d'amours et de ma dame, + Et de mes yeulx dont j'ay veu sa beault; + Et oultre plus, je me plains d'une femme + Qui contre moy a le conseil donn + Dont j'ay dj tant de mal endur [P. 138] + Qu'il me fauldra, par deffaulte de joye, + Aller criant, comme tout forcen: + Je hez ma dame que tant aymer souloye. + + Car se piti son trs doulx cueur n'entame + A me donner ce que j'ay desir, + J'iray mourir, ainsi qu'ung homme infame. + Tout hors de sens et si desespr + Qu'aprs ma mort il en sera parl + Plus loin dix fois que d'icy en Savoye, + Et lors diray pour plus estre blasm: + Je hez ma dame que tant aymer souloye + + Se je le dy, je jure sur mon ame + Que ce sera contre ma voulent. + Je prye Dieu qu'il n'y puist avoir ame + A celle fin qu'il ne soit raport. + Car jasoit ce qu'elle m'ait courrouc + Tant qu'on peut plus, cent mille fois mourroye + Avant que j'eusse ne dit ne profer: + Je hez ma dame que tant aymer souloye. + + + X. RONDEL. + + Quelque chose qu'Amours ordonne, + Force m'est que vous habandonne + Pour pourchasser ailleurs mon bien; + Car, sur ma foy, je congnois bien + Que vous m'estes pire que bonne. + + Trop a de cueur qui vous en donne: + Pour ce j Dieu ne me pardonne + Se vous avez jamais le mien, [P. 139] + Quelque chose qu'Amours ordonne. + + Si n'aymeray je j personne + Que vous, quoy que l'on me sermonne, + En tout ce monde terrien; + Mais maintenant je n'en fais rien, + Et sers selon qu'on me guerdonne. + Quelque chose qu'Amours ordonne, + Force m'est que vous habandonne. + + + + XI. RONDEL. + + Hahay! estes vous rencherie, + Dieux y ait part, puis devant hier? + Ma dame, c'est pour enrager! + Le faictes-vous par mocquerie? + + Mais venez , je vous en prie: + Est le cuir devenu si cher? + Hahay! estes vous rencherie? + + Et dea! et ne savez-vous mie + Que mon pre est cordouennier; + Vous voulez bazanne priser + Plus que cordouen la moiti. + Hahay! estes-vous rencherie? + + + + XII. RONDEL. + + Au plus offrant ma dame est mise + Et dernier encherisseur. + Je ne say se c'est par honneur, + Mais je n'en prise pas la guise. + + Elle m'avoit sa foy promise, [P. 140] + Mais je voy qu'elle a mis son cueur + Au plus offrant. + + Et pour ce je quitte la prinse + D'estre nomm son serviteur, + Car donner me porte malheur. + Ainsi j'ay laiss l'entreprise + Au plus offrant. + + + XIII. RONDEL. + + Entens moy, vray dieu d'amours, + Et faiz que la mort ait son cours + Hastivement, + + Car j'ay mal employ mes jours. + Je meurs en aymant par amours + Certainement. + + Languir me fault en griefs doulours. + + + XIV. BALLADE + _Pour ung prisonnier._ + + S'en mes maulx me peusse esjoyr + Tant que tristesse me feust joye + Par me doulouser et gemir, + Voulentiers je me complaindroye; + Car, s'au plaisir Dieu, hors j'estoye, + J'ay espoir qu'au temps advenir + A grant honneur venir pourroye + Une fois avant que mourir. + + Pourtant, s'ay eu moult souffrir [P. 141] + Par fortune, dont je larmoye, + Et que n'ay pas peu obtenir + N'avoir ce que je pretendoye, + Au temps advenir je vouldroye + Voulentiers bon chemin tenir + Pour acquerir honneur et joye + Une fois avant que mourir. + + Sans plus loin exemple querir, + Par moy mesme juger pourroye + Que meschief nul ne peult fouyr, + S'ainsi est qu'advenir luy doye. + C'est jeunesse qui tout desvoye; + Nul ne s'en doit trop esbahyr. + Si juste n'est qui ne fourvoye + Une fois avant que mourir. + + Prince, s'aucun povoir avoye + Sur ceulx qui me font cy tenir, + Voulentiers vengeance en prendroye + Une fois avant que mourir. + + + XV. RONDEL. + + Comme moy vous aurez voz gages. + J'en fuz bien pay au partir: + Plain de dueil jusques au partir, + Ne sont-ce plaisans advantages? + + Servez amours entre vous sages: + Il vous en fera repentir; + Comme moy vous aurez vos gages. + + Repeuz serez de doulx langaiges [P. 142] + Pour vous garder de departir. + Quant est moy, j'en suys martir. + Bien tard congnoistrez telz ouvrages; + Comme moy vous aurez vos gages. + + + XVI. BALLADE. + + Il n'est danger que de vilain, + N'orgueil que de povre enrichy, + Ne si seur chemin que le plain, + Ne secours que de vray amy, + Ne desespoir que jalousie, + N'angoisse que cueur convoiteux, + Ne puissance o il n'ait envie, + Ne chere que d'homme joyeulx; + + Ne servir qu'au roy souverain, + Ne lait nom que d'homme ahonty, + Ne manger fors quant on a faim, + N'emprise que d'homme hardy, + Ne povret que maladie, + Ne hanter que les bons et preux, + Ne maison que la bien garnie, + Ne chre que d'homme joyeulx; + + Ne richesse que d'estre sain, + N'en amours tel bien que mercy, + Ne de la mort rien plus certain, + Ne meilleur chastoy que de luy; + Ne tel trsor que preudhommye, + ***************************** + Ne paistre qu'en grant seigneurie, + Ne chre que d'homme joyeulx; + + ENVOI. [P. 143] + + Que voulez-vous que je vous die? + Il n'est parler que gracieulx, + Ne louer gens qu'aprs leur vie, + Ne chre que d'homme joyeulx + + + XVII. BALLADE MORALE. + + D'une dague forte et aige + Soit-il frapp parmy l'eschine, + Et ait tousjours une sansue + Attache sa poitrine, + Et attainct d'une coulevrine + Entre le nez et le menton, + Ou qu'en prison vive en famine, + Qui autruy blasme sans raison. + + Son giste soit emmy la rue, + Tout nud quand il fera bruyne, + Sur pel de herion pointue, + Couvert d'une chre estamine; + De vent de bise sa courtine, + Et soit mors d'ung escorpion, + Ou qu'en prison vive en foraine, + Qui autruy blasme sans raison. + + Sa chair soit detrenche menue + Plus qu'au moulin n'est la farine, + Ou de gros nerfz soit bien batue, + Ou couche nud sur tas d'espine: + Et affin que plus tost il fine, + Son corps soit remply de poison, + Ou qu'en prison vive en famine, [P. 144] + Qui autruy blasme sans raison. + + ENVOI. + + Prince, soit mis en la gehaine + Dix fois le jour comme ung larron, + Ou qu'en prison vive en famine, + Qui autruy blasme sans raison. + + + + XVIII. BALLADE. + + J'ay ung arbre de la plante d'amours, + Enracin en mon cueur proprement, + Qui ne porte fruits, sinon de dolours, + Fueilles d'ennuy et fleurs d'encombrement; + Mais, puis qu'il fut plant premirement, + Il est tant creu, de racine et de branche, + Que son umbre, qui me porte nuysance, + Fait au dessoubs toute joye seichier, + Et si ne puis, pour toute ma puissance, + Autre planter, ne celuy arrachier. + + De si long-temps est arros de plours + Et de lermes tant douloureusement, + Et si n'en sont les fruits de rien meillours: + Ne je n'y truys gures d'amendement. + Je les recueille pourtant soigneusement. + C'est de mon cueur l'amre soustenance, + Qui trop mieux fust en friche ou en souffrance + Que porter fruits qui le dussent blecier; + Mais pas ne veult l'amoureuse ordonnance, + Autre planter, ne celuy arrachier. + + S'en ce printemps, que les feuilles et fleurs [P. 145] + Et arbrynceaux percent nouvellement, + Amours vouloit moy faire ce secours, + Que les branches qui font empeschement + Il retranchast du tout entierement, + Pour y enter ung rynceau de plaisance, + Il gecteroit bourgeons de souffisance; + Joye en istroit, dont il n'est rien plus chier; + Et ne fauldroit j, par desesperance, + Autre planter, ne celuy arrachier. + + ENVOI. + + Ma princesse, ma premire esperance, + Mon cueur vous sert en dure penitence. + Faictes le mal qui l'acqueult retranchier, + Et ne souffrez en vostre souvenance + Autre planter, ne celuy arrachier. + + + + XIX. BALLADE. + + Plaisant assez, et des biens de fortune + Ung peu garny, me trouvay amoureux, + Voire si bien, que, tant aymay fort une, + Que nuit et jour j'en estois langoureux. + Mais tant y a, que je fus si heureux + Que, moyennant vingt escus la rose, + Je fis cela que chacun bien suppose. + Alors je dis, connoissant ce passage: + Au fait d'amours, babil est peu de chose; + Riche amoureux a tousjours l'advantage. + + Or est ainsy que, durant ma pecune, + Je fus traite comme amy precieux; + Mais, tost aprs, sans dire chose aucune, + Cette vilaine alla jetter les yeulx [P. 146] + Sur un vieillard riche, mais chassieux, + Laid et hideux trop plus qu'on ne propose. + Ce neantmoins, il en jouit sa pose, + Dont moy, confus, voyant un tel ouvrage, + Dessus ce texte allay bouter en glose: + Riche amoureux a tousjours l'advantage. + + Or elle a tort, car noyse ny rancune + N'eut onc de moy. Tant lui fus gracieux, + Que, s'elle eust dit: Donne-moy de la lune + J'eusse entrepris de monter jusqu'aux cieulx; + Et, nonobstant, son corps tant vicieux + Au service de ce vieillard expose. + Dont, ce voyant, un rondeau je compose, + Que luy transmets; mais, en pou de langage, + Me respond franc: Povret te depose: + Riche amoureux a tousjours l'advantage! + + ENVOI. + + Prince tout bel, trop mieux parlant qu'Orose, + Si vous n'avez toujours bourse desclose, + Vous abusez: car Meung, docteur trs sage, + Nous a descrit que, pour cueillir la rose, + Riche amoureux a tousjours l'advantage. + + + + XX. BALLADE. + + Qui en amours veut estre heureux, + Faut tenir train de seigneurie, + Estre prompt et advantureux + Quand vient monstrer l'armarie: + Porter drap d'or, orfaverie, + Car cela les dames esmeut. + Tout sert; mais, par saincte Marie! [P. 147] + Il ne fait pas ce tour qui veult. + + Je fus nagures amoureux + D'une dame cointe et jolie, + Qui me dit, en mots gracieux: + Mon amour est en vous ravie; + Mais il faut qu'el soit desservie + Par cinquante escus d'or, s'on peut. + --Cinquante escus! Bon gr ma vie! + Il ne fait pas ce tour qui veult. + + Alors luy donnay sur les lieux + O elle feisoit l'endormie: + Quatre venues, de coeur joyeux, + Luy fis en moins d'heure et demie. + Lors me dit, voix espasmie: + Encore un coup! le coeur me deult. + --Encore un coup! Hlas! m'amye, + Il ne fait pas ce tour qui veult! + + ENVOI. + + Prince d'amours, je te supplie, + Si plus ainsi elle m'accuelt, + Que ma lance jamais ne plie: + Il ne fait pas ce tour qui veult! + + + + XXI. BALADE JOYEUSE DES TAVERNIERS. + + D'ung gect de dart, d'une lance assere, + D'ung grant faussart, d'une grosse massue, + D'une guisarme, d'une flche ferre, + D'ung bracquemart, d'une hache esmolue, + D'ung grand penart et d'une bisage, + D'ung fort espieu et d'une saqueboute; [P. 148] + De maulx briguans puissent trouver tel route + Que tous leurs corps fussent mis par morceaulx, + Le cueur fendu, descir par monceaulx, + Le col coupp d'ung bon branc acherin, + Descirez soient de truye et de pourceaulx + Les taverniers qui brouillent nostre vin. + + D'ung arc turcquois, d'une espe affile + Ayent les paillars la brouaille cousue, + De feu gregoys la perrucque brusle, + Et par tempeste la cervelle espandue, + Au grand gibet leur charongne pendue, + Et briefvement puissent mourir de goutte, + Ou je requiers et pry que l'on leur boute + Parmy leur corps force d'ardans barreaulx; + Vifs escorchez des mains de dix bourreaulx, + Et puis bouillir en huille le matin, + Desmembrez soient quatre grans chevaux, + Les taverniers qui brouillent nostre vin. + + D'un gros canon la tte escarbouille + Et de tonnerre acablez en la rue + Soient tous leurs corps, et leur chair dessire, + De gros mastins bien garnye et pourvue, + De forz esclers puissent perdre la veue, + Neige et gresil tousjours sur eux degoutte, + Avecques ce ilz aient la pluye toute + Sans que sur eux ayent robbes ne manteaulx, + Leurs corps trenchez de dagues et couteaulx, + Et puis traisnez jusques en l'eau du Rin; + Desrompuz soient quatre-vingts marteaulx + Les taverniers qui brouillent nostre vin. + + Prince, de Dieu soient maulditz leurs boyaulx, [P. 149] + Et crever puissent par force de venin + Ces faulx larrons, maulditz et desloyaulx, + Les taverniers qui brouillent nostre vin + + + + XXII. S'ENSUIT LE MONOLOGUE DU [P. 150] + FRANC ARCHIER DE BAIGNOLLET + + AVEC SON EPITAPHE. + + C'est meshuy! J'ay beau corner! + Or a, il s'en fault retourner, + Maulgr ses dentz, en sa maison + Si ne vis-je piea saison + O j'eusse si hardy couraige + Que j'ay! Par la morbieu! j'enraige + Que je n'ay qui me combatre... + Y a-il homme qui quatre, + Dy-je, y a-il quatre qui vueillent + Combatre moy? Se tost recueillent + Mon gantelet; vela pour gaige! + Par le sang bieu! je ne crains paige, + S'il n'a point plus de quatorze ans. + J'ay autresfoys tenu les rencz, + Dieu Mercy! et gaign le prix + Contre cinq Angloys que je pris, + Povres prisonniers desnuez, [P. 151] + Si tost que je les euz ruez. + Ce fust au sige d'Alenon. + Les troys se misrent ranon, + Et le quatriesme s'enfuyt. + Incontinent que l'autre ouyt + Ce bruit, il me print la gorge. + Se je n'eusse cri: Sainct George! + Combien que je suys bon Franoys, + Sang bieu! il m'eust tu anoys + Que personne m'eust secouru. + Et quand je me senty feru + D'une bouteille, qu'il cassa + Sur ma teste: Venez a, a! + Dis-je lors. Que chascun s'appaise! + Je ne quiers point faire de noise, + Ventre bieu! et buvons ensemble. + Pos soit ores que je tremble, + Sang bieu! je ne vous crains pas maille. + + _Cy dit ung quidem, par derrire les gens_: + Coquericoq. + + Qu'esse cy? J'ay oy poullaille + Chanter chez quelque bonne vieille; + Il convient que je la resveille. + Poullaille font icy leurs nidz! + C'est du demourant d'Ancenys, + Par ma foy! ou du Champ-Tours... + Helas! que je me vis cours + De la mort d'ung de mes nepveux! + J'euz d'ung canon par les cheveux, + Qui me vint cheoir tout droit en barbe; + Mais je m'escriay: Saincte Barbe! [P. 152] + Vueille-moy ayder ce coup, + Et je t'ayderay l'autre coup! + Adonc le canon m'esbranla, + Et vint ceste fortune-l + Quand nous eusmes le fort conquis. + Le Baronnet et le Marquis, + Craon, Cures, l'Aigle et Bressoire, + Accoururent pour veoir l'histoire; + La Rochefouquault, l'Amiral, + Aussi Beuil et son attirail, + Pontivre, tous les capitaines, + Y deschaussrent leurs mitaines + De fer, de paour de m'affoler, + Et si me vindrent acoler + A terre, o j'estoye meshaign, + De paour de dire: Il n'a daign! + Combien que je fusse malade, + Je mis la main la salade, + Car el m'estouffoit le visaige. + Ha! dist le Marquis, ton oultraige + Te fera une foys mourir! + Car il m'avoit bien veu courir, + Oultre l'ost, devant le chasteau. + Hlas! j'y perdy mon manteau, + Car je cuidoye d'une poterne + Que ce fust l'huys d'une taverne. + Et moy tantost de pietonner, + Car, quand on oyt clarons sonner, + Il n'est courage qui ne croisse. + Tout aussitost: O esse? O esse? + Et, brief parler, je m'y fourre, + Ne plus ne moins qu'en une bourre. + Si ce n'eust est la brairie + Du cost devers la prairie, [P. 153] + De nos gens, qui crioient trestous, + Disant: Pierre, que faictes-vous? + N'assaillez pas la basse court + Tout seul! je l'eusse prins tout court, + Certes; mais c'eust est outraige. + Et se ce n'eust est ung paige + Qui nous vint trencher le chemin, + Mon frre d'armes Gillemin + Et moy, Dieu lui pardoint, pourtant! + Car, quoy? il nous en pend autant + A l'oeil, eussions, sans nulle faille, + Frapp au travers la bataille + Des Bretons; mais nous apaisames + Nos couraiges et recullames... + Que dy-je? non pas reculer, + Chose dont on ne doibt parler... + Ung rien, jusque au Lyon d'Angiers. + Je ne craignoye que les dangiers, + Moy; je n avoye paour d'aultre chose. + Et quand la bataille fut close, + D'artillerie grosse et gresle + Vous eussez ouy, pesle-mesle: + _Tip, tap, sip, sap_, la barrire, + Aux esles, devant et derrire. + J'en eus d'ung parmy la cuirace. + Les dames qu'estoient en la place + Si ne craignoyent que le couillart. + Certes, j'estoye ung bon paillart; + J'en avoye ung si portatif, + Se je n'eusse est si hastif + De mettre le feu en la pouldre, + J'eusse destruit et mis en fouldre + Tout quanqu'avoit de damoiselles. + Il porte deux pierres jumelles, [P. 154] + Mon couillart: jamais n'en a meins. + Et dames de joindre les mains, + Quand ilz virent donner l'assault. + Les ungs se servoyent du courtault + Si dru, si net, si sec que terre. + Et puis, quoy? parmy ce tonnerre, + Eussez ouy sonner trompilles, + Pour faire dancer jeunes filles + Au son du courtault, haultement. + Quand j'y pense, par mon serment! + C'est vaine guerre qu'avec femmes; + J'avoye toujours piti des dames. + Veu qu'ung courtault tresperce ung mur, + Ilz auroyent le ventre bien dur, + S'il ne passoit oultre... Pensez + Qu'on leur eust faict du mal assez, + Se l'en n'eust eu noble couraige; + Mesmes ces pehons de villaige, + J'entens pehons de plat pays, + Ne se fussent point esbahis + De leur mal faire; mais nous sommes + Tousjours, entre nous gentilz hommes, + Au guet dessus la villenaille. + J'estoye par de la bataille, + Tousjours la lance ou la bouteille + Sur la cuisse: c'estoit merveille, + Merveille de me regarder. + Il vint ung Breton estrader, + Qui faisoit rage d'une lance; + Mais il avoit, de jeune enfance, + Les reins rompus; c'estoit dommaige. + Il vint tout seul, par son oultraige, + Estrader par mont et par val; + Pour bien pourbondir ung cheval [P. 155] + Il faisoit feu et voire flambe. + Mais je lui trenchay une jambe, + D'ung revers, jusques la hanche; + Et fis ce coup-l ung dimenche, + Que dy-je? ung lundy matin. + Il ne s'armoit que de satin, + Tant craignoit grever ses reins. + Voulentiers frappoit aux chanfrains + D'ung cheval, quand venoit en jouste, + Ou droit la queue, sans doubte. + Point il ne frappoit son roussin, + Pource qu'il avoit le farcin, + Que d'ung baston court et noailleux, + Dessus sa teste et ses cheveulx, + De paour de le faire clocher. + Aussi, de paour de tresbucher, + Il alloit son beau pas, _tric, trac_, + Et ung grant panon de bissac + Voulentiers portoit sur sa teste. + D'ung tel homme fault faire feste + Autant que d'ung million d'or. + Gens d'armes! c'est ung grant tresor; + S'il vault riens il ne fault pas dire. + J'ay fait raige avecques La Hire: + Je l'ay servy trestout mon aage. + Je fus gros vallet, et puis page, + Archier, et puis je pris la lance, + Et la vous portoye sur la panse, + Tousjours trouss comme une poche. + Et puis, monseigneur de la Roche, + Que Dieu pardoint, me print pour paige. + J'estoye gent et beau de visaige, + Je chantoye et brouilloye des flustes, + Et si tiroye entre deux butes. [P. 156] + A brief parler, j'estoye ainsi + Mignon comme cest enfant-cy; + Je n'avoys pas gramment plus d'aage... + Or a, a, par o assauldray-je + Ce cocq que j'ay ouy chanter? + A peu besongner bien vanter; + Il fault assaillir cest hostel. + + _Adonc apperoit le Franc Archier un espoventail de_ + chenevire, faict en faon d'ung gendarme, + croix blanche devant et croix noire + derrire, en sa main tenant + une arbaleste_. + + (A part.) + + Ha! le Sacrement de l'autel! + Je suis affoibly! Qu'esse-cy? + + (A l'espoventail.) + + Ha! Monseigneur, pour Dieu, mercy! + Hault le trait, qu'aye la vie franche! + Je voy bien, vostre croix blanche, + Que nous sommes tout d'ung party. + + (A part.) + + D'ond, tous les diables! est-il sorty, + Tout seul et ainsi effroy? + + (A l'espoventail.) + + Comment! Estes-vous desvoy? + Mettez jus, je gage l'amende. + Et, pour Dieu, mon amy, desbende + Au hault ou au loing ton baston! + _Adonc il advise sa croix noire_. [P. 157] + Par le sang bieu! c'est ung Breton, + Et je dy que je suis Franoys!... + Il est fait de toy, ceste fois, + Perrenet; c'est ung parti contraire! + + (A l'espoventail.) + + Hen, Dieu! et o voulez-vous traire? + Vous ne savez pas que vous faictes. + Dea! je suis Breton, si vous l'estes. + Vive sainct Denis ou sainct Yve! + Ne m'en chault qui, mais que je vive! + Par ma foi! Monseigneur mon maistre, + Se vous voulez savoir mon estre, + Ma mre fut ne d'Anjou, + Et mon pre je ne say d'o, + Sinon que j'ouy reveler + Qu'il fut natif de Lantriquer. + Comment sauray-je vostre nom? + Monseigneur Rollant, ou Yvon, + Mort seray quand il vous plaira! + + (A part.) + + Et comment! il ne cessera + Meshuy de me persecuter, + Et si ne me veult escouter! + + (A l'espoventail.) + + En l'honneur de la Passion + De Dieu, que j'aye confession, + Car je me sens j fort malade! + Or, tenez, vela ma salade, + Qui n'est froisse ne couppe; + Je la vous rens, et mon espe, [P. 158] + Et faictes prier Dieu pour moy. + Je vous laisse, sur vostre foy, + Ung voeu que je doibs sainct Jacques. + Pour le faire, prendrez mon jacques, + Et ma ceinture et mon cornet. + + (A part.) + + Tu meurs bien maulgr toy, Pernet, + Voire maulgr toi et force! + + (Au public.) + + Puis qu'endurer fault et force, + Priez pour l'ame, s'il vous plaist, + Du Franc Archier de Baignolet, + Et m'escripvez, ung paraphe, + Sur moy ce petit epitaphe: + + _Cy gist Pernet le Franc Archier, + Qui cy mourut sans desmarcher, + Car de fuyr n'eut onc espace, + Lequel Dieu, par sa saincte grace, + Mette s cieulx, avecques les ames + Des francs archiers et des gens d'armes, + Arrire des arbalestriers. + Je les hay tous: ce sont meurdriers! + Je les congnois bien de piea. + Et mourut l'an qu'il trespassa._ + + Vel tout; les mots sont trs beaux. + Or, vous me lairrez mes houseaulx, + Car, se j'alloye en paradis + A cheval, comme fist jadis + Sainct Martin, et aussi sainct George, + J'en seroye bien plus prest... Or je [P. 159] + Vous laisse gantelet et dague: + Car, au surplus, je n'ay plus bague + De quoy je me puisse deffendre. + + (A l'espoventail.) + + Attendez! me voulez-vous prendre + En desaroy? Je me confesse + A Dieu, tandis qu'il n'y a presse, + A la Vierge et tous sainctz. + + (A part.) + + Or meurs-je les membres tous sains + Et tout en bon point, ce me semble. + Je n'ay mal, sinon que je tremble + De paour et de malle froidure, + Et de mes cinq sens de nature... + Cinq cens! O prins, qui ne les emble? + Je n'en veiz onc cinq cens ensemble, + Par ma foy! n'en or, n'en monnoye. + Pour nant m'en confesseroye: + Oncques ensemble n'en veiz deux. + Et de mes sept pechez morteux + Il fault bien que m'en supportez: + Sur moy je les ay trop portez; + Je les metz jus, avec mon jacques. + J'eusse attendu jusques Pasques, + Mais vecy ung advancement. + Et du premier commendement + De la Loy, qui dit qu'on doibt croire + (Non pas l'estoc quand on va boire, + Cela s'entend) en ung seul Dieu, + Jamais ne me trouvay en lieu + O j'y creusse mieulx qu' ceste heure, + Mais qu' ce besoing me sequeure. + + (A l'espoventail.) [P. 160] + + Ne desbendez? Je ne me fuys! + + (A part.) + + Hlas! je suis mort o je suis. + Je suis aussi simple, aussi coy + Comme une pucelle; car, quoy + Dit le second commendement? + Qu'on ne jure Dieu vainement. + Non ay-je en vain, mais trs ferme, + Ainsi que fait ung bon genderme, + Car il n'est rien craint, s'il ne jure. + Le tiers nous enjoingt et procure, + Et advertist et admoneste, + Que l'en doit bien garder la feste, + Autant en hyver qu en est: + J'ay tousjours voulentiers fest, + De ce ne mentiray-je point; + Et le quatriesme nous enjoint + Qu'on doit honnorer pre et mre: + J'ay tousjours honor mon pre, + En moy congnoissant gentilhomme + De son cost, combien qu'en somme + Sois villain et de villenaille. + + (A l'espoventail.) + + Et, pour Dieu, mon amy, que j'aille + Jusques amen; misricorde! + Relevez ung peu vostre corde; + Ferez que le traict ne me blesse. + + (A part.) + + Item, morbieu! je me confesse + Du cinquiesme, sequentement: + Deffend-il pas expressment [P. 161] + Que nul si ne soit point meurtrier? + + (A l'espoventail.) + + Las! Monseigneur l'arbalestrier, + Gardez bien ce commendement; + Quant est moy, par mon serment, + Meurdre ne fis onc qu'en poulaille. + + (A part.) + + L'aultre commendement nous baille + Qu'on n'emble rien; ce ne fis oncque, + Car en lieu n'en place quelconque + Je n'euz loysir de rien embler. + J'ay assez qui ressembler + En ce point; je n'ay point meffait, + Car, se l'en m'eust pris sur le fait, + Dieu scet comme il me fust mescheu! + + _Cy lusse tomber terre l'espoventail, celluy qui + le tient_. + + (A l'espoventail.) + + Las! monseigneur! vous estes cheu!... + Jsus! et qui vous a bout, + Dictes? Ce n'ay-je pas est, + Vrayement, ou diable ne m'emporte, + Au cas, dictes? Je m'en rapporte + A tous ceulx qui sont cy, beau sire, + Affin que ne vueillez pas dire + Que c'est demain ou pour demain. + Au fort, baillez-moy vostre main, + Je vous ayderay lever. + Mais ne me vueillez pas grever: + J'ai piti de vostre fortune. + + _Cy apperoyt le Franc Archier, de l'espoventail, que [P. 162] + ce n'est pas ung homme_. + + Par le corps bieu! j'en ay pour une! + Il n'a pi ne main; il ne hobe; + Par le corps bieu! c'est une robe + Plaine, de quoy? charbieu! de paille! + Qu'esse-cy? morbieu! on se raille, + Ce cuiday-je, des gens de guerre... + Que la fivre quartaine serre + Celluy qui vous a mis icy! + Je le feray le plus marry, + Par la vertu bieu! qu'il fut oncques. + Se mocque on de moy quelconques? + Et ce n'est, j'advoue sainct Pierre! + Qu'espoventail de chenevire, + Que le vent a cy abatu!... + La mort bieu! vous serez batu, + Tout au travers, de ceste espe... + Quand la robbe seroit couppe, + Ce seroit ung trs grand dommaige. + Je vous emporteray pour gaige, + Toutesfoys, aprs tout hutin. + Au fort, ce sera mon butin, + Que je rapporte de la guerre. + On s'est bien raill de toi, Pierre, + La charbieu saincte et beniste! + Vous eussiez eu l'assault bien viste, + Se j'eusse sceu vostre prouesse: + Vous eussiez tost eu la renverse, + Voir, quelque paour que j'en eusse. + Or pleust Jsus que je fusse, + A tout cecy, en ma maison! + Qu'il poise! Mengi a foison [P. 163] + De paille: elle chiet par derrire. + C'est paine pour la chamberire, + De la porter hors de ce lieu. + + (Au public.) + + Seigneurs, je vous commande Dieu; + Et se l'on vous vient demander + Qu'est devenu le Franc Archier, + Dictes qu'il n'est pas mort encor, + Et qu'il emporte dague et cor, + Et reviendra par cy de brief. + Adieu; je m'en vois au relief. + + FIN DU MONOLOGUE DU FRANC ARCHIER + DE BAIGNOLLET. + + + + XXIII. [P. 164] + + DIALOGUE DE MESSIEURS + DE MALLEPAYE ET DE BAILLEVENT. + + M. He, Monsieur de Baillevent! B. Quoy + De neuf? M. On nous tient en aboy, + Comme despourveuz, malureux. + B. Si j'avoye autant que je doy, + Sang bieu! je seroye chez le Roy, + Un page aprs moy! M. Voire deux! + + B. Nous sommes francs... M. Adventureux. + B. Riches. M. Bien aises B. Plantureux. + M. Voire, de souhaits. B. C'est assez. + M. Gentilz hommes. B. Hardis. M. Et preux. + B. Par l'huys. M. Du joly Souffreteux + Heritiers. B. De gaiges cassez. + + M. Nous sommes, puis troys ans passez + Si minces. B. Si mal compassez. + M. Si simples. B. Legiers comme vent. + M. Si esbaudiz. B. Si mal pansez, [P. 165] + De donner pour Dieu dispensez, + Car nous jeusnons assez souvent. + + M. He, monsieur de Baillevent, + Qui peult trouver, soubz quelque amant, + Deux ou troys mille escus, quel proye! + B. Nous ferions bruyt. M. Toutallement. + B. Le quartier en vault l'arpent, + Pardieu! Monsieur de Mallepaye! + + M. J'escripz contre ces murs. B. Je raye, + Puis de charbon et puis de craye. + M. Je raille. B. Je fays chre tous. + M. Nous avons beau coucher en raye, + L'oreille au vent, la gueulle baye, + On ne faict point prochas de nous. + + B. Helas! serons-nous jamais soulx? + M. Il ne fault que deux ou trois coups + Pour nous remonter. B. Doux. M. Droictz. B. Druz. + M. Pour fringuer. B. Pour porter le houx. + M. Gens... B. A dire: D'ond venez-vous? + M. Francs. B. Fins. M. Froidz. B. Forts. + M. Grans. B. Gros. M. Escreuz. + + B. De serjens sommes tous recreux, + Et si n'avons nulz bien acreuz. + M. Nous debvons. B. On nous doibt. M. Fourraige. + B. Entretenus. M. Comme poux creux. + B. Jurons sang bieu, nous serons creuz: + Arrire, piettons de village! + + M. Ne suis-je pas beau personnaige? [P. 166] + B. J'ay train de seigneur. M. Pas de saige. + B. Ressourdant. M. Comme bel alun. + B. Pathelin en main. M. Dire raige. + B. Et, par la mort bien! c'est dommage, + Que ne mettons vilains eu run. + + M. He! cinq cens escus! B. C'est esgrun. + M. Quand j'en ay j'en offre chascun, + Et suis bien aise quand j'en preste. + B. Mes rentes sont sur le commun; + M. Mais povres gens n'en ont pas ong; + B. J'y romproye pour nant la teste. + + M. S'il povoyt venir quelque enqueste, + Quelque mandement ou requeste, + Ou quelque bonne commission! + B. Mais en quelque banquet honneste, + Faire accroire cest ou ceste + La Pragmatique Sanction! + + M. Et si elle y croit? B. Promision. + M. Se elle promet? B. Monition. + M. Se on l'admoneste? B. Qu'on marchande. + M. Se on faict march? B. Fruiction. + M. Se on fruict? B. La Petition + En faon de belle demande + + D'ung beau cent escus. M. Quelle viande! + B. Qui l'auroit quand on la demande, + On ferait... M. Quoi? B. Feu. M. Sainct Jehan, voire! + B. On tauxeroit bien grosse amende + Sur le faict de ceste demande, [P. 167] + Se j'en quictoye le petitoire. + + M. Quel bien! B. Quel heur! M. Quel accessoire! + B. Je me raffroichiz la mmoire + Quand il m'en souvient. M. Quel plaisir! + B. Se on nous bailloit par inventaire + Deux mil escuz en une armoire, + Ilz n'auroient garde d'y moysir. + + M. Qui peut prendre! B. Qui peut choisir! + M. Gaigner! B. Espargner! M. Se saisir! + Nous serions partout bienvenuz. + B. Ung songe! M. Mais quel? B. De plaisir. + M. Nous prendrons si bien le loisir + De compter ne say quantz escuz. + + B. Nous sommes bien entretenuz. + M. Aymez. B. Portez. M. Et soustenuz... + B. De nos parens. M. De bonne race. + B. Rentes assez et revenuz, + Et s'a prsent n'en avons nulz, + Ce n'est que malheur qui nous chasse. + + M. Je n'en fais compte. B. Je raimasse. + M. Je volle par coups. B. Je tracasse, + Puis au poil et puis la plume. + M. Je gaudis, et si je rimasse, + Que voulez-vous! il ne tient qu' ce + Que je ne l'ay pas de coustume. + + B. D'honneur assez. M. Chascun en hume. + B. Je destains le feu. M. Je l'allume. + B. Je m'esbas. M. Je passe mon dueil. [P. 168] + B. Le plus souvent, quand je me fume, + Je batteroye comme fer d'enclume, + Si je me trouvoye tout seul. + + M. Je ris. B. Je bave sur mon sueil. + M. Je donne quelqu'une ung guin d'oeil. + B. Je m'esbas je ne say quoy. + M. J'entretiens. B. Je fais bel accueil. + M. On me fait tout ce que je vueil, + Quand nous sommes mon paige et moy. + + B. Je ne demande qu'avoir dequoy, + Belle amye, et vivre requoy, + Faire tousjours bonne entreprise, + Belles armes, loyal au Roy. + M. Mais trois poulx rempans en aboy + Pour le gibier de la chemise! + + B. Je porteroye pour ma devise + La marguerite en or assise + Et le houx partout estandu. + M. Vostre cry, quel? B. Nouvelle guise. + M. Riens en recepte, tant en mise, + Et, toute somme, item perdu. + + B. Je vous seroye, au residu, + Gorgias sur le hault verdi + Le bel estomac d'alouette. + M. Robbe! B. De gris blanc, gris perdu, + Bien emprunt et mal rendu, + Pay d'une belle estiquette. + + M. Puis la chaine d'or, la baguette, + Le lacqs de soye, la cornette... [P. 169] + B. De velours. M. C'est bel affiquet. + B. Quand nous aurions fait nostre emplte, + La porte seroit bien estroicte + Se ne passions jusqu'au ticquet. + + M. Nectelet. B. Gorgias. M. Friquet. + B. De vert? M. Tousjours quelque bouquet. + B. Selon la saison de l'anne. + M. Et de paige? B. Quelque naquet. + M. S'il vient hasart en ung banquet? + B. Le prendre entre bond et volle. + + M. Aux survenans? B. Chre mesle. + M. Aux povres duppes? B. La have. + M. Et aux rustes? B. Le jobelin. + M. Aux mignons de court? B. L'accolle. + M. Aux gens de mesmes? B. La rise. + M. Et aux ouvriers? B. Le pathelin. + + M. D'entretenir? B. Damoiselin. + M. Et saluer? B. Bas comme lin. + M. Et diviser? B. Motz tous nouveaulx. + Pour contenter le femynin. + Nous ferions plus d'ung esclin + Qu'ung aultre de quinze royaulx. + + M. He, cueurs joyeux! B. He, cueurs loyaulx! + M. Prests. B. Prins. M. Prompts. B. Preux. M. Especiaulx. + B. Aymez. M. Supportez. B. Bien receuz. + M. Nous devrions passer aux sceaulx + Envers les officiers royaulx, [P. 170] + Comme messieurs les despourveuz. + + B. De congnoissance bien pourveuz + Et de sagesse. M. On nous a veuz + Si gentilz et si francs. B. Si doulx. + M. Helas! cent escuz nous sont deubz. + B. Au fort, si nous les eussions euz, + On en tint plus compte de nous. + + M. Nous avons faict plaisir tous. + B. Chre dire: D'ond venez-vous? + M. Esmerillonnez. B. Advenans. + M. Cent escus, et juger des coups. + On auroit beau mettre aux deux bouts, + Se nous ne tenions des gaignans. + + B. Nous sommes deux si beaulx gallans. + M. Fringans. B. Bruyans. M. Allans. B. Parlans. + M. Esmeuz de franche volunt. + B. Aagez de sens. M. Et jeunes d'ans. + B. Bien gays. M. Assez rescans. + B. Porres d'argent. M. Prou de sant. + + B. Chascun de nous est habit. + M. Maison Paris. B. Bien mont, + Aussi bien aux champs qu'en la ville. + M. Il y a ceste malheurt + Que de l'argent qu'avons prest + Nous n'en arrons ne croix ne pille. + + B. O sont les cens et deux cens mille + Escus que nous avions en pile, + Quand chascun avoit bien du sien? [P. 171] + M. Au fort, se nous n'en avons mille, + Nous sommes, selon l'vangile, + Des bienheureux du temps ancien. + + B. J'aymasse mieulx qu'il n'en fust rien. + M. Trouvons en par quelque moyen. + B. Qui en a prsent? M. Je ne say. + B. H, ung engin parisien.... + M. Art lombard. B. Franc praticien, + Pour faire present ung essay! + + M. Je vis le temps que j'avanay + L'argent de chose, et adressay + Tel et tel et tel benefice. + B. Et, pour moy, quand je compass + Monseigneur tel, et pourchass + Moy mesmes tout seul son office. + + M. J'estois tousjours tous propice; + Mais je crains. B. Et quoy? M. Qu'avarice + Nous surprint, si devenions riches. + B. Riches, quoi! Geste faulce lisse, + Pauvret, nous tient en sa lice. + M. C'est ce qui nous faict estre chiches. + + B. Nous sommes legiers. M. Comme biches. + B. Rebondis... M. Comme belles miches. + B. Et frayss... M. Comme beaulx ongnons. + B. Aussi coustelez. M. Comme chiches, + B. Adventureux. M. Comme Suysses + A Nancy, sur les Bourguygnons. + + B. Entre les gallans. M. Compaignons. + B. Entre les gorgias. M. Mignons. [P. 172] + B. Entre gens d'armes. M. Courageux. + B. S'on barguigne. M. Nous barguignons. + B. Heureulx. M. Gomme beaux champignons. + Mis sus en ung jour ou en deux, + + B. Nous sommes les adventureux + Despourveuz. M. D'argent. B. Plantureux. + M. De nouvelles plaisantes. B. Tant. + M. Pour servir princes. B. Curieux. + M. Et pour les mignons. B. Gracieux. + M. Et pour le commun. B. Tant tant. + + M. He, monsieur de Baillevent, + Quand reviendra le bon temps? + B. Quand chascun aura ses souhaits. + M. Cent mille escus argent comptant, + Sur ma foy, je seroye content + Qu'on ne parlast plus que de paix. + + B. Nous sommes si francs. M. Si parfaits. + B. Si savans. M. Si cauts en nos faiz. + B. Si bien nez. M. Si preux. B. Si hardis. + M. Saiges. B. Subtilz. M. Advisez. B. Mais + Faulte d'argent et les grans prestz... + M. Nous ont ung peu appaillardis. + + B. Abandonnez. M. Comme hardis. + B. Requis. M. Comme les gras mardis. + B. Et fiers. M. Comme ung beau pet en baing. + B. J'ay dueil que vieulx villains tarnys + Soient d'or et d'argent si garnis, [P. 173] + Et mignons en ont tant besoing. + + M. Nous avons froid. B. Chauld. M. Faim. B. Soif M. Soing. + B. Nous tracassons. M. a. B. L. M. Prs. B. Loing. + M. Sans prouffit. B. Sans quelque advantaige. + M. Mais, s'on nous fonoit or au poing, + Nous serions pour faire ung coing + Nostre prouffit d'aultruy dommage. + + Avez-vous tousjours l'heritaige + De Baillevent? B. Ouy. M. J'enraige + Qu'en Mallepaye n'a vins, blez, grains. + B. Cent francs de rente et ung fromaige, + Vous m'orriez dire de couraige: + Vive le roy! M. Ronfflez, villains! + + B. Qui a le vent? M. Joyeulx mondains. + B. Gr de dames? M. Amoureux craints. + B. Et l'argent, qui? M. Qui plus embource. + B. Qu'est-ce d'entre nous courtissains? + M. Nous prenons escus pour douzains, + Franchement, et bourse pour bource. + + B. Ha! Monseigneur! M. Sang bieu, la mousse + M'a trop coust. B. Et pourquoy? M. Pource. + B. Hay! hay! tout est mal compass. + M. Comment? B. On ne joue plus du poulce. + M. Qui ne tire. B. Quicte la trousse; + Autant vauldroit ung arc cass. + + M. Monsieur mon pere eust amass [P. 174] + Plus d'escus qu'on eust entass + En ung hospital de vermine. + B. Mais nous avons si bien sass, + Le sang bieu! que tout est pass, + Gros et menu, par l'estamyne. + + M, Si vient guerre, mort ou famine, + Dont Dieu nous gard, quel train, quel myne + Ferons nous pour gaigner le broust? + B. Quant moy, je me determine + D'entrer chez voisin et voisine + Et d'aller voir si le pot bout. + + M. Mais regardons, peu de coust, + Quel train nous viendroit mieulx goust + Pour amasser biens et honneurs. + B. Le meilleur est prendre partout. + M. De rendre, quoy? B. On s'en absoult, + Pour cinq solz, ces pardonneurs. + + M. Allons servir quelques seigneurs. + B, Aucuns sont si petitz d'honneurs + Qu'on n'y a que peine et meschance. + M. Et prouffit, quel? B. Scions les heurs; + Mais entre nous, ans estradeurs, + Il nous fault esplucher la chance. + + M. Servons marchans pour la pitance, + Pour _fructus ventris_, pour la pance. + B. On y gaigneroit ses despens. + M. Et de foncer? B. Bonne asseurance, + Petite foy, large conscience; + Tu n'y scez riens et y aprens. + + M. De procs, quoy? B. Si je m'y rens, [P. 175] + Je veulx estre mis sur les rangs, + S'ilz ont argent, si je n'en crocque. + M. Quels gens sont-ce? B. Gros marchesens, + Qui se font bien servir des gens; + Mais de payer, querez qui bloque! + + M. Officiers, quoi? C'est toute mocque: + L'ung pourchasse, l'autre desroque, + Et semble que tout soit pour eulx. + B. Laissons-les l. M. Ho! je n'y tocque. + Il n'est point de pire defroque + Que de malheur malheureux. + + B. Pour despourveuz adventureux + Comme nous, encor c'est le mieulx + De faire l'ost et les gens d'armes. + M. En fuite je suis couraigeux. + B. Et frapper? M. Je suis piteux; + Je crains trop les coups, pour les armes. + + B. Servons donc Cordelirs ou Carmes, + Et prenons leurs bissacs fermes, + Car il n'y a pas grand dbit. + M. Ilz nous prescheroient en beaulx termes, + Et pleureroyent maintes lermes + Devant que nous prinssions l'habit. + + B. Se en cest malheur et labit + Nous mourions, par quelque acabit, + Ame n'y a qui bien nous face. + M. J'ay ung vieil harnoys qu'on forbit, + Sur lequel je fonde ung obit, [P. 176] + Et du surplus, Dieu le parface! + + B. He, fault-il que Fortune efface + Nostre bon bruyt? M. Malheur nous chasse; + Mais il n'a nul bien qui n'endure, + B. Prenons quelque train. M. Suyvons trasse. + B. Nous trassons, et quelqu'un nous trasse: + A loups ravis grosse pasture. + + M. Allons! B. Mais o? M. A l'adventure. + B. Qui nous admoneste? M. Nature. + B. Pour aller? M. O on nous attend. + B. Par quel chemin? M. Par soing ou cure. + B. Logez o? M. Prs de la clousture + De monsieur d'Angoulevent. + + B. Comment yrons? M. Jusqu' Claqdent + *************************** + Et passerons par Mallepaye. + B. Brief, c'est le plus expdient + Que nous jetons la plume au vent: + Qui ne peult mordre, si abaye. + + M. O ung franc couraige s'employe, + Il treuve gaigner. B. Querons proye. + M. Desquelz serons-nous? B. Des plus forts. + M. Il ne m'en chault, mais que j'en aye, + Que la plume au vent on envoye. + B. Puis aprs? M. Alors comme alors. + + B. La plume au vent! M. Sus. B. L. M. Dehors! + B. Au hault et au loing. M. Corps pour corps. [P. 177] + Je me tiendray des mieulx venuz. + B. On n'yra point, quand serons mors, + Demander au roy les tresors + De messieurs les despourveuz. + + La plume au vent! M. Je le concluz. + **************************** + Pour les povres de ceste anne. + B. Ne demeurons plus si confuz. + **************************** + Au grat, la terre est degele! + + M. Allons, suyvons quelque trane. + Devant! vostre fivre est tremble, + Car nous sommes tous estourdiz. + B. Dieu doint aux riches bonne anne! + M. Aux despourveuz grasse journe! + B. Et aux femmes pesans mariz! + + Prenez en gr, grans et petiz. + + FIN DU DIALOGUE DE MALLEPAYE + ET DE BAILLEVENT. + + + [P. 178] + + + XXIV. + LES REPEUES FRANCHES + DE FRANOIS VILLON + ET DE SES COMPAGNONS. + + Vous qui cerchez les repeues franches, + Et, tant jours ouvriers que dimenches, + N'avez pas plant de monnoye, + Affin que chascun de vous oye + Comment on les peut recouvrer, + Vueillez vous au sermon trouver + Qui est escript dedans ce livre. + Mettez tous peine de le lire, + Entre vous, jeunes perrucatz, + Procureurs, nouveaulx advocatz, + Aprenans aux despens d'aultruy. + Venez-y tost, sans nul estrif, + Clercz, de praticque diligens, + Qui congnoissez si bien vos gens; + Sergens pied et cheval, + Venez-y d'amont et d'aval, + Les hoirs du deffunct Pathelin, [P. 179] + Qui savez jargon jobelin; + Capitaine du pont--Billon; + Tous les subjetz Francoys Villon, + Soyez, ce coup, reveillez. + Pas ne devez estre oubliez, + Tous gallans pourpointz sans manches, + Qui ont besoing de repeues franches, + Et tous ceulx, tant yver qu'est, + Qui en ont grant ncessit. + Venez vous apprendre comment + Les maistres anciennement + Savoyent tous les tours de ce faire: + Messire Chascun Poicdenaire, + Qui de livres sait les usaiges, + Et veult lire tous les passaiges, + De celuy en prins appetis; + Venez-y donc, grans et petis, + Car, de la science savoir, + Vous ne povez que mieulx valoir. + Venez, chevaucheurs d'escuyrie, + Serviteurs de grant seigneurie, + Venez-y sans dilation, + Tous gens sotz et toutes gens sottes; + Venez-y, bigotz et bigottes; + Venez-y, povres Turlupins + Et Cordeliers et Jacopins; + Venez aussi, toutes prestresses, + Qui savez piec les adresses + Des presbitaires hault et bas; + Gardez que vous n'y faillez pas! + Venez, gorriers et gorrires, + Qui faictes si bien les manires; + Que c'est une chose terrible. + Pour bien faire tout le possible; [P. 180] + Toutes manires de farseurs, + Anciens et jeunes mocqueurs; + Venez-y tous, vrays macquereaulx + De tous estatz, vieulx et nouveaulx; + Venez-y toutes, macquerelles, + Qui, par vos subtilles querelles, + Avez tousjours en vos maisons + Pour avoir, en toutes saisons, + Tant jours ouvriers que dimenches, + Souvent les bonnes repeues franches. + Venez-y tous, bons pardonneurs, + Qui savez faire les honneurs, + Aux villages, de bons pastez, + Avecques ces gras curatez, + Qui ayment bien vostre venue + Pour avoir la franche repeue; + Affin que chascun d'eulx enhorte + Les paroissiens, qu'on apporte + Des biens aux pardons de ce lieu, + Et qu'on face du bien pour Dieu. + Tant que le pardonneur s'en aille, + Le cur ne despendra maille, + Et aura maistre Jehan Laurens + Fermement pay les despens + Et quarte de vin, simplement, + Au cur, son parlement. + De tout estt, soit bas ou hault, + Venez-y, qu'il n'y ait deffault; + Venez-y, varletz, chamberires, + Qui savez si bien les manires, + En disant mainte bonne bave, + D'avoir du meilleur de la cave, + Et puis joyeusement preschez, + Aprs que vos gens sont couchez. [P. 181] + Ceulx qui cerchent banquets ou festes + Pour dire quelques chansonnettes, + Affin d'atrapper la repeue, + Que chascun de vous se remue + D'y venir bien legirement; + Et vous pourrez ouyr comment + Ung grant tas de bonnes commres + Savent bien trouver les manires + De faire leurs marys coqus. + Venez-y, et n'attendez plus, + Entre vous, prebstres sans sjour, + Qui dictes deux messes par jour + A Sainct-Innocent, ou ailleurs; + Venez-y, pour savoir plusieurs + Des passaiges et des adresses + De maintes petites finesses + Que l'en faict facillement + Qu'advient, par faulte d'argent, + En maint lieu, la franche repeue, + Qui ne doit nul estre teue. + Par tel, cil qui veue ne l'aura, + Paiera, et celuy qui fera + De ceste repeue le prsent, + De l'escot s'en yra exempt, + Moyennant qu'il monstre ce livre: + Par ce moyen sera delivre; + En lieu o n'aura est veu + Il sera franchement repeu, + Ainsi qu'on orra plus plain, + Qui de l'entendre prendra soing. + + + [P. 182] + BALLADE DE L'ACTEUR. + + Quant j'euz ouy ce prsent mandement: + Qu'on semonnoit venir, de par l'Acteur, + Le dessusdict, j'ay pens lermement + De moy trouver, et en prins l'adventure, + Comme celuy qui, de droicte nature, + Vouloit de ce faire narration, + A celle fin qu'il en fust mention, + A ung chascun, pour le temps advenir, + Qui s'attendent et ont intention + Que les respeues les viendront secourir. + + Mais ce secours est d'anciennement + De tous repas le chief, et par droicture; + Pourquoy, aulcuns, qui ont entendement, + Le treuvent bon, et aultres n'en ont cure, + Et ne cerchent tant que l'argent leur dure, + Mais font du leur si grant destruction, + Qu'ilz en entrent en la subjection, + De faire aux dens l'arquemie, sans faillir, + En attendant, pour toute production, + Que les repeues les viendront secourir. + + J'en ay congneu, qui souvent largement + Donnoyent tous repeues outre mesure; + Qui depuis ont continuellement + Servy le Pont--Billon, par droicture, + Dont la faon a est maint dure, + En leur grant dueil et tribulation; + Mais lors n'avoyent nulle remission, + Combien que ce leur fist le cueur frmir, + Ilz n'attendoyent aultre succession, [P. 183] + Que les repeues les viendront secourir. + + ENVOI. + + Prince, pour ce que ne me puis tenir + Que de telz faitz ne face mention, + Puisque mon temps les ay veu avenir, + J'en vueil faire quelque narration, + Et escripre, soubz la correction + Des escoutans, affin d'en souvenir, + La prsente nouvelle invention, + Que les repeues les viendront secourir. + + + + BALLADE DES ESCOUTANS. + + Qui en a est Le bien venu; + Qui n'en a point, l'en n'en tient compte, + Cil qui en a est bien congneu, + Cil qui n'en a point vit honte. + Qui paye l'on exauce et monte + Jusque au tiers ciel, pour en prester: + Son honneur tout aultre surmonte, + Par force de bien acquester. + + Quant entendismes les estatz + De telz dissimulations, + Congnoissant les hauts et les bas, + Par toutes abreviations, + Nous mismes, sans sommations, + Aux champs, par bois et par tailllis. + Pour congnoistre les fictions, [P. 184] + Qui se font souvent Paris. + + Pource que chacun maintenoit + Que c'estoit la ville du monde + Qui plus de peuple soustenoit, + Et o maintz estranges abonde, + Pour la grant science parfonde + Renomme en icelle ville, + Je partis, et veulx qu'on me tonde, + S' l'entre avois croix ne pille. + + Il estoit temps de se coucher, + Et ne savoye o heberger; + D'ung logis me vins approcher, + Savoir s'on m'y vouldroit loger, + En disant: Avez menger? + L'hoste me respondit: Si ay. + Lors luy priay, pour abrger: + Apportez-le donc devant moy. + + Je fus servy passablement, + Selon mon estat et ma sorte, + Et pensant, part moy, comment + Je cheviroye avec l'hoste, + Je m'avis que, soubz ma cotte, + Avois une espe qui bien trenche: + Je la lairray, qu'on ne me l'oste, + En gaige de la repeue franche. + + L'espe estoit toute d'acier, + Il ne s'en failloit que le fer; + Mais l'hoste la me fist machier, + Fourreau et tout, sans fricasser; [P. 185] + Puis, aprs, me convint penser + De repaistre, se faim avoye; + Rien n'y eust valu le tencer: + De leans partis sans monnoye. + + + + L'ACTEUR. + + Lendemain, m'aloye enquerant + Pour encontrer Martin Gallant. + Droit en la Salle du Palays + Rencontray, pour mon premier ms, + Tout droit soubz la premire porte, + Plusieurs mignons d'estrange sorte, + Que sembloit bien leur habit + Qu'ilz fussent gens de grant acquit. + Lors vins pour entrer en la Salle: + L'ung y monte, l'aultre devalle. + L me pourmenoye, de par Dieu, + Regardant l'estat de ce lieu, + Et quand je l'euz bien regarde, + Tant plus la voys tant plus m'agre; + Je vis l tant de mirlificques, + Tant d'ameons et tant d'afficques, + Pour attraper les plus huppez. + Les plus rouges y sont happez; + A l'ung convient vendre sa terre; + Maint, sans sainctir, l se detterre, + Partie ou peu en demourra + De tout ce que vaillant aura; + Cuydant destruyre son voysin + De Poytou, ou de Lymousin, + Ou de quelque aultre nation, + Maint en est en destruction, + Et fault, ains partir de lans, [P. 186] + Qu'ilz facent l'arquemye aux dens. + On emprunte, qui a credit, + Tout ainsi que devant est dict. + Quand leur argent fort s'appetiese, + Lors leur est la repeue propice, + Et lors cerchent (plus n'en doubtez), + Hault et bas et de tous costez, + Comme on verra par demomstrances + En ce traict des Repeues franches. + Et quant au regard de plusieurs + Aultres repeues, sont escriptes + Affin qu'on preigne les meilleurs, + En lisant, grandes ou petites. + Vous orrez maintz moyens licites + Comment ilz ont est happez, + Hault et bas, par bonnes conduictes + De ceulx qui les ont attrapez. + + + LA REPEUE + DE VILLON ET DE SES COMPAIGNONS. + + Qui n'a or, ny argent, ny gaige, + Comment peult-il faire grant chre? + Il fault qu il vive d'avantaige: + La faon en est coustumire. + Saurions-nous trouver la manire + De tromper quelqu'ung, pour repaistre? + ******************************** + Qui le fera sera bon maistre! + + Ainsi parloyent les compaignons [P. 187] + Du bon maistre Franoys Villon, + Qui n'avoient vaillant deux ongnons, + Tentes, tapis, ne pavillon. + Il leur dit: Ne nous soucion, + Car, aujourd'huy, sans nul deffault, + Pain, vin, et viande, grant foyson, + Aurez, avec du rost tout chault. + + _La manire d'avoir du Poisson._ + + Adoncques il leur demanda + Quelles viandes vouloyent macher: + L'ung de bon poysson souhaita; + L'autre demanda de la chair. + Maistre Franoys, ce bon archer, + Leur dist: Ne vous en souciez; + Il vous faut voz pourpointz lascher, + Car nous aurons viandes assez. + + Lors partit de ses compaignons, + Et vint la Poyssonnerie, + Et les laissa del les pontz, + Quasy plains de melencolie. + Il marchanda, chre lye, + Ung pannier tout plain de poysson, + Et sembloit, je vous certiffie, + Qu'il fust homme de grant faon. + + Maistre Franoys fut diligent + D'achapter, non pas de payer, + Et dist qu'il bailleroit l'argent + Tout comptant au porte-pannier. + Ils partent sans plus plaidoyer, + Et passrent par Nostre-Dame, + L o il vit le Penancier, [P. 188] + Qui confessoit homme ou bien femme. + + Quant il le vit, peu de plait, + Il luy dist: Monsieur, je vous prie + Que vous despechez, s'il vous plaist, + Mon nepveu; car, je vous affie + Qu'il est en telle resverie: + Vers Dieu il est fort negligent; + Il est en tel merencolie, + Qu'il ne parle rien que d'argent. + + --Vrayment, ce dit le Penancier, + Trs voulentiers on le fera. + Maistre Francoys print le pannier, + Et dit: Mon amy, venez a; + Vel qui vous depeschera, + Incontinent qu'il aura faict. + Adonc maistre Franoys s'en va, + Atout le pannier, en effect. + + Quand le Penancier eut parfaict + De confesser la crature, + Gaigne-denier, par dit parfaict, + Accourut vers luy bonne alleure, + Disant: Monsieur, je vous asseure, + S'il vous plaisoit prendre loysir + De me depescher ceste heure, + Vous me feriez ung grant plaisir. + + --Je le vueil bien, en verit, + Dist le Penancier, par ma foy! + Or, dictes _Benedicite,_ + Et puis je vous confesseray, + Et, en aprs, vous absouldray, [P. 189] + Ainsy comme je doy le faire; + Puis penitence vous bauldray, + Qui vous sera bien necessaire. + + --Quel confesser! dist le povre homme: + Fus-je pas Pasques absoulz? + Que bon gr sainct Pierre de Romme! + Je demande cinquante soulz. + Qu'esse-cy? A qui sommes-nous? + Ma maistresse est bien arrive! + A coup, coup, depeschez-vous, + Payez mon panier de mare. + + --Ha! mon amy, ce n'est pas jeu, + Dist le Penancier, seurement: + Il vous fault bien penser Dieu + Et le supplier humblement. + --Que bon gr en ayt mon serment! + Dist cet homme, sans contredit, + Depeschez-moy legierement, + Ainsi que ce seigneur a dit. + + Adonc le Penancier vit bien + Qu'il y eut quelque tromperie; + Quand il entendit le moyen, + Il congneut bien la joncherie. + Le povre homme, je vous affie, + Ne prisa pas bien la faon, + Car il n'eut, je vous certifie, + Or ne argent de son poysson. + + Maistre Franois, par son blason. + Trouva la faon et manire + D'avoir mare grant foyson, [P. 190] + Pour gaudir et faire grant chre. + C'estoit la mre nourricire + De ceulx qui n'avoyent point d'argent; + A tromper devant et derrire, + Estoit ung homme diligent. + + _La manire d'avoir des Trippes pour diner._ + + Que fist-il? A bien peu de plet, + S'advisa de grant joncherie: + Il fist laver le cul bien net + A ung gallant, je vous affie, + Disant: Il convient qu'on espie: + Quand seray devant la trippire, + Monstre ton cul par raillerie, + Puis, aprs, nous ferons grant chire. + + Le compaignon ne faillit pas, + Foy que doy sainct Remy de Rains! + A Petit-Pont vint par compas, + Son cul descouvrit jusque aux rains. + Quand maistre Franoys vit ce train, + Dieu set s'il fit piteuses lippes, + Car il tenoit entre ses mains + Du foye, du polmon et des trippes. + + Comme s'il fust plain de despit, + Et courrouc amrement, + Il haulsa la main ung petit, + Et le frappa bien rudement, + Des trippes, par le fondement; + Puis, sans faire plus long caquet, + Les voulut, tout incontinent, [P. 191] + Remettre dedans le baquet. + + La trippire fut courrouce + Et ne les voulut pas reprendre. + Maistre Franoys, sans demoure, + S'en alla, sans compte luy rendre: + Par ainsi, vous povez entendre, + Qui'ilz eurent trippes et poisson. + Mais, aprs, il faut du pain tendre, + Pour ce disner de grant faon. + + _La manire d'avoir du Pain._ + + Il s'en vint chez an boulengier + Affin de mieulx fornir son train, + Contrefaisant de l'escuyer + Ou maistre d'hostel, pour certain, + Et commanda que, tout souldain, + Cy pris, cy mis; on chappellast + Cinq ou six douzaines de pain, + Et que bien tost on se hastast. + + Quand la moyti fut chappell, + En une hotte le fist mettre, + Comme s'il fust de prs hast, + Il pria et requist au maistre + Qu'aucun se voulsist entremettre + D'apporter, aprs luy courant, + Le pain chappell en son estre, + Tandis qu'on fist le demourant. + + Le varlet le mist sur son col; + Aprs maistre Franois le porte, [P. 192] + Et arriva, soit dur ou mol, + Emprs une grant vielle porte. + Le varlet deschargea sa hotte + Et fut renvoy, tout courant, + Hastivement, tenant sa hotte, + Pour requerir le demourant. + + Maistre Franoys, sans contredit, + N'attendit pas la revenue. + Il eut du pain, par son dit, + Pour fournir sa franche repeue. + Le boulengier, sans attendue, + Revint, mais ne retrouva point + Son maistre d'hostel; il tressue, + Qu'on l'avoit tromp en ce point. + + _La manire d'avoir du Vin._ + + Aprs qu'il fut fourny de vivres, + Il fault bien avoir la mmoire + Que, s'ils vouloyent ce jour estre yvres, + Il falloit qu'ils eussent boire. + Maistre Franoys, debvez le croire, + Emprunta deux grans brocs de boys, + Disant qu'il estoit necessaire + D'avoir du vin par ambagoys. + + L'ung fist emplir de belle eaue clre, + Et vint la Pomme de Pin, + Atout ses deux brocs, sans renchre, + Demandant s'ils avoient bon vin, + Et qu'on luy emplist du plus fin, + Mais qu'il fust blanc et amoureux. [P. 193] + On luy emplist, pour faire fin, + D'ung trs bon vin blanc de Baigneux. + + Maistre Francoys print les deux brocs, + L'un emprs l'autre les bouta; + Incontinent, par bons propos, + Sans se haster, il demanda + Au varlet: Quel vin est ce l? + Il luy dist: Vin blanc de Baigneux. + --Ostez cela, ostez cela, + Car, par ma foy, point je n'en veulx. + + Qu'esse-cy? Estes-vous bejaulne? + Vuidez-moy mon broc vistement. + Je demande du vin de Beaulne, + Qui soit bon, et non aultrement. + Et, en parlant, subtillement + Le broc qui estoit d'eaue plain + Contre l'aultre legierement + Luy changea, pur et plain. + + Par ce point, ils eurent du vin + Par fine force de tromper; + Sans aller parler au devin, + Ils repeurent, per ou non per. + Mais le beau jeu fut au souper, + Car maistre Franoys, brief mot, + Leur dit: Je me vueil occuper, + Que mangerons ennuyt du rost. + + _La manire d'avoir du Rost._ [P. 194] + + Il fut appoint qu'il yroit + Devant l'estal d'ung rotisseur, + Et de la chair marchanderoit, + Contrefaisant du gaudisseur, + Et, pour trouver moyen meilleur, + Faignant que point on ne se joue, + Il viendroit un entrepreneur, + Qui luy bailleroit sur la joue. + + Il vint la rostisserie, + En marchandant de la viande; + L'autre vint, de chre marrie: + Qu'est-ce que ce paillart demande? + Luy baillant une buffe grande, + En luy disant mainte reproche. + Quand il vit qu'il eut ceste offrande, + Empoigna du rost pleine broche. + + Celuy qui bailla le soufflet + Fuist bien tost et motz exprs. + Maistre Franoys, sans plus de plet, + Atout son rost, courut aprs, + Ainsi, sans faire long procs, + Ils repeurent, de cueur devot, + Et eurent, par leur grant excs, + Pain, vin, chair, et poisson, et rost. + + [P. 195] + + SECONDE REPEUE + + DE L'EPIDEMIE. + + Et pour la premire repeue + Dont aprs sera mention, + Bien digne d'estre ramenteue + Et mise en revelation, + Et pourtant, soubs correction, + Affin que l'en en parle encore, + Comme nouvelle invention, + Redig sera par memoire. + + Or advint, de coup d'aventure, + Que les suppostz devant nommez, + Ne cherchoyent rien par droicture. + Qu'en richesse gens renommez. + Ung jour qu'ilz estaient affamez, + En la porte d'ung bon logis + Virent entrer, sans estre armez, + Ambassadeurs de loing pays. + + Si pensrent entre eux comment + Ilz pourroient, pour l'heure, repaistre, + Et, selon leur entendement, + L'ung d'iceulz s'aprocha du maistre + D'hostel, et se fit acongnoistre, + Disant qu'il luy enseigneroit + Le haut, le bas march, pour estre + Par luy conduyt, s'il luy plaisoit. + + Je croy bien que monsieur le maistre, + Qui du bas mestier estoit tendre, [P. 196] + Fit ce gallant trs bien repaistre, + Et luy commenda charge prendre + De la cuysine, d'y entendre, + Tant que leur train departira, + Et bien payera, sans attendre, + A son gr, quand il s'en yra. + + Lors s'en vint ses compaignons, + Dire: Nostre escot est pay; + Je suis j l'ung des grans mignons + De lans et mieulx avoy, + Car le maistre m'a envoy + Par la ville, pour soy sortir; + Mais, se mon sens n'est desyoy, + Bien brief l'en feray repentir. + + --Va, lui dirent ses compaignons, + Et esguise tout ton engin + A nous rechauffer les rongnons + Et nous faire boire bon vin. + Passe tous les sens Pathelin, + De Villon et Pauquedenaire, + Car se venir peux en la fin, + Pass seras maistre ordinaire. + + Ce gallant vint en la maison + O estoyt log l'ambassade, + O les seigneurs, par beau blason, + Devisoyent rondeau ou ballade. + Il estoit miste, gent et sade, + Bien habitu, bien en point, + Robbe fourre, pourpoint d'ostade; + Il entendoit son contrepoint. + + Le principal ambassadeur [P. 197] + Aymoit une peu le bas mestier, + Dont le gallant fut honneur, + Car c'estoyt quasi son mestier, + Et luy conta que, son quartier, + Avoit de femmes largement, + Qui estoyent, s'il estoit mestier, + A son joly commandement. + + Le gallant fut entretenu + Par ce seigneur venu nouveau, + Et lans il fut retenu, + Pour estre fin franc macquereau. + Le jeu leur sembla si trs beau; + Aussi, il fit si bonne mine, + Qu'il fut esleu, sans nul appeau, + Pour estre varlet de cuysine. + + Les ambassadeurs convoyrent + Seigneurs et bourgeois disner, + Lesquels voulentiers y allrent + Passer temps, point n'en faut doubter. + Toutesfoys, vous debvez savoir, + Quelque chose que je vous dye, + Que l'ambassadeur, pour tout veoir, + Craignoit moult fort l'Epidemie. + + Ce gallant en fut adverty, + Qui nonobstant fist bonne mine, + Et quand il fut prs de midi, + A l'heure qu'il est temps qu'on disne, + Il entra dedans la cuysine, + Manyant toute la viande, + Comme docteur en mdecine [P. 198] + Qui tient malades en commande. + + Tous les seigneurs l regardrent + Son train, ses faons et manires; + Mais, aprs luy, pas ne tastrent, + Aussi ne luy challoit-il gures. + Aprs il print les esguires, + Le vin, le claire, l'ypocras, + Darioles, tartes entires: + Il tasta de tout, par compas. + + Et, pour bien entendre son cas, + Quand il vit qu'il estoit saison, + A bien jouer ne faillit pas, + Pour faire aux seigneurs la raison, + Si bien que dedans la maison + Demeura tout seul pour repaistre, + Soustenant, par fine achoison, + Qu'il se douloit du coust destre. + + Lors y avoit une couchette + O il failloit la feste faire, + Et n'a dent qui ne luy cliquette; + L se mist, commenant braire + Que l'on s'en fuyt au presbytaire, + Pour faire le prebstre acourir, + Atout Dieu et l'autre ordinaire + Qu'il fault pour ung qui veult mourir. + + Quand les seigneurs virent le prebstre + Avec ses sacremens venir, + Chacun d'eulx eust bien voulu estre + Dehors, je n'en veulx point mentir: + Si grant haste eurent d'en sortir, [P. 199] + Que l demeurrent les vivres, + Dont les compaignons du martir + Furent troys jours et troys nuyts yvres. + + Par ce point eurent la repeue + Franche chascun des compaignons. + La finesse le prebstre a teue, + Affin de complaire aux mignons; + Mais les seigneurs dont nous parlons + Eurent tous, pour ce coup, l'aubade: + Chascun d'eulx fut, nous ne faillons, + De la grant paour troys jours malade. + + + + LA TROISIEME REPEUE + + DES TORCHECULS. + + Un Lymousin vint Paris, + Pour aulcun procs qu'il avoit. + Quand il partit de son pays + Pas gramment d'argent il n'avoit, + Et toutefoys il entendoit + Son fait, et avoit souvenance + Que son cas mal se porteroit + S'il n'avoit une repeue franche. + Ce Lymousin, c'est chose vraye, + Qui n'avoit vaillant ung patac, + Se nommoit seigneur de Combraye, + Sans qu'on le suivist son trac. + Plus rus estoit qu'ung vieil rat, [P. 200] + Et affam comme un vieil loup, + Avec monsieur de Penessac, + Et le seigneur de Lamesou. + Les troys seigneurs s'entretrouvrent; + Car ilz estoyent tous d'ung quartier + Et Dieu sait s'ilz se salurent, + Ainsi qu'il en estoit mestier; + Toutesfoys, ce bon escuyer + De Combraye, propos final, + Fut esleu leur grant conseillier, + Et le gouverneur principal. + Ils conclurent, pour le meilleur, + Que ce bon notable seigneur + Yroit veoir s'il pourroit trouver + Quelque bon lieu pour s'y loger, + Et, selon qu'il le trouverait, + Aux aultres le raconteroit. + Or advint, environ midy, + Qu'il estoit de faim estourdy, + S'en vint une hostellerie, + Rue de la Mortellerie, + O pend l'enseigne du Pestel: + _A bon logis et bon hostel,_ + Demandant s'on a que repaistre: + Ouy, vrayment, ce dist le maistre; + Ne soyez de rien en soucy, + Car vous serez trs bien servy + De pain, de vin et de viande. + --Pas grand chose je ne demande, + Dist le bon seigneur de Combraye: + Il n'y a gure que j'avoye [P. 201] + Bien desjun; mais, toutesfoys, + Si ai-je disn maintes foys + Que n'avoye pas tel appetit. + Ce seigneur menga ung petit, + Car il n'avoit gure d'argent, + Commendant qu'on fust diligent + D'avoir quelque chose de bon, + Pour son soupper: ung gras chapon; + Car il pensoit bien que, le soir, + Il devoit avec luy souper + Des gentilzhommes de la cour. + L'hostesse fut bien son gourt, + Car, quand vint compter l'escot, + Le seigneur ne dist oncques mot, + Mais tout ce qu'elle demanda + Ce gentilhomme luy bailla, + Disant: Vous comptez par raison! + Puis il sortit de la maison, + Bouta son sac soubs son esselle, + Et vint raconter la nouvelle + A ses compaignons, et comment + Il failloit faire saigement. + Il fut dit, peu de parolles, + Pour eviter grans monopolles, + Que le seigneur de Penessac + Yroit devant louer l'estat + Et blasonner la suffisance + De ce seigneur, car, sans doubtance, + La chose le valoit trs bien, + Et, pour trouver meilleur moyen, + Il menroit en sa compaignie, + Lamesou; et n'y faillit mye. [P. 202] + Si vint demander l'hostesse + S'ung seigneur remply de noblesse + Estoit log en la maison. + L'hostesse respondit que non, + Et que vrayement il n'y avoit + Qu'ung Lymousin, lequel debvoit + Venir au soir souper lans. + Ha! dist-il, dame de cans, + C'est celuy que nous demandons; + Par ma foy! c'est le grant baron, + Qui est arriv au matin. + --Je n'entens point vostre latin, + Dist l'hostesse; vous parlez mal: + Il n'a ne jument ne cheval; + Il va pied, par faulte d'asne. + Lors Penessac respondit: Dame, + Il vient icy pour ung procs; + Il est appellant des excs + Qu'on luy a faictz en Lymousin, + Et va ainsi de pied, affin + Que son procs soit plus tost faict. + L'hostesse le creut, en effet. + Alors, le seigneur de Combraye + Arrive, et Dieu sait quelle joye + Ces deux seigneurs icy lui firent; + Et le genoil en bas tendirent + Aussi tost comme il fut venu, + Et par ce point il fut congneu + Qu il estoit seigneur honorable. + Le bon seigneur se sist table, + En tenant bonne gravit. + Vis--vis, de l'autre cost, + S'assit le seigneur de l'hostel, + Et eurent du vin, Dieu sait quel! [P. 203] + Il ne le fault point demander. + Quand ce vint l'escot compter + L'hostesse assez hault comptoit, + Mais au seigneur il n'en challoit, + Feignant qu'il fust tout plain d'argent. + Lors il dist qu'on fust diligent + De penser faire les litz, + Car il vouloit en ce logis + Coucher; puis aprs, par exprs, + Il print son grand sac procs, + Et le bailla lans en garde, + Disant: Qu'on me le contregarde. + Si de l'argent voulez avoir, + Il ne faut que le demander. + L'hostesse ne fut pas ingrate, + En disant: Je n'en ay pas haste. + N'espargnez rien qui soit cans. + Ces seigneurs couchrent lans + L'espace de cinq ou six moys, + Sans payer argent, toutesfoys, + Non obstant ce qu'il demandoit + A l'hostesse s'elle vouloit + Avoir de l'argent, bien souvent; + Mais il n'estoit point bien content + De mettre souvent main en bourse. + L'hostesse n'estoit point rebourse, + Et dist: Ne vous en soucyez; + Dieu mercy! j'ay argent assez, + A vostre bon commandement. + Ces mignons pensrent comment + Ilz pourroyent retirer leur sac; + Et lors monsieur de Penessac + Dist ce baron de Combraye + Qu'il se boutast bientost en voye, [P. 204] + Jugeant qu'il fust embesongn. + Ce seigneur vint, tout refrongn, + Vers l'hostesse, par bon moyen, + Et lui dit: Mon cas va trs bien; + Mon procs est ennuyt jug. + A coup, qu'il n'y ait plus song, + Baillez-moy mon sac, somme toute, + Car j'ay paour et si fays grant doubte, + Que les seigneurs soyent departis. + Il print son sac: Adieu vous dis! + Je reviendray tout maintenant. + Il s'en alla diligemment, + A tout ses procs et son sac; + Et les seigneurs de Penessac + Et de Lamesou l'attendoyent; + Lesquelz seigneurs si s'esbatoyent, + A recueillir les torcheculz + Des seigneurs qui estoyent venus + Aux chambres, et bien se pensoyent + Qu' quelque chose serviroyent + Ilz ostrent tous ces procs + De ce sac, et, par motz exprs, + L'emplirent de ces torcheculz; + Puis, au soir, quand furent venuz + A leur logis, fut mis en garde, + Et, pour mieulx mettre en sauvegarde, + Il fut bout, par grant humblesse, + Avec les robbes de l'hostesse, + Qui sentoyent le muguelias. + Au soir, firent grant ralias; + Le lendemain il fut raison + De departir de la maison + Pour s'en aller sans revenir. + On cuydoit qu'ilz deussent venir [P. 205] + Lendemain soupper et disner, + Pour leurs offices resiner, + Maiz ilz ne vindrent oncques puis. + Ils faillirent cinq ou six nuitz, + Dont l'hostesse fut eschec et mac. + Elle n'osoit ouvrir le sac + Sans avoir le cong du juge, + Auquel avoit piteux deluge; + Tellement qu il fut necessaire + Qu'on envoyast ung commissaire + Pour ouvrir ce sac, somme toute. + Quand il fust l venu sans doubte, + Il lava ses mains bonne heure, + De paour de gaster l'escripture, + Car cela estoit expert. + Toutesfoys, le sac fut ouvert; + Mais, quand il le vit si breneux, + Il s'en alla tout roupieux, + Cuydant que ce fust mocquerie, + Car il n'entendoit raillerie. + Ainsi partirent ces seigneurs + De Paris, joyeux en couraige. + De tromper furent inventeurs: + Cinq moys vesquirent d'avantaige; + De blasonner ilz firent raige; + Leur hoste fut par eulx vaincu. + Ils ne laissrent, pour tout gaige + Qu'un sac tout plain de torchecu. + + [P. 206] + LA QUATRIESME REPEUE FRANCHE + + DU SOUFFRETEUX. + + O pris argent, qui n'en a point? + Remde est vivre d'avantaige. + Qui n'a ne robbe ne pourpoint, + Que pourroit-il laisser pour gaige? + Toutesfoys, qui aurait l'usaige + De dire quelque chansonnette + Qui peust deffrayer le passaige, + Le payement ne seroit qu'honneste. + + L'ACTEUR. + + Ainsi parloit le Souffreteux, + Qui estoit fin de sa nature; + Moyti triste, moyti joyeux. + Du Palays partit, bonne alleure, + En disant: Qui ne s'adventure, + Il ne fera jamais beau fait, + Pour pourchasser sa nourriture, + Car il estoit de faim deffaict. + + Pour trouver quelque tromperie, + Le gallant se voulust haster: + En la meilleure hostellerie + Ou taverne s'alla bouter, + Et commena demander + S'on avoit rien pour luy de bon; + Car il vouloit lans disner, [P. 207] + Et faire chre de faon. + + Lors on demanda quelle viande + Il falloit ce plerin. + Il respondit: Je ne demande + Qu'une perdrix ou un poussin, + Avec une pinte de vin + De Beaulne, qui soit frais tire. + Et puis aprs, pour faire fin, + Le cotteret et la bourre. + + Tout ce qui luy fut convenable + Le varlet luy alla qurir. + Le gallant s'en va mettre table, + Affin de mieulx se resjouyr, + Et disna l, tout loisir, + Maschant le sens, trenchant du saige; + Mais il fallut, ains que partir, + Avoir ung morceau de formaige. + + Adonc dit le clerc: Mon amy, + Il fault compter, car vous devez, + Tout par tout, sept solz et demy, + Et convient que les me payez. + --Je ne say comment les aurez, + Dist le gallant, car, par sainct Gille! + Je veulx bien que vous le saichez, + Je ne soustiens ne croix ne pille. + + --Qui n'a argent si laisse gaige; + Ce n'est que le faict droicturier. + Vous voulez vivre d'avantaige, + Et n'avez maille ne denier! + Estes-vous larron ou meurtrier? [P. 208] + Par Dieu, ains que d'icy je hobe, + Vous me payerez, pour abrger, + Ou vous y laisserez la robbe. + + --Quant est d'argent, je n'en ay point, + Affin de le dire tout hault. + Comment! m'en iray-je en pourpoint, + Et desnu comme ung marault? + Dieu mercy! je n'ay pas trop chault; + Mais, s'il vous plaisoit m'employer, + Je vous serviray, sans deffault, + Jusques mon escot payer. + + --Et comment? Que savez-vous faire? + Dites-le moy tout plainement. + --Quoy? toute chose ncessaire. + Point ne fault demander comment; + Je gaige que, tout maintenant, + Je vous chanteray ung couplet, + Si hault et si cler, je me vant, + Que vous direz: Cela me plaist! + + L'ACTEUR. + + Lors, le varlet, voyant cecy, + Fut content de ceste gaigeure, + Et pensa en luy-mesme ainsi, + Qu'il attendroit ceste adventure; + Et s'il chantoit bien d'adventure, + Il lui dirait, pour tous desbats, + Qu'il payast l'escot, bon alleure, + Car son chant ne lui plaisoit pas. + + L'accord fut dit, l'accord fut faict, [P. 209] + Devant tous, non pas en arrire. + Lors le gallant tire, de faict, + De dedens sa gibecire + Une bourse, d'argent legire, + Qui estoit pleine de mereaulx, + Et chanta, par bonne manire, + Haultement, ces mots tout nouveaulx: + + De sa bourse dessus la table + Frappa, affin que je le notte, + Et, comme chose convenable, + Chanta ainsi haulte notte: + Faut payer ton hoste, ton hoste! + Tout au long chanta ce couplet. + Le varlet, estant coste coste, + Respondit: Cela bien me plaist! + + Toutesfoys, il n'entendoit pas + Qu'il ne fust de l'escot pay, + Parquoy il failloit sur ce pas. + De son sens fut moult desvoy. + Devant tous fut notiffi + Qu'il estoit gentil compaignon, + Et qu'il avoit, par son traict, + Bien disn pour une chanson. + + C'est bien disn, quand on eschappe + Sans desbourser pas ung denier, + Et dire adieu au tavernier + En torchant son nez la nappe. + + [P. 210] + + LA CINQUIESME REPEUE + + DU PELLETIER. + + Ung jour advint qu'ung Pelletier + Espousa une belle femme + Qui appetoit le bas mestier, + En faisant recorder sa game. + Le Pelletier, sans penser blasme, + Ne s'en soucioit qu'ung petit: + Mieulx aymoit du vin une dragme, + Que coucher dedens ung beau lict. + + Ung cur, voyant cest affaire, + De la femme fut amoureux, + Et pensa qu' son presbytaire + Il maineroit ce maistre gueux. + Il s'en vint luy tout joyeux, + A celle fin de le tromper, + En disant: Mon voysin, je veux + Vous donner ennuyt soupper. + + Le Pelletier en fut content, + Car il ne vouloyt que repaistre, + Et alla tout incontinent + Faire grant chre avec le prestre, + Qui luy joua d'un tour de maistre, + Disant: Ma robbe est deffourre; + Il vous y convient la main mettre, + Affin qu'elle soit reffourre. + + --Et bien, ce dist le Pelletier, [P. 211] + Monseigneur, j'en suis bien content, + Mais que vous m'en vueillez payer; + Je suis tout vostre, seurement. + Ils firent leur appoinctement + Qu'il auroit, pour tout inventoire, + Dix solz tournois entirement, + Et du vin largement pour boire, + + Pourvu qu'il la despecheroit, + Car il luy estoit necessaire, + Et que toute nuyt veilleroit, + Avec son clerc, au presbitaire. + Il fut content de cest affaire. + Mais le Cur les enferma + Soubs la clef, sans grant noyse faire, + Puis hors de la maison alla. + + Le Cur vint en la maison + Du Pelletier, par ses sornettes, + Et trouva si bonne achoyson + Qu'il fist trs bien ses besongnettes. + Ilz firent cent mille chosettes, + Car, ainsi comme il me semble, + Il contenta ses amourettes, + Et puis hors de la maison emble. + + Ce fourreur, pour la repeue franche + Fut fait coqu bien fermement; + Et luy chargea la dame blanche + Qu'il y retournast hardiment, + Et que, par son sainct sacrement, + Jamais nul jour ne l'oubliera, + Mais luy fera hbergement, [P. 212] + Toutes les foys qu'il luy plaira. + + Et pourtant, donne soy bien garde + Chascun qui aura belle femme + Qu'on ne lui joue telle aubade + Pour la repeue: c'est grant diffame; + Quant il est sceu, ce n'est que blasme + Et reproche, au temps advenir. + Vela des repeues la grant game; + Pourtant, ayez-en souvenir! + + + + SIXIESME REPEUE FRANCHE + + DES GALLANTS SANS SOULCY. + + Une assemble de compaignons, + Nommez les _Gallans sans soucy_, + Se trouvrent entre deux pontz, + Prs le Palays, il est ainsi; + D'aultres y en avoit aussi, + Qui aymoient bien besoigne facte, + Et estoient, de franc cueur transi, + A l'abb de Saincte Souffrette. + + Ces compaings ainsi assemblez + Ne demandrent que repas; + D'argent ilz n'estoyent pas comblez, + Non pourtant ne faillirent pas. + Ilz se boutrent, c'est le cas, [P. 213] + A l'enseigne du Plat d'estaing, + O ilz repeurent par compas, + Car ilz en avoient grant besoing. + + Quant ce vint l'escot compter, + Je crois que nully ne s'en cource; + Mais le beau jeu est au payer, + Quant il n'y a denier en bourse. + Nul d'eulx n'avoit chre rebourse: + Pour de l'escot venir au bout, + Dist ung gallant, de plaine source, + Il n'en faut qu'ung pour payer tout. + + Ilz appointrent tous ensemble, + Que l'ung d'iceulx on banderait: + Par ainsi, selon qui me semble, + Le premier qu'il empoigneroit, + Estoit dit que l'escot payeroit. + Mais ilz en eurent grand discord: + Chascun band estre vouloit, + Dont ne peurent estre d'accord. + + Le varlet, voyant ces desbas, + Leur dit: Nul de vous ne s'esmoye; + Je suis content que, par compas, + Tout maintenant band je soye. + Les gallans en eurent grand joye, + Et le bandrent en ce lieu, + Puis chascun d'eux si print la voye + Pour s'en aller sans dire adieu. + + Le varlet, qui estoit band, + Tournoyoit parmy la maison. + Il fut de l'escot prbend [P. 214] + Par ceste subtile achoison. + Affin d'avoir provision + De l'escot, l'hoste monte en hault: + Quand il vit ceste intention, + A peu que le cueur ne lui fault. + + En montant, l'hoste fut happ + Par son varlet, sans dire mot, + Disant: Je vous ay attrap, + Il faut que vous payez l'escot, + Ou vous laisserez le surcot. + De quoy il ne fut pas joyeux, + **************************** + Cuydant qu'il fust mathelineux. + + Quand le varlet se desbanda, + La tromperie peut bien congnoistre: + Fut estonn quand regarda, + Et vit bien que c'estoit son maistre. + Pensez qu'il en eut belle lettre, + Car il parla lors bas ton, + Et, pour sa peine, sans rien mettre, + Il eut quatre coups de baston. + + Ainsi furent, sans rien payer, + Les povres gallans dlivrez + De la maison du tavernier, + O ilz s'estoyent presque enyvrez + Des vins qu'on leur avoit livrez + Pour boire plain gobelet, + Que paya le povre varlet. + + Et que ce soit vray ou certain, [P. 215] + Ainsi que m'ont dit cinq ou six, + Le cas advint au Plat d'estain + Prs Sainct-Pierre-des-Arsis. + Bien eschoit ung grant mercis, + A tout le moins, pour ce repas, + Et si ne le payrent pas. + + Aussi fut si bien aveugl, + Le povre varlet malheureux, + Qui fut de tout l'escot sangl, + Et fallust qu'il payast pour eulx; + Et s'en allrent tous joyeux + Les mignons, torchant leur visaige, + Qui avoyent disn d'advantaige. + + + + LA SEPTIESME REPEUE + + FAICTE AUPRS DE MONTFAULCON. + + Pour passer temps joyeusement, + Raconter vueil une repeue + Qui fut faicte subtillement + Prs Montfaulcon, c'est chose sceue, + Et diray la desconvenue + Qu'il advint de fins ouvriers; + Aussi y sera ramenteue + La finesse des escolliers. + + Quand compaignons sont desbauchez, + Ilz ne cherchent que compaignie; + Plusieurs ont leurs vins vendangez [P. 216] + Et beu quasy jusqu' la lye. + Or advint qu'une grant mesgnie + De compaignons se rencontrrent. + ****************************** + ****************************** + + Et, sans trouver la saison chre, + Chascun d'eulx se resjouyssoit + Disant bons motz, faisant grant chre; + Par ce point le temps se passoit. + Mais l'ung d'iceulx promis avoit + De coucher avec une garce, + Et aux aultres le racontoit, + Par jeu, en manire de farce. + + Tant parlrent du bas mestier, + Que fut conclud, par leur faon, + Qu'ilz yroyent ce soir-l coucher + Prs le gibet de Montfaulcon, + Et auroyent pour provision + Ung past de faon subtile, + Et meneroyent, en conclusion, + Avec eulx chascun une fille. + + Ce past, je vous en respons, + Fut faict sans demander qu'il couste, + Car il y avoit six chapons, + Sans la chair, que point je n'y boute. + On y eust bien tourn le coute, + Tant estoit grant, point n'en doubtez. + Le Prince des Sots et sa routte + En eussent est bien souppez. + + Deux escolliers voyant le cas, [P. 217] + Qui ne savoyent rien que tromper, + Sans prendre conseil d'advocatz, + Ilz se voullurent occuper, + Pensant eux, comme atrapper + Les pourroyent d'estoc ou de trenche; + Car ilz voulloyent ce soir soupper + Et avoir une repeue franche. + + Sans aller parler au devin, + L'ung prist ce past de faon, + L'autre emporta un broc de vin, + Du pain assez, selon raison, + Et allrent vers Montfaulcon, + O estoit toute l'assemble. + Filles y avoit foyson, + Faisant chre desmesure. + + Aussi juste comme l'orloge, + Par devis et bonne manire, + Ilz entrrent dedans leur loge, + Esprant de faire grant chire, + Et tastoient devant et derrire + Les povres filles, hault et bas. + ***************************** + ***************************** + + Les escolliers, sans nulle fable. + Voyant ceste desconvenue, + Vestirent habitz de diable, + Et vindrent l, sans attendue: + L'ung, ung croc, l'autre, une massue, + Pour avoir la franche repue, + Vindrent assaillir les gallans. + ***************************** + + Disant: A mort! mort, mort! [P. 218] + Prenez, ces chaisnes de fer, + Ribaulx, putains, par desconfort, + Et les amenez en enfer; + Ilz seront avec Lucifer, + Au plus parfond de la chauldire, + Et puis, pour mieulx les eschauffer, + Gettez seront en la rivire! + + L'ung des gallans, pour abbreger, + Respondit: Ma vie est fine! + En enfer me fault heberger. + Vecy ma dernire journe; + Or suis-je bien ame dampne! + Nostre pech nous a attains, + Car nous yrons, sans demoure, + En enfer avec ces putains! + + Se vous les eussiez veu fouyr, + Jamais ne vistes si beau jeu, + L'ung amont, l'autre aval courir; + Chascun d'eulx ne pensoit qu' Dieu. + Ilz s'en fouyrent de ce lieu, + Et laissrent pain, vin et viande, + Criant sainct Jean et sainct Mathieu, + A qui ilz feroyent leur offrande. + + Noz escolliers, voyant cecy, + Non obstant leur habit de diable, + Furent alors hors de soulcy, + Et s'assirent trestous table; + Et Dieu sait si firent la galle [P. 219] + Entour le vin et le past, + Et repeurent, pour fin finalle, + De ce qui estoit apprest. + + C'est bien tromp, qui rien ne paye, + Et qui peut vivre d'advantaige, + Sans desbourser or ne monnoye, + En usant de joyeux langaige. + Les escolliers, de bon couraige, + Passrent temps joyeusement, + Sans bailler ny argent ny gaige, + Et si repeurent franchement. + + Si vous vouliez suyvre l'escolle + De ceulx qui vivent franchement, + Lisez en cestuy prothocolle, + Et voyez la faon comment; + Mettez-y vostre entendement + A faire comme ilz faseyent, + Et, s'il n'y a empeschement, + Vous vivrez comme ilz vivoyent. + + FIN DES REPEUES FRANCHES + ET DES POSIES ATTRIBUES A VLLLON. + + + +NOTES. + +_(Les chiffres renvoient aux pages du volume. V. signifie_ vers; +_Pr._, Prompsault; _P. L._, M. Paul L. Jacob, bibliophile.) + +P. 1. _Clment Marot aux Lecteurs._ Cette prface, avec le +huitain qui l'accompagne, est en tte de l'dition de _Paris, +Galiot du Pr,_ 1533, la premire donne par Marot. + +P. 2, lig. 28. _Toutesfoys_... Marot dit clairement qu'il n'a +pas consult un seul manuscrit. Il n'a pas non plus eu sous les +yeux toutes les ditions du XVe sicle. + +P. 4, lig. 5. _Aprs _... Les vers que Marot dit avoir refaits +sont au nombre de dix ou douze seulement, et, chose singulire, +on les trouve tels quels dans les manuscrits et les anciennes +ditions. (P. L.) + +P. 7. _Le Petit Testament_. Ce titre, que Villon n'avait pas +eu l'intention de donner ses _lays_ (voy. p. 50, v. II), se +trouve en tte des plus anciennes ditions de ses oeuvres. + +P. 8-9. Les huitains IV IX ont t publis pour la premire +fois par Prompsault, d'aprs un mss. La Monnoye ne les a pas +connus. + +P. 9, huitain IX. L'invocation par laquelle Villon commence son +Testament n'est qu'une affaire de simple formule. Ce n'est pas +l qu'il faut chercher la preuve de ses sentiments religieux. + +P. 14, huit. XXIII. Ce huitain, publi pour la premire fois par +Prompsault, se trouve en manuscrit dans l'exemplaire annot de +La Monnoye. + +P. 17-19. Les huitains XXXVI-XXXIX, publis pour la premire +fois par M. Prompsault, n'taient pas connus de La Monnoye. +C'est une satire du jargon scolastique du temps. Il n'est pas +certain que Villon en soit l'auteur. J'ai conserv quelques-unes +des corrections introduites dans ce texte par M. P. L. + +P. 21. _Le Grand Testament_. Huit. I. _En l'an trentiesme de mon +eage_... On a conclu de ce vers que Villon n'avait pas trente +ans accomplis en 1461. La mesure du vers ne lui permettait pas +d'tre plus exact; mais dans le _Dbat du corps et du coeur_ (p. +113), fait dans la prison de Meung, il dit positivement: Tu as +trente ans. Il tait donc rellement n en 1431. + +P. 22, huit. V. La leon de l'dition Prompsault est meilleure +que celle de La Monnoye. La voici: + + _Si prieray pour lui de bon cueur, + Par l'ame du bon feu Cotard..._ + +C'est--dire que Villon jure par l'me de son procureur Cotard +(voy. ce nom au _Glossaire-index_), de prier Dieu pour Thibault +d'Aussigny. La suite nous apprend ce qu'il entend par l. + +P. 37-38. On a cru que dans les huitains XLIII-XLV Villon +parlait de lui-mme; c'est videmment une erreur. Pour le +reconnatre, il suffit de se rappeler qu'il n'avait que trente +ans, et n'tait pas un pauvre vieillart. + +P. 45, huit. LIV. Je n'ai pas adopt la correction de La +Monnoye, qui termine ainsi ce huitain: + + _C'est pure vrit decelle: + Pour une joye cent doulours_. + +P. 56. Les six premiers vers de l'_Envoi_ donnent en acrostiche +le nom de _Villon_, ainsi que M. Nagel l'a remarqu le premier. +Il a dcouvert aussi que le premier huitain de la _Ballade +de Villon s'amye,_ p. 57, donne en acrostiche le nom de +_Franoys._ Le second huitain donne _Martheos,_ sans doute par +l'effet du hasard. + +P. 90. _Lays._ Publi pour la premire fois par Prompsault. En +manuscrit dans La Monnoye. Il en est de mme du huitain CLIII, +p. 91. + +P. 99. _Et je croy bien que pas n'en ment._ Le huitain qui +commence par ce vers et le reste de la ballade ont t publis +pour la premire fois par Prompsault. Ils existent en manuscrit +dans La Monnoye. + +P. 101. _Posies diverses_. Le titre de plusieurs ditions +annonce un _Codicille_, ce qui a proccup quelques diteurs +plus que de raison. L'dition de Pierre Levet, 1489, et une +autre dition du XV'sicle (la troisime dcrite par M. Brunet), +disent ce qu'il faut entendre par l. Dans celle de Pierre Levet +on lit: _Cy commence le grant Codicille et Testament de maistre +Franois Villon,_ et dans l'autre: _Sensuit le grant Testament +et Codicille de maistre Franois Villon._ Le _Codicille_ n'est +donc autre chose que le _Grand Testament,_ postrieur de cinq +ans au _Petit Testament._ + +Les _posies diverses_ ont t classes de diffrentes +faons, selon le gr des diteurs. J'ai cherch les ranger +chronologiquement. Le _quatrain_ et _l'pitaphe_ (p. 101), la +_Requeste au Parlement_ (p. 103), la _Ballade de l'appel_ (p. +104), le _Dit de la naissance Marie_ (p. 105) et la _Double +ballade_ (p. 107) se rapportent au procs de 1457. Je parlerai +des autres pices plus tard. + +P. 105. _Le Dit de la naissance Marie_. Cette pice et les deux +suivantes se trouvent dans un trs-beau manuscrit des Posies de +Charles d'Orlans, conserv la Bibliothque impriale. Elles +ont t publies pour la premire fois par M. Prompsault. + +P. 107. _Double ballade_. Cette pice, adresse Marie +d'Orlans, fut compose longtemps aprs la prcdente, et +lorsque la princesse tait dj grande, et avait port assur, +maintien rassis (p. 109, v. 17). + +P. 110. _Ballade Villon._ Cette pice est incontestablement de +Villon, dont elle porte le nom dans le manuscrit des posies +de Charles d'Orlans. Il n'est pas aussi certain que les deux +autres pices tires du mme manuscrit soient de lui, mais c'est +on ne peut plus vraisemblable. + +Cette ballade fut compose sur un sujet donn par le duc +d'Orlans. On trouve dans le manuscrit de ses posies celles qui +furent composes la mme occasion par onze autres potes. + +P. 111 _Epistre_, Cette pice fut compose dans la prison de +Meung. Elle a t publie pour la premire fois par Prompsault, +mais elle existe en manuscrit, avec des variantes, dans La +Monnoye. + +P. 112. _Le Dbat du cueur et du corps_. Compos dans la prison +de Meung. Les prcdents diteurs n'ont pas remarqu que le nom +de Villon se trouve en acrostiche dans les six vers qui, non +compris le refrain, forment l'_envoi_. + +P. 113. _La, Requeste Monseigneur de Bourbon_. Prompsault se +trompe lorsqu'il dit que Marot a fait le titre de cette ballade. +On le trouve dans les ditions du XVe sicle tel qu'il est +reproduit ici. + +Le duc de Bourbon tait Jean II, qui mourut en 1487; ce ne +pouvait tre Charles Ier, mort en dcembre 1456, l'poque +prcisment o Villon, peu connu comme pote, se faisait +fouetter publiquement. + +P. 119. _Ballade des povres housseurs_. Cette pice a t tire +du _Jardin de plaisance_ par Prompsault. Il n'est pas bien +prouv qu'elle soit de Villon. On ne sait pas au juste ce +que signifie ce mot _housseurs_. Cotgrave le traduit par +_balayeurs_, _ramoneurs_; M. P. L., par _batteurs de tapis_; +Prompsault, par _porteurs de housseaux_ ou de bottes; M. +Campeaux, par coliers portant des _housses_, comme ceux du +collge de Navarre. Son explication me parat la meilleure, +moins que _housseurs_ ne signifie _faiseurs de housseaux_. Il +y a un rapprochement faire entre cette supposition et, +d'une part, les conjectures de M. Campeaux relativement la +profession du pre de Villon; d'autre part, l'affirmation +trs-nette de la onzime des pices attribues Villon, que je +publie, p. 139. ...Mon pre est cordouennier. Malheureusement +ce rondeau n'est pas plus certainement de Villon que la _Ballade +des povres housseurs_. + +P. 120. _Problme ou Ballade_. Publi pour la premire fois par +Prompsault. En manuscrit dans La Monnoye. + +P. 121. _Ballade contre les mesdisans de la France_. Prompsault +a cru publier cette pice pour la premire fois; mais il en +existe une dition en caractres gothiques, reproduite par M. A. +de Montaiglon dans les _Anciennes Posies franoises_, t. V, +p. 320, qui m'a fourni de bonnes variantes. La Monnoye la +connaissait. Elle existe en manuscrit dans son exemplaire +annot, avec le titre qu'elle porte ici. + +P. 124. _Le Jargon ou Jobelin_. Tous les diteurs de Villon ont +recul devant l'explication de ces ballades en argot. Je +suis leur exemple; mais cela ne doit pas dcourager ceux qui +voudraient tenter l'entreprise. En recueillant avec soin toutes +les variantes des anciennes ditions, en rapprochant les +ballades de Villon des monuments assez nombreux de ce langage +qui nous restent du XVe sicle et du commencement du XVIe, on +arriverait probablement quelque chose de satisfaisant. + +P. 133. _Posies attribues Villon_. J'ai choisi ce titre +cause de son lasticit. Je ne suis pas convaincu que ces pices +soient de notre pote; mais je n'ai pas voulu, en les donnant +comme manant de ses disciples, lui faire tort de celles qui +peuvent lui appartenir. + +P. 133-143. Dix-sept pices choisies parmi celles que M. +Campeaux a tires du _Jardin de plaisance_. On ne peut, lire son +travail sans tre tent d'admettre que plusieurs de ces pices +sont rellement de Villon. + +P. 144-146. Les ballades XVIII, XIX et XX ont t runies pour +la premire fois aux oeuvres de Villon dans l'dition de 1723. +Je ne crois pas qu'elles soient de lui. + +P. 147. _Ballade joyeuse des taverniers_. Cette pice se trouve +dans toutes les ditions de _la Chasse et le Dpart d'Amours,_ +d'Octavien de Saint-Gelais, dont la premire est de 1509. Je +dois cette indication mon ami M. Louis Moland. + +P. 150. _Monologue du franc archier de Baignollet_. Runi pour +la premire fois aux oeuvres de Villon en 1532, dans une +dition de Galiot du Pr. Il existe de ce monologue une dition +gothique, format d'agenda, qui a t reproduite dans l'_Ancien +thtre franois_, t. II, p. 326. J'en ai tir quelques +variantes. + +P. 164. _Dialogue de messieurs de Mallepaye et de Baillevent_. +De mme que le _Monologue du franc archer_, cette pice fut +runie pour la premire fois aux oeuvres de Villon dans +l'dition de Galiot du Pr, 1532. Elle est crite, comme l'a +remarqu le premier M. A. de Montaiglon, en strophes de six +vers sur deux rimes, qui s'enchanent de telle faon que la +rime place dans une strophe au troisime et au sixime vers +se rpte, dans la strophe suivante, aux quatre autres vers, +c'est--dire au premier, au second, au quatrime et au cinquime. +Je l'ai divise selon ces indications, et l'on conviendra qu'elle +y a beaucoup gagn. + +Deux strophes sont incompltes, l'une d'un vers, p. 172, et +l'autre de deux, p. 177. + +P. 178. _Les Repeues franches_. Ce recueil fut imprim plusieurs +fois dans le XVe sicle et la premire moiti du XVIe. Il n'est +pas de Villon; mais le pote y joue un tel rle qu'on ne peut se +dispenser de le joindre ses oeuvres, ce qu'on fait, du reste, +depuis plus de trois cents ans. Il est crit presque tout +entier en strophes de huit vers, ce que les prcdents diteurs +n'avaient pas assez remarqu, comme l'a dit M. A. de Montaiglon. +Il y a vers la fin quelques strophes que je n'ai pu complter, +bien que j'aie consult plusieurs ditions anciennes, y compris +celle de Jean Trepperel, que je crois la premire. + +P. 187. _La Manire d'avoir du poisson_. Le moyen employ par +Villon pour se dbarrasser du _porte-pannier_ rappelle le +fabliau des _Trois Avugles de Compiengne_, par Cortebarbe. Voir +aussi les _Aventures de Til Ulespigle_, chap. LXXI (_Nouvelle +collection Jannet_); _Morlini_, nouv. XIII; les _Factieuses +Nuits de Straparole_, dition Jannet, _Paris_, 1857, t. Ier, p. +liv. + +P. 190. _La Manire d'avoir des trippes_. Voir un expdient +analogue dans les _Aventures de Til Ulespigle_, dition cite, +chap. LXXII. + +P. 191. _La Manire d'avoir du pain_. Imit par l'auteur des +_Aventures de Til Ulespigle_, chap. VI. + +P. 192. _La Manire d'avoir du vin_. Se retrouve dans _Til +Ulespigle_, chap. LVII. + +P. 206. _La Repeue franche du Souffreteux_. Imit par l'auteur +de _Til Ulespigle_, chap. LXI, et par Bonaventure Des Priers. +Voy. l'dition de M. Louis Lacour, 1856. In-16, p. 122. + + + + + +GLOSSAIRE-INDEX. + +----------A---------- + +_A_, avec. P. 34, v. 18; p. 158, v. 12. + +_A coup_, vite, tout de suite. + +_A tout_, avec. + +_Abandonn_, libral, prodigue. 172. + +_Abayer_, aboyer. + +_Aboluz_, abolis, absous. . + +_Aboy_ (en), aux abois, abaiss.--Trois poulx rampans en aboy, +c'est--dire descendant le long de la chemise, telles sont +les armoiries que le seigneur de Mallepaye assigne son ami +Baillevent, P. 168. + +ABSALON, 121, 122. + +_Absoluz, absolz_, absous. + +_Abusion_, peine inutile, fait de quelqu'un qui s'abuse. (P. 35, +v. 2.) + +_Acabit_, accident (?). 175. + +_Accolle, acolle_, accolade. + +_Accouter_, appuyer, accoter. 47, 136. + +_Acherin_, acr, d'acier. + +_Achoison, achoyson_, occasion, feinte, ruse. + +_Acongnoistre_, connatre. 195. + +_Accueillir_, tenir. 145. + +_Acquester_, acqurir. + +_Acreuz_, acquis, augments. 165. + +_Acteur_ (l'), l'auteur. 182. + +_Adextre_, adroit, habile. + +_Adirer_, absenter, supprimer. 135. + +_Admenez_ (en) (?), P. 38, v. 25. + +_Adonc, adoncques_, alors. + +_Advantaige_, voy. _avantaige_. + +_Affier_, assurer, certifier. + +_Affiques_, affiquets. 185. + +_Affoler_, blesser. 152. + +_Affuyt_, suit. + +_Aguet (aller d')_, marcher avec prcaution et sans bruit, c'est +ce que faisaient sans doute les soldats de police pied dont +parle Villon, p. 13, v. 21. + +_Aherdre_, p. 52, se trouve dans Cotgrave avec le sens de +toucher, prendre. + +_Ahonti_, dshonore, couvert de honte. 142. + +_Aid_, aide, assiste Ainsi m'aid Dieux! P. 26, v. 6. + +_Aignel_, agneau. 107. + +_Ainoys_, avant. + +_Ains_, avant. + +_Aist_, aide. Ainsi m'aist Dieux! 107. + +_Aiz_, planche. 84. + +ALENON. 151. Cette ville fut prise et reprise plusieurs fois +par les Anglais et les Franais pendant les guerres du XVe +sicle. C'est en 1448 que Charles VII l'assigea pour la +dernire fois; il s'en empara, ainsi que de toutes les autres +places fortes de la Normandie. (P. L.)--Le bon feu duc d'Alenon +dont parle Villon (p. 36) serait, selon M. Pr., Jean Ier, +tu la bataille d'Azincourt, en 1415. + +ALEXANDRE, p. 26. Cette anecdote d'Alexandre et du pirare +Diomds est, suivant Formey, rapporte par Cicron, dans un +fragment du trait _De Republica_, liv. III, que nous a conserv +Nonius Marcellus. Le nom du pirare ne s'y trouve pas. Voy. 121. + +ALLEMANSES, allemandes, 80. + +_Alleure_ (_bonne_), promptement. + +ALLYS (p. 34, v. 19), Alix de Champagne, marie en 1160 Louis +le Jeune, roi de France, et morte en 1216. (Pr.) + +_Alouer_ (_s'_), s'attacher, se dvouer. 108. + +ALPHASAR, p. 121. Arphaxad, roi des Mdes. + +ALPHONSE, _le roy d'Aragon_. Alphonse V, dit le Sage, mort en +1458. + +_Amant_, 165, amendement. + +_Amathiste_, amthyste. 35. + +_Ambagoys_, ambages, finesses. 192. + +_Ambesas_, doubleas. P. 48. + +_Ameons_, hameons. Employ au figur, p. 185. + +AMIRAL (l'), p. 152. M. P. L. suppose que c'est Prgent, seigneur +de Coetivy et de Retz, cr amiral en 1439, et tu en 1450, au +sige de Cherbourg. + +AMMON, fils de David. Plaisant rcit de son amour pour sa soeur +Thamar. (P. 46, v. 15.) + +_Amoureux_, agrable, bon. 195, v. 1. + +_Amys_, amicts. 36. + +_Ance_, anse. 15. + +ANCENYS, 151. + +_Anoys_, avant. + +_Ancre_, encre. + +_Andoilles_, andouilles. 64. + +_Ange, Angelot_, (p. 70), taient des monnaies d'or. Deux +_angelots_ valaient un grand _ange_. Villon veut que le jeune +merle agisse consciencieusement, ce qui n'tait sans doute pas +dans ses habitudes. (Pr.) + +ANGELOT L'HERBIER (l'herboriste), 85. + +ANGIERS, 9. Le _Lyon d'Angiers_ (153) tait sans doute +l'enseigne d'une htellerie. + +ANGLAIS, p. 151. + +ANGLESCHES, anglaises, p.81, v. 3. + +_Angoisseux_, plein d'angoisse. + +ANGOULEVENT, p. 176. Un Prince des Sots nomm Angoulevent vivait + la fin du XVIe sicle et se fit connatre par un procs qu'il +soutint pour dfendre les privilges de sa principaut. Mais ce +passage prouve que le nom d'Angoulevent tait gnrique parmi +les gueux et les aventuriers ds le XVe sicle. (P. L.) + +ANJOU, 157. + +_Antan_, l'an pass. + +_Ante_, tante. 82. + +_Apasteler_, nourrir. + +_Apostoles_, pape (p. 36), et, par extension, vque, et +peut-tre prtre. + +_Appaillardir_, appauvrir, mettre sur la paille 172. + +_Appeau_, appel. 197. + +_Appoinct_, point. 73. + +_Appoint_, convenu. + +_Appoinctement_, accord. + +_Aprins_, appris. + +_Arain_, airain, cuivre. 48 + +_Arbrynceaux_, arbrisseaux. + +ARCHIPIADA, 34, vraisemblablement Archippa, l'amante de +Sophocle. (Pr.) + +ARCHITRICLIN (p. 69). Le matre d'htel des noces de Cana, qui +conseilla de boire le bon vin le premier. + +_Ardiz_, brlai. 121, v. 2. + +_Ardre_, brler. + +_Argeutis_, arguties. 18. + +ARISTOTE, 18, 25. + +_Armarie (montrer l')_, p. 146, paratre arm dans un tournoi. +(P. L) + +_Arquemie_, alchimie. Faire l'arquemie aux dens (p. 182 et +186), c'est vivre de vent, n'avoir rien manger. + +_Arraisonner_, interroger. + +_Arrons_, aurons. + +_Ars_. brl. 17. + +_Arsure_. brlure. 76. + +_Art de la pinse et du croc_, l'art des voleurs. P. 2. + +_Art de mmoire_, 11. Probablement l'_Ars memorativa_, ouvrage +didactique souvent rimprim au XVe s. avec des figures +singulires. (P. L.) + +ARTUS, _le duc de Bretaigne_ (p. 35, v. 10) est Artus III, le +Justicier, mort en 1458. + +_Asavoir-mon_, c'est savoir. + +ASNE ROUGE, 60. Est-ce une enseigne? + +_Assier_, acier. 9. + +_Assouvir_, calmer, satisfaire, accomplir. 29, 89, 90, 94, 110. + +_Atout_, avec. + +_Attaine_, III. Atteigne, blesse. (P. L.) + +_Attainte_, 78, bien pare (Pr.),-farde (P. L.). + +_Attendue_, attente, retard. + +_Attente_, intention. 49. + +_Aubade_, peur. 199. + +_Aucun, aucune_, quelque. 30, 120. + +_Aucunement_, en quelque faon. + +_Auditeux_, auditeurs. + +AUGER LE DANOIS, 91. + +_Aulmoire_, armoire. + +AULNIS (vin d'), 60. + +AUSSIGNY (_Thibault d'_), 21. + +AUVERGNE (p. 36). Le dernier Dauphin de la branche hrditaire +fut Beraud III, qui mourut en 1428. (P. L.) + +_Avaller_, descendre, prcipiter en bas. + +_Avantage (vivre d')_, vivre aux dpens d'autrui. 206, 208, etc. + +_Avenir_, advenir. + +AVERROYS, Averrhos. 25. + +_Avoy_, en voie, bien venu. 196. + +_Ayser (s')_, se mettre son aise, se servir librement. P. 78, +v. 21. + +----------B---------- + +BABYLOINE, Babylone. 79. + +_Bachelette_, jeune fille. 47. + +_Bachelier_, jeune galant, amoureux. 47. + +_Bague_, bagage, arme. + +BAIGNEUX, 193 + +BAIGNOLET, 150. + +_Bailler_, donner. + +BAILLY, 3. + +_Bandon (),_ l'abandon. + +_Barat_, tromperie. + +_Barbiers_, taient les chirurgiens du temps. 77. + +_Barguigner_, marchander, hsiter. + +_Barre_ (p 63), pice du blason qui indique la btardise. Au +lieu de cela, Villon donne au btard de La Barre trois ds pips +pour mettre dans son cusson. + +BASANYER, 74. + +_Bas mestier_, acte amoureux. + +_Baston_, 156. Nom des armes portatives en gnral. On a dit +plus tard baston feu. + +_Batture_, action de battre. 71, 115. + +BAULDE (_frre_). 67. + +_Baulde_, rjouie. 67. + +_Bauldray_, donnerai. + +_Bave_, bavardage. 180. + +_Baver_, bavarder. + +_Baverie_, bavardage, vaines promesses. + +Baye, ouverte. 165. + +BEAULNE. 193, 207. + +_Beffray_, beffroi. + +BGUINES, 66. + +_Bjaulne_, niais. 193. + +_Belin_, mouton. 70. + +BELLEFAYE (_Martin_), p. 96, qui Villon donne le titre de +lieutenant criminel, tait conseiller au Parlement de Paris. + +BELLET, 118. + +_Benoist_, bni. + +_Benoistier_, bnitier. + +_Bergeronnette_, chanson rustique. 91. + +_Berlan_, brelan. 87. + +BERTHE _au grand pied_ (p. 34, v. 19) fut mre de Charlemagne. + +_Besongner_, travailler. 118. + + +_Besongnettes_, affaires d'amour. + +_Betourner_, dompter, abattre. 108. + +_Bire_ (en), mort, enseveli. + +BIETRIS (p. 34, v. 19), Batrix de Provence, marie Charles de +France, fils de Louis VIII. (Pr.) + +BIETRIX, 118. + +_Billart_, bton recourb avec lequel on jouait la crosse. + +BILLY (_la tour de_), 73. + +_Bisage_, besaigu. + +_Bise_, brune. 79. + +_Blanc_, 15, 48, monnaie d'argent qui, du temps de Villon, +valait douze deniers. + +BLANCHE. Prompsault dit que la reine Blanche dont il est +question p. 34, v. 17, tait Blanche de Bourbon, marie en 1352 + Pierre le Cruel. M. P. L. pense qu'il s'agit plutt de Blanche +de Castille, mre de saint Louis. + +BLANCHE LA SAVETIRE, 42. + +_Blason_, conversation, beau parler. 189, 196. + +_Blasonner_, vanter, bavarder, se moquer. 201, 206. + +_Bloquer_, donner de l'argent. 175. + +BOESMES, p. 118. La faute des Boesmes, c'tait l'hrsie des +Bohmiens, sectateurs de Jean Hus et de Jrme de Prague. + +_Boillon_, p. 54. Le _boullon_ ou _bouillon_ est l'endroit de +la rivire o l'eau forme un tournant. On dit encore, dans le +langage trivial, _boire un bouillon_, c'est dire: courir le +risque d'tre englouti dans une mauvaise affaire. (P. L.) + +_Boiture_, boisson 52. + +_Bonne_. Cy suspendy et cy mis bonne, p.17. Prompsault +interprte _bonne_ par _borne_. M P. Lacroix suppose que cette +expression quivaut _mettre en panne_. + +_Bonne alleure_, promptement. + +_Bordeaulx_, lieux de prostitution. 77. + +_Bort_, bordure. 136. + +_Bouff_, souffl, emport par un souffle. (P. 36, v. 19.) + +_Bouges_, chausses, culottes. + +_Bouhourder_, lutter armes courtoises. 119. + +_Boullon_, bouillon, tourbillon. + +_Boulluz_, bouillis. 56. + +BOULOGNE, 9. + +BOURBON. Le gracieux duc de Bourbon (p. 55 v. 9) est Jean Ier, +mort en 1456. Voy. p. 115, et _notes_, p. 223. + +_Bourde_, mensonge, 111. + +_Bourder_, mentir. + +BOURG-LA-ROYNE, 65. + +BOURGES, 68, 76. + +BOURGUIGNON (Pierre),60. + +BOURGUYGNONS. 171. + +_Bourreletz_, sorte de coiffure. 33. + +_Bourse_. Les bourses des dix-et-huit clers (p. 72). Le +collge des _Dix-huit_, o l'on recevait les tudiants trop +pauvres pour pourvoir leurs besoins, tait situ, suivant M. +P. L, devant le collge de Clugny, sur l'emplacement actuel de +l'glise de la Sorbonne. + +_Bouter_, mettre. 146, 148, 193.--frapper, pousser. 161. +_Bouter soubz le nez_, p.37, manger et boire. + +_Boyser_, travailler le bois. 64. + +_Bracquemart_, pe courte et large. + +_Braire_, crier. 198. + +_Brairie_, cris. 152. + +_Branc_, sorte d'pe. + +_Brayes,_ chausses, culottes. + +_Brelare Bigod_ (p. 82), sorte de juron en allemand corrompu: +_Verloren, bey Gott!_ + +BREAAOIRE, Bressuire. 152. + +BRETAIGNE, 62. + +BRETONS, 153, 154, 157. + +_Brettes_, Bretonnes. 80. + +_Brief_, brivement. 196. + +_Broiller_, p. 87 M. P. L. dit que cela signifiait jouer des +_imbroglios_, des scnes comiques. + +_Broillerie_, dsordre. + +_Broises, brossillons_, broussailles. 99. + +_Brouaille_, 148, me parat synonyme de _brodier, broudier_, +anus. + +_Brouillez_, en dsordre, embrouills. 2 + +_Broust_, nourriture, subsistance. 174. + +_Brouter_, manger. 63. + +BROYER moustarde, mortier. 17. + +BRUCIENNES, Prussiennes. 80. + +BRUNBAU (_Philip_), 97. + +_Bruire_, faire du bruit. + +_Bruit, bruyt_, renomme, rputation 9, 176. + +BRUYRES (Mlle de), 79. + +BUEIL, p. 152 Selon M. P. L., c'est Jean de Beuil, comte de +Sanceire, qui succda comme amiral Prgent de Cotivy. + +_Buffe_, soufflet. 194. + +_Bulle (Carmeliste)_, 10 Voy. DCRET. Les porteurs de bulles (p. +87) taient des ecclsiastiques ou des officiers du Saint-Sige, +qui venaient quter et vendre des indulgences au nom du pape +dans les pays catholiques. Mais ils ne pouvaient plus tre admis +en France sans un ordre du roi; les privilges de l'glise +gallicane ou de la Pragmatique-Sanction s'opposaient ces +collectes papales, qui avaient tant appauvri la chrtient an +moyen ge. (P.L.) + +_Bureaux_, vtements de bure. 32. + +BURIDAN, 34. C'tait une tradition bien tablie parmi les +coliers de l'Universit de Paris, qu'une reine de France +avoit fait de la Tour de Nesle, situe au bas de la Seine, +sur l'emplacement du palais de l'Institut, le thtre de ses +dbauches nocturnes. Elle attirait chez elle tous les passants, +et surtout les coliers, qui lui plaisaient; puis, son caprice +satisfait, elle les faisait tuer et jeter dans la rivire. +Buridan eut le bonheur d'chapper la mort, et il inventa +ce fameux sophisme, qui devait tre sa vengeance et sa +justification: Il est permis de tuer une reine si c'est +ncessaire. Villon est le plus ancien auteur qui ait parl de +cette tradition. Gaguin, dans son _Compendium_ des Annales de +France, l'a rapporte ensuite avec plus de dtail. Quoi qu'il +en soit, les trois brus de Philippe le Bel furent accuses +d'adultre, et l'une d'elles, Marguerite de Bourgogne, femme de +Louis le Hutin, fut trangle dans sa prison, en 1314, par +ordre du roi. Quant Buridan, il devint un des plus clbres +professeurs de l'Universit de Paris, et fut exil de France +comme disciple d'Ockan. Il se retira en Autriche, o il continua +de professer la philosophie nominaliste. (P. L.) + +_Butor_, p. 122. Espce de hron, oiseau aquatique. On croyait +au moyen ge qu'il restait enfoui dans la vase, au fond de +l'eau, durant l'hiver. (P. L.) + +----------C---------- + +_Caquetoeres_, caqueteuses, bavardes. 80. + +_Cads_, juge, cadi. 26. + +_Caige-vert_, 67. Pr. suppose que c'tait un nom donn aux +filles publiques M. P. L. rappelle, l'appui de cette opinion, +qu'une clbre maison de dbauche, Toulouse, tait appele +Chtel-vert. + +CALIXTE (_te tiers_), 35. Calixte III, lu pape le 8 avril 1455, +sigea trois ans et quatre mois. (Pr.) + +CALLAISIENNES, 8l. + +_Canceler_, 93. Barrer, annuler. (Pr). Authentiquer, lgaliser. +(P. L.) + +_Canettes_, canes. Ferrer les oies et les canes (p. 92) est +quelque chose comme mener les poules pisser. + +_Capitaine du Pont Billon_, 179. Les crocheteurs, gueux et +mendiants qui se mettaient sur le pont au Change, le nommaient +alors le _pont Billon_. (Pr.) + +_Cappel_, chapeau. 105. + +CARDON (_Jacques_), 91. + +CARMES, 175. + +CARMES (_l'hostel des_), 67. + +_Carre_, dimension. Trois detz plombez de bonne carre. (P. 63, +v. 27.) + +CARTAIGE, Carthage, 120. + +CARTES _ jouer_, 63. + +CASSANDRE, 110. + +CASTELLANES, Castillanes, 80. + +CATON, 109. + +_Caut_, habile, prudent. 172. + +_Caver_, creuser. 102. + +_Caymant_, mendiant. 60. + +_Cans,_ ici dedans. + +_Ceau_, seau. 15. + +CECILLE, Sicile. 74. + +_Ceincture_, virginit. 68. + +CELESTINS, 30, 82, 98. + +_Celle_, cette. 104. + +_Cendal_, 68. Etoffe de soie orientale, ordinairement rouge. (P. +L.) + +_Ceps_, 13. Fers qu'on mettait aux pieds des prisonniers. + +CERBERUS, Cerbre, le chien qui garde la porte des enfers. 46. + +_Cervoise_, 48. + +CSAR (_Jules_), 120. + +_Chaille (ne leur)_, qu'ils ne s'en inquitent pas. P. 73. + +_Chambres, privs_. 204. + +CHAMBRE AUX DENIERS, 89. + +CHAMP-TOURC, 151. Chantoc ou Champtoc, village du dpartement +de Maine-et-Loire. + +_Chandeaux_, vers louangeurs (?). 112. + +CHANGON, voy. _moutonnier_. + +_Chapeau de laurier_, couronne. 2. + +CHAPPELAIN (_le_), p. 93, tait quelque ami de Villon qui +portait ce surnom. Villon lui lgue sa chapelle simple tonsure +(p. 93, v. 2). Le bnfice simple tonsure, selon Pr., tait +destin des clercs tudiants, et n'exigeait pas beaucoup +d'instruction. + +_Chappin_, savate (?). 61. + +CHARLEMAGNE, 35. + +CHARLES (_le grand_), Charlemagne. 24. + +CHARLES VII, roi de France, mort en 146l, pendant le sjour de +Villon dans la prison de Meung, p. 35. + +CHARRUAU (_Guillaume_),61. + +CHARTIER (_Alain_), 91. + +CHARTREUX, 31, 82, 98. + +_Chascun Poicdenaire_, 171. Personnification de tous ceux qui +n'ont pas d'argent. + +_Chastoy_, correction, chtiment. 85, 142. + +_Chat_ qui hayt pescher, qui a horreur de l'eau. P. 76. + +_Chault (il ne m'en)_, je m'en moque. 56, 157. + +_Chef_, tte. 94. + +_Chenu_, vieux, blanchi par l'ge. 40. + +_Cheoir_, tomber. 111. + +_Chre, chire_, mine, visage.--_Chre lye_, 187, mine +joyeuse.--_Chre marrie_, 194, air de mauvaise humeur.-- +_Chre mesle_, 169, visage renfrogn.--_Chre rebourse_, mine +refrogne. + +_Cherme_, charme, 58. + +_Chet_, tombe. 117. + +_Cheu_, tomb. + +CHEVAL BLANC, enseigne(?), 60. + +CHEVALIER DU GUET. 92. + +_Chevance_, avoir, argent, capital. 28, 89. + +_Chevaulcher_, faire l'acte amoureux. 16. + +_Chevaucheur_, celui qui va cheval. 47. + +_Chevir_, venir bout, se tirer d'affaire. 184. + +_Chire_, voy. _Chre_. + +_Chiet_, tombe. + +CHOLLET, 64. + +_Chosettes_, petites choses, caresses amoureuses. + +CHYPRE. Le roi de Chypre mentionn p. 36, v. 17, serait, selon +Le Duchat, Pierre de Lusignan, qui vivait dans le XIVe sicle. +Pr. croit qu'il s'agit plutt de Guy de Lusignan, mort en 1194. + +_Cil_, celui, 95, 111. + +_Clamer_, appeler, crier. 102. + +_Claqdent_, 176. Pays des gueux, qui le froid fait claquer les +dents. Plus tard on y fit voyager les malades qu'on traitait par +le mercure. Leur itinraire oblig tait par _Surie, Bavire_ et +_Claquedent_. + +CLAQUIN, _le bon Breton_ (p. 36), Bertrand Du Gusclin, mort en +1380. + +_Clercs, clers_, savants, hommes instruits. 71, 120.--coliers, +tudiants, 15, 86;--garons de divers mtiers. Les _clers +Eolus_, p. 123, sont les vents. Les garons d'htellerie +sont appels clercs, p. 207. Quand on dit de nos jours un _clerc +de perruquier_, par exemple, on fait une plaisanterie qui n'est +pas nouvelle. + +_Cler_, clair, pur. 56, 106. + +_Clergeon_, colier, petit clerc d'homme de loi. 11, 71 + +_Cliquepatins_, 98, trane-savates. (LeDuchat.) + +_Clorre_, clore, fermer. + +CLOTAIRE, 105. + +CLOVIS, 106. + +_Coettes_, lits de plume (p. 64). Ce mot parat tre employ ici +dans un autre sens. + +_Coing_, le coin qui sert battre monnaie. 8. + +_Cointe_, jolie, gentille. 147. + +COLIN DE CAYEULX, 86. + +COLIN GALERNE, 85. + +_Collatrales (espces)_, 18. Termes d'cole, qui signifient les +facults dpendantes de la mmoire. (P. L.) + +COLOMBEL, 96. + +_Com_, comme. + +_Combien que_, bien que, quoique. + +COMBRAYE (_le seigneur de_). 199. + +_Commander_, recommander. 163. + +_Commens_, Commentaires. 25. + +_Compaings_, compagnons. + +_Compasser_ (?). 171. + +_Complaindre (se)_, se plaindre, se lamenter. 120, 140. + +_Conclure_, vaincre dans la dispute, mettre bout d'arguments. +8l, v. 2. + +_Congnoistre (soy)_, se reconnatre 160. + +_Conjoindre_, runir. 64. + +_Conseiller_, agir avec prudence. P. 7, v. 5. + +CONSTANTINOBLES. L'empereur de Constantinople, _aux poings +dorez_, dont parle Villon (p. 36, v. 22), serait, selon M. Pr., +l'empereur Basile, souverain trs-libral. + +_Conte_, comte. 135. + +_Contemplation_, employ dans un sens quivoque. 66. + +_Contendre_, disputer. 78. + +_Contraict_, dform, recourb, _contract_. 41. + +_Contregarder_, garder. 203. + +_Contrepoint (entendre le)_, tre habile. 196. + +_Convenir_, falloir. 38, 185. + +_Convint_, couvent. 37. + +_Convoyer_, convier. 197. + +_Coquart_, coq. 49. + +_Corbillon_, panier. 113. + +CORDELIERS, 175, 179. + +_Cordoen_, cuir. 23, 139. + +_Cordouennier_, ouvrier en cuir, cordonnier. + +CORNU (_Jean_), 59. + +COTARD (_Jehan_), 22, 68. Le procureur en cour d'glise qui +dfendit Villon lors de son premier procs, en 1456. + +_Cotteret_, cotret. 207. + +_Coucher_, mettre au jeu. Qui pour si peu couche tel gage. P. +86. + +_Couiltart_, coulart, canon main, long et mince. Employ dans +un sens quivoque. 153. + +_Coullon_, p. 99, rime avec _vermillon, carillon, Villon_, ce +qui donne assez clairement le sens du mot et la faon dont se +prononait le nom du pote. + +_Courage_, coeur. P. 107, v. 18. + +COURAULT (Jehan), 77. + +_Courre_, courir. P. 65. + +_Cours_, fch, courrouc. 37, 151. + +_Courtault_, 154. Canon portatif. Employ dans un sens +quivoque. + +_Courtissain_, courtisan. 173. + +_Coustelez_, 171. M. P. L. traduit ce mot par arms. + +_Coute_, coude. 135. + +_Coutel_, couteau. + +CRAON, 152. + +_Crance_, croyance, opinion. 114. + +_Crepelle_, coupelle. Argent de crepelle (p. 48), argent +pur. + +CRTE, 46. + +_Creu_, grandi, accru. 70. + +_Croire_, faire crdit, prendre crdit, parfois en donnant un +gage. P. 159, v. 26-27. + +_Croix_, argent. Ce que Villon appelle irrvrencieusement _la +vraie croix_ (p. 115-116), c'tait la marque empreinte sur la +plupart des monnaies du temps, et qui a t depuis remplace par +l'effigie du prince. _Pile_ dsignait le revers. On joue encore + _pile ou face._ Sans croix ne pile, sans argent. + +_Croppetons ()_, accroupi. 41. + +CROSSE (la), 15. M. Prompsault croit qu'il s'agit d'une potence. + +_Crostes_, crotes. 98. + +_Cry_, 168, cri d'armes. + +CUEUR (_Jacques_), 32. + +_Cuider_, croire. + +CULDOU (_Michault_), 72. + +_Curatez_, curs. 180. + +_Cure_, soin, souci. + +CURES, 152. + +_Cuveaulx_, cuviers, baquets. 77. + +_Cuyder_, croire. + +_Cuyderaulx d'amours_, 98, jeunes vaniteux, selon Pr.; M. P. L. +rapproche de cette locution celle de cuydeurs de vendanges, +employe par Rabelais (_Gargantua_, ch. 25). + +_Cy_, ici. + +_Cy pris, cy mis_, donnant, donnant. 191. + +_Cymballer_, jouer des cymbales. 87. + +----------D---------- + +_Damoiselin_, de damoiseau. + +_Danger_ 119. A danger emprunter argent, c'tait, si je ne me +trompe, emprunter dix pour cent. + +_Dangier_, danger, pril. 8. + +DAUPHIN (le), 24. Joachim de France, fils de Louis XI et de +Charlotte de Savoie, sa seconde femme, mourut en bas ge. + +DAULPHIN _de Vienne et de Grenobles_ (p. 37). Le Dauphin de +Viennois rsidait Grenoble. (Pr.) + +DAVID (p. 46, v. 11). Jolie allusion son amour pour Bethsabe. + +_Dea!_ exclamation: Dame! + +_Dbout_, rebut. 110. + +_Debteur_, dbiteur. 96. Villon, comme on le fait encore +souvent, emploie ce mot dans le sens de _crancier_. + +_Debuer_, laver, lessiver. 102. + +_Dchasse_, banni, chass, 10. + +DCRET _Omnis utriusque sexus_, 10. Ce dcret a t port par le +quatrime concile de Latran, tenu en 1215. Il ordonne tous les +chrtiens de l'un et de l'autre sexe de confesser leurs pchs + leur propre pasteur, au moins une fois l'an. En 1489, les +religieux mendiants obtinrent de Nicolas V une bulle date de +Pis, 2 octobre, qui leur donnait le pouvoir de confesser, au +prjudice des droits des curs, tablis par le canon que nous +venons de citer. L'Universit se leva contre, tint plusieurs +assembles, dans l'une desquelles les Mendiants furent exclus +de son sein. Les vques de France se joignirent elle. Des +dputs furent envoys Rome, et en rapportrent une bulle de +Calixte III qui rvoquait celle de Nicolas V. Cette affaire +tait peine termine, ou mme ne l'tait pas encore, quand +Villon composait son Petit Testament. Tmoin du zle chaleureux +des curs de Paris, il leur lgue le canon _Omnis_ pour le +remettre en vigueur. (Pr.) + +DEDALUS, Ddale. Sa court (p. 122, v. 7) tait son clbre +labyrinthe, o il fut enferm lui-mme. + +_Dedans_, d'ici ... Dedans ces Pasques. (P. 12, V. 4.) + +_Ddi_, consacr. Et bonnes moeurs ddi (p. 29, v. 5). + +_Deffaon_, ruine, destruction. 8, 58. + +_Deffuyr_, viter, ngliger. 84. + +_Dejeter_, retirer. 54. + +_Delivre_, quitte, libr. 181. + +_Demener_, mener, faire, gouverner, 32, 83, 109. + +_Demonstrance_, dmonstration. 186. + +_Demourant (le)_ le reste. + +_Demoure_, retard, sjour. 191. + +_Demourra_, restera. 32. + +_Demourroit_, resterait. 121. + +_Demy-ceinct_, p. 33 Ceinture d'argent avec des pendants +auxquels on attachait la bourse, les clefs, etc. (P. L.) + +_De par_, au nom de. 9. + +_Departir_, dpart. P. 100, v. 8. + +_Departir_, partir, se sparer. 9, 142, 196, 204, 205. + +_Departir_, donner en partie, accorder une part. 9, v. 3. + +_Deporter_ (se), cesser, renoncer. 109. + +_Desbriser_, maltraiter, martyriser. 7. + +_Deschaulx_, nu-pieds. P. 92 + +_Desclos_, ouvert. + +_Desconfire_, ruiner, dtruire. 103, 106. + +_Descrier_, dcrier, 42, est dit des monnaies dont on +interdisait la circulation par un cri public. + +_Descrire_, crire, rapporter. 146. + +_Deshait_, 83, dispute, dsappointement. + +_Desmarcher_, reculer. 158. + +_Desnu_, dpouill. 14, 208. + +_Despartir (se)_, se sparer. 44. + +_Despendre_, dpenser. + +_Despendu_, dpens. 28. + +_Desperance_, dsespoir. 122. + +_Despiter_, dfier. 48. + +_Despiteux_, querelleur, hargneux. 31. + +_Despourveu_, dpourvu. 14. + +_Desprins_, dpourvu, 15. + +_Despriser_, dprcier. 116. + +_Desplaisance_, dplaisir. + +_Desroquer_, 175, pour _drocher_, terme de fauconnerie, qui +signifie forcer la bte. (P. L.) + +_Dessaisiner (se)_, se dessaisir. 72. + +_Dessir_, dchir. 148. + +_Destaindre_, teindre. 167. + +_Destourbier_, trouble, embarras. 16. + +_Destre_, droit. 198. + +_Desveill_, rveill, raviv. 18. + +_Desvier_, dvier. 91. + +_Desvoy_, 156, gar, cart de votre bannire. (P. L.) + +_Detrayner_, maltraiter. 40. + +_Dtrench_, coup, hach. 143. + +_Detterrer (se)_, perdre ses terres. 185. + +_Detz_, doigts. 26. + +_Detz_, ds. 63. + +_Deul_, chagrin, deuil. 108. + +_Deul (je me)_, je me plains. 8. + +_Devaller_, descendre 185. + +_Devant_, ci-devant. P. 7, v. 9. + +_Dvier_, sortir de sa voie, mourir. 59, 110. + +_Dextre_, droit, droite. + +DIDO, Didon. 86, 110. + +_Die_, dise. 103. + +_Diffame_, dshonneur. 44, 86. + +_Diffinir_, dfinir, expliquer. 93. + +DIJON, 37. + +_Dilation_, retard, dlai. 179. + +DIOMEDS, 26 + +_Discordez_, dsunis. 106. + +_Ditz_, propos, discours. 43. + +_Diviser_, causer, parler. 169. + +DIX ET HUICT (les), 72, voy. _Bourse_. + +_Doint_, donne. + +_Doller_, travailler de la dojoire. 64. + +_Doncques_, donc. + +_D'ond_, d'o. 114, 156. + +DONNAIT (70). On appelait _Donat_, ou _Donet_, la grammaire +d'Aelius Donatus, intitule _De octo partibus orationis_, +laquelle tait en usage dans toutes les universits de l'Europe, +et surtout dans celles de France. (P. L.) + +DOUAY, 22. + +_Doubtance_, doute. 201. + +_Double_, supposition, crainte. 43, 204. + +_Doubler_, craindre, redouter. 97. + +_Doulche_, douce. 134. + +_Doulouser (se)_, se plaindre, se lamenter. 32, 140. + +_Douver_, faire des douves. 64. + +_Douzain_, petite monnaie. 173. + +DOUZE (sergent des), 62. Douze sergents taient particulirement +attachs au prvt de Paris et lui tenaient lieu de garde. (Pr.) + +_Doye_, doive. 141. + +_Drapel_, linge. 104. + +_Drapelle_, linge, habits. 48. + +_Drapilles_, linge, hardes. 88. + +DU BOYS. 64. + +DU RU (_Guillaume_). 97. + +_Du tout_, entirement, compltement. 16, 21. + +----------E---------- + +ECHO, nymphe, 34, 110. + +_Edit_, adresse, invention. 192. + +_Effimre_, phmre. 53. + +_Efforcer_, contraindre. 104. + +_Effroy_, 156, effarouch, avec un air menaant. (Pr.) + +EGIPTE, Egypte. 120. + +EGYPTIENNE (l'), Ste Marie l'Egyptienne, 15. + +_El_, elle. 9, 84. + +_Embattre_ (s'), s'abattre. 75. + +_Embesongn_, occup, affair. 204. + +_Embler_, voler. 159, 161. Se drober, 211. + +_Embroch (vin)_, mis en perce. 30. + +_Emmy_, au milieu de. + +_Empescher_, 71, occuper, embarrasser. + +_Emperier_, empereur. 36. + +_Emperire_, impratrice, souveraine. 55. + +_Empire (ciel)_, l'empyre. 103. + +_Emprs_, auprs de. + +_Emprise_, entreprise. + +_Enchanter_, ensorceler. 117. + +_Encliner (s')_, avoir de l'inclination. 72. + +_Enclos_, enferm. 106. + +_Encombrement_, tristesse, ennuis. 144. + +ENFANS PERDUZ 85, 86. Jeunes compagnons de Villon. + +ENFANS-TROUVEZ, 85. + +_Enferma_, infirmes. 91. + +_Enfondu_, 16. Creux et dcharnez, dit Marot.--Ne pouvant se +soutenir. (Pr.) + +_Engigner_, tromper. 68. + +_Engin_, esprit, intellect. 196.--Invention, tour d'adresse. +171. + +_Engrillonn_, attach avec des menottes. 26. + +_Enhort_, exhortation. 25. + +_Enhorter_, exhorter. + +_Enmoufl_, chauss de _moufles_ ou pantoufles, selon Pr. et M. +P. L, Je croirais que cela signifie plutt _emmitoufl_. + +_Enn_ (p. 82), sorte de juron, parent de _enda, parmanenda_ +(par mon me). + +_Ennuyt_, aujourd'hui, ce soir. 193, 204. + +_Enquerir_, rechercher. 35. + +_Enserr_, enferm. 15. + +_Ensuyvre_, suivre, imiter. 2. + +_Entandiz_, pendant ce temps. 112, 121. + +_Entendre_, connatre, savoir: J'entends que ma mre mourra. +(P. 32, v. 25.) + +_Entente_, intention, projet. 49. + +_Entour_, autour de. + +_Entrepreneur_, survenant qui se mle des affaires de quelqu'un, +qui _l'entreprend._ 194. + +_Entr'oeil_, espace entre les deux yeux. 40. + +_Envers_, l'envers, renvers. 111, v. 5. + +_Envys_, malgr soi. 70. + +EOLUS. 123. Les clerc Eolus sont les sujets de ce dieu, les +vents. + +ERACE, pre de Villon, 31. + +_Erre_, voie, chemin. 57, v. 17.--_Grand erre_, promptement, +tout de suite. 53.--_A son erre_, en train, en voie. 95. + +_s_, aux, dans les. + +ESBAILURT, Abailard. 34. + +_Esbatans_, joyeux, aimant s'amuser, s'battre. 72. + +_Esbatement_, amusement. 119. + +_Esbaudiz_, privs de joie. 164. + +_Escach_, cras. 67. + +_Escarbouill_, cras. 148. + +_Eschec et mac (tre)_, chec et mat. Terme du jeu d'checs. 205. + +_Eschever_, viter. 88. + +_Eschoicte_, chance, hritage, 111. + +_Esclat_, 83, bton, chalas. + +_Esclin_, 169. Escalin, petite monnaie allemande _(schilling)_. + +_Escollier_, tudiant, jeune homme qui suit les cours de +l'Universit. + +_Escondire_, refuser. 104. + +ESCOSSOYS, 68. + +_Escourgeon_, sorte de fouet. 13. + +_Escoutans_, auditeurs. 183. + +_Escouvillon_, balai de four. 19. + +_Escovette_, balai, du latin _scopa_. Les chevaucheurs +d'escovettes (p. 47, v. 4) sont les sorciers, qui vont au +sabbat cheval sur un balai. + +_Escreuz_, 165. Bien faits, selon Pr. + +_Escriptures_, crits, ouvrages. 2. + +_Escuz_, cus, monnaies d'or ou d'argent, de valeurs diverses, +p. 56, 70, 145, 147.--Prendre cus pour douzains, p. 173, c'est +ne pas regarder l'argent.--Escuz telz que prince les donne, +p. 17, peut s'entendre des armoiries. + +_Esgrun_, 166, Amer, du bas latin _egrunum_. (P. L.) + +_Esguire_, vase mettre de l'eau. 198. + +_Esguilletez (pourpoinctz)_, 88, pourpoints garnis +d'aiguillettes. + +_Esguis_, aiguis. Esguisez comme une pelote (p. 25, v. 4), +obtus. + +_Esjouir, esjoir_, rjouir. + +_Esles_, ailes, 153. + +_Eslocher_, branler. 103. + +ESMAUS (les plerins d'), 25. Voy. _Evangile selon S. Luc_, chap. +XXIV. + +_Esme_, 23, pour _estime_, estimation, intention. (P. L.) + +_Esmerillon_, 100. L'mrillon est le plus petit des oiseaux de +proie qu'on dressait pour la chasse au vol. (P. L.) + +_Esmrillonn_, gai, vif. 170. + +_Esmolu_, moulu, aiguis. 147. + +_Esmorcher_, nettoyer, purifier. 76. + +_Esmoyer (s')_, s'inquiter. + +ESPAGNE. Il serait difficile de dire quel est ce valeureux roi +d'Espagne (p. 35. v. 18), dont le pote ne savait pas le nom. +(Pr.) M. P. L. suppose que c'est Jean II, roi de Castille et de +Lon, qui rgna jusqu'en 1454. + +_Espani_, panoui. 58. + +_Espasmie_, pame. 147. + +_Espartir_, pandre, rpartir, 18. + +_Especiaulx_, 169. D'un mrite tout particulier. (P. L.) + +_Esperviers (gens porter)_, 62. Gentilshommes ayant le droit +de chasser au vol. M. P. L. remarque que l'pervier est aussi un +filet de braconnier. + +_Espie_, espion, guetteur. Aux champs debout comme ung espie +(p. 105), veut dire pendu. + +_Espoindre_, piquer, exciter. 100. + +_Espoir (j')_, j'espre, 110. + +_Espois_, pais. 112. + +_Essoine, essoyne_, embarras, tourment, 15, 34. + +_Estaux_, taux. 16. + +_Estable_, stable. 24. + +_Establis_, taux des marchands. 13. + +_Estaing_, tain. 9. + +_Estamine_, toffe claire. + +_Estan_, tang. 34. + +_Estature_, stature, portrait. 94. + +_Estoeuf_, teuf. 49. + +_Estomac d'alouette_ (?). 168. + +ESTRADER, battre l'estrade, escarmoucher. 154. + +_Estradeur_, batteur d'estrade, coureur de fortune. 174. + +_Estrange_, tranger. 70, v. 15; 103, 184. + +_Estranger_, loigner. 43, v. 15. + +_Estre_, demeure, htel. 191. + +_Estre_, tat, existence, manire d'tre. 42, 157.--_En estre_, +p. 73, en tat. + +_Estrenes_, trennes (p. 37, v. 23). Villon, qui se dit mercerot +de Rennes, se compare un marchand qui dsire trenner avant de +fermer boutique. (P. L.) + +_Estrif, estry_, dbat, querelle, dispute, 15, 178. + +_Exaucer_, lever, monter. 183. + +_Estimative_, qui juge, qui apprcie. 18 + +_Extrace_, extraction, ligne. 31. + +----------F---------- + +_Fable_, mensonge. 76. + +_Faictisses_, jolies, bien faites. 40. + +_Faille_, faute. 153. + +_Faillent_, manquent. 8. + +_Faillir_, manquer. + +_Failly_, dcourag, abattu. 28. + +_Fainctes_, 87. Momeries ou mascarades, H. L. + +_Faintis_, trompeur, 87. + +_Faitard_, paresseux, 22, 69. + +_Fantasie_, imagination. 18. + +_Farcer_, faire ou jouer des farces. 87. + +_Fardelet_, 114, petit fardeau. Saturne prparait le fardeau que +chaque mortel devait porter pendant sa vie. + +_Faste (la)_. Je ne sais pas ce que signifie ce vers: faire +ung soir pour soy la faste (p. 91). D'autres ditions portent +_la saffe_, ce que je ne comprends pas davantage. + +_Faulse_, mchante. 57. + +_Fault, faut_, manque. + +_Faussart_, fauchard, sorte de hallebarde. + +_Fausserie_, fausset, fausse accusation. 105. + +_Feautre_, feutre, 48, 63. + +_Fenestres_. Les fentres servaient de montre aux marchands pour +taler leurs marchandises. Et pain ne voient qu'aux fentres +(p. 30, v. 12) est dit des pauvres _gallans_ qui n'avaient pas +de quoi manger.--_Clorre fenestre_, 42. Fermer boutique. + +_Ferir_, frapper. + +_Fictions_, feintes, tours de finesse. 184. + +_Fire_, frappe. 39. + +_Fiert_, frappe. + +_Filetz_, bouts de fil, 29. + +_Finablement_, finalement, enfin. 2 + +_Finer_, finir, achever. 18, 143.--Obtenir. De feu je n'eusse +pu finer (p. 18, v. 28). + +_Fix, fics_, terme de mdecine. 77. + +_Flambans_, enflamms. 76. + +_Flambe_, flamme, 155. + +_Flans_, sorte de patisserie. 71. + +FLORA, 34. Il y a eu plusieurs courtisanes romaines de ce nom. +La plus clbre est la plus ancienne, qui l'on attribue +Pinstitution des florales. Une autre Flora fut matresse du +grand Pompe. (P. L.) + +_Flou_, mince, fluet. 64. + +_Flours_, fleurs. 145. + +_Foleur_, folie. 58, 113, 114. + +_Foncer_, donner de l'argent, des fonds. 174. + +_Font_, fontaine, source. 105. + +_Forclorre_, dlivrer, mettre hors. Pour forclorre +d'adversit, p. 15. + +_Formative (facult)_, facult d'inventer. 12. + +_Fors_, except, hormis. + +_Fort (au)_, au fond, aprs tout. 161, 170. + +_Fouir_, fuir. 8. + +FOURNIER, 6l, le procureur de Villon, qui lui avait sauv +maintes causes justes. + +_Fourrer le poignet_ la bourse, tirer de l'argent. 136. + +_Fouterre_, voy. MICHAULT. + +_Fouyr_, fuir. 141.--Creuser. 120. + +FRANC-GONTIER, 78. M. Paul Lacroix a publi rcemment, la +suite des _Testaments_ de Villon, le _Banquet du Bois_, qu'il +regarde comme la pice contre laquelle sont dirigs les +_Contredictz de Franc-Gontier_, et qu'il croit une oeuvre de la +jeunesse de Villon. + +FRANCE, 36, 121. Le trs noble roi de France, sur tous autres +roys decorez, dont parle Villon (p. 36, v. 23), tait, selon M. +Pr., saint Louis. + +_Franchise_, puissance, domination (p. 39, v. 9). + +_Franchy_, affranchi, dlivr. 23. + +FRANOIS, promoteur de la vaquerie. 68. + +FREMIN, 51. + +_Frez_, frais. 85. + +_Friquet_, lgant, fringant. 169. + +_Fromente_, sorte de gteau dont Baillevent donne la recette. +90 + +_Fruiction_, bnfice, profit. 166. + +_Fruire_, profiter, tirer avantage. 166. + +_Fume, fume_. 75. + +_Fumer (se)_, se mettre en colre, s'emporter. + +_Fuste_, bateau, petit navire, de _fustis_, bois. 26. + +----------G---------- + +_Gallans_, jeunes gens, joyeux compagnons. + +_Gallans sans souci_, p.212. Ce sont peut-tre les Enfants sans +souci, coliers et basochiens, qui s'taient mis en socit la +fin du XVe sicle pour jouer des farces et des soties. Clment +Marot fit partie de cette bande joyeuse. (P. L.) + +_Galles_, plaisir, jouissances, gaies parties. + +_Galler_, se rjouir, mener joyeuse vie, se gaudir. 27. + +GARNIER, 104. + +_Gastaneaux_, 112. Prompsault a lu _Gastaveaux_, qu'il traduit +par grelots. J'ai suivi la leon de La Monnoye. + +_Gaudisseur_, plaisant, farceur. 194. + +_Gect_, 118. Jetons servant compter. + +_Gehaine_, instrument de torture. 144. + +_Gendarme, genderme_, soldat, homme d'armes. + +GENEVOIS, 73. + +_Genoillon ()_, genoux. 54. + +_Geu_, couch. 89. + +_Gippon_, jupon, robe. 117. + +GIRARD _(Perrot)_. 65. + +_Gisans_, ceux qui sont couchez. 16. + +_Glic_, jeu de cartes qu'on appelait aussi _la chance_. P. 87. + +GLOCUS, 123. La fort o rgne Glaucus, c'est la mer. (P. L.) + +_Gluyons de feurre_, bottes de paille. 14, 50. + +_Godet de grve_, 6l. Grand pot de grs mettre du vin. (P. L.) +Je crois qu'il s'agit plutt de quelque abreuvoir situ place de +Grve. + +_Gogo_, 84. Il semblerait que _gogo_ ait t synonyme de +_rufien_ dans les mauvais lieux. On a dit de l _vivre +gogo_, du latin _gaudium_, dont on avait fait _gogue_. Le mot +_goguette_ est rest. (P. L.) + +_Gonne_, vtement de moine, tunique, froc. 118. + +_Gorgerin_, 68. C'tait une pice de l'armure destine +protger la gorge de l'homme d'armes. Nous croyons que Villon +appelle _gorgerin d'Escossoys_ la corde d'une potence. (P. L.) + +_Gorgias_, lgant, richement vtu. 168, 169, 172. + +_Gorriers, gorrires_, 179, hommes et femmes lgants, vtus +richement et la mode. + +_Gourt (tre son)_, p. 201, tre son affaire, tre content. + +GOUVIEULX, voy. RONSEVILLE. + +_Goyres_, sorte de gteaux. 81. + +_Grce (par qui)_, par la grce de qui. 9. + +_Grafignier_, dchirer avec les ongles. (Pr.) + +_Gramment_, beaucoup, grandement. 156, 199. + +GRAND-TURC, 122. + +_Grat_, action de gratter la terre pour trouver quelque chose, +comme les poules. Au grat, la terre est dgele! P. 177. + +_Greigneur_, plus grand, _grandior_, 58. + +GRENOBLE, 37. + +_Grve_, jambe. 61. + +_Grever_, charger, blesser. 94, 134, 155, 161. + +_Grez_, 60, pierre aiguiser. (Pr.) + +_Grez_, gr. Prendre en gr, avoir agrable, savoir se +contenter (p. 88). + +GRIGNY, 73. + +_Grille_, prison. 84. + +_Gris blanc, gris perdu_, p. 168, sortes de fourrures. + +_Grivel_, marquet, mouchet comme les grives. 41. + +_Groiselles_, groseilles. Mascher des groiselles (p. 46, v. +26), c'est ce qu'on appelle maintenant avaler la pilule. + +_Grongne_ sur l'oeil, empltre ou meurtrissure. 16. + +GROS VALLET, 155. C'tait un des servants de l'homme d'armes. +Il faisait partie de ce qu'on appelait une _lance fournie_, +c'est--dire les trois ou quatre combattants qui devaient +accompagner un homme d'armes et marcher ses cts dans la +bataille. (P. L.) + +_Guerdonner_, rcompenser. + +_Guermenter (se)_, 32. Se lamenter, se plaindre. Voy. Cotgrave. + +_Guerrier_, guerroyer. 119. + +GUESDRY GUILLAUME (p. 72). Le mme que Guillaume Gueuldry, p. +15. M. P. L. pense que la maison Guesdry Guillaume tait le +pilori ou la maison du bourreau. + +_Guet_ (chevalier du), 92. On donnait le titre de chevalier au +capitaine du guet, parce qu'il tait rest peut-tre seul en +possession de l'ordre de l'Etoile, cr par le roi Jean. (Pr.) + +GUILLEMETTE _la tapissire_. 42. + +GUILLEMIN, 153. + +GUILLOT GUEULDRY, p. 15. V. GUESDRY. + +_Guin d'oeil_, regard, clin d'oeil. 168. + +_Guisarme, guysarme_, 67, 147. espce de hache deux +tranchants. (P. L.) + +_Guise_, mode, faon, manire. 139, 168. + +----------H---------- + +_Habit_, 170, ayant maison, habitation. + +_Habitu (bien)_, ayant de belles manires. 196. + +_Hahay_! exclamation. 139. + +_Haict (de bon)_, de bon coeur, avec plaisir, avec empressement. +p. 83. + +_Hame_ (?), 121. + +HANNIBAL, Annibal. 120. + +_Hardis_, p. 172, v. 24, liards. Petite monnaie qui avait cours +sous Philippe le Hardi. + +HAREMBOURGES (p. 34, v. 20), Eremburges, fille et unique +hritire d'Elie de la Flche, comte du Maine, mort en 1110. +(Pr.) + +_Harier_, tracasser. 102. + +_Hasles_, hle. 88. + +_Have,_ poigne, poigne de main. 61, 169. + +_Haiet_, 60, croc. (Pr.) + +_Hayneurs_, qui dtestent. 90. + +_Hayter_, profiter, russir. Riens ne hayt que persvrance. +(P. 25, v. 14.) + +_Heaulmire,_ marchande de heaumes. 39. + +_Hbergement,_ accueil. + +HECTOR, 74. + +HLNE, HELEINE, 53, 112. + +HELOS, Hlose, nice de Fulbert, amante d'Abailard + +HENRY (maistre), 85--Henri Cousin tait alors bourreau et +tourmenteur-jur de la prvt de Paris. (P. L.) + +HERODE (p. 46) fit dcapiter saint Jean Baptiste, sur la demande +de la danseuse Hrodiade. + +_Herroit_, harait. 59. + +HESSELIN (_Denys_). 60. + +_Hez_, hais. 138. + +_Histoire_, ornement. Sans autre histoire, 94. Au quinzime +sicle et au commencement du seizime, on appelait _histoires_ +les gravures dont les livres taient orns. + +_Ho_! assez! halte l! P. 71, v. 9. + +_Hober_, remuer, bouger. + +_Hohecte (y),_ 63. Si ce n'est une sorte d'exclamation, c'est +incomprhensible. + +_Hoirs_, hritiers. + +HOLOFERNES, 121. + +_Hom_, homme, on. 18, 120. + +_Hostel_, maison. 82. + +HOTEL-DIEU de Paris, 85. + +_Houseaulx, houses_. Sorte de chaussure. 14, 73, 76, 158. + +_Housseurs_, 119. Voy. _Notes_, p. 223. + +_Houx_, houssine, baguette. Les muguets portaient des houssines +ou cravaches la main, pour montrer qu'ils avaient des chevaux + l'curie. (P. L.) + +_Hucher_, crier, appeler haute voix. 70. + +_Hucque_, 12, camail capuchon, que les hommes de toute +condition portaient au XVe sicle (P. L.) + +HUE CAPET, Hugues Capet. 104. + +_Humblesse_, humilit. 205. + +_Hutin_, bruit, bataille. 98, 162. + +_Hutinet_, bruit, brouillerie. 64. + +_Huy_, aujourd'huy. 38. + +_Huys_, porte. + +----------I---------- + +_Icelle_, cette. + +_Idolatryer_, tomber dans l'idoltrie. 45. + +_Ilce_, cela. P. 62, v. 16. + +_Istroit_, sortirait, 145. + +_Ils, ilz_, elles. S'ils n'ayment fors que pour l'argent. (P. +43, v. 19). + +_Impartir_, accorder, donner. 9, 55. + +_Imptrer_, obtenir. 42. + +_Impourveu_, pauvre, qui n'est pas pourvu de biens. 14. + +_Inform_, instruit. Informez en meurs (p. 71), bien levs. + +INNOCENS (les), cimetire de Paris, 89. + +_Inventaire_, compte fait. + +ISABEAU, 82. + +ISLE (L'). Lille en Flandre, p. 45. + +----------J---------- + +_J, dj, certainement. + +_Jacobins_, glaires, flegmes. 49. + +_Jacobines_ (soupes), bonnes soupes grasses. 66. + +JACOPINS, Jacobins. 13, 82, 179. + +_Jacques_ (p. 158). Les Francs Archiers portaient des _jacques_ +ou cottes de mailles sous leur hoqueton ou casaque. (P. L.) Il +y avait des _jacques_ de toutes sortes d'toffes. Nous disons +encore _jaquette_. + +JACQUELINE, 82. + +_Jalet_, galet, caillou. 114. + +_Jambot_, p. 84. Petite jambe, membre viril. + +JAMES, (_Jacques_), 92,97. + +_Jargon jobelin_, argot, 179. + +_Jargonner_, p. 118. Je congnois quand pipeur jargonne, veut +dire: je connais l'artifice du chasseur la pipe. + +_Jasoit_, quoique, 138. + +JASON, _Jazon_, 121. + +JEHAN de CALAYS, 93. + +JEHAN LAURENS, p. 180. Personnification du peuple, qui apportait +de l'argent aux _pardons_, ou peut-tre un nom donn aux +_pardonneurs_. + +JEHANNE, 173. + +JEHANNE DE BRETAIGNE, 84. + +JEHANNE, la bonne Lorraine (p. 34, v. 21), Jeanne d'Arc. + +JEHANNETON, 49. + +JEHANNETON _la Chaperonnire_, 42. + +_Jengleresse_, menteuse, 55. + +_Jeu d'asne_ (p. 82), jeu d'amours. M. P. L. suppose qu'on +devrait lire le jeu de dame. C'est la mme chose. + +_Jeux_, pices dramatiques, 87. + +JOB, 29, 122. + +_Jobelin_, argot. 169, 179. + +_Joinctes_, jointures, articulations 33. + +JONAS, 122. + +_Joncherie_, plaisanterie, raillerie, friponnerie. 104, 189, +190. + +JOUVENEL (Michel) (p. 96), huitime fils de Jean Jouvenel des +Ursins, fut bailli de Troyes, et mourut en 1470. + +JUDAS, 122. + +JUDIC, _Judith_. 110, 121. + +JUIFS, 103. + +JUNO, Junon. 122. + +_Jus_, bas, bas. 76, 136, 159. + +JUSQU'IL, jusqu' ce qu'il. + +----------K---------- + +KATHERINE _la Bouchire_, 42. + +KATHERINE DE VAUSELLES, 46. + +----------L---------- + +_L'en_, on, l'on. + +_L sus_, l haut. 103. + +LA BARRE, 50, 57, 63. + +_Labit_, 175, dcadence, de _labes_ (P.L.). + +_Labour_, travail, labeur. 88. + +_Laboureux mestier_, tat de laboureur. 79. + +LA GARDE (_Jean de_). 17, 73, 96. + +LA HIRE. 155. tienne Vignoles, dit La Hire, fut un des plus +braves capitaines de Charles VII. Il se distingua dans les +guerres contre les Anglais, et mourut Montauban en 1442. +(P.L.) + +_Laidanger_, injurier, railler. 43. + +L'AIGLE, 152. + +_Lairra_, laissera. + +_Lairray_, laisseray. + +_Lait_, laid. + +_Laiz_, laques. 33. + +_Lame_, pierre tumulaire. Quant est du corps, il gyst soubz +lame (32, v. 23). + +LAMESOU (_le seigneur de_), 200. + +LANCELOT, _le roi de Behaigne_ (p. 36, v.6). Pr. a cru voir dans +ce personnage Ladislas V, prince d'une rare bravoure, tu la +bataille de Varnes en 1444, et qui rgnait sur la Pologne, +la Bohme et la Hongrie. M. P L. remarque avec raison que +_Lancelot_ ne ressemble gure _Ladislas_. + +LANTRIQUER, nom breton de la ville de Trequier. 157. + +_Laqs_, filets, piges. 78. + +_Larmoyer_, pleurer, verser des larmes. 141. + +LA ROCHE, 155. Le seigneur de La Roche tait un des bons +capitaines de Charles VII. Il s'attacha la personne du Dauphin +Louis, et le suivit dans ses rvoltes contre son pre. On le +voit figurer parmi les familiers du Dauphin dans les _Cent +nouvelles du bon roy Louis XI_, o il est toujours nomm +monseigneur de La Roche. (P. L.) + +LA ROCHEFOUCAULD, 152. Ce ne peut tre que Foucauld, 3e du nom +seigneur de La Rochefoucauld, de Marsillac. etc., conseiller +et chambellan de Charles VII, fait chevalier sur le champ de +bataille, en 1461. (P. L.) + +_Las_, lacs, filets. 47. + +_Lasse!_ hlas. 32. + +_Lassus_, l haut. 91. + +_Latin_, langage, parler quelconque. Je n'entends point vostre +latin. 202. + +LAURENS (_Jehan_), 68. + +_Lavaille_, eau qui a servi laver. 76. + +_Lay_, laque 44. + +_Lay_, pice de vers. Ce lay contenant des vers dix. P. 59, v. +4. + +_Lays_ est employ, dans la prface de Marot et dans les deux +Testaments, dans le sens de legs. + +_L_, large Tant qu'il a de long et de l (23, v. 22). + +_Lealle_, loyale. 134. + +_Lans_, l dedans. + +LE CAMUS SENESCHAL, 92. + +_Lectry_, lutrin, 15. + +_Lgrement_, vivement, promptement. + +LE LOU (_Jehan_), 64. + +_Lembroys_, lambriss, 68. + +_Lermes_, larmes. + +_Lerz_, loirs. 72. + +_Leschier_, rechercher les bons morceaux se livrer sa +gourmandise. 28. + +_Lettres_, savoir, connaissances. Sans plus grandes lettres +chercher (p. 71, v. 7). + +_Lez_ auprs, ct de. + +_Lians_, liens. 106. + +_Librairie_, bibliothque. 54. + +_Lice_, lisire, laisse. 171, v. 21. + +_Lit de parement_, 89. C'tait un grand lit d'honneur, avec +dosseret, dais et courtines, chevet, couvre-pied, marchepied, +chaire d'attente, prie-dieu, etc. (P. L.) + +_Ligne_, 69, ligne, race. + +_Linget_, mince, dli. 64. + +_Lisse_, chienne, p. 171, v. 20 + +LOMBART, 50. Synonyme de juif ou usurier. (P. L.) Plusieurs +banquiers, juifs d'origine, lombards de nation, vinrent +s'tablir Paris dans la rue qui porte leur nom. Comme ils +prtaient gros intrts, le peuple donna le nom de _lombards_ +aux usuriers et prteurs sur gages. (Pr.)--_Art lombard_, 171, art +d'attraper de l'argent. + +LOMER, 91. + +LORRAINES, 8l. + +_Los_, lot. 134. + +LOTH, 69. + +LOUVIERS (Nicolas de) ou de Louvieulx, 17, 62. Prompsault croit +qu'il s'agit d'un bourgeois de Paris qui concourut remettre la +ville de Paris entre les mains de Charles VII, et qui fut fait +conseiller la Chambre des comptes par Louis XI. + +_Loyaument_, loyalement. + +_Loyer_, rcompense. 45. + +LOYS, le bon roi de France Louis XI, p. 23. + +_Loz_, louange. 109. + +_Lubres_ (p. 95, v. 3), sombres et tristes, dit Pr. + +LUCRESSE. Lucrce. 118. + +_Lunettes_, yeux, vue. Samson fut livr par Dalila aux +Philistins, qui lui crevrent les yeux. C'est ce que Villon +rapporte ainsi p. 45, 2. 21: Samson en perdit ses lunettes. + +_Lutter_, faire le mtier de baladin. 87. + +_Luz_, luths. 55. + +_Ly_, le, les. 36. + +LYMOUSINS, 185, 199, 202. + +LYSLE EN FLANDRE, Lille. 22. + +_Lysses_, lices, luttes: tenir amoureuses lysses (p. 40, v. +29). + +----------M---------- + +_M'_, mon, ma. Par m'ame. 73. + +MACE _d'Orlans_. 68. + +_Macher_, manger. 187. + +MACQUAIRE, 76. + +MACROBE, 81. + +MAGDELAINE (_la_), 122. + +_Maignan_, chaudronnier. 119. + +_Maille_, petite pice de monnaie. 86, 180, 208. + +_Maille_, pas du tout. Je ne vous crains pas maille, 151. + +_Mailler_, battre coups de marteau, de maillet. 116. + +_Maillon_, maillot. 54. + +_Main mise_, 52. Dieu nous garde de la main mise, nous +prserve d'tre pris. + +MAIREBEUF. 17, 62. + +_Mais_, plus. Il n'a mais qu'un peu de billon. (P. 19, v. 9.) + +_Mais que_, pourvu que. + +_Maistre des testament_, 97. Je ne sais ce que c'tait. + +_Maistrie_, domination. 102. + +_Mal, male_, mauvais, mauvaise. + +MALCHUS, 199. Servir Malchus, c'tait, selon M. P. L., servir un +homme d'pe la guerre, porter un pieu, une guisarme ou un +coutelas, appel _Malchus_, du nom de celui qui saint Pierre +coupa une oreille. + +_Mal gr_, disgrce. 58. + +_Malheuret_, infortune, malheur, misre. + +_Mallement_, mchamment, durement. + +MALPENS, 11. Personnage imaginaire, aux ides peu nettes. + +_Maltalent_, mchancet, colre. 36. + +_Mander_, envoyer. 77. + +_Manna_, manne. 107. + +_Manne_. Venir de manne (73), venir du ciel, comme la manne. + +_March au fil_ (?), 80. + +_March (hault et bas)_, 195, toutes sortes d'affaires, y +compris les affaires d'amour. + +_Marchesens_ (?), 175. + +MARGOT (_la grosse_), 82, 83. + +MARIE (_d'Orlans_), 105. + +MARION LA PEAU TARDE, 91. + +MARION L'YDOLLE, 84, 86. + +MARIONNETTE, titre ou refrain de chanson. P. 91. + +_Mariottes_, femmes maries (?), 98. + +MARQUET. 92. + +MARTIN GALLANT, 185. + +MASCHECROUE (la). Prompsault croit que c'est le nom d'une +tavernire. M. P. L. pense qu'il s'agit des plaines arroses par +la Crou, petite rivire qui passe Gonesse et Saint-Denis. + +_Maschoure_, mchoire, 52. + +_Mate chre_, triste mine. 52. + +_Mathelins (l'ordre des)_, 70, l'ordre des fous, des insenss. +Peut-tre la confrrie des Sots ou de Mre-Sotte, cette socit +joyeuse de potes et de comdiens, qui tait alors la rivale de +la Confrrie dramatique de la Passion. (P. L.) + +_Mathelineux_, fou. + +MATHIEU, p. 66. M. B. L. suppose qu'il s'agit de Mathieu de +Gand, trouvre du XIIIe sicle, qui a crit contre les moines. + +_Mathon_, fromage mou. + +(P. L.) + +MATHUSAL, Mathusalem, 23. + +_Mau_, mauvais, 65, 84. + +MAUBUAY, p. 63. La fontaine Maubue (c'est--dire malpropre) +tait situe l'entre de la rue de ce nom, qui n'avait alors +que des filles et des mauvais garons pour habitants (P. L.). +Villon envoie Jean Raguyer boire la fontaine Maubue, 1. + +_Mauffez_, le diable. Villon dit assez irrespectueusement que le +prtre, exorcisant les possds, prend le diable par le col avec +son tole (p. 36). + +_Mauldite_, injurie avec blasphme. (P. L.) + +_Maulgr_, malgr. 158. + +_Maulx_, mauvais. 106, v. 12. + +MAUTAINCT, 74. + +MEHUN, 24, 84. + +MEHUN (_Jehan de_), continuateur du _Roman de la Rose_, 66. + +_Meins_, moins. 154. + +_Meist_, mit. 60. + +MENDIANS (_frres_), 66, 98. + +_Menestrier_, musicien. 45. + +_Menroit_, mnerait. 201. + +_Mercerot_, petit mercier. Moy, pauvre mercerot de Rennes (p. +37, v. 21), signifie gueux comme un _mercelot_, c'est--dire +comme ces merciers ou porte-balles qui couraient le pays, et qui +taient affilis aux bandes de gueux et de bohmiens. + +_Merciz_, misricorde. + +_Mereaulx_, jetons qui servaient faire les comptes. + +_Mrencolie_, mlancolie, folie. 188. + +_Merir_, mriter. 55, v. 8. + +_Merit_, mrite. 52, v. 1. + +MERLE, 70. + +_Meschance_, misre, malheur. + +_Meschief_, malheur, accident, 141. + +_Meschoir_, arriver du mal. + +_Mescompter (se)_, s'exposer des mcomptes. 7. + +_Mesdire_, mentir. Je le dys et ne croys mesdire. (P. 28, v. +20.) + +_Meseaulx_, lpreux. 76. + +_Meshaign_, bless, en mauvais tat. 152. + +_Meshaing_, peine. 98. + +_Meshuy_, p. 150. C'est meshuy! C'est maintenant, pour le +coup!--Aujourd'hui. 157. + +_Mesprendre_, mal agir, 27, 42, 133. + +_Masprins_, mal agi, 8. + +_Messaigires_, entremetteuses. P. 80, v. 9. + +_Messe (seiche)_, 93, messe sans conscration. + +_Mestier_, besoin. 6l, 197, 200. + +_Mestier (bas)_, affaires d'amour. + +MEUNG, p. 146. C'est le continuateur du _Roman de la Rose_, +Jehan de Meung. Voy. MEHUN. + +_Meurdri_, meurtri. 16. + +_Meure_, mre, fruit de la ronce. Plus noir que meure. (P. 28, +v. 9.) + +_Meurt_, maturit. 26. + +MICHAULT DU FOUR, 63. + +MICHAULT le bon fouterre, 57. Il y a dans le recueil publi par +Barbazan un fabliau du _Foteor_; mais le hros du conte n'est +pas nomm. + +_Mie_, pas du tout. 62. + +_Miege_, mgissier. 65. + +_Mignon_, favori. 196. + +_Mignotte_, jolie, mignonne. 41, 98. + +_Mineur_, petit. Haro, haro, le grand et le mineur! (p 58, v +11.) A l'aide, grands et petits! + +_Mirlificques_, 185. Merveilles, pour _mirifiques_. (P. L.) + +_Misericors_, indulgent, misricordieux 22. + +_Miste_, joli, aimable. 196. + +_Mitaines_. L'avant-dernier vers de la page 46 fait allusion +l'usage, qui n'est pas encore compltement perdu, de donner des +gants aux convives d'une noce. + +_Mitaines de fer_, gantelets. 152. + +_Mocque_, moquerie. 175. + +_Mol_ mollet. 61. + +MONFAULCON, 215. + +_Monopolles_, cabales, complots. 205. + +_Monstier_, couvent. + +MONTMARTRE, 8l. + +MONTPIPPEAU, 86. + +MONT-VALRIEN, 81. + +_Moralitez_ (p. 87), pices dramatiques dont les vertus, les +vices, etc., sont les personnages. + +MOREAU, 50. + +_Morillon_ (vin), p. 100. Vin rouge + +_Mors_, mordu. 143, v. 18. + +_Mort_. Aller de mort vie, p. 91, est un jeu de mots, +l'inverse d'aller de vie trpas. + +MORTELLERIE (_Rue de la_), Paris. 200. + +_Morteux_, mortels. 159. + +MORTIER D'OR. Parat avoir t l'enseigne de Jehan de la Garde, +l'picier. (P. 17, v. 1.) + +_Moulier_, femme, 46. + +_Moult_, trs, beaucoup. + +_Mouse_, museau. 63. + +_Mousse_, p. 173, v. 21. Vin On dit encore _mot_ dans le sens +de _vin nouveau_. (P. L.) Je crois qu'il s'agit plutt des frais +faits pour paratre, pour se faire _mousser_. + +_Moustarde (aller la)_, 91, faire grand bruit d'une chose, +s'en vanter, en parler tout propos. + +_Moutonnier_, 12. M. P. L. croit que Changon tait un _mouton_ +ou faux compagnon que Villon avait rencontr dans les prisons, +pour son malheur. C'est assez vraisemblable. + +_Muer_, changer. 27. + +_Muguelias_, muglias, 204. Sorte de parfum. + +MULLE, 60, probablement une enseigne. + +_Musars_, fainants, 98. + +_Muser_, s'amuser, perdre son temps. 79 + +_Musser_, cacher. 58. + +_Mye_, point, pas du tout. 202. + +----------N---------- + +_N'_, ni 108. + +NABUGODONOZOR, 122. + +NANCY. P. 171. Ce souvenir du sige et de la bataille de +Nancy, o les Suisses dfirent le duc de Bourgogne, Charles +le Tmraire, prouve, ainsi que l'a remarqu M. P. L., que +le _Dialogue de Mallepaye et Baillevent_ a t compos aprs +l'anne 1477. + +_Naquet_, 169, jeune garon, d'o _laquais_ (P. L.). On appelait +particulirement _naquets_ les garons des jeux de paume. + +NARCISSUS, Narcisse, 46, 122. + +_Natt_, garni de nattes, suivant l'usage du temps. En chambre +bien natte, 78. + +_Naveau_, navet. 48. + +_Navrer_, blesser. + +_Ne_, ni. + +_Ne que_, pas plus que. + +_Nectelet_, 169. Propret, bien vtu. + +_Nennil, nenny_, non. + +_Noailleux_, noueux. 155. + +NO, 69. + +NO LE JOLYS, 46, 85. Probablement un ancien compagnon de +Villon, qui le chargea dans son premier procs pour se disculper +lui-mme, et ne fut condamn qu'au tiers de la peine inflige +Villon. Celui-ci lui en gardait encore rancune lorsqu'il crivit +le grand Testament. (Huitain CXLII.) + +_Noise_, bruit, querelle. + +_Nombrer_, compter. 118. + +NOTRE-DAME-DE-PARIS, 187. + +_Nourri_, lev, 2. + +_Noyse_, bruyt, querelle. + +_Noysier_, faire du bruit, quereller. 79. + +_Nully_, nul, aucun, personne. 213. + +_Nuycte_, dure de la nuit. 78. + +_Nuysance_, prjudice. 144. + +----------O---------- + +_O_, avec. 69, 79. + +_Obstant_, malgr, nonobstant. + +OCTOVIEN, 122. Prompsault croit qu'il s'agit de Caius Julius +Caesar Octavianus, qui fut empereur sous le nom d'Auguste. + +_Os_, oies. 92. + +_Onc, oncques_, jamais. + +_Oppresse_, oppression. 26. + +_Ord_, sale. + +_Orbes_, 115, aveugles, selon M.P.L. + +_Ores_, maintenant. + +_Orfaverie_, orfvrerie, bijoux, ornements en or. 68, 146. + +ORLANS, 66. + +ORPHEUS, Orphe, 45. + +_Orrez_, entendrez. + +_Ost_, arme. + +_Ostade_, toffe prcieuse. 196. + +_Ot_, entend, 51.--Eut, 46. + +_Ou_, au. 29, v. 4; 106, v. 17. + +_Oubliance_, oubli. 18. + +_Oultraige_, courage intempestif, outrecuidance. 152, 154. + +_Oultrement_, beaucoup, plus que de raison, 1. + +_Ouquel_, auquel, dans lequel. + +_Ouvrer_, travailler. 87. + +_Ouvrez vostre huys, Guillemette_; refrain ou commencement de +chanson. 91. + +_Oy_, entends, 113. + +_Oystres_, hutres. 30. + +_Oyt_, entend. 64, 68. + +----------P---------- + +_Paillart_, gueux. 194. + +_Palais_ (le), Paris, 185, 206. + +_Pallus, palux_, marais. 55, 122. + +_Panon de Bissac_ (p. 155), pennon ou bannire de toile grise +(P. L.). + +_Paour_, peur. + +_Paouvre_, pauvre. 9. + +_Papaliste_, papaut. 35. + +_Papier_ (p. 51, v. 12), respirer, souffler. + +_Par tel_, de telle faon. Peut-tre le vers 22 de la page 181 +devrait tre ainsi: Par tel si, qui veue ne l'aura. + +_Pardoint_, pardonne. 153. + +_Pardons_, 180. Prires publiques, processions et autres +pratiques pieuses auxquelles taient attaches des indulgences +particulires. (P. L.) + +_Pardonneurs_, vendeurs d'indulgences, de pardons. 174, 180. + +_Parfaict_, achev. 188. + +_Parfond_, profond. + +PARIS, 33. + +PARIS, 66, 80, 88, 101, 184, 199 et _passim_. + +_Parit_, engendra, 51, v. 20. + +_Parmi_, avec. 50.--Au milieu de, dans. 153.--A travers. 104. + +_Partement_, dpart. + +PAS. Il est question, p. 74, v. 13 et suiv., d'un pas d'armes +tenu par Ren d'Anjou, qui prenait le titre de roi de Sicile. + +_Passot_ (83). Pr. croit que c'est une lance; M. P. L., une pe +courte. + +PATAC, patard, petite monnaie. 69, 199. + +PATAY, chef-lieu de canton dans le Loiret, 115. Pr. fait la +remarque qu'il n'y a pas de fort dans cette localit, et qu'il +n'y vient pas de chtaignes. + +PATHELIN, 179, 196. Le hros d'une farce bien connue, qu'on a +attribue Villon. + +_Pathelin_, 166, 169, langage mielleux et plein d'artifices. + +_Paulme (en)_, dans la main. Seur comme qui l'auroit en +paulme, p. 72. + +PAUQUEDENAIRE, p. 196, est prsent comme un homme expert en +tromperies, comme Villon et Pathelin. Il n'est pas autrement +connu. Voy. POICDENAIRE. + +_Peaultre_, 48. Suivant Cotgrave, le _peautre_ est le gouvernail +d'un navire. Dans _l'Ancien thtre franais_, t. II, p. 155, on +trouve _battu comme peaultre_, ce qui quivaut _battu comme +pltre_. + +_Peaussa_, couvert d'une peau paisse et ride. 41. + +_Pehon_, piton, fantassin. 154. + +_Pel_, peau. 143. + +_Peiner (se)_, se donner de la peine. 31. + +_Penancier_, Pnitencier, confesseur. 188. + +_Penart_, lance orne d'un pennon. 147. + +PENESSAC (_monsieur de_), 200. + +_Per_. Reoit son per et se joint la plume, p. 74, v. 20. + +_Per ou non per_, pair ou non, quoi qu'il en soit. 193. + +PERDRYER (_Jehan et Franoys_), 75. + +PERNET (158), _Perrenet_ (157), diminutifs de _Pierre_, nom du +franc archer de Bagnolet. + +_Perptrer_, obtenir, acqurir. 42. + +PERRETTE, 82. + +_Perrucatz_, 178. Gens perruque. On appelait perrucats tous +les gens de la Basoche (P. L.) + +_Pery_, perdu, 51, v. 23. + +_Pesle_, pole, s. m. 48. + +PESTEL (_enseigne du_), ou pilon. 200. + +_Petiote_, petite. 26. + +PETIT-PONT, Paris. 81, 190. + +_Peu_, repu, nourri. (P. 21, v. 13.) + +PHILIPPOT, 92. + +PHOEBUS, 122. La clart Phoebus, c'est, on le sait, la lumire +du jour. + +PICARDS, 122. C'taient des hrtiques qui ne faisaient aucune +prire pour les morts. Voil pourquoi Villon promet Thibault +d'Aussigny une _prire de Picard_. + +PICARDES, 81. + +_Piea_, il y a longtemps. + +_Pitonner_, courir pied. 152. + +_Piez blancs_, p. 8. Avoir les pieds blancs, c'est, suivant M. +P. L., revenir de loin, comme les voyageurs aux pieds poudreux. + +_Piez de veaux (faire les)_, danser, faire des gambades. 112. + +_Pigne_, peigne, 69. + +_Pigon_, pigeon. Les pigeons qui sont en l'essoine, enserrez +sous trappe volire (p. 15, v. 27-28), sont des prisonniers +enfermez dans une prison grille. + +_Pion_, buveur, ivrogne. 52, 70. + +_Pipeur ou hazardeur de dez_ (87), filou qui joue avec des _ds +pips_. + +_Piteux_, port la piti. 175. + +_Plain_, uni 142;--entier. Tant que je suis en mon plain sens +(p 24, v. 9). + +_Plaindre_, regretter. Je plaings le temps de ma jeunesse. (P. +27, v. 25.) + +_Plaisance_, plaisanterie, vie joyeuse, ou plutt affaires +d'amour. + +_Plaisant_, agrable. 63. + +_Plait_, plaid, plaidoyer. A peu de plat, sans grands +discours. + +_Plant_, abondance, 178. + +_Plaque_ (p. 61), monnaie fabrique sous Charles VII, +l'imitation des Pays-Bas. + +PLAT D'ESTAIN, cabaret de Paris, 213, 215. + +_Pleige_, caution, rpondant. 33. + +_Plet_, voy. _Plait_. + +_Plombe_, 99. Fouets ou masses garnis de plomb. (P. L.) + +_Plours_, pleurs. 144. + +_Plumail. Mettre le plumail au vent_ (49, v. 1), se jeter +rsolument dans un parti. + +POICTOU, 62. + +_Poirre_, peter. 64, v. 1. + +_Poise_, pse, tourmente, 101, 163, 179. + +_Poisle_, pole, 48. + +PONT A SILLON. Pont au change. 179, 182. + +PONTHOISE, 101. + +PONTHIVRE. Penthivre. 152. + +PONTLIEU (_Jean de_), 66. C'est Jean de Poilli, docteur de +Paris, implacable adversaire des moines mendiants au XIVe +sicle. Il avait crit plusieurs ouvrages qui furent condamns +par le pape Jean XXII. Villon nous apprend qu'il dut abjurer ses +hrsies et faire amende honorable. (P. L.) + +POPIN (_l'abreuvoir_). Cet abreuvoir tait au bout du Pont-Neuf, +vis--vis la rue Thibautaudez. On a dmoli de nos jours une +vote qui conduisait cet abreuvoir, o les truands et les +mauvais garons se runissaient, au moyen ge, avec les ribaudes +et les bohmiennes. (P. L.) + +POMME DE PIN. Cabaret de Paris. 61, 192. + +POMPE, 120. + +_Porte-paniers_. Portefaix, porteurs de hottes. 89. + +_Pou_, peu, 82, 146. + +_Poulaille_, volaille. 64, 151. + +_Poulce_, 173. Jouer du poulce, donner de l'argent. + +_Pour-demain_, aprs-demain. 161. + +_Pourbondir_ un cheval, le faire caracoler, 154. + +_Pour ce que_, parce que. + +_Pourchasser_, poursuivre, procurer. + +_Pourmener_, promener. Pourmen de l'uys au pesle (p. 48), +promen de la porte au pole, du froid au chaud; lantern. + +_Pourpenser (se)_, penser, dcider par soi. + +POURRAS (l'abbesse de). Cette abbesse de Pourras tait, je +pense, une coquine, qui, sous ce titre, vint avec Villon duper +le pauvre barbier de Bourg-la-Reine, qui y tenait aussi une +htellerie (Pr.)--Le peuple appelait abbesse de Poilras, une +maquerelle publique qui avait t rase au pilori, fouette et +chasse de la ville. (P.L.) + +_Poursuivans_ (P. 37, v. 10). Poursuivants d'armes. C'tait un +des premiers grades de la chevalerie. (P.L.) + +_Pourtraicte_, forme. 106. + +_Pourtraicture_, portrait, visage. 82. + +_Poylette_, petite pole. 77. + +POYSSONNERIE (la), Paris. 187. + +POYTOU, 185. voy. POICTOU. + +PRAGMATIQUE SANCTION. 166. + +_Prbend_, charg, comme d'une prbende. + +_Premier_, premirement, d'abord, 53, v. 9. + +_Prescheur_, celui qui prche, prdicateur. 32. + +_Prescripre_, transcrire (?). 93. + +_Preudhommye_, prud'homie. 142. + +PRIAME, Priam, roi de Troie. 120. + +PRINCE DES SOTZ (p. 63). C'tait le chef lectif de la confrrie +joyeuse de la Bazoche du Palais et le _matre des jeux_ de cette +association dramatique. On le nommait tous les ans la fte de +mai, et ses suppts taient tenus de lui obir pendant toute la +dure de ses pouvoirs. (P.L.) + +_Procs_, actes, pices de procdure. 204. + +_Prochas_, recherche. 165. + +PROSERPINE, 122. + +Prou, assez. 170. + +PROVINS, 50, 88. + +_Provision_ (p. 36, v. 4), recours, remde. + +_Prunier_ En qu'en son prunier n'a pas creu (p. 38, v. 23), +qui n'est pas de son invention, de son cru. + +PSALMISTE (_le_) David. 107. + +Psaulme _Deus laudem_, p. 23. C'est le psaume 108: _Deus laudem +meam_, etc. Le verset septime, qui servait de prire Villon +quand il faisait des voeux pour l'vque d'Orlans, est ainsi +conu: _Fiant dies ejus pauci et episcopatum ejus accipiat +alter_. Que les jours de sa vie soient rduits au plus petit +nombre, et que son vch passe un autre. C'est le sens que +le pote donne au mot _episcopatum_. (Pr.) + +_Puis_, depuis. + +----------Q---------- + +_Quanque_, ce que, 153. + +_Quant de, quant est de_, l'gard de, quant . 23, 32, 102. + +_Quantz_, combien de. 167. + +_Ouars et dix_ (112), taxes et dmes. (P.L.) + +_Que_, , de quoi. 30, v. 19; 57, v. 12. + +_Queloingne_, quenouille. Autre que moy est en queloingne (p. +9, v. 10), signifie que Villon a t supplant auprs de sa +matresse. + +_Querir, querye_, chercher. + +_Qui_, ce qui. Qui n'esteit moy grand saigesse. (P. 39, v. +18.) + +_Qui ne quoy_, rien, quoi que ce soit. 30. + +_Quiers_, veux, cherche . P. 46. + +_Quinze-Vingtz_, 88. Les pensionnaires de l'hpital fond par +Saint-Louis pour trois cents aveugles. + +_Quoy_, tranquille, en repos. 30. + +----------R---------- + +_R'abiller_, rparer, remettre en tat, 1. + +_Racoustr_, raccoutr, rpar. 2. + +RAGUYER (_Jacques_), 61, 97. + +RAGUYER (_Jean_), 61, 97. + +_Raillart_, railleur, bon vivant, 38. + +_Railler_, faire le mtier de bouffon, 87. + +_Raillon_ (p. 94), dard. Le raillon tait une espce de flche +triangulaire. (P.L.) + +_Raimasser_ (?), 167. + +_Raine_, rainette. 77. + +_Rains_, p. 13. M.P.L. rapproche ce mot de _rainceaux_, et le +traduit par _rameaux, fagots_. Les fagots, dit-il, taient +empils de chaque ct des vastes chemines du XVe sicle. On +s'appuyait donc contre les _rains_ en se chauffant la plante des +pieds. + +_Ralias, rallias, ralyas_, festin, rgal. 82, 205. + +_Ramenteu_, rappel, remmor. + +_Ramentevoir_, rappeler. 82. + +_Ranguillon_, ardillon. 100. + +_Rappeau_, nouvel appel. 86. + +_Ravis_, enrags. A loups ravis grosse pasture, 176, v. 8. + +_Raye (coucher en)_, p. 165. Se mettre en vidence. + +_Rau_, 6l, royal d'or. Cette monnaie valait 30 sols tournois en +1470. (P. L.) + +_Ragal_, 76. Espce d'arsenic rouge. (P. L.) + +_Rebours_, 106, ce qui rebute. + +_Rebourse_, revche, 203. + +_Rebouter_, rebuter, 43, v. 15. + +_Rebrasss colletz_, 33, collets fort hauts et bien plisss +(Pr.).--Collets bords de fourrures. (P. L.) + +_Recipe_, 76, ordonnance de mdecin. + +_Recoeuvre, trouve_, obtienne. 43, v. 23 + +_Recorder_, rappeler, 79. + +_Recors (tre)_, se rappeler. 88. + +RECOUVRER, rendre. Et que vie me recouvra. 24, v. 18. + +_Recreu_, fatigu, lass. 38, l65. + +_Recueil_, accueil, 137. + +_Recullet (en)_, dans un coin, accul. 113. + +_Rer_ (95, v. 9), raser, rcler. + +_Refrigre_, rafrachissement. 52. + +REIMS, 45. + +_Relaiz_, ressource. 9. + +_Relief_, 163. On appelait relief l'ordre du prince qui +autorisait un officier toucher ses appointements chus pendant +son absence. (P. L.) + +_Remaine_, reste. Que le refrain ne vous remaine. (P. 35, v. +3.) + +_Remain_ reste, 10 + +_Remenant (le)_, le reste. 30, 50. + +_Reminer_, considrer. 17. + +_Remordre_, causer du regret, des remords. (P. 25, v. 21.) + +_Renchre_, 192. Pr. suppose que c'est le bton dont on se sert +pour porter deux sceaux, un chaque bout. + +REN (d'Anjou), roi de Sicile. 74. + +RENES, Rennes, 37. + +_Repaistre_, manger, se rgaler. + +_Repentailles_, regrets, repentir. 39, 86. + +_Reprouche_, chose rprhensible. 103. + +_Repues franches_, repas qui ne cotent rien. + +_Requrir_, qurir, chercher nouveau. 192. + +_Requoy (en), requoy_, en repos, tranquille, 30, 168. + +_Rsceans_ (?), 170. + +_Rescondre_. Renfermer, du latin _recondere_. (P. L.) + +_Rescrire_, crire, rapporter, 27. + +_Rsiner_, rsigner. Pour leurs offices rsiner (p. 205), pour +prendre cong et rgler leurs comptes. + +_Respit_, rpit, repos. 30. + +_Ressourdant_, 166, Ressortant, brillant. (P. L.) + +_Retraict_, retir. 41, 113. + +_Retraire_, retirer. 47, 54, 80, 137. + +_Revencher_ (se), prendre sa revanche, se prvaloir. 28--_Eux +revencher_, se venger. 67. + +_Revenue_, retour. 192. + +_Rez_, 93. Le rez d'une pomme en est l'pluchure. + +_Rez_, ras. 95, v. 8. + +_Ribler_, 67, voler pendant la nuit, comme les ribauds, +_ribaldi_. (P.L.) + +_Ribleur_, voleur de nuit. 98. + +RICHER (_Pierre_), 71. + +RICHIER (_Denis_), 63. + +_Rie_, moquerie, raillerie. 42, v. 22. + +_Riotte_, querelle, dispute. 98. + +RIOU (_Jean_), 65. + +_Risse_, rirais. 58. + +ROBERT, 50. + +ROBIN TURGIS, voy. TURGIS. + +ROLLANT, 157. + +ROMAN DE LA ROSE, 25. + +ROMMANTE _du Pet au diable_, 54. Ouvrage imaginaire que Villon +s'attribue. + +ROME, _Romme_. 81, 121. + +RONSEVILLE (_Pierre de_), concierge de Louvieulx. 17. Il y a une +localit de ce nom dans le dpartement de l'Oise. + +ROSE, 56. + +ROSNEL, 74. + +_Rottes_, vents qui s'chappent de l'estomac. 98. + +_Rouge_, fin. Terme d'argot. 185. + +_Roulet_, 114. Du latin _rotulus_, parce que les livres taient +rouls. (P.L.) + +_Roupieux_, dsappoint, avec un pied de nez. 205. + +ROUSSILLON, 99. + +_Route_, bande, troupe. 148. + +_Royaulx_, p. 169, cus d'or. + +_Royne_, reine. + +_Ru_, ruisseau. Battu comme ru telles (p. 46), comme le +linge qu'on lave. + +_Rubis_. Cl. Marot pense que les beaux rubis lgus par Villon +aux soldats du guet (13, v. 23) taient des rubis de taverne. + +RUEL, 86. + +RUEL (_Jehan de_), 74. + +_Ruer_, jeter. 151.--_Ruer jus_, abattre, 121. + +_Run_, ruine. 166. + +_Rustes_, paysans, gens grossiers. 169. + +_Ruyt_, ardeur amoureuse, rut. 83. + +_Rymer_, 87, faire des vers. + +_Rynceau_, rameau, rainceau. 145. + +----------S---------- + +_S jus_, ici bas. 105, 108. + +_Sade_, gentil, gentille, aimable. 83, 196. + +_Sadinet_, la nature de la femme. 40. + +_Saillir_, sortir. 27, 103. + +_Sainctir_, devenir saint. 185. + +SAINT-AMANT, 60. + +SAINT ANDR, 107. + +SAINT ANTOINE (feu), 17, 44. + +S. CRISTOFLE, 74. + +S. DENIS, p. 157. Le cri des Franais tait _Montjoie S. Denis_; +celui des Bretons tait _Bretagne et S. Yves_. (P.L.) + +S. DOMINIQUE. 90. Les Frres Prcheurs, ordre institu par +saint Dominique, taient chargs de l'inquisition en France. +(Pr.) + +S.-ESTIENNE, paroisse de Paris. 96. + +SAINCT-GENOU, 62. + +S. GEORGES, 68, 151, 158. + +S. GILLE, 207. + +S.-INNOCENT, paroisse de Paris. 181. + +S. JACQUES, 158. + +S.-JACQUES, paroisse de Paris, p. 12. + +S. JEAN-BAPTISTE, p. 46, 107,--_feu saint Jean_, 166. + +SAINT JULIAN DES VOVENTES, 62. + +S. MARTIAL, 24. + +S. MARTIN, 158. + +S. MATHIEU, 218. + +SAINCT OMER, 45. + +S. PIERRE, 162. + +S. PIERRE DE ROME, 189. + +S. PIERRE DES ARSIS, glise situe dans la Cit. 215. + +S. REMY DE RAINS, 190. + +SAINT SATUR _soubz Sancerre_, 57. + +S. VICTOR, 122. + +S. YVES, voy. S. Denis. + +SAINCTE-AVOYE, 94. Villon veut tre enterr dans cette +glise parce que c'est la seule de Paris qui ne soit pas au +rez-de-chausse. Elle tait au second tage. + +Ste BARBE, 152. + +_Sainte Souffrette_, patronne imaginaire des gueux. 212. + +_Sallade_, 67, 152, 157, casque sans heaume et sans crte, +espce de pot de fer. (P.L.) + +SALINS, 37, 70. + +SALMON, Salomon, 45, 114. + +SAMSON, 45. + +_S'amye_, son amie, sa matresse. + +SANCERRE, 57. + +SANG. Le sang menstruel servait faire des philtres et autres +breuvages auxquels on attribuait une vertu magique. Voy. p. 77, +v. 11 et 12. + +_Sans_, cens, c'est--dire rente, revenu. P. 72, v. 3. + +_Saqueboute_, sorte d'pieu. 148. + +_Sarazinoys_, d'Orient. Gingembre sarazinois. 64. + +SARDANA (p. 46, v. 7). On a fait beaucoup de conjectures au +sujet de ce Sardana, qui conquit le royaume de Crte, et +plus tard vcut de la vie des femmes. Il n'y en a pas une de +satisfaisante. + +SARDANAPALUS, 122. + +SATURNE, 14. + +_Saulsoye_, lieu plant de saules, arbres qui ne portent point +de glands, comme chacun sait. C'est pourquoi Villon lgue le +gland d'une saulsoye. (P. 12, v. 10). + +_Scarbot_, escarbot. 84. + +_Scotiste_, cossais, d'Ecosse. M.P.L. pense que le roi +d'Ecosse qui avait la moiti de la face vermeille, c'est--dire +une _tache de vin_ (p. 35 v. l3), tait Jacques II, mort en +1460. + +SCYPION L'AFFRIQUAIN, 120. + +_Se_, si. L'e s'lidait souvent: S'evesque il est, seignant les +rues (21 v. 7). + +_Seigner_, bnir en faisant le signe de la croix (p. 21, v. 7). + +_Seigneurier_, dominer. 102. + +_Sjour_ Prebstre sans sjour (p. 186) peut s'entendre de deux +faons: sans cure et sans rsidence; sans loisir et sans repos. +(P. L.) + +_Senestre_, gauche. + +_Senez_, anciens, vieillards, hommes de sens. 37. + +_Sensif_, 18, sensitif, _sensorium_ sige du sentiment. (P. L.) + +_Sensitif_, le tact, le toucher. 103. + +_Sentemens_, sentiments, intelligence. 25. + +_Sequentement_, en suivant. 160. + +_Sequeure_, secourt, 43.--Secoure. 159. + +_Serain_, soir. 48. + +_Sereine_, Sirne. 34. + +_Serf_. Ce mot sert de prtexte une quivoque. Je ne suis son +serf ne sa biche (21. V 12). + +SERGENTS, 63. Le prvt de Paris avait deux compagnies de +sergents pied et cheval, composes de 110 hommes chacune, et +ayant leurs corps de garde aux barrires de la ville. (P. L.) + +_Serre (tenir)_, 51, v. 1. J'ignore ce que cela veut dire. + +_Servans_, serfs, serviteurs. Aussi bien meurt filz que +servans (p. 36, v. 18) signifie: Les matres meurent aussi +bien que les serviteurs, les fils de famille aussi bien que les +serfs. + +_Ses_, ces. 8. + +_Seur_, sr. 71, 142. + +_Si_, ainsi, oui, en effet. + +_Similative (facult)_, facult d'imiter. 18. + +SIMON MAGUS, 122. + +_Simplesse_, simplicit, ignorance. 106. + +_Sires_, seigneurs. 37. + +_Sist_, assit, 202. + +_Sollier_, plancher. 94. + +_Some_, auguste[1]. 108 + +_Somme_, sommeil. P. 118, v. 16. + +_Somme_, en somme. 51. + +_Somme_, compter, 118. + +_Sommet_, tte. 84. + +SORBONNE. Je ouis la cloche de Sorbonne (p. 17, v. 20). +Ce vers ne prouve pas que Villon tait dans les prisons de +l'Universit, puisqu'il est certain qu'il tait libre lorsqu'il +composa le _Petit Testament_, mais seulement qu'il logeait dans +le voisinage de la Sorbonne. + +_Sortir (soy)_, se fournir, s'approvisionner. 196. + +_Sot_, bouffon, comdien. 63, 98. Voy. _Prince des sots_. + +_Souef_, doux. 33, 75. Doucement. 90. + +_Sonffrette_, disette. 82. + +_Souffreteux_, pauvre diable, misrable. 206. + +_Soulas_, plaisir, joie. 122. + +_Souldre_, rgler, rsoudre. 102. + +_Souldure_, liaison, union. 8. + +_Soullon_, p. 99. M.P.L. dit que c'tait un ballon avec lequel +on jouait la _soulle_. Le mot doit tre prononc _souillon_, +et n'a pas besoin d'tre expliqu. On le retrouve p. 120. + +_Souloir_, avec coutume. + +_Soustenance_, soutien. 144. + +_Soustenir_, porter. 208. + +_Souventesfoys_, souvent. 32. + +_Soyer_, scier. 119. + +_Submectre_, soumettre. 67. + +_Substantement_, nourriture, soutien. 106. + +_Sumer_, semer. 74, v. 16. + +_Sur_, chez, 13, v. 17. + +_Surcot_, manteau. + +_Surquerir_, 12. Enrichir, de _succurrere_, suivant M.P.L. + +_Sus (Mettre)_, mettre en vigueur, soutenir. 10. + +_Sus (mis)_, surgis, venus. 172. + +SUYSSES, 171. + +_Sydre_, astre. 32. + +----------T---------- + +TABARIE _(Guy)_, copiste du _Roman du Pet au Diable_. 54. + +_Tabart_, manteau. + +_Tachon_, instrument servant chasser les mouches. 11. + +TACOT (_Colas_), 97. + +_Tailleur de faulx coings_, faux monnayeur. 87. + +TAILLEVENT, 76. Le livre de Taillevent, grand cuisinier du roy +de France, eut plusieurs ditions au quinzime sicle et au +commencement du seizime. + +_Talemouze_, sorte de ptisserie. 63. + +_Tancer, tencer_, disputer. + +TANTALUS, Tantale. 122. + +TARANNE (_Charlot_), 72. + +_Targe_, 70. La targe tait une ancienne monnaie de Bretagne, +ou _brette_, du latin _bretta_. Son nom lui venait de ce que le +revers portait une _targe_, ou bouclier chancr. (P.L.) + +_Tarny_, terni, us. 172. + +_Tauxer_, taxer, imposer. 166. + +_Tayon_, oncle. 36. + +_Telles_, toiles. 46, v. 24. + +TEMPLE (_la closture du_), Paris. 61. + +_Tencer_, v. _tancer_. + +_Tenir_, possder des biens sous la suzerainet de quelqu'un: +Soubz luy ne tiens s'il n'est en friche (21, v. 10). + +_Tenn_, 37, ennuy, tourment. Cette expression s'emploie +encore dans le langage familier. + +_Terrien, terrienne_, terrestre. + +_Tettes_, mamelles. 41. + +THAS, 34. Courtisane clbre, qui vivait Athnes vers le +milieu du quatrime sicle. (Pr.) + +THAMAR, 46. + +THEOPHILUS, 55. Voy. le _Miracle de Thophile_, par Gautier de +Coinsi. _Rennes_. 1838, in-8. + + +THIBAULT, (_Jacques_), 49. Voy. AUSSIGNY. + +_Tholouzaines_, femmes de Toulouse. 80. + +_Ticquet_, loquet (?), 169. + +_Tieulx_, tels. 16. + +_Tocquer_, toucher. 175. + +_Tollu_, pris, t. 39. + +_Tor_, taureau. 122. + +_Toste_, pain tremp dans du vin. 79. + +_Touaille_, serviette, pice de toile. 29. + +_Toult_, te, enlve. 108. + +_Tour d'escolle_ (70), tour de vaurien. + +_Tourbes_, foule. 107. + +_Toute jour_, toute la journe. 44. + +_Trac_, trace, train. 199. + +_Tracer_, suivre la piste. 31. + +_Trahistre_, tratre, mchant. 98. + +_Traicte_, tire, extraite. 106. + +_Traictis_, joli. 40. + +_Traire_, tirer. 157. + +_Transglouti_, englouti. 122. + +_Transmu_, chang. 121. + +_Transy_, trpass. 103. + +_Trasse_, trace, piste. 176. + +_Trasser_, suivre la piste, poursuivre. 176. + +_Travail_, souffrance, peine, adversit. 25, 115. + +_Travailler (se)_, s'occuper, s'employer. 72. + +_Tresbucher_, tomber, l55. + +_Trespercer_, transpercer. 8, 154. + +_Tressuer_, tressaillir. 192. + +_Trestous_, tous. + +_Trestout_, tout, entirement. + +_Tretisses_, voy. _traictiss_. + +_Treuver_, trouver. 36. + +TRISTAN, prvost des mareschaulx (p. 92), est le fameux Tristan +l'Ermite, prvt de l'htel du roi et favori de Louis XI. (P.L.) + +TROLE (74), fils de Priam et d'Hcube, fut tu par Achille au +sige de Troie. (P.L.) + +_Trompille_, trompe, trompette. 154. + +_Trop plus_, beaucoup plus, trop. 22. + +TROU PERRETTE, 97, probablement un cabaret. Marot dit que +c'tait un jeu de paume. + +_Trousse_, carquois. 173. + +TROUSSECAILLE (_Robin_), 65. + +_Trousser au col_, emporter sur les paules. 11. + +TROYENS, 122. + +TROYS, Troyes. 45. + +TROYS LICTS (p. 13, v. 25), chambre du Chtelet un peu plus +commode que les autres, peut-tre. (Pr.) + +_Truandailles_, hommes de la lie du peuple. 39. + +_Trumellires_, porte-manteau, accroch au _trumeau_, partie de +mur entre deux fentres, 11. + +_Truys_, trouve. 144. + +_Tumbel_, tombeau. 94. + +TURGIS (_Robert_). 50, 60, 62. + +TURLUPINS, TURLUPINES, 66, 179, hrtiques du treizime et du +quatorzime sicle, qui s'appelaient eux-mmes la _Confrrie des +pauvres_, et qui n'taient pas plus orthodoxes en matire de +morale qu'en matire de religion. On a dsign quelquefois sous +ce nom les ordres mendiants des deux sexes. + +TUSCA (_de_), chef de police ou capitaine d'aventures. 67. + +_Tyran_, tyran. 78. + +----------U---------- + +_Unes_, une paire de. Et unes houses de basane. P. 73. v. 7.--Unes +brayes breneuses. P. 77. + +_Uys_, porte. 48. + +----------V---------- + +_Vacquerie_, vicairie. 68. + +VALENCIENNES, 81. + +VALERE LE GRAND, Valre Maxime. 27. + +_Valeton_, serviteur, amoureux. 49. + +VALLETTE (_Jehan_), 63. + +_Varlet_, garon de cabaret, de cuisine. 193, 197, 208. + +_Vaulsist_, valait, 26. + +VAUSELLES (_Katherine de_), 46. + +VAUVERT (le diable de). L'opinion commune tait que les diables +habitaient Vauvert. C'est pour cette raison que l'on appelait +rue d'Enfer celle qui conduisait en ce lieu. (Pr.) + +_Vecy_, voici. + +_Veez_, voyez. 136. + +_Vela_, voil. + +_Venerieux_, relatif l'amour. A tous les Dieux venerieux. +(P. 8, v. 7.) + +_Vent (avoir le)_, 173, tre favoris de la fortune. On dit +aujourd'hui: Avoir vent en poupe. + +_Venteur_, 96, homme qui se vante volontiers. + +VENUS, 122 + +_Veoir_, voir. 25.--Vrai. 197. + +_Verdi_, p. 168, v. 24 (?). Peut-tre faut-il lire: Gorgias, +sur le hault vestu. + +_Vers_, envers. 24. + +VICESTRE, 12, 73. Le chteau de Bictre. Il tait en ruines du +temps de Villon. + +_Viellart_, vieillard. 69. + +_Vielle_. Ma vielle ay mys soubz le banc, p. 48, veut dire: +j'ai renonc au jeu, j'ai quitt la partie. + +VIENNE en Dauphin. 37. + +VILLON (Guillaume), 9, 53. Ce Guillaume Villon ou de Villon +n'tait pas le pre du pote, puisque celui-ci, qui l'appelle +son plus que pre, parle de lui, dans le _Grand Testament_ +(p. 53) comme d'une personne encore en vie, et lui lgue sa +bibliothque, tandis qu'il vient de dire (p. 32) que son pre +est mort, M. Nagel s'est attach prouver qu'il n'tait mme +pas son parent, d'o la conclusion que le pote aurait adopt le +nom de Villon pour faire honneur son matre et protecteur. +Il se fonde particulirement sur le huitain IX du _Petit +Testament_, o Franois dit que sa renomme _bruit_ en faveur du +nom de Guillaume, et sur le huitain 23 du _Grand Testament_, o +il se plaint qu'il est abandonn des siens, ce qui ne s'accorde +pas avec les tmoignages de reconnaissance qu'il prodigue +Guillaume Villon. J'avoue que tout cela est assez concluant. On +pourrait objecter nanmoins qu'en se disant abandonn du moindre +des siens, tout en parlant comme il le fait des bonts que +Guillaume avait pour lui, Villon se rappelait cet axiome, que +l'exception confirme la rgle. Quant l'honneur que sa renomme +devait faire au nom de Villon, il importait peu que Guillaume +ft ou non de la famille du pote: le rsultat tait le mme +pour lui. + +_Villotires_, coureuses, filles de mauvaise vie. Voy. Cotgrave. + +_Vin de buffet_, vin commun et frelat. 65. + +_Vin (aller au)_, p. 83, c'est aller au cabaret chercher du vin +qu'on emporte dans l'endroit o il doit tre bu. C'est ainsi +qu'on s'en procurait gnralement au moyen ge. Voy. _Ancien +thtre franais_. t. 1, p. 1955 _Farce de Pernet_ _qui va au +vin_; t. 1, p. 250. _Farce du gentilhomme et de Naudet_. + +Vin d'Aulnys. 60.--de Baigneulx. 193.--de Beaune. 193, +207.--Morillon (rouge). 100. + +_Vis_, visage. 40. + +_Vivre d'avantage_, vivre sans rien dbourser, aux dpens +d'autrui. + +_Vo_, votre. 86. + +_Voir_, vrai. 28. + +_Voire_ (95, v. 17), verre. + +_Voire_, vraiment. 23, 145, 164. + +_Volse_, aille. 22. + +VOLLANT, 196. + +_Vouillis_, veuillez 55. + +_Voulent_, volont. + +_Voulsisse_, voulusse. 147. + +_Voulsist_, voult. 33, 191. + +_Voult_, voulut. 99 + +_Voultyz (sourcilz)_, sourcils arqus, bien plants. (P. 40.) + +_Voyse_, aille. 64. + +_Vueil_, voeu. 75, v. 9. + +_Vueil_, veux. 22. + +----------Y---------- + +Y, il. Cy say bien comment y m'en va. 108. + +_Ydoine_, propre, _idoneus_. + +_Ypocras_, vin sucr et pic. 78, 198 + +_Ysnel_. prompt, alerte. 74. + +YTHIER, 59. + +Yver, hiver. 85. + +YVON, prnom commun en Bretagne. 157. + + + + +TABLE DES MATIRES + + Pages + +PRFACE.... V + +REMARQUES PHILOLOGIQUES.... XXIII + +CLMENT MAROT AUX LECTEURS.... 1 + +MAROT AU ROY FRANOIS Ier.... 5 + +LE PETIT TESTAMENT.... 7 + +LE GRAND TESTAMENT.... 21 + +Ballade des Dames du temps jadis.... 34 + +Ballade des Seigneurs du temps jadis.... 35 + +Ballade en vieil franois.... 36 + +Les Regrets de la belle Heaulmire.... 39 + +Ballade de la belle Heaulmire.... 42 + +Double Ballade sur le mme propos.... 45 + +Ballade que Villon fait la requeste de sa mre, pour prier +Nostre Dame.... 55 + +Ballade de Villon s'amye.... 57 + +Lay ou plustost Rondeau.... 59 + +Ballade et oraison.... 69 + +Ballade que Villon bailla un gentilhomme .... 74 + +Ballade.... 76 + +Ballade intitule: _Les Contredictz de Franc-Gontier_.... 78 + +Ballade des femmes de Paris.... 80 + +Ballade de Villon et de la Grosse Margot.... 83 + +Belle leon de Villon aux enfans perduz.... 86 + +Ballade de bonne doctrine ceux de mauvaise vie .... 87 + +Lays.... 90 + +Rondeau.... 95 + +Ballade par laquelle Villon crye mercy chascun.... 98 + +Ballade pour servir de conclusion.... 99 + +POSIES DIVERSES: + +Le quatrain que feit Villon quand il fut jug mourir.... 101 + +L'Epitaphe en forme de Ballade que feit Villon pour luy et ses +compagnons, s'attendant estre pendu avec eulx.... 101 + +La requeste de Villon la Cour de Parlement .... 103 + +Ballade de l'appel de Villon.... 104 + +Le Dit de la naissance Marie.... 105 + +Double Ballade.... 107 + +Ballade Villon.... 110 + +Epistre en forme de Ballade, ses amis.... 111 + +Le Dbat du cueur et du corps de Villon.... 113 + +La Requeste que Villon bailla Monseigneur de Bourbon.... 115 + +Ballade des proverbes.... 116 + +Ballade des menus propos.... 117 + +Ballade des povres housseurs.... 119 + +Problme ou Ballade au nom de la Fortune .... 120 + +Ballade contre les mesdisans de la France.... 121 + +Le Jargon ou Jobelin de Maistre Franois Villon.... 124 + +POSIES ATTRIBUES A VILLON: + +I. Rondel.... 133 + +II. Rondel.... 133 + +III. Rondel.... 134 + +IV. Rondel.... 135 + +V. Rondel.... 135 + +VI. Rondel.... 136 + +VII. Rondel.... 136 + +VIII. Rondel.... 136 + +IX. Rondel.... 137 + +X. Rondel.... 138 + +XI. Rondel.... 139 + +XII. Rondel.... 139 + +XIII. Rondel.... 140 + +XIV. Ballade pour ung prisonnier.... 140 + +XV. Rondel.... 141 + +XVI. Ballade.... 142 + +XVII. Ballade morale.... 143 + +XVIII. Ballade.... 144 + +XIX. Ballade.... 145 + +XX. Ballade.... 146 + +XXI. Ballade joyeuse des Taverniers.... 147 + +XXII. Monologue du Franc Archier de Baignollet.... 150 + +XXIII. Dialogue de messieurs de Mallepaye et de Baillevent.... 164 + +XXIV. Les Repeues franches de Franois Villon et de ses +compagnons.... 178 + +_Ballade de l'Acteur_.... 182 + +_Ballade des Escoutans _.... 183 + +_La Repeue de Villon et de ses compaignons_.... 186 + +La manire d'avoir du poisson.... 187 + +La manire d'avoir des trippes.... 190 + +La manire d'avoir du pain.... 191 + +La manire d'avoir du vin.... 192 + +La manire d'avoir du rost.... 194 + +_Seconde Repeue, de l'Epidmie_ .... 195 + +_La troisiesme Repeue, des Torcheculs_ .... 199 + +_La quatriesme Repeue, du Souffreteux_... 206 + +_La cinquiesme Repeue, du Pelletier_.... 210 + +_Sixiesme Repeue, des Gallants sans soucy_... 212 + +_La septiesme Repeue, faicte auprs de Montfaulcon_.... 215 + +NOTES.... + +GLOSSAIRE-INDEX.... + + + +ADDITIONS ET CORRECTIONS. + +Le nom de M. CAMPAUX est partout crit par erreur CAMPEAUX. + +Les deux premiers huitains de la Ballade p. 74 donnent en +acrostiche AMBRAISE DE LOREDE, peut-tre le nom du gentilhomme +pour qui cette pice fut compose. + +L'envoi de la _Ballade de la Grosse Margot_ (p. 84) donne en +acrostiche le nom de Villon. + +_Fille en chief_ (p. 91), fille coiffe de ses cheveux. + +Les _Coups orbes_ (p. 115) sont des coups produisant des +contusions, des _bleus_. + +_Coustelez comme chiches_ (p. 171) peut se traduire par: +ctes, comme des pois chiches. + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Oeuvres compltes de Franois Villon +by Franois Villon + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OEUVRES DE FRANOIS VILLON *** + +***** This file should be named 12246-8.txt or 12246-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + https://www.gutenberg.org/1/2/2/4/12246/ + +Produced by Miranda van de Heijning, Renald Levesque and PG +Distributed Proofreaders. This file was produced from images +generously made available by the Bibliothque nationale de France +(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr. + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. Special rules, +set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to +copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to +protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project +Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you +charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you +do not charge anything for copies of this eBook, complying with the +rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose +such as creation of derivative works, reports, performances and +research. They may be modified and printed and given away--you may do +practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is +subject to the trademark license, especially commercial +redistribution. + + + +*** START: FULL LICENSE *** + +THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE +PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK + +To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free +distribution of electronic works, by using or distributing this work +(or any other work associated in any way with the phrase "Project +Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project +Gutenberg-tm License (available with this file or online at +https://gutenberg.org/license). + + +Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm +electronic works + +1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm +electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to +and accept all the terms of this license and intellectual property +(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all +the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy +all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession. +If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project +Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the +terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or +entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8. + +1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be +used on or associated in any way with an electronic work by people who +agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few +things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works +even without complying with the full terms of this agreement. See +paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project +Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement +and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic +works. See paragraph 1.E below. + +1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation" +or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project +Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the +collection are in the public domain in the United States. If an +individual work is in the public domain in the United States and you are +located in the United States, we do not claim a right to prevent you from +copying, distributing, performing, displaying or creating derivative +works based on the work as long as all references to Project Gutenberg +are removed. Of course, we hope that you will support the Project +Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by +freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of +this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with +the work. You can easily comply with the terms of this agreement by +keeping this work in the same format with its attached full Project +Gutenberg-tm License when you share it without charge with others. + +1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern +what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in +a constant state of change. If you are outside the United States, check +the laws of your country in addition to the terms of this agreement +before downloading, copying, displaying, performing, distributing or +creating derivative works based on this work or any other Project +Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning +the copyright status of any work in any country outside the United +States. + +1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg: + +1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate +access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently +whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the +phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project +Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed, +copied or distributed: + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + +1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived +from the public domain (does not contain a notice indicating that it is +posted with permission of the copyright holder), the work can be copied +and distributed to anyone in the United States without paying any fees +or charges. If you are redistributing or providing access to a work +with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the +work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1 +through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the +Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or +1.E.9. + +1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted +with the permission of the copyright holder, your use and distribution +must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional +terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked +to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the +permission of the copyright holder found at the beginning of this work. + +1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm +License terms from this work, or any files containing a part of this +work or any other work associated with Project Gutenberg-tm. + +1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this +electronic work, or any part of this electronic work, without +prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with +active links or immediate access to the full terms of the Project +Gutenberg-tm License. + +1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary, +compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any +word processing or hypertext form. However, if you provide access to or +distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than +"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version +posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org), +you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a +copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon +request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other +form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm +License as specified in paragraph 1.E.1. + +1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, +performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works +unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. + +1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing +access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided +that + +- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from + the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method + you already use to calculate your applicable taxes. The fee is + owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he + has agreed to donate royalties under this paragraph to the + Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments + must be paid within 60 days following each date on which you + prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax + returns. Royalty payments should be clearly marked as such and + sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the + address specified in Section 4, "Information about donations to + the Project Gutenberg Literary Archive Foundation." + +- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies + you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he + does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm + License. You must require such a user to return or + destroy all copies of the works possessed in a physical medium + and discontinue all use of and all access to other copies of + Project Gutenberg-tm works. + +- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any + money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the + electronic work is discovered and reported to you within 90 days + of receipt of the work. + +- You comply with all other terms of this agreement for free + distribution of Project Gutenberg-tm works. + +1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm +electronic work or group of works on different terms than are set +forth in this agreement, you must obtain permission in writing from +both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael +Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the +Foundation as set forth in Section 3 below. + +1.F. + +1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable +effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread +public domain works in creating the Project Gutenberg-tm +collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic +works, and the medium on which they may be stored, may contain +"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or +corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual +property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a +computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by +your equipment. + +1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right +of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project +Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project +Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all +liability to you for damages, costs and expenses, including legal +fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT +LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE +PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE +TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE +LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR +INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH +DAMAGE. + +1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a +defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can +receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a +written explanation to the person you received the work from. If you +received the work on a physical medium, you must return the medium with +your written explanation. The person or entity that provided you with +the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a +refund. If you received the work electronically, the person or entity +providing it to you may choose to give you a second opportunity to +receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy +is also defective, you may demand a refund in writing without further +opportunities to fix the problem. + +1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth +in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER +WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO +WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. + +1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied +warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages. +If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the +law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be +interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by +the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any +provision of this agreement shall not void the remaining provisions. + +1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the +trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone +providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance +with this agreement, and any volunteers associated with the production, +promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works, +harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees, +that arise directly or indirectly from any of the following which you do +or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm +work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any +Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause. + + +Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm + +Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of +electronic works in formats readable by the widest variety of computers +including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at https://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at https://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. Compliance requirements are not uniform and it takes a +considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up +with these requirements. We do not solicit donations in locations +where we have not received written confirmation of compliance. To +SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any +particular state visit https://pglaf.org + +While we cannot and do not solicit contributions from states where we +have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition +against accepting unsolicited donations from donors in such states who +approach us with offers to donate. + +International donations are gratefully accepted, but we cannot make +any statements concerning tax treatment of donations received from +outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. + +Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation +methods and addresses. Donations are accepted in a number of other +ways including including checks, online payments and credit card +donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate + + +Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic +works. + +Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm +concept of a library of electronic works that could be freely shared +with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project +Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. + +Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed +editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. +unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + +Each eBook is in a subdirectory of the same number as the eBook's +eBook number, often in several formats including plain vanilla ASCII, +compressed (zipped), HTML and others. + +Corrected EDITIONS of our eBooks replace the old file and take over +the old filename and etext number. The replaced older file is renamed. +VERSIONS based on separate sources are treated as new eBooks receiving +new filenames and etext numbers. + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + https://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. + +EBooks posted prior to November 2003, with eBook numbers BELOW #10000, +are filed in directories based on their release date. If you want to +download any of these eBooks directly, rather than using the regular +search system you may utilize the following addresses and just +download by the etext year. + + https://www.gutenberg.org/etext06 + + (Or /etext 05, 04, 03, 02, 01, 00, 99, + 98, 97, 96, 95, 94, 93, 92, 92, 91 or 90) + +EBooks posted since November 2003, with etext numbers OVER #10000, are +filed in a different way. The year of a release date is no longer part +of the directory path. The path is based on the etext number (which is +identical to the filename). The path to the file is made up of single +digits corresponding to all but the last digit in the filename. For +example an eBook of filename 10234 would be found at: + + https://www.gutenberg.org/1/0/2/3/10234 + +or filename 24689 would be found at: + https://www.gutenberg.org/2/4/6/8/24689 + +An alternative method of locating eBooks: + https://www.gutenberg.org/GUTINDEX.ALL + + diff --git a/old/12246-8.zip b/old/12246-8.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..c2fbebe --- /dev/null +++ b/old/12246-8.zip diff --git a/old/12246-h.zip b/old/12246-h.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..cc23488 --- /dev/null +++ b/old/12246-h.zip diff --git a/old/12246-h/12246-h.htm b/old/12246-h/12246-h.htm new file mode 100644 index 0000000..1723632 --- /dev/null +++ b/old/12246-h/12246-h.htm @@ -0,0 +1,13178 @@ +<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01 Transitional//EN"> +<html> +<head> +<meta http-equiv="content-type" content= +"text/html; charset=ISO-8859-1"> +<title>Oeuvres complètes de François Villon</title> +<meta name="author" content="Pierre Janet"> +<style type="text/css"> +body {margin-left: 10%; margin-right: 10%} +h1,h2,h3,h4,h5,h6 {text-align: center;} +p {text-align: justify} +blockquote {text-align: justify} +hr {width: 50%; text-align: center} +hr.full {width: 100%} +hr.short {width: 20%; text-align: center} +.note {font-size: 0.8em; margin-left: 10%; margin-right: 10%} +.footnote {font-size: 0.8em; margin-left: 10%; margin-right: 10%} +.side {padding-left: 10px; font-weight: bold; font-size: 75%; + float: right; margin-left: 10px; border-left: thin dashed; + width: 25%; text-indent: 0px; font-style: italic; text-align: left} +span.pagenum {font-size: 10pt; right: 91%; left: 1%; position: absolute} +.poem {margin-bottom: 1em; margin-left: 10%; margin-right: 10%; + text-align: left} +.poem .stanza {margin: 1em 0em} +.poem p {padding-left: 3em; margin: 0px; text-indent: -3em} +.poem p.i2 {margin-left: 1em} +.poem p.i4 {margin-left: 2em} +.poem p.i6 {margin-left: 3em} +.poem p.i8 {margin-left: 4em} +.poem p.i10 {margin-left: 5em} +a:link {color: blue; text-decoration: none} +link {color: blue; text-decoration: none} +a:visited {color: blue; text-decoration: none} +a:hover {color: red} +</style> +</head> +<body> +<pre> + +Project Gutenberg's Oeuvres compltes de Franois Villon, by Franois Villon + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Oeuvres compltes de Franois Villon + Suivies d'un choix des posies de ses disciples + +Author: Franois Villon + +Release Date: May 3, 2004 [EBook #12246] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OEUVRES DE FRANCOIS VILLON *** + + + + +Produced by Miranda van de Heijning, Renald Levesque and PG +Distributed Proofreaders. This file was produced from images +generously made available by the Bibliothque nationale de France +(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr. + + + + + +</pre> +<h1>OEUVRES COMPLÈTES</h1> +<h3>DE</h3> +<h1>FRANÇOIS VILLON</h1> +<br> +<br> +<br> + +<h3>SUIVIES D'UN CHOIX DES POÉSIES DE SES DISCIPLES<br> + ÉDITION PRÉPARÉE PAR LA MONNOYE</h3> +<h3>MISE AU JOUR, AVEC NOTES ET GLOSSAIRE PAR M. PIERRE +JANNET</h3> +<br> +<br> +<br> + <a name="pV"></a><span class="pagenum">P. V</span> +<h3>PRÉFACE</h3> +<p>On ne sait guère de la vie de François Villon +que ce qu'il en dit lui-même, et l'on en sait trop. +J'aurais voulu me dispenser de décrire, après tant +d'autres<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href= +"#footnote1"><sup>1</sup></a>, cette existence peu +édifiante, mais je n'ai pas cru pouvoir le faire. Le sujet +des poésies de Villon, c'est Villon lui-même, et sa +biographie est la clef de ses oeuvres.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote1" name= +"footnote1"></a><b>Note 1:</b> <a href= +"#footnotetag1">(retour)</a> Voir notamment la <i>Vie de +François Villon</i>, par Guillaume Colletet, en tête +des oeuvres de Villon, édition de M.P.L. Jacob, +bibliophile (M. Paul Lacroix), Paris, 1854, in-16;—le +<i>Mémoire</i> de M. Prompsault, en tête de son +édition de Villon, Paris, 1832, +in-8;—<i>François Villon, Versuch einer kritischen +Darstellung seines Lebens nach seinen Gedichten</i>, von Dr. S. +Nagel. <i>Mulheim an der Ruhr</i>, 1856, in-4, le travail le plus +complet et le plus judicieux qu'on eût fait jusqu'alors sur +ce sujet, et la base de ceux qu'on a faits +depuis;—<i>François Villon, sa vie et ses +oeuvres</i>, par Antoine Campeaux, <i>Paris, Durand</i>, 1859, +in-8, et la notice de M. Anatole de Montaiglon, excellente pour +le fond comme pour la forme, dans <i>les Poètes +Français</i>, recueil publié sous la direction de +M. Eugène Crépet, Paris, 1861-62, 4 vol. gr. in-8, +t. I, p. 447-455.</blockquote> +<p>François Villon naquit à Paris en 1431. Sur la +foi d'une pièce que Fauchet, dans son traité<a +name="pVI"></a><span class="pagenum">p. VI</span> <i>de l'Origine +des chevaliers</i>, imprimé en 1599, dit avoir +trouvée dans un manuscrit de sa bibliothèque <a id= +"footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href= +"#footnote2"><sup>2</sup></a>, on a mis en doute le lieu de la +naissance et jusqu'au nom du poète. On s'est livré +à des conjectures ingénieuses pour concilier les +renseignements fournis par lui-même avec les indications de +Fauchet, pour expliquer comment il pouvait s'appeler à la +fois Corbueil et Villon, être à la fois natif +d'Auvers et de Paris. Pour moi, je crois, avec le P. Du Cerceau, +Daunou et beaucoup d'autres, qu'on ne doit tenir aucun compte de +ce huitain, amplification maladroite de l'épitaphe en +quatre vers <a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href= +"#footnote3"><sup>3</sup></a>. Ce n'est pas sur une pareille +autorité qu'on peut substituer le nom de <i>Corbueil</i> +à celui de <i>Villon</i>, que notre poète se donne +lui-même en vingt endroits de ses oeuvres <a id= +"footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href= +"#footnote4"><sup>4</sup></a>.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote2" name= +"footnote2"></a><b>Note 2:</b> <a href= +"#footnotetag2">(retour)</a> Voici cette pièce, que j'ai +cru devoir rejeter des oeuvres de Villon:<br> + +<div class="poem"> +<div class="stanza" style="font-style: italic;"> +<p>Je suis Françoys, dont ce me poise,</p> +<p>Nommé Corbueil en mon surnom,</p> +<p>Natif d'Auvers emprès Pontoise,</p> +<p>Et du commun nommé Villon.</p> +<p>Or, d'une corde d'une toise</p> +<p>Sauroit mon col que mon cul poise,</p> +<p>Se ne fut un joli appel.</p> +<p>Le jeu ne me sembloit point bel.</p> +</div> +</div> +<p>L'auteur de ce huitain n'a pas compris l'intention comique de +ce vers de Villon:</p> +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p><i>Né de Paris emprès Pontoise;</i></p> +</div> +</div> +<p>C'est pourquoi il le fait gravement naître à +Auvers, qui est en effet près de Pontoise. Mais une preuve +certaine de la composition tardive de cette pièce, c'est +qu'on ne trouverait probablement pas dans la seconde +moitié du XVe siècle, et certainement pas dans les +oeuvres de Villon, un huitain dont les rimes soient +distribuées comme dans celui-là. Dans tous les +huitains de Villon, sans exception, le premier vers rime avec le +troisième, le second avec le quatrième, le +cinquième et le septième, et le sixième avec +le huitième. Les faussaires ne pensent jamais à +tout.</p> +</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote3" name= +"footnote3"></a><b>Note 3:</b> <a href= +"#footnotetag3">(retour)</a> Voy. <a href="#p101">p. +101.</a></blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote4" name= +"footnote4"></a><b>Note 4:</b> <a href= +"#footnotetag4">(retour)</a> Voy. le <i>Glossaire-Index</i>, au +mot VILLON.</blockquote> +<p>Les parents de Villon étaient pauvres<a id= +"footnotetag5" name="footnotetag5"></a><a href= +"#footnote5"><sup>5</sup></a>. Sa <a name="pVII"></a><span class= +"pagenum">P. VII</span> mère était +illettrée<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a +href="#footnote6"><sup>6</sup></a>; son père était +vraisemblablement un homme de métier, et peut-être, +ainsi que l'a conjecturé M. Campeaux, un ouvrier en cuir, +un <i>cordouennier</i><a id="footnotetag7" name= +"footnotetag7"></a><a href="#footnote7"><sup>7</sup></a>.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote5" name= +"footnote5"></a><b>Note 5:</b> <a href= +"#footnotetag5">(retour)</a> V. <a href="#p031">p. 31,</a> +huitain XXXV.</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote6" name= +"footnote6"></a><b>Note 6:</b> <a href= +"#footnotetag6">(retour)</a> «Oncques lettre ne +leuz.» <a href="#p055">P. 55,</a> v. 22.</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote7" name= +"footnote7"></a><b>Note 7:</b> <a href= +"#footnotetag7">(retour)</a> Voyez <i>Notes</i></blockquote> +<p>Poussé par le désir de s'élever au-dessus +de la triste condition de ses parents, ou plutôt par ce +besoin de savoir qui tourmente les natures comme la sienne, +Villon étudia. Il connut les misères de +l'état d'écolier pauvre. On n'a pas de +renseignements certains sur le genre d'études auquel il se +livra ni sur les progrès qu'il y fit. M. Nagel suppose +qu'il obtint le grade de maître ès arts, et se fonde +surtout sur le legs qu'il fait plus tard, de sa «nomination +qu'il a de l'Université» (p. 15). Mais ce legs +pourrait bien n'être qu'une plaisanterie, comme tant +d'autres. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'obtint pas le +grade de maître en théologie, but suprême des +études du temps<a id="footnotetag8" name= +"footnotetag8"></a><a href="#footnote8"><sup>8</sup></a>.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote8" name= +"footnote8"></a><b>Note 8:</b> <a href= +"#footnotetag8">(retour)</a> Voy. <i>Grand Testament</i>, +huitains XXXVII (<a href="#p032">p. 32</a>) et LXXII (<a href= +"#p052">p. 52.</a>)</blockquote> +<p>En ce temps-là, comme plus tard, les étudiants +étaient exposés à bien des tentations. +Villon n'y sut pas résister. En contact avec des jeunes +gens sans préjugés d'aucune sorte et +dépourvus d'argent comme lui, il adopta leurs moeurs et +façons de vivre. Bientôt il devint leur chef et leur +providence<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a><a href= +"#footnote9"><sup>9</sup></a>. Les <i>Repues franches</i>, +singulier monument élevé à sa gloire par +quelqu'un de ses disciples, nous font connaître par quelles +combinaisons ingénieuses lui et ses compagnons se +procuraient les moyens de mener joyeuse vie. Leurs friponneries +<a name="pVIII"></a><span class="pagenum">P. VIII</span> +étaient tout à fait dans les moeurs du temps, et ne +dépassaient sans doute pas les proportions de ce qu'on +serait volontiers tenté d'appeler <i>des bons tours</i>; +mais ils étaient sur une pente glissante, et la justice +n'entendait pas raillerie.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote9" name= +"footnote9"></a><b>Note 9:</b> <a href= +"#footnotetag9">(retour)</a> +<div class="poem"> +<div class="stanza" style="font-style: italic;"> +<p>C'estoit la mère nourricière</p> +<p>De ceux qui n'avoient point d'argent;</p> +<p>A tromper devant et derrière</p> +<p>Estoit un homme diligent. (<a href="#p190">P. 190.</a>)</p> +</div> +</div> +</blockquote> +<p>Rien ne prouve cependant que Villon ait eu maille à +partir avec elle à cause de ses entreprises sur le bien +d'autrui. On a parlé de ses deux procès: il en eut +au moins trois, bien constatés par ses oeuvres, et le +premier, qu'on n'avait pas fait ressortir jusqu'à +présent, est le seul dont le sujet soit indiqué +d'une manière certaine. C'est la suite d'une affaire +d'amour.</p> +<p>Avant de tomber dans ces relations honteuses avec des femmes +perdues dont la <i>Ballade de la Grosse Margot</i><a id= +"footnotetag10" name="footnotetag10"></a><a href= +"#footnote10"><sup>10</sup></a> nous donne l'ignoble tableau, +Villon fut amoureux. Il connut l'amour vrai, l'amour naïf et +timide<a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a><a href= +"#footnote11"><sup>11</sup></a>. Quel fut l'objet de cette +passion, c'est ce qu'il n'est pas facile de dire. Il l'appelle de +divers noms, Denise, Roze, Katherine de Vauzelles. Que ce +fût une femme de moeurs faciles, une gentille bourgeoise ou +une noble damoiselle, il paraît certain que c'était +une coquette. Elle l'écouta d'abord, l'encouragea<a id= +"footnotetag12" name="footnotetag12"></a><a href= +"#footnote12"><sup>12</sup></a> et finit par le rebuter. Il s'en +plaignit sans doute à ses compagnons, que les femmes +qu'ils fréquentaient n'avaient pas habitués +à de pareilles rigueurs, et qui se moquèrent de +lui<a id="footnotetag13" name="footnotetag13"></a><a href= +"#footnote13"><sup>13</sup></a>. Villon s'emporta contre sa +belle, lui fit des avanies, lui dit des injures, <a name= +"pIX"></a><span class="pagenum">P. IX</span> composa +peut-être contre elle quelque ballade piquante, quelque +rondeau bien méchant. Or, bien que religieux au fond, il +frondait volontiers les choses sacrées<a id= +"footnotetag14" name="footnotetag14"></a><a href= +"#footnote14"><sup>14</sup></a>. La belle dame se plaignit; la +juridiction ecclésiastique s'en mêla<a id= +"footnotetag15" name="footnotetag15"></a><a href= +"#footnote15"><sup>15</sup></a>, et Villon fut bel et bien +condamné au fouet<a id="footnotetag16" name= +"footnotetag16"></a><a href="#footnote16"><sup>16</sup></a>.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote10" name= +"footnote10"></a><b>Note 10:</b> <a href= +"#footnotetag10">(retour)</a> <a href="#p083">Page +83.</a></blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote11" name= +"footnote11"></a><b>Note 11:</b> <a href= +"#footnotetag11">(retour)</a> Le doux souvenir de cette passion +se montre en maints endroits des oeuvres de Villon, +mêlé à ses regrets et aux reproches qu'il +adresse à sa maîtresse avide et cruelle. Voy. les +huitains III, IV, V et X du <i>Petit Testament</i>, LV à +LIX du <i>Grand Testament</i>, la ballade de la <a href= +"#p057">page 57,</a> le rondeau <a href="#p059">p. 59,</a> +etc.</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote12" name= +"footnote12"></a><b>Note 12:</b> <a href= +"#footnotetag12">(retour)</a> +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p><i>Quoy que je luy voulsisse dire,</i></p> +<p><i>Elle estoit preste d'escouter, etc.</i> (<a href="#p047">P. +47.</a>)</p> +</div> +</div> +</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote13" name= +"footnote13"></a><b>Note 13:</b> <a href= +"#footnotetag13">(retour)</a> +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p><i>... qui partout m'appelle</i></p> +<p><i>L'amant remys et renié</i>. (<a href="#p048">P. +48.</a>)</p> +</div> +</div> +</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote14" name= +"footnote14"></a><b>Note 14:</b> <a href= +"#footnotetag14">(retour)</a> Voir notamment les huitains CVI +à CX du <i>Grand Testament</i>.</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote15" name= +"footnote15"></a><b>Note 15:</b> <a href= +"#footnotetag15">(retour)</a> +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p><i>Quant chicanner me feit Denise,</i></p> +<p><i>Disant que je l'avoye mauldite</i>. <a href="#p069">P. +69.</a></p> +</div> +</div> +</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote16" name= +"footnote16"></a><b>Note 16:</b> <a href= +"#footnotetag16">(retour)</a> La sentence fut +exécutée. La <i>Double ballade</i> de la page 45 ne +laisse aucun doute à cet égard: +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p><i>J'en fus batu, comme à ru telles,</i></p> +<p><i>Tout nud...</i> (<a href="#p046">P. 46,</a> v. 24-25.)</p> +</div> +</div> +</blockquote> +<p>C'est à la suite de cette sentence que Villon, +décidé à quitter Paris, composa les +<i>Lays</i> ou legs auxquels on a donné depuis le titre de +<i>Petit Testament</i>.</p> +<p>Dans le huitain VI, <a href="#p009">page 9,</a> il annonce +qu'il s'en va à Angers. Il est probable qu'il ne fit pas +ce voyage. Ses habitudes, ses relations, sa misère, le +retinrent à Paris ou aux environs. C'était en 1456. +Flétri par le châtiment qu'il avait subi, aigri par +l'infortune, il ne connut plus de bornes. L'année qui +suivit sa condamnation fut assurément l'époque la +plus honteuse de sa vie. En 1457, il était dans les +prisons du Châtelet, et le Parlement, après lui +avoir fait appliquer la question de l'eau<a id="footnotetag17" +name="footnotetag17"></a><a href="#footnote17"><sup>17</sup></a>, +le condamnait à mort. On ignore le motif de cette +condamnation; on a supposé qu'il s'agissait d'un crime +commis à Rueil par lui et plusieurs de ses compagnons, +dont quelques-uns furent pendus<a id="footnotetag18" name= +"footnotetag18"></a><a href="#footnote18"><sup>18</sup></a>. +Cette supposition paraît fondée. Quant au crime +commis, il n'était peut-être <a name="pX"></a><span +class="pagenum">P. X</span> pas d'une extrême +gravité. Les lois étaient sévères, et +les compagnons de Villon devaient avoir, comme lui, des +antécédents fâcheux.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote17" name= +"footnote17"></a><b>Note 17:</b> <a href= +"#footnotetag17">(retour)</a> C'est ce qu'indiquent clairement +ces deux vers de la <a href="#p104">page 104:</a> +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p><i>On ne m'eust, parmi ce drapel,</i></p> +<p><i>Faict boyre à celle escorcherie</i>.</p> +</div> +</div> +</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote18" name= +"footnote18"></a><b>Note 18:</b> <a href= +"#footnotetag18">(retour)</a> Voy. la <i>Belle leçon aux +enfans perduz</i>, <a href="#p086">p. 86,</a> et le +<i>Jargon</i>, <a href="#p125">p. 125.</a></blockquote> +<p>Quoi qu'il en soit, Villon ne partagea pas leur sort. Il est +vrai qu'il ne négligea rien pour se tirer d'affaire: il +appela de la sentence, ce qui lui valut quelque répit; +puis, du moins ceci paraît certain, à l'occasion de +la naissance d'une princesse qu'il appelle Marie, il implora la +protection du père de cette princesse. Cette +démarche lui réussit: le prince intercéda +pour lui, et le Parlement commua sa peine en celle du +bannissement. Villon se montra pénétré de +reconnaissance. Il adressa une requête au Parlement, pour +lui rendre grâces autant que pour lui demander un +délai de trois jours pour quitter Paris, et il composa +pour la princesse qui venait de naître des vers pleins de +sentiment. M. Prompsault a cru que cette princesse était +Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire, +née le 13 février 1457; mais c'était une +erreur. M. Auguste Vitu, qui prépare depuis nombre +d'années une édition de Villon, a reconnu qu'il +s'agissait de Marie d'Orléans, fille du poète +Charles d'Orléans, née le 19 décembre 1457, +et M. Campeaux a clairement démontré que cette +opinion était fondée.</p> +<p>A partir du moment où Villon quitte Paris, en +exécution de l'arrêt du Parlement, nous perdons sa +trace jusqu'en 1461. A cette époque nous le trouvons dans +les prisons de Meung-sur-Loire, où le détient +Thibault d'Aussigny, évêque d'Orléans. Quel +nouveau méfait lui reprochait-on? Ceux qui supposent qu'il +avait fabriqué de la fausse monnaie n'ont pas pris garde +que la punition de ce crime était exclusivement du ressort +des juges séculiers. Dans le <i>Débat du coeur et +du corps de Villon</i>, composé dans sa prison, le +poète attribue sa détention à sa <i>folle +plaisance</i>.</p> +<p>Ce qu'on lui reprochait, c'était peut-être +quelque <a name="pXI"></a><span class="pagenum">P. XI</span> +propos ou quelque écrit peu orthodoxe, quelque +<i>plaisanterie</i> sentant le sacrilège, quelque aventure +galante par trop scandaleuse, toutes choses dont il était +bien capable et dont la répression regardait la justice +ecclésiastique. Il y a lieu de croire que le délit +n'était pas en rapport avec la punition, car Villon, qui +n'a jamais protesté contre sa condamnation au fouet, qui +se contente d'indiquer vaguement que le Parlement l'avait +jugé <i>par fausserie</i>, fit preuve de la plus violente +rancune contre Thibault d'Aussigny. Il paraît même +certain que cette mauvaise affaire ne lui fit pas perdre la +faveur de ses protecteurs, Charles d'Orléans et le duc de +Bourbon.</p> +<p>Quoi qu'il en soit, Villon languit longtemps dans la prison de +Meung, plongé dans un cul de basse-fosse, nourri au pain +et à l'eau. Rien n'indique qu'une sentence quelconque ait +été rendue contre lui mais le traitement qu'on lui +faisait subir devait le conduire lentement à une mort +certaine. Heureusement Louis XI, qui venait de succéder +à Charles VII, alla à Meung dans l'automne de 1461, +et Villon lui dut sa délivrance. Fut-ce, ainsi que le dit +M. Campeaux, par suite «du don de joyeux avènement +qui remettait leur peine à tous les prisonniers d'une +ville où le roi entrait après son sacre?» Je +serais plutôt porté à croire, malgré +l'absence de preuves, que Villon fut personnellement l'objet +d'une mesure de clémence de la part du roi; la +façon dont il en témoigne sa reconnaissance me +paraît justifier cette supposition <a id="footnotetag19" +name="footnotetag19"></a><a href= +"#footnote19"><sup>19</sup></a>.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote19" name= +"footnote19"></a><b>Note 19:</b> <a href= +"#footnotetag19">(retour)</a> On a dit récemment que le +roi qui délivra Villon était Charles VII. Je ne +puis adopter cette opinion. Sans examiner ici la valeur du +document sur lequel elle est basée, je me bornerai +à faire remarquer que Charles VII mourut à +Mehun-sur-Yèvre, près de Bourges, le 22 juillet +1461, précisément au moment où Villon +était dans la prison de Meung-sur-Loire, près +d'Orléans, où il passa <i>tout un +été</i> (<a href="#p021">p. 21,</a> v. 14), +c'est-à-dire tout l'été de la même +année 1461.</blockquote> +<p>En sortant des prisons de Meung, Villon composa, du moins en +partie, le <i>Grand Testament</i>, <a name="pXII"></a><span +class="pagenum">P. XII</span> dans lequel sont intercalées +des pièces qui se rapportent à diverses +époques de sa vie, et dont quelques-unes ont dû +être composées beaucoup plus tard.</p> +<p>Il est probable, en effet, que Villon vécut encore +longtemps; mais on ne sait rien de précis à cet +égard. Les conjectures sur lesquelles on se fonde pour +placer la date de sa mort entre 1480 et 1489 ne sont, en +définitive, que des conjectures. Quant aux voyages qu'on +lui fait faire à Saint-Omer, Lille, Douai, Salins, Angers, +Saint-Genoux, et jusque dans le Roussillon, rien ne prouve qu'ils +ont eu lieu. Villon nomme ces localités dans ses oeuvres, +il est vrai, mais nulle part il ne dit qu'il les a +visitées. Son voyage à Bruxelles, son séjour +en Angleterre, avec la réponse hardie qu'il aurait faite +au roi Edouard V, ne me semblent pas beaucoup plus certains, +malgré mon respect pour celui qui s'en est fait +l'historien <a id="footnotetag20" name="footnotetag20"></a><a +href="#footnote20"><sup>20</sup></a>. Ce qui me semble hors de +doute, c'est sa retraite dans le centre de la France, où +semblait l'attirer quelque chose qui nous est inconnu, +peut-être quelque relation de famille. Dans le <i>Petit +Testament</i>, il annonce qu'il va à Angers<a id= +"footnotetag21" name="footnotetag21"></a><a href= +"#footnote21"><sup>21</sup></a>; il en revenait peut-être +lorsqu'il fut arrêté à Meung. Dans le +<i>Grand Testament</i>, il dit qu'il «parle un peu +poictevin <a id="footnotetag22" name="footnotetag22"></a><a href= +"#footnote22"><sup>22</sup></a>.» La <i>Ballade Villon</i> +(<a href="#p109">p. 109</a>) et la <i>Double ballade</i> (<a +href="#p107">p. 107</a>) prouvent qu'il séjourna quelque +temps à Blois, à la cour de Charles +d'Orléans, <a name="pXIII"></a><span class="pagenum">P. +XIII</span> et le vers de la <a href="#p111">page 111:</a></p> +<p><i>Que fais-je plus? Quoi? Les gaiges ravoir.</i></p> +<p>autorise à penser qu'il avait obtenu auprès du +prince une de ces charges qu'on donnait aux poètes de +cour. Ainsi, par le <i>Dit de la naissance Marie</i>, Villon +n'avait pas seulement échappé au dernier supplice; +il s'était de plus acquis la faveur de Charles +d'Orléans, et il sut la conserver, du moins pendant +quelque temps, et peut-être jusqu'à la mort du duc, +arrivée en 1465.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote20" name= +"footnote20"></a><b>Note 20:</b> <a href= +"#footnotetag20">(retour)</a> Rabelais, livre IV, chap. LXVII. M. +Nagel a relevé deux erreurs dans ce passage de Rabelais. +Villon n'aurait pu se trouver à la cour d'Edouard V, qui +ne monta sur le trône qu'en 1483, et le médecin +Thomas Linacre, né vers 1460, ne fut célèbre +que sous les règnes de Henri VII et de Henri +VIII.</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote21" name= +"footnote21"></a><b>Note 21:</b> <a href= +"#footnotetag21">(retour)</a> Page 9. —Le Franc archer de +Bagnolet dit, <a href="#p157">p. 157,</a> v. 12: «Ma +mère fut née d'Anjou;» mais cela ne +prouverait rien, même quand il serait +démontré que ce monologue est de +Villon.</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote22" name= +"footnote22"></a><b>Note 22:</b> <a href= +"#footnotetag22">(retour)</a> <a href="#p062">Page +62.</a></blockquote> +<p>Il eut un autre protecteur en la personne du duc de Bourbon, +qui lui faisait de «gracieux prêts <a id= +"footnotetag23" name="footnotetag23"></a><a href= +"#footnote23"><sup>23</sup></a>.»</p> +<p>Enfin, Rabelais, livre IV, chapitre XIII, nous apprend que +«maistre François Villon, sus ses vieux jours, se +retira à Saint-Maixent en Poictou, sous la faveur d'un +homme de bien, abbé dudit lieu. Là, pour donner +passe-temps au peuple, entreprit faire jouer la Passion en gestes +et langage poictevin <a id="footnotetag24" name= +"footnotetag24"></a><a href= +"#footnote24"><sup>24</sup></a>.» Ce témoignage +n'est pas irrécusable; mais pourquoi ne pas l'accepter? +Après une vie aussi agitée, on aime à se +représenter le pauvre poète enfin tranquille, +à l'abri du besoin, s'occupant, pour son plaisir, de jeux +dramatiques, auxquels il avait dû probablement, dans +d'autres temps, demander son pain <a id="footnotetag25" name= +"footnotetag25"></a><a href="#footnote25"><sup>25</sup></a>.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote23" name= +"footnote23"></a><b>Note 23:</b> <a href= +"#footnotetag23">(retour)</a> <a href="#p115">P. 115,</a> v. +6.</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote24" name= +"footnote24"></a><b>Note 24:</b> <a href= +"#footnotetag24">(retour)</a> <i>oeuvres de Rabelais</i>, +édition Burgaud des Marets et Ratnery, t. II, p. 92. On +voit ensuite un tour joué au sacristain des cordeliers, +Estienne Tapecoue, qui sent bien son Villon, mais dont le +dénoûment cruel a pu être inventé par +Rabelais, qui n'aimait pas les moines.</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote25" name= +"footnote25"></a><b>Note 25:</b> <a href= +"#footnotetag25">(retour)</a> On croit que Villon donna des +représentations dramatiques à Paris et ailleurs, et +c'est comme directeur de troupe qu'on lui fait parcourir une +partie de la France et des Pays-Bas.</blockquote> +<p>En pénétrant dans les mystères de cette +existence misérable, on est frappé de deux choses: +D'abord, on remarque qu'elle n'exerça pas sur le coeur de +Villon toute l'action corruptrice qu'il y <a name= +"pXIV"></a><span class="pagenum">P. XIV</span> avait lieu de +redouter. Au milieu de son abjection, Villon conserve des +sentiments élevés. Il est plein d'amour et de +respect pour sa mère <a id="footnotetag26" name= +"footnotetag26"></a><a href="#footnote26"><sup>26</sup></a>, de +reconnaissance pour quiconque l'a secouru <a id="footnotetag27" +name="footnotetag27"></a><a href="#footnote27"><sup>27</sup></a>, +de vénération pour ceux qui ont fait de grandes +choses; il aime son pays, chose d'autant plus honorable qu'elle +était rare en ce temps-là <a id="footnotetag28" +name="footnotetag28"></a><a href="#footnote28"><sup>28</sup></a>; +il regrette les erreurs de sa jeunesse, et le temps qu'il a si +mal employé <a id="footnotetag29" name= +"footnotetag29"></a><a href="#footnote29"><sup>29</sup></a>; +voilà qui doit lui faire pardonner bien des choses.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote26" name= +"footnote26"></a><b>Note 26:</b> <a href= +"#footnotetag26">(retour)</a> Voy. <a href="#p032">p. 32,</a> +huit. XXXVIII; <a href="#p054">p. 54,</a> huit. LXXIX; <a href= +"#p055">p. 55,</a> Ballade.</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote27" name= +"footnote27"></a><b>Note 27:</b> <a href= +"#footnotetag27">(retour)</a> Guillaume Villon, <a href= +"#p009">p. 9,</a> <a href="#p053">53</a>; Jean Cotard, p. <a +href="#p022">22,</a> <a href="#p058">58;</a> Louis XI, p. <a +href="#p023">23,</a> <a href="#p024">24;</a> le Parlement, <a +href="#p103">P. 103;</a> Marie d'Orléans, <a href= +"#p105">p. 105,</a> <a href="#p107">107;</a> le duc de Bourbon, +<a href="#p114">p. 114.</a></blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote28" name= +"footnote28"></a><b>Note 28:</b> <a href= +"#footnotetag29">(retour)</a> Ces deux vers de la <a href= +"#p034">page 34:</a> +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p><i>Et Jehanne, la bonne Lorraine,</i></p> +<p><i>Qu'Anglois brulèrent à Rouen</i>,</p> +</div> +</div> +<p>lui font d'autant plus d'honneur qu'à l'époque +où il les écrivit des gens éclairés +regardaient Jeanne d'Arc comme sorcière, et les Anglais +avaient en France de nombreux partisans.</p> +</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote29" name= +"footnote29"></a><b>Note 29:</b> <a href= +"#footnotetag29">(retour)</a> <i>Grand Testament</i>, huitain +XXVI et suiv.</blockquote> +<p>Puis, quelle influence n'eut-elle pas sur le talent du +poète<a id="footnotetag30" name="footnotetag30"></a><a +href="#footnote30"><sup>30</sup></a>! Formé, comme on dit +aujourd'hui, à l'école du malheur, il vit les +choses sous leur vrai jour, et il entra dans une voie tout +à fait nouvelle. Il rompit en visière à +l'Allégorie, qui régnait alors en souveraine, +à toutes les afféteries de la poésie +rhétoricienne cultivée par les beaux esprits du +temps. Il fut le premier poète <i>réaliste</i>. Que +l'on compare avec ses autres oeuvres les quelques pièces +qu'il a composées selon la poétique de ses +contemporains, la <i>Ballade Villon</i> (<a href="#p109">p. +109</a>), la <i>Requeste au Parlement</i> (<a href="#p103">p. +103</a>), et d'autres, et l'on ne sera point tenté de +«regretter, <a name="pXV"></a><span class="pagenum">P. +XV</span> avec Clément Marot, qu'il n'ait pas +été «nourry en la court des rois et princes, +où les jugemens s'amendent et les langaiges se +pollissent,» car il y eût certainement plus perdu que +gagné.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote30" name= +"footnote30"></a><b>Note 30:</b> <a href= +"#footnotetag30">(retour)</a> +<div class="poem"> +<div class="stanza" style="font-style: italic;"> +<p>Travail mes lubres sentemens,</p> +<p>Esguisez comme une pelote,</p> +<p>M'ouvrist plus que tous les Commens</p> +<p>D'Averroys sur Aristote. (<a href="#p025">P. 25.</a>)</p> +</div> +</div> +</blockquote> +<p>M. A. de Montaiglon a parfaitement caractérisé +le rôle de Villon dans la poésie française. +Je ne puis mieux faire que de lui emprunter ces quelques +lignes:</p> +<p>«... Au moment où parut Villon, la +littérature française en était +précisément à cette période de +transformation; de la poésie générale elle +passait à la poésie personnelle; ses contemporains, +subissant à leur insu cette phase littéraire, +s'essayaient à l'individualité avec plus d'effort +que de bonheur; Villon l'atteignit du premier coup. Sa force est +là, et sa valeur s'augmente de l'intérêt que, +sous ce rapport, offraient ses oeuvres. Elle est tellement +saisissante qu'elle a été reconnue de tous, et le +succès qui l'accueillit ne s'arrêta pas. +François Ier lui fit l'honneur d«faire faire une +édition de ses poésies par Clément Marot, +qui le combla de ses louanges. Un peu plus tard, il est vrai, +l'école de Ronsard protesta. Pasquier condamne Villon, et +Du Verdier s'émerveille que Marot ait osé +«louer un si <i>goffe</i> ouvrier et faire cas de ce qui ne +vaut rien.» Cela marque moins un manque de goût que +la force partiale du préjugé; la Pléiade, +qui est en réalité aussi aristocratique que +savante, ne pouvait admirer Villon sans se condamner +elle-même; mais, ce moment passé, le charme +recommence: Regnier est un disciple de Villon; Patru le loue; +Boileau a senti quel était son rang; La Fontaine l'admire; +Voltaire l'imite; les érudits littéraires du XVIIe +et du XVIIIe siècle, Colletet, le P. Du Cerceau, +l'abbé Massieu, l'abbé Goujet, parlent de lui comme +il convient, en même temps que Coustelier et Formey le +réimpriment, que La Monnoye l'annote, et que +Lenglet-Dufresnoy prépare une nouvelle édition. <a +name="pXVI"></a><span class="pagenum">P. XVI</span> De nos jours, +une justice encore plus éclatante lui a été +rendue. L'édition de Prompsault, à laquelle M. +Lacroix est venu ajouter, pourrait être acceptée +comme définitive, au moins quant au texte, si M. Vitu n'en +promettait une, qui, en profitant des précédentes, +donnera sans doute le dernier mot. Tous ceux qui ont parlé +incidemment de Villon, MM. Sainte-Beuve, Saint-Marc Girardin, +Chasles, Nisard, Geruzez, Demogeot, Génin, et d'autres +encore, l'ont bien caractérisé. En même temps +qu'eux, M. Daunou a écrit sur notre poète une +longue étude, insérée dans le <i>Journal des +Savants</i>, et M. Théophile Gautier, dans l'ancienne +<i>Revue française</i>, des pages vives, aussi justes que +pleines de verve, qui ont été recueillies dans ses +<i>Grotesques</i>. Enfin, en 1850 M. Profillet, et en 1856 un +professeur allemand, M. Nagel, ont pris Villon pour sujet d'un +travail spécial; l'année dernière (1859), M. +Campeaux lui a consacré un excellent travail, auquel, pour +être meilleur, il ne manque peut-être qu'une plus +ancienne et plus familière connaissance des alentours. +Tous sont, avec raison, unanimes à reconnaître +l'originalité, la valeur aisée et puissante, la +force et <i>l'humanité</i> de la poésie de Villon. +Pour eux tous, et ce jugement est aujourd'hui sans appel, Villon +n'est pas seulement le poète supérieur du XVe +siècle, mais il est aussi le premier poète, dans le +vrai sens du mot, qu'ait eu la France moderne, et il s'est +écoulé un long temps avant que d'autres fussent +dignes d'être mis à côté de lui. +L'appréciation est maintenant juste et complète; +d'autres viendront qui le loueront avec plus ou moins +d'éclat et de talent, qui le jugeront avec une critique +plus ou moins solide ou brillante; mais désormais les +traits de la figure de Villon sont arrêtés de +façon à ne plus changer, et ceux qui entreprendront +d'y revenir ne pourront rester dans la vérité +qu'à la condition de s'en tenir <a name="pXVII"></a><span +class="pagenum">P. XVII</span> aux mêmes +contours.»</p> +<p>Plus loin, M. A. de Montaiglon, passant +légèrement sur le <i>Petit Testament</i>, +«qui n'est que spirituel, » et sur quelques +pièces qu'il regrette de trouver dans le <i>Grand +Testament</i>, ajoute:</p> +<p>«Ce n'est pas là qu'il faut chercher Villon, mais +dans la partie populaire et humaine de son oeuvre. On ne dira +jamais assez à quel point le mérite de la +pensée et de la forme y est inestimable. Le sentiment en +est étrange, et aussi touchant que pittoresque dans sa +sincérité; Villon peint presque sans le savoir, et +en peignant il ne pallie, il n'excuse rien; il a même des +regrets, et ses torts, qu'il reconnaît en se blâmant, +mais dont il ne peut se défendre, il ne les montre que +pour en détourner. Je connais même peu de +leçons plus fortes que la ballade: <i>Tout aux tavernes et +aux filles</i>. La bouffonnerie, dans ses vers, se mêle +à la gravité, l'émotion à la +raillerie, la tristesse à la débauche; le trait +piquant se termine avec mélancolie; le sentiment du +néant des choses et des êtres est mêlé +d'un burlesque soudain qui en augmente l'effet. Et tout cela est +si naturel, si net, si franc, si spirituel; le style suit la +pensée avec une justesse si vive, que vous n'avez pas le +temps d'admirer comment le corps qu'il revêt est +habillé par le vêtement. C'est bien mieux que +l'esprit bourgeois, toujours un peu mesquin, c'est l'esprit +populaire que cet enfant des Halles, qui écrivait: <i>Il +n'est bon bec que de Paris</i>, a recueilli dans les rues et +qu'il épure en l'aiguisant. Il en a le sentiment, il en +prend les mots, mais il les encadre, il les incruste dans une +phrase si vive, si nette, si bien construite, si énergique +ou si légère, que cette langue colorée +reçoit de son génie l'élégance et +même le goût, sans rien perdre de sa force. Il a +tout: la vigueur et le charme, la clarté et +l'éclat, la variété et l'unité, la +gravité et l'esprit, la brièveté incisive du +trait et la plénitude du <a name="pXVIII"></a><span class= +"pagenum">P. XVIII</span> sens, la souplesse capricieuse et la +fougue violente, la qualité contemporaine et +l'éternelle humanité. Il faut aller jusqu'à +Rabelais pour trouver un maître qu'on puisse lui comparer, +et qui écrive le français avec la science et +l'instinct, avec la pureté et la fantaisie, avec la +grâce délicate et la rudesse souveraine que l'on +admire dans Villon, et qu'il a seul parmi les gens de son +temps...»</p> +<p>On ne connaît certainement pas la totalité des +oeuvres de Villon, du moins sous son nom. Il est évident +que le <i>Petit Testament</i> n'est pas son coup d'essai. Lors de +son second procès, en 1457, il était probablement +connu par d'autres compositions. Sans cela, il est douteux que +Charles d'Orléans fût intervenu en sa faveur, et que +le Parlement lui eût fait grâce de la vie. Lorsqu'il +composa le <i>Grand Testament</i>, il y fit entrer quelques +pièces qui n'en faisaient pas nécessairement +partie, mais qui s'y rattachaient assez naturellement. On n'y +trouve pas une ballade, pas un rondeau composés +antérieurement au <i>Petit Testament</i>. Villon ne +paraît pas avoir été très-soucieux de +recueillir ses oeuvres. La plupart sont sans doute perdues; +d'autres sont disséminées dans des recueils +manuscrits ou imprimés où il n'est pas facile de +les reconnaître, soit parce qu'elles ne portent pas de nom +d'auteur, soit parce qu'elles sont attribuées à +d'autres. On ne connaît pas de manuscrit qui contienne tout +ce qu'on sait positivement lui appartenir. Les premières +éditions, qui furent faites sans son concours et +probablement après sa mort, ne contiennent que le +<i>Grand</i> et le <i>Petit Testament</i>, le <i>Jargon</i>, et +un petit nombre de pièces détachées. Jean de +Calais, l'éditeur présumé du <i>Jardin de +plaisance</i>, dont la première édition est de 1499 +ou de 1500, s'acquitta fort mal des fonctions d'exécuteur +testamentaire que Villon lui avait confiées, si tant est +qu'on doive prendre au sérieux les huitains CLX <a name= +"pXIX"></a><span class="pagenum">P. XIX</span> et CLXI du +<i>Grand Testament</i>. Il fit entrer dans son recueil diverses +pièces connues comme étant de Villon et beaucoup +d'autres qu'on lui attribue avec plus ou moins de vraisemblance, +mais sans dire des unes ni des autres qu'elles étaient de +lui.</p> +<p>M. Brunet a donné, dans la dernière +édition du <i>Manuel du Libraire</i>, une excellente +notice des éditions de Villon. La première avec +date est de Paris (Pierre Levet), 1489, in-4°. Il en parut +plusieurs autres à la fin du XVe siècle et au +commencement du XVIe. Celle de Paris, Galiot Du Pré, 1532, +in-8, est la première à laquelle on ait joint les +<i>Repues franches</i>, le <i>Monologue du franc archier de +Baignolet</i> et le <i>Dialogue des seigneurs de Mallepaye et de +Baillevent</i> <a id="footnotetag31" name="footnotetag31"></a><a +href="#footnote31"><sup>31</sup></a></p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote31" name= +"footnote31"></a><b>Note 31:</b> <a href= +"#footnotetag31">(retour)</a> Il avait été fait +antérieurement plusieurs éditions des <i>Repeues +franches</i>, qui s'ajoutaient aux éditions +correspondantes des oeuvres de Villon, mais qui portaient des +signatures ou une pagination séparées.</blockquote> +<p>L'année suivante, le même Galiot Du Pré +publia la première édition des oeuvres de Villon +revues par Clément Marot.</p> +<p>En 1723 il parut chez Coustelier une édition de Villon, +avec les remarques d'Eusèbe de Laurière et une +lettre du P. Du Cerceau.</p> +<p>Les oeuvres de Villon furent réimprimées en +1742, à la Haye, avec les remarques de Laurière, Le +Duchat et Formey, des mémoires de Prosper Marchand et une +lettre critique extraite du <i>Mercure</i> de février +1724.</p> +<p>En 1832 parut l'édition de Prompsault, fruit de longues +et laborieuses recherches, et qui, sans être parfaite, ne +méritait pas le discrédit dont elle a +été frappée pendant longtemps.</p> +<p>Dans l'édition de 1854, due aux soins de M.P.L. Jacob, +bibliophile (M. Paul Lacroix), le texte de <a name= +"pXX"></a><span class="pagenum">P. XX</span> Prompsault a +été revu, notablement amélioré, +élucidé par des notes où brillent +l'érudition et la sagacité bien connues de leur +auteur.</p> +<p>Enfin, tout récemment, M. Paul Lacroix a publié +le texte des deux <i>Testaments</i> d'après un manuscrit +de la bibliothèque de l'Arsenal. Je n'ai pu faire usage de +cette intéressante publication, d'abord parce que +l'impression de mon édition était trop +avancée, puis pour une autre raison: c'est que je ne +pouvais m'écarter du texte que j'avais adopté.</p> +<p>On savait depuis longtemps que La Monnoye avait eu l'intention +de faire une édition des oeuvres de Villon. A cet effet, +il avait annoté un exemplaire de l'édition de 1723. +Cet exemplaire, dont on avait perdu la trace depuis longtemps, a +été retrouvé, en 1858, au <i>British +Museum</i>, par M. Gustave Masson, qui m'a gracieusement offert +une copie du travail de La Monnoye.</p> +<p>En tête de son exemplaire, La Monnoye avait inscrit +d'abord ce titre, qui nous fait connaître le plan d'une +vaste collection qu'il projetait:</p> +<p><i>L'Histoire et les Chefs de la poésie +françoise, avec la liste des poètes +provençaux et françois, accompagnée de +remarques sur le caractère de leurs ouvrages.</i></p> +<p>Puis vient ce titre particulier:</p> +<p><i>Poésies de François Villon et de ses +disciples, revues sur les différentes éditions, +corrigées et augmentées sur le manuscrit de M. le +duc de Coislin et sur plusieurs autres, et enrichies d'un grand +nombre de pièces, avec des notes historiques et +critiques.</i></p> +<p>La Monnoye n'eut pas le temps de mettre la dernière +main à son édition de Villon. Son travail ne porta +que sur l'établissement du texte. La comparaison des +manuscrits et des anciennes éditions, <a name= +"pXXI"></a><span class="pagenum">P. XXI</span> faite par un homme +tel que La Monnoye, devait donner d'excellents résultats. +J'ai reproduit scrupuleusement, sauf deux ou trois exceptions +indiquées dans les notes, le texte tel qu'il a +été arrêté par lui, et ce texte est +assurément le meilleur qu'on ait donné +jusqu'à présent.</p> +<p>La Monnoye ne se contenta pas de revoir le texte de +l'édition de 1723. Il y ajouta de sa main divers morceaux +qui n'avaient pas encore été publiés, et qui +ont paru pour la première fois dans l'édition +Prompsault. Mais il ne put faire le choix des poésies +qu'il voulait joindre aux oeuvres de Villon. Pour répondre +de mon mieux à son plan, je donne à la fin du +volume dix-sept pièces tirées du <i>Jardin de +plaisance</i>. M. Campeaux en avait publié un plus grand +nombre: j'ai fait un choix dans son choix, et si les +pièces que je donne ne sont pas de Villon, elles sont au +moins de son école, et souvent dignes de lui.</p> +<p>Pour toute la partie du texte établie par La Monnoye, +je n'avais qu'une chose à faire: suivre la leçon +adoptée par lui. A l'égard des pièces dont +il ne s'était pas occupé, j'ai dû agir +autrement: je les ai revues sur les manuscrits et les +éditions originales.</p> +<p>A défaut des notes historiques et critiques promises +par La Monnoye, et sans avoir la prétention de les +suppléer, je donne à la suite du texte quelques +renseignements qui m'ont paru nécessaires, puis un +<i>Glossaire-Index,</i> dans lequel j'ai tenté d'expliquer +les mots vieillis, de donner des renseignements sur les personnes +et les choses. S'il n'a pas d'autre utilité, ce travail +servira du moins de table.</p> +<p>Une édition de Villon n'est pas facile à faire. +J'ai largement mis à profit les travaux de mes devanciers, +et je me plais à le reconnaître. J'aurais pu relever +bien des erreurs: je me suis contenté <a name= +"pXXII"></a><span class="pagenum">P. XXII</span> de les corriger. +Je crois que cette édition vaut mieux que celles qui l'ont +précédée. D'autres viendront après +moi qui feront mieux. J'ai cru prudent de leur donner l'exemple +de l'indulgence.</p> +<p>P. JANNET.</p> +<br> +<br> +<br> + +<p>REMARQUES PHILOLOGIQUES. <a name="pXXIII"></a><span class= +"pagenum">P. XXIII</span></p> +<p>La langue de Villon est encore la vieille et bonne langue +française, riche et simple, claire, naturelle, à +l'allure vive et franche. C'est encore la langue des fabliaux, +assouplie, mais presque entièrement +préservée de l'invasion des mots +pédantesques forgés dans la seconde moitié +du XVe siècle. Le <i>Glossaire</i>, dont l'étendue +est grande relativement à celle du livre, n'offre qu'un +petit nombre de ces mots. En revanche, il en contient beaucoup +d'autres dont la perte est regrettable.</p> +<p>Villon était très-sévère pour la +rime. Aussi, lorsque nous rencontrons à la fin de ses vers +quelque chose qui nous paraît anormal, nous devons nous +garder de l'expliquer par une négligence du poëte. Il +faut chercher d'autres raisons; cela peut amener des observations +intéressantes.</p> +<p>Par exemple, lorsqu'il fait rimer <i>e</i> avec <i>a</i> <a +id="footnotetag32" name="footnotetag32"></a><a href= +"#footnote32"><sup>32</sup></a>, cela prouve, ainsi que Marot l'a +remarqué, que Villon prononçait, à la +parisienne, <i>a</i> pour <i>e</i>.</p> +<p>Lorsqu'il fait rimer <i>oi, oy</i>, avec <i>ai, ay, +é</i> <a id="footnotetag33" name="footnotetag33"></a><a +href="#footnote33"><sup>33</sup></a>, cela prouve que ce que nous +appelons la diphtongue <i>oi</i> se prononçait +<i>é</i> ou <i>è</i>.</p> +<p>S'il fait rimer <i>Changon, Nygon, escourgon</i>, avec <a +name="pXXIV"></a><span class="pagenum">P. XXIV</span> +<i>donjon</i> <a id="footnotetag34" name="footnotetag34"></a><a +href="#footnote34"><sup>34</sup></a>, c'est que, dans certains +cas, le <i>g</i> se prononçait <i>j</i>.</p> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote32" name= +"footnote32"></a><b>Note 32:</b> <a href= +"#footnotetag32">(retour)</a> <i>Robert, Haubert</i>, avec +<i>pluspart, poupart</i> (<a href="#p011">p.11</a> et <a href= +"#p012">12</a>); <i>La Barre, feurre</i>, avec <i>terre, +guerre</i> (<a href="#p014">p. 14</a>); <i>appert</i> avec +<i>part, despart</i> (<a href="#p044">p. 44</a>), +etc.</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote33" name= +"footnote33"></a><b>Note 33:</b> <a href= +"#footnotetag33">(retour)</a> <i>Chollet</i> avec <i>souloit</i> +(<a href="#p014">p. 14);</a> <i>exploictz</i> avec <i>laiz</i> +(<a href="#p017">p. 17</a>); <i>moyne, essoyne, royne</i>, avec +<i>Seine</i> (<a href="#p034">p. 34</a>), etc.</blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote34" name= +"footnote34"></a><b>Note 34:</b> <a href= +"#footnotetag34">(retour)</a> Pages <a href="#p012">12</a> et <a +href="#p013">13.</a></blockquote> +<p>S'il fait rimer <i>fuste</i> avec <i>fusse, +prophètes</i> avec <i>fesses</i><a id="footnotetag35" +name="footnotetag35"></a><a href="#footnote35"><sup>35</sup></a>, +c'est encore une affaire de prononciation parisienne.</p> +<p>Il en est de même d'<i>ancien, Valérien, +paroissien,</i> rimant avec <i>an</i><a id="footnotetag36" name= +"footnotetag36"></a><a href="#footnote36"><sup>36</sup></a>.</p> +<p>Lorsqu'il écrit <i>soullon</i> pour rimer avec +<i>Roussillon</i><a id="footnotetag37" name= +"footnotetag37"></a><a href="#footnote37"><sup>37</sup></a>, il +entend que les deux <i>ll</i> seront mouillées, et +prononcées comme telles, sans être +précédées d'un <i>i</i> comme en +espagnol.</p> +<p>Comment faut-il prononcer le nom de Villon?</p> +<p>La <i>Ballade</i> de la page <a href="#p099">99,</a> +l'<i>Epistre</i> de la page <a href="#p111">111,</a> le +<i>Problème</i> ou <i>Ballade</i> de la page <a href= +"#p120">120,</a> etc., ne laissent aucun doute à cet +égard. On doit le prononcer comme les deux +dernières syllabes du mot <i>paVILLON</i>, +c'est-à-dire comme on pourra. En France, ce n'est +guère que dans le Midi qu'on sait prononcer les <i>ll +mouillées</i>. Les Parisiens diront <i>Viyon</i>; les +Picards, <i>Vilion</i>....</p> +<div class="poem"> +<div class="stanza" style="font-style: italic;"> +<p>Mais bel est fol et lunaticque</p> +<p>Qui de ce fait sermon si long;</p> +<p>Peu nuit à la chose publicque</p> +<p>Se Brussiens disent Filon.</p> +<p>Il ne m'en chaut gueres si l'on</p> +<p>Choisit de ces façons la pire,</p> +<p>Et bien veuil qu'on dise selon</p> +<p>Que dès pieça l'on souloit dire.</p> +</div> +</div> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote35" name= +"footnote35"></a><b>Note 35:</b> <a href= +"#footnotetag35">(retour)</a> Pages <a href="#p026">26</a> et <a +href="#p052">52.</a></blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote36" name= +"footnote36"></a><b>Note 36:</b> <a href= +"#footnotetag36">(retour)</a> <a href="#p081">P. +81.</a></blockquote> +<blockquote class="footnote"><a id="footnote37" name= +"footnote37"></a><b>Note 37:</b> <a href= +"#footnotetag37">(retour)</a> Voy. la Ballade de la page <a href= +"#p099">99.</a></blockquote> +<br> +<br> +<br> + <a name="p001"></a><span class="pagenum">P. 1</span> +<h3>CLÉMENT MAROT DE CAHORS<br> + Varlet de chambre du Roy</h3> +<p>AUX LECTEURS.</p> +<p><i>Entre tous les bons livres imprimez de la langue +françoise ne s'en veoit ung si incorrect ne si lourdement +corrompu que celluy de Villon, et m'esbahy (veu que c'est le +meilleur Poète parisien qui se trouve) comment les +imprimeurs de Paris et les enfans de la ville n'en ont eu plus +grand soing. Je ne suis (certes) en rien son voysin; mais, pour +l'amour de son gentil entendement, et en recompense de ce que je +puys avoir aprins de luy en lisant ses Oeuvres, j'ai faict +à icelles ce que je vouldroys estre faict aux miennes, si +elles estaient tombées en semblable inconvénient. +Tant y ay trouvé de broillerie en l'ordre des coupletz et +des vers, en mesure, en langaige, en la ryme et en la raison, que +je ne sçay duquel je doy plus avoir pitié, ou de +l'oeuvre ainsi oultrement gastée, ou de l'ignorance de +ceux qui l'imprimèrent; et, pour en faire preuve, me suys +advisé (Lecteurs) de vous mettre icy ung des couplets +incorrects du mal imprimé Villon, qui vous fera exemple et +tesmoing d'ung grand nombre d'autres autant broillez et gastez +que luy, lequel est tel</i>:</p> +<div class="poem"> +<div class="stanza"><a name="p002"></a><span class="pagenum">P. +2</span> +<p>Or est vray qu'après plainctz et pleurs</p> +<p>Et angoisseux gemissemens,</p> +<p>Apres tristesses et douleurs</p> +<p>Labeurs et griefz cheminemens</p> +<p>Travaille mes lubres sentemens</p> +<p>Aguysez ronds, comme une pelote</p> +<p>Monstrent plus que les commens</p> +<p>En sens moral de Aristote.</p> +</div> +</div> +<p><i>Qui est celluy qui vouldroit nyer le sens n'en estre +grandement corrompu? Ainsi, pour vray, l'ay-je trouvé aux +vieilles impressions, et encores pis aux nouvelles. Or, voyez +maintenant comment il a esté r'abillé, et en jugez +gratieusement</i>:</p> +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p>Or est vray qu'après plainctz et pleurs</p> +<p>Et angoisseux gemissemens,</p> +<p>Apres tristesses et douleurs,</p> +<p>Labeurs et griefz cheminemens,</p> +<p>Travail mes lubres sentements</p> +<p>Aguysa (ronds comme pelote),</p> +<p>Me monstrant plus que les comments</p> +<p>Sur le sens moral d'Aristote.</p> +</div> +</div> +<p><i>Voylà comment il me semble que l'autheur +l'entendoit; et vous suffise ce petit amendement pour vous rendre +advertiz de ce que puys avoir amendé en mille autres +passages, dont les aucuns me ont esté aisez et les autres +très difficiles. Toutesfoys, partie avecques les vieulx +imprimez, partie avecques l'ayde de bons vieillards qui en +sçavent par cueur, et partie par deviner avecques jugement +naturel, a esté reduict nostre Villon en meilleure et plus +entière forme qu'on ne l'a veu de nos aages, et ce sans +avoir touché à l'antiquité de <a name= +"p003"></a><span class="pagenum">P. 3</span> son parler, à +sa façon de rimer, à ses meslées et longues +parenthèses, à la quantité de ses sillabes, +ne à ses couppes, tant féminines que masculines; +esquelles choses il n'a suffisamment observé les vrayes +reigles de françoise poésie, et ne suys d'advis que +en cela les jeunes Poetes l'ensuyvent, mais bien qu'ilz cueillent +ses sentences comme belles fleurs, qu'ils contemplent l'esprit +qu'il avoit, que de luy apreignent à proprement descrire, +et qu'ils contrefacent sa veine, mesmement celle dont il use en +ses Ballades, qui est vrayment belle et héroïque, et +ne fay double qu'il n'eust emporté le chapeau de laurier +devant tous les Poètes de son temps, s'il eust esté +nourry en la Court des Roys et des Princes, là où +les jugemens se amendent et les langaiges se pollissent. Quant +à l'industrie des lays qu'il feit en ses Testamens, pour +suffisamment la congnoistre et entendre il fauldroit avoir +esté de son temps à Paris, et avoir congneu les +lieux, les choses et les hommes dont il parle: la mémoire +desquelz tant plus se passera, tant moins se congnoistra icelle +industrie de ses lays dictz. Pour ceste cause, qui vouldra faire +une oeuvre de longue durée ne preigne son soubject sur +telles choses basses et particulières. Le reste des +Oeuvres de nostre Villon (hors cela) est de tel artifice, tant +plain de bonne doctrine et tellement painct de mille belles +couleurs, que le temps, qui tout efface, jusques icy ne l'a sceu +effacer; et moins encor l'effacera ores et d'icy en avant, que +les bonnes escriptures françoises sont et seront mieulx +congneues et recueillies que jamais.</i></p> +<p><i>Et pour ce (comme j'ay dit) que je n'ay touché +à son antique façon de parler, je vous ay +exposé sur la marge, avecques les annotations, ce qui m'a +semblé le plus dur à entendre, laissant le reste +à vos promptes intelligences, comme</i> ly Roys +<i>pour</i> le Roy, homs <i>pour homme</i>, compaing <a name= +"p004"></a><span class="pagenum">P. 4</span> <i>pour</i> +compaignon; <i>aussi force pluriers pour singuliers, et plusieurs +autres incongruitez dont estait plain le langaige mal lymé +d'icelluy temps.</i></p> +<p><i>Après, quand il s'est trouvé faulte de vers +entiers, j'ay prins peine de les refaire au plus près +(selon mon possible) de l'intention de l'autheur, et les +trouverez expressément marquez de cette marque</i> f, +<i>afin que ceulx qui les sçauront en la sorte que Villon +les fist effacent les nouveaulx pour faire place aux +vieulx.</i></p> +<p><i>Oultre plus, les termes et les vers qui estaient +interposez, trouverez reduictz en leurs places; les lignes trop +courtes, allongées; les trop longues acoursies; les mots +obmys, remys; les adjoutez ostez, et les tiltres myeulx +attiltrez.</i></p> +<p><i>Finalement, j'ay changé l'ordre du livre, et m'a +semblé plus raisonnable de le faire commencer par le Petit +Testament, d'autant qu'il fut faict cinq ans avant +l'autre.</i></p> +<p><i>Touchant le Jargon, je le laisse à corriger et +exposer aux successeurs de Villon en l'art de la pinse et du +croq.</i></p> +<p><i>Et si quelqu'un d'adventure veult dire que tout ne soit +racoustré ainsi qu'il appartient, je luy respons +dès maintenant que, s'il estait autant navré en sa +personne comme j'ay trouvé Villon blessé en ses +Oeuvres, il n'y a si expert chirurgien qui le sceust panser sans +apparence de cicatrice; et me suffira que le labeur qu'en ce j'ay +employé soit agréable au Roy mon souverain, qui est +cause et motif de ceste emprise et de l'exécution +d'icelle, pour l'avoir veu voulentiers escouter et par +très bon jugement estimer plusieurs passages des Oeuvres +qui s'ensuyvent.</i></p> +<p>MAROT <a name="p005"></a><span class="pagenum">P. 5</span></p> +<p>AU ROY FRANÇOIS Ier.</p> +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p>Si à Villon on treuve encor à dire,</p> +<p>S'il n'est reduict ainsi qu'ay prétendu,</p> +<p>A moy tout seul en soit le blasme (Sire),</p> +<p>Qui plus y ay travaillé qu'entendu;</p> +<p>Et s'il est mieux en son ordre estendu</p> +<p>Que paravant, de sorte qu'on l'en prise,</p> +<p>Le gré à vous en doyt estre rendu,</p> +<p>Qui fustes seul cause de l'entreprise.</p> +</div> +</div> +<br> +<br> + +<p><a name="p007"></a><span class="pagenum">P. 7</span></p> +<h3>LE<br> +PETIT TESTAMENT<br> +DE MAISTRE<br> +FRANÇOIS VILLON</h3> +<p>FAIT L'AN 1456.</p> +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p>Mil quatre cens cinquante et six,</p> +<p>Je, François Villon, escollier,</p> +<p>Considérant, de sens rassis,</p> +<p>Le frain aux dents, franc au collier,</p> +<p>Qu'on doit ses oeuvres conseiller,</p> +<p>Comme Vegèce le racompte,</p> +<p>Saige Romain, grand conseiller,</p> +<p>Ou autrement on se mescompte.</p> +</div> +<p>II.</p> +<div class="stanza"> +<p>En ce temps que j'ay dit devant,</p> +<p>Sur le Noël, morte saison,</p> +<p>Lorsque les loups vivent de vent,</p> +<p>Et qu'on se tient en sa maison,</p> +<p>Pour le frimas, près du tison:</p> +<p>Cy me vint vouloir de briser</p> +<p>La très amoureuse prison</p> +<p>Qui souloit mon cueur desbriser.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>III.</p> +</div> +<a name="p008"></a><span class="pagenum">P. 8</span> +<div class="stanza"> +<p>Je le feis en telle façon,</p> +<p>Voyant Celle devant mes yeulx</p> +<p>Consentant à ma deffaçon,</p> +<p>Sans ce que jà luy en fust mieulx;</p> +<p>Dont je me deul et plains aux cieulx,</p> +<p>En requérant d'elle vengence</p> +<p>A tous les dieux venerieux,</p> +<p>Et du grief d'amours allégence.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>IV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et, se je pense à ma faveur,</p> +<p>Ces doulx regrets et beaulx semblans</p> +<p>De très decepvante saveur,</p> +<p>Me trespercent jusques aux flancs:</p> +<p>Bien ilz ont vers moy les piez blancs</p> +<p>Et me faillent au grant besoing.</p> +<p>Planter me fault autre complant</p> +<p>Et frapper en un autre coing.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>V.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Le regard de Celle m'a prins,</p> +<p>Qui m'a esté félonne et dure;</p> +<p>Sans ce qu'en riens aye mesprins,</p> +<p>Veult et ordonne que j'endure</p> +<p>La mort, et que plus je ne dure.</p> +<p>Si n'y voy secours que fouir.</p> +<p>Rompre veult la dure souldure,</p> +<p>Sans mes piteux regrets ouir!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>VI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pour obvier à ses dangiers,</p> +<p>Mon mieulx est, ce croy, de partir.</p> +<p>Adieu! Je m'en voys à Angiers,</p> +<a name="p009"></a><span class="pagenum">P. 9</span> +<p>Puisqu'el ne me veult impartir</p> +<p>Sa grace, ne me departir.</p> +<p>Par elle meurs, les membres sains;</p> +<p>Au fort, je meurs amant martir,</p> +<p>Du nombre des amoureux saints!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>VII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Combien que le départ soit dur,</p> +<p>Si fault-il que je m'en esloingne.</p> +<p>Comme mon paouvre sens est dur!</p> +<p>Autre que moy est en queloingne,</p> +<p>Dont onc en forest de Bouloingne</p> +<p>Ne fut plus alteré d'humeur.</p> +<p>C'est pour moy piteuse besoingne:</p> +<p>Dieu en vueille ouïr ma clameur!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>VIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et puisque departir me fault,</p> +<p>Et du retour ne suis certain:</p> +<p>Je ne suis homme sans deffault,</p> +<p>Ne qu'autre d'assier ne d'estaing.</p> +<p>Vivre aux humains est incertain,</p> +<p>Et après mort n'y a relaiz:</p> +<p>Je m'en voys en pays loingtaing;</p> +<p>Si establiz ce présent laiz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>IX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Premièrement, au nom du Père,</p> +<p>Du Filz et du Saint-Esperit,</p> +<p>Et de la glorieuse Mère</p> +<p>Par qui grace riens ne périt,</p> +<p>Je laisse, de par Dieu, mon bruit</p> +<p>A maistre Guillaume Villon,</p> +<p>Qui en l'honneur de son nom bruit,</p> +<a name="p010"></a><span class="pagenum">P. 10</span> +<p>Mes tentes et mon pavillon.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>X.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>A celle doncques que j'ay dict,</p> +<p>Qui si durement m'a chassé,</p> +<p>Que j'en suys de joye interdict</p> +<p>Et de tout plaisir déchassé,</p> +<p>Je laisse mon coeur enchassé,</p> +<p>Palle, piteux, mort et transy:</p> +<p>Elle m'a ce mal pourchassé,</p> +<p>Mais Dieu luy en face mercy!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et à maistre Ythier, marchant,</p> +<p>Auquel je me sens très tenu,</p> +<p>Laisse mon branc d'acier tranchant,</p> +<p>Et à maistre Jehan le Cornu,</p> +<p>Qui est en gaige détenu</p> +<p>Pour ung escot six solz montant;</p> +<p>Je vueil, selon le contenu,</p> +<p>Qu'on luy livre, en le racheptant.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je laisse à Sainct-Amant</p> +<p>Le Cheval Blanc avec la Mulle,</p> +<p>Et à Blaru, mon dyamant</p> +<p>Et l'Asne rayé qui reculle.</p> +<p>Et le décret qui articulle:</p> +<p><i>Omnis utriusque sexus</i>,</p> +<p>Contre la Carmeliste bulle,</p> +<p>Laisse aux curez, pour mettre sus.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XIII.</p> +<a name="p011"></a><span class="pagenum">P. 11</span></div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à Jehan Trouvé, bouchier,</p> +<p>Laisse le mouton franc et tendre,</p> +<p>Et ung tachon pour esmoucher</p> +<p>Le boeuf couronné qu'on veult vendre,</p> +<p>Et la vache qu'on ne peult prendre.</p> +<p>Le vilain qui la trousse au col,</p> +<p>S'il ne la rend, qu'on le puist pendre</p> +<p>Ou estrangler d'un bon licol!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et à maistre Robert Vallée,</p> +<p>Povre clergeon au Parlement,</p> +<p>Qui ne tient ne mont ne vallée,</p> +<p>J'ordonne principalement</p> +<p>Qu'on luy baille legerement</p> +<p>Mes brayes, estans aux trumellières,</p> +<p>Pour coeffer plus honestement</p> +<p>S'amye Jehanneton de Millières.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pour ce qu'il est de lieu honeste,</p> +<p>Fault qu'il soit myeulx recompensé,</p> +<p>Car le Saint-Esprit l'admoneste.</p> +<p>Ce obstant qu'il est insensé.</p> +<p>Pour ce, je me suis pourpensé,</p> +<p>Puysqu'il n'a sens mais qu'une aulmoire,</p> +<p>De recouvrer sur Malpensé,</p> +<p>Qu'on lui baille, l'Art de mémoire.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item plus, je assigne la vie</p> +<p>Du dessusdict maistre Robert...</p> +<a name="p012"></a><span class="pagenum">P. 12</span> +<p>Pour Dieu! n'y ayez point d'envie!</p> +<p>Mes parens, vendez mon haubert,</p> +<p>Et que l'argent, ou la pluspart,</p> +<p>Soit employé, dedans ces Pasques,</p> +<p>Pour achepter à ce poupart</p> +<p>Une fenestre emprès Saint-Jacques.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Derechief, je laisse en pur don</p> +<p>Mes gands et ma hucque de soye</p> +<p>A mon amy Jacques Cardon;</p> +<p>Le gland aussi d'une saulsoye,</p> +<p>Et tous les jours une grosse oye</p> +<p>Et ung chappon de haulte gresse;</p> +<p>Dix muys de vin blanc comme croye,</p> +<p>Et deux procès, que trop n'engresse.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je laisse à ce jeune homme,</p> +<p>René de Montigny, troys chiens;</p> +<p>Aussi à Jehan Raguyer, la somme</p> +<p>De cent frans, prins sur tous mes biens;</p> +<p>Mais quoy! Je n'y comprens en riens</p> +<p>Ce que je pourray acquerir:</p> +<p>On ne doit trop prendre des siens,</p> +<p>Ne ses amis trop surquerir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, au seigneur de Grigny</p> +<p>Laisse la garde de Nygon,</p> +<p>Et six chiens plus qu'à Montigny,</p> +<p>Vicestre, chastel et donjon;</p> +<p>Et à ce malostru Changon,</p> +<p>Moutonnier qui tient en procès,</p> +<p>Laisse troys coups d'ung escourgon,</p> +<a name="p013"></a><span class="pagenum">P. 13</span> +<p>Et coucher, paix et aise, en ceps.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et à maistre Jacques Raguyer,</p> +<p>Je laisse l'Abreuvoyr Popin,</p> +<p>Pour ses paouvres seurs grafignier;</p> +<p>Tousjours le choix d'ung bon lopin,</p> +<p>Le trou de la Pomme de pin,</p> +<p>Le doz aux rains, au feu la plante,</p> +<p>Emmailloté en jacopin;</p> +<p>Et qui vouldra planter, si plante.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à maistre Jehan Mautainct</p> +<p>Et maistre Pierre Basannier,</p> +<p>Le gré du Seigneur, qui attainct</p> +<p>Troubles, forfaits, sans espargnier;</p> +<p>Et à mon procureur Fournier,</p> +<p>Bonnetz courts, chausses semellées,</p> +<p>Taillées sur mon cordouennier,</p> +<p>Pour porter durant ces gellées.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, au chevalier du guet,</p> +<p>Le heaulme luy establis;</p> +<p>Et aux pietons qui vont d'aguet</p> +<p>Tastonnant par ces establis,</p> +<p>Je leur laisse deux beaulx rubis,</p> +<p>La lenterne à la Pierre-au-Let.,</p> +<p>Voire-mais, j'auray les <i>Troys licts</i>,</p> +<p>S'ilz me meinent en Chastellet.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXIII.</p> +<a name="p014"></a><span class="pagenum">P. 14</span></div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à Perrenet Marchant,</p> +<p>Qu'on dit le Bastard de la Barre,</p> +<p>Pour ce qu'il est ung bon marchant,</p> +<p>Luy laisse trois gluyons de feurre</p> +<p>Pour estendre dessus la terre</p> +<p>A faire l'amoureux mestier,</p> +<p>Où il luy fauldra sa vie querre,</p> +<p>Car il ne scet autre mestier.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, au Loup et à Chollet,</p> +<p>Je laisse à la foys un canart,</p> +<p>Prins sous les murs, comme on souloit,</p> +<p>Envers les fossez, sur le tard;</p> +<p>Et à chascun un grand tabart</p> +<p>De cordelier, jusques aux pieds,</p> +<p>Busche, charbon et poys au lart,</p> +<p>Et mes housaulx sans avantpiedz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Derechief, je laisse en pitié,</p> +<p>A troys petitz enfans tous nudz,</p> +<p>Nommez en ce présent traictié,</p> +<p>Paouvres orphelins impourveuz,</p> +<p>Tous deschaussez, tous despourveus,</p> +<p>Et desnuez comme le ver;</p> +<p>J'ordonne qu'ils seront pourveuz,</p> +<p>Au moins pour passer cest yver.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Premièrement, Colin Laurens,</p> +<p>Girard Gossoyn et Jehan Marceau,</p> +<p>Desprins de biens et de parens,</p> +<a name="p015"></a><span class="pagenum">P. 15</span> +<p>Qui n'ont vaillant l'anse d'ung ceau,</p> +<p>Chascun de mes biens ung faisseau,</p> +<p>Ou quatre blancs, s'ilz l'ayment mieulx;</p> +<p>Ils mangeront maint bon morceau,</p> +<p>Ces enfans, quand je seray vieulx!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, ma nomination,</p> +<p>Que j'ay de l'Université,</p> +<p>Laisse par résignation,</p> +<p>Pour forclorre d'adversité</p> +<p>Paouvres clercs de ceste cité,</p> +<p>Soubz cest <i>intendit</i> contenuz:</p> +<p>Charité m'y a incité,</p> +<p>Et Nature, les voyant nudz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>C'est maistre Guillaume Cotin</p> +<p>Et maistre Thibault de Vitry,</p> +<p>Deux paouvres clercs, parlans latin,</p> +<p>Paisibles enfans, sans estry,</p> +<p>Humbles, bien chantans au lectry.</p> +<p>Je leur laisse cens recevoir</p> +<p>Sur la maison Guillot Gueuldry,</p> +<p>En attendant de mieulx avoir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item plus, je adjoinctz à la Crosse</p> +<p>Celle de la rue Sainct-Anthoine,</p> +<p>Et ung billart de quoy on crosse,</p> +<p>Et tous les jours plain pot de Seine,</p> +<p>Aux pigons qui sont en l'essoine,</p> +<p>Enserrez soubz trappe volière,</p> +<p>Et mon mirouer bel et ydoyne,</p> +<a name="p016"></a><span class="pagenum">P. 16</span> +<p>Et la grace de la geollière.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je laisse aux hospitaux</p> +<p>Mes chassis tissus d'araignée;</p> +<p>Et aux gisans soubz les estaux,</p> +<p>Chascun sur l'oeil une grongnée,</p> +<p>Trembler à chière renffrongnée,</p> +<p>Maigres, velluz et morfonduz;</p> +<p>Chausses courtes, robbe rongnée,</p> +<p>Gelez, meurdriz et enfonduz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je laisse à mon barbier</p> +<p>Les rongneures de mes cheveulx,</p> +<p>Plainement et sans destourbier;</p> +<p>Au savetier, mes souliers vieulx,</p> +<p>Et au fripier, mes habitz tieulx</p> +<p>Que, quant du tout je les délaisse,</p> +<p>Pour moins qu'ilz ne coustèrent neufz</p> +<p>Charitablement je leur laisse.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, aux Quatre Mendians,</p> +<p>Aux Filles Dieu et aux Beguynes,</p> +<p>Savoureulx morceaulx et frians,</p> +<p>Chappons, pigons, grasses gelines,</p> +<p>Et puis prescher les Quinze Signes,</p> +<p>Et abatre pain à deux mains.</p> +<p>Carmes chevaulchent nos voisines,</p> +<p>Mais cela ne m'est que du meins.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXIII.</p> +<a name="p017"></a><span class="pagenum">P. 17</span></div> +<div class="stanza"> +<p>Item, laisse le Mortier d'or</p> +<p>A Jehan l'Espicier, de la Garde,</p> +<p>Et une potence à Sainct-Mor,</p> +<p>Pour faire ung broyer à moustarde,</p> +<p>Et celluy qui feit l'avant-garde,</p> +<p>Pour faire sur moy griefz exploitz,</p> +<p>De par moy sainct Anthoine l'arde!</p> +<p>Je ne lui lairray autre laiz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je laisse à Mairebeuf</p> +<p>Et à Nicolas de Louvieulx,</p> +<p>A chascun l'escaille d'un oeuf,</p> +<p>Plaine de frans et d'escus vieulx,</p> +<p>Quant au concierge de Gouvieulx,</p> +<p>Pierre Ronseville, je ordonne,</p> +<p>Pour luy donner encore mieulx,</p> +<p>Escus telz que prince les donne.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Finalement, en escrivant,</p> +<p>Ce soir, seullet, estant en bonne,</p> +<p>Dictant ces laiz et descripvant,</p> +<p>Je ouyz la cloche de Sorbonne,</p> +<p>Qui tousjours à neuf heures sonne</p> +<p>Le Salut que l'Ange prédit;</p> +<p>Cy suspendy et cy mis bonne,</p> +<p>Pour pryer comme le cueur dit.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Cela fait, je me entre-oubliai,</p> +<p>Non pas par force de vin boire,</p> +<p>Mon esperit comme lié;</p> +<a name="p018"></a><span class="pagenum">P. 18</span> +<p>Lors je senty dame Mémoire</p> +<p>Rescondre et mectre en son aulmoire</p> +<p>Ses espèces collaterales,</p> +<p>Oppinative faulce et voire,</p> +<p>Et autres intellectualles.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et mesmement l'extimative,</p> +<p>Par quoy prospérité nous vient;</p> +<p>Similative, formative,</p> +<p>Desquelz souvent il advient</p> +<p>Que, par l'art trouvé, hom devient</p> +<p>Fol et lunaticque par moys:</p> +<p>Je l'ay leu, et bien m'en souvient,</p> +<p>En Aristote aucunes fois.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Doncques le sensif s'esveilla</p> +<p>Et esvertua fantasie,</p> +<p>Qui tous argeutis resveilla,</p> +<p>Et tint souveraine partie,</p> +<p>En souppirant, comme amortie,</p> +<p>Par oppression d'oubliance,</p> +<p>Qui en moy s'estoit espartie</p> +<p>Pour montrer des sens l'alliance.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Puis, mon sens qui fut à repos</p> +<p>Et l'entendement desveillé,</p> +<p>Je cuide finer mon propos;</p> +<p>Mais mon encre estoit gelé,</p> +<p>Et mon cierge estoit souflé.</p> +<p>De feu je n'eusse pu finer.</p> +<p>Si m'endormy, tout enmouflé,</p> +<a name="p019"></a><span class="pagenum">P. 19</span> +<p>Et ne peuz autrement finer.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XL</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Fait au temps de ladicte date,</p> +<p>Par le bon renommé Villon,</p> +<p>Qui ne mange figue ne date;</p> +<p>Sec et noir comme escouvillon,</p> +<p>Il n'a tente ne pavillon</p> +<p>Qu'il n'ayt laissé à ses amys,</p> +<p>Et n'a mais qu'un peu de billon,</p> +<p>Qui sera tantost à fin mys.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CY FINE LE TESTAMENT VILLON.</p> +<br> +<br> +<br> +</div> +<div class="stanza"><a name="p021"></a><span class="pagenum">P. +21</span> +<p>CY COMMENCE LE GRANT TESTAMENT</p> +<p>DE</p> +<p>FRANÇOIS VILLON</p> +<p>FAIT EN 1461.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>I.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>En l'an trentiesme de mon aage,</p> +<p>Que toutes mes hontes j'eu beues,</p> +<p>Ne du tout fol, ne du tout sage.</p> +<p>Nonobstant maintes peines eues,</p> +<p>Lesquelles j'ay toutes receues</p> +<p>Soubz la main Thibault d'Aussigny.</p> +<p>S'evesque il est, seignant les rues,</p> +<p>Qu'il soit le mien je le regny!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>II.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Mon seigneur n'est, ne mon evesque;</p> +<p>Soubz luy ne tiens, s'il n'est en friche;</p> +<p>Foy ne luy doy, ne hommage avecque;</p> +<p>Je ne suis son serf ne sa biche.</p> +<p>Peu m'a d'une petite miche</p> +<p>Et de froide eau, tout ung esté.</p> +<p>Large ou estroit, moult me fut chiche.</p> +<a name="p022"></a><span class="pagenum">P. 22</span> +<p>Tel luy soit Dieu qu'il m'a esté.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>III.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et, s'aucun me vouloit reprendre</p> +<p>Et dire que je le mauldys,</p> +<p>Non fais, si bien me sçait comprendre,</p> +<p>Et rien de luy je ne mesdys.</p> +<p>Voycy tout le mal que j'en dys:</p> +<p>S'il m'a esté misericors,</p> +<p>Jésus, le roy de paradis,</p> +<p>Tel luy soit à l'âme et au corps!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>IV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>S'il m'a esté dur et cruel</p> +<p>Trop plus que cy ne le racompte,</p> +<p>Je vueil que le Dieu éternel</p> +<p>Luy soit doncq semblable, à ce compte!...</p> +<p>Mais l'Eglise nous dit et compte</p> +<p>Que prions pour nos ennemis;</p> +<p>Je vous dis que j'ay tort et honte:</p> +<p>Tous ses faictz soient à Dieu remis!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>V.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si prieray Dieu de bon cueur,</p> +<p>Pour l'âme du bon feu Cotard.</p> +<p>Mais quoy! ce sera doncq par cueur,</p> +<p>Car de lire je suys faitard.</p> +<p>Prière en feray de Picard;</p> +<p>S'il ne le sçait, voise l'apprandre,</p> +<p>S'il m'en croyt, ains qu'il soit plus tard</p> +<p>A Douay, ou à Lysle en Flandre!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>VI.</p> +<a name="p023"></a><span class="pagenum">P. 23</span></div> +<div class="stanza"> +<p>Combien souvent je veuil qu'on prie</p> +<p>Pour luy, foy que doy mon baptesme,</p> +<p>Obstant qu'à chascun ne le crye,</p> +<p>Il ne fauldra pas à son esme.</p> +<p>Au Psaultier prens, quand suys à mesme,</p> +<p>Qui n'est de beuf ne cordoen,</p> +<p>Le verset escript le septiesme</p> +<p>Du psaulme de <i>Deus laudem</i>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>VII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si pry au benoist Filz de Dieu,</p> +<p>Qu'à tous mes besoings je reclame,</p> +<p>Que ma pauvre prière ayt lieu</p> +<p>Verz luy, de qui tiens corps et ame,</p> +<p>Qui m'a préservé de maint blasme</p> +<p>Et franchy de vile puissance.</p> +<p>Loué soit-il, et Nostre-Dame,</p> +<p>Et Loys, le bon roy de France!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>VIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Auquel doint Dieu l'heur de Jacob,</p> +<p>De Salomon l'honneur et gloire;</p> +<p>Quant de prouesse, il en a trop;</p> +<p>De force aussi, par m'ame, voire!</p> +<p>En ce monde-cy transitoire,</p> +<p>Tant qu'il a de long et de lé;</p> +<p>Affin que de luy soit memoire,</p> +<p>Vive autant que Mathusalé!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>IX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et douze beaulx enfans, tous masles,</p> +<p>Veoir, de son très cher sang royal,</p> +<p>Aussi preux que fut le grand Charles,</p> +<a name="p024"></a><span class="pagenum">P. 24</span> +<p>Conceuz en ventre nuptial,</p> +<p>Bons comme fut sainct Martial.</p> +<p>Ainsi en preigne au bon Dauphin;</p> +<p>Je ne luy souhaicte autre mal,</p> +<p>Et puys paradis à la fin.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>X.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pour ce que foible je me sens,</p> +<p>Trop plus de biens que de santé,</p> +<p>Tant que je suys en mon plain sens,</p> +<p>Si peu que Dieu m'en a presté,</p> +<p>Car d'autre ne l'ay emprunté,</p> +<p>J'ay ce Testament très estable</p> +<p>Faict, de dernière voulenté,</p> +<p>Seul pour tout et irrévocable:</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Escript l'ay l'an soixante et ung,</p> +<p>Que le bon roy me délivra</p> +<p>De la dure prison de Mehun,</p> +<p>Et que vie me recouvra,</p> +<p>Dont suys, tant que mon cueur vivra,</p> +<p>Tenu vers luy me humilier,</p> +<p>Ce que feray jusqu'il mourra:</p> +<p>Bienfaict ne se doibt oublier.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><i>Icy commence Villon à entrer en +matière</i></p> +<p><i>pleine d'erudition et de bon sçavoir.</i></p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Or est vray qu'après plaingtz et pleurs</p> +<p>et angoisseux gemissemens,</p> +<p>Après tristesses et douleurs,</p> +<a name="p025"></a><span class="pagenum">P. 25</span> +<p>Labeurs et griefz cheminemens,</p> +<p>Travail mes lubres sentemens,</p> +<p>Esguisez comme une pelote,</p> +<p>M'ouvrist plus que tous les Commens</p> +<p>D'Averroys sur Aristote.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Combien qu'au plus fort de mes maulx,</p> +<p>En cheminant sans croix ne pile,</p> +<p>Dieu, qui les Pellerins d'Esmaus</p> +<p>Conforta, ce dit l'Evangile,</p> +<p>Me montra une bonne ville</p> +<p>Et pourveut du don d'espérance;</p> +<p>Combien que le pecheur soit vile,</p> +<p>Riens ne hayt que persévérance.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je suys pécheur, je le sçay bien;</p> +<p>Pourtant Dieu ne veult pas ma mort,</p> +<p>Mais convertisse et vive en bien;</p> +<p>Mieulx tout autre que péché mord,</p> +<p>Soye vraye voulenté ou enhort,</p> +<p>Dieu voit, et sa miséricorde,</p> +<p>Se conscience me remord,</p> +<p>Par sa grace pardon m'accorde.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et, comme le noble Romant</p> +<p>De la Rose dit et confesse</p> +<p>En son premier commencement,</p> +<p>Qu'on doit jeune cueur, en jeunesse,</p> +<p>Quant on le voit vieil en vieillesse,</p> +<p>Excuser; helas! il dit voir.</p> +<p>Ceulx donc qui me font telle oppresse,</p> +<a name="p026"></a><span class="pagenum">P. 26</span> +<p>En meurté ne me vouldroient veoir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Se, pour ma mort, le bien publique</p> +<p>D'aucune chose vaulsist myeulx,</p> +<p>A mourir comme ung homme inique</p> +<p>Je me jugeasse, ainsi m'aid Dieux!</p> +<p>Grief ne faiz à jeune ne vieulx,</p> +<p>Soye sur pied ou soye en bière:</p> +<p>Les montz ne bougent de leurs lieux,</p> +<p>Pour un paouvre, n'avant, n'arrière.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Au temps que Alexandre regna,</p> +<p>Ung hom, nommé Diomedès,</p> +<p>Devant luy on luy amena,</p> +<p>Engrillonné poulces et detz</p> +<p>Comme ung larron; car il fut des</p> +<p>Escumeurs que voyons courir.</p> +<p>Si fut mys devant le cadès,</p> +<p>Pour estre jugé à mourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>L'empereur si l'arraisonna:</p> +<p>«Pourquoy es-tu larron de mer?»</p> +<p>L'autre, responce luy donna:</p> +<p>«Pourquoy larron me faiz nommer?</p> +<p>«Pour ce qu'on me voit escumer</p> +<p>«En une petiote fuste?</p> +<p>«Se comme toy me peusse armer,</p> +<p>«Comme toy empereur je fusse.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XIX.</p> +<a name="p027"></a><span class="pagenum">P. 27</span></div> +<div class="stanza"> +<p>«Mais que veux-tu! De ma fortune,</p> +<p>«Contre qui ne puis bonnement,</p> +<p>«Qui si durement m'infortune,</p> +<p>«Me vient tout ce gouvernement.</p> +<p>«Excuse-moy aucunement,</p> +<p>«Et sçaches qu'en grand pauvreté</p> +<p>«(Ce mot dit-on communément)</p> +<p>«Ne gist pas trop grand loyaulté.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><b>XX</b>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quand l'empereur eut remiré</p> +<p>De Diomedès tout le dict:</p> +<p>«Ta fortune je te mueray,</p> +<p>«Mauvaise en bonne!» ce luy dit.</p> +<p>Si fist-il. Onc puis ne mesprit</p> +<p>A personne, mais fut vray homme;</p> +<p>Valère, pour vray, le rescript,</p> +<p>Qui fut nommé <i>le grand</i> à Romme.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><b>XXI</b>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Se Dieu m'eust donné rencontrer</p> +<p>Ung autre piteux Alexandre,</p> +<p>Qui m'eust faict en bon heur entrer,</p> +<p>Et lors qui m'eust veu condescendre</p> +<p>A mal, estre ars et mys en cendre</p> +<p>Jugé me fusse de ma voix.</p> +<p>Nécessité faict gens mesprendre,</p> +<p>Et faim saillir le loup des boys.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><b>XXII</b>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je plaings le temps de ma jeunesse,</p> +<p>Ouquel j'ay plus qu'autre gallé,</p> +<p>Jusque à l'entrée de vieillesse,</p> +<a name="p028"></a><span class="pagenum">P. 28</span> +<p>Qui son partement m'a celé.</p> +<p>Il ne s'en est à pied allé,</p> +<p>N'a cheval; las! et comment donc?</p> +<p>Soudainement s'en est voilé,</p> +<p>Et ne m'a laissé quelque don.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><b>XXIII</b>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Allé s'en est, et je demeure,</p> +<p>Pauvre de sens et de sçavoir,</p> +<p>Triste, failly, plus noir que meure,</p> +<p>Qui n'ay ne cens, rente, n'avoir;</p> +<p>Des miens le moindre, je n'y voir,</p> +<p>De me desadvouer s'avance,</p> +<p>Oublyans naturel devoir,</p> +<p>Par faulte d'ung peu de chevance.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><b>XXIV</b>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si ne crains avoir despendu,</p> +<p>Par friander et par leschier;</p> +<p>Par trop aimer n'ay riens vendu,</p> +<p>Que nuls me puissent reprouchier.</p> +<p>Au moins qui leur couste trop cher.</p> +<p>Je le dys, et ne croys mesdire.</p> +<p>De ce ne me puis revencher:</p> +<p>Qui n'a méfiait ne le doit dire.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><b>XXV</b>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Est vérité que j'ay aymé</p> +<p>Et que aymeroye voulentiers;</p> +<p>Mais triste cueur, ventre affamé,</p> +<p>Qui n'est rassasié au tiers,</p> +<p>Me oste des amoureux sentiers.</p> +<p>Au fort, quelqu'un s'en recompense,</p> +<p>Qui est remply sur les chantiers,</p> +<a name="p029"></a><span class="pagenum">P. 29</span> +<p>Car de la panse vient la danse.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><b>XXVI</b>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Bien sçay se j'eusse estudié</p> +<p>Ou temps de ma jeunesse folle,</p> +<p>Et à bonnes meurs dedié,</p> +<p>J'eusse maison et couche molle!</p> +<p>Mais quoy? je fuyoye l'escolle,</p> +<p>Comme faict le mauvays enfant...</p> +<p>En escrivant ceste parolle,</p> +<p>A peu que le cueur ne me fend.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><b>XXVII</b>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Le dict du Saige est très beaulx dictz,</p> +<p>Favorable, et bien n'en puis mais,</p> +<p>Qui dit: «Esjoys-toy, mon filz,</p> +<p>A ton adolescence; mais</p> +<p>Ailleurs sers bien d'ung autre mectz,</p> +<p>Car jeunesse et adolescence</p> +<p>(C'est son parler, ne moins ne mais)</p> +<p>Ne sont qu'abbus et ignorance.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><b>XXVIII</b>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Mes jours s'en sont allez errant,</p> +<p>Comme, dit Job, d'une touaille</p> +<p>Sont les filetz, quant tisserant</p> +<p>Tient en son poing ardente paille:</p> +<p>Lors, s'il y a nul bout qui saille,</p> +<p>Soudainement il le ravit.</p> +<p>Si ne crains rien qui plus m'assaille,</p> +<p>Car à la mort tout assouvyst.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXIX.</p> +<a name="p030"></a><span class="pagenum">P. 30</span></div> +<div class="stanza"> +<p>Où sont les gratieux gallans</p> +<p>Que je suyvoye au temps jadis,</p> +<p>Si bien chantans, si bien parlans,</p> +<p>Si plaisans en faictz et en dictz?</p> +<p>Les aucuns sont mortz et roydiz;</p> +<p>D'eulx n'est-il plus rien maintenant.</p> +<p>Respit ils ayent en paradis,</p> +<p>Et Dieu saulve le remenant!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et les aucuns sont devenuz,</p> +<p>Dieu mercy! grans seigneurs et maistres,</p> +<p>Les autres mendient tous nudz,</p> +<p>Et pain ne voyent qu'aux fenestres;</p> +<p>Les autres sont entrez en cloistres;</p> +<p>De Celestins et de Chartreux,</p> +<p>Bottez, housez, com pescheurs d'oystres:</p> +<p>Voilà l'estat divers d'entre eulx.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Aux grans maistres Dieu doint bien faire</p> +<p>Vivans en paix et en requoy.</p> +<p>En eulx il n'y a que refaire;</p> +<p>Si s'en fait bon taire tout quoy.</p> +<p>Mais aux pauvres qui n'ont de quoy,</p> +<p>Comme moy, Dieu doint patience;</p> +<p>Aux aultres ne fault qui ne quoy,</p> +<p>Car assez ont pain et pitance.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Bons vins ont, souvent embrochez,</p> +<p>Saulces, brouetz et gros poissons;</p> +<p>Tartres, flans, oeufz fritz et pochez,</p> +<a name="p031"></a><span class="pagenum">P. 31</span> +<p>Perduz, et en toutes façons.</p> +<p>Pas ne ressemblent les maçons,</p> +<p>Que servir fault à si grand peine;</p> +<p>Ils ne veulent nulz eschançons,</p> +<p>Car de verser chascun se peine.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>En cest incident me suys mys,</p> +<p>Qui de rien ne sert à mon faict.</p> +<p>Je ne suys juge, ne commis,</p> +<p>Pour punyr n'absouldre meffaict.</p> +<p>De tous suys le plus imparfaict.</p> +<p>Loué soit le doulx Jésus-Christ!</p> +<p>Que par moy leur soit satisfaict!</p> +<p>Ce que j'ay escript est escript.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Laissons le monstier où il est;</p> +<p>Parlons de chose plus plaisante.</p> +<p>Ceste matière à tous ne plaist:</p> +<p>Ennuyeuse est et desplaisante.</p> +<p>Pauvreté, chagrine et dolente,</p> +<p>Tousjours despiteuse et rebelle,</p> +<p>Dit quelque parolle cuysante;</p> +<p>S'elle n'ose, si le pense-elle.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pauvre je suys de ma jeunesse,</p> +<p>De pauvre et de petite extrace.</p> +<p>Mon pere n'eut oncq grand richesse.</p> +<p>Ne son ayeul, nommé Erace.</p> +<p>Pauvreté tous nous suyt et trace.</p> +<p>Sur les tumbeaulx de mes ancestres,</p> +<p>Les ames desquelz Dieu embrasse,</p> +<a name="p032"></a><span class="pagenum">P. 32</span> +<p>On n'y voyt couronnes ne sceptres.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De pouvreté me guermentant,</p> +<p>Souventesfoys me dit le cueur:</p> +<p>«Homme, ne te doulouse tant</p> +<p>Et ne demaine tel douleur,</p> +<p>Se tu n'as tant qu'eust Jacques Cueur.</p> +<p>Myeulx vault vivre soubz gros bureaux</p> +<p>Pauvre, qu'avoir esté seigneur</p> +<p>Et pourrir soubz riches tumbeaux!»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Qu'avoir esté seigneur!... Que dys?</p> +<p>Seigneur, lasse! ne l'est-il mais!</p> +<p>Selon ce que d'aulcun en dict,</p> +<p>Son lieu ne congnoistra jamais.</p> +<p>Quant du surplus, je m'en desmectz.</p> +<p>Il n'appartient à moy, pécheur;</p> +<p>Aux théologiens le remectz,</p> +<p>Car c'est office de prescheur.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si ne suys, bien le considère,</p> +<p>Filz d'ange, portant dyadème</p> +<p>D'etoille ne d'autre sydère.</p> +<p>Mon père est mort, Dieu en ayt l'ame,</p> +<p>Quant est du corps, il gyst soubz lame...</p> +<p>J'entends que ma mère mourra,</p> +<p>Et le sçait bien, la pauvre femme;</p> +<p>Et le filz pas ne demourra.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXXIX.</p> +<a name="p033"></a><span class="pagenum">P. 33</span></div> +<div class="stanza"> +<p>Je congnoys que pauvres et riches,</p> +<p>Sages et folz, prebstres et laiz,</p> +<p>Noble et vilain, larges et chiches,</p> +<p>Petitz et grans, et beaulx et laidz,</p> +<p>Dames à rebrassez colletz,</p> +<p>De quelconque condicion,</p> +<p>Portant attours et bourreletz,</p> +<p>Mort saisit sans exception.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et mourut Paris et Hélène.</p> +<p>Quiconques meurt, meurt à douleur.</p> +<p>Celluy qui perd vent et alaine,</p> +<p>Son fiel se crève sur son cueur,</p> +<p>Puys sue Dieu sçait quelle sueur!</p> +<p>Et n'est qui de ses maulx l'allège:</p> +<p>Car enfans n'a, frère ne soeur,</p> +<p>Qui lors voulsist estre son pleige.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XLI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>La mort le faict frémir, pallir,</p> +<p>Le nez courber, les veines tendre,</p> +<p>Le col enfler, la chair mollir,</p> +<p>Joinctes et nerfs croistre et estendre.</p> +<p>Corps féminin, qui tant est tendre,</p> +<p>Polly, souef, si precieulx,</p> +<p>Te faudra-il ces maulx attendre?</p> +<p>Ouy, ou tout vif aller ès cieulx.</p> +<a name="p034"></a><span class="pagenum">P. 34</span></div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +<p>DES DAMES DU TEMPS JADIS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Dictes-moy où, n'en quel pays,</p> +<p>Est Flora, la belle Romaine;</p> +<p>Archipiada, ne Thaïs,</p> +<p>Qui fut sa cousine germaine;</p> +<p>Echo, parlant quand bruyt on maine</p> +<p>Dessus rivière ou sus estan,</p> +<p>Qui beauté eut trop plus qu'humaine?</p> +<p>Mais où sont les neiges d'antan!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Où est la très sage Heloïs,</p> +<p>Pour qui fut chastré et puis moyne</p> +<p>Pierre Esbaillart à Sainct-Denys?</p> +<p>Pour son amour eut cest essoyne.</p> +<p>Semblablement, où est la royne</p> +<p>Qui commanda que Buridan</p> +<p>Fust jetté en ung sac en Seine?</p> +<p>Mais où sont les neiges d'antan!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>La royne Blanche comme ung lys,</p> +<p>Qui chantoit à voix de sereine;</p> +<p>Berthe au grand pied, Bietris, Allys;</p> +<p>Harembourges, qui tint le Mayne,</p> +<p>Et Jehanne, la bonne Lorraine,</p> +<p>Qu'Anglois bruslèrent à Rouen;</p> +<p>Où sont-ilz, Vierge souveraine?...</p> +<p>Mais où sont les neiges d'antan!</p> +<a name="p035"></a><span class="pagenum">P. 35</span></div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, n'enquerez de sepmaine</p> +<p>Où elles sont, ne de cest an,</p> +<p>Que ce refrain ne vous remaine:</p> +<p>Mais où sont les neiges d'antan!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +<p>DES SEIGNEURS DU TEMPS JADIS</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Suyvant le propos précèdent.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Qui plus? Où est le tiers Calixte,</p> +<p>Dernier decedé de ce nom,</p> +<p>Qui quatre ans tint le Papaliste?</p> +<p>Alphonse, le roy d'Aragon,</p> +<p>Le gracieux duc de Bourbon,</p> +<p>Et Artus, le duc de Bretaigne,</p> +<p>Et Charles septiesme, le Bon?...</p> +<p>Mais où est le preux Charlemaigne!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Semblablement, le roy Scotiste,</p> +<p>Qui demy-face eut, ce dit-on,</p> +<p>Vermeille comme une amathiste</p> +<p>Depuys le front jusqu'au menton?</p> +<p>Le roy de Chypre, de renom;</p> +<p>Hélas! et le bon roy d'Espaigne,</p> +<p>Duquel je ne sçay pas le nom?...</p> +<p>Mais où est le preux Charlemaigne!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>D'en plus parler je me désiste;</p> +<a name="p036"></a><span class="pagenum">P. 36</span> +<p>Ce n'est que toute abusion.</p> +<p>Il n'est qui contre mort résiste,</p> +<p>Ne qui treuve provision.</p> +<p>Encor fais une question:</p> +<p>Lancelot, le roy de Behaigne,</p> +<p>Où est-il? Où est son tayon?...</p> +<p>Mais où est le preux Charlemaigne!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Où est Claquin, le bon Breton?</p> +<p>Où le comte Daulphin d'Auvergne,</p> +<p>Et le bon feu duc d'Alençon?...</p> +<p>Mais où est le preux Charlemaigne!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>A ce propos, en vieil françois.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Mais où sont ly sainctz apostoles,</p> +<p>D'aulbes vestuz, d'amys coeffez,</p> +<p>Qui sont ceincts de sainctes estoles,</p> +<p>Dont par le col prent ly mauffez,</p> +<p>De maltalent tout eschauffez?</p> +<p>Aussi bien meurt tilz que servans;</p> +<p>De ceste vie sont bouffez:</p> +<p>Autant en emporte ly vens.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Voire, où sont de Constantinobles</p> +<p>L'emperier aux poings dorez,</p> +<p>Ou de France ly roy tresnobles,</p> +<p>Sur tous autres roys décorez.</p> +<p>Qui, pour ly grand Dieux adorez,</p> +<a name="p037"></a><span class="pagenum">P. 37</span> +<p>Bastist eglises et convens?</p> +<p>S'en son temps il fut honorez,</p> +<p>Autant en emporte ly vens.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Où sont de Vienne et de Grenobles</p> +<p>Ly Daulphin, ly preux, ly senez?</p> +<p>Où, de Dijon, Sallins et Dolles,</p> +<p>Ly sires et ly filz aisnez?</p> +<p>Où autant de leurs gens privez,</p> +<p>Heraulx, trompettes, poursuyvans?</p> +<p>Ont-ilz bien bouté soubz le nez?...</p> +<p>Autant en emporte ly vens.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Princes à mort sont destinez,</p> +<p>Et tous autres qui sont vivans;</p> +<p>S'ils en sont coursez ou tennez,</p> +<p>Autant en emporte ly vens.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XLII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Puys que papes, roys, filz de roys,</p> +<p>Et conceuz en ventres de roynes,</p> +<p>Sont enseveliz, mortz et froidz,</p> +<p>En aultruy mains passent leurs resnes;</p> +<p>Moy, pauvre mercerot de Renes,</p> +<p>Mourray-je pas? Ouy, se Dieu plaist;</p> +<p>Mais que j'aye faict mes estrenes,</p> +<p>Honneste mort ne me desplaist.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XLIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ce monde n'est perpetuel,</p> +<p>Quoy que pense riche pillart;</p> +<p>Tous sommes soubz coutel mortel.</p> +<p>Ce confort prent pauvre vieillart,</p> +<a name="p038"></a><span class="pagenum">P. 38</span> +<p>Lequel d'estre plaisant raillart</p> +<p>Eut le bruyt, lorsque jeune estoit,</p> +<p>Qu'on tiendrait à fol et paillait,</p> +<p>Se, vieil, à railler se mettoit.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XLIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Or luy convient-il mendier,</p> +<p>Car à ce force le contraint.</p> +<p>Regrette huy sa mort, et hier;</p> +<p>Tristesse son cueur si estrainct,</p> +<p>Souvent, se n'estoit Dieu qu'il crainct,</p> +<p>Il feroit un horrible faict.</p> +<p>Si advient qu'en ce Dieu enfrainct,</p> +<p>Et que luy-mesmes se deffaict.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XLV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Car, s'en jeunesse il fut plaisant,</p> +<p>Ores plus rien ne dit qui plaise.</p> +<p>Tousjours vieil synge est desplaisant:</p> +<p>Moue ne faict qui ne desplaise.</p> +<p>S'il se taist, affin qu'il complaise,</p> +<p>Il est tenu pour fol recreu;</p> +<p>S'il parle, on luy dit qu'il se taise.</p> +<p>Et qu'en son prunier n'a pas creu.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XLVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Aussi, ces pauvres femmelettes,</p> +<p>Qui vieilles sont et n'ont de quoy,</p> +<p>Quand voyent jeunes pucellettes</p> +<p>En admenez et en requoy,</p> +<p>Lors demandent à Dieu pourquoy</p> +<p>Si tost nasquirent, n'a quel droit?</p> +<p>Notre Seigneur s'en taist tout coy,</p> +<p>Car, au tanser, il le perdroit.</p> +<a name="p039"></a><span class="pagenum">P. 39</span></div> +<div class="stanza"> +<p>LES REGRETS</p> +<p>DE LA BELLE HEAULMIÈRE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Jà parvenue à vieillesse.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Advis m'est que j'oy regretter</p> +<p>La belle qui fut heaulmière,</p> +<p>Soy jeune fille souhaitter</p> +<p>Et parler en ceste manière:</p> +<p>«Ha! vieillesse felonne et fière,</p> +<p>Pourquoy m'as si tost abatue?</p> +<p>Qui me tient que je ne me fière,</p> +<p>Et qu'à ce coup je ne me tue?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Tollu m'as ma haulte franchise</p> +<p>Que beauté m'avoit ordonné</p> +<p>Sur clercz, marchans et gens d'Eglise:</p> +<p>Car alors n'estoit homme né</p> +<p>Qui tout le sien ne m'eust donné,</p> +<p>Quoy qu'il en fust des repentailles,</p> +<p>Mais que luy eusse abandonné</p> +<p>Ce que reffusent truandailles.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«A maint homme l'ay reffusé,</p> +<p>Qui n'estoit à moy grand saigesse,</p> +<p>Pour l'amour d'ung garson rusé,</p> +<p>Auquel j'en feiz grande largesse.</p> +<p>A qui que je feisse finesse,</p> +<p>Par m'ame, je l'amoye bien!</p> +<p>Or ne me faisoit que rudesse,</p> +<p>Et ne m'amoyt que pour le mien.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Jà ne me sceut tant detrayner,</p> +<a name="p040"></a><span class="pagenum">P. 40</span> +<p>Fouller au piedz, que ne l'aymasse,</p> +<p>Et m'eust-il faict les rains trayner,</p> +<p>S'il m'eust dit que je le baisasse</p> +<p>Et que tous mes maux oubliasse;</p> +<p>Le glouton, de mal entaché,</p> +<p>M'embrassoit... J'en suis bien plus grasse!</p> +<p>Que m'en reste-il? Honte et péché.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Or il est mort, passé trente ans,</p> +<p>Et je remains vieille et chenue.</p> +<p>Quand je pense, lasse! au bon temps,</p> +<p>Quelle fus, quelle devenue;</p> +<p>Quand me regarde toute nue,</p> +<p>Et je me voy si très-changée,</p> +<p>Pauvre, seiche, maigre, menue,</p> +<p>Je suis presque toute enragée.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Qu'est devenu ce front poly,</p> +<p>Ces cheveulx blonds, sourcilz voultyz,</p> +<p>Grand entr'oeil, le regard joly,</p> +<p>Dont prenoye les plus subtilz;</p> +<p>Ce beau nez droit, grand ne petiz;</p> +<p>Ces petites joinctes oreilles,</p> +<p>Menton fourchu, cler vis traictis,</p> +<p>Et ces belles lèvres vermeilles?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Ces gentes espaules menues,</p> +<p>Ces bras longs et ces mains tretisses;</p> +<p>Petitz tetins, hanches charnues,</p> +<p>Eslevées, propres, faictisses</p> +<p>A tenir amoureuses lysses;</p> +<p>Ces larges reins, ce sadinet,</p> +<p>Assis sur grosses fermes cuysses,</p> +<a name="p041"></a><span class="pagenum">P. 41</span> +<p>Dedans son joly jardinet?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Le front ridé, les cheveulx gris,</p> +<p>Les sourcilz cheuz, les yeulx estainctz,</p> +<p>Qui faisoient regars et ris,</p> +<p>Dont maintz marchans furent attaincts;</p> +<p>Nez courbé, de beaulté loingtains;</p> +<p>Oreilles pendans et moussues;</p> +<p>Le vis pally, mort et destaincts;</p> +<p>Menton foncé, lèvres peaussues:</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«C'est d'humaine beauté l'yssues!</p> +<p>Les bras courts et les mains contraictes,</p> +<p>Les espaulles toutes bossues;</p> +<p>Mammelles, quoy! toutes retraictes;</p> +<p>Telles les hanches que les tettes.</p> +<p>Du sadinet, fy! Quant des cuysses,</p> +<p>Cuysses ne sont plus, mais cuyssettes</p> +<p>Grivelées comme saulcisses.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Ainsi le bon temps regretons</p> +<p>Entre nous, pauvres vieilles sottes,</p> +<p>Assises bas, à croppetons,</p> +<p>Tout en ung tas comme pelottes,</p> +<p>A petit feu de chenevottes,</p> +<p>Tost allumées, tost estainctes;</p> +<p>Et jadis fusmes si mignottes!...</p> +<p>Ainsi en prend à maintz et maintes.»</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p042"></a><span class="pagenum">P. +42</span> +<p>BALLADE DE LA BELLE HEAULMIÈRE</p> +<p>AUX FILLES DE JOIE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Or y pensez, belle Gantière,</p> +<p>Qui m'escolière souliez estre,</p> +<p>Et vous, Blanche la Savetière,</p> +<p>Ores est temps de vous congnoistre.</p> +<p>Prenez à dextre et à senestre;</p> +<p>N'espargnez homme, je vous prie:</p> +<p>Car vieilles n'ont ne cours ne estre,</p> +<p>Ne que monnoye qu'on descrie.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Et vous, la gente Saulcissière,</p> +<p>Qui de dancer estes adextre;</p> +<p>Guillemette la Tapissière,</p> +<p>Ne mesprenez vers vostre maistre;</p> +<p>Tous vous fauldra clorre fenestre,</p> +<p>Quand deviendrez vieille, flestrie;</p> +<p>Plus ne servirez qu'un vieil prebstre,</p> +<p>Ne que monnoye qu'on descrie.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Jehanneton la Chaperonnière,</p> +<p>Gardez qu'ennuy ne vous empestre;</p> +<p>Katherine la Bouchière,</p> +<p>N'envoyez plus les hommes paistre:</p> +<p>Car qui belle n'est, ne perpetre</p> +<p>Leur bonne grace, mais leur rie.</p> +<p>Laide vieillesse amour n'impetre,</p> +<p>Ne que monnoye qu'on descrie.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Filles, veuillez vous entremettre</p> +<p>D'escouter pourquoy pleure et crie</p> +<a name="p043"></a><span class="pagenum">P. 43</span> +<p>C'est que ne puys remède y mettre,</p> +<p>Ne que monnoye qu'on descrie.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XLVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ceste leçon icy leur baille</p> +<p>La belle et bonne de jadis;</p> +<p>Bien dit ou mal, vaille que vaille,</p> +<p>Enregistrer j'ay faict ces ditz</p> +<p>Par mon clerc Fremin l'estourdys,</p> +<p>Aussi rassis que je pense estre...</p> +<p>S'il me desment, je le mauldys:</p> +<p>Selon le clerc est deu le maistre.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XLVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si apercoy le grand danger</p> +<p>Là où l'homme amoureux se boute...</p> +<p>Hé! qui me vouldroit laidanger</p> +<p>De ce mot, en disant: «Escoute!</p> +<p>Se d'aymer t'estrange et reboute</p> +<p>Le barat de celles nommées,</p> +<p>Tu fais une bien folle doubte,</p> +<p>Car ce sont femmes diffamées.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XLIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«S'ils n'ayment fors que pour l'argent,</p> +<p>On ne les ayme que pour l'heure.</p> +<p>Rondement ayment toute gent,</p> +<p>Et rient lors quant bourse pleure.</p> +<p>De celles n'est qui ne recoeuvre;</p> +<p>Mais en femmes d'honneur et nom</p> +<p>Franc homme, se Dieu me sequeure,</p> +<p>Se doit employer; ailleurs, non.»</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p044"></a><span class="pagenum">P. +44</span> +<p>L.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je prens qu'aucun dye cecy,</p> +<p>Si ne me contente-il en rien.</p> +<p>En effect, je concludz ainsy,</p> +<p>Et sy le cuyde entendre bien,</p> +<p>Qu'on doit aymer en lieu de bien.</p> +<p>Asçavoir-mon se ces fillettes,</p> +<p>Qu'en parolles toute jour tien,</p> +<p>Ne furent pas femmes honnestes?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Honnestes, si furent vrayement,</p> +<p>Sans avoir reproches ne blasmes.</p> +<p>S'il est vray que, au commencement,</p> +<p>Une chascune de ces femmes</p> +<p>Lors prindrent, ains qu'eussent diffames,</p> +<p>L'une ung clerc, ung lay, l'autre ung moine,</p> +<p>Pour estaindre d'amours les flammes,</p> +<p>Plus chauldes que feu Sainct-Antoine.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Or firent selon le decret</p> +<p>Leurs amys, et bien y appert;</p> +<p>Elles aymoient en lieu secret,</p> +<p>Car autre qu'eulx n'y avoit part.</p> +<p>Toutesfois, ceste amour se part:</p> +<p>Car celle qui n'en avoit qu'un</p> +<p>D'icelluy s'eslongne et despart,</p> +<p>Et ayme myeulx aymer chascun.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Qui les meut à ce? J'imagine,</p> +<p>Sans l'honneur des dames blasmer</p> +<a name="p045"></a><span class="pagenum">P. 45</span> +<p>Que c'est nature feminine,</p> +<p>Qui tout vivement veult aymer.</p> +<p>Autre chose n'y sçay rymer;</p> +<p>Fors qu'on dit, à Reims et à Troys,</p> +<p>Voire à l'Isle et à Sainct-Omer,</p> +<p>Que six ouvriers font plus que troys.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Or ont les folz amans le bond,</p> +<p>Et les dames prins la vollée;</p> +<p>C'est le droit loyer qu'amours ont;</p> +<p>Toute foy y est violée,</p> +<p>Quelque doulx baiser n'acollée.</p> +<p>De chiens, d'oyseaulx, d'armes, d'amours,</p> +<p>Chascun le dit à la vollée:</p> +<p>«Pour ung plaisir mille doulours.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>DOUBLE BALLADE</p> +<p>SUR LE MÊME PROPOS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pour ce, aymez tant que vouldrez,</p> +<p>Suyvez assemblées et festes,</p> +<p>En la fin jà mieulx n'en vauldrez,</p> +<p>Et sy n'y romprez que vos testes:</p> +<p>Folles amours font les gens bestes:</p> +<p>Salmon en idolatrya;</p> +<p>Samson en perdit ses lunettes...</p> +<p>Bien heureux est qui rien n'y a!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Orpheus, le doux menestrier,</p> +<p>Jouant de flustes et musettes,</p> +<a name="p046"></a><span class="pagenum">P. 46</span> +<p>En fut en dangier du meurtrier</p> +<p>Bon chien Cerberus à troys testes;</p> +<p>Et Narcissus, <i>le bel honnestes</i>,</p> +<p>En ung profond puys se noya,</p> +<p>Pour l'amour de ses amourettes...</p> +<p>Bien heureux est qui rien n'y a!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Sardana, le preux chevalier,</p> +<p>Qui conquist le regne de Crètes,</p> +<p>En voult devenir moulier</p> +<p>Et filer entre pucellettes.</p> +<p>David ly roy, saige prophètes,</p> +<p>Craincte de Dieu en oublya,</p> +<p>Voyant laver cuisses bien faictes...</p> +<p>Bien heureux est qui rien n'y a!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ammon en voult deshonnorer,</p> +<p>Feignant de manger tartelettes,</p> +<p>Sa soeur Thamar, et deflorer,</p> +<p>Qui fist choses moult deshonnestes;</p> +<p>Herodes (pas ne sont sornettes)</p> +<p>Sainct Jean-Baptiste en décolla,</p> +<p>Pour dances, saultz et chansonnettes...</p> +<p>Bien heureux est qui rien n'y a!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De moy, pauvre, je veuil parler;</p> +<p>J'en fuz batu, comme à ru telles,</p> +<p>Tout nud, jà ne le quiers celer.</p> +<p>Qui me feit mascher ces groiselles,</p> +<p>Fors Katherine de Vauselles?</p> +<p>Noé le tiers ot, qui fut là.</p> +<p>Mitaines à ces nopces telles,</p> +<p>Bien heureux est qui rien n'y a!</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p047"></a><span class="pagenum">P. +47</span> +<p>Mais que ce jeune bachelier</p> +<p>Laissast ces jeunes bachelettes,</p> +<p>Non! et, le deust-on vif brusler,</p> +<p>Comme ung chevaucheur d'escovettes.</p> +<p>Plus doulces luy sont que civettes;</p> +<p>Mais toutesfoys fol s'y fia:</p> +<p>Soient blanches, soient brunettes,</p> +<p>Bien heureux est qui rien n'y a!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si celle que jadis servoye</p> +<p>De si bon cueur et loyaument,</p> +<p>Dont tant de maulx et griefz j'avoye,</p> +<p>Et souffroye tant de torment,</p> +<p>Se dit m'eust, au commencement,</p> +<p>Sa voulenté (mais nenny, las!),</p> +<p>J'eusse mys peine aucunement,</p> +<p>De moy retraire de ses las.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quoy que je luy voulsisse dire,</p> +<p>Elle estoit preste d'escouter,</p> +<p>Sans m'accorder ne contredire;</p> +<p>Qui plus, me souffroit arrester,</p> +<p>Joignant elle près s'accouter;</p> +<p>Et ainsi m'alloit amusant,</p> +<p>Et me souffroit tout racompter,</p> +<p>Mais ce n'estoit qu'en m'abusant.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Abusé m'a, et faict entendre</p> +<p>Tousjours d'ung que ce fust ung aultre;</p> +<p>De farine, que ce fust cendre;</p> +<a name="p048"></a><span class="pagenum">P. 48</span> +<p>D'ung mortier, ung chapeau de feautre;</p> +<p>De viel machefer, que fust peaultre;</p> +<p>D'ambesas, que ce fussent ternes...</p> +<p>Toujours trompant ou moy ou aultre,</p> +<p>Et vendoit vessies pour lanternes.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Du ciel, une poisle d'arain;</p> +<p>Des nues, une peau de veau;</p> +<p>Du matin, qu'estoit le serain;</p> +<p>D'un trongnon de chou, ung naveau;</p> +<p>D'orde cervoise, vin nouveau;</p> +<p>D'une truie, ung molin à vent;</p> +<p>Et d'une hart, ung escheveau;</p> +<p>D'un gras abbé, ung poursuyvant.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ainsi m'ont amours abusé,</p> +<p>Et pourmené de l'uys au pesle.</p> +<p>Je croy qu'homme n'est si rusé,</p> +<p>Fust fin comme argent de crepelle,</p> +<p>Qui n'y laissast linge et drapelle,</p> +<p>Mais qu'il fust ainsi manyé</p> +<p>Comme moy, qui partout m'appelle:</p> +<p><i>L'Amant remys et renyé</i>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je renye Amours et despite;</p> +<p>Je deffie à feu et à sang.</p> +<p>Mort par elles me precipite,</p> +<p>Et si ne leur vault pas d'ung blanc.</p> +<p>Ma vielle ay mys soubz le banc;</p> +<p>Amans je ne suyvray jamais;</p> +<p>Se jadis je fuz de leur ranc,</p> +<p>Je declaire que n'en suys mais.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p049"></a><span class="pagenum">P. +49</span> +<p>LXI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Car j'ay mys le plumail au vent:</p> +<p>Or le suyve qui a attente;</p> +<p>De ce me tays dorenevant.</p> +<p>Poursuyvre je vueil mon entente,</p> +<p>Et, s'aucun m'interroge ou tente</p> +<p>Comment d'amours ose mesdire,</p> +<p>Geste parolle les contente:</p> +<p>«Qui meurt a ses loix de tout dire.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je cognoys approcher ma soef;</p> +<p>Je crache, blanc comme cotton,</p> +<p>Jacobins gros comme ung estoeuf:</p> +<p>Qu'est-ce à dire? que Jenanneton</p> +<p>Plus ne me tient pour valeton,</p> +<p>Mais pour ung vieil usé régnait...</p> +<p>De vieil porte voix et le ton,</p> +<p>Et ne suys qu'ung jeune coquart.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Dieu mercy et Jaques Thibault,</p> +<p>Qui tant d'eau froide m'a faict boyre,</p> +<p>En ung bas lieu, non pas en hault;</p> +<p>Manger d'angoisse mainte poire;</p> +<p>Enferré... Quand j'en ay mémoire,</p> +<p>Je pry pour luy et <i>reliqua</i>,</p> +<p>Que Dieu luy doint... et voire, voire,</p> +<p>Ce que je pense... <i>et cetera</i>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Toutesfoys, je n'y pense mal,</p> +<p>Pour luy et pour son lieutenant;</p> +<a name="p050"></a><span class="pagenum">P. 50</span> +<p>Aussy pour son official,</p> +<p>Qui est plaisant et advenant,</p> +<p>Que faire n'ay du remenant;</p> +<p>Mais du petit maistre Robert?...</p> +<p>Je les ayme, tout d'ung tenant,</p> +<p>Ainsi que faict Dieu le Lombart.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si me souvient, à mon advis,</p> +<p>Que je feis, à mon partement,</p> +<p>Certains lays, l'an cinquante six,</p> +<p>Qu'aucuns, sans mon consentement,</p> +<p>Voulurent nommer <i>Testament</i>;</p> +<p>Leur plaisir fut, et non le mien:</p> +<p>Mais quoy! on dit communement,</p> +<p>Qu'un chascun n'est maistre du sien.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>S'ainsi estoit qu'aulcun n'eust pas</p> +<p>Receu les lays que je luy mande,</p> +<p>J'ordonne que, après mon trespas,</p> +<p>A mes hoirs en face demande;</p> +<p>Qui sont-ilz? si on le demande:</p> +<p>Moreau, Provins, Robin Turgis;</p> +<p>De moy, par dictez que leur mande,</p> +<p>Ont eu jusqu'au lict où je gys.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pour le révoquer ne le dy,</p> +<p>Et y courust toute ma terre;</p> +<p>De pitié en suys refroidy,</p> +<p>Envers le bastard de la Barre:</p> +<p>Parmy ses trois gluvons de foerre,</p> +<p>Je luy donne mes vieilles nattes;</p> +<a name="p051"></a><span class="pagenum">P. 51</span> +<p>Bonnes seront pour tenir serre,</p> +<p>Et soy soustenir sur ses pattes.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Somme, plus ne diray qu'ung mot,</p> +<p>Car commencer veuil à tester:</p> +<p>Devant mon clerc Fremin, qui m'ot</p> +<p>(S'il ne dort), je vueil protester,</p> +<p>Que n'entends homme detester,</p> +<p>En ceste presente ordonnance;</p> +<p>Et ne la vueil manifester</p> +<p>Sinon au royaulme de France.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je sens mon cueur qui s'affoiblist,</p> +<p>Et plus je ne puys papier.</p> +<p>Fremin, siez-toy près de mon lict,</p> +<p>Que l'on ne me viengne espier!</p> +<p>Prens tost encre, plume et papier,</p> +<p>Ce que nomme escryz vistement;</p> +<p>Puys fais-le partout copier,</p> +<p>Et vecy le commancement.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><i>Ici commance Villon à tester</i>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Au nom de Dieu, Père eternel.</p> +<p>Et du Filz que Vierge parit,</p> +<p>Dieu au Père oeternel,</p> +<p>Ensemble et du Sainct Esperit,</p> +<p>Qui saulva ce qu'Adam périt,</p> +<p>Et du pery pare les Cieulx...</p> +<a name="p052"></a><span class="pagenum">P. 52</span> +<p>Qui bien ce croyt, peu ne merit:</p> +<p>De gens mortz se font petiz Dieux.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Mortz estoient, et corps et ames,</p> +<p>En damnée perdition;</p> +<p>Corps pourriz, et ames en flammes,</p> +<p>De quelconque condition;</p> +<p>Toutesfoys, fais exception</p> +<p>Des patriarches et prophètes;</p> +<p>Car, selon ma conception,</p> +<p>Oncques grand chault n'eurent aux fesses.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Qui me diroit: «Qui te faict mectre</p> +<p>Si très-avant ceste parolle,</p> +<p>Qui n'es en Théologie maistre?</p> +<p>A toy est presumption folle.»</p> +<p>—C'est de JESUS la parabolle,</p> +<p>Touchant le Riche ensevely</p> +<p>En feu, non pas en couche molle,</p> +<p>Et du Ladre, de dessus ly.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si du Ladre eust veu le doy ardre,</p> +<p>Jà n'en eust requis refrigère,</p> +<p>N'au bout d'icelluy doiz aherdre,</p> +<p>Pour refreschir sa maschouëre.</p> +<p>Pions y feront mate chère,</p> +<p>Qui boy vent pourpoinct et chemise:</p> +<p>Puys que boyture y est si chère,</p> +<p>Dieu nous garde de la main mise!</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p053"></a><span class="pagenum">P. +53</span> +<p>LXXIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ou nom de Dieu, comme j'ay dit,</p> +<p>Et de sa glorieuse Mère,</p> +<p>Sans peché soit parfaict ce dict</p> +<p>Par moy, plus maigre que chimere;</p> +<p>Si je n'ay eu fièvre effimère,</p> +<p>Ce m'a faict divine clémence;</p> +<p>Mais d'autre dueil et perte amère</p> +<p>Je me tays, et ainsi commence:</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Premier, je donne ma pauvre ame</p> +<p>A la benoiste Trinité,</p> +<p>Et la commande à Nostre Dame,</p> +<p>Chambre de la divinité;</p> +<p>Priant toute la charité</p> +<p>Des dignes neuf Ordres des cieulx,</p> +<p>Que par eulx soit ce don porté</p> +<p>Devant le Trosne précieux.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, mon corps j'ordonne et laisse</p> +<p>A nostre grand mère la terre;</p> +<p>Les vers n'y trouveront grand gresse:</p> +<p>Trop lui a faict faim dure guerre.</p> +<p>Or luy soit délivré grand erre;</p> +<p>De terre vint, en terre tourne.</p> +<p>Toute chose, se par trop n'erre,</p> +<p>voulentiers en son lieu retourne.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, et à mon plus que père,</p> +<p>Maistre Guillaume de Villon</p> +<a name="p054"></a><span class="pagenum">P. 54</span> +<p>Qui m'a esté plus doulx que mère</p> +<p>D'enfant eslevé de maillon;</p> +<p>Dejetté m'a de maint boillon,</p> +<p>Et de cestuy pas ne s'esjoye,</p> +<p>Si luy requiers à genoillon,</p> +<p>Qu'il m'en laisse toute la joye.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je luy donne ma librairie,</p> +<p>Et le <i>Rommant du Pet au Diable</i>,</p> +<p>Lequel maistre Gui Tabarie</p> +<p>Grossoya, qu'est hom véritable.</p> +<p>Par cayers est soubz une table.</p> +<p>Combien qu'il soit rudement faict,</p> +<p>La matière est si très notable,</p> +<p>Qu'elle amende tout le meffaict.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, donne à ma bonne mère</p> +<p>Pour saluer nostre Maistresse,</p> +<p>Qui pour moy eut douleur amère,</p> +<p>Dieu le sçait, et mainte tristesse;</p> +<p>Autre chastel ou fosteresse</p> +<p>N'ay où retraire corps et ame,</p> +<p>Quand sur moy court male destresse,</p> +<p>Ne ma mère, la povre femme!</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p055"></a><span class="pagenum">P. +55</span> +<p>BALLADE</p> +<p>QUE VILLON FEIT A LA REQUESTE DE SA MÈRE,</p> +<p>POUR PRIER NOSTRE-DAME.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Dame du ciel, régente terrienne,</p> +<p>Emperière des infernaulx palux,</p> +<p>Recevez-moy, vostre humble chrestienne,</p> +<p>Que comprinse soye entre voz esleuz,</p> +<p>Ce non obstant qu'oncques rien ne valuz.</p> +<p>Les biens de vous, ma dame et ma maistresse,</p> +<p>Sont trop plus grans que ne suis pecheresse,</p> +<p>Sans lesquelz biens ame ne peult merir</p> +<p>N'avoir les cieulx, je n'en suis jengleresse.</p> +<p>En ceste foy je vueil vivre et mourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>A vostre Filz dictes que je suis sienne;</p> +<p>Que de luy soyent mes péchez aboluz:</p> +<p>Pardonnés moi comme à l'Egyptienne,</p> +<p>Ou comme il feit au clerc Theophilus,</p> +<p>Lequel par vous fut quitte et absoluz,</p> +<p>Combien qu'il eust au diable faict promesse.</p> +<p>Preservez-moy, que je ne face cesse;</p> +<p>Vierge, pourtant, me vouilliés impartir</p> +<p>Le sacrement qu'on celebre à la messe.</p> +<p>En ceste foy je vueil vivre et mourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Femme je suis povrette et ancienne,</p> +<p>Ne riens ne sçay; oncques lettre ne leuz;</p> +<p>Au monstier voy dont suis parroissienne</p> +<p>Paradis painct, où sont harpes et luz,</p> +<a name="p056"></a><span class="pagenum">P. 56</span> +<p>Et ung enfer où damnez sont boulluz:</p> +<p>L'ung me faict paour, l'autre joye et liesse.</p> +<p>La joye avoir fais-moy, haulte Deesse,</p> +<p>A qui pecheurs doivent tous recourir,</p> +<p>Comblez de foy, sans faincte ne paresse.</p> +<p>En ceste foy je vueil vivre et mourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Vous portastes, Vierge, digne princesse,</p> +<p>JESUS régnant, qui n'a ne fin ne cesse.</p> +<p>Le Tout-Puissant, prenant nostre foiblesse,</p> +<p>Laissa les cieulx et nous vint secourir;</p> +<p>Offrist à mort sa très clère +jeunesse;</p> +<p>Nostre Seigneur tel est, tel le confesse.</p> +<p>En ceste foy je vueil vivre et mourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, m'amour, ma chère Rosé,</p> +<p>Ne luy laisse ne cueur ne foye:</p> +<p>Elle aymeroit mieulx autre chose,</p> +<p>Combien qu'elle ait assez monnoye:</p> +<p>Quoy? une grand bourse de soye,</p> +<p>Pleine d'escuz, profonde et large:</p> +<p>Mais pendu soit-il, que je soye,</p> +<p>Qui luy lairra escu ne targe.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXXI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Car elle en a, sans moy, assez.</p> +<p>Mais de cela il ne m'en chault;</p> +<p>Mes grans deduictz en sont passez;</p> +<p>Plus n'en ay le cropion chauld.</p> +<a name="p057"></a><span class="pagenum">P. 57</span> +<p>Si m'en desmetz aux hoirs Michault,</p> +<p>Qui fut nommé le bon fouterre.</p> +<p>Priez pour luy, faictes ung sault:</p> +<p>A Saint-Satur gist, soubz Sancerre.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXXII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ce non obstant, pour m'acquitter</p> +<p>Envers Amours, plus qu'envers elle,</p> +<p>Car oncques n'y peuz acquester</p> +<p>D'amours une seule estincelle;</p> +<p>Ne sçay s'à tous est si rebelle</p> +<p>Qu'à moy: ce ne m'est grand esmoy;</p> +<p>Mais, par saincte Marie la belle!</p> +<p>Je n'y voy que rire pour moy.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXXIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ceste Ballade luy envoye,</p> +<p>Qui se termine toute en R.</p> +<p>Qui la portera? que j'y voye:</p> +<p>Ce sera Pernet de la Barre,</p> +<p>Pourveu, s'il rencontre en son erre</p> +<p>Ma damoyselle au nez tortu,</p> +<p>Il luy dira, sans plus enquerre:</p> +<p>«Orde paillarde, d'où viens-tu?»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +<p>DE VILLON A S'AMYE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Faulse beaulté, qui tant me couste cher.</p> +<p>Rude en effect, hypocrite doulceur;</p> +<a name="p058"></a><span class="pagenum">P. 58</span> +<p>Amour dure, plus que fer, à mascher;</p> +<p>Nommer que puis de ma deffaçon soeur,</p> +<p>Cherme felon, la mort d'ung povre cueur,</p> +<p>Orgueil mussé, qui gens met au mourir;</p> +<p>Yeulx sans pitié! ne veult droicte rigueur,</p> +<p>Sans empirer, ung pauvre secourir?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Mieulx m'eust valu avoir esté crier</p> +<p>Ailleurs secours, c'eust esté mon bonheur:</p> +<p>Rien ne m'eust sceu hors de ce fait chasser;</p> +<p>Trotter m'en fault en fuyte à deshonneur.</p> +<p>Haro, haro, le grand et le mineur!</p> +<p>Et qu'est cecy? mourray, sans coup ferir,</p> +<p>Ou pitié veult, selon ceste teneur,</p> +<p>Sans empirer, ung povre secourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ung temps viendra, qui fera desseicher,</p> +<p>Jaulnir, flestrir, vostre espanie fleur:</p> +<p>Je m'en risse, se tant peusse marcher,</p> +<p>Mais nenny: lors (ce seroit donc foleur)</p> +<p>Vieil je seray; vous, laide, et sans couleur.</p> +<p>Or, beuvez fort, tant que ru peult courir.</p> +<p>Ne donnez pas à tous ceste douleur,</p> +<p>Sans empirer, ung povre secourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince amoureux, des amans le greigneur,</p> +<p>Vostre mal gré ne vouldroye encourir;</p> +<p>Mais tout franc cueur doit, par Nostre Seigneur,</p> +<p>Sans empirer, ung povre secourir.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p059"></a><span class="pagenum">P. +59</span> +<p>LXXXIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à maistre Ythier, marchant,</p> +<p>Auquel mon branc laissay jadis,</p> +<p>Donne (mais qu'il le mette en chant),</p> +<p>Ce lay, contenant des vers dix;</p> +<p>Et aussi ung <i>De profundis</i></p> +<p>Pour ses anciennes amours,</p> +<p>Desquelles le nom je ne dis,</p> +<p>Car il me herroit à tousjours.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LAY OU PLUSTOST RONDEAU.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>MORT, j'appelle de ta rigueur,</p> +<p>Qui m'as ma maistresse ravie,</p> +<p>Et n'es pas encore assouvie,</p> +<p>Se tu ne me tiens en langueur.</p> +<p>Onc puis n'euz force ne vigueur;</p> +<p>Mais que te nuysoit-elle en vie,</p> +<p>Mort?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Deux estions, et n'avions qu'ung cueur;</p> +<p>S'il est mort, force est que dévie,</p> +<p>Voire, ou que je vive sans vie,</p> +<p>Comme les images, par cueur,</p> +<p>Mort!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXXV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à maistre Jehan Cornu,</p> +<p>Autres nouveaux lays luy vueil faire,</p> +<a name="p060"></a><span class="pagenum">P. 60</span> +<p>Car il m'a tousjours secouru</p> +<p>A mon grand besoing et affaire:</p> +<p>Pour ce, le jardin luy transfère,</p> +<p>Que maistre Pierre Bourguignon</p> +<p>Me renta, en faisant refaire</p> +<p>L'huys, et redrecier le pignon.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXXVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Par faulte d'ung huys, j'y perdis</p> +<p>Ung grez, et ung manche de houe.</p> +<p>Alors, huyt faulcons, non pas dix,</p> +<p>N'y eussent pas prins une alloüe.</p> +<p>L'hostel est seur, mais qu'on le cloüe.</p> +<p>Pour enseigne y mis ung havet;</p> +<p>Qui que l'ait prins, point ne l'en loüe:</p> +<p>Sanglante nuict et bas chevet!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXXVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, et pource que la femme</p> +<p>De maistre Pierre Sainct Amant</p> +<p>(Combien, si coulpe y a ou blasme,</p> +<p>Dieu luy pardonne doulcement!)</p> +<p>Me meist en reng de caymant,</p> +<p>Pour le Cheval Blanc qui ne bouge,</p> +<p>Luy changeay à une jument,</p> +<p>Et la Mulle à ung Asne rouge.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXXVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, donne à sire Denys</p> +<p>Hesselin, Esleu de Paris,</p> +<p>Quatorze muys de vin d'Aulnis,</p> +<p>Prins chez Turgis, à mes perilz.</p> +<p>S'il en beuvoit tant que periz</p> +<p>En fust son sens et sa raison,</p> +<a name="p061"></a><span class="pagenum">P. 61</span> +<p>Qu'on mette de l'eau es barrilz:</p> +<p>Vin perd mainte bonne maison.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LXXXIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, donne à mon advocat,</p> +<p>Maistre Guillaume Charruau,</p> +<p>Quoy qu'il marchande ou ait estât,</p> +<p>Mon branc... Je me tays du fourreau,</p> +<p>Il aura, avec ce, ung réau</p> +<p>En change, affin que sa bourse enfle,</p> +<p>Prins sur la chaussée et carreau</p> +<p>De la grand closture du Temple.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, mon procureur Fournier</p> +<p>Aura, pour toutes ses corvées</p> +<p>(Simple seroit de l'espargner;</p> +<p>En ma bourse quatre havées),</p> +<p>Car maintes causes m'a saulvées,</p> +<p>Justes, ainsi, JESUS-CHRIST m'ayde!</p> +<p>Comme elles ont esté trouvées;</p> +<p>Mais bon droit a bon mestier d'ayde.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XCI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je donne à maistre Jaques</p> +<p>Raguyer le grant godet de Grève,</p> +<p>Pourveu qu'il payera quatre plaques,</p> +<p>Deust-il vendre, quoy qu'il luy griefve,</p> +<p>Ce dont on ceuvre mol et grève;</p> +<p>Aller sans chausses et chappin,</p> +<p>Tous les matins, quand il se liève,</p> +<p>Au trou de la Pomme de pin.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p062"></a><span class="pagenum">P. +62</span> +<p>XCII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, quant est de Mairebeuf,</p> +<p>Et de Nicolas de Louviers,</p> +<p>Vache ne leur donne ne beuf,</p> +<p>Car vachers ne sont, ne bouviers,</p> +<p>Mais gens à porter esperviers,</p> +<p>Ne cuidez pas que je vous joue,</p> +<p>Pour prendre perdriz et plouviers,</p> +<p>Sans faillir, sur la Maschecroüe.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XCIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, vienne Robert Turgis</p> +<p>A moy, je luy payeray son vin,</p> +<p>Combien, s'il trouve mon logis,</p> +<p>Plus fort sera que le devin.</p> +<p>Le droit luy donne d'eschevin,</p> +<p>Que j'ay comme enfant de Paris...</p> +<p>Se je parle ung peu poictevin,</p> +<p>Ilce m'ont deux dames appris.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XCIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Filles sont très belles et gentes,</p> +<p>Demourantes à Sainct-Genou,</p> +<p>Près Sainct-Julian des Voventes,</p> +<p>Marches de Bretaigne ou Poictou,</p> +<p>Mais je ne dy proprement où,</p> +<p>Or y pensez trestous les jours,</p> +<p>Car je ne suis mie si fou...</p> +<p>Je pense celer mes amours.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XCV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à Jehan Raguyer je donne,</p> +<p>Qui est sergent, voir des Douze,</p> +<a name="p063"></a><span class="pagenum">P. 63</span> +<p>Tant qu'il vivra, ainsi l'ordonne,</p> +<p>Tous les jours une talemouze,</p> +<p>Pour brouter et fourrer sa mouse,</p> +<p>Prinse à la table de Bailly;</p> +<p>A Maubuay sa gorge arrouse,</p> +<p>Car à manger n'a pas failly.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XCVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, donne au prince des Sotz</p> +<p>Pour ung bon sot Michault du Four,</p> +<p>Qui à la fois dit de bons motz</p> +<p>Et chante bien: <i>Ma doulce amour</i>!</p> +<p>Avec ce, il aura le bonjour.</p> +<p>Brief, mais qu'il fust ung peu en poinct,</p> +<p>Il est ung droit sot de séjour,</p> +<p>Et est plaisant où il n'est point.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XCVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, aux unze vingtz Sergens</p> +<p>Donne, car leur faict est honneste,</p> +<p>Et sont bonnes et doulces gens,</p> +<p>Denis Richier, et Jehan Vallette,</p> +<p>A chascun une grand cornette,</p> +<p>Pour pendre à leurs chappeaulx de feautre</p> +<p>J'entendz à ceulx de pied, hohecte!</p> +<p>Car je n'ay que faire des autres.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XCVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Derechef, donne à Périnet,</p> +<p>J'entendz le bastard de la Barre,</p> +<p>Pour ce qu'il est beau fils et net,</p> +<p>En son escu, en lieu de barre,</p> +<p>Trois detz plombez, de bonne carre,</p> +<p>Ou ung beau joly jeu de cartes...</p> +<a name="p064"></a><span class="pagenum">P. 64</span> +<p>Mais quoy! s'on l'oyt vessir ne poirre,</p> +<p>En oultre aura les fièvres quartes.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XCIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, ne vueil plus que Chollet</p> +<p>Dolle, trenche, douve ne boyse,</p> +<p>Relye brocq ne tonnelet,</p> +<p>Mais tous ses outilz changer voyse</p> +<p>A une espée lyonnoise,</p> +<p>Et retienne le hutinet:</p> +<p>Combien qu'il n'ayme bruyt ne noyse,</p> +<p>Si luy plaist-il ung tantinet.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>C.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je donne à Jehan le Lou,</p> +<p>Homme de bien et bon marchant,</p> +<p>Pour ce qu'il est linget et flou,</p> +<p>Et que Chollet est mal chassant,</p> +<p>Par les rues plustost qu'au champ,</p> +<p>Qui ne lairra poulaille en voye,</p> +<p>Le long tabart, et bien cachant,</p> +<p>Pour les musser, qu'on ne les voye.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à l'orfèvre Du Boys,</p> +<p>Donne cent clouz, queues et testes,</p> +<p>De gingembre sarazinoys,</p> +<p>Non pas pour accoupler ses boytes,</p> +<p>Mais pour conjoindre culz et coettes,</p> +<p>Et couldre jambons et andoilles,</p> +<p>Tant que le laict en monte aux tettes,</p> +<p>Et le sang en devalle aux coilles.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p065"></a><span class="pagenum">P. +65</span> +<p>CII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Au cappitaine Jehan Riou,</p> +<p>Tant pour luy que pour ses archiers,</p> +<p>Je donne six livres de lou,</p> +<p>Qui n'est pas viande à porchiers,</p> +<p>Prins à gros mastins de bouchiers,</p> +<p>Et cuittes de vin de buffet.</p> +<p>Pour manger de ces morceaulx chiers,</p> +<p>On en ferait bien un mau faict.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>C'est viande ung peu plus pesante,</p> +<p>Que duvet, ne plume, ne liège.</p> +<p>Elle est bonne à porter en tente,</p> +<p>Ou pour user en quelque siège.</p> +<p>Et, s'ilz estoient prins en un piège,</p> +<p>Les mastins, qu'ils ne sceussent courre,</p> +<p>J'ordonne, moy qui suis bon miège,</p> +<p>Que des peaulx, sur l'hyver, se fourre.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à Robin Troussecaille,</p> +<p>Qui s'est en service bien faict;</p> +<p>A pied ne va comme une caille,</p> +<p>Mais sur roussin gros et reffaict:</p> +<p>Je luy donne, de mon buffet,</p> +<p>Une jatte qu'emprunter n'ose;</p> +<p>Si aura mesnage parfait:</p> +<p>Plus ne luy failloit autre chose.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, donne à Perrot Girard,</p> +<p>Barbier juré du Bourg-la-Royne,</p> +<a name="p066"></a><span class="pagenum">P. 66</span> +<p>Deux bassins et ung coquemard,</p> +<p>Puis qu'à gaigner mect telle peine.</p> +<p>Des ans y a demy douzaine,</p> +<p>Qu'en son hostel, de cochons gras</p> +<p>M'apastela une sepmaine;</p> +<p>Tesmoing l'abesse de Pourras.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, aux Frères mendians,</p> +<p>Aux Devotes et aux Beguines,</p> +<p>Tant de Paris que d'Orléans,</p> +<p>Tant Turlupins que Turlupines,</p> +<p>De grasses souppes jacobines</p> +<p>Et flans leurs fais oblation;</p> +<p>Et puis après, soubz les courtines,</p> +<p>Parler de contemplation.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si ne suis-je pas qui leur donne,</p> +<p>Mais du tout en sont-ce les mères,</p> +<p>Et Dieu, qui ainsi les guerdonne,</p> +<p>Pour qui souffrent peines amères.</p> +<p>Il fault qu'ilz vivent, les beaulx pères,</p> +<p>Et mesmement ceulx de Paris.</p> +<p>S'ilz font plaisir à noz commères,</p> +<p>Ilz ayment ainsi les maris.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quoy que maistre Jehan de Pontlieu</p> +<p>En voulsist dire, <i>et reliqua</i>,</p> +<p>Contrainct et en publique lieu,</p> +<p>Voulsist ou non, s'en revocqua.</p> +<p>Maistre Jehan de Mehun se moqua</p> +<p>De leur façon; si feit Mathieu.</p> +<a name="p067"></a><span class="pagenum">P. 67</span> +<p>Mais on doit honorer ce qu'a</p> +<p>Honnoré l'Eglise de Dieu.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si me submectz, leur serviteur,</p> +<p>En tout ce que puis faire et dire,</p> +<p>A les honorer de bon cueur,</p> +<p>Et servir, sans y contredire.</p> +<p>L'homme bien fol est d'en mesdire,</p> +<p>Car, soit à part, ou en prescher,</p> +<p>Ou ailleurs, il ne fault pas dire</p> +<p>Si gens sont pour eux revencher.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je donne à frère Baulde,</p> +<p>Demeurant à l'hostel des Carmes,</p> +<p>Portant chère hardie et baulde,</p> +<p>Une sallade et deux guysarmes,</p> +<p>Que De Tusca et ses gens d'armes</p> +<p>Ne luy riblent sa Caige-vert.</p> +<p>Vieil est: s'il ne se rend aux armes,</p> +<p>C'est bien le diable de Vauvert.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, pour ce que le Scelleur,</p> +<p>Maint estront de mousche à masché,</p> +<p>Donne, car homme est de valleur,</p> +<p>Son sceau davantage craché,</p> +<p>Et qu'il ait le pouce escaché,</p> +<p>Pour tout comprendre à une voye;</p> +<p>J'entendz celluy de l'Evesché,</p> +<p>Car les autres, Dieu les pourvoye.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p068"></a><span class="pagenum">P. +68</span> +<p>CXII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quant de messieurs les Auditeux,</p> +<p>Leur chambre auront lembroysée;</p> +<p>Et ceulx qui ont les culz rongneux,</p> +<p>Chascun une chaise persée,</p> +<p>Mais qu'à la petite Macée</p> +<p>D'Orléans, qui eut ma ceincture,</p> +<p>L'amende soit bien hault taxée:</p> +<p>Elle est une mauvaise ordure.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, donne à maistre Françoys,</p> +<p>Promoteur de la vacquerie,</p> +<p>Ung hault gorgerin d'Escossoys,</p> +<p>Toutesfois sans orfaverie;</p> +<p>Car, quant receut chevalerie,</p> +<p>Il maugrea Dieu et saint George.</p> +<p>Parler n'en oyt qu'il ne s'en rie,</p> +<p>Comme enragé, à pleine gorge.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à maistre Jehan Laurens,</p> +<p>Qui a les povres yeulx si rouges,</p> +<p>Par le peché de ses parens,</p> +<p>Qui beurent en barilz et courges,</p> +<p>Je donne l'envers de mes bouges,</p> +<p>Pour chascun matin les torcher...</p> +<p>S'il fust archevesque de Bourges,</p> +<p>Du cendal eust, mais il est cher.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à maistre Jehan Cotard,</p> +<p>Mon procureur en Court d'Eglise,</p> +<a name="p069"></a><span class="pagenum">P. 69</span> +<p>Devoye environ ung patard,</p> +<p>Car à present bien m'en advise,</p> +<p>Quant chicanner me feit Denise,</p> +<p>Disant que l'avoye mauldite;</p> +<p>Pour son ame, qu'ès cieulx soit mise!</p> +<p>Ceste Oraison j'ay cy escripte.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE ET ORAISON.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Père Noé, qui plantastes la vigne;</p> +<p>Vous aussi, Loth, qui bustes au rocher,</p> +<p>Par tel party qu'Amour, qui gens engigne,</p> +<p>De vos filles si vous feit approcher,</p> +<p>Pas ne le dy pour le vous reprocher,</p> +<p>Architriclin, qui bien sceustes cest art,</p> +<p>Tous trois vous pry qu'o vous veuillez percher</p> +<p>L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Jadis extraict il fut de vostre ligne,</p> +<p>Luy qui beuvoit du meilleur et plus cher;</p> +<p>Et ne deust-il avoir vaillant ung pigne,</p> +<p>Certes, sur tous, c'estoit un bon archer;</p> +<p>On ne luy sceut pot des mains arracher,</p> +<p>Car de bien boire oncques ne fut faitard.</p> +<p>Nobles seigneurs, ne souffrez empescher</p> +<p>L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Comme um viellart qui chancelle et trepign</p> +<p>L'ay veu souvent, quand il s'alloit coucher;</p> +<p>Et une foys il se feit une bigne,</p> +<p>Bien m'en souvient, à l'estal d'ung boucher.</p> +<a name="p070"></a><span class="pagenum">P. 70</span> +<p>Brief, on n'eust sçeu en ce monde chercher</p> +<p>Meilleur pion, pour boire tost et tard.</p> +<p>Faictes entrer quand vous orrez hucher</p> +<p>L'âme du bon feu maistre Jehan Cotard.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, il n'eust sçeu jusqu'à terre +cracher;</p> +<p>Tousjours crioyt: Haro, la gorge m'ard!</p> +<p>Et si ne sceut oncq sa soif estancher,</p> +<p>L'âme du bon feu maistre Jehan Cotard.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, vueil que le jeune Merle</p> +<p>Désormais gouverne mon change,</p> +<p>Car de changer envys me mesle,</p> +<p>Pourveu que tousjours baille en change,</p> +<p>Soit à privé, soit à estrange,</p> +<p>Pour trois escus, six brettes targes;</p> +<p>Pour deux angelotz, ung grand ange:</p> +<p>Car amans doivent estre larges.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, j'ay sçeu, à ce voyage,</p> +<p>Que mes trois povres orphelins</p> +<p>Sont creus et deviennent en aage,</p> +<p>Et n'ont pas testes de belins,</p> +<p>Et qu'enfans d'icy à Salins</p> +<p>N'a mieulx saichans leur tour d'escolle;</p> +<p>Or, par l'ordre des Mathelins,</p> +<p>Telle jeunesse n'est pas folle.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p071"></a><span class="pagenum">P. +71</span> +<p>CXVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si vueil qu'ilz voysent à l'estude;</p> +<p>Où? chez maistre Pierre Richer.</p> +<p>Le <i>Donnait</i> est pour eulx trop rude:</p> +<p>Jà ne les y vueil empescher.</p> +<p>Ilz sçauront, je l'ayme plus cher:</p> +<p><i>Ave salus, tibi decus</i>,</p> +<p>Sans plus grandes lettres chercher:</p> +<p>Tousjours n'ont pas clercs le dessus.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Cecy estudient, et puis ho!</p> +<p>Plus procéder je leur deffens.</p> +<p>Quant d'entendre le grand <i>Credo</i>,</p> +<p>Trop fort il est pour telz enfans.</p> +<p>Mon grant tabard en deux je fendz:</p> +<p>Si vueil que la moictié s'en vende,</p> +<p>Pour eulx en achepter des flans,</p> +<p>Car jeunesse est ung peu friande.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et veuil qu'ilz soyent informez</p> +<p>En meurs, quoy que couste bature;</p> +<p>Chapperons auront enfermez,</p> +<p>Et les poulces soubz la ceincture;</p> +<p>Humbles à toute créature;</p> +<p>Disans: <i>Hen? Quoy? Il n'en est rien!</i></p> +<p>Si diront gens, par adventure:</p> +<p>«Voycy enfans de lieu de bien!»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à mes pouvres clergeons,</p> +<p>Auxquelz mes titres je resigne,</p> +<a name="p072"></a><span class="pagenum">P. 72</span> +<p>Beaulx enfans et droictz comme joncs,</p> +<p>Les voyans, je m'en dessaisine,</p> +<p>Et, sans recevoir, leur assigne,</p> +<p>Seur comme qui l'auroit en paulme,</p> +<p>A une certain jour que l'on signe,</p> +<p>Sur l'hostel de Guesdry Guillaume.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quoy que jeunes et esbatans</p> +<p>Soyent, en rien ne me desplaist;</p> +<p>Dedans vingt, trente ou quarante ans</p> +<p>Bien autres seront, se Dieu plaist.</p> +<p>Il faict mal qui ne leur complaist,</p> +<p>Car ce sont beaux enfans et gents;</p> +<p>Et qui les bat ne fiert, fol est,</p> +<p>Car enfans si deviennent gens.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Les bourses des Dix-et-huict clers</p> +<p>Auront; je m'y vueil travailler:</p> +<p>Pas ilz ne dorment comme lerz,</p> +<p>Qui trois mois sont sans resveiller.</p> +<p>Au fort, triste est le sommeiller</p> +<p>Qui faict aise jeune en jeunesse,</p> +<p>Tant qu'enfin luy faille veiller,</p> +<p>Quant reposer deust en vieillesse.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Cy en escris au collateur</p> +<p>Lettres semblables et pareilles:</p> +<p>Or prient pour leur bienfaicteur,</p> +<p>Ou qu'on leur tire les oreilles.</p> +<p>Aucunes gens ont grand merveilles,</p> +<p>Que tant m'encline envers ces deux;</p> +<a name="p073"></a><span class="pagenum">P. 73</span> +<p>Mais, foy que doy, festes et veilles,</p> +<p>Oncques ne vey les mères d'eulx!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, et à Michault Culdou,</p> +<p>Et à sire Charlot Taranne,</p> +<p>Cent solz: s'ilz demandent prins où?</p> +<p>Ne leur chaille; ils viendront de manne;</p> +<p>Et unes houses de basanne,</p> +<p>Autant empeigne que semelle;</p> +<p>Pourveu qu'ils me saulveront Jehanne,</p> +<p>Et autant une autre comme elle.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, au seigneur de Grigny,</p> +<p>Auquel jadis laissay Vicestre,</p> +<p>Je donne la tour de Billy,</p> +<p>Pourveu, se huys y a ne fenestre</p> +<p>Qui soit ne debout ne en estre,</p> +<p>Qu'il mette très bien tout appoinct:</p> +<p>Face argent à dextre, à senestre:</p> +<p>Il m'en fault, et il n'en a point.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à Thibault de la Garde:</p> +<p>Thibault? je mentz, il a nom Jehan;</p> +<p>Que luy donray-je, que ne perde?</p> +<p>Assez ay perdu tout cest an.</p> +<p>Dieu le vueille pourvoir, <i>amen...!</i></p> +<p>Le barillet? par m'ame, voyre!</p> +<p>Genevoys est le plus ancien,</p> +<p>Et plus beau nez a pour y boyre.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p074"></a><span class="pagenum">P. +74</span> +<p>CXXVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je donne à Basanyer,</p> +<p>Notaire et greffier criminel,</p> +<p>De giroffle plain ung panyer,</p> +<p>Prins chez maistre Jehan de Ruel.</p> +<p>Tant à Mautainct; tant à Rosnel;</p> +<p>Et, avec ce don de giroffle,</p> +<p>Servir, de cueur gent et ysnel,</p> +<p>Le seigneur qui sert sainct Cristofle,</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Auquel ceste Ballade donne,</p> +<p>Pour sa dame, qui tous biens a.</p> +<p>S'Amour ainsi tous ne guerdonne,</p> +<p>Je ne m'esbahys de cela;</p> +<p>Car au Pas conquesté celle a</p> +<p>Que tint René, roy de Cecille,</p> +<p>Où si bien fist et peu parla</p> +<p>Qu'oncques Hector feit, ne Troïle.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Que Villon donna à un gentilhomme, nouvellement +marié, pour</p> +<p>l'envoyer à son espouse, par luy conquise à +l'espée.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Au poinct du jour, que l'esprevier se bat,</p> +<p>Meu de plaisir et par noble coustume,</p> +<p>Bruyt il demaine et de joye s'esbat,</p> +<p>Reçoit son per et se joint à la plume:</p> +<p>Ainsi vous vueil, à ce désir m'allume.</p> +<a name="p075"></a><span class="pagenum">P. 75</span> +<p>Joyeusement ce qu'aux amans bon semble.</p> +<p>Sachez qu'Amour l'escript en son volume,</p> +<p>Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Dame serez de mon cueur, sans debat,</p> +<p>Entierement, jusques mort me consume.</p> +<p>Laurier soüef qui pour mon droit combat,</p> +<p>Olivier franc, m'ostant toute amertume.</p> +<p>Raison ne veult que je desaccoustume,</p> +<p>Et en ce vueil avec elle m'assemble,</p> +<p>De vous servir, mais que m'y accoustume;</p> +<p>Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et qui plus est, quand dueil sur moy s'embat,</p> +<p>Par fortune qui sur moy si se fume,</p> +<p>Vostre doulx oeil sa malice rabat,</p> +<p>Ne plus ne moins que le vent faict la fume.</p> +<p>Si ne perds pas la graine que je sume</p> +<p>En vostre champ, car le fruict me ressemble:</p> +<p>Dieu m'ordonne que le fouysse et fume;</p> +<p>Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Princesse, oyez ce que cy vous resume:</p> +<p>Que le mien cueur du vostre desassemble</p> +<p>Jà ne sera: tant de vous en presume;</p> +<p>Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à sire Jehan Perdryer,</p> +<p>Riens, n'à Françoys, son second +frère.</p> +<a name="p076"></a><span class="pagenum">P. 76</span> +<p>Si m'ont-ilz voulu aydier,</p> +<p>Et de leurs biens faire confrère;</p> +<p>Combien que Françoys, mon compère,</p> +<p>Contre langues flambans et rouges,</p> +<p>Sans commandement, sans prière,</p> +<p>Me recommanda fort à Bourges.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXXI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si aille veoir en Taillevent,</p> +<p>Ou chapitre de fricassure,</p> +<p>Tout au long, derrière et devant,</p> +<p>Lequel n'en parle jus ne sure;</p> +<p>Mais à Macquaire vous asseure,</p> +<p>A tout le poil cuysant ung dyable,</p> +<p>Affin que sentist bon l'arsure,</p> +<p>Ce <i>Recipe</i> m'escript, sans fable.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>En reagal, en arsenic rocher,</p> +<p>En orpigment, en salpestre et chaulx vive;</p> +<p>En plomb boillant, pour mieulx les esmorcher;</p> +<p>En suif et poix, destrampez de lessive</p> +<p>Faicte d'estronts et de pissat de Juifve;</p> +<p>En lavaille de jambes à meseaulx;</p> +<p>En raclure de piedz et vieulx houseaulx;</p> +<p>En sang d'aspic et drogues venimeuses;</p> +<p>En fiel de loups, de regnards et blereaux,</p> +<p>Soient frittes ces langues envieuses!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>En cervelle de chat qui hayt pescher,</p> +<p>Noir, et si vieil qu'il n'ait dent en gencive;</p> +<a name="p077"></a><span class="pagenum">P. 77</span> +<p>D'ung vieil mastin, qui vault bien aussi cher</p> +<p>Tout enragé, en sa bave et salive;</p> +<p>En l'escume d'une mulle poussive,</p> +<p>Detrenchée menu à bons ciseaulx;</p> +<p>En eau où ratz plongent groings et museaulx,</p> +<p>Raines, crapauds, telz bestes dangereuses,</p> +<p>Serpens, lezards, et telz nobles oyseaulx,</p> +<p>Soient frittes ces langues envieuses!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>En sublimé, dangereux à toucher;</p> +<p>Et au nombril d'une couleuvre vive;</p> +<p>En sang qu'on mect en poylettes secher,</p> +<p>Chez ces barbiers, quand plaine lune arrive,</p> +<p>Dont l'ung est noir, l'autre plus vert que cive,</p> +<p>En chancre et fix, et en ces ords cuveaulx</p> +<p>Où nourrices essangent leurs drappeaulx;</p> +<p>En petits baings de filles amoureuses</p> +<p>Qui n'entendent qu'à suivre les bordeaulx,</p> +<p>Soient frittes ces langues envieuses!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, passez tous ces friands morceaux,</p> +<p>S'estamine n'avez, sacs ou bluteaux,</p> +<p>Parmy le fons d'unes brayes breneuses;</p> +<p>Mais, paravant, en estronts de pourceaulx</p> +<p>Soient frittes ces langues envieuses!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXXII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à maistre Jehan Courault,</p> +<p>Les Contredictz Franc-Gontier mande:</p> +<a name="p078"></a><span class="pagenum">P. 78</span> +<p>Quant du Tyrant seant en hault,</p> +<p>A cestuy-là rien ne demande;</p> +<p>Le saige ne veult que contende,</p> +<p>Contre puissant, pouvre homme las,</p> +<p>Affin que ses filez ne tende,</p> +<p>Et que ne tresbuche en ses laqs.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXXIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Gontier ne crains: il n'a nulz hommes</p> +<p>Et mieulx que moy n'est herité;</p> +<p>Mais en ce debat cy nous sommes,</p> +<p>Car il loue sa pouvreté:</p> +<p>Estre pouvre, yver et esté,</p> +<p>A felicité il repute,</p> +<p>Ce que tiens à malheureté.</p> +<p>Lequel à tort? Or en dispute.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Intitulée: <i>Les Contredictz de Franc-Gontier</i></p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Sur mol duvet assis, ung gras chanoine,</p> +<p>Lez ung brasier, en chambre bien nattée,</p> +<p>A son costé gisant dame Sydoine,</p> +<p>Blanche, tendre, pollie et attaintée:</p> +<p>Boire ypocras, à jour et à nuyctée,</p> +<p>Rire, jouer, mignonner et baiser,</p> +<p>Et nud à nud, pour mieulx des corps s'ayser,</p> +<p>Les vy tous deux, par un trou de mortaise:</p> +<p>Lors je congneuz que, pour dueil appaiser,</p> +<p>Il n'est tresor que de vivre à son aise.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p079"></a><span class="pagenum">P. +79</span> +<p>Se Franc-Gontier et sa compaigne Heleine</p> +<p>Eussent tousjours tel douce vie hantée,</p> +<p>D'oignons, civetz, qui causent forte alaine,</p> +<p>N'en comptassent une bise tostée.</p> +<p>Tout leur mathon, ne toute leur potée,</p> +<p>Ne prise ung ail, je le dy sans noysier.</p> +<p>S'ilz se vantent coucher soubz le rosier,</p> +<p>Ne vault pas mieulx lict costoyé de chaise?</p> +<p>Qu'en dictes-vous? Faut-il à ce muser?</p> +<p>Il n'est tresor que de vivre à son aise.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De gros pain bis vivent, d'orge, d'avoine,</p> +<p>Et boivent eau, tout au long de l'année.</p> +<p>Tous les oyseaulx d'icy en Babyloine</p> +<p>A tel escot une seule journée</p> +<p>Ne me tiendroient, non une matinée.</p> +<p>Or s'esbate, de par Dieu, Franc-Gontier,</p> +<p>Helène o luy, soubz le bel esglantier;</p> +<p>Si bien leur est, n'ay cause qu'il me poise;</p> +<p>Mais, quoy qu'il soit du laboureux mestier,</p> +<p>Il n'est tresor que de vivre à son aise.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, jugez, pour tous nous accorder.</p> +<p>Quant est à moy, mais qu'à nul n'en +desplaise,</p> +<p>Petit enfant, j'ay ouy recorder</p> +<p>Qu'il n'est tresor que de vivre à son aise.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXXIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, pour ce que sçait la Bible,</p> +<p>Mademoyselle de Bruyères,</p> +<a name="p080"></a><span class="pagenum">P. 80</span> +<p>Donne prescher, hors l'Evangile,</p> +<p>A elle et à ses bachelieres,</p> +<p>Pour retraire ces villotières</p> +<p>Qui ont le bec si affilé,</p> +<p>Mais que ce soit hors cymetières,</p> +<p>Trop bien au marché au filé.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +<p>DES FEMMES DE PARIS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quoy qu'on tient belles langagières</p> +<p>Florentines, Veniciennes,</p> +<p>Assez pour estre messaigières,</p> +<p>Et mesmement les anciennes;</p> +<p>Mais, soient Lombardes, Rommaines,</p> +<p>Genevoises, à mes perilz,</p> +<p>Piemontoises, Savoysiennes,</p> +<p>Il n'est bon bec que de Paris.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De très beau parler tiennent chaires,</p> +<p>Ce dit-on, les Napolitaines,</p> +<p>Et que sont bonnes cacquetoeres</p> +<p>Allemanses et Bruciennes;</p> +<p>Soient Grecques, Egyptiennes,</p> +<p>De Hongrie ou d'autre pays,</p> +<p>Espaignolles ou Castellannes,</p> +<p>Il n'est bon bec que de Paris.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Brettes, Suysses, n'y sçavent guères,</p> +<p>Ne Gasconnes et Tholouzaines;</p> +<a name="p081"></a><span class="pagenum">P. 81</span> +<p>Du Petit-Pont deux harangères</p> +<p>Les concluront, et les Lorraines,</p> +<p>Anglesches ou Callaisiennes,</p> +<p>(Ay je beaucoup de lieux compris?)</p> +<p>Picardes, de Valenciennes;</p> +<p>Il n'est bon bec que de Paris.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, aux dames parisiennes</p> +<p>De bien parler donnez le prix;</p> +<p>Quoy qu'on die d'Italiennes,</p> +<p>Il n'est bon bec que de Paris.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXXV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Regarde-m'en deux, trois, assises</p> +<p>Sur le bas du ply de leurs robes,</p> +<p>En ces monstiers, en ces eglises;</p> +<p>Tire t'en près, et ne t'en hobes;</p> +<p>Tu trouveras là que Macrobes</p> +<p>Oncques ne fist tels jugemens;</p> +<p>Entens: quelque chose en desrobes;</p> +<p>Ce sont tous beaulx enseignemens.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXXVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, et au mont de Montmartre,</p> +<p>Qui est ung lieu moult ancien,</p> +<p>Je lui donne et adjoincts le tertre.</p> +<p>Qu'on dit de mont Valerien;</p> +<p>Et, oultre plus, d'ung quartier d'an</p> +<p>Du pardon qu'apportay de Romme:</p> +<p>Sy yra maint bon paroissien,</p> +<p>En l'abbaye ou il n'entre homme.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p082"></a><span class="pagenum">P. +82</span> +<p>CXXXVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, valetz et chambrières</p> +<p>De bons hostelz (rien ne me nuyst),</p> +<p>Faisans tartes, flans et goyères,</p> +<p>Et grant rallias à minuict:</p> +<p>Riens n'y font sept pintes ne huict,</p> +<p>Tant que gisent Seigneur et dame;</p> +<p>Puis après, sans mener grant bruyt,</p> +<p>Je leur ramentoy le jeu d'asne.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXXVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, et à filles de bien,</p> +<p>Qui ont pères, mères et antes,</p> +<p>Par m'ame! je ne donne rien;</p> +<p>Tout ont eu varletz et servantes;</p> +<p>Se fussent-ilz de pou contentes,</p> +<p>Grant bien leur feissent maintz lopins,</p> +<p>Aux povres filles advenantes,</p> +<p>Qui se perdent aux Jacopins.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXXXIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Aux Célestins et aux Chartreux,</p> +<p>Quoy que vie meinent estroicte,</p> +<p>Si ont-ilz largement entre eulx,</p> +<p>Dont povres filles ont souffrette:</p> +<p>Tesmoing Jaqueline et Perrette,</p> +<p>Et Isabeau, qui dit: <i>Enné!</i></p> +<p>Puis qu'ilz ont eu telle disette,</p> +<p>A peine en seroit-on damné.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à la grosse Margot,</p> +<p>Très doulce face et pourtraicture,</p> +<p>Foy que doy <i>Brelare Bigod,</i></p> +<a name="p083"></a><span class="pagenum">P. 83</span> +<p>Assez devote creature.</p> +<p>Je l'ayme de propre nature,</p> +<p>Et elle moy, la doulce sade.</p> +<p>Qui la trouvera d'adventure,</p> +<p>Qu'on luy lise ceste Ballade.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +<p>DE VILLON ET DE LA GROSSE MARGOT.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Se j'ayme et sers la belle de bon haict,</p> +<p>M'en devez-vous tenir à vil ne sot?</p> +<p>Elle a en soy des biens à fin souhaict.</p> +<p>Pour son amour ceings bouclier et passot.</p> +<p>Quand viennent gens, je cours et happe un pot:</p> +<p>Au vin m'en voys, sans demener grand bruyt.</p> +<p>Je leur tendz eau, frommage, pain et fruict,</p> +<p>S'ils payent bien, je leur dy que bien <i>stat</i>:</p> +<p>«Retournez cy, quand vous serez en ruyt,</p> +<p>En ce bourdel où tenons nostre estat!»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Mais, tost après, il y a grant deshait,</p> +<p>Quand sans argent s'en vient coucher Margot;</p> +<p>Veoir ne la puis; mon cueur à mort la hait.</p> +<p>Sa robe prens, demy-ceinct et surcot:</p> +<p>Si luy prometz qu'ilz tiendront pour l'escot.</p> +<p>Par les costez si se prend, l'Antechrist</p> +<p>Crie, et jure par la mort Jesuchrist,</p> +<p>Que non fera. Lors j'enpongne ung esclat,</p> +<p>Dessus le nez luy en fais ung escript,</p> +<p>En ce bourdel où tenons nostre estat.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p084"></a><span class="pagenum">P. +84</span> +<p>Puis paix se faict, et me lasche ung gros pet</p> +<p>Plus enflée qu'ung venimeux scarbot.</p> +<p>Riant, m'assiet le poing sur mon sommet,</p> +<p>Gogo me dit, et me fiert le jambot.</p> +<p>Tous deux yvres, dormons comme ung sabot;</p> +<p>Et, au reveil, quand le ventre luy bruyt,</p> +<p>Monte sur moy, qu'el ne gaste son fruit.</p> +<p>Soubz elle geins; plus qu'ung aiz me faict plat;</p> +<p>De paillarder tout elle me destruict,</p> +<p>En ce bourdel où tenons nostre estat.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Vente, gresle, gelle, j'ay mon pain cuict!</p> +<p>Je suis paillard, la paillarde me suit.</p> +<p>Lequel vault mieux, chascun bien s'entresuit.</p> +<p>L'ung l'autre vault: c'est à mau chat mau rat.</p> +<p>Ordure amons, ordure nous affuyt.</p> +<p>Nous deffuyons honneur, il nous deffuyt,</p> +<p>En ce bourdel où tenons nostre estat.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXLI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à Marion l'Ydolle,</p> +<p>Et la grand Jehanne de Bretaigne,</p> +<p>Donne tenir publique escolle,</p> +<p>Où l'escolier le maistre enseigne.</p> +<p>Lieu n'est où ce marché ne tienne,</p> +<p>Sinon en la grille de Mehun;</p> +<p>De quoy je dy: Fy de l'enseigne,</p> +<p>Puis que l'ouvrage est si commun!</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p085"></a><span class="pagenum">P. +85</span> +<p>CXLII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à Noë le Jolys,</p> +<p>Autre chose je ne luy donne,</p> +<p>Fors plein poing d'osiers frez cueilliz</p> +<p>En mon jardin; je l'abandonne.</p> +<p>Chastoy est une belle aulmosne;</p> +<p>Ame n'en doit estre marry.</p> +<p>Unze vingtz coups lui en ordonne,</p> +<p>Par les mains de maistre Henry.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXLIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, ne sçay que à l'Hostel-Dieu</p> +<p>Donner, n'aux povres hospitaulx;</p> +<p>Bourdes n'ont icy temps ne lieu,</p> +<p>Car povres gens ont assez maulx.</p> +<p>Chascun leur envoye leurs os.</p> +<p>Les Mandians ont eu mon oye;</p> +<p>Au fort, ilz en auront les os:</p> +<p>A menues gens menue monnoye.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXLIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je donne à mon barbier,</p> +<p>Qui se nomme Colin Galerne,</p> +<p>Près voysin d'Angelot l'Herbier,</p> +<p>Ung gros glasson... Prins où? En Marne,</p> +<p>Affin qu'à son ayse s'yverne.</p> +<p>De l'estomach le tienne près.</p> +<p>Se l'yver ainsi se gouverne,</p> +<p>Il n'aura chault l'esté d'après.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXLV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, rien aux Enfans-Trouvez;</p> +<p>Mais les perduz fault que console,</p> +<a name="p086"></a><span class="pagenum">P. 86</span> +<p>Si doivent estre retrouvez,</p> +<p>Par droict, sur Marion l'Ydolle.</p> +<p>Une leçon de mon escolle</p> +<p>Leur liray, qui ne dure guière.</p> +<p>Teste n'ayent dure ne folle,</p> +<p>Mais escoutent: c'est la dernière!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BELLE LEÇON</p> +<p>DE VILLON, AUX ENFANS PERDUZ.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Beaux enfans, vous perdez la plus</p> +<p>Belle rose de vo chapeau,</p> +<p>Mes clers apprenans comme glu;</p> +<p>Se vous allez à Montpippeau</p> +<p>Ou à Ruel, gardez la peau:</p> +<p>Car, pour s'esbatre en ces deux lieux,</p> +<p>Cuydant que vaulsist le rappeau,</p> +<p>La perdit Colin de Cayeulx.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ce n'est pas ung jeu de trois mailles,</p> +<p>Où va corps, et peut-estre l'ame:</p> +<p>S'on perd, rien n'y sont repentailles,</p> +<p>Qu'on ne meure à honte et diffame;</p> +<p>Et qui gaigne, n'a pas à femme</p> +<p>Dido la royne de Cartage.</p> +<p>L'homme est donc bien fol et infame,</p> +<p>Qui, pour si peu, couche tel gage.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Qu'ung chascun encore m'escoute:</p> +<p>On dit, et il est vérité,</p> +<a name="p087"></a><span class="pagenum">P. 87</span> +<p>Que charretée se boyt toute,</p> +<p>Au feu l'yver, au bois l'esté.</p> +<p>S'argent avez, il n'est enté;</p> +<p>Mais le despendez tost et viste.</p> +<p>Qui en voyez-vous hérité?</p> +<p>Jamais mal acquest ne proffite.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +<p>DE BONNE DOCTRINE,</p> +<p>A ceux de mauvaise vie.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Car ou soyes porteur de bulles,</p> +<p>Pipeur ou hazardeur de dez,</p> +<p>Tailleur de faulx coings, tu te brusles,</p> +<p>Comme ceux qui sont eschaudez,</p> +<p>Traistres pervers, de foy vuydez;</p> +<p>Soyes larron, ravis ou pilles:</p> +<p>Où en va l'acquest, que cuydez?</p> +<p>Tout aux tavernes et aux filles.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ryme, raille, cymballe, luttes,</p> +<p>Comme folz, faintis, eshontez;</p> +<p>Farce, broille, joue des flustes;</p> +<p>Fais, ès villes et ès cités,</p> +<p>Fainctes, jeux et moralitez;</p> +<p>Gaigne au berlan, au glic, aux quilles:</p> +<p>Où s'en va tout? Or escoutez:</p> +<p>Tout aux tavernes et aux filles.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p088"></a><span class="pagenum">P. +88</span> +<p>De telz ordures te reculles;</p> +<p>Laboure, fauche champs et prez;</p> +<p>Serz et panse chevaulx et mulles,</p> +<p>S'aucunement tu n'es lettrez;</p> +<p>Assez auras, se prens en grez.</p> +<p>Mais, se chanvre broyes ou tilles,</p> +<p>Où tend ton labour qu'as ouvrez?</p> +<p>Tout aux tavernes et aux filles.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Chausses, pourpoinctz esguilletez,</p> +<p>Robes, et toutes vos drapilles,</p> +<p>Ains que cessez, vous porterez</p> +<p>Tout aux tavernes et aux filles.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXLVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>A vous parle, compaings de galles,</p> +<p>Qui estes de tous bons accors;</p> +<p>Gardez-vous tous de ce mau hasles,</p> +<p>Qui noircist gens quand ils sont mortz;</p> +<p>Eschevez-le, c'est ung mal mors;</p> +<p>Passez-vous-en mieulx que pourrez;</p> +<p>Et, pour Dieu, soyez tous recors</p> +<p>Qu'une fois viendra que mourrez.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXLVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je donne aux Quinze-Vingtz,</p> +<p>Qu'autant vauldroit nommer Trois-Cens</p> +<p>De Paris, non pas de Provins,</p> +<p>Car à eulx tenu je me sens.</p> +<p>Ilz auront, et je m'y consens,</p> +<a name="p089"></a><span class="pagenum">P. 89</span> +<p>Sans les estuis, mes grans lunettes,</p> +<p>Pour mettre à part, aux Innocens,</p> +<p>Les gens de bien des deshonnestes.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXLVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Icy n'y a ne rys ne jeu.</p> +<p>Que leur vault avoir eu chevances,</p> +<p>N'en grans lictz de parement geu,</p> +<p>Engloutir vin, engrossir panses,</p> +<p>Mener joye, festes et danses,</p> +<p>Et de ce prest estre à toute heure?</p> +<p>Tantost faillent telles plaisances,</p> +<p>Et la coulpe si en demeure.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CXLIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quand je considère ces testes</p> +<p>Entassées en ces charniers,</p> +<p>Tous furent maistres des requestes,</p> +<p>Ou tous de la Chambre aux Deniers,</p> +<p>Ou tous furent porte-paniers;</p> +<p>Autant puis l'ung que l'autre dire,</p> +<p>Car, d'evesques ou lanterniers,</p> +<p>Je n'y congnois rien a redire.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et icelles qui s'inclinoient</p> +<p>Unes contre autres en leur vies;</p> +<p>Desquelles les unes regnoient,</p> +<p>Des autres craintes et servies:</p> +<p>Là les voy toutes assouvies,</p> +<p>Ensemble en ung tas pesle-mesle.</p> +<p>Seigneuries leur sont ravies;</p> +<p>Clerc ne maistre ne s'y appelle.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p090"></a><span class="pagenum">P. +90</span> +<p>CLI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Or sont-ilz mortz, Dieu ayt leurs âmes!</p> +<p>Quant est des corps, ils sont pourriz.</p> +<p>Ayent esté seigneurs ou dames,</p> +<p>Souef et tendrement nourriz</p> +<p>De cresme, fromentée ou riz,</p> +<p>Leurs os sont declinez en pouldre,</p> +<p>Auxquelz ne chault d'esbat, ne riz...</p> +<p>Plaise au doulx Jesus les absouldre!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Aux trespassez je fais ce lays,</p> +<p>Et icelluy je communique</p> +<p>A regentz, courtz, sieges et plaids,</p> +<p>Hayneurs d'avarice l'inique,</p> +<p>Lesquelz pour la chose publique</p> +<p>Se seichent les os et les corps:</p> +<p>De Dieu et de sainct Dominique</p> +<p>Soient absolz, quand ilz seront mortz</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LAYS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Au retour de dure prison,</p> +<p>Où j'ay laissé presque la vie,</p> +<p>Se Fortune a sur moy envie,</p> +<p>Jugez s'elle fait mesprison!</p> +<p>Il me semble que, par raison,</p> +<p>Elle deust bien estre assouvie,</p> +<p class="i8">Au retour.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p091"></a><span class="pagenum">P. +91</span> +<p>Cecy plain est de desraison,</p> +<p>Qui vueille que de tout desvie;</p> +<p>Plaise à Dieu que l'ame ravie</p> +<p>En soit, lassus, en sa maison,</p> +<p class="i8">Au retour!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, donne à maistre Lomer,</p> +<p>Comme extraict que je suis de fée,</p> +<p>Qu'il soit bien amé; mais, d'amer</p> +<p>Fille en chief ou femme coëffée,</p> +<p>Jà n'en ayt la teste eschauffée,</p> +<p>Ce qui ne luy couste une noix,</p> +<p>Faire ung soir pour soy la fastée,</p> +<p>En despit d'Auger le Danois.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, rien à Jaques Cardon,</p> +<p>Car je n'ay rien pour luy honneste.</p> +<p>Non pas que le jette à bandon</p> +<p>Sinon cette Bergeronnette:</p> +<p>S'elle eust le chant <i>Marionnette</i>,</p> +<p>Faict por Marion la Peau-Tarde,</p> +<p>D'un <i>Ouvrez vostre huys, Guillemette</i>,</p> +<p>Elle allast bien à la moustarde.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item donne aux amans enfermes,</p> +<p>Oultre le lay Alain Chartier,</p> +<p>A leurs chevetz, de pleurs et lermes</p> +<p>Trestout fin plain ung benoistier,</p> +<a name="p092"></a><span class="pagenum">P. 92</span> +<p>Et ung petit brin d'esglantier,</p> +<p>En tout temps verd, pour gouppillon,</p> +<p>Pourveu qu'ilz diront ung <i>Psaultier</i></p> +<p>Pour l'ame du pouvre Villon.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, à maistre Jacques James,</p> +<p>Qui se tue d'amasser biens,</p> +<p>Donne fiancer tant de femmes</p> +<p>Qu'il vouldra; mais d'espouser, riens</p> +<p>Pour qui amasse-il? Pour les siens.</p> +<p>Il ne plainct fors que ses morceaulx;</p> +<p>Ce qui fut aux truyes, je tiens</p> +<p>Qu'il doit de droit estre aux pourceaulx.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLVII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, le Camus Seneschal,</p> +<p>Qui une fois paya mes debtes,</p> +<p>En recompense, mareschal,</p> +<p>Pour ferrer oës et canettes.</p> +<p>Je luy envoye ces sornettes,</p> +<p>Pour soy desennuyer; combien,</p> +<p>Si veult, face-en des alumettes.</p> +<p>De bien chanter s'ennuye-on bien.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, au Chevalier du Guet</p> +<p>Je donne deux beaulx petitz pages,</p> +<p>Philippot et le gros Marquet,</p> +<p>Qui ont servy, dont sont plus sages,</p> +<p>La plus grant partie de leurs aages,</p> +<p>Tristan, prevost des mareschaulx.</p> +<p>Hélas, s'ilz sont cassez de gaiges,</p> +<p>Aller leur fauldra tous deschaulx!</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p093"></a><span class="pagenum">P. +93</span> +<p>CLIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, au Chappelain je laisse</p> +<p>Ma chapelle à simple tonsure,</p> +<p>Chargée d'une seiche messe,</p> +<p>Où il ne fault pas grand lecture.</p> +<p>Resigné luy eusse ma cure,</p> +<p>Mais point ne veult de charge d'ames;</p> +<p>De confesser, ce dit, n'a cure,</p> +<p>Sinon chambrières et dames.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pour ce que sçait bien mon entente,</p> +<p>Jehan de Calays, honnorable homme,</p> +<p>Qui ne me veit des ans a trente,</p> +<p>Et ne sçait comment je me nomme,</p> +<p>De tout ce Testament, en somme,</p> +<p>S'aucune y a difficulté,</p> +<p>Oster jusqu'au rez d'une pomme</p> +<p>Je luy en donne faculté.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De le gloser et commenter,</p> +<p>De le diffinir ou prescripre,</p> +<p>Diminuer ou augmenter;</p> +<p>De le canceller ou transcripre</p> +<p>De sa main, ne sceust-il escripre;</p> +<p>Interpreter, et donner sens,</p> +<p>A son plaisir, meilleur ou pire;</p> +<p>A tout ceci je m'y consens.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et s'aucun, dont n'ay congnoissance,</p> +<p>Estoit allé de mort à vie,</p> +<a name="p094"></a><span class="pagenum">P. 94</span> +<p>Audict Calais donne puissance,</p> +<p>Affin que l'ordre soit suyvie</p> +<p>Et mon ordonnance assouvie,</p> +<p>Que ceste aulmosne ailleurs transporte,</p> +<p>Sans se l'appliquer par envie;</p> +<p>A son ame je m'en rapporte.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, j'ordonne à Saincte-Avoye,</p> +<p>Et non ailleurs, ma sepulture;</p> +<p>Et, affin que chascun me voye,</p> +<p>Non pas en chair, mais en paincture,</p> +<p>Que l'on tire mon estature</p> +<p>D'ancre, s'il ne coustoit trop cher.</p> +<p>De tumbel? Rien; je n'en ay cure,</p> +<p>Car il greveroit le plancher.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXIV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, vueil qu'autour de ma fosse</p> +<p>Ce que s'ensuyt, sans autre histoire,</p> +<p>Soit escript, en lettre assez grosse;</p> +<p>Et qui n'auroit point d'escriptoire,</p> +<p>De charbon soit, ou pierre noire,</p> +<p>Sans en rien entamer le plastre:</p> +<p>Au moins sera de moy memoire</p> +<p>Telle qu'il est d'ung bon folastre.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CY GIST ET DORT EN CE SOLLIER,</p> +<p>QU'AMOUR OCCIST DE SON RAILLON,</p> +<p>UNG POUVRE PETIT ESCOLLIER,</p> +<p>QUI FUT NOMMÉ FRANÇOIS VILLON.</p> +<p>ONCQUES DE TERRE N'EUT SILLON.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p095"></a><span class="pagenum">P. +95</span> +<p>TESTAMENT.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>IL DONNA TOUT, CHASCUN LE SCET:</p> +<p>TABLE, TRETTEAULX, PAIN, CORBILLON.</p> +<p>POUR DIEU, DICTES-EN CE VERSET.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><b>RONDEAU</b>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Repos eternel donne à cil,</p> +<p>Lumière, clarté perpétuelle,</p> +<p>Qui vaillant plat ny escuelle</p> +<p>N'eut oncques, n'ung brin de percil.</p> +<p>Il fut rez, chef, barbe, sourcil,</p> +<p>Comme ung navet qu'on ree et pelle.</p> +<p>Repos éternel donne à cil.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Rigueur le transmit en exil,</p> +<p>Et luy frappa au cul la pelle,</p> +<p>Nonobstant qu'il dist: J'en appelle!</p> +<p>Qui n'est pas terme trop subtil.</p> +<p>Repos eternel donne à cil.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXVI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, je vueil qu'on sonne à branle</p> +<p>Le gros Beffray, qui n'est de voire;</p> +<p>Combien que cueur n'est qui ne tremble;</p> +<p>Quand de sonner est à son erre.</p> +<p>Saulvé a mainte belle terre,</p> +<p>Le temps passé, chascun le sçait:</p> +<p>Fussent gens d'armes ou tonnerre;</p> +<p>Au son de luy tout mal cessoit.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p096"></a><span class="pagenum">P. +96</span> +<p>CLXVII</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Les sonneurs auront quatre miches;</p> +<p>Et se c'est peu, demy-douzaine,</p> +<p>Autant qu'en donnent les plus riches;</p> +<p>Mais ilz seront de sainct Estienne.</p> +<p>Vollant est homme de grant peine:</p> +<p>L'ung en sera. Quand j'y regarde,</p> +<p>Il en vivra une sepmaine.</p> +<p>Et l'autre? Au fort, Jehan de la Garde.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXVIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pour tout ce fournir et parfaire,</p> +<p>J'ordonne mes executeurs,</p> +<p>Auxquelz faict bon avoir affaire,</p> +<p>Et contentent bien leurs debteurs.</p> +<p>Ilz ne sont pas trop grans venteurs,</p> +<p>Et ont bien de quoy, Dieu mercys!</p> +<p>De ce faict seront directeurs...</p> +<p>Escripts: je t'en nommeray six.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXIX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>C'est maistre Martin Bellefaye,</p> +<p>Lieutenant du cas criminel.</p> +<p>Qui sera l'autre? J'y pensoye:</p> +<p>Ce sera sire Colombel.</p> +<p>S'il luy plaist et il lui est bel,</p> +<p>Il entreprendra ceste charge.</p> +<p>Et l'autre? Michel Jouvenel.</p> +<p>Ces trois seulz, et pour tous, j'en charge.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Mais, au cas qu'ils s'en excusassent,</p> +<p>En redoubtant les premiers frais,</p> +<a name="p097"></a><span class="pagenum">P. 97</span> +<p>Ou totalement recusassent,</p> +<p>Ceulx qui s'ensuivent cy-après</p> +<p>J'institue, gens de bien très,</p> +<p>Philip Bruneau, noble escuyer,</p> +<p>Et l'autre, son voysin d'emprès,</p> +<p>Cy est maistre Jacques Raguyer;</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXXI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et l'aultre, maistre Jaques James,</p> +<p>Trois hommes de bien et d'honneur,</p> +<p>Desirans de saulver leurs âmes,</p> +<p>Et doubtans Dieu Nostre Seigneur.</p> +<p>Plustot y metteront du leur,</p> +<p>Que ceste ordonnance ne baillent.</p> +<p>Point n'auront de contrerooleur,</p> +<p>Mais à leur seul plaisir en taillent.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXXII</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Des testamens qu'on dit le maistre</p> +<p>De mon faict n'aura <i>quid</i> ne <i>quod</i>;</p> +<p>Mais ce sera ung jeune prebstre,</p> +<p>Qui se nomme Colas Tacot.</p> +<p>Voulentiers beusse à son escot,</p> +<p>Et qu'il me coustast ma cornette!</p> +<p>S'il sceust jouer en ung trippot,</p> +<p>Il eust de moy le Trou Perrette.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>CLXXIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quant au regard du luminaire,</p> +<p>Guillaume du Ru j'y commectz.</p> +<p>Pour porter les coings du suaire,</p> +<p>Aux executeurs le remectz.</p> +<p>Trop plus mal me font qu'oncques mais</p> +<p>Penil, cheveulx, barbe, sourcilz.</p> +<a name="p098"></a><span class="pagenum">P. 98</span> +<p>Mal me presse; est temps désormais</p> +<p>Que crie à toutes gens merciz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +<p>Par laquelle Villon crye mercy à chascun.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>A Chartreux, aussi Celestins,</p> +<p>A mendians et aux devotes,</p> +<p>A musars et cliquepatins,</p> +<p>Servantes et filles mignottes,</p> +<p>Portant surcotz et justes cottes;</p> +<p>A cuyderaulx d'amours transis,</p> +<p>Chaussans sans meshaing fauves bottes,</p> +<p>Je crye à toutes gens merciz!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>A fillettes monstrans tetins,</p> +<p>Pour avoir plus largement hostes;</p> +<p>A ribleurs meneurs de butins,</p> +<p>A basteleurs traynans marmottes,</p> +<p>A folz et folles, sotz et sottes,</p> +<p>Qui s'en vont sifflant cinq et six;</p> +<p>A veufves et à mariottes,</p> +<p>Je crye à toutes gens merciz!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Sinon aux trahistres chiens mastins,</p> +<p>Qui m'ont fait ronger dures crostes</p> +<p>Et boire eau maintz soirs et matins,</p> +<p>Qu'ores je ne crains pas trois crottes.</p> +<p>Je feisse pour eulx petz et rottes;</p> +<p>Je ne puis, car je suis assis.</p> +<p>Bien fort, pour éviter riottes,</p> +<p>Je crye à toutes gens, merciz!</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p099"></a><span class="pagenum">P. +99</span> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Qu'on leur froisse les quinze costes</p> +<p>De gros mailletz, fortz et massis,</p> +<p>De plombée et de telz pelottes.</p> +<p>Je crye à toutes gens merciz!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +<p>POUR SERVIR DE CONCLUSION.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Icy se clost le Testament</p> +<p>Et finist du pouvre Villon.</p> +<p>Venez à son enterrement,</p> +<p>Quant vous orrez le carillon,</p> +<p>Vestuz rouges com vermillon,</p> +<p>Car en amours mourut martir;</p> +<p>Ce jura-il sur son coullon</p> +<p>Quand de ce monde voult partir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et je croy bien que pas n'en ment,</p> +<p>Car chassié fut comme un soullon</p> +<p>De ses amours hayneusement,</p> +<p>Tant que, d'icy à Roussillon,</p> +<p>Brosses n'y a ne brossillon,</p> +<p>Qui n'eust, ce dit-il sans mentir,</p> +<p>Ung lambeau de son cotillon,</p> +<p>Quand de ce monde voult partir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Il est ainsi, et tellement,</p> +<p>Quand mourut n'avoit qu'un haillon.</p> +<a name="p100"></a><span class="pagenum">P. 100</span> +<p>Qui plus? En mourant, mallement</p> +<p>L'espoignoit d'amours l'esguillon;</p> +<p>Plus agu que le ranguillon</p> +<p>D'un baudrier luy faisoit sentir,</p> +<p>C'est de quoy nous esmerveillon,</p> +<p>Quand de ce monde voult partir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, gent comme esmerillon,</p> +<p>Saichiez qu'il fist, au departir:</p> +<p>Ung traict but de vin morillon,</p> +<p>Quand de ce monde voult partir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><b>FIN DU GRAND TESTAMENT</b>.</p> +</div> +<div class="stanza"><br> +<br> +<br> +<a name="p101"></a><span class="pagenum">P. 101</span> +<p><b>POÉSIES DIVERSES</b></p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LE QUATRAIN</p> +<p>Que feit Villon quand il fut jugé à mourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>JE SUIS François, dont ce me poise,</p> +<p>Né de Paris emprès Ponthoise.</p> +<p>Or d'une corde d'une toise</p> +<p>Saura mon col que mon cul poise.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>L'EPITAPHE</p> +<p>EN FORME DE BALLADE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Que feit Villon pour luy et ses compagnons, s'attendant</p> +<p>estre pendu avec eulx.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Frères humains, qui après nous vivez,</p> +<p>N'ayez les cueurs contre nous endurciz,</p> +<p>Car, si pitié de nous pouvres avez,</p> +<p>Dieu en aura plustost de vous merciz.</p> +<p>Vous nous voyez cy attachez cinq, six:</p> +<a name="p102"></a><span class="pagenum">P. 102</span> +<p>Quant de la chair, que trop avons nourrie,</p> +<p>Elle est pieça devorée et pourrie,</p> +<p>Et nous, les os, devenons cendre et pouldre.</p> +<p>De nostre mal personne ne s'en rie,</p> +<p>Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Se vous clamons, frères, pas n'en devez</p> +<p>Avoir desdaing, quoique fusmes occis</p> +<p>Par justice. Toutesfois, vous sçavez</p> +<p>Que tous les hommes n'ont pas bon sens assis;</p> +<p>Intercedez doncques, de cueur rassis,</p> +<p>Envers le Filz de la Vierge Marie,</p> +<p>Que sa grace ne soit pour nous tarie,</p> +<p>Nous preservant de l'infernale fouldre.</p> +<p>Nous sommes mors, ame ne nous harie;</p> +<p>Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>La pluye nous a debuez et lavez,</p> +<p>Et le soleil dessechez et noirciz;</p> +<p>Pies, corbeaulx, nous ont les yeux cavez,</p> +<p>Et arrachez la barbe et les sourcilz.</p> +<p>Jamais, nul temps, nous ne sommes rassis;</p> +<p>Puis cà, puis là, comme le vent varie,</p> +<p>A son plaisir sans cesser nous charie,</p> +<p>Plus becquetez d'oyseaulx que dez à couldre.</p> +<p>Ne soyez donc de nostre confrairie,</p> +<p>Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince JESUS, qui sur tous seigneurie,</p> +<p>Garde qu'Enfer n'ayt de nous la maistrie:</p> +<p>A luy n'ayons que faire ne que souldre.</p> +<p>Hommes, icy n'usez de mocquerie</p> +<p>Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p103"></a><span class="pagenum">P. +103</span> +<p>LA REQUESTE DE VILLON</p> +<p>Présentée à la Cour de Parlement, en +forme de ballade.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Tous mes cinq Sens, yeulx, oreilles et bouche,</p> +<p>Le nez, et vous, le sensitif, aussi;</p> +<p>Tous mes membres où il y a reprouche,</p> +<p>En son endroit ung chascun die ainsi:</p> +<p>«Court souverain, par qui sommes icy,</p> +<p>Vous nous avez gardé de desconfire;</p> +<p>Or, la langue ne peut assez suffire</p> +<p>A vous rendre suffisantes louenges:</p> +<p>Si prions tous, fille au souverain Sire,</p> +<p>Mère des bons, et soeur des benoistz anges!»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Cueur, fendez-vous, ou percez d'une broche,</p> +<p>Et ne soyez, au moins, plus endurcy</p> +<p>Qu'au desert fut la forte bise roche</p> +<p>Dont le peuple des Juifs fut adoulcy;</p> +<p>Fondez larmes, et venez à mercy,</p> +<p>Comme humble cueur qui tendrement souspire:</p> +<p>Louez la Court, conjoincte au sainct Empire,</p> +<p>L'heur des Françoys, le confort des estranges,</p> +<p>Procreée la sus au ciel empire,</p> +<p>Mère des bons, et soeur des benoistz anges!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et vous, mes dentz, chascune si s'esloche;</p> +<p>Saillez avant, rendez toutes mercy,</p> +<p>Plus haultement qu'orgue, trompe, ne cloche,</p> +<p>Et de mascher n'ayez ores soulcy;</p> +<p>Considerez que je fusse transy,</p> +<p>Foye, pommon, et rate qui respire;</p> +<a name="p104"></a><span class="pagenum">P. 104</span> +<p>Et vous, mon corps, vil qui estes ou pire</p> +<p>Qu'ours ne pourceau, qui faict son nid ès fanges,</p> +<p>Louez la Court, avant qu'il vous empire,</p> +<p>Mère des bons, et soeur des benoistz anges!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, trois jours ne vueillez m'escondire,</p> +<p>Pour moy pourvoir, et aux miens adieu dire;</p> +<p>Sans eulx, argent je n'ay, icy n'aux changes.</p> +<p>Court triumphant, <i>fiat</i>, sans me desdire;</p> +<p>Mère des bons, et soeur des benoistz anges!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +<p>DE L'APPEL DE VILLON.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Que dites-vous de mon appel,</p> +<p>Garnier? Feis-je sens ou follie?</p> +<p>Toute beste garde sa pel;</p> +<p>Qui la contrainct, efforce ou lye,</p> +<p>S'elle peult, elle se deslie.</p> +<p>Quand à ceste peine arbitraire</p> +<p>On me jugea par tricherie,</p> +<p>Estoit-il lors temps de me taire?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Se fusse des hoirs Hue Capel,</p> +<p>Qui fut extraict de boucherie,</p> +<p>On ne m'eust, parmy ce drapel,</p> +<p>Faict boyre à celle escorcherie:</p> +<p>Vous entendez bien joncherie?</p> +<p>Ce fut son plaisir voluntaire</p> +<a name="p105"></a><span class="pagenum">P. 105</span> +<p>De me juger par fausserie.</p> +<p>Etoit-il lors temps de me taire?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Cuydez-vous que soubz mon cappel</p> +<p>N'y eust tant de philosophie</p> +<p>Comme de dire: «J'en appel?»</p> +<p>Si avoit, je vous certifie,</p> +<p>Combien que point trop ne m'y fie.</p> +<p>Quand on me dit, présent notaire:</p> +<p>«Pendu serez!» je vous affie,</p> +<p>Estoit-il lors temps de me taire?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, si j'eusse eu la pepie,</p> +<p>Pieça je fusse où est Clotaire,</p> +<p>Aux champs debout comme ung espie.</p> +<p>Estoit-il lors temps de me taire?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LE DIT</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>DE LA NAISSANCE MARIE.</p> +<p>Jam nova progenies celo demittitur alto.</p> +<p><i>Virg.</i>, (ecl. 4, v.7.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>O louée Conception,</p> +<p>Envoiée sà jus des cieulx;</p> +<p>Du noble Lys digne syon;</p> +<p>Don de Jhésus très précieux,</p> +<p>MARIE, nom très gracieux,</p> +<p>Font de pitié, source de grace,</p> +<a name="p106"></a><span class="pagenum">P. 106</span> +<p>La joye confort de mes yeulx,</p> +<p>Qui nostre paix batist et brasse!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>La paix, c'est assavoir, des riches,</p> +<p>Des povres le substantement,</p> +<p>Le rebours des felons et chiches,</p> +<p>Très necessaire enfantement,</p> +<p>Conceu, porté honnestement,</p> +<p>Hors le pechié originel,</p> +<p>Que dire je puis sainctement</p> +<p>Souverain bien, Dieu éternel!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Nom recouvré, joye de peuple,</p> +<p>Confort des bons, de maulx retraicte;</p> +<p>Du doux Seigneur première et seule</p> +<p>Fille, de son cler sang extraicte,</p> +<p>Du dextre costé Clovis traicte,</p> +<p>Glorieuse ymage en tous fais,</p> +<p>Ou hault ciel créée et pourtraicte,</p> +<p>Pour esjouyr et donner paix!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>En l'amour et crainte de Dieu,</p> +<p>Es nobles flans Cesar conceue;</p> +<p>Des petis et grans, en tout lieu,</p> +<p>A très grande joye receue;</p> +<p>De l'amour Dieu traicte, tissue,</p> +<p>Pour les discordez ralier,</p> +<p>Et aux enclos donner yssue,</p> +<p>Leurs lians et fers delier.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Aucunes gens, qui bien peu sentent,</p> +<p>Nourriz en simplesse et confiz,</p> +<p>Contre le vouloir Dieu attentent,</p> +<p>Par ignorance desconfiz,</p> +<a name="p107"></a><span class="pagenum">P. 107</span> +<p>Désirans que feussiez ung filz;</p> +<p>Mais qu'ainsi soit, ainsi m'aist Dieux,</p> +<p>Je croy que ce soit grans proufiz;</p> +<p>Raison: Dieu fait tout pour le mieulx.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Du Psalmiste je prens les dictz:</p> +<p><i>Delectasti me, Domine,</i></p> +<p><i>In factura sua</i>! Je diz:</p> +<p>«Noble enfant, de bonne heure né,</p> +<p>A toute doulceur destiné,</p> +<p>Manna du Ciel, celeste don,</p> +<p>De tous bienfais le guerdonné,</p> +<p>Et de nos maulx le vray pardon!»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>DOUBLE BALLADE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Combien que j'ay leu en ung Dit:</p> +<p><i>Inimicum putes</i>, y a,</p> +<p><i>Qui te presentem laudabit</i>,</p> +<p>Toutesfois, non obstant cela,</p> +<p>Oncques vray homme ne cela</p> +<p>En son courage aucun grant bien,</p> +<p>Qui ne le monstrast çà et là:</p> +<p>On doit dire du bien le bien.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Saint Jehan-Baptiste ainsi le fist,</p> +<p>Quand l'Aignel de Dieu descela.</p> +<p>En ce faisant pas ne meffist,</p> +<p>Dont sa voix ès tourbes vola;</p> +<p>De quoy saint André Dieu loua,</p> +<p>Qui de luy cy ne sçavoit rien,</p> +<a name="p108"></a><span class="pagenum">P. 108</span> +<p>Et au Fils de Dieu s'aloua:</p> +<p>On doit dire du bien le bien.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Envoyée de Jhesucrist,</p> +<p>Rappelles sà jus, par deçà,</p> +<p>Les povres que Rigueur proscript</p> +<p>Et que Fortune betourna.</p> +<p>Cy sçay bien comment y m'en va!</p> +<p>De Dieu, de vous, vie je tien...</p> +<p>Benoist celle qui vous porta!</p> +<p>On doit dire du bien le bien.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Cy, devant Dieu, fais congnoissance,</p> +<p>Que creature feusse morte,</p> +<p>Ne feust vostre doulce naissance,</p> +<p>En charité puissant et forte,</p> +<p>Qui ressuscite et reconforte</p> +<p>Ce que Mort avoit prins pour sien.</p> +<p>Vostre présence me conforte:</p> +<p>On doit dire du bien le bien.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Cy vous rens toute obéissance,</p> +<p>A ce faire raison m'exorte,</p> +<p>De toute ma povre puissance;</p> +<p>Plus n'est deul qui me desconforte,</p> +<p>N'autre ennuy de quelque sorte.</p> +<p>Vostre je suis et non plus mien;</p> +<p>Ad ce droit et devoir m'enhorte:</p> +<p>On doit dire du bien le bien.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>O grace et pitié très immense,</p> +<p>L'entrée de paix et la porte,</p> +<p>Some et benigne clemence,</p> +<p>Qui noz faultes toult et supporte,</p> +<a name="p109"></a><span class="pagenum">P. 109</span> +<p>Sy de vous louer me deporte,</p> +<p>Ingrat suis, et je le maintien,</p> +<p>Dont en ce refrain me transporte:</p> +<p>On doit dire du bien le bien.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Princesse, ce loz je vous porte,</p> +<p>Que sans vous je ne feusse rien.</p> +<p>A vous et à vous m'en rapporte.</p> +<p>On doit dire du bien le bien.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Euvre de Dieu, digne, louée</p> +<p>Autant que nulle créature,</p> +<p>De tous biens et vertuz douée,</p> +<p>Tant d'esperit que de nature,</p> +<p>Que de ceulx qu'on dit, d'adventure,</p> +<p>Plus nobles que rubis balais;</p> +<p>Selon de Caton l'escripture:</p> +<p><i>Patrem insequitur proles</i>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Port assuré, maintien rassiz,</p> +<p>Plus que ne peut nature humaine,</p> +<p>Et, eussiez des ans trente-six,</p> +<p>Enfance en rien ne vous demaine.</p> +<p>Que jour ne le die et sepmaine,</p> +<p>Je ne sçay qui me le deffend...</p> +<p>A ce propos ung dit ramaine:</p> +<p>De saige mère saige enfant.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Dont résume ce que j'ay dit:</p> +<p><i>Nova progenies coelo</i></p> +<a name="p110"></a><span class="pagenum">P. 110</span> +<p>Car c'est du poëte le dit:</p> +<p><i>Jamjam demittitur alto</i>.</p> +<p>Saige Cassandre, belle Echo,</p> +<p>Digne Judith, caste Lucresse,</p> +<p>Je vous congnois, noble Dido,</p> +<p>A ma seule dame et maistresse.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>En priant Dieu, digne pucelle,</p> +<p>Que vous doint longue et bonne vie;</p> +<p>Qui vous ayme, MADEMOISELLE,</p> +<p>Jà ne coure sur luy envie.</p> +<p>Entière dame et assouvie,</p> +<p>J'espoir de vous servir ainçoys,</p> +<p>Certes, se Dieu plaist, que devie</p> +<p>Vostre povre escolier FRANÇOYS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE VILLON.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je meurs de soif auprès de la fontaine,</p> +<p>Chauld comme feu, et tremble dent à dent,</p> +<p>En mon païs suis en terre loingtaine;</p> +<p>Lez un brazier friçonne tout ardent;</p> +<p>Nu comme ung ver, vestu en president;</p> +<p>Je ris en pleurs, et attens sans espoir;</p> +<p>Confort reprens en triste desespoir;</p> +<p>Je m'esjouys et n'ay plaisir aucun;</p> +<p>Puissant je suis sans force et sans povoir,</p> +<p>Bien recueilly, debouté de chascun.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Rien ne m'est seur que la chose incertaine,</p> +<p>Obscur, fors ce qui est tout evident;</p> +<a name="p111"></a><span class="pagenum">P. 111</span> +<p>Doubte ne fais, fors en chose certaine;</p> +<p>Science tiens à soudain accident;</p> +<p>Je gaigne tout, et demeure perdent;</p> +<p>Au point du jour, diz: «Dieu vous doint bon +soir!»</p> +<p>Gisant envers, j'ay grant paour de cheoir;</p> +<p>J'ay bien de quoy, et si n'en ay pas un;</p> +<p>Eschoicte attens, et d'homme ne suis hoir,</p> +<p>Bien recueilly, debouté de chascun.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De riens n'ay soing, si metz toute ma paine</p> +<p>D'acquerir biens, et n'y suis pretendant;</p> +<p>Qui mieulx me dit, c'est cil qui plus m'attaine,</p> +<p>Et qui plus vray, lors plus me va bourdant;</p> +<p>Mon ami est qui me fait entendant</p> +<p>D'ung cygne blanc que c'est ung corbeau noir;</p> +<p>Et qui me nuyst croy qu'il m'aide à povoir.</p> +<p>Verité, bourde, aujourd'uy m'est tout un.</p> +<p>Je retiens tout; riens ne sçay concepvoir,</p> +<p>Bien recueilly, debouté de chascun.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>L'ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince clement, or vous plaise savoir</p> +<p>Que j'entens moult, et n'ay sens ne sçavoir;</p> +<p>Parcial suis, à toutes lois commun.</p> +<p>Que fais-je plus? Quoy? Les gaiges ravoir,</p> +<p>Bien recueilly, debouté de chascun.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>EPISTRE</p> +<p>EN FORME DE BALLADE, A SES AMIS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ayez pitié, ayez pitié de moy,</p> +<p>A tout le moins, si vous plaist, mes amis!</p> +<a name="p112"></a><span class="pagenum">P. 112</span> +<p>En fosse giz, non pas soubz houx ne may,</p> +<p>En cest exil ouquel je suis transmis</p> +<p>Par fortune, comme Dieu l'a permis.</p> +<p>Filles, amans, jeunes, vieulx et nouveaulx;</p> +<p>Danceurs, saulteurs, faisans les piez de veaux,</p> +<p>Vifs comme dars, aguz comme aguillon;</p> +<p>Gouffres tintans, clers comme gastaneaux,</p> +<p>Le lesserez là, le povre Villon?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Chantres chantans à plaisance, sans loy;</p> +<p>Galans, rians, plaisans en faictz et diz,</p> +<p>Coureux, allans, francs de faulx or, d'aloy;</p> +<p>Gens d'esperit, ung petit estourdiz;</p> +<p>Trop demourez, car il meurt entandiz.</p> +<p>Faiseurs de laiz, de motets et rondeaux,</p> +<p>Quand mort sera vous lui ferez chandeaux.</p> +<p>Il n'entre, où gist, n'escler ne tourbillon;</p> +<p>De murs espoix on luy a fait bandeaux:</p> +<p>Le lesserez là, le povre Villon?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Venez le veoir en ce piteux arroy,</p> +<p>Nobles hommes, francs de quars et de dix,</p> +<p>Qui ne tenez d'empereur ne de roy,</p> +<p>Mais seulement de Dieu de Paradiz:</p> +<p>Jeuner lui fault dimanches et mardiz</p> +<p>Dond les dens a plus longues que ratteaux,</p> +<p>Après pain sec, non pas après gasteaux;</p> +<p>En ses boyaulx verse eau à gros bouillon;</p> +<p>Bas enterré, table n'a, ne tresteaulx:</p> +<p>Le lesserez là, le povre Villon?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Princes nommez, anciens, jouvenceaulx,</p> +<p>Impetrez-moy graces et royaulx sceaux,</p> +<a name="p113"></a><span class="pagenum">P. 113</span> +<p>Et me montez en quelque corbillon.</p> +<p>Ainsi se font l'un à l'autre pourceaux,</p> +<p>Car, où l'un brait, ilz fuyent à monceaux.</p> +<p>Le lesserez là, le povre Villon?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LE DEBAT</p> +<p>DU CUEUR ET DU CORPS DE VILLON,</p> +<p>En forme de Ballade.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Qu'est-ce que j'oy?—Ce +suis-je.—Qui?—Toncueur,</p> +<p>Qui ne tient mais qu'à ung petit filet,</p> +<p>Force n'ay plus, substance ne liqueur,</p> +<p>Quand je te voy retraict ainsi seulet,</p> +<p>Com pouvre chien tappy en recullet.</p> +<p>—Pourquoy est-ce?—Pour ta folle plaisance.</p> +<p>—Que t'en chault-il?—J'en ai la desplaisance.</p> +<p>—Laisse m'en paix!—Pourquoi?—J'y +penseray.</p> +<p>—Quand sera-ce?—Quant seray hors d enfance.</p> +<p>—Plus ne t'en dy.—Et je m'en passeray.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>—Que penses-tu?—Estre homme de valeur.</p> +<p>—Tu as trente ans.—C'est l'aage d'ung mullet.</p> +<p>—Est-ce enfance?—Nenny.—C'est donc +folleur</p> +<p>Qui te saisit?—Par où?—Par le collet.</p> +<p>Rien ne congnois.—Si fais: mouches en laict:</p> +<p>L'ung est blanc, l'autre est noir, c'est la distance.</p> +<p>—Est-ce doncq tout?-Que veulx-tu que je tance?</p> +<p>Si n'est assez, je recommenceray.</p> +<p>—Tu es perdu!—J'y mettray resistance.</p> +<p>—Plus ne t'en dy.—Et je m'en passeray.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p114"></a><span class="pagenum">P. +114</span> +<p>—J'en ay le dueil; toi, le mal et douleur.</p> +<p>Si fusse ung povre ydiot et folet,</p> +<p>Au cueur eusses de t'excuser couleur:</p> +<p>Se n'as-tu soing, tout ung, tel, bel ou laid,</p> +<p>Ou la teste as plus dure qu'ung jalet,</p> +<p>Ou mieulx te plaist qu'honneur ceste meschance!</p> +<p>Que respondras à ceste conséquence?</p> +<p>—J'en seray hors quand je trespasseray.</p> +<p>—Dieu, quel confort!—Quelle saige eloquence!</p> +<p>—Plus ne t'en dy.—Et je m'en passeray.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>—D'ond vient ce mal?—Il vient de mon malheur.</p> +<p>Quand Saturne me feit mon fardelet,</p> +<p>Ces maulx y mist, je le croy.—C'est foleur:</p> +<p>Son seigneur es, et te tiens son valet.</p> +<p>Voy que Salmon escript en son roulet:</p> +<p>«Homme sage, ce dit-il, a puissance</p> +<p>Sur les planètes et sur leur influence.»</p> +<p>—Je n'en croy rien; tel qu'ilz m'ont faict seray.</p> +<p>—Que dis-tu?—Rien.—Certe, c'est ma +créance.</p> +<p>Plus ne t'en dy.—Et je m'en passeray.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>—Veux-tu vivre?—Dieu m'en doint la puissance!</p> +<p>—Il te fault...—Quoy?—Remors de +conscience;</p> +<p>Lire sans fin.—Et en quoy?—En science;</p> +<p>Laisse les folz!—Bien, j'y adviseray.</p> +<p>—Or le retiens.—J'en ay bien souvenance.</p> +<p>—N'attends pas tant que tourne à +desplaisance.</p> +<p>Plus ne t'en dy.—Et je m'en passeray.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p115"></a><span class="pagenum">P. +115</span> +<p>LA REQUESTE</p> +<p>Que Villon bailla à Monseigneur de Bourbon.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Le mien seigneur et prince redoubté,</p> +<p>Fleuron de Lys, royale geniture,</p> +<p>Françoys Villon, que travail a dompté</p> +<p>A coups orbes, par force de batture,</p> +<p>Vous supplie, par cette humble escripture,</p> +<p>Que luy faciez quelque gracieux prest.</p> +<p>De s'obliger en toutes cours est prest;</p> +<p>Si ne doubtez que bien ne vous contente.</p> +<p>Sans y avoir dommage n'interest,</p> +<p>Vous n'y perdrez seulement que l'attente.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>A prince n'a ung denier emprunté,</p> +<p>Fors à vous seul, vostre humble créature.</p> +<p>Des six escus que lui avez presté,</p> +<p>Cela pieça, il mist en nourriture;</p> +<p>Tout se payera ensemble, c'est droicture,</p> +<p>Mais ce sera légèrement et prest:</p> +<p>Car, se du gland rencontre en la forest</p> +<p>D'entour Patay, et chastaignes ont vente,</p> +<p>Payé serez sans delay ny arrest:</p> +<p>Vous n'y perdrez seulement que l'attente.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si je pensois vendre de ma santé</p> +<p>A ung Lombard, usurier par nature,</p> +<p>Faulte d'argent m'a si fort enchanté,</p> +<p>Que j'en prendrois, ce croy-je, l'adventure.</p> +<p>Argent ne pend à gippon ne ceincture;</p> +<p>Beau sire Dieux! je m'esbahyz que c'est,</p> +<p>Que devant moy croix ne se comparoist,</p> +<p>Sinon de bois ou pierre, que ne mente;</p> +<p>Mais s'une fois la vraye m'apparoist,</p> +<p>Vous n'y perdrez seulement que l'attente.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p116"></a><span class="pagenum">P. +116</span> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince du Lys, qui à tout bien complaist,</p> +<p>Que cuydez-vous, comment il me desplaist</p> +<p>Quand je ne puis venir à mon entente?</p> +<p>Bien m'entendez, aydez-moi, s'il vous plaist:</p> +<p>Vous n'y perdrez seulement que l'attente.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>SUSCRIPTION DE LADITE REQUESTE</p> +</div> +<div class="stanza" style="font-style: italic;"> +<p>Allez, Lettres, faictes un sault,</p> +<p>Combien que n'ayez pied ne langue:</p> +<p>Remonstrez, en vostre harengue,</p> +<p>Que faulte d'argent si m'assault.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +<p>DES PROVERBES.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Tant grate chèvre que mal gist;</p> +<p>Tant va le pot à l'eau qu'il brise;</p> +<p>Tant chauffe-on le fer qu'il rougist;</p> +<p>Tant le maille-on qu'il se debrise;</p> +<p>Tant vault l'homme comme on le prise;</p> +<p>Tant s'eslongne-il qu'il n'en souvient;</p> +<p>Tant mauvais est qu'on le desprise;</p> +<p>Tant crie l'on Noel qu'il vient.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Tant raille-on que plus on ne rit;</p> +<p>Tant despend-on qu'on n'a chemise;</p> +<a name="p117"></a><span class="pagenum">P. 117</span> +<p>Tant est-on franc que tout se frit;</p> +<p>Tant vault tien que chose promise;</p> +<p>Tant ayme-on Dieu qu'on suyt l'Eglise;</p> +<p>Tant donne-on qu'emprunter convient;</p> +<p>Tant tourne vent qu'il chet en bise;</p> +<p>Tant crie l'on Noel qu'il vient.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Tant ayme-on chien qu'on le nourrist;</p> +<p>Tant court chanson qu'elle est apprise;</p> +<p>Tant garde-on fruict qu'il se pourrist;</p> +<p>Tant bat-on place qu'elle est prise;</p> +<p>Tant tarde-on qu'on fault à l'emprise;</p> +<p>Tant se haste-on que mal advient;</p> +<p>Tant embrasse-on que chet la prise;</p> +<p>Tant crie l'on Noel qu'il vient;</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, tant vit fol qu'il s'advise;</p> +<p>Tant va-t-il qu'après il revient;</p> +<p>Tant le matte-on qu'il se radvise;</p> +<p>Tant crie l'on Noel qu'il vient.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>DES MENUS PROPOS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je congnois bien mouches en laict;</p> +<p>Je congnois à la robe l'homme;</p> +<p>Je congnois le beau temps du laid;</p> +<p>Je congnois au pommier la pomme;</p> +<p>Je congnois l'arbre à veoir la gomme;</p> +<p>Je congnois quand tout est de mesme;</p> +<p>Je congnois qui besongne ou chomme;</p> +<a name="p118"></a><span class="pagenum">P. 118</span> +<p>Je congnois tout, fors que moy-mesme.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je congnois pourpoinct au collet;</p> +<p>Je congnois le moyne à la gonne;</p> +<p>Je congnois le maistre au valet;</p> +<p>Je congnois au voyle la nonne;</p> +<p>Je congnois quand piqueur jargonne;</p> +<p>Je congnois folz nourriz de cresme;</p> +<p>Je congnois le vin à la tonne;</p> +<p>Je congnois tout, fors que moy-mesme.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je congnois cheval du mulet;</p> +<p>Je congnois leur charge et leur somme;</p> +<p>Je congnois Bietrix et Bellet;</p> +<p>Je congnois gect qui nombre et somme;</p> +<p>Je congnois vision en somme;</p> +<p>Je congnois la faulte des Boesmes;</p> +<p>Je congnois filz, varlet et homme:</p> +<p>Je congnois tout, fors que moy-mesme.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, je congnois tout en somme;</p> +<p>Je congnois coulorez et blesmes;</p> +<p>Je congnois mort qui nous consomme;</p> +<p>Je congnois tout, fors que moy-mesme.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p119"></a><span class="pagenum">P. +119</span> +<p>BALLADE</p> +<p>DES POVRES HOUSSEURS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>On parle des champs labourer,</p> +<p>De porter chaulme contre vent,</p> +<p>Et aussi de se marier</p> +<p>A femme qui tance souvent;</p> +<p>De moyne de povre couvent,</p> +<p>De gens qui vont souvent sur mer;</p> +<p>De ceulx qui vont les bleds semer,</p> +<p>Et de celluy qui l'asne maine;</p> +<p>Mais, à trestout considérer,</p> +<p>Povres housseurs ont assez peine.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>A petis enfans gouverner,</p> +<p>Dieu sçait se c'est esbatement!</p> +<p>De gens d'armes doit-on parler?</p> +<p>De faire leur commandement?</p> +<p>De servir Malchus chauldement?</p> +<p>De servir dames et aymer?</p> +<p>De guerrier et bouhourder</p> +<p>Et de jouster à la quintaine?</p> +<p>Mais, à trestout considérer,</p> +<p>Povres housseurs ont assez peine.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ce n'est que jeu de bled soyer,</p> +<p>Et de prez faulcher, vrayement;</p> +<p>Ne d'orge battre, ne vanner,</p> +<p>Ne de plaider en Parlement;</p> +<p>A danger emprunter argent;</p> +<p>A maignans leurs poisles mener;</p> +<a name="p120"></a><span class="pagenum">P. 120</span> +<p>Et à charretiers desjeuner,</p> +<p>Et de jeusner la quarantaine;</p> +<p>Mais, à trestout considérer,</p> +<p>Povres housseurs ont assez peine.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>PROBLÈME OU BALLADE</p> +<p>AU NOM DE LA FORTUNE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Fortune fuz par clercz jadis nommée,</p> +<p>Que toy, Françoys, crie et nomme meurtrière.</p> +<p>S'il y a hom d'aucune renommée</p> +<p>Meilleur que toy, faiz user en plastrière,</p> +<p>Par povreté, et fouyr en carrière,</p> +<p>S'a honte viz, te dois tu doncques plaindre?</p> +<p>Tu n'es pas seul; si ne te dois complaindre.</p> +<p>Regarde et voy de mes faitz de jadis,</p> +<p>Maints vaillans homs par moy mors et roidiz,</p> +<p>Et n'eusses-tu envers eulx ung soullon,</p> +<p>Appaise-toy, et mectz fin en tes diz:</p> +<p>Par mon conseil prends tout en gré, Villon!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Contre grans roys je me suis bien armée,</p> +<p>Le temps qui est passé; car, en arrière,</p> +<p>Priame occis et toute son armée;</p> +<p>Ne lui valut tour, donjon, ne barrière.</p> +<p>Et Hannibal, demoura-il derrière?</p> +<p>En Cartaige, par moy, le feiz actaindre;</p> +<p>Et Scypion l'Affricquain feiz estaindre;</p> +<p>Julius César au sénat je vendiz;</p> +<p>En Egipte Pompée je perdiz;</p> +<a name="p121"></a><span class="pagenum">P. 121</span> +<p>En mer noyay Jazon en ung boullon;</p> +<p>Et, une fois, Romme et Rommains ardiz....</p> +<p>Par mon conseil prends tout en gré, Villon!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Alexandre, qui tant fist de hamée,</p> +<p>Qui voulut voir l'estoille poucynière,</p> +<p>Sa personne par moy fut inhumée.</p> +<p>Alphasar roy, en champ, sous la bannière,</p> +<p>Ruay jus mort; cela est ma manière.</p> +<p>Ainsi l'ay fait, ainsi le maintendray;</p> +<p>Autre cause ne raison n'en rendray.</p> +<p>Holofernes, l'ydolastre mauldiz,</p> +<p>Qu'occist Judic (et dormoit entandiz!)</p> +<p>De son poignart, dedens son pavillon;</p> +<p>Absallon, quoy! en fuyant suspendis....</p> +<p>Par mon conseil prends tout en gré, Villon!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Povre Françoys, escoute que tu dis:</p> +<p>Se rien peusse sans Dieu de paradiz,</p> +<p>A toy n'aultre ne demourroit haillon:</p> +<p>Car pour ung mal lors j'en feroye dix:</p> +<p>Par mon conseil prends tout en gré, Villon!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE</p> +<p>CONTRE LES MESDISANS DE LA FRANCE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Rencontré soit de bestes feu gectans,</p> +<p>Que Jason vit, querant la Toison d'or;</p> +<p>Ou transmué d'homme en beste, sept ans,</p> +<a name="p122"></a><span class="pagenum">P. 122</span> +<p>Ainsi que fut Nabugodonosor;</p> +<p>Ou bien ait perte aussi griefve et villaine</p> +<p>Que les Troyens pour la prinse d'Heleine;</p> +<p>Ou avallé soit avec Tantalus</p> +<p>Et Proserpine aux infernaulx pallus,</p> +<p>Ou plus que Job soit en griefve souffrance,</p> +<p>Tenant prison en la court Dedalus,</p> +<p>Qui mal vouldroit au royaume de France!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quatre mois soit en un vivier chantant,</p> +<p>La teste au fons, ainsi que le butor;</p> +<p>Ou au Grand-Turc vendu argent contant,</p> +<p>Pour estre mis au harnois comme ung tor;</p> +<p>Ou trente ans soit, comme la Magdelaine,</p> +<p>Sans vestir drap de linge ne de laine;</p> +<p>Ou noyé soit, comme fut Narcisus;</p> +<p>Ou aux cheveux, comme Absalon, pendus,</p> +<p>Ou comme fut Judas par desperance,</p> +<p>Ou puist mourir comme Simon Magus,</p> +<p>Qui mal vouldroit au royaume de France!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>D'Octovien puisse venir le temps:</p> +<p>C'est qu'on luy coule au ventre son trésor;</p> +<p>Ou qu il soit mis entre meules flotans;</p> +<p>En un moulin, comme fut saint Victor;</p> +<p>Ou transgloutis en la mer, sans haleine,</p> +<p>Pis que Jonas au corps de la baleine;</p> +<p>Ou soit banny de la clarté Phoebus,</p> +<p>Des biens Juno et du soulas Venus,</p> +<p>Et du grant Dieu soit mauldit à outrance,</p> +<p>Ainsi que fut roy Sardanapalus,</p> +<p>Qui mal vouldroit au royaume de France!</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p123"></a><span class="pagenum">P. +123</span> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, porté soit des clers Eolus,</p> +<p>En la forest où domine Glocus,</p> +<p>Ou privé soit de paix et d'espérance,</p> +<p>Car digne n'est de posséder vertus,</p> +<p>Qui mal vouldroit au royaume de France!</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p124"></a><span class="pagenum">P. +124</span> +<p><b>LE JARGON OU JOBELIN</b></p> +<p><b>DE MAISTRE</b></p> +<p><b>FRANÇOIS VILLON.</b></p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE I.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>A Parouart, la grand Mathe Gaudie,</p> +<p>Où accollez sont duppez et noirciz,</p> +<p>De par angels suyvans la paillardie,</p> +<p>Sont greffiz et prins cinq ou six.</p> +<p>Là sont bleffeurs, au plus hault bout assis</p> +<p>Pour l'evagie, et bien hault mis au vent.</p> +<p>Escevez-moy tost ces coffres massis!</p> +<p>Ces vendengeurs, des ances circoncis,</p> +<p>S'embrouent du tout à néant...</p> +<p>Eschec, eschec, pour le fardis!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Brouez-moy sur ces gours passans,</p> +<p>Advisez-moy bien tost le blanc,</p> +<p>Et pictonnez au large sur les champs:</p> +<p>Qu'au mariage ne soyez sur le banc</p> +<p>Plus qu'un sac de piastre n'est blanc.</p> +<a name="p125"></a><span class="pagenum">P. 125</span> +<p>Si gruppez estes des carireux,</p> +<p>Rebignez-moy tost ces enterveux,</p> +<p>Et leur montrez des trois le bris:</p> +<p>Que clavés ne soyez deux et deux...</p> +<p>Eschec, eschec, pour le fardis!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Plantez aux hurmes vos picons,</p> +<p>De paour des bisans si très-durs,</p> +<p>Et, aussi, d'estre sur les joncs,</p> +<p>En mahe, en coffres, en gros murs.</p> +<p>Escharricez, ne soyez durs,</p> +<p>Que le grand Can ne vous fasse essorer.</p> +<p>Songears ne soyez pour dorer,</p> +<p>Et babignez tousjours aux ys</p> +<p>Des sires, pour les debouser...</p> +<p>Eschec, eschec, pour le fardis!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince Froart, dit des Arques Petis,</p> +<p>L'un des sires si ne soit endormis,</p> +<p>Levez au bec, que ne soyez griffis,</p> +<p>Et que vous n'en ayez du pis...</p> +<p>Eschec, eschec, pour le fardis!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE II.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Coquillars, narvans à Ruel,</p> +<p>Men ys vous chante que gardez</p> +<p>Que n'y laissez et corps et pel,</p> +<p>Com fist Colin de l'Escaillier,</p> +<p>Devant la roe babiller</p> +<a name="p126"></a><span class="pagenum">P. 126</span> +<p>Il babigna, pour son salut.</p> +<p>Pas ne sçavoit oingnons peller,</p> +<p>Dont Lamboureur lui rompt le suc.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Changez, andossez souvent,</p> +<p>Et tirez tout droit au tremble,</p> +<p>Et eschicquez tost en brouant.</p> +<p>Qu'en la jarte ne soyez ample.</p> +<p>Montigny y fut, par exemple,</p> +<p>Bien estaché au halle-grup,</p> +<p>Et y jargonnast-il le temple,</p> +<p>Dont Lamboureur lui rompt le suc.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Gailleurs, bien faitz en piperie,</p> +<p>Pour ruer les ninars au loing,</p> +<p>A l'assault tost, sans suerie!</p> +<p>Que les mignons ne soient au gaing,</p> +<p>Tout farcis d'un plumas à coing,</p> +<p>Qui griefve et garde le duc,</p> +<p>Et de la dure si très loing,</p> +<p>Dont Lamboureur luy rompt le suc.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, arrière de Ruel,</p> +<p>Et n'eussiez vous denier ne pluc,</p> +<p>Que au giffle ne laissez la pel,</p> +<p>Pour Lamboureur, qui rompt le suc.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p127"></a><span class="pagenum">P. +127</span> +<p>BALLADE III.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Spélicans,</p> +<p>Qui, en tous temps,</p> +<p>Avancez dedans le pogois,</p> +<p>Gourde piarde,</p> +<p>Et sur la tarde,</p> +<p>Desboursez les pauvres nyais,</p> +<p>Et pour soustenir vostre pois,</p> +<p>Les duppes sont privez de caire,</p> +<p>Sans faire haire,</p> +<p>Ne hault braiere,</p> +<p>Mais plantez ils sont comme joncz,</p> +<p>Pour les sires qui sont si longs.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Souvent aux arques,</p> +<p>A leurs marques,</p> +<p>Se laissent tous desbouser</p> +<p>Pour ruer,</p> +<p>Et enterver</p> +<p>Pour leur contre que lors faisons.</p> +<p>La fée aux Arques vous respond,</p> +<p>Et rue deux coups, ou bien troys,</p> +<p>Aux gallois.</p> +<p>Deux, ou troys</p> +<p>Mineront trestout aux frontz,</p> +<p>Pour les sires qui sont si longs.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et pour ce, benards,</p> +<p>Coquillars,</p> +<p>Rebecquez-vous de la montjoye,</p> +<a name="p128"></a><span class="pagenum">P. 128</span> +<p>Qui desvoye</p> +<p>Votre proye,</p> +<p>Et vous fera de tout brouer;</p> +<p>Par joncher</p> +<p>Et enterver,</p> +<p>Qui est aux pigeons bien cher:</p> +<p>Pour rifler</p> +<p>Et placquer</p> +<p>Les angels de mal tous rondz,</p> +<p>Pour les sires qui sont si longs.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De paour des hurmes</p> +<p>Et des grumes,</p> +<p>Rassurez-vous en droguerie</p> +<p>Et faerie,</p> +<p>Et ne soyez plus sur les joncz,</p> +<p>Pour les sires qui sont si longs.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE IV.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Saupicquetz frouans des gours arques,</p> +<p>Pour deshouser, beau sire dieux,</p> +<p>Allez ailleurs planter vos marques!</p> +<p>Benards, vous estes rouges gueux.</p> +<p>Berard s'en va chez les joncheux</p> +<p>Et babigne qu'il a plongis.</p> +<p>Mes frères, soiez embrayeux</p> +<p>Et gardez les coffres massis.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Se gruppez estes, des grappes</p> +<p>De ces angels si graveliffes;</p> +<a name="p129"></a><span class="pagenum">P. 129</span> +<p>Incontinent, manteaulx et cappes,</p> +<p>Pour l'emboue ferez eclipses;</p> +<p>De vos sarges serez besifles,</p> +<p>Tout debout et non pas assis.</p> +<p>Pour ce, gardez d'estre griffes</p> +<p>Dedens ces gros coffres massis.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Nyais qui seront attrapez,</p> +<p>Bientost s'en brouent au Halle,</p> +<p>Plus ne vault que tost ne happez</p> +<p>La baudrouse de quatre talle.</p> +<p>Des tires fait la hairenalle,</p> +<p>Quand le gosser est assiegis,</p> +<p>Et si hurcque la pirenalle,</p> +<p>Au saillir des coffres massis.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince des gayeulx, à leurs marques,</p> +<p>Que voz contres ne soient griffis.</p> +<p>Pour doubte de frouer aux arques,</p> +<p>Gardez-vous des coffres massis.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE V.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Joncheurs, jonchans en joncherie,</p> +<p>Rebignez bien où joncherez;</p> +<p>Qu'Ostac n'embroue vostre arrerie,</p> +<p>Où acollez sont vos ainsnez.</p> +<p>Poussez de la quille et brouez,</p> +<p>Car tost seriez roupieux.</p> +<p>Eschet qu'acollez ne soyez.</p> +<p>Par la poe du marieux.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p130"></a><span class="pagenum">P. +130</span> +<p>Bendez-vous contre la faerie,</p> +<p>Quanques vous aurez desbousez,</p> +<p>N'estant à juc la riflerie</p> +<p>Des angelz et leurs assosez.</p> +<p>Berard, se povez, renversez,</p> +<p>Si greffir laissez voz carieux;</p> +<p>La dure bientost renversez,</p> +<p>Pour la poe du marieux.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Entervez à la floterie,</p> +<p>Chantez-leur trois, sans point songer.</p> +<p>Qu'en artes ne soyez en surie,</p> +<p>Blanchir vos cuirs et essurger.</p> +<p>Bignez la mathe, sans targer;</p> +<p>Que vos ans ne soyent ruppieux!</p> +<p>Plantez ailleurs contre assiéger,</p> +<p>Pour la poe du marieux.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince Benard en Esterie,</p> +<p>Querez coupans pour Lamboureux</p> +<p>Et autour de vos ys tuerie,</p> +<p>Pour la poe du marieux.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE VI</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Contres de la gaudisserie,</p> +<p>Entervez tousjours blanc pour bis,</p> +<p>Et frappez, en la hurterie,</p> +<p>Sur les beaulx sires bas assis.</p> +<p>Ruez de feuilles cinq ou six,</p> +<p>Et vous gardez bien de la roe,</p> +<a name="p131"></a><span class="pagenum">P. 131</span> +<p>Qui aux sires plante du gris,</p> +<p>En leur faisant faire la moe.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>La giffle gardez de rurie,</p> +<p>Que vos corps n'en ayent du pis,</p> +<p>Et que point, à la turterie,</p> +<p>En la hurme ne soyez assis.</p> +<p>Prenez du blanc, laissez du bis,</p> +<p>Ruez par les fondes la poe,</p> +<p>Car le bizac, à voir advis,</p> +<p>Faict aux Beroars faire la moe.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Plantez de la mouargie,</p> +<p>Puis ça, puis là, pour l'artis,</p> +<p>Et n'espargnez point la flogie</p> +<p>Des doulx dieux sur les patis.</p> +<p>Vos ens soyent assez hardis,</p> +<p>Pour leur avancer la droe;</p> +<p>Mais soient memorandis,</p> +<p>Qu'on ne vous face la moe.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, qui n'a bauderie</p> +<p>Pour eschever de la soe,</p> +<p>Danger du grup, en arderie,</p> +<p>Faict aux sires faire la moe.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>FIN DES OEUVRES DE MAISTRE</p> +<p>FRANÇOIS VILLON.</p> +</div> +<br> +<br> +<br> +<div class="stanza"><a name="p133"></a><span class="pagenum">P. +133</span> +<p><b>POÉSIES</b></p> +<p><b>ATTRIBUÉES A VILLON</b></p> +</div> +<br> +<div class="stanza"> +<p>I. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Les biens dont vous estes la dame</p> +<p>Ont mon cueur si très fort espris,</p> +<p>Qu'il feust mort, s'il n'eust entrepris</p> +<p>De vous aymer plus que nul âme.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quant à moy, point je ne l'en blasme,</p> +<p>Pour ce qu'ilz ont de tous le pris</p> +<p>Les biens dont vous estes la dame.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De ce qu'il fault que je vous ayme,</p> +<p>Je sçay trop bien que j'ay mespris;</p> +<p>Mais qui en doit estre repris?</p> +<p>Non pas moi. Qui donc? Sur mon ame,</p> +<p>Les biens dont vous estes la dame.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>II. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>A bien juger mon propre affaire</p> +<p>Et piteux cas, sans riens en taire,</p> +<a name="p134"></a><span class="pagenum">P. 134</span> +<p>Plus qu'autre croire me debvez,</p> +<p>Se par adventure n'avez</p> +<p>Information de contraire.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Celle ou celluy qui m'a brassé</p> +<p>Ce maulvais los et pourchassé</p> +<p>Me het et ne vous ayme pas;</p> +<p>Mais il quiert que soye chacié</p> +<p>De vostre amour et effacié.</p> +<p>Je congnois bien telz advocas.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Se vous avez voulu refaire</p> +<p>Leur voulenté pour me deffaire,</p> +<p>Vous faictes mal et me grevez.</p> +<p>Considerez que vous sçavez</p> +<p>Qu'onc vers vous ne voulus meffaire</p> +<p>A bien juger.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>III. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Une fois me dictes ouy,</p> +<p>En foy de noble et gentil femme;</p> +<p>Je vous certifie, ma Dame,</p> +<p>Qu'oncques ne fuz tant resjouy.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Veuillez le donc dire selon</p> +<p>Que vous estes benigne et doulche,</p> +<p>Car ce doulx mot n'est pas si long</p> +<p>Qu'il vous face mal en la bouche.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Soyez seure, si j'en jouy,</p> +<p>Que ma lealle et craintive ame</p> +<p>Gardera trop mieulx que nul ame</p> +<p>Vostre honneur. Avez-vous ouy?</p> +<p>Une fois me dictes ouy.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p135"></a><span class="pagenum">P. +135</span> +<p>IV. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente;</p> +<p>Une j'en sers qui est bien suffisante</p> +<p>Pour contenter un grant duc ou un roy.</p> +<p>Je l'ayme bien, mais non pas elle moy;</p> +<p>Il n'est besoing que de ce je me vante.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Combien qu'elle est de taille belle et gente,</p> +<p>De m'en louer pour ceste heure presente</p> +<p>Pardonnez-moy, car je n'y voy de quoy;</p> +<p>Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quant je luy dy de mon vouloir l'entente,</p> +<p>Et cueur et corps et biens je luy presente,</p> +<p>Pour tout cela remède je n'y voy.</p> +<p>Deliberé suis, sçavez-vous de quoy?</p> +<p>De luy quicter et le jeu et l'actente.</p> +<p>Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>V. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De mon faict je ne sçay que dire;</p> +<p>Par tout où je vois je m'adire,</p> +<p>Et des yeulx voy moins que du coute.</p> +<p>En danger suis qu'il ne me couste</p> +<p>La vie, tant suis remply d'ire.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De mon faict je ne sçay que dire,</p> +<p>Car ma dame si ne tient compte</p> +<p>De mon martyre, quant luy compte,</p> +<p>Mais me dit que trop aise suis,</p> +<p>Et qu'en ce royaulme n'a conte</p> +<p>Qui ait de nulle meilleur compte</p> +<p>Que j'ay d'elle, quant je la suis,</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p136"></a><span class="pagenum">P. +136</span> +<p>Nullement, de paour de mesdire,</p> +<p>Jamais je ne l'ose desdire;</p> +<p>A son gré parler je l'ecoute,</p> +<p>Puis emprès elle je m'accoute,</p> +<p>Sans luy vouloir riens contredire.</p> +<p>De mon faict je ne sçay que dire.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>VI. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pour entretenir mes amours</p> +<p>Colorer me fault maints fins tours;</p> +<p>Car ma bourse est très mal garnie</p> +<p>Pour fourrer le poignet tousjours.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ung jour demande haults atours,</p> +<p>Et l'autre ung grant bort de velours,</p> +<p>Et je respons: «Or bien, m'amye,»</p> +<p>Pour entretenir mes amours.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Veez-vous ce donneur de bonjours?</p> +<p>Il a faict en el tant de cours,</p> +<p>Practiqué l'art de baverie,</p> +<p>Qu'il scet moult bien, sans ce qu'il rie,</p> +<p>Dire sa pensée à rebours.</p> +<p>Pour entretenir mes amours</p> +<p>Colorer me fault maints fins tours.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>VII. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Tu te brusles à la chandelle!</p> +<p>Helas! mon cueur, ne vois tu pas</p> +<p>Que danger est tousjours au pas,</p> +<p>Qui fait à tous guerre mortelle?</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p137"></a><span class="pagenum">P. +137</span> +<p>Soyes seur que tu l'auras belle</p> +<p>Se tu n'y vas bien par compas;</p> +<p>Tu te brusles à la chandelle.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Sont-ce chastaignes qu'on y pelle,</p> +<p>A ton advis, pour ton repas?</p> +<p>Nennil. Retrais toy tout le pas,</p> +<p>Ains qu'on te frape au cul la pelle.</p> +<p>Tu te brusles à la chandelle.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>VIII. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Adieu vous dy la lerme à l'oeil;</p> +<p>Adieu, ma très gente mignonne,</p> +<p>Adieu, sur toutes la plus bonne,</p> +<p>Adieu vous dy, qui m'est grand dueil.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Adieu, adieu, m'amour, mon vueil;</p> +<p>Mon povre cueur vous laisse et donne.</p> +<p>Adieu vous dy la lerme à l'oeil.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Adieu, par qui du mal recueil</p> +<p>Mille fois plus que mot ne sonne;</p> +<p>Adieu, du monde la personne</p> +<p>Dont plus me loue et plus me dueil.</p> +<p>Adieu vous dy la lerme à l'oeil.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>IX. BALLADE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Las! je me plains d'amours et de ma dame,</p> +<p>Et de mes yeulx dont j'ay veu sa beaulté;</p> +<p>Et oultre plus, je me plains d'une femme</p> +<p>Qui contre moy a le conseil donné</p> +<a name="p138"></a><span class="pagenum">P. 138</span> +<p>Dont j'ay déjà tant de mal enduré</p> +<p>Qu'il me fauldra, par deffaulte de joye,</p> +<p>Aller criant, comme tout forcené:</p> +<p>Je hez ma dame que tant aymer souloye.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Car se pitié son très doulx cueur n'entame</p> +<p>A me donner ce que j'ay desiré,</p> +<p>J'iray mourir, ainsi qu'ung homme infame.</p> +<p>Tout hors de sens et si desespéré</p> +<p>Qu'après ma mort il en sera parlé</p> +<p>Plus loin dix fois que d'icy en Savoye,</p> +<p>Et lors diray pour plus estre blasmé:</p> +<p>Je hez ma dame que tant aymer souloye</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Se je le dy, je jure sur mon ame</p> +<p>Que ce sera contre ma voulenté.</p> +<p>Je prye à Dieu qu'il n'y puist avoir ame</p> +<p>A celle fin qu'il ne soit raporté.</p> +<p>Car jasoit ce qu'elle m'ait courroucé</p> +<p>Tant qu'on peut plus, cent mille fois mourroye</p> +<p>Avant que j'eusse ne dit ne proferé:</p> +<p>Je hez ma dame que tant aymer souloye.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>X. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quelque chose qu'Amours ordonne,</p> +<p>Force m'est que vous habandonne</p> +<p>Pour pourchasser ailleurs mon bien;</p> +<p>Car, sur ma foy, je congnois bien</p> +<p>Que vous m'estes pire que bonne.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Trop a de cueur qui vous en donne:</p> +<p>Pour ce jà Dieu ne me pardonne</p> +<a name="p139"></a><span class="pagenum">P. 139</span> +<p>Se vous avez jamais le mien,</p> +<p>Quelque chose qu'Amours ordonne.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si n'aymeray je jà personne</p> +<p>Que vous, quoy que l'on me sermonne,</p> +<p>En tout ce monde terrien;</p> +<p>Mais maintenant je n'en fais rien,</p> +<p>Et sers selon qu'on me guerdonne.</p> +<p>Quelque chose qu'Amours ordonne,</p> +<p>Force m'est que vous habandonne.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XI. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Hahay! estes vous rencherie,</p> +<p>Dieux y ait part, puis devant hier?</p> +<p>Ma dame, c'est pour enrager!</p> +<p>Le faictes-vous par mocquerie?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Mais venez çà, je vous en prie:</p> +<p>Est le cuir devenu si cher?</p> +<p>Hahay! estes vous rencherie?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et dea! et ne sçavez-vous mie</p> +<p>Que mon père est cordouennier;</p> +<p>Vous voulez bazanne priser</p> +<p>Plus que cordouen la moitié.</p> +<p>Hahay! estes-vous rencherie?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XII. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Au plus offrant ma dame est mise</p> +<p>Et dernier encherisseur.</p> +<p>Je ne sçay se c'est par honneur,</p> +<p>Mais je n'en prise pas la guise.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p140"></a><span class="pagenum">P. +140</span> +<p>Elle m'avoit sa foy promise,</p> +<p>Mais je voy qu'elle a mis son cueur</p> +<p>Au plus offrant.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et pour ce je quitte la prinse</p> +<p>D'estre nommé son serviteur,</p> +<p>Car donner me porte malheur.</p> +<p>Ainsi j'ay laissé l'entreprise</p> +<p>Au plus offrant.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XIII. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Entens à moy, vray dieu d'amours,</p> +<p>Et faiz que la mort ait son cours</p> +<p>Hastivement,</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Car j'ay mal employé mes jours.</p> +<p>Je meurs en aymant par amours</p> +<p>Certainement.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Languir me fault en griefs doulours.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XIV. BALLADE</p> +<p><i>Pour ung prisonnier.</i></p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>S'en mes maulx me peusse esjoyr</p> +<p>Tant que tristesse me feust joye</p> +<p>Par me doulouser et gemir,</p> +<p>Voulentiers je me complaindroye;</p> +<p>Car, s'au plaisir Dieu, hors j'estoye,</p> +<p>J'ay espoir qu'au temps advenir</p> +<p>A grant honneur venir pourroye</p> +<p>Une fois avant que mourir.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p141"></a><span class="pagenum">P. +141</span> +<p>Pourtant, s'ay eu moult à souffrir</p> +<p>Par fortune, dont je larmoye,</p> +<p>Et que n'ay pas peu obtenir</p> +<p>N'avoir ce que je pretendoye,</p> +<p>Au temps advenir je vouldroye</p> +<p>Voulentiers bon chemin tenir</p> +<p>Pour acquerir honneur et joye</p> +<p>Une fois avant que mourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Sans plus loin exemple querir,</p> +<p>Par moy mesme juger pourroye</p> +<p>Que meschief nul ne peult fouyr,</p> +<p>S'ainsi est qu'advenir luy doye.</p> +<p>C'est jeunesse qui tout desvoye;</p> +<p>Nul ne s'en doit trop esbahyr.</p> +<p>Si juste n'est qui ne fourvoye</p> +<p>Une fois avant que mourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, s'aucun povoir avoye</p> +<p>Sur ceulx qui me font cy tenir,</p> +<p>Voulentiers vengeance en prendroye</p> +<p>Une fois avant que mourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XV. RONDEL.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Comme moy vous aurez voz gages.</p> +<p>J'en fuz bien payé au partir:</p> +<p>Plain de dueil jusques au partir,</p> +<p>Ne sont-ce plaisans advantages?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Servez amours entre vous sages:</p> +<p>Il vous en fera repentir;</p> +<p>Comme moy vous aurez vos gages.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p142"></a><span class="pagenum">P. +142</span> +<p>Repeuz serez de doulx langaiges</p> +<p>Pour vous garder de departir.</p> +<p>Quant est à moy, j'en suys martir.</p> +<p>Bien tard congnoistrez telz ouvrages;</p> +<p>Comme moy vous aurez vos gages.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XVI. BALLADE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Il n'est danger que de vilain,</p> +<p>N'orgueil que de povre enrichy,</p> +<p>Ne si seur chemin que le plain,</p> +<p>Ne secours que de vray amy,</p> +<p>Ne desespoir que jalousie,</p> +<p>N'angoisse que cueur convoiteux,</p> +<p>Ne puissance où il n'ait envie,</p> +<p>Ne chere que d'homme joyeulx;</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ne servir qu'au roy souverain,</p> +<p>Ne lait nom que d'homme ahonty,</p> +<p>Ne manger fors quant on a faim,</p> +<p>N'emprise que d'homme hardy,</p> +<p>Ne povreté que maladie,</p> +<p>Ne hanter que les bons et preux,</p> +<p>Ne maison que la bien garnie,</p> +<p>Ne chère que d'homme joyeulx;</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ne richesse que d'estre sain,</p> +<p>N'en amours tel bien que mercy,</p> +<p>Ne de la mort rien plus certain,</p> +<p>Ne meilleur chastoy que de luy;</p> +<p>Ne tel trésor que preudhommye,</p> +<p>*****************************</p> +<p>Ne paistre qu'en grant seigneurie,</p> +<p>Ne chère que d'homme joyeulx;</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p143"></a><span class="pagenum">P. +143</span> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Que voulez-vous que je vous die?</p> +<p>Il n'est parler que gracieulx,</p> +<p>Ne louer gens qu'après leur vie,</p> +<p>Ne chère que d'homme joyeulx</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XVII. BALLADE MORALE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>D'une dague forte et aigüe</p> +<p>Soit-il frappé parmy l'eschine,</p> +<p>Et ait tousjours une sansue</p> +<p>Attachée à sa poitrine,</p> +<p>Et attainct d'une coulevrine</p> +<p>Entre le nez et le menton,</p> +<p>Ou qu'en prison vive en famine,</p> +<p>Qui autruy blasme sans raison.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Son giste soit emmy la rue,</p> +<p>Tout nud quand il fera bruyne,</p> +<p>Sur pel de heriçon pointue,</p> +<p>Couvert d'une chère estamine;</p> +<p>De vent de bise sa courtine,</p> +<p>Et soit mors d'ung escorpion,</p> +<p>Ou qu'en prison vive en foraine,</p> +<p>Qui autruy blasme sans raison.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Sa chair soit detrenchée menue</p> +<p>Plus qu'au moulin n'est la farine,</p> +<p>Ou de gros nerfz soit bien batue,</p> +<p>Ou couche nud sur tas d'espine:</p> +<p>Et affin que plus tost il fine,</p> +<p>Son corps soit remply de poison,</p> +<a name="p144"></a><span class="pagenum">P. 144</span> +<p>Ou qu'en prison vive en famine,</p> +<p>Qui autruy blasme sans raison.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, soit mis en la gehaine</p> +<p>Dix fois le jour comme ung larron,</p> +<p>Ou qu'en prison vive en famine,</p> +<p>Qui autruy blasme sans raison.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XVIII. BALLADE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>J'ay ung arbre de la plante d'amours,</p> +<p>Enraciné en mon cueur proprement,</p> +<p>Qui ne porte fruits, sinon de dolours,</p> +<p>Fueilles d'ennuy et fleurs d'encombrement;</p> +<p>Mais, puis qu'il fut planté premièrement,</p> +<p>Il est tant creu, de racine et de branche,</p> +<p>Que son umbre, qui me porte nuysance,</p> +<p>Fait au dessoubs toute joye seichier,</p> +<p>Et si ne puis, pour toute ma puissance,</p> +<p>Autre planter, ne celuy arrachier.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De si long-temps est arrosé de plours</p> +<p>Et de lermes tant douloureusement,</p> +<p>Et si n'en sont les fruits de rien meillours:</p> +<p>Ne je n'y truys guères d'amendement.</p> +<p>Je les recueille pourtant soigneusement.</p> +<p>C'est de mon cueur l'amère soustenance,</p> +<p>Qui trop mieux fust en friche ou en souffrance</p> +<p>Que porter fruits qui le dussent blecier;</p> +<p>Mais pas ne veult l'amoureuse ordonnance,</p> +<p>Autre planter, ne celuy arrachier.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p145"></a><span class="pagenum">P. +145</span> +<p>S'en ce printemps, que les feuilles et fleurs</p> +<p>Et arbrynceaux percent nouvellement,</p> +<p>Amours vouloit moy faire ce secours,</p> +<p>Que les branches qui font empeschement</p> +<p>Il retranchast du tout entierement,</p> +<p>Pour y enter ung rynceau de plaisance,</p> +<p>Il gecteroit bourgeons de souffisance;</p> +<p>Joye en istroit, dont il n'est rien plus chier;</p> +<p>Et ne fauldroit jà, par desesperance,</p> +<p>Autre planter, ne celuy arrachier.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ma princesse, ma première esperance,</p> +<p>Mon cueur vous sert en dure penitence.</p> +<p>Faictes le mal qui l'acqueult retranchier,</p> +<p>Et ne souffrez en vostre souvenance</p> +<p>Autre planter, ne celuy arrachier.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XIX. BALLADE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Plaisant assez, et des biens de fortune</p> +<p>Ung peu garny, me trouvay amoureux,</p> +<p>Voire si bien, que, tant aymay fort une,</p> +<p>Que nuit et jour j'en estois langoureux.</p> +<p>Mais tant y a, que je fus si heureux</p> +<p>Que, moyennant vingt escus à la rose,</p> +<p>Je fis cela que chacun bien suppose.</p> +<p>Alors je dis, connoissant ce passage:</p> +<p>«Au fait d'amours, babil est peu de chose;</p> +<p>Riche amoureux a tousjours l'advantage.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Or est ainsy que, durant ma pecune,</p> +<p>Je fus traite comme amy precieux;</p> +<p>Mais, tost après, sans dire chose aucune,</p> +<a name="p146"></a><span class="pagenum">P. 146</span> +<p>Cette vilaine alla jetter les yeulx</p> +<p>Sur un vieillard riche, mais chassieux,</p> +<p>Laid et hideux trop plus qu'on ne propose.</p> +<p>Ce neantmoins, il en jouit sa pose,</p> +<p>Dont moy, confus, voyant un tel ouvrage,</p> +<p>Dessus ce texte allay bouter en glose:</p> +<p>Riche amoureux a tousjours l'advantage.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Or elle a tort, car noyse ny rancune</p> +<p>N'eut onc de moy. Tant lui fus gracieux,</p> +<p>Que, s'elle eust dit: «Donne-moy de la lune»</p> +<p>J'eusse entrepris de monter jusqu'aux cieulx;</p> +<p>Et, nonobstant, son corps tant vicieux</p> +<p>Au service de ce vieillard expose.</p> +<p>Dont, ce voyant, un rondeau je compose,</p> +<p>Que luy transmets; mais, en pou de langage,</p> +<p>Me respond franc: «Povreté te depose:</p> +<p>Riche amoureux a tousjours l'advantage!»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince tout bel, trop mieux parlant qu'Orose,</p> +<p>Si vous n'avez toujours bourse desclose,</p> +<p>Vous abusez: car Meung, docteur très sage,</p> +<p>Nous a descrit que, pour cueillir la rose,</p> +<p>Riche amoureux a tousjours l'advantage.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XX. BALLADE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Qui en amours veut estre heureux,</p> +<p>Faut tenir train de seigneurie,</p> +<p>Estre prompt et advantureux</p> +<p>Quand vient à monstrer l'armarie:</p> +<p>Porter drap d'or, orfaverie,</p> +<p>Car cela les dames esmeut.</p> +<a name="p147"></a><span class="pagenum">P. 147</span> +<p>Tout sert; mais, par saincte Marie!</p> +<p>Il ne fait pas ce tour qui veult.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je fus naguères amoureux</p> +<p>D'une dame cointe et jolie,</p> +<p>Qui me dit, en mots gracieux:</p> +<p>«Mon amour est en vous ravie;</p> +<p>Mais il faut qu'el soit desservie</p> +<p>Par cinquante escus d'or, s'on peut.</p> +<p>—Cinquante escus! Bon gré ma vie!</p> +<p>Il ne fait pas ce tour qui veult.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Alors luy donnay sur les lieux</p> +<p>Où elle feisoit l'endormie:</p> +<p>Quatre venues, de coeur joyeux,</p> +<p>Luy fis en moins d'heure et demie.</p> +<p>Lors me dit, à voix espasmie:</p> +<p>«Encore un coup! le coeur me deult.</p> +<p>—Encore un coup! Hélas! m'amye,</p> +<p>Il ne fait pas ce tour qui veult!»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince d'amours, je te supplie,</p> +<p>Si plus ainsi elle m'accuelt,</p> +<p>Que ma lance jamais ne plie:</p> +<p>Il ne fait pas ce tour qui veult!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>XXI. BALADE JOYEUSE DES TAVERNIERS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>D'ung gect de dart, d'une lance asserée,</p> +<p>D'ung grant faussart, d'une grosse massue,</p> +<p>D'une guisarme, d'une flèche ferrée,</p> +<p>D'ung bracquemart, d'une hache esmolue,</p> +<p>D'ung grand penart et d'une bisagüe,</p> +<a name="p148"></a><span class="pagenum">P. 148</span> +<p>D'ung fort espieu et d'une saqueboute;</p> +<p>De maulx briguans puissent trouver tel route</p> +<p>Que tous leurs corps fussent mis par morceaulx,</p> +<p>Le cueur fendu, desciré par monceaulx,</p> +<p>Le col couppé d'ung bon branc acherin,</p> +<p>Descirez soient de truye et de pourceaulx</p> +<p>Les taverniers qui brouillent nostre vin.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>D'ung arc turcquois, d'une espée affilée</p> +<p>Ayent les paillars la brouaille cousue,</p> +<p>De feu gregoys la perrucque bruslée,</p> +<p>Et par tempeste la cervelle espandue,</p> +<p>Au grand gibet leur charongne pendue,</p> +<p>Et briefvement puissent mourir de goutte,</p> +<p>Ou je requiers et pry que l'on leur boute</p> +<p>Parmy leur corps force d'ardans barreaulx;</p> +<p>Vifs escorchez des mains de dix bourreaulx,</p> +<p>Et puis bouillir en huille le matin,</p> +<p>Desmembrez soient à quatre grans chevaux,</p> +<p>Les taverniers qui brouillent nostre vin.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>D'un gros canon la tête escarbouillée</p> +<p>Et de tonnerre acablez en la rue</p> +<p>Soient tous leurs corps, et leur chair dessirée,</p> +<p>De gros mastins bien garnye et pourvue,</p> +<p>De forz esclers puissent perdre la veue,</p> +<p>Neige et gresil tousjours sur eux degoutte,</p> +<p>Avecques ce ilz aient la pluye toute</p> +<p>Sans que sur eux ayent robbes ne manteaulx,</p> +<p>Leurs corps trenchez de dagues et couteaulx,</p> +<p>Et puis traisnez jusques en l'eau du Rin;</p> +<p>Desrompuz soient à quatre-vingts marteaulx</p> +<p>Les taverniers qui brouillent nostre vin.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p149"></a><span class="pagenum">P. +149</span> +<p>Prince, de Dieu soient maulditz leurs boyaulx,</p> +<p>Et crever puissent par force de venin</p> +<p>Ces faulx larrons, maulditz et desloyaulx,</p> +<p>Les taverniers qui brouillent nostre vin</p> +</div> +<div class="stanza"><br> +<br> +<a name="p150"></a><span class="pagenum">P. 150</span> +<p>XXII. S'ENSUIT LE MONOLOGUE DU</p> +<p>FRANC ARCHIER DE BAIGNOLLET</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>AVEC SON EPITAPHE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>C'est à meshuy! J'ay beau corner!</p> +<p>Or ça, il s'en fault retourner,</p> +<p>Maulgré ses dentz, en sa maison</p> +<p>Si ne vis-je pieça saison</p> +<p>Où j'eusse si hardy couraige</p> +<p>Que j'ay! Par la morbieu! j'enraige</p> +<p>Que je n'ay à qui me combatre...</p> +<p>Y a-il homme qui à quatre,</p> +<p>Dy-je, y a-il quatre qui vueillent</p> +<p>Combatre à moy? Se tost recueillent</p> +<p>Mon gantelet; vela pour gaige!</p> +<p>Par le sang bieu! je ne crains paige,</p> +<p>S'il n'a point plus de quatorze ans.</p> +<p>J'ay autresfoys tenu les rencz,</p> +<p>Dieu Mercy! et gaigné le prix</p> +<p>Contre cinq Angloys que je pris,</p> +<a name="p151"></a><span class="pagenum">P. 151</span> +<p>Povres prisonniers desnuez,</p> +<p>Si tost que je les euz ruez.</p> +<p>Ce fust au siège d'Alençon.</p> +<p>Les troys se misrent à rançon,</p> +<p>Et le quatriesme s'enfuyt.</p> +<p>Incontinent que l'autre ouyt</p> +<p>Ce bruit, il me print à la gorge.</p> +<p>Se je n'eusse crié: Sainct George!</p> +<p>Combien que je suys bon Françoys,</p> +<p>Sang bieu! il m'eust tué ançoys</p> +<p>Que personne m'eust secouru.</p> +<p>Et quand je me senty feru</p> +<p>D'une bouteille, qu'il cassa</p> +<p>Sur ma teste: «Venez ça, ça!</p> +<p>Dis-je lors. Que chascun s'appaise!</p> +<p>Je ne quiers point faire de noise,</p> +<p>Ventre bieu! et buvons ensemble.</p> +<p>Posé soit ores que je tremble,</p> +<p>Sang bieu! je ne vous crains pas maille.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><i>Cy dit ung quidem, par derrière les gens</i>:</p> +<p>Coquericoq.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Qu'esse cy? J'ay oüy poullaille</p> +<p>Chanter chez quelque bonne vieille;</p> +<p>Il convient que je la resveille.</p> +<p>Poullaille font icy leurs nidz!</p> +<p>C'est du demourant d'Ancenys,</p> +<p>Par ma foy! ou du Champ-Toursé...</p> +<p>Helas! que je me vis coursé</p> +<p>De la mort d'ung de mes nepveux!</p> +<p>J'euz d'ung canon par les cheveux,</p> +<p>Qui me vint cheoir tout droit en barbe;</p> +<a name="p152"></a><span class="pagenum">P. 152</span> +<p>Mais je m'escriay: «Saincte Barbe!</p> +<p>Vueille-moy ayder à ce coup,</p> +<p>Et je t'ayderay l'autre coup!»</p> +<p>Adonc le canon m'esbranla,</p> +<p>Et vint ceste fortune-là</p> +<p>Quand nous eusmes le fort conquis.</p> +<p>Le Baronnet et le Marquis,</p> +<p>Craon, Cures, l'Aigle et Bressoire,</p> +<p>Accoururent pour veoir l'histoire;</p> +<p>La Rochefouquault, l'Amiral,</p> +<p>Aussi Beuil et son attirail,</p> +<p>Pontièvre, tous les capitaines,</p> +<p>Y deschaussèrent leurs mitaines</p> +<p>De fer, de paour de m'affoler,</p> +<p>Et si me vindrent acoler</p> +<p>A terre, où j'estoye meshaigné,</p> +<p>De paour de dire: «Il n'a daigné!»</p> +<p>Combien que je fusse malade,</p> +<p>Je mis la main à la salade,</p> +<p>Car el m'estouffoit le visaige.</p> +<p>«Ha! dist le Marquis, ton oultraige</p> +<p>Te fera une foys mourir!»</p> +<p>Car il m'avoit bien veu courir,</p> +<p>Oultre l'ost, devant le chasteau.</p> +<p>Hélas! j'y perdy mon manteau,</p> +<p>Car je cuidoye d'une poterne</p> +<p>Que ce fust l'huys d'une taverne.</p> +<p>Et moy tantost de pietonner,</p> +<p>Car, quand on oyt clarons sonner,</p> +<p>Il n'est courage qui ne croisse.</p> +<p>Tout aussitost: «Où esse? Où esse?</p> +<p>Et, à brief parler, je m'y fourre,</p> +<p>Ne plus ne moins qu'en une bourre.</p> +<p>Si ce n'eust esté la brairie</p> +<a name="p153"></a><span class="pagenum">P. 153</span> +<p>Du costé devers la prairie,</p> +<p>De nos gens, qui crioient trestous,</p> +<p>Disant: «Pierre, que faictes-vous?</p> +<p>N'assaillez pas la basse court</p> +<p>Tout seul!» je l'eusse prins tout court,</p> +<p>Certes; mais c'eust esté outraige.</p> +<p>Et se ce n'eust esté ung paige</p> +<p>Qui nous vint trencher le chemin,</p> +<p>Mon frère d'armes Güillemin</p> +<p>Et moy, Dieu lui pardoint, pourtant!</p> +<p>Car, quoy? il nous en pend autant</p> +<p>A l'oeil, eussions, sans nulle faille,</p> +<p>Frappé au travers la bataille</p> +<p>Des Bretons; mais nous apaisames</p> +<p>Nos couraiges et recullames...</p> +<p>Que dy-je? non pas reculer,</p> +<p>Chose dont on ne doibt parler...</p> +<p>Ung rien, jusque au Lyon d'Angiers.</p> +<p>Je ne craignoye que les dangiers,</p> +<p>Moy; je n avoye paour d'aultre chose.</p> +<p>Et quand la bataille fut close,</p> +<p>D'artillerie grosse et gresle</p> +<p>Vous eussez ouy, pesle-mesle:</p> +<p><i>Tip, tap, sip, sap</i>, à la barrière,</p> +<p>Aux esles, devant et derrière.</p> +<p>J'en eus d'ung parmy la cuirace.</p> +<p>Les dames qu'estoient en la place</p> +<p>Si ne craignoyent que le couillart.</p> +<p>Certes, j'estoye ung bon paillart;</p> +<p>J'en avoye ung si portatif,</p> +<p>Se je n'eusse esté si hastif</p> +<p>De mettre le feu en la pouldre,</p> +<p>J'eusse destruit et mis en fouldre</p> +<p>Tout quanqu'avoit de damoiselles.</p> +<a name="p154"></a><span class="pagenum">P. 154</span> +<p>Il porte deux pierres jumelles,</p> +<p>Mon couillart: jamais n'en a meins.</p> +<p>Et dames de joindre les mains,</p> +<p>Quand ilz virent donner l'assault.</p> +<p>Les ungs se servoyent du courtault</p> +<p>Si dru, si net, si sec que terre.</p> +<p>Et puis, quoy? parmy ce tonnerre,</p> +<p>Eussez ouy sonner trompilles,</p> +<p>Pour faire dancer jeunes filles</p> +<p>Au son du courtault, haultement.</p> +<p>Quand j'y pense, par mon serment!</p> +<p>C'est vaine guerre qu'avec femmes;</p> +<p>J'avoye toujours pitié des dames.</p> +<p>Veu qu'ung courtault tresperce ung mur,</p> +<p>Ilz auroyent le ventre bien dur,</p> +<p>S'il ne passoit oultre... Pensez</p> +<p>Qu'on leur eust faict du mal assez,</p> +<p>Se l'en n'eust eu noble couraige;</p> +<p>Mesmes ces pehons de villaige,</p> +<p>J'entens pehons de plat pays,</p> +<p>Ne se fussent point esbahis</p> +<p>De leur mal faire; mais nous sommes</p> +<p>Tousjours, entre nous gentilz hommes,</p> +<p>Au guet dessus la villenaille.</p> +<p>J'estoye par deçà la bataille,</p> +<p>Tousjours la lance ou la bouteille</p> +<p>Sur la cuisse: c'estoit merveille,</p> +<p>Merveille de me regarder.</p> +<p>Il vint ung Breton estrader,</p> +<p>Qui faisoit rage d'une lance;</p> +<p>Mais il avoit, de jeune enfance,</p> +<p>Les reins rompus; c'estoit dommaige.</p> +<p>Il vint tout seul, par son oultraige,</p> +<p>Estrader par mont et par val;</p> +<a name="p155"></a><span class="pagenum">P. 155</span> +<p>Pour bien pourbondir ung cheval</p> +<p>Il faisoit feu et voire flambe.</p> +<p>Mais je lui trenchay une jambe,</p> +<p>D'ung revers, jusques à la hanche;</p> +<p>Et fis ce coup-là ung dimenche,</p> +<p>Que dy-je? ung lundy matin.</p> +<p>Il ne s'armoit que de satin,</p> +<p>Tant craignoit à grever ses reins.</p> +<p>Voulentiers frappoit aux chanfrains</p> +<p>D'ung cheval, quand venoit en jouste,</p> +<p>Ou droit à la queue, sans doubte.</p> +<p>Point il ne frappoit son roussin,</p> +<p>Pource qu'il avoit le farcin,</p> +<p>Que d'ung baston court et noailleux,</p> +<p>Dessus sa teste et ses cheveulx,</p> +<p>De paour de le faire clocher.</p> +<p>Aussi, de paour de tresbucher,</p> +<p>Il alloit son beau pas, <i>tric, trac</i>,</p> +<p>Et ung grant panon de bissac</p> +<p>Voulentiers portoit sur sa teste.</p> +<p>D'ung tel homme fault faire feste</p> +<p>Autant que d'ung million d'or.</p> +<p>Gens d'armes! c'est ung grant tresor;</p> +<p>S'il vault riens il ne fault pas dire.</p> +<p>J'ay fait raige avecques La Hire:</p> +<p>Je l'ay servy trestout mon aage.</p> +<p>Je fus gros vallet, et puis page,</p> +<p>Archier, et puis je pris la lance,</p> +<p>Et la vous portoye sur la panse,</p> +<p>Tousjours troussé comme une poche.</p> +<p>Et puis, monseigneur de la Roche,</p> +<p>Que Dieu pardoint, me print pour paige.</p> +<p>J'estoye gent et beau de visaige,</p> +<p>Je chantoye et brouilloye des flustes,</p> +<a name="p156"></a><span class="pagenum">P. 156</span> +<p>Et si tiroye entre deux butes.</p> +<p>A brief parler, j'estoye ainsi</p> +<p>Mignon comme cest enfant-cy;</p> +<p>Je n'avoys pas gramment plus d'aage...</p> +<p>Or ça, ça, par où assauldray-je</p> +<p>Ce cocq que j'ay ouy chanter?</p> +<p>A peu besongner bien vanter;</p> +<p>Il fault assaillir cest hostel.</p> +</div> +<div class="stanza" style="font-style: italic;"> +<p>Adonc apperçoit le Franc Archier un espoventail de</p> +<p>chenevière, faict en façon d'ung gendarme,</p> +<p>croix blanche devant et croix noire</p> +<p>derrière, en sa main tenant</p> +<p>une arbaleste.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A part.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ha! le Sacrement de l'autel!</p> +<p>Je suis affoibly! Qu'esse-cy?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A l'espoventail.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ha! Monseigneur, pour Dieu, mercy!</p> +<p>Hault le trait, qu'aye la vie franche!</p> +<p>Je voy bien, à vostre croix blanche,</p> +<p>Que nous sommes tout d'ung party.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A part.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>D'ond, tous les diables! est-il sorty,</p> +<p>Tout seul et ainsi effroyé?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A l'espoventail.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Comment! Estes-vous desvoyé?</p> +<p>Mettez jus, je gage l'amende.</p> +<p>Et, pour Dieu, mon amy, desbende</p> +<p>Au hault ou au loing ton baston!</p> +<a name="p157"></a><span class="pagenum">P. 157</span> +<p><i>Adonc il advise sa croix noire</i>.</p> +<p>Par le sang bieu! c'est ung Breton,</p> +<p>Et je dy que je suis Françoys!...</p> +<p>Il est fait de toy, ceste fois,</p> +<p>Perrenet; c'est ung parti contraire!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A l'espoventail.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Hen, Dieu! et où voulez-vous traire?</p> +<p>Vous ne sçavez pas que vous faictes.</p> +<p>Dea! je suis Breton, si vous l'estes.</p> +<p>Vive sainct Denis ou sainct Yve!</p> +<p>Ne m'en chault qui, mais que je vive!</p> +<p>Par ma foi! Monseigneur mon maistre,</p> +<p>Se vous voulez sçavoir mon estre,</p> +<p>Ma mère fut née d'Anjou,</p> +<p>Et mon père je ne sçay d'où,</p> +<p>Sinon que j'ouy reveler</p> +<p>Qu'il fut natif de Lantriquer.</p> +<p>Comment sçauray-je vostre nom?</p> +<p>Monseigneur Rollant, ou Yvon,</p> +<p>Mort seray quand il vous plaira!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A part.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et comment! il ne cessera</p> +<p>Meshuy de me persecuter,</p> +<p>Et si ne me veult escouter!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A l'espoventail.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>En l'honneur de la Passion</p> +<p>De Dieu, que j'aye confession,</p> +<p>Car je me sens jà fort malade!</p> +<p>Or, tenez, vela ma salade,</p> +<p>Qui n'est froissée ne couppée;</p> +<a name="p158"></a><span class="pagenum">P. 158</span> +<p>Je la vous rens, et mon espée,</p> +<p>Et faictes prier Dieu pour moy.</p> +<p>Je vous laisse, sur vostre foy,</p> +<p>Ung voeu que je doibs à sainct Jacques.</p> +<p>Pour le faire, prendrez mon jacques,</p> +<p>Et ma ceinture et mon cornet.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A part.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Tu meurs bien maulgré toy, Pernet,</p> +<p>Voire maulgré toi et à force!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(Au public.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Puis qu'endurer fault et à force,</p> +<p>Priez pour l'ame, s'il vous plaist,</p> +<p>Du Franc Archier de Baignolet,</p> +<p>Et m'escripvez, à ung paraphe,</p> +<p>Sur moy ce petit epitaphe:</p> +</div> +<div class="stanza" style="font-style: italic;"> +<p>Cy gist Pernet le Franc Archier,</p> +<p>Qui cy mourut sans desmarcher,</p> +<p>Car de fuyr n'eut onc espace,</p> +<p>Lequel Dieu, par sa saincte grace,</p> +<p>Mette ès cieulx, avecques les ames</p> +<p>Des francs archiers et des gens d'armes,</p> +<p>Arrière des arbalestriers.</p> +<p>Je les hay tous: ce sont meurdriers!</p> +<p>Je les congnois bien de pieça.</p> +<p>Et mourut l'an qu'il trespassa.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Velà tout; les mots sont très beaux.</p> +<p>Or, vous me lairrez mes houseaulx,</p> +<p>Car, se j'alloye en paradis</p> +<p>A cheval, comme fist jadis</p> +<p>Sainct Martin, et aussi sainct George,</p> +<a name="p159"></a><span class="pagenum">P. 159</span> +<p>J'en seroye bien plus prest... Or je</p> +<p>Vous laisse gantelet et dague:</p> +<p>Car, au surplus, je n'ay plus bague</p> +<p>De quoy je me puisse deffendre.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A l'espoventail.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Attendez! me voulez-vous prendre</p> +<p>En desaroy? Je me confesse</p> +<p>A Dieu, tandis qu'il n'y a presse,</p> +<p>A la Vierge et à tous sainctz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A part.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Or meurs-je les membres tous sains</p> +<p>Et tout en bon point, ce me semble.</p> +<p>Je n'ay mal, sinon que je tremble</p> +<p>De paour et de malle froidure,</p> +<p>Et de mes cinq sens de nature...</p> +<p>Cinq cens! Où prins, qui ne les emble?</p> +<p>Je n'en veiz onc cinq cens ensemble,</p> +<p>Par ma foy! n'en or, n'en monnoye.</p> +<p>Pour néant m'en confesseroye:</p> +<p>Oncques ensemble n'en veiz deux.</p> +<p>Et de mes sept pechez morteux</p> +<p>Il fault bien que m'en supportez:</p> +<p>Sur moy je les ay trop portez;</p> +<p>Je les metz jus, avec mon jacques.</p> +<p>J'eusse attendu jusques à Pasques,</p> +<p>Mais vecy ung advancement.</p> +<p>Et du premier commendement</p> +<p>De la Loy, qui dit qu'on doibt croire</p> +<p>(Non pas l'estoc quand on va boire,</p> +<p>Cela s'entend) en ung seul Dieu,</p> +<p>Jamais ne me trouvay en lieu</p> +<p>Où j'y creusse mieulx qu'à ceste heure,</p> +<p>Mais qu'à ce besoing me sequeure.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p160"></a><span class="pagenum">P. +160</span> +<p>(A l'espoventail.) [p. 160]</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ne desbendez? Je ne me fuys!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A part.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Hélas! je suis mort où je suis.</p> +<p>Je suis aussi simple, aussi coy</p> +<p>Comme une pucelle; car, quoy</p> +<p>Dit le second commendement?</p> +<p>Qu'on ne jure Dieu vainement.</p> +<p>Non ay-je en vain, mais très ferme,</p> +<p>Ainsi que fait ung bon genderme,</p> +<p>Car il n'est rien craint, s'il ne jure.</p> +<p>Le tiers nous enjoingt et procure,</p> +<p>Et advertist et admoneste,</p> +<p>Que l'en doit bien garder la feste,</p> +<p>Autant en hyver qu en esté:</p> +<p>J'ay tousjours voulentiers festé,</p> +<p>De ce ne mentiray-je point;</p> +<p>Et le quatriesme nous enjoint</p> +<p>Qu'on doit honnorer père et mère:</p> +<p>J'ay tousjours honoré mon père,</p> +<p>En moy congnoissant gentilhomme</p> +<p>De son costé, combien qu'en somme</p> +<p>Sois villain et de villenaille.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A l'espoventail.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et, pour Dieu, mon amy, que j'aille</p> +<p>Jusques amen; miséricorde!</p> +<p>Relevez ung peu vostre corde;</p> +<p>Ferez que le traict ne me blesse.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A part.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Item, morbieu! je me confesse</p> +<p>Du cinquiesme, sequentement:</p> +<a name="p161"></a><span class="pagenum">P. 161</span> +<p>Deffend-il pas expressément</p> +<p>Que nul si ne soit point meurtrier?</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A l'espoventail.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Las! Monseigneur l'arbalestrier,</p> +<p>Gardez bien ce commendement;</p> +<p>Quant est à moy, par mon serment,</p> +<p>Meurdre ne fis onc qu'en poulaille.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A part.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>L'aultre commendement nous baille</p> +<p>Qu'on n'emble rien; ce ne fis oncque,</p> +<p>Car en lieu n'en place quelconque</p> +<p>Je n'euz loysir de rien embler.</p> +<p>J'ay assez à qui ressembler</p> +<p>En ce point; je n'ay point meffait,</p> +<p>Car, se l'en m'eust pris sur le fait,</p> +<p>Dieu scet comme il me fust mescheu!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><i>Cy lusse tomber à terre l'espoventail, celluy +qui</i></p> +<p><i>le tient</i>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(A l'espoventail.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Las! monseigneur! vous estes cheu!...</p> +<p>Jésus! et qui vous a bouté,</p> +<p>Dictes? Ce n'ay-je pas esté,</p> +<p>Vrayement, ou diable ne m'emporte,</p> +<p>Au cas, dictes? Je m'en rapporte</p> +<p>A tous ceulx qui sont cy, beau sire,</p> +<p>Affin que ne vueillez pas dire</p> +<p>Que c'est demain ou pour demain.</p> +<p>Au fort, baillez-moy vostre main,</p> +<p>Je vous ayderay à lever.</p> +<p>Mais ne me vueillez pas grever:</p> +<p>J'ai pitié de vostre fortune.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p162"></a><span class="pagenum">P. +162</span> +<p><i>Cy apperçoyt le Franc Archier, de l'espoventail, +que</i></p> +<p><i>ce n'est pas ung homme</i>.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Par le corps bieu! j'en ay pour une!</p> +<p>Il n'a pié ne main; il ne hobe;</p> +<p>Par le corps bieu! c'est une robe</p> +<p>Plaine, de quoy? charbieu! de paille!</p> +<p>Qu'esse-cy? morbieu! on se raille,</p> +<p>Ce cuiday-je, des gens de guerre...</p> +<p>Que la fièvre quartaine serre</p> +<p>Celluy qui vous a mis icy!</p> +<p>Je le feray le plus marry,</p> +<p>Par la vertu bieu! qu'il fut oncques.</p> +<p>Se mocque on de moy quelconques?</p> +<p>Et ce n'est, j'advoue sainct Pierre!</p> +<p>Qu'espoventail de chenevière,</p> +<p>Que le vent a cy abatu!...</p> +<p>La mort bieu! vous serez batu,</p> +<p>Tout au travers, de ceste espée...</p> +<p>Quand la robbe seroit couppée,</p> +<p>Ce seroit ung très grand dommaige.</p> +<p>Je vous emporteray pour gaige,</p> +<p>Toutesfoys, après tout hutin.</p> +<p>Au fort, ce sera mon butin,</p> +<p>Que je rapporte de la guerre.</p> +<p>On s'est bien raillé de toi, Pierre,</p> +<p>La charbieu saincte et beniste!</p> +<p>Vous eussiez eu l'assault bien viste,</p> +<p>Se j'eusse sceu vostre prouesse:</p> +<p>Vous eussiez tost eu la renverse,</p> +<p>Voir, quelque paour que j'en eusse.</p> +<p>Or pleust à Jésus que je fusse,</p> +<p>A tout cecy, en ma maison!</p> +<a name="p163"></a><span class="pagenum">P. 163</span> +<p>Qu'il poise! Mengié a foison</p> +<p>De paille: elle chiet par derrière.</p> +<p>C'est paine pour la chamberière,</p> +<p>De la porter hors de ce lieu.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>(Au public.)</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Seigneurs, je vous commande à Dieu;</p> +<p>Et se l'on vous vient demander</p> +<p>Qu'est devenu le Franc Archier,</p> +<p>Dictes qu'il n'est pas mort encor,</p> +<p>Et qu'il emporte dague et cor,</p> +<p>Et reviendra par cy de brief.</p> +<p>Adieu; je m'en vois au relief.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>FIN DU MONOLOGUE DU FRANC ARCHIER</p> +<p>DE BAIGNOLLET.</p> +</div> +<div class="stanza"><br> +<br> +<a name="p164"></a><span class="pagenum">P. 164</span> +<p>XXIII.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>DIALOGUE DE MESSIEURS</p> +<p>DE MALLEPAYE ET DE BAILLEVENT.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Hée, Monsieur de Baillevent! B. Quoy</p> +<p>De neuf? M. On nous tient en aboy,</p> +<p>Comme despourveuz, malureux.</p> +<p>B. Si j'avoye autant que je doy,</p> +<p>Sang bieu! je seroye chez le Roy,</p> +<p>Un page après moy! M. Voire deux!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Nous sommes francs... M. Adventureux.</p> +<p>B. Riches. M. Bien aises B. Plantureux.</p> +<p>M. Voire, de souhaits. B. C'est assez.</p> +<p>M. Gentilz hommes. B. Hardis. M. Et preux.</p> +<p>B. Par l'huys. M. Du joly Souffreteux</p> +<p>Heritiers. B. De gaiges cassez.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Nous sommes, puis troys ans passez</p> +<p>Si minces. B. Si mal compassez.</p> +<p>M. Si simples. B. Legiers comme vent.</p> +<a name="p165"></a><span class="pagenum">P. 165</span> +<p>M. Si esbaudiz. B. Si mal pansez,</p> +<p>De donner pour Dieu dispensez,</p> +<p>Car nous jeusnons assez souvent.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Hée, monsieur de Baillevent,</p> +<p>Qui peult trouver, soubz quelque amant,</p> +<p>Deux ou troys mille escus, quel proye!</p> +<p>B. Nous ferions bruyt. M. Toutallement.</p> +<p>B. Le quartier en vault l'arpent,</p> +<p>Pardieu! Monsieur de Mallepaye!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. J'escripz contre ces murs. B. Je raye,</p> +<p>Puis de charbon et puis de craye.</p> +<p>M. Je raille. B. Je fays chère à tous.</p> +<p>M. Nous avons beau coucher en raye,</p> +<p>L'oreille au vent, la gueulle baye,</p> +<p>On ne faict point prochas de nous.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Helas! serons-nous jamais soulx?</p> +<p>M. Il ne fault que deux ou trois coups</p> +<p>Pour nous remonter. B. Doux. M. Droictz. B. Druz.</p> +<p>M. Pour fringuer. B. Pour porter le houx.</p> +<p>M. Gens... B. A dire: D'ond venez-vous?</p> +<p>M. Francs. B. Fins. M. Froidz. B. Forts.</p> +<p>M. Grans. B. Gros. M. Escreuz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. De serjens sommes tous recreux,</p> +<p>Et si n'avons nulz bien acreuz.</p> +<p>M. Nous debvons. B. On nous doibt. M. Fourraige.</p> +<p>B. Entretenus. M. Comme poux creux.</p> +<p>B. Jurons sang bieu, nous serons creuz:</p> +<p>Arrière, piettons de village!</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p166"></a><span class="pagenum">P. +166</span> +<p>M. Ne suis-je pas beau personnaige?</p> +<p>B. J'ay train de seigneur. M. Pas de saige.</p> +<p>B. Ressourdant. M. Comme bel alun.</p> +<p>B. Pathelin en main. M. Dire raige.</p> +<p>B. Et, par la mort bien! c'est dommage,</p> +<p>Que ne mettons vilains eu run.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Hée! cinq cens escus! B. C'est esgrun.</p> +<p>M. Quand j'en ay j'en offre à chascun,</p> +<p>Et suis bien aise quand j'en preste.</p> +<p>B. Mes rentes sont sur le commun;</p> +<p>M. Mais povres gens n'en ont pas ong;</p> +<p>B. J'y romproye pour néant la teste.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. S'il povoyt venir quelque enqueste,</p> +<p>Quelque mandement ou requeste,</p> +<p>Ou quelque bonne commission!</p> +<p>B. Mais en quelque banquet honneste,</p> +<p>Faire accroire à cest ou à ceste</p> +<p>La Pragmatique Sanction!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Et si elle y croit? B. Promision.</p> +<p>M. Se elle promet? B. Monition.</p> +<p>M. Se on l'admoneste? B. Qu'on marchande.</p> +<p>M. Se on faict marché? B. Fruiction.</p> +<p>M. Se on fruict? B. La Petition</p> +<p>En façon de belle demande</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>D'ung beau cent escus. M. Quelle viande!</p> +<p>B. Qui l'auroit quand on la demande,</p> +<p>On ferait... M. Quoi? B. Feu. M. Sainct Jehan, voire!</p> +<p>B. On tauxeroit bien grosse amende</p> +<a name="p167"></a><span class="pagenum">P. 167</span> +<p>Sur le faict de ceste demande,</p> +<p>Se j'en quictoye le petitoire.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Quel bien! B. Quel heur! M. Quel accessoire!</p> +<p>B. Je me raffroichiz la mémoire</p> +<p>Quand il m'en souvient. M. Quel plaisir!</p> +<p>B. Se on nous bailloit par inventaire</p> +<p>Deux mil escuz en une armoire,</p> +<p>Ilz n'auroient garde d'y moysir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Qui peut prendre! B. Qui peut choisir!</p> +<p>M. Gaigner! B. Espargner! M. Se saisir!</p> +<p>Nous serions partout bienvenuz.</p> +<p>B. Ung songe! M. Mais quel? B. De plaisir.</p> +<p>M. Nous prendrons si bien le loisir</p> +<p>De compter ne sçay quantz escuz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Nous sommes bien entretenuz.</p> +<p>M. Aymez. B. Portez. M. Et soustenuz...</p> +<p>B. De nos parens. M. De bonne race.</p> +<p>B. Rentes assez et revenuz,</p> +<p>Et s'a présent n'en avons nulz,</p> +<p>Ce n'est que malheur qui nous chasse.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Je n'en fais compte. B. Je raimasse.</p> +<p>M. Je volle par coups. B. Je tracasse,</p> +<p>Puis au poil et puis à la plume.</p> +<p>M. Je gaudis, et si je rimasse,</p> +<p>Que voulez-vous! il ne tient qu'à ce</p> +<p>Que je ne l'ay pas de coustume.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. D'honneur assez. M. Chascun en hume.</p> +<p>B. Je destains le feu. M. Je l'allume.</p> +<a name="p168"></a><span class="pagenum">P. 168</span> +<p>B. Je m'esbas. M. Je passe mon dueil.</p> +<p>B. Le plus souvent, quand je me fume,</p> +<p>Je batteroye comme fer d'enclume,</p> +<p>Si je me trouvoye tout seul.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Je ris. B. Je bave sur mon sueil.</p> +<p>M. Je donne à quelqu'une ung guin d'oeil.</p> +<p>B. Je m'esbas à je ne sçay quoy.</p> +<p>M. J'entretiens. B. Je fais bel accueil.</p> +<p>M. On me fait tout ce que je vueil,</p> +<p>Quand nous sommes mon paige et moy.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Je ne demande qu'avoir dequoy,</p> +<p>Belle amye, et vivre à requoy,</p> +<p>Faire tousjours bonne entreprise,</p> +<p>Belles armes, loyal au Roy.</p> +<p>M. Mais trois poulx rempans en aboy</p> +<p>Pour le gibier de la chemise!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Je porteroye pour ma devise</p> +<p>La marguerite en or assise</p> +<p>Et le houx partout estandu.</p> +<p>M. Vostre cry, quel? B. Nouvelle guise.</p> +<p>M. Riens en recepte, tant en mise,</p> +<p>Et, toute somme, item perdu.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Je vous seroye, au residu,</p> +<p>Gorgias sur le hault verdi</p> +<p>Le bel estomac d'alouette.</p> +<p>M. Robbe! B. De gris blanc, gris perdu,</p> +<p>Bien emprunté et mal rendu,</p> +<p>Payé d'une belle estiquette.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Puis la chaine d'or, la baguette,</p> +<a name="p169"></a><span class="pagenum">P. 169</span> +<p>Le lacqs de soye, la cornette...</p> +<p>B. De velours. M. C'est bel affiquet.</p> +<p>B. Quand nous aurions fait nostre emplète,</p> +<p>La porte seroit bien estroicte</p> +<p>Se ne passions jusqu'au ticquet.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Nectelet. B. Gorgias. M. Friquet.</p> +<p>B. De vert? M. Tousjours quelque bouquet.</p> +<p>B. Selon la saison de l'année.</p> +<p>M. Et de paige? B. Quelque naquet.</p> +<p>M. S'il vient hasart en ung banquet?</p> +<p>B. Le prendre entre bond et vollée.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Aux survenans? B. Chère meslée.</p> +<p>M. Aux povres duppes? B. La havée.</p> +<p>M. Et aux rustes? B. Le jobelin.</p> +<p>M. Aux mignons de court? B. L'accollée.</p> +<p>M. Aux gens de mesmes? B. La risée.</p> +<p>M. Et aux ouvriers? B. Le pathelin.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. D'entretenir? B. Damoiselin.</p> +<p>M. Et saluer? B. Bas comme lin.</p> +<p>M. Et diviser? B. Motz tous nouveaulx.</p> +<p>Pour contenter le femynin.</p> +<p>Nous ferions plus d'ung esclin</p> +<p>Qu'ung aultre de quinze royaulx.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Hée, cueurs joyeux! B. Hée, cueurs +loyaulx!</p> +<p>M. Prests. B. Prins. M. Prompts. B. Preux. M. Especiaulx.</p> +<p>B. Aymez. M. Supportez. B. Bien receuz.</p> +<p>M. Nous devrions passer aux sceaulx</p> +<a name="p170"></a><span class="pagenum">P. 170</span> +<p>Envers les officiers royaulx, [p. 170]</p> +<p>Comme messieurs les despourveuz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. De congnoissance bien pourveuz</p> +<p>Et de sagesse. M. On nous a veuz</p> +<p>Si gentilz et si francs. B. Si doulx.</p> +<p>M. Helas! cent escuz nous sont deubz.</p> +<p>B. Au fort, si nous les eussions euz,</p> +<p>On en tint plus compte de nous.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Nous avons faict plaisir à tous.</p> +<p>B. Chère à dire: D'ond venez-vous?</p> +<p>M. Esmerillonnez. B. Advenans.</p> +<p>M. Cent escus, et juger des coups.</p> +<p>On auroit beau mettre aux deux bouts,</p> +<p>Se nous ne tenions des gaignans.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Nous sommes deux si beaulx gallans.</p> +<p>M. Fringans. B. Bruyans. M. Allans. B. Parlans.</p> +<p>M. Esmeuz de franche volunté.</p> +<p>B. Aagez de sens. M. Et jeunes d'ans.</p> +<p>B. Bien gays. M. Assez rescéans.</p> +<p>B. Porres d'argent. M. Prou de santé.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Chascun de nous est habité.</p> +<p>M. Maison à Paris. B. Bien monté,</p> +<p>Aussi bien aux champs qu'en la ville.</p> +<p>M. Il y a ceste malheurté</p> +<p>Que de l'argent qu'avons presté</p> +<p>Nous n'en arrons ne croix ne pille.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Où sont les cens et deux cens mille</p> +<p>Escus que nous avions en pile,</p> +<a name="p171"></a><span class="pagenum">P. 171</span> +<p>Quand chascun avoit bien du sien?</p> +<p>M. Au fort, se nous n'en avons mille,</p> +<p>Nous sommes, selon l'Évangile,</p> +<p>Des bienheureux du temps ancien.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. J'aymasse mieulx qu'il n'en fust rien.</p> +<p>M. Trouvons en par quelque moyen.</p> +<p>B. Qui en a à présent? M. Je ne sçay.</p> +<p>B. Hé, ung engin parisien....</p> +<p>M. Art lombard. B. Franc praticien,</p> +<p>Pour faire à present ung essay!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Je vis le temps que j'avançay</p> +<p>L'argent de chose, et adressay</p> +<p>Tel et tel et tel benefice.</p> +<p>B. Et, pour moy, quand je compassé</p> +<p>Monseigneur tel, et pourchassé</p> +<p>Moy mesmes tout seul son office.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. J'estois tousjours à tous propice;</p> +<p>Mais je crains. B. Et quoy? M. Qu'avarice</p> +<p>Nous surprint, si devenions riches.</p> +<p>B. Riches, quoi! Geste faulce lisse,</p> +<p>Pauvreté, nous tient en sa lice.</p> +<p>M. C'est ce qui nous faict estre chiches.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Nous sommes legiers. M. Comme biches.</p> +<p>B. Rebondis... M. Comme belles miches.</p> +<p>B. Et fraysés... M. Comme beaulx ongnons.</p> +<p>B. Aussi coustelez. M. Comme chiches,</p> +<p>B. Adventureux. M. Comme Suysses</p> +<p>A Nancy, sur les Bourguygnons.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Entre les gallans. M. Compaignons.</p> +<a name="p172"></a><span class="pagenum">P. 172</span> +<p>B. Entre les gorgias. M. Mignons.</p> +<p>B. Entre gens d'armes. M. Courageux.</p> +<p>B. S'on barguigne. M. Nous barguignons.</p> +<p>B. Heureulx. M. Gomme beaux champignons.</p> +<p>Mis sus en ung jour ou en deux,</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Nous sommes les adventureux</p> +<p>Despourveuz. M. D'argent. B. Plantureux.</p> +<p>M. De nouvelles plaisantes. B. Tant.</p> +<p>M. Pour servir princes. B. Curieux.</p> +<p>M. Et pour les mignons. B. Gracieux.</p> +<p>M. Et pour le commun. B. Tant à tant.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Hée, monsieur de Baillevent,</p> +<p>Quand reviendra le bon temps?</p> +<p>B. Quand chascun aura ses souhaits.</p> +<p>M. Cent mille escus argent comptant,</p> +<p>Sur ma foy, je seroye content</p> +<p>Qu'on ne parlast plus que de paix.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Nous sommes si francs. M. Si parfaits.</p> +<p>B. Si sçavans. M. Si cauts en nos faiz.</p> +<p>B. Si bien nez. M. Si preux. B. Si hardis.</p> +<p>M. Saiges. B. Subtilz. M. Advisez. B. Mais</p> +<p>Faulte d'argent et les grans prestz...</p> +<p>M. Nous ont ung peu appaillardis.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Abandonnez. M. Comme hardis.</p> +<p>B. Requis. M. Comme les gras mardis.</p> +<p>B. Et fiers. M. Comme ung beau pet en baing.</p> +<p>B. J'ay dueil que vieulx villains tarnys</p> +<a name="p173"></a><span class="pagenum">P. 173</span> +<p>Soient d'or et d'argent si garnis,</p> +<p>Et mignons en ont tant besoing.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Nous avons froid. B. Chauld. M. Faim. B. Soif M. Soing.</p> +<p>B. Nous tracassons. M. Ça. B. Là. M. +Près. B. Loing.</p> +<p>M. Sans prouffit. B. Sans quelque advantaige.</p> +<p>M. Mais, s'on nous fonçoit or au poing,</p> +<p>Nous serions pour faire à ung coing</p> +<p>Nostre prouffit d'aultruy dommage.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Avez-vous tousjours l'heritaige</p> +<p>De Baillevent? B. Ouy. M. J'enraige</p> +<p>Qu'en Mallepaye n'a vins, blez, grains.</p> +<p>B. Cent francs de rente et ung fromaige,</p> +<p>Vous m'orriez dire de couraige:</p> +<p>Vive le roy! M. Ronfflez, villains!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Qui a le vent? M. Joyeulx mondains.</p> +<p>B. Gré de dames? M. Amoureux craints.</p> +<p>B. Et l'argent, qui? M. Qui plus embource.</p> +<p>B. Qu'est-ce d'entre nous courtissains?</p> +<p>M. Nous prenons escus pour douzains,</p> +<p>Franchement, et bourse pour bource.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Ha! Monseigneur! M. Sang bieu, la mousse</p> +<p>M'a trop cousté. B. Et pourquoy? M. Pource.</p> +<p>B. Hay! hay! tout est mal compassé.</p> +<p>M. Comment? B. On ne joue plus du poulce.</p> +<p>M. Qui ne tire. B. Quicte la trousse;</p> +<p>Autant vauldroit ung arc cassé.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p174"></a><span class="pagenum">P. +174</span> +<p>M. Monsieur mon pere eust amassé</p> +<p>Plus d'escus qu'on eust entassé</p> +<p>En ung hospital de vermine.</p> +<p>B. Mais nous avons si bien sassé,</p> +<p>Le sang bieu! que tout est passé,</p> +<p>Gros et menu, par l'estamyne.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M, Si vient guerre, mort ou famine,</p> +<p>Dont Dieu nous gard, quel train, quel myne</p> +<p>Ferons nous pour gaigner le broust?</p> +<p>B. Quant à moy, je me determine</p> +<p>D'entrer chez voisin et voisine</p> +<p>Et d'aller voir si le pot bout.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Mais regardons, à peu de coust,</p> +<p>Quel train nous viendroit mieulx à goust</p> +<p>Pour amasser biens et honneurs.</p> +<p>B. Le meilleur est prendre partout.</p> +<p>M. De rendre, quoy? B. On s'en absoult,</p> +<p>Pour cinq solz, à ces pardonneurs.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Allons servir quelques seigneurs.</p> +<p>B, Aucuns sont si petitz d'honneurs</p> +<p>Qu'on n'y a que peine et meschance.</p> +<p>M. Et prouffit, quel? B. Scions les heurs;</p> +<p>Mais entre nous, ans estradeurs,</p> +<p>Il nous fault esplucher la chance.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Servons marchans pour la pitance,</p> +<p>Pour <i>fructus ventris</i>, pour la pance.</p> +<p>B. On y gaigneroit ses despens.</p> +<p>M. Et de foncer? B. Bonne asseurance,</p> +<p>Petite foy, large conscience;</p> +<p>Tu n'y scez riens et y aprens.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p175"></a><span class="pagenum">P. +175</span> +<p>M. De procès, quoy? B. Si je m'y rens,</p> +<p>Je veulx estre mis sur les rangs,</p> +<p>S'ilz ont argent, si je n'en crocque.</p> +<p>M. Quels gens sont-ce? B. Gros marchesens,</p> +<p>Qui se font bien servir des gens;</p> +<p>Mais de payer, querez qui bloque!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Officiers, quoi? C'est toute mocque:</p> +<p>L'ung pourchasse, l'autre desroque,</p> +<p>Et semble que tout soit pour eulx.</p> +<p>B. Laissons-les là. M. Ho! je n'y tocque.</p> +<p>Il n'est point de pire defroque</p> +<p>Que de malheur à malheureux.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Pour despourveuz adventureux</p> +<p>Comme nous, encor c'est le mieulx</p> +<p>De faire l'ost et les gens d'armes.</p> +<p>M. En fuite je suis couraigeux.</p> +<p>B. Et à frapper? M. Je suis piteux;</p> +<p>Je crains trop les coups, pour les armes.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Servons donc Cordelièrs ou Carmes,</p> +<p>Et prenons leurs bissacs à fermes,</p> +<p>Car il n'y a pas grand débit.</p> +<p>M. Ilz nous prescheroient en beaulx termes,</p> +<p>Et pleureroyent maintes lermes</p> +<p>Devant que nous prinssions l'habit.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Se en cest malheur et labit</p> +<p>Nous mourions, par quelque acabit,</p> +<p>Ame n'y a qui bien nous face.</p> +<p>M. J'ay ung vieil harnoys qu'on forbit,</p> +<a name="p176"></a><span class="pagenum">P. 176</span> +<p>Sur lequel je fonde ung obit,</p> +<p>Et du surplus, Dieu le parface!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Hée, fault-il que Fortune efface</p> +<p>Nostre bon bruyt? M. Malheur nous chasse;</p> +<p>Mais il n'a nul bien qui n'endure,</p> +<p>B. Prenons quelque train. M. Suyvons trasse.</p> +<p>B. Nous trassons, et quelqu'un nous trasse:</p> +<p>A loups ravis grosse pasture.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Allons! B. Mais où? M. A l'adventure.</p> +<p>B. Qui nous admoneste? M. Nature.</p> +<p>B. Pour aller? M. Où on nous attend.</p> +<p>B. Par quel chemin? M. Par soing ou cure.</p> +<p>B. Logez où? M. Près de la clousture</p> +<p>De monsieur d'Angoulevent.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. Comment yrons? M. Jusqu'à Claqdent</p> +<p>***************************</p> +<p>Et passerons par Mallepaye.</p> +<p>B. Brief, c'est le plus expédient</p> +<p>Que nous jetons la plume au vent:</p> +<p>Qui ne peult mordre, si abaye.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Où ung franc couraige s'employe,</p> +<p>Il treuve à gaigner. B. Querons proye.</p> +<p>M. Desquelz serons-nous? B. Des plus forts.</p> +<p>M. Il ne m'en chault, mais que j'en aye,</p> +<p>Que la plume au vent on envoye.</p> +<p>B. Puis après? M. Alors comme alors.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>B. La plume au vent! M. Sus. B. Là. M. Dehors!</p> +<a name="p177"></a><span class="pagenum">P. 177</span> +<p>B. Au hault et au loing. M. Corps pour corps.</p> +<p>Je me tiendray des mieulx venuz.</p> +<p>B. On n'yra point, quand serons mors,</p> +<p>Demander au roy les tresors</p> +<p>De messieurs les despourveuz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>La plume au vent! M. Je le concluz.</p> +<p>****************************</p> +<p>Pour les povres de ceste année.</p> +<p>B. Ne demeurons plus si confuz.</p> +<p>****************************</p> +<p>Au grat, la terre est degelée!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>M. Allons, suyvons quelque traînée.</p> +<p>Devant! vostre fièvre est tremblée,</p> +<p>Car nous sommes tous estourdiz.</p> +<p>B. Dieu doint aux riches bonne année!</p> +<p>M. Aux despourveuz grasse journée!</p> +<p>B. Et aux femmes pesans mariz!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prenez en gré, grans et petiz.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>FIN DU DIALOGUE DE MALLEPAYE</p> +<p>ET DE BAILLEVENT.</p> +</div> +<div class="stanza"><br> +<br> +<br> +<a name="p178"></a><span class="pagenum">P. 178</span> +<p>XXIV.</p> +<p>LES REPEUES FRANCHES</p> +<p>DE FRANÇOIS VILLON</p> +<p>ET DE SES COMPAGNONS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Vous qui cerchez les repeues franches,</p> +<p>Et, tant jours ouvriers que dimenches,</p> +<p>N'avez pas planté de monnoye,</p> +<p>Affin que chascun de vous oye</p> +<p>Comment on les peut recouvrer,</p> +<p>Vueillez vous au sermon trouver</p> +<p>Qui est escript dedans ce livre.</p> +<p>Mettez tous peine de le lire,</p> +<p>Entre vous, jeunes perrucatz,</p> +<p>Procureurs, nouveaulx advocatz,</p> +<p>Aprenans aux despens d'aultruy.</p> +<p>Venez-y tost, sans nul estrif,</p> +<p>Clercz, de praticque diligens,</p> +<p>Qui congnoissez si bien vos gens;</p> +<p>Sergens à pied et à cheval,</p> +<p>Venez-y d'amont et d'aval,</p> +<a name="p179"></a><span class="pagenum">P. 179</span> +<p>Les hoirs du deffunct Pathelin,</p> +<p>Qui sçavez jargon jobelin;</p> +<p>Capitaine du pont-à-Billon;</p> +<p>Tous les subjetz Francoys Villon,</p> +<p>Soyez, à ce coup, reveillez.</p> +<p>Pas ne devez estre oubliez,</p> +<p>Tous gallans à pourpointz sans manches,</p> +<p>Qui ont besoing de repeues franches,</p> +<p>Et tous ceulx, tant yver qu'esté,</p> +<p>Qui en ont grant nécessité.</p> +<p>Venez vous apprendre comment</p> +<p>Les maistres anciennement</p> +<p>Sçavoyent tous les tours de ce faire:</p> +<p>Messire Chascun Poicdenaire,</p> +<p>Qui de livres sçait les usaiges,</p> +<p>Et veult lire tous les passaiges,</p> +<p>De celuy en prins appetis;</p> +<p>Venez-y donc, grans et petis,</p> +<p>Car, de la science sçavoir,</p> +<p>Vous ne povez que mieulx valoir.</p> +<p>Venez, chevaucheurs d'escuyrie,</p> +<p>Serviteurs de grant seigneurie,</p> +<p>Venez-y sans dilation,</p> +<p>Tous gens sotz et toutes gens sottes;</p> +<p>Venez-y, bigotz et bigottes;</p> +<p>Venez-y, povres Turlupins</p> +<p>Et Cordeliers et Jacopins;</p> +<p>Venez aussi, toutes prestresses,</p> +<p>Qui sçavez piecà les adresses</p> +<p>Des presbitaires hault et bas;</p> +<p>Gardez que vous n'y faillez pas!</p> +<p>Venez, gorriers et gorrières,</p> +<p>Qui faictes si bien les manières;</p> +<p>Que c'est une chose terrible.</p> +<a name="p180"></a><span class="pagenum">P. 180</span> +<p>Pour bien faire tout le possible;</p> +<p>Toutes manières de farseurs,</p> +<p>Anciens et jeunes mocqueurs;</p> +<p>Venez-y tous, vrays macquereaulx</p> +<p>De tous estatz, vieulx et nouveaulx;</p> +<p>Venez-y toutes, macquerelles,</p> +<p>Qui, par vos subtilles querelles,</p> +<p>Avez tousjours en vos maisons</p> +<p>Pour avoir, en toutes saisons,</p> +<p>Tant jours ouvriers que dimenches,</p> +<p>Souvent les bonnes repeues franches.</p> +<p>Venez-y tous, bons pardonneurs,</p> +<p>Qui sçavez faire les honneurs,</p> +<p>Aux villages, de bons pastez,</p> +<p>Avecques ces gras curatez,</p> +<p>Qui ayment bien vostre venue</p> +<p>Pour avoir la franche repeue;</p> +<p>Affin que chascun d'eulx enhorte</p> +<p>Les paroissiens, qu'on apporte</p> +<p>Des biens aux pardons de ce lieu,</p> +<p>Et qu'on face du bien pour Dieu.</p> +<p>Tant que le pardonneur s'en aille,</p> +<p>Le curé ne despendra maille,</p> +<p>Et aura maistre Jehan Laurens</p> +<p>Fermement payé les despens</p> +<p>Et quarte de vin, simplement,</p> +<p>Au curé, à son parlement.</p> +<p>De tout estât, soit bas ou hault,</p> +<p>Venez-y, qu'il n'y ait deffault;</p> +<p>Venez-y, varletz, chamberières,</p> +<p>Qui sçavez si bien les manières,</p> +<p>En disant mainte bonne bave,</p> +<p>D'avoir du meilleur de la cave,</p> +<p>Et puis joyeusement preschez,</p> +<a name="p181"></a><span class="pagenum">P. 181</span> +<p>Après que vos gens sont couchez.</p> +<p>Ceulx qui cerchent banquets ou festes</p> +<p>Pour dire quelques chansonnettes,</p> +<p>Affin d'atrapper la repeue,</p> +<p>Que chascun de vous se remue</p> +<p>D'y venir bien legièrement;</p> +<p>Et vous pourrez ouyr comment</p> +<p>Ung grant tas de bonnes commères</p> +<p>Sçavent bien trouver les manières</p> +<p>De faire leurs marys coqus.</p> +<p>Venez-y, et n'attendez plus,</p> +<p>Entre vous, prebstres sans séjour,</p> +<p>Qui dictes deux messes par jour</p> +<p>A Sainct-Innocent, ou ailleurs;</p> +<p>Venez-y, pour sçavoir plusieurs</p> +<p>Des passaiges et des adresses</p> +<p>De maintes petites finesses</p> +<p>Que l'en faict facillement</p> +<p>Qu'advient, par faulte d'argent,</p> +<p>En maint lieu, la franche repeue,</p> +<p>Qui ne doit à nul estre teue.</p> +<p>Par tel, cil qui veue ne l'aura,</p> +<p>Paiera, et celuy qui fera</p> +<p>De ceste repeue le présent,</p> +<p>De l'escot s'en yra exempt,</p> +<p>Moyennant qu'il monstre ce livre:</p> +<p>Par ce moyen sera delivre;</p> +<p>En lieu où n'aura esté veu</p> +<p>Il sera franchement repeu,</p> +<p>Ainsi qu'on orra plus à plain,</p> +<p>Qui de l'entendre prendra soing.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p182"></a><span class="pagenum">P. +182</span> +<p>BALLADE DE L'ACTEUR.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quant j'euz ouy ce présent mandement:</p> +<p>Qu'on semonnoit venir, de par l'Acteur,</p> +<p>Le dessusdict, j'ay pensé lermement</p> +<p>De moy trouver, et en prins l'adventure,</p> +<p>Comme celuy qui, de droicte nature,</p> +<p>Vouloit de ce faire narration,</p> +<p>A celle fin qu'il en fust mention,</p> +<p>A ung chascun, pour le temps advenir,</p> +<p>Qui s'attendent et ont intention</p> +<p>Que les respeues les viendront secourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Mais ce secours est d'anciennement</p> +<p>De tous repas le chief, et par droicture;</p> +<p>Pourquoy, aulcuns, qui ont entendement,</p> +<p>Le treuvent bon, et aultres n'en ont cure,</p> +<p>Et ne cerchent tant que l'argent leur dure,</p> +<p>Mais font du leur si grant destruction,</p> +<p>Qu'ilz en entrent en la subjection,</p> +<p>De faire aux dens l'arquemie, sans faillir,</p> +<p>En attendant, pour toute production,</p> +<p>Que les repeues les viendront secourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>J'en ay congneu, qui souvent largement</p> +<p>Donnoyent à tous repeues outre mesure;</p> +<p>Qui depuis ont continuellement</p> +<p>Servy le Pont-à-Billon, par droicture,</p> +<p>Dont la façon a esté à maint dure,</p> +<p>En leur grant dueil et tribulation;</p> +<p>Mais lors n'avoyent nulle remission,</p> +<p>Combien que ce leur fist le cueur frémir,</p> +<a name="p183"></a><span class="pagenum">P. 183</span> +<p>Ilz n'attendoyent aultre succession,</p> +<p>Que les repeues les viendront secourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>ENVOI.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Prince, pour ce que ne me puis tenir</p> +<p>Que de telz faitz ne face mention,</p> +<p>Puisque à mon temps les ay veu avenir,</p> +<p>J'en vueil faire quelque narration,</p> +<p>Et escripre, soubz la correction</p> +<p>Des escoutans, affin d'en souvenir,</p> +<p>La présente nouvelle invention,</p> +<p>Que les repeues les viendront secourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>BALLADE DES ESCOUTANS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Qui en a est Le bien venu;</p> +<p>Qui n'en a point, l'en n'en tient compte,</p> +<p>Cil qui en a est bien congneu,</p> +<p>Cil qui n'en a point vit à honte.</p> +<p>Qui paye l'on exauce et monte</p> +<p>Jusque au tiers ciel, pour en prester:</p> +<p>Son honneur tout aultre surmonte,</p> +<p>Par force de bien acquester.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quant entendismes les estatz</p> +<p>De telz dissimulations,</p> +<p>Congnoissant les hauts et les bas,</p> +<p>Par toutes abreviations,</p> +<p>Nous mismes, sans sommations,</p> +<p>Aux champs, par bois et par tailllis.</p> +<a name="p184"></a><span class="pagenum">P. 184</span> +<p>Pour congnoistre les fictions,</p> +<p>Qui se font souvent à Paris.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pource que chacun maintenoit</p> +<p>Que c'estoit la ville du monde</p> +<p>Qui plus de peuple soustenoit,</p> +<p>Et où maintz estranges abonde,</p> +<p>Pour la grant science parfonde</p> +<p>Renommée en icelle ville,</p> +<p>Je partis, et veulx qu'on me tonde,</p> +<p>S'à l'entrée avois croix ne pille.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Il estoit temps de se coucher,</p> +<p>Et ne sçavoye où heberger;</p> +<p>D'ung logis me vins approcher,</p> +<p>Sçavoir s'on m'y vouldroit loger,</p> +<p>En disant: «Avez à menger?»</p> +<p>L'hoste me respondit: «Si ay.»</p> +<p>Lors luy priay, pour abréger:</p> +<p>«Apportez-le donc devant moy.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je fus servy passablement,</p> +<p>Selon mon estat et ma sorte,</p> +<p>Et pensant, à part moy, comment</p> +<p>Je cheviroye avec l'hoste,</p> +<p>Je m'avisé que, soubz ma cotte,</p> +<p>Avois une espée qui bien trenche:</p> +<p>Je la lairray, qu'on ne me l'oste,</p> +<p>En gaige de la repeue franche.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>L'espée estoit toute d'acier,</p> +<p>Il ne s'en failloit que le fer;</p> +<p>Mais l'hoste la me fist machier,</p> +<a name="p185"></a><span class="pagenum">P. 185</span> +<p>Fourreau et tout, sans fricasser;</p> +<p>Puis, après, me convint penser</p> +<p>De repaistre, se faim avoye;</p> +<p>Rien n'y eust valu le tencer:</p> +<p>De leans partis sans monnoye.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>L'ACTEUR.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Lendemain, m'aloye enquerant</p> +<p>Pour encontrer Martin Gallant.</p> +<p>Droit en la Salle du Palays</p> +<p>Rencontray, pour mon premier mès,</p> +<p>Tout droit soubz la première porte,</p> +<p>Plusieurs mignons d'estrange sorte,</p> +<p>Que sembloit bien à leur habit</p> +<p>Qu'ilz fussent gens de grant acquit.</p> +<p>Lors vins pour entrer en la Salle:</p> +<p>L'ung y monte, l'aultre devalle.</p> +<p>Là me pourmenoye, de par Dieu,</p> +<p>Regardant l'estat de ce lieu,</p> +<p>Et quand je l'euz bien regardée,</p> +<p>Tant plus la voys tant plus m'agrée;</p> +<p>Je vis là tant de mirlificques,</p> +<p>Tant d'ameçons et tant d'afficques,</p> +<p>Pour attraper les plus huppez.</p> +<p>Les plus rouges y sont happez;</p> +<p>A l'ung convient vendre sa terre;</p> +<p>Maint, sans sainctir, là se detterre,</p> +<p>Partie ou peu en demourra</p> +<p>De tout ce que vaillant aura;</p> +<p>Cuydant destruyre son voysin</p> +<p>De Poytou, ou de Lymousin,</p> +<p>Ou de quelque aultre nation,</p> +<p>Maint en est en destruction,</p> +<a name="p186"></a><span class="pagenum">P. 186</span> +<p>Et fault, ains partir de léans,</p> +<p>Qu'ilz facent l'arquemye aux dens.</p> +<p>On emprunte, qui a credit,</p> +<p>Tout ainsi que devant est dict.</p> +<p>Quand leur argent fort s'appetiese,</p> +<p>Lors leur est la repeue propice,</p> +<p>Et lors cerchent (plus n'en doubtez),</p> +<p>Hault et bas et de tous costez,</p> +<p>Comme on verra par demomstrances</p> +<p>En ce traicté des Repeues franches.</p> +<p>Et quant au regard de plusieurs</p> +<p>Aultres repeues, sont escriptes</p> +<p>Affin qu'on preigne les meilleurs,</p> +<p>En lisant, grandes ou petites.</p> +<p>Vous orrez maintz moyens licites</p> +<p>Comment ilz ont esté happez,</p> +<p>Hault et bas, par bonnes conduictes</p> +<p>De ceulx qui les ont attrapez.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LA REPEUE</p> +<p>DE VILLON ET DE SES COMPAIGNONS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Qui n'a or, ny argent, ny gaige,</p> +<p>Comment peult-il faire grant chère?</p> +<p>Il fault qu il vive d'avantaige:</p> +<p>La façon en est coustumière.</p> +<p>Sçaurions-nous trouver la manière</p> +<p>De tromper quelqu'ung, pour repaistre?</p> +<p>********************************</p> +<p>Qui le fera sera bon maistre!»</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p187"></a><span class="pagenum">P. +187</span> +<p>Ainsi parloyent les compaignons</p> +<p>Du bon maistre Françoys Villon,</p> +<p>Qui n'avoient vaillant deux ongnons,</p> +<p>Tentes, tapis, ne pavillon.</p> +<p>Il leur dit: «Ne nous soucion,</p> +<p>Car, aujourd'huy, sans nul deffault,</p> +<p>Pain, vin, et viande, à grant foyson,</p> +<p>Aurez, avec du rost tout chault.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><i>La manière d'avoir du Poisson.</i></p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Adoncques il leur demanda</p> +<p>Quelles viandes vouloyent macher:</p> +<p>L'ung de bon poysson souhaita;</p> +<p>L'autre demanda de la chair.</p> +<p>Maistre Françoys, ce bon archer,</p> +<p>Leur dist: «Ne vous en souciez;</p> +<p>Il vous faut voz pourpointz lascher,</p> +<p>Car nous aurons viandes assez.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Lors partit de ses compaignons,</p> +<p>Et vint à la Poyssonnerie,</p> +<p>Et les laissa delà les pontz,</p> +<p>Quasy plains de melencolie.</p> +<p>Il marchanda, à chère lye,</p> +<p>Ung pannier tout plain de poysson,</p> +<p>Et sembloit, je vous certiffie,</p> +<p>Qu'il fust homme de grant façon.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Maistre Françoys fut diligent</p> +<p>D'achapter, non pas de payer,</p> +<p>Et dist qu'il bailleroit l'argent</p> +<p>Tout comptant au porte-pannier.</p> +<p>Ils partent sans plus plaidoyer,</p> +<p>Et passèrent par Nostre-Dame,</p> +<a name="p188"></a><span class="pagenum">P. 188</span> +<p>Là où il vit le Penancier,</p> +<p>Qui confessoit homme ou bien femme.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quant il le vit, à peu de plait,</p> +<p>Il luy dist: «Monsieur, je vous prie</p> +<p>Que vous despechez, s'il vous plaist,</p> +<p>Mon nepveu; car, je vous affie</p> +<p>Qu'il est en telle resverie:</p> +<p>Vers Dieu il est fort negligent;</p> +<p>Il est en tel merencolie,</p> +<p>Qu'il ne parle rien que d'argent.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>—Vrayment, ce dit le Penancier,</p> +<p>Très voulentiers on le fera.»</p> +<p>Maistre Francoys print le pannier,</p> +<p>Et dit: «Mon amy, venez ça;</p> +<p>Velà qui vous depeschera,</p> +<p>Incontinent qu'il aura faict.»</p> +<p>Adonc maistre Françoys s'en va,</p> +<p>Atout le pannier, en effect.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quand le Penancier eut parfaict</p> +<p>De confesser la créature,</p> +<p>Gaigne-denier, par dit parfaict,</p> +<p>Accourut vers luy bonne alleure,</p> +<p>Disant: «Monsieur, je vous asseure,</p> +<p>S'il vous plaisoit prendre loysir</p> +<p>De me depescher à ceste heure,</p> +<p>Vous me feriez ung grant plaisir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>—Je le vueil bien, en verité,</p> +<p>Dist le Penancier, par ma foy!</p> +<p>Or, dictes <i>Benedicite,</i></p> +<p>Et puis je vous confesseray,</p> +<a name="p189"></a><span class="pagenum">P. 189</span> +<p>Et, en après, vous absouldray,</p> +<p>Ainsy comme je doy le faire;</p> +<p>Puis penitence vous bauldray,</p> +<p>Qui vous sera bien necessaire.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>—Quel confesser! dist le povre homme:</p> +<p>Fus-je pas à Pasques absoulz?</p> +<p>Que bon gré sainct Pierre de Romme!</p> +<p>Je demande cinquante soulz.</p> +<p>Qu'esse-cy? A qui sommes-nous?</p> +<p>Ma maistresse est bien arrivée!</p> +<p>A coup, à coup, depeschez-vous,</p> +<p>Payez mon panier de marée.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>—Ha! mon amy, ce n'est pas jeu,</p> +<p>Dist le Penancier, seurement:</p> +<p>Il vous fault bien penser à Dieu</p> +<p>Et le supplier humblement.</p> +<p>—Que bon gré en ayt mon serment!</p> +<p>Dist cet homme, sans contredit,</p> +<p>Depeschez-moy legierement,</p> +<p>Ainsi que ce seigneur a dit.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Adonc le Penancier vit bien</p> +<p>Qu'il y eut quelque tromperie;</p> +<p>Quand il entendit le moyen,</p> +<p>Il congneut bien la joncherie.</p> +<p>Le povre homme, je vous affie,</p> +<p>Ne prisa pas bien la façon,</p> +<p>Car il n'eut, je vous certifie,</p> +<p>Or ne argent de son poysson.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Maistre François, par son blason.</p> +<p>Trouva la façon et manière</p> +<a name="p190"></a><span class="pagenum">P. 190</span> +<p>D'avoir marée à grant foyson,</p> +<p>Pour gaudir et faire grant chère.</p> +<p>C'estoit la mère nourricière</p> +<p>De ceulx qui n'avoyent point d'argent;</p> +<p>A tromper devant et derrière,</p> +<p>Estoit ung homme diligent.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><i>La manière d'avoir des Trippes pour diner.</i></p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Que fist-il? A bien peu de plet,</p> +<p>S'advisa de grant joncherie:</p> +<p>Il fist laver le cul bien net</p> +<p>A ung gallant, je vous affie,</p> +<p>Disant: «Il convient qu'on espie:</p> +<p>Quand seray devant la trippière,</p> +<p>Monstre ton cul par raillerie,</p> +<p>Puis, après, nous ferons grant +chière.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Le compaignon ne faillit pas,</p> +<p>Foy que doy sainct Remy de Rains!</p> +<p>A Petit-Pont vint par compas,</p> +<p>Son cul descouvrit jusque aux rains.</p> +<p>Quand maistre Françoys vit ce train,</p> +<p>Dieu sçet s'il fit piteuses lippes,</p> +<p>Car il tenoit entre ses mains</p> +<p>Du foye, du polmon et des trippes.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Comme s'il fust plain de despit,</p> +<p>Et courroucé amèrement,</p> +<p>Il haulsa la main ung petit,</p> +<p>Et le frappa bien rudement,</p> +<p>Des trippes, par le fondement;</p> +<p>Puis, sans faire plus long caquet,</p> +<a name="p191"></a><span class="pagenum">P. 191</span> +<p>Les voulut, tout incontinent,</p> +<p>Remettre dedans le baquet.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>La trippière fut courroucée</p> +<p>Et ne les voulut pas reprendre.</p> +<p>Maistre Françoys, sans demourée,</p> +<p>S'en alla, sans compte luy rendre:</p> +<p>Par ainsi, vous povez entendre,</p> +<p>Qui'ilz eurent trippes et poisson.</p> +<p>Mais, après, il faut du pain tendre,</p> +<p>Pour ce disner de grant façon.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><i>La manière d'avoir du Pain.</i></p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Il s'en vint chez an boulengier</p> +<p>Affin de mieulx fornir son train,</p> +<p>Contrefaisant de l'escuyer</p> +<p>Ou maistre d'hostel, pour certain,</p> +<p>Et commanda que, tout souldain,</p> +<p>Cy pris, cy mis; on chappellast</p> +<p>Cinq ou six douzaines de pain,</p> +<p>Et que bien tost on se hastast.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quand la moytié fut chappellé,</p> +<p>En une hotte le fist mettre,</p> +<p>Comme s'il fust de près hasté,</p> +<p>Il pria et requist au maistre</p> +<p>Qu'aucun se voulsist entremettre</p> +<p>D'apporter, après luy courant,</p> +<p>Le pain chappellé en son estre,</p> +<p>Tandis qu'on fist le demourant.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Le varlet le mist sur son col;</p> +<a name="p192"></a><span class="pagenum">P. 192</span> +<p>Après maistre François le porte,</p> +<p>Et arriva, soit dur ou mol,</p> +<p>Emprès une grant vielle porte.</p> +<p>Le varlet deschargea sa hotte</p> +<p>Et fut renvoyé, tout courant,</p> +<p>Hastivement, tenant sa hotte,</p> +<p>Pour requerir le demourant.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Maistre Françoys, sans contredit,</p> +<p>N'attendit pas la revenue.</p> +<p>Il eut du pain, par son édit,</p> +<p>Pour fournir sa franche repeue.</p> +<p>Le boulengier, sans attendue,</p> +<p>Revint, mais ne retrouva point</p> +<p>Son maistre d'hostel; il tressue,</p> +<p>Qu'on l'avoit trompé en ce point.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p><i>La manière d'avoir du Vin.</i></p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Après qu'il fut fourny de vivres,</p> +<p>Il fault bien avoir la mémoire</p> +<p>Que, s'ils vouloyent ce jour estre yvres,</p> +<p>Il falloit qu'ils eussent à boire.</p> +<p>Maistre Françoys, debvez le croire,</p> +<p>Emprunta deux grans brocs de boys,</p> +<p>Disant qu'il estoit necessaire</p> +<p>D'avoir du vin par ambagoys.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>L'ung fist emplir de belle eaue clère,</p> +<p>Et vint à la Pomme de Pin,</p> +<p>Atout ses deux brocs, sans renchère,</p> +<p>Demandant s'ils avoient bon vin,</p> +<p>Et qu'on luy emplist du plus fin,</p> +<a name="p193"></a><span class="pagenum">P. 193</span> +<p>Mais qu'il fust blanc et amoureux.</p> +<p>On luy emplist, pour faire fin,</p> +<p>D'ung très bon vin blanc de Baigneux.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Maistre Francoys print les deux brocs,</p> +<p>L'un emprès l'autre les bouta;</p> +<p>Incontinent, par bons propos,</p> +<p>Sans se haster, il demanda</p> +<p>Au varlet: «Quel vin est ce là?»</p> +<p>Il luy dist: «Vin blanc de Baigneux.</p> +<p>—Ostez cela, ostez cela,</p> +<p>Car, par ma foy, point je n'en veulx.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Qu'esse-cy? Estes-vous bejaulne?</p> +<p>Vuidez-moy mon broc vistement.</p> +<p>Je demande du vin de Beaulne,</p> +<p>Qui soit bon, et non aultrement.»</p> +<p>Et, en parlant, subtillement</p> +<p>Le broc qui estoit d'eaue plain</p> +<p>Contre l'aultre legierement</p> +<p>Luy changea, à pur et à plain.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Par ce point, ils eurent du vin</p> +<p>Par fine force de tromper;</p> +<p>Sans aller parler au devin,</p> +<p>Ils repeurent, per ou non per.</p> +<p>Mais le beau jeu fut au souper,</p> +<p>Car maistre Françoys, à brief mot,</p> +<p>Leur dit: «Je me vueil occuper,</p> +<p>Que mangerons ennuyt du rost.»</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p194"></a><span class="pagenum">P. +194</span> +<p><i>La manière d'avoir du Rost.</i></p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Il fut appointé qu'il yroit</p> +<p>Devant l'estal d'ung rotisseur,</p> +<p>Et de la chair marchanderoit,</p> +<p>Contrefaisant du gaudisseur,</p> +<p>Et, pour trouver moyen meilleur,</p> +<p>Faignant que point on ne se joue,</p> +<p>Il viendroit un entrepreneur,</p> +<p>Qui luy bailleroit sur la joue.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Il vint à la rostisserie,</p> +<p>En marchandant de la viande;</p> +<p>L'autre vint, de chère marrie:</p> +<p>«Qu'est-ce que ce paillart demande?»</p> +<p>Luy baillant une buffe grande,</p> +<p>En luy disant mainte reproche.</p> +<p>Quand il vit qu'il eut ceste offrande,</p> +<p>Empoigna du rost pleine broche.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Celuy qui bailla le soufflet</p> +<p>Fuist bien tost et à motz exprès.</p> +<p>Maistre Françoys, sans plus de plet,</p> +<p>Atout son rost, courut après,</p> +<p>Ainsi, sans faire long procès,</p> +<p>Ils repeurent, de cueur devot,</p> +<p>Et eurent, par leur grant excès,</p> +<p>Pain, vin, chair, et poisson, et rost.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p195"></a><span class="pagenum">P. +195</span> +<p>SECONDE REPEUE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>DE L'EPIDEMIE.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et pour la première repeue</p> +<p>Dont après sera mention,</p> +<p>Bien digne d'estre ramenteue</p> +<p>Et mise en revelation,</p> +<p>Et pourtant, soubs correction,</p> +<p>Affin que l'en en parle encore,</p> +<p>Comme nouvelle invention,</p> +<p>Redigé sera par memoire.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Or advint, de coup d'aventure,</p> +<p>Que les suppostz devant nommez,</p> +<p>Ne cherchoyent rien par droicture.</p> +<p>Qu'en richesse gens renommez.</p> +<p>Ung jour qu'ilz estaient affamez,</p> +<p>En la porte d'ung bon logis</p> +<p>Virent entrer, sans estre armez,</p> +<p>Ambassadeurs de loing pays.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si pensèrent entre eux comment</p> +<p>Ilz pourroient, pour l'heure, repaistre,</p> +<p>Et, selon leur entendement,</p> +<p>L'ung d'iceulz s'aprocha du maistre</p> +<p>D'hostel, et se fit acongnoistre,</p> +<p>Disant qu'il luy enseigneroit</p> +<p>Le haut, le bas marché, pour estre</p> +<p>Par luy conduyt, s'il luy plaisoit.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Je croy bien que monsieur le maistre,</p> +<a name="p196"></a><span class="pagenum">P. 196</span> +<p>Qui du bas mestier estoit tendre,</p> +<p>Fit ce gallant très bien repaistre,</p> +<p>Et luy commenda charge prendre</p> +<p>De la cuysine, d'y entendre,</p> +<p>Tant que leur train departira,</p> +<p>Et bien payera, sans attendre,</p> +<p>A son gré, quand il s'en yra.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Lors s'en vint à ses compaignons,</p> +<p>Dire: «Nostre escot est payé;</p> +<p>Je suis jà l'ung des grans mignons</p> +<p>De léans et mieulx avoyé,</p> +<p>Car le maistre m'a envoyé</p> +<p>Par la ville, pour soy sortir;</p> +<p>Mais, se mon sens n'est desyoyé,</p> +<p>Bien brief l'en feray repentir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>—Va, lui dirent ses compaignons,</p> +<p>Et esguise tout ton engin</p> +<p>A nous rechauffer les rongnons</p> +<p>Et nous faire boire bon vin.</p> +<p>Passe tous les sens Pathelin,</p> +<p>De Villon et Pauquedenaire,</p> +<p>Car se venir peux en la fin,</p> +<p>Passé seras maistre ordinaire.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ce gallant vint en la maison</p> +<p>Où estoyt logé l'ambassade,</p> +<p>Où les seigneurs, par beau blason,</p> +<p>Devisoyent rondeau ou ballade.</p> +<p>Il estoit miste, gent et sade,</p> +<p>Bien habitué, bien en point,</p> +<p>Robbe fourrée, pourpoint d'ostade;</p> +<p>Il entendoit son contrepoint.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p197"></a><span class="pagenum">P. +197</span> +<p>Le principal ambassadeur</p> +<p>Aymoit une peu le bas mestier,</p> +<p>Dont le gallant fut à honneur,</p> +<p>Car c'estoyt quasi son mestier,</p> +<p>Et luy conta que, à son quartier,</p> +<p>Avoit de femmes largement,</p> +<p>Qui estoyent, s'il estoit mestier,</p> +<p>A son joly commandement.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Le gallant fut entretenu</p> +<p>Par ce seigneur venu nouveau,</p> +<p>Et léans il fut retenu,</p> +<p>Pour estre fin franc macquereau.</p> +<p>Le jeu leur sembla si très beau;</p> +<p>Aussi, il fit si bonne mine,</p> +<p>Qu'il fut esleu, sans nul appeau,</p> +<p>Pour estre varlet de cuysine.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Les ambassadeurs convoyèrent</p> +<p>Seigneurs et bourgeois à disner,</p> +<p>Lesquels voulentiers y allèrent</p> +<p>Passer temps, point n'en faut doubter.</p> +<p>Toutesfoys, vous debvez sçavoir,</p> +<p>Quelque chose que je vous dye,</p> +<p>Que l'ambassadeur, pour tout veoir,</p> +<p>Craignoit moult fort l'Epidemie.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ce gallant en fut adverty,</p> +<p>Qui nonobstant fist bonne mine,</p> +<p>Et quand il fut près de midi,</p> +<p>A l'heure qu'il est temps qu'on disne,</p> +<p>Il entra dedans la cuysine,</p> +<p>Manyant toute la viande,</p> +<a name="p198"></a><span class="pagenum">P. 198</span> +<p>Comme docteur en médecine</p> +<p>Qui tient malades en commande.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Tous les seigneurs là regardèrent</p> +<p>Son train, ses façons et manières;</p> +<p>Mais, après luy, pas ne tastèrent,</p> +<p>Aussi ne luy challoit-il guères.</p> +<p>Après il print les esguières,</p> +<p>Le vin, le claire, l'ypocras,</p> +<p>Darioles, tartes entières:</p> +<p>Il tasta de tout, par compas.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et, pour bien entendre son cas,</p> +<p>Quand il vit qu'il estoit saison,</p> +<p>A bien jouer ne faillit pas,</p> +<p>Pour faire aux seigneurs la raison,</p> +<p>Si bien que dedans la maison</p> +<p>Demeura tout seul pour repaistre,</p> +<p>Soustenant, par fine achoison,</p> +<p>Qu'il se douloit du cousté destre.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Lors y avoit une couchette</p> +<p>Où il failloit la feste faire,</p> +<p>Et n'a dent qui ne luy cliquette;</p> +<p>Là se mist, commençant à braire</p> +<p>Que l'on s'en fuyt au presbytaire,</p> +<p>Pour faire le prebstre acourir,</p> +<p>Atout Dieu et l'autre ordinaire</p> +<p>Qu'il fault pour ung qui veult mourir.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quand les seigneurs virent le prebstre</p> +<p>Avec ses sacremens venir,</p> +<p>Chacun d'eulx eust bien voulu estre</p> +<p>Dehors, je n'en veulx point mentir:</p> +<a name="p199"></a><span class="pagenum">P. 199</span> +<p>Si grant haste eurent d'en sortir,</p> +<p>Que là demeurèrent les vivres,</p> +<p>Dont les compaignons du martir</p> +<p>Furent troys jours et troys nuyts yvres.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Par ce point eurent la repeue</p> +<p>Franche chascun des compaignons.</p> +<p>La finesse le prebstre a teue,</p> +<p>Affin de complaire aux mignons;</p> +<p>Mais les seigneurs dont nous parlons</p> +<p>Eurent tous, pour ce coup, l'aubade:</p> +<p>Chascun d'eulx fut, nous ne faillons,</p> +<p>De la grant paour troys jours malade.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LA TROISIEME REPEUE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>DES TORCHECULS.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Un Lymousin vint à Paris,</p> +<p>Pour aulcun procès qu'il avoit.</p> +<p>Quand il partit de son pays</p> +<p>Pas gramment d'argent il n'avoit,</p> +<p>Et toutefoys il entendoit</p> +<p>Son fait, et avoit souvenance</p> +<p>Que son cas mal se porteroit</p> +<p>S'il n'avoit une repeue franche.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ce Lymousin, c'est chose vraye,</p> +<p>Qui n'avoit vaillant ung patac,</p> +<p>Se nommoit seigneur de Combraye,</p> +<p>Sans qu'on le suivist à son trac.</p> +<a name="p200"></a><span class="pagenum">P. 200</span> +<p>Plus rusé estoit qu'ung vieil rat,</p> +<p>Et affamé comme un vieil loup,</p> +<p>Avec monsieur de Penessac,</p> +<p>Et le seigneur de Lamesou.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Les troys seigneurs s'entretrouvèrent;</p> +<p>Car ilz estoyent tous d'ung quartier</p> +<p>Et Dieu sçait s'ilz se saluèrent,</p> +<p>Ainsi qu'il en estoit mestier;</p> +<p>Toutesfoys, ce bon escuyer</p> +<p>De Combraye, propos final,</p> +<p>Fut esleu leur grant conseillier,</p> +<p>Et le gouverneur principal.</p> +<p>Ils conclurent, pour le meilleur,</p> +<p>Que ce bon notable seigneur</p> +<p>Yroit veoir s'il pourroit trouver</p> +<p>Quelque bon lieu pour s'y loger,</p> +<p>Et, selon qu'il le trouverait,</p> +<p>Aux aultres le raconteroit.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Or advint, environ midy,</p> +<p>Qu'il estoit de faim estourdy,</p> +<p>S'en vint à une hostellerie,</p> +<p>Rue de la Mortellerie,</p> +<p>Où pend l'enseigne du Pestel:</p> +<p><i>A bon logis et bon hostel,</i></p> +<p>Demandant s'on a que repaistre:</p> +<p>«Ouy, vrayment, ce dist le maistre;</p> +<p>Ne soyez de rien en soucy,</p> +<p>Car vous serez très bien servy</p> +<p>De pain, de vin et de viande.</p> +<p>—Pas grand chose je ne demande,</p> +<p>Dist le bon seigneur de Combraye:</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p201"></a><span class="pagenum">P. +201</span> +<p>Il n'y a guère que j'avoye</p> +<p>Bien desjuné; mais, toutesfoys,</p> +<p>Si ai-je disné maintes foys</p> +<p>Que n'avoye pas tel appetit.»</p> +<p>Ce seigneur menga ung petit,</p> +<p>Car il n'avoit guère d'argent,</p> +<p>Commendant qu'on fust diligent</p> +<p>D'avoir quelque chose de bon,</p> +<p>Pour son soupper: ung gras chapon;</p> +<p>Car il pensoit bien que, le soir,</p> +<p>Il devoit avec luy souper</p> +<p>Des gentilzhommes de la cour.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>L'hostesse fut bien à son gourt,</p> +<p>Car, quand vint à compter l'escot,</p> +<p>Le seigneur ne dist oncques mot,</p> +<p>Mais tout ce qu'elle demanda</p> +<p>Ce gentilhomme luy bailla,</p> +<p>Disant: «Vous comptez par raison!»</p> +<p>Puis il sortit de la maison,</p> +<p>Bouta son sac soubs son esselle,</p> +<p>Et vint raconter la nouvelle</p> +<p>A ses compaignons, et comment</p> +<p>Il failloit faire saigement.</p> +<p>Il fut dit, à peu de parolles,</p> +<p>Pour eviter grans monopolles,</p> +<p>Que le seigneur de Penessac</p> +<p>Yroit devant louer l'estat</p> +<p>Et blasonner la suffisance</p> +<p>De ce seigneur, car, sans doubtance,</p> +<p>La chose le valoit très bien,</p> +<p>Et, pour trouver meilleur moyen,</p> +<p>Il menroit en sa compaignie,</p> +<a name="p202"></a><span class="pagenum">P. 202</span> +<p>Lamesou; et n'y faillit mye.</p> +<p>Si vint demander à l'hostesse</p> +<p>S'ung seigneur remply de noblesse</p> +<p>Estoit logé en la maison.</p> +<p>L'hostesse respondit que non,</p> +<p>Et que vrayement il n'y avoit</p> +<p>Qu'ung Lymousin, lequel debvoit</p> +<p>Venir au soir souper léans.</p> +<p>«Ha! dist-il, dame de céans,</p> +<p>C'est celuy que nous demandons;</p> +<p>Par ma foy! c'est le grant baron,</p> +<p>Qui est arrivé au matin.</p> +<p>—Je n'entens point vostre latin,</p> +<p>Dist l'hostesse; vous parlez mal:</p> +<p>Il n'a ne jument ne cheval;</p> +<p>Il va à pied, par faulte d'asne.»</p> +<p>Lors Penessac respondit: «Dame,</p> +<p>Il vient icy pour ung procès;</p> +<p>Il est appellant des excès</p> +<p>Qu'on luy a faictz en Lymousin,</p> +<p>Et va ainsi de pied, affin</p> +<p>Que son procès soit plus tost faict.»</p> +<p>L'hostesse le creut, en effet.</p> +<p>Alors, le seigneur de Combraye</p> +<p>Arrive, et Dieu sçait quelle joye</p> +<p>Ces deux seigneurs icy lui firent;</p> +<p>Et le genoil en bas tendirent</p> +<p>Aussi tost comme il fut venu,</p> +<p>Et par ce point il fut congneu</p> +<p>Qu il estoit seigneur honorable.</p> +<p>Le bon seigneur se sist à table,</p> +<p>En tenant bonne gravité.</p> +<p>Vis-à-vis, de l'autre costé,</p> +<p>S'assit le seigneur de l'hostel,</p> +<a name="p203"></a><span class="pagenum">P. 203</span> +<p>Et eurent du vin, Dieu sçait quel!</p> +<p>Il ne le fault point demander.</p> +<p>Quand ce vint à l'escot compter</p> +<p>L'hostesse assez hault comptoit,</p> +<p>Mais au seigneur il n'en challoit,</p> +<p>Feignant qu'il fust tout plain d'argent.</p> +<p>Lors il dist qu'on fust diligent</p> +<p>De penser à faire les litz,</p> +<p>Car il vouloit en ce logis</p> +<p>Coucher; puis après, par exprès,</p> +<p>Il print son grand sac à procès,</p> +<p>Et le bailla léans en garde,</p> +<p>Disant: «Qu'on me le contregarde.</p> +<p>Si de l'argent voulez avoir,</p> +<p>Il ne faut que le demander.»</p> +<p>L'hostesse ne fut pas ingrate,</p> +<p>En disant: «Je n'en ay pas haste.</p> +<p>N'espargnez rien qui soit céans.»</p> +<p>Ces seigneurs couchèrent léans</p> +<p>L'espace de cinq ou six moys,</p> +<p>Sans payer argent, toutesfoys,</p> +<p>Non obstant ce qu'il demandoit</p> +<p>A l'hostesse s'elle vouloit</p> +<p>Avoir de l'argent, bien souvent;</p> +<p>Mais il n'estoit point bien content</p> +<p>De mettre souvent main en bourse.</p> +<p>L'hostesse n'estoit point rebourse,</p> +<p>Et dist: «Ne vous en soucyez;</p> +<p>Dieu mercy! j'ay argent assez,</p> +<p>A vostre bon commandement.»</p> +<p>Ces mignons pensèrent comment</p> +<p>Ilz pourroyent retirer leur sac;</p> +<p>Et lors monsieur de Penessac</p> +<p>Dist à ce baron de Combraye</p> +<a name="p204"></a><span class="pagenum">P. 204</span> +<p>Qu'il se boutast bientost en voye,</p> +<p>Jugeant qu'il fust embesongné.</p> +<p>Ce seigneur vint, tout refrongné,</p> +<p>Vers l'hostesse, par bon moyen,</p> +<p>Et lui dit: «Mon cas va très bien;</p> +<p>Mon procès est ennuyt jugé.</p> +<p>A coup, qu'il n'y ait plus songé,</p> +<p>Baillez-moy mon sac, somme toute,</p> +<p>Car j'ay paour et si fays grant doubte,</p> +<p>Que les seigneurs soyent departis.»</p> +<p>Il print son sac: «Adieu vous dis!</p> +<p>Je reviendray tout maintenant.»</p> +<p>Il s'en alla diligemment,</p> +<p>A tout ses procès et son sac;</p> +<p>Et les seigneurs de Penessac</p> +<p>Et de Lamesou l'attendoyent;</p> +<p>Lesquelz seigneurs si s'esbatoyent,</p> +<p>A recueillir les torcheculz</p> +<p>Des seigneurs qui estoyent venus</p> +<p>Aux chambres, et bien se pensoyent</p> +<p>Qu'à quelque chose serviroyent</p> +<p>Ilz ostèrent tous ces procès</p> +<p>De ce sac, et, par motz exprès,</p> +<p>L'emplirent de ces torcheculz;</p> +<p>Puis, au soir, quand furent venuz</p> +<p>A leur logis, fut mis en garde,</p> +<p>Et, pour mieulx mettre en sauvegarde,</p> +<p>Il fut bouté, par grant humblesse,</p> +<p>Avec les robbes de l'hostesse,</p> +<p>Qui sentoyent le muguelias.</p> +<p>Au soir, firent grant ralias;</p> +<p>Le lendemain il fut raison</p> +<p>De departir de la maison</p> +<p>Pour s'en aller sans revenir.</p> +<a name="p205"></a><span class="pagenum">P. 205</span> +<p>On cuydoit qu'ilz deussent venir</p> +<p>Lendemain soupper et disner,</p> +<p>Pour leurs offices resiner,</p> +<p>Maiz ilz ne vindrent oncques puis.</p> +<p>Ils faillirent cinq ou six nuitz,</p> +<p>Dont l'hostesse fut eschec et mac.</p> +<p>Elle n'osoit ouvrir le sac</p> +<p>Sans avoir le congé du juge,</p> +<p>Auquel avoit piteux deluge;</p> +<p>Tellement qu il fut necessaire</p> +<p>Qu'on envoyast ung commissaire</p> +<p>Pour ouvrir ce sac, somme toute.</p> +<p>Quand il fust là venu sans doubte,</p> +<p>Il lava ses mains à bonne heure,</p> +<p>De paour de gaster l'escripture,</p> +<p>Car à cela estoit expert.</p> +<p>Toutesfoys, le sac fut ouvert;</p> +<p>Mais, quand il le vit si breneux,</p> +<p>Il s'en alla tout roupieux,</p> +<p>Cuydant que ce fust mocquerie,</p> +<p>Car il n'entendoit raillerie.</p> +<p>Ainsi partirent ces seigneurs</p> +<p>De Paris, joyeux en couraige.</p> +<p>De tromper furent inventeurs:</p> +<p>Cinq moys vesquirent d'avantaige;</p> +<p>De blasonner ilz firent raige;</p> +<p>Leur hoste fut par eulx vaincu.</p> +<p>Ils ne laissèrent, pour tout gaige</p> +<p>Qu'un sac tout plain de torchecu.</p> +</div> +<div class="stanza"><br> +<a name="p206"></a><span class="pagenum">P. 206</span> +<p>LA QUATRIESME REPEUE FRANCHE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>DU SOUFFRETEUX.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Où pris argent, qui n'en a point?</p> +<p>Remède est vivre d'avantaige.</p> +<p>Qui n'a ne robbe ne pourpoint,</p> +<p>Que pourroit-il laisser pour gaige?</p> +<p>Toutesfoys, qui aurait l'usaige</p> +<p>De dire quelque chansonnette</p> +<p>Qui peust deffrayer le passaige,</p> +<p>Le payement ne seroit qu'honneste.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>L'ACTEUR.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ainsi parloit le Souffreteux,</p> +<p>Qui estoit fin de sa nature;</p> +<p>Moytié triste, moytié joyeux.</p> +<p>Du Palays partit, bonne alleure,</p> +<p>En disant: «Qui ne s'adventure,</p> +<p>Il ne fera jamais beau fait,»</p> +<p>Pour pourchasser sa nourriture,</p> +<p>Car il estoit de faim deffaict.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pour trouver quelque tromperie,</p> +<p>Le gallant se voulust haster:</p> +<p>En la meilleure hostellerie</p> +<p>Ou taverne s'alla bouter,</p> +<p>Et commença à demander</p> +<p>S'on avoit rien pour luy de bon;</p> +<a name="p207"></a><span class="pagenum">P. 207</span> +<p>Car il vouloit léans disner,</p> +<p>Et faire chère de façon.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Lors on demanda quelle viande</p> +<p>Il falloit à ce pèlerin.</p> +<p>Il respondit: «Je ne demande</p> +<p>Qu'une perdrix ou un poussin,</p> +<p>Avec une pinte de vin</p> +<p>De Beaulne, qui soit frais tirée.</p> +<p>Et puis après, pour faire fin,</p> +<p>Le cotteret et la bourrée.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Tout ce qui luy fut convenable</p> +<p>Le varlet luy alla quérir.</p> +<p>Le gallant s'en va mettre à table,</p> +<p>Affin de mieulx se resjouyr,</p> +<p>Et disna là, tout à loisir,</p> +<p>Maschant le sens, trenchant du saige;</p> +<p>Mais il fallut, ains que partir,</p> +<p>Avoir ung morceau de formaige.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>«Adonc dit le clerc: Mon amy,</p> +<p>Il fault compter, car vous devez,</p> +<p>Tout par tout, sept solz et demy,</p> +<p>Et convient que les me payez.</p> +<p>—Je ne sçay comment les aurez,</p> +<p>Dist le gallant, car, par sainct Gille!</p> +<p>Je veulx bien que vous le saichez,</p> +<p>Je ne soustiens ne croix ne pille.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>—Qui n'a argent si laisse gaige;</p> +<p>Ce n'est que le faict droicturier.</p> +<p>Vous voulez vivre d'avantaige,</p> +<p>Et n'avez maille ne denier!</p> +<a name="p208"></a><span class="pagenum">P. 208</span> +<p>Estes-vous larron ou meurtrier?</p> +<p>Par Dieu, ains que d'icy je hobe,</p> +<p>Vous me payerez, pour abréger,</p> +<p>Ou vous y laisserez la robbe.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>—Quant est d'argent, je n'en ay point,</p> +<p>Affin de le dire tout hault.</p> +<p>Comment! m'en iray-je en pourpoint,</p> +<p>Et desnué comme ung marault?</p> +<p>Dieu mercy! je n'ay pas trop chault;</p> +<p>Mais, s'il vous plaisoit m'employer,</p> +<p>Je vous serviray, sans deffault,</p> +<p>Jusques à mon escot payer.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>—Et comment? Que sçavez-vous faire?</p> +<p>Dites-le moy tout plainement.</p> +<p>—Quoy? toute chose nécessaire.</p> +<p>Point ne fault demander comment;</p> +<p>Je gaige que, tout maintenant,</p> +<p>Je vous chanteray ung couplet,</p> +<p>Si hault et si cler, je me vant,</p> +<p>Que vous direz: «Cela me plaist!»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>L'ACTEUR.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Lors, le varlet, voyant cecy,</p> +<p>Fut content de ceste gaigeure,</p> +<p>Et pensa en luy-mesme ainsi,</p> +<p>Qu'il attendroit ceste adventure;</p> +<p>Et s'il chantoit bien d'adventure,</p> +<p>Il lui dirait, pour tous desbats,</p> +<p>Qu'il payast l'escot, bon alleure,</p> +<p>Car son chant ne lui plaisoit pas.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p209"></a><span class="pagenum">P. +209</span> +<p>L'accord fut dit, l'accord fut faict,</p> +<p>Devant tous, non pas en arrière.</p> +<p>Lors le gallant tire, de faict,</p> +<p>De dedens sa gibecière</p> +<p>Une bourse, d'argent legière,</p> +<p>Qui estoit pleine de mereaulx,</p> +<p>Et chanta, par bonne manière,</p> +<p>Haultement, ces mots tout nouveaulx:</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>De sa bourse dessus la table</p> +<p>Frappa, affin que je le notte,</p> +<p>Et, comme chose convenable,</p> +<p>Chanta ainsi à haulte notte:</p> +<p>«Faut payer ton hoste, ton hoste!»</p> +<p>Tout au long chanta ce couplet.</p> +<p>Le varlet, estant coste à coste,</p> +<p>Respondit: «Cela bien me plaist!»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Toutesfoys, il n'entendoit pas</p> +<p>Qu'il ne fust de l'escot payé,</p> +<p>Parquoy il failloit sur ce pas.</p> +<p>De son sens fut moult desvoyé.</p> +<p>Devant tous fut notiffié</p> +<p>Qu'il estoit gentil compaignon,</p> +<p>Et qu'il avoit, par son traicté,</p> +<p>Bien disné pour une chanson.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>C'est bien disné, quand on eschappe</p> +<p>Sans desbourser pas ung denier,</p> +<p>Et dire adieu au tavernier</p> +<p>En torchant son nez à la nappe.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p210"></a><span class="pagenum">P. +210</span> +<p>LA CINQUIESME REPEUE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>DU PELLETIER.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ung jour advint qu'ung Pelletier</p> +<p>Espousa une belle femme</p> +<p>Qui appetoit le bas mestier,</p> +<p>En faisant recorder sa game.</p> +<p>Le Pelletier, sans penser blasme,</p> +<p>Ne s'en soucioit qu'ung petit:</p> +<p>Mieulx aymoit du vin une dragme,</p> +<p>Que coucher dedens ung beau lict.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ung curé, voyant cest affaire,</p> +<p>De la femme fut amoureux,</p> +<p>Et pensa qu'à son presbytaire</p> +<p>Il maineroit ce maistre gueux.</p> +<p>Il s'en vint à luy tout joyeux,</p> +<p>A celle fin de le tromper,</p> +<p>En disant: «Mon voysin, je veux</p> +<p>Vous donner ennuyt à soupper.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Le Pelletier en fut content,</p> +<p>Car il ne vouloyt que repaistre,</p> +<p>Et alla tout incontinent</p> +<p>Faire grant chère avec le prestre,</p> +<p>Qui luy joua d'un tour de maistre,</p> +<p>Disant: «Ma robbe est deffourrée;</p> +<p>Il vous y convient la main mettre,</p> +<p>Affin qu'elle soit reffourrée.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p211"></a><span class="pagenum">P. +211</span> +<p>—Et bien, ce dist le Pelletier,</p> +<p>Monseigneur, j'en suis bien content,</p> +<p>Mais que vous m'en vueillez payer;</p> +<p>Je suis tout vostre, seurement.»</p> +<p>Ils firent leur appoinctement</p> +<p>Qu'il auroit, pour tout inventoire,</p> +<p>Dix solz tournois entièrement,</p> +<p>Et du vin largement pour boire,</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pourvu qu'il la despecheroit,</p> +<p>Car il luy estoit necessaire,</p> +<p>Et que toute nuyt veilleroit,</p> +<p>Avec son clerc, au presbitaire.</p> +<p>Il fut content de cest affaire.</p> +<p>Mais le Curé les enferma</p> +<p>Soubs la clef, sans grant noyse faire,</p> +<p>Puis hors de la maison alla.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Le Curé vint en la maison</p> +<p>Du Pelletier, par ses sornettes,</p> +<p>Et trouva si bonne achoyson</p> +<p>Qu'il fist très bien ses besongnettes.</p> +<p>Ilz firent cent mille chosettes,</p> +<p>Car, ainsi comme il me semble,</p> +<p>Il contenta ses amourettes,</p> +<p>Et puis hors de la maison emble.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ce fourreur, pour la repeue franche</p> +<p>Fut fait coqu bien fermement;</p> +<p>Et luy chargea la dame blanche</p> +<p>Qu'il y retournast hardiment,</p> +<p>Et que, par son sainct sacrement,</p> +<p>Jamais nul jour ne l'oubliera,</p> +<a name="p212"></a><span class="pagenum">P. 212</span> +<p>Mais luy fera hébergement,</p> +<p>Toutes les foys qu'il luy plaira.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et pourtant, donne soy bien garde</p> +<p>Chascun qui aura belle femme</p> +<p>Qu'on ne lui joue telle aubade</p> +<p>Pour la repeue: c'est grant diffame;</p> +<p>Quant il est sceu, ce n'est que blasme</p> +<p>Et reproche, au temps advenir.</p> +<p>Vela des repeues la grant game;</p> +<p>Pourtant, ayez-en souvenir!</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>SIXIESME REPEUE FRANCHE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>DES GALLANTS SANS SOULCY.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Une assemblée de compaignons,</p> +<p>Nommez les <i>Gallans sans soucy</i>,</p> +<p>Se trouvèrent entre deux pontz,</p> +<p>Près le Palays, il est ainsi;</p> +<p>D'aultres y en avoit aussi,</p> +<p>Qui aymoient bien besoigne faîcte,</p> +<p>Et estoient, de franc cueur transi,</p> +<p>A l'abbé de Saincte Souffrette.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ces compaings ainsi assemblez</p> +<p>Ne demandèrent que repas;</p> +<p>D'argent ilz n'estoyent pas comblez,</p> +<p>Non pourtant ne faillirent pas.</p> +<a name="p213"></a><span class="pagenum">P. 213</span> +<p>Ilz se boutèrent, c'est le cas,</p> +<p>A l'enseigne du Plat d'estaing,</p> +<p>Où ilz repeurent par compas,</p> +<p>Car ilz en avoient grant besoing.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quant ce vint à l'escot compter,</p> +<p>Je crois que nully ne s'en cource;</p> +<p>Mais le beau jeu est au payer,</p> +<p>Quant il n'y a denier en bourse.</p> +<p>Nul d'eulx n'avoit chère rebourse:</p> +<p>«Pour de l'escot venir au bout,</p> +<p>Dist ung gallant, de plaine source,</p> +<p>Il n'en faut qu'ung pour payer tout.»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ilz appointèrent tous ensemble,</p> +<p>Que l'ung d'iceulx on banderait:</p> +<p>Par ainsi, selon qui me semble,</p> +<p>Le premier qu'il empoigneroit,</p> +<p>Estoit dit que l'escot payeroit.</p> +<p>Mais ilz en eurent grand discord:</p> +<p>Chascun bandé estre vouloit,</p> +<p>Dont ne peurent estre d'accord.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Le varlet, voyant ces desbas,</p> +<p>Leur dit: «Nul de vous ne s'esmoye;</p> +<p>Je suis content que, par compas,</p> +<p>Tout maintenant bandé je soye.»</p> +<p>Les gallans en eurent grand joye,</p> +<p>Et le bandèrent en ce lieu,</p> +<p>Puis chascun d'eux si print la voye</p> +<p>Pour s'en aller sans dire adieu.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Le varlet, qui estoit bandé,</p> +<p>Tournoyoit parmy la maison.</p> +<a name="p214"></a><span class="pagenum">P. 214</span> +<p>Il fut de l'escot prébendé</p> +<p>Par ceste subtile achoison.</p> +<p>Affin d'avoir provision</p> +<p>De l'escot, l'hoste monte en hault:</p> +<p>Quand il vit ceste intention,</p> +<p>A peu que le cueur ne lui fault.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>En montant, l'hoste fut happé</p> +<p>Par son varlet, sans dire mot,</p> +<p>Disant: «Je vous ay attrapé,</p> +<p>Il faut que vous payez l'escot,</p> +<p>Ou vous laisserez le surcot.»</p> +<p>De quoy il ne fut pas joyeux,</p> +<p>****************************</p> +<p>Cuydant qu'il fust mathelineux.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quand le varlet se desbanda,</p> +<p>La tromperie peut bien congnoistre:</p> +<p>Fut estonné quand regarda,</p> +<p>Et vit bien que c'estoit son maistre.</p> +<p>Pensez qu'il en eut belle lettre,</p> +<p>Car il parla lors à bas ton,</p> +<p>Et, pour sa peine, sans rien mettre,</p> +<p>Il eut quatre coups de baston.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ainsi furent, sans rien payer,</p> +<p>Les povres gallans délivrez</p> +<p>De la maison du tavernier,</p> +<p>Où ilz s'estoyent presque enyvrez</p> +<p>Des vins qu'on leur avoit livrez</p> +<p>Pour boire à plain gobelet,</p> +<p>Que paya le povre varlet.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p215"></a><span class="pagenum">P. +215</span> +<p>Et que ce soit vray ou certain,</p> +<p>Ainsi que m'ont dit cinq ou six,</p> +<p>Le cas advint au Plat d'estain</p> +<p>Près Sainct-Pierre-des-Arsis.</p> +<p>Bien eschéoit ung grant mercis,</p> +<p>A tout le moins, pour ce repas,</p> +<p>Et si ne le payèrent pas.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Aussi fut si bien aveuglé,</p> +<p>Le povre varlet malheureux,</p> +<p>Qui fut de tout l'escot sanglé,</p> +<p>Et fallust qu'il payast pour eulx;</p> +<p>Et s'en allèrent tous joyeux</p> +<p>Les mignons, torchant leur visaige,</p> +<p>Qui avoyent disné d'advantaige.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>LA SEPTIESME REPEUE</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>FAICTE AUPRÈS DE MONTFAULCON.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Pour passer temps joyeusement,</p> +<p>Raconter vueil une repeue</p> +<p>Qui fut faicte subtillement</p> +<p>Près Montfaulcon, c'est chose sceue,</p> +<p>Et diray la desconvenue</p> +<p>Qu'il advint à de fins ouvriers;</p> +<p>Aussi y sera ramenteue</p> +<p>La finesse des escolliers.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Quand compaignons sont desbauchez,</p> +<p>Ilz ne cherchent que compaignie;</p> +<a name="p216"></a><span class="pagenum">P. 216</span> +<p>Plusieurs ont leurs vins vendangez</p> +<p>Et beu quasy jusqu'à la lye.</p> +<p>Or advint qu'une grant mesgnie</p> +<p>De compaignons se rencontrèrent.</p> +<p>******************************</p> +<p>******************************</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Et, sans trouver la saison chère,</p> +<p>Chascun d'eulx se resjouyssoit</p> +<p>Disant bons motz, faisant grant chère;</p> +<p>Par ce point le temps se passoit.</p> +<p>Mais l'ung d'iceulx promis avoit</p> +<p>De coucher avec une garce,</p> +<p>Et aux aultres le racontoit,</p> +<p>Par jeu, en manière de farce.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Tant parlèrent du bas mestier,</p> +<p>Que fut conclud, par leur façon,</p> +<p>Qu'ilz yroyent ce soir-là coucher</p> +<p>Près le gibet de Montfaulcon,</p> +<p>Et auroyent pour provision</p> +<p>Ung pasté de façon subtile,</p> +<p>Et meneroyent, en conclusion,</p> +<p>Avec eulx chascun une fille.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Ce pasté, je vous en respons,</p> +<p>Fut faict sans demander qu'il couste,</p> +<p>Car il y avoit six chapons,</p> +<p>Sans la chair, que point je n'y boute.</p> +<p>On y eust bien tourné le coute,</p> +<p>Tant estoit grant, point n'en doubtez.</p> +<p>Le Prince des Sots et sa routte</p> +<p>En eussent esté bien souppez.</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p217"></a><span class="pagenum">P. +217</span> +<p>Deux escolliers voyant le cas,</p> +<p>Qui ne sçavoyent rien que tromper,</p> +<p>Sans prendre conseil d'advocatz,</p> +<p>Ilz se voullurent occuper,</p> +<p>Pensant à eux, comme atrapper</p> +<p>Les pourroyent d'estoc ou de trenche;</p> +<p>Car ilz voulloyent ce soir soupper</p> +<p>Et avoir une repeue franche.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Sans aller parler au devin,</p> +<p>L'ung prist ce pasté de façon,</p> +<p>L'autre emporta un broc de vin,</p> +<p>Du pain assez, selon raison,</p> +<p>Et allèrent vers Montfaulcon,</p> +<p>Où estoit toute l'assemblée.</p> +<p>Filles y avoit à foyson,</p> +<p>Faisant chère desmesurée.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Aussi juste comme l'orloge,</p> +<p>Par devis et bonne manière,</p> +<p>Ilz entrèrent dedans leur loge,</p> +<p>Espérant de faire grant chière,</p> +<p>Et tastoient devant et derrière</p> +<p>Les povres filles, hault et bas.</p> +<p>*****************************</p> +<p>*****************************</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Les escolliers, sans nulle fable.</p> +<p>Voyant ceste desconvenue,</p> +<p>Vestirent habitz de diable,</p> +<p>Et vindrent là, sans attendue:</p> +<p>L'ung, ung croc, l'autre, une massue,</p> +<p>Pour avoir la franche repue,</p> +<p>Vindrent assaillir les gallans.</p> +<p>*****************************</p> +</div> +<div class="stanza"><a name="p218"></a><span class="pagenum">P. +218</span> +<p>Disant: «A mort! à mort, à mort!</p> +<p>Prenez, à ces chaisnes de fer,</p> +<p>Ribaulx, putains, par desconfort,</p> +<p>Et les amenez en enfer;</p> +<p>Ilz seront avec Lucifer,</p> +<p>Au plus parfond de la chauldière,</p> +<p>Et puis, pour mieulx les eschauffer,</p> +<p>Gettez seront en la rivière!»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>L'ung des gallans, pour abbreger,</p> +<p>Respondit: «Ma vie est finée!</p> +<p>En enfer me fault heberger.</p> +<p>Vecy ma dernière journée;</p> +<p>Or suis-je bien ame dampnée!</p> +<p>Nostre peché nous a attains,</p> +<p>Car nous yrons, sans demourée,</p> +<p>En enfer avec ces putains!»</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Se vous les eussiez veu fouyr,</p> +<p>Jamais ne vistes si beau jeu,</p> +<p>L'ung amont, l'autre aval courir;</p> +<p>Chascun d'eulx ne pensoit qu'à Dieu.</p> +<p>Ilz s'en fouyrent de ce lieu,</p> +<p>Et laissèrent pain, vin et viande,</p> +<p>Criant sainct Jean et sainct Mathieu,</p> +<p>A qui ilz feroyent leur offrande.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Noz escolliers, voyant cecy,</p> +<p>Non obstant leur habit de diable,</p> +<p>Furent alors hors de soulcy,</p> +<p>Et s'assirent trestous à table;</p> +<a name="p219"></a><span class="pagenum">P. 219</span> +<p>Et Dieu sçait si firent la galle</p> +<p>Entour le vin et le pasté,</p> +<p>Et repeurent, pour fin finalle,</p> +<p>De ce qui estoit appresté.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>C'est bien trompé, qui rien ne paye,</p> +<p>Et qui peut vivre d'advantaige,</p> +<p>Sans desbourser or ne monnoye,</p> +<p>En usant de joyeux langaige.</p> +<p>Les escolliers, de bon couraige,</p> +<p>Passèrent temps joyeusement,</p> +<p>Sans bailler ny argent ny gaige,</p> +<p>Et si repeurent franchement.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>Si vous vouliez suyvre l'escolle</p> +<p>De ceulx qui vivent franchement,</p> +<p>Lisez en cestuy prothocolle,</p> +<p>Et voyez la façon comment;</p> +<p>Mettez-y vostre entendement</p> +<p>A faire comme ilz faseyent,</p> +<p>Et, s'il n'y a empeschement,</p> +<p>Vous vivrez comme ilz vivoyent.</p> +</div> +<div class="stanza"> +<p>FIN DES REPEUES FRANCHES</p> +<p>ET DES POÉSIES ATTRIBUÉES A VLLLON.</p> +</div> +</div> +<br> +<br> +<br> +<a name="p220"></a><span class="pagenum">P. 220</span> +<h3>NOTES.</h3> +<p><i>(Les chiffres renvoient aux pages du volume. V. +signifie</i> vers; <i>Pr.</i>, Prompsault; <i>P. L.</i>, M. Paul +L. Jacob, bibliophile.)</p> +<p><a href="#p001">P. 1.</a> <i>Clément Marot aux +Lecteurs.</i> Cette préface, avec le huitain qui +l'accompagne, est en tête de l'édition de <i>Paris, +Galiot du Pré,</i> 1533, la première donnée +par Marot.</p> +<p><a href="#p002">P. 2,</a> lig. 28. <i>Toutesfoys</i>... Marot +dit clairement qu'il n'a pas consulté un seul manuscrit. +Il n'a pas non plus eu sous les yeux toutes les éditions +du XVe siècle.</p> +<p><a href="#p004">P. 4,</a> lig. 5. <i>Après</i> ... Les +vers que Marot dit avoir refaits sont au nombre de dix ou douze +seulement, et, chose singulière, on les trouve tels quels +dans les manuscrits et les anciennes éditions. (P. L.)</p> +<p><a href="#p007">P. 7.</a> <i>Le Petit Testament</i>. Ce titre, +que Villon n'avait pas eu l'intention de donner à ses +<i>lays</i> (voy. <a href="#p050">p. 50,</a> v. II), se trouve en +tête des plus anciennes éditions de ses oeuvres.</p> +<p><a href="#p008">P. 8-9.</a> Les huitains IV à IX ont +été publiés pour la première fois par +Prompsault, d'après un mss. La Monnoye ne les a pas +connus.</p> +<p><a href="#p009">P. 9,</a> huitain IX. L'invocation par +laquelle Villon commence son Testament n'est qu'une affaire de +simple formule. Ce n'est pas là qu'il faut chercher la +preuve de ses sentiments religieux.</p> +<p><a href="#p014">P. 14,</a> huit. XXIII. Ce huitain, +publié pour la première fois par Prompsault, se +trouve en manuscrit dans l'exemplaire annoté de La +Monnoye.</p> +<p><a href="#p017">P. 17</a>-19. Les huitains XXXVI-XXXIX, +publiés pour la première fois par M. Prompsault, +n'étaient pas connus de La Monnoye. C'est une satire du +jargon scolastique du temps. Il n'est pas certain que Villon en +soit l'auteur. J'ai conservé quelques-unes des corrections +introduites dans ce texte par M. P. L.</p> +<p><a href="#p021">P. 21.</a> <i>Le Grand Testament</i>. Huit. I. +<i>En l'an trentiesme de mon eage</i>... On a conclu de ce vers +que Villon n'avait pas trente ans accomplis en 1461. La mesure du +vers ne lui permettait pas d'être plus exact; mais dans le +<i>Débat du corps et du coeur</i> (<a href="#p113">p. +113</a>), fait dans la prison de Meung, il dit positivement: +«Tu as trente ans.» Il était donc +réellement né en 1431.</p> +<p><a href="#p022">P. 22,</a> huit. V. La leçon de +l'édition Prompsault est meilleure que celle de La +Monnoye. La voici:</p> +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p><i>Si prieray pour lui de bon cueur,</i></p> +<p><i>Par l'ame du bon feu Cotard...</i></p> +</div> +</div> +<p>C'est-à-dire que Villon jure par l'âme de son +procureur Cotard (voy. ce nom au <i>Glossaire-index</i>), de +prier Dieu pour Thibault d'Aussigny. La suite nous apprend ce +qu'il entend par là.</p> +<p><a href="#p037">P. 37</a>-38. On a cru que dans les huitains +XLIII-XLV Villon parlait de lui-même; c'est +évidemment une erreur. Pour le reconnaître, il +suffit de se rappeler qu'il n'avait que trente ans, et +n'était pas un «pauvre vieillart.»</p> +<p><a href="#p045">P. 45,</a> huit. LIV. Je n'ai pas +adopté la correction de La Monnoye, qui termine ainsi ce +huitain:</p> +<div class="poem"> +<div class="stanza"> +<p><i>C'est pure vérité decellée:</i></p> +<p><i>Pour une joye cent doulours</i>.</p> +</div> +</div> +<p><a href="#p056">P. 56.</a> Les six premiers vers de +l'<i>Envoi</i> donnent en acrostiche le nom de <i>Villon</i>, +ainsi que M. Nagel l'a remarqué le premier. Il a +découvert aussi que le premier huitain de la <i>Ballade de +Villon à s'amye,</i> <a href="#p057">p. 57,</a> donne en +acrostiche le nom de <i>Françoys.</i> Le second huitain +donne <i>Martheos,</i> sans doute par l'effet du hasard.</p> +<p><a href="#p090">P. 90.</a> <i>Lays.</i> Publié pour la +première fois par Prompsault. En manuscrit dans La +Monnoye. Il en est de même du huitain CLIII, <a href= +"#p091">p. 91.</a></p> +<p><a href="#p099">P. 99.</a> «<i>Et je croy bien que pas +n'en ment.</i>» Le huitain qui commence par ce vers et le +reste de la ballade ont été publiés pour la +première fois par Prompsault. Ils existent en manuscrit +dans La Monnoye.</p> +<p><a href="#p101">P. 101.</a> <i>Poésies diverses</i>. Le +titre de plusieurs éditions annonce un <i>Codicille</i>, +ce qui a préoccupé quelques éditeurs plus +que de raison. L'édition de Pierre Levet, 1489, et une +autre édition du XV'siècle (la troisième +décrite par M. Brunet), disent ce qu'il faut entendre par +là. Dans celle de Pierre Levet on lit: <i>Cy commence le +grant Codicille et Testament de maistre François +Villon,</i> et dans l'autre: <i>Sensuit le grant Testament et +Codicille de maistre François Villon.</i> Le +<i>Codicille</i> n'est donc autre chose que le <i>Grand +Testament,</i> postérieur de cinq ans au <i>Petit +Testament.</i></p> +<p>Les <i>poésies diverses</i> ont été +classées de différentes façons, selon le +gré des éditeurs. J'ai cherché à les +ranger chronologiquement. Le <i>quatrain</i> et +<i>l'épitaphe</i> (<a href="#p101">p. 101</a>), la +<i>Requeste au Parlement</i> (<a href="#p103">p. 103</a>), la +<i>Ballade de l'appel</i> (<a href="#p104">p. 104</a>), le <i>Dit +de la naissance Marie</i> (<a href="#p105">p. 105</a>) et la +<i>Double ballade</i> (<a href="#p107">p. 107</a>) se rapportent +au procès de 1457. Je parlerai des autres pièces +plus tard.</p> +<p><a href="#p105">P. 105.</a> <i>Le Dit de la naissance +Marie</i>. Cette pièce et les deux suivantes se trouvent +dans un très-beau manuscrit des Poésies de Charles +d'Orléans, conservé à la Bibliothèque +impériale. Elles ont été publiées +pour la première fois par M. Prompsault.</p> +<p><a href="#p107">P. 107.</a> <i>Double ballade</i>. Cette +pièce, adressée à Marie d'Orléans, +fut composée longtemps après la +précédente, et lorsque la princesse était +déjà grande, et avait «port assuré, +maintien rassis» (<a href="#p109">p. 109,</a> v. 17).</p> +<p><a href="#p110">P. 110.</a> <i>Ballade Villon.</i> Cette +pièce est incontestablement de Villon, dont elle porte le +nom dans le manuscrit des poésies de Charles +d'Orléans. Il n'est pas aussi certain que les deux autres +pièces tirées du même manuscrit soient de +lui, mais c'est on ne peut plus vraisemblable.</p> +<p>Cette ballade fut composée sur un sujet donné +par le duc d'Orléans. On trouve dans le manuscrit de ses +poésies celles qui furent composées à la +même occasion par onze autres poëtes.</p> +<p><a href="#p111">P. 111.</a> <i>Epistre</i>, Cette pièce +fut composée dans la prison de Meung. Elle a +été publiée pour la première fois par +Prompsault, mais elle existe en manuscrit, avec des variantes, +dans La Monnoye.</p> +<p><a href="#p112">P. 112.</a> <i>Le Débat du cueur et du +corps</i>. Composé dans la prison de Meung. Les +précédents éditeurs n'ont pas +remarqué que le nom de Villon se trouve en acrostiche dans +les six vers qui, non compris le refrain, forment +l'<i>envoi</i>.</p> +<p><a href="#p113">P. 113.</a> <i>La, Requeste à +Monseigneur de Bourbon</i>. Prompsault se trompe lorsqu'il dit +que Marot a fait le titre de cette ballade. On le trouve dans les +éditions du XVe siècle tel qu'il est reproduit +ici.</p> +<p>Le duc de Bourbon était Jean II, qui mourut en 1487; ce +ne pouvait être Charles Ier, mort en décembre 1456, +à l'époque précisément où +Villon, peu connu comme poëte, se faisait fouetter +publiquement.</p> +<p><a href="#p119">P. 119.</a> <i>Ballade des povres +housseurs</i>. Cette pièce a été +tirée du <i>Jardin de plaisance</i> par Prompsault. Il +n'est pas bien prouvé qu'elle soit de Villon. On ne sait +pas au juste ce que signifie ce mot <i>housseurs</i>. Cotgrave le +traduit par <i>balayeurs</i>, <i>ramoneurs</i>; M. P. L., par +<i>batteurs de tapis</i>; Prompsault, par <i>porteurs de +housseaux</i> ou de bottes; M. Campeaux, par écoliers +portant des <i>housses</i>, comme ceux du collège de +Navarre. Son explication me paraît la meilleure, à +moins que <i>housseurs</i> ne signifie <i>faiseurs de +housseaux</i>. Il y a un rapprochement à faire entre cette +supposition et, d'une part, les conjectures de M. Campeaux +relativement à la profession du père de Villon; +d'autre part, l'affirmation très-nette de la +onzième des pièces attribuées à +Villon, que je publie, <a href="#p139">p. 139.</a> «...Mon +père est cordouennier.» Malheureusement ce rondeau +n'est pas plus certainement de Villon que la <i>Ballade des +povres housseurs</i>.</p> +<p><a href="#p120">P. 120.</a> <i>Problème ou Ballade</i>. +Publié pour la première fois par Prompsault. En +manuscrit dans La Monnoye.</p> +<p><a href="#p121">P. 121.</a> <i>Ballade contre les mesdisans de +la France</i>. Prompsault a cru publier cette pièce pour +la première fois; mais il en existe une édition en +caractères gothiques, reproduite par M. A. de Montaiglon +dans les <i>Anciennes Poésies françoises</i>, t. V, +p. 320, qui m'a fourni de bonnes variantes. La Monnoye la +connaissait. Elle existe en manuscrit dans son exemplaire +annoté, avec le titre qu'elle porte ici.</p> +<p><a href="#p124">P. 124.</a> <i>Le Jargon ou Jobelin</i>. Tous +les éditeurs de Villon ont reculé devant +l'explication de ces ballades en argot. Je suis leur exemple; +mais cela ne doit pas décourager ceux qui voudraient +tenter l'entreprise. En recueillant avec soin toutes les +variantes des anciennes éditions, en rapprochant les +ballades de Villon des monuments assez nombreux de ce langage qui +nous restent du XVe siècle et du commencement du XVIe, on +arriverait probablement à quelque chose de +satisfaisant.</p> +<p><a href="#p133">P. 133.</a> <i>Poésies +attribuées à Villon</i>. J'ai choisi ce titre +à cause de son élasticité. Je ne suis pas +convaincu que ces pièces soient de notre poëte; mais +je n'ai pas voulu, en les donnant comme émanant de ses +disciples, lui faire tort de celles qui peuvent lui +appartenir.</p> +<p><a href="#p133">P. 133</a>-143. Dix-sept pièces +choisies parmi celles que M. Campeaux a tirées du +<i>Jardin de plaisance</i>. On ne peut, lire son travail sans +être tenté d'admettre que plusieurs de ces +pièces sont réellement de Villon.</p> +<p><a href="#p144">P. 144</a>-146. Les ballades XVIII, XIX et XX +ont été réunies pour la première fois +aux oeuvres de Villon dans l'édition de 1723. Je ne crois +pas qu'elles soient de lui.</p> +<p><a href="#p147">P. 147.</a> <i>Ballade joyeuse des +taverniers</i>. Cette pièce se trouve dans toutes les +éditions de <i>la Chasse et le Départ d'Amours,</i> +d'Octavien de Saint-Gelais, dont la première est de 1509. +Je dois cette indication à mon ami M. Louis Moland.</p> +<p><a href="#p150">P. 150.</a> <i>Monologue du franc archier de +Baignollet</i>. Réuni pour la première fois aux +oeuvres de Villon en 1532, dans une édition de Galiot du +Pré. Il existe de ce monologue une édition +gothique, format d'agenda, qui a été reproduite +dans l'<i>Ancien théâtre françois</i>, t. II, +p. 326. J'en ai tiré quelques variantes.</p> +<p><a href="#p164">P. 164.</a> <i>Dialogue de messieurs de +Mallepaye et de Baillevent</i>. De même que le <i>Monologue +du franc archer</i>, cette pièce fut réunie pour la +première fois aux oeuvres de Villon dans l'édition +de Galiot du Pré, 1532. Elle est écrite, comme l'a +remarqué le premier M. A. de Montaiglon, «en +strophes de six vers sur deux rimes, qui s'enchaînent de +telle façon que la rime placée dans une strophe au +troisième et au sixième vers se +répète, dans la strophe suivante, aux quatre autres +vers, c'est-à-dire au premier, au second, au +quatrième et au cinquième.» Je l'ai +divisée selon ces indications, et l'on conviendra qu'elle +y a beaucoup gagné.</p> +<p>Deux strophes sont incomplètes, l'une d'un vers, <a +href="#p172">p. 172,</a> et l'autre de deux, <a href="#p177">p. +177.</a></p> +<p><a href="#p178">P. 178.</a> <i>Les Repeues franches</i>. Ce +recueil fut imprimé plusieurs fois dans le XVe +siècle et la première moitié du XVIe. Il +n'est pas de Villon; mais le poëte y joue un tel rôle +qu'on ne peut se dispenser de le joindre à ses oeuvres, ce +qu'on fait, du reste, depuis plus de trois cents ans. Il est +écrit presque tout entier en strophes de huit vers, ce que +les précédents éditeurs n'avaient pas assez +remarqué, comme l'a dit M. A. de Montaiglon. Il y a vers +la fin quelques strophes que je n'ai pu compléter, bien +que j'aie consulté plusieurs éditions anciennes, y +compris celle de Jean Trepperel, que je crois la +première.</p> +<p><a href="#p187">P. 187.</a> <i>La Manière d'avoir du +poisson</i>. Le moyen employé par Villon pour se +débarrasser du <i>porte-pannier</i> rappelle le fabliau +des <i>Trois Avugles de Compiengne</i>, par Cortebarbe. Voir +aussi les <i>Aventures de Til Ulespiègle</i>, chap. LXXI +(<i>Nouvelle collection Jannet</i>); <i>Morlini</i>, nouv. XIII; +les <i>Facétieuses Nuits de Straparole</i>, édition +Jannet, <i>Paris</i>, 1857, t. Ier, p. liv.</p> +<p><a href="#p190">P. 190.</a> <i>La Manière d'avoir des +trippes</i>. Voir un expédient analogue dans les +<i>Aventures de Til Ulespiègle</i>, édition +citée, chap. LXXII.</p> +<p><a href="#p191">P. 191.</a> <i>La Manière d'avoir du +pain</i>. Imité par l'auteur des <i>Aventures de Til +Ulespiègle</i>, chap. VI.</p> +<p><a href="#p192">P. 192.</a> <i>La Manière d'avoir du +vin</i>. Se retrouve dans <i>Til Ulespiègle</i>, chap. +LVII.</p> +<p><a href="#p206">P. 206.</a> <i>La Repeue franche du +Souffreteux</i>. Imité par l'auteur de <i>Til +Ulespiègle</i>, chap. LXI, et par Bonaventure Des +Périers. Voy. l'édition de M. Louis Lacour, 1856. +In-16, p. 122.</p> +<br> +<br> +<br> + <a name="p227"></a><span class="pagenum">P. 227</span> +<h2>GLOSSAIRE-INDEX.</h2> +<p><b>————— A +—————</b></p> +<p><i>A</i>, avec. <a href="#p034">P. 34,</a> v. 18; <a href= +"#p158">p. 158,</a> v. 12.</p> +<p><i>A coup</i>, vite, tout de suite.</p> +<p><i>A tout</i>, avec.</p> +<p><i>Abandonné</i>, libéral, prodigue. <a href= +"#p172">172.</a></p> +<p><i>Abayer</i>, aboyer.</p> +<p><i>Aboluz,</i> absolu, absous. <a href="#p055">55.</a></p> +<p><i>Aboy</i> (en), aux abois, +abaissé.—«Trois poulx rampans en aboy», +c'est-à-dire descendant le long de la chemise, telles sont +les armoiries que le seigneur de Mallepaye assigne à son +ami Baillevent, <a href="#p168">P. 168.</a></p> +<p>ABSALON, <a href="#p121">121,</a> <a href="#p122">122.</a></p> +<p><i>Absoluz, absolz</i>, absous.</p> +<p><i>Abusion</i>, peine inutile, fait de quelqu'un qui s'abuse. +(<a href="#p035">P. 35,</a> v. 2.)</p> +<p><i>Acabit</i>, accident (?). <a href="#p175">175.</a></p> +<p><i>Accollèe, acollée</i>, accolade.</p> +<p><i>Accouter</i>, appuyer, accoter. <a href="#p047">47,</a> <a +href="#p136">136.</a></p> +<p><i>Acherin</i>, acéré, d'acier.</p> +<p><i>Achoison, achoyson</i>, occasion, feinte, ruse.</p> +<p><i>Acongnoistre</i>, connaître. <a href= +"#p195">195.</a></p> +<p><i>Accueillir</i>, tenir. <a href="#p145">145.</a></p> +<p><i>Acquester</i>, acquérir.</p> +<p><i>Acreuz</i>, acquis, augmentés. <a href= +"#p165">165.</a></p> +<p><i>Acteur</i> (l'), l'auteur. <a href="#p182">182.</a></p> +<p><i>Adextre</i>, adroit, habile.</p> +<p><i>Adirer</i>, absenter, supprimer. <a href= +"#p135">135.</a></p> +<p><i>Admenez</i> (en) (?), <a href="#p038">P. 38,</a> v. 25.</p> +<p><i>Adonc, adoncques</i>, alors.</p> +<p><i>Advantaige</i>, voy. <i>avantaige</i>.</p> +<p><i>Affier</i>, assurer, certifier.</p> +<p><i>Affiques</i>, affiquets. <a href="#p185">185.</a></p> +<p><i>Affoler</i>, blesser. <a href="#p152">152.</a></p> +<p><i>Affuyt</i>, suit.</p> +<p><i>Aguet (aller d')</i>, marcher avec précaution et +sans bruit, c'est ce que faisaient sans doute les soldats de +police à pied dont parle Villon, <a href="#p013">p. +13,</a> v. 21.</p> +<p><i>Aherdre</i>, <a href="#p052">p. 52,</a> se trouve dans +Cotgrave avec le sens de toucher, prendre.</p> +<p><i>Ahonti</i>, déshonore, couvert de honte. <a href= +"#p142">142.</a></p> +<p><i>Aid</i>, aide, assiste «Ainsi m'aid Dieux!» <a +href="#p026">P. 26,</a> v. 6.</p> +<p><i>Aignel</i>, agneau. <a href="#p107">107.</a></p> +<p><i>Ainçoys</i>, avant.</p> +<p><i>Ains</i>, avant.</p> +<p><i>Aist</i>, aide. «Ainsi m'aist Dieux!» <a href= +"#p107">107.</a></p> +<p><i>Aiz</i>, planche. <a href="#p084">84.</a></p> +<p>ALENÇON. <a href="#p151">151.</a> Cette ville fut prise +et reprise plusieurs fois par les Anglais et les Français +pendant les guerres du XVe siècle. C'est en 1448 que +Charles VII l'assiégea pour la dernière fois; il +s'en empara, ainsi que de toutes les autres places fortes de la +Normandie. (P. L.)—Le bon feu duc d'Alençon dont +parle Villon (p. 36) serait, selon M. Pr., Jean Ier, tué +à la bataille d'Azincourt, en 1415.</p> +<p>ALEXANDRE, <a href="#p026">p. 26.</a> Cette anecdote +d'Alexandre et du pirare Diomédès est, suivant +Formey, rapportée par Cicéron, dans un fragment du +traité <i>De Republica</i>, liv. III, que nous a +conservé Nonius Marcellus. Le nom du pirare ne s'y trouve +pas. Voy. <a href="#p121">121.</a></p> +<p>ALLEMANSES, allemandes, <a href="#p080">80.</a></p> +<p><i>Alleure</i> (<i>bonne</i>), promptement.</p> +<p>ALLYS (<a href="#p034">p. 34,</a> v. 19), Alix de Champagne, +mariée en 1160 à Louis le Jeune, roi de France, et +morte en 1216. (Pr.)</p> +<p><i>Alouer</i> (<i>s'</i>), s'attacher, se dévouer. <a +href="#p108">108.</a></p> +<p>ALPHASAR, <a href="#p121">p. 121.</a> Arphaxad, roi des +Mèdes.</p> +<p>ALPHONSE, <i>le roy d'Aragon</i>. Alphonse V, dit le Sage, +mort en 1458.</p> +<p><i>Amant</i>, <a href="#p165">165,</a> amendement.</p> +<p><i>Amathiste</i>, améthyste. <a href= +"#p035">35.</a></p> +<p><i>Ambagoys</i>, ambages, finesses. <a href= +"#p192">192.</a></p> +<p><i>Ambesas</i>, doubleas. <a href="#p048">P. 48.</a></p> +<p><i>Ameçons</i>, hameçons. Employé au +figuré, <a href="#p185">p. 185.</a></p> +<p>AMIRAL (l'), <a href="#p152">p. 152.</a> M. P. L. suppose que +c'est Prégent, seigneur de Coetivy et de Retz, +créé amiral en 1439, et tué en 1450, au +siège de Cherbourg.</p> +<p>AMMON, fils de David. Plaisant récit de son amour pour +sa soeur Thamar. (<a href="#p046">P. 46,</a> v. 15.)</p> +<p><i>Amoureux</i>, agréable, bon. <a href= +"#p195">195,</a> v. 1.</p> +<p><i>Amys</i>, amicts. <a href="#p036">36.</a></p> +<p><i>Ance</i>, anse. <a href="#p015">15.</a></p> +<p>ANCENYS, <a href="#p151">151.</a></p> +<p><i>Ançoys</i>, avant.</p> +<p><i>Ancre</i>, encre.</p> +<p><i>Andoilles</i>, andouilles. <a href="#p064">64.</a></p> +<p><i>Ange, Angelot</i>, (<a href="#p070">p. 70</a>), +étaient des monnaies d'or. Deux <i>angelots</i> valaient +un grand <i>ange</i>. Villon veut que le jeune merle agisse +consciencieusement, ce qui n'était sans doute pas dans ses +habitudes. (Pr.)</p> +<p>ANGELOT L'HERBIER (l'herboriste), <a href="#p085">85.</a></p> +<p>ANGIERS, <a href="#p009">9.</a> Le <i>Lyon d'Angiers</i> (153) +était sans doute l'enseigne d'une hôtellerie.</p> +<p>ANGLAIS, <a href="#p151">p. 151.</a></p> +<p>ANGLESCHES, anglaises, <a href="#p081">p.81,</a> v. 3.</p> +<p><i>Angoisseux</i>, plein d'angoisse.</p> +<p>ANGOULEVENT, <a href="#p176">p. 176.</a> Un Prince des Sots +nommé Angoulevent vivait à la fin du XVIe +siècle et se fit connaître par un procès +qu'il soutint pour défendre les privilèges de sa +principauté. Mais ce passage prouve que le nom +d'Angoulevent était générique parmi les +gueux et les aventuriers dès le XVe siècle. (P. +L.)</p> +<p>ANJOU, <a href="#p157">157.</a></p> +<p><i>Antan</i>, l'an passé.</p> +<p><i>Ante</i>, tante. <a href="#p082">82.</a></p> +<p><i>Apasteler</i>, nourrir.</p> +<p><i>Apostoles</i>, pape (<a href="#p036">p. 36</a>), et, par +extension, évêque, et peut-être +prêtre.</p> +<p><i>Appaillardir</i>, appauvrir, mettre sur la paille <a href= +"#p172">172.</a></p> +<p><i>Appeau</i>, appel. <a href="#p197">197.</a></p> +<p><i>Appoinct</i>, à point. <a href="#p073">73.</a></p> +<p><i>Appointé</i>, convenu.</p> +<p><i>Appoinctement</i>, accord.</p> +<p><i>Aprins</i>, appris.</p> +<p><i>Arain</i>, airain, cuivre. <a href="#p048">48</a></p> +<p><i>Arbrynceaux</i>, arbrisseaux.</p> +<p>ARCHIPIADA, <a href="#p034">34,</a> vraisemblablement +Archippa, l'amante de Sophocle. Pr.)</p> +<p>ARCHITRICLIN (<a href="#p069">p. 69</a>). Le maître +d'hôtel des noces de Cana, qui conseilla de boire le bon +vin le premier.</p> +<p><i>Ardiz</i>, brûlai. <a href="#p121">121,</a> v. 2.</p> +<p><i>Ardre</i>, brûler.</p> +<p><i>Argeutis</i>, arguties. <a href="#p018">18.</a></p> +<p>ARISTOTE, <a href="#p018">18</a>, <a href="#p025">25.</a></p> +<p><i>Armarie (montrer l')</i>, p. <a href="#p146">146,</a> +paraître armé dans un tournoi. (P. L)</p> +<p><i>Arquemie</i>, alchimie. «Faire l'arquemie aux +dens» (p. <a href="#p182">182</a> et <a href= +"#p186">186</a>), c'est vivre de vent, n'avoir rien à +manger.</p> +<p><i>Arraisonner</i>, interroger.</p> +<p><i>Arrons</i>, aurons.</p> +<p><i>Ars</i>> brûlé. <a href="#p017">17.</a></p> +<p><i>Arsure</i>. brûlure. <a href="#p076">76.</a></p> +<p><i>Art de la pinse et du croc</i>, l'art des voleurs. <a href= +"#p002">P. 2.</a></p> +<p><i>Art de mémoire</i>, <a href="#p011">11.</a> +Probablement l'<i>Ars memorativa</i>, ouvrage didactique souvent +réimprimé au XVe s. avec des figures +singulières. (P. L.)</p> +<p>ARTUS, <i>le duc de Bretaigne</i> (<a href="#p035">p. 35,</a> +v. 10) est Artus III, le Justicier, mort en 1458.</p> +<p><i>Asçavoir-mon</i>, c'est à savoir.</p> +<p>ASNE ROUGE, <a href="#p060">60.</a> Est-ce une enseigne?</p> +<p><i>Assier</i>, acier. <a href="#p009">9.</a></p> +<p><i>Assouvir</i>, calmer, satisfaire, accomplir. <a href= +"#p029">29,</a> <a href="#p089">89,</a> <a href="#p090">90</a>, +<a href="#p094">94,</a> <a href="#p110">110.</a></p> +<p><i>Atout</i>, avec.</p> +<p><i>Attaine</i>, III. Atteigne, blesse. (P. L.)</p> +<p><i>Attaintée</i>, <a href="#p078">78,</a> bien +parée (Pr.),-fardée (P. L.).</p> +<p><i>Attendue</i>, attente, retard.</p> +<p><i>Attente</i>, intention. <a href="#p049">49.</a></p> +<p><i>Aubade</i>, peur. <a href="#p199">199.</a></p> +<p><i>Aucun, aucune</i>, quelque. <a href="#p030">30,</a> <a +href="#p120">120.</a></p> +<p><i>Aucunement</i>, en quelque façon.</p> +<p><i>Auditeux</i>, auditeurs.</p> +<p>AUGER LE DANOIS, <a href="#p091">91.</a></p> +<p><i>Aulmoire</i>, armoire.</p> +<p>AULNIS (vin d'), <a href="#p060">60.</a></p> +<p>AUSSIGNY (<i>Thibault d'</i>), <a href="#p021">21.</a></p> +<p>AUVERGNE (<a href="#p036">p. 36</a>). Le dernier Dauphin de la +branche héréditaire fut Beraud III, qui mourut en +1428. (P. L.)</p> +<p><i>Avaller</i>, descendre, précipiter en bas.</p> +<p><i>Avantage (vivre d')</i>, vivre aux dépens d'autrui. +<a href="#p206">206,</a> <a href="#p208">208,</a> etc.</p> +<p><i>Avenir</i>, advenir.</p> +<p>AVERROYS, Averrhoès. <a href="#p025">25.</a></p> +<p><i>Avoyé</i>, en voie, bien venu. <a href= +"#p196">196.</a></p> +<p><i>Ayser (s')</i>, se mettre à son aise, se servir +librement. P. <a href="#p078">78,</a> v. 21.</p> +<p><b>————— B +—————</b></p> +<p>BABYLOINE, Babylone. <a href="#p079">79.</a></p> +<p><i>Bachelette</i>, jeune fille. <a href="#p047">47.</a></p> +<p><i>Bachelier</i>, jeune galant, amoureux. <a href= +"#p047">47.</a></p> +<p><i>Bague</i>, bagage, arme.</p> +<p>BAIGNEUX, <a href="#p193">193</a></p> +<p>BAIGNOLET, <a href="#p150">150.</a></p> +<p><i>Bailler</i>, donner.</p> +<p>BAILLY, <a href="#p003">3.</a></p> +<p><i>Bandon (à),</i> à l'abandon.</p> +<p><i>Barat</i>, tromperie.</p> +<p><i>Barbiers</i>, étaient les chirurgiens du temps. <a +href="#p077">77.</a></p> +<p><i>Barguigner</i>, marchander, hésiter.</p> +<p><i>Barre</i> (<a href="#p063">p 63</a>), pièce du +blason qui indique la bâtardise. Au lieu de cela, Villon +donne au bâtard de La Barre trois dés pipés +pour mettre dans son écusson.</p> +<p>BASANYER, <a href="#p074">74.</a></p> +<p><i>Bas mestier</i>, acte amoureux.</p> +<p><i>Baston</i>, <a href="#p156">156.</a> Nom des armes +portatives en général. On a dit plus tard +«baston à feu».</p> +<p><i>Batture</i>, action de battre. <a href="#p071">71,</a> <a +href="#p115">115.</a></p> +<p>BAULDE (<i>frère</i>). <a href="#p067">67.</a></p> +<p><i>Baulde</i>, réjouie. <a href="#p067">67.</a></p> +<p><i>Bauldray</i>, donnerai.</p> +<p><i>Bave</i>, bavardage. <a href="#p180">180.</a></p> +<p><i>Baver</i>, bavarder.</p> +<p><i>Baverie</i>, bavardage, vaines promesses.</p> +<p>Baye, ouverte. <a href="#p165">165.</a></p> +<p>BEAULNE. <a href="#p193">193,</a> <a href="#p207">207.</a></p> +<p><i>Beffray</i>, beffroi.</p> +<p>BÉGUINES, <a href="#p066">66.</a></p> +<p><i>Béjaulne</i>, niais. <a href="#p193">193.</a></p> +<p><i>Belin</i>, mouton. <a href="#p070">70.</a></p> +<p>BELLEFAYE (<i>Martin</i>), p. <a href="#p096">96,</a> à +qui Villon donne le titre de lieutenant criminel, était +conseiller au Parlement de Paris.</p> +<p>BELLET, <a href="#p118">118.</a></p> +<p><i>Benoist</i>, béni.</p> +<p><i>Benoistier</i>, bénitier.</p> +<p><i>Bergeronnette</i>, chanson rustique. <a href= +"#p091">91.</a></p> +<p><i>Berlan</i>, brelan. <a href="#p087">87.</a></p> +<p>BERTHE <i>au grand pied</i> (<a href="#p034">p. 34,</a> v. 19) +fut mère de Charlemagne.</p> +<p><i>Besongner</i>, travailler. <a href="#p118">118.</a></p> +<p><i>Besongnettes</i>, affaires d'amour.</p> +<p><i>Betourner</i>, dompter, abattre. <a href= +"#p108">108.</a></p> +<p><i>Bière</i> (en), mort, enseveli.</p> +<p>BIETRIS (<a href="#p034">p. 34,</a> v. 19), Béatrix de +Provence, mariée à Charles de France, fils de Louis +VIII. (Pr.)</p> +<p>BIETRIX, <a href="#p118">118.</a></p> +<p><i>Billart</i>, bâton recourbé avec lequel on +jouait à la crosse.</p> +<p>BILLY (<i>la tour de</i>), <a href="#p073">73.</a></p> +<p><i>Bisagüe</i>, besaiguë.</p> +<p><i>Bise</i>, brune. <a href="#p079">79.</a></p> +<p><i>Blanc</i>, <a href="#p015">15,</a> <a href="#p048">48,</a> +monnaie d'argent qui, du temps de Villon, valait douze +deniers.</p> +<p>BLANCHE. Prompsault dit que la reine Blanche dont il est +question <a href="#p034">p. 34,</a> v. 17, était Blanche +de Bourbon, mariée en 1352 à Pierre le Cruel. M. P. +L. pense qu'il s'agit plutôt de Blanche de Castille, +mère de saint Louis.</p> +<p>BLANCHE LA SAVETIÈRE, <a href="#p042">42.</a></p> +<p><i>Blason</i>, conversation, beau parler. <a href= +"#p189">189,</a> <a href="#p196">196.</a></p> +<p><i>Blasonner</i>, vanter, bavarder, se moquer. <a href= +"#p201">201,</a> <a href="#p206">206.</a></p> +<p><i>Bloquer</i>, donner de l'argent. <a href= +"#p175">175.</a></p> +<p>BOESMES, <a href="#p118">p. 118.</a> «La faute des +Boesmes», c'était l'hérésie des +Bohémiens, sectateurs de Jean Hus et de +Jérôme de Prague.</p> +<p><i>Boillon</i>, <a href="#p054">p. 54.</a> Le <i>boullon</i> +ou <i>bouillon</i> est l'endroit de la rivière où +l'eau forme un tournant. On dit encore, dans le langage trivial, +<i>boire un bouillon</i>, c'est à dire: courir le risque +d'être englouti dans une mauvaise affaire. (P. L.)</p> +<p><i>Boiture</i>, boisson <a href="#p052">52.</a></p> +<p><i>Bonne</i>. «Cy suspendy et cy mis bonne», <a +href="#p017">p.17.</a> Prompsault interprète <i>bonne</i> +par <i>borne</i>. M P. Lacroix suppose que cette expression +équivaut à <i>mettre en panne</i>.</p> +<p><i>Bonne alleure</i>, promptement.</p> +<p><i>Bordeaulx</i>, lieux de prostitution. <a href= +"#p077">77.</a></p> +<p><i>Bort</i>, bordure. <a href="#p136">136.</a></p> +<p><i>Bouffé</i>, soufflé, emporté par un +souffle. (<a href="#p036">P. 36,</a> v. 19.)</p> +<p><i>Bouges</i>, chausses, culottes.</p> +<p><i>Bouhourder</i>, lutter à armes courtoises. <a href= +"#p119">119.</a></p> +<p><i>Boullon</i>, bouillon, tourbillon.</p> +<p><i>Boulluz</i>, bouillis. <a href="#p056">56.</a></p> +<p>BOULOGNE, <a href="#p009">9.</a></p> +<p>BOURBON. Le gracieux duc de Bourbon (<a href="#p055">p. 55</a> +v. 9) est Jean Ier, mort en 1456. Voy. <a href="#p115">p. +115,</a> et <i>notes</i>.</p> +<p><i>Bourde</i>, mensonge, <a href="#p111">111.</a></p> +<p><i>Bourder</i>, mentir.</p> +<p>BOURG-LA-ROYNE, <a href="#p065">65.</a></p> +<p>BOURGES, <a href="#p068">68,</a> <a href="#p076">76.</a></p> +<p>BOURGUIGNON (Pierre), <a href="#p060">60.</a></p> +<p>BOURGUYGNONS. <a href="#p171">171.</a></p> +<p><i>Bourreletz</i>, sorte de coiffure. <a href= +"#p033">33.</a></p> +<p><i>Bourse</i>. «Les bourses des dix-et-huit clers» +(<a href="#p072">p. 72</a>). Le collège des +<i>Dix-huit</i>, où l'on recevait les étudiants +trop pauvres pour pourvoir à leurs besoins, était +situé, suivant M. P. L, devant le collège de +Clugny, sur l'emplacement actuel de l'église de la +Sorbonne.</p> +<p><i>Bouter</i>, mettre. <a href="#p146">146,</a> <a href= +"#p148">148,</a> <a href="#p193">193.</a>—frapper, pousser. +<a href="#p161">161.</a> <i>Bouter soubz le nez</i>, <a href= +"#p037">p.37,</a> manger et boire.</p> +<p><i>Boyser</i>, travailler le bois. <a href="#p064">64.</a></p> +<p><i>Bracquemart</i>, épée courte et large.</p> +<p><i>Braire</i>, crier. <a href="#p198">198.</a></p> +<p><i>Brairie</i>, cris. <a href="#p152">152.</a></p> +<p><i>Branc</i>, sorte d'épée.</p> +<p><i>Brayes,</i> chausses, culottes.</p> +<p><i>Brelare Bigod</i> (<a href="#p082">p. 82</a>), sorte de +juron en allemand corrompu: <i>Verloren, bey Gott!</i></p> +<p>BREAAOIRE, Bressuire. <a href="#p052">52.</a></p> +<p>BRETAIGNE, <a href="#p062">62.</a></p> +<p>BRETONS, <a href="#p153">153,</a> <a href="#p154">154,</a> <a +href="#p157">157.</a></p> +<p><i>Brettes</i>, Bretonnes. <a href="#p080">80.</a></p> +<p><i>Brief</i>, brièvement. <a href="#p196">196.</a></p> +<p><i>Broiller</i>, <a href="#p087">p. 87</a> M. P. L. dit que +cela signifiait jouer des <i>imbroglios</i>, des scènes +comiques.</p> +<p><i>Broillerie</i>, désordre.</p> +<p><i>Broises, brossillons</i>, broussailles. <a href= +"#p099">99.</a></p> +<p><i>Brouaille</i>, <a href="#p148">148,</a> me paraît +synonyme de <i>brodier, broudier</i>, anus.</p> +<p><i>Brouillez</i>, en désordre, embrouillés. <a +href="#p002">2</a></p> +<p><i>Broust</i>, nourriture, subsistance. <a href= +"#p174">174.</a></p> +<p><i>Brouter</i>, manger. <a href="#p063">63.</a></p> +<p>BROYER à moustarde, mortier. <a href= +"#p017">17.</a></p> +<p>BRUCIENNES, Prussiennes. <a href="#p080">80.</a></p> +<p>BRUNBAU (<i>Philip</i>), <a href="#p097">97.</a></p> +<p><i>Bruire</i>, faire du bruit.</p> +<p><i>Bruit, bruyt</i>, renommée, réputation <a +href="#p009">9,</a> <a href="#p176">176.</a></p> +<p>BRUYÈRES (Mlle de), <a href="#p079">79.</a></p> +<p>BUEIL, <a href="#p152">p. 152.</a> Selon M. P. L., c'est Jean +de Beuil, comte de Sanceire, qui succéda comme amiral +à Prégent de Coëtivy.</p> +<p><i>Buffe</i>, soufflet. <a href="#p194">194.</a></p> +<p><i>Bulle (Carmeliste)</i>, <a href="#p010">10</a> Voy. +DÉCRET. Les porteurs de bulles (<a href="#p087">p. 87</a>) +étaient des ecclésiastiques ou des officiers du +Saint-Siège, qui venaient quêter et vendre des +indulgences au nom du pape dans les pays catholiques. Mais ils ne +pouvaient plus être admis en France sans un ordre du roi; +les privilèges de l'Église gallicane ou de la +Pragmatique-Sanction s'opposaient à ces collectes papales, +qui avaient tant appauvri la chrétienté an moyen +âge. (P.L.)</p> +<p><i>Bureaux</i>, vêtements de bure. <a href= +"#p032">32.</a></p> +<p>BURIDAN, <a href="#p034">34.</a> C'était une tradition +bien établie parmi les écoliers de +l'Université de Paris, qu'une reine de France avoit fait +de la Tour de Nesle, située au bas de la Seine, sur +l'emplacement du palais de l'Institut, le théâtre de +ses débauches nocturnes. Elle attirait chez elle tous les +passants, et surtout les écoliers, qui lui plaisaient; +puis, son caprice satisfait, elle les faisait tuer et jeter dans +la rivière. Buridan eut le bonheur d'échapper +à la mort, et il inventa ce fameux sophisme, qui devait +être sa vengeance et sa justification: «Il est permis +de tuer une reine si c'est nécessaire.» Villon est +le plus ancien auteur qui ait parlé de cette tradition. +Gaguin, dans son <i>Compendium</i> des Annales de France, l'a +rapportée ensuite avec plus de détail. Quoi qu'il +en soit, les trois brus de Philippe le Bel furent accusées +d'adultère, et l'une d'elles, Marguerite de Bourgogne, +femme de Louis le Hutin, fut étranglée dans sa +prison, en 1314, par ordre du roi. Quant à Buridan, il +devint un des plus célèbres professeurs de +l'Université de Paris, et fut exilé de France comme +disciple d'Ockan. Il se retira en Autriche, où il continua +de professer la philosophie nominaliste. (P. L.)</p> +<p><i>Butor</i>, <a href="#p122">p. 122.</a> Espèce de +héron, oiseau aquatique. On croyait au moyen âge +qu'il restait enfoui dans la vase, au fond de l'eau, durant +l'hiver. (P. L.)</p> +<p><b>————— C +—————</b></p> +<p><i>Caquetoeres</i>, caqueteuses, bavardes. <a href= +"#p080">80.</a></p> +<p><i>Cadès</i>, juge, cadi. <a href="#p026">26.</a></p> +<p><i>Caige-vert</i>, <a href="#p067">67.</a> Pr. suppose que +c'était un nom donné aux filles publiques M. P. L. +rappelle, à l'appui de cette opinion, qu'une +célèbre maison de débauche, à +Toulouse, était appelée Châtel-vert.</p> +<p>CALIXTE (<i>te tiers</i>), <a href="#p035">35.</a> Calixte +III, élu pape le 8 avril 1455, siégea trois ans et +quatre mois. (Pr.)</p> +<p>CALLAISIENNES, <a href="#p081">8l.</a></p> +<p><i>Canceler</i>, <a href="#p093">93.</a> Barrer, annuler. +(Pr). Authentiquer, légaliser. (P. L.)</p> +<p><i>Canettes</i>, canes. Ferrer les oies et les canes (<a href= +"#p092">p. 92</a>) est quelque chose comme «mener les +poules pisser.»</p> +<p><i>Capitaine du Pont à Billon</i>, <a href= +"#p179">179.</a> Les crocheteurs, gueux et mendiants qui se +mettaient sur le pont au Change, le nommaient alors le <i>pont +à Billon</i>. (Pr.)</p> +<p><i>Cappel</i>, chapeau. <a href="#p105">105.</a></p> +<p>CARDON (<i>Jacques</i>), <a href="#p091">91.</a></p> +<p>CARMES, <a href="#p175">175.</a></p> +<p>CARMES (<i>l'hostel des</i>), <a href="#p067">67.</a></p> +<p><i>Carre</i>, dimension. «Trois detz plombez de bonne +carre.» (<a href="#p063">P. 63,</a> v. 27.)</p> +<p>CARTAIGE, Carthage, <a href="#p120">120.</a></p> +<p>CARTES <i>à jouer</i>, <a href="#p063">63.</a></p> +<p>CASSANDRE, <a href="#p110">110.</a></p> +<p>CASTELLANES, Castillanes, <a href="#p080">80.</a></p> +<p>CATON, <a href="#p109">109.</a></p> +<p><i>Caut</i>, habile, prudent. <a href="#p172">172.</a></p> +<p><i>Caver</i>, creuser. <a href="#p102">102.</a></p> +<p><i>Caymant</i>, mendiant. <a href="#p060">60.</a></p> +<p><i>Céans,</i> ici dedans.</p> +<p><i>Ceau</i>, seau. <a href="#p015">15.</a></p> +<p>CECILLE, Sicile. <a href="#p074">74.</a></p> +<p><i>Ceincture</i>, virginité. <a href= +"#p068">68.</a></p> +<p>CELESTINS, <a href="#p030">30,</a> <a href="#p082">82,</a> <a +href="#p098">98.</a></p> +<p><i>Celle</i>, cette. <a href="#p104">104.</a></p> +<p><i>Cendal</i>, <a href="#p068">68.</a> Etoffe de soie +orientale, ordinairement rouge. (P. L.)</p> +<p><i>Ceps</i>, <a href="#p013">13.</a> Fers qu'on mettait aux +pieds des prisonniers.</p> +<p>CERBERUS, Cerbère, le chien qui garde la porte des +enfers. <a href="#p046">46.</a></p> +<p><i>Cervoise</i>, <a href="#p048">48.</a></p> +<p>CÉSAR (<i>Jules</i>), <a href="#p120">120.</a></p> +<p><i>Chaille (ne leur)</i>, qu'ils ne s'en inquiètent +pas. <a href="#p073">P. 73.</a></p> +<p><i>Chambres, privés</i>. <a href="#p204">204.</a></p> +<p>CHAMBRE AUX DENIERS, <a href="#p089">89.</a></p> +<p>CHAMP-TOURCÉ, <a href="#p151">151.</a> Chantocé +ou Champtocé, village du département de +Maine-et-Loire.</p> +<p><i>Chandeaux</i>, vers louangeurs (?). <a href= +"#p112">112.</a></p> +<p>CHANGON, voy. <i>moutonnier</i>.</p> +<p><i>Chapeau de laurier</i>, couronne. <a href= +"#p002">2.</a></p> +<p>CHAPPELAIN (<i>le</i>), <a href="#p093">p. 93,</a> +était quelque ami de Villon qui portait ce surnom. Villon +lui lègue sa chapelle à simple tonsure (<a href= +"#p093">p. 93,</a> v. 2). Le bénéfice à +simple tonsure, selon Pr., était destiné à +des clercs étudiants, et n'exigeait pas beaucoup +d'instruction.</p> +<p><i>Chappin</i>, savate (?). <a href="#p061">61.</a></p> +<p>CHARLEMAGNE, <a href="#p035">35.</a></p> +<p>CHARLES (<i>le grand</i>), Charlemagne. <a href= +"#p024">24.</a></p> +<p>CHARLES VII, roi de France, mort en 146l, pendant le +séjour de Villon dans la prison de Meung, p. <a href= +"#p035">35.</a></p> +<p>CHARRUAU (<i>Guillaume</i>), <a href="#p061">61.</a></p> +<p>CHARTIER (<i>Alain</i>), <a href="#p091">91.</a></p> +<p>CHARTREUX, <a href="#p031">31,</a> <a href="#p082">82,</a> <a +href="#p098">98.</a></p> +<p><i>Chascun Poicdenaire</i>, <a href="#p171">171.</a> +Personnification de tous ceux qui n'ont pas d'argent.</p> +<p><i>Chastoy</i>, correction, châtiment. <a href= +"#p085">85,</a> <a href="#p142">142.</a></p> +<p><i>Chat</i> «qui hayt pescher», qui a horreur de +l'eau. <a href="#p076">P. 76.</a></p> +<p><i>Chault (il ne m'en)</i>, je m'en moque. <a href= +"#p056">56,</a> <a href="#p157">157.</a></p> +<p><i>Chef</i>, tête. <a href="#p094">94.</a></p> +<p><i>Chenu</i>, vieux, blanchi par l'âge. <a href= +"#p040">40.</a></p> +<p><i>Cheoir</i>, tomber. <a href="#p111">111.</a></p> +<p><i>Chère, chière</i>, mine, visage. — +<i>Chère lye</i>, <a href="#p187">187,</a> mine +joyeuse.—<i>Chère marrie</i>, <a href= +"#p194">194,</a> air de mauvaise humeur.—<i>Chère +meslée</i>, <a href="#p169">169,</a> visage +renfrogné.—<i>Chère rebourse</i>, mine +refrognée.</p> +<p><i>Cherme</i>, charme, <a href="#p058">58.</a></p> +<p><i>Chet</i>, tombe. <a href="#p117">117.</a></p> +<p><i>Cheu</i>, tombé.</p> +<p>CHEVAL BLANC, enseigne(?), <a href="#p060">60.</a></p> +<p>CHEVALIER DU GUET. <a href="#p092">92.</a></p> +<p><i>Chevance</i>, avoir, argent, capital. <a href= +"#p028">28,</a> <a href="#p089">89.</a></p> +<p><i>Chevaulcher</i>, faire l'acte amoureux. <a href= +"#p016">16.</a></p> +<p><i>Chevaucheur</i>, celui qui va à cheval. <a href= +"#p047">47.</a></p> +<p><i>Chevir</i>, venir à bout, se tirer d'affaire. <a +href="#p184">184.</a></p> +<p><i>Chière</i>, voy. <i>Chère</i>.</p> +<p><i>Chiet</i>, tombe.</p> +<p>CHOLLET, <a href="#p064">64.</a></p> +<p><i>Chosettes</i>, petites choses, caresses amoureuses.</p> +<p>CHYPRE. Le roi de Chypre mentionné <a href="#p036">p. +36,</a> v. 17, serait, selon Le Duchat, Pierre de Lusignan, qui +vivait dans le XIVe siècle. Pr. croit qu'il s'agit +plutôt de Guy de Lusignan, mort en 1194.</p> +<p><i>Cil</i>, celui, <a href="#p095">95,</a> <a href= +"#p111">111.</a></p> +<p><i>Clamer</i>, appeler, crier. <a href="#p102">102.</a></p> +<p><i>Claqdent</i>, <a href="#p176">176.</a> Pays des gueux, +à qui le froid fait claquer les dents. Plus tard on y fit +voyager les malades qu'on traitait par le mercure. Leur +itinéraire obligé était par <i>Surie, +Bavière</i> et <i>Claquedent</i>.</p> +<p>CLAQUIN, <i>le bon Breton</i> (<a href="#p036">p. 36</a>), +Bertrand Du Guésclin, mort en 1380.</p> +<p><i>Clercs, clers</i>, savants, hommes instruits. <a href= +"#p071">71,</a> <a href="#p120">120.</a>—écoliers, +étudiants, <a href="#p015">15,</a> <a href= +"#p086">86</a>;—garçons de divers métiers. +Les <i>clers Eolus</i>, <a href="#p123">p. 123,</a> sont les +vents. Les garçons d'hôtellerie sont appelés +clercs, <a href="#p207">p. 207.</a> Quand on dit de nos jours un +<i>clerc de perruquier</i>, par exemple, on fait une plaisanterie +qui n'est pas nouvelle.</p> +<p><i>Cler</i>, clair, pur. <a href="#p056">56,</a> <a href= +"#p106">106.</a></p> +<p><i>Clergeon</i>, écolier, petit clerc d'homme de loi. +<a href="#p011">11,</a> <a href="#p071">71</a></p> +<p><i>Cliquepatins</i>, <a href="#p098">98,</a> +traîne-savates. (LeDuchat.)</p> +<p><i>Clorre</i>, clore, fermer.</p> +<p>CLOTAIRE, <a href="#p105">105.</a></p> +<p>CLOVIS, <a href="#p106">106.</a></p> +<p><i>Coettes</i>, lits de plume (<a href="#p064">p. 64</a>). Ce +mot paraît être employé ici dans un autre +sens.</p> +<p><i>Coing</i>, le coin qui sert à battre monnaie. <a +href="#p068">8.</a></p> +<p><i>Cointe</i>, jolie, gentille. <a href="#p147">147.</a></p> +<p>COLIN DE CAYEULX, <a href="#p086">86.</a></p> +<p>COLIN GALERNE, <a href="#p085">85.</a></p> +<p><i>Collatérales (espèces)</i>, <a href= +"#p018">18.</a> Termes d'école, qui signifient les +facultés dépendantes de la mémoire. (P. +L.)</p> +<p>COLOMBEL, <a href="#p096">96.</a></p> +<p><i>Com</i>, comme.</p> +<p><i>Combien que</i>, bien que, quoique.</p> +<p>COMBRAYE (<i>le seigneur de</i>). <a href="#p199">199.</a></p> +<p><i>Commander</i>, recommander. <a href="#p163">163.</a></p> +<p><i>Commens</i>, Commentaires. <a href="#p025">25.</a></p> +<p><i>Compaings</i>, compagnons.</p> +<p><i>Compasser</i> (?). <a href="#p171">171.</a></p> +<p><i>Complaindre (se)</i>, se plaindre, se lamenter. <a href= +"#p120">120,</a> <a href="#p140">140.</a></p> +<p><i>Conclure</i>, vaincre dans la dispute, mettre à bout +d'arguments. <a href="#p081">8l,</a> v. 2.</p> +<p><i>Congnoistre (soy)</i>, se reconnaître <a href= +"#p160">160.</a></p> +<p><i>Conjoindre</i>, réunir. <a href="#p064">64.</a></p> +<p><i>Conseiller</i>, agir avec prudence. <a href="#p007">P. +7,</a> v. 5.</p> +<p>CONSTANTINOBLES. L'empereur de Constantinople, <i>aux poings +dorez</i>, dont parle Villon (<a href="#p036">p. 36,</a> v. 22), +serait, selon M. Pr., l'empereur Basile, souverain +très-libéral.</p> +<p><i>Conte</i>, comte. <a href="#p135">135.</a></p> +<p><i>Contemplation</i>, employé dans un sens +équivoque. <a href="#p066">66.</a></p> +<p><i>Contendre</i>, disputer. <a href="#p078">78.</a></p> +<p><i>Contraict</i>, déformé, recourbé, +<i>contracté</i>. <a href="#p041">41.</a></p> +<p><i>Contregarder</i>, garder. <a href="#p203">203.</a></p> +<p><i>Contrepoint (entendre le)</i>, être habile. <a href= +"#p196">196.</a></p> +<p><i>Convenir</i>, falloir. <a href="#p038">38,</a> <a href= +"#p185">185.</a></p> +<p><i>Convint</i>, couvent. <a href="#p037">37.</a></p> +<p><i>Convoyer</i>, convier. <a href="#p197">197.</a></p> +<p><i>Coquart</i>, coq. <a href="#p049">49.</a></p> +<p><i>Corbillon</i>, panier. <a href="#p113">113.</a></p> +<p>CORDELIERS, <a href="#p175">175,</a> <a href= +"#p179">179.</a></p> +<p><i>Cordoen</i>, cuir. <a href="#p023">23,</a> <a href= +"#p139">139.</a></p> +<p><i>Cordouennier</i>, ouvrier en cuir, cordonnier.</p> +<p>CORNU (<i>Jean</i>), <a href="#p059">59.</a></p> +<p>COTARD (<i>Jehan</i>), <a href="#p022">22,</a> <a href= +"#p068">68.</a> Le procureur en cour d'Église qui +défendit Villon lors de son premier procès, en +1456.</p> +<p><i>Cotteret</i>, cotret. <a href="#p207">207.</a></p> +<p><i>Coucher</i>, mettre au jeu. «Qui pour si peu couche +tel gage.» <a href="#p086">P. 86.</a></p> +<p><i>Couiltart</i>, coulart, canon à main, long et mince. +Employé dans un sens équivoque. <a href= +"#p153">153.</a></p> +<p><i>Coullon</i>, p. <a href="#p099">99,</a> rime avec +<i>vermillon, carillon, Villon</i>, ce qui donne assez clairement +le sens du mot et la façon dont se prononçait le +nom du poëte.</p> +<p><i>Courage</i>, coeur. <a href="#p107">P. 107,</a> v. 18.</p> +<p>COURAULT (Jehan), <a href="#p077">77.</a></p> +<p><i>Courre</i>, courir. <a href="#p065">P. 65.</a></p> +<p><i>Coursé</i>, fâché, courroucé. <a +href="#p037">37,</a> <a href="#p151">151.</a></p> +<p><i>Courtault</i>, <a href="#p154">154.</a> Canon portatif. +Employé dans un sens équivoque.</p> +<p><i>Courtissain</i>, courtisan. <a href="#p173">173.</a></p> +<p><i>Coustelez</i>, <a href="#p171">171.</a> M. P. L. traduit ce +mot par armés.</p> +<p><i>Coute</i>, coude. <a href="#p135">135.</a></p> +<p><i>Coutel</i>, couteau.</p> +<p>CRAON, <a href="#p152">152.</a></p> +<p><i>Créance</i>, croyance, opinion. <a href= +"#p114">114.</a></p> +<p><i>Crepelle</i>, coupelle. «Argent de crepelle» +(<a href="#p048">p. 48</a>), argent épuré.</p> +<p>CRÈTE, <a href="#p046">46.</a></p> +<p><i>Creu</i>, grandi, accru. <a href="#p070">70.</a></p> +<p><i>Croire</i>, faire crédit, prendre à +crédit, parfois en donnant un gage. <a href="#p159">P. +159,</a> v. 26-27.</p> +<p><i>Croix</i>, argent. Ce que Villon appelle +irrévérencieusement <i>la vraie croix</i> (<a href= +"#p115">p. 115</a>-116), c'était la marque empreinte sur +la plupart des monnaies du temps, et qui a été +depuis remplacée par l'effigie du prince. <i>Pile</i> +désignait le revers. On joue encore à <i>pile ou +face.</i> «Sans croix ne pile», sans argent.</p> +<p><i>Croppetons (à)</i>, accroupi. <a href= +"#p041">41.</a></p> +<p>CROSSE (la), <a href="#p015">15.</a> M. Prompsault croit qu'il +s'agit d'une potence.</p> +<p><i>Crostes</i>, croûtes. <a href="#p098">98.</a></p> +<p><i>Cry</i>, <a href="#p168">168,</a> cri d'armes.</p> +<p>CUEUR (<i>Jacques</i>), <a href="#p032">32.</a></p> +<p><i>Cuider</i>, croire.</p> +<p>CULDOU (<i>Michault</i>), <a href="#p072">72.</a></p> +<p><i>Curatez</i>, curés. <a href="#p180">180.</a></p> +<p><i>Cure</i>, soin, souci.</p> +<p>CURES, <a href="#p152">152.</a></p> +<p><i>Cuveaulx</i>, cuviers, baquets. <a href="#p077">77</a></p> +<p><i>Cuyder</i>, croire.</p> +<p><i>Cuyderaulx d'amours</i>, <a href="#p098">98,</a> jeunes +vaniteux, selon Pr.; M. P. L. rapproche de cette locution celle +de «cuydeurs de vendanges», employée par +Rabelais (<i>Gargantua</i>, ch. 25).</p> +<p><i>Cy</i>, ici.</p> +<p><i>Cy pris, cy mis</i>, donnant, donnant. <a href= +"#p191">191.</a></p> +<p><i>Cymballer</i>, jouer des cymbales. <a href= +"#p087">87.</a></p> +<p><b>————— D +—————</b></p> +<p><i>Damoiselin</i>, de damoiseau.</p> +<p><i>Danger</i> <a href="#p119">119.</a> «A danger +emprunter argent», c'était, si je ne me trompe, +emprunter à dix pour cent.</p> +<p><i>Dangier</i>, danger, péril. <a href= +"#p008">8.</a></p> +<p>DAUPHIN (le), <a href="#p024">24.</a> Joachim de France, fils +de Louis XI et de Charlotte de Savoie, sa seconde femme, mourut +en bas âge.</p> +<p>DAULPHIN <i>de Vienne et de Grenobles</i> (<a href="#p037">p. +37</a>). Le Dauphin de Viennois résidait à +Grenoble. (Pr.)</p> +<p>DAVID (<a href="#p046">p. 46,</a> v. 11). Jolie allusion +à son amour pour Bethsabée.</p> +<p><i>Dea!</i> exclamation: Dame!</p> +<p><i>Débouté</i>, rebuté. <a href= +"#p110">110.</a></p> +<p><i>Debteur</i>, débiteur. <a href="#p096">96.</a> +Villon, comme on le fait encore souvent, emploie ce mot dans le +sens de <i>créancier</i>.</p> +<p><i>Debuer</i>, laver, lessiver. <a href="#p102">102.</a></p> +<p><i>Déchasse</i>, banni, chassé, <a href= +"#p010">10.</a></p> +<p>DÉCRET <i>Omnis utriusque sexus</i>, <a href= +"#p010">10.</a> Ce décret a été porté +par le quatrième concile de Latran, tenu en 1215. Il +ordonne à tous les chrétiens de l'un et de l'autre +sexe de confesser leurs péchés à leur propre +pasteur, au moins une fois l'an. En 1489, les religieux mendiants +obtinrent de Nicolas V une bulle datée de Pisé, 2 +octobre, qui leur donnait le pouvoir de confesser, au +préjudice des droits des curés, établis par +le canon que nous venons de citer. L'Université se leva +contre, tint plusieurs assemblées, dans l'une desquelles +les Mendiants furent exclus de son sein. Les évêques +de France se joignirent à elle. Des députés +furent envoyés à Rome, et en rapportèrent +une bulle de Calixte III qui révoquait celle de Nicolas V. +Cette affaire était à peine terminée, ou +même ne l'était pas encore, quand Villon composait +son Petit Testament. Témoin du zèle chaleureux des +curés de Paris, il leur lègue le canon <i>Omnis</i> +pour le remettre en vigueur. (Pr.)</p> +<p>DEDALUS, Dédale. Sa «court» (<a href= +"#p122">p. 122,</a> v. 7) était son célèbre +labyrinthe, où il fut enfermé lui-même.</p> +<p><i>Dedans</i>, d'ici à... «Dedans ces +Pasques.» (<a href="#p012">P. 12,</a> V. 4.)</p> +<p><i>Dédié</i>, consacré. «Et +à bonnes moeurs dédié» (<a href= +"#p029">p. 29,</a> v. 5).</p> +<p><i>Deffaçon</i>, ruine, destruction. <a href= +"#p008">8,</a> <a href="#p058">58.</a></p> +<p><i>Deffuyr</i>, éviter, négliger. <a href= +"#p084">84.</a></p> +<p><i>Dejeter</i>, retirer. <a href="#p054">54.</a></p> +<p><i>Delivre</i>, quitte, libéré. <a href= +"#p181">181.</a></p> +<p><i>Demener</i>, mener, faire, gouverner, <a href= +"#p032">32,</a> <a href="#p083">83,</a> <a href= +"#p109">109.</a></p> +<p><i>Demonstrance</i>, démonstration. <a href= +"#p186">186.</a></p> +<p><i>Demourant (le)</i> le reste.</p> +<p><i>Demourée</i>, retard, séjour. <a href= +"#p191">191.</a></p> +<p><i>Demourra</i>, restera. <a href="#p032">32.</a></p> +<p><i>Demourroit</i>, resterait. <a href="#p121">121.</a></p> +<p><i>Demy-ceinct</i>, p. <a href="#p033">33</a> «Ceinture +d'argent avec des pendants auxquels on attachait la bourse, les +clefs, etc.» (P. L.)</p> +<p><i>De par</i>, au nom de. <a href="#p009">9.</a></p> +<p><i>Departir</i>, départ. <a href="#p100">P. 100,</a> v. +8.</p> +<p><i>Departir</i>, partir, se séparer. <a href= +"#p009">9,</a> <a href="#p142">142,</a> <a href="#p196">196,</a> +<a href="#p204">204,</a> <a href="#p205">205.</a></p> +<p><i>Departir</i>, donner en partie, accorder une part. <a href= +"#p009">9,</a> v. 3.</p> +<p><i>Deporter</i> (se), cesser, renoncer. <a href= +"#p109">109.</a></p> +<p><i>Desbriser</i>, maltraiter, martyriser. <a href= +"#p007">7.</a></p> +<p><i>Deschaulx</i>, nu-pieds. <a href="#p092">P. 92</a></p> +<p><i>Desclos</i>, ouvert.</p> +<p><i>Desconfire</i>, ruiner, détruire. <a href= +"#p103">103,</a> <a href="#p106">106.</a></p> +<p><i>Descrier</i>, décrier, <a href="#p042">42,</a> est +dit des monnaies dont on interdisait la circulation par un cri +public.</p> +<p><i>Descrire</i>, écrire, rapporter. <a href= +"#p146">146.</a></p> +<p><i>Deshait</i>, <a href="#p083">83,</a> dispute, +désappointement.</p> +<p><i>Desmarcher</i>, reculer. <a href="#p158">158.</a></p> +<p><i>Desnué</i>, dépouillé. <a href= +"#p014">14,</a> <a href="#p208">208.</a></p> +<p><i>Despartir (se)</i>, se séparer. <a href= +"#p044">44.</a></p> +<p><i>Despendre</i>, dépenser.</p> +<p><i>Despendu</i>, dépensé. <a href= +"#p028">28.</a></p> +<p><i>Desperance</i>, désespoir. <a href= +"#p122">122.</a></p> +<p><i>Despiter</i>, défier. <a href="#p048">48.</a></p> +<p><i>Despiteux</i>, querelleur, hargneux. <a href= +"#p031">31.</a></p> +<p><i>Despourveu</i>, dépourvu. <a href= +"#p014">14.</a></p> +<p><i>Desprins</i>, dépourvu, <a href="#p015">15.</a></p> +<p><i>Despriser</i>, déprécier. <a href= +"#p116">116.</a></p> +<p><i>Desplaisance</i>, déplaisir.</p> +<p><i>Desroquer</i>, <a href="#p175">175,</a> pour +<i>dérocher</i>, terme de fauconnerie, qui signifie forcer +la bête. (P. L.)</p> +<p><i>Dessaisiner (se)</i>, se dessaisir. <a href= +"#p072">72.</a></p> +<p><i>Dessiré</i>, déchiré. <a href= +"#p148">148.</a></p> +<p><i>Destaindre</i>, éteindre. <a href= +"#p167">167.</a></p> +<p><i>Destourbier</i>, trouble, embarras. <a href= +"#p016">16.</a></p> +<p><i>Destre</i>, droit. <a href="#p198">198.</a></p> +<p><i>Desveillé</i>, réveillé, +ravivé. <a href="#p018">18.</a></p> +<p><i>Desvier</i>, dévier. <a href="#p091">91.</a></p> +<p><i>Desvoyé</i>, <a href="#p156">156,</a> +égaré, écarté de votre +bannière. (P. L.)</p> +<p><i>Detrayner</i>, maltraiter. <a href="#p040">40.</a></p> +<p><i>Détrenché</i>, coupé, haché. <a +href="#p143">143.</a></p> +<p><i>Detterrer (se)</i>, perdre ses terres. <a href= +"#p185">185.</a></p> +<p><i>Detz</i>, doigts. <a href="#p026">26.</a></p> +<p><i>Detz</i>, dés. <a href="#p063">63.</a></p> +<p><i>Deul</i>, chagrin, deuil. <a href="#p108">108.</a></p> +<p><i>Deul (je me)</i>, je me plains. <a href="#p008">8.</a></p> +<p><i>Devaller</i>, descendre <a href="#p185">185.</a></p> +<p><i>Devant</i>, ci-devant. <a href="#p007">P. 7,</a> v. 9.</p> +<p><i>Dévier</i>, sortir de sa voie, mourir. <a href= +"#p059">59,</a> <a href="#p110">110.</a></p> +<p><i>Dextre</i>, droit, droite.</p> +<p>DIDO, Didon. <a href="#p086">86,</a> <a href= +"#p110">110.</a></p> +<p><i>Die</i>, dise. <a href="#p103">103.</a></p> +<p><i>Diffame</i>, déshonneur. <a href="#p044">44,</a> <a +href="#p086">86.</a></p> +<p><i>Diffinir</i>, définir, expliquer. <a href= +"#p093">93.</a></p> +<p>DIJON, <a href="#p037">37.</a></p> +<p><i>Dilation</i>, retard, délai. <a href= +"#p179">179.</a></p> +<p>DIOMEDÈS, <a href="#p026">26</a></p> +<p><i>Discordez</i>, désunis. <a href="#p106">106.</a></p> +<p><i>Ditz</i>, propos, discours. <a href="#p043">43.</a></p> +<p><i>Diviser</i>, causer, parler. <a href="#p169">169.</a></p> +<p>DIX ET HUICT (les), <a href="#p072">72,</a> voy. +<i>Bourse</i>.</p> +<p><i>Doint</i>, donne.</p> +<p><i>Doller</i>, travailler de la dojoire. <a href= +"#p064">64.</a></p> +<p><i>Doncques</i>, donc.</p> +<p><i>D'ond</i>, d'où. <a href="#p114">114,</a> <a href= +"#p156">156.</a></p> +<p>DONNAIT <a href="#p070">70.</a> On appelait <i>Donat</i>, ou +<i>Donet</i>, la grammaire d'Aelius Donatus, intitulée +<i>De octo partibus orationis</i>, laquelle était en usage +dans toutes les universités de l'Europe, et surtout dans +celles de France. (P. L.)</p> +<p>DOUAY, <a href="#p022">22.</a></p> +<p><i>Doubtance</i>, doute. <a href="#p201">201.</a></p> +<p><i>Double</i>, supposition, crainte. <a href="#p043">43,</a> +<a href="#p204">204.</a></p> +<p><i>Doubler</i>, craindre, redouter. <a href= +"#p097">97.</a></p> +<p><i>Doulche</i>, douce. <a href="#p134">134.</a></p> +<p><i>Doulouser (se)</i>, se plaindre, se lamenter. <a href= +"#p032">32,</a> <a href="#p140">140.</a></p> +<p><i>Douver</i>, faire des douves. <a href="#p064">64.</a></p> +<p><i>Douzain</i>, petite monnaie. <a href="#p173">173.</a></p> +<p>DOUZE (sergent des), <a href="#p062">62.</a> Douze sergents +étaient particulièrement attachés au +prévôt de Paris et lui tenaient lieu de garde. +(Pr.)</p> +<p><i>Doye</i>, doive. <a href="#p141">141.</a></p> +<p><i>Drapel</i>, linge. <a href="#p104">104.</a></p> +<p><i>Drapelle</i>, linge, habits. <a href="#p048">48.</a></p> +<p><i>Drapilles</i>, linge, hardes. <a href="#p088">88.</a></p> +<p>DU BOYS. <a href="#p064">64.</a></p> +<p>DU RU (<i>Guillaume</i>). <a href="#p097">97.</a></p> +<p><i>Du tout</i>, entièrement, complètement. <a +href="#p016">16,</a> <a href="#p021">21.</a></p> +<p><b>————— E +—————</b></p> +<p>ECHO, nymphe, <a href="#p034">34,</a> <a href= +"#p110">110.</a></p> +<p><i>Edit</i>, adresse, invention. <a href="#p192">192.</a></p> +<p><i>Effimère</i>, éphémère. <a +href="#p053">53.</a></p> +<p><i>Efforcer</i>, contraindre. <a href="#p104">104.</a></p> +<p><i>Effroyé</i>, <a href="#p156">156,</a> +effarouché, avec un air menaçant. (Pr.)</p> +<p>EGIPTE, Egypte. <a href="#p120">120.</a></p> +<p>EGYPTIENNE (l'), Ste Marie l'Egyptienne, <a href= +"#p015">15.</a></p> +<p><i>El</i>, elle. <a href="#p009">9,</a> <a href= +"#p084">84.</a></p> +<p><i>Embattre</i> (s'), s'abattre. <a href="#p075">75.</a></p> +<p><i>Embesongné</i>, occupé, affairé. <a +href="#p204">204.</a></p> +<p><i>Embler</i>, voler. <a href="#p159">159,</a> <a href= +"#p161">161.</a> Se dérober, <a href="#p211">211.</a></p> +<p><i>Embroché (vin)</i>, mis en perce. <a href= +"#p030">30.</a></p> +<p><i>Emmy</i>, au milieu de.</p> +<p><i>Empescher</i>, <a href="#p071">71,</a> occuper, +embarrasser.</p> +<p><i>Emperier</i>, empereur. <a href="#p036">36.</a></p> +<p><i>Emperière</i>, impératrice, souveraine. <a +href="#p055">55.</a></p> +<p><i>Empire (ciel)</i>, l'empyrée. <a href= +"#p103">103.</a></p> +<p><i>Emprès</i>, auprès de.</p> +<p><i>Emprise</i>, entreprise.</p> +<p><i>Enchanter</i>, ensorceler. <a href="#p117">117.</a></p> +<p><i>Encliner (s')</i>, avoir de l'inclination. <a href= +"#p072">72.</a></p> +<p><i>Enclos</i>, enfermé. <a href="#p106">106.</a></p> +<p><i>Encombrement</i>, tristesse, ennuis. <a href= +"#p144">144.</a></p> +<p>ENFANS PERDUZ <a href="#p085">85,</a> <a href="#p086">86.</a> +Jeunes compagnons de Villon.</p> +<p>ENFANS-TROUVEZ, <a href="#p085">85.</a></p> +<p><i>Enferma</i>, infirmes. <a href="#p091">91.</a></p> +<p><i>Enfondu</i>, <a href="#p016">16.</a> Creux et +décharnez, dit Marot.— Ne pouvant se soutenir. +(Pr.)</p> +<p><i>Engigner</i>, tromper. <a href="#p068">68.</a></p> +<p><i>Engin</i>, esprit, intellect. <a href= +"#p196">196.</a>— Invention, tour d'adresse. <a href= +"#p171">171.</a></p> +<p><i>Engrillonné</i>, attaché avec des menottes. +<a href="#p026">26.</a></p> +<p><i>Enhort</i>, exhortation. <a href="#p025">25.</a></p> +<p><i>Enhorter</i>, exhorter.</p> +<p><i>Enmouflé</i>, chaussé de <i>moufles</i> ou +pantoufles, selon Pr. et M. P. L, Je croirais que cela signifie +plutôt <i>emmitouflé</i>.</p> +<p><i>Enné</i> (<a href="#p082">p. 82</a>), sorte de +juron, parent de <i>enda, parmanenda</i> (par mon âme).</p> +<p><i>Ennuyt</i>, aujourd'hui, ce soir. <a href="#p193">193,</a> +<a href="#p204">204.</a></p> +<p><i>Enquerir</i>, rechercher. <a href="#p035">35.</a></p> +<p><i>Enserré</i>, enfermé. <a href= +"#p015">15.</a></p> +<p><i>Ensuyvre</i>, suivre, imiter. <a href="#p012">2.</a></p> +<p><i>Entandiz</i>, pendant ce temps. <a href="#p112">112,</a> <a +href="#p121">121.</a></p> +<p><i>Entendre</i>, connaître, savoir: «J'entends que +ma mère mourra.» (<a href="#p032">P. 32,</a> v. +25.)</p> +<p><i>Entente</i>, intention, projet. <a href="#p049">49.</a></p> +<p><i>Entour</i>, autour de.</p> +<p><i>Entrepreneur</i>, survenant qui se mêle des affaires +de quelqu'un, qui <i>l'entreprend.</i> <a href= +"#p194">194.</a></p> +<p><i>Entr'oeil</i>, espace entre les deux yeux. <a href= +"#p040">40.</a></p> +<p><i>Envers</i>, à l'envers, renversé. <a href= +"#p111">111,</a> v. 5.</p> +<p><i>Envys</i>, malgré soi. <a href="#p070">70.</a></p> +<p>EOLUS. <a href="#p123">123.</a> Les «clerc Eolus» +sont les sujets de ce dieu, les vents.</p> +<p>ERACE, père de Villon, <a href="#p031">31.</a></p> +<p><i>Erre</i>, voie, chemin. <a href="#p057">57,</a> v. +17.—<i>Grand erre</i>, promptement, tout de suite. <a href= +"#p053">53.</a>—<i>A son erre</i>, en train, en voie. <a +href="#p095">95.</a></p> +<p><i>Ès</i>, aux, dans les.</p> +<p>ESBAILURT, Abailard. <a href="#p034">34.</a></p> +<p><i>Esbatans</i>, joyeux, aimant à s'amuser, à +s'ébattre. <a href="#p072">72.</a></p> +<p><i>Esbatement</i>, amusement. <a href="#p119">119.</a></p> +<p><i>Esbaudiz</i>, privés de joie. <a href= +"#p164">164.</a></p> +<p><i>Escaché</i>, écrasé. <a href= +"#p067">67.</a></p> +<p><i>Escarbouillé</i>, écrasé. <a href= +"#p148">148.</a></p> +<p><i>Eschec et mac (être)</i>, échec et mat. Terme +du jeu d'échecs. <a href="#p205">205.</a></p> +<p><i>Eschever</i>, éviter. <a href="#p088">88.</a></p> +<p><i>Eschoicte</i>, échéance, héritage, <a +href="#p111">111.</a></p> +<p><i>Esclat</i>, <a href="#p083">83,</a> bâton, +échalas.</p> +<p><i>Esclin</i>, <a href="#p169">169.</a> Escalin, petite +monnaie allemande <i>(schilling)</i>.</p> +<p><i>Escollier</i>, étudiant, jeune homme qui suit les +cours de l'Université.</p> +<p><i>Escondire</i>, refuser. <a href="#p104">104.</a></p> +<p>ESCOSSOYS, <a href="#p068">68.</a></p> +<p><i>Escourgeon</i>, sorte de fouet. <a href="#p013">13.</a></p> +<p><i>Escoutans</i>, auditeurs. <a href="#p183">183.</a></p> +<p><i>Escouvillon</i>, balai de four. <a href="#p019">19.</a></p> +<p><i>Escovette</i>, balai, du latin <i>scopa</i>. Les +«chevaucheurs d'escovettes» (<a href="#p047">p. +47,</a> v. 4) sont les sorciers, qui vont au sabbat à +cheval sur un balai.</p> +<p><i>Escreuz</i>, <a href="#p165">165.</a> Bien faits, selon +Pr.</p> +<p><i>Escriptures</i>, écrits, ouvrages. <a href= +"#p002">2.</a></p> +<p><i>Escuz</i>, écus, monnaies d'or ou d'argent, de +valeurs diverses, p. <a href="#p056">56,</a> <a href= +"#p070">70,</a> <a href="#p145">145,</a> <a href= +"#p147">147.</a>—Prendre écus pour douzains, p. <a +href="#p173">173,</a> c'est ne pas regarder à +l'argent.—«Escuz telz que prince les donne,» <a +href="#p017">p. 17,</a> peut s'entendre des armoiries.</p> +<p><i>Esgrun</i>, <a href="#p166">166,</a> Amer, du bas latin +<i>egrunum</i>. (P. L.)</p> +<p><i>Esguière</i>, vase à mettre de l'eau. <a +href="#p198">198.</a></p> +<p><i>Esguilletez (pourpoinctz)</i>, <a href="#p088">88,</a> +pourpoints garnis d'aiguillettes.</p> +<p><i>Esguisé</i>, aiguisé. «Esguisez comme +une pelote» (<a href="#p025">p. 25,</a> v. 4), obtus.</p> +<p><i>Esjouir, esjoir</i>, réjouir.</p> +<p><i>Esles</i>, ailes, <a href="#p153">153.</a></p> +<p><i>Eslocher</i>, ébranler. <a href="#p103">103.</a></p> +<p>ESMAUS (les pèlerins d'), <a href="#p025">25.</a>Voy. +<i>Evangile selon S. Luc</i>, chap. XXIV.</p> +<p><i>Esme</i>, <a href="#p023">23,</a> pour <i>estime</i>, +estimation, intention. (P. L.)</p> +<p><i>Esmerillon</i>, <a href="#p100">100.</a> +L'émérillon est le plus petit des oiseaux de proie +qu'on dressait pour la chasse au vol. (P. L.)</p> +<p><i>Esmérillonné</i>, gai, vif. <a href= +"#p170">170.</a></p> +<p><i>Esmolu</i>, émoulu, aiguisé. <a href= +"#p147">147.</a></p> +<p><i>Esmorcher</i>, nettoyer, purifier. <a href= +"#p076">76.</a></p> +<p><i>Esmoyer (s')</i>, s'inquiéter.</p> +<p>ESPAGNE. Il serait difficile de dire quel est ce valeureux roi +d'Espagne (<a href="#p035">p. 35.</a> v. 18), dont le poëte +ne savait pas le nom. (Pr.) M. P. L. suppose que c'est Jean II, +roi de Castille et de Léon, qui régna jusqu'en +1454.</p> +<p><i>Espani</i>, épanoui. <a href="#p058">58.</a></p> +<p><i>Espasmie</i>, pamée. <a href="#p147">147.</a></p> +<p><i>Espartir</i>, épandre, répartir, <a href= +"#p018">18.</a></p> +<p><i>Especiaulx</i>, <a href="#p169">169.</a> D'un mérite +tout particulier. (P. L.)</p> +<p><i>Esperviers (gens à porter)</i>, <a href= +"#p062">62.</a> Gentilshommes ayant le droit de chasser au vol. +M. P. L. remarque que l'épervier est aussi un filet de +braconnier.</p> +<p><i>Espie</i>, espion, guetteur. «Aux champs debout comme +ung espie» (<a href="#p105">p. 105</a>), veut dire +pendu.</p> +<p><i>Espoindre</i>, piquer, exciter. <a href= +"#p100">100.</a></p> +<p><i>Espoir (j')</i>, j'espère, <a href= +"#p110">110.</a></p> +<p><i>Espois</i>, épais. <a href="#p112">112.</a></p> +<p><i>Essoine, essoyne</i>, embarras, tourment, <a href= +"#p015">15,</a> <a href="#p034">34.</a></p> +<p><i>Estaux</i>, étaux. <a href="#p016">16.</a></p> +<p><i>Estable</i>, stable. <a href="#p024">24.</a></p> +<p><i>Establis</i>, étaux des marchands. <a href= +"#p013">13.</a></p> +<p><i>Estaing</i>, étain. <a href="#p019">9.</a></p> +<p><i>Estamine</i>, étoffe claire.</p> +<p><i>Estan</i>, étang. <a href="#p034">34.</a></p> +<p><i>Estature</i>, stature, portrait. <a href= +"#p094">94.</a></p> +<p><i>Estoeuf</i>, éteuf. <a href="#p049">49.</a></p> +<p><i>Estomac d'alouette</i> (?). <a href="#p168">168.</a></p> +<p>ESTRADER, battre l'estrade, escarmoucher. <a href= +"#p154">154.</a></p> +<p><i>Estradeur</i>, batteur d'estrade, coureur de fortune. <a +href="#p174">174.</a></p> +<p><i>Estrange</i>, étranger. <a href="#p070">70,</a> v. +15; <a href="#p103">103,</a> <a href="#p184">184.</a></p> +<p><i>Estranger</i>, éloigner. <a href="#p043">43,</a> v. +15.</p> +<p><i>Estre</i>, demeure, hôtel. <a href= +"#p191">191.</a></p> +<p><i>Estre</i>, état, existence, manière +d'être. <a href="#p042">42,</a> <a href= +"#p157">157.</a>—<i>En estre</i>, <a href="#p073">p. +73,</a> en état.</p> +<p><i>Estrenes</i>, étrennes (<a href="#p037">p. 37,</a> +v. 23). Villon, qui se dit mercerot de Rennes, se compare +à un marchand qui désire étrenner avant de +fermer boutique. (P. L.)</p> +<p><i>Estrif, estry</i>, débat, querelle, dispute, <a +href="#p015">15,</a> <a href="#p178">178.</a></p> +<p><i>Exaucer</i>, élever, monter. <a href= +"#p183">183.</a></p> +<p><i>Estimative</i>, qui juge, qui apprécie. <a href= +"#p018">18</a></p> +<p><i>Extrace</i>, extraction, lignée. <a href= +"#p031">31.</a></p> +<p><b>————— F +—————</b></p> +<p><i>Fable</i>, mensonge. <a href="#p076">76.</a></p> +<p><i>Faictisses</i>, jolies, bien faites. <a href= +"#p040">40.,</a></p> +<p><i>Faille</i>, faute. <a href="#p153">153.</a></p> +<p><i>Faillent</i>, manquent. <a href="#p008">8.</a></p> +<p><i>Faillir</i>, manquer.</p> +<p><i>Failly</i>, découragé, abattu. <a href= +"#p028">28.</a></p> +<p><i>Fainctes</i>, <a href="#p087">87.</a> Momeries ou +mascarades, H. L.</p> +<p><i>Faintis</i>, trompeur, <a href="#p087">87.</a></p> +<p><i>Faitard</i>, paresseux, <a href="#p022">22,</a> <a href= +"#p069">69.</a></p> +<p><i>Fantasie</i>, imagination. <a href="#p018">18.</a></p> +<p><i>Farcer</i>, faire ou jouer des farces. <a href= +"#p087">87.</a></p> +<p><i>Fardelet</i>, <a href="#p114">114,</a> petit fardeau. +Saturne préparait le fardeau que chaque mortel devait +porter pendant sa vie.</p> +<p><i>Fastée (la)</i>. Je ne sais pas ce que signifie ce +vers: «faire ung soir pour soy la fastée» (<a +href="#p094">p. 91</a>). D'autres éditions portent <i>la +saffée</i>, ce que je ne comprends pas davantage.</p> +<p><i>Faulse</i>, méchante. <a href="#p057">57.</a></p> +<p><i>Fault, faut</i>, manque.</p> +<p><i>Faussart</i>, fauchard, sorte de hallebarde.</p> +<p><i>Fausserie</i>, fausseté, fausse accusation. <a href= +"#p105">105.</a></p> +<p><i>Feautre</i>, feutre, <a href="#p048">48,</a> <a href= +"#p063">63.</a></p> +<p><i>Fenestres</i>. Les fenêtres servaient de montre aux +marchands pour étaler leurs marchandises. «Et pain +ne voient qu'aux fenêtres» (<a href="#p030">p. +30,</a> v. 12) est dit des pauvres <i>gallans</i> qui n'avaient +pas de quoi manger.—<i>Clorre fenestre</i>, <a href= +"#p042">42.</a> Fermer boutique.</p> +<p><i>Ferir</i>, frapper.</p> +<p><i>Fictions</i>, feintes, tours de finesse. <a href= +"#p184">184.</a></p> +<p><i>Fière</i>, frappe. <a href="#p039">39.</a></p> +<p><i>Fiert</i>, frappe.</p> +<p><i>Filetz</i>, bouts de fil, <a href="#p029">29.</a></p> +<p><i>Finablement</i>, finalement, enfin. <a href= +"#p002">2</a></p> +<p><i>Finer</i>, finir, achever. <a href="#p018">18,</a> <a href= +"#p143">143.</a>—Obtenir. «De feu je n'eusse pu +finer» (<a href="#p018">p. 18,</a> v. 28).</p> +<p><i>Fix, fics</i>, terme de médecine. <a href= +"#p077">77.</a></p> +<p><i>Flambans</i>, enflammés. <a href="#p076">76.</a></p> +<p><i>Flambe</i>, flamme, <a href="#p155">155.</a></p> +<p><i>Flans</i>, sorte de patisserie. <a href="#p071">71.</a></p> +<p>FLORA, <a href="#p034">34.</a> Il y a eu plusieurs courtisanes +romaines de ce nom. La plus célèbre est la plus +ancienne, à qui l'on attribue Pinstitution des florales. +Une autre Flora fut maîtresse du grand Pompée. (P. +L.)</p> +<p><i>Flou</i>, mince, fluet. <a href="#p064">64.</a></p> +<p><i>Flours</i>, fleurs. <a href="#p145">145.</a></p> +<p><i>Foleur</i>, folie. <a href="#p058">58,</a> <a href= +"#p113">113,</a> <a href="#p114">114.</a></p> +<p><i>Foncer</i>, donner de l'argent, des fonds. <a href= +"#p174">174.</a></p> +<p><i>Font</i>, fontaine, source. <a href="#p105">105.</a></p> +<p><i>Forclorre</i>, délivrer, mettre hors. «Pour +forclorre d'adversité», <a href="#p015">p. +15.</a></p> +<p><i>Formative (faculté)</i>, faculté d'inventer. +<a href="#p012">12.</a></p> +<p><i>Fors</i>, excepté, hormis.</p> +<p><i>Fort (au)</i>, au fond, après tout. <a href= +"#p161">161,</a> <a href="#p170">170.</a></p> +<p><i>Fouir</i>, fuir. <a href="#p008">8.</a></p> +<p>FOURNIER, <a href="#p061">6l,</a> le procureur de Villon, qui +lui avait «sauvé maintes causes justes».</p> +<p><i>Fourrer le poignet</i> à la bourse, tirer de +l'argent. <a href="#p136">136.</a></p> +<p><i>Fouterre</i>, voy. MICHAULT.</p> +<p><i>Fouyr</i>, fuir. <a href="#p141">141.</a>—Creuser. <a +href="#p120">120.</a></p> +<p>FRANC-GONTIER, <a href="#p078">78.</a> M. Paul Lacroix a +publié récemment, à la suite des +<i>Testaments</i> de Villon, le <i>Banquet du Bois</i>, qu'il +regarde comme la pièce contre laquelle sont dirigés +les <i>Contredictz de Franc-Gontier</i>, et qu'il croit une +oeuvre de la jeunesse de Villon.</p> +<p>FRANCE, <a href="#p036">36,</a> <a href="#p121">121.</a> Le +très noble roi de France, «sur tous autres roys +decorez», dont parle Villon (<a href="#p036">p. 36,</a> v. +23), était, selon M. Pr., saint Louis.</p> +<p><i>Franchise</i>, puissance, domination (<a href="#p039">p. +39,</a> v. 9).</p> +<p><i>Franchy</i>, affranchi, délivré. <a href= +"#p023">23.</a></p> +<p>FRANÇOIS, promoteur de la vaquerie. <a href= +"#p068">68.</a></p> +<p>FREMIN, <a href="#p051">51.</a></p> +<p><i>Frez</i>, frais. <a href="#p085">85.</a></p> +<p><i>Friquet</i>, élégant, fringant. <a href= +"#p169">169.</a></p> +<p><i>Fromentée</i>, sorte de gâteau dont Baillevent +donne la recette. <a href="#p090">90.</a></p> +<p><i>Fruiction</i>, bénéfice, profit. <a href= +"#p166">166.</a></p> +<p><i>Fruire</i>, profiter, tirer avantage. <a href= +"#p166">166.</a></p> +<p><i>Fume, fumée</i>. <a href="#p075">75.</a></p> +<p><i>Fumer (se)</i>, se mettre en colère, s'emporter.</p> +<p><i>Fuste</i>, bateau, petit navire, de <i>fustis</i>, bois. <a +href="#p026">26.</a></p> +<p><b>————— G +—————</b></p> +<p><i>Gallans</i>, jeunes gens, joyeux compagnons.</p> +<p><i>Gallans sans souci</i>, <a href="#p212">p. 212.</a> Ce sont +peut-être les Enfants sans souci, écoliers et +basochiens, qui s'étaient mis en société +à la fin du XVe siècle pour jouer des farces et des +soties. Clément Marot fit partie de cette bande joyeuse. +(P. L.)</p> +<p><i>Galles</i>, plaisir, jouissances, gaies parties.</p> +<p><i>Galler</i>, se réjouir, mener joyeuse vie, se +gaudir. <a href="#p027">27.</a></p> +<p>GARNIER, <a href="#p104">104.</a></p> +<p><i>Gastaneaux</i>, <a href="#p112">112.</a> Prompsault a lu +<i>Gastaveaux</i>, qu'il traduit par grelots. J'ai suivi la +leçon de La Monnoye.</p> +<p><i>Gaudisseur</i>, plaisant, farceur. <a href= +"#p194">194.</a></p> +<p><i>Gect</i>, <a href="#p118">118.</a> Jetons servant à +compter.</p> +<p><i>Gehaine</i>, instrument de torture. <a href= +"#p144">144.</a></p> +<p><i>Gendarme, genderme</i>, soldat, homme d'armes.</p> +<p>GENEVOIS, <a href="#p073">73.</a></p> +<p><i>Genoillon (à)</i>, à genoux. <a href= +"#p054">54.</a></p> +<p><i>Geu</i>, couché. <a href="#p089">89.</a></p> +<p><i>Gippon</i>, jupon, robe. <a href="#p117">117.</a></p> +<p>GIRARD <i>(Perrot)</i>. <a href="#p065">65.</a></p> +<p><i>Gisans</i>, ceux qui sont couchez. <a href= +"#p016">16.</a></p> +<p><i>Glic</i>, jeu de cartes qu'on appelait aussi <i>la +chance</i>. <a href="#p087">P. 87.</a></p> +<p>GLOCUS, <a href="#p123">123.</a> La forêt où +règne Glaucus, c'est la mer. (P. L.)</p> +<p><i>Gluyons de feurre</i>, bottes de paille. <a href= +"#p014">14,</a> <a href="#p050">50.</a></p> +<p><i>Godet de grève</i>, <a href="#p061">6l.</a> Grand +pot de grès à mettre du vin. (P. L.) Je crois qu'il +s'agit plutôt de quelque abreuvoir situé place de +Grève.</p> +<p><i>Gogo</i>, <a href="#p084">84.</a> «Il semblerait que +<i>gogo</i> ait été synonyme de <i>rufien</i> dans +les mauvais lieux. On a dit de là <i>vivre à +gogo</i>, du latin <i>gaudium</i>, dont on avait fait +<i>gogue</i>. Le mot <i>goguette</i> est resté.» (P. +L.)</p> +<p><i>Gonne</i>, vêtement de moine, tunique, froc. <a href= +"#p118">118.</a></p> +<p><i>Gorgerin</i>, <a href="#p068">68.</a> C'était une +pièce de l'armure destinée à protéger +la gorge de l'homme d'armes. Nous croyons que Villon appelle +<i>gorgerin d'Escossoys</i> la corde d'une potence. (P. L.)</p> +<p><i>Gorgias</i>, élégant, richement vêtu. +<a href="#p168">168,</a> <a href="#p169">169,</a> <a href= +"#p172">172.</a></p> +<p><i>Gorriers, gorrières</i>, <a href="#p179">179,</a> +hommes et femmes élégants, vêtus richement et +à la mode.</p> +<p><i>Gourt (être à son)</i>, <a href="#p201">p. +201,</a> être à son affaire, être content.</p> +<p>GOUVIEULX, voy. RONSEVILLE.</p> +<p><i>Goyères</i>, sorte de gâteaux. <a href= +"#p081">81.</a></p> +<p><i>Grâce (par qui)</i>, par la grâce de qui. <a +href="#p009">9.</a></p> +<p><i>Grafignier</i>, déchirer avec les ongles. (Pr.)</p> +<p><i>Gramment</i>, beaucoup, grandement. <a href= +"#p156">156,</a> <a href="#p199">199.</a></p> +<p>GRAND-TURC, <a href="#p122">122.</a></p> +<p><i>Grat</i>, action de gratter la terre pour trouver quelque +chose, comme les poules. «Au grat, la terre est +dégelée!» <a href="#p177">P. 177.</a></p> +<p><i>Greigneur</i>, plus grand, <i>grandior</i>, <a href= +"#p058">58.</a></p> +<p>GRENOBLE, <a href="#p037">37.</a></p> +<p><i>Grève</i>, jambe. <a href="#p061">61.</a></p> +<p><i>Grever</i>, charger, blesser. <a href="#p094">94,</a> <a +href="#p134">134,</a> <a href="#p155">155,</a> <a href= +"#p161">161.</a></p> +<p><i>Grez</i>, <a href="#p060">60,</a> pierre à aiguiser. +(Pr.)</p> +<p><i>Grez</i>, gré. «Prendre en gré», +avoir agréable, savoir se contenter (<a href="#p088">p. +88</a>).</p> +<p>GRIGNY, <a href="#p073">73.</a></p> +<p><i>Grille</i>, prison. <a href="#p084">84.</a></p> +<p><i>Gris blanc, gris perdu</i>, p. <a href="#p168">168,</a> +sortes de fourrures.</p> +<p><i>Grivelé</i>, marqueté, moucheté comme +les grives. <a href="#p041">41.</a></p> +<p><i>Groiselles</i>, groseilles. «Mascher des groiselles +(<a href="#p046">p. 46,</a> v. 26), c'est ce qu'on appelle +maintenant avaler la pilule.»</p> +<p><i>Grongnée</i> sur l'oeil, emplâtre ou +meurtrissure. <a href="#p016">16.</a></p> +<p>GROS VALLET, <a href="#p155">155.</a> C'était un des +servants de l'homme d'armes. Il faisait partie de ce qu'on +appelait une <i>lance fournie</i>, c'est-à-dire les trois +ou quatre combattants qui devaient accompagner un homme d'armes +et marcher à ses côtés dans la bataille. (P. +L.)</p> +<p><i>Guerdonner</i>, récompenser.</p> +<p><i>Guermenter (se)</i>, <a href="#p032">32.</a> Se lamenter, +se plaindre. Voy. Cotgrave.</p> +<p><i>Guerrier</i>, guerroyer. <a href="#p119">119.</a></p> +<p>GUESDRY GUILLAUME (<a href="#p072">p. 72).</a> Le même +que Guillaume Gueuldry, <a href="#p015">p. 15.</a> M. P. L. pense +que «la maison Guesdry Guillaume» était le +pilori ou la maison du bourreau.</p> +<p><i>Guet</i> (chevalier du), <a href="#p092">92.</a> On donnait +le titre de chevalier au capitaine du guet, parce qu'il +était resté peut-être seul en possession de +l'ordre de l'Etoile, créé par le roi Jean. +(Pr.)</p> +<p>GUILLEMETTE <i>la tapissière</i>. <a href= +"#p042">42.</a></p> +<p>GUILLEMIN, <a href="#p153">153.</a></p> +<p>GUILLOT GUEULDRY, p. <a href="#p015">15.</a> V. GUESDRY.</p> +<p><i>Guin d'oeil</i>, regard, clin d'oeil. <a href= +"#p168">168.</a></p> +<p><i>Guisarme, guysarme</i>, <a href="#p067">67,</a> <a href= +"#p147">147.</a> espèce de hache à deux tranchants. +(P. L.)</p> +<p><i>Guise</i>, mode, façon, manière. <a href= +"#p139">139,</a> <a href="#p168">168.</a></p> +<p><b>————— H +—————</b></p> +<p><i>Habité</i>, <a href="#p170">170,</a> ayant maison, +habitation.</p> +<p><i>Habitué (bien)</i>, ayant de belles manières. +<a href="#p196">196.</a></p> +<p><i>Hahay</i>! exclamation. <a href="#p139">139.</a></p> +<p><i>Haict (de bon)</i>, de bon coeur, avec plaisir, avec +empressement. <a href="#p083">p. 83.</a></p> +<p><i>Hamée</i> (?), <a href="#p121">121.</a></p> +<p>HANNIBAL, Annibal. <a href="#p120">120.</a></p> +<p><i>Hardis</i>, <a href="#p172">p. 172,</a> v. 24, liards. +Petite monnaie qui avait cours sous Philippe le Hardi.</p> +<p>HAREMBOURGES (<a href="#p034">p. 34,</a> v. 20), Eremburges, +fille et unique héritière d'Elie de la +Flèche, comte du Maine, mort en 1110. (Pr.)</p> +<p><i>Harier</i>, tracasser. <a href="#p102">102.</a></p> +<p><i>Hasles</i>, hâle. <a href="#p088">88.</a></p> +<p><i>Havée,</i> poignée, poignée de main. +<a href="#p061">61,</a> <a href="#p169">169.</a></p> +<p><i>Haiet</i>, <a href="#p060">60,</a> croc. (Pr.)</p> +<p><i>Hayneurs</i>, qui détestent. <a href= +"#p090">90.</a></p> +<p><i>Hayter</i>, profiter, réussir. «Riens ne hayt +que persévérance.» (<a href="#p025">P. +25,</a> v. 14.)</p> +<p><i>Heaulmière,</i> marchande de heaumes. <a href= +"#p039">39.</a></p> +<p><i>Hébergement,</i> accueil.</p> +<p>HECTOR, <a href="#p074">74.</a></p> +<p>HÉLÈNE, HELEINE, <a href="#p053">53,</a> <a +href="#p112">112.</a></p> +<p>HELOïS, Héloïse, nièce de Fulbert, +amante d'Abailard</p> +<p>HENRY (maistre), <a href="#p085">85</a>-«Henri Cousin +était alors bourreau et tourmenteur-juré de la +prévôté de Paris.» (P. L.)</p> +<p>HERODE (<a href="#p046">p. 46</a>) fit décapiter saint +Jean Baptiste, sur la demande de la danseuse +Hérodiade.</p> +<p><i>Herroit</i>, haïrait. <a href="#p059">59.</a></p> +<p>HESSELIN (<i>Denys</i>). <a href="#p060">60.</a></p> +<p><i>Hez</i>, hais. <a href="#p138">138.</a></p> +<p><i>Histoire</i>, ornement. «Sans autre histoire», +<a href="#p094">94.</a> Au quinzième siècle et au +commencement du seizième, on appelait <i>histoires</i> les +gravures dont les livres étaient ornés.</p> +<p><i>Ho</i>! assez! halte là! P. <a href="#p071">71,</a> +v. 9.</p> +<p><i>Hober</i>, remuer, bouger.</p> +<p><i>Hohecte (y)</i> <a href="#p063">63.</a> Si ce n'est une +sorte d'exclamation, c'est incompréhensible.</p> +<p><i>Hoirs</i>, héritiers.</p> +<p>HOLOFERNES, <a href="#p121">121.</a></p> +<p><i>Hom</i>, homme, on. <a href="#p018">18,</a> <a href= +"#p120">120.</a></p> +<p><i>Hostel</i>, maison. <a href="#p082">82.</a></p> +<p>HOTEL-DIEU de Paris, <a href="#p085">85.</a></p> +<p><i>Houseaulx, houses</i>. Sorte de chaussure. <a href= +"#p014">14,</a> <a href="#p013">73,</a> <a href="#p076">76,</a> +<a href="#p158">158.</a></p> +<p><i>Housseurs</i>, <a href="#p119">119.</a> Voy. +<i>Notes</i>,</p> +<p><i>Houx</i>, houssine, baguette. Les muguets portaient des +houssines ou cravaches à la main, pour montrer qu'ils +avaient des chevaux à l'écurie. (P. L.)</p> +<p><i>Hucher</i>, crier, appeler à haute voix. <a href= +"#p070">70.</a></p> +<p><i>Hucque</i>, <a href="#p012">12,</a> camail à +capuchon, que les hommes de toute condition portaient au XVe +siècle (P. L.)</p> +<p>HUE CAPET, Hugues Capet. <a href="#p104">104.</a></p> +<p><i>Humblesse</i>, humilité. <a href= +"#p205">205.</a></p> +<p><i>Hutin</i>, bruit, bataille. <a href="#p098">98,</a> <a +href="#p162">162.</a></p> +<p><i>Hutinet</i>, bruit, brouillerie. <a href= +"#p064">64.</a></p> +<p><i>Huy</i>, aujourd'huy. <a href="#p038">38.</a></p> +<p><i>Huys</i>, porte.</p> +<p><b>————— I +—————</b></p> +<p><i>Icelle</i>, cette.</p> +<p><i>Idolatryer</i>, tomber dans l'idolâtrie. <a href= +"#p045">45.</a></p> +<p><i>Ilce</i>, cela. P. <a href="#p062">62,</a> v. 16.</p> +<p><i>Istroit</i>, sortirait, <a href="#p145">145.</a></p> +<p><i>Ils, ilz</i>, elles. «S'ils n'ayment fors que pour +l'argent.» (<a href="#p043">P. 43,</a> v. 19).</p> +<p><i>Impartir</i>, accorder, donner. <a href="#p009">9,</a> <a +href="#p055">55.</a></p> +<p><i>Impêtrer</i>, obtenir. <a href="#p042">42.</a></p> +<p><i>Impourveu</i>, pauvre, qui n'est pas pourvu de biens. <a +href="#p014">14.</a></p> +<p><i>Informé</i>, instruit. «Informez en +meurs» (<a href="#p071">p. 71</a>), bien +élevés.</p> +<p>INNOCENS (les), cimetière de Paris, <a href= +"#p089">89.</a></p> +<p><i>Inventaire</i>, compte fait.</p> +<p>ISABEAU, <a href="#p082">82.</a></p> +<p>ISLE (L'). Lille en Flandre, <a href="#p045">p. 45.</a></p> +<p><b>————— J +—————</b></p> +<p><i>Jà,</i> déjà, certainement.</p> +<p><i>Jacobins</i>, glaires, flegmes. <a href="#p049">49.</a></p> +<p><i>Jacobines</i> (soupes), bonnes soupes grasses. <a href= +"#p066">66.</a></p> +<p>JACOPINS, Jacobins. <a href="#p013">13,</a> <a href= +"#p082">82,</a> <a href="#p179">179.</a></p> +<p><i>Jacques</i> (<a href="#p158">p. 158</a>). Les Francs +Archiers portaient des <i>jacques</i> ou cottes de mailles sous +leur hoqueton ou casaque. (P. L.) Il y avait des <i>jacques</i> +de toutes sortes d'étoffes. Nous disons encore +<i>jaquette</i>.</p> +<p>JACQUELINE, <a href="#p082">82.</a></p> +<p><i>Jalet</i>, galet, caillou. <a href="#p114">114.</a></p> +<p><i>Jambot</i>, <a href="#p084">p. 84.</a> Petite jambe, membre +viril.</p> +<p>JAMES, (<i>Jacques</i>), <a href="#p092">92,</a> <a href= +"#p097">97.</a></p> +<p><i>Jargon jobelin</i>, argot, <a href="#p179">179.</a></p> +<p><i>Jargonner</i>, <a href="#p118">p. 118.</a> «Je +congnois quand pipeur jargonne», veut dire: je connais +l'artifice du chasseur à la pipée.</p> +<p><i>Jasoit</i>, quoique, <a href="#p138">138.</a></p> +<p>JASON, <i>Jazon</i>, <a href="#p121">121.</a></p> +<p>JEHAN de CALAYS, <a href="#p093">93.</a></p> +<p>JEHAN LAURENS, <a href="#p180">p. 180.</a> Personnification du +peuple, qui apportait de l'argent aux <i>pardons</i>, ou +peut-être un nom donné aux <i>pardonneurs</i>.</p> +<p>JEHANNE, <a href="#p173">173.</a></p> +<p>JEHANNE DE BRETAIGNE, <a href="#p084">84.</a></p> +<p>JEHANNE, la bonne Lorraine (<a href="#p034">p. 34,</a> v. 21), +Jeanne d'Arc.</p> +<p>JEHANNETON, <a href="#p049">49.</a></p> +<p>JEHANNETON <i>la Chaperonnière</i>, <a href= +"#p042">42.</a></p> +<p><i>Jengleresse</i>, menteuse, <a href="#p055">55.</a></p> +<p><i>Jeu d'asne</i> (<a href="#p082">p. 82</a>), jeu d'amours. +M. P. L. suppose qu'on devrait lire le jeu de dame. C'est la +même chose.</p> +<p><i>Jeux</i>, pièces dramatiques, <a href= +"#p087">87.</a></p> +<p>JOB, <a href="#p029">29,</a> <a href="#p122">122.</a></p> +<p><i>Jobelin</i>, argot. <a href="#p169">169,</a> <a href= +"#p179">179.</a></p> +<p><i>Joinctes</i>, jointures, articulations <a href= +"#p033">33.</a></p> +<p>JONAS, <a href="#p122">122.</a></p> +<p><i>Joncherie</i>, plaisanterie, raillerie, friponnerie. <a +href="#p104">104,</a> <a href="#p189">189,</a> <a href= +"#p190">190.</a></p> +<p>JOUVENEL (Michel) (<a href="#p096">p. 96</a>), huitième +fils de Jean Jouvenel des Ursins, fut bailli de Troyes, et mourut +en 1470.</p> +<p>JUDAS, <a href="#p122">122.</a></p> +<p>JUDIC, <i>Judith</i>. <a href="#p110">110,</a> <a href= +"#p121">121.</a></p> +<p>JUIFS, <a href="#p103">103.</a></p> +<p>JUNO, Junon. <a href="#p122">122.</a></p> +<p><i>Jus</i>, bas, à bas. <a href="#p076">76,</a> <a +href="#p136">136,</a> <a href="#p159">159.</a></p> +<p>JUSQU'IL, jusqu'à ce qu'il.</p> +<p><b>————— K +—————</b></p> +<p>KATHERINE <i>la Bouchière</i>, <a href= +"#p042">42.</a></p> +<p>KATHERINE DE VAUSELLES, <a href="#p046">46.</a></p> +<p><b>————— L +—————</b></p> +<p><i>L'en</i>, on, l'on.</p> +<p><i>Là sus</i>, là haut. <a href= +"#p103">103.</a></p> +<p>LA BARRE, <a href="#p050">50,</a> <a href="#p057">57,</a> <a +href="#p063">63.</a></p> +<p><i>Labit</i>, <a href="#p175">175,</a> décadence, de +<i>labes</i> (P.L.).</p> +<p><i>Labour</i>, travail, labeur. <a href="#p088">88.</a></p> +<p><i>Laboureux mestier</i>, état de laboureur. <a href= +"#p079">79.</a></p> +<p>LA GARDE (<i>Jean de</i>). <a href="#p017">17,</a> <a href= +"#p073">73,</a> <a href="#p096">96.</a></p> +<p>LA HIRE. <a href="#p055">155.</a> Étienne Vignoles, dit +La Hire, fut un des plus braves capitaines de Charles VII. Il se +distingua dans les guerres contre les Anglais, et mourut à +Montauban en 1442. (P.L.)</p> +<p><i>Laidanger</i>, injurier, railler. <a href= +"#p043">43.</a></p> +<p>L'AIGLE, <a href="#p152">152.</a></p> +<p><i>Lairra</i>, laissera.</p> +<p><i>Lairray</i>, laisseray.</p> +<p><i>Lait</i>, laid.</p> +<p><i>Laiz</i>, laïques. <a href="#p033">33.</a></p> +<p><i>Lame</i>, pierre tumulaire. «Quant est du corps, il +gyst soubz lame» (<a href="#p032">32,</a> v. 23).</p> +<p>LAMESOU (<i>le seigneur de</i>), <a href="#p200">200.</a></p> +<p>LANCELOT, <i>le roi de Behaigne</i> (<a href="#p036">p. +36,</a> v.6). Pr. a cru voir dans ce personnage Ladislas V, +prince d'une rare bravoure, tué à la bataille de +Varnes en 1444, et qui régnait sur la Pologne, la +Bohème et la Hongrie. M. P L. remarque avec raison que +<i>Lancelot</i> ne ressemble guère à +<i>Ladislas</i>.</p> +<p>LANTRIQUER, nom breton de la ville de Trequier. <a href= +"#p157">157.</a></p> +<p><i>Laqs</i>, filets, pièges. <a href= +"#p078">78.</a></p> +<p><i>Larmoyer</i>, pleurer, verser des larmes. <a href= +"#p141">141.</a></p> +<p>LA ROCHE, <a href="#p155">155.</a> Le seigneur de La Roche +était un des bons capitaines de Charles VII. Il s'attacha +à la personne du Dauphin Louis, et le suivit dans ses +révoltes contre son père. On le voit figurer parmi +les familiers du Dauphin dans les <i>Cent nouvelles du bon roy +Louis XI</i>, où il est toujours nommé +«monseigneur de La Roche». (P. L.)</p> +<p>LA ROCHEFOUCAULD, <a href="#p152">152.</a> Ce ne peut +être que Foucauld, 3e du nom seigneur de La Rochefoucauld, +de Marsillac. etc., conseiller et chambellan de Charles VII, fait +chevalier sur le champ de bataille, en 1461. (P. L.)</p> +<p><i>Las</i>, lacs, filets. <a href="#p047">47.</a></p> +<p><i>Lasse!</i> hélas. <a href="#p032">32.</a></p> +<p><i>Lassus</i>, là haut. <a href="#p091">91.</a></p> +<p><i>Latin</i>, langage, parler quelconque. «Je n'entends +point vostre latin.» <a href="#p202">202.</a></p> +<p>LAURENS (<i>Jehan</i>), <a href="#p068">68.</a></p> +<p><i>Lavaille</i>, eau qui a servi à laver. <a href= +"#p076">76.</a></p> +<p><i>Lay</i>, laïque <a href="#p044">44.</a></p> +<p><i>Lay</i>, pièce de vers. «Ce lay contenant des +vers dix.» <a href="#p059">P. 59,</a> v. 4.</p> +<p><i>Lays</i> est employé, dans la préface de +Marot et dans les deux Testaments, dans le sens de legs.</p> +<p><i>Lé</i>, large «Tant qu'il a de long et de +lé» (<a href="#p023">23,</a> v. 22).</p> +<p><i>Lealle</i>, loyale. <a href="#p134">134.</a></p> +<p><i>Léans</i>, là dedans.</p> +<p>LE CAMUS SENESCHAL, <a href="#p092">92.</a></p> +<p><i>Lectry</i>, lutrin, <a href="#p015">15.</a></p> +<p><i>Légèrement</i>, vivement, promptement.</p> +<p>LE LOU (<i>Jehan</i>), <a href="#p064">64.</a></p> +<p><i>Lembroysé</i>, lambrissé, <a href= +"#p068">68.</a></p> +<p><i>Lermes</i>, larmes.</p> +<p><i>Lerz</i>, loirs. <a href="#p072">72.</a></p> +<p><i>Leschier</i>, rechercher les bons morceaux se livrer +à sa gourmandise. <a href="#p028">28.</a></p> +<p><i>Lettres</i>, savoir, connaissances. «Sans plus +grandes lettres chercher» (<a href="#p071">p. 71,</a> v. +7).</p> +<p><i>Lez</i> auprès, à côté de.</p> +<p><i>Lians</i>, liens. <a href="#p106">106.</a></p> +<p><i>Librairie</i>, bibliothèque. <a href= +"#p054">54.</a></p> +<p><i>Lice</i>, lisière, laisse. <a href="#p171">171,</a> +v. 21.</p> +<p><i>Lit de parement</i>, <a href="#p089">89.</a> C'était +un grand lit d'honneur, avec dosseret, dais et courtines, chevet, +couvre-pied, marchepied, chaire d'attente, prie-dieu, etc. (P. +L.)</p> +<p><i>Ligne</i>, <a href="#p069">69,</a> lignée, race.</p> +<p><i>Linget</i>, mince, délié. <a href= +"#p064">64.</a></p> +<p><i>Lisse</i>, chienne, p. <a href="#p171">171,</a> v. 20</p> +<p>LOMBART, <a href="#p050">50.</a> Synonyme de juif ou usurier. +(P. L.) Plusieurs banquiers, juifs d'origine, lombards de nation, +vinrent s'établir à Paris dans la rue qui porte +leur nom. Comme ils prêtaient à gros +intérêts, le peuple donna le nom de <i>lombards</i> +aux usuriers et prêteurs sur gages. (Pr.)—<i>Art +lombard</i>, <a href="#p171">171,</a> art d'attraper de +l'argent.</p> +<p>LOMER, <a href="#p091">91.</a></p> +<p>LORRAINES, <a href="#p081">8l.</a></p> +<p><i>Los</i>, lot. <a href="#p134">134.</a></p> +<p>LOTH, <a href="#p069">69.</a></p> +<p>LOUVIERS (Nicolas de) ou de Louvieulx, <a href="#p017">17,</a> +<a href="#p062">62.</a> Prompsault croit qu'il s'agit d'un +bourgeois de Paris qui concourut à remettre la ville de +Paris entre les mains de Charles VII, et qui fut fait conseiller +à la Chambre des comptes par Louis XI.</p> +<p><i>Loyaument</i>, loyalement.</p> +<p><i>Loyer</i>, récompense. <a href="#p045">45.</a></p> +<p>LOYS, le bon roi de France Louis XI, p. <a href= +"#p023">23.</a></p> +<p><i>Loz</i>, louange. <a href="#p109">109.</a></p> +<p><i>Lubres</i> (<a href="#p095">p. 95,</a> v. 3), sombres et +tristes, dit Pr.</p> +<p>LUCRESSE. Lucrèce. <a href="#p118">118.</a></p> +<p><i>Lunettes</i>, yeux, vue. Samson fut livré par Dalila +aux Philistins, qui lui crevèrent les yeux. C'est ce que +Villon rapporte ainsi <a href="#p045">p. 45,</a> <a href= +"#p002">2.</a> <a href="#p021">21:</a> «Samson en perdit +ses lunettes.»</p> +<p><i>Lutter</i>, faire le métier de baladin. <a href= +"#p087">87.</a></p> +<p><i>Luz</i>, luths. <a href="#p055">55.</a></p> +<p><i>Ly</i>, le, les. <a href="#p036">36.</a></p> +<p>LYMOUSINS, <a href="#p185">185,</a> <a href="#p199">199,</a> +<a href="#p202">202.</a></p> +<p>LYSLE EN FLANDRE, Lille. <a href="#p022">22.</a></p> +<p><i>Lysses</i>, lices, luttes: «à tenir amoureuses +lysses» (<a href="#p040">p. 40,</a> v. 29).</p> +<p><b>————— M +—————</b></p> +<p><i>M'</i>, mon, ma. «Par m'ame.» <a href= +"#p073">73.</a></p> +<p>MACÉE <i>d'Orléans</i>. <a href= +"#p068">68.</a></p> +<p><i>Macher</i>, manger. <a href="#p187">187.</a></p> +<p>MACQUAIRE, <a href="#p076">76.</a></p> +<p>MACROBE, <a href="#p081">81.</a></p> +<p>MAGDELAINE (<i>la</i>), <a href="#p122">122.</a></p> +<p><i>Maignan</i>, chaudronnier. <a href="#p119">119.</a></p> +<p><i>Maille</i>, petite pièce de monnaie. <a href= +"#p086">86,</a> <a href="#p180">180,</a> <a href= +"#p208">208.</a></p> +<p><i>Maille</i>, pas du tout. «Je ne vous crains pas +maille», <a href="#p151">151.</a></p> +<p><i>Mailler</i>, battre à coups de marteau, de maillet. +<a href="#p116">116.</a></p> +<p><i>Maillon</i>, maillot. <a href="#p054">54.</a></p> +<p><i>Main mise</i>, <a href="#p052">52.</a> «Dieu nous +garde de la main mise», nous préserve d'être +pris.</p> +<p>MAIREBEUF. <a href="#p017">17,</a> <a href="#p062">62.</a></p> +<p><i>Mais</i>, plus. «Il n'a mais qu'un peu de +billon.» (<a href="#p019">P. 19,</a> v. 9.)</p> +<p><i>Mais que</i>, pourvu que.</p> +<p><i>Maistre des testament</i>, <a href="#p097">97.</a> Je ne +sais ce que c'était.</p> +<p><i>Maistrie</i>, domination. <a href="#p102">102.</a></p> +<p><i>Mal, male</i>, mauvais, mauvaise.</p> +<p>MALCHUS, <a href="#p199">199.</a> Servir Malchus, +c'était, selon M. P. L., servir un homme +d'épée à la guerre, porter un épieu, +une guisarme ou un coutelas, appelé <i>Malchus</i>, du nom +de celui à qui saint Pierre coupa une oreille.</p> +<p><i>Mal gré</i>, disgrâce. <a href= +"#p058">58.</a></p> +<p><i>Malheureté</i>, infortune, malheur, +misère.</p> +<p><i>Mallement</i>, méchamment, durement.</p> +<p>MALPENSÉ, <a href="#p011">11.</a> Personnage +imaginaire, aux idées peu nettes.</p> +<p><i>Maltalent</i>, méchanceté, colère. <a +href="#p036">36.</a></p> +<p><i>Mander</i>, envoyer. <a href="#p077">77.</a></p> +<p><i>Manna</i>, manne. <a href="#p107">107.</a></p> +<p><i>Manne</i>. «Venir de manne» (<a href= +"#p073">73</a>), venir du ciel, comme la manne.</p> +<p><i>Marché au filè</i> (?), <a href= +"#p080">80.</a></p> +<p><i>Marché (hault et bas)</i>, <a href="#p195">195,</a> +toutes sortes d'affaires, y compris les affaires d'amour.</p> +<p><i>Marchesens</i> (?), <a href="#p175">175.</a></p> +<p>MARGOT (<i>la grosse</i>), <a href="#p082">82,</a> <a href= +"#p083">83.</a></p> +<p>MARIE (<i>d'Orléans</i>), <a href="#p105">105.</a></p> +<p>MARION LA PEAU TARDE, <a href="#p091">91.</a></p> +<p>MARION L'YDOLLE, <a href="#p084">84,</a> <a href= +"#p086">86.</a></p> +<p>MARIONNETTE, titre ou refrain de chanson. <a href="#p091">P. +91.</a></p> +<p><i>Mariottes</i>, femmes mariées (?), <a href= +"#p098">98.</a></p> +<p>MARQUET. <a href="#p092">92.</a></p> +<p>MARTIN GALLANT, <a href="#p185">185.</a></p> +<p>MASCHECROUE (la). Prompsault croit que c'est le nom d'une +tavernière. M. P. L. pense qu'il s'agit des plaines +arrosées par la Crou, petite rivière qui passe +à Gonesse et à Saint-Denis.</p> +<p><i>Maschouère</i>, mâchoire, <a href= +"#p052">52.</a></p> +<p><i>Mate chère</i>, triste mine. <a href= +"#p052">52.</a></p> +<p><i>Mathelins (l'ordre des)</i>, <a href="#p070">70,</a> +l'ordre des fous, des insensés. Peut-être la +confrérie des Sots ou de Mère-Sotte, cette +société joyeuse de poëtes et de +comédiens, qui était alors la rivale de la +Confrérie dramatique de la Passion. (P. L.)</p> +<p><i>Mathelineux</i>, fou.</p> +<p>MATHIEU, <a href="#p066">p. 66.</a> M. B. L. suppose qu'il +s'agit de Mathieu de Gand, trouvère du XIIIe +siècle, qui a écrit contre les moines.</p> +<p><i>Mathon</i>, fromage mou. (P. L.)</p> +<p>MATHUSALÉ, Mathusalem, <a href="#p023">23.</a></p> +<p><i>Mau</i>, mauvais, <a href="#p065">65,</a> <a href= +"#p084">84.</a></p> +<p>MAUBUAY, <a href="#p063">p. 63.</a> La fontaine Maubuée +(c'est-à-dire malpropre) était située +à l'entrée de la rue de ce nom, qui n'avait alors +que des filles et des mauvais garçons pour habitants (P. +L.). Villon envoie Jean Raguyer boire à la fontaine +Maubuée, <a href="#p001">1.</a></p> +<p><i>Mauffez</i>, le diable. Villon dit assez irrespectueusement +que le prêtre, exorcisant les possédés, prend +le diable par le col avec son étole (<a href="#p036">p. +36</a>).</p> +<p><i>Mauldite</i>, injuriée avec blasphème. (P. +L.)</p> +<p><i>Maulgré</i>, malgré. <a href= +"#p158">158.</a></p> +<p><i>Maulx</i>, mauvais. <a href="#p106">106,</a> v. 12.</p> +<p>MAUTAINCT, <a href="#p074">74.</a></p> +<p>MEHUN, <a href="#p024">24,</a> <a href="#p084">84.</a></p> +<p>MEHUN (<i>Jehan de</i>), continuateur du <i>Roman de la +Rose</i>, <a href="#p066">66.</a></p> +<p><i>Meins</i>, moins. <a href="#p154">154.</a></p> +<p><i>Meist</i>, mit. <a href="#p060">60.</a></p> +<p>MENDIANS (<i>frères</i>), <a href="#p066">66,</a> <a +href="#p098">98.</a></p> +<p><i>Menestrier</i>, musicien. <a href="#p045">45.</a></p> +<p><i>Menroit</i>, mènerait. <a href="#p201">201.</a></p> +<p><i>Mercerot</i>, petit mercier. «Moy, pauvre mercerot de +Rennes» (<a href="#p037">p. 37,</a> v. 21), signifie gueux +comme un <i>mercelot</i>, c'est-à-dire comme ces merciers +ou porte-balles qui couraient le pays, et qui étaient +affiliés aux bandes de gueux et de bohémiens.</p> +<p><i>Merciz</i>, miséricorde.</p> +<p><i>Mereaulx</i>, jetons qui servaient à faire les +comptes.</p> +<p><i>Mérencolie</i>, mélancolie, folie. <a href= +"#p188">188.</a></p> +<p><i>Merir</i>, mériter. <a href="#p055">55,</a> v. +8.</p> +<p><i>Merit</i>, mérite. <a href="#p052">52,</a> v. 1.</p> +<p>MERLE, <a href="#p070">70.</a></p> +<p><i>Meschance</i>, misère, malheur.</p> +<p><i>Meschief</i>, malheur, accident, <a href= +"#p141">141.</a></p> +<p><i>Meschoir</i>, arriver du mal.</p> +<p><i>Mescompter (se)</i>, s'exposer à des +mécomptes. <a href="#p007">7.</a></p> +<p><i>Mesdire</i>, mentir. «Je le dys et ne croys +mesdire.» (<a href="#p028">P. 28,</a> v. 20.)</p> +<p><i>Meseaulx</i>, lépreux. <a href="#p076">76.</a></p> +<p><i>Meshaigné</i>, blessé, en mauvais +état. <a href="#p152">152.</a></p> +<p><i>Meshaing</i>, peine. <a href="#p098">98.</a></p> +<p><i>Meshuy</i>, <a href="#p150">p. 150.</a> «C'est +à meshuy!» C'est maintenant, pour le +coup!—Aujourd'hui. <a href="#p157">157.</a></p> +<p><i>Mesprendre</i>, mal agir, <a href="#p027">27,</a> <a href= +"#p042">42,</a> <a href="#p133">133.</a></p> +<p><i>Masprins</i>, mal agi, <a href="#p008">8.</a></p> +<p><i>Messaigières</i>, entremetteuses. <a href="#p080">P. +80,</a> v. 9.</p> +<p><i>Messe (seiche)</i>, <a href="#p093">93,</a> messe sans +consécration.</p> +<p><i>Mestier</i>, besoin. <a href="#p061">6l,</a> <a href= +"#p197">197,</a> <a href="#p200">200.</a></p> +<p><i>Mestier (bas)</i>, affaires d'amour.</p> +<p>MEUNG, <a href="#p146">p. 146.</a> C'est le continuateur du +<i>Roman de la Rose</i>, Jehan de Meung. Voy. MEHUN.</p> +<p><i>Meurdri</i>, meurtri. <a href="#p016">16.</a></p> +<p><i>Meure</i>, mûre, fruit de la ronce. «Plus noir +que meure.» (<a href="#p028">P. 28,</a> v. 9.)</p> +<p><i>Meurté</i>, maturité. <a href= +"#p026">26.</a></p> +<p>MICHAULT DU FOUR, <a href="#p063">63.</a></p> +<p>MICHAULT le bon fouterre, <a href="#p057">57.</a> Il y a dans +le recueil publié par Barbazan un fabliau du +<i>Foteor</i>; mais le héros du conte n'est pas +nommé.</p> +<p><i>Mie</i>, pas du tout. <a href="#p062">62.</a></p> +<p><i>Miege</i>, mégissier. <a href="#p065">65.</a></p> +<p><i>Mignon</i>, favori. <a href="#p196">196.</a></p> +<p><i>Mignotte</i>, jolie, mignonne. <a href="#p041">41,</a> <a +href="#p098">98.</a></p> +<p><i>Mineur</i>, petit. «Haro, haro, le grand et le +mineur!» (<a href="#p058">p 58,</a> v 11.) A l'aide, grands +et petits!</p> +<p><i>Mirlificques</i>, <a href="#p185">185.</a> Merveilles, pour +<i>mirifiques</i>. (P. L.)</p> +<p><i>Misericors</i>, indulgent, miséricordieux <a href= +"#p022">22.</a></p> +<p><i>Miste</i>, joli, aimable. <a href="#p196">196.</a></p> +<p><i>Mitaines</i>. L'avant-dernier vers de la <a href= +"#p046">page 46</a> fait allusion à l'usage, qui n'est pas +encore complètement perdu, de donner des gants aux +convives d'une noce.</p> +<p><i>Mitaines de fer</i>, gantelets. <a href= +"#p152">152.</a></p> +<p><i>Mocque</i>, moquerie. <a href="#p175">175.</a></p> +<p><i>Mol</i> mollet. <a href="#p061">61.</a></p> +<p>MONFAULCON, <a href="#p215">215.</a></p> +<p><i>Monopolles</i>, cabales, complots. <a href= +"#p205">205.</a></p> +<p><i>Monstier</i>, couvent.</p> +<p>MONTMARTRE, <a href="#p081">8l.</a></p> +<p>MONTPIPPEAU, <a href="#p086">86.</a></p> +<p>MONT-VALÉRIEN, <a href="#p081">81.</a></p> +<p><i>Moralitez</i> (<a href="#p087">p. 87</a>), pièces +dramatiques dont les vertus, les vices, etc., sont les +personnages.</p> +<p>MOREAU, <a href="#p050">50.</a></p> +<p><i>Morillon</i> (vin), <a href="#p100">p. 100.</a> Vin +rouge</p> +<p><i>Mors</i>, mordu. <a href="#p143">143,</a> v. 18.</p> +<p><i>Mort</i>. «Aller de mort à vie», <a +href="#p091">p. 91,</a> est un jeu de mots, l'inverse d'aller de +vie à trépas.</p> +<p>MORTELLERIE (<i>Rue de la</i>), à Paris. <a href= +"#p200">200.</a></p> +<p><i>Morteux</i>, mortels. <a href="#p159">159.</a></p> +<p>MORTIER D'OR. Paraît avoir été l'enseigne +de Jehan de la Garde, l'épicier. (<a href="#p017">P. +17,</a> v. 1.)</p> +<p><i>Moulier</i>, femme, <a href="#p046">46.</a></p> +<p><i>Moult</i>, très, beaucoup.</p> +<p><i>Mouse</i>, museau. <a href="#p063">63.</a></p> +<p><i>Mousse</i>, <a href="#p173">p. 173,</a> v. 21. Vin On dit +encore <i>moût</i> dans le sens de <i>vin nouveau</i>. (P. +L.) Je crois qu'il s'agit plutôt des frais faits pour +paraître, pour se faire <i>mousser</i>.</p> +<p><i>Moustarde (aller à la)</i>, <a href="#p091">91,</a> +faire grand bruit d'une chose, s'en vanter, en parler à +tout propos.</p> +<p><i>Moutonnier</i>, <a href="#p012">12.</a> M. P. L. croit que +Changon était un <i>mouton</i> ou faux compagnon que +Villon avait rencontré dans les prisons, pour son malheur. +C'est assez vraisemblable.</p> +<p><i>Muer</i>, changer. <a href="#p027">27.</a></p> +<p><i>Muguelias</i>, muglias, <a href="#p204">204.</a> Sorte de +parfum.</p> +<p>MULLE, <a href="#p060">60,</a> probablement une enseigne.</p> +<p><i>Musars</i>, fainéants, <a href="#p098">98.</a></p> +<p><i>Muser</i>, s'amuser, perdre son temps. <a href= +"#p079">79</a></p> +<p><i>Musser</i>, cacher. <a href="#p058">58.</a></p> +<p><i>Mye</i>, point, pas du tout. <a href="#p202">202.</a></p> +<p><b>————— N +—————</b></p> +<p><i>N'</i>, ni <a href="#p108">108.</a></p> +<p>NABUGODONOZOR, <a href="#p122">122.</a></p> +<p>NANCY. <a href="#p171">P. 171.</a> Ce souvenir du siège +et de la bataille de Nancy, où les Suisses défirent +le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, prouve, +ainsi que l'a remarqué M. P. L., que le <i>Dialogue de +Mallepaye et Baillevent</i> a été composé +après l'année 1477.</p> +<p><i>Naquet</i>, <a href="#p169">169,</a> jeune garçon, +d'où <i>laquais</i> (P. L.). On appelait +particulièrement <i>naquets</i> les garçons des +jeux de paume.</p> +<p>NARCISSUS, Narcisse, <a href="#p046">46,</a> <a href= +"#p122">122.</a></p> +<p><i>Natté</i>, garni de nattes, suivant l'usage du +temps. «En chambre bien nattée», <a href= +"#p078">78.</a></p> +<p><i>Naveau</i>, navet. <a href="#p048">48.</a></p> +<p><i>Navrer</i>, blesser.</p> +<p><i>Ne</i>, ni.</p> +<p><i>Ne que</i>, pas plus que.</p> +<p><i>Nectelet</i>, <a href="#p169">169.</a> Propret, bien +vêtu.</p> +<p><i>Nennil, nenny</i>, non.</p> +<p><i>Noailleux</i>, noueux. <a href="#p155">155.</a></p> +<p>NOÉ, <a href="#p069">69.</a></p> +<p>NOÉ LE JOLYS, <a href="#p046">46,</a> <a href= +"#p085">85.</a> Probablement un ancien compagnon de Villon, qui +le chargea dans son premier procès pour se disculper +lui-même, et ne fut condamné qu'au tiers de la peine +infligée à Villon. Celui-ci lui en gardait encore +rancune lorsqu'il écrivit le grand Testament. (Huitain +CXLII.)</p> +<p><i>Noise</i>, bruit, querelle.</p> +<p><i>Nombrer</i>, compter. <a href="#p118">118.</a></p> +<p>NOTRE-DAME-DE-PARIS, <a href="#p187">187.</a></p> +<p><i>Nourri</i>, élevé, <a href="#p002">2.</a></p> +<p><i>Noyse</i>, bruyt, querelle.</p> +<p><i>Noysier</i>, faire du bruit, quereller. <a href= +"#p079">79.</a></p> +<p><i>Nully</i>, nul, aucun, personne. <a href= +"#p213">213.</a></p> +<p><i>Nuyctée</i>, durée de la nuit. <a href= +"#p078">78.</a></p> +<p><i>Nuysance</i>, préjudice. <a href= +"#p144">144.</a></p> +<p><b>————— O +—————</b></p> +<p><i>O</i>, avec. <a href="#p069">69,</a> <a href= +"#p079">79.</a></p> +<p><i>Obstant</i>, malgré, nonobstant.</p> +<p>OCTOVIEN, <a href="#p122">122.</a> Prompsault croit qu'il +s'agit de Caius Julius Caesar Octavianus, qui fut empereur sous +le nom d'Auguste.</p> +<p><i>Oës</i>, oies. <a href="#p092">92.</a></p> +<p><i>Onc, oncques</i>, jamais.</p> +<p><i>Oppresse</i>, oppression. <a href="#p026">26.</a></p> +<p><i>Ord</i>, sale.</p> +<p><i>Orbes</i>, <a href="#p115">115,</a> aveugles, selon +M.P.L.</p> +<p><i>Ores</i>, maintenant.</p> +<p><i>Orfaverie</i>, orfèvrerie, bijoux, ornements en or. +<a href="#p068">68,</a> <a href="#p146">146.</a></p> +<p>ORLÉANS, <a href="#p066">66.</a></p> +<p>ORPHEUS, Orphée, <a href="#p045">45.</a></p> +<p><i>Orrez</i>, entendrez.</p> +<p><i>Ost</i>, armée.</p> +<p><i>Ostade</i>, étoffe précieuse. <a href= +"#p196">196.</a></p> +<p><i>Ot</i>, entend, <a href="#p051">51.</a>—Eut, <a href= +"#p046">46.</a></p> +<p><i>Ou</i>, au. <a href="#p029">29,</a> v. 4; <a href= +"#p106">106,</a> v. 17.</p> +<p><i>Oubliance</i>, oubli. <a href="#p018">18.</a></p> +<p><i>Oultraige</i>, courage intempestif, outrecuidance. <a href= +"#p152">152,</a> <a href="#p154">154.</a></p> +<p><i>Oultrement</i>, beaucoup, plus que de raison, <a href= +"#p001">1.</a></p> +<p><i>Ouquel</i>, auquel, dans lequel.</p> +<p><i>Ouvrer</i>, travailler. <a href="#p087">87.</a></p> +<p><i>Ouvrez vostre huys, Guillemette</i>; refrain ou +commencement de chanson. <a href="#p091">91.</a></p> +<p><i>Oy</i>, entends, <a href="#p113">113.</a></p> +<p><i>Oystres</i>, huîtres. <a href="#p030">30.</a></p> +<p><i>Oyt</i>, entend. <a href="#p064">64,</a> <a href= +"#p068">68.</a></p> +<p><b>————— P +—————</b></p> +<p><i>Paillart</i>, gueux. <a href="#p194">194.</a></p> +<p><i>Palais</i> (le), à Paris, <a href="#p185">185,</a> +<a href="#p206">206.</a></p> +<p><i>Pallus, palux</i>, marais. <a href="#p055">55,</a> <a href= +"#p122">122.</a></p> +<p><i>Panon de Bissac</i> (<a href="#p155">p. 155</a>), pennon ou +bannière de toile grise (P. L.).</p> +<p><i>Paour</i>, peur.</p> +<p><i>Paouvre</i>, pauvre. <a href="#p009">9.</a></p> +<p><i>Papaliste</i>, papauté. <a href="#p035">35.</a></p> +<p><i>Papier</i> (p. <a href="#p051">51,</a> v. 12), respirer, +souffler.</p> +<p><i>Par tel</i>, de telle façon. Peut-être le vers +22 de la <a href="#p181">page 181</a> devrait être ainsi: +«Par tel si, qui veue ne l'aura.»</p> +<p><i>Pardoint</i>, pardonne. <a href="#p153">153.</a></p> +<p><i>Pardons</i>, <a href="#p180">180.</a> Prières +publiques, processions et autres pratiques pieuses auxquelles +étaient attachées des indulgences +particulières. (P. L.)</p> +<p><i>Pardonneurs</i>, vendeurs d'indulgences, de pardons. <a +href="#p174">174,</a> <a href="#p180">180.</a></p> +<p><i>Parfaict</i>, achevé. <a href="#p188">188.</a></p> +<p><i>Parfond</i>, profond.</p> +<p>PARIS, <a href="#p033">33.</a></p> +<p>PARIS, <a href="#p066">66,</a> <a href="#p080">80,</a> <a +href="#p088">88,</a> <a href="#p101">101,</a> <a href= +"#p184">184,</a> <a href="#p199">199</a> et <i>passim</i>.</p> +<p><i>Parit</i>, engendra, <a href="#p051">51,</a> v. 20.</p> +<p><i>Parmi</i>, avec. <a href="#p050">50.</a>—Au milieu +de, dans. <a href="#p153">153.</a>—A travers. <a href= +"#p104">104.</a></p> +<p><i>Partement</i>, départ.</p> +<p>PAS. Il est question, <a href="#p074">p. 74,</a> v. 13 et +suiv., d'un pas d'armes tenu par René d'Anjou, qui prenait +le titre de roi de Sicile.</p> +<p><i>Passot</i> (<a href="#p083">83</a>). Pr. croit que c'est +une lance; M. P. L., une épée courte.</p> +<p>PATAC, patard, petite monnaie. <a href="#p069">69,</a> <a +href="#p199">199.</a></p> +<p>PATAY, chef-lieu de canton dans le Loiret, <a href= +"#p115">115.</a> Pr. fait la remarque qu'il n'y a pas de +forêt dans cette localité, et qu'il n'y vient pas de +châtaignes.</p> +<p>PATHELIN, <a href="#p179">179,</a> <a href="#p196">196.</a> Le +héros d'une farce bien connue, qu'on a attribuée +à Villon.</p> +<p><i>Pathelin</i>, <a href="#p166">166,</a> <a href= +"#p169">169,</a> langage mielleux et plein d'artifices.</p> +<p><i>Paulme (en)</i>, dans la main. «Seur comme qui +l'auroit en paulme», <a href="#p072">p. 72.</a></p> +<p>PAUQUEDENAIRE, <a href="#p196">p. 196,</a> est +présenté comme un homme expert en tromperies, comme +Villon et Pathelin. Il n'est pas autrement connu. Voy. +POICDENAIRE.</p> +<p><i>Peaultre</i>, <a href="#p048">48.</a> Suivant Cotgrave, le +<i>peautre</i> est le gouvernail d'un navire. Dans <i>l'Ancien +théâtre français</i>, t. II, p. 155, on +trouve <i>battu comme peaultre</i>, ce qui équivaut +à <i>battu comme plâtre</i>.</p> +<p><i>Peaussa</i>, couvert d'une peau épaisse et +ridée. <a href="#p041">41.</a></p> +<p><i>Pehon</i>, piéton, fantassin. <a href= +"#p154">154.</a></p> +<p><i>Pel</i>, peau. <a href="#p143">143.</a></p> +<p><i>Peiner (se)</i>, se donner de la peine. <a href= +"#p031">31.</a></p> +<p><i>Penancier</i>, Pénitencier, confesseur. <a href= +"#p188">188.</a></p> +<p><i>Penart</i>, lance ornée d'un pennon. <a href= +"#p147">147.</a></p> +<p>PENESSAC (<i>monsieur de)</i>, <a href="#p200">200.</a></p> +<p><i>Per</i>. «Reçoit son per et se joint à +la plume», <a href="#p074">p. 74,</a> v. 20.</p> +<p><i>Per ou non per</i>, pair ou non, quoi qu'il en soit. <a +href="#p193">193.</a></p> +<p>PERDRYER (<i>Jehan et Françoys</i>), <a href= +"#p075">75.</a></p> +<p>PERNET (<a href="#p158">158</a>), <i>Perrenet</i> (<a href= +"#p157">157</a>), diminutifs de <i>Pierre</i>, nom du franc +archer de Bagnolet.</p> +<p><i>Perpétrer</i>, obtenir, acquérir. <a href= +"#p042">42.</a></p> +<p>PERRETTE, <a href="#p082">82.</a></p> +<p><i>Perrucatz</i>, <a href="#p178">178.</a> Gens à +perruque. On appelait perrucats tous les gens de la Basoche (P. +L.)</p> +<p><i>Pery</i>, perdu, <a href="#p051">51,</a> v. 23.</p> +<p><i>Pesle</i>, poêle, s. m. <a href="#p048">48.</a></p> +<p>PESTEL (<i>enseigne du</i>), ou pilon. <a href= +"#p200">200.</a></p> +<p><i>Petiote</i>, petite. <a href="#p026">26.</a></p> +<p>PETIT-PONT, à Paris. <a href="#p081">81,</a> <a href= +"#p190">190.</a></p> +<p><i>Peu</i>, repu, nourri. (<a href="#p021">P. 21,</a> v. +13.)</p> +<p>PHILIPPOT, <a href="#p092">92.</a></p> +<p>PHOEBUS, <a href="#p122">122.</a> La clarté Phoebus, +c'est, on le sait, la lumière du jour.</p> +<p>PICARDS, <a href="#p122">122.</a> C'étaient des +hérétiques qui ne faisaient aucune prière +pour les morts. Voilà pourquoi Villon promet à +Thibault d'Aussigny une <i>prière de Picard</i>.</p> +<p>PICARDES, <a href="#p081">81.</a></p> +<p><i>Pieça</i>, il y a longtemps.</p> +<p><i>Piétonner</i>, courir à pied. <a href= +"#p152">152.</a></p> +<p><i>Piez blancs</i>, <a href="#p008">p. 8.</a> Avoir les pieds +blancs, c'est, suivant M. P. L., revenir de loin, comme les +voyageurs aux pieds poudreux.</p> +<p><i>Piez de veaux (faire les)</i>, danser, faire des gambades. +<a href="#p112">112.</a></p> +<p><i>Pigne</i>, peigne, <a href="#p069">69.</a></p> +<p><i>Pigon</i>, pigeon. «Les pigeons qui sont en +l'essoine, enserrez sous trappe volière» (<a href= +"#p015">p. 15,</a> v. 27-28), sont des prisonniers enfermez dans +une prison grillée.</p> +<p><i>Pion</i>, buveur, ivrogne. <a href="#p052">52,</a> <a href= +"#p070">70.</a></p> +<p><i>Pipeur ou hazardeur de dez</i> (<a href="#p087">87</a>), +filou qui joue avec des <i>dés pipés</i>.</p> +<p><i>Piteux</i>, porté à la pitié. <a href= +"#p175">175.</a></p> +<p><i>Plain</i>, uni <a href="#p142">142;</a>—entier. +«Tant que je suis en mon plain sens» (<a href= +"#p024">p 24,</a> v. 9).</p> +<p><i>Plaindre</i>, regretter. «Je plaings le temps de ma +jeunesse.» (<a href="#p027">P. 27,</a> v. 25.)</p> +<p><i>Plaisance</i>, plaisanterie, vie joyeuse, ou plutôt +affaires d'amour.</p> +<p><i>Plaisant</i>, agréable. <a href="#p063">63.</a></p> +<p><i>Plait</i>, plaid, plaidoyer. «A peu de +plaît», sans grands discours.</p> +<p><i>Planté</i>, abondance, <a href="#p178">178.</a></p> +<p><i>Plaque</i> (<a href="#p061">p. 61</a>), monnaie +fabriquée sous Charles VII, à l'imitation des +Pays-Bas.</p> +<p>PLAT D'ESTAIN, cabaret de Paris, <a href="#p213">213,</a> <a +href="#p215">215.</a></p> +<p><i>Pleige</i>, caution, répondant. <a href= +"#p033">33.</a></p> +<p><i>Plet</i>, voy. <i>Plait</i>.</p> +<p><i>Plombée</i>, <a href="#p099">99.</a> Fouets ou +masses garnis de plomb. (P. L.)</p> +<p><i>Plours</i>, pleurs. <a href="#p144">144.</a></p> +<p><i>Plumail. Mettre le plumail au vent</i> (<a href= +"#p049">49,</a> v. 1), se jeter résolument dans un +parti.</p> +<p>POICTOU, <a href="#p062">62.</a></p> +<p><i>Poirre</i>, peter. <a href="#p064">64,</a> v. 1.</p> +<p><i>Poise</i>, pèse, tourmente, <a href="#p101">101,</a> +<a href="#p163">163,</a> <a href="#p179">179.</a></p> +<p><i>Poisle</i>, poêle, <a href="#p048">48.</a></p> +<p>PONT A SILLON. Pont au change. <a href="#p179">179,</a> <a +href="#p182">182.</a></p> +<p>PONTHOISE, <a href="#p101">101.</a></p> +<p>PONTHIÈVRE. Penthièvre. <a href= +"#p152">152.</a></p> +<p>PONTLIEU (<i>Jean de</i>), <a href="#p066">66.</a> C'est Jean +de Poilli, docteur de Paris, implacable adversaire des moines +mendiants au XIVe siècle. Il avait écrit plusieurs +ouvrages qui furent condamnés par le pape Jean XXII. +Villon nous apprend qu'il dut abjurer ses hérésies +et faire amende honorable. (P. L.)</p> +<p>POPIN (<i>l'abreuvoir</i>). Cet abreuvoir était au bout +du Pont-Neuf, vis-à-vis la rue Thibautaudez. On a +démoli de nos jours une voûte qui conduisait +à cet abreuvoir, où les truands et les mauvais +garçons se réunissaient, au moyen âge, avec +les ribaudes et les bohémiennes. (P. L.)</p> +<p>POMME DE PIN. Cabaret de Paris. <a href="#p061">61,</a> <a +href="#p192">192.</a></p> +<p>POMPÉE, <a href="#p120">120.</a></p> +<p><i>Porte-paniers</i>. Portefaix, porteurs de hottes. <a href= +"#p089">89.</a></p> +<p><i>Pou</i>, peu, <a href="#p082">82,</a> <a href= +"#p146">146.</a></p> +<p><i>Poulaille</i>, volaille. <a href="#p064">64,</a> <a href= +"#p151">151.</a></p> +<p><i>Poulce</i>, <a href="#p173">173.</a> «Jouer du +poulce», donner de l'argent.</p> +<p><i>Pour-demain</i>, après-demain. <a href= +"#p161">161.</a></p> +<p><i>Pourbondir</i> un cheval, le faire caracoler, <a href= +"#p154">154.</a></p> +<p><i>Pour ce que</i>, parce que.</p> +<p><i>Pourchasser</i>, poursuivre, procurer.</p> +<p><i>Pourmener</i>, promener. «Pourmené de l'uys au +pesle» (<a href="#p048">p. 48</a>), promené de la +porte au poêle, du froid au chaud; lanterné.</p> +<p><i>Pourpenser (se)</i>, penser, décider à par +soi.</p> +<p>POURRAS (l'abbesse de). Cette abbesse de Pourras était, +je pense, une coquine, qui, sous ce titre, vint avec Villon duper +le pauvre barbier de Bourg-la-Reine, qui y tenait aussi une +hôtellerie (Pr.)—Le peuple appelait abbesse de +Poilras, une maquerelle publique qui avait été +rasée au pilori, fouettée et chassée de la +ville. (P.L.)</p> +<p><i>Poursuivans</i> (<a href="#p037">P. 37,</a> v. 10). +Poursuivants d'armes. C'était un des premiers grades de la +chevalerie. (P.L.)</p> +<p><i>Pourtraicte</i>, formée. <a href= +"#p106">106.</a></p> +<p><i>Pourtraicture</i>, portrait, visage. <a href= +"#p082">82.</a></p> +<p><i>Poylette</i>, petite poêle. <a href= +"#p077">77.</a></p> +<p>POYSSONNERIE (la), à Paris. <a href= +"#p187">187.</a></p> +<p>POYTOU, <a href="#p185">185.</a> voy. POICTOU.</p> +<p>PRAGMATIQUE SANCTION. <a href="#p166">166.</a></p> +<p><i>Prébendé</i>, chargé, comme d'une +prébende.</p> +<p><i>Premier</i>, premièrement, d'abord, <a href= +"#p053">53,</a> v. 9.</p> +<p><i>Prescheur</i>, celui qui prêche, prédicateur. +<a href="#p032">32.</a></p> +<p><i>Prescripre</i>, transcrire (?). <a href="#p093">93.</a></p> +<p><i>Preudhommye</i>, prud'homie. <a href="#p142">142.</a></p> +<p>PRIAME, Priam, roi de Troie. <a href="#p120">120.</a></p> +<p>PRINCE DES SOTZ (<a href="#p063">p. 63</a>). C'était le +chef électif de la confrérie joyeuse de la Bazoche +du Palais et le <i>maître des jeux</i> de cette association +dramatique. On le nommait tous les ans à la fête de +mai, et ses suppôts étaient tenus de lui +obéir pendant toute la durée de ses pouvoirs. +(P.L.)</p> +<p><i>Procès</i>, actes, pièces de +procédure. <a href="#p204">204.</a></p> +<p><i>Prochas</i>, recherche. <a href="#p165">165.</a></p> +<p>PROSERPINE, <a href="#p122">122.</a></p> +<p>Prou, assez. <a href="#p170">170.</a></p> +<p>PROVINS, <a href="#p050">50,</a> <a href="#p088">88.</a></p> +<p><i>Provision</i> (<a href="#p036">p. 36,</a> v. 4), recours, +remède.</p> +<p><i>Prunier</i> «En qu'en son prunier n'a pas creu» +(<a href="#p038">p. 38,</a> v. 23), qui n'est pas de son +invention, de son cru.</p> +<p>PSALMISTE (<i>le</i>) David. <a href="#p107">107.</a></p> +<p>Psaulme <i>Deus laudem</i>, <a href="#p023">p. 23.</a> C'est +le psaume 108: <i>Deus laudem meam</i>, etc. Le verset +septième, qui servait de prière à Villon +quand il faisait des voeux pour l'évêque +d'Orléans, est ainsi conçu: <i>Fiant dies ejus +pauci et episcopatum ejus accipiat alter</i>. «Que les +jours de sa vie soient réduits au plus petit nombre, et +que son évêché passe à un autre. +«C'est le sens que le poëte donne au mot +<i>episcopatum</i>. (Pr.)</p> +<p><i>Puis</i>, depuis.</p> +<p><b>————— Q +—————</b></p> +<p><i>Quanque</i>, ce que, <a href="#p153">153.</a></p> +<p><i>Quant de, quant est de</i>, à l'égard de, +quant à. <a href="#p023">23,</a> <a href="#p032">32,</a> +<a href="#p102">102.</a></p> +<p><i>Quantz</i>, combien de. <a href="#p167">167.</a></p> +<p><i>Ouars et dix</i> (<a href="#p112">112),</a> taxes et +dîmes. (P.L.)</p> +<p><i>Que</i>, à, de quoi. <a href="#p030">30,</a> v. 19; +<a href="#p057">57,</a> v. 12.</p> +<p><i>Queloingne</i>, quenouille. «Autre que moy est en +queloingne» (<a href="#p009">p. 9,</a> v. 10), signifie que +Villon a été supplanté auprès de sa +maîtresse.</p> +<p><i>Querir, querye</i>, chercher.</p> +<p><i>Qui</i>, ce qui. «Qui n'esteit à moy grand +saigesse.» (<a href="#p039">P. 39,</a> v. 18.)</p> +<p><i>Qui ne quoy</i>, rien, quoi que ce soit. <a href= +"#p030">30.</a></p> +<p><i>Quiers</i>, veux, cherche à. <a href="#p046">P. +46.</a></p> +<p><i>Quinze-Vingtz</i>, <a href="#p088">88.</a> Les +pensionnaires de l'hôpital fondé par Saint-Louis +pour trois cents aveugles.</p> +<p><i>Quoy</i>, tranquille, en repos. <a href="#p030">30.</a></p> +<p><b>————— R +—————</b></p> +<p><i>R'abiller</i>, réparer, remettre en état, <a +href="#p001">1.</a></p> +<p><i>Racoustré</i>, raccoutré, +réparé. <a href="#p002">2.</a></p> +<p>RAGUYER (<i>Jacques</i>), <a href="#p061">61,</a> <a href= +"#p097">97.</a></p> +<p>RAGUYER (<i>Jean</i>), <a href="#p061">61,</a> <a href= +"#p097">97.</a></p> +<p><i>Raillart</i>, railleur, bon vivant, <a href= +"#p038">38.</a></p> +<p><i>Railler</i>, faire le métier de bouffon, <a href= +"#p087">87.</a></p> +<p><i>Raillon</i> (<a href="#p094">p. 94</a>), dard. Le raillon +était une espèce de flèche triangulaire. +(P.L.)</p> +<p><i>Raimasser</i> (?), <a href="#p167">167.</a></p> +<p><i>Raine</i>, rainette. <a href="#p077">77.</a></p> +<p><i>Rains</i>, <a href="#p013">p. 13.</a> M.P.L. rapproche ce +mot de <i>rainceaux</i>, et le traduit par <i>rameaux, +fagots</i>. «Les fagots, dit-il, étaient +empilés de chaque côté des vastes +cheminées du XVe siècle. On s'appuyait donc contre +les <i>rains</i> en se chauffant la plante des pieds.»</p> +<p><i>Ralias, rallias, ralyas</i>, festin, régal. <a href= +"#p082">82,</a> <a href="#p205">205.</a></p> +<p><i>Ramenteu</i>, rappelé, remémoré.</p> +<p><i>Ramentevoir</i>, rappeler. <a href="#p082">82.</a></p> +<p><i>Ranguillon</i>, ardillon. <a href="#p100">100.</a></p> +<p><i>Rappeau</i>, nouvel appel. <a href="#p086">86.</a></p> +<p><i>Ravis</i>, enragés. «A loups ravis grosse +pasture», <a href="#p176">176,</a> v. 8.</p> +<p><i>Raye (coucher en)</i>, <a href="#p165">p. 165.</a> Se +mettre en évidence.</p> +<p><i>Réau</i>, <a href="#p061">6l,</a> royal d'or. Cette +monnaie valait 30 sols tournois en 1470. (P. L.)</p> +<p><i>Réagal</i>, <a href="#p076">76.</a> Espèce +d'arsenic rouge. (P. L.)</p> +<p><i>Rebours</i>, <a href="#p106">106,</a> ce qui rebute.</p> +<p><i>Rebourse</i>, revêche, <a href="#p203">203.</a></p> +<p><i>Rebouter</i>, rebuter, <a href="#p043">43,</a> v. 15.</p> +<p><i>Rebrassès colletz</i>, <a href="#p033">33,</a> +collets fort hauts et bien plissés (Pr.).—Collets +bordés de fourrures. (P. L.)</p> +<p><i>Recipe</i>, <a href="#p076">76,</a> ordonnance de +médecin.</p> +<p><i>Recoeuvre, trouve</i>, obtienne. <a href="#p043">43,</a> v. +23.</p> +<p><i>Recorder</i>, rappeler, <a href="#p079">79.</a></p> +<p><i>Recors (être)</i>, se rappeler. <a href= +"#p088">88.</a></p> +<p>RECOUVRER, rendre. «Et que vie me recouvra.» <a +href="#p023">24,</a> v. 18.</p> +<p><i>Recreu</i>, fatigué, lassé. <a href= +"#p038">38,</a> <a href="#p165">l65.</a></p> +<p><i>Recueil</i>, accueil, <a href="#p137">137.</a></p> +<p><i>Recullet (en)</i>, dans un coin, acculé. <a href= +"#p113">113.</a></p> +<p><i>Réer</i> (<a href="#p095">95,</a> v. 9), raser, +râcler.</p> +<p><i>Refrigère</i>, rafraîchissement. <a href= +"#p052">52.</a></p> +<p>REIMS, <a href="#p045">45.</a></p> +<p><i>Relaiz</i>, ressource. <a href="#p009">9.</a></p> +<p><i>Relief</i>, <a href="#p163">163.</a> On appelait relief +l'ordre du prince qui autorisait un officier à toucher ses +appointements échus pendant son absence. (P. L.)</p> +<p><i>Remaine</i>, reste. «Que le refrain ne vous +remaine.» (<a href="#p035">P. 35,</a> v. 3.)</p> +<p><i>Remain</i> reste, <a href="#p010">10.</a></p> +<p><i>Remenant (le)</i>, le reste. <a href="#p030">30,</a> <a +href="#p050">50.</a></p> +<p><i>Reminer</i>, considérer. <a href="#p017">17.</a></p> +<p><i>Remordre</i>, causer du regret, des remords. (<a href= +"#p025">P. 25,</a> v. 21.)</p> +<p><i>Renchère</i>, <a href="#p192">192.</a> Pr. suppose +que c'est le bâton dont on se sert pour porter deux sceaux, +un à chaque bout.</p> +<p>RENÉ (d'Anjou), roi de Sicile. <a href= +"#p074">74.</a></p> +<p>RENES, Rennes, <a href="#p037">37.</a></p> +<p><i>Repaistre</i>, manger, se régaler.</p> +<p><i>Repentailles</i>, regrets, repentir. <a href= +"#p039">39,</a> <a href="#p086">86.</a></p> +<p><i>Reprouche</i>, chose répréhensible. <a href= +"#p103">103.</a></p> +<p><i>Repues franches</i>, repas qui ne coûtent rien.</p> +<p><i>Requérir</i>, quérir, chercher à +nouveau. <a href="#p192">192.</a></p> +<p><i>Requoy (en), à requoy</i>, en repos, tranquille, <a +href="#p030">30,</a> <a href="#p168">168.</a></p> +<p><i>Résceans</i> (?), <a href="#p170">170.</a></p> +<p><i>Rescondre</i>. Renfermer, du latin <i>recondere</i>. (P. +L.)</p> +<p><i>Rescrire</i>, écrire, rapporter, <a href= +"#p027">27.</a></p> +<p><i>Résiner</i>, résigner. «Pour leurs +offices résiner» (<a href="#p205">p. 205</a>), pour +prendre congé et régler leurs comptes.</p> +<p><i>Respit</i>, répit, repos. <a href= +"#p030">30.</a></p> +<p><i>Ressourdant</i>, <a href="#p166">166,</a> Ressortant, +brillant. (P. L.)</p> +<p><i>Retraict</i>, retiré. <a href="#p041">41,</a> <a +href="#p113">113.</a></p> +<p><i>Retraire</i>, retirer. <a href="#p047">47,</a> <a href= +"#p054">54,</a> <a href="#p080">80,</a> <a href= +"#p137">137.</a></p> +<p><i>Revencher</i> (se), prendre sa revanche, se +prévaloir. <a href="#p028">28</a>—<i>Eux +revencher</i>, se venger. <a href="#p067">67.</a></p> +<p><i>Revenue</i>, retour. <a href="#p192">192.</a></p> +<p><i>Rez</i>, <a href="#p093">93.</a> Le rez d'une pomme en est +l'épluchure.</p> +<p><i>Rez</i>, rasé. <a href="#p095">95,</a> v. 8.</p> +<p><i>Ribler</i>, <a href="#p067">67,</a> voler pendant la nuit, +comme les ribauds, <i>ribaldi</i>. (P.L.)</p> +<p><i>Ribleur</i>, voleur de nuit. <a href="#p098">98.</a></p> +<p>RICHER (<i>Pierre</i>), <a href="#p071">71.</a></p> +<p>RICHIER (<i>Denis</i>), <a href="#p063">63.</a></p> +<p><i>Rie</i>, moquerie, raillerie. <a href="#p042">42,</a> v. +22.</p> +<p><i>Riotte</i>, querelle, dispute. <a href="#p098">98.</a></p> +<p>RIOU (<i>Jean</i>), <a href="#p065">65.</a></p> +<p><i>Risse</i>, rirais. <a href="#p058">58.</a></p> +<p>ROBERT, <a href="#p050">50.</a></p> +<p>ROBIN TURGIS, voy. TURGIS.</p> +<p>ROLLANT, <a href="#p157">157.</a></p> +<p>ROMAN DE LA ROSE, <a href="#p025">25.</a></p> +<p>ROMMANTE <i>du Pet au diable</i>, <a href="#p054">54.</a> +Ouvrage imaginaire que Villon s'attribue.</p> +<p>ROME, <i>Romme</i>. <a href="#p081">81,</a> <a href= +"#p121">121.</a></p> +<p>RONSEVILLE (<i>Pierre de</i>), concierge de Louvieulx. <a +href="#p017">17.</a> Il y a une localité de ce nom dans le +département de l'Oise.</p> +<p>ROSE, <a href="#p056">56.</a></p> +<p>ROSNEL, <a href="#p074">74.</a></p> +<p><i>Rottes</i>, vents qui s'échappent de l'estomac. <a +href="#p098">98.</a></p> +<p><i>Rouge</i>, fin. Terme d'argot. <a href="#p185">185.</a></p> +<p><i>Roulet</i>, <a href="#p114">114.</a> Du latin +<i>rotulus</i>, parce que les livres étaient +roulés. (P.L.)</p> +<p><i>Roupieux</i>, désappointé, avec un pied de +nez. <a href="#p205">205.</a></p> +<p>ROUSSILLON, <a href="#p099">99.</a></p> +<p><i>Route</i>, bande, troupe. <a href="#p148">148.</a></p> +<p><i>Royaulx</i>, p. <a href="#p169">169,</a> Écus +d'or.</p> +<p><i>Royne</i>, reine.</p> +<p><i>Ru</i>, ruisseau. Battu «comme à ru +telles» (<a href="#p046">p. 46</a>), comme le linge qu'on +lave.</p> +<p><i>Rubis</i>. Cl. Marot pense que les beaux rubis +légués par Villon aux soldats du guet (<a href= +"#p013">13,</a> v. 23) étaient des rubis de taverne.</p> +<p>RUEL, <a href="#p086">86.</a></p> +<p>RUEL (<i>Jehan de</i>), <a href="#p074">74.</a></p> +<p><i>Ruer</i>, jeter. <a href="#p151">151.</a>—<i>Ruer +jus</i>, abattre, <a href="#p121">121.</a></p> +<p><i>Run</i>, ruine. <a href="#p166">166.</a></p> +<p><i>Rustes</i>, paysans, gens grossiers. <a href= +"#p169">169.</a></p> +<p><i>Ruyt</i>, ardeur amoureuse, rut. <a href= +"#p083">83.</a></p> +<p><i>Rymer</i>, <a href="#p087">87,</a> faire des vers.</p> +<p><i>Rynceau</i>, rameau, rainceau. <a href="#p145">145.</a></p> +<p><b>————— S +—————</b></p> +<p><i>Sà jus</i>, ici bas. <a href="#p105">105,</a> <a +href="#p108">108.</a></p> +<p><i>Sade</i>, gentil, gentille, aimable. <a href= +"#p083">83,</a> <a href="#p196">196.</a></p> +<p><i>Sadinet</i>, la nature de la femme. <a href= +"#p040">40.</a></p> +<p><i>Saillir</i>, sortir. <a href="#p027">27,</a> <a href= +"#p103">103.</a></p> +<p><i>Sainctir</i>, devenir saint. <a href="#p185">185.</a></p> +<p>SAINT-AMANT, <a href="#p060">60.</a></p> +<p>SAINT ANDRÉ, <a href="#p107">107.</a></p> +<p>SAINT ANTOINE (feu), <a href="#p017">17,</a> <a href= +"#p044">44.</a></p> +<p>S. CRISTOFLE, <a href="#p074">74.</a></p> +<p>S. DENIS, <a href="#p157">p. 157.</a> Le cri des +Français était <i>Montjoie S. Denis</i>; celui des +Bretons était <i>Bretagne et S. Yves</i>. (P.L.)</p> +<p>S. DOMINIQUE. <a href="#p090">90.</a> «Les Frères +Prêcheurs, ordre institué par saint Dominique, +étaient chargés de l'inquisition en France.» +(Pr.)</p> +<p>S.-ESTIENNE, paroisse de Paris. <a href="#p096">96.</a></p> +<p>SAINCT-GENOU, <a href="#p062">62.</a></p> +<p>S. GEORGES, <a href="#p068">68,</a> <a href="#p151">151,</a> +<a href="#p158">158.</a></p> +<p>S. GILLE, <a href="#p207">207.</a></p> +<p>S.-INNOCENT, paroisse de Paris. <a href="#p181">181.</a></p> +<p>S. JACQUES, <a href="#p158">158.</a></p> +<p>S.-JACQUES, paroisse de Paris, <a href="#p012">p. 12.</a></p> +<p>S. JEAN-BAPTISTE, <a href="#p046">46,</a> <a href= +"#p107">107,</a>—<i>feu saint Jean</i>, <a href= +"#p166">166.</a></p> +<p>SAINT JULIAN DES VOVENTES, <a href="#p062">62.</a></p> +<p>S. MARTIAL, <a href="#p024">24.</a></p> +<p>S. MARTIN, <a href="#p158">158.</a></p> +<p>S. MATHIEU, <a href="#p218">218.</a></p> +<p>SAINCT OMER, <a href="#p045">45.</a></p> +<p>S. PIERRE, <a href="#p162">162.</a></p> +<p>S. PIERRE DE ROME, <a href="#p189">189.</a></p> +<p>S. PIERRE DES ARSIS, église située dans la +Cité. <a href="#p215">215.</a></p> +<p>S. REMY DE RAINS, <a href="#p190">190.</a></p> +<p>SAINT SATUR <i>soubz Sancerre</i>, <a href="#p057">57.</a></p> +<p>S. VICTOR, <a href="#p122">122.</a></p> +<p>S. YVES, voy. S. Denis.</p> +<p>SAINCTE-AVOYE, <a href="#p094">94.</a> Villon veut être +enterré dans cette église parce que c'est la seule +de Paris qui ne soit pas au rez-de-chaussée. Elle +était au second étage.</p> +<p>Ste BARBE, <a href="#p152">152.</a></p> +<p><i>Sainte Souffrette</i>, patronne imaginaire des gueux. <a +href="#p212">212.</a></p> +<p><i>Sallade</i>, <a href="#p067">67,</a> <a href= +"#p152">152,</a> <a href="#p157">157,</a> casque sans heaume et +sans crête, espèce de pot de fer. (P.L.)</p> +<p>SALINS, <a href="#p037">37,</a> <a href="#p070">70.</a></p> +<p>SALMON, Salomon, <a href="#p045">45,</a> <a href= +"#p114">114.</a></p> +<p>SAMSON, <a href="#p045">45.</a></p> +<p><i>S'amye</i>, son amie, sa maîtresse.</p> +<p>SANCERRE, <a href="#p057">57.</a></p> +<p>SANG. Le sang menstruel servait à faire des philtres et +autres breuvages auxquels on attribuait une vertu magique. Voy. +<a href="#p077">p. 77,</a> v. 11 et 12.</p> +<p><i>Sans</i>, cens, c'est-à-dire rente, revenu. <a href= +"#p072">P. 72,</a> v. 3.</p> +<p><i>Saqueboute</i>, sorte d'épieu. <a href= +"#p148">148.</a></p> +<p><i>Sarazinoys</i>, d'Orient. «Gingembre +sarazinois.» <a href="#p064">64.</a></p> +<p>SARDANA (<a href="#p046">p. 46,</a> v. 7). On a fait beaucoup +de conjectures au sujet de ce Sardana, qui conquit le royaume de +Crète, et plus tard vécut de la vie des femmes. Il +n'y en a pas une de satisfaisante.</p> +<p>SARDANAPALUS, <a href="#p122">122.</a></p> +<p>SATURNE, <a href="#p014">14.</a></p> +<p><i>Saulsoye</i>, lieu planté de saules, arbres qui ne +portent point de glands, comme chacun sait. C'est pourquoi Villon +lègue «le gland d'une saulsoye». (<a href= +"#p012">P. 12,</a> v. 10).</p> +<p><i>Scarbot</i>, escarbot. <a href="#p084">84.</a></p> +<p><i>Scotiste</i>, écossais, d'Ecosse. M.P.L. pense que +le roi d'Ecosse qui avait la moitié de la face vermeille, +c'est-à-dire une <i>tache de vin</i> (<a href="#p035">p. +35</a> v. l3), était Jacques II, mort en 1460.</p> +<p>SCYPION L'AFFRIQUAIN, <a href="#p120">120.</a></p> +<p><i>Se</i>, si. L'e s'élidait souvent: «S'evesque +il est, seignant les rues» (<a href="#p021">21</a> v. +7).</p> +<p><i>Seigner</i>, bénir en faisant le signe de la croix +(<a href="#p021">p. 21,</a> v. 7).</p> +<p><i>Seigneurier</i>, dominer. <a href="#p102">102.</a></p> +<p><i>Séjour</i> «Prebstre sans séjour» +(<a href="#p186">p. 186</a>) peut s'entendre de deux +façons: sans cure et sans résidence; sans loisir et +sans repos. (P. L.)</p> +<p><i>Senestre</i>, gauche.</p> +<p><i>Senez</i>, anciens, vieillards, hommes de sens. <a href= +"#p037">37.</a></p> +<p><i>Sensif</i>, <a href="#p018">18,</a> sensitif, +<i>sensorium</i> siège du sentiment. (P. L.)</p> +<p><i>Sensitif</i>, le tact, le toucher. <a href= +"#p103">103.</a></p> +<p><i>Sentemens</i>, sentiments, intelligence. <a href= +"#p025">25.</a></p> +<p><i>Sequentement</i>, en suivant. <a href="#p160">160.</a></p> +<p><i>Sequeure</i>, secourt, <a href= +"#p043">43.</a>—Secoure. <a href="#p159">159.</a></p> +<p><i>Serain</i>, soir. <a href="#p048">48.</a></p> +<p><i>Sereine</i>, Sirène. <a href="#p034">34.</a></p> +<p><i>Serf</i>. Ce mot sert de prétexte à une +équivoque. «Je ne suis son serf ne sa biche» +(<a href="#p021">21.</a> V 12).</p> +<p>SERGENTS, <a href="#p063">63.</a> Le prévôt de +Paris avait deux compagnies de sergents à pied et à +cheval, composées de 110 hommes chacune, et ayant leurs +corps de garde aux barrières de la ville. (P. L.)</p> +<p><i>Serre (tenir)</i>, <a href="#p051">51,</a> v. 1. J'ignore +ce que cela veut dire.</p> +<p><i>Servans</i>, serfs, serviteurs. «Aussi bien meurt +filz que servans» (<a href="#p036">p. 36,</a> v. 18) +signifie: Les maîtres meurent aussi bien que les +serviteurs, les fils de famille aussi bien que les serfs.</p> +<p><i>Ses</i>, ces. <a href="#p008">8.</a></p> +<p><i>Seur</i>, sûr. <a href="#p071">71,</a> <a href= +"#p142">142.</a></p> +<p><i>Si</i>, ainsi, oui, en effet.</p> +<p><i>Similative (faculté)</i>, faculté d'imiter. +<a href="#p018">18.</a></p> +<p>SIMON MAGUS, <a href="#p122">122.</a></p> +<p><i>Simplesse</i>, simplicité, ignorance. <a href= +"#p106">106.</a></p> +<p><i>Sires</i>, seigneurs. <a href="#p037">37.</a></p> +<p><i>Sist</i>, assit, <a href="#p202">202.</a></p> +<p><i>Sollier</i>, plancher. <a href="#p094">94.</a></p> +<p><i>Some</i>, auguste <a href="#p001">1.</a> <a href= +"#p108">108.</a></p> +<p><i>Somme</i>, sommeil. <a href="#p118">P. 118,</a> v. 16.</p> +<p><i>Somme</i>, en somme. <a href="#p051">51.</a></p> +<p><i>Somme</i>, compter, <a href="#p118">118.</a></p> +<p><i>Sommet</i>, tête. <a href="#p084">84.</a></p> +<p>SORBONNE. «Je ouis la cloche de Sorbonne» (<a +href="#p017">p. 17,</a> v. 20). Ce vers ne prouve pas que Villon +était dans les prisons de l'Université, puisqu'il +est certain qu'il était libre lorsqu'il composa le +<i>Petit Testament</i>, mais seulement qu'il logeait dans le +voisinage de la Sorbonne.</p> +<p><i>Sortir (soy)</i>, se fournir, s'approvisionner. <a href= +"#p196">196.</a></p> +<p><i>Sot</i>, bouffon, comédien. <a href="#p063">63,</a> +<a href="#p098">98.</a> Voy. <i>Prince des sots</i>.</p> +<p><i>Souef</i>, doux. <a href="#p033">33,</a> <a href= +"#p075">75.</a> Doucement. <a href="#p090">90.</a></p> +<p><i>Sonffrette</i>, disette. <a href="#p082">82.</a></p> +<p><i>Souffreteux</i>, pauvre diable, misérable. <a href= +"#p206">206.</a></p> +<p><i>Soulas</i>, plaisir, joie. <a href="#p122">122.</a></p> +<p><i>Souldre</i>, régler, résoudre. <a href= +"#p102">102.</a></p> +<p><i>Souldure</i>, liaison, union. <a href="#p008">8.</a></p> +<p><i>Soullon</i>, <a href="#p099">p. 99.</a> M.P.L. dit que +c'était un ballon avec lequel on jouait à la +<i>soulle</i>. Le mot doit être prononcé +<i>souillon</i>, et n'a pas besoin d'être expliqué. +On le retrouve <a href="#p120">p. 120.</a></p> +<p><i>Souloir</i>, avec coutume.</p> +<p><i>Soustenance</i>, soutien. <a href="#p144">144.</a></p> +<p><i>Soustenir</i>, porter. <a href="#p208">208.</a></p> +<p><i>Souventesfoys</i>, souvent. <a href="#p032">32.</a></p> +<p><i>Soyer</i>, scier. <a href="#p119">119.</a></p> +<p><i>Submectre</i>, soumettre. <a href="#p067">67.</a></p> +<p><i>Substantement</i>, nourriture, soutien. <a href= +"#p106">106.</a></p> +<p><i>Sumer</i>, semer. <a href="#p074">74,</a> v. 16.</p> +<p><i>Sur</i>, chez, <a href="#p013">13,</a> v. 17.</p> +<p><i>Surcot</i>, manteau.</p> +<p><i>Surquerir</i>, <a href="#p012">12.</a> Enrichir, de +<i>succurrere</i>, suivant M.P.L.</p> +<p><i>Sus (Mettre)</i>, mettre en vigueur, soutenir. <a href= +"#p010">10.</a></p> +<p><i>Sus (mis)</i>, surgis, venus. <a href="#p172">172.</a></p> +<p>SUYSSES, <a href="#p171">171.</a></p> +<p><i>Sydère</i>, astre. <a href="#p032">32.</a></p> +<p><b>————— T +—————</b></p> +<p>TABARIE <i>(Guy)</i>, copiste du <i>Roman du Pet au +Diable</i>. <a href="#p054">54.</a></p> +<p><i>Tabart</i>, manteau.</p> +<p><i>Tachon</i>, instrument servant à chasser les +mouches. <a href="#p011">11.</a></p> +<p>TACOT (<i>Colas</i>), <a href="#p097">97.</a></p> +<p><i>Tailleur de faulx coings</i>, faux monnayeur. <a href= +"#p087">87.</a></p> +<p>TAILLEVENT, <a href="#p076">76.</a> Le livre de Taillevent, +«grand cuisinier du roy de France», eut plusieurs +éditions au quinzième siècle et au +commencement du seizième.</p> +<p><i>Talemouze</i>, sorte de pâtisserie. <a href= +"#p063">63.</a></p> +<p><i>Tancer, tencer</i>, disputer.</p> +<p>TANTALUS, Tantale. <a href="#p122">122.</a></p> +<p>TARANNE (<i>Charlot</i>), <a href="#p072">72.</a></p> +<p><i>Targe</i>, <a href="#p070">70.</a> La targe était +une ancienne monnaie de Bretagne, ou <i>brette</i>, du latin +<i>bretta</i>. Son nom lui venait de ce que le revers portait une +<i>targe</i>, ou bouclier échancré. (P.L.)</p> +<p><i>Tarny</i>, terni, usé. <a href="#p172">172.</a></p> +<p><i>Tauxer</i>, taxer, imposer. <a href="#p166">166.</a></p> +<p><i>Tayon</i>, oncle. <a href="#p036">36.</a></p> +<p><i>Telles</i>, toiles. <a href="#p046">46,</a> v. 24.</p> +<p>TEMPLE (<i>la closture du</i>), à Paris. <a href= +"#p061">61.</a></p> +<p><i>Tencer</i>, v. <i>tancer</i>.</p> +<p><i>Tenir</i>, posséder des biens sous la +suzeraineté de quelqu'un: «Soubz luy ne tiens s'il +n'est en friche» (<a href="#p021">21,</a> v. 10).</p> +<p><i>Tenné</i>, <a href="#p037">37,</a> ennuyé, +tourmenté. Cette expression s'emploie encore dans le +langage familier.</p> +<p><i>Terrien, terrienne</i>, terrestre.</p> +<p><i>Tettes</i>, mamelles. <a href="#p041">41.</a></p> +<p>THAÏS, <a href="#p034">34.</a> Courtisane +célèbre, qui vivait à Athènes vers le +milieu du quatrième siècle. (Pr.)</p> +<p>THAMAR, <a href="#p046">46.</a></p> +<p>THEOPHILUS, <a href="#p055">55.</a> Voy. le <i>Miracle de +Théophile</i>, par Gautier de Coinsi. <i>Rennes</i>. 1838, +in-8.</p> +<p>THIBAULT, (<i>Jacques</i>), <a href="#p049">49.</a> Voy. +AUSSIGNY.</p> +<p><i>Tholouzaines</i>, femmes de Toulouse. <a href= +"#p080">80.</a></p> +<p><i>Ticquet</i>, loquet (?), <a href="#p169">169.</a></p> +<p><i>Tieulx</i>, tels. <a href="#p016">16.</a></p> +<p><i>Tocquer</i>, toucher. <a href="#p175">175.</a></p> +<p><i>Tollu</i>, pris, ôté. <a href= +"#p039">39.</a></p> +<p><i>Tor</i>, taureau. <a href="#p122">122.</a></p> +<p><i>Tostée</i>, pain trempé dans du vin. <a href= +"#p079">79.</a></p> +<p><i>Touaille</i>, serviette, pièce de toile. <a href= +"#p029">29.</a></p> +<p><i>Toult</i>, ôte, enlève. <a href= +"#p108">108.</a></p> +<p><i>Tour d'escolle</i> (<a href="#p070">70</a>), tour de +vaurien.</p> +<p><i>Tourbes</i>, foule. <a href="#p107">107.</a></p> +<p><i>Toute jour</i>, toute la journée. <a href= +"#p044">44.</a></p> +<p><i>Trac</i>, trace, train. <a href="#p199">199.</a></p> +<p><i>Tracer</i>, suivre à la piste. <a href= +"#p031">31.</a></p> +<p><i>Trahistre</i>, traître, méchant. <a href= +"#p098">98.</a></p> +<p><i>Traicte</i>, tirée, extraite. <a href= +"#p106">106.</a></p> +<p><i>Traictis</i>, joli. <a href="#p040">40.</a></p> +<p><i>Traire</i>, tirer. <a href="#p157">157.</a></p> +<p><i>Transglouti</i>, englouti. <a href="#p122">122.</a></p> +<p><i>Transmué</i>, changé. <a href= +"#p121">121.</a></p> +<p><i>Transy</i>, trépassé. <a href= +"#p103">103.</a></p> +<p><i>Trasse</i>, trace, piste. <a href="#p176">176.</a></p> +<p><i>Trasser</i>, suivre à la piste, poursuivre. <a href= +"#p176">176.</a></p> +<p><i>Travail</i>, souffrance, peine, adversité. <a href= +"#p025">25,</a> <a href="#p115">115.</a></p> +<p><i>Travailler (se)</i>, s'occuper, s'employer. <a href= +"#p072">72.</a></p> +<p><i>Tresbucher</i>, tomber, <a href="#p155">l55.</a></p> +<p><i>Trespercer</i>, transpercer. <a href="#p008">8,</a> <a +href="#p154">154.</a></p> +<p><i>Tressuer</i>, tressaillir. <a href="#p192">192.</a></p> +<p><i>Trestous</i>, tous.</p> +<p><i>Trestout</i>, tout, entièrement.</p> +<p><i>Tretisses</i>, voy. <i>traictiss</i>.</p> +<p><i>Treuver</i>, trouver. <a href="#p036">36.</a></p> +<p>TRISTAN, prévost des mareschaulx (<a href="#p092">p. +92</a>), est le fameux Tristan l'Ermite, prévôt de +l'hôtel du roi et favori de Louis XI. (P.L.)</p> +<p>TROÏLE (<a href="#p074">74</a>), fils de Priam et +d'Hécube, fut tué par Achille au siège de +Troie. (P.L.)</p> +<p><i>Trompille</i>, trompe, trompette. <a href= +"#p154">154.</a></p> +<p><i>Trop plus</i>, beaucoup plus, trop. <a href= +"#p022">22.</a></p> +<p>TROU PERRETTE, <a href="#p097">97,</a> probablement un +cabaret. Marot dit que c'était un jeu de paume.</p> +<p><i>Trousse</i>, carquois. <a href="#p173">173.</a></p> +<p>TROUSSECAILLE (<i>Robin</i>), <a href="#p065">65.</a></p> +<p><i>Trousser au col</i>, emporter sur les épaules. <a +href="#p011">11.</a></p> +<p>TROYENS, <a href="#p122">122.</a></p> +<p>TROYS, Troyes. <a href="#p045">45.</a></p> +<p>TROYS LICTS (<a href="#p013">p. 13,</a> v. 25), chambre du +Châtelet un peu plus commode que les autres, +peut-être. (Pr.)</p> +<p><i>Truandailles</i>, hommes de la lie du peuple. <a href= +"#p039">39.</a></p> +<p><i>Trumellières</i>, porte-manteau, accroché au +<i>trumeau</i>, partie de mur entre deux fenêtres, <a href= +"#p011">11.</a></p> +<p><i>Truys</i>, trouve. <a href="#p144">144.</a></p> +<p><i>Tumbel</i>, tombeau. <a href="#p094">94.</a></p> +<p>TURGIS (<i>Robert</i>). <a href="#p050">50,</a> <a href= +"#p060">60,</a> <a href="#p062">62.</a></p> +<p>TURLUPINS, TURLUPINES, <a href="#p066">66,</a> <a href= +"#p179">179,</a> hérétiques du treizième et +du quatorzième siècle, qui s'appelaient +eux-mêmes la <i>Confrérie des pauvres</i>, et qui +n'étaient pas plus orthodoxes en matière de morale +qu'en matière de religion. On a désigné +quelquefois sous ce nom les ordres mendiants des deux sexes.</p> +<p>TUSCA (<i>de</i>), chef de police ou capitaine d'aventures. <a +href="#p067">67.</a></p> +<p><i>Tyran</i>, tyran. <a href="#p078">78.</a></p> +<p><b>————— U +—————</b></p> +<p><i>Unes</i>, une paire de. «Et unes houses de +basane.» <a href="#p073">P. 73.</a> v. 7.— +«Unes brayes breneuses.» <a href="#p077">P. +77.</a></p> +<p><i>Uys</i>, porte. <a href="#p048">48.</a></p> +<p><b>————— V +—————</b></p> +<p><i>Vacquerie</i>, vicairie. <a href="#p068">68.</a></p> +<p>VALENCIENNES, <a href="#p081">81.</a></p> +<p>VALERE LE GRAND, Valère Maxime. <a href= +"#p027">27.</a></p> +<p><i>Valeton</i>, serviteur, amoureux. <a href= +"#p049">49.</a></p> +<p>VALLETTE (<i>Jehan</i>), <a href="#p063">63.</a></p> +<p><i>Varlet</i>, garçon de cabaret, de cuisine. <a href= +"#p193">193,</a> <a href="#p197">197,</a> <a href= +"#p208">208.</a></p> +<p><i>Vaulsist</i>, valait, <a href="#p026">26.</a></p> +<p>VAUSELLES (<i>Katherine de</i>), <a href="#p046">46.</a></p> +<p>VAUVERT (le diable de). L'opinion commune était que les +diables habitaient Vauvert. C'est pour cette raison que l'on +appelait rue d'Enfer celle qui conduisait en ce lieu. (Pr.)</p> +<p><i>Vecy</i>, voici.</p> +<p><i>Veez</i>, voyez. <a href="#p136">136.</a></p> +<p><i>Vela</i>, voilà.</p> +<p><i>Venerieux</i>, relatif à l'amour. «A tous les +Dieux venerieux.» (<a href="#p008">P. 8,</a> v. 7.)</p> +<p><i>Vent (avoir le)</i>, <a href="#p173">173,</a> être +favorisé de la fortune. On dit aujourd'hui: Avoir vent en +poupe.</p> +<p><i>Venteur</i>, <a href="#p096">96,</a> homme qui se vante +volontiers.</p> +<p>VENUS, <a href="#p122">122.</a></p> +<p><i>Veoir</i>, voir. <a href="#p025">25.</a>—Vrai. <a +href="#p197">197.</a></p> +<p><i>Verdi</i>, p. <a href="#p168">168,</a> v. 24 (?). +Peut-être faut-il lire: «Gorgias, sur le hault +vestu.»</p> +<p><i>Vers</i>, envers. <a href="#p024">24.</a></p> +<p>VICESTRE, <a href="#p012">12,</a> <a href="#p073">73.</a> Le +château de Bicêtre. Il était en ruines du +temps de Villon.</p> +<p><i>Viellart</i>, vieillard. <a href="#p069">69.</a></p> +<p><i>Vielle</i>. «Ma vielle ay mys soubz le banc», +<a href="#p048">p. 48,</a> veut dire: j'ai renoncé au jeu, +j'ai quitté la partie.</p> +<p>VIENNE en Dauphiné. <a href="#p037">37.</a></p> +<p>VILLON (Guillaume), <a href="#p009">9,</a> <a href= +"#p053">53.</a> Ce Guillaume Villon ou de Villon n'était +pas le père du poëte, puisque celui-ci, qui l'appelle +son «plus que père», parle de lui, dans le +<i>Grand Testament</i> (<a href="#p053">p. 53</a>) comme d'une +personne encore en vie, et lui lègue sa +bibliothèque, tandis qu'il vient de dire (<a href= +"#p032">p. 32</a>) que son père est mort, M. Nagel s'est +attaché à prouver qu'il n'était même +pas son parent, d'où la conclusion que le poëte +aurait adopté le nom de Villon pour faire honneur à +son maître et protecteur. Il se fonde +particulièrement sur le huitain IX du <i>Petit +Testament</i>, où François dit que sa +renommée <i>bruit</i> en faveur du nom de Guillaume, et +sur le huitain 23 du <i>Grand Testament</i>, où il se +plaint qu'il est abandonné des siens, ce qui ne s'accorde +pas avec les témoignages de reconnaissance qu'il prodigue +à Guillaume Villon. J'avoue que tout cela est assez +concluant. On pourrait objecter néanmoins qu'en se disant +abandonné du moindre des siens, tout en parlant comme il +le fait des bontés que Guillaume avait pour lui, Villon se +rappelait cet axiome, que l'exception confirme la règle. +Quant à l'honneur que sa renommée devait faire au +nom de Villon, il importait peu que Guillaume fût ou non de +la famille du poëte: le résultat était le +même pour lui.</p> +<p><i>Villotières</i>, coureuses, filles de mauvaise vie. +Voy. Cotgrave.</p> +<p><i>Vin de buffet</i>, vin commun et frelaté. <a href= +"#p065">65.</a></p> +<p><i>Vin (aller au)</i>, <a href="#p083">p. 83,</a> c'est aller +au cabaret chercher du vin qu'on emporte dans l'endroit où +il doit être bu. C'est ainsi qu'on s'en procurait +généralement au moyen âge. Voy. <i>Ancien +théâtre français</i>. t. 1, p. 1955 <i>Farce +de Pernet</i> <i>qui va au vin</i>; t. 1, p. 250. <i>Farce du +gentilhomme et de Naudet</i>.</p> +<p>Vin d'Aulnys. <a href="#p060">60.</a>—de Baigneulx. <a +href="#p193">193.</a>—de Beaune. <a href="#p193">193,</a> +<a href="#p207">207.</a>—Morillon (rouge). <a href= +"#p100">100.</a></p> +<p><i>Vis</i>, visage. <a href="#p040">40.</a></p> +<p><i>Vivre d'avantage</i>, vivre sans rien débourser, aux +dépens d'autrui.</p> +<p><i>Vo</i>, votre. <a href="#p086">86.</a></p> +<p><i>Voir</i>, vrai. <a href="#p028">28.</a></p> +<p><i>Voire</i> (<a href="#p095">95,</a> v. 17), verre.</p> +<p><i>Voire</i>, vraiment. <a href="#p023">23,</a> <a href= +"#p145">145,</a> <a href="#p164">164.</a></p> +<p><i>Volse</i>, aille. <a href="#p022">22.</a></p> +<p>VOLLANT, <a href="#p196">196.</a></p> +<p><i>Vouilliés</i>, veuillez <a href="#p055">55.</a></p> +<p><i>Voulenté</i>, volonté.</p> +<p><i>Voulsisse</i>, voulusse. <a href="#p147">147.</a></p> +<p><i>Voulsist</i>, voulût. <a href="#p033">33,</a> <a +href="#p191">191.</a></p> +<p><i>Voult</i>, voulut. <a href="#p099">99.</a></p> +<p><i>Voultyz (sourcilz)</i>, sourcils arqués, bien +plantés. (<a href="#p040">P. 40.</a>)</p> +<p><i>Voyse</i>, aille. <a href="#p064">64.</a></p> +<p><i>Vueil</i>, voeu. <a href="#p075">75,</a> v. 9.</p> +<p><i>Vueil</i>, veux. <a href="#p022">22.</a></p> +<p><b>————— Y +—————</b></p> +<p>Y, il. «Cy sçay bien comment y m'en va.» <a +href="#p108">108.</a></p> +<p><i>Ydoine</i>, propre, <i>idoneus</i>.</p> +<p><i>Ypocras</i>, vin sucré et épicé. <a +href="#p078">78,</a> <a href="#p198">198.</a></p> +<p><i>Ysnel</i>. prompt, alerte. <a href="#p074">74.</a></p> +<p>YTHIER, <a href="#p059">59.</a></p> +<p>Yver, hiver. <a href="#p085">85.</a></p> +<p>YVON, prénom commun en Bretagne. <a href= +"#p157">157.</a></p> +<br> +<br> +<br> + +<h3>TABLE DES MATIÈRES</h3> +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" summary="" +style="text-align: left; width: 100%;"> +<tbody> +<tr> +<td style="vertical-align: top; width: 95%; text-align: left;"> +<br> +PRÉFACE<br> +REMARQUES PHILOLOGIQUES<br> +CLÉMENT MAROT AUX LECTEURS<br> +MAROT AU ROY FRANÇOIS Ier<br> +<br> + LE PETIT TESTAMENT<br> +<br> + LE GRAND TESTAMENT<br> +<div style="margin-left: 2em">Ballade des Dames du temps +jadis<br> +Ballade des Seigneurs du temps jadis<br> +Ballade en vieil françois<br> +Les Regrets de la belle Heaulmière<br> +Ballade de la belle Heaulmière<br> +Double Ballade sur le même propos<br> +Ballade que Villon fait à la requeste de sa mère, +pour prier Nostre Dame.<br> +Ballade de Villon à s'amye<br> +Lay ou plustost Rondeau<br> +Ballade et oraison<br> +Ballade que Villon bailla à un gentilhomme<br> +Ballade<br> +Ballade intitulée: <i>Les Contredictz de +Franc-Gontier</i><br> +Ballade des femmes de Paris<br> +Ballade de Villon et de la Grosse Margot<br> +Belle leçon de Villon aux enfans perduz<br> +Ballade de bonne doctrine à ceux de mauvaise vie<br> +Lays<br> +Rondeau.<br> +Ballade par laquelle Villon crye mercy à chascun<br> +Ballade pour servir de conclusion<br> +<br> +</div> +POÉSIES DIVERSES: +<div style="margin-left: 2em">Le quatrain que feit Villon quand +il fut jugé à mourir<br> +L'Epitaphe en forme de Ballade que feit Villon pour luy et +ses<br> + compagnons,s'attendant estre pendu avec eulx<br> +La requeste de Villon à la Cour de Parlement.<br> +Ballade de l'appel de Villon.<br> +Le Dit de la naissance Marie.<br> +Double Ballade.<br> +Ballade Villon.<br> +Epistre en forme de Ballade, à ses amis.<br> +Le Débat du cueur et du corps de Villon.<br> +La Requeste que Villon bailla à Monseigneur de +Bourbon.<br> +Ballade des proverbes.<br> +Ballade des menus propos.<br> +Ballade des povres housseurs.<br> +Problème ou Ballade au nom de la Fortune.<br> +Ballade contre les mesdisans de la France.<br> +Le Jargon ou Jobelin de Maistre François Villon.<br> +<br> +</div> +POÉSIES ATTRIBUÉES A VILLON: +<div style="margin-left: 2em">I. Rondel.<br> +II. Rondel.<br> +III. Rondel.<br> +IV. Rondel.<br> +V. Rondel.<br> +VI. Rondel.<br> +VII. Rondel.<br> +VIII. Rondel.<br> +IX. Rondel.<br> +X. Rondel.<br> +XI. Rondel.<br> +XII. Rondel.<br> +XIII. Rondel.<br> +XIV. Ballade pour ung prisonnier.<br> +XV. Rondel.<br> +XVI. Ballade.<br> +XVII. Ballade morale.<br> +XVIII. Ballade.<br> +XIX. Ballade.<br> +XX. Ballade.<br> +XXI. Ballade joyeuse des Taverniers.<br> +XXII. Monologue du Franc Archier de Baignollet.<br> +XXIII. Dialogue de messieurs de Mallepaye et de Baillevent.<br> +XXIV. Les Repeues franches de François Villon et de ses +compagnons.<br> +<div style="margin-left: 3em">Ballade de l'Acteur<br> +Ballade des Escoutans<br> +La Repeue de Villon et de ses compaignons<br> +<div style="margin-left: 1em">La manière d'avoir du +poisson.<br> +La manière d'avoir des trippes.<br> +La manière d'avoir du pain.<br> +La manière d'avoir du vin.<br> +La manière d'avoir du rost.<br> +</div> +Seconde Repeue, de l'Epidémie.<br> +La troisiesme Repeue, des Torcheculs.<br> +La quatriesme Repeue, du Souffreteux.<br> +La cinquiesme Repeue, du Pelletier.<br> +Sixiesme Repeue, des Gallants sans soucy.<br> +La septiesme Repeue, faicte auprès de Montfaulcon.<br> +<br> +</div> +</div> +NOTES<br> +<br> + GLOSSAIRE-INDEX<br> +<br> +</td> +<td style="vertical-align: top; width: 5%; text-align: right;"> +Pages<br> +<a href="#pV">V</a><br> +<a href="#pXXIII">XXIII</a><br> +<a href="#p001">1</a><br> +<a href="#p005">5</a><br> +<br> +<a href="#p007">7</a><br> +<br> +<a href="#p021">21</a><br> +<a href="#p034">34</a><br> +<a href="#p035">35</a><br> +<a href="#p036">36</a><br> +<a href="#p039">39</a><br> +<a href="#p042">42</a><br> +<a href="#p045">45</a><br> +<a href="#p055">55</a><br> +<a href="#p057">57</a><br> +<a href="#p059">59</a><br> +<a href="#p069">69</a><br> +<a href="#p074">74</a><br> +<a href="#p076">76</a><br> +<a href="#p078">78</a><br> +<a href="#p080">80</a><br> +<a href="#p083">83</a><br> +<a href="#p086">86</a><br> +<a href="#p087">87</a><br> +<a href="#p090">90</a><br> +<a href="#p095">95</a><br> +<a href="#p098">98</a><br> +<a href="#p099">99</a><br> +<br> +<br> + <a href="#p101">101</a><br> +<a href="#p101">101</a><br> +<br> +<a href="#p103">103</a><br> +<a href="#p104">104</a><br> +<a href="#p105">105</a><br> +<a href="#p107">107</a><br> +<a href="#p110">110</a><br> +<a href="#p111">111</a><br> +<a href="#p113">113</a><br> +<a href="#p115">115</a><br> +<a href="#p116">116</a><br> +<a href="#p117">117</a><br> +<a href="#p119">119</a><br> +<a href="#p120">120</a><br> +<a href="#p121">121</a><br> +<a href="#p124">124</a><br> +<br> +<br> + <a href="#p133">133</a><br> +<a href="#p133">133</a><br> +<a href="#p134">134</a><br> +<a href="#p135">135</a><br> +<a href="#p135">135</a><br> +<a href="#p136">136</a><br> +<a href="#p136">136</a><br> +<a href="#p136">136</a><br> +<a href="#p137">137</a><br> +<a href="#p138">138</a><br> +<a href="#p139">139</a><br> +<a href="#p139">139</a><br> +<a href="#p140">140</a><br> +<a href="#p140">140</a><br> +<a href="#p141">141</a><br> +<a href="#p142">142</a><br> +<a href="#p143">143</a><br> +<a href="#p144">144</a><br> +<a href="#p145">145</a><br> +<a href="#p146">146</a><br> +<a href="#p147">147</a><br> +<a href="#p150">150</a><br> +<a href="#p164">164</a><br> +<a href="#p178">178</a><br> +<a href="#p182">182</a><br> +<a href="#p183">183</a><br> +<a href="#p186">186</a><br> +<a href="#p187">187</a><br> +<a href="#p190">190</a><br> +<a href="#p191">191</a><br> +<a href="#p192">192</a><br> +<a href="#p194">194</a><br> +<a href="#p195">195</a><br> +<a href="#p199">199</a><br> +<a href="#p206">206</a><br> +<a href="#p210">210</a><br> +<a href="#p212">212</a><br> +<a href="#p215">215</a><br> +<br> +<a href="#p220">220</a><br> +<br> +<a href="#p227">227</a><br> +</td> +</tr> +</tbody> +</table> +<p><b>ADDITIONS ET CORRECTIONS.</b></p> +<p>Le nom de M. CAMPAUX est partout écrit par erreur +CAMPEAUX.</p> +<p>Les deux premiers huitains de la Ballade <a href="#p074">p. +74</a> donnent en acrostiche AMBRAISE DE LOREDE, peut-être +le nom du gentilhomme pour qui cette pièce fut +composée.</p> +<p>L'envoi de la <i>Ballade de la Grosse Margot</i> (<a href= +"#p084">p. 84</a>) donne en acrostiche le nom de Villon.</p> +<p><i>Fille en chief</i> (<a href="#p091">p. 91</a>), fille +coiffée de ses cheveux.</p> +<p>Les <i>Coups orbes</i> (<a href="#p115">p. 115</a>) sont des +coups produisant des contusions, des <i>bleus</i>.</p> +<p><i>Coustelez comme chiches</i> (<a href="#p171">p. 171</a>) +peut se traduire par: «à côtes, comme des pois +chiches».</p> +<pre> + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Oeuvres compltes de Franois Villon +by Franois Villon + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OEUVRES DE FRANCOIS VILLON *** + +***** This file should be named 12246-h.htm or 12246-h.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + https://www.gutenberg.org/1/2/2/4/12246/ + +Produced by Miranda van de Heijning, Renald Levesque and PG +Distributed Proofreaders. This file was produced from images +generously made available by the Bibliothque nationale de France +(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr. + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. Special rules, +set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to +copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to +protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project +Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you +charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you +do not charge anything for copies of this eBook, complying with the +rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose +such as creation of derivative works, reports, performances and +research. They may be modified and printed and given away--you may do +practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is +subject to the trademark license, especially commercial +redistribution. + + + +*** START: FULL LICENSE *** + +THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE +PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK + +To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free +distribution of electronic works, by using or distributing this work +(or any other work associated in any way with the phrase "Project +Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project +Gutenberg-tm License (available with this file or online at +https://gutenberg.org/license). + + +Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm +electronic works + +1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm +electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to +and accept all the terms of this license and intellectual property +(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all +the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy +all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession. +If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project +Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the +terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or +entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8. + +1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be +used on or associated in any way with an electronic work by people who +agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few +things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works +even without complying with the full terms of this agreement. See +paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project +Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement +and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic +works. See paragraph 1.E below. + +1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation" +or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project +Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the +collection are in the public domain in the United States. If an +individual work is in the public domain in the United States and you are +located in the United States, we do not claim a right to prevent you from +copying, distributing, performing, displaying or creating derivative +works based on the work as long as all references to Project Gutenberg +are removed. Of course, we hope that you will support the Project +Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by +freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of +this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with +the work. You can easily comply with the terms of this agreement by +keeping this work in the same format with its attached full Project +Gutenberg-tm License when you share it without charge with others. + +1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern +what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in +a constant state of change. If you are outside the United States, check +the laws of your country in addition to the terms of this agreement +before downloading, copying, displaying, performing, distributing or +creating derivative works based on this work or any other Project +Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning +the copyright status of any work in any country outside the United +States. + +1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg: + +1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate +access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently +whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the +phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project +Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed, +copied or distributed: + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + +1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived +from the public domain (does not contain a notice indicating that it is +posted with permission of the copyright holder), the work can be copied +and distributed to anyone in the United States without paying any fees +or charges. If you are redistributing or providing access to a work +with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the +work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1 +through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the +Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or +1.E.9. + +1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted +with the permission of the copyright holder, your use and distribution +must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional +terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked +to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the +permission of the copyright holder found at the beginning of this work. + +1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm +License terms from this work, or any files containing a part of this +work or any other work associated with Project Gutenberg-tm. + +1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this +electronic work, or any part of this electronic work, without +prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with +active links or immediate access to the full terms of the Project +Gutenberg-tm License. + +1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary, +compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any +word processing or hypertext form. However, if you provide access to or +distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than +"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version +posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org), +you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a +copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon +request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other +form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm +License as specified in paragraph 1.E.1. + +1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, +performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works +unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. + +1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing +access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided +that + +- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from + the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method + you already use to calculate your applicable taxes. The fee is + owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he + has agreed to donate royalties under this paragraph to the + Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments + must be paid within 60 days following each date on which you + prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax + returns. Royalty payments should be clearly marked as such and + sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the + address specified in Section 4, "Information about donations to + the Project Gutenberg Literary Archive Foundation." + +- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies + you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he + does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm + License. You must require such a user to return or + destroy all copies of the works possessed in a physical medium + and discontinue all use of and all access to other copies of + Project Gutenberg-tm works. + +- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any + money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the + electronic work is discovered and reported to you within 90 days + of receipt of the work. + +- You comply with all other terms of this agreement for free + distribution of Project Gutenberg-tm works. + +1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm +electronic work or group of works on different terms than are set +forth in this agreement, you must obtain permission in writing from +both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael +Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the +Foundation as set forth in Section 3 below. + +1.F. + +1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable +effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread +public domain works in creating the Project Gutenberg-tm +collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic +works, and the medium on which they may be stored, may contain +"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or +corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual +property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a +computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by +your equipment. + +1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right +of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project +Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project +Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all +liability to you for damages, costs and expenses, including legal +fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT +LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE +PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE +TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE +LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR +INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH +DAMAGE. + +1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a +defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can +receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a +written explanation to the person you received the work from. If you +received the work on a physical medium, you must return the medium with +your written explanation. The person or entity that provided you with +the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a +refund. If you received the work electronically, the person or entity +providing it to you may choose to give you a second opportunity to +receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy +is also defective, you may demand a refund in writing without further +opportunities to fix the problem. + +1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth +in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER +WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO +WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. + +1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied +warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages. +If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the +law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be +interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by +the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any +provision of this agreement shall not void the remaining provisions. + +1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the +trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone +providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance +with this agreement, and any volunteers associated with the production, +promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works, +harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees, +that arise directly or indirectly from any of the following which you do +or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm +work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any +Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause. + + +Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm + +Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of +electronic works in formats readable by the widest variety of computers +including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at https://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at https://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. Compliance requirements are not uniform and it takes a +considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up +with these requirements. We do not solicit donations in locations +where we have not received written confirmation of compliance. To +SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any +particular state visit https://pglaf.org + +While we cannot and do not solicit contributions from states where we +have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition +against accepting unsolicited donations from donors in such states who +approach us with offers to donate. + +International donations are gratefully accepted, but we cannot make +any statements concerning tax treatment of donations received from +outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. + +Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation +methods and addresses. Donations are accepted in a number of other +ways including including checks, online payments and credit card +donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate + + +Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic +works. + +Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm +concept of a library of electronic works that could be freely shared +with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project +Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. + +Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed +editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. +unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + +Each eBook is in a subdirectory of the same number as the eBook's +eBook number, often in several formats including plain vanilla ASCII, +compressed (zipped), HTML and others. + +Corrected EDITIONS of our eBooks replace the old file and take over +the old filename and etext number. The replaced older file is renamed. +VERSIONS based on separate sources are treated as new eBooks receiving +new filenames and etext numbers. + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + https://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. + +EBooks posted prior to November 2003, with eBook numbers BELOW #10000, +are filed in directories based on their release date. If you want to +download any of these eBooks directly, rather than using the regular +search system you may utilize the following addresses and just +download by the etext year. + + https://www.gutenberg.org/etext06 + + (Or /etext 05, 04, 03, 02, 01, 00, 99, + 98, 97, 96, 95, 94, 93, 92, 92, 91 or 90) + +EBooks posted since November 2003, with etext numbers OVER #10000, are +filed in a different way. The year of a release date is no longer part +of the directory path. The path is based on the etext number (which is +identical to the filename). The path to the file is made up of single +digits corresponding to all but the last digit in the filename. For +example an eBook of filename 10234 would be found at: + + https://www.gutenberg.org/1/0/2/3/10234 + +or filename 24689 would be found at: + https://www.gutenberg.org/2/4/6/8/24689 + +An alternative method of locating eBooks: + https://www.gutenberg.org/GUTINDEX.ALL + +</pre> +</body> +</html> + diff --git a/old/12246.txt b/old/12246.txt new file mode 100644 index 0000000..926f5e1 --- /dev/null +++ b/old/12246.txt @@ -0,0 +1,12476 @@ +Project Gutenberg's Oeuvres completes de Francois Villon, by Francois Villon + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Oeuvres completes de Francois Villon + Suivies d'un choix des poesies de ses disciples + +Author: Francois Villon + +Release Date: May 3, 2004 [EBook #12246] + +Language: French + +Character set encoding: ASCII + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OEUVRES DE FRANOIS VILLON *** + + + + +Produced by Miranda van de Heijning, Renald Levesque and PG +Distributed Proofreaders. This file was produced from images +generously made available by the Bibliotheque nationale de France +(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr. + + + + + + +OEUVRES COMPLETES + +DE + +FRANCOIS VILLON + + + + + +SUIVIES D'UN CHOIX DES POESIES DE SES DISCIPLES +EDITION PREPAREE PAR LA MONNOYE + +MISE A JOUR, AVEC NOTES ET GLOSSAIRE +PAR M. PIERRE JANNET + +[NOTE DU TRANSCRIPTEUR: Les numeros de pages du document +original ont ete conserves pour faciliter l'identification +des nombreuses references qu'on trouve dans les Notes et le +Glossaire-Index, a la fin du texte.] + + + +PREFACE [P. V] + + +On ne sait guere de la vie de Francois Villon que ce qu'il en +dit lui-meme, et l'on en sait trop. J'aurais voulu me dispenser +de decrire, apres tant d'autres[1], cette existence peu +edifiante, mais je n'ai pas cru pouvoir le faire. Le sujet des +poesies de Villon, c'est Villon lui-meme, et sa biographie est +la clef de ses oeuvres. + +[Footnote 1: Voir notamment la _Vie de Francois Villon_, par +Guillaume Colletet, en tete des oeuvres de Villon, edition +de M.P.L. Jacob, bibliophile (M. Paul Lacroix), Paris, 1854, +in-16;--le _Memoire_ de M. Prompsault, en tete de son edition +de Villon, Paris, 1832, in-8;--_Francois Villon, Versuch einer +kritischen Darstellung seines Lebens nach seinen Gedichten_, von +Dr. S. Nagel. _Mulheim an der Ruhr_, 1856, in-4, le travail le +plus complet et le plus judicieux qu'on eut fait jusqu'alors sur +ce sujet, et la base de ceux qu'on a faits depuis;--_Francois +Villon, sa vie et ses oeuvres_, par Antoine Campeaux, _Paris, +Durand_, 1859, in-8, et la notice de M. Anatole de Montaiglon, +excellente pour le fond comme pour la forme, dans _les Poetes +Francais_, recueil publie sous la direction de M. Eugene Crepet, +Paris, 1861-62, 4 vol. gr. in-8, t. I, p. 447-455.] + +Francois Villon naquit a Paris en 1431. Sur la foi d'une piece +que Fauchet, dans son traite _de l'Origine des chevaliers_, +imprime en 1599, dit avoir trouvee dans un manuscrit de sa +bibliotheque [2], on [ p. VI] a mis en doute le lieu de la +naissance et jusqu'au nom du poete. On s'est livre a des +conjectures ingenieuses pour concilier les renseignements +fournis par lui-meme avec les indications de Fauchet, pour +expliquer comment il pouvait s'appeler a la fois Corbueil et +Villon, etre a la fois natif d'Auvers et de Paris. Pour moi, je +crois, avec le P. Du Cerceau, Daunou et beaucoup d'autres, +qu'on ne doit tenir aucun compte de ce huitain, amplification +maladroite de l'epitaphe en quatre vers [3]. Ce n'est pas sur +une pareille autorite qu'on peut substituer le nom de _Corbueil_ +a celui de _Villon_, que notre poete se donne lui-meme en vingt +endroits de ses oeuvres [4]. + +[Footnote 2: Voici cette piece, que j'ai cru devoir rejeter des +oeuvres de Villon: + +_Je suis Francoys, dont ce me poise, Nomme Corbueil en mon +surnom, Natif d'Auvers empres Pontoise, Et du commun nomme +Villon. Or, d'une corde d'une toise Sauroit mon col que mon cul +poise, Se ne fut un joli appel. Le jeu ne me sembloit point +bel._ + +L'auteur de ce huitain n'a pas compris l'intention comique de ce +vers de Villon: + +_Ne de Paris empres Pontoise;_ + +C'est pourquoi il le fait gravement naitre a Auvers, qui est +en effet pres de Pontoise. Mais une preuve certaine de la +composition tardive de cette piece, c'est qu'on ne trouverait +probablement pas dans la seconde moitie du XVe siecle, et +certainement pas dans les oeuvres de Villon, un huitain dont +les rimes soient distribuees comme dans celui-la. Dans tous les +huitains de Villon, sans exception, le premier vers rime avec +le troisieme, le second avec le quatrieme, le cinquieme et le +septieme, et le sixieme avec le huitieme. Les faussaires ne +pensent jamais a tout.] + +[Footnote 3: Voy. p. 101.] + +[Footnote 4: Voy. le _Glossaire-Index_, au mot VILLON.] + +Les parents de Villon etaient pauvres[5]. Sa mere etait [P. VII] +illettree[6]; son pere etait vraisemblablement un homme de +metier, et peut-etre, ainsi que l'a conjecture M. Campeaux, un +ouvrier en cuir, un _cordouennier_[7]. + +[Footnote 5: V. p. 31, huitain XXXV.] + +[Footnote 6: "Oncques lettre ne leuz." P. 55, v. 22.] + +[Footnote 7: Voyez _Notes_, p. 224.] + +Pousse par le desir de s'elever au-dessus de la triste condition +de ses parents, ou plutot par ce besoin de savoir qui tourmente +les natures comme la sienne, Villon etudia. Il connut les +miseres de l'etat d'ecolier pauvre. On n'a pas de renseignements +certains sur le genre d'etudes auquel il se livra ni sur les +progres qu'il y fit. M. Nagel suppose qu'il obtint le grade de +maitre es arts, et se fonde surtout sur le legs qu'il fait plus +tard, de sa "nomination qu'il a de l'Universite" (p. 15). Mais +ce legs pourrait bien n'etre qu'une plaisanterie, comme tant +d'autres. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'obtint pas +le grade de maitre en theologie, but supreme des etudes du +temps[8]. + +[Footnote 8: Voy. _Grand Testament_, huitains XXXVII (p. 32) et +LXXII (p. 52.)] + +En ce temps-la, comme plus tard, les etudiants etaient exposes +a bien des tentations. Villon n'y sut pas resister. En contact +avec des jeunes gens sans prejuges d'aucune sorte et depourvus +d'argent comme lui, il adopta leurs moeurs et facons de vivre. +Bientot il devint leur chef et leur providence[9]. Les _Repues +franches_, singulier monument eleve a sa gloire par quelqu'un +de ses disciples, nous font connaitre par quelles combinaisons +ingenieuses lui et ses compagnons se procuraient les moyens de +mener joyeuse vie. Leurs friponneries etaient tout a [P. VIII] +fait dans les moeurs du temps, et ne depassaient sans doute pas +les proportions de ce qu'on serait volontiers tente d'appeler +_des bons tours_; mais ils etaient sur une pente glissante, et +la justice n'entendait pas raillerie. + +[Footnote 9: _C'estoit la mere nourriciere De ceux qui n'avoient +point d'argent; A tromper devant et derriere Estoit un homme +diligent._ (P. 190.)] + +Rien ne prouve cependant que Villon ait eu maille a partir avec +elle a cause de ses entreprises sur le bien d'autrui. On a parle +de ses deux proces: il en eut au moins trois, bien constates par +ses oeuvres, et le premier, qu'on n'avait pas fait ressortir +jusqu'a present, est le seul dont le sujet soit indique d'une +maniere certaine. C'est la suite d'une affaire d'amour. + +Avant de tomber dans ces relations honteuses avec des femmes +perdues dont la _Ballade de la Grosse Margot_[10] nous donne +l'ignoble tableau, Villon fut amoureux. Il connut l'amour vrai, +l'amour naif et timide[11]. Quel fut l'objet de cette passion, +c'est ce qu'il n'est pas facile de dire. Il l'appelle de divers +noms, Denise, Roze, Katherine de Vauzelles. Que ce fut une +femme de moeurs faciles, une gentille bourgeoise ou une noble +damoiselle, il parait certain que c'etait une coquette. Elle +l'ecouta d'abord, l'encouragea[12] et finit par le rebuter. Il +s'en plaignit sans doute a ses compagnons, que les femmes qu'ils +frequentaient n'avaient pas habitues a de pareilles rigueurs, et +qui se moquerent de lui[13]. Villon s'emporta contre sa belle, +lui fit des avanies, lui dit des injures, composa [P. IX] +peut-etre contre elle quelque ballade piquante, quelque rondeau +bien mechant. Or, bien que religieux au fond, il frondait +volontiers les choses sacrees[14]. La belle dame se plaignit; la +juridiction ecclesiastique s'en mela[15], et Villon fut bel et +bien condamne au fouet[16]. + +[Footnote 10: Page 83.] + +[Footnote 11: Le doux souvenir de cette passion se montre en +maints endroits des oeuvres de Villon, mele a ses regrets et aux +reproches qu'il adresse a sa maitresse avide et cruelle. Voy. +les huitains III, IV, V et X du _Petit Testament_, LV a LIX du +_Grand Testament_, la ballade de la page 57, le rondeau p. 59, +etc.] + +[Footnote 12: _Quoy que je luy voulsisse dire, Elle estoit +preste d'escouter, etc._ (P. 47.)] + +[Footnote 13: _... qui partout m'appelle L'amant remys et +renie_. (P. 48.)] + +[Footnote 14: Voir notamment les huitains CVI a CX du _Grand +Testament_.] + +[Footnote 15: _Quant chicanner me feit Denise, Disant que je +l'avoye mauldite_. P. 69.] + +[Footnote 16: La sentence fut executee. La _Double ballade_ de +la page 45 ne laisse aucun doute a cet egard: _J'en fus batu, +comme a ru telles, Tout nud..._ (P. 46, v. 24-25.)] + +C'est a la suite de cette sentence que Villon, decide a quitter +Paris, composa les _Lays_ ou legs auxquels on a donne depuis le +titre de _Petit Testament_. + +Dans le huitain VI, page 9, il annonce qu'il s'en va a Angers. +Il est probable qu'il ne fit pas ce voyage. Ses habitudes, ses +relations, sa misere, le retinrent a Paris ou aux environs. +C'etait en 1456. Fletri par le chatiment qu'il avait subi, aigri +par l'infortune, il ne connut plus de bornes. L'annee qui suivit +sa condamnation fut assurement l'epoque la plus honteuse de +sa vie. En 1457, il etait dans les prisons du Chatelet, et +le Parlement, apres lui avoir fait appliquer la question de +l'eau[17], le condamnait a mort. On ignore le motif de cette +condamnation; on a suppose qu'il s'agissait d'un crime commis a +Rueil par lui et plusieurs de ses compagnons, dont quelques-uns +furent pendus[18]. Cette supposition parait fondee. Quant au +crime commis, il n'etait peut-etre pas d'une extreme [P. X] +gravite. Les lois etaient severes, et les compagnons de Villon +devaient avoir, comme lui, des antecedents facheux. + +[Footnote 17: C'est ce qu'indiquent clairement ces deux vers de +la page 104: _On ne m'eust, parmi ce drapel, Faict boyre a celle +escorcherie_.] + +[Footnote 18: Voy. la _Belle lecon aux enfans perduz_, p. 86, et +le _Jargon_, p. 125.] + +Quoi qu'il en soit, Villon ne partagea pas leur sort. Il est +vrai qu'il ne negligea rien pour se tirer d'affaire: il appela +de la sentence, ce qui lui valut quelque repit; puis, du +moins ceci parait certain, a l'occasion de la naissance d'une +princesse qu'il appelle Marie, il implora la protection du +pere de cette princesse. Cette demarche lui reussit: le prince +interceda pour lui, et le Parlement commua sa peine en celle du +bannissement. Villon se montra penetre de reconnaissance. Il +adressa une requete au Parlement, pour lui rendre graces autant +que pour lui demander un delai de trois jours pour quitter +Paris, et il composa pour la princesse qui venait de naitre +des vers pleins de sentiment. M. Prompsault a cru que cette +princesse etait Marie de Bourgogne, fille de Charles le +Temeraire, nee le 13 fevrier 1457; mais c'etait une erreur. M. +Auguste Vitu, qui prepare depuis nombre d'annees une edition de +Villon, a reconnu qu'il s'agissait de Marie d'Orleans, fille du +poete Charles d'Orleans, nee le 19 decembre 1457, et M. Campeaux +a clairement demontre que cette opinion etait fondee. + +A partir du moment ou Villon quitte Paris, en execution de +l'arret du Parlement, nous perdons sa trace jusqu'en 1461. +A cette epoque nous le trouvons dans les prisons de +Meung-sur-Loire, ou le detient Thibault d'Aussigny, eveque +d'Orleans. Quel nouveau mefait lui reprochait-on? Ceux qui +supposent qu'il avait fabrique de la fausse monnaie n'ont pas +pris garde que la punition de ce crime etait exclusivement du +ressort des juges seculiers. Dans le _Debat du coeur et du +corps de Villon_, compose dans sa prison, le poete attribue sa +detention a sa _folle plaisance_. + +Ce qu'on lui reprochait, c'etait peut-etre quelque [P. XI] +propos ou quelque ecrit peu orthodoxe, quelque _plaisanterie_ +sentant le sacrilege, quelque aventure galante par trop +scandaleuse, toutes choses dont il etait bien capable et dont la +repression regardait la justice ecclesiastique. Il y a lieu de +croire que le delit n'etait pas en rapport avec la punition, car +Villon, qui n'a jamais proteste contre sa condamnation au fouet, +qui se contente d'indiquer vaguement que le Parlement l'avait +juge _par fausserie_, fit preuve de la plus violente rancune +contre Thibault d'Aussigny. Il parait meme certain que cette +mauvaise affaire ne lui fit pas perdre la faveur de ses +protecteurs, Charles d'Orleans et le duc de Bourbon. + +Quoi qu'il en soit, Villon languit longtemps dans la prison de +Meung, plonge dans un cul de basse-fosse, nourri au pain et a +l'eau. Rien n'indique qu'une sentence quelconque ait ete rendue +contre lui mais le traitement qu'on lui faisait subir devait le +conduire lentement a une mort certaine. Heureusement Louis +XI, qui venait de succeder a Charles VII, alla a Meung dans +l'automne de 1461, et Villon lui dut sa delivrance. Fut-ce, +ainsi que le dit M. Campeaux, par suite "du don de joyeux +avenement qui remettait leur peine a tous les prisonniers d'une +ville ou le roi entrait apres son sacre?" Je serais plutot +porte a croire, malgre l'absence de preuves, que Villon fut +personnellement l'objet d'une mesure de clemence de la part du +roi; la facon dont il en temoigne sa reconnaissance me parait +justifier cette supposition [19]. + +[Footnote 19: On a dit recemment que le roi qui delivra Villon +etait Charles VII. Je ne puis adopter cette opinion. Sans +examiner ici la valeur du document sur lequel elle est basee, +je me bornerai a faire remarquer que Charles VII mourut +a Mehun-sur-Yevre, pres de Bourges, le 22 juillet 1461, +precisement au moment ou Villon etait dans la prison de +Meung-sur-Loire, pres d'Orleans, ou il passa _tout un ete_ (p. +21, v. 14), c'est-a-dire tout l'ete de la meme annee 1461.] + +En sortant des prisons de Meung, Villon composa, du moins +en partie, le _Grand Testament_, dans lequel sont [P. XII] +intercalees des pieces qui se rapportent a diverses epoques de +sa vie, et dont quelques-unes ont du etre composees beaucoup +plus tard. + +Il est probable, en effet, que Villon vecut encore longtemps; +mais on ne sait rien de precis a cet egard. Les conjectures sur +lesquelles on se fonde pour placer la date de sa mort entre 1480 +et 1489 ne sont, en definitive, que des conjectures. Quant +aux voyages qu'on lui fait faire a Saint-Omer, Lille, Douai, +Salins, Angers, Saint-Genoux, et jusque dans le Roussillon, +rien ne prouve qu'ils ont eu lieu. Villon nomme ces localites +dans ses oeuvres, il est vrai, mais nulle part il ne dit +qu'il les a visitees. Son voyage a Bruxelles, son sejour en +Angleterre, avec la reponse hardie qu'il aurait faite au roi +Edouard V, ne me semblent pas beaucoup plus certains, malgre mon +respect pour celui qui s'en est fait l'historien [20]. Ce qui +me semble hors de doute, c'est sa retraite dans le centre de +la France, ou semblait l'attirer quelque chose qui nous est +inconnu, peut-etre quelque relation de famille. Dans le _Petit +Testament_, il annonce qu'il va a Angers [21]; il en revenait +peut-etre lorsqu'il fut arrete a Meung. Dans le _Grand Testament_, +il dit qu'il "parle un peu poictevin [22]." La _Ballade Villon_ +(p. 109) et la _Double ballade_ (p. 107) prouvent qu'il sejourna +quelque temps a Blois, a la cour de Charles d'Orleans, et le vers +de la page 111: [P. XIII] + +_Que fais-je plus? Quoi? Les gaiges ravoir._ + +autorise a penser qu'il avait obtenu aupres du prince une de ces +charges qu'on donnait aux poetes de cour. Ainsi, par le _Dit de +la naissance Marie_, Villon n'avait pas seulement echappe au +dernier supplice; il s'etait de plus acquis la faveur de Charles +d'Orleans, et il sut la conserver, du moins pendant quelque +temps, et peut-etre jusqu'a la mort du duc, arrivee en 1465. + +[Footnote 20: Rabelais, livre IV, chap. LXVII. M. Nagel a releve +deux erreurs dans ce passage de Rabelais. Villon n'aurait pu se +trouver a la cour d'Edouard V, qui ne monta sur le trone qu'en +1483, et le medecin Thomas Linacre, ne vers 1460, ne fut celebre +que sous les regnes de Henri VII et de Henri VIII.] + +[Footnote 21: Page 9.--Le Franc archer de Bagnolet dit, p. 157, +v. 12: "Ma mere fut nee d'Anjou;" mais cela ne prouverait rien, +meme quand il serait demontre que ce monologue est de Villon.] + +[Footnote 22: Page 62.] + +Il eut un autre protecteur en la personne du duc de Bourbon, qui +lui faisait de "gracieux prets [23]." + +Enfin, Rabelais, livre IV, chapitre XIII, nous apprend que +"maistre Francois Villon, sus ses vieux jours, se retira a +Saint-Maixent en Poictou, sous la faveur d'un homme de bien, +abbe dudit lieu. La, pour donner passe-temps au peuple, +entreprit faire jouer la Passion en gestes et langage poictevin +[24]." Ce temoignage n'est pas irrecusable; mais pourquoi +ne pas l'accepter? Apres une vie aussi agitee, on aime a se +representer le pauvre poete enfin tranquille, a l'abri du +besoin, s'occupant, pour son plaisir, de jeux dramatiques, +auxquels il avait du probablement, dans d'autres temps, demander +son pain [25]. + +[Footnote 23: P. 115, v. 6.] + +[Footnote 24: _oeuvres de Rabelais_, edition Burgaud des Marets +et Ratnery, t. II, p. 92. On voit ensuite un tour joue au +sacristain des cordeliers, Estienne Tapecoue, qui sent bien +son Villon, mais dont le denoument cruel a pu etre invente par +Rabelais, qui n'aimait pas les moines.] + +[Footnote 25: On croit que Villon donna des representations +dramatiques a Paris et ailleurs, et c'est comme directeur de +troupe qu'on lui fait parcourir une partie de la France et des +Pays-Bas.] + +En penetrant dans les mysteres de cette existence miserable, on +est frappe de deux choses: D'abord, on remarque qu'elle n'exerca +pas sur le coeur de Villon toute l'action corruptrice qu'il y +avait lieu de redouter. Au milieu de son abjection, [P. XIV] +Villon conserve des sentiments eleves. Il est plein d'amour et +de respect pour sa mere [26], de reconnaissance pour quiconque +l'a secouru [27], de veneration pour ceux qui ont fait de +grandes choses; il aime son pays, chose d'autant plus honorable +qu'elle etait rare en ce temps-la [28]; il regrette les erreurs +de sa jeunesse, et le temps qu'il a si mal employe [29]; voila +qui doit lui faire pardonner bien des choses. + +[Footnote 26: Voy. p. 32, huit. XXXVIII; p. 54, huit. LXXIX; p. +55, Ballade.] + +[Footnote 27: Guillaume Villon, p. 9, 53; Jean Cotard, p. 22, +58; Louis XI, p. 23, 24; le Parlement, P. 103; Marie d'Orleans, +p. 105, 107; le duc de Bourbon, p. 114.] + +[Footnote 28: Ces deux vers de la page 34: + +_Et Jehanne, la bonne Lorraine, + Qu'Anglois brulerent a Rouen_, + +lui font d'autant plus d'honneur qu'a l'epoque ou il les ecrivit +des gens eclaires regardaient Jeanne d'Arc comme sorciere, et +les Anglais avaient en France de nombreux partisans.] + +[Footnote 29: _Grand Testament_, huitain XXVI et suiv.] + +Puis, quelle influence n'eut-elle pas sur le talent du poete +[30]! Forme, comme on dit aujourd'hui, a l'ecole du malheur, il +vit les choses sous leur vrai jour, et il entra dans une voie +tout a fait nouvelle. Il rompit en visiere a l'Allegorie, qui +regnait alors en souveraine, a toutes les affeteries de la +poesie rhetoricienne cultivee par les beaux esprits du temps. +Il fut le premier poete _realiste_. Que l'on compare avec ses +autres oeuvres les quelques pieces qu'il a composees selon la +poetique de ses contemporains, la _Ballade Villon_ (p. 109), la +_Requeste au Parlement_ (p. 103), et d'autres, et l'on ne sera +point tente de "regretter, avec Clement Marot, qu'il n'ait [P. XV] +pas ete "nourry en la court des rois et princes, ou les jugemens +s'amendent et les langaiges se pollissent," car il y eut +certainement plus perdu que gagne. + +[Footnote 30: _Travail mes lubres sentemens, Esguisez comme +une pelote, M'ouvrist plus que tous les Commens D'Averroys sur +Aristote._ (P. 25.)] + +M. A. de Montaiglon a parfaitement caracterise le role de Villon +dans la poesie francaise. Je ne puis mieux faire que de lui +emprunter ces quelques lignes: + +"... Au moment ou parut Villon, la litterature francaise en +etait precisement a cette periode de transformation; de la +poesie generale elle passait a la poesie personnelle; ses +contemporains, subissant a leur insu cette phase litteraire, +s'essayaient a l'individualite avec plus d'effort que de +bonheur; Villon l'atteignit du premier coup. Sa force est la, +et sa valeur s'augmente de l'interet que, sous ce rapport, +offraient ses oeuvres. Elle est tellement saisissante qu'elle a +ete reconnue de tous, et le succes qui l'accueillit ne s'arreta +pas. Francois Ier lui fit l'honneur d"faire faire une edition de +ses poesies par Clement Marot, qui le combla de ses louanges. +Un peu plus tard, il est vrai, l'ecole de Ronsard protesta. +Pasquier condamne Villon, et Du Verdier s'emerveille que Marot +ait ose "louer un si _goffe_ ouvrier et faire cas de ce qui ne +vaut rien." Cela marque moins un manque de gout que la force +partiale du prejuge; la Pleiade, qui est en realite aussi +aristocratique que savante, ne pouvait admirer Villon sans +se condamner elle-meme; mais, ce moment passe, le charme +recommence: Regnier est un disciple de Villon; Patru le loue; +Boileau a senti quel etait son rang; La Fontaine l'admire; +Voltaire l'imite; les erudits litteraires du XVIIe et du XVIIIe +siecle, Colletet, le P. Du Cerceau, l'abbe Massieu, l'abbe +Goujet, parlent de lui comme il convient, en meme temps que +Coustelier et Formey le reimpriment, que La Monnoye l'annote, et +que Lenglet-Dufresnoy prepare une nouvelle edition. De [P. XVI] +nos jours, une justice encore plus eclatante lui a ete rendue. +L'edition de Prompsault, a laquelle M. Lacroix est venu ajouter, +pourrait etre acceptee comme definitive, au moins quant au +texte, si M. Vitu n'en promettait une, qui, en profitant des +precedentes, donnera sans doute le dernier mot. Tous ceux qui +ont parle incidemment de Villon, MM. Sainte-Beuve, Saint-Marc +Girardin, Chasles, Nisard, Geruzez, Demogeot, Genin, et d'autres +encore, l'ont bien caracterise. En meme temps qu'eux, M. Daunou +a ecrit sur notre poete une longue etude, inseree dans le +_Journal des Savants_, et M. Theophile Gautier, dans l'ancienne +_Revue francaise_, des pages vives, aussi justes que pleines de +verve, qui ont ete recueillies dans ses _Grotesques_. Enfin, en +1850 M. Profillet, et en 1856 un professeur allemand, M. Nagel, +ont pris Villon pour sujet d'un travail special; l'annee +derniere (1859), M. Campeaux lui a consacre un excellent +travail, auquel, pour etre meilleur, il ne manque peut-etre +qu'une plus ancienne et plus familiere connaissance des +alentours. Tous sont, avec raison, unanimes a reconnaitre +l'originalite, la valeur aisee et puissante, la force et +_l'humanite_ de la poesie de Villon. Pour eux tous, et ce +jugement est aujourd'hui sans appel, Villon n'est pas seulement +le poete superieur du XVe siecle, mais il est aussi le premier +poete, dans le vrai sens du mot, qu'ait eu la France moderne, et +il s'est ecoule un long temps avant que d'autres fussent dignes +d'etre mis a cote de lui. L'appreciation est maintenant juste et +complete; d'autres viendront qui le loueront avec plus ou moins +d'eclat et de talent, qui le jugeront avec une critique plus +ou moins solide ou brillante; mais desormais les traits de la +figure de Villon sont arretes de facon a ne plus changer, et +ceux qui entreprendront d'y revenir ne pourront rester dans +la verite qu'a la condition de s'en tenir aux memes [P. XVII] +contours." + +Plus loin, M. A. de Montaiglon, passant legerement sur le _Petit +Testament_, "qui n'est que spirituel, " et sur quelques pieces +qu'il regrette de trouver dans le _Grand Testament_, ajoute: + +"Ce n'est pas la qu'il faut chercher Villon, mais dans la partie +populaire et humaine de son oeuvre. On ne dira jamais assez +a quel point le merite de la pensee et de la forme y est +inestimable. Le sentiment en est etrange, et aussi touchant que +pittoresque dans sa sincerite; Villon peint presque sans le +savoir, et en peignant il ne pallie, il n'excuse rien; il a meme +des regrets, et ses torts, qu'il reconnait en se blamant, mais +dont il ne peut se defendre, il ne les montre que pour en +detourner. Je connais meme peu de lecons plus fortes que la +ballade: _Tout aux tavernes et aux filles_. La bouffonnerie, +dans ses vers, se mele a la gravite, l'emotion a la raillerie, +la tristesse a la debauche; le trait piquant se termine avec +melancolie; le sentiment du neant des choses et des etres est +mele d'un burlesque soudain qui en augmente l'effet. Et tout +cela est si naturel, si net, si franc, si spirituel; le style +suit la pensee avec une justesse si vive, que vous n'avez pas le +temps d'admirer comment le corps qu'il revet est habille par le +vetement. C'est bien mieux que l'esprit bourgeois, toujours un +peu mesquin, c'est l'esprit populaire que cet enfant des Halles, +qui ecrivait: _Il n'est bon bec que de Paris_, a recueilli dans +les rues et qu'il epure en l'aiguisant. Il en a le sentiment, il +en prend les mots, mais il les encadre, il les incruste dans une +phrase si vive, si nette, si bien construite, si energique ou si +legere, que cette langue coloree recoit de son genie l'elegance +et meme le gout, sans rien perdre de sa force. Il a tout: la +vigueur et le charme, la clarte et l'eclat, la variete et +l'unite, la gravite et l'esprit, la brievete incisive du trait +et la plenitude du sens, la souplesse capricieuse [P. XVIII] +et la fougue violente, la qualite contemporaine et l'eternelle +humanite. Il faut aller jusqu'a Rabelais pour trouver un maitre +qu'on puisse lui comparer, et qui ecrive le francais avec la +science et l'instinct, avec la purete et la fantaisie, avec la +grace delicate et la rudesse souveraine que l'on admire dans +Villon, et qu'il a seul parmi les gens de son temps..." + +On ne connait certainement pas la totalite des oeuvres de +Villon, du moins sous son nom. Il est evident que le _Petit +Testament_ n'est pas son coup d'essai. Lors de son second +proces, en 1457, il etait probablement connu par d'autres +compositions. Sans cela, il est douteux que Charles d'Orleans +fut intervenu en sa faveur, et que le Parlement lui eut fait +grace de la vie. Lorsqu'il composa le _Grand Testament_, il y fit +entrer quelques pieces qui n'en faisaient pas necessairement +partie, mais qui s'y rattachaient assez naturellement. On n'y +trouve pas une ballade, pas un rondeau composes anterieurement +au _Petit Testament_. Villon ne parait pas avoir ete +tres-soucieux de recueillir ses oeuvres. La plupart sont sans +doute perdues; d'autres sont disseminees dans des recueils +manuscrits ou imprimes ou il n'est pas facile de les reconnaitre, +soit parce qu'elles ne portent pas de nom d'auteur, soit +parce qu'elles sont attribuees a d'autres. On ne connait +pas de manuscrit qui contienne tout ce qu'on sait positivement +lui appartenir. Les premieres editions, qui furent faites sans +son concours et probablement apres sa mort, ne contiennent que +le _Grand_ et le _Petit Testament_, le _Jargon_, et un petit +nombre de pieces detachees. Jean de Calais, l'editeur presume du +_Jardin de plaisance_, dont la premiere edition est de 1499 +ou de 1500, s'acquitta fort mal des fonctions d'executeur +testamentaire que Villon lui avait confiees, si tant est qu'on +doive prendre au serieux les huitains CLX et CLXI du [P. XIX] +_Grand Testament_. Il fit entrer dans son recueil diverses +pieces connues comme etant de Villon et beaucoup d'autres qu'on +lui attribue avec plus ou moins de vraisemblance, mais sans dire +des unes ni des autres qu'elles etaient de lui. + +M. Brunet a donne, dans la derniere edition du _Manuel du +Libraire_, une excellente notice des editions de Villon. La +premiere avec date est de Paris (Pierre Levet), 1489, in-4 deg.. +Il en parut plusieurs autres a la fin du XVe siecle et au +commencement du XVIe. Celle de Paris, Galiot Du Pre, 1532, in-8, +est la premiere a laquelle on ait joint les _Repues franches_, +le _Monologue du franc archier de Baignolet_ et le _Dialogue des +seigneurs de Mallepaye et de Baillevent_ [31]. + +[Footnote 31: Il avait ete fait anterieurement plusieurs +editions des _Repeues franches_, qui s'ajoutaient aux editions +correspondantes des oeuvres de Villon, mais qui portaient des +signatures ou une pagination separees.] + +L'annee suivante, le meme Galiot Du Pre publia la premiere +edition des oeuvres de Villon revues par Clement Marot. + +En 1723 il parut chez Coustelier une edition de Villon, avec les +remarques d'Eusebe de Lauriere et une lettre du P. Du Cerceau. + +Les oeuvres de Villon furent reimprimees en 1742, a la Haye, +avec les remarques de Lauriere, Le Duchat et Formey, des +memoires de Prosper Marchand et une lettre critique extraite du +_Mercure_ de fevrier 1724. + +En 1832 parut l'edition de Prompsault, fruit de longues et +laborieuses recherches, et qui, sans etre parfaite, ne meritait +pas le discredit dont elle a ete frappee pendant longtemps. + +Dans l'edition de 1854, due aux soins de M.P.L. Jacob, +bibliophile (M. Paul Lacroix), le texte de Prompsault [P. XX] +a ete revu, notablement ameliore, elucide par des notes ou +brillent l'erudition et la sagacite bien connues de leur auteur. + +Enfin, tout recemment, M. Paul Lacroix a publie le texte des +deux _Testaments_ d'apres un manuscrit de la bibliotheque +de l'Arsenal. Je n'ai pu faire usage de cette interessante +publication, d'abord parce que l'impression de mon edition +etait trop avancee, puis pour une autre raison: c'est que je ne +pouvais m'ecarter du texte que j'avais adopte. + +On savait depuis longtemps que La Monnoye avait eu l'intention +de faire une edition des oeuvres de Villon. A cet effet, il +avait annote un exemplaire de l'edition de 1723. Cet exemplaire, +dont on avait perdu la trace depuis longtemps, a ete retrouve, +en 1858, au _British Museum_, par M. Gustave Masson, qui m'a +gracieusement offert une copie du travail de La Monnoye. + +En tete de son exemplaire, La Monnoye avait inscrit d'abord ce +titre, qui nous fait connaitre le plan d'une vaste collection +qu'il projetait: + +_L'Histoire et les Chefs de la poesie francoise, avec la liste +des poetes provencaux et francois, accompagnee de remarques sur +le caractere de leurs ouvrages._ + +Puis vient ce titre particulier: + +_Poesies de Francois Villon et de ses disciples, revues sur les +differentes editions, corrigees et augmentees sur le manuscrit +de M. le duc de Coislin et sur plusieurs autres, et enrichies +d'un grand nombre de pieces, avec des notes historiques et +critiques._ + +La Monnoye n'eut pas le temps de mettre la derniere main a son +edition de Villon. Son travail ne porta que sur l'etablissement +du texte. La comparaison des manuscrits et des anciennes +editions, faite par un homme tel que La Monnoye, devait [P. XXI] +donner d'excellents resultats. J'ai reproduit scrupuleusement, +sauf deux ou trois exceptions indiquees dans les notes, le texte +tel qu'il a ete arrete par lui, et ce texte est assurement le +meilleur qu'on ait donne jusqu'a present. + +La Monnoye ne se contenta pas de revoir le texte de l'edition de +1723. Il y ajouta de sa main divers morceaux qui n'avaient pas +encore ete publies, et qui ont paru pour la premiere fois dans +l'edition Prompsault. Mais il ne put faire le choix des poesies +qu'il voulait joindre aux oeuvres de Villon. Pour repondre de +mon mieux a son plan, je donne a la fin du volume dix-sept +pieces tirees du _Jardin de plaisance_. M. Campeaux en avait +publie un plus grand nombre: j'ai fait un choix dans son choix, +et si les pieces que je donne ne sont pas de Villon, elles sont +au moins de son ecole, et souvent dignes de lui. + +Pour toute la partie du texte etablie par La Monnoye, je n'avais +qu'une chose a faire: suivre la lecon adoptee par lui. A +l'egard des pieces dont il ne s'etait pas occupe, j'ai du agir +autrement: je les ai revues sur les manuscrits et les editions +originales. + +A defaut des notes historiques et critiques promises par La +Monnoye, et sans avoir la pretention de les suppleer, je donne +a la suite du texte quelques renseignements qui m'ont paru +necessaires, puis un _Glossaire-Index,_ dans lequel j'ai tente +d'expliquer les mots vieillis, de donner des renseignements sur +les personnes et les choses. S'il n'a pas d'autre utilite, ce +travail servira du moins de table. + +Une edition de Villon n'est pas facile a faire. J'ai largement +mis a profit les travaux de mes devanciers, et je me plais a le +reconnaitre. J'aurais pu relever bien des erreurs: je me suis +contente de les corriger. Je crois que cette edition [P. XXII] +vaut mieux que celles qui l'ont precedee. D'autres viendront +apres moi qui feront mieux. J'ai cru prudent de leur donner +l'exemple de l'indulgence. + +P. JANNET. + + + +REMARQUES PHILOLOGIQUES. [P. XXIII] + + +La langue de Villon est encore la vieille et bonne langue +francaise, riche et simple, claire, naturelle, a l'allure vive +et franche. C'est encore la langue des fabliaux, assouplie, +mais presque entierement preservee de l'invasion des mots +pedantesques forges dans la seconde moitie du XVe siecle. Le +_Glossaire_, dont l'etendue est grande relativement a celle du +livre, n'offre qu'un petit nombre de ces mots. En revanche, il +en contient beaucoup d'autres dont la perte est regrettable. + +Villon etait tres-severe pour la rime. Aussi, lorsque nous +rencontrons a la fin de ses vers quelque chose qui nous parait +anormal, nous devons nous garder de l'expliquer par une +negligence du poete. Il faut chercher d'autres raisons; cela +peut amener des observations interessantes. + +Par exemple, lorsqu'il fait rimer _e_ avec _a_[32], cela prouve, +ainsi que Marot l'a remarque, que Villon prononcait, a la +parisienne, _a_ pour _e_. + +Lorsqu'il fait rimer _oi, oy_, avec _ai, ay, e_[33], cela prouve +que ce que nous appelons la diphtongue _oi_ se prononcait _e_ ou +_e_. + +S'il fait rimer _Changon, Nygon, escourgon_, avec [P. XXIV] +_donjon_[34], c'est que, dans certains cas, le _g_ se prononcait +_j_. + +[Footnote 32: _Robert, Haubert_, avec _pluspart, poupart_ (p.11 +et 12); _La Barre, feurre_, avec _terre, guerre_ (p. 14); +_appert_ avec _part, despart_ (p. 44), etc.] + +[Footnote 33: _Chollet_ avec _souloit_ (p. 14); _exploictz_ avec +_laiz_ (p. 17); _moyne, essoyne, royne_, avec _Seine_ (p. 34), +etc.] + +[Footnote 34 Pages 12 et 13.] + +S'il fait rimer _fuste_ avec _fusse, prophetes_ avec +_fesses_[35], c'est encore une affaire de prononciation +parisienne. + +Il en est de meme d'_ancien, Valerien, paroissien, rimant avec +_an_[36]. + +Lorsqu'il ecrit _soullon_ pour rimer avec _Roussillon_[37], il +entend que les deux _ll_ seront mouillees, et prononcees comme +telles, sans etre precedees d'un _i_ comme en espagnol. + +Comment faut-il prononcer le nom de Villon? + +La _Ballade_ de la page 99, l'_Epistre_ de la page 111, le +_Probleme_ ou _Ballade_ de la page 120, etc., ne laissent aucun +doute a cet egard. On doit le prononcer comme les deux dernieres +syllabes du mot _paVILLON_, c'est-a-dire comme on pourra. En +France, ce n'est guere que dans le Midi qu'on sait prononcer +les _ll mouillees_. Les Parisiens diront _Viyon_; les Picards, +_Vilion_.... + + _Mais bel est fol et lunaticque + Qui de ce fait sermon si long; + Peu nuit a la chose publicque + Se Brussiens disent_ Filon. + _Il ne m'en chaut gueres si l'on + Choisit de ces facons la pire, + Et bien veuil qu'on dise selon + Que des pieca l'on souloit dire_. + +[Footnote 35: Pages 26 et 52.] + +[Footnote 36: P. 81.] + +[Footnote 37: Voy. la Ballade de la page 99.] + + + + +CLEMENT MAROT DE CAHORS [P.1] + +Varlet de chambre du Roy + +AUX LECTEURS. + + +_Entre tous les bons livres imprimez de la langue francoise ne +s'en veoit ung si incorrect ne si lourdement corrompu que celluy +de Villon, et m'esbahy (veu que c'est le meilleur Poete parisien +qui se trouve) comment les imprimeurs de Paris et les enfans de +la ville n'en ont eu plus grand soing. Je ne suis (certes) en +rien son voysin; mais, pour l'amour de son gentil entendement, +et en recompense de ce que je puys avoir aprins de luy en lisant +ses Oeuvres, j'ai faict a icelles ce que je vouldroys estre +faict aux miennes, si elles estaient tombees en semblable +inconvenient. Tant y ay trouve de broillerie en l'ordre des +coupletz et des vers, en mesure, en langaige, en la ryme et en +la raison, que je ne scay duquel je doy plus avoir pitie, ou de +l'oeuvre ainsi oultrement gastee, ou de l'ignorance de ceux +qui l'imprimerent; et, pour en faire preuve, me suys advise +(Lecteurs) de vous mettre icy ung des couplets incorrects du mal +imprime Villon, qui vous fera exemple et tesmoing d'ung grand +nombre d'autres autant broillez et gastez que luy, lequel [P. 2] +est tel_: + + Or est vray qu'apres plainctz et pleurs + Et angoisseux gemissemens, + Apres tristesses et douleurs + Labeurs et griefz cheminemens + Travaille mes lubres sentemens + Aguysez ronds, comme une pelote + Monstrent plus que les commens + En sens moral de Aristote. + +_Qui est celluy qui vouldroit nyer le sens n'en estre grandement +corrompu? Ainsi, pour vray, l'ay-je trouve aux vieilles +impressions, et encores pis aux nouvelles. Or, voyez maintenant +comment il a este r'abille, et en jugez gratieusement_: + + Or est vray qu'apres plainctz et pleurs + Et angoisseux gemissemens, + Apres tristesses et douleurs, + Labeurs et griefz cheminemens, + Travail mes lubres sentements + Aguysa (ronds comme pelote), + Me monstrant plus que les comments + Sur le sens moral d'Aristote. + +_Voyla comment il me semble que l'autheur l'entendoit; et vous +suffise ce petit amendement pour vous rendre advertiz de ce que +puys avoir amende en mille autres passages, dont les aucuns me +ont este aisez et les autres tres difficiles. Toutesfoys, partie +avecques les vieulx imprimez, partie avecques l'ayde de bons +vieillards qui en scavent par cueur, et partie par deviner +avecques jugement naturel, a este reduict nostre Villon en +meilleure et plus entiere forme qu'on ne l'a veu de nos aages, +et ce sans avoir touche a l'antiquite de son parler, a [P. 3] +sa facon de rimer, a ses meslees et longues parentheses, a la +quantite de ses sillabes, ne a ses couppes, tant feminines que +masculines; esquelles choses il n'a suffisamment observe les +vrayes reigles de francoise poesie, et ne suys d'advis que en +cela les jeunes Poetes l'ensuyvent, mais bien qu'ilz cueillent +ses sentences comme belles fleurs, qu'ils contemplent l'esprit +qu'il avoit, que de luy apreignent a proprement descrire, et +qu'ils contrefacent sa veine, mesmement celle dont il use en ses +Ballades, qui est vrayment belle et heroique, et ne fay double +qu'il n'eust emporte le chapeau de laurier devant tous les +Poetes de son temps, s'il eust este nourry en la Court des Roys +et des Princes, la ou les jugemens se amendent et les langaiges +se pollissent. Quant a l'industrie des lays qu'il feit en ses +Testamens, pour suffisamment la congnoistre et entendre il +fauldroit avoir este de son temps a Paris, et avoir congneu +les lieux, les choses et les hommes dont il parle: la memoire +desquelz tant plus se passera, tant moins se congnoistra icelle +industrie de ses lays dictz. Pour ceste cause, qui vouldra faire +une oeuvre de longue duree ne preigne son soubject sur telles +choses basses et particulieres. Le reste des Oeuvres de nostre +Villon (hors cela) est de tel artifice, tant plain de bonne +doctrine et tellement painct de mille belles couleurs, que le +temps, qui tout efface, jusques icy ne l'a sceu effacer; et +moins encor l'effacera ores et d'icy en avant, que les bonnes +escriptures francoises sont et seront mieulx congneues et +recueillies que jamais. + +Et pour ce (comme j'ay dit) que je n'ay touche a son antique +facon de parler, je vous ay expose sur la marge, avecques les +annotations, ce qui m'a semble le plus dur a entendre, laissant +le reste a vos promptes intelligences, comme_ ly Roys _pour_ +le Roy, homs _pour homme_, compaing _pour_ compaignon; [P. 4] +_aussi force pluriers pour singuliers, et plusieurs autres +incongruitez dont estait plain le langaige mal lyme d'icelluy +temps. + +Apres, quand il s'est trouve faulte de vers entiers, j'ay prins +peine de les refaire au plus pres (selon mon possible) de +l'intention de l'autheur, et les trouverez expressement marquez +de cette marque_ +, _afin que ceulx qui les scauront en la sorte +que Villon les fist effacent les nouveaulx pour faire place aux +vieulx. + +Oultre plus, les termes et les vers qui estaient interposez, +trouverez reduictz en leurs places; les lignes trop courtes, +allongees; les trop longues acoursies; les mots obmys, remys; +les adjoutez ostez, et les tiltres myeulx attiltrez. + +Finalement, j'ay change l'ordre du livre, et m'a semble plus +raisonnable de le faire commencer par le Petit Testament, +d'autant qu'il fut faict cinq ans avant l'autre. + +Touchant le Jargon, je le laisse a corriger et exposer aux +successeurs de Villon en l'art de la pinse et du croq. + +Et si quelqu'un d'adventure veult dire que tout ne soit +racoustre ainsi qu'il appartient, je luy respons des maintenant +que, s'il estait autant navre en sa personne comme j'ay trouve +Villon blesse en ses Oeuvres, il n'y a si expert chirurgien qui +le sceust panser sans apparence de cicatrice; et me suffira +que le labeur qu'en ce j'ay employe soit agreable au Roy mon +souverain, qui est cause et motif de ceste emprise et de +l'execution d'icelle, pour l'avoir veu voulentiers escouter et +par tres bon jugement estimer plusieurs passages des Oeuvres qui +s'ensuyvent._ + + + +MAROT [P. 5] + +AU ROY FRANCOIS Ier. + + Si a Villon on treuve encor a dire, + S'il n'est reduict ainsi qu'ay pretendu, + A moy tout seul en soit le blasme (Sire), + Qui plus y ay travaille qu'entendu; + Et s'il est mieux en son ordre estendu + Que paravant, de sorte qu'on l'en prise, + Le gre a vous en doyt estre rendu, + Qui fustes seul cause de l'entreprise. + + [P. 7] + + LE + PETIT TESTAMENT + DE MAISTRE + FRANCOIS VILLON + + FAIT L'AN 1456. + + Mil quatre cens cinquante et six, + Je, Francois Villon, escollier, + Considerant, de sens rassis, + Le frain aux dents, franc au collier, + Qu'on doit ses oeuvres conseiller, + Comme Vegece le racompte, + Saige Romain, grand conseiller, + Ou autrement on se mescompte. + + II. + + En ce temps que j'ay dit devant, + Sur le Noel, morte saison, + Lorsque les loups vivent de vent, + Et qu'on se tient en sa maison, + Pour le frimas, pres du tison: + Cy me vint vouloir de briser + La tres amoureuse prison + Qui souloit mon cueur desbriser. + + III. [P.8] + + Je le feis en telle facon, + Voyant Celle devant mes yeulx + Consentant a ma deffacon, + Sans ce que ja luy en fust mieulx; + Dont je me deul et plains aux cieulx, + En requerant d'elle vengence + A tous les dieux venerieux, + Et du grief d'amours allegence. + + IV. + + Et, se je pense a ma faveur, + Ces doulx regrets et beaulx semblans + De tres decepvante saveur, + Me trespercent jusques aux flancs: + Bien ilz ont vers moy les piez blancs + Et me faillent au grant besoing. + Planter me fault autre complant + Et frapper en un autre coing. + + V. + + Le regard de Celle m'a prins, + Qui m'a este felonne et dure; + Sans ce qu'en riens aye mesprins, + Veult et ordonne que j'endure + La mort, et que plus je ne dure. + Si n'y voy secours que fouir. + Rompre veult la dure souldure, + Sans mes piteux regrets ouir! + + VI. + + Pour obvier a ses dangiers, + Mon mieulx est, ce croy, de partir. + Adieu! Je m'en voys a Angiers, [P. 9] + Puisqu'el ne me veult impartir + Sa grace, ne me departir. + Par elle meurs, les membres sains; + Au fort, je meurs amant martir, + Du nombre des amoureux saints! + + VII. + + Combien que le depart soit dur, + Si fault-il que je m'en esloingne. + Comme mon paouvre sens est dur! + Autre que moy est en queloingne, + Dont onc en forest de Bouloingne + Ne fut plus altere d'humeur. + C'est pour moy piteuse besoingne: + Dieu en vueille ouir ma clameur! + + VIII. + + Et puisque departir me fault, + Et du retour ne suis certain: + Je ne suis homme sans deffault, + Ne qu'autre d'assier ne d'estaing. + Vivre aux humains est incertain, + Et apres mort n'y a relaiz: + Je m'en voys en pays loingtaing; + Si establiz ce present laiz. + + IX. + + Premierement, au nom du Pere, + Du Filz et du Saint-Esperit, + Et de la glorieuse Mere + Par qui grace riens ne perit, + Je laisse, de par Dieu, mon bruit + A maistre Guillaume Villon, + Qui en l'honneur de son nom bruit, [P. 10] + Mes tentes et mon pavillon. + + X. + + A celle doncques que j'ay dict, + Qui si durement m'a chasse, + Que j'en suys de joye interdict + Et de tout plaisir dechasse, + Je laisse mon coeur enchasse, + Palle, piteux, mort et transy: + Elle m'a ce mal pourchasse, + Mais Dieu luy en face mercy! + + XI. + + Et a maistre Ythier, marchant, + Auquel je me sens tres tenu, + Laisse mon branc d'acier tranchant, + Et a maistre Jehan le Cornu, + Qui est en gaige detenu + Pour ung escot six solz montant; + Je vueil, selon le contenu, + Qu'on luy livre, en le racheptant. + + XII. + + Item, je laisse a Sainct-Amant + Le Cheval Blanc avec la Mulle, + Et a Blaru, mon dyamant + Et l'Asne raye qui reculle. + Et le decret qui articulle: + _Omnis utriusque sexus_, + Contre la Carmeliste bulle, + Laisse aux curez, pour mettre sus. + + XIII. [P. 11] + + Item, a Jehan Trouve, bouchier, + Laisse le mouton franc et tendre, + Et ung tachon pour esmoucher + Le boeuf couronne qu'on veult vendre, + Et la vache qu'on ne peult prendre. + Le vilain qui la trousse au col, + S'il ne la rend, qu'on le puist pendre + Ou estrangler d'un bon licol! + + XIV. + + Et a maistre Robert Vallee, + Povre clergeon au Parlement, + Qui ne tient ne mont ne vallee, + J'ordonne principalement + Qu'on luy baille legerement + Mes brayes, estans aux trumellieres, + Pour coeffer plus honestement + S'amye Jehanneton de Millieres. + + XV. + + Pour ce qu'il est de lieu honeste, + Fault qu'il soit myeulx recompense, + Car le Saint-Esprit l'admoneste. + Ce obstant qu'il est insense. + Pour ce, je me suis pourpense, + Puysqu'il n'a sens mais qu'une aulmoire, + De recouvrer sur Malpense, + Qu'on lui baille, l'Art de memoire. + + XVI. + + Item plus, je assigne la vie + Du dessusdict maistre Robert... [P. 12] + Pour Dieu! n'y ayez point d'envie! + Mes parens, vendez mon haubert, + Et que l'argent, ou la pluspart, + Soit employe, dedans ces Pasques, + Pour achepter a ce poupart + Une fenestre empres Saint-Jacques. + + XVII. + + Derechief, je laisse en pur don + Mes gands et ma hucque de soye + A mon amy Jacques Cardon; + Le gland aussi d'une saulsoye, + Et tous les jours une grosse oye + Et ung chappon de haulte gresse; + Dix muys de vin blanc comme croye, + Et deux proces, que trop n'engresse. + + XVIII. + + Item, je laisse a ce jeune homme, + Rene de Montigny, troys chiens; + Aussi a Jehan Raguyer, la somme + De cent frans, prins sur tous mes biens; + Mais quoy! Je n'y comprens en riens + Ce que je pourray acquerir: + On ne doit trop prendre des siens, + Ne ses amis trop surquerir. + + XIX. + + Item, au seigneur de Grigny + Laisse la garde de Nygon, + Et six chiens plus qu'a Montigny, + Vicestre, chastel et donjon; + Et a ce malostru Changon, + Moutonnier qui tient en proces, + Laisse troys coups d'ung escourgon, [P. 13] + Et coucher, paix et aise, en ceps. + + XX. + + Et a maistre Jacques Raguyer, + Je laisse l'Abreuvoyr Popin, + Pour ses paouvres seurs grafignier; + Tousjours le choix d'ung bon lopin, + Le trou de la Pomme de pin, + Le doz aux rains, au feu la plante, + Emmaillote en jacopin; + Et qui vouldra planter, si plante. + + XXI. + + Item, a maistre Jehan Mautainct + Et maistre Pierre Basannier, + Le gre du Seigneur, qui attainct + Troubles, forfaits, sans espargnier; + Et a mon procureur Fournier, + Bonnetz courts, chausses semellees, + Taillees sur mon cordouennier, + Pour porter durant ces gellees. + + XXII. + + Item, au chevalier du guet, + Le heaulme luy establis; + Et aux pietons qui vont d'aguet + Tastonnant par ces establis, + Je leur laisse deux beaulx rubis, + La lenterne a la Pierre-au-Let., + Voire-mais, j'auray les _Troys licts_, + S'ilz me meinent en Chastellet. + + XXIII. [P. 14] + + Item, a Perrenet Marchant, + Qu'on dit le Bastard de la Barre, + Pour ce qu'il est ung bon marchant, + Luy laisse trois gluyons de feurre + Pour estendre dessus la terre + A faire l'amoureux mestier, + Ou il luy fauldra sa vie querre, + Car il ne scet autre mestier. + + XXIV. + + Item, au Loup et a Chollet, + Je laisse a la foys un canart, + Prins sous les murs, comme on souloit, + Envers les fossez, sur le tard; + Et a chascun un grand tabart + De cordelier, jusques aux pieds, + Busche, charbon et poys au lart, + Et mes housaulx sans avantpiedz. + + XXV. + + Derechief, je laisse en pitie, + A troys petitz enfans tous nudz, + Nommez en ce present traictie, + Paouvres orphelins impourveuz, + Tous deschaussez, tous despourveus, + Et desnuez comme le ver; + J'ordonne qu'ils seront pourveuz, + Au moins pour passer cest yver. + + XXVI. + + Premierement, Colin Laurens, + Girard Gossoyn et Jehan Marceau, + Desprins de biens et de parens, [P. 15] + Qui n'ont vaillant l'anse d'ung ceau, + Chascun de mes biens ung faisseau, + Ou quatre blancs, s'ilz l'ayment mieulx; + Ils mangeront maint bon morceau, + Ces enfans, quand je seray vieulx! + + XXVII. + + Item, ma nomination, + Que j'ay de l'Universite, + Laisse par resignation, + Pour forclorre d'adversite + Paouvres clercs de ceste cite, + Soubz cest _intendit_ contenuz: + Charite m'y a incite, + Et Nature, les voyant nudz. + + XXVIII. + + C'est maistre Guillaume Cotin + Et maistre Thibault de Vitry, + Deux paouvres clercs, parlans latin, + Paisibles enfans, sans estry, + Humbles, bien chantans au lectry. + Je leur laisse cens recevoir + Sur la maison Guillot Gueuldry, + En attendant de mieulx avoir. + + XXIX. + + Item plus, je adjoinctz a la Crosse + Celle de la rue Sainct-Anthoine, + Et ung billart de quoy on crosse, + Et tous les jours plain pot de Seine, + Aux pigons qui sont en l'essoine, + Enserrez soubz trappe voliere, + Et mon mirouer bel et ydoyne, [P. 16] + Et la grace de la geolliere. + + XXX. + + Item, je laisse aux hospitaux + Mes chassis tissus d'araignee; + Et aux gisans soubz les estaux, + Chascun sur l'oeil une grongnee, + Trembler a chiere renffrongnee, + Maigres, velluz et morfonduz; + Chausses courtes, robbe rongnee, + Gelez, meurdriz et enfonduz. + + XXXI. + + Item, je laisse a mon barbier + Les rongneures de mes cheveulx, + Plainement et sans destourbier; + Au savetier, mes souliers vieulx, + Et au fripier, mes habitz tieulx + Que, quant du tout je les delaisse, + Pour moins qu'ilz ne cousterent neufz + Charitablement je leur laisse. + + XXXII. + + Item, aux Quatre Mendians, + Aux Filles Dieu et aux Beguynes, + Savoureulx morceaulx et frians, + Chappons, pigons, grasses gelines, + Et puis prescher les Quinze Signes, + Et abatre pain a deux mains. + Carmes chevaulchent nos voisines, + Mais cela ne m'est que du meins. + + XXXIII. [P. 17] + + Item, laisse le Mortier d'or + A Jehan l'Espicier, de la Garde, + Et une potence a Sainct-Mor, + Pour faire ung broyer a moustarde, + Et celluy qui feit l'avant-garde, + Pour faire sur moy griefz exploitz, + De par moy sainct Anthoine l'arde! + Je ne lui lairray autre laiz. + + XXXIV. + + Item, je laisse a Mairebeuf + Et a Nicolas de Louvieulx, + A chascun l'escaille d'un oeuf, + Plaine de frans et d'escus vieulx, + Quant au concierge de Gouvieulx, + Pierre Ronseville, je ordonne, + Pour luy donner encore mieulx, + Escus telz que prince les donne. + + XXXV. + + Finalement, en escrivant, + Ce soir, seullet, estant en bonne, + Dictant ces laiz et descripvant, + Je ouyz la cloche de Sorbonne, + Qui tousjours a neuf heures sonne + Le Salut que l'Ange predit; + Cy suspendy et cy mis bonne, + Pour pryer comme le cueur dit. + + XXXVI. + + Cela fait, je me entre-oubliai, + Non pas par force de vin boire, + Mon esperit comme lie; [P. 18] + Lors je senty dame Memoire + Rescondre et mectre en son aulmoire + Ses especes collaterales, + Oppinative faulce et voire, + Et autres intellectualles. + + XXXVII. + + Et mesmement l'extimative, + Par quoy prosperite nous vient; + Similative, formative, + Desquelz souvent il advient + Que, par l'art trouve, hom devient + Fol et lunaticque par moys: + Je l'ay leu, et bien m'en souvient, + En Aristote aucunes fois. + + XXXVIII. + + Doncques le sensif s'esveilla + Et esvertua fantasie, + Qui tous argeutis resveilla, + Et tint souveraine partie, + En souppirant, comme amortie, + Par oppression d'oubliance, + Qui en moy s'estoit espartie + Pour montrer des sens l'alliance. + + XXXIX. + + Puis, mon sens qui fut a repos + Et l'entendement desveille, + Je cuide finer mon propos; + Mais mon encre estoit gele, + Et mon cierge estoit soufle. + De feu je n'eusse pu finer. + Si m'endormy, tout enmoufle, [P. 19] + Et ne peuz autrement finer. + + XL + + Fait au temps de ladicte date, + Par le bon renomme Villon, + Qui ne mange figue ne date; + Sec et noir comme escouvillon, + Il n'a tente ne pavillon + Qu'il n'ayt laisse a ses amys, + Et n'a mais qu'un peu de billon, + Qui sera tantost a fin mys. + + + CY FINE LE TESTAMENT VILLON. + + + [P. 21] + CY COMMENCE + LE + GRANT TESTAMENT + DE + FRANCOIS VILLON + FAIT EN 1461. + + + I. + + En l'an trentiesme de mon aage, + Que toutes mes hontes j'eu beues, + Ne du tout fol, ne du tout sage. + Nonobstant maintes peines eues, + Lesquelles j'ay toutes receues + Soubz la main Thibault d'Aussigny. + S'evesque il est, seignant les rues, + Qu'il soit le mien je le regny! + + II. + + Mon seigneur n'est, ne mon evesque; + Soubz luy ne tiens, s'il n'est en friche; + Foy ne luy doy, ne hommage avecque; + Je ne suis son serf ne sa biche. + Peu m'a d'une petite miche + Et de froide eau, tout ung este. + Large ou estroit, moult me fut chiche. [P. 22] + Tel luy soit Dieu qu'il m'a este. + + III. + + Et, s'aucun me vouloit reprendre + Et dire que je le mauldys, + Non fais, si bien me scait comprendre, + Et rien de luy je ne mesdys. + Voycy tout le mal que j'en dys: + S'il m'a este misericors, + Jesus, le roy de paradis, + Tel luy soit a l'ame et au corps! + + IV. + + S'il m'a este dur et cruel + Trop plus que cy ne le racompte, + Je vueil que le Dieu eternel + Luy soit doncq semblable, a ce compte!... + Mais l'Eglise nous dit et compte + Que prions pour nos ennemis; + Je vous dis que j'ay tort et honte: + Tous ses faictz soient a Dieu remis! + + V. + + Si prieray Dieu de bon cueur, + Pour l'ame du bon feu Cotard. + Mais quoy! ce sera doncq par cueur, + Car de lire je suys faitard. + Priere en feray de Picard; + S'il ne le scait, voise l'apprandre, + S'il m'en croyt, ains qu'il soit plus tard + A Douay, ou a Lysle en Flandre! + + VI. [P. 23] + + Combien souvent je veuil qu'on prie + Pour luy, foy que doy mon baptesme, + Obstant qu'a chascun ne le crye, + Il ne fauldra pas a son esme. + Au Psaultier prens, quand suys a mesme, + Qui n'est de beuf ne cordoen, + Le verset escript le septiesme + Du psaulme de _Deus laudem_. + + VII. + + Si pry au benoist Filz de Dieu, + Qu'a tous mes besoings je reclame, + Que ma pauvre priere ayt lieu + Verz luy, de qui tiens corps et ame, + Qui m'a preserve de maint blasme + Et franchy de vile puissance. + Loue soit-il, et Nostre-Dame, + Et Loys, le bon roy de France! + + VIII. + + Auquel doint Dieu l'heur de Jacob, + De Salomon l'honneur et gloire; + Quant de prouesse, il en a trop; + De force aussi, par m'ame, voire! + En ce monde-cy transitoire, + Tant qu'il a de long et de le; + Affin que de luy soit memoire, + Vive autant que Mathusale! + + IX. + + Et douze beaulx enfans, tous masles, + Veoir, de son tres cher sang royal, + Aussi preux que fut le grand Charles, [P. 24] + Conceuz en ventre nuptial, + Bons comme fut sainct Martial. + Ainsi en preigne au bon Dauphin; + Je ne luy souhaicte autre mal, + Et puys paradis a la fin. + + X. + + Pour ce que foible je me sens, + Trop plus de biens que de sante, + Tant que je suys en mon plain sens, + Si peu que Dieu m'en a preste, + Car d'autre ne l'ay emprunte, + J'ay ce Testament tres estable + Faict, de derniere voulente, + Seul pour tout et irrevocable: + + XI. + + Escript l'ay l'an soixante et ung, + Que le bon roy me delivra + De la dure prison de Mehun, + Et que vie me recouvra, + Dont suys, tant que mon cueur vivra, + Tenu vers luy me humilier, + Ce que feray jusqu'il mourra: + Bienfaict ne se doibt oublier. + + + _Icy commence Villon a entrer en matiere + pleine d'erudition et de bon scavoir._ + + + XII. + + Or est vray qu'apres plaingtz et pleurs + et angoisseux gemissemens, + Apres tristesses et douleurs, [P. 25] + Labeurs et griefz cheminemens, + Travail mes lubres sentemens, + Esguisez comme une pelote, + M'ouvrist plus que tous les Commens + D'Averroys sur Aristote. + + XIII. + + Combien qu'au plus fort de mes maulx, + En cheminant sans croix ne pile, + Dieu, qui les Pellerins d'Esmaus + Conforta, ce dit l'Evangile, + Me montra une bonne ville + Et pourveut du don d'esperance; + Combien que le pecheur soit vile, + Riens ne hayt que perseverance. + + XIV. + + Je suys pecheur, je le scay bien; + Pourtant Dieu ne veult pas ma mort, + Mais convertisse et vive en bien; + Mieulx tout autre que peche mord, + Soye vraye voulente ou enhort, + Dieu voit, et sa misericorde, + Se conscience me remord, + Par sa grace pardon m'accorde. + + XV. + + Et, comme le noble Romant + De la Rose dit et confesse + En son premier commencement, + Qu'on doit jeune cueur, en jeunesse, + Quant on le voit vieil en vieillesse, + Excuser; helas! il dit voir. + Ceulx donc qui me font telle oppresse, [P. 26] + En meurte ne me vouldroient veoir. + + XVI. + + Se, pour ma mort, le bien publique + D'aucune chose vaulsist myeulx, + A mourir comme ung homme inique + Je me jugeasse, ainsi m'aid Dieux! + Grief ne faiz a jeune ne vieulx, + Soye sur pied ou soye en biere: + Les montz ne bougent de leurs lieux, + Pour un paouvre, n'avant, n'arriere. + + XVII. + + Au temps que Alexandre regna, + Ung hom, nomme Diomedes, + Devant luy on luy amena, + Engrillonne poulces et detz + Comme ung larron; car il fut des + Escumeurs que voyons courir. + Si fut mys devant le cades, + Pour estre juge a mourir. + + XVIII. + + L'empereur si l'arraisonna: + "Pourquoy es-tu larron de mer?" + L'autre, responce luy donna: + "Pourquoy larron me faiz nommer? + "Pour ce qu'on me voit escumer + "En une petiote fuste? + "Se comme toy me peusse armer, + "Comme toy empereur je fusse. + + XIX. [P. 27] + + "Mais que veux-tu! De ma fortune, + "Contre qui ne puis bonnement, + "Qui si durement m'infortune, + "Me vient tout ce gouvernement. + "Excuse-moy aucunement, + "Et scaches qu'en grand pauvrete + "(Ce mot dit-on communement) + "Ne gist pas trop grand loyaulte." + + XX. + + Quand l'empereur eut remire + De Diomedes tout le dict: + "Ta fortune je te mueray, + "Mauvaise en bonne!" ce luy dit. + Si fist-il. Onc puis ne mesprit + A personne, mais fut vray homme; + Valere, pour vray, le rescript, + Qui fut nomme _le grand_ a Romme. + + XXI. + + Se Dieu m'eust donne rencontrer + Ung autre piteux Alexandre, + Qui m'eust faict en bon heur entrer, + Et lors qui m'eust veu condescendre + A mal, estre ars et mys en cendre + Juge me fusse de ma voix. + Necessite faict gens mesprendre, + Et faim saillir le loup des boys. + + XXII. + + Je plaings le temps de ma jeunesse, + Ouquel j'ay plus qu'autre galle, + Jusque a l'entree de vieillesse, [P. 28] + Qui son partement m'a cele. + Il ne s'en est a pied alle, + N'a cheval; las! et comment donc? + Soudainement s'en est voile, + Et ne m'a laisse quelque don. + + XXIII. + + Alle s'en est, et je demeure, + Pauvre de sens et de scavoir, + Triste, failly, plus noir que meure, + Qui n'ay ne cens, rente, n'avoir; + Des miens le moindre, je n'y voir, + De me desadvouer s'avance, + Oublyans naturel devoir, + Par faulte d'ung peu de chevance. + + XXIV. + + Si ne crains avoir despendu, + Par friander et par leschier; + Par trop aimer n'ay riens vendu, + Que nuls me puissent reprouchier. + Au moins qui leur couste trop cher. + Je le dys, et ne croys mesdire. + De ce ne me puis revencher: + Qui n'a mefiait ne le doit dire. + + XXV. + + Est verite que j'ay ayme + Et que aymeroye voulentiers; + Mais triste cueur, ventre affame, + Qui n'est rassasie au tiers, + Me oste des amoureux sentiers. + Au fort, quelqu'un s'en recompense, + Qui est remply sur les chantiers, [P. 29] + Car de la panse vient la danse. + + XXVI. + + Bien scay se j'eusse estudie + Ou temps de ma jeunesse folle, + Et a bonnes meurs dedie, + J'eusse maison et couche molle! + Mais quoy? je fuyoye l'escolle, + Comme faict le mauvays enfant... + En escrivant ceste parolle, + A peu que le cueur ne me fend. + + XXVII. + + Le dict du Saige est tres beaulx dictz, + Favorable, et bien n'en puis mais, + Qui dit: "Esjoys-toy, mon filz, + A ton adolescence; mais + Ailleurs sers bien d'ung autre mectz, + Car jeunesse et adolescence + (C'est son parler, ne moins ne mais) + Ne sont qu'abbus et ignorance." + + XXVIII. + + Mes jours s'en sont allez errant, + Comme, dit Job, d'une touaille + Sont les filetz, quant tisserant + Tient en son poing ardente paille: + Lors, s'il y a nul bout qui saille, + Soudainement il le ravit. + Si ne crains rien qui plus m'assaille, + Car a la mort tout assouvyst. + + XXIX. [P. 30] + + Ou sont les gratieux gallans + Que je suyvoye au temps jadis, + Si bien chantans, si bien parlans, + Si plaisans en faictz et en dictz? + Les aucuns sont mortz et roydiz; + D'eulx n'est-il plus rien maintenant. + Respit ils ayent en paradis, + Et Dieu saulve le remenant! + + XXX. + + Et les aucuns sont devenuz, + Dieu mercy! grans seigneurs et maistres, + Les autres mendient tous nudz, + Et pain ne voyent qu'aux fenestres; + Les autres sont entrez en cloistres; + De Celestins et de Chartreux, + Bottez, housez, com pescheurs d'oystres: + Voila l'estat divers d'entre eulx. + + XXXI. + + Aux grans maistres Dieu doint bien faire + Vivans en paix et en requoy. + En eulx il n'y a que refaire; + Si s'en fait bon taire tout quoy. + Mais aux pauvres qui n'ont de quoy, + Comme moy, Dieu doint patience; + Aux aultres ne fault qui ne quoy, + Car assez ont pain et pitance. + + XXXII. + + Bons vins ont, souvent embrochez, + Saulces, brouetz et gros poissons; + Tartres, flans, oeufz fritz et pochez, [P. 31] + Perduz, et en toutes facons. + Pas ne ressemblent les macons, + Que servir fault a si grand peine; + Ils ne veulent nulz eschancons, + Car de verser chascun se peine. + + XXXIII. + + En cest incident me suys mys, + Qui de rien ne sert a mon faict. + Je ne suys juge, ne commis, + Pour punyr n'absouldre meffaict. + De tous suys le plus imparfaict. + Loue soit le doulx Jesus-Christ! + Que par moy leur soit satisfaict! + Ce que j'ay escript est escript. + + XXXIV. + + Laissons le monstier ou il est; + Parlons de chose plus plaisante. + Ceste matiere a tous ne plaist: + Ennuyeuse est et desplaisante. + Pauvrete, chagrine et dolente, + Tousjours despiteuse et rebelle, + Dit quelque parolle cuysante; + S'elle n'ose, si le pense-elle. + + XXXV. + + Pauvre je suys de ma jeunesse, + De pauvre et de petite extrace. + Mon pere n'eut oncq grand richesse. + Ne son ayeul, nomme Erace. + Pauvrete tous nous suyt et trace. + Sur les tumbeaulx de mes ancestres, + Les ames desquelz Dieu embrasse, [P. 32] + On n'y voyt couronnes ne sceptres. + + XXXVI. + + De pouvrete me guermentant, + Souventesfoys me dit le cueur: + "Homme, ne te doulouse tant + Et ne demaine tel douleur, + Se tu n'as tant qu'eust Jacques Cueur. + Myeulx vault vivre soubz gros bureaux + Pauvre, qu'avoir este seigneur + Et pourrir soubz riches tumbeaux!" + + XXXVII. + + Qu'avoir este seigneur!... Que dys? + Seigneur, lasse! ne l'est-il mais! + Selon ce que d'aulcun en dict, + Son lieu ne congnoistra jamais. + Quant du surplus, je m'en desmectz. + Il n'appartient a moy, pecheur; + Aux theologiens le remectz, + Car c'est office de prescheur. + + XXXVIII. + + Si ne suys, bien le considere, + Filz d'ange, portant dyademe + D'etoille ne d'autre sydere. + Mon pere est mort, Dieu en ayt l'ame, + Quant est du corps, il gyst soubz lame... + J'entends que ma mere mourra, + Et le scait bien, la pauvre femme; + Et le filz pas ne demourra. + + XXXIX. [P. 33] + + Je congnoys que pauvres et riches, + Sages et folz, prebstres et laiz, + Noble et vilain, larges et chiches, + Petitz et grans, et beaulx et laidz, + Dames a rebrassez colletz, + De quelconque condicion, + Portant attours et bourreletz, + Mort saisit sans exception. + + XL. + + Et mourut Paris et Helene. + Quiconques meurt, meurt a douleur. + Celluy qui perd vent et alaine, + Son fiel se creve sur son cueur, + Puys sue Dieu scait quelle sueur! + Et n'est qui de ses maulx l'allege: + Car enfans n'a, frere ne soeur, + Qui lors voulsist estre son pleige. + + XLI. + + La mort le faict fremir, pallir, + Le nez courber, les veines tendre, + Le col enfler, la chair mollir, + Joinctes et nerfs croistre et estendre. + Corps feminin, qui tant est tendre, + Polly, souef, si precieulx, + Te faudra-il ces maulx attendre? + Ouy, ou tout vif aller es cieulx. + + [P. 34] + + BALLADE + DES DAMES DU TEMPS JADIS. + + Dictes-moy ou, n'en quel pays, + Est Flora, la belle Romaine; + Archipiada, ne Thais, + Qui fut sa cousine germaine; + Echo, parlant quand bruyt on maine + Dessus riviere ou sus estan, + Qui beaute eut trop plus qu'humaine? + Mais ou sont les neiges d'antan! + + Ou est la tres sage Helois, + Pour qui fut chastre et puis moyne + Pierre Esbaillart a Sainct-Denys? + Pour son amour eut cest essoyne. + Semblablement, ou est la royne + Qui commanda que Buridan + Fust jette en ung sac en Seine? + Mais ou sont les neiges d'antan! + + La royne Blanche comme ung lys, + Qui chantoit a voix de sereine; + Berthe au grand pied, Bietris, Allys; + Harembourges, qui tint le Mayne, + Et Jehanne, la bonne Lorraine, + Qu'Anglois bruslerent a Rouen; + Ou sont-ilz, Vierge souveraine?... + Mais ou sont les neiges d'antan! + [P. 35] + ENVOI + + Prince, n'enquerez de sepmaine + Ou elles sont, ne de cest an, + Que ce refrain ne vous remaine: + Mais ou sont les neiges d'antan! + + + BALLADE + DES SEIGNEURS DU TEMPS JADIS + + Suyvant le propos precedent. + + Qui plus? Ou est le tiers Calixte, + Dernier decede de ce nom, + Qui quatre ans tint le Papaliste? + Alphonse, le roy d'Aragon, + Le gracieux duc de Bourbon, + Et Artus, le duc de Bretaigne, + Et Charles septiesme, le Bon?... + Mais ou est le preux Charlemaigne! + + Semblablement, le roy Scotiste, + Qui demy-face eut, ce dit-on, + Vermeille comme une amathiste + Depuys le front jusqu'au menton? + Le roy de Chypre, de renom; + Helas! et le bon roy d'Espaigne, + Duquel je ne scay pas le nom?... + Mais ou est le preux Charlemaigne! + + D'en plus parler je me desiste; [P. 36] + Ce n'est que toute abusion. + Il n'est qui contre mort resiste, + Ne qui treuve provision. + Encor fais une question: + Lancelot, le roy de Behaigne, + Ou est-il? Ou est son tayon?... + Mais ou est le preux Charlemaigne! + + ENVOI. + + Ou est Claquin, le bon Breton? + Ou le comte Daulphin d'Auvergne, + Et le bon feu duc d'Alencon?... + Mais ou est le preux Charlemaigne! + + + BALLADE + + A ce propos, en vieil francois. + + Mais ou sont ly sainctz apostoles, + D'aulbes vestuz, d'amys coeffez, + Qui sont ceincts de sainctes estoles, + Dont par le col prent ly mauffez, + De maltalent tout eschauffez? + Aussi bien meurt tilz que servans; + De ceste vie sont bouffez: + Autant en emporte ly vens. + + Voire, ou sont de Constantinobles + L'emperier aux poings dorez, + Ou de France ly roy tresnobles, + Sur tous autres roys decorez. + Qui, pour ly grand Dieux adorez, [P. 37] + Bastist eglises et convens? + S'en son temps il fut honorez, + Autant en emporte ly vens. + + Ou sont de Vienne et de Grenobles + Ly Daulphin, ly preux, ly senez? + Ou, de Dijon, Sallins et Dolles, + Ly sires et ly filz aisnez? + Ou autant de leurs gens privez, + Heraulx, trompettes, poursuyvans? + Ont-ilz bien boute soubz le nez?... + Autant en emporte ly vens. + + ENVOI. + + Princes a mort sont destinez, + Et tous autres qui sont vivans; + S'ils en sont coursez ou tennez, + Autant en emporte ly vens. + + + XLII. + + Puys que papes, roys, filz de roys, + Et conceuz en ventres de roynes, + Sont enseveliz, mortz et froidz, + En aultruy mains passent leurs resnes; + Moy, pauvre mercerot de Renes, + Mourray-je pas? Ouy, se Dieu plaist; + Mais que j'aye faict mes estrenes, + Honneste mort ne me desplaist. + + XLIII. + + Ce monde n'est perpetuel, + Quoy que pense riche pillart; + Tous sommes soubz coutel mortel. + Ce confort prent pauvre vieillart, [P. 38] + Lequel d'estre plaisant raillart + Eut le bruyt, lorsque jeune estoit, + Qu'on tiendrait a fol et paillait, + Se, vieil, a railler se mettoit. + + XLIV. + + Or luy convient-il mendier, + Car a ce force le contraint. + Regrette huy sa mort, et hier; + Tristesse son cueur si estrainct, + Souvent, se n'estoit Dieu qu'il crainct, + Il feroit un horrible faict. + Si advient qu'en ce Dieu enfrainct, + Et que luy-mesmes se deffaict. + + XLV. + + Car, s'en jeunesse il fut plaisant, + Ores plus rien ne dit qui plaise. + Tousjours vieil synge est desplaisant: + Moue ne faict qui ne desplaise. + S'il se taist, affin qu'il complaise, + Il est tenu pour fol recreu; + S'il parle, on luy dit qu'il se taise. + Et qu'en son prunier n'a pas creu. + + XLVI. + + Aussi, ces pauvres femmelettes, + Qui vieilles sont et n'ont de quoy, + Quand voyent jeunes pucellettes + En admenez et en requoy, + Lors demandent a Dieu pourquoy + Si tost nasquirent, n'a quel droit? + Notre Seigneur s'en taist tout coy, + Car, au tanser, il le perdroit. + + [P. 39] + + LES REGRETS + DE LA BELLE HEAULMIERE + + Ja parvenue a vieillesse. + + Advis m'est que j'oy regretter + La belle qui fut heaulmiere, + Soy jeune fille souhaitter + Et parler en ceste maniere: + "Ha! vieillesse felonne et fiere, + Pourquoy m'as si tost abatue? + Qui me tient que je ne me fiere, + Et qu'a ce coup je ne me tue? + + "Tollu m'as ma haulte franchise + Que beaute m'avoit ordonne + Sur clercz, marchans et gens d'Eglise: + Car alors n'estoit homme ne + Qui tout le sien ne m'eust donne, + Quoy qu'il en fust des repentailles, + Mais que luy eusse abandonne + Ce que reffusent truandailles. + + "A maint homme l'ay reffuse, + Qui n'estoit a moy grand saigesse, + Pour l'amour d'ung garson ruse, + Auquel j'en feiz grande largesse. + A qui que je feisse finesse, + Par m'ame, je l'amoye bien! + Or ne me faisoit que rudesse, + Et ne m'amoyt que pour le mien. + + "Ja ne me sceut tant detrayner, [P. 40] + Fouller au piedz, que ne l'aymasse, + Et m'eust-il faict les rains trayner, + S'il m'eust dit que je le baisasse + Et que tous mes maux oubliasse; + Le glouton, de mal entache, + M'embrassoit... J'en suis bien plus grasse! + Que m'en reste-il? Honte et peche. + + "Or il est mort, passe trente ans, + Et je remains vieille et chenue. + Quand je pense, lasse! au bon temps, + Quelle fus, quelle devenue; + Quand me regarde toute nue, + Et je me voy si tres-changee, + Pauvre, seiche, maigre, menue, + Je suis presque toute enragee. + + "Qu'est devenu ce front poly, + Ces cheveulx blonds, sourcilz voultyz, + Grand entr'oeil, le regard joly, + Dont prenoye les plus subtilz; + Ce beau nez droit, grand ne petiz; + Ces petites joinctes oreilles, + Menton fourchu, cler vis traictis, + Et ces belles levres vermeilles? + + "Ces gentes espaules menues, + Ces bras longs et ces mains tretisses; + Petitz tetins, hanches charnues, + Eslevees, propres, faictisses + A tenir amoureuses lysses; + Ces larges reins, ce sadinet, + Assis sur grosses fermes cuysses, [P. 41] + Dedans son joly jardinet? + + "Le front ride, les cheveulx gris, + Les sourcilz cheuz, les yeulx estainctz, + Qui faisoient regars et ris, + Dont maintz marchans furent attaincts; + Nez courbe, de beaulte loingtains; + Oreilles pendans et moussues; + Le vis pally, mort et destaincts; + Menton fonce, levres peaussues: + + "C'est d'humaine beaute l'yssues! + Les bras courts et les mains contraictes, + Les espaulles toutes bossues; + Mammelles, quoy! toutes retraictes; + Telles les hanches que les tettes. + Du sadinet, fy! Quant des cuysses, + Cuysses ne sont plus, mais cuyssettes + Grivelees comme saulcisses. + + "Ainsi le bon temps regretons + Entre nous, pauvres vieilles sottes, + Assises bas, a croppetons, + Tout en ung tas comme pelottes, + A petit feu de chenevottes, + Tost allumees, tost estainctes; + Et jadis fusmes si mignottes!... + Ainsi en prend a maintz et maintes." + + [P. 42] + + BALLADE DE LA BELLE HEAULMIERE + AUX FILLES DE JOIE. + + "Or y pensez, belle Gantiere, + Qui m'escoliere souliez estre, + Et vous, Blanche la Savetiere, + Ores est temps de vous congnoistre. + Prenez a dextre et a senestre; + N'espargnez homme, je vous prie: + Car vieilles n'ont ne cours ne estre, + Ne que monnoye qu'on descrie. + + "Et vous, la gente Saulcissiere, + Qui de dancer estes adextre; + Guillemette la Tapissiere, + Ne mesprenez vers vostre maistre; + Tous vous fauldra clorre fenestre, + Quand deviendrez vieille, flestrie; + Plus ne servirez qu'un vieil prebstre, + Ne que monnoye qu'on descrie. + + "Jehanneton la Chaperonniere, + Gardez qu'ennuy ne vous empestre; + Katherine la Bouchiere, + N'envoyez plus les hommes paistre: + Car qui belle n'est, ne perpetre + Leur bonne grace, mais leur rie. + Laide vieillesse amour n'impetre, + Ne que monnoye qu'on descrie. + + ENVOI. + + "Filles, veuillez vous entremettre + D'escouter pourquoy pleure et crie + C'est que ne puys remede y mettre, [P. 43] + Ne que monnoye qu'on descrie." + + + XLVII. + + Ceste lecon icy leur baille + La belle et bonne de jadis; + Bien dit ou mal, vaille que vaille, + Enregistrer j'ay faict ces ditz + Par mon clerc Fremin l'estourdys, + Aussi rassis que je pense estre... + S'il me desment, je le mauldys: + Selon le clerc est deu le maistre. + + XLVIII. + + Si apercoy le grand danger + La ou l'homme amoureux se boute... + He! qui me vouldroit laidanger + De ce mot, en disant: "Escoute! + Se d'aymer t'estrange et reboute + Le barat de celles nommees, + Tu fais une bien folle doubte, + Car ce sont femmes diffamees. + + XLIX. + + "S'ils n'ayment fors que pour l'argent, + On ne les ayme que pour l'heure. + Rondement ayment toute gent, + Et rient lors quant bourse pleure. + De celles n'est qui ne recoeuvre; + Mais en femmes d'honneur et nom + Franc homme, se Dieu me sequeure, + Se doit employer; ailleurs, non." + + L. [P. 44] + + Je prens qu'aucun dye cecy, + Si ne me contente-il en rien. + En effect, je concludz ainsy, + Et sy le cuyde entendre bien, + Qu'on doit aymer en lieu de bien. + Ascavoir-mon se ces fillettes, + Qu'en parolles toute jour tien, + Ne furent pas femmes honnestes? + + LI. + + Honnestes, si furent vrayement, + Sans avoir reproches ne blasmes. + S'il est vray que, au commencement, + Une chascune de ces femmes + Lors prindrent, ains qu'eussent diffames, + L'une ung clerc, ung lay, l'autre ung moine, + Pour estaindre d'amours les flammes, + Plus chauldes que feu Sainct-Antoine. + + LII. + + Or firent selon le decret + Leurs amys, et bien y appert; + Elles aymoient en lieu secret, + Car autre qu'eulx n'y avoit part. + Toutesfois, ceste amour se part: + Car celle qui n'en avoit qu'un + D'icelluy s'eslongne et despart, + Et ayme myeulx aymer chascun. + + LIII. + + Qui les meut a ce? J'imagine, + Sans l'honneur des dames blasmer + Que c'est nature feminine, [P. 45] + Qui tout vivement veult aymer. + Autre chose n'y scay rymer; + Fors qu'on dit, a Reims et a Troys, + Voire a l'Isle et a Sainct-Omer, + Que six ouvriers font plus que troys. + + LIV. + + Or ont les folz amans le bond, + Et les dames prins la vollee; + C'est le droit loyer qu'amours ont; + Toute foy y est violee, + Quelque doulx baiser n'acollee. + De chiens, d'oyseaulx, d'armes, d'amours, + Chascun le dit a la vollee: + "Pour ung plaisir mille doulours." + + + + DOUBLE BALLADE + SUR LE MEME PROPOS. + + Pour ce, aymez tant que vouldrez, + Suyvez assemblees et festes, + En la fin ja mieulx n'en vauldrez, + Et sy n'y romprez que vos testes: + Folles amours font les gens bestes: + Salmon en idolatrya; + Samson en perdit ses lunettes... + Bien heureux est qui rien n'y a! + + Orpheus, le doux menestrier, + Jouant de flustes et musettes, + En fut en dangier du meurtrier [P. 46] + Bon chien Cerberus a troys testes; + Et Narcissus, _le bel honnestes_, + En ung profond puys se noya, + Pour l'amour de ses amourettes... + Bien heureux est qui rien n'y a! + + Sardana, le preux chevalier, + Qui conquist le regne de Cretes, + En voult devenir moulier + Et filer entre pucellettes. + David ly roy, saige prophetes, + Craincte de Dieu en oublya, + Voyant laver cuisses bien faictes... + Bien heureux est qui rien n'y a! + + Ammon en voult deshonnorer, + Feignant de manger tartelettes, + Sa soeur Thamar, et deflorer, + Qui fist choses moult deshonnestes; + Herodes (pas ne sont sornettes) + Sainct Jean-Baptiste en decolla, + Pour dances, saultz et chansonnettes... + Bien heureux est qui rien n'y a! + + De moy, pauvre, je veuil parler; + J'en fuz batu, comme a ru telles, + Tout nud, ja ne le quiers celer. + Qui me feit mascher ces groiselles, + Fors Katherine de Vauselles? + Noe le tiers ot, qui fut la. + Mitaines a ces nopces telles, + Bien heureux est qui rien n'y a! + + Mais que ce jeune bachelier [P. 47] + Laissast ces jeunes bachelettes, + Non! et, le deust-on vif brusler, + Comme ung chevaucheur d'escovettes. + Plus doulces luy sont que civettes; + Mais toutesfoys fol s'y fia: + Soient blanches, soient brunettes, + Bien heureux est qui rien n'y a! + + + LV. + + Si celle que jadis servoye + De si bon cueur et loyaument, + Dont tant de maulx et griefz j'avoye, + Et souffroye tant de torment, + Se dit m'eust, au commencement, + Sa voulente (mais nenny, las!), + J'eusse mys peine aucunement, + De moy retraire de ses las. + + LVI. + + Quoy que je luy voulsisse dire, + Elle estoit preste d'escouter, + Sans m'accorder ne contredire; + Qui plus, me souffroit arrester, + Joignant elle pres s'accouter; + Et ainsi m'alloit amusant, + Et me souffroit tout racompter, + Mais ce n'estoit qu'en m'abusant. + + LVII. + + Abuse m'a, et faict entendre + Tousjours d'ung que ce fust ung aultre; + De farine, que ce fust cendre; + D'ung mortier, ung chapeau de feautre; [P. 48] + De viel machefer, que fust peaultre; + D'ambesas, que ce fussent ternes... + Toujours trompant ou moy ou aultre, + Et vendoit vessies pour lanternes. + + LVIII. + + Du ciel, une poisle d'arain; + Des nues, une peau de veau; + Du matin, qu'estoit le serain; + D'un trongnon de chou, ung naveau; + D'orde cervoise, vin nouveau; + D'une truie, ung molin a vent; + Et d'une hart, ung escheveau; + D'un gras abbe, ung poursuyvant. + + LIX. + + Ainsi m'ont amours abuse, + Et pourmene de l'uys au pesle. + Je croy qu'homme n'est si ruse, + Fust fin comme argent de crepelle, + Qui n'y laissast linge et drapelle, + Mais qu'il fust ainsi manye + Comme moy, qui partout m'appelle: + _L'Amant remys et renye_. + + LX. + + Je renye Amours et despite; + Je deffie a feu et a sang. + Mort par elles me precipite, + Et si ne leur vault pas d'ung blanc. + Ma vielle ay mys soubz le banc; + Amans je ne suyvray jamais; + Se jadis je fuz de leur ranc, + Je declaire que n'en suys mais. + + LXI. [P. 49] + + Car j'ay mys le plumail au vent: + Or le suyve qui a attente; + De ce me tays dorenevant. + Poursuyvre je vueil mon entente, + Et, s'aucun m'interroge ou tente + Comment d'amours ose mesdire, + Geste parolle les contente: + "Qui meurt a ses loix de tout dire." + + LXII. + + Je cognoys approcher ma soef; + Je crache, blanc comme cotton, + Jacobins gros comme ung estoeuf: + Qu'est-ce a dire? que Jenanneton + Plus ne me tient pour valeton, + Mais pour ung vieil use regnait... + De vieil porte voix et le ton, + Et ne suys qu'ung jeune coquart. + + LXIII. + + Dieu mercy et Jaques Thibault, + Qui tant d'eau froide m'a faict boyre, + En ung bas lieu, non pas en hault; + Manger d'angoisse mainte poire; + Enferre... Quand j'en ay memoire, + Je pry pour luy et _reliqua_, + Que Dieu luy doint... et voire, voire, + Ce que je pense... _et cetera_. + + LXIV. + + Toutesfoys, je n'y pense mal, + Pour luy et pour son lieutenant; + Aussy pour son official, [P. 50] + Qui est plaisant et advenant, + Que faire n'ay du remenant; + Mais du petit maistre Robert?... + Je les ayme, tout d'ung tenant, + Ainsi que faict Dieu le Lombart. + + LXV. + + Si me souvient, a mon advis, + Que je feis, a mon partement, + Certains lays, l'an cinquante six, + Qu'aucuns, sans mon consentement, + Voulurent nommer _Testament_; + Leur plaisir fut, et non le mien: + Mais quoy! on dit communement, + Qu'un chascun n'est maistre du sien. + + LXVI. + + S'ainsi estoit qu'aulcun n'eust pas + Receu les lays que je luy mande, + J'ordonne que, apres mon trespas, + A mes hoirs en face demande; + Qui sont-ilz? si on le demande: + Moreau, Provins, Robin Turgis; + De moy, par dictez que leur mande, + Ont eu jusqu'au lict ou je gys. + + LXVII. + + Pour le revoquer ne le dy, + Et y courust toute ma terre; + De pitie en suys refroidy, + Envers le bastard de la Barre: + Parmy ses trois gluvons de foerre, + Je luy donne mes vieilles nattes; + Bonnes seront pour tenir serre, [P. 51] + Et soy soustenir sur ses pattes. + + LXVIII. + + Somme, plus ne diray qu'ung mot, + Car commencer veuil a tester: + Devant mon clerc Fremin, qui m'ot + (S'il ne dort), je vueil protester, + Que n'entends homme detester, + En ceste presente ordonnance; + Et ne la vueil manifester + Sinon au royaulme de France. + + LXIX. + + Je sens mon cueur qui s'affoiblist, + Et plus je ne puys papier. + Fremin, siez-toy pres de mon lict, + Que l'on ne me viengne espier! + Prens tost encre, plume et papier, + Ce que nomme escryz vistement; + Puys fais-le partout copier, + Et vecy le commancement. + + + _Ici commance Villon a tester_. + + LXX. + + Au nom de Dieu, Pere eternel. + Et du Filz que Vierge parit, + Dieu au Pere oeternel, + Ensemble et du Sainct Esperit, + Qui saulva ce qu'Adam perit, + Et du pery pare les Cieulx... + Qui bien ce croyt, peu ne merit: [P. 52] + De gens mortz se font petiz Dieux. + + LXXI. + + Mortz estoient, et corps et ames, + En damnee perdition; + Corps pourriz, et ames en flammes, + De quelconque condition; + Toutesfoys, fais exception + Des patriarches et prophetes; + Car, selon ma conception, + Oncques grand chault n'eurent aux fesses. + + LXXII. + + Qui me diroit: "Qui te faict mectre + Si tres-avant ceste parolle, + Qui n'es en Theologie maistre? + A toy est presumption folle." + --C'est de JESUS la parabolle, + Touchant le Riche ensevely + En feu, non pas en couche molle, + Et du Ladre, de dessus ly. + + LXXIII. + + Si du Ladre eust veu le doy ardre, + Ja n'en eust requis refrigere, + N'au bout d'icelluy doiz aherdre, + Pour refreschir sa maschouere. + Pions y feront mate chere, + Qui boy vent pourpoinct et chemise: + Puys que boyture y est si chere, + Dieu nous garde de la main mise! + + LXXIV. [P. 53] + + Ou nom de Dieu, comme j'ay dit, + Et de sa glorieuse Mere, + Sans peche soit parfaict ce dict + Par moy, plus maigre que chimere; + Si je n'ay eu fievre effimere, + Ce m'a faict divine clemence; + Mais d'autre dueil et perte amere + Je me tays, et ainsi commence: + + LXXV. + + Premier, je donne ma pauvre ame + A la benoiste Trinite, + Et la commande a Nostre Dame, + Chambre de la divinite; + Priant toute la charite + Des dignes neuf Ordres des cieulx, + Que par eulx soit ce don porte + Devant le Trosne precieux. + + LXXVI. + + Item, mon corps j'ordonne et laisse + A nostre grand mere la terre; + Les vers n'y trouveront grand gresse: + Trop lui a faict faim dure guerre. + Or luy soit delivre grand erre; + De terre vint, en terre tourne. + Toute chose, se par trop n'erre, + voulentiers en son lieu retourne. + + LXXVII. + + Item, et a mon plus que pere, + Maistre Guillaume de Villon + Qui m'a este plus doulx que mere [P. 54] + D'enfant esleve de maillon; + Dejette m'a de maint boillon, + Et de cestuy pas ne s'esjoye, + Si luy requiers a genoillon, + Qu'il m'en laisse toute la joye. + + LXXVIII. + + Je luy donne ma librairie, + Et le _Rommant du Pet au Diable_, + Lequel maistre Gui Tabarie + Grossoya, qu'est hom veritable. + Par cayers est soubz une table. + Combien qu'il soit rudement faict, + La matiere est si tres notable, + Qu'elle amende tout le meffaict. + + LXXIX. + + Item, donne a ma bonne mere + Pour saluer nostre Maistresse, + Qui pour moy eut douleur amere, + Dieu le scait, et mainte tristesse; + Autre chastel ou fosteresse + N'ay ou retraire corps et ame, + Quand sur moy court male destresse, + Ne ma mere, la povre femme! + + [P. 55] + + BALLADE + QUE VILLON FEIT A LA REQUESTE DE SA MERE, + POUR PRIER NOSTRE-DAME. + + Dame du ciel, regente terrienne, + Emperiere des infernaulx palux, + Recevez-moy, vostre humble chrestienne, + Que comprinse soye entre voz esleuz, + Ce non obstant qu'oncques rien ne valuz. + Les biens de vous, ma dame et ma maistresse, + Sont trop plus grans que ne suis pecheresse, + Sans lesquelz biens ame ne peult merir + N'avoir les cieulx, je n'en suis jengleresse. + En ceste foy je vueil vivre et mourir. + + A vostre Filz dictes que je suis sienne; + Que de luy soyent mes pechez aboluz: + Pardonnes moi comme a l'Egyptienne, + Ou comme il feit au clerc Theophilus, + Lequel par vous fut quitte et absoluz, + Combien qu'il eust au diable faict promesse. + Preservez-moy, que je ne face cesse; + Vierge, pourtant, me vouillies impartir + Le sacrement qu'on celebre a la messe. + En ceste foy je vueil vivre et mourir. + + Femme je suis povrette et ancienne, + Ne riens ne scay; oncques lettre ne leuz; + Au monstier voy dont suis parroissienne + Paradis painct, ou sont harpes et luz, + Et ung enfer ou damnez sont boulluz: [P. 56] + L'ung me faict paour, l'autre joye et liesse. + La joye avoir fais-moy, haulte Deesse, + A qui pecheurs doivent tous recourir, + Comblez de foy, sans faincte ne paresse. + En ceste foy je vueil vivre et mourir. + + ENVOI. + + Vous portastes, Vierge, digne princesse, + JESUS regnant, qui n'a ne fin ne cesse. + Le Tout-Puissant, prenant nostre foiblesse, + Laissa les cieulx et nous vint secourir; + Offrist a mort sa tres clere jeunesse; + Nostre Seigneur tel est, tel le confesse. + En ceste foy je vueil vivre et mourir. + + + + LXXX. + + Item, m'amour, ma chere Rose, + Ne luy laisse ne cueur ne foye: + Elle aymeroit mieulx autre chose, + Combien qu'elle ait assez monnoye: + Quoy? une grand bourse de soye, + Pleine d'escuz, profonde et large: + Mais pendu soit-il, que je soye, + Qui luy lairra escu ne targe. + + LXXXI. + + Car elle en a, sans moy, assez. + Mais de cela il ne m'en chault; + Mes grans deduictz en sont passez; + Plus n'en ay le cropion chauld. + Si m'en desmetz aux hoirs Michault, [P. 57] + Qui fut nomme le bon fouterre. + Priez pour luy, faictes ung sault: + A Saint-Satur gist, soubz Sancerre. + + LXXXII. + + Ce non obstant, pour m'acquitter + Envers Amours, plus qu'envers elle, + Car oncques n'y peuz acquester + D'amours une seule estincelle; + Ne scay s'a tous est si rebelle + Qu'a moy: ce ne m'est grand esmoy; + Mais, par saincte Marie la belle! + Je n'y voy que rire pour moy. + + LXXXIII. + + Ceste Ballade luy envoye, + Qui se termine toute en R. + Qui la portera? que j'y voye: + Ce sera Pernet de la Barre, + Pourveu, s'il rencontre en son erre + Ma damoyselle au nez tortu, + Il luy dira, sans plus enquerre: + "Orde paillarde, d'ou viens-tu?" + + + + BALLADE + DE VILLON A S'AMYE. + + Faulse beaulte, qui tant me couste cher. + Rude en effect, hypocrite doulceur; + Amour dure, plus que fer, a mascher; [P. 58] + Nommer que puis de ma deffacon soeur, + Cherme felon, la mort d'ung povre cueur, + Orgueil musse, qui gens met au mourir; + Yeulx sans pitie! ne veult droicte rigueur, + Sans empirer, ung pauvre secourir? + + Mieulx m'eust valu avoir este crier + Ailleurs secours, c'eust este mon bonheur: + Rien ne m'eust sceu hors de ce fait chasser; + Trotter m'en fault en fuyte a deshonneur. + Haro, haro, le grand et le mineur! + Et qu'est cecy? mourray, sans coup ferir, + Ou pitie veult, selon ceste teneur, + Sans empirer, ung povre secourir. + + Ung temps viendra, qui fera desseicher, + Jaulnir, flestrir, vostre espanie fleur: + Je m'en risse, se tant peusse marcher, + Mais nenny: lors (ce seroit donc foleur) + Vieil je seray; vous, laide, et sans couleur. + Or, beuvez fort, tant que ru peult courir. + Ne donnez pas a tous ceste douleur, + Sans empirer, ung povre secourir. + + ENVOI. + + Prince amoureux, des amans le greigneur, + Vostre mal gre ne vouldroye encourir; + Mais tout franc cueur doit, par Nostre Seigneur, + Sans empirer, ung povre secourir. + + + [P. 59] + LXXXIV. + + Item, a maistre Ythier, marchant, + Auquel mon branc laissay jadis, + Donne (mais qu'il le mette en chant), + Ce lay, contenant des vers dix; + Et aussi ung _De profundis_ + Pour ses anciennes amours, + Desquelles le nom je ne dis, + Car il me herroit a tousjours. + + + + LAY OU PLUSTOST RONDEAU. + + MORT, j'appelle de ta rigueur, + Qui m'as ma maistresse ravie, + Et n'es pas encore assouvie, + Se tu ne me tiens en langueur. + Onc puis n'euz force ne vigueur; + Mais que te nuysoit-elle en vie, + Mort? + + Deux estions, et n'avions qu'ung cueur; + S'il est mort, force est que devie, + Voire, ou que je vive sans vie, + Comme les images, par cueur, + Mort! + + + + LXXXV. + + Item, a maistre Jehan Cornu, + Autres nouveaux lays luy vueil faire, + Car il m'a tousjours secouru [P. 60] + A mon grand besoing et affaire: + Pour ce, le jardin luy transfere, + Que maistre Pierre Bourguignon + Me renta, en faisant refaire + L'huys, et redrecier le pignon. + + LXXXVI. + + Par faulte d'ung huys, j'y perdis + Ung grez, et ung manche de houe. + Alors, huyt faulcons, non pas dix, + N'y eussent pas prins une allouee. + L'hostel est seur, mais qu'on le clouee. + Pour enseigne y mis ung havet; + Qui que l'ait prins, point ne l'en louee: + Sanglante nuict et bas chevet! + + LXXXVII. + + Item, et pource que la femme + De maistre Pierre Sainct Amant + (Combien, si coulpe y a ou blasme, + Dieu luy pardonne doulcement!) + Me meist en reng de caymant, + Pour le Cheval Blanc qui ne bouge, + Luy changeay a une jument, + Et la Mulle a ung Asne rouge. + + LXXXVIII. + + Item, donne a sire Denys + Hesselin, Esleu de Paris, + Quatorze muys de vin d'Aulnis, + Prins chez Turgis, a mes perilz. + S'il en beuvoit tant que periz + En fust son sens et sa raison, + Qu'on mette de l'eau es barrilz: [P. 61] + Vin perd mainte bonne maison. + + LXXXIX. + + Item, donne a mon advocat, + Maistre Guillaume Charruau, + Quoy qu'il marchande ou ait estat, + Mon branc... Je me tays du fourreau, + Il aura, avec ce, ung reau + En change, affin que sa bourse enfle, + Prins sur la chaussee et carreau + De la grand closture du Temple. + + Item, mon procureur Fournier + Aura, pour toutes ses corvees + (Simple seroit de l'espargner; + En ma bourse quatre havees), + Car maintes causes m'a saulvees, + Justes, ainsi, JESUS-CHRIST m'ayde! + Comme elles ont este trouvees; + Mais bon droit a bon mestier d'ayde. + + XCI. + + Item, je donne a maistre Jaques + Raguyer le grant godet de Greve, + Pourveu qu'il payera quatre plaques, + Deust-il vendre, quoy qu'il luy griefve, + Ce dont on ceuvre mol et greve; + Aller sans chausses et chappin, + Tous les matins, quand il se lieve, + Au trou de la Pomme de pin. + + XCII. [P. 62] + + Item, quant est de Mairebeuf, + Et de Nicolas de Louviers, + Vache ne leur donne ne beuf, + Car vachers ne sont, ne bouviers, + Mais gens a porter esperviers, + Ne cuidez pas que je vous joue, + Pour prendre perdriz et plouviers, + Sans faillir, sur la Maschecrouee. + + XCIII. + + Item, vienne Robert Turgis + A moy, je luy payeray son vin, + Combien, s'il trouve mon logis, + Plus fort sera que le devin. + Le droit luy donne d'eschevin, + Que j'ay comme enfant de Paris... + Se je parle ung peu poictevin, + Ilce m'ont deux dames appris. + + XCIV. + + Filles sont tres belles et gentes, + Demourantes a Sainct-Genou, + Pres Sainct-Julian des Voventes, + Marches de Bretaigne ou Poictou, + Mais je ne dy proprement ou, + Or y pensez trestous les jours, + Car je ne suis mie si fou... + Je pense celer mes amours. + + XCV. + + Item, a Jehan Raguyer je donne, + Qui est sergent, voir des Douze, + Tant qu'il vivra, ainsi l'ordonne, [P. 63] + Tous les jours une talemouze, + Pour brouter et fourrer sa mouse, + Prinse a la table de Bailly; + A Maubuay sa gorge arrouse, + Car a manger n'a pas failly. + + XCVI. + + Item, donne au prince des Sotz + Pour ung bon sot Michault du Four, + Qui a la fois dit de bons motz + Et chante bien: _Ma doulce amour_! + Avec ce, il aura le bonjour. + Brief, mais qu'il fust ung peu en poinct, + Il est ung droit sot de sejour, + Et est plaisant ou il n'est point. + + XCVII. + + Item, aux unze vingtz Sergens + Donne, car leur faict est honneste, + Et sont bonnes et doulces gens, + Denis Richier, et Jehan Vallette, + A chascun une grand cornette, + Pour pendre a leurs chappeaulx de feautre + J'entendz a ceulx de pied, hohecte! + Car je n'ay que faire des autres. + + XCVIII. + + Derechef, donne a Perinet, + J'entendz le bastard de la Barre, + Pour ce qu'il est beau fils et net, + En son escu, en lieu de barre, + Trois detz plombez, de bonne carre, + Ou ung beau joly jeu de cartes... + Mais quoy! s'on l'oyt vessir ne poirre, [P. 64] + En oultre aura les fievres quartes. + + XCIX. + + Item, ne vueil plus que Chollet + Dolle, trenche, douve ne boyse, + Relye brocq ne tonnelet, + Mais tous ses outilz changer voyse + A une espee lyonnoise, + Et retienne le hutinet: + Combien qu'il n'ayme bruyt ne noyse, + Si luy plaist-il ung tantinet. + + C. + + Item, je donne a Jehan le Lou, + Homme de bien et bon marchant, + Pour ce qu'il est linget et flou, + Et que Chollet est mal chassant, + Par les rues plustost qu'au champ, + Qui ne lairra poulaille en voye, + Le long tabart, et bien cachant, + Pour les musser, qu'on ne les voye. + + CI. + + Item, a l'orfevre Du Boys, + Donne cent clouz, queues et testes, + De gingembre sarazinoys, + Non pas pour accoupler ses boytes, + Mais pour conjoindre culz et coettes, + Et couldre jambons et andoilles, + Tant que le laict en monte aux tettes, + Et le sang en devalle aux coilles. + + CII. [P. 65] + + Au cappitaine Jehan Riou, + Tant pour luy que pour ses archiers, + Je donne six livres de lou, + Qui n'est pas viande a porchiers, + Prins a gros mastins de bouchiers, + Et cuittes de vin de buffet. + Pour manger de ces morceaulx chiers, + On en ferait bien un mau faict. + + CIII. + + C'est viande ung peu plus pesante, + Que duvet, ne plume, ne liege. + Elle est bonne a porter en tente, + Ou pour user en quelque siege. + Et, s'ilz estoient prins en un piege, + Les mastins, qu'ils ne sceussent courre, + J'ordonne, moy qui suis bon miege, + Que des peaulx, sur l'hyver, se fourre. + + CIV. + + Item, a Robin Troussecaille, + Qui s'est en service bien faict; + A pied ne va comme une caille, + Mais sur roussin gros et reffaict: + Je luy donne, de mon buffet, + Une jatte qu'emprunter n'ose; + Si aura mesnage parfait: + Plus ne luy failloit autre chose. + + CV. + + Item, donne a Perrot Girard, + Barbier jure du Bourg-la-Royne, + Deux bassins et ung coquemard, [P. 66] + Puis qu'a gaigner mect telle peine. + Des ans y a demy douzaine, + Qu'en son hostel, de cochons gras + M'apastela une sepmaine; + Tesmoing l'abesse de Pourras. + + CVI. + + Item, aux Freres mendians, + Aux Devotes et aux Beguines, + Tant de Paris que d'Orleans, + Tant Turlupins que Turlupines, + De grasses souppes jacobines + Et flans leurs fais oblation; + Et puis apres, soubz les courtines, + Parler de contemplation. + + CVII. + + Si ne suis-je pas qui leur donne, + Mais du tout en sont-ce les meres, + Et Dieu, qui ainsi les guerdonne, + Pour qui souffrent peines ameres. + Il fault qu'ilz vivent, les beaulx peres, + Et mesmement ceulx de Paris. + S'ilz font plaisir a noz commeres, + Ilz ayment ainsi les maris. + + CVIII. + + Quoy que maistre Jehan de Pontlieu + En voulsist dire, _et reliqua_, + Contrainct et en publique lieu, + Voulsist ou non, s'en revocqua. + Maistre Jehan de Mehun se moqua + De leur facon; si feit Mathieu. + Mais on doit honorer ce qu'a [P. 67] + Honnore l'Eglise de Dieu. + + CIX. + + Si me submectz, leur serviteur, + En tout ce que puis faire et dire, + A les honorer de bon cueur, + Et servir, sans y contredire. + L'homme bien fol est d'en mesdire, + Car, soit a part, ou en prescher, + Ou ailleurs, il ne fault pas dire + Si gens sont pour eux revencher. + + CX. + + Item, je donne a frere Baulde, + Demeurant a l'hostel des Carmes, + Portant chere hardie et baulde, + Une sallade et deux guysarmes, + Que De Tusca et ses gens d'armes + Ne luy riblent sa Caige-vert. + Vieil est: s'il ne se rend aux armes, + C'est bien le diable de Vauvert. + + CXI. + + Item, pour ce que le Scelleur, + Maint estront de mousche a masche, + Donne, car homme est de valleur, + Son sceau davantage crache, + Et qu'il ait le pouce escache, + Pour tout comprendre a une voye; + J'entendz celluy de l'Evesche, + Car les autres, Dieu les pourvoye. + + CXII. [P. 68] + + Quant de messieurs les Auditeux, + Leur chambre auront lembroysee; + Et ceulx qui ont les culz rongneux, + Chascun une chaise persee, + Mais qu'a la petite Macee + D'Orleans, qui eut ma ceincture, + L'amende soit bien hault taxee: + Elle est une mauvaise ordure. + + CXIII. + + Item, donne a maistre Francoys, + Promoteur de la vacquerie, + Ung hault gorgerin d'Escossoys, + Toutesfois sans orfaverie; + Car, quant receut chevalerie, + Il maugrea Dieu et saint George. + Parler n'en oyt qu'il ne s'en rie, + Comme enrage, a pleine gorge. + + CXIV. + + Item, a maistre Jehan Laurens, + Qui a les povres yeulx si rouges, + Par le peche de ses parens, + Qui beurent en barilz et courges, + Je donne l'envers de mes bouges, + Pour chascun matin les torcher... + S'il fust archevesque de Bourges, + Du cendal eust, mais il est cher. + + CXV. + + Item, a maistre Jehan Cotard, + Mon procureur en Court d'Eglise, + Devoye environ ung patard, [P. 69] + Car a present bien m'en advise, + Quant chicanner me feit Denise, + Disant que l'avoye mauldite; + Pour son ame, qu'es cieulx soit mise! + Ceste Oraison j'ay cy escripte. + + + BALLADE ET ORAISON. + + Pere Noe, qui plantastes la vigne; + Vous aussi, Loth, qui bustes au rocher, + Par tel party qu'Amour, qui gens engigne, + De vos filles si vous feit approcher, + Pas ne le dy pour le vous reprocher, + Architriclin, qui bien sceustes cest art, + Tous trois vous pry qu'o vous veuillez percher + L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard! + + Jadis extraict il fut de vostre ligne, + Luy qui beuvoit du meilleur et plus cher; + Et ne deust-il avoir vaillant ung pigne, + Certes, sur tous, c'estoit un bon archer; + On ne luy sceut pot des mains arracher, + Car de bien boire oncques ne fut faitard. + Nobles seigneurs, ne souffrez empescher + L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard! + + Comme um viellart qui chancelle et trepign + L'ay veu souvent, quand il s'alloit coucher; + Et une foys il se feit une bigne, + Bien m'en souvient, a l'estal d'ung boucher. + Brief, on n'eust sceu en ce monde chercher [P. 70] + Meilleur pion, pour boire tost et tard. + Faictes entrer quand vous orrez hucher + L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard. + + ENVOI. + + Prince, il n'eust sceu jusqu'a terre cracher; + Tousjours crioyt: Haro, la gorge m'ard! + Et si ne sceut oncq sa soif estancher, + L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard. + + + + CXVI. + + Item, vueil que le jeune Merle + Desormais gouverne mon change, + Car de changer envys me mesle, + Pourveu que tousjours baille en change, + Soit a prive, soit a estrange, + Pour trois escus, six brettes targes; + Pour deux angelotz, ung grand ange: + Car amans doivent estre larges. + + CXVII. + + Item, j'ay sceu, a ce voyage, + Que mes trois povres orphelins + Sont creus et deviennent en aage, + Et n'ont pas testes de belins, + Et qu'enfans d'icy a Salins + N'a mieulx saichans leur tour d'escolle; + Or, par l'ordre des Mathelins, + Telle jeunesse n'est pas folle. + + CXVIII. [P. 71] + + Si vueil qu'ilz voysent a l'estude; + Ou? chez maistre Pierre Richer. + Le _Donnait_ est pour eulx trop rude: + Ja ne les y vueil empescher. + Ilz scauront, je l'ayme plus cher: + _Ave salus, tibi decus_, + Sans plus grandes lettres chercher: + Tousjours n'ont pas clercs le dessus. + + CXIX. + + Cecy estudient, et puis ho! + Plus proceder je leur deffens. + Quant d'entendre le grand _Credo_, + Trop fort il est pour telz enfans. + Mon grant tabard en deux je fendz: + Si vueil que la moictie s'en vende, + Pour eulx en achepter des flans, + Car jeunesse est ung peu friande. + + CXX. + + Et veuil qu'ilz soyent informez + En meurs, quoy que couste bature; + Chapperons auront enfermez, + Et les poulces soubz la ceincture; + Humbles a toute creature; + Disans: _Hen? Quoy? Il n'en est rien!_ + Si diront gens, par adventure: + "Voycy enfans de lieu de bien!" + + CXXI. + + Item, a mes pouvres clergeons, + Auxquelz mes titres je resigne, + Beaulx enfans et droictz comme joncs, [P. 72] + Les voyans, je m'en dessaisine, + Et, sans recevoir, leur assigne, + Seur comme qui l'auroit en paulme, + A une certain jour que l'on signe, + Sur l'hostel de Guesdry Guillaume. + + CXXII. + + Quoy que jeunes et esbatans + Soyent, en rien ne me desplaist; + Dedans vingt, trente ou quarante ans + Bien autres seront, se Dieu plaist. + Il faict mal qui ne leur complaist, + Car ce sont beaux enfans et gents; + Et qui les bat ne fiert, fol est, + Car enfans si deviennent gens. + + CXXIII. + + Les bourses des Dix-et-huict clers + Auront; je m'y vueil travailler: + Pas ilz ne dorment comme lerz, + Qui trois mois sont sans resveiller. + Au fort, triste est le sommeiller + Qui faict aise jeune en jeunesse, + Tant qu'enfin luy faille veiller, + Quant reposer deust en vieillesse. + + CXXIV. + + Cy en escris au collateur + Lettres semblables et pareilles: + Or prient pour leur bienfaicteur, + Ou qu'on leur tire les oreilles. + Aucunes gens ont grand merveilles, + Que tant m'encline envers ces deux; + Mais, foy que doy, festes et veilles, [P. 73] + Oncques ne vey les meres d'eulx! + + CXXV. + + Item, et a Michault Culdou, + Et a sire Charlot Taranne, + Cent solz: s'ilz demandent prins ou? + Ne leur chaille; ils viendront de manne; + Et unes houses de basanne, + Autant empeigne que semelle; + Pourveu qu'ils me saulveront Jehanne, + Et autant une autre comme elle. + + CXXVI. + + Item, au seigneur de Grigny, + Auquel jadis laissay Vicestre, + Je donne la tour de Billy, + Pourveu, se huys y a ne fenestre + Qui soit ne debout ne en estre, + Qu'il mette tres bien tout appoinct: + Face argent a dextre, a senestre: + Il m'en fault, et il n'en a point. + + CXXVII. + + Item, a Thibault de la Garde: + Thibault? je mentz, il a nom Jehan; + Que luy donray-je, que ne perde? + Assez ay perdu tout cest an. + Dieu le vueille pourvoir, _amen...!_ + Le barillet? par m'ame, voyre! + Genevoys est le plus ancien, + Et plus beau nez a pour y boyre. + + + CXXVIII. [P. 74] + + Item, je donne a Basanyer, + Notaire et greffier criminel, + De giroffle plain ung panyer, + Prins chez maistre Jehan de Ruel. + Tant a Mautainct; tant a Rosnel; + Et, avec ce don de giroffle, + Servir, de cueur gent et ysnel, + Le seigneur qui sert sainct Cristofle, + + CXXIX. + + Auquel ceste Ballade donne, + Pour sa dame, qui tous biens a. + S'Amour ainsi tous ne guerdonne, + Je ne m'esbahys de cela; + Car au Pas conqueste celle a + Que tint Rene, roy de Cecille, + Ou si bien fist et peu parla + Qu'oncques Hector feit, ne Troile. + + + + BALLADE + + Que Villon donna a un gentilhomme, nouvellement marie, pour + l'envoyer a son espouse, par luy conquise a l'espee. + + Au poinct du jour, que l'esprevier se bat, + Meu de plaisir et par noble coustume, + Bruyt il demaine et de joye s'esbat, + Recoit son per et se joint a la plume: + Ainsi vous vueil, a ce desir m'allume. + Joyeusement ce qu'aux amans bon semble. [P. 75] + Sachez qu'Amour l'escript en son volume, + Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble. + + Dame serez de mon cueur, sans debat, + Entierement, jusques mort me consume. + Laurier soueef qui pour mon droit combat, + Olivier franc, m'ostant toute amertume. + Raison ne veult que je desaccoustume, + Et en ce vueil avec elle m'assemble, + De vous servir, mais que m'y accoustume; + Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble. + + Et qui plus est, quand dueil sur moy s'embat, + Par fortune qui sur moy si se fume, + Vostre doulx oeil sa malice rabat, + Ne plus ne moins que le vent faict la fume. + Si ne perds pas la graine que je sume + En vostre champ, car le fruict me ressemble: + Dieu m'ordonne que le fouysse et fume; + Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble. + + ENVOI. + + Princesse, oyez ce que cy vous resume: + Que le mien cueur du vostre desassemble + Ja ne sera: tant de vous en presume; + Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble. + + + + CXXX. + + Item, a sire Jehan Perdryer, + Riens, n'a Francoys, son second frere. + Si m'ont-ilz voulu aydier, [P. 76] + Et de leurs biens faire confrere; + Combien que Francoys, mon compere, + Contre langues flambans et rouges, + Sans commandement, sans priere, + Me recommanda fort a Bourges. + + CXXXI. + + Si aille veoir en Taillevent, + Ou chapitre de fricassure, + Tout au long, derriere et devant, + Lequel n'en parle jus ne sure; + Mais a Macquaire vous asseure, + A tout le poil cuysant ung dyable, + Affin que sentist bon l'arsure, + Ce _Recipe_ m'escript, sans fable. + + + + BALLADE. + + En reagal, en arsenic rocher, + En orpigment, en salpestre et chaulx vive; + En plomb boillant, pour mieulx les esmorcher; + En suif et poix, destrampez de lessive + Faicte d'estronts et de pissat de Juifve; + En lavaille de jambes a meseaulx; + En raclure de piedz et vieulx houseaulx; + En sang d'aspic et drogues venimeuses; + En fiel de loups, de regnards et blereaux, + Soient frittes ces langues envieuses! + + En cervelle de chat qui hayt pescher, + Noir, et si vieil qu'il n'ait dent en gencive; + D'ung vieil mastin, qui vault bien aussi cher [P. 77] + Tout enrage, en sa bave et salive; + En l'escume d'une mulle poussive, + Detrenchee menu a bons ciseaulx; + En eau ou ratz plongent groings et museaulx, + Raines, crapauds, telz bestes dangereuses, + Serpens, lezards, et telz nobles oyseaulx, + Soient frittes ces langues envieuses! + + En sublime, dangereux a toucher; + Et au nombril d'une couleuvre vive; + En sang qu'on mect en poylettes secher, + Chez ces barbiers, quand plaine lune arrive, + Dont l'ung est noir, l'autre plus vert que cive, + En chancre et fix, et en ces ords cuveaulx + Ou nourrices essangent leurs drappeaulx; + En petits baings de filles amoureuses + Qui n'entendent qu'a suivre les bordeaulx, + Soient frittes ces langues envieuses! + + ENVOI. + + Prince, passez tous ces friands morceaux, + S'estamine n'avez, sacs ou bluteaux, + Parmy le fons d'unes brayes breneuses; + Mais, paravant, en estronts de pourceaulx + Soient frittes ces langues envieuses! + + + + CXXXII. + + Item, a maistre Jehan Courault, + Les Contredictz Franc-Gontier mande: + Quant du Tyrant seant en hault, [P. 78] + A cestuy-la rien ne demande; + Le saige ne veult que contende, + Contre puissant, pouvre homme las, + Affin que ses filez ne tende, + Et que ne tresbuche en ses laqs. + + CXXXIII. + + Gontier ne crains: il n'a nulz hommes + Et mieulx que moy n'est herite; + Mais en ce debat cy nous sommes, + Car il loue sa pouvrete: + Estre pouvre, yver et este, + A felicite il repute, + Ce que tiens a malheurete. + Lequel a tort? Or en dispute. + + + + BALLADE + + Intitulee: _Les Contredictz de Franc-Gontier_ + + Sur mol duvet assis, ung gras chanoine, + Lez ung brasier, en chambre bien nattee, + A son coste gisant dame Sydoine, + Blanche, tendre, pollie et attaintee: + Boire ypocras, a jour et a nuyctee, + Rire, jouer, mignonner et baiser, + Et nud a nud, pour mieulx des corps s'ayser, + Les vy tous deux, par un trou de mortaise: + Lors je congneuz que, pour dueil appaiser, + Il n'est tresor que de vivre a son aise. + + Se Franc-Gontier et sa compaigne Heleine [P. 79] + Eussent tousjours tel douce vie hantee, + D'oignons, civetz, qui causent forte alaine, + N'en comptassent une bise tostee. + Tout leur mathon, ne toute leur potee, + Ne prise ung ail, je le dy sans noysier. + S'ilz se vantent coucher soubz le rosier, + Ne vault pas mieulx lict costoye de chaise? + Qu'en dictes-vous? Faut-il a ce muser? + Il n'est tresor que de vivre a son aise. + + De gros pain bis vivent, d'orge, d'avoine, + Et boivent eau, tout au long de l'annee. + Tous les oyseaulx d'icy en Babyloine + A tel escot une seule journee + Ne me tiendroient, non une matinee. + Or s'esbate, de par Dieu, Franc-Gontier, + Helene o luy, soubz le bel esglantier; + Si bien leur est, n'ay cause qu'il me poise; + Mais, quoy qu'il soit du laboureux mestier, + Il n'est tresor que de vivre a son aise. + + ENVOI. + + Prince, jugez, pour tous nous accorder. + Quant est a moy, mais qu'a nul n'en desplaise, + Petit enfant, j'ay ouy recorder + Qu'il n'est tresor que de vivre a son aise. + + + CXXXIV. + + Item, pour ce que scait la Bible, + Mademoyselle de Bruyeres, + Donne prescher, hors l'Evangile, [P. 80] + A elle et a ses bachelieres, + Pour retraire ces villotieres + Qui ont le bec si affile, + Mais que ce soit hors cymetieres, + Trop bien au marche au file. + + + + + BALLADE + DES FEMMES DE PARIS. + + Quoy qu'on tient belles langagieres + Florentines, Veniciennes, + Assez pour estre messaigieres, + Et mesmement les anciennes; + Mais, soient Lombardes, Rommaines, + Genevoises, a mes perilz, + Piemontoises, Savoysiennes, + Il n'est bon bec que de Paris. + + De tres beau parler tiennent chaires, + Ce dit-on, les Napolitaines, + Et que sont bonnes cacquetoeres + Allemanses et Bruciennes; + Soient Grecques, Egyptiennes, + De Hongrie ou d'autre pays, + Espaignolles ou Castellannes, + Il n'est bon bec que de Paris. + + Brettes, Suysses, n'y scavent gueres, + Ne Gasconnes et Tholouzaines; + Du Petit-Pont deux harangeres [P. 81] + Les concluront, et les Lorraines, + Anglesches ou Callaisiennes, + (Ay je beaucoup de lieux compris?) + Picardes, de Valenciennes; + Il n'est bon bec que de Paris. + + ENVOI. + + Prince, aux dames parisiennes + De bien parler donnez le prix; + Quoy qu'on die d'Italiennes, + Il n'est bon bec que de Paris. + + + + CXXXV. + + Regarde-m'en deux, trois, assises + Sur le bas du ply de leurs robes, + En ces monstiers, en ces eglises; + Tire t'en pres, et ne t'en hobes; + Tu trouveras la que Macrobes + Oncques ne fist tels jugemens; + Entens: quelque chose en desrobes; + Ce sont tous beaulx enseignemens. + + CXXXVI. + + Item, et au mont de Montmartre, + Qui est ung lieu moult ancien, + Je lui donne et adjoincts le tertre. + Qu'on dit de mont Valerien; + Et, oultre plus, d'ung quartier d'an + Du pardon qu'apportay de Romme: + Sy yra maint bon paroissien, + En l'abbaye ou il n'entre homme. + + CXXXVII. [P. 82] + + Item, valetz et chambrieres + De bons hostelz (rien ne me nuyst), + Faisans tartes, flans et goyeres, + Et grant rallias a minuict: + Riens n'y font sept pintes ne huict, + Tant que gisent Seigneur et dame; + Puis apres, sans mener grant bruyt, + Je leur ramentoy le jeu d'asne. + + CXXXVIII. + + Item, et a filles de bien, + Qui ont peres, meres et antes, + Par m'ame! je ne donne rien; + Tout ont eu varletz et servantes; + Se fussent-ilz de pou contentes, + Grant bien leur feissent maintz lopins, + Aux povres filles advenantes, + Qui se perdent aux Jacopins. + + CXXXIX. + + Aux Celestins et aux Chartreux, + Quoy que vie meinent estroicte, + Si ont-ilz largement entre eulx, + Dont povres filles ont souffrette: + Tesmoing Jaqueline et Perrette, + Et Isabeau, qui dit: _Enne!_ + Puis qu'ilz ont eu telle disette, + A peine en seroit-on damne. + + CXL. + + Item, a la grosse Margot, + Tres doulce face et pourtraicture, + Foy que doy _Brelare Bigod,_ + Assez devote creature. [P. 83] + Je l'ayme de propre nature, + Et elle moy, la doulce sade. + Qui la trouvera d'adventure, + Qu'on luy lise ceste Ballade. + + + + BALLADE + DE VILLON ET DE LA GROSSE MARGOT. + + Se j'ayme et sers la belle de bon haict, + M'en devez-vous tenir a vil ne sot? + Elle a en soy des biens a fin souhaict. + Pour son amour ceings bouclier et passot. + Quand viennent gens, je cours et happe un pot: + Au vin m'en voys, sans demener grand bruyt. + Je leur tendz eau, frommage, pain et fruict, + S'ils payent bien, je leur dy que bien _stat_: + "Retournez cy, quand vous serez en ruyt, + En ce bourdel ou tenons nostre estat!" + + Mais, tost apres, il y a grant deshait, + Quand sans argent s'en vient coucher Margot; + Veoir ne la puis; mon cueur a mort la hait. + Sa robe prens, demy-ceinct et surcot: + Si luy prometz qu'ilz tiendront pour l'escot. + Par les costez si se prend, l'Antechrist + Crie, et jure par la mort Jesuchrist, + Que non fera. Lors j'enpongne ung esclat, + Dessus le nez luy en fais ung escript, + En ce bourdel ou tenons nostre estat. + + Puis paix se faict, et me lasche ung gros pet [P. 84] + Plus enflee qu'ung venimeux scarbot. + Riant, m'assiet le poing sur mon sommet, + Gogo me dit, et me fiert le jambot. + Tous deux yvres, dormons comme ung sabot; + Et, au reveil, quand le ventre luy bruyt, + Monte sur moy, qu'el ne gaste son fruit. + Soubz elle geins; plus qu'ung aiz me faict plat; + De paillarder tout elle me destruict, + En ce bourdel ou tenons nostre estat. + + ENVOI. + + Vente, gresle, gelle, j'ay mon pain cuict! + Je suis paillard, la paillarde me suit. + Lequel vault mieux, chascun bien s'entresuit. + L'ung l'autre vault: c'est a mau chat mau rat. + Ordure amons, ordure nous affuyt. + Nous deffuyons honneur, il nous deffuyt, + En ce bourdel ou tenons nostre estat. + + + + CXLI. + + Item, a Marion l'Ydolle, + Et la grand Jehanne de Bretaigne, + Donne tenir publique escolle, + Ou l'escolier le maistre enseigne. + Lieu n'est ou ce marche ne tienne, + Sinon en la grille de Mehun; + De quoy je dy: Fy de l'enseigne, + Puis que l'ouvrage est si commun! + + CXLII. [P. 85] + + Item, a Noe le Jolys, + Autre chose je ne luy donne, + Fors plein poing d'osiers frez cueilliz + En mon jardin; je l'abandonne. + Chastoy est une belle aulmosne; + Ame n'en doit estre marry. + Unze vingtz coups lui en ordonne, + Par les mains de maistre Henry. + + CXLIII. + + Item, ne scay que a l'Hostel-Dieu + Donner, n'aux povres hospitaulx; + Bourdes n'ont icy temps ne lieu, + Car povres gens ont assez maulx. + Chascun leur envoye leurs os. + Les Mandians ont eu mon oye; + Au fort, ilz en auront les os: + A menues gens menue monnoye. + + CXLIV. + + Item, je donne a mon barbier, + Qui se nomme Colin Galerne, + Pres voysin d'Angelot l'Herbier, + Ung gros glasson... Prins ou? En Marne, + Affin qu'a son ayse s'yverne. + De l'estomach le tienne pres. + Se l'yver ainsi se gouverne, + Il n'aura chault l'este d'apres. + + CXLV. + + Item, rien aux Enfans-Trouvez; + Mais les perduz fault que console, + Si doivent estre retrouvez, [P. 86] + Par droict, sur Marion l'Ydolle. + Une lecon de mon escolle + Leur liray, qui ne dure guiere. + Teste n'ayent dure ne folle, + Mais escoutent: c'est la derniere! + + + + BELLE LECON + DE VILLON, AUX ENFANS PERDUZ. + + Beaux enfans, vous perdez la plus + Belle rose de vo chapeau, + Mes clers apprenans comme glu; + Se vous allez a Montpippeau + Ou a Ruel, gardez la peau: + Car, pour s'esbatre en ces deux lieux, + Cuydant que vaulsist le rappeau, + La perdit Colin de Cayeulx. + + Ce n'est pas ung jeu de trois mailles, + Ou va corps, et peut-estre l'ame: + S'on perd, rien n'y sont repentailles, + Qu'on ne meure a honte et diffame; + Et qui gaigne, n'a pas a femme + Dido la royne de Cartage. + L'homme est donc bien fol et infame, + Qui, pour si peu, couche tel gage. + + Qu'ung chascun encore m'escoute: + On dit, et il est verite, + Que charretee se boyt toute, [P. 87] + Au feu l'yver, au bois l'este. + S'argent avez, il n'est ente; + Mais le despendez tost et viste. + Qui en voyez-vous herite? + Jamais mal acquest ne proffite. + + + + BALLADE + DE BONNE DOCTRINE, + A ceux de mauvaise vie. + + Car ou soyes porteur de bulles, + Pipeur ou hazardeur de dez, + Tailleur de faulx coings, tu te brusles, + Comme ceux qui sont eschaudez, + Traistres pervers, de foy vuydez; + Soyes larron, ravis ou pilles: + Ou en va l'acquest, que cuydez? + Tout aux tavernes et aux filles. + + Ryme, raille, cymballe, luttes, + Comme folz, faintis, eshontez; + Farce, broille, joue des flustes; + Fais, es villes et es cites, + Fainctes, jeux et moralitez; + Gaigne au berlan, au glic, aux quilles: + Ou s'en va tout? Or escoutez: + Tout aux tavernes et aux filles. + + De telz ordures te reculles; [P. 88] + Laboure, fauche champs et prez; + Serz et panse chevaulx et mulles, + S'aucunement tu n'es lettrez; + Assez auras, se prens en grez. + Mais, se chanvre broyes ou tilles, + Ou tend ton labour qu'as ouvrez? + Tout aux tavernes et aux filles. + + ENVOI. + + Chausses, pourpoinctz esguilletez, + Robes, et toutes vos drapilles, + Ains que cessez, vous porterez + Tout aux tavernes et aux filles. + + + CXLVI. + + A vous parle, compaings de galles, + Qui estes de tous bons accors; + Gardez-vous tous de ce mau hasles, + Qui noircist gens quand ils sont mortz; + Eschevez-le, c'est ung mal mors; + Passez-vous-en mieulx que pourrez; + Et, pour Dieu, soyez tous recors + Qu'une fois viendra que mourrez. + + CXLVII. + + Item, je donne aux Quinze-Vingtz, + Qu'autant vauldroit nommer Trois-Cens + De Paris, non pas de Provins, + Car a eulx tenu je me sens. + Ilz auront, et je m'y consens, + Sans les estuis, mes grans lunettes, [P. 89] + Pour mettre a part, aux Innocens, + Les gens de bien des deshonnestes. + + CXLVIII. + + Icy n'y a ne rys ne jeu. + Que leur vault avoir eu chevances, + N'en grans lictz de parement geu, + Engloutir vin, engrossir panses, + Mener joye, festes et danses, + Et de ce prest estre a toute heure? + Tantost faillent telles plaisances, + Et la coulpe si en demeure. + + CXLIX. + + Quand je considere ces testes + Entassees en ces charniers, + Tous furent maistres des requestes, + Ou tous de la Chambre aux Deniers, + Ou tous furent porte-paniers; + Autant puis l'ung que l'autre dire, + Car, d'evesques ou lanterniers, + Je n'y congnois rien a redire. + + CL. + + Et icelles qui s'inclinoient + Unes contre autres en leur vies; + Desquelles les unes regnoient, + Des autres craintes et servies: + La les voy toutes assouvies, + Ensemble en ung tas pesle-mesle. + Seigneuries leur sont ravies; + Clerc ne maistre ne s'y appelle. + + CLI. [P. 90] + + Or sont-ilz mortz, Dieu ayt leurs ames! + Quant est des corps, ils sont pourriz. + Ayent este seigneurs ou dames, + Souef et tendrement nourriz + De cresme, fromentee ou riz, + Leurs os sont declinez en pouldre, + Auxquelz ne chault d'esbat, ne riz... + Plaise au doulx Jesus les absouldre! + + CLII. + + Aux trespassez je fais ce lays, + Et icelluy je communique + A regentz, courtz, sieges et plaids, + Hayneurs d'avarice l'inique, + Lesquelz pour la chose publique + Se seichent les os et les corps: + De Dieu et de sainct Dominique + Soient absolz, quand ilz seront mortz + + + + LAYS. + + Au retour de dure prison, + Ou j'ay laisse presque la vie, + Se Fortune a sur moy envie, + Jugez s'elle fait mesprison! + Il me semble que, par raison, + Elle deust bien estre assouvie, + Au retour. + + + Cecy plain est de desraison, [P. 91] + Qui vueille que de tout desvie; + Plaise a Dieu que l'ame ravie + En soit, lassus, en sa maison, + Au retour! + + + + CLIII. + + Item, donne a maistre Lomer, + Comme extraict que je suis de fee, + Qu'il soit bien ame; mais, d'amer + Fille en chief ou femme coeffee, + Ja n'en ayt la teste eschauffee, + Ce qui ne luy couste une noix, + Faire ung soir pour soy la fastee, + En despit d'Auger le Danois. + + CLIV. + + Item, rien a Jaques Cardon, + Car je n'ay rien pour luy honneste. + Non pas que le jette a bandon + Sinon cette Bergeronnette: + S'elle eust le chant _Marionnette_, + Faict por Marion la Peau-Tarde, + D'un _Ouvrez vostre huys, Guillemette_, + Elle allast bien a la moustarde. + + CLV. + + Item donne aux amans enfermes, + Oultre le lay Alain Chartier, + A leurs chevetz, de pleurs et lermes + Trestout fin plain ung benoistier, + Et ung petit brin d'esglantier, [P. 92] + En tout temps verd, pour gouppillon, + Pourveu qu'ilz diront ung _Psaultier_ + Pour l'ame du pouvre Villon. + + CLVI. + + Item, a maistre Jacques James, + Qui se tue d'amasser biens, + Donne fiancer tant de femmes + Qu'il vouldra; mais d'espouser, riens + Pour qui amasse-il? Pour les siens. + Il ne plainct fors que ses morceaulx; + Ce qui fut aux truyes, je tiens + Qu'il doit de droit estre aux pourceaulx. + + CLVII. + + Item, le Camus Seneschal, + Qui une fois paya mes debtes, + En recompense, mareschal, + Pour ferrer oes et canettes. + Je luy envoye ces sornettes, + Pour soy desennuyer; combien, + Si veult, face-en des alumettes. + De bien chanter s'ennuye-on bien. + + CLVIII. + + Item, au Chevalier du Guet + Je donne deux beaulx petitz pages, + Philippot et le gros Marquet, + Qui ont servy, dont sont plus sages, + La plus grant partie de leurs aages, + Tristan, prevost des mareschaulx. + Helas, s'ilz sont cassez de gaiges, + Aller leur fauldra tous deschaulx! + + CLIX. [P. 93] + + Item, au Chappelain je laisse + Ma chapelle a simple tonsure, + Chargee d'une seiche messe, + Ou il ne fault pas grand lecture. + Resigne luy eusse ma cure, + Mais point ne veult de charge d'ames; + De confesser, ce dit, n'a cure, + Sinon chambrieres et dames. + + CLX. + + Pour ce que scait bien mon entente, + Jehan de Calays, honnorable homme, + Qui ne me veit des ans a trente, + Et ne scait comment je me nomme, + De tout ce Testament, en somme, + S'aucune y a difficulte, + Oster jusqu'au rez d'une pomme + Je luy en donne faculte. + + CLXI. + + De le gloser et commenter, + De le diffinir ou prescripre, + Diminuer ou augmenter; + De le canceller ou transcripre + De sa main, ne sceust-il escripre; + Interpreter, et donner sens, + A son plaisir, meilleur ou pire; + A tout ceci je m'y consens. + + CLXII. + + Et s'aucun, dont n'ay congnoissance, + Estoit alle de mort a vie, + Audict Calais donne puissance, [P. 94] + Affin que l'ordre soit suyvie + Et mon ordonnance assouvie, + Que ceste aulmosne ailleurs transporte, + Sans se l'appliquer par envie; + A son ame je m'en rapporte. + + CLXIII. + + Item, j'ordonne a Saincte-Avoye, + Et non ailleurs, ma sepulture; + Et, affin que chascun me voye, + Non pas en chair, mais en paincture, + Que l'on tire mon estature + D'ancre, s'il ne coustoit trop cher. + De tumbel? Rien; je n'en ay cure, + Car il greveroit le plancher. + + CLXIV. + + Item, vueil qu'autour de ma fosse + Ce que s'ensuyt, sans autre histoire, + Soit escript, en lettre assez grosse; + Et qui n'auroit point d'escriptoire, + De charbon soit, ou pierre noire, + Sans en rien entamer le plastre: + Au moins sera de moy memoire + Telle qu'il est d'ung bon folastre. + + CLXV. + + CY GIST ET DORT EN CE SOLLIER, + QU'AMOUR OCCIST DE SON RAILLON, + UNG POUVRE PETIT ESCOLLIER, + QUI FUT NOMME FRANCOIS VILLON. + ONCQUES DE TERRE N'EUT SILLON. + + TESTAMENT. [P. 95] + + IL DONNA TOUT, CHASCUN LE SCET: + TABLE, TRETTEAULX, PAIN, CORBILLON. + POUR DIEU, DICTES-EN CE VERSET. + + + + RONDEAU. + + _Repos eternel donne a cil, + Lumiere, clarte perpetuelle, + Qui vaillant plat ny escuelle + N'eut oncques, n'ung brin de percil. + Il fut rez, chef, barbe, sourcil, + Comme ung navet qu'on ree et pelle. + Repos eternel donne a cil_. + + _Rigueur le transmit en exil, + Et luy frappa au cul la pelle, + Nonobstant qu'il dist_: J'en appelle! + _Qui n'est pas terme trop subtil. + Repos eternel donne a cil_. + + + CLXVI. + + Item, je vueil qu'on sonne a branle + Le gros Beffray, qui n'est de voire; + Combien que cueur n'est qui ne tremble; + Quand de sonner est a son erre. + Saulve a mainte belle terre, + Le temps passe, chascun le scait: + Fussent gens d'armes ou tonnerre; + Au son de luy tout mal cessoit. + + CLXVII [P. 96] + + Les sonneurs auront quatre miches; + Et se c'est peu, demy-douzaine, + Autant qu'en donnent les plus riches; + Mais ilz seront de sainct Estienne. + Vollant est homme de grant peine: + L'ung en sera. Quand j'y regarde, + Il en vivra une sepmaine. + Et l'autre? Au fort, Jehan de la Garde. + + CLXVIII. + + Pour tout ce fournir et parfaire, + J'ordonne mes executeurs, + Auxquelz faict bon avoir affaire, + Et contentent bien leurs debteurs. + Ilz ne sont pas trop grans venteurs, + Et ont bien de quoy, Dieu mercys! + De ce faict seront directeurs... + Escripts: je t'en nommeray six. + + CLXIX. + + C'est maistre Martin Bellefaye, + Lieutenant du cas criminel. + Qui sera l'autre? J'y pensoye: + Ce sera sire Colombel. + S'il luy plaist et il lui est bel, + Il entreprendra ceste charge. + Et l'autre? Michel Jouvenel. + Ces trois seulz, et pour tous, j'en charge. + + CLXX. + + Mais, au cas qu'ils s'en excusassent, + En redoubtant les premiers frais, + Ou totalement recusassent, [P. 97] + Ceulx qui s'ensuivent cy-apres + J'institue, gens de bien tres, + Philip Bruneau, noble escuyer, + Et l'autre, son voysin d'empres, + Cy est maistre Jacques Raguyer; + + CLXXI. + + Et l'aultre, maistre Jaques James, + Trois hommes de bien et d'honneur, + Desirans de saulver leurs ames, + Et doubtans Dieu Nostre Seigneur. + Plustot y metteront du leur, + Que ceste ordonnance ne baillent. + Point n'auront de contrerooleur, + Mais a leur seul plaisir en taillent. + + CLXXII + + Des testamens qu'on dit le maistre + De mon faict n'aura _quid_ ne _quod_; + Mais ce sera ung jeune prebstre, + Qui se nomme Colas Tacot. + Voulentiers beusse a son escot, + Et qu'il me coustast ma cornette! + S'il sceust jouer en ung trippot, + Il eust de moy le Trou Perrette. + + CLXXIII. + + Quant au regard du luminaire, + Guillaume du Ru j'y commectz. + Pour porter les coings du suaire, + Aux executeurs le remectz. + Trop plus mal me font qu'oncques mais + Penil, cheveulx, barbe, sourcilz. + Mal me presse; est temps desormais [P. 98] + Que crie a toutes gens merciz. + + + + BALLADE + Par laquelle Villon crye mercy a chascun. + + A Chartreux, aussi Celestins, + A mendians et aux devotes, + A musars et cliquepatins, + Servantes et filles mignottes, + Portant surcotz et justes cottes; + A cuyderaulx d'amours transis, + Chaussans sans meshaing fauves bottes, + Je crye a toutes gens merciz! + + A fillettes monstrans tetins, + Pour avoir plus largement hostes; + A ribleurs meneurs de butins, + A basteleurs traynans marmottes, + A folz et folles, sotz et sottes, + Qui s'en vont sifflant cinq et six; + A veufves et a mariottes, + Je crye a toutes gens merciz! + + Sinon aux trahistres chiens mastins, + Qui m'ont fait ronger dures crostes + Et boire eau maintz soirs et matins, + Qu'ores je ne crains pas trois crottes. + Je feisse pour eulx petz et rottes; + Je ne puis, car je suis assis. + Bien fort, pour eviter riottes, + Je crye a toutes gens, merciz! + + ENVOI. [P. 99] + + Qu'on leur froisse les quinze costes + De gros mailletz, fortz et massis, + De plombee et de telz pelottes. + Je crye a toutes gens merciz! + + + BALLADE + POUR SERVIR DE CONCLUSION. + + Icy se clost le Testament + Et finist du pouvre Villon. + Venez a son enterrement, + Quant vous orrez le carillon, + Vestuz rouges com vermillon, + Car en amours mourut martir; + Ce jura-il sur son coullon + Quand de ce monde voult partir. + + Et je croy bien que pas n'en ment, + Car chassie fut comme un soullon + De ses amours hayneusement, + Tant que, d'icy a Roussillon, + Brosses n'y a ne brossillon, + Qui n'eust, ce dit-il sans mentir, + Ung lambeau de son cotillon, + Quand de ce monde voult partir. + + Il est ainsi, et tellement, + Quand mourut n'avoit qu'un haillon. + Qui plus? En mourant, mallement [P. 100] + L'espoignoit d'amours l'esguillon; + Plus agu que le ranguillon + D'un baudrier luy faisoit sentir, + C'est de quoy nous esmerveillon, + Quand de ce monde voult partir. + + ENVOI. + + Prince, gent comme esmerillon, + Saichiez qu'il fist, au departir: + Ung traict but de vin morillon, + Quand de ce monde voult partir. + + FIN DU GRAND TESTAMENT. + + + [P. 101] + + POESIES DIVERSES + + LE QUATRAIN + Que feit Villon quand il fut juge a mourir. + + JE SUIS Francois, dont ce me poise, + Ne de Paris empres Ponthoise. + Or d'une corde d'une toise + Saura mon col que mon cul poise. + + + L'EPITAPHE + + EN FORME DE BALLADE + Que feit Villon pour luy et ses compagnons, s'attendant + estre pendu avec eulx. + + Freres humains, qui apres nous vivez, + N'ayez les cueurs contre nous endurciz, + Car, si pitie de nous pouvres avez, + Dieu en aura plustost de vous merciz. + Vous nous voyez cy attachez cinq, six: + Quant de la chair, que trop avons nourrie, [P. 102] + Elle est pieca devoree et pourrie, + Et nous, les os, devenons cendre et pouldre. + De nostre mal personne ne s'en rie, + Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre! + + Se vous clamons, freres, pas n'en devez + Avoir desdaing, quoique fusmes occis + Par justice. Toutesfois, vous scavez + Que tous les hommes n'ont pas bon sens assis; + Intercedez doncques, de cueur rassis, + Envers le Filz de la Vierge Marie, + Que sa grace ne soit pour nous tarie, + Nous preservant de l'infernale fouldre. + Nous sommes mors, ame ne nous harie; + Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre! + + La pluye nous a debuez et lavez, + Et le soleil dessechez et noirciz; + Pies, corbeaulx, nous ont les yeux cavez, + Et arrachez la barbe et les sourcilz. + Jamais, nul temps, nous ne sommes rassis; + Puis ca, puis la, comme le vent varie, + A son plaisir sans cesser nous charie, + Plus becquetez d'oyseaulx que dez a couldre. + Ne soyez donc de nostre confrairie, + Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre! + + ENVOI. + + Prince JESUS, qui sur tous seigneurie, + Garde qu'Enfer n'ayt de nous la maistrie: + A luy n'ayons que faire ne que souldre. + Hommes, icy n'usez de mocquerie + Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre! + + + + LA REQUESTE DE VILLON [P. 103] + Presentee a la Cour de Parlement, en forme de ballade. + + Tous mes cinq Sens, yeulx, oreilles et bouche, + Le nez, et vous, le sensitif, aussi; + Tous mes membres ou il y a reprouche, + En son endroit ung chascun die ainsi: + "Court souverain, par qui sommes icy, + Vous nous avez garde de desconfire; + Or, la langue ne peut assez suffire + A vous rendre suffisantes louenges: + Si prions tous, fille au souverain Sire, + Mere des bons, et soeur des benoistz anges!" + + Cueur, fendez-vous, ou percez d'une broche, + Et ne soyez, au moins, plus endurcy + Qu'au desert fut la forte bise roche + Dont le peuple des Juifs fut adoulcy; + Fondez larmes, et venez a mercy, + Comme humble cueur qui tendrement souspire: + Louez la Court, conjoincte au sainct Empire, + L'heur des Francoys, le confort des estranges, + Procreee la sus au ciel empire, + Mere des bons, et soeur des benoistz anges! + + Et vous, mes dentz, chascune si s'esloche; + Saillez avant, rendez toutes mercy, + Plus haultement qu'orgue, trompe, ne cloche, + Et de mascher n'ayez ores soulcy; + Considerez que je fusse transy, + Foye, pommon, et rate qui respire; + Et vous, mon corps, vil qui estes ou pire [P. 104] + Qu'ours ne pourceau, qui faict son nid es fanges, + Louez la Court, avant qu'il vous empire, + Mere des bons, et soeur des benoistz anges! + + ENVOI. + + Prince, trois jours ne vueillez m'escondire, + Pour moy pourvoir, et aux miens adieu dire; + Sans eulx, argent je n'ay, icy n'aux changes. + Court triumphant, _fiat_, sans me desdire; + Mere des bons, et soeur des benoistz anges! + + + + + BALLADE + DE L'APPEL DE VILLON. + + Que dites-vous de mon appel, + Garnier? Feis-je sens ou follie? + Toute beste garde sa pel; + Qui la contrainct, efforce ou lye, + S'elle peult, elle se deslie. + Quand a ceste peine arbitraire + On me jugea par tricherie, + Estoit-il lors temps de me taire? + + Se fusse des hoirs Hue Capel, + Qui fut extraict de boucherie, + On ne m'eust, parmy ce drapel, + Faict boyre a celle escorcherie: + Vous entendez bien joncherie? + Ce fut son plaisir voluntaire + De me juger par fausserie. [P. 105] + Etoit-il lors temps de me taire? + + Cuydez-vous que soubz mon cappel + N'y eust tant de philosophie + Comme de dire: "J'en appel?" + Si avoit, je vous certifie, + Combien que point trop ne m'y fie. + Quand on me dit, present notaire: + "Pendu serez!" je vous affie, + Estoit-il lors temps de me taire? + + ENVOI. + + Prince, si j'eusse eu la pepie, + Pieca je fusse ou est Clotaire, + Aux champs debout comme ung espie. + Estoit-il lors temps de me taire? + + + LE DIT + + DE LA NAISSANCE MARIE. + Jam nova progenies celo demittitur alto. + _Virg._, (ecl. 4, v.7.) + + O louee Conception, + Envoiee sa jus des cieulx; + Du noble Lys digne syon; + Don de Jhesus tres precieux, + MARIE, nom tres gracieux, + Font de pitie, source de grace, + La joye confort de mes yeulx, [P. 106] + Qui nostre paix batist et brasse! + + La paix, c'est assavoir, des riches, + Des povres le substantement, + Le rebours des felons et chiches, + Tres necessaire enfantement, + Conceu, porte honnestement, + Hors le pechie originel, + Que dire je puis sainctement + Souverain bien, Dieu eternel! + + Nom recouvre, joye de peuple, + Confort des bons, de maulx retraicte; + Du doux Seigneur premiere et seule + Fille, de son cler sang extraicte, + Du dextre coste Clovis traicte, + Glorieuse ymage en tous fais, + Ou hault ciel creee et pourtraicte, + Pour esjouyr et donner paix! + + En l'amour et crainte de Dieu, + Es nobles flans Cesar conceue; + Des petis et grans, en tout lieu, + A tres grande joye receue; + De l'amour Dieu traicte, tissue, + Pour les discordez ralier, + Et aux enclos donner yssue, + Leurs lians et fers delier. + + Aucunes gens, qui bien peu sentent, + Nourriz en simplesse et confiz, + Contre le vouloir Dieu attentent, + Par ignorance desconfiz, + Desirans que feussiez ung filz; [P. 107] + Mais qu'ainsi soit, ainsi m'aist Dieux, + Je croy que ce soit grans proufiz; + Raison: Dieu fait tout pour le mieulx. + + Du Psalmiste je prens les dictz: + _Delectasti me, Domine, + In factura sua_! Je diz: + "Noble enfant, de bonne heure ne, + A toute doulceur destine, + Manna du Ciel, celeste don, + De tous bienfais le guerdonne, + Et de nos maulx le vray pardon!" + + + + DOUBLE BALLADE. + + Combien que j'ay leu en ung Dit: + _Inimicum putes_, y a, + _Qui te presentem laudabit_, + Toutesfois, non obstant cela, + Oncques vray homme ne cela + En son courage aucun grant bien, + Qui ne le monstrast ca et la: + On doit dire du bien le bien. + + Saint Jehan-Baptiste ainsi le fist, + Quand l'Aignel de Dieu descela. + En ce faisant pas ne meffist, + Dont sa voix es tourbes vola; + De quoy saint Andre Dieu loua, + Qui de luy cy ne scavoit rien, + Et au Fils de Dieu s'aloua: [P. 108] + On doit dire du bien le bien. + + Envoyee de Jhesucrist, + Rappelles sa jus, par deca, + Les povres que Rigueur proscript + Et que Fortune betourna. + Cy scay bien comment y m'en va! + De Dieu, de vous, vie je tien... + Benoist celle qui vous porta! + On doit dire du bien le bien. + + Cy, devant Dieu, fais congnoissance, + Que creature feusse morte, + Ne feust vostre doulce naissance, + En charite puissant et forte, + Qui ressuscite et reconforte + Ce que Mort avoit prins pour sien. + Vostre presence me conforte: + On doit dire du bien le bien. + + Cy vous rens toute obeissance, + A ce faire raison m'exorte, + De toute ma povre puissance; + Plus n'est deul qui me desconforte, + N'autre ennuy de quelque sorte. + Vostre je suis et non plus mien; + Ad ce droit et devoir m'enhorte: + On doit dire du bien le bien. + + O grace et pitie tres immense, + L'entree de paix et la porte, + Some et benigne clemence, + Qui noz faultes toult et supporte, + Sy de vous louer me deporte, [P. 109] + Ingrat suis, et je le maintien, + Dont en ce refrain me transporte: + On doit dire du bien le bien. + + ENVOI. + + Princesse, ce loz je vous porte, + Que sans vous je ne feusse rien. + A vous et a vous m'en rapporte. + On doit dire du bien le bien. + + Euvre de Dieu, digne, louee + Autant que nulle creature, + De tous biens et vertuz douee, + Tant d'esperit que de nature, + Que de ceulx qu'on dit, d'adventure, + Plus nobles que rubis balais; + Selon de Caton l'escripture: + _Patrem insequitur proles_. + + Port assure, maintien rassiz, + Plus que ne peut nature humaine, + Et, eussiez des ans trente-six, + Enfance en rien ne vous demaine. + Que jour ne le die et sepmaine, + Je ne scay qui me le deffend... + A ce propos ung dit ramaine: + De saige mere saige enfant. + + Dont resume ce que j'ay dit: + _Nova progenies coelo_ + Car c'est du poete le dit: [P. 110] + _Jamjam demittitur alto_. + Saige Cassandre, belle Echo, + Digne Judith, caste Lucresse, + Je vous congnois, noble Dido, + A ma seule dame et maistresse. + + En priant Dieu, digne pucelle, + Que vous doint longue et bonne vie; + Qui vous ayme, MADEMOISELLE, + Ja ne coure sur luy envie. + Entiere dame et assouvie, + J'espoir de vous servir aincoys, + Certes, se Dieu plaist, que devie + Vostre povre escolier FRANCOYS. + + + + + BALLADE VILLON. + + Je meurs de soif aupres de la fontaine, + Chauld comme feu, et tremble dent a dent, + En mon pais suis en terre loingtaine; + Lez un brazier friconne tout ardent; + Nu comme ung ver, vestu en president; + Je ris en pleurs, et attens sans espoir; + Confort reprens en triste desespoir; + Je m'esjouys et n'ay plaisir aucun; + Puissant je suis sans force et sans povoir, + Bien recueilly, deboute de chascun. + + Rien ne m'est seur que la chose incertaine, + Obscur, fors ce qui est tout evident; + Doubte ne fais, fors en chose certaine; [P. 111] + Science tiens a soudain accident; + Je gaigne tout, et demeure perdent; + Au point du jour, diz: "Dieu vous doint bon soir!" + Gisant envers, j'ay grant paour de cheoir; + J'ay bien de quoy, et si n'en ay pas un; + Eschoicte attens, et d'homme ne suis hoir, + Bien recueilly, deboute de chascun. + + De riens n'ay soing, si metz toute ma paine + D'acquerir biens, et n'y suis pretendant; + Qui mieulx me dit, c'est cil qui plus m'attaine, + Et qui plus vray, lors plus me va bourdant; + Mon ami est qui me fait entendant + D'ung cygne blanc que c'est ung corbeau noir; + Et qui me nuyst croy qu'il m'aide a povoir. + Verite, bourde, aujourd'uy m'est tout un. + Je retiens tout; riens ne scay concepvoir, + Bien recueilly, deboute de chascun. + + L'ENVOI. + + Prince clement, or vous plaise savoir + Que j'entens moult, et n'ay sens ne scavoir; + Parcial suis, a toutes lois commun. + Que fais-je plus? Quoy? Les gaiges ravoir, + Bien recueilly, deboute de chascun. + + + + EPISTRE + EN FORME DE BALLADE, A SES AMIS. + + Ayez pitie, ayez pitie de moy, + A tout le moins, si vous plaist, mes amis! + En fosse giz, non pas soubz houx ne may, [P. 112] + En cest exil ouquel je suis transmis + Par fortune, comme Dieu l'a permis. + Filles, amans, jeunes, vieulx et nouveaulx; + Danceurs, saulteurs, faisans les piez de veaux, + Vifs comme dars, aguz comme aguillon; + Gouffres tintans, clers comme gastaneaux, + Le lesserez la, le povre Villon? + + Chantres chantans a plaisance, sans loy; + Galans, rians, plaisans en faictz et diz, + Coureux, allans, francs de faulx or, d'aloy; + Gens d'esperit, ung petit estourdiz; + Trop demourez, car il meurt entandiz. + Faiseurs de laiz, de motets et rondeaux, + Quand mort sera vous lui ferez chandeaux. + Il n'entre, ou gist, n'escler ne tourbillon; + De murs espoix on luy a fait bandeaux: + Le lesserez la, le povre Villon? + + Venez le veoir en ce piteux arroy, + Nobles hommes, francs de quars et de dix, + Qui ne tenez d'empereur ne de roy, + Mais seulement de Dieu de Paradiz: + Jeuner lui fault dimanches et mardiz + Dond les dens a plus longues que ratteaux, + Apres pain sec, non pas apres gasteaux; + En ses boyaulx verse eau a gros bouillon; + Bas enterre, table n'a, ne tresteaulx: + Le lesserez la, le povre Villon? + + ENVOI. + + Princes nommez, anciens, jouvenceaulx, + Impetrez-moy graces et royaulx sceaux, + Et me montez en quelque corbillon. [P. 113] + Ainsi se font l'un a l'autre pourceaux, + Car, ou l'un brait, ilz fuyent a monceaux. + Le lesserez la, le povre Villon? + + + + + LE DEBAT + DU CUEUR ET DU CORPS DE VILLON, + En forme de Ballade. + + Qu'est-ce que j'oy?--Ce suis-je.--Qui?--Toncueur, + Qui ne tient mais qu'a ung petit filet, + Force n'ay plus, substance ne liqueur, + Quand je te voy retraict ainsi seulet, + Com pouvre chien tappy en recullet. + --Pourquoy est-ce?--Pour ta folle plaisance. + --Que t'en chault-il?--J'en ai la desplaisance. + --Laisse m'en paix!--Pourquoi?--J'y penseray. + --Quand sera-ce?--Quant seray hors d enfance. + --Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray. + + --Que penses-tu?--Estre homme de valeur. + --Tu as trente ans.--C'est l'aage d'ung mullet. + --Est-ce enfance?--Nenny.--C'est donc folleur + Qui te saisit?--Par ou?--Par le collet. + Rien ne congnois.--Si fais: mouches en laict: + L'ung est blanc, l'autre est noir, c'est la distance. + --Est-ce doncq tout?-Que veulx-tu que je tance? + Si n'est assez, je recommenceray. + --Tu es perdu!--J'y mettray resistance. + --Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray. + + --J'en ay le dueil; toi, le mal et douleur. [P. 114] + Si fusse ung povre ydiot et folet, + Au cueur eusses de t'excuser couleur: + Se n'as-tu soing, tout ung, tel, bel ou laid, + Ou la teste as plus dure qu'ung jalet, + Ou mieulx te plaist qu'honneur ceste meschance! + Que respondras a ceste consequence? + --J'en seray hors quand je trespasseray. + --Dieu, quel confort!--Quelle saige eloquence! + --Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray. + + --D'ond vient ce mal?--Il vient de mon malheur. + Quand Saturne me feit mon fardelet, + Ces maulx y mist, je le croy.--C'est foleur: + Son seigneur es, et te tiens son valet. + Voy que Salmon escript en son roulet: + "Homme sage, ce dit-il, a puissance + Sur les planetes et sur leur influence." + --Je n'en croy rien; tel qu'ilz m'ont faict seray. + --Que dis-tu?--Rien.--Certe, c'est ma creance. + Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray. + + ENVOI. + + --Veux-tu vivre?--Dieu m'en doint la puissance! + --Il te fault...--Quoy?--Remors de conscience; + Lire sans fin.--Et en quoy?--En science; + Laisse les folz!--Bien, j'y adviseray. + --Or le retiens.--J'en ay bien souvenance. + --N'attends pas tant que tourne a desplaisance. + Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray. + + + + LA REQUESTE [P. 115] + Que Villon bailla a Monseigneur de Bourbon. + + Le mien seigneur et prince redoubte, + Fleuron de Lys, royale geniture, + Francoys Villon, que travail a dompte + A coups orbes, par force de batture, + Vous supplie, par cette humble escripture, + Que luy faciez quelque gracieux prest. + De s'obliger en toutes cours est prest; + Si ne doubtez que bien ne vous contente. + Sans y avoir dommage n'interest, + Vous n'y perdrez seulement que l'attente. + + A prince n'a ung denier emprunte, + Fors a vous seul, vostre humble creature. + Des six escus que lui avez preste, + Cela pieca, il mist en nourriture; + Tout se payera ensemble, c'est droicture, + Mais ce sera legerement et prest: + Car, se du gland rencontre en la forest + D'entour Patay, et chastaignes ont vente, + Paye serez sans delay ny arrest: + Vous n'y perdrez seulement que l'attente. + + Si je pensois vendre de ma sante + A ung Lombard, usurier par nature, + Faulte d'argent m'a si fort enchante, + Que j'en prendrois, ce croy-je, l'adventure. + Argent ne pend a gippon ne ceincture; + Beau sire Dieux! je m'esbahyz que c'est, + Que devant moy croix ne se comparoist, + Sinon de bois ou pierre, que ne mente; + Mais s'une fois la vraye m'apparoist, + Vous n'y perdrez seulement que l'attente. [P. 116] + + ENVOI. + + Prince du Lys, qui a tout bien complaist, + Que cuydez-vous, comment il me desplaist + Quand je ne puis venir a mon entente? + Bien m'entendez, aydez-moi, s'il vous plaist: + Vous n'y perdrez seulement que l'attente. + + + + SUSCRIPTION DE LADITE REQUESTE + + _Allez, Lettres, faictes un sault, + Combien que n'ayez pied ne langue: + Remonstrez, en vostre harengue, + Que faulte d'argent si m'assault._ + + + + BALLADE + + DES PROVERBES. + + Tant grate chevre que mal gist; + Tant va le pot a l'eau qu'il brise; + Tant chauffe-on le fer qu'il rougist; + Tant le maille-on qu'il se debrise; + Tant vault l'homme comme on le prise; + Tant s'eslongne-il qu'il n'en souvient; + Tant mauvais est qu'on le desprise; + Tant crie l'on Noel qu'il vient. + + Tant raille-on que plus on ne rit; + Tant despend-on qu'on n'a chemise; + Tant est-on franc que tout se frit; [P. 117] + Tant vault tien que chose promise; + Tant ayme-on Dieu qu'on suyt l'Eglise; + Tant donne-on qu'emprunter convient; + Tant tourne vent qu'il chet en bise; + Tant crie l'on Noel qu'il vient. + + Tant ayme-on chien qu'on le nourrist; + Tant court chanson qu'elle est apprise; + Tant garde-on fruict qu'il se pourrist; + Tant bat-on place qu'elle est prise; + Tant tarde-on qu'on fault a l'emprise; + Tant se haste-on que mal advient; + Tant embrasse-on que chet la prise; + Tant crie l'on Noel qu'il vient; + + ENVOI. + + Prince, tant vit fol qu'il s'advise; + Tant va-t-il qu'apres il revient; + Tant le matte-on qu'il se radvise; + Tant crie l'on Noel qu'il vient. + + + + + BALLADE + + DES MENUS PROPOS. + + Je congnois bien mouches en laict; + Je congnois a la robe l'homme; + Je congnois le beau temps du laid; + Je congnois au pommier la pomme; + Je congnois l'arbre a veoir la gomme; + Je congnois quand tout est de mesme; + Je congnois qui besongne ou chomme; + Je congnois tout, fors que moy-mesme. [P. 118] + + Je congnois pourpoinct au collet; + Je congnois le moyne a la gonne; + Je congnois le maistre au valet; + Je congnois au voyle la nonne; + Je congnois quand piqueur jargonne; + Je congnois folz nourriz de cresme; + Je congnois le vin a la tonne; + Je congnois tout, fors que moy-mesme. + + Je congnois cheval du mulet; + Je congnois leur charge et leur somme; + Je congnois Bietrix et Bellet; + Je congnois gect qui nombre et somme; + Je congnois vision en somme; + Je congnois la faulte des Boesmes; + Je congnois filz, varlet et homme: + Je congnois tout, fors que moy-mesme. + + ENVOI. + + Prince, je congnois tout en somme; + Je congnois coulorez et blesmes; + Je congnois mort qui nous consomme; + Je congnois tout, fors que moy-mesme. + + + + BALLADE [P. 119] + DES POVRES HOUSSEURS. + + On parle des champs labourer, + De porter chaulme contre vent, + Et aussi de se marier + A femme qui tance souvent; + De moyne de povre couvent, + De gens qui vont souvent sur mer; + De ceulx qui vont les bleds semer, + Et de celluy qui l'asne maine; + Mais, a trestout considerer, + Povres housseurs ont assez peine. + + A petis enfans gouverner, + Dieu scait se c'est esbatement! + De gens d'armes doit-on parler? + De faire leur commandement? + De servir Malchus chauldement? + De servir dames et aymer? + De guerrier et bouhourder + Et de jouster a la quintaine? + Mais, a trestout considerer, + Povres housseurs ont assez peine. + + Ce n'est que jeu de bled soyer, + Et de prez faulcher, vrayement; + Ne d'orge battre, ne vanner, + Ne de plaider en Parlement; + A danger emprunter argent; + A maignans leurs poisles mener; + Et a charretiers desjeuner, [P. 120] + Et de jeusner la quarantaine; + Mais, a trestout considerer, + Povres housseurs ont assez peine. + + + + PROBLEME OU BALLADE + AU NOM DE LA FORTUNE. + + Fortune fuz par clercz jadis nommee, + Que toy, Francoys, crie et nomme meurtriere. + S'il y a hom d'aucune renommee + Meilleur que toy, faiz user en plastriere, + Par povrete, et fouyr en carriere, + S'a honte viz, te dois tu doncques plaindre? + Tu n'es pas seul; si ne te dois complaindre. + Regarde et voy de mes faitz de jadis, + Maints vaillans homs par moy mors et roidiz, + Et n'eusses-tu envers eulx ung soullon, + Appaise-toy, et mectz fin en tes diz: + Par mon conseil prends tout en gre, Villon! + + Contre grans roys je me suis bien armee, + Le temps qui est passe; car, en arriere, + Priame occis et toute son armee; + Ne lui valut tour, donjon, ne barriere. + Et Hannibal, demoura-il derriere? + En Cartaige, par moy, le feiz actaindre; + Et Scypion l'Affricquain feiz estaindre; + Julius Cesar au senat je vendiz; + En Egipte Pompee je perdiz; + En mer noyay Jazon en ung boullon; [P. 121] + Et, une fois, Romme et Rommains ardiz.... + Par mon conseil prends tout en gre, Villon! + + Alexandre, qui tant fist de hamee, + Qui voulut voir l'estoille poucyniere, + Sa personne par moy fut inhumee. + Alphasar roy, en champ, sous la banniere, + Ruay jus mort; cela est ma maniere. + Ainsi l'ay fait, ainsi le maintendray; + Autre cause ne raison n'en rendray. + Holofernes, l'ydolastre mauldiz, + Qu'occist Judic (et dormoit entandiz!) + De son poignart, dedens son pavillon; + Absallon, quoy! en fuyant suspendis.... + Par mon conseil prends tout en gre, Villon! + + ENVOI. + + Povre Francoys, escoute que tu dis: + Se rien peusse sans Dieu de paradiz, + A toy n'aultre ne demourroit haillon: + Car pour ung mal lors j'en feroye dix: + Par mon conseil prends tout en gre, Villon! + + + + + BALLADE + CONTRE LES MESDISANS DE LA FRANCE. + + Rencontre soit de bestes feu gectans, + Que Jason vit, querant la Toison d'or; + Ou transmue d'homme en beste, sept ans, + Ainsi que fut Nabugodonosor; [P. 122] + Ou bien ait perte aussi griefve et villaine + Que les Troyens pour la prinse d'Heleine; + Ou avalle soit avec Tantalus + Et Proserpine aux infernaulx pallus, + Ou plus que Job soit en griefve souffrance, + Tenant prison en la court Dedalus, + Qui mal vouldroit au royaume de France! + + Quatre mois soit en un vivier chantant, + La teste au fons, ainsi que le butor; + Ou au Grand-Turc vendu argent contant, + Pour estre mis au harnois comme ung tor; + Ou trente ans soit, comme la Magdelaine, + Sans vestir drap de linge ne de laine; + Ou noye soit, comme fut Narcisus; + Ou aux cheveux, comme Absalon, pendus, + Ou comme fut Judas par desperance, + Ou puist mourir comme Simon Magus, + Qui mal vouldroit au royaume de France! + + D'Octovien puisse venir le temps: + C'est qu'on luy coule au ventre son tresor; + Ou qu il soit mis entre meules flotans; + En un moulin, comme fut saint Victor; + Ou transgloutis en la mer, sans haleine, + Pis que Jonas au corps de la baleine; + Ou soit banny de la clarte Phoebus, + Des biens Juno et du soulas Venus, + Et du grant Dieu soit mauldit a outrance, + Ainsi que fut roy Sardanapalus, + Qui mal vouldroit au royaume de France! + + ENVOI. [P. 123] + + Prince, porte soit des clers Eolus, + En la forest ou domine Glocus, + Ou prive soit de paix et d'esperance, + Car digne n'est de posseder vertus, + Qui mal vouldroit au royaume de France! + + + + LE JARGON OU JOBELIN [P. 124] + DE MAISTRE + FRANCOIS VILLON. + + + BALLADE I. + + A Parouart, la grand Mathe Gaudie, + Ou accollez sont duppez et noirciz, + De par angels suyvans la paillardie, + Sont greffiz et prins cinq ou six. + La sont bleffeurs, au plus hault bout assis + Pour l'evagie, et bien hault mis au vent. + Escevez-moy tost ces coffres massis! + Ces vendengeurs, des ances circoncis, + S'embrouent du tout a neant... + Eschec, eschec, pour le fardis! + + Brouez-moy sur ces gours passans, + Advisez-moy bien tost le blanc, + Et pictonnez au large sur les champs: + Qu'au mariage ne soyez sur le banc + Plus qu'un sac de piastre n'est blanc. + Si gruppez estes des carireux, [P. 125] + Rebignez-moy tost ces enterveux, + Et leur montrez des trois le bris: + Que claves ne soyez deux et deux... + Eschec, eschec, pour le fardis! + + Plantez aux hurmes vos picons, + De paour des bisans si tres-durs, + Et, aussi, d'estre sur les joncs, + En mahe, en coffres, en gros murs. + Escharricez, ne soyez durs, + Que le grand Can ne vous fasse essorer. + Songears ne soyez pour dorer, + Et babignez tousjours aux ys + Des sires, pour les debouser... + Eschec, eschec, pour le fardis! + + ENVOI. + + Prince Froart, dit des Arques Petis, + L'un des sires si ne soit endormis, + Levez au bec, que ne soyez griffis, + Et que vous n'en ayez du pis... + Eschec, eschec, pour le fardis! + + + + + BALLADE II. + + Coquillars, narvans a Ruel, + Men ys vous chante que gardez + Que n'y laissez et corps et pel, + Com fist Colin de l'Escaillier, + Devant la roe babiller + Il babigna, pour son salut. [P. 126] + Pas ne scavoit oingnons peller, + Dont Lamboureur lui rompt le suc. + + Changez, andossez souvent, + Et tirez tout droit au tremble, + Et eschicquez tost en brouant. + Qu'en la jarte ne soyez ample. + Montigny y fut, par exemple, + Bien estache au halle-grup, + Et y jargonnast-il le temple, + Dont Lamboureur lui rompt le suc. + + Gailleurs, bien faitz en piperie, + Pour ruer les ninars au loing, + A l'assault tost, sans suerie! + Que les mignons ne soient au gaing, + Tout farcis d'un plumas a coing, + Qui griefve et garde le duc, + Et de la dure si tres loing, + Dont Lamboureur luy rompt le suc. + + ENVOI. + + Prince, arriere de Ruel, + Et n'eussiez vous denier ne pluc, + Que au giffle ne laissez la pel, + Pour Lamboureur, qui rompt le suc. + + + + BALLADE III. [P. 127] + + Spelicans, + Qui, en tous temps, + Avancez dedans le pogois, + Gourde piarde, + Et sur la tarde, + Desboursez les pauvres nyais, + Et pour soustenir vostre pois, + Les duppes sont privez de caire, + Sans faire haire, + Ne hault braiere, + Mais plantez ils sont comme joncz, + Pour les sires qui sont si longs. + + Souvent aux arques, + A leurs marques, + Se laissent tous desbouser + Pour ruer, + Et enterver + Pour leur contre que lors faisons. + La fee aux Arques vous respond, + Et rue deux coups, ou bien troys, + Aux gallois. + Deux, ou troys + Mineront trestout aux frontz, + Pour les sires qui sont si longs. + + Et pour ce, benards, + Coquillars, + Rebecquez-vous de la montjoye, + Qui desvoye [P. 128] + Votre proye, + Et vous fera de tout brouer; + Par joncher + Et enterver, + Qui est aux pigeons bien cher: + Pour rifler + Et placquer + Les angels de mal tous rondz, + Pour les sires qui sont si longs. + + ENVOI. + + De paour des hurmes + Et des grumes, + Rassurez-vous en droguerie + Et faerie, + Et ne soyez plus sur les joncz, + Pour les sires qui sont si longs. + + + + BALLADE IV. + + Saupicquetz frouans des gours arques, + Pour deshouser, beau sire dieux, + Allez ailleurs planter vos marques! + Benards, vous estes rouges gueux. + Berard s'en va chez les joncheux + Et babigne qu'il a plongis. + Mes freres, soiez embrayeux + Et gardez les coffres massis. + + Se gruppez estes, des grappes + De ces angels si graveliffes; + Incontinent, manteaulx et cappes, [P. 129] + Pour l'emboue ferez eclipses; + De vos sarges serez besifles, + Tout debout et non pas assis. + Pour ce, gardez d'estre griffes + Dedens ces gros coffres massis. + + Nyais qui seront attrapez, + Bientost s'en brouent au Halle, + Plus ne vault que tost ne happez + La baudrouse de quatre talle. + Des tires fait la hairenalle, + Quand le gosser est assiegis, + Et si hurcque la pirenalle, + Au saillir des coffres massis. + + ENVOI. + + Prince des gayeulx, a leurs marques, + Que voz contres ne soient griffis. + Pour doubte de frouer aux arques, + Gardez-vous des coffres massis. + + + + BALLADE V. + + Joncheurs, jonchans en joncherie, + Rebignez bien ou joncherez; + Qu'Ostac n'embroue vostre arrerie, + Ou acollez sont vos ainsnez. + Poussez de la quille et brouez, + Car tost seriez roupieux. + Eschet qu'acollez ne soyez. + Par la poe du marieux. + + Bendez-vous contre la faerie, [P. 130] + Quanques vous aurez desbousez, + N'estant a juc la riflerie + Des angelz et leurs assosez. + Berard, se povez, renversez, + Si greffir laissez voz carieux; + La dure bientost renversez, + Pour la poe du marieux. + + Entervez a la floterie, + Chantez-leur trois, sans point songer. + Qu'en artes ne soyez en surie, + Blanchir vos cuirs et essurger. + Bignez la mathe, sans targer; + Que vos ans ne soyent ruppieux! + Plantez ailleurs contre assieger, + Pour la poe du marieux. + + ENVOI. + + Prince Benard en Esterie, + Querez coupans pour Lamboureux + Et autour de vos ys tuerie, + Pour la poe du marieux. + + + + BALLADE VI + + Contres de la gaudisserie, + Entervez tousjours blanc pour bis, + Et frappez, en la hurterie, + Sur les beaulx sires bas assis. + Ruez de feuilles cinq ou six, + Et vous gardez bien de la roe, + Qui aux sires plante du gris, [P. 131] + En leur faisant faire la moe. + + La giffle gardez de rurie, + Que vos corps n'en ayent du pis, + Et que point, a la turterie, + En la hurme ne soyez assis. + Prenez du blanc, laissez du bis, + Ruez par les fondes la poe, + Car le bizac, a voir advis, + Faict aux Beroars faire la moe. + + Plantez de la mouargie, + Puis ca, puis la, pour l'artis, + Et n'espargnez point la flogie + Des doulx dieux sur les patis. + Vos ens soyent assez hardis, + Pour leur avancer la droe; + Mais soient memorandis, + Qu'on ne vous face la moe. + + ENVOI. + + Prince, qui n'a bauderie + Pour eschever de la soe, + Danger du grup, en arderie, + Faict aux sires faire la moe. + + FIN DES OEUVRES DE MAISTRE + FRANCOIS VILLON. + + + + POESIES [P. 132] + ATTRIBUEES A VILLON + + + + I RONDEL. + + Les biens dont vous estes la dame + Ont mon cueur si tres fort espris, + Qu'il feust mort, s'il n'eust entrepris + De vous aymer plus que nul ame. + + Quant a moy, point je ne l'en blasme, + Pour ce qu'ilz ont de tous le pris + Les biens dont vous estes la dame. + + De ce qu'il fault que je vous ayme, + Je scay trop bien que j'ay mespris; + Mais qui en doit estre repris? + Non pas moi. Qui donc? Sur mon ame, + Les biens dont vous estes la dame. + + + II. RONDEL. + + A bien juger mon propre affaire + Et piteux cas, sans riens en taire, + Plus qu'autre croire me debvez, [P. 134] + Se par adventure n'avez + Information de contraire. + + Celle ou celluy qui m'a brasse + Ce maulvais los et pourchasse + Me het et ne vous ayme pas; + Mais il quiert que soye chacie + De vostre amour et effacie. + Je congnois bien telz advocas. + + Se vous avez voulu refaire + Leur voulente pour me deffaire, + Vous faictes mal et me grevez. + Considerez que vous scavez + Qu'onc vers vous ne voulus meffaire + A bien juger. + + + III. RONDEL. + + Une fois me dictes ouy, + En foy de noble et gentil femme; + Je vous certifie, ma Dame, + Qu'oncques ne fuz tant resjouy. + + Veuillez le donc dire selon + Que vous estes benigne et doulche, + Car ce doulx mot n'est pas si long + Qu'il vous face mal en la bouche. + + Soyez seure, si j'en jouy, + Que ma lealle et craintive ame + Gardera trop mieulx que nul ame + Vostre honneur. Avez-vous ouy? + Une fois me dictes ouy. + + + IV. RONDEL. [P. 135] + + Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente; + Une j'en sers qui est bien suffisante + Pour contenter un grant duc ou un roy. + Je l'ayme bien, mais non pas elle moy; + Il n'est besoing que de ce je me vante. + + Combien qu'elle est de taille belle et gente, + De m'en louer pour ceste heure presente + Pardonnez-moy, car je n'y voy de quoy; + Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente. + + Quant je luy dy de mon vouloir l'entente, + Et cueur et corps et biens je luy presente, + Pour tout cela remede je n'y voy. + Delibere suis, scavez-vous de quoy? + De luy quicter et le jeu et l'actente. + Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente. + + + V. RONDEL. + + De mon faict je ne scay que dire; + Par tout ou je vois je m'adire, + Et des yeulx voy moins que du coute. + En danger suis qu'il ne me couste + La vie, tant suis remply d'ire. + + De mon faict je ne scay que dire, + Car ma dame si ne tient compte + De mon martyre, quant luy compte, + Mais me dit que trop aise suis, + Et qu'en ce royaulme n'a conte + Qui ait de nulle meilleur compte + Que j'ay d'elle, quant je la suis, + + Nullement, de paour de mesdire, [P. 136] + Jamais je ne l'ose desdire; + A son gre parler je l'ecoute, + Puis empres elle je m'accoute, + Sans luy vouloir riens contredire. + De mon faict je ne scay que dire. + + + VI. RONDEL. + + Pour entretenir mes amours + Colorer me fault maints fins tours; + Car ma bourse est tres mal garnie + Pour fourrer le poignet tousjours. + + Ung jour demande haults atours, + Et l'autre ung grant bort de velours, + Et je respons: "Or bien, m'amye," + Pour entretenir mes amours. + + Veez-vous ce donneur de bonjours? + Il a faict en el tant de cours, + Practique l'art de baverie, + Qu'il scet moult bien, sans ce qu'il rie, + Dire sa pensee a rebours. + Pour entretenir mes amours + Colorer me fault maints fins tours. + + + VII. RONDEL. + + Tu te brusles a la chandelle! + Helas! mon cueur, ne vois tu pas + Que danger est tousjours au pas, + Qui fait a tous guerre mortelle? + + Soyes seur que tu l'auras belle [P. 137] + Se tu n'y vas bien par compas; + Tu te brusles a la chandelle. + + Sont-ce chastaignes qu'on y pelle, + A ton advis, pour ton repas? + Nennil. Retrais toy tout le pas, + Ains qu'on te frape au cul la pelle. + Tu te brusles a la chandelle. + + + VIII. RONDEL. + + Adieu vous dy la lerme a l'oeil; + Adieu, ma tres gente mignonne, + Adieu, sur toutes la plus bonne, + Adieu vous dy, qui m'est grand dueil. + + Adieu, adieu, m'amour, mon vueil; + Mon povre cueur vous laisse et donne. + Adieu vous dy la lerme a l'oeil. + + Adieu, par qui du mal recueil + Mille fois plus que mot ne sonne; + Adieu, du monde la personne + Dont plus me loue et plus me dueil. + Adieu vous dy la lerme a l'oeil. + + + IX. BALLADE. + + Las! je me plains d'amours et de ma dame, + Et de mes yeulx dont j'ay veu sa beaulte; + Et oultre plus, je me plains d'une femme + Qui contre moy a le conseil donne + Dont j'ay deja tant de mal endure [P. 138] + Qu'il me fauldra, par deffaulte de joye, + Aller criant, comme tout forcene: + Je hez ma dame que tant aymer souloye. + + Car se pitie son tres doulx cueur n'entame + A me donner ce que j'ay desire, + J'iray mourir, ainsi qu'ung homme infame. + Tout hors de sens et si desespere + Qu'apres ma mort il en sera parle + Plus loin dix fois que d'icy en Savoye, + Et lors diray pour plus estre blasme: + Je hez ma dame que tant aymer souloye + + Se je le dy, je jure sur mon ame + Que ce sera contre ma voulente. + Je prye a Dieu qu'il n'y puist avoir ame + A celle fin qu'il ne soit raporte. + Car jasoit ce qu'elle m'ait courrouce + Tant qu'on peut plus, cent mille fois mourroye + Avant que j'eusse ne dit ne profere: + Je hez ma dame que tant aymer souloye. + + + X. RONDEL. + + Quelque chose qu'Amours ordonne, + Force m'est que vous habandonne + Pour pourchasser ailleurs mon bien; + Car, sur ma foy, je congnois bien + Que vous m'estes pire que bonne. + + Trop a de cueur qui vous en donne: + Pour ce ja Dieu ne me pardonne + Se vous avez jamais le mien, [P. 139] + Quelque chose qu'Amours ordonne. + + Si n'aymeray je ja personne + Que vous, quoy que l'on me sermonne, + En tout ce monde terrien; + Mais maintenant je n'en fais rien, + Et sers selon qu'on me guerdonne. + Quelque chose qu'Amours ordonne, + Force m'est que vous habandonne. + + + + XI. RONDEL. + + Hahay! estes vous rencherie, + Dieux y ait part, puis devant hier? + Ma dame, c'est pour enrager! + Le faictes-vous par mocquerie? + + Mais venez ca, je vous en prie: + Est le cuir devenu si cher? + Hahay! estes vous rencherie? + + Et dea! et ne scavez-vous mie + Que mon pere est cordouennier; + Vous voulez bazanne priser + Plus que cordouen la moitie. + Hahay! estes-vous rencherie? + + + + XII. RONDEL. + + Au plus offrant ma dame est mise + Et dernier encherisseur. + Je ne scay se c'est par honneur, + Mais je n'en prise pas la guise. + + Elle m'avoit sa foy promise, [P. 140] + Mais je voy qu'elle a mis son cueur + Au plus offrant. + + Et pour ce je quitte la prinse + D'estre nomme son serviteur, + Car donner me porte malheur. + Ainsi j'ay laisse l'entreprise + Au plus offrant. + + + XIII. RONDEL. + + Entens a moy, vray dieu d'amours, + Et faiz que la mort ait son cours + Hastivement, + + Car j'ay mal employe mes jours. + Je meurs en aymant par amours + Certainement. + + Languir me fault en griefs doulours. + + + XIV. BALLADE + _Pour ung prisonnier._ + + S'en mes maulx me peusse esjoyr + Tant que tristesse me feust joye + Par me doulouser et gemir, + Voulentiers je me complaindroye; + Car, s'au plaisir Dieu, hors j'estoye, + J'ay espoir qu'au temps advenir + A grant honneur venir pourroye + Une fois avant que mourir. + + Pourtant, s'ay eu moult a souffrir [P. 141] + Par fortune, dont je larmoye, + Et que n'ay pas peu obtenir + N'avoir ce que je pretendoye, + Au temps advenir je vouldroye + Voulentiers bon chemin tenir + Pour acquerir honneur et joye + Une fois avant que mourir. + + Sans plus loin exemple querir, + Par moy mesme juger pourroye + Que meschief nul ne peult fouyr, + S'ainsi est qu'advenir luy doye. + C'est jeunesse qui tout desvoye; + Nul ne s'en doit trop esbahyr. + Si juste n'est qui ne fourvoye + Une fois avant que mourir. + + Prince, s'aucun povoir avoye + Sur ceulx qui me font cy tenir, + Voulentiers vengeance en prendroye + Une fois avant que mourir. + + + XV. RONDEL. + + Comme moy vous aurez voz gages. + J'en fuz bien paye au partir: + Plain de dueil jusques au partir, + Ne sont-ce plaisans advantages? + + Servez amours entre vous sages: + Il vous en fera repentir; + Comme moy vous aurez vos gages. + + Repeuz serez de doulx langaiges [P. 142] + Pour vous garder de departir. + Quant est a moy, j'en suys martir. + Bien tard congnoistrez telz ouvrages; + Comme moy vous aurez vos gages. + + + XVI. BALLADE. + + Il n'est danger que de vilain, + N'orgueil que de povre enrichy, + Ne si seur chemin que le plain, + Ne secours que de vray amy, + Ne desespoir que jalousie, + N'angoisse que cueur convoiteux, + Ne puissance ou il n'ait envie, + Ne chere que d'homme joyeulx; + + Ne servir qu'au roy souverain, + Ne lait nom que d'homme ahonty, + Ne manger fors quant on a faim, + N'emprise que d'homme hardy, + Ne povrete que maladie, + Ne hanter que les bons et preux, + Ne maison que la bien garnie, + Ne chere que d'homme joyeulx; + + Ne richesse que d'estre sain, + N'en amours tel bien que mercy, + Ne de la mort rien plus certain, + Ne meilleur chastoy que de luy; + Ne tel tresor que preudhommye, + ***************************** + Ne paistre qu'en grant seigneurie, + Ne chere que d'homme joyeulx; + + ENVOI. [P. 143] + + Que voulez-vous que je vous die? + Il n'est parler que gracieulx, + Ne louer gens qu'apres leur vie, + Ne chere que d'homme joyeulx + + + XVII. BALLADE MORALE. + + D'une dague forte et aiguee + Soit-il frappe parmy l'eschine, + Et ait tousjours une sansue + Attachee a sa poitrine, + Et attainct d'une coulevrine + Entre le nez et le menton, + Ou qu'en prison vive en famine, + Qui autruy blasme sans raison. + + Son giste soit emmy la rue, + Tout nud quand il fera bruyne, + Sur pel de hericon pointue, + Couvert d'une chere estamine; + De vent de bise sa courtine, + Et soit mors d'ung escorpion, + Ou qu'en prison vive en foraine, + Qui autruy blasme sans raison. + + Sa chair soit detrenchee menue + Plus qu'au moulin n'est la farine, + Ou de gros nerfz soit bien batue, + Ou couche nud sur tas d'espine: + Et affin que plus tost il fine, + Son corps soit remply de poison, + Ou qu'en prison vive en famine, [P. 144] + Qui autruy blasme sans raison. + + ENVOI. + + Prince, soit mis en la gehaine + Dix fois le jour comme ung larron, + Ou qu'en prison vive en famine, + Qui autruy blasme sans raison. + + + + XVIII. BALLADE. + + J'ay ung arbre de la plante d'amours, + Enracine en mon cueur proprement, + Qui ne porte fruits, sinon de dolours, + Fueilles d'ennuy et fleurs d'encombrement; + Mais, puis qu'il fut plante premierement, + Il est tant creu, de racine et de branche, + Que son umbre, qui me porte nuysance, + Fait au dessoubs toute joye seichier, + Et si ne puis, pour toute ma puissance, + Autre planter, ne celuy arrachier. + + De si long-temps est arrose de plours + Et de lermes tant douloureusement, + Et si n'en sont les fruits de rien meillours: + Ne je n'y truys gueres d'amendement. + Je les recueille pourtant soigneusement. + C'est de mon cueur l'amere soustenance, + Qui trop mieux fust en friche ou en souffrance + Que porter fruits qui le dussent blecier; + Mais pas ne veult l'amoureuse ordonnance, + Autre planter, ne celuy arrachier. + + S'en ce printemps, que les feuilles et fleurs [P. 145] + Et arbrynceaux percent nouvellement, + Amours vouloit moy faire ce secours, + Que les branches qui font empeschement + Il retranchast du tout entierement, + Pour y enter ung rynceau de plaisance, + Il gecteroit bourgeons de souffisance; + Joye en istroit, dont il n'est rien plus chier; + Et ne fauldroit ja, par desesperance, + Autre planter, ne celuy arrachier. + + ENVOI. + + Ma princesse, ma premiere esperance, + Mon cueur vous sert en dure penitence. + Faictes le mal qui l'acqueult retranchier, + Et ne souffrez en vostre souvenance + Autre planter, ne celuy arrachier. + + + + XIX. BALLADE. + + Plaisant assez, et des biens de fortune + Ung peu garny, me trouvay amoureux, + Voire si bien, que, tant aymay fort une, + Que nuit et jour j'en estois langoureux. + Mais tant y a, que je fus si heureux + Que, moyennant vingt escus a la rose, + Je fis cela que chacun bien suppose. + Alors je dis, connoissant ce passage: + "Au fait d'amours, babil est peu de chose; + Riche amoureux a tousjours l'advantage. + + Or est ainsy que, durant ma pecune, + Je fus traite comme amy precieux; + Mais, tost apres, sans dire chose aucune, + Cette vilaine alla jetter les yeulx [P. 146] + Sur un vieillard riche, mais chassieux, + Laid et hideux trop plus qu'on ne propose. + Ce neantmoins, il en jouit sa pose, + Dont moy, confus, voyant un tel ouvrage, + Dessus ce texte allay bouter en glose: + Riche amoureux a tousjours l'advantage. + + Or elle a tort, car noyse ny rancune + N'eut onc de moy. Tant lui fus gracieux, + Que, s'elle eust dit: "Donne-moy de la lune" + J'eusse entrepris de monter jusqu'aux cieulx; + Et, nonobstant, son corps tant vicieux + Au service de ce vieillard expose. + Dont, ce voyant, un rondeau je compose, + Que luy transmets; mais, en pou de langage, + Me respond franc: "Povrete te depose: + Riche amoureux a tousjours l'advantage!" + + ENVOI. + + Prince tout bel, trop mieux parlant qu'Orose, + Si vous n'avez toujours bourse desclose, + Vous abusez: car Meung, docteur tres sage, + Nous a descrit que, pour cueillir la rose, + Riche amoureux a tousjours l'advantage. + + + + XX. BALLADE. + + Qui en amours veut estre heureux, + Faut tenir train de seigneurie, + Estre prompt et advantureux + Quand vient a monstrer l'armarie: + Porter drap d'or, orfaverie, + Car cela les dames esmeut. + Tout sert; mais, par saincte Marie! [P. 147] + Il ne fait pas ce tour qui veult. + + Je fus nagueres amoureux + D'une dame cointe et jolie, + Qui me dit, en mots gracieux: + "Mon amour est en vous ravie; + Mais il faut qu'el soit desservie + Par cinquante escus d'or, s'on peut. + --Cinquante escus! Bon gre ma vie! + Il ne fait pas ce tour qui veult." + + Alors luy donnay sur les lieux + Ou elle feisoit l'endormie: + Quatre venues, de coeur joyeux, + Luy fis en moins d'heure et demie. + Lors me dit, a voix espasmie: + "Encore un coup! le coeur me deult. + --Encore un coup! Helas! m'amye, + Il ne fait pas ce tour qui veult!" + + ENVOI. + + Prince d'amours, je te supplie, + Si plus ainsi elle m'accuelt, + Que ma lance jamais ne plie: + Il ne fait pas ce tour qui veult! + + + + XXI. BALADE JOYEUSE DES TAVERNIERS. + + D'ung gect de dart, d'une lance asseree, + D'ung grant faussart, d'une grosse massue, + D'une guisarme, d'une fleche ferree, + D'ung bracquemart, d'une hache esmolue, + D'ung grand penart et d'une bisaguee, + D'ung fort espieu et d'une saqueboute; [P. 148] + De maulx briguans puissent trouver tel route + Que tous leurs corps fussent mis par morceaulx, + Le cueur fendu, descire par monceaulx, + Le col couppe d'ung bon branc acherin, + Descirez soient de truye et de pourceaulx + Les taverniers qui brouillent nostre vin. + + D'ung arc turcquois, d'une espee affilee + Ayent les paillars la brouaille cousue, + De feu gregoys la perrucque bruslee, + Et par tempeste la cervelle espandue, + Au grand gibet leur charongne pendue, + Et briefvement puissent mourir de goutte, + Ou je requiers et pry que l'on leur boute + Parmy leur corps force d'ardans barreaulx; + Vifs escorchez des mains de dix bourreaulx, + Et puis bouillir en huille le matin, + Desmembrez soient a quatre grans chevaux, + Les taverniers qui brouillent nostre vin. + + D'un gros canon la tete escarbouillee + Et de tonnerre acablez en la rue + Soient tous leurs corps, et leur chair dessiree, + De gros mastins bien garnye et pourvue, + De forz esclers puissent perdre la veue, + Neige et gresil tousjours sur eux degoutte, + Avecques ce ilz aient la pluye toute + Sans que sur eux ayent robbes ne manteaulx, + Leurs corps trenchez de dagues et couteaulx, + Et puis traisnez jusques en l'eau du Rin; + Desrompuz soient a quatre-vingts marteaulx + Les taverniers qui brouillent nostre vin. + + Prince, de Dieu soient maulditz leurs boyaulx, [P. 149] + Et crever puissent par force de venin + Ces faulx larrons, maulditz et desloyaulx, + Les taverniers qui brouillent nostre vin + + + + XXII. S'ENSUIT LE MONOLOGUE DU [P. 150] + FRANC ARCHIER DE BAIGNOLLET + + AVEC SON EPITAPHE. + + C'est a meshuy! J'ay beau corner! + Or ca, il s'en fault retourner, + Maulgre ses dentz, en sa maison + Si ne vis-je pieca saison + Ou j'eusse si hardy couraige + Que j'ay! Par la morbieu! j'enraige + Que je n'ay a qui me combatre... + Y a-il homme qui a quatre, + Dy-je, y a-il quatre qui vueillent + Combatre a moy? Se tost recueillent + Mon gantelet; vela pour gaige! + Par le sang bieu! je ne crains paige, + S'il n'a point plus de quatorze ans. + J'ay autresfoys tenu les rencz, + Dieu Mercy! et gaigne le prix + Contre cinq Angloys que je pris, + Povres prisonniers desnuez, [P. 151] + Si tost que je les euz ruez. + Ce fust au siege d'Alencon. + Les troys se misrent a rancon, + Et le quatriesme s'enfuyt. + Incontinent que l'autre ouyt + Ce bruit, il me print a la gorge. + Se je n'eusse crie: Sainct George! + Combien que je suys bon Francoys, + Sang bieu! il m'eust tue ancoys + Que personne m'eust secouru. + Et quand je me senty feru + D'une bouteille, qu'il cassa + Sur ma teste: "Venez ca, ca! + Dis-je lors. Que chascun s'appaise! + Je ne quiers point faire de noise, + Ventre bieu! et buvons ensemble. + Pose soit ores que je tremble, + Sang bieu! je ne vous crains pas maille." + + _Cy dit ung quidem, par derriere les gens_: + Coquericoq. + + Qu'esse cy? J'ay ouey poullaille + Chanter chez quelque bonne vieille; + Il convient que je la resveille. + Poullaille font icy leurs nidz! + C'est du demourant d'Ancenys, + Par ma foy! ou du Champ-Tourse... + Helas! que je me vis course + De la mort d'ung de mes nepveux! + J'euz d'ung canon par les cheveux, + Qui me vint cheoir tout droit en barbe; + Mais je m'escriay: "Saincte Barbe! [P. 152] + Vueille-moy ayder a ce coup, + Et je t'ayderay l'autre coup!" + Adonc le canon m'esbranla, + Et vint ceste fortune-la + Quand nous eusmes le fort conquis. + Le Baronnet et le Marquis, + Craon, Cures, l'Aigle et Bressoire, + Accoururent pour veoir l'histoire; + La Rochefouquault, l'Amiral, + Aussi Beuil et son attirail, + Pontievre, tous les capitaines, + Y deschausserent leurs mitaines + De fer, de paour de m'affoler, + Et si me vindrent acoler + A terre, ou j'estoye meshaigne, + De paour de dire: "Il n'a daigne!" + Combien que je fusse malade, + Je mis la main a la salade, + Car el m'estouffoit le visaige. + "Ha! dist le Marquis, ton oultraige + Te fera une foys mourir!" + Car il m'avoit bien veu courir, + Oultre l'ost, devant le chasteau. + Helas! j'y perdy mon manteau, + Car je cuidoye d'une poterne + Que ce fust l'huys d'une taverne. + Et moy tantost de pietonner, + Car, quand on oyt clarons sonner, + Il n'est courage qui ne croisse. + Tout aussitost: "Ou esse? Ou esse? + Et, a brief parler, je m'y fourre, + Ne plus ne moins qu'en une bourre. + Si ce n'eust este la brairie + Du coste devers la prairie, [P. 153] + De nos gens, qui crioient trestous, + Disant: "Pierre, que faictes-vous? + N'assaillez pas la basse court + Tout seul!" je l'eusse prins tout court, + Certes; mais c'eust este outraige. + Et se ce n'eust este ung paige + Qui nous vint trencher le chemin, + Mon frere d'armes Gueillemin + Et moy, Dieu lui pardoint, pourtant! + Car, quoy? il nous en pend autant + A l'oeil, eussions, sans nulle faille, + Frappe au travers la bataille + Des Bretons; mais nous apaisames + Nos couraiges et recullames... + Que dy-je? non pas reculer, + Chose dont on ne doibt parler... + Ung rien, jusque au Lyon d'Angiers. + Je ne craignoye que les dangiers, + Moy; je n avoye paour d'aultre chose. + Et quand la bataille fut close, + D'artillerie grosse et gresle + Vous eussez ouy, pesle-mesle: + _Tip, tap, sip, sap_, a la barriere, + Aux esles, devant et derriere. + J'en eus d'ung parmy la cuirace. + Les dames qu'estoient en la place + Si ne craignoyent que le couillart. + Certes, j'estoye ung bon paillart; + J'en avoye ung si portatif, + Se je n'eusse este si hastif + De mettre le feu en la pouldre, + J'eusse destruit et mis en fouldre + Tout quanqu'avoit de damoiselles. + Il porte deux pierres jumelles, [P. 154] + Mon couillart: jamais n'en a meins. + Et dames de joindre les mains, + Quand ilz virent donner l'assault. + Les ungs se servoyent du courtault + Si dru, si net, si sec que terre. + Et puis, quoy? parmy ce tonnerre, + Eussez ouy sonner trompilles, + Pour faire dancer jeunes filles + Au son du courtault, haultement. + Quand j'y pense, par mon serment! + C'est vaine guerre qu'avec femmes; + J'avoye toujours pitie des dames. + Veu qu'ung courtault tresperce ung mur, + Ilz auroyent le ventre bien dur, + S'il ne passoit oultre... Pensez + Qu'on leur eust faict du mal assez, + Se l'en n'eust eu noble couraige; + Mesmes ces pehons de villaige, + J'entens pehons de plat pays, + Ne se fussent point esbahis + De leur mal faire; mais nous sommes + Tousjours, entre nous gentilz hommes, + Au guet dessus la villenaille. + J'estoye par deca la bataille, + Tousjours la lance ou la bouteille + Sur la cuisse: c'estoit merveille, + Merveille de me regarder. + Il vint ung Breton estrader, + Qui faisoit rage d'une lance; + Mais il avoit, de jeune enfance, + Les reins rompus; c'estoit dommaige. + Il vint tout seul, par son oultraige, + Estrader par mont et par val; + Pour bien pourbondir ung cheval [P. 155] + Il faisoit feu et voire flambe. + Mais je lui trenchay une jambe, + D'ung revers, jusques a la hanche; + Et fis ce coup-la ung dimenche, + Que dy-je? ung lundy matin. + Il ne s'armoit que de satin, + Tant craignoit a grever ses reins. + Voulentiers frappoit aux chanfrains + D'ung cheval, quand venoit en jouste, + Ou droit a la queue, sans doubte. + Point il ne frappoit son roussin, + Pource qu'il avoit le farcin, + Que d'ung baston court et noailleux, + Dessus sa teste et ses cheveulx, + De paour de le faire clocher. + Aussi, de paour de tresbucher, + Il alloit son beau pas, _tric, trac_, + Et ung grant panon de bissac + Voulentiers portoit sur sa teste. + D'ung tel homme fault faire feste + Autant que d'ung million d'or. + Gens d'armes! c'est ung grant tresor; + S'il vault riens il ne fault pas dire. + J'ay fait raige avecques La Hire: + Je l'ay servy trestout mon aage. + Je fus gros vallet, et puis page, + Archier, et puis je pris la lance, + Et la vous portoye sur la panse, + Tousjours trousse comme une poche. + Et puis, monseigneur de la Roche, + Que Dieu pardoint, me print pour paige. + J'estoye gent et beau de visaige, + Je chantoye et brouilloye des flustes, + Et si tiroye entre deux butes. [P. 156] + A brief parler, j'estoye ainsi + Mignon comme cest enfant-cy; + Je n'avoys pas gramment plus d'aage... + Or ca, ca, par ou assauldray-je + Ce cocq que j'ay ouy chanter? + A peu besongner bien vanter; + Il fault assaillir cest hostel. + + _Adonc appercoit le Franc Archier un espoventail de_ + cheneviere, faict en facon d'ung gendarme, + croix blanche devant et croix noire + derriere, en sa main tenant + une arbaleste_. + + (A part.) + + Ha! le Sacrement de l'autel! + Je suis affoibly! Qu'esse-cy? + + (A l'espoventail.) + + Ha! Monseigneur, pour Dieu, mercy! + Hault le trait, qu'aye la vie franche! + Je voy bien, a vostre croix blanche, + Que nous sommes tout d'ung party. + + (A part.) + + D'ond, tous les diables! est-il sorty, + Tout seul et ainsi effroye? + + (A l'espoventail.) + + Comment! Estes-vous desvoye? + Mettez jus, je gage l'amende. + Et, pour Dieu, mon amy, desbende + Au hault ou au loing ton baston! + _Adonc il advise sa croix noire_. [P. 157] + Par le sang bieu! c'est ung Breton, + Et je dy que je suis Francoys!... + Il est fait de toy, ceste fois, + Perrenet; c'est ung parti contraire! + + (A l'espoventail.) + + Hen, Dieu! et ou voulez-vous traire? + Vous ne scavez pas que vous faictes. + Dea! je suis Breton, si vous l'estes. + Vive sainct Denis ou sainct Yve! + Ne m'en chault qui, mais que je vive! + Par ma foi! Monseigneur mon maistre, + Se vous voulez scavoir mon estre, + Ma mere fut nee d'Anjou, + Et mon pere je ne scay d'ou, + Sinon que j'ouy reveler + Qu'il fut natif de Lantriquer. + Comment scauray-je vostre nom? + Monseigneur Rollant, ou Yvon, + Mort seray quand il vous plaira! + + (A part.) + + Et comment! il ne cessera + Meshuy de me persecuter, + Et si ne me veult escouter! + + (A l'espoventail.) + + En l'honneur de la Passion + De Dieu, que j'aye confession, + Car je me sens ja fort malade! + Or, tenez, vela ma salade, + Qui n'est froissee ne couppee; + Je la vous rens, et mon espee, [P. 158] + Et faictes prier Dieu pour moy. + Je vous laisse, sur vostre foy, + Ung voeu que je doibs a sainct Jacques. + Pour le faire, prendrez mon jacques, + Et ma ceinture et mon cornet. + + (A part.) + + Tu meurs bien maulgre toy, Pernet, + Voire maulgre toi et a force! + + (Au public.) + + Puis qu'endurer fault et a force, + Priez pour l'ame, s'il vous plaist, + Du Franc Archier de Baignolet, + Et m'escripvez, a ung paraphe, + Sur moy ce petit epitaphe: + + _Cy gist Pernet le Franc Archier, + Qui cy mourut sans desmarcher, + Car de fuyr n'eut onc espace, + Lequel Dieu, par sa saincte grace, + Mette es cieulx, avecques les ames + Des francs archiers et des gens d'armes, + Arriere des arbalestriers. + Je les hay tous: ce sont meurdriers! + Je les congnois bien de pieca. + Et mourut l'an qu'il trespassa._ + + Vela tout; les mots sont tres beaux. + Or, vous me lairrez mes houseaulx, + Car, se j'alloye en paradis + A cheval, comme fist jadis + Sainct Martin, et aussi sainct George, + J'en seroye bien plus prest... Or je [P. 159] + Vous laisse gantelet et dague: + Car, au surplus, je n'ay plus bague + De quoy je me puisse deffendre. + + (A l'espoventail.) + + Attendez! me voulez-vous prendre + En desaroy? Je me confesse + A Dieu, tandis qu'il n'y a presse, + A la Vierge et a tous sainctz. + + (A part.) + + Or meurs-je les membres tous sains + Et tout en bon point, ce me semble. + Je n'ay mal, sinon que je tremble + De paour et de malle froidure, + Et de mes cinq sens de nature... + Cinq cens! Ou prins, qui ne les emble? + Je n'en veiz onc cinq cens ensemble, + Par ma foy! n'en or, n'en monnoye. + Pour neant m'en confesseroye: + Oncques ensemble n'en veiz deux. + Et de mes sept pechez morteux + Il fault bien que m'en supportez: + Sur moy je les ay trop portez; + Je les metz jus, avec mon jacques. + J'eusse attendu jusques a Pasques, + Mais vecy ung advancement. + Et du premier commendement + De la Loy, qui dit qu'on doibt croire + (Non pas l'estoc quand on va boire, + Cela s'entend) en ung seul Dieu, + Jamais ne me trouvay en lieu + Ou j'y creusse mieulx qu'a ceste heure, + Mais qu'a ce besoing me sequeure. + + (A l'espoventail.) [P. 160] + + Ne desbendez? Je ne me fuys! + + (A part.) + + Helas! je suis mort ou je suis. + Je suis aussi simple, aussi coy + Comme une pucelle; car, quoy + Dit le second commendement? + Qu'on ne jure Dieu vainement. + Non ay-je en vain, mais tres ferme, + Ainsi que fait ung bon genderme, + Car il n'est rien craint, s'il ne jure. + Le tiers nous enjoingt et procure, + Et advertist et admoneste, + Que l'en doit bien garder la feste, + Autant en hyver qu en este: + J'ay tousjours voulentiers feste, + De ce ne mentiray-je point; + Et le quatriesme nous enjoint + Qu'on doit honnorer pere et mere: + J'ay tousjours honore mon pere, + En moy congnoissant gentilhomme + De son coste, combien qu'en somme + Sois villain et de villenaille. + + (A l'espoventail.) + + Et, pour Dieu, mon amy, que j'aille + Jusques amen; misericorde! + Relevez ung peu vostre corde; + Ferez que le traict ne me blesse. + + (A part.) + + Item, morbieu! je me confesse + Du cinquiesme, sequentement: + Deffend-il pas expressement [P. 161] + Que nul si ne soit point meurtrier? + + (A l'espoventail.) + + Las! Monseigneur l'arbalestrier, + Gardez bien ce commendement; + Quant est a moy, par mon serment, + Meurdre ne fis onc qu'en poulaille. + + (A part.) + + L'aultre commendement nous baille + Qu'on n'emble rien; ce ne fis oncque, + Car en lieu n'en place quelconque + Je n'euz loysir de rien embler. + J'ay assez a qui ressembler + En ce point; je n'ay point meffait, + Car, se l'en m'eust pris sur le fait, + Dieu scet comme il me fust mescheu! + + _Cy lusse tomber a terre l'espoventail, celluy qui + le tient_. + + (A l'espoventail.) + + Las! monseigneur! vous estes cheu!... + Jesus! et qui vous a boute, + Dictes? Ce n'ay-je pas este, + Vrayement, ou diable ne m'emporte, + Au cas, dictes? Je m'en rapporte + A tous ceulx qui sont cy, beau sire, + Affin que ne vueillez pas dire + Que c'est demain ou pour demain. + Au fort, baillez-moy vostre main, + Je vous ayderay a lever. + Mais ne me vueillez pas grever: + J'ai pitie de vostre fortune. + + _Cy appercoyt le Franc Archier, de l'espoventail, que [P. 162] + ce n'est pas ung homme_. + + Par le corps bieu! j'en ay pour une! + Il n'a pie ne main; il ne hobe; + Par le corps bieu! c'est une robe + Plaine, de quoy? charbieu! de paille! + Qu'esse-cy? morbieu! on se raille, + Ce cuiday-je, des gens de guerre... + Que la fievre quartaine serre + Celluy qui vous a mis icy! + Je le feray le plus marry, + Par la vertu bieu! qu'il fut oncques. + Se mocque on de moy quelconques? + Et ce n'est, j'advoue sainct Pierre! + Qu'espoventail de cheneviere, + Que le vent a cy abatu!... + La mort bieu! vous serez batu, + Tout au travers, de ceste espee... + Quand la robbe seroit couppee, + Ce seroit ung tres grand dommaige. + Je vous emporteray pour gaige, + Toutesfoys, apres tout hutin. + Au fort, ce sera mon butin, + Que je rapporte de la guerre. + On s'est bien raille de toi, Pierre, + La charbieu saincte et beniste! + Vous eussiez eu l'assault bien viste, + Se j'eusse sceu vostre prouesse: + Vous eussiez tost eu la renverse, + Voir, quelque paour que j'en eusse. + Or pleust a Jesus que je fusse, + A tout cecy, en ma maison! + Qu'il poise! Mengie a foison [P. 163] + De paille: elle chiet par derriere. + C'est paine pour la chamberiere, + De la porter hors de ce lieu. + + (Au public.) + + Seigneurs, je vous commande a Dieu; + Et se l'on vous vient demander + Qu'est devenu le Franc Archier, + Dictes qu'il n'est pas mort encor, + Et qu'il emporte dague et cor, + Et reviendra par cy de brief. + Adieu; je m'en vois au relief. + + FIN DU MONOLOGUE DU FRANC ARCHIER + DE BAIGNOLLET. + + + + XXIII. [P. 164] + + DIALOGUE DE MESSIEURS + DE MALLEPAYE ET DE BAILLEVENT. + + M. Hee, Monsieur de Baillevent! B. Quoy + De neuf? M. On nous tient en aboy, + Comme despourveuz, malureux. + B. Si j'avoye autant que je doy, + Sang bieu! je seroye chez le Roy, + Un page apres moy! M. Voire deux! + + B. Nous sommes francs... M. Adventureux. + B. Riches. M. Bien aises B. Plantureux. + M. Voire, de souhaits. B. C'est assez. + M. Gentilz hommes. B. Hardis. M. Et preux. + B. Par l'huys. M. Du joly Souffreteux + Heritiers. B. De gaiges cassez. + + M. Nous sommes, puis troys ans passez + Si minces. B. Si mal compassez. + M. Si simples. B. Legiers comme vent. + M. Si esbaudiz. B. Si mal pansez, [P. 165] + De donner pour Dieu dispensez, + Car nous jeusnons assez souvent. + + M. Hee, monsieur de Baillevent, + Qui peult trouver, soubz quelque amant, + Deux ou troys mille escus, quel proye! + B. Nous ferions bruyt. M. Toutallement. + B. Le quartier en vault l'arpent, + Pardieu! Monsieur de Mallepaye! + + M. J'escripz contre ces murs. B. Je raye, + Puis de charbon et puis de craye. + M. Je raille. B. Je fays chere a tous. + M. Nous avons beau coucher en raye, + L'oreille au vent, la gueulle baye, + On ne faict point prochas de nous. + + B. Helas! serons-nous jamais soulx? + M. Il ne fault que deux ou trois coups + Pour nous remonter. B. Doux. M. Droictz. B. Druz. + M. Pour fringuer. B. Pour porter le houx. + M. Gens... B. A dire: D'ond venez-vous? + M. Francs. B. Fins. M. Froidz. B. Forts. + M. Grans. B. Gros. M. Escreuz. + + B. De serjens sommes tous recreux, + Et si n'avons nulz bien acreuz. + M. Nous debvons. B. On nous doibt. M. Fourraige. + B. Entretenus. M. Comme poux creux. + B. Jurons sang bieu, nous serons creuz: + Arriere, piettons de village! + + M. Ne suis-je pas beau personnaige? [P. 166] + B. J'ay train de seigneur. M. Pas de saige. + B. Ressourdant. M. Comme bel alun. + B. Pathelin en main. M. Dire raige. + B. Et, par la mort bien! c'est dommage, + Que ne mettons vilains eu run. + + M. Hee! cinq cens escus! B. C'est esgrun. + M. Quand j'en ay j'en offre a chascun, + Et suis bien aise quand j'en preste. + B. Mes rentes sont sur le commun; + M. Mais povres gens n'en ont pas ong; + B. J'y romproye pour neant la teste. + + M. S'il povoyt venir quelque enqueste, + Quelque mandement ou requeste, + Ou quelque bonne commission! + B. Mais en quelque banquet honneste, + Faire accroire a cest ou a ceste + La Pragmatique Sanction! + + M. Et si elle y croit? B. Promision. + M. Se elle promet? B. Monition. + M. Se on l'admoneste? B. Qu'on marchande. + M. Se on faict marche? B. Fruiction. + M. Se on fruict? B. La Petition + En facon de belle demande + + D'ung beau cent escus. M. Quelle viande! + B. Qui l'auroit quand on la demande, + On ferait... M. Quoi? B. Feu. M. Sainct Jehan, voire! + B. On tauxeroit bien grosse amende + Sur le faict de ceste demande, [P. 167] + Se j'en quictoye le petitoire. + + M. Quel bien! B. Quel heur! M. Quel accessoire! + B. Je me raffroichiz la memoire + Quand il m'en souvient. M. Quel plaisir! + B. Se on nous bailloit par inventaire + Deux mil escuz en une armoire, + Ilz n'auroient garde d'y moysir. + + M. Qui peut prendre! B. Qui peut choisir! + M. Gaigner! B. Espargner! M. Se saisir! + Nous serions partout bienvenuz. + B. Ung songe! M. Mais quel? B. De plaisir. + M. Nous prendrons si bien le loisir + De compter ne scay quantz escuz. + + B. Nous sommes bien entretenuz. + M. Aymez. B. Portez. M. Et soustenuz... + B. De nos parens. M. De bonne race. + B. Rentes assez et revenuz, + Et s'a present n'en avons nulz, + Ce n'est que malheur qui nous chasse. + + M. Je n'en fais compte. B. Je raimasse. + M. Je volle par coups. B. Je tracasse, + Puis au poil et puis a la plume. + M. Je gaudis, et si je rimasse, + Que voulez-vous! il ne tient qu'a ce + Que je ne l'ay pas de coustume. + + B. D'honneur assez. M. Chascun en hume. + B. Je destains le feu. M. Je l'allume. + B. Je m'esbas. M. Je passe mon dueil. [P. 168] + B. Le plus souvent, quand je me fume, + Je batteroye comme fer d'enclume, + Si je me trouvoye tout seul. + + M. Je ris. B. Je bave sur mon sueil. + M. Je donne a quelqu'une ung guin d'oeil. + B. Je m'esbas a je ne scay quoy. + M. J'entretiens. B. Je fais bel accueil. + M. On me fait tout ce que je vueil, + Quand nous sommes mon paige et moy. + + B. Je ne demande qu'avoir dequoy, + Belle amye, et vivre a requoy, + Faire tousjours bonne entreprise, + Belles armes, loyal au Roy. + M. Mais trois poulx rempans en aboy + Pour le gibier de la chemise! + + B. Je porteroye pour ma devise + La marguerite en or assise + Et le houx partout estandu. + M. Vostre cry, quel? B. Nouvelle guise. + M. Riens en recepte, tant en mise, + Et, toute somme, item perdu. + + B. Je vous seroye, au residu, + Gorgias sur le hault verdi + Le bel estomac d'alouette. + M. Robbe! B. De gris blanc, gris perdu, + Bien emprunte et mal rendu, + Paye d'une belle estiquette. + + M. Puis la chaine d'or, la baguette, + Le lacqs de soye, la cornette... [P. 169] + B. De velours. M. C'est bel affiquet. + B. Quand nous aurions fait nostre emplete, + La porte seroit bien estroicte + Se ne passions jusqu'au ticquet. + + M. Nectelet. B. Gorgias. M. Friquet. + B. De vert? M. Tousjours quelque bouquet. + B. Selon la saison de l'annee. + M. Et de paige? B. Quelque naquet. + M. S'il vient hasart en ung banquet? + B. Le prendre entre bond et vollee. + + M. Aux survenans? B. Chere meslee. + M. Aux povres duppes? B. La havee. + M. Et aux rustes? B. Le jobelin. + M. Aux mignons de court? B. L'accollee. + M. Aux gens de mesmes? B. La risee. + M. Et aux ouvriers? B. Le pathelin. + + M. D'entretenir? B. Damoiselin. + M. Et saluer? B. Bas comme lin. + M. Et diviser? B. Motz tous nouveaulx. + Pour contenter le femynin. + Nous ferions plus d'ung esclin + Qu'ung aultre de quinze royaulx. + + M. Hee, cueurs joyeux! B. Hee, cueurs loyaulx! + M. Prests. B. Prins. M. Prompts. B. Preux. M. Especiaulx. + B. Aymez. M. Supportez. B. Bien receuz. + M. Nous devrions passer aux sceaulx + Envers les officiers royaulx, [P. 170] + Comme messieurs les despourveuz. + + B. De congnoissance bien pourveuz + Et de sagesse. M. On nous a veuz + Si gentilz et si francs. B. Si doulx. + M. Helas! cent escuz nous sont deubz. + B. Au fort, si nous les eussions euz, + On en tint plus compte de nous. + + M. Nous avons faict plaisir a tous. + B. Chere a dire: D'ond venez-vous? + M. Esmerillonnez. B. Advenans. + M. Cent escus, et juger des coups. + On auroit beau mettre aux deux bouts, + Se nous ne tenions des gaignans. + + B. Nous sommes deux si beaulx gallans. + M. Fringans. B. Bruyans. M. Allans. B. Parlans. + M. Esmeuz de franche volunte. + B. Aagez de sens. M. Et jeunes d'ans. + B. Bien gays. M. Assez resceans. + B. Porres d'argent. M. Prou de sante. + + B. Chascun de nous est habite. + M. Maison a Paris. B. Bien monte, + Aussi bien aux champs qu'en la ville. + M. Il y a ceste malheurte + Que de l'argent qu'avons preste + Nous n'en arrons ne croix ne pille. + + B. Ou sont les cens et deux cens mille + Escus que nous avions en pile, + Quand chascun avoit bien du sien? [P. 171] + M. Au fort, se nous n'en avons mille, + Nous sommes, selon l'Evangile, + Des bienheureux du temps ancien. + + B. J'aymasse mieulx qu'il n'en fust rien. + M. Trouvons en par quelque moyen. + B. Qui en a a present? M. Je ne scay. + B. He, ung engin parisien.... + M. Art lombard. B. Franc praticien, + Pour faire a present ung essay! + + M. Je vis le temps que j'avancay + L'argent de chose, et adressay + Tel et tel et tel benefice. + B. Et, pour moy, quand je compasse + Monseigneur tel, et pourchasse + Moy mesmes tout seul son office. + + M. J'estois tousjours a tous propice; + Mais je crains. B. Et quoy? M. Qu'avarice + Nous surprint, si devenions riches. + B. Riches, quoi! Geste faulce lisse, + Pauvrete, nous tient en sa lice. + M. C'est ce qui nous faict estre chiches. + + B. Nous sommes legiers. M. Comme biches. + B. Rebondis... M. Comme belles miches. + B. Et frayses... M. Comme beaulx ongnons. + B. Aussi coustelez. M. Comme chiches, + B. Adventureux. M. Comme Suysses + A Nancy, sur les Bourguygnons. + + B. Entre les gallans. M. Compaignons. + B. Entre les gorgias. M. Mignons. [P. 172] + B. Entre gens d'armes. M. Courageux. + B. S'on barguigne. M. Nous barguignons. + B. Heureulx. M. Gomme beaux champignons. + Mis sus en ung jour ou en deux, + + B. Nous sommes les adventureux + Despourveuz. M. D'argent. B. Plantureux. + M. De nouvelles plaisantes. B. Tant. + M. Pour servir princes. B. Curieux. + M. Et pour les mignons. B. Gracieux. + M. Et pour le commun. B. Tant a tant. + + M. Hee, monsieur de Baillevent, + Quand reviendra le bon temps? + B. Quand chascun aura ses souhaits. + M. Cent mille escus argent comptant, + Sur ma foy, je seroye content + Qu'on ne parlast plus que de paix. + + B. Nous sommes si francs. M. Si parfaits. + B. Si scavans. M. Si cauts en nos faiz. + B. Si bien nez. M. Si preux. B. Si hardis. + M. Saiges. B. Subtilz. M. Advisez. B. Mais + Faulte d'argent et les grans prestz... + M. Nous ont ung peu appaillardis. + + B. Abandonnez. M. Comme hardis. + B. Requis. M. Comme les gras mardis. + B. Et fiers. M. Comme ung beau pet en baing. + B. J'ay dueil que vieulx villains tarnys + Soient d'or et d'argent si garnis, [P. 173] + Et mignons en ont tant besoing. + + M. Nous avons froid. B. Chauld. M. Faim. B. Soif M. Soing. + B. Nous tracassons. M. Ca. B. La. M. Pres. B. Loing. + M. Sans prouffit. B. Sans quelque advantaige. + M. Mais, s'on nous foncoit or au poing, + Nous serions pour faire a ung coing + Nostre prouffit d'aultruy dommage. + + Avez-vous tousjours l'heritaige + De Baillevent? B. Ouy. M. J'enraige + Qu'en Mallepaye n'a vins, blez, grains. + B. Cent francs de rente et ung fromaige, + Vous m'orriez dire de couraige: + Vive le roy! M. Ronfflez, villains! + + B. Qui a le vent? M. Joyeulx mondains. + B. Gre de dames? M. Amoureux craints. + B. Et l'argent, qui? M. Qui plus embource. + B. Qu'est-ce d'entre nous courtissains? + M. Nous prenons escus pour douzains, + Franchement, et bourse pour bource. + + B. Ha! Monseigneur! M. Sang bieu, la mousse + M'a trop couste. B. Et pourquoy? M. Pource. + B. Hay! hay! tout est mal compasse. + M. Comment? B. On ne joue plus du poulce. + M. Qui ne tire. B. Quicte la trousse; + Autant vauldroit ung arc casse. + + M. Monsieur mon pere eust amasse [P. 174] + Plus d'escus qu'on eust entasse + En ung hospital de vermine. + B. Mais nous avons si bien sasse, + Le sang bieu! que tout est passe, + Gros et menu, par l'estamyne. + + M, Si vient guerre, mort ou famine, + Dont Dieu nous gard, quel train, quel myne + Ferons nous pour gaigner le broust? + B. Quant a moy, je me determine + D'entrer chez voisin et voisine + Et d'aller voir si le pot bout. + + M. Mais regardons, a peu de coust, + Quel train nous viendroit mieulx a goust + Pour amasser biens et honneurs. + B. Le meilleur est prendre partout. + M. De rendre, quoy? B. On s'en absoult, + Pour cinq solz, a ces pardonneurs. + + M. Allons servir quelques seigneurs. + B, Aucuns sont si petitz d'honneurs + Qu'on n'y a que peine et meschance. + M. Et prouffit, quel? B. Scions les heurs; + Mais entre nous, ans estradeurs, + Il nous fault esplucher la chance. + + M. Servons marchans pour la pitance, + Pour _fructus ventris_, pour la pance. + B. On y gaigneroit ses despens. + M. Et de foncer? B. Bonne asseurance, + Petite foy, large conscience; + Tu n'y scez riens et y aprens. + + M. De proces, quoy? B. Si je m'y rens, [P. 175] + Je veulx estre mis sur les rangs, + S'ilz ont argent, si je n'en crocque. + M. Quels gens sont-ce? B. Gros marchesens, + Qui se font bien servir des gens; + Mais de payer, querez qui bloque! + + M. Officiers, quoi? C'est toute mocque: + L'ung pourchasse, l'autre desroque, + Et semble que tout soit pour eulx. + B. Laissons-les la. M. Ho! je n'y tocque. + Il n'est point de pire defroque + Que de malheur a malheureux. + + B. Pour despourveuz adventureux + Comme nous, encor c'est le mieulx + De faire l'ost et les gens d'armes. + M. En fuite je suis couraigeux. + B. Et a frapper? M. Je suis piteux; + Je crains trop les coups, pour les armes. + + B. Servons donc Cordeliers ou Carmes, + Et prenons leurs bissacs a fermes, + Car il n'y a pas grand debit. + M. Ilz nous prescheroient en beaulx termes, + Et pleureroyent maintes lermes + Devant que nous prinssions l'habit. + + B. Se en cest malheur et labit + Nous mourions, par quelque acabit, + Ame n'y a qui bien nous face. + M. J'ay ung vieil harnoys qu'on forbit, + Sur lequel je fonde ung obit, [P. 176] + Et du surplus, Dieu le parface! + + B. Hee, fault-il que Fortune efface + Nostre bon bruyt? M. Malheur nous chasse; + Mais il n'a nul bien qui n'endure, + B. Prenons quelque train. M. Suyvons trasse. + B. Nous trassons, et quelqu'un nous trasse: + A loups ravis grosse pasture. + + M. Allons! B. Mais ou? M. A l'adventure. + B. Qui nous admoneste? M. Nature. + B. Pour aller? M. Ou on nous attend. + B. Par quel chemin? M. Par soing ou cure. + B. Logez ou? M. Pres de la clousture + De monsieur d'Angoulevent. + + B. Comment yrons? M. Jusqu'a Claqdent + *************************** + Et passerons par Mallepaye. + B. Brief, c'est le plus expedient + Que nous jetons la plume au vent: + Qui ne peult mordre, si abaye. + + M. Ou ung franc couraige s'employe, + Il treuve a gaigner. B. Querons proye. + M. Desquelz serons-nous? B. Des plus forts. + M. Il ne m'en chault, mais que j'en aye, + Que la plume au vent on envoye. + B. Puis apres? M. Alors comme alors. + + B. La plume au vent! M. Sus. B. La. M. Dehors! + B. Au hault et au loing. M. Corps pour corps. [P. 177] + Je me tiendray des mieulx venuz. + B. On n'yra point, quand serons mors, + Demander au roy les tresors + De messieurs les despourveuz. + + La plume au vent! M. Je le concluz. + **************************** + Pour les povres de ceste annee. + B. Ne demeurons plus si confuz. + **************************** + Au grat, la terre est degelee! + + M. Allons, suyvons quelque trainee. + Devant! vostre fievre est tremblee, + Car nous sommes tous estourdiz. + B. Dieu doint aux riches bonne annee! + M. Aux despourveuz grasse journee! + B. Et aux femmes pesans mariz! + + Prenez en gre, grans et petiz. + + FIN DU DIALOGUE DE MALLEPAYE + ET DE BAILLEVENT. + + + [P. 178] + + + XXIV. + LES REPEUES FRANCHES + DE FRANCOIS VILLON + ET DE SES COMPAGNONS. + + Vous qui cerchez les repeues franches, + Et, tant jours ouvriers que dimenches, + N'avez pas plante de monnoye, + Affin que chascun de vous oye + Comment on les peut recouvrer, + Vueillez vous au sermon trouver + Qui est escript dedans ce livre. + Mettez tous peine de le lire, + Entre vous, jeunes perrucatz, + Procureurs, nouveaulx advocatz, + Aprenans aux despens d'aultruy. + Venez-y tost, sans nul estrif, + Clercz, de praticque diligens, + Qui congnoissez si bien vos gens; + Sergens a pied et a cheval, + Venez-y d'amont et d'aval, + Les hoirs du deffunct Pathelin, [P. 179] + Qui scavez jargon jobelin; + Capitaine du pont-a-Billon; + Tous les subjetz Francoys Villon, + Soyez, a ce coup, reveillez. + Pas ne devez estre oubliez, + Tous gallans a pourpointz sans manches, + Qui ont besoing de repeues franches, + Et tous ceulx, tant yver qu'este, + Qui en ont grant necessite. + Venez vous apprendre comment + Les maistres anciennement + Scavoyent tous les tours de ce faire: + Messire Chascun Poicdenaire, + Qui de livres scait les usaiges, + Et veult lire tous les passaiges, + De celuy en prins appetis; + Venez-y donc, grans et petis, + Car, de la science scavoir, + Vous ne povez que mieulx valoir. + Venez, chevaucheurs d'escuyrie, + Serviteurs de grant seigneurie, + Venez-y sans dilation, + Tous gens sotz et toutes gens sottes; + Venez-y, bigotz et bigottes; + Venez-y, povres Turlupins + Et Cordeliers et Jacopins; + Venez aussi, toutes prestresses, + Qui scavez pieca les adresses + Des presbitaires hault et bas; + Gardez que vous n'y faillez pas! + Venez, gorriers et gorrieres, + Qui faictes si bien les manieres; + Que c'est une chose terrible. + Pour bien faire tout le possible; [P. 180] + Toutes manieres de farseurs, + Anciens et jeunes mocqueurs; + Venez-y tous, vrays macquereaulx + De tous estatz, vieulx et nouveaulx; + Venez-y toutes, macquerelles, + Qui, par vos subtilles querelles, + Avez tousjours en vos maisons + Pour avoir, en toutes saisons, + Tant jours ouvriers que dimenches, + Souvent les bonnes repeues franches. + Venez-y tous, bons pardonneurs, + Qui scavez faire les honneurs, + Aux villages, de bons pastez, + Avecques ces gras curatez, + Qui ayment bien vostre venue + Pour avoir la franche repeue; + Affin que chascun d'eulx enhorte + Les paroissiens, qu'on apporte + Des biens aux pardons de ce lieu, + Et qu'on face du bien pour Dieu. + Tant que le pardonneur s'en aille, + Le cure ne despendra maille, + Et aura maistre Jehan Laurens + Fermement paye les despens + Et quarte de vin, simplement, + Au cure, a son parlement. + De tout estat, soit bas ou hault, + Venez-y, qu'il n'y ait deffault; + Venez-y, varletz, chamberieres, + Qui scavez si bien les manieres, + En disant mainte bonne bave, + D'avoir du meilleur de la cave, + Et puis joyeusement preschez, + Apres que vos gens sont couchez. [P. 181] + Ceulx qui cerchent banquets ou festes + Pour dire quelques chansonnettes, + Affin d'atrapper la repeue, + Que chascun de vous se remue + D'y venir bien legierement; + Et vous pourrez ouyr comment + Ung grant tas de bonnes commeres + Scavent bien trouver les manieres + De faire leurs marys coqus. + Venez-y, et n'attendez plus, + Entre vous, prebstres sans sejour, + Qui dictes deux messes par jour + A Sainct-Innocent, ou ailleurs; + Venez-y, pour scavoir plusieurs + Des passaiges et des adresses + De maintes petites finesses + Que l'en faict facillement + Qu'advient, par faulte d'argent, + En maint lieu, la franche repeue, + Qui ne doit a nul estre teue. + Par tel, cil qui veue ne l'aura, + Paiera, et celuy qui fera + De ceste repeue le present, + De l'escot s'en yra exempt, + Moyennant qu'il monstre ce livre: + Par ce moyen sera delivre; + En lieu ou n'aura este veu + Il sera franchement repeu, + Ainsi qu'on orra plus a plain, + Qui de l'entendre prendra soing. + + + [P. 182] + BALLADE DE L'ACTEUR. + + Quant j'euz ouy ce present mandement: + Qu'on semonnoit venir, de par l'Acteur, + Le dessusdict, j'ay pense lermement + De moy trouver, et en prins l'adventure, + Comme celuy qui, de droicte nature, + Vouloit de ce faire narration, + A celle fin qu'il en fust mention, + A ung chascun, pour le temps advenir, + Qui s'attendent et ont intention + Que les respeues les viendront secourir. + + Mais ce secours est d'anciennement + De tous repas le chief, et par droicture; + Pourquoy, aulcuns, qui ont entendement, + Le treuvent bon, et aultres n'en ont cure, + Et ne cerchent tant que l'argent leur dure, + Mais font du leur si grant destruction, + Qu'ilz en entrent en la subjection, + De faire aux dens l'arquemie, sans faillir, + En attendant, pour toute production, + Que les repeues les viendront secourir. + + J'en ay congneu, qui souvent largement + Donnoyent a tous repeues outre mesure; + Qui depuis ont continuellement + Servy le Pont-a-Billon, par droicture, + Dont la facon a este a maint dure, + En leur grant dueil et tribulation; + Mais lors n'avoyent nulle remission, + Combien que ce leur fist le cueur fremir, + Ilz n'attendoyent aultre succession, [P. 183] + Que les repeues les viendront secourir. + + ENVOI. + + Prince, pour ce que ne me puis tenir + Que de telz faitz ne face mention, + Puisque a mon temps les ay veu avenir, + J'en vueil faire quelque narration, + Et escripre, soubz la correction + Des escoutans, affin d'en souvenir, + La presente nouvelle invention, + Que les repeues les viendront secourir. + + + + BALLADE DES ESCOUTANS. + + Qui en a est Le bien venu; + Qui n'en a point, l'en n'en tient compte, + Cil qui en a est bien congneu, + Cil qui n'en a point vit a honte. + Qui paye l'on exauce et monte + Jusque au tiers ciel, pour en prester: + Son honneur tout aultre surmonte, + Par force de bien acquester. + + Quant entendismes les estatz + De telz dissimulations, + Congnoissant les hauts et les bas, + Par toutes abreviations, + Nous mismes, sans sommations, + Aux champs, par bois et par tailllis. + Pour congnoistre les fictions, [P. 184] + Qui se font souvent a Paris. + + Pource que chacun maintenoit + Que c'estoit la ville du monde + Qui plus de peuple soustenoit, + Et ou maintz estranges abonde, + Pour la grant science parfonde + Renommee en icelle ville, + Je partis, et veulx qu'on me tonde, + S'a l'entree avois croix ne pille. + + Il estoit temps de se coucher, + Et ne scavoye ou heberger; + D'ung logis me vins approcher, + Scavoir s'on m'y vouldroit loger, + En disant: "Avez a menger?" + L'hoste me respondit: "Si ay." + Lors luy priay, pour abreger: + "Apportez-le donc devant moy." + + Je fus servy passablement, + Selon mon estat et ma sorte, + Et pensant, a part moy, comment + Je cheviroye avec l'hoste, + Je m'avise que, soubz ma cotte, + Avois une espee qui bien trenche: + Je la lairray, qu'on ne me l'oste, + En gaige de la repeue franche. + + L'espee estoit toute d'acier, + Il ne s'en failloit que le fer; + Mais l'hoste la me fist machier, + Fourreau et tout, sans fricasser; [P. 185] + Puis, apres, me convint penser + De repaistre, se faim avoye; + Rien n'y eust valu le tencer: + De leans partis sans monnoye. + + + + L'ACTEUR. + + Lendemain, m'aloye enquerant + Pour encontrer Martin Gallant. + Droit en la Salle du Palays + Rencontray, pour mon premier mes, + Tout droit soubz la premiere porte, + Plusieurs mignons d'estrange sorte, + Que sembloit bien a leur habit + Qu'ilz fussent gens de grant acquit. + Lors vins pour entrer en la Salle: + L'ung y monte, l'aultre devalle. + La me pourmenoye, de par Dieu, + Regardant l'estat de ce lieu, + Et quand je l'euz bien regardee, + Tant plus la voys tant plus m'agree; + Je vis la tant de mirlificques, + Tant d'amecons et tant d'afficques, + Pour attraper les plus huppez. + Les plus rouges y sont happez; + A l'ung convient vendre sa terre; + Maint, sans sainctir, la se detterre, + Partie ou peu en demourra + De tout ce que vaillant aura; + Cuydant destruyre son voysin + De Poytou, ou de Lymousin, + Ou de quelque aultre nation, + Maint en est en destruction, + Et fault, ains partir de leans, [P. 186] + Qu'ilz facent l'arquemye aux dens. + On emprunte, qui a credit, + Tout ainsi que devant est dict. + Quand leur argent fort s'appetiese, + Lors leur est la repeue propice, + Et lors cerchent (plus n'en doubtez), + Hault et bas et de tous costez, + Comme on verra par demomstrances + En ce traicte des Repeues franches. + Et quant au regard de plusieurs + Aultres repeues, sont escriptes + Affin qu'on preigne les meilleurs, + En lisant, grandes ou petites. + Vous orrez maintz moyens licites + Comment ilz ont este happez, + Hault et bas, par bonnes conduictes + De ceulx qui les ont attrapez. + + + LA REPEUE + DE VILLON ET DE SES COMPAIGNONS. + + "Qui n'a or, ny argent, ny gaige, + Comment peult-il faire grant chere? + Il fault qu il vive d'avantaige: + La facon en est coustumiere. + Scaurions-nous trouver la maniere + De tromper quelqu'ung, pour repaistre? + ******************************** + Qui le fera sera bon maistre!" + + Ainsi parloyent les compaignons [P. 187] + Du bon maistre Francoys Villon, + Qui n'avoient vaillant deux ongnons, + Tentes, tapis, ne pavillon. + Il leur dit: "Ne nous soucion, + Car, aujourd'huy, sans nul deffault, + Pain, vin, et viande, a grant foyson, + Aurez, avec du rost tout chault." + + _La maniere d'avoir du Poisson._ + + Adoncques il leur demanda + Quelles viandes vouloyent macher: + L'ung de bon poysson souhaita; + L'autre demanda de la chair. + Maistre Francoys, ce bon archer, + Leur dist: "Ne vous en souciez; + Il vous faut voz pourpointz lascher, + Car nous aurons viandes assez." + + Lors partit de ses compaignons, + Et vint a la Poyssonnerie, + Et les laissa dela les pontz, + Quasy plains de melencolie. + Il marchanda, a chere lye, + Ung pannier tout plain de poysson, + Et sembloit, je vous certiffie, + Qu'il fust homme de grant facon. + + Maistre Francoys fut diligent + D'achapter, non pas de payer, + Et dist qu'il bailleroit l'argent + Tout comptant au porte-pannier. + Ils partent sans plus plaidoyer, + Et passerent par Nostre-Dame, + La ou il vit le Penancier, [P. 188] + Qui confessoit homme ou bien femme. + + Quant il le vit, a peu de plait, + Il luy dist: "Monsieur, je vous prie + Que vous despechez, s'il vous plaist, + Mon nepveu; car, je vous affie + Qu'il est en telle resverie: + Vers Dieu il est fort negligent; + Il est en tel merencolie, + Qu'il ne parle rien que d'argent. + + --Vrayment, ce dit le Penancier, + Tres voulentiers on le fera." + Maistre Francoys print le pannier, + Et dit: "Mon amy, venez ca; + Vela qui vous depeschera, + Incontinent qu'il aura faict." + Adonc maistre Francoys s'en va, + Atout le pannier, en effect. + + Quand le Penancier eut parfaict + De confesser la creature, + Gaigne-denier, par dit parfaict, + Accourut vers luy bonne alleure, + Disant: "Monsieur, je vous asseure, + S'il vous plaisoit prendre loysir + De me depescher a ceste heure, + Vous me feriez ung grant plaisir. + + --Je le vueil bien, en verite, + Dist le Penancier, par ma foy! + Or, dictes _Benedicite,_ + Et puis je vous confesseray, + Et, en apres, vous absouldray, [P. 189] + Ainsy comme je doy le faire; + Puis penitence vous bauldray, + Qui vous sera bien necessaire. + + --Quel confesser! dist le povre homme: + Fus-je pas a Pasques absoulz? + Que bon gre sainct Pierre de Romme! + Je demande cinquante soulz. + Qu'esse-cy? A qui sommes-nous? + Ma maistresse est bien arrivee! + A coup, a coup, depeschez-vous, + Payez mon panier de maree. + + --Ha! mon amy, ce n'est pas jeu, + Dist le Penancier, seurement: + Il vous fault bien penser a Dieu + Et le supplier humblement. + --Que bon gre en ayt mon serment! + Dist cet homme, sans contredit, + Depeschez-moy legierement, + Ainsi que ce seigneur a dit." + + Adonc le Penancier vit bien + Qu'il y eut quelque tromperie; + Quand il entendit le moyen, + Il congneut bien la joncherie. + Le povre homme, je vous affie, + Ne prisa pas bien la facon, + Car il n'eut, je vous certifie, + Or ne argent de son poysson. + + Maistre Francois, par son blason. + Trouva la facon et maniere + D'avoir maree a grant foyson, [P. 190] + Pour gaudir et faire grant chere. + C'estoit la mere nourriciere + De ceulx qui n'avoyent point d'argent; + A tromper devant et derriere, + Estoit ung homme diligent. + + _La maniere d'avoir des Trippes pour diner._ + + Que fist-il? A bien peu de plet, + S'advisa de grant joncherie: + Il fist laver le cul bien net + A ung gallant, je vous affie, + Disant: "Il convient qu'on espie: + Quand seray devant la trippiere, + Monstre ton cul par raillerie, + Puis, apres, nous ferons grant chiere." + + Le compaignon ne faillit pas, + Foy que doy sainct Remy de Rains! + A Petit-Pont vint par compas, + Son cul descouvrit jusque aux rains. + Quand maistre Francoys vit ce train, + Dieu scet s'il fit piteuses lippes, + Car il tenoit entre ses mains + Du foye, du polmon et des trippes. + + Comme s'il fust plain de despit, + Et courrouce amerement, + Il haulsa la main ung petit, + Et le frappa bien rudement, + Des trippes, par le fondement; + Puis, sans faire plus long caquet, + Les voulut, tout incontinent, [P. 191] + Remettre dedans le baquet. + + La trippiere fut courroucee + Et ne les voulut pas reprendre. + Maistre Francoys, sans demouree, + S'en alla, sans compte luy rendre: + Par ainsi, vous povez entendre, + Qui'ilz eurent trippes et poisson. + Mais, apres, il faut du pain tendre, + Pour ce disner de grant facon. + + _La maniere d'avoir du Pain._ + + Il s'en vint chez an boulengier + Affin de mieulx fornir son train, + Contrefaisant de l'escuyer + Ou maistre d'hostel, pour certain, + Et commanda que, tout souldain, + Cy pris, cy mis; on chappellast + Cinq ou six douzaines de pain, + Et que bien tost on se hastast. + + Quand la moytie fut chappelle, + En une hotte le fist mettre, + Comme s'il fust de pres haste, + Il pria et requist au maistre + Qu'aucun se voulsist entremettre + D'apporter, apres luy courant, + Le pain chappelle en son estre, + Tandis qu'on fist le demourant. + + Le varlet le mist sur son col; + Apres maistre Francois le porte, [P. 192] + Et arriva, soit dur ou mol, + Empres une grant vielle porte. + Le varlet deschargea sa hotte + Et fut renvoye, tout courant, + Hastivement, tenant sa hotte, + Pour requerir le demourant. + + Maistre Francoys, sans contredit, + N'attendit pas la revenue. + Il eut du pain, par son edit, + Pour fournir sa franche repeue. + Le boulengier, sans attendue, + Revint, mais ne retrouva point + Son maistre d'hostel; il tressue, + Qu'on l'avoit trompe en ce point. + + _La maniere d'avoir du Vin._ + + Apres qu'il fut fourny de vivres, + Il fault bien avoir la memoire + Que, s'ils vouloyent ce jour estre yvres, + Il falloit qu'ils eussent a boire. + Maistre Francoys, debvez le croire, + Emprunta deux grans brocs de boys, + Disant qu'il estoit necessaire + D'avoir du vin par ambagoys. + + L'ung fist emplir de belle eaue clere, + Et vint a la Pomme de Pin, + Atout ses deux brocs, sans renchere, + Demandant s'ils avoient bon vin, + Et qu'on luy emplist du plus fin, + Mais qu'il fust blanc et amoureux. [P. 193] + On luy emplist, pour faire fin, + D'ung tres bon vin blanc de Baigneux. + + Maistre Francoys print les deux brocs, + L'un empres l'autre les bouta; + Incontinent, par bons propos, + Sans se haster, il demanda + Au varlet: "Quel vin est ce la?" + Il luy dist: "Vin blanc de Baigneux. + --Ostez cela, ostez cela, + Car, par ma foy, point je n'en veulx. + + "Qu'esse-cy? Estes-vous bejaulne? + Vuidez-moy mon broc vistement. + Je demande du vin de Beaulne, + Qui soit bon, et non aultrement." + Et, en parlant, subtillement + Le broc qui estoit d'eaue plain + Contre l'aultre legierement + Luy changea, a pur et a plain. + + Par ce point, ils eurent du vin + Par fine force de tromper; + Sans aller parler au devin, + Ils repeurent, per ou non per. + Mais le beau jeu fut au souper, + Car maistre Francoys, a brief mot, + Leur dit: "Je me vueil occuper, + Que mangerons ennuyt du rost." + + _La maniere d'avoir du Rost._ [P. 194] + + Il fut appointe qu'il yroit + Devant l'estal d'ung rotisseur, + Et de la chair marchanderoit, + Contrefaisant du gaudisseur, + Et, pour trouver moyen meilleur, + Faignant que point on ne se joue, + Il viendroit un entrepreneur, + Qui luy bailleroit sur la joue. + + Il vint a la rostisserie, + En marchandant de la viande; + L'autre vint, de chere marrie: + "Qu'est-ce que ce paillart demande?" + Luy baillant une buffe grande, + En luy disant mainte reproche. + Quand il vit qu'il eut ceste offrande, + Empoigna du rost pleine broche. + + Celuy qui bailla le soufflet + Fuist bien tost et a motz expres. + Maistre Francoys, sans plus de plet, + Atout son rost, courut apres, + Ainsi, sans faire long proces, + Ils repeurent, de cueur devot, + Et eurent, par leur grant exces, + Pain, vin, chair, et poisson, et rost. + + [P. 195] + + SECONDE REPEUE + + DE L'EPIDEMIE. + + Et pour la premiere repeue + Dont apres sera mention, + Bien digne d'estre ramenteue + Et mise en revelation, + Et pourtant, soubs correction, + Affin que l'en en parle encore, + Comme nouvelle invention, + Redige sera par memoire. + + Or advint, de coup d'aventure, + Que les suppostz devant nommez, + Ne cherchoyent rien par droicture. + Qu'en richesse gens renommez. + Ung jour qu'ilz estaient affamez, + En la porte d'ung bon logis + Virent entrer, sans estre armez, + Ambassadeurs de loing pays. + + Si penserent entre eux comment + Ilz pourroient, pour l'heure, repaistre, + Et, selon leur entendement, + L'ung d'iceulz s'aprocha du maistre + D'hostel, et se fit acongnoistre, + Disant qu'il luy enseigneroit + Le haut, le bas marche, pour estre + Par luy conduyt, s'il luy plaisoit. + + Je croy bien que monsieur le maistre, + Qui du bas mestier estoit tendre, [P. 196] + Fit ce gallant tres bien repaistre, + Et luy commenda charge prendre + De la cuysine, d'y entendre, + Tant que leur train departira, + Et bien payera, sans attendre, + A son gre, quand il s'en yra. + + Lors s'en vint a ses compaignons, + Dire: "Nostre escot est paye; + Je suis ja l'ung des grans mignons + De leans et mieulx avoye, + Car le maistre m'a envoye + Par la ville, pour soy sortir; + Mais, se mon sens n'est desyoye, + Bien brief l'en feray repentir. + + --Va, lui dirent ses compaignons, + Et esguise tout ton engin + A nous rechauffer les rongnons + Et nous faire boire bon vin. + Passe tous les sens Pathelin, + De Villon et Pauquedenaire, + Car se venir peux en la fin, + Passe seras maistre ordinaire." + + Ce gallant vint en la maison + Ou estoyt loge l'ambassade, + Ou les seigneurs, par beau blason, + Devisoyent rondeau ou ballade. + Il estoit miste, gent et sade, + Bien habitue, bien en point, + Robbe fourree, pourpoint d'ostade; + Il entendoit son contrepoint. + + Le principal ambassadeur [P. 197] + Aymoit une peu le bas mestier, + Dont le gallant fut a honneur, + Car c'estoyt quasi son mestier, + Et luy conta que, a son quartier, + Avoit de femmes largement, + Qui estoyent, s'il estoit mestier, + A son joly commandement. + + Le gallant fut entretenu + Par ce seigneur venu nouveau, + Et leans il fut retenu, + Pour estre fin franc macquereau. + Le jeu leur sembla si tres beau; + Aussi, il fit si bonne mine, + Qu'il fut esleu, sans nul appeau, + Pour estre varlet de cuysine. + + Les ambassadeurs convoyerent + Seigneurs et bourgeois a disner, + Lesquels voulentiers y allerent + Passer temps, point n'en faut doubter. + Toutesfoys, vous debvez scavoir, + Quelque chose que je vous dye, + Que l'ambassadeur, pour tout veoir, + Craignoit moult fort l'Epidemie. + + Ce gallant en fut adverty, + Qui nonobstant fist bonne mine, + Et quand il fut pres de midi, + A l'heure qu'il est temps qu'on disne, + Il entra dedans la cuysine, + Manyant toute la viande, + Comme docteur en medecine [P. 198] + Qui tient malades en commande. + + Tous les seigneurs la regarderent + Son train, ses facons et manieres; + Mais, apres luy, pas ne tasterent, + Aussi ne luy challoit-il gueres. + Apres il print les esguieres, + Le vin, le claire, l'ypocras, + Darioles, tartes entieres: + Il tasta de tout, par compas. + + Et, pour bien entendre son cas, + Quand il vit qu'il estoit saison, + A bien jouer ne faillit pas, + Pour faire aux seigneurs la raison, + Si bien que dedans la maison + Demeura tout seul pour repaistre, + Soustenant, par fine achoison, + Qu'il se douloit du couste destre. + + Lors y avoit une couchette + Ou il failloit la feste faire, + Et n'a dent qui ne luy cliquette; + La se mist, commencant a braire + Que l'on s'en fuyt au presbytaire, + Pour faire le prebstre acourir, + Atout Dieu et l'autre ordinaire + Qu'il fault pour ung qui veult mourir. + + Quand les seigneurs virent le prebstre + Avec ses sacremens venir, + Chacun d'eulx eust bien voulu estre + Dehors, je n'en veulx point mentir: + Si grant haste eurent d'en sortir, [P. 199] + Que la demeurerent les vivres, + Dont les compaignons du martir + Furent troys jours et troys nuyts yvres. + + Par ce point eurent la repeue + Franche chascun des compaignons. + La finesse le prebstre a teue, + Affin de complaire aux mignons; + Mais les seigneurs dont nous parlons + Eurent tous, pour ce coup, l'aubade: + Chascun d'eulx fut, nous ne faillons, + De la grant paour troys jours malade. + + + + LA TROISIEME REPEUE + + DES TORCHECULS. + + Un Lymousin vint a Paris, + Pour aulcun proces qu'il avoit. + Quand il partit de son pays + Pas gramment d'argent il n'avoit, + Et toutefoys il entendoit + Son fait, et avoit souvenance + Que son cas mal se porteroit + S'il n'avoit une repeue franche. + Ce Lymousin, c'est chose vraye, + Qui n'avoit vaillant ung patac, + Se nommoit seigneur de Combraye, + Sans qu'on le suivist a son trac. + Plus ruse estoit qu'ung vieil rat, [P. 200] + Et affame comme un vieil loup, + Avec monsieur de Penessac, + Et le seigneur de Lamesou. + Les troys seigneurs s'entretrouverent; + Car ilz estoyent tous d'ung quartier + Et Dieu scait s'ilz se saluerent, + Ainsi qu'il en estoit mestier; + Toutesfoys, ce bon escuyer + De Combraye, propos final, + Fut esleu leur grant conseillier, + Et le gouverneur principal. + Ils conclurent, pour le meilleur, + Que ce bon notable seigneur + Yroit veoir s'il pourroit trouver + Quelque bon lieu pour s'y loger, + Et, selon qu'il le trouverait, + Aux aultres le raconteroit. + Or advint, environ midy, + Qu'il estoit de faim estourdy, + S'en vint a une hostellerie, + Rue de la Mortellerie, + Ou pend l'enseigne du Pestel: + _A bon logis et bon hostel,_ + Demandant s'on a que repaistre: + "Ouy, vrayment, ce dist le maistre; + Ne soyez de rien en soucy, + Car vous serez tres bien servy + De pain, de vin et de viande. + --Pas grand chose je ne demande, + Dist le bon seigneur de Combraye: + Il n'y a guere que j'avoye [P. 201] + Bien desjune; mais, toutesfoys, + Si ai-je disne maintes foys + Que n'avoye pas tel appetit." + Ce seigneur menga ung petit, + Car il n'avoit guere d'argent, + Commendant qu'on fust diligent + D'avoir quelque chose de bon, + Pour son soupper: ung gras chapon; + Car il pensoit bien que, le soir, + Il devoit avec luy souper + Des gentilzhommes de la cour. + L'hostesse fut bien a son gourt, + Car, quand vint a compter l'escot, + Le seigneur ne dist oncques mot, + Mais tout ce qu'elle demanda + Ce gentilhomme luy bailla, + Disant: "Vous comptez par raison!" + Puis il sortit de la maison, + Bouta son sac soubs son esselle, + Et vint raconter la nouvelle + A ses compaignons, et comment + Il failloit faire saigement. + Il fut dit, a peu de parolles, + Pour eviter grans monopolles, + Que le seigneur de Penessac + Yroit devant louer l'estat + Et blasonner la suffisance + De ce seigneur, car, sans doubtance, + La chose le valoit tres bien, + Et, pour trouver meilleur moyen, + Il menroit en sa compaignie, + Lamesou; et n'y faillit mye. [P. 202] + Si vint demander a l'hostesse + S'ung seigneur remply de noblesse + Estoit loge en la maison. + L'hostesse respondit que non, + Et que vrayement il n'y avoit + Qu'ung Lymousin, lequel debvoit + Venir au soir souper leans. + "Ha! dist-il, dame de ceans, + C'est celuy que nous demandons; + Par ma foy! c'est le grant baron, + Qui est arrive au matin. + --Je n'entens point vostre latin, + Dist l'hostesse; vous parlez mal: + Il n'a ne jument ne cheval; + Il va a pied, par faulte d'asne." + Lors Penessac respondit: "Dame, + Il vient icy pour ung proces; + Il est appellant des exces + Qu'on luy a faictz en Lymousin, + Et va ainsi de pied, affin + Que son proces soit plus tost faict." + L'hostesse le creut, en effet. + Alors, le seigneur de Combraye + Arrive, et Dieu scait quelle joye + Ces deux seigneurs icy lui firent; + Et le genoil en bas tendirent + Aussi tost comme il fut venu, + Et par ce point il fut congneu + Qu il estoit seigneur honorable. + Le bon seigneur se sist a table, + En tenant bonne gravite. + Vis-a-vis, de l'autre coste, + S'assit le seigneur de l'hostel, + Et eurent du vin, Dieu scait quel! [P. 203] + Il ne le fault point demander. + Quand ce vint a l'escot compter + L'hostesse assez hault comptoit, + Mais au seigneur il n'en challoit, + Feignant qu'il fust tout plain d'argent. + Lors il dist qu'on fust diligent + De penser a faire les litz, + Car il vouloit en ce logis + Coucher; puis apres, par expres, + Il print son grand sac a proces, + Et le bailla leans en garde, + Disant: "Qu'on me le contregarde. + Si de l'argent voulez avoir, + Il ne faut que le demander." + L'hostesse ne fut pas ingrate, + En disant: "Je n'en ay pas haste. + N'espargnez rien qui soit ceans." + Ces seigneurs coucherent leans + L'espace de cinq ou six moys, + Sans payer argent, toutesfoys, + Non obstant ce qu'il demandoit + A l'hostesse s'elle vouloit + Avoir de l'argent, bien souvent; + Mais il n'estoit point bien content + De mettre souvent main en bourse. + L'hostesse n'estoit point rebourse, + Et dist: "Ne vous en soucyez; + Dieu mercy! j'ay argent assez, + A vostre bon commandement." + Ces mignons penserent comment + Ilz pourroyent retirer leur sac; + Et lors monsieur de Penessac + Dist a ce baron de Combraye + Qu'il se boutast bientost en voye, [P. 204] + Jugeant qu'il fust embesongne. + Ce seigneur vint, tout refrongne, + Vers l'hostesse, par bon moyen, + Et lui dit: "Mon cas va tres bien; + Mon proces est ennuyt juge. + A coup, qu'il n'y ait plus songe, + Baillez-moy mon sac, somme toute, + Car j'ay paour et si fays grant doubte, + Que les seigneurs soyent departis." + Il print son sac: "Adieu vous dis! + Je reviendray tout maintenant." + Il s'en alla diligemment, + A tout ses proces et son sac; + Et les seigneurs de Penessac + Et de Lamesou l'attendoyent; + Lesquelz seigneurs si s'esbatoyent, + A recueillir les torcheculz + Des seigneurs qui estoyent venus + Aux chambres, et bien se pensoyent + Qu'a quelque chose serviroyent + Ilz osterent tous ces proces + De ce sac, et, par motz expres, + L'emplirent de ces torcheculz; + Puis, au soir, quand furent venuz + A leur logis, fut mis en garde, + Et, pour mieulx mettre en sauvegarde, + Il fut boute, par grant humblesse, + Avec les robbes de l'hostesse, + Qui sentoyent le muguelias. + Au soir, firent grant ralias; + Le lendemain il fut raison + De departir de la maison + Pour s'en aller sans revenir. + On cuydoit qu'ilz deussent venir [P. 205] + Lendemain soupper et disner, + Pour leurs offices resiner, + Maiz ilz ne vindrent oncques puis. + Ils faillirent cinq ou six nuitz, + Dont l'hostesse fut eschec et mac. + Elle n'osoit ouvrir le sac + Sans avoir le conge du juge, + Auquel avoit piteux deluge; + Tellement qu il fut necessaire + Qu'on envoyast ung commissaire + Pour ouvrir ce sac, somme toute. + Quand il fust la venu sans doubte, + Il lava ses mains a bonne heure, + De paour de gaster l'escripture, + Car a cela estoit expert. + Toutesfoys, le sac fut ouvert; + Mais, quand il le vit si breneux, + Il s'en alla tout roupieux, + Cuydant que ce fust mocquerie, + Car il n'entendoit raillerie. + Ainsi partirent ces seigneurs + De Paris, joyeux en couraige. + De tromper furent inventeurs: + Cinq moys vesquirent d'avantaige; + De blasonner ilz firent raige; + Leur hoste fut par eulx vaincu. + Ils ne laisserent, pour tout gaige + Qu'un sac tout plain de torchecu. + + [P. 206] + LA QUATRIESME REPEUE FRANCHE + + DU SOUFFRETEUX. + + "Ou pris argent, qui n'en a point? + Remede est vivre d'avantaige. + Qui n'a ne robbe ne pourpoint, + Que pourroit-il laisser pour gaige? + Toutesfoys, qui aurait l'usaige + De dire quelque chansonnette + Qui peust deffrayer le passaige, + Le payement ne seroit qu'honneste." + + L'ACTEUR. + + Ainsi parloit le Souffreteux, + Qui estoit fin de sa nature; + Moytie triste, moytie joyeux. + Du Palays partit, bonne alleure, + En disant: "Qui ne s'adventure, + Il ne fera jamais beau fait," + Pour pourchasser sa nourriture, + Car il estoit de faim deffaict. + + Pour trouver quelque tromperie, + Le gallant se voulust haster: + En la meilleure hostellerie + Ou taverne s'alla bouter, + Et commenca a demander + S'on avoit rien pour luy de bon; + Car il vouloit leans disner, [P. 207] + Et faire chere de facon. + + Lors on demanda quelle viande + Il falloit a ce pelerin. + Il respondit: "Je ne demande + Qu'une perdrix ou un poussin, + Avec une pinte de vin + De Beaulne, qui soit frais tiree. + Et puis apres, pour faire fin, + Le cotteret et la bourree." + + Tout ce qui luy fut convenable + Le varlet luy alla querir. + Le gallant s'en va mettre a table, + Affin de mieulx se resjouyr, + Et disna la, tout a loisir, + Maschant le sens, trenchant du saige; + Mais il fallut, ains que partir, + Avoir ung morceau de formaige. + + "Adonc dit le clerc: Mon amy, + Il fault compter, car vous devez, + Tout par tout, sept solz et demy, + Et convient que les me payez. + --Je ne scay comment les aurez, + Dist le gallant, car, par sainct Gille! + Je veulx bien que vous le saichez, + Je ne soustiens ne croix ne pille. + + --Qui n'a argent si laisse gaige; + Ce n'est que le faict droicturier. + Vous voulez vivre d'avantaige, + Et n'avez maille ne denier! + Estes-vous larron ou meurtrier? [P. 208] + Par Dieu, ains que d'icy je hobe, + Vous me payerez, pour abreger, + Ou vous y laisserez la robbe. + + --Quant est d'argent, je n'en ay point, + Affin de le dire tout hault. + Comment! m'en iray-je en pourpoint, + Et desnue comme ung marault? + Dieu mercy! je n'ay pas trop chault; + Mais, s'il vous plaisoit m'employer, + Je vous serviray, sans deffault, + Jusques a mon escot payer. + + --Et comment? Que scavez-vous faire? + Dites-le moy tout plainement. + --Quoy? toute chose necessaire. + Point ne fault demander comment; + Je gaige que, tout maintenant, + Je vous chanteray ung couplet, + Si hault et si cler, je me vant, + Que vous direz: "Cela me plaist!" + + L'ACTEUR. + + Lors, le varlet, voyant cecy, + Fut content de ceste gaigeure, + Et pensa en luy-mesme ainsi, + Qu'il attendroit ceste adventure; + Et s'il chantoit bien d'adventure, + Il lui dirait, pour tous desbats, + Qu'il payast l'escot, bon alleure, + Car son chant ne lui plaisoit pas. + + L'accord fut dit, l'accord fut faict, [P. 209] + Devant tous, non pas en arriere. + Lors le gallant tire, de faict, + De dedens sa gibeciere + Une bourse, d'argent legiere, + Qui estoit pleine de mereaulx, + Et chanta, par bonne maniere, + Haultement, ces mots tout nouveaulx: + + De sa bourse dessus la table + Frappa, affin que je le notte, + Et, comme chose convenable, + Chanta ainsi a haulte notte: + "Faut payer ton hoste, ton hoste!" + Tout au long chanta ce couplet. + Le varlet, estant coste a coste, + Respondit: "Cela bien me plaist!" + + Toutesfoys, il n'entendoit pas + Qu'il ne fust de l'escot paye, + Parquoy il failloit sur ce pas. + De son sens fut moult desvoye. + Devant tous fut notiffie + Qu'il estoit gentil compaignon, + Et qu'il avoit, par son traicte, + Bien disne pour une chanson. + + C'est bien disne, quand on eschappe + Sans desbourser pas ung denier, + Et dire adieu au tavernier + En torchant son nez a la nappe. + + [P. 210] + + LA CINQUIESME REPEUE + + DU PELLETIER. + + Ung jour advint qu'ung Pelletier + Espousa une belle femme + Qui appetoit le bas mestier, + En faisant recorder sa game. + Le Pelletier, sans penser blasme, + Ne s'en soucioit qu'ung petit: + Mieulx aymoit du vin une dragme, + Que coucher dedens ung beau lict. + + Ung cure, voyant cest affaire, + De la femme fut amoureux, + Et pensa qu'a son presbytaire + Il maineroit ce maistre gueux. + Il s'en vint a luy tout joyeux, + A celle fin de le tromper, + En disant: "Mon voysin, je veux + Vous donner ennuyt a soupper." + + Le Pelletier en fut content, + Car il ne vouloyt que repaistre, + Et alla tout incontinent + Faire grant chere avec le prestre, + Qui luy joua d'un tour de maistre, + Disant: "Ma robbe est deffourree; + Il vous y convient la main mettre, + Affin qu'elle soit reffourree. + + --Et bien, ce dist le Pelletier, [P. 211] + Monseigneur, j'en suis bien content, + Mais que vous m'en vueillez payer; + Je suis tout vostre, seurement." + Ils firent leur appoinctement + Qu'il auroit, pour tout inventoire, + Dix solz tournois entierement, + Et du vin largement pour boire, + + Pourvu qu'il la despecheroit, + Car il luy estoit necessaire, + Et que toute nuyt veilleroit, + Avec son clerc, au presbitaire. + Il fut content de cest affaire. + Mais le Cure les enferma + Soubs la clef, sans grant noyse faire, + Puis hors de la maison alla. + + Le Cure vint en la maison + Du Pelletier, par ses sornettes, + Et trouva si bonne achoyson + Qu'il fist tres bien ses besongnettes. + Ilz firent cent mille chosettes, + Car, ainsi comme il me semble, + Il contenta ses amourettes, + Et puis hors de la maison emble. + + Ce fourreur, pour la repeue franche + Fut fait coqu bien fermement; + Et luy chargea la dame blanche + Qu'il y retournast hardiment, + Et que, par son sainct sacrement, + Jamais nul jour ne l'oubliera, + Mais luy fera hebergement, [P. 212] + Toutes les foys qu'il luy plaira. + + Et pourtant, donne soy bien garde + Chascun qui aura belle femme + Qu'on ne lui joue telle aubade + Pour la repeue: c'est grant diffame; + Quant il est sceu, ce n'est que blasme + Et reproche, au temps advenir. + Vela des repeues la grant game; + Pourtant, ayez-en souvenir! + + + + SIXIESME REPEUE FRANCHE + + DES GALLANTS SANS SOULCY. + + Une assemblee de compaignons, + Nommez les _Gallans sans soucy_, + Se trouverent entre deux pontz, + Pres le Palays, il est ainsi; + D'aultres y en avoit aussi, + Qui aymoient bien besoigne faicte, + Et estoient, de franc cueur transi, + A l'abbe de Saincte Souffrette. + + Ces compaings ainsi assemblez + Ne demanderent que repas; + D'argent ilz n'estoyent pas comblez, + Non pourtant ne faillirent pas. + Ilz se bouterent, c'est le cas, [P. 213] + A l'enseigne du Plat d'estaing, + Ou ilz repeurent par compas, + Car ilz en avoient grant besoing. + + Quant ce vint a l'escot compter, + Je crois que nully ne s'en cource; + Mais le beau jeu est au payer, + Quant il n'y a denier en bourse. + Nul d'eulx n'avoit chere rebourse: + "Pour de l'escot venir au bout, + Dist ung gallant, de plaine source, + Il n'en faut qu'ung pour payer tout." + + Ilz appointerent tous ensemble, + Que l'ung d'iceulx on banderait: + Par ainsi, selon qui me semble, + Le premier qu'il empoigneroit, + Estoit dit que l'escot payeroit. + Mais ilz en eurent grand discord: + Chascun bande estre vouloit, + Dont ne peurent estre d'accord. + + Le varlet, voyant ces desbas, + Leur dit: "Nul de vous ne s'esmoye; + Je suis content que, par compas, + Tout maintenant bande je soye." + Les gallans en eurent grand joye, + Et le banderent en ce lieu, + Puis chascun d'eux si print la voye + Pour s'en aller sans dire adieu. + + Le varlet, qui estoit bande, + Tournoyoit parmy la maison. + Il fut de l'escot prebende [P. 214] + Par ceste subtile achoison. + Affin d'avoir provision + De l'escot, l'hoste monte en hault: + Quand il vit ceste intention, + A peu que le cueur ne lui fault. + + En montant, l'hoste fut happe + Par son varlet, sans dire mot, + Disant: "Je vous ay attrape, + Il faut que vous payez l'escot, + Ou vous laisserez le surcot." + De quoy il ne fut pas joyeux, + **************************** + Cuydant qu'il fust mathelineux. + + Quand le varlet se desbanda, + La tromperie peut bien congnoistre: + Fut estonne quand regarda, + Et vit bien que c'estoit son maistre. + Pensez qu'il en eut belle lettre, + Car il parla lors a bas ton, + Et, pour sa peine, sans rien mettre, + Il eut quatre coups de baston. + + Ainsi furent, sans rien payer, + Les povres gallans delivrez + De la maison du tavernier, + Ou ilz s'estoyent presque enyvrez + Des vins qu'on leur avoit livrez + Pour boire a plain gobelet, + Que paya le povre varlet. + + Et que ce soit vray ou certain, [P. 215] + Ainsi que m'ont dit cinq ou six, + Le cas advint au Plat d'estain + Pres Sainct-Pierre-des-Arsis. + Bien escheoit ung grant mercis, + A tout le moins, pour ce repas, + Et si ne le payerent pas. + + Aussi fut si bien aveugle, + Le povre varlet malheureux, + Qui fut de tout l'escot sangle, + Et fallust qu'il payast pour eulx; + Et s'en allerent tous joyeux + Les mignons, torchant leur visaige, + Qui avoyent disne d'advantaige. + + + + LA SEPTIESME REPEUE + + FAICTE AUPRES DE MONTFAULCON. + + Pour passer temps joyeusement, + Raconter vueil une repeue + Qui fut faicte subtillement + Pres Montfaulcon, c'est chose sceue, + Et diray la desconvenue + Qu'il advint a de fins ouvriers; + Aussi y sera ramenteue + La finesse des escolliers. + + Quand compaignons sont desbauchez, + Ilz ne cherchent que compaignie; + Plusieurs ont leurs vins vendangez [P. 216] + Et beu quasy jusqu'a la lye. + Or advint qu'une grant mesgnie + De compaignons se rencontrerent. + ****************************** + ****************************** + + Et, sans trouver la saison chere, + Chascun d'eulx se resjouyssoit + Disant bons motz, faisant grant chere; + Par ce point le temps se passoit. + Mais l'ung d'iceulx promis avoit + De coucher avec une garce, + Et aux aultres le racontoit, + Par jeu, en maniere de farce. + + Tant parlerent du bas mestier, + Que fut conclud, par leur facon, + Qu'ilz yroyent ce soir-la coucher + Pres le gibet de Montfaulcon, + Et auroyent pour provision + Ung paste de facon subtile, + Et meneroyent, en conclusion, + Avec eulx chascun une fille. + + Ce paste, je vous en respons, + Fut faict sans demander qu'il couste, + Car il y avoit six chapons, + Sans la chair, que point je n'y boute. + On y eust bien tourne le coute, + Tant estoit grant, point n'en doubtez. + Le Prince des Sots et sa routte + En eussent este bien souppez. + + Deux escolliers voyant le cas, [P. 217] + Qui ne scavoyent rien que tromper, + Sans prendre conseil d'advocatz, + Ilz se voullurent occuper, + Pensant a eux, comme atrapper + Les pourroyent d'estoc ou de trenche; + Car ilz voulloyent ce soir soupper + Et avoir une repeue franche. + + Sans aller parler au devin, + L'ung prist ce paste de facon, + L'autre emporta un broc de vin, + Du pain assez, selon raison, + Et allerent vers Montfaulcon, + Ou estoit toute l'assemblee. + Filles y avoit a foyson, + Faisant chere desmesuree. + + Aussi juste comme l'orloge, + Par devis et bonne maniere, + Ilz entrerent dedans leur loge, + Esperant de faire grant chiere, + Et tastoient devant et derriere + Les povres filles, hault et bas. + ***************************** + ***************************** + + Les escolliers, sans nulle fable. + Voyant ceste desconvenue, + Vestirent habitz de diable, + Et vindrent la, sans attendue: + L'ung, ung croc, l'autre, une massue, + Pour avoir la franche repue, + Vindrent assaillir les gallans. + ***************************** + + Disant: "A mort! a mort, a mort! [P. 218] + Prenez, a ces chaisnes de fer, + Ribaulx, putains, par desconfort, + Et les amenez en enfer; + Ilz seront avec Lucifer, + Au plus parfond de la chauldiere, + Et puis, pour mieulx les eschauffer, + Gettez seront en la riviere!" + + L'ung des gallans, pour abbreger, + Respondit: "Ma vie est finee! + En enfer me fault heberger. + Vecy ma derniere journee; + Or suis-je bien ame dampnee! + Nostre peche nous a attains, + Car nous yrons, sans demouree, + En enfer avec ces putains!" + + Se vous les eussiez veu fouyr, + Jamais ne vistes si beau jeu, + L'ung amont, l'autre aval courir; + Chascun d'eulx ne pensoit qu'a Dieu. + Ilz s'en fouyrent de ce lieu, + Et laisserent pain, vin et viande, + Criant sainct Jean et sainct Mathieu, + A qui ilz feroyent leur offrande. + + Noz escolliers, voyant cecy, + Non obstant leur habit de diable, + Furent alors hors de soulcy, + Et s'assirent trestous a table; + Et Dieu scait si firent la galle [P. 219] + Entour le vin et le paste, + Et repeurent, pour fin finalle, + De ce qui estoit appreste. + + C'est bien trompe, qui rien ne paye, + Et qui peut vivre d'advantaige, + Sans desbourser or ne monnoye, + En usant de joyeux langaige. + Les escolliers, de bon couraige, + Passerent temps joyeusement, + Sans bailler ny argent ny gaige, + Et si repeurent franchement. + + Si vous vouliez suyvre l'escolle + De ceulx qui vivent franchement, + Lisez en cestuy prothocolle, + Et voyez la facon comment; + Mettez-y vostre entendement + A faire comme ilz faseyent, + Et, s'il n'y a empeschement, + Vous vivrez comme ilz vivoyent. + + FIN DES REPEUES FRANCHES + ET DES POESIES ATTRIBUEES A VLLLON. + + + +NOTES. + +_(Les chiffres renvoient aux pages du volume. V. signifie_ vers; +_Pr._, Prompsault; _P. L._, M. Paul L. Jacob, bibliophile.) + +P. 1. _Clement Marot aux Lecteurs._ Cette preface, avec le +huitain qui l'accompagne, est en tete de l'edition de _Paris, +Galiot du Pre,_ 1533, la premiere donnee par Marot. + +P. 2, lig. 28. _Toutesfoys_... Marot dit clairement qu'il n'a +pas consulte un seul manuscrit. Il n'a pas non plus eu sous les +yeux toutes les editions du XVe siecle. + +P. 4, lig. 5. _Apres _... Les vers que Marot dit avoir refaits +sont au nombre de dix ou douze seulement, et, chose singuliere, +on les trouve tels quels dans les manuscrits et les anciennes +editions. (P. L.) + +P. 7. _Le Petit Testament_. Ce titre, que Villon n'avait pas +eu l'intention de donner a ses _lays_ (voy. p. 50, v. II), se +trouve en tete des plus anciennes editions de ses oeuvres. + +P. 8-9. Les huitains IV a IX ont ete publies pour la premiere +fois par Prompsault, d'apres un mss. La Monnoye ne les a pas +connus. + +P. 9, huitain IX. L'invocation par laquelle Villon commence son +Testament n'est qu'une affaire de simple formule. Ce n'est pas +la qu'il faut chercher la preuve de ses sentiments religieux. + +P. 14, huit. XXIII. Ce huitain, publie pour la premiere fois par +Prompsault, se trouve en manuscrit dans l'exemplaire annote de +La Monnoye. + +P. 17-19. Les huitains XXXVI-XXXIX, publies pour la premiere +fois par M. Prompsault, n'etaient pas connus de La Monnoye. +C'est une satire du jargon scolastique du temps. Il n'est pas +certain que Villon en soit l'auteur. J'ai conserve quelques-unes +des corrections introduites dans ce texte par M. P. L. + +P. 21. _Le Grand Testament_. Huit. I. _En l'an trentiesme de mon +eage_... On a conclu de ce vers que Villon n'avait pas trente +ans accomplis en 1461. La mesure du vers ne lui permettait pas +d'etre plus exact; mais dans le _Debat du corps et du coeur_ (p. +113), fait dans la prison de Meung, il dit positivement: "Tu as +trente ans." Il etait donc reellement ne en 1431. + +P. 22, huit. V. La lecon de l'edition Prompsault est meilleure +que celle de La Monnoye. La voici: + + _Si prieray pour lui de bon cueur, + Par l'ame du bon feu Cotard..._ + +C'est-a-dire que Villon jure par l'ame de son procureur Cotard +(voy. ce nom au _Glossaire-index_), de prier Dieu pour Thibault +d'Aussigny. La suite nous apprend ce qu'il entend par la. + +P. 37-38. On a cru que dans les huitains XLIII-XLV Villon +parlait de lui-meme; c'est evidemment une erreur. Pour le +reconnaitre, il suffit de se rappeler qu'il n'avait que trente +ans, et n'etait pas un "pauvre vieillart." + +P. 45, huit. LIV. Je n'ai pas adopte la correction de La +Monnoye, qui termine ainsi ce huitain: + + _C'est pure verite decellee: + Pour une joye cent doulours_. + +P. 56. Les six premiers vers de l'_Envoi_ donnent en acrostiche +le nom de _Villon_, ainsi que M. Nagel l'a remarque le premier. +Il a decouvert aussi que le premier huitain de la _Ballade +de Villon a s'amye,_ p. 57, donne en acrostiche le nom de +_Francoys._ Le second huitain donne _Martheos,_ sans doute par +l'effet du hasard. + +P. 90. _Lays._ Publie pour la premiere fois par Prompsault. En +manuscrit dans La Monnoye. Il en est de meme du huitain CLIII, +p. 91. + +P. 99. "_Et je croy bien que pas n'en ment._" Le huitain qui +commence par ce vers et le reste de la ballade ont ete publies +pour la premiere fois par Prompsault. Ils existent en manuscrit +dans La Monnoye. + +P. 101. _Poesies diverses_. Le titre de plusieurs editions +annonce un _Codicille_, ce qui a preoccupe quelques editeurs +plus que de raison. L'edition de Pierre Levet, 1489, et une +autre edition du XV'siecle (la troisieme decrite par M. Brunet), +disent ce qu'il faut entendre par la. Dans celle de Pierre Levet +on lit: _Cy commence le grant Codicille et Testament de maistre +Francois Villon,_ et dans l'autre: _Sensuit le grant Testament +et Codicille de maistre Francois Villon._ Le _Codicille_ n'est +donc autre chose que le _Grand Testament,_ posterieur de cinq +ans au _Petit Testament._ + +Les _poesies diverses_ ont ete classees de differentes +facons, selon le gre des editeurs. J'ai cherche a les ranger +chronologiquement. Le _quatrain_ et _l'epitaphe_ (p. 101), la +_Requeste au Parlement_ (p. 103), la _Ballade de l'appel_ (p. +104), le _Dit de la naissance Marie_ (p. 105) et la _Double +ballade_ (p. 107) se rapportent au proces de 1457. Je parlerai +des autres pieces plus tard. + +P. 105. _Le Dit de la naissance Marie_. Cette piece et les deux +suivantes se trouvent dans un tres-beau manuscrit des Poesies de +Charles d'Orleans, conserve a la Bibliotheque imperiale. Elles +ont ete publiees pour la premiere fois par M. Prompsault. + +P. 107. _Double ballade_. Cette piece, adressee a Marie +d'Orleans, fut composee longtemps apres la precedente, et +lorsque la princesse etait deja grande, et avait "port assure, +maintien rassis" (p. 109, v. 17). + +P. 110. _Ballade Villon._ Cette piece est incontestablement de +Villon, dont elle porte le nom dans le manuscrit des poesies +de Charles d'Orleans. Il n'est pas aussi certain que les deux +autres pieces tirees du meme manuscrit soient de lui, mais c'est +on ne peut plus vraisemblable. + +Cette ballade fut composee sur un sujet donne par le duc +d'Orleans. On trouve dans le manuscrit de ses poesies celles qui +furent composees a la meme occasion par onze autres poetes. + +P. 111 _Epistre_, Cette piece fut composee dans la prison de +Meung. Elle a ete publiee pour la premiere fois par Prompsault, +mais elle existe en manuscrit, avec des variantes, dans La +Monnoye. + +P. 112. _Le Debat du cueur et du corps_. Compose dans la prison +de Meung. Les precedents editeurs n'ont pas remarque que le nom +de Villon se trouve en acrostiche dans les six vers qui, non +compris le refrain, forment l'_envoi_. + +P. 113. _La, Requeste a Monseigneur de Bourbon_. Prompsault se +trompe lorsqu'il dit que Marot a fait le titre de cette ballade. +On le trouve dans les editions du XVe siecle tel qu'il est +reproduit ici. + +Le duc de Bourbon etait Jean II, qui mourut en 1487; ce ne +pouvait etre Charles Ier, mort en decembre 1456, a l'epoque +precisement ou Villon, peu connu comme poete, se faisait +fouetter publiquement. + +P. 119. _Ballade des povres housseurs_. Cette piece a ete tiree +du _Jardin de plaisance_ par Prompsault. Il n'est pas bien +prouve qu'elle soit de Villon. On ne sait pas au juste ce +que signifie ce mot _housseurs_. Cotgrave le traduit par +_balayeurs_, _ramoneurs_; M. P. L., par _batteurs de tapis_; +Prompsault, par _porteurs de housseaux_ ou de bottes; M. +Campeaux, par ecoliers portant des _housses_, comme ceux du +college de Navarre. Son explication me parait la meilleure, a +moins que _housseurs_ ne signifie _faiseurs de housseaux_. Il +y a un rapprochement a faire entre cette supposition et, +d'une part, les conjectures de M. Campeaux relativement a la +profession du pere de Villon; d'autre part, l'affirmation +tres-nette de la onzieme des pieces attribuees a Villon, que je +publie, p. 139. "...Mon pere est cordouennier." Malheureusement +ce rondeau n'est pas plus certainement de Villon que la _Ballade +des povres housseurs_. + +P. 120. _Probleme ou Ballade_. Publie pour la premiere fois par +Prompsault. En manuscrit dans La Monnoye. + +P. 121. _Ballade contre les mesdisans de la France_. Prompsault +a cru publier cette piece pour la premiere fois; mais il en +existe une edition en caracteres gothiques, reproduite par M. A. +de Montaiglon dans les _Anciennes Poesies francoises_, t. V, +p. 320, qui m'a fourni de bonnes variantes. La Monnoye la +connaissait. Elle existe en manuscrit dans son exemplaire +annote, avec le titre qu'elle porte ici. + +P. 124. _Le Jargon ou Jobelin_. Tous les editeurs de Villon ont +recule devant l'explication de ces ballades en argot. Je +suis leur exemple; mais cela ne doit pas decourager ceux qui +voudraient tenter l'entreprise. En recueillant avec soin toutes +les variantes des anciennes editions, en rapprochant les +ballades de Villon des monuments assez nombreux de ce langage +qui nous restent du XVe siecle et du commencement du XVIe, on +arriverait probablement a quelque chose de satisfaisant. + +P. 133. _Poesies attribuees a Villon_. J'ai choisi ce titre a +cause de son elasticite. Je ne suis pas convaincu que ces pieces +soient de notre poete; mais je n'ai pas voulu, en les donnant +comme emanant de ses disciples, lui faire tort de celles qui +peuvent lui appartenir. + +P. 133-143. Dix-sept pieces choisies parmi celles que M. +Campeaux a tirees du _Jardin de plaisance_. On ne peut, lire son +travail sans etre tente d'admettre que plusieurs de ces pieces +sont reellement de Villon. + +P. 144-146. Les ballades XVIII, XIX et XX ont ete reunies pour +la premiere fois aux oeuvres de Villon dans l'edition de 1723. +Je ne crois pas qu'elles soient de lui. + +P. 147. _Ballade joyeuse des taverniers_. Cette piece se trouve +dans toutes les editions de _la Chasse et le Depart d'Amours,_ +d'Octavien de Saint-Gelais, dont la premiere est de 1509. Je +dois cette indication a mon ami M. Louis Moland. + +P. 150. _Monologue du franc archier de Baignollet_. Reuni pour +la premiere fois aux oeuvres de Villon en 1532, dans une +edition de Galiot du Pre. Il existe de ce monologue une edition +gothique, format d'agenda, qui a ete reproduite dans l'_Ancien +theatre francois_, t. II, p. 326. J'en ai tire quelques +variantes. + +P. 164. _Dialogue de messieurs de Mallepaye et de Baillevent_. +De meme que le _Monologue du franc archer_, cette piece fut +reunie pour la premiere fois aux oeuvres de Villon dans +l'edition de Galiot du Pre, 1532. Elle est ecrite, comme l'a +remarque le premier M. A. de Montaiglon, "en strophes de six +vers sur deux rimes, qui s'enchainent de telle facon que la +rime placee dans une strophe au troisieme et au sixieme vers +se repete, dans la strophe suivante, aux quatre autres vers, +c'est-a-dire au premier, au second, au quatrieme et au cinquieme." +Je l'ai divisee selon ces indications, et l'on conviendra qu'elle +y a beaucoup gagne. + +Deux strophes sont incompletes, l'une d'un vers, p. 172, et +l'autre de deux, p. 177. + +P. 178. _Les Repeues franches_. Ce recueil fut imprime plusieurs +fois dans le XVe siecle et la premiere moitie du XVIe. Il n'est +pas de Villon; mais le poete y joue un tel role qu'on ne peut se +dispenser de le joindre a ses oeuvres, ce qu'on fait, du reste, +depuis plus de trois cents ans. Il est ecrit presque tout +entier en strophes de huit vers, ce que les precedents editeurs +n'avaient pas assez remarque, comme l'a dit M. A. de Montaiglon. +Il y a vers la fin quelques strophes que je n'ai pu completer, +bien que j'aie consulte plusieurs editions anciennes, y compris +celle de Jean Trepperel, que je crois la premiere. + +P. 187. _La Maniere d'avoir du poisson_. Le moyen employe par +Villon pour se debarrasser du _porte-pannier_ rappelle le +fabliau des _Trois Avugles de Compiengne_, par Cortebarbe. Voir +aussi les _Aventures de Til Ulespiegle_, chap. LXXI (_Nouvelle +collection Jannet_); _Morlini_, nouv. XIII; les _Facetieuses +Nuits de Straparole_, edition Jannet, _Paris_, 1857, t. Ier, p. +liv. + +P. 190. _La Maniere d'avoir des trippes_. Voir un expedient +analogue dans les _Aventures de Til Ulespiegle_, edition citee, +chap. LXXII. + +P. 191. _La Maniere d'avoir du pain_. Imite par l'auteur des +_Aventures de Til Ulespiegle_, chap. VI. + +P. 192. _La Maniere d'avoir du vin_. Se retrouve dans _Til +Ulespiegle_, chap. LVII. + +P. 206. _La Repeue franche du Souffreteux_. Imite par l'auteur +de _Til Ulespiegle_, chap. LXI, et par Bonaventure Des Periers. +Voy. l'edition de M. Louis Lacour, 1856. In-16, p. 122. + + + + + +GLOSSAIRE-INDEX. + +----------A---------- + +_A_, avec. P. 34, v. 18; p. 158, v. 12. + +_A coup_, vite, tout de suite. + +_A tout_, avec. + +_Abandonne_, liberal, prodigue. 172. + +_Abayer_, aboyer. + +_Aboluz_, abolis, absous. Sec.Sec.. + +_Aboy_ (en), aux abois, abaisse.--"Trois poulx rampans en aboy", +c'est-a-dire descendant le long de la chemise, telles sont +les armoiries que le seigneur de Mallepaye assigne a son ami +Baillevent, P. 168. + +ABSALON, 121, 122. + +_Absoluz, absolz_, absous. + +_Abusion_, peine inutile, fait de quelqu'un qui s'abuse. (P. 35, +v. 2.) + +_Acabit_, accident (?). 175. + +_Accollee, acollee_, accolade. + +_Accouter_, appuyer, accoter. 47, 136. + +_Acherin_, acere, d'acier. + +_Achoison, achoyson_, occasion, feinte, ruse. + +_Acongnoistre_, connaitre. 195. + +_Accueillir_, tenir. 145. + +_Acquester_, acquerir. + +_Acreuz_, acquis, augmentes. 165. + +_Acteur_ (l'), l'auteur. 182. + +_Adextre_, adroit, habile. + +_Adirer_, absenter, supprimer. 135. + +_Admenez_ (en) (?), P. 38, v. 25. + +_Adonc, adoncques_, alors. + +_Advantaige_, voy. _avantaige_. + +_Affier_, assurer, certifier. + +_Affiques_, affiquets. 185. + +_Affoler_, blesser. 152. + +_Affuyt_, suit. + +_Aguet (aller d')_, marcher avec precaution et sans bruit, c'est +ce que faisaient sans doute les soldats de police a pied dont +parle Villon, p. 13, v. 21. + +_Aherdre_, p. 52, se trouve dans Cotgrave avec le sens de +toucher, prendre. + +_Ahonti_, deshonore, couvert de honte. 142. + +_Aid_, aide, assiste "Ainsi m'aid Dieux!" P. 26, v. 6. + +_Aignel_, agneau. 107. + +_Aincoys_, avant. + +_Ains_, avant. + +_Aist_, aide. "Ainsi m'aist Dieux!" 107. + +_Aiz_, planche. 84. + +ALENCON. 151. Cette ville fut prise et reprise plusieurs fois +par les Anglais et les Francais pendant les guerres du XVe +siecle. C'est en 1448 que Charles VII l'assiegea pour la +derniere fois; il s'en empara, ainsi que de toutes les autres +places fortes de la Normandie. (P. L.)--Le bon feu duc d'Alencon +dont parle Villon (p. 36) serait, selon M. Pr., Jean Ier, +tue a la bataille d'Azincourt, en 1415. + +ALEXANDRE, p. 26. Cette anecdote d'Alexandre et du pirare +Diomedes est, suivant Formey, rapportee par Ciceron, dans un +fragment du traite _De Republica_, liv. III, que nous a conserve +Nonius Marcellus. Le nom du pirare ne s'y trouve pas. Voy. 121. + +ALLEMANSES, allemandes, 80. + +_Alleure_ (_bonne_), promptement. + +ALLYS (p. 34, v. 19), Alix de Champagne, mariee en 1160 a Louis +le Jeune, roi de France, et morte en 1216. (Pr.) + +_Alouer_ (_s'_), s'attacher, se devouer. 108. + +ALPHASAR, p. 121. Arphaxad, roi des Medes. + +ALPHONSE, _le roy d'Aragon_. Alphonse V, dit le Sage, mort en +1458. + +_Amant_, 165, amendement. + +_Amathiste_, amethyste. 35. + +_Ambagoys_, ambages, finesses. 192. + +_Ambesas_, doubleas. P. 48. + +_Amecons_, hamecons. Employe au figure, p. 185. + +AMIRAL (l'), p. 152. M. P. L. suppose que c'est Pregent, seigneur +de Coetivy et de Retz, cree amiral en 1439, et tue en 1450, au +siege de Cherbourg. + +AMMON, fils de David. Plaisant recit de son amour pour sa soeur +Thamar. (P. 46, v. 15.) + +_Amoureux_, agreable, bon. 195, v. 1. + +_Amys_, amicts. 36. + +_Ance_, anse. 15. + +ANCENYS, 151. + +_Ancoys_, avant. + +_Ancre_, encre. + +_Andoilles_, andouilles. 64. + +_Ange, Angelot_, (p. 70), etaient des monnaies d'or. Deux +_angelots_ valaient un grand _ange_. Villon veut que le jeune +merle agisse consciencieusement, ce qui n'etait sans doute pas +dans ses habitudes. (Pr.) + +ANGELOT L'HERBIER (l'herboriste), 85. + +ANGIERS, 9. Le _Lyon d'Angiers_ (153) etait sans doute +l'enseigne d'une hotellerie. + +ANGLAIS, p. 151. + +ANGLESCHES, anglaises, p.81, v. 3. + +_Angoisseux_, plein d'angoisse. + +ANGOULEVENT, p. 176. Un Prince des Sots nomme Angoulevent vivait +a la fin du XVIe siecle et se fit connaitre par un proces qu'il +soutint pour defendre les privileges de sa principaute. Mais ce +passage prouve que le nom d'Angoulevent etait generique parmi +les gueux et les aventuriers des le XVe siecle. (P. L.) + +ANJOU, 157. + +_Antan_, l'an passe. + +_Ante_, tante. 82. + +_Apasteler_, nourrir. + +_Apostoles_, pape (p. 36), et, par extension, eveque, et +peut-etre pretre. + +_Appaillardir_, appauvrir, mettre sur la paille 172. + +_Appeau_, appel. 197. + +_Appoinct_, a point. 73. + +_Appointe_, convenu. + +_Appoinctement_, accord. + +_Aprins_, appris. + +_Arain_, airain, cuivre. 48 + +_Arbrynceaux_, arbrisseaux. + +ARCHIPIADA, 34, vraisemblablement Archippa, l'amante de +Sophocle. (Pr.) + +ARCHITRICLIN (p. 69). Le maitre d'hotel des noces de Cana, qui +conseilla de boire le bon vin le premier. + +_Ardiz_, brulai. 121, v. 2. + +_Ardre_, bruler. + +_Argeutis_, arguties. 18. + +ARISTOTE, 18, 25. + +_Armarie (montrer l')_, p. 146, paraitre arme dans un tournoi. +(P. L) + +_Arquemie_, alchimie. "Faire l'arquemie aux dens" (p. 182 et +186), c'est vivre de vent, n'avoir rien a manger. + +_Arraisonner_, interroger. + +_Arrons_, aurons. + +_Ars_. brule. 17. + +_Arsure_. brulure. 76. + +_Art de la pinse et du croc_, l'art des voleurs. P. 2. + +_Art de memoire_, 11. Probablement l'_Ars memorativa_, ouvrage +didactique souvent reimprime au XVe s. avec des figures +singulieres. (P. L.) + +ARTUS, _le duc de Bretaigne_ (p. 35, v. 10) est Artus III, le +Justicier, mort en 1458. + +_Ascavoir-mon_, c'est a savoir. + +ASNE ROUGE, 60. Est-ce une enseigne? + +_Assier_, acier. 9. + +_Assouvir_, calmer, satisfaire, accomplir. 29, 89, 90, 94, 110. + +_Atout_, avec. + +_Attaine_, III. Atteigne, blesse. (P. L.) + +_Attaintee_, 78, bien paree (Pr.),-fardee (P. L.). + +_Attendue_, attente, retard. + +_Attente_, intention. 49. + +_Aubade_, peur. 199. + +_Aucun, aucune_, quelque. 30, 120. + +_Aucunement_, en quelque facon. + +_Auditeux_, auditeurs. + +AUGER LE DANOIS, 91. + +_Aulmoire_, armoire. + +AULNIS (vin d'), 60. + +AUSSIGNY (_Thibault d'_), 21. + +AUVERGNE (p. 36). Le dernier Dauphin de la branche hereditaire +fut Beraud III, qui mourut en 1428. (P. L.) + +_Avaller_, descendre, precipiter en bas. + +_Avantage (vivre d')_, vivre aux depens d'autrui. 206, 208, etc. + +_Avenir_, advenir. + +AVERROYS, Averrhoes. 25. + +_Avoye_, en voie, bien venu. 196. + +_Ayser (s')_, se mettre a son aise, se servir librement. P. 78, +v. 21. + +----------B---------- + +BABYLOINE, Babylone. 79. + +_Bachelette_, jeune fille. 47. + +_Bachelier_, jeune galant, amoureux. 47. + +_Bague_, bagage, arme. + +BAIGNEUX, 193 + +BAIGNOLET, 150. + +_Bailler_, donner. + +BAILLY, 3. + +_Bandon (a),_ a l'abandon. + +_Barat_, tromperie. + +_Barbiers_, etaient les chirurgiens du temps. 77. + +_Barguigner_, marchander, hesiter. + +_Barre_ (p 63), piece du blason qui indique la batardise. Au +lieu de cela, Villon donne au batard de La Barre trois des pipes +pour mettre dans son ecusson. + +BASANYER, 74. + +_Bas mestier_, acte amoureux. + +_Baston_, 156. Nom des armes portatives en general. On a dit +plus tard "baston a feu". + +_Batture_, action de battre. 71, 115. + +BAULDE (_frere_). 67. + +_Baulde_, rejouie. 67. + +_Bauldray_, donnerai. + +_Bave_, bavardage. 180. + +_Baver_, bavarder. + +_Baverie_, bavardage, vaines promesses. + +Baye, ouverte. 165. + +BEAULNE. 193, 207. + +_Beffray_, beffroi. + +BEGUINES, 66. + +_Bejaulne_, niais. 193. + +_Belin_, mouton. 70. + +BELLEFAYE (_Martin_), p. 96, a qui Villon donne le titre de +lieutenant criminel, etait conseiller au Parlement de Paris. + +BELLET, 118. + +_Benoist_, beni. + +_Benoistier_, benitier. + +_Bergeronnette_, chanson rustique. 91. + +_Berlan_, brelan. 87. + +BERTHE _au grand pied_ (p. 34, v. 19) fut mere de Charlemagne. + +_Besongner_, travailler. 118. + + +_Besongnettes_, affaires d'amour. + +_Betourner_, dompter, abattre. 108. + +_Biere_ (en), mort, enseveli. + +BIETRIS (p. 34, v. 19), Beatrix de Provence, mariee a Charles de +France, fils de Louis VIII. (Pr.) + +BIETRIX, 118. + +_Billart_, baton recourbe avec lequel on jouait a la crosse. + +BILLY (_la tour de_), 73. + +_Bisaguee_, besaigue. + +_Bise_, brune. 79. + +_Blanc_, 15, 48, monnaie d'argent qui, du temps de Villon, +valait douze deniers. + +BLANCHE. Prompsault dit que la reine Blanche dont il est +question p. 34, v. 17, etait Blanche de Bourbon, mariee en 1352 +a Pierre le Cruel. M. P. L. pense qu'il s'agit plutot de Blanche +de Castille, mere de saint Louis. + +BLANCHE LA SAVETIERE, 42. + +_Blason_, conversation, beau parler. 189, 196. + +_Blasonner_, vanter, bavarder, se moquer. 201, 206. + +_Bloquer_, donner de l'argent. 175. + +BOESMES, p. 118. "La faute des Boesmes", c'etait l'heresie des +Bohemiens, sectateurs de Jean Hus et de Jerome de Prague. + +_Boillon_, p. 54. Le _boullon_ ou _bouillon_ est l'endroit de +la riviere ou l'eau forme un tournant. On dit encore, dans le +langage trivial, _boire un bouillon_, c'est a dire: courir le +risque d'etre englouti dans une mauvaise affaire. (P. L.) + +_Boiture_, boisson 52. + +_Bonne_. "Cy suspendy et cy mis bonne", p.17. Prompsault +interprete _bonne_ par _borne_. M P. Lacroix suppose que cette +expression equivaut a _mettre en panne_. + +_Bonne alleure_, promptement. + +_Bordeaulx_, lieux de prostitution. 77. + +_Bort_, bordure. 136. + +_Bouffe_, souffle, emporte par un souffle. (P. 36, v. 19.) + +_Bouges_, chausses, culottes. + +_Bouhourder_, lutter a armes courtoises. 119. + +_Boullon_, bouillon, tourbillon. + +_Boulluz_, bouillis. 56. + +BOULOGNE, 9. + +BOURBON. Le gracieux duc de Bourbon (p. 55 v. 9) est Jean Ier, +mort en 1456. Voy. p. 115, et _notes_, p. 223. + +_Bourde_, mensonge, 111. + +_Bourder_, mentir. + +BOURG-LA-ROYNE, 65. + +BOURGES, 68, 76. + +BOURGUIGNON (Pierre),60. + +BOURGUYGNONS. 171. + +_Bourreletz_, sorte de coiffure. 33. + +_Bourse_. "Les bourses des dix-et-huit clers" (p. 72). Le +college des _Dix-huit_, ou l'on recevait les etudiants trop +pauvres pour pourvoir a leurs besoins, etait situe, suivant M. +P. L, devant le college de Clugny, sur l'emplacement actuel de +l'eglise de la Sorbonne. + +_Bouter_, mettre. 146, 148, 193.--frapper, pousser. 161. +_Bouter soubz le nez_, p.37, manger et boire. + +_Boyser_, travailler le bois. 64. + +_Bracquemart_, epee courte et large. + +_Braire_, crier. 198. + +_Brairie_, cris. 152. + +_Branc_, sorte d'epee. + +_Brayes,_ chausses, culottes. + +_Brelare Bigod_ (p. 82), sorte de juron en allemand corrompu: +_Verloren, bey Gott!_ + +BREAAOIRE, Bressuire. 152. + +BRETAIGNE, 62. + +BRETONS, 153, 154, 157. + +_Brettes_, Bretonnes. 80. + +_Brief_, brievement. 196. + +_Broiller_, p. 87 M. P. L. dit que cela signifiait jouer des +_imbroglios_, des scenes comiques. + +_Broillerie_, desordre. + +_Broises, brossillons_, broussailles. 99. + +_Brouaille_, 148, me parait synonyme de _brodier, broudier_, +anus. + +_Brouillez_, en desordre, embrouilles. 2 + +_Broust_, nourriture, subsistance. 174. + +_Brouter_, manger. 63. + +BROYER a moustarde, mortier. 17. + +BRUCIENNES, Prussiennes. 80. + +BRUNBAU (_Philip_), 97. + +_Bruire_, faire du bruit. + +_Bruit, bruyt_, renommee, reputation 9, 176. + +BRUYERES (Mlle de), 79. + +BUEIL, p. 152 Selon M. P. L., c'est Jean de Beuil, comte de +Sanceire, qui succeda comme amiral a Pregent de Coetivy. + +_Buffe_, soufflet. 194. + +_Bulle (Carmeliste)_, 10 Voy. DECRET. Les porteurs de bulles (p. +87) etaient des ecclesiastiques ou des officiers du Saint-Siege, +qui venaient queter et vendre des indulgences au nom du pape +dans les pays catholiques. Mais ils ne pouvaient plus etre admis +en France sans un ordre du roi; les privileges de l'Eglise +gallicane ou de la Pragmatique-Sanction s'opposaient a ces +collectes papales, qui avaient tant appauvri la chretiente an +moyen age. (P.L.) + +_Bureaux_, vetements de bure. 32. + +BURIDAN, 34. C'etait une tradition bien etablie parmi les +ecoliers de l'Universite de Paris, qu'une reine de France +avoit fait de la Tour de Nesle, situee au bas de la Seine, +sur l'emplacement du palais de l'Institut, le theatre de ses +debauches nocturnes. Elle attirait chez elle tous les passants, +et surtout les ecoliers, qui lui plaisaient; puis, son caprice +satisfait, elle les faisait tuer et jeter dans la riviere. +Buridan eut le bonheur d'echapper a la mort, et il inventa +ce fameux sophisme, qui devait etre sa vengeance et sa +justification: "Il est permis de tuer une reine si c'est +necessaire." Villon est le plus ancien auteur qui ait parle de +cette tradition. Gaguin, dans son _Compendium_ des Annales de +France, l'a rapportee ensuite avec plus de detail. Quoi qu'il +en soit, les trois brus de Philippe le Bel furent accusees +d'adultere, et l'une d'elles, Marguerite de Bourgogne, femme de +Louis le Hutin, fut etranglee dans sa prison, en 1314, par +ordre du roi. Quant a Buridan, il devint un des plus celebres +professeurs de l'Universite de Paris, et fut exile de France +comme disciple d'Ockan. Il se retira en Autriche, ou il continua +de professer la philosophie nominaliste. (P. L.) + +_Butor_, p. 122. Espece de heron, oiseau aquatique. On croyait +au moyen age qu'il restait enfoui dans la vase, au fond de +l'eau, durant l'hiver. (P. L.) + +----------C---------- + +_Caquetoeres_, caqueteuses, bavardes. 80. + +_Cades_, juge, cadi. 26. + +_Caige-vert_, 67. Pr. suppose que c'etait un nom donne aux +filles publiques M. P. L. rappelle, a l'appui de cette opinion, +qu'une celebre maison de debauche, a Toulouse, etait appelee +Chatel-vert. + +CALIXTE (_te tiers_), 35. Calixte III, elu pape le 8 avril 1455, +siegea trois ans et quatre mois. (Pr.) + +CALLAISIENNES, 8l. + +_Canceler_, 93. Barrer, annuler. (Pr). Authentiquer, legaliser. +(P. L.) + +_Canettes_, canes. Ferrer les oies et les canes (p. 92) est +quelque chose comme "mener les poules pisser." + +_Capitaine du Pont a Billon_, 179. Les crocheteurs, gueux et +mendiants qui se mettaient sur le pont au Change, le nommaient +alors le _pont a Billon_. (Pr.) + +_Cappel_, chapeau. 105. + +CARDON (_Jacques_), 91. + +CARMES, 175. + +CARMES (_l'hostel des_), 67. + +_Carre_, dimension. "Trois detz plombez de bonne carre." (P. 63, +v. 27.) + +CARTAIGE, Carthage, 120. + +CARTES _a jouer_, 63. + +CASSANDRE, 110. + +CASTELLANES, Castillanes, 80. + +CATON, 109. + +_Caut_, habile, prudent. 172. + +_Caver_, creuser. 102. + +_Caymant_, mendiant. 60. + +_Ceans,_ ici dedans. + +_Ceau_, seau. 15. + +CECILLE, Sicile. 74. + +_Ceincture_, virginite. 68. + +CELESTINS, 30, 82, 98. + +_Celle_, cette. 104. + +_Cendal_, 68. Etoffe de soie orientale, ordinairement rouge. (P. +L.) + +_Ceps_, 13. Fers qu'on mettait aux pieds des prisonniers. + +CERBERUS, Cerbere, le chien qui garde la porte des enfers. 46. + +_Cervoise_, 48. + +CESAR (_Jules_), 120. + +_Chaille (ne leur)_, qu'ils ne s'en inquietent pas. P. 73. + +_Chambres, prives_. 204. + +CHAMBRE AUX DENIERS, 89. + +CHAMP-TOURCE, 151. Chantoce ou Champtoce, village du departement +de Maine-et-Loire. + +_Chandeaux_, vers louangeurs (?). 112. + +CHANGON, voy. _moutonnier_. + +_Chapeau de laurier_, couronne. 2. + +CHAPPELAIN (_le_), p. 93, etait quelque ami de Villon qui +portait ce surnom. Villon lui legue sa chapelle a simple tonsure +(p. 93, v. 2). Le benefice a simple tonsure, selon Pr., etait +destine a des clercs etudiants, et n'exigeait pas beaucoup +d'instruction. + +_Chappin_, savate (?). 61. + +CHARLEMAGNE, 35. + +CHARLES (_le grand_), Charlemagne. 24. + +CHARLES VII, roi de France, mort en 146l, pendant le sejour de +Villon dans la prison de Meung, p. 35. + +CHARRUAU (_Guillaume_),61. + +CHARTIER (_Alain_), 91. + +CHARTREUX, 31, 82, 98. + +_Chascun Poicdenaire_, 171. Personnification de tous ceux qui +n'ont pas d'argent. + +_Chastoy_, correction, chatiment. 85, 142. + +_Chat_ "qui hayt pescher", qui a horreur de l'eau. P. 76. + +_Chault (il ne m'en)_, je m'en moque. 56, 157. + +_Chef_, tete. 94. + +_Chenu_, vieux, blanchi par l'age. 40. + +_Cheoir_, tomber. 111. + +_Chere, chiere_, mine, visage.--_Chere lye_, 187, mine +joyeuse.--_Chere marrie_, 194, air de mauvaise humeur.-- +_Chere meslee_, 169, visage renfrogne.--_Chere rebourse_, mine +refrognee. + +_Cherme_, charme, 58. + +_Chet_, tombe. 117. + +_Cheu_, tombe. + +CHEVAL BLANC, enseigne(?), 60. + +CHEVALIER DU GUET. 92. + +_Chevance_, avoir, argent, capital. 28, 89. + +_Chevaulcher_, faire l'acte amoureux. 16. + +_Chevaucheur_, celui qui va a cheval. 47. + +_Chevir_, venir a bout, se tirer d'affaire. 184. + +_Chiere_, voy. _Chere_. + +_Chiet_, tombe. + +CHOLLET, 64. + +_Chosettes_, petites choses, caresses amoureuses. + +CHYPRE. Le roi de Chypre mentionne p. 36, v. 17, serait, selon +Le Duchat, Pierre de Lusignan, qui vivait dans le XIVe siecle. +Pr. croit qu'il s'agit plutot de Guy de Lusignan, mort en 1194. + +_Cil_, celui, 95, 111. + +_Clamer_, appeler, crier. 102. + +_Claqdent_, 176. Pays des gueux, a qui le froid fait claquer les +dents. Plus tard on y fit voyager les malades qu'on traitait par +le mercure. Leur itineraire oblige etait par _Surie, Baviere_ et +_Claquedent_. + +CLAQUIN, _le bon Breton_ (p. 36), Bertrand Du Guesclin, mort en +1380. + +_Clercs, clers_, savants, hommes instruits. 71, 120.--ecoliers, +etudiants, 15, 86;--garcons de divers metiers. Les _clers +Eolus_, p. 123, sont les vents. Les garcons d'hotellerie +sont appeles clercs, p. 207. Quand on dit de nos jours un _clerc +de perruquier_, par exemple, on fait une plaisanterie qui n'est +pas nouvelle. + +_Cler_, clair, pur. 56, 106. + +_Clergeon_, ecolier, petit clerc d'homme de loi. 11, 71 + +_Cliquepatins_, 98, traine-savates. (LeDuchat.) + +_Clorre_, clore, fermer. + +CLOTAIRE, 105. + +CLOVIS, 106. + +_Coettes_, lits de plume (p. 64). Ce mot parait etre employe ici +dans un autre sens. + +_Coing_, le coin qui sert a battre monnaie. 8. + +_Cointe_, jolie, gentille. 147. + +COLIN DE CAYEULX, 86. + +COLIN GALERNE, 85. + +_Collaterales (especes)_, 18. Termes d'ecole, qui signifient les +facultes dependantes de la memoire. (P. L.) + +COLOMBEL, 96. + +_Com_, comme. + +_Combien que_, bien que, quoique. + +COMBRAYE (_le seigneur de_). 199. + +_Commander_, recommander. 163. + +_Commens_, Commentaires. 25. + +_Compaings_, compagnons. + +_Compasser_ (?). 171. + +_Complaindre (se)_, se plaindre, se lamenter. 120, 140. + +_Conclure_, vaincre dans la dispute, mettre a bout d'arguments. +8l, v. 2. + +_Congnoistre (soy)_, se reconnaitre 160. + +_Conjoindre_, reunir. 64. + +_Conseiller_, agir avec prudence. P. 7, v. 5. + +CONSTANTINOBLES. L'empereur de Constantinople, _aux poings +dorez_, dont parle Villon (p. 36, v. 22), serait, selon M. Pr., +l'empereur Basile, souverain tres-liberal. + +_Conte_, comte. 135. + +_Contemplation_, employe dans un sens equivoque. 66. + +_Contendre_, disputer. 78. + +_Contraict_, deforme, recourbe, _contracte_. 41. + +_Contregarder_, garder. 203. + +_Contrepoint (entendre le)_, etre habile. 196. + +_Convenir_, falloir. 38, 185. + +_Convint_, couvent. 37. + +_Convoyer_, convier. 197. + +_Coquart_, coq. 49. + +_Corbillon_, panier. 113. + +CORDELIERS, 175, 179. + +_Cordoen_, cuir. 23, 139. + +_Cordouennier_, ouvrier en cuir, cordonnier. + +CORNU (_Jean_), 59. + +COTARD (_Jehan_), 22, 68. Le procureur en cour d'Eglise qui +defendit Villon lors de son premier proces, en 1456. + +_Cotteret_, cotret. 207. + +_Coucher_, mettre au jeu. "Qui pour si peu couche tel gage." P. +86. + +_Couiltart_, coulart, canon a main, long et mince. Employe dans +un sens equivoque. 153. + +_Coullon_, p. 99, rime avec _vermillon, carillon, Villon_, ce +qui donne assez clairement le sens du mot et la facon dont se +prononcait le nom du poete. + +_Courage_, coeur. P. 107, v. 18. + +COURAULT (Jehan), 77. + +_Courre_, courir. P. 65. + +_Course_, fache, courrouce. 37, 151. + +_Courtault_, 154. Canon portatif. Employe dans un sens +equivoque. + +_Courtissain_, courtisan. 173. + +_Coustelez_, 171. M. P. L. traduit ce mot par armes. + +_Coute_, coude. 135. + +_Coutel_, couteau. + +CRAON, 152. + +_Creance_, croyance, opinion. 114. + +_Crepelle_, coupelle. "Argent de crepelle" (p. 48), argent +epure. + +CRETE, 46. + +_Creu_, grandi, accru. 70. + +_Croire_, faire credit, prendre a credit, parfois en donnant un +gage. P. 159, v. 26-27. + +_Croix_, argent. Ce que Villon appelle irreverencieusement _la +vraie croix_ (p. 115-116), c'etait la marque empreinte sur la +plupart des monnaies du temps, et qui a ete depuis remplacee par +l'effigie du prince. _Pile_ designait le revers. On joue encore +a _pile ou face._ "Sans croix ne pile", sans argent. + +_Croppetons (a)_, accroupi. 41. + +CROSSE (la), 15. M. Prompsault croit qu'il s'agit d'une potence. + +_Crostes_, croutes. 98. + +_Cry_, 168, cri d'armes. + +CUEUR (_Jacques_), 32. + +_Cuider_, croire. + +CULDOU (_Michault_), 72. + +_Curatez_, cures. 180. + +_Cure_, soin, souci. + +CURES, 152. + +_Cuveaulx_, cuviers, baquets. 77. + +_Cuyder_, croire. + +_Cuyderaulx d'amours_, 98, jeunes vaniteux, selon Pr.; M. P. L. +rapproche de cette locution celle de "cuydeurs de vendanges", +employee par Rabelais (_Gargantua_, ch. 25). + +_Cy_, ici. + +_Cy pris, cy mis_, donnant, donnant. 191. + +_Cymballer_, jouer des cymbales. 87. + +----------D---------- + +_Damoiselin_, de damoiseau. + +_Danger_ 119. "A danger emprunter argent", c'etait, si je ne me +trompe, emprunter a dix pour cent. + +_Dangier_, danger, peril. 8. + +DAUPHIN (le), 24. Joachim de France, fils de Louis XI et de +Charlotte de Savoie, sa seconde femme, mourut en bas age. + +DAULPHIN _de Vienne et de Grenobles_ (p. 37). Le Dauphin de +Viennois residait a Grenoble. (Pr.) + +DAVID (p. 46, v. 11). Jolie allusion a son amour pour Bethsabee. + +_Dea!_ exclamation: Dame! + +_Deboute_, rebute. 110. + +_Debteur_, debiteur. 96. Villon, comme on le fait encore +souvent, emploie ce mot dans le sens de _creancier_. + +_Debuer_, laver, lessiver. 102. + +_Dechasse_, banni, chasse, 10. + +DECRET _Omnis utriusque sexus_, 10. Ce decret a ete porte par le +quatrieme concile de Latran, tenu en 1215. Il ordonne a tous les +chretiens de l'un et de l'autre sexe de confesser leurs peches +a leur propre pasteur, au moins une fois l'an. En 1489, les +religieux mendiants obtinrent de Nicolas V une bulle datee de +Pise, 2 octobre, qui leur donnait le pouvoir de confesser, au +prejudice des droits des cures, etablis par le canon que nous +venons de citer. L'Universite se leva contre, tint plusieurs +assemblees, dans l'une desquelles les Mendiants furent exclus +de son sein. Les eveques de France se joignirent a elle. Des +deputes furent envoyes a Rome, et en rapporterent une bulle de +Calixte III qui revoquait celle de Nicolas V. Cette affaire +etait a peine terminee, ou meme ne l'etait pas encore, quand +Villon composait son Petit Testament. Temoin du zele chaleureux +des cures de Paris, il leur legue le canon _Omnis_ pour le +remettre en vigueur. (Pr.) + +DEDALUS, Dedale. Sa "court" (p. 122, v. 7) etait son celebre +labyrinthe, ou il fut enferme lui-meme. + +_Dedans_, d'ici a... "Dedans ces Pasques." (P. 12, V. 4.) + +_Dedie_, consacre. "Et a bonnes moeurs dedie" (p. 29, v. 5). + +_Deffacon_, ruine, destruction. 8, 58. + +_Deffuyr_, eviter, negliger. 84. + +_Dejeter_, retirer. 54. + +_Delivre_, quitte, libere. 181. + +_Demener_, mener, faire, gouverner, 32, 83, 109. + +_Demonstrance_, demonstration. 186. + +_Demourant (le)_ le reste. + +_Demouree_, retard, sejour. 191. + +_Demourra_, restera. 32. + +_Demourroit_, resterait. 121. + +_Demy-ceinct_, p. 33 "Ceinture d'argent avec des pendants +auxquels on attachait la bourse, les clefs, etc." (P. L.) + +_De par_, au nom de. 9. + +_Departir_, depart. P. 100, v. 8. + +_Departir_, partir, se separer. 9, 142, 196, 204, 205. + +_Departir_, donner en partie, accorder une part. 9, v. 3. + +_Deporter_ (se), cesser, renoncer. 109. + +_Desbriser_, maltraiter, martyriser. 7. + +_Deschaulx_, nu-pieds. P. 92 + +_Desclos_, ouvert. + +_Desconfire_, ruiner, detruire. 103, 106. + +_Descrier_, decrier, 42, est dit des monnaies dont on +interdisait la circulation par un cri public. + +_Descrire_, ecrire, rapporter. 146. + +_Deshait_, 83, dispute, desappointement. + +_Desmarcher_, reculer. 158. + +_Desnue_, depouille. 14, 208. + +_Despartir (se)_, se separer. 44. + +_Despendre_, depenser. + +_Despendu_, depense. 28. + +_Desperance_, desespoir. 122. + +_Despiter_, defier. 48. + +_Despiteux_, querelleur, hargneux. 31. + +_Despourveu_, depourvu. 14. + +_Desprins_, depourvu, 15. + +_Despriser_, deprecier. 116. + +_Desplaisance_, deplaisir. + +_Desroquer_, 175, pour _derocher_, terme de fauconnerie, qui +signifie forcer la bete. (P. L.) + +_Dessaisiner (se)_, se dessaisir. 72. + +_Dessire_, dechire. 148. + +_Destaindre_, eteindre. 167. + +_Destourbier_, trouble, embarras. 16. + +_Destre_, droit. 198. + +_Desveille_, reveille, ravive. 18. + +_Desvier_, devier. 91. + +_Desvoye_, 156, egare, ecarte de votre banniere. (P. L.) + +_Detrayner_, maltraiter. 40. + +_Detrenche_, coupe, hache. 143. + +_Detterrer (se)_, perdre ses terres. 185. + +_Detz_, doigts. 26. + +_Detz_, des. 63. + +_Deul_, chagrin, deuil. 108. + +_Deul (je me)_, je me plains. 8. + +_Devaller_, descendre 185. + +_Devant_, ci-devant. P. 7, v. 9. + +_Devier_, sortir de sa voie, mourir. 59, 110. + +_Dextre_, droit, droite. + +DIDO, Didon. 86, 110. + +_Die_, dise. 103. + +_Diffame_, deshonneur. 44, 86. + +_Diffinir_, definir, expliquer. 93. + +DIJON, 37. + +_Dilation_, retard, delai. 179. + +DIOMEDES, 26 + +_Discordez_, desunis. 106. + +_Ditz_, propos, discours. 43. + +_Diviser_, causer, parler. 169. + +DIX ET HUICT (les), 72, voy. _Bourse_. + +_Doint_, donne. + +_Doller_, travailler de la dojoire. 64. + +_Doncques_, donc. + +_D'ond_, d'ou. 114, 156. + +DONNAIT (70). On appelait _Donat_, ou _Donet_, la grammaire +d'Aelius Donatus, intitulee _De octo partibus orationis_, +laquelle etait en usage dans toutes les universites de l'Europe, +et surtout dans celles de France. (P. L.) + +DOUAY, 22. + +_Doubtance_, doute. 201. + +_Double_, supposition, crainte. 43, 204. + +_Doubler_, craindre, redouter. 97. + +_Doulche_, douce. 134. + +_Doulouser (se)_, se plaindre, se lamenter. 32, 140. + +_Douver_, faire des douves. 64. + +_Douzain_, petite monnaie. 173. + +DOUZE (sergent des), 62. Douze sergents etaient particulierement +attaches au prevot de Paris et lui tenaient lieu de garde. (Pr.) + +_Doye_, doive. 141. + +_Drapel_, linge. 104. + +_Drapelle_, linge, habits. 48. + +_Drapilles_, linge, hardes. 88. + +DU BOYS. 64. + +DU RU (_Guillaume_). 97. + +_Du tout_, entierement, completement. 16, 21. + +----------E---------- + +ECHO, nymphe, 34, 110. + +_Edit_, adresse, invention. 192. + +_Effimere_, ephemere. 53. + +_Efforcer_, contraindre. 104. + +_Effroye_, 156, effarouche, avec un air menacant. (Pr.) + +EGIPTE, Egypte. 120. + +EGYPTIENNE (l'), Ste Marie l'Egyptienne, 15. + +_El_, elle. 9, 84. + +_Embattre_ (s'), s'abattre. 75. + +_Embesongne_, occupe, affaire. 204. + +_Embler_, voler. 159, 161. Se derober, 211. + +_Embroche (vin)_, mis en perce. 30. + +_Emmy_, au milieu de. + +_Empescher_, 71, occuper, embarrasser. + +_Emperier_, empereur. 36. + +_Emperiere_, imperatrice, souveraine. 55. + +_Empire (ciel)_, l'empyree. 103. + +_Empres_, aupres de. + +_Emprise_, entreprise. + +_Enchanter_, ensorceler. 117. + +_Encliner (s')_, avoir de l'inclination. 72. + +_Enclos_, enferme. 106. + +_Encombrement_, tristesse, ennuis. 144. + +ENFANS PERDUZ 85, 86. Jeunes compagnons de Villon. + +ENFANS-TROUVEZ, 85. + +_Enferma_, infirmes. 91. + +_Enfondu_, 16. Creux et decharnez, dit Marot.--Ne pouvant se +soutenir. (Pr.) + +_Engigner_, tromper. 68. + +_Engin_, esprit, intellect. 196.--Invention, tour d'adresse. +171. + +_Engrillonne_, attache avec des menottes. 26. + +_Enhort_, exhortation. 25. + +_Enhorter_, exhorter. + +_Enmoufle_, chausse de _moufles_ ou pantoufles, selon Pr. et M. +P. L, Je croirais que cela signifie plutot _emmitoufle_. + +_Enne_ (p. 82), sorte de juron, parent de _enda, parmanenda_ +(par mon ame). + +_Ennuyt_, aujourd'hui, ce soir. 193, 204. + +_Enquerir_, rechercher. 35. + +_Enserre_, enferme. 15. + +_Ensuyvre_, suivre, imiter. 2. + +_Entandiz_, pendant ce temps. 112, 121. + +_Entendre_, connaitre, savoir: "J'entends que ma mere mourra." +(P. 32, v. 25.) + +_Entente_, intention, projet. 49. + +_Entour_, autour de. + +_Entrepreneur_, survenant qui se mele des affaires de quelqu'un, +qui _l'entreprend._ 194. + +_Entr'oeil_, espace entre les deux yeux. 40. + +_Envers_, a l'envers, renverse. 111, v. 5. + +_Envys_, malgre soi. 70. + +EOLUS. 123. Les "clerc Eolus" sont les sujets de ce dieu, les +vents. + +ERACE, pere de Villon, 31. + +_Erre_, voie, chemin. 57, v. 17.--_Grand erre_, promptement, +tout de suite. 53.--_A son erre_, en train, en voie. 95. + +_Es_, aux, dans les. + +ESBAILURT, Abailard. 34. + +_Esbatans_, joyeux, aimant a s'amuser, a s'ebattre. 72. + +_Esbatement_, amusement. 119. + +_Esbaudiz_, prives de joie. 164. + +_Escache_, ecrase. 67. + +_Escarbouille_, ecrase. 148. + +_Eschec et mac (etre)_, echec et mat. Terme du jeu d'echecs. 205. + +_Eschever_, eviter. 88. + +_Eschoicte_, echeance, heritage, 111. + +_Esclat_, 83, baton, echalas. + +_Esclin_, 169. Escalin, petite monnaie allemande _(schilling)_. + +_Escollier_, etudiant, jeune homme qui suit les cours de +l'Universite. + +_Escondire_, refuser. 104. + +ESCOSSOYS, 68. + +_Escourgeon_, sorte de fouet. 13. + +_Escoutans_, auditeurs. 183. + +_Escouvillon_, balai de four. 19. + +_Escovette_, balai, du latin _scopa_. Les "chevaucheurs +d'escovettes" (p. 47, v. 4) sont les sorciers, qui vont au +sabbat a cheval sur un balai. + +_Escreuz_, 165. Bien faits, selon Pr. + +_Escriptures_, ecrits, ouvrages. 2. + +_Escuz_, ecus, monnaies d'or ou d'argent, de valeurs diverses, +p. 56, 70, 145, 147.--Prendre ecus pour douzains, p. 173, c'est +ne pas regarder a l'argent.--"Escuz telz que prince les donne," +p. 17, peut s'entendre des armoiries. + +_Esgrun_, 166, Amer, du bas latin _egrunum_. (P. L.) + +_Esguiere_, vase a mettre de l'eau. 198. + +_Esguilletez (pourpoinctz)_, 88, pourpoints garnis +d'aiguillettes. + +_Esguise_, aiguise. "Esguisez comme une pelote" (p. 25, v. 4), +obtus. + +_Esjouir, esjoir_, rejouir. + +_Esles_, ailes, 153. + +_Eslocher_, ebranler. 103. + +ESMAUS (les pelerins d'), 25. Voy. _Evangile selon S. Luc_, chap. +XXIV. + +_Esme_, 23, pour _estime_, estimation, intention. (P. L.) + +_Esmerillon_, 100. L'emerillon est le plus petit des oiseaux de +proie qu'on dressait pour la chasse au vol. (P. L.) + +_Esmerillonne_, gai, vif. 170. + +_Esmolu_, emoulu, aiguise. 147. + +_Esmorcher_, nettoyer, purifier. 76. + +_Esmoyer (s')_, s'inquieter. + +ESPAGNE. Il serait difficile de dire quel est ce valeureux roi +d'Espagne (p. 35. v. 18), dont le poete ne savait pas le nom. +(Pr.) M. P. L. suppose que c'est Jean II, roi de Castille et de +Leon, qui regna jusqu'en 1454. + +_Espani_, epanoui. 58. + +_Espasmie_, pamee. 147. + +_Espartir_, epandre, repartir, 18. + +_Especiaulx_, 169. D'un merite tout particulier. (P. L.) + +_Esperviers (gens a porter)_, 62. Gentilshommes ayant le droit +de chasser au vol. M. P. L. remarque que l'epervier est aussi un +filet de braconnier. + +_Espie_, espion, guetteur. "Aux champs debout comme ung espie" +(p. 105), veut dire pendu. + +_Espoindre_, piquer, exciter. 100. + +_Espoir (j')_, j'espere, 110. + +_Espois_, epais. 112. + +_Essoine, essoyne_, embarras, tourment, 15, 34. + +_Estaux_, etaux. 16. + +_Estable_, stable. 24. + +_Establis_, etaux des marchands. 13. + +_Estaing_, etain. 9. + +_Estamine_, etoffe claire. + +_Estan_, etang. 34. + +_Estature_, stature, portrait. 94. + +_Estoeuf_, eteuf. 49. + +_Estomac d'alouette_ (?). 168. + +ESTRADER, battre l'estrade, escarmoucher. 154. + +_Estradeur_, batteur d'estrade, coureur de fortune. 174. + +_Estrange_, etranger. 70, v. 15; 103, 184. + +_Estranger_, eloigner. 43, v. 15. + +_Estre_, demeure, hotel. 191. + +_Estre_, etat, existence, maniere d'etre. 42, 157.--_En estre_, +p. 73, en etat. + +_Estrenes_, etrennes (p. 37, v. 23). Villon, qui se dit mercerot +de Rennes, se compare a un marchand qui desire etrenner avant de +fermer boutique. (P. L.) + +_Estrif, estry_, debat, querelle, dispute, 15, 178. + +_Exaucer_, elever, monter. 183. + +_Estimative_, qui juge, qui apprecie. 18 + +_Extrace_, extraction, lignee. 31. + +----------F---------- + +_Fable_, mensonge. 76. + +_Faictisses_, jolies, bien faites. 40. + +_Faille_, faute. 153. + +_Faillent_, manquent. 8. + +_Faillir_, manquer. + +_Failly_, decourage, abattu. 28. + +_Fainctes_, 87. Momeries ou mascarades, H. L. + +_Faintis_, trompeur, 87. + +_Faitard_, paresseux, 22, 69. + +_Fantasie_, imagination. 18. + +_Farcer_, faire ou jouer des farces. 87. + +_Fardelet_, 114, petit fardeau. Saturne preparait le fardeau que +chaque mortel devait porter pendant sa vie. + +_Fastee (la)_. Je ne sais pas ce que signifie ce vers: "faire +ung soir pour soy la fastee" (p. 91). D'autres editions portent +_la saffee_, ce que je ne comprends pas davantage. + +_Faulse_, mechante. 57. + +_Fault, faut_, manque. + +_Faussart_, fauchard, sorte de hallebarde. + +_Fausserie_, faussete, fausse accusation. 105. + +_Feautre_, feutre, 48, 63. + +_Fenestres_. Les fenetres servaient de montre aux marchands pour +etaler leurs marchandises. "Et pain ne voient qu'aux fenetres" +(p. 30, v. 12) est dit des pauvres _gallans_ qui n'avaient pas +de quoi manger.--_Clorre fenestre_, 42. Fermer boutique. + +_Ferir_, frapper. + +_Fictions_, feintes, tours de finesse. 184. + +_Fiere_, frappe. 39. + +_Fiert_, frappe. + +_Filetz_, bouts de fil, 29. + +_Finablement_, finalement, enfin. 2 + +_Finer_, finir, achever. 18, 143.--Obtenir. "De feu je n'eusse +pu finer" (p. 18, v. 28). + +_Fix, fics_, terme de medecine. 77. + +_Flambans_, enflammes. 76. + +_Flambe_, flamme, 155. + +_Flans_, sorte de patisserie. 71. + +FLORA, 34. Il y a eu plusieurs courtisanes romaines de ce nom. +La plus celebre est la plus ancienne, a qui l'on attribue +Pinstitution des florales. Une autre Flora fut maitresse du +grand Pompee. (P. L.) + +_Flou_, mince, fluet. 64. + +_Flours_, fleurs. 145. + +_Foleur_, folie. 58, 113, 114. + +_Foncer_, donner de l'argent, des fonds. 174. + +_Font_, fontaine, source. 105. + +_Forclorre_, delivrer, mettre hors. "Pour forclorre +d'adversite", p. 15. + +_Formative (faculte)_, faculte d'inventer. 12. + +_Fors_, excepte, hormis. + +_Fort (au)_, au fond, apres tout. 161, 170. + +_Fouir_, fuir. 8. + +FOURNIER, 6l, le procureur de Villon, qui lui avait "sauve +maintes causes justes". + +_Fourrer le poignet_ a la bourse, tirer de l'argent. 136. + +_Fouterre_, voy. MICHAULT. + +_Fouyr_, fuir. 141.--Creuser. 120. + +FRANC-GONTIER, 78. M. Paul Lacroix a publie recemment, a la +suite des _Testaments_ de Villon, le _Banquet du Bois_, qu'il +regarde comme la piece contre laquelle sont diriges les +_Contredictz de Franc-Gontier_, et qu'il croit une oeuvre de la +jeunesse de Villon. + +FRANCE, 36, 121. Le tres noble roi de France, "sur tous autres +roys decorez", dont parle Villon (p. 36, v. 23), etait, selon M. +Pr., saint Louis. + +_Franchise_, puissance, domination (p. 39, v. 9). + +_Franchy_, affranchi, delivre. 23. + +FRANCOIS, promoteur de la vaquerie. 68. + +FREMIN, 51. + +_Frez_, frais. 85. + +_Friquet_, elegant, fringant. 169. + +_Fromentee_, sorte de gateau dont Baillevent donne la recette. +90 + +_Fruiction_, benefice, profit. 166. + +_Fruire_, profiter, tirer avantage. 166. + +_Fume, fumee_. 75. + +_Fumer (se)_, se mettre en colere, s'emporter. + +_Fuste_, bateau, petit navire, de _fustis_, bois. 26. + +----------G---------- + +_Gallans_, jeunes gens, joyeux compagnons. + +_Gallans sans souci_, p.212. Ce sont peut-etre les Enfants sans +souci, ecoliers et basochiens, qui s'etaient mis en societe a la +fin du XVe siecle pour jouer des farces et des soties. Clement +Marot fit partie de cette bande joyeuse. (P. L.) + +_Galles_, plaisir, jouissances, gaies parties. + +_Galler_, se rejouir, mener joyeuse vie, se gaudir. 27. + +GARNIER, 104. + +_Gastaneaux_, 112. Prompsault a lu _Gastaveaux_, qu'il traduit +par grelots. J'ai suivi la lecon de La Monnoye. + +_Gaudisseur_, plaisant, farceur. 194. + +_Gect_, 118. Jetons servant a compter. + +_Gehaine_, instrument de torture. 144. + +_Gendarme, genderme_, soldat, homme d'armes. + +GENEVOIS, 73. + +_Genoillon (a)_, a genoux. 54. + +_Geu_, couche. 89. + +_Gippon_, jupon, robe. 117. + +GIRARD _(Perrot)_. 65. + +_Gisans_, ceux qui sont couchez. 16. + +_Glic_, jeu de cartes qu'on appelait aussi _la chance_. P. 87. + +GLOCUS, 123. La foret ou regne Glaucus, c'est la mer. (P. L.) + +_Gluyons de feurre_, bottes de paille. 14, 50. + +_Godet de greve_, 6l. Grand pot de gres a mettre du vin. (P. L.) +Je crois qu'il s'agit plutot de quelque abreuvoir situe place de +Greve. + +_Gogo_, 84. "Il semblerait que _gogo_ ait ete synonyme de +_rufien_ dans les mauvais lieux. On a dit de la _vivre a +gogo_, du latin _gaudium_, dont on avait fait _gogue_. Le mot +_goguette_ est reste." (P. L.) + +_Gonne_, vetement de moine, tunique, froc. 118. + +_Gorgerin_, 68. C'etait une piece de l'armure destinee a +proteger la gorge de l'homme d'armes. Nous croyons que Villon +appelle _gorgerin d'Escossoys_ la corde d'une potence. (P. L.) + +_Gorgias_, elegant, richement vetu. 168, 169, 172. + +_Gorriers, gorrieres_, 179, hommes et femmes elegants, vetus +richement et a la mode. + +_Gourt (etre a son)_, p. 201, etre a son affaire, etre content. + +GOUVIEULX, voy. RONSEVILLE. + +_Goyeres_, sorte de gateaux. 81. + +_Grace (par qui)_, par la grace de qui. 9. + +_Grafignier_, dechirer avec les ongles. (Pr.) + +_Gramment_, beaucoup, grandement. 156, 199. + +GRAND-TURC, 122. + +_Grat_, action de gratter la terre pour trouver quelque chose, +comme les poules. "Au grat, la terre est degelee!" P. 177. + +_Greigneur_, plus grand, _grandior_, 58. + +GRENOBLE, 37. + +_Greve_, jambe. 61. + +_Grever_, charger, blesser. 94, 134, 155, 161. + +_Grez_, 60, pierre a aiguiser. (Pr.) + +_Grez_, gre. "Prendre en gre", avoir agreable, savoir se +contenter (p. 88). + +GRIGNY, 73. + +_Grille_, prison. 84. + +_Gris blanc, gris perdu_, p. 168, sortes de fourrures. + +_Grivele_, marquete, mouchete comme les grives. 41. + +_Groiselles_, groseilles. "Mascher des groiselles (p. 46, v. +26), c'est ce qu'on appelle maintenant avaler la pilule." + +_Grongnee_ sur l'oeil, emplatre ou meurtrissure. 16. + +GROS VALLET, 155. C'etait un des servants de l'homme d'armes. +Il faisait partie de ce qu'on appelait une _lance fournie_, +c'est-a-dire les trois ou quatre combattants qui devaient +accompagner un homme d'armes et marcher a ses cotes dans la +bataille. (P. L.) + +_Guerdonner_, recompenser. + +_Guermenter (se)_, 32. Se lamenter, se plaindre. Voy. Cotgrave. + +_Guerrier_, guerroyer. 119. + +GUESDRY GUILLAUME (p. 72). Le meme que Guillaume Gueuldry, p. +15. M. P. L. pense que "la maison Guesdry Guillaume" etait le +pilori ou la maison du bourreau. + +_Guet_ (chevalier du), 92. On donnait le titre de chevalier au +capitaine du guet, parce qu'il etait reste peut-etre seul en +possession de l'ordre de l'Etoile, cree par le roi Jean. (Pr.) + +GUILLEMETTE _la tapissiere_. 42. + +GUILLEMIN, 153. + +GUILLOT GUEULDRY, p. 15. V. GUESDRY. + +_Guin d'oeil_, regard, clin d'oeil. 168. + +_Guisarme, guysarme_, 67, 147. espece de hache a deux +tranchants. (P. L.) + +_Guise_, mode, facon, maniere. 139, 168. + +----------H---------- + +_Habite_, 170, ayant maison, habitation. + +_Habitue (bien)_, ayant de belles manieres. 196. + +_Hahay_! exclamation. 139. + +_Haict (de bon)_, de bon coeur, avec plaisir, avec empressement. +p. 83. + +_Hamee_ (?), 121. + +HANNIBAL, Annibal. 120. + +_Hardis_, p. 172, v. 24, liards. Petite monnaie qui avait cours +sous Philippe le Hardi. + +HAREMBOURGES (p. 34, v. 20), Eremburges, fille et unique +heritiere d'Elie de la Fleche, comte du Maine, mort en 1110. +(Pr.) + +_Harier_, tracasser. 102. + +_Hasles_, hale. 88. + +_Havee,_ poignee, poignee de main. 61, 169. + +_Haiet_, 60, croc. (Pr.) + +_Hayneurs_, qui detestent. 90. + +_Hayter_, profiter, reussir. "Riens ne hayt que perseverance." +(P. 25, v. 14.) + +_Heaulmiere,_ marchande de heaumes. 39. + +_Hebergement,_ accueil. + +HECTOR, 74. + +HELENE, HELEINE, 53, 112. + +HELOiS, Heloise, niece de Fulbert, amante d'Abailard + +HENRY (maistre), 85--"Henri Cousin etait alors bourreau et +tourmenteur-jure de la prevote de Paris." (P. L.) + +HERODE (p. 46) fit decapiter saint Jean Baptiste, sur la demande +de la danseuse Herodiade. + +_Herroit_, hairait. 59. + +HESSELIN (_Denys_). 60. + +_Hez_, hais. 138. + +_Histoire_, ornement. "Sans autre histoire", 94. Au quinzieme +siecle et au commencement du seizieme, on appelait _histoires_ +les gravures dont les livres etaient ornes. + +_Ho_! assez! halte la! P. 71, v. 9. + +_Hober_, remuer, bouger. + +_Hohecte (y),_ 63. Si ce n'est une sorte d'exclamation, c'est +incomprehensible. + +_Hoirs_, heritiers. + +HOLOFERNES, 121. + +_Hom_, homme, on. 18, 120. + +_Hostel_, maison. 82. + +HOTEL-DIEU de Paris, 85. + +_Houseaulx, houses_. Sorte de chaussure. 14, 73, 76, 158. + +_Housseurs_, 119. Voy. _Notes_, p. 223. + +_Houx_, houssine, baguette. Les muguets portaient des houssines +ou cravaches a la main, pour montrer qu'ils avaient des chevaux +a l'ecurie. (P. L.) + +_Hucher_, crier, appeler a haute voix. 70. + +_Hucque_, 12, camail a capuchon, que les hommes de toute +condition portaient au XVe siecle (P. L.) + +HUE CAPET, Hugues Capet. 104. + +_Humblesse_, humilite. 205. + +_Hutin_, bruit, bataille. 98, 162. + +_Hutinet_, bruit, brouillerie. 64. + +_Huy_, aujourd'huy. 38. + +_Huys_, porte. + +----------I---------- + +_Icelle_, cette. + +_Idolatryer_, tomber dans l'idolatrie. 45. + +_Ilce_, cela. P. 62, v. 16. + +_Istroit_, sortirait, 145. + +_Ils, ilz_, elles. "S'ils n'ayment fors que pour l'argent." (P. +43, v. 19). + +_Impartir_, accorder, donner. 9, 55. + +_Impetrer_, obtenir. 42. + +_Impourveu_, pauvre, qui n'est pas pourvu de biens. 14. + +_Informe_, instruit. "Informez en meurs" (p. 71), bien eleves. + +INNOCENS (les), cimetiere de Paris, 89. + +_Inventaire_, compte fait. + +ISABEAU, 82. + +ISLE (L'). Lille en Flandre, p. 45. + +----------J---------- + +_Ja, deja, certainement. + +_Jacobins_, glaires, flegmes. 49. + +_Jacobines_ (soupes), bonnes soupes grasses. 66. + +JACOPINS, Jacobins. 13, 82, 179. + +_Jacques_ (p. 158). Les Francs Archiers portaient des _jacques_ +ou cottes de mailles sous leur hoqueton ou casaque. (P. L.) Il +y avait des _jacques_ de toutes sortes d'etoffes. Nous disons +encore _jaquette_. + +JACQUELINE, 82. + +_Jalet_, galet, caillou. 114. + +_Jambot_, p. 84. Petite jambe, membre viril. + +JAMES, (_Jacques_), 92,97. + +_Jargon jobelin_, argot, 179. + +_Jargonner_, p. 118. "Je congnois quand pipeur jargonne", veut +dire: je connais l'artifice du chasseur a la pipee. + +_Jasoit_, quoique, 138. + +JASON, _Jazon_, 121. + +JEHAN de CALAYS, 93. + +JEHAN LAURENS, p. 180. Personnification du peuple, qui apportait +de l'argent aux _pardons_, ou peut-etre un nom donne aux +_pardonneurs_. + +JEHANNE, 173. + +JEHANNE DE BRETAIGNE, 84. + +JEHANNE, la bonne Lorraine (p. 34, v. 21), Jeanne d'Arc. + +JEHANNETON, 49. + +JEHANNETON _la Chaperonniere_, 42. + +_Jengleresse_, menteuse, 55. + +_Jeu d'asne_ (p. 82), jeu d'amours. M. P. L. suppose qu'on +devrait lire le jeu de dame. C'est la meme chose. + +_Jeux_, pieces dramatiques, 87. + +JOB, 29, 122. + +_Jobelin_, argot. 169, 179. + +_Joinctes_, jointures, articulations 33. + +JONAS, 122. + +_Joncherie_, plaisanterie, raillerie, friponnerie. 104, 189, +190. + +JOUVENEL (Michel) (p. 96), huitieme fils de Jean Jouvenel des +Ursins, fut bailli de Troyes, et mourut en 1470. + +JUDAS, 122. + +JUDIC, _Judith_. 110, 121. + +JUIFS, 103. + +JUNO, Junon. 122. + +_Jus_, bas, a bas. 76, 136, 159. + +JUSQU'IL, jusqu'a ce qu'il. + +----------K---------- + +KATHERINE _la Bouchiere_, 42. + +KATHERINE DE VAUSELLES, 46. + +----------L---------- + +_L'en_, on, l'on. + +_La sus_, la haut. 103. + +LA BARRE, 50, 57, 63. + +_Labit_, 175, decadence, de _labes_ (P.L.). + +_Labour_, travail, labeur. 88. + +_Laboureux mestier_, etat de laboureur. 79. + +LA GARDE (_Jean de_). 17, 73, 96. + +LA HIRE. 155. Etienne Vignoles, dit La Hire, fut un des plus +braves capitaines de Charles VII. Il se distingua dans les +guerres contre les Anglais, et mourut a Montauban en 1442. +(P.L.) + +_Laidanger_, injurier, railler. 43. + +L'AIGLE, 152. + +_Lairra_, laissera. + +_Lairray_, laisseray. + +_Lait_, laid. + +_Laiz_, laiques. 33. + +_Lame_, pierre tumulaire. "Quant est du corps, il gyst soubz +lame" (32, v. 23). + +LAMESOU (_le seigneur de_), 200. + +LANCELOT, _le roi de Behaigne_ (p. 36, v.6). Pr. a cru voir dans +ce personnage Ladislas V, prince d'une rare bravoure, tue a la +bataille de Varnes en 1444, et qui regnait sur la Pologne, +la Boheme et la Hongrie. M. P L. remarque avec raison que +_Lancelot_ ne ressemble guere a _Ladislas_. + +LANTRIQUER, nom breton de la ville de Trequier. 157. + +_Laqs_, filets, pieges. 78. + +_Larmoyer_, pleurer, verser des larmes. 141. + +LA ROCHE, 155. Le seigneur de La Roche etait un des bons +capitaines de Charles VII. Il s'attacha a la personne du Dauphin +Louis, et le suivit dans ses revoltes contre son pere. On le +voit figurer parmi les familiers du Dauphin dans les _Cent +nouvelles du bon roy Louis XI_, ou il est toujours nomme +"monseigneur de La Roche". (P. L.) + +LA ROCHEFOUCAULD, 152. Ce ne peut etre que Foucauld, 3e du nom +seigneur de La Rochefoucauld, de Marsillac. etc., conseiller +et chambellan de Charles VII, fait chevalier sur le champ de +bataille, en 1461. (P. L.) + +_Las_, lacs, filets. 47. + +_Lasse!_ helas. 32. + +_Lassus_, la haut. 91. + +_Latin_, langage, parler quelconque. "Je n'entends point vostre +latin." 202. + +LAURENS (_Jehan_), 68. + +_Lavaille_, eau qui a servi a laver. 76. + +_Lay_, laique 44. + +_Lay_, piece de vers. "Ce lay contenant des vers dix." P. 59, v. +4. + +_Lays_ est employe, dans la preface de Marot et dans les deux +Testaments, dans le sens de legs. + +_Le_, large "Tant qu'il a de long et de le" (23, v. 22). + +_Lealle_, loyale. 134. + +_Leans_, la dedans. + +LE CAMUS SENESCHAL, 92. + +_Lectry_, lutrin, 15. + +_Legerement_, vivement, promptement. + +LE LOU (_Jehan_), 64. + +_Lembroyse_, lambrisse, 68. + +_Lermes_, larmes. + +_Lerz_, loirs. 72. + +_Leschier_, rechercher les bons morceaux se livrer a sa +gourmandise. 28. + +_Lettres_, savoir, connaissances. "Sans plus grandes lettres +chercher" (p. 71, v. 7). + +_Lez_ aupres, a cote de. + +_Lians_, liens. 106. + +_Librairie_, bibliotheque. 54. + +_Lice_, lisiere, laisse. 171, v. 21. + +_Lit de parement_, 89. C'etait un grand lit d'honneur, avec +dosseret, dais et courtines, chevet, couvre-pied, marchepied, +chaire d'attente, prie-dieu, etc. (P. L.) + +_Ligne_, 69, lignee, race. + +_Linget_, mince, delie. 64. + +_Lisse_, chienne, p. 171, v. 20 + +LOMBART, 50. Synonyme de juif ou usurier. (P. L.) Plusieurs +banquiers, juifs d'origine, lombards de nation, vinrent +s'etablir a Paris dans la rue qui porte leur nom. Comme ils +pretaient a gros interets, le peuple donna le nom de _lombards_ +aux usuriers et preteurs sur gages. (Pr.)--_Art lombard_, 171, art +d'attraper de l'argent. + +LOMER, 91. + +LORRAINES, 8l. + +_Los_, lot. 134. + +LOTH, 69. + +LOUVIERS (Nicolas de) ou de Louvieulx, 17, 62. Prompsault croit +qu'il s'agit d'un bourgeois de Paris qui concourut a remettre la +ville de Paris entre les mains de Charles VII, et qui fut fait +conseiller a la Chambre des comptes par Louis XI. + +_Loyaument_, loyalement. + +_Loyer_, recompense. 45. + +LOYS, le bon roi de France Louis XI, p. 23. + +_Loz_, louange. 109. + +_Lubres_ (p. 95, v. 3), sombres et tristes, dit Pr. + +LUCRESSE. Lucrece. 118. + +_Lunettes_, yeux, vue. Samson fut livre par Dalila aux +Philistins, qui lui creverent les yeux. C'est ce que Villon +rapporte ainsi p. 45, 2. 21: "Samson en perdit ses lunettes." + +_Lutter_, faire le metier de baladin. 87. + +_Luz_, luths. 55. + +_Ly_, le, les. 36. + +LYMOUSINS, 185, 199, 202. + +LYSLE EN FLANDRE, Lille. 22. + +_Lysses_, lices, luttes: "a tenir amoureuses lysses" (p. 40, v. +29). + +----------M---------- + +_M'_, mon, ma. "Par m'ame." 73. + +MACEE _d'Orleans_. 68. + +_Macher_, manger. 187. + +MACQUAIRE, 76. + +MACROBE, 81. + +MAGDELAINE (_la_), 122. + +_Maignan_, chaudronnier. 119. + +_Maille_, petite piece de monnaie. 86, 180, 208. + +_Maille_, pas du tout. "Je ne vous crains pas maille", 151. + +_Mailler_, battre a coups de marteau, de maillet. 116. + +_Maillon_, maillot. 54. + +_Main mise_, 52. "Dieu nous garde de la main mise", nous +preserve d'etre pris. + +MAIREBEUF. 17, 62. + +_Mais_, plus. "Il n'a mais qu'un peu de billon." (P. 19, v. 9.) + +_Mais que_, pourvu que. + +_Maistre des testament_, 97. Je ne sais ce que c'etait. + +_Maistrie_, domination. 102. + +_Mal, male_, mauvais, mauvaise. + +MALCHUS, 199. Servir Malchus, c'etait, selon M. P. L., servir un +homme d'epee a la guerre, porter un epieu, une guisarme ou un +coutelas, appele _Malchus_, du nom de celui a qui saint Pierre +coupa une oreille. + +_Mal gre_, disgrace. 58. + +_Malheurete_, infortune, malheur, misere. + +_Mallement_, mechamment, durement. + +MALPENSE, 11. Personnage imaginaire, aux idees peu nettes. + +_Maltalent_, mechancete, colere. 36. + +_Mander_, envoyer. 77. + +_Manna_, manne. 107. + +_Manne_. "Venir de manne" (73), venir du ciel, comme la manne. + +_Marche au file_ (?), 80. + +_Marche (hault et bas)_, 195, toutes sortes d'affaires, y +compris les affaires d'amour. + +_Marchesens_ (?), 175. + +MARGOT (_la grosse_), 82, 83. + +MARIE (_d'Orleans_), 105. + +MARION LA PEAU TARDE, 91. + +MARION L'YDOLLE, 84, 86. + +MARIONNETTE, titre ou refrain de chanson. P. 91. + +_Mariottes_, femmes mariees (?), 98. + +MARQUET. 92. + +MARTIN GALLANT, 185. + +MASCHECROUE (la). Prompsault croit que c'est le nom d'une +taverniere. M. P. L. pense qu'il s'agit des plaines arrosees par +la Crou, petite riviere qui passe a Gonesse et a Saint-Denis. + +_Maschouere_, machoire, 52. + +_Mate chere_, triste mine. 52. + +_Mathelins (l'ordre des)_, 70, l'ordre des fous, des insenses. +Peut-etre la confrerie des Sots ou de Mere-Sotte, cette societe +joyeuse de poetes et de comediens, qui etait alors la rivale de +la Confrerie dramatique de la Passion. (P. L.) + +_Mathelineux_, fou. + +MATHIEU, p. 66. M. B. L. suppose qu'il s'agit de Mathieu de +Gand, trouvere du XIIIe siecle, qui a ecrit contre les moines. + +_Mathon_, fromage mou. + +(P. L.) + +MATHUSALE, Mathusalem, 23. + +_Mau_, mauvais, 65, 84. + +MAUBUAY, p. 63. La fontaine Maubuee (c'est-a-dire malpropre) +etait situee a l'entree de la rue de ce nom, qui n'avait alors +que des filles et des mauvais garcons pour habitants (P. L.). +Villon envoie Jean Raguyer boire a la fontaine Maubuee, 1. + +_Mauffez_, le diable. Villon dit assez irrespectueusement que le +pretre, exorcisant les possedes, prend le diable par le col avec +son etole (p. 36). + +_Mauldite_, injuriee avec blaspheme. (P. L.) + +_Maulgre_, malgre. 158. + +_Maulx_, mauvais. 106, v. 12. + +MAUTAINCT, 74. + +MEHUN, 24, 84. + +MEHUN (_Jehan de_), continuateur du _Roman de la Rose_, 66. + +_Meins_, moins. 154. + +_Meist_, mit. 60. + +MENDIANS (_freres_), 66, 98. + +_Menestrier_, musicien. 45. + +_Menroit_, menerait. 201. + +_Mercerot_, petit mercier. "Moy, pauvre mercerot de Rennes" (p. +37, v. 21), signifie gueux comme un _mercelot_, c'est-a-dire +comme ces merciers ou porte-balles qui couraient le pays, et qui +etaient affilies aux bandes de gueux et de bohemiens. + +_Merciz_, misericorde. + +_Mereaulx_, jetons qui servaient a faire les comptes. + +_Merencolie_, melancolie, folie. 188. + +_Merir_, meriter. 55, v. 8. + +_Merit_, merite. 52, v. 1. + +MERLE, 70. + +_Meschance_, misere, malheur. + +_Meschief_, malheur, accident, 141. + +_Meschoir_, arriver du mal. + +_Mescompter (se)_, s'exposer a des mecomptes. 7. + +_Mesdire_, mentir. "Je le dys et ne croys mesdire." (P. 28, v. +20.) + +_Meseaulx_, lepreux. 76. + +_Meshaigne_, blesse, en mauvais etat. 152. + +_Meshaing_, peine. 98. + +_Meshuy_, p. 150. "C'est a meshuy!" C'est maintenant, pour le +coup!--Aujourd'hui. 157. + +_Mesprendre_, mal agir, 27, 42, 133. + +_Masprins_, mal agi, 8. + +_Messaigieres_, entremetteuses. P. 80, v. 9. + +_Messe (seiche)_, 93, messe sans consecration. + +_Mestier_, besoin. 6l, 197, 200. + +_Mestier (bas)_, affaires d'amour. + +MEUNG, p. 146. C'est le continuateur du _Roman de la Rose_, +Jehan de Meung. Voy. MEHUN. + +_Meurdri_, meurtri. 16. + +_Meure_, mure, fruit de la ronce. "Plus noir que meure." (P. 28, +v. 9.) + +_Meurte_, maturite. 26. + +MICHAULT DU FOUR, 63. + +MICHAULT le bon fouterre, 57. Il y a dans le recueil publie par +Barbazan un fabliau du _Foteor_; mais le heros du conte n'est +pas nomme. + +_Mie_, pas du tout. 62. + +_Miege_, megissier. 65. + +_Mignon_, favori. 196. + +_Mignotte_, jolie, mignonne. 41, 98. + +_Mineur_, petit. "Haro, haro, le grand et le mineur!" (p 58, v +11.) A l'aide, grands et petits! + +_Mirlificques_, 185. Merveilles, pour _mirifiques_. (P. L.) + +_Misericors_, indulgent, misericordieux 22. + +_Miste_, joli, aimable. 196. + +_Mitaines_. L'avant-dernier vers de la page 46 fait allusion a +l'usage, qui n'est pas encore completement perdu, de donner des +gants aux convives d'une noce. + +_Mitaines de fer_, gantelets. 152. + +_Mocque_, moquerie. 175. + +_Mol_ mollet. 61. + +MONFAULCON, 215. + +_Monopolles_, cabales, complots. 205. + +_Monstier_, couvent. + +MONTMARTRE, 8l. + +MONTPIPPEAU, 86. + +MONT-VALERIEN, 81. + +_Moralitez_ (p. 87), pieces dramatiques dont les vertus, les +vices, etc., sont les personnages. + +MOREAU, 50. + +_Morillon_ (vin), p. 100. Vin rouge + +_Mors_, mordu. 143, v. 18. + +_Mort_. "Aller de mort a vie", p. 91, est un jeu de mots, +l'inverse d'aller de vie a trepas. + +MORTELLERIE (_Rue de la_), a Paris. 200. + +_Morteux_, mortels. 159. + +MORTIER D'OR. Parait avoir ete l'enseigne de Jehan de la Garde, +l'epicier. (P. 17, v. 1.) + +_Moulier_, femme, 46. + +_Moult_, tres, beaucoup. + +_Mouse_, museau. 63. + +_Mousse_, p. 173, v. 21. Vin On dit encore _mout_ dans le sens +de _vin nouveau_. (P. L.) Je crois qu'il s'agit plutot des frais +faits pour paraitre, pour se faire _mousser_. + +_Moustarde (aller a la)_, 91, faire grand bruit d'une chose, +s'en vanter, en parler a tout propos. + +_Moutonnier_, 12. M. P. L. croit que Changon etait un _mouton_ +ou faux compagnon que Villon avait rencontre dans les prisons, +pour son malheur. C'est assez vraisemblable. + +_Muer_, changer. 27. + +_Muguelias_, muglias, 204. Sorte de parfum. + +MULLE, 60, probablement une enseigne. + +_Musars_, faineants, 98. + +_Muser_, s'amuser, perdre son temps. 79 + +_Musser_, cacher. 58. + +_Mye_, point, pas du tout. 202. + +----------N---------- + +_N'_, ni 108. + +NABUGODONOZOR, 122. + +NANCY. P. 171. Ce souvenir du siege et de la bataille de +Nancy, ou les Suisses defirent le duc de Bourgogne, Charles +le Temeraire, prouve, ainsi que l'a remarque M. P. L., que +le _Dialogue de Mallepaye et Baillevent_ a ete compose apres +l'annee 1477. + +_Naquet_, 169, jeune garcon, d'ou _laquais_ (P. L.). On appelait +particulierement _naquets_ les garcons des jeux de paume. + +NARCISSUS, Narcisse, 46, 122. + +_Natte_, garni de nattes, suivant l'usage du temps. "En chambre +bien nattee", 78. + +_Naveau_, navet. 48. + +_Navrer_, blesser. + +_Ne_, ni. + +_Ne que_, pas plus que. + +_Nectelet_, 169. Propret, bien vetu. + +_Nennil, nenny_, non. + +_Noailleux_, noueux. 155. + +NOE, 69. + +NOE LE JOLYS, 46, 85. Probablement un ancien compagnon de +Villon, qui le chargea dans son premier proces pour se disculper +lui-meme, et ne fut condamne qu'au tiers de la peine infligee a +Villon. Celui-ci lui en gardait encore rancune lorsqu'il ecrivit +le grand Testament. (Huitain CXLII.) + +_Noise_, bruit, querelle. + +_Nombrer_, compter. 118. + +NOTRE-DAME-DE-PARIS, 187. + +_Nourri_, eleve, 2. + +_Noyse_, bruyt, querelle. + +_Noysier_, faire du bruit, quereller. 79. + +_Nully_, nul, aucun, personne. 213. + +_Nuyctee_, duree de la nuit. 78. + +_Nuysance_, prejudice. 144. + +----------O---------- + +_O_, avec. 69, 79. + +_Obstant_, malgre, nonobstant. + +OCTOVIEN, 122. Prompsault croit qu'il s'agit de Caius Julius +Caesar Octavianus, qui fut empereur sous le nom d'Auguste. + +_Oes_, oies. 92. + +_Onc, oncques_, jamais. + +_Oppresse_, oppression. 26. + +_Ord_, sale. + +_Orbes_, 115, aveugles, selon M.P.L. + +_Ores_, maintenant. + +_Orfaverie_, orfevrerie, bijoux, ornements en or. 68, 146. + +ORLEANS, 66. + +ORPHEUS, Orphee, 45. + +_Orrez_, entendrez. + +_Ost_, armee. + +_Ostade_, etoffe precieuse. 196. + +_Ot_, entend, 51.--Eut, 46. + +_Ou_, au. 29, v. 4; 106, v. 17. + +_Oubliance_, oubli. 18. + +_Oultraige_, courage intempestif, outrecuidance. 152, 154. + +_Oultrement_, beaucoup, plus que de raison, 1. + +_Ouquel_, auquel, dans lequel. + +_Ouvrer_, travailler. 87. + +_Ouvrez vostre huys, Guillemette_; refrain ou commencement de +chanson. 91. + +_Oy_, entends, 113. + +_Oystres_, huitres. 30. + +_Oyt_, entend. 64, 68. + +----------P---------- + +_Paillart_, gueux. 194. + +_Palais_ (le), a Paris, 185, 206. + +_Pallus, palux_, marais. 55, 122. + +_Panon de Bissac_ (p. 155), pennon ou banniere de toile grise +(P. L.). + +_Paour_, peur. + +_Paouvre_, pauvre. 9. + +_Papaliste_, papaute. 35. + +_Papier_ (p. 51, v. 12), respirer, souffler. + +_Par tel_, de telle facon. Peut-etre le vers 22 de la page 181 +devrait etre ainsi: "Par tel si, qui veue ne l'aura." + +_Pardoint_, pardonne. 153. + +_Pardons_, 180. Prieres publiques, processions et autres +pratiques pieuses auxquelles etaient attachees des indulgences +particulieres. (P. L.) + +_Pardonneurs_, vendeurs d'indulgences, de pardons. 174, 180. + +_Parfaict_, acheve. 188. + +_Parfond_, profond. + +PARIS, 33. + +PARIS, 66, 80, 88, 101, 184, 199 et _passim_. + +_Parit_, engendra, 51, v. 20. + +_Parmi_, avec. 50.--Au milieu de, dans. 153.--A travers. 104. + +_Partement_, depart. + +PAS. Il est question, p. 74, v. 13 et suiv., d'un pas d'armes +tenu par Rene d'Anjou, qui prenait le titre de roi de Sicile. + +_Passot_ (83). Pr. croit que c'est une lance; M. P. L., une epee +courte. + +PATAC, patard, petite monnaie. 69, 199. + +PATAY, chef-lieu de canton dans le Loiret, 115. Pr. fait la +remarque qu'il n'y a pas de foret dans cette localite, et qu'il +n'y vient pas de chataignes. + +PATHELIN, 179, 196. Le heros d'une farce bien connue, qu'on a +attribuee a Villon. + +_Pathelin_, 166, 169, langage mielleux et plein d'artifices. + +_Paulme (en)_, dans la main. "Seur comme qui l'auroit en +paulme", p. 72. + +PAUQUEDENAIRE, p. 196, est presente comme un homme expert en +tromperies, comme Villon et Pathelin. Il n'est pas autrement +connu. Voy. POICDENAIRE. + +_Peaultre_, 48. Suivant Cotgrave, le _peautre_ est le gouvernail +d'un navire. Dans _l'Ancien theatre francais_, t. II, p. 155, on +trouve _battu comme peaultre_, ce qui equivaut a _battu comme +platre_. + +_Peaussa_, couvert d'une peau epaisse et ridee. 41. + +_Pehon_, pieton, fantassin. 154. + +_Pel_, peau. 143. + +_Peiner (se)_, se donner de la peine. 31. + +_Penancier_, Penitencier, confesseur. 188. + +_Penart_, lance ornee d'un pennon. 147. + +PENESSAC (_monsieur de_), 200. + +_Per_. "Recoit son per et se joint a la plume", p. 74, v. 20. + +_Per ou non per_, pair ou non, quoi qu'il en soit. 193. + +PERDRYER (_Jehan et Francoys_), 75. + +PERNET (158), _Perrenet_ (157), diminutifs de _Pierre_, nom du +franc archer de Bagnolet. + +_Perpetrer_, obtenir, acquerir. 42. + +PERRETTE, 82. + +_Perrucatz_, 178. Gens a perruque. On appelait perrucats tous +les gens de la Basoche (P. L.) + +_Pery_, perdu, 51, v. 23. + +_Pesle_, poele, s. m. 48. + +PESTEL (_enseigne du_), ou pilon. 200. + +_Petiote_, petite. 26. + +PETIT-PONT, a Paris. 81, 190. + +_Peu_, repu, nourri. (P. 21, v. 13.) + +PHILIPPOT, 92. + +PHOEBUS, 122. La clarte Phoebus, c'est, on le sait, la lumiere +du jour. + +PICARDS, 122. C'etaient des heretiques qui ne faisaient aucune +priere pour les morts. Voila pourquoi Villon promet a Thibault +d'Aussigny une _priere de Picard_. + +PICARDES, 81. + +_Pieca_, il y a longtemps. + +_Pietonner_, courir a pied. 152. + +_Piez blancs_, p. 8. Avoir les pieds blancs, c'est, suivant M. +P. L., revenir de loin, comme les voyageurs aux pieds poudreux. + +_Piez de veaux (faire les)_, danser, faire des gambades. 112. + +_Pigne_, peigne, 69. + +_Pigon_, pigeon. "Les pigeons qui sont en l'essoine, enserrez +sous trappe voliere" (p. 15, v. 27-28), sont des prisonniers +enfermez dans une prison grillee. + +_Pion_, buveur, ivrogne. 52, 70. + +_Pipeur ou hazardeur de dez_ (87), filou qui joue avec des _des +pipes_. + +_Piteux_, porte a la pitie. 175. + +_Plain_, uni 142;--entier. "Tant que je suis en mon plain sens" +(p 24, v. 9). + +_Plaindre_, regretter. "Je plaings le temps de ma jeunesse." (P. +27, v. 25.) + +_Plaisance_, plaisanterie, vie joyeuse, ou plutot affaires +d'amour. + +_Plaisant_, agreable. 63. + +_Plait_, plaid, plaidoyer. "A peu de plait", sans grands +discours. + +_Plante_, abondance, 178. + +_Plaque_ (p. 61), monnaie fabriquee sous Charles VII, a +l'imitation des Pays-Bas. + +PLAT D'ESTAIN, cabaret de Paris, 213, 215. + +_Pleige_, caution, repondant. 33. + +_Plet_, voy. _Plait_. + +_Plombee_, 99. Fouets ou masses garnis de plomb. (P. L.) + +_Plours_, pleurs. 144. + +_Plumail. Mettre le plumail au vent_ (49, v. 1), se jeter +resolument dans un parti. + +POICTOU, 62. + +_Poirre_, peter. 64, v. 1. + +_Poise_, pese, tourmente, 101, 163, 179. + +_Poisle_, poele, 48. + +PONT A SILLON. Pont au change. 179, 182. + +PONTHOISE, 101. + +PONTHIEVRE. Penthievre. 152. + +PONTLIEU (_Jean de_), 66. C'est Jean de Poilli, docteur de +Paris, implacable adversaire des moines mendiants au XIVe +siecle. Il avait ecrit plusieurs ouvrages qui furent condamnes +par le pape Jean XXII. Villon nous apprend qu'il dut abjurer ses +heresies et faire amende honorable. (P. L.) + +POPIN (_l'abreuvoir_). Cet abreuvoir etait au bout du Pont-Neuf, +vis-a-vis la rue Thibautaudez. On a demoli de nos jours une +voute qui conduisait a cet abreuvoir, ou les truands et les +mauvais garcons se reunissaient, au moyen age, avec les ribaudes +et les bohemiennes. (P. L.) + +POMME DE PIN. Cabaret de Paris. 61, 192. + +POMPEE, 120. + +_Porte-paniers_. Portefaix, porteurs de hottes. 89. + +_Pou_, peu, 82, 146. + +_Poulaille_, volaille. 64, 151. + +_Poulce_, 173. "Jouer du poulce", donner de l'argent. + +_Pour-demain_, apres-demain. 161. + +_Pourbondir_ un cheval, le faire caracoler, 154. + +_Pour ce que_, parce que. + +_Pourchasser_, poursuivre, procurer. + +_Pourmener_, promener. "Pourmene de l'uys au pesle" (p. 48), +promene de la porte au poele, du froid au chaud; lanterne. + +_Pourpenser (se)_, penser, decider a par soi. + +POURRAS (l'abbesse de). Cette abbesse de Pourras etait, je +pense, une coquine, qui, sous ce titre, vint avec Villon duper +le pauvre barbier de Bourg-la-Reine, qui y tenait aussi une +hotellerie (Pr.)--Le peuple appelait abbesse de Poilras, une +maquerelle publique qui avait ete rasee au pilori, fouettee et +chassee de la ville. (P.L.) + +_Poursuivans_ (P. 37, v. 10). Poursuivants d'armes. C'etait un +des premiers grades de la chevalerie. (P.L.) + +_Pourtraicte_, formee. 106. + +_Pourtraicture_, portrait, visage. 82. + +_Poylette_, petite poele. 77. + +POYSSONNERIE (la), a Paris. 187. + +POYTOU, 185. voy. POICTOU. + +PRAGMATIQUE SANCTION. 166. + +_Prebende_, charge, comme d'une prebende. + +_Premier_, premierement, d'abord, 53, v. 9. + +_Prescheur_, celui qui preche, predicateur. 32. + +_Prescripre_, transcrire (?). 93. + +_Preudhommye_, prud'homie. 142. + +PRIAME, Priam, roi de Troie. 120. + +PRINCE DES SOTZ (p. 63). C'etait le chef electif de la confrerie +joyeuse de la Bazoche du Palais et le _maitre des jeux_ de cette +association dramatique. On le nommait tous les ans a la fete de +mai, et ses suppots etaient tenus de lui obeir pendant toute la +duree de ses pouvoirs. (P.L.) + +_Proces_, actes, pieces de procedure. 204. + +_Prochas_, recherche. 165. + +PROSERPINE, 122. + +Prou, assez. 170. + +PROVINS, 50, 88. + +_Provision_ (p. 36, v. 4), recours, remede. + +_Prunier_ "En qu'en son prunier n'a pas creu" (p. 38, v. 23), +qui n'est pas de son invention, de son cru. + +PSALMISTE (_le_) David. 107. + +Psaulme _Deus laudem_, p. 23. C'est le psaume 108: _Deus laudem +meam_, etc. Le verset septieme, qui servait de priere a Villon +quand il faisait des voeux pour l'eveque d'Orleans, est ainsi +concu: _Fiant dies ejus pauci et episcopatum ejus accipiat +alter_. "Que les jours de sa vie soient reduits au plus petit +nombre, et que son eveche passe a un autre. "C'est le sens que +le poete donne au mot _episcopatum_. (Pr.) + +_Puis_, depuis. + +----------Q---------- + +_Quanque_, ce que, 153. + +_Quant de, quant est de_, a l'egard de, quant a. 23, 32, 102. + +_Quantz_, combien de. 167. + +_Ouars et dix_ (112), taxes et dimes. (P.L.) + +_Que_, a, de quoi. 30, v. 19; 57, v. 12. + +_Queloingne_, quenouille. "Autre que moy est en queloingne" (p. +9, v. 10), signifie que Villon a ete supplante aupres de sa +maitresse. + +_Querir, querye_, chercher. + +_Qui_, ce qui. "Qui n'esteit a moy grand saigesse." (P. 39, v. +18.) + +_Qui ne quoy_, rien, quoi que ce soit. 30. + +_Quiers_, veux, cherche a. P. 46. + +_Quinze-Vingtz_, 88. Les pensionnaires de l'hopital fonde par +Saint-Louis pour trois cents aveugles. + +_Quoy_, tranquille, en repos. 30. + +----------R---------- + +_R'abiller_, reparer, remettre en etat, 1. + +_Racoustre_, raccoutre, repare. 2. + +RAGUYER (_Jacques_), 61, 97. + +RAGUYER (_Jean_), 61, 97. + +_Raillart_, railleur, bon vivant, 38. + +_Railler_, faire le metier de bouffon, 87. + +_Raillon_ (p. 94), dard. Le raillon etait une espece de fleche +triangulaire. (P.L.) + +_Raimasser_ (?), 167. + +_Raine_, rainette. 77. + +_Rains_, p. 13. M.P.L. rapproche ce mot de _rainceaux_, et le +traduit par _rameaux, fagots_. "Les fagots, dit-il, etaient +empiles de chaque cote des vastes cheminees du XVe siecle. On +s'appuyait donc contre les _rains_ en se chauffant la plante des +pieds." + +_Ralias, rallias, ralyas_, festin, regal. 82, 205. + +_Ramenteu_, rappele, rememore. + +_Ramentevoir_, rappeler. 82. + +_Ranguillon_, ardillon. 100. + +_Rappeau_, nouvel appel. 86. + +_Ravis_, enrages. "A loups ravis grosse pasture", 176, v. 8. + +_Raye (coucher en)_, p. 165. Se mettre en evidence. + +_Reau_, 6l, royal d'or. Cette monnaie valait 30 sols tournois en +1470. (P. L.) + +_Reagal_, 76. Espece d'arsenic rouge. (P. L.) + +_Rebours_, 106, ce qui rebute. + +_Rebourse_, reveche, 203. + +_Rebouter_, rebuter, 43, v. 15. + +_Rebrasses colletz_, 33, collets fort hauts et bien plisses +(Pr.).--Collets bordes de fourrures. (P. L.) + +_Recipe_, 76, ordonnance de medecin. + +_Recoeuvre, trouve_, obtienne. 43, v. 23 + +_Recorder_, rappeler, 79. + +_Recors (etre)_, se rappeler. 88. + +RECOUVRER, rendre. "Et que vie me recouvra." 24, v. 18. + +_Recreu_, fatigue, lasse. 38, l65. + +_Recueil_, accueil, 137. + +_Recullet (en)_, dans un coin, accule. 113. + +_Reer_ (95, v. 9), raser, racler. + +_Refrigere_, rafraichissement. 52. + +REIMS, 45. + +_Relaiz_, ressource. 9. + +_Relief_, 163. On appelait relief l'ordre du prince qui +autorisait un officier a toucher ses appointements echus pendant +son absence. (P. L.) + +_Remaine_, reste. "Que le refrain ne vous remaine." (P. 35, v. +3.) + +_Remain_ reste, 10 + +_Remenant (le)_, le reste. 30, 50. + +_Reminer_, considerer. 17. + +_Remordre_, causer du regret, des remords. (P. 25, v. 21.) + +_Renchere_, 192. Pr. suppose que c'est le baton dont on se sert +pour porter deux sceaux, un a chaque bout. + +RENE (d'Anjou), roi de Sicile. 74. + +RENES, Rennes, 37. + +_Repaistre_, manger, se regaler. + +_Repentailles_, regrets, repentir. 39, 86. + +_Reprouche_, chose reprehensible. 103. + +_Repues franches_, repas qui ne coutent rien. + +_Requerir_, querir, chercher a nouveau. 192. + +_Requoy (en), a requoy_, en repos, tranquille, 30, 168. + +_Resceans_ (?), 170. + +_Rescondre_. Renfermer, du latin _recondere_. (P. L.) + +_Rescrire_, ecrire, rapporter, 27. + +_Resiner_, resigner. "Pour leurs offices resiner" (p. 205), pour +prendre conge et regler leurs comptes. + +_Respit_, repit, repos. 30. + +_Ressourdant_, 166, Ressortant, brillant. (P. L.) + +_Retraict_, retire. 41, 113. + +_Retraire_, retirer. 47, 54, 80, 137. + +_Revencher_ (se), prendre sa revanche, se prevaloir. 28--_Eux +revencher_, se venger. 67. + +_Revenue_, retour. 192. + +_Rez_, 93. Le rez d'une pomme en est l'epluchure. + +_Rez_, rase. 95, v. 8. + +_Ribler_, 67, voler pendant la nuit, comme les ribauds, +_ribaldi_. (P.L.) + +_Ribleur_, voleur de nuit. 98. + +RICHER (_Pierre_), 71. + +RICHIER (_Denis_), 63. + +_Rie_, moquerie, raillerie. 42, v. 22. + +_Riotte_, querelle, dispute. 98. + +RIOU (_Jean_), 65. + +_Risse_, rirais. 58. + +ROBERT, 50. + +ROBIN TURGIS, voy. TURGIS. + +ROLLANT, 157. + +ROMAN DE LA ROSE, 25. + +ROMMANTE _du Pet au diable_, 54. Ouvrage imaginaire que Villon +s'attribue. + +ROME, _Romme_. 81, 121. + +RONSEVILLE (_Pierre de_), concierge de Louvieulx. 17. Il y a une +localite de ce nom dans le departement de l'Oise. + +ROSE, 56. + +ROSNEL, 74. + +_Rottes_, vents qui s'echappent de l'estomac. 98. + +_Rouge_, fin. Terme d'argot. 185. + +_Roulet_, 114. Du latin _rotulus_, parce que les livres etaient +roules. (P.L.) + +_Roupieux_, desappointe, avec un pied de nez. 205. + +ROUSSILLON, 99. + +_Route_, bande, troupe. 148. + +_Royaulx_, p. 169, Ecus d'or. + +_Royne_, reine. + +_Ru_, ruisseau. Battu "comme a ru telles" (p. 46), comme le +linge qu'on lave. + +_Rubis_. Cl. Marot pense que les beaux rubis legues par Villon +aux soldats du guet (13, v. 23) etaient des rubis de taverne. + +RUEL, 86. + +RUEL (_Jehan de_), 74. + +_Ruer_, jeter. 151.--_Ruer jus_, abattre, 121. + +_Run_, ruine. 166. + +_Rustes_, paysans, gens grossiers. 169. + +_Ruyt_, ardeur amoureuse, rut. 83. + +_Rymer_, 87, faire des vers. + +_Rynceau_, rameau, rainceau. 145. + +----------S---------- + +_Sa jus_, ici bas. 105, 108. + +_Sade_, gentil, gentille, aimable. 83, 196. + +_Sadinet_, la nature de la femme. 40. + +_Saillir_, sortir. 27, 103. + +_Sainctir_, devenir saint. 185. + +SAINT-AMANT, 60. + +SAINT ANDRE, 107. + +SAINT ANTOINE (feu), 17, 44. + +S. CRISTOFLE, 74. + +S. DENIS, p. 157. Le cri des Francais etait _Montjoie S. Denis_; +celui des Bretons etait _Bretagne et S. Yves_. (P.L.) + +S. DOMINIQUE. 90. "Les Freres Precheurs, ordre institue par +saint Dominique, etaient charges de l'inquisition en France." +(Pr.) + +S.-ESTIENNE, paroisse de Paris. 96. + +SAINCT-GENOU, 62. + +S. GEORGES, 68, 151, 158. + +S. GILLE, 207. + +S.-INNOCENT, paroisse de Paris. 181. + +S. JACQUES, 158. + +S.-JACQUES, paroisse de Paris, p. 12. + +S. JEAN-BAPTISTE, p. 46, 107,--_feu saint Jean_, 166. + +SAINT JULIAN DES VOVENTES, 62. + +S. MARTIAL, 24. + +S. MARTIN, 158. + +S. MATHIEU, 218. + +SAINCT OMER, 45. + +S. PIERRE, 162. + +S. PIERRE DE ROME, 189. + +S. PIERRE DES ARSIS, eglise situee dans la Cite. 215. + +S. REMY DE RAINS, 190. + +SAINT SATUR _soubz Sancerre_, 57. + +S. VICTOR, 122. + +S. YVES, voy. S. Denis. + +SAINCTE-AVOYE, 94. Villon veut etre enterre dans cette +eglise parce que c'est la seule de Paris qui ne soit pas au +rez-de-chaussee. Elle etait au second etage. + +Ste BARBE, 152. + +_Sainte Souffrette_, patronne imaginaire des gueux. 212. + +_Sallade_, 67, 152, 157, casque sans heaume et sans crete, +espece de pot de fer. (P.L.) + +SALINS, 37, 70. + +SALMON, Salomon, 45, 114. + +SAMSON, 45. + +_S'amye_, son amie, sa maitresse. + +SANCERRE, 57. + +SANG. Le sang menstruel servait a faire des philtres et autres +breuvages auxquels on attribuait une vertu magique. Voy. p. 77, +v. 11 et 12. + +_Sans_, cens, c'est-a-dire rente, revenu. P. 72, v. 3. + +_Saqueboute_, sorte d'epieu. 148. + +_Sarazinoys_, d'Orient. "Gingembre sarazinois." 64. + +SARDANA (p. 46, v. 7). On a fait beaucoup de conjectures au +sujet de ce Sardana, qui conquit le royaume de Crete, et +plus tard vecut de la vie des femmes. Il n'y en a pas une de +satisfaisante. + +SARDANAPALUS, 122. + +SATURNE, 14. + +_Saulsoye_, lieu plante de saules, arbres qui ne portent point +de glands, comme chacun sait. C'est pourquoi Villon legue "le +gland d'une saulsoye". (P. 12, v. 10). + +_Scarbot_, escarbot. 84. + +_Scotiste_, ecossais, d'Ecosse. M.P.L. pense que le roi +d'Ecosse qui avait la moitie de la face vermeille, c'est-a-dire +une _tache de vin_ (p. 35 v. l3), etait Jacques II, mort en +1460. + +SCYPION L'AFFRIQUAIN, 120. + +_Se_, si. L'e s'elidait souvent: "S'evesque il est, seignant les +rues" (21 v. 7). + +_Seigner_, benir en faisant le signe de la croix (p. 21, v. 7). + +_Seigneurier_, dominer. 102. + +_Sejour_ "Prebstre sans sejour" (p. 186) peut s'entendre de deux +facons: sans cure et sans residence; sans loisir et sans repos. +(P. L.) + +_Senestre_, gauche. + +_Senez_, anciens, vieillards, hommes de sens. 37. + +_Sensif_, 18, sensitif, _sensorium_ siege du sentiment. (P. L.) + +_Sensitif_, le tact, le toucher. 103. + +_Sentemens_, sentiments, intelligence. 25. + +_Sequentement_, en suivant. 160. + +_Sequeure_, secourt, 43.--Secoure. 159. + +_Serain_, soir. 48. + +_Sereine_, Sirene. 34. + +_Serf_. Ce mot sert de pretexte a une equivoque. "Je ne suis son +serf ne sa biche" (21. V 12). + +SERGENTS, 63. Le prevot de Paris avait deux compagnies de +sergents a pied et a cheval, composees de 110 hommes chacune, et +ayant leurs corps de garde aux barrieres de la ville. (P. L.) + +_Serre (tenir)_, 51, v. 1. J'ignore ce que cela veut dire. + +_Servans_, serfs, serviteurs. "Aussi bien meurt filz que +servans" (p. 36, v. 18) signifie: Les maitres meurent aussi +bien que les serviteurs, les fils de famille aussi bien que les +serfs. + +_Ses_, ces. 8. + +_Seur_, sur. 71, 142. + +_Si_, ainsi, oui, en effet. + +_Similative (faculte)_, faculte d'imiter. 18. + +SIMON MAGUS, 122. + +_Simplesse_, simplicite, ignorance. 106. + +_Sires_, seigneurs. 37. + +_Sist_, assit, 202. + +_Sollier_, plancher. 94. + +_Some_, auguste[1]. 108 + +_Somme_, sommeil. P. 118, v. 16. + +_Somme_, en somme. 51. + +_Somme_, compter, 118. + +_Sommet_, tete. 84. + +SORBONNE. "Je ouis la cloche de Sorbonne" (p. 17, v. 20). +Ce vers ne prouve pas que Villon etait dans les prisons de +l'Universite, puisqu'il est certain qu'il etait libre lorsqu'il +composa le _Petit Testament_, mais seulement qu'il logeait dans +le voisinage de la Sorbonne. + +_Sortir (soy)_, se fournir, s'approvisionner. 196. + +_Sot_, bouffon, comedien. 63, 98. Voy. _Prince des sots_. + +_Souef_, doux. 33, 75. Doucement. 90. + +_Sonffrette_, disette. 82. + +_Souffreteux_, pauvre diable, miserable. 206. + +_Soulas_, plaisir, joie. 122. + +_Souldre_, regler, resoudre. 102. + +_Souldure_, liaison, union. 8. + +_Soullon_, p. 99. M.P.L. dit que c'etait un ballon avec lequel +on jouait a la _soulle_. Le mot doit etre prononce _souillon_, +et n'a pas besoin d'etre explique. On le retrouve p. 120. + +_Souloir_, avec coutume. + +_Soustenance_, soutien. 144. + +_Soustenir_, porter. 208. + +_Souventesfoys_, souvent. 32. + +_Soyer_, scier. 119. + +_Submectre_, soumettre. 67. + +_Substantement_, nourriture, soutien. 106. + +_Sumer_, semer. 74, v. 16. + +_Sur_, chez, 13, v. 17. + +_Surcot_, manteau. + +_Surquerir_, 12. Enrichir, de _succurrere_, suivant M.P.L. + +_Sus (Mettre)_, mettre en vigueur, soutenir. 10. + +_Sus (mis)_, surgis, venus. 172. + +SUYSSES, 171. + +_Sydere_, astre. 32. + +----------T---------- + +TABARIE _(Guy)_, copiste du _Roman du Pet au Diable_. 54. + +_Tabart_, manteau. + +_Tachon_, instrument servant a chasser les mouches. 11. + +TACOT (_Colas_), 97. + +_Tailleur de faulx coings_, faux monnayeur. 87. + +TAILLEVENT, 76. Le livre de Taillevent, "grand cuisinier du roy +de France", eut plusieurs editions au quinzieme siecle et au +commencement du seizieme. + +_Talemouze_, sorte de patisserie. 63. + +_Tancer, tencer_, disputer. + +TANTALUS, Tantale. 122. + +TARANNE (_Charlot_), 72. + +_Targe_, 70. La targe etait une ancienne monnaie de Bretagne, +ou _brette_, du latin _bretta_. Son nom lui venait de ce que le +revers portait une _targe_, ou bouclier echancre. (P.L.) + +_Tarny_, terni, use. 172. + +_Tauxer_, taxer, imposer. 166. + +_Tayon_, oncle. 36. + +_Telles_, toiles. 46, v. 24. + +TEMPLE (_la closture du_), a Paris. 61. + +_Tencer_, v. _tancer_. + +_Tenir_, posseder des biens sous la suzerainete de quelqu'un: +"Soubz luy ne tiens s'il n'est en friche" (21, v. 10). + +_Tenne_, 37, ennuye, tourmente. Cette expression s'emploie +encore dans le langage familier. + +_Terrien, terrienne_, terrestre. + +_Tettes_, mamelles. 41. + +THAIS, 34. Courtisane celebre, qui vivait a Athenes vers le +milieu du quatrieme siecle. (Pr.) + +THAMAR, 46. + +THEOPHILUS, 55. Voy. le _Miracle de Theophile_, par Gautier de +Coinsi. _Rennes_. 1838, in-8. + + +THIBAULT, (_Jacques_), 49. Voy. AUSSIGNY. + +_Tholouzaines_, femmes de Toulouse. 80. + +_Ticquet_, loquet (?), 169. + +_Tieulx_, tels. 16. + +_Tocquer_, toucher. 175. + +_Tollu_, pris, ote. 39. + +_Tor_, taureau. 122. + +_Tostee_, pain trempe dans du vin. 79. + +_Touaille_, serviette, piece de toile. 29. + +_Toult_, ote, enleve. 108. + +_Tour d'escolle_ (70), tour de vaurien. + +_Tourbes_, foule. 107. + +_Toute jour_, toute la journee. 44. + +_Trac_, trace, train. 199. + +_Tracer_, suivre a la piste. 31. + +_Trahistre_, traitre, mechant. 98. + +_Traicte_, tiree, extraite. 106. + +_Traictis_, joli. 40. + +_Traire_, tirer. 157. + +_Transglouti_, englouti. 122. + +_Transmue_, change. 121. + +_Transy_, trepasse. 103. + +_Trasse_, trace, piste. 176. + +_Trasser_, suivre a la piste, poursuivre. 176. + +_Travail_, souffrance, peine, adversite. 25, 115. + +_Travailler (se)_, s'occuper, s'employer. 72. + +_Tresbucher_, tomber, l55. + +_Trespercer_, transpercer. 8, 154. + +_Tressuer_, tressaillir. 192. + +_Trestous_, tous. + +_Trestout_, tout, entierement. + +_Tretisses_, voy. _traictiss_. + +_Treuver_, trouver. 36. + +TRISTAN, prevost des mareschaulx (p. 92), est le fameux Tristan +l'Ermite, prevot de l'hotel du roi et favori de Louis XI. (P.L.) + +TROILE (74), fils de Priam et d'Hecube, fut tue par Achille au +siege de Troie. (P.L.) + +_Trompille_, trompe, trompette. 154. + +_Trop plus_, beaucoup plus, trop. 22. + +TROU PERRETTE, 97, probablement un cabaret. Marot dit que +c'etait un jeu de paume. + +_Trousse_, carquois. 173. + +TROUSSECAILLE (_Robin_), 65. + +_Trousser au col_, emporter sur les epaules. 11. + +TROYENS, 122. + +TROYS, Troyes. 45. + +TROYS LICTS (p. 13, v. 25), chambre du Chatelet un peu plus +commode que les autres, peut-etre. (Pr.) + +_Truandailles_, hommes de la lie du peuple. 39. + +_Trumellieres_, porte-manteau, accroche au _trumeau_, partie de +mur entre deux fenetres, 11. + +_Truys_, trouve. 144. + +_Tumbel_, tombeau. 94. + +TURGIS (_Robert_). 50, 60, 62. + +TURLUPINS, TURLUPINES, 66, 179, heretiques du treizieme et du +quatorzieme siecle, qui s'appelaient eux-memes la _Confrerie des +pauvres_, et qui n'etaient pas plus orthodoxes en matiere de +morale qu'en matiere de religion. On a designe quelquefois sous +ce nom les ordres mendiants des deux sexes. + +TUSCA (_de_), chef de police ou capitaine d'aventures. 67. + +_Tyran_, tyran. 78. + +----------U---------- + +_Unes_, une paire de. "Et unes houses de basane." P. 73. v. 7.--"Unes +brayes breneuses." P. 77. + +_Uys_, porte. 48. + +----------V---------- + +_Vacquerie_, vicairie. 68. + +VALENCIENNES, 81. + +VALERE LE GRAND, Valere Maxime. 27. + +_Valeton_, serviteur, amoureux. 49. + +VALLETTE (_Jehan_), 63. + +_Varlet_, garcon de cabaret, de cuisine. 193, 197, 208. + +_Vaulsist_, valait, 26. + +VAUSELLES (_Katherine de_), 46. + +VAUVERT (le diable de). L'opinion commune etait que les diables +habitaient Vauvert. C'est pour cette raison que l'on appelait +rue d'Enfer celle qui conduisait en ce lieu. (Pr.) + +_Vecy_, voici. + +_Veez_, voyez. 136. + +_Vela_, voila. + +_Venerieux_, relatif a l'amour. "A tous les Dieux venerieux." +(P. 8, v. 7.) + +_Vent (avoir le)_, 173, etre favorise de la fortune. On dit +aujourd'hui: Avoir vent en poupe. + +_Venteur_, 96, homme qui se vante volontiers. + +VENUS, 122 + +_Veoir_, voir. 25.--Vrai. 197. + +_Verdi_, p. 168, v. 24 (?). Peut-etre faut-il lire: "Gorgias, +sur le hault vestu." + +_Vers_, envers. 24. + +VICESTRE, 12, 73. Le chateau de Bicetre. Il etait en ruines du +temps de Villon. + +_Viellart_, vieillard. 69. + +_Vielle_. "Ma vielle ay mys soubz le banc", p. 48, veut dire: +j'ai renonce au jeu, j'ai quitte la partie. + +VIENNE en Dauphine. 37. + +VILLON (Guillaume), 9, 53. Ce Guillaume Villon ou de Villon +n'etait pas le pere du poete, puisque celui-ci, qui l'appelle +son "plus que pere", parle de lui, dans le _Grand Testament_ +(p. 53) comme d'une personne encore en vie, et lui legue sa +bibliotheque, tandis qu'il vient de dire (p. 32) que son pere +est mort, M. Nagel s'est attache a prouver qu'il n'etait meme +pas son parent, d'ou la conclusion que le poete aurait adopte le +nom de Villon pour faire honneur a son maitre et protecteur. +Il se fonde particulierement sur le huitain IX du _Petit +Testament_, ou Francois dit que sa renommee _bruit_ en faveur du +nom de Guillaume, et sur le huitain 23 du _Grand Testament_, ou +il se plaint qu'il est abandonne des siens, ce qui ne s'accorde +pas avec les temoignages de reconnaissance qu'il prodigue a +Guillaume Villon. J'avoue que tout cela est assez concluant. On +pourrait objecter neanmoins qu'en se disant abandonne du moindre +des siens, tout en parlant comme il le fait des bontes que +Guillaume avait pour lui, Villon se rappelait cet axiome, que +l'exception confirme la regle. Quant a l'honneur que sa renommee +devait faire au nom de Villon, il importait peu que Guillaume +fut ou non de la famille du poete: le resultat etait le meme +pour lui. + +_Villotieres_, coureuses, filles de mauvaise vie. Voy. Cotgrave. + +_Vin de buffet_, vin commun et frelate. 65. + +_Vin (aller au)_, p. 83, c'est aller au cabaret chercher du vin +qu'on emporte dans l'endroit ou il doit etre bu. C'est ainsi +qu'on s'en procurait generalement au moyen age. Voy. _Ancien +theatre francais_. t. 1, p. 1955 _Farce de Pernet_ _qui va au +vin_; t. 1, p. 250. _Farce du gentilhomme et de Naudet_. + +Vin d'Aulnys. 60.--de Baigneulx. 193.--de Beaune. 193, +207.--Morillon (rouge). 100. + +_Vis_, visage. 40. + +_Vivre d'avantage_, vivre sans rien debourser, aux depens +d'autrui. + +_Vo_, votre. 86. + +_Voir_, vrai. 28. + +_Voire_ (95, v. 17), verre. + +_Voire_, vraiment. 23, 145, 164. + +_Volse_, aille. 22. + +VOLLANT, 196. + +_Vouillies_, veuillez 55. + +_Voulente_, volonte. + +_Voulsisse_, voulusse. 147. + +_Voulsist_, voulut. 33, 191. + +_Voult_, voulut. 99 + +_Voultyz (sourcilz)_, sourcils arques, bien plantes. (P. 40.) + +_Voyse_, aille. 64. + +_Vueil_, voeu. 75, v. 9. + +_Vueil_, veux. 22. + +----------Y---------- + +Y, il. "Cy scay bien comment y m'en va." 108. + +_Ydoine_, propre, _idoneus_. + +_Ypocras_, vin sucre et epice. 78, 198 + +_Ysnel_. prompt, alerte. 74. + +YTHIER, 59. + +Yver, hiver. 85. + +YVON, prenom commun en Bretagne. 157. + + + + +TABLE DES MATIERES + + Pages + +PREFACE.... V + +REMARQUES PHILOLOGIQUES.... XXIII + +CLEMENT MAROT AUX LECTEURS.... 1 + +MAROT AU ROY FRANCOIS Ier.... 5 + +LE PETIT TESTAMENT.... 7 + +LE GRAND TESTAMENT.... 21 + +Ballade des Dames du temps jadis.... 34 + +Ballade des Seigneurs du temps jadis.... 35 + +Ballade en vieil francois.... 36 + +Les Regrets de la belle Heaulmiere.... 39 + +Ballade de la belle Heaulmiere.... 42 + +Double Ballade sur le meme propos.... 45 + +Ballade que Villon fait a la requeste de sa mere, pour prier +Nostre Dame.... 55 + +Ballade de Villon a s'amye.... 57 + +Lay ou plustost Rondeau.... 59 + +Ballade et oraison.... 69 + +Ballade que Villon bailla a un gentilhomme .... 74 + +Ballade.... 76 + +Ballade intitulee: _Les Contredictz de Franc-Gontier_.... 78 + +Ballade des femmes de Paris.... 80 + +Ballade de Villon et de la Grosse Margot.... 83 + +Belle lecon de Villon aux enfans perduz.... 86 + +Ballade de bonne doctrine a ceux de mauvaise vie .... 87 + +Lays.... 90 + +Rondeau.... 95 + +Ballade par laquelle Villon crye mercy a chascun.... 98 + +Ballade pour servir de conclusion.... 99 + +POESIES DIVERSES: + +Le quatrain que feit Villon quand il fut juge a mourir.... 101 + +L'Epitaphe en forme de Ballade que feit Villon pour luy et ses +compagnons, s'attendant estre pendu avec eulx.... 101 + +La requeste de Villon a la Cour de Parlement .... 103 + +Ballade de l'appel de Villon.... 104 + +Le Dit de la naissance Marie.... 105 + +Double Ballade.... 107 + +Ballade Villon.... 110 + +Epistre en forme de Ballade, a ses amis.... 111 + +Le Debat du cueur et du corps de Villon.... 113 + +La Requeste que Villon bailla a Monseigneur de Bourbon.... 115 + +Ballade des proverbes.... 116 + +Ballade des menus propos.... 117 + +Ballade des povres housseurs.... 119 + +Probleme ou Ballade au nom de la Fortune .... 120 + +Ballade contre les mesdisans de la France.... 121 + +Le Jargon ou Jobelin de Maistre Francois Villon.... 124 + +POESIES ATTRIBUEES A VILLON: + +I. Rondel.... 133 + +II. Rondel.... 133 + +III. Rondel.... 134 + +IV. Rondel.... 135 + +V. Rondel.... 135 + +VI. Rondel.... 136 + +VII. Rondel.... 136 + +VIII. Rondel.... 136 + +IX. Rondel.... 137 + +X. Rondel.... 138 + +XI. Rondel.... 139 + +XII. Rondel.... 139 + +XIII. Rondel.... 140 + +XIV. Ballade pour ung prisonnier.... 140 + +XV. Rondel.... 141 + +XVI. Ballade.... 142 + +XVII. Ballade morale.... 143 + +XVIII. Ballade.... 144 + +XIX. Ballade.... 145 + +XX. Ballade.... 146 + +XXI. Ballade joyeuse des Taverniers.... 147 + +XXII. Monologue du Franc Archier de Baignollet.... 150 + +XXIII. Dialogue de messieurs de Mallepaye et de Baillevent.... 164 + +XXIV. Les Repeues franches de Francois Villon et de ses +compagnons.... 178 + +_Ballade de l'Acteur_.... 182 + +_Ballade des Escoutans _.... 183 + +_La Repeue de Villon et de ses compaignons_.... 186 + +La maniere d'avoir du poisson.... 187 + +La maniere d'avoir des trippes.... 190 + +La maniere d'avoir du pain.... 191 + +La maniere d'avoir du vin.... 192 + +La maniere d'avoir du rost.... 194 + +_Seconde Repeue, de l'Epidemie_ .... 195 + +_La troisiesme Repeue, des Torcheculs_ .... 199 + +_La quatriesme Repeue, du Souffreteux_... 206 + +_La cinquiesme Repeue, du Pelletier_.... 210 + +_Sixiesme Repeue, des Gallants sans soucy_... 212 + +_La septiesme Repeue, faicte aupres de Montfaulcon_.... 215 + +NOTES.... + +GLOSSAIRE-INDEX.... + + + +ADDITIONS ET CORRECTIONS. + +Le nom de M. CAMPAUX est partout ecrit par erreur CAMPEAUX. + +Les deux premiers huitains de la Ballade p. 74 donnent en +acrostiche AMBRAISE DE LOREDE, peut-etre le nom du gentilhomme +pour qui cette piece fut composee. + +L'envoi de la _Ballade de la Grosse Margot_ (p. 84) donne en +acrostiche le nom de Villon. + +_Fille en chief_ (p. 91), fille coiffee de ses cheveux. + +Les _Coups orbes_ (p. 115) sont des coups produisant des +contusions, des _bleus_. + +_Coustelez comme chiches_ (p. 171) peut se traduire par: "a +cotes, comme des pois chiches". + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Oeuvres completes de Francois Villon +by Francois Villon + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OEUVRES DE FRANOIS VILLON *** + +***** This file should be named 12246.txt or 12246.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + https://www.gutenberg.org/1/2/2/4/12246/ + +Produced by Miranda van de Heijning, Renald Levesque and PG +Distributed Proofreaders. This file was produced from images +generously made available by the Bibliotheque nationale de France +(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr. + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. Special rules, +set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to +copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to +protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project +Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you +charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you +do not charge anything for copies of this eBook, complying with the +rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose +such as creation of derivative works, reports, performances and +research. They may be modified and printed and given away--you may do +practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is +subject to the trademark license, especially commercial +redistribution. + + + +*** START: FULL LICENSE *** + +THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE +PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK + +To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free +distribution of electronic works, by using or distributing this work +(or any other work associated in any way with the phrase "Project +Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project +Gutenberg-tm License (available with this file or online at +https://gutenberg.org/license). + + +Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm +electronic works + +1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm +electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to +and accept all the terms of this license and intellectual property +(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all +the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy +all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession. +If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project +Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the +terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or +entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8. + +1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be +used on or associated in any way with an electronic work by people who +agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few +things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works +even without complying with the full terms of this agreement. See +paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project +Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement +and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic +works. See paragraph 1.E below. + +1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation" +or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project +Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the +collection are in the public domain in the United States. If an +individual work is in the public domain in the United States and you are +located in the United States, we do not claim a right to prevent you from +copying, distributing, performing, displaying or creating derivative +works based on the work as long as all references to Project Gutenberg +are removed. Of course, we hope that you will support the Project +Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by +freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of +this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with +the work. You can easily comply with the terms of this agreement by +keeping this work in the same format with its attached full Project +Gutenberg-tm License when you share it without charge with others. + +1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern +what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in +a constant state of change. If you are outside the United States, check +the laws of your country in addition to the terms of this agreement +before downloading, copying, displaying, performing, distributing or +creating derivative works based on this work or any other Project +Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning +the copyright status of any work in any country outside the United +States. + +1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg: + +1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate +access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently +whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the +phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project +Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed, +copied or distributed: + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + +1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived +from the public domain (does not contain a notice indicating that it is +posted with permission of the copyright holder), the work can be copied +and distributed to anyone in the United States without paying any fees +or charges. If you are redistributing or providing access to a work +with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the +work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1 +through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the +Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or +1.E.9. + +1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted +with the permission of the copyright holder, your use and distribution +must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional +terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked +to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the +permission of the copyright holder found at the beginning of this work. + +1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm +License terms from this work, or any files containing a part of this +work or any other work associated with Project Gutenberg-tm. + +1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this +electronic work, or any part of this electronic work, without +prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with +active links or immediate access to the full terms of the Project +Gutenberg-tm License. + +1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary, +compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any +word processing or hypertext form. However, if you provide access to or +distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than +"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version +posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org), +you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a +copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon +request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other +form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm +License as specified in paragraph 1.E.1. + +1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, +performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works +unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. + +1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing +access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided +that + +- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from + the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method + you already use to calculate your applicable taxes. The fee is + owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he + has agreed to donate royalties under this paragraph to the + Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments + must be paid within 60 days following each date on which you + prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax + returns. Royalty payments should be clearly marked as such and + sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the + address specified in Section 4, "Information about donations to + the Project Gutenberg Literary Archive Foundation." + +- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies + you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he + does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm + License. You must require such a user to return or + destroy all copies of the works possessed in a physical medium + and discontinue all use of and all access to other copies of + Project Gutenberg-tm works. + +- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any + money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the + electronic work is discovered and reported to you within 90 days + of receipt of the work. + +- You comply with all other terms of this agreement for free + distribution of Project Gutenberg-tm works. + +1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm +electronic work or group of works on different terms than are set +forth in this agreement, you must obtain permission in writing from +both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael +Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the +Foundation as set forth in Section 3 below. + +1.F. + +1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable +effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread +public domain works in creating the Project Gutenberg-tm +collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic +works, and the medium on which they may be stored, may contain +"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or +corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual +property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a +computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by +your equipment. + +1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right +of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project +Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project +Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all +liability to you for damages, costs and expenses, including legal +fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT +LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE +PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE +TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE +LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR +INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH +DAMAGE. + +1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a +defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can +receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a +written explanation to the person you received the work from. If you +received the work on a physical medium, you must return the medium with +your written explanation. The person or entity that provided you with +the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a +refund. If you received the work electronically, the person or entity +providing it to you may choose to give you a second opportunity to +receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy +is also defective, you may demand a refund in writing without further +opportunities to fix the problem. + +1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth +in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER +WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO +WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. + +1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied +warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages. +If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the +law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be +interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by +the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any +provision of this agreement shall not void the remaining provisions. + +1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the +trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone +providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance +with this agreement, and any volunteers associated with the production, +promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works, +harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees, +that arise directly or indirectly from any of the following which you do +or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm +work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any +Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause. + + +Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm + +Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of +electronic works in formats readable by the widest variety of computers +including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at https://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at https://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. Compliance requirements are not uniform and it takes a +considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up +with these requirements. We do not solicit donations in locations +where we have not received written confirmation of compliance. To +SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any +particular state visit https://pglaf.org + +While we cannot and do not solicit contributions from states where we +have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition +against accepting unsolicited donations from donors in such states who +approach us with offers to donate. + +International donations are gratefully accepted, but we cannot make +any statements concerning tax treatment of donations received from +outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. + +Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation +methods and addresses. Donations are accepted in a number of other +ways including including checks, online payments and credit card +donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate + + +Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic +works. + +Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm +concept of a library of electronic works that could be freely shared +with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project +Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. + +Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed +editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. +unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + +Each eBook is in a subdirectory of the same number as the eBook's +eBook number, often in several formats including plain vanilla ASCII, +compressed (zipped), HTML and others. + +Corrected EDITIONS of our eBooks replace the old file and take over +the old filename and etext number. The replaced older file is renamed. +VERSIONS based on separate sources are treated as new eBooks receiving +new filenames and etext numbers. + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + https://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. + +EBooks posted prior to November 2003, with eBook numbers BELOW #10000, +are filed in directories based on their release date. If you want to +download any of these eBooks directly, rather than using the regular +search system you may utilize the following addresses and just +download by the etext year. + + https://www.gutenberg.org/etext06 + + (Or /etext 05, 04, 03, 02, 01, 00, 99, + 98, 97, 96, 95, 94, 93, 92, 92, 91 or 90) + +EBooks posted since November 2003, with etext numbers OVER #10000, are +filed in a different way. The year of a release date is no longer part +of the directory path. The path is based on the etext number (which is +identical to the filename). The path to the file is made up of single +digits corresponding to all but the last digit in the filename. For +example an eBook of filename 10234 would be found at: + + https://www.gutenberg.org/1/0/2/3/10234 + +or filename 24689 would be found at: + https://www.gutenberg.org/2/4/6/8/24689 + +An alternative method of locating eBooks: + https://www.gutenberg.org/GUTINDEX.ALL + + diff --git a/old/12246.zip b/old/12246.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..ba42c03 --- /dev/null +++ b/old/12246.zip |
