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+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 12246 ***
+
+OEUVRES COMPLÈTES
+
+DE
+
+FRANÇOIS VILLON
+
+
+
+
+
+SUIVIES D'UN CHOIX DES POÉSIES DE SES DISCIPLES
+ÉDITION PRÉPARÉE PAR LA MONNOYE
+
+MISE A JOUR, AVEC NOTES ET GLOSSAIRE
+PAR M. PIERRE JANNET
+
+[NOTE DU TRANSCRIPTEUR: Les numéros de pages du document
+original ont été conservés pour faciliter l'identification
+des nombreuses références qu'on trouve dans les Notes et le
+Glossaire-Index, à la fin du texte.]
+
+
+
+PRÉFACE [P. V]
+
+
+On ne sait guère de la vie de François Villon que ce qu'il en
+dit lui-même, et l'on en sait trop. J'aurais voulu me dispenser
+de décrire, après tant d'autres[1], cette existence peu
+édifiante, mais je n'ai pas cru pouvoir le faire. Le sujet des
+poésies de Villon, c'est Villon lui-même, et sa biographie est
+la clef de ses oeuvres.
+
+[Footnote 1: Voir notamment la _Vie de François Villon_, par
+Guillaume Colletet, en tête des oeuvres de Villon, édition
+de M.P.L. Jacob, bibliophile (M. Paul Lacroix), Paris, 1854,
+in-16;--le _Mémoire_ de M. Prompsault, en tête de son édition
+de Villon, Paris, 1832, in-8;--_François Villon, Versuch einer
+kritischen Darstellung seines Lebens nach seinen Gedichten_, von
+Dr. S. Nagel. _Mulheim an der Ruhr_, 1856, in-4, le travail le
+plus complet et le plus judicieux qu'on eût fait jusqu'alors sur
+ce sujet, et la base de ceux qu'on a faits depuis;--_François
+Villon, sa vie et ses oeuvres_, par Antoine Campeaux, _Paris,
+Durand_, 1859, in-8, et la notice de M. Anatole de Montaiglon,
+excellente pour le fond comme pour la forme, dans _les Poètes
+Français_, recueil publié sous la direction de M. Eugène Crépet,
+Paris, 1861-62, 4 vol. gr. in-8, t. I, p. 447-455.]
+
+François Villon naquit à Paris en 1431. Sur la foi d'une pièce
+que Fauchet, dans son traité _de l'Origine des chevaliers_,
+imprimé en 1599, dit avoir trouvée dans un manuscrit de sa
+bibliothèque [2], on [ p. VI] a mis en doute le lieu de la
+naissance et jusqu'au nom du poète. On s'est livré à des
+conjectures ingénieuses pour concilier les renseignements
+fournis par lui-même avec les indications de Fauchet, pour
+expliquer comment il pouvait s'appeler à la fois Corbueil et
+Villon, être à la fois natif d'Auvers et de Paris. Pour moi, je
+crois, avec le P. Du Cerceau, Daunou et beaucoup d'autres,
+qu'on ne doit tenir aucun compte de ce huitain, amplification
+maladroite de l'épitaphe en quatre vers [3]. Ce n'est pas sur
+une pareille autorité qu'on peut substituer le nom de _Corbueil_
+à celui de _Villon_, que notre poète se donne lui-même en vingt
+endroits de ses oeuvres [4].
+
+[Footnote 2: Voici cette pièce, que j'ai cru devoir rejeter des
+oeuvres de Villon:
+
+_Je suis Françoys, dont ce me poise, Nommé Corbueil en mon
+surnom, Natif d'Auvers emprès Pontoise, Et du commun nommé
+Villon. Or, d'une corde d'une toise Sauroit mon col que mon cul
+poise, Se ne fut un joli appel. Le jeu ne me sembloit point
+bel._
+
+L'auteur de ce huitain n'a pas compris l'intention comique de ce
+vers de Villon:
+
+_Né de Paris emprès Pontoise;_
+
+C'est pourquoi il le fait gravement naître à Auvers, qui est
+en effet près de Pontoise. Mais une preuve certaine de la
+composition tardive de cette pièce, c'est qu'on ne trouverait
+probablement pas dans la seconde moitié du XVe siècle, et
+certainement pas dans les oeuvres de Villon, un huitain dont
+les rimes soient distribuées comme dans celui-là. Dans tous les
+huitains de Villon, sans exception, le premier vers rime avec
+le troisième, le second avec le quatrième, le cinquième et le
+septième, et le sixième avec le huitième. Les faussaires ne
+pensent jamais à tout.]
+
+[Footnote 3: Voy. p. 101.]
+
+[Footnote 4: Voy. le _Glossaire-Index_, au mot VILLON.]
+
+Les parents de Villon étaient pauvres[5]. Sa mère était [P. VII]
+illettrée[6]; son père était vraisemblablement un homme de
+métier, et peut-être, ainsi que l'a conjecturé M. Campeaux, un
+ouvrier en cuir, un _cordouennier_[7].
+
+[Footnote 5: V. p. 31, huitain XXXV.]
+
+[Footnote 6: «Oncques lettre ne leuz.» P. 55, v. 22.]
+
+[Footnote 7: Voyez _Notes_, p. 224.]
+
+Poussé par le désir de s'élever au-dessus de la triste condition
+de ses parents, ou plutôt par ce besoin de savoir qui tourmente
+les natures comme la sienne, Villon étudia. Il connut les
+misères de l'état d'écolier pauvre. On n'a pas de renseignements
+certains sur le genre d'études auquel il se livra ni sur les
+progrès qu'il y fit. M. Nagel suppose qu'il obtint le grade de
+maître ès arts, et se fonde surtout sur le legs qu'il fait plus
+tard, de sa «nomination qu'il a de l'Université» (p. 15). Mais
+ce legs pourrait bien n'être qu'une plaisanterie, comme tant
+d'autres. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'obtint pas
+le grade de maître en théologie, but suprême des études du
+temps[8].
+
+[Footnote 8: Voy. _Grand Testament_, huitains XXXVII (p. 32) et
+LXXII (p. 52.)]
+
+En ce temps-là, comme plus tard, les étudiants étaient exposés
+à bien des tentations. Villon n'y sut pas résister. En contact
+avec des jeunes gens sans préjugés d'aucune sorte et dépourvus
+d'argent comme lui, il adopta leurs moeurs et façons de vivre.
+Bientôt il devint leur chef et leur providence[9]. Les _Repues
+franches_, singulier monument élevé à sa gloire par quelqu'un
+de ses disciples, nous font connaître par quelles combinaisons
+ingénieuses lui et ses compagnons se procuraient les moyens de
+mener joyeuse vie. Leurs friponneries étaient tout à [P. VIII]
+fait dans les moeurs du temps, et ne dépassaient sans doute pas
+les proportions de ce qu'on serait volontiers tenté d'appeler
+_des bons tours_; mais ils étaient sur une pente glissante, et
+la justice n'entendait pas raillerie.
+
+[Footnote 9: _C'estoit la mère nourricière De ceux qui n'avoient
+point d'argent; A tromper devant et derrière Estoit un homme
+diligent._ (P. 190.)]
+
+Rien ne prouve cependant que Villon ait eu maille à partir avec
+elle à cause de ses entreprises sur le bien d'autrui. On a parlé
+de ses deux procès: il en eut au moins trois, bien constatés par
+ses oeuvres, et le premier, qu'on n'avait pas fait ressortir
+jusqu'à présent, est le seul dont le sujet soit indiqué d'une
+manière certaine. C'est la suite d'une affaire d'amour.
+
+Avant de tomber dans ces relations honteuses avec des femmes
+perdues dont la _Ballade de la Grosse Margot_[10] nous donne
+l'ignoble tableau, Villon fut amoureux. Il connut l'amour vrai,
+l'amour naïf et timide[11]. Quel fut l'objet de cette passion,
+c'est ce qu'il n'est pas facile de dire. Il l'appelle de divers
+noms, Denise, Roze, Katherine de Vauzelles. Que ce fût une
+femme de moeurs faciles, une gentille bourgeoise ou une noble
+damoiselle, il paraît certain que c'était une coquette. Elle
+l'écouta d'abord, l'encouragea[12] et finit par le rebuter. Il
+s'en plaignit sans doute à ses compagnons, que les femmes qu'ils
+fréquentaient n'avaient pas habitués à de pareilles rigueurs, et
+qui se moquèrent de lui[13]. Villon s'emporta contre sa belle,
+lui fit des avanies, lui dit des injures, composa [P. IX]
+peut-être contre elle quelque ballade piquante, quelque rondeau
+bien méchant. Or, bien que religieux au fond, il frondait
+volontiers les choses sacrées[14]. La belle dame se plaignit; la
+juridiction ecclésiastique s'en mêla[15], et Villon fut bel et
+bien condamné au fouet[16].
+
+[Footnote 10: Page 83.]
+
+[Footnote 11: Le doux souvenir de cette passion se montre en
+maints endroits des oeuvres de Villon, mêlé à ses regrets et aux
+reproches qu'il adresse à sa maîtresse avide et cruelle. Voy.
+les huitains III, IV, V et X du _Petit Testament_, LV à LIX du
+_Grand Testament_, la ballade de la page 57, le rondeau p. 59,
+etc.]
+
+[Footnote 12: _Quoy que je luy voulsisse dire, Elle estoit
+preste d'escouter, etc._ (P. 47.)]
+
+[Footnote 13: _... qui partout m'appelle L'amant remys et
+renié_. (P. 48.)]
+
+[Footnote 14: Voir notamment les huitains CVI à CX du _Grand
+Testament_.]
+
+[Footnote 15: _Quant chicanner me feit Denise, Disant que je
+l'avoye mauldite_. P. 69.]
+
+[Footnote 16: La sentence fut exécutée. La _Double ballade_ de
+la page 45 ne laisse aucun doute à cet égard: _J'en fus batu,
+comme à ru telles, Tout nud..._ (P. 46, v. 24-25.)]
+
+C'est à la suite de cette sentence que Villon, décidé à quitter
+Paris, composa les _Lays_ ou legs auxquels on a donné depuis le
+titre de _Petit Testament_.
+
+Dans le huitain VI, page 9, il annonce qu'il s'en va à Angers.
+Il est probable qu'il ne fit pas ce voyage. Ses habitudes, ses
+relations, sa misère, le retinrent à Paris ou aux environs.
+C'était en 1456. Flétri par le châtiment qu'il avait subi, aigri
+par l'infortune, il ne connut plus de bornes. L'année qui suivit
+sa condamnation fut assurément l'époque la plus honteuse de
+sa vie. En 1457, il était dans les prisons du Châtelet, et
+le Parlement, après lui avoir fait appliquer la question de
+l'eau[17], le condamnait à mort. On ignore le motif de cette
+condamnation; on a supposé qu'il s'agissait d'un crime commis à
+Rueil par lui et plusieurs de ses compagnons, dont quelques-uns
+furent pendus[18]. Cette supposition paraît fondée. Quant au
+crime commis, il n'était peut-être pas d'une extrême [P. X]
+gravité. Les lois étaient sévères, et les compagnons de Villon
+devaient avoir, comme lui, des antécédents fâcheux.
+
+[Footnote 17: C'est ce qu'indiquent clairement ces deux vers de
+la page 104: _On ne m'eust, parmi ce drapel, Faict boyre à celle
+escorcherie_.]
+
+[Footnote 18: Voy. la _Belle leçon aux enfans perduz_, p. 86, et
+le _Jargon_, p. 125.]
+
+Quoi qu'il en soit, Villon ne partagea pas leur sort. Il est
+vrai qu'il ne négligea rien pour se tirer d'affaire: il appela
+de la sentence, ce qui lui valut quelque répit; puis, du
+moins ceci paraît certain, à l'occasion de la naissance d'une
+princesse qu'il appelle Marie, il implora la protection du
+père de cette princesse. Cette démarche lui réussit: le prince
+intercéda pour lui, et le Parlement commua sa peine en celle du
+bannissement. Villon se montra pénétré de reconnaissance. Il
+adressa une requête au Parlement, pour lui rendre grâces autant
+que pour lui demander un délai de trois jours pour quitter
+Paris, et il composa pour la princesse qui venait de naître
+des vers pleins de sentiment. M. Prompsault a cru que cette
+princesse était Marie de Bourgogne, fille de Charles le
+Téméraire, née le 13 février 1457; mais c'était une erreur. M.
+Auguste Vitu, qui prépare depuis nombre d'années une édition de
+Villon, a reconnu qu'il s'agissait de Marie d'Orléans, fille du
+poète Charles d'Orléans, née le 19 décembre 1457, et M. Campeaux
+a clairement démontré que cette opinion était fondée.
+
+A partir du moment où Villon quitte Paris, en exécution de
+l'arrêt du Parlement, nous perdons sa trace jusqu'en 1461.
+A cette époque nous le trouvons dans les prisons de
+Meung-sur-Loire, où le détient Thibault d'Aussigny, évêque
+d'Orléans. Quel nouveau méfait lui reprochait-on? Ceux qui
+supposent qu'il avait fabriqué de la fausse monnaie n'ont pas
+pris garde que la punition de ce crime était exclusivement du
+ressort des juges séculiers. Dans le _Débat du coeur et du
+corps de Villon_, composé dans sa prison, le poète attribue sa
+détention à sa _folle plaisance_.
+
+Ce qu'on lui reprochait, c'était peut-être quelque [P. XI]
+propos ou quelque écrit peu orthodoxe, quelque _plaisanterie_
+sentant le sacrilège, quelque aventure galante par trop
+scandaleuse, toutes choses dont il était bien capable et dont la
+répression regardait la justice ecclésiastique. Il y a lieu de
+croire que le délit n'était pas en rapport avec la punition, car
+Villon, qui n'a jamais protesté contre sa condamnation au fouet,
+qui se contente d'indiquer vaguement que le Parlement l'avait
+jugé _par fausserie_, fit preuve de la plus violente rancune
+contre Thibault d'Aussigny. Il paraît même certain que cette
+mauvaise affaire ne lui fit pas perdre la faveur de ses
+protecteurs, Charles d'Orléans et le duc de Bourbon.
+
+Quoi qu'il en soit, Villon languit longtemps dans la prison de
+Meung, plongé dans un cul de basse-fosse, nourri au pain et à
+l'eau. Rien n'indique qu'une sentence quelconque ait été rendue
+contre lui mais le traitement qu'on lui faisait subir devait le
+conduire lentement à une mort certaine. Heureusement Louis
+XI, qui venait de succéder à Charles VII, alla à Meung dans
+l'automne de 1461, et Villon lui dut sa délivrance. Fut-ce,
+ainsi que le dit M. Campeaux, par suite «du don de joyeux
+avènement qui remettait leur peine à tous les prisonniers d'une
+ville où le roi entrait après son sacre?» Je serais plutôt
+porté à croire, malgré l'absence de preuves, que Villon fut
+personnellement l'objet d'une mesure de clémence de la part du
+roi; la façon dont il en témoigne sa reconnaissance me paraît
+justifier cette supposition [19].
+
+[Footnote 19: On a dit récemment que le roi qui délivra Villon
+était Charles VII. Je ne puis adopter cette opinion. Sans
+examiner ici la valeur du document sur lequel elle est basée,
+je me bornerai à faire remarquer que Charles VII mourut
+à Mehun-sur-Yèvre, près de Bourges, le 22 juillet 1461,
+précisément au moment où Villon était dans la prison de
+Meung-sur-Loire, près d'Orléans, où il passa _tout un été_ (p.
+21, v. 14), c'est-à-dire tout l'été de la même année 1461.]
+
+En sortant des prisons de Meung, Villon composa, du moins
+en partie, le _Grand Testament_, dans lequel sont [P. XII]
+intercalées des pièces qui se rapportent à diverses époques de
+sa vie, et dont quelques-unes ont dû être composées beaucoup
+plus tard.
+
+Il est probable, en effet, que Villon vécut encore longtemps;
+mais on ne sait rien de précis à cet égard. Les conjectures sur
+lesquelles on se fonde pour placer la date de sa mort entre 1480
+et 1489 ne sont, en définitive, que des conjectures. Quant
+aux voyages qu'on lui fait faire à Saint-Omer, Lille, Douai,
+Salins, Angers, Saint-Genoux, et jusque dans le Roussillon,
+rien ne prouve qu'ils ont eu lieu. Villon nomme ces localités
+dans ses oeuvres, il est vrai, mais nulle part il ne dit
+qu'il les a visitées. Son voyage à Bruxelles, son séjour en
+Angleterre, avec la réponse hardie qu'il aurait faite au roi
+Edouard V, ne me semblent pas beaucoup plus certains, malgré mon
+respect pour celui qui s'en est fait l'historien [20]. Ce qui
+me semble hors de doute, c'est sa retraite dans le centre de
+la France, où semblait l'attirer quelque chose qui nous est
+inconnu, peut-être quelque relation de famille. Dans le _Petit
+Testament_, il annonce qu'il va à Angers [21]; il en revenait
+peut-être lorsqu'il fut arrêté à Meung. Dans le _Grand Testament_,
+il dit qu'il «parle un peu poictevin [22].» La _Ballade Villon_
+(p. 109) et la _Double ballade_ (p. 107) prouvent qu'il séjourna
+quelque temps à Blois, à la cour de Charles d'Orléans, et le vers
+de la page 111: [P. XIII]
+
+_Que fais-je plus? Quoi? Les gaiges ravoir._
+
+autorise à penser qu'il avait obtenu auprès du prince une de ces
+charges qu'on donnait aux poètes de cour. Ainsi, par le _Dit de
+la naissance Marie_, Villon n'avait pas seulement échappé au
+dernier supplice; il s'était de plus acquis la faveur de Charles
+d'Orléans, et il sut la conserver, du moins pendant quelque
+temps, et peut-être jusqu'à la mort du duc, arrivée en 1465.
+
+[Footnote 20: Rabelais, livre IV, chap. LXVII. M. Nagel a relevé
+deux erreurs dans ce passage de Rabelais. Villon n'aurait pu se
+trouver à la cour d'Edouard V, qui ne monta sur le trône qu'en
+1483, et le médecin Thomas Linacre, né vers 1460, ne fut célèbre
+que sous les règnes de Henri VII et de Henri VIII.]
+
+[Footnote 21: Page 9.--Le Franc archer de Bagnolet dit, p. 157,
+v. 12: «Ma mère fut née d'Anjou;» mais cela ne prouverait rien,
+même quand il serait démontré que ce monologue est de Villon.]
+
+[Footnote 22: Page 62.]
+
+Il eut un autre protecteur en la personne du duc de Bourbon, qui
+lui faisait de «gracieux prêts [23].»
+
+Enfin, Rabelais, livre IV, chapitre XIII, nous apprend que
+«maistre François Villon, sus ses vieux jours, se retira à
+Saint-Maixent en Poictou, sous la faveur d'un homme de bien,
+abbé dudit lieu. Là, pour donner passe-temps au peuple,
+entreprit faire jouer la Passion en gestes et langage poictevin
+[24].» Ce témoignage n'est pas irrécusable; mais pourquoi
+ne pas l'accepter? Après une vie aussi agitée, on aime à se
+représenter le pauvre poète enfin tranquille, à l'abri du
+besoin, s'occupant, pour son plaisir, de jeux dramatiques,
+auxquels il avait dû probablement, dans d'autres temps, demander
+son pain [25].
+
+[Footnote 23: P. 115, v. 6.]
+
+[Footnote 24: _oeuvres de Rabelais_, édition Burgaud des Marets
+et Ratnery, t. II, p. 92. On voit ensuite un tour joué au
+sacristain des cordeliers, Estienne Tapecoue, qui sent bien
+son Villon, mais dont le dénoûment cruel a pu être inventé par
+Rabelais, qui n'aimait pas les moines.]
+
+[Footnote 25: On croit que Villon donna des représentations
+dramatiques à Paris et ailleurs, et c'est comme directeur de
+troupe qu'on lui fait parcourir une partie de la France et des
+Pays-Bas.]
+
+En pénétrant dans les mystères de cette existence misérable, on
+est frappé de deux choses: D'abord, on remarque qu'elle n'exerça
+pas sur le coeur de Villon toute l'action corruptrice qu'il y
+avait lieu de redouter. Au milieu de son abjection, [P. XIV]
+Villon conserve des sentiments élevés. Il est plein d'amour et
+de respect pour sa mère [26], de reconnaissance pour quiconque
+l'a secouru [27], de vénération pour ceux qui ont fait de
+grandes choses; il aime son pays, chose d'autant plus honorable
+qu'elle était rare en ce temps-là [28]; il regrette les erreurs
+de sa jeunesse, et le temps qu'il a si mal employé [29]; voilà
+qui doit lui faire pardonner bien des choses.
+
+[Footnote 26: Voy. p. 32, huit. XXXVIII; p. 54, huit. LXXIX; p.
+55, Ballade.]
+
+[Footnote 27: Guillaume Villon, p. 9, 53; Jean Cotard, p. 22,
+58; Louis XI, p. 23, 24; le Parlement, P. 103; Marie d'Orléans,
+p. 105, 107; le duc de Bourbon, p. 114.]
+
+[Footnote 28: Ces deux vers de la page 34:
+
+_Et Jehanne, la bonne Lorraine,
+ Qu'Anglois brulèrent à Rouen_,
+
+lui font d'autant plus d'honneur qu'à l'époque où il les écrivit
+des gens éclairés regardaient Jeanne d'Arc comme sorcière, et
+les Anglais avaient en France de nombreux partisans.]
+
+[Footnote 29: _Grand Testament_, huitain XXVI et suiv.]
+
+Puis, quelle influence n'eut-elle pas sur le talent du poète
+[30]! Formé, comme on dit aujourd'hui, à l'école du malheur, il
+vit les choses sous leur vrai jour, et il entra dans une voie
+tout à fait nouvelle. Il rompit en visière à l'Allégorie, qui
+régnait alors en souveraine, à toutes les afféteries de la
+poésie rhétoricienne cultivée par les beaux esprits du temps.
+Il fut le premier poète _réaliste_. Que l'on compare avec ses
+autres oeuvres les quelques pièces qu'il a composées selon la
+poétique de ses contemporains, la _Ballade Villon_ (p. 109), la
+_Requeste au Parlement_ (p. 103), et d'autres, et l'on ne sera
+point tenté de «regretter, avec Clément Marot, qu'il n'ait [P. XV]
+pas été «nourry en la court des rois et princes, où les jugemens
+s'amendent et les langaiges se pollissent,» car il y eût
+certainement plus perdu que gagné.
+
+[Footnote 30: _Travail mes lubres sentemens, Esguisez comme
+une pelote, M'ouvrist plus que tous les Commens D'Averroys sur
+Aristote._ (P. 25.)]
+
+M. A. de Montaiglon a parfaitement caractérisé le rôle de Villon
+dans la poésie française. Je ne puis mieux faire que de lui
+emprunter ces quelques lignes:
+
+«... Au moment où parut Villon, la littérature française en
+était précisément à cette période de transformation; de la
+poésie générale elle passait à la poésie personnelle; ses
+contemporains, subissant à leur insu cette phase littéraire,
+s'essayaient à l'individualité avec plus d'effort que de
+bonheur; Villon l'atteignit du premier coup. Sa force est là,
+et sa valeur s'augmente de l'intérêt que, sous ce rapport,
+offraient ses oeuvres. Elle est tellement saisissante qu'elle a
+été reconnue de tous, et le succès qui l'accueillit ne s'arrêta
+pas. François Ier lui fit l'honneur d«faire faire une édition de
+ses poésies par Clément Marot, qui le combla de ses louanges.
+Un peu plus tard, il est vrai, l'école de Ronsard protesta.
+Pasquier condamne Villon, et Du Verdier s'émerveille que Marot
+ait osé «louer un si _goffe_ ouvrier et faire cas de ce qui ne
+vaut rien.» Cela marque moins un manque de goût que la force
+partiale du préjugé; la Pléiade, qui est en réalité aussi
+aristocratique que savante, ne pouvait admirer Villon sans
+se condamner elle-même; mais, ce moment passé, le charme
+recommence: Regnier est un disciple de Villon; Patru le loue;
+Boileau a senti quel était son rang; La Fontaine l'admire;
+Voltaire l'imite; les érudits littéraires du XVIIe et du XVIIIe
+siècle, Colletet, le P. Du Cerceau, l'abbé Massieu, l'abbé
+Goujet, parlent de lui comme il convient, en même temps que
+Coustelier et Formey le réimpriment, que La Monnoye l'annote, et
+que Lenglet-Dufresnoy prépare une nouvelle édition. De [P. XVI]
+nos jours, une justice encore plus éclatante lui a été rendue.
+L'édition de Prompsault, à laquelle M. Lacroix est venu ajouter,
+pourrait être acceptée comme définitive, au moins quant au
+texte, si M. Vitu n'en promettait une, qui, en profitant des
+précédentes, donnera sans doute le dernier mot. Tous ceux qui
+ont parlé incidemment de Villon, MM. Sainte-Beuve, Saint-Marc
+Girardin, Chasles, Nisard, Geruzez, Demogeot, Génin, et d'autres
+encore, l'ont bien caractérisé. En même temps qu'eux, M. Daunou
+a écrit sur notre poète une longue étude, insérée dans le
+_Journal des Savants_, et M. Théophile Gautier, dans l'ancienne
+_Revue française_, des pages vives, aussi justes que pleines de
+verve, qui ont été recueillies dans ses _Grotesques_. Enfin, en
+1850 M. Profillet, et en 1856 un professeur allemand, M. Nagel,
+ont pris Villon pour sujet d'un travail spécial; l'année
+dernière (1859), M. Campeaux lui a consacré un excellent
+travail, auquel, pour être meilleur, il ne manque peut-être
+qu'une plus ancienne et plus familière connaissance des
+alentours. Tous sont, avec raison, unanimes à reconnaître
+l'originalité, la valeur aisée et puissante, la force et
+_l'humanité_ de la poésie de Villon. Pour eux tous, et ce
+jugement est aujourd'hui sans appel, Villon n'est pas seulement
+le poète supérieur du XVe siècle, mais il est aussi le premier
+poète, dans le vrai sens du mot, qu'ait eu la France moderne, et
+il s'est écoulé un long temps avant que d'autres fussent dignes
+d'être mis à côté de lui. L'appréciation est maintenant juste et
+complète; d'autres viendront qui le loueront avec plus ou moins
+d'éclat et de talent, qui le jugeront avec une critique plus
+ou moins solide ou brillante; mais désormais les traits de la
+figure de Villon sont arrêtés de façon à ne plus changer, et
+ceux qui entreprendront d'y revenir ne pourront rester dans
+la vérité qu'à la condition de s'en tenir aux mêmes [P. XVII]
+contours.»
+
+Plus loin, M. A. de Montaiglon, passant légèrement sur le _Petit
+Testament_, «qui n'est que spirituel, » et sur quelques pièces
+qu'il regrette de trouver dans le _Grand Testament_, ajoute:
+
+«Ce n'est pas là qu'il faut chercher Villon, mais dans la partie
+populaire et humaine de son oeuvre. On ne dira jamais assez
+à quel point le mérite de la pensée et de la forme y est
+inestimable. Le sentiment en est étrange, et aussi touchant que
+pittoresque dans sa sincérité; Villon peint presque sans le
+savoir, et en peignant il ne pallie, il n'excuse rien; il a même
+des regrets, et ses torts, qu'il reconnaît en se blâmant, mais
+dont il ne peut se défendre, il ne les montre que pour en
+détourner. Je connais même peu de leçons plus fortes que la
+ballade: _Tout aux tavernes et aux filles_. La bouffonnerie,
+dans ses vers, se mêle à la gravité, l'émotion à la raillerie,
+la tristesse à la débauche; le trait piquant se termine avec
+mélancolie; le sentiment du néant des choses et des êtres est
+mêlé d'un burlesque soudain qui en augmente l'effet. Et tout
+cela est si naturel, si net, si franc, si spirituel; le style
+suit la pensée avec une justesse si vive, que vous n'avez pas le
+temps d'admirer comment le corps qu'il revêt est habillé par le
+vêtement. C'est bien mieux que l'esprit bourgeois, toujours un
+peu mesquin, c'est l'esprit populaire que cet enfant des Halles,
+qui écrivait: _Il n'est bon bec que de Paris_, a recueilli dans
+les rues et qu'il épure en l'aiguisant. Il en a le sentiment, il
+en prend les mots, mais il les encadre, il les incruste dans une
+phrase si vive, si nette, si bien construite, si énergique ou si
+légère, que cette langue colorée reçoit de son génie l'élégance
+et même le goût, sans rien perdre de sa force. Il a tout: la
+vigueur et le charme, la clarté et l'éclat, la variété et
+l'unité, la gravité et l'esprit, la brièveté incisive du trait
+et la plénitude du sens, la souplesse capricieuse [P. XVIII]
+et la fougue violente, la qualité contemporaine et l'éternelle
+humanité. Il faut aller jusqu'à Rabelais pour trouver un maître
+qu'on puisse lui comparer, et qui écrive le français avec la
+science et l'instinct, avec la pureté et la fantaisie, avec la
+grâce délicate et la rudesse souveraine que l'on admire dans
+Villon, et qu'il a seul parmi les gens de son temps...»
+
+On ne connaît certainement pas la totalité des oeuvres de
+Villon, du moins sous son nom. Il est évident que le _Petit
+Testament_ n'est pas son coup d'essai. Lors de son second
+procès, en 1457, il était probablement connu par d'autres
+compositions. Sans cela, il est douteux que Charles d'Orléans
+fût intervenu en sa faveur, et que le Parlement lui eût fait
+grâce de la vie. Lorsqu'il composa le _Grand Testament_, il y fit
+entrer quelques pièces qui n'en faisaient pas nécessairement
+partie, mais qui s'y rattachaient assez naturellement. On n'y
+trouve pas une ballade, pas un rondeau composés antérieurement
+au _Petit Testament_. Villon ne paraît pas avoir été
+très-soucieux de recueillir ses oeuvres. La plupart sont sans
+doute perdues; d'autres sont disséminées dans des recueils
+manuscrits ou imprimés où il n'est pas facile de les reconnaître,
+soit parce qu'elles ne portent pas de nom d'auteur, soit
+parce qu'elles sont attribuées à d'autres. On ne connaît
+pas de manuscrit qui contienne tout ce qu'on sait positivement
+lui appartenir. Les premières éditions, qui furent faites sans
+son concours et probablement après sa mort, ne contiennent que
+le _Grand_ et le _Petit Testament_, le _Jargon_, et un petit
+nombre de pièces détachées. Jean de Calais, l'éditeur présumé du
+_Jardin de plaisance_, dont la première édition est de 1499
+ou de 1500, s'acquitta fort mal des fonctions d'exécuteur
+testamentaire que Villon lui avait confiées, si tant est qu'on
+doive prendre au sérieux les huitains CLX et CLXI du [P. XIX]
+_Grand Testament_. Il fit entrer dans son recueil diverses
+pièces connues comme étant de Villon et beaucoup d'autres qu'on
+lui attribue avec plus ou moins de vraisemblance, mais sans dire
+des unes ni des autres qu'elles étaient de lui.
+
+M. Brunet a donné, dans la dernière édition du _Manuel du
+Libraire_, une excellente notice des éditions de Villon. La
+première avec date est de Paris (Pierre Levet), 1489, in-4°.
+Il en parut plusieurs autres à la fin du XVe siècle et au
+commencement du XVIe. Celle de Paris, Galiot Du Pré, 1532, in-8,
+est la première à laquelle on ait joint les _Repues franches_,
+le _Monologue du franc archier de Baignolet_ et le _Dialogue des
+seigneurs de Mallepaye et de Baillevent_ [31].
+
+[Footnote 31: Il avait été fait antérieurement plusieurs
+éditions des _Repeues franches_, qui s'ajoutaient aux éditions
+correspondantes des oeuvres de Villon, mais qui portaient des
+signatures ou une pagination séparées.]
+
+L'année suivante, le même Galiot Du Pré publia la première
+édition des oeuvres de Villon revues par Clément Marot.
+
+En 1723 il parut chez Coustelier une édition de Villon, avec les
+remarques d'Eusèbe de Laurière et une lettre du P. Du Cerceau.
+
+Les oeuvres de Villon furent réimprimées en 1742, à la Haye,
+avec les remarques de Laurière, Le Duchat et Formey, des
+mémoires de Prosper Marchand et une lettre critique extraite du
+_Mercure_ de février 1724.
+
+En 1832 parut l'édition de Prompsault, fruit de longues et
+laborieuses recherches, et qui, sans être parfaite, ne méritait
+pas le discrédit dont elle a été frappée pendant longtemps.
+
+Dans l'édition de 1854, due aux soins de M.P.L. Jacob,
+bibliophile (M. Paul Lacroix), le texte de Prompsault [P. XX]
+a été revu, notablement amélioré, élucidé par des notes où
+brillent l'érudition et la sagacité bien connues de leur auteur.
+
+Enfin, tout récemment, M. Paul Lacroix a publié le texte des
+deux _Testaments_ d'après un manuscrit de la bibliothèque
+de l'Arsenal. Je n'ai pu faire usage de cette intéressante
+publication, d'abord parce que l'impression de mon édition
+était trop avancée, puis pour une autre raison: c'est que je ne
+pouvais m'écarter du texte que j'avais adopté.
+
+On savait depuis longtemps que La Monnoye avait eu l'intention
+de faire une édition des oeuvres de Villon. A cet effet, il
+avait annoté un exemplaire de l'édition de 1723. Cet exemplaire,
+dont on avait perdu la trace depuis longtemps, a été retrouvé,
+en 1858, au _British Museum_, par M. Gustave Masson, qui m'a
+gracieusement offert une copie du travail de La Monnoye.
+
+En tête de son exemplaire, La Monnoye avait inscrit d'abord ce
+titre, qui nous fait connaître le plan d'une vaste collection
+qu'il projetait:
+
+_L'Histoire et les Chefs de la poésie françoise, avec la liste
+des poètes provençaux et françois, accompagnée de remarques sur
+le caractère de leurs ouvrages._
+
+Puis vient ce titre particulier:
+
+_Poésies de François Villon et de ses disciples, revues sur les
+différentes éditions, corrigées et augmentées sur le manuscrit
+de M. le duc de Coislin et sur plusieurs autres, et enrichies
+d'un grand nombre de pièces, avec des notes historiques et
+critiques._
+
+La Monnoye n'eut pas le temps de mettre la dernière main à son
+édition de Villon. Son travail ne porta que sur l'établissement
+du texte. La comparaison des manuscrits et des anciennes
+éditions, faite par un homme tel que La Monnoye, devait [P. XXI]
+donner d'excellents résultats. J'ai reproduit scrupuleusement,
+sauf deux ou trois exceptions indiquées dans les notes, le texte
+tel qu'il a été arrêté par lui, et ce texte est assurément le
+meilleur qu'on ait donné jusqu'à présent.
+
+La Monnoye ne se contenta pas de revoir le texte de l'édition de
+1723. Il y ajouta de sa main divers morceaux qui n'avaient pas
+encore été publiés, et qui ont paru pour la première fois dans
+l'édition Prompsault. Mais il ne put faire le choix des poésies
+qu'il voulait joindre aux oeuvres de Villon. Pour répondre de
+mon mieux à son plan, je donne à la fin du volume dix-sept
+pièces tirées du _Jardin de plaisance_. M. Campeaux en avait
+publié un plus grand nombre: j'ai fait un choix dans son choix,
+et si les pièces que je donne ne sont pas de Villon, elles sont
+au moins de son école, et souvent dignes de lui.
+
+Pour toute la partie du texte établie par La Monnoye, je n'avais
+qu'une chose à faire: suivre la leçon adoptée par lui. A
+l'égard des pièces dont il ne s'était pas occupé, j'ai dû agir
+autrement: je les ai revues sur les manuscrits et les éditions
+originales.
+
+A défaut des notes historiques et critiques promises par La
+Monnoye, et sans avoir la prétention de les suppléer, je donne
+à la suite du texte quelques renseignements qui m'ont paru
+nécessaires, puis un _Glossaire-Index,_ dans lequel j'ai tenté
+d'expliquer les mots vieillis, de donner des renseignements sur
+les personnes et les choses. S'il n'a pas d'autre utilité, ce
+travail servira du moins de table.
+
+Une édition de Villon n'est pas facile à faire. J'ai largement
+mis à profit les travaux de mes devanciers, et je me plais à le
+reconnaître. J'aurais pu relever bien des erreurs: je me suis
+contenté de les corriger. Je crois que cette édition [P. XXII]
+vaut mieux que celles qui l'ont précédée. D'autres viendront
+après moi qui feront mieux. J'ai cru prudent de leur donner
+l'exemple de l'indulgence.
+
+P. JANNET.
+
+
+
+REMARQUES PHILOLOGIQUES. [P. XXIII]
+
+
+La langue de Villon est encore la vieille et bonne langue
+française, riche et simple, claire, naturelle, à l'allure vive
+et franche. C'est encore la langue des fabliaux, assouplie,
+mais presque entièrement préservée de l'invasion des mots
+pédantesques forgés dans la seconde moitié du XVe siècle. Le
+_Glossaire_, dont l'étendue est grande relativement à celle du
+livre, n'offre qu'un petit nombre de ces mots. En revanche, il
+en contient beaucoup d'autres dont la perte est regrettable.
+
+Villon était très-sévère pour la rime. Aussi, lorsque nous
+rencontrons à la fin de ses vers quelque chose qui nous paraît
+anormal, nous devons nous garder de l'expliquer par une
+négligence du poëte. Il faut chercher d'autres raisons; cela
+peut amener des observations intéressantes.
+
+Par exemple, lorsqu'il fait rimer _e_ avec _a_[32], cela prouve,
+ainsi que Marot l'a remarqué, que Villon prononçait, à la
+parisienne, _a_ pour _e_.
+
+Lorsqu'il fait rimer _oi, oy_, avec _ai, ay, é_[33], cela prouve
+que ce que nous appelons la diphtongue _oi_ se prononçait _é_ ou
+_è_.
+
+S'il fait rimer _Changon, Nygon, escourgon_, avec [P. XXIV]
+_donjon_[34], c'est que, dans certains cas, le _g_ se prononçait
+_j_.
+
+[Footnote 32: _Robert, Haubert_, avec _pluspart, poupart_ (p.11
+et 12); _La Barre, feurre_, avec _terre, guerre_ (p. 14);
+_appert_ avec _part, despart_ (p. 44), etc.]
+
+[Footnote 33: _Chollet_ avec _souloit_ (p. 14); _exploictz_ avec
+_laiz_ (p. 17); _moyne, essoyne, royne_, avec _Seine_ (p. 34),
+etc.]
+
+[Footnote 34 Pages 12 et 13.]
+
+S'il fait rimer _fuste_ avec _fusse, prophètes_ avec
+_fesses_[35], c'est encore une affaire de prononciation
+parisienne.
+
+Il en est de même d'_ancien, Valérien, paroissien, rimant avec
+_an_[36].
+
+Lorsqu'il écrit _soullon_ pour rimer avec _Roussillon_[37], il
+entend que les deux _ll_ seront mouillées, et prononcées comme
+telles, sans être précédées d'un _i_ comme en espagnol.
+
+Comment faut-il prononcer le nom de Villon?
+
+La _Ballade_ de la page 99, l'_Epistre_ de la page 111, le
+_Problème_ ou _Ballade_ de la page 120, etc., ne laissent aucun
+doute à cet égard. On doit le prononcer comme les deux dernières
+syllabes du mot _paVILLON_, c'est-à-dire comme on pourra. En
+France, ce n'est guère que dans le Midi qu'on sait prononcer
+les _ll mouillées_. Les Parisiens diront _Viyon_; les Picards,
+_Vilion_....
+
+ _Mais bel est fol et lunaticque
+ Qui de ce fait sermon si long;
+ Peu nuit à la chose publicque
+ Se Brussiens disent_ Filon.
+ _Il ne m'en chaut gueres si l'on
+ Choisit de ces façons la pire,
+ Et bien veuil qu'on dise selon
+ Que dès pieça l'on souloit dire_.
+
+[Footnote 35: Pages 26 et 52.]
+
+[Footnote 36: P. 81.]
+
+[Footnote 37: Voy. la Ballade de la page 99.]
+
+
+
+
+CLÉMENT MAROT DE CAHORS [P.1]
+
+Varlet de chambre du Roy
+
+AUX LECTEURS.
+
+
+_Entre tous les bons livres imprimez de la langue françoise ne
+s'en veoit ung si incorrect ne si lourdement corrompu que celluy
+de Villon, et m'esbahy (veu que c'est le meilleur Poète parisien
+qui se trouve) comment les imprimeurs de Paris et les enfans de
+la ville n'en ont eu plus grand soing. Je ne suis (certes) en
+rien son voysin; mais, pour l'amour de son gentil entendement,
+et en recompense de ce que je puys avoir aprins de luy en lisant
+ses Oeuvres, j'ai faict à icelles ce que je vouldroys estre
+faict aux miennes, si elles estaient tombées en semblable
+inconvénient. Tant y ay trouvé de broillerie en l'ordre des
+coupletz et des vers, en mesure, en langaige, en la ryme et en
+la raison, que je ne sçay duquel je doy plus avoir pitié, ou de
+l'oeuvre ainsi oultrement gastée, ou de l'ignorance de ceux
+qui l'imprimèrent; et, pour en faire preuve, me suys advisé
+(Lecteurs) de vous mettre icy ung des couplets incorrects du mal
+imprimé Villon, qui vous fera exemple et tesmoing d'ung grand
+nombre d'autres autant broillez et gastez que luy, lequel [P. 2]
+est tel_:
+
+ Or est vray qu'après plainctz et pleurs
+ Et angoisseux gemissemens,
+ Apres tristesses et douleurs
+ Labeurs et griefz cheminemens
+ Travaille mes lubres sentemens
+ Aguysez ronds, comme une pelote
+ Monstrent plus que les commens
+ En sens moral de Aristote.
+
+_Qui est celluy qui vouldroit nyer le sens n'en estre grandement
+corrompu? Ainsi, pour vray, l'ay-je trouvé aux vieilles
+impressions, et encores pis aux nouvelles. Or, voyez maintenant
+comment il a esté r'abillé, et en jugez gratieusement_:
+
+ Or est vray qu'après plainctz et pleurs
+ Et angoisseux gemissemens,
+ Apres tristesses et douleurs,
+ Labeurs et griefz cheminemens,
+ Travail mes lubres sentements
+ Aguysa (ronds comme pelote),
+ Me monstrant plus que les comments
+ Sur le sens moral d'Aristote.
+
+_Voylà comment il me semble que l'autheur l'entendoit; et vous
+suffise ce petit amendement pour vous rendre advertiz de ce que
+puys avoir amendé en mille autres passages, dont les aucuns me
+ont esté aisez et les autres très difficiles. Toutesfoys, partie
+avecques les vieulx imprimez, partie avecques l'ayde de bons
+vieillards qui en sçavent par cueur, et partie par deviner
+avecques jugement naturel, a esté reduict nostre Villon en
+meilleure et plus entière forme qu'on ne l'a veu de nos aages,
+et ce sans avoir touché à l'antiquité de son parler, à [P. 3]
+sa façon de rimer, à ses meslées et longues parenthèses, à la
+quantité de ses sillabes, ne à ses couppes, tant féminines que
+masculines; esquelles choses il n'a suffisamment observé les
+vrayes reigles de françoise poésie, et ne suys d'advis que en
+cela les jeunes Poetes l'ensuyvent, mais bien qu'ilz cueillent
+ses sentences comme belles fleurs, qu'ils contemplent l'esprit
+qu'il avoit, que de luy apreignent à proprement descrire, et
+qu'ils contrefacent sa veine, mesmement celle dont il use en ses
+Ballades, qui est vrayment belle et héroïque, et ne fay double
+qu'il n'eust emporté le chapeau de laurier devant tous les
+Poètes de son temps, s'il eust esté nourry en la Court des Roys
+et des Princes, là où les jugemens se amendent et les langaiges
+se pollissent. Quant à l'industrie des lays qu'il feit en ses
+Testamens, pour suffisamment la congnoistre et entendre il
+fauldroit avoir esté de son temps à Paris, et avoir congneu
+les lieux, les choses et les hommes dont il parle: la mémoire
+desquelz tant plus se passera, tant moins se congnoistra icelle
+industrie de ses lays dictz. Pour ceste cause, qui vouldra faire
+une oeuvre de longue durée ne preigne son soubject sur telles
+choses basses et particulières. Le reste des Oeuvres de nostre
+Villon (hors cela) est de tel artifice, tant plain de bonne
+doctrine et tellement painct de mille belles couleurs, que le
+temps, qui tout efface, jusques icy ne l'a sceu effacer; et
+moins encor l'effacera ores et d'icy en avant, que les bonnes
+escriptures françoises sont et seront mieulx congneues et
+recueillies que jamais.
+
+Et pour ce (comme j'ay dit) que je n'ay touché à son antique
+façon de parler, je vous ay exposé sur la marge, avecques les
+annotations, ce qui m'a semblé le plus dur à entendre, laissant
+le reste à vos promptes intelligences, comme_ ly Roys _pour_
+le Roy, homs _pour homme_, compaing _pour_ compaignon; [P. 4]
+_aussi force pluriers pour singuliers, et plusieurs autres
+incongruitez dont estait plain le langaige mal lymé d'icelluy
+temps.
+
+Après, quand il s'est trouvé faulte de vers entiers, j'ay prins
+peine de les refaire au plus près (selon mon possible) de
+l'intention de l'autheur, et les trouverez expressément marquez
+de cette marque_ +, _afin que ceulx qui les sçauront en la sorte
+que Villon les fist effacent les nouveaulx pour faire place aux
+vieulx.
+
+Oultre plus, les termes et les vers qui estaient interposez,
+trouverez reduictz en leurs places; les lignes trop courtes,
+allongées; les trop longues acoursies; les mots obmys, remys;
+les adjoutez ostez, et les tiltres myeulx attiltrez.
+
+Finalement, j'ay changé l'ordre du livre, et m'a semblé plus
+raisonnable de le faire commencer par le Petit Testament,
+d'autant qu'il fut faict cinq ans avant l'autre.
+
+Touchant le Jargon, je le laisse à corriger et exposer aux
+successeurs de Villon en l'art de la pinse et du croq.
+
+Et si quelqu'un d'adventure veult dire que tout ne soit
+racoustré ainsi qu'il appartient, je luy respons dès maintenant
+que, s'il estait autant navré en sa personne comme j'ay trouvé
+Villon blessé en ses Oeuvres, il n'y a si expert chirurgien qui
+le sceust panser sans apparence de cicatrice; et me suffira
+que le labeur qu'en ce j'ay employé soit agréable au Roy mon
+souverain, qui est cause et motif de ceste emprise et de
+l'exécution d'icelle, pour l'avoir veu voulentiers escouter et
+par très bon jugement estimer plusieurs passages des Oeuvres qui
+s'ensuyvent._
+
+
+
+MAROT [P. 5]
+
+AU ROY FRANÇOIS Ier.
+
+ Si à Villon on treuve encor à dire,
+ S'il n'est reduict ainsi qu'ay prétendu,
+ A moy tout seul en soit le blasme (Sire),
+ Qui plus y ay travaillé qu'entendu;
+ Et s'il est mieux en son ordre estendu
+ Que paravant, de sorte qu'on l'en prise,
+ Le gré à vous en doyt estre rendu,
+ Qui fustes seul cause de l'entreprise.
+
+ [P. 7]
+
+ LE
+ PETIT TESTAMENT
+ DE MAISTRE
+ FRANÇOIS VILLON
+
+ FAIT L'AN 1456.
+
+ Mil quatre cens cinquante et six,
+ Je, François Villon, escollier,
+ Considérant, de sens rassis,
+ Le frain aux dents, franc au collier,
+ Qu'on doit ses oeuvres conseiller,
+ Comme Vegèce le racompte,
+ Saige Romain, grand conseiller,
+ Ou autrement on se mescompte.
+
+ II.
+
+ En ce temps que j'ay dit devant,
+ Sur le Noël, morte saison,
+ Lorsque les loups vivent de vent,
+ Et qu'on se tient en sa maison,
+ Pour le frimas, près du tison:
+ Cy me vint vouloir de briser
+ La très amoureuse prison
+ Qui souloit mon cueur desbriser.
+
+ III. [P.8]
+
+ Je le feis en telle façon,
+ Voyant Celle devant mes yeulx
+ Consentant à ma deffaçon,
+ Sans ce que jà luy en fust mieulx;
+ Dont je me deul et plains aux cieulx,
+ En requérant d'elle vengence
+ A tous les dieux venerieux,
+ Et du grief d'amours allégence.
+
+ IV.
+
+ Et, se je pense à ma faveur,
+ Ces doulx regrets et beaulx semblans
+ De très decepvante saveur,
+ Me trespercent jusques aux flancs:
+ Bien ilz ont vers moy les piez blancs
+ Et me faillent au grant besoing.
+ Planter me fault autre complant
+ Et frapper en un autre coing.
+
+ V.
+
+ Le regard de Celle m'a prins,
+ Qui m'a esté félonne et dure;
+ Sans ce qu'en riens aye mesprins,
+ Veult et ordonne que j'endure
+ La mort, et que plus je ne dure.
+ Si n'y voy secours que fouir.
+ Rompre veult la dure souldure,
+ Sans mes piteux regrets ouir!
+
+ VI.
+
+ Pour obvier à ses dangiers,
+ Mon mieulx est, ce croy, de partir.
+ Adieu! Je m'en voys à Angiers, [P. 9]
+ Puisqu'el ne me veult impartir
+ Sa grace, ne me departir.
+ Par elle meurs, les membres sains;
+ Au fort, je meurs amant martir,
+ Du nombre des amoureux saints!
+
+ VII.
+
+ Combien que le départ soit dur,
+ Si fault-il que je m'en esloingne.
+ Comme mon paouvre sens est dur!
+ Autre que moy est en queloingne,
+ Dont onc en forest de Bouloingne
+ Ne fut plus alteré d'humeur.
+ C'est pour moy piteuse besoingne:
+ Dieu en vueille ouïr ma clameur!
+
+ VIII.
+
+ Et puisque departir me fault,
+ Et du retour ne suis certain:
+ Je ne suis homme sans deffault,
+ Ne qu'autre d'assier ne d'estaing.
+ Vivre aux humains est incertain,
+ Et après mort n'y a relaiz:
+ Je m'en voys en pays loingtaing;
+ Si establiz ce présent laiz.
+
+ IX.
+
+ Premièrement, au nom du Père,
+ Du Filz et du Saint-Esperit,
+ Et de la glorieuse Mère
+ Par qui grace riens ne périt,
+ Je laisse, de par Dieu, mon bruit
+ A maistre Guillaume Villon,
+ Qui en l'honneur de son nom bruit, [P. 10]
+ Mes tentes et mon pavillon.
+
+ X.
+
+ A celle doncques que j'ay dict,
+ Qui si durement m'a chassé,
+ Que j'en suys de joye interdict
+ Et de tout plaisir déchassé,
+ Je laisse mon coeur enchassé,
+ Palle, piteux, mort et transy:
+ Elle m'a ce mal pourchassé,
+ Mais Dieu luy en face mercy!
+
+ XI.
+
+ Et à maistre Ythier, marchant,
+ Auquel je me sens très tenu,
+ Laisse mon branc d'acier tranchant,
+ Et à maistre Jehan le Cornu,
+ Qui est en gaige détenu
+ Pour ung escot six solz montant;
+ Je vueil, selon le contenu,
+ Qu'on luy livre, en le racheptant.
+
+ XII.
+
+ Item, je laisse à Sainct-Amant
+ Le Cheval Blanc avec la Mulle,
+ Et à Blaru, mon dyamant
+ Et l'Asne rayé qui reculle.
+ Et le décret qui articulle:
+ _Omnis utriusque sexus_,
+ Contre la Carmeliste bulle,
+ Laisse aux curez, pour mettre sus.
+
+ XIII. [P. 11]
+
+ Item, à Jehan Trouvé, bouchier,
+ Laisse le mouton franc et tendre,
+ Et ung tachon pour esmoucher
+ Le boeuf couronné qu'on veult vendre,
+ Et la vache qu'on ne peult prendre.
+ Le vilain qui la trousse au col,
+ S'il ne la rend, qu'on le puist pendre
+ Ou estrangler d'un bon licol!
+
+ XIV.
+
+ Et à maistre Robert Vallée,
+ Povre clergeon au Parlement,
+ Qui ne tient ne mont ne vallée,
+ J'ordonne principalement
+ Qu'on luy baille legerement
+ Mes brayes, estans aux trumellières,
+ Pour coeffer plus honestement
+ S'amye Jehanneton de Millières.
+
+ XV.
+
+ Pour ce qu'il est de lieu honeste,
+ Fault qu'il soit myeulx recompensé,
+ Car le Saint-Esprit l'admoneste.
+ Ce obstant qu'il est insensé.
+ Pour ce, je me suis pourpensé,
+ Puysqu'il n'a sens mais qu'une aulmoire,
+ De recouvrer sur Malpensé,
+ Qu'on lui baille, l'Art de mémoire.
+
+ XVI.
+
+ Item plus, je assigne la vie
+ Du dessusdict maistre Robert... [P. 12]
+ Pour Dieu! n'y ayez point d'envie!
+ Mes parens, vendez mon haubert,
+ Et que l'argent, ou la pluspart,
+ Soit employé, dedans ces Pasques,
+ Pour achepter à ce poupart
+ Une fenestre emprès Saint-Jacques.
+
+ XVII.
+
+ Derechief, je laisse en pur don
+ Mes gands et ma hucque de soye
+ A mon amy Jacques Cardon;
+ Le gland aussi d'une saulsoye,
+ Et tous les jours une grosse oye
+ Et ung chappon de haulte gresse;
+ Dix muys de vin blanc comme croye,
+ Et deux procès, que trop n'engresse.
+
+ XVIII.
+
+ Item, je laisse à ce jeune homme,
+ René de Montigny, troys chiens;
+ Aussi à Jehan Raguyer, la somme
+ De cent frans, prins sur tous mes biens;
+ Mais quoy! Je n'y comprens en riens
+ Ce que je pourray acquerir:
+ On ne doit trop prendre des siens,
+ Ne ses amis trop surquerir.
+
+ XIX.
+
+ Item, au seigneur de Grigny
+ Laisse la garde de Nygon,
+ Et six chiens plus qu'à Montigny,
+ Vicestre, chastel et donjon;
+ Et à ce malostru Changon,
+ Moutonnier qui tient en procès,
+ Laisse troys coups d'ung escourgon, [P. 13]
+ Et coucher, paix et aise, en ceps.
+
+ XX.
+
+ Et à maistre Jacques Raguyer,
+ Je laisse l'Abreuvoyr Popin,
+ Pour ses paouvres seurs grafignier;
+ Tousjours le choix d'ung bon lopin,
+ Le trou de la Pomme de pin,
+ Le doz aux rains, au feu la plante,
+ Emmailloté en jacopin;
+ Et qui vouldra planter, si plante.
+
+ XXI.
+
+ Item, à maistre Jehan Mautainct
+ Et maistre Pierre Basannier,
+ Le gré du Seigneur, qui attainct
+ Troubles, forfaits, sans espargnier;
+ Et à mon procureur Fournier,
+ Bonnetz courts, chausses semellées,
+ Taillées sur mon cordouennier,
+ Pour porter durant ces gellées.
+
+ XXII.
+
+ Item, au chevalier du guet,
+ Le heaulme luy establis;
+ Et aux pietons qui vont d'aguet
+ Tastonnant par ces establis,
+ Je leur laisse deux beaulx rubis,
+ La lenterne à la Pierre-au-Let.,
+ Voire-mais, j'auray les _Troys licts_,
+ S'ilz me meinent en Chastellet.
+
+ XXIII. [P. 14]
+
+ Item, à Perrenet Marchant,
+ Qu'on dit le Bastard de la Barre,
+ Pour ce qu'il est ung bon marchant,
+ Luy laisse trois gluyons de feurre
+ Pour estendre dessus la terre
+ A faire l'amoureux mestier,
+ Où il luy fauldra sa vie querre,
+ Car il ne scet autre mestier.
+
+ XXIV.
+
+ Item, au Loup et à Chollet,
+ Je laisse à la foys un canart,
+ Prins sous les murs, comme on souloit,
+ Envers les fossez, sur le tard;
+ Et à chascun un grand tabart
+ De cordelier, jusques aux pieds,
+ Busche, charbon et poys au lart,
+ Et mes housaulx sans avantpiedz.
+
+ XXV.
+
+ Derechief, je laisse en pitié,
+ A troys petitz enfans tous nudz,
+ Nommez en ce présent traictié,
+ Paouvres orphelins impourveuz,
+ Tous deschaussez, tous despourveus,
+ Et desnuez comme le ver;
+ J'ordonne qu'ils seront pourveuz,
+ Au moins pour passer cest yver.
+
+ XXVI.
+
+ Premièrement, Colin Laurens,
+ Girard Gossoyn et Jehan Marceau,
+ Desprins de biens et de parens, [P. 15]
+ Qui n'ont vaillant l'anse d'ung ceau,
+ Chascun de mes biens ung faisseau,
+ Ou quatre blancs, s'ilz l'ayment mieulx;
+ Ils mangeront maint bon morceau,
+ Ces enfans, quand je seray vieulx!
+
+ XXVII.
+
+ Item, ma nomination,
+ Que j'ay de l'Université,
+ Laisse par résignation,
+ Pour forclorre d'adversité
+ Paouvres clercs de ceste cité,
+ Soubz cest _intendit_ contenuz:
+ Charité m'y a incité,
+ Et Nature, les voyant nudz.
+
+ XXVIII.
+
+ C'est maistre Guillaume Cotin
+ Et maistre Thibault de Vitry,
+ Deux paouvres clercs, parlans latin,
+ Paisibles enfans, sans estry,
+ Humbles, bien chantans au lectry.
+ Je leur laisse cens recevoir
+ Sur la maison Guillot Gueuldry,
+ En attendant de mieulx avoir.
+
+ XXIX.
+
+ Item plus, je adjoinctz à la Crosse
+ Celle de la rue Sainct-Anthoine,
+ Et ung billart de quoy on crosse,
+ Et tous les jours plain pot de Seine,
+ Aux pigons qui sont en l'essoine,
+ Enserrez soubz trappe volière,
+ Et mon mirouer bel et ydoyne, [P. 16]
+ Et la grace de la geollière.
+
+ XXX.
+
+ Item, je laisse aux hospitaux
+ Mes chassis tissus d'araignée;
+ Et aux gisans soubz les estaux,
+ Chascun sur l'oeil une grongnée,
+ Trembler à chière renffrongnée,
+ Maigres, velluz et morfonduz;
+ Chausses courtes, robbe rongnée,
+ Gelez, meurdriz et enfonduz.
+
+ XXXI.
+
+ Item, je laisse à mon barbier
+ Les rongneures de mes cheveulx,
+ Plainement et sans destourbier;
+ Au savetier, mes souliers vieulx,
+ Et au fripier, mes habitz tieulx
+ Que, quant du tout je les délaisse,
+ Pour moins qu'ilz ne coustèrent neufz
+ Charitablement je leur laisse.
+
+ XXXII.
+
+ Item, aux Quatre Mendians,
+ Aux Filles Dieu et aux Beguynes,
+ Savoureulx morceaulx et frians,
+ Chappons, pigons, grasses gelines,
+ Et puis prescher les Quinze Signes,
+ Et abatre pain à deux mains.
+ Carmes chevaulchent nos voisines,
+ Mais cela ne m'est que du meins.
+
+ XXXIII. [P. 17]
+
+ Item, laisse le Mortier d'or
+ A Jehan l'Espicier, de la Garde,
+ Et une potence à Sainct-Mor,
+ Pour faire ung broyer à moustarde,
+ Et celluy qui feit l'avant-garde,
+ Pour faire sur moy griefz exploitz,
+ De par moy sainct Anthoine l'arde!
+ Je ne lui lairray autre laiz.
+
+ XXXIV.
+
+ Item, je laisse à Mairebeuf
+ Et à Nicolas de Louvieulx,
+ A chascun l'escaille d'un oeuf,
+ Plaine de frans et d'escus vieulx,
+ Quant au concierge de Gouvieulx,
+ Pierre Ronseville, je ordonne,
+ Pour luy donner encore mieulx,
+ Escus telz que prince les donne.
+
+ XXXV.
+
+ Finalement, en escrivant,
+ Ce soir, seullet, estant en bonne,
+ Dictant ces laiz et descripvant,
+ Je ouyz la cloche de Sorbonne,
+ Qui tousjours à neuf heures sonne
+ Le Salut que l'Ange prédit;
+ Cy suspendy et cy mis bonne,
+ Pour pryer comme le cueur dit.
+
+ XXXVI.
+
+ Cela fait, je me entre-oubliai,
+ Non pas par force de vin boire,
+ Mon esperit comme lié; [P. 18]
+ Lors je senty dame Mémoire
+ Rescondre et mectre en son aulmoire
+ Ses espèces collaterales,
+ Oppinative faulce et voire,
+ Et autres intellectualles.
+
+ XXXVII.
+
+ Et mesmement l'extimative,
+ Par quoy prospérité nous vient;
+ Similative, formative,
+ Desquelz souvent il advient
+ Que, par l'art trouvé, hom devient
+ Fol et lunaticque par moys:
+ Je l'ay leu, et bien m'en souvient,
+ En Aristote aucunes fois.
+
+ XXXVIII.
+
+ Doncques le sensif s'esveilla
+ Et esvertua fantasie,
+ Qui tous argeutis resveilla,
+ Et tint souveraine partie,
+ En souppirant, comme amortie,
+ Par oppression d'oubliance,
+ Qui en moy s'estoit espartie
+ Pour montrer des sens l'alliance.
+
+ XXXIX.
+
+ Puis, mon sens qui fut à repos
+ Et l'entendement desveillé,
+ Je cuide finer mon propos;
+ Mais mon encre estoit gelé,
+ Et mon cierge estoit souflé.
+ De feu je n'eusse pu finer.
+ Si m'endormy, tout enmouflé, [P. 19]
+ Et ne peuz autrement finer.
+
+ XL
+
+ Fait au temps de ladicte date,
+ Par le bon renommé Villon,
+ Qui ne mange figue ne date;
+ Sec et noir comme escouvillon,
+ Il n'a tente ne pavillon
+ Qu'il n'ayt laissé à ses amys,
+ Et n'a mais qu'un peu de billon,
+ Qui sera tantost à fin mys.
+
+
+ CY FINE LE TESTAMENT VILLON.
+
+
+ [P. 21]
+ CY COMMENCE
+ LE
+ GRANT TESTAMENT
+ DE
+ FRANÇOIS VILLON
+ FAIT EN 1461.
+
+
+ I.
+
+ En l'an trentiesme de mon aage,
+ Que toutes mes hontes j'eu beues,
+ Ne du tout fol, ne du tout sage.
+ Nonobstant maintes peines eues,
+ Lesquelles j'ay toutes receues
+ Soubz la main Thibault d'Aussigny.
+ S'evesque il est, seignant les rues,
+ Qu'il soit le mien je le regny!
+
+ II.
+
+ Mon seigneur n'est, ne mon evesque;
+ Soubz luy ne tiens, s'il n'est en friche;
+ Foy ne luy doy, ne hommage avecque;
+ Je ne suis son serf ne sa biche.
+ Peu m'a d'une petite miche
+ Et de froide eau, tout ung esté.
+ Large ou estroit, moult me fut chiche. [P. 22]
+ Tel luy soit Dieu qu'il m'a esté.
+
+ III.
+
+ Et, s'aucun me vouloit reprendre
+ Et dire que je le mauldys,
+ Non fais, si bien me sçait comprendre,
+ Et rien de luy je ne mesdys.
+ Voycy tout le mal que j'en dys:
+ S'il m'a esté misericors,
+ Jésus, le roy de paradis,
+ Tel luy soit à l'âme et au corps!
+
+ IV.
+
+ S'il m'a esté dur et cruel
+ Trop plus que cy ne le racompte,
+ Je vueil que le Dieu éternel
+ Luy soit doncq semblable, à ce compte!...
+ Mais l'Eglise nous dit et compte
+ Que prions pour nos ennemis;
+ Je vous dis que j'ay tort et honte:
+ Tous ses faictz soient à Dieu remis!
+
+ V.
+
+ Si prieray Dieu de bon cueur,
+ Pour l'âme du bon feu Cotard.
+ Mais quoy! ce sera doncq par cueur,
+ Car de lire je suys faitard.
+ Prière en feray de Picard;
+ S'il ne le sçait, voise l'apprandre,
+ S'il m'en croyt, ains qu'il soit plus tard
+ A Douay, ou à Lysle en Flandre!
+
+ VI. [P. 23]
+
+ Combien souvent je veuil qu'on prie
+ Pour luy, foy que doy mon baptesme,
+ Obstant qu'à chascun ne le crye,
+ Il ne fauldra pas à son esme.
+ Au Psaultier prens, quand suys à mesme,
+ Qui n'est de beuf ne cordoen,
+ Le verset escript le septiesme
+ Du psaulme de _Deus laudem_.
+
+ VII.
+
+ Si pry au benoist Filz de Dieu,
+ Qu'à tous mes besoings je reclame,
+ Que ma pauvre prière ayt lieu
+ Verz luy, de qui tiens corps et ame,
+ Qui m'a préservé de maint blasme
+ Et franchy de vile puissance.
+ Loué soit-il, et Nostre-Dame,
+ Et Loys, le bon roy de France!
+
+ VIII.
+
+ Auquel doint Dieu l'heur de Jacob,
+ De Salomon l'honneur et gloire;
+ Quant de prouesse, il en a trop;
+ De force aussi, par m'ame, voire!
+ En ce monde-cy transitoire,
+ Tant qu'il a de long et de lé;
+ Affin que de luy soit memoire,
+ Vive autant que Mathusalé!
+
+ IX.
+
+ Et douze beaulx enfans, tous masles,
+ Veoir, de son très cher sang royal,
+ Aussi preux que fut le grand Charles, [P. 24]
+ Conceuz en ventre nuptial,
+ Bons comme fut sainct Martial.
+ Ainsi en preigne au bon Dauphin;
+ Je ne luy souhaicte autre mal,
+ Et puys paradis à la fin.
+
+ X.
+
+ Pour ce que foible je me sens,
+ Trop plus de biens que de santé,
+ Tant que je suys en mon plain sens,
+ Si peu que Dieu m'en a presté,
+ Car d'autre ne l'ay emprunté,
+ J'ay ce Testament très estable
+ Faict, de dernière voulenté,
+ Seul pour tout et irrévocable:
+
+ XI.
+
+ Escript l'ay l'an soixante et ung,
+ Que le bon roy me délivra
+ De la dure prison de Mehun,
+ Et que vie me recouvra,
+ Dont suys, tant que mon cueur vivra,
+ Tenu vers luy me humilier,
+ Ce que feray jusqu'il mourra:
+ Bienfaict ne se doibt oublier.
+
+
+ _Icy commence Villon à entrer en matière
+ pleine d'erudition et de bon sçavoir._
+
+
+ XII.
+
+ Or est vray qu'après plaingtz et pleurs
+ et angoisseux gemissemens,
+ Après tristesses et douleurs, [P. 25]
+ Labeurs et griefz cheminemens,
+ Travail mes lubres sentemens,
+ Esguisez comme une pelote,
+ M'ouvrist plus que tous les Commens
+ D'Averroys sur Aristote.
+
+ XIII.
+
+ Combien qu'au plus fort de mes maulx,
+ En cheminant sans croix ne pile,
+ Dieu, qui les Pellerins d'Esmaus
+ Conforta, ce dit l'Evangile,
+ Me montra une bonne ville
+ Et pourveut du don d'espérance;
+ Combien que le pecheur soit vile,
+ Riens ne hayt que persévérance.
+
+ XIV.
+
+ Je suys pécheur, je le sçay bien;
+ Pourtant Dieu ne veult pas ma mort,
+ Mais convertisse et vive en bien;
+ Mieulx tout autre que péché mord,
+ Soye vraye voulenté ou enhort,
+ Dieu voit, et sa miséricorde,
+ Se conscience me remord,
+ Par sa grace pardon m'accorde.
+
+ XV.
+
+ Et, comme le noble Romant
+ De la Rose dit et confesse
+ En son premier commencement,
+ Qu'on doit jeune cueur, en jeunesse,
+ Quant on le voit vieil en vieillesse,
+ Excuser; helas! il dit voir.
+ Ceulx donc qui me font telle oppresse, [P. 26]
+ En meurté ne me vouldroient veoir.
+
+ XVI.
+
+ Se, pour ma mort, le bien publique
+ D'aucune chose vaulsist myeulx,
+ A mourir comme ung homme inique
+ Je me jugeasse, ainsi m'aid Dieux!
+ Grief ne faiz à jeune ne vieulx,
+ Soye sur pied ou soye en bière:
+ Les montz ne bougent de leurs lieux,
+ Pour un paouvre, n'avant, n'arrière.
+
+ XVII.
+
+ Au temps que Alexandre regna,
+ Ung hom, nommé Diomedès,
+ Devant luy on luy amena,
+ Engrillonné poulces et detz
+ Comme ung larron; car il fut des
+ Escumeurs que voyons courir.
+ Si fut mys devant le cadès,
+ Pour estre jugé à mourir.
+
+ XVIII.
+
+ L'empereur si l'arraisonna:
+ «Pourquoy es-tu larron de mer?»
+ L'autre, responce luy donna:
+ «Pourquoy larron me faiz nommer?
+ «Pour ce qu'on me voit escumer
+ «En une petiote fuste?
+ «Se comme toy me peusse armer,
+ «Comme toy empereur je fusse.
+
+ XIX. [P. 27]
+
+ «Mais que veux-tu! De ma fortune,
+ «Contre qui ne puis bonnement,
+ «Qui si durement m'infortune,
+ «Me vient tout ce gouvernement.
+ «Excuse-moy aucunement,
+ «Et sçaches qu'en grand pauvreté
+ «(Ce mot dit-on communément)
+ «Ne gist pas trop grand loyaulté.»
+
+ XX.
+
+ Quand l'empereur eut remiré
+ De Diomedès tout le dict:
+ «Ta fortune je te mueray,
+ «Mauvaise en bonne!» ce luy dit.
+ Si fist-il. Onc puis ne mesprit
+ A personne, mais fut vray homme;
+ Valère, pour vray, le rescript,
+ Qui fut nommé _le grand_ à Romme.
+
+ XXI.
+
+ Se Dieu m'eust donné rencontrer
+ Ung autre piteux Alexandre,
+ Qui m'eust faict en bon heur entrer,
+ Et lors qui m'eust veu condescendre
+ A mal, estre ars et mys en cendre
+ Jugé me fusse de ma voix.
+ Nécessité faict gens mesprendre,
+ Et faim saillir le loup des boys.
+
+ XXII.
+
+ Je plaings le temps de ma jeunesse,
+ Ouquel j'ay plus qu'autre gallé,
+ Jusque à l'entrée de vieillesse, [P. 28]
+ Qui son partement m'a celé.
+ Il ne s'en est à pied allé,
+ N'a cheval; las! et comment donc?
+ Soudainement s'en est voilé,
+ Et ne m'a laissé quelque don.
+
+ XXIII.
+
+ Allé s'en est, et je demeure,
+ Pauvre de sens et de sçavoir,
+ Triste, failly, plus noir que meure,
+ Qui n'ay ne cens, rente, n'avoir;
+ Des miens le moindre, je n'y voir,
+ De me desadvouer s'avance,
+ Oublyans naturel devoir,
+ Par faulte d'ung peu de chevance.
+
+ XXIV.
+
+ Si ne crains avoir despendu,
+ Par friander et par leschier;
+ Par trop aimer n'ay riens vendu,
+ Que nuls me puissent reprouchier.
+ Au moins qui leur couste trop cher.
+ Je le dys, et ne croys mesdire.
+ De ce ne me puis revencher:
+ Qui n'a méfiait ne le doit dire.
+
+ XXV.
+
+ Est vérité que j'ay aymé
+ Et que aymeroye voulentiers;
+ Mais triste cueur, ventre affamé,
+ Qui n'est rassasié au tiers,
+ Me oste des amoureux sentiers.
+ Au fort, quelqu'un s'en recompense,
+ Qui est remply sur les chantiers, [P. 29]
+ Car de la panse vient la danse.
+
+ XXVI.
+
+ Bien sçay se j'eusse estudié
+ Ou temps de ma jeunesse folle,
+ Et à bonnes meurs dedié,
+ J'eusse maison et couche molle!
+ Mais quoy? je fuyoye l'escolle,
+ Comme faict le mauvays enfant...
+ En escrivant ceste parolle,
+ A peu que le cueur ne me fend.
+
+ XXVII.
+
+ Le dict du Saige est très beaulx dictz,
+ Favorable, et bien n'en puis mais,
+ Qui dit: «Esjoys-toy, mon filz,
+ A ton adolescence; mais
+ Ailleurs sers bien d'ung autre mectz,
+ Car jeunesse et adolescence
+ (C'est son parler, ne moins ne mais)
+ Ne sont qu'abbus et ignorance.»
+
+ XXVIII.
+
+ Mes jours s'en sont allez errant,
+ Comme, dit Job, d'une touaille
+ Sont les filetz, quant tisserant
+ Tient en son poing ardente paille:
+ Lors, s'il y a nul bout qui saille,
+ Soudainement il le ravit.
+ Si ne crains rien qui plus m'assaille,
+ Car à la mort tout assouvyst.
+
+ XXIX. [P. 30]
+
+ Où sont les gratieux gallans
+ Que je suyvoye au temps jadis,
+ Si bien chantans, si bien parlans,
+ Si plaisans en faictz et en dictz?
+ Les aucuns sont mortz et roydiz;
+ D'eulx n'est-il plus rien maintenant.
+ Respit ils ayent en paradis,
+ Et Dieu saulve le remenant!
+
+ XXX.
+
+ Et les aucuns sont devenuz,
+ Dieu mercy! grans seigneurs et maistres,
+ Les autres mendient tous nudz,
+ Et pain ne voyent qu'aux fenestres;
+ Les autres sont entrez en cloistres;
+ De Celestins et de Chartreux,
+ Bottez, housez, com pescheurs d'oystres:
+ Voilà l'estat divers d'entre eulx.
+
+ XXXI.
+
+ Aux grans maistres Dieu doint bien faire
+ Vivans en paix et en requoy.
+ En eulx il n'y a que refaire;
+ Si s'en fait bon taire tout quoy.
+ Mais aux pauvres qui n'ont de quoy,
+ Comme moy, Dieu doint patience;
+ Aux aultres ne fault qui ne quoy,
+ Car assez ont pain et pitance.
+
+ XXXII.
+
+ Bons vins ont, souvent embrochez,
+ Saulces, brouetz et gros poissons;
+ Tartres, flans, oeufz fritz et pochez, [P. 31]
+ Perduz, et en toutes façons.
+ Pas ne ressemblent les maçons,
+ Que servir fault à si grand peine;
+ Ils ne veulent nulz eschançons,
+ Car de verser chascun se peine.
+
+ XXXIII.
+
+ En cest incident me suys mys,
+ Qui de rien ne sert à mon faict.
+ Je ne suys juge, ne commis,
+ Pour punyr n'absouldre meffaict.
+ De tous suys le plus imparfaict.
+ Loué soit le doulx Jésus-Christ!
+ Que par moy leur soit satisfaict!
+ Ce que j'ay escript est escript.
+
+ XXXIV.
+
+ Laissons le monstier où il est;
+ Parlons de chose plus plaisante.
+ Ceste matière à tous ne plaist:
+ Ennuyeuse est et desplaisante.
+ Pauvreté, chagrine et dolente,
+ Tousjours despiteuse et rebelle,
+ Dit quelque parolle cuysante;
+ S'elle n'ose, si le pense-elle.
+
+ XXXV.
+
+ Pauvre je suys de ma jeunesse,
+ De pauvre et de petite extrace.
+ Mon pere n'eut oncq grand richesse.
+ Ne son ayeul, nommé Erace.
+ Pauvreté tous nous suyt et trace.
+ Sur les tumbeaulx de mes ancestres,
+ Les ames desquelz Dieu embrasse, [P. 32]
+ On n'y voyt couronnes ne sceptres.
+
+ XXXVI.
+
+ De pouvreté me guermentant,
+ Souventesfoys me dit le cueur:
+ «Homme, ne te doulouse tant
+ Et ne demaine tel douleur,
+ Se tu n'as tant qu'eust Jacques Cueur.
+ Myeulx vault vivre soubz gros bureaux
+ Pauvre, qu'avoir esté seigneur
+ Et pourrir soubz riches tumbeaux!»
+
+ XXXVII.
+
+ Qu'avoir esté seigneur!... Que dys?
+ Seigneur, lasse! ne l'est-il mais!
+ Selon ce que d'aulcun en dict,
+ Son lieu ne congnoistra jamais.
+ Quant du surplus, je m'en desmectz.
+ Il n'appartient à moy, pécheur;
+ Aux théologiens le remectz,
+ Car c'est office de prescheur.
+
+ XXXVIII.
+
+ Si ne suys, bien le considère,
+ Filz d'ange, portant dyadème
+ D'etoille ne d'autre sydère.
+ Mon père est mort, Dieu en ayt l'ame,
+ Quant est du corps, il gyst soubz lame...
+ J'entends que ma mère mourra,
+ Et le sçait bien, la pauvre femme;
+ Et le filz pas ne demourra.
+
+ XXXIX. [P. 33]
+
+ Je congnoys que pauvres et riches,
+ Sages et folz, prebstres et laiz,
+ Noble et vilain, larges et chiches,
+ Petitz et grans, et beaulx et laidz,
+ Dames à rebrassez colletz,
+ De quelconque condicion,
+ Portant attours et bourreletz,
+ Mort saisit sans exception.
+
+ XL.
+
+ Et mourut Paris et Hélène.
+ Quiconques meurt, meurt à douleur.
+ Celluy qui perd vent et alaine,
+ Son fiel se crève sur son cueur,
+ Puys sue Dieu sçait quelle sueur!
+ Et n'est qui de ses maulx l'allège:
+ Car enfans n'a, frère ne soeur,
+ Qui lors voulsist estre son pleige.
+
+ XLI.
+
+ La mort le faict frémir, pallir,
+ Le nez courber, les veines tendre,
+ Le col enfler, la chair mollir,
+ Joinctes et nerfs croistre et estendre.
+ Corps féminin, qui tant est tendre,
+ Polly, souef, si precieulx,
+ Te faudra-il ces maulx attendre?
+ Ouy, ou tout vif aller ès cieulx.
+
+ [P. 34]
+
+ BALLADE
+ DES DAMES DU TEMPS JADIS.
+
+ Dictes-moy où, n'en quel pays,
+ Est Flora, la belle Romaine;
+ Archipiada, ne Thaïs,
+ Qui fut sa cousine germaine;
+ Echo, parlant quand bruyt on maine
+ Dessus rivière ou sus estan,
+ Qui beauté eut trop plus qu'humaine?
+ Mais où sont les neiges d'antan!
+
+ Où est la très sage Heloïs,
+ Pour qui fut chastré et puis moyne
+ Pierre Esbaillart à Sainct-Denys?
+ Pour son amour eut cest essoyne.
+ Semblablement, où est la royne
+ Qui commanda que Buridan
+ Fust jetté en ung sac en Seine?
+ Mais où sont les neiges d'antan!
+
+ La royne Blanche comme ung lys,
+ Qui chantoit à voix de sereine;
+ Berthe au grand pied, Bietris, Allys;
+ Harembourges, qui tint le Mayne,
+ Et Jehanne, la bonne Lorraine,
+ Qu'Anglois bruslèrent à Rouen;
+ Où sont-ilz, Vierge souveraine?...
+ Mais où sont les neiges d'antan!
+ [P. 35]
+ ENVOI
+
+ Prince, n'enquerez de sepmaine
+ Où elles sont, ne de cest an,
+ Que ce refrain ne vous remaine:
+ Mais où sont les neiges d'antan!
+
+
+ BALLADE
+ DES SEIGNEURS DU TEMPS JADIS
+
+ Suyvant le propos précèdent.
+
+ Qui plus? Où est le tiers Calixte,
+ Dernier decedé de ce nom,
+ Qui quatre ans tint le Papaliste?
+ Alphonse, le roy d'Aragon,
+ Le gracieux duc de Bourbon,
+ Et Artus, le duc de Bretaigne,
+ Et Charles septiesme, le Bon?...
+ Mais où est le preux Charlemaigne!
+
+ Semblablement, le roy Scotiste,
+ Qui demy-face eut, ce dit-on,
+ Vermeille comme une amathiste
+ Depuys le front jusqu'au menton?
+ Le roy de Chypre, de renom;
+ Hélas! et le bon roy d'Espaigne,
+ Duquel je ne sçay pas le nom?...
+ Mais où est le preux Charlemaigne!
+
+ D'en plus parler je me désiste; [P. 36]
+ Ce n'est que toute abusion.
+ Il n'est qui contre mort résiste,
+ Ne qui treuve provision.
+ Encor fais une question:
+ Lancelot, le roy de Behaigne,
+ Où est-il? Où est son tayon?...
+ Mais où est le preux Charlemaigne!
+
+ ENVOI.
+
+ Où est Claquin, le bon Breton?
+ Où le comte Daulphin d'Auvergne,
+ Et le bon feu duc d'Alençon?...
+ Mais où est le preux Charlemaigne!
+
+
+ BALLADE
+
+ A ce propos, en vieil françois.
+
+ Mais où sont ly sainctz apostoles,
+ D'aulbes vestuz, d'amys coeffez,
+ Qui sont ceincts de sainctes estoles,
+ Dont par le col prent ly mauffez,
+ De maltalent tout eschauffez?
+ Aussi bien meurt tilz que servans;
+ De ceste vie sont bouffez:
+ Autant en emporte ly vens.
+
+ Voire, où sont de Constantinobles
+ L'emperier aux poings dorez,
+ Ou de France ly roy tresnobles,
+ Sur tous autres roys décorez.
+ Qui, pour ly grand Dieux adorez, [P. 37]
+ Bastist eglises et convens?
+ S'en son temps il fut honorez,
+ Autant en emporte ly vens.
+
+ Où sont de Vienne et de Grenobles
+ Ly Daulphin, ly preux, ly senez?
+ Où, de Dijon, Sallins et Dolles,
+ Ly sires et ly filz aisnez?
+ Où autant de leurs gens privez,
+ Heraulx, trompettes, poursuyvans?
+ Ont-ilz bien bouté soubz le nez?...
+ Autant en emporte ly vens.
+
+ ENVOI.
+
+ Princes à mort sont destinez,
+ Et tous autres qui sont vivans;
+ S'ils en sont coursez ou tennez,
+ Autant en emporte ly vens.
+
+
+ XLII.
+
+ Puys que papes, roys, filz de roys,
+ Et conceuz en ventres de roynes,
+ Sont enseveliz, mortz et froidz,
+ En aultruy mains passent leurs resnes;
+ Moy, pauvre mercerot de Renes,
+ Mourray-je pas? Ouy, se Dieu plaist;
+ Mais que j'aye faict mes estrenes,
+ Honneste mort ne me desplaist.
+
+ XLIII.
+
+ Ce monde n'est perpetuel,
+ Quoy que pense riche pillart;
+ Tous sommes soubz coutel mortel.
+ Ce confort prent pauvre vieillart, [P. 38]
+ Lequel d'estre plaisant raillart
+ Eut le bruyt, lorsque jeune estoit,
+ Qu'on tiendrait à fol et paillait,
+ Se, vieil, à railler se mettoit.
+
+ XLIV.
+
+ Or luy convient-il mendier,
+ Car à ce force le contraint.
+ Regrette huy sa mort, et hier;
+ Tristesse son cueur si estrainct,
+ Souvent, se n'estoit Dieu qu'il crainct,
+ Il feroit un horrible faict.
+ Si advient qu'en ce Dieu enfrainct,
+ Et que luy-mesmes se deffaict.
+
+ XLV.
+
+ Car, s'en jeunesse il fut plaisant,
+ Ores plus rien ne dit qui plaise.
+ Tousjours vieil synge est desplaisant:
+ Moue ne faict qui ne desplaise.
+ S'il se taist, affin qu'il complaise,
+ Il est tenu pour fol recreu;
+ S'il parle, on luy dit qu'il se taise.
+ Et qu'en son prunier n'a pas creu.
+
+ XLVI.
+
+ Aussi, ces pauvres femmelettes,
+ Qui vieilles sont et n'ont de quoy,
+ Quand voyent jeunes pucellettes
+ En admenez et en requoy,
+ Lors demandent à Dieu pourquoy
+ Si tost nasquirent, n'a quel droit?
+ Notre Seigneur s'en taist tout coy,
+ Car, au tanser, il le perdroit.
+
+ [P. 39]
+
+ LES REGRETS
+ DE LA BELLE HEAULMIÈRE
+
+ Jà parvenue à vieillesse.
+
+ Advis m'est que j'oy regretter
+ La belle qui fut heaulmière,
+ Soy jeune fille souhaitter
+ Et parler en ceste manière:
+ «Ha! vieillesse felonne et fière,
+ Pourquoy m'as si tost abatue?
+ Qui me tient que je ne me fière,
+ Et qu'à ce coup je ne me tue?
+
+ «Tollu m'as ma haulte franchise
+ Que beauté m'avoit ordonné
+ Sur clercz, marchans et gens d'Eglise:
+ Car alors n'estoit homme né
+ Qui tout le sien ne m'eust donné,
+ Quoy qu'il en fust des repentailles,
+ Mais que luy eusse abandonné
+ Ce que reffusent truandailles.
+
+ «A maint homme l'ay reffusé,
+ Qui n'estoit à moy grand saigesse,
+ Pour l'amour d'ung garson rusé,
+ Auquel j'en feiz grande largesse.
+ A qui que je feisse finesse,
+ Par m'ame, je l'amoye bien!
+ Or ne me faisoit que rudesse,
+ Et ne m'amoyt que pour le mien.
+
+ «Jà ne me sceut tant detrayner, [P. 40]
+ Fouller au piedz, que ne l'aymasse,
+ Et m'eust-il faict les rains trayner,
+ S'il m'eust dit que je le baisasse
+ Et que tous mes maux oubliasse;
+ Le glouton, de mal entaché,
+ M'embrassoit... J'en suis bien plus grasse!
+ Que m'en reste-il? Honte et péché.
+
+ «Or il est mort, passé trente ans,
+ Et je remains vieille et chenue.
+ Quand je pense, lasse! au bon temps,
+ Quelle fus, quelle devenue;
+ Quand me regarde toute nue,
+ Et je me voy si très-changée,
+ Pauvre, seiche, maigre, menue,
+ Je suis presque toute enragée.
+
+ «Qu'est devenu ce front poly,
+ Ces cheveulx blonds, sourcilz voultyz,
+ Grand entr'oeil, le regard joly,
+ Dont prenoye les plus subtilz;
+ Ce beau nez droit, grand ne petiz;
+ Ces petites joinctes oreilles,
+ Menton fourchu, cler vis traictis,
+ Et ces belles lèvres vermeilles?
+
+ «Ces gentes espaules menues,
+ Ces bras longs et ces mains tretisses;
+ Petitz tetins, hanches charnues,
+ Eslevées, propres, faictisses
+ A tenir amoureuses lysses;
+ Ces larges reins, ce sadinet,
+ Assis sur grosses fermes cuysses, [P. 41]
+ Dedans son joly jardinet?
+
+ «Le front ridé, les cheveulx gris,
+ Les sourcilz cheuz, les yeulx estainctz,
+ Qui faisoient regars et ris,
+ Dont maintz marchans furent attaincts;
+ Nez courbé, de beaulté loingtains;
+ Oreilles pendans et moussues;
+ Le vis pally, mort et destaincts;
+ Menton foncé, lèvres peaussues:
+
+ «C'est d'humaine beauté l'yssues!
+ Les bras courts et les mains contraictes,
+ Les espaulles toutes bossues;
+ Mammelles, quoy! toutes retraictes;
+ Telles les hanches que les tettes.
+ Du sadinet, fy! Quant des cuysses,
+ Cuysses ne sont plus, mais cuyssettes
+ Grivelées comme saulcisses.
+
+ «Ainsi le bon temps regretons
+ Entre nous, pauvres vieilles sottes,
+ Assises bas, à croppetons,
+ Tout en ung tas comme pelottes,
+ A petit feu de chenevottes,
+ Tost allumées, tost estainctes;
+ Et jadis fusmes si mignottes!...
+ Ainsi en prend à maintz et maintes.»
+
+ [P. 42]
+
+ BALLADE DE LA BELLE HEAULMIÈRE
+ AUX FILLES DE JOIE.
+
+ «Or y pensez, belle Gantière,
+ Qui m'escolière souliez estre,
+ Et vous, Blanche la Savetière,
+ Ores est temps de vous congnoistre.
+ Prenez à dextre et à senestre;
+ N'espargnez homme, je vous prie:
+ Car vieilles n'ont ne cours ne estre,
+ Ne que monnoye qu'on descrie.
+
+ «Et vous, la gente Saulcissière,
+ Qui de dancer estes adextre;
+ Guillemette la Tapissière,
+ Ne mesprenez vers vostre maistre;
+ Tous vous fauldra clorre fenestre,
+ Quand deviendrez vieille, flestrie;
+ Plus ne servirez qu'un vieil prebstre,
+ Ne que monnoye qu'on descrie.
+
+ «Jehanneton la Chaperonnière,
+ Gardez qu'ennuy ne vous empestre;
+ Katherine la Bouchière,
+ N'envoyez plus les hommes paistre:
+ Car qui belle n'est, ne perpetre
+ Leur bonne grace, mais leur rie.
+ Laide vieillesse amour n'impetre,
+ Ne que monnoye qu'on descrie.
+
+ ENVOI.
+
+ «Filles, veuillez vous entremettre
+ D'escouter pourquoy pleure et crie
+ C'est que ne puys remède y mettre, [P. 43]
+ Ne que monnoye qu'on descrie.»
+
+
+ XLVII.
+
+ Ceste leçon icy leur baille
+ La belle et bonne de jadis;
+ Bien dit ou mal, vaille que vaille,
+ Enregistrer j'ay faict ces ditz
+ Par mon clerc Fremin l'estourdys,
+ Aussi rassis que je pense estre...
+ S'il me desment, je le mauldys:
+ Selon le clerc est deu le maistre.
+
+ XLVIII.
+
+ Si apercoy le grand danger
+ Là où l'homme amoureux se boute...
+ Hé! qui me vouldroit laidanger
+ De ce mot, en disant: «Escoute!
+ Se d'aymer t'estrange et reboute
+ Le barat de celles nommées,
+ Tu fais une bien folle doubte,
+ Car ce sont femmes diffamées.
+
+ XLIX.
+
+ «S'ils n'ayment fors que pour l'argent,
+ On ne les ayme que pour l'heure.
+ Rondement ayment toute gent,
+ Et rient lors quant bourse pleure.
+ De celles n'est qui ne recoeuvre;
+ Mais en femmes d'honneur et nom
+ Franc homme, se Dieu me sequeure,
+ Se doit employer; ailleurs, non.»
+
+ L. [P. 44]
+
+ Je prens qu'aucun dye cecy,
+ Si ne me contente-il en rien.
+ En effect, je concludz ainsy,
+ Et sy le cuyde entendre bien,
+ Qu'on doit aymer en lieu de bien.
+ Asçavoir-mon se ces fillettes,
+ Qu'en parolles toute jour tien,
+ Ne furent pas femmes honnestes?
+
+ LI.
+
+ Honnestes, si furent vrayement,
+ Sans avoir reproches ne blasmes.
+ S'il est vray que, au commencement,
+ Une chascune de ces femmes
+ Lors prindrent, ains qu'eussent diffames,
+ L'une ung clerc, ung lay, l'autre ung moine,
+ Pour estaindre d'amours les flammes,
+ Plus chauldes que feu Sainct-Antoine.
+
+ LII.
+
+ Or firent selon le decret
+ Leurs amys, et bien y appert;
+ Elles aymoient en lieu secret,
+ Car autre qu'eulx n'y avoit part.
+ Toutesfois, ceste amour se part:
+ Car celle qui n'en avoit qu'un
+ D'icelluy s'eslongne et despart,
+ Et ayme myeulx aymer chascun.
+
+ LIII.
+
+ Qui les meut à ce? J'imagine,
+ Sans l'honneur des dames blasmer
+ Que c'est nature feminine, [P. 45]
+ Qui tout vivement veult aymer.
+ Autre chose n'y sçay rymer;
+ Fors qu'on dit, à Reims et à Troys,
+ Voire à l'Isle et à Sainct-Omer,
+ Que six ouvriers font plus que troys.
+
+ LIV.
+
+ Or ont les folz amans le bond,
+ Et les dames prins la vollée;
+ C'est le droit loyer qu'amours ont;
+ Toute foy y est violée,
+ Quelque doulx baiser n'acollée.
+ De chiens, d'oyseaulx, d'armes, d'amours,
+ Chascun le dit à la vollée:
+ «Pour ung plaisir mille doulours.»
+
+
+
+ DOUBLE BALLADE
+ SUR LE MÊME PROPOS.
+
+ Pour ce, aymez tant que vouldrez,
+ Suyvez assemblées et festes,
+ En la fin jà mieulx n'en vauldrez,
+ Et sy n'y romprez que vos testes:
+ Folles amours font les gens bestes:
+ Salmon en idolatrya;
+ Samson en perdit ses lunettes...
+ Bien heureux est qui rien n'y a!
+
+ Orpheus, le doux menestrier,
+ Jouant de flustes et musettes,
+ En fut en dangier du meurtrier [P. 46]
+ Bon chien Cerberus à troys testes;
+ Et Narcissus, _le bel honnestes_,
+ En ung profond puys se noya,
+ Pour l'amour de ses amourettes...
+ Bien heureux est qui rien n'y a!
+
+ Sardana, le preux chevalier,
+ Qui conquist le regne de Crètes,
+ En voult devenir moulier
+ Et filer entre pucellettes.
+ David ly roy, saige prophètes,
+ Craincte de Dieu en oublya,
+ Voyant laver cuisses bien faictes...
+ Bien heureux est qui rien n'y a!
+
+ Ammon en voult deshonnorer,
+ Feignant de manger tartelettes,
+ Sa soeur Thamar, et deflorer,
+ Qui fist choses moult deshonnestes;
+ Herodes (pas ne sont sornettes)
+ Sainct Jean-Baptiste en décolla,
+ Pour dances, saultz et chansonnettes...
+ Bien heureux est qui rien n'y a!
+
+ De moy, pauvre, je veuil parler;
+ J'en fuz batu, comme à ru telles,
+ Tout nud, jà ne le quiers celer.
+ Qui me feit mascher ces groiselles,
+ Fors Katherine de Vauselles?
+ Noé le tiers ot, qui fut là.
+ Mitaines à ces nopces telles,
+ Bien heureux est qui rien n'y a!
+
+ Mais que ce jeune bachelier [P. 47]
+ Laissast ces jeunes bachelettes,
+ Non! et, le deust-on vif brusler,
+ Comme ung chevaucheur d'escovettes.
+ Plus doulces luy sont que civettes;
+ Mais toutesfoys fol s'y fia:
+ Soient blanches, soient brunettes,
+ Bien heureux est qui rien n'y a!
+
+
+ LV.
+
+ Si celle que jadis servoye
+ De si bon cueur et loyaument,
+ Dont tant de maulx et griefz j'avoye,
+ Et souffroye tant de torment,
+ Se dit m'eust, au commencement,
+ Sa voulenté (mais nenny, las!),
+ J'eusse mys peine aucunement,
+ De moy retraire de ses las.
+
+ LVI.
+
+ Quoy que je luy voulsisse dire,
+ Elle estoit preste d'escouter,
+ Sans m'accorder ne contredire;
+ Qui plus, me souffroit arrester,
+ Joignant elle près s'accouter;
+ Et ainsi m'alloit amusant,
+ Et me souffroit tout racompter,
+ Mais ce n'estoit qu'en m'abusant.
+
+ LVII.
+
+ Abusé m'a, et faict entendre
+ Tousjours d'ung que ce fust ung aultre;
+ De farine, que ce fust cendre;
+ D'ung mortier, ung chapeau de feautre; [P. 48]
+ De viel machefer, que fust peaultre;
+ D'ambesas, que ce fussent ternes...
+ Toujours trompant ou moy ou aultre,
+ Et vendoit vessies pour lanternes.
+
+ LVIII.
+
+ Du ciel, une poisle d'arain;
+ Des nues, une peau de veau;
+ Du matin, qu'estoit le serain;
+ D'un trongnon de chou, ung naveau;
+ D'orde cervoise, vin nouveau;
+ D'une truie, ung molin à vent;
+ Et d'une hart, ung escheveau;
+ D'un gras abbé, ung poursuyvant.
+
+ LIX.
+
+ Ainsi m'ont amours abusé,
+ Et pourmené de l'uys au pesle.
+ Je croy qu'homme n'est si rusé,
+ Fust fin comme argent de crepelle,
+ Qui n'y laissast linge et drapelle,
+ Mais qu'il fust ainsi manyé
+ Comme moy, qui partout m'appelle:
+ _L'Amant remys et renyé_.
+
+ LX.
+
+ Je renye Amours et despite;
+ Je deffie à feu et à sang.
+ Mort par elles me precipite,
+ Et si ne leur vault pas d'ung blanc.
+ Ma vielle ay mys soubz le banc;
+ Amans je ne suyvray jamais;
+ Se jadis je fuz de leur ranc,
+ Je declaire que n'en suys mais.
+
+ LXI. [P. 49]
+
+ Car j'ay mys le plumail au vent:
+ Or le suyve qui a attente;
+ De ce me tays dorenevant.
+ Poursuyvre je vueil mon entente,
+ Et, s'aucun m'interroge ou tente
+ Comment d'amours ose mesdire,
+ Geste parolle les contente:
+ «Qui meurt a ses loix de tout dire.»
+
+ LXII.
+
+ Je cognoys approcher ma soef;
+ Je crache, blanc comme cotton,
+ Jacobins gros comme ung estoeuf:
+ Qu'est-ce à dire? que Jenanneton
+ Plus ne me tient pour valeton,
+ Mais pour ung vieil usé régnait...
+ De vieil porte voix et le ton,
+ Et ne suys qu'ung jeune coquart.
+
+ LXIII.
+
+ Dieu mercy et Jaques Thibault,
+ Qui tant d'eau froide m'a faict boyre,
+ En ung bas lieu, non pas en hault;
+ Manger d'angoisse mainte poire;
+ Enferré... Quand j'en ay mémoire,
+ Je pry pour luy et _reliqua_,
+ Que Dieu luy doint... et voire, voire,
+ Ce que je pense... _et cetera_.
+
+ LXIV.
+
+ Toutesfoys, je n'y pense mal,
+ Pour luy et pour son lieutenant;
+ Aussy pour son official, [P. 50]
+ Qui est plaisant et advenant,
+ Que faire n'ay du remenant;
+ Mais du petit maistre Robert?...
+ Je les ayme, tout d'ung tenant,
+ Ainsi que faict Dieu le Lombart.
+
+ LXV.
+
+ Si me souvient, à mon advis,
+ Que je feis, à mon partement,
+ Certains lays, l'an cinquante six,
+ Qu'aucuns, sans mon consentement,
+ Voulurent nommer _Testament_;
+ Leur plaisir fut, et non le mien:
+ Mais quoy! on dit communement,
+ Qu'un chascun n'est maistre du sien.
+
+ LXVI.
+
+ S'ainsi estoit qu'aulcun n'eust pas
+ Receu les lays que je luy mande,
+ J'ordonne que, après mon trespas,
+ A mes hoirs en face demande;
+ Qui sont-ilz? si on le demande:
+ Moreau, Provins, Robin Turgis;
+ De moy, par dictez que leur mande,
+ Ont eu jusqu'au lict où je gys.
+
+ LXVII.
+
+ Pour le révoquer ne le dy,
+ Et y courust toute ma terre;
+ De pitié en suys refroidy,
+ Envers le bastard de la Barre:
+ Parmy ses trois gluvons de foerre,
+ Je luy donne mes vieilles nattes;
+ Bonnes seront pour tenir serre, [P. 51]
+ Et soy soustenir sur ses pattes.
+
+ LXVIII.
+
+ Somme, plus ne diray qu'ung mot,
+ Car commencer veuil à tester:
+ Devant mon clerc Fremin, qui m'ot
+ (S'il ne dort), je vueil protester,
+ Que n'entends homme detester,
+ En ceste presente ordonnance;
+ Et ne la vueil manifester
+ Sinon au royaulme de France.
+
+ LXIX.
+
+ Je sens mon cueur qui s'affoiblist,
+ Et plus je ne puys papier.
+ Fremin, siez-toy près de mon lict,
+ Que l'on ne me viengne espier!
+ Prens tost encre, plume et papier,
+ Ce que nomme escryz vistement;
+ Puys fais-le partout copier,
+ Et vecy le commancement.
+
+
+ _Ici commance Villon à tester_.
+
+ LXX.
+
+ Au nom de Dieu, Père eternel.
+ Et du Filz que Vierge parit,
+ Dieu au Père oeternel,
+ Ensemble et du Sainct Esperit,
+ Qui saulva ce qu'Adam périt,
+ Et du pery pare les Cieulx...
+ Qui bien ce croyt, peu ne merit: [P. 52]
+ De gens mortz se font petiz Dieux.
+
+ LXXI.
+
+ Mortz estoient, et corps et ames,
+ En damnée perdition;
+ Corps pourriz, et ames en flammes,
+ De quelconque condition;
+ Toutesfoys, fais exception
+ Des patriarches et prophètes;
+ Car, selon ma conception,
+ Oncques grand chault n'eurent aux fesses.
+
+ LXXII.
+
+ Qui me diroit: «Qui te faict mectre
+ Si très-avant ceste parolle,
+ Qui n'es en Théologie maistre?
+ A toy est presumption folle.»
+ --C'est de JESUS la parabolle,
+ Touchant le Riche ensevely
+ En feu, non pas en couche molle,
+ Et du Ladre, de dessus ly.
+
+ LXXIII.
+
+ Si du Ladre eust veu le doy ardre,
+ Jà n'en eust requis refrigère,
+ N'au bout d'icelluy doiz aherdre,
+ Pour refreschir sa maschouëre.
+ Pions y feront mate chère,
+ Qui boy vent pourpoinct et chemise:
+ Puys que boyture y est si chère,
+ Dieu nous garde de la main mise!
+
+ LXXIV. [P. 53]
+
+ Ou nom de Dieu, comme j'ay dit,
+ Et de sa glorieuse Mère,
+ Sans peché soit parfaict ce dict
+ Par moy, plus maigre que chimere;
+ Si je n'ay eu fièvre effimère,
+ Ce m'a faict divine clémence;
+ Mais d'autre dueil et perte amère
+ Je me tays, et ainsi commence:
+
+ LXXV.
+
+ Premier, je donne ma pauvre ame
+ A la benoiste Trinité,
+ Et la commande à Nostre Dame,
+ Chambre de la divinité;
+ Priant toute la charité
+ Des dignes neuf Ordres des cieulx,
+ Que par eulx soit ce don porté
+ Devant le Trosne précieux.
+
+ LXXVI.
+
+ Item, mon corps j'ordonne et laisse
+ A nostre grand mère la terre;
+ Les vers n'y trouveront grand gresse:
+ Trop lui a faict faim dure guerre.
+ Or luy soit délivré grand erre;
+ De terre vint, en terre tourne.
+ Toute chose, se par trop n'erre,
+ voulentiers en son lieu retourne.
+
+ LXXVII.
+
+ Item, et à mon plus que père,
+ Maistre Guillaume de Villon
+ Qui m'a esté plus doulx que mère [P. 54]
+ D'enfant eslevé de maillon;
+ Dejetté m'a de maint boillon,
+ Et de cestuy pas ne s'esjoye,
+ Si luy requiers à genoillon,
+ Qu'il m'en laisse toute la joye.
+
+ LXXVIII.
+
+ Je luy donne ma librairie,
+ Et le _Rommant du Pet au Diable_,
+ Lequel maistre Gui Tabarie
+ Grossoya, qu'est hom véritable.
+ Par cayers est soubz une table.
+ Combien qu'il soit rudement faict,
+ La matière est si très notable,
+ Qu'elle amende tout le meffaict.
+
+ LXXIX.
+
+ Item, donne à ma bonne mère
+ Pour saluer nostre Maistresse,
+ Qui pour moy eut douleur amère,
+ Dieu le sçait, et mainte tristesse;
+ Autre chastel ou fosteresse
+ N'ay où retraire corps et ame,
+ Quand sur moy court male destresse,
+ Ne ma mère, la povre femme!
+
+ [P. 55]
+
+ BALLADE
+ QUE VILLON FEIT A LA REQUESTE DE SA MÈRE,
+ POUR PRIER NOSTRE-DAME.
+
+ Dame du ciel, régente terrienne,
+ Emperière des infernaulx palux,
+ Recevez-moy, vostre humble chrestienne,
+ Que comprinse soye entre voz esleuz,
+ Ce non obstant qu'oncques rien ne valuz.
+ Les biens de vous, ma dame et ma maistresse,
+ Sont trop plus grans que ne suis pecheresse,
+ Sans lesquelz biens ame ne peult merir
+ N'avoir les cieulx, je n'en suis jengleresse.
+ En ceste foy je vueil vivre et mourir.
+
+ A vostre Filz dictes que je suis sienne;
+ Que de luy soyent mes péchez aboluz:
+ Pardonnés moi comme à l'Egyptienne,
+ Ou comme il feit au clerc Theophilus,
+ Lequel par vous fut quitte et absoluz,
+ Combien qu'il eust au diable faict promesse.
+ Preservez-moy, que je ne face cesse;
+ Vierge, pourtant, me vouilliés impartir
+ Le sacrement qu'on celebre à la messe.
+ En ceste foy je vueil vivre et mourir.
+
+ Femme je suis povrette et ancienne,
+ Ne riens ne sçay; oncques lettre ne leuz;
+ Au monstier voy dont suis parroissienne
+ Paradis painct, où sont harpes et luz,
+ Et ung enfer où damnez sont boulluz: [P. 56]
+ L'ung me faict paour, l'autre joye et liesse.
+ La joye avoir fais-moy, haulte Deesse,
+ A qui pecheurs doivent tous recourir,
+ Comblez de foy, sans faincte ne paresse.
+ En ceste foy je vueil vivre et mourir.
+
+ ENVOI.
+
+ Vous portastes, Vierge, digne princesse,
+ JESUS régnant, qui n'a ne fin ne cesse.
+ Le Tout-Puissant, prenant nostre foiblesse,
+ Laissa les cieulx et nous vint secourir;
+ Offrist à mort sa très clère jeunesse;
+ Nostre Seigneur tel est, tel le confesse.
+ En ceste foy je vueil vivre et mourir.
+
+
+
+ LXXX.
+
+ Item, m'amour, ma chère Rosé,
+ Ne luy laisse ne cueur ne foye:
+ Elle aymeroit mieulx autre chose,
+ Combien qu'elle ait assez monnoye:
+ Quoy? une grand bourse de soye,
+ Pleine d'escuz, profonde et large:
+ Mais pendu soit-il, que je soye,
+ Qui luy lairra escu ne targe.
+
+ LXXXI.
+
+ Car elle en a, sans moy, assez.
+ Mais de cela il ne m'en chault;
+ Mes grans deduictz en sont passez;
+ Plus n'en ay le cropion chauld.
+ Si m'en desmetz aux hoirs Michault, [P. 57]
+ Qui fut nommé le bon fouterre.
+ Priez pour luy, faictes ung sault:
+ A Saint-Satur gist, soubz Sancerre.
+
+ LXXXII.
+
+ Ce non obstant, pour m'acquitter
+ Envers Amours, plus qu'envers elle,
+ Car oncques n'y peuz acquester
+ D'amours une seule estincelle;
+ Ne sçay s'à tous est si rebelle
+ Qu'à moy: ce ne m'est grand esmoy;
+ Mais, par saincte Marie la belle!
+ Je n'y voy que rire pour moy.
+
+ LXXXIII.
+
+ Ceste Ballade luy envoye,
+ Qui se termine toute en R.
+ Qui la portera? que j'y voye:
+ Ce sera Pernet de la Barre,
+ Pourveu, s'il rencontre en son erre
+ Ma damoyselle au nez tortu,
+ Il luy dira, sans plus enquerre:
+ «Orde paillarde, d'où viens-tu?»
+
+
+
+ BALLADE
+ DE VILLON A S'AMYE.
+
+ Faulse beaulté, qui tant me couste cher.
+ Rude en effect, hypocrite doulceur;
+ Amour dure, plus que fer, à mascher; [P. 58]
+ Nommer que puis de ma deffaçon soeur,
+ Cherme felon, la mort d'ung povre cueur,
+ Orgueil mussé, qui gens met au mourir;
+ Yeulx sans pitié! ne veult droicte rigueur,
+ Sans empirer, ung pauvre secourir?
+
+ Mieulx m'eust valu avoir esté crier
+ Ailleurs secours, c'eust esté mon bonheur:
+ Rien ne m'eust sceu hors de ce fait chasser;
+ Trotter m'en fault en fuyte à deshonneur.
+ Haro, haro, le grand et le mineur!
+ Et qu'est cecy? mourray, sans coup ferir,
+ Ou pitié veult, selon ceste teneur,
+ Sans empirer, ung povre secourir.
+
+ Ung temps viendra, qui fera desseicher,
+ Jaulnir, flestrir, vostre espanie fleur:
+ Je m'en risse, se tant peusse marcher,
+ Mais nenny: lors (ce seroit donc foleur)
+ Vieil je seray; vous, laide, et sans couleur.
+ Or, beuvez fort, tant que ru peult courir.
+ Ne donnez pas à tous ceste douleur,
+ Sans empirer, ung povre secourir.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince amoureux, des amans le greigneur,
+ Vostre mal gré ne vouldroye encourir;
+ Mais tout franc cueur doit, par Nostre Seigneur,
+ Sans empirer, ung povre secourir.
+
+
+ [P. 59]
+ LXXXIV.
+
+ Item, à maistre Ythier, marchant,
+ Auquel mon branc laissay jadis,
+ Donne (mais qu'il le mette en chant),
+ Ce lay, contenant des vers dix;
+ Et aussi ung _De profundis_
+ Pour ses anciennes amours,
+ Desquelles le nom je ne dis,
+ Car il me herroit à tousjours.
+
+
+
+ LAY OU PLUSTOST RONDEAU.
+
+ MORT, j'appelle de ta rigueur,
+ Qui m'as ma maistresse ravie,
+ Et n'es pas encore assouvie,
+ Se tu ne me tiens en langueur.
+ Onc puis n'euz force ne vigueur;
+ Mais que te nuysoit-elle en vie,
+ Mort?
+
+ Deux estions, et n'avions qu'ung cueur;
+ S'il est mort, force est que dévie,
+ Voire, ou que je vive sans vie,
+ Comme les images, par cueur,
+ Mort!
+
+
+
+ LXXXV.
+
+ Item, à maistre Jehan Cornu,
+ Autres nouveaux lays luy vueil faire,
+ Car il m'a tousjours secouru [P. 60]
+ A mon grand besoing et affaire:
+ Pour ce, le jardin luy transfère,
+ Que maistre Pierre Bourguignon
+ Me renta, en faisant refaire
+ L'huys, et redrecier le pignon.
+
+ LXXXVI.
+
+ Par faulte d'ung huys, j'y perdis
+ Ung grez, et ung manche de houe.
+ Alors, huyt faulcons, non pas dix,
+ N'y eussent pas prins une alloüe.
+ L'hostel est seur, mais qu'on le cloüe.
+ Pour enseigne y mis ung havet;
+ Qui que l'ait prins, point ne l'en loüe:
+ Sanglante nuict et bas chevet!
+
+ LXXXVII.
+
+ Item, et pource que la femme
+ De maistre Pierre Sainct Amant
+ (Combien, si coulpe y a ou blasme,
+ Dieu luy pardonne doulcement!)
+ Me meist en reng de caymant,
+ Pour le Cheval Blanc qui ne bouge,
+ Luy changeay à une jument,
+ Et la Mulle à ung Asne rouge.
+
+ LXXXVIII.
+
+ Item, donne à sire Denys
+ Hesselin, Esleu de Paris,
+ Quatorze muys de vin d'Aulnis,
+ Prins chez Turgis, à mes perilz.
+ S'il en beuvoit tant que periz
+ En fust son sens et sa raison,
+ Qu'on mette de l'eau es barrilz: [P. 61]
+ Vin perd mainte bonne maison.
+
+ LXXXIX.
+
+ Item, donne à mon advocat,
+ Maistre Guillaume Charruau,
+ Quoy qu'il marchande ou ait estât,
+ Mon branc... Je me tays du fourreau,
+ Il aura, avec ce, ung réau
+ En change, affin que sa bourse enfle,
+ Prins sur la chaussée et carreau
+ De la grand closture du Temple.
+
+ Item, mon procureur Fournier
+ Aura, pour toutes ses corvées
+ (Simple seroit de l'espargner;
+ En ma bourse quatre havées),
+ Car maintes causes m'a saulvées,
+ Justes, ainsi, JESUS-CHRIST m'ayde!
+ Comme elles ont esté trouvées;
+ Mais bon droit a bon mestier d'ayde.
+
+ XCI.
+
+ Item, je donne à maistre Jaques
+ Raguyer le grant godet de Grève,
+ Pourveu qu'il payera quatre plaques,
+ Deust-il vendre, quoy qu'il luy griefve,
+ Ce dont on ceuvre mol et grève;
+ Aller sans chausses et chappin,
+ Tous les matins, quand il se liève,
+ Au trou de la Pomme de pin.
+
+ XCII. [P. 62]
+
+ Item, quant est de Mairebeuf,
+ Et de Nicolas de Louviers,
+ Vache ne leur donne ne beuf,
+ Car vachers ne sont, ne bouviers,
+ Mais gens à porter esperviers,
+ Ne cuidez pas que je vous joue,
+ Pour prendre perdriz et plouviers,
+ Sans faillir, sur la Maschecroüe.
+
+ XCIII.
+
+ Item, vienne Robert Turgis
+ A moy, je luy payeray son vin,
+ Combien, s'il trouve mon logis,
+ Plus fort sera que le devin.
+ Le droit luy donne d'eschevin,
+ Que j'ay comme enfant de Paris...
+ Se je parle ung peu poictevin,
+ Ilce m'ont deux dames appris.
+
+ XCIV.
+
+ Filles sont très belles et gentes,
+ Demourantes à Sainct-Genou,
+ Près Sainct-Julian des Voventes,
+ Marches de Bretaigne ou Poictou,
+ Mais je ne dy proprement où,
+ Or y pensez trestous les jours,
+ Car je ne suis mie si fou...
+ Je pense celer mes amours.
+
+ XCV.
+
+ Item, à Jehan Raguyer je donne,
+ Qui est sergent, voir des Douze,
+ Tant qu'il vivra, ainsi l'ordonne, [P. 63]
+ Tous les jours une talemouze,
+ Pour brouter et fourrer sa mouse,
+ Prinse à la table de Bailly;
+ A Maubuay sa gorge arrouse,
+ Car à manger n'a pas failly.
+
+ XCVI.
+
+ Item, donne au prince des Sotz
+ Pour ung bon sot Michault du Four,
+ Qui à la fois dit de bons motz
+ Et chante bien: _Ma doulce amour_!
+ Avec ce, il aura le bonjour.
+ Brief, mais qu'il fust ung peu en poinct,
+ Il est ung droit sot de séjour,
+ Et est plaisant où il n'est point.
+
+ XCVII.
+
+ Item, aux unze vingtz Sergens
+ Donne, car leur faict est honneste,
+ Et sont bonnes et doulces gens,
+ Denis Richier, et Jehan Vallette,
+ A chascun une grand cornette,
+ Pour pendre à leurs chappeaulx de feautre
+ J'entendz à ceulx de pied, hohecte!
+ Car je n'ay que faire des autres.
+
+ XCVIII.
+
+ Derechef, donne à Périnet,
+ J'entendz le bastard de la Barre,
+ Pour ce qu'il est beau fils et net,
+ En son escu, en lieu de barre,
+ Trois detz plombez, de bonne carre,
+ Ou ung beau joly jeu de cartes...
+ Mais quoy! s'on l'oyt vessir ne poirre, [P. 64]
+ En oultre aura les fièvres quartes.
+
+ XCIX.
+
+ Item, ne vueil plus que Chollet
+ Dolle, trenche, douve ne boyse,
+ Relye brocq ne tonnelet,
+ Mais tous ses outilz changer voyse
+ A une espée lyonnoise,
+ Et retienne le hutinet:
+ Combien qu'il n'ayme bruyt ne noyse,
+ Si luy plaist-il ung tantinet.
+
+ C.
+
+ Item, je donne à Jehan le Lou,
+ Homme de bien et bon marchant,
+ Pour ce qu'il est linget et flou,
+ Et que Chollet est mal chassant,
+ Par les rues plustost qu'au champ,
+ Qui ne lairra poulaille en voye,
+ Le long tabart, et bien cachant,
+ Pour les musser, qu'on ne les voye.
+
+ CI.
+
+ Item, à l'orfèvre Du Boys,
+ Donne cent clouz, queues et testes,
+ De gingembre sarazinoys,
+ Non pas pour accoupler ses boytes,
+ Mais pour conjoindre culz et coettes,
+ Et couldre jambons et andoilles,
+ Tant que le laict en monte aux tettes,
+ Et le sang en devalle aux coilles.
+
+ CII. [P. 65]
+
+ Au cappitaine Jehan Riou,
+ Tant pour luy que pour ses archiers,
+ Je donne six livres de lou,
+ Qui n'est pas viande à porchiers,
+ Prins à gros mastins de bouchiers,
+ Et cuittes de vin de buffet.
+ Pour manger de ces morceaulx chiers,
+ On en ferait bien un mau faict.
+
+ CIII.
+
+ C'est viande ung peu plus pesante,
+ Que duvet, ne plume, ne liège.
+ Elle est bonne à porter en tente,
+ Ou pour user en quelque siège.
+ Et, s'ilz estoient prins en un piège,
+ Les mastins, qu'ils ne sceussent courre,
+ J'ordonne, moy qui suis bon miège,
+ Que des peaulx, sur l'hyver, se fourre.
+
+ CIV.
+
+ Item, à Robin Troussecaille,
+ Qui s'est en service bien faict;
+ A pied ne va comme une caille,
+ Mais sur roussin gros et reffaict:
+ Je luy donne, de mon buffet,
+ Une jatte qu'emprunter n'ose;
+ Si aura mesnage parfait:
+ Plus ne luy failloit autre chose.
+
+ CV.
+
+ Item, donne à Perrot Girard,
+ Barbier juré du Bourg-la-Royne,
+ Deux bassins et ung coquemard, [P. 66]
+ Puis qu'à gaigner mect telle peine.
+ Des ans y a demy douzaine,
+ Qu'en son hostel, de cochons gras
+ M'apastela une sepmaine;
+ Tesmoing l'abesse de Pourras.
+
+ CVI.
+
+ Item, aux Frères mendians,
+ Aux Devotes et aux Beguines,
+ Tant de Paris que d'Orléans,
+ Tant Turlupins que Turlupines,
+ De grasses souppes jacobines
+ Et flans leurs fais oblation;
+ Et puis après, soubz les courtines,
+ Parler de contemplation.
+
+ CVII.
+
+ Si ne suis-je pas qui leur donne,
+ Mais du tout en sont-ce les mères,
+ Et Dieu, qui ainsi les guerdonne,
+ Pour qui souffrent peines amères.
+ Il fault qu'ilz vivent, les beaulx pères,
+ Et mesmement ceulx de Paris.
+ S'ilz font plaisir à noz commères,
+ Ilz ayment ainsi les maris.
+
+ CVIII.
+
+ Quoy que maistre Jehan de Pontlieu
+ En voulsist dire, _et reliqua_,
+ Contrainct et en publique lieu,
+ Voulsist ou non, s'en revocqua.
+ Maistre Jehan de Mehun se moqua
+ De leur façon; si feit Mathieu.
+ Mais on doit honorer ce qu'a [P. 67]
+ Honnoré l'Eglise de Dieu.
+
+ CIX.
+
+ Si me submectz, leur serviteur,
+ En tout ce que puis faire et dire,
+ A les honorer de bon cueur,
+ Et servir, sans y contredire.
+ L'homme bien fol est d'en mesdire,
+ Car, soit à part, ou en prescher,
+ Ou ailleurs, il ne fault pas dire
+ Si gens sont pour eux revencher.
+
+ CX.
+
+ Item, je donne à frère Baulde,
+ Demeurant à l'hostel des Carmes,
+ Portant chère hardie et baulde,
+ Une sallade et deux guysarmes,
+ Que De Tusca et ses gens d'armes
+ Ne luy riblent sa Caige-vert.
+ Vieil est: s'il ne se rend aux armes,
+ C'est bien le diable de Vauvert.
+
+ CXI.
+
+ Item, pour ce que le Scelleur,
+ Maint estront de mousche à masché,
+ Donne, car homme est de valleur,
+ Son sceau davantage craché,
+ Et qu'il ait le pouce escaché,
+ Pour tout comprendre à une voye;
+ J'entendz celluy de l'Evesché,
+ Car les autres, Dieu les pourvoye.
+
+ CXII. [P. 68]
+
+ Quant de messieurs les Auditeux,
+ Leur chambre auront lembroysée;
+ Et ceulx qui ont les culz rongneux,
+ Chascun une chaise persée,
+ Mais qu'à la petite Macée
+ D'Orléans, qui eut ma ceincture,
+ L'amende soit bien hault taxée:
+ Elle est une mauvaise ordure.
+
+ CXIII.
+
+ Item, donne à maistre Françoys,
+ Promoteur de la vacquerie,
+ Ung hault gorgerin d'Escossoys,
+ Toutesfois sans orfaverie;
+ Car, quant receut chevalerie,
+ Il maugrea Dieu et saint George.
+ Parler n'en oyt qu'il ne s'en rie,
+ Comme enragé, à pleine gorge.
+
+ CXIV.
+
+ Item, à maistre Jehan Laurens,
+ Qui a les povres yeulx si rouges,
+ Par le peché de ses parens,
+ Qui beurent en barilz et courges,
+ Je donne l'envers de mes bouges,
+ Pour chascun matin les torcher...
+ S'il fust archevesque de Bourges,
+ Du cendal eust, mais il est cher.
+
+ CXV.
+
+ Item, à maistre Jehan Cotard,
+ Mon procureur en Court d'Eglise,
+ Devoye environ ung patard, [P. 69]
+ Car à present bien m'en advise,
+ Quant chicanner me feit Denise,
+ Disant que l'avoye mauldite;
+ Pour son ame, qu'ès cieulx soit mise!
+ Ceste Oraison j'ay cy escripte.
+
+
+ BALLADE ET ORAISON.
+
+ Père Noé, qui plantastes la vigne;
+ Vous aussi, Loth, qui bustes au rocher,
+ Par tel party qu'Amour, qui gens engigne,
+ De vos filles si vous feit approcher,
+ Pas ne le dy pour le vous reprocher,
+ Architriclin, qui bien sceustes cest art,
+ Tous trois vous pry qu'o vous veuillez percher
+ L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard!
+
+ Jadis extraict il fut de vostre ligne,
+ Luy qui beuvoit du meilleur et plus cher;
+ Et ne deust-il avoir vaillant ung pigne,
+ Certes, sur tous, c'estoit un bon archer;
+ On ne luy sceut pot des mains arracher,
+ Car de bien boire oncques ne fut faitard.
+ Nobles seigneurs, ne souffrez empescher
+ L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard!
+
+ Comme um viellart qui chancelle et trepign
+ L'ay veu souvent, quand il s'alloit coucher;
+ Et une foys il se feit une bigne,
+ Bien m'en souvient, à l'estal d'ung boucher.
+ Brief, on n'eust sçeu en ce monde chercher [P. 70]
+ Meilleur pion, pour boire tost et tard.
+ Faictes entrer quand vous orrez hucher
+ L'âme du bon feu maistre Jehan Cotard.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, il n'eust sçeu jusqu'à terre cracher;
+ Tousjours crioyt: Haro, la gorge m'ard!
+ Et si ne sceut oncq sa soif estancher,
+ L'âme du bon feu maistre Jehan Cotard.
+
+
+
+ CXVI.
+
+ Item, vueil que le jeune Merle
+ Désormais gouverne mon change,
+ Car de changer envys me mesle,
+ Pourveu que tousjours baille en change,
+ Soit à privé, soit à estrange,
+ Pour trois escus, six brettes targes;
+ Pour deux angelotz, ung grand ange:
+ Car amans doivent estre larges.
+
+ CXVII.
+
+ Item, j'ay sçeu, à ce voyage,
+ Que mes trois povres orphelins
+ Sont creus et deviennent en aage,
+ Et n'ont pas testes de belins,
+ Et qu'enfans d'icy à Salins
+ N'a mieulx saichans leur tour d'escolle;
+ Or, par l'ordre des Mathelins,
+ Telle jeunesse n'est pas folle.
+
+ CXVIII. [P. 71]
+
+ Si vueil qu'ilz voysent à l'estude;
+ Où? chez maistre Pierre Richer.
+ Le _Donnait_ est pour eulx trop rude:
+ Jà ne les y vueil empescher.
+ Ilz sçauront, je l'ayme plus cher:
+ _Ave salus, tibi decus_,
+ Sans plus grandes lettres chercher:
+ Tousjours n'ont pas clercs le dessus.
+
+ CXIX.
+
+ Cecy estudient, et puis ho!
+ Plus procéder je leur deffens.
+ Quant d'entendre le grand _Credo_,
+ Trop fort il est pour telz enfans.
+ Mon grant tabard en deux je fendz:
+ Si vueil que la moictié s'en vende,
+ Pour eulx en achepter des flans,
+ Car jeunesse est ung peu friande.
+
+ CXX.
+
+ Et veuil qu'ilz soyent informez
+ En meurs, quoy que couste bature;
+ Chapperons auront enfermez,
+ Et les poulces soubz la ceincture;
+ Humbles à toute créature;
+ Disans: _Hen? Quoy? Il n'en est rien!_
+ Si diront gens, par adventure:
+ «Voycy enfans de lieu de bien!»
+
+ CXXI.
+
+ Item, à mes pouvres clergeons,
+ Auxquelz mes titres je resigne,
+ Beaulx enfans et droictz comme joncs, [P. 72]
+ Les voyans, je m'en dessaisine,
+ Et, sans recevoir, leur assigne,
+ Seur comme qui l'auroit en paulme,
+ A une certain jour que l'on signe,
+ Sur l'hostel de Guesdry Guillaume.
+
+ CXXII.
+
+ Quoy que jeunes et esbatans
+ Soyent, en rien ne me desplaist;
+ Dedans vingt, trente ou quarante ans
+ Bien autres seront, se Dieu plaist.
+ Il faict mal qui ne leur complaist,
+ Car ce sont beaux enfans et gents;
+ Et qui les bat ne fiert, fol est,
+ Car enfans si deviennent gens.
+
+ CXXIII.
+
+ Les bourses des Dix-et-huict clers
+ Auront; je m'y vueil travailler:
+ Pas ilz ne dorment comme lerz,
+ Qui trois mois sont sans resveiller.
+ Au fort, triste est le sommeiller
+ Qui faict aise jeune en jeunesse,
+ Tant qu'enfin luy faille veiller,
+ Quant reposer deust en vieillesse.
+
+ CXXIV.
+
+ Cy en escris au collateur
+ Lettres semblables et pareilles:
+ Or prient pour leur bienfaicteur,
+ Ou qu'on leur tire les oreilles.
+ Aucunes gens ont grand merveilles,
+ Que tant m'encline envers ces deux;
+ Mais, foy que doy, festes et veilles, [P. 73]
+ Oncques ne vey les mères d'eulx!
+
+ CXXV.
+
+ Item, et à Michault Culdou,
+ Et à sire Charlot Taranne,
+ Cent solz: s'ilz demandent prins où?
+ Ne leur chaille; ils viendront de manne;
+ Et unes houses de basanne,
+ Autant empeigne que semelle;
+ Pourveu qu'ils me saulveront Jehanne,
+ Et autant une autre comme elle.
+
+ CXXVI.
+
+ Item, au seigneur de Grigny,
+ Auquel jadis laissay Vicestre,
+ Je donne la tour de Billy,
+ Pourveu, se huys y a ne fenestre
+ Qui soit ne debout ne en estre,
+ Qu'il mette très bien tout appoinct:
+ Face argent à dextre, à senestre:
+ Il m'en fault, et il n'en a point.
+
+ CXXVII.
+
+ Item, à Thibault de la Garde:
+ Thibault? je mentz, il a nom Jehan;
+ Que luy donray-je, que ne perde?
+ Assez ay perdu tout cest an.
+ Dieu le vueille pourvoir, _amen...!_
+ Le barillet? par m'ame, voyre!
+ Genevoys est le plus ancien,
+ Et plus beau nez a pour y boyre.
+
+
+ CXXVIII. [P. 74]
+
+ Item, je donne à Basanyer,
+ Notaire et greffier criminel,
+ De giroffle plain ung panyer,
+ Prins chez maistre Jehan de Ruel.
+ Tant à Mautainct; tant à Rosnel;
+ Et, avec ce don de giroffle,
+ Servir, de cueur gent et ysnel,
+ Le seigneur qui sert sainct Cristofle,
+
+ CXXIX.
+
+ Auquel ceste Ballade donne,
+ Pour sa dame, qui tous biens a.
+ S'Amour ainsi tous ne guerdonne,
+ Je ne m'esbahys de cela;
+ Car au Pas conquesté celle a
+ Que tint René, roy de Cecille,
+ Où si bien fist et peu parla
+ Qu'oncques Hector feit, ne Troïle.
+
+
+
+ BALLADE
+
+ Que Villon donna à un gentilhomme, nouvellement marié, pour
+ l'envoyer à son espouse, par luy conquise à l'espée.
+
+ Au poinct du jour, que l'esprevier se bat,
+ Meu de plaisir et par noble coustume,
+ Bruyt il demaine et de joye s'esbat,
+ Reçoit son per et se joint à la plume:
+ Ainsi vous vueil, à ce désir m'allume.
+ Joyeusement ce qu'aux amans bon semble. [P. 75]
+ Sachez qu'Amour l'escript en son volume,
+ Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.
+
+ Dame serez de mon cueur, sans debat,
+ Entierement, jusques mort me consume.
+ Laurier soüef qui pour mon droit combat,
+ Olivier franc, m'ostant toute amertume.
+ Raison ne veult que je desaccoustume,
+ Et en ce vueil avec elle m'assemble,
+ De vous servir, mais que m'y accoustume;
+ Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.
+
+ Et qui plus est, quand dueil sur moy s'embat,
+ Par fortune qui sur moy si se fume,
+ Vostre doulx oeil sa malice rabat,
+ Ne plus ne moins que le vent faict la fume.
+ Si ne perds pas la graine que je sume
+ En vostre champ, car le fruict me ressemble:
+ Dieu m'ordonne que le fouysse et fume;
+ Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.
+
+ ENVOI.
+
+ Princesse, oyez ce que cy vous resume:
+ Que le mien cueur du vostre desassemble
+ Jà ne sera: tant de vous en presume;
+ Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.
+
+
+
+ CXXX.
+
+ Item, à sire Jehan Perdryer,
+ Riens, n'à Françoys, son second frère.
+ Si m'ont-ilz voulu aydier, [P. 76]
+ Et de leurs biens faire confrère;
+ Combien que Françoys, mon compère,
+ Contre langues flambans et rouges,
+ Sans commandement, sans prière,
+ Me recommanda fort à Bourges.
+
+ CXXXI.
+
+ Si aille veoir en Taillevent,
+ Ou chapitre de fricassure,
+ Tout au long, derrière et devant,
+ Lequel n'en parle jus ne sure;
+ Mais à Macquaire vous asseure,
+ A tout le poil cuysant ung dyable,
+ Affin que sentist bon l'arsure,
+ Ce _Recipe_ m'escript, sans fable.
+
+
+
+ BALLADE.
+
+ En reagal, en arsenic rocher,
+ En orpigment, en salpestre et chaulx vive;
+ En plomb boillant, pour mieulx les esmorcher;
+ En suif et poix, destrampez de lessive
+ Faicte d'estronts et de pissat de Juifve;
+ En lavaille de jambes à meseaulx;
+ En raclure de piedz et vieulx houseaulx;
+ En sang d'aspic et drogues venimeuses;
+ En fiel de loups, de regnards et blereaux,
+ Soient frittes ces langues envieuses!
+
+ En cervelle de chat qui hayt pescher,
+ Noir, et si vieil qu'il n'ait dent en gencive;
+ D'ung vieil mastin, qui vault bien aussi cher [P. 77]
+ Tout enragé, en sa bave et salive;
+ En l'escume d'une mulle poussive,
+ Detrenchée menu à bons ciseaulx;
+ En eau où ratz plongent groings et museaulx,
+ Raines, crapauds, telz bestes dangereuses,
+ Serpens, lezards, et telz nobles oyseaulx,
+ Soient frittes ces langues envieuses!
+
+ En sublimé, dangereux à toucher;
+ Et au nombril d'une couleuvre vive;
+ En sang qu'on mect en poylettes secher,
+ Chez ces barbiers, quand plaine lune arrive,
+ Dont l'ung est noir, l'autre plus vert que cive,
+ En chancre et fix, et en ces ords cuveaulx
+ Où nourrices essangent leurs drappeaulx;
+ En petits baings de filles amoureuses
+ Qui n'entendent qu'à suivre les bordeaulx,
+ Soient frittes ces langues envieuses!
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, passez tous ces friands morceaux,
+ S'estamine n'avez, sacs ou bluteaux,
+ Parmy le fons d'unes brayes breneuses;
+ Mais, paravant, en estronts de pourceaulx
+ Soient frittes ces langues envieuses!
+
+
+
+ CXXXII.
+
+ Item, à maistre Jehan Courault,
+ Les Contredictz Franc-Gontier mande:
+ Quant du Tyrant seant en hault, [P. 78]
+ A cestuy-là rien ne demande;
+ Le saige ne veult que contende,
+ Contre puissant, pouvre homme las,
+ Affin que ses filez ne tende,
+ Et que ne tresbuche en ses laqs.
+
+ CXXXIII.
+
+ Gontier ne crains: il n'a nulz hommes
+ Et mieulx que moy n'est herité;
+ Mais en ce debat cy nous sommes,
+ Car il loue sa pouvreté:
+ Estre pouvre, yver et esté,
+ A felicité il repute,
+ Ce que tiens à malheureté.
+ Lequel à tort? Or en dispute.
+
+
+
+ BALLADE
+
+ Intitulée: _Les Contredictz de Franc-Gontier_
+
+ Sur mol duvet assis, ung gras chanoine,
+ Lez ung brasier, en chambre bien nattée,
+ A son costé gisant dame Sydoine,
+ Blanche, tendre, pollie et attaintée:
+ Boire ypocras, à jour et à nuyctée,
+ Rire, jouer, mignonner et baiser,
+ Et nud à nud, pour mieulx des corps s'ayser,
+ Les vy tous deux, par un trou de mortaise:
+ Lors je congneuz que, pour dueil appaiser,
+ Il n'est tresor que de vivre à son aise.
+
+ Se Franc-Gontier et sa compaigne Heleine [P. 79]
+ Eussent tousjours tel douce vie hantée,
+ D'oignons, civetz, qui causent forte alaine,
+ N'en comptassent une bise tostée.
+ Tout leur mathon, ne toute leur potée,
+ Ne prise ung ail, je le dy sans noysier.
+ S'ilz se vantent coucher soubz le rosier,
+ Ne vault pas mieulx lict costoyé de chaise?
+ Qu'en dictes-vous? Faut-il à ce muser?
+ Il n'est tresor que de vivre à son aise.
+
+ De gros pain bis vivent, d'orge, d'avoine,
+ Et boivent eau, tout au long de l'année.
+ Tous les oyseaulx d'icy en Babyloine
+ A tel escot une seule journée
+ Ne me tiendroient, non une matinée.
+ Or s'esbate, de par Dieu, Franc-Gontier,
+ Helène o luy, soubz le bel esglantier;
+ Si bien leur est, n'ay cause qu'il me poise;
+ Mais, quoy qu'il soit du laboureux mestier,
+ Il n'est tresor que de vivre à son aise.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, jugez, pour tous nous accorder.
+ Quant est à moy, mais qu'à nul n'en desplaise,
+ Petit enfant, j'ay ouy recorder
+ Qu'il n'est tresor que de vivre à son aise.
+
+
+ CXXXIV.
+
+ Item, pour ce que sçait la Bible,
+ Mademoyselle de Bruyères,
+ Donne prescher, hors l'Evangile, [P. 80]
+ A elle et à ses bachelieres,
+ Pour retraire ces villotières
+ Qui ont le bec si affilé,
+ Mais que ce soit hors cymetières,
+ Trop bien au marché au filé.
+
+
+
+
+ BALLADE
+ DES FEMMES DE PARIS.
+
+ Quoy qu'on tient belles langagières
+ Florentines, Veniciennes,
+ Assez pour estre messaigières,
+ Et mesmement les anciennes;
+ Mais, soient Lombardes, Rommaines,
+ Genevoises, à mes perilz,
+ Piemontoises, Savoysiennes,
+ Il n'est bon bec que de Paris.
+
+ De très beau parler tiennent chaires,
+ Ce dit-on, les Napolitaines,
+ Et que sont bonnes cacquetoeres
+ Allemanses et Bruciennes;
+ Soient Grecques, Egyptiennes,
+ De Hongrie ou d'autre pays,
+ Espaignolles ou Castellannes,
+ Il n'est bon bec que de Paris.
+
+ Brettes, Suysses, n'y sçavent guères,
+ Ne Gasconnes et Tholouzaines;
+ Du Petit-Pont deux harangères [P. 81]
+ Les concluront, et les Lorraines,
+ Anglesches ou Callaisiennes,
+ (Ay je beaucoup de lieux compris?)
+ Picardes, de Valenciennes;
+ Il n'est bon bec que de Paris.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, aux dames parisiennes
+ De bien parler donnez le prix;
+ Quoy qu'on die d'Italiennes,
+ Il n'est bon bec que de Paris.
+
+
+
+ CXXXV.
+
+ Regarde-m'en deux, trois, assises
+ Sur le bas du ply de leurs robes,
+ En ces monstiers, en ces eglises;
+ Tire t'en près, et ne t'en hobes;
+ Tu trouveras là que Macrobes
+ Oncques ne fist tels jugemens;
+ Entens: quelque chose en desrobes;
+ Ce sont tous beaulx enseignemens.
+
+ CXXXVI.
+
+ Item, et au mont de Montmartre,
+ Qui est ung lieu moult ancien,
+ Je lui donne et adjoincts le tertre.
+ Qu'on dit de mont Valerien;
+ Et, oultre plus, d'ung quartier d'an
+ Du pardon qu'apportay de Romme:
+ Sy yra maint bon paroissien,
+ En l'abbaye ou il n'entre homme.
+
+ CXXXVII. [P. 82]
+
+ Item, valetz et chambrières
+ De bons hostelz (rien ne me nuyst),
+ Faisans tartes, flans et goyères,
+ Et grant rallias à minuict:
+ Riens n'y font sept pintes ne huict,
+ Tant que gisent Seigneur et dame;
+ Puis après, sans mener grant bruyt,
+ Je leur ramentoy le jeu d'asne.
+
+ CXXXVIII.
+
+ Item, et à filles de bien,
+ Qui ont pères, mères et antes,
+ Par m'ame! je ne donne rien;
+ Tout ont eu varletz et servantes;
+ Se fussent-ilz de pou contentes,
+ Grant bien leur feissent maintz lopins,
+ Aux povres filles advenantes,
+ Qui se perdent aux Jacopins.
+
+ CXXXIX.
+
+ Aux Célestins et aux Chartreux,
+ Quoy que vie meinent estroicte,
+ Si ont-ilz largement entre eulx,
+ Dont povres filles ont souffrette:
+ Tesmoing Jaqueline et Perrette,
+ Et Isabeau, qui dit: _Enné!_
+ Puis qu'ilz ont eu telle disette,
+ A peine en seroit-on damné.
+
+ CXL.
+
+ Item, à la grosse Margot,
+ Très doulce face et pourtraicture,
+ Foy que doy _Brelare Bigod,_
+ Assez devote creature. [P. 83]
+ Je l'ayme de propre nature,
+ Et elle moy, la doulce sade.
+ Qui la trouvera d'adventure,
+ Qu'on luy lise ceste Ballade.
+
+
+
+ BALLADE
+ DE VILLON ET DE LA GROSSE MARGOT.
+
+ Se j'ayme et sers la belle de bon haict,
+ M'en devez-vous tenir à vil ne sot?
+ Elle a en soy des biens à fin souhaict.
+ Pour son amour ceings bouclier et passot.
+ Quand viennent gens, je cours et happe un pot:
+ Au vin m'en voys, sans demener grand bruyt.
+ Je leur tendz eau, frommage, pain et fruict,
+ S'ils payent bien, je leur dy que bien _stat_:
+ «Retournez cy, quand vous serez en ruyt,
+ En ce bourdel où tenons nostre estat!»
+
+ Mais, tost après, il y a grant deshait,
+ Quand sans argent s'en vient coucher Margot;
+ Veoir ne la puis; mon cueur à mort la hait.
+ Sa robe prens, demy-ceinct et surcot:
+ Si luy prometz qu'ilz tiendront pour l'escot.
+ Par les costez si se prend, l'Antechrist
+ Crie, et jure par la mort Jesuchrist,
+ Que non fera. Lors j'enpongne ung esclat,
+ Dessus le nez luy en fais ung escript,
+ En ce bourdel où tenons nostre estat.
+
+ Puis paix se faict, et me lasche ung gros pet [P. 84]
+ Plus enflée qu'ung venimeux scarbot.
+ Riant, m'assiet le poing sur mon sommet,
+ Gogo me dit, et me fiert le jambot.
+ Tous deux yvres, dormons comme ung sabot;
+ Et, au reveil, quand le ventre luy bruyt,
+ Monte sur moy, qu'el ne gaste son fruit.
+ Soubz elle geins; plus qu'ung aiz me faict plat;
+ De paillarder tout elle me destruict,
+ En ce bourdel où tenons nostre estat.
+
+ ENVOI.
+
+ Vente, gresle, gelle, j'ay mon pain cuict!
+ Je suis paillard, la paillarde me suit.
+ Lequel vault mieux, chascun bien s'entresuit.
+ L'ung l'autre vault: c'est à mau chat mau rat.
+ Ordure amons, ordure nous affuyt.
+ Nous deffuyons honneur, il nous deffuyt,
+ En ce bourdel où tenons nostre estat.
+
+
+
+ CXLI.
+
+ Item, à Marion l'Ydolle,
+ Et la grand Jehanne de Bretaigne,
+ Donne tenir publique escolle,
+ Où l'escolier le maistre enseigne.
+ Lieu n'est où ce marché ne tienne,
+ Sinon en la grille de Mehun;
+ De quoy je dy: Fy de l'enseigne,
+ Puis que l'ouvrage est si commun!
+
+ CXLII. [P. 85]
+
+ Item, à Noë le Jolys,
+ Autre chose je ne luy donne,
+ Fors plein poing d'osiers frez cueilliz
+ En mon jardin; je l'abandonne.
+ Chastoy est une belle aulmosne;
+ Ame n'en doit estre marry.
+ Unze vingtz coups lui en ordonne,
+ Par les mains de maistre Henry.
+
+ CXLIII.
+
+ Item, ne sçay que à l'Hostel-Dieu
+ Donner, n'aux povres hospitaulx;
+ Bourdes n'ont icy temps ne lieu,
+ Car povres gens ont assez maulx.
+ Chascun leur envoye leurs os.
+ Les Mandians ont eu mon oye;
+ Au fort, ilz en auront les os:
+ A menues gens menue monnoye.
+
+ CXLIV.
+
+ Item, je donne à mon barbier,
+ Qui se nomme Colin Galerne,
+ Près voysin d'Angelot l'Herbier,
+ Ung gros glasson... Prins où? En Marne,
+ Affin qu'à son ayse s'yverne.
+ De l'estomach le tienne près.
+ Se l'yver ainsi se gouverne,
+ Il n'aura chault l'esté d'après.
+
+ CXLV.
+
+ Item, rien aux Enfans-Trouvez;
+ Mais les perduz fault que console,
+ Si doivent estre retrouvez, [P. 86]
+ Par droict, sur Marion l'Ydolle.
+ Une leçon de mon escolle
+ Leur liray, qui ne dure guière.
+ Teste n'ayent dure ne folle,
+ Mais escoutent: c'est la dernière!
+
+
+
+ BELLE LEÇON
+ DE VILLON, AUX ENFANS PERDUZ.
+
+ Beaux enfans, vous perdez la plus
+ Belle rose de vo chapeau,
+ Mes clers apprenans comme glu;
+ Se vous allez à Montpippeau
+ Ou à Ruel, gardez la peau:
+ Car, pour s'esbatre en ces deux lieux,
+ Cuydant que vaulsist le rappeau,
+ La perdit Colin de Cayeulx.
+
+ Ce n'est pas ung jeu de trois mailles,
+ Où va corps, et peut-estre l'ame:
+ S'on perd, rien n'y sont repentailles,
+ Qu'on ne meure à honte et diffame;
+ Et qui gaigne, n'a pas à femme
+ Dido la royne de Cartage.
+ L'homme est donc bien fol et infame,
+ Qui, pour si peu, couche tel gage.
+
+ Qu'ung chascun encore m'escoute:
+ On dit, et il est vérité,
+ Que charretée se boyt toute, [P. 87]
+ Au feu l'yver, au bois l'esté.
+ S'argent avez, il n'est enté;
+ Mais le despendez tost et viste.
+ Qui en voyez-vous hérité?
+ Jamais mal acquest ne proffite.
+
+
+
+ BALLADE
+ DE BONNE DOCTRINE,
+ A ceux de mauvaise vie.
+
+ Car ou soyes porteur de bulles,
+ Pipeur ou hazardeur de dez,
+ Tailleur de faulx coings, tu te brusles,
+ Comme ceux qui sont eschaudez,
+ Traistres pervers, de foy vuydez;
+ Soyes larron, ravis ou pilles:
+ Où en va l'acquest, que cuydez?
+ Tout aux tavernes et aux filles.
+
+ Ryme, raille, cymballe, luttes,
+ Comme folz, faintis, eshontez;
+ Farce, broille, joue des flustes;
+ Fais, ès villes et ès cités,
+ Fainctes, jeux et moralitez;
+ Gaigne au berlan, au glic, aux quilles:
+ Où s'en va tout? Or escoutez:
+ Tout aux tavernes et aux filles.
+
+ De telz ordures te reculles; [P. 88]
+ Laboure, fauche champs et prez;
+ Serz et panse chevaulx et mulles,
+ S'aucunement tu n'es lettrez;
+ Assez auras, se prens en grez.
+ Mais, se chanvre broyes ou tilles,
+ Où tend ton labour qu'as ouvrez?
+ Tout aux tavernes et aux filles.
+
+ ENVOI.
+
+ Chausses, pourpoinctz esguilletez,
+ Robes, et toutes vos drapilles,
+ Ains que cessez, vous porterez
+ Tout aux tavernes et aux filles.
+
+
+ CXLVI.
+
+ A vous parle, compaings de galles,
+ Qui estes de tous bons accors;
+ Gardez-vous tous de ce mau hasles,
+ Qui noircist gens quand ils sont mortz;
+ Eschevez-le, c'est ung mal mors;
+ Passez-vous-en mieulx que pourrez;
+ Et, pour Dieu, soyez tous recors
+ Qu'une fois viendra que mourrez.
+
+ CXLVII.
+
+ Item, je donne aux Quinze-Vingtz,
+ Qu'autant vauldroit nommer Trois-Cens
+ De Paris, non pas de Provins,
+ Car à eulx tenu je me sens.
+ Ilz auront, et je m'y consens,
+ Sans les estuis, mes grans lunettes, [P. 89]
+ Pour mettre à part, aux Innocens,
+ Les gens de bien des deshonnestes.
+
+ CXLVIII.
+
+ Icy n'y a ne rys ne jeu.
+ Que leur vault avoir eu chevances,
+ N'en grans lictz de parement geu,
+ Engloutir vin, engrossir panses,
+ Mener joye, festes et danses,
+ Et de ce prest estre à toute heure?
+ Tantost faillent telles plaisances,
+ Et la coulpe si en demeure.
+
+ CXLIX.
+
+ Quand je considère ces testes
+ Entassées en ces charniers,
+ Tous furent maistres des requestes,
+ Ou tous de la Chambre aux Deniers,
+ Ou tous furent porte-paniers;
+ Autant puis l'ung que l'autre dire,
+ Car, d'evesques ou lanterniers,
+ Je n'y congnois rien a redire.
+
+ CL.
+
+ Et icelles qui s'inclinoient
+ Unes contre autres en leur vies;
+ Desquelles les unes regnoient,
+ Des autres craintes et servies:
+ Là les voy toutes assouvies,
+ Ensemble en ung tas pesle-mesle.
+ Seigneuries leur sont ravies;
+ Clerc ne maistre ne s'y appelle.
+
+ CLI. [P. 90]
+
+ Or sont-ilz mortz, Dieu ayt leurs âmes!
+ Quant est des corps, ils sont pourriz.
+ Ayent esté seigneurs ou dames,
+ Souef et tendrement nourriz
+ De cresme, fromentée ou riz,
+ Leurs os sont declinez en pouldre,
+ Auxquelz ne chault d'esbat, ne riz...
+ Plaise au doulx Jesus les absouldre!
+
+ CLII.
+
+ Aux trespassez je fais ce lays,
+ Et icelluy je communique
+ A regentz, courtz, sieges et plaids,
+ Hayneurs d'avarice l'inique,
+ Lesquelz pour la chose publique
+ Se seichent les os et les corps:
+ De Dieu et de sainct Dominique
+ Soient absolz, quand ilz seront mortz
+
+
+
+ LAYS.
+
+ Au retour de dure prison,
+ Où j'ay laissé presque la vie,
+ Se Fortune a sur moy envie,
+ Jugez s'elle fait mesprison!
+ Il me semble que, par raison,
+ Elle deust bien estre assouvie,
+ Au retour.
+
+
+ Cecy plain est de desraison, [P. 91]
+ Qui vueille que de tout desvie;
+ Plaise à Dieu que l'ame ravie
+ En soit, lassus, en sa maison,
+ Au retour!
+
+
+
+ CLIII.
+
+ Item, donne à maistre Lomer,
+ Comme extraict que je suis de fée,
+ Qu'il soit bien amé; mais, d'amer
+ Fille en chief ou femme coëffée,
+ Jà n'en ayt la teste eschauffée,
+ Ce qui ne luy couste une noix,
+ Faire ung soir pour soy la fastée,
+ En despit d'Auger le Danois.
+
+ CLIV.
+
+ Item, rien à Jaques Cardon,
+ Car je n'ay rien pour luy honneste.
+ Non pas que le jette à bandon
+ Sinon cette Bergeronnette:
+ S'elle eust le chant _Marionnette_,
+ Faict por Marion la Peau-Tarde,
+ D'un _Ouvrez vostre huys, Guillemette_,
+ Elle allast bien à la moustarde.
+
+ CLV.
+
+ Item donne aux amans enfermes,
+ Oultre le lay Alain Chartier,
+ A leurs chevetz, de pleurs et lermes
+ Trestout fin plain ung benoistier,
+ Et ung petit brin d'esglantier, [P. 92]
+ En tout temps verd, pour gouppillon,
+ Pourveu qu'ilz diront ung _Psaultier_
+ Pour l'ame du pouvre Villon.
+
+ CLVI.
+
+ Item, à maistre Jacques James,
+ Qui se tue d'amasser biens,
+ Donne fiancer tant de femmes
+ Qu'il vouldra; mais d'espouser, riens
+ Pour qui amasse-il? Pour les siens.
+ Il ne plainct fors que ses morceaulx;
+ Ce qui fut aux truyes, je tiens
+ Qu'il doit de droit estre aux pourceaulx.
+
+ CLVII.
+
+ Item, le Camus Seneschal,
+ Qui une fois paya mes debtes,
+ En recompense, mareschal,
+ Pour ferrer oës et canettes.
+ Je luy envoye ces sornettes,
+ Pour soy desennuyer; combien,
+ Si veult, face-en des alumettes.
+ De bien chanter s'ennuye-on bien.
+
+ CLVIII.
+
+ Item, au Chevalier du Guet
+ Je donne deux beaulx petitz pages,
+ Philippot et le gros Marquet,
+ Qui ont servy, dont sont plus sages,
+ La plus grant partie de leurs aages,
+ Tristan, prevost des mareschaulx.
+ Hélas, s'ilz sont cassez de gaiges,
+ Aller leur fauldra tous deschaulx!
+
+ CLIX. [P. 93]
+
+ Item, au Chappelain je laisse
+ Ma chapelle à simple tonsure,
+ Chargée d'une seiche messe,
+ Où il ne fault pas grand lecture.
+ Resigné luy eusse ma cure,
+ Mais point ne veult de charge d'ames;
+ De confesser, ce dit, n'a cure,
+ Sinon chambrières et dames.
+
+ CLX.
+
+ Pour ce que sçait bien mon entente,
+ Jehan de Calays, honnorable homme,
+ Qui ne me veit des ans a trente,
+ Et ne sçait comment je me nomme,
+ De tout ce Testament, en somme,
+ S'aucune y a difficulté,
+ Oster jusqu'au rez d'une pomme
+ Je luy en donne faculté.
+
+ CLXI.
+
+ De le gloser et commenter,
+ De le diffinir ou prescripre,
+ Diminuer ou augmenter;
+ De le canceller ou transcripre
+ De sa main, ne sceust-il escripre;
+ Interpreter, et donner sens,
+ A son plaisir, meilleur ou pire;
+ A tout ceci je m'y consens.
+
+ CLXII.
+
+ Et s'aucun, dont n'ay congnoissance,
+ Estoit allé de mort à vie,
+ Audict Calais donne puissance, [P. 94]
+ Affin que l'ordre soit suyvie
+ Et mon ordonnance assouvie,
+ Que ceste aulmosne ailleurs transporte,
+ Sans se l'appliquer par envie;
+ A son ame je m'en rapporte.
+
+ CLXIII.
+
+ Item, j'ordonne à Saincte-Avoye,
+ Et non ailleurs, ma sepulture;
+ Et, affin que chascun me voye,
+ Non pas en chair, mais en paincture,
+ Que l'on tire mon estature
+ D'ancre, s'il ne coustoit trop cher.
+ De tumbel? Rien; je n'en ay cure,
+ Car il greveroit le plancher.
+
+ CLXIV.
+
+ Item, vueil qu'autour de ma fosse
+ Ce que s'ensuyt, sans autre histoire,
+ Soit escript, en lettre assez grosse;
+ Et qui n'auroit point d'escriptoire,
+ De charbon soit, ou pierre noire,
+ Sans en rien entamer le plastre:
+ Au moins sera de moy memoire
+ Telle qu'il est d'ung bon folastre.
+
+ CLXV.
+
+ CY GIST ET DORT EN CE SOLLIER,
+ QU'AMOUR OCCIST DE SON RAILLON,
+ UNG POUVRE PETIT ESCOLLIER,
+ QUI FUT NOMMÉ FRANÇOIS VILLON.
+ ONCQUES DE TERRE N'EUT SILLON.
+
+ TESTAMENT. [P. 95]
+
+ IL DONNA TOUT, CHASCUN LE SCET:
+ TABLE, TRETTEAULX, PAIN, CORBILLON.
+ POUR DIEU, DICTES-EN CE VERSET.
+
+
+
+ RONDEAU.
+
+ _Repos eternel donne à cil,
+ Lumière, clarté perpétuelle,
+ Qui vaillant plat ny escuelle
+ N'eut oncques, n'ung brin de percil.
+ Il fut rez, chef, barbe, sourcil,
+ Comme ung navet qu'on ree et pelle.
+ Repos éternel donne à cil_.
+
+ _Rigueur le transmit en exil,
+ Et luy frappa au cul la pelle,
+ Nonobstant qu'il dist_: J'en appelle!
+ _Qui n'est pas terme trop subtil.
+ Repos eternel donne à cil_.
+
+
+ CLXVI.
+
+ Item, je vueil qu'on sonne à branle
+ Le gros Beffray, qui n'est de voire;
+ Combien que cueur n'est qui ne tremble;
+ Quand de sonner est à son erre.
+ Saulvé a mainte belle terre,
+ Le temps passé, chascun le sçait:
+ Fussent gens d'armes ou tonnerre;
+ Au son de luy tout mal cessoit.
+
+ CLXVII [P. 96]
+
+ Les sonneurs auront quatre miches;
+ Et se c'est peu, demy-douzaine,
+ Autant qu'en donnent les plus riches;
+ Mais ilz seront de sainct Estienne.
+ Vollant est homme de grant peine:
+ L'ung en sera. Quand j'y regarde,
+ Il en vivra une sepmaine.
+ Et l'autre? Au fort, Jehan de la Garde.
+
+ CLXVIII.
+
+ Pour tout ce fournir et parfaire,
+ J'ordonne mes executeurs,
+ Auxquelz faict bon avoir affaire,
+ Et contentent bien leurs debteurs.
+ Ilz ne sont pas trop grans venteurs,
+ Et ont bien de quoy, Dieu mercys!
+ De ce faict seront directeurs...
+ Escripts: je t'en nommeray six.
+
+ CLXIX.
+
+ C'est maistre Martin Bellefaye,
+ Lieutenant du cas criminel.
+ Qui sera l'autre? J'y pensoye:
+ Ce sera sire Colombel.
+ S'il luy plaist et il lui est bel,
+ Il entreprendra ceste charge.
+ Et l'autre? Michel Jouvenel.
+ Ces trois seulz, et pour tous, j'en charge.
+
+ CLXX.
+
+ Mais, au cas qu'ils s'en excusassent,
+ En redoubtant les premiers frais,
+ Ou totalement recusassent, [P. 97]
+ Ceulx qui s'ensuivent cy-après
+ J'institue, gens de bien très,
+ Philip Bruneau, noble escuyer,
+ Et l'autre, son voysin d'emprès,
+ Cy est maistre Jacques Raguyer;
+
+ CLXXI.
+
+ Et l'aultre, maistre Jaques James,
+ Trois hommes de bien et d'honneur,
+ Desirans de saulver leurs âmes,
+ Et doubtans Dieu Nostre Seigneur.
+ Plustot y metteront du leur,
+ Que ceste ordonnance ne baillent.
+ Point n'auront de contrerooleur,
+ Mais à leur seul plaisir en taillent.
+
+ CLXXII
+
+ Des testamens qu'on dit le maistre
+ De mon faict n'aura _quid_ ne _quod_;
+ Mais ce sera ung jeune prebstre,
+ Qui se nomme Colas Tacot.
+ Voulentiers beusse à son escot,
+ Et qu'il me coustast ma cornette!
+ S'il sceust jouer en ung trippot,
+ Il eust de moy le Trou Perrette.
+
+ CLXXIII.
+
+ Quant au regard du luminaire,
+ Guillaume du Ru j'y commectz.
+ Pour porter les coings du suaire,
+ Aux executeurs le remectz.
+ Trop plus mal me font qu'oncques mais
+ Penil, cheveulx, barbe, sourcilz.
+ Mal me presse; est temps désormais [P. 98]
+ Que crie à toutes gens merciz.
+
+
+
+ BALLADE
+ Par laquelle Villon crye mercy à chascun.
+
+ A Chartreux, aussi Celestins,
+ A mendians et aux devotes,
+ A musars et cliquepatins,
+ Servantes et filles mignottes,
+ Portant surcotz et justes cottes;
+ A cuyderaulx d'amours transis,
+ Chaussans sans meshaing fauves bottes,
+ Je crye à toutes gens merciz!
+
+ A fillettes monstrans tetins,
+ Pour avoir plus largement hostes;
+ A ribleurs meneurs de butins,
+ A basteleurs traynans marmottes,
+ A folz et folles, sotz et sottes,
+ Qui s'en vont sifflant cinq et six;
+ A veufves et à mariottes,
+ Je crye à toutes gens merciz!
+
+ Sinon aux trahistres chiens mastins,
+ Qui m'ont fait ronger dures crostes
+ Et boire eau maintz soirs et matins,
+ Qu'ores je ne crains pas trois crottes.
+ Je feisse pour eulx petz et rottes;
+ Je ne puis, car je suis assis.
+ Bien fort, pour éviter riottes,
+ Je crye à toutes gens, merciz!
+
+ ENVOI. [P. 99]
+
+ Qu'on leur froisse les quinze costes
+ De gros mailletz, fortz et massis,
+ De plombée et de telz pelottes.
+ Je crye à toutes gens merciz!
+
+
+ BALLADE
+ POUR SERVIR DE CONCLUSION.
+
+ Icy se clost le Testament
+ Et finist du pouvre Villon.
+ Venez à son enterrement,
+ Quant vous orrez le carillon,
+ Vestuz rouges com vermillon,
+ Car en amours mourut martir;
+ Ce jura-il sur son coullon
+ Quand de ce monde voult partir.
+
+ Et je croy bien que pas n'en ment,
+ Car chassié fut comme un soullon
+ De ses amours hayneusement,
+ Tant que, d'icy à Roussillon,
+ Brosses n'y a ne brossillon,
+ Qui n'eust, ce dit-il sans mentir,
+ Ung lambeau de son cotillon,
+ Quand de ce monde voult partir.
+
+ Il est ainsi, et tellement,
+ Quand mourut n'avoit qu'un haillon.
+ Qui plus? En mourant, mallement [P. 100]
+ L'espoignoit d'amours l'esguillon;
+ Plus agu que le ranguillon
+ D'un baudrier luy faisoit sentir,
+ C'est de quoy nous esmerveillon,
+ Quand de ce monde voult partir.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, gent comme esmerillon,
+ Saichiez qu'il fist, au departir:
+ Ung traict but de vin morillon,
+ Quand de ce monde voult partir.
+
+ FIN DU GRAND TESTAMENT.
+
+
+ [P. 101]
+
+ POÉSIES DIVERSES
+
+ LE QUATRAIN
+ Que feit Villon quand il fut jugé à mourir.
+
+ JE SUIS François, dont ce me poise,
+ Né de Paris emprès Ponthoise.
+ Or d'une corde d'une toise
+ Saura mon col que mon cul poise.
+
+
+ L'EPITAPHE
+
+ EN FORME DE BALLADE
+ Que feit Villon pour luy et ses compagnons, s'attendant
+ estre pendu avec eulx.
+
+ Frères humains, qui après nous vivez,
+ N'ayez les cueurs contre nous endurciz,
+ Car, si pitié de nous pouvres avez,
+ Dieu en aura plustost de vous merciz.
+ Vous nous voyez cy attachez cinq, six:
+ Quant de la chair, que trop avons nourrie, [P. 102]
+ Elle est pieça devorée et pourrie,
+ Et nous, les os, devenons cendre et pouldre.
+ De nostre mal personne ne s'en rie,
+ Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!
+
+ Se vous clamons, frères, pas n'en devez
+ Avoir desdaing, quoique fusmes occis
+ Par justice. Toutesfois, vous sçavez
+ Que tous les hommes n'ont pas bon sens assis;
+ Intercedez doncques, de cueur rassis,
+ Envers le Filz de la Vierge Marie,
+ Que sa grace ne soit pour nous tarie,
+ Nous preservant de l'infernale fouldre.
+ Nous sommes mors, ame ne nous harie;
+ Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!
+
+ La pluye nous a debuez et lavez,
+ Et le soleil dessechez et noirciz;
+ Pies, corbeaulx, nous ont les yeux cavez,
+ Et arrachez la barbe et les sourcilz.
+ Jamais, nul temps, nous ne sommes rassis;
+ Puis cà, puis là, comme le vent varie,
+ A son plaisir sans cesser nous charie,
+ Plus becquetez d'oyseaulx que dez à couldre.
+ Ne soyez donc de nostre confrairie,
+ Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!
+
+ ENVOI.
+
+ Prince JESUS, qui sur tous seigneurie,
+ Garde qu'Enfer n'ayt de nous la maistrie:
+ A luy n'ayons que faire ne que souldre.
+ Hommes, icy n'usez de mocquerie
+ Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!
+
+
+
+ LA REQUESTE DE VILLON [P. 103]
+ Présentée à la Cour de Parlement, en forme de ballade.
+
+ Tous mes cinq Sens, yeulx, oreilles et bouche,
+ Le nez, et vous, le sensitif, aussi;
+ Tous mes membres où il y a reprouche,
+ En son endroit ung chascun die ainsi:
+ «Court souverain, par qui sommes icy,
+ Vous nous avez gardé de desconfire;
+ Or, la langue ne peut assez suffire
+ A vous rendre suffisantes louenges:
+ Si prions tous, fille au souverain Sire,
+ Mère des bons, et soeur des benoistz anges!»
+
+ Cueur, fendez-vous, ou percez d'une broche,
+ Et ne soyez, au moins, plus endurcy
+ Qu'au desert fut la forte bise roche
+ Dont le peuple des Juifs fut adoulcy;
+ Fondez larmes, et venez à mercy,
+ Comme humble cueur qui tendrement souspire:
+ Louez la Court, conjoincte au sainct Empire,
+ L'heur des Françoys, le confort des estranges,
+ Procreée la sus au ciel empire,
+ Mère des bons, et soeur des benoistz anges!
+
+ Et vous, mes dentz, chascune si s'esloche;
+ Saillez avant, rendez toutes mercy,
+ Plus haultement qu'orgue, trompe, ne cloche,
+ Et de mascher n'ayez ores soulcy;
+ Considerez que je fusse transy,
+ Foye, pommon, et rate qui respire;
+ Et vous, mon corps, vil qui estes ou pire [P. 104]
+ Qu'ours ne pourceau, qui faict son nid ès fanges,
+ Louez la Court, avant qu'il vous empire,
+ Mère des bons, et soeur des benoistz anges!
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, trois jours ne vueillez m'escondire,
+ Pour moy pourvoir, et aux miens adieu dire;
+ Sans eulx, argent je n'ay, icy n'aux changes.
+ Court triumphant, _fiat_, sans me desdire;
+ Mère des bons, et soeur des benoistz anges!
+
+
+
+
+ BALLADE
+ DE L'APPEL DE VILLON.
+
+ Que dites-vous de mon appel,
+ Garnier? Feis-je sens ou follie?
+ Toute beste garde sa pel;
+ Qui la contrainct, efforce ou lye,
+ S'elle peult, elle se deslie.
+ Quand à ceste peine arbitraire
+ On me jugea par tricherie,
+ Estoit-il lors temps de me taire?
+
+ Se fusse des hoirs Hue Capel,
+ Qui fut extraict de boucherie,
+ On ne m'eust, parmy ce drapel,
+ Faict boyre à celle escorcherie:
+ Vous entendez bien joncherie?
+ Ce fut son plaisir voluntaire
+ De me juger par fausserie. [P. 105]
+ Etoit-il lors temps de me taire?
+
+ Cuydez-vous que soubz mon cappel
+ N'y eust tant de philosophie
+ Comme de dire: «J'en appel?»
+ Si avoit, je vous certifie,
+ Combien que point trop ne m'y fie.
+ Quand on me dit, présent notaire:
+ «Pendu serez!» je vous affie,
+ Estoit-il lors temps de me taire?
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, si j'eusse eu la pepie,
+ Pieça je fusse où est Clotaire,
+ Aux champs debout comme ung espie.
+ Estoit-il lors temps de me taire?
+
+
+ LE DIT
+
+ DE LA NAISSANCE MARIE.
+ Jam nova progenies celo demittitur alto.
+ _Virg._, (ecl. 4, v.7.)
+
+ O louée Conception,
+ Envoiée sà jus des cieulx;
+ Du noble Lys digne syon;
+ Don de Jhésus très précieux,
+ MARIE, nom très gracieux,
+ Font de pitié, source de grace,
+ La joye confort de mes yeulx, [P. 106]
+ Qui nostre paix batist et brasse!
+
+ La paix, c'est assavoir, des riches,
+ Des povres le substantement,
+ Le rebours des felons et chiches,
+ Très necessaire enfantement,
+ Conceu, porté honnestement,
+ Hors le pechié originel,
+ Que dire je puis sainctement
+ Souverain bien, Dieu éternel!
+
+ Nom recouvré, joye de peuple,
+ Confort des bons, de maulx retraicte;
+ Du doux Seigneur première et seule
+ Fille, de son cler sang extraicte,
+ Du dextre costé Clovis traicte,
+ Glorieuse ymage en tous fais,
+ Ou hault ciel créée et pourtraicte,
+ Pour esjouyr et donner paix!
+
+ En l'amour et crainte de Dieu,
+ Es nobles flans Cesar conceue;
+ Des petis et grans, en tout lieu,
+ A très grande joye receue;
+ De l'amour Dieu traicte, tissue,
+ Pour les discordez ralier,
+ Et aux enclos donner yssue,
+ Leurs lians et fers delier.
+
+ Aucunes gens, qui bien peu sentent,
+ Nourriz en simplesse et confiz,
+ Contre le vouloir Dieu attentent,
+ Par ignorance desconfiz,
+ Désirans que feussiez ung filz; [P. 107]
+ Mais qu'ainsi soit, ainsi m'aist Dieux,
+ Je croy que ce soit grans proufiz;
+ Raison: Dieu fait tout pour le mieulx.
+
+ Du Psalmiste je prens les dictz:
+ _Delectasti me, Domine,
+ In factura sua_! Je diz:
+ «Noble enfant, de bonne heure né,
+ A toute doulceur destiné,
+ Manna du Ciel, celeste don,
+ De tous bienfais le guerdonné,
+ Et de nos maulx le vray pardon!»
+
+
+
+ DOUBLE BALLADE.
+
+ Combien que j'ay leu en ung Dit:
+ _Inimicum putes_, y a,
+ _Qui te presentem laudabit_,
+ Toutesfois, non obstant cela,
+ Oncques vray homme ne cela
+ En son courage aucun grant bien,
+ Qui ne le monstrast çà et là:
+ On doit dire du bien le bien.
+
+ Saint Jehan-Baptiste ainsi le fist,
+ Quand l'Aignel de Dieu descela.
+ En ce faisant pas ne meffist,
+ Dont sa voix ès tourbes vola;
+ De quoy saint André Dieu loua,
+ Qui de luy cy ne sçavoit rien,
+ Et au Fils de Dieu s'aloua: [P. 108]
+ On doit dire du bien le bien.
+
+ Envoyée de Jhesucrist,
+ Rappelles sà jus, par deçà,
+ Les povres que Rigueur proscript
+ Et que Fortune betourna.
+ Cy sçay bien comment y m'en va!
+ De Dieu, de vous, vie je tien...
+ Benoist celle qui vous porta!
+ On doit dire du bien le bien.
+
+ Cy, devant Dieu, fais congnoissance,
+ Que creature feusse morte,
+ Ne feust vostre doulce naissance,
+ En charité puissant et forte,
+ Qui ressuscite et reconforte
+ Ce que Mort avoit prins pour sien.
+ Vostre présence me conforte:
+ On doit dire du bien le bien.
+
+ Cy vous rens toute obéissance,
+ A ce faire raison m'exorte,
+ De toute ma povre puissance;
+ Plus n'est deul qui me desconforte,
+ N'autre ennuy de quelque sorte.
+ Vostre je suis et non plus mien;
+ Ad ce droit et devoir m'enhorte:
+ On doit dire du bien le bien.
+
+ O grace et pitié très immense,
+ L'entrée de paix et la porte,
+ Some et benigne clemence,
+ Qui noz faultes toult et supporte,
+ Sy de vous louer me deporte, [P. 109]
+ Ingrat suis, et je le maintien,
+ Dont en ce refrain me transporte:
+ On doit dire du bien le bien.
+
+ ENVOI.
+
+ Princesse, ce loz je vous porte,
+ Que sans vous je ne feusse rien.
+ A vous et à vous m'en rapporte.
+ On doit dire du bien le bien.
+
+ Euvre de Dieu, digne, louée
+ Autant que nulle créature,
+ De tous biens et vertuz douée,
+ Tant d'esperit que de nature,
+ Que de ceulx qu'on dit, d'adventure,
+ Plus nobles que rubis balais;
+ Selon de Caton l'escripture:
+ _Patrem insequitur proles_.
+
+ Port assuré, maintien rassiz,
+ Plus que ne peut nature humaine,
+ Et, eussiez des ans trente-six,
+ Enfance en rien ne vous demaine.
+ Que jour ne le die et sepmaine,
+ Je ne sçay qui me le deffend...
+ A ce propos ung dit ramaine:
+ De saige mère saige enfant.
+
+ Dont résume ce que j'ay dit:
+ _Nova progenies coelo_
+ Car c'est du poëte le dit: [P. 110]
+ _Jamjam demittitur alto_.
+ Saige Cassandre, belle Echo,
+ Digne Judith, caste Lucresse,
+ Je vous congnois, noble Dido,
+ A ma seule dame et maistresse.
+
+ En priant Dieu, digne pucelle,
+ Que vous doint longue et bonne vie;
+ Qui vous ayme, MADEMOISELLE,
+ Jà ne coure sur luy envie.
+ Entière dame et assouvie,
+ J'espoir de vous servir ainçoys,
+ Certes, se Dieu plaist, que devie
+ Vostre povre escolier FRANÇOYS.
+
+
+
+
+ BALLADE VILLON.
+
+ Je meurs de soif auprès de la fontaine,
+ Chauld comme feu, et tremble dent à dent,
+ En mon païs suis en terre loingtaine;
+ Lez un brazier friçonne tout ardent;
+ Nu comme ung ver, vestu en president;
+ Je ris en pleurs, et attens sans espoir;
+ Confort reprens en triste desespoir;
+ Je m'esjouys et n'ay plaisir aucun;
+ Puissant je suis sans force et sans povoir,
+ Bien recueilly, debouté de chascun.
+
+ Rien ne m'est seur que la chose incertaine,
+ Obscur, fors ce qui est tout evident;
+ Doubte ne fais, fors en chose certaine; [P. 111]
+ Science tiens à soudain accident;
+ Je gaigne tout, et demeure perdent;
+ Au point du jour, diz: «Dieu vous doint bon soir!»
+ Gisant envers, j'ay grant paour de cheoir;
+ J'ay bien de quoy, et si n'en ay pas un;
+ Eschoicte attens, et d'homme ne suis hoir,
+ Bien recueilly, debouté de chascun.
+
+ De riens n'ay soing, si metz toute ma paine
+ D'acquerir biens, et n'y suis pretendant;
+ Qui mieulx me dit, c'est cil qui plus m'attaine,
+ Et qui plus vray, lors plus me va bourdant;
+ Mon ami est qui me fait entendant
+ D'ung cygne blanc que c'est ung corbeau noir;
+ Et qui me nuyst croy qu'il m'aide à povoir.
+ Verité, bourde, aujourd'uy m'est tout un.
+ Je retiens tout; riens ne sçay concepvoir,
+ Bien recueilly, debouté de chascun.
+
+ L'ENVOI.
+
+ Prince clement, or vous plaise savoir
+ Que j'entens moult, et n'ay sens ne sçavoir;
+ Parcial suis, à toutes lois commun.
+ Que fais-je plus? Quoy? Les gaiges ravoir,
+ Bien recueilly, debouté de chascun.
+
+
+
+ EPISTRE
+ EN FORME DE BALLADE, A SES AMIS.
+
+ Ayez pitié, ayez pitié de moy,
+ A tout le moins, si vous plaist, mes amis!
+ En fosse giz, non pas soubz houx ne may, [P. 112]
+ En cest exil ouquel je suis transmis
+ Par fortune, comme Dieu l'a permis.
+ Filles, amans, jeunes, vieulx et nouveaulx;
+ Danceurs, saulteurs, faisans les piez de veaux,
+ Vifs comme dars, aguz comme aguillon;
+ Gouffres tintans, clers comme gastaneaux,
+ Le lesserez là, le povre Villon?
+
+ Chantres chantans à plaisance, sans loy;
+ Galans, rians, plaisans en faictz et diz,
+ Coureux, allans, francs de faulx or, d'aloy;
+ Gens d'esperit, ung petit estourdiz;
+ Trop demourez, car il meurt entandiz.
+ Faiseurs de laiz, de motets et rondeaux,
+ Quand mort sera vous lui ferez chandeaux.
+ Il n'entre, où gist, n'escler ne tourbillon;
+ De murs espoix on luy a fait bandeaux:
+ Le lesserez là, le povre Villon?
+
+ Venez le veoir en ce piteux arroy,
+ Nobles hommes, francs de quars et de dix,
+ Qui ne tenez d'empereur ne de roy,
+ Mais seulement de Dieu de Paradiz:
+ Jeuner lui fault dimanches et mardiz
+ Dond les dens a plus longues que ratteaux,
+ Après pain sec, non pas après gasteaux;
+ En ses boyaulx verse eau à gros bouillon;
+ Bas enterré, table n'a, ne tresteaulx:
+ Le lesserez là, le povre Villon?
+
+ ENVOI.
+
+ Princes nommez, anciens, jouvenceaulx,
+ Impetrez-moy graces et royaulx sceaux,
+ Et me montez en quelque corbillon. [P. 113]
+ Ainsi se font l'un à l'autre pourceaux,
+ Car, où l'un brait, ilz fuyent à monceaux.
+ Le lesserez là, le povre Villon?
+
+
+
+
+ LE DEBAT
+ DU CUEUR ET DU CORPS DE VILLON,
+ En forme de Ballade.
+
+ Qu'est-ce que j'oy?--Ce suis-je.--Qui?--Toncueur,
+ Qui ne tient mais qu'à ung petit filet,
+ Force n'ay plus, substance ne liqueur,
+ Quand je te voy retraict ainsi seulet,
+ Com pouvre chien tappy en recullet.
+ --Pourquoy est-ce?--Pour ta folle plaisance.
+ --Que t'en chault-il?--J'en ai la desplaisance.
+ --Laisse m'en paix!--Pourquoi?--J'y penseray.
+ --Quand sera-ce?--Quant seray hors d enfance.
+ --Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray.
+
+ --Que penses-tu?--Estre homme de valeur.
+ --Tu as trente ans.--C'est l'aage d'ung mullet.
+ --Est-ce enfance?--Nenny.--C'est donc folleur
+ Qui te saisit?--Par où?--Par le collet.
+ Rien ne congnois.--Si fais: mouches en laict:
+ L'ung est blanc, l'autre est noir, c'est la distance.
+ --Est-ce doncq tout?-Que veulx-tu que je tance?
+ Si n'est assez, je recommenceray.
+ --Tu es perdu!--J'y mettray resistance.
+ --Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray.
+
+ --J'en ay le dueil; toi, le mal et douleur. [P. 114]
+ Si fusse ung povre ydiot et folet,
+ Au cueur eusses de t'excuser couleur:
+ Se n'as-tu soing, tout ung, tel, bel ou laid,
+ Ou la teste as plus dure qu'ung jalet,
+ Ou mieulx te plaist qu'honneur ceste meschance!
+ Que respondras à ceste conséquence?
+ --J'en seray hors quand je trespasseray.
+ --Dieu, quel confort!--Quelle saige eloquence!
+ --Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray.
+
+ --D'ond vient ce mal?--Il vient de mon malheur.
+ Quand Saturne me feit mon fardelet,
+ Ces maulx y mist, je le croy.--C'est foleur:
+ Son seigneur es, et te tiens son valet.
+ Voy que Salmon escript en son roulet:
+ «Homme sage, ce dit-il, a puissance
+ Sur les planètes et sur leur influence.»
+ --Je n'en croy rien; tel qu'ilz m'ont faict seray.
+ --Que dis-tu?--Rien.--Certe, c'est ma créance.
+ Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray.
+
+ ENVOI.
+
+ --Veux-tu vivre?--Dieu m'en doint la puissance!
+ --Il te fault...--Quoy?--Remors de conscience;
+ Lire sans fin.--Et en quoy?--En science;
+ Laisse les folz!--Bien, j'y adviseray.
+ --Or le retiens.--J'en ay bien souvenance.
+ --N'attends pas tant que tourne à desplaisance.
+ Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray.
+
+
+
+ LA REQUESTE [P. 115]
+ Que Villon bailla à Monseigneur de Bourbon.
+
+ Le mien seigneur et prince redoubté,
+ Fleuron de Lys, royale geniture,
+ Françoys Villon, que travail a dompté
+ A coups orbes, par force de batture,
+ Vous supplie, par cette humble escripture,
+ Que luy faciez quelque gracieux prest.
+ De s'obliger en toutes cours est prest;
+ Si ne doubtez que bien ne vous contente.
+ Sans y avoir dommage n'interest,
+ Vous n'y perdrez seulement que l'attente.
+
+ A prince n'a ung denier emprunté,
+ Fors à vous seul, vostre humble créature.
+ Des six escus que lui avez presté,
+ Cela pieça, il mist en nourriture;
+ Tout se payera ensemble, c'est droicture,
+ Mais ce sera légèrement et prest:
+ Car, se du gland rencontre en la forest
+ D'entour Patay, et chastaignes ont vente,
+ Payé serez sans delay ny arrest:
+ Vous n'y perdrez seulement que l'attente.
+
+ Si je pensois vendre de ma santé
+ A ung Lombard, usurier par nature,
+ Faulte d'argent m'a si fort enchanté,
+ Que j'en prendrois, ce croy-je, l'adventure.
+ Argent ne pend à gippon ne ceincture;
+ Beau sire Dieux! je m'esbahyz que c'est,
+ Que devant moy croix ne se comparoist,
+ Sinon de bois ou pierre, que ne mente;
+ Mais s'une fois la vraye m'apparoist,
+ Vous n'y perdrez seulement que l'attente. [P. 116]
+
+ ENVOI.
+
+ Prince du Lys, qui à tout bien complaist,
+ Que cuydez-vous, comment il me desplaist
+ Quand je ne puis venir à mon entente?
+ Bien m'entendez, aydez-moi, s'il vous plaist:
+ Vous n'y perdrez seulement que l'attente.
+
+
+
+ SUSCRIPTION DE LADITE REQUESTE
+
+ _Allez, Lettres, faictes un sault,
+ Combien que n'ayez pied ne langue:
+ Remonstrez, en vostre harengue,
+ Que faulte d'argent si m'assault._
+
+
+
+ BALLADE
+
+ DES PROVERBES.
+
+ Tant grate chèvre que mal gist;
+ Tant va le pot à l'eau qu'il brise;
+ Tant chauffe-on le fer qu'il rougist;
+ Tant le maille-on qu'il se debrise;
+ Tant vault l'homme comme on le prise;
+ Tant s'eslongne-il qu'il n'en souvient;
+ Tant mauvais est qu'on le desprise;
+ Tant crie l'on Noel qu'il vient.
+
+ Tant raille-on que plus on ne rit;
+ Tant despend-on qu'on n'a chemise;
+ Tant est-on franc que tout se frit; [P. 117]
+ Tant vault tien que chose promise;
+ Tant ayme-on Dieu qu'on suyt l'Eglise;
+ Tant donne-on qu'emprunter convient;
+ Tant tourne vent qu'il chet en bise;
+ Tant crie l'on Noel qu'il vient.
+
+ Tant ayme-on chien qu'on le nourrist;
+ Tant court chanson qu'elle est apprise;
+ Tant garde-on fruict qu'il se pourrist;
+ Tant bat-on place qu'elle est prise;
+ Tant tarde-on qu'on fault à l'emprise;
+ Tant se haste-on que mal advient;
+ Tant embrasse-on que chet la prise;
+ Tant crie l'on Noel qu'il vient;
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, tant vit fol qu'il s'advise;
+ Tant va-t-il qu'après il revient;
+ Tant le matte-on qu'il se radvise;
+ Tant crie l'on Noel qu'il vient.
+
+
+
+
+ BALLADE
+
+ DES MENUS PROPOS.
+
+ Je congnois bien mouches en laict;
+ Je congnois à la robe l'homme;
+ Je congnois le beau temps du laid;
+ Je congnois au pommier la pomme;
+ Je congnois l'arbre à veoir la gomme;
+ Je congnois quand tout est de mesme;
+ Je congnois qui besongne ou chomme;
+ Je congnois tout, fors que moy-mesme. [P. 118]
+
+ Je congnois pourpoinct au collet;
+ Je congnois le moyne à la gonne;
+ Je congnois le maistre au valet;
+ Je congnois au voyle la nonne;
+ Je congnois quand piqueur jargonne;
+ Je congnois folz nourriz de cresme;
+ Je congnois le vin à la tonne;
+ Je congnois tout, fors que moy-mesme.
+
+ Je congnois cheval du mulet;
+ Je congnois leur charge et leur somme;
+ Je congnois Bietrix et Bellet;
+ Je congnois gect qui nombre et somme;
+ Je congnois vision en somme;
+ Je congnois la faulte des Boesmes;
+ Je congnois filz, varlet et homme:
+ Je congnois tout, fors que moy-mesme.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, je congnois tout en somme;
+ Je congnois coulorez et blesmes;
+ Je congnois mort qui nous consomme;
+ Je congnois tout, fors que moy-mesme.
+
+
+
+ BALLADE [P. 119]
+ DES POVRES HOUSSEURS.
+
+ On parle des champs labourer,
+ De porter chaulme contre vent,
+ Et aussi de se marier
+ A femme qui tance souvent;
+ De moyne de povre couvent,
+ De gens qui vont souvent sur mer;
+ De ceulx qui vont les bleds semer,
+ Et de celluy qui l'asne maine;
+ Mais, à trestout considérer,
+ Povres housseurs ont assez peine.
+
+ A petis enfans gouverner,
+ Dieu sçait se c'est esbatement!
+ De gens d'armes doit-on parler?
+ De faire leur commandement?
+ De servir Malchus chauldement?
+ De servir dames et aymer?
+ De guerrier et bouhourder
+ Et de jouster à la quintaine?
+ Mais, à trestout considérer,
+ Povres housseurs ont assez peine.
+
+ Ce n'est que jeu de bled soyer,
+ Et de prez faulcher, vrayement;
+ Ne d'orge battre, ne vanner,
+ Ne de plaider en Parlement;
+ A danger emprunter argent;
+ A maignans leurs poisles mener;
+ Et à charretiers desjeuner, [P. 120]
+ Et de jeusner la quarantaine;
+ Mais, à trestout considérer,
+ Povres housseurs ont assez peine.
+
+
+
+ PROBLÈME OU BALLADE
+ AU NOM DE LA FORTUNE.
+
+ Fortune fuz par clercz jadis nommée,
+ Que toy, Françoys, crie et nomme meurtrière.
+ S'il y a hom d'aucune renommée
+ Meilleur que toy, faiz user en plastrière,
+ Par povreté, et fouyr en carrière,
+ S'a honte viz, te dois tu doncques plaindre?
+ Tu n'es pas seul; si ne te dois complaindre.
+ Regarde et voy de mes faitz de jadis,
+ Maints vaillans homs par moy mors et roidiz,
+ Et n'eusses-tu envers eulx ung soullon,
+ Appaise-toy, et mectz fin en tes diz:
+ Par mon conseil prends tout en gré, Villon!
+
+ Contre grans roys je me suis bien armée,
+ Le temps qui est passé; car, en arrière,
+ Priame occis et toute son armée;
+ Ne lui valut tour, donjon, ne barrière.
+ Et Hannibal, demoura-il derrière?
+ En Cartaige, par moy, le feiz actaindre;
+ Et Scypion l'Affricquain feiz estaindre;
+ Julius César au sénat je vendiz;
+ En Egipte Pompée je perdiz;
+ En mer noyay Jazon en ung boullon; [P. 121]
+ Et, une fois, Romme et Rommains ardiz....
+ Par mon conseil prends tout en gré, Villon!
+
+ Alexandre, qui tant fist de hamée,
+ Qui voulut voir l'estoille poucynière,
+ Sa personne par moy fut inhumée.
+ Alphasar roy, en champ, sous la bannière,
+ Ruay jus mort; cela est ma manière.
+ Ainsi l'ay fait, ainsi le maintendray;
+ Autre cause ne raison n'en rendray.
+ Holofernes, l'ydolastre mauldiz,
+ Qu'occist Judic (et dormoit entandiz!)
+ De son poignart, dedens son pavillon;
+ Absallon, quoy! en fuyant suspendis....
+ Par mon conseil prends tout en gré, Villon!
+
+ ENVOI.
+
+ Povre Françoys, escoute que tu dis:
+ Se rien peusse sans Dieu de paradiz,
+ A toy n'aultre ne demourroit haillon:
+ Car pour ung mal lors j'en feroye dix:
+ Par mon conseil prends tout en gré, Villon!
+
+
+
+
+ BALLADE
+ CONTRE LES MESDISANS DE LA FRANCE.
+
+ Rencontré soit de bestes feu gectans,
+ Que Jason vit, querant la Toison d'or;
+ Ou transmué d'homme en beste, sept ans,
+ Ainsi que fut Nabugodonosor; [P. 122]
+ Ou bien ait perte aussi griefve et villaine
+ Que les Troyens pour la prinse d'Heleine;
+ Ou avallé soit avec Tantalus
+ Et Proserpine aux infernaulx pallus,
+ Ou plus que Job soit en griefve souffrance,
+ Tenant prison en la court Dedalus,
+ Qui mal vouldroit au royaume de France!
+
+ Quatre mois soit en un vivier chantant,
+ La teste au fons, ainsi que le butor;
+ Ou au Grand-Turc vendu argent contant,
+ Pour estre mis au harnois comme ung tor;
+ Ou trente ans soit, comme la Magdelaine,
+ Sans vestir drap de linge ne de laine;
+ Ou noyé soit, comme fut Narcisus;
+ Ou aux cheveux, comme Absalon, pendus,
+ Ou comme fut Judas par desperance,
+ Ou puist mourir comme Simon Magus,
+ Qui mal vouldroit au royaume de France!
+
+ D'Octovien puisse venir le temps:
+ C'est qu'on luy coule au ventre son trésor;
+ Ou qu il soit mis entre meules flotans;
+ En un moulin, comme fut saint Victor;
+ Ou transgloutis en la mer, sans haleine,
+ Pis que Jonas au corps de la baleine;
+ Ou soit banny de la clarté Phoebus,
+ Des biens Juno et du soulas Venus,
+ Et du grant Dieu soit mauldit à outrance,
+ Ainsi que fut roy Sardanapalus,
+ Qui mal vouldroit au royaume de France!
+
+ ENVOI. [P. 123]
+
+ Prince, porté soit des clers Eolus,
+ En la forest où domine Glocus,
+ Ou privé soit de paix et d'espérance,
+ Car digne n'est de posséder vertus,
+ Qui mal vouldroit au royaume de France!
+
+
+
+ LE JARGON OU JOBELIN [P. 124]
+ DE MAISTRE
+ FRANÇOIS VILLON.
+
+
+ BALLADE I.
+
+ A Parouart, la grand Mathe Gaudie,
+ Où accollez sont duppez et noirciz,
+ De par angels suyvans la paillardie,
+ Sont greffiz et prins cinq ou six.
+ Là sont bleffeurs, au plus hault bout assis
+ Pour l'evagie, et bien hault mis au vent.
+ Escevez-moy tost ces coffres massis!
+ Ces vendengeurs, des ances circoncis,
+ S'embrouent du tout à néant...
+ Eschec, eschec, pour le fardis!
+
+ Brouez-moy sur ces gours passans,
+ Advisez-moy bien tost le blanc,
+ Et pictonnez au large sur les champs:
+ Qu'au mariage ne soyez sur le banc
+ Plus qu'un sac de piastre n'est blanc.
+ Si gruppez estes des carireux, [P. 125]
+ Rebignez-moy tost ces enterveux,
+ Et leur montrez des trois le bris:
+ Que clavés ne soyez deux et deux...
+ Eschec, eschec, pour le fardis!
+
+ Plantez aux hurmes vos picons,
+ De paour des bisans si très-durs,
+ Et, aussi, d'estre sur les joncs,
+ En mahe, en coffres, en gros murs.
+ Escharricez, ne soyez durs,
+ Que le grand Can ne vous fasse essorer.
+ Songears ne soyez pour dorer,
+ Et babignez tousjours aux ys
+ Des sires, pour les debouser...
+ Eschec, eschec, pour le fardis!
+
+ ENVOI.
+
+ Prince Froart, dit des Arques Petis,
+ L'un des sires si ne soit endormis,
+ Levez au bec, que ne soyez griffis,
+ Et que vous n'en ayez du pis...
+ Eschec, eschec, pour le fardis!
+
+
+
+
+ BALLADE II.
+
+ Coquillars, narvans à Ruel,
+ Men ys vous chante que gardez
+ Que n'y laissez et corps et pel,
+ Com fist Colin de l'Escaillier,
+ Devant la roe babiller
+ Il babigna, pour son salut. [P. 126]
+ Pas ne sçavoit oingnons peller,
+ Dont Lamboureur lui rompt le suc.
+
+ Changez, andossez souvent,
+ Et tirez tout droit au tremble,
+ Et eschicquez tost en brouant.
+ Qu'en la jarte ne soyez ample.
+ Montigny y fut, par exemple,
+ Bien estaché au halle-grup,
+ Et y jargonnast-il le temple,
+ Dont Lamboureur lui rompt le suc.
+
+ Gailleurs, bien faitz en piperie,
+ Pour ruer les ninars au loing,
+ A l'assault tost, sans suerie!
+ Que les mignons ne soient au gaing,
+ Tout farcis d'un plumas à coing,
+ Qui griefve et garde le duc,
+ Et de la dure si très loing,
+ Dont Lamboureur luy rompt le suc.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, arrière de Ruel,
+ Et n'eussiez vous denier ne pluc,
+ Que au giffle ne laissez la pel,
+ Pour Lamboureur, qui rompt le suc.
+
+
+
+ BALLADE III. [P. 127]
+
+ Spélicans,
+ Qui, en tous temps,
+ Avancez dedans le pogois,
+ Gourde piarde,
+ Et sur la tarde,
+ Desboursez les pauvres nyais,
+ Et pour soustenir vostre pois,
+ Les duppes sont privez de caire,
+ Sans faire haire,
+ Ne hault braiere,
+ Mais plantez ils sont comme joncz,
+ Pour les sires qui sont si longs.
+
+ Souvent aux arques,
+ A leurs marques,
+ Se laissent tous desbouser
+ Pour ruer,
+ Et enterver
+ Pour leur contre que lors faisons.
+ La fée aux Arques vous respond,
+ Et rue deux coups, ou bien troys,
+ Aux gallois.
+ Deux, ou troys
+ Mineront trestout aux frontz,
+ Pour les sires qui sont si longs.
+
+ Et pour ce, benards,
+ Coquillars,
+ Rebecquez-vous de la montjoye,
+ Qui desvoye [P. 128]
+ Votre proye,
+ Et vous fera de tout brouer;
+ Par joncher
+ Et enterver,
+ Qui est aux pigeons bien cher:
+ Pour rifler
+ Et placquer
+ Les angels de mal tous rondz,
+ Pour les sires qui sont si longs.
+
+ ENVOI.
+
+ De paour des hurmes
+ Et des grumes,
+ Rassurez-vous en droguerie
+ Et faerie,
+ Et ne soyez plus sur les joncz,
+ Pour les sires qui sont si longs.
+
+
+
+ BALLADE IV.
+
+ Saupicquetz frouans des gours arques,
+ Pour deshouser, beau sire dieux,
+ Allez ailleurs planter vos marques!
+ Benards, vous estes rouges gueux.
+ Berard s'en va chez les joncheux
+ Et babigne qu'il a plongis.
+ Mes frères, soiez embrayeux
+ Et gardez les coffres massis.
+
+ Se gruppez estes, des grappes
+ De ces angels si graveliffes;
+ Incontinent, manteaulx et cappes, [P. 129]
+ Pour l'emboue ferez eclipses;
+ De vos sarges serez besifles,
+ Tout debout et non pas assis.
+ Pour ce, gardez d'estre griffes
+ Dedens ces gros coffres massis.
+
+ Nyais qui seront attrapez,
+ Bientost s'en brouent au Halle,
+ Plus ne vault que tost ne happez
+ La baudrouse de quatre talle.
+ Des tires fait la hairenalle,
+ Quand le gosser est assiegis,
+ Et si hurcque la pirenalle,
+ Au saillir des coffres massis.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince des gayeulx, à leurs marques,
+ Que voz contres ne soient griffis.
+ Pour doubte de frouer aux arques,
+ Gardez-vous des coffres massis.
+
+
+
+ BALLADE V.
+
+ Joncheurs, jonchans en joncherie,
+ Rebignez bien où joncherez;
+ Qu'Ostac n'embroue vostre arrerie,
+ Où acollez sont vos ainsnez.
+ Poussez de la quille et brouez,
+ Car tost seriez roupieux.
+ Eschet qu'acollez ne soyez.
+ Par la poe du marieux.
+
+ Bendez-vous contre la faerie, [P. 130]
+ Quanques vous aurez desbousez,
+ N'estant à juc la riflerie
+ Des angelz et leurs assosez.
+ Berard, se povez, renversez,
+ Si greffir laissez voz carieux;
+ La dure bientost renversez,
+ Pour la poe du marieux.
+
+ Entervez à la floterie,
+ Chantez-leur trois, sans point songer.
+ Qu'en artes ne soyez en surie,
+ Blanchir vos cuirs et essurger.
+ Bignez la mathe, sans targer;
+ Que vos ans ne soyent ruppieux!
+ Plantez ailleurs contre assiéger,
+ Pour la poe du marieux.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince Benard en Esterie,
+ Querez coupans pour Lamboureux
+ Et autour de vos ys tuerie,
+ Pour la poe du marieux.
+
+
+
+ BALLADE VI
+
+ Contres de la gaudisserie,
+ Entervez tousjours blanc pour bis,
+ Et frappez, en la hurterie,
+ Sur les beaulx sires bas assis.
+ Ruez de feuilles cinq ou six,
+ Et vous gardez bien de la roe,
+ Qui aux sires plante du gris, [P. 131]
+ En leur faisant faire la moe.
+
+ La giffle gardez de rurie,
+ Que vos corps n'en ayent du pis,
+ Et que point, à la turterie,
+ En la hurme ne soyez assis.
+ Prenez du blanc, laissez du bis,
+ Ruez par les fondes la poe,
+ Car le bizac, à voir advis,
+ Faict aux Beroars faire la moe.
+
+ Plantez de la mouargie,
+ Puis ça, puis là, pour l'artis,
+ Et n'espargnez point la flogie
+ Des doulx dieux sur les patis.
+ Vos ens soyent assez hardis,
+ Pour leur avancer la droe;
+ Mais soient memorandis,
+ Qu'on ne vous face la moe.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, qui n'a bauderie
+ Pour eschever de la soe,
+ Danger du grup, en arderie,
+ Faict aux sires faire la moe.
+
+ FIN DES OEUVRES DE MAISTRE
+ FRANÇOIS VILLON.
+
+
+
+ POÉSIES [P. 132]
+ ATTRIBUÉES A VILLON
+
+
+
+ I RONDEL.
+
+ Les biens dont vous estes la dame
+ Ont mon cueur si très fort espris,
+ Qu'il feust mort, s'il n'eust entrepris
+ De vous aymer plus que nul âme.
+
+ Quant à moy, point je ne l'en blasme,
+ Pour ce qu'ilz ont de tous le pris
+ Les biens dont vous estes la dame.
+
+ De ce qu'il fault que je vous ayme,
+ Je sçay trop bien que j'ay mespris;
+ Mais qui en doit estre repris?
+ Non pas moi. Qui donc? Sur mon ame,
+ Les biens dont vous estes la dame.
+
+
+ II. RONDEL.
+
+ A bien juger mon propre affaire
+ Et piteux cas, sans riens en taire,
+ Plus qu'autre croire me debvez, [P. 134]
+ Se par adventure n'avez
+ Information de contraire.
+
+ Celle ou celluy qui m'a brassé
+ Ce maulvais los et pourchassé
+ Me het et ne vous ayme pas;
+ Mais il quiert que soye chacié
+ De vostre amour et effacié.
+ Je congnois bien telz advocas.
+
+ Se vous avez voulu refaire
+ Leur voulenté pour me deffaire,
+ Vous faictes mal et me grevez.
+ Considerez que vous sçavez
+ Qu'onc vers vous ne voulus meffaire
+ A bien juger.
+
+
+ III. RONDEL.
+
+ Une fois me dictes ouy,
+ En foy de noble et gentil femme;
+ Je vous certifie, ma Dame,
+ Qu'oncques ne fuz tant resjouy.
+
+ Veuillez le donc dire selon
+ Que vous estes benigne et doulche,
+ Car ce doulx mot n'est pas si long
+ Qu'il vous face mal en la bouche.
+
+ Soyez seure, si j'en jouy,
+ Que ma lealle et craintive ame
+ Gardera trop mieulx que nul ame
+ Vostre honneur. Avez-vous ouy?
+ Une fois me dictes ouy.
+
+
+ IV. RONDEL. [P. 135]
+
+ Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente;
+ Une j'en sers qui est bien suffisante
+ Pour contenter un grant duc ou un roy.
+ Je l'ayme bien, mais non pas elle moy;
+ Il n'est besoing que de ce je me vante.
+
+ Combien qu'elle est de taille belle et gente,
+ De m'en louer pour ceste heure presente
+ Pardonnez-moy, car je n'y voy de quoy;
+ Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente.
+
+ Quant je luy dy de mon vouloir l'entente,
+ Et cueur et corps et biens je luy presente,
+ Pour tout cela remède je n'y voy.
+ Deliberé suis, sçavez-vous de quoy?
+ De luy quicter et le jeu et l'actente.
+ Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente.
+
+
+ V. RONDEL.
+
+ De mon faict je ne sçay que dire;
+ Par tout où je vois je m'adire,
+ Et des yeulx voy moins que du coute.
+ En danger suis qu'il ne me couste
+ La vie, tant suis remply d'ire.
+
+ De mon faict je ne sçay que dire,
+ Car ma dame si ne tient compte
+ De mon martyre, quant luy compte,
+ Mais me dit que trop aise suis,
+ Et qu'en ce royaulme n'a conte
+ Qui ait de nulle meilleur compte
+ Que j'ay d'elle, quant je la suis,
+
+ Nullement, de paour de mesdire, [P. 136]
+ Jamais je ne l'ose desdire;
+ A son gré parler je l'ecoute,
+ Puis emprès elle je m'accoute,
+ Sans luy vouloir riens contredire.
+ De mon faict je ne sçay que dire.
+
+
+ VI. RONDEL.
+
+ Pour entretenir mes amours
+ Colorer me fault maints fins tours;
+ Car ma bourse est très mal garnie
+ Pour fourrer le poignet tousjours.
+
+ Ung jour demande haults atours,
+ Et l'autre ung grant bort de velours,
+ Et je respons: «Or bien, m'amye,»
+ Pour entretenir mes amours.
+
+ Veez-vous ce donneur de bonjours?
+ Il a faict en el tant de cours,
+ Practiqué l'art de baverie,
+ Qu'il scet moult bien, sans ce qu'il rie,
+ Dire sa pensée à rebours.
+ Pour entretenir mes amours
+ Colorer me fault maints fins tours.
+
+
+ VII. RONDEL.
+
+ Tu te brusles à la chandelle!
+ Helas! mon cueur, ne vois tu pas
+ Que danger est tousjours au pas,
+ Qui fait à tous guerre mortelle?
+
+ Soyes seur que tu l'auras belle [P. 137]
+ Se tu n'y vas bien par compas;
+ Tu te brusles à la chandelle.
+
+ Sont-ce chastaignes qu'on y pelle,
+ A ton advis, pour ton repas?
+ Nennil. Retrais toy tout le pas,
+ Ains qu'on te frape au cul la pelle.
+ Tu te brusles à la chandelle.
+
+
+ VIII. RONDEL.
+
+ Adieu vous dy la lerme à l'oeil;
+ Adieu, ma très gente mignonne,
+ Adieu, sur toutes la plus bonne,
+ Adieu vous dy, qui m'est grand dueil.
+
+ Adieu, adieu, m'amour, mon vueil;
+ Mon povre cueur vous laisse et donne.
+ Adieu vous dy la lerme à l'oeil.
+
+ Adieu, par qui du mal recueil
+ Mille fois plus que mot ne sonne;
+ Adieu, du monde la personne
+ Dont plus me loue et plus me dueil.
+ Adieu vous dy la lerme à l'oeil.
+
+
+ IX. BALLADE.
+
+ Las! je me plains d'amours et de ma dame,
+ Et de mes yeulx dont j'ay veu sa beaulté;
+ Et oultre plus, je me plains d'une femme
+ Qui contre moy a le conseil donné
+ Dont j'ay déjà tant de mal enduré [P. 138]
+ Qu'il me fauldra, par deffaulte de joye,
+ Aller criant, comme tout forcené:
+ Je hez ma dame que tant aymer souloye.
+
+ Car se pitié son très doulx cueur n'entame
+ A me donner ce que j'ay desiré,
+ J'iray mourir, ainsi qu'ung homme infame.
+ Tout hors de sens et si desespéré
+ Qu'après ma mort il en sera parlé
+ Plus loin dix fois que d'icy en Savoye,
+ Et lors diray pour plus estre blasmé:
+ Je hez ma dame que tant aymer souloye
+
+ Se je le dy, je jure sur mon ame
+ Que ce sera contre ma voulenté.
+ Je prye à Dieu qu'il n'y puist avoir ame
+ A celle fin qu'il ne soit raporté.
+ Car jasoit ce qu'elle m'ait courroucé
+ Tant qu'on peut plus, cent mille fois mourroye
+ Avant que j'eusse ne dit ne proferé:
+ Je hez ma dame que tant aymer souloye.
+
+
+ X. RONDEL.
+
+ Quelque chose qu'Amours ordonne,
+ Force m'est que vous habandonne
+ Pour pourchasser ailleurs mon bien;
+ Car, sur ma foy, je congnois bien
+ Que vous m'estes pire que bonne.
+
+ Trop a de cueur qui vous en donne:
+ Pour ce jà Dieu ne me pardonne
+ Se vous avez jamais le mien, [P. 139]
+ Quelque chose qu'Amours ordonne.
+
+ Si n'aymeray je jà personne
+ Que vous, quoy que l'on me sermonne,
+ En tout ce monde terrien;
+ Mais maintenant je n'en fais rien,
+ Et sers selon qu'on me guerdonne.
+ Quelque chose qu'Amours ordonne,
+ Force m'est que vous habandonne.
+
+
+
+ XI. RONDEL.
+
+ Hahay! estes vous rencherie,
+ Dieux y ait part, puis devant hier?
+ Ma dame, c'est pour enrager!
+ Le faictes-vous par mocquerie?
+
+ Mais venez çà, je vous en prie:
+ Est le cuir devenu si cher?
+ Hahay! estes vous rencherie?
+
+ Et dea! et ne sçavez-vous mie
+ Que mon père est cordouennier;
+ Vous voulez bazanne priser
+ Plus que cordouen la moitié.
+ Hahay! estes-vous rencherie?
+
+
+
+ XII. RONDEL.
+
+ Au plus offrant ma dame est mise
+ Et dernier encherisseur.
+ Je ne sçay se c'est par honneur,
+ Mais je n'en prise pas la guise.
+
+ Elle m'avoit sa foy promise, [P. 140]
+ Mais je voy qu'elle a mis son cueur
+ Au plus offrant.
+
+ Et pour ce je quitte la prinse
+ D'estre nommé son serviteur,
+ Car donner me porte malheur.
+ Ainsi j'ay laissé l'entreprise
+ Au plus offrant.
+
+
+ XIII. RONDEL.
+
+ Entens à moy, vray dieu d'amours,
+ Et faiz que la mort ait son cours
+ Hastivement,
+
+ Car j'ay mal employé mes jours.
+ Je meurs en aymant par amours
+ Certainement.
+
+ Languir me fault en griefs doulours.
+
+
+ XIV. BALLADE
+ _Pour ung prisonnier._
+
+ S'en mes maulx me peusse esjoyr
+ Tant que tristesse me feust joye
+ Par me doulouser et gemir,
+ Voulentiers je me complaindroye;
+ Car, s'au plaisir Dieu, hors j'estoye,
+ J'ay espoir qu'au temps advenir
+ A grant honneur venir pourroye
+ Une fois avant que mourir.
+
+ Pourtant, s'ay eu moult à souffrir [P. 141]
+ Par fortune, dont je larmoye,
+ Et que n'ay pas peu obtenir
+ N'avoir ce que je pretendoye,
+ Au temps advenir je vouldroye
+ Voulentiers bon chemin tenir
+ Pour acquerir honneur et joye
+ Une fois avant que mourir.
+
+ Sans plus loin exemple querir,
+ Par moy mesme juger pourroye
+ Que meschief nul ne peult fouyr,
+ S'ainsi est qu'advenir luy doye.
+ C'est jeunesse qui tout desvoye;
+ Nul ne s'en doit trop esbahyr.
+ Si juste n'est qui ne fourvoye
+ Une fois avant que mourir.
+
+ Prince, s'aucun povoir avoye
+ Sur ceulx qui me font cy tenir,
+ Voulentiers vengeance en prendroye
+ Une fois avant que mourir.
+
+
+ XV. RONDEL.
+
+ Comme moy vous aurez voz gages.
+ J'en fuz bien payé au partir:
+ Plain de dueil jusques au partir,
+ Ne sont-ce plaisans advantages?
+
+ Servez amours entre vous sages:
+ Il vous en fera repentir;
+ Comme moy vous aurez vos gages.
+
+ Repeuz serez de doulx langaiges [P. 142]
+ Pour vous garder de departir.
+ Quant est à moy, j'en suys martir.
+ Bien tard congnoistrez telz ouvrages;
+ Comme moy vous aurez vos gages.
+
+
+ XVI. BALLADE.
+
+ Il n'est danger que de vilain,
+ N'orgueil que de povre enrichy,
+ Ne si seur chemin que le plain,
+ Ne secours que de vray amy,
+ Ne desespoir que jalousie,
+ N'angoisse que cueur convoiteux,
+ Ne puissance où il n'ait envie,
+ Ne chere que d'homme joyeulx;
+
+ Ne servir qu'au roy souverain,
+ Ne lait nom que d'homme ahonty,
+ Ne manger fors quant on a faim,
+ N'emprise que d'homme hardy,
+ Ne povreté que maladie,
+ Ne hanter que les bons et preux,
+ Ne maison que la bien garnie,
+ Ne chère que d'homme joyeulx;
+
+ Ne richesse que d'estre sain,
+ N'en amours tel bien que mercy,
+ Ne de la mort rien plus certain,
+ Ne meilleur chastoy que de luy;
+ Ne tel trésor que preudhommye,
+ *****************************
+ Ne paistre qu'en grant seigneurie,
+ Ne chère que d'homme joyeulx;
+
+ ENVOI. [P. 143]
+
+ Que voulez-vous que je vous die?
+ Il n'est parler que gracieulx,
+ Ne louer gens qu'après leur vie,
+ Ne chère que d'homme joyeulx
+
+
+ XVII. BALLADE MORALE.
+
+ D'une dague forte et aigüe
+ Soit-il frappé parmy l'eschine,
+ Et ait tousjours une sansue
+ Attachée à sa poitrine,
+ Et attainct d'une coulevrine
+ Entre le nez et le menton,
+ Ou qu'en prison vive en famine,
+ Qui autruy blasme sans raison.
+
+ Son giste soit emmy la rue,
+ Tout nud quand il fera bruyne,
+ Sur pel de heriçon pointue,
+ Couvert d'une chère estamine;
+ De vent de bise sa courtine,
+ Et soit mors d'ung escorpion,
+ Ou qu'en prison vive en foraine,
+ Qui autruy blasme sans raison.
+
+ Sa chair soit detrenchée menue
+ Plus qu'au moulin n'est la farine,
+ Ou de gros nerfz soit bien batue,
+ Ou couche nud sur tas d'espine:
+ Et affin que plus tost il fine,
+ Son corps soit remply de poison,
+ Ou qu'en prison vive en famine, [P. 144]
+ Qui autruy blasme sans raison.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, soit mis en la gehaine
+ Dix fois le jour comme ung larron,
+ Ou qu'en prison vive en famine,
+ Qui autruy blasme sans raison.
+
+
+
+ XVIII. BALLADE.
+
+ J'ay ung arbre de la plante d'amours,
+ Enraciné en mon cueur proprement,
+ Qui ne porte fruits, sinon de dolours,
+ Fueilles d'ennuy et fleurs d'encombrement;
+ Mais, puis qu'il fut planté premièrement,
+ Il est tant creu, de racine et de branche,
+ Que son umbre, qui me porte nuysance,
+ Fait au dessoubs toute joye seichier,
+ Et si ne puis, pour toute ma puissance,
+ Autre planter, ne celuy arrachier.
+
+ De si long-temps est arrosé de plours
+ Et de lermes tant douloureusement,
+ Et si n'en sont les fruits de rien meillours:
+ Ne je n'y truys guères d'amendement.
+ Je les recueille pourtant soigneusement.
+ C'est de mon cueur l'amère soustenance,
+ Qui trop mieux fust en friche ou en souffrance
+ Que porter fruits qui le dussent blecier;
+ Mais pas ne veult l'amoureuse ordonnance,
+ Autre planter, ne celuy arrachier.
+
+ S'en ce printemps, que les feuilles et fleurs [P. 145]
+ Et arbrynceaux percent nouvellement,
+ Amours vouloit moy faire ce secours,
+ Que les branches qui font empeschement
+ Il retranchast du tout entierement,
+ Pour y enter ung rynceau de plaisance,
+ Il gecteroit bourgeons de souffisance;
+ Joye en istroit, dont il n'est rien plus chier;
+ Et ne fauldroit jà, par desesperance,
+ Autre planter, ne celuy arrachier.
+
+ ENVOI.
+
+ Ma princesse, ma première esperance,
+ Mon cueur vous sert en dure penitence.
+ Faictes le mal qui l'acqueult retranchier,
+ Et ne souffrez en vostre souvenance
+ Autre planter, ne celuy arrachier.
+
+
+
+ XIX. BALLADE.
+
+ Plaisant assez, et des biens de fortune
+ Ung peu garny, me trouvay amoureux,
+ Voire si bien, que, tant aymay fort une,
+ Que nuit et jour j'en estois langoureux.
+ Mais tant y a, que je fus si heureux
+ Que, moyennant vingt escus à la rose,
+ Je fis cela que chacun bien suppose.
+ Alors je dis, connoissant ce passage:
+ «Au fait d'amours, babil est peu de chose;
+ Riche amoureux a tousjours l'advantage.
+
+ Or est ainsy que, durant ma pecune,
+ Je fus traite comme amy precieux;
+ Mais, tost après, sans dire chose aucune,
+ Cette vilaine alla jetter les yeulx [P. 146]
+ Sur un vieillard riche, mais chassieux,
+ Laid et hideux trop plus qu'on ne propose.
+ Ce neantmoins, il en jouit sa pose,
+ Dont moy, confus, voyant un tel ouvrage,
+ Dessus ce texte allay bouter en glose:
+ Riche amoureux a tousjours l'advantage.
+
+ Or elle a tort, car noyse ny rancune
+ N'eut onc de moy. Tant lui fus gracieux,
+ Que, s'elle eust dit: «Donne-moy de la lune»
+ J'eusse entrepris de monter jusqu'aux cieulx;
+ Et, nonobstant, son corps tant vicieux
+ Au service de ce vieillard expose.
+ Dont, ce voyant, un rondeau je compose,
+ Que luy transmets; mais, en pou de langage,
+ Me respond franc: «Povreté te depose:
+ Riche amoureux a tousjours l'advantage!»
+
+ ENVOI.
+
+ Prince tout bel, trop mieux parlant qu'Orose,
+ Si vous n'avez toujours bourse desclose,
+ Vous abusez: car Meung, docteur très sage,
+ Nous a descrit que, pour cueillir la rose,
+ Riche amoureux a tousjours l'advantage.
+
+
+
+ XX. BALLADE.
+
+ Qui en amours veut estre heureux,
+ Faut tenir train de seigneurie,
+ Estre prompt et advantureux
+ Quand vient à monstrer l'armarie:
+ Porter drap d'or, orfaverie,
+ Car cela les dames esmeut.
+ Tout sert; mais, par saincte Marie! [P. 147]
+ Il ne fait pas ce tour qui veult.
+
+ Je fus naguères amoureux
+ D'une dame cointe et jolie,
+ Qui me dit, en mots gracieux:
+ «Mon amour est en vous ravie;
+ Mais il faut qu'el soit desservie
+ Par cinquante escus d'or, s'on peut.
+ --Cinquante escus! Bon gré ma vie!
+ Il ne fait pas ce tour qui veult.»
+
+ Alors luy donnay sur les lieux
+ Où elle feisoit l'endormie:
+ Quatre venues, de coeur joyeux,
+ Luy fis en moins d'heure et demie.
+ Lors me dit, à voix espasmie:
+ «Encore un coup! le coeur me deult.
+ --Encore un coup! Hélas! m'amye,
+ Il ne fait pas ce tour qui veult!»
+
+ ENVOI.
+
+ Prince d'amours, je te supplie,
+ Si plus ainsi elle m'accuelt,
+ Que ma lance jamais ne plie:
+ Il ne fait pas ce tour qui veult!
+
+
+
+ XXI. BALADE JOYEUSE DES TAVERNIERS.
+
+ D'ung gect de dart, d'une lance asserée,
+ D'ung grant faussart, d'une grosse massue,
+ D'une guisarme, d'une flèche ferrée,
+ D'ung bracquemart, d'une hache esmolue,
+ D'ung grand penart et d'une bisagüe,
+ D'ung fort espieu et d'une saqueboute; [P. 148]
+ De maulx briguans puissent trouver tel route
+ Que tous leurs corps fussent mis par morceaulx,
+ Le cueur fendu, desciré par monceaulx,
+ Le col couppé d'ung bon branc acherin,
+ Descirez soient de truye et de pourceaulx
+ Les taverniers qui brouillent nostre vin.
+
+ D'ung arc turcquois, d'une espée affilée
+ Ayent les paillars la brouaille cousue,
+ De feu gregoys la perrucque bruslée,
+ Et par tempeste la cervelle espandue,
+ Au grand gibet leur charongne pendue,
+ Et briefvement puissent mourir de goutte,
+ Ou je requiers et pry que l'on leur boute
+ Parmy leur corps force d'ardans barreaulx;
+ Vifs escorchez des mains de dix bourreaulx,
+ Et puis bouillir en huille le matin,
+ Desmembrez soient à quatre grans chevaux,
+ Les taverniers qui brouillent nostre vin.
+
+ D'un gros canon la tête escarbouillée
+ Et de tonnerre acablez en la rue
+ Soient tous leurs corps, et leur chair dessirée,
+ De gros mastins bien garnye et pourvue,
+ De forz esclers puissent perdre la veue,
+ Neige et gresil tousjours sur eux degoutte,
+ Avecques ce ilz aient la pluye toute
+ Sans que sur eux ayent robbes ne manteaulx,
+ Leurs corps trenchez de dagues et couteaulx,
+ Et puis traisnez jusques en l'eau du Rin;
+ Desrompuz soient à quatre-vingts marteaulx
+ Les taverniers qui brouillent nostre vin.
+
+ Prince, de Dieu soient maulditz leurs boyaulx, [P. 149]
+ Et crever puissent par force de venin
+ Ces faulx larrons, maulditz et desloyaulx,
+ Les taverniers qui brouillent nostre vin
+
+
+
+ XXII. S'ENSUIT LE MONOLOGUE DU [P. 150]
+ FRANC ARCHIER DE BAIGNOLLET
+
+ AVEC SON EPITAPHE.
+
+ C'est à meshuy! J'ay beau corner!
+ Or ça, il s'en fault retourner,
+ Maulgré ses dentz, en sa maison
+ Si ne vis-je pieça saison
+ Où j'eusse si hardy couraige
+ Que j'ay! Par la morbieu! j'enraige
+ Que je n'ay à qui me combatre...
+ Y a-il homme qui à quatre,
+ Dy-je, y a-il quatre qui vueillent
+ Combatre à moy? Se tost recueillent
+ Mon gantelet; vela pour gaige!
+ Par le sang bieu! je ne crains paige,
+ S'il n'a point plus de quatorze ans.
+ J'ay autresfoys tenu les rencz,
+ Dieu Mercy! et gaigné le prix
+ Contre cinq Angloys que je pris,
+ Povres prisonniers desnuez, [P. 151]
+ Si tost que je les euz ruez.
+ Ce fust au siège d'Alençon.
+ Les troys se misrent à rançon,
+ Et le quatriesme s'enfuyt.
+ Incontinent que l'autre ouyt
+ Ce bruit, il me print à la gorge.
+ Se je n'eusse crié: Sainct George!
+ Combien que je suys bon Françoys,
+ Sang bieu! il m'eust tué ançoys
+ Que personne m'eust secouru.
+ Et quand je me senty feru
+ D'une bouteille, qu'il cassa
+ Sur ma teste: «Venez ça, ça!
+ Dis-je lors. Que chascun s'appaise!
+ Je ne quiers point faire de noise,
+ Ventre bieu! et buvons ensemble.
+ Posé soit ores que je tremble,
+ Sang bieu! je ne vous crains pas maille.»
+
+ _Cy dit ung quidem, par derrière les gens_:
+ Coquericoq.
+
+ Qu'esse cy? J'ay oüy poullaille
+ Chanter chez quelque bonne vieille;
+ Il convient que je la resveille.
+ Poullaille font icy leurs nidz!
+ C'est du demourant d'Ancenys,
+ Par ma foy! ou du Champ-Toursé...
+ Helas! que je me vis coursé
+ De la mort d'ung de mes nepveux!
+ J'euz d'ung canon par les cheveux,
+ Qui me vint cheoir tout droit en barbe;
+ Mais je m'escriay: «Saincte Barbe! [P. 152]
+ Vueille-moy ayder à ce coup,
+ Et je t'ayderay l'autre coup!»
+ Adonc le canon m'esbranla,
+ Et vint ceste fortune-là
+ Quand nous eusmes le fort conquis.
+ Le Baronnet et le Marquis,
+ Craon, Cures, l'Aigle et Bressoire,
+ Accoururent pour veoir l'histoire;
+ La Rochefouquault, l'Amiral,
+ Aussi Beuil et son attirail,
+ Pontièvre, tous les capitaines,
+ Y deschaussèrent leurs mitaines
+ De fer, de paour de m'affoler,
+ Et si me vindrent acoler
+ A terre, où j'estoye meshaigné,
+ De paour de dire: «Il n'a daigné!»
+ Combien que je fusse malade,
+ Je mis la main à la salade,
+ Car el m'estouffoit le visaige.
+ «Ha! dist le Marquis, ton oultraige
+ Te fera une foys mourir!»
+ Car il m'avoit bien veu courir,
+ Oultre l'ost, devant le chasteau.
+ Hélas! j'y perdy mon manteau,
+ Car je cuidoye d'une poterne
+ Que ce fust l'huys d'une taverne.
+ Et moy tantost de pietonner,
+ Car, quand on oyt clarons sonner,
+ Il n'est courage qui ne croisse.
+ Tout aussitost: «Où esse? Où esse?
+ Et, à brief parler, je m'y fourre,
+ Ne plus ne moins qu'en une bourre.
+ Si ce n'eust esté la brairie
+ Du costé devers la prairie, [P. 153]
+ De nos gens, qui crioient trestous,
+ Disant: «Pierre, que faictes-vous?
+ N'assaillez pas la basse court
+ Tout seul!» je l'eusse prins tout court,
+ Certes; mais c'eust esté outraige.
+ Et se ce n'eust esté ung paige
+ Qui nous vint trencher le chemin,
+ Mon frère d'armes Güillemin
+ Et moy, Dieu lui pardoint, pourtant!
+ Car, quoy? il nous en pend autant
+ A l'oeil, eussions, sans nulle faille,
+ Frappé au travers la bataille
+ Des Bretons; mais nous apaisames
+ Nos couraiges et recullames...
+ Que dy-je? non pas reculer,
+ Chose dont on ne doibt parler...
+ Ung rien, jusque au Lyon d'Angiers.
+ Je ne craignoye que les dangiers,
+ Moy; je n avoye paour d'aultre chose.
+ Et quand la bataille fut close,
+ D'artillerie grosse et gresle
+ Vous eussez ouy, pesle-mesle:
+ _Tip, tap, sip, sap_, à la barrière,
+ Aux esles, devant et derrière.
+ J'en eus d'ung parmy la cuirace.
+ Les dames qu'estoient en la place
+ Si ne craignoyent que le couillart.
+ Certes, j'estoye ung bon paillart;
+ J'en avoye ung si portatif,
+ Se je n'eusse esté si hastif
+ De mettre le feu en la pouldre,
+ J'eusse destruit et mis en fouldre
+ Tout quanqu'avoit de damoiselles.
+ Il porte deux pierres jumelles, [P. 154]
+ Mon couillart: jamais n'en a meins.
+ Et dames de joindre les mains,
+ Quand ilz virent donner l'assault.
+ Les ungs se servoyent du courtault
+ Si dru, si net, si sec que terre.
+ Et puis, quoy? parmy ce tonnerre,
+ Eussez ouy sonner trompilles,
+ Pour faire dancer jeunes filles
+ Au son du courtault, haultement.
+ Quand j'y pense, par mon serment!
+ C'est vaine guerre qu'avec femmes;
+ J'avoye toujours pitié des dames.
+ Veu qu'ung courtault tresperce ung mur,
+ Ilz auroyent le ventre bien dur,
+ S'il ne passoit oultre... Pensez
+ Qu'on leur eust faict du mal assez,
+ Se l'en n'eust eu noble couraige;
+ Mesmes ces pehons de villaige,
+ J'entens pehons de plat pays,
+ Ne se fussent point esbahis
+ De leur mal faire; mais nous sommes
+ Tousjours, entre nous gentilz hommes,
+ Au guet dessus la villenaille.
+ J'estoye par deçà la bataille,
+ Tousjours la lance ou la bouteille
+ Sur la cuisse: c'estoit merveille,
+ Merveille de me regarder.
+ Il vint ung Breton estrader,
+ Qui faisoit rage d'une lance;
+ Mais il avoit, de jeune enfance,
+ Les reins rompus; c'estoit dommaige.
+ Il vint tout seul, par son oultraige,
+ Estrader par mont et par val;
+ Pour bien pourbondir ung cheval [P. 155]
+ Il faisoit feu et voire flambe.
+ Mais je lui trenchay une jambe,
+ D'ung revers, jusques à la hanche;
+ Et fis ce coup-là ung dimenche,
+ Que dy-je? ung lundy matin.
+ Il ne s'armoit que de satin,
+ Tant craignoit à grever ses reins.
+ Voulentiers frappoit aux chanfrains
+ D'ung cheval, quand venoit en jouste,
+ Ou droit à la queue, sans doubte.
+ Point il ne frappoit son roussin,
+ Pource qu'il avoit le farcin,
+ Que d'ung baston court et noailleux,
+ Dessus sa teste et ses cheveulx,
+ De paour de le faire clocher.
+ Aussi, de paour de tresbucher,
+ Il alloit son beau pas, _tric, trac_,
+ Et ung grant panon de bissac
+ Voulentiers portoit sur sa teste.
+ D'ung tel homme fault faire feste
+ Autant que d'ung million d'or.
+ Gens d'armes! c'est ung grant tresor;
+ S'il vault riens il ne fault pas dire.
+ J'ay fait raige avecques La Hire:
+ Je l'ay servy trestout mon aage.
+ Je fus gros vallet, et puis page,
+ Archier, et puis je pris la lance,
+ Et la vous portoye sur la panse,
+ Tousjours troussé comme une poche.
+ Et puis, monseigneur de la Roche,
+ Que Dieu pardoint, me print pour paige.
+ J'estoye gent et beau de visaige,
+ Je chantoye et brouilloye des flustes,
+ Et si tiroye entre deux butes. [P. 156]
+ A brief parler, j'estoye ainsi
+ Mignon comme cest enfant-cy;
+ Je n'avoys pas gramment plus d'aage...
+ Or ça, ça, par où assauldray-je
+ Ce cocq que j'ay ouy chanter?
+ A peu besongner bien vanter;
+ Il fault assaillir cest hostel.
+
+ _Adonc apperçoit le Franc Archier un espoventail de_
+ chenevière, faict en façon d'ung gendarme,
+ croix blanche devant et croix noire
+ derrière, en sa main tenant
+ une arbaleste_.
+
+ (A part.)
+
+ Ha! le Sacrement de l'autel!
+ Je suis affoibly! Qu'esse-cy?
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ Ha! Monseigneur, pour Dieu, mercy!
+ Hault le trait, qu'aye la vie franche!
+ Je voy bien, à vostre croix blanche,
+ Que nous sommes tout d'ung party.
+
+ (A part.)
+
+ D'ond, tous les diables! est-il sorty,
+ Tout seul et ainsi effroyé?
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ Comment! Estes-vous desvoyé?
+ Mettez jus, je gage l'amende.
+ Et, pour Dieu, mon amy, desbende
+ Au hault ou au loing ton baston!
+ _Adonc il advise sa croix noire_. [P. 157]
+ Par le sang bieu! c'est ung Breton,
+ Et je dy que je suis Françoys!...
+ Il est fait de toy, ceste fois,
+ Perrenet; c'est ung parti contraire!
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ Hen, Dieu! et où voulez-vous traire?
+ Vous ne sçavez pas que vous faictes.
+ Dea! je suis Breton, si vous l'estes.
+ Vive sainct Denis ou sainct Yve!
+ Ne m'en chault qui, mais que je vive!
+ Par ma foi! Monseigneur mon maistre,
+ Se vous voulez sçavoir mon estre,
+ Ma mère fut née d'Anjou,
+ Et mon père je ne sçay d'où,
+ Sinon que j'ouy reveler
+ Qu'il fut natif de Lantriquer.
+ Comment sçauray-je vostre nom?
+ Monseigneur Rollant, ou Yvon,
+ Mort seray quand il vous plaira!
+
+ (A part.)
+
+ Et comment! il ne cessera
+ Meshuy de me persecuter,
+ Et si ne me veult escouter!
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ En l'honneur de la Passion
+ De Dieu, que j'aye confession,
+ Car je me sens jà fort malade!
+ Or, tenez, vela ma salade,
+ Qui n'est froissée ne couppée;
+ Je la vous rens, et mon espée, [P. 158]
+ Et faictes prier Dieu pour moy.
+ Je vous laisse, sur vostre foy,
+ Ung voeu que je doibs à sainct Jacques.
+ Pour le faire, prendrez mon jacques,
+ Et ma ceinture et mon cornet.
+
+ (A part.)
+
+ Tu meurs bien maulgré toy, Pernet,
+ Voire maulgré toi et à force!
+
+ (Au public.)
+
+ Puis qu'endurer fault et à force,
+ Priez pour l'ame, s'il vous plaist,
+ Du Franc Archier de Baignolet,
+ Et m'escripvez, à ung paraphe,
+ Sur moy ce petit epitaphe:
+
+ _Cy gist Pernet le Franc Archier,
+ Qui cy mourut sans desmarcher,
+ Car de fuyr n'eut onc espace,
+ Lequel Dieu, par sa saincte grace,
+ Mette ès cieulx, avecques les ames
+ Des francs archiers et des gens d'armes,
+ Arrière des arbalestriers.
+ Je les hay tous: ce sont meurdriers!
+ Je les congnois bien de pieça.
+ Et mourut l'an qu'il trespassa._
+
+ Velà tout; les mots sont très beaux.
+ Or, vous me lairrez mes houseaulx,
+ Car, se j'alloye en paradis
+ A cheval, comme fist jadis
+ Sainct Martin, et aussi sainct George,
+ J'en seroye bien plus prest... Or je [P. 159]
+ Vous laisse gantelet et dague:
+ Car, au surplus, je n'ay plus bague
+ De quoy je me puisse deffendre.
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ Attendez! me voulez-vous prendre
+ En desaroy? Je me confesse
+ A Dieu, tandis qu'il n'y a presse,
+ A la Vierge et à tous sainctz.
+
+ (A part.)
+
+ Or meurs-je les membres tous sains
+ Et tout en bon point, ce me semble.
+ Je n'ay mal, sinon que je tremble
+ De paour et de malle froidure,
+ Et de mes cinq sens de nature...
+ Cinq cens! Où prins, qui ne les emble?
+ Je n'en veiz onc cinq cens ensemble,
+ Par ma foy! n'en or, n'en monnoye.
+ Pour néant m'en confesseroye:
+ Oncques ensemble n'en veiz deux.
+ Et de mes sept pechez morteux
+ Il fault bien que m'en supportez:
+ Sur moy je les ay trop portez;
+ Je les metz jus, avec mon jacques.
+ J'eusse attendu jusques à Pasques,
+ Mais vecy ung advancement.
+ Et du premier commendement
+ De la Loy, qui dit qu'on doibt croire
+ (Non pas l'estoc quand on va boire,
+ Cela s'entend) en ung seul Dieu,
+ Jamais ne me trouvay en lieu
+ Où j'y creusse mieulx qu'à ceste heure,
+ Mais qu'à ce besoing me sequeure.
+
+ (A l'espoventail.) [P. 160]
+
+ Ne desbendez? Je ne me fuys!
+
+ (A part.)
+
+ Hélas! je suis mort où je suis.
+ Je suis aussi simple, aussi coy
+ Comme une pucelle; car, quoy
+ Dit le second commendement?
+ Qu'on ne jure Dieu vainement.
+ Non ay-je en vain, mais très ferme,
+ Ainsi que fait ung bon genderme,
+ Car il n'est rien craint, s'il ne jure.
+ Le tiers nous enjoingt et procure,
+ Et advertist et admoneste,
+ Que l'en doit bien garder la feste,
+ Autant en hyver qu en esté:
+ J'ay tousjours voulentiers festé,
+ De ce ne mentiray-je point;
+ Et le quatriesme nous enjoint
+ Qu'on doit honnorer père et mère:
+ J'ay tousjours honoré mon père,
+ En moy congnoissant gentilhomme
+ De son costé, combien qu'en somme
+ Sois villain et de villenaille.
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ Et, pour Dieu, mon amy, que j'aille
+ Jusques amen; miséricorde!
+ Relevez ung peu vostre corde;
+ Ferez que le traict ne me blesse.
+
+ (A part.)
+
+ Item, morbieu! je me confesse
+ Du cinquiesme, sequentement:
+ Deffend-il pas expressément [P. 161]
+ Que nul si ne soit point meurtrier?
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ Las! Monseigneur l'arbalestrier,
+ Gardez bien ce commendement;
+ Quant est à moy, par mon serment,
+ Meurdre ne fis onc qu'en poulaille.
+
+ (A part.)
+
+ L'aultre commendement nous baille
+ Qu'on n'emble rien; ce ne fis oncque,
+ Car en lieu n'en place quelconque
+ Je n'euz loysir de rien embler.
+ J'ay assez à qui ressembler
+ En ce point; je n'ay point meffait,
+ Car, se l'en m'eust pris sur le fait,
+ Dieu scet comme il me fust mescheu!
+
+ _Cy lusse tomber à terre l'espoventail, celluy qui
+ le tient_.
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ Las! monseigneur! vous estes cheu!...
+ Jésus! et qui vous a bouté,
+ Dictes? Ce n'ay-je pas esté,
+ Vrayement, ou diable ne m'emporte,
+ Au cas, dictes? Je m'en rapporte
+ A tous ceulx qui sont cy, beau sire,
+ Affin que ne vueillez pas dire
+ Que c'est demain ou pour demain.
+ Au fort, baillez-moy vostre main,
+ Je vous ayderay à lever.
+ Mais ne me vueillez pas grever:
+ J'ai pitié de vostre fortune.
+
+ _Cy apperçoyt le Franc Archier, de l'espoventail, que [P. 162]
+ ce n'est pas ung homme_.
+
+ Par le corps bieu! j'en ay pour une!
+ Il n'a pié ne main; il ne hobe;
+ Par le corps bieu! c'est une robe
+ Plaine, de quoy? charbieu! de paille!
+ Qu'esse-cy? morbieu! on se raille,
+ Ce cuiday-je, des gens de guerre...
+ Que la fièvre quartaine serre
+ Celluy qui vous a mis icy!
+ Je le feray le plus marry,
+ Par la vertu bieu! qu'il fut oncques.
+ Se mocque on de moy quelconques?
+ Et ce n'est, j'advoue sainct Pierre!
+ Qu'espoventail de chenevière,
+ Que le vent a cy abatu!...
+ La mort bieu! vous serez batu,
+ Tout au travers, de ceste espée...
+ Quand la robbe seroit couppée,
+ Ce seroit ung très grand dommaige.
+ Je vous emporteray pour gaige,
+ Toutesfoys, après tout hutin.
+ Au fort, ce sera mon butin,
+ Que je rapporte de la guerre.
+ On s'est bien raillé de toi, Pierre,
+ La charbieu saincte et beniste!
+ Vous eussiez eu l'assault bien viste,
+ Se j'eusse sceu vostre prouesse:
+ Vous eussiez tost eu la renverse,
+ Voir, quelque paour que j'en eusse.
+ Or pleust à Jésus que je fusse,
+ A tout cecy, en ma maison!
+ Qu'il poise! Mengié a foison [P. 163]
+ De paille: elle chiet par derrière.
+ C'est paine pour la chamberière,
+ De la porter hors de ce lieu.
+
+ (Au public.)
+
+ Seigneurs, je vous commande à Dieu;
+ Et se l'on vous vient demander
+ Qu'est devenu le Franc Archier,
+ Dictes qu'il n'est pas mort encor,
+ Et qu'il emporte dague et cor,
+ Et reviendra par cy de brief.
+ Adieu; je m'en vois au relief.
+
+ FIN DU MONOLOGUE DU FRANC ARCHIER
+ DE BAIGNOLLET.
+
+
+
+ XXIII. [P. 164]
+
+ DIALOGUE DE MESSIEURS
+ DE MALLEPAYE ET DE BAILLEVENT.
+
+ M. Hée, Monsieur de Baillevent! B. Quoy
+ De neuf? M. On nous tient en aboy,
+ Comme despourveuz, malureux.
+ B. Si j'avoye autant que je doy,
+ Sang bieu! je seroye chez le Roy,
+ Un page après moy! M. Voire deux!
+
+ B. Nous sommes francs... M. Adventureux.
+ B. Riches. M. Bien aises B. Plantureux.
+ M. Voire, de souhaits. B. C'est assez.
+ M. Gentilz hommes. B. Hardis. M. Et preux.
+ B. Par l'huys. M. Du joly Souffreteux
+ Heritiers. B. De gaiges cassez.
+
+ M. Nous sommes, puis troys ans passez
+ Si minces. B. Si mal compassez.
+ M. Si simples. B. Legiers comme vent.
+ M. Si esbaudiz. B. Si mal pansez, [P. 165]
+ De donner pour Dieu dispensez,
+ Car nous jeusnons assez souvent.
+
+ M. Hée, monsieur de Baillevent,
+ Qui peult trouver, soubz quelque amant,
+ Deux ou troys mille escus, quel proye!
+ B. Nous ferions bruyt. M. Toutallement.
+ B. Le quartier en vault l'arpent,
+ Pardieu! Monsieur de Mallepaye!
+
+ M. J'escripz contre ces murs. B. Je raye,
+ Puis de charbon et puis de craye.
+ M. Je raille. B. Je fays chère à tous.
+ M. Nous avons beau coucher en raye,
+ L'oreille au vent, la gueulle baye,
+ On ne faict point prochas de nous.
+
+ B. Helas! serons-nous jamais soulx?
+ M. Il ne fault que deux ou trois coups
+ Pour nous remonter. B. Doux. M. Droictz. B. Druz.
+ M. Pour fringuer. B. Pour porter le houx.
+ M. Gens... B. A dire: D'ond venez-vous?
+ M. Francs. B. Fins. M. Froidz. B. Forts.
+ M. Grans. B. Gros. M. Escreuz.
+
+ B. De serjens sommes tous recreux,
+ Et si n'avons nulz bien acreuz.
+ M. Nous debvons. B. On nous doibt. M. Fourraige.
+ B. Entretenus. M. Comme poux creux.
+ B. Jurons sang bieu, nous serons creuz:
+ Arrière, piettons de village!
+
+ M. Ne suis-je pas beau personnaige? [P. 166]
+ B. J'ay train de seigneur. M. Pas de saige.
+ B. Ressourdant. M. Comme bel alun.
+ B. Pathelin en main. M. Dire raige.
+ B. Et, par la mort bien! c'est dommage,
+ Que ne mettons vilains eu run.
+
+ M. Hée! cinq cens escus! B. C'est esgrun.
+ M. Quand j'en ay j'en offre à chascun,
+ Et suis bien aise quand j'en preste.
+ B. Mes rentes sont sur le commun;
+ M. Mais povres gens n'en ont pas ong;
+ B. J'y romproye pour néant la teste.
+
+ M. S'il povoyt venir quelque enqueste,
+ Quelque mandement ou requeste,
+ Ou quelque bonne commission!
+ B. Mais en quelque banquet honneste,
+ Faire accroire à cest ou à ceste
+ La Pragmatique Sanction!
+
+ M. Et si elle y croit? B. Promision.
+ M. Se elle promet? B. Monition.
+ M. Se on l'admoneste? B. Qu'on marchande.
+ M. Se on faict marché? B. Fruiction.
+ M. Se on fruict? B. La Petition
+ En façon de belle demande
+
+ D'ung beau cent escus. M. Quelle viande!
+ B. Qui l'auroit quand on la demande,
+ On ferait... M. Quoi? B. Feu. M. Sainct Jehan, voire!
+ B. On tauxeroit bien grosse amende
+ Sur le faict de ceste demande, [P. 167]
+ Se j'en quictoye le petitoire.
+
+ M. Quel bien! B. Quel heur! M. Quel accessoire!
+ B. Je me raffroichiz la mémoire
+ Quand il m'en souvient. M. Quel plaisir!
+ B. Se on nous bailloit par inventaire
+ Deux mil escuz en une armoire,
+ Ilz n'auroient garde d'y moysir.
+
+ M. Qui peut prendre! B. Qui peut choisir!
+ M. Gaigner! B. Espargner! M. Se saisir!
+ Nous serions partout bienvenuz.
+ B. Ung songe! M. Mais quel? B. De plaisir.
+ M. Nous prendrons si bien le loisir
+ De compter ne sçay quantz escuz.
+
+ B. Nous sommes bien entretenuz.
+ M. Aymez. B. Portez. M. Et soustenuz...
+ B. De nos parens. M. De bonne race.
+ B. Rentes assez et revenuz,
+ Et s'a présent n'en avons nulz,
+ Ce n'est que malheur qui nous chasse.
+
+ M. Je n'en fais compte. B. Je raimasse.
+ M. Je volle par coups. B. Je tracasse,
+ Puis au poil et puis à la plume.
+ M. Je gaudis, et si je rimasse,
+ Que voulez-vous! il ne tient qu'à ce
+ Que je ne l'ay pas de coustume.
+
+ B. D'honneur assez. M. Chascun en hume.
+ B. Je destains le feu. M. Je l'allume.
+ B. Je m'esbas. M. Je passe mon dueil. [P. 168]
+ B. Le plus souvent, quand je me fume,
+ Je batteroye comme fer d'enclume,
+ Si je me trouvoye tout seul.
+
+ M. Je ris. B. Je bave sur mon sueil.
+ M. Je donne à quelqu'une ung guin d'oeil.
+ B. Je m'esbas à je ne sçay quoy.
+ M. J'entretiens. B. Je fais bel accueil.
+ M. On me fait tout ce que je vueil,
+ Quand nous sommes mon paige et moy.
+
+ B. Je ne demande qu'avoir dequoy,
+ Belle amye, et vivre à requoy,
+ Faire tousjours bonne entreprise,
+ Belles armes, loyal au Roy.
+ M. Mais trois poulx rempans en aboy
+ Pour le gibier de la chemise!
+
+ B. Je porteroye pour ma devise
+ La marguerite en or assise
+ Et le houx partout estandu.
+ M. Vostre cry, quel? B. Nouvelle guise.
+ M. Riens en recepte, tant en mise,
+ Et, toute somme, item perdu.
+
+ B. Je vous seroye, au residu,
+ Gorgias sur le hault verdi
+ Le bel estomac d'alouette.
+ M. Robbe! B. De gris blanc, gris perdu,
+ Bien emprunté et mal rendu,
+ Payé d'une belle estiquette.
+
+ M. Puis la chaine d'or, la baguette,
+ Le lacqs de soye, la cornette... [P. 169]
+ B. De velours. M. C'est bel affiquet.
+ B. Quand nous aurions fait nostre emplète,
+ La porte seroit bien estroicte
+ Se ne passions jusqu'au ticquet.
+
+ M. Nectelet. B. Gorgias. M. Friquet.
+ B. De vert? M. Tousjours quelque bouquet.
+ B. Selon la saison de l'année.
+ M. Et de paige? B. Quelque naquet.
+ M. S'il vient hasart en ung banquet?
+ B. Le prendre entre bond et vollée.
+
+ M. Aux survenans? B. Chère meslée.
+ M. Aux povres duppes? B. La havée.
+ M. Et aux rustes? B. Le jobelin.
+ M. Aux mignons de court? B. L'accollée.
+ M. Aux gens de mesmes? B. La risée.
+ M. Et aux ouvriers? B. Le pathelin.
+
+ M. D'entretenir? B. Damoiselin.
+ M. Et saluer? B. Bas comme lin.
+ M. Et diviser? B. Motz tous nouveaulx.
+ Pour contenter le femynin.
+ Nous ferions plus d'ung esclin
+ Qu'ung aultre de quinze royaulx.
+
+ M. Hée, cueurs joyeux! B. Hée, cueurs loyaulx!
+ M. Prests. B. Prins. M. Prompts. B. Preux. M. Especiaulx.
+ B. Aymez. M. Supportez. B. Bien receuz.
+ M. Nous devrions passer aux sceaulx
+ Envers les officiers royaulx, [P. 170]
+ Comme messieurs les despourveuz.
+
+ B. De congnoissance bien pourveuz
+ Et de sagesse. M. On nous a veuz
+ Si gentilz et si francs. B. Si doulx.
+ M. Helas! cent escuz nous sont deubz.
+ B. Au fort, si nous les eussions euz,
+ On en tint plus compte de nous.
+
+ M. Nous avons faict plaisir à tous.
+ B. Chère à dire: D'ond venez-vous?
+ M. Esmerillonnez. B. Advenans.
+ M. Cent escus, et juger des coups.
+ On auroit beau mettre aux deux bouts,
+ Se nous ne tenions des gaignans.
+
+ B. Nous sommes deux si beaulx gallans.
+ M. Fringans. B. Bruyans. M. Allans. B. Parlans.
+ M. Esmeuz de franche volunté.
+ B. Aagez de sens. M. Et jeunes d'ans.
+ B. Bien gays. M. Assez rescéans.
+ B. Porres d'argent. M. Prou de santé.
+
+ B. Chascun de nous est habité.
+ M. Maison à Paris. B. Bien monté,
+ Aussi bien aux champs qu'en la ville.
+ M. Il y a ceste malheurté
+ Que de l'argent qu'avons presté
+ Nous n'en arrons ne croix ne pille.
+
+ B. Où sont les cens et deux cens mille
+ Escus que nous avions en pile,
+ Quand chascun avoit bien du sien? [P. 171]
+ M. Au fort, se nous n'en avons mille,
+ Nous sommes, selon l'Évangile,
+ Des bienheureux du temps ancien.
+
+ B. J'aymasse mieulx qu'il n'en fust rien.
+ M. Trouvons en par quelque moyen.
+ B. Qui en a à présent? M. Je ne sçay.
+ B. Hé, ung engin parisien....
+ M. Art lombard. B. Franc praticien,
+ Pour faire à present ung essay!
+
+ M. Je vis le temps que j'avançay
+ L'argent de chose, et adressay
+ Tel et tel et tel benefice.
+ B. Et, pour moy, quand je compassé
+ Monseigneur tel, et pourchassé
+ Moy mesmes tout seul son office.
+
+ M. J'estois tousjours à tous propice;
+ Mais je crains. B. Et quoy? M. Qu'avarice
+ Nous surprint, si devenions riches.
+ B. Riches, quoi! Geste faulce lisse,
+ Pauvreté, nous tient en sa lice.
+ M. C'est ce qui nous faict estre chiches.
+
+ B. Nous sommes legiers. M. Comme biches.
+ B. Rebondis... M. Comme belles miches.
+ B. Et fraysés... M. Comme beaulx ongnons.
+ B. Aussi coustelez. M. Comme chiches,
+ B. Adventureux. M. Comme Suysses
+ A Nancy, sur les Bourguygnons.
+
+ B. Entre les gallans. M. Compaignons.
+ B. Entre les gorgias. M. Mignons. [P. 172]
+ B. Entre gens d'armes. M. Courageux.
+ B. S'on barguigne. M. Nous barguignons.
+ B. Heureulx. M. Gomme beaux champignons.
+ Mis sus en ung jour ou en deux,
+
+ B. Nous sommes les adventureux
+ Despourveuz. M. D'argent. B. Plantureux.
+ M. De nouvelles plaisantes. B. Tant.
+ M. Pour servir princes. B. Curieux.
+ M. Et pour les mignons. B. Gracieux.
+ M. Et pour le commun. B. Tant à tant.
+
+ M. Hée, monsieur de Baillevent,
+ Quand reviendra le bon temps?
+ B. Quand chascun aura ses souhaits.
+ M. Cent mille escus argent comptant,
+ Sur ma foy, je seroye content
+ Qu'on ne parlast plus que de paix.
+
+ B. Nous sommes si francs. M. Si parfaits.
+ B. Si sçavans. M. Si cauts en nos faiz.
+ B. Si bien nez. M. Si preux. B. Si hardis.
+ M. Saiges. B. Subtilz. M. Advisez. B. Mais
+ Faulte d'argent et les grans prestz...
+ M. Nous ont ung peu appaillardis.
+
+ B. Abandonnez. M. Comme hardis.
+ B. Requis. M. Comme les gras mardis.
+ B. Et fiers. M. Comme ung beau pet en baing.
+ B. J'ay dueil que vieulx villains tarnys
+ Soient d'or et d'argent si garnis, [P. 173]
+ Et mignons en ont tant besoing.
+
+ M. Nous avons froid. B. Chauld. M. Faim. B. Soif M. Soing.
+ B. Nous tracassons. M. Ça. B. Là. M. Près. B. Loing.
+ M. Sans prouffit. B. Sans quelque advantaige.
+ M. Mais, s'on nous fonçoit or au poing,
+ Nous serions pour faire à ung coing
+ Nostre prouffit d'aultruy dommage.
+
+ Avez-vous tousjours l'heritaige
+ De Baillevent? B. Ouy. M. J'enraige
+ Qu'en Mallepaye n'a vins, blez, grains.
+ B. Cent francs de rente et ung fromaige,
+ Vous m'orriez dire de couraige:
+ Vive le roy! M. Ronfflez, villains!
+
+ B. Qui a le vent? M. Joyeulx mondains.
+ B. Gré de dames? M. Amoureux craints.
+ B. Et l'argent, qui? M. Qui plus embource.
+ B. Qu'est-ce d'entre nous courtissains?
+ M. Nous prenons escus pour douzains,
+ Franchement, et bourse pour bource.
+
+ B. Ha! Monseigneur! M. Sang bieu, la mousse
+ M'a trop cousté. B. Et pourquoy? M. Pource.
+ B. Hay! hay! tout est mal compassé.
+ M. Comment? B. On ne joue plus du poulce.
+ M. Qui ne tire. B. Quicte la trousse;
+ Autant vauldroit ung arc cassé.
+
+ M. Monsieur mon pere eust amassé [P. 174]
+ Plus d'escus qu'on eust entassé
+ En ung hospital de vermine.
+ B. Mais nous avons si bien sassé,
+ Le sang bieu! que tout est passé,
+ Gros et menu, par l'estamyne.
+
+ M, Si vient guerre, mort ou famine,
+ Dont Dieu nous gard, quel train, quel myne
+ Ferons nous pour gaigner le broust?
+ B. Quant à moy, je me determine
+ D'entrer chez voisin et voisine
+ Et d'aller voir si le pot bout.
+
+ M. Mais regardons, à peu de coust,
+ Quel train nous viendroit mieulx à goust
+ Pour amasser biens et honneurs.
+ B. Le meilleur est prendre partout.
+ M. De rendre, quoy? B. On s'en absoult,
+ Pour cinq solz, à ces pardonneurs.
+
+ M. Allons servir quelques seigneurs.
+ B, Aucuns sont si petitz d'honneurs
+ Qu'on n'y a que peine et meschance.
+ M. Et prouffit, quel? B. Scions les heurs;
+ Mais entre nous, ans estradeurs,
+ Il nous fault esplucher la chance.
+
+ M. Servons marchans pour la pitance,
+ Pour _fructus ventris_, pour la pance.
+ B. On y gaigneroit ses despens.
+ M. Et de foncer? B. Bonne asseurance,
+ Petite foy, large conscience;
+ Tu n'y scez riens et y aprens.
+
+ M. De procès, quoy? B. Si je m'y rens, [P. 175]
+ Je veulx estre mis sur les rangs,
+ S'ilz ont argent, si je n'en crocque.
+ M. Quels gens sont-ce? B. Gros marchesens,
+ Qui se font bien servir des gens;
+ Mais de payer, querez qui bloque!
+
+ M. Officiers, quoi? C'est toute mocque:
+ L'ung pourchasse, l'autre desroque,
+ Et semble que tout soit pour eulx.
+ B. Laissons-les là. M. Ho! je n'y tocque.
+ Il n'est point de pire defroque
+ Que de malheur à malheureux.
+
+ B. Pour despourveuz adventureux
+ Comme nous, encor c'est le mieulx
+ De faire l'ost et les gens d'armes.
+ M. En fuite je suis couraigeux.
+ B. Et à frapper? M. Je suis piteux;
+ Je crains trop les coups, pour les armes.
+
+ B. Servons donc Cordelièrs ou Carmes,
+ Et prenons leurs bissacs à fermes,
+ Car il n'y a pas grand débit.
+ M. Ilz nous prescheroient en beaulx termes,
+ Et pleureroyent maintes lermes
+ Devant que nous prinssions l'habit.
+
+ B. Se en cest malheur et labit
+ Nous mourions, par quelque acabit,
+ Ame n'y a qui bien nous face.
+ M. J'ay ung vieil harnoys qu'on forbit,
+ Sur lequel je fonde ung obit, [P. 176]
+ Et du surplus, Dieu le parface!
+
+ B. Hée, fault-il que Fortune efface
+ Nostre bon bruyt? M. Malheur nous chasse;
+ Mais il n'a nul bien qui n'endure,
+ B. Prenons quelque train. M. Suyvons trasse.
+ B. Nous trassons, et quelqu'un nous trasse:
+ A loups ravis grosse pasture.
+
+ M. Allons! B. Mais où? M. A l'adventure.
+ B. Qui nous admoneste? M. Nature.
+ B. Pour aller? M. Où on nous attend.
+ B. Par quel chemin? M. Par soing ou cure.
+ B. Logez où? M. Près de la clousture
+ De monsieur d'Angoulevent.
+
+ B. Comment yrons? M. Jusqu'à Claqdent
+ ***************************
+ Et passerons par Mallepaye.
+ B. Brief, c'est le plus expédient
+ Que nous jetons la plume au vent:
+ Qui ne peult mordre, si abaye.
+
+ M. Où ung franc couraige s'employe,
+ Il treuve à gaigner. B. Querons proye.
+ M. Desquelz serons-nous? B. Des plus forts.
+ M. Il ne m'en chault, mais que j'en aye,
+ Que la plume au vent on envoye.
+ B. Puis après? M. Alors comme alors.
+
+ B. La plume au vent! M. Sus. B. Là. M. Dehors!
+ B. Au hault et au loing. M. Corps pour corps. [P. 177]
+ Je me tiendray des mieulx venuz.
+ B. On n'yra point, quand serons mors,
+ Demander au roy les tresors
+ De messieurs les despourveuz.
+
+ La plume au vent! M. Je le concluz.
+ ****************************
+ Pour les povres de ceste année.
+ B. Ne demeurons plus si confuz.
+ ****************************
+ Au grat, la terre est degelée!
+
+ M. Allons, suyvons quelque traînée.
+ Devant! vostre fièvre est tremblée,
+ Car nous sommes tous estourdiz.
+ B. Dieu doint aux riches bonne année!
+ M. Aux despourveuz grasse journée!
+ B. Et aux femmes pesans mariz!
+
+ Prenez en gré, grans et petiz.
+
+ FIN DU DIALOGUE DE MALLEPAYE
+ ET DE BAILLEVENT.
+
+
+ [P. 178]
+
+
+ XXIV.
+ LES REPEUES FRANCHES
+ DE FRANÇOIS VILLON
+ ET DE SES COMPAGNONS.
+
+ Vous qui cerchez les repeues franches,
+ Et, tant jours ouvriers que dimenches,
+ N'avez pas planté de monnoye,
+ Affin que chascun de vous oye
+ Comment on les peut recouvrer,
+ Vueillez vous au sermon trouver
+ Qui est escript dedans ce livre.
+ Mettez tous peine de le lire,
+ Entre vous, jeunes perrucatz,
+ Procureurs, nouveaulx advocatz,
+ Aprenans aux despens d'aultruy.
+ Venez-y tost, sans nul estrif,
+ Clercz, de praticque diligens,
+ Qui congnoissez si bien vos gens;
+ Sergens à pied et à cheval,
+ Venez-y d'amont et d'aval,
+ Les hoirs du deffunct Pathelin, [P. 179]
+ Qui sçavez jargon jobelin;
+ Capitaine du pont-à-Billon;
+ Tous les subjetz Francoys Villon,
+ Soyez, à ce coup, reveillez.
+ Pas ne devez estre oubliez,
+ Tous gallans à pourpointz sans manches,
+ Qui ont besoing de repeues franches,
+ Et tous ceulx, tant yver qu'esté,
+ Qui en ont grant nécessité.
+ Venez vous apprendre comment
+ Les maistres anciennement
+ Sçavoyent tous les tours de ce faire:
+ Messire Chascun Poicdenaire,
+ Qui de livres sçait les usaiges,
+ Et veult lire tous les passaiges,
+ De celuy en prins appetis;
+ Venez-y donc, grans et petis,
+ Car, de la science sçavoir,
+ Vous ne povez que mieulx valoir.
+ Venez, chevaucheurs d'escuyrie,
+ Serviteurs de grant seigneurie,
+ Venez-y sans dilation,
+ Tous gens sotz et toutes gens sottes;
+ Venez-y, bigotz et bigottes;
+ Venez-y, povres Turlupins
+ Et Cordeliers et Jacopins;
+ Venez aussi, toutes prestresses,
+ Qui sçavez piecà les adresses
+ Des presbitaires hault et bas;
+ Gardez que vous n'y faillez pas!
+ Venez, gorriers et gorrières,
+ Qui faictes si bien les manières;
+ Que c'est une chose terrible.
+ Pour bien faire tout le possible; [P. 180]
+ Toutes manières de farseurs,
+ Anciens et jeunes mocqueurs;
+ Venez-y tous, vrays macquereaulx
+ De tous estatz, vieulx et nouveaulx;
+ Venez-y toutes, macquerelles,
+ Qui, par vos subtilles querelles,
+ Avez tousjours en vos maisons
+ Pour avoir, en toutes saisons,
+ Tant jours ouvriers que dimenches,
+ Souvent les bonnes repeues franches.
+ Venez-y tous, bons pardonneurs,
+ Qui sçavez faire les honneurs,
+ Aux villages, de bons pastez,
+ Avecques ces gras curatez,
+ Qui ayment bien vostre venue
+ Pour avoir la franche repeue;
+ Affin que chascun d'eulx enhorte
+ Les paroissiens, qu'on apporte
+ Des biens aux pardons de ce lieu,
+ Et qu'on face du bien pour Dieu.
+ Tant que le pardonneur s'en aille,
+ Le curé ne despendra maille,
+ Et aura maistre Jehan Laurens
+ Fermement payé les despens
+ Et quarte de vin, simplement,
+ Au curé, à son parlement.
+ De tout estât, soit bas ou hault,
+ Venez-y, qu'il n'y ait deffault;
+ Venez-y, varletz, chamberières,
+ Qui sçavez si bien les manières,
+ En disant mainte bonne bave,
+ D'avoir du meilleur de la cave,
+ Et puis joyeusement preschez,
+ Après que vos gens sont couchez. [P. 181]
+ Ceulx qui cerchent banquets ou festes
+ Pour dire quelques chansonnettes,
+ Affin d'atrapper la repeue,
+ Que chascun de vous se remue
+ D'y venir bien legièrement;
+ Et vous pourrez ouyr comment
+ Ung grant tas de bonnes commères
+ Sçavent bien trouver les manières
+ De faire leurs marys coqus.
+ Venez-y, et n'attendez plus,
+ Entre vous, prebstres sans séjour,
+ Qui dictes deux messes par jour
+ A Sainct-Innocent, ou ailleurs;
+ Venez-y, pour sçavoir plusieurs
+ Des passaiges et des adresses
+ De maintes petites finesses
+ Que l'en faict facillement
+ Qu'advient, par faulte d'argent,
+ En maint lieu, la franche repeue,
+ Qui ne doit à nul estre teue.
+ Par tel, cil qui veue ne l'aura,
+ Paiera, et celuy qui fera
+ De ceste repeue le présent,
+ De l'escot s'en yra exempt,
+ Moyennant qu'il monstre ce livre:
+ Par ce moyen sera delivre;
+ En lieu où n'aura esté veu
+ Il sera franchement repeu,
+ Ainsi qu'on orra plus à plain,
+ Qui de l'entendre prendra soing.
+
+
+ [P. 182]
+ BALLADE DE L'ACTEUR.
+
+ Quant j'euz ouy ce présent mandement:
+ Qu'on semonnoit venir, de par l'Acteur,
+ Le dessusdict, j'ay pensé lermement
+ De moy trouver, et en prins l'adventure,
+ Comme celuy qui, de droicte nature,
+ Vouloit de ce faire narration,
+ A celle fin qu'il en fust mention,
+ A ung chascun, pour le temps advenir,
+ Qui s'attendent et ont intention
+ Que les respeues les viendront secourir.
+
+ Mais ce secours est d'anciennement
+ De tous repas le chief, et par droicture;
+ Pourquoy, aulcuns, qui ont entendement,
+ Le treuvent bon, et aultres n'en ont cure,
+ Et ne cerchent tant que l'argent leur dure,
+ Mais font du leur si grant destruction,
+ Qu'ilz en entrent en la subjection,
+ De faire aux dens l'arquemie, sans faillir,
+ En attendant, pour toute production,
+ Que les repeues les viendront secourir.
+
+ J'en ay congneu, qui souvent largement
+ Donnoyent à tous repeues outre mesure;
+ Qui depuis ont continuellement
+ Servy le Pont-à-Billon, par droicture,
+ Dont la façon a esté à maint dure,
+ En leur grant dueil et tribulation;
+ Mais lors n'avoyent nulle remission,
+ Combien que ce leur fist le cueur frémir,
+ Ilz n'attendoyent aultre succession, [P. 183]
+ Que les repeues les viendront secourir.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, pour ce que ne me puis tenir
+ Que de telz faitz ne face mention,
+ Puisque à mon temps les ay veu avenir,
+ J'en vueil faire quelque narration,
+ Et escripre, soubz la correction
+ Des escoutans, affin d'en souvenir,
+ La présente nouvelle invention,
+ Que les repeues les viendront secourir.
+
+
+
+ BALLADE DES ESCOUTANS.
+
+ Qui en a est Le bien venu;
+ Qui n'en a point, l'en n'en tient compte,
+ Cil qui en a est bien congneu,
+ Cil qui n'en a point vit à honte.
+ Qui paye l'on exauce et monte
+ Jusque au tiers ciel, pour en prester:
+ Son honneur tout aultre surmonte,
+ Par force de bien acquester.
+
+ Quant entendismes les estatz
+ De telz dissimulations,
+ Congnoissant les hauts et les bas,
+ Par toutes abreviations,
+ Nous mismes, sans sommations,
+ Aux champs, par bois et par tailllis.
+ Pour congnoistre les fictions, [P. 184]
+ Qui se font souvent à Paris.
+
+ Pource que chacun maintenoit
+ Que c'estoit la ville du monde
+ Qui plus de peuple soustenoit,
+ Et où maintz estranges abonde,
+ Pour la grant science parfonde
+ Renommée en icelle ville,
+ Je partis, et veulx qu'on me tonde,
+ S'à l'entrée avois croix ne pille.
+
+ Il estoit temps de se coucher,
+ Et ne sçavoye où heberger;
+ D'ung logis me vins approcher,
+ Sçavoir s'on m'y vouldroit loger,
+ En disant: «Avez à menger?»
+ L'hoste me respondit: «Si ay.»
+ Lors luy priay, pour abréger:
+ «Apportez-le donc devant moy.»
+
+ Je fus servy passablement,
+ Selon mon estat et ma sorte,
+ Et pensant, à part moy, comment
+ Je cheviroye avec l'hoste,
+ Je m'avisé que, soubz ma cotte,
+ Avois une espée qui bien trenche:
+ Je la lairray, qu'on ne me l'oste,
+ En gaige de la repeue franche.
+
+ L'espée estoit toute d'acier,
+ Il ne s'en failloit que le fer;
+ Mais l'hoste la me fist machier,
+ Fourreau et tout, sans fricasser; [P. 185]
+ Puis, après, me convint penser
+ De repaistre, se faim avoye;
+ Rien n'y eust valu le tencer:
+ De leans partis sans monnoye.
+
+
+
+ L'ACTEUR.
+
+ Lendemain, m'aloye enquerant
+ Pour encontrer Martin Gallant.
+ Droit en la Salle du Palays
+ Rencontray, pour mon premier mès,
+ Tout droit soubz la première porte,
+ Plusieurs mignons d'estrange sorte,
+ Que sembloit bien à leur habit
+ Qu'ilz fussent gens de grant acquit.
+ Lors vins pour entrer en la Salle:
+ L'ung y monte, l'aultre devalle.
+ Là me pourmenoye, de par Dieu,
+ Regardant l'estat de ce lieu,
+ Et quand je l'euz bien regardée,
+ Tant plus la voys tant plus m'agrée;
+ Je vis là tant de mirlificques,
+ Tant d'ameçons et tant d'afficques,
+ Pour attraper les plus huppez.
+ Les plus rouges y sont happez;
+ A l'ung convient vendre sa terre;
+ Maint, sans sainctir, là se detterre,
+ Partie ou peu en demourra
+ De tout ce que vaillant aura;
+ Cuydant destruyre son voysin
+ De Poytou, ou de Lymousin,
+ Ou de quelque aultre nation,
+ Maint en est en destruction,
+ Et fault, ains partir de léans, [P. 186]
+ Qu'ilz facent l'arquemye aux dens.
+ On emprunte, qui a credit,
+ Tout ainsi que devant est dict.
+ Quand leur argent fort s'appetiese,
+ Lors leur est la repeue propice,
+ Et lors cerchent (plus n'en doubtez),
+ Hault et bas et de tous costez,
+ Comme on verra par demomstrances
+ En ce traicté des Repeues franches.
+ Et quant au regard de plusieurs
+ Aultres repeues, sont escriptes
+ Affin qu'on preigne les meilleurs,
+ En lisant, grandes ou petites.
+ Vous orrez maintz moyens licites
+ Comment ilz ont esté happez,
+ Hault et bas, par bonnes conduictes
+ De ceulx qui les ont attrapez.
+
+
+ LA REPEUE
+ DE VILLON ET DE SES COMPAIGNONS.
+
+ «Qui n'a or, ny argent, ny gaige,
+ Comment peult-il faire grant chère?
+ Il fault qu il vive d'avantaige:
+ La façon en est coustumière.
+ Sçaurions-nous trouver la manière
+ De tromper quelqu'ung, pour repaistre?
+ ********************************
+ Qui le fera sera bon maistre!»
+
+ Ainsi parloyent les compaignons [P. 187]
+ Du bon maistre Françoys Villon,
+ Qui n'avoient vaillant deux ongnons,
+ Tentes, tapis, ne pavillon.
+ Il leur dit: «Ne nous soucion,
+ Car, aujourd'huy, sans nul deffault,
+ Pain, vin, et viande, à grant foyson,
+ Aurez, avec du rost tout chault.»
+
+ _La manière d'avoir du Poisson._
+
+ Adoncques il leur demanda
+ Quelles viandes vouloyent macher:
+ L'ung de bon poysson souhaita;
+ L'autre demanda de la chair.
+ Maistre Françoys, ce bon archer,
+ Leur dist: «Ne vous en souciez;
+ Il vous faut voz pourpointz lascher,
+ Car nous aurons viandes assez.»
+
+ Lors partit de ses compaignons,
+ Et vint à la Poyssonnerie,
+ Et les laissa delà les pontz,
+ Quasy plains de melencolie.
+ Il marchanda, à chère lye,
+ Ung pannier tout plain de poysson,
+ Et sembloit, je vous certiffie,
+ Qu'il fust homme de grant façon.
+
+ Maistre Françoys fut diligent
+ D'achapter, non pas de payer,
+ Et dist qu'il bailleroit l'argent
+ Tout comptant au porte-pannier.
+ Ils partent sans plus plaidoyer,
+ Et passèrent par Nostre-Dame,
+ Là où il vit le Penancier, [P. 188]
+ Qui confessoit homme ou bien femme.
+
+ Quant il le vit, à peu de plait,
+ Il luy dist: «Monsieur, je vous prie
+ Que vous despechez, s'il vous plaist,
+ Mon nepveu; car, je vous affie
+ Qu'il est en telle resverie:
+ Vers Dieu il est fort negligent;
+ Il est en tel merencolie,
+ Qu'il ne parle rien que d'argent.
+
+ --Vrayment, ce dit le Penancier,
+ Très voulentiers on le fera.»
+ Maistre Francoys print le pannier,
+ Et dit: «Mon amy, venez ça;
+ Velà qui vous depeschera,
+ Incontinent qu'il aura faict.»
+ Adonc maistre Françoys s'en va,
+ Atout le pannier, en effect.
+
+ Quand le Penancier eut parfaict
+ De confesser la créature,
+ Gaigne-denier, par dit parfaict,
+ Accourut vers luy bonne alleure,
+ Disant: «Monsieur, je vous asseure,
+ S'il vous plaisoit prendre loysir
+ De me depescher à ceste heure,
+ Vous me feriez ung grant plaisir.
+
+ --Je le vueil bien, en verité,
+ Dist le Penancier, par ma foy!
+ Or, dictes _Benedicite,_
+ Et puis je vous confesseray,
+ Et, en après, vous absouldray, [P. 189]
+ Ainsy comme je doy le faire;
+ Puis penitence vous bauldray,
+ Qui vous sera bien necessaire.
+
+ --Quel confesser! dist le povre homme:
+ Fus-je pas à Pasques absoulz?
+ Que bon gré sainct Pierre de Romme!
+ Je demande cinquante soulz.
+ Qu'esse-cy? A qui sommes-nous?
+ Ma maistresse est bien arrivée!
+ A coup, à coup, depeschez-vous,
+ Payez mon panier de marée.
+
+ --Ha! mon amy, ce n'est pas jeu,
+ Dist le Penancier, seurement:
+ Il vous fault bien penser à Dieu
+ Et le supplier humblement.
+ --Que bon gré en ayt mon serment!
+ Dist cet homme, sans contredit,
+ Depeschez-moy legierement,
+ Ainsi que ce seigneur a dit.»
+
+ Adonc le Penancier vit bien
+ Qu'il y eut quelque tromperie;
+ Quand il entendit le moyen,
+ Il congneut bien la joncherie.
+ Le povre homme, je vous affie,
+ Ne prisa pas bien la façon,
+ Car il n'eut, je vous certifie,
+ Or ne argent de son poysson.
+
+ Maistre François, par son blason.
+ Trouva la façon et manière
+ D'avoir marée à grant foyson, [P. 190]
+ Pour gaudir et faire grant chère.
+ C'estoit la mère nourricière
+ De ceulx qui n'avoyent point d'argent;
+ A tromper devant et derrière,
+ Estoit ung homme diligent.
+
+ _La manière d'avoir des Trippes pour diner._
+
+ Que fist-il? A bien peu de plet,
+ S'advisa de grant joncherie:
+ Il fist laver le cul bien net
+ A ung gallant, je vous affie,
+ Disant: «Il convient qu'on espie:
+ Quand seray devant la trippière,
+ Monstre ton cul par raillerie,
+ Puis, après, nous ferons grant chière.»
+
+ Le compaignon ne faillit pas,
+ Foy que doy sainct Remy de Rains!
+ A Petit-Pont vint par compas,
+ Son cul descouvrit jusque aux rains.
+ Quand maistre Françoys vit ce train,
+ Dieu sçet s'il fit piteuses lippes,
+ Car il tenoit entre ses mains
+ Du foye, du polmon et des trippes.
+
+ Comme s'il fust plain de despit,
+ Et courroucé amèrement,
+ Il haulsa la main ung petit,
+ Et le frappa bien rudement,
+ Des trippes, par le fondement;
+ Puis, sans faire plus long caquet,
+ Les voulut, tout incontinent, [P. 191]
+ Remettre dedans le baquet.
+
+ La trippière fut courroucée
+ Et ne les voulut pas reprendre.
+ Maistre Françoys, sans demourée,
+ S'en alla, sans compte luy rendre:
+ Par ainsi, vous povez entendre,
+ Qui'ilz eurent trippes et poisson.
+ Mais, après, il faut du pain tendre,
+ Pour ce disner de grant façon.
+
+ _La manière d'avoir du Pain._
+
+ Il s'en vint chez an boulengier
+ Affin de mieulx fornir son train,
+ Contrefaisant de l'escuyer
+ Ou maistre d'hostel, pour certain,
+ Et commanda que, tout souldain,
+ Cy pris, cy mis; on chappellast
+ Cinq ou six douzaines de pain,
+ Et que bien tost on se hastast.
+
+ Quand la moytié fut chappellé,
+ En une hotte le fist mettre,
+ Comme s'il fust de près hasté,
+ Il pria et requist au maistre
+ Qu'aucun se voulsist entremettre
+ D'apporter, après luy courant,
+ Le pain chappellé en son estre,
+ Tandis qu'on fist le demourant.
+
+ Le varlet le mist sur son col;
+ Après maistre François le porte, [P. 192]
+ Et arriva, soit dur ou mol,
+ Emprès une grant vielle porte.
+ Le varlet deschargea sa hotte
+ Et fut renvoyé, tout courant,
+ Hastivement, tenant sa hotte,
+ Pour requerir le demourant.
+
+ Maistre Françoys, sans contredit,
+ N'attendit pas la revenue.
+ Il eut du pain, par son édit,
+ Pour fournir sa franche repeue.
+ Le boulengier, sans attendue,
+ Revint, mais ne retrouva point
+ Son maistre d'hostel; il tressue,
+ Qu'on l'avoit trompé en ce point.
+
+ _La manière d'avoir du Vin._
+
+ Après qu'il fut fourny de vivres,
+ Il fault bien avoir la mémoire
+ Que, s'ils vouloyent ce jour estre yvres,
+ Il falloit qu'ils eussent à boire.
+ Maistre Françoys, debvez le croire,
+ Emprunta deux grans brocs de boys,
+ Disant qu'il estoit necessaire
+ D'avoir du vin par ambagoys.
+
+ L'ung fist emplir de belle eaue clère,
+ Et vint à la Pomme de Pin,
+ Atout ses deux brocs, sans renchère,
+ Demandant s'ils avoient bon vin,
+ Et qu'on luy emplist du plus fin,
+ Mais qu'il fust blanc et amoureux. [P. 193]
+ On luy emplist, pour faire fin,
+ D'ung très bon vin blanc de Baigneux.
+
+ Maistre Francoys print les deux brocs,
+ L'un emprès l'autre les bouta;
+ Incontinent, par bons propos,
+ Sans se haster, il demanda
+ Au varlet: «Quel vin est ce là?»
+ Il luy dist: «Vin blanc de Baigneux.
+ --Ostez cela, ostez cela,
+ Car, par ma foy, point je n'en veulx.
+
+ «Qu'esse-cy? Estes-vous bejaulne?
+ Vuidez-moy mon broc vistement.
+ Je demande du vin de Beaulne,
+ Qui soit bon, et non aultrement.»
+ Et, en parlant, subtillement
+ Le broc qui estoit d'eaue plain
+ Contre l'aultre legierement
+ Luy changea, à pur et à plain.
+
+ Par ce point, ils eurent du vin
+ Par fine force de tromper;
+ Sans aller parler au devin,
+ Ils repeurent, per ou non per.
+ Mais le beau jeu fut au souper,
+ Car maistre Françoys, à brief mot,
+ Leur dit: «Je me vueil occuper,
+ Que mangerons ennuyt du rost.»
+
+ _La manière d'avoir du Rost._ [P. 194]
+
+ Il fut appointé qu'il yroit
+ Devant l'estal d'ung rotisseur,
+ Et de la chair marchanderoit,
+ Contrefaisant du gaudisseur,
+ Et, pour trouver moyen meilleur,
+ Faignant que point on ne se joue,
+ Il viendroit un entrepreneur,
+ Qui luy bailleroit sur la joue.
+
+ Il vint à la rostisserie,
+ En marchandant de la viande;
+ L'autre vint, de chère marrie:
+ «Qu'est-ce que ce paillart demande?»
+ Luy baillant une buffe grande,
+ En luy disant mainte reproche.
+ Quand il vit qu'il eut ceste offrande,
+ Empoigna du rost pleine broche.
+
+ Celuy qui bailla le soufflet
+ Fuist bien tost et à motz exprès.
+ Maistre Françoys, sans plus de plet,
+ Atout son rost, courut après,
+ Ainsi, sans faire long procès,
+ Ils repeurent, de cueur devot,
+ Et eurent, par leur grant excès,
+ Pain, vin, chair, et poisson, et rost.
+
+ [P. 195]
+
+ SECONDE REPEUE
+
+ DE L'EPIDEMIE.
+
+ Et pour la première repeue
+ Dont après sera mention,
+ Bien digne d'estre ramenteue
+ Et mise en revelation,
+ Et pourtant, soubs correction,
+ Affin que l'en en parle encore,
+ Comme nouvelle invention,
+ Redigé sera par memoire.
+
+ Or advint, de coup d'aventure,
+ Que les suppostz devant nommez,
+ Ne cherchoyent rien par droicture.
+ Qu'en richesse gens renommez.
+ Ung jour qu'ilz estaient affamez,
+ En la porte d'ung bon logis
+ Virent entrer, sans estre armez,
+ Ambassadeurs de loing pays.
+
+ Si pensèrent entre eux comment
+ Ilz pourroient, pour l'heure, repaistre,
+ Et, selon leur entendement,
+ L'ung d'iceulz s'aprocha du maistre
+ D'hostel, et se fit acongnoistre,
+ Disant qu'il luy enseigneroit
+ Le haut, le bas marché, pour estre
+ Par luy conduyt, s'il luy plaisoit.
+
+ Je croy bien que monsieur le maistre,
+ Qui du bas mestier estoit tendre, [P. 196]
+ Fit ce gallant très bien repaistre,
+ Et luy commenda charge prendre
+ De la cuysine, d'y entendre,
+ Tant que leur train departira,
+ Et bien payera, sans attendre,
+ A son gré, quand il s'en yra.
+
+ Lors s'en vint à ses compaignons,
+ Dire: «Nostre escot est payé;
+ Je suis jà l'ung des grans mignons
+ De léans et mieulx avoyé,
+ Car le maistre m'a envoyé
+ Par la ville, pour soy sortir;
+ Mais, se mon sens n'est desyoyé,
+ Bien brief l'en feray repentir.
+
+ --Va, lui dirent ses compaignons,
+ Et esguise tout ton engin
+ A nous rechauffer les rongnons
+ Et nous faire boire bon vin.
+ Passe tous les sens Pathelin,
+ De Villon et Pauquedenaire,
+ Car se venir peux en la fin,
+ Passé seras maistre ordinaire.»
+
+ Ce gallant vint en la maison
+ Où estoyt logé l'ambassade,
+ Où les seigneurs, par beau blason,
+ Devisoyent rondeau ou ballade.
+ Il estoit miste, gent et sade,
+ Bien habitué, bien en point,
+ Robbe fourrée, pourpoint d'ostade;
+ Il entendoit son contrepoint.
+
+ Le principal ambassadeur [P. 197]
+ Aymoit une peu le bas mestier,
+ Dont le gallant fut à honneur,
+ Car c'estoyt quasi son mestier,
+ Et luy conta que, à son quartier,
+ Avoit de femmes largement,
+ Qui estoyent, s'il estoit mestier,
+ A son joly commandement.
+
+ Le gallant fut entretenu
+ Par ce seigneur venu nouveau,
+ Et léans il fut retenu,
+ Pour estre fin franc macquereau.
+ Le jeu leur sembla si très beau;
+ Aussi, il fit si bonne mine,
+ Qu'il fut esleu, sans nul appeau,
+ Pour estre varlet de cuysine.
+
+ Les ambassadeurs convoyèrent
+ Seigneurs et bourgeois à disner,
+ Lesquels voulentiers y allèrent
+ Passer temps, point n'en faut doubter.
+ Toutesfoys, vous debvez sçavoir,
+ Quelque chose que je vous dye,
+ Que l'ambassadeur, pour tout veoir,
+ Craignoit moult fort l'Epidemie.
+
+ Ce gallant en fut adverty,
+ Qui nonobstant fist bonne mine,
+ Et quand il fut près de midi,
+ A l'heure qu'il est temps qu'on disne,
+ Il entra dedans la cuysine,
+ Manyant toute la viande,
+ Comme docteur en médecine [P. 198]
+ Qui tient malades en commande.
+
+ Tous les seigneurs là regardèrent
+ Son train, ses façons et manières;
+ Mais, après luy, pas ne tastèrent,
+ Aussi ne luy challoit-il guères.
+ Après il print les esguières,
+ Le vin, le claire, l'ypocras,
+ Darioles, tartes entières:
+ Il tasta de tout, par compas.
+
+ Et, pour bien entendre son cas,
+ Quand il vit qu'il estoit saison,
+ A bien jouer ne faillit pas,
+ Pour faire aux seigneurs la raison,
+ Si bien que dedans la maison
+ Demeura tout seul pour repaistre,
+ Soustenant, par fine achoison,
+ Qu'il se douloit du cousté destre.
+
+ Lors y avoit une couchette
+ Où il failloit la feste faire,
+ Et n'a dent qui ne luy cliquette;
+ Là se mist, commençant à braire
+ Que l'on s'en fuyt au presbytaire,
+ Pour faire le prebstre acourir,
+ Atout Dieu et l'autre ordinaire
+ Qu'il fault pour ung qui veult mourir.
+
+ Quand les seigneurs virent le prebstre
+ Avec ses sacremens venir,
+ Chacun d'eulx eust bien voulu estre
+ Dehors, je n'en veulx point mentir:
+ Si grant haste eurent d'en sortir, [P. 199]
+ Que là demeurèrent les vivres,
+ Dont les compaignons du martir
+ Furent troys jours et troys nuyts yvres.
+
+ Par ce point eurent la repeue
+ Franche chascun des compaignons.
+ La finesse le prebstre a teue,
+ Affin de complaire aux mignons;
+ Mais les seigneurs dont nous parlons
+ Eurent tous, pour ce coup, l'aubade:
+ Chascun d'eulx fut, nous ne faillons,
+ De la grant paour troys jours malade.
+
+
+
+ LA TROISIEME REPEUE
+
+ DES TORCHECULS.
+
+ Un Lymousin vint à Paris,
+ Pour aulcun procès qu'il avoit.
+ Quand il partit de son pays
+ Pas gramment d'argent il n'avoit,
+ Et toutefoys il entendoit
+ Son fait, et avoit souvenance
+ Que son cas mal se porteroit
+ S'il n'avoit une repeue franche.
+ Ce Lymousin, c'est chose vraye,
+ Qui n'avoit vaillant ung patac,
+ Se nommoit seigneur de Combraye,
+ Sans qu'on le suivist à son trac.
+ Plus rusé estoit qu'ung vieil rat, [P. 200]
+ Et affamé comme un vieil loup,
+ Avec monsieur de Penessac,
+ Et le seigneur de Lamesou.
+ Les troys seigneurs s'entretrouvèrent;
+ Car ilz estoyent tous d'ung quartier
+ Et Dieu sçait s'ilz se saluèrent,
+ Ainsi qu'il en estoit mestier;
+ Toutesfoys, ce bon escuyer
+ De Combraye, propos final,
+ Fut esleu leur grant conseillier,
+ Et le gouverneur principal.
+ Ils conclurent, pour le meilleur,
+ Que ce bon notable seigneur
+ Yroit veoir s'il pourroit trouver
+ Quelque bon lieu pour s'y loger,
+ Et, selon qu'il le trouverait,
+ Aux aultres le raconteroit.
+ Or advint, environ midy,
+ Qu'il estoit de faim estourdy,
+ S'en vint à une hostellerie,
+ Rue de la Mortellerie,
+ Où pend l'enseigne du Pestel:
+ _A bon logis et bon hostel,_
+ Demandant s'on a que repaistre:
+ «Ouy, vrayment, ce dist le maistre;
+ Ne soyez de rien en soucy,
+ Car vous serez très bien servy
+ De pain, de vin et de viande.
+ --Pas grand chose je ne demande,
+ Dist le bon seigneur de Combraye:
+ Il n'y a guère que j'avoye [P. 201]
+ Bien desjuné; mais, toutesfoys,
+ Si ai-je disné maintes foys
+ Que n'avoye pas tel appetit.»
+ Ce seigneur menga ung petit,
+ Car il n'avoit guère d'argent,
+ Commendant qu'on fust diligent
+ D'avoir quelque chose de bon,
+ Pour son soupper: ung gras chapon;
+ Car il pensoit bien que, le soir,
+ Il devoit avec luy souper
+ Des gentilzhommes de la cour.
+ L'hostesse fut bien à son gourt,
+ Car, quand vint à compter l'escot,
+ Le seigneur ne dist oncques mot,
+ Mais tout ce qu'elle demanda
+ Ce gentilhomme luy bailla,
+ Disant: «Vous comptez par raison!»
+ Puis il sortit de la maison,
+ Bouta son sac soubs son esselle,
+ Et vint raconter la nouvelle
+ A ses compaignons, et comment
+ Il failloit faire saigement.
+ Il fut dit, à peu de parolles,
+ Pour eviter grans monopolles,
+ Que le seigneur de Penessac
+ Yroit devant louer l'estat
+ Et blasonner la suffisance
+ De ce seigneur, car, sans doubtance,
+ La chose le valoit très bien,
+ Et, pour trouver meilleur moyen,
+ Il menroit en sa compaignie,
+ Lamesou; et n'y faillit mye. [P. 202]
+ Si vint demander à l'hostesse
+ S'ung seigneur remply de noblesse
+ Estoit logé en la maison.
+ L'hostesse respondit que non,
+ Et que vrayement il n'y avoit
+ Qu'ung Lymousin, lequel debvoit
+ Venir au soir souper léans.
+ «Ha! dist-il, dame de céans,
+ C'est celuy que nous demandons;
+ Par ma foy! c'est le grant baron,
+ Qui est arrivé au matin.
+ --Je n'entens point vostre latin,
+ Dist l'hostesse; vous parlez mal:
+ Il n'a ne jument ne cheval;
+ Il va à pied, par faulte d'asne.»
+ Lors Penessac respondit: «Dame,
+ Il vient icy pour ung procès;
+ Il est appellant des excès
+ Qu'on luy a faictz en Lymousin,
+ Et va ainsi de pied, affin
+ Que son procès soit plus tost faict.»
+ L'hostesse le creut, en effet.
+ Alors, le seigneur de Combraye
+ Arrive, et Dieu sçait quelle joye
+ Ces deux seigneurs icy lui firent;
+ Et le genoil en bas tendirent
+ Aussi tost comme il fut venu,
+ Et par ce point il fut congneu
+ Qu il estoit seigneur honorable.
+ Le bon seigneur se sist à table,
+ En tenant bonne gravité.
+ Vis-à-vis, de l'autre costé,
+ S'assit le seigneur de l'hostel,
+ Et eurent du vin, Dieu sçait quel! [P. 203]
+ Il ne le fault point demander.
+ Quand ce vint à l'escot compter
+ L'hostesse assez hault comptoit,
+ Mais au seigneur il n'en challoit,
+ Feignant qu'il fust tout plain d'argent.
+ Lors il dist qu'on fust diligent
+ De penser à faire les litz,
+ Car il vouloit en ce logis
+ Coucher; puis après, par exprès,
+ Il print son grand sac à procès,
+ Et le bailla léans en garde,
+ Disant: «Qu'on me le contregarde.
+ Si de l'argent voulez avoir,
+ Il ne faut que le demander.»
+ L'hostesse ne fut pas ingrate,
+ En disant: «Je n'en ay pas haste.
+ N'espargnez rien qui soit céans.»
+ Ces seigneurs couchèrent léans
+ L'espace de cinq ou six moys,
+ Sans payer argent, toutesfoys,
+ Non obstant ce qu'il demandoit
+ A l'hostesse s'elle vouloit
+ Avoir de l'argent, bien souvent;
+ Mais il n'estoit point bien content
+ De mettre souvent main en bourse.
+ L'hostesse n'estoit point rebourse,
+ Et dist: «Ne vous en soucyez;
+ Dieu mercy! j'ay argent assez,
+ A vostre bon commandement.»
+ Ces mignons pensèrent comment
+ Ilz pourroyent retirer leur sac;
+ Et lors monsieur de Penessac
+ Dist à ce baron de Combraye
+ Qu'il se boutast bientost en voye, [P. 204]
+ Jugeant qu'il fust embesongné.
+ Ce seigneur vint, tout refrongné,
+ Vers l'hostesse, par bon moyen,
+ Et lui dit: «Mon cas va très bien;
+ Mon procès est ennuyt jugé.
+ A coup, qu'il n'y ait plus songé,
+ Baillez-moy mon sac, somme toute,
+ Car j'ay paour et si fays grant doubte,
+ Que les seigneurs soyent departis.»
+ Il print son sac: «Adieu vous dis!
+ Je reviendray tout maintenant.»
+ Il s'en alla diligemment,
+ A tout ses procès et son sac;
+ Et les seigneurs de Penessac
+ Et de Lamesou l'attendoyent;
+ Lesquelz seigneurs si s'esbatoyent,
+ A recueillir les torcheculz
+ Des seigneurs qui estoyent venus
+ Aux chambres, et bien se pensoyent
+ Qu'à quelque chose serviroyent
+ Ilz ostèrent tous ces procès
+ De ce sac, et, par motz exprès,
+ L'emplirent de ces torcheculz;
+ Puis, au soir, quand furent venuz
+ A leur logis, fut mis en garde,
+ Et, pour mieulx mettre en sauvegarde,
+ Il fut bouté, par grant humblesse,
+ Avec les robbes de l'hostesse,
+ Qui sentoyent le muguelias.
+ Au soir, firent grant ralias;
+ Le lendemain il fut raison
+ De departir de la maison
+ Pour s'en aller sans revenir.
+ On cuydoit qu'ilz deussent venir [P. 205]
+ Lendemain soupper et disner,
+ Pour leurs offices resiner,
+ Maiz ilz ne vindrent oncques puis.
+ Ils faillirent cinq ou six nuitz,
+ Dont l'hostesse fut eschec et mac.
+ Elle n'osoit ouvrir le sac
+ Sans avoir le congé du juge,
+ Auquel avoit piteux deluge;
+ Tellement qu il fut necessaire
+ Qu'on envoyast ung commissaire
+ Pour ouvrir ce sac, somme toute.
+ Quand il fust là venu sans doubte,
+ Il lava ses mains à bonne heure,
+ De paour de gaster l'escripture,
+ Car à cela estoit expert.
+ Toutesfoys, le sac fut ouvert;
+ Mais, quand il le vit si breneux,
+ Il s'en alla tout roupieux,
+ Cuydant que ce fust mocquerie,
+ Car il n'entendoit raillerie.
+ Ainsi partirent ces seigneurs
+ De Paris, joyeux en couraige.
+ De tromper furent inventeurs:
+ Cinq moys vesquirent d'avantaige;
+ De blasonner ilz firent raige;
+ Leur hoste fut par eulx vaincu.
+ Ils ne laissèrent, pour tout gaige
+ Qu'un sac tout plain de torchecu.
+
+ [P. 206]
+ LA QUATRIESME REPEUE FRANCHE
+
+ DU SOUFFRETEUX.
+
+ «Où pris argent, qui n'en a point?
+ Remède est vivre d'avantaige.
+ Qui n'a ne robbe ne pourpoint,
+ Que pourroit-il laisser pour gaige?
+ Toutesfoys, qui aurait l'usaige
+ De dire quelque chansonnette
+ Qui peust deffrayer le passaige,
+ Le payement ne seroit qu'honneste.»
+
+ L'ACTEUR.
+
+ Ainsi parloit le Souffreteux,
+ Qui estoit fin de sa nature;
+ Moytié triste, moytié joyeux.
+ Du Palays partit, bonne alleure,
+ En disant: «Qui ne s'adventure,
+ Il ne fera jamais beau fait,»
+ Pour pourchasser sa nourriture,
+ Car il estoit de faim deffaict.
+
+ Pour trouver quelque tromperie,
+ Le gallant se voulust haster:
+ En la meilleure hostellerie
+ Ou taverne s'alla bouter,
+ Et commença à demander
+ S'on avoit rien pour luy de bon;
+ Car il vouloit léans disner, [P. 207]
+ Et faire chère de façon.
+
+ Lors on demanda quelle viande
+ Il falloit à ce pèlerin.
+ Il respondit: «Je ne demande
+ Qu'une perdrix ou un poussin,
+ Avec une pinte de vin
+ De Beaulne, qui soit frais tirée.
+ Et puis après, pour faire fin,
+ Le cotteret et la bourrée.»
+
+ Tout ce qui luy fut convenable
+ Le varlet luy alla quérir.
+ Le gallant s'en va mettre à table,
+ Affin de mieulx se resjouyr,
+ Et disna là, tout à loisir,
+ Maschant le sens, trenchant du saige;
+ Mais il fallut, ains que partir,
+ Avoir ung morceau de formaige.
+
+ «Adonc dit le clerc: Mon amy,
+ Il fault compter, car vous devez,
+ Tout par tout, sept solz et demy,
+ Et convient que les me payez.
+ --Je ne sçay comment les aurez,
+ Dist le gallant, car, par sainct Gille!
+ Je veulx bien que vous le saichez,
+ Je ne soustiens ne croix ne pille.
+
+ --Qui n'a argent si laisse gaige;
+ Ce n'est que le faict droicturier.
+ Vous voulez vivre d'avantaige,
+ Et n'avez maille ne denier!
+ Estes-vous larron ou meurtrier? [P. 208]
+ Par Dieu, ains que d'icy je hobe,
+ Vous me payerez, pour abréger,
+ Ou vous y laisserez la robbe.
+
+ --Quant est d'argent, je n'en ay point,
+ Affin de le dire tout hault.
+ Comment! m'en iray-je en pourpoint,
+ Et desnué comme ung marault?
+ Dieu mercy! je n'ay pas trop chault;
+ Mais, s'il vous plaisoit m'employer,
+ Je vous serviray, sans deffault,
+ Jusques à mon escot payer.
+
+ --Et comment? Que sçavez-vous faire?
+ Dites-le moy tout plainement.
+ --Quoy? toute chose nécessaire.
+ Point ne fault demander comment;
+ Je gaige que, tout maintenant,
+ Je vous chanteray ung couplet,
+ Si hault et si cler, je me vant,
+ Que vous direz: «Cela me plaist!»
+
+ L'ACTEUR.
+
+ Lors, le varlet, voyant cecy,
+ Fut content de ceste gaigeure,
+ Et pensa en luy-mesme ainsi,
+ Qu'il attendroit ceste adventure;
+ Et s'il chantoit bien d'adventure,
+ Il lui dirait, pour tous desbats,
+ Qu'il payast l'escot, bon alleure,
+ Car son chant ne lui plaisoit pas.
+
+ L'accord fut dit, l'accord fut faict, [P. 209]
+ Devant tous, non pas en arrière.
+ Lors le gallant tire, de faict,
+ De dedens sa gibecière
+ Une bourse, d'argent legière,
+ Qui estoit pleine de mereaulx,
+ Et chanta, par bonne manière,
+ Haultement, ces mots tout nouveaulx:
+
+ De sa bourse dessus la table
+ Frappa, affin que je le notte,
+ Et, comme chose convenable,
+ Chanta ainsi à haulte notte:
+ «Faut payer ton hoste, ton hoste!»
+ Tout au long chanta ce couplet.
+ Le varlet, estant coste à coste,
+ Respondit: «Cela bien me plaist!»
+
+ Toutesfoys, il n'entendoit pas
+ Qu'il ne fust de l'escot payé,
+ Parquoy il failloit sur ce pas.
+ De son sens fut moult desvoyé.
+ Devant tous fut notiffié
+ Qu'il estoit gentil compaignon,
+ Et qu'il avoit, par son traicté,
+ Bien disné pour une chanson.
+
+ C'est bien disné, quand on eschappe
+ Sans desbourser pas ung denier,
+ Et dire adieu au tavernier
+ En torchant son nez à la nappe.
+
+ [P. 210]
+
+ LA CINQUIESME REPEUE
+
+ DU PELLETIER.
+
+ Ung jour advint qu'ung Pelletier
+ Espousa une belle femme
+ Qui appetoit le bas mestier,
+ En faisant recorder sa game.
+ Le Pelletier, sans penser blasme,
+ Ne s'en soucioit qu'ung petit:
+ Mieulx aymoit du vin une dragme,
+ Que coucher dedens ung beau lict.
+
+ Ung curé, voyant cest affaire,
+ De la femme fut amoureux,
+ Et pensa qu'à son presbytaire
+ Il maineroit ce maistre gueux.
+ Il s'en vint à luy tout joyeux,
+ A celle fin de le tromper,
+ En disant: «Mon voysin, je veux
+ Vous donner ennuyt à soupper.»
+
+ Le Pelletier en fut content,
+ Car il ne vouloyt que repaistre,
+ Et alla tout incontinent
+ Faire grant chère avec le prestre,
+ Qui luy joua d'un tour de maistre,
+ Disant: «Ma robbe est deffourrée;
+ Il vous y convient la main mettre,
+ Affin qu'elle soit reffourrée.
+
+ --Et bien, ce dist le Pelletier, [P. 211]
+ Monseigneur, j'en suis bien content,
+ Mais que vous m'en vueillez payer;
+ Je suis tout vostre, seurement.»
+ Ils firent leur appoinctement
+ Qu'il auroit, pour tout inventoire,
+ Dix solz tournois entièrement,
+ Et du vin largement pour boire,
+
+ Pourvu qu'il la despecheroit,
+ Car il luy estoit necessaire,
+ Et que toute nuyt veilleroit,
+ Avec son clerc, au presbitaire.
+ Il fut content de cest affaire.
+ Mais le Curé les enferma
+ Soubs la clef, sans grant noyse faire,
+ Puis hors de la maison alla.
+
+ Le Curé vint en la maison
+ Du Pelletier, par ses sornettes,
+ Et trouva si bonne achoyson
+ Qu'il fist très bien ses besongnettes.
+ Ilz firent cent mille chosettes,
+ Car, ainsi comme il me semble,
+ Il contenta ses amourettes,
+ Et puis hors de la maison emble.
+
+ Ce fourreur, pour la repeue franche
+ Fut fait coqu bien fermement;
+ Et luy chargea la dame blanche
+ Qu'il y retournast hardiment,
+ Et que, par son sainct sacrement,
+ Jamais nul jour ne l'oubliera,
+ Mais luy fera hébergement, [P. 212]
+ Toutes les foys qu'il luy plaira.
+
+ Et pourtant, donne soy bien garde
+ Chascun qui aura belle femme
+ Qu'on ne lui joue telle aubade
+ Pour la repeue: c'est grant diffame;
+ Quant il est sceu, ce n'est que blasme
+ Et reproche, au temps advenir.
+ Vela des repeues la grant game;
+ Pourtant, ayez-en souvenir!
+
+
+
+ SIXIESME REPEUE FRANCHE
+
+ DES GALLANTS SANS SOULCY.
+
+ Une assemblée de compaignons,
+ Nommez les _Gallans sans soucy_,
+ Se trouvèrent entre deux pontz,
+ Près le Palays, il est ainsi;
+ D'aultres y en avoit aussi,
+ Qui aymoient bien besoigne faîcte,
+ Et estoient, de franc cueur transi,
+ A l'abbé de Saincte Souffrette.
+
+ Ces compaings ainsi assemblez
+ Ne demandèrent que repas;
+ D'argent ilz n'estoyent pas comblez,
+ Non pourtant ne faillirent pas.
+ Ilz se boutèrent, c'est le cas, [P. 213]
+ A l'enseigne du Plat d'estaing,
+ Où ilz repeurent par compas,
+ Car ilz en avoient grant besoing.
+
+ Quant ce vint à l'escot compter,
+ Je crois que nully ne s'en cource;
+ Mais le beau jeu est au payer,
+ Quant il n'y a denier en bourse.
+ Nul d'eulx n'avoit chère rebourse:
+ «Pour de l'escot venir au bout,
+ Dist ung gallant, de plaine source,
+ Il n'en faut qu'ung pour payer tout.»
+
+ Ilz appointèrent tous ensemble,
+ Que l'ung d'iceulx on banderait:
+ Par ainsi, selon qui me semble,
+ Le premier qu'il empoigneroit,
+ Estoit dit que l'escot payeroit.
+ Mais ilz en eurent grand discord:
+ Chascun bandé estre vouloit,
+ Dont ne peurent estre d'accord.
+
+ Le varlet, voyant ces desbas,
+ Leur dit: «Nul de vous ne s'esmoye;
+ Je suis content que, par compas,
+ Tout maintenant bandé je soye.»
+ Les gallans en eurent grand joye,
+ Et le bandèrent en ce lieu,
+ Puis chascun d'eux si print la voye
+ Pour s'en aller sans dire adieu.
+
+ Le varlet, qui estoit bandé,
+ Tournoyoit parmy la maison.
+ Il fut de l'escot prébendé [P. 214]
+ Par ceste subtile achoison.
+ Affin d'avoir provision
+ De l'escot, l'hoste monte en hault:
+ Quand il vit ceste intention,
+ A peu que le cueur ne lui fault.
+
+ En montant, l'hoste fut happé
+ Par son varlet, sans dire mot,
+ Disant: «Je vous ay attrapé,
+ Il faut que vous payez l'escot,
+ Ou vous laisserez le surcot.»
+ De quoy il ne fut pas joyeux,
+ ****************************
+ Cuydant qu'il fust mathelineux.
+
+ Quand le varlet se desbanda,
+ La tromperie peut bien congnoistre:
+ Fut estonné quand regarda,
+ Et vit bien que c'estoit son maistre.
+ Pensez qu'il en eut belle lettre,
+ Car il parla lors à bas ton,
+ Et, pour sa peine, sans rien mettre,
+ Il eut quatre coups de baston.
+
+ Ainsi furent, sans rien payer,
+ Les povres gallans délivrez
+ De la maison du tavernier,
+ Où ilz s'estoyent presque enyvrez
+ Des vins qu'on leur avoit livrez
+ Pour boire à plain gobelet,
+ Que paya le povre varlet.
+
+ Et que ce soit vray ou certain, [P. 215]
+ Ainsi que m'ont dit cinq ou six,
+ Le cas advint au Plat d'estain
+ Près Sainct-Pierre-des-Arsis.
+ Bien eschéoit ung grant mercis,
+ A tout le moins, pour ce repas,
+ Et si ne le payèrent pas.
+
+ Aussi fut si bien aveuglé,
+ Le povre varlet malheureux,
+ Qui fut de tout l'escot sanglé,
+ Et fallust qu'il payast pour eulx;
+ Et s'en allèrent tous joyeux
+ Les mignons, torchant leur visaige,
+ Qui avoyent disné d'advantaige.
+
+
+
+ LA SEPTIESME REPEUE
+
+ FAICTE AUPRÈS DE MONTFAULCON.
+
+ Pour passer temps joyeusement,
+ Raconter vueil une repeue
+ Qui fut faicte subtillement
+ Près Montfaulcon, c'est chose sceue,
+ Et diray la desconvenue
+ Qu'il advint à de fins ouvriers;
+ Aussi y sera ramenteue
+ La finesse des escolliers.
+
+ Quand compaignons sont desbauchez,
+ Ilz ne cherchent que compaignie;
+ Plusieurs ont leurs vins vendangez [P. 216]
+ Et beu quasy jusqu'à la lye.
+ Or advint qu'une grant mesgnie
+ De compaignons se rencontrèrent.
+ ******************************
+ ******************************
+
+ Et, sans trouver la saison chère,
+ Chascun d'eulx se resjouyssoit
+ Disant bons motz, faisant grant chère;
+ Par ce point le temps se passoit.
+ Mais l'ung d'iceulx promis avoit
+ De coucher avec une garce,
+ Et aux aultres le racontoit,
+ Par jeu, en manière de farce.
+
+ Tant parlèrent du bas mestier,
+ Que fut conclud, par leur façon,
+ Qu'ilz yroyent ce soir-là coucher
+ Près le gibet de Montfaulcon,
+ Et auroyent pour provision
+ Ung pasté de façon subtile,
+ Et meneroyent, en conclusion,
+ Avec eulx chascun une fille.
+
+ Ce pasté, je vous en respons,
+ Fut faict sans demander qu'il couste,
+ Car il y avoit six chapons,
+ Sans la chair, que point je n'y boute.
+ On y eust bien tourné le coute,
+ Tant estoit grant, point n'en doubtez.
+ Le Prince des Sots et sa routte
+ En eussent esté bien souppez.
+
+ Deux escolliers voyant le cas, [P. 217]
+ Qui ne sçavoyent rien que tromper,
+ Sans prendre conseil d'advocatz,
+ Ilz se voullurent occuper,
+ Pensant à eux, comme atrapper
+ Les pourroyent d'estoc ou de trenche;
+ Car ilz voulloyent ce soir soupper
+ Et avoir une repeue franche.
+
+ Sans aller parler au devin,
+ L'ung prist ce pasté de façon,
+ L'autre emporta un broc de vin,
+ Du pain assez, selon raison,
+ Et allèrent vers Montfaulcon,
+ Où estoit toute l'assemblée.
+ Filles y avoit à foyson,
+ Faisant chère desmesurée.
+
+ Aussi juste comme l'orloge,
+ Par devis et bonne manière,
+ Ilz entrèrent dedans leur loge,
+ Espérant de faire grant chière,
+ Et tastoient devant et derrière
+ Les povres filles, hault et bas.
+ *****************************
+ *****************************
+
+ Les escolliers, sans nulle fable.
+ Voyant ceste desconvenue,
+ Vestirent habitz de diable,
+ Et vindrent là, sans attendue:
+ L'ung, ung croc, l'autre, une massue,
+ Pour avoir la franche repue,
+ Vindrent assaillir les gallans.
+ *****************************
+
+ Disant: «A mort! à mort, à mort! [P. 218]
+ Prenez, à ces chaisnes de fer,
+ Ribaulx, putains, par desconfort,
+ Et les amenez en enfer;
+ Ilz seront avec Lucifer,
+ Au plus parfond de la chauldière,
+ Et puis, pour mieulx les eschauffer,
+ Gettez seront en la rivière!»
+
+ L'ung des gallans, pour abbreger,
+ Respondit: «Ma vie est finée!
+ En enfer me fault heberger.
+ Vecy ma dernière journée;
+ Or suis-je bien ame dampnée!
+ Nostre peché nous a attains,
+ Car nous yrons, sans demourée,
+ En enfer avec ces putains!»
+
+ Se vous les eussiez veu fouyr,
+ Jamais ne vistes si beau jeu,
+ L'ung amont, l'autre aval courir;
+ Chascun d'eulx ne pensoit qu'à Dieu.
+ Ilz s'en fouyrent de ce lieu,
+ Et laissèrent pain, vin et viande,
+ Criant sainct Jean et sainct Mathieu,
+ A qui ilz feroyent leur offrande.
+
+ Noz escolliers, voyant cecy,
+ Non obstant leur habit de diable,
+ Furent alors hors de soulcy,
+ Et s'assirent trestous à table;
+ Et Dieu sçait si firent la galle [P. 219]
+ Entour le vin et le pasté,
+ Et repeurent, pour fin finalle,
+ De ce qui estoit appresté.
+
+ C'est bien trompé, qui rien ne paye,
+ Et qui peut vivre d'advantaige,
+ Sans desbourser or ne monnoye,
+ En usant de joyeux langaige.
+ Les escolliers, de bon couraige,
+ Passèrent temps joyeusement,
+ Sans bailler ny argent ny gaige,
+ Et si repeurent franchement.
+
+ Si vous vouliez suyvre l'escolle
+ De ceulx qui vivent franchement,
+ Lisez en cestuy prothocolle,
+ Et voyez la façon comment;
+ Mettez-y vostre entendement
+ A faire comme ilz faseyent,
+ Et, s'il n'y a empeschement,
+ Vous vivrez comme ilz vivoyent.
+
+ FIN DES REPEUES FRANCHES
+ ET DES POÉSIES ATTRIBUÉES A VLLLON.
+
+
+
+NOTES.
+
+_(Les chiffres renvoient aux pages du volume. V. signifie_ vers;
+_Pr._, Prompsault; _P. L._, M. Paul L. Jacob, bibliophile.)
+
+P. 1. _Clément Marot aux Lecteurs._ Cette préface, avec le
+huitain qui l'accompagne, est en tête de l'édition de _Paris,
+Galiot du Pré,_ 1533, la première donnée par Marot.
+
+P. 2, lig. 28. _Toutesfoys_... Marot dit clairement qu'il n'a
+pas consulté un seul manuscrit. Il n'a pas non plus eu sous les
+yeux toutes les éditions du XVe siècle.
+
+P. 4, lig. 5. _Après _... Les vers que Marot dit avoir refaits
+sont au nombre de dix ou douze seulement, et, chose singulière,
+on les trouve tels quels dans les manuscrits et les anciennes
+éditions. (P. L.)
+
+P. 7. _Le Petit Testament_. Ce titre, que Villon n'avait pas
+eu l'intention de donner à ses _lays_ (voy. p. 50, v. II), se
+trouve en tête des plus anciennes éditions de ses oeuvres.
+
+P. 8-9. Les huitains IV à IX ont été publiés pour la première
+fois par Prompsault, d'après un mss. La Monnoye ne les a pas
+connus.
+
+P. 9, huitain IX. L'invocation par laquelle Villon commence son
+Testament n'est qu'une affaire de simple formule. Ce n'est pas
+là qu'il faut chercher la preuve de ses sentiments religieux.
+
+P. 14, huit. XXIII. Ce huitain, publié pour la première fois par
+Prompsault, se trouve en manuscrit dans l'exemplaire annoté de
+La Monnoye.
+
+P. 17-19. Les huitains XXXVI-XXXIX, publiés pour la première
+fois par M. Prompsault, n'étaient pas connus de La Monnoye.
+C'est une satire du jargon scolastique du temps. Il n'est pas
+certain que Villon en soit l'auteur. J'ai conservé quelques-unes
+des corrections introduites dans ce texte par M. P. L.
+
+P. 21. _Le Grand Testament_. Huit. I. _En l'an trentiesme de mon
+eage_... On a conclu de ce vers que Villon n'avait pas trente
+ans accomplis en 1461. La mesure du vers ne lui permettait pas
+d'être plus exact; mais dans le _Débat du corps et du coeur_ (p.
+113), fait dans la prison de Meung, il dit positivement: «Tu as
+trente ans.» Il était donc réellement né en 1431.
+
+P. 22, huit. V. La leçon de l'édition Prompsault est meilleure
+que celle de La Monnoye. La voici:
+
+ _Si prieray pour lui de bon cueur,
+ Par l'ame du bon feu Cotard..._
+
+C'est-à-dire que Villon jure par l'âme de son procureur Cotard
+(voy. ce nom au _Glossaire-index_), de prier Dieu pour Thibault
+d'Aussigny. La suite nous apprend ce qu'il entend par là.
+
+P. 37-38. On a cru que dans les huitains XLIII-XLV Villon
+parlait de lui-même; c'est évidemment une erreur. Pour le
+reconnaître, il suffit de se rappeler qu'il n'avait que trente
+ans, et n'était pas un «pauvre vieillart.»
+
+P. 45, huit. LIV. Je n'ai pas adopté la correction de La
+Monnoye, qui termine ainsi ce huitain:
+
+ _C'est pure vérité decellée:
+ Pour une joye cent doulours_.
+
+P. 56. Les six premiers vers de l'_Envoi_ donnent en acrostiche
+le nom de _Villon_, ainsi que M. Nagel l'a remarqué le premier.
+Il a découvert aussi que le premier huitain de la _Ballade
+de Villon à s'amye,_ p. 57, donne en acrostiche le nom de
+_Françoys._ Le second huitain donne _Martheos,_ sans doute par
+l'effet du hasard.
+
+P. 90. _Lays._ Publié pour la première fois par Prompsault. En
+manuscrit dans La Monnoye. Il en est de même du huitain CLIII,
+p. 91.
+
+P. 99. «_Et je croy bien que pas n'en ment._» Le huitain qui
+commence par ce vers et le reste de la ballade ont été publiés
+pour la première fois par Prompsault. Ils existent en manuscrit
+dans La Monnoye.
+
+P. 101. _Poésies diverses_. Le titre de plusieurs éditions
+annonce un _Codicille_, ce qui a préoccupé quelques éditeurs
+plus que de raison. L'édition de Pierre Levet, 1489, et une
+autre édition du XV'siècle (la troisième décrite par M. Brunet),
+disent ce qu'il faut entendre par là. Dans celle de Pierre Levet
+on lit: _Cy commence le grant Codicille et Testament de maistre
+François Villon,_ et dans l'autre: _Sensuit le grant Testament
+et Codicille de maistre François Villon._ Le _Codicille_ n'est
+donc autre chose que le _Grand Testament,_ postérieur de cinq
+ans au _Petit Testament._
+
+Les _poésies diverses_ ont été classées de différentes
+façons, selon le gré des éditeurs. J'ai cherché à les ranger
+chronologiquement. Le _quatrain_ et _l'épitaphe_ (p. 101), la
+_Requeste au Parlement_ (p. 103), la _Ballade de l'appel_ (p.
+104), le _Dit de la naissance Marie_ (p. 105) et la _Double
+ballade_ (p. 107) se rapportent au procès de 1457. Je parlerai
+des autres pièces plus tard.
+
+P. 105. _Le Dit de la naissance Marie_. Cette pièce et les deux
+suivantes se trouvent dans un très-beau manuscrit des Poésies de
+Charles d'Orléans, conservé à la Bibliothèque impériale. Elles
+ont été publiées pour la première fois par M. Prompsault.
+
+P. 107. _Double ballade_. Cette pièce, adressée à Marie
+d'Orléans, fut composée longtemps après la précédente, et
+lorsque la princesse était déjà grande, et avait «port assuré,
+maintien rassis» (p. 109, v. 17).
+
+P. 110. _Ballade Villon._ Cette pièce est incontestablement de
+Villon, dont elle porte le nom dans le manuscrit des poésies
+de Charles d'Orléans. Il n'est pas aussi certain que les deux
+autres pièces tirées du même manuscrit soient de lui, mais c'est
+on ne peut plus vraisemblable.
+
+Cette ballade fut composée sur un sujet donné par le duc
+d'Orléans. On trouve dans le manuscrit de ses poésies celles qui
+furent composées à la même occasion par onze autres poëtes.
+
+P. 111 _Epistre_, Cette pièce fut composée dans la prison de
+Meung. Elle a été publiée pour la première fois par Prompsault,
+mais elle existe en manuscrit, avec des variantes, dans La
+Monnoye.
+
+P. 112. _Le Débat du cueur et du corps_. Composé dans la prison
+de Meung. Les précédents éditeurs n'ont pas remarqué que le nom
+de Villon se trouve en acrostiche dans les six vers qui, non
+compris le refrain, forment l'_envoi_.
+
+P. 113. _La, Requeste à Monseigneur de Bourbon_. Prompsault se
+trompe lorsqu'il dit que Marot a fait le titre de cette ballade.
+On le trouve dans les éditions du XVe siècle tel qu'il est
+reproduit ici.
+
+Le duc de Bourbon était Jean II, qui mourut en 1487; ce ne
+pouvait être Charles Ier, mort en décembre 1456, à l'époque
+précisément où Villon, peu connu comme poëte, se faisait
+fouetter publiquement.
+
+P. 119. _Ballade des povres housseurs_. Cette pièce a été tirée
+du _Jardin de plaisance_ par Prompsault. Il n'est pas bien
+prouvé qu'elle soit de Villon. On ne sait pas au juste ce
+que signifie ce mot _housseurs_. Cotgrave le traduit par
+_balayeurs_, _ramoneurs_; M. P. L., par _batteurs de tapis_;
+Prompsault, par _porteurs de housseaux_ ou de bottes; M.
+Campeaux, par écoliers portant des _housses_, comme ceux du
+collège de Navarre. Son explication me paraît la meilleure, à
+moins que _housseurs_ ne signifie _faiseurs de housseaux_. Il
+y a un rapprochement à faire entre cette supposition et,
+d'une part, les conjectures de M. Campeaux relativement à la
+profession du père de Villon; d'autre part, l'affirmation
+très-nette de la onzième des pièces attribuées à Villon, que je
+publie, p. 139. «...Mon père est cordouennier.» Malheureusement
+ce rondeau n'est pas plus certainement de Villon que la _Ballade
+des povres housseurs_.
+
+P. 120. _Problème ou Ballade_. Publié pour la première fois par
+Prompsault. En manuscrit dans La Monnoye.
+
+P. 121. _Ballade contre les mesdisans de la France_. Prompsault
+a cru publier cette pièce pour la première fois; mais il en
+existe une édition en caractères gothiques, reproduite par M. A.
+de Montaiglon dans les _Anciennes Poésies françoises_, t. V,
+p. 320, qui m'a fourni de bonnes variantes. La Monnoye la
+connaissait. Elle existe en manuscrit dans son exemplaire
+annoté, avec le titre qu'elle porte ici.
+
+P. 124. _Le Jargon ou Jobelin_. Tous les éditeurs de Villon ont
+reculé devant l'explication de ces ballades en argot. Je
+suis leur exemple; mais cela ne doit pas décourager ceux qui
+voudraient tenter l'entreprise. En recueillant avec soin toutes
+les variantes des anciennes éditions, en rapprochant les
+ballades de Villon des monuments assez nombreux de ce langage
+qui nous restent du XVe siècle et du commencement du XVIe, on
+arriverait probablement à quelque chose de satisfaisant.
+
+P. 133. _Poésies attribuées à Villon_. J'ai choisi ce titre à
+cause de son élasticité. Je ne suis pas convaincu que ces pièces
+soient de notre poëte; mais je n'ai pas voulu, en les donnant
+comme émanant de ses disciples, lui faire tort de celles qui
+peuvent lui appartenir.
+
+P. 133-143. Dix-sept pièces choisies parmi celles que M.
+Campeaux a tirées du _Jardin de plaisance_. On ne peut, lire son
+travail sans être tenté d'admettre que plusieurs de ces pièces
+sont réellement de Villon.
+
+P. 144-146. Les ballades XVIII, XIX et XX ont été réunies pour
+la première fois aux oeuvres de Villon dans l'édition de 1723.
+Je ne crois pas qu'elles soient de lui.
+
+P. 147. _Ballade joyeuse des taverniers_. Cette pièce se trouve
+dans toutes les éditions de _la Chasse et le Départ d'Amours,_
+d'Octavien de Saint-Gelais, dont la première est de 1509. Je
+dois cette indication à mon ami M. Louis Moland.
+
+P. 150. _Monologue du franc archier de Baignollet_. Réuni pour
+la première fois aux oeuvres de Villon en 1532, dans une
+édition de Galiot du Pré. Il existe de ce monologue une édition
+gothique, format d'agenda, qui a été reproduite dans l'_Ancien
+théâtre françois_, t. II, p. 326. J'en ai tiré quelques
+variantes.
+
+P. 164. _Dialogue de messieurs de Mallepaye et de Baillevent_.
+De même que le _Monologue du franc archer_, cette pièce fut
+réunie pour la première fois aux oeuvres de Villon dans
+l'édition de Galiot du Pré, 1532. Elle est écrite, comme l'a
+remarqué le premier M. A. de Montaiglon, «en strophes de six
+vers sur deux rimes, qui s'enchaînent de telle façon que la
+rime placée dans une strophe au troisième et au sixième vers
+se répète, dans la strophe suivante, aux quatre autres vers,
+c'est-à-dire au premier, au second, au quatrième et au cinquième.»
+Je l'ai divisée selon ces indications, et l'on conviendra qu'elle
+y a beaucoup gagné.
+
+Deux strophes sont incomplètes, l'une d'un vers, p. 172, et
+l'autre de deux, p. 177.
+
+P. 178. _Les Repeues franches_. Ce recueil fut imprimé plusieurs
+fois dans le XVe siècle et la première moitié du XVIe. Il n'est
+pas de Villon; mais le poëte y joue un tel rôle qu'on ne peut se
+dispenser de le joindre à ses oeuvres, ce qu'on fait, du reste,
+depuis plus de trois cents ans. Il est écrit presque tout
+entier en strophes de huit vers, ce que les précédents éditeurs
+n'avaient pas assez remarqué, comme l'a dit M. A. de Montaiglon.
+Il y a vers la fin quelques strophes que je n'ai pu compléter,
+bien que j'aie consulté plusieurs éditions anciennes, y compris
+celle de Jean Trepperel, que je crois la première.
+
+P. 187. _La Manière d'avoir du poisson_. Le moyen employé par
+Villon pour se débarrasser du _porte-pannier_ rappelle le
+fabliau des _Trois Avugles de Compiengne_, par Cortebarbe. Voir
+aussi les _Aventures de Til Ulespiègle_, chap. LXXI (_Nouvelle
+collection Jannet_); _Morlini_, nouv. XIII; les _Facétieuses
+Nuits de Straparole_, édition Jannet, _Paris_, 1857, t. Ier, p.
+liv.
+
+P. 190. _La Manière d'avoir des trippes_. Voir un expédient
+analogue dans les _Aventures de Til Ulespiègle_, édition citée,
+chap. LXXII.
+
+P. 191. _La Manière d'avoir du pain_. Imité par l'auteur des
+_Aventures de Til Ulespiègle_, chap. VI.
+
+P. 192. _La Manière d'avoir du vin_. Se retrouve dans _Til
+Ulespiègle_, chap. LVII.
+
+P. 206. _La Repeue franche du Souffreteux_. Imité par l'auteur
+de _Til Ulespiègle_, chap. LXI, et par Bonaventure Des Périers.
+Voy. l'édition de M. Louis Lacour, 1856. In-16, p. 122.
+
+
+
+
+
+GLOSSAIRE-INDEX.
+
+----------A----------
+
+_A_, avec. P. 34, v. 18; p. 158, v. 12.
+
+_A coup_, vite, tout de suite.
+
+_A tout_, avec.
+
+_Abandonné_, libéral, prodigue. 172.
+
+_Abayer_, aboyer.
+
+_Aboluz_, abolis, absous. §§.
+
+_Aboy_ (en), aux abois, abaissé.--«Trois poulx rampans en aboy»,
+c'est-à-dire descendant le long de la chemise, telles sont
+les armoiries que le seigneur de Mallepaye assigne à son ami
+Baillevent, P. 168.
+
+ABSALON, 121, 122.
+
+_Absoluz, absolz_, absous.
+
+_Abusion_, peine inutile, fait de quelqu'un qui s'abuse. (P. 35,
+v. 2.)
+
+_Acabit_, accident (?). 175.
+
+_Accollèe, acollée_, accolade.
+
+_Accouter_, appuyer, accoter. 47, 136.
+
+_Acherin_, acéré, d'acier.
+
+_Achoison, achoyson_, occasion, feinte, ruse.
+
+_Acongnoistre_, connaître. 195.
+
+_Accueillir_, tenir. 145.
+
+_Acquester_, acquérir.
+
+_Acreuz_, acquis, augmentés. 165.
+
+_Acteur_ (l'), l'auteur. 182.
+
+_Adextre_, adroit, habile.
+
+_Adirer_, absenter, supprimer. 135.
+
+_Admenez_ (en) (?), P. 38, v. 25.
+
+_Adonc, adoncques_, alors.
+
+_Advantaige_, voy. _avantaige_.
+
+_Affier_, assurer, certifier.
+
+_Affiques_, affiquets. 185.
+
+_Affoler_, blesser. 152.
+
+_Affuyt_, suit.
+
+_Aguet (aller d')_, marcher avec précaution et sans bruit, c'est
+ce que faisaient sans doute les soldats de police à pied dont
+parle Villon, p. 13, v. 21.
+
+_Aherdre_, p. 52, se trouve dans Cotgrave avec le sens de
+toucher, prendre.
+
+_Ahonti_, déshonore, couvert de honte. 142.
+
+_Aid_, aide, assiste «Ainsi m'aid Dieux!» P. 26, v. 6.
+
+_Aignel_, agneau. 107.
+
+_Ainçoys_, avant.
+
+_Ains_, avant.
+
+_Aist_, aide. «Ainsi m'aist Dieux!» 107.
+
+_Aiz_, planche. 84.
+
+ALENÇON. 151. Cette ville fut prise et reprise plusieurs fois
+par les Anglais et les Français pendant les guerres du XVe
+siècle. C'est en 1448 que Charles VII l'assiégea pour la
+dernière fois; il s'en empara, ainsi que de toutes les autres
+places fortes de la Normandie. (P. L.)--Le bon feu duc d'Alençon
+dont parle Villon (p. 36) serait, selon M. Pr., Jean Ier,
+tué à la bataille d'Azincourt, en 1415.
+
+ALEXANDRE, p. 26. Cette anecdote d'Alexandre et du pirare
+Diomédès est, suivant Formey, rapportée par Cicéron, dans un
+fragment du traité _De Republica_, liv. III, que nous a conservé
+Nonius Marcellus. Le nom du pirare ne s'y trouve pas. Voy. 121.
+
+ALLEMANSES, allemandes, 80.
+
+_Alleure_ (_bonne_), promptement.
+
+ALLYS (p. 34, v. 19), Alix de Champagne, mariée en 1160 à Louis
+le Jeune, roi de France, et morte en 1216. (Pr.)
+
+_Alouer_ (_s'_), s'attacher, se dévouer. 108.
+
+ALPHASAR, p. 121. Arphaxad, roi des Mèdes.
+
+ALPHONSE, _le roy d'Aragon_. Alphonse V, dit le Sage, mort en
+1458.
+
+_Amant_, 165, amendement.
+
+_Amathiste_, améthyste. 35.
+
+_Ambagoys_, ambages, finesses. 192.
+
+_Ambesas_, doubleas. P. 48.
+
+_Ameçons_, hameçons. Employé au figuré, p. 185.
+
+AMIRAL (l'), p. 152. M. P. L. suppose que c'est Prégent, seigneur
+de Coetivy et de Retz, créé amiral en 1439, et tué en 1450, au
+siège de Cherbourg.
+
+AMMON, fils de David. Plaisant récit de son amour pour sa soeur
+Thamar. (P. 46, v. 15.)
+
+_Amoureux_, agréable, bon. 195, v. 1.
+
+_Amys_, amicts. 36.
+
+_Ance_, anse. 15.
+
+ANCENYS, 151.
+
+_Ançoys_, avant.
+
+_Ancre_, encre.
+
+_Andoilles_, andouilles. 64.
+
+_Ange, Angelot_, (p. 70), étaient des monnaies d'or. Deux
+_angelots_ valaient un grand _ange_. Villon veut que le jeune
+merle agisse consciencieusement, ce qui n'était sans doute pas
+dans ses habitudes. (Pr.)
+
+ANGELOT L'HERBIER (l'herboriste), 85.
+
+ANGIERS, 9. Le _Lyon d'Angiers_ (153) était sans doute
+l'enseigne d'une hôtellerie.
+
+ANGLAIS, p. 151.
+
+ANGLESCHES, anglaises, p.81, v. 3.
+
+_Angoisseux_, plein d'angoisse.
+
+ANGOULEVENT, p. 176. Un Prince des Sots nommé Angoulevent vivait
+à la fin du XVIe siècle et se fit connaître par un procès qu'il
+soutint pour défendre les privilèges de sa principauté. Mais ce
+passage prouve que le nom d'Angoulevent était générique parmi
+les gueux et les aventuriers dès le XVe siècle. (P. L.)
+
+ANJOU, 157.
+
+_Antan_, l'an passé.
+
+_Ante_, tante. 82.
+
+_Apasteler_, nourrir.
+
+_Apostoles_, pape (p. 36), et, par extension, évêque, et
+peut-être prêtre.
+
+_Appaillardir_, appauvrir, mettre sur la paille 172.
+
+_Appeau_, appel. 197.
+
+_Appoinct_, à point. 73.
+
+_Appointé_, convenu.
+
+_Appoinctement_, accord.
+
+_Aprins_, appris.
+
+_Arain_, airain, cuivre. 48
+
+_Arbrynceaux_, arbrisseaux.
+
+ARCHIPIADA, 34, vraisemblablement Archippa, l'amante de
+Sophocle. (Pr.)
+
+ARCHITRICLIN (p. 69). Le maître d'hôtel des noces de Cana, qui
+conseilla de boire le bon vin le premier.
+
+_Ardiz_, brûlai. 121, v. 2.
+
+_Ardre_, brûler.
+
+_Argeutis_, arguties. 18.
+
+ARISTOTE, 18, 25.
+
+_Armarie (montrer l')_, p. 146, paraître armé dans un tournoi.
+(P. L)
+
+_Arquemie_, alchimie. «Faire l'arquemie aux dens» (p. 182 et
+186), c'est vivre de vent, n'avoir rien à manger.
+
+_Arraisonner_, interroger.
+
+_Arrons_, aurons.
+
+_Ars_. brûlé. 17.
+
+_Arsure_. brûlure. 76.
+
+_Art de la pinse et du croc_, l'art des voleurs. P. 2.
+
+_Art de mémoire_, 11. Probablement l'_Ars memorativa_, ouvrage
+didactique souvent réimprimé au XVe s. avec des figures
+singulières. (P. L.)
+
+ARTUS, _le duc de Bretaigne_ (p. 35, v. 10) est Artus III, le
+Justicier, mort en 1458.
+
+_Asçavoir-mon_, c'est à savoir.
+
+ASNE ROUGE, 60. Est-ce une enseigne?
+
+_Assier_, acier. 9.
+
+_Assouvir_, calmer, satisfaire, accomplir. 29, 89, 90, 94, 110.
+
+_Atout_, avec.
+
+_Attaine_, III. Atteigne, blesse. (P. L.)
+
+_Attaintée_, 78, bien parée (Pr.),-fardée (P. L.).
+
+_Attendue_, attente, retard.
+
+_Attente_, intention. 49.
+
+_Aubade_, peur. 199.
+
+_Aucun, aucune_, quelque. 30, 120.
+
+_Aucunement_, en quelque façon.
+
+_Auditeux_, auditeurs.
+
+AUGER LE DANOIS, 91.
+
+_Aulmoire_, armoire.
+
+AULNIS (vin d'), 60.
+
+AUSSIGNY (_Thibault d'_), 21.
+
+AUVERGNE (p. 36). Le dernier Dauphin de la branche héréditaire
+fut Beraud III, qui mourut en 1428. (P. L.)
+
+_Avaller_, descendre, précipiter en bas.
+
+_Avantage (vivre d')_, vivre aux dépens d'autrui. 206, 208, etc.
+
+_Avenir_, advenir.
+
+AVERROYS, Averrhoès. 25.
+
+_Avoyé_, en voie, bien venu. 196.
+
+_Ayser (s')_, se mettre à son aise, se servir librement. P. 78,
+v. 21.
+
+----------B----------
+
+BABYLOINE, Babylone. 79.
+
+_Bachelette_, jeune fille. 47.
+
+_Bachelier_, jeune galant, amoureux. 47.
+
+_Bague_, bagage, arme.
+
+BAIGNEUX, 193
+
+BAIGNOLET, 150.
+
+_Bailler_, donner.
+
+BAILLY, 3.
+
+_Bandon (à),_ à l'abandon.
+
+_Barat_, tromperie.
+
+_Barbiers_, étaient les chirurgiens du temps. 77.
+
+_Barguigner_, marchander, hésiter.
+
+_Barre_ (p 63), pièce du blason qui indique la bâtardise. Au
+lieu de cela, Villon donne au bâtard de La Barre trois dés pipés
+pour mettre dans son écusson.
+
+BASANYER, 74.
+
+_Bas mestier_, acte amoureux.
+
+_Baston_, 156. Nom des armes portatives en général. On a dit
+plus tard «baston à feu».
+
+_Batture_, action de battre. 71, 115.
+
+BAULDE (_frère_). 67.
+
+_Baulde_, réjouie. 67.
+
+_Bauldray_, donnerai.
+
+_Bave_, bavardage. 180.
+
+_Baver_, bavarder.
+
+_Baverie_, bavardage, vaines promesses.
+
+Baye, ouverte. 165.
+
+BEAULNE. 193, 207.
+
+_Beffray_, beffroi.
+
+BÉGUINES, 66.
+
+_Béjaulne_, niais. 193.
+
+_Belin_, mouton. 70.
+
+BELLEFAYE (_Martin_), p. 96, à qui Villon donne le titre de
+lieutenant criminel, était conseiller au Parlement de Paris.
+
+BELLET, 118.
+
+_Benoist_, béni.
+
+_Benoistier_, bénitier.
+
+_Bergeronnette_, chanson rustique. 91.
+
+_Berlan_, brelan. 87.
+
+BERTHE _au grand pied_ (p. 34, v. 19) fut mère de Charlemagne.
+
+_Besongner_, travailler. 118.
+
+
+_Besongnettes_, affaires d'amour.
+
+_Betourner_, dompter, abattre. 108.
+
+_Bière_ (en), mort, enseveli.
+
+BIETRIS (p. 34, v. 19), Béatrix de Provence, mariée à Charles de
+France, fils de Louis VIII. (Pr.)
+
+BIETRIX, 118.
+
+_Billart_, bâton recourbé avec lequel on jouait à la crosse.
+
+BILLY (_la tour de_), 73.
+
+_Bisagüe_, besaiguë.
+
+_Bise_, brune. 79.
+
+_Blanc_, 15, 48, monnaie d'argent qui, du temps de Villon,
+valait douze deniers.
+
+BLANCHE. Prompsault dit que la reine Blanche dont il est
+question p. 34, v. 17, était Blanche de Bourbon, mariée en 1352
+à Pierre le Cruel. M. P. L. pense qu'il s'agit plutôt de Blanche
+de Castille, mère de saint Louis.
+
+BLANCHE LA SAVETIÈRE, 42.
+
+_Blason_, conversation, beau parler. 189, 196.
+
+_Blasonner_, vanter, bavarder, se moquer. 201, 206.
+
+_Bloquer_, donner de l'argent. 175.
+
+BOESMES, p. 118. «La faute des Boesmes», c'était l'hérésie des
+Bohémiens, sectateurs de Jean Hus et de Jérôme de Prague.
+
+_Boillon_, p. 54. Le _boullon_ ou _bouillon_ est l'endroit de
+la rivière où l'eau forme un tournant. On dit encore, dans le
+langage trivial, _boire un bouillon_, c'est à dire: courir le
+risque d'être englouti dans une mauvaise affaire. (P. L.)
+
+_Boiture_, boisson 52.
+
+_Bonne_. «Cy suspendy et cy mis bonne», p.17. Prompsault
+interprète _bonne_ par _borne_. M P. Lacroix suppose que cette
+expression équivaut à _mettre en panne_.
+
+_Bonne alleure_, promptement.
+
+_Bordeaulx_, lieux de prostitution. 77.
+
+_Bort_, bordure. 136.
+
+_Bouffé_, soufflé, emporté par un souffle. (P. 36, v. 19.)
+
+_Bouges_, chausses, culottes.
+
+_Bouhourder_, lutter à armes courtoises. 119.
+
+_Boullon_, bouillon, tourbillon.
+
+_Boulluz_, bouillis. 56.
+
+BOULOGNE, 9.
+
+BOURBON. Le gracieux duc de Bourbon (p. 55 v. 9) est Jean Ier,
+mort en 1456. Voy. p. 115, et _notes_, p. 223.
+
+_Bourde_, mensonge, 111.
+
+_Bourder_, mentir.
+
+BOURG-LA-ROYNE, 65.
+
+BOURGES, 68, 76.
+
+BOURGUIGNON (Pierre),60.
+
+BOURGUYGNONS. 171.
+
+_Bourreletz_, sorte de coiffure. 33.
+
+_Bourse_. «Les bourses des dix-et-huit clers» (p. 72). Le
+collège des _Dix-huit_, où l'on recevait les étudiants trop
+pauvres pour pourvoir à leurs besoins, était situé, suivant M.
+P. L, devant le collège de Clugny, sur l'emplacement actuel de
+l'église de la Sorbonne.
+
+_Bouter_, mettre. 146, 148, 193.--frapper, pousser. 161.
+_Bouter soubz le nez_, p.37, manger et boire.
+
+_Boyser_, travailler le bois. 64.
+
+_Bracquemart_, épée courte et large.
+
+_Braire_, crier. 198.
+
+_Brairie_, cris. 152.
+
+_Branc_, sorte d'épée.
+
+_Brayes,_ chausses, culottes.
+
+_Brelare Bigod_ (p. 82), sorte de juron en allemand corrompu:
+_Verloren, bey Gott!_
+
+BREAAOIRE, Bressuire. 152.
+
+BRETAIGNE, 62.
+
+BRETONS, 153, 154, 157.
+
+_Brettes_, Bretonnes. 80.
+
+_Brief_, brièvement. 196.
+
+_Broiller_, p. 87 M. P. L. dit que cela signifiait jouer des
+_imbroglios_, des scènes comiques.
+
+_Broillerie_, désordre.
+
+_Broises, brossillons_, broussailles. 99.
+
+_Brouaille_, 148, me paraît synonyme de _brodier, broudier_,
+anus.
+
+_Brouillez_, en désordre, embrouillés. 2
+
+_Broust_, nourriture, subsistance. 174.
+
+_Brouter_, manger. 63.
+
+BROYER à moustarde, mortier. 17.
+
+BRUCIENNES, Prussiennes. 80.
+
+BRUNBAU (_Philip_), 97.
+
+_Bruire_, faire du bruit.
+
+_Bruit, bruyt_, renommée, réputation 9, 176.
+
+BRUYÈRES (Mlle de), 79.
+
+BUEIL, p. 152 Selon M. P. L., c'est Jean de Beuil, comte de
+Sanceire, qui succéda comme amiral à Prégent de Coëtivy.
+
+_Buffe_, soufflet. 194.
+
+_Bulle (Carmeliste)_, 10 Voy. DÉCRET. Les porteurs de bulles (p.
+87) étaient des ecclésiastiques ou des officiers du Saint-Siège,
+qui venaient quêter et vendre des indulgences au nom du pape
+dans les pays catholiques. Mais ils ne pouvaient plus être admis
+en France sans un ordre du roi; les privilèges de l'Église
+gallicane ou de la Pragmatique-Sanction s'opposaient à ces
+collectes papales, qui avaient tant appauvri la chrétienté an
+moyen âge. (P.L.)
+
+_Bureaux_, vêtements de bure. 32.
+
+BURIDAN, 34. C'était une tradition bien établie parmi les
+écoliers de l'Université de Paris, qu'une reine de France
+avoit fait de la Tour de Nesle, située au bas de la Seine,
+sur l'emplacement du palais de l'Institut, le théâtre de ses
+débauches nocturnes. Elle attirait chez elle tous les passants,
+et surtout les écoliers, qui lui plaisaient; puis, son caprice
+satisfait, elle les faisait tuer et jeter dans la rivière.
+Buridan eut le bonheur d'échapper à la mort, et il inventa
+ce fameux sophisme, qui devait être sa vengeance et sa
+justification: «Il est permis de tuer une reine si c'est
+nécessaire.» Villon est le plus ancien auteur qui ait parlé de
+cette tradition. Gaguin, dans son _Compendium_ des Annales de
+France, l'a rapportée ensuite avec plus de détail. Quoi qu'il
+en soit, les trois brus de Philippe le Bel furent accusées
+d'adultère, et l'une d'elles, Marguerite de Bourgogne, femme de
+Louis le Hutin, fut étranglée dans sa prison, en 1314, par
+ordre du roi. Quant à Buridan, il devint un des plus célèbres
+professeurs de l'Université de Paris, et fut exilé de France
+comme disciple d'Ockan. Il se retira en Autriche, où il continua
+de professer la philosophie nominaliste. (P. L.)
+
+_Butor_, p. 122. Espèce de héron, oiseau aquatique. On croyait
+au moyen âge qu'il restait enfoui dans la vase, au fond de
+l'eau, durant l'hiver. (P. L.)
+
+----------C----------
+
+_Caquetoeres_, caqueteuses, bavardes. 80.
+
+_Cadès_, juge, cadi. 26.
+
+_Caige-vert_, 67. Pr. suppose que c'était un nom donné aux
+filles publiques M. P. L. rappelle, à l'appui de cette opinion,
+qu'une célèbre maison de débauche, à Toulouse, était appelée
+Châtel-vert.
+
+CALIXTE (_te tiers_), 35. Calixte III, élu pape le 8 avril 1455,
+siégea trois ans et quatre mois. (Pr.)
+
+CALLAISIENNES, 8l.
+
+_Canceler_, 93. Barrer, annuler. (Pr). Authentiquer, légaliser.
+(P. L.)
+
+_Canettes_, canes. Ferrer les oies et les canes (p. 92) est
+quelque chose comme «mener les poules pisser.»
+
+_Capitaine du Pont à Billon_, 179. Les crocheteurs, gueux et
+mendiants qui se mettaient sur le pont au Change, le nommaient
+alors le _pont à Billon_. (Pr.)
+
+_Cappel_, chapeau. 105.
+
+CARDON (_Jacques_), 91.
+
+CARMES, 175.
+
+CARMES (_l'hostel des_), 67.
+
+_Carre_, dimension. «Trois detz plombez de bonne carre.» (P. 63,
+v. 27.)
+
+CARTAIGE, Carthage, 120.
+
+CARTES _à jouer_, 63.
+
+CASSANDRE, 110.
+
+CASTELLANES, Castillanes, 80.
+
+CATON, 109.
+
+_Caut_, habile, prudent. 172.
+
+_Caver_, creuser. 102.
+
+_Caymant_, mendiant. 60.
+
+_Céans,_ ici dedans.
+
+_Ceau_, seau. 15.
+
+CECILLE, Sicile. 74.
+
+_Ceincture_, virginité. 68.
+
+CELESTINS, 30, 82, 98.
+
+_Celle_, cette. 104.
+
+_Cendal_, 68. Etoffe de soie orientale, ordinairement rouge. (P.
+L.)
+
+_Ceps_, 13. Fers qu'on mettait aux pieds des prisonniers.
+
+CERBERUS, Cerbère, le chien qui garde la porte des enfers. 46.
+
+_Cervoise_, 48.
+
+CÉSAR (_Jules_), 120.
+
+_Chaille (ne leur)_, qu'ils ne s'en inquiètent pas. P. 73.
+
+_Chambres, privés_. 204.
+
+CHAMBRE AUX DENIERS, 89.
+
+CHAMP-TOURCÉ, 151. Chantocé ou Champtocé, village du département
+de Maine-et-Loire.
+
+_Chandeaux_, vers louangeurs (?). 112.
+
+CHANGON, voy. _moutonnier_.
+
+_Chapeau de laurier_, couronne. 2.
+
+CHAPPELAIN (_le_), p. 93, était quelque ami de Villon qui
+portait ce surnom. Villon lui lègue sa chapelle à simple tonsure
+(p. 93, v. 2). Le bénéfice à simple tonsure, selon Pr., était
+destiné à des clercs étudiants, et n'exigeait pas beaucoup
+d'instruction.
+
+_Chappin_, savate (?). 61.
+
+CHARLEMAGNE, 35.
+
+CHARLES (_le grand_), Charlemagne. 24.
+
+CHARLES VII, roi de France, mort en 146l, pendant le séjour de
+Villon dans la prison de Meung, p. 35.
+
+CHARRUAU (_Guillaume_),61.
+
+CHARTIER (_Alain_), 91.
+
+CHARTREUX, 31, 82, 98.
+
+_Chascun Poicdenaire_, 171. Personnification de tous ceux qui
+n'ont pas d'argent.
+
+_Chastoy_, correction, châtiment. 85, 142.
+
+_Chat_ «qui hayt pescher», qui a horreur de l'eau. P. 76.
+
+_Chault (il ne m'en)_, je m'en moque. 56, 157.
+
+_Chef_, tête. 94.
+
+_Chenu_, vieux, blanchi par l'âge. 40.
+
+_Cheoir_, tomber. 111.
+
+_Chère, chière_, mine, visage.--_Chère lye_, 187, mine
+joyeuse.--_Chère marrie_, 194, air de mauvaise humeur.--
+_Chère meslée_, 169, visage renfrogné.--_Chère rebourse_, mine
+refrognée.
+
+_Cherme_, charme, 58.
+
+_Chet_, tombe. 117.
+
+_Cheu_, tombé.
+
+CHEVAL BLANC, enseigne(?), 60.
+
+CHEVALIER DU GUET. 92.
+
+_Chevance_, avoir, argent, capital. 28, 89.
+
+_Chevaulcher_, faire l'acte amoureux. 16.
+
+_Chevaucheur_, celui qui va à cheval. 47.
+
+_Chevir_, venir à bout, se tirer d'affaire. 184.
+
+_Chière_, voy. _Chère_.
+
+_Chiet_, tombe.
+
+CHOLLET, 64.
+
+_Chosettes_, petites choses, caresses amoureuses.
+
+CHYPRE. Le roi de Chypre mentionné p. 36, v. 17, serait, selon
+Le Duchat, Pierre de Lusignan, qui vivait dans le XIVe siècle.
+Pr. croit qu'il s'agit plutôt de Guy de Lusignan, mort en 1194.
+
+_Cil_, celui, 95, 111.
+
+_Clamer_, appeler, crier. 102.
+
+_Claqdent_, 176. Pays des gueux, à qui le froid fait claquer les
+dents. Plus tard on y fit voyager les malades qu'on traitait par
+le mercure. Leur itinéraire obligé était par _Surie, Bavière_ et
+_Claquedent_.
+
+CLAQUIN, _le bon Breton_ (p. 36), Bertrand Du Guésclin, mort en
+1380.
+
+_Clercs, clers_, savants, hommes instruits. 71, 120.--écoliers,
+étudiants, 15, 86;--garçons de divers métiers. Les _clers
+Eolus_, p. 123, sont les vents. Les garçons d'hôtellerie
+sont appelés clercs, p. 207. Quand on dit de nos jours un _clerc
+de perruquier_, par exemple, on fait une plaisanterie qui n'est
+pas nouvelle.
+
+_Cler_, clair, pur. 56, 106.
+
+_Clergeon_, écolier, petit clerc d'homme de loi. 11, 71
+
+_Cliquepatins_, 98, traîne-savates. (LeDuchat.)
+
+_Clorre_, clore, fermer.
+
+CLOTAIRE, 105.
+
+CLOVIS, 106.
+
+_Coettes_, lits de plume (p. 64). Ce mot paraît être employé ici
+dans un autre sens.
+
+_Coing_, le coin qui sert à battre monnaie. 8.
+
+_Cointe_, jolie, gentille. 147.
+
+COLIN DE CAYEULX, 86.
+
+COLIN GALERNE, 85.
+
+_Collatérales (espèces)_, 18. Termes d'école, qui signifient les
+facultés dépendantes de la mémoire. (P. L.)
+
+COLOMBEL, 96.
+
+_Com_, comme.
+
+_Combien que_, bien que, quoique.
+
+COMBRAYE (_le seigneur de_). 199.
+
+_Commander_, recommander. 163.
+
+_Commens_, Commentaires. 25.
+
+_Compaings_, compagnons.
+
+_Compasser_ (?). 171.
+
+_Complaindre (se)_, se plaindre, se lamenter. 120, 140.
+
+_Conclure_, vaincre dans la dispute, mettre à bout d'arguments.
+8l, v. 2.
+
+_Congnoistre (soy)_, se reconnaître 160.
+
+_Conjoindre_, réunir. 64.
+
+_Conseiller_, agir avec prudence. P. 7, v. 5.
+
+CONSTANTINOBLES. L'empereur de Constantinople, _aux poings
+dorez_, dont parle Villon (p. 36, v. 22), serait, selon M. Pr.,
+l'empereur Basile, souverain très-libéral.
+
+_Conte_, comte. 135.
+
+_Contemplation_, employé dans un sens équivoque. 66.
+
+_Contendre_, disputer. 78.
+
+_Contraict_, déformé, recourbé, _contracté_. 41.
+
+_Contregarder_, garder. 203.
+
+_Contrepoint (entendre le)_, être habile. 196.
+
+_Convenir_, falloir. 38, 185.
+
+_Convint_, couvent. 37.
+
+_Convoyer_, convier. 197.
+
+_Coquart_, coq. 49.
+
+_Corbillon_, panier. 113.
+
+CORDELIERS, 175, 179.
+
+_Cordoen_, cuir. 23, 139.
+
+_Cordouennier_, ouvrier en cuir, cordonnier.
+
+CORNU (_Jean_), 59.
+
+COTARD (_Jehan_), 22, 68. Le procureur en cour d'Église qui
+défendit Villon lors de son premier procès, en 1456.
+
+_Cotteret_, cotret. 207.
+
+_Coucher_, mettre au jeu. «Qui pour si peu couche tel gage.» P.
+86.
+
+_Couiltart_, coulart, canon à main, long et mince. Employé dans
+un sens équivoque. 153.
+
+_Coullon_, p. 99, rime avec _vermillon, carillon, Villon_, ce
+qui donne assez clairement le sens du mot et la façon dont se
+prononçait le nom du poëte.
+
+_Courage_, coeur. P. 107, v. 18.
+
+COURAULT (Jehan), 77.
+
+_Courre_, courir. P. 65.
+
+_Coursé_, fâché, courroucé. 37, 151.
+
+_Courtault_, 154. Canon portatif. Employé dans un sens
+équivoque.
+
+_Courtissain_, courtisan. 173.
+
+_Coustelez_, 171. M. P. L. traduit ce mot par armés.
+
+_Coute_, coude. 135.
+
+_Coutel_, couteau.
+
+CRAON, 152.
+
+_Créance_, croyance, opinion. 114.
+
+_Crepelle_, coupelle. «Argent de crepelle» (p. 48), argent
+épuré.
+
+CRÈTE, 46.
+
+_Creu_, grandi, accru. 70.
+
+_Croire_, faire crédit, prendre à crédit, parfois en donnant un
+gage. P. 159, v. 26-27.
+
+_Croix_, argent. Ce que Villon appelle irrévérencieusement _la
+vraie croix_ (p. 115-116), c'était la marque empreinte sur la
+plupart des monnaies du temps, et qui a été depuis remplacée par
+l'effigie du prince. _Pile_ désignait le revers. On joue encore
+à _pile ou face._ «Sans croix ne pile», sans argent.
+
+_Croppetons (à)_, accroupi. 41.
+
+CROSSE (la), 15. M. Prompsault croit qu'il s'agit d'une potence.
+
+_Crostes_, croûtes. 98.
+
+_Cry_, 168, cri d'armes.
+
+CUEUR (_Jacques_), 32.
+
+_Cuider_, croire.
+
+CULDOU (_Michault_), 72.
+
+_Curatez_, curés. 180.
+
+_Cure_, soin, souci.
+
+CURES, 152.
+
+_Cuveaulx_, cuviers, baquets. 77.
+
+_Cuyder_, croire.
+
+_Cuyderaulx d'amours_, 98, jeunes vaniteux, selon Pr.; M. P. L.
+rapproche de cette locution celle de «cuydeurs de vendanges»,
+employée par Rabelais (_Gargantua_, ch. 25).
+
+_Cy_, ici.
+
+_Cy pris, cy mis_, donnant, donnant. 191.
+
+_Cymballer_, jouer des cymbales. 87.
+
+----------D----------
+
+_Damoiselin_, de damoiseau.
+
+_Danger_ 119. «A danger emprunter argent», c'était, si je ne me
+trompe, emprunter à dix pour cent.
+
+_Dangier_, danger, péril. 8.
+
+DAUPHIN (le), 24. Joachim de France, fils de Louis XI et de
+Charlotte de Savoie, sa seconde femme, mourut en bas âge.
+
+DAULPHIN _de Vienne et de Grenobles_ (p. 37). Le Dauphin de
+Viennois résidait à Grenoble. (Pr.)
+
+DAVID (p. 46, v. 11). Jolie allusion à son amour pour Bethsabée.
+
+_Dea!_ exclamation: Dame!
+
+_Débouté_, rebuté. 110.
+
+_Debteur_, débiteur. 96. Villon, comme on le fait encore
+souvent, emploie ce mot dans le sens de _créancier_.
+
+_Debuer_, laver, lessiver. 102.
+
+_Déchasse_, banni, chassé, 10.
+
+DÉCRET _Omnis utriusque sexus_, 10. Ce décret a été porté par le
+quatrième concile de Latran, tenu en 1215. Il ordonne à tous les
+chrétiens de l'un et de l'autre sexe de confesser leurs péchés
+à leur propre pasteur, au moins une fois l'an. En 1489, les
+religieux mendiants obtinrent de Nicolas V une bulle datée de
+Pisé, 2 octobre, qui leur donnait le pouvoir de confesser, au
+préjudice des droits des curés, établis par le canon que nous
+venons de citer. L'Université se leva contre, tint plusieurs
+assemblées, dans l'une desquelles les Mendiants furent exclus
+de son sein. Les évêques de France se joignirent à elle. Des
+députés furent envoyés à Rome, et en rapportèrent une bulle de
+Calixte III qui révoquait celle de Nicolas V. Cette affaire
+était à peine terminée, ou même ne l'était pas encore, quand
+Villon composait son Petit Testament. Témoin du zèle chaleureux
+des curés de Paris, il leur lègue le canon _Omnis_ pour le
+remettre en vigueur. (Pr.)
+
+DEDALUS, Dédale. Sa «court» (p. 122, v. 7) était son célèbre
+labyrinthe, où il fut enfermé lui-même.
+
+_Dedans_, d'ici à... «Dedans ces Pasques.» (P. 12, V. 4.)
+
+_Dédié_, consacré. «Et à bonnes moeurs dédié» (p. 29, v. 5).
+
+_Deffaçon_, ruine, destruction. 8, 58.
+
+_Deffuyr_, éviter, négliger. 84.
+
+_Dejeter_, retirer. 54.
+
+_Delivre_, quitte, libéré. 181.
+
+_Demener_, mener, faire, gouverner, 32, 83, 109.
+
+_Demonstrance_, démonstration. 186.
+
+_Demourant (le)_ le reste.
+
+_Demourée_, retard, séjour. 191.
+
+_Demourra_, restera. 32.
+
+_Demourroit_, resterait. 121.
+
+_Demy-ceinct_, p. 33 «Ceinture d'argent avec des pendants
+auxquels on attachait la bourse, les clefs, etc.» (P. L.)
+
+_De par_, au nom de. 9.
+
+_Departir_, départ. P. 100, v. 8.
+
+_Departir_, partir, se séparer. 9, 142, 196, 204, 205.
+
+_Departir_, donner en partie, accorder une part. 9, v. 3.
+
+_Deporter_ (se), cesser, renoncer. 109.
+
+_Desbriser_, maltraiter, martyriser. 7.
+
+_Deschaulx_, nu-pieds. P. 92
+
+_Desclos_, ouvert.
+
+_Desconfire_, ruiner, détruire. 103, 106.
+
+_Descrier_, décrier, 42, est dit des monnaies dont on
+interdisait la circulation par un cri public.
+
+_Descrire_, écrire, rapporter. 146.
+
+_Deshait_, 83, dispute, désappointement.
+
+_Desmarcher_, reculer. 158.
+
+_Desnué_, dépouillé. 14, 208.
+
+_Despartir (se)_, se séparer. 44.
+
+_Despendre_, dépenser.
+
+_Despendu_, dépensé. 28.
+
+_Desperance_, désespoir. 122.
+
+_Despiter_, défier. 48.
+
+_Despiteux_, querelleur, hargneux. 31.
+
+_Despourveu_, dépourvu. 14.
+
+_Desprins_, dépourvu, 15.
+
+_Despriser_, déprécier. 116.
+
+_Desplaisance_, déplaisir.
+
+_Desroquer_, 175, pour _dérocher_, terme de fauconnerie, qui
+signifie forcer la bête. (P. L.)
+
+_Dessaisiner (se)_, se dessaisir. 72.
+
+_Dessiré_, déchiré. 148.
+
+_Destaindre_, éteindre. 167.
+
+_Destourbier_, trouble, embarras. 16.
+
+_Destre_, droit. 198.
+
+_Desveillé_, réveillé, ravivé. 18.
+
+_Desvier_, dévier. 91.
+
+_Desvoyé_, 156, égaré, écarté de votre bannière. (P. L.)
+
+_Detrayner_, maltraiter. 40.
+
+_Détrenché_, coupé, haché. 143.
+
+_Detterrer (se)_, perdre ses terres. 185.
+
+_Detz_, doigts. 26.
+
+_Detz_, dés. 63.
+
+_Deul_, chagrin, deuil. 108.
+
+_Deul (je me)_, je me plains. 8.
+
+_Devaller_, descendre 185.
+
+_Devant_, ci-devant. P. 7, v. 9.
+
+_Dévier_, sortir de sa voie, mourir. 59, 110.
+
+_Dextre_, droit, droite.
+
+DIDO, Didon. 86, 110.
+
+_Die_, dise. 103.
+
+_Diffame_, déshonneur. 44, 86.
+
+_Diffinir_, définir, expliquer. 93.
+
+DIJON, 37.
+
+_Dilation_, retard, délai. 179.
+
+DIOMEDÈS, 26
+
+_Discordez_, désunis. 106.
+
+_Ditz_, propos, discours. 43.
+
+_Diviser_, causer, parler. 169.
+
+DIX ET HUICT (les), 72, voy. _Bourse_.
+
+_Doint_, donne.
+
+_Doller_, travailler de la dojoire. 64.
+
+_Doncques_, donc.
+
+_D'ond_, d'où. 114, 156.
+
+DONNAIT (70). On appelait _Donat_, ou _Donet_, la grammaire
+d'Aelius Donatus, intitulée _De octo partibus orationis_,
+laquelle était en usage dans toutes les universités de l'Europe,
+et surtout dans celles de France. (P. L.)
+
+DOUAY, 22.
+
+_Doubtance_, doute. 201.
+
+_Double_, supposition, crainte. 43, 204.
+
+_Doubler_, craindre, redouter. 97.
+
+_Doulche_, douce. 134.
+
+_Doulouser (se)_, se plaindre, se lamenter. 32, 140.
+
+_Douver_, faire des douves. 64.
+
+_Douzain_, petite monnaie. 173.
+
+DOUZE (sergent des), 62. Douze sergents étaient particulièrement
+attachés au prévôt de Paris et lui tenaient lieu de garde. (Pr.)
+
+_Doye_, doive. 141.
+
+_Drapel_, linge. 104.
+
+_Drapelle_, linge, habits. 48.
+
+_Drapilles_, linge, hardes. 88.
+
+DU BOYS. 64.
+
+DU RU (_Guillaume_). 97.
+
+_Du tout_, entièrement, complètement. 16, 21.
+
+----------E----------
+
+ECHO, nymphe, 34, 110.
+
+_Edit_, adresse, invention. 192.
+
+_Effimère_, éphémère. 53.
+
+_Efforcer_, contraindre. 104.
+
+_Effroyé_, 156, effarouché, avec un air menaçant. (Pr.)
+
+EGIPTE, Egypte. 120.
+
+EGYPTIENNE (l'), Ste Marie l'Egyptienne, 15.
+
+_El_, elle. 9, 84.
+
+_Embattre_ (s'), s'abattre. 75.
+
+_Embesongné_, occupé, affairé. 204.
+
+_Embler_, voler. 159, 161. Se dérober, 211.
+
+_Embroché (vin)_, mis en perce. 30.
+
+_Emmy_, au milieu de.
+
+_Empescher_, 71, occuper, embarrasser.
+
+_Emperier_, empereur. 36.
+
+_Emperière_, impératrice, souveraine. 55.
+
+_Empire (ciel)_, l'empyrée. 103.
+
+_Emprès_, auprès de.
+
+_Emprise_, entreprise.
+
+_Enchanter_, ensorceler. 117.
+
+_Encliner (s')_, avoir de l'inclination. 72.
+
+_Enclos_, enfermé. 106.
+
+_Encombrement_, tristesse, ennuis. 144.
+
+ENFANS PERDUZ 85, 86. Jeunes compagnons de Villon.
+
+ENFANS-TROUVEZ, 85.
+
+_Enferma_, infirmes. 91.
+
+_Enfondu_, 16. Creux et décharnez, dit Marot.--Ne pouvant se
+soutenir. (Pr.)
+
+_Engigner_, tromper. 68.
+
+_Engin_, esprit, intellect. 196.--Invention, tour d'adresse.
+171.
+
+_Engrillonné_, attaché avec des menottes. 26.
+
+_Enhort_, exhortation. 25.
+
+_Enhorter_, exhorter.
+
+_Enmouflé_, chaussé de _moufles_ ou pantoufles, selon Pr. et M.
+P. L, Je croirais que cela signifie plutôt _emmitouflé_.
+
+_Enné_ (p. 82), sorte de juron, parent de _enda, parmanenda_
+(par mon âme).
+
+_Ennuyt_, aujourd'hui, ce soir. 193, 204.
+
+_Enquerir_, rechercher. 35.
+
+_Enserré_, enfermé. 15.
+
+_Ensuyvre_, suivre, imiter. 2.
+
+_Entandiz_, pendant ce temps. 112, 121.
+
+_Entendre_, connaître, savoir: «J'entends que ma mère mourra.»
+(P. 32, v. 25.)
+
+_Entente_, intention, projet. 49.
+
+_Entour_, autour de.
+
+_Entrepreneur_, survenant qui se mêle des affaires de quelqu'un,
+qui _l'entreprend._ 194.
+
+_Entr'oeil_, espace entre les deux yeux. 40.
+
+_Envers_, à l'envers, renversé. 111, v. 5.
+
+_Envys_, malgré soi. 70.
+
+EOLUS. 123. Les «clerc Eolus» sont les sujets de ce dieu, les
+vents.
+
+ERACE, père de Villon, 31.
+
+_Erre_, voie, chemin. 57, v. 17.--_Grand erre_, promptement,
+tout de suite. 53.--_A son erre_, en train, en voie. 95.
+
+_Ès_, aux, dans les.
+
+ESBAILURT, Abailard. 34.
+
+_Esbatans_, joyeux, aimant à s'amuser, à s'ébattre. 72.
+
+_Esbatement_, amusement. 119.
+
+_Esbaudiz_, privés de joie. 164.
+
+_Escaché_, écrasé. 67.
+
+_Escarbouillé_, écrasé. 148.
+
+_Eschec et mac (être)_, échec et mat. Terme du jeu d'échecs. 205.
+
+_Eschever_, éviter. 88.
+
+_Eschoicte_, échéance, héritage, 111.
+
+_Esclat_, 83, bâton, échalas.
+
+_Esclin_, 169. Escalin, petite monnaie allemande _(schilling)_.
+
+_Escollier_, étudiant, jeune homme qui suit les cours de
+l'Université.
+
+_Escondire_, refuser. 104.
+
+ESCOSSOYS, 68.
+
+_Escourgeon_, sorte de fouet. 13.
+
+_Escoutans_, auditeurs. 183.
+
+_Escouvillon_, balai de four. 19.
+
+_Escovette_, balai, du latin _scopa_. Les «chevaucheurs
+d'escovettes» (p. 47, v. 4) sont les sorciers, qui vont au
+sabbat à cheval sur un balai.
+
+_Escreuz_, 165. Bien faits, selon Pr.
+
+_Escriptures_, écrits, ouvrages. 2.
+
+_Escuz_, écus, monnaies d'or ou d'argent, de valeurs diverses,
+p. 56, 70, 145, 147.--Prendre écus pour douzains, p. 173, c'est
+ne pas regarder à l'argent.--«Escuz telz que prince les donne,»
+p. 17, peut s'entendre des armoiries.
+
+_Esgrun_, 166, Amer, du bas latin _egrunum_. (P. L.)
+
+_Esguière_, vase à mettre de l'eau. 198.
+
+_Esguilletez (pourpoinctz)_, 88, pourpoints garnis
+d'aiguillettes.
+
+_Esguisé_, aiguisé. «Esguisez comme une pelote» (p. 25, v. 4),
+obtus.
+
+_Esjouir, esjoir_, réjouir.
+
+_Esles_, ailes, 153.
+
+_Eslocher_, ébranler. 103.
+
+ESMAUS (les pèlerins d'), 25. Voy. _Evangile selon S. Luc_, chap.
+XXIV.
+
+_Esme_, 23, pour _estime_, estimation, intention. (P. L.)
+
+_Esmerillon_, 100. L'émérillon est le plus petit des oiseaux de
+proie qu'on dressait pour la chasse au vol. (P. L.)
+
+_Esmérillonné_, gai, vif. 170.
+
+_Esmolu_, émoulu, aiguisé. 147.
+
+_Esmorcher_, nettoyer, purifier. 76.
+
+_Esmoyer (s')_, s'inquiéter.
+
+ESPAGNE. Il serait difficile de dire quel est ce valeureux roi
+d'Espagne (p. 35. v. 18), dont le poëte ne savait pas le nom.
+(Pr.) M. P. L. suppose que c'est Jean II, roi de Castille et de
+Léon, qui régna jusqu'en 1454.
+
+_Espani_, épanoui. 58.
+
+_Espasmie_, pamée. 147.
+
+_Espartir_, épandre, répartir, 18.
+
+_Especiaulx_, 169. D'un mérite tout particulier. (P. L.)
+
+_Esperviers (gens à porter)_, 62. Gentilshommes ayant le droit
+de chasser au vol. M. P. L. remarque que l'épervier est aussi un
+filet de braconnier.
+
+_Espie_, espion, guetteur. «Aux champs debout comme ung espie»
+(p. 105), veut dire pendu.
+
+_Espoindre_, piquer, exciter. 100.
+
+_Espoir (j')_, j'espère, 110.
+
+_Espois_, épais. 112.
+
+_Essoine, essoyne_, embarras, tourment, 15, 34.
+
+_Estaux_, étaux. 16.
+
+_Estable_, stable. 24.
+
+_Establis_, étaux des marchands. 13.
+
+_Estaing_, étain. 9.
+
+_Estamine_, étoffe claire.
+
+_Estan_, étang. 34.
+
+_Estature_, stature, portrait. 94.
+
+_Estoeuf_, éteuf. 49.
+
+_Estomac d'alouette_ (?). 168.
+
+ESTRADER, battre l'estrade, escarmoucher. 154.
+
+_Estradeur_, batteur d'estrade, coureur de fortune. 174.
+
+_Estrange_, étranger. 70, v. 15; 103, 184.
+
+_Estranger_, éloigner. 43, v. 15.
+
+_Estre_, demeure, hôtel. 191.
+
+_Estre_, état, existence, manière d'être. 42, 157.--_En estre_,
+p. 73, en état.
+
+_Estrenes_, étrennes (p. 37, v. 23). Villon, qui se dit mercerot
+de Rennes, se compare à un marchand qui désire étrenner avant de
+fermer boutique. (P. L.)
+
+_Estrif, estry_, débat, querelle, dispute, 15, 178.
+
+_Exaucer_, élever, monter. 183.
+
+_Estimative_, qui juge, qui apprécie. 18
+
+_Extrace_, extraction, lignée. 31.
+
+----------F----------
+
+_Fable_, mensonge. 76.
+
+_Faictisses_, jolies, bien faites. 40.
+
+_Faille_, faute. 153.
+
+_Faillent_, manquent. 8.
+
+_Faillir_, manquer.
+
+_Failly_, découragé, abattu. 28.
+
+_Fainctes_, 87. Momeries ou mascarades, H. L.
+
+_Faintis_, trompeur, 87.
+
+_Faitard_, paresseux, 22, 69.
+
+_Fantasie_, imagination. 18.
+
+_Farcer_, faire ou jouer des farces. 87.
+
+_Fardelet_, 114, petit fardeau. Saturne préparait le fardeau que
+chaque mortel devait porter pendant sa vie.
+
+_Fastée (la)_. Je ne sais pas ce que signifie ce vers: «faire
+ung soir pour soy la fastée» (p. 91). D'autres éditions portent
+_la saffée_, ce que je ne comprends pas davantage.
+
+_Faulse_, méchante. 57.
+
+_Fault, faut_, manque.
+
+_Faussart_, fauchard, sorte de hallebarde.
+
+_Fausserie_, fausseté, fausse accusation. 105.
+
+_Feautre_, feutre, 48, 63.
+
+_Fenestres_. Les fenêtres servaient de montre aux marchands pour
+étaler leurs marchandises. «Et pain ne voient qu'aux fenêtres»
+(p. 30, v. 12) est dit des pauvres _gallans_ qui n'avaient pas
+de quoi manger.--_Clorre fenestre_, 42. Fermer boutique.
+
+_Ferir_, frapper.
+
+_Fictions_, feintes, tours de finesse. 184.
+
+_Fière_, frappe. 39.
+
+_Fiert_, frappe.
+
+_Filetz_, bouts de fil, 29.
+
+_Finablement_, finalement, enfin. 2
+
+_Finer_, finir, achever. 18, 143.--Obtenir. «De feu je n'eusse
+pu finer» (p. 18, v. 28).
+
+_Fix, fics_, terme de médecine. 77.
+
+_Flambans_, enflammés. 76.
+
+_Flambe_, flamme, 155.
+
+_Flans_, sorte de patisserie. 71.
+
+FLORA, 34. Il y a eu plusieurs courtisanes romaines de ce nom.
+La plus célèbre est la plus ancienne, à qui l'on attribue
+Pinstitution des florales. Une autre Flora fut maîtresse du
+grand Pompée. (P. L.)
+
+_Flou_, mince, fluet. 64.
+
+_Flours_, fleurs. 145.
+
+_Foleur_, folie. 58, 113, 114.
+
+_Foncer_, donner de l'argent, des fonds. 174.
+
+_Font_, fontaine, source. 105.
+
+_Forclorre_, délivrer, mettre hors. «Pour forclorre
+d'adversité», p. 15.
+
+_Formative (faculté)_, faculté d'inventer. 12.
+
+_Fors_, excepté, hormis.
+
+_Fort (au)_, au fond, après tout. 161, 170.
+
+_Fouir_, fuir. 8.
+
+FOURNIER, 6l, le procureur de Villon, qui lui avait «sauvé
+maintes causes justes».
+
+_Fourrer le poignet_ à la bourse, tirer de l'argent. 136.
+
+_Fouterre_, voy. MICHAULT.
+
+_Fouyr_, fuir. 141.--Creuser. 120.
+
+FRANC-GONTIER, 78. M. Paul Lacroix a publié récemment, à la
+suite des _Testaments_ de Villon, le _Banquet du Bois_, qu'il
+regarde comme la pièce contre laquelle sont dirigés les
+_Contredictz de Franc-Gontier_, et qu'il croit une oeuvre de la
+jeunesse de Villon.
+
+FRANCE, 36, 121. Le très noble roi de France, «sur tous autres
+roys decorez», dont parle Villon (p. 36, v. 23), était, selon M.
+Pr., saint Louis.
+
+_Franchise_, puissance, domination (p. 39, v. 9).
+
+_Franchy_, affranchi, délivré. 23.
+
+FRANÇOIS, promoteur de la vaquerie. 68.
+
+FREMIN, 51.
+
+_Frez_, frais. 85.
+
+_Friquet_, élégant, fringant. 169.
+
+_Fromentée_, sorte de gâteau dont Baillevent donne la recette.
+90
+
+_Fruiction_, bénéfice, profit. 166.
+
+_Fruire_, profiter, tirer avantage. 166.
+
+_Fume, fumée_. 75.
+
+_Fumer (se)_, se mettre en colère, s'emporter.
+
+_Fuste_, bateau, petit navire, de _fustis_, bois. 26.
+
+----------G----------
+
+_Gallans_, jeunes gens, joyeux compagnons.
+
+_Gallans sans souci_, p.212. Ce sont peut-être les Enfants sans
+souci, écoliers et basochiens, qui s'étaient mis en société à la
+fin du XVe siècle pour jouer des farces et des soties. Clément
+Marot fit partie de cette bande joyeuse. (P. L.)
+
+_Galles_, plaisir, jouissances, gaies parties.
+
+_Galler_, se réjouir, mener joyeuse vie, se gaudir. 27.
+
+GARNIER, 104.
+
+_Gastaneaux_, 112. Prompsault a lu _Gastaveaux_, qu'il traduit
+par grelots. J'ai suivi la leçon de La Monnoye.
+
+_Gaudisseur_, plaisant, farceur. 194.
+
+_Gect_, 118. Jetons servant à compter.
+
+_Gehaine_, instrument de torture. 144.
+
+_Gendarme, genderme_, soldat, homme d'armes.
+
+GENEVOIS, 73.
+
+_Genoillon (à)_, à genoux. 54.
+
+_Geu_, couché. 89.
+
+_Gippon_, jupon, robe. 117.
+
+GIRARD _(Perrot)_. 65.
+
+_Gisans_, ceux qui sont couchez. 16.
+
+_Glic_, jeu de cartes qu'on appelait aussi _la chance_. P. 87.
+
+GLOCUS, 123. La forêt où règne Glaucus, c'est la mer. (P. L.)
+
+_Gluyons de feurre_, bottes de paille. 14, 50.
+
+_Godet de grève_, 6l. Grand pot de grès à mettre du vin. (P. L.)
+Je crois qu'il s'agit plutôt de quelque abreuvoir situé place de
+Grève.
+
+_Gogo_, 84. «Il semblerait que _gogo_ ait été synonyme de
+_rufien_ dans les mauvais lieux. On a dit de là _vivre à
+gogo_, du latin _gaudium_, dont on avait fait _gogue_. Le mot
+_goguette_ est resté.» (P. L.)
+
+_Gonne_, vêtement de moine, tunique, froc. 118.
+
+_Gorgerin_, 68. C'était une pièce de l'armure destinée à
+protéger la gorge de l'homme d'armes. Nous croyons que Villon
+appelle _gorgerin d'Escossoys_ la corde d'une potence. (P. L.)
+
+_Gorgias_, élégant, richement vêtu. 168, 169, 172.
+
+_Gorriers, gorrières_, 179, hommes et femmes élégants, vêtus
+richement et à la mode.
+
+_Gourt (être à son)_, p. 201, être à son affaire, être content.
+
+GOUVIEULX, voy. RONSEVILLE.
+
+_Goyères_, sorte de gâteaux. 81.
+
+_Grâce (par qui)_, par la grâce de qui. 9.
+
+_Grafignier_, déchirer avec les ongles. (Pr.)
+
+_Gramment_, beaucoup, grandement. 156, 199.
+
+GRAND-TURC, 122.
+
+_Grat_, action de gratter la terre pour trouver quelque chose,
+comme les poules. «Au grat, la terre est dégelée!» P. 177.
+
+_Greigneur_, plus grand, _grandior_, 58.
+
+GRENOBLE, 37.
+
+_Grève_, jambe. 61.
+
+_Grever_, charger, blesser. 94, 134, 155, 161.
+
+_Grez_, 60, pierre à aiguiser. (Pr.)
+
+_Grez_, gré. «Prendre en gré», avoir agréable, savoir se
+contenter (p. 88).
+
+GRIGNY, 73.
+
+_Grille_, prison. 84.
+
+_Gris blanc, gris perdu_, p. 168, sortes de fourrures.
+
+_Grivelé_, marqueté, moucheté comme les grives. 41.
+
+_Groiselles_, groseilles. «Mascher des groiselles (p. 46, v.
+26), c'est ce qu'on appelle maintenant avaler la pilule.»
+
+_Grongnée_ sur l'oeil, emplâtre ou meurtrissure. 16.
+
+GROS VALLET, 155. C'était un des servants de l'homme d'armes.
+Il faisait partie de ce qu'on appelait une _lance fournie_,
+c'est-à-dire les trois ou quatre combattants qui devaient
+accompagner un homme d'armes et marcher à ses côtés dans la
+bataille. (P. L.)
+
+_Guerdonner_, récompenser.
+
+_Guermenter (se)_, 32. Se lamenter, se plaindre. Voy. Cotgrave.
+
+_Guerrier_, guerroyer. 119.
+
+GUESDRY GUILLAUME (p. 72). Le même que Guillaume Gueuldry, p.
+15. M. P. L. pense que «la maison Guesdry Guillaume» était le
+pilori ou la maison du bourreau.
+
+_Guet_ (chevalier du), 92. On donnait le titre de chevalier au
+capitaine du guet, parce qu'il était resté peut-être seul en
+possession de l'ordre de l'Etoile, créé par le roi Jean. (Pr.)
+
+GUILLEMETTE _la tapissière_. 42.
+
+GUILLEMIN, 153.
+
+GUILLOT GUEULDRY, p. 15. V. GUESDRY.
+
+_Guin d'oeil_, regard, clin d'oeil. 168.
+
+_Guisarme, guysarme_, 67, 147. espèce de hache à deux
+tranchants. (P. L.)
+
+_Guise_, mode, façon, manière. 139, 168.
+
+----------H----------
+
+_Habité_, 170, ayant maison, habitation.
+
+_Habitué (bien)_, ayant de belles manières. 196.
+
+_Hahay_! exclamation. 139.
+
+_Haict (de bon)_, de bon coeur, avec plaisir, avec empressement.
+p. 83.
+
+_Hamée_ (?), 121.
+
+HANNIBAL, Annibal. 120.
+
+_Hardis_, p. 172, v. 24, liards. Petite monnaie qui avait cours
+sous Philippe le Hardi.
+
+HAREMBOURGES (p. 34, v. 20), Eremburges, fille et unique
+héritière d'Elie de la Flèche, comte du Maine, mort en 1110.
+(Pr.)
+
+_Harier_, tracasser. 102.
+
+_Hasles_, hâle. 88.
+
+_Havée,_ poignée, poignée de main. 61, 169.
+
+_Haiet_, 60, croc. (Pr.)
+
+_Hayneurs_, qui détestent. 90.
+
+_Hayter_, profiter, réussir. «Riens ne hayt que persévérance.»
+(P. 25, v. 14.)
+
+_Heaulmière,_ marchande de heaumes. 39.
+
+_Hébergement,_ accueil.
+
+HECTOR, 74.
+
+HÉLÈNE, HELEINE, 53, 112.
+
+HELOïS, Héloïse, nièce de Fulbert, amante d'Abailard
+
+HENRY (maistre), 85--«Henri Cousin était alors bourreau et
+tourmenteur-juré de la prévôté de Paris.» (P. L.)
+
+HERODE (p. 46) fit décapiter saint Jean Baptiste, sur la demande
+de la danseuse Hérodiade.
+
+_Herroit_, haïrait. 59.
+
+HESSELIN (_Denys_). 60.
+
+_Hez_, hais. 138.
+
+_Histoire_, ornement. «Sans autre histoire», 94. Au quinzième
+siècle et au commencement du seizième, on appelait _histoires_
+les gravures dont les livres étaient ornés.
+
+_Ho_! assez! halte là! P. 71, v. 9.
+
+_Hober_, remuer, bouger.
+
+_Hohecte (y),_ 63. Si ce n'est une sorte d'exclamation, c'est
+incompréhensible.
+
+_Hoirs_, héritiers.
+
+HOLOFERNES, 121.
+
+_Hom_, homme, on. 18, 120.
+
+_Hostel_, maison. 82.
+
+HOTEL-DIEU de Paris, 85.
+
+_Houseaulx, houses_. Sorte de chaussure. 14, 73, 76, 158.
+
+_Housseurs_, 119. Voy. _Notes_, p. 223.
+
+_Houx_, houssine, baguette. Les muguets portaient des houssines
+ou cravaches à la main, pour montrer qu'ils avaient des chevaux
+à l'écurie. (P. L.)
+
+_Hucher_, crier, appeler à haute voix. 70.
+
+_Hucque_, 12, camail à capuchon, que les hommes de toute
+condition portaient au XVe siècle (P. L.)
+
+HUE CAPET, Hugues Capet. 104.
+
+_Humblesse_, humilité. 205.
+
+_Hutin_, bruit, bataille. 98, 162.
+
+_Hutinet_, bruit, brouillerie. 64.
+
+_Huy_, aujourd'huy. 38.
+
+_Huys_, porte.
+
+----------I----------
+
+_Icelle_, cette.
+
+_Idolatryer_, tomber dans l'idolâtrie. 45.
+
+_Ilce_, cela. P. 62, v. 16.
+
+_Istroit_, sortirait, 145.
+
+_Ils, ilz_, elles. «S'ils n'ayment fors que pour l'argent.» (P.
+43, v. 19).
+
+_Impartir_, accorder, donner. 9, 55.
+
+_Impêtrer_, obtenir. 42.
+
+_Impourveu_, pauvre, qui n'est pas pourvu de biens. 14.
+
+_Informé_, instruit. «Informez en meurs» (p. 71), bien élevés.
+
+INNOCENS (les), cimetière de Paris, 89.
+
+_Inventaire_, compte fait.
+
+ISABEAU, 82.
+
+ISLE (L'). Lille en Flandre, p. 45.
+
+----------J----------
+
+_Jà, déjà, certainement.
+
+_Jacobins_, glaires, flegmes. 49.
+
+_Jacobines_ (soupes), bonnes soupes grasses. 66.
+
+JACOPINS, Jacobins. 13, 82, 179.
+
+_Jacques_ (p. 158). Les Francs Archiers portaient des _jacques_
+ou cottes de mailles sous leur hoqueton ou casaque. (P. L.) Il
+y avait des _jacques_ de toutes sortes d'étoffes. Nous disons
+encore _jaquette_.
+
+JACQUELINE, 82.
+
+_Jalet_, galet, caillou. 114.
+
+_Jambot_, p. 84. Petite jambe, membre viril.
+
+JAMES, (_Jacques_), 92,97.
+
+_Jargon jobelin_, argot, 179.
+
+_Jargonner_, p. 118. «Je congnois quand pipeur jargonne», veut
+dire: je connais l'artifice du chasseur à la pipée.
+
+_Jasoit_, quoique, 138.
+
+JASON, _Jazon_, 121.
+
+JEHAN de CALAYS, 93.
+
+JEHAN LAURENS, p. 180. Personnification du peuple, qui apportait
+de l'argent aux _pardons_, ou peut-être un nom donné aux
+_pardonneurs_.
+
+JEHANNE, 173.
+
+JEHANNE DE BRETAIGNE, 84.
+
+JEHANNE, la bonne Lorraine (p. 34, v. 21), Jeanne d'Arc.
+
+JEHANNETON, 49.
+
+JEHANNETON _la Chaperonnière_, 42.
+
+_Jengleresse_, menteuse, 55.
+
+_Jeu d'asne_ (p. 82), jeu d'amours. M. P. L. suppose qu'on
+devrait lire le jeu de dame. C'est la même chose.
+
+_Jeux_, pièces dramatiques, 87.
+
+JOB, 29, 122.
+
+_Jobelin_, argot. 169, 179.
+
+_Joinctes_, jointures, articulations 33.
+
+JONAS, 122.
+
+_Joncherie_, plaisanterie, raillerie, friponnerie. 104, 189,
+190.
+
+JOUVENEL (Michel) (p. 96), huitième fils de Jean Jouvenel des
+Ursins, fut bailli de Troyes, et mourut en 1470.
+
+JUDAS, 122.
+
+JUDIC, _Judith_. 110, 121.
+
+JUIFS, 103.
+
+JUNO, Junon. 122.
+
+_Jus_, bas, à bas. 76, 136, 159.
+
+JUSQU'IL, jusqu'à ce qu'il.
+
+----------K----------
+
+KATHERINE _la Bouchière_, 42.
+
+KATHERINE DE VAUSELLES, 46.
+
+----------L----------
+
+_L'en_, on, l'on.
+
+_Là sus_, là haut. 103.
+
+LA BARRE, 50, 57, 63.
+
+_Labit_, 175, décadence, de _labes_ (P.L.).
+
+_Labour_, travail, labeur. 88.
+
+_Laboureux mestier_, état de laboureur. 79.
+
+LA GARDE (_Jean de_). 17, 73, 96.
+
+LA HIRE. 155. Étienne Vignoles, dit La Hire, fut un des plus
+braves capitaines de Charles VII. Il se distingua dans les
+guerres contre les Anglais, et mourut à Montauban en 1442.
+(P.L.)
+
+_Laidanger_, injurier, railler. 43.
+
+L'AIGLE, 152.
+
+_Lairra_, laissera.
+
+_Lairray_, laisseray.
+
+_Lait_, laid.
+
+_Laiz_, laïques. 33.
+
+_Lame_, pierre tumulaire. «Quant est du corps, il gyst soubz
+lame» (32, v. 23).
+
+LAMESOU (_le seigneur de_), 200.
+
+LANCELOT, _le roi de Behaigne_ (p. 36, v.6). Pr. a cru voir dans
+ce personnage Ladislas V, prince d'une rare bravoure, tué à la
+bataille de Varnes en 1444, et qui régnait sur la Pologne,
+la Bohème et la Hongrie. M. P L. remarque avec raison que
+_Lancelot_ ne ressemble guère à _Ladislas_.
+
+LANTRIQUER, nom breton de la ville de Trequier. 157.
+
+_Laqs_, filets, pièges. 78.
+
+_Larmoyer_, pleurer, verser des larmes. 141.
+
+LA ROCHE, 155. Le seigneur de La Roche était un des bons
+capitaines de Charles VII. Il s'attacha à la personne du Dauphin
+Louis, et le suivit dans ses révoltes contre son père. On le
+voit figurer parmi les familiers du Dauphin dans les _Cent
+nouvelles du bon roy Louis XI_, où il est toujours nommé
+«monseigneur de La Roche». (P. L.)
+
+LA ROCHEFOUCAULD, 152. Ce ne peut être que Foucauld, 3e du nom
+seigneur de La Rochefoucauld, de Marsillac. etc., conseiller
+et chambellan de Charles VII, fait chevalier sur le champ de
+bataille, en 1461. (P. L.)
+
+_Las_, lacs, filets. 47.
+
+_Lasse!_ hélas. 32.
+
+_Lassus_, là haut. 91.
+
+_Latin_, langage, parler quelconque. «Je n'entends point vostre
+latin.» 202.
+
+LAURENS (_Jehan_), 68.
+
+_Lavaille_, eau qui a servi à laver. 76.
+
+_Lay_, laïque 44.
+
+_Lay_, pièce de vers. «Ce lay contenant des vers dix.» P. 59, v.
+4.
+
+_Lays_ est employé, dans la préface de Marot et dans les deux
+Testaments, dans le sens de legs.
+
+_Lé_, large «Tant qu'il a de long et de lé» (23, v. 22).
+
+_Lealle_, loyale. 134.
+
+_Léans_, là dedans.
+
+LE CAMUS SENESCHAL, 92.
+
+_Lectry_, lutrin, 15.
+
+_Légèrement_, vivement, promptement.
+
+LE LOU (_Jehan_), 64.
+
+_Lembroysé_, lambrissé, 68.
+
+_Lermes_, larmes.
+
+_Lerz_, loirs. 72.
+
+_Leschier_, rechercher les bons morceaux se livrer à sa
+gourmandise. 28.
+
+_Lettres_, savoir, connaissances. «Sans plus grandes lettres
+chercher» (p. 71, v. 7).
+
+_Lez_ auprès, à côté de.
+
+_Lians_, liens. 106.
+
+_Librairie_, bibliothèque. 54.
+
+_Lice_, lisière, laisse. 171, v. 21.
+
+_Lit de parement_, 89. C'était un grand lit d'honneur, avec
+dosseret, dais et courtines, chevet, couvre-pied, marchepied,
+chaire d'attente, prie-dieu, etc. (P. L.)
+
+_Ligne_, 69, lignée, race.
+
+_Linget_, mince, délié. 64.
+
+_Lisse_, chienne, p. 171, v. 20
+
+LOMBART, 50. Synonyme de juif ou usurier. (P. L.) Plusieurs
+banquiers, juifs d'origine, lombards de nation, vinrent
+s'établir à Paris dans la rue qui porte leur nom. Comme ils
+prêtaient à gros intérêts, le peuple donna le nom de _lombards_
+aux usuriers et prêteurs sur gages. (Pr.)--_Art lombard_, 171, art
+d'attraper de l'argent.
+
+LOMER, 91.
+
+LORRAINES, 8l.
+
+_Los_, lot. 134.
+
+LOTH, 69.
+
+LOUVIERS (Nicolas de) ou de Louvieulx, 17, 62. Prompsault croit
+qu'il s'agit d'un bourgeois de Paris qui concourut à remettre la
+ville de Paris entre les mains de Charles VII, et qui fut fait
+conseiller à la Chambre des comptes par Louis XI.
+
+_Loyaument_, loyalement.
+
+_Loyer_, récompense. 45.
+
+LOYS, le bon roi de France Louis XI, p. 23.
+
+_Loz_, louange. 109.
+
+_Lubres_ (p. 95, v. 3), sombres et tristes, dit Pr.
+
+LUCRESSE. Lucrèce. 118.
+
+_Lunettes_, yeux, vue. Samson fut livré par Dalila aux
+Philistins, qui lui crevèrent les yeux. C'est ce que Villon
+rapporte ainsi p. 45, 2. 21: «Samson en perdit ses lunettes.»
+
+_Lutter_, faire le métier de baladin. 87.
+
+_Luz_, luths. 55.
+
+_Ly_, le, les. 36.
+
+LYMOUSINS, 185, 199, 202.
+
+LYSLE EN FLANDRE, Lille. 22.
+
+_Lysses_, lices, luttes: «à tenir amoureuses lysses» (p. 40, v.
+29).
+
+----------M----------
+
+_M'_, mon, ma. «Par m'ame.» 73.
+
+MACÉE _d'Orléans_. 68.
+
+_Macher_, manger. 187.
+
+MACQUAIRE, 76.
+
+MACROBE, 81.
+
+MAGDELAINE (_la_), 122.
+
+_Maignan_, chaudronnier. 119.
+
+_Maille_, petite pièce de monnaie. 86, 180, 208.
+
+_Maille_, pas du tout. «Je ne vous crains pas maille», 151.
+
+_Mailler_, battre à coups de marteau, de maillet. 116.
+
+_Maillon_, maillot. 54.
+
+_Main mise_, 52. «Dieu nous garde de la main mise», nous
+préserve d'être pris.
+
+MAIREBEUF. 17, 62.
+
+_Mais_, plus. «Il n'a mais qu'un peu de billon.» (P. 19, v. 9.)
+
+_Mais que_, pourvu que.
+
+_Maistre des testament_, 97. Je ne sais ce que c'était.
+
+_Maistrie_, domination. 102.
+
+_Mal, male_, mauvais, mauvaise.
+
+MALCHUS, 199. Servir Malchus, c'était, selon M. P. L., servir un
+homme d'épée à la guerre, porter un épieu, une guisarme ou un
+coutelas, appelé _Malchus_, du nom de celui à qui saint Pierre
+coupa une oreille.
+
+_Mal gré_, disgrâce. 58.
+
+_Malheureté_, infortune, malheur, misère.
+
+_Mallement_, méchamment, durement.
+
+MALPENSÉ, 11. Personnage imaginaire, aux idées peu nettes.
+
+_Maltalent_, méchanceté, colère. 36.
+
+_Mander_, envoyer. 77.
+
+_Manna_, manne. 107.
+
+_Manne_. «Venir de manne» (73), venir du ciel, comme la manne.
+
+_Marché au filè_ (?), 80.
+
+_Marché (hault et bas)_, 195, toutes sortes d'affaires, y
+compris les affaires d'amour.
+
+_Marchesens_ (?), 175.
+
+MARGOT (_la grosse_), 82, 83.
+
+MARIE (_d'Orléans_), 105.
+
+MARION LA PEAU TARDE, 91.
+
+MARION L'YDOLLE, 84, 86.
+
+MARIONNETTE, titre ou refrain de chanson. P. 91.
+
+_Mariottes_, femmes mariées (?), 98.
+
+MARQUET. 92.
+
+MARTIN GALLANT, 185.
+
+MASCHECROUE (la). Prompsault croit que c'est le nom d'une
+tavernière. M. P. L. pense qu'il s'agit des plaines arrosées par
+la Crou, petite rivière qui passe à Gonesse et à Saint-Denis.
+
+_Maschouère_, mâchoire, 52.
+
+_Mate chère_, triste mine. 52.
+
+_Mathelins (l'ordre des)_, 70, l'ordre des fous, des insensés.
+Peut-être la confrérie des Sots ou de Mère-Sotte, cette société
+joyeuse de poëtes et de comédiens, qui était alors la rivale de
+la Confrérie dramatique de la Passion. (P. L.)
+
+_Mathelineux_, fou.
+
+MATHIEU, p. 66. M. B. L. suppose qu'il s'agit de Mathieu de
+Gand, trouvère du XIIIe siècle, qui a écrit contre les moines.
+
+_Mathon_, fromage mou.
+
+(P. L.)
+
+MATHUSALÉ, Mathusalem, 23.
+
+_Mau_, mauvais, 65, 84.
+
+MAUBUAY, p. 63. La fontaine Maubuée (c'est-à-dire malpropre)
+était située à l'entrée de la rue de ce nom, qui n'avait alors
+que des filles et des mauvais garçons pour habitants (P. L.).
+Villon envoie Jean Raguyer boire à la fontaine Maubuée, 1.
+
+_Mauffez_, le diable. Villon dit assez irrespectueusement que le
+prêtre, exorcisant les possédés, prend le diable par le col avec
+son étole (p. 36).
+
+_Mauldite_, injuriée avec blasphème. (P. L.)
+
+_Maulgré_, malgré. 158.
+
+_Maulx_, mauvais. 106, v. 12.
+
+MAUTAINCT, 74.
+
+MEHUN, 24, 84.
+
+MEHUN (_Jehan de_), continuateur du _Roman de la Rose_, 66.
+
+_Meins_, moins. 154.
+
+_Meist_, mit. 60.
+
+MENDIANS (_frères_), 66, 98.
+
+_Menestrier_, musicien. 45.
+
+_Menroit_, mènerait. 201.
+
+_Mercerot_, petit mercier. «Moy, pauvre mercerot de Rennes» (p.
+37, v. 21), signifie gueux comme un _mercelot_, c'est-à-dire
+comme ces merciers ou porte-balles qui couraient le pays, et qui
+étaient affiliés aux bandes de gueux et de bohémiens.
+
+_Merciz_, miséricorde.
+
+_Mereaulx_, jetons qui servaient à faire les comptes.
+
+_Mérencolie_, mélancolie, folie. 188.
+
+_Merir_, mériter. 55, v. 8.
+
+_Merit_, mérite. 52, v. 1.
+
+MERLE, 70.
+
+_Meschance_, misère, malheur.
+
+_Meschief_, malheur, accident, 141.
+
+_Meschoir_, arriver du mal.
+
+_Mescompter (se)_, s'exposer à des mécomptes. 7.
+
+_Mesdire_, mentir. «Je le dys et ne croys mesdire.» (P. 28, v.
+20.)
+
+_Meseaulx_, lépreux. 76.
+
+_Meshaigné_, blessé, en mauvais état. 152.
+
+_Meshaing_, peine. 98.
+
+_Meshuy_, p. 150. «C'est à meshuy!» C'est maintenant, pour le
+coup!--Aujourd'hui. 157.
+
+_Mesprendre_, mal agir, 27, 42, 133.
+
+_Masprins_, mal agi, 8.
+
+_Messaigières_, entremetteuses. P. 80, v. 9.
+
+_Messe (seiche)_, 93, messe sans consécration.
+
+_Mestier_, besoin. 6l, 197, 200.
+
+_Mestier (bas)_, affaires d'amour.
+
+MEUNG, p. 146. C'est le continuateur du _Roman de la Rose_,
+Jehan de Meung. Voy. MEHUN.
+
+_Meurdri_, meurtri. 16.
+
+_Meure_, mûre, fruit de la ronce. «Plus noir que meure.» (P. 28,
+v. 9.)
+
+_Meurté_, maturité. 26.
+
+MICHAULT DU FOUR, 63.
+
+MICHAULT le bon fouterre, 57. Il y a dans le recueil publié par
+Barbazan un fabliau du _Foteor_; mais le héros du conte n'est
+pas nommé.
+
+_Mie_, pas du tout. 62.
+
+_Miege_, mégissier. 65.
+
+_Mignon_, favori. 196.
+
+_Mignotte_, jolie, mignonne. 41, 98.
+
+_Mineur_, petit. «Haro, haro, le grand et le mineur!» (p 58, v
+11.) A l'aide, grands et petits!
+
+_Mirlificques_, 185. Merveilles, pour _mirifiques_. (P. L.)
+
+_Misericors_, indulgent, miséricordieux 22.
+
+_Miste_, joli, aimable. 196.
+
+_Mitaines_. L'avant-dernier vers de la page 46 fait allusion à
+l'usage, qui n'est pas encore complètement perdu, de donner des
+gants aux convives d'une noce.
+
+_Mitaines de fer_, gantelets. 152.
+
+_Mocque_, moquerie. 175.
+
+_Mol_ mollet. 61.
+
+MONFAULCON, 215.
+
+_Monopolles_, cabales, complots. 205.
+
+_Monstier_, couvent.
+
+MONTMARTRE, 8l.
+
+MONTPIPPEAU, 86.
+
+MONT-VALÉRIEN, 81.
+
+_Moralitez_ (p. 87), pièces dramatiques dont les vertus, les
+vices, etc., sont les personnages.
+
+MOREAU, 50.
+
+_Morillon_ (vin), p. 100. Vin rouge
+
+_Mors_, mordu. 143, v. 18.
+
+_Mort_. «Aller de mort à vie», p. 91, est un jeu de mots,
+l'inverse d'aller de vie à trépas.
+
+MORTELLERIE (_Rue de la_), à Paris. 200.
+
+_Morteux_, mortels. 159.
+
+MORTIER D'OR. Paraît avoir été l'enseigne de Jehan de la Garde,
+l'épicier. (P. 17, v. 1.)
+
+_Moulier_, femme, 46.
+
+_Moult_, très, beaucoup.
+
+_Mouse_, museau. 63.
+
+_Mousse_, p. 173, v. 21. Vin On dit encore _moût_ dans le sens
+de _vin nouveau_. (P. L.) Je crois qu'il s'agit plutôt des frais
+faits pour paraître, pour se faire _mousser_.
+
+_Moustarde (aller à la)_, 91, faire grand bruit d'une chose,
+s'en vanter, en parler à tout propos.
+
+_Moutonnier_, 12. M. P. L. croit que Changon était un _mouton_
+ou faux compagnon que Villon avait rencontré dans les prisons,
+pour son malheur. C'est assez vraisemblable.
+
+_Muer_, changer. 27.
+
+_Muguelias_, muglias, 204. Sorte de parfum.
+
+MULLE, 60, probablement une enseigne.
+
+_Musars_, fainéants, 98.
+
+_Muser_, s'amuser, perdre son temps. 79
+
+_Musser_, cacher. 58.
+
+_Mye_, point, pas du tout. 202.
+
+----------N----------
+
+_N'_, ni 108.
+
+NABUGODONOZOR, 122.
+
+NANCY. P. 171. Ce souvenir du siège et de la bataille de
+Nancy, où les Suisses défirent le duc de Bourgogne, Charles
+le Téméraire, prouve, ainsi que l'a remarqué M. P. L., que
+le _Dialogue de Mallepaye et Baillevent_ a été composé après
+l'année 1477.
+
+_Naquet_, 169, jeune garçon, d'où _laquais_ (P. L.). On appelait
+particulièrement _naquets_ les garçons des jeux de paume.
+
+NARCISSUS, Narcisse, 46, 122.
+
+_Natté_, garni de nattes, suivant l'usage du temps. «En chambre
+bien nattée», 78.
+
+_Naveau_, navet. 48.
+
+_Navrer_, blesser.
+
+_Ne_, ni.
+
+_Ne que_, pas plus que.
+
+_Nectelet_, 169. Propret, bien vêtu.
+
+_Nennil, nenny_, non.
+
+_Noailleux_, noueux. 155.
+
+NOÉ, 69.
+
+NOÉ LE JOLYS, 46, 85. Probablement un ancien compagnon de
+Villon, qui le chargea dans son premier procès pour se disculper
+lui-même, et ne fut condamné qu'au tiers de la peine infligée à
+Villon. Celui-ci lui en gardait encore rancune lorsqu'il écrivit
+le grand Testament. (Huitain CXLII.)
+
+_Noise_, bruit, querelle.
+
+_Nombrer_, compter. 118.
+
+NOTRE-DAME-DE-PARIS, 187.
+
+_Nourri_, élevé, 2.
+
+_Noyse_, bruyt, querelle.
+
+_Noysier_, faire du bruit, quereller. 79.
+
+_Nully_, nul, aucun, personne. 213.
+
+_Nuyctée_, durée de la nuit. 78.
+
+_Nuysance_, préjudice. 144.
+
+----------O----------
+
+_O_, avec. 69, 79.
+
+_Obstant_, malgré, nonobstant.
+
+OCTOVIEN, 122. Prompsault croit qu'il s'agit de Caius Julius
+Caesar Octavianus, qui fut empereur sous le nom d'Auguste.
+
+_Oës_, oies. 92.
+
+_Onc, oncques_, jamais.
+
+_Oppresse_, oppression. 26.
+
+_Ord_, sale.
+
+_Orbes_, 115, aveugles, selon M.P.L.
+
+_Ores_, maintenant.
+
+_Orfaverie_, orfèvrerie, bijoux, ornements en or. 68, 146.
+
+ORLÉANS, 66.
+
+ORPHEUS, Orphée, 45.
+
+_Orrez_, entendrez.
+
+_Ost_, armée.
+
+_Ostade_, étoffe précieuse. 196.
+
+_Ot_, entend, 51.--Eut, 46.
+
+_Ou_, au. 29, v. 4; 106, v. 17.
+
+_Oubliance_, oubli. 18.
+
+_Oultraige_, courage intempestif, outrecuidance. 152, 154.
+
+_Oultrement_, beaucoup, plus que de raison, 1.
+
+_Ouquel_, auquel, dans lequel.
+
+_Ouvrer_, travailler. 87.
+
+_Ouvrez vostre huys, Guillemette_; refrain ou commencement de
+chanson. 91.
+
+_Oy_, entends, 113.
+
+_Oystres_, huîtres. 30.
+
+_Oyt_, entend. 64, 68.
+
+----------P----------
+
+_Paillart_, gueux. 194.
+
+_Palais_ (le), à Paris, 185, 206.
+
+_Pallus, palux_, marais. 55, 122.
+
+_Panon de Bissac_ (p. 155), pennon ou bannière de toile grise
+(P. L.).
+
+_Paour_, peur.
+
+_Paouvre_, pauvre. 9.
+
+_Papaliste_, papauté. 35.
+
+_Papier_ (p. 51, v. 12), respirer, souffler.
+
+_Par tel_, de telle façon. Peut-être le vers 22 de la page 181
+devrait être ainsi: «Par tel si, qui veue ne l'aura.»
+
+_Pardoint_, pardonne. 153.
+
+_Pardons_, 180. Prières publiques, processions et autres
+pratiques pieuses auxquelles étaient attachées des indulgences
+particulières. (P. L.)
+
+_Pardonneurs_, vendeurs d'indulgences, de pardons. 174, 180.
+
+_Parfaict_, achevé. 188.
+
+_Parfond_, profond.
+
+PARIS, 33.
+
+PARIS, 66, 80, 88, 101, 184, 199 et _passim_.
+
+_Parit_, engendra, 51, v. 20.
+
+_Parmi_, avec. 50.--Au milieu de, dans. 153.--A travers. 104.
+
+_Partement_, départ.
+
+PAS. Il est question, p. 74, v. 13 et suiv., d'un pas d'armes
+tenu par René d'Anjou, qui prenait le titre de roi de Sicile.
+
+_Passot_ (83). Pr. croit que c'est une lance; M. P. L., une épée
+courte.
+
+PATAC, patard, petite monnaie. 69, 199.
+
+PATAY, chef-lieu de canton dans le Loiret, 115. Pr. fait la
+remarque qu'il n'y a pas de forêt dans cette localité, et qu'il
+n'y vient pas de châtaignes.
+
+PATHELIN, 179, 196. Le héros d'une farce bien connue, qu'on a
+attribuée à Villon.
+
+_Pathelin_, 166, 169, langage mielleux et plein d'artifices.
+
+_Paulme (en)_, dans la main. «Seur comme qui l'auroit en
+paulme», p. 72.
+
+PAUQUEDENAIRE, p. 196, est présenté comme un homme expert en
+tromperies, comme Villon et Pathelin. Il n'est pas autrement
+connu. Voy. POICDENAIRE.
+
+_Peaultre_, 48. Suivant Cotgrave, le _peautre_ est le gouvernail
+d'un navire. Dans _l'Ancien théâtre français_, t. II, p. 155, on
+trouve _battu comme peaultre_, ce qui équivaut à _battu comme
+plâtre_.
+
+_Peaussa_, couvert d'une peau épaisse et ridée. 41.
+
+_Pehon_, piéton, fantassin. 154.
+
+_Pel_, peau. 143.
+
+_Peiner (se)_, se donner de la peine. 31.
+
+_Penancier_, Pénitencier, confesseur. 188.
+
+_Penart_, lance ornée d'un pennon. 147.
+
+PENESSAC (_monsieur de_), 200.
+
+_Per_. «Reçoit son per et se joint à la plume», p. 74, v. 20.
+
+_Per ou non per_, pair ou non, quoi qu'il en soit. 193.
+
+PERDRYER (_Jehan et Françoys_), 75.
+
+PERNET (158), _Perrenet_ (157), diminutifs de _Pierre_, nom du
+franc archer de Bagnolet.
+
+_Perpétrer_, obtenir, acquérir. 42.
+
+PERRETTE, 82.
+
+_Perrucatz_, 178. Gens à perruque. On appelait perrucats tous
+les gens de la Basoche (P. L.)
+
+_Pery_, perdu, 51, v. 23.
+
+_Pesle_, poêle, s. m. 48.
+
+PESTEL (_enseigne du_), ou pilon. 200.
+
+_Petiote_, petite. 26.
+
+PETIT-PONT, à Paris. 81, 190.
+
+_Peu_, repu, nourri. (P. 21, v. 13.)
+
+PHILIPPOT, 92.
+
+PHOEBUS, 122. La clarté Phoebus, c'est, on le sait, la lumière
+du jour.
+
+PICARDS, 122. C'étaient des hérétiques qui ne faisaient aucune
+prière pour les morts. Voilà pourquoi Villon promet à Thibault
+d'Aussigny une _prière de Picard_.
+
+PICARDES, 81.
+
+_Pieça_, il y a longtemps.
+
+_Piétonner_, courir à pied. 152.
+
+_Piez blancs_, p. 8. Avoir les pieds blancs, c'est, suivant M.
+P. L., revenir de loin, comme les voyageurs aux pieds poudreux.
+
+_Piez de veaux (faire les)_, danser, faire des gambades. 112.
+
+_Pigne_, peigne, 69.
+
+_Pigon_, pigeon. «Les pigeons qui sont en l'essoine, enserrez
+sous trappe volière» (p. 15, v. 27-28), sont des prisonniers
+enfermez dans une prison grillée.
+
+_Pion_, buveur, ivrogne. 52, 70.
+
+_Pipeur ou hazardeur de dez_ (87), filou qui joue avec des _dés
+pipés_.
+
+_Piteux_, porté à la pitié. 175.
+
+_Plain_, uni 142;--entier. «Tant que je suis en mon plain sens»
+(p 24, v. 9).
+
+_Plaindre_, regretter. «Je plaings le temps de ma jeunesse.» (P.
+27, v. 25.)
+
+_Plaisance_, plaisanterie, vie joyeuse, ou plutôt affaires
+d'amour.
+
+_Plaisant_, agréable. 63.
+
+_Plait_, plaid, plaidoyer. «A peu de plaît», sans grands
+discours.
+
+_Planté_, abondance, 178.
+
+_Plaque_ (p. 61), monnaie fabriquée sous Charles VII, à
+l'imitation des Pays-Bas.
+
+PLAT D'ESTAIN, cabaret de Paris, 213, 215.
+
+_Pleige_, caution, répondant. 33.
+
+_Plet_, voy. _Plait_.
+
+_Plombée_, 99. Fouets ou masses garnis de plomb. (P. L.)
+
+_Plours_, pleurs. 144.
+
+_Plumail. Mettre le plumail au vent_ (49, v. 1), se jeter
+résolument dans un parti.
+
+POICTOU, 62.
+
+_Poirre_, peter. 64, v. 1.
+
+_Poise_, pèse, tourmente, 101, 163, 179.
+
+_Poisle_, poêle, 48.
+
+PONT A SILLON. Pont au change. 179, 182.
+
+PONTHOISE, 101.
+
+PONTHIÈVRE. Penthièvre. 152.
+
+PONTLIEU (_Jean de_), 66. C'est Jean de Poilli, docteur de
+Paris, implacable adversaire des moines mendiants au XIVe
+siècle. Il avait écrit plusieurs ouvrages qui furent condamnés
+par le pape Jean XXII. Villon nous apprend qu'il dut abjurer ses
+hérésies et faire amende honorable. (P. L.)
+
+POPIN (_l'abreuvoir_). Cet abreuvoir était au bout du Pont-Neuf,
+vis-à-vis la rue Thibautaudez. On a démoli de nos jours une
+voûte qui conduisait à cet abreuvoir, où les truands et les
+mauvais garçons se réunissaient, au moyen âge, avec les ribaudes
+et les bohémiennes. (P. L.)
+
+POMME DE PIN. Cabaret de Paris. 61, 192.
+
+POMPÉE, 120.
+
+_Porte-paniers_. Portefaix, porteurs de hottes. 89.
+
+_Pou_, peu, 82, 146.
+
+_Poulaille_, volaille. 64, 151.
+
+_Poulce_, 173. «Jouer du poulce», donner de l'argent.
+
+_Pour-demain_, après-demain. 161.
+
+_Pourbondir_ un cheval, le faire caracoler, 154.
+
+_Pour ce que_, parce que.
+
+_Pourchasser_, poursuivre, procurer.
+
+_Pourmener_, promener. «Pourmené de l'uys au pesle» (p. 48),
+promené de la porte au poêle, du froid au chaud; lanterné.
+
+_Pourpenser (se)_, penser, décider à par soi.
+
+POURRAS (l'abbesse de). Cette abbesse de Pourras était, je
+pense, une coquine, qui, sous ce titre, vint avec Villon duper
+le pauvre barbier de Bourg-la-Reine, qui y tenait aussi une
+hôtellerie (Pr.)--Le peuple appelait abbesse de Poilras, une
+maquerelle publique qui avait été rasée au pilori, fouettée et
+chassée de la ville. (P.L.)
+
+_Poursuivans_ (P. 37, v. 10). Poursuivants d'armes. C'était un
+des premiers grades de la chevalerie. (P.L.)
+
+_Pourtraicte_, formée. 106.
+
+_Pourtraicture_, portrait, visage. 82.
+
+_Poylette_, petite poêle. 77.
+
+POYSSONNERIE (la), à Paris. 187.
+
+POYTOU, 185. voy. POICTOU.
+
+PRAGMATIQUE SANCTION. 166.
+
+_Prébendé_, chargé, comme d'une prébende.
+
+_Premier_, premièrement, d'abord, 53, v. 9.
+
+_Prescheur_, celui qui prêche, prédicateur. 32.
+
+_Prescripre_, transcrire (?). 93.
+
+_Preudhommye_, prud'homie. 142.
+
+PRIAME, Priam, roi de Troie. 120.
+
+PRINCE DES SOTZ (p. 63). C'était le chef électif de la confrérie
+joyeuse de la Bazoche du Palais et le _maître des jeux_ de cette
+association dramatique. On le nommait tous les ans à la fête de
+mai, et ses suppôts étaient tenus de lui obéir pendant toute la
+durée de ses pouvoirs. (P.L.)
+
+_Procès_, actes, pièces de procédure. 204.
+
+_Prochas_, recherche. 165.
+
+PROSERPINE, 122.
+
+Prou, assez. 170.
+
+PROVINS, 50, 88.
+
+_Provision_ (p. 36, v. 4), recours, remède.
+
+_Prunier_ «En qu'en son prunier n'a pas creu» (p. 38, v. 23),
+qui n'est pas de son invention, de son cru.
+
+PSALMISTE (_le_) David. 107.
+
+Psaulme _Deus laudem_, p. 23. C'est le psaume 108: _Deus laudem
+meam_, etc. Le verset septième, qui servait de prière à Villon
+quand il faisait des voeux pour l'évêque d'Orléans, est ainsi
+conçu: _Fiant dies ejus pauci et episcopatum ejus accipiat
+alter_. «Que les jours de sa vie soient réduits au plus petit
+nombre, et que son évêché passe à un autre. «C'est le sens que
+le poëte donne au mot _episcopatum_. (Pr.)
+
+_Puis_, depuis.
+
+----------Q----------
+
+_Quanque_, ce que, 153.
+
+_Quant de, quant est de_, à l'égard de, quant à. 23, 32, 102.
+
+_Quantz_, combien de. 167.
+
+_Ouars et dix_ (112), taxes et dîmes. (P.L.)
+
+_Que_, à, de quoi. 30, v. 19; 57, v. 12.
+
+_Queloingne_, quenouille. «Autre que moy est en queloingne» (p.
+9, v. 10), signifie que Villon a été supplanté auprès de sa
+maîtresse.
+
+_Querir, querye_, chercher.
+
+_Qui_, ce qui. «Qui n'esteit à moy grand saigesse.» (P. 39, v.
+18.)
+
+_Qui ne quoy_, rien, quoi que ce soit. 30.
+
+_Quiers_, veux, cherche à. P. 46.
+
+_Quinze-Vingtz_, 88. Les pensionnaires de l'hôpital fondé par
+Saint-Louis pour trois cents aveugles.
+
+_Quoy_, tranquille, en repos. 30.
+
+----------R----------
+
+_R'abiller_, réparer, remettre en état, 1.
+
+_Racoustré_, raccoutré, réparé. 2.
+
+RAGUYER (_Jacques_), 61, 97.
+
+RAGUYER (_Jean_), 61, 97.
+
+_Raillart_, railleur, bon vivant, 38.
+
+_Railler_, faire le métier de bouffon, 87.
+
+_Raillon_ (p. 94), dard. Le raillon était une espèce de flèche
+triangulaire. (P.L.)
+
+_Raimasser_ (?), 167.
+
+_Raine_, rainette. 77.
+
+_Rains_, p. 13. M.P.L. rapproche ce mot de _rainceaux_, et le
+traduit par _rameaux, fagots_. «Les fagots, dit-il, étaient
+empilés de chaque côté des vastes cheminées du XVe siècle. On
+s'appuyait donc contre les _rains_ en se chauffant la plante des
+pieds.»
+
+_Ralias, rallias, ralyas_, festin, régal. 82, 205.
+
+_Ramenteu_, rappelé, remémoré.
+
+_Ramentevoir_, rappeler. 82.
+
+_Ranguillon_, ardillon. 100.
+
+_Rappeau_, nouvel appel. 86.
+
+_Ravis_, enragés. «A loups ravis grosse pasture», 176, v. 8.
+
+_Raye (coucher en)_, p. 165. Se mettre en évidence.
+
+_Réau_, 6l, royal d'or. Cette monnaie valait 30 sols tournois en
+1470. (P. L.)
+
+_Réagal_, 76. Espèce d'arsenic rouge. (P. L.)
+
+_Rebours_, 106, ce qui rebute.
+
+_Rebourse_, revêche, 203.
+
+_Rebouter_, rebuter, 43, v. 15.
+
+_Rebrassès colletz_, 33, collets fort hauts et bien plissés
+(Pr.).--Collets bordés de fourrures. (P. L.)
+
+_Recipe_, 76, ordonnance de médecin.
+
+_Recoeuvre, trouve_, obtienne. 43, v. 23
+
+_Recorder_, rappeler, 79.
+
+_Recors (être)_, se rappeler. 88.
+
+RECOUVRER, rendre. «Et que vie me recouvra.» 24, v. 18.
+
+_Recreu_, fatigué, lassé. 38, l65.
+
+_Recueil_, accueil, 137.
+
+_Recullet (en)_, dans un coin, acculé. 113.
+
+_Réer_ (95, v. 9), raser, râcler.
+
+_Refrigère_, rafraîchissement. 52.
+
+REIMS, 45.
+
+_Relaiz_, ressource. 9.
+
+_Relief_, 163. On appelait relief l'ordre du prince qui
+autorisait un officier à toucher ses appointements échus pendant
+son absence. (P. L.)
+
+_Remaine_, reste. «Que le refrain ne vous remaine.» (P. 35, v.
+3.)
+
+_Remain_ reste, 10
+
+_Remenant (le)_, le reste. 30, 50.
+
+_Reminer_, considérer. 17.
+
+_Remordre_, causer du regret, des remords. (P. 25, v. 21.)
+
+_Renchère_, 192. Pr. suppose que c'est le bâton dont on se sert
+pour porter deux sceaux, un à chaque bout.
+
+RENÉ (d'Anjou), roi de Sicile. 74.
+
+RENES, Rennes, 37.
+
+_Repaistre_, manger, se régaler.
+
+_Repentailles_, regrets, repentir. 39, 86.
+
+_Reprouche_, chose répréhensible. 103.
+
+_Repues franches_, repas qui ne coûtent rien.
+
+_Requérir_, quérir, chercher à nouveau. 192.
+
+_Requoy (en), à requoy_, en repos, tranquille, 30, 168.
+
+_Résceans_ (?), 170.
+
+_Rescondre_. Renfermer, du latin _recondere_. (P. L.)
+
+_Rescrire_, écrire, rapporter, 27.
+
+_Résiner_, résigner. «Pour leurs offices résiner» (p. 205), pour
+prendre congé et régler leurs comptes.
+
+_Respit_, répit, repos. 30.
+
+_Ressourdant_, 166, Ressortant, brillant. (P. L.)
+
+_Retraict_, retiré. 41, 113.
+
+_Retraire_, retirer. 47, 54, 80, 137.
+
+_Revencher_ (se), prendre sa revanche, se prévaloir. 28--_Eux
+revencher_, se venger. 67.
+
+_Revenue_, retour. 192.
+
+_Rez_, 93. Le rez d'une pomme en est l'épluchure.
+
+_Rez_, rasé. 95, v. 8.
+
+_Ribler_, 67, voler pendant la nuit, comme les ribauds,
+_ribaldi_. (P.L.)
+
+_Ribleur_, voleur de nuit. 98.
+
+RICHER (_Pierre_), 71.
+
+RICHIER (_Denis_), 63.
+
+_Rie_, moquerie, raillerie. 42, v. 22.
+
+_Riotte_, querelle, dispute. 98.
+
+RIOU (_Jean_), 65.
+
+_Risse_, rirais. 58.
+
+ROBERT, 50.
+
+ROBIN TURGIS, voy. TURGIS.
+
+ROLLANT, 157.
+
+ROMAN DE LA ROSE, 25.
+
+ROMMANTE _du Pet au diable_, 54. Ouvrage imaginaire que Villon
+s'attribue.
+
+ROME, _Romme_. 81, 121.
+
+RONSEVILLE (_Pierre de_), concierge de Louvieulx. 17. Il y a une
+localité de ce nom dans le département de l'Oise.
+
+ROSE, 56.
+
+ROSNEL, 74.
+
+_Rottes_, vents qui s'échappent de l'estomac. 98.
+
+_Rouge_, fin. Terme d'argot. 185.
+
+_Roulet_, 114. Du latin _rotulus_, parce que les livres étaient
+roulés. (P.L.)
+
+_Roupieux_, désappointé, avec un pied de nez. 205.
+
+ROUSSILLON, 99.
+
+_Route_, bande, troupe. 148.
+
+_Royaulx_, p. 169, Écus d'or.
+
+_Royne_, reine.
+
+_Ru_, ruisseau. Battu «comme à ru telles» (p. 46), comme le
+linge qu'on lave.
+
+_Rubis_. Cl. Marot pense que les beaux rubis légués par Villon
+aux soldats du guet (13, v. 23) étaient des rubis de taverne.
+
+RUEL, 86.
+
+RUEL (_Jehan de_), 74.
+
+_Ruer_, jeter. 151.--_Ruer jus_, abattre, 121.
+
+_Run_, ruine. 166.
+
+_Rustes_, paysans, gens grossiers. 169.
+
+_Ruyt_, ardeur amoureuse, rut. 83.
+
+_Rymer_, 87, faire des vers.
+
+_Rynceau_, rameau, rainceau. 145.
+
+----------S----------
+
+_Sà jus_, ici bas. 105, 108.
+
+_Sade_, gentil, gentille, aimable. 83, 196.
+
+_Sadinet_, la nature de la femme. 40.
+
+_Saillir_, sortir. 27, 103.
+
+_Sainctir_, devenir saint. 185.
+
+SAINT-AMANT, 60.
+
+SAINT ANDRÉ, 107.
+
+SAINT ANTOINE (feu), 17, 44.
+
+S. CRISTOFLE, 74.
+
+S. DENIS, p. 157. Le cri des Français était _Montjoie S. Denis_;
+celui des Bretons était _Bretagne et S. Yves_. (P.L.)
+
+S. DOMINIQUE. 90. «Les Frères Prêcheurs, ordre institué par
+saint Dominique, étaient chargés de l'inquisition en France.»
+(Pr.)
+
+S.-ESTIENNE, paroisse de Paris. 96.
+
+SAINCT-GENOU, 62.
+
+S. GEORGES, 68, 151, 158.
+
+S. GILLE, 207.
+
+S.-INNOCENT, paroisse de Paris. 181.
+
+S. JACQUES, 158.
+
+S.-JACQUES, paroisse de Paris, p. 12.
+
+S. JEAN-BAPTISTE, p. 46, 107,--_feu saint Jean_, 166.
+
+SAINT JULIAN DES VOVENTES, 62.
+
+S. MARTIAL, 24.
+
+S. MARTIN, 158.
+
+S. MATHIEU, 218.
+
+SAINCT OMER, 45.
+
+S. PIERRE, 162.
+
+S. PIERRE DE ROME, 189.
+
+S. PIERRE DES ARSIS, église située dans la Cité. 215.
+
+S. REMY DE RAINS, 190.
+
+SAINT SATUR _soubz Sancerre_, 57.
+
+S. VICTOR, 122.
+
+S. YVES, voy. S. Denis.
+
+SAINCTE-AVOYE, 94. Villon veut être enterré dans cette
+église parce que c'est la seule de Paris qui ne soit pas au
+rez-de-chaussée. Elle était au second étage.
+
+Ste BARBE, 152.
+
+_Sainte Souffrette_, patronne imaginaire des gueux. 212.
+
+_Sallade_, 67, 152, 157, casque sans heaume et sans crête,
+espèce de pot de fer. (P.L.)
+
+SALINS, 37, 70.
+
+SALMON, Salomon, 45, 114.
+
+SAMSON, 45.
+
+_S'amye_, son amie, sa maîtresse.
+
+SANCERRE, 57.
+
+SANG. Le sang menstruel servait à faire des philtres et autres
+breuvages auxquels on attribuait une vertu magique. Voy. p. 77,
+v. 11 et 12.
+
+_Sans_, cens, c'est-à-dire rente, revenu. P. 72, v. 3.
+
+_Saqueboute_, sorte d'épieu. 148.
+
+_Sarazinoys_, d'Orient. «Gingembre sarazinois.» 64.
+
+SARDANA (p. 46, v. 7). On a fait beaucoup de conjectures au
+sujet de ce Sardana, qui conquit le royaume de Crète, et
+plus tard vécut de la vie des femmes. Il n'y en a pas une de
+satisfaisante.
+
+SARDANAPALUS, 122.
+
+SATURNE, 14.
+
+_Saulsoye_, lieu planté de saules, arbres qui ne portent point
+de glands, comme chacun sait. C'est pourquoi Villon lègue «le
+gland d'une saulsoye». (P. 12, v. 10).
+
+_Scarbot_, escarbot. 84.
+
+_Scotiste_, écossais, d'Ecosse. M.P.L. pense que le roi
+d'Ecosse qui avait la moitié de la face vermeille, c'est-à-dire
+une _tache de vin_ (p. 35 v. l3), était Jacques II, mort en
+1460.
+
+SCYPION L'AFFRIQUAIN, 120.
+
+_Se_, si. L'e s'élidait souvent: «S'evesque il est, seignant les
+rues» (21 v. 7).
+
+_Seigner_, bénir en faisant le signe de la croix (p. 21, v. 7).
+
+_Seigneurier_, dominer. 102.
+
+_Séjour_ «Prebstre sans séjour» (p. 186) peut s'entendre de deux
+façons: sans cure et sans résidence; sans loisir et sans repos.
+(P. L.)
+
+_Senestre_, gauche.
+
+_Senez_, anciens, vieillards, hommes de sens. 37.
+
+_Sensif_, 18, sensitif, _sensorium_ siège du sentiment. (P. L.)
+
+_Sensitif_, le tact, le toucher. 103.
+
+_Sentemens_, sentiments, intelligence. 25.
+
+_Sequentement_, en suivant. 160.
+
+_Sequeure_, secourt, 43.--Secoure. 159.
+
+_Serain_, soir. 48.
+
+_Sereine_, Sirène. 34.
+
+_Serf_. Ce mot sert de prétexte à une équivoque. «Je ne suis son
+serf ne sa biche» (21. V 12).
+
+SERGENTS, 63. Le prévôt de Paris avait deux compagnies de
+sergents à pied et à cheval, composées de 110 hommes chacune, et
+ayant leurs corps de garde aux barrières de la ville. (P. L.)
+
+_Serre (tenir)_, 51, v. 1. J'ignore ce que cela veut dire.
+
+_Servans_, serfs, serviteurs. «Aussi bien meurt filz que
+servans» (p. 36, v. 18) signifie: Les maîtres meurent aussi
+bien que les serviteurs, les fils de famille aussi bien que les
+serfs.
+
+_Ses_, ces. 8.
+
+_Seur_, sûr. 71, 142.
+
+_Si_, ainsi, oui, en effet.
+
+_Similative (faculté)_, faculté d'imiter. 18.
+
+SIMON MAGUS, 122.
+
+_Simplesse_, simplicité, ignorance. 106.
+
+_Sires_, seigneurs. 37.
+
+_Sist_, assit, 202.
+
+_Sollier_, plancher. 94.
+
+_Some_, auguste[1]. 108
+
+_Somme_, sommeil. P. 118, v. 16.
+
+_Somme_, en somme. 51.
+
+_Somme_, compter, 118.
+
+_Sommet_, tête. 84.
+
+SORBONNE. «Je ouis la cloche de Sorbonne» (p. 17, v. 20).
+Ce vers ne prouve pas que Villon était dans les prisons de
+l'Université, puisqu'il est certain qu'il était libre lorsqu'il
+composa le _Petit Testament_, mais seulement qu'il logeait dans
+le voisinage de la Sorbonne.
+
+_Sortir (soy)_, se fournir, s'approvisionner. 196.
+
+_Sot_, bouffon, comédien. 63, 98. Voy. _Prince des sots_.
+
+_Souef_, doux. 33, 75. Doucement. 90.
+
+_Sonffrette_, disette. 82.
+
+_Souffreteux_, pauvre diable, misérable. 206.
+
+_Soulas_, plaisir, joie. 122.
+
+_Souldre_, régler, résoudre. 102.
+
+_Souldure_, liaison, union. 8.
+
+_Soullon_, p. 99. M.P.L. dit que c'était un ballon avec lequel
+on jouait à la _soulle_. Le mot doit être prononcé _souillon_,
+et n'a pas besoin d'être expliqué. On le retrouve p. 120.
+
+_Souloir_, avec coutume.
+
+_Soustenance_, soutien. 144.
+
+_Soustenir_, porter. 208.
+
+_Souventesfoys_, souvent. 32.
+
+_Soyer_, scier. 119.
+
+_Submectre_, soumettre. 67.
+
+_Substantement_, nourriture, soutien. 106.
+
+_Sumer_, semer. 74, v. 16.
+
+_Sur_, chez, 13, v. 17.
+
+_Surcot_, manteau.
+
+_Surquerir_, 12. Enrichir, de _succurrere_, suivant M.P.L.
+
+_Sus (Mettre)_, mettre en vigueur, soutenir. 10.
+
+_Sus (mis)_, surgis, venus. 172.
+
+SUYSSES, 171.
+
+_Sydère_, astre. 32.
+
+----------T----------
+
+TABARIE _(Guy)_, copiste du _Roman du Pet au Diable_. 54.
+
+_Tabart_, manteau.
+
+_Tachon_, instrument servant à chasser les mouches. 11.
+
+TACOT (_Colas_), 97.
+
+_Tailleur de faulx coings_, faux monnayeur. 87.
+
+TAILLEVENT, 76. Le livre de Taillevent, «grand cuisinier du roy
+de France», eut plusieurs éditions au quinzième siècle et au
+commencement du seizième.
+
+_Talemouze_, sorte de pâtisserie. 63.
+
+_Tancer, tencer_, disputer.
+
+TANTALUS, Tantale. 122.
+
+TARANNE (_Charlot_), 72.
+
+_Targe_, 70. La targe était une ancienne monnaie de Bretagne,
+ou _brette_, du latin _bretta_. Son nom lui venait de ce que le
+revers portait une _targe_, ou bouclier échancré. (P.L.)
+
+_Tarny_, terni, usé. 172.
+
+_Tauxer_, taxer, imposer. 166.
+
+_Tayon_, oncle. 36.
+
+_Telles_, toiles. 46, v. 24.
+
+TEMPLE (_la closture du_), à Paris. 61.
+
+_Tencer_, v. _tancer_.
+
+_Tenir_, posséder des biens sous la suzeraineté de quelqu'un:
+«Soubz luy ne tiens s'il n'est en friche» (21, v. 10).
+
+_Tenné_, 37, ennuyé, tourmenté. Cette expression s'emploie
+encore dans le langage familier.
+
+_Terrien, terrienne_, terrestre.
+
+_Tettes_, mamelles. 41.
+
+THAÏS, 34. Courtisane célèbre, qui vivait à Athènes vers le
+milieu du quatrième siècle. (Pr.)
+
+THAMAR, 46.
+
+THEOPHILUS, 55. Voy. le _Miracle de Théophile_, par Gautier de
+Coinsi. _Rennes_. 1838, in-8.
+
+
+THIBAULT, (_Jacques_), 49. Voy. AUSSIGNY.
+
+_Tholouzaines_, femmes de Toulouse. 80.
+
+_Ticquet_, loquet (?), 169.
+
+_Tieulx_, tels. 16.
+
+_Tocquer_, toucher. 175.
+
+_Tollu_, pris, ôté. 39.
+
+_Tor_, taureau. 122.
+
+_Tostée_, pain trempé dans du vin. 79.
+
+_Touaille_, serviette, pièce de toile. 29.
+
+_Toult_, ôte, enlève. 108.
+
+_Tour d'escolle_ (70), tour de vaurien.
+
+_Tourbes_, foule. 107.
+
+_Toute jour_, toute la journée. 44.
+
+_Trac_, trace, train. 199.
+
+_Tracer_, suivre à la piste. 31.
+
+_Trahistre_, traître, méchant. 98.
+
+_Traicte_, tirée, extraite. 106.
+
+_Traictis_, joli. 40.
+
+_Traire_, tirer. 157.
+
+_Transglouti_, englouti. 122.
+
+_Transmué_, changé. 121.
+
+_Transy_, trépassé. 103.
+
+_Trasse_, trace, piste. 176.
+
+_Trasser_, suivre à la piste, poursuivre. 176.
+
+_Travail_, souffrance, peine, adversité. 25, 115.
+
+_Travailler (se)_, s'occuper, s'employer. 72.
+
+_Tresbucher_, tomber, l55.
+
+_Trespercer_, transpercer. 8, 154.
+
+_Tressuer_, tressaillir. 192.
+
+_Trestous_, tous.
+
+_Trestout_, tout, entièrement.
+
+_Tretisses_, voy. _traictiss_.
+
+_Treuver_, trouver. 36.
+
+TRISTAN, prévost des mareschaulx (p. 92), est le fameux Tristan
+l'Ermite, prévôt de l'hôtel du roi et favori de Louis XI. (P.L.)
+
+TROÏLE (74), fils de Priam et d'Hécube, fut tué par Achille au
+siège de Troie. (P.L.)
+
+_Trompille_, trompe, trompette. 154.
+
+_Trop plus_, beaucoup plus, trop. 22.
+
+TROU PERRETTE, 97, probablement un cabaret. Marot dit que
+c'était un jeu de paume.
+
+_Trousse_, carquois. 173.
+
+TROUSSECAILLE (_Robin_), 65.
+
+_Trousser au col_, emporter sur les épaules. 11.
+
+TROYENS, 122.
+
+TROYS, Troyes. 45.
+
+TROYS LICTS (p. 13, v. 25), chambre du Châtelet un peu plus
+commode que les autres, peut-être. (Pr.)
+
+_Truandailles_, hommes de la lie du peuple. 39.
+
+_Trumellières_, porte-manteau, accroché au _trumeau_, partie de
+mur entre deux fenêtres, 11.
+
+_Truys_, trouve. 144.
+
+_Tumbel_, tombeau. 94.
+
+TURGIS (_Robert_). 50, 60, 62.
+
+TURLUPINS, TURLUPINES, 66, 179, hérétiques du treizième et du
+quatorzième siècle, qui s'appelaient eux-mêmes la _Confrérie des
+pauvres_, et qui n'étaient pas plus orthodoxes en matière de
+morale qu'en matière de religion. On a désigné quelquefois sous
+ce nom les ordres mendiants des deux sexes.
+
+TUSCA (_de_), chef de police ou capitaine d'aventures. 67.
+
+_Tyran_, tyran. 78.
+
+----------U----------
+
+_Unes_, une paire de. «Et unes houses de basane.» P. 73. v. 7.--«Unes
+brayes breneuses.» P. 77.
+
+_Uys_, porte. 48.
+
+----------V----------
+
+_Vacquerie_, vicairie. 68.
+
+VALENCIENNES, 81.
+
+VALERE LE GRAND, Valère Maxime. 27.
+
+_Valeton_, serviteur, amoureux. 49.
+
+VALLETTE (_Jehan_), 63.
+
+_Varlet_, garçon de cabaret, de cuisine. 193, 197, 208.
+
+_Vaulsist_, valait, 26.
+
+VAUSELLES (_Katherine de_), 46.
+
+VAUVERT (le diable de). L'opinion commune était que les diables
+habitaient Vauvert. C'est pour cette raison que l'on appelait
+rue d'Enfer celle qui conduisait en ce lieu. (Pr.)
+
+_Vecy_, voici.
+
+_Veez_, voyez. 136.
+
+_Vela_, voilà.
+
+_Venerieux_, relatif à l'amour. «A tous les Dieux venerieux.»
+(P. 8, v. 7.)
+
+_Vent (avoir le)_, 173, être favorisé de la fortune. On dit
+aujourd'hui: Avoir vent en poupe.
+
+_Venteur_, 96, homme qui se vante volontiers.
+
+VENUS, 122
+
+_Veoir_, voir. 25.--Vrai. 197.
+
+_Verdi_, p. 168, v. 24 (?). Peut-être faut-il lire: «Gorgias,
+sur le hault vestu.»
+
+_Vers_, envers. 24.
+
+VICESTRE, 12, 73. Le château de Bicêtre. Il était en ruines du
+temps de Villon.
+
+_Viellart_, vieillard. 69.
+
+_Vielle_. «Ma vielle ay mys soubz le banc», p. 48, veut dire:
+j'ai renoncé au jeu, j'ai quitté la partie.
+
+VIENNE en Dauphiné. 37.
+
+VILLON (Guillaume), 9, 53. Ce Guillaume Villon ou de Villon
+n'était pas le père du poëte, puisque celui-ci, qui l'appelle
+son «plus que père», parle de lui, dans le _Grand Testament_
+(p. 53) comme d'une personne encore en vie, et lui lègue sa
+bibliothèque, tandis qu'il vient de dire (p. 32) que son père
+est mort, M. Nagel s'est attaché à prouver qu'il n'était même
+pas son parent, d'où la conclusion que le poëte aurait adopté le
+nom de Villon pour faire honneur à son maître et protecteur.
+Il se fonde particulièrement sur le huitain IX du _Petit
+Testament_, où François dit que sa renommée _bruit_ en faveur du
+nom de Guillaume, et sur le huitain 23 du _Grand Testament_, où
+il se plaint qu'il est abandonné des siens, ce qui ne s'accorde
+pas avec les témoignages de reconnaissance qu'il prodigue à
+Guillaume Villon. J'avoue que tout cela est assez concluant. On
+pourrait objecter néanmoins qu'en se disant abandonné du moindre
+des siens, tout en parlant comme il le fait des bontés que
+Guillaume avait pour lui, Villon se rappelait cet axiome, que
+l'exception confirme la règle. Quant à l'honneur que sa renommée
+devait faire au nom de Villon, il importait peu que Guillaume
+fût ou non de la famille du poëte: le résultat était le même
+pour lui.
+
+_Villotières_, coureuses, filles de mauvaise vie. Voy. Cotgrave.
+
+_Vin de buffet_, vin commun et frelaté. 65.
+
+_Vin (aller au)_, p. 83, c'est aller au cabaret chercher du vin
+qu'on emporte dans l'endroit où il doit être bu. C'est ainsi
+qu'on s'en procurait généralement au moyen âge. Voy. _Ancien
+théâtre français_. t. 1, p. 1955 _Farce de Pernet_ _qui va au
+vin_; t. 1, p. 250. _Farce du gentilhomme et de Naudet_.
+
+Vin d'Aulnys. 60.--de Baigneulx. 193.--de Beaune. 193,
+207.--Morillon (rouge). 100.
+
+_Vis_, visage. 40.
+
+_Vivre d'avantage_, vivre sans rien débourser, aux dépens
+d'autrui.
+
+_Vo_, votre. 86.
+
+_Voir_, vrai. 28.
+
+_Voire_ (95, v. 17), verre.
+
+_Voire_, vraiment. 23, 145, 164.
+
+_Volse_, aille. 22.
+
+VOLLANT, 196.
+
+_Vouilliés_, veuillez 55.
+
+_Voulenté_, volonté.
+
+_Voulsisse_, voulusse. 147.
+
+_Voulsist_, voulût. 33, 191.
+
+_Voult_, voulut. 99
+
+_Voultyz (sourcilz)_, sourcils arqués, bien plantés. (P. 40.)
+
+_Voyse_, aille. 64.
+
+_Vueil_, voeu. 75, v. 9.
+
+_Vueil_, veux. 22.
+
+----------Y----------
+
+Y, il. «Cy sçay bien comment y m'en va.» 108.
+
+_Ydoine_, propre, _idoneus_.
+
+_Ypocras_, vin sucré et épicé. 78, 198
+
+_Ysnel_. prompt, alerte. 74.
+
+YTHIER, 59.
+
+Yver, hiver. 85.
+
+YVON, prénom commun en Bretagne. 157.
+
+
+
+
+TABLE DES MATIÈRES
+
+ Pages
+
+PRÉFACE.... V
+
+REMARQUES PHILOLOGIQUES.... XXIII
+
+CLÉMENT MAROT AUX LECTEURS.... 1
+
+MAROT AU ROY FRANÇOIS Ier.... 5
+
+LE PETIT TESTAMENT.... 7
+
+LE GRAND TESTAMENT.... 21
+
+Ballade des Dames du temps jadis.... 34
+
+Ballade des Seigneurs du temps jadis.... 35
+
+Ballade en vieil françois.... 36
+
+Les Regrets de la belle Heaulmière.... 39
+
+Ballade de la belle Heaulmière.... 42
+
+Double Ballade sur le même propos.... 45
+
+Ballade que Villon fait à la requeste de sa mère, pour prier
+Nostre Dame.... 55
+
+Ballade de Villon à s'amye.... 57
+
+Lay ou plustost Rondeau.... 59
+
+Ballade et oraison.... 69
+
+Ballade que Villon bailla à un gentilhomme .... 74
+
+Ballade.... 76
+
+Ballade intitulée: _Les Contredictz de Franc-Gontier_.... 78
+
+Ballade des femmes de Paris.... 80
+
+Ballade de Villon et de la Grosse Margot.... 83
+
+Belle leçon de Villon aux enfans perduz.... 86
+
+Ballade de bonne doctrine à ceux de mauvaise vie .... 87
+
+Lays.... 90
+
+Rondeau.... 95
+
+Ballade par laquelle Villon crye mercy à chascun.... 98
+
+Ballade pour servir de conclusion.... 99
+
+POÉSIES DIVERSES:
+
+Le quatrain que feit Villon quand il fut jugé à mourir.... 101
+
+L'Epitaphe en forme de Ballade que feit Villon pour luy et ses
+compagnons, s'attendant estre pendu avec eulx.... 101
+
+La requeste de Villon à la Cour de Parlement .... 103
+
+Ballade de l'appel de Villon.... 104
+
+Le Dit de la naissance Marie.... 105
+
+Double Ballade.... 107
+
+Ballade Villon.... 110
+
+Epistre en forme de Ballade, à ses amis.... 111
+
+Le Débat du cueur et du corps de Villon.... 113
+
+La Requeste que Villon bailla à Monseigneur de Bourbon.... 115
+
+Ballade des proverbes.... 116
+
+Ballade des menus propos.... 117
+
+Ballade des povres housseurs.... 119
+
+Problème ou Ballade au nom de la Fortune .... 120
+
+Ballade contre les mesdisans de la France.... 121
+
+Le Jargon ou Jobelin de Maistre François Villon.... 124
+
+POÉSIES ATTRIBUÉES A VILLON:
+
+I. Rondel.... 133
+
+II. Rondel.... 133
+
+III. Rondel.... 134
+
+IV. Rondel.... 135
+
+V. Rondel.... 135
+
+VI. Rondel.... 136
+
+VII. Rondel.... 136
+
+VIII. Rondel.... 136
+
+IX. Rondel.... 137
+
+X. Rondel.... 138
+
+XI. Rondel.... 139
+
+XII. Rondel.... 139
+
+XIII. Rondel.... 140
+
+XIV. Ballade pour ung prisonnier.... 140
+
+XV. Rondel.... 141
+
+XVI. Ballade.... 142
+
+XVII. Ballade morale.... 143
+
+XVIII. Ballade.... 144
+
+XIX. Ballade.... 145
+
+XX. Ballade.... 146
+
+XXI. Ballade joyeuse des Taverniers.... 147
+
+XXII. Monologue du Franc Archier de Baignollet.... 150
+
+XXIII. Dialogue de messieurs de Mallepaye et de Baillevent.... 164
+
+XXIV. Les Repeues franches de François Villon et de ses
+compagnons.... 178
+
+_Ballade de l'Acteur_.... 182
+
+_Ballade des Escoutans _.... 183
+
+_La Repeue de Villon et de ses compaignons_.... 186
+
+La manière d'avoir du poisson.... 187
+
+La manière d'avoir des trippes.... 190
+
+La manière d'avoir du pain.... 191
+
+La manière d'avoir du vin.... 192
+
+La manière d'avoir du rost.... 194
+
+_Seconde Repeue, de l'Epidémie_ .... 195
+
+_La troisiesme Repeue, des Torcheculs_ .... 199
+
+_La quatriesme Repeue, du Souffreteux_... 206
+
+_La cinquiesme Repeue, du Pelletier_.... 210
+
+_Sixiesme Repeue, des Gallants sans soucy_... 212
+
+_La septiesme Repeue, faicte auprès de Montfaulcon_.... 215
+
+NOTES....
+
+GLOSSAIRE-INDEX....
+
+
+
+ADDITIONS ET CORRECTIONS.
+
+Le nom de M. CAMPAUX est partout écrit par erreur CAMPEAUX.
+
+Les deux premiers huitains de la Ballade p. 74 donnent en
+acrostiche AMBRAISE DE LOREDE, peut-être le nom du gentilhomme
+pour qui cette pièce fut composée.
+
+L'envoi de la _Ballade de la Grosse Margot_ (p. 84) donne en
+acrostiche le nom de Villon.
+
+_Fille en chief_ (p. 91), fille coiffée de ses cheveux.
+
+Les _Coups orbes_ (p. 115) sont des coups produisant des
+contusions, des _bleus_.
+
+_Coustelez comme chiches_ (p. 171) peut se traduire par: «à
+côtes, comme des pois chiches».
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Oeuvres complètes de François Villon
+by François Villon
+
+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 12246 ***
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+<html>
+<head>
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+<title>Oeuvres compl&egrave;tes de Fran&ccedil;ois Villon</title>
+<meta name="author" content="Pierre Janet">
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+</head>
+<body>
+<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 12246 ***</div>
+<h1>OEUVRES COMPL&Egrave;TES</h1>
+<h3>DE</h3>
+<h1>FRAN&Ccedil;OIS VILLON</h1>
+<br>
+<br>
+<br>
+
+<h3>SUIVIES D'UN CHOIX DES PO&Eacute;SIES DE SES DISCIPLES<br>
+ &Eacute;DITION PR&Eacute;PAR&Eacute;E PAR LA MONNOYE</h3>
+<h3>MISE AU JOUR, AVEC NOTES ET GLOSSAIRE PAR M. PIERRE
+JANNET</h3>
+<br>
+<br>
+<br>
+ <a name="pV"></a><span class="pagenum">P. V</span>
+<h3>PR&Eacute;FACE</h3>
+<p>On ne sait gu&egrave;re de la vie de Fran&ccedil;ois Villon
+que ce qu'il en dit lui-m&ecirc;me, et l'on en sait trop.
+J'aurais voulu me dispenser de d&eacute;crire, apr&egrave;s tant
+d'autres<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href=
+"#footnote1"><sup>1</sup></a>, cette existence peu
+&eacute;difiante, mais je n'ai pas cru pouvoir le faire. Le sujet
+des po&eacute;sies de Villon, c'est Villon lui-m&ecirc;me, et sa
+biographie est la clef de ses oeuvres.</p>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote1" name=
+"footnote1"></a><b>Note 1:</b> <a href=
+"#footnotetag1">(retour)</a> Voir notamment la <i>Vie de
+Fran&ccedil;ois Villon</i>, par Guillaume Colletet, en t&ecirc;te
+des oeuvres de Villon, &eacute;dition de M.P.L. Jacob,
+bibliophile (M. Paul Lacroix), Paris, 1854, in-16;&mdash;le
+<i>M&eacute;moire</i> de M. Prompsault, en t&ecirc;te de son
+&eacute;dition de Villon, Paris, 1832,
+in-8;&mdash;<i>Fran&ccedil;ois Villon, Versuch einer kritischen
+Darstellung seines Lebens nach seinen Gedichten</i>, von Dr. S.
+Nagel. <i>Mulheim an der Ruhr</i>, 1856, in-4, le travail le plus
+complet et le plus judicieux qu'on e&ucirc;t fait jusqu'alors sur
+ce sujet, et la base de ceux qu'on a faits
+depuis;&mdash;<i>Fran&ccedil;ois Villon, sa vie et ses
+oeuvres</i>, par Antoine Campeaux, <i>Paris, Durand</i>, 1859,
+in-8, et la notice de M. Anatole de Montaiglon, excellente pour
+le fond comme pour la forme, dans <i>les Po&egrave;tes
+Fran&ccedil;ais</i>, recueil publi&eacute; sous la direction de
+M. Eug&egrave;ne Cr&eacute;pet, Paris, 1861-62, 4 vol. gr. in-8,
+t. I, p. 447-455.</blockquote>
+<p>Fran&ccedil;ois Villon naquit &agrave; Paris en 1431. Sur la
+foi d'une pi&egrave;ce que Fauchet, dans son trait&eacute;<a
+name="pVI"></a><span class="pagenum">p. VI</span> <i>de l'Origine
+des chevaliers</i>, imprim&eacute; en 1599, dit avoir
+trouv&eacute;e dans un manuscrit de sa biblioth&egrave;que <a id=
+"footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href=
+"#footnote2"><sup>2</sup></a>, on a mis en doute le lieu de la
+naissance et jusqu'au nom du po&egrave;te. On s'est livr&eacute;
+&agrave; des conjectures ing&eacute;nieuses pour concilier les
+renseignements fournis par lui-m&ecirc;me avec les indications de
+Fauchet, pour expliquer comment il pouvait s'appeler &agrave; la
+fois Corbueil et Villon, &ecirc;tre &agrave; la fois natif
+d'Auvers et de Paris. Pour moi, je crois, avec le P. Du Cerceau,
+Daunou et beaucoup d'autres, qu'on ne doit tenir aucun compte de
+ce huitain, amplification maladroite de l'&eacute;pitaphe en
+quatre vers <a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href=
+"#footnote3"><sup>3</sup></a>. Ce n'est pas sur une pareille
+autorit&eacute; qu'on peut substituer le nom de <i>Corbueil</i>
+&agrave; celui de <i>Villon</i>, que notre po&egrave;te se donne
+lui-m&ecirc;me en vingt endroits de ses oeuvres <a id=
+"footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href=
+"#footnote4"><sup>4</sup></a>.</p>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote2" name=
+"footnote2"></a><b>Note 2:</b> <a href=
+"#footnotetag2">(retour)</a> Voici cette pi&egrave;ce, que j'ai
+cru devoir rejeter des oeuvres de Villon:<br>
+
+<div class="poem">
+<div class="stanza" style="font-style: italic;">
+<p>Je suis Fran&ccedil;oys, dont ce me poise,</p>
+<p>Nomm&eacute; Corbueil en mon surnom,</p>
+<p>Natif d'Auvers empr&egrave;s Pontoise,</p>
+<p>Et du commun nomm&eacute; Villon.</p>
+<p>Or, d'une corde d'une toise</p>
+<p>Sauroit mon col que mon cul poise,</p>
+<p>Se ne fut un joli appel.</p>
+<p>Le jeu ne me sembloit point bel.</p>
+</div>
+</div>
+<p>L'auteur de ce huitain n'a pas compris l'intention comique de
+ce vers de Villon:</p>
+<div class="poem">
+<div class="stanza">
+<p><i>N&eacute; de Paris empr&egrave;s Pontoise;</i></p>
+</div>
+</div>
+<p>C'est pourquoi il le fait gravement na&icirc;tre &agrave;
+Auvers, qui est en effet pr&egrave;s de Pontoise. Mais une preuve
+certaine de la composition tardive de cette pi&egrave;ce, c'est
+qu'on ne trouverait probablement pas dans la seconde
+moiti&eacute; du XVe si&egrave;cle, et certainement pas dans les
+oeuvres de Villon, un huitain dont les rimes soient
+distribu&eacute;es comme dans celui-l&agrave;. Dans tous les
+huitains de Villon, sans exception, le premier vers rime avec le
+troisi&egrave;me, le second avec le quatri&egrave;me, le
+cinqui&egrave;me et le septi&egrave;me, et le sixi&egrave;me avec
+le huiti&egrave;me. Les faussaires ne pensent jamais &agrave;
+tout.</p>
+</blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote3" name=
+"footnote3"></a><b>Note 3:</b> <a href=
+"#footnotetag3">(retour)</a> Voy. <a href="#p101">p.
+101.</a></blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote4" name=
+"footnote4"></a><b>Note 4:</b> <a href=
+"#footnotetag4">(retour)</a> Voy. le <i>Glossaire-Index</i>, au
+mot VILLON.</blockquote>
+<p>Les parents de Villon &eacute;taient pauvres<a id=
+"footnotetag5" name="footnotetag5"></a><a href=
+"#footnote5"><sup>5</sup></a>. Sa <a name="pVII"></a><span class=
+"pagenum">P. VII</span> m&egrave;re &eacute;tait
+illettr&eacute;e<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a
+href="#footnote6"><sup>6</sup></a>; son p&egrave;re &eacute;tait
+vraisemblablement un homme de m&eacute;tier, et peut-&ecirc;tre,
+ainsi que l'a conjectur&eacute; M. Campeaux, un ouvrier en cuir,
+un <i>cordouennier</i><a id="footnotetag7" name=
+"footnotetag7"></a><a href="#footnote7"><sup>7</sup></a>.</p>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote5" name=
+"footnote5"></a><b>Note 5:</b> <a href=
+"#footnotetag5">(retour)</a> V. <a href="#p031">p. 31,</a>
+huitain XXXV.</blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote6" name=
+"footnote6"></a><b>Note 6:</b> <a href=
+"#footnotetag6">(retour)</a> &laquo;Oncques lettre ne
+leuz.&raquo; <a href="#p055">P. 55,</a> v. 22.</blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote7" name=
+"footnote7"></a><b>Note 7:</b> <a href=
+"#footnotetag7">(retour)</a> Voyez <i>Notes</i></blockquote>
+<p>Pouss&eacute; par le d&eacute;sir de s'&eacute;lever au-dessus
+de la triste condition de ses parents, ou plut&ocirc;t par ce
+besoin de savoir qui tourmente les natures comme la sienne,
+Villon &eacute;tudia. Il connut les mis&egrave;res de
+l'&eacute;tat d'&eacute;colier pauvre. On n'a pas de
+renseignements certains sur le genre d'&eacute;tudes auquel il se
+livra ni sur les progr&egrave;s qu'il y fit. M. Nagel suppose
+qu'il obtint le grade de ma&icirc;tre &egrave;s arts, et se fonde
+surtout sur le legs qu'il fait plus tard, de sa &laquo;nomination
+qu'il a de l'Universit&eacute;&raquo; (p. 15). Mais ce legs
+pourrait bien n'&ecirc;tre qu'une plaisanterie, comme tant
+d'autres. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'obtint pas le
+grade de ma&icirc;tre en th&eacute;ologie, but supr&ecirc;me des
+&eacute;tudes du temps<a id="footnotetag8" name=
+"footnotetag8"></a><a href="#footnote8"><sup>8</sup></a>.</p>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote8" name=
+"footnote8"></a><b>Note 8:</b> <a href=
+"#footnotetag8">(retour)</a> Voy. <i>Grand Testament</i>,
+huitains XXXVII (<a href="#p032">p. 32</a>) et LXXII (<a href=
+"#p052">p. 52.</a>)</blockquote>
+<p>En ce temps-l&agrave;, comme plus tard, les &eacute;tudiants
+&eacute;taient expos&eacute;s &agrave; bien des tentations.
+Villon n'y sut pas r&eacute;sister. En contact avec des jeunes
+gens sans pr&eacute;jug&eacute;s d'aucune sorte et
+d&eacute;pourvus d'argent comme lui, il adopta leurs moeurs et
+fa&ccedil;ons de vivre. Bient&ocirc;t il devint leur chef et leur
+providence<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a><a href=
+"#footnote9"><sup>9</sup></a>. Les <i>Repues franches</i>,
+singulier monument &eacute;lev&eacute; &agrave; sa gloire par
+quelqu'un de ses disciples, nous font conna&icirc;tre par quelles
+combinaisons ing&eacute;nieuses lui et ses compagnons se
+procuraient les moyens de mener joyeuse vie. Leurs friponneries
+<a name="pVIII"></a><span class="pagenum">P. VIII</span>
+&eacute;taient tout &agrave; fait dans les moeurs du temps, et ne
+d&eacute;passaient sans doute pas les proportions de ce qu'on
+serait volontiers tent&eacute; d'appeler <i>des bons tours</i>;
+mais ils &eacute;taient sur une pente glissante, et la justice
+n'entendait pas raillerie.</p>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote9" name=
+"footnote9"></a><b>Note 9:</b> <a href=
+"#footnotetag9">(retour)</a>
+<div class="poem">
+<div class="stanza" style="font-style: italic;">
+<p>C'estoit la m&egrave;re nourrici&egrave;re</p>
+<p>De ceux qui n'avoient point d'argent;</p>
+<p>A tromper devant et derri&egrave;re</p>
+<p>Estoit un homme diligent. (<a href="#p190">P. 190.</a>)</p>
+</div>
+</div>
+</blockquote>
+<p>Rien ne prouve cependant que Villon ait eu maille &agrave;
+partir avec elle &agrave; cause de ses entreprises sur le bien
+d'autrui. On a parl&eacute; de ses deux proc&egrave;s: il en eut
+au moins trois, bien constat&eacute;s par ses oeuvres, et le
+premier, qu'on n'avait pas fait ressortir jusqu'&agrave;
+pr&eacute;sent, est le seul dont le sujet soit indiqu&eacute;
+d'une mani&egrave;re certaine. C'est la suite d'une affaire
+d'amour.</p>
+<p>Avant de tomber dans ces relations honteuses avec des femmes
+perdues dont la <i>Ballade de la Grosse Margot</i><a id=
+"footnotetag10" name="footnotetag10"></a><a href=
+"#footnote10"><sup>10</sup></a> nous donne l'ignoble tableau,
+Villon fut amoureux. Il connut l'amour vrai, l'amour na&iuml;f et
+timide<a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a><a href=
+"#footnote11"><sup>11</sup></a>. Quel fut l'objet de cette
+passion, c'est ce qu'il n'est pas facile de dire. Il l'appelle de
+divers noms, Denise, Roze, Katherine de Vauzelles. Que ce
+f&ucirc;t une femme de moeurs faciles, une gentille bourgeoise ou
+une noble damoiselle, il para&icirc;t certain que c'&eacute;tait
+une coquette. Elle l'&eacute;couta d'abord, l'encouragea<a id=
+"footnotetag12" name="footnotetag12"></a><a href=
+"#footnote12"><sup>12</sup></a> et finit par le rebuter. Il s'en
+plaignit sans doute &agrave; ses compagnons, que les femmes
+qu'ils fr&eacute;quentaient n'avaient pas habitu&eacute;s
+&agrave; de pareilles rigueurs, et qui se moqu&egrave;rent de
+lui<a id="footnotetag13" name="footnotetag13"></a><a href=
+"#footnote13"><sup>13</sup></a>. Villon s'emporta contre sa
+belle, lui fit des avanies, lui dit des injures, <a name=
+"pIX"></a><span class="pagenum">P. IX</span> composa
+peut-&ecirc;tre contre elle quelque ballade piquante, quelque
+rondeau bien m&eacute;chant. Or, bien que religieux au fond, il
+frondait volontiers les choses sacr&eacute;es<a id=
+"footnotetag14" name="footnotetag14"></a><a href=
+"#footnote14"><sup>14</sup></a>. La belle dame se plaignit; la
+juridiction eccl&eacute;siastique s'en m&ecirc;la<a id=
+"footnotetag15" name="footnotetag15"></a><a href=
+"#footnote15"><sup>15</sup></a>, et Villon fut bel et bien
+condamn&eacute; au fouet<a id="footnotetag16" name=
+"footnotetag16"></a><a href="#footnote16"><sup>16</sup></a>.</p>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote10" name=
+"footnote10"></a><b>Note 10:</b> <a href=
+"#footnotetag10">(retour)</a> <a href="#p083">Page
+83.</a></blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote11" name=
+"footnote11"></a><b>Note 11:</b> <a href=
+"#footnotetag11">(retour)</a> Le doux souvenir de cette passion
+se montre en maints endroits des oeuvres de Villon,
+m&ecirc;l&eacute; &agrave; ses regrets et aux reproches qu'il
+adresse &agrave; sa ma&icirc;tresse avide et cruelle. Voy. les
+huitains III, IV, V et X du <i>Petit Testament</i>, LV &agrave;
+LIX du <i>Grand Testament</i>, la ballade de la <a href=
+"#p057">page 57,</a> le rondeau <a href="#p059">p. 59,</a>
+etc.</blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote12" name=
+"footnote12"></a><b>Note 12:</b> <a href=
+"#footnotetag12">(retour)</a>
+<div class="poem">
+<div class="stanza">
+<p><i>Quoy que je luy voulsisse dire,</i></p>
+<p><i>Elle estoit preste d'escouter, etc.</i> (<a href="#p047">P.
+47.</a>)</p>
+</div>
+</div>
+</blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote13" name=
+"footnote13"></a><b>Note 13:</b> <a href=
+"#footnotetag13">(retour)</a>
+<div class="poem">
+<div class="stanza">
+<p><i>... qui partout m'appelle</i></p>
+<p><i>L'amant remys et reni&eacute;</i>. (<a href="#p048">P.
+48.</a>)</p>
+</div>
+</div>
+</blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote14" name=
+"footnote14"></a><b>Note 14:</b> <a href=
+"#footnotetag14">(retour)</a> Voir notamment les huitains CVI
+&agrave; CX du <i>Grand Testament</i>.</blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote15" name=
+"footnote15"></a><b>Note 15:</b> <a href=
+"#footnotetag15">(retour)</a>
+<div class="poem">
+<div class="stanza">
+<p><i>Quant chicanner me feit Denise,</i></p>
+<p><i>Disant que je l'avoye mauldite</i>. <a href="#p069">P.
+69.</a></p>
+</div>
+</div>
+</blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote16" name=
+"footnote16"></a><b>Note 16:</b> <a href=
+"#footnotetag16">(retour)</a> La sentence fut
+ex&eacute;cut&eacute;e. La <i>Double ballade</i> de la page 45 ne
+laisse aucun doute &agrave; cet &eacute;gard:
+<div class="poem">
+<div class="stanza">
+<p><i>J'en fus batu, comme &agrave; ru telles,</i></p>
+<p><i>Tout nud...</i> (<a href="#p046">P. 46,</a> v. 24-25.)</p>
+</div>
+</div>
+</blockquote>
+<p>C'est &agrave; la suite de cette sentence que Villon,
+d&eacute;cid&eacute; &agrave; quitter Paris, composa les
+<i>Lays</i> ou legs auxquels on a donn&eacute; depuis le titre de
+<i>Petit Testament</i>.</p>
+<p>Dans le huitain VI, <a href="#p009">page 9,</a> il annonce
+qu'il s'en va &agrave; Angers. Il est probable qu'il ne fit pas
+ce voyage. Ses habitudes, ses relations, sa mis&egrave;re, le
+retinrent &agrave; Paris ou aux environs. C'&eacute;tait en 1456.
+Fl&eacute;tri par le ch&acirc;timent qu'il avait subi, aigri par
+l'infortune, il ne connut plus de bornes. L'ann&eacute;e qui
+suivit sa condamnation fut assur&eacute;ment l'&eacute;poque la
+plus honteuse de sa vie. En 1457, il &eacute;tait dans les
+prisons du Ch&acirc;telet, et le Parlement, apr&egrave;s lui
+avoir fait appliquer la question de l'eau<a id="footnotetag17"
+name="footnotetag17"></a><a href="#footnote17"><sup>17</sup></a>,
+le condamnait &agrave; mort. On ignore le motif de cette
+condamnation; on a suppos&eacute; qu'il s'agissait d'un crime
+commis &agrave; Rueil par lui et plusieurs de ses compagnons,
+dont quelques-uns furent pendus<a id="footnotetag18" name=
+"footnotetag18"></a><a href="#footnote18"><sup>18</sup></a>.
+Cette supposition para&icirc;t fond&eacute;e. Quant au crime
+commis, il n'&eacute;tait peut-&ecirc;tre <a name="pX"></a><span
+class="pagenum">P. X</span> pas d'une extr&ecirc;me
+gravit&eacute;. Les lois &eacute;taient s&eacute;v&egrave;res, et
+les compagnons de Villon devaient avoir, comme lui, des
+ant&eacute;c&eacute;dents f&acirc;cheux.</p>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote17" name=
+"footnote17"></a><b>Note 17:</b> <a href=
+"#footnotetag17">(retour)</a> C'est ce qu'indiquent clairement
+ces deux vers de la <a href="#p104">page 104:</a>
+<div class="poem">
+<div class="stanza">
+<p><i>On ne m'eust, parmi ce drapel,</i></p>
+<p><i>Faict boyre &agrave; celle escorcherie</i>.</p>
+</div>
+</div>
+</blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote18" name=
+"footnote18"></a><b>Note 18:</b> <a href=
+"#footnotetag18">(retour)</a> Voy. la <i>Belle le&ccedil;on aux
+enfans perduz</i>, <a href="#p086">p. 86,</a> et le
+<i>Jargon</i>, <a href="#p125">p. 125.</a></blockquote>
+<p>Quoi qu'il en soit, Villon ne partagea pas leur sort. Il est
+vrai qu'il ne n&eacute;gligea rien pour se tirer d'affaire: il
+appela de la sentence, ce qui lui valut quelque r&eacute;pit;
+puis, du moins ceci para&icirc;t certain, &agrave; l'occasion de
+la naissance d'une princesse qu'il appelle Marie, il implora la
+protection du p&egrave;re de cette princesse. Cette
+d&eacute;marche lui r&eacute;ussit: le prince interc&eacute;da
+pour lui, et le Parlement commua sa peine en celle du
+bannissement. Villon se montra p&eacute;n&eacute;tr&eacute; de
+reconnaissance. Il adressa une requ&ecirc;te au Parlement, pour
+lui rendre gr&acirc;ces autant que pour lui demander un
+d&eacute;lai de trois jours pour quitter Paris, et il composa
+pour la princesse qui venait de na&icirc;tre des vers pleins de
+sentiment. M. Prompsault a cru que cette princesse &eacute;tait
+Marie de Bourgogne, fille de Charles le T&eacute;m&eacute;raire,
+n&eacute;e le 13 f&eacute;vrier 1457; mais c'&eacute;tait une
+erreur. M. Auguste Vitu, qui pr&eacute;pare depuis nombre
+d'ann&eacute;es une &eacute;dition de Villon, a reconnu qu'il
+s'agissait de Marie d'Orl&eacute;ans, fille du po&egrave;te
+Charles d'Orl&eacute;ans, n&eacute;e le 19 d&eacute;cembre 1457,
+et M. Campeaux a clairement d&eacute;montr&eacute; que cette
+opinion &eacute;tait fond&eacute;e.</p>
+<p>A partir du moment o&ugrave; Villon quitte Paris, en
+ex&eacute;cution de l'arr&ecirc;t du Parlement, nous perdons sa
+trace jusqu'en 1461. A cette &eacute;poque nous le trouvons dans
+les prisons de Meung-sur-Loire, o&ugrave; le d&eacute;tient
+Thibault d'Aussigny, &eacute;v&ecirc;que d'Orl&eacute;ans. Quel
+nouveau m&eacute;fait lui reprochait-on? Ceux qui supposent qu'il
+avait fabriqu&eacute; de la fausse monnaie n'ont pas pris garde
+que la punition de ce crime &eacute;tait exclusivement du ressort
+des juges s&eacute;culiers. Dans le <i>D&eacute;bat du coeur et
+du corps de Villon</i>, compos&eacute; dans sa prison, le
+po&egrave;te attribue sa d&eacute;tention &agrave; sa <i>folle
+plaisance</i>.</p>
+<p>Ce qu'on lui reprochait, c'&eacute;tait peut-&ecirc;tre
+quelque <a name="pXI"></a><span class="pagenum">P. XI</span>
+propos ou quelque &eacute;crit peu orthodoxe, quelque
+<i>plaisanterie</i> sentant le sacril&egrave;ge, quelque aventure
+galante par trop scandaleuse, toutes choses dont il &eacute;tait
+bien capable et dont la r&eacute;pression regardait la justice
+eccl&eacute;siastique. Il y a lieu de croire que le d&eacute;lit
+n'&eacute;tait pas en rapport avec la punition, car Villon, qui
+n'a jamais protest&eacute; contre sa condamnation au fouet, qui
+se contente d'indiquer vaguement que le Parlement l'avait
+jug&eacute; <i>par fausserie</i>, fit preuve de la plus violente
+rancune contre Thibault d'Aussigny. Il para&icirc;t m&ecirc;me
+certain que cette mauvaise affaire ne lui fit pas perdre la
+faveur de ses protecteurs, Charles d'Orl&eacute;ans et le duc de
+Bourbon.</p>
+<p>Quoi qu'il en soit, Villon languit longtemps dans la prison de
+Meung, plong&eacute; dans un cul de basse-fosse, nourri au pain
+et &agrave; l'eau. Rien n'indique qu'une sentence quelconque ait
+&eacute;t&eacute; rendue contre lui mais le traitement qu'on lui
+faisait subir devait le conduire lentement &agrave; une mort
+certaine. Heureusement Louis XI, qui venait de succ&eacute;der
+&agrave; Charles VII, alla &agrave; Meung dans l'automne de 1461,
+et Villon lui dut sa d&eacute;livrance. Fut-ce, ainsi que le dit
+M. Campeaux, par suite &laquo;du don de joyeux av&egrave;nement
+qui remettait leur peine &agrave; tous les prisonniers d'une
+ville o&ugrave; le roi entrait apr&egrave;s son sacre?&raquo; Je
+serais plut&ocirc;t port&eacute; &agrave; croire, malgr&eacute;
+l'absence de preuves, que Villon fut personnellement l'objet
+d'une mesure de cl&eacute;mence de la part du roi; la
+fa&ccedil;on dont il en t&eacute;moigne sa reconnaissance me
+para&icirc;t justifier cette supposition <a id="footnotetag19"
+name="footnotetag19"></a><a href=
+"#footnote19"><sup>19</sup></a>.</p>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote19" name=
+"footnote19"></a><b>Note 19:</b> <a href=
+"#footnotetag19">(retour)</a> On a dit r&eacute;cemment que le
+roi qui d&eacute;livra Villon &eacute;tait Charles VII. Je ne
+puis adopter cette opinion. Sans examiner ici la valeur du
+document sur lequel elle est bas&eacute;e, je me bornerai
+&agrave; faire remarquer que Charles VII mourut &agrave;
+Mehun-sur-Y&egrave;vre, pr&egrave;s de Bourges, le 22 juillet
+1461, pr&eacute;cis&eacute;ment au moment o&ugrave; Villon
+&eacute;tait dans la prison de Meung-sur-Loire, pr&egrave;s
+d'Orl&eacute;ans, o&ugrave; il passa <i>tout un
+&eacute;t&eacute;</i> (<a href="#p021">p. 21,</a> v. 14),
+c'est-&agrave;-dire tout l'&eacute;t&eacute; de la m&ecirc;me
+ann&eacute;e 1461.</blockquote>
+<p>En sortant des prisons de Meung, Villon composa, du moins en
+partie, le <i>Grand Testament</i>, <a name="pXII"></a><span
+class="pagenum">P. XII</span> dans lequel sont intercal&eacute;es
+des pi&egrave;ces qui se rapportent &agrave; diverses
+&eacute;poques de sa vie, et dont quelques-unes ont d&ucirc;
+&ecirc;tre compos&eacute;es beaucoup plus tard.</p>
+<p>Il est probable, en effet, que Villon v&eacute;cut encore
+longtemps; mais on ne sait rien de pr&eacute;cis &agrave; cet
+&eacute;gard. Les conjectures sur lesquelles on se fonde pour
+placer la date de sa mort entre 1480 et 1489 ne sont, en
+d&eacute;finitive, que des conjectures. Quant aux voyages qu'on
+lui fait faire &agrave; Saint-Omer, Lille, Douai, Salins, Angers,
+Saint-Genoux, et jusque dans le Roussillon, rien ne prouve qu'ils
+ont eu lieu. Villon nomme ces localit&eacute;s dans ses oeuvres,
+il est vrai, mais nulle part il ne dit qu'il les a
+visit&eacute;es. Son voyage &agrave; Bruxelles, son s&eacute;jour
+en Angleterre, avec la r&eacute;ponse hardie qu'il aurait faite
+au roi Edouard V, ne me semblent pas beaucoup plus certains,
+malgr&eacute; mon respect pour celui qui s'en est fait
+l'historien <a id="footnotetag20" name="footnotetag20"></a><a
+href="#footnote20"><sup>20</sup></a>. Ce qui me semble hors de
+doute, c'est sa retraite dans le centre de la France, o&ugrave;
+semblait l'attirer quelque chose qui nous est inconnu,
+peut-&ecirc;tre quelque relation de famille. Dans le <i>Petit
+Testament</i>, il annonce qu'il va &agrave; Angers<a id=
+"footnotetag21" name="footnotetag21"></a><a href=
+"#footnote21"><sup>21</sup></a>; il en revenait peut-&ecirc;tre
+lorsqu'il fut arr&ecirc;t&eacute; &agrave; Meung. Dans le
+<i>Grand Testament</i>, il dit qu'il &laquo;parle un peu
+poictevin <a id="footnotetag22" name="footnotetag22"></a><a href=
+"#footnote22"><sup>22</sup></a>.&raquo; La <i>Ballade Villon</i>
+(<a href="#p109">p. 109</a>) et la <i>Double ballade</i> (<a
+href="#p107">p. 107</a>) prouvent qu'il s&eacute;journa quelque
+temps &agrave; Blois, &agrave; la cour de Charles
+d'Orl&eacute;ans, <a name="pXIII"></a><span class="pagenum">P.
+XIII</span> et le vers de la <a href="#p111">page 111:</a></p>
+<p><i>Que fais-je plus? Quoi? Les gaiges ravoir.</i></p>
+<p>autorise &agrave; penser qu'il avait obtenu aupr&egrave;s du
+prince une de ces charges qu'on donnait aux po&egrave;tes de
+cour. Ainsi, par le <i>Dit de la naissance Marie</i>, Villon
+n'avait pas seulement &eacute;chapp&eacute; au dernier supplice;
+il s'&eacute;tait de plus acquis la faveur de Charles
+d'Orl&eacute;ans, et il sut la conserver, du moins pendant
+quelque temps, et peut-&ecirc;tre jusqu'&agrave; la mort du duc,
+arriv&eacute;e en 1465.</p>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote20" name=
+"footnote20"></a><b>Note 20:</b> <a href=
+"#footnotetag20">(retour)</a> Rabelais, livre IV, chap. LXVII. M.
+Nagel a relev&eacute; deux erreurs dans ce passage de Rabelais.
+Villon n'aurait pu se trouver &agrave; la cour d'Edouard V, qui
+ne monta sur le tr&ocirc;ne qu'en 1483, et le m&eacute;decin
+Thomas Linacre, n&eacute; vers 1460, ne fut c&eacute;l&egrave;bre
+que sous les r&egrave;gnes de Henri VII et de Henri
+VIII.</blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote21" name=
+"footnote21"></a><b>Note 21:</b> <a href=
+"#footnotetag21">(retour)</a> Page 9. &mdash;Le Franc archer de
+Bagnolet dit, <a href="#p157">p. 157,</a> v. 12: &laquo;Ma
+m&egrave;re fut n&eacute;e d'Anjou;&raquo; mais cela ne
+prouverait rien, m&ecirc;me quand il serait
+d&eacute;montr&eacute; que ce monologue est de
+Villon.</blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote22" name=
+"footnote22"></a><b>Note 22:</b> <a href=
+"#footnotetag22">(retour)</a> <a href="#p062">Page
+62.</a></blockquote>
+<p>Il eut un autre protecteur en la personne du duc de Bourbon,
+qui lui faisait de &laquo;gracieux pr&ecirc;ts <a id=
+"footnotetag23" name="footnotetag23"></a><a href=
+"#footnote23"><sup>23</sup></a>.&raquo;</p>
+<p>Enfin, Rabelais, livre IV, chapitre XIII, nous apprend que
+&laquo;maistre Fran&ccedil;ois Villon, sus ses vieux jours, se
+retira &agrave; Saint-Maixent en Poictou, sous la faveur d'un
+homme de bien, abb&eacute; dudit lieu. L&agrave;, pour donner
+passe-temps au peuple, entreprit faire jouer la Passion en gestes
+et langage poictevin <a id="footnotetag24" name=
+"footnotetag24"></a><a href=
+"#footnote24"><sup>24</sup></a>.&raquo; Ce t&eacute;moignage
+n'est pas irr&eacute;cusable; mais pourquoi ne pas l'accepter?
+Apr&egrave;s une vie aussi agit&eacute;e, on aime &agrave; se
+repr&eacute;senter le pauvre po&egrave;te enfin tranquille,
+&agrave; l'abri du besoin, s'occupant, pour son plaisir, de jeux
+dramatiques, auxquels il avait d&ucirc; probablement, dans
+d'autres temps, demander son pain <a id="footnotetag25" name=
+"footnotetag25"></a><a href="#footnote25"><sup>25</sup></a>.</p>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote23" name=
+"footnote23"></a><b>Note 23:</b> <a href=
+"#footnotetag23">(retour)</a> <a href="#p115">P. 115,</a> v.
+6.</blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote24" name=
+"footnote24"></a><b>Note 24:</b> <a href=
+"#footnotetag24">(retour)</a> <i>oeuvres de Rabelais</i>,
+&eacute;dition Burgaud des Marets et Ratnery, t. II, p. 92. On
+voit ensuite un tour jou&eacute; au sacristain des cordeliers,
+Estienne Tapecoue, qui sent bien son Villon, mais dont le
+d&eacute;no&ucirc;ment cruel a pu &ecirc;tre invent&eacute; par
+Rabelais, qui n'aimait pas les moines.</blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote25" name=
+"footnote25"></a><b>Note 25:</b> <a href=
+"#footnotetag25">(retour)</a> On croit que Villon donna des
+repr&eacute;sentations dramatiques &agrave; Paris et ailleurs, et
+c'est comme directeur de troupe qu'on lui fait parcourir une
+partie de la France et des Pays-Bas.</blockquote>
+<p>En p&eacute;n&eacute;trant dans les myst&egrave;res de cette
+existence mis&eacute;rable, on est frapp&eacute; de deux choses:
+D'abord, on remarque qu'elle n'exer&ccedil;a pas sur le coeur de
+Villon toute l'action corruptrice qu'il y <a name=
+"pXIV"></a><span class="pagenum">P. XIV</span> avait lieu de
+redouter. Au milieu de son abjection, Villon conserve des
+sentiments &eacute;lev&eacute;s. Il est plein d'amour et de
+respect pour sa m&egrave;re <a id="footnotetag26" name=
+"footnotetag26"></a><a href="#footnote26"><sup>26</sup></a>, de
+reconnaissance pour quiconque l'a secouru <a id="footnotetag27"
+name="footnotetag27"></a><a href="#footnote27"><sup>27</sup></a>,
+de v&eacute;n&eacute;ration pour ceux qui ont fait de grandes
+choses; il aime son pays, chose d'autant plus honorable qu'elle
+&eacute;tait rare en ce temps-l&agrave; <a id="footnotetag28"
+name="footnotetag28"></a><a href="#footnote28"><sup>28</sup></a>;
+il regrette les erreurs de sa jeunesse, et le temps qu'il a si
+mal employ&eacute; <a id="footnotetag29" name=
+"footnotetag29"></a><a href="#footnote29"><sup>29</sup></a>;
+voil&agrave; qui doit lui faire pardonner bien des choses.</p>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote26" name=
+"footnote26"></a><b>Note 26:</b> <a href=
+"#footnotetag26">(retour)</a> Voy. <a href="#p032">p. 32,</a>
+huit. XXXVIII; <a href="#p054">p. 54,</a> huit. LXXIX; <a href=
+"#p055">p. 55,</a> Ballade.</blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote27" name=
+"footnote27"></a><b>Note 27:</b> <a href=
+"#footnotetag27">(retour)</a> Guillaume Villon, <a href=
+"#p009">p. 9,</a> <a href="#p053">53</a>; Jean Cotard, p. <a
+href="#p022">22,</a> <a href="#p058">58;</a> Louis XI, p. <a
+href="#p023">23,</a> <a href="#p024">24;</a> le Parlement, <a
+href="#p103">P. 103;</a> Marie d'Orl&eacute;ans, <a href=
+"#p105">p. 105,</a> <a href="#p107">107;</a> le duc de Bourbon,
+<a href="#p114">p. 114.</a></blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote28" name=
+"footnote28"></a><b>Note 28:</b> <a href=
+"#footnotetag29">(retour)</a> Ces deux vers de la <a href=
+"#p034">page 34:</a>
+<div class="poem">
+<div class="stanza">
+<p><i>Et Jehanne, la bonne Lorraine,</i></p>
+<p><i>Qu'Anglois brul&egrave;rent &agrave; Rouen</i>,</p>
+</div>
+</div>
+<p>lui font d'autant plus d'honneur qu'&agrave; l'&eacute;poque
+o&ugrave; il les &eacute;crivit des gens &eacute;clair&eacute;s
+regardaient Jeanne d'Arc comme sorci&egrave;re, et les Anglais
+avaient en France de nombreux partisans.</p>
+</blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote29" name=
+"footnote29"></a><b>Note 29:</b> <a href=
+"#footnotetag29">(retour)</a> <i>Grand Testament</i>, huitain
+XXVI et suiv.</blockquote>
+<p>Puis, quelle influence n'eut-elle pas sur le talent du
+po&egrave;te<a id="footnotetag30" name="footnotetag30"></a><a
+href="#footnote30"><sup>30</sup></a>! Form&eacute;, comme on dit
+aujourd'hui, &agrave; l'&eacute;cole du malheur, il vit les
+choses sous leur vrai jour, et il entra dans une voie tout
+&agrave; fait nouvelle. Il rompit en visi&egrave;re &agrave;
+l'All&eacute;gorie, qui r&eacute;gnait alors en souveraine,
+&agrave; toutes les aff&eacute;teries de la po&eacute;sie
+rh&eacute;toricienne cultiv&eacute;e par les beaux esprits du
+temps. Il fut le premier po&egrave;te <i>r&eacute;aliste</i>. Que
+l'on compare avec ses autres oeuvres les quelques pi&egrave;ces
+qu'il a compos&eacute;es selon la po&eacute;tique de ses
+contemporains, la <i>Ballade Villon</i> (<a href="#p109">p.
+109</a>), la <i>Requeste au Parlement</i> (<a href="#p103">p.
+103</a>), et d'autres, et l'on ne sera point tent&eacute; de
+&laquo;regretter, <a name="pXV"></a><span class="pagenum">P.
+XV</span> avec Cl&eacute;ment Marot, qu'il n'ait pas
+&eacute;t&eacute; &laquo;nourry en la court des rois et princes,
+o&ugrave; les jugemens s'amendent et les langaiges se
+pollissent,&raquo; car il y e&ucirc;t certainement plus perdu que
+gagn&eacute;.</p>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote30" name=
+"footnote30"></a><b>Note 30:</b> <a href=
+"#footnotetag30">(retour)</a>
+<div class="poem">
+<div class="stanza" style="font-style: italic;">
+<p>Travail mes lubres sentemens,</p>
+<p>Esguisez comme une pelote,</p>
+<p>M'ouvrist plus que tous les Commens</p>
+<p>D'Averroys sur Aristote. (<a href="#p025">P. 25.</a>)</p>
+</div>
+</div>
+</blockquote>
+<p>M. A. de Montaiglon a parfaitement caract&eacute;ris&eacute;
+le r&ocirc;le de Villon dans la po&eacute;sie fran&ccedil;aise.
+Je ne puis mieux faire que de lui emprunter ces quelques
+lignes:</p>
+<p>&laquo;... Au moment o&ugrave; parut Villon, la
+litt&eacute;rature fran&ccedil;aise en &eacute;tait
+pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; cette p&eacute;riode de
+transformation; de la po&eacute;sie g&eacute;n&eacute;rale elle
+passait &agrave; la po&eacute;sie personnelle; ses contemporains,
+subissant &agrave; leur insu cette phase litt&eacute;raire,
+s'essayaient &agrave; l'individualit&eacute; avec plus d'effort
+que de bonheur; Villon l'atteignit du premier coup. Sa force est
+l&agrave;, et sa valeur s'augmente de l'int&eacute;r&ecirc;t que,
+sous ce rapport, offraient ses oeuvres. Elle est tellement
+saisissante qu'elle a &eacute;t&eacute; reconnue de tous, et le
+succ&egrave;s qui l'accueillit ne s'arr&ecirc;ta pas.
+Fran&ccedil;ois Ier lui fit l'honneur d&laquo;faire faire une
+&eacute;dition de ses po&eacute;sies par Cl&eacute;ment Marot,
+qui le combla de ses louanges. Un peu plus tard, il est vrai,
+l'&eacute;cole de Ronsard protesta. Pasquier condamne Villon, et
+Du Verdier s'&eacute;merveille que Marot ait os&eacute;
+&laquo;louer un si <i>goffe</i> ouvrier et faire cas de ce qui ne
+vaut rien.&raquo; Cela marque moins un manque de go&ucirc;t que
+la force partiale du pr&eacute;jug&eacute;; la Pl&eacute;iade,
+qui est en r&eacute;alit&eacute; aussi aristocratique que
+savante, ne pouvait admirer Villon sans se condamner
+elle-m&ecirc;me; mais, ce moment pass&eacute;, le charme
+recommence: Regnier est un disciple de Villon; Patru le loue;
+Boileau a senti quel &eacute;tait son rang; La Fontaine l'admire;
+Voltaire l'imite; les &eacute;rudits litt&eacute;raires du XVIIe
+et du XVIIIe si&egrave;cle, Colletet, le P. Du Cerceau,
+l'abb&eacute; Massieu, l'abb&eacute; Goujet, parlent de lui comme
+il convient, en m&ecirc;me temps que Coustelier et Formey le
+r&eacute;impriment, que La Monnoye l'annote, et que
+Lenglet-Dufresnoy pr&eacute;pare une nouvelle &eacute;dition. <a
+name="pXVI"></a><span class="pagenum">P. XVI</span> De nos jours,
+une justice encore plus &eacute;clatante lui a &eacute;t&eacute;
+rendue. L'&eacute;dition de Prompsault, &agrave; laquelle M.
+Lacroix est venu ajouter, pourrait &ecirc;tre accept&eacute;e
+comme d&eacute;finitive, au moins quant au texte, si M. Vitu n'en
+promettait une, qui, en profitant des pr&eacute;c&eacute;dentes,
+donnera sans doute le dernier mot. Tous ceux qui ont parl&eacute;
+incidemment de Villon, MM. Sainte-Beuve, Saint-Marc Girardin,
+Chasles, Nisard, Geruzez, Demogeot, G&eacute;nin, et d'autres
+encore, l'ont bien caract&eacute;ris&eacute;. En m&ecirc;me temps
+qu'eux, M. Daunou a &eacute;crit sur notre po&egrave;te une
+longue &eacute;tude, ins&eacute;r&eacute;e dans le <i>Journal des
+Savants</i>, et M. Th&eacute;ophile Gautier, dans l'ancienne
+<i>Revue fran&ccedil;aise</i>, des pages vives, aussi justes que
+pleines de verve, qui ont &eacute;t&eacute; recueillies dans ses
+<i>Grotesques</i>. Enfin, en 1850 M. Profillet, et en 1856 un
+professeur allemand, M. Nagel, ont pris Villon pour sujet d'un
+travail sp&eacute;cial; l'ann&eacute;e derni&egrave;re (1859), M.
+Campeaux lui a consacr&eacute; un excellent travail, auquel, pour
+&ecirc;tre meilleur, il ne manque peut-&ecirc;tre qu'une plus
+ancienne et plus famili&egrave;re connaissance des alentours.
+Tous sont, avec raison, unanimes &agrave; reconna&icirc;tre
+l'originalit&eacute;, la valeur ais&eacute;e et puissante, la
+force et <i>l'humanit&eacute;</i> de la po&eacute;sie de Villon.
+Pour eux tous, et ce jugement est aujourd'hui sans appel, Villon
+n'est pas seulement le po&egrave;te sup&eacute;rieur du XVe
+si&egrave;cle, mais il est aussi le premier po&egrave;te, dans le
+vrai sens du mot, qu'ait eu la France moderne, et il s'est
+&eacute;coul&eacute; un long temps avant que d'autres fussent
+dignes d'&ecirc;tre mis &agrave; c&ocirc;t&eacute; de lui.
+L'appr&eacute;ciation est maintenant juste et compl&egrave;te;
+d'autres viendront qui le loueront avec plus ou moins
+d'&eacute;clat et de talent, qui le jugeront avec une critique
+plus ou moins solide ou brillante; mais d&eacute;sormais les
+traits de la figure de Villon sont arr&ecirc;t&eacute;s de
+fa&ccedil;on &agrave; ne plus changer, et ceux qui entreprendront
+d'y revenir ne pourront rester dans la v&eacute;rit&eacute;
+qu'&agrave; la condition de s'en tenir <a name="pXVII"></a><span
+class="pagenum">P. XVII</span> aux m&ecirc;mes
+contours.&raquo;</p>
+<p>Plus loin, M. A. de Montaiglon, passant
+l&eacute;g&egrave;rement sur le <i>Petit Testament</i>,
+&laquo;qui n'est que spirituel, &raquo; et sur quelques
+pi&egrave;ces qu'il regrette de trouver dans le <i>Grand
+Testament</i>, ajoute:</p>
+<p>&laquo;Ce n'est pas l&agrave; qu'il faut chercher Villon, mais
+dans la partie populaire et humaine de son oeuvre. On ne dira
+jamais assez &agrave; quel point le m&eacute;rite de la
+pens&eacute;e et de la forme y est inestimable. Le sentiment en
+est &eacute;trange, et aussi touchant que pittoresque dans sa
+sinc&eacute;rit&eacute;; Villon peint presque sans le savoir, et
+en peignant il ne pallie, il n'excuse rien; il a m&ecirc;me des
+regrets, et ses torts, qu'il reconna&icirc;t en se bl&acirc;mant,
+mais dont il ne peut se d&eacute;fendre, il ne les montre que
+pour en d&eacute;tourner. Je connais m&ecirc;me peu de
+le&ccedil;ons plus fortes que la ballade: <i>Tout aux tavernes et
+aux filles</i>. La bouffonnerie, dans ses vers, se m&ecirc;le
+&agrave; la gravit&eacute;, l'&eacute;motion &agrave; la
+raillerie, la tristesse &agrave; la d&eacute;bauche; le trait
+piquant se termine avec m&eacute;lancolie; le sentiment du
+n&eacute;ant des choses et des &ecirc;tres est m&ecirc;l&eacute;
+d'un burlesque soudain qui en augmente l'effet. Et tout cela est
+si naturel, si net, si franc, si spirituel; le style suit la
+pens&eacute;e avec une justesse si vive, que vous n'avez pas le
+temps d'admirer comment le corps qu'il rev&ecirc;t est
+habill&eacute; par le v&ecirc;tement. C'est bien mieux que
+l'esprit bourgeois, toujours un peu mesquin, c'est l'esprit
+populaire que cet enfant des Halles, qui &eacute;crivait: <i>Il
+n'est bon bec que de Paris</i>, a recueilli dans les rues et
+qu'il &eacute;pure en l'aiguisant. Il en a le sentiment, il en
+prend les mots, mais il les encadre, il les incruste dans une
+phrase si vive, si nette, si bien construite, si &eacute;nergique
+ou si l&eacute;g&egrave;re, que cette langue color&eacute;e
+re&ccedil;oit de son g&eacute;nie l'&eacute;l&eacute;gance et
+m&ecirc;me le go&ucirc;t, sans rien perdre de sa force. Il a
+tout: la vigueur et le charme, la clart&eacute; et
+l'&eacute;clat, la vari&eacute;t&eacute; et l'unit&eacute;, la
+gravit&eacute; et l'esprit, la bri&egrave;vet&eacute; incisive du
+trait et la pl&eacute;nitude du <a name="pXVIII"></a><span class=
+"pagenum">P. XVIII</span> sens, la souplesse capricieuse et la
+fougue violente, la qualit&eacute; contemporaine et
+l'&eacute;ternelle humanit&eacute;. Il faut aller jusqu'&agrave;
+Rabelais pour trouver un ma&icirc;tre qu'on puisse lui comparer,
+et qui &eacute;crive le fran&ccedil;ais avec la science et
+l'instinct, avec la puret&eacute; et la fantaisie, avec la
+gr&acirc;ce d&eacute;licate et la rudesse souveraine que l'on
+admire dans Villon, et qu'il a seul parmi les gens de son
+temps...&raquo;</p>
+<p>On ne conna&icirc;t certainement pas la totalit&eacute; des
+oeuvres de Villon, du moins sous son nom. Il est &eacute;vident
+que le <i>Petit Testament</i> n'est pas son coup d'essai. Lors de
+son second proc&egrave;s, en 1457, il &eacute;tait probablement
+connu par d'autres compositions. Sans cela, il est douteux que
+Charles d'Orl&eacute;ans f&ucirc;t intervenu en sa faveur, et que
+le Parlement lui e&ucirc;t fait gr&acirc;ce de la vie. Lorsqu'il
+composa le <i>Grand Testament</i>, il y fit entrer quelques
+pi&egrave;ces qui n'en faisaient pas n&eacute;cessairement
+partie, mais qui s'y rattachaient assez naturellement. On n'y
+trouve pas une ballade, pas un rondeau compos&eacute;s
+ant&eacute;rieurement au <i>Petit Testament</i>. Villon ne
+para&icirc;t pas avoir &eacute;t&eacute; tr&egrave;s-soucieux de
+recueillir ses oeuvres. La plupart sont sans doute perdues;
+d'autres sont diss&eacute;min&eacute;es dans des recueils
+manuscrits ou imprim&eacute;s o&ugrave; il n'est pas facile de
+les reconna&icirc;tre, soit parce qu'elles ne portent pas de nom
+d'auteur, soit parce qu'elles sont attribu&eacute;es &agrave;
+d'autres. On ne conna&icirc;t pas de manuscrit qui contienne tout
+ce qu'on sait positivement lui appartenir. Les premi&egrave;res
+&eacute;ditions, qui furent faites sans son concours et
+probablement apr&egrave;s sa mort, ne contiennent que le
+<i>Grand</i> et le <i>Petit Testament</i>, le <i>Jargon</i>, et
+un petit nombre de pi&egrave;ces d&eacute;tach&eacute;es. Jean de
+Calais, l'&eacute;diteur pr&eacute;sum&eacute; du <i>Jardin de
+plaisance</i>, dont la premi&egrave;re &eacute;dition est de 1499
+ou de 1500, s'acquitta fort mal des fonctions d'ex&eacute;cuteur
+testamentaire que Villon lui avait confi&eacute;es, si tant est
+qu'on doive prendre au s&eacute;rieux les huitains CLX <a name=
+"pXIX"></a><span class="pagenum">P. XIX</span> et CLXI du
+<i>Grand Testament</i>. Il fit entrer dans son recueil diverses
+pi&egrave;ces connues comme &eacute;tant de Villon et beaucoup
+d'autres qu'on lui attribue avec plus ou moins de vraisemblance,
+mais sans dire des unes ni des autres qu'elles &eacute;taient de
+lui.</p>
+<p>M. Brunet a donn&eacute;, dans la derni&egrave;re
+&eacute;dition du <i>Manuel du Libraire</i>, une excellente
+notice des &eacute;ditions de Villon. La premi&egrave;re avec
+date est de Paris (Pierre Levet), 1489, in-4&deg;. Il en parut
+plusieurs autres &agrave; la fin du XVe si&egrave;cle et au
+commencement du XVIe. Celle de Paris, Galiot Du Pr&eacute;, 1532,
+in-8, est la premi&egrave;re &agrave; laquelle on ait joint les
+<i>Repues franches</i>, le <i>Monologue du franc archier de
+Baignolet</i> et le <i>Dialogue des seigneurs de Mallepaye et de
+Baillevent</i> <a id="footnotetag31" name="footnotetag31"></a><a
+href="#footnote31"><sup>31</sup></a></p>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote31" name=
+"footnote31"></a><b>Note 31:</b> <a href=
+"#footnotetag31">(retour)</a> Il avait &eacute;t&eacute; fait
+ant&eacute;rieurement plusieurs &eacute;ditions des <i>Repeues
+franches</i>, qui s'ajoutaient aux &eacute;ditions
+correspondantes des oeuvres de Villon, mais qui portaient des
+signatures ou une pagination s&eacute;par&eacute;es.</blockquote>
+<p>L'ann&eacute;e suivante, le m&ecirc;me Galiot Du Pr&eacute;
+publia la premi&egrave;re &eacute;dition des oeuvres de Villon
+revues par Cl&eacute;ment Marot.</p>
+<p>En 1723 il parut chez Coustelier une &eacute;dition de Villon,
+avec les remarques d'Eus&egrave;be de Lauri&egrave;re et une
+lettre du P. Du Cerceau.</p>
+<p>Les oeuvres de Villon furent r&eacute;imprim&eacute;es en
+1742, &agrave; la Haye, avec les remarques de Lauri&egrave;re, Le
+Duchat et Formey, des m&eacute;moires de Prosper Marchand et une
+lettre critique extraite du <i>Mercure</i> de f&eacute;vrier
+1724.</p>
+<p>En 1832 parut l'&eacute;dition de Prompsault, fruit de longues
+et laborieuses recherches, et qui, sans &ecirc;tre parfaite, ne
+m&eacute;ritait pas le discr&eacute;dit dont elle a
+&eacute;t&eacute; frapp&eacute;e pendant longtemps.</p>
+<p>Dans l'&eacute;dition de 1854, due aux soins de M.P.L. Jacob,
+bibliophile (M. Paul Lacroix), le texte de <a name=
+"pXX"></a><span class="pagenum">P. XX</span> Prompsault a
+&eacute;t&eacute; revu, notablement am&eacute;lior&eacute;,
+&eacute;lucid&eacute; par des notes o&ugrave; brillent
+l'&eacute;rudition et la sagacit&eacute; bien connues de leur
+auteur.</p>
+<p>Enfin, tout r&eacute;cemment, M. Paul Lacroix a publi&eacute;
+le texte des deux <i>Testaments</i> d'apr&egrave;s un manuscrit
+de la biblioth&egrave;que de l'Arsenal. Je n'ai pu faire usage de
+cette int&eacute;ressante publication, d'abord parce que
+l'impression de mon &eacute;dition &eacute;tait trop
+avanc&eacute;e, puis pour une autre raison: c'est que je ne
+pouvais m'&eacute;carter du texte que j'avais adopt&eacute;.</p>
+<p>On savait depuis longtemps que La Monnoye avait eu l'intention
+de faire une &eacute;dition des oeuvres de Villon. A cet effet,
+il avait annot&eacute; un exemplaire de l'&eacute;dition de 1723.
+Cet exemplaire, dont on avait perdu la trace depuis longtemps, a
+&eacute;t&eacute; retrouv&eacute;, en 1858, au <i>British
+Museum</i>, par M. Gustave Masson, qui m'a gracieusement offert
+une copie du travail de La Monnoye.</p>
+<p>En t&ecirc;te de son exemplaire, La Monnoye avait inscrit
+d'abord ce titre, qui nous fait conna&icirc;tre le plan d'une
+vaste collection qu'il projetait:</p>
+<p><i>L'Histoire et les Chefs de la po&eacute;sie
+fran&ccedil;oise, avec la liste des po&egrave;tes
+proven&ccedil;aux et fran&ccedil;ois, accompagn&eacute;e de
+remarques sur le caract&egrave;re de leurs ouvrages.</i></p>
+<p>Puis vient ce titre particulier:</p>
+<p><i>Po&eacute;sies de Fran&ccedil;ois Villon et de ses
+disciples, revues sur les diff&eacute;rentes &eacute;ditions,
+corrig&eacute;es et augment&eacute;es sur le manuscrit de M. le
+duc de Coislin et sur plusieurs autres, et enrichies d'un grand
+nombre de pi&egrave;ces, avec des notes historiques et
+critiques.</i></p>
+<p>La Monnoye n'eut pas le temps de mettre la derni&egrave;re
+main &agrave; son &eacute;dition de Villon. Son travail ne porta
+que sur l'&eacute;tablissement du texte. La comparaison des
+manuscrits et des anciennes &eacute;ditions, <a name=
+"pXXI"></a><span class="pagenum">P. XXI</span> faite par un homme
+tel que La Monnoye, devait donner d'excellents r&eacute;sultats.
+J'ai reproduit scrupuleusement, sauf deux ou trois exceptions
+indiqu&eacute;es dans les notes, le texte tel qu'il a
+&eacute;t&eacute; arr&ecirc;t&eacute; par lui, et ce texte est
+assur&eacute;ment le meilleur qu'on ait donn&eacute;
+jusqu'&agrave; pr&eacute;sent.</p>
+<p>La Monnoye ne se contenta pas de revoir le texte de
+l'&eacute;dition de 1723. Il y ajouta de sa main divers morceaux
+qui n'avaient pas encore &eacute;t&eacute; publi&eacute;s, et qui
+ont paru pour la premi&egrave;re fois dans l'&eacute;dition
+Prompsault. Mais il ne put faire le choix des po&eacute;sies
+qu'il voulait joindre aux oeuvres de Villon. Pour r&eacute;pondre
+de mon mieux &agrave; son plan, je donne &agrave; la fin du
+volume dix-sept pi&egrave;ces tir&eacute;es du <i>Jardin de
+plaisance</i>. M. Campeaux en avait publi&eacute; un plus grand
+nombre: j'ai fait un choix dans son choix, et si les
+pi&egrave;ces que je donne ne sont pas de Villon, elles sont au
+moins de son &eacute;cole, et souvent dignes de lui.</p>
+<p>Pour toute la partie du texte &eacute;tablie par La Monnoye,
+je n'avais qu'une chose &agrave; faire: suivre la le&ccedil;on
+adopt&eacute;e par lui. A l'&eacute;gard des pi&egrave;ces dont
+il ne s'&eacute;tait pas occup&eacute;, j'ai d&ucirc; agir
+autrement: je les ai revues sur les manuscrits et les
+&eacute;ditions originales.</p>
+<p>A d&eacute;faut des notes historiques et critiques promises
+par La Monnoye, et sans avoir la pr&eacute;tention de les
+suppl&eacute;er, je donne &agrave; la suite du texte quelques
+renseignements qui m'ont paru n&eacute;cessaires, puis un
+<i>Glossaire-Index,</i> dans lequel j'ai tent&eacute; d'expliquer
+les mots vieillis, de donner des renseignements sur les personnes
+et les choses. S'il n'a pas d'autre utilit&eacute;, ce travail
+servira du moins de table.</p>
+<p>Une &eacute;dition de Villon n'est pas facile &agrave; faire.
+J'ai largement mis &agrave; profit les travaux de mes devanciers,
+et je me plais &agrave; le reconna&icirc;tre. J'aurais pu relever
+bien des erreurs: je me suis content&eacute; <a name=
+"pXXII"></a><span class="pagenum">P. XXII</span> de les corriger.
+Je crois que cette &eacute;dition vaut mieux que celles qui l'ont
+pr&eacute;c&eacute;d&eacute;e. D'autres viendront apr&egrave;s
+moi qui feront mieux. J'ai cru prudent de leur donner l'exemple
+de l'indulgence.</p>
+<p>P. JANNET.</p>
+<br>
+<br>
+<br>
+
+<p>REMARQUES PHILOLOGIQUES. <a name="pXXIII"></a><span class=
+"pagenum">P. XXIII</span></p>
+<p>La langue de Villon est encore la vieille et bonne langue
+fran&ccedil;aise, riche et simple, claire, naturelle, &agrave;
+l'allure vive et franche. C'est encore la langue des fabliaux,
+assouplie, mais presque enti&egrave;rement
+pr&eacute;serv&eacute;e de l'invasion des mots
+p&eacute;dantesques forg&eacute;s dans la seconde moiti&eacute;
+du XVe si&egrave;cle. Le <i>Glossaire</i>, dont l'&eacute;tendue
+est grande relativement &agrave; celle du livre, n'offre qu'un
+petit nombre de ces mots. En revanche, il en contient beaucoup
+d'autres dont la perte est regrettable.</p>
+<p>Villon &eacute;tait tr&egrave;s-s&eacute;v&egrave;re pour la
+rime. Aussi, lorsque nous rencontrons &agrave; la fin de ses vers
+quelque chose qui nous para&icirc;t anormal, nous devons nous
+garder de l'expliquer par une n&eacute;gligence du po&euml;te. Il
+faut chercher d'autres raisons; cela peut amener des observations
+int&eacute;ressantes.</p>
+<p>Par exemple, lorsqu'il fait rimer <i>e</i> avec <i>a</i> <a
+id="footnotetag32" name="footnotetag32"></a><a href=
+"#footnote32"><sup>32</sup></a>, cela prouve, ainsi que Marot l'a
+remarqu&eacute;, que Villon pronon&ccedil;ait, &agrave; la
+parisienne, <i>a</i> pour <i>e</i>.</p>
+<p>Lorsqu'il fait rimer <i>oi, oy</i>, avec <i>ai, ay,
+&eacute;</i> <a id="footnotetag33" name="footnotetag33"></a><a
+href="#footnote33"><sup>33</sup></a>, cela prouve que ce que nous
+appelons la diphtongue <i>oi</i> se pronon&ccedil;ait
+<i>&eacute;</i> ou <i>&egrave;</i>.</p>
+<p>S'il fait rimer <i>Changon, Nygon, escourgon</i>, avec <a
+name="pXXIV"></a><span class="pagenum">P. XXIV</span>
+<i>donjon</i> <a id="footnotetag34" name="footnotetag34"></a><a
+href="#footnote34"><sup>34</sup></a>, c'est que, dans certains
+cas, le <i>g</i> se pronon&ccedil;ait <i>j</i>.</p>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote32" name=
+"footnote32"></a><b>Note 32:</b> <a href=
+"#footnotetag32">(retour)</a> <i>Robert, Haubert</i>, avec
+<i>pluspart, poupart</i> (<a href="#p011">p.11</a> et <a href=
+"#p012">12</a>); <i>La Barre, feurre</i>, avec <i>terre,
+guerre</i> (<a href="#p014">p. 14</a>); <i>appert</i> avec
+<i>part, despart</i> (<a href="#p044">p. 44</a>),
+etc.</blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote33" name=
+"footnote33"></a><b>Note 33:</b> <a href=
+"#footnotetag33">(retour)</a> <i>Chollet</i> avec <i>souloit</i>
+(<a href="#p014">p. 14);</a> <i>exploictz</i> avec <i>laiz</i>
+(<a href="#p017">p. 17</a>); <i>moyne, essoyne, royne</i>, avec
+<i>Seine</i> (<a href="#p034">p. 34</a>), etc.</blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote34" name=
+"footnote34"></a><b>Note 34:</b> <a href=
+"#footnotetag34">(retour)</a> Pages <a href="#p012">12</a> et <a
+href="#p013">13.</a></blockquote>
+<p>S'il fait rimer <i>fuste</i> avec <i>fusse,
+proph&egrave;tes</i> avec <i>fesses</i><a id="footnotetag35"
+name="footnotetag35"></a><a href="#footnote35"><sup>35</sup></a>,
+c'est encore une affaire de prononciation parisienne.</p>
+<p>Il en est de m&ecirc;me d'<i>ancien, Val&eacute;rien,
+paroissien,</i> rimant avec <i>an</i><a id="footnotetag36" name=
+"footnotetag36"></a><a href="#footnote36"><sup>36</sup></a>.</p>
+<p>Lorsqu'il &eacute;crit <i>soullon</i> pour rimer avec
+<i>Roussillon</i><a id="footnotetag37" name=
+"footnotetag37"></a><a href="#footnote37"><sup>37</sup></a>, il
+entend que les deux <i>ll</i> seront mouill&eacute;es, et
+prononc&eacute;es comme telles, sans &ecirc;tre
+pr&eacute;c&eacute;d&eacute;es d'un <i>i</i> comme en
+espagnol.</p>
+<p>Comment faut-il prononcer le nom de Villon?</p>
+<p>La <i>Ballade</i> de la page <a href="#p099">99,</a>
+l'<i>Epistre</i> de la page <a href="#p111">111,</a> le
+<i>Probl&egrave;me</i> ou <i>Ballade</i> de la page <a href=
+"#p120">120,</a> etc., ne laissent aucun doute &agrave; cet
+&eacute;gard. On doit le prononcer comme les deux
+derni&egrave;res syllabes du mot <i>paVILLON</i>,
+c'est-&agrave;-dire comme on pourra. En France, ce n'est
+gu&egrave;re que dans le Midi qu'on sait prononcer les <i>ll
+mouill&eacute;es</i>. Les Parisiens diront <i>Viyon</i>; les
+Picards, <i>Vilion</i>....</p>
+<div class="poem">
+<div class="stanza" style="font-style: italic;">
+<p>Mais bel est fol et lunaticque</p>
+<p>Qui de ce fait sermon si long;</p>
+<p>Peu nuit &agrave; la chose publicque</p>
+<p>Se Brussiens disent Filon.</p>
+<p>Il ne m'en chaut gueres si l'on</p>
+<p>Choisit de ces fa&ccedil;ons la pire,</p>
+<p>Et bien veuil qu'on dise selon</p>
+<p>Que d&egrave;s pie&ccedil;a l'on souloit dire.</p>
+</div>
+</div>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote35" name=
+"footnote35"></a><b>Note 35:</b> <a href=
+"#footnotetag35">(retour)</a> Pages <a href="#p026">26</a> et <a
+href="#p052">52.</a></blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote36" name=
+"footnote36"></a><b>Note 36:</b> <a href=
+"#footnotetag36">(retour)</a> <a href="#p081">P.
+81.</a></blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote37" name=
+"footnote37"></a><b>Note 37:</b> <a href=
+"#footnotetag37">(retour)</a> Voy. la Ballade de la page <a href=
+"#p099">99.</a></blockquote>
+<br>
+<br>
+<br>
+ <a name="p001"></a><span class="pagenum">P. 1</span>
+<h3>CL&Eacute;MENT MAROT DE CAHORS<br>
+ Varlet de chambre du Roy</h3>
+<p>AUX LECTEURS.</p>
+<p><i>Entre tous les bons livres imprimez de la langue
+fran&ccedil;oise ne s'en veoit ung si incorrect ne si lourdement
+corrompu que celluy de Villon, et m'esbahy (veu que c'est le
+meilleur Po&egrave;te parisien qui se trouve) comment les
+imprimeurs de Paris et les enfans de la ville n'en ont eu plus
+grand soing. Je ne suis (certes) en rien son voysin; mais, pour
+l'amour de son gentil entendement, et en recompense de ce que je
+puys avoir aprins de luy en lisant ses Oeuvres, j'ai faict
+&agrave; icelles ce que je vouldroys estre faict aux miennes, si
+elles estaient tomb&eacute;es en semblable inconv&eacute;nient.
+Tant y ay trouv&eacute; de broillerie en l'ordre des coupletz et
+des vers, en mesure, en langaige, en la ryme et en la raison, que
+je ne s&ccedil;ay duquel je doy plus avoir piti&eacute;, ou de
+l'oeuvre ainsi oultrement gast&eacute;e, ou de l'ignorance de
+ceux qui l'imprim&egrave;rent; et, pour en faire preuve, me suys
+advis&eacute; (Lecteurs) de vous mettre icy ung des couplets
+incorrects du mal imprim&eacute; Villon, qui vous fera exemple et
+tesmoing d'ung grand nombre d'autres autant broillez et gastez
+que luy, lequel est tel</i>:</p>
+<div class="poem">
+<div class="stanza"><a name="p002"></a><span class="pagenum">P.
+2</span>
+<p>Or est vray qu'apr&egrave;s plainctz et pleurs</p>
+<p>Et angoisseux gemissemens,</p>
+<p>Apres tristesses et douleurs</p>
+<p>Labeurs et griefz cheminemens</p>
+<p>Travaille mes lubres sentemens</p>
+<p>Aguysez ronds, comme une pelote</p>
+<p>Monstrent plus que les commens</p>
+<p>En sens moral de Aristote.</p>
+</div>
+</div>
+<p><i>Qui est celluy qui vouldroit nyer le sens n'en estre
+grandement corrompu? Ainsi, pour vray, l'ay-je trouv&eacute; aux
+vieilles impressions, et encores pis aux nouvelles. Or, voyez
+maintenant comment il a est&eacute; r'abill&eacute;, et en jugez
+gratieusement</i>:</p>
+<div class="poem">
+<div class="stanza">
+<p>Or est vray qu'apr&egrave;s plainctz et pleurs</p>
+<p>Et angoisseux gemissemens,</p>
+<p>Apres tristesses et douleurs,</p>
+<p>Labeurs et griefz cheminemens,</p>
+<p>Travail mes lubres sentements</p>
+<p>Aguysa (ronds comme pelote),</p>
+<p>Me monstrant plus que les comments</p>
+<p>Sur le sens moral d'Aristote.</p>
+</div>
+</div>
+<p><i>Voyl&agrave; comment il me semble que l'autheur
+l'entendoit; et vous suffise ce petit amendement pour vous rendre
+advertiz de ce que puys avoir amend&eacute; en mille autres
+passages, dont les aucuns me ont est&eacute; aisez et les autres
+tr&egrave;s difficiles. Toutesfoys, partie avecques les vieulx
+imprimez, partie avecques l'ayde de bons vieillards qui en
+s&ccedil;avent par cueur, et partie par deviner avecques jugement
+naturel, a est&eacute; reduict nostre Villon en meilleure et plus
+enti&egrave;re forme qu'on ne l'a veu de nos aages, et ce sans
+avoir touch&eacute; &agrave; l'antiquit&eacute; de <a name=
+"p003"></a><span class="pagenum">P. 3</span> son parler, &agrave;
+sa fa&ccedil;on de rimer, &agrave; ses mesl&eacute;es et longues
+parenth&egrave;ses, &agrave; la quantit&eacute; de ses sillabes,
+ne &agrave; ses couppes, tant f&eacute;minines que masculines;
+esquelles choses il n'a suffisamment observ&eacute; les vrayes
+reigles de fran&ccedil;oise po&eacute;sie, et ne suys d'advis que
+en cela les jeunes Poetes l'ensuyvent, mais bien qu'ilz cueillent
+ses sentences comme belles fleurs, qu'ils contemplent l'esprit
+qu'il avoit, que de luy apreignent &agrave; proprement descrire,
+et qu'ils contrefacent sa veine, mesmement celle dont il use en
+ses Ballades, qui est vrayment belle et h&eacute;ro&iuml;que, et
+ne fay double qu'il n'eust emport&eacute; le chapeau de laurier
+devant tous les Po&egrave;tes de son temps, s'il eust est&eacute;
+nourry en la Court des Roys et des Princes, l&agrave; o&ugrave;
+les jugemens se amendent et les langaiges se pollissent. Quant
+&agrave; l'industrie des lays qu'il feit en ses Testamens, pour
+suffisamment la congnoistre et entendre il fauldroit avoir
+est&eacute; de son temps &agrave; Paris, et avoir congneu les
+lieux, les choses et les hommes dont il parle: la m&eacute;moire
+desquelz tant plus se passera, tant moins se congnoistra icelle
+industrie de ses lays dictz. Pour ceste cause, qui vouldra faire
+une oeuvre de longue dur&eacute;e ne preigne son soubject sur
+telles choses basses et particuli&egrave;res. Le reste des
+Oeuvres de nostre Villon (hors cela) est de tel artifice, tant
+plain de bonne doctrine et tellement painct de mille belles
+couleurs, que le temps, qui tout efface, jusques icy ne l'a sceu
+effacer; et moins encor l'effacera ores et d'icy en avant, que
+les bonnes escriptures fran&ccedil;oises sont et seront mieulx
+congneues et recueillies que jamais.</i></p>
+<p><i>Et pour ce (comme j'ay dit) que je n'ay touch&eacute;
+&agrave; son antique fa&ccedil;on de parler, je vous ay
+expos&eacute; sur la marge, avecques les annotations, ce qui m'a
+sembl&eacute; le plus dur &agrave; entendre, laissant le reste
+&agrave; vos promptes intelligences, comme</i> ly Roys
+<i>pour</i> le Roy, homs <i>pour homme</i>, compaing <a name=
+"p004"></a><span class="pagenum">P. 4</span> <i>pour</i>
+compaignon; <i>aussi force pluriers pour singuliers, et plusieurs
+autres incongruitez dont estait plain le langaige mal lym&eacute;
+d'icelluy temps.</i></p>
+<p><i>Apr&egrave;s, quand il s'est trouv&eacute; faulte de vers
+entiers, j'ay prins peine de les refaire au plus pr&egrave;s
+(selon mon possible) de l'intention de l'autheur, et les
+trouverez express&eacute;ment marquez de cette marque</i> f,
+<i>afin que ceulx qui les s&ccedil;auront en la sorte que Villon
+les fist effacent les nouveaulx pour faire place aux
+vieulx.</i></p>
+<p><i>Oultre plus, les termes et les vers qui estaient
+interposez, trouverez reduictz en leurs places; les lignes trop
+courtes, allong&eacute;es; les trop longues acoursies; les mots
+obmys, remys; les adjoutez ostez, et les tiltres myeulx
+attiltrez.</i></p>
+<p><i>Finalement, j'ay chang&eacute; l'ordre du livre, et m'a
+sembl&eacute; plus raisonnable de le faire commencer par le Petit
+Testament, d'autant qu'il fut faict cinq ans avant
+l'autre.</i></p>
+<p><i>Touchant le Jargon, je le laisse &agrave; corriger et
+exposer aux successeurs de Villon en l'art de la pinse et du
+croq.</i></p>
+<p><i>Et si quelqu'un d'adventure veult dire que tout ne soit
+racoustr&eacute; ainsi qu'il appartient, je luy respons
+d&egrave;s maintenant que, s'il estait autant navr&eacute; en sa
+personne comme j'ay trouv&eacute; Villon bless&eacute; en ses
+Oeuvres, il n'y a si expert chirurgien qui le sceust panser sans
+apparence de cicatrice; et me suffira que le labeur qu'en ce j'ay
+employ&eacute; soit agr&eacute;able au Roy mon souverain, qui est
+cause et motif de ceste emprise et de l'ex&eacute;cution
+d'icelle, pour l'avoir veu voulentiers escouter et par
+tr&egrave;s bon jugement estimer plusieurs passages des Oeuvres
+qui s'ensuyvent.</i></p>
+<p>MAROT <a name="p005"></a><span class="pagenum">P. 5</span></p>
+<p>AU ROY FRAN&Ccedil;OIS Ier.</p>
+<div class="poem">
+<div class="stanza">
+<p>Si &agrave; Villon on treuve encor &agrave; dire,</p>
+<p>S'il n'est reduict ainsi qu'ay pr&eacute;tendu,</p>
+<p>A moy tout seul en soit le blasme (Sire),</p>
+<p>Qui plus y ay travaill&eacute; qu'entendu;</p>
+<p>Et s'il est mieux en son ordre estendu</p>
+<p>Que paravant, de sorte qu'on l'en prise,</p>
+<p>Le gr&eacute; &agrave; vous en doyt estre rendu,</p>
+<p>Qui fustes seul cause de l'entreprise.</p>
+</div>
+</div>
+<br>
+<br>
+
+<p><a name="p007"></a><span class="pagenum">P. 7</span></p>
+<h3>LE<br>
+PETIT TESTAMENT<br>
+DE MAISTRE<br>
+FRAN&Ccedil;OIS VILLON</h3>
+<p>FAIT L'AN 1456.</p>
+<div class="poem">
+<div class="stanza">
+<p>Mil quatre cens cinquante et six,</p>
+<p>Je, Fran&ccedil;ois Villon, escollier,</p>
+<p>Consid&eacute;rant, de sens rassis,</p>
+<p>Le frain aux dents, franc au collier,</p>
+<p>Qu'on doit ses oeuvres conseiller,</p>
+<p>Comme Veg&egrave;ce le racompte,</p>
+<p>Saige Romain, grand conseiller,</p>
+<p>Ou autrement on se mescompte.</p>
+</div>
+<p>II.</p>
+<div class="stanza">
+<p>En ce temps que j'ay dit devant,</p>
+<p>Sur le No&euml;l, morte saison,</p>
+<p>Lorsque les loups vivent de vent,</p>
+<p>Et qu'on se tient en sa maison,</p>
+<p>Pour le frimas, pr&egrave;s du tison:</p>
+<p>Cy me vint vouloir de briser</p>
+<p>La tr&egrave;s amoureuse prison</p>
+<p>Qui souloit mon cueur desbriser.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>III.</p>
+</div>
+<a name="p008"></a><span class="pagenum">P. 8</span>
+<div class="stanza">
+<p>Je le feis en telle fa&ccedil;on,</p>
+<p>Voyant Celle devant mes yeulx</p>
+<p>Consentant &agrave; ma deffa&ccedil;on,</p>
+<p>Sans ce que j&agrave; luy en fust mieulx;</p>
+<p>Dont je me deul et plains aux cieulx,</p>
+<p>En requ&eacute;rant d'elle vengence</p>
+<p>A tous les dieux venerieux,</p>
+<p>Et du grief d'amours all&eacute;gence.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>IV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et, se je pense &agrave; ma faveur,</p>
+<p>Ces doulx regrets et beaulx semblans</p>
+<p>De tr&egrave;s decepvante saveur,</p>
+<p>Me trespercent jusques aux flancs:</p>
+<p>Bien ilz ont vers moy les piez blancs</p>
+<p>Et me faillent au grant besoing.</p>
+<p>Planter me fault autre complant</p>
+<p>Et frapper en un autre coing.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>V.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Le regard de Celle m'a prins,</p>
+<p>Qui m'a est&eacute; f&eacute;lonne et dure;</p>
+<p>Sans ce qu'en riens aye mesprins,</p>
+<p>Veult et ordonne que j'endure</p>
+<p>La mort, et que plus je ne dure.</p>
+<p>Si n'y voy secours que fouir.</p>
+<p>Rompre veult la dure souldure,</p>
+<p>Sans mes piteux regrets ouir!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>VI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Pour obvier &agrave; ses dangiers,</p>
+<p>Mon mieulx est, ce croy, de partir.</p>
+<p>Adieu! Je m'en voys &agrave; Angiers,</p>
+<a name="p009"></a><span class="pagenum">P. 9</span>
+<p>Puisqu'el ne me veult impartir</p>
+<p>Sa grace, ne me departir.</p>
+<p>Par elle meurs, les membres sains;</p>
+<p>Au fort, je meurs amant martir,</p>
+<p>Du nombre des amoureux saints!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>VII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Combien que le d&eacute;part soit dur,</p>
+<p>Si fault-il que je m'en esloingne.</p>
+<p>Comme mon paouvre sens est dur!</p>
+<p>Autre que moy est en queloingne,</p>
+<p>Dont onc en forest de Bouloingne</p>
+<p>Ne fut plus alter&eacute; d'humeur.</p>
+<p>C'est pour moy piteuse besoingne:</p>
+<p>Dieu en vueille ou&iuml;r ma clameur!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>VIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et puisque departir me fault,</p>
+<p>Et du retour ne suis certain:</p>
+<p>Je ne suis homme sans deffault,</p>
+<p>Ne qu'autre d'assier ne d'estaing.</p>
+<p>Vivre aux humains est incertain,</p>
+<p>Et apr&egrave;s mort n'y a relaiz:</p>
+<p>Je m'en voys en pays loingtaing;</p>
+<p>Si establiz ce pr&eacute;sent laiz.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>IX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Premi&egrave;rement, au nom du P&egrave;re,</p>
+<p>Du Filz et du Saint-Esperit,</p>
+<p>Et de la glorieuse M&egrave;re</p>
+<p>Par qui grace riens ne p&eacute;rit,</p>
+<p>Je laisse, de par Dieu, mon bruit</p>
+<p>A maistre Guillaume Villon,</p>
+<p>Qui en l'honneur de son nom bruit,</p>
+<a name="p010"></a><span class="pagenum">P. 10</span>
+<p>Mes tentes et mon pavillon.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>X.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>A celle doncques que j'ay dict,</p>
+<p>Qui si durement m'a chass&eacute;,</p>
+<p>Que j'en suys de joye interdict</p>
+<p>Et de tout plaisir d&eacute;chass&eacute;,</p>
+<p>Je laisse mon coeur enchass&eacute;,</p>
+<p>Palle, piteux, mort et transy:</p>
+<p>Elle m'a ce mal pourchass&eacute;,</p>
+<p>Mais Dieu luy en face mercy!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et &agrave; maistre Ythier, marchant,</p>
+<p>Auquel je me sens tr&egrave;s tenu,</p>
+<p>Laisse mon branc d'acier tranchant,</p>
+<p>Et &agrave; maistre Jehan le Cornu,</p>
+<p>Qui est en gaige d&eacute;tenu</p>
+<p>Pour ung escot six solz montant;</p>
+<p>Je vueil, selon le contenu,</p>
+<p>Qu'on luy livre, en le racheptant.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, je laisse &agrave; Sainct-Amant</p>
+<p>Le Cheval Blanc avec la Mulle,</p>
+<p>Et &agrave; Blaru, mon dyamant</p>
+<p>Et l'Asne ray&eacute; qui reculle.</p>
+<p>Et le d&eacute;cret qui articulle:</p>
+<p><i>Omnis utriusque sexus</i>,</p>
+<p>Contre la Carmeliste bulle,</p>
+<p>Laisse aux curez, pour mettre sus.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XIII.</p>
+<a name="p011"></a><span class="pagenum">P. 11</span></div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; Jehan Trouv&eacute;, bouchier,</p>
+<p>Laisse le mouton franc et tendre,</p>
+<p>Et ung tachon pour esmoucher</p>
+<p>Le boeuf couronn&eacute; qu'on veult vendre,</p>
+<p>Et la vache qu'on ne peult prendre.</p>
+<p>Le vilain qui la trousse au col,</p>
+<p>S'il ne la rend, qu'on le puist pendre</p>
+<p>Ou estrangler d'un bon licol!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et &agrave; maistre Robert Vall&eacute;e,</p>
+<p>Povre clergeon au Parlement,</p>
+<p>Qui ne tient ne mont ne vall&eacute;e,</p>
+<p>J'ordonne principalement</p>
+<p>Qu'on luy baille legerement</p>
+<p>Mes brayes, estans aux trumelli&egrave;res,</p>
+<p>Pour coeffer plus honestement</p>
+<p>S'amye Jehanneton de Milli&egrave;res.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Pour ce qu'il est de lieu honeste,</p>
+<p>Fault qu'il soit myeulx recompens&eacute;,</p>
+<p>Car le Saint-Esprit l'admoneste.</p>
+<p>Ce obstant qu'il est insens&eacute;.</p>
+<p>Pour ce, je me suis pourpens&eacute;,</p>
+<p>Puysqu'il n'a sens mais qu'une aulmoire,</p>
+<p>De recouvrer sur Malpens&eacute;,</p>
+<p>Qu'on lui baille, l'Art de m&eacute;moire.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item plus, je assigne la vie</p>
+<p>Du dessusdict maistre Robert...</p>
+<a name="p012"></a><span class="pagenum">P. 12</span>
+<p>Pour Dieu! n'y ayez point d'envie!</p>
+<p>Mes parens, vendez mon haubert,</p>
+<p>Et que l'argent, ou la pluspart,</p>
+<p>Soit employ&eacute;, dedans ces Pasques,</p>
+<p>Pour achepter &agrave; ce poupart</p>
+<p>Une fenestre empr&egrave;s Saint-Jacques.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XVII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Derechief, je laisse en pur don</p>
+<p>Mes gands et ma hucque de soye</p>
+<p>A mon amy Jacques Cardon;</p>
+<p>Le gland aussi d'une saulsoye,</p>
+<p>Et tous les jours une grosse oye</p>
+<p>Et ung chappon de haulte gresse;</p>
+<p>Dix muys de vin blanc comme croye,</p>
+<p>Et deux proc&egrave;s, que trop n'engresse.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, je laisse &agrave; ce jeune homme,</p>
+<p>Ren&eacute; de Montigny, troys chiens;</p>
+<p>Aussi &agrave; Jehan Raguyer, la somme</p>
+<p>De cent frans, prins sur tous mes biens;</p>
+<p>Mais quoy! Je n'y comprens en riens</p>
+<p>Ce que je pourray acquerir:</p>
+<p>On ne doit trop prendre des siens,</p>
+<p>Ne ses amis trop surquerir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XIX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, au seigneur de Grigny</p>
+<p>Laisse la garde de Nygon,</p>
+<p>Et six chiens plus qu'&agrave; Montigny,</p>
+<p>Vicestre, chastel et donjon;</p>
+<p>Et &agrave; ce malostru Changon,</p>
+<p>Moutonnier qui tient en proc&egrave;s,</p>
+<p>Laisse troys coups d'ung escourgon,</p>
+<a name="p013"></a><span class="pagenum">P. 13</span>
+<p>Et coucher, paix et aise, en ceps.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et &agrave; maistre Jacques Raguyer,</p>
+<p>Je laisse l'Abreuvoyr Popin,</p>
+<p>Pour ses paouvres seurs grafignier;</p>
+<p>Tousjours le choix d'ung bon lopin,</p>
+<p>Le trou de la Pomme de pin,</p>
+<p>Le doz aux rains, au feu la plante,</p>
+<p>Emmaillot&eacute; en jacopin;</p>
+<p>Et qui vouldra planter, si plante.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; maistre Jehan Mautainct</p>
+<p>Et maistre Pierre Basannier,</p>
+<p>Le gr&eacute; du Seigneur, qui attainct</p>
+<p>Troubles, forfaits, sans espargnier;</p>
+<p>Et &agrave; mon procureur Fournier,</p>
+<p>Bonnetz courts, chausses semell&eacute;es,</p>
+<p>Taill&eacute;es sur mon cordouennier,</p>
+<p>Pour porter durant ces gell&eacute;es.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, au chevalier du guet,</p>
+<p>Le heaulme luy establis;</p>
+<p>Et aux pietons qui vont d'aguet</p>
+<p>Tastonnant par ces establis,</p>
+<p>Je leur laisse deux beaulx rubis,</p>
+<p>La lenterne &agrave; la Pierre-au-Let.,</p>
+<p>Voire-mais, j'auray les <i>Troys licts</i>,</p>
+<p>S'ilz me meinent en Chastellet.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXIII.</p>
+<a name="p014"></a><span class="pagenum">P. 14</span></div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; Perrenet Marchant,</p>
+<p>Qu'on dit le Bastard de la Barre,</p>
+<p>Pour ce qu'il est ung bon marchant,</p>
+<p>Luy laisse trois gluyons de feurre</p>
+<p>Pour estendre dessus la terre</p>
+<p>A faire l'amoureux mestier,</p>
+<p>O&ugrave; il luy fauldra sa vie querre,</p>
+<p>Car il ne scet autre mestier.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, au Loup et &agrave; Chollet,</p>
+<p>Je laisse &agrave; la foys un canart,</p>
+<p>Prins sous les murs, comme on souloit,</p>
+<p>Envers les fossez, sur le tard;</p>
+<p>Et &agrave; chascun un grand tabart</p>
+<p>De cordelier, jusques aux pieds,</p>
+<p>Busche, charbon et poys au lart,</p>
+<p>Et mes housaulx sans avantpiedz.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Derechief, je laisse en piti&eacute;,</p>
+<p>A troys petitz enfans tous nudz,</p>
+<p>Nommez en ce pr&eacute;sent traicti&eacute;,</p>
+<p>Paouvres orphelins impourveuz,</p>
+<p>Tous deschaussez, tous despourveus,</p>
+<p>Et desnuez comme le ver;</p>
+<p>J'ordonne qu'ils seront pourveuz,</p>
+<p>Au moins pour passer cest yver.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Premi&egrave;rement, Colin Laurens,</p>
+<p>Girard Gossoyn et Jehan Marceau,</p>
+<p>Desprins de biens et de parens,</p>
+<a name="p015"></a><span class="pagenum">P. 15</span>
+<p>Qui n'ont vaillant l'anse d'ung ceau,</p>
+<p>Chascun de mes biens ung faisseau,</p>
+<p>Ou quatre blancs, s'ilz l'ayment mieulx;</p>
+<p>Ils mangeront maint bon morceau,</p>
+<p>Ces enfans, quand je seray vieulx!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXVII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, ma nomination,</p>
+<p>Que j'ay de l'Universit&eacute;,</p>
+<p>Laisse par r&eacute;signation,</p>
+<p>Pour forclorre d'adversit&eacute;</p>
+<p>Paouvres clercs de ceste cit&eacute;,</p>
+<p>Soubz cest <i>intendit</i> contenuz:</p>
+<p>Charit&eacute; m'y a incit&eacute;,</p>
+<p>Et Nature, les voyant nudz.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>C'est maistre Guillaume Cotin</p>
+<p>Et maistre Thibault de Vitry,</p>
+<p>Deux paouvres clercs, parlans latin,</p>
+<p>Paisibles enfans, sans estry,</p>
+<p>Humbles, bien chantans au lectry.</p>
+<p>Je leur laisse cens recevoir</p>
+<p>Sur la maison Guillot Gueuldry,</p>
+<p>En attendant de mieulx avoir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXIX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item plus, je adjoinctz &agrave; la Crosse</p>
+<p>Celle de la rue Sainct-Anthoine,</p>
+<p>Et ung billart de quoy on crosse,</p>
+<p>Et tous les jours plain pot de Seine,</p>
+<p>Aux pigons qui sont en l'essoine,</p>
+<p>Enserrez soubz trappe voli&egrave;re,</p>
+<p>Et mon mirouer bel et ydoyne,</p>
+<a name="p016"></a><span class="pagenum">P. 16</span>
+<p>Et la grace de la geolli&egrave;re.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, je laisse aux hospitaux</p>
+<p>Mes chassis tissus d'araign&eacute;e;</p>
+<p>Et aux gisans soubz les estaux,</p>
+<p>Chascun sur l'oeil une grongn&eacute;e,</p>
+<p>Trembler &agrave; chi&egrave;re renffrongn&eacute;e,</p>
+<p>Maigres, velluz et morfonduz;</p>
+<p>Chausses courtes, robbe rongn&eacute;e,</p>
+<p>Gelez, meurdriz et enfonduz.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, je laisse &agrave; mon barbier</p>
+<p>Les rongneures de mes cheveulx,</p>
+<p>Plainement et sans destourbier;</p>
+<p>Au savetier, mes souliers vieulx,</p>
+<p>Et au fripier, mes habitz tieulx</p>
+<p>Que, quant du tout je les d&eacute;laisse,</p>
+<p>Pour moins qu'ilz ne coust&egrave;rent neufz</p>
+<p>Charitablement je leur laisse.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, aux Quatre Mendians,</p>
+<p>Aux Filles Dieu et aux Beguynes,</p>
+<p>Savoureulx morceaulx et frians,</p>
+<p>Chappons, pigons, grasses gelines,</p>
+<p>Et puis prescher les Quinze Signes,</p>
+<p>Et abatre pain &agrave; deux mains.</p>
+<p>Carmes chevaulchent nos voisines,</p>
+<p>Mais cela ne m'est que du meins.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXIII.</p>
+<a name="p017"></a><span class="pagenum">P. 17</span></div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, laisse le Mortier d'or</p>
+<p>A Jehan l'Espicier, de la Garde,</p>
+<p>Et une potence &agrave; Sainct-Mor,</p>
+<p>Pour faire ung broyer &agrave; moustarde,</p>
+<p>Et celluy qui feit l'avant-garde,</p>
+<p>Pour faire sur moy griefz exploitz,</p>
+<p>De par moy sainct Anthoine l'arde!</p>
+<p>Je ne lui lairray autre laiz.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, je laisse &agrave; Mairebeuf</p>
+<p>Et &agrave; Nicolas de Louvieulx,</p>
+<p>A chascun l'escaille d'un oeuf,</p>
+<p>Plaine de frans et d'escus vieulx,</p>
+<p>Quant au concierge de Gouvieulx,</p>
+<p>Pierre Ronseville, je ordonne,</p>
+<p>Pour luy donner encore mieulx,</p>
+<p>Escus telz que prince les donne.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Finalement, en escrivant,</p>
+<p>Ce soir, seullet, estant en bonne,</p>
+<p>Dictant ces laiz et descripvant,</p>
+<p>Je ouyz la cloche de Sorbonne,</p>
+<p>Qui tousjours &agrave; neuf heures sonne</p>
+<p>Le Salut que l'Ange pr&eacute;dit;</p>
+<p>Cy suspendy et cy mis bonne,</p>
+<p>Pour pryer comme le cueur dit.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Cela fait, je me entre-oubliai,</p>
+<p>Non pas par force de vin boire,</p>
+<p>Mon esperit comme li&eacute;;</p>
+<a name="p018"></a><span class="pagenum">P. 18</span>
+<p>Lors je senty dame M&eacute;moire</p>
+<p>Rescondre et mectre en son aulmoire</p>
+<p>Ses esp&egrave;ces collaterales,</p>
+<p>Oppinative faulce et voire,</p>
+<p>Et autres intellectualles.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXVII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et mesmement l'extimative,</p>
+<p>Par quoy prosp&eacute;rit&eacute; nous vient;</p>
+<p>Similative, formative,</p>
+<p>Desquelz souvent il advient</p>
+<p>Que, par l'art trouv&eacute;, hom devient</p>
+<p>Fol et lunaticque par moys:</p>
+<p>Je l'ay leu, et bien m'en souvient,</p>
+<p>En Aristote aucunes fois.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Doncques le sensif s'esveilla</p>
+<p>Et esvertua fantasie,</p>
+<p>Qui tous argeutis resveilla,</p>
+<p>Et tint souveraine partie,</p>
+<p>En souppirant, comme amortie,</p>
+<p>Par oppression d'oubliance,</p>
+<p>Qui en moy s'estoit espartie</p>
+<p>Pour montrer des sens l'alliance.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXIX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Puis, mon sens qui fut &agrave; repos</p>
+<p>Et l'entendement desveill&eacute;,</p>
+<p>Je cuide finer mon propos;</p>
+<p>Mais mon encre estoit gel&eacute;,</p>
+<p>Et mon cierge estoit soufl&eacute;.</p>
+<p>De feu je n'eusse pu finer.</p>
+<p>Si m'endormy, tout enmoufl&eacute;,</p>
+<a name="p019"></a><span class="pagenum">P. 19</span>
+<p>Et ne peuz autrement finer.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XL</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Fait au temps de ladicte date,</p>
+<p>Par le bon renomm&eacute; Villon,</p>
+<p>Qui ne mange figue ne date;</p>
+<p>Sec et noir comme escouvillon,</p>
+<p>Il n'a tente ne pavillon</p>
+<p>Qu'il n'ayt laiss&eacute; &agrave; ses amys,</p>
+<p>Et n'a mais qu'un peu de billon,</p>
+<p>Qui sera tantost &agrave; fin mys.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CY FINE LE TESTAMENT VILLON.</p>
+<br>
+<br>
+<br>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p021"></a><span class="pagenum">P.
+21</span>
+<p>CY COMMENCE LE GRANT TESTAMENT</p>
+<p>DE</p>
+<p>FRAN&Ccedil;OIS VILLON</p>
+<p>FAIT EN 1461.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>I.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>En l'an trentiesme de mon aage,</p>
+<p>Que toutes mes hontes j'eu beues,</p>
+<p>Ne du tout fol, ne du tout sage.</p>
+<p>Nonobstant maintes peines eues,</p>
+<p>Lesquelles j'ay toutes receues</p>
+<p>Soubz la main Thibault d'Aussigny.</p>
+<p>S'evesque il est, seignant les rues,</p>
+<p>Qu'il soit le mien je le regny!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>II.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Mon seigneur n'est, ne mon evesque;</p>
+<p>Soubz luy ne tiens, s'il n'est en friche;</p>
+<p>Foy ne luy doy, ne hommage avecque;</p>
+<p>Je ne suis son serf ne sa biche.</p>
+<p>Peu m'a d'une petite miche</p>
+<p>Et de froide eau, tout ung est&eacute;.</p>
+<p>Large ou estroit, moult me fut chiche.</p>
+<a name="p022"></a><span class="pagenum">P. 22</span>
+<p>Tel luy soit Dieu qu'il m'a est&eacute;.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>III.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et, s'aucun me vouloit reprendre</p>
+<p>Et dire que je le mauldys,</p>
+<p>Non fais, si bien me s&ccedil;ait comprendre,</p>
+<p>Et rien de luy je ne mesdys.</p>
+<p>Voycy tout le mal que j'en dys:</p>
+<p>S'il m'a est&eacute; misericors,</p>
+<p>J&eacute;sus, le roy de paradis,</p>
+<p>Tel luy soit &agrave; l'&acirc;me et au corps!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>IV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>S'il m'a est&eacute; dur et cruel</p>
+<p>Trop plus que cy ne le racompte,</p>
+<p>Je vueil que le Dieu &eacute;ternel</p>
+<p>Luy soit doncq semblable, &agrave; ce compte!...</p>
+<p>Mais l'Eglise nous dit et compte</p>
+<p>Que prions pour nos ennemis;</p>
+<p>Je vous dis que j'ay tort et honte:</p>
+<p>Tous ses faictz soient &agrave; Dieu remis!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>V.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Si prieray Dieu de bon cueur,</p>
+<p>Pour l'&acirc;me du bon feu Cotard.</p>
+<p>Mais quoy! ce sera doncq par cueur,</p>
+<p>Car de lire je suys faitard.</p>
+<p>Pri&egrave;re en feray de Picard;</p>
+<p>S'il ne le s&ccedil;ait, voise l'apprandre,</p>
+<p>S'il m'en croyt, ains qu'il soit plus tard</p>
+<p>A Douay, ou &agrave; Lysle en Flandre!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>VI.</p>
+<a name="p023"></a><span class="pagenum">P. 23</span></div>
+<div class="stanza">
+<p>Combien souvent je veuil qu'on prie</p>
+<p>Pour luy, foy que doy mon baptesme,</p>
+<p>Obstant qu'&agrave; chascun ne le crye,</p>
+<p>Il ne fauldra pas &agrave; son esme.</p>
+<p>Au Psaultier prens, quand suys &agrave; mesme,</p>
+<p>Qui n'est de beuf ne cordoen,</p>
+<p>Le verset escript le septiesme</p>
+<p>Du psaulme de <i>Deus laudem</i>.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>VII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Si pry au benoist Filz de Dieu,</p>
+<p>Qu'&agrave; tous mes besoings je reclame,</p>
+<p>Que ma pauvre pri&egrave;re ayt lieu</p>
+<p>Verz luy, de qui tiens corps et ame,</p>
+<p>Qui m'a pr&eacute;serv&eacute; de maint blasme</p>
+<p>Et franchy de vile puissance.</p>
+<p>Lou&eacute; soit-il, et Nostre-Dame,</p>
+<p>Et Loys, le bon roy de France!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>VIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Auquel doint Dieu l'heur de Jacob,</p>
+<p>De Salomon l'honneur et gloire;</p>
+<p>Quant de prouesse, il en a trop;</p>
+<p>De force aussi, par m'ame, voire!</p>
+<p>En ce monde-cy transitoire,</p>
+<p>Tant qu'il a de long et de l&eacute;;</p>
+<p>Affin que de luy soit memoire,</p>
+<p>Vive autant que Mathusal&eacute;!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>IX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et douze beaulx enfans, tous masles,</p>
+<p>Veoir, de son tr&egrave;s cher sang royal,</p>
+<p>Aussi preux que fut le grand Charles,</p>
+<a name="p024"></a><span class="pagenum">P. 24</span>
+<p>Conceuz en ventre nuptial,</p>
+<p>Bons comme fut sainct Martial.</p>
+<p>Ainsi en preigne au bon Dauphin;</p>
+<p>Je ne luy souhaicte autre mal,</p>
+<p>Et puys paradis &agrave; la fin.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>X.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Pour ce que foible je me sens,</p>
+<p>Trop plus de biens que de sant&eacute;,</p>
+<p>Tant que je suys en mon plain sens,</p>
+<p>Si peu que Dieu m'en a prest&eacute;,</p>
+<p>Car d'autre ne l'ay emprunt&eacute;,</p>
+<p>J'ay ce Testament tr&egrave;s estable</p>
+<p>Faict, de derni&egrave;re voulent&eacute;,</p>
+<p>Seul pour tout et irr&eacute;vocable:</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Escript l'ay l'an soixante et ung,</p>
+<p>Que le bon roy me d&eacute;livra</p>
+<p>De la dure prison de Mehun,</p>
+<p>Et que vie me recouvra,</p>
+<p>Dont suys, tant que mon cueur vivra,</p>
+<p>Tenu vers luy me humilier,</p>
+<p>Ce que feray jusqu'il mourra:</p>
+<p>Bienfaict ne se doibt oublier.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><i>Icy commence Villon &agrave; entrer en
+mati&egrave;re</i></p>
+<p><i>pleine d'erudition et de bon s&ccedil;avoir.</i></p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Or est vray qu'apr&egrave;s plaingtz et pleurs</p>
+<p>et angoisseux gemissemens,</p>
+<p>Apr&egrave;s tristesses et douleurs,</p>
+<a name="p025"></a><span class="pagenum">P. 25</span>
+<p>Labeurs et griefz cheminemens,</p>
+<p>Travail mes lubres sentemens,</p>
+<p>Esguisez comme une pelote,</p>
+<p>M'ouvrist plus que tous les Commens</p>
+<p>D'Averroys sur Aristote.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Combien qu'au plus fort de mes maulx,</p>
+<p>En cheminant sans croix ne pile,</p>
+<p>Dieu, qui les Pellerins d'Esmaus</p>
+<p>Conforta, ce dit l'Evangile,</p>
+<p>Me montra une bonne ville</p>
+<p>Et pourveut du don d'esp&eacute;rance;</p>
+<p>Combien que le pecheur soit vile,</p>
+<p>Riens ne hayt que pers&eacute;v&eacute;rance.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Je suys p&eacute;cheur, je le s&ccedil;ay bien;</p>
+<p>Pourtant Dieu ne veult pas ma mort,</p>
+<p>Mais convertisse et vive en bien;</p>
+<p>Mieulx tout autre que p&eacute;ch&eacute; mord,</p>
+<p>Soye vraye voulent&eacute; ou enhort,</p>
+<p>Dieu voit, et sa mis&eacute;ricorde,</p>
+<p>Se conscience me remord,</p>
+<p>Par sa grace pardon m'accorde.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et, comme le noble Romant</p>
+<p>De la Rose dit et confesse</p>
+<p>En son premier commencement,</p>
+<p>Qu'on doit jeune cueur, en jeunesse,</p>
+<p>Quant on le voit vieil en vieillesse,</p>
+<p>Excuser; helas! il dit voir.</p>
+<p>Ceulx donc qui me font telle oppresse,</p>
+<a name="p026"></a><span class="pagenum">P. 26</span>
+<p>En meurt&eacute; ne me vouldroient veoir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Se, pour ma mort, le bien publique</p>
+<p>D'aucune chose vaulsist myeulx,</p>
+<p>A mourir comme ung homme inique</p>
+<p>Je me jugeasse, ainsi m'aid Dieux!</p>
+<p>Grief ne faiz &agrave; jeune ne vieulx,</p>
+<p>Soye sur pied ou soye en bi&egrave;re:</p>
+<p>Les montz ne bougent de leurs lieux,</p>
+<p>Pour un paouvre, n'avant, n'arri&egrave;re.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XVII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Au temps que Alexandre regna,</p>
+<p>Ung hom, nomm&eacute; Diomed&egrave;s,</p>
+<p>Devant luy on luy amena,</p>
+<p>Engrillonn&eacute; poulces et detz</p>
+<p>Comme ung larron; car il fut des</p>
+<p>Escumeurs que voyons courir.</p>
+<p>Si fut mys devant le cad&egrave;s,</p>
+<p>Pour estre jug&eacute; &agrave; mourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>L'empereur si l'arraisonna:</p>
+<p>&laquo;Pourquoy es-tu larron de mer?&raquo;</p>
+<p>L'autre, responce luy donna:</p>
+<p>&laquo;Pourquoy larron me faiz nommer?</p>
+<p>&laquo;Pour ce qu'on me voit escumer</p>
+<p>&laquo;En une petiote fuste?</p>
+<p>&laquo;Se comme toy me peusse armer,</p>
+<p>&laquo;Comme toy empereur je fusse.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XIX.</p>
+<a name="p027"></a><span class="pagenum">P. 27</span></div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;Mais que veux-tu! De ma fortune,</p>
+<p>&laquo;Contre qui ne puis bonnement,</p>
+<p>&laquo;Qui si durement m'infortune,</p>
+<p>&laquo;Me vient tout ce gouvernement.</p>
+<p>&laquo;Excuse-moy aucunement,</p>
+<p>&laquo;Et s&ccedil;aches qu'en grand pauvret&eacute;</p>
+<p>&laquo;(Ce mot dit-on commun&eacute;ment)</p>
+<p>&laquo;Ne gist pas trop grand loyault&eacute;.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><b>XX</b>.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quand l'empereur eut remir&eacute;</p>
+<p>De Diomed&egrave;s tout le dict:</p>
+<p>&laquo;Ta fortune je te mueray,</p>
+<p>&laquo;Mauvaise en bonne!&raquo; ce luy dit.</p>
+<p>Si fist-il. Onc puis ne mesprit</p>
+<p>A personne, mais fut vray homme;</p>
+<p>Val&egrave;re, pour vray, le rescript,</p>
+<p>Qui fut nomm&eacute; <i>le grand</i> &agrave; Romme.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><b>XXI</b>.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Se Dieu m'eust donn&eacute; rencontrer</p>
+<p>Ung autre piteux Alexandre,</p>
+<p>Qui m'eust faict en bon heur entrer,</p>
+<p>Et lors qui m'eust veu condescendre</p>
+<p>A mal, estre ars et mys en cendre</p>
+<p>Jug&eacute; me fusse de ma voix.</p>
+<p>N&eacute;cessit&eacute; faict gens mesprendre,</p>
+<p>Et faim saillir le loup des boys.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><b>XXII</b>.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Je plaings le temps de ma jeunesse,</p>
+<p>Ouquel j'ay plus qu'autre gall&eacute;,</p>
+<p>Jusque &agrave; l'entr&eacute;e de vieillesse,</p>
+<a name="p028"></a><span class="pagenum">P. 28</span>
+<p>Qui son partement m'a cel&eacute;.</p>
+<p>Il ne s'en est &agrave; pied all&eacute;,</p>
+<p>N'a cheval; las! et comment donc?</p>
+<p>Soudainement s'en est voil&eacute;,</p>
+<p>Et ne m'a laiss&eacute; quelque don.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><b>XXIII</b>.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>All&eacute; s'en est, et je demeure,</p>
+<p>Pauvre de sens et de s&ccedil;avoir,</p>
+<p>Triste, failly, plus noir que meure,</p>
+<p>Qui n'ay ne cens, rente, n'avoir;</p>
+<p>Des miens le moindre, je n'y voir,</p>
+<p>De me desadvouer s'avance,</p>
+<p>Oublyans naturel devoir,</p>
+<p>Par faulte d'ung peu de chevance.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><b>XXIV</b>.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Si ne crains avoir despendu,</p>
+<p>Par friander et par leschier;</p>
+<p>Par trop aimer n'ay riens vendu,</p>
+<p>Que nuls me puissent reprouchier.</p>
+<p>Au moins qui leur couste trop cher.</p>
+<p>Je le dys, et ne croys mesdire.</p>
+<p>De ce ne me puis revencher:</p>
+<p>Qui n'a m&eacute;fiait ne le doit dire.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><b>XXV</b>.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Est v&eacute;rit&eacute; que j'ay aym&eacute;</p>
+<p>Et que aymeroye voulentiers;</p>
+<p>Mais triste cueur, ventre affam&eacute;,</p>
+<p>Qui n'est rassasi&eacute; au tiers,</p>
+<p>Me oste des amoureux sentiers.</p>
+<p>Au fort, quelqu'un s'en recompense,</p>
+<p>Qui est remply sur les chantiers,</p>
+<a name="p029"></a><span class="pagenum">P. 29</span>
+<p>Car de la panse vient la danse.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><b>XXVI</b>.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Bien s&ccedil;ay se j'eusse estudi&eacute;</p>
+<p>Ou temps de ma jeunesse folle,</p>
+<p>Et &agrave; bonnes meurs dedi&eacute;,</p>
+<p>J'eusse maison et couche molle!</p>
+<p>Mais quoy? je fuyoye l'escolle,</p>
+<p>Comme faict le mauvays enfant...</p>
+<p>En escrivant ceste parolle,</p>
+<p>A peu que le cueur ne me fend.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><b>XXVII</b>.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Le dict du Saige est tr&egrave;s beaulx dictz,</p>
+<p>Favorable, et bien n'en puis mais,</p>
+<p>Qui dit: &laquo;Esjoys-toy, mon filz,</p>
+<p>A ton adolescence; mais</p>
+<p>Ailleurs sers bien d'ung autre mectz,</p>
+<p>Car jeunesse et adolescence</p>
+<p>(C'est son parler, ne moins ne mais)</p>
+<p>Ne sont qu'abbus et ignorance.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><b>XXVIII</b>.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Mes jours s'en sont allez errant,</p>
+<p>Comme, dit Job, d'une touaille</p>
+<p>Sont les filetz, quant tisserant</p>
+<p>Tient en son poing ardente paille:</p>
+<p>Lors, s'il y a nul bout qui saille,</p>
+<p>Soudainement il le ravit.</p>
+<p>Si ne crains rien qui plus m'assaille,</p>
+<p>Car &agrave; la mort tout assouvyst.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXIX.</p>
+<a name="p030"></a><span class="pagenum">P. 30</span></div>
+<div class="stanza">
+<p>O&ugrave; sont les gratieux gallans</p>
+<p>Que je suyvoye au temps jadis,</p>
+<p>Si bien chantans, si bien parlans,</p>
+<p>Si plaisans en faictz et en dictz?</p>
+<p>Les aucuns sont mortz et roydiz;</p>
+<p>D'eulx n'est-il plus rien maintenant.</p>
+<p>Respit ils ayent en paradis,</p>
+<p>Et Dieu saulve le remenant!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et les aucuns sont devenuz,</p>
+<p>Dieu mercy! grans seigneurs et maistres,</p>
+<p>Les autres mendient tous nudz,</p>
+<p>Et pain ne voyent qu'aux fenestres;</p>
+<p>Les autres sont entrez en cloistres;</p>
+<p>De Celestins et de Chartreux,</p>
+<p>Bottez, housez, com pescheurs d'oystres:</p>
+<p>Voil&agrave; l'estat divers d'entre eulx.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Aux grans maistres Dieu doint bien faire</p>
+<p>Vivans en paix et en requoy.</p>
+<p>En eulx il n'y a que refaire;</p>
+<p>Si s'en fait bon taire tout quoy.</p>
+<p>Mais aux pauvres qui n'ont de quoy,</p>
+<p>Comme moy, Dieu doint patience;</p>
+<p>Aux aultres ne fault qui ne quoy,</p>
+<p>Car assez ont pain et pitance.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Bons vins ont, souvent embrochez,</p>
+<p>Saulces, brouetz et gros poissons;</p>
+<p>Tartres, flans, oeufz fritz et pochez,</p>
+<a name="p031"></a><span class="pagenum">P. 31</span>
+<p>Perduz, et en toutes fa&ccedil;ons.</p>
+<p>Pas ne ressemblent les ma&ccedil;ons,</p>
+<p>Que servir fault &agrave; si grand peine;</p>
+<p>Ils ne veulent nulz eschan&ccedil;ons,</p>
+<p>Car de verser chascun se peine.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>En cest incident me suys mys,</p>
+<p>Qui de rien ne sert &agrave; mon faict.</p>
+<p>Je ne suys juge, ne commis,</p>
+<p>Pour punyr n'absouldre meffaict.</p>
+<p>De tous suys le plus imparfaict.</p>
+<p>Lou&eacute; soit le doulx J&eacute;sus-Christ!</p>
+<p>Que par moy leur soit satisfaict!</p>
+<p>Ce que j'ay escript est escript.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Laissons le monstier o&ugrave; il est;</p>
+<p>Parlons de chose plus plaisante.</p>
+<p>Ceste mati&egrave;re &agrave; tous ne plaist:</p>
+<p>Ennuyeuse est et desplaisante.</p>
+<p>Pauvret&eacute;, chagrine et dolente,</p>
+<p>Tousjours despiteuse et rebelle,</p>
+<p>Dit quelque parolle cuysante;</p>
+<p>S'elle n'ose, si le pense-elle.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Pauvre je suys de ma jeunesse,</p>
+<p>De pauvre et de petite extrace.</p>
+<p>Mon pere n'eut oncq grand richesse.</p>
+<p>Ne son ayeul, nomm&eacute; Erace.</p>
+<p>Pauvret&eacute; tous nous suyt et trace.</p>
+<p>Sur les tumbeaulx de mes ancestres,</p>
+<p>Les ames desquelz Dieu embrasse,</p>
+<a name="p032"></a><span class="pagenum">P. 32</span>
+<p>On n'y voyt couronnes ne sceptres.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>De pouvret&eacute; me guermentant,</p>
+<p>Souventesfoys me dit le cueur:</p>
+<p>&laquo;Homme, ne te doulouse tant</p>
+<p>Et ne demaine tel douleur,</p>
+<p>Se tu n'as tant qu'eust Jacques Cueur.</p>
+<p>Myeulx vault vivre soubz gros bureaux</p>
+<p>Pauvre, qu'avoir est&eacute; seigneur</p>
+<p>Et pourrir soubz riches tumbeaux!&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXVII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Qu'avoir est&eacute; seigneur!... Que dys?</p>
+<p>Seigneur, lasse! ne l'est-il mais!</p>
+<p>Selon ce que d'aulcun en dict,</p>
+<p>Son lieu ne congnoistra jamais.</p>
+<p>Quant du surplus, je m'en desmectz.</p>
+<p>Il n'appartient &agrave; moy, p&eacute;cheur;</p>
+<p>Aux th&eacute;ologiens le remectz,</p>
+<p>Car c'est office de prescheur.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Si ne suys, bien le consid&egrave;re,</p>
+<p>Filz d'ange, portant dyad&egrave;me</p>
+<p>D'etoille ne d'autre syd&egrave;re.</p>
+<p>Mon p&egrave;re est mort, Dieu en ayt l'ame,</p>
+<p>Quant est du corps, il gyst soubz lame...</p>
+<p>J'entends que ma m&egrave;re mourra,</p>
+<p>Et le s&ccedil;ait bien, la pauvre femme;</p>
+<p>Et le filz pas ne demourra.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXIX.</p>
+<a name="p033"></a><span class="pagenum">P. 33</span></div>
+<div class="stanza">
+<p>Je congnoys que pauvres et riches,</p>
+<p>Sages et folz, prebstres et laiz,</p>
+<p>Noble et vilain, larges et chiches,</p>
+<p>Petitz et grans, et beaulx et laidz,</p>
+<p>Dames &agrave; rebrassez colletz,</p>
+<p>De quelconque condicion,</p>
+<p>Portant attours et bourreletz,</p>
+<p>Mort saisit sans exception.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XL.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et mourut Paris et H&eacute;l&egrave;ne.</p>
+<p>Quiconques meurt, meurt &agrave; douleur.</p>
+<p>Celluy qui perd vent et alaine,</p>
+<p>Son fiel se cr&egrave;ve sur son cueur,</p>
+<p>Puys sue Dieu s&ccedil;ait quelle sueur!</p>
+<p>Et n'est qui de ses maulx l'all&egrave;ge:</p>
+<p>Car enfans n'a, fr&egrave;re ne soeur,</p>
+<p>Qui lors voulsist estre son pleige.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XLI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>La mort le faict fr&eacute;mir, pallir,</p>
+<p>Le nez courber, les veines tendre,</p>
+<p>Le col enfler, la chair mollir,</p>
+<p>Joinctes et nerfs croistre et estendre.</p>
+<p>Corps f&eacute;minin, qui tant est tendre,</p>
+<p>Polly, souef, si precieulx,</p>
+<p>Te faudra-il ces maulx attendre?</p>
+<p>Ouy, ou tout vif aller &egrave;s cieulx.</p>
+<a name="p034"></a><span class="pagenum">P. 34</span></div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE</p>
+<p>DES DAMES DU TEMPS JADIS.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Dictes-moy o&ugrave;, n'en quel pays,</p>
+<p>Est Flora, la belle Romaine;</p>
+<p>Archipiada, ne Tha&iuml;s,</p>
+<p>Qui fut sa cousine germaine;</p>
+<p>Echo, parlant quand bruyt on maine</p>
+<p>Dessus rivi&egrave;re ou sus estan,</p>
+<p>Qui beaut&eacute; eut trop plus qu'humaine?</p>
+<p>Mais o&ugrave; sont les neiges d'antan!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>O&ugrave; est la tr&egrave;s sage Helo&iuml;s,</p>
+<p>Pour qui fut chastr&eacute; et puis moyne</p>
+<p>Pierre Esbaillart &agrave; Sainct-Denys?</p>
+<p>Pour son amour eut cest essoyne.</p>
+<p>Semblablement, o&ugrave; est la royne</p>
+<p>Qui commanda que Buridan</p>
+<p>Fust jett&eacute; en ung sac en Seine?</p>
+<p>Mais o&ugrave; sont les neiges d'antan!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>La royne Blanche comme ung lys,</p>
+<p>Qui chantoit &agrave; voix de sereine;</p>
+<p>Berthe au grand pied, Bietris, Allys;</p>
+<p>Harembourges, qui tint le Mayne,</p>
+<p>Et Jehanne, la bonne Lorraine,</p>
+<p>Qu'Anglois brusl&egrave;rent &agrave; Rouen;</p>
+<p>O&ugrave; sont-ilz, Vierge souveraine?...</p>
+<p>Mais o&ugrave; sont les neiges d'antan!</p>
+<a name="p035"></a><span class="pagenum">P. 35</span></div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince, n'enquerez de sepmaine</p>
+<p>O&ugrave; elles sont, ne de cest an,</p>
+<p>Que ce refrain ne vous remaine:</p>
+<p>Mais o&ugrave; sont les neiges d'antan!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE</p>
+<p>DES SEIGNEURS DU TEMPS JADIS</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Suyvant le propos pr&eacute;c&egrave;dent.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Qui plus? O&ugrave; est le tiers Calixte,</p>
+<p>Dernier deced&eacute; de ce nom,</p>
+<p>Qui quatre ans tint le Papaliste?</p>
+<p>Alphonse, le roy d'Aragon,</p>
+<p>Le gracieux duc de Bourbon,</p>
+<p>Et Artus, le duc de Bretaigne,</p>
+<p>Et Charles septiesme, le Bon?...</p>
+<p>Mais o&ugrave; est le preux Charlemaigne!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Semblablement, le roy Scotiste,</p>
+<p>Qui demy-face eut, ce dit-on,</p>
+<p>Vermeille comme une amathiste</p>
+<p>Depuys le front jusqu'au menton?</p>
+<p>Le roy de Chypre, de renom;</p>
+<p>H&eacute;las! et le bon roy d'Espaigne,</p>
+<p>Duquel je ne s&ccedil;ay pas le nom?...</p>
+<p>Mais o&ugrave; est le preux Charlemaigne!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>D'en plus parler je me d&eacute;siste;</p>
+<a name="p036"></a><span class="pagenum">P. 36</span>
+<p>Ce n'est que toute abusion.</p>
+<p>Il n'est qui contre mort r&eacute;siste,</p>
+<p>Ne qui treuve provision.</p>
+<p>Encor fais une question:</p>
+<p>Lancelot, le roy de Behaigne,</p>
+<p>O&ugrave; est-il? O&ugrave; est son tayon?...</p>
+<p>Mais o&ugrave; est le preux Charlemaigne!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>O&ugrave; est Claquin, le bon Breton?</p>
+<p>O&ugrave; le comte Daulphin d'Auvergne,</p>
+<p>Et le bon feu duc d'Alen&ccedil;on?...</p>
+<p>Mais o&ugrave; est le preux Charlemaigne!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>A ce propos, en vieil fran&ccedil;ois.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Mais o&ugrave; sont ly sainctz apostoles,</p>
+<p>D'aulbes vestuz, d'amys coeffez,</p>
+<p>Qui sont ceincts de sainctes estoles,</p>
+<p>Dont par le col prent ly mauffez,</p>
+<p>De maltalent tout eschauffez?</p>
+<p>Aussi bien meurt tilz que servans;</p>
+<p>De ceste vie sont bouffez:</p>
+<p>Autant en emporte ly vens.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Voire, o&ugrave; sont de Constantinobles</p>
+<p>L'emperier aux poings dorez,</p>
+<p>Ou de France ly roy tresnobles,</p>
+<p>Sur tous autres roys d&eacute;corez.</p>
+<p>Qui, pour ly grand Dieux adorez,</p>
+<a name="p037"></a><span class="pagenum">P. 37</span>
+<p>Bastist eglises et convens?</p>
+<p>S'en son temps il fut honorez,</p>
+<p>Autant en emporte ly vens.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>O&ugrave; sont de Vienne et de Grenobles</p>
+<p>Ly Daulphin, ly preux, ly senez?</p>
+<p>O&ugrave;, de Dijon, Sallins et Dolles,</p>
+<p>Ly sires et ly filz aisnez?</p>
+<p>O&ugrave; autant de leurs gens privez,</p>
+<p>Heraulx, trompettes, poursuyvans?</p>
+<p>Ont-ilz bien bout&eacute; soubz le nez?...</p>
+<p>Autant en emporte ly vens.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Princes &agrave; mort sont destinez,</p>
+<p>Et tous autres qui sont vivans;</p>
+<p>S'ils en sont coursez ou tennez,</p>
+<p>Autant en emporte ly vens.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XLII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Puys que papes, roys, filz de roys,</p>
+<p>Et conceuz en ventres de roynes,</p>
+<p>Sont enseveliz, mortz et froidz,</p>
+<p>En aultruy mains passent leurs resnes;</p>
+<p>Moy, pauvre mercerot de Renes,</p>
+<p>Mourray-je pas? Ouy, se Dieu plaist;</p>
+<p>Mais que j'aye faict mes estrenes,</p>
+<p>Honneste mort ne me desplaist.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XLIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ce monde n'est perpetuel,</p>
+<p>Quoy que pense riche pillart;</p>
+<p>Tous sommes soubz coutel mortel.</p>
+<p>Ce confort prent pauvre vieillart,</p>
+<a name="p038"></a><span class="pagenum">P. 38</span>
+<p>Lequel d'estre plaisant raillart</p>
+<p>Eut le bruyt, lorsque jeune estoit,</p>
+<p>Qu'on tiendrait &agrave; fol et paillait,</p>
+<p>Se, vieil, &agrave; railler se mettoit.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XLIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Or luy convient-il mendier,</p>
+<p>Car &agrave; ce force le contraint.</p>
+<p>Regrette huy sa mort, et hier;</p>
+<p>Tristesse son cueur si estrainct,</p>
+<p>Souvent, se n'estoit Dieu qu'il crainct,</p>
+<p>Il feroit un horrible faict.</p>
+<p>Si advient qu'en ce Dieu enfrainct,</p>
+<p>Et que luy-mesmes se deffaict.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XLV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Car, s'en jeunesse il fut plaisant,</p>
+<p>Ores plus rien ne dit qui plaise.</p>
+<p>Tousjours vieil synge est desplaisant:</p>
+<p>Moue ne faict qui ne desplaise.</p>
+<p>S'il se taist, affin qu'il complaise,</p>
+<p>Il est tenu pour fol recreu;</p>
+<p>S'il parle, on luy dit qu'il se taise.</p>
+<p>Et qu'en son prunier n'a pas creu.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XLVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Aussi, ces pauvres femmelettes,</p>
+<p>Qui vieilles sont et n'ont de quoy,</p>
+<p>Quand voyent jeunes pucellettes</p>
+<p>En admenez et en requoy,</p>
+<p>Lors demandent &agrave; Dieu pourquoy</p>
+<p>Si tost nasquirent, n'a quel droit?</p>
+<p>Notre Seigneur s'en taist tout coy,</p>
+<p>Car, au tanser, il le perdroit.</p>
+<a name="p039"></a><span class="pagenum">P. 39</span></div>
+<div class="stanza">
+<p>LES REGRETS</p>
+<p>DE LA BELLE HEAULMI&Egrave;RE</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>J&agrave; parvenue &agrave; vieillesse.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Advis m'est que j'oy regretter</p>
+<p>La belle qui fut heaulmi&egrave;re,</p>
+<p>Soy jeune fille souhaitter</p>
+<p>Et parler en ceste mani&egrave;re:</p>
+<p>&laquo;Ha! vieillesse felonne et fi&egrave;re,</p>
+<p>Pourquoy m'as si tost abatue?</p>
+<p>Qui me tient que je ne me fi&egrave;re,</p>
+<p>Et qu'&agrave; ce coup je ne me tue?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;Tollu m'as ma haulte franchise</p>
+<p>Que beaut&eacute; m'avoit ordonn&eacute;</p>
+<p>Sur clercz, marchans et gens d'Eglise:</p>
+<p>Car alors n'estoit homme n&eacute;</p>
+<p>Qui tout le sien ne m'eust donn&eacute;,</p>
+<p>Quoy qu'il en fust des repentailles,</p>
+<p>Mais que luy eusse abandonn&eacute;</p>
+<p>Ce que reffusent truandailles.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;A maint homme l'ay reffus&eacute;,</p>
+<p>Qui n'estoit &agrave; moy grand saigesse,</p>
+<p>Pour l'amour d'ung garson rus&eacute;,</p>
+<p>Auquel j'en feiz grande largesse.</p>
+<p>A qui que je feisse finesse,</p>
+<p>Par m'ame, je l'amoye bien!</p>
+<p>Or ne me faisoit que rudesse,</p>
+<p>Et ne m'amoyt que pour le mien.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;J&agrave; ne me sceut tant detrayner,</p>
+<a name="p040"></a><span class="pagenum">P. 40</span>
+<p>Fouller au piedz, que ne l'aymasse,</p>
+<p>Et m'eust-il faict les rains trayner,</p>
+<p>S'il m'eust dit que je le baisasse</p>
+<p>Et que tous mes maux oubliasse;</p>
+<p>Le glouton, de mal entach&eacute;,</p>
+<p>M'embrassoit... J'en suis bien plus grasse!</p>
+<p>Que m'en reste-il? Honte et p&eacute;ch&eacute;.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;Or il est mort, pass&eacute; trente ans,</p>
+<p>Et je remains vieille et chenue.</p>
+<p>Quand je pense, lasse! au bon temps,</p>
+<p>Quelle fus, quelle devenue;</p>
+<p>Quand me regarde toute nue,</p>
+<p>Et je me voy si tr&egrave;s-chang&eacute;e,</p>
+<p>Pauvre, seiche, maigre, menue,</p>
+<p>Je suis presque toute enrag&eacute;e.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;Qu'est devenu ce front poly,</p>
+<p>Ces cheveulx blonds, sourcilz voultyz,</p>
+<p>Grand entr'oeil, le regard joly,</p>
+<p>Dont prenoye les plus subtilz;</p>
+<p>Ce beau nez droit, grand ne petiz;</p>
+<p>Ces petites joinctes oreilles,</p>
+<p>Menton fourchu, cler vis traictis,</p>
+<p>Et ces belles l&egrave;vres vermeilles?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;Ces gentes espaules menues,</p>
+<p>Ces bras longs et ces mains tretisses;</p>
+<p>Petitz tetins, hanches charnues,</p>
+<p>Eslev&eacute;es, propres, faictisses</p>
+<p>A tenir amoureuses lysses;</p>
+<p>Ces larges reins, ce sadinet,</p>
+<p>Assis sur grosses fermes cuysses,</p>
+<a name="p041"></a><span class="pagenum">P. 41</span>
+<p>Dedans son joly jardinet?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;Le front rid&eacute;, les cheveulx gris,</p>
+<p>Les sourcilz cheuz, les yeulx estainctz,</p>
+<p>Qui faisoient regars et ris,</p>
+<p>Dont maintz marchans furent attaincts;</p>
+<p>Nez courb&eacute;, de beault&eacute; loingtains;</p>
+<p>Oreilles pendans et moussues;</p>
+<p>Le vis pally, mort et destaincts;</p>
+<p>Menton fonc&eacute;, l&egrave;vres peaussues:</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;C'est d'humaine beaut&eacute; l'yssues!</p>
+<p>Les bras courts et les mains contraictes,</p>
+<p>Les espaulles toutes bossues;</p>
+<p>Mammelles, quoy! toutes retraictes;</p>
+<p>Telles les hanches que les tettes.</p>
+<p>Du sadinet, fy! Quant des cuysses,</p>
+<p>Cuysses ne sont plus, mais cuyssettes</p>
+<p>Grivel&eacute;es comme saulcisses.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;Ainsi le bon temps regretons</p>
+<p>Entre nous, pauvres vieilles sottes,</p>
+<p>Assises bas, &agrave; croppetons,</p>
+<p>Tout en ung tas comme pelottes,</p>
+<p>A petit feu de chenevottes,</p>
+<p>Tost allum&eacute;es, tost estainctes;</p>
+<p>Et jadis fusmes si mignottes!...</p>
+<p>Ainsi en prend &agrave; maintz et maintes.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p042"></a><span class="pagenum">P.
+42</span>
+<p>BALLADE DE LA BELLE HEAULMI&Egrave;RE</p>
+<p>AUX FILLES DE JOIE.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;Or y pensez, belle Ganti&egrave;re,</p>
+<p>Qui m'escoli&egrave;re souliez estre,</p>
+<p>Et vous, Blanche la Saveti&egrave;re,</p>
+<p>Ores est temps de vous congnoistre.</p>
+<p>Prenez &agrave; dextre et &agrave; senestre;</p>
+<p>N'espargnez homme, je vous prie:</p>
+<p>Car vieilles n'ont ne cours ne estre,</p>
+<p>Ne que monnoye qu'on descrie.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;Et vous, la gente Saulcissi&egrave;re,</p>
+<p>Qui de dancer estes adextre;</p>
+<p>Guillemette la Tapissi&egrave;re,</p>
+<p>Ne mesprenez vers vostre maistre;</p>
+<p>Tous vous fauldra clorre fenestre,</p>
+<p>Quand deviendrez vieille, flestrie;</p>
+<p>Plus ne servirez qu'un vieil prebstre,</p>
+<p>Ne que monnoye qu'on descrie.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;Jehanneton la Chaperonni&egrave;re,</p>
+<p>Gardez qu'ennuy ne vous empestre;</p>
+<p>Katherine la Bouchi&egrave;re,</p>
+<p>N'envoyez plus les hommes paistre:</p>
+<p>Car qui belle n'est, ne perpetre</p>
+<p>Leur bonne grace, mais leur rie.</p>
+<p>Laide vieillesse amour n'impetre,</p>
+<p>Ne que monnoye qu'on descrie.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;Filles, veuillez vous entremettre</p>
+<p>D'escouter pourquoy pleure et crie</p>
+<a name="p043"></a><span class="pagenum">P. 43</span>
+<p>C'est que ne puys rem&egrave;de y mettre,</p>
+<p>Ne que monnoye qu'on descrie.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XLVII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ceste le&ccedil;on icy leur baille</p>
+<p>La belle et bonne de jadis;</p>
+<p>Bien dit ou mal, vaille que vaille,</p>
+<p>Enregistrer j'ay faict ces ditz</p>
+<p>Par mon clerc Fremin l'estourdys,</p>
+<p>Aussi rassis que je pense estre...</p>
+<p>S'il me desment, je le mauldys:</p>
+<p>Selon le clerc est deu le maistre.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XLVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Si apercoy le grand danger</p>
+<p>L&agrave; o&ugrave; l'homme amoureux se boute...</p>
+<p>H&eacute;! qui me vouldroit laidanger</p>
+<p>De ce mot, en disant: &laquo;Escoute!</p>
+<p>Se d'aymer t'estrange et reboute</p>
+<p>Le barat de celles nomm&eacute;es,</p>
+<p>Tu fais une bien folle doubte,</p>
+<p>Car ce sont femmes diffam&eacute;es.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XLIX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;S'ils n'ayment fors que pour l'argent,</p>
+<p>On ne les ayme que pour l'heure.</p>
+<p>Rondement ayment toute gent,</p>
+<p>Et rient lors quant bourse pleure.</p>
+<p>De celles n'est qui ne recoeuvre;</p>
+<p>Mais en femmes d'honneur et nom</p>
+<p>Franc homme, se Dieu me sequeure,</p>
+<p>Se doit employer; ailleurs, non.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p044"></a><span class="pagenum">P.
+44</span>
+<p>L.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Je prens qu'aucun dye cecy,</p>
+<p>Si ne me contente-il en rien.</p>
+<p>En effect, je concludz ainsy,</p>
+<p>Et sy le cuyde entendre bien,</p>
+<p>Qu'on doit aymer en lieu de bien.</p>
+<p>As&ccedil;avoir-mon se ces fillettes,</p>
+<p>Qu'en parolles toute jour tien,</p>
+<p>Ne furent pas femmes honnestes?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Honnestes, si furent vrayement,</p>
+<p>Sans avoir reproches ne blasmes.</p>
+<p>S'il est vray que, au commencement,</p>
+<p>Une chascune de ces femmes</p>
+<p>Lors prindrent, ains qu'eussent diffames,</p>
+<p>L'une ung clerc, ung lay, l'autre ung moine,</p>
+<p>Pour estaindre d'amours les flammes,</p>
+<p>Plus chauldes que feu Sainct-Antoine.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Or firent selon le decret</p>
+<p>Leurs amys, et bien y appert;</p>
+<p>Elles aymoient en lieu secret,</p>
+<p>Car autre qu'eulx n'y avoit part.</p>
+<p>Toutesfois, ceste amour se part:</p>
+<p>Car celle qui n'en avoit qu'un</p>
+<p>D'icelluy s'eslongne et despart,</p>
+<p>Et ayme myeulx aymer chascun.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Qui les meut &agrave; ce? J'imagine,</p>
+<p>Sans l'honneur des dames blasmer</p>
+<a name="p045"></a><span class="pagenum">P. 45</span>
+<p>Que c'est nature feminine,</p>
+<p>Qui tout vivement veult aymer.</p>
+<p>Autre chose n'y s&ccedil;ay rymer;</p>
+<p>Fors qu'on dit, &agrave; Reims et &agrave; Troys,</p>
+<p>Voire &agrave; l'Isle et &agrave; Sainct-Omer,</p>
+<p>Que six ouvriers font plus que troys.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Or ont les folz amans le bond,</p>
+<p>Et les dames prins la voll&eacute;e;</p>
+<p>C'est le droit loyer qu'amours ont;</p>
+<p>Toute foy y est viol&eacute;e,</p>
+<p>Quelque doulx baiser n'acoll&eacute;e.</p>
+<p>De chiens, d'oyseaulx, d'armes, d'amours,</p>
+<p>Chascun le dit &agrave; la voll&eacute;e:</p>
+<p>&laquo;Pour ung plaisir mille doulours.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>DOUBLE BALLADE</p>
+<p>SUR LE M&Ecirc;ME PROPOS.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Pour ce, aymez tant que vouldrez,</p>
+<p>Suyvez assembl&eacute;es et festes,</p>
+<p>En la fin j&agrave; mieulx n'en vauldrez,</p>
+<p>Et sy n'y romprez que vos testes:</p>
+<p>Folles amours font les gens bestes:</p>
+<p>Salmon en idolatrya;</p>
+<p>Samson en perdit ses lunettes...</p>
+<p>Bien heureux est qui rien n'y a!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Orpheus, le doux menestrier,</p>
+<p>Jouant de flustes et musettes,</p>
+<a name="p046"></a><span class="pagenum">P. 46</span>
+<p>En fut en dangier du meurtrier</p>
+<p>Bon chien Cerberus &agrave; troys testes;</p>
+<p>Et Narcissus, <i>le bel honnestes</i>,</p>
+<p>En ung profond puys se noya,</p>
+<p>Pour l'amour de ses amourettes...</p>
+<p>Bien heureux est qui rien n'y a!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Sardana, le preux chevalier,</p>
+<p>Qui conquist le regne de Cr&egrave;tes,</p>
+<p>En voult devenir moulier</p>
+<p>Et filer entre pucellettes.</p>
+<p>David ly roy, saige proph&egrave;tes,</p>
+<p>Craincte de Dieu en oublya,</p>
+<p>Voyant laver cuisses bien faictes...</p>
+<p>Bien heureux est qui rien n'y a!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ammon en voult deshonnorer,</p>
+<p>Feignant de manger tartelettes,</p>
+<p>Sa soeur Thamar, et deflorer,</p>
+<p>Qui fist choses moult deshonnestes;</p>
+<p>Herodes (pas ne sont sornettes)</p>
+<p>Sainct Jean-Baptiste en d&eacute;colla,</p>
+<p>Pour dances, saultz et chansonnettes...</p>
+<p>Bien heureux est qui rien n'y a!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>De moy, pauvre, je veuil parler;</p>
+<p>J'en fuz batu, comme &agrave; ru telles,</p>
+<p>Tout nud, j&agrave; ne le quiers celer.</p>
+<p>Qui me feit mascher ces groiselles,</p>
+<p>Fors Katherine de Vauselles?</p>
+<p>No&eacute; le tiers ot, qui fut l&agrave;.</p>
+<p>Mitaines &agrave; ces nopces telles,</p>
+<p>Bien heureux est qui rien n'y a!</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p047"></a><span class="pagenum">P.
+47</span>
+<p>Mais que ce jeune bachelier</p>
+<p>Laissast ces jeunes bachelettes,</p>
+<p>Non! et, le deust-on vif brusler,</p>
+<p>Comme ung chevaucheur d'escovettes.</p>
+<p>Plus doulces luy sont que civettes;</p>
+<p>Mais toutesfoys fol s'y fia:</p>
+<p>Soient blanches, soient brunettes,</p>
+<p>Bien heureux est qui rien n'y a!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Si celle que jadis servoye</p>
+<p>De si bon cueur et loyaument,</p>
+<p>Dont tant de maulx et griefz j'avoye,</p>
+<p>Et souffroye tant de torment,</p>
+<p>Se dit m'eust, au commencement,</p>
+<p>Sa voulent&eacute; (mais nenny, las!),</p>
+<p>J'eusse mys peine aucunement,</p>
+<p>De moy retraire de ses las.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quoy que je luy voulsisse dire,</p>
+<p>Elle estoit preste d'escouter,</p>
+<p>Sans m'accorder ne contredire;</p>
+<p>Qui plus, me souffroit arrester,</p>
+<p>Joignant elle pr&egrave;s s'accouter;</p>
+<p>Et ainsi m'alloit amusant,</p>
+<p>Et me souffroit tout racompter,</p>
+<p>Mais ce n'estoit qu'en m'abusant.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LVII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Abus&eacute; m'a, et faict entendre</p>
+<p>Tousjours d'ung que ce fust ung aultre;</p>
+<p>De farine, que ce fust cendre;</p>
+<a name="p048"></a><span class="pagenum">P. 48</span>
+<p>D'ung mortier, ung chapeau de feautre;</p>
+<p>De viel machefer, que fust peaultre;</p>
+<p>D'ambesas, que ce fussent ternes...</p>
+<p>Toujours trompant ou moy ou aultre,</p>
+<p>Et vendoit vessies pour lanternes.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Du ciel, une poisle d'arain;</p>
+<p>Des nues, une peau de veau;</p>
+<p>Du matin, qu'estoit le serain;</p>
+<p>D'un trongnon de chou, ung naveau;</p>
+<p>D'orde cervoise, vin nouveau;</p>
+<p>D'une truie, ung molin &agrave; vent;</p>
+<p>Et d'une hart, ung escheveau;</p>
+<p>D'un gras abb&eacute;, ung poursuyvant.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LIX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ainsi m'ont amours abus&eacute;,</p>
+<p>Et pourmen&eacute; de l'uys au pesle.</p>
+<p>Je croy qu'homme n'est si rus&eacute;,</p>
+<p>Fust fin comme argent de crepelle,</p>
+<p>Qui n'y laissast linge et drapelle,</p>
+<p>Mais qu'il fust ainsi many&eacute;</p>
+<p>Comme moy, qui partout m'appelle:</p>
+<p><i>L'Amant remys et reny&eacute;</i>.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Je renye Amours et despite;</p>
+<p>Je deffie &agrave; feu et &agrave; sang.</p>
+<p>Mort par elles me precipite,</p>
+<p>Et si ne leur vault pas d'ung blanc.</p>
+<p>Ma vielle ay mys soubz le banc;</p>
+<p>Amans je ne suyvray jamais;</p>
+<p>Se jadis je fuz de leur ranc,</p>
+<p>Je declaire que n'en suys mais.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p049"></a><span class="pagenum">P.
+49</span>
+<p>LXI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Car j'ay mys le plumail au vent:</p>
+<p>Or le suyve qui a attente;</p>
+<p>De ce me tays dorenevant.</p>
+<p>Poursuyvre je vueil mon entente,</p>
+<p>Et, s'aucun m'interroge ou tente</p>
+<p>Comment d'amours ose mesdire,</p>
+<p>Geste parolle les contente:</p>
+<p>&laquo;Qui meurt a ses loix de tout dire.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Je cognoys approcher ma soef;</p>
+<p>Je crache, blanc comme cotton,</p>
+<p>Jacobins gros comme ung estoeuf:</p>
+<p>Qu'est-ce &agrave; dire? que Jenanneton</p>
+<p>Plus ne me tient pour valeton,</p>
+<p>Mais pour ung vieil us&eacute; r&eacute;gnait...</p>
+<p>De vieil porte voix et le ton,</p>
+<p>Et ne suys qu'ung jeune coquart.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Dieu mercy et Jaques Thibault,</p>
+<p>Qui tant d'eau froide m'a faict boyre,</p>
+<p>En ung bas lieu, non pas en hault;</p>
+<p>Manger d'angoisse mainte poire;</p>
+<p>Enferr&eacute;... Quand j'en ay m&eacute;moire,</p>
+<p>Je pry pour luy et <i>reliqua</i>,</p>
+<p>Que Dieu luy doint... et voire, voire,</p>
+<p>Ce que je pense... <i>et cetera</i>.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Toutesfoys, je n'y pense mal,</p>
+<p>Pour luy et pour son lieutenant;</p>
+<a name="p050"></a><span class="pagenum">P. 50</span>
+<p>Aussy pour son official,</p>
+<p>Qui est plaisant et advenant,</p>
+<p>Que faire n'ay du remenant;</p>
+<p>Mais du petit maistre Robert?...</p>
+<p>Je les ayme, tout d'ung tenant,</p>
+<p>Ainsi que faict Dieu le Lombart.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Si me souvient, &agrave; mon advis,</p>
+<p>Que je feis, &agrave; mon partement,</p>
+<p>Certains lays, l'an cinquante six,</p>
+<p>Qu'aucuns, sans mon consentement,</p>
+<p>Voulurent nommer <i>Testament</i>;</p>
+<p>Leur plaisir fut, et non le mien:</p>
+<p>Mais quoy! on dit communement,</p>
+<p>Qu'un chascun n'est maistre du sien.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>S'ainsi estoit qu'aulcun n'eust pas</p>
+<p>Receu les lays que je luy mande,</p>
+<p>J'ordonne que, apr&egrave;s mon trespas,</p>
+<p>A mes hoirs en face demande;</p>
+<p>Qui sont-ilz? si on le demande:</p>
+<p>Moreau, Provins, Robin Turgis;</p>
+<p>De moy, par dictez que leur mande,</p>
+<p>Ont eu jusqu'au lict o&ugrave; je gys.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXVII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Pour le r&eacute;voquer ne le dy,</p>
+<p>Et y courust toute ma terre;</p>
+<p>De piti&eacute; en suys refroidy,</p>
+<p>Envers le bastard de la Barre:</p>
+<p>Parmy ses trois gluvons de foerre,</p>
+<p>Je luy donne mes vieilles nattes;</p>
+<a name="p051"></a><span class="pagenum">P. 51</span>
+<p>Bonnes seront pour tenir serre,</p>
+<p>Et soy soustenir sur ses pattes.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Somme, plus ne diray qu'ung mot,</p>
+<p>Car commencer veuil &agrave; tester:</p>
+<p>Devant mon clerc Fremin, qui m'ot</p>
+<p>(S'il ne dort), je vueil protester,</p>
+<p>Que n'entends homme detester,</p>
+<p>En ceste presente ordonnance;</p>
+<p>Et ne la vueil manifester</p>
+<p>Sinon au royaulme de France.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXIX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Je sens mon cueur qui s'affoiblist,</p>
+<p>Et plus je ne puys papier.</p>
+<p>Fremin, siez-toy pr&egrave;s de mon lict,</p>
+<p>Que l'on ne me viengne espier!</p>
+<p>Prens tost encre, plume et papier,</p>
+<p>Ce que nomme escryz vistement;</p>
+<p>Puys fais-le partout copier,</p>
+<p>Et vecy le commancement.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><i>Ici commance Villon &agrave; tester</i>.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Au nom de Dieu, P&egrave;re eternel.</p>
+<p>Et du Filz que Vierge parit,</p>
+<p>Dieu au P&egrave;re oeternel,</p>
+<p>Ensemble et du Sainct Esperit,</p>
+<p>Qui saulva ce qu'Adam p&eacute;rit,</p>
+<p>Et du pery pare les Cieulx...</p>
+<a name="p052"></a><span class="pagenum">P. 52</span>
+<p>Qui bien ce croyt, peu ne merit:</p>
+<p>De gens mortz se font petiz Dieux.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXXI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Mortz estoient, et corps et ames,</p>
+<p>En damn&eacute;e perdition;</p>
+<p>Corps pourriz, et ames en flammes,</p>
+<p>De quelconque condition;</p>
+<p>Toutesfoys, fais exception</p>
+<p>Des patriarches et proph&egrave;tes;</p>
+<p>Car, selon ma conception,</p>
+<p>Oncques grand chault n'eurent aux fesses.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXXII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Qui me diroit: &laquo;Qui te faict mectre</p>
+<p>Si tr&egrave;s-avant ceste parolle,</p>
+<p>Qui n'es en Th&eacute;ologie maistre?</p>
+<p>A toy est presumption folle.&raquo;</p>
+<p>&mdash;C'est de JESUS la parabolle,</p>
+<p>Touchant le Riche ensevely</p>
+<p>En feu, non pas en couche molle,</p>
+<p>Et du Ladre, de dessus ly.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXXIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Si du Ladre eust veu le doy ardre,</p>
+<p>J&agrave; n'en eust requis refrig&egrave;re,</p>
+<p>N'au bout d'icelluy doiz aherdre,</p>
+<p>Pour refreschir sa maschou&euml;re.</p>
+<p>Pions y feront mate ch&egrave;re,</p>
+<p>Qui boy vent pourpoinct et chemise:</p>
+<p>Puys que boyture y est si ch&egrave;re,</p>
+<p>Dieu nous garde de la main mise!</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p053"></a><span class="pagenum">P.
+53</span>
+<p>LXXIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ou nom de Dieu, comme j'ay dit,</p>
+<p>Et de sa glorieuse M&egrave;re,</p>
+<p>Sans pech&eacute; soit parfaict ce dict</p>
+<p>Par moy, plus maigre que chimere;</p>
+<p>Si je n'ay eu fi&egrave;vre effim&egrave;re,</p>
+<p>Ce m'a faict divine cl&eacute;mence;</p>
+<p>Mais d'autre dueil et perte am&egrave;re</p>
+<p>Je me tays, et ainsi commence:</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXXV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Premier, je donne ma pauvre ame</p>
+<p>A la benoiste Trinit&eacute;,</p>
+<p>Et la commande &agrave; Nostre Dame,</p>
+<p>Chambre de la divinit&eacute;;</p>
+<p>Priant toute la charit&eacute;</p>
+<p>Des dignes neuf Ordres des cieulx,</p>
+<p>Que par eulx soit ce don port&eacute;</p>
+<p>Devant le Trosne pr&eacute;cieux.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXXVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, mon corps j'ordonne et laisse</p>
+<p>A nostre grand m&egrave;re la terre;</p>
+<p>Les vers n'y trouveront grand gresse:</p>
+<p>Trop lui a faict faim dure guerre.</p>
+<p>Or luy soit d&eacute;livr&eacute; grand erre;</p>
+<p>De terre vint, en terre tourne.</p>
+<p>Toute chose, se par trop n'erre,</p>
+<p>voulentiers en son lieu retourne.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXXVII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, et &agrave; mon plus que p&egrave;re,</p>
+<p>Maistre Guillaume de Villon</p>
+<a name="p054"></a><span class="pagenum">P. 54</span>
+<p>Qui m'a est&eacute; plus doulx que m&egrave;re</p>
+<p>D'enfant eslev&eacute; de maillon;</p>
+<p>Dejett&eacute; m'a de maint boillon,</p>
+<p>Et de cestuy pas ne s'esjoye,</p>
+<p>Si luy requiers &agrave; genoillon,</p>
+<p>Qu'il m'en laisse toute la joye.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXXVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Je luy donne ma librairie,</p>
+<p>Et le <i>Rommant du Pet au Diable</i>,</p>
+<p>Lequel maistre Gui Tabarie</p>
+<p>Grossoya, qu'est hom v&eacute;ritable.</p>
+<p>Par cayers est soubz une table.</p>
+<p>Combien qu'il soit rudement faict,</p>
+<p>La mati&egrave;re est si tr&egrave;s notable,</p>
+<p>Qu'elle amende tout le meffaict.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXXIX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, donne &agrave; ma bonne m&egrave;re</p>
+<p>Pour saluer nostre Maistresse,</p>
+<p>Qui pour moy eut douleur am&egrave;re,</p>
+<p>Dieu le s&ccedil;ait, et mainte tristesse;</p>
+<p>Autre chastel ou fosteresse</p>
+<p>N'ay o&ugrave; retraire corps et ame,</p>
+<p>Quand sur moy court male destresse,</p>
+<p>Ne ma m&egrave;re, la povre femme!</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p055"></a><span class="pagenum">P.
+55</span>
+<p>BALLADE</p>
+<p>QUE VILLON FEIT A LA REQUESTE DE SA M&Egrave;RE,</p>
+<p>POUR PRIER NOSTRE-DAME.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Dame du ciel, r&eacute;gente terrienne,</p>
+<p>Emperi&egrave;re des infernaulx palux,</p>
+<p>Recevez-moy, vostre humble chrestienne,</p>
+<p>Que comprinse soye entre voz esleuz,</p>
+<p>Ce non obstant qu'oncques rien ne valuz.</p>
+<p>Les biens de vous, ma dame et ma maistresse,</p>
+<p>Sont trop plus grans que ne suis pecheresse,</p>
+<p>Sans lesquelz biens ame ne peult merir</p>
+<p>N'avoir les cieulx, je n'en suis jengleresse.</p>
+<p>En ceste foy je vueil vivre et mourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>A vostre Filz dictes que je suis sienne;</p>
+<p>Que de luy soyent mes p&eacute;chez aboluz:</p>
+<p>Pardonn&eacute;s moi comme &agrave; l'Egyptienne,</p>
+<p>Ou comme il feit au clerc Theophilus,</p>
+<p>Lequel par vous fut quitte et absoluz,</p>
+<p>Combien qu'il eust au diable faict promesse.</p>
+<p>Preservez-moy, que je ne face cesse;</p>
+<p>Vierge, pourtant, me vouilli&eacute;s impartir</p>
+<p>Le sacrement qu'on celebre &agrave; la messe.</p>
+<p>En ceste foy je vueil vivre et mourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Femme je suis povrette et ancienne,</p>
+<p>Ne riens ne s&ccedil;ay; oncques lettre ne leuz;</p>
+<p>Au monstier voy dont suis parroissienne</p>
+<p>Paradis painct, o&ugrave; sont harpes et luz,</p>
+<a name="p056"></a><span class="pagenum">P. 56</span>
+<p>Et ung enfer o&ugrave; damnez sont boulluz:</p>
+<p>L'ung me faict paour, l'autre joye et liesse.</p>
+<p>La joye avoir fais-moy, haulte Deesse,</p>
+<p>A qui pecheurs doivent tous recourir,</p>
+<p>Comblez de foy, sans faincte ne paresse.</p>
+<p>En ceste foy je vueil vivre et mourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Vous portastes, Vierge, digne princesse,</p>
+<p>JESUS r&eacute;gnant, qui n'a ne fin ne cesse.</p>
+<p>Le Tout-Puissant, prenant nostre foiblesse,</p>
+<p>Laissa les cieulx et nous vint secourir;</p>
+<p>Offrist &agrave; mort sa tr&egrave;s cl&egrave;re
+jeunesse;</p>
+<p>Nostre Seigneur tel est, tel le confesse.</p>
+<p>En ceste foy je vueil vivre et mourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXXX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, m'amour, ma ch&egrave;re Ros&eacute;,</p>
+<p>Ne luy laisse ne cueur ne foye:</p>
+<p>Elle aymeroit mieulx autre chose,</p>
+<p>Combien qu'elle ait assez monnoye:</p>
+<p>Quoy? une grand bourse de soye,</p>
+<p>Pleine d'escuz, profonde et large:</p>
+<p>Mais pendu soit-il, que je soye,</p>
+<p>Qui luy lairra escu ne targe.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXXXI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Car elle en a, sans moy, assez.</p>
+<p>Mais de cela il ne m'en chault;</p>
+<p>Mes grans deduictz en sont passez;</p>
+<p>Plus n'en ay le cropion chauld.</p>
+<a name="p057"></a><span class="pagenum">P. 57</span>
+<p>Si m'en desmetz aux hoirs Michault,</p>
+<p>Qui fut nomm&eacute; le bon fouterre.</p>
+<p>Priez pour luy, faictes ung sault:</p>
+<p>A Saint-Satur gist, soubz Sancerre.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXXXII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ce non obstant, pour m'acquitter</p>
+<p>Envers Amours, plus qu'envers elle,</p>
+<p>Car oncques n'y peuz acquester</p>
+<p>D'amours une seule estincelle;</p>
+<p>Ne s&ccedil;ay s'&agrave; tous est si rebelle</p>
+<p>Qu'&agrave; moy: ce ne m'est grand esmoy;</p>
+<p>Mais, par saincte Marie la belle!</p>
+<p>Je n'y voy que rire pour moy.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXXXIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ceste Ballade luy envoye,</p>
+<p>Qui se termine toute en R.</p>
+<p>Qui la portera? que j'y voye:</p>
+<p>Ce sera Pernet de la Barre,</p>
+<p>Pourveu, s'il rencontre en son erre</p>
+<p>Ma damoyselle au nez tortu,</p>
+<p>Il luy dira, sans plus enquerre:</p>
+<p>&laquo;Orde paillarde, d'o&ugrave; viens-tu?&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE</p>
+<p>DE VILLON A S'AMYE.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Faulse beault&eacute;, qui tant me couste cher.</p>
+<p>Rude en effect, hypocrite doulceur;</p>
+<a name="p058"></a><span class="pagenum">P. 58</span>
+<p>Amour dure, plus que fer, &agrave; mascher;</p>
+<p>Nommer que puis de ma deffa&ccedil;on soeur,</p>
+<p>Cherme felon, la mort d'ung povre cueur,</p>
+<p>Orgueil muss&eacute;, qui gens met au mourir;</p>
+<p>Yeulx sans piti&eacute;! ne veult droicte rigueur,</p>
+<p>Sans empirer, ung pauvre secourir?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Mieulx m'eust valu avoir est&eacute; crier</p>
+<p>Ailleurs secours, c'eust est&eacute; mon bonheur:</p>
+<p>Rien ne m'eust sceu hors de ce fait chasser;</p>
+<p>Trotter m'en fault en fuyte &agrave; deshonneur.</p>
+<p>Haro, haro, le grand et le mineur!</p>
+<p>Et qu'est cecy? mourray, sans coup ferir,</p>
+<p>Ou piti&eacute; veult, selon ceste teneur,</p>
+<p>Sans empirer, ung povre secourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ung temps viendra, qui fera desseicher,</p>
+<p>Jaulnir, flestrir, vostre espanie fleur:</p>
+<p>Je m'en risse, se tant peusse marcher,</p>
+<p>Mais nenny: lors (ce seroit donc foleur)</p>
+<p>Vieil je seray; vous, laide, et sans couleur.</p>
+<p>Or, beuvez fort, tant que ru peult courir.</p>
+<p>Ne donnez pas &agrave; tous ceste douleur,</p>
+<p>Sans empirer, ung povre secourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince amoureux, des amans le greigneur,</p>
+<p>Vostre mal gr&eacute; ne vouldroye encourir;</p>
+<p>Mais tout franc cueur doit, par Nostre Seigneur,</p>
+<p>Sans empirer, ung povre secourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p059"></a><span class="pagenum">P.
+59</span>
+<p>LXXXIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; maistre Ythier, marchant,</p>
+<p>Auquel mon branc laissay jadis,</p>
+<p>Donne (mais qu'il le mette en chant),</p>
+<p>Ce lay, contenant des vers dix;</p>
+<p>Et aussi ung <i>De profundis</i></p>
+<p>Pour ses anciennes amours,</p>
+<p>Desquelles le nom je ne dis,</p>
+<p>Car il me herroit &agrave; tousjours.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LAY OU PLUSTOST RONDEAU.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>MORT, j'appelle de ta rigueur,</p>
+<p>Qui m'as ma maistresse ravie,</p>
+<p>Et n'es pas encore assouvie,</p>
+<p>Se tu ne me tiens en langueur.</p>
+<p>Onc puis n'euz force ne vigueur;</p>
+<p>Mais que te nuysoit-elle en vie,</p>
+<p>Mort?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Deux estions, et n'avions qu'ung cueur;</p>
+<p>S'il est mort, force est que d&eacute;vie,</p>
+<p>Voire, ou que je vive sans vie,</p>
+<p>Comme les images, par cueur,</p>
+<p>Mort!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXXXV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; maistre Jehan Cornu,</p>
+<p>Autres nouveaux lays luy vueil faire,</p>
+<a name="p060"></a><span class="pagenum">P. 60</span>
+<p>Car il m'a tousjours secouru</p>
+<p>A mon grand besoing et affaire:</p>
+<p>Pour ce, le jardin luy transf&egrave;re,</p>
+<p>Que maistre Pierre Bourguignon</p>
+<p>Me renta, en faisant refaire</p>
+<p>L'huys, et redrecier le pignon.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXXXVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Par faulte d'ung huys, j'y perdis</p>
+<p>Ung grez, et ung manche de houe.</p>
+<p>Alors, huyt faulcons, non pas dix,</p>
+<p>N'y eussent pas prins une allo&uuml;e.</p>
+<p>L'hostel est seur, mais qu'on le clo&uuml;e.</p>
+<p>Pour enseigne y mis ung havet;</p>
+<p>Qui que l'ait prins, point ne l'en lo&uuml;e:</p>
+<p>Sanglante nuict et bas chevet!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXXXVII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, et pource que la femme</p>
+<p>De maistre Pierre Sainct Amant</p>
+<p>(Combien, si coulpe y a ou blasme,</p>
+<p>Dieu luy pardonne doulcement!)</p>
+<p>Me meist en reng de caymant,</p>
+<p>Pour le Cheval Blanc qui ne bouge,</p>
+<p>Luy changeay &agrave; une jument,</p>
+<p>Et la Mulle &agrave; ung Asne rouge.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXXXVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, donne &agrave; sire Denys</p>
+<p>Hesselin, Esleu de Paris,</p>
+<p>Quatorze muys de vin d'Aulnis,</p>
+<p>Prins chez Turgis, &agrave; mes perilz.</p>
+<p>S'il en beuvoit tant que periz</p>
+<p>En fust son sens et sa raison,</p>
+<a name="p061"></a><span class="pagenum">P. 61</span>
+<p>Qu'on mette de l'eau es barrilz:</p>
+<p>Vin perd mainte bonne maison.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXXXIX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, donne &agrave; mon advocat,</p>
+<p>Maistre Guillaume Charruau,</p>
+<p>Quoy qu'il marchande ou ait est&acirc;t,</p>
+<p>Mon branc... Je me tays du fourreau,</p>
+<p>Il aura, avec ce, ung r&eacute;au</p>
+<p>En change, affin que sa bourse enfle,</p>
+<p>Prins sur la chauss&eacute;e et carreau</p>
+<p>De la grand closture du Temple.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, mon procureur Fournier</p>
+<p>Aura, pour toutes ses corv&eacute;es</p>
+<p>(Simple seroit de l'espargner;</p>
+<p>En ma bourse quatre hav&eacute;es),</p>
+<p>Car maintes causes m'a saulv&eacute;es,</p>
+<p>Justes, ainsi, JESUS-CHRIST m'ayde!</p>
+<p>Comme elles ont est&eacute; trouv&eacute;es;</p>
+<p>Mais bon droit a bon mestier d'ayde.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XCI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, je donne &agrave; maistre Jaques</p>
+<p>Raguyer le grant godet de Gr&egrave;ve,</p>
+<p>Pourveu qu'il payera quatre plaques,</p>
+<p>Deust-il vendre, quoy qu'il luy griefve,</p>
+<p>Ce dont on ceuvre mol et gr&egrave;ve;</p>
+<p>Aller sans chausses et chappin,</p>
+<p>Tous les matins, quand il se li&egrave;ve,</p>
+<p>Au trou de la Pomme de pin.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p062"></a><span class="pagenum">P.
+62</span>
+<p>XCII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, quant est de Mairebeuf,</p>
+<p>Et de Nicolas de Louviers,</p>
+<p>Vache ne leur donne ne beuf,</p>
+<p>Car vachers ne sont, ne bouviers,</p>
+<p>Mais gens &agrave; porter esperviers,</p>
+<p>Ne cuidez pas que je vous joue,</p>
+<p>Pour prendre perdriz et plouviers,</p>
+<p>Sans faillir, sur la Maschecro&uuml;e.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XCIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, vienne Robert Turgis</p>
+<p>A moy, je luy payeray son vin,</p>
+<p>Combien, s'il trouve mon logis,</p>
+<p>Plus fort sera que le devin.</p>
+<p>Le droit luy donne d'eschevin,</p>
+<p>Que j'ay comme enfant de Paris...</p>
+<p>Se je parle ung peu poictevin,</p>
+<p>Ilce m'ont deux dames appris.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XCIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Filles sont tr&egrave;s belles et gentes,</p>
+<p>Demourantes &agrave; Sainct-Genou,</p>
+<p>Pr&egrave;s Sainct-Julian des Voventes,</p>
+<p>Marches de Bretaigne ou Poictou,</p>
+<p>Mais je ne dy proprement o&ugrave;,</p>
+<p>Or y pensez trestous les jours,</p>
+<p>Car je ne suis mie si fou...</p>
+<p>Je pense celer mes amours.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XCV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; Jehan Raguyer je donne,</p>
+<p>Qui est sergent, voir des Douze,</p>
+<a name="p063"></a><span class="pagenum">P. 63</span>
+<p>Tant qu'il vivra, ainsi l'ordonne,</p>
+<p>Tous les jours une talemouze,</p>
+<p>Pour brouter et fourrer sa mouse,</p>
+<p>Prinse &agrave; la table de Bailly;</p>
+<p>A Maubuay sa gorge arrouse,</p>
+<p>Car &agrave; manger n'a pas failly.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XCVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, donne au prince des Sotz</p>
+<p>Pour ung bon sot Michault du Four,</p>
+<p>Qui &agrave; la fois dit de bons motz</p>
+<p>Et chante bien: <i>Ma doulce amour</i>!</p>
+<p>Avec ce, il aura le bonjour.</p>
+<p>Brief, mais qu'il fust ung peu en poinct,</p>
+<p>Il est ung droit sot de s&eacute;jour,</p>
+<p>Et est plaisant o&ugrave; il n'est point.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XCVII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, aux unze vingtz Sergens</p>
+<p>Donne, car leur faict est honneste,</p>
+<p>Et sont bonnes et doulces gens,</p>
+<p>Denis Richier, et Jehan Vallette,</p>
+<p>A chascun une grand cornette,</p>
+<p>Pour pendre &agrave; leurs chappeaulx de feautre</p>
+<p>J'entendz &agrave; ceulx de pied, hohecte!</p>
+<p>Car je n'ay que faire des autres.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XCVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Derechef, donne &agrave; P&eacute;rinet,</p>
+<p>J'entendz le bastard de la Barre,</p>
+<p>Pour ce qu'il est beau fils et net,</p>
+<p>En son escu, en lieu de barre,</p>
+<p>Trois detz plombez, de bonne carre,</p>
+<p>Ou ung beau joly jeu de cartes...</p>
+<a name="p064"></a><span class="pagenum">P. 64</span>
+<p>Mais quoy! s'on l'oyt vessir ne poirre,</p>
+<p>En oultre aura les fi&egrave;vres quartes.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XCIX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, ne vueil plus que Chollet</p>
+<p>Dolle, trenche, douve ne boyse,</p>
+<p>Relye brocq ne tonnelet,</p>
+<p>Mais tous ses outilz changer voyse</p>
+<p>A une esp&eacute;e lyonnoise,</p>
+<p>Et retienne le hutinet:</p>
+<p>Combien qu'il n'ayme bruyt ne noyse,</p>
+<p>Si luy plaist-il ung tantinet.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>C.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, je donne &agrave; Jehan le Lou,</p>
+<p>Homme de bien et bon marchant,</p>
+<p>Pour ce qu'il est linget et flou,</p>
+<p>Et que Chollet est mal chassant,</p>
+<p>Par les rues plustost qu'au champ,</p>
+<p>Qui ne lairra poulaille en voye,</p>
+<p>Le long tabart, et bien cachant,</p>
+<p>Pour les musser, qu'on ne les voye.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; l'orf&egrave;vre Du Boys,</p>
+<p>Donne cent clouz, queues et testes,</p>
+<p>De gingembre sarazinoys,</p>
+<p>Non pas pour accoupler ses boytes,</p>
+<p>Mais pour conjoindre culz et coettes,</p>
+<p>Et couldre jambons et andoilles,</p>
+<p>Tant que le laict en monte aux tettes,</p>
+<p>Et le sang en devalle aux coilles.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p065"></a><span class="pagenum">P.
+65</span>
+<p>CII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Au cappitaine Jehan Riou,</p>
+<p>Tant pour luy que pour ses archiers,</p>
+<p>Je donne six livres de lou,</p>
+<p>Qui n'est pas viande &agrave; porchiers,</p>
+<p>Prins &agrave; gros mastins de bouchiers,</p>
+<p>Et cuittes de vin de buffet.</p>
+<p>Pour manger de ces morceaulx chiers,</p>
+<p>On en ferait bien un mau faict.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>C'est viande ung peu plus pesante,</p>
+<p>Que duvet, ne plume, ne li&egrave;ge.</p>
+<p>Elle est bonne &agrave; porter en tente,</p>
+<p>Ou pour user en quelque si&egrave;ge.</p>
+<p>Et, s'ilz estoient prins en un pi&egrave;ge,</p>
+<p>Les mastins, qu'ils ne sceussent courre,</p>
+<p>J'ordonne, moy qui suis bon mi&egrave;ge,</p>
+<p>Que des peaulx, sur l'hyver, se fourre.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; Robin Troussecaille,</p>
+<p>Qui s'est en service bien faict;</p>
+<p>A pied ne va comme une caille,</p>
+<p>Mais sur roussin gros et reffaict:</p>
+<p>Je luy donne, de mon buffet,</p>
+<p>Une jatte qu'emprunter n'ose;</p>
+<p>Si aura mesnage parfait:</p>
+<p>Plus ne luy failloit autre chose.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, donne &agrave; Perrot Girard,</p>
+<p>Barbier jur&eacute; du Bourg-la-Royne,</p>
+<a name="p066"></a><span class="pagenum">P. 66</span>
+<p>Deux bassins et ung coquemard,</p>
+<p>Puis qu'&agrave; gaigner mect telle peine.</p>
+<p>Des ans y a demy douzaine,</p>
+<p>Qu'en son hostel, de cochons gras</p>
+<p>M'apastela une sepmaine;</p>
+<p>Tesmoing l'abesse de Pourras.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, aux Fr&egrave;res mendians,</p>
+<p>Aux Devotes et aux Beguines,</p>
+<p>Tant de Paris que d'Orl&eacute;ans,</p>
+<p>Tant Turlupins que Turlupines,</p>
+<p>De grasses souppes jacobines</p>
+<p>Et flans leurs fais oblation;</p>
+<p>Et puis apr&egrave;s, soubz les courtines,</p>
+<p>Parler de contemplation.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CVII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Si ne suis-je pas qui leur donne,</p>
+<p>Mais du tout en sont-ce les m&egrave;res,</p>
+<p>Et Dieu, qui ainsi les guerdonne,</p>
+<p>Pour qui souffrent peines am&egrave;res.</p>
+<p>Il fault qu'ilz vivent, les beaulx p&egrave;res,</p>
+<p>Et mesmement ceulx de Paris.</p>
+<p>S'ilz font plaisir &agrave; noz comm&egrave;res,</p>
+<p>Ilz ayment ainsi les maris.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quoy que maistre Jehan de Pontlieu</p>
+<p>En voulsist dire, <i>et reliqua</i>,</p>
+<p>Contrainct et en publique lieu,</p>
+<p>Voulsist ou non, s'en revocqua.</p>
+<p>Maistre Jehan de Mehun se moqua</p>
+<p>De leur fa&ccedil;on; si feit Mathieu.</p>
+<a name="p067"></a><span class="pagenum">P. 67</span>
+<p>Mais on doit honorer ce qu'a</p>
+<p>Honnor&eacute; l'Eglise de Dieu.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CIX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Si me submectz, leur serviteur,</p>
+<p>En tout ce que puis faire et dire,</p>
+<p>A les honorer de bon cueur,</p>
+<p>Et servir, sans y contredire.</p>
+<p>L'homme bien fol est d'en mesdire,</p>
+<p>Car, soit &agrave; part, ou en prescher,</p>
+<p>Ou ailleurs, il ne fault pas dire</p>
+<p>Si gens sont pour eux revencher.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, je donne &agrave; fr&egrave;re Baulde,</p>
+<p>Demeurant &agrave; l'hostel des Carmes,</p>
+<p>Portant ch&egrave;re hardie et baulde,</p>
+<p>Une sallade et deux guysarmes,</p>
+<p>Que De Tusca et ses gens d'armes</p>
+<p>Ne luy riblent sa Caige-vert.</p>
+<p>Vieil est: s'il ne se rend aux armes,</p>
+<p>C'est bien le diable de Vauvert.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, pour ce que le Scelleur,</p>
+<p>Maint estront de mousche &agrave; masch&eacute;,</p>
+<p>Donne, car homme est de valleur,</p>
+<p>Son sceau davantage crach&eacute;,</p>
+<p>Et qu'il ait le pouce escach&eacute;,</p>
+<p>Pour tout comprendre &agrave; une voye;</p>
+<p>J'entendz celluy de l'Evesch&eacute;,</p>
+<p>Car les autres, Dieu les pourvoye.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p068"></a><span class="pagenum">P.
+68</span>
+<p>CXII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quant de messieurs les Auditeux,</p>
+<p>Leur chambre auront lembroys&eacute;e;</p>
+<p>Et ceulx qui ont les culz rongneux,</p>
+<p>Chascun une chaise pers&eacute;e,</p>
+<p>Mais qu'&agrave; la petite Mac&eacute;e</p>
+<p>D'Orl&eacute;ans, qui eut ma ceincture,</p>
+<p>L'amende soit bien hault tax&eacute;e:</p>
+<p>Elle est une mauvaise ordure.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, donne &agrave; maistre Fran&ccedil;oys,</p>
+<p>Promoteur de la vacquerie,</p>
+<p>Ung hault gorgerin d'Escossoys,</p>
+<p>Toutesfois sans orfaverie;</p>
+<p>Car, quant receut chevalerie,</p>
+<p>Il maugrea Dieu et saint George.</p>
+<p>Parler n'en oyt qu'il ne s'en rie,</p>
+<p>Comme enrag&eacute;, &agrave; pleine gorge.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; maistre Jehan Laurens,</p>
+<p>Qui a les povres yeulx si rouges,</p>
+<p>Par le pech&eacute; de ses parens,</p>
+<p>Qui beurent en barilz et courges,</p>
+<p>Je donne l'envers de mes bouges,</p>
+<p>Pour chascun matin les torcher...</p>
+<p>S'il fust archevesque de Bourges,</p>
+<p>Du cendal eust, mais il est cher.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; maistre Jehan Cotard,</p>
+<p>Mon procureur en Court d'Eglise,</p>
+<a name="p069"></a><span class="pagenum">P. 69</span>
+<p>Devoye environ ung patard,</p>
+<p>Car &agrave; present bien m'en advise,</p>
+<p>Quant chicanner me feit Denise,</p>
+<p>Disant que l'avoye mauldite;</p>
+<p>Pour son ame, qu'&egrave;s cieulx soit mise!</p>
+<p>Ceste Oraison j'ay cy escripte.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE ET ORAISON.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>P&egrave;re No&eacute;, qui plantastes la vigne;</p>
+<p>Vous aussi, Loth, qui bustes au rocher,</p>
+<p>Par tel party qu'Amour, qui gens engigne,</p>
+<p>De vos filles si vous feit approcher,</p>
+<p>Pas ne le dy pour le vous reprocher,</p>
+<p>Architriclin, qui bien sceustes cest art,</p>
+<p>Tous trois vous pry qu'o vous veuillez percher</p>
+<p>L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Jadis extraict il fut de vostre ligne,</p>
+<p>Luy qui beuvoit du meilleur et plus cher;</p>
+<p>Et ne deust-il avoir vaillant ung pigne,</p>
+<p>Certes, sur tous, c'estoit un bon archer;</p>
+<p>On ne luy sceut pot des mains arracher,</p>
+<p>Car de bien boire oncques ne fut faitard.</p>
+<p>Nobles seigneurs, ne souffrez empescher</p>
+<p>L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Comme um viellart qui chancelle et trepign</p>
+<p>L'ay veu souvent, quand il s'alloit coucher;</p>
+<p>Et une foys il se feit une bigne,</p>
+<p>Bien m'en souvient, &agrave; l'estal d'ung boucher.</p>
+<a name="p070"></a><span class="pagenum">P. 70</span>
+<p>Brief, on n'eust s&ccedil;eu en ce monde chercher</p>
+<p>Meilleur pion, pour boire tost et tard.</p>
+<p>Faictes entrer quand vous orrez hucher</p>
+<p>L'&acirc;me du bon feu maistre Jehan Cotard.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince, il n'eust s&ccedil;eu jusqu'&agrave; terre
+cracher;</p>
+<p>Tousjours crioyt: Haro, la gorge m'ard!</p>
+<p>Et si ne sceut oncq sa soif estancher,</p>
+<p>L'&acirc;me du bon feu maistre Jehan Cotard.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, vueil que le jeune Merle</p>
+<p>D&eacute;sormais gouverne mon change,</p>
+<p>Car de changer envys me mesle,</p>
+<p>Pourveu que tousjours baille en change,</p>
+<p>Soit &agrave; priv&eacute;, soit &agrave; estrange,</p>
+<p>Pour trois escus, six brettes targes;</p>
+<p>Pour deux angelotz, ung grand ange:</p>
+<p>Car amans doivent estre larges.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXVII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, j'ay s&ccedil;eu, &agrave; ce voyage,</p>
+<p>Que mes trois povres orphelins</p>
+<p>Sont creus et deviennent en aage,</p>
+<p>Et n'ont pas testes de belins,</p>
+<p>Et qu'enfans d'icy &agrave; Salins</p>
+<p>N'a mieulx saichans leur tour d'escolle;</p>
+<p>Or, par l'ordre des Mathelins,</p>
+<p>Telle jeunesse n'est pas folle.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p071"></a><span class="pagenum">P.
+71</span>
+<p>CXVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Si vueil qu'ilz voysent &agrave; l'estude;</p>
+<p>O&ugrave;? chez maistre Pierre Richer.</p>
+<p>Le <i>Donnait</i> est pour eulx trop rude:</p>
+<p>J&agrave; ne les y vueil empescher.</p>
+<p>Ilz s&ccedil;auront, je l'ayme plus cher:</p>
+<p><i>Ave salus, tibi decus</i>,</p>
+<p>Sans plus grandes lettres chercher:</p>
+<p>Tousjours n'ont pas clercs le dessus.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXIX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Cecy estudient, et puis ho!</p>
+<p>Plus proc&eacute;der je leur deffens.</p>
+<p>Quant d'entendre le grand <i>Credo</i>,</p>
+<p>Trop fort il est pour telz enfans.</p>
+<p>Mon grant tabard en deux je fendz:</p>
+<p>Si vueil que la moicti&eacute; s'en vende,</p>
+<p>Pour eulx en achepter des flans,</p>
+<p>Car jeunesse est ung peu friande.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et veuil qu'ilz soyent informez</p>
+<p>En meurs, quoy que couste bature;</p>
+<p>Chapperons auront enfermez,</p>
+<p>Et les poulces soubz la ceincture;</p>
+<p>Humbles &agrave; toute cr&eacute;ature;</p>
+<p>Disans: <i>Hen? Quoy? Il n'en est rien!</i></p>
+<p>Si diront gens, par adventure:</p>
+<p>&laquo;Voycy enfans de lieu de bien!&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXXI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; mes pouvres clergeons,</p>
+<p>Auxquelz mes titres je resigne,</p>
+<a name="p072"></a><span class="pagenum">P. 72</span>
+<p>Beaulx enfans et droictz comme joncs,</p>
+<p>Les voyans, je m'en dessaisine,</p>
+<p>Et, sans recevoir, leur assigne,</p>
+<p>Seur comme qui l'auroit en paulme,</p>
+<p>A une certain jour que l'on signe,</p>
+<p>Sur l'hostel de Guesdry Guillaume.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXXII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quoy que jeunes et esbatans</p>
+<p>Soyent, en rien ne me desplaist;</p>
+<p>Dedans vingt, trente ou quarante ans</p>
+<p>Bien autres seront, se Dieu plaist.</p>
+<p>Il faict mal qui ne leur complaist,</p>
+<p>Car ce sont beaux enfans et gents;</p>
+<p>Et qui les bat ne fiert, fol est,</p>
+<p>Car enfans si deviennent gens.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXXIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Les bourses des Dix-et-huict clers</p>
+<p>Auront; je m'y vueil travailler:</p>
+<p>Pas ilz ne dorment comme lerz,</p>
+<p>Qui trois mois sont sans resveiller.</p>
+<p>Au fort, triste est le sommeiller</p>
+<p>Qui faict aise jeune en jeunesse,</p>
+<p>Tant qu'enfin luy faille veiller,</p>
+<p>Quant reposer deust en vieillesse.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXXIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Cy en escris au collateur</p>
+<p>Lettres semblables et pareilles:</p>
+<p>Or prient pour leur bienfaicteur,</p>
+<p>Ou qu'on leur tire les oreilles.</p>
+<p>Aucunes gens ont grand merveilles,</p>
+<p>Que tant m'encline envers ces deux;</p>
+<a name="p073"></a><span class="pagenum">P. 73</span>
+<p>Mais, foy que doy, festes et veilles,</p>
+<p>Oncques ne vey les m&egrave;res d'eulx!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXXV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, et &agrave; Michault Culdou,</p>
+<p>Et &agrave; sire Charlot Taranne,</p>
+<p>Cent solz: s'ilz demandent prins o&ugrave;?</p>
+<p>Ne leur chaille; ils viendront de manne;</p>
+<p>Et unes houses de basanne,</p>
+<p>Autant empeigne que semelle;</p>
+<p>Pourveu qu'ils me saulveront Jehanne,</p>
+<p>Et autant une autre comme elle.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXXVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, au seigneur de Grigny,</p>
+<p>Auquel jadis laissay Vicestre,</p>
+<p>Je donne la tour de Billy,</p>
+<p>Pourveu, se huys y a ne fenestre</p>
+<p>Qui soit ne debout ne en estre,</p>
+<p>Qu'il mette tr&egrave;s bien tout appoinct:</p>
+<p>Face argent &agrave; dextre, &agrave; senestre:</p>
+<p>Il m'en fault, et il n'en a point.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXXVII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; Thibault de la Garde:</p>
+<p>Thibault? je mentz, il a nom Jehan;</p>
+<p>Que luy donray-je, que ne perde?</p>
+<p>Assez ay perdu tout cest an.</p>
+<p>Dieu le vueille pourvoir, <i>amen...!</i></p>
+<p>Le barillet? par m'ame, voyre!</p>
+<p>Genevoys est le plus ancien,</p>
+<p>Et plus beau nez a pour y boyre.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p074"></a><span class="pagenum">P.
+74</span>
+<p>CXXVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, je donne &agrave; Basanyer,</p>
+<p>Notaire et greffier criminel,</p>
+<p>De giroffle plain ung panyer,</p>
+<p>Prins chez maistre Jehan de Ruel.</p>
+<p>Tant &agrave; Mautainct; tant &agrave; Rosnel;</p>
+<p>Et, avec ce don de giroffle,</p>
+<p>Servir, de cueur gent et ysnel,</p>
+<p>Le seigneur qui sert sainct Cristofle,</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXXIX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Auquel ceste Ballade donne,</p>
+<p>Pour sa dame, qui tous biens a.</p>
+<p>S'Amour ainsi tous ne guerdonne,</p>
+<p>Je ne m'esbahys de cela;</p>
+<p>Car au Pas conquest&eacute; celle a</p>
+<p>Que tint Ren&eacute;, roy de Cecille,</p>
+<p>O&ugrave; si bien fist et peu parla</p>
+<p>Qu'oncques Hector feit, ne Tro&iuml;le.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Que Villon donna &agrave; un gentilhomme, nouvellement
+mari&eacute;, pour</p>
+<p>l'envoyer &agrave; son espouse, par luy conquise &agrave;
+l'esp&eacute;e.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Au poinct du jour, que l'esprevier se bat,</p>
+<p>Meu de plaisir et par noble coustume,</p>
+<p>Bruyt il demaine et de joye s'esbat,</p>
+<p>Re&ccedil;oit son per et se joint &agrave; la plume:</p>
+<p>Ainsi vous vueil, &agrave; ce d&eacute;sir m'allume.</p>
+<a name="p075"></a><span class="pagenum">P. 75</span>
+<p>Joyeusement ce qu'aux amans bon semble.</p>
+<p>Sachez qu'Amour l'escript en son volume,</p>
+<p>Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Dame serez de mon cueur, sans debat,</p>
+<p>Entierement, jusques mort me consume.</p>
+<p>Laurier so&uuml;ef qui pour mon droit combat,</p>
+<p>Olivier franc, m'ostant toute amertume.</p>
+<p>Raison ne veult que je desaccoustume,</p>
+<p>Et en ce vueil avec elle m'assemble,</p>
+<p>De vous servir, mais que m'y accoustume;</p>
+<p>Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et qui plus est, quand dueil sur moy s'embat,</p>
+<p>Par fortune qui sur moy si se fume,</p>
+<p>Vostre doulx oeil sa malice rabat,</p>
+<p>Ne plus ne moins que le vent faict la fume.</p>
+<p>Si ne perds pas la graine que je sume</p>
+<p>En vostre champ, car le fruict me ressemble:</p>
+<p>Dieu m'ordonne que le fouysse et fume;</p>
+<p>Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Princesse, oyez ce que cy vous resume:</p>
+<p>Que le mien cueur du vostre desassemble</p>
+<p>J&agrave; ne sera: tant de vous en presume;</p>
+<p>Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXXX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; sire Jehan Perdryer,</p>
+<p>Riens, n'&agrave; Fran&ccedil;oys, son second
+fr&egrave;re.</p>
+<a name="p076"></a><span class="pagenum">P. 76</span>
+<p>Si m'ont-ilz voulu aydier,</p>
+<p>Et de leurs biens faire confr&egrave;re;</p>
+<p>Combien que Fran&ccedil;oys, mon comp&egrave;re,</p>
+<p>Contre langues flambans et rouges,</p>
+<p>Sans commandement, sans pri&egrave;re,</p>
+<p>Me recommanda fort &agrave; Bourges.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXXXI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Si aille veoir en Taillevent,</p>
+<p>Ou chapitre de fricassure,</p>
+<p>Tout au long, derri&egrave;re et devant,</p>
+<p>Lequel n'en parle jus ne sure;</p>
+<p>Mais &agrave; Macquaire vous asseure,</p>
+<p>A tout le poil cuysant ung dyable,</p>
+<p>Affin que sentist bon l'arsure,</p>
+<p>Ce <i>Recipe</i> m'escript, sans fable.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>En reagal, en arsenic rocher,</p>
+<p>En orpigment, en salpestre et chaulx vive;</p>
+<p>En plomb boillant, pour mieulx les esmorcher;</p>
+<p>En suif et poix, destrampez de lessive</p>
+<p>Faicte d'estronts et de pissat de Juifve;</p>
+<p>En lavaille de jambes &agrave; meseaulx;</p>
+<p>En raclure de piedz et vieulx houseaulx;</p>
+<p>En sang d'aspic et drogues venimeuses;</p>
+<p>En fiel de loups, de regnards et blereaux,</p>
+<p>Soient frittes ces langues envieuses!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>En cervelle de chat qui hayt pescher,</p>
+<p>Noir, et si vieil qu'il n'ait dent en gencive;</p>
+<a name="p077"></a><span class="pagenum">P. 77</span>
+<p>D'ung vieil mastin, qui vault bien aussi cher</p>
+<p>Tout enrag&eacute;, en sa bave et salive;</p>
+<p>En l'escume d'une mulle poussive,</p>
+<p>Detrench&eacute;e menu &agrave; bons ciseaulx;</p>
+<p>En eau o&ugrave; ratz plongent groings et museaulx,</p>
+<p>Raines, crapauds, telz bestes dangereuses,</p>
+<p>Serpens, lezards, et telz nobles oyseaulx,</p>
+<p>Soient frittes ces langues envieuses!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>En sublim&eacute;, dangereux &agrave; toucher;</p>
+<p>Et au nombril d'une couleuvre vive;</p>
+<p>En sang qu'on mect en poylettes secher,</p>
+<p>Chez ces barbiers, quand plaine lune arrive,</p>
+<p>Dont l'ung est noir, l'autre plus vert que cive,</p>
+<p>En chancre et fix, et en ces ords cuveaulx</p>
+<p>O&ugrave; nourrices essangent leurs drappeaulx;</p>
+<p>En petits baings de filles amoureuses</p>
+<p>Qui n'entendent qu'&agrave; suivre les bordeaulx,</p>
+<p>Soient frittes ces langues envieuses!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince, passez tous ces friands morceaux,</p>
+<p>S'estamine n'avez, sacs ou bluteaux,</p>
+<p>Parmy le fons d'unes brayes breneuses;</p>
+<p>Mais, paravant, en estronts de pourceaulx</p>
+<p>Soient frittes ces langues envieuses!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXXXII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; maistre Jehan Courault,</p>
+<p>Les Contredictz Franc-Gontier mande:</p>
+<a name="p078"></a><span class="pagenum">P. 78</span>
+<p>Quant du Tyrant seant en hault,</p>
+<p>A cestuy-l&agrave; rien ne demande;</p>
+<p>Le saige ne veult que contende,</p>
+<p>Contre puissant, pouvre homme las,</p>
+<p>Affin que ses filez ne tende,</p>
+<p>Et que ne tresbuche en ses laqs.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXXXIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Gontier ne crains: il n'a nulz hommes</p>
+<p>Et mieulx que moy n'est herit&eacute;;</p>
+<p>Mais en ce debat cy nous sommes,</p>
+<p>Car il loue sa pouvret&eacute;:</p>
+<p>Estre pouvre, yver et est&eacute;,</p>
+<p>A felicit&eacute; il repute,</p>
+<p>Ce que tiens &agrave; malheuret&eacute;.</p>
+<p>Lequel &agrave; tort? Or en dispute.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Intitul&eacute;e: <i>Les Contredictz de Franc-Gontier</i></p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Sur mol duvet assis, ung gras chanoine,</p>
+<p>Lez ung brasier, en chambre bien natt&eacute;e,</p>
+<p>A son cost&eacute; gisant dame Sydoine,</p>
+<p>Blanche, tendre, pollie et attaint&eacute;e:</p>
+<p>Boire ypocras, &agrave; jour et &agrave; nuyct&eacute;e,</p>
+<p>Rire, jouer, mignonner et baiser,</p>
+<p>Et nud &agrave; nud, pour mieulx des corps s'ayser,</p>
+<p>Les vy tous deux, par un trou de mortaise:</p>
+<p>Lors je congneuz que, pour dueil appaiser,</p>
+<p>Il n'est tresor que de vivre &agrave; son aise.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p079"></a><span class="pagenum">P.
+79</span>
+<p>Se Franc-Gontier et sa compaigne Heleine</p>
+<p>Eussent tousjours tel douce vie hant&eacute;e,</p>
+<p>D'oignons, civetz, qui causent forte alaine,</p>
+<p>N'en comptassent une bise tost&eacute;e.</p>
+<p>Tout leur mathon, ne toute leur pot&eacute;e,</p>
+<p>Ne prise ung ail, je le dy sans noysier.</p>
+<p>S'ilz se vantent coucher soubz le rosier,</p>
+<p>Ne vault pas mieulx lict costoy&eacute; de chaise?</p>
+<p>Qu'en dictes-vous? Faut-il &agrave; ce muser?</p>
+<p>Il n'est tresor que de vivre &agrave; son aise.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>De gros pain bis vivent, d'orge, d'avoine,</p>
+<p>Et boivent eau, tout au long de l'ann&eacute;e.</p>
+<p>Tous les oyseaulx d'icy en Babyloine</p>
+<p>A tel escot une seule journ&eacute;e</p>
+<p>Ne me tiendroient, non une matin&eacute;e.</p>
+<p>Or s'esbate, de par Dieu, Franc-Gontier,</p>
+<p>Hel&egrave;ne o luy, soubz le bel esglantier;</p>
+<p>Si bien leur est, n'ay cause qu'il me poise;</p>
+<p>Mais, quoy qu'il soit du laboureux mestier,</p>
+<p>Il n'est tresor que de vivre &agrave; son aise.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince, jugez, pour tous nous accorder.</p>
+<p>Quant est &agrave; moy, mais qu'&agrave; nul n'en
+desplaise,</p>
+<p>Petit enfant, j'ay ouy recorder</p>
+<p>Qu'il n'est tresor que de vivre &agrave; son aise.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXXXIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, pour ce que s&ccedil;ait la Bible,</p>
+<p>Mademoyselle de Bruy&egrave;res,</p>
+<a name="p080"></a><span class="pagenum">P. 80</span>
+<p>Donne prescher, hors l'Evangile,</p>
+<p>A elle et &agrave; ses bachelieres,</p>
+<p>Pour retraire ces villoti&egrave;res</p>
+<p>Qui ont le bec si affil&eacute;,</p>
+<p>Mais que ce soit hors cymeti&egrave;res,</p>
+<p>Trop bien au march&eacute; au fil&eacute;.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE</p>
+<p>DES FEMMES DE PARIS.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quoy qu'on tient belles langagi&egrave;res</p>
+<p>Florentines, Veniciennes,</p>
+<p>Assez pour estre messaigi&egrave;res,</p>
+<p>Et mesmement les anciennes;</p>
+<p>Mais, soient Lombardes, Rommaines,</p>
+<p>Genevoises, &agrave; mes perilz,</p>
+<p>Piemontoises, Savoysiennes,</p>
+<p>Il n'est bon bec que de Paris.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>De tr&egrave;s beau parler tiennent chaires,</p>
+<p>Ce dit-on, les Napolitaines,</p>
+<p>Et que sont bonnes cacquetoeres</p>
+<p>Allemanses et Bruciennes;</p>
+<p>Soient Grecques, Egyptiennes,</p>
+<p>De Hongrie ou d'autre pays,</p>
+<p>Espaignolles ou Castellannes,</p>
+<p>Il n'est bon bec que de Paris.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Brettes, Suysses, n'y s&ccedil;avent gu&egrave;res,</p>
+<p>Ne Gasconnes et Tholouzaines;</p>
+<a name="p081"></a><span class="pagenum">P. 81</span>
+<p>Du Petit-Pont deux harang&egrave;res</p>
+<p>Les concluront, et les Lorraines,</p>
+<p>Anglesches ou Callaisiennes,</p>
+<p>(Ay je beaucoup de lieux compris?)</p>
+<p>Picardes, de Valenciennes;</p>
+<p>Il n'est bon bec que de Paris.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince, aux dames parisiennes</p>
+<p>De bien parler donnez le prix;</p>
+<p>Quoy qu'on die d'Italiennes,</p>
+<p>Il n'est bon bec que de Paris.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXXXV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Regarde-m'en deux, trois, assises</p>
+<p>Sur le bas du ply de leurs robes,</p>
+<p>En ces monstiers, en ces eglises;</p>
+<p>Tire t'en pr&egrave;s, et ne t'en hobes;</p>
+<p>Tu trouveras l&agrave; que Macrobes</p>
+<p>Oncques ne fist tels jugemens;</p>
+<p>Entens: quelque chose en desrobes;</p>
+<p>Ce sont tous beaulx enseignemens.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXXXVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, et au mont de Montmartre,</p>
+<p>Qui est ung lieu moult ancien,</p>
+<p>Je lui donne et adjoincts le tertre.</p>
+<p>Qu'on dit de mont Valerien;</p>
+<p>Et, oultre plus, d'ung quartier d'an</p>
+<p>Du pardon qu'apportay de Romme:</p>
+<p>Sy yra maint bon paroissien,</p>
+<p>En l'abbaye ou il n'entre homme.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p082"></a><span class="pagenum">P.
+82</span>
+<p>CXXXVII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, valetz et chambri&egrave;res</p>
+<p>De bons hostelz (rien ne me nuyst),</p>
+<p>Faisans tartes, flans et goy&egrave;res,</p>
+<p>Et grant rallias &agrave; minuict:</p>
+<p>Riens n'y font sept pintes ne huict,</p>
+<p>Tant que gisent Seigneur et dame;</p>
+<p>Puis apr&egrave;s, sans mener grant bruyt,</p>
+<p>Je leur ramentoy le jeu d'asne.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXXXVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, et &agrave; filles de bien,</p>
+<p>Qui ont p&egrave;res, m&egrave;res et antes,</p>
+<p>Par m'ame! je ne donne rien;</p>
+<p>Tout ont eu varletz et servantes;</p>
+<p>Se fussent-ilz de pou contentes,</p>
+<p>Grant bien leur feissent maintz lopins,</p>
+<p>Aux povres filles advenantes,</p>
+<p>Qui se perdent aux Jacopins.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXXXIX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Aux C&eacute;lestins et aux Chartreux,</p>
+<p>Quoy que vie meinent estroicte,</p>
+<p>Si ont-ilz largement entre eulx,</p>
+<p>Dont povres filles ont souffrette:</p>
+<p>Tesmoing Jaqueline et Perrette,</p>
+<p>Et Isabeau, qui dit: <i>Enn&eacute;!</i></p>
+<p>Puis qu'ilz ont eu telle disette,</p>
+<p>A peine en seroit-on damn&eacute;.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXL.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; la grosse Margot,</p>
+<p>Tr&egrave;s doulce face et pourtraicture,</p>
+<p>Foy que doy <i>Brelare Bigod,</i></p>
+<a name="p083"></a><span class="pagenum">P. 83</span>
+<p>Assez devote creature.</p>
+<p>Je l'ayme de propre nature,</p>
+<p>Et elle moy, la doulce sade.</p>
+<p>Qui la trouvera d'adventure,</p>
+<p>Qu'on luy lise ceste Ballade.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE</p>
+<p>DE VILLON ET DE LA GROSSE MARGOT.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Se j'ayme et sers la belle de bon haict,</p>
+<p>M'en devez-vous tenir &agrave; vil ne sot?</p>
+<p>Elle a en soy des biens &agrave; fin souhaict.</p>
+<p>Pour son amour ceings bouclier et passot.</p>
+<p>Quand viennent gens, je cours et happe un pot:</p>
+<p>Au vin m'en voys, sans demener grand bruyt.</p>
+<p>Je leur tendz eau, frommage, pain et fruict,</p>
+<p>S'ils payent bien, je leur dy que bien <i>stat</i>:</p>
+<p>&laquo;Retournez cy, quand vous serez en ruyt,</p>
+<p>En ce bourdel o&ugrave; tenons nostre estat!&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Mais, tost apr&egrave;s, il y a grant deshait,</p>
+<p>Quand sans argent s'en vient coucher Margot;</p>
+<p>Veoir ne la puis; mon cueur &agrave; mort la hait.</p>
+<p>Sa robe prens, demy-ceinct et surcot:</p>
+<p>Si luy prometz qu'ilz tiendront pour l'escot.</p>
+<p>Par les costez si se prend, l'Antechrist</p>
+<p>Crie, et jure par la mort Jesuchrist,</p>
+<p>Que non fera. Lors j'enpongne ung esclat,</p>
+<p>Dessus le nez luy en fais ung escript,</p>
+<p>En ce bourdel o&ugrave; tenons nostre estat.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p084"></a><span class="pagenum">P.
+84</span>
+<p>Puis paix se faict, et me lasche ung gros pet</p>
+<p>Plus enfl&eacute;e qu'ung venimeux scarbot.</p>
+<p>Riant, m'assiet le poing sur mon sommet,</p>
+<p>Gogo me dit, et me fiert le jambot.</p>
+<p>Tous deux yvres, dormons comme ung sabot;</p>
+<p>Et, au reveil, quand le ventre luy bruyt,</p>
+<p>Monte sur moy, qu'el ne gaste son fruit.</p>
+<p>Soubz elle geins; plus qu'ung aiz me faict plat;</p>
+<p>De paillarder tout elle me destruict,</p>
+<p>En ce bourdel o&ugrave; tenons nostre estat.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Vente, gresle, gelle, j'ay mon pain cuict!</p>
+<p>Je suis paillard, la paillarde me suit.</p>
+<p>Lequel vault mieux, chascun bien s'entresuit.</p>
+<p>L'ung l'autre vault: c'est &agrave; mau chat mau rat.</p>
+<p>Ordure amons, ordure nous affuyt.</p>
+<p>Nous deffuyons honneur, il nous deffuyt,</p>
+<p>En ce bourdel o&ugrave; tenons nostre estat.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXLI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; Marion l'Ydolle,</p>
+<p>Et la grand Jehanne de Bretaigne,</p>
+<p>Donne tenir publique escolle,</p>
+<p>O&ugrave; l'escolier le maistre enseigne.</p>
+<p>Lieu n'est o&ugrave; ce march&eacute; ne tienne,</p>
+<p>Sinon en la grille de Mehun;</p>
+<p>De quoy je dy: Fy de l'enseigne,</p>
+<p>Puis que l'ouvrage est si commun!</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p085"></a><span class="pagenum">P.
+85</span>
+<p>CXLII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; No&euml; le Jolys,</p>
+<p>Autre chose je ne luy donne,</p>
+<p>Fors plein poing d'osiers frez cueilliz</p>
+<p>En mon jardin; je l'abandonne.</p>
+<p>Chastoy est une belle aulmosne;</p>
+<p>Ame n'en doit estre marry.</p>
+<p>Unze vingtz coups lui en ordonne,</p>
+<p>Par les mains de maistre Henry.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXLIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, ne s&ccedil;ay que &agrave; l'Hostel-Dieu</p>
+<p>Donner, n'aux povres hospitaulx;</p>
+<p>Bourdes n'ont icy temps ne lieu,</p>
+<p>Car povres gens ont assez maulx.</p>
+<p>Chascun leur envoye leurs os.</p>
+<p>Les Mandians ont eu mon oye;</p>
+<p>Au fort, ilz en auront les os:</p>
+<p>A menues gens menue monnoye.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXLIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, je donne &agrave; mon barbier,</p>
+<p>Qui se nomme Colin Galerne,</p>
+<p>Pr&egrave;s voysin d'Angelot l'Herbier,</p>
+<p>Ung gros glasson... Prins o&ugrave;? En Marne,</p>
+<p>Affin qu'&agrave; son ayse s'yverne.</p>
+<p>De l'estomach le tienne pr&egrave;s.</p>
+<p>Se l'yver ainsi se gouverne,</p>
+<p>Il n'aura chault l'est&eacute; d'apr&egrave;s.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXLV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, rien aux Enfans-Trouvez;</p>
+<p>Mais les perduz fault que console,</p>
+<a name="p086"></a><span class="pagenum">P. 86</span>
+<p>Si doivent estre retrouvez,</p>
+<p>Par droict, sur Marion l'Ydolle.</p>
+<p>Une le&ccedil;on de mon escolle</p>
+<p>Leur liray, qui ne dure gui&egrave;re.</p>
+<p>Teste n'ayent dure ne folle,</p>
+<p>Mais escoutent: c'est la derni&egrave;re!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BELLE LE&Ccedil;ON</p>
+<p>DE VILLON, AUX ENFANS PERDUZ.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Beaux enfans, vous perdez la plus</p>
+<p>Belle rose de vo chapeau,</p>
+<p>Mes clers apprenans comme glu;</p>
+<p>Se vous allez &agrave; Montpippeau</p>
+<p>Ou &agrave; Ruel, gardez la peau:</p>
+<p>Car, pour s'esbatre en ces deux lieux,</p>
+<p>Cuydant que vaulsist le rappeau,</p>
+<p>La perdit Colin de Cayeulx.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ce n'est pas ung jeu de trois mailles,</p>
+<p>O&ugrave; va corps, et peut-estre l'ame:</p>
+<p>S'on perd, rien n'y sont repentailles,</p>
+<p>Qu'on ne meure &agrave; honte et diffame;</p>
+<p>Et qui gaigne, n'a pas &agrave; femme</p>
+<p>Dido la royne de Cartage.</p>
+<p>L'homme est donc bien fol et infame,</p>
+<p>Qui, pour si peu, couche tel gage.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Qu'ung chascun encore m'escoute:</p>
+<p>On dit, et il est v&eacute;rit&eacute;,</p>
+<a name="p087"></a><span class="pagenum">P. 87</span>
+<p>Que charret&eacute;e se boyt toute,</p>
+<p>Au feu l'yver, au bois l'est&eacute;.</p>
+<p>S'argent avez, il n'est ent&eacute;;</p>
+<p>Mais le despendez tost et viste.</p>
+<p>Qui en voyez-vous h&eacute;rit&eacute;?</p>
+<p>Jamais mal acquest ne proffite.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE</p>
+<p>DE BONNE DOCTRINE,</p>
+<p>A ceux de mauvaise vie.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Car ou soyes porteur de bulles,</p>
+<p>Pipeur ou hazardeur de dez,</p>
+<p>Tailleur de faulx coings, tu te brusles,</p>
+<p>Comme ceux qui sont eschaudez,</p>
+<p>Traistres pervers, de foy vuydez;</p>
+<p>Soyes larron, ravis ou pilles:</p>
+<p>O&ugrave; en va l'acquest, que cuydez?</p>
+<p>Tout aux tavernes et aux filles.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ryme, raille, cymballe, luttes,</p>
+<p>Comme folz, faintis, eshontez;</p>
+<p>Farce, broille, joue des flustes;</p>
+<p>Fais, &egrave;s villes et &egrave;s cit&eacute;s,</p>
+<p>Fainctes, jeux et moralitez;</p>
+<p>Gaigne au berlan, au glic, aux quilles:</p>
+<p>O&ugrave; s'en va tout? Or escoutez:</p>
+<p>Tout aux tavernes et aux filles.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p088"></a><span class="pagenum">P.
+88</span>
+<p>De telz ordures te reculles;</p>
+<p>Laboure, fauche champs et prez;</p>
+<p>Serz et panse chevaulx et mulles,</p>
+<p>S'aucunement tu n'es lettrez;</p>
+<p>Assez auras, se prens en grez.</p>
+<p>Mais, se chanvre broyes ou tilles,</p>
+<p>O&ugrave; tend ton labour qu'as ouvrez?</p>
+<p>Tout aux tavernes et aux filles.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Chausses, pourpoinctz esguilletez,</p>
+<p>Robes, et toutes vos drapilles,</p>
+<p>Ains que cessez, vous porterez</p>
+<p>Tout aux tavernes et aux filles.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXLVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>A vous parle, compaings de galles,</p>
+<p>Qui estes de tous bons accors;</p>
+<p>Gardez-vous tous de ce mau hasles,</p>
+<p>Qui noircist gens quand ils sont mortz;</p>
+<p>Eschevez-le, c'est ung mal mors;</p>
+<p>Passez-vous-en mieulx que pourrez;</p>
+<p>Et, pour Dieu, soyez tous recors</p>
+<p>Qu'une fois viendra que mourrez.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXLVII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, je donne aux Quinze-Vingtz,</p>
+<p>Qu'autant vauldroit nommer Trois-Cens</p>
+<p>De Paris, non pas de Provins,</p>
+<p>Car &agrave; eulx tenu je me sens.</p>
+<p>Ilz auront, et je m'y consens,</p>
+<a name="p089"></a><span class="pagenum">P. 89</span>
+<p>Sans les estuis, mes grans lunettes,</p>
+<p>Pour mettre &agrave; part, aux Innocens,</p>
+<p>Les gens de bien des deshonnestes.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXLVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Icy n'y a ne rys ne jeu.</p>
+<p>Que leur vault avoir eu chevances,</p>
+<p>N'en grans lictz de parement geu,</p>
+<p>Engloutir vin, engrossir panses,</p>
+<p>Mener joye, festes et danses,</p>
+<p>Et de ce prest estre &agrave; toute heure?</p>
+<p>Tantost faillent telles plaisances,</p>
+<p>Et la coulpe si en demeure.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXLIX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quand je consid&egrave;re ces testes</p>
+<p>Entass&eacute;es en ces charniers,</p>
+<p>Tous furent maistres des requestes,</p>
+<p>Ou tous de la Chambre aux Deniers,</p>
+<p>Ou tous furent porte-paniers;</p>
+<p>Autant puis l'ung que l'autre dire,</p>
+<p>Car, d'evesques ou lanterniers,</p>
+<p>Je n'y congnois rien a redire.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CL.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et icelles qui s'inclinoient</p>
+<p>Unes contre autres en leur vies;</p>
+<p>Desquelles les unes regnoient,</p>
+<p>Des autres craintes et servies:</p>
+<p>L&agrave; les voy toutes assouvies,</p>
+<p>Ensemble en ung tas pesle-mesle.</p>
+<p>Seigneuries leur sont ravies;</p>
+<p>Clerc ne maistre ne s'y appelle.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p090"></a><span class="pagenum">P.
+90</span>
+<p>CLI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Or sont-ilz mortz, Dieu ayt leurs &acirc;mes!</p>
+<p>Quant est des corps, ils sont pourriz.</p>
+<p>Ayent est&eacute; seigneurs ou dames,</p>
+<p>Souef et tendrement nourriz</p>
+<p>De cresme, froment&eacute;e ou riz,</p>
+<p>Leurs os sont declinez en pouldre,</p>
+<p>Auxquelz ne chault d'esbat, ne riz...</p>
+<p>Plaise au doulx Jesus les absouldre!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Aux trespassez je fais ce lays,</p>
+<p>Et icelluy je communique</p>
+<p>A regentz, courtz, sieges et plaids,</p>
+<p>Hayneurs d'avarice l'inique,</p>
+<p>Lesquelz pour la chose publique</p>
+<p>Se seichent les os et les corps:</p>
+<p>De Dieu et de sainct Dominique</p>
+<p>Soient absolz, quand ilz seront mortz</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LAYS.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Au retour de dure prison,</p>
+<p>O&ugrave; j'ay laiss&eacute; presque la vie,</p>
+<p>Se Fortune a sur moy envie,</p>
+<p>Jugez s'elle fait mesprison!</p>
+<p>Il me semble que, par raison,</p>
+<p>Elle deust bien estre assouvie,</p>
+<p class="i8">Au retour.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p091"></a><span class="pagenum">P.
+91</span>
+<p>Cecy plain est de desraison,</p>
+<p>Qui vueille que de tout desvie;</p>
+<p>Plaise &agrave; Dieu que l'ame ravie</p>
+<p>En soit, lassus, en sa maison,</p>
+<p class="i8">Au retour!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, donne &agrave; maistre Lomer,</p>
+<p>Comme extraict que je suis de f&eacute;e,</p>
+<p>Qu'il soit bien am&eacute;; mais, d'amer</p>
+<p>Fille en chief ou femme co&euml;ff&eacute;e,</p>
+<p>J&agrave; n'en ayt la teste eschauff&eacute;e,</p>
+<p>Ce qui ne luy couste une noix,</p>
+<p>Faire ung soir pour soy la fast&eacute;e,</p>
+<p>En despit d'Auger le Danois.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, rien &agrave; Jaques Cardon,</p>
+<p>Car je n'ay rien pour luy honneste.</p>
+<p>Non pas que le jette &agrave; bandon</p>
+<p>Sinon cette Bergeronnette:</p>
+<p>S'elle eust le chant <i>Marionnette</i>,</p>
+<p>Faict por Marion la Peau-Tarde,</p>
+<p>D'un <i>Ouvrez vostre huys, Guillemette</i>,</p>
+<p>Elle allast bien &agrave; la moustarde.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item donne aux amans enfermes,</p>
+<p>Oultre le lay Alain Chartier,</p>
+<p>A leurs chevetz, de pleurs et lermes</p>
+<p>Trestout fin plain ung benoistier,</p>
+<a name="p092"></a><span class="pagenum">P. 92</span>
+<p>Et ung petit brin d'esglantier,</p>
+<p>En tout temps verd, pour gouppillon,</p>
+<p>Pourveu qu'ilz diront ung <i>Psaultier</i></p>
+<p>Pour l'ame du pouvre Villon.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; maistre Jacques James,</p>
+<p>Qui se tue d'amasser biens,</p>
+<p>Donne fiancer tant de femmes</p>
+<p>Qu'il vouldra; mais d'espouser, riens</p>
+<p>Pour qui amasse-il? Pour les siens.</p>
+<p>Il ne plainct fors que ses morceaulx;</p>
+<p>Ce qui fut aux truyes, je tiens</p>
+<p>Qu'il doit de droit estre aux pourceaulx.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLVII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, le Camus Seneschal,</p>
+<p>Qui une fois paya mes debtes,</p>
+<p>En recompense, mareschal,</p>
+<p>Pour ferrer o&euml;s et canettes.</p>
+<p>Je luy envoye ces sornettes,</p>
+<p>Pour soy desennuyer; combien,</p>
+<p>Si veult, face-en des alumettes.</p>
+<p>De bien chanter s'ennuye-on bien.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, au Chevalier du Guet</p>
+<p>Je donne deux beaulx petitz pages,</p>
+<p>Philippot et le gros Marquet,</p>
+<p>Qui ont servy, dont sont plus sages,</p>
+<p>La plus grant partie de leurs aages,</p>
+<p>Tristan, prevost des mareschaulx.</p>
+<p>H&eacute;las, s'ilz sont cassez de gaiges,</p>
+<p>Aller leur fauldra tous deschaulx!</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p093"></a><span class="pagenum">P.
+93</span>
+<p>CLIX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, au Chappelain je laisse</p>
+<p>Ma chapelle &agrave; simple tonsure,</p>
+<p>Charg&eacute;e d'une seiche messe,</p>
+<p>O&ugrave; il ne fault pas grand lecture.</p>
+<p>Resign&eacute; luy eusse ma cure,</p>
+<p>Mais point ne veult de charge d'ames;</p>
+<p>De confesser, ce dit, n'a cure,</p>
+<p>Sinon chambri&egrave;res et dames.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Pour ce que s&ccedil;ait bien mon entente,</p>
+<p>Jehan de Calays, honnorable homme,</p>
+<p>Qui ne me veit des ans a trente,</p>
+<p>Et ne s&ccedil;ait comment je me nomme,</p>
+<p>De tout ce Testament, en somme,</p>
+<p>S'aucune y a difficult&eacute;,</p>
+<p>Oster jusqu'au rez d'une pomme</p>
+<p>Je luy en donne facult&eacute;.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLXI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>De le gloser et commenter,</p>
+<p>De le diffinir ou prescripre,</p>
+<p>Diminuer ou augmenter;</p>
+<p>De le canceller ou transcripre</p>
+<p>De sa main, ne sceust-il escripre;</p>
+<p>Interpreter, et donner sens,</p>
+<p>A son plaisir, meilleur ou pire;</p>
+<p>A tout ceci je m'y consens.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLXII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et s'aucun, dont n'ay congnoissance,</p>
+<p>Estoit all&eacute; de mort &agrave; vie,</p>
+<a name="p094"></a><span class="pagenum">P. 94</span>
+<p>Audict Calais donne puissance,</p>
+<p>Affin que l'ordre soit suyvie</p>
+<p>Et mon ordonnance assouvie,</p>
+<p>Que ceste aulmosne ailleurs transporte,</p>
+<p>Sans se l'appliquer par envie;</p>
+<p>A son ame je m'en rapporte.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLXIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, j'ordonne &agrave; Saincte-Avoye,</p>
+<p>Et non ailleurs, ma sepulture;</p>
+<p>Et, affin que chascun me voye,</p>
+<p>Non pas en chair, mais en paincture,</p>
+<p>Que l'on tire mon estature</p>
+<p>D'ancre, s'il ne coustoit trop cher.</p>
+<p>De tumbel? Rien; je n'en ay cure,</p>
+<p>Car il greveroit le plancher.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLXIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, vueil qu'autour de ma fosse</p>
+<p>Ce que s'ensuyt, sans autre histoire,</p>
+<p>Soit escript, en lettre assez grosse;</p>
+<p>Et qui n'auroit point d'escriptoire,</p>
+<p>De charbon soit, ou pierre noire,</p>
+<p>Sans en rien entamer le plastre:</p>
+<p>Au moins sera de moy memoire</p>
+<p>Telle qu'il est d'ung bon folastre.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLXV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CY GIST ET DORT EN CE SOLLIER,</p>
+<p>QU'AMOUR OCCIST DE SON RAILLON,</p>
+<p>UNG POUVRE PETIT ESCOLLIER,</p>
+<p>QUI FUT NOMM&Eacute; FRAN&Ccedil;OIS VILLON.</p>
+<p>ONCQUES DE TERRE N'EUT SILLON.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p095"></a><span class="pagenum">P.
+95</span>
+<p>TESTAMENT.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>IL DONNA TOUT, CHASCUN LE SCET:</p>
+<p>TABLE, TRETTEAULX, PAIN, CORBILLON.</p>
+<p>POUR DIEU, DICTES-EN CE VERSET.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><b>RONDEAU</b>.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Repos eternel donne &agrave; cil,</p>
+<p>Lumi&egrave;re, clart&eacute; perp&eacute;tuelle,</p>
+<p>Qui vaillant plat ny escuelle</p>
+<p>N'eut oncques, n'ung brin de percil.</p>
+<p>Il fut rez, chef, barbe, sourcil,</p>
+<p>Comme ung navet qu'on ree et pelle.</p>
+<p>Repos &eacute;ternel donne &agrave; cil.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Rigueur le transmit en exil,</p>
+<p>Et luy frappa au cul la pelle,</p>
+<p>Nonobstant qu'il dist: J'en appelle!</p>
+<p>Qui n'est pas terme trop subtil.</p>
+<p>Repos eternel donne &agrave; cil.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLXVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, je vueil qu'on sonne &agrave; branle</p>
+<p>Le gros Beffray, qui n'est de voire;</p>
+<p>Combien que cueur n'est qui ne tremble;</p>
+<p>Quand de sonner est &agrave; son erre.</p>
+<p>Saulv&eacute; a mainte belle terre,</p>
+<p>Le temps pass&eacute;, chascun le s&ccedil;ait:</p>
+<p>Fussent gens d'armes ou tonnerre;</p>
+<p>Au son de luy tout mal cessoit.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p096"></a><span class="pagenum">P.
+96</span>
+<p>CLXVII</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Les sonneurs auront quatre miches;</p>
+<p>Et se c'est peu, demy-douzaine,</p>
+<p>Autant qu'en donnent les plus riches;</p>
+<p>Mais ilz seront de sainct Estienne.</p>
+<p>Vollant est homme de grant peine:</p>
+<p>L'ung en sera. Quand j'y regarde,</p>
+<p>Il en vivra une sepmaine.</p>
+<p>Et l'autre? Au fort, Jehan de la Garde.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLXVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Pour tout ce fournir et parfaire,</p>
+<p>J'ordonne mes executeurs,</p>
+<p>Auxquelz faict bon avoir affaire,</p>
+<p>Et contentent bien leurs debteurs.</p>
+<p>Ilz ne sont pas trop grans venteurs,</p>
+<p>Et ont bien de quoy, Dieu mercys!</p>
+<p>De ce faict seront directeurs...</p>
+<p>Escripts: je t'en nommeray six.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLXIX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>C'est maistre Martin Bellefaye,</p>
+<p>Lieutenant du cas criminel.</p>
+<p>Qui sera l'autre? J'y pensoye:</p>
+<p>Ce sera sire Colombel.</p>
+<p>S'il luy plaist et il lui est bel,</p>
+<p>Il entreprendra ceste charge.</p>
+<p>Et l'autre? Michel Jouvenel.</p>
+<p>Ces trois seulz, et pour tous, j'en charge.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLXX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Mais, au cas qu'ils s'en excusassent,</p>
+<p>En redoubtant les premiers frais,</p>
+<a name="p097"></a><span class="pagenum">P. 97</span>
+<p>Ou totalement recusassent,</p>
+<p>Ceulx qui s'ensuivent cy-apr&egrave;s</p>
+<p>J'institue, gens de bien tr&egrave;s,</p>
+<p>Philip Bruneau, noble escuyer,</p>
+<p>Et l'autre, son voysin d'empr&egrave;s,</p>
+<p>Cy est maistre Jacques Raguyer;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLXXI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et l'aultre, maistre Jaques James,</p>
+<p>Trois hommes de bien et d'honneur,</p>
+<p>Desirans de saulver leurs &acirc;mes,</p>
+<p>Et doubtans Dieu Nostre Seigneur.</p>
+<p>Plustot y metteront du leur,</p>
+<p>Que ceste ordonnance ne baillent.</p>
+<p>Point n'auront de contrerooleur,</p>
+<p>Mais &agrave; leur seul plaisir en taillent.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLXXII</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Des testamens qu'on dit le maistre</p>
+<p>De mon faict n'aura <i>quid</i> ne <i>quod</i>;</p>
+<p>Mais ce sera ung jeune prebstre,</p>
+<p>Qui se nomme Colas Tacot.</p>
+<p>Voulentiers beusse &agrave; son escot,</p>
+<p>Et qu'il me coustast ma cornette!</p>
+<p>S'il sceust jouer en ung trippot,</p>
+<p>Il eust de moy le Trou Perrette.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLXXIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quant au regard du luminaire,</p>
+<p>Guillaume du Ru j'y commectz.</p>
+<p>Pour porter les coings du suaire,</p>
+<p>Aux executeurs le remectz.</p>
+<p>Trop plus mal me font qu'oncques mais</p>
+<p>Penil, cheveulx, barbe, sourcilz.</p>
+<a name="p098"></a><span class="pagenum">P. 98</span>
+<p>Mal me presse; est temps d&eacute;sormais</p>
+<p>Que crie &agrave; toutes gens merciz.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE</p>
+<p>Par laquelle Villon crye mercy &agrave; chascun.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>A Chartreux, aussi Celestins,</p>
+<p>A mendians et aux devotes,</p>
+<p>A musars et cliquepatins,</p>
+<p>Servantes et filles mignottes,</p>
+<p>Portant surcotz et justes cottes;</p>
+<p>A cuyderaulx d'amours transis,</p>
+<p>Chaussans sans meshaing fauves bottes,</p>
+<p>Je crye &agrave; toutes gens merciz!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>A fillettes monstrans tetins,</p>
+<p>Pour avoir plus largement hostes;</p>
+<p>A ribleurs meneurs de butins,</p>
+<p>A basteleurs traynans marmottes,</p>
+<p>A folz et folles, sotz et sottes,</p>
+<p>Qui s'en vont sifflant cinq et six;</p>
+<p>A veufves et &agrave; mariottes,</p>
+<p>Je crye &agrave; toutes gens merciz!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Sinon aux trahistres chiens mastins,</p>
+<p>Qui m'ont fait ronger dures crostes</p>
+<p>Et boire eau maintz soirs et matins,</p>
+<p>Qu'ores je ne crains pas trois crottes.</p>
+<p>Je feisse pour eulx petz et rottes;</p>
+<p>Je ne puis, car je suis assis.</p>
+<p>Bien fort, pour &eacute;viter riottes,</p>
+<p>Je crye &agrave; toutes gens, merciz!</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p099"></a><span class="pagenum">P.
+99</span>
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Qu'on leur froisse les quinze costes</p>
+<p>De gros mailletz, fortz et massis,</p>
+<p>De plomb&eacute;e et de telz pelottes.</p>
+<p>Je crye &agrave; toutes gens merciz!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE</p>
+<p>POUR SERVIR DE CONCLUSION.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Icy se clost le Testament</p>
+<p>Et finist du pouvre Villon.</p>
+<p>Venez &agrave; son enterrement,</p>
+<p>Quant vous orrez le carillon,</p>
+<p>Vestuz rouges com vermillon,</p>
+<p>Car en amours mourut martir;</p>
+<p>Ce jura-il sur son coullon</p>
+<p>Quand de ce monde voult partir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et je croy bien que pas n'en ment,</p>
+<p>Car chassi&eacute; fut comme un soullon</p>
+<p>De ses amours hayneusement,</p>
+<p>Tant que, d'icy &agrave; Roussillon,</p>
+<p>Brosses n'y a ne brossillon,</p>
+<p>Qui n'eust, ce dit-il sans mentir,</p>
+<p>Ung lambeau de son cotillon,</p>
+<p>Quand de ce monde voult partir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Il est ainsi, et tellement,</p>
+<p>Quand mourut n'avoit qu'un haillon.</p>
+<a name="p100"></a><span class="pagenum">P. 100</span>
+<p>Qui plus? En mourant, mallement</p>
+<p>L'espoignoit d'amours l'esguillon;</p>
+<p>Plus agu que le ranguillon</p>
+<p>D'un baudrier luy faisoit sentir,</p>
+<p>C'est de quoy nous esmerveillon,</p>
+<p>Quand de ce monde voult partir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince, gent comme esmerillon,</p>
+<p>Saichiez qu'il fist, au departir:</p>
+<p>Ung traict but de vin morillon,</p>
+<p>Quand de ce monde voult partir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><b>FIN DU GRAND TESTAMENT</b>.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><br>
+<br>
+<br>
+<a name="p101"></a><span class="pagenum">P. 101</span>
+<p><b>PO&Eacute;SIES DIVERSES</b></p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LE QUATRAIN</p>
+<p>Que feit Villon quand il fut jug&eacute; &agrave; mourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>JE SUIS Fran&ccedil;ois, dont ce me poise,</p>
+<p>N&eacute; de Paris empr&egrave;s Ponthoise.</p>
+<p>Or d'une corde d'une toise</p>
+<p>Saura mon col que mon cul poise.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>L'EPITAPHE</p>
+<p>EN FORME DE BALLADE</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Que feit Villon pour luy et ses compagnons, s'attendant</p>
+<p>estre pendu avec eulx.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Fr&egrave;res humains, qui apr&egrave;s nous vivez,</p>
+<p>N'ayez les cueurs contre nous endurciz,</p>
+<p>Car, si piti&eacute; de nous pouvres avez,</p>
+<p>Dieu en aura plustost de vous merciz.</p>
+<p>Vous nous voyez cy attachez cinq, six:</p>
+<a name="p102"></a><span class="pagenum">P. 102</span>
+<p>Quant de la chair, que trop avons nourrie,</p>
+<p>Elle est pie&ccedil;a devor&eacute;e et pourrie,</p>
+<p>Et nous, les os, devenons cendre et pouldre.</p>
+<p>De nostre mal personne ne s'en rie,</p>
+<p>Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Se vous clamons, fr&egrave;res, pas n'en devez</p>
+<p>Avoir desdaing, quoique fusmes occis</p>
+<p>Par justice. Toutesfois, vous s&ccedil;avez</p>
+<p>Que tous les hommes n'ont pas bon sens assis;</p>
+<p>Intercedez doncques, de cueur rassis,</p>
+<p>Envers le Filz de la Vierge Marie,</p>
+<p>Que sa grace ne soit pour nous tarie,</p>
+<p>Nous preservant de l'infernale fouldre.</p>
+<p>Nous sommes mors, ame ne nous harie;</p>
+<p>Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>La pluye nous a debuez et lavez,</p>
+<p>Et le soleil dessechez et noirciz;</p>
+<p>Pies, corbeaulx, nous ont les yeux cavez,</p>
+<p>Et arrachez la barbe et les sourcilz.</p>
+<p>Jamais, nul temps, nous ne sommes rassis;</p>
+<p>Puis c&agrave;, puis l&agrave;, comme le vent varie,</p>
+<p>A son plaisir sans cesser nous charie,</p>
+<p>Plus becquetez d'oyseaulx que dez &agrave; couldre.</p>
+<p>Ne soyez donc de nostre confrairie,</p>
+<p>Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince JESUS, qui sur tous seigneurie,</p>
+<p>Garde qu'Enfer n'ayt de nous la maistrie:</p>
+<p>A luy n'ayons que faire ne que souldre.</p>
+<p>Hommes, icy n'usez de mocquerie</p>
+<p>Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p103"></a><span class="pagenum">P.
+103</span>
+<p>LA REQUESTE DE VILLON</p>
+<p>Pr&eacute;sent&eacute;e &agrave; la Cour de Parlement, en
+forme de ballade.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Tous mes cinq Sens, yeulx, oreilles et bouche,</p>
+<p>Le nez, et vous, le sensitif, aussi;</p>
+<p>Tous mes membres o&ugrave; il y a reprouche,</p>
+<p>En son endroit ung chascun die ainsi:</p>
+<p>&laquo;Court souverain, par qui sommes icy,</p>
+<p>Vous nous avez gard&eacute; de desconfire;</p>
+<p>Or, la langue ne peut assez suffire</p>
+<p>A vous rendre suffisantes louenges:</p>
+<p>Si prions tous, fille au souverain Sire,</p>
+<p>M&egrave;re des bons, et soeur des benoistz anges!&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Cueur, fendez-vous, ou percez d'une broche,</p>
+<p>Et ne soyez, au moins, plus endurcy</p>
+<p>Qu'au desert fut la forte bise roche</p>
+<p>Dont le peuple des Juifs fut adoulcy;</p>
+<p>Fondez larmes, et venez &agrave; mercy,</p>
+<p>Comme humble cueur qui tendrement souspire:</p>
+<p>Louez la Court, conjoincte au sainct Empire,</p>
+<p>L'heur des Fran&ccedil;oys, le confort des estranges,</p>
+<p>Procre&eacute;e la sus au ciel empire,</p>
+<p>M&egrave;re des bons, et soeur des benoistz anges!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et vous, mes dentz, chascune si s'esloche;</p>
+<p>Saillez avant, rendez toutes mercy,</p>
+<p>Plus haultement qu'orgue, trompe, ne cloche,</p>
+<p>Et de mascher n'ayez ores soulcy;</p>
+<p>Considerez que je fusse transy,</p>
+<p>Foye, pommon, et rate qui respire;</p>
+<a name="p104"></a><span class="pagenum">P. 104</span>
+<p>Et vous, mon corps, vil qui estes ou pire</p>
+<p>Qu'ours ne pourceau, qui faict son nid &egrave;s fanges,</p>
+<p>Louez la Court, avant qu'il vous empire,</p>
+<p>M&egrave;re des bons, et soeur des benoistz anges!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince, trois jours ne vueillez m'escondire,</p>
+<p>Pour moy pourvoir, et aux miens adieu dire;</p>
+<p>Sans eulx, argent je n'ay, icy n'aux changes.</p>
+<p>Court triumphant, <i>fiat</i>, sans me desdire;</p>
+<p>M&egrave;re des bons, et soeur des benoistz anges!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE</p>
+<p>DE L'APPEL DE VILLON.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Que dites-vous de mon appel,</p>
+<p>Garnier? Feis-je sens ou follie?</p>
+<p>Toute beste garde sa pel;</p>
+<p>Qui la contrainct, efforce ou lye,</p>
+<p>S'elle peult, elle se deslie.</p>
+<p>Quand &agrave; ceste peine arbitraire</p>
+<p>On me jugea par tricherie,</p>
+<p>Estoit-il lors temps de me taire?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Se fusse des hoirs Hue Capel,</p>
+<p>Qui fut extraict de boucherie,</p>
+<p>On ne m'eust, parmy ce drapel,</p>
+<p>Faict boyre &agrave; celle escorcherie:</p>
+<p>Vous entendez bien joncherie?</p>
+<p>Ce fut son plaisir voluntaire</p>
+<a name="p105"></a><span class="pagenum">P. 105</span>
+<p>De me juger par fausserie.</p>
+<p>Etoit-il lors temps de me taire?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Cuydez-vous que soubz mon cappel</p>
+<p>N'y eust tant de philosophie</p>
+<p>Comme de dire: &laquo;J'en appel?&raquo;</p>
+<p>Si avoit, je vous certifie,</p>
+<p>Combien que point trop ne m'y fie.</p>
+<p>Quand on me dit, pr&eacute;sent notaire:</p>
+<p>&laquo;Pendu serez!&raquo; je vous affie,</p>
+<p>Estoit-il lors temps de me taire?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince, si j'eusse eu la pepie,</p>
+<p>Pie&ccedil;a je fusse o&ugrave; est Clotaire,</p>
+<p>Aux champs debout comme ung espie.</p>
+<p>Estoit-il lors temps de me taire?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LE DIT</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>DE LA NAISSANCE MARIE.</p>
+<p>Jam nova progenies celo demittitur alto.</p>
+<p><i>Virg.</i>, (ecl. 4, v.7.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>O lou&eacute;e Conception,</p>
+<p>Envoi&eacute;e s&agrave; jus des cieulx;</p>
+<p>Du noble Lys digne syon;</p>
+<p>Don de Jh&eacute;sus tr&egrave;s pr&eacute;cieux,</p>
+<p>MARIE, nom tr&egrave;s gracieux,</p>
+<p>Font de piti&eacute;, source de grace,</p>
+<a name="p106"></a><span class="pagenum">P. 106</span>
+<p>La joye confort de mes yeulx,</p>
+<p>Qui nostre paix batist et brasse!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>La paix, c'est assavoir, des riches,</p>
+<p>Des povres le substantement,</p>
+<p>Le rebours des felons et chiches,</p>
+<p>Tr&egrave;s necessaire enfantement,</p>
+<p>Conceu, port&eacute; honnestement,</p>
+<p>Hors le pechi&eacute; originel,</p>
+<p>Que dire je puis sainctement</p>
+<p>Souverain bien, Dieu &eacute;ternel!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Nom recouvr&eacute;, joye de peuple,</p>
+<p>Confort des bons, de maulx retraicte;</p>
+<p>Du doux Seigneur premi&egrave;re et seule</p>
+<p>Fille, de son cler sang extraicte,</p>
+<p>Du dextre cost&eacute; Clovis traicte,</p>
+<p>Glorieuse ymage en tous fais,</p>
+<p>Ou hault ciel cr&eacute;&eacute;e et pourtraicte,</p>
+<p>Pour esjouyr et donner paix!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>En l'amour et crainte de Dieu,</p>
+<p>Es nobles flans Cesar conceue;</p>
+<p>Des petis et grans, en tout lieu,</p>
+<p>A tr&egrave;s grande joye receue;</p>
+<p>De l'amour Dieu traicte, tissue,</p>
+<p>Pour les discordez ralier,</p>
+<p>Et aux enclos donner yssue,</p>
+<p>Leurs lians et fers delier.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Aucunes gens, qui bien peu sentent,</p>
+<p>Nourriz en simplesse et confiz,</p>
+<p>Contre le vouloir Dieu attentent,</p>
+<p>Par ignorance desconfiz,</p>
+<a name="p107"></a><span class="pagenum">P. 107</span>
+<p>D&eacute;sirans que feussiez ung filz;</p>
+<p>Mais qu'ainsi soit, ainsi m'aist Dieux,</p>
+<p>Je croy que ce soit grans proufiz;</p>
+<p>Raison: Dieu fait tout pour le mieulx.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Du Psalmiste je prens les dictz:</p>
+<p><i>Delectasti me, Domine,</i></p>
+<p><i>In factura sua</i>! Je diz:</p>
+<p>&laquo;Noble enfant, de bonne heure n&eacute;,</p>
+<p>A toute doulceur destin&eacute;,</p>
+<p>Manna du Ciel, celeste don,</p>
+<p>De tous bienfais le guerdonn&eacute;,</p>
+<p>Et de nos maulx le vray pardon!&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>DOUBLE BALLADE.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Combien que j'ay leu en ung Dit:</p>
+<p><i>Inimicum putes</i>, y a,</p>
+<p><i>Qui te presentem laudabit</i>,</p>
+<p>Toutesfois, non obstant cela,</p>
+<p>Oncques vray homme ne cela</p>
+<p>En son courage aucun grant bien,</p>
+<p>Qui ne le monstrast &ccedil;&agrave; et l&agrave;:</p>
+<p>On doit dire du bien le bien.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Saint Jehan-Baptiste ainsi le fist,</p>
+<p>Quand l'Aignel de Dieu descela.</p>
+<p>En ce faisant pas ne meffist,</p>
+<p>Dont sa voix &egrave;s tourbes vola;</p>
+<p>De quoy saint Andr&eacute; Dieu loua,</p>
+<p>Qui de luy cy ne s&ccedil;avoit rien,</p>
+<a name="p108"></a><span class="pagenum">P. 108</span>
+<p>Et au Fils de Dieu s'aloua:</p>
+<p>On doit dire du bien le bien.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Envoy&eacute;e de Jhesucrist,</p>
+<p>Rappelles s&agrave; jus, par de&ccedil;&agrave;,</p>
+<p>Les povres que Rigueur proscript</p>
+<p>Et que Fortune betourna.</p>
+<p>Cy s&ccedil;ay bien comment y m'en va!</p>
+<p>De Dieu, de vous, vie je tien...</p>
+<p>Benoist celle qui vous porta!</p>
+<p>On doit dire du bien le bien.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Cy, devant Dieu, fais congnoissance,</p>
+<p>Que creature feusse morte,</p>
+<p>Ne feust vostre doulce naissance,</p>
+<p>En charit&eacute; puissant et forte,</p>
+<p>Qui ressuscite et reconforte</p>
+<p>Ce que Mort avoit prins pour sien.</p>
+<p>Vostre pr&eacute;sence me conforte:</p>
+<p>On doit dire du bien le bien.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Cy vous rens toute ob&eacute;issance,</p>
+<p>A ce faire raison m'exorte,</p>
+<p>De toute ma povre puissance;</p>
+<p>Plus n'est deul qui me desconforte,</p>
+<p>N'autre ennuy de quelque sorte.</p>
+<p>Vostre je suis et non plus mien;</p>
+<p>Ad ce droit et devoir m'enhorte:</p>
+<p>On doit dire du bien le bien.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>O grace et piti&eacute; tr&egrave;s immense,</p>
+<p>L'entr&eacute;e de paix et la porte,</p>
+<p>Some et benigne clemence,</p>
+<p>Qui noz faultes toult et supporte,</p>
+<a name="p109"></a><span class="pagenum">P. 109</span>
+<p>Sy de vous louer me deporte,</p>
+<p>Ingrat suis, et je le maintien,</p>
+<p>Dont en ce refrain me transporte:</p>
+<p>On doit dire du bien le bien.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Princesse, ce loz je vous porte,</p>
+<p>Que sans vous je ne feusse rien.</p>
+<p>A vous et &agrave; vous m'en rapporte.</p>
+<p>On doit dire du bien le bien.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Euvre de Dieu, digne, lou&eacute;e</p>
+<p>Autant que nulle cr&eacute;ature,</p>
+<p>De tous biens et vertuz dou&eacute;e,</p>
+<p>Tant d'esperit que de nature,</p>
+<p>Que de ceulx qu'on dit, d'adventure,</p>
+<p>Plus nobles que rubis balais;</p>
+<p>Selon de Caton l'escripture:</p>
+<p><i>Patrem insequitur proles</i>.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Port assur&eacute;, maintien rassiz,</p>
+<p>Plus que ne peut nature humaine,</p>
+<p>Et, eussiez des ans trente-six,</p>
+<p>Enfance en rien ne vous demaine.</p>
+<p>Que jour ne le die et sepmaine,</p>
+<p>Je ne s&ccedil;ay qui me le deffend...</p>
+<p>A ce propos ung dit ramaine:</p>
+<p>De saige m&egrave;re saige enfant.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Dont r&eacute;sume ce que j'ay dit:</p>
+<p><i>Nova progenies coelo</i></p>
+<a name="p110"></a><span class="pagenum">P. 110</span>
+<p>Car c'est du po&euml;te le dit:</p>
+<p><i>Jamjam demittitur alto</i>.</p>
+<p>Saige Cassandre, belle Echo,</p>
+<p>Digne Judith, caste Lucresse,</p>
+<p>Je vous congnois, noble Dido,</p>
+<p>A ma seule dame et maistresse.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>En priant Dieu, digne pucelle,</p>
+<p>Que vous doint longue et bonne vie;</p>
+<p>Qui vous ayme, MADEMOISELLE,</p>
+<p>J&agrave; ne coure sur luy envie.</p>
+<p>Enti&egrave;re dame et assouvie,</p>
+<p>J'espoir de vous servir ain&ccedil;oys,</p>
+<p>Certes, se Dieu plaist, que devie</p>
+<p>Vostre povre escolier FRAN&Ccedil;OYS.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE VILLON.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Je meurs de soif aupr&egrave;s de la fontaine,</p>
+<p>Chauld comme feu, et tremble dent &agrave; dent,</p>
+<p>En mon pa&iuml;s suis en terre loingtaine;</p>
+<p>Lez un brazier fri&ccedil;onne tout ardent;</p>
+<p>Nu comme ung ver, vestu en president;</p>
+<p>Je ris en pleurs, et attens sans espoir;</p>
+<p>Confort reprens en triste desespoir;</p>
+<p>Je m'esjouys et n'ay plaisir aucun;</p>
+<p>Puissant je suis sans force et sans povoir,</p>
+<p>Bien recueilly, debout&eacute; de chascun.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Rien ne m'est seur que la chose incertaine,</p>
+<p>Obscur, fors ce qui est tout evident;</p>
+<a name="p111"></a><span class="pagenum">P. 111</span>
+<p>Doubte ne fais, fors en chose certaine;</p>
+<p>Science tiens &agrave; soudain accident;</p>
+<p>Je gaigne tout, et demeure perdent;</p>
+<p>Au point du jour, diz: &laquo;Dieu vous doint bon
+soir!&raquo;</p>
+<p>Gisant envers, j'ay grant paour de cheoir;</p>
+<p>J'ay bien de quoy, et si n'en ay pas un;</p>
+<p>Eschoicte attens, et d'homme ne suis hoir,</p>
+<p>Bien recueilly, debout&eacute; de chascun.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>De riens n'ay soing, si metz toute ma paine</p>
+<p>D'acquerir biens, et n'y suis pretendant;</p>
+<p>Qui mieulx me dit, c'est cil qui plus m'attaine,</p>
+<p>Et qui plus vray, lors plus me va bourdant;</p>
+<p>Mon ami est qui me fait entendant</p>
+<p>D'ung cygne blanc que c'est ung corbeau noir;</p>
+<p>Et qui me nuyst croy qu'il m'aide &agrave; povoir.</p>
+<p>Verit&eacute;, bourde, aujourd'uy m'est tout un.</p>
+<p>Je retiens tout; riens ne s&ccedil;ay concepvoir,</p>
+<p>Bien recueilly, debout&eacute; de chascun.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>L'ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince clement, or vous plaise savoir</p>
+<p>Que j'entens moult, et n'ay sens ne s&ccedil;avoir;</p>
+<p>Parcial suis, &agrave; toutes lois commun.</p>
+<p>Que fais-je plus? Quoy? Les gaiges ravoir,</p>
+<p>Bien recueilly, debout&eacute; de chascun.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>EPISTRE</p>
+<p>EN FORME DE BALLADE, A SES AMIS.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ayez piti&eacute;, ayez piti&eacute; de moy,</p>
+<p>A tout le moins, si vous plaist, mes amis!</p>
+<a name="p112"></a><span class="pagenum">P. 112</span>
+<p>En fosse giz, non pas soubz houx ne may,</p>
+<p>En cest exil ouquel je suis transmis</p>
+<p>Par fortune, comme Dieu l'a permis.</p>
+<p>Filles, amans, jeunes, vieulx et nouveaulx;</p>
+<p>Danceurs, saulteurs, faisans les piez de veaux,</p>
+<p>Vifs comme dars, aguz comme aguillon;</p>
+<p>Gouffres tintans, clers comme gastaneaux,</p>
+<p>Le lesserez l&agrave;, le povre Villon?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Chantres chantans &agrave; plaisance, sans loy;</p>
+<p>Galans, rians, plaisans en faictz et diz,</p>
+<p>Coureux, allans, francs de faulx or, d'aloy;</p>
+<p>Gens d'esperit, ung petit estourdiz;</p>
+<p>Trop demourez, car il meurt entandiz.</p>
+<p>Faiseurs de laiz, de motets et rondeaux,</p>
+<p>Quand mort sera vous lui ferez chandeaux.</p>
+<p>Il n'entre, o&ugrave; gist, n'escler ne tourbillon;</p>
+<p>De murs espoix on luy a fait bandeaux:</p>
+<p>Le lesserez l&agrave;, le povre Villon?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Venez le veoir en ce piteux arroy,</p>
+<p>Nobles hommes, francs de quars et de dix,</p>
+<p>Qui ne tenez d'empereur ne de roy,</p>
+<p>Mais seulement de Dieu de Paradiz:</p>
+<p>Jeuner lui fault dimanches et mardiz</p>
+<p>Dond les dens a plus longues que ratteaux,</p>
+<p>Apr&egrave;s pain sec, non pas apr&egrave;s gasteaux;</p>
+<p>En ses boyaulx verse eau &agrave; gros bouillon;</p>
+<p>Bas enterr&eacute;, table n'a, ne tresteaulx:</p>
+<p>Le lesserez l&agrave;, le povre Villon?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Princes nommez, anciens, jouvenceaulx,</p>
+<p>Impetrez-moy graces et royaulx sceaux,</p>
+<a name="p113"></a><span class="pagenum">P. 113</span>
+<p>Et me montez en quelque corbillon.</p>
+<p>Ainsi se font l'un &agrave; l'autre pourceaux,</p>
+<p>Car, o&ugrave; l'un brait, ilz fuyent &agrave; monceaux.</p>
+<p>Le lesserez l&agrave;, le povre Villon?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LE DEBAT</p>
+<p>DU CUEUR ET DU CORPS DE VILLON,</p>
+<p>En forme de Ballade.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Qu'est-ce que j'oy?&mdash;Ce
+suis-je.&mdash;Qui?&mdash;Toncueur,</p>
+<p>Qui ne tient mais qu'&agrave; ung petit filet,</p>
+<p>Force n'ay plus, substance ne liqueur,</p>
+<p>Quand je te voy retraict ainsi seulet,</p>
+<p>Com pouvre chien tappy en recullet.</p>
+<p>&mdash;Pourquoy est-ce?&mdash;Pour ta folle plaisance.</p>
+<p>&mdash;Que t'en chault-il?&mdash;J'en ai la desplaisance.</p>
+<p>&mdash;Laisse m'en paix!&mdash;Pourquoi?&mdash;J'y
+penseray.</p>
+<p>&mdash;Quand sera-ce?&mdash;Quant seray hors d enfance.</p>
+<p>&mdash;Plus ne t'en dy.&mdash;Et je m'en passeray.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&mdash;Que penses-tu?&mdash;Estre homme de valeur.</p>
+<p>&mdash;Tu as trente ans.&mdash;C'est l'aage d'ung mullet.</p>
+<p>&mdash;Est-ce enfance?&mdash;Nenny.&mdash;C'est donc
+folleur</p>
+<p>Qui te saisit?&mdash;Par o&ugrave;?&mdash;Par le collet.</p>
+<p>Rien ne congnois.&mdash;Si fais: mouches en laict:</p>
+<p>L'ung est blanc, l'autre est noir, c'est la distance.</p>
+<p>&mdash;Est-ce doncq tout?-Que veulx-tu que je tance?</p>
+<p>Si n'est assez, je recommenceray.</p>
+<p>&mdash;Tu es perdu!&mdash;J'y mettray resistance.</p>
+<p>&mdash;Plus ne t'en dy.&mdash;Et je m'en passeray.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p114"></a><span class="pagenum">P.
+114</span>
+<p>&mdash;J'en ay le dueil; toi, le mal et douleur.</p>
+<p>Si fusse ung povre ydiot et folet,</p>
+<p>Au cueur eusses de t'excuser couleur:</p>
+<p>Se n'as-tu soing, tout ung, tel, bel ou laid,</p>
+<p>Ou la teste as plus dure qu'ung jalet,</p>
+<p>Ou mieulx te plaist qu'honneur ceste meschance!</p>
+<p>Que respondras &agrave; ceste cons&eacute;quence?</p>
+<p>&mdash;J'en seray hors quand je trespasseray.</p>
+<p>&mdash;Dieu, quel confort!&mdash;Quelle saige eloquence!</p>
+<p>&mdash;Plus ne t'en dy.&mdash;Et je m'en passeray.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&mdash;D'ond vient ce mal?&mdash;Il vient de mon malheur.</p>
+<p>Quand Saturne me feit mon fardelet,</p>
+<p>Ces maulx y mist, je le croy.&mdash;C'est foleur:</p>
+<p>Son seigneur es, et te tiens son valet.</p>
+<p>Voy que Salmon escript en son roulet:</p>
+<p>&laquo;Homme sage, ce dit-il, a puissance</p>
+<p>Sur les plan&egrave;tes et sur leur influence.&raquo;</p>
+<p>&mdash;Je n'en croy rien; tel qu'ilz m'ont faict seray.</p>
+<p>&mdash;Que dis-tu?&mdash;Rien.&mdash;Certe, c'est ma
+cr&eacute;ance.</p>
+<p>Plus ne t'en dy.&mdash;Et je m'en passeray.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&mdash;Veux-tu vivre?&mdash;Dieu m'en doint la puissance!</p>
+<p>&mdash;Il te fault...&mdash;Quoy?&mdash;Remors de
+conscience;</p>
+<p>Lire sans fin.&mdash;Et en quoy?&mdash;En science;</p>
+<p>Laisse les folz!&mdash;Bien, j'y adviseray.</p>
+<p>&mdash;Or le retiens.&mdash;J'en ay bien souvenance.</p>
+<p>&mdash;N'attends pas tant que tourne &agrave;
+desplaisance.</p>
+<p>Plus ne t'en dy.&mdash;Et je m'en passeray.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p115"></a><span class="pagenum">P.
+115</span>
+<p>LA REQUESTE</p>
+<p>Que Villon bailla &agrave; Monseigneur de Bourbon.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Le mien seigneur et prince redoubt&eacute;,</p>
+<p>Fleuron de Lys, royale geniture,</p>
+<p>Fran&ccedil;oys Villon, que travail a dompt&eacute;</p>
+<p>A coups orbes, par force de batture,</p>
+<p>Vous supplie, par cette humble escripture,</p>
+<p>Que luy faciez quelque gracieux prest.</p>
+<p>De s'obliger en toutes cours est prest;</p>
+<p>Si ne doubtez que bien ne vous contente.</p>
+<p>Sans y avoir dommage n'interest,</p>
+<p>Vous n'y perdrez seulement que l'attente.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>A prince n'a ung denier emprunt&eacute;,</p>
+<p>Fors &agrave; vous seul, vostre humble cr&eacute;ature.</p>
+<p>Des six escus que lui avez prest&eacute;,</p>
+<p>Cela pie&ccedil;a, il mist en nourriture;</p>
+<p>Tout se payera ensemble, c'est droicture,</p>
+<p>Mais ce sera l&eacute;g&egrave;rement et prest:</p>
+<p>Car, se du gland rencontre en la forest</p>
+<p>D'entour Patay, et chastaignes ont vente,</p>
+<p>Pay&eacute; serez sans delay ny arrest:</p>
+<p>Vous n'y perdrez seulement que l'attente.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Si je pensois vendre de ma sant&eacute;</p>
+<p>A ung Lombard, usurier par nature,</p>
+<p>Faulte d'argent m'a si fort enchant&eacute;,</p>
+<p>Que j'en prendrois, ce croy-je, l'adventure.</p>
+<p>Argent ne pend &agrave; gippon ne ceincture;</p>
+<p>Beau sire Dieux! je m'esbahyz que c'est,</p>
+<p>Que devant moy croix ne se comparoist,</p>
+<p>Sinon de bois ou pierre, que ne mente;</p>
+<p>Mais s'une fois la vraye m'apparoist,</p>
+<p>Vous n'y perdrez seulement que l'attente.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p116"></a><span class="pagenum">P.
+116</span>
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince du Lys, qui &agrave; tout bien complaist,</p>
+<p>Que cuydez-vous, comment il me desplaist</p>
+<p>Quand je ne puis venir &agrave; mon entente?</p>
+<p>Bien m'entendez, aydez-moi, s'il vous plaist:</p>
+<p>Vous n'y perdrez seulement que l'attente.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>SUSCRIPTION DE LADITE REQUESTE</p>
+</div>
+<div class="stanza" style="font-style: italic;">
+<p>Allez, Lettres, faictes un sault,</p>
+<p>Combien que n'ayez pied ne langue:</p>
+<p>Remonstrez, en vostre harengue,</p>
+<p>Que faulte d'argent si m'assault.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE</p>
+<p>DES PROVERBES.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Tant grate ch&egrave;vre que mal gist;</p>
+<p>Tant va le pot &agrave; l'eau qu'il brise;</p>
+<p>Tant chauffe-on le fer qu'il rougist;</p>
+<p>Tant le maille-on qu'il se debrise;</p>
+<p>Tant vault l'homme comme on le prise;</p>
+<p>Tant s'eslongne-il qu'il n'en souvient;</p>
+<p>Tant mauvais est qu'on le desprise;</p>
+<p>Tant crie l'on Noel qu'il vient.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Tant raille-on que plus on ne rit;</p>
+<p>Tant despend-on qu'on n'a chemise;</p>
+<a name="p117"></a><span class="pagenum">P. 117</span>
+<p>Tant est-on franc que tout se frit;</p>
+<p>Tant vault tien que chose promise;</p>
+<p>Tant ayme-on Dieu qu'on suyt l'Eglise;</p>
+<p>Tant donne-on qu'emprunter convient;</p>
+<p>Tant tourne vent qu'il chet en bise;</p>
+<p>Tant crie l'on Noel qu'il vient.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Tant ayme-on chien qu'on le nourrist;</p>
+<p>Tant court chanson qu'elle est apprise;</p>
+<p>Tant garde-on fruict qu'il se pourrist;</p>
+<p>Tant bat-on place qu'elle est prise;</p>
+<p>Tant tarde-on qu'on fault &agrave; l'emprise;</p>
+<p>Tant se haste-on que mal advient;</p>
+<p>Tant embrasse-on que chet la prise;</p>
+<p>Tant crie l'on Noel qu'il vient;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince, tant vit fol qu'il s'advise;</p>
+<p>Tant va-t-il qu'apr&egrave;s il revient;</p>
+<p>Tant le matte-on qu'il se radvise;</p>
+<p>Tant crie l'on Noel qu'il vient.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>DES MENUS PROPOS.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Je congnois bien mouches en laict;</p>
+<p>Je congnois &agrave; la robe l'homme;</p>
+<p>Je congnois le beau temps du laid;</p>
+<p>Je congnois au pommier la pomme;</p>
+<p>Je congnois l'arbre &agrave; veoir la gomme;</p>
+<p>Je congnois quand tout est de mesme;</p>
+<p>Je congnois qui besongne ou chomme;</p>
+<a name="p118"></a><span class="pagenum">P. 118</span>
+<p>Je congnois tout, fors que moy-mesme.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Je congnois pourpoinct au collet;</p>
+<p>Je congnois le moyne &agrave; la gonne;</p>
+<p>Je congnois le maistre au valet;</p>
+<p>Je congnois au voyle la nonne;</p>
+<p>Je congnois quand piqueur jargonne;</p>
+<p>Je congnois folz nourriz de cresme;</p>
+<p>Je congnois le vin &agrave; la tonne;</p>
+<p>Je congnois tout, fors que moy-mesme.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Je congnois cheval du mulet;</p>
+<p>Je congnois leur charge et leur somme;</p>
+<p>Je congnois Bietrix et Bellet;</p>
+<p>Je congnois gect qui nombre et somme;</p>
+<p>Je congnois vision en somme;</p>
+<p>Je congnois la faulte des Boesmes;</p>
+<p>Je congnois filz, varlet et homme:</p>
+<p>Je congnois tout, fors que moy-mesme.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince, je congnois tout en somme;</p>
+<p>Je congnois coulorez et blesmes;</p>
+<p>Je congnois mort qui nous consomme;</p>
+<p>Je congnois tout, fors que moy-mesme.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p119"></a><span class="pagenum">P.
+119</span>
+<p>BALLADE</p>
+<p>DES POVRES HOUSSEURS.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>On parle des champs labourer,</p>
+<p>De porter chaulme contre vent,</p>
+<p>Et aussi de se marier</p>
+<p>A femme qui tance souvent;</p>
+<p>De moyne de povre couvent,</p>
+<p>De gens qui vont souvent sur mer;</p>
+<p>De ceulx qui vont les bleds semer,</p>
+<p>Et de celluy qui l'asne maine;</p>
+<p>Mais, &agrave; trestout consid&eacute;rer,</p>
+<p>Povres housseurs ont assez peine.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>A petis enfans gouverner,</p>
+<p>Dieu s&ccedil;ait se c'est esbatement!</p>
+<p>De gens d'armes doit-on parler?</p>
+<p>De faire leur commandement?</p>
+<p>De servir Malchus chauldement?</p>
+<p>De servir dames et aymer?</p>
+<p>De guerrier et bouhourder</p>
+<p>Et de jouster &agrave; la quintaine?</p>
+<p>Mais, &agrave; trestout consid&eacute;rer,</p>
+<p>Povres housseurs ont assez peine.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ce n'est que jeu de bled soyer,</p>
+<p>Et de prez faulcher, vrayement;</p>
+<p>Ne d'orge battre, ne vanner,</p>
+<p>Ne de plaider en Parlement;</p>
+<p>A danger emprunter argent;</p>
+<p>A maignans leurs poisles mener;</p>
+<a name="p120"></a><span class="pagenum">P. 120</span>
+<p>Et &agrave; charretiers desjeuner,</p>
+<p>Et de jeusner la quarantaine;</p>
+<p>Mais, &agrave; trestout consid&eacute;rer,</p>
+<p>Povres housseurs ont assez peine.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>PROBL&Egrave;ME OU BALLADE</p>
+<p>AU NOM DE LA FORTUNE.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Fortune fuz par clercz jadis nomm&eacute;e,</p>
+<p>Que toy, Fran&ccedil;oys, crie et nomme meurtri&egrave;re.</p>
+<p>S'il y a hom d'aucune renomm&eacute;e</p>
+<p>Meilleur que toy, faiz user en plastri&egrave;re,</p>
+<p>Par povret&eacute;, et fouyr en carri&egrave;re,</p>
+<p>S'a honte viz, te dois tu doncques plaindre?</p>
+<p>Tu n'es pas seul; si ne te dois complaindre.</p>
+<p>Regarde et voy de mes faitz de jadis,</p>
+<p>Maints vaillans homs par moy mors et roidiz,</p>
+<p>Et n'eusses-tu envers eulx ung soullon,</p>
+<p>Appaise-toy, et mectz fin en tes diz:</p>
+<p>Par mon conseil prends tout en gr&eacute;, Villon!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Contre grans roys je me suis bien arm&eacute;e,</p>
+<p>Le temps qui est pass&eacute;; car, en arri&egrave;re,</p>
+<p>Priame occis et toute son arm&eacute;e;</p>
+<p>Ne lui valut tour, donjon, ne barri&egrave;re.</p>
+<p>Et Hannibal, demoura-il derri&egrave;re?</p>
+<p>En Cartaige, par moy, le feiz actaindre;</p>
+<p>Et Scypion l'Affricquain feiz estaindre;</p>
+<p>Julius C&eacute;sar au s&eacute;nat je vendiz;</p>
+<p>En Egipte Pomp&eacute;e je perdiz;</p>
+<a name="p121"></a><span class="pagenum">P. 121</span>
+<p>En mer noyay Jazon en ung boullon;</p>
+<p>Et, une fois, Romme et Rommains ardiz....</p>
+<p>Par mon conseil prends tout en gr&eacute;, Villon!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Alexandre, qui tant fist de ham&eacute;e,</p>
+<p>Qui voulut voir l'estoille poucyni&egrave;re,</p>
+<p>Sa personne par moy fut inhum&eacute;e.</p>
+<p>Alphasar roy, en champ, sous la banni&egrave;re,</p>
+<p>Ruay jus mort; cela est ma mani&egrave;re.</p>
+<p>Ainsi l'ay fait, ainsi le maintendray;</p>
+<p>Autre cause ne raison n'en rendray.</p>
+<p>Holofernes, l'ydolastre mauldiz,</p>
+<p>Qu'occist Judic (et dormoit entandiz!)</p>
+<p>De son poignart, dedens son pavillon;</p>
+<p>Absallon, quoy! en fuyant suspendis....</p>
+<p>Par mon conseil prends tout en gr&eacute;, Villon!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Povre Fran&ccedil;oys, escoute que tu dis:</p>
+<p>Se rien peusse sans Dieu de paradiz,</p>
+<p>A toy n'aultre ne demourroit haillon:</p>
+<p>Car pour ung mal lors j'en feroye dix:</p>
+<p>Par mon conseil prends tout en gr&eacute;, Villon!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE</p>
+<p>CONTRE LES MESDISANS DE LA FRANCE.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Rencontr&eacute; soit de bestes feu gectans,</p>
+<p>Que Jason vit, querant la Toison d'or;</p>
+<p>Ou transmu&eacute; d'homme en beste, sept ans,</p>
+<a name="p122"></a><span class="pagenum">P. 122</span>
+<p>Ainsi que fut Nabugodonosor;</p>
+<p>Ou bien ait perte aussi griefve et villaine</p>
+<p>Que les Troyens pour la prinse d'Heleine;</p>
+<p>Ou avall&eacute; soit avec Tantalus</p>
+<p>Et Proserpine aux infernaulx pallus,</p>
+<p>Ou plus que Job soit en griefve souffrance,</p>
+<p>Tenant prison en la court Dedalus,</p>
+<p>Qui mal vouldroit au royaume de France!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quatre mois soit en un vivier chantant,</p>
+<p>La teste au fons, ainsi que le butor;</p>
+<p>Ou au Grand-Turc vendu argent contant,</p>
+<p>Pour estre mis au harnois comme ung tor;</p>
+<p>Ou trente ans soit, comme la Magdelaine,</p>
+<p>Sans vestir drap de linge ne de laine;</p>
+<p>Ou noy&eacute; soit, comme fut Narcisus;</p>
+<p>Ou aux cheveux, comme Absalon, pendus,</p>
+<p>Ou comme fut Judas par desperance,</p>
+<p>Ou puist mourir comme Simon Magus,</p>
+<p>Qui mal vouldroit au royaume de France!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>D'Octovien puisse venir le temps:</p>
+<p>C'est qu'on luy coule au ventre son tr&eacute;sor;</p>
+<p>Ou qu il soit mis entre meules flotans;</p>
+<p>En un moulin, comme fut saint Victor;</p>
+<p>Ou transgloutis en la mer, sans haleine,</p>
+<p>Pis que Jonas au corps de la baleine;</p>
+<p>Ou soit banny de la clart&eacute; Phoebus,</p>
+<p>Des biens Juno et du soulas Venus,</p>
+<p>Et du grant Dieu soit mauldit &agrave; outrance,</p>
+<p>Ainsi que fut roy Sardanapalus,</p>
+<p>Qui mal vouldroit au royaume de France!</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p123"></a><span class="pagenum">P.
+123</span>
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince, port&eacute; soit des clers Eolus,</p>
+<p>En la forest o&ugrave; domine Glocus,</p>
+<p>Ou priv&eacute; soit de paix et d'esp&eacute;rance,</p>
+<p>Car digne n'est de poss&eacute;der vertus,</p>
+<p>Qui mal vouldroit au royaume de France!</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p124"></a><span class="pagenum">P.
+124</span>
+<p><b>LE JARGON OU JOBELIN</b></p>
+<p><b>DE MAISTRE</b></p>
+<p><b>FRAN&Ccedil;OIS VILLON.</b></p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE I.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>A Parouart, la grand Mathe Gaudie,</p>
+<p>O&ugrave; accollez sont duppez et noirciz,</p>
+<p>De par angels suyvans la paillardie,</p>
+<p>Sont greffiz et prins cinq ou six.</p>
+<p>L&agrave; sont bleffeurs, au plus hault bout assis</p>
+<p>Pour l'evagie, et bien hault mis au vent.</p>
+<p>Escevez-moy tost ces coffres massis!</p>
+<p>Ces vendengeurs, des ances circoncis,</p>
+<p>S'embrouent du tout &agrave; n&eacute;ant...</p>
+<p>Eschec, eschec, pour le fardis!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Brouez-moy sur ces gours passans,</p>
+<p>Advisez-moy bien tost le blanc,</p>
+<p>Et pictonnez au large sur les champs:</p>
+<p>Qu'au mariage ne soyez sur le banc</p>
+<p>Plus qu'un sac de piastre n'est blanc.</p>
+<a name="p125"></a><span class="pagenum">P. 125</span>
+<p>Si gruppez estes des carireux,</p>
+<p>Rebignez-moy tost ces enterveux,</p>
+<p>Et leur montrez des trois le bris:</p>
+<p>Que clav&eacute;s ne soyez deux et deux...</p>
+<p>Eschec, eschec, pour le fardis!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Plantez aux hurmes vos picons,</p>
+<p>De paour des bisans si tr&egrave;s-durs,</p>
+<p>Et, aussi, d'estre sur les joncs,</p>
+<p>En mahe, en coffres, en gros murs.</p>
+<p>Escharricez, ne soyez durs,</p>
+<p>Que le grand Can ne vous fasse essorer.</p>
+<p>Songears ne soyez pour dorer,</p>
+<p>Et babignez tousjours aux ys</p>
+<p>Des sires, pour les debouser...</p>
+<p>Eschec, eschec, pour le fardis!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince Froart, dit des Arques Petis,</p>
+<p>L'un des sires si ne soit endormis,</p>
+<p>Levez au bec, que ne soyez griffis,</p>
+<p>Et que vous n'en ayez du pis...</p>
+<p>Eschec, eschec, pour le fardis!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE II.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Coquillars, narvans &agrave; Ruel,</p>
+<p>Men ys vous chante que gardez</p>
+<p>Que n'y laissez et corps et pel,</p>
+<p>Com fist Colin de l'Escaillier,</p>
+<p>Devant la roe babiller</p>
+<a name="p126"></a><span class="pagenum">P. 126</span>
+<p>Il babigna, pour son salut.</p>
+<p>Pas ne s&ccedil;avoit oingnons peller,</p>
+<p>Dont Lamboureur lui rompt le suc.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Changez, andossez souvent,</p>
+<p>Et tirez tout droit au tremble,</p>
+<p>Et eschicquez tost en brouant.</p>
+<p>Qu'en la jarte ne soyez ample.</p>
+<p>Montigny y fut, par exemple,</p>
+<p>Bien estach&eacute; au halle-grup,</p>
+<p>Et y jargonnast-il le temple,</p>
+<p>Dont Lamboureur lui rompt le suc.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Gailleurs, bien faitz en piperie,</p>
+<p>Pour ruer les ninars au loing,</p>
+<p>A l'assault tost, sans suerie!</p>
+<p>Que les mignons ne soient au gaing,</p>
+<p>Tout farcis d'un plumas &agrave; coing,</p>
+<p>Qui griefve et garde le duc,</p>
+<p>Et de la dure si tr&egrave;s loing,</p>
+<p>Dont Lamboureur luy rompt le suc.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince, arri&egrave;re de Ruel,</p>
+<p>Et n'eussiez vous denier ne pluc,</p>
+<p>Que au giffle ne laissez la pel,</p>
+<p>Pour Lamboureur, qui rompt le suc.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p127"></a><span class="pagenum">P.
+127</span>
+<p>BALLADE III.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Sp&eacute;licans,</p>
+<p>Qui, en tous temps,</p>
+<p>Avancez dedans le pogois,</p>
+<p>Gourde piarde,</p>
+<p>Et sur la tarde,</p>
+<p>Desboursez les pauvres nyais,</p>
+<p>Et pour soustenir vostre pois,</p>
+<p>Les duppes sont privez de caire,</p>
+<p>Sans faire haire,</p>
+<p>Ne hault braiere,</p>
+<p>Mais plantez ils sont comme joncz,</p>
+<p>Pour les sires qui sont si longs.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Souvent aux arques,</p>
+<p>A leurs marques,</p>
+<p>Se laissent tous desbouser</p>
+<p>Pour ruer,</p>
+<p>Et enterver</p>
+<p>Pour leur contre que lors faisons.</p>
+<p>La f&eacute;e aux Arques vous respond,</p>
+<p>Et rue deux coups, ou bien troys,</p>
+<p>Aux gallois.</p>
+<p>Deux, ou troys</p>
+<p>Mineront trestout aux frontz,</p>
+<p>Pour les sires qui sont si longs.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et pour ce, benards,</p>
+<p>Coquillars,</p>
+<p>Rebecquez-vous de la montjoye,</p>
+<a name="p128"></a><span class="pagenum">P. 128</span>
+<p>Qui desvoye</p>
+<p>Votre proye,</p>
+<p>Et vous fera de tout brouer;</p>
+<p>Par joncher</p>
+<p>Et enterver,</p>
+<p>Qui est aux pigeons bien cher:</p>
+<p>Pour rifler</p>
+<p>Et placquer</p>
+<p>Les angels de mal tous rondz,</p>
+<p>Pour les sires qui sont si longs.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>De paour des hurmes</p>
+<p>Et des grumes,</p>
+<p>Rassurez-vous en droguerie</p>
+<p>Et faerie,</p>
+<p>Et ne soyez plus sur les joncz,</p>
+<p>Pour les sires qui sont si longs.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE IV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Saupicquetz frouans des gours arques,</p>
+<p>Pour deshouser, beau sire dieux,</p>
+<p>Allez ailleurs planter vos marques!</p>
+<p>Benards, vous estes rouges gueux.</p>
+<p>Berard s'en va chez les joncheux</p>
+<p>Et babigne qu'il a plongis.</p>
+<p>Mes fr&egrave;res, soiez embrayeux</p>
+<p>Et gardez les coffres massis.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Se gruppez estes, des grappes</p>
+<p>De ces angels si graveliffes;</p>
+<a name="p129"></a><span class="pagenum">P. 129</span>
+<p>Incontinent, manteaulx et cappes,</p>
+<p>Pour l'emboue ferez eclipses;</p>
+<p>De vos sarges serez besifles,</p>
+<p>Tout debout et non pas assis.</p>
+<p>Pour ce, gardez d'estre griffes</p>
+<p>Dedens ces gros coffres massis.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Nyais qui seront attrapez,</p>
+<p>Bientost s'en brouent au Halle,</p>
+<p>Plus ne vault que tost ne happez</p>
+<p>La baudrouse de quatre talle.</p>
+<p>Des tires fait la hairenalle,</p>
+<p>Quand le gosser est assiegis,</p>
+<p>Et si hurcque la pirenalle,</p>
+<p>Au saillir des coffres massis.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince des gayeulx, &agrave; leurs marques,</p>
+<p>Que voz contres ne soient griffis.</p>
+<p>Pour doubte de frouer aux arques,</p>
+<p>Gardez-vous des coffres massis.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE V.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Joncheurs, jonchans en joncherie,</p>
+<p>Rebignez bien o&ugrave; joncherez;</p>
+<p>Qu'Ostac n'embroue vostre arrerie,</p>
+<p>O&ugrave; acollez sont vos ainsnez.</p>
+<p>Poussez de la quille et brouez,</p>
+<p>Car tost seriez roupieux.</p>
+<p>Eschet qu'acollez ne soyez.</p>
+<p>Par la poe du marieux.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p130"></a><span class="pagenum">P.
+130</span>
+<p>Bendez-vous contre la faerie,</p>
+<p>Quanques vous aurez desbousez,</p>
+<p>N'estant &agrave; juc la riflerie</p>
+<p>Des angelz et leurs assosez.</p>
+<p>Berard, se povez, renversez,</p>
+<p>Si greffir laissez voz carieux;</p>
+<p>La dure bientost renversez,</p>
+<p>Pour la poe du marieux.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Entervez &agrave; la floterie,</p>
+<p>Chantez-leur trois, sans point songer.</p>
+<p>Qu'en artes ne soyez en surie,</p>
+<p>Blanchir vos cuirs et essurger.</p>
+<p>Bignez la mathe, sans targer;</p>
+<p>Que vos ans ne soyent ruppieux!</p>
+<p>Plantez ailleurs contre assi&eacute;ger,</p>
+<p>Pour la poe du marieux.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince Benard en Esterie,</p>
+<p>Querez coupans pour Lamboureux</p>
+<p>Et autour de vos ys tuerie,</p>
+<p>Pour la poe du marieux.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE VI</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Contres de la gaudisserie,</p>
+<p>Entervez tousjours blanc pour bis,</p>
+<p>Et frappez, en la hurterie,</p>
+<p>Sur les beaulx sires bas assis.</p>
+<p>Ruez de feuilles cinq ou six,</p>
+<p>Et vous gardez bien de la roe,</p>
+<a name="p131"></a><span class="pagenum">P. 131</span>
+<p>Qui aux sires plante du gris,</p>
+<p>En leur faisant faire la moe.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>La giffle gardez de rurie,</p>
+<p>Que vos corps n'en ayent du pis,</p>
+<p>Et que point, &agrave; la turterie,</p>
+<p>En la hurme ne soyez assis.</p>
+<p>Prenez du blanc, laissez du bis,</p>
+<p>Ruez par les fondes la poe,</p>
+<p>Car le bizac, &agrave; voir advis,</p>
+<p>Faict aux Beroars faire la moe.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Plantez de la mouargie,</p>
+<p>Puis &ccedil;a, puis l&agrave;, pour l'artis,</p>
+<p>Et n'espargnez point la flogie</p>
+<p>Des doulx dieux sur les patis.</p>
+<p>Vos ens soyent assez hardis,</p>
+<p>Pour leur avancer la droe;</p>
+<p>Mais soient memorandis,</p>
+<p>Qu'on ne vous face la moe.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince, qui n'a bauderie</p>
+<p>Pour eschever de la soe,</p>
+<p>Danger du grup, en arderie,</p>
+<p>Faict aux sires faire la moe.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>FIN DES OEUVRES DE MAISTRE</p>
+<p>FRAN&Ccedil;OIS VILLON.</p>
+</div>
+<br>
+<br>
+<br>
+<div class="stanza"><a name="p133"></a><span class="pagenum">P.
+133</span>
+<p><b>PO&Eacute;SIES</b></p>
+<p><b>ATTRIBU&Eacute;ES A VILLON</b></p>
+</div>
+<br>
+<div class="stanza">
+<p>I. RONDEL.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Les biens dont vous estes la dame</p>
+<p>Ont mon cueur si tr&egrave;s fort espris,</p>
+<p>Qu'il feust mort, s'il n'eust entrepris</p>
+<p>De vous aymer plus que nul &acirc;me.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quant &agrave; moy, point je ne l'en blasme,</p>
+<p>Pour ce qu'ilz ont de tous le pris</p>
+<p>Les biens dont vous estes la dame.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>De ce qu'il fault que je vous ayme,</p>
+<p>Je s&ccedil;ay trop bien que j'ay mespris;</p>
+<p>Mais qui en doit estre repris?</p>
+<p>Non pas moi. Qui donc? Sur mon ame,</p>
+<p>Les biens dont vous estes la dame.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>II. RONDEL.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>A bien juger mon propre affaire</p>
+<p>Et piteux cas, sans riens en taire,</p>
+<a name="p134"></a><span class="pagenum">P. 134</span>
+<p>Plus qu'autre croire me debvez,</p>
+<p>Se par adventure n'avez</p>
+<p>Information de contraire.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Celle ou celluy qui m'a brass&eacute;</p>
+<p>Ce maulvais los et pourchass&eacute;</p>
+<p>Me het et ne vous ayme pas;</p>
+<p>Mais il quiert que soye chaci&eacute;</p>
+<p>De vostre amour et effaci&eacute;.</p>
+<p>Je congnois bien telz advocas.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Se vous avez voulu refaire</p>
+<p>Leur voulent&eacute; pour me deffaire,</p>
+<p>Vous faictes mal et me grevez.</p>
+<p>Considerez que vous s&ccedil;avez</p>
+<p>Qu'onc vers vous ne voulus meffaire</p>
+<p>A bien juger.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>III. RONDEL.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Une fois me dictes ouy,</p>
+<p>En foy de noble et gentil femme;</p>
+<p>Je vous certifie, ma Dame,</p>
+<p>Qu'oncques ne fuz tant resjouy.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Veuillez le donc dire selon</p>
+<p>Que vous estes benigne et doulche,</p>
+<p>Car ce doulx mot n'est pas si long</p>
+<p>Qu'il vous face mal en la bouche.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Soyez seure, si j'en jouy,</p>
+<p>Que ma lealle et craintive ame</p>
+<p>Gardera trop mieulx que nul ame</p>
+<p>Vostre honneur. Avez-vous ouy?</p>
+<p>Une fois me dictes ouy.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p135"></a><span class="pagenum">P.
+135</span>
+<p>IV. RONDEL.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente;</p>
+<p>Une j'en sers qui est bien suffisante</p>
+<p>Pour contenter un grant duc ou un roy.</p>
+<p>Je l'ayme bien, mais non pas elle moy;</p>
+<p>Il n'est besoing que de ce je me vante.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Combien qu'elle est de taille belle et gente,</p>
+<p>De m'en louer pour ceste heure presente</p>
+<p>Pardonnez-moy, car je n'y voy de quoy;</p>
+<p>Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quant je luy dy de mon vouloir l'entente,</p>
+<p>Et cueur et corps et biens je luy presente,</p>
+<p>Pour tout cela rem&egrave;de je n'y voy.</p>
+<p>Deliber&eacute; suis, s&ccedil;avez-vous de quoy?</p>
+<p>De luy quicter et le jeu et l'actente.</p>
+<p>Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>V. RONDEL.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>De mon faict je ne s&ccedil;ay que dire;</p>
+<p>Par tout o&ugrave; je vois je m'adire,</p>
+<p>Et des yeulx voy moins que du coute.</p>
+<p>En danger suis qu'il ne me couste</p>
+<p>La vie, tant suis remply d'ire.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>De mon faict je ne s&ccedil;ay que dire,</p>
+<p>Car ma dame si ne tient compte</p>
+<p>De mon martyre, quant luy compte,</p>
+<p>Mais me dit que trop aise suis,</p>
+<p>Et qu'en ce royaulme n'a conte</p>
+<p>Qui ait de nulle meilleur compte</p>
+<p>Que j'ay d'elle, quant je la suis,</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p136"></a><span class="pagenum">P.
+136</span>
+<p>Nullement, de paour de mesdire,</p>
+<p>Jamais je ne l'ose desdire;</p>
+<p>A son gr&eacute; parler je l'ecoute,</p>
+<p>Puis empr&egrave;s elle je m'accoute,</p>
+<p>Sans luy vouloir riens contredire.</p>
+<p>De mon faict je ne s&ccedil;ay que dire.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>VI. RONDEL.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Pour entretenir mes amours</p>
+<p>Colorer me fault maints fins tours;</p>
+<p>Car ma bourse est tr&egrave;s mal garnie</p>
+<p>Pour fourrer le poignet tousjours.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ung jour demande haults atours,</p>
+<p>Et l'autre ung grant bort de velours,</p>
+<p>Et je respons: &laquo;Or bien, m'amye,&raquo;</p>
+<p>Pour entretenir mes amours.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Veez-vous ce donneur de bonjours?</p>
+<p>Il a faict en el tant de cours,</p>
+<p>Practiqu&eacute; l'art de baverie,</p>
+<p>Qu'il scet moult bien, sans ce qu'il rie,</p>
+<p>Dire sa pens&eacute;e &agrave; rebours.</p>
+<p>Pour entretenir mes amours</p>
+<p>Colorer me fault maints fins tours.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>VII. RONDEL.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Tu te brusles &agrave; la chandelle!</p>
+<p>Helas! mon cueur, ne vois tu pas</p>
+<p>Que danger est tousjours au pas,</p>
+<p>Qui fait &agrave; tous guerre mortelle?</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p137"></a><span class="pagenum">P.
+137</span>
+<p>Soyes seur que tu l'auras belle</p>
+<p>Se tu n'y vas bien par compas;</p>
+<p>Tu te brusles &agrave; la chandelle.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Sont-ce chastaignes qu'on y pelle,</p>
+<p>A ton advis, pour ton repas?</p>
+<p>Nennil. Retrais toy tout le pas,</p>
+<p>Ains qu'on te frape au cul la pelle.</p>
+<p>Tu te brusles &agrave; la chandelle.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>VIII. RONDEL.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Adieu vous dy la lerme &agrave; l'oeil;</p>
+<p>Adieu, ma tr&egrave;s gente mignonne,</p>
+<p>Adieu, sur toutes la plus bonne,</p>
+<p>Adieu vous dy, qui m'est grand dueil.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Adieu, adieu, m'amour, mon vueil;</p>
+<p>Mon povre cueur vous laisse et donne.</p>
+<p>Adieu vous dy la lerme &agrave; l'oeil.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Adieu, par qui du mal recueil</p>
+<p>Mille fois plus que mot ne sonne;</p>
+<p>Adieu, du monde la personne</p>
+<p>Dont plus me loue et plus me dueil.</p>
+<p>Adieu vous dy la lerme &agrave; l'oeil.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>IX. BALLADE.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Las! je me plains d'amours et de ma dame,</p>
+<p>Et de mes yeulx dont j'ay veu sa beault&eacute;;</p>
+<p>Et oultre plus, je me plains d'une femme</p>
+<p>Qui contre moy a le conseil donn&eacute;</p>
+<a name="p138"></a><span class="pagenum">P. 138</span>
+<p>Dont j'ay d&eacute;j&agrave; tant de mal endur&eacute;</p>
+<p>Qu'il me fauldra, par deffaulte de joye,</p>
+<p>Aller criant, comme tout forcen&eacute;:</p>
+<p>Je hez ma dame que tant aymer souloye.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Car se piti&eacute; son tr&egrave;s doulx cueur n'entame</p>
+<p>A me donner ce que j'ay desir&eacute;,</p>
+<p>J'iray mourir, ainsi qu'ung homme infame.</p>
+<p>Tout hors de sens et si desesp&eacute;r&eacute;</p>
+<p>Qu'apr&egrave;s ma mort il en sera parl&eacute;</p>
+<p>Plus loin dix fois que d'icy en Savoye,</p>
+<p>Et lors diray pour plus estre blasm&eacute;:</p>
+<p>Je hez ma dame que tant aymer souloye</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Se je le dy, je jure sur mon ame</p>
+<p>Que ce sera contre ma voulent&eacute;.</p>
+<p>Je prye &agrave; Dieu qu'il n'y puist avoir ame</p>
+<p>A celle fin qu'il ne soit raport&eacute;.</p>
+<p>Car jasoit ce qu'elle m'ait courrouc&eacute;</p>
+<p>Tant qu'on peut plus, cent mille fois mourroye</p>
+<p>Avant que j'eusse ne dit ne profer&eacute;:</p>
+<p>Je hez ma dame que tant aymer souloye.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>X. RONDEL.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quelque chose qu'Amours ordonne,</p>
+<p>Force m'est que vous habandonne</p>
+<p>Pour pourchasser ailleurs mon bien;</p>
+<p>Car, sur ma foy, je congnois bien</p>
+<p>Que vous m'estes pire que bonne.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Trop a de cueur qui vous en donne:</p>
+<p>Pour ce j&agrave; Dieu ne me pardonne</p>
+<a name="p139"></a><span class="pagenum">P. 139</span>
+<p>Se vous avez jamais le mien,</p>
+<p>Quelque chose qu'Amours ordonne.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Si n'aymeray je j&agrave; personne</p>
+<p>Que vous, quoy que l'on me sermonne,</p>
+<p>En tout ce monde terrien;</p>
+<p>Mais maintenant je n'en fais rien,</p>
+<p>Et sers selon qu'on me guerdonne.</p>
+<p>Quelque chose qu'Amours ordonne,</p>
+<p>Force m'est que vous habandonne.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XI. RONDEL.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Hahay! estes vous rencherie,</p>
+<p>Dieux y ait part, puis devant hier?</p>
+<p>Ma dame, c'est pour enrager!</p>
+<p>Le faictes-vous par mocquerie?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Mais venez &ccedil;&agrave;, je vous en prie:</p>
+<p>Est le cuir devenu si cher?</p>
+<p>Hahay! estes vous rencherie?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et dea! et ne s&ccedil;avez-vous mie</p>
+<p>Que mon p&egrave;re est cordouennier;</p>
+<p>Vous voulez bazanne priser</p>
+<p>Plus que cordouen la moiti&eacute;.</p>
+<p>Hahay! estes-vous rencherie?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XII. RONDEL.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Au plus offrant ma dame est mise</p>
+<p>Et dernier encherisseur.</p>
+<p>Je ne s&ccedil;ay se c'est par honneur,</p>
+<p>Mais je n'en prise pas la guise.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p140"></a><span class="pagenum">P.
+140</span>
+<p>Elle m'avoit sa foy promise,</p>
+<p>Mais je voy qu'elle a mis son cueur</p>
+<p>Au plus offrant.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et pour ce je quitte la prinse</p>
+<p>D'estre nomm&eacute; son serviteur,</p>
+<p>Car donner me porte malheur.</p>
+<p>Ainsi j'ay laiss&eacute; l'entreprise</p>
+<p>Au plus offrant.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XIII. RONDEL.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Entens &agrave; moy, vray dieu d'amours,</p>
+<p>Et faiz que la mort ait son cours</p>
+<p>Hastivement,</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Car j'ay mal employ&eacute; mes jours.</p>
+<p>Je meurs en aymant par amours</p>
+<p>Certainement.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Languir me fault en griefs doulours.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XIV. BALLADE</p>
+<p><i>Pour ung prisonnier.</i></p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>S'en mes maulx me peusse esjoyr</p>
+<p>Tant que tristesse me feust joye</p>
+<p>Par me doulouser et gemir,</p>
+<p>Voulentiers je me complaindroye;</p>
+<p>Car, s'au plaisir Dieu, hors j'estoye,</p>
+<p>J'ay espoir qu'au temps advenir</p>
+<p>A grant honneur venir pourroye</p>
+<p>Une fois avant que mourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p141"></a><span class="pagenum">P.
+141</span>
+<p>Pourtant, s'ay eu moult &agrave; souffrir</p>
+<p>Par fortune, dont je larmoye,</p>
+<p>Et que n'ay pas peu obtenir</p>
+<p>N'avoir ce que je pretendoye,</p>
+<p>Au temps advenir je vouldroye</p>
+<p>Voulentiers bon chemin tenir</p>
+<p>Pour acquerir honneur et joye</p>
+<p>Une fois avant que mourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Sans plus loin exemple querir,</p>
+<p>Par moy mesme juger pourroye</p>
+<p>Que meschief nul ne peult fouyr,</p>
+<p>S'ainsi est qu'advenir luy doye.</p>
+<p>C'est jeunesse qui tout desvoye;</p>
+<p>Nul ne s'en doit trop esbahyr.</p>
+<p>Si juste n'est qui ne fourvoye</p>
+<p>Une fois avant que mourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince, s'aucun povoir avoye</p>
+<p>Sur ceulx qui me font cy tenir,</p>
+<p>Voulentiers vengeance en prendroye</p>
+<p>Une fois avant que mourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XV. RONDEL.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Comme moy vous aurez voz gages.</p>
+<p>J'en fuz bien pay&eacute; au partir:</p>
+<p>Plain de dueil jusques au partir,</p>
+<p>Ne sont-ce plaisans advantages?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Servez amours entre vous sages:</p>
+<p>Il vous en fera repentir;</p>
+<p>Comme moy vous aurez vos gages.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p142"></a><span class="pagenum">P.
+142</span>
+<p>Repeuz serez de doulx langaiges</p>
+<p>Pour vous garder de departir.</p>
+<p>Quant est &agrave; moy, j'en suys martir.</p>
+<p>Bien tard congnoistrez telz ouvrages;</p>
+<p>Comme moy vous aurez vos gages.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XVI. BALLADE.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Il n'est danger que de vilain,</p>
+<p>N'orgueil que de povre enrichy,</p>
+<p>Ne si seur chemin que le plain,</p>
+<p>Ne secours que de vray amy,</p>
+<p>Ne desespoir que jalousie,</p>
+<p>N'angoisse que cueur convoiteux,</p>
+<p>Ne puissance o&ugrave; il n'ait envie,</p>
+<p>Ne chere que d'homme joyeulx;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ne servir qu'au roy souverain,</p>
+<p>Ne lait nom que d'homme ahonty,</p>
+<p>Ne manger fors quant on a faim,</p>
+<p>N'emprise que d'homme hardy,</p>
+<p>Ne povret&eacute; que maladie,</p>
+<p>Ne hanter que les bons et preux,</p>
+<p>Ne maison que la bien garnie,</p>
+<p>Ne ch&egrave;re que d'homme joyeulx;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ne richesse que d'estre sain,</p>
+<p>N'en amours tel bien que mercy,</p>
+<p>Ne de la mort rien plus certain,</p>
+<p>Ne meilleur chastoy que de luy;</p>
+<p>Ne tel tr&eacute;sor que preudhommye,</p>
+<p>*****************************</p>
+<p>Ne paistre qu'en grant seigneurie,</p>
+<p>Ne ch&egrave;re que d'homme joyeulx;</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p143"></a><span class="pagenum">P.
+143</span>
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Que voulez-vous que je vous die?</p>
+<p>Il n'est parler que gracieulx,</p>
+<p>Ne louer gens qu'apr&egrave;s leur vie,</p>
+<p>Ne ch&egrave;re que d'homme joyeulx</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XVII. BALLADE MORALE.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>D'une dague forte et aig&uuml;e</p>
+<p>Soit-il frapp&eacute; parmy l'eschine,</p>
+<p>Et ait tousjours une sansue</p>
+<p>Attach&eacute;e &agrave; sa poitrine,</p>
+<p>Et attainct d'une coulevrine</p>
+<p>Entre le nez et le menton,</p>
+<p>Ou qu'en prison vive en famine,</p>
+<p>Qui autruy blasme sans raison.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Son giste soit emmy la rue,</p>
+<p>Tout nud quand il fera bruyne,</p>
+<p>Sur pel de heri&ccedil;on pointue,</p>
+<p>Couvert d'une ch&egrave;re estamine;</p>
+<p>De vent de bise sa courtine,</p>
+<p>Et soit mors d'ung escorpion,</p>
+<p>Ou qu'en prison vive en foraine,</p>
+<p>Qui autruy blasme sans raison.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Sa chair soit detrench&eacute;e menue</p>
+<p>Plus qu'au moulin n'est la farine,</p>
+<p>Ou de gros nerfz soit bien batue,</p>
+<p>Ou couche nud sur tas d'espine:</p>
+<p>Et affin que plus tost il fine,</p>
+<p>Son corps soit remply de poison,</p>
+<a name="p144"></a><span class="pagenum">P. 144</span>
+<p>Ou qu'en prison vive en famine,</p>
+<p>Qui autruy blasme sans raison.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince, soit mis en la gehaine</p>
+<p>Dix fois le jour comme ung larron,</p>
+<p>Ou qu'en prison vive en famine,</p>
+<p>Qui autruy blasme sans raison.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XVIII. BALLADE.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>J'ay ung arbre de la plante d'amours,</p>
+<p>Enracin&eacute; en mon cueur proprement,</p>
+<p>Qui ne porte fruits, sinon de dolours,</p>
+<p>Fueilles d'ennuy et fleurs d'encombrement;</p>
+<p>Mais, puis qu'il fut plant&eacute; premi&egrave;rement,</p>
+<p>Il est tant creu, de racine et de branche,</p>
+<p>Que son umbre, qui me porte nuysance,</p>
+<p>Fait au dessoubs toute joye seichier,</p>
+<p>Et si ne puis, pour toute ma puissance,</p>
+<p>Autre planter, ne celuy arrachier.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>De si long-temps est arros&eacute; de plours</p>
+<p>Et de lermes tant douloureusement,</p>
+<p>Et si n'en sont les fruits de rien meillours:</p>
+<p>Ne je n'y truys gu&egrave;res d'amendement.</p>
+<p>Je les recueille pourtant soigneusement.</p>
+<p>C'est de mon cueur l'am&egrave;re soustenance,</p>
+<p>Qui trop mieux fust en friche ou en souffrance</p>
+<p>Que porter fruits qui le dussent blecier;</p>
+<p>Mais pas ne veult l'amoureuse ordonnance,</p>
+<p>Autre planter, ne celuy arrachier.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p145"></a><span class="pagenum">P.
+145</span>
+<p>S'en ce printemps, que les feuilles et fleurs</p>
+<p>Et arbrynceaux percent nouvellement,</p>
+<p>Amours vouloit moy faire ce secours,</p>
+<p>Que les branches qui font empeschement</p>
+<p>Il retranchast du tout entierement,</p>
+<p>Pour y enter ung rynceau de plaisance,</p>
+<p>Il gecteroit bourgeons de souffisance;</p>
+<p>Joye en istroit, dont il n'est rien plus chier;</p>
+<p>Et ne fauldroit j&agrave;, par desesperance,</p>
+<p>Autre planter, ne celuy arrachier.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ma princesse, ma premi&egrave;re esperance,</p>
+<p>Mon cueur vous sert en dure penitence.</p>
+<p>Faictes le mal qui l'acqueult retranchier,</p>
+<p>Et ne souffrez en vostre souvenance</p>
+<p>Autre planter, ne celuy arrachier.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XIX. BALLADE.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Plaisant assez, et des biens de fortune</p>
+<p>Ung peu garny, me trouvay amoureux,</p>
+<p>Voire si bien, que, tant aymay fort une,</p>
+<p>Que nuit et jour j'en estois langoureux.</p>
+<p>Mais tant y a, que je fus si heureux</p>
+<p>Que, moyennant vingt escus &agrave; la rose,</p>
+<p>Je fis cela que chacun bien suppose.</p>
+<p>Alors je dis, connoissant ce passage:</p>
+<p>&laquo;Au fait d'amours, babil est peu de chose;</p>
+<p>Riche amoureux a tousjours l'advantage.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Or est ainsy que, durant ma pecune,</p>
+<p>Je fus traite comme amy precieux;</p>
+<p>Mais, tost apr&egrave;s, sans dire chose aucune,</p>
+<a name="p146"></a><span class="pagenum">P. 146</span>
+<p>Cette vilaine alla jetter les yeulx</p>
+<p>Sur un vieillard riche, mais chassieux,</p>
+<p>Laid et hideux trop plus qu'on ne propose.</p>
+<p>Ce neantmoins, il en jouit sa pose,</p>
+<p>Dont moy, confus, voyant un tel ouvrage,</p>
+<p>Dessus ce texte allay bouter en glose:</p>
+<p>Riche amoureux a tousjours l'advantage.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Or elle a tort, car noyse ny rancune</p>
+<p>N'eut onc de moy. Tant lui fus gracieux,</p>
+<p>Que, s'elle eust dit: &laquo;Donne-moy de la lune&raquo;</p>
+<p>J'eusse entrepris de monter jusqu'aux cieulx;</p>
+<p>Et, nonobstant, son corps tant vicieux</p>
+<p>Au service de ce vieillard expose.</p>
+<p>Dont, ce voyant, un rondeau je compose,</p>
+<p>Que luy transmets; mais, en pou de langage,</p>
+<p>Me respond franc: &laquo;Povret&eacute; te depose:</p>
+<p>Riche amoureux a tousjours l'advantage!&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince tout bel, trop mieux parlant qu'Orose,</p>
+<p>Si vous n'avez toujours bourse desclose,</p>
+<p>Vous abusez: car Meung, docteur tr&egrave;s sage,</p>
+<p>Nous a descrit que, pour cueillir la rose,</p>
+<p>Riche amoureux a tousjours l'advantage.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XX. BALLADE.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Qui en amours veut estre heureux,</p>
+<p>Faut tenir train de seigneurie,</p>
+<p>Estre prompt et advantureux</p>
+<p>Quand vient &agrave; monstrer l'armarie:</p>
+<p>Porter drap d'or, orfaverie,</p>
+<p>Car cela les dames esmeut.</p>
+<a name="p147"></a><span class="pagenum">P. 147</span>
+<p>Tout sert; mais, par saincte Marie!</p>
+<p>Il ne fait pas ce tour qui veult.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Je fus nagu&egrave;res amoureux</p>
+<p>D'une dame cointe et jolie,</p>
+<p>Qui me dit, en mots gracieux:</p>
+<p>&laquo;Mon amour est en vous ravie;</p>
+<p>Mais il faut qu'el soit desservie</p>
+<p>Par cinquante escus d'or, s'on peut.</p>
+<p>&mdash;Cinquante escus! Bon gr&eacute; ma vie!</p>
+<p>Il ne fait pas ce tour qui veult.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Alors luy donnay sur les lieux</p>
+<p>O&ugrave; elle feisoit l'endormie:</p>
+<p>Quatre venues, de coeur joyeux,</p>
+<p>Luy fis en moins d'heure et demie.</p>
+<p>Lors me dit, &agrave; voix espasmie:</p>
+<p>&laquo;Encore un coup! le coeur me deult.</p>
+<p>&mdash;Encore un coup! H&eacute;las! m'amye,</p>
+<p>Il ne fait pas ce tour qui veult!&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince d'amours, je te supplie,</p>
+<p>Si plus ainsi elle m'accuelt,</p>
+<p>Que ma lance jamais ne plie:</p>
+<p>Il ne fait pas ce tour qui veult!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXI. BALADE JOYEUSE DES TAVERNIERS.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>D'ung gect de dart, d'une lance asser&eacute;e,</p>
+<p>D'ung grant faussart, d'une grosse massue,</p>
+<p>D'une guisarme, d'une fl&egrave;che ferr&eacute;e,</p>
+<p>D'ung bracquemart, d'une hache esmolue,</p>
+<p>D'ung grand penart et d'une bisag&uuml;e,</p>
+<a name="p148"></a><span class="pagenum">P. 148</span>
+<p>D'ung fort espieu et d'une saqueboute;</p>
+<p>De maulx briguans puissent trouver tel route</p>
+<p>Que tous leurs corps fussent mis par morceaulx,</p>
+<p>Le cueur fendu, descir&eacute; par monceaulx,</p>
+<p>Le col coupp&eacute; d'ung bon branc acherin,</p>
+<p>Descirez soient de truye et de pourceaulx</p>
+<p>Les taverniers qui brouillent nostre vin.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>D'ung arc turcquois, d'une esp&eacute;e affil&eacute;e</p>
+<p>Ayent les paillars la brouaille cousue,</p>
+<p>De feu gregoys la perrucque brusl&eacute;e,</p>
+<p>Et par tempeste la cervelle espandue,</p>
+<p>Au grand gibet leur charongne pendue,</p>
+<p>Et briefvement puissent mourir de goutte,</p>
+<p>Ou je requiers et pry que l'on leur boute</p>
+<p>Parmy leur corps force d'ardans barreaulx;</p>
+<p>Vifs escorchez des mains de dix bourreaulx,</p>
+<p>Et puis bouillir en huille le matin,</p>
+<p>Desmembrez soient &agrave; quatre grans chevaux,</p>
+<p>Les taverniers qui brouillent nostre vin.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>D'un gros canon la t&ecirc;te escarbouill&eacute;e</p>
+<p>Et de tonnerre acablez en la rue</p>
+<p>Soient tous leurs corps, et leur chair dessir&eacute;e,</p>
+<p>De gros mastins bien garnye et pourvue,</p>
+<p>De forz esclers puissent perdre la veue,</p>
+<p>Neige et gresil tousjours sur eux degoutte,</p>
+<p>Avecques ce ilz aient la pluye toute</p>
+<p>Sans que sur eux ayent robbes ne manteaulx,</p>
+<p>Leurs corps trenchez de dagues et couteaulx,</p>
+<p>Et puis traisnez jusques en l'eau du Rin;</p>
+<p>Desrompuz soient &agrave; quatre-vingts marteaulx</p>
+<p>Les taverniers qui brouillent nostre vin.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p149"></a><span class="pagenum">P.
+149</span>
+<p>Prince, de Dieu soient maulditz leurs boyaulx,</p>
+<p>Et crever puissent par force de venin</p>
+<p>Ces faulx larrons, maulditz et desloyaulx,</p>
+<p>Les taverniers qui brouillent nostre vin</p>
+</div>
+<div class="stanza"><br>
+<br>
+<a name="p150"></a><span class="pagenum">P. 150</span>
+<p>XXII. S'ENSUIT LE MONOLOGUE DU</p>
+<p>FRANC ARCHIER DE BAIGNOLLET</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>AVEC SON EPITAPHE.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>C'est &agrave; meshuy! J'ay beau corner!</p>
+<p>Or &ccedil;a, il s'en fault retourner,</p>
+<p>Maulgr&eacute; ses dentz, en sa maison</p>
+<p>Si ne vis-je pie&ccedil;a saison</p>
+<p>O&ugrave; j'eusse si hardy couraige</p>
+<p>Que j'ay! Par la morbieu! j'enraige</p>
+<p>Que je n'ay &agrave; qui me combatre...</p>
+<p>Y a-il homme qui &agrave; quatre,</p>
+<p>Dy-je, y a-il quatre qui vueillent</p>
+<p>Combatre &agrave; moy? Se tost recueillent</p>
+<p>Mon gantelet; vela pour gaige!</p>
+<p>Par le sang bieu! je ne crains paige,</p>
+<p>S'il n'a point plus de quatorze ans.</p>
+<p>J'ay autresfoys tenu les rencz,</p>
+<p>Dieu Mercy! et gaign&eacute; le prix</p>
+<p>Contre cinq Angloys que je pris,</p>
+<a name="p151"></a><span class="pagenum">P. 151</span>
+<p>Povres prisonniers desnuez,</p>
+<p>Si tost que je les euz ruez.</p>
+<p>Ce fust au si&egrave;ge d'Alen&ccedil;on.</p>
+<p>Les troys se misrent &agrave; ran&ccedil;on,</p>
+<p>Et le quatriesme s'enfuyt.</p>
+<p>Incontinent que l'autre ouyt</p>
+<p>Ce bruit, il me print &agrave; la gorge.</p>
+<p>Se je n'eusse cri&eacute;: Sainct George!</p>
+<p>Combien que je suys bon Fran&ccedil;oys,</p>
+<p>Sang bieu! il m'eust tu&eacute; an&ccedil;oys</p>
+<p>Que personne m'eust secouru.</p>
+<p>Et quand je me senty feru</p>
+<p>D'une bouteille, qu'il cassa</p>
+<p>Sur ma teste: &laquo;Venez &ccedil;a, &ccedil;a!</p>
+<p>Dis-je lors. Que chascun s'appaise!</p>
+<p>Je ne quiers point faire de noise,</p>
+<p>Ventre bieu! et buvons ensemble.</p>
+<p>Pos&eacute; soit ores que je tremble,</p>
+<p>Sang bieu! je ne vous crains pas maille.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><i>Cy dit ung quidem, par derri&egrave;re les gens</i>:</p>
+<p>Coquericoq.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Qu'esse cy? J'ay o&uuml;y poullaille</p>
+<p>Chanter chez quelque bonne vieille;</p>
+<p>Il convient que je la resveille.</p>
+<p>Poullaille font icy leurs nidz!</p>
+<p>C'est du demourant d'Ancenys,</p>
+<p>Par ma foy! ou du Champ-Tours&eacute;...</p>
+<p>Helas! que je me vis cours&eacute;</p>
+<p>De la mort d'ung de mes nepveux!</p>
+<p>J'euz d'ung canon par les cheveux,</p>
+<p>Qui me vint cheoir tout droit en barbe;</p>
+<a name="p152"></a><span class="pagenum">P. 152</span>
+<p>Mais je m'escriay: &laquo;Saincte Barbe!</p>
+<p>Vueille-moy ayder &agrave; ce coup,</p>
+<p>Et je t'ayderay l'autre coup!&raquo;</p>
+<p>Adonc le canon m'esbranla,</p>
+<p>Et vint ceste fortune-l&agrave;</p>
+<p>Quand nous eusmes le fort conquis.</p>
+<p>Le Baronnet et le Marquis,</p>
+<p>Craon, Cures, l'Aigle et Bressoire,</p>
+<p>Accoururent pour veoir l'histoire;</p>
+<p>La Rochefouquault, l'Amiral,</p>
+<p>Aussi Beuil et son attirail,</p>
+<p>Ponti&egrave;vre, tous les capitaines,</p>
+<p>Y deschauss&egrave;rent leurs mitaines</p>
+<p>De fer, de paour de m'affoler,</p>
+<p>Et si me vindrent acoler</p>
+<p>A terre, o&ugrave; j'estoye meshaign&eacute;,</p>
+<p>De paour de dire: &laquo;Il n'a daign&eacute;!&raquo;</p>
+<p>Combien que je fusse malade,</p>
+<p>Je mis la main &agrave; la salade,</p>
+<p>Car el m'estouffoit le visaige.</p>
+<p>&laquo;Ha! dist le Marquis, ton oultraige</p>
+<p>Te fera une foys mourir!&raquo;</p>
+<p>Car il m'avoit bien veu courir,</p>
+<p>Oultre l'ost, devant le chasteau.</p>
+<p>H&eacute;las! j'y perdy mon manteau,</p>
+<p>Car je cuidoye d'une poterne</p>
+<p>Que ce fust l'huys d'une taverne.</p>
+<p>Et moy tantost de pietonner,</p>
+<p>Car, quand on oyt clarons sonner,</p>
+<p>Il n'est courage qui ne croisse.</p>
+<p>Tout aussitost: &laquo;O&ugrave; esse? O&ugrave; esse?</p>
+<p>Et, &agrave; brief parler, je m'y fourre,</p>
+<p>Ne plus ne moins qu'en une bourre.</p>
+<p>Si ce n'eust est&eacute; la brairie</p>
+<a name="p153"></a><span class="pagenum">P. 153</span>
+<p>Du cost&eacute; devers la prairie,</p>
+<p>De nos gens, qui crioient trestous,</p>
+<p>Disant: &laquo;Pierre, que faictes-vous?</p>
+<p>N'assaillez pas la basse court</p>
+<p>Tout seul!&raquo; je l'eusse prins tout court,</p>
+<p>Certes; mais c'eust est&eacute; outraige.</p>
+<p>Et se ce n'eust est&eacute; ung paige</p>
+<p>Qui nous vint trencher le chemin,</p>
+<p>Mon fr&egrave;re d'armes G&uuml;illemin</p>
+<p>Et moy, Dieu lui pardoint, pourtant!</p>
+<p>Car, quoy? il nous en pend autant</p>
+<p>A l'oeil, eussions, sans nulle faille,</p>
+<p>Frapp&eacute; au travers la bataille</p>
+<p>Des Bretons; mais nous apaisames</p>
+<p>Nos couraiges et recullames...</p>
+<p>Que dy-je? non pas reculer,</p>
+<p>Chose dont on ne doibt parler...</p>
+<p>Ung rien, jusque au Lyon d'Angiers.</p>
+<p>Je ne craignoye que les dangiers,</p>
+<p>Moy; je n avoye paour d'aultre chose.</p>
+<p>Et quand la bataille fut close,</p>
+<p>D'artillerie grosse et gresle</p>
+<p>Vous eussez ouy, pesle-mesle:</p>
+<p><i>Tip, tap, sip, sap</i>, &agrave; la barri&egrave;re,</p>
+<p>Aux esles, devant et derri&egrave;re.</p>
+<p>J'en eus d'ung parmy la cuirace.</p>
+<p>Les dames qu'estoient en la place</p>
+<p>Si ne craignoyent que le couillart.</p>
+<p>Certes, j'estoye ung bon paillart;</p>
+<p>J'en avoye ung si portatif,</p>
+<p>Se je n'eusse est&eacute; si hastif</p>
+<p>De mettre le feu en la pouldre,</p>
+<p>J'eusse destruit et mis en fouldre</p>
+<p>Tout quanqu'avoit de damoiselles.</p>
+<a name="p154"></a><span class="pagenum">P. 154</span>
+<p>Il porte deux pierres jumelles,</p>
+<p>Mon couillart: jamais n'en a meins.</p>
+<p>Et dames de joindre les mains,</p>
+<p>Quand ilz virent donner l'assault.</p>
+<p>Les ungs se servoyent du courtault</p>
+<p>Si dru, si net, si sec que terre.</p>
+<p>Et puis, quoy? parmy ce tonnerre,</p>
+<p>Eussez ouy sonner trompilles,</p>
+<p>Pour faire dancer jeunes filles</p>
+<p>Au son du courtault, haultement.</p>
+<p>Quand j'y pense, par mon serment!</p>
+<p>C'est vaine guerre qu'avec femmes;</p>
+<p>J'avoye toujours piti&eacute; des dames.</p>
+<p>Veu qu'ung courtault tresperce ung mur,</p>
+<p>Ilz auroyent le ventre bien dur,</p>
+<p>S'il ne passoit oultre... Pensez</p>
+<p>Qu'on leur eust faict du mal assez,</p>
+<p>Se l'en n'eust eu noble couraige;</p>
+<p>Mesmes ces pehons de villaige,</p>
+<p>J'entens pehons de plat pays,</p>
+<p>Ne se fussent point esbahis</p>
+<p>De leur mal faire; mais nous sommes</p>
+<p>Tousjours, entre nous gentilz hommes,</p>
+<p>Au guet dessus la villenaille.</p>
+<p>J'estoye par de&ccedil;&agrave; la bataille,</p>
+<p>Tousjours la lance ou la bouteille</p>
+<p>Sur la cuisse: c'estoit merveille,</p>
+<p>Merveille de me regarder.</p>
+<p>Il vint ung Breton estrader,</p>
+<p>Qui faisoit rage d'une lance;</p>
+<p>Mais il avoit, de jeune enfance,</p>
+<p>Les reins rompus; c'estoit dommaige.</p>
+<p>Il vint tout seul, par son oultraige,</p>
+<p>Estrader par mont et par val;</p>
+<a name="p155"></a><span class="pagenum">P. 155</span>
+<p>Pour bien pourbondir ung cheval</p>
+<p>Il faisoit feu et voire flambe.</p>
+<p>Mais je lui trenchay une jambe,</p>
+<p>D'ung revers, jusques &agrave; la hanche;</p>
+<p>Et fis ce coup-l&agrave; ung dimenche,</p>
+<p>Que dy-je? ung lundy matin.</p>
+<p>Il ne s'armoit que de satin,</p>
+<p>Tant craignoit &agrave; grever ses reins.</p>
+<p>Voulentiers frappoit aux chanfrains</p>
+<p>D'ung cheval, quand venoit en jouste,</p>
+<p>Ou droit &agrave; la queue, sans doubte.</p>
+<p>Point il ne frappoit son roussin,</p>
+<p>Pource qu'il avoit le farcin,</p>
+<p>Que d'ung baston court et noailleux,</p>
+<p>Dessus sa teste et ses cheveulx,</p>
+<p>De paour de le faire clocher.</p>
+<p>Aussi, de paour de tresbucher,</p>
+<p>Il alloit son beau pas, <i>tric, trac</i>,</p>
+<p>Et ung grant panon de bissac</p>
+<p>Voulentiers portoit sur sa teste.</p>
+<p>D'ung tel homme fault faire feste</p>
+<p>Autant que d'ung million d'or.</p>
+<p>Gens d'armes! c'est ung grant tresor;</p>
+<p>S'il vault riens il ne fault pas dire.</p>
+<p>J'ay fait raige avecques La Hire:</p>
+<p>Je l'ay servy trestout mon aage.</p>
+<p>Je fus gros vallet, et puis page,</p>
+<p>Archier, et puis je pris la lance,</p>
+<p>Et la vous portoye sur la panse,</p>
+<p>Tousjours trouss&eacute; comme une poche.</p>
+<p>Et puis, monseigneur de la Roche,</p>
+<p>Que Dieu pardoint, me print pour paige.</p>
+<p>J'estoye gent et beau de visaige,</p>
+<p>Je chantoye et brouilloye des flustes,</p>
+<a name="p156"></a><span class="pagenum">P. 156</span>
+<p>Et si tiroye entre deux butes.</p>
+<p>A brief parler, j'estoye ainsi</p>
+<p>Mignon comme cest enfant-cy;</p>
+<p>Je n'avoys pas gramment plus d'aage...</p>
+<p>Or &ccedil;a, &ccedil;a, par o&ugrave; assauldray-je</p>
+<p>Ce cocq que j'ay ouy chanter?</p>
+<p>A peu besongner bien vanter;</p>
+<p>Il fault assaillir cest hostel.</p>
+</div>
+<div class="stanza" style="font-style: italic;">
+<p>Adonc apper&ccedil;oit le Franc Archier un espoventail de</p>
+<p>chenevi&egrave;re, faict en fa&ccedil;on d'ung gendarme,</p>
+<p>croix blanche devant et croix noire</p>
+<p>derri&egrave;re, en sa main tenant</p>
+<p>une arbaleste.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(A part.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ha! le Sacrement de l'autel!</p>
+<p>Je suis affoibly! Qu'esse-cy?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(A l'espoventail.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ha! Monseigneur, pour Dieu, mercy!</p>
+<p>Hault le trait, qu'aye la vie franche!</p>
+<p>Je voy bien, &agrave; vostre croix blanche,</p>
+<p>Que nous sommes tout d'ung party.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(A part.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>D'ond, tous les diables! est-il sorty,</p>
+<p>Tout seul et ainsi effroy&eacute;?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(A l'espoventail.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Comment! Estes-vous desvoy&eacute;?</p>
+<p>Mettez jus, je gage l'amende.</p>
+<p>Et, pour Dieu, mon amy, desbende</p>
+<p>Au hault ou au loing ton baston!</p>
+<a name="p157"></a><span class="pagenum">P. 157</span>
+<p><i>Adonc il advise sa croix noire</i>.</p>
+<p>Par le sang bieu! c'est ung Breton,</p>
+<p>Et je dy que je suis Fran&ccedil;oys!...</p>
+<p>Il est fait de toy, ceste fois,</p>
+<p>Perrenet; c'est ung parti contraire!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(A l'espoventail.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Hen, Dieu! et o&ugrave; voulez-vous traire?</p>
+<p>Vous ne s&ccedil;avez pas que vous faictes.</p>
+<p>Dea! je suis Breton, si vous l'estes.</p>
+<p>Vive sainct Denis ou sainct Yve!</p>
+<p>Ne m'en chault qui, mais que je vive!</p>
+<p>Par ma foi! Monseigneur mon maistre,</p>
+<p>Se vous voulez s&ccedil;avoir mon estre,</p>
+<p>Ma m&egrave;re fut n&eacute;e d'Anjou,</p>
+<p>Et mon p&egrave;re je ne s&ccedil;ay d'o&ugrave;,</p>
+<p>Sinon que j'ouy reveler</p>
+<p>Qu'il fut natif de Lantriquer.</p>
+<p>Comment s&ccedil;auray-je vostre nom?</p>
+<p>Monseigneur Rollant, ou Yvon,</p>
+<p>Mort seray quand il vous plaira!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(A part.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et comment! il ne cessera</p>
+<p>Meshuy de me persecuter,</p>
+<p>Et si ne me veult escouter!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(A l'espoventail.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>En l'honneur de la Passion</p>
+<p>De Dieu, que j'aye confession,</p>
+<p>Car je me sens j&agrave; fort malade!</p>
+<p>Or, tenez, vela ma salade,</p>
+<p>Qui n'est froiss&eacute;e ne coupp&eacute;e;</p>
+<a name="p158"></a><span class="pagenum">P. 158</span>
+<p>Je la vous rens, et mon esp&eacute;e,</p>
+<p>Et faictes prier Dieu pour moy.</p>
+<p>Je vous laisse, sur vostre foy,</p>
+<p>Ung voeu que je doibs &agrave; sainct Jacques.</p>
+<p>Pour le faire, prendrez mon jacques,</p>
+<p>Et ma ceinture et mon cornet.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(A part.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Tu meurs bien maulgr&eacute; toy, Pernet,</p>
+<p>Voire maulgr&eacute; toi et &agrave; force!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(Au public.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Puis qu'endurer fault et &agrave; force,</p>
+<p>Priez pour l'ame, s'il vous plaist,</p>
+<p>Du Franc Archier de Baignolet,</p>
+<p>Et m'escripvez, &agrave; ung paraphe,</p>
+<p>Sur moy ce petit epitaphe:</p>
+</div>
+<div class="stanza" style="font-style: italic;">
+<p>Cy gist Pernet le Franc Archier,</p>
+<p>Qui cy mourut sans desmarcher,</p>
+<p>Car de fuyr n'eut onc espace,</p>
+<p>Lequel Dieu, par sa saincte grace,</p>
+<p>Mette &egrave;s cieulx, avecques les ames</p>
+<p>Des francs archiers et des gens d'armes,</p>
+<p>Arri&egrave;re des arbalestriers.</p>
+<p>Je les hay tous: ce sont meurdriers!</p>
+<p>Je les congnois bien de pie&ccedil;a.</p>
+<p>Et mourut l'an qu'il trespassa.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Vel&agrave; tout; les mots sont tr&egrave;s beaux.</p>
+<p>Or, vous me lairrez mes houseaulx,</p>
+<p>Car, se j'alloye en paradis</p>
+<p>A cheval, comme fist jadis</p>
+<p>Sainct Martin, et aussi sainct George,</p>
+<a name="p159"></a><span class="pagenum">P. 159</span>
+<p>J'en seroye bien plus prest... Or je</p>
+<p>Vous laisse gantelet et dague:</p>
+<p>Car, au surplus, je n'ay plus bague</p>
+<p>De quoy je me puisse deffendre.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(A l'espoventail.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Attendez! me voulez-vous prendre</p>
+<p>En desaroy? Je me confesse</p>
+<p>A Dieu, tandis qu'il n'y a presse,</p>
+<p>A la Vierge et &agrave; tous sainctz.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(A part.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Or meurs-je les membres tous sains</p>
+<p>Et tout en bon point, ce me semble.</p>
+<p>Je n'ay mal, sinon que je tremble</p>
+<p>De paour et de malle froidure,</p>
+<p>Et de mes cinq sens de nature...</p>
+<p>Cinq cens! O&ugrave; prins, qui ne les emble?</p>
+<p>Je n'en veiz onc cinq cens ensemble,</p>
+<p>Par ma foy! n'en or, n'en monnoye.</p>
+<p>Pour n&eacute;ant m'en confesseroye:</p>
+<p>Oncques ensemble n'en veiz deux.</p>
+<p>Et de mes sept pechez morteux</p>
+<p>Il fault bien que m'en supportez:</p>
+<p>Sur moy je les ay trop portez;</p>
+<p>Je les metz jus, avec mon jacques.</p>
+<p>J'eusse attendu jusques &agrave; Pasques,</p>
+<p>Mais vecy ung advancement.</p>
+<p>Et du premier commendement</p>
+<p>De la Loy, qui dit qu'on doibt croire</p>
+<p>(Non pas l'estoc quand on va boire,</p>
+<p>Cela s'entend) en ung seul Dieu,</p>
+<p>Jamais ne me trouvay en lieu</p>
+<p>O&ugrave; j'y creusse mieulx qu'&agrave; ceste heure,</p>
+<p>Mais qu'&agrave; ce besoing me sequeure.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p160"></a><span class="pagenum">P.
+160</span>
+<p>(A l'espoventail.) [p. 160]</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ne desbendez? Je ne me fuys!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(A part.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>H&eacute;las! je suis mort o&ugrave; je suis.</p>
+<p>Je suis aussi simple, aussi coy</p>
+<p>Comme une pucelle; car, quoy</p>
+<p>Dit le second commendement?</p>
+<p>Qu'on ne jure Dieu vainement.</p>
+<p>Non ay-je en vain, mais tr&egrave;s ferme,</p>
+<p>Ainsi que fait ung bon genderme,</p>
+<p>Car il n'est rien craint, s'il ne jure.</p>
+<p>Le tiers nous enjoingt et procure,</p>
+<p>Et advertist et admoneste,</p>
+<p>Que l'en doit bien garder la feste,</p>
+<p>Autant en hyver qu en est&eacute;:</p>
+<p>J'ay tousjours voulentiers fest&eacute;,</p>
+<p>De ce ne mentiray-je point;</p>
+<p>Et le quatriesme nous enjoint</p>
+<p>Qu'on doit honnorer p&egrave;re et m&egrave;re:</p>
+<p>J'ay tousjours honor&eacute; mon p&egrave;re,</p>
+<p>En moy congnoissant gentilhomme</p>
+<p>De son cost&eacute;, combien qu'en somme</p>
+<p>Sois villain et de villenaille.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(A l'espoventail.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et, pour Dieu, mon amy, que j'aille</p>
+<p>Jusques amen; mis&eacute;ricorde!</p>
+<p>Relevez ung peu vostre corde;</p>
+<p>Ferez que le traict ne me blesse.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(A part.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, morbieu! je me confesse</p>
+<p>Du cinquiesme, sequentement:</p>
+<a name="p161"></a><span class="pagenum">P. 161</span>
+<p>Deffend-il pas express&eacute;ment</p>
+<p>Que nul si ne soit point meurtrier?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(A l'espoventail.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Las! Monseigneur l'arbalestrier,</p>
+<p>Gardez bien ce commendement;</p>
+<p>Quant est &agrave; moy, par mon serment,</p>
+<p>Meurdre ne fis onc qu'en poulaille.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(A part.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>L'aultre commendement nous baille</p>
+<p>Qu'on n'emble rien; ce ne fis oncque,</p>
+<p>Car en lieu n'en place quelconque</p>
+<p>Je n'euz loysir de rien embler.</p>
+<p>J'ay assez &agrave; qui ressembler</p>
+<p>En ce point; je n'ay point meffait,</p>
+<p>Car, se l'en m'eust pris sur le fait,</p>
+<p>Dieu scet comme il me fust mescheu!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><i>Cy lusse tomber &agrave; terre l'espoventail, celluy
+qui</i></p>
+<p><i>le tient</i>.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(A l'espoventail.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Las! monseigneur! vous estes cheu!...</p>
+<p>J&eacute;sus! et qui vous a bout&eacute;,</p>
+<p>Dictes? Ce n'ay-je pas est&eacute;,</p>
+<p>Vrayement, ou diable ne m'emporte,</p>
+<p>Au cas, dictes? Je m'en rapporte</p>
+<p>A tous ceulx qui sont cy, beau sire,</p>
+<p>Affin que ne vueillez pas dire</p>
+<p>Que c'est demain ou pour demain.</p>
+<p>Au fort, baillez-moy vostre main,</p>
+<p>Je vous ayderay &agrave; lever.</p>
+<p>Mais ne me vueillez pas grever:</p>
+<p>J'ai piti&eacute; de vostre fortune.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p162"></a><span class="pagenum">P.
+162</span>
+<p><i>Cy apper&ccedil;oyt le Franc Archier, de l'espoventail,
+que</i></p>
+<p><i>ce n'est pas ung homme</i>.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Par le corps bieu! j'en ay pour une!</p>
+<p>Il n'a pi&eacute; ne main; il ne hobe;</p>
+<p>Par le corps bieu! c'est une robe</p>
+<p>Plaine, de quoy? charbieu! de paille!</p>
+<p>Qu'esse-cy? morbieu! on se raille,</p>
+<p>Ce cuiday-je, des gens de guerre...</p>
+<p>Que la fi&egrave;vre quartaine serre</p>
+<p>Celluy qui vous a mis icy!</p>
+<p>Je le feray le plus marry,</p>
+<p>Par la vertu bieu! qu'il fut oncques.</p>
+<p>Se mocque on de moy quelconques?</p>
+<p>Et ce n'est, j'advoue sainct Pierre!</p>
+<p>Qu'espoventail de chenevi&egrave;re,</p>
+<p>Que le vent a cy abatu!...</p>
+<p>La mort bieu! vous serez batu,</p>
+<p>Tout au travers, de ceste esp&eacute;e...</p>
+<p>Quand la robbe seroit coupp&eacute;e,</p>
+<p>Ce seroit ung tr&egrave;s grand dommaige.</p>
+<p>Je vous emporteray pour gaige,</p>
+<p>Toutesfoys, apr&egrave;s tout hutin.</p>
+<p>Au fort, ce sera mon butin,</p>
+<p>Que je rapporte de la guerre.</p>
+<p>On s'est bien raill&eacute; de toi, Pierre,</p>
+<p>La charbieu saincte et beniste!</p>
+<p>Vous eussiez eu l'assault bien viste,</p>
+<p>Se j'eusse sceu vostre prouesse:</p>
+<p>Vous eussiez tost eu la renverse,</p>
+<p>Voir, quelque paour que j'en eusse.</p>
+<p>Or pleust &agrave; J&eacute;sus que je fusse,</p>
+<p>A tout cecy, en ma maison!</p>
+<a name="p163"></a><span class="pagenum">P. 163</span>
+<p>Qu'il poise! Mengi&eacute; a foison</p>
+<p>De paille: elle chiet par derri&egrave;re.</p>
+<p>C'est paine pour la chamberi&egrave;re,</p>
+<p>De la porter hors de ce lieu.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(Au public.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Seigneurs, je vous commande &agrave; Dieu;</p>
+<p>Et se l'on vous vient demander</p>
+<p>Qu'est devenu le Franc Archier,</p>
+<p>Dictes qu'il n'est pas mort encor,</p>
+<p>Et qu'il emporte dague et cor,</p>
+<p>Et reviendra par cy de brief.</p>
+<p>Adieu; je m'en vois au relief.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>FIN DU MONOLOGUE DU FRANC ARCHIER</p>
+<p>DE BAIGNOLLET.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><br>
+<br>
+<a name="p164"></a><span class="pagenum">P. 164</span>
+<p>XXIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>DIALOGUE DE MESSIEURS</p>
+<p>DE MALLEPAYE ET DE BAILLEVENT.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. H&eacute;e, Monsieur de Baillevent! B. Quoy</p>
+<p>De neuf? M. On nous tient en aboy,</p>
+<p>Comme despourveuz, malureux.</p>
+<p>B. Si j'avoye autant que je doy,</p>
+<p>Sang bieu! je seroye chez le Roy,</p>
+<p>Un page apr&egrave;s moy! M. Voire deux!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Nous sommes francs... M. Adventureux.</p>
+<p>B. Riches. M. Bien aises B. Plantureux.</p>
+<p>M. Voire, de souhaits. B. C'est assez.</p>
+<p>M. Gentilz hommes. B. Hardis. M. Et preux.</p>
+<p>B. Par l'huys. M. Du joly Souffreteux</p>
+<p>Heritiers. B. De gaiges cassez.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Nous sommes, puis troys ans passez</p>
+<p>Si minces. B. Si mal compassez.</p>
+<p>M. Si simples. B. Legiers comme vent.</p>
+<a name="p165"></a><span class="pagenum">P. 165</span>
+<p>M. Si esbaudiz. B. Si mal pansez,</p>
+<p>De donner pour Dieu dispensez,</p>
+<p>Car nous jeusnons assez souvent.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. H&eacute;e, monsieur de Baillevent,</p>
+<p>Qui peult trouver, soubz quelque amant,</p>
+<p>Deux ou troys mille escus, quel proye!</p>
+<p>B. Nous ferions bruyt. M. Toutallement.</p>
+<p>B. Le quartier en vault l'arpent,</p>
+<p>Pardieu! Monsieur de Mallepaye!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. J'escripz contre ces murs. B. Je raye,</p>
+<p>Puis de charbon et puis de craye.</p>
+<p>M. Je raille. B. Je fays ch&egrave;re &agrave; tous.</p>
+<p>M. Nous avons beau coucher en raye,</p>
+<p>L'oreille au vent, la gueulle baye,</p>
+<p>On ne faict point prochas de nous.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Helas! serons-nous jamais soulx?</p>
+<p>M. Il ne fault que deux ou trois coups</p>
+<p>Pour nous remonter. B. Doux. M. Droictz. B. Druz.</p>
+<p>M. Pour fringuer. B. Pour porter le houx.</p>
+<p>M. Gens... B. A dire: D'ond venez-vous?</p>
+<p>M. Francs. B. Fins. M. Froidz. B. Forts.</p>
+<p>M. Grans. B. Gros. M. Escreuz.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. De serjens sommes tous recreux,</p>
+<p>Et si n'avons nulz bien acreuz.</p>
+<p>M. Nous debvons. B. On nous doibt. M. Fourraige.</p>
+<p>B. Entretenus. M. Comme poux creux.</p>
+<p>B. Jurons sang bieu, nous serons creuz:</p>
+<p>Arri&egrave;re, piettons de village!</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p166"></a><span class="pagenum">P.
+166</span>
+<p>M. Ne suis-je pas beau personnaige?</p>
+<p>B. J'ay train de seigneur. M. Pas de saige.</p>
+<p>B. Ressourdant. M. Comme bel alun.</p>
+<p>B. Pathelin en main. M. Dire raige.</p>
+<p>B. Et, par la mort bien! c'est dommage,</p>
+<p>Que ne mettons vilains eu run.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. H&eacute;e! cinq cens escus! B. C'est esgrun.</p>
+<p>M. Quand j'en ay j'en offre &agrave; chascun,</p>
+<p>Et suis bien aise quand j'en preste.</p>
+<p>B. Mes rentes sont sur le commun;</p>
+<p>M. Mais povres gens n'en ont pas ong;</p>
+<p>B. J'y romproye pour n&eacute;ant la teste.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. S'il povoyt venir quelque enqueste,</p>
+<p>Quelque mandement ou requeste,</p>
+<p>Ou quelque bonne commission!</p>
+<p>B. Mais en quelque banquet honneste,</p>
+<p>Faire accroire &agrave; cest ou &agrave; ceste</p>
+<p>La Pragmatique Sanction!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Et si elle y croit? B. Promision.</p>
+<p>M. Se elle promet? B. Monition.</p>
+<p>M. Se on l'admoneste? B. Qu'on marchande.</p>
+<p>M. Se on faict march&eacute;? B. Fruiction.</p>
+<p>M. Se on fruict? B. La Petition</p>
+<p>En fa&ccedil;on de belle demande</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>D'ung beau cent escus. M. Quelle viande!</p>
+<p>B. Qui l'auroit quand on la demande,</p>
+<p>On ferait... M. Quoi? B. Feu. M. Sainct Jehan, voire!</p>
+<p>B. On tauxeroit bien grosse amende</p>
+<a name="p167"></a><span class="pagenum">P. 167</span>
+<p>Sur le faict de ceste demande,</p>
+<p>Se j'en quictoye le petitoire.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Quel bien! B. Quel heur! M. Quel accessoire!</p>
+<p>B. Je me raffroichiz la m&eacute;moire</p>
+<p>Quand il m'en souvient. M. Quel plaisir!</p>
+<p>B. Se on nous bailloit par inventaire</p>
+<p>Deux mil escuz en une armoire,</p>
+<p>Ilz n'auroient garde d'y moysir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Qui peut prendre! B. Qui peut choisir!</p>
+<p>M. Gaigner! B. Espargner! M. Se saisir!</p>
+<p>Nous serions partout bienvenuz.</p>
+<p>B. Ung songe! M. Mais quel? B. De plaisir.</p>
+<p>M. Nous prendrons si bien le loisir</p>
+<p>De compter ne s&ccedil;ay quantz escuz.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Nous sommes bien entretenuz.</p>
+<p>M. Aymez. B. Portez. M. Et soustenuz...</p>
+<p>B. De nos parens. M. De bonne race.</p>
+<p>B. Rentes assez et revenuz,</p>
+<p>Et s'a pr&eacute;sent n'en avons nulz,</p>
+<p>Ce n'est que malheur qui nous chasse.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Je n'en fais compte. B. Je raimasse.</p>
+<p>M. Je volle par coups. B. Je tracasse,</p>
+<p>Puis au poil et puis &agrave; la plume.</p>
+<p>M. Je gaudis, et si je rimasse,</p>
+<p>Que voulez-vous! il ne tient qu'&agrave; ce</p>
+<p>Que je ne l'ay pas de coustume.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. D'honneur assez. M. Chascun en hume.</p>
+<p>B. Je destains le feu. M. Je l'allume.</p>
+<a name="p168"></a><span class="pagenum">P. 168</span>
+<p>B. Je m'esbas. M. Je passe mon dueil.</p>
+<p>B. Le plus souvent, quand je me fume,</p>
+<p>Je batteroye comme fer d'enclume,</p>
+<p>Si je me trouvoye tout seul.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Je ris. B. Je bave sur mon sueil.</p>
+<p>M. Je donne &agrave; quelqu'une ung guin d'oeil.</p>
+<p>B. Je m'esbas &agrave; je ne s&ccedil;ay quoy.</p>
+<p>M. J'entretiens. B. Je fais bel accueil.</p>
+<p>M. On me fait tout ce que je vueil,</p>
+<p>Quand nous sommes mon paige et moy.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Je ne demande qu'avoir dequoy,</p>
+<p>Belle amye, et vivre &agrave; requoy,</p>
+<p>Faire tousjours bonne entreprise,</p>
+<p>Belles armes, loyal au Roy.</p>
+<p>M. Mais trois poulx rempans en aboy</p>
+<p>Pour le gibier de la chemise!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Je porteroye pour ma devise</p>
+<p>La marguerite en or assise</p>
+<p>Et le houx partout estandu.</p>
+<p>M. Vostre cry, quel? B. Nouvelle guise.</p>
+<p>M. Riens en recepte, tant en mise,</p>
+<p>Et, toute somme, item perdu.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Je vous seroye, au residu,</p>
+<p>Gorgias sur le hault verdi</p>
+<p>Le bel estomac d'alouette.</p>
+<p>M. Robbe! B. De gris blanc, gris perdu,</p>
+<p>Bien emprunt&eacute; et mal rendu,</p>
+<p>Pay&eacute; d'une belle estiquette.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Puis la chaine d'or, la baguette,</p>
+<a name="p169"></a><span class="pagenum">P. 169</span>
+<p>Le lacqs de soye, la cornette...</p>
+<p>B. De velours. M. C'est bel affiquet.</p>
+<p>B. Quand nous aurions fait nostre empl&egrave;te,</p>
+<p>La porte seroit bien estroicte</p>
+<p>Se ne passions jusqu'au ticquet.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Nectelet. B. Gorgias. M. Friquet.</p>
+<p>B. De vert? M. Tousjours quelque bouquet.</p>
+<p>B. Selon la saison de l'ann&eacute;e.</p>
+<p>M. Et de paige? B. Quelque naquet.</p>
+<p>M. S'il vient hasart en ung banquet?</p>
+<p>B. Le prendre entre bond et voll&eacute;e.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Aux survenans? B. Ch&egrave;re mesl&eacute;e.</p>
+<p>M. Aux povres duppes? B. La hav&eacute;e.</p>
+<p>M. Et aux rustes? B. Le jobelin.</p>
+<p>M. Aux mignons de court? B. L'accoll&eacute;e.</p>
+<p>M. Aux gens de mesmes? B. La ris&eacute;e.</p>
+<p>M. Et aux ouvriers? B. Le pathelin.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. D'entretenir? B. Damoiselin.</p>
+<p>M. Et saluer? B. Bas comme lin.</p>
+<p>M. Et diviser? B. Motz tous nouveaulx.</p>
+<p>Pour contenter le femynin.</p>
+<p>Nous ferions plus d'ung esclin</p>
+<p>Qu'ung aultre de quinze royaulx.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. H&eacute;e, cueurs joyeux! B. H&eacute;e, cueurs
+loyaulx!</p>
+<p>M. Prests. B. Prins. M. Prompts. B. Preux. M. Especiaulx.</p>
+<p>B. Aymez. M. Supportez. B. Bien receuz.</p>
+<p>M. Nous devrions passer aux sceaulx</p>
+<a name="p170"></a><span class="pagenum">P. 170</span>
+<p>Envers les officiers royaulx, [p. 170]</p>
+<p>Comme messieurs les despourveuz.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. De congnoissance bien pourveuz</p>
+<p>Et de sagesse. M. On nous a veuz</p>
+<p>Si gentilz et si francs. B. Si doulx.</p>
+<p>M. Helas! cent escuz nous sont deubz.</p>
+<p>B. Au fort, si nous les eussions euz,</p>
+<p>On en tint plus compte de nous.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Nous avons faict plaisir &agrave; tous.</p>
+<p>B. Ch&egrave;re &agrave; dire: D'ond venez-vous?</p>
+<p>M. Esmerillonnez. B. Advenans.</p>
+<p>M. Cent escus, et juger des coups.</p>
+<p>On auroit beau mettre aux deux bouts,</p>
+<p>Se nous ne tenions des gaignans.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Nous sommes deux si beaulx gallans.</p>
+<p>M. Fringans. B. Bruyans. M. Allans. B. Parlans.</p>
+<p>M. Esmeuz de franche volunt&eacute;.</p>
+<p>B. Aagez de sens. M. Et jeunes d'ans.</p>
+<p>B. Bien gays. M. Assez resc&eacute;ans.</p>
+<p>B. Porres d'argent. M. Prou de sant&eacute;.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Chascun de nous est habit&eacute;.</p>
+<p>M. Maison &agrave; Paris. B. Bien mont&eacute;,</p>
+<p>Aussi bien aux champs qu'en la ville.</p>
+<p>M. Il y a ceste malheurt&eacute;</p>
+<p>Que de l'argent qu'avons prest&eacute;</p>
+<p>Nous n'en arrons ne croix ne pille.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. O&ugrave; sont les cens et deux cens mille</p>
+<p>Escus que nous avions en pile,</p>
+<a name="p171"></a><span class="pagenum">P. 171</span>
+<p>Quand chascun avoit bien du sien?</p>
+<p>M. Au fort, se nous n'en avons mille,</p>
+<p>Nous sommes, selon l'&Eacute;vangile,</p>
+<p>Des bienheureux du temps ancien.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. J'aymasse mieulx qu'il n'en fust rien.</p>
+<p>M. Trouvons en par quelque moyen.</p>
+<p>B. Qui en a &agrave; pr&eacute;sent? M. Je ne s&ccedil;ay.</p>
+<p>B. H&eacute;, ung engin parisien....</p>
+<p>M. Art lombard. B. Franc praticien,</p>
+<p>Pour faire &agrave; present ung essay!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Je vis le temps que j'avan&ccedil;ay</p>
+<p>L'argent de chose, et adressay</p>
+<p>Tel et tel et tel benefice.</p>
+<p>B. Et, pour moy, quand je compass&eacute;</p>
+<p>Monseigneur tel, et pourchass&eacute;</p>
+<p>Moy mesmes tout seul son office.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. J'estois tousjours &agrave; tous propice;</p>
+<p>Mais je crains. B. Et quoy? M. Qu'avarice</p>
+<p>Nous surprint, si devenions riches.</p>
+<p>B. Riches, quoi! Geste faulce lisse,</p>
+<p>Pauvret&eacute;, nous tient en sa lice.</p>
+<p>M. C'est ce qui nous faict estre chiches.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Nous sommes legiers. M. Comme biches.</p>
+<p>B. Rebondis... M. Comme belles miches.</p>
+<p>B. Et frays&eacute;s... M. Comme beaulx ongnons.</p>
+<p>B. Aussi coustelez. M. Comme chiches,</p>
+<p>B. Adventureux. M. Comme Suysses</p>
+<p>A Nancy, sur les Bourguygnons.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Entre les gallans. M. Compaignons.</p>
+<a name="p172"></a><span class="pagenum">P. 172</span>
+<p>B. Entre les gorgias. M. Mignons.</p>
+<p>B. Entre gens d'armes. M. Courageux.</p>
+<p>B. S'on barguigne. M. Nous barguignons.</p>
+<p>B. Heureulx. M. Gomme beaux champignons.</p>
+<p>Mis sus en ung jour ou en deux,</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Nous sommes les adventureux</p>
+<p>Despourveuz. M. D'argent. B. Plantureux.</p>
+<p>M. De nouvelles plaisantes. B. Tant.</p>
+<p>M. Pour servir princes. B. Curieux.</p>
+<p>M. Et pour les mignons. B. Gracieux.</p>
+<p>M. Et pour le commun. B. Tant &agrave; tant.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. H&eacute;e, monsieur de Baillevent,</p>
+<p>Quand reviendra le bon temps?</p>
+<p>B. Quand chascun aura ses souhaits.</p>
+<p>M. Cent mille escus argent comptant,</p>
+<p>Sur ma foy, je seroye content</p>
+<p>Qu'on ne parlast plus que de paix.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Nous sommes si francs. M. Si parfaits.</p>
+<p>B. Si s&ccedil;avans. M. Si cauts en nos faiz.</p>
+<p>B. Si bien nez. M. Si preux. B. Si hardis.</p>
+<p>M. Saiges. B. Subtilz. M. Advisez. B. Mais</p>
+<p>Faulte d'argent et les grans prestz...</p>
+<p>M. Nous ont ung peu appaillardis.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Abandonnez. M. Comme hardis.</p>
+<p>B. Requis. M. Comme les gras mardis.</p>
+<p>B. Et fiers. M. Comme ung beau pet en baing.</p>
+<p>B. J'ay dueil que vieulx villains tarnys</p>
+<a name="p173"></a><span class="pagenum">P. 173</span>
+<p>Soient d'or et d'argent si garnis,</p>
+<p>Et mignons en ont tant besoing.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Nous avons froid. B. Chauld. M. Faim. B. Soif M. Soing.</p>
+<p>B. Nous tracassons. M. &Ccedil;a. B. L&agrave;. M.
+Pr&egrave;s. B. Loing.</p>
+<p>M. Sans prouffit. B. Sans quelque advantaige.</p>
+<p>M. Mais, s'on nous fon&ccedil;oit or au poing,</p>
+<p>Nous serions pour faire &agrave; ung coing</p>
+<p>Nostre prouffit d'aultruy dommage.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Avez-vous tousjours l'heritaige</p>
+<p>De Baillevent? B. Ouy. M. J'enraige</p>
+<p>Qu'en Mallepaye n'a vins, blez, grains.</p>
+<p>B. Cent francs de rente et ung fromaige,</p>
+<p>Vous m'orriez dire de couraige:</p>
+<p>Vive le roy! M. Ronfflez, villains!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Qui a le vent? M. Joyeulx mondains.</p>
+<p>B. Gr&eacute; de dames? M. Amoureux craints.</p>
+<p>B. Et l'argent, qui? M. Qui plus embource.</p>
+<p>B. Qu'est-ce d'entre nous courtissains?</p>
+<p>M. Nous prenons escus pour douzains,</p>
+<p>Franchement, et bourse pour bource.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Ha! Monseigneur! M. Sang bieu, la mousse</p>
+<p>M'a trop coust&eacute;. B. Et pourquoy? M. Pource.</p>
+<p>B. Hay! hay! tout est mal compass&eacute;.</p>
+<p>M. Comment? B. On ne joue plus du poulce.</p>
+<p>M. Qui ne tire. B. Quicte la trousse;</p>
+<p>Autant vauldroit ung arc cass&eacute;.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p174"></a><span class="pagenum">P.
+174</span>
+<p>M. Monsieur mon pere eust amass&eacute;</p>
+<p>Plus d'escus qu'on eust entass&eacute;</p>
+<p>En ung hospital de vermine.</p>
+<p>B. Mais nous avons si bien sass&eacute;,</p>
+<p>Le sang bieu! que tout est pass&eacute;,</p>
+<p>Gros et menu, par l'estamyne.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M, Si vient guerre, mort ou famine,</p>
+<p>Dont Dieu nous gard, quel train, quel myne</p>
+<p>Ferons nous pour gaigner le broust?</p>
+<p>B. Quant &agrave; moy, je me determine</p>
+<p>D'entrer chez voisin et voisine</p>
+<p>Et d'aller voir si le pot bout.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Mais regardons, &agrave; peu de coust,</p>
+<p>Quel train nous viendroit mieulx &agrave; goust</p>
+<p>Pour amasser biens et honneurs.</p>
+<p>B. Le meilleur est prendre partout.</p>
+<p>M. De rendre, quoy? B. On s'en absoult,</p>
+<p>Pour cinq solz, &agrave; ces pardonneurs.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Allons servir quelques seigneurs.</p>
+<p>B, Aucuns sont si petitz d'honneurs</p>
+<p>Qu'on n'y a que peine et meschance.</p>
+<p>M. Et prouffit, quel? B. Scions les heurs;</p>
+<p>Mais entre nous, ans estradeurs,</p>
+<p>Il nous fault esplucher la chance.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Servons marchans pour la pitance,</p>
+<p>Pour <i>fructus ventris</i>, pour la pance.</p>
+<p>B. On y gaigneroit ses despens.</p>
+<p>M. Et de foncer? B. Bonne asseurance,</p>
+<p>Petite foy, large conscience;</p>
+<p>Tu n'y scez riens et y aprens.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p175"></a><span class="pagenum">P.
+175</span>
+<p>M. De proc&egrave;s, quoy? B. Si je m'y rens,</p>
+<p>Je veulx estre mis sur les rangs,</p>
+<p>S'ilz ont argent, si je n'en crocque.</p>
+<p>M. Quels gens sont-ce? B. Gros marchesens,</p>
+<p>Qui se font bien servir des gens;</p>
+<p>Mais de payer, querez qui bloque!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Officiers, quoi? C'est toute mocque:</p>
+<p>L'ung pourchasse, l'autre desroque,</p>
+<p>Et semble que tout soit pour eulx.</p>
+<p>B. Laissons-les l&agrave;. M. Ho! je n'y tocque.</p>
+<p>Il n'est point de pire defroque</p>
+<p>Que de malheur &agrave; malheureux.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Pour despourveuz adventureux</p>
+<p>Comme nous, encor c'est le mieulx</p>
+<p>De faire l'ost et les gens d'armes.</p>
+<p>M. En fuite je suis couraigeux.</p>
+<p>B. Et &agrave; frapper? M. Je suis piteux;</p>
+<p>Je crains trop les coups, pour les armes.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Servons donc Cordeli&egrave;rs ou Carmes,</p>
+<p>Et prenons leurs bissacs &agrave; fermes,</p>
+<p>Car il n'y a pas grand d&eacute;bit.</p>
+<p>M. Ilz nous prescheroient en beaulx termes,</p>
+<p>Et pleureroyent maintes lermes</p>
+<p>Devant que nous prinssions l'habit.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Se en cest malheur et labit</p>
+<p>Nous mourions, par quelque acabit,</p>
+<p>Ame n'y a qui bien nous face.</p>
+<p>M. J'ay ung vieil harnoys qu'on forbit,</p>
+<a name="p176"></a><span class="pagenum">P. 176</span>
+<p>Sur lequel je fonde ung obit,</p>
+<p>Et du surplus, Dieu le parface!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. H&eacute;e, fault-il que Fortune efface</p>
+<p>Nostre bon bruyt? M. Malheur nous chasse;</p>
+<p>Mais il n'a nul bien qui n'endure,</p>
+<p>B. Prenons quelque train. M. Suyvons trasse.</p>
+<p>B. Nous trassons, et quelqu'un nous trasse:</p>
+<p>A loups ravis grosse pasture.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Allons! B. Mais o&ugrave;? M. A l'adventure.</p>
+<p>B. Qui nous admoneste? M. Nature.</p>
+<p>B. Pour aller? M. O&ugrave; on nous attend.</p>
+<p>B. Par quel chemin? M. Par soing ou cure.</p>
+<p>B. Logez o&ugrave;? M. Pr&egrave;s de la clousture</p>
+<p>De monsieur d'Angoulevent.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Comment yrons? M. Jusqu'&agrave; Claqdent</p>
+<p>***************************</p>
+<p>Et passerons par Mallepaye.</p>
+<p>B. Brief, c'est le plus exp&eacute;dient</p>
+<p>Que nous jetons la plume au vent:</p>
+<p>Qui ne peult mordre, si abaye.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. O&ugrave; ung franc couraige s'employe,</p>
+<p>Il treuve &agrave; gaigner. B. Querons proye.</p>
+<p>M. Desquelz serons-nous? B. Des plus forts.</p>
+<p>M. Il ne m'en chault, mais que j'en aye,</p>
+<p>Que la plume au vent on envoye.</p>
+<p>B. Puis apr&egrave;s? M. Alors comme alors.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. La plume au vent! M. Sus. B. L&agrave;. M. Dehors!</p>
+<a name="p177"></a><span class="pagenum">P. 177</span>
+<p>B. Au hault et au loing. M. Corps pour corps.</p>
+<p>Je me tiendray des mieulx venuz.</p>
+<p>B. On n'yra point, quand serons mors,</p>
+<p>Demander au roy les tresors</p>
+<p>De messieurs les despourveuz.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>La plume au vent! M. Je le concluz.</p>
+<p>****************************</p>
+<p>Pour les povres de ceste ann&eacute;e.</p>
+<p>B. Ne demeurons plus si confuz.</p>
+<p>****************************</p>
+<p>Au grat, la terre est degel&eacute;e!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Allons, suyvons quelque tra&icirc;n&eacute;e.</p>
+<p>Devant! vostre fi&egrave;vre est trembl&eacute;e,</p>
+<p>Car nous sommes tous estourdiz.</p>
+<p>B. Dieu doint aux riches bonne ann&eacute;e!</p>
+<p>M. Aux despourveuz grasse journ&eacute;e!</p>
+<p>B. Et aux femmes pesans mariz!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prenez en gr&eacute;, grans et petiz.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>FIN DU DIALOGUE DE MALLEPAYE</p>
+<p>ET DE BAILLEVENT.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><br>
+<br>
+<br>
+<a name="p178"></a><span class="pagenum">P. 178</span>
+<p>XXIV.</p>
+<p>LES REPEUES FRANCHES</p>
+<p>DE FRAN&Ccedil;OIS VILLON</p>
+<p>ET DE SES COMPAGNONS.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Vous qui cerchez les repeues franches,</p>
+<p>Et, tant jours ouvriers que dimenches,</p>
+<p>N'avez pas plant&eacute; de monnoye,</p>
+<p>Affin que chascun de vous oye</p>
+<p>Comment on les peut recouvrer,</p>
+<p>Vueillez vous au sermon trouver</p>
+<p>Qui est escript dedans ce livre.</p>
+<p>Mettez tous peine de le lire,</p>
+<p>Entre vous, jeunes perrucatz,</p>
+<p>Procureurs, nouveaulx advocatz,</p>
+<p>Aprenans aux despens d'aultruy.</p>
+<p>Venez-y tost, sans nul estrif,</p>
+<p>Clercz, de praticque diligens,</p>
+<p>Qui congnoissez si bien vos gens;</p>
+<p>Sergens &agrave; pied et &agrave; cheval,</p>
+<p>Venez-y d'amont et d'aval,</p>
+<a name="p179"></a><span class="pagenum">P. 179</span>
+<p>Les hoirs du deffunct Pathelin,</p>
+<p>Qui s&ccedil;avez jargon jobelin;</p>
+<p>Capitaine du pont-&agrave;-Billon;</p>
+<p>Tous les subjetz Francoys Villon,</p>
+<p>Soyez, &agrave; ce coup, reveillez.</p>
+<p>Pas ne devez estre oubliez,</p>
+<p>Tous gallans &agrave; pourpointz sans manches,</p>
+<p>Qui ont besoing de repeues franches,</p>
+<p>Et tous ceulx, tant yver qu'est&eacute;,</p>
+<p>Qui en ont grant n&eacute;cessit&eacute;.</p>
+<p>Venez vous apprendre comment</p>
+<p>Les maistres anciennement</p>
+<p>S&ccedil;avoyent tous les tours de ce faire:</p>
+<p>Messire Chascun Poicdenaire,</p>
+<p>Qui de livres s&ccedil;ait les usaiges,</p>
+<p>Et veult lire tous les passaiges,</p>
+<p>De celuy en prins appetis;</p>
+<p>Venez-y donc, grans et petis,</p>
+<p>Car, de la science s&ccedil;avoir,</p>
+<p>Vous ne povez que mieulx valoir.</p>
+<p>Venez, chevaucheurs d'escuyrie,</p>
+<p>Serviteurs de grant seigneurie,</p>
+<p>Venez-y sans dilation,</p>
+<p>Tous gens sotz et toutes gens sottes;</p>
+<p>Venez-y, bigotz et bigottes;</p>
+<p>Venez-y, povres Turlupins</p>
+<p>Et Cordeliers et Jacopins;</p>
+<p>Venez aussi, toutes prestresses,</p>
+<p>Qui s&ccedil;avez piec&agrave; les adresses</p>
+<p>Des presbitaires hault et bas;</p>
+<p>Gardez que vous n'y faillez pas!</p>
+<p>Venez, gorriers et gorri&egrave;res,</p>
+<p>Qui faictes si bien les mani&egrave;res;</p>
+<p>Que c'est une chose terrible.</p>
+<a name="p180"></a><span class="pagenum">P. 180</span>
+<p>Pour bien faire tout le possible;</p>
+<p>Toutes mani&egrave;res de farseurs,</p>
+<p>Anciens et jeunes mocqueurs;</p>
+<p>Venez-y tous, vrays macquereaulx</p>
+<p>De tous estatz, vieulx et nouveaulx;</p>
+<p>Venez-y toutes, macquerelles,</p>
+<p>Qui, par vos subtilles querelles,</p>
+<p>Avez tousjours en vos maisons</p>
+<p>Pour avoir, en toutes saisons,</p>
+<p>Tant jours ouvriers que dimenches,</p>
+<p>Souvent les bonnes repeues franches.</p>
+<p>Venez-y tous, bons pardonneurs,</p>
+<p>Qui s&ccedil;avez faire les honneurs,</p>
+<p>Aux villages, de bons pastez,</p>
+<p>Avecques ces gras curatez,</p>
+<p>Qui ayment bien vostre venue</p>
+<p>Pour avoir la franche repeue;</p>
+<p>Affin que chascun d'eulx enhorte</p>
+<p>Les paroissiens, qu'on apporte</p>
+<p>Des biens aux pardons de ce lieu,</p>
+<p>Et qu'on face du bien pour Dieu.</p>
+<p>Tant que le pardonneur s'en aille,</p>
+<p>Le cur&eacute; ne despendra maille,</p>
+<p>Et aura maistre Jehan Laurens</p>
+<p>Fermement pay&eacute; les despens</p>
+<p>Et quarte de vin, simplement,</p>
+<p>Au cur&eacute;, &agrave; son parlement.</p>
+<p>De tout est&acirc;t, soit bas ou hault,</p>
+<p>Venez-y, qu'il n'y ait deffault;</p>
+<p>Venez-y, varletz, chamberi&egrave;res,</p>
+<p>Qui s&ccedil;avez si bien les mani&egrave;res,</p>
+<p>En disant mainte bonne bave,</p>
+<p>D'avoir du meilleur de la cave,</p>
+<p>Et puis joyeusement preschez,</p>
+<a name="p181"></a><span class="pagenum">P. 181</span>
+<p>Apr&egrave;s que vos gens sont couchez.</p>
+<p>Ceulx qui cerchent banquets ou festes</p>
+<p>Pour dire quelques chansonnettes,</p>
+<p>Affin d'atrapper la repeue,</p>
+<p>Que chascun de vous se remue</p>
+<p>D'y venir bien legi&egrave;rement;</p>
+<p>Et vous pourrez ouyr comment</p>
+<p>Ung grant tas de bonnes comm&egrave;res</p>
+<p>S&ccedil;avent bien trouver les mani&egrave;res</p>
+<p>De faire leurs marys coqus.</p>
+<p>Venez-y, et n'attendez plus,</p>
+<p>Entre vous, prebstres sans s&eacute;jour,</p>
+<p>Qui dictes deux messes par jour</p>
+<p>A Sainct-Innocent, ou ailleurs;</p>
+<p>Venez-y, pour s&ccedil;avoir plusieurs</p>
+<p>Des passaiges et des adresses</p>
+<p>De maintes petites finesses</p>
+<p>Que l'en faict facillement</p>
+<p>Qu'advient, par faulte d'argent,</p>
+<p>En maint lieu, la franche repeue,</p>
+<p>Qui ne doit &agrave; nul estre teue.</p>
+<p>Par tel, cil qui veue ne l'aura,</p>
+<p>Paiera, et celuy qui fera</p>
+<p>De ceste repeue le pr&eacute;sent,</p>
+<p>De l'escot s'en yra exempt,</p>
+<p>Moyennant qu'il monstre ce livre:</p>
+<p>Par ce moyen sera delivre;</p>
+<p>En lieu o&ugrave; n'aura est&eacute; veu</p>
+<p>Il sera franchement repeu,</p>
+<p>Ainsi qu'on orra plus &agrave; plain,</p>
+<p>Qui de l'entendre prendra soing.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p182"></a><span class="pagenum">P.
+182</span>
+<p>BALLADE DE L'ACTEUR.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quant j'euz ouy ce pr&eacute;sent mandement:</p>
+<p>Qu'on semonnoit venir, de par l'Acteur,</p>
+<p>Le dessusdict, j'ay pens&eacute; lermement</p>
+<p>De moy trouver, et en prins l'adventure,</p>
+<p>Comme celuy qui, de droicte nature,</p>
+<p>Vouloit de ce faire narration,</p>
+<p>A celle fin qu'il en fust mention,</p>
+<p>A ung chascun, pour le temps advenir,</p>
+<p>Qui s'attendent et ont intention</p>
+<p>Que les respeues les viendront secourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Mais ce secours est d'anciennement</p>
+<p>De tous repas le chief, et par droicture;</p>
+<p>Pourquoy, aulcuns, qui ont entendement,</p>
+<p>Le treuvent bon, et aultres n'en ont cure,</p>
+<p>Et ne cerchent tant que l'argent leur dure,</p>
+<p>Mais font du leur si grant destruction,</p>
+<p>Qu'ilz en entrent en la subjection,</p>
+<p>De faire aux dens l'arquemie, sans faillir,</p>
+<p>En attendant, pour toute production,</p>
+<p>Que les repeues les viendront secourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>J'en ay congneu, qui souvent largement</p>
+<p>Donnoyent &agrave; tous repeues outre mesure;</p>
+<p>Qui depuis ont continuellement</p>
+<p>Servy le Pont-&agrave;-Billon, par droicture,</p>
+<p>Dont la fa&ccedil;on a est&eacute; &agrave; maint dure,</p>
+<p>En leur grant dueil et tribulation;</p>
+<p>Mais lors n'avoyent nulle remission,</p>
+<p>Combien que ce leur fist le cueur fr&eacute;mir,</p>
+<a name="p183"></a><span class="pagenum">P. 183</span>
+<p>Ilz n'attendoyent aultre succession,</p>
+<p>Que les repeues les viendront secourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince, pour ce que ne me puis tenir</p>
+<p>Que de telz faitz ne face mention,</p>
+<p>Puisque &agrave; mon temps les ay veu avenir,</p>
+<p>J'en vueil faire quelque narration,</p>
+<p>Et escripre, soubz la correction</p>
+<p>Des escoutans, affin d'en souvenir,</p>
+<p>La pr&eacute;sente nouvelle invention,</p>
+<p>Que les repeues les viendront secourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE DES ESCOUTANS.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Qui en a est Le bien venu;</p>
+<p>Qui n'en a point, l'en n'en tient compte,</p>
+<p>Cil qui en a est bien congneu,</p>
+<p>Cil qui n'en a point vit &agrave; honte.</p>
+<p>Qui paye l'on exauce et monte</p>
+<p>Jusque au tiers ciel, pour en prester:</p>
+<p>Son honneur tout aultre surmonte,</p>
+<p>Par force de bien acquester.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quant entendismes les estatz</p>
+<p>De telz dissimulations,</p>
+<p>Congnoissant les hauts et les bas,</p>
+<p>Par toutes abreviations,</p>
+<p>Nous mismes, sans sommations,</p>
+<p>Aux champs, par bois et par tailllis.</p>
+<a name="p184"></a><span class="pagenum">P. 184</span>
+<p>Pour congnoistre les fictions,</p>
+<p>Qui se font souvent &agrave; Paris.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Pource que chacun maintenoit</p>
+<p>Que c'estoit la ville du monde</p>
+<p>Qui plus de peuple soustenoit,</p>
+<p>Et o&ugrave; maintz estranges abonde,</p>
+<p>Pour la grant science parfonde</p>
+<p>Renomm&eacute;e en icelle ville,</p>
+<p>Je partis, et veulx qu'on me tonde,</p>
+<p>S'&agrave; l'entr&eacute;e avois croix ne pille.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Il estoit temps de se coucher,</p>
+<p>Et ne s&ccedil;avoye o&ugrave; heberger;</p>
+<p>D'ung logis me vins approcher,</p>
+<p>S&ccedil;avoir s'on m'y vouldroit loger,</p>
+<p>En disant: &laquo;Avez &agrave; menger?&raquo;</p>
+<p>L'hoste me respondit: &laquo;Si ay.&raquo;</p>
+<p>Lors luy priay, pour abr&eacute;ger:</p>
+<p>&laquo;Apportez-le donc devant moy.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Je fus servy passablement,</p>
+<p>Selon mon estat et ma sorte,</p>
+<p>Et pensant, &agrave; part moy, comment</p>
+<p>Je cheviroye avec l'hoste,</p>
+<p>Je m'avis&eacute; que, soubz ma cotte,</p>
+<p>Avois une esp&eacute;e qui bien trenche:</p>
+<p>Je la lairray, qu'on ne me l'oste,</p>
+<p>En gaige de la repeue franche.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>L'esp&eacute;e estoit toute d'acier,</p>
+<p>Il ne s'en failloit que le fer;</p>
+<p>Mais l'hoste la me fist machier,</p>
+<a name="p185"></a><span class="pagenum">P. 185</span>
+<p>Fourreau et tout, sans fricasser;</p>
+<p>Puis, apr&egrave;s, me convint penser</p>
+<p>De repaistre, se faim avoye;</p>
+<p>Rien n'y eust valu le tencer:</p>
+<p>De leans partis sans monnoye.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>L'ACTEUR.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Lendemain, m'aloye enquerant</p>
+<p>Pour encontrer Martin Gallant.</p>
+<p>Droit en la Salle du Palays</p>
+<p>Rencontray, pour mon premier m&egrave;s,</p>
+<p>Tout droit soubz la premi&egrave;re porte,</p>
+<p>Plusieurs mignons d'estrange sorte,</p>
+<p>Que sembloit bien &agrave; leur habit</p>
+<p>Qu'ilz fussent gens de grant acquit.</p>
+<p>Lors vins pour entrer en la Salle:</p>
+<p>L'ung y monte, l'aultre devalle.</p>
+<p>L&agrave; me pourmenoye, de par Dieu,</p>
+<p>Regardant l'estat de ce lieu,</p>
+<p>Et quand je l'euz bien regard&eacute;e,</p>
+<p>Tant plus la voys tant plus m'agr&eacute;e;</p>
+<p>Je vis l&agrave; tant de mirlificques,</p>
+<p>Tant d'ame&ccedil;ons et tant d'afficques,</p>
+<p>Pour attraper les plus huppez.</p>
+<p>Les plus rouges y sont happez;</p>
+<p>A l'ung convient vendre sa terre;</p>
+<p>Maint, sans sainctir, l&agrave; se detterre,</p>
+<p>Partie ou peu en demourra</p>
+<p>De tout ce que vaillant aura;</p>
+<p>Cuydant destruyre son voysin</p>
+<p>De Poytou, ou de Lymousin,</p>
+<p>Ou de quelque aultre nation,</p>
+<p>Maint en est en destruction,</p>
+<a name="p186"></a><span class="pagenum">P. 186</span>
+<p>Et fault, ains partir de l&eacute;ans,</p>
+<p>Qu'ilz facent l'arquemye aux dens.</p>
+<p>On emprunte, qui a credit,</p>
+<p>Tout ainsi que devant est dict.</p>
+<p>Quand leur argent fort s'appetiese,</p>
+<p>Lors leur est la repeue propice,</p>
+<p>Et lors cerchent (plus n'en doubtez),</p>
+<p>Hault et bas et de tous costez,</p>
+<p>Comme on verra par demomstrances</p>
+<p>En ce traict&eacute; des Repeues franches.</p>
+<p>Et quant au regard de plusieurs</p>
+<p>Aultres repeues, sont escriptes</p>
+<p>Affin qu'on preigne les meilleurs,</p>
+<p>En lisant, grandes ou petites.</p>
+<p>Vous orrez maintz moyens licites</p>
+<p>Comment ilz ont est&eacute; happez,</p>
+<p>Hault et bas, par bonnes conduictes</p>
+<p>De ceulx qui les ont attrapez.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LA REPEUE</p>
+<p>DE VILLON ET DE SES COMPAIGNONS.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;Qui n'a or, ny argent, ny gaige,</p>
+<p>Comment peult-il faire grant ch&egrave;re?</p>
+<p>Il fault qu il vive d'avantaige:</p>
+<p>La fa&ccedil;on en est coustumi&egrave;re.</p>
+<p>S&ccedil;aurions-nous trouver la mani&egrave;re</p>
+<p>De tromper quelqu'ung, pour repaistre?</p>
+<p>********************************</p>
+<p>Qui le fera sera bon maistre!&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p187"></a><span class="pagenum">P.
+187</span>
+<p>Ainsi parloyent les compaignons</p>
+<p>Du bon maistre Fran&ccedil;oys Villon,</p>
+<p>Qui n'avoient vaillant deux ongnons,</p>
+<p>Tentes, tapis, ne pavillon.</p>
+<p>Il leur dit: &laquo;Ne nous soucion,</p>
+<p>Car, aujourd'huy, sans nul deffault,</p>
+<p>Pain, vin, et viande, &agrave; grant foyson,</p>
+<p>Aurez, avec du rost tout chault.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><i>La mani&egrave;re d'avoir du Poisson.</i></p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Adoncques il leur demanda</p>
+<p>Quelles viandes vouloyent macher:</p>
+<p>L'ung de bon poysson souhaita;</p>
+<p>L'autre demanda de la chair.</p>
+<p>Maistre Fran&ccedil;oys, ce bon archer,</p>
+<p>Leur dist: &laquo;Ne vous en souciez;</p>
+<p>Il vous faut voz pourpointz lascher,</p>
+<p>Car nous aurons viandes assez.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Lors partit de ses compaignons,</p>
+<p>Et vint &agrave; la Poyssonnerie,</p>
+<p>Et les laissa del&agrave; les pontz,</p>
+<p>Quasy plains de melencolie.</p>
+<p>Il marchanda, &agrave; ch&egrave;re lye,</p>
+<p>Ung pannier tout plain de poysson,</p>
+<p>Et sembloit, je vous certiffie,</p>
+<p>Qu'il fust homme de grant fa&ccedil;on.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Maistre Fran&ccedil;oys fut diligent</p>
+<p>D'achapter, non pas de payer,</p>
+<p>Et dist qu'il bailleroit l'argent</p>
+<p>Tout comptant au porte-pannier.</p>
+<p>Ils partent sans plus plaidoyer,</p>
+<p>Et pass&egrave;rent par Nostre-Dame,</p>
+<a name="p188"></a><span class="pagenum">P. 188</span>
+<p>L&agrave; o&ugrave; il vit le Penancier,</p>
+<p>Qui confessoit homme ou bien femme.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quant il le vit, &agrave; peu de plait,</p>
+<p>Il luy dist: &laquo;Monsieur, je vous prie</p>
+<p>Que vous despechez, s'il vous plaist,</p>
+<p>Mon nepveu; car, je vous affie</p>
+<p>Qu'il est en telle resverie:</p>
+<p>Vers Dieu il est fort negligent;</p>
+<p>Il est en tel merencolie,</p>
+<p>Qu'il ne parle rien que d'argent.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&mdash;Vrayment, ce dit le Penancier,</p>
+<p>Tr&egrave;s voulentiers on le fera.&raquo;</p>
+<p>Maistre Francoys print le pannier,</p>
+<p>Et dit: &laquo;Mon amy, venez &ccedil;a;</p>
+<p>Vel&agrave; qui vous depeschera,</p>
+<p>Incontinent qu'il aura faict.&raquo;</p>
+<p>Adonc maistre Fran&ccedil;oys s'en va,</p>
+<p>Atout le pannier, en effect.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quand le Penancier eut parfaict</p>
+<p>De confesser la cr&eacute;ature,</p>
+<p>Gaigne-denier, par dit parfaict,</p>
+<p>Accourut vers luy bonne alleure,</p>
+<p>Disant: &laquo;Monsieur, je vous asseure,</p>
+<p>S'il vous plaisoit prendre loysir</p>
+<p>De me depescher &agrave; ceste heure,</p>
+<p>Vous me feriez ung grant plaisir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&mdash;Je le vueil bien, en verit&eacute;,</p>
+<p>Dist le Penancier, par ma foy!</p>
+<p>Or, dictes <i>Benedicite,</i></p>
+<p>Et puis je vous confesseray,</p>
+<a name="p189"></a><span class="pagenum">P. 189</span>
+<p>Et, en apr&egrave;s, vous absouldray,</p>
+<p>Ainsy comme je doy le faire;</p>
+<p>Puis penitence vous bauldray,</p>
+<p>Qui vous sera bien necessaire.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&mdash;Quel confesser! dist le povre homme:</p>
+<p>Fus-je pas &agrave; Pasques absoulz?</p>
+<p>Que bon gr&eacute; sainct Pierre de Romme!</p>
+<p>Je demande cinquante soulz.</p>
+<p>Qu'esse-cy? A qui sommes-nous?</p>
+<p>Ma maistresse est bien arriv&eacute;e!</p>
+<p>A coup, &agrave; coup, depeschez-vous,</p>
+<p>Payez mon panier de mar&eacute;e.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&mdash;Ha! mon amy, ce n'est pas jeu,</p>
+<p>Dist le Penancier, seurement:</p>
+<p>Il vous fault bien penser &agrave; Dieu</p>
+<p>Et le supplier humblement.</p>
+<p>&mdash;Que bon gr&eacute; en ayt mon serment!</p>
+<p>Dist cet homme, sans contredit,</p>
+<p>Depeschez-moy legierement,</p>
+<p>Ainsi que ce seigneur a dit.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Adonc le Penancier vit bien</p>
+<p>Qu'il y eut quelque tromperie;</p>
+<p>Quand il entendit le moyen,</p>
+<p>Il congneut bien la joncherie.</p>
+<p>Le povre homme, je vous affie,</p>
+<p>Ne prisa pas bien la fa&ccedil;on,</p>
+<p>Car il n'eut, je vous certifie,</p>
+<p>Or ne argent de son poysson.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Maistre Fran&ccedil;ois, par son blason.</p>
+<p>Trouva la fa&ccedil;on et mani&egrave;re</p>
+<a name="p190"></a><span class="pagenum">P. 190</span>
+<p>D'avoir mar&eacute;e &agrave; grant foyson,</p>
+<p>Pour gaudir et faire grant ch&egrave;re.</p>
+<p>C'estoit la m&egrave;re nourrici&egrave;re</p>
+<p>De ceulx qui n'avoyent point d'argent;</p>
+<p>A tromper devant et derri&egrave;re,</p>
+<p>Estoit ung homme diligent.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><i>La mani&egrave;re d'avoir des Trippes pour diner.</i></p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Que fist-il? A bien peu de plet,</p>
+<p>S'advisa de grant joncherie:</p>
+<p>Il fist laver le cul bien net</p>
+<p>A ung gallant, je vous affie,</p>
+<p>Disant: &laquo;Il convient qu'on espie:</p>
+<p>Quand seray devant la trippi&egrave;re,</p>
+<p>Monstre ton cul par raillerie,</p>
+<p>Puis, apr&egrave;s, nous ferons grant
+chi&egrave;re.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Le compaignon ne faillit pas,</p>
+<p>Foy que doy sainct Remy de Rains!</p>
+<p>A Petit-Pont vint par compas,</p>
+<p>Son cul descouvrit jusque aux rains.</p>
+<p>Quand maistre Fran&ccedil;oys vit ce train,</p>
+<p>Dieu s&ccedil;et s'il fit piteuses lippes,</p>
+<p>Car il tenoit entre ses mains</p>
+<p>Du foye, du polmon et des trippes.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Comme s'il fust plain de despit,</p>
+<p>Et courrouc&eacute; am&egrave;rement,</p>
+<p>Il haulsa la main ung petit,</p>
+<p>Et le frappa bien rudement,</p>
+<p>Des trippes, par le fondement;</p>
+<p>Puis, sans faire plus long caquet,</p>
+<a name="p191"></a><span class="pagenum">P. 191</span>
+<p>Les voulut, tout incontinent,</p>
+<p>Remettre dedans le baquet.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>La trippi&egrave;re fut courrouc&eacute;e</p>
+<p>Et ne les voulut pas reprendre.</p>
+<p>Maistre Fran&ccedil;oys, sans demour&eacute;e,</p>
+<p>S'en alla, sans compte luy rendre:</p>
+<p>Par ainsi, vous povez entendre,</p>
+<p>Qui'ilz eurent trippes et poisson.</p>
+<p>Mais, apr&egrave;s, il faut du pain tendre,</p>
+<p>Pour ce disner de grant fa&ccedil;on.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><i>La mani&egrave;re d'avoir du Pain.</i></p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Il s'en vint chez an boulengier</p>
+<p>Affin de mieulx fornir son train,</p>
+<p>Contrefaisant de l'escuyer</p>
+<p>Ou maistre d'hostel, pour certain,</p>
+<p>Et commanda que, tout souldain,</p>
+<p>Cy pris, cy mis; on chappellast</p>
+<p>Cinq ou six douzaines de pain,</p>
+<p>Et que bien tost on se hastast.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quand la moyti&eacute; fut chappell&eacute;,</p>
+<p>En une hotte le fist mettre,</p>
+<p>Comme s'il fust de pr&egrave;s hast&eacute;,</p>
+<p>Il pria et requist au maistre</p>
+<p>Qu'aucun se voulsist entremettre</p>
+<p>D'apporter, apr&egrave;s luy courant,</p>
+<p>Le pain chappell&eacute; en son estre,</p>
+<p>Tandis qu'on fist le demourant.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Le varlet le mist sur son col;</p>
+<a name="p192"></a><span class="pagenum">P. 192</span>
+<p>Apr&egrave;s maistre Fran&ccedil;ois le porte,</p>
+<p>Et arriva, soit dur ou mol,</p>
+<p>Empr&egrave;s une grant vielle porte.</p>
+<p>Le varlet deschargea sa hotte</p>
+<p>Et fut renvoy&eacute;, tout courant,</p>
+<p>Hastivement, tenant sa hotte,</p>
+<p>Pour requerir le demourant.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Maistre Fran&ccedil;oys, sans contredit,</p>
+<p>N'attendit pas la revenue.</p>
+<p>Il eut du pain, par son &eacute;dit,</p>
+<p>Pour fournir sa franche repeue.</p>
+<p>Le boulengier, sans attendue,</p>
+<p>Revint, mais ne retrouva point</p>
+<p>Son maistre d'hostel; il tressue,</p>
+<p>Qu'on l'avoit tromp&eacute; en ce point.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><i>La mani&egrave;re d'avoir du Vin.</i></p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Apr&egrave;s qu'il fut fourny de vivres,</p>
+<p>Il fault bien avoir la m&eacute;moire</p>
+<p>Que, s'ils vouloyent ce jour estre yvres,</p>
+<p>Il falloit qu'ils eussent &agrave; boire.</p>
+<p>Maistre Fran&ccedil;oys, debvez le croire,</p>
+<p>Emprunta deux grans brocs de boys,</p>
+<p>Disant qu'il estoit necessaire</p>
+<p>D'avoir du vin par ambagoys.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>L'ung fist emplir de belle eaue cl&egrave;re,</p>
+<p>Et vint &agrave; la Pomme de Pin,</p>
+<p>Atout ses deux brocs, sans rench&egrave;re,</p>
+<p>Demandant s'ils avoient bon vin,</p>
+<p>Et qu'on luy emplist du plus fin,</p>
+<a name="p193"></a><span class="pagenum">P. 193</span>
+<p>Mais qu'il fust blanc et amoureux.</p>
+<p>On luy emplist, pour faire fin,</p>
+<p>D'ung tr&egrave;s bon vin blanc de Baigneux.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Maistre Francoys print les deux brocs,</p>
+<p>L'un empr&egrave;s l'autre les bouta;</p>
+<p>Incontinent, par bons propos,</p>
+<p>Sans se haster, il demanda</p>
+<p>Au varlet: &laquo;Quel vin est ce l&agrave;?&raquo;</p>
+<p>Il luy dist: &laquo;Vin blanc de Baigneux.</p>
+<p>&mdash;Ostez cela, ostez cela,</p>
+<p>Car, par ma foy, point je n'en veulx.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;Qu'esse-cy? Estes-vous bejaulne?</p>
+<p>Vuidez-moy mon broc vistement.</p>
+<p>Je demande du vin de Beaulne,</p>
+<p>Qui soit bon, et non aultrement.&raquo;</p>
+<p>Et, en parlant, subtillement</p>
+<p>Le broc qui estoit d'eaue plain</p>
+<p>Contre l'aultre legierement</p>
+<p>Luy changea, &agrave; pur et &agrave; plain.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Par ce point, ils eurent du vin</p>
+<p>Par fine force de tromper;</p>
+<p>Sans aller parler au devin,</p>
+<p>Ils repeurent, per ou non per.</p>
+<p>Mais le beau jeu fut au souper,</p>
+<p>Car maistre Fran&ccedil;oys, &agrave; brief mot,</p>
+<p>Leur dit: &laquo;Je me vueil occuper,</p>
+<p>Que mangerons ennuyt du rost.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p194"></a><span class="pagenum">P.
+194</span>
+<p><i>La mani&egrave;re d'avoir du Rost.</i></p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Il fut appoint&eacute; qu'il yroit</p>
+<p>Devant l'estal d'ung rotisseur,</p>
+<p>Et de la chair marchanderoit,</p>
+<p>Contrefaisant du gaudisseur,</p>
+<p>Et, pour trouver moyen meilleur,</p>
+<p>Faignant que point on ne se joue,</p>
+<p>Il viendroit un entrepreneur,</p>
+<p>Qui luy bailleroit sur la joue.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Il vint &agrave; la rostisserie,</p>
+<p>En marchandant de la viande;</p>
+<p>L'autre vint, de ch&egrave;re marrie:</p>
+<p>&laquo;Qu'est-ce que ce paillart demande?&raquo;</p>
+<p>Luy baillant une buffe grande,</p>
+<p>En luy disant mainte reproche.</p>
+<p>Quand il vit qu'il eut ceste offrande,</p>
+<p>Empoigna du rost pleine broche.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Celuy qui bailla le soufflet</p>
+<p>Fuist bien tost et &agrave; motz expr&egrave;s.</p>
+<p>Maistre Fran&ccedil;oys, sans plus de plet,</p>
+<p>Atout son rost, courut apr&egrave;s,</p>
+<p>Ainsi, sans faire long proc&egrave;s,</p>
+<p>Ils repeurent, de cueur devot,</p>
+<p>Et eurent, par leur grant exc&egrave;s,</p>
+<p>Pain, vin, chair, et poisson, et rost.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p195"></a><span class="pagenum">P.
+195</span>
+<p>SECONDE REPEUE</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>DE L'EPIDEMIE.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et pour la premi&egrave;re repeue</p>
+<p>Dont apr&egrave;s sera mention,</p>
+<p>Bien digne d'estre ramenteue</p>
+<p>Et mise en revelation,</p>
+<p>Et pourtant, soubs correction,</p>
+<p>Affin que l'en en parle encore,</p>
+<p>Comme nouvelle invention,</p>
+<p>Redig&eacute; sera par memoire.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Or advint, de coup d'aventure,</p>
+<p>Que les suppostz devant nommez,</p>
+<p>Ne cherchoyent rien par droicture.</p>
+<p>Qu'en richesse gens renommez.</p>
+<p>Ung jour qu'ilz estaient affamez,</p>
+<p>En la porte d'ung bon logis</p>
+<p>Virent entrer, sans estre armez,</p>
+<p>Ambassadeurs de loing pays.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Si pens&egrave;rent entre eux comment</p>
+<p>Ilz pourroient, pour l'heure, repaistre,</p>
+<p>Et, selon leur entendement,</p>
+<p>L'ung d'iceulz s'aprocha du maistre</p>
+<p>D'hostel, et se fit acongnoistre,</p>
+<p>Disant qu'il luy enseigneroit</p>
+<p>Le haut, le bas march&eacute;, pour estre</p>
+<p>Par luy conduyt, s'il luy plaisoit.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Je croy bien que monsieur le maistre,</p>
+<a name="p196"></a><span class="pagenum">P. 196</span>
+<p>Qui du bas mestier estoit tendre,</p>
+<p>Fit ce gallant tr&egrave;s bien repaistre,</p>
+<p>Et luy commenda charge prendre</p>
+<p>De la cuysine, d'y entendre,</p>
+<p>Tant que leur train departira,</p>
+<p>Et bien payera, sans attendre,</p>
+<p>A son gr&eacute;, quand il s'en yra.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Lors s'en vint &agrave; ses compaignons,</p>
+<p>Dire: &laquo;Nostre escot est pay&eacute;;</p>
+<p>Je suis j&agrave; l'ung des grans mignons</p>
+<p>De l&eacute;ans et mieulx avoy&eacute;,</p>
+<p>Car le maistre m'a envoy&eacute;</p>
+<p>Par la ville, pour soy sortir;</p>
+<p>Mais, se mon sens n'est desyoy&eacute;,</p>
+<p>Bien brief l'en feray repentir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&mdash;Va, lui dirent ses compaignons,</p>
+<p>Et esguise tout ton engin</p>
+<p>A nous rechauffer les rongnons</p>
+<p>Et nous faire boire bon vin.</p>
+<p>Passe tous les sens Pathelin,</p>
+<p>De Villon et Pauquedenaire,</p>
+<p>Car se venir peux en la fin,</p>
+<p>Pass&eacute; seras maistre ordinaire.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ce gallant vint en la maison</p>
+<p>O&ugrave; estoyt log&eacute; l'ambassade,</p>
+<p>O&ugrave; les seigneurs, par beau blason,</p>
+<p>Devisoyent rondeau ou ballade.</p>
+<p>Il estoit miste, gent et sade,</p>
+<p>Bien habitu&eacute;, bien en point,</p>
+<p>Robbe fourr&eacute;e, pourpoint d'ostade;</p>
+<p>Il entendoit son contrepoint.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p197"></a><span class="pagenum">P.
+197</span>
+<p>Le principal ambassadeur</p>
+<p>Aymoit une peu le bas mestier,</p>
+<p>Dont le gallant fut &agrave; honneur,</p>
+<p>Car c'estoyt quasi son mestier,</p>
+<p>Et luy conta que, &agrave; son quartier,</p>
+<p>Avoit de femmes largement,</p>
+<p>Qui estoyent, s'il estoit mestier,</p>
+<p>A son joly commandement.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Le gallant fut entretenu</p>
+<p>Par ce seigneur venu nouveau,</p>
+<p>Et l&eacute;ans il fut retenu,</p>
+<p>Pour estre fin franc macquereau.</p>
+<p>Le jeu leur sembla si tr&egrave;s beau;</p>
+<p>Aussi, il fit si bonne mine,</p>
+<p>Qu'il fut esleu, sans nul appeau,</p>
+<p>Pour estre varlet de cuysine.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Les ambassadeurs convoy&egrave;rent</p>
+<p>Seigneurs et bourgeois &agrave; disner,</p>
+<p>Lesquels voulentiers y all&egrave;rent</p>
+<p>Passer temps, point n'en faut doubter.</p>
+<p>Toutesfoys, vous debvez s&ccedil;avoir,</p>
+<p>Quelque chose que je vous dye,</p>
+<p>Que l'ambassadeur, pour tout veoir,</p>
+<p>Craignoit moult fort l'Epidemie.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ce gallant en fut adverty,</p>
+<p>Qui nonobstant fist bonne mine,</p>
+<p>Et quand il fut pr&egrave;s de midi,</p>
+<p>A l'heure qu'il est temps qu'on disne,</p>
+<p>Il entra dedans la cuysine,</p>
+<p>Manyant toute la viande,</p>
+<a name="p198"></a><span class="pagenum">P. 198</span>
+<p>Comme docteur en m&eacute;decine</p>
+<p>Qui tient malades en commande.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Tous les seigneurs l&agrave; regard&egrave;rent</p>
+<p>Son train, ses fa&ccedil;ons et mani&egrave;res;</p>
+<p>Mais, apr&egrave;s luy, pas ne tast&egrave;rent,</p>
+<p>Aussi ne luy challoit-il gu&egrave;res.</p>
+<p>Apr&egrave;s il print les esgui&egrave;res,</p>
+<p>Le vin, le claire, l'ypocras,</p>
+<p>Darioles, tartes enti&egrave;res:</p>
+<p>Il tasta de tout, par compas.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et, pour bien entendre son cas,</p>
+<p>Quand il vit qu'il estoit saison,</p>
+<p>A bien jouer ne faillit pas,</p>
+<p>Pour faire aux seigneurs la raison,</p>
+<p>Si bien que dedans la maison</p>
+<p>Demeura tout seul pour repaistre,</p>
+<p>Soustenant, par fine achoison,</p>
+<p>Qu'il se douloit du coust&eacute; destre.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Lors y avoit une couchette</p>
+<p>O&ugrave; il failloit la feste faire,</p>
+<p>Et n'a dent qui ne luy cliquette;</p>
+<p>L&agrave; se mist, commen&ccedil;ant &agrave; braire</p>
+<p>Que l'on s'en fuyt au presbytaire,</p>
+<p>Pour faire le prebstre acourir,</p>
+<p>Atout Dieu et l'autre ordinaire</p>
+<p>Qu'il fault pour ung qui veult mourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quand les seigneurs virent le prebstre</p>
+<p>Avec ses sacremens venir,</p>
+<p>Chacun d'eulx eust bien voulu estre</p>
+<p>Dehors, je n'en veulx point mentir:</p>
+<a name="p199"></a><span class="pagenum">P. 199</span>
+<p>Si grant haste eurent d'en sortir,</p>
+<p>Que l&agrave; demeur&egrave;rent les vivres,</p>
+<p>Dont les compaignons du martir</p>
+<p>Furent troys jours et troys nuyts yvres.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Par ce point eurent la repeue</p>
+<p>Franche chascun des compaignons.</p>
+<p>La finesse le prebstre a teue,</p>
+<p>Affin de complaire aux mignons;</p>
+<p>Mais les seigneurs dont nous parlons</p>
+<p>Eurent tous, pour ce coup, l'aubade:</p>
+<p>Chascun d'eulx fut, nous ne faillons,</p>
+<p>De la grant paour troys jours malade.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LA TROISIEME REPEUE</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>DES TORCHECULS.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Un Lymousin vint &agrave; Paris,</p>
+<p>Pour aulcun proc&egrave;s qu'il avoit.</p>
+<p>Quand il partit de son pays</p>
+<p>Pas gramment d'argent il n'avoit,</p>
+<p>Et toutefoys il entendoit</p>
+<p>Son fait, et avoit souvenance</p>
+<p>Que son cas mal se porteroit</p>
+<p>S'il n'avoit une repeue franche.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ce Lymousin, c'est chose vraye,</p>
+<p>Qui n'avoit vaillant ung patac,</p>
+<p>Se nommoit seigneur de Combraye,</p>
+<p>Sans qu'on le suivist &agrave; son trac.</p>
+<a name="p200"></a><span class="pagenum">P. 200</span>
+<p>Plus rus&eacute; estoit qu'ung vieil rat,</p>
+<p>Et affam&eacute; comme un vieil loup,</p>
+<p>Avec monsieur de Penessac,</p>
+<p>Et le seigneur de Lamesou.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Les troys seigneurs s'entretrouv&egrave;rent;</p>
+<p>Car ilz estoyent tous d'ung quartier</p>
+<p>Et Dieu s&ccedil;ait s'ilz se salu&egrave;rent,</p>
+<p>Ainsi qu'il en estoit mestier;</p>
+<p>Toutesfoys, ce bon escuyer</p>
+<p>De Combraye, propos final,</p>
+<p>Fut esleu leur grant conseillier,</p>
+<p>Et le gouverneur principal.</p>
+<p>Ils conclurent, pour le meilleur,</p>
+<p>Que ce bon notable seigneur</p>
+<p>Yroit veoir s'il pourroit trouver</p>
+<p>Quelque bon lieu pour s'y loger,</p>
+<p>Et, selon qu'il le trouverait,</p>
+<p>Aux aultres le raconteroit.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Or advint, environ midy,</p>
+<p>Qu'il estoit de faim estourdy,</p>
+<p>S'en vint &agrave; une hostellerie,</p>
+<p>Rue de la Mortellerie,</p>
+<p>O&ugrave; pend l'enseigne du Pestel:</p>
+<p><i>A bon logis et bon hostel,</i></p>
+<p>Demandant s'on a que repaistre:</p>
+<p>&laquo;Ouy, vrayment, ce dist le maistre;</p>
+<p>Ne soyez de rien en soucy,</p>
+<p>Car vous serez tr&egrave;s bien servy</p>
+<p>De pain, de vin et de viande.</p>
+<p>&mdash;Pas grand chose je ne demande,</p>
+<p>Dist le bon seigneur de Combraye:</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p201"></a><span class="pagenum">P.
+201</span>
+<p>Il n'y a gu&egrave;re que j'avoye</p>
+<p>Bien desjun&eacute;; mais, toutesfoys,</p>
+<p>Si ai-je disn&eacute; maintes foys</p>
+<p>Que n'avoye pas tel appetit.&raquo;</p>
+<p>Ce seigneur menga ung petit,</p>
+<p>Car il n'avoit gu&egrave;re d'argent,</p>
+<p>Commendant qu'on fust diligent</p>
+<p>D'avoir quelque chose de bon,</p>
+<p>Pour son soupper: ung gras chapon;</p>
+<p>Car il pensoit bien que, le soir,</p>
+<p>Il devoit avec luy souper</p>
+<p>Des gentilzhommes de la cour.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>L'hostesse fut bien &agrave; son gourt,</p>
+<p>Car, quand vint &agrave; compter l'escot,</p>
+<p>Le seigneur ne dist oncques mot,</p>
+<p>Mais tout ce qu'elle demanda</p>
+<p>Ce gentilhomme luy bailla,</p>
+<p>Disant: &laquo;Vous comptez par raison!&raquo;</p>
+<p>Puis il sortit de la maison,</p>
+<p>Bouta son sac soubs son esselle,</p>
+<p>Et vint raconter la nouvelle</p>
+<p>A ses compaignons, et comment</p>
+<p>Il failloit faire saigement.</p>
+<p>Il fut dit, &agrave; peu de parolles,</p>
+<p>Pour eviter grans monopolles,</p>
+<p>Que le seigneur de Penessac</p>
+<p>Yroit devant louer l'estat</p>
+<p>Et blasonner la suffisance</p>
+<p>De ce seigneur, car, sans doubtance,</p>
+<p>La chose le valoit tr&egrave;s bien,</p>
+<p>Et, pour trouver meilleur moyen,</p>
+<p>Il menroit en sa compaignie,</p>
+<a name="p202"></a><span class="pagenum">P. 202</span>
+<p>Lamesou; et n'y faillit mye.</p>
+<p>Si vint demander &agrave; l'hostesse</p>
+<p>S'ung seigneur remply de noblesse</p>
+<p>Estoit log&eacute; en la maison.</p>
+<p>L'hostesse respondit que non,</p>
+<p>Et que vrayement il n'y avoit</p>
+<p>Qu'ung Lymousin, lequel debvoit</p>
+<p>Venir au soir souper l&eacute;ans.</p>
+<p>&laquo;Ha! dist-il, dame de c&eacute;ans,</p>
+<p>C'est celuy que nous demandons;</p>
+<p>Par ma foy! c'est le grant baron,</p>
+<p>Qui est arriv&eacute; au matin.</p>
+<p>&mdash;Je n'entens point vostre latin,</p>
+<p>Dist l'hostesse; vous parlez mal:</p>
+<p>Il n'a ne jument ne cheval;</p>
+<p>Il va &agrave; pied, par faulte d'asne.&raquo;</p>
+<p>Lors Penessac respondit: &laquo;Dame,</p>
+<p>Il vient icy pour ung proc&egrave;s;</p>
+<p>Il est appellant des exc&egrave;s</p>
+<p>Qu'on luy a faictz en Lymousin,</p>
+<p>Et va ainsi de pied, affin</p>
+<p>Que son proc&egrave;s soit plus tost faict.&raquo;</p>
+<p>L'hostesse le creut, en effet.</p>
+<p>Alors, le seigneur de Combraye</p>
+<p>Arrive, et Dieu s&ccedil;ait quelle joye</p>
+<p>Ces deux seigneurs icy lui firent;</p>
+<p>Et le genoil en bas tendirent</p>
+<p>Aussi tost comme il fut venu,</p>
+<p>Et par ce point il fut congneu</p>
+<p>Qu il estoit seigneur honorable.</p>
+<p>Le bon seigneur se sist &agrave; table,</p>
+<p>En tenant bonne gravit&eacute;.</p>
+<p>Vis-&agrave;-vis, de l'autre cost&eacute;,</p>
+<p>S'assit le seigneur de l'hostel,</p>
+<a name="p203"></a><span class="pagenum">P. 203</span>
+<p>Et eurent du vin, Dieu s&ccedil;ait quel!</p>
+<p>Il ne le fault point demander.</p>
+<p>Quand ce vint &agrave; l'escot compter</p>
+<p>L'hostesse assez hault comptoit,</p>
+<p>Mais au seigneur il n'en challoit,</p>
+<p>Feignant qu'il fust tout plain d'argent.</p>
+<p>Lors il dist qu'on fust diligent</p>
+<p>De penser &agrave; faire les litz,</p>
+<p>Car il vouloit en ce logis</p>
+<p>Coucher; puis apr&egrave;s, par expr&egrave;s,</p>
+<p>Il print son grand sac &agrave; proc&egrave;s,</p>
+<p>Et le bailla l&eacute;ans en garde,</p>
+<p>Disant: &laquo;Qu'on me le contregarde.</p>
+<p>Si de l'argent voulez avoir,</p>
+<p>Il ne faut que le demander.&raquo;</p>
+<p>L'hostesse ne fut pas ingrate,</p>
+<p>En disant: &laquo;Je n'en ay pas haste.</p>
+<p>N'espargnez rien qui soit c&eacute;ans.&raquo;</p>
+<p>Ces seigneurs couch&egrave;rent l&eacute;ans</p>
+<p>L'espace de cinq ou six moys,</p>
+<p>Sans payer argent, toutesfoys,</p>
+<p>Non obstant ce qu'il demandoit</p>
+<p>A l'hostesse s'elle vouloit</p>
+<p>Avoir de l'argent, bien souvent;</p>
+<p>Mais il n'estoit point bien content</p>
+<p>De mettre souvent main en bourse.</p>
+<p>L'hostesse n'estoit point rebourse,</p>
+<p>Et dist: &laquo;Ne vous en soucyez;</p>
+<p>Dieu mercy! j'ay argent assez,</p>
+<p>A vostre bon commandement.&raquo;</p>
+<p>Ces mignons pens&egrave;rent comment</p>
+<p>Ilz pourroyent retirer leur sac;</p>
+<p>Et lors monsieur de Penessac</p>
+<p>Dist &agrave; ce baron de Combraye</p>
+<a name="p204"></a><span class="pagenum">P. 204</span>
+<p>Qu'il se boutast bientost en voye,</p>
+<p>Jugeant qu'il fust embesongn&eacute;.</p>
+<p>Ce seigneur vint, tout refrongn&eacute;,</p>
+<p>Vers l'hostesse, par bon moyen,</p>
+<p>Et lui dit: &laquo;Mon cas va tr&egrave;s bien;</p>
+<p>Mon proc&egrave;s est ennuyt jug&eacute;.</p>
+<p>A coup, qu'il n'y ait plus song&eacute;,</p>
+<p>Baillez-moy mon sac, somme toute,</p>
+<p>Car j'ay paour et si fays grant doubte,</p>
+<p>Que les seigneurs soyent departis.&raquo;</p>
+<p>Il print son sac: &laquo;Adieu vous dis!</p>
+<p>Je reviendray tout maintenant.&raquo;</p>
+<p>Il s'en alla diligemment,</p>
+<p>A tout ses proc&egrave;s et son sac;</p>
+<p>Et les seigneurs de Penessac</p>
+<p>Et de Lamesou l'attendoyent;</p>
+<p>Lesquelz seigneurs si s'esbatoyent,</p>
+<p>A recueillir les torcheculz</p>
+<p>Des seigneurs qui estoyent venus</p>
+<p>Aux chambres, et bien se pensoyent</p>
+<p>Qu'&agrave; quelque chose serviroyent</p>
+<p>Ilz ost&egrave;rent tous ces proc&egrave;s</p>
+<p>De ce sac, et, par motz expr&egrave;s,</p>
+<p>L'emplirent de ces torcheculz;</p>
+<p>Puis, au soir, quand furent venuz</p>
+<p>A leur logis, fut mis en garde,</p>
+<p>Et, pour mieulx mettre en sauvegarde,</p>
+<p>Il fut bout&eacute;, par grant humblesse,</p>
+<p>Avec les robbes de l'hostesse,</p>
+<p>Qui sentoyent le muguelias.</p>
+<p>Au soir, firent grant ralias;</p>
+<p>Le lendemain il fut raison</p>
+<p>De departir de la maison</p>
+<p>Pour s'en aller sans revenir.</p>
+<a name="p205"></a><span class="pagenum">P. 205</span>
+<p>On cuydoit qu'ilz deussent venir</p>
+<p>Lendemain soupper et disner,</p>
+<p>Pour leurs offices resiner,</p>
+<p>Maiz ilz ne vindrent oncques puis.</p>
+<p>Ils faillirent cinq ou six nuitz,</p>
+<p>Dont l'hostesse fut eschec et mac.</p>
+<p>Elle n'osoit ouvrir le sac</p>
+<p>Sans avoir le cong&eacute; du juge,</p>
+<p>Auquel avoit piteux deluge;</p>
+<p>Tellement qu il fut necessaire</p>
+<p>Qu'on envoyast ung commissaire</p>
+<p>Pour ouvrir ce sac, somme toute.</p>
+<p>Quand il fust l&agrave; venu sans doubte,</p>
+<p>Il lava ses mains &agrave; bonne heure,</p>
+<p>De paour de gaster l'escripture,</p>
+<p>Car &agrave; cela estoit expert.</p>
+<p>Toutesfoys, le sac fut ouvert;</p>
+<p>Mais, quand il le vit si breneux,</p>
+<p>Il s'en alla tout roupieux,</p>
+<p>Cuydant que ce fust mocquerie,</p>
+<p>Car il n'entendoit raillerie.</p>
+<p>Ainsi partirent ces seigneurs</p>
+<p>De Paris, joyeux en couraige.</p>
+<p>De tromper furent inventeurs:</p>
+<p>Cinq moys vesquirent d'avantaige;</p>
+<p>De blasonner ilz firent raige;</p>
+<p>Leur hoste fut par eulx vaincu.</p>
+<p>Ils ne laiss&egrave;rent, pour tout gaige</p>
+<p>Qu'un sac tout plain de torchecu.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><br>
+<a name="p206"></a><span class="pagenum">P. 206</span>
+<p>LA QUATRIESME REPEUE FRANCHE</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>DU SOUFFRETEUX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;O&ugrave; pris argent, qui n'en a point?</p>
+<p>Rem&egrave;de est vivre d'avantaige.</p>
+<p>Qui n'a ne robbe ne pourpoint,</p>
+<p>Que pourroit-il laisser pour gaige?</p>
+<p>Toutesfoys, qui aurait l'usaige</p>
+<p>De dire quelque chansonnette</p>
+<p>Qui peust deffrayer le passaige,</p>
+<p>Le payement ne seroit qu'honneste.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>L'ACTEUR.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ainsi parloit le Souffreteux,</p>
+<p>Qui estoit fin de sa nature;</p>
+<p>Moyti&eacute; triste, moyti&eacute; joyeux.</p>
+<p>Du Palays partit, bonne alleure,</p>
+<p>En disant: &laquo;Qui ne s'adventure,</p>
+<p>Il ne fera jamais beau fait,&raquo;</p>
+<p>Pour pourchasser sa nourriture,</p>
+<p>Car il estoit de faim deffaict.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Pour trouver quelque tromperie,</p>
+<p>Le gallant se voulust haster:</p>
+<p>En la meilleure hostellerie</p>
+<p>Ou taverne s'alla bouter,</p>
+<p>Et commen&ccedil;a &agrave; demander</p>
+<p>S'on avoit rien pour luy de bon;</p>
+<a name="p207"></a><span class="pagenum">P. 207</span>
+<p>Car il vouloit l&eacute;ans disner,</p>
+<p>Et faire ch&egrave;re de fa&ccedil;on.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Lors on demanda quelle viande</p>
+<p>Il falloit &agrave; ce p&egrave;lerin.</p>
+<p>Il respondit: &laquo;Je ne demande</p>
+<p>Qu'une perdrix ou un poussin,</p>
+<p>Avec une pinte de vin</p>
+<p>De Beaulne, qui soit frais tir&eacute;e.</p>
+<p>Et puis apr&egrave;s, pour faire fin,</p>
+<p>Le cotteret et la bourr&eacute;e.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Tout ce qui luy fut convenable</p>
+<p>Le varlet luy alla qu&eacute;rir.</p>
+<p>Le gallant s'en va mettre &agrave; table,</p>
+<p>Affin de mieulx se resjouyr,</p>
+<p>Et disna l&agrave;, tout &agrave; loisir,</p>
+<p>Maschant le sens, trenchant du saige;</p>
+<p>Mais il fallut, ains que partir,</p>
+<p>Avoir ung morceau de formaige.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;Adonc dit le clerc: Mon amy,</p>
+<p>Il fault compter, car vous devez,</p>
+<p>Tout par tout, sept solz et demy,</p>
+<p>Et convient que les me payez.</p>
+<p>&mdash;Je ne s&ccedil;ay comment les aurez,</p>
+<p>Dist le gallant, car, par sainct Gille!</p>
+<p>Je veulx bien que vous le saichez,</p>
+<p>Je ne soustiens ne croix ne pille.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&mdash;Qui n'a argent si laisse gaige;</p>
+<p>Ce n'est que le faict droicturier.</p>
+<p>Vous voulez vivre d'avantaige,</p>
+<p>Et n'avez maille ne denier!</p>
+<a name="p208"></a><span class="pagenum">P. 208</span>
+<p>Estes-vous larron ou meurtrier?</p>
+<p>Par Dieu, ains que d'icy je hobe,</p>
+<p>Vous me payerez, pour abr&eacute;ger,</p>
+<p>Ou vous y laisserez la robbe.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&mdash;Quant est d'argent, je n'en ay point,</p>
+<p>Affin de le dire tout hault.</p>
+<p>Comment! m'en iray-je en pourpoint,</p>
+<p>Et desnu&eacute; comme ung marault?</p>
+<p>Dieu mercy! je n'ay pas trop chault;</p>
+<p>Mais, s'il vous plaisoit m'employer,</p>
+<p>Je vous serviray, sans deffault,</p>
+<p>Jusques &agrave; mon escot payer.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&mdash;Et comment? Que s&ccedil;avez-vous faire?</p>
+<p>Dites-le moy tout plainement.</p>
+<p>&mdash;Quoy? toute chose n&eacute;cessaire.</p>
+<p>Point ne fault demander comment;</p>
+<p>Je gaige que, tout maintenant,</p>
+<p>Je vous chanteray ung couplet,</p>
+<p>Si hault et si cler, je me vant,</p>
+<p>Que vous direz: &laquo;Cela me plaist!&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>L'ACTEUR.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Lors, le varlet, voyant cecy,</p>
+<p>Fut content de ceste gaigeure,</p>
+<p>Et pensa en luy-mesme ainsi,</p>
+<p>Qu'il attendroit ceste adventure;</p>
+<p>Et s'il chantoit bien d'adventure,</p>
+<p>Il lui dirait, pour tous desbats,</p>
+<p>Qu'il payast l'escot, bon alleure,</p>
+<p>Car son chant ne lui plaisoit pas.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p209"></a><span class="pagenum">P.
+209</span>
+<p>L'accord fut dit, l'accord fut faict,</p>
+<p>Devant tous, non pas en arri&egrave;re.</p>
+<p>Lors le gallant tire, de faict,</p>
+<p>De dedens sa gibeci&egrave;re</p>
+<p>Une bourse, d'argent legi&egrave;re,</p>
+<p>Qui estoit pleine de mereaulx,</p>
+<p>Et chanta, par bonne mani&egrave;re,</p>
+<p>Haultement, ces mots tout nouveaulx:</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>De sa bourse dessus la table</p>
+<p>Frappa, affin que je le notte,</p>
+<p>Et, comme chose convenable,</p>
+<p>Chanta ainsi &agrave; haulte notte:</p>
+<p>&laquo;Faut payer ton hoste, ton hoste!&raquo;</p>
+<p>Tout au long chanta ce couplet.</p>
+<p>Le varlet, estant coste &agrave; coste,</p>
+<p>Respondit: &laquo;Cela bien me plaist!&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Toutesfoys, il n'entendoit pas</p>
+<p>Qu'il ne fust de l'escot pay&eacute;,</p>
+<p>Parquoy il failloit sur ce pas.</p>
+<p>De son sens fut moult desvoy&eacute;.</p>
+<p>Devant tous fut notiffi&eacute;</p>
+<p>Qu'il estoit gentil compaignon,</p>
+<p>Et qu'il avoit, par son traict&eacute;,</p>
+<p>Bien disn&eacute; pour une chanson.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>C'est bien disn&eacute;, quand on eschappe</p>
+<p>Sans desbourser pas ung denier,</p>
+<p>Et dire adieu au tavernier</p>
+<p>En torchant son nez &agrave; la nappe.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p210"></a><span class="pagenum">P.
+210</span>
+<p>LA CINQUIESME REPEUE</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>DU PELLETIER.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ung jour advint qu'ung Pelletier</p>
+<p>Espousa une belle femme</p>
+<p>Qui appetoit le bas mestier,</p>
+<p>En faisant recorder sa game.</p>
+<p>Le Pelletier, sans penser blasme,</p>
+<p>Ne s'en soucioit qu'ung petit:</p>
+<p>Mieulx aymoit du vin une dragme,</p>
+<p>Que coucher dedens ung beau lict.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ung cur&eacute;, voyant cest affaire,</p>
+<p>De la femme fut amoureux,</p>
+<p>Et pensa qu'&agrave; son presbytaire</p>
+<p>Il maineroit ce maistre gueux.</p>
+<p>Il s'en vint &agrave; luy tout joyeux,</p>
+<p>A celle fin de le tromper,</p>
+<p>En disant: &laquo;Mon voysin, je veux</p>
+<p>Vous donner ennuyt &agrave; soupper.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Le Pelletier en fut content,</p>
+<p>Car il ne vouloyt que repaistre,</p>
+<p>Et alla tout incontinent</p>
+<p>Faire grant ch&egrave;re avec le prestre,</p>
+<p>Qui luy joua d'un tour de maistre,</p>
+<p>Disant: &laquo;Ma robbe est deffourr&eacute;e;</p>
+<p>Il vous y convient la main mettre,</p>
+<p>Affin qu'elle soit reffourr&eacute;e.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p211"></a><span class="pagenum">P.
+211</span>
+<p>&mdash;Et bien, ce dist le Pelletier,</p>
+<p>Monseigneur, j'en suis bien content,</p>
+<p>Mais que vous m'en vueillez payer;</p>
+<p>Je suis tout vostre, seurement.&raquo;</p>
+<p>Ils firent leur appoinctement</p>
+<p>Qu'il auroit, pour tout inventoire,</p>
+<p>Dix solz tournois enti&egrave;rement,</p>
+<p>Et du vin largement pour boire,</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Pourvu qu'il la despecheroit,</p>
+<p>Car il luy estoit necessaire,</p>
+<p>Et que toute nuyt veilleroit,</p>
+<p>Avec son clerc, au presbitaire.</p>
+<p>Il fut content de cest affaire.</p>
+<p>Mais le Cur&eacute; les enferma</p>
+<p>Soubs la clef, sans grant noyse faire,</p>
+<p>Puis hors de la maison alla.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Le Cur&eacute; vint en la maison</p>
+<p>Du Pelletier, par ses sornettes,</p>
+<p>Et trouva si bonne achoyson</p>
+<p>Qu'il fist tr&egrave;s bien ses besongnettes.</p>
+<p>Ilz firent cent mille chosettes,</p>
+<p>Car, ainsi comme il me semble,</p>
+<p>Il contenta ses amourettes,</p>
+<p>Et puis hors de la maison emble.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ce fourreur, pour la repeue franche</p>
+<p>Fut fait coqu bien fermement;</p>
+<p>Et luy chargea la dame blanche</p>
+<p>Qu'il y retournast hardiment,</p>
+<p>Et que, par son sainct sacrement,</p>
+<p>Jamais nul jour ne l'oubliera,</p>
+<a name="p212"></a><span class="pagenum">P. 212</span>
+<p>Mais luy fera h&eacute;bergement,</p>
+<p>Toutes les foys qu'il luy plaira.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et pourtant, donne soy bien garde</p>
+<p>Chascun qui aura belle femme</p>
+<p>Qu'on ne lui joue telle aubade</p>
+<p>Pour la repeue: c'est grant diffame;</p>
+<p>Quant il est sceu, ce n'est que blasme</p>
+<p>Et reproche, au temps advenir.</p>
+<p>Vela des repeues la grant game;</p>
+<p>Pourtant, ayez-en souvenir!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>SIXIESME REPEUE FRANCHE</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>DES GALLANTS SANS SOULCY.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Une assembl&eacute;e de compaignons,</p>
+<p>Nommez les <i>Gallans sans soucy</i>,</p>
+<p>Se trouv&egrave;rent entre deux pontz,</p>
+<p>Pr&egrave;s le Palays, il est ainsi;</p>
+<p>D'aultres y en avoit aussi,</p>
+<p>Qui aymoient bien besoigne fa&icirc;cte,</p>
+<p>Et estoient, de franc cueur transi,</p>
+<p>A l'abb&eacute; de Saincte Souffrette.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ces compaings ainsi assemblez</p>
+<p>Ne demand&egrave;rent que repas;</p>
+<p>D'argent ilz n'estoyent pas comblez,</p>
+<p>Non pourtant ne faillirent pas.</p>
+<a name="p213"></a><span class="pagenum">P. 213</span>
+<p>Ilz se bout&egrave;rent, c'est le cas,</p>
+<p>A l'enseigne du Plat d'estaing,</p>
+<p>O&ugrave; ilz repeurent par compas,</p>
+<p>Car ilz en avoient grant besoing.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quant ce vint &agrave; l'escot compter,</p>
+<p>Je crois que nully ne s'en cource;</p>
+<p>Mais le beau jeu est au payer,</p>
+<p>Quant il n'y a denier en bourse.</p>
+<p>Nul d'eulx n'avoit ch&egrave;re rebourse:</p>
+<p>&laquo;Pour de l'escot venir au bout,</p>
+<p>Dist ung gallant, de plaine source,</p>
+<p>Il n'en faut qu'ung pour payer tout.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ilz appoint&egrave;rent tous ensemble,</p>
+<p>Que l'ung d'iceulx on banderait:</p>
+<p>Par ainsi, selon qui me semble,</p>
+<p>Le premier qu'il empoigneroit,</p>
+<p>Estoit dit que l'escot payeroit.</p>
+<p>Mais ilz en eurent grand discord:</p>
+<p>Chascun band&eacute; estre vouloit,</p>
+<p>Dont ne peurent estre d'accord.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Le varlet, voyant ces desbas,</p>
+<p>Leur dit: &laquo;Nul de vous ne s'esmoye;</p>
+<p>Je suis content que, par compas,</p>
+<p>Tout maintenant band&eacute; je soye.&raquo;</p>
+<p>Les gallans en eurent grand joye,</p>
+<p>Et le band&egrave;rent en ce lieu,</p>
+<p>Puis chascun d'eux si print la voye</p>
+<p>Pour s'en aller sans dire adieu.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Le varlet, qui estoit band&eacute;,</p>
+<p>Tournoyoit parmy la maison.</p>
+<a name="p214"></a><span class="pagenum">P. 214</span>
+<p>Il fut de l'escot pr&eacute;bend&eacute;</p>
+<p>Par ceste subtile achoison.</p>
+<p>Affin d'avoir provision</p>
+<p>De l'escot, l'hoste monte en hault:</p>
+<p>Quand il vit ceste intention,</p>
+<p>A peu que le cueur ne lui fault.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>En montant, l'hoste fut happ&eacute;</p>
+<p>Par son varlet, sans dire mot,</p>
+<p>Disant: &laquo;Je vous ay attrap&eacute;,</p>
+<p>Il faut que vous payez l'escot,</p>
+<p>Ou vous laisserez le surcot.&raquo;</p>
+<p>De quoy il ne fut pas joyeux,</p>
+<p>****************************</p>
+<p>Cuydant qu'il fust mathelineux.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quand le varlet se desbanda,</p>
+<p>La tromperie peut bien congnoistre:</p>
+<p>Fut estonn&eacute; quand regarda,</p>
+<p>Et vit bien que c'estoit son maistre.</p>
+<p>Pensez qu'il en eut belle lettre,</p>
+<p>Car il parla lors &agrave; bas ton,</p>
+<p>Et, pour sa peine, sans rien mettre,</p>
+<p>Il eut quatre coups de baston.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ainsi furent, sans rien payer,</p>
+<p>Les povres gallans d&eacute;livrez</p>
+<p>De la maison du tavernier,</p>
+<p>O&ugrave; ilz s'estoyent presque enyvrez</p>
+<p>Des vins qu'on leur avoit livrez</p>
+<p>Pour boire &agrave; plain gobelet,</p>
+<p>Que paya le povre varlet.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p215"></a><span class="pagenum">P.
+215</span>
+<p>Et que ce soit vray ou certain,</p>
+<p>Ainsi que m'ont dit cinq ou six,</p>
+<p>Le cas advint au Plat d'estain</p>
+<p>Pr&egrave;s Sainct-Pierre-des-Arsis.</p>
+<p>Bien esch&eacute;oit ung grant mercis,</p>
+<p>A tout le moins, pour ce repas,</p>
+<p>Et si ne le pay&egrave;rent pas.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Aussi fut si bien aveugl&eacute;,</p>
+<p>Le povre varlet malheureux,</p>
+<p>Qui fut de tout l'escot sangl&eacute;,</p>
+<p>Et fallust qu'il payast pour eulx;</p>
+<p>Et s'en all&egrave;rent tous joyeux</p>
+<p>Les mignons, torchant leur visaige,</p>
+<p>Qui avoyent disn&eacute; d'advantaige.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LA SEPTIESME REPEUE</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>FAICTE AUPR&Egrave;S DE MONTFAULCON.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Pour passer temps joyeusement,</p>
+<p>Raconter vueil une repeue</p>
+<p>Qui fut faicte subtillement</p>
+<p>Pr&egrave;s Montfaulcon, c'est chose sceue,</p>
+<p>Et diray la desconvenue</p>
+<p>Qu'il advint &agrave; de fins ouvriers;</p>
+<p>Aussi y sera ramenteue</p>
+<p>La finesse des escolliers.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quand compaignons sont desbauchez,</p>
+<p>Ilz ne cherchent que compaignie;</p>
+<a name="p216"></a><span class="pagenum">P. 216</span>
+<p>Plusieurs ont leurs vins vendangez</p>
+<p>Et beu quasy jusqu'&agrave; la lye.</p>
+<p>Or advint qu'une grant mesgnie</p>
+<p>De compaignons se rencontr&egrave;rent.</p>
+<p>******************************</p>
+<p>******************************</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et, sans trouver la saison ch&egrave;re,</p>
+<p>Chascun d'eulx se resjouyssoit</p>
+<p>Disant bons motz, faisant grant ch&egrave;re;</p>
+<p>Par ce point le temps se passoit.</p>
+<p>Mais l'ung d'iceulx promis avoit</p>
+<p>De coucher avec une garce,</p>
+<p>Et aux aultres le racontoit,</p>
+<p>Par jeu, en mani&egrave;re de farce.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Tant parl&egrave;rent du bas mestier,</p>
+<p>Que fut conclud, par leur fa&ccedil;on,</p>
+<p>Qu'ilz yroyent ce soir-l&agrave; coucher</p>
+<p>Pr&egrave;s le gibet de Montfaulcon,</p>
+<p>Et auroyent pour provision</p>
+<p>Ung past&eacute; de fa&ccedil;on subtile,</p>
+<p>Et meneroyent, en conclusion,</p>
+<p>Avec eulx chascun une fille.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ce past&eacute;, je vous en respons,</p>
+<p>Fut faict sans demander qu'il couste,</p>
+<p>Car il y avoit six chapons,</p>
+<p>Sans la chair, que point je n'y boute.</p>
+<p>On y eust bien tourn&eacute; le coute,</p>
+<p>Tant estoit grant, point n'en doubtez.</p>
+<p>Le Prince des Sots et sa routte</p>
+<p>En eussent est&eacute; bien souppez.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p217"></a><span class="pagenum">P.
+217</span>
+<p>Deux escolliers voyant le cas,</p>
+<p>Qui ne s&ccedil;avoyent rien que tromper,</p>
+<p>Sans prendre conseil d'advocatz,</p>
+<p>Ilz se voullurent occuper,</p>
+<p>Pensant &agrave; eux, comme atrapper</p>
+<p>Les pourroyent d'estoc ou de trenche;</p>
+<p>Car ilz voulloyent ce soir soupper</p>
+<p>Et avoir une repeue franche.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Sans aller parler au devin,</p>
+<p>L'ung prist ce past&eacute; de fa&ccedil;on,</p>
+<p>L'autre emporta un broc de vin,</p>
+<p>Du pain assez, selon raison,</p>
+<p>Et all&egrave;rent vers Montfaulcon,</p>
+<p>O&ugrave; estoit toute l'assembl&eacute;e.</p>
+<p>Filles y avoit &agrave; foyson,</p>
+<p>Faisant ch&egrave;re desmesur&eacute;e.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Aussi juste comme l'orloge,</p>
+<p>Par devis et bonne mani&egrave;re,</p>
+<p>Ilz entr&egrave;rent dedans leur loge,</p>
+<p>Esp&eacute;rant de faire grant chi&egrave;re,</p>
+<p>Et tastoient devant et derri&egrave;re</p>
+<p>Les povres filles, hault et bas.</p>
+<p>*****************************</p>
+<p>*****************************</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Les escolliers, sans nulle fable.</p>
+<p>Voyant ceste desconvenue,</p>
+<p>Vestirent habitz de diable,</p>
+<p>Et vindrent l&agrave;, sans attendue:</p>
+<p>L'ung, ung croc, l'autre, une massue,</p>
+<p>Pour avoir la franche repue,</p>
+<p>Vindrent assaillir les gallans.</p>
+<p>*****************************</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p218"></a><span class="pagenum">P.
+218</span>
+<p>Disant: &laquo;A mort! &agrave; mort, &agrave; mort!</p>
+<p>Prenez, &agrave; ces chaisnes de fer,</p>
+<p>Ribaulx, putains, par desconfort,</p>
+<p>Et les amenez en enfer;</p>
+<p>Ilz seront avec Lucifer,</p>
+<p>Au plus parfond de la chauldi&egrave;re,</p>
+<p>Et puis, pour mieulx les eschauffer,</p>
+<p>Gettez seront en la rivi&egrave;re!&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>L'ung des gallans, pour abbreger,</p>
+<p>Respondit: &laquo;Ma vie est fin&eacute;e!</p>
+<p>En enfer me fault heberger.</p>
+<p>Vecy ma derni&egrave;re journ&eacute;e;</p>
+<p>Or suis-je bien ame dampn&eacute;e!</p>
+<p>Nostre pech&eacute; nous a attains,</p>
+<p>Car nous yrons, sans demour&eacute;e,</p>
+<p>En enfer avec ces putains!&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Se vous les eussiez veu fouyr,</p>
+<p>Jamais ne vistes si beau jeu,</p>
+<p>L'ung amont, l'autre aval courir;</p>
+<p>Chascun d'eulx ne pensoit qu'&agrave; Dieu.</p>
+<p>Ilz s'en fouyrent de ce lieu,</p>
+<p>Et laiss&egrave;rent pain, vin et viande,</p>
+<p>Criant sainct Jean et sainct Mathieu,</p>
+<p>A qui ilz feroyent leur offrande.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Noz escolliers, voyant cecy,</p>
+<p>Non obstant leur habit de diable,</p>
+<p>Furent alors hors de soulcy,</p>
+<p>Et s'assirent trestous &agrave; table;</p>
+<a name="p219"></a><span class="pagenum">P. 219</span>
+<p>Et Dieu s&ccedil;ait si firent la galle</p>
+<p>Entour le vin et le past&eacute;,</p>
+<p>Et repeurent, pour fin finalle,</p>
+<p>De ce qui estoit apprest&eacute;.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>C'est bien tromp&eacute;, qui rien ne paye,</p>
+<p>Et qui peut vivre d'advantaige,</p>
+<p>Sans desbourser or ne monnoye,</p>
+<p>En usant de joyeux langaige.</p>
+<p>Les escolliers, de bon couraige,</p>
+<p>Pass&egrave;rent temps joyeusement,</p>
+<p>Sans bailler ny argent ny gaige,</p>
+<p>Et si repeurent franchement.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Si vous vouliez suyvre l'escolle</p>
+<p>De ceulx qui vivent franchement,</p>
+<p>Lisez en cestuy prothocolle,</p>
+<p>Et voyez la fa&ccedil;on comment;</p>
+<p>Mettez-y vostre entendement</p>
+<p>A faire comme ilz faseyent,</p>
+<p>Et, s'il n'y a empeschement,</p>
+<p>Vous vivrez comme ilz vivoyent.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>FIN DES REPEUES FRANCHES</p>
+<p>ET DES PO&Eacute;SIES ATTRIBU&Eacute;ES A VLLLON.</p>
+</div>
+</div>
+<br>
+<br>
+<br>
+<a name="p220"></a><span class="pagenum">P. 220</span>
+<h3>NOTES.</h3>
+<p><i>(Les chiffres renvoient aux pages du volume. V.
+signifie</i> vers; <i>Pr.</i>, Prompsault; <i>P. L.</i>, M. Paul
+L. Jacob, bibliophile.)</p>
+<p><a href="#p001">P. 1.</a> <i>Cl&eacute;ment Marot aux
+Lecteurs.</i> Cette pr&eacute;face, avec le huitain qui
+l'accompagne, est en t&ecirc;te de l'&eacute;dition de <i>Paris,
+Galiot du Pr&eacute;,</i> 1533, la premi&egrave;re donn&eacute;e
+par Marot.</p>
+<p><a href="#p002">P. 2,</a> lig. 28. <i>Toutesfoys</i>... Marot
+dit clairement qu'il n'a pas consult&eacute; un seul manuscrit.
+Il n'a pas non plus eu sous les yeux toutes les &eacute;ditions
+du XVe si&egrave;cle.</p>
+<p><a href="#p004">P. 4,</a> lig. 5. <i>Apr&egrave;s</i> ... Les
+vers que Marot dit avoir refaits sont au nombre de dix ou douze
+seulement, et, chose singuli&egrave;re, on les trouve tels quels
+dans les manuscrits et les anciennes &eacute;ditions. (P. L.)</p>
+<p><a href="#p007">P. 7.</a> <i>Le Petit Testament</i>. Ce titre,
+que Villon n'avait pas eu l'intention de donner &agrave; ses
+<i>lays</i> (voy. <a href="#p050">p. 50,</a> v. II), se trouve en
+t&ecirc;te des plus anciennes &eacute;ditions de ses oeuvres.</p>
+<p><a href="#p008">P. 8-9.</a> Les huitains IV &agrave; IX ont
+&eacute;t&eacute; publi&eacute;s pour la premi&egrave;re fois par
+Prompsault, d'apr&egrave;s un mss. La Monnoye ne les a pas
+connus.</p>
+<p><a href="#p009">P. 9,</a> huitain IX. L'invocation par
+laquelle Villon commence son Testament n'est qu'une affaire de
+simple formule. Ce n'est pas l&agrave; qu'il faut chercher la
+preuve de ses sentiments religieux.</p>
+<p><a href="#p014">P. 14,</a> huit. XXIII. Ce huitain,
+publi&eacute; pour la premi&egrave;re fois par Prompsault, se
+trouve en manuscrit dans l'exemplaire annot&eacute; de La
+Monnoye.</p>
+<p><a href="#p017">P. 17</a>-19. Les huitains XXXVI-XXXIX,
+publi&eacute;s pour la premi&egrave;re fois par M. Prompsault,
+n'&eacute;taient pas connus de La Monnoye. C'est une satire du
+jargon scolastique du temps. Il n'est pas certain que Villon en
+soit l'auteur. J'ai conserv&eacute; quelques-unes des corrections
+introduites dans ce texte par M. P. L.</p>
+<p><a href="#p021">P. 21.</a> <i>Le Grand Testament</i>. Huit. I.
+<i>En l'an trentiesme de mon eage</i>... On a conclu de ce vers
+que Villon n'avait pas trente ans accomplis en 1461. La mesure du
+vers ne lui permettait pas d'&ecirc;tre plus exact; mais dans le
+<i>D&eacute;bat du corps et du coeur</i> (<a href="#p113">p.
+113</a>), fait dans la prison de Meung, il dit positivement:
+&laquo;Tu as trente ans.&raquo; Il &eacute;tait donc
+r&eacute;ellement n&eacute; en 1431.</p>
+<p><a href="#p022">P. 22,</a> huit. V. La le&ccedil;on de
+l'&eacute;dition Prompsault est meilleure que celle de La
+Monnoye. La voici:</p>
+<div class="poem">
+<div class="stanza">
+<p><i>Si prieray pour lui de bon cueur,</i></p>
+<p><i>Par l'ame du bon feu Cotard...</i></p>
+</div>
+</div>
+<p>C'est-&agrave;-dire que Villon jure par l'&acirc;me de son
+procureur Cotard (voy. ce nom au <i>Glossaire-index</i>), de
+prier Dieu pour Thibault d'Aussigny. La suite nous apprend ce
+qu'il entend par l&agrave;.</p>
+<p><a href="#p037">P. 37</a>-38. On a cru que dans les huitains
+XLIII-XLV Villon parlait de lui-m&ecirc;me; c'est
+&eacute;videmment une erreur. Pour le reconna&icirc;tre, il
+suffit de se rappeler qu'il n'avait que trente ans, et
+n'&eacute;tait pas un &laquo;pauvre vieillart.&raquo;</p>
+<p><a href="#p045">P. 45,</a> huit. LIV. Je n'ai pas
+adopt&eacute; la correction de La Monnoye, qui termine ainsi ce
+huitain:</p>
+<div class="poem">
+<div class="stanza">
+<p><i>C'est pure v&eacute;rit&eacute; decell&eacute;e:</i></p>
+<p><i>Pour une joye cent doulours</i>.</p>
+</div>
+</div>
+<p><a href="#p056">P. 56.</a> Les six premiers vers de
+l'<i>Envoi</i> donnent en acrostiche le nom de <i>Villon</i>,
+ainsi que M. Nagel l'a remarqu&eacute; le premier. Il a
+d&eacute;couvert aussi que le premier huitain de la <i>Ballade de
+Villon &agrave; s'amye,</i> <a href="#p057">p. 57,</a> donne en
+acrostiche le nom de <i>Fran&ccedil;oys.</i> Le second huitain
+donne <i>Martheos,</i> sans doute par l'effet du hasard.</p>
+<p><a href="#p090">P. 90.</a> <i>Lays.</i> Publi&eacute; pour la
+premi&egrave;re fois par Prompsault. En manuscrit dans La
+Monnoye. Il en est de m&ecirc;me du huitain CLIII, <a href=
+"#p091">p. 91.</a></p>
+<p><a href="#p099">P. 99.</a> &laquo;<i>Et je croy bien que pas
+n'en ment.</i>&raquo; Le huitain qui commence par ce vers et le
+reste de la ballade ont &eacute;t&eacute; publi&eacute;s pour la
+premi&egrave;re fois par Prompsault. Ils existent en manuscrit
+dans La Monnoye.</p>
+<p><a href="#p101">P. 101.</a> <i>Po&eacute;sies diverses</i>. Le
+titre de plusieurs &eacute;ditions annonce un <i>Codicille</i>,
+ce qui a pr&eacute;occup&eacute; quelques &eacute;diteurs plus
+que de raison. L'&eacute;dition de Pierre Levet, 1489, et une
+autre &eacute;dition du XV'si&egrave;cle (la troisi&egrave;me
+d&eacute;crite par M. Brunet), disent ce qu'il faut entendre par
+l&agrave;. Dans celle de Pierre Levet on lit: <i>Cy commence le
+grant Codicille et Testament de maistre Fran&ccedil;ois
+Villon,</i> et dans l'autre: <i>Sensuit le grant Testament et
+Codicille de maistre Fran&ccedil;ois Villon.</i> Le
+<i>Codicille</i> n'est donc autre chose que le <i>Grand
+Testament,</i> post&eacute;rieur de cinq ans au <i>Petit
+Testament.</i></p>
+<p>Les <i>po&eacute;sies diverses</i> ont &eacute;t&eacute;
+class&eacute;es de diff&eacute;rentes fa&ccedil;ons, selon le
+gr&eacute; des &eacute;diteurs. J'ai cherch&eacute; &agrave; les
+ranger chronologiquement. Le <i>quatrain</i> et
+<i>l'&eacute;pitaphe</i> (<a href="#p101">p. 101</a>), la
+<i>Requeste au Parlement</i> (<a href="#p103">p. 103</a>), la
+<i>Ballade de l'appel</i> (<a href="#p104">p. 104</a>), le <i>Dit
+de la naissance Marie</i> (<a href="#p105">p. 105</a>) et la
+<i>Double ballade</i> (<a href="#p107">p. 107</a>) se rapportent
+au proc&egrave;s de 1457. Je parlerai des autres pi&egrave;ces
+plus tard.</p>
+<p><a href="#p105">P. 105.</a> <i>Le Dit de la naissance
+Marie</i>. Cette pi&egrave;ce et les deux suivantes se trouvent
+dans un tr&egrave;s-beau manuscrit des Po&eacute;sies de Charles
+d'Orl&eacute;ans, conserv&eacute; &agrave; la Biblioth&egrave;que
+imp&eacute;riale. Elles ont &eacute;t&eacute; publi&eacute;es
+pour la premi&egrave;re fois par M. Prompsault.</p>
+<p><a href="#p107">P. 107.</a> <i>Double ballade</i>. Cette
+pi&egrave;ce, adress&eacute;e &agrave; Marie d'Orl&eacute;ans,
+fut compos&eacute;e longtemps apr&egrave;s la
+pr&eacute;c&eacute;dente, et lorsque la princesse &eacute;tait
+d&eacute;j&agrave; grande, et avait &laquo;port assur&eacute;,
+maintien rassis&raquo; (<a href="#p109">p. 109,</a> v. 17).</p>
+<p><a href="#p110">P. 110.</a> <i>Ballade Villon.</i> Cette
+pi&egrave;ce est incontestablement de Villon, dont elle porte le
+nom dans le manuscrit des po&eacute;sies de Charles
+d'Orl&eacute;ans. Il n'est pas aussi certain que les deux autres
+pi&egrave;ces tir&eacute;es du m&ecirc;me manuscrit soient de
+lui, mais c'est on ne peut plus vraisemblable.</p>
+<p>Cette ballade fut compos&eacute;e sur un sujet donn&eacute;
+par le duc d'Orl&eacute;ans. On trouve dans le manuscrit de ses
+po&eacute;sies celles qui furent compos&eacute;es &agrave; la
+m&ecirc;me occasion par onze autres po&euml;tes.</p>
+<p><a href="#p111">P. 111.</a> <i>Epistre</i>, Cette pi&egrave;ce
+fut compos&eacute;e dans la prison de Meung. Elle a
+&eacute;t&eacute; publi&eacute;e pour la premi&egrave;re fois par
+Prompsault, mais elle existe en manuscrit, avec des variantes,
+dans La Monnoye.</p>
+<p><a href="#p112">P. 112.</a> <i>Le D&eacute;bat du cueur et du
+corps</i>. Compos&eacute; dans la prison de Meung. Les
+pr&eacute;c&eacute;dents &eacute;diteurs n'ont pas
+remarqu&eacute; que le nom de Villon se trouve en acrostiche dans
+les six vers qui, non compris le refrain, forment
+l'<i>envoi</i>.</p>
+<p><a href="#p113">P. 113.</a> <i>La, Requeste &agrave;
+Monseigneur de Bourbon</i>. Prompsault se trompe lorsqu'il dit
+que Marot a fait le titre de cette ballade. On le trouve dans les
+&eacute;ditions du XVe si&egrave;cle tel qu'il est reproduit
+ici.</p>
+<p>Le duc de Bourbon &eacute;tait Jean II, qui mourut en 1487; ce
+ne pouvait &ecirc;tre Charles Ier, mort en d&eacute;cembre 1456,
+&agrave; l'&eacute;poque pr&eacute;cis&eacute;ment o&ugrave;
+Villon, peu connu comme po&euml;te, se faisait fouetter
+publiquement.</p>
+<p><a href="#p119">P. 119.</a> <i>Ballade des povres
+housseurs</i>. Cette pi&egrave;ce a &eacute;t&eacute;
+tir&eacute;e du <i>Jardin de plaisance</i> par Prompsault. Il
+n'est pas bien prouv&eacute; qu'elle soit de Villon. On ne sait
+pas au juste ce que signifie ce mot <i>housseurs</i>. Cotgrave le
+traduit par <i>balayeurs</i>, <i>ramoneurs</i>; M. P. L., par
+<i>batteurs de tapis</i>; Prompsault, par <i>porteurs de
+housseaux</i> ou de bottes; M. Campeaux, par &eacute;coliers
+portant des <i>housses</i>, comme ceux du coll&egrave;ge de
+Navarre. Son explication me para&icirc;t la meilleure, &agrave;
+moins que <i>housseurs</i> ne signifie <i>faiseurs de
+housseaux</i>. Il y a un rapprochement &agrave; faire entre cette
+supposition et, d'une part, les conjectures de M. Campeaux
+relativement &agrave; la profession du p&egrave;re de Villon;
+d'autre part, l'affirmation tr&egrave;s-nette de la
+onzi&egrave;me des pi&egrave;ces attribu&eacute;es &agrave;
+Villon, que je publie, <a href="#p139">p. 139.</a> &laquo;...Mon
+p&egrave;re est cordouennier.&raquo; Malheureusement ce rondeau
+n'est pas plus certainement de Villon que la <i>Ballade des
+povres housseurs</i>.</p>
+<p><a href="#p120">P. 120.</a> <i>Probl&egrave;me ou Ballade</i>.
+Publi&eacute; pour la premi&egrave;re fois par Prompsault. En
+manuscrit dans La Monnoye.</p>
+<p><a href="#p121">P. 121.</a> <i>Ballade contre les mesdisans de
+la France</i>. Prompsault a cru publier cette pi&egrave;ce pour
+la premi&egrave;re fois; mais il en existe une &eacute;dition en
+caract&egrave;res gothiques, reproduite par M. A. de Montaiglon
+dans les <i>Anciennes Po&eacute;sies fran&ccedil;oises</i>, t. V,
+p. 320, qui m'a fourni de bonnes variantes. La Monnoye la
+connaissait. Elle existe en manuscrit dans son exemplaire
+annot&eacute;, avec le titre qu'elle porte ici.</p>
+<p><a href="#p124">P. 124.</a> <i>Le Jargon ou Jobelin</i>. Tous
+les &eacute;diteurs de Villon ont recul&eacute; devant
+l'explication de ces ballades en argot. Je suis leur exemple;
+mais cela ne doit pas d&eacute;courager ceux qui voudraient
+tenter l'entreprise. En recueillant avec soin toutes les
+variantes des anciennes &eacute;ditions, en rapprochant les
+ballades de Villon des monuments assez nombreux de ce langage qui
+nous restent du XVe si&egrave;cle et du commencement du XVIe, on
+arriverait probablement &agrave; quelque chose de
+satisfaisant.</p>
+<p><a href="#p133">P. 133.</a> <i>Po&eacute;sies
+attribu&eacute;es &agrave; Villon</i>. J'ai choisi ce titre
+&agrave; cause de son &eacute;lasticit&eacute;. Je ne suis pas
+convaincu que ces pi&egrave;ces soient de notre po&euml;te; mais
+je n'ai pas voulu, en les donnant comme &eacute;manant de ses
+disciples, lui faire tort de celles qui peuvent lui
+appartenir.</p>
+<p><a href="#p133">P. 133</a>-143. Dix-sept pi&egrave;ces
+choisies parmi celles que M. Campeaux a tir&eacute;es du
+<i>Jardin de plaisance</i>. On ne peut, lire son travail sans
+&ecirc;tre tent&eacute; d'admettre que plusieurs de ces
+pi&egrave;ces sont r&eacute;ellement de Villon.</p>
+<p><a href="#p144">P. 144</a>-146. Les ballades XVIII, XIX et XX
+ont &eacute;t&eacute; r&eacute;unies pour la premi&egrave;re fois
+aux oeuvres de Villon dans l'&eacute;dition de 1723. Je ne crois
+pas qu'elles soient de lui.</p>
+<p><a href="#p147">P. 147.</a> <i>Ballade joyeuse des
+taverniers</i>. Cette pi&egrave;ce se trouve dans toutes les
+&eacute;ditions de <i>la Chasse et le D&eacute;part d'Amours,</i>
+d'Octavien de Saint-Gelais, dont la premi&egrave;re est de 1509.
+Je dois cette indication &agrave; mon ami M. Louis Moland.</p>
+<p><a href="#p150">P. 150.</a> <i>Monologue du franc archier de
+Baignollet</i>. R&eacute;uni pour la premi&egrave;re fois aux
+oeuvres de Villon en 1532, dans une &eacute;dition de Galiot du
+Pr&eacute;. Il existe de ce monologue une &eacute;dition
+gothique, format d'agenda, qui a &eacute;t&eacute; reproduite
+dans l'<i>Ancien th&eacute;&acirc;tre fran&ccedil;ois</i>, t. II,
+p. 326. J'en ai tir&eacute; quelques variantes.</p>
+<p><a href="#p164">P. 164.</a> <i>Dialogue de messieurs de
+Mallepaye et de Baillevent</i>. De m&ecirc;me que le <i>Monologue
+du franc archer</i>, cette pi&egrave;ce fut r&eacute;unie pour la
+premi&egrave;re fois aux oeuvres de Villon dans l'&eacute;dition
+de Galiot du Pr&eacute;, 1532. Elle est &eacute;crite, comme l'a
+remarqu&eacute; le premier M. A. de Montaiglon, &laquo;en
+strophes de six vers sur deux rimes, qui s'encha&icirc;nent de
+telle fa&ccedil;on que la rime plac&eacute;e dans une strophe au
+troisi&egrave;me et au sixi&egrave;me vers se
+r&eacute;p&egrave;te, dans la strophe suivante, aux quatre autres
+vers, c'est-&agrave;-dire au premier, au second, au
+quatri&egrave;me et au cinqui&egrave;me.&raquo; Je l'ai
+divis&eacute;e selon ces indications, et l'on conviendra qu'elle
+y a beaucoup gagn&eacute;.</p>
+<p>Deux strophes sont incompl&egrave;tes, l'une d'un vers, <a
+href="#p172">p. 172,</a> et l'autre de deux, <a href="#p177">p.
+177.</a></p>
+<p><a href="#p178">P. 178.</a> <i>Les Repeues franches</i>. Ce
+recueil fut imprim&eacute; plusieurs fois dans le XVe
+si&egrave;cle et la premi&egrave;re moiti&eacute; du XVIe. Il
+n'est pas de Villon; mais le po&euml;te y joue un tel r&ocirc;le
+qu'on ne peut se dispenser de le joindre &agrave; ses oeuvres, ce
+qu'on fait, du reste, depuis plus de trois cents ans. Il est
+&eacute;crit presque tout entier en strophes de huit vers, ce que
+les pr&eacute;c&eacute;dents &eacute;diteurs n'avaient pas assez
+remarqu&eacute;, comme l'a dit M. A. de Montaiglon. Il y a vers
+la fin quelques strophes que je n'ai pu compl&eacute;ter, bien
+que j'aie consult&eacute; plusieurs &eacute;ditions anciennes, y
+compris celle de Jean Trepperel, que je crois la
+premi&egrave;re.</p>
+<p><a href="#p187">P. 187.</a> <i>La Mani&egrave;re d'avoir du
+poisson</i>. Le moyen employ&eacute; par Villon pour se
+d&eacute;barrasser du <i>porte-pannier</i> rappelle le fabliau
+des <i>Trois Avugles de Compiengne</i>, par Cortebarbe. Voir
+aussi les <i>Aventures de Til Ulespi&egrave;gle</i>, chap. LXXI
+(<i>Nouvelle collection Jannet</i>); <i>Morlini</i>, nouv. XIII;
+les <i>Fac&eacute;tieuses Nuits de Straparole</i>, &eacute;dition
+Jannet, <i>Paris</i>, 1857, t. Ier, p. liv.</p>
+<p><a href="#p190">P. 190.</a> <i>La Mani&egrave;re d'avoir des
+trippes</i>. Voir un exp&eacute;dient analogue dans les
+<i>Aventures de Til Ulespi&egrave;gle</i>, &eacute;dition
+cit&eacute;e, chap. LXXII.</p>
+<p><a href="#p191">P. 191.</a> <i>La Mani&egrave;re d'avoir du
+pain</i>. Imit&eacute; par l'auteur des <i>Aventures de Til
+Ulespi&egrave;gle</i>, chap. VI.</p>
+<p><a href="#p192">P. 192.</a> <i>La Mani&egrave;re d'avoir du
+vin</i>. Se retrouve dans <i>Til Ulespi&egrave;gle</i>, chap.
+LVII.</p>
+<p><a href="#p206">P. 206.</a> <i>La Repeue franche du
+Souffreteux</i>. Imit&eacute; par l'auteur de <i>Til
+Ulespi&egrave;gle</i>, chap. LXI, et par Bonaventure Des
+P&eacute;riers. Voy. l'&eacute;dition de M. Louis Lacour, 1856.
+In-16, p. 122.</p>
+<br>
+<br>
+<br>
+ <a name="p227"></a><span class="pagenum">P. 227</span>
+<h2>GLOSSAIRE-INDEX.</h2>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; A
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>A</i>, avec. <a href="#p034">P. 34,</a> v. 18; <a href=
+"#p158">p. 158,</a> v. 12.</p>
+<p><i>A coup</i>, vite, tout de suite.</p>
+<p><i>A tout</i>, avec.</p>
+<p><i>Abandonn&eacute;</i>, lib&eacute;ral, prodigue. <a href=
+"#p172">172.</a></p>
+<p><i>Abayer</i>, aboyer.</p>
+<p><i>Aboluz,</i> absolu, absous. <a href="#p055">55.</a></p>
+<p><i>Aboy</i> (en), aux abois,
+abaiss&eacute;.&mdash;&laquo;Trois poulx rampans en aboy&raquo;,
+c'est-&agrave;-dire descendant le long de la chemise, telles sont
+les armoiries que le seigneur de Mallepaye assigne &agrave; son
+ami Baillevent, <a href="#p168">P. 168.</a></p>
+<p>ABSALON, <a href="#p121">121,</a> <a href="#p122">122.</a></p>
+<p><i>Absoluz, absolz</i>, absous.</p>
+<p><i>Abusion</i>, peine inutile, fait de quelqu'un qui s'abuse.
+(<a href="#p035">P. 35,</a> v. 2.)</p>
+<p><i>Acabit</i>, accident (?). <a href="#p175">175.</a></p>
+<p><i>Accoll&egrave;e, acoll&eacute;e</i>, accolade.</p>
+<p><i>Accouter</i>, appuyer, accoter. <a href="#p047">47,</a> <a
+href="#p136">136.</a></p>
+<p><i>Acherin</i>, ac&eacute;r&eacute;, d'acier.</p>
+<p><i>Achoison, achoyson</i>, occasion, feinte, ruse.</p>
+<p><i>Acongnoistre</i>, conna&icirc;tre. <a href=
+"#p195">195.</a></p>
+<p><i>Accueillir</i>, tenir. <a href="#p145">145.</a></p>
+<p><i>Acquester</i>, acqu&eacute;rir.</p>
+<p><i>Acreuz</i>, acquis, augment&eacute;s. <a href=
+"#p165">165.</a></p>
+<p><i>Acteur</i> (l'), l'auteur. <a href="#p182">182.</a></p>
+<p><i>Adextre</i>, adroit, habile.</p>
+<p><i>Adirer</i>, absenter, supprimer. <a href=
+"#p135">135.</a></p>
+<p><i>Admenez</i> (en) (?), <a href="#p038">P. 38,</a> v. 25.</p>
+<p><i>Adonc, adoncques</i>, alors.</p>
+<p><i>Advantaige</i>, voy. <i>avantaige</i>.</p>
+<p><i>Affier</i>, assurer, certifier.</p>
+<p><i>Affiques</i>, affiquets. <a href="#p185">185.</a></p>
+<p><i>Affoler</i>, blesser. <a href="#p152">152.</a></p>
+<p><i>Affuyt</i>, suit.</p>
+<p><i>Aguet (aller d')</i>, marcher avec pr&eacute;caution et
+sans bruit, c'est ce que faisaient sans doute les soldats de
+police &agrave; pied dont parle Villon, <a href="#p013">p.
+13,</a> v. 21.</p>
+<p><i>Aherdre</i>, <a href="#p052">p. 52,</a> se trouve dans
+Cotgrave avec le sens de toucher, prendre.</p>
+<p><i>Ahonti</i>, d&eacute;shonore, couvert de honte. <a href=
+"#p142">142.</a></p>
+<p><i>Aid</i>, aide, assiste &laquo;Ainsi m'aid Dieux!&raquo; <a
+href="#p026">P. 26,</a> v. 6.</p>
+<p><i>Aignel</i>, agneau. <a href="#p107">107.</a></p>
+<p><i>Ain&ccedil;oys</i>, avant.</p>
+<p><i>Ains</i>, avant.</p>
+<p><i>Aist</i>, aide. &laquo;Ainsi m'aist Dieux!&raquo; <a href=
+"#p107">107.</a></p>
+<p><i>Aiz</i>, planche. <a href="#p084">84.</a></p>
+<p>ALEN&Ccedil;ON. <a href="#p151">151.</a> Cette ville fut prise
+et reprise plusieurs fois par les Anglais et les Fran&ccedil;ais
+pendant les guerres du XVe si&egrave;cle. C'est en 1448 que
+Charles VII l'assi&eacute;gea pour la derni&egrave;re fois; il
+s'en empara, ainsi que de toutes les autres places fortes de la
+Normandie. (P. L.)&mdash;Le bon feu duc d'Alen&ccedil;on dont
+parle Villon (p. 36) serait, selon M. Pr., Jean Ier, tu&eacute;
+&agrave; la bataille d'Azincourt, en 1415.</p>
+<p>ALEXANDRE, <a href="#p026">p. 26.</a> Cette anecdote
+d'Alexandre et du pirare Diom&eacute;d&egrave;s est, suivant
+Formey, rapport&eacute;e par Cic&eacute;ron, dans un fragment du
+trait&eacute; <i>De Republica</i>, liv. III, que nous a
+conserv&eacute; Nonius Marcellus. Le nom du pirare ne s'y trouve
+pas. Voy. <a href="#p121">121.</a></p>
+<p>ALLEMANSES, allemandes, <a href="#p080">80.</a></p>
+<p><i>Alleure</i> (<i>bonne</i>), promptement.</p>
+<p>ALLYS (<a href="#p034">p. 34,</a> v. 19), Alix de Champagne,
+mari&eacute;e en 1160 &agrave; Louis le Jeune, roi de France, et
+morte en 1216. (Pr.)</p>
+<p><i>Alouer</i> (<i>s'</i>), s'attacher, se d&eacute;vouer. <a
+href="#p108">108.</a></p>
+<p>ALPHASAR, <a href="#p121">p. 121.</a> Arphaxad, roi des
+M&egrave;des.</p>
+<p>ALPHONSE, <i>le roy d'Aragon</i>. Alphonse V, dit le Sage,
+mort en 1458.</p>
+<p><i>Amant</i>, <a href="#p165">165,</a> amendement.</p>
+<p><i>Amathiste</i>, am&eacute;thyste. <a href=
+"#p035">35.</a></p>
+<p><i>Ambagoys</i>, ambages, finesses. <a href=
+"#p192">192.</a></p>
+<p><i>Ambesas</i>, doubleas. <a href="#p048">P. 48.</a></p>
+<p><i>Ame&ccedil;ons</i>, hame&ccedil;ons. Employ&eacute; au
+figur&eacute;, <a href="#p185">p. 185.</a></p>
+<p>AMIRAL (l'), <a href="#p152">p. 152.</a> M. P. L. suppose que
+c'est Pr&eacute;gent, seigneur de Coetivy et de Retz,
+cr&eacute;&eacute; amiral en 1439, et tu&eacute; en 1450, au
+si&egrave;ge de Cherbourg.</p>
+<p>AMMON, fils de David. Plaisant r&eacute;cit de son amour pour
+sa soeur Thamar. (<a href="#p046">P. 46,</a> v. 15.)</p>
+<p><i>Amoureux</i>, agr&eacute;able, bon. <a href=
+"#p195">195,</a> v. 1.</p>
+<p><i>Amys</i>, amicts. <a href="#p036">36.</a></p>
+<p><i>Ance</i>, anse. <a href="#p015">15.</a></p>
+<p>ANCENYS, <a href="#p151">151.</a></p>
+<p><i>An&ccedil;oys</i>, avant.</p>
+<p><i>Ancre</i>, encre.</p>
+<p><i>Andoilles</i>, andouilles. <a href="#p064">64.</a></p>
+<p><i>Ange, Angelot</i>, (<a href="#p070">p. 70</a>),
+&eacute;taient des monnaies d'or. Deux <i>angelots</i> valaient
+un grand <i>ange</i>. Villon veut que le jeune merle agisse
+consciencieusement, ce qui n'&eacute;tait sans doute pas dans ses
+habitudes. (Pr.)</p>
+<p>ANGELOT L'HERBIER (l'herboriste), <a href="#p085">85.</a></p>
+<p>ANGIERS, <a href="#p009">9.</a> Le <i>Lyon d'Angiers</i> (153)
+&eacute;tait sans doute l'enseigne d'une h&ocirc;tellerie.</p>
+<p>ANGLAIS, <a href="#p151">p. 151.</a></p>
+<p>ANGLESCHES, anglaises, <a href="#p081">p.81,</a> v. 3.</p>
+<p><i>Angoisseux</i>, plein d'angoisse.</p>
+<p>ANGOULEVENT, <a href="#p176">p. 176.</a> Un Prince des Sots
+nomm&eacute; Angoulevent vivait &agrave; la fin du XVIe
+si&egrave;cle et se fit conna&icirc;tre par un proc&egrave;s
+qu'il soutint pour d&eacute;fendre les privil&egrave;ges de sa
+principaut&eacute;. Mais ce passage prouve que le nom
+d'Angoulevent &eacute;tait g&eacute;n&eacute;rique parmi les
+gueux et les aventuriers d&egrave;s le XVe si&egrave;cle. (P.
+L.)</p>
+<p>ANJOU, <a href="#p157">157.</a></p>
+<p><i>Antan</i>, l'an pass&eacute;.</p>
+<p><i>Ante</i>, tante. <a href="#p082">82.</a></p>
+<p><i>Apasteler</i>, nourrir.</p>
+<p><i>Apostoles</i>, pape (<a href="#p036">p. 36</a>), et, par
+extension, &eacute;v&ecirc;que, et peut-&ecirc;tre
+pr&ecirc;tre.</p>
+<p><i>Appaillardir</i>, appauvrir, mettre sur la paille <a href=
+"#p172">172.</a></p>
+<p><i>Appeau</i>, appel. <a href="#p197">197.</a></p>
+<p><i>Appoinct</i>, &agrave; point. <a href="#p073">73.</a></p>
+<p><i>Appoint&eacute;</i>, convenu.</p>
+<p><i>Appoinctement</i>, accord.</p>
+<p><i>Aprins</i>, appris.</p>
+<p><i>Arain</i>, airain, cuivre. <a href="#p048">48</a></p>
+<p><i>Arbrynceaux</i>, arbrisseaux.</p>
+<p>ARCHIPIADA, <a href="#p034">34,</a> vraisemblablement
+Archippa, l'amante de Sophocle. Pr.)</p>
+<p>ARCHITRICLIN (<a href="#p069">p. 69</a>). Le ma&icirc;tre
+d'h&ocirc;tel des noces de Cana, qui conseilla de boire le bon
+vin le premier.</p>
+<p><i>Ardiz</i>, br&ucirc;lai. <a href="#p121">121,</a> v. 2.</p>
+<p><i>Ardre</i>, br&ucirc;ler.</p>
+<p><i>Argeutis</i>, arguties. <a href="#p018">18.</a></p>
+<p>ARISTOTE, <a href="#p018">18</a>, <a href="#p025">25.</a></p>
+<p><i>Armarie (montrer l')</i>, p. <a href="#p146">146,</a>
+para&icirc;tre arm&eacute; dans un tournoi. (P. L)</p>
+<p><i>Arquemie</i>, alchimie. &laquo;Faire l'arquemie aux
+dens&raquo; (p. <a href="#p182">182</a> et <a href=
+"#p186">186</a>), c'est vivre de vent, n'avoir rien &agrave;
+manger.</p>
+<p><i>Arraisonner</i>, interroger.</p>
+<p><i>Arrons</i>, aurons.</p>
+<p><i>Ars</i>&gt; br&ucirc;l&eacute;. <a href="#p017">17.</a></p>
+<p><i>Arsure</i>. br&ucirc;lure. <a href="#p076">76.</a></p>
+<p><i>Art de la pinse et du croc</i>, l'art des voleurs. <a href=
+"#p002">P. 2.</a></p>
+<p><i>Art de m&eacute;moire</i>, <a href="#p011">11.</a>
+Probablement l'<i>Ars memorativa</i>, ouvrage didactique souvent
+r&eacute;imprim&eacute; au XVe s. avec des figures
+singuli&egrave;res. (P. L.)</p>
+<p>ARTUS, <i>le duc de Bretaigne</i> (<a href="#p035">p. 35,</a>
+v. 10) est Artus III, le Justicier, mort en 1458.</p>
+<p><i>As&ccedil;avoir-mon</i>, c'est &agrave; savoir.</p>
+<p>ASNE ROUGE, <a href="#p060">60.</a> Est-ce une enseigne?</p>
+<p><i>Assier</i>, acier. <a href="#p009">9.</a></p>
+<p><i>Assouvir</i>, calmer, satisfaire, accomplir. <a href=
+"#p029">29,</a> <a href="#p089">89,</a> <a href="#p090">90</a>,
+<a href="#p094">94,</a> <a href="#p110">110.</a></p>
+<p><i>Atout</i>, avec.</p>
+<p><i>Attaine</i>, III. Atteigne, blesse. (P. L.)</p>
+<p><i>Attaint&eacute;e</i>, <a href="#p078">78,</a> bien
+par&eacute;e (Pr.),-fard&eacute;e (P. L.).</p>
+<p><i>Attendue</i>, attente, retard.</p>
+<p><i>Attente</i>, intention. <a href="#p049">49.</a></p>
+<p><i>Aubade</i>, peur. <a href="#p199">199.</a></p>
+<p><i>Aucun, aucune</i>, quelque. <a href="#p030">30,</a> <a
+href="#p120">120.</a></p>
+<p><i>Aucunement</i>, en quelque fa&ccedil;on.</p>
+<p><i>Auditeux</i>, auditeurs.</p>
+<p>AUGER LE DANOIS, <a href="#p091">91.</a></p>
+<p><i>Aulmoire</i>, armoire.</p>
+<p>AULNIS (vin d'), <a href="#p060">60.</a></p>
+<p>AUSSIGNY (<i>Thibault d'</i>), <a href="#p021">21.</a></p>
+<p>AUVERGNE (<a href="#p036">p. 36</a>). Le dernier Dauphin de la
+branche h&eacute;r&eacute;ditaire fut Beraud III, qui mourut en
+1428. (P. L.)</p>
+<p><i>Avaller</i>, descendre, pr&eacute;cipiter en bas.</p>
+<p><i>Avantage (vivre d')</i>, vivre aux d&eacute;pens d'autrui.
+<a href="#p206">206,</a> <a href="#p208">208,</a> etc.</p>
+<p><i>Avenir</i>, advenir.</p>
+<p>AVERROYS, Averrho&egrave;s. <a href="#p025">25.</a></p>
+<p><i>Avoy&eacute;</i>, en voie, bien venu. <a href=
+"#p196">196.</a></p>
+<p><i>Ayser (s')</i>, se mettre &agrave; son aise, se servir
+librement. P. <a href="#p078">78,</a> v. 21.</p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; B
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p>BABYLOINE, Babylone. <a href="#p079">79.</a></p>
+<p><i>Bachelette</i>, jeune fille. <a href="#p047">47.</a></p>
+<p><i>Bachelier</i>, jeune galant, amoureux. <a href=
+"#p047">47.</a></p>
+<p><i>Bague</i>, bagage, arme.</p>
+<p>BAIGNEUX, <a href="#p193">193</a></p>
+<p>BAIGNOLET, <a href="#p150">150.</a></p>
+<p><i>Bailler</i>, donner.</p>
+<p>BAILLY, <a href="#p003">3.</a></p>
+<p><i>Bandon (&agrave;),</i> &agrave; l'abandon.</p>
+<p><i>Barat</i>, tromperie.</p>
+<p><i>Barbiers</i>, &eacute;taient les chirurgiens du temps. <a
+href="#p077">77.</a></p>
+<p><i>Barguigner</i>, marchander, h&eacute;siter.</p>
+<p><i>Barre</i> (<a href="#p063">p 63</a>), pi&egrave;ce du
+blason qui indique la b&acirc;tardise. Au lieu de cela, Villon
+donne au b&acirc;tard de La Barre trois d&eacute;s pip&eacute;s
+pour mettre dans son &eacute;cusson.</p>
+<p>BASANYER, <a href="#p074">74.</a></p>
+<p><i>Bas mestier</i>, acte amoureux.</p>
+<p><i>Baston</i>, <a href="#p156">156.</a> Nom des armes
+portatives en g&eacute;n&eacute;ral. On a dit plus tard
+&laquo;baston &agrave; feu&raquo;.</p>
+<p><i>Batture</i>, action de battre. <a href="#p071">71,</a> <a
+href="#p115">115.</a></p>
+<p>BAULDE (<i>fr&egrave;re</i>). <a href="#p067">67.</a></p>
+<p><i>Baulde</i>, r&eacute;jouie. <a href="#p067">67.</a></p>
+<p><i>Bauldray</i>, donnerai.</p>
+<p><i>Bave</i>, bavardage. <a href="#p180">180.</a></p>
+<p><i>Baver</i>, bavarder.</p>
+<p><i>Baverie</i>, bavardage, vaines promesses.</p>
+<p>Baye, ouverte. <a href="#p165">165.</a></p>
+<p>BEAULNE. <a href="#p193">193,</a> <a href="#p207">207.</a></p>
+<p><i>Beffray</i>, beffroi.</p>
+<p>B&Eacute;GUINES, <a href="#p066">66.</a></p>
+<p><i>B&eacute;jaulne</i>, niais. <a href="#p193">193.</a></p>
+<p><i>Belin</i>, mouton. <a href="#p070">70.</a></p>
+<p>BELLEFAYE (<i>Martin</i>), p. <a href="#p096">96,</a> &agrave;
+qui Villon donne le titre de lieutenant criminel, &eacute;tait
+conseiller au Parlement de Paris.</p>
+<p>BELLET, <a href="#p118">118.</a></p>
+<p><i>Benoist</i>, b&eacute;ni.</p>
+<p><i>Benoistier</i>, b&eacute;nitier.</p>
+<p><i>Bergeronnette</i>, chanson rustique. <a href=
+"#p091">91.</a></p>
+<p><i>Berlan</i>, brelan. <a href="#p087">87.</a></p>
+<p>BERTHE <i>au grand pied</i> (<a href="#p034">p. 34,</a> v. 19)
+fut m&egrave;re de Charlemagne.</p>
+<p><i>Besongner</i>, travailler. <a href="#p118">118.</a></p>
+<p><i>Besongnettes</i>, affaires d'amour.</p>
+<p><i>Betourner</i>, dompter, abattre. <a href=
+"#p108">108.</a></p>
+<p><i>Bi&egrave;re</i> (en), mort, enseveli.</p>
+<p>BIETRIS (<a href="#p034">p. 34,</a> v. 19), B&eacute;atrix de
+Provence, mari&eacute;e &agrave; Charles de France, fils de Louis
+VIII. (Pr.)</p>
+<p>BIETRIX, <a href="#p118">118.</a></p>
+<p><i>Billart</i>, b&acirc;ton recourb&eacute; avec lequel on
+jouait &agrave; la crosse.</p>
+<p>BILLY (<i>la tour de</i>), <a href="#p073">73.</a></p>
+<p><i>Bisag&uuml;e</i>, besaigu&euml;.</p>
+<p><i>Bise</i>, brune. <a href="#p079">79.</a></p>
+<p><i>Blanc</i>, <a href="#p015">15,</a> <a href="#p048">48,</a>
+monnaie d'argent qui, du temps de Villon, valait douze
+deniers.</p>
+<p>BLANCHE. Prompsault dit que la reine Blanche dont il est
+question <a href="#p034">p. 34,</a> v. 17, &eacute;tait Blanche
+de Bourbon, mari&eacute;e en 1352 &agrave; Pierre le Cruel. M. P.
+L. pense qu'il s'agit plut&ocirc;t de Blanche de Castille,
+m&egrave;re de saint Louis.</p>
+<p>BLANCHE LA SAVETI&Egrave;RE, <a href="#p042">42.</a></p>
+<p><i>Blason</i>, conversation, beau parler. <a href=
+"#p189">189,</a> <a href="#p196">196.</a></p>
+<p><i>Blasonner</i>, vanter, bavarder, se moquer. <a href=
+"#p201">201,</a> <a href="#p206">206.</a></p>
+<p><i>Bloquer</i>, donner de l'argent. <a href=
+"#p175">175.</a></p>
+<p>BOESMES, <a href="#p118">p. 118.</a> &laquo;La faute des
+Boesmes&raquo;, c'&eacute;tait l'h&eacute;r&eacute;sie des
+Boh&eacute;miens, sectateurs de Jean Hus et de
+J&eacute;r&ocirc;me de Prague.</p>
+<p><i>Boillon</i>, <a href="#p054">p. 54.</a> Le <i>boullon</i>
+ou <i>bouillon</i> est l'endroit de la rivi&egrave;re o&ugrave;
+l'eau forme un tournant. On dit encore, dans le langage trivial,
+<i>boire un bouillon</i>, c'est &agrave; dire: courir le risque
+d'&ecirc;tre englouti dans une mauvaise affaire. (P. L.)</p>
+<p><i>Boiture</i>, boisson <a href="#p052">52.</a></p>
+<p><i>Bonne</i>. &laquo;Cy suspendy et cy mis bonne&raquo;, <a
+href="#p017">p.17.</a> Prompsault interpr&egrave;te <i>bonne</i>
+par <i>borne</i>. M P. Lacroix suppose que cette expression
+&eacute;quivaut &agrave; <i>mettre en panne</i>.</p>
+<p><i>Bonne alleure</i>, promptement.</p>
+<p><i>Bordeaulx</i>, lieux de prostitution. <a href=
+"#p077">77.</a></p>
+<p><i>Bort</i>, bordure. <a href="#p136">136.</a></p>
+<p><i>Bouff&eacute;</i>, souffl&eacute;, emport&eacute; par un
+souffle. (<a href="#p036">P. 36,</a> v. 19.)</p>
+<p><i>Bouges</i>, chausses, culottes.</p>
+<p><i>Bouhourder</i>, lutter &agrave; armes courtoises. <a href=
+"#p119">119.</a></p>
+<p><i>Boullon</i>, bouillon, tourbillon.</p>
+<p><i>Boulluz</i>, bouillis. <a href="#p056">56.</a></p>
+<p>BOULOGNE, <a href="#p009">9.</a></p>
+<p>BOURBON. Le gracieux duc de Bourbon (<a href="#p055">p. 55</a>
+v. 9) est Jean Ier, mort en 1456. Voy. <a href="#p115">p.
+115,</a> et <i>notes</i>.</p>
+<p><i>Bourde</i>, mensonge, <a href="#p111">111.</a></p>
+<p><i>Bourder</i>, mentir.</p>
+<p>BOURG-LA-ROYNE, <a href="#p065">65.</a></p>
+<p>BOURGES, <a href="#p068">68,</a> <a href="#p076">76.</a></p>
+<p>BOURGUIGNON (Pierre), <a href="#p060">60.</a></p>
+<p>BOURGUYGNONS. <a href="#p171">171.</a></p>
+<p><i>Bourreletz</i>, sorte de coiffure. <a href=
+"#p033">33.</a></p>
+<p><i>Bourse</i>. &laquo;Les bourses des dix-et-huit clers&raquo;
+(<a href="#p072">p. 72</a>). Le coll&egrave;ge des
+<i>Dix-huit</i>, o&ugrave; l'on recevait les &eacute;tudiants
+trop pauvres pour pourvoir &agrave; leurs besoins, &eacute;tait
+situ&eacute;, suivant M. P. L, devant le coll&egrave;ge de
+Clugny, sur l'emplacement actuel de l'&eacute;glise de la
+Sorbonne.</p>
+<p><i>Bouter</i>, mettre. <a href="#p146">146,</a> <a href=
+"#p148">148,</a> <a href="#p193">193.</a>&mdash;frapper, pousser.
+<a href="#p161">161.</a> <i>Bouter soubz le nez</i>, <a href=
+"#p037">p.37,</a> manger et boire.</p>
+<p><i>Boyser</i>, travailler le bois. <a href="#p064">64.</a></p>
+<p><i>Bracquemart</i>, &eacute;p&eacute;e courte et large.</p>
+<p><i>Braire</i>, crier. <a href="#p198">198.</a></p>
+<p><i>Brairie</i>, cris. <a href="#p152">152.</a></p>
+<p><i>Branc</i>, sorte d'&eacute;p&eacute;e.</p>
+<p><i>Brayes,</i> chausses, culottes.</p>
+<p><i>Brelare Bigod</i> (<a href="#p082">p. 82</a>), sorte de
+juron en allemand corrompu: <i>Verloren, bey Gott!</i></p>
+<p>BREAAOIRE, Bressuire. <a href="#p052">52.</a></p>
+<p>BRETAIGNE, <a href="#p062">62.</a></p>
+<p>BRETONS, <a href="#p153">153,</a> <a href="#p154">154,</a> <a
+href="#p157">157.</a></p>
+<p><i>Brettes</i>, Bretonnes. <a href="#p080">80.</a></p>
+<p><i>Brief</i>, bri&egrave;vement. <a href="#p196">196.</a></p>
+<p><i>Broiller</i>, <a href="#p087">p. 87</a> M. P. L. dit que
+cela signifiait jouer des <i>imbroglios</i>, des sc&egrave;nes
+comiques.</p>
+<p><i>Broillerie</i>, d&eacute;sordre.</p>
+<p><i>Broises, brossillons</i>, broussailles. <a href=
+"#p099">99.</a></p>
+<p><i>Brouaille</i>, <a href="#p148">148,</a> me para&icirc;t
+synonyme de <i>brodier, broudier</i>, anus.</p>
+<p><i>Brouillez</i>, en d&eacute;sordre, embrouill&eacute;s. <a
+href="#p002">2</a></p>
+<p><i>Broust</i>, nourriture, subsistance. <a href=
+"#p174">174.</a></p>
+<p><i>Brouter</i>, manger. <a href="#p063">63.</a></p>
+<p>BROYER &agrave; moustarde, mortier. <a href=
+"#p017">17.</a></p>
+<p>BRUCIENNES, Prussiennes. <a href="#p080">80.</a></p>
+<p>BRUNBAU (<i>Philip</i>), <a href="#p097">97.</a></p>
+<p><i>Bruire</i>, faire du bruit.</p>
+<p><i>Bruit, bruyt</i>, renomm&eacute;e, r&eacute;putation <a
+href="#p009">9,</a> <a href="#p176">176.</a></p>
+<p>BRUY&Egrave;RES (Mlle de), <a href="#p079">79.</a></p>
+<p>BUEIL, <a href="#p152">p. 152.</a> Selon M. P. L., c'est Jean
+de Beuil, comte de Sanceire, qui succ&eacute;da comme amiral
+&agrave; Pr&eacute;gent de Co&euml;tivy.</p>
+<p><i>Buffe</i>, soufflet. <a href="#p194">194.</a></p>
+<p><i>Bulle (Carmeliste)</i>, <a href="#p010">10</a> Voy.
+D&Eacute;CRET. Les porteurs de bulles (<a href="#p087">p. 87</a>)
+&eacute;taient des eccl&eacute;siastiques ou des officiers du
+Saint-Si&egrave;ge, qui venaient qu&ecirc;ter et vendre des
+indulgences au nom du pape dans les pays catholiques. Mais ils ne
+pouvaient plus &ecirc;tre admis en France sans un ordre du roi;
+les privil&egrave;ges de l'&Eacute;glise gallicane ou de la
+Pragmatique-Sanction s'opposaient &agrave; ces collectes papales,
+qui avaient tant appauvri la chr&eacute;tient&eacute; an moyen
+&acirc;ge. (P.L.)</p>
+<p><i>Bureaux</i>, v&ecirc;tements de bure. <a href=
+"#p032">32.</a></p>
+<p>BURIDAN, <a href="#p034">34.</a> C'&eacute;tait une tradition
+bien &eacute;tablie parmi les &eacute;coliers de
+l'Universit&eacute; de Paris, qu'une reine de France avoit fait
+de la Tour de Nesle, situ&eacute;e au bas de la Seine, sur
+l'emplacement du palais de l'Institut, le th&eacute;&acirc;tre de
+ses d&eacute;bauches nocturnes. Elle attirait chez elle tous les
+passants, et surtout les &eacute;coliers, qui lui plaisaient;
+puis, son caprice satisfait, elle les faisait tuer et jeter dans
+la rivi&egrave;re. Buridan eut le bonheur d'&eacute;chapper
+&agrave; la mort, et il inventa ce fameux sophisme, qui devait
+&ecirc;tre sa vengeance et sa justification: &laquo;Il est permis
+de tuer une reine si c'est n&eacute;cessaire.&raquo; Villon est
+le plus ancien auteur qui ait parl&eacute; de cette tradition.
+Gaguin, dans son <i>Compendium</i> des Annales de France, l'a
+rapport&eacute;e ensuite avec plus de d&eacute;tail. Quoi qu'il
+en soit, les trois brus de Philippe le Bel furent accus&eacute;es
+d'adult&egrave;re, et l'une d'elles, Marguerite de Bourgogne,
+femme de Louis le Hutin, fut &eacute;trangl&eacute;e dans sa
+prison, en 1314, par ordre du roi. Quant &agrave; Buridan, il
+devint un des plus c&eacute;l&egrave;bres professeurs de
+l'Universit&eacute; de Paris, et fut exil&eacute; de France comme
+disciple d'Ockan. Il se retira en Autriche, o&ugrave; il continua
+de professer la philosophie nominaliste. (P. L.)</p>
+<p><i>Butor</i>, <a href="#p122">p. 122.</a> Esp&egrave;ce de
+h&eacute;ron, oiseau aquatique. On croyait au moyen &acirc;ge
+qu'il restait enfoui dans la vase, au fond de l'eau, durant
+l'hiver. (P. L.)</p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; C
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>Caquetoeres</i>, caqueteuses, bavardes. <a href=
+"#p080">80.</a></p>
+<p><i>Cad&egrave;s</i>, juge, cadi. <a href="#p026">26.</a></p>
+<p><i>Caige-vert</i>, <a href="#p067">67.</a> Pr. suppose que
+c'&eacute;tait un nom donn&eacute; aux filles publiques M. P. L.
+rappelle, &agrave; l'appui de cette opinion, qu'une
+c&eacute;l&egrave;bre maison de d&eacute;bauche, &agrave;
+Toulouse, &eacute;tait appel&eacute;e Ch&acirc;tel-vert.</p>
+<p>CALIXTE (<i>te tiers</i>), <a href="#p035">35.</a> Calixte
+III, &eacute;lu pape le 8 avril 1455, si&eacute;gea trois ans et
+quatre mois. (Pr.)</p>
+<p>CALLAISIENNES, <a href="#p081">8l.</a></p>
+<p><i>Canceler</i>, <a href="#p093">93.</a> Barrer, annuler.
+(Pr). Authentiquer, l&eacute;galiser. (P. L.)</p>
+<p><i>Canettes</i>, canes. Ferrer les oies et les canes (<a href=
+"#p092">p. 92</a>) est quelque chose comme &laquo;mener les
+poules pisser.&raquo;</p>
+<p><i>Capitaine du Pont &agrave; Billon</i>, <a href=
+"#p179">179.</a> Les crocheteurs, gueux et mendiants qui se
+mettaient sur le pont au Change, le nommaient alors le <i>pont
+&agrave; Billon</i>. (Pr.)</p>
+<p><i>Cappel</i>, chapeau. <a href="#p105">105.</a></p>
+<p>CARDON (<i>Jacques</i>), <a href="#p091">91.</a></p>
+<p>CARMES, <a href="#p175">175.</a></p>
+<p>CARMES (<i>l'hostel des</i>), <a href="#p067">67.</a></p>
+<p><i>Carre</i>, dimension. &laquo;Trois detz plombez de bonne
+carre.&raquo; (<a href="#p063">P. 63,</a> v. 27.)</p>
+<p>CARTAIGE, Carthage, <a href="#p120">120.</a></p>
+<p>CARTES <i>&agrave; jouer</i>, <a href="#p063">63.</a></p>
+<p>CASSANDRE, <a href="#p110">110.</a></p>
+<p>CASTELLANES, Castillanes, <a href="#p080">80.</a></p>
+<p>CATON, <a href="#p109">109.</a></p>
+<p><i>Caut</i>, habile, prudent. <a href="#p172">172.</a></p>
+<p><i>Caver</i>, creuser. <a href="#p102">102.</a></p>
+<p><i>Caymant</i>, mendiant. <a href="#p060">60.</a></p>
+<p><i>C&eacute;ans,</i> ici dedans.</p>
+<p><i>Ceau</i>, seau. <a href="#p015">15.</a></p>
+<p>CECILLE, Sicile. <a href="#p074">74.</a></p>
+<p><i>Ceincture</i>, virginit&eacute;. <a href=
+"#p068">68.</a></p>
+<p>CELESTINS, <a href="#p030">30,</a> <a href="#p082">82,</a> <a
+href="#p098">98.</a></p>
+<p><i>Celle</i>, cette. <a href="#p104">104.</a></p>
+<p><i>Cendal</i>, <a href="#p068">68.</a> Etoffe de soie
+orientale, ordinairement rouge. (P. L.)</p>
+<p><i>Ceps</i>, <a href="#p013">13.</a> Fers qu'on mettait aux
+pieds des prisonniers.</p>
+<p>CERBERUS, Cerb&egrave;re, le chien qui garde la porte des
+enfers. <a href="#p046">46.</a></p>
+<p><i>Cervoise</i>, <a href="#p048">48.</a></p>
+<p>C&Eacute;SAR (<i>Jules</i>), <a href="#p120">120.</a></p>
+<p><i>Chaille (ne leur)</i>, qu'ils ne s'en inqui&egrave;tent
+pas. <a href="#p073">P. 73.</a></p>
+<p><i>Chambres, priv&eacute;s</i>. <a href="#p204">204.</a></p>
+<p>CHAMBRE AUX DENIERS, <a href="#p089">89.</a></p>
+<p>CHAMP-TOURC&Eacute;, <a href="#p151">151.</a> Chantoc&eacute;
+ou Champtoc&eacute;, village du d&eacute;partement de
+Maine-et-Loire.</p>
+<p><i>Chandeaux</i>, vers louangeurs (?). <a href=
+"#p112">112.</a></p>
+<p>CHANGON, voy. <i>moutonnier</i>.</p>
+<p><i>Chapeau de laurier</i>, couronne. <a href=
+"#p002">2.</a></p>
+<p>CHAPPELAIN (<i>le</i>), <a href="#p093">p. 93,</a>
+&eacute;tait quelque ami de Villon qui portait ce surnom. Villon
+lui l&egrave;gue sa chapelle &agrave; simple tonsure (<a href=
+"#p093">p. 93,</a> v. 2). Le b&eacute;n&eacute;fice &agrave;
+simple tonsure, selon Pr., &eacute;tait destin&eacute; &agrave;
+des clercs &eacute;tudiants, et n'exigeait pas beaucoup
+d'instruction.</p>
+<p><i>Chappin</i>, savate (?). <a href="#p061">61.</a></p>
+<p>CHARLEMAGNE, <a href="#p035">35.</a></p>
+<p>CHARLES (<i>le grand</i>), Charlemagne. <a href=
+"#p024">24.</a></p>
+<p>CHARLES VII, roi de France, mort en 146l, pendant le
+s&eacute;jour de Villon dans la prison de Meung, p. <a href=
+"#p035">35.</a></p>
+<p>CHARRUAU (<i>Guillaume</i>), <a href="#p061">61.</a></p>
+<p>CHARTIER (<i>Alain</i>), <a href="#p091">91.</a></p>
+<p>CHARTREUX, <a href="#p031">31,</a> <a href="#p082">82,</a> <a
+href="#p098">98.</a></p>
+<p><i>Chascun Poicdenaire</i>, <a href="#p171">171.</a>
+Personnification de tous ceux qui n'ont pas d'argent.</p>
+<p><i>Chastoy</i>, correction, ch&acirc;timent. <a href=
+"#p085">85,</a> <a href="#p142">142.</a></p>
+<p><i>Chat</i> &laquo;qui hayt pescher&raquo;, qui a horreur de
+l'eau. <a href="#p076">P. 76.</a></p>
+<p><i>Chault (il ne m'en)</i>, je m'en moque. <a href=
+"#p056">56,</a> <a href="#p157">157.</a></p>
+<p><i>Chef</i>, t&ecirc;te. <a href="#p094">94.</a></p>
+<p><i>Chenu</i>, vieux, blanchi par l'&acirc;ge. <a href=
+"#p040">40.</a></p>
+<p><i>Cheoir</i>, tomber. <a href="#p111">111.</a></p>
+<p><i>Ch&egrave;re, chi&egrave;re</i>, mine, visage. &mdash;
+<i>Ch&egrave;re lye</i>, <a href="#p187">187,</a> mine
+joyeuse.&mdash;<i>Ch&egrave;re marrie</i>, <a href=
+"#p194">194,</a> air de mauvaise humeur.&mdash;<i>Ch&egrave;re
+mesl&eacute;e</i>, <a href="#p169">169,</a> visage
+renfrogn&eacute;.&mdash;<i>Ch&egrave;re rebourse</i>, mine
+refrogn&eacute;e.</p>
+<p><i>Cherme</i>, charme, <a href="#p058">58.</a></p>
+<p><i>Chet</i>, tombe. <a href="#p117">117.</a></p>
+<p><i>Cheu</i>, tomb&eacute;.</p>
+<p>CHEVAL BLANC, enseigne(?), <a href="#p060">60.</a></p>
+<p>CHEVALIER DU GUET. <a href="#p092">92.</a></p>
+<p><i>Chevance</i>, avoir, argent, capital. <a href=
+"#p028">28,</a> <a href="#p089">89.</a></p>
+<p><i>Chevaulcher</i>, faire l'acte amoureux. <a href=
+"#p016">16.</a></p>
+<p><i>Chevaucheur</i>, celui qui va &agrave; cheval. <a href=
+"#p047">47.</a></p>
+<p><i>Chevir</i>, venir &agrave; bout, se tirer d'affaire. <a
+href="#p184">184.</a></p>
+<p><i>Chi&egrave;re</i>, voy. <i>Ch&egrave;re</i>.</p>
+<p><i>Chiet</i>, tombe.</p>
+<p>CHOLLET, <a href="#p064">64.</a></p>
+<p><i>Chosettes</i>, petites choses, caresses amoureuses.</p>
+<p>CHYPRE. Le roi de Chypre mentionn&eacute; <a href="#p036">p.
+36,</a> v. 17, serait, selon Le Duchat, Pierre de Lusignan, qui
+vivait dans le XIVe si&egrave;cle. Pr. croit qu'il s'agit
+plut&ocirc;t de Guy de Lusignan, mort en 1194.</p>
+<p><i>Cil</i>, celui, <a href="#p095">95,</a> <a href=
+"#p111">111.</a></p>
+<p><i>Clamer</i>, appeler, crier. <a href="#p102">102.</a></p>
+<p><i>Claqdent</i>, <a href="#p176">176.</a> Pays des gueux,
+&agrave; qui le froid fait claquer les dents. Plus tard on y fit
+voyager les malades qu'on traitait par le mercure. Leur
+itin&eacute;raire oblig&eacute; &eacute;tait par <i>Surie,
+Bavi&egrave;re</i> et <i>Claquedent</i>.</p>
+<p>CLAQUIN, <i>le bon Breton</i> (<a href="#p036">p. 36</a>),
+Bertrand Du Gu&eacute;sclin, mort en 1380.</p>
+<p><i>Clercs, clers</i>, savants, hommes instruits. <a href=
+"#p071">71,</a> <a href="#p120">120.</a>&mdash;&eacute;coliers,
+&eacute;tudiants, <a href="#p015">15,</a> <a href=
+"#p086">86</a>;&mdash;gar&ccedil;ons de divers m&eacute;tiers.
+Les <i>clers Eolus</i>, <a href="#p123">p. 123,</a> sont les
+vents. Les gar&ccedil;ons d'h&ocirc;tellerie sont appel&eacute;s
+clercs, <a href="#p207">p. 207.</a> Quand on dit de nos jours un
+<i>clerc de perruquier</i>, par exemple, on fait une plaisanterie
+qui n'est pas nouvelle.</p>
+<p><i>Cler</i>, clair, pur. <a href="#p056">56,</a> <a href=
+"#p106">106.</a></p>
+<p><i>Clergeon</i>, &eacute;colier, petit clerc d'homme de loi.
+<a href="#p011">11,</a> <a href="#p071">71</a></p>
+<p><i>Cliquepatins</i>, <a href="#p098">98,</a>
+tra&icirc;ne-savates. (LeDuchat.)</p>
+<p><i>Clorre</i>, clore, fermer.</p>
+<p>CLOTAIRE, <a href="#p105">105.</a></p>
+<p>CLOVIS, <a href="#p106">106.</a></p>
+<p><i>Coettes</i>, lits de plume (<a href="#p064">p. 64</a>). Ce
+mot para&icirc;t &ecirc;tre employ&eacute; ici dans un autre
+sens.</p>
+<p><i>Coing</i>, le coin qui sert &agrave; battre monnaie. <a
+href="#p068">8.</a></p>
+<p><i>Cointe</i>, jolie, gentille. <a href="#p147">147.</a></p>
+<p>COLIN DE CAYEULX, <a href="#p086">86.</a></p>
+<p>COLIN GALERNE, <a href="#p085">85.</a></p>
+<p><i>Collat&eacute;rales (esp&egrave;ces)</i>, <a href=
+"#p018">18.</a> Termes d'&eacute;cole, qui signifient les
+facult&eacute;s d&eacute;pendantes de la m&eacute;moire. (P.
+L.)</p>
+<p>COLOMBEL, <a href="#p096">96.</a></p>
+<p><i>Com</i>, comme.</p>
+<p><i>Combien que</i>, bien que, quoique.</p>
+<p>COMBRAYE (<i>le seigneur de</i>). <a href="#p199">199.</a></p>
+<p><i>Commander</i>, recommander. <a href="#p163">163.</a></p>
+<p><i>Commens</i>, Commentaires. <a href="#p025">25.</a></p>
+<p><i>Compaings</i>, compagnons.</p>
+<p><i>Compasser</i> (?). <a href="#p171">171.</a></p>
+<p><i>Complaindre (se)</i>, se plaindre, se lamenter. <a href=
+"#p120">120,</a> <a href="#p140">140.</a></p>
+<p><i>Conclure</i>, vaincre dans la dispute, mettre &agrave; bout
+d'arguments. <a href="#p081">8l,</a> v. 2.</p>
+<p><i>Congnoistre (soy)</i>, se reconna&icirc;tre <a href=
+"#p160">160.</a></p>
+<p><i>Conjoindre</i>, r&eacute;unir. <a href="#p064">64.</a></p>
+<p><i>Conseiller</i>, agir avec prudence. <a href="#p007">P.
+7,</a> v. 5.</p>
+<p>CONSTANTINOBLES. L'empereur de Constantinople, <i>aux poings
+dorez</i>, dont parle Villon (<a href="#p036">p. 36,</a> v. 22),
+serait, selon M. Pr., l'empereur Basile, souverain
+tr&egrave;s-lib&eacute;ral.</p>
+<p><i>Conte</i>, comte. <a href="#p135">135.</a></p>
+<p><i>Contemplation</i>, employ&eacute; dans un sens
+&eacute;quivoque. <a href="#p066">66.</a></p>
+<p><i>Contendre</i>, disputer. <a href="#p078">78.</a></p>
+<p><i>Contraict</i>, d&eacute;form&eacute;, recourb&eacute;,
+<i>contract&eacute;</i>. <a href="#p041">41.</a></p>
+<p><i>Contregarder</i>, garder. <a href="#p203">203.</a></p>
+<p><i>Contrepoint (entendre le)</i>, &ecirc;tre habile. <a href=
+"#p196">196.</a></p>
+<p><i>Convenir</i>, falloir. <a href="#p038">38,</a> <a href=
+"#p185">185.</a></p>
+<p><i>Convint</i>, couvent. <a href="#p037">37.</a></p>
+<p><i>Convoyer</i>, convier. <a href="#p197">197.</a></p>
+<p><i>Coquart</i>, coq. <a href="#p049">49.</a></p>
+<p><i>Corbillon</i>, panier. <a href="#p113">113.</a></p>
+<p>CORDELIERS, <a href="#p175">175,</a> <a href=
+"#p179">179.</a></p>
+<p><i>Cordoen</i>, cuir. <a href="#p023">23,</a> <a href=
+"#p139">139.</a></p>
+<p><i>Cordouennier</i>, ouvrier en cuir, cordonnier.</p>
+<p>CORNU (<i>Jean</i>), <a href="#p059">59.</a></p>
+<p>COTARD (<i>Jehan</i>), <a href="#p022">22,</a> <a href=
+"#p068">68.</a> Le procureur en cour d'&Eacute;glise qui
+d&eacute;fendit Villon lors de son premier proc&egrave;s, en
+1456.</p>
+<p><i>Cotteret</i>, cotret. <a href="#p207">207.</a></p>
+<p><i>Coucher</i>, mettre au jeu. &laquo;Qui pour si peu couche
+tel gage.&raquo; <a href="#p086">P. 86.</a></p>
+<p><i>Couiltart</i>, coulart, canon &agrave; main, long et mince.
+Employ&eacute; dans un sens &eacute;quivoque. <a href=
+"#p153">153.</a></p>
+<p><i>Coullon</i>, p. <a href="#p099">99,</a> rime avec
+<i>vermillon, carillon, Villon</i>, ce qui donne assez clairement
+le sens du mot et la fa&ccedil;on dont se pronon&ccedil;ait le
+nom du po&euml;te.</p>
+<p><i>Courage</i>, coeur. <a href="#p107">P. 107,</a> v. 18.</p>
+<p>COURAULT (Jehan), <a href="#p077">77.</a></p>
+<p><i>Courre</i>, courir. <a href="#p065">P. 65.</a></p>
+<p><i>Cours&eacute;</i>, f&acirc;ch&eacute;, courrouc&eacute;. <a
+href="#p037">37,</a> <a href="#p151">151.</a></p>
+<p><i>Courtault</i>, <a href="#p154">154.</a> Canon portatif.
+Employ&eacute; dans un sens &eacute;quivoque.</p>
+<p><i>Courtissain</i>, courtisan. <a href="#p173">173.</a></p>
+<p><i>Coustelez</i>, <a href="#p171">171.</a> M. P. L. traduit ce
+mot par arm&eacute;s.</p>
+<p><i>Coute</i>, coude. <a href="#p135">135.</a></p>
+<p><i>Coutel</i>, couteau.</p>
+<p>CRAON, <a href="#p152">152.</a></p>
+<p><i>Cr&eacute;ance</i>, croyance, opinion. <a href=
+"#p114">114.</a></p>
+<p><i>Crepelle</i>, coupelle. &laquo;Argent de crepelle&raquo;
+(<a href="#p048">p. 48</a>), argent &eacute;pur&eacute;.</p>
+<p>CR&Egrave;TE, <a href="#p046">46.</a></p>
+<p><i>Creu</i>, grandi, accru. <a href="#p070">70.</a></p>
+<p><i>Croire</i>, faire cr&eacute;dit, prendre &agrave;
+cr&eacute;dit, parfois en donnant un gage. <a href="#p159">P.
+159,</a> v. 26-27.</p>
+<p><i>Croix</i>, argent. Ce que Villon appelle
+irr&eacute;v&eacute;rencieusement <i>la vraie croix</i> (<a href=
+"#p115">p. 115</a>-116), c'&eacute;tait la marque empreinte sur
+la plupart des monnaies du temps, et qui a &eacute;t&eacute;
+depuis remplac&eacute;e par l'effigie du prince. <i>Pile</i>
+d&eacute;signait le revers. On joue encore &agrave; <i>pile ou
+face.</i> &laquo;Sans croix ne pile&raquo;, sans argent.</p>
+<p><i>Croppetons (&agrave;)</i>, accroupi. <a href=
+"#p041">41.</a></p>
+<p>CROSSE (la), <a href="#p015">15.</a> M. Prompsault croit qu'il
+s'agit d'une potence.</p>
+<p><i>Crostes</i>, cro&ucirc;tes. <a href="#p098">98.</a></p>
+<p><i>Cry</i>, <a href="#p168">168,</a> cri d'armes.</p>
+<p>CUEUR (<i>Jacques</i>), <a href="#p032">32.</a></p>
+<p><i>Cuider</i>, croire.</p>
+<p>CULDOU (<i>Michault</i>), <a href="#p072">72.</a></p>
+<p><i>Curatez</i>, cur&eacute;s. <a href="#p180">180.</a></p>
+<p><i>Cure</i>, soin, souci.</p>
+<p>CURES, <a href="#p152">152.</a></p>
+<p><i>Cuveaulx</i>, cuviers, baquets. <a href="#p077">77</a></p>
+<p><i>Cuyder</i>, croire.</p>
+<p><i>Cuyderaulx d'amours</i>, <a href="#p098">98,</a> jeunes
+vaniteux, selon Pr.; M. P. L. rapproche de cette locution celle
+de &laquo;cuydeurs de vendanges&raquo;, employ&eacute;e par
+Rabelais (<i>Gargantua</i>, ch. 25).</p>
+<p><i>Cy</i>, ici.</p>
+<p><i>Cy pris, cy mis</i>, donnant, donnant. <a href=
+"#p191">191.</a></p>
+<p><i>Cymballer</i>, jouer des cymbales. <a href=
+"#p087">87.</a></p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; D
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>Damoiselin</i>, de damoiseau.</p>
+<p><i>Danger</i> <a href="#p119">119.</a> &laquo;A danger
+emprunter argent&raquo;, c'&eacute;tait, si je ne me trompe,
+emprunter &agrave; dix pour cent.</p>
+<p><i>Dangier</i>, danger, p&eacute;ril. <a href=
+"#p008">8.</a></p>
+<p>DAUPHIN (le), <a href="#p024">24.</a> Joachim de France, fils
+de Louis XI et de Charlotte de Savoie, sa seconde femme, mourut
+en bas &acirc;ge.</p>
+<p>DAULPHIN <i>de Vienne et de Grenobles</i> (<a href="#p037">p.
+37</a>). Le Dauphin de Viennois r&eacute;sidait &agrave;
+Grenoble. (Pr.)</p>
+<p>DAVID (<a href="#p046">p. 46,</a> v. 11). Jolie allusion
+&agrave; son amour pour Bethsab&eacute;e.</p>
+<p><i>Dea!</i> exclamation: Dame!</p>
+<p><i>D&eacute;bout&eacute;</i>, rebut&eacute;. <a href=
+"#p110">110.</a></p>
+<p><i>Debteur</i>, d&eacute;biteur. <a href="#p096">96.</a>
+Villon, comme on le fait encore souvent, emploie ce mot dans le
+sens de <i>cr&eacute;ancier</i>.</p>
+<p><i>Debuer</i>, laver, lessiver. <a href="#p102">102.</a></p>
+<p><i>D&eacute;chasse</i>, banni, chass&eacute;, <a href=
+"#p010">10.</a></p>
+<p>D&Eacute;CRET <i>Omnis utriusque sexus</i>, <a href=
+"#p010">10.</a> Ce d&eacute;cret a &eacute;t&eacute; port&eacute;
+par le quatri&egrave;me concile de Latran, tenu en 1215. Il
+ordonne &agrave; tous les chr&eacute;tiens de l'un et de l'autre
+sexe de confesser leurs p&eacute;ch&eacute;s &agrave; leur propre
+pasteur, au moins une fois l'an. En 1489, les religieux mendiants
+obtinrent de Nicolas V une bulle dat&eacute;e de Pis&eacute;, 2
+octobre, qui leur donnait le pouvoir de confesser, au
+pr&eacute;judice des droits des cur&eacute;s, &eacute;tablis par
+le canon que nous venons de citer. L'Universit&eacute; se leva
+contre, tint plusieurs assembl&eacute;es, dans l'une desquelles
+les Mendiants furent exclus de son sein. Les &eacute;v&ecirc;ques
+de France se joignirent &agrave; elle. Des d&eacute;put&eacute;s
+furent envoy&eacute;s &agrave; Rome, et en rapport&egrave;rent
+une bulle de Calixte III qui r&eacute;voquait celle de Nicolas V.
+Cette affaire &eacute;tait &agrave; peine termin&eacute;e, ou
+m&ecirc;me ne l'&eacute;tait pas encore, quand Villon composait
+son Petit Testament. T&eacute;moin du z&egrave;le chaleureux des
+cur&eacute;s de Paris, il leur l&egrave;gue le canon <i>Omnis</i>
+pour le remettre en vigueur. (Pr.)</p>
+<p>DEDALUS, D&eacute;dale. Sa &laquo;court&raquo; (<a href=
+"#p122">p. 122,</a> v. 7) &eacute;tait son c&eacute;l&egrave;bre
+labyrinthe, o&ugrave; il fut enferm&eacute; lui-m&ecirc;me.</p>
+<p><i>Dedans</i>, d'ici &agrave;... &laquo;Dedans ces
+Pasques.&raquo; (<a href="#p012">P. 12,</a> V. 4.)</p>
+<p><i>D&eacute;di&eacute;</i>, consacr&eacute;. &laquo;Et
+&agrave; bonnes moeurs d&eacute;di&eacute;&raquo; (<a href=
+"#p029">p. 29,</a> v. 5).</p>
+<p><i>Deffa&ccedil;on</i>, ruine, destruction. <a href=
+"#p008">8,</a> <a href="#p058">58.</a></p>
+<p><i>Deffuyr</i>, &eacute;viter, n&eacute;gliger. <a href=
+"#p084">84.</a></p>
+<p><i>Dejeter</i>, retirer. <a href="#p054">54.</a></p>
+<p><i>Delivre</i>, quitte, lib&eacute;r&eacute;. <a href=
+"#p181">181.</a></p>
+<p><i>Demener</i>, mener, faire, gouverner, <a href=
+"#p032">32,</a> <a href="#p083">83,</a> <a href=
+"#p109">109.</a></p>
+<p><i>Demonstrance</i>, d&eacute;monstration. <a href=
+"#p186">186.</a></p>
+<p><i>Demourant (le)</i> le reste.</p>
+<p><i>Demour&eacute;e</i>, retard, s&eacute;jour. <a href=
+"#p191">191.</a></p>
+<p><i>Demourra</i>, restera. <a href="#p032">32.</a></p>
+<p><i>Demourroit</i>, resterait. <a href="#p121">121.</a></p>
+<p><i>Demy-ceinct</i>, p. <a href="#p033">33</a> &laquo;Ceinture
+d'argent avec des pendants auxquels on attachait la bourse, les
+clefs, etc.&raquo; (P. L.)</p>
+<p><i>De par</i>, au nom de. <a href="#p009">9.</a></p>
+<p><i>Departir</i>, d&eacute;part. <a href="#p100">P. 100,</a> v.
+8.</p>
+<p><i>Departir</i>, partir, se s&eacute;parer. <a href=
+"#p009">9,</a> <a href="#p142">142,</a> <a href="#p196">196,</a>
+<a href="#p204">204,</a> <a href="#p205">205.</a></p>
+<p><i>Departir</i>, donner en partie, accorder une part. <a href=
+"#p009">9,</a> v. 3.</p>
+<p><i>Deporter</i> (se), cesser, renoncer. <a href=
+"#p109">109.</a></p>
+<p><i>Desbriser</i>, maltraiter, martyriser. <a href=
+"#p007">7.</a></p>
+<p><i>Deschaulx</i>, nu-pieds. <a href="#p092">P. 92</a></p>
+<p><i>Desclos</i>, ouvert.</p>
+<p><i>Desconfire</i>, ruiner, d&eacute;truire. <a href=
+"#p103">103,</a> <a href="#p106">106.</a></p>
+<p><i>Descrier</i>, d&eacute;crier, <a href="#p042">42,</a> est
+dit des monnaies dont on interdisait la circulation par un cri
+public.</p>
+<p><i>Descrire</i>, &eacute;crire, rapporter. <a href=
+"#p146">146.</a></p>
+<p><i>Deshait</i>, <a href="#p083">83,</a> dispute,
+d&eacute;sappointement.</p>
+<p><i>Desmarcher</i>, reculer. <a href="#p158">158.</a></p>
+<p><i>Desnu&eacute;</i>, d&eacute;pouill&eacute;. <a href=
+"#p014">14,</a> <a href="#p208">208.</a></p>
+<p><i>Despartir (se)</i>, se s&eacute;parer. <a href=
+"#p044">44.</a></p>
+<p><i>Despendre</i>, d&eacute;penser.</p>
+<p><i>Despendu</i>, d&eacute;pens&eacute;. <a href=
+"#p028">28.</a></p>
+<p><i>Desperance</i>, d&eacute;sespoir. <a href=
+"#p122">122.</a></p>
+<p><i>Despiter</i>, d&eacute;fier. <a href="#p048">48.</a></p>
+<p><i>Despiteux</i>, querelleur, hargneux. <a href=
+"#p031">31.</a></p>
+<p><i>Despourveu</i>, d&eacute;pourvu. <a href=
+"#p014">14.</a></p>
+<p><i>Desprins</i>, d&eacute;pourvu, <a href="#p015">15.</a></p>
+<p><i>Despriser</i>, d&eacute;pr&eacute;cier. <a href=
+"#p116">116.</a></p>
+<p><i>Desplaisance</i>, d&eacute;plaisir.</p>
+<p><i>Desroquer</i>, <a href="#p175">175,</a> pour
+<i>d&eacute;rocher</i>, terme de fauconnerie, qui signifie forcer
+la b&ecirc;te. (P. L.)</p>
+<p><i>Dessaisiner (se)</i>, se dessaisir. <a href=
+"#p072">72.</a></p>
+<p><i>Dessir&eacute;</i>, d&eacute;chir&eacute;. <a href=
+"#p148">148.</a></p>
+<p><i>Destaindre</i>, &eacute;teindre. <a href=
+"#p167">167.</a></p>
+<p><i>Destourbier</i>, trouble, embarras. <a href=
+"#p016">16.</a></p>
+<p><i>Destre</i>, droit. <a href="#p198">198.</a></p>
+<p><i>Desveill&eacute;</i>, r&eacute;veill&eacute;,
+raviv&eacute;. <a href="#p018">18.</a></p>
+<p><i>Desvier</i>, d&eacute;vier. <a href="#p091">91.</a></p>
+<p><i>Desvoy&eacute;</i>, <a href="#p156">156,</a>
+&eacute;gar&eacute;, &eacute;cart&eacute; de votre
+banni&egrave;re. (P. L.)</p>
+<p><i>Detrayner</i>, maltraiter. <a href="#p040">40.</a></p>
+<p><i>D&eacute;trench&eacute;</i>, coup&eacute;, hach&eacute;. <a
+href="#p143">143.</a></p>
+<p><i>Detterrer (se)</i>, perdre ses terres. <a href=
+"#p185">185.</a></p>
+<p><i>Detz</i>, doigts. <a href="#p026">26.</a></p>
+<p><i>Detz</i>, d&eacute;s. <a href="#p063">63.</a></p>
+<p><i>Deul</i>, chagrin, deuil. <a href="#p108">108.</a></p>
+<p><i>Deul (je me)</i>, je me plains. <a href="#p008">8.</a></p>
+<p><i>Devaller</i>, descendre <a href="#p185">185.</a></p>
+<p><i>Devant</i>, ci-devant. <a href="#p007">P. 7,</a> v. 9.</p>
+<p><i>D&eacute;vier</i>, sortir de sa voie, mourir. <a href=
+"#p059">59,</a> <a href="#p110">110.</a></p>
+<p><i>Dextre</i>, droit, droite.</p>
+<p>DIDO, Didon. <a href="#p086">86,</a> <a href=
+"#p110">110.</a></p>
+<p><i>Die</i>, dise. <a href="#p103">103.</a></p>
+<p><i>Diffame</i>, d&eacute;shonneur. <a href="#p044">44,</a> <a
+href="#p086">86.</a></p>
+<p><i>Diffinir</i>, d&eacute;finir, expliquer. <a href=
+"#p093">93.</a></p>
+<p>DIJON, <a href="#p037">37.</a></p>
+<p><i>Dilation</i>, retard, d&eacute;lai. <a href=
+"#p179">179.</a></p>
+<p>DIOMED&Egrave;S, <a href="#p026">26</a></p>
+<p><i>Discordez</i>, d&eacute;sunis. <a href="#p106">106.</a></p>
+<p><i>Ditz</i>, propos, discours. <a href="#p043">43.</a></p>
+<p><i>Diviser</i>, causer, parler. <a href="#p169">169.</a></p>
+<p>DIX ET HUICT (les), <a href="#p072">72,</a> voy.
+<i>Bourse</i>.</p>
+<p><i>Doint</i>, donne.</p>
+<p><i>Doller</i>, travailler de la dojoire. <a href=
+"#p064">64.</a></p>
+<p><i>Doncques</i>, donc.</p>
+<p><i>D'ond</i>, d'o&ugrave;. <a href="#p114">114,</a> <a href=
+"#p156">156.</a></p>
+<p>DONNAIT <a href="#p070">70.</a> On appelait <i>Donat</i>, ou
+<i>Donet</i>, la grammaire d'Aelius Donatus, intitul&eacute;e
+<i>De octo partibus orationis</i>, laquelle &eacute;tait en usage
+dans toutes les universit&eacute;s de l'Europe, et surtout dans
+celles de France. (P. L.)</p>
+<p>DOUAY, <a href="#p022">22.</a></p>
+<p><i>Doubtance</i>, doute. <a href="#p201">201.</a></p>
+<p><i>Double</i>, supposition, crainte. <a href="#p043">43,</a>
+<a href="#p204">204.</a></p>
+<p><i>Doubler</i>, craindre, redouter. <a href=
+"#p097">97.</a></p>
+<p><i>Doulche</i>, douce. <a href="#p134">134.</a></p>
+<p><i>Doulouser (se)</i>, se plaindre, se lamenter. <a href=
+"#p032">32,</a> <a href="#p140">140.</a></p>
+<p><i>Douver</i>, faire des douves. <a href="#p064">64.</a></p>
+<p><i>Douzain</i>, petite monnaie. <a href="#p173">173.</a></p>
+<p>DOUZE (sergent des), <a href="#p062">62.</a> Douze sergents
+&eacute;taient particuli&egrave;rement attach&eacute;s au
+pr&eacute;v&ocirc;t de Paris et lui tenaient lieu de garde.
+(Pr.)</p>
+<p><i>Doye</i>, doive. <a href="#p141">141.</a></p>
+<p><i>Drapel</i>, linge. <a href="#p104">104.</a></p>
+<p><i>Drapelle</i>, linge, habits. <a href="#p048">48.</a></p>
+<p><i>Drapilles</i>, linge, hardes. <a href="#p088">88.</a></p>
+<p>DU BOYS. <a href="#p064">64.</a></p>
+<p>DU RU (<i>Guillaume</i>). <a href="#p097">97.</a></p>
+<p><i>Du tout</i>, enti&egrave;rement, compl&egrave;tement. <a
+href="#p016">16,</a> <a href="#p021">21.</a></p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; E
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p>ECHO, nymphe, <a href="#p034">34,</a> <a href=
+"#p110">110.</a></p>
+<p><i>Edit</i>, adresse, invention. <a href="#p192">192.</a></p>
+<p><i>Effim&egrave;re</i>, &eacute;ph&eacute;m&egrave;re. <a
+href="#p053">53.</a></p>
+<p><i>Efforcer</i>, contraindre. <a href="#p104">104.</a></p>
+<p><i>Effroy&eacute;</i>, <a href="#p156">156,</a>
+effarouch&eacute;, avec un air mena&ccedil;ant. (Pr.)</p>
+<p>EGIPTE, Egypte. <a href="#p120">120.</a></p>
+<p>EGYPTIENNE (l'), Ste Marie l'Egyptienne, <a href=
+"#p015">15.</a></p>
+<p><i>El</i>, elle. <a href="#p009">9,</a> <a href=
+"#p084">84.</a></p>
+<p><i>Embattre</i> (s'), s'abattre. <a href="#p075">75.</a></p>
+<p><i>Embesongn&eacute;</i>, occup&eacute;, affair&eacute;. <a
+href="#p204">204.</a></p>
+<p><i>Embler</i>, voler. <a href="#p159">159,</a> <a href=
+"#p161">161.</a> Se d&eacute;rober, <a href="#p211">211.</a></p>
+<p><i>Embroch&eacute; (vin)</i>, mis en perce. <a href=
+"#p030">30.</a></p>
+<p><i>Emmy</i>, au milieu de.</p>
+<p><i>Empescher</i>, <a href="#p071">71,</a> occuper,
+embarrasser.</p>
+<p><i>Emperier</i>, empereur. <a href="#p036">36.</a></p>
+<p><i>Emperi&egrave;re</i>, imp&eacute;ratrice, souveraine. <a
+href="#p055">55.</a></p>
+<p><i>Empire (ciel)</i>, l'empyr&eacute;e. <a href=
+"#p103">103.</a></p>
+<p><i>Empr&egrave;s</i>, aupr&egrave;s de.</p>
+<p><i>Emprise</i>, entreprise.</p>
+<p><i>Enchanter</i>, ensorceler. <a href="#p117">117.</a></p>
+<p><i>Encliner (s')</i>, avoir de l'inclination. <a href=
+"#p072">72.</a></p>
+<p><i>Enclos</i>, enferm&eacute;. <a href="#p106">106.</a></p>
+<p><i>Encombrement</i>, tristesse, ennuis. <a href=
+"#p144">144.</a></p>
+<p>ENFANS PERDUZ <a href="#p085">85,</a> <a href="#p086">86.</a>
+Jeunes compagnons de Villon.</p>
+<p>ENFANS-TROUVEZ, <a href="#p085">85.</a></p>
+<p><i>Enferma</i>, infirmes. <a href="#p091">91.</a></p>
+<p><i>Enfondu</i>, <a href="#p016">16.</a> Creux et
+d&eacute;charnez, dit Marot.&mdash; Ne pouvant se soutenir.
+(Pr.)</p>
+<p><i>Engigner</i>, tromper. <a href="#p068">68.</a></p>
+<p><i>Engin</i>, esprit, intellect. <a href=
+"#p196">196.</a>&mdash; Invention, tour d'adresse. <a href=
+"#p171">171.</a></p>
+<p><i>Engrillonn&eacute;</i>, attach&eacute; avec des menottes.
+<a href="#p026">26.</a></p>
+<p><i>Enhort</i>, exhortation. <a href="#p025">25.</a></p>
+<p><i>Enhorter</i>, exhorter.</p>
+<p><i>Enmoufl&eacute;</i>, chauss&eacute; de <i>moufles</i> ou
+pantoufles, selon Pr. et M. P. L, Je croirais que cela signifie
+plut&ocirc;t <i>emmitoufl&eacute;</i>.</p>
+<p><i>Enn&eacute;</i> (<a href="#p082">p. 82</a>), sorte de
+juron, parent de <i>enda, parmanenda</i> (par mon &acirc;me).</p>
+<p><i>Ennuyt</i>, aujourd'hui, ce soir. <a href="#p193">193,</a>
+<a href="#p204">204.</a></p>
+<p><i>Enquerir</i>, rechercher. <a href="#p035">35.</a></p>
+<p><i>Enserr&eacute;</i>, enferm&eacute;. <a href=
+"#p015">15.</a></p>
+<p><i>Ensuyvre</i>, suivre, imiter. <a href="#p012">2.</a></p>
+<p><i>Entandiz</i>, pendant ce temps. <a href="#p112">112,</a> <a
+href="#p121">121.</a></p>
+<p><i>Entendre</i>, conna&icirc;tre, savoir: &laquo;J'entends que
+ma m&egrave;re mourra.&raquo; (<a href="#p032">P. 32,</a> v.
+25.)</p>
+<p><i>Entente</i>, intention, projet. <a href="#p049">49.</a></p>
+<p><i>Entour</i>, autour de.</p>
+<p><i>Entrepreneur</i>, survenant qui se m&ecirc;le des affaires
+de quelqu'un, qui <i>l'entreprend.</i> <a href=
+"#p194">194.</a></p>
+<p><i>Entr'oeil</i>, espace entre les deux yeux. <a href=
+"#p040">40.</a></p>
+<p><i>Envers</i>, &agrave; l'envers, renvers&eacute;. <a href=
+"#p111">111,</a> v. 5.</p>
+<p><i>Envys</i>, malgr&eacute; soi. <a href="#p070">70.</a></p>
+<p>EOLUS. <a href="#p123">123.</a> Les &laquo;clerc Eolus&raquo;
+sont les sujets de ce dieu, les vents.</p>
+<p>ERACE, p&egrave;re de Villon, <a href="#p031">31.</a></p>
+<p><i>Erre</i>, voie, chemin. <a href="#p057">57,</a> v.
+17.&mdash;<i>Grand erre</i>, promptement, tout de suite. <a href=
+"#p053">53.</a>&mdash;<i>A son erre</i>, en train, en voie. <a
+href="#p095">95.</a></p>
+<p><i>&Egrave;s</i>, aux, dans les.</p>
+<p>ESBAILURT, Abailard. <a href="#p034">34.</a></p>
+<p><i>Esbatans</i>, joyeux, aimant &agrave; s'amuser, &agrave;
+s'&eacute;battre. <a href="#p072">72.</a></p>
+<p><i>Esbatement</i>, amusement. <a href="#p119">119.</a></p>
+<p><i>Esbaudiz</i>, priv&eacute;s de joie. <a href=
+"#p164">164.</a></p>
+<p><i>Escach&eacute;</i>, &eacute;cras&eacute;. <a href=
+"#p067">67.</a></p>
+<p><i>Escarbouill&eacute;</i>, &eacute;cras&eacute;. <a href=
+"#p148">148.</a></p>
+<p><i>Eschec et mac (&ecirc;tre)</i>, &eacute;chec et mat. Terme
+du jeu d'&eacute;checs. <a href="#p205">205.</a></p>
+<p><i>Eschever</i>, &eacute;viter. <a href="#p088">88.</a></p>
+<p><i>Eschoicte</i>, &eacute;ch&eacute;ance, h&eacute;ritage, <a
+href="#p111">111.</a></p>
+<p><i>Esclat</i>, <a href="#p083">83,</a> b&acirc;ton,
+&eacute;chalas.</p>
+<p><i>Esclin</i>, <a href="#p169">169.</a> Escalin, petite
+monnaie allemande <i>(schilling)</i>.</p>
+<p><i>Escollier</i>, &eacute;tudiant, jeune homme qui suit les
+cours de l'Universit&eacute;.</p>
+<p><i>Escondire</i>, refuser. <a href="#p104">104.</a></p>
+<p>ESCOSSOYS, <a href="#p068">68.</a></p>
+<p><i>Escourgeon</i>, sorte de fouet. <a href="#p013">13.</a></p>
+<p><i>Escoutans</i>, auditeurs. <a href="#p183">183.</a></p>
+<p><i>Escouvillon</i>, balai de four. <a href="#p019">19.</a></p>
+<p><i>Escovette</i>, balai, du latin <i>scopa</i>. Les
+&laquo;chevaucheurs d'escovettes&raquo; (<a href="#p047">p.
+47,</a> v. 4) sont les sorciers, qui vont au sabbat &agrave;
+cheval sur un balai.</p>
+<p><i>Escreuz</i>, <a href="#p165">165.</a> Bien faits, selon
+Pr.</p>
+<p><i>Escriptures</i>, &eacute;crits, ouvrages. <a href=
+"#p002">2.</a></p>
+<p><i>Escuz</i>, &eacute;cus, monnaies d'or ou d'argent, de
+valeurs diverses, p. <a href="#p056">56,</a> <a href=
+"#p070">70,</a> <a href="#p145">145,</a> <a href=
+"#p147">147.</a>&mdash;Prendre &eacute;cus pour douzains, p. <a
+href="#p173">173,</a> c'est ne pas regarder &agrave;
+l'argent.&mdash;&laquo;Escuz telz que prince les donne,&raquo; <a
+href="#p017">p. 17,</a> peut s'entendre des armoiries.</p>
+<p><i>Esgrun</i>, <a href="#p166">166,</a> Amer, du bas latin
+<i>egrunum</i>. (P. L.)</p>
+<p><i>Esgui&egrave;re</i>, vase &agrave; mettre de l'eau. <a
+href="#p198">198.</a></p>
+<p><i>Esguilletez (pourpoinctz)</i>, <a href="#p088">88,</a>
+pourpoints garnis d'aiguillettes.</p>
+<p><i>Esguis&eacute;</i>, aiguis&eacute;. &laquo;Esguisez comme
+une pelote&raquo; (<a href="#p025">p. 25,</a> v. 4), obtus.</p>
+<p><i>Esjouir, esjoir</i>, r&eacute;jouir.</p>
+<p><i>Esles</i>, ailes, <a href="#p153">153.</a></p>
+<p><i>Eslocher</i>, &eacute;branler. <a href="#p103">103.</a></p>
+<p>ESMAUS (les p&egrave;lerins d'), <a href="#p025">25.</a>Voy.
+<i>Evangile selon S. Luc</i>, chap. XXIV.</p>
+<p><i>Esme</i>, <a href="#p023">23,</a> pour <i>estime</i>,
+estimation, intention. (P. L.)</p>
+<p><i>Esmerillon</i>, <a href="#p100">100.</a>
+L'&eacute;m&eacute;rillon est le plus petit des oiseaux de proie
+qu'on dressait pour la chasse au vol. (P. L.)</p>
+<p><i>Esm&eacute;rillonn&eacute;</i>, gai, vif. <a href=
+"#p170">170.</a></p>
+<p><i>Esmolu</i>, &eacute;moulu, aiguis&eacute;. <a href=
+"#p147">147.</a></p>
+<p><i>Esmorcher</i>, nettoyer, purifier. <a href=
+"#p076">76.</a></p>
+<p><i>Esmoyer (s')</i>, s'inqui&eacute;ter.</p>
+<p>ESPAGNE. Il serait difficile de dire quel est ce valeureux roi
+d'Espagne (<a href="#p035">p. 35.</a> v. 18), dont le po&euml;te
+ne savait pas le nom. (Pr.) M. P. L. suppose que c'est Jean II,
+roi de Castille et de L&eacute;on, qui r&eacute;gna jusqu'en
+1454.</p>
+<p><i>Espani</i>, &eacute;panoui. <a href="#p058">58.</a></p>
+<p><i>Espasmie</i>, pam&eacute;e. <a href="#p147">147.</a></p>
+<p><i>Espartir</i>, &eacute;pandre, r&eacute;partir, <a href=
+"#p018">18.</a></p>
+<p><i>Especiaulx</i>, <a href="#p169">169.</a> D'un m&eacute;rite
+tout particulier. (P. L.)</p>
+<p><i>Esperviers (gens &agrave; porter)</i>, <a href=
+"#p062">62.</a> Gentilshommes ayant le droit de chasser au vol.
+M. P. L. remarque que l'&eacute;pervier est aussi un filet de
+braconnier.</p>
+<p><i>Espie</i>, espion, guetteur. &laquo;Aux champs debout comme
+ung espie&raquo; (<a href="#p105">p. 105</a>), veut dire
+pendu.</p>
+<p><i>Espoindre</i>, piquer, exciter. <a href=
+"#p100">100.</a></p>
+<p><i>Espoir (j')</i>, j'esp&egrave;re, <a href=
+"#p110">110.</a></p>
+<p><i>Espois</i>, &eacute;pais. <a href="#p112">112.</a></p>
+<p><i>Essoine, essoyne</i>, embarras, tourment, <a href=
+"#p015">15,</a> <a href="#p034">34.</a></p>
+<p><i>Estaux</i>, &eacute;taux. <a href="#p016">16.</a></p>
+<p><i>Estable</i>, stable. <a href="#p024">24.</a></p>
+<p><i>Establis</i>, &eacute;taux des marchands. <a href=
+"#p013">13.</a></p>
+<p><i>Estaing</i>, &eacute;tain. <a href="#p019">9.</a></p>
+<p><i>Estamine</i>, &eacute;toffe claire.</p>
+<p><i>Estan</i>, &eacute;tang. <a href="#p034">34.</a></p>
+<p><i>Estature</i>, stature, portrait. <a href=
+"#p094">94.</a></p>
+<p><i>Estoeuf</i>, &eacute;teuf. <a href="#p049">49.</a></p>
+<p><i>Estomac d'alouette</i> (?). <a href="#p168">168.</a></p>
+<p>ESTRADER, battre l'estrade, escarmoucher. <a href=
+"#p154">154.</a></p>
+<p><i>Estradeur</i>, batteur d'estrade, coureur de fortune. <a
+href="#p174">174.</a></p>
+<p><i>Estrange</i>, &eacute;tranger. <a href="#p070">70,</a> v.
+15; <a href="#p103">103,</a> <a href="#p184">184.</a></p>
+<p><i>Estranger</i>, &eacute;loigner. <a href="#p043">43,</a> v.
+15.</p>
+<p><i>Estre</i>, demeure, h&ocirc;tel. <a href=
+"#p191">191.</a></p>
+<p><i>Estre</i>, &eacute;tat, existence, mani&egrave;re
+d'&ecirc;tre. <a href="#p042">42,</a> <a href=
+"#p157">157.</a>&mdash;<i>En estre</i>, <a href="#p073">p.
+73,</a> en &eacute;tat.</p>
+<p><i>Estrenes</i>, &eacute;trennes (<a href="#p037">p. 37,</a>
+v. 23). Villon, qui se dit mercerot de Rennes, se compare
+&agrave; un marchand qui d&eacute;sire &eacute;trenner avant de
+fermer boutique. (P. L.)</p>
+<p><i>Estrif, estry</i>, d&eacute;bat, querelle, dispute, <a
+href="#p015">15,</a> <a href="#p178">178.</a></p>
+<p><i>Exaucer</i>, &eacute;lever, monter. <a href=
+"#p183">183.</a></p>
+<p><i>Estimative</i>, qui juge, qui appr&eacute;cie. <a href=
+"#p018">18</a></p>
+<p><i>Extrace</i>, extraction, lign&eacute;e. <a href=
+"#p031">31.</a></p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; F
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>Fable</i>, mensonge. <a href="#p076">76.</a></p>
+<p><i>Faictisses</i>, jolies, bien faites. <a href=
+"#p040">40.,</a></p>
+<p><i>Faille</i>, faute. <a href="#p153">153.</a></p>
+<p><i>Faillent</i>, manquent. <a href="#p008">8.</a></p>
+<p><i>Faillir</i>, manquer.</p>
+<p><i>Failly</i>, d&eacute;courag&eacute;, abattu. <a href=
+"#p028">28.</a></p>
+<p><i>Fainctes</i>, <a href="#p087">87.</a> Momeries ou
+mascarades, H. L.</p>
+<p><i>Faintis</i>, trompeur, <a href="#p087">87.</a></p>
+<p><i>Faitard</i>, paresseux, <a href="#p022">22,</a> <a href=
+"#p069">69.</a></p>
+<p><i>Fantasie</i>, imagination. <a href="#p018">18.</a></p>
+<p><i>Farcer</i>, faire ou jouer des farces. <a href=
+"#p087">87.</a></p>
+<p><i>Fardelet</i>, <a href="#p114">114,</a> petit fardeau.
+Saturne pr&eacute;parait le fardeau que chaque mortel devait
+porter pendant sa vie.</p>
+<p><i>Fast&eacute;e (la)</i>. Je ne sais pas ce que signifie ce
+vers: &laquo;faire ung soir pour soy la fast&eacute;e&raquo; (<a
+href="#p094">p. 91</a>). D'autres &eacute;ditions portent <i>la
+saff&eacute;e</i>, ce que je ne comprends pas davantage.</p>
+<p><i>Faulse</i>, m&eacute;chante. <a href="#p057">57.</a></p>
+<p><i>Fault, faut</i>, manque.</p>
+<p><i>Faussart</i>, fauchard, sorte de hallebarde.</p>
+<p><i>Fausserie</i>, fausset&eacute;, fausse accusation. <a href=
+"#p105">105.</a></p>
+<p><i>Feautre</i>, feutre, <a href="#p048">48,</a> <a href=
+"#p063">63.</a></p>
+<p><i>Fenestres</i>. Les fen&ecirc;tres servaient de montre aux
+marchands pour &eacute;taler leurs marchandises. &laquo;Et pain
+ne voient qu'aux fen&ecirc;tres&raquo; (<a href="#p030">p.
+30,</a> v. 12) est dit des pauvres <i>gallans</i> qui n'avaient
+pas de quoi manger.&mdash;<i>Clorre fenestre</i>, <a href=
+"#p042">42.</a> Fermer boutique.</p>
+<p><i>Ferir</i>, frapper.</p>
+<p><i>Fictions</i>, feintes, tours de finesse. <a href=
+"#p184">184.</a></p>
+<p><i>Fi&egrave;re</i>, frappe. <a href="#p039">39.</a></p>
+<p><i>Fiert</i>, frappe.</p>
+<p><i>Filetz</i>, bouts de fil, <a href="#p029">29.</a></p>
+<p><i>Finablement</i>, finalement, enfin. <a href=
+"#p002">2</a></p>
+<p><i>Finer</i>, finir, achever. <a href="#p018">18,</a> <a href=
+"#p143">143.</a>&mdash;Obtenir. &laquo;De feu je n'eusse pu
+finer&raquo; (<a href="#p018">p. 18,</a> v. 28).</p>
+<p><i>Fix, fics</i>, terme de m&eacute;decine. <a href=
+"#p077">77.</a></p>
+<p><i>Flambans</i>, enflamm&eacute;s. <a href="#p076">76.</a></p>
+<p><i>Flambe</i>, flamme, <a href="#p155">155.</a></p>
+<p><i>Flans</i>, sorte de patisserie. <a href="#p071">71.</a></p>
+<p>FLORA, <a href="#p034">34.</a> Il y a eu plusieurs courtisanes
+romaines de ce nom. La plus c&eacute;l&egrave;bre est la plus
+ancienne, &agrave; qui l'on attribue Pinstitution des florales.
+Une autre Flora fut ma&icirc;tresse du grand Pomp&eacute;e. (P.
+L.)</p>
+<p><i>Flou</i>, mince, fluet. <a href="#p064">64.</a></p>
+<p><i>Flours</i>, fleurs. <a href="#p145">145.</a></p>
+<p><i>Foleur</i>, folie. <a href="#p058">58,</a> <a href=
+"#p113">113,</a> <a href="#p114">114.</a></p>
+<p><i>Foncer</i>, donner de l'argent, des fonds. <a href=
+"#p174">174.</a></p>
+<p><i>Font</i>, fontaine, source. <a href="#p105">105.</a></p>
+<p><i>Forclorre</i>, d&eacute;livrer, mettre hors. &laquo;Pour
+forclorre d'adversit&eacute;&raquo;, <a href="#p015">p.
+15.</a></p>
+<p><i>Formative (facult&eacute;)</i>, facult&eacute; d'inventer.
+<a href="#p012">12.</a></p>
+<p><i>Fors</i>, except&eacute;, hormis.</p>
+<p><i>Fort (au)</i>, au fond, apr&egrave;s tout. <a href=
+"#p161">161,</a> <a href="#p170">170.</a></p>
+<p><i>Fouir</i>, fuir. <a href="#p008">8.</a></p>
+<p>FOURNIER, <a href="#p061">6l,</a> le procureur de Villon, qui
+lui avait &laquo;sauv&eacute; maintes causes justes&raquo;.</p>
+<p><i>Fourrer le poignet</i> &agrave; la bourse, tirer de
+l'argent. <a href="#p136">136.</a></p>
+<p><i>Fouterre</i>, voy. MICHAULT.</p>
+<p><i>Fouyr</i>, fuir. <a href="#p141">141.</a>&mdash;Creuser. <a
+href="#p120">120.</a></p>
+<p>FRANC-GONTIER, <a href="#p078">78.</a> M. Paul Lacroix a
+publi&eacute; r&eacute;cemment, &agrave; la suite des
+<i>Testaments</i> de Villon, le <i>Banquet du Bois</i>, qu'il
+regarde comme la pi&egrave;ce contre laquelle sont dirig&eacute;s
+les <i>Contredictz de Franc-Gontier</i>, et qu'il croit une
+oeuvre de la jeunesse de Villon.</p>
+<p>FRANCE, <a href="#p036">36,</a> <a href="#p121">121.</a> Le
+tr&egrave;s noble roi de France, &laquo;sur tous autres roys
+decorez&raquo;, dont parle Villon (<a href="#p036">p. 36,</a> v.
+23), &eacute;tait, selon M. Pr., saint Louis.</p>
+<p><i>Franchise</i>, puissance, domination (<a href="#p039">p.
+39,</a> v. 9).</p>
+<p><i>Franchy</i>, affranchi, d&eacute;livr&eacute;. <a href=
+"#p023">23.</a></p>
+<p>FRAN&Ccedil;OIS, promoteur de la vaquerie. <a href=
+"#p068">68.</a></p>
+<p>FREMIN, <a href="#p051">51.</a></p>
+<p><i>Frez</i>, frais. <a href="#p085">85.</a></p>
+<p><i>Friquet</i>, &eacute;l&eacute;gant, fringant. <a href=
+"#p169">169.</a></p>
+<p><i>Froment&eacute;e</i>, sorte de g&acirc;teau dont Baillevent
+donne la recette. <a href="#p090">90.</a></p>
+<p><i>Fruiction</i>, b&eacute;n&eacute;fice, profit. <a href=
+"#p166">166.</a></p>
+<p><i>Fruire</i>, profiter, tirer avantage. <a href=
+"#p166">166.</a></p>
+<p><i>Fume, fum&eacute;e</i>. <a href="#p075">75.</a></p>
+<p><i>Fumer (se)</i>, se mettre en col&egrave;re, s'emporter.</p>
+<p><i>Fuste</i>, bateau, petit navire, de <i>fustis</i>, bois. <a
+href="#p026">26.</a></p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; G
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>Gallans</i>, jeunes gens, joyeux compagnons.</p>
+<p><i>Gallans sans souci</i>, <a href="#p212">p. 212.</a> Ce sont
+peut-&ecirc;tre les Enfants sans souci, &eacute;coliers et
+basochiens, qui s'&eacute;taient mis en soci&eacute;t&eacute;
+&agrave; la fin du XVe si&egrave;cle pour jouer des farces et des
+soties. Cl&eacute;ment Marot fit partie de cette bande joyeuse.
+(P. L.)</p>
+<p><i>Galles</i>, plaisir, jouissances, gaies parties.</p>
+<p><i>Galler</i>, se r&eacute;jouir, mener joyeuse vie, se
+gaudir. <a href="#p027">27.</a></p>
+<p>GARNIER, <a href="#p104">104.</a></p>
+<p><i>Gastaneaux</i>, <a href="#p112">112.</a> Prompsault a lu
+<i>Gastaveaux</i>, qu'il traduit par grelots. J'ai suivi la
+le&ccedil;on de La Monnoye.</p>
+<p><i>Gaudisseur</i>, plaisant, farceur. <a href=
+"#p194">194.</a></p>
+<p><i>Gect</i>, <a href="#p118">118.</a> Jetons servant &agrave;
+compter.</p>
+<p><i>Gehaine</i>, instrument de torture. <a href=
+"#p144">144.</a></p>
+<p><i>Gendarme, genderme</i>, soldat, homme d'armes.</p>
+<p>GENEVOIS, <a href="#p073">73.</a></p>
+<p><i>Genoillon (&agrave;)</i>, &agrave; genoux. <a href=
+"#p054">54.</a></p>
+<p><i>Geu</i>, couch&eacute;. <a href="#p089">89.</a></p>
+<p><i>Gippon</i>, jupon, robe. <a href="#p117">117.</a></p>
+<p>GIRARD <i>(Perrot)</i>. <a href="#p065">65.</a></p>
+<p><i>Gisans</i>, ceux qui sont couchez. <a href=
+"#p016">16.</a></p>
+<p><i>Glic</i>, jeu de cartes qu'on appelait aussi <i>la
+chance</i>. <a href="#p087">P. 87.</a></p>
+<p>GLOCUS, <a href="#p123">123.</a> La for&ecirc;t o&ugrave;
+r&egrave;gne Glaucus, c'est la mer. (P. L.)</p>
+<p><i>Gluyons de feurre</i>, bottes de paille. <a href=
+"#p014">14,</a> <a href="#p050">50.</a></p>
+<p><i>Godet de gr&egrave;ve</i>, <a href="#p061">6l.</a> Grand
+pot de gr&egrave;s &agrave; mettre du vin. (P. L.) Je crois qu'il
+s'agit plut&ocirc;t de quelque abreuvoir situ&eacute; place de
+Gr&egrave;ve.</p>
+<p><i>Gogo</i>, <a href="#p084">84.</a> &laquo;Il semblerait que
+<i>gogo</i> ait &eacute;t&eacute; synonyme de <i>rufien</i> dans
+les mauvais lieux. On a dit de l&agrave; <i>vivre &agrave;
+gogo</i>, du latin <i>gaudium</i>, dont on avait fait
+<i>gogue</i>. Le mot <i>goguette</i> est rest&eacute;.&raquo; (P.
+L.)</p>
+<p><i>Gonne</i>, v&ecirc;tement de moine, tunique, froc. <a href=
+"#p118">118.</a></p>
+<p><i>Gorgerin</i>, <a href="#p068">68.</a> C'&eacute;tait une
+pi&egrave;ce de l'armure destin&eacute;e &agrave; prot&eacute;ger
+la gorge de l'homme d'armes. Nous croyons que Villon appelle
+<i>gorgerin d'Escossoys</i> la corde d'une potence. (P. L.)</p>
+<p><i>Gorgias</i>, &eacute;l&eacute;gant, richement v&ecirc;tu.
+<a href="#p168">168,</a> <a href="#p169">169,</a> <a href=
+"#p172">172.</a></p>
+<p><i>Gorriers, gorri&egrave;res</i>, <a href="#p179">179,</a>
+hommes et femmes &eacute;l&eacute;gants, v&ecirc;tus richement et
+&agrave; la mode.</p>
+<p><i>Gourt (&ecirc;tre &agrave; son)</i>, <a href="#p201">p.
+201,</a> &ecirc;tre &agrave; son affaire, &ecirc;tre content.</p>
+<p>GOUVIEULX, voy. RONSEVILLE.</p>
+<p><i>Goy&egrave;res</i>, sorte de g&acirc;teaux. <a href=
+"#p081">81.</a></p>
+<p><i>Gr&acirc;ce (par qui)</i>, par la gr&acirc;ce de qui. <a
+href="#p009">9.</a></p>
+<p><i>Grafignier</i>, d&eacute;chirer avec les ongles. (Pr.)</p>
+<p><i>Gramment</i>, beaucoup, grandement. <a href=
+"#p156">156,</a> <a href="#p199">199.</a></p>
+<p>GRAND-TURC, <a href="#p122">122.</a></p>
+<p><i>Grat</i>, action de gratter la terre pour trouver quelque
+chose, comme les poules. &laquo;Au grat, la terre est
+d&eacute;gel&eacute;e!&raquo; <a href="#p177">P. 177.</a></p>
+<p><i>Greigneur</i>, plus grand, <i>grandior</i>, <a href=
+"#p058">58.</a></p>
+<p>GRENOBLE, <a href="#p037">37.</a></p>
+<p><i>Gr&egrave;ve</i>, jambe. <a href="#p061">61.</a></p>
+<p><i>Grever</i>, charger, blesser. <a href="#p094">94,</a> <a
+href="#p134">134,</a> <a href="#p155">155,</a> <a href=
+"#p161">161.</a></p>
+<p><i>Grez</i>, <a href="#p060">60,</a> pierre &agrave; aiguiser.
+(Pr.)</p>
+<p><i>Grez</i>, gr&eacute;. &laquo;Prendre en gr&eacute;&raquo;,
+avoir agr&eacute;able, savoir se contenter (<a href="#p088">p.
+88</a>).</p>
+<p>GRIGNY, <a href="#p073">73.</a></p>
+<p><i>Grille</i>, prison. <a href="#p084">84.</a></p>
+<p><i>Gris blanc, gris perdu</i>, p. <a href="#p168">168,</a>
+sortes de fourrures.</p>
+<p><i>Grivel&eacute;</i>, marquet&eacute;, mouchet&eacute; comme
+les grives. <a href="#p041">41.</a></p>
+<p><i>Groiselles</i>, groseilles. &laquo;Mascher des groiselles
+(<a href="#p046">p. 46,</a> v. 26), c'est ce qu'on appelle
+maintenant avaler la pilule.&raquo;</p>
+<p><i>Grongn&eacute;e</i> sur l'oeil, empl&acirc;tre ou
+meurtrissure. <a href="#p016">16.</a></p>
+<p>GROS VALLET, <a href="#p155">155.</a> C'&eacute;tait un des
+servants de l'homme d'armes. Il faisait partie de ce qu'on
+appelait une <i>lance fournie</i>, c'est-&agrave;-dire les trois
+ou quatre combattants qui devaient accompagner un homme d'armes
+et marcher &agrave; ses c&ocirc;t&eacute;s dans la bataille. (P.
+L.)</p>
+<p><i>Guerdonner</i>, r&eacute;compenser.</p>
+<p><i>Guermenter (se)</i>, <a href="#p032">32.</a> Se lamenter,
+se plaindre. Voy. Cotgrave.</p>
+<p><i>Guerrier</i>, guerroyer. <a href="#p119">119.</a></p>
+<p>GUESDRY GUILLAUME (<a href="#p072">p. 72).</a> Le m&ecirc;me
+que Guillaume Gueuldry, <a href="#p015">p. 15.</a> M. P. L. pense
+que &laquo;la maison Guesdry Guillaume&raquo; &eacute;tait le
+pilori ou la maison du bourreau.</p>
+<p><i>Guet</i> (chevalier du), <a href="#p092">92.</a> On donnait
+le titre de chevalier au capitaine du guet, parce qu'il
+&eacute;tait rest&eacute; peut-&ecirc;tre seul en possession de
+l'ordre de l'Etoile, cr&eacute;&eacute; par le roi Jean.
+(Pr.)</p>
+<p>GUILLEMETTE <i>la tapissi&egrave;re</i>. <a href=
+"#p042">42.</a></p>
+<p>GUILLEMIN, <a href="#p153">153.</a></p>
+<p>GUILLOT GUEULDRY, p. <a href="#p015">15.</a> V. GUESDRY.</p>
+<p><i>Guin d'oeil</i>, regard, clin d'oeil. <a href=
+"#p168">168.</a></p>
+<p><i>Guisarme, guysarme</i>, <a href="#p067">67,</a> <a href=
+"#p147">147.</a> esp&egrave;ce de hache &agrave; deux tranchants.
+(P. L.)</p>
+<p><i>Guise</i>, mode, fa&ccedil;on, mani&egrave;re. <a href=
+"#p139">139,</a> <a href="#p168">168.</a></p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; H
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>Habit&eacute;</i>, <a href="#p170">170,</a> ayant maison,
+habitation.</p>
+<p><i>Habitu&eacute; (bien)</i>, ayant de belles mani&egrave;res.
+<a href="#p196">196.</a></p>
+<p><i>Hahay</i>! exclamation. <a href="#p139">139.</a></p>
+<p><i>Haict (de bon)</i>, de bon coeur, avec plaisir, avec
+empressement. <a href="#p083">p. 83.</a></p>
+<p><i>Ham&eacute;e</i> (?), <a href="#p121">121.</a></p>
+<p>HANNIBAL, Annibal. <a href="#p120">120.</a></p>
+<p><i>Hardis</i>, <a href="#p172">p. 172,</a> v. 24, liards.
+Petite monnaie qui avait cours sous Philippe le Hardi.</p>
+<p>HAREMBOURGES (<a href="#p034">p. 34,</a> v. 20), Eremburges,
+fille et unique h&eacute;riti&egrave;re d'Elie de la
+Fl&egrave;che, comte du Maine, mort en 1110. (Pr.)</p>
+<p><i>Harier</i>, tracasser. <a href="#p102">102.</a></p>
+<p><i>Hasles</i>, h&acirc;le. <a href="#p088">88.</a></p>
+<p><i>Hav&eacute;e,</i> poign&eacute;e, poign&eacute;e de main.
+<a href="#p061">61,</a> <a href="#p169">169.</a></p>
+<p><i>Haiet</i>, <a href="#p060">60,</a> croc. (Pr.)</p>
+<p><i>Hayneurs</i>, qui d&eacute;testent. <a href=
+"#p090">90.</a></p>
+<p><i>Hayter</i>, profiter, r&eacute;ussir. &laquo;Riens ne hayt
+que pers&eacute;v&eacute;rance.&raquo; (<a href="#p025">P.
+25,</a> v. 14.)</p>
+<p><i>Heaulmi&egrave;re,</i> marchande de heaumes. <a href=
+"#p039">39.</a></p>
+<p><i>H&eacute;bergement,</i> accueil.</p>
+<p>HECTOR, <a href="#p074">74.</a></p>
+<p>H&Eacute;L&Egrave;NE, HELEINE, <a href="#p053">53,</a> <a
+href="#p112">112.</a></p>
+<p>HELO&iuml;S, H&eacute;lo&iuml;se, ni&egrave;ce de Fulbert,
+amante d'Abailard</p>
+<p>HENRY (maistre), <a href="#p085">85</a>-&laquo;Henri Cousin
+&eacute;tait alors bourreau et tourmenteur-jur&eacute; de la
+pr&eacute;v&ocirc;t&eacute; de Paris.&raquo; (P. L.)</p>
+<p>HERODE (<a href="#p046">p. 46</a>) fit d&eacute;capiter saint
+Jean Baptiste, sur la demande de la danseuse
+H&eacute;rodiade.</p>
+<p><i>Herroit</i>, ha&iuml;rait. <a href="#p059">59.</a></p>
+<p>HESSELIN (<i>Denys</i>). <a href="#p060">60.</a></p>
+<p><i>Hez</i>, hais. <a href="#p138">138.</a></p>
+<p><i>Histoire</i>, ornement. &laquo;Sans autre histoire&raquo;,
+<a href="#p094">94.</a> Au quinzi&egrave;me si&egrave;cle et au
+commencement du seizi&egrave;me, on appelait <i>histoires</i> les
+gravures dont les livres &eacute;taient orn&eacute;s.</p>
+<p><i>Ho</i>! assez! halte l&agrave;! P. <a href="#p071">71,</a>
+v. 9.</p>
+<p><i>Hober</i>, remuer, bouger.</p>
+<p><i>Hohecte (y)</i> <a href="#p063">63.</a> Si ce n'est une
+sorte d'exclamation, c'est incompr&eacute;hensible.</p>
+<p><i>Hoirs</i>, h&eacute;ritiers.</p>
+<p>HOLOFERNES, <a href="#p121">121.</a></p>
+<p><i>Hom</i>, homme, on. <a href="#p018">18,</a> <a href=
+"#p120">120.</a></p>
+<p><i>Hostel</i>, maison. <a href="#p082">82.</a></p>
+<p>HOTEL-DIEU de Paris, <a href="#p085">85.</a></p>
+<p><i>Houseaulx, houses</i>. Sorte de chaussure. <a href=
+"#p014">14,</a> <a href="#p013">73,</a> <a href="#p076">76,</a>
+<a href="#p158">158.</a></p>
+<p><i>Housseurs</i>, <a href="#p119">119.</a> Voy.
+<i>Notes</i>,</p>
+<p><i>Houx</i>, houssine, baguette. Les muguets portaient des
+houssines ou cravaches &agrave; la main, pour montrer qu'ils
+avaient des chevaux &agrave; l'&eacute;curie. (P. L.)</p>
+<p><i>Hucher</i>, crier, appeler &agrave; haute voix. <a href=
+"#p070">70.</a></p>
+<p><i>Hucque</i>, <a href="#p012">12,</a> camail &agrave;
+capuchon, que les hommes de toute condition portaient au XVe
+si&egrave;cle (P. L.)</p>
+<p>HUE CAPET, Hugues Capet. <a href="#p104">104.</a></p>
+<p><i>Humblesse</i>, humilit&eacute;. <a href=
+"#p205">205.</a></p>
+<p><i>Hutin</i>, bruit, bataille. <a href="#p098">98,</a> <a
+href="#p162">162.</a></p>
+<p><i>Hutinet</i>, bruit, brouillerie. <a href=
+"#p064">64.</a></p>
+<p><i>Huy</i>, aujourd'huy. <a href="#p038">38.</a></p>
+<p><i>Huys</i>, porte.</p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; I
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>Icelle</i>, cette.</p>
+<p><i>Idolatryer</i>, tomber dans l'idol&acirc;trie. <a href=
+"#p045">45.</a></p>
+<p><i>Ilce</i>, cela. P. <a href="#p062">62,</a> v. 16.</p>
+<p><i>Istroit</i>, sortirait, <a href="#p145">145.</a></p>
+<p><i>Ils, ilz</i>, elles. &laquo;S'ils n'ayment fors que pour
+l'argent.&raquo; (<a href="#p043">P. 43,</a> v. 19).</p>
+<p><i>Impartir</i>, accorder, donner. <a href="#p009">9,</a> <a
+href="#p055">55.</a></p>
+<p><i>Imp&ecirc;trer</i>, obtenir. <a href="#p042">42.</a></p>
+<p><i>Impourveu</i>, pauvre, qui n'est pas pourvu de biens. <a
+href="#p014">14.</a></p>
+<p><i>Inform&eacute;</i>, instruit. &laquo;Informez en
+meurs&raquo; (<a href="#p071">p. 71</a>), bien
+&eacute;lev&eacute;s.</p>
+<p>INNOCENS (les), cimeti&egrave;re de Paris, <a href=
+"#p089">89.</a></p>
+<p><i>Inventaire</i>, compte fait.</p>
+<p>ISABEAU, <a href="#p082">82.</a></p>
+<p>ISLE (L'). Lille en Flandre, <a href="#p045">p. 45.</a></p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; J
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>J&agrave;,</i> d&eacute;j&agrave;, certainement.</p>
+<p><i>Jacobins</i>, glaires, flegmes. <a href="#p049">49.</a></p>
+<p><i>Jacobines</i> (soupes), bonnes soupes grasses. <a href=
+"#p066">66.</a></p>
+<p>JACOPINS, Jacobins. <a href="#p013">13,</a> <a href=
+"#p082">82,</a> <a href="#p179">179.</a></p>
+<p><i>Jacques</i> (<a href="#p158">p. 158</a>). Les Francs
+Archiers portaient des <i>jacques</i> ou cottes de mailles sous
+leur hoqueton ou casaque. (P. L.) Il y avait des <i>jacques</i>
+de toutes sortes d'&eacute;toffes. Nous disons encore
+<i>jaquette</i>.</p>
+<p>JACQUELINE, <a href="#p082">82.</a></p>
+<p><i>Jalet</i>, galet, caillou. <a href="#p114">114.</a></p>
+<p><i>Jambot</i>, <a href="#p084">p. 84.</a> Petite jambe, membre
+viril.</p>
+<p>JAMES, (<i>Jacques</i>), <a href="#p092">92,</a> <a href=
+"#p097">97.</a></p>
+<p><i>Jargon jobelin</i>, argot, <a href="#p179">179.</a></p>
+<p><i>Jargonner</i>, <a href="#p118">p. 118.</a> &laquo;Je
+congnois quand pipeur jargonne&raquo;, veut dire: je connais
+l'artifice du chasseur &agrave; la pip&eacute;e.</p>
+<p><i>Jasoit</i>, quoique, <a href="#p138">138.</a></p>
+<p>JASON, <i>Jazon</i>, <a href="#p121">121.</a></p>
+<p>JEHAN de CALAYS, <a href="#p093">93.</a></p>
+<p>JEHAN LAURENS, <a href="#p180">p. 180.</a> Personnification du
+peuple, qui apportait de l'argent aux <i>pardons</i>, ou
+peut-&ecirc;tre un nom donn&eacute; aux <i>pardonneurs</i>.</p>
+<p>JEHANNE, <a href="#p173">173.</a></p>
+<p>JEHANNE DE BRETAIGNE, <a href="#p084">84.</a></p>
+<p>JEHANNE, la bonne Lorraine (<a href="#p034">p. 34,</a> v. 21),
+Jeanne d'Arc.</p>
+<p>JEHANNETON, <a href="#p049">49.</a></p>
+<p>JEHANNETON <i>la Chaperonni&egrave;re</i>, <a href=
+"#p042">42.</a></p>
+<p><i>Jengleresse</i>, menteuse, <a href="#p055">55.</a></p>
+<p><i>Jeu d'asne</i> (<a href="#p082">p. 82</a>), jeu d'amours.
+M. P. L. suppose qu'on devrait lire le jeu de dame. C'est la
+m&ecirc;me chose.</p>
+<p><i>Jeux</i>, pi&egrave;ces dramatiques, <a href=
+"#p087">87.</a></p>
+<p>JOB, <a href="#p029">29,</a> <a href="#p122">122.</a></p>
+<p><i>Jobelin</i>, argot. <a href="#p169">169,</a> <a href=
+"#p179">179.</a></p>
+<p><i>Joinctes</i>, jointures, articulations <a href=
+"#p033">33.</a></p>
+<p>JONAS, <a href="#p122">122.</a></p>
+<p><i>Joncherie</i>, plaisanterie, raillerie, friponnerie. <a
+href="#p104">104,</a> <a href="#p189">189,</a> <a href=
+"#p190">190.</a></p>
+<p>JOUVENEL (Michel) (<a href="#p096">p. 96</a>), huiti&egrave;me
+fils de Jean Jouvenel des Ursins, fut bailli de Troyes, et mourut
+en 1470.</p>
+<p>JUDAS, <a href="#p122">122.</a></p>
+<p>JUDIC, <i>Judith</i>. <a href="#p110">110,</a> <a href=
+"#p121">121.</a></p>
+<p>JUIFS, <a href="#p103">103.</a></p>
+<p>JUNO, Junon. <a href="#p122">122.</a></p>
+<p><i>Jus</i>, bas, &agrave; bas. <a href="#p076">76,</a> <a
+href="#p136">136,</a> <a href="#p159">159.</a></p>
+<p>JUSQU'IL, jusqu'&agrave; ce qu'il.</p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; K
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p>KATHERINE <i>la Bouchi&egrave;re</i>, <a href=
+"#p042">42.</a></p>
+<p>KATHERINE DE VAUSELLES, <a href="#p046">46.</a></p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; L
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>L'en</i>, on, l'on.</p>
+<p><i>L&agrave; sus</i>, l&agrave; haut. <a href=
+"#p103">103.</a></p>
+<p>LA BARRE, <a href="#p050">50,</a> <a href="#p057">57,</a> <a
+href="#p063">63.</a></p>
+<p><i>Labit</i>, <a href="#p175">175,</a> d&eacute;cadence, de
+<i>labes</i> (P.L.).</p>
+<p><i>Labour</i>, travail, labeur. <a href="#p088">88.</a></p>
+<p><i>Laboureux mestier</i>, &eacute;tat de laboureur. <a href=
+"#p079">79.</a></p>
+<p>LA GARDE (<i>Jean de</i>). <a href="#p017">17,</a> <a href=
+"#p073">73,</a> <a href="#p096">96.</a></p>
+<p>LA HIRE. <a href="#p055">155.</a> &Eacute;tienne Vignoles, dit
+La Hire, fut un des plus braves capitaines de Charles VII. Il se
+distingua dans les guerres contre les Anglais, et mourut &agrave;
+Montauban en 1442. (P.L.)</p>
+<p><i>Laidanger</i>, injurier, railler. <a href=
+"#p043">43.</a></p>
+<p>L'AIGLE, <a href="#p152">152.</a></p>
+<p><i>Lairra</i>, laissera.</p>
+<p><i>Lairray</i>, laisseray.</p>
+<p><i>Lait</i>, laid.</p>
+<p><i>Laiz</i>, la&iuml;ques. <a href="#p033">33.</a></p>
+<p><i>Lame</i>, pierre tumulaire. &laquo;Quant est du corps, il
+gyst soubz lame&raquo; (<a href="#p032">32,</a> v. 23).</p>
+<p>LAMESOU (<i>le seigneur de</i>), <a href="#p200">200.</a></p>
+<p>LANCELOT, <i>le roi de Behaigne</i> (<a href="#p036">p.
+36,</a> v.6). Pr. a cru voir dans ce personnage Ladislas V,
+prince d'une rare bravoure, tu&eacute; &agrave; la bataille de
+Varnes en 1444, et qui r&eacute;gnait sur la Pologne, la
+Boh&egrave;me et la Hongrie. M. P L. remarque avec raison que
+<i>Lancelot</i> ne ressemble gu&egrave;re &agrave;
+<i>Ladislas</i>.</p>
+<p>LANTRIQUER, nom breton de la ville de Trequier. <a href=
+"#p157">157.</a></p>
+<p><i>Laqs</i>, filets, pi&egrave;ges. <a href=
+"#p078">78.</a></p>
+<p><i>Larmoyer</i>, pleurer, verser des larmes. <a href=
+"#p141">141.</a></p>
+<p>LA ROCHE, <a href="#p155">155.</a> Le seigneur de La Roche
+&eacute;tait un des bons capitaines de Charles VII. Il s'attacha
+&agrave; la personne du Dauphin Louis, et le suivit dans ses
+r&eacute;voltes contre son p&egrave;re. On le voit figurer parmi
+les familiers du Dauphin dans les <i>Cent nouvelles du bon roy
+Louis XI</i>, o&ugrave; il est toujours nomm&eacute;
+&laquo;monseigneur de La Roche&raquo;. (P. L.)</p>
+<p>LA ROCHEFOUCAULD, <a href="#p152">152.</a> Ce ne peut
+&ecirc;tre que Foucauld, 3e du nom seigneur de La Rochefoucauld,
+de Marsillac. etc., conseiller et chambellan de Charles VII, fait
+chevalier sur le champ de bataille, en 1461. (P. L.)</p>
+<p><i>Las</i>, lacs, filets. <a href="#p047">47.</a></p>
+<p><i>Lasse!</i> h&eacute;las. <a href="#p032">32.</a></p>
+<p><i>Lassus</i>, l&agrave; haut. <a href="#p091">91.</a></p>
+<p><i>Latin</i>, langage, parler quelconque. &laquo;Je n'entends
+point vostre latin.&raquo; <a href="#p202">202.</a></p>
+<p>LAURENS (<i>Jehan</i>), <a href="#p068">68.</a></p>
+<p><i>Lavaille</i>, eau qui a servi &agrave; laver. <a href=
+"#p076">76.</a></p>
+<p><i>Lay</i>, la&iuml;que <a href="#p044">44.</a></p>
+<p><i>Lay</i>, pi&egrave;ce de vers. &laquo;Ce lay contenant des
+vers dix.&raquo; <a href="#p059">P. 59,</a> v. 4.</p>
+<p><i>Lays</i> est employ&eacute;, dans la pr&eacute;face de
+Marot et dans les deux Testaments, dans le sens de legs.</p>
+<p><i>L&eacute;</i>, large &laquo;Tant qu'il a de long et de
+l&eacute;&raquo; (<a href="#p023">23,</a> v. 22).</p>
+<p><i>Lealle</i>, loyale. <a href="#p134">134.</a></p>
+<p><i>L&eacute;ans</i>, l&agrave; dedans.</p>
+<p>LE CAMUS SENESCHAL, <a href="#p092">92.</a></p>
+<p><i>Lectry</i>, lutrin, <a href="#p015">15.</a></p>
+<p><i>L&eacute;g&egrave;rement</i>, vivement, promptement.</p>
+<p>LE LOU (<i>Jehan</i>), <a href="#p064">64.</a></p>
+<p><i>Lembroys&eacute;</i>, lambriss&eacute;, <a href=
+"#p068">68.</a></p>
+<p><i>Lermes</i>, larmes.</p>
+<p><i>Lerz</i>, loirs. <a href="#p072">72.</a></p>
+<p><i>Leschier</i>, rechercher les bons morceaux se livrer
+&agrave; sa gourmandise. <a href="#p028">28.</a></p>
+<p><i>Lettres</i>, savoir, connaissances. &laquo;Sans plus
+grandes lettres chercher&raquo; (<a href="#p071">p. 71,</a> v.
+7).</p>
+<p><i>Lez</i> aupr&egrave;s, &agrave; c&ocirc;t&eacute; de.</p>
+<p><i>Lians</i>, liens. <a href="#p106">106.</a></p>
+<p><i>Librairie</i>, biblioth&egrave;que. <a href=
+"#p054">54.</a></p>
+<p><i>Lice</i>, lisi&egrave;re, laisse. <a href="#p171">171,</a>
+v. 21.</p>
+<p><i>Lit de parement</i>, <a href="#p089">89.</a> C'&eacute;tait
+un grand lit d'honneur, avec dosseret, dais et courtines, chevet,
+couvre-pied, marchepied, chaire d'attente, prie-dieu, etc. (P.
+L.)</p>
+<p><i>Ligne</i>, <a href="#p069">69,</a> lign&eacute;e, race.</p>
+<p><i>Linget</i>, mince, d&eacute;li&eacute;. <a href=
+"#p064">64.</a></p>
+<p><i>Lisse</i>, chienne, p. <a href="#p171">171,</a> v. 20</p>
+<p>LOMBART, <a href="#p050">50.</a> Synonyme de juif ou usurier.
+(P. L.) Plusieurs banquiers, juifs d'origine, lombards de nation,
+vinrent s'&eacute;tablir &agrave; Paris dans la rue qui porte
+leur nom. Comme ils pr&ecirc;taient &agrave; gros
+int&eacute;r&ecirc;ts, le peuple donna le nom de <i>lombards</i>
+aux usuriers et pr&ecirc;teurs sur gages. (Pr.)&mdash;<i>Art
+lombard</i>, <a href="#p171">171,</a> art d'attraper de
+l'argent.</p>
+<p>LOMER, <a href="#p091">91.</a></p>
+<p>LORRAINES, <a href="#p081">8l.</a></p>
+<p><i>Los</i>, lot. <a href="#p134">134.</a></p>
+<p>LOTH, <a href="#p069">69.</a></p>
+<p>LOUVIERS (Nicolas de) ou de Louvieulx, <a href="#p017">17,</a>
+<a href="#p062">62.</a> Prompsault croit qu'il s'agit d'un
+bourgeois de Paris qui concourut &agrave; remettre la ville de
+Paris entre les mains de Charles VII, et qui fut fait conseiller
+&agrave; la Chambre des comptes par Louis XI.</p>
+<p><i>Loyaument</i>, loyalement.</p>
+<p><i>Loyer</i>, r&eacute;compense. <a href="#p045">45.</a></p>
+<p>LOYS, le bon roi de France Louis XI, p. <a href=
+"#p023">23.</a></p>
+<p><i>Loz</i>, louange. <a href="#p109">109.</a></p>
+<p><i>Lubres</i> (<a href="#p095">p. 95,</a> v. 3), sombres et
+tristes, dit Pr.</p>
+<p>LUCRESSE. Lucr&egrave;ce. <a href="#p118">118.</a></p>
+<p><i>Lunettes</i>, yeux, vue. Samson fut livr&eacute; par Dalila
+aux Philistins, qui lui crev&egrave;rent les yeux. C'est ce que
+Villon rapporte ainsi <a href="#p045">p. 45,</a> <a href=
+"#p002">2.</a> <a href="#p021">21:</a> &laquo;Samson en perdit
+ses lunettes.&raquo;</p>
+<p><i>Lutter</i>, faire le m&eacute;tier de baladin. <a href=
+"#p087">87.</a></p>
+<p><i>Luz</i>, luths. <a href="#p055">55.</a></p>
+<p><i>Ly</i>, le, les. <a href="#p036">36.</a></p>
+<p>LYMOUSINS, <a href="#p185">185,</a> <a href="#p199">199,</a>
+<a href="#p202">202.</a></p>
+<p>LYSLE EN FLANDRE, Lille. <a href="#p022">22.</a></p>
+<p><i>Lysses</i>, lices, luttes: &laquo;&agrave; tenir amoureuses
+lysses&raquo; (<a href="#p040">p. 40,</a> v. 29).</p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; M
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>M'</i>, mon, ma. &laquo;Par m'ame.&raquo; <a href=
+"#p073">73.</a></p>
+<p>MAC&Eacute;E <i>d'Orl&eacute;ans</i>. <a href=
+"#p068">68.</a></p>
+<p><i>Macher</i>, manger. <a href="#p187">187.</a></p>
+<p>MACQUAIRE, <a href="#p076">76.</a></p>
+<p>MACROBE, <a href="#p081">81.</a></p>
+<p>MAGDELAINE (<i>la</i>), <a href="#p122">122.</a></p>
+<p><i>Maignan</i>, chaudronnier. <a href="#p119">119.</a></p>
+<p><i>Maille</i>, petite pi&egrave;ce de monnaie. <a href=
+"#p086">86,</a> <a href="#p180">180,</a> <a href=
+"#p208">208.</a></p>
+<p><i>Maille</i>, pas du tout. &laquo;Je ne vous crains pas
+maille&raquo;, <a href="#p151">151.</a></p>
+<p><i>Mailler</i>, battre &agrave; coups de marteau, de maillet.
+<a href="#p116">116.</a></p>
+<p><i>Maillon</i>, maillot. <a href="#p054">54.</a></p>
+<p><i>Main mise</i>, <a href="#p052">52.</a> &laquo;Dieu nous
+garde de la main mise&raquo;, nous pr&eacute;serve d'&ecirc;tre
+pris.</p>
+<p>MAIREBEUF. <a href="#p017">17,</a> <a href="#p062">62.</a></p>
+<p><i>Mais</i>, plus. &laquo;Il n'a mais qu'un peu de
+billon.&raquo; (<a href="#p019">P. 19,</a> v. 9.)</p>
+<p><i>Mais que</i>, pourvu que.</p>
+<p><i>Maistre des testament</i>, <a href="#p097">97.</a> Je ne
+sais ce que c'&eacute;tait.</p>
+<p><i>Maistrie</i>, domination. <a href="#p102">102.</a></p>
+<p><i>Mal, male</i>, mauvais, mauvaise.</p>
+<p>MALCHUS, <a href="#p199">199.</a> Servir Malchus,
+c'&eacute;tait, selon M. P. L., servir un homme
+d'&eacute;p&eacute;e &agrave; la guerre, porter un &eacute;pieu,
+une guisarme ou un coutelas, appel&eacute; <i>Malchus</i>, du nom
+de celui &agrave; qui saint Pierre coupa une oreille.</p>
+<p><i>Mal gr&eacute;</i>, disgr&acirc;ce. <a href=
+"#p058">58.</a></p>
+<p><i>Malheuret&eacute;</i>, infortune, malheur,
+mis&egrave;re.</p>
+<p><i>Mallement</i>, m&eacute;chamment, durement.</p>
+<p>MALPENS&Eacute;, <a href="#p011">11.</a> Personnage
+imaginaire, aux id&eacute;es peu nettes.</p>
+<p><i>Maltalent</i>, m&eacute;chancet&eacute;, col&egrave;re. <a
+href="#p036">36.</a></p>
+<p><i>Mander</i>, envoyer. <a href="#p077">77.</a></p>
+<p><i>Manna</i>, manne. <a href="#p107">107.</a></p>
+<p><i>Manne</i>. &laquo;Venir de manne&raquo; (<a href=
+"#p073">73</a>), venir du ciel, comme la manne.</p>
+<p><i>March&eacute; au fil&egrave;</i> (?), <a href=
+"#p080">80.</a></p>
+<p><i>March&eacute; (hault et bas)</i>, <a href="#p195">195,</a>
+toutes sortes d'affaires, y compris les affaires d'amour.</p>
+<p><i>Marchesens</i> (?), <a href="#p175">175.</a></p>
+<p>MARGOT (<i>la grosse</i>), <a href="#p082">82,</a> <a href=
+"#p083">83.</a></p>
+<p>MARIE (<i>d'Orl&eacute;ans</i>), <a href="#p105">105.</a></p>
+<p>MARION LA PEAU TARDE, <a href="#p091">91.</a></p>
+<p>MARION L'YDOLLE, <a href="#p084">84,</a> <a href=
+"#p086">86.</a></p>
+<p>MARIONNETTE, titre ou refrain de chanson. <a href="#p091">P.
+91.</a></p>
+<p><i>Mariottes</i>, femmes mari&eacute;es (?), <a href=
+"#p098">98.</a></p>
+<p>MARQUET. <a href="#p092">92.</a></p>
+<p>MARTIN GALLANT, <a href="#p185">185.</a></p>
+<p>MASCHECROUE (la). Prompsault croit que c'est le nom d'une
+taverni&egrave;re. M. P. L. pense qu'il s'agit des plaines
+arros&eacute;es par la Crou, petite rivi&egrave;re qui passe
+&agrave; Gonesse et &agrave; Saint-Denis.</p>
+<p><i>Maschou&egrave;re</i>, m&acirc;choire, <a href=
+"#p052">52.</a></p>
+<p><i>Mate ch&egrave;re</i>, triste mine. <a href=
+"#p052">52.</a></p>
+<p><i>Mathelins (l'ordre des)</i>, <a href="#p070">70,</a>
+l'ordre des fous, des insens&eacute;s. Peut-&ecirc;tre la
+confr&eacute;rie des Sots ou de M&egrave;re-Sotte, cette
+soci&eacute;t&eacute; joyeuse de po&euml;tes et de
+com&eacute;diens, qui &eacute;tait alors la rivale de la
+Confr&eacute;rie dramatique de la Passion. (P. L.)</p>
+<p><i>Mathelineux</i>, fou.</p>
+<p>MATHIEU, <a href="#p066">p. 66.</a> M. B. L. suppose qu'il
+s'agit de Mathieu de Gand, trouv&egrave;re du XIIIe
+si&egrave;cle, qui a &eacute;crit contre les moines.</p>
+<p><i>Mathon</i>, fromage mou. (P. L.)</p>
+<p>MATHUSAL&Eacute;, Mathusalem, <a href="#p023">23.</a></p>
+<p><i>Mau</i>, mauvais, <a href="#p065">65,</a> <a href=
+"#p084">84.</a></p>
+<p>MAUBUAY, <a href="#p063">p. 63.</a> La fontaine Maubu&eacute;e
+(c'est-&agrave;-dire malpropre) &eacute;tait situ&eacute;e
+&agrave; l'entr&eacute;e de la rue de ce nom, qui n'avait alors
+que des filles et des mauvais gar&ccedil;ons pour habitants (P.
+L.). Villon envoie Jean Raguyer boire &agrave; la fontaine
+Maubu&eacute;e, <a href="#p001">1.</a></p>
+<p><i>Mauffez</i>, le diable. Villon dit assez irrespectueusement
+que le pr&ecirc;tre, exorcisant les poss&eacute;d&eacute;s, prend
+le diable par le col avec son &eacute;tole (<a href="#p036">p.
+36</a>).</p>
+<p><i>Mauldite</i>, injuri&eacute;e avec blasph&egrave;me. (P.
+L.)</p>
+<p><i>Maulgr&eacute;</i>, malgr&eacute;. <a href=
+"#p158">158.</a></p>
+<p><i>Maulx</i>, mauvais. <a href="#p106">106,</a> v. 12.</p>
+<p>MAUTAINCT, <a href="#p074">74.</a></p>
+<p>MEHUN, <a href="#p024">24,</a> <a href="#p084">84.</a></p>
+<p>MEHUN (<i>Jehan de</i>), continuateur du <i>Roman de la
+Rose</i>, <a href="#p066">66.</a></p>
+<p><i>Meins</i>, moins. <a href="#p154">154.</a></p>
+<p><i>Meist</i>, mit. <a href="#p060">60.</a></p>
+<p>MENDIANS (<i>fr&egrave;res</i>), <a href="#p066">66,</a> <a
+href="#p098">98.</a></p>
+<p><i>Menestrier</i>, musicien. <a href="#p045">45.</a></p>
+<p><i>Menroit</i>, m&egrave;nerait. <a href="#p201">201.</a></p>
+<p><i>Mercerot</i>, petit mercier. &laquo;Moy, pauvre mercerot de
+Rennes&raquo; (<a href="#p037">p. 37,</a> v. 21), signifie gueux
+comme un <i>mercelot</i>, c'est-&agrave;-dire comme ces merciers
+ou porte-balles qui couraient le pays, et qui &eacute;taient
+affili&eacute;s aux bandes de gueux et de boh&eacute;miens.</p>
+<p><i>Merciz</i>, mis&eacute;ricorde.</p>
+<p><i>Mereaulx</i>, jetons qui servaient &agrave; faire les
+comptes.</p>
+<p><i>M&eacute;rencolie</i>, m&eacute;lancolie, folie. <a href=
+"#p188">188.</a></p>
+<p><i>Merir</i>, m&eacute;riter. <a href="#p055">55,</a> v.
+8.</p>
+<p><i>Merit</i>, m&eacute;rite. <a href="#p052">52,</a> v. 1.</p>
+<p>MERLE, <a href="#p070">70.</a></p>
+<p><i>Meschance</i>, mis&egrave;re, malheur.</p>
+<p><i>Meschief</i>, malheur, accident, <a href=
+"#p141">141.</a></p>
+<p><i>Meschoir</i>, arriver du mal.</p>
+<p><i>Mescompter (se)</i>, s'exposer &agrave; des
+m&eacute;comptes. <a href="#p007">7.</a></p>
+<p><i>Mesdire</i>, mentir. &laquo;Je le dys et ne croys
+mesdire.&raquo; (<a href="#p028">P. 28,</a> v. 20.)</p>
+<p><i>Meseaulx</i>, l&eacute;preux. <a href="#p076">76.</a></p>
+<p><i>Meshaign&eacute;</i>, bless&eacute;, en mauvais
+&eacute;tat. <a href="#p152">152.</a></p>
+<p><i>Meshaing</i>, peine. <a href="#p098">98.</a></p>
+<p><i>Meshuy</i>, <a href="#p150">p. 150.</a> &laquo;C'est
+&agrave; meshuy!&raquo; C'est maintenant, pour le
+coup!&mdash;Aujourd'hui. <a href="#p157">157.</a></p>
+<p><i>Mesprendre</i>, mal agir, <a href="#p027">27,</a> <a href=
+"#p042">42,</a> <a href="#p133">133.</a></p>
+<p><i>Masprins</i>, mal agi, <a href="#p008">8.</a></p>
+<p><i>Messaigi&egrave;res</i>, entremetteuses. <a href="#p080">P.
+80,</a> v. 9.</p>
+<p><i>Messe (seiche)</i>, <a href="#p093">93,</a> messe sans
+cons&eacute;cration.</p>
+<p><i>Mestier</i>, besoin. <a href="#p061">6l,</a> <a href=
+"#p197">197,</a> <a href="#p200">200.</a></p>
+<p><i>Mestier (bas)</i>, affaires d'amour.</p>
+<p>MEUNG, <a href="#p146">p. 146.</a> C'est le continuateur du
+<i>Roman de la Rose</i>, Jehan de Meung. Voy. MEHUN.</p>
+<p><i>Meurdri</i>, meurtri. <a href="#p016">16.</a></p>
+<p><i>Meure</i>, m&ucirc;re, fruit de la ronce. &laquo;Plus noir
+que meure.&raquo; (<a href="#p028">P. 28,</a> v. 9.)</p>
+<p><i>Meurt&eacute;</i>, maturit&eacute;. <a href=
+"#p026">26.</a></p>
+<p>MICHAULT DU FOUR, <a href="#p063">63.</a></p>
+<p>MICHAULT le bon fouterre, <a href="#p057">57.</a> Il y a dans
+le recueil publi&eacute; par Barbazan un fabliau du
+<i>Foteor</i>; mais le h&eacute;ros du conte n'est pas
+nomm&eacute;.</p>
+<p><i>Mie</i>, pas du tout. <a href="#p062">62.</a></p>
+<p><i>Miege</i>, m&eacute;gissier. <a href="#p065">65.</a></p>
+<p><i>Mignon</i>, favori. <a href="#p196">196.</a></p>
+<p><i>Mignotte</i>, jolie, mignonne. <a href="#p041">41,</a> <a
+href="#p098">98.</a></p>
+<p><i>Mineur</i>, petit. &laquo;Haro, haro, le grand et le
+mineur!&raquo; (<a href="#p058">p 58,</a> v 11.) A l'aide, grands
+et petits!</p>
+<p><i>Mirlificques</i>, <a href="#p185">185.</a> Merveilles, pour
+<i>mirifiques</i>. (P. L.)</p>
+<p><i>Misericors</i>, indulgent, mis&eacute;ricordieux <a href=
+"#p022">22.</a></p>
+<p><i>Miste</i>, joli, aimable. <a href="#p196">196.</a></p>
+<p><i>Mitaines</i>. L'avant-dernier vers de la <a href=
+"#p046">page 46</a> fait allusion &agrave; l'usage, qui n'est pas
+encore compl&egrave;tement perdu, de donner des gants aux
+convives d'une noce.</p>
+<p><i>Mitaines de fer</i>, gantelets. <a href=
+"#p152">152.</a></p>
+<p><i>Mocque</i>, moquerie. <a href="#p175">175.</a></p>
+<p><i>Mol</i> mollet. <a href="#p061">61.</a></p>
+<p>MONFAULCON, <a href="#p215">215.</a></p>
+<p><i>Monopolles</i>, cabales, complots. <a href=
+"#p205">205.</a></p>
+<p><i>Monstier</i>, couvent.</p>
+<p>MONTMARTRE, <a href="#p081">8l.</a></p>
+<p>MONTPIPPEAU, <a href="#p086">86.</a></p>
+<p>MONT-VAL&Eacute;RIEN, <a href="#p081">81.</a></p>
+<p><i>Moralitez</i> (<a href="#p087">p. 87</a>), pi&egrave;ces
+dramatiques dont les vertus, les vices, etc., sont les
+personnages.</p>
+<p>MOREAU, <a href="#p050">50.</a></p>
+<p><i>Morillon</i> (vin), <a href="#p100">p. 100.</a> Vin
+rouge</p>
+<p><i>Mors</i>, mordu. <a href="#p143">143,</a> v. 18.</p>
+<p><i>Mort</i>. &laquo;Aller de mort &agrave; vie&raquo;, <a
+href="#p091">p. 91,</a> est un jeu de mots, l'inverse d'aller de
+vie &agrave; tr&eacute;pas.</p>
+<p>MORTELLERIE (<i>Rue de la</i>), &agrave; Paris. <a href=
+"#p200">200.</a></p>
+<p><i>Morteux</i>, mortels. <a href="#p159">159.</a></p>
+<p>MORTIER D'OR. Para&icirc;t avoir &eacute;t&eacute; l'enseigne
+de Jehan de la Garde, l'&eacute;picier. (<a href="#p017">P.
+17,</a> v. 1.)</p>
+<p><i>Moulier</i>, femme, <a href="#p046">46.</a></p>
+<p><i>Moult</i>, tr&egrave;s, beaucoup.</p>
+<p><i>Mouse</i>, museau. <a href="#p063">63.</a></p>
+<p><i>Mousse</i>, <a href="#p173">p. 173,</a> v. 21. Vin On dit
+encore <i>mo&ucirc;t</i> dans le sens de <i>vin nouveau</i>. (P.
+L.) Je crois qu'il s'agit plut&ocirc;t des frais faits pour
+para&icirc;tre, pour se faire <i>mousser</i>.</p>
+<p><i>Moustarde (aller &agrave; la)</i>, <a href="#p091">91,</a>
+faire grand bruit d'une chose, s'en vanter, en parler &agrave;
+tout propos.</p>
+<p><i>Moutonnier</i>, <a href="#p012">12.</a> M. P. L. croit que
+Changon &eacute;tait un <i>mouton</i> ou faux compagnon que
+Villon avait rencontr&eacute; dans les prisons, pour son malheur.
+C'est assez vraisemblable.</p>
+<p><i>Muer</i>, changer. <a href="#p027">27.</a></p>
+<p><i>Muguelias</i>, muglias, <a href="#p204">204.</a> Sorte de
+parfum.</p>
+<p>MULLE, <a href="#p060">60,</a> probablement une enseigne.</p>
+<p><i>Musars</i>, fain&eacute;ants, <a href="#p098">98.</a></p>
+<p><i>Muser</i>, s'amuser, perdre son temps. <a href=
+"#p079">79</a></p>
+<p><i>Musser</i>, cacher. <a href="#p058">58.</a></p>
+<p><i>Mye</i>, point, pas du tout. <a href="#p202">202.</a></p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; N
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>N'</i>, ni <a href="#p108">108.</a></p>
+<p>NABUGODONOZOR, <a href="#p122">122.</a></p>
+<p>NANCY. <a href="#p171">P. 171.</a> Ce souvenir du si&egrave;ge
+et de la bataille de Nancy, o&ugrave; les Suisses d&eacute;firent
+le duc de Bourgogne, Charles le T&eacute;m&eacute;raire, prouve,
+ainsi que l'a remarqu&eacute; M. P. L., que le <i>Dialogue de
+Mallepaye et Baillevent</i> a &eacute;t&eacute; compos&eacute;
+apr&egrave;s l'ann&eacute;e 1477.</p>
+<p><i>Naquet</i>, <a href="#p169">169,</a> jeune gar&ccedil;on,
+d'o&ugrave; <i>laquais</i> (P. L.). On appelait
+particuli&egrave;rement <i>naquets</i> les gar&ccedil;ons des
+jeux de paume.</p>
+<p>NARCISSUS, Narcisse, <a href="#p046">46,</a> <a href=
+"#p122">122.</a></p>
+<p><i>Natt&eacute;</i>, garni de nattes, suivant l'usage du
+temps. &laquo;En chambre bien natt&eacute;e&raquo;, <a href=
+"#p078">78.</a></p>
+<p><i>Naveau</i>, navet. <a href="#p048">48.</a></p>
+<p><i>Navrer</i>, blesser.</p>
+<p><i>Ne</i>, ni.</p>
+<p><i>Ne que</i>, pas plus que.</p>
+<p><i>Nectelet</i>, <a href="#p169">169.</a> Propret, bien
+v&ecirc;tu.</p>
+<p><i>Nennil, nenny</i>, non.</p>
+<p><i>Noailleux</i>, noueux. <a href="#p155">155.</a></p>
+<p>NO&Eacute;, <a href="#p069">69.</a></p>
+<p>NO&Eacute; LE JOLYS, <a href="#p046">46,</a> <a href=
+"#p085">85.</a> Probablement un ancien compagnon de Villon, qui
+le chargea dans son premier proc&egrave;s pour se disculper
+lui-m&ecirc;me, et ne fut condamn&eacute; qu'au tiers de la peine
+inflig&eacute;e &agrave; Villon. Celui-ci lui en gardait encore
+rancune lorsqu'il &eacute;crivit le grand Testament. (Huitain
+CXLII.)</p>
+<p><i>Noise</i>, bruit, querelle.</p>
+<p><i>Nombrer</i>, compter. <a href="#p118">118.</a></p>
+<p>NOTRE-DAME-DE-PARIS, <a href="#p187">187.</a></p>
+<p><i>Nourri</i>, &eacute;lev&eacute;, <a href="#p002">2.</a></p>
+<p><i>Noyse</i>, bruyt, querelle.</p>
+<p><i>Noysier</i>, faire du bruit, quereller. <a href=
+"#p079">79.</a></p>
+<p><i>Nully</i>, nul, aucun, personne. <a href=
+"#p213">213.</a></p>
+<p><i>Nuyct&eacute;e</i>, dur&eacute;e de la nuit. <a href=
+"#p078">78.</a></p>
+<p><i>Nuysance</i>, pr&eacute;judice. <a href=
+"#p144">144.</a></p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; O
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>O</i>, avec. <a href="#p069">69,</a> <a href=
+"#p079">79.</a></p>
+<p><i>Obstant</i>, malgr&eacute;, nonobstant.</p>
+<p>OCTOVIEN, <a href="#p122">122.</a> Prompsault croit qu'il
+s'agit de Caius Julius Caesar Octavianus, qui fut empereur sous
+le nom d'Auguste.</p>
+<p><i>O&euml;s</i>, oies. <a href="#p092">92.</a></p>
+<p><i>Onc, oncques</i>, jamais.</p>
+<p><i>Oppresse</i>, oppression. <a href="#p026">26.</a></p>
+<p><i>Ord</i>, sale.</p>
+<p><i>Orbes</i>, <a href="#p115">115,</a> aveugles, selon
+M.P.L.</p>
+<p><i>Ores</i>, maintenant.</p>
+<p><i>Orfaverie</i>, orf&egrave;vrerie, bijoux, ornements en or.
+<a href="#p068">68,</a> <a href="#p146">146.</a></p>
+<p>ORL&Eacute;ANS, <a href="#p066">66.</a></p>
+<p>ORPHEUS, Orph&eacute;e, <a href="#p045">45.</a></p>
+<p><i>Orrez</i>, entendrez.</p>
+<p><i>Ost</i>, arm&eacute;e.</p>
+<p><i>Ostade</i>, &eacute;toffe pr&eacute;cieuse. <a href=
+"#p196">196.</a></p>
+<p><i>Ot</i>, entend, <a href="#p051">51.</a>&mdash;Eut, <a href=
+"#p046">46.</a></p>
+<p><i>Ou</i>, au. <a href="#p029">29,</a> v. 4; <a href=
+"#p106">106,</a> v. 17.</p>
+<p><i>Oubliance</i>, oubli. <a href="#p018">18.</a></p>
+<p><i>Oultraige</i>, courage intempestif, outrecuidance. <a href=
+"#p152">152,</a> <a href="#p154">154.</a></p>
+<p><i>Oultrement</i>, beaucoup, plus que de raison, <a href=
+"#p001">1.</a></p>
+<p><i>Ouquel</i>, auquel, dans lequel.</p>
+<p><i>Ouvrer</i>, travailler. <a href="#p087">87.</a></p>
+<p><i>Ouvrez vostre huys, Guillemette</i>; refrain ou
+commencement de chanson. <a href="#p091">91.</a></p>
+<p><i>Oy</i>, entends, <a href="#p113">113.</a></p>
+<p><i>Oystres</i>, hu&icirc;tres. <a href="#p030">30.</a></p>
+<p><i>Oyt</i>, entend. <a href="#p064">64,</a> <a href=
+"#p068">68.</a></p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; P
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>Paillart</i>, gueux. <a href="#p194">194.</a></p>
+<p><i>Palais</i> (le), &agrave; Paris, <a href="#p185">185,</a>
+<a href="#p206">206.</a></p>
+<p><i>Pallus, palux</i>, marais. <a href="#p055">55,</a> <a href=
+"#p122">122.</a></p>
+<p><i>Panon de Bissac</i> (<a href="#p155">p. 155</a>), pennon ou
+banni&egrave;re de toile grise (P. L.).</p>
+<p><i>Paour</i>, peur.</p>
+<p><i>Paouvre</i>, pauvre. <a href="#p009">9.</a></p>
+<p><i>Papaliste</i>, papaut&eacute;. <a href="#p035">35.</a></p>
+<p><i>Papier</i> (p. <a href="#p051">51,</a> v. 12), respirer,
+souffler.</p>
+<p><i>Par tel</i>, de telle fa&ccedil;on. Peut-&ecirc;tre le vers
+22 de la <a href="#p181">page 181</a> devrait &ecirc;tre ainsi:
+&laquo;Par tel si, qui veue ne l'aura.&raquo;</p>
+<p><i>Pardoint</i>, pardonne. <a href="#p153">153.</a></p>
+<p><i>Pardons</i>, <a href="#p180">180.</a> Pri&egrave;res
+publiques, processions et autres pratiques pieuses auxquelles
+&eacute;taient attach&eacute;es des indulgences
+particuli&egrave;res. (P. L.)</p>
+<p><i>Pardonneurs</i>, vendeurs d'indulgences, de pardons. <a
+href="#p174">174,</a> <a href="#p180">180.</a></p>
+<p><i>Parfaict</i>, achev&eacute;. <a href="#p188">188.</a></p>
+<p><i>Parfond</i>, profond.</p>
+<p>PARIS, <a href="#p033">33.</a></p>
+<p>PARIS, <a href="#p066">66,</a> <a href="#p080">80,</a> <a
+href="#p088">88,</a> <a href="#p101">101,</a> <a href=
+"#p184">184,</a> <a href="#p199">199</a> et <i>passim</i>.</p>
+<p><i>Parit</i>, engendra, <a href="#p051">51,</a> v. 20.</p>
+<p><i>Parmi</i>, avec. <a href="#p050">50.</a>&mdash;Au milieu
+de, dans. <a href="#p153">153.</a>&mdash;A travers. <a href=
+"#p104">104.</a></p>
+<p><i>Partement</i>, d&eacute;part.</p>
+<p>PAS. Il est question, <a href="#p074">p. 74,</a> v. 13 et
+suiv., d'un pas d'armes tenu par Ren&eacute; d'Anjou, qui prenait
+le titre de roi de Sicile.</p>
+<p><i>Passot</i> (<a href="#p083">83</a>). Pr. croit que c'est
+une lance; M. P. L., une &eacute;p&eacute;e courte.</p>
+<p>PATAC, patard, petite monnaie. <a href="#p069">69,</a> <a
+href="#p199">199.</a></p>
+<p>PATAY, chef-lieu de canton dans le Loiret, <a href=
+"#p115">115.</a> Pr. fait la remarque qu'il n'y a pas de
+for&ecirc;t dans cette localit&eacute;, et qu'il n'y vient pas de
+ch&acirc;taignes.</p>
+<p>PATHELIN, <a href="#p179">179,</a> <a href="#p196">196.</a> Le
+h&eacute;ros d'une farce bien connue, qu'on a attribu&eacute;e
+&agrave; Villon.</p>
+<p><i>Pathelin</i>, <a href="#p166">166,</a> <a href=
+"#p169">169,</a> langage mielleux et plein d'artifices.</p>
+<p><i>Paulme (en)</i>, dans la main. &laquo;Seur comme qui
+l'auroit en paulme&raquo;, <a href="#p072">p. 72.</a></p>
+<p>PAUQUEDENAIRE, <a href="#p196">p. 196,</a> est
+pr&eacute;sent&eacute; comme un homme expert en tromperies, comme
+Villon et Pathelin. Il n'est pas autrement connu. Voy.
+POICDENAIRE.</p>
+<p><i>Peaultre</i>, <a href="#p048">48.</a> Suivant Cotgrave, le
+<i>peautre</i> est le gouvernail d'un navire. Dans <i>l'Ancien
+th&eacute;&acirc;tre fran&ccedil;ais</i>, t. II, p. 155, on
+trouve <i>battu comme peaultre</i>, ce qui &eacute;quivaut
+&agrave; <i>battu comme pl&acirc;tre</i>.</p>
+<p><i>Peaussa</i>, couvert d'une peau &eacute;paisse et
+rid&eacute;e. <a href="#p041">41.</a></p>
+<p><i>Pehon</i>, pi&eacute;ton, fantassin. <a href=
+"#p154">154.</a></p>
+<p><i>Pel</i>, peau. <a href="#p143">143.</a></p>
+<p><i>Peiner (se)</i>, se donner de la peine. <a href=
+"#p031">31.</a></p>
+<p><i>Penancier</i>, P&eacute;nitencier, confesseur. <a href=
+"#p188">188.</a></p>
+<p><i>Penart</i>, lance orn&eacute;e d'un pennon. <a href=
+"#p147">147.</a></p>
+<p>PENESSAC (<i>monsieur de)</i>, <a href="#p200">200.</a></p>
+<p><i>Per</i>. &laquo;Re&ccedil;oit son per et se joint &agrave;
+la plume&raquo;, <a href="#p074">p. 74,</a> v. 20.</p>
+<p><i>Per ou non per</i>, pair ou non, quoi qu'il en soit. <a
+href="#p193">193.</a></p>
+<p>PERDRYER (<i>Jehan et Fran&ccedil;oys</i>), <a href=
+"#p075">75.</a></p>
+<p>PERNET (<a href="#p158">158</a>), <i>Perrenet</i> (<a href=
+"#p157">157</a>), diminutifs de <i>Pierre</i>, nom du franc
+archer de Bagnolet.</p>
+<p><i>Perp&eacute;trer</i>, obtenir, acqu&eacute;rir. <a href=
+"#p042">42.</a></p>
+<p>PERRETTE, <a href="#p082">82.</a></p>
+<p><i>Perrucatz</i>, <a href="#p178">178.</a> Gens &agrave;
+perruque. On appelait perrucats tous les gens de la Basoche (P.
+L.)</p>
+<p><i>Pery</i>, perdu, <a href="#p051">51,</a> v. 23.</p>
+<p><i>Pesle</i>, po&ecirc;le, s. m. <a href="#p048">48.</a></p>
+<p>PESTEL (<i>enseigne du</i>), ou pilon. <a href=
+"#p200">200.</a></p>
+<p><i>Petiote</i>, petite. <a href="#p026">26.</a></p>
+<p>PETIT-PONT, &agrave; Paris. <a href="#p081">81,</a> <a href=
+"#p190">190.</a></p>
+<p><i>Peu</i>, repu, nourri. (<a href="#p021">P. 21,</a> v.
+13.)</p>
+<p>PHILIPPOT, <a href="#p092">92.</a></p>
+<p>PHOEBUS, <a href="#p122">122.</a> La clart&eacute; Phoebus,
+c'est, on le sait, la lumi&egrave;re du jour.</p>
+<p>PICARDS, <a href="#p122">122.</a> C'&eacute;taient des
+h&eacute;r&eacute;tiques qui ne faisaient aucune pri&egrave;re
+pour les morts. Voil&agrave; pourquoi Villon promet &agrave;
+Thibault d'Aussigny une <i>pri&egrave;re de Picard</i>.</p>
+<p>PICARDES, <a href="#p081">81.</a></p>
+<p><i>Pie&ccedil;a</i>, il y a longtemps.</p>
+<p><i>Pi&eacute;tonner</i>, courir &agrave; pied. <a href=
+"#p152">152.</a></p>
+<p><i>Piez blancs</i>, <a href="#p008">p. 8.</a> Avoir les pieds
+blancs, c'est, suivant M. P. L., revenir de loin, comme les
+voyageurs aux pieds poudreux.</p>
+<p><i>Piez de veaux (faire les)</i>, danser, faire des gambades.
+<a href="#p112">112.</a></p>
+<p><i>Pigne</i>, peigne, <a href="#p069">69.</a></p>
+<p><i>Pigon</i>, pigeon. &laquo;Les pigeons qui sont en
+l'essoine, enserrez sous trappe voli&egrave;re&raquo; (<a href=
+"#p015">p. 15,</a> v. 27-28), sont des prisonniers enfermez dans
+une prison grill&eacute;e.</p>
+<p><i>Pion</i>, buveur, ivrogne. <a href="#p052">52,</a> <a href=
+"#p070">70.</a></p>
+<p><i>Pipeur ou hazardeur de dez</i> (<a href="#p087">87</a>),
+filou qui joue avec des <i>d&eacute;s pip&eacute;s</i>.</p>
+<p><i>Piteux</i>, port&eacute; &agrave; la piti&eacute;. <a href=
+"#p175">175.</a></p>
+<p><i>Plain</i>, uni <a href="#p142">142;</a>&mdash;entier.
+&laquo;Tant que je suis en mon plain sens&raquo; (<a href=
+"#p024">p 24,</a> v. 9).</p>
+<p><i>Plaindre</i>, regretter. &laquo;Je plaings le temps de ma
+jeunesse.&raquo; (<a href="#p027">P. 27,</a> v. 25.)</p>
+<p><i>Plaisance</i>, plaisanterie, vie joyeuse, ou plut&ocirc;t
+affaires d'amour.</p>
+<p><i>Plaisant</i>, agr&eacute;able. <a href="#p063">63.</a></p>
+<p><i>Plait</i>, plaid, plaidoyer. &laquo;A peu de
+pla&icirc;t&raquo;, sans grands discours.</p>
+<p><i>Plant&eacute;</i>, abondance, <a href="#p178">178.</a></p>
+<p><i>Plaque</i> (<a href="#p061">p. 61</a>), monnaie
+fabriqu&eacute;e sous Charles VII, &agrave; l'imitation des
+Pays-Bas.</p>
+<p>PLAT D'ESTAIN, cabaret de Paris, <a href="#p213">213,</a> <a
+href="#p215">215.</a></p>
+<p><i>Pleige</i>, caution, r&eacute;pondant. <a href=
+"#p033">33.</a></p>
+<p><i>Plet</i>, voy. <i>Plait</i>.</p>
+<p><i>Plomb&eacute;e</i>, <a href="#p099">99.</a> Fouets ou
+masses garnis de plomb. (P. L.)</p>
+<p><i>Plours</i>, pleurs. <a href="#p144">144.</a></p>
+<p><i>Plumail. Mettre le plumail au vent</i> (<a href=
+"#p049">49,</a> v. 1), se jeter r&eacute;solument dans un
+parti.</p>
+<p>POICTOU, <a href="#p062">62.</a></p>
+<p><i>Poirre</i>, peter. <a href="#p064">64,</a> v. 1.</p>
+<p><i>Poise</i>, p&egrave;se, tourmente, <a href="#p101">101,</a>
+<a href="#p163">163,</a> <a href="#p179">179.</a></p>
+<p><i>Poisle</i>, po&ecirc;le, <a href="#p048">48.</a></p>
+<p>PONT A SILLON. Pont au change. <a href="#p179">179,</a> <a
+href="#p182">182.</a></p>
+<p>PONTHOISE, <a href="#p101">101.</a></p>
+<p>PONTHI&Egrave;VRE. Penthi&egrave;vre. <a href=
+"#p152">152.</a></p>
+<p>PONTLIEU (<i>Jean de</i>), <a href="#p066">66.</a> C'est Jean
+de Poilli, docteur de Paris, implacable adversaire des moines
+mendiants au XIVe si&egrave;cle. Il avait &eacute;crit plusieurs
+ouvrages qui furent condamn&eacute;s par le pape Jean XXII.
+Villon nous apprend qu'il dut abjurer ses h&eacute;r&eacute;sies
+et faire amende honorable. (P. L.)</p>
+<p>POPIN (<i>l'abreuvoir</i>). Cet abreuvoir &eacute;tait au bout
+du Pont-Neuf, vis-&agrave;-vis la rue Thibautaudez. On a
+d&eacute;moli de nos jours une vo&ucirc;te qui conduisait
+&agrave; cet abreuvoir, o&ugrave; les truands et les mauvais
+gar&ccedil;ons se r&eacute;unissaient, au moyen &acirc;ge, avec
+les ribaudes et les boh&eacute;miennes. (P. L.)</p>
+<p>POMME DE PIN. Cabaret de Paris. <a href="#p061">61,</a> <a
+href="#p192">192.</a></p>
+<p>POMP&Eacute;E, <a href="#p120">120.</a></p>
+<p><i>Porte-paniers</i>. Portefaix, porteurs de hottes. <a href=
+"#p089">89.</a></p>
+<p><i>Pou</i>, peu, <a href="#p082">82,</a> <a href=
+"#p146">146.</a></p>
+<p><i>Poulaille</i>, volaille. <a href="#p064">64,</a> <a href=
+"#p151">151.</a></p>
+<p><i>Poulce</i>, <a href="#p173">173.</a> &laquo;Jouer du
+poulce&raquo;, donner de l'argent.</p>
+<p><i>Pour-demain</i>, apr&egrave;s-demain. <a href=
+"#p161">161.</a></p>
+<p><i>Pourbondir</i> un cheval, le faire caracoler, <a href=
+"#p154">154.</a></p>
+<p><i>Pour ce que</i>, parce que.</p>
+<p><i>Pourchasser</i>, poursuivre, procurer.</p>
+<p><i>Pourmener</i>, promener. &laquo;Pourmen&eacute; de l'uys au
+pesle&raquo; (<a href="#p048">p. 48</a>), promen&eacute; de la
+porte au po&ecirc;le, du froid au chaud; lantern&eacute;.</p>
+<p><i>Pourpenser (se)</i>, penser, d&eacute;cider &agrave; par
+soi.</p>
+<p>POURRAS (l'abbesse de). Cette abbesse de Pourras &eacute;tait,
+je pense, une coquine, qui, sous ce titre, vint avec Villon duper
+le pauvre barbier de Bourg-la-Reine, qui y tenait aussi une
+h&ocirc;tellerie (Pr.)&mdash;Le peuple appelait abbesse de
+Poilras, une maquerelle publique qui avait &eacute;t&eacute;
+ras&eacute;e au pilori, fouett&eacute;e et chass&eacute;e de la
+ville. (P.L.)</p>
+<p><i>Poursuivans</i> (<a href="#p037">P. 37,</a> v. 10).
+Poursuivants d'armes. C'&eacute;tait un des premiers grades de la
+chevalerie. (P.L.)</p>
+<p><i>Pourtraicte</i>, form&eacute;e. <a href=
+"#p106">106.</a></p>
+<p><i>Pourtraicture</i>, portrait, visage. <a href=
+"#p082">82.</a></p>
+<p><i>Poylette</i>, petite po&ecirc;le. <a href=
+"#p077">77.</a></p>
+<p>POYSSONNERIE (la), &agrave; Paris. <a href=
+"#p187">187.</a></p>
+<p>POYTOU, <a href="#p185">185.</a> voy. POICTOU.</p>
+<p>PRAGMATIQUE SANCTION. <a href="#p166">166.</a></p>
+<p><i>Pr&eacute;bend&eacute;</i>, charg&eacute;, comme d'une
+pr&eacute;bende.</p>
+<p><i>Premier</i>, premi&egrave;rement, d'abord, <a href=
+"#p053">53,</a> v. 9.</p>
+<p><i>Prescheur</i>, celui qui pr&ecirc;che, pr&eacute;dicateur.
+<a href="#p032">32.</a></p>
+<p><i>Prescripre</i>, transcrire (?). <a href="#p093">93.</a></p>
+<p><i>Preudhommye</i>, prud'homie. <a href="#p142">142.</a></p>
+<p>PRIAME, Priam, roi de Troie. <a href="#p120">120.</a></p>
+<p>PRINCE DES SOTZ (<a href="#p063">p. 63</a>). C'&eacute;tait le
+chef &eacute;lectif de la confr&eacute;rie joyeuse de la Bazoche
+du Palais et le <i>ma&icirc;tre des jeux</i> de cette association
+dramatique. On le nommait tous les ans &agrave; la f&ecirc;te de
+mai, et ses supp&ocirc;ts &eacute;taient tenus de lui
+ob&eacute;ir pendant toute la dur&eacute;e de ses pouvoirs.
+(P.L.)</p>
+<p><i>Proc&egrave;s</i>, actes, pi&egrave;ces de
+proc&eacute;dure. <a href="#p204">204.</a></p>
+<p><i>Prochas</i>, recherche. <a href="#p165">165.</a></p>
+<p>PROSERPINE, <a href="#p122">122.</a></p>
+<p>Prou, assez. <a href="#p170">170.</a></p>
+<p>PROVINS, <a href="#p050">50,</a> <a href="#p088">88.</a></p>
+<p><i>Provision</i> (<a href="#p036">p. 36,</a> v. 4), recours,
+rem&egrave;de.</p>
+<p><i>Prunier</i> &laquo;En qu'en son prunier n'a pas creu&raquo;
+(<a href="#p038">p. 38,</a> v. 23), qui n'est pas de son
+invention, de son cru.</p>
+<p>PSALMISTE (<i>le</i>) David. <a href="#p107">107.</a></p>
+<p>Psaulme <i>Deus laudem</i>, <a href="#p023">p. 23.</a> C'est
+le psaume 108: <i>Deus laudem meam</i>, etc. Le verset
+septi&egrave;me, qui servait de pri&egrave;re &agrave; Villon
+quand il faisait des voeux pour l'&eacute;v&ecirc;que
+d'Orl&eacute;ans, est ainsi con&ccedil;u: <i>Fiant dies ejus
+pauci et episcopatum ejus accipiat alter</i>. &laquo;Que les
+jours de sa vie soient r&eacute;duits au plus petit nombre, et
+que son &eacute;v&ecirc;ch&eacute; passe &agrave; un autre.
+&laquo;C'est le sens que le po&euml;te donne au mot
+<i>episcopatum</i>. (Pr.)</p>
+<p><i>Puis</i>, depuis.</p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; Q
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>Quanque</i>, ce que, <a href="#p153">153.</a></p>
+<p><i>Quant de, quant est de</i>, &agrave; l'&eacute;gard de,
+quant &agrave;. <a href="#p023">23,</a> <a href="#p032">32,</a>
+<a href="#p102">102.</a></p>
+<p><i>Quantz</i>, combien de. <a href="#p167">167.</a></p>
+<p><i>Ouars et dix</i> (<a href="#p112">112),</a> taxes et
+d&icirc;mes. (P.L.)</p>
+<p><i>Que</i>, &agrave;, de quoi. <a href="#p030">30,</a> v. 19;
+<a href="#p057">57,</a> v. 12.</p>
+<p><i>Queloingne</i>, quenouille. &laquo;Autre que moy est en
+queloingne&raquo; (<a href="#p009">p. 9,</a> v. 10), signifie que
+Villon a &eacute;t&eacute; supplant&eacute; aupr&egrave;s de sa
+ma&icirc;tresse.</p>
+<p><i>Querir, querye</i>, chercher.</p>
+<p><i>Qui</i>, ce qui. &laquo;Qui n'esteit &agrave; moy grand
+saigesse.&raquo; (<a href="#p039">P. 39,</a> v. 18.)</p>
+<p><i>Qui ne quoy</i>, rien, quoi que ce soit. <a href=
+"#p030">30.</a></p>
+<p><i>Quiers</i>, veux, cherche &agrave;. <a href="#p046">P.
+46.</a></p>
+<p><i>Quinze-Vingtz</i>, <a href="#p088">88.</a> Les
+pensionnaires de l'h&ocirc;pital fond&eacute; par Saint-Louis
+pour trois cents aveugles.</p>
+<p><i>Quoy</i>, tranquille, en repos. <a href="#p030">30.</a></p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; R
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>R'abiller</i>, r&eacute;parer, remettre en &eacute;tat, <a
+href="#p001">1.</a></p>
+<p><i>Racoustr&eacute;</i>, raccoutr&eacute;,
+r&eacute;par&eacute;. <a href="#p002">2.</a></p>
+<p>RAGUYER (<i>Jacques</i>), <a href="#p061">61,</a> <a href=
+"#p097">97.</a></p>
+<p>RAGUYER (<i>Jean</i>), <a href="#p061">61,</a> <a href=
+"#p097">97.</a></p>
+<p><i>Raillart</i>, railleur, bon vivant, <a href=
+"#p038">38.</a></p>
+<p><i>Railler</i>, faire le m&eacute;tier de bouffon, <a href=
+"#p087">87.</a></p>
+<p><i>Raillon</i> (<a href="#p094">p. 94</a>), dard. Le raillon
+&eacute;tait une esp&egrave;ce de fl&egrave;che triangulaire.
+(P.L.)</p>
+<p><i>Raimasser</i> (?), <a href="#p167">167.</a></p>
+<p><i>Raine</i>, rainette. <a href="#p077">77.</a></p>
+<p><i>Rains</i>, <a href="#p013">p. 13.</a> M.P.L. rapproche ce
+mot de <i>rainceaux</i>, et le traduit par <i>rameaux,
+fagots</i>. &laquo;Les fagots, dit-il, &eacute;taient
+empil&eacute;s de chaque c&ocirc;t&eacute; des vastes
+chemin&eacute;es du XVe si&egrave;cle. On s'appuyait donc contre
+les <i>rains</i> en se chauffant la plante des pieds.&raquo;</p>
+<p><i>Ralias, rallias, ralyas</i>, festin, r&eacute;gal. <a href=
+"#p082">82,</a> <a href="#p205">205.</a></p>
+<p><i>Ramenteu</i>, rappel&eacute;, rem&eacute;mor&eacute;.</p>
+<p><i>Ramentevoir</i>, rappeler. <a href="#p082">82.</a></p>
+<p><i>Ranguillon</i>, ardillon. <a href="#p100">100.</a></p>
+<p><i>Rappeau</i>, nouvel appel. <a href="#p086">86.</a></p>
+<p><i>Ravis</i>, enrag&eacute;s. &laquo;A loups ravis grosse
+pasture&raquo;, <a href="#p176">176,</a> v. 8.</p>
+<p><i>Raye (coucher en)</i>, <a href="#p165">p. 165.</a> Se
+mettre en &eacute;vidence.</p>
+<p><i>R&eacute;au</i>, <a href="#p061">6l,</a> royal d'or. Cette
+monnaie valait 30 sols tournois en 1470. (P. L.)</p>
+<p><i>R&eacute;agal</i>, <a href="#p076">76.</a> Esp&egrave;ce
+d'arsenic rouge. (P. L.)</p>
+<p><i>Rebours</i>, <a href="#p106">106,</a> ce qui rebute.</p>
+<p><i>Rebourse</i>, rev&ecirc;che, <a href="#p203">203.</a></p>
+<p><i>Rebouter</i>, rebuter, <a href="#p043">43,</a> v. 15.</p>
+<p><i>Rebrass&egrave;s colletz</i>, <a href="#p033">33,</a>
+collets fort hauts et bien pliss&eacute;s (Pr.).&mdash;Collets
+bord&eacute;s de fourrures. (P. L.)</p>
+<p><i>Recipe</i>, <a href="#p076">76,</a> ordonnance de
+m&eacute;decin.</p>
+<p><i>Recoeuvre, trouve</i>, obtienne. <a href="#p043">43,</a> v.
+23.</p>
+<p><i>Recorder</i>, rappeler, <a href="#p079">79.</a></p>
+<p><i>Recors (&ecirc;tre)</i>, se rappeler. <a href=
+"#p088">88.</a></p>
+<p>RECOUVRER, rendre. &laquo;Et que vie me recouvra.&raquo; <a
+href="#p023">24,</a> v. 18.</p>
+<p><i>Recreu</i>, fatigu&eacute;, lass&eacute;. <a href=
+"#p038">38,</a> <a href="#p165">l65.</a></p>
+<p><i>Recueil</i>, accueil, <a href="#p137">137.</a></p>
+<p><i>Recullet (en)</i>, dans un coin, accul&eacute;. <a href=
+"#p113">113.</a></p>
+<p><i>R&eacute;er</i> (<a href="#p095">95,</a> v. 9), raser,
+r&acirc;cler.</p>
+<p><i>Refrig&egrave;re</i>, rafra&icirc;chissement. <a href=
+"#p052">52.</a></p>
+<p>REIMS, <a href="#p045">45.</a></p>
+<p><i>Relaiz</i>, ressource. <a href="#p009">9.</a></p>
+<p><i>Relief</i>, <a href="#p163">163.</a> On appelait relief
+l'ordre du prince qui autorisait un officier &agrave; toucher ses
+appointements &eacute;chus pendant son absence. (P. L.)</p>
+<p><i>Remaine</i>, reste. &laquo;Que le refrain ne vous
+remaine.&raquo; (<a href="#p035">P. 35,</a> v. 3.)</p>
+<p><i>Remain</i> reste, <a href="#p010">10.</a></p>
+<p><i>Remenant (le)</i>, le reste. <a href="#p030">30,</a> <a
+href="#p050">50.</a></p>
+<p><i>Reminer</i>, consid&eacute;rer. <a href="#p017">17.</a></p>
+<p><i>Remordre</i>, causer du regret, des remords. (<a href=
+"#p025">P. 25,</a> v. 21.)</p>
+<p><i>Rench&egrave;re</i>, <a href="#p192">192.</a> Pr. suppose
+que c'est le b&acirc;ton dont on se sert pour porter deux sceaux,
+un &agrave; chaque bout.</p>
+<p>REN&Eacute; (d'Anjou), roi de Sicile. <a href=
+"#p074">74.</a></p>
+<p>RENES, Rennes, <a href="#p037">37.</a></p>
+<p><i>Repaistre</i>, manger, se r&eacute;galer.</p>
+<p><i>Repentailles</i>, regrets, repentir. <a href=
+"#p039">39,</a> <a href="#p086">86.</a></p>
+<p><i>Reprouche</i>, chose r&eacute;pr&eacute;hensible. <a href=
+"#p103">103.</a></p>
+<p><i>Repues franches</i>, repas qui ne co&ucirc;tent rien.</p>
+<p><i>Requ&eacute;rir</i>, qu&eacute;rir, chercher &agrave;
+nouveau. <a href="#p192">192.</a></p>
+<p><i>Requoy (en), &agrave; requoy</i>, en repos, tranquille, <a
+href="#p030">30,</a> <a href="#p168">168.</a></p>
+<p><i>R&eacute;sceans</i> (?), <a href="#p170">170.</a></p>
+<p><i>Rescondre</i>. Renfermer, du latin <i>recondere</i>. (P.
+L.)</p>
+<p><i>Rescrire</i>, &eacute;crire, rapporter, <a href=
+"#p027">27.</a></p>
+<p><i>R&eacute;siner</i>, r&eacute;signer. &laquo;Pour leurs
+offices r&eacute;siner&raquo; (<a href="#p205">p. 205</a>), pour
+prendre cong&eacute; et r&eacute;gler leurs comptes.</p>
+<p><i>Respit</i>, r&eacute;pit, repos. <a href=
+"#p030">30.</a></p>
+<p><i>Ressourdant</i>, <a href="#p166">166,</a> Ressortant,
+brillant. (P. L.)</p>
+<p><i>Retraict</i>, retir&eacute;. <a href="#p041">41,</a> <a
+href="#p113">113.</a></p>
+<p><i>Retraire</i>, retirer. <a href="#p047">47,</a> <a href=
+"#p054">54,</a> <a href="#p080">80,</a> <a href=
+"#p137">137.</a></p>
+<p><i>Revencher</i> (se), prendre sa revanche, se
+pr&eacute;valoir. <a href="#p028">28</a>&mdash;<i>Eux
+revencher</i>, se venger. <a href="#p067">67.</a></p>
+<p><i>Revenue</i>, retour. <a href="#p192">192.</a></p>
+<p><i>Rez</i>, <a href="#p093">93.</a> Le rez d'une pomme en est
+l'&eacute;pluchure.</p>
+<p><i>Rez</i>, ras&eacute;. <a href="#p095">95,</a> v. 8.</p>
+<p><i>Ribler</i>, <a href="#p067">67,</a> voler pendant la nuit,
+comme les ribauds, <i>ribaldi</i>. (P.L.)</p>
+<p><i>Ribleur</i>, voleur de nuit. <a href="#p098">98.</a></p>
+<p>RICHER (<i>Pierre</i>), <a href="#p071">71.</a></p>
+<p>RICHIER (<i>Denis</i>), <a href="#p063">63.</a></p>
+<p><i>Rie</i>, moquerie, raillerie. <a href="#p042">42,</a> v.
+22.</p>
+<p><i>Riotte</i>, querelle, dispute. <a href="#p098">98.</a></p>
+<p>RIOU (<i>Jean</i>), <a href="#p065">65.</a></p>
+<p><i>Risse</i>, rirais. <a href="#p058">58.</a></p>
+<p>ROBERT, <a href="#p050">50.</a></p>
+<p>ROBIN TURGIS, voy. TURGIS.</p>
+<p>ROLLANT, <a href="#p157">157.</a></p>
+<p>ROMAN DE LA ROSE, <a href="#p025">25.</a></p>
+<p>ROMMANTE <i>du Pet au diable</i>, <a href="#p054">54.</a>
+Ouvrage imaginaire que Villon s'attribue.</p>
+<p>ROME, <i>Romme</i>. <a href="#p081">81,</a> <a href=
+"#p121">121.</a></p>
+<p>RONSEVILLE (<i>Pierre de</i>), concierge de Louvieulx. <a
+href="#p017">17.</a> Il y a une localit&eacute; de ce nom dans le
+d&eacute;partement de l'Oise.</p>
+<p>ROSE, <a href="#p056">56.</a></p>
+<p>ROSNEL, <a href="#p074">74.</a></p>
+<p><i>Rottes</i>, vents qui s'&eacute;chappent de l'estomac. <a
+href="#p098">98.</a></p>
+<p><i>Rouge</i>, fin. Terme d'argot. <a href="#p185">185.</a></p>
+<p><i>Roulet</i>, <a href="#p114">114.</a> Du latin
+<i>rotulus</i>, parce que les livres &eacute;taient
+roul&eacute;s. (P.L.)</p>
+<p><i>Roupieux</i>, d&eacute;sappoint&eacute;, avec un pied de
+nez. <a href="#p205">205.</a></p>
+<p>ROUSSILLON, <a href="#p099">99.</a></p>
+<p><i>Route</i>, bande, troupe. <a href="#p148">148.</a></p>
+<p><i>Royaulx</i>, p. <a href="#p169">169,</a> &Eacute;cus
+d'or.</p>
+<p><i>Royne</i>, reine.</p>
+<p><i>Ru</i>, ruisseau. Battu &laquo;comme &agrave; ru
+telles&raquo; (<a href="#p046">p. 46</a>), comme le linge qu'on
+lave.</p>
+<p><i>Rubis</i>. Cl. Marot pense que les beaux rubis
+l&eacute;gu&eacute;s par Villon aux soldats du guet (<a href=
+"#p013">13,</a> v. 23) &eacute;taient des rubis de taverne.</p>
+<p>RUEL, <a href="#p086">86.</a></p>
+<p>RUEL (<i>Jehan de</i>), <a href="#p074">74.</a></p>
+<p><i>Ruer</i>, jeter. <a href="#p151">151.</a>&mdash;<i>Ruer
+jus</i>, abattre, <a href="#p121">121.</a></p>
+<p><i>Run</i>, ruine. <a href="#p166">166.</a></p>
+<p><i>Rustes</i>, paysans, gens grossiers. <a href=
+"#p169">169.</a></p>
+<p><i>Ruyt</i>, ardeur amoureuse, rut. <a href=
+"#p083">83.</a></p>
+<p><i>Rymer</i>, <a href="#p087">87,</a> faire des vers.</p>
+<p><i>Rynceau</i>, rameau, rainceau. <a href="#p145">145.</a></p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; S
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>S&agrave; jus</i>, ici bas. <a href="#p105">105,</a> <a
+href="#p108">108.</a></p>
+<p><i>Sade</i>, gentil, gentille, aimable. <a href=
+"#p083">83,</a> <a href="#p196">196.</a></p>
+<p><i>Sadinet</i>, la nature de la femme. <a href=
+"#p040">40.</a></p>
+<p><i>Saillir</i>, sortir. <a href="#p027">27,</a> <a href=
+"#p103">103.</a></p>
+<p><i>Sainctir</i>, devenir saint. <a href="#p185">185.</a></p>
+<p>SAINT-AMANT, <a href="#p060">60.</a></p>
+<p>SAINT ANDR&Eacute;, <a href="#p107">107.</a></p>
+<p>SAINT ANTOINE (feu), <a href="#p017">17,</a> <a href=
+"#p044">44.</a></p>
+<p>S. CRISTOFLE, <a href="#p074">74.</a></p>
+<p>S. DENIS, <a href="#p157">p. 157.</a> Le cri des
+Fran&ccedil;ais &eacute;tait <i>Montjoie S. Denis</i>; celui des
+Bretons &eacute;tait <i>Bretagne et S. Yves</i>. (P.L.)</p>
+<p>S. DOMINIQUE. <a href="#p090">90.</a> &laquo;Les Fr&egrave;res
+Pr&ecirc;cheurs, ordre institu&eacute; par saint Dominique,
+&eacute;taient charg&eacute;s de l'inquisition en France.&raquo;
+(Pr.)</p>
+<p>S.-ESTIENNE, paroisse de Paris. <a href="#p096">96.</a></p>
+<p>SAINCT-GENOU, <a href="#p062">62.</a></p>
+<p>S. GEORGES, <a href="#p068">68,</a> <a href="#p151">151,</a>
+<a href="#p158">158.</a></p>
+<p>S. GILLE, <a href="#p207">207.</a></p>
+<p>S.-INNOCENT, paroisse de Paris. <a href="#p181">181.</a></p>
+<p>S. JACQUES, <a href="#p158">158.</a></p>
+<p>S.-JACQUES, paroisse de Paris, <a href="#p012">p. 12.</a></p>
+<p>S. JEAN-BAPTISTE, <a href="#p046">46,</a> <a href=
+"#p107">107,</a>&mdash;<i>feu saint Jean</i>, <a href=
+"#p166">166.</a></p>
+<p>SAINT JULIAN DES VOVENTES, <a href="#p062">62.</a></p>
+<p>S. MARTIAL, <a href="#p024">24.</a></p>
+<p>S. MARTIN, <a href="#p158">158.</a></p>
+<p>S. MATHIEU, <a href="#p218">218.</a></p>
+<p>SAINCT OMER, <a href="#p045">45.</a></p>
+<p>S. PIERRE, <a href="#p162">162.</a></p>
+<p>S. PIERRE DE ROME, <a href="#p189">189.</a></p>
+<p>S. PIERRE DES ARSIS, &eacute;glise situ&eacute;e dans la
+Cit&eacute;. <a href="#p215">215.</a></p>
+<p>S. REMY DE RAINS, <a href="#p190">190.</a></p>
+<p>SAINT SATUR <i>soubz Sancerre</i>, <a href="#p057">57.</a></p>
+<p>S. VICTOR, <a href="#p122">122.</a></p>
+<p>S. YVES, voy. S. Denis.</p>
+<p>SAINCTE-AVOYE, <a href="#p094">94.</a> Villon veut &ecirc;tre
+enterr&eacute; dans cette &eacute;glise parce que c'est la seule
+de Paris qui ne soit pas au rez-de-chauss&eacute;e. Elle
+&eacute;tait au second &eacute;tage.</p>
+<p>Ste BARBE, <a href="#p152">152.</a></p>
+<p><i>Sainte Souffrette</i>, patronne imaginaire des gueux. <a
+href="#p212">212.</a></p>
+<p><i>Sallade</i>, <a href="#p067">67,</a> <a href=
+"#p152">152,</a> <a href="#p157">157,</a> casque sans heaume et
+sans cr&ecirc;te, esp&egrave;ce de pot de fer. (P.L.)</p>
+<p>SALINS, <a href="#p037">37,</a> <a href="#p070">70.</a></p>
+<p>SALMON, Salomon, <a href="#p045">45,</a> <a href=
+"#p114">114.</a></p>
+<p>SAMSON, <a href="#p045">45.</a></p>
+<p><i>S'amye</i>, son amie, sa ma&icirc;tresse.</p>
+<p>SANCERRE, <a href="#p057">57.</a></p>
+<p>SANG. Le sang menstruel servait &agrave; faire des philtres et
+autres breuvages auxquels on attribuait une vertu magique. Voy.
+<a href="#p077">p. 77,</a> v. 11 et 12.</p>
+<p><i>Sans</i>, cens, c'est-&agrave;-dire rente, revenu. <a href=
+"#p072">P. 72,</a> v. 3.</p>
+<p><i>Saqueboute</i>, sorte d'&eacute;pieu. <a href=
+"#p148">148.</a></p>
+<p><i>Sarazinoys</i>, d'Orient. &laquo;Gingembre
+sarazinois.&raquo; <a href="#p064">64.</a></p>
+<p>SARDANA (<a href="#p046">p. 46,</a> v. 7). On a fait beaucoup
+de conjectures au sujet de ce Sardana, qui conquit le royaume de
+Cr&egrave;te, et plus tard v&eacute;cut de la vie des femmes. Il
+n'y en a pas une de satisfaisante.</p>
+<p>SARDANAPALUS, <a href="#p122">122.</a></p>
+<p>SATURNE, <a href="#p014">14.</a></p>
+<p><i>Saulsoye</i>, lieu plant&eacute; de saules, arbres qui ne
+portent point de glands, comme chacun sait. C'est pourquoi Villon
+l&egrave;gue &laquo;le gland d'une saulsoye&raquo;. (<a href=
+"#p012">P. 12,</a> v. 10).</p>
+<p><i>Scarbot</i>, escarbot. <a href="#p084">84.</a></p>
+<p><i>Scotiste</i>, &eacute;cossais, d'Ecosse. M.P.L. pense que
+le roi d'Ecosse qui avait la moiti&eacute; de la face vermeille,
+c'est-&agrave;-dire une <i>tache de vin</i> (<a href="#p035">p.
+35</a> v. l3), &eacute;tait Jacques II, mort en 1460.</p>
+<p>SCYPION L'AFFRIQUAIN, <a href="#p120">120.</a></p>
+<p><i>Se</i>, si. L'e s'&eacute;lidait souvent: &laquo;S'evesque
+il est, seignant les rues&raquo; (<a href="#p021">21</a> v.
+7).</p>
+<p><i>Seigner</i>, b&eacute;nir en faisant le signe de la croix
+(<a href="#p021">p. 21,</a> v. 7).</p>
+<p><i>Seigneurier</i>, dominer. <a href="#p102">102.</a></p>
+<p><i>S&eacute;jour</i> &laquo;Prebstre sans s&eacute;jour&raquo;
+(<a href="#p186">p. 186</a>) peut s'entendre de deux
+fa&ccedil;ons: sans cure et sans r&eacute;sidence; sans loisir et
+sans repos. (P. L.)</p>
+<p><i>Senestre</i>, gauche.</p>
+<p><i>Senez</i>, anciens, vieillards, hommes de sens. <a href=
+"#p037">37.</a></p>
+<p><i>Sensif</i>, <a href="#p018">18,</a> sensitif,
+<i>sensorium</i> si&egrave;ge du sentiment. (P. L.)</p>
+<p><i>Sensitif</i>, le tact, le toucher. <a href=
+"#p103">103.</a></p>
+<p><i>Sentemens</i>, sentiments, intelligence. <a href=
+"#p025">25.</a></p>
+<p><i>Sequentement</i>, en suivant. <a href="#p160">160.</a></p>
+<p><i>Sequeure</i>, secourt, <a href=
+"#p043">43.</a>&mdash;Secoure. <a href="#p159">159.</a></p>
+<p><i>Serain</i>, soir. <a href="#p048">48.</a></p>
+<p><i>Sereine</i>, Sir&egrave;ne. <a href="#p034">34.</a></p>
+<p><i>Serf</i>. Ce mot sert de pr&eacute;texte &agrave; une
+&eacute;quivoque. &laquo;Je ne suis son serf ne sa biche&raquo;
+(<a href="#p021">21.</a> V 12).</p>
+<p>SERGENTS, <a href="#p063">63.</a> Le pr&eacute;v&ocirc;t de
+Paris avait deux compagnies de sergents &agrave; pied et &agrave;
+cheval, compos&eacute;es de 110 hommes chacune, et ayant leurs
+corps de garde aux barri&egrave;res de la ville. (P. L.)</p>
+<p><i>Serre (tenir)</i>, <a href="#p051">51,</a> v. 1. J'ignore
+ce que cela veut dire.</p>
+<p><i>Servans</i>, serfs, serviteurs. &laquo;Aussi bien meurt
+filz que servans&raquo; (<a href="#p036">p. 36,</a> v. 18)
+signifie: Les ma&icirc;tres meurent aussi bien que les
+serviteurs, les fils de famille aussi bien que les serfs.</p>
+<p><i>Ses</i>, ces. <a href="#p008">8.</a></p>
+<p><i>Seur</i>, s&ucirc;r. <a href="#p071">71,</a> <a href=
+"#p142">142.</a></p>
+<p><i>Si</i>, ainsi, oui, en effet.</p>
+<p><i>Similative (facult&eacute;)</i>, facult&eacute; d'imiter.
+<a href="#p018">18.</a></p>
+<p>SIMON MAGUS, <a href="#p122">122.</a></p>
+<p><i>Simplesse</i>, simplicit&eacute;, ignorance. <a href=
+"#p106">106.</a></p>
+<p><i>Sires</i>, seigneurs. <a href="#p037">37.</a></p>
+<p><i>Sist</i>, assit, <a href="#p202">202.</a></p>
+<p><i>Sollier</i>, plancher. <a href="#p094">94.</a></p>
+<p><i>Some</i>, auguste <a href="#p001">1.</a> <a href=
+"#p108">108.</a></p>
+<p><i>Somme</i>, sommeil. <a href="#p118">P. 118,</a> v. 16.</p>
+<p><i>Somme</i>, en somme. <a href="#p051">51.</a></p>
+<p><i>Somme</i>, compter, <a href="#p118">118.</a></p>
+<p><i>Sommet</i>, t&ecirc;te. <a href="#p084">84.</a></p>
+<p>SORBONNE. &laquo;Je ouis la cloche de Sorbonne&raquo; (<a
+href="#p017">p. 17,</a> v. 20). Ce vers ne prouve pas que Villon
+&eacute;tait dans les prisons de l'Universit&eacute;, puisqu'il
+est certain qu'il &eacute;tait libre lorsqu'il composa le
+<i>Petit Testament</i>, mais seulement qu'il logeait dans le
+voisinage de la Sorbonne.</p>
+<p><i>Sortir (soy)</i>, se fournir, s'approvisionner. <a href=
+"#p196">196.</a></p>
+<p><i>Sot</i>, bouffon, com&eacute;dien. <a href="#p063">63,</a>
+<a href="#p098">98.</a> Voy. <i>Prince des sots</i>.</p>
+<p><i>Souef</i>, doux. <a href="#p033">33,</a> <a href=
+"#p075">75.</a> Doucement. <a href="#p090">90.</a></p>
+<p><i>Sonffrette</i>, disette. <a href="#p082">82.</a></p>
+<p><i>Souffreteux</i>, pauvre diable, mis&eacute;rable. <a href=
+"#p206">206.</a></p>
+<p><i>Soulas</i>, plaisir, joie. <a href="#p122">122.</a></p>
+<p><i>Souldre</i>, r&eacute;gler, r&eacute;soudre. <a href=
+"#p102">102.</a></p>
+<p><i>Souldure</i>, liaison, union. <a href="#p008">8.</a></p>
+<p><i>Soullon</i>, <a href="#p099">p. 99.</a> M.P.L. dit que
+c'&eacute;tait un ballon avec lequel on jouait &agrave; la
+<i>soulle</i>. Le mot doit &ecirc;tre prononc&eacute;
+<i>souillon</i>, et n'a pas besoin d'&ecirc;tre expliqu&eacute;.
+On le retrouve <a href="#p120">p. 120.</a></p>
+<p><i>Souloir</i>, avec coutume.</p>
+<p><i>Soustenance</i>, soutien. <a href="#p144">144.</a></p>
+<p><i>Soustenir</i>, porter. <a href="#p208">208.</a></p>
+<p><i>Souventesfoys</i>, souvent. <a href="#p032">32.</a></p>
+<p><i>Soyer</i>, scier. <a href="#p119">119.</a></p>
+<p><i>Submectre</i>, soumettre. <a href="#p067">67.</a></p>
+<p><i>Substantement</i>, nourriture, soutien. <a href=
+"#p106">106.</a></p>
+<p><i>Sumer</i>, semer. <a href="#p074">74,</a> v. 16.</p>
+<p><i>Sur</i>, chez, <a href="#p013">13,</a> v. 17.</p>
+<p><i>Surcot</i>, manteau.</p>
+<p><i>Surquerir</i>, <a href="#p012">12.</a> Enrichir, de
+<i>succurrere</i>, suivant M.P.L.</p>
+<p><i>Sus (Mettre)</i>, mettre en vigueur, soutenir. <a href=
+"#p010">10.</a></p>
+<p><i>Sus (mis)</i>, surgis, venus. <a href="#p172">172.</a></p>
+<p>SUYSSES, <a href="#p171">171.</a></p>
+<p><i>Syd&egrave;re</i>, astre. <a href="#p032">32.</a></p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; T
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p>TABARIE <i>(Guy)</i>, copiste du <i>Roman du Pet au
+Diable</i>. <a href="#p054">54.</a></p>
+<p><i>Tabart</i>, manteau.</p>
+<p><i>Tachon</i>, instrument servant &agrave; chasser les
+mouches. <a href="#p011">11.</a></p>
+<p>TACOT (<i>Colas</i>), <a href="#p097">97.</a></p>
+<p><i>Tailleur de faulx coings</i>, faux monnayeur. <a href=
+"#p087">87.</a></p>
+<p>TAILLEVENT, <a href="#p076">76.</a> Le livre de Taillevent,
+&laquo;grand cuisinier du roy de France&raquo;, eut plusieurs
+&eacute;ditions au quinzi&egrave;me si&egrave;cle et au
+commencement du seizi&egrave;me.</p>
+<p><i>Talemouze</i>, sorte de p&acirc;tisserie. <a href=
+"#p063">63.</a></p>
+<p><i>Tancer, tencer</i>, disputer.</p>
+<p>TANTALUS, Tantale. <a href="#p122">122.</a></p>
+<p>TARANNE (<i>Charlot</i>), <a href="#p072">72.</a></p>
+<p><i>Targe</i>, <a href="#p070">70.</a> La targe &eacute;tait
+une ancienne monnaie de Bretagne, ou <i>brette</i>, du latin
+<i>bretta</i>. Son nom lui venait de ce que le revers portait une
+<i>targe</i>, ou bouclier &eacute;chancr&eacute;. (P.L.)</p>
+<p><i>Tarny</i>, terni, us&eacute;. <a href="#p172">172.</a></p>
+<p><i>Tauxer</i>, taxer, imposer. <a href="#p166">166.</a></p>
+<p><i>Tayon</i>, oncle. <a href="#p036">36.</a></p>
+<p><i>Telles</i>, toiles. <a href="#p046">46,</a> v. 24.</p>
+<p>TEMPLE (<i>la closture du</i>), &agrave; Paris. <a href=
+"#p061">61.</a></p>
+<p><i>Tencer</i>, v. <i>tancer</i>.</p>
+<p><i>Tenir</i>, poss&eacute;der des biens sous la
+suzerainet&eacute; de quelqu'un: &laquo;Soubz luy ne tiens s'il
+n'est en friche&raquo; (<a href="#p021">21,</a> v. 10).</p>
+<p><i>Tenn&eacute;</i>, <a href="#p037">37,</a> ennuy&eacute;,
+tourment&eacute;. Cette expression s'emploie encore dans le
+langage familier.</p>
+<p><i>Terrien, terrienne</i>, terrestre.</p>
+<p><i>Tettes</i>, mamelles. <a href="#p041">41.</a></p>
+<p>THA&Iuml;S, <a href="#p034">34.</a> Courtisane
+c&eacute;l&egrave;bre, qui vivait &agrave; Ath&egrave;nes vers le
+milieu du quatri&egrave;me si&egrave;cle. (Pr.)</p>
+<p>THAMAR, <a href="#p046">46.</a></p>
+<p>THEOPHILUS, <a href="#p055">55.</a> Voy. le <i>Miracle de
+Th&eacute;ophile</i>, par Gautier de Coinsi. <i>Rennes</i>. 1838,
+in-8.</p>
+<p>THIBAULT, (<i>Jacques</i>), <a href="#p049">49.</a> Voy.
+AUSSIGNY.</p>
+<p><i>Tholouzaines</i>, femmes de Toulouse. <a href=
+"#p080">80.</a></p>
+<p><i>Ticquet</i>, loquet (?), <a href="#p169">169.</a></p>
+<p><i>Tieulx</i>, tels. <a href="#p016">16.</a></p>
+<p><i>Tocquer</i>, toucher. <a href="#p175">175.</a></p>
+<p><i>Tollu</i>, pris, &ocirc;t&eacute;. <a href=
+"#p039">39.</a></p>
+<p><i>Tor</i>, taureau. <a href="#p122">122.</a></p>
+<p><i>Tost&eacute;e</i>, pain tremp&eacute; dans du vin. <a href=
+"#p079">79.</a></p>
+<p><i>Touaille</i>, serviette, pi&egrave;ce de toile. <a href=
+"#p029">29.</a></p>
+<p><i>Toult</i>, &ocirc;te, enl&egrave;ve. <a href=
+"#p108">108.</a></p>
+<p><i>Tour d'escolle</i> (<a href="#p070">70</a>), tour de
+vaurien.</p>
+<p><i>Tourbes</i>, foule. <a href="#p107">107.</a></p>
+<p><i>Toute jour</i>, toute la journ&eacute;e. <a href=
+"#p044">44.</a></p>
+<p><i>Trac</i>, trace, train. <a href="#p199">199.</a></p>
+<p><i>Tracer</i>, suivre &agrave; la piste. <a href=
+"#p031">31.</a></p>
+<p><i>Trahistre</i>, tra&icirc;tre, m&eacute;chant. <a href=
+"#p098">98.</a></p>
+<p><i>Traicte</i>, tir&eacute;e, extraite. <a href=
+"#p106">106.</a></p>
+<p><i>Traictis</i>, joli. <a href="#p040">40.</a></p>
+<p><i>Traire</i>, tirer. <a href="#p157">157.</a></p>
+<p><i>Transglouti</i>, englouti. <a href="#p122">122.</a></p>
+<p><i>Transmu&eacute;</i>, chang&eacute;. <a href=
+"#p121">121.</a></p>
+<p><i>Transy</i>, tr&eacute;pass&eacute;. <a href=
+"#p103">103.</a></p>
+<p><i>Trasse</i>, trace, piste. <a href="#p176">176.</a></p>
+<p><i>Trasser</i>, suivre &agrave; la piste, poursuivre. <a href=
+"#p176">176.</a></p>
+<p><i>Travail</i>, souffrance, peine, adversit&eacute;. <a href=
+"#p025">25,</a> <a href="#p115">115.</a></p>
+<p><i>Travailler (se)</i>, s'occuper, s'employer. <a href=
+"#p072">72.</a></p>
+<p><i>Tresbucher</i>, tomber, <a href="#p155">l55.</a></p>
+<p><i>Trespercer</i>, transpercer. <a href="#p008">8,</a> <a
+href="#p154">154.</a></p>
+<p><i>Tressuer</i>, tressaillir. <a href="#p192">192.</a></p>
+<p><i>Trestous</i>, tous.</p>
+<p><i>Trestout</i>, tout, enti&egrave;rement.</p>
+<p><i>Tretisses</i>, voy. <i>traictiss</i>.</p>
+<p><i>Treuver</i>, trouver. <a href="#p036">36.</a></p>
+<p>TRISTAN, pr&eacute;vost des mareschaulx (<a href="#p092">p.
+92</a>), est le fameux Tristan l'Ermite, pr&eacute;v&ocirc;t de
+l'h&ocirc;tel du roi et favori de Louis XI. (P.L.)</p>
+<p>TRO&Iuml;LE (<a href="#p074">74</a>), fils de Priam et
+d'H&eacute;cube, fut tu&eacute; par Achille au si&egrave;ge de
+Troie. (P.L.)</p>
+<p><i>Trompille</i>, trompe, trompette. <a href=
+"#p154">154.</a></p>
+<p><i>Trop plus</i>, beaucoup plus, trop. <a href=
+"#p022">22.</a></p>
+<p>TROU PERRETTE, <a href="#p097">97,</a> probablement un
+cabaret. Marot dit que c'&eacute;tait un jeu de paume.</p>
+<p><i>Trousse</i>, carquois. <a href="#p173">173.</a></p>
+<p>TROUSSECAILLE (<i>Robin</i>), <a href="#p065">65.</a></p>
+<p><i>Trousser au col</i>, emporter sur les &eacute;paules. <a
+href="#p011">11.</a></p>
+<p>TROYENS, <a href="#p122">122.</a></p>
+<p>TROYS, Troyes. <a href="#p045">45.</a></p>
+<p>TROYS LICTS (<a href="#p013">p. 13,</a> v. 25), chambre du
+Ch&acirc;telet un peu plus commode que les autres,
+peut-&ecirc;tre. (Pr.)</p>
+<p><i>Truandailles</i>, hommes de la lie du peuple. <a href=
+"#p039">39.</a></p>
+<p><i>Trumelli&egrave;res</i>, porte-manteau, accroch&eacute; au
+<i>trumeau</i>, partie de mur entre deux fen&ecirc;tres, <a href=
+"#p011">11.</a></p>
+<p><i>Truys</i>, trouve. <a href="#p144">144.</a></p>
+<p><i>Tumbel</i>, tombeau. <a href="#p094">94.</a></p>
+<p>TURGIS (<i>Robert</i>). <a href="#p050">50,</a> <a href=
+"#p060">60,</a> <a href="#p062">62.</a></p>
+<p>TURLUPINS, TURLUPINES, <a href="#p066">66,</a> <a href=
+"#p179">179,</a> h&eacute;r&eacute;tiques du treizi&egrave;me et
+du quatorzi&egrave;me si&egrave;cle, qui s'appelaient
+eux-m&ecirc;mes la <i>Confr&eacute;rie des pauvres</i>, et qui
+n'&eacute;taient pas plus orthodoxes en mati&egrave;re de morale
+qu'en mati&egrave;re de religion. On a d&eacute;sign&eacute;
+quelquefois sous ce nom les ordres mendiants des deux sexes.</p>
+<p>TUSCA (<i>de</i>), chef de police ou capitaine d'aventures. <a
+href="#p067">67.</a></p>
+<p><i>Tyran</i>, tyran. <a href="#p078">78.</a></p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; U
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>Unes</i>, une paire de. &laquo;Et unes houses de
+basane.&raquo; <a href="#p073">P. 73.</a> v. 7.&mdash;
+&laquo;Unes brayes breneuses.&raquo; <a href="#p077">P.
+77.</a></p>
+<p><i>Uys</i>, porte. <a href="#p048">48.</a></p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; V
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>Vacquerie</i>, vicairie. <a href="#p068">68.</a></p>
+<p>VALENCIENNES, <a href="#p081">81.</a></p>
+<p>VALERE LE GRAND, Val&egrave;re Maxime. <a href=
+"#p027">27.</a></p>
+<p><i>Valeton</i>, serviteur, amoureux. <a href=
+"#p049">49.</a></p>
+<p>VALLETTE (<i>Jehan</i>), <a href="#p063">63.</a></p>
+<p><i>Varlet</i>, gar&ccedil;on de cabaret, de cuisine. <a href=
+"#p193">193,</a> <a href="#p197">197,</a> <a href=
+"#p208">208.</a></p>
+<p><i>Vaulsist</i>, valait, <a href="#p026">26.</a></p>
+<p>VAUSELLES (<i>Katherine de</i>), <a href="#p046">46.</a></p>
+<p>VAUVERT (le diable de). L'opinion commune &eacute;tait que les
+diables habitaient Vauvert. C'est pour cette raison que l'on
+appelait rue d'Enfer celle qui conduisait en ce lieu. (Pr.)</p>
+<p><i>Vecy</i>, voici.</p>
+<p><i>Veez</i>, voyez. <a href="#p136">136.</a></p>
+<p><i>Vela</i>, voil&agrave;.</p>
+<p><i>Venerieux</i>, relatif &agrave; l'amour. &laquo;A tous les
+Dieux venerieux.&raquo; (<a href="#p008">P. 8,</a> v. 7.)</p>
+<p><i>Vent (avoir le)</i>, <a href="#p173">173,</a> &ecirc;tre
+favoris&eacute; de la fortune. On dit aujourd'hui: Avoir vent en
+poupe.</p>
+<p><i>Venteur</i>, <a href="#p096">96,</a> homme qui se vante
+volontiers.</p>
+<p>VENUS, <a href="#p122">122.</a></p>
+<p><i>Veoir</i>, voir. <a href="#p025">25.</a>&mdash;Vrai. <a
+href="#p197">197.</a></p>
+<p><i>Verdi</i>, p. <a href="#p168">168,</a> v. 24 (?).
+Peut-&ecirc;tre faut-il lire: &laquo;Gorgias, sur le hault
+vestu.&raquo;</p>
+<p><i>Vers</i>, envers. <a href="#p024">24.</a></p>
+<p>VICESTRE, <a href="#p012">12,</a> <a href="#p073">73.</a> Le
+ch&acirc;teau de Bic&ecirc;tre. Il &eacute;tait en ruines du
+temps de Villon.</p>
+<p><i>Viellart</i>, vieillard. <a href="#p069">69.</a></p>
+<p><i>Vielle</i>. &laquo;Ma vielle ay mys soubz le banc&raquo;,
+<a href="#p048">p. 48,</a> veut dire: j'ai renonc&eacute; au jeu,
+j'ai quitt&eacute; la partie.</p>
+<p>VIENNE en Dauphin&eacute;. <a href="#p037">37.</a></p>
+<p>VILLON (Guillaume), <a href="#p009">9,</a> <a href=
+"#p053">53.</a> Ce Guillaume Villon ou de Villon n'&eacute;tait
+pas le p&egrave;re du po&euml;te, puisque celui-ci, qui l'appelle
+son &laquo;plus que p&egrave;re&raquo;, parle de lui, dans le
+<i>Grand Testament</i> (<a href="#p053">p. 53</a>) comme d'une
+personne encore en vie, et lui l&egrave;gue sa
+biblioth&egrave;que, tandis qu'il vient de dire (<a href=
+"#p032">p. 32</a>) que son p&egrave;re est mort, M. Nagel s'est
+attach&eacute; &agrave; prouver qu'il n'&eacute;tait m&ecirc;me
+pas son parent, d'o&ugrave; la conclusion que le po&euml;te
+aurait adopt&eacute; le nom de Villon pour faire honneur &agrave;
+son ma&icirc;tre et protecteur. Il se fonde
+particuli&egrave;rement sur le huitain IX du <i>Petit
+Testament</i>, o&ugrave; Fran&ccedil;ois dit que sa
+renomm&eacute;e <i>bruit</i> en faveur du nom de Guillaume, et
+sur le huitain 23 du <i>Grand Testament</i>, o&ugrave; il se
+plaint qu'il est abandonn&eacute; des siens, ce qui ne s'accorde
+pas avec les t&eacute;moignages de reconnaissance qu'il prodigue
+&agrave; Guillaume Villon. J'avoue que tout cela est assez
+concluant. On pourrait objecter n&eacute;anmoins qu'en se disant
+abandonn&eacute; du moindre des siens, tout en parlant comme il
+le fait des bont&eacute;s que Guillaume avait pour lui, Villon se
+rappelait cet axiome, que l'exception confirme la r&egrave;gle.
+Quant &agrave; l'honneur que sa renomm&eacute;e devait faire au
+nom de Villon, il importait peu que Guillaume f&ucirc;t ou non de
+la famille du po&euml;te: le r&eacute;sultat &eacute;tait le
+m&ecirc;me pour lui.</p>
+<p><i>Villoti&egrave;res</i>, coureuses, filles de mauvaise vie.
+Voy. Cotgrave.</p>
+<p><i>Vin de buffet</i>, vin commun et frelat&eacute;. <a href=
+"#p065">65.</a></p>
+<p><i>Vin (aller au)</i>, <a href="#p083">p. 83,</a> c'est aller
+au cabaret chercher du vin qu'on emporte dans l'endroit o&ugrave;
+il doit &ecirc;tre bu. C'est ainsi qu'on s'en procurait
+g&eacute;n&eacute;ralement au moyen &acirc;ge. Voy. <i>Ancien
+th&eacute;&acirc;tre fran&ccedil;ais</i>. t. 1, p. 1955 <i>Farce
+de Pernet</i> <i>qui va au vin</i>; t. 1, p. 250. <i>Farce du
+gentilhomme et de Naudet</i>.</p>
+<p>Vin d'Aulnys. <a href="#p060">60.</a>&mdash;de Baigneulx. <a
+href="#p193">193.</a>&mdash;de Beaune. <a href="#p193">193,</a>
+<a href="#p207">207.</a>&mdash;Morillon (rouge). <a href=
+"#p100">100.</a></p>
+<p><i>Vis</i>, visage. <a href="#p040">40.</a></p>
+<p><i>Vivre d'avantage</i>, vivre sans rien d&eacute;bourser, aux
+d&eacute;pens d'autrui.</p>
+<p><i>Vo</i>, votre. <a href="#p086">86.</a></p>
+<p><i>Voir</i>, vrai. <a href="#p028">28.</a></p>
+<p><i>Voire</i> (<a href="#p095">95,</a> v. 17), verre.</p>
+<p><i>Voire</i>, vraiment. <a href="#p023">23,</a> <a href=
+"#p145">145,</a> <a href="#p164">164.</a></p>
+<p><i>Volse</i>, aille. <a href="#p022">22.</a></p>
+<p>VOLLANT, <a href="#p196">196.</a></p>
+<p><i>Vouilli&eacute;s</i>, veuillez <a href="#p055">55.</a></p>
+<p><i>Voulent&eacute;</i>, volont&eacute;.</p>
+<p><i>Voulsisse</i>, voulusse. <a href="#p147">147.</a></p>
+<p><i>Voulsist</i>, voul&ucirc;t. <a href="#p033">33,</a> <a
+href="#p191">191.</a></p>
+<p><i>Voult</i>, voulut. <a href="#p099">99.</a></p>
+<p><i>Voultyz (sourcilz)</i>, sourcils arqu&eacute;s, bien
+plant&eacute;s. (<a href="#p040">P. 40.</a>)</p>
+<p><i>Voyse</i>, aille. <a href="#p064">64.</a></p>
+<p><i>Vueil</i>, voeu. <a href="#p075">75,</a> v. 9.</p>
+<p><i>Vueil</i>, veux. <a href="#p022">22.</a></p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; Y
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p>Y, il. &laquo;Cy s&ccedil;ay bien comment y m'en va.&raquo; <a
+href="#p108">108.</a></p>
+<p><i>Ydoine</i>, propre, <i>idoneus</i>.</p>
+<p><i>Ypocras</i>, vin sucr&eacute; et &eacute;pic&eacute;. <a
+href="#p078">78,</a> <a href="#p198">198.</a></p>
+<p><i>Ysnel</i>. prompt, alerte. <a href="#p074">74.</a></p>
+<p>YTHIER, <a href="#p059">59.</a></p>
+<p>Yver, hiver. <a href="#p085">85.</a></p>
+<p>YVON, pr&eacute;nom commun en Bretagne. <a href=
+"#p157">157.</a></p>
+<br>
+<br>
+<br>
+
+<h3>TABLE DES MATI&Egrave;RES</h3>
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" summary=""
+style="text-align: left; width: 100%;">
+<tbody>
+<tr>
+<td style="vertical-align: top; width: 95%; text-align: left;">
+<br>
+PR&Eacute;FACE<br>
+REMARQUES PHILOLOGIQUES<br>
+CL&Eacute;MENT MAROT AUX LECTEURS<br>
+MAROT AU ROY FRAN&Ccedil;OIS Ier<br>
+<br>
+ LE PETIT TESTAMENT<br>
+<br>
+ LE GRAND TESTAMENT<br>
+<div style="margin-left: 2em">Ballade des Dames du temps
+jadis<br>
+Ballade des Seigneurs du temps jadis<br>
+Ballade en vieil fran&ccedil;ois<br>
+Les Regrets de la belle Heaulmi&egrave;re<br>
+Ballade de la belle Heaulmi&egrave;re<br>
+Double Ballade sur le m&ecirc;me propos<br>
+Ballade que Villon fait &agrave; la requeste de sa m&egrave;re,
+pour prier Nostre Dame.<br>
+Ballade de Villon &agrave; s'amye<br>
+Lay ou plustost Rondeau<br>
+Ballade et oraison<br>
+Ballade que Villon bailla &agrave; un gentilhomme<br>
+Ballade<br>
+Ballade intitul&eacute;e: <i>Les Contredictz de
+Franc-Gontier</i><br>
+Ballade des femmes de Paris<br>
+Ballade de Villon et de la Grosse Margot<br>
+Belle le&ccedil;on de Villon aux enfans perduz<br>
+Ballade de bonne doctrine &agrave; ceux de mauvaise vie<br>
+Lays<br>
+Rondeau.<br>
+Ballade par laquelle Villon crye mercy &agrave; chascun<br>
+Ballade pour servir de conclusion<br>
+<br>
+</div>
+PO&Eacute;SIES DIVERSES:
+<div style="margin-left: 2em">Le quatrain que feit Villon quand
+il fut jug&eacute; &agrave; mourir<br>
+L'Epitaphe en forme de Ballade que feit Villon pour luy et
+ses<br>
+     compagnons,s'attendant estre pendu avec eulx<br>
+La requeste de Villon &agrave; la Cour de Parlement.<br>
+Ballade de l'appel de Villon.<br>
+Le Dit de la naissance Marie.<br>
+Double Ballade.<br>
+Ballade Villon.<br>
+Epistre en forme de Ballade, &agrave; ses amis.<br>
+Le D&eacute;bat du cueur et du corps de Villon.<br>
+La Requeste que Villon bailla &agrave; Monseigneur de
+Bourbon.<br>
+Ballade des proverbes.<br>
+Ballade des menus propos.<br>
+Ballade des povres housseurs.<br>
+Probl&egrave;me ou Ballade au nom de la Fortune.<br>
+Ballade contre les mesdisans de la France.<br>
+Le Jargon ou Jobelin de Maistre Fran&ccedil;ois Villon.<br>
+<br>
+</div>
+PO&Eacute;SIES ATTRIBU&Eacute;ES A VILLON:
+<div style="margin-left: 2em">I. Rondel.<br>
+II. Rondel.<br>
+III. Rondel.<br>
+IV. Rondel.<br>
+V. Rondel.<br>
+VI. Rondel.<br>
+VII. Rondel.<br>
+VIII. Rondel.<br>
+IX. Rondel.<br>
+X. Rondel.<br>
+XI. Rondel.<br>
+XII. Rondel.<br>
+XIII. Rondel.<br>
+XIV. Ballade pour ung prisonnier.<br>
+XV. Rondel.<br>
+XVI. Ballade.<br>
+XVII. Ballade morale.<br>
+XVIII. Ballade.<br>
+XIX. Ballade.<br>
+XX. Ballade.<br>
+XXI. Ballade joyeuse des Taverniers.<br>
+XXII. Monologue du Franc Archier de Baignollet.<br>
+XXIII. Dialogue de messieurs de Mallepaye et de Baillevent.<br>
+XXIV. Les Repeues franches de Fran&ccedil;ois Villon et de ses
+compagnons.<br>
+<div style="margin-left: 3em">Ballade de l'Acteur<br>
+Ballade des Escoutans<br>
+La Repeue de Villon et de ses compaignons<br>
+<div style="margin-left: 1em">La mani&egrave;re d'avoir du
+poisson.<br>
+La mani&egrave;re d'avoir des trippes.<br>
+La mani&egrave;re d'avoir du pain.<br>
+La mani&egrave;re d'avoir du vin.<br>
+La mani&egrave;re d'avoir du rost.<br>
+</div>
+Seconde Repeue, de l'Epid&eacute;mie.<br>
+La troisiesme Repeue, des Torcheculs.<br>
+La quatriesme Repeue, du Souffreteux.<br>
+La cinquiesme Repeue, du Pelletier.<br>
+Sixiesme Repeue, des Gallants sans soucy.<br>
+La septiesme Repeue, faicte aupr&egrave;s de Montfaulcon.<br>
+<br>
+</div>
+</div>
+NOTES<br>
+<br>
+ GLOSSAIRE-INDEX<br>
+<br>
+</td>
+<td style="vertical-align: top; width: 5%; text-align: right;">
+Pages<br>
+<a href="#pV">V</a><br>
+<a href="#pXXIII">XXIII</a><br>
+<a href="#p001">1</a><br>
+<a href="#p005">5</a><br>
+<br>
+<a href="#p007">7</a><br>
+<br>
+<a href="#p021">21</a><br>
+<a href="#p034">34</a><br>
+<a href="#p035">35</a><br>
+<a href="#p036">36</a><br>
+<a href="#p039">39</a><br>
+<a href="#p042">42</a><br>
+<a href="#p045">45</a><br>
+<a href="#p055">55</a><br>
+<a href="#p057">57</a><br>
+<a href="#p059">59</a><br>
+<a href="#p069">69</a><br>
+<a href="#p074">74</a><br>
+<a href="#p076">76</a><br>
+<a href="#p078">78</a><br>
+<a href="#p080">80</a><br>
+<a href="#p083">83</a><br>
+<a href="#p086">86</a><br>
+<a href="#p087">87</a><br>
+<a href="#p090">90</a><br>
+<a href="#p095">95</a><br>
+<a href="#p098">98</a><br>
+<a href="#p099">99</a><br>
+<br>
+<br>
+ <a href="#p101">101</a><br>
+<a href="#p101">101</a><br>
+<br>
+<a href="#p103">103</a><br>
+<a href="#p104">104</a><br>
+<a href="#p105">105</a><br>
+<a href="#p107">107</a><br>
+<a href="#p110">110</a><br>
+<a href="#p111">111</a><br>
+<a href="#p113">113</a><br>
+<a href="#p115">115</a><br>
+<a href="#p116">116</a><br>
+<a href="#p117">117</a><br>
+<a href="#p119">119</a><br>
+<a href="#p120">120</a><br>
+<a href="#p121">121</a><br>
+<a href="#p124">124</a><br>
+<br>
+<br>
+ <a href="#p133">133</a><br>
+<a href="#p133">133</a><br>
+<a href="#p134">134</a><br>
+<a href="#p135">135</a><br>
+<a href="#p135">135</a><br>
+<a href="#p136">136</a><br>
+<a href="#p136">136</a><br>
+<a href="#p136">136</a><br>
+<a href="#p137">137</a><br>
+<a href="#p138">138</a><br>
+<a href="#p139">139</a><br>
+<a href="#p139">139</a><br>
+<a href="#p140">140</a><br>
+<a href="#p140">140</a><br>
+<a href="#p141">141</a><br>
+<a href="#p142">142</a><br>
+<a href="#p143">143</a><br>
+<a href="#p144">144</a><br>
+<a href="#p145">145</a><br>
+<a href="#p146">146</a><br>
+<a href="#p147">147</a><br>
+<a href="#p150">150</a><br>
+<a href="#p164">164</a><br>
+<a href="#p178">178</a><br>
+<a href="#p182">182</a><br>
+<a href="#p183">183</a><br>
+<a href="#p186">186</a><br>
+<a href="#p187">187</a><br>
+<a href="#p190">190</a><br>
+<a href="#p191">191</a><br>
+<a href="#p192">192</a><br>
+<a href="#p194">194</a><br>
+<a href="#p195">195</a><br>
+<a href="#p199">199</a><br>
+<a href="#p206">206</a><br>
+<a href="#p210">210</a><br>
+<a href="#p212">212</a><br>
+<a href="#p215">215</a><br>
+<br>
+<a href="#p220">220</a><br>
+<br>
+<a href="#p227">227</a><br>
+</td>
+</tr>
+</tbody>
+</table>
+<p><b>ADDITIONS ET CORRECTIONS.</b></p>
+<p>Le nom de M. CAMPAUX est partout &eacute;crit par erreur
+CAMPEAUX.</p>
+<p>Les deux premiers huitains de la Ballade <a href="#p074">p.
+74</a> donnent en acrostiche AMBRAISE DE LOREDE, peut-&ecirc;tre
+le nom du gentilhomme pour qui cette pi&egrave;ce fut
+compos&eacute;e.</p>
+<p>L'envoi de la <i>Ballade de la Grosse Margot</i> (<a href=
+"#p084">p. 84</a>) donne en acrostiche le nom de Villon.</p>
+<p><i>Fille en chief</i> (<a href="#p091">p. 91</a>), fille
+coiff&eacute;e de ses cheveux.</p>
+<p>Les <i>Coups orbes</i> (<a href="#p115">p. 115</a>) sont des
+coups produisant des contusions, des <i>bleus</i>.</p>
+<p><i>Coustelez comme chiches</i> (<a href="#p171">p. 171</a>)
+peut se traduire par: &laquo;&agrave; c&ocirc;tes, comme des pois
+chiches&raquo;.</p>
+<div>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 12246 ***</div>
+</body>
+</html>
+
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+Project Gutenberg's Oeuvres compltes de Franois Villon, by Franois Villon
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+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+
+Title: Oeuvres compltes de Franois Villon
+ Suivies d'un choix des posies de ses disciples
+
+Author: Franois Villon
+
+Release Date: May 3, 2004 [EBook #12246]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OEUVRES DE FRANOIS VILLON ***
+
+
+
+
+Produced by Miranda van de Heijning, Renald Levesque and PG
+Distributed Proofreaders. This file was produced from images
+generously made available by the Bibliothque nationale de France
+(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr.
+
+
+
+
+
+
+OEUVRES COMPLTES
+
+DE
+
+FRANOIS VILLON
+
+
+
+
+
+SUIVIES D'UN CHOIX DES POSIES DE SES DISCIPLES
+DITION PRPARE PAR LA MONNOYE
+
+MISE A JOUR, AVEC NOTES ET GLOSSAIRE
+PAR M. PIERRE JANNET
+
+[NOTE DU TRANSCRIPTEUR: Les numros de pages du document
+original ont t conservs pour faciliter l'identification
+des nombreuses rfrences qu'on trouve dans les Notes et le
+Glossaire-Index, la fin du texte.]
+
+
+
+PRFACE [P. V]
+
+
+On ne sait gure de la vie de Franois Villon que ce qu'il en
+dit lui-mme, et l'on en sait trop. J'aurais voulu me dispenser
+de dcrire, aprs tant d'autres[1], cette existence peu
+difiante, mais je n'ai pas cru pouvoir le faire. Le sujet des
+posies de Villon, c'est Villon lui-mme, et sa biographie est
+la clef de ses oeuvres.
+
+[Footnote 1: Voir notamment la _Vie de Franois Villon_, par
+Guillaume Colletet, en tte des oeuvres de Villon, dition
+de M.P.L. Jacob, bibliophile (M. Paul Lacroix), Paris, 1854,
+in-16;--le _Mmoire_ de M. Prompsault, en tte de son dition
+de Villon, Paris, 1832, in-8;--_Franois Villon, Versuch einer
+kritischen Darstellung seines Lebens nach seinen Gedichten_, von
+Dr. S. Nagel. _Mulheim an der Ruhr_, 1856, in-4, le travail le
+plus complet et le plus judicieux qu'on et fait jusqu'alors sur
+ce sujet, et la base de ceux qu'on a faits depuis;--_Franois
+Villon, sa vie et ses oeuvres_, par Antoine Campeaux, _Paris,
+Durand_, 1859, in-8, et la notice de M. Anatole de Montaiglon,
+excellente pour le fond comme pour la forme, dans _les Potes
+Franais_, recueil publi sous la direction de M. Eugne Crpet,
+Paris, 1861-62, 4 vol. gr. in-8, t. I, p. 447-455.]
+
+Franois Villon naquit Paris en 1431. Sur la foi d'une pice
+que Fauchet, dans son trait _de l'Origine des chevaliers_,
+imprim en 1599, dit avoir trouve dans un manuscrit de sa
+bibliothque [2], on [ p. VI] a mis en doute le lieu de la
+naissance et jusqu'au nom du pote. On s'est livr des
+conjectures ingnieuses pour concilier les renseignements
+fournis par lui-mme avec les indications de Fauchet, pour
+expliquer comment il pouvait s'appeler la fois Corbueil et
+Villon, tre la fois natif d'Auvers et de Paris. Pour moi, je
+crois, avec le P. Du Cerceau, Daunou et beaucoup d'autres,
+qu'on ne doit tenir aucun compte de ce huitain, amplification
+maladroite de l'pitaphe en quatre vers [3]. Ce n'est pas sur
+une pareille autorit qu'on peut substituer le nom de _Corbueil_
+ celui de _Villon_, que notre pote se donne lui-mme en vingt
+endroits de ses oeuvres [4].
+
+[Footnote 2: Voici cette pice, que j'ai cru devoir rejeter des
+oeuvres de Villon:
+
+_Je suis Franoys, dont ce me poise, Nomm Corbueil en mon
+surnom, Natif d'Auvers emprs Pontoise, Et du commun nomm
+Villon. Or, d'une corde d'une toise Sauroit mon col que mon cul
+poise, Se ne fut un joli appel. Le jeu ne me sembloit point
+bel._
+
+L'auteur de ce huitain n'a pas compris l'intention comique de ce
+vers de Villon:
+
+_N de Paris emprs Pontoise;_
+
+C'est pourquoi il le fait gravement natre Auvers, qui est
+en effet prs de Pontoise. Mais une preuve certaine de la
+composition tardive de cette pice, c'est qu'on ne trouverait
+probablement pas dans la seconde moiti du XVe sicle, et
+certainement pas dans les oeuvres de Villon, un huitain dont
+les rimes soient distribues comme dans celui-l. Dans tous les
+huitains de Villon, sans exception, le premier vers rime avec
+le troisime, le second avec le quatrime, le cinquime et le
+septime, et le sixime avec le huitime. Les faussaires ne
+pensent jamais tout.]
+
+[Footnote 3: Voy. p. 101.]
+
+[Footnote 4: Voy. le _Glossaire-Index_, au mot VILLON.]
+
+Les parents de Villon taient pauvres[5]. Sa mre tait [P. VII]
+illettre[6]; son pre tait vraisemblablement un homme de
+mtier, et peut-tre, ainsi que l'a conjectur M. Campeaux, un
+ouvrier en cuir, un _cordouennier_[7].
+
+[Footnote 5: V. p. 31, huitain XXXV.]
+
+[Footnote 6: Oncques lettre ne leuz. P. 55, v. 22.]
+
+[Footnote 7: Voyez _Notes_, p. 224.]
+
+Pouss par le dsir de s'lever au-dessus de la triste condition
+de ses parents, ou plutt par ce besoin de savoir qui tourmente
+les natures comme la sienne, Villon tudia. Il connut les
+misres de l'tat d'colier pauvre. On n'a pas de renseignements
+certains sur le genre d'tudes auquel il se livra ni sur les
+progrs qu'il y fit. M. Nagel suppose qu'il obtint le grade de
+matre s arts, et se fonde surtout sur le legs qu'il fait plus
+tard, de sa nomination qu'il a de l'Universit (p. 15). Mais
+ce legs pourrait bien n'tre qu'une plaisanterie, comme tant
+d'autres. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'obtint pas
+le grade de matre en thologie, but suprme des tudes du
+temps[8].
+
+[Footnote 8: Voy. _Grand Testament_, huitains XXXVII (p. 32) et
+LXXII (p. 52.)]
+
+En ce temps-l, comme plus tard, les tudiants taient exposs
+ bien des tentations. Villon n'y sut pas rsister. En contact
+avec des jeunes gens sans prjugs d'aucune sorte et dpourvus
+d'argent comme lui, il adopta leurs moeurs et faons de vivre.
+Bientt il devint leur chef et leur providence[9]. Les _Repues
+franches_, singulier monument lev sa gloire par quelqu'un
+de ses disciples, nous font connatre par quelles combinaisons
+ingnieuses lui et ses compagnons se procuraient les moyens de
+mener joyeuse vie. Leurs friponneries taient tout [P. VIII]
+fait dans les moeurs du temps, et ne dpassaient sans doute pas
+les proportions de ce qu'on serait volontiers tent d'appeler
+_des bons tours_; mais ils taient sur une pente glissante, et
+la justice n'entendait pas raillerie.
+
+[Footnote 9: _C'estoit la mre nourricire De ceux qui n'avoient
+point d'argent; A tromper devant et derrire Estoit un homme
+diligent._ (P. 190.)]
+
+Rien ne prouve cependant que Villon ait eu maille partir avec
+elle cause de ses entreprises sur le bien d'autrui. On a parl
+de ses deux procs: il en eut au moins trois, bien constats par
+ses oeuvres, et le premier, qu'on n'avait pas fait ressortir
+jusqu' prsent, est le seul dont le sujet soit indiqu d'une
+manire certaine. C'est la suite d'une affaire d'amour.
+
+Avant de tomber dans ces relations honteuses avec des femmes
+perdues dont la _Ballade de la Grosse Margot_[10] nous donne
+l'ignoble tableau, Villon fut amoureux. Il connut l'amour vrai,
+l'amour naf et timide[11]. Quel fut l'objet de cette passion,
+c'est ce qu'il n'est pas facile de dire. Il l'appelle de divers
+noms, Denise, Roze, Katherine de Vauzelles. Que ce ft une
+femme de moeurs faciles, une gentille bourgeoise ou une noble
+damoiselle, il parat certain que c'tait une coquette. Elle
+l'couta d'abord, l'encouragea[12] et finit par le rebuter. Il
+s'en plaignit sans doute ses compagnons, que les femmes qu'ils
+frquentaient n'avaient pas habitus de pareilles rigueurs, et
+qui se moqurent de lui[13]. Villon s'emporta contre sa belle,
+lui fit des avanies, lui dit des injures, composa [P. IX]
+peut-tre contre elle quelque ballade piquante, quelque rondeau
+bien mchant. Or, bien que religieux au fond, il frondait
+volontiers les choses sacres[14]. La belle dame se plaignit; la
+juridiction ecclsiastique s'en mla[15], et Villon fut bel et
+bien condamn au fouet[16].
+
+[Footnote 10: Page 83.]
+
+[Footnote 11: Le doux souvenir de cette passion se montre en
+maints endroits des oeuvres de Villon, ml ses regrets et aux
+reproches qu'il adresse sa matresse avide et cruelle. Voy.
+les huitains III, IV, V et X du _Petit Testament_, LV LIX du
+_Grand Testament_, la ballade de la page 57, le rondeau p. 59,
+etc.]
+
+[Footnote 12: _Quoy que je luy voulsisse dire, Elle estoit
+preste d'escouter, etc._ (P. 47.)]
+
+[Footnote 13: _... qui partout m'appelle L'amant remys et
+reni_. (P. 48.)]
+
+[Footnote 14: Voir notamment les huitains CVI CX du _Grand
+Testament_.]
+
+[Footnote 15: _Quant chicanner me feit Denise, Disant que je
+l'avoye mauldite_. P. 69.]
+
+[Footnote 16: La sentence fut excute. La _Double ballade_ de
+la page 45 ne laisse aucun doute cet gard: _J'en fus batu,
+comme ru telles, Tout nud..._ (P. 46, v. 24-25.)]
+
+C'est la suite de cette sentence que Villon, dcid quitter
+Paris, composa les _Lays_ ou legs auxquels on a donn depuis le
+titre de _Petit Testament_.
+
+Dans le huitain VI, page 9, il annonce qu'il s'en va Angers.
+Il est probable qu'il ne fit pas ce voyage. Ses habitudes, ses
+relations, sa misre, le retinrent Paris ou aux environs.
+C'tait en 1456. Fltri par le chtiment qu'il avait subi, aigri
+par l'infortune, il ne connut plus de bornes. L'anne qui suivit
+sa condamnation fut assurment l'poque la plus honteuse de
+sa vie. En 1457, il tait dans les prisons du Chtelet, et
+le Parlement, aprs lui avoir fait appliquer la question de
+l'eau[17], le condamnait mort. On ignore le motif de cette
+condamnation; on a suppos qu'il s'agissait d'un crime commis
+Rueil par lui et plusieurs de ses compagnons, dont quelques-uns
+furent pendus[18]. Cette supposition parat fonde. Quant au
+crime commis, il n'tait peut-tre pas d'une extrme [P. X]
+gravit. Les lois taient svres, et les compagnons de Villon
+devaient avoir, comme lui, des antcdents fcheux.
+
+[Footnote 17: C'est ce qu'indiquent clairement ces deux vers de
+la page 104: _On ne m'eust, parmi ce drapel, Faict boyre celle
+escorcherie_.]
+
+[Footnote 18: Voy. la _Belle leon aux enfans perduz_, p. 86, et
+le _Jargon_, p. 125.]
+
+Quoi qu'il en soit, Villon ne partagea pas leur sort. Il est
+vrai qu'il ne ngligea rien pour se tirer d'affaire: il appela
+de la sentence, ce qui lui valut quelque rpit; puis, du
+moins ceci parat certain, l'occasion de la naissance d'une
+princesse qu'il appelle Marie, il implora la protection du
+pre de cette princesse. Cette dmarche lui russit: le prince
+intercda pour lui, et le Parlement commua sa peine en celle du
+bannissement. Villon se montra pntr de reconnaissance. Il
+adressa une requte au Parlement, pour lui rendre grces autant
+que pour lui demander un dlai de trois jours pour quitter
+Paris, et il composa pour la princesse qui venait de natre
+des vers pleins de sentiment. M. Prompsault a cru que cette
+princesse tait Marie de Bourgogne, fille de Charles le
+Tmraire, ne le 13 fvrier 1457; mais c'tait une erreur. M.
+Auguste Vitu, qui prpare depuis nombre d'annes une dition de
+Villon, a reconnu qu'il s'agissait de Marie d'Orlans, fille du
+pote Charles d'Orlans, ne le 19 dcembre 1457, et M. Campeaux
+a clairement dmontr que cette opinion tait fonde.
+
+A partir du moment o Villon quitte Paris, en excution de
+l'arrt du Parlement, nous perdons sa trace jusqu'en 1461.
+A cette poque nous le trouvons dans les prisons de
+Meung-sur-Loire, o le dtient Thibault d'Aussigny, vque
+d'Orlans. Quel nouveau mfait lui reprochait-on? Ceux qui
+supposent qu'il avait fabriqu de la fausse monnaie n'ont pas
+pris garde que la punition de ce crime tait exclusivement du
+ressort des juges sculiers. Dans le _Dbat du coeur et du
+corps de Villon_, compos dans sa prison, le pote attribue sa
+dtention sa _folle plaisance_.
+
+Ce qu'on lui reprochait, c'tait peut-tre quelque [P. XI]
+propos ou quelque crit peu orthodoxe, quelque _plaisanterie_
+sentant le sacrilge, quelque aventure galante par trop
+scandaleuse, toutes choses dont il tait bien capable et dont la
+rpression regardait la justice ecclsiastique. Il y a lieu de
+croire que le dlit n'tait pas en rapport avec la punition, car
+Villon, qui n'a jamais protest contre sa condamnation au fouet,
+qui se contente d'indiquer vaguement que le Parlement l'avait
+jug _par fausserie_, fit preuve de la plus violente rancune
+contre Thibault d'Aussigny. Il parat mme certain que cette
+mauvaise affaire ne lui fit pas perdre la faveur de ses
+protecteurs, Charles d'Orlans et le duc de Bourbon.
+
+Quoi qu'il en soit, Villon languit longtemps dans la prison de
+Meung, plong dans un cul de basse-fosse, nourri au pain et
+l'eau. Rien n'indique qu'une sentence quelconque ait t rendue
+contre lui mais le traitement qu'on lui faisait subir devait le
+conduire lentement une mort certaine. Heureusement Louis
+XI, qui venait de succder Charles VII, alla Meung dans
+l'automne de 1461, et Villon lui dut sa dlivrance. Fut-ce,
+ainsi que le dit M. Campeaux, par suite du don de joyeux
+avnement qui remettait leur peine tous les prisonniers d'une
+ville o le roi entrait aprs son sacre? Je serais plutt
+port croire, malgr l'absence de preuves, que Villon fut
+personnellement l'objet d'une mesure de clmence de la part du
+roi; la faon dont il en tmoigne sa reconnaissance me parat
+justifier cette supposition [19].
+
+[Footnote 19: On a dit rcemment que le roi qui dlivra Villon
+tait Charles VII. Je ne puis adopter cette opinion. Sans
+examiner ici la valeur du document sur lequel elle est base,
+je me bornerai faire remarquer que Charles VII mourut
+ Mehun-sur-Yvre, prs de Bourges, le 22 juillet 1461,
+prcisment au moment o Villon tait dans la prison de
+Meung-sur-Loire, prs d'Orlans, o il passa _tout un t_ (p.
+21, v. 14), c'est--dire tout l't de la mme anne 1461.]
+
+En sortant des prisons de Meung, Villon composa, du moins
+en partie, le _Grand Testament_, dans lequel sont [P. XII]
+intercales des pices qui se rapportent diverses poques de
+sa vie, et dont quelques-unes ont d tre composes beaucoup
+plus tard.
+
+Il est probable, en effet, que Villon vcut encore longtemps;
+mais on ne sait rien de prcis cet gard. Les conjectures sur
+lesquelles on se fonde pour placer la date de sa mort entre 1480
+et 1489 ne sont, en dfinitive, que des conjectures. Quant
+aux voyages qu'on lui fait faire Saint-Omer, Lille, Douai,
+Salins, Angers, Saint-Genoux, et jusque dans le Roussillon,
+rien ne prouve qu'ils ont eu lieu. Villon nomme ces localits
+dans ses oeuvres, il est vrai, mais nulle part il ne dit
+qu'il les a visites. Son voyage Bruxelles, son sjour en
+Angleterre, avec la rponse hardie qu'il aurait faite au roi
+Edouard V, ne me semblent pas beaucoup plus certains, malgr mon
+respect pour celui qui s'en est fait l'historien [20]. Ce qui
+me semble hors de doute, c'est sa retraite dans le centre de
+la France, o semblait l'attirer quelque chose qui nous est
+inconnu, peut-tre quelque relation de famille. Dans le _Petit
+Testament_, il annonce qu'il va Angers [21]; il en revenait
+peut-tre lorsqu'il fut arrt Meung. Dans le _Grand Testament_,
+il dit qu'il parle un peu poictevin [22]. La _Ballade Villon_
+(p. 109) et la _Double ballade_ (p. 107) prouvent qu'il sjourna
+quelque temps Blois, la cour de Charles d'Orlans, et le vers
+de la page 111: [P. XIII]
+
+_Que fais-je plus? Quoi? Les gaiges ravoir._
+
+autorise penser qu'il avait obtenu auprs du prince une de ces
+charges qu'on donnait aux potes de cour. Ainsi, par le _Dit de
+la naissance Marie_, Villon n'avait pas seulement chapp au
+dernier supplice; il s'tait de plus acquis la faveur de Charles
+d'Orlans, et il sut la conserver, du moins pendant quelque
+temps, et peut-tre jusqu' la mort du duc, arrive en 1465.
+
+[Footnote 20: Rabelais, livre IV, chap. LXVII. M. Nagel a relev
+deux erreurs dans ce passage de Rabelais. Villon n'aurait pu se
+trouver la cour d'Edouard V, qui ne monta sur le trne qu'en
+1483, et le mdecin Thomas Linacre, n vers 1460, ne fut clbre
+que sous les rgnes de Henri VII et de Henri VIII.]
+
+[Footnote 21: Page 9.--Le Franc archer de Bagnolet dit, p. 157,
+v. 12: Ma mre fut ne d'Anjou; mais cela ne prouverait rien,
+mme quand il serait dmontr que ce monologue est de Villon.]
+
+[Footnote 22: Page 62.]
+
+Il eut un autre protecteur en la personne du duc de Bourbon, qui
+lui faisait de gracieux prts [23].
+
+Enfin, Rabelais, livre IV, chapitre XIII, nous apprend que
+maistre Franois Villon, sus ses vieux jours, se retira
+Saint-Maixent en Poictou, sous la faveur d'un homme de bien,
+abb dudit lieu. L, pour donner passe-temps au peuple,
+entreprit faire jouer la Passion en gestes et langage poictevin
+[24]. Ce tmoignage n'est pas irrcusable; mais pourquoi
+ne pas l'accepter? Aprs une vie aussi agite, on aime se
+reprsenter le pauvre pote enfin tranquille, l'abri du
+besoin, s'occupant, pour son plaisir, de jeux dramatiques,
+auxquels il avait d probablement, dans d'autres temps, demander
+son pain [25].
+
+[Footnote 23: P. 115, v. 6.]
+
+[Footnote 24: _oeuvres de Rabelais_, dition Burgaud des Marets
+et Ratnery, t. II, p. 92. On voit ensuite un tour jou au
+sacristain des cordeliers, Estienne Tapecoue, qui sent bien
+son Villon, mais dont le dnoment cruel a pu tre invent par
+Rabelais, qui n'aimait pas les moines.]
+
+[Footnote 25: On croit que Villon donna des reprsentations
+dramatiques Paris et ailleurs, et c'est comme directeur de
+troupe qu'on lui fait parcourir une partie de la France et des
+Pays-Bas.]
+
+En pntrant dans les mystres de cette existence misrable, on
+est frapp de deux choses: D'abord, on remarque qu'elle n'exera
+pas sur le coeur de Villon toute l'action corruptrice qu'il y
+avait lieu de redouter. Au milieu de son abjection, [P. XIV]
+Villon conserve des sentiments levs. Il est plein d'amour et
+de respect pour sa mre [26], de reconnaissance pour quiconque
+l'a secouru [27], de vnration pour ceux qui ont fait de
+grandes choses; il aime son pays, chose d'autant plus honorable
+qu'elle tait rare en ce temps-l [28]; il regrette les erreurs
+de sa jeunesse, et le temps qu'il a si mal employ [29]; voil
+qui doit lui faire pardonner bien des choses.
+
+[Footnote 26: Voy. p. 32, huit. XXXVIII; p. 54, huit. LXXIX; p.
+55, Ballade.]
+
+[Footnote 27: Guillaume Villon, p. 9, 53; Jean Cotard, p. 22,
+58; Louis XI, p. 23, 24; le Parlement, P. 103; Marie d'Orlans,
+p. 105, 107; le duc de Bourbon, p. 114.]
+
+[Footnote 28: Ces deux vers de la page 34:
+
+_Et Jehanne, la bonne Lorraine,
+ Qu'Anglois brulrent Rouen_,
+
+lui font d'autant plus d'honneur qu' l'poque o il les crivit
+des gens clairs regardaient Jeanne d'Arc comme sorcire, et
+les Anglais avaient en France de nombreux partisans.]
+
+[Footnote 29: _Grand Testament_, huitain XXVI et suiv.]
+
+Puis, quelle influence n'eut-elle pas sur le talent du pote
+[30]! Form, comme on dit aujourd'hui, l'cole du malheur, il
+vit les choses sous leur vrai jour, et il entra dans une voie
+tout fait nouvelle. Il rompit en visire l'Allgorie, qui
+rgnait alors en souveraine, toutes les affteries de la
+posie rhtoricienne cultive par les beaux esprits du temps.
+Il fut le premier pote _raliste_. Que l'on compare avec ses
+autres oeuvres les quelques pices qu'il a composes selon la
+potique de ses contemporains, la _Ballade Villon_ (p. 109), la
+_Requeste au Parlement_ (p. 103), et d'autres, et l'on ne sera
+point tent de regretter, avec Clment Marot, qu'il n'ait [P. XV]
+pas t nourry en la court des rois et princes, o les jugemens
+s'amendent et les langaiges se pollissent, car il y et
+certainement plus perdu que gagn.
+
+[Footnote 30: _Travail mes lubres sentemens, Esguisez comme
+une pelote, M'ouvrist plus que tous les Commens D'Averroys sur
+Aristote._ (P. 25.)]
+
+M. A. de Montaiglon a parfaitement caractris le rle de Villon
+dans la posie franaise. Je ne puis mieux faire que de lui
+emprunter ces quelques lignes:
+
+... Au moment o parut Villon, la littrature franaise en
+tait prcisment cette priode de transformation; de la
+posie gnrale elle passait la posie personnelle; ses
+contemporains, subissant leur insu cette phase littraire,
+s'essayaient l'individualit avec plus d'effort que de
+bonheur; Villon l'atteignit du premier coup. Sa force est l,
+et sa valeur s'augmente de l'intrt que, sous ce rapport,
+offraient ses oeuvres. Elle est tellement saisissante qu'elle a
+t reconnue de tous, et le succs qui l'accueillit ne s'arrta
+pas. Franois Ier lui fit l'honneur dfaire faire une dition de
+ses posies par Clment Marot, qui le combla de ses louanges.
+Un peu plus tard, il est vrai, l'cole de Ronsard protesta.
+Pasquier condamne Villon, et Du Verdier s'merveille que Marot
+ait os louer un si _goffe_ ouvrier et faire cas de ce qui ne
+vaut rien. Cela marque moins un manque de got que la force
+partiale du prjug; la Pliade, qui est en ralit aussi
+aristocratique que savante, ne pouvait admirer Villon sans
+se condamner elle-mme; mais, ce moment pass, le charme
+recommence: Regnier est un disciple de Villon; Patru le loue;
+Boileau a senti quel tait son rang; La Fontaine l'admire;
+Voltaire l'imite; les rudits littraires du XVIIe et du XVIIIe
+sicle, Colletet, le P. Du Cerceau, l'abb Massieu, l'abb
+Goujet, parlent de lui comme il convient, en mme temps que
+Coustelier et Formey le rimpriment, que La Monnoye l'annote, et
+que Lenglet-Dufresnoy prpare une nouvelle dition. De [P. XVI]
+nos jours, une justice encore plus clatante lui a t rendue.
+L'dition de Prompsault, laquelle M. Lacroix est venu ajouter,
+pourrait tre accepte comme dfinitive, au moins quant au
+texte, si M. Vitu n'en promettait une, qui, en profitant des
+prcdentes, donnera sans doute le dernier mot. Tous ceux qui
+ont parl incidemment de Villon, MM. Sainte-Beuve, Saint-Marc
+Girardin, Chasles, Nisard, Geruzez, Demogeot, Gnin, et d'autres
+encore, l'ont bien caractris. En mme temps qu'eux, M. Daunou
+a crit sur notre pote une longue tude, insre dans le
+_Journal des Savants_, et M. Thophile Gautier, dans l'ancienne
+_Revue franaise_, des pages vives, aussi justes que pleines de
+verve, qui ont t recueillies dans ses _Grotesques_. Enfin, en
+1850 M. Profillet, et en 1856 un professeur allemand, M. Nagel,
+ont pris Villon pour sujet d'un travail spcial; l'anne
+dernire (1859), M. Campeaux lui a consacr un excellent
+travail, auquel, pour tre meilleur, il ne manque peut-tre
+qu'une plus ancienne et plus familire connaissance des
+alentours. Tous sont, avec raison, unanimes reconnatre
+l'originalit, la valeur aise et puissante, la force et
+_l'humanit_ de la posie de Villon. Pour eux tous, et ce
+jugement est aujourd'hui sans appel, Villon n'est pas seulement
+le pote suprieur du XVe sicle, mais il est aussi le premier
+pote, dans le vrai sens du mot, qu'ait eu la France moderne, et
+il s'est coul un long temps avant que d'autres fussent dignes
+d'tre mis ct de lui. L'apprciation est maintenant juste et
+complte; d'autres viendront qui le loueront avec plus ou moins
+d'clat et de talent, qui le jugeront avec une critique plus
+ou moins solide ou brillante; mais dsormais les traits de la
+figure de Villon sont arrts de faon ne plus changer, et
+ceux qui entreprendront d'y revenir ne pourront rester dans
+la vrit qu' la condition de s'en tenir aux mmes [P. XVII]
+contours.
+
+Plus loin, M. A. de Montaiglon, passant lgrement sur le _Petit
+Testament_, qui n'est que spirituel, et sur quelques pices
+qu'il regrette de trouver dans le _Grand Testament_, ajoute:
+
+Ce n'est pas l qu'il faut chercher Villon, mais dans la partie
+populaire et humaine de son oeuvre. On ne dira jamais assez
+ quel point le mrite de la pense et de la forme y est
+inestimable. Le sentiment en est trange, et aussi touchant que
+pittoresque dans sa sincrit; Villon peint presque sans le
+savoir, et en peignant il ne pallie, il n'excuse rien; il a mme
+des regrets, et ses torts, qu'il reconnat en se blmant, mais
+dont il ne peut se dfendre, il ne les montre que pour en
+dtourner. Je connais mme peu de leons plus fortes que la
+ballade: _Tout aux tavernes et aux filles_. La bouffonnerie,
+dans ses vers, se mle la gravit, l'motion la raillerie,
+la tristesse la dbauche; le trait piquant se termine avec
+mlancolie; le sentiment du nant des choses et des tres est
+ml d'un burlesque soudain qui en augmente l'effet. Et tout
+cela est si naturel, si net, si franc, si spirituel; le style
+suit la pense avec une justesse si vive, que vous n'avez pas le
+temps d'admirer comment le corps qu'il revt est habill par le
+vtement. C'est bien mieux que l'esprit bourgeois, toujours un
+peu mesquin, c'est l'esprit populaire que cet enfant des Halles,
+qui crivait: _Il n'est bon bec que de Paris_, a recueilli dans
+les rues et qu'il pure en l'aiguisant. Il en a le sentiment, il
+en prend les mots, mais il les encadre, il les incruste dans une
+phrase si vive, si nette, si bien construite, si nergique ou si
+lgre, que cette langue colore reoit de son gnie l'lgance
+et mme le got, sans rien perdre de sa force. Il a tout: la
+vigueur et le charme, la clart et l'clat, la varit et
+l'unit, la gravit et l'esprit, la brivet incisive du trait
+et la plnitude du sens, la souplesse capricieuse [P. XVIII]
+et la fougue violente, la qualit contemporaine et l'ternelle
+humanit. Il faut aller jusqu' Rabelais pour trouver un matre
+qu'on puisse lui comparer, et qui crive le franais avec la
+science et l'instinct, avec la puret et la fantaisie, avec la
+grce dlicate et la rudesse souveraine que l'on admire dans
+Villon, et qu'il a seul parmi les gens de son temps...
+
+On ne connat certainement pas la totalit des oeuvres de
+Villon, du moins sous son nom. Il est vident que le _Petit
+Testament_ n'est pas son coup d'essai. Lors de son second
+procs, en 1457, il tait probablement connu par d'autres
+compositions. Sans cela, il est douteux que Charles d'Orlans
+ft intervenu en sa faveur, et que le Parlement lui et fait
+grce de la vie. Lorsqu'il composa le _Grand Testament_, il y fit
+entrer quelques pices qui n'en faisaient pas ncessairement
+partie, mais qui s'y rattachaient assez naturellement. On n'y
+trouve pas une ballade, pas un rondeau composs antrieurement
+au _Petit Testament_. Villon ne parat pas avoir t
+trs-soucieux de recueillir ses oeuvres. La plupart sont sans
+doute perdues; d'autres sont dissmines dans des recueils
+manuscrits ou imprims o il n'est pas facile de les reconnatre,
+soit parce qu'elles ne portent pas de nom d'auteur, soit
+parce qu'elles sont attribues d'autres. On ne connat
+pas de manuscrit qui contienne tout ce qu'on sait positivement
+lui appartenir. Les premires ditions, qui furent faites sans
+son concours et probablement aprs sa mort, ne contiennent que
+le _Grand_ et le _Petit Testament_, le _Jargon_, et un petit
+nombre de pices dtaches. Jean de Calais, l'diteur prsum du
+_Jardin de plaisance_, dont la premire dition est de 1499
+ou de 1500, s'acquitta fort mal des fonctions d'excuteur
+testamentaire que Villon lui avait confies, si tant est qu'on
+doive prendre au srieux les huitains CLX et CLXI du [P. XIX]
+_Grand Testament_. Il fit entrer dans son recueil diverses
+pices connues comme tant de Villon et beaucoup d'autres qu'on
+lui attribue avec plus ou moins de vraisemblance, mais sans dire
+des unes ni des autres qu'elles taient de lui.
+
+M. Brunet a donn, dans la dernire dition du _Manuel du
+Libraire_, une excellente notice des ditions de Villon. La
+premire avec date est de Paris (Pierre Levet), 1489, in-4.
+Il en parut plusieurs autres la fin du XVe sicle et au
+commencement du XVIe. Celle de Paris, Galiot Du Pr, 1532, in-8,
+est la premire laquelle on ait joint les _Repues franches_,
+le _Monologue du franc archier de Baignolet_ et le _Dialogue des
+seigneurs de Mallepaye et de Baillevent_ [31].
+
+[Footnote 31: Il avait t fait antrieurement plusieurs
+ditions des _Repeues franches_, qui s'ajoutaient aux ditions
+correspondantes des oeuvres de Villon, mais qui portaient des
+signatures ou une pagination spares.]
+
+L'anne suivante, le mme Galiot Du Pr publia la premire
+dition des oeuvres de Villon revues par Clment Marot.
+
+En 1723 il parut chez Coustelier une dition de Villon, avec les
+remarques d'Eusbe de Laurire et une lettre du P. Du Cerceau.
+
+Les oeuvres de Villon furent rimprimes en 1742, la Haye,
+avec les remarques de Laurire, Le Duchat et Formey, des
+mmoires de Prosper Marchand et une lettre critique extraite du
+_Mercure_ de fvrier 1724.
+
+En 1832 parut l'dition de Prompsault, fruit de longues et
+laborieuses recherches, et qui, sans tre parfaite, ne mritait
+pas le discrdit dont elle a t frappe pendant longtemps.
+
+Dans l'dition de 1854, due aux soins de M.P.L. Jacob,
+bibliophile (M. Paul Lacroix), le texte de Prompsault [P. XX]
+a t revu, notablement amlior, lucid par des notes o
+brillent l'rudition et la sagacit bien connues de leur auteur.
+
+Enfin, tout rcemment, M. Paul Lacroix a publi le texte des
+deux _Testaments_ d'aprs un manuscrit de la bibliothque
+de l'Arsenal. Je n'ai pu faire usage de cette intressante
+publication, d'abord parce que l'impression de mon dition
+tait trop avance, puis pour une autre raison: c'est que je ne
+pouvais m'carter du texte que j'avais adopt.
+
+On savait depuis longtemps que La Monnoye avait eu l'intention
+de faire une dition des oeuvres de Villon. A cet effet, il
+avait annot un exemplaire de l'dition de 1723. Cet exemplaire,
+dont on avait perdu la trace depuis longtemps, a t retrouv,
+en 1858, au _British Museum_, par M. Gustave Masson, qui m'a
+gracieusement offert une copie du travail de La Monnoye.
+
+En tte de son exemplaire, La Monnoye avait inscrit d'abord ce
+titre, qui nous fait connatre le plan d'une vaste collection
+qu'il projetait:
+
+_L'Histoire et les Chefs de la posie franoise, avec la liste
+des potes provenaux et franois, accompagne de remarques sur
+le caractre de leurs ouvrages._
+
+Puis vient ce titre particulier:
+
+_Posies de Franois Villon et de ses disciples, revues sur les
+diffrentes ditions, corriges et augmentes sur le manuscrit
+de M. le duc de Coislin et sur plusieurs autres, et enrichies
+d'un grand nombre de pices, avec des notes historiques et
+critiques._
+
+La Monnoye n'eut pas le temps de mettre la dernire main son
+dition de Villon. Son travail ne porta que sur l'tablissement
+du texte. La comparaison des manuscrits et des anciennes
+ditions, faite par un homme tel que La Monnoye, devait [P. XXI]
+donner d'excellents rsultats. J'ai reproduit scrupuleusement,
+sauf deux ou trois exceptions indiques dans les notes, le texte
+tel qu'il a t arrt par lui, et ce texte est assurment le
+meilleur qu'on ait donn jusqu' prsent.
+
+La Monnoye ne se contenta pas de revoir le texte de l'dition de
+1723. Il y ajouta de sa main divers morceaux qui n'avaient pas
+encore t publis, et qui ont paru pour la premire fois dans
+l'dition Prompsault. Mais il ne put faire le choix des posies
+qu'il voulait joindre aux oeuvres de Villon. Pour rpondre de
+mon mieux son plan, je donne la fin du volume dix-sept
+pices tires du _Jardin de plaisance_. M. Campeaux en avait
+publi un plus grand nombre: j'ai fait un choix dans son choix,
+et si les pices que je donne ne sont pas de Villon, elles sont
+au moins de son cole, et souvent dignes de lui.
+
+Pour toute la partie du texte tablie par La Monnoye, je n'avais
+qu'une chose faire: suivre la leon adopte par lui. A
+l'gard des pices dont il ne s'tait pas occup, j'ai d agir
+autrement: je les ai revues sur les manuscrits et les ditions
+originales.
+
+A dfaut des notes historiques et critiques promises par La
+Monnoye, et sans avoir la prtention de les suppler, je donne
+ la suite du texte quelques renseignements qui m'ont paru
+ncessaires, puis un _Glossaire-Index,_ dans lequel j'ai tent
+d'expliquer les mots vieillis, de donner des renseignements sur
+les personnes et les choses. S'il n'a pas d'autre utilit, ce
+travail servira du moins de table.
+
+Une dition de Villon n'est pas facile faire. J'ai largement
+mis profit les travaux de mes devanciers, et je me plais le
+reconnatre. J'aurais pu relever bien des erreurs: je me suis
+content de les corriger. Je crois que cette dition [P. XXII]
+vaut mieux que celles qui l'ont prcde. D'autres viendront
+aprs moi qui feront mieux. J'ai cru prudent de leur donner
+l'exemple de l'indulgence.
+
+P. JANNET.
+
+
+
+REMARQUES PHILOLOGIQUES. [P. XXIII]
+
+
+La langue de Villon est encore la vieille et bonne langue
+franaise, riche et simple, claire, naturelle, l'allure vive
+et franche. C'est encore la langue des fabliaux, assouplie,
+mais presque entirement prserve de l'invasion des mots
+pdantesques forgs dans la seconde moiti du XVe sicle. Le
+_Glossaire_, dont l'tendue est grande relativement celle du
+livre, n'offre qu'un petit nombre de ces mots. En revanche, il
+en contient beaucoup d'autres dont la perte est regrettable.
+
+Villon tait trs-svre pour la rime. Aussi, lorsque nous
+rencontrons la fin de ses vers quelque chose qui nous parat
+anormal, nous devons nous garder de l'expliquer par une
+ngligence du pote. Il faut chercher d'autres raisons; cela
+peut amener des observations intressantes.
+
+Par exemple, lorsqu'il fait rimer _e_ avec _a_[32], cela prouve,
+ainsi que Marot l'a remarqu, que Villon prononait, la
+parisienne, _a_ pour _e_.
+
+Lorsqu'il fait rimer _oi, oy_, avec _ai, ay, _[33], cela prouve
+que ce que nous appelons la diphtongue _oi_ se prononait __ ou
+__.
+
+S'il fait rimer _Changon, Nygon, escourgon_, avec [P. XXIV]
+_donjon_[34], c'est que, dans certains cas, le _g_ se prononait
+_j_.
+
+[Footnote 32: _Robert, Haubert_, avec _pluspart, poupart_ (p.11
+et 12); _La Barre, feurre_, avec _terre, guerre_ (p. 14);
+_appert_ avec _part, despart_ (p. 44), etc.]
+
+[Footnote 33: _Chollet_ avec _souloit_ (p. 14); _exploictz_ avec
+_laiz_ (p. 17); _moyne, essoyne, royne_, avec _Seine_ (p. 34),
+etc.]
+
+[Footnote 34 Pages 12 et 13.]
+
+S'il fait rimer _fuste_ avec _fusse, prophtes_ avec
+_fesses_[35], c'est encore une affaire de prononciation
+parisienne.
+
+Il en est de mme d'_ancien, Valrien, paroissien, rimant avec
+_an_[36].
+
+Lorsqu'il crit _soullon_ pour rimer avec _Roussillon_[37], il
+entend que les deux _ll_ seront mouilles, et prononces comme
+telles, sans tre prcdes d'un _i_ comme en espagnol.
+
+Comment faut-il prononcer le nom de Villon?
+
+La _Ballade_ de la page 99, l'_Epistre_ de la page 111, le
+_Problme_ ou _Ballade_ de la page 120, etc., ne laissent aucun
+doute cet gard. On doit le prononcer comme les deux dernires
+syllabes du mot _paVILLON_, c'est--dire comme on pourra. En
+France, ce n'est gure que dans le Midi qu'on sait prononcer
+les _ll mouilles_. Les Parisiens diront _Viyon_; les Picards,
+_Vilion_....
+
+ _Mais bel est fol et lunaticque
+ Qui de ce fait sermon si long;
+ Peu nuit la chose publicque
+ Se Brussiens disent_ Filon.
+ _Il ne m'en chaut gueres si l'on
+ Choisit de ces faons la pire,
+ Et bien veuil qu'on dise selon
+ Que ds piea l'on souloit dire_.
+
+[Footnote 35: Pages 26 et 52.]
+
+[Footnote 36: P. 81.]
+
+[Footnote 37: Voy. la Ballade de la page 99.]
+
+
+
+
+CLMENT MAROT DE CAHORS [P.1]
+
+Varlet de chambre du Roy
+
+AUX LECTEURS.
+
+
+_Entre tous les bons livres imprimez de la langue franoise ne
+s'en veoit ung si incorrect ne si lourdement corrompu que celluy
+de Villon, et m'esbahy (veu que c'est le meilleur Pote parisien
+qui se trouve) comment les imprimeurs de Paris et les enfans de
+la ville n'en ont eu plus grand soing. Je ne suis (certes) en
+rien son voysin; mais, pour l'amour de son gentil entendement,
+et en recompense de ce que je puys avoir aprins de luy en lisant
+ses Oeuvres, j'ai faict icelles ce que je vouldroys estre
+faict aux miennes, si elles estaient tombes en semblable
+inconvnient. Tant y ay trouv de broillerie en l'ordre des
+coupletz et des vers, en mesure, en langaige, en la ryme et en
+la raison, que je ne say duquel je doy plus avoir piti, ou de
+l'oeuvre ainsi oultrement gaste, ou de l'ignorance de ceux
+qui l'imprimrent; et, pour en faire preuve, me suys advis
+(Lecteurs) de vous mettre icy ung des couplets incorrects du mal
+imprim Villon, qui vous fera exemple et tesmoing d'ung grand
+nombre d'autres autant broillez et gastez que luy, lequel [P. 2]
+est tel_:
+
+ Or est vray qu'aprs plainctz et pleurs
+ Et angoisseux gemissemens,
+ Apres tristesses et douleurs
+ Labeurs et griefz cheminemens
+ Travaille mes lubres sentemens
+ Aguysez ronds, comme une pelote
+ Monstrent plus que les commens
+ En sens moral de Aristote.
+
+_Qui est celluy qui vouldroit nyer le sens n'en estre grandement
+corrompu? Ainsi, pour vray, l'ay-je trouv aux vieilles
+impressions, et encores pis aux nouvelles. Or, voyez maintenant
+comment il a est r'abill, et en jugez gratieusement_:
+
+ Or est vray qu'aprs plainctz et pleurs
+ Et angoisseux gemissemens,
+ Apres tristesses et douleurs,
+ Labeurs et griefz cheminemens,
+ Travail mes lubres sentements
+ Aguysa (ronds comme pelote),
+ Me monstrant plus que les comments
+ Sur le sens moral d'Aristote.
+
+_Voyl comment il me semble que l'autheur l'entendoit; et vous
+suffise ce petit amendement pour vous rendre advertiz de ce que
+puys avoir amend en mille autres passages, dont les aucuns me
+ont est aisez et les autres trs difficiles. Toutesfoys, partie
+avecques les vieulx imprimez, partie avecques l'ayde de bons
+vieillards qui en savent par cueur, et partie par deviner
+avecques jugement naturel, a est reduict nostre Villon en
+meilleure et plus entire forme qu'on ne l'a veu de nos aages,
+et ce sans avoir touch l'antiquit de son parler, [P. 3]
+sa faon de rimer, ses mesles et longues parenthses, la
+quantit de ses sillabes, ne ses couppes, tant fminines que
+masculines; esquelles choses il n'a suffisamment observ les
+vrayes reigles de franoise posie, et ne suys d'advis que en
+cela les jeunes Poetes l'ensuyvent, mais bien qu'ilz cueillent
+ses sentences comme belles fleurs, qu'ils contemplent l'esprit
+qu'il avoit, que de luy apreignent proprement descrire, et
+qu'ils contrefacent sa veine, mesmement celle dont il use en ses
+Ballades, qui est vrayment belle et hroque, et ne fay double
+qu'il n'eust emport le chapeau de laurier devant tous les
+Potes de son temps, s'il eust est nourry en la Court des Roys
+et des Princes, l o les jugemens se amendent et les langaiges
+se pollissent. Quant l'industrie des lays qu'il feit en ses
+Testamens, pour suffisamment la congnoistre et entendre il
+fauldroit avoir est de son temps Paris, et avoir congneu
+les lieux, les choses et les hommes dont il parle: la mmoire
+desquelz tant plus se passera, tant moins se congnoistra icelle
+industrie de ses lays dictz. Pour ceste cause, qui vouldra faire
+une oeuvre de longue dure ne preigne son soubject sur telles
+choses basses et particulires. Le reste des Oeuvres de nostre
+Villon (hors cela) est de tel artifice, tant plain de bonne
+doctrine et tellement painct de mille belles couleurs, que le
+temps, qui tout efface, jusques icy ne l'a sceu effacer; et
+moins encor l'effacera ores et d'icy en avant, que les bonnes
+escriptures franoises sont et seront mieulx congneues et
+recueillies que jamais.
+
+Et pour ce (comme j'ay dit) que je n'ay touch son antique
+faon de parler, je vous ay expos sur la marge, avecques les
+annotations, ce qui m'a sembl le plus dur entendre, laissant
+le reste vos promptes intelligences, comme_ ly Roys _pour_
+le Roy, homs _pour homme_, compaing _pour_ compaignon; [P. 4]
+_aussi force pluriers pour singuliers, et plusieurs autres
+incongruitez dont estait plain le langaige mal lym d'icelluy
+temps.
+
+Aprs, quand il s'est trouv faulte de vers entiers, j'ay prins
+peine de les refaire au plus prs (selon mon possible) de
+l'intention de l'autheur, et les trouverez expressment marquez
+de cette marque_ +, _afin que ceulx qui les sauront en la sorte
+que Villon les fist effacent les nouveaulx pour faire place aux
+vieulx.
+
+Oultre plus, les termes et les vers qui estaient interposez,
+trouverez reduictz en leurs places; les lignes trop courtes,
+allonges; les trop longues acoursies; les mots obmys, remys;
+les adjoutez ostez, et les tiltres myeulx attiltrez.
+
+Finalement, j'ay chang l'ordre du livre, et m'a sembl plus
+raisonnable de le faire commencer par le Petit Testament,
+d'autant qu'il fut faict cinq ans avant l'autre.
+
+Touchant le Jargon, je le laisse corriger et exposer aux
+successeurs de Villon en l'art de la pinse et du croq.
+
+Et si quelqu'un d'adventure veult dire que tout ne soit
+racoustr ainsi qu'il appartient, je luy respons ds maintenant
+que, s'il estait autant navr en sa personne comme j'ay trouv
+Villon bless en ses Oeuvres, il n'y a si expert chirurgien qui
+le sceust panser sans apparence de cicatrice; et me suffira
+que le labeur qu'en ce j'ay employ soit agrable au Roy mon
+souverain, qui est cause et motif de ceste emprise et de
+l'excution d'icelle, pour l'avoir veu voulentiers escouter et
+par trs bon jugement estimer plusieurs passages des Oeuvres qui
+s'ensuyvent._
+
+
+
+MAROT [P. 5]
+
+AU ROY FRANOIS Ier.
+
+ Si Villon on treuve encor dire,
+ S'il n'est reduict ainsi qu'ay prtendu,
+ A moy tout seul en soit le blasme (Sire),
+ Qui plus y ay travaill qu'entendu;
+ Et s'il est mieux en son ordre estendu
+ Que paravant, de sorte qu'on l'en prise,
+ Le gr vous en doyt estre rendu,
+ Qui fustes seul cause de l'entreprise.
+
+ [P. 7]
+
+ LE
+ PETIT TESTAMENT
+ DE MAISTRE
+ FRANOIS VILLON
+
+ FAIT L'AN 1456.
+
+ Mil quatre cens cinquante et six,
+ Je, Franois Villon, escollier,
+ Considrant, de sens rassis,
+ Le frain aux dents, franc au collier,
+ Qu'on doit ses oeuvres conseiller,
+ Comme Vegce le racompte,
+ Saige Romain, grand conseiller,
+ Ou autrement on se mescompte.
+
+ II.
+
+ En ce temps que j'ay dit devant,
+ Sur le Nol, morte saison,
+ Lorsque les loups vivent de vent,
+ Et qu'on se tient en sa maison,
+ Pour le frimas, prs du tison:
+ Cy me vint vouloir de briser
+ La trs amoureuse prison
+ Qui souloit mon cueur desbriser.
+
+ III. [P.8]
+
+ Je le feis en telle faon,
+ Voyant Celle devant mes yeulx
+ Consentant ma deffaon,
+ Sans ce que j luy en fust mieulx;
+ Dont je me deul et plains aux cieulx,
+ En requrant d'elle vengence
+ A tous les dieux venerieux,
+ Et du grief d'amours allgence.
+
+ IV.
+
+ Et, se je pense ma faveur,
+ Ces doulx regrets et beaulx semblans
+ De trs decepvante saveur,
+ Me trespercent jusques aux flancs:
+ Bien ilz ont vers moy les piez blancs
+ Et me faillent au grant besoing.
+ Planter me fault autre complant
+ Et frapper en un autre coing.
+
+ V.
+
+ Le regard de Celle m'a prins,
+ Qui m'a est flonne et dure;
+ Sans ce qu'en riens aye mesprins,
+ Veult et ordonne que j'endure
+ La mort, et que plus je ne dure.
+ Si n'y voy secours que fouir.
+ Rompre veult la dure souldure,
+ Sans mes piteux regrets ouir!
+
+ VI.
+
+ Pour obvier ses dangiers,
+ Mon mieulx est, ce croy, de partir.
+ Adieu! Je m'en voys Angiers, [P. 9]
+ Puisqu'el ne me veult impartir
+ Sa grace, ne me departir.
+ Par elle meurs, les membres sains;
+ Au fort, je meurs amant martir,
+ Du nombre des amoureux saints!
+
+ VII.
+
+ Combien que le dpart soit dur,
+ Si fault-il que je m'en esloingne.
+ Comme mon paouvre sens est dur!
+ Autre que moy est en queloingne,
+ Dont onc en forest de Bouloingne
+ Ne fut plus alter d'humeur.
+ C'est pour moy piteuse besoingne:
+ Dieu en vueille our ma clameur!
+
+ VIII.
+
+ Et puisque departir me fault,
+ Et du retour ne suis certain:
+ Je ne suis homme sans deffault,
+ Ne qu'autre d'assier ne d'estaing.
+ Vivre aux humains est incertain,
+ Et aprs mort n'y a relaiz:
+ Je m'en voys en pays loingtaing;
+ Si establiz ce prsent laiz.
+
+ IX.
+
+ Premirement, au nom du Pre,
+ Du Filz et du Saint-Esperit,
+ Et de la glorieuse Mre
+ Par qui grace riens ne prit,
+ Je laisse, de par Dieu, mon bruit
+ A maistre Guillaume Villon,
+ Qui en l'honneur de son nom bruit, [P. 10]
+ Mes tentes et mon pavillon.
+
+ X.
+
+ A celle doncques que j'ay dict,
+ Qui si durement m'a chass,
+ Que j'en suys de joye interdict
+ Et de tout plaisir dchass,
+ Je laisse mon coeur enchass,
+ Palle, piteux, mort et transy:
+ Elle m'a ce mal pourchass,
+ Mais Dieu luy en face mercy!
+
+ XI.
+
+ Et maistre Ythier, marchant,
+ Auquel je me sens trs tenu,
+ Laisse mon branc d'acier tranchant,
+ Et maistre Jehan le Cornu,
+ Qui est en gaige dtenu
+ Pour ung escot six solz montant;
+ Je vueil, selon le contenu,
+ Qu'on luy livre, en le racheptant.
+
+ XII.
+
+ Item, je laisse Sainct-Amant
+ Le Cheval Blanc avec la Mulle,
+ Et Blaru, mon dyamant
+ Et l'Asne ray qui reculle.
+ Et le dcret qui articulle:
+ _Omnis utriusque sexus_,
+ Contre la Carmeliste bulle,
+ Laisse aux curez, pour mettre sus.
+
+ XIII. [P. 11]
+
+ Item, Jehan Trouv, bouchier,
+ Laisse le mouton franc et tendre,
+ Et ung tachon pour esmoucher
+ Le boeuf couronn qu'on veult vendre,
+ Et la vache qu'on ne peult prendre.
+ Le vilain qui la trousse au col,
+ S'il ne la rend, qu'on le puist pendre
+ Ou estrangler d'un bon licol!
+
+ XIV.
+
+ Et maistre Robert Valle,
+ Povre clergeon au Parlement,
+ Qui ne tient ne mont ne valle,
+ J'ordonne principalement
+ Qu'on luy baille legerement
+ Mes brayes, estans aux trumellires,
+ Pour coeffer plus honestement
+ S'amye Jehanneton de Millires.
+
+ XV.
+
+ Pour ce qu'il est de lieu honeste,
+ Fault qu'il soit myeulx recompens,
+ Car le Saint-Esprit l'admoneste.
+ Ce obstant qu'il est insens.
+ Pour ce, je me suis pourpens,
+ Puysqu'il n'a sens mais qu'une aulmoire,
+ De recouvrer sur Malpens,
+ Qu'on lui baille, l'Art de mmoire.
+
+ XVI.
+
+ Item plus, je assigne la vie
+ Du dessusdict maistre Robert... [P. 12]
+ Pour Dieu! n'y ayez point d'envie!
+ Mes parens, vendez mon haubert,
+ Et que l'argent, ou la pluspart,
+ Soit employ, dedans ces Pasques,
+ Pour achepter ce poupart
+ Une fenestre emprs Saint-Jacques.
+
+ XVII.
+
+ Derechief, je laisse en pur don
+ Mes gands et ma hucque de soye
+ A mon amy Jacques Cardon;
+ Le gland aussi d'une saulsoye,
+ Et tous les jours une grosse oye
+ Et ung chappon de haulte gresse;
+ Dix muys de vin blanc comme croye,
+ Et deux procs, que trop n'engresse.
+
+ XVIII.
+
+ Item, je laisse ce jeune homme,
+ Ren de Montigny, troys chiens;
+ Aussi Jehan Raguyer, la somme
+ De cent frans, prins sur tous mes biens;
+ Mais quoy! Je n'y comprens en riens
+ Ce que je pourray acquerir:
+ On ne doit trop prendre des siens,
+ Ne ses amis trop surquerir.
+
+ XIX.
+
+ Item, au seigneur de Grigny
+ Laisse la garde de Nygon,
+ Et six chiens plus qu' Montigny,
+ Vicestre, chastel et donjon;
+ Et ce malostru Changon,
+ Moutonnier qui tient en procs,
+ Laisse troys coups d'ung escourgon, [P. 13]
+ Et coucher, paix et aise, en ceps.
+
+ XX.
+
+ Et maistre Jacques Raguyer,
+ Je laisse l'Abreuvoyr Popin,
+ Pour ses paouvres seurs grafignier;
+ Tousjours le choix d'ung bon lopin,
+ Le trou de la Pomme de pin,
+ Le doz aux rains, au feu la plante,
+ Emmaillot en jacopin;
+ Et qui vouldra planter, si plante.
+
+ XXI.
+
+ Item, maistre Jehan Mautainct
+ Et maistre Pierre Basannier,
+ Le gr du Seigneur, qui attainct
+ Troubles, forfaits, sans espargnier;
+ Et mon procureur Fournier,
+ Bonnetz courts, chausses semelles,
+ Tailles sur mon cordouennier,
+ Pour porter durant ces gelles.
+
+ XXII.
+
+ Item, au chevalier du guet,
+ Le heaulme luy establis;
+ Et aux pietons qui vont d'aguet
+ Tastonnant par ces establis,
+ Je leur laisse deux beaulx rubis,
+ La lenterne la Pierre-au-Let.,
+ Voire-mais, j'auray les _Troys licts_,
+ S'ilz me meinent en Chastellet.
+
+ XXIII. [P. 14]
+
+ Item, Perrenet Marchant,
+ Qu'on dit le Bastard de la Barre,
+ Pour ce qu'il est ung bon marchant,
+ Luy laisse trois gluyons de feurre
+ Pour estendre dessus la terre
+ A faire l'amoureux mestier,
+ O il luy fauldra sa vie querre,
+ Car il ne scet autre mestier.
+
+ XXIV.
+
+ Item, au Loup et Chollet,
+ Je laisse la foys un canart,
+ Prins sous les murs, comme on souloit,
+ Envers les fossez, sur le tard;
+ Et chascun un grand tabart
+ De cordelier, jusques aux pieds,
+ Busche, charbon et poys au lart,
+ Et mes housaulx sans avantpiedz.
+
+ XXV.
+
+ Derechief, je laisse en piti,
+ A troys petitz enfans tous nudz,
+ Nommez en ce prsent traicti,
+ Paouvres orphelins impourveuz,
+ Tous deschaussez, tous despourveus,
+ Et desnuez comme le ver;
+ J'ordonne qu'ils seront pourveuz,
+ Au moins pour passer cest yver.
+
+ XXVI.
+
+ Premirement, Colin Laurens,
+ Girard Gossoyn et Jehan Marceau,
+ Desprins de biens et de parens, [P. 15]
+ Qui n'ont vaillant l'anse d'ung ceau,
+ Chascun de mes biens ung faisseau,
+ Ou quatre blancs, s'ilz l'ayment mieulx;
+ Ils mangeront maint bon morceau,
+ Ces enfans, quand je seray vieulx!
+
+ XXVII.
+
+ Item, ma nomination,
+ Que j'ay de l'Universit,
+ Laisse par rsignation,
+ Pour forclorre d'adversit
+ Paouvres clercs de ceste cit,
+ Soubz cest _intendit_ contenuz:
+ Charit m'y a incit,
+ Et Nature, les voyant nudz.
+
+ XXVIII.
+
+ C'est maistre Guillaume Cotin
+ Et maistre Thibault de Vitry,
+ Deux paouvres clercs, parlans latin,
+ Paisibles enfans, sans estry,
+ Humbles, bien chantans au lectry.
+ Je leur laisse cens recevoir
+ Sur la maison Guillot Gueuldry,
+ En attendant de mieulx avoir.
+
+ XXIX.
+
+ Item plus, je adjoinctz la Crosse
+ Celle de la rue Sainct-Anthoine,
+ Et ung billart de quoy on crosse,
+ Et tous les jours plain pot de Seine,
+ Aux pigons qui sont en l'essoine,
+ Enserrez soubz trappe volire,
+ Et mon mirouer bel et ydoyne, [P. 16]
+ Et la grace de la geollire.
+
+ XXX.
+
+ Item, je laisse aux hospitaux
+ Mes chassis tissus d'araigne;
+ Et aux gisans soubz les estaux,
+ Chascun sur l'oeil une grongne,
+ Trembler chire renffrongne,
+ Maigres, velluz et morfonduz;
+ Chausses courtes, robbe rongne,
+ Gelez, meurdriz et enfonduz.
+
+ XXXI.
+
+ Item, je laisse mon barbier
+ Les rongneures de mes cheveulx,
+ Plainement et sans destourbier;
+ Au savetier, mes souliers vieulx,
+ Et au fripier, mes habitz tieulx
+ Que, quant du tout je les dlaisse,
+ Pour moins qu'ilz ne coustrent neufz
+ Charitablement je leur laisse.
+
+ XXXII.
+
+ Item, aux Quatre Mendians,
+ Aux Filles Dieu et aux Beguynes,
+ Savoureulx morceaulx et frians,
+ Chappons, pigons, grasses gelines,
+ Et puis prescher les Quinze Signes,
+ Et abatre pain deux mains.
+ Carmes chevaulchent nos voisines,
+ Mais cela ne m'est que du meins.
+
+ XXXIII. [P. 17]
+
+ Item, laisse le Mortier d'or
+ A Jehan l'Espicier, de la Garde,
+ Et une potence Sainct-Mor,
+ Pour faire ung broyer moustarde,
+ Et celluy qui feit l'avant-garde,
+ Pour faire sur moy griefz exploitz,
+ De par moy sainct Anthoine l'arde!
+ Je ne lui lairray autre laiz.
+
+ XXXIV.
+
+ Item, je laisse Mairebeuf
+ Et Nicolas de Louvieulx,
+ A chascun l'escaille d'un oeuf,
+ Plaine de frans et d'escus vieulx,
+ Quant au concierge de Gouvieulx,
+ Pierre Ronseville, je ordonne,
+ Pour luy donner encore mieulx,
+ Escus telz que prince les donne.
+
+ XXXV.
+
+ Finalement, en escrivant,
+ Ce soir, seullet, estant en bonne,
+ Dictant ces laiz et descripvant,
+ Je ouyz la cloche de Sorbonne,
+ Qui tousjours neuf heures sonne
+ Le Salut que l'Ange prdit;
+ Cy suspendy et cy mis bonne,
+ Pour pryer comme le cueur dit.
+
+ XXXVI.
+
+ Cela fait, je me entre-oubliai,
+ Non pas par force de vin boire,
+ Mon esperit comme li; [P. 18]
+ Lors je senty dame Mmoire
+ Rescondre et mectre en son aulmoire
+ Ses espces collaterales,
+ Oppinative faulce et voire,
+ Et autres intellectualles.
+
+ XXXVII.
+
+ Et mesmement l'extimative,
+ Par quoy prosprit nous vient;
+ Similative, formative,
+ Desquelz souvent il advient
+ Que, par l'art trouv, hom devient
+ Fol et lunaticque par moys:
+ Je l'ay leu, et bien m'en souvient,
+ En Aristote aucunes fois.
+
+ XXXVIII.
+
+ Doncques le sensif s'esveilla
+ Et esvertua fantasie,
+ Qui tous argeutis resveilla,
+ Et tint souveraine partie,
+ En souppirant, comme amortie,
+ Par oppression d'oubliance,
+ Qui en moy s'estoit espartie
+ Pour montrer des sens l'alliance.
+
+ XXXIX.
+
+ Puis, mon sens qui fut repos
+ Et l'entendement desveill,
+ Je cuide finer mon propos;
+ Mais mon encre estoit gel,
+ Et mon cierge estoit soufl.
+ De feu je n'eusse pu finer.
+ Si m'endormy, tout enmoufl, [P. 19]
+ Et ne peuz autrement finer.
+
+ XL
+
+ Fait au temps de ladicte date,
+ Par le bon renomm Villon,
+ Qui ne mange figue ne date;
+ Sec et noir comme escouvillon,
+ Il n'a tente ne pavillon
+ Qu'il n'ayt laiss ses amys,
+ Et n'a mais qu'un peu de billon,
+ Qui sera tantost fin mys.
+
+
+ CY FINE LE TESTAMENT VILLON.
+
+
+ [P. 21]
+ CY COMMENCE
+ LE
+ GRANT TESTAMENT
+ DE
+ FRANOIS VILLON
+ FAIT EN 1461.
+
+
+ I.
+
+ En l'an trentiesme de mon aage,
+ Que toutes mes hontes j'eu beues,
+ Ne du tout fol, ne du tout sage.
+ Nonobstant maintes peines eues,
+ Lesquelles j'ay toutes receues
+ Soubz la main Thibault d'Aussigny.
+ S'evesque il est, seignant les rues,
+ Qu'il soit le mien je le regny!
+
+ II.
+
+ Mon seigneur n'est, ne mon evesque;
+ Soubz luy ne tiens, s'il n'est en friche;
+ Foy ne luy doy, ne hommage avecque;
+ Je ne suis son serf ne sa biche.
+ Peu m'a d'une petite miche
+ Et de froide eau, tout ung est.
+ Large ou estroit, moult me fut chiche. [P. 22]
+ Tel luy soit Dieu qu'il m'a est.
+
+ III.
+
+ Et, s'aucun me vouloit reprendre
+ Et dire que je le mauldys,
+ Non fais, si bien me sait comprendre,
+ Et rien de luy je ne mesdys.
+ Voycy tout le mal que j'en dys:
+ S'il m'a est misericors,
+ Jsus, le roy de paradis,
+ Tel luy soit l'me et au corps!
+
+ IV.
+
+ S'il m'a est dur et cruel
+ Trop plus que cy ne le racompte,
+ Je vueil que le Dieu ternel
+ Luy soit doncq semblable, ce compte!...
+ Mais l'Eglise nous dit et compte
+ Que prions pour nos ennemis;
+ Je vous dis que j'ay tort et honte:
+ Tous ses faictz soient Dieu remis!
+
+ V.
+
+ Si prieray Dieu de bon cueur,
+ Pour l'me du bon feu Cotard.
+ Mais quoy! ce sera doncq par cueur,
+ Car de lire je suys faitard.
+ Prire en feray de Picard;
+ S'il ne le sait, voise l'apprandre,
+ S'il m'en croyt, ains qu'il soit plus tard
+ A Douay, ou Lysle en Flandre!
+
+ VI. [P. 23]
+
+ Combien souvent je veuil qu'on prie
+ Pour luy, foy que doy mon baptesme,
+ Obstant qu' chascun ne le crye,
+ Il ne fauldra pas son esme.
+ Au Psaultier prens, quand suys mesme,
+ Qui n'est de beuf ne cordoen,
+ Le verset escript le septiesme
+ Du psaulme de _Deus laudem_.
+
+ VII.
+
+ Si pry au benoist Filz de Dieu,
+ Qu' tous mes besoings je reclame,
+ Que ma pauvre prire ayt lieu
+ Verz luy, de qui tiens corps et ame,
+ Qui m'a prserv de maint blasme
+ Et franchy de vile puissance.
+ Lou soit-il, et Nostre-Dame,
+ Et Loys, le bon roy de France!
+
+ VIII.
+
+ Auquel doint Dieu l'heur de Jacob,
+ De Salomon l'honneur et gloire;
+ Quant de prouesse, il en a trop;
+ De force aussi, par m'ame, voire!
+ En ce monde-cy transitoire,
+ Tant qu'il a de long et de l;
+ Affin que de luy soit memoire,
+ Vive autant que Mathusal!
+
+ IX.
+
+ Et douze beaulx enfans, tous masles,
+ Veoir, de son trs cher sang royal,
+ Aussi preux que fut le grand Charles, [P. 24]
+ Conceuz en ventre nuptial,
+ Bons comme fut sainct Martial.
+ Ainsi en preigne au bon Dauphin;
+ Je ne luy souhaicte autre mal,
+ Et puys paradis la fin.
+
+ X.
+
+ Pour ce que foible je me sens,
+ Trop plus de biens que de sant,
+ Tant que je suys en mon plain sens,
+ Si peu que Dieu m'en a prest,
+ Car d'autre ne l'ay emprunt,
+ J'ay ce Testament trs estable
+ Faict, de dernire voulent,
+ Seul pour tout et irrvocable:
+
+ XI.
+
+ Escript l'ay l'an soixante et ung,
+ Que le bon roy me dlivra
+ De la dure prison de Mehun,
+ Et que vie me recouvra,
+ Dont suys, tant que mon cueur vivra,
+ Tenu vers luy me humilier,
+ Ce que feray jusqu'il mourra:
+ Bienfaict ne se doibt oublier.
+
+
+ _Icy commence Villon entrer en matire
+ pleine d'erudition et de bon savoir._
+
+
+ XII.
+
+ Or est vray qu'aprs plaingtz et pleurs
+ et angoisseux gemissemens,
+ Aprs tristesses et douleurs, [P. 25]
+ Labeurs et griefz cheminemens,
+ Travail mes lubres sentemens,
+ Esguisez comme une pelote,
+ M'ouvrist plus que tous les Commens
+ D'Averroys sur Aristote.
+
+ XIII.
+
+ Combien qu'au plus fort de mes maulx,
+ En cheminant sans croix ne pile,
+ Dieu, qui les Pellerins d'Esmaus
+ Conforta, ce dit l'Evangile,
+ Me montra une bonne ville
+ Et pourveut du don d'esprance;
+ Combien que le pecheur soit vile,
+ Riens ne hayt que persvrance.
+
+ XIV.
+
+ Je suys pcheur, je le say bien;
+ Pourtant Dieu ne veult pas ma mort,
+ Mais convertisse et vive en bien;
+ Mieulx tout autre que pch mord,
+ Soye vraye voulent ou enhort,
+ Dieu voit, et sa misricorde,
+ Se conscience me remord,
+ Par sa grace pardon m'accorde.
+
+ XV.
+
+ Et, comme le noble Romant
+ De la Rose dit et confesse
+ En son premier commencement,
+ Qu'on doit jeune cueur, en jeunesse,
+ Quant on le voit vieil en vieillesse,
+ Excuser; helas! il dit voir.
+ Ceulx donc qui me font telle oppresse, [P. 26]
+ En meurt ne me vouldroient veoir.
+
+ XVI.
+
+ Se, pour ma mort, le bien publique
+ D'aucune chose vaulsist myeulx,
+ A mourir comme ung homme inique
+ Je me jugeasse, ainsi m'aid Dieux!
+ Grief ne faiz jeune ne vieulx,
+ Soye sur pied ou soye en bire:
+ Les montz ne bougent de leurs lieux,
+ Pour un paouvre, n'avant, n'arrire.
+
+ XVII.
+
+ Au temps que Alexandre regna,
+ Ung hom, nomm Diomeds,
+ Devant luy on luy amena,
+ Engrillonn poulces et detz
+ Comme ung larron; car il fut des
+ Escumeurs que voyons courir.
+ Si fut mys devant le cads,
+ Pour estre jug mourir.
+
+ XVIII.
+
+ L'empereur si l'arraisonna:
+ Pourquoy es-tu larron de mer?
+ L'autre, responce luy donna:
+ Pourquoy larron me faiz nommer?
+ Pour ce qu'on me voit escumer
+ En une petiote fuste?
+ Se comme toy me peusse armer,
+ Comme toy empereur je fusse.
+
+ XIX. [P. 27]
+
+ Mais que veux-tu! De ma fortune,
+ Contre qui ne puis bonnement,
+ Qui si durement m'infortune,
+ Me vient tout ce gouvernement.
+ Excuse-moy aucunement,
+ Et saches qu'en grand pauvret
+ (Ce mot dit-on communment)
+ Ne gist pas trop grand loyault.
+
+ XX.
+
+ Quand l'empereur eut remir
+ De Diomeds tout le dict:
+ Ta fortune je te mueray,
+ Mauvaise en bonne! ce luy dit.
+ Si fist-il. Onc puis ne mesprit
+ A personne, mais fut vray homme;
+ Valre, pour vray, le rescript,
+ Qui fut nomm _le grand_ Romme.
+
+ XXI.
+
+ Se Dieu m'eust donn rencontrer
+ Ung autre piteux Alexandre,
+ Qui m'eust faict en bon heur entrer,
+ Et lors qui m'eust veu condescendre
+ A mal, estre ars et mys en cendre
+ Jug me fusse de ma voix.
+ Ncessit faict gens mesprendre,
+ Et faim saillir le loup des boys.
+
+ XXII.
+
+ Je plaings le temps de ma jeunesse,
+ Ouquel j'ay plus qu'autre gall,
+ Jusque l'entre de vieillesse, [P. 28]
+ Qui son partement m'a cel.
+ Il ne s'en est pied all,
+ N'a cheval; las! et comment donc?
+ Soudainement s'en est voil,
+ Et ne m'a laiss quelque don.
+
+ XXIII.
+
+ All s'en est, et je demeure,
+ Pauvre de sens et de savoir,
+ Triste, failly, plus noir que meure,
+ Qui n'ay ne cens, rente, n'avoir;
+ Des miens le moindre, je n'y voir,
+ De me desadvouer s'avance,
+ Oublyans naturel devoir,
+ Par faulte d'ung peu de chevance.
+
+ XXIV.
+
+ Si ne crains avoir despendu,
+ Par friander et par leschier;
+ Par trop aimer n'ay riens vendu,
+ Que nuls me puissent reprouchier.
+ Au moins qui leur couste trop cher.
+ Je le dys, et ne croys mesdire.
+ De ce ne me puis revencher:
+ Qui n'a mfiait ne le doit dire.
+
+ XXV.
+
+ Est vrit que j'ay aym
+ Et que aymeroye voulentiers;
+ Mais triste cueur, ventre affam,
+ Qui n'est rassasi au tiers,
+ Me oste des amoureux sentiers.
+ Au fort, quelqu'un s'en recompense,
+ Qui est remply sur les chantiers, [P. 29]
+ Car de la panse vient la danse.
+
+ XXVI.
+
+ Bien say se j'eusse estudi
+ Ou temps de ma jeunesse folle,
+ Et bonnes meurs dedi,
+ J'eusse maison et couche molle!
+ Mais quoy? je fuyoye l'escolle,
+ Comme faict le mauvays enfant...
+ En escrivant ceste parolle,
+ A peu que le cueur ne me fend.
+
+ XXVII.
+
+ Le dict du Saige est trs beaulx dictz,
+ Favorable, et bien n'en puis mais,
+ Qui dit: Esjoys-toy, mon filz,
+ A ton adolescence; mais
+ Ailleurs sers bien d'ung autre mectz,
+ Car jeunesse et adolescence
+ (C'est son parler, ne moins ne mais)
+ Ne sont qu'abbus et ignorance.
+
+ XXVIII.
+
+ Mes jours s'en sont allez errant,
+ Comme, dit Job, d'une touaille
+ Sont les filetz, quant tisserant
+ Tient en son poing ardente paille:
+ Lors, s'il y a nul bout qui saille,
+ Soudainement il le ravit.
+ Si ne crains rien qui plus m'assaille,
+ Car la mort tout assouvyst.
+
+ XXIX. [P. 30]
+
+ O sont les gratieux gallans
+ Que je suyvoye au temps jadis,
+ Si bien chantans, si bien parlans,
+ Si plaisans en faictz et en dictz?
+ Les aucuns sont mortz et roydiz;
+ D'eulx n'est-il plus rien maintenant.
+ Respit ils ayent en paradis,
+ Et Dieu saulve le remenant!
+
+ XXX.
+
+ Et les aucuns sont devenuz,
+ Dieu mercy! grans seigneurs et maistres,
+ Les autres mendient tous nudz,
+ Et pain ne voyent qu'aux fenestres;
+ Les autres sont entrez en cloistres;
+ De Celestins et de Chartreux,
+ Bottez, housez, com pescheurs d'oystres:
+ Voil l'estat divers d'entre eulx.
+
+ XXXI.
+
+ Aux grans maistres Dieu doint bien faire
+ Vivans en paix et en requoy.
+ En eulx il n'y a que refaire;
+ Si s'en fait bon taire tout quoy.
+ Mais aux pauvres qui n'ont de quoy,
+ Comme moy, Dieu doint patience;
+ Aux aultres ne fault qui ne quoy,
+ Car assez ont pain et pitance.
+
+ XXXII.
+
+ Bons vins ont, souvent embrochez,
+ Saulces, brouetz et gros poissons;
+ Tartres, flans, oeufz fritz et pochez, [P. 31]
+ Perduz, et en toutes faons.
+ Pas ne ressemblent les maons,
+ Que servir fault si grand peine;
+ Ils ne veulent nulz eschanons,
+ Car de verser chascun se peine.
+
+ XXXIII.
+
+ En cest incident me suys mys,
+ Qui de rien ne sert mon faict.
+ Je ne suys juge, ne commis,
+ Pour punyr n'absouldre meffaict.
+ De tous suys le plus imparfaict.
+ Lou soit le doulx Jsus-Christ!
+ Que par moy leur soit satisfaict!
+ Ce que j'ay escript est escript.
+
+ XXXIV.
+
+ Laissons le monstier o il est;
+ Parlons de chose plus plaisante.
+ Ceste matire tous ne plaist:
+ Ennuyeuse est et desplaisante.
+ Pauvret, chagrine et dolente,
+ Tousjours despiteuse et rebelle,
+ Dit quelque parolle cuysante;
+ S'elle n'ose, si le pense-elle.
+
+ XXXV.
+
+ Pauvre je suys de ma jeunesse,
+ De pauvre et de petite extrace.
+ Mon pere n'eut oncq grand richesse.
+ Ne son ayeul, nomm Erace.
+ Pauvret tous nous suyt et trace.
+ Sur les tumbeaulx de mes ancestres,
+ Les ames desquelz Dieu embrasse, [P. 32]
+ On n'y voyt couronnes ne sceptres.
+
+ XXXVI.
+
+ De pouvret me guermentant,
+ Souventesfoys me dit le cueur:
+ Homme, ne te doulouse tant
+ Et ne demaine tel douleur,
+ Se tu n'as tant qu'eust Jacques Cueur.
+ Myeulx vault vivre soubz gros bureaux
+ Pauvre, qu'avoir est seigneur
+ Et pourrir soubz riches tumbeaux!
+
+ XXXVII.
+
+ Qu'avoir est seigneur!... Que dys?
+ Seigneur, lasse! ne l'est-il mais!
+ Selon ce que d'aulcun en dict,
+ Son lieu ne congnoistra jamais.
+ Quant du surplus, je m'en desmectz.
+ Il n'appartient moy, pcheur;
+ Aux thologiens le remectz,
+ Car c'est office de prescheur.
+
+ XXXVIII.
+
+ Si ne suys, bien le considre,
+ Filz d'ange, portant dyadme
+ D'etoille ne d'autre sydre.
+ Mon pre est mort, Dieu en ayt l'ame,
+ Quant est du corps, il gyst soubz lame...
+ J'entends que ma mre mourra,
+ Et le sait bien, la pauvre femme;
+ Et le filz pas ne demourra.
+
+ XXXIX. [P. 33]
+
+ Je congnoys que pauvres et riches,
+ Sages et folz, prebstres et laiz,
+ Noble et vilain, larges et chiches,
+ Petitz et grans, et beaulx et laidz,
+ Dames rebrassez colletz,
+ De quelconque condicion,
+ Portant attours et bourreletz,
+ Mort saisit sans exception.
+
+ XL.
+
+ Et mourut Paris et Hlne.
+ Quiconques meurt, meurt douleur.
+ Celluy qui perd vent et alaine,
+ Son fiel se crve sur son cueur,
+ Puys sue Dieu sait quelle sueur!
+ Et n'est qui de ses maulx l'allge:
+ Car enfans n'a, frre ne soeur,
+ Qui lors voulsist estre son pleige.
+
+ XLI.
+
+ La mort le faict frmir, pallir,
+ Le nez courber, les veines tendre,
+ Le col enfler, la chair mollir,
+ Joinctes et nerfs croistre et estendre.
+ Corps fminin, qui tant est tendre,
+ Polly, souef, si precieulx,
+ Te faudra-il ces maulx attendre?
+ Ouy, ou tout vif aller s cieulx.
+
+ [P. 34]
+
+ BALLADE
+ DES DAMES DU TEMPS JADIS.
+
+ Dictes-moy o, n'en quel pays,
+ Est Flora, la belle Romaine;
+ Archipiada, ne Thas,
+ Qui fut sa cousine germaine;
+ Echo, parlant quand bruyt on maine
+ Dessus rivire ou sus estan,
+ Qui beaut eut trop plus qu'humaine?
+ Mais o sont les neiges d'antan!
+
+ O est la trs sage Helos,
+ Pour qui fut chastr et puis moyne
+ Pierre Esbaillart Sainct-Denys?
+ Pour son amour eut cest essoyne.
+ Semblablement, o est la royne
+ Qui commanda que Buridan
+ Fust jett en ung sac en Seine?
+ Mais o sont les neiges d'antan!
+
+ La royne Blanche comme ung lys,
+ Qui chantoit voix de sereine;
+ Berthe au grand pied, Bietris, Allys;
+ Harembourges, qui tint le Mayne,
+ Et Jehanne, la bonne Lorraine,
+ Qu'Anglois bruslrent Rouen;
+ O sont-ilz, Vierge souveraine?...
+ Mais o sont les neiges d'antan!
+ [P. 35]
+ ENVOI
+
+ Prince, n'enquerez de sepmaine
+ O elles sont, ne de cest an,
+ Que ce refrain ne vous remaine:
+ Mais o sont les neiges d'antan!
+
+
+ BALLADE
+ DES SEIGNEURS DU TEMPS JADIS
+
+ Suyvant le propos prcdent.
+
+ Qui plus? O est le tiers Calixte,
+ Dernier deced de ce nom,
+ Qui quatre ans tint le Papaliste?
+ Alphonse, le roy d'Aragon,
+ Le gracieux duc de Bourbon,
+ Et Artus, le duc de Bretaigne,
+ Et Charles septiesme, le Bon?...
+ Mais o est le preux Charlemaigne!
+
+ Semblablement, le roy Scotiste,
+ Qui demy-face eut, ce dit-on,
+ Vermeille comme une amathiste
+ Depuys le front jusqu'au menton?
+ Le roy de Chypre, de renom;
+ Hlas! et le bon roy d'Espaigne,
+ Duquel je ne say pas le nom?...
+ Mais o est le preux Charlemaigne!
+
+ D'en plus parler je me dsiste; [P. 36]
+ Ce n'est que toute abusion.
+ Il n'est qui contre mort rsiste,
+ Ne qui treuve provision.
+ Encor fais une question:
+ Lancelot, le roy de Behaigne,
+ O est-il? O est son tayon?...
+ Mais o est le preux Charlemaigne!
+
+ ENVOI.
+
+ O est Claquin, le bon Breton?
+ O le comte Daulphin d'Auvergne,
+ Et le bon feu duc d'Alenon?...
+ Mais o est le preux Charlemaigne!
+
+
+ BALLADE
+
+ A ce propos, en vieil franois.
+
+ Mais o sont ly sainctz apostoles,
+ D'aulbes vestuz, d'amys coeffez,
+ Qui sont ceincts de sainctes estoles,
+ Dont par le col prent ly mauffez,
+ De maltalent tout eschauffez?
+ Aussi bien meurt tilz que servans;
+ De ceste vie sont bouffez:
+ Autant en emporte ly vens.
+
+ Voire, o sont de Constantinobles
+ L'emperier aux poings dorez,
+ Ou de France ly roy tresnobles,
+ Sur tous autres roys dcorez.
+ Qui, pour ly grand Dieux adorez, [P. 37]
+ Bastist eglises et convens?
+ S'en son temps il fut honorez,
+ Autant en emporte ly vens.
+
+ O sont de Vienne et de Grenobles
+ Ly Daulphin, ly preux, ly senez?
+ O, de Dijon, Sallins et Dolles,
+ Ly sires et ly filz aisnez?
+ O autant de leurs gens privez,
+ Heraulx, trompettes, poursuyvans?
+ Ont-ilz bien bout soubz le nez?...
+ Autant en emporte ly vens.
+
+ ENVOI.
+
+ Princes mort sont destinez,
+ Et tous autres qui sont vivans;
+ S'ils en sont coursez ou tennez,
+ Autant en emporte ly vens.
+
+
+ XLII.
+
+ Puys que papes, roys, filz de roys,
+ Et conceuz en ventres de roynes,
+ Sont enseveliz, mortz et froidz,
+ En aultruy mains passent leurs resnes;
+ Moy, pauvre mercerot de Renes,
+ Mourray-je pas? Ouy, se Dieu plaist;
+ Mais que j'aye faict mes estrenes,
+ Honneste mort ne me desplaist.
+
+ XLIII.
+
+ Ce monde n'est perpetuel,
+ Quoy que pense riche pillart;
+ Tous sommes soubz coutel mortel.
+ Ce confort prent pauvre vieillart, [P. 38]
+ Lequel d'estre plaisant raillart
+ Eut le bruyt, lorsque jeune estoit,
+ Qu'on tiendrait fol et paillait,
+ Se, vieil, railler se mettoit.
+
+ XLIV.
+
+ Or luy convient-il mendier,
+ Car ce force le contraint.
+ Regrette huy sa mort, et hier;
+ Tristesse son cueur si estrainct,
+ Souvent, se n'estoit Dieu qu'il crainct,
+ Il feroit un horrible faict.
+ Si advient qu'en ce Dieu enfrainct,
+ Et que luy-mesmes se deffaict.
+
+ XLV.
+
+ Car, s'en jeunesse il fut plaisant,
+ Ores plus rien ne dit qui plaise.
+ Tousjours vieil synge est desplaisant:
+ Moue ne faict qui ne desplaise.
+ S'il se taist, affin qu'il complaise,
+ Il est tenu pour fol recreu;
+ S'il parle, on luy dit qu'il se taise.
+ Et qu'en son prunier n'a pas creu.
+
+ XLVI.
+
+ Aussi, ces pauvres femmelettes,
+ Qui vieilles sont et n'ont de quoy,
+ Quand voyent jeunes pucellettes
+ En admenez et en requoy,
+ Lors demandent Dieu pourquoy
+ Si tost nasquirent, n'a quel droit?
+ Notre Seigneur s'en taist tout coy,
+ Car, au tanser, il le perdroit.
+
+ [P. 39]
+
+ LES REGRETS
+ DE LA BELLE HEAULMIRE
+
+ J parvenue vieillesse.
+
+ Advis m'est que j'oy regretter
+ La belle qui fut heaulmire,
+ Soy jeune fille souhaitter
+ Et parler en ceste manire:
+ Ha! vieillesse felonne et fire,
+ Pourquoy m'as si tost abatue?
+ Qui me tient que je ne me fire,
+ Et qu' ce coup je ne me tue?
+
+ Tollu m'as ma haulte franchise
+ Que beaut m'avoit ordonn
+ Sur clercz, marchans et gens d'Eglise:
+ Car alors n'estoit homme n
+ Qui tout le sien ne m'eust donn,
+ Quoy qu'il en fust des repentailles,
+ Mais que luy eusse abandonn
+ Ce que reffusent truandailles.
+
+ A maint homme l'ay reffus,
+ Qui n'estoit moy grand saigesse,
+ Pour l'amour d'ung garson rus,
+ Auquel j'en feiz grande largesse.
+ A qui que je feisse finesse,
+ Par m'ame, je l'amoye bien!
+ Or ne me faisoit que rudesse,
+ Et ne m'amoyt que pour le mien.
+
+ J ne me sceut tant detrayner, [P. 40]
+ Fouller au piedz, que ne l'aymasse,
+ Et m'eust-il faict les rains trayner,
+ S'il m'eust dit que je le baisasse
+ Et que tous mes maux oubliasse;
+ Le glouton, de mal entach,
+ M'embrassoit... J'en suis bien plus grasse!
+ Que m'en reste-il? Honte et pch.
+
+ Or il est mort, pass trente ans,
+ Et je remains vieille et chenue.
+ Quand je pense, lasse! au bon temps,
+ Quelle fus, quelle devenue;
+ Quand me regarde toute nue,
+ Et je me voy si trs-change,
+ Pauvre, seiche, maigre, menue,
+ Je suis presque toute enrage.
+
+ Qu'est devenu ce front poly,
+ Ces cheveulx blonds, sourcilz voultyz,
+ Grand entr'oeil, le regard joly,
+ Dont prenoye les plus subtilz;
+ Ce beau nez droit, grand ne petiz;
+ Ces petites joinctes oreilles,
+ Menton fourchu, cler vis traictis,
+ Et ces belles lvres vermeilles?
+
+ Ces gentes espaules menues,
+ Ces bras longs et ces mains tretisses;
+ Petitz tetins, hanches charnues,
+ Esleves, propres, faictisses
+ A tenir amoureuses lysses;
+ Ces larges reins, ce sadinet,
+ Assis sur grosses fermes cuysses, [P. 41]
+ Dedans son joly jardinet?
+
+ Le front rid, les cheveulx gris,
+ Les sourcilz cheuz, les yeulx estainctz,
+ Qui faisoient regars et ris,
+ Dont maintz marchans furent attaincts;
+ Nez courb, de beault loingtains;
+ Oreilles pendans et moussues;
+ Le vis pally, mort et destaincts;
+ Menton fonc, lvres peaussues:
+
+ C'est d'humaine beaut l'yssues!
+ Les bras courts et les mains contraictes,
+ Les espaulles toutes bossues;
+ Mammelles, quoy! toutes retraictes;
+ Telles les hanches que les tettes.
+ Du sadinet, fy! Quant des cuysses,
+ Cuysses ne sont plus, mais cuyssettes
+ Griveles comme saulcisses.
+
+ Ainsi le bon temps regretons
+ Entre nous, pauvres vieilles sottes,
+ Assises bas, croppetons,
+ Tout en ung tas comme pelottes,
+ A petit feu de chenevottes,
+ Tost allumes, tost estainctes;
+ Et jadis fusmes si mignottes!...
+ Ainsi en prend maintz et maintes.
+
+ [P. 42]
+
+ BALLADE DE LA BELLE HEAULMIRE
+ AUX FILLES DE JOIE.
+
+ Or y pensez, belle Gantire,
+ Qui m'escolire souliez estre,
+ Et vous, Blanche la Savetire,
+ Ores est temps de vous congnoistre.
+ Prenez dextre et senestre;
+ N'espargnez homme, je vous prie:
+ Car vieilles n'ont ne cours ne estre,
+ Ne que monnoye qu'on descrie.
+
+ Et vous, la gente Saulcissire,
+ Qui de dancer estes adextre;
+ Guillemette la Tapissire,
+ Ne mesprenez vers vostre maistre;
+ Tous vous fauldra clorre fenestre,
+ Quand deviendrez vieille, flestrie;
+ Plus ne servirez qu'un vieil prebstre,
+ Ne que monnoye qu'on descrie.
+
+ Jehanneton la Chaperonnire,
+ Gardez qu'ennuy ne vous empestre;
+ Katherine la Bouchire,
+ N'envoyez plus les hommes paistre:
+ Car qui belle n'est, ne perpetre
+ Leur bonne grace, mais leur rie.
+ Laide vieillesse amour n'impetre,
+ Ne que monnoye qu'on descrie.
+
+ ENVOI.
+
+ Filles, veuillez vous entremettre
+ D'escouter pourquoy pleure et crie
+ C'est que ne puys remde y mettre, [P. 43]
+ Ne que monnoye qu'on descrie.
+
+
+ XLVII.
+
+ Ceste leon icy leur baille
+ La belle et bonne de jadis;
+ Bien dit ou mal, vaille que vaille,
+ Enregistrer j'ay faict ces ditz
+ Par mon clerc Fremin l'estourdys,
+ Aussi rassis que je pense estre...
+ S'il me desment, je le mauldys:
+ Selon le clerc est deu le maistre.
+
+ XLVIII.
+
+ Si apercoy le grand danger
+ L o l'homme amoureux se boute...
+ H! qui me vouldroit laidanger
+ De ce mot, en disant: Escoute!
+ Se d'aymer t'estrange et reboute
+ Le barat de celles nommes,
+ Tu fais une bien folle doubte,
+ Car ce sont femmes diffames.
+
+ XLIX.
+
+ S'ils n'ayment fors que pour l'argent,
+ On ne les ayme que pour l'heure.
+ Rondement ayment toute gent,
+ Et rient lors quant bourse pleure.
+ De celles n'est qui ne recoeuvre;
+ Mais en femmes d'honneur et nom
+ Franc homme, se Dieu me sequeure,
+ Se doit employer; ailleurs, non.
+
+ L. [P. 44]
+
+ Je prens qu'aucun dye cecy,
+ Si ne me contente-il en rien.
+ En effect, je concludz ainsy,
+ Et sy le cuyde entendre bien,
+ Qu'on doit aymer en lieu de bien.
+ Asavoir-mon se ces fillettes,
+ Qu'en parolles toute jour tien,
+ Ne furent pas femmes honnestes?
+
+ LI.
+
+ Honnestes, si furent vrayement,
+ Sans avoir reproches ne blasmes.
+ S'il est vray que, au commencement,
+ Une chascune de ces femmes
+ Lors prindrent, ains qu'eussent diffames,
+ L'une ung clerc, ung lay, l'autre ung moine,
+ Pour estaindre d'amours les flammes,
+ Plus chauldes que feu Sainct-Antoine.
+
+ LII.
+
+ Or firent selon le decret
+ Leurs amys, et bien y appert;
+ Elles aymoient en lieu secret,
+ Car autre qu'eulx n'y avoit part.
+ Toutesfois, ceste amour se part:
+ Car celle qui n'en avoit qu'un
+ D'icelluy s'eslongne et despart,
+ Et ayme myeulx aymer chascun.
+
+ LIII.
+
+ Qui les meut ce? J'imagine,
+ Sans l'honneur des dames blasmer
+ Que c'est nature feminine, [P. 45]
+ Qui tout vivement veult aymer.
+ Autre chose n'y say rymer;
+ Fors qu'on dit, Reims et Troys,
+ Voire l'Isle et Sainct-Omer,
+ Que six ouvriers font plus que troys.
+
+ LIV.
+
+ Or ont les folz amans le bond,
+ Et les dames prins la volle;
+ C'est le droit loyer qu'amours ont;
+ Toute foy y est viole,
+ Quelque doulx baiser n'acolle.
+ De chiens, d'oyseaulx, d'armes, d'amours,
+ Chascun le dit la volle:
+ Pour ung plaisir mille doulours.
+
+
+
+ DOUBLE BALLADE
+ SUR LE MME PROPOS.
+
+ Pour ce, aymez tant que vouldrez,
+ Suyvez assembles et festes,
+ En la fin j mieulx n'en vauldrez,
+ Et sy n'y romprez que vos testes:
+ Folles amours font les gens bestes:
+ Salmon en idolatrya;
+ Samson en perdit ses lunettes...
+ Bien heureux est qui rien n'y a!
+
+ Orpheus, le doux menestrier,
+ Jouant de flustes et musettes,
+ En fut en dangier du meurtrier [P. 46]
+ Bon chien Cerberus troys testes;
+ Et Narcissus, _le bel honnestes_,
+ En ung profond puys se noya,
+ Pour l'amour de ses amourettes...
+ Bien heureux est qui rien n'y a!
+
+ Sardana, le preux chevalier,
+ Qui conquist le regne de Crtes,
+ En voult devenir moulier
+ Et filer entre pucellettes.
+ David ly roy, saige prophtes,
+ Craincte de Dieu en oublya,
+ Voyant laver cuisses bien faictes...
+ Bien heureux est qui rien n'y a!
+
+ Ammon en voult deshonnorer,
+ Feignant de manger tartelettes,
+ Sa soeur Thamar, et deflorer,
+ Qui fist choses moult deshonnestes;
+ Herodes (pas ne sont sornettes)
+ Sainct Jean-Baptiste en dcolla,
+ Pour dances, saultz et chansonnettes...
+ Bien heureux est qui rien n'y a!
+
+ De moy, pauvre, je veuil parler;
+ J'en fuz batu, comme ru telles,
+ Tout nud, j ne le quiers celer.
+ Qui me feit mascher ces groiselles,
+ Fors Katherine de Vauselles?
+ No le tiers ot, qui fut l.
+ Mitaines ces nopces telles,
+ Bien heureux est qui rien n'y a!
+
+ Mais que ce jeune bachelier [P. 47]
+ Laissast ces jeunes bachelettes,
+ Non! et, le deust-on vif brusler,
+ Comme ung chevaucheur d'escovettes.
+ Plus doulces luy sont que civettes;
+ Mais toutesfoys fol s'y fia:
+ Soient blanches, soient brunettes,
+ Bien heureux est qui rien n'y a!
+
+
+ LV.
+
+ Si celle que jadis servoye
+ De si bon cueur et loyaument,
+ Dont tant de maulx et griefz j'avoye,
+ Et souffroye tant de torment,
+ Se dit m'eust, au commencement,
+ Sa voulent (mais nenny, las!),
+ J'eusse mys peine aucunement,
+ De moy retraire de ses las.
+
+ LVI.
+
+ Quoy que je luy voulsisse dire,
+ Elle estoit preste d'escouter,
+ Sans m'accorder ne contredire;
+ Qui plus, me souffroit arrester,
+ Joignant elle prs s'accouter;
+ Et ainsi m'alloit amusant,
+ Et me souffroit tout racompter,
+ Mais ce n'estoit qu'en m'abusant.
+
+ LVII.
+
+ Abus m'a, et faict entendre
+ Tousjours d'ung que ce fust ung aultre;
+ De farine, que ce fust cendre;
+ D'ung mortier, ung chapeau de feautre; [P. 48]
+ De viel machefer, que fust peaultre;
+ D'ambesas, que ce fussent ternes...
+ Toujours trompant ou moy ou aultre,
+ Et vendoit vessies pour lanternes.
+
+ LVIII.
+
+ Du ciel, une poisle d'arain;
+ Des nues, une peau de veau;
+ Du matin, qu'estoit le serain;
+ D'un trongnon de chou, ung naveau;
+ D'orde cervoise, vin nouveau;
+ D'une truie, ung molin vent;
+ Et d'une hart, ung escheveau;
+ D'un gras abb, ung poursuyvant.
+
+ LIX.
+
+ Ainsi m'ont amours abus,
+ Et pourmen de l'uys au pesle.
+ Je croy qu'homme n'est si rus,
+ Fust fin comme argent de crepelle,
+ Qui n'y laissast linge et drapelle,
+ Mais qu'il fust ainsi many
+ Comme moy, qui partout m'appelle:
+ _L'Amant remys et reny_.
+
+ LX.
+
+ Je renye Amours et despite;
+ Je deffie feu et sang.
+ Mort par elles me precipite,
+ Et si ne leur vault pas d'ung blanc.
+ Ma vielle ay mys soubz le banc;
+ Amans je ne suyvray jamais;
+ Se jadis je fuz de leur ranc,
+ Je declaire que n'en suys mais.
+
+ LXI. [P. 49]
+
+ Car j'ay mys le plumail au vent:
+ Or le suyve qui a attente;
+ De ce me tays dorenevant.
+ Poursuyvre je vueil mon entente,
+ Et, s'aucun m'interroge ou tente
+ Comment d'amours ose mesdire,
+ Geste parolle les contente:
+ Qui meurt a ses loix de tout dire.
+
+ LXII.
+
+ Je cognoys approcher ma soef;
+ Je crache, blanc comme cotton,
+ Jacobins gros comme ung estoeuf:
+ Qu'est-ce dire? que Jenanneton
+ Plus ne me tient pour valeton,
+ Mais pour ung vieil us rgnait...
+ De vieil porte voix et le ton,
+ Et ne suys qu'ung jeune coquart.
+
+ LXIII.
+
+ Dieu mercy et Jaques Thibault,
+ Qui tant d'eau froide m'a faict boyre,
+ En ung bas lieu, non pas en hault;
+ Manger d'angoisse mainte poire;
+ Enferr... Quand j'en ay mmoire,
+ Je pry pour luy et _reliqua_,
+ Que Dieu luy doint... et voire, voire,
+ Ce que je pense... _et cetera_.
+
+ LXIV.
+
+ Toutesfoys, je n'y pense mal,
+ Pour luy et pour son lieutenant;
+ Aussy pour son official, [P. 50]
+ Qui est plaisant et advenant,
+ Que faire n'ay du remenant;
+ Mais du petit maistre Robert?...
+ Je les ayme, tout d'ung tenant,
+ Ainsi que faict Dieu le Lombart.
+
+ LXV.
+
+ Si me souvient, mon advis,
+ Que je feis, mon partement,
+ Certains lays, l'an cinquante six,
+ Qu'aucuns, sans mon consentement,
+ Voulurent nommer _Testament_;
+ Leur plaisir fut, et non le mien:
+ Mais quoy! on dit communement,
+ Qu'un chascun n'est maistre du sien.
+
+ LXVI.
+
+ S'ainsi estoit qu'aulcun n'eust pas
+ Receu les lays que je luy mande,
+ J'ordonne que, aprs mon trespas,
+ A mes hoirs en face demande;
+ Qui sont-ilz? si on le demande:
+ Moreau, Provins, Robin Turgis;
+ De moy, par dictez que leur mande,
+ Ont eu jusqu'au lict o je gys.
+
+ LXVII.
+
+ Pour le rvoquer ne le dy,
+ Et y courust toute ma terre;
+ De piti en suys refroidy,
+ Envers le bastard de la Barre:
+ Parmy ses trois gluvons de foerre,
+ Je luy donne mes vieilles nattes;
+ Bonnes seront pour tenir serre, [P. 51]
+ Et soy soustenir sur ses pattes.
+
+ LXVIII.
+
+ Somme, plus ne diray qu'ung mot,
+ Car commencer veuil tester:
+ Devant mon clerc Fremin, qui m'ot
+ (S'il ne dort), je vueil protester,
+ Que n'entends homme detester,
+ En ceste presente ordonnance;
+ Et ne la vueil manifester
+ Sinon au royaulme de France.
+
+ LXIX.
+
+ Je sens mon cueur qui s'affoiblist,
+ Et plus je ne puys papier.
+ Fremin, siez-toy prs de mon lict,
+ Que l'on ne me viengne espier!
+ Prens tost encre, plume et papier,
+ Ce que nomme escryz vistement;
+ Puys fais-le partout copier,
+ Et vecy le commancement.
+
+
+ _Ici commance Villon tester_.
+
+ LXX.
+
+ Au nom de Dieu, Pre eternel.
+ Et du Filz que Vierge parit,
+ Dieu au Pre oeternel,
+ Ensemble et du Sainct Esperit,
+ Qui saulva ce qu'Adam prit,
+ Et du pery pare les Cieulx...
+ Qui bien ce croyt, peu ne merit: [P. 52]
+ De gens mortz se font petiz Dieux.
+
+ LXXI.
+
+ Mortz estoient, et corps et ames,
+ En damne perdition;
+ Corps pourriz, et ames en flammes,
+ De quelconque condition;
+ Toutesfoys, fais exception
+ Des patriarches et prophtes;
+ Car, selon ma conception,
+ Oncques grand chault n'eurent aux fesses.
+
+ LXXII.
+
+ Qui me diroit: Qui te faict mectre
+ Si trs-avant ceste parolle,
+ Qui n'es en Thologie maistre?
+ A toy est presumption folle.
+ --C'est de JESUS la parabolle,
+ Touchant le Riche ensevely
+ En feu, non pas en couche molle,
+ Et du Ladre, de dessus ly.
+
+ LXXIII.
+
+ Si du Ladre eust veu le doy ardre,
+ J n'en eust requis refrigre,
+ N'au bout d'icelluy doiz aherdre,
+ Pour refreschir sa maschoure.
+ Pions y feront mate chre,
+ Qui boy vent pourpoinct et chemise:
+ Puys que boyture y est si chre,
+ Dieu nous garde de la main mise!
+
+ LXXIV. [P. 53]
+
+ Ou nom de Dieu, comme j'ay dit,
+ Et de sa glorieuse Mre,
+ Sans pech soit parfaict ce dict
+ Par moy, plus maigre que chimere;
+ Si je n'ay eu fivre effimre,
+ Ce m'a faict divine clmence;
+ Mais d'autre dueil et perte amre
+ Je me tays, et ainsi commence:
+
+ LXXV.
+
+ Premier, je donne ma pauvre ame
+ A la benoiste Trinit,
+ Et la commande Nostre Dame,
+ Chambre de la divinit;
+ Priant toute la charit
+ Des dignes neuf Ordres des cieulx,
+ Que par eulx soit ce don port
+ Devant le Trosne prcieux.
+
+ LXXVI.
+
+ Item, mon corps j'ordonne et laisse
+ A nostre grand mre la terre;
+ Les vers n'y trouveront grand gresse:
+ Trop lui a faict faim dure guerre.
+ Or luy soit dlivr grand erre;
+ De terre vint, en terre tourne.
+ Toute chose, se par trop n'erre,
+ voulentiers en son lieu retourne.
+
+ LXXVII.
+
+ Item, et mon plus que pre,
+ Maistre Guillaume de Villon
+ Qui m'a est plus doulx que mre [P. 54]
+ D'enfant eslev de maillon;
+ Dejett m'a de maint boillon,
+ Et de cestuy pas ne s'esjoye,
+ Si luy requiers genoillon,
+ Qu'il m'en laisse toute la joye.
+
+ LXXVIII.
+
+ Je luy donne ma librairie,
+ Et le _Rommant du Pet au Diable_,
+ Lequel maistre Gui Tabarie
+ Grossoya, qu'est hom vritable.
+ Par cayers est soubz une table.
+ Combien qu'il soit rudement faict,
+ La matire est si trs notable,
+ Qu'elle amende tout le meffaict.
+
+ LXXIX.
+
+ Item, donne ma bonne mre
+ Pour saluer nostre Maistresse,
+ Qui pour moy eut douleur amre,
+ Dieu le sait, et mainte tristesse;
+ Autre chastel ou fosteresse
+ N'ay o retraire corps et ame,
+ Quand sur moy court male destresse,
+ Ne ma mre, la povre femme!
+
+ [P. 55]
+
+ BALLADE
+ QUE VILLON FEIT A LA REQUESTE DE SA MRE,
+ POUR PRIER NOSTRE-DAME.
+
+ Dame du ciel, rgente terrienne,
+ Emperire des infernaulx palux,
+ Recevez-moy, vostre humble chrestienne,
+ Que comprinse soye entre voz esleuz,
+ Ce non obstant qu'oncques rien ne valuz.
+ Les biens de vous, ma dame et ma maistresse,
+ Sont trop plus grans que ne suis pecheresse,
+ Sans lesquelz biens ame ne peult merir
+ N'avoir les cieulx, je n'en suis jengleresse.
+ En ceste foy je vueil vivre et mourir.
+
+ A vostre Filz dictes que je suis sienne;
+ Que de luy soyent mes pchez aboluz:
+ Pardonns moi comme l'Egyptienne,
+ Ou comme il feit au clerc Theophilus,
+ Lequel par vous fut quitte et absoluz,
+ Combien qu'il eust au diable faict promesse.
+ Preservez-moy, que je ne face cesse;
+ Vierge, pourtant, me vouillis impartir
+ Le sacrement qu'on celebre la messe.
+ En ceste foy je vueil vivre et mourir.
+
+ Femme je suis povrette et ancienne,
+ Ne riens ne say; oncques lettre ne leuz;
+ Au monstier voy dont suis parroissienne
+ Paradis painct, o sont harpes et luz,
+ Et ung enfer o damnez sont boulluz: [P. 56]
+ L'ung me faict paour, l'autre joye et liesse.
+ La joye avoir fais-moy, haulte Deesse,
+ A qui pecheurs doivent tous recourir,
+ Comblez de foy, sans faincte ne paresse.
+ En ceste foy je vueil vivre et mourir.
+
+ ENVOI.
+
+ Vous portastes, Vierge, digne princesse,
+ JESUS rgnant, qui n'a ne fin ne cesse.
+ Le Tout-Puissant, prenant nostre foiblesse,
+ Laissa les cieulx et nous vint secourir;
+ Offrist mort sa trs clre jeunesse;
+ Nostre Seigneur tel est, tel le confesse.
+ En ceste foy je vueil vivre et mourir.
+
+
+
+ LXXX.
+
+ Item, m'amour, ma chre Ros,
+ Ne luy laisse ne cueur ne foye:
+ Elle aymeroit mieulx autre chose,
+ Combien qu'elle ait assez monnoye:
+ Quoy? une grand bourse de soye,
+ Pleine d'escuz, profonde et large:
+ Mais pendu soit-il, que je soye,
+ Qui luy lairra escu ne targe.
+
+ LXXXI.
+
+ Car elle en a, sans moy, assez.
+ Mais de cela il ne m'en chault;
+ Mes grans deduictz en sont passez;
+ Plus n'en ay le cropion chauld.
+ Si m'en desmetz aux hoirs Michault, [P. 57]
+ Qui fut nomm le bon fouterre.
+ Priez pour luy, faictes ung sault:
+ A Saint-Satur gist, soubz Sancerre.
+
+ LXXXII.
+
+ Ce non obstant, pour m'acquitter
+ Envers Amours, plus qu'envers elle,
+ Car oncques n'y peuz acquester
+ D'amours une seule estincelle;
+ Ne say s' tous est si rebelle
+ Qu' moy: ce ne m'est grand esmoy;
+ Mais, par saincte Marie la belle!
+ Je n'y voy que rire pour moy.
+
+ LXXXIII.
+
+ Ceste Ballade luy envoye,
+ Qui se termine toute en R.
+ Qui la portera? que j'y voye:
+ Ce sera Pernet de la Barre,
+ Pourveu, s'il rencontre en son erre
+ Ma damoyselle au nez tortu,
+ Il luy dira, sans plus enquerre:
+ Orde paillarde, d'o viens-tu?
+
+
+
+ BALLADE
+ DE VILLON A S'AMYE.
+
+ Faulse beault, qui tant me couste cher.
+ Rude en effect, hypocrite doulceur;
+ Amour dure, plus que fer, mascher; [P. 58]
+ Nommer que puis de ma deffaon soeur,
+ Cherme felon, la mort d'ung povre cueur,
+ Orgueil muss, qui gens met au mourir;
+ Yeulx sans piti! ne veult droicte rigueur,
+ Sans empirer, ung pauvre secourir?
+
+ Mieulx m'eust valu avoir est crier
+ Ailleurs secours, c'eust est mon bonheur:
+ Rien ne m'eust sceu hors de ce fait chasser;
+ Trotter m'en fault en fuyte deshonneur.
+ Haro, haro, le grand et le mineur!
+ Et qu'est cecy? mourray, sans coup ferir,
+ Ou piti veult, selon ceste teneur,
+ Sans empirer, ung povre secourir.
+
+ Ung temps viendra, qui fera desseicher,
+ Jaulnir, flestrir, vostre espanie fleur:
+ Je m'en risse, se tant peusse marcher,
+ Mais nenny: lors (ce seroit donc foleur)
+ Vieil je seray; vous, laide, et sans couleur.
+ Or, beuvez fort, tant que ru peult courir.
+ Ne donnez pas tous ceste douleur,
+ Sans empirer, ung povre secourir.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince amoureux, des amans le greigneur,
+ Vostre mal gr ne vouldroye encourir;
+ Mais tout franc cueur doit, par Nostre Seigneur,
+ Sans empirer, ung povre secourir.
+
+
+ [P. 59]
+ LXXXIV.
+
+ Item, maistre Ythier, marchant,
+ Auquel mon branc laissay jadis,
+ Donne (mais qu'il le mette en chant),
+ Ce lay, contenant des vers dix;
+ Et aussi ung _De profundis_
+ Pour ses anciennes amours,
+ Desquelles le nom je ne dis,
+ Car il me herroit tousjours.
+
+
+
+ LAY OU PLUSTOST RONDEAU.
+
+ MORT, j'appelle de ta rigueur,
+ Qui m'as ma maistresse ravie,
+ Et n'es pas encore assouvie,
+ Se tu ne me tiens en langueur.
+ Onc puis n'euz force ne vigueur;
+ Mais que te nuysoit-elle en vie,
+ Mort?
+
+ Deux estions, et n'avions qu'ung cueur;
+ S'il est mort, force est que dvie,
+ Voire, ou que je vive sans vie,
+ Comme les images, par cueur,
+ Mort!
+
+
+
+ LXXXV.
+
+ Item, maistre Jehan Cornu,
+ Autres nouveaux lays luy vueil faire,
+ Car il m'a tousjours secouru [P. 60]
+ A mon grand besoing et affaire:
+ Pour ce, le jardin luy transfre,
+ Que maistre Pierre Bourguignon
+ Me renta, en faisant refaire
+ L'huys, et redrecier le pignon.
+
+ LXXXVI.
+
+ Par faulte d'ung huys, j'y perdis
+ Ung grez, et ung manche de houe.
+ Alors, huyt faulcons, non pas dix,
+ N'y eussent pas prins une alloe.
+ L'hostel est seur, mais qu'on le cloe.
+ Pour enseigne y mis ung havet;
+ Qui que l'ait prins, point ne l'en loe:
+ Sanglante nuict et bas chevet!
+
+ LXXXVII.
+
+ Item, et pource que la femme
+ De maistre Pierre Sainct Amant
+ (Combien, si coulpe y a ou blasme,
+ Dieu luy pardonne doulcement!)
+ Me meist en reng de caymant,
+ Pour le Cheval Blanc qui ne bouge,
+ Luy changeay une jument,
+ Et la Mulle ung Asne rouge.
+
+ LXXXVIII.
+
+ Item, donne sire Denys
+ Hesselin, Esleu de Paris,
+ Quatorze muys de vin d'Aulnis,
+ Prins chez Turgis, mes perilz.
+ S'il en beuvoit tant que periz
+ En fust son sens et sa raison,
+ Qu'on mette de l'eau es barrilz: [P. 61]
+ Vin perd mainte bonne maison.
+
+ LXXXIX.
+
+ Item, donne mon advocat,
+ Maistre Guillaume Charruau,
+ Quoy qu'il marchande ou ait estt,
+ Mon branc... Je me tays du fourreau,
+ Il aura, avec ce, ung rau
+ En change, affin que sa bourse enfle,
+ Prins sur la chausse et carreau
+ De la grand closture du Temple.
+
+ Item, mon procureur Fournier
+ Aura, pour toutes ses corves
+ (Simple seroit de l'espargner;
+ En ma bourse quatre haves),
+ Car maintes causes m'a saulves,
+ Justes, ainsi, JESUS-CHRIST m'ayde!
+ Comme elles ont est trouves;
+ Mais bon droit a bon mestier d'ayde.
+
+ XCI.
+
+ Item, je donne maistre Jaques
+ Raguyer le grant godet de Grve,
+ Pourveu qu'il payera quatre plaques,
+ Deust-il vendre, quoy qu'il luy griefve,
+ Ce dont on ceuvre mol et grve;
+ Aller sans chausses et chappin,
+ Tous les matins, quand il se live,
+ Au trou de la Pomme de pin.
+
+ XCII. [P. 62]
+
+ Item, quant est de Mairebeuf,
+ Et de Nicolas de Louviers,
+ Vache ne leur donne ne beuf,
+ Car vachers ne sont, ne bouviers,
+ Mais gens porter esperviers,
+ Ne cuidez pas que je vous joue,
+ Pour prendre perdriz et plouviers,
+ Sans faillir, sur la Maschecroe.
+
+ XCIII.
+
+ Item, vienne Robert Turgis
+ A moy, je luy payeray son vin,
+ Combien, s'il trouve mon logis,
+ Plus fort sera que le devin.
+ Le droit luy donne d'eschevin,
+ Que j'ay comme enfant de Paris...
+ Se je parle ung peu poictevin,
+ Ilce m'ont deux dames appris.
+
+ XCIV.
+
+ Filles sont trs belles et gentes,
+ Demourantes Sainct-Genou,
+ Prs Sainct-Julian des Voventes,
+ Marches de Bretaigne ou Poictou,
+ Mais je ne dy proprement o,
+ Or y pensez trestous les jours,
+ Car je ne suis mie si fou...
+ Je pense celer mes amours.
+
+ XCV.
+
+ Item, Jehan Raguyer je donne,
+ Qui est sergent, voir des Douze,
+ Tant qu'il vivra, ainsi l'ordonne, [P. 63]
+ Tous les jours une talemouze,
+ Pour brouter et fourrer sa mouse,
+ Prinse la table de Bailly;
+ A Maubuay sa gorge arrouse,
+ Car manger n'a pas failly.
+
+ XCVI.
+
+ Item, donne au prince des Sotz
+ Pour ung bon sot Michault du Four,
+ Qui la fois dit de bons motz
+ Et chante bien: _Ma doulce amour_!
+ Avec ce, il aura le bonjour.
+ Brief, mais qu'il fust ung peu en poinct,
+ Il est ung droit sot de sjour,
+ Et est plaisant o il n'est point.
+
+ XCVII.
+
+ Item, aux unze vingtz Sergens
+ Donne, car leur faict est honneste,
+ Et sont bonnes et doulces gens,
+ Denis Richier, et Jehan Vallette,
+ A chascun une grand cornette,
+ Pour pendre leurs chappeaulx de feautre
+ J'entendz ceulx de pied, hohecte!
+ Car je n'ay que faire des autres.
+
+ XCVIII.
+
+ Derechef, donne Prinet,
+ J'entendz le bastard de la Barre,
+ Pour ce qu'il est beau fils et net,
+ En son escu, en lieu de barre,
+ Trois detz plombez, de bonne carre,
+ Ou ung beau joly jeu de cartes...
+ Mais quoy! s'on l'oyt vessir ne poirre, [P. 64]
+ En oultre aura les fivres quartes.
+
+ XCIX.
+
+ Item, ne vueil plus que Chollet
+ Dolle, trenche, douve ne boyse,
+ Relye brocq ne tonnelet,
+ Mais tous ses outilz changer voyse
+ A une espe lyonnoise,
+ Et retienne le hutinet:
+ Combien qu'il n'ayme bruyt ne noyse,
+ Si luy plaist-il ung tantinet.
+
+ C.
+
+ Item, je donne Jehan le Lou,
+ Homme de bien et bon marchant,
+ Pour ce qu'il est linget et flou,
+ Et que Chollet est mal chassant,
+ Par les rues plustost qu'au champ,
+ Qui ne lairra poulaille en voye,
+ Le long tabart, et bien cachant,
+ Pour les musser, qu'on ne les voye.
+
+ CI.
+
+ Item, l'orfvre Du Boys,
+ Donne cent clouz, queues et testes,
+ De gingembre sarazinoys,
+ Non pas pour accoupler ses boytes,
+ Mais pour conjoindre culz et coettes,
+ Et couldre jambons et andoilles,
+ Tant que le laict en monte aux tettes,
+ Et le sang en devalle aux coilles.
+
+ CII. [P. 65]
+
+ Au cappitaine Jehan Riou,
+ Tant pour luy que pour ses archiers,
+ Je donne six livres de lou,
+ Qui n'est pas viande porchiers,
+ Prins gros mastins de bouchiers,
+ Et cuittes de vin de buffet.
+ Pour manger de ces morceaulx chiers,
+ On en ferait bien un mau faict.
+
+ CIII.
+
+ C'est viande ung peu plus pesante,
+ Que duvet, ne plume, ne lige.
+ Elle est bonne porter en tente,
+ Ou pour user en quelque sige.
+ Et, s'ilz estoient prins en un pige,
+ Les mastins, qu'ils ne sceussent courre,
+ J'ordonne, moy qui suis bon mige,
+ Que des peaulx, sur l'hyver, se fourre.
+
+ CIV.
+
+ Item, Robin Troussecaille,
+ Qui s'est en service bien faict;
+ A pied ne va comme une caille,
+ Mais sur roussin gros et reffaict:
+ Je luy donne, de mon buffet,
+ Une jatte qu'emprunter n'ose;
+ Si aura mesnage parfait:
+ Plus ne luy failloit autre chose.
+
+ CV.
+
+ Item, donne Perrot Girard,
+ Barbier jur du Bourg-la-Royne,
+ Deux bassins et ung coquemard, [P. 66]
+ Puis qu' gaigner mect telle peine.
+ Des ans y a demy douzaine,
+ Qu'en son hostel, de cochons gras
+ M'apastela une sepmaine;
+ Tesmoing l'abesse de Pourras.
+
+ CVI.
+
+ Item, aux Frres mendians,
+ Aux Devotes et aux Beguines,
+ Tant de Paris que d'Orlans,
+ Tant Turlupins que Turlupines,
+ De grasses souppes jacobines
+ Et flans leurs fais oblation;
+ Et puis aprs, soubz les courtines,
+ Parler de contemplation.
+
+ CVII.
+
+ Si ne suis-je pas qui leur donne,
+ Mais du tout en sont-ce les mres,
+ Et Dieu, qui ainsi les guerdonne,
+ Pour qui souffrent peines amres.
+ Il fault qu'ilz vivent, les beaulx pres,
+ Et mesmement ceulx de Paris.
+ S'ilz font plaisir noz commres,
+ Ilz ayment ainsi les maris.
+
+ CVIII.
+
+ Quoy que maistre Jehan de Pontlieu
+ En voulsist dire, _et reliqua_,
+ Contrainct et en publique lieu,
+ Voulsist ou non, s'en revocqua.
+ Maistre Jehan de Mehun se moqua
+ De leur faon; si feit Mathieu.
+ Mais on doit honorer ce qu'a [P. 67]
+ Honnor l'Eglise de Dieu.
+
+ CIX.
+
+ Si me submectz, leur serviteur,
+ En tout ce que puis faire et dire,
+ A les honorer de bon cueur,
+ Et servir, sans y contredire.
+ L'homme bien fol est d'en mesdire,
+ Car, soit part, ou en prescher,
+ Ou ailleurs, il ne fault pas dire
+ Si gens sont pour eux revencher.
+
+ CX.
+
+ Item, je donne frre Baulde,
+ Demeurant l'hostel des Carmes,
+ Portant chre hardie et baulde,
+ Une sallade et deux guysarmes,
+ Que De Tusca et ses gens d'armes
+ Ne luy riblent sa Caige-vert.
+ Vieil est: s'il ne se rend aux armes,
+ C'est bien le diable de Vauvert.
+
+ CXI.
+
+ Item, pour ce que le Scelleur,
+ Maint estront de mousche masch,
+ Donne, car homme est de valleur,
+ Son sceau davantage crach,
+ Et qu'il ait le pouce escach,
+ Pour tout comprendre une voye;
+ J'entendz celluy de l'Evesch,
+ Car les autres, Dieu les pourvoye.
+
+ CXII. [P. 68]
+
+ Quant de messieurs les Auditeux,
+ Leur chambre auront lembroyse;
+ Et ceulx qui ont les culz rongneux,
+ Chascun une chaise perse,
+ Mais qu' la petite Mace
+ D'Orlans, qui eut ma ceincture,
+ L'amende soit bien hault taxe:
+ Elle est une mauvaise ordure.
+
+ CXIII.
+
+ Item, donne maistre Franoys,
+ Promoteur de la vacquerie,
+ Ung hault gorgerin d'Escossoys,
+ Toutesfois sans orfaverie;
+ Car, quant receut chevalerie,
+ Il maugrea Dieu et saint George.
+ Parler n'en oyt qu'il ne s'en rie,
+ Comme enrag, pleine gorge.
+
+ CXIV.
+
+ Item, maistre Jehan Laurens,
+ Qui a les povres yeulx si rouges,
+ Par le pech de ses parens,
+ Qui beurent en barilz et courges,
+ Je donne l'envers de mes bouges,
+ Pour chascun matin les torcher...
+ S'il fust archevesque de Bourges,
+ Du cendal eust, mais il est cher.
+
+ CXV.
+
+ Item, maistre Jehan Cotard,
+ Mon procureur en Court d'Eglise,
+ Devoye environ ung patard, [P. 69]
+ Car present bien m'en advise,
+ Quant chicanner me feit Denise,
+ Disant que l'avoye mauldite;
+ Pour son ame, qu's cieulx soit mise!
+ Ceste Oraison j'ay cy escripte.
+
+
+ BALLADE ET ORAISON.
+
+ Pre No, qui plantastes la vigne;
+ Vous aussi, Loth, qui bustes au rocher,
+ Par tel party qu'Amour, qui gens engigne,
+ De vos filles si vous feit approcher,
+ Pas ne le dy pour le vous reprocher,
+ Architriclin, qui bien sceustes cest art,
+ Tous trois vous pry qu'o vous veuillez percher
+ L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard!
+
+ Jadis extraict il fut de vostre ligne,
+ Luy qui beuvoit du meilleur et plus cher;
+ Et ne deust-il avoir vaillant ung pigne,
+ Certes, sur tous, c'estoit un bon archer;
+ On ne luy sceut pot des mains arracher,
+ Car de bien boire oncques ne fut faitard.
+ Nobles seigneurs, ne souffrez empescher
+ L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard!
+
+ Comme um viellart qui chancelle et trepign
+ L'ay veu souvent, quand il s'alloit coucher;
+ Et une foys il se feit une bigne,
+ Bien m'en souvient, l'estal d'ung boucher.
+ Brief, on n'eust seu en ce monde chercher [P. 70]
+ Meilleur pion, pour boire tost et tard.
+ Faictes entrer quand vous orrez hucher
+ L'me du bon feu maistre Jehan Cotard.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, il n'eust seu jusqu' terre cracher;
+ Tousjours crioyt: Haro, la gorge m'ard!
+ Et si ne sceut oncq sa soif estancher,
+ L'me du bon feu maistre Jehan Cotard.
+
+
+
+ CXVI.
+
+ Item, vueil que le jeune Merle
+ Dsormais gouverne mon change,
+ Car de changer envys me mesle,
+ Pourveu que tousjours baille en change,
+ Soit priv, soit estrange,
+ Pour trois escus, six brettes targes;
+ Pour deux angelotz, ung grand ange:
+ Car amans doivent estre larges.
+
+ CXVII.
+
+ Item, j'ay seu, ce voyage,
+ Que mes trois povres orphelins
+ Sont creus et deviennent en aage,
+ Et n'ont pas testes de belins,
+ Et qu'enfans d'icy Salins
+ N'a mieulx saichans leur tour d'escolle;
+ Or, par l'ordre des Mathelins,
+ Telle jeunesse n'est pas folle.
+
+ CXVIII. [P. 71]
+
+ Si vueil qu'ilz voysent l'estude;
+ O? chez maistre Pierre Richer.
+ Le _Donnait_ est pour eulx trop rude:
+ J ne les y vueil empescher.
+ Ilz sauront, je l'ayme plus cher:
+ _Ave salus, tibi decus_,
+ Sans plus grandes lettres chercher:
+ Tousjours n'ont pas clercs le dessus.
+
+ CXIX.
+
+ Cecy estudient, et puis ho!
+ Plus procder je leur deffens.
+ Quant d'entendre le grand _Credo_,
+ Trop fort il est pour telz enfans.
+ Mon grant tabard en deux je fendz:
+ Si vueil que la moicti s'en vende,
+ Pour eulx en achepter des flans,
+ Car jeunesse est ung peu friande.
+
+ CXX.
+
+ Et veuil qu'ilz soyent informez
+ En meurs, quoy que couste bature;
+ Chapperons auront enfermez,
+ Et les poulces soubz la ceincture;
+ Humbles toute crature;
+ Disans: _Hen? Quoy? Il n'en est rien!_
+ Si diront gens, par adventure:
+ Voycy enfans de lieu de bien!
+
+ CXXI.
+
+ Item, mes pouvres clergeons,
+ Auxquelz mes titres je resigne,
+ Beaulx enfans et droictz comme joncs, [P. 72]
+ Les voyans, je m'en dessaisine,
+ Et, sans recevoir, leur assigne,
+ Seur comme qui l'auroit en paulme,
+ A une certain jour que l'on signe,
+ Sur l'hostel de Guesdry Guillaume.
+
+ CXXII.
+
+ Quoy que jeunes et esbatans
+ Soyent, en rien ne me desplaist;
+ Dedans vingt, trente ou quarante ans
+ Bien autres seront, se Dieu plaist.
+ Il faict mal qui ne leur complaist,
+ Car ce sont beaux enfans et gents;
+ Et qui les bat ne fiert, fol est,
+ Car enfans si deviennent gens.
+
+ CXXIII.
+
+ Les bourses des Dix-et-huict clers
+ Auront; je m'y vueil travailler:
+ Pas ilz ne dorment comme lerz,
+ Qui trois mois sont sans resveiller.
+ Au fort, triste est le sommeiller
+ Qui faict aise jeune en jeunesse,
+ Tant qu'enfin luy faille veiller,
+ Quant reposer deust en vieillesse.
+
+ CXXIV.
+
+ Cy en escris au collateur
+ Lettres semblables et pareilles:
+ Or prient pour leur bienfaicteur,
+ Ou qu'on leur tire les oreilles.
+ Aucunes gens ont grand merveilles,
+ Que tant m'encline envers ces deux;
+ Mais, foy que doy, festes et veilles, [P. 73]
+ Oncques ne vey les mres d'eulx!
+
+ CXXV.
+
+ Item, et Michault Culdou,
+ Et sire Charlot Taranne,
+ Cent solz: s'ilz demandent prins o?
+ Ne leur chaille; ils viendront de manne;
+ Et unes houses de basanne,
+ Autant empeigne que semelle;
+ Pourveu qu'ils me saulveront Jehanne,
+ Et autant une autre comme elle.
+
+ CXXVI.
+
+ Item, au seigneur de Grigny,
+ Auquel jadis laissay Vicestre,
+ Je donne la tour de Billy,
+ Pourveu, se huys y a ne fenestre
+ Qui soit ne debout ne en estre,
+ Qu'il mette trs bien tout appoinct:
+ Face argent dextre, senestre:
+ Il m'en fault, et il n'en a point.
+
+ CXXVII.
+
+ Item, Thibault de la Garde:
+ Thibault? je mentz, il a nom Jehan;
+ Que luy donray-je, que ne perde?
+ Assez ay perdu tout cest an.
+ Dieu le vueille pourvoir, _amen...!_
+ Le barillet? par m'ame, voyre!
+ Genevoys est le plus ancien,
+ Et plus beau nez a pour y boyre.
+
+
+ CXXVIII. [P. 74]
+
+ Item, je donne Basanyer,
+ Notaire et greffier criminel,
+ De giroffle plain ung panyer,
+ Prins chez maistre Jehan de Ruel.
+ Tant Mautainct; tant Rosnel;
+ Et, avec ce don de giroffle,
+ Servir, de cueur gent et ysnel,
+ Le seigneur qui sert sainct Cristofle,
+
+ CXXIX.
+
+ Auquel ceste Ballade donne,
+ Pour sa dame, qui tous biens a.
+ S'Amour ainsi tous ne guerdonne,
+ Je ne m'esbahys de cela;
+ Car au Pas conquest celle a
+ Que tint Ren, roy de Cecille,
+ O si bien fist et peu parla
+ Qu'oncques Hector feit, ne Trole.
+
+
+
+ BALLADE
+
+ Que Villon donna un gentilhomme, nouvellement mari, pour
+ l'envoyer son espouse, par luy conquise l'espe.
+
+ Au poinct du jour, que l'esprevier se bat,
+ Meu de plaisir et par noble coustume,
+ Bruyt il demaine et de joye s'esbat,
+ Reoit son per et se joint la plume:
+ Ainsi vous vueil, ce dsir m'allume.
+ Joyeusement ce qu'aux amans bon semble. [P. 75]
+ Sachez qu'Amour l'escript en son volume,
+ Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.
+
+ Dame serez de mon cueur, sans debat,
+ Entierement, jusques mort me consume.
+ Laurier soef qui pour mon droit combat,
+ Olivier franc, m'ostant toute amertume.
+ Raison ne veult que je desaccoustume,
+ Et en ce vueil avec elle m'assemble,
+ De vous servir, mais que m'y accoustume;
+ Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.
+
+ Et qui plus est, quand dueil sur moy s'embat,
+ Par fortune qui sur moy si se fume,
+ Vostre doulx oeil sa malice rabat,
+ Ne plus ne moins que le vent faict la fume.
+ Si ne perds pas la graine que je sume
+ En vostre champ, car le fruict me ressemble:
+ Dieu m'ordonne que le fouysse et fume;
+ Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.
+
+ ENVOI.
+
+ Princesse, oyez ce que cy vous resume:
+ Que le mien cueur du vostre desassemble
+ J ne sera: tant de vous en presume;
+ Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.
+
+
+
+ CXXX.
+
+ Item, sire Jehan Perdryer,
+ Riens, n' Franoys, son second frre.
+ Si m'ont-ilz voulu aydier, [P. 76]
+ Et de leurs biens faire confrre;
+ Combien que Franoys, mon compre,
+ Contre langues flambans et rouges,
+ Sans commandement, sans prire,
+ Me recommanda fort Bourges.
+
+ CXXXI.
+
+ Si aille veoir en Taillevent,
+ Ou chapitre de fricassure,
+ Tout au long, derrire et devant,
+ Lequel n'en parle jus ne sure;
+ Mais Macquaire vous asseure,
+ A tout le poil cuysant ung dyable,
+ Affin que sentist bon l'arsure,
+ Ce _Recipe_ m'escript, sans fable.
+
+
+
+ BALLADE.
+
+ En reagal, en arsenic rocher,
+ En orpigment, en salpestre et chaulx vive;
+ En plomb boillant, pour mieulx les esmorcher;
+ En suif et poix, destrampez de lessive
+ Faicte d'estronts et de pissat de Juifve;
+ En lavaille de jambes meseaulx;
+ En raclure de piedz et vieulx houseaulx;
+ En sang d'aspic et drogues venimeuses;
+ En fiel de loups, de regnards et blereaux,
+ Soient frittes ces langues envieuses!
+
+ En cervelle de chat qui hayt pescher,
+ Noir, et si vieil qu'il n'ait dent en gencive;
+ D'ung vieil mastin, qui vault bien aussi cher [P. 77]
+ Tout enrag, en sa bave et salive;
+ En l'escume d'une mulle poussive,
+ Detrenche menu bons ciseaulx;
+ En eau o ratz plongent groings et museaulx,
+ Raines, crapauds, telz bestes dangereuses,
+ Serpens, lezards, et telz nobles oyseaulx,
+ Soient frittes ces langues envieuses!
+
+ En sublim, dangereux toucher;
+ Et au nombril d'une couleuvre vive;
+ En sang qu'on mect en poylettes secher,
+ Chez ces barbiers, quand plaine lune arrive,
+ Dont l'ung est noir, l'autre plus vert que cive,
+ En chancre et fix, et en ces ords cuveaulx
+ O nourrices essangent leurs drappeaulx;
+ En petits baings de filles amoureuses
+ Qui n'entendent qu' suivre les bordeaulx,
+ Soient frittes ces langues envieuses!
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, passez tous ces friands morceaux,
+ S'estamine n'avez, sacs ou bluteaux,
+ Parmy le fons d'unes brayes breneuses;
+ Mais, paravant, en estronts de pourceaulx
+ Soient frittes ces langues envieuses!
+
+
+
+ CXXXII.
+
+ Item, maistre Jehan Courault,
+ Les Contredictz Franc-Gontier mande:
+ Quant du Tyrant seant en hault, [P. 78]
+ A cestuy-l rien ne demande;
+ Le saige ne veult que contende,
+ Contre puissant, pouvre homme las,
+ Affin que ses filez ne tende,
+ Et que ne tresbuche en ses laqs.
+
+ CXXXIII.
+
+ Gontier ne crains: il n'a nulz hommes
+ Et mieulx que moy n'est herit;
+ Mais en ce debat cy nous sommes,
+ Car il loue sa pouvret:
+ Estre pouvre, yver et est,
+ A felicit il repute,
+ Ce que tiens malheuret.
+ Lequel tort? Or en dispute.
+
+
+
+ BALLADE
+
+ Intitule: _Les Contredictz de Franc-Gontier_
+
+ Sur mol duvet assis, ung gras chanoine,
+ Lez ung brasier, en chambre bien natte,
+ A son cost gisant dame Sydoine,
+ Blanche, tendre, pollie et attainte:
+ Boire ypocras, jour et nuycte,
+ Rire, jouer, mignonner et baiser,
+ Et nud nud, pour mieulx des corps s'ayser,
+ Les vy tous deux, par un trou de mortaise:
+ Lors je congneuz que, pour dueil appaiser,
+ Il n'est tresor que de vivre son aise.
+
+ Se Franc-Gontier et sa compaigne Heleine [P. 79]
+ Eussent tousjours tel douce vie hante,
+ D'oignons, civetz, qui causent forte alaine,
+ N'en comptassent une bise toste.
+ Tout leur mathon, ne toute leur pote,
+ Ne prise ung ail, je le dy sans noysier.
+ S'ilz se vantent coucher soubz le rosier,
+ Ne vault pas mieulx lict costoy de chaise?
+ Qu'en dictes-vous? Faut-il ce muser?
+ Il n'est tresor que de vivre son aise.
+
+ De gros pain bis vivent, d'orge, d'avoine,
+ Et boivent eau, tout au long de l'anne.
+ Tous les oyseaulx d'icy en Babyloine
+ A tel escot une seule journe
+ Ne me tiendroient, non une matine.
+ Or s'esbate, de par Dieu, Franc-Gontier,
+ Helne o luy, soubz le bel esglantier;
+ Si bien leur est, n'ay cause qu'il me poise;
+ Mais, quoy qu'il soit du laboureux mestier,
+ Il n'est tresor que de vivre son aise.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, jugez, pour tous nous accorder.
+ Quant est moy, mais qu' nul n'en desplaise,
+ Petit enfant, j'ay ouy recorder
+ Qu'il n'est tresor que de vivre son aise.
+
+
+ CXXXIV.
+
+ Item, pour ce que sait la Bible,
+ Mademoyselle de Bruyres,
+ Donne prescher, hors l'Evangile, [P. 80]
+ A elle et ses bachelieres,
+ Pour retraire ces villotires
+ Qui ont le bec si affil,
+ Mais que ce soit hors cymetires,
+ Trop bien au march au fil.
+
+
+
+
+ BALLADE
+ DES FEMMES DE PARIS.
+
+ Quoy qu'on tient belles langagires
+ Florentines, Veniciennes,
+ Assez pour estre messaigires,
+ Et mesmement les anciennes;
+ Mais, soient Lombardes, Rommaines,
+ Genevoises, mes perilz,
+ Piemontoises, Savoysiennes,
+ Il n'est bon bec que de Paris.
+
+ De trs beau parler tiennent chaires,
+ Ce dit-on, les Napolitaines,
+ Et que sont bonnes cacquetoeres
+ Allemanses et Bruciennes;
+ Soient Grecques, Egyptiennes,
+ De Hongrie ou d'autre pays,
+ Espaignolles ou Castellannes,
+ Il n'est bon bec que de Paris.
+
+ Brettes, Suysses, n'y savent gures,
+ Ne Gasconnes et Tholouzaines;
+ Du Petit-Pont deux harangres [P. 81]
+ Les concluront, et les Lorraines,
+ Anglesches ou Callaisiennes,
+ (Ay je beaucoup de lieux compris?)
+ Picardes, de Valenciennes;
+ Il n'est bon bec que de Paris.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, aux dames parisiennes
+ De bien parler donnez le prix;
+ Quoy qu'on die d'Italiennes,
+ Il n'est bon bec que de Paris.
+
+
+
+ CXXXV.
+
+ Regarde-m'en deux, trois, assises
+ Sur le bas du ply de leurs robes,
+ En ces monstiers, en ces eglises;
+ Tire t'en prs, et ne t'en hobes;
+ Tu trouveras l que Macrobes
+ Oncques ne fist tels jugemens;
+ Entens: quelque chose en desrobes;
+ Ce sont tous beaulx enseignemens.
+
+ CXXXVI.
+
+ Item, et au mont de Montmartre,
+ Qui est ung lieu moult ancien,
+ Je lui donne et adjoincts le tertre.
+ Qu'on dit de mont Valerien;
+ Et, oultre plus, d'ung quartier d'an
+ Du pardon qu'apportay de Romme:
+ Sy yra maint bon paroissien,
+ En l'abbaye ou il n'entre homme.
+
+ CXXXVII. [P. 82]
+
+ Item, valetz et chambrires
+ De bons hostelz (rien ne me nuyst),
+ Faisans tartes, flans et goyres,
+ Et grant rallias minuict:
+ Riens n'y font sept pintes ne huict,
+ Tant que gisent Seigneur et dame;
+ Puis aprs, sans mener grant bruyt,
+ Je leur ramentoy le jeu d'asne.
+
+ CXXXVIII.
+
+ Item, et filles de bien,
+ Qui ont pres, mres et antes,
+ Par m'ame! je ne donne rien;
+ Tout ont eu varletz et servantes;
+ Se fussent-ilz de pou contentes,
+ Grant bien leur feissent maintz lopins,
+ Aux povres filles advenantes,
+ Qui se perdent aux Jacopins.
+
+ CXXXIX.
+
+ Aux Clestins et aux Chartreux,
+ Quoy que vie meinent estroicte,
+ Si ont-ilz largement entre eulx,
+ Dont povres filles ont souffrette:
+ Tesmoing Jaqueline et Perrette,
+ Et Isabeau, qui dit: _Enn!_
+ Puis qu'ilz ont eu telle disette,
+ A peine en seroit-on damn.
+
+ CXL.
+
+ Item, la grosse Margot,
+ Trs doulce face et pourtraicture,
+ Foy que doy _Brelare Bigod,_
+ Assez devote creature. [P. 83]
+ Je l'ayme de propre nature,
+ Et elle moy, la doulce sade.
+ Qui la trouvera d'adventure,
+ Qu'on luy lise ceste Ballade.
+
+
+
+ BALLADE
+ DE VILLON ET DE LA GROSSE MARGOT.
+
+ Se j'ayme et sers la belle de bon haict,
+ M'en devez-vous tenir vil ne sot?
+ Elle a en soy des biens fin souhaict.
+ Pour son amour ceings bouclier et passot.
+ Quand viennent gens, je cours et happe un pot:
+ Au vin m'en voys, sans demener grand bruyt.
+ Je leur tendz eau, frommage, pain et fruict,
+ S'ils payent bien, je leur dy que bien _stat_:
+ Retournez cy, quand vous serez en ruyt,
+ En ce bourdel o tenons nostre estat!
+
+ Mais, tost aprs, il y a grant deshait,
+ Quand sans argent s'en vient coucher Margot;
+ Veoir ne la puis; mon cueur mort la hait.
+ Sa robe prens, demy-ceinct et surcot:
+ Si luy prometz qu'ilz tiendront pour l'escot.
+ Par les costez si se prend, l'Antechrist
+ Crie, et jure par la mort Jesuchrist,
+ Que non fera. Lors j'enpongne ung esclat,
+ Dessus le nez luy en fais ung escript,
+ En ce bourdel o tenons nostre estat.
+
+ Puis paix se faict, et me lasche ung gros pet [P. 84]
+ Plus enfle qu'ung venimeux scarbot.
+ Riant, m'assiet le poing sur mon sommet,
+ Gogo me dit, et me fiert le jambot.
+ Tous deux yvres, dormons comme ung sabot;
+ Et, au reveil, quand le ventre luy bruyt,
+ Monte sur moy, qu'el ne gaste son fruit.
+ Soubz elle geins; plus qu'ung aiz me faict plat;
+ De paillarder tout elle me destruict,
+ En ce bourdel o tenons nostre estat.
+
+ ENVOI.
+
+ Vente, gresle, gelle, j'ay mon pain cuict!
+ Je suis paillard, la paillarde me suit.
+ Lequel vault mieux, chascun bien s'entresuit.
+ L'ung l'autre vault: c'est mau chat mau rat.
+ Ordure amons, ordure nous affuyt.
+ Nous deffuyons honneur, il nous deffuyt,
+ En ce bourdel o tenons nostre estat.
+
+
+
+ CXLI.
+
+ Item, Marion l'Ydolle,
+ Et la grand Jehanne de Bretaigne,
+ Donne tenir publique escolle,
+ O l'escolier le maistre enseigne.
+ Lieu n'est o ce march ne tienne,
+ Sinon en la grille de Mehun;
+ De quoy je dy: Fy de l'enseigne,
+ Puis que l'ouvrage est si commun!
+
+ CXLII. [P. 85]
+
+ Item, No le Jolys,
+ Autre chose je ne luy donne,
+ Fors plein poing d'osiers frez cueilliz
+ En mon jardin; je l'abandonne.
+ Chastoy est une belle aulmosne;
+ Ame n'en doit estre marry.
+ Unze vingtz coups lui en ordonne,
+ Par les mains de maistre Henry.
+
+ CXLIII.
+
+ Item, ne say que l'Hostel-Dieu
+ Donner, n'aux povres hospitaulx;
+ Bourdes n'ont icy temps ne lieu,
+ Car povres gens ont assez maulx.
+ Chascun leur envoye leurs os.
+ Les Mandians ont eu mon oye;
+ Au fort, ilz en auront les os:
+ A menues gens menue monnoye.
+
+ CXLIV.
+
+ Item, je donne mon barbier,
+ Qui se nomme Colin Galerne,
+ Prs voysin d'Angelot l'Herbier,
+ Ung gros glasson... Prins o? En Marne,
+ Affin qu' son ayse s'yverne.
+ De l'estomach le tienne prs.
+ Se l'yver ainsi se gouverne,
+ Il n'aura chault l'est d'aprs.
+
+ CXLV.
+
+ Item, rien aux Enfans-Trouvez;
+ Mais les perduz fault que console,
+ Si doivent estre retrouvez, [P. 86]
+ Par droict, sur Marion l'Ydolle.
+ Une leon de mon escolle
+ Leur liray, qui ne dure guire.
+ Teste n'ayent dure ne folle,
+ Mais escoutent: c'est la dernire!
+
+
+
+ BELLE LEON
+ DE VILLON, AUX ENFANS PERDUZ.
+
+ Beaux enfans, vous perdez la plus
+ Belle rose de vo chapeau,
+ Mes clers apprenans comme glu;
+ Se vous allez Montpippeau
+ Ou Ruel, gardez la peau:
+ Car, pour s'esbatre en ces deux lieux,
+ Cuydant que vaulsist le rappeau,
+ La perdit Colin de Cayeulx.
+
+ Ce n'est pas ung jeu de trois mailles,
+ O va corps, et peut-estre l'ame:
+ S'on perd, rien n'y sont repentailles,
+ Qu'on ne meure honte et diffame;
+ Et qui gaigne, n'a pas femme
+ Dido la royne de Cartage.
+ L'homme est donc bien fol et infame,
+ Qui, pour si peu, couche tel gage.
+
+ Qu'ung chascun encore m'escoute:
+ On dit, et il est vrit,
+ Que charrete se boyt toute, [P. 87]
+ Au feu l'yver, au bois l'est.
+ S'argent avez, il n'est ent;
+ Mais le despendez tost et viste.
+ Qui en voyez-vous hrit?
+ Jamais mal acquest ne proffite.
+
+
+
+ BALLADE
+ DE BONNE DOCTRINE,
+ A ceux de mauvaise vie.
+
+ Car ou soyes porteur de bulles,
+ Pipeur ou hazardeur de dez,
+ Tailleur de faulx coings, tu te brusles,
+ Comme ceux qui sont eschaudez,
+ Traistres pervers, de foy vuydez;
+ Soyes larron, ravis ou pilles:
+ O en va l'acquest, que cuydez?
+ Tout aux tavernes et aux filles.
+
+ Ryme, raille, cymballe, luttes,
+ Comme folz, faintis, eshontez;
+ Farce, broille, joue des flustes;
+ Fais, s villes et s cits,
+ Fainctes, jeux et moralitez;
+ Gaigne au berlan, au glic, aux quilles:
+ O s'en va tout? Or escoutez:
+ Tout aux tavernes et aux filles.
+
+ De telz ordures te reculles; [P. 88]
+ Laboure, fauche champs et prez;
+ Serz et panse chevaulx et mulles,
+ S'aucunement tu n'es lettrez;
+ Assez auras, se prens en grez.
+ Mais, se chanvre broyes ou tilles,
+ O tend ton labour qu'as ouvrez?
+ Tout aux tavernes et aux filles.
+
+ ENVOI.
+
+ Chausses, pourpoinctz esguilletez,
+ Robes, et toutes vos drapilles,
+ Ains que cessez, vous porterez
+ Tout aux tavernes et aux filles.
+
+
+ CXLVI.
+
+ A vous parle, compaings de galles,
+ Qui estes de tous bons accors;
+ Gardez-vous tous de ce mau hasles,
+ Qui noircist gens quand ils sont mortz;
+ Eschevez-le, c'est ung mal mors;
+ Passez-vous-en mieulx que pourrez;
+ Et, pour Dieu, soyez tous recors
+ Qu'une fois viendra que mourrez.
+
+ CXLVII.
+
+ Item, je donne aux Quinze-Vingtz,
+ Qu'autant vauldroit nommer Trois-Cens
+ De Paris, non pas de Provins,
+ Car eulx tenu je me sens.
+ Ilz auront, et je m'y consens,
+ Sans les estuis, mes grans lunettes, [P. 89]
+ Pour mettre part, aux Innocens,
+ Les gens de bien des deshonnestes.
+
+ CXLVIII.
+
+ Icy n'y a ne rys ne jeu.
+ Que leur vault avoir eu chevances,
+ N'en grans lictz de parement geu,
+ Engloutir vin, engrossir panses,
+ Mener joye, festes et danses,
+ Et de ce prest estre toute heure?
+ Tantost faillent telles plaisances,
+ Et la coulpe si en demeure.
+
+ CXLIX.
+
+ Quand je considre ces testes
+ Entasses en ces charniers,
+ Tous furent maistres des requestes,
+ Ou tous de la Chambre aux Deniers,
+ Ou tous furent porte-paniers;
+ Autant puis l'ung que l'autre dire,
+ Car, d'evesques ou lanterniers,
+ Je n'y congnois rien a redire.
+
+ CL.
+
+ Et icelles qui s'inclinoient
+ Unes contre autres en leur vies;
+ Desquelles les unes regnoient,
+ Des autres craintes et servies:
+ L les voy toutes assouvies,
+ Ensemble en ung tas pesle-mesle.
+ Seigneuries leur sont ravies;
+ Clerc ne maistre ne s'y appelle.
+
+ CLI. [P. 90]
+
+ Or sont-ilz mortz, Dieu ayt leurs mes!
+ Quant est des corps, ils sont pourriz.
+ Ayent est seigneurs ou dames,
+ Souef et tendrement nourriz
+ De cresme, fromente ou riz,
+ Leurs os sont declinez en pouldre,
+ Auxquelz ne chault d'esbat, ne riz...
+ Plaise au doulx Jesus les absouldre!
+
+ CLII.
+
+ Aux trespassez je fais ce lays,
+ Et icelluy je communique
+ A regentz, courtz, sieges et plaids,
+ Hayneurs d'avarice l'inique,
+ Lesquelz pour la chose publique
+ Se seichent les os et les corps:
+ De Dieu et de sainct Dominique
+ Soient absolz, quand ilz seront mortz
+
+
+
+ LAYS.
+
+ Au retour de dure prison,
+ O j'ay laiss presque la vie,
+ Se Fortune a sur moy envie,
+ Jugez s'elle fait mesprison!
+ Il me semble que, par raison,
+ Elle deust bien estre assouvie,
+ Au retour.
+
+
+ Cecy plain est de desraison, [P. 91]
+ Qui vueille que de tout desvie;
+ Plaise Dieu que l'ame ravie
+ En soit, lassus, en sa maison,
+ Au retour!
+
+
+
+ CLIII.
+
+ Item, donne maistre Lomer,
+ Comme extraict que je suis de fe,
+ Qu'il soit bien am; mais, d'amer
+ Fille en chief ou femme coffe,
+ J n'en ayt la teste eschauffe,
+ Ce qui ne luy couste une noix,
+ Faire ung soir pour soy la faste,
+ En despit d'Auger le Danois.
+
+ CLIV.
+
+ Item, rien Jaques Cardon,
+ Car je n'ay rien pour luy honneste.
+ Non pas que le jette bandon
+ Sinon cette Bergeronnette:
+ S'elle eust le chant _Marionnette_,
+ Faict por Marion la Peau-Tarde,
+ D'un _Ouvrez vostre huys, Guillemette_,
+ Elle allast bien la moustarde.
+
+ CLV.
+
+ Item donne aux amans enfermes,
+ Oultre le lay Alain Chartier,
+ A leurs chevetz, de pleurs et lermes
+ Trestout fin plain ung benoistier,
+ Et ung petit brin d'esglantier, [P. 92]
+ En tout temps verd, pour gouppillon,
+ Pourveu qu'ilz diront ung _Psaultier_
+ Pour l'ame du pouvre Villon.
+
+ CLVI.
+
+ Item, maistre Jacques James,
+ Qui se tue d'amasser biens,
+ Donne fiancer tant de femmes
+ Qu'il vouldra; mais d'espouser, riens
+ Pour qui amasse-il? Pour les siens.
+ Il ne plainct fors que ses morceaulx;
+ Ce qui fut aux truyes, je tiens
+ Qu'il doit de droit estre aux pourceaulx.
+
+ CLVII.
+
+ Item, le Camus Seneschal,
+ Qui une fois paya mes debtes,
+ En recompense, mareschal,
+ Pour ferrer os et canettes.
+ Je luy envoye ces sornettes,
+ Pour soy desennuyer; combien,
+ Si veult, face-en des alumettes.
+ De bien chanter s'ennuye-on bien.
+
+ CLVIII.
+
+ Item, au Chevalier du Guet
+ Je donne deux beaulx petitz pages,
+ Philippot et le gros Marquet,
+ Qui ont servy, dont sont plus sages,
+ La plus grant partie de leurs aages,
+ Tristan, prevost des mareschaulx.
+ Hlas, s'ilz sont cassez de gaiges,
+ Aller leur fauldra tous deschaulx!
+
+ CLIX. [P. 93]
+
+ Item, au Chappelain je laisse
+ Ma chapelle simple tonsure,
+ Charge d'une seiche messe,
+ O il ne fault pas grand lecture.
+ Resign luy eusse ma cure,
+ Mais point ne veult de charge d'ames;
+ De confesser, ce dit, n'a cure,
+ Sinon chambrires et dames.
+
+ CLX.
+
+ Pour ce que sait bien mon entente,
+ Jehan de Calays, honnorable homme,
+ Qui ne me veit des ans a trente,
+ Et ne sait comment je me nomme,
+ De tout ce Testament, en somme,
+ S'aucune y a difficult,
+ Oster jusqu'au rez d'une pomme
+ Je luy en donne facult.
+
+ CLXI.
+
+ De le gloser et commenter,
+ De le diffinir ou prescripre,
+ Diminuer ou augmenter;
+ De le canceller ou transcripre
+ De sa main, ne sceust-il escripre;
+ Interpreter, et donner sens,
+ A son plaisir, meilleur ou pire;
+ A tout ceci je m'y consens.
+
+ CLXII.
+
+ Et s'aucun, dont n'ay congnoissance,
+ Estoit all de mort vie,
+ Audict Calais donne puissance, [P. 94]
+ Affin que l'ordre soit suyvie
+ Et mon ordonnance assouvie,
+ Que ceste aulmosne ailleurs transporte,
+ Sans se l'appliquer par envie;
+ A son ame je m'en rapporte.
+
+ CLXIII.
+
+ Item, j'ordonne Saincte-Avoye,
+ Et non ailleurs, ma sepulture;
+ Et, affin que chascun me voye,
+ Non pas en chair, mais en paincture,
+ Que l'on tire mon estature
+ D'ancre, s'il ne coustoit trop cher.
+ De tumbel? Rien; je n'en ay cure,
+ Car il greveroit le plancher.
+
+ CLXIV.
+
+ Item, vueil qu'autour de ma fosse
+ Ce que s'ensuyt, sans autre histoire,
+ Soit escript, en lettre assez grosse;
+ Et qui n'auroit point d'escriptoire,
+ De charbon soit, ou pierre noire,
+ Sans en rien entamer le plastre:
+ Au moins sera de moy memoire
+ Telle qu'il est d'ung bon folastre.
+
+ CLXV.
+
+ CY GIST ET DORT EN CE SOLLIER,
+ QU'AMOUR OCCIST DE SON RAILLON,
+ UNG POUVRE PETIT ESCOLLIER,
+ QUI FUT NOMM FRANOIS VILLON.
+ ONCQUES DE TERRE N'EUT SILLON.
+
+ TESTAMENT. [P. 95]
+
+ IL DONNA TOUT, CHASCUN LE SCET:
+ TABLE, TRETTEAULX, PAIN, CORBILLON.
+ POUR DIEU, DICTES-EN CE VERSET.
+
+
+
+ RONDEAU.
+
+ _Repos eternel donne cil,
+ Lumire, clart perptuelle,
+ Qui vaillant plat ny escuelle
+ N'eut oncques, n'ung brin de percil.
+ Il fut rez, chef, barbe, sourcil,
+ Comme ung navet qu'on ree et pelle.
+ Repos ternel donne cil_.
+
+ _Rigueur le transmit en exil,
+ Et luy frappa au cul la pelle,
+ Nonobstant qu'il dist_: J'en appelle!
+ _Qui n'est pas terme trop subtil.
+ Repos eternel donne cil_.
+
+
+ CLXVI.
+
+ Item, je vueil qu'on sonne branle
+ Le gros Beffray, qui n'est de voire;
+ Combien que cueur n'est qui ne tremble;
+ Quand de sonner est son erre.
+ Saulv a mainte belle terre,
+ Le temps pass, chascun le sait:
+ Fussent gens d'armes ou tonnerre;
+ Au son de luy tout mal cessoit.
+
+ CLXVII [P. 96]
+
+ Les sonneurs auront quatre miches;
+ Et se c'est peu, demy-douzaine,
+ Autant qu'en donnent les plus riches;
+ Mais ilz seront de sainct Estienne.
+ Vollant est homme de grant peine:
+ L'ung en sera. Quand j'y regarde,
+ Il en vivra une sepmaine.
+ Et l'autre? Au fort, Jehan de la Garde.
+
+ CLXVIII.
+
+ Pour tout ce fournir et parfaire,
+ J'ordonne mes executeurs,
+ Auxquelz faict bon avoir affaire,
+ Et contentent bien leurs debteurs.
+ Ilz ne sont pas trop grans venteurs,
+ Et ont bien de quoy, Dieu mercys!
+ De ce faict seront directeurs...
+ Escripts: je t'en nommeray six.
+
+ CLXIX.
+
+ C'est maistre Martin Bellefaye,
+ Lieutenant du cas criminel.
+ Qui sera l'autre? J'y pensoye:
+ Ce sera sire Colombel.
+ S'il luy plaist et il lui est bel,
+ Il entreprendra ceste charge.
+ Et l'autre? Michel Jouvenel.
+ Ces trois seulz, et pour tous, j'en charge.
+
+ CLXX.
+
+ Mais, au cas qu'ils s'en excusassent,
+ En redoubtant les premiers frais,
+ Ou totalement recusassent, [P. 97]
+ Ceulx qui s'ensuivent cy-aprs
+ J'institue, gens de bien trs,
+ Philip Bruneau, noble escuyer,
+ Et l'autre, son voysin d'emprs,
+ Cy est maistre Jacques Raguyer;
+
+ CLXXI.
+
+ Et l'aultre, maistre Jaques James,
+ Trois hommes de bien et d'honneur,
+ Desirans de saulver leurs mes,
+ Et doubtans Dieu Nostre Seigneur.
+ Plustot y metteront du leur,
+ Que ceste ordonnance ne baillent.
+ Point n'auront de contrerooleur,
+ Mais leur seul plaisir en taillent.
+
+ CLXXII
+
+ Des testamens qu'on dit le maistre
+ De mon faict n'aura _quid_ ne _quod_;
+ Mais ce sera ung jeune prebstre,
+ Qui se nomme Colas Tacot.
+ Voulentiers beusse son escot,
+ Et qu'il me coustast ma cornette!
+ S'il sceust jouer en ung trippot,
+ Il eust de moy le Trou Perrette.
+
+ CLXXIII.
+
+ Quant au regard du luminaire,
+ Guillaume du Ru j'y commectz.
+ Pour porter les coings du suaire,
+ Aux executeurs le remectz.
+ Trop plus mal me font qu'oncques mais
+ Penil, cheveulx, barbe, sourcilz.
+ Mal me presse; est temps dsormais [P. 98]
+ Que crie toutes gens merciz.
+
+
+
+ BALLADE
+ Par laquelle Villon crye mercy chascun.
+
+ A Chartreux, aussi Celestins,
+ A mendians et aux devotes,
+ A musars et cliquepatins,
+ Servantes et filles mignottes,
+ Portant surcotz et justes cottes;
+ A cuyderaulx d'amours transis,
+ Chaussans sans meshaing fauves bottes,
+ Je crye toutes gens merciz!
+
+ A fillettes monstrans tetins,
+ Pour avoir plus largement hostes;
+ A ribleurs meneurs de butins,
+ A basteleurs traynans marmottes,
+ A folz et folles, sotz et sottes,
+ Qui s'en vont sifflant cinq et six;
+ A veufves et mariottes,
+ Je crye toutes gens merciz!
+
+ Sinon aux trahistres chiens mastins,
+ Qui m'ont fait ronger dures crostes
+ Et boire eau maintz soirs et matins,
+ Qu'ores je ne crains pas trois crottes.
+ Je feisse pour eulx petz et rottes;
+ Je ne puis, car je suis assis.
+ Bien fort, pour viter riottes,
+ Je crye toutes gens, merciz!
+
+ ENVOI. [P. 99]
+
+ Qu'on leur froisse les quinze costes
+ De gros mailletz, fortz et massis,
+ De plombe et de telz pelottes.
+ Je crye toutes gens merciz!
+
+
+ BALLADE
+ POUR SERVIR DE CONCLUSION.
+
+ Icy se clost le Testament
+ Et finist du pouvre Villon.
+ Venez son enterrement,
+ Quant vous orrez le carillon,
+ Vestuz rouges com vermillon,
+ Car en amours mourut martir;
+ Ce jura-il sur son coullon
+ Quand de ce monde voult partir.
+
+ Et je croy bien que pas n'en ment,
+ Car chassi fut comme un soullon
+ De ses amours hayneusement,
+ Tant que, d'icy Roussillon,
+ Brosses n'y a ne brossillon,
+ Qui n'eust, ce dit-il sans mentir,
+ Ung lambeau de son cotillon,
+ Quand de ce monde voult partir.
+
+ Il est ainsi, et tellement,
+ Quand mourut n'avoit qu'un haillon.
+ Qui plus? En mourant, mallement [P. 100]
+ L'espoignoit d'amours l'esguillon;
+ Plus agu que le ranguillon
+ D'un baudrier luy faisoit sentir,
+ C'est de quoy nous esmerveillon,
+ Quand de ce monde voult partir.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, gent comme esmerillon,
+ Saichiez qu'il fist, au departir:
+ Ung traict but de vin morillon,
+ Quand de ce monde voult partir.
+
+ FIN DU GRAND TESTAMENT.
+
+
+ [P. 101]
+
+ POSIES DIVERSES
+
+ LE QUATRAIN
+ Que feit Villon quand il fut jug mourir.
+
+ JE SUIS Franois, dont ce me poise,
+ N de Paris emprs Ponthoise.
+ Or d'une corde d'une toise
+ Saura mon col que mon cul poise.
+
+
+ L'EPITAPHE
+
+ EN FORME DE BALLADE
+ Que feit Villon pour luy et ses compagnons, s'attendant
+ estre pendu avec eulx.
+
+ Frres humains, qui aprs nous vivez,
+ N'ayez les cueurs contre nous endurciz,
+ Car, si piti de nous pouvres avez,
+ Dieu en aura plustost de vous merciz.
+ Vous nous voyez cy attachez cinq, six:
+ Quant de la chair, que trop avons nourrie, [P. 102]
+ Elle est piea devore et pourrie,
+ Et nous, les os, devenons cendre et pouldre.
+ De nostre mal personne ne s'en rie,
+ Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!
+
+ Se vous clamons, frres, pas n'en devez
+ Avoir desdaing, quoique fusmes occis
+ Par justice. Toutesfois, vous savez
+ Que tous les hommes n'ont pas bon sens assis;
+ Intercedez doncques, de cueur rassis,
+ Envers le Filz de la Vierge Marie,
+ Que sa grace ne soit pour nous tarie,
+ Nous preservant de l'infernale fouldre.
+ Nous sommes mors, ame ne nous harie;
+ Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!
+
+ La pluye nous a debuez et lavez,
+ Et le soleil dessechez et noirciz;
+ Pies, corbeaulx, nous ont les yeux cavez,
+ Et arrachez la barbe et les sourcilz.
+ Jamais, nul temps, nous ne sommes rassis;
+ Puis c, puis l, comme le vent varie,
+ A son plaisir sans cesser nous charie,
+ Plus becquetez d'oyseaulx que dez couldre.
+ Ne soyez donc de nostre confrairie,
+ Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!
+
+ ENVOI.
+
+ Prince JESUS, qui sur tous seigneurie,
+ Garde qu'Enfer n'ayt de nous la maistrie:
+ A luy n'ayons que faire ne que souldre.
+ Hommes, icy n'usez de mocquerie
+ Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!
+
+
+
+ LA REQUESTE DE VILLON [P. 103]
+ Prsente la Cour de Parlement, en forme de ballade.
+
+ Tous mes cinq Sens, yeulx, oreilles et bouche,
+ Le nez, et vous, le sensitif, aussi;
+ Tous mes membres o il y a reprouche,
+ En son endroit ung chascun die ainsi:
+ Court souverain, par qui sommes icy,
+ Vous nous avez gard de desconfire;
+ Or, la langue ne peut assez suffire
+ A vous rendre suffisantes louenges:
+ Si prions tous, fille au souverain Sire,
+ Mre des bons, et soeur des benoistz anges!
+
+ Cueur, fendez-vous, ou percez d'une broche,
+ Et ne soyez, au moins, plus endurcy
+ Qu'au desert fut la forte bise roche
+ Dont le peuple des Juifs fut adoulcy;
+ Fondez larmes, et venez mercy,
+ Comme humble cueur qui tendrement souspire:
+ Louez la Court, conjoincte au sainct Empire,
+ L'heur des Franoys, le confort des estranges,
+ Procree la sus au ciel empire,
+ Mre des bons, et soeur des benoistz anges!
+
+ Et vous, mes dentz, chascune si s'esloche;
+ Saillez avant, rendez toutes mercy,
+ Plus haultement qu'orgue, trompe, ne cloche,
+ Et de mascher n'ayez ores soulcy;
+ Considerez que je fusse transy,
+ Foye, pommon, et rate qui respire;
+ Et vous, mon corps, vil qui estes ou pire [P. 104]
+ Qu'ours ne pourceau, qui faict son nid s fanges,
+ Louez la Court, avant qu'il vous empire,
+ Mre des bons, et soeur des benoistz anges!
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, trois jours ne vueillez m'escondire,
+ Pour moy pourvoir, et aux miens adieu dire;
+ Sans eulx, argent je n'ay, icy n'aux changes.
+ Court triumphant, _fiat_, sans me desdire;
+ Mre des bons, et soeur des benoistz anges!
+
+
+
+
+ BALLADE
+ DE L'APPEL DE VILLON.
+
+ Que dites-vous de mon appel,
+ Garnier? Feis-je sens ou follie?
+ Toute beste garde sa pel;
+ Qui la contrainct, efforce ou lye,
+ S'elle peult, elle se deslie.
+ Quand ceste peine arbitraire
+ On me jugea par tricherie,
+ Estoit-il lors temps de me taire?
+
+ Se fusse des hoirs Hue Capel,
+ Qui fut extraict de boucherie,
+ On ne m'eust, parmy ce drapel,
+ Faict boyre celle escorcherie:
+ Vous entendez bien joncherie?
+ Ce fut son plaisir voluntaire
+ De me juger par fausserie. [P. 105]
+ Etoit-il lors temps de me taire?
+
+ Cuydez-vous que soubz mon cappel
+ N'y eust tant de philosophie
+ Comme de dire: J'en appel?
+ Si avoit, je vous certifie,
+ Combien que point trop ne m'y fie.
+ Quand on me dit, prsent notaire:
+ Pendu serez! je vous affie,
+ Estoit-il lors temps de me taire?
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, si j'eusse eu la pepie,
+ Piea je fusse o est Clotaire,
+ Aux champs debout comme ung espie.
+ Estoit-il lors temps de me taire?
+
+
+ LE DIT
+
+ DE LA NAISSANCE MARIE.
+ Jam nova progenies celo demittitur alto.
+ _Virg._, (ecl. 4, v.7.)
+
+ O loue Conception,
+ Envoie s jus des cieulx;
+ Du noble Lys digne syon;
+ Don de Jhsus trs prcieux,
+ MARIE, nom trs gracieux,
+ Font de piti, source de grace,
+ La joye confort de mes yeulx, [P. 106]
+ Qui nostre paix batist et brasse!
+
+ La paix, c'est assavoir, des riches,
+ Des povres le substantement,
+ Le rebours des felons et chiches,
+ Trs necessaire enfantement,
+ Conceu, port honnestement,
+ Hors le pechi originel,
+ Que dire je puis sainctement
+ Souverain bien, Dieu ternel!
+
+ Nom recouvr, joye de peuple,
+ Confort des bons, de maulx retraicte;
+ Du doux Seigneur premire et seule
+ Fille, de son cler sang extraicte,
+ Du dextre cost Clovis traicte,
+ Glorieuse ymage en tous fais,
+ Ou hault ciel cre et pourtraicte,
+ Pour esjouyr et donner paix!
+
+ En l'amour et crainte de Dieu,
+ Es nobles flans Cesar conceue;
+ Des petis et grans, en tout lieu,
+ A trs grande joye receue;
+ De l'amour Dieu traicte, tissue,
+ Pour les discordez ralier,
+ Et aux enclos donner yssue,
+ Leurs lians et fers delier.
+
+ Aucunes gens, qui bien peu sentent,
+ Nourriz en simplesse et confiz,
+ Contre le vouloir Dieu attentent,
+ Par ignorance desconfiz,
+ Dsirans que feussiez ung filz; [P. 107]
+ Mais qu'ainsi soit, ainsi m'aist Dieux,
+ Je croy que ce soit grans proufiz;
+ Raison: Dieu fait tout pour le mieulx.
+
+ Du Psalmiste je prens les dictz:
+ _Delectasti me, Domine,
+ In factura sua_! Je diz:
+ Noble enfant, de bonne heure n,
+ A toute doulceur destin,
+ Manna du Ciel, celeste don,
+ De tous bienfais le guerdonn,
+ Et de nos maulx le vray pardon!
+
+
+
+ DOUBLE BALLADE.
+
+ Combien que j'ay leu en ung Dit:
+ _Inimicum putes_, y a,
+ _Qui te presentem laudabit_,
+ Toutesfois, non obstant cela,
+ Oncques vray homme ne cela
+ En son courage aucun grant bien,
+ Qui ne le monstrast et l:
+ On doit dire du bien le bien.
+
+ Saint Jehan-Baptiste ainsi le fist,
+ Quand l'Aignel de Dieu descela.
+ En ce faisant pas ne meffist,
+ Dont sa voix s tourbes vola;
+ De quoy saint Andr Dieu loua,
+ Qui de luy cy ne savoit rien,
+ Et au Fils de Dieu s'aloua: [P. 108]
+ On doit dire du bien le bien.
+
+ Envoye de Jhesucrist,
+ Rappelles s jus, par de,
+ Les povres que Rigueur proscript
+ Et que Fortune betourna.
+ Cy say bien comment y m'en va!
+ De Dieu, de vous, vie je tien...
+ Benoist celle qui vous porta!
+ On doit dire du bien le bien.
+
+ Cy, devant Dieu, fais congnoissance,
+ Que creature feusse morte,
+ Ne feust vostre doulce naissance,
+ En charit puissant et forte,
+ Qui ressuscite et reconforte
+ Ce que Mort avoit prins pour sien.
+ Vostre prsence me conforte:
+ On doit dire du bien le bien.
+
+ Cy vous rens toute obissance,
+ A ce faire raison m'exorte,
+ De toute ma povre puissance;
+ Plus n'est deul qui me desconforte,
+ N'autre ennuy de quelque sorte.
+ Vostre je suis et non plus mien;
+ Ad ce droit et devoir m'enhorte:
+ On doit dire du bien le bien.
+
+ O grace et piti trs immense,
+ L'entre de paix et la porte,
+ Some et benigne clemence,
+ Qui noz faultes toult et supporte,
+ Sy de vous louer me deporte, [P. 109]
+ Ingrat suis, et je le maintien,
+ Dont en ce refrain me transporte:
+ On doit dire du bien le bien.
+
+ ENVOI.
+
+ Princesse, ce loz je vous porte,
+ Que sans vous je ne feusse rien.
+ A vous et vous m'en rapporte.
+ On doit dire du bien le bien.
+
+ Euvre de Dieu, digne, loue
+ Autant que nulle crature,
+ De tous biens et vertuz doue,
+ Tant d'esperit que de nature,
+ Que de ceulx qu'on dit, d'adventure,
+ Plus nobles que rubis balais;
+ Selon de Caton l'escripture:
+ _Patrem insequitur proles_.
+
+ Port assur, maintien rassiz,
+ Plus que ne peut nature humaine,
+ Et, eussiez des ans trente-six,
+ Enfance en rien ne vous demaine.
+ Que jour ne le die et sepmaine,
+ Je ne say qui me le deffend...
+ A ce propos ung dit ramaine:
+ De saige mre saige enfant.
+
+ Dont rsume ce que j'ay dit:
+ _Nova progenies coelo_
+ Car c'est du pote le dit: [P. 110]
+ _Jamjam demittitur alto_.
+ Saige Cassandre, belle Echo,
+ Digne Judith, caste Lucresse,
+ Je vous congnois, noble Dido,
+ A ma seule dame et maistresse.
+
+ En priant Dieu, digne pucelle,
+ Que vous doint longue et bonne vie;
+ Qui vous ayme, MADEMOISELLE,
+ J ne coure sur luy envie.
+ Entire dame et assouvie,
+ J'espoir de vous servir ainoys,
+ Certes, se Dieu plaist, que devie
+ Vostre povre escolier FRANOYS.
+
+
+
+
+ BALLADE VILLON.
+
+ Je meurs de soif auprs de la fontaine,
+ Chauld comme feu, et tremble dent dent,
+ En mon pas suis en terre loingtaine;
+ Lez un brazier frionne tout ardent;
+ Nu comme ung ver, vestu en president;
+ Je ris en pleurs, et attens sans espoir;
+ Confort reprens en triste desespoir;
+ Je m'esjouys et n'ay plaisir aucun;
+ Puissant je suis sans force et sans povoir,
+ Bien recueilly, debout de chascun.
+
+ Rien ne m'est seur que la chose incertaine,
+ Obscur, fors ce qui est tout evident;
+ Doubte ne fais, fors en chose certaine; [P. 111]
+ Science tiens soudain accident;
+ Je gaigne tout, et demeure perdent;
+ Au point du jour, diz: Dieu vous doint bon soir!
+ Gisant envers, j'ay grant paour de cheoir;
+ J'ay bien de quoy, et si n'en ay pas un;
+ Eschoicte attens, et d'homme ne suis hoir,
+ Bien recueilly, debout de chascun.
+
+ De riens n'ay soing, si metz toute ma paine
+ D'acquerir biens, et n'y suis pretendant;
+ Qui mieulx me dit, c'est cil qui plus m'attaine,
+ Et qui plus vray, lors plus me va bourdant;
+ Mon ami est qui me fait entendant
+ D'ung cygne blanc que c'est ung corbeau noir;
+ Et qui me nuyst croy qu'il m'aide povoir.
+ Verit, bourde, aujourd'uy m'est tout un.
+ Je retiens tout; riens ne say concepvoir,
+ Bien recueilly, debout de chascun.
+
+ L'ENVOI.
+
+ Prince clement, or vous plaise savoir
+ Que j'entens moult, et n'ay sens ne savoir;
+ Parcial suis, toutes lois commun.
+ Que fais-je plus? Quoy? Les gaiges ravoir,
+ Bien recueilly, debout de chascun.
+
+
+
+ EPISTRE
+ EN FORME DE BALLADE, A SES AMIS.
+
+ Ayez piti, ayez piti de moy,
+ A tout le moins, si vous plaist, mes amis!
+ En fosse giz, non pas soubz houx ne may, [P. 112]
+ En cest exil ouquel je suis transmis
+ Par fortune, comme Dieu l'a permis.
+ Filles, amans, jeunes, vieulx et nouveaulx;
+ Danceurs, saulteurs, faisans les piez de veaux,
+ Vifs comme dars, aguz comme aguillon;
+ Gouffres tintans, clers comme gastaneaux,
+ Le lesserez l, le povre Villon?
+
+ Chantres chantans plaisance, sans loy;
+ Galans, rians, plaisans en faictz et diz,
+ Coureux, allans, francs de faulx or, d'aloy;
+ Gens d'esperit, ung petit estourdiz;
+ Trop demourez, car il meurt entandiz.
+ Faiseurs de laiz, de motets et rondeaux,
+ Quand mort sera vous lui ferez chandeaux.
+ Il n'entre, o gist, n'escler ne tourbillon;
+ De murs espoix on luy a fait bandeaux:
+ Le lesserez l, le povre Villon?
+
+ Venez le veoir en ce piteux arroy,
+ Nobles hommes, francs de quars et de dix,
+ Qui ne tenez d'empereur ne de roy,
+ Mais seulement de Dieu de Paradiz:
+ Jeuner lui fault dimanches et mardiz
+ Dond les dens a plus longues que ratteaux,
+ Aprs pain sec, non pas aprs gasteaux;
+ En ses boyaulx verse eau gros bouillon;
+ Bas enterr, table n'a, ne tresteaulx:
+ Le lesserez l, le povre Villon?
+
+ ENVOI.
+
+ Princes nommez, anciens, jouvenceaulx,
+ Impetrez-moy graces et royaulx sceaux,
+ Et me montez en quelque corbillon. [P. 113]
+ Ainsi se font l'un l'autre pourceaux,
+ Car, o l'un brait, ilz fuyent monceaux.
+ Le lesserez l, le povre Villon?
+
+
+
+
+ LE DEBAT
+ DU CUEUR ET DU CORPS DE VILLON,
+ En forme de Ballade.
+
+ Qu'est-ce que j'oy?--Ce suis-je.--Qui?--Toncueur,
+ Qui ne tient mais qu' ung petit filet,
+ Force n'ay plus, substance ne liqueur,
+ Quand je te voy retraict ainsi seulet,
+ Com pouvre chien tappy en recullet.
+ --Pourquoy est-ce?--Pour ta folle plaisance.
+ --Que t'en chault-il?--J'en ai la desplaisance.
+ --Laisse m'en paix!--Pourquoi?--J'y penseray.
+ --Quand sera-ce?--Quant seray hors d enfance.
+ --Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray.
+
+ --Que penses-tu?--Estre homme de valeur.
+ --Tu as trente ans.--C'est l'aage d'ung mullet.
+ --Est-ce enfance?--Nenny.--C'est donc folleur
+ Qui te saisit?--Par o?--Par le collet.
+ Rien ne congnois.--Si fais: mouches en laict:
+ L'ung est blanc, l'autre est noir, c'est la distance.
+ --Est-ce doncq tout?-Que veulx-tu que je tance?
+ Si n'est assez, je recommenceray.
+ --Tu es perdu!--J'y mettray resistance.
+ --Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray.
+
+ --J'en ay le dueil; toi, le mal et douleur. [P. 114]
+ Si fusse ung povre ydiot et folet,
+ Au cueur eusses de t'excuser couleur:
+ Se n'as-tu soing, tout ung, tel, bel ou laid,
+ Ou la teste as plus dure qu'ung jalet,
+ Ou mieulx te plaist qu'honneur ceste meschance!
+ Que respondras ceste consquence?
+ --J'en seray hors quand je trespasseray.
+ --Dieu, quel confort!--Quelle saige eloquence!
+ --Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray.
+
+ --D'ond vient ce mal?--Il vient de mon malheur.
+ Quand Saturne me feit mon fardelet,
+ Ces maulx y mist, je le croy.--C'est foleur:
+ Son seigneur es, et te tiens son valet.
+ Voy que Salmon escript en son roulet:
+ Homme sage, ce dit-il, a puissance
+ Sur les plantes et sur leur influence.
+ --Je n'en croy rien; tel qu'ilz m'ont faict seray.
+ --Que dis-tu?--Rien.--Certe, c'est ma crance.
+ Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray.
+
+ ENVOI.
+
+ --Veux-tu vivre?--Dieu m'en doint la puissance!
+ --Il te fault...--Quoy?--Remors de conscience;
+ Lire sans fin.--Et en quoy?--En science;
+ Laisse les folz!--Bien, j'y adviseray.
+ --Or le retiens.--J'en ay bien souvenance.
+ --N'attends pas tant que tourne desplaisance.
+ Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray.
+
+
+
+ LA REQUESTE [P. 115]
+ Que Villon bailla Monseigneur de Bourbon.
+
+ Le mien seigneur et prince redoubt,
+ Fleuron de Lys, royale geniture,
+ Franoys Villon, que travail a dompt
+ A coups orbes, par force de batture,
+ Vous supplie, par cette humble escripture,
+ Que luy faciez quelque gracieux prest.
+ De s'obliger en toutes cours est prest;
+ Si ne doubtez que bien ne vous contente.
+ Sans y avoir dommage n'interest,
+ Vous n'y perdrez seulement que l'attente.
+
+ A prince n'a ung denier emprunt,
+ Fors vous seul, vostre humble crature.
+ Des six escus que lui avez prest,
+ Cela piea, il mist en nourriture;
+ Tout se payera ensemble, c'est droicture,
+ Mais ce sera lgrement et prest:
+ Car, se du gland rencontre en la forest
+ D'entour Patay, et chastaignes ont vente,
+ Pay serez sans delay ny arrest:
+ Vous n'y perdrez seulement que l'attente.
+
+ Si je pensois vendre de ma sant
+ A ung Lombard, usurier par nature,
+ Faulte d'argent m'a si fort enchant,
+ Que j'en prendrois, ce croy-je, l'adventure.
+ Argent ne pend gippon ne ceincture;
+ Beau sire Dieux! je m'esbahyz que c'est,
+ Que devant moy croix ne se comparoist,
+ Sinon de bois ou pierre, que ne mente;
+ Mais s'une fois la vraye m'apparoist,
+ Vous n'y perdrez seulement que l'attente. [P. 116]
+
+ ENVOI.
+
+ Prince du Lys, qui tout bien complaist,
+ Que cuydez-vous, comment il me desplaist
+ Quand je ne puis venir mon entente?
+ Bien m'entendez, aydez-moi, s'il vous plaist:
+ Vous n'y perdrez seulement que l'attente.
+
+
+
+ SUSCRIPTION DE LADITE REQUESTE
+
+ _Allez, Lettres, faictes un sault,
+ Combien que n'ayez pied ne langue:
+ Remonstrez, en vostre harengue,
+ Que faulte d'argent si m'assault._
+
+
+
+ BALLADE
+
+ DES PROVERBES.
+
+ Tant grate chvre que mal gist;
+ Tant va le pot l'eau qu'il brise;
+ Tant chauffe-on le fer qu'il rougist;
+ Tant le maille-on qu'il se debrise;
+ Tant vault l'homme comme on le prise;
+ Tant s'eslongne-il qu'il n'en souvient;
+ Tant mauvais est qu'on le desprise;
+ Tant crie l'on Noel qu'il vient.
+
+ Tant raille-on que plus on ne rit;
+ Tant despend-on qu'on n'a chemise;
+ Tant est-on franc que tout se frit; [P. 117]
+ Tant vault tien que chose promise;
+ Tant ayme-on Dieu qu'on suyt l'Eglise;
+ Tant donne-on qu'emprunter convient;
+ Tant tourne vent qu'il chet en bise;
+ Tant crie l'on Noel qu'il vient.
+
+ Tant ayme-on chien qu'on le nourrist;
+ Tant court chanson qu'elle est apprise;
+ Tant garde-on fruict qu'il se pourrist;
+ Tant bat-on place qu'elle est prise;
+ Tant tarde-on qu'on fault l'emprise;
+ Tant se haste-on que mal advient;
+ Tant embrasse-on que chet la prise;
+ Tant crie l'on Noel qu'il vient;
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, tant vit fol qu'il s'advise;
+ Tant va-t-il qu'aprs il revient;
+ Tant le matte-on qu'il se radvise;
+ Tant crie l'on Noel qu'il vient.
+
+
+
+
+ BALLADE
+
+ DES MENUS PROPOS.
+
+ Je congnois bien mouches en laict;
+ Je congnois la robe l'homme;
+ Je congnois le beau temps du laid;
+ Je congnois au pommier la pomme;
+ Je congnois l'arbre veoir la gomme;
+ Je congnois quand tout est de mesme;
+ Je congnois qui besongne ou chomme;
+ Je congnois tout, fors que moy-mesme. [P. 118]
+
+ Je congnois pourpoinct au collet;
+ Je congnois le moyne la gonne;
+ Je congnois le maistre au valet;
+ Je congnois au voyle la nonne;
+ Je congnois quand piqueur jargonne;
+ Je congnois folz nourriz de cresme;
+ Je congnois le vin la tonne;
+ Je congnois tout, fors que moy-mesme.
+
+ Je congnois cheval du mulet;
+ Je congnois leur charge et leur somme;
+ Je congnois Bietrix et Bellet;
+ Je congnois gect qui nombre et somme;
+ Je congnois vision en somme;
+ Je congnois la faulte des Boesmes;
+ Je congnois filz, varlet et homme:
+ Je congnois tout, fors que moy-mesme.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, je congnois tout en somme;
+ Je congnois coulorez et blesmes;
+ Je congnois mort qui nous consomme;
+ Je congnois tout, fors que moy-mesme.
+
+
+
+ BALLADE [P. 119]
+ DES POVRES HOUSSEURS.
+
+ On parle des champs labourer,
+ De porter chaulme contre vent,
+ Et aussi de se marier
+ A femme qui tance souvent;
+ De moyne de povre couvent,
+ De gens qui vont souvent sur mer;
+ De ceulx qui vont les bleds semer,
+ Et de celluy qui l'asne maine;
+ Mais, trestout considrer,
+ Povres housseurs ont assez peine.
+
+ A petis enfans gouverner,
+ Dieu sait se c'est esbatement!
+ De gens d'armes doit-on parler?
+ De faire leur commandement?
+ De servir Malchus chauldement?
+ De servir dames et aymer?
+ De guerrier et bouhourder
+ Et de jouster la quintaine?
+ Mais, trestout considrer,
+ Povres housseurs ont assez peine.
+
+ Ce n'est que jeu de bled soyer,
+ Et de prez faulcher, vrayement;
+ Ne d'orge battre, ne vanner,
+ Ne de plaider en Parlement;
+ A danger emprunter argent;
+ A maignans leurs poisles mener;
+ Et charretiers desjeuner, [P. 120]
+ Et de jeusner la quarantaine;
+ Mais, trestout considrer,
+ Povres housseurs ont assez peine.
+
+
+
+ PROBLME OU BALLADE
+ AU NOM DE LA FORTUNE.
+
+ Fortune fuz par clercz jadis nomme,
+ Que toy, Franoys, crie et nomme meurtrire.
+ S'il y a hom d'aucune renomme
+ Meilleur que toy, faiz user en plastrire,
+ Par povret, et fouyr en carrire,
+ S'a honte viz, te dois tu doncques plaindre?
+ Tu n'es pas seul; si ne te dois complaindre.
+ Regarde et voy de mes faitz de jadis,
+ Maints vaillans homs par moy mors et roidiz,
+ Et n'eusses-tu envers eulx ung soullon,
+ Appaise-toy, et mectz fin en tes diz:
+ Par mon conseil prends tout en gr, Villon!
+
+ Contre grans roys je me suis bien arme,
+ Le temps qui est pass; car, en arrire,
+ Priame occis et toute son arme;
+ Ne lui valut tour, donjon, ne barrire.
+ Et Hannibal, demoura-il derrire?
+ En Cartaige, par moy, le feiz actaindre;
+ Et Scypion l'Affricquain feiz estaindre;
+ Julius Csar au snat je vendiz;
+ En Egipte Pompe je perdiz;
+ En mer noyay Jazon en ung boullon; [P. 121]
+ Et, une fois, Romme et Rommains ardiz....
+ Par mon conseil prends tout en gr, Villon!
+
+ Alexandre, qui tant fist de hame,
+ Qui voulut voir l'estoille poucynire,
+ Sa personne par moy fut inhume.
+ Alphasar roy, en champ, sous la bannire,
+ Ruay jus mort; cela est ma manire.
+ Ainsi l'ay fait, ainsi le maintendray;
+ Autre cause ne raison n'en rendray.
+ Holofernes, l'ydolastre mauldiz,
+ Qu'occist Judic (et dormoit entandiz!)
+ De son poignart, dedens son pavillon;
+ Absallon, quoy! en fuyant suspendis....
+ Par mon conseil prends tout en gr, Villon!
+
+ ENVOI.
+
+ Povre Franoys, escoute que tu dis:
+ Se rien peusse sans Dieu de paradiz,
+ A toy n'aultre ne demourroit haillon:
+ Car pour ung mal lors j'en feroye dix:
+ Par mon conseil prends tout en gr, Villon!
+
+
+
+
+ BALLADE
+ CONTRE LES MESDISANS DE LA FRANCE.
+
+ Rencontr soit de bestes feu gectans,
+ Que Jason vit, querant la Toison d'or;
+ Ou transmu d'homme en beste, sept ans,
+ Ainsi que fut Nabugodonosor; [P. 122]
+ Ou bien ait perte aussi griefve et villaine
+ Que les Troyens pour la prinse d'Heleine;
+ Ou avall soit avec Tantalus
+ Et Proserpine aux infernaulx pallus,
+ Ou plus que Job soit en griefve souffrance,
+ Tenant prison en la court Dedalus,
+ Qui mal vouldroit au royaume de France!
+
+ Quatre mois soit en un vivier chantant,
+ La teste au fons, ainsi que le butor;
+ Ou au Grand-Turc vendu argent contant,
+ Pour estre mis au harnois comme ung tor;
+ Ou trente ans soit, comme la Magdelaine,
+ Sans vestir drap de linge ne de laine;
+ Ou noy soit, comme fut Narcisus;
+ Ou aux cheveux, comme Absalon, pendus,
+ Ou comme fut Judas par desperance,
+ Ou puist mourir comme Simon Magus,
+ Qui mal vouldroit au royaume de France!
+
+ D'Octovien puisse venir le temps:
+ C'est qu'on luy coule au ventre son trsor;
+ Ou qu il soit mis entre meules flotans;
+ En un moulin, comme fut saint Victor;
+ Ou transgloutis en la mer, sans haleine,
+ Pis que Jonas au corps de la baleine;
+ Ou soit banny de la clart Phoebus,
+ Des biens Juno et du soulas Venus,
+ Et du grant Dieu soit mauldit outrance,
+ Ainsi que fut roy Sardanapalus,
+ Qui mal vouldroit au royaume de France!
+
+ ENVOI. [P. 123]
+
+ Prince, port soit des clers Eolus,
+ En la forest o domine Glocus,
+ Ou priv soit de paix et d'esprance,
+ Car digne n'est de possder vertus,
+ Qui mal vouldroit au royaume de France!
+
+
+
+ LE JARGON OU JOBELIN [P. 124]
+ DE MAISTRE
+ FRANOIS VILLON.
+
+
+ BALLADE I.
+
+ A Parouart, la grand Mathe Gaudie,
+ O accollez sont duppez et noirciz,
+ De par angels suyvans la paillardie,
+ Sont greffiz et prins cinq ou six.
+ L sont bleffeurs, au plus hault bout assis
+ Pour l'evagie, et bien hault mis au vent.
+ Escevez-moy tost ces coffres massis!
+ Ces vendengeurs, des ances circoncis,
+ S'embrouent du tout nant...
+ Eschec, eschec, pour le fardis!
+
+ Brouez-moy sur ces gours passans,
+ Advisez-moy bien tost le blanc,
+ Et pictonnez au large sur les champs:
+ Qu'au mariage ne soyez sur le banc
+ Plus qu'un sac de piastre n'est blanc.
+ Si gruppez estes des carireux, [P. 125]
+ Rebignez-moy tost ces enterveux,
+ Et leur montrez des trois le bris:
+ Que clavs ne soyez deux et deux...
+ Eschec, eschec, pour le fardis!
+
+ Plantez aux hurmes vos picons,
+ De paour des bisans si trs-durs,
+ Et, aussi, d'estre sur les joncs,
+ En mahe, en coffres, en gros murs.
+ Escharricez, ne soyez durs,
+ Que le grand Can ne vous fasse essorer.
+ Songears ne soyez pour dorer,
+ Et babignez tousjours aux ys
+ Des sires, pour les debouser...
+ Eschec, eschec, pour le fardis!
+
+ ENVOI.
+
+ Prince Froart, dit des Arques Petis,
+ L'un des sires si ne soit endormis,
+ Levez au bec, que ne soyez griffis,
+ Et que vous n'en ayez du pis...
+ Eschec, eschec, pour le fardis!
+
+
+
+
+ BALLADE II.
+
+ Coquillars, narvans Ruel,
+ Men ys vous chante que gardez
+ Que n'y laissez et corps et pel,
+ Com fist Colin de l'Escaillier,
+ Devant la roe babiller
+ Il babigna, pour son salut. [P. 126]
+ Pas ne savoit oingnons peller,
+ Dont Lamboureur lui rompt le suc.
+
+ Changez, andossez souvent,
+ Et tirez tout droit au tremble,
+ Et eschicquez tost en brouant.
+ Qu'en la jarte ne soyez ample.
+ Montigny y fut, par exemple,
+ Bien estach au halle-grup,
+ Et y jargonnast-il le temple,
+ Dont Lamboureur lui rompt le suc.
+
+ Gailleurs, bien faitz en piperie,
+ Pour ruer les ninars au loing,
+ A l'assault tost, sans suerie!
+ Que les mignons ne soient au gaing,
+ Tout farcis d'un plumas coing,
+ Qui griefve et garde le duc,
+ Et de la dure si trs loing,
+ Dont Lamboureur luy rompt le suc.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, arrire de Ruel,
+ Et n'eussiez vous denier ne pluc,
+ Que au giffle ne laissez la pel,
+ Pour Lamboureur, qui rompt le suc.
+
+
+
+ BALLADE III. [P. 127]
+
+ Splicans,
+ Qui, en tous temps,
+ Avancez dedans le pogois,
+ Gourde piarde,
+ Et sur la tarde,
+ Desboursez les pauvres nyais,
+ Et pour soustenir vostre pois,
+ Les duppes sont privez de caire,
+ Sans faire haire,
+ Ne hault braiere,
+ Mais plantez ils sont comme joncz,
+ Pour les sires qui sont si longs.
+
+ Souvent aux arques,
+ A leurs marques,
+ Se laissent tous desbouser
+ Pour ruer,
+ Et enterver
+ Pour leur contre que lors faisons.
+ La fe aux Arques vous respond,
+ Et rue deux coups, ou bien troys,
+ Aux gallois.
+ Deux, ou troys
+ Mineront trestout aux frontz,
+ Pour les sires qui sont si longs.
+
+ Et pour ce, benards,
+ Coquillars,
+ Rebecquez-vous de la montjoye,
+ Qui desvoye [P. 128]
+ Votre proye,
+ Et vous fera de tout brouer;
+ Par joncher
+ Et enterver,
+ Qui est aux pigeons bien cher:
+ Pour rifler
+ Et placquer
+ Les angels de mal tous rondz,
+ Pour les sires qui sont si longs.
+
+ ENVOI.
+
+ De paour des hurmes
+ Et des grumes,
+ Rassurez-vous en droguerie
+ Et faerie,
+ Et ne soyez plus sur les joncz,
+ Pour les sires qui sont si longs.
+
+
+
+ BALLADE IV.
+
+ Saupicquetz frouans des gours arques,
+ Pour deshouser, beau sire dieux,
+ Allez ailleurs planter vos marques!
+ Benards, vous estes rouges gueux.
+ Berard s'en va chez les joncheux
+ Et babigne qu'il a plongis.
+ Mes frres, soiez embrayeux
+ Et gardez les coffres massis.
+
+ Se gruppez estes, des grappes
+ De ces angels si graveliffes;
+ Incontinent, manteaulx et cappes, [P. 129]
+ Pour l'emboue ferez eclipses;
+ De vos sarges serez besifles,
+ Tout debout et non pas assis.
+ Pour ce, gardez d'estre griffes
+ Dedens ces gros coffres massis.
+
+ Nyais qui seront attrapez,
+ Bientost s'en brouent au Halle,
+ Plus ne vault que tost ne happez
+ La baudrouse de quatre talle.
+ Des tires fait la hairenalle,
+ Quand le gosser est assiegis,
+ Et si hurcque la pirenalle,
+ Au saillir des coffres massis.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince des gayeulx, leurs marques,
+ Que voz contres ne soient griffis.
+ Pour doubte de frouer aux arques,
+ Gardez-vous des coffres massis.
+
+
+
+ BALLADE V.
+
+ Joncheurs, jonchans en joncherie,
+ Rebignez bien o joncherez;
+ Qu'Ostac n'embroue vostre arrerie,
+ O acollez sont vos ainsnez.
+ Poussez de la quille et brouez,
+ Car tost seriez roupieux.
+ Eschet qu'acollez ne soyez.
+ Par la poe du marieux.
+
+ Bendez-vous contre la faerie, [P. 130]
+ Quanques vous aurez desbousez,
+ N'estant juc la riflerie
+ Des angelz et leurs assosez.
+ Berard, se povez, renversez,
+ Si greffir laissez voz carieux;
+ La dure bientost renversez,
+ Pour la poe du marieux.
+
+ Entervez la floterie,
+ Chantez-leur trois, sans point songer.
+ Qu'en artes ne soyez en surie,
+ Blanchir vos cuirs et essurger.
+ Bignez la mathe, sans targer;
+ Que vos ans ne soyent ruppieux!
+ Plantez ailleurs contre assiger,
+ Pour la poe du marieux.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince Benard en Esterie,
+ Querez coupans pour Lamboureux
+ Et autour de vos ys tuerie,
+ Pour la poe du marieux.
+
+
+
+ BALLADE VI
+
+ Contres de la gaudisserie,
+ Entervez tousjours blanc pour bis,
+ Et frappez, en la hurterie,
+ Sur les beaulx sires bas assis.
+ Ruez de feuilles cinq ou six,
+ Et vous gardez bien de la roe,
+ Qui aux sires plante du gris, [P. 131]
+ En leur faisant faire la moe.
+
+ La giffle gardez de rurie,
+ Que vos corps n'en ayent du pis,
+ Et que point, la turterie,
+ En la hurme ne soyez assis.
+ Prenez du blanc, laissez du bis,
+ Ruez par les fondes la poe,
+ Car le bizac, voir advis,
+ Faict aux Beroars faire la moe.
+
+ Plantez de la mouargie,
+ Puis a, puis l, pour l'artis,
+ Et n'espargnez point la flogie
+ Des doulx dieux sur les patis.
+ Vos ens soyent assez hardis,
+ Pour leur avancer la droe;
+ Mais soient memorandis,
+ Qu'on ne vous face la moe.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, qui n'a bauderie
+ Pour eschever de la soe,
+ Danger du grup, en arderie,
+ Faict aux sires faire la moe.
+
+ FIN DES OEUVRES DE MAISTRE
+ FRANOIS VILLON.
+
+
+
+ POSIES [P. 132]
+ ATTRIBUES A VILLON
+
+
+
+ I RONDEL.
+
+ Les biens dont vous estes la dame
+ Ont mon cueur si trs fort espris,
+ Qu'il feust mort, s'il n'eust entrepris
+ De vous aymer plus que nul me.
+
+ Quant moy, point je ne l'en blasme,
+ Pour ce qu'ilz ont de tous le pris
+ Les biens dont vous estes la dame.
+
+ De ce qu'il fault que je vous ayme,
+ Je say trop bien que j'ay mespris;
+ Mais qui en doit estre repris?
+ Non pas moi. Qui donc? Sur mon ame,
+ Les biens dont vous estes la dame.
+
+
+ II. RONDEL.
+
+ A bien juger mon propre affaire
+ Et piteux cas, sans riens en taire,
+ Plus qu'autre croire me debvez, [P. 134]
+ Se par adventure n'avez
+ Information de contraire.
+
+ Celle ou celluy qui m'a brass
+ Ce maulvais los et pourchass
+ Me het et ne vous ayme pas;
+ Mais il quiert que soye chaci
+ De vostre amour et effaci.
+ Je congnois bien telz advocas.
+
+ Se vous avez voulu refaire
+ Leur voulent pour me deffaire,
+ Vous faictes mal et me grevez.
+ Considerez que vous savez
+ Qu'onc vers vous ne voulus meffaire
+ A bien juger.
+
+
+ III. RONDEL.
+
+ Une fois me dictes ouy,
+ En foy de noble et gentil femme;
+ Je vous certifie, ma Dame,
+ Qu'oncques ne fuz tant resjouy.
+
+ Veuillez le donc dire selon
+ Que vous estes benigne et doulche,
+ Car ce doulx mot n'est pas si long
+ Qu'il vous face mal en la bouche.
+
+ Soyez seure, si j'en jouy,
+ Que ma lealle et craintive ame
+ Gardera trop mieulx que nul ame
+ Vostre honneur. Avez-vous ouy?
+ Une fois me dictes ouy.
+
+
+ IV. RONDEL. [P. 135]
+
+ Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente;
+ Une j'en sers qui est bien suffisante
+ Pour contenter un grant duc ou un roy.
+ Je l'ayme bien, mais non pas elle moy;
+ Il n'est besoing que de ce je me vante.
+
+ Combien qu'elle est de taille belle et gente,
+ De m'en louer pour ceste heure presente
+ Pardonnez-moy, car je n'y voy de quoy;
+ Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente.
+
+ Quant je luy dy de mon vouloir l'entente,
+ Et cueur et corps et biens je luy presente,
+ Pour tout cela remde je n'y voy.
+ Deliber suis, savez-vous de quoy?
+ De luy quicter et le jeu et l'actente.
+ Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente.
+
+
+ V. RONDEL.
+
+ De mon faict je ne say que dire;
+ Par tout o je vois je m'adire,
+ Et des yeulx voy moins que du coute.
+ En danger suis qu'il ne me couste
+ La vie, tant suis remply d'ire.
+
+ De mon faict je ne say que dire,
+ Car ma dame si ne tient compte
+ De mon martyre, quant luy compte,
+ Mais me dit que trop aise suis,
+ Et qu'en ce royaulme n'a conte
+ Qui ait de nulle meilleur compte
+ Que j'ay d'elle, quant je la suis,
+
+ Nullement, de paour de mesdire, [P. 136]
+ Jamais je ne l'ose desdire;
+ A son gr parler je l'ecoute,
+ Puis emprs elle je m'accoute,
+ Sans luy vouloir riens contredire.
+ De mon faict je ne say que dire.
+
+
+ VI. RONDEL.
+
+ Pour entretenir mes amours
+ Colorer me fault maints fins tours;
+ Car ma bourse est trs mal garnie
+ Pour fourrer le poignet tousjours.
+
+ Ung jour demande haults atours,
+ Et l'autre ung grant bort de velours,
+ Et je respons: Or bien, m'amye,
+ Pour entretenir mes amours.
+
+ Veez-vous ce donneur de bonjours?
+ Il a faict en el tant de cours,
+ Practiqu l'art de baverie,
+ Qu'il scet moult bien, sans ce qu'il rie,
+ Dire sa pense rebours.
+ Pour entretenir mes amours
+ Colorer me fault maints fins tours.
+
+
+ VII. RONDEL.
+
+ Tu te brusles la chandelle!
+ Helas! mon cueur, ne vois tu pas
+ Que danger est tousjours au pas,
+ Qui fait tous guerre mortelle?
+
+ Soyes seur que tu l'auras belle [P. 137]
+ Se tu n'y vas bien par compas;
+ Tu te brusles la chandelle.
+
+ Sont-ce chastaignes qu'on y pelle,
+ A ton advis, pour ton repas?
+ Nennil. Retrais toy tout le pas,
+ Ains qu'on te frape au cul la pelle.
+ Tu te brusles la chandelle.
+
+
+ VIII. RONDEL.
+
+ Adieu vous dy la lerme l'oeil;
+ Adieu, ma trs gente mignonne,
+ Adieu, sur toutes la plus bonne,
+ Adieu vous dy, qui m'est grand dueil.
+
+ Adieu, adieu, m'amour, mon vueil;
+ Mon povre cueur vous laisse et donne.
+ Adieu vous dy la lerme l'oeil.
+
+ Adieu, par qui du mal recueil
+ Mille fois plus que mot ne sonne;
+ Adieu, du monde la personne
+ Dont plus me loue et plus me dueil.
+ Adieu vous dy la lerme l'oeil.
+
+
+ IX. BALLADE.
+
+ Las! je me plains d'amours et de ma dame,
+ Et de mes yeulx dont j'ay veu sa beault;
+ Et oultre plus, je me plains d'une femme
+ Qui contre moy a le conseil donn
+ Dont j'ay dj tant de mal endur [P. 138]
+ Qu'il me fauldra, par deffaulte de joye,
+ Aller criant, comme tout forcen:
+ Je hez ma dame que tant aymer souloye.
+
+ Car se piti son trs doulx cueur n'entame
+ A me donner ce que j'ay desir,
+ J'iray mourir, ainsi qu'ung homme infame.
+ Tout hors de sens et si desespr
+ Qu'aprs ma mort il en sera parl
+ Plus loin dix fois que d'icy en Savoye,
+ Et lors diray pour plus estre blasm:
+ Je hez ma dame que tant aymer souloye
+
+ Se je le dy, je jure sur mon ame
+ Que ce sera contre ma voulent.
+ Je prye Dieu qu'il n'y puist avoir ame
+ A celle fin qu'il ne soit raport.
+ Car jasoit ce qu'elle m'ait courrouc
+ Tant qu'on peut plus, cent mille fois mourroye
+ Avant que j'eusse ne dit ne profer:
+ Je hez ma dame que tant aymer souloye.
+
+
+ X. RONDEL.
+
+ Quelque chose qu'Amours ordonne,
+ Force m'est que vous habandonne
+ Pour pourchasser ailleurs mon bien;
+ Car, sur ma foy, je congnois bien
+ Que vous m'estes pire que bonne.
+
+ Trop a de cueur qui vous en donne:
+ Pour ce j Dieu ne me pardonne
+ Se vous avez jamais le mien, [P. 139]
+ Quelque chose qu'Amours ordonne.
+
+ Si n'aymeray je j personne
+ Que vous, quoy que l'on me sermonne,
+ En tout ce monde terrien;
+ Mais maintenant je n'en fais rien,
+ Et sers selon qu'on me guerdonne.
+ Quelque chose qu'Amours ordonne,
+ Force m'est que vous habandonne.
+
+
+
+ XI. RONDEL.
+
+ Hahay! estes vous rencherie,
+ Dieux y ait part, puis devant hier?
+ Ma dame, c'est pour enrager!
+ Le faictes-vous par mocquerie?
+
+ Mais venez , je vous en prie:
+ Est le cuir devenu si cher?
+ Hahay! estes vous rencherie?
+
+ Et dea! et ne savez-vous mie
+ Que mon pre est cordouennier;
+ Vous voulez bazanne priser
+ Plus que cordouen la moiti.
+ Hahay! estes-vous rencherie?
+
+
+
+ XII. RONDEL.
+
+ Au plus offrant ma dame est mise
+ Et dernier encherisseur.
+ Je ne say se c'est par honneur,
+ Mais je n'en prise pas la guise.
+
+ Elle m'avoit sa foy promise, [P. 140]
+ Mais je voy qu'elle a mis son cueur
+ Au plus offrant.
+
+ Et pour ce je quitte la prinse
+ D'estre nomm son serviteur,
+ Car donner me porte malheur.
+ Ainsi j'ay laiss l'entreprise
+ Au plus offrant.
+
+
+ XIII. RONDEL.
+
+ Entens moy, vray dieu d'amours,
+ Et faiz que la mort ait son cours
+ Hastivement,
+
+ Car j'ay mal employ mes jours.
+ Je meurs en aymant par amours
+ Certainement.
+
+ Languir me fault en griefs doulours.
+
+
+ XIV. BALLADE
+ _Pour ung prisonnier._
+
+ S'en mes maulx me peusse esjoyr
+ Tant que tristesse me feust joye
+ Par me doulouser et gemir,
+ Voulentiers je me complaindroye;
+ Car, s'au plaisir Dieu, hors j'estoye,
+ J'ay espoir qu'au temps advenir
+ A grant honneur venir pourroye
+ Une fois avant que mourir.
+
+ Pourtant, s'ay eu moult souffrir [P. 141]
+ Par fortune, dont je larmoye,
+ Et que n'ay pas peu obtenir
+ N'avoir ce que je pretendoye,
+ Au temps advenir je vouldroye
+ Voulentiers bon chemin tenir
+ Pour acquerir honneur et joye
+ Une fois avant que mourir.
+
+ Sans plus loin exemple querir,
+ Par moy mesme juger pourroye
+ Que meschief nul ne peult fouyr,
+ S'ainsi est qu'advenir luy doye.
+ C'est jeunesse qui tout desvoye;
+ Nul ne s'en doit trop esbahyr.
+ Si juste n'est qui ne fourvoye
+ Une fois avant que mourir.
+
+ Prince, s'aucun povoir avoye
+ Sur ceulx qui me font cy tenir,
+ Voulentiers vengeance en prendroye
+ Une fois avant que mourir.
+
+
+ XV. RONDEL.
+
+ Comme moy vous aurez voz gages.
+ J'en fuz bien pay au partir:
+ Plain de dueil jusques au partir,
+ Ne sont-ce plaisans advantages?
+
+ Servez amours entre vous sages:
+ Il vous en fera repentir;
+ Comme moy vous aurez vos gages.
+
+ Repeuz serez de doulx langaiges [P. 142]
+ Pour vous garder de departir.
+ Quant est moy, j'en suys martir.
+ Bien tard congnoistrez telz ouvrages;
+ Comme moy vous aurez vos gages.
+
+
+ XVI. BALLADE.
+
+ Il n'est danger que de vilain,
+ N'orgueil que de povre enrichy,
+ Ne si seur chemin que le plain,
+ Ne secours que de vray amy,
+ Ne desespoir que jalousie,
+ N'angoisse que cueur convoiteux,
+ Ne puissance o il n'ait envie,
+ Ne chere que d'homme joyeulx;
+
+ Ne servir qu'au roy souverain,
+ Ne lait nom que d'homme ahonty,
+ Ne manger fors quant on a faim,
+ N'emprise que d'homme hardy,
+ Ne povret que maladie,
+ Ne hanter que les bons et preux,
+ Ne maison que la bien garnie,
+ Ne chre que d'homme joyeulx;
+
+ Ne richesse que d'estre sain,
+ N'en amours tel bien que mercy,
+ Ne de la mort rien plus certain,
+ Ne meilleur chastoy que de luy;
+ Ne tel trsor que preudhommye,
+ *****************************
+ Ne paistre qu'en grant seigneurie,
+ Ne chre que d'homme joyeulx;
+
+ ENVOI. [P. 143]
+
+ Que voulez-vous que je vous die?
+ Il n'est parler que gracieulx,
+ Ne louer gens qu'aprs leur vie,
+ Ne chre que d'homme joyeulx
+
+
+ XVII. BALLADE MORALE.
+
+ D'une dague forte et aige
+ Soit-il frapp parmy l'eschine,
+ Et ait tousjours une sansue
+ Attache sa poitrine,
+ Et attainct d'une coulevrine
+ Entre le nez et le menton,
+ Ou qu'en prison vive en famine,
+ Qui autruy blasme sans raison.
+
+ Son giste soit emmy la rue,
+ Tout nud quand il fera bruyne,
+ Sur pel de herion pointue,
+ Couvert d'une chre estamine;
+ De vent de bise sa courtine,
+ Et soit mors d'ung escorpion,
+ Ou qu'en prison vive en foraine,
+ Qui autruy blasme sans raison.
+
+ Sa chair soit detrenche menue
+ Plus qu'au moulin n'est la farine,
+ Ou de gros nerfz soit bien batue,
+ Ou couche nud sur tas d'espine:
+ Et affin que plus tost il fine,
+ Son corps soit remply de poison,
+ Ou qu'en prison vive en famine, [P. 144]
+ Qui autruy blasme sans raison.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, soit mis en la gehaine
+ Dix fois le jour comme ung larron,
+ Ou qu'en prison vive en famine,
+ Qui autruy blasme sans raison.
+
+
+
+ XVIII. BALLADE.
+
+ J'ay ung arbre de la plante d'amours,
+ Enracin en mon cueur proprement,
+ Qui ne porte fruits, sinon de dolours,
+ Fueilles d'ennuy et fleurs d'encombrement;
+ Mais, puis qu'il fut plant premirement,
+ Il est tant creu, de racine et de branche,
+ Que son umbre, qui me porte nuysance,
+ Fait au dessoubs toute joye seichier,
+ Et si ne puis, pour toute ma puissance,
+ Autre planter, ne celuy arrachier.
+
+ De si long-temps est arros de plours
+ Et de lermes tant douloureusement,
+ Et si n'en sont les fruits de rien meillours:
+ Ne je n'y truys gures d'amendement.
+ Je les recueille pourtant soigneusement.
+ C'est de mon cueur l'amre soustenance,
+ Qui trop mieux fust en friche ou en souffrance
+ Que porter fruits qui le dussent blecier;
+ Mais pas ne veult l'amoureuse ordonnance,
+ Autre planter, ne celuy arrachier.
+
+ S'en ce printemps, que les feuilles et fleurs [P. 145]
+ Et arbrynceaux percent nouvellement,
+ Amours vouloit moy faire ce secours,
+ Que les branches qui font empeschement
+ Il retranchast du tout entierement,
+ Pour y enter ung rynceau de plaisance,
+ Il gecteroit bourgeons de souffisance;
+ Joye en istroit, dont il n'est rien plus chier;
+ Et ne fauldroit j, par desesperance,
+ Autre planter, ne celuy arrachier.
+
+ ENVOI.
+
+ Ma princesse, ma premire esperance,
+ Mon cueur vous sert en dure penitence.
+ Faictes le mal qui l'acqueult retranchier,
+ Et ne souffrez en vostre souvenance
+ Autre planter, ne celuy arrachier.
+
+
+
+ XIX. BALLADE.
+
+ Plaisant assez, et des biens de fortune
+ Ung peu garny, me trouvay amoureux,
+ Voire si bien, que, tant aymay fort une,
+ Que nuit et jour j'en estois langoureux.
+ Mais tant y a, que je fus si heureux
+ Que, moyennant vingt escus la rose,
+ Je fis cela que chacun bien suppose.
+ Alors je dis, connoissant ce passage:
+ Au fait d'amours, babil est peu de chose;
+ Riche amoureux a tousjours l'advantage.
+
+ Or est ainsy que, durant ma pecune,
+ Je fus traite comme amy precieux;
+ Mais, tost aprs, sans dire chose aucune,
+ Cette vilaine alla jetter les yeulx [P. 146]
+ Sur un vieillard riche, mais chassieux,
+ Laid et hideux trop plus qu'on ne propose.
+ Ce neantmoins, il en jouit sa pose,
+ Dont moy, confus, voyant un tel ouvrage,
+ Dessus ce texte allay bouter en glose:
+ Riche amoureux a tousjours l'advantage.
+
+ Or elle a tort, car noyse ny rancune
+ N'eut onc de moy. Tant lui fus gracieux,
+ Que, s'elle eust dit: Donne-moy de la lune
+ J'eusse entrepris de monter jusqu'aux cieulx;
+ Et, nonobstant, son corps tant vicieux
+ Au service de ce vieillard expose.
+ Dont, ce voyant, un rondeau je compose,
+ Que luy transmets; mais, en pou de langage,
+ Me respond franc: Povret te depose:
+ Riche amoureux a tousjours l'advantage!
+
+ ENVOI.
+
+ Prince tout bel, trop mieux parlant qu'Orose,
+ Si vous n'avez toujours bourse desclose,
+ Vous abusez: car Meung, docteur trs sage,
+ Nous a descrit que, pour cueillir la rose,
+ Riche amoureux a tousjours l'advantage.
+
+
+
+ XX. BALLADE.
+
+ Qui en amours veut estre heureux,
+ Faut tenir train de seigneurie,
+ Estre prompt et advantureux
+ Quand vient monstrer l'armarie:
+ Porter drap d'or, orfaverie,
+ Car cela les dames esmeut.
+ Tout sert; mais, par saincte Marie! [P. 147]
+ Il ne fait pas ce tour qui veult.
+
+ Je fus nagures amoureux
+ D'une dame cointe et jolie,
+ Qui me dit, en mots gracieux:
+ Mon amour est en vous ravie;
+ Mais il faut qu'el soit desservie
+ Par cinquante escus d'or, s'on peut.
+ --Cinquante escus! Bon gr ma vie!
+ Il ne fait pas ce tour qui veult.
+
+ Alors luy donnay sur les lieux
+ O elle feisoit l'endormie:
+ Quatre venues, de coeur joyeux,
+ Luy fis en moins d'heure et demie.
+ Lors me dit, voix espasmie:
+ Encore un coup! le coeur me deult.
+ --Encore un coup! Hlas! m'amye,
+ Il ne fait pas ce tour qui veult!
+
+ ENVOI.
+
+ Prince d'amours, je te supplie,
+ Si plus ainsi elle m'accuelt,
+ Que ma lance jamais ne plie:
+ Il ne fait pas ce tour qui veult!
+
+
+
+ XXI. BALADE JOYEUSE DES TAVERNIERS.
+
+ D'ung gect de dart, d'une lance assere,
+ D'ung grant faussart, d'une grosse massue,
+ D'une guisarme, d'une flche ferre,
+ D'ung bracquemart, d'une hache esmolue,
+ D'ung grand penart et d'une bisage,
+ D'ung fort espieu et d'une saqueboute; [P. 148]
+ De maulx briguans puissent trouver tel route
+ Que tous leurs corps fussent mis par morceaulx,
+ Le cueur fendu, descir par monceaulx,
+ Le col coupp d'ung bon branc acherin,
+ Descirez soient de truye et de pourceaulx
+ Les taverniers qui brouillent nostre vin.
+
+ D'ung arc turcquois, d'une espe affile
+ Ayent les paillars la brouaille cousue,
+ De feu gregoys la perrucque brusle,
+ Et par tempeste la cervelle espandue,
+ Au grand gibet leur charongne pendue,
+ Et briefvement puissent mourir de goutte,
+ Ou je requiers et pry que l'on leur boute
+ Parmy leur corps force d'ardans barreaulx;
+ Vifs escorchez des mains de dix bourreaulx,
+ Et puis bouillir en huille le matin,
+ Desmembrez soient quatre grans chevaux,
+ Les taverniers qui brouillent nostre vin.
+
+ D'un gros canon la tte escarbouille
+ Et de tonnerre acablez en la rue
+ Soient tous leurs corps, et leur chair dessire,
+ De gros mastins bien garnye et pourvue,
+ De forz esclers puissent perdre la veue,
+ Neige et gresil tousjours sur eux degoutte,
+ Avecques ce ilz aient la pluye toute
+ Sans que sur eux ayent robbes ne manteaulx,
+ Leurs corps trenchez de dagues et couteaulx,
+ Et puis traisnez jusques en l'eau du Rin;
+ Desrompuz soient quatre-vingts marteaulx
+ Les taverniers qui brouillent nostre vin.
+
+ Prince, de Dieu soient maulditz leurs boyaulx, [P. 149]
+ Et crever puissent par force de venin
+ Ces faulx larrons, maulditz et desloyaulx,
+ Les taverniers qui brouillent nostre vin
+
+
+
+ XXII. S'ENSUIT LE MONOLOGUE DU [P. 150]
+ FRANC ARCHIER DE BAIGNOLLET
+
+ AVEC SON EPITAPHE.
+
+ C'est meshuy! J'ay beau corner!
+ Or a, il s'en fault retourner,
+ Maulgr ses dentz, en sa maison
+ Si ne vis-je piea saison
+ O j'eusse si hardy couraige
+ Que j'ay! Par la morbieu! j'enraige
+ Que je n'ay qui me combatre...
+ Y a-il homme qui quatre,
+ Dy-je, y a-il quatre qui vueillent
+ Combatre moy? Se tost recueillent
+ Mon gantelet; vela pour gaige!
+ Par le sang bieu! je ne crains paige,
+ S'il n'a point plus de quatorze ans.
+ J'ay autresfoys tenu les rencz,
+ Dieu Mercy! et gaign le prix
+ Contre cinq Angloys que je pris,
+ Povres prisonniers desnuez, [P. 151]
+ Si tost que je les euz ruez.
+ Ce fust au sige d'Alenon.
+ Les troys se misrent ranon,
+ Et le quatriesme s'enfuyt.
+ Incontinent que l'autre ouyt
+ Ce bruit, il me print la gorge.
+ Se je n'eusse cri: Sainct George!
+ Combien que je suys bon Franoys,
+ Sang bieu! il m'eust tu anoys
+ Que personne m'eust secouru.
+ Et quand je me senty feru
+ D'une bouteille, qu'il cassa
+ Sur ma teste: Venez a, a!
+ Dis-je lors. Que chascun s'appaise!
+ Je ne quiers point faire de noise,
+ Ventre bieu! et buvons ensemble.
+ Pos soit ores que je tremble,
+ Sang bieu! je ne vous crains pas maille.
+
+ _Cy dit ung quidem, par derrire les gens_:
+ Coquericoq.
+
+ Qu'esse cy? J'ay oy poullaille
+ Chanter chez quelque bonne vieille;
+ Il convient que je la resveille.
+ Poullaille font icy leurs nidz!
+ C'est du demourant d'Ancenys,
+ Par ma foy! ou du Champ-Tours...
+ Helas! que je me vis cours
+ De la mort d'ung de mes nepveux!
+ J'euz d'ung canon par les cheveux,
+ Qui me vint cheoir tout droit en barbe;
+ Mais je m'escriay: Saincte Barbe! [P. 152]
+ Vueille-moy ayder ce coup,
+ Et je t'ayderay l'autre coup!
+ Adonc le canon m'esbranla,
+ Et vint ceste fortune-l
+ Quand nous eusmes le fort conquis.
+ Le Baronnet et le Marquis,
+ Craon, Cures, l'Aigle et Bressoire,
+ Accoururent pour veoir l'histoire;
+ La Rochefouquault, l'Amiral,
+ Aussi Beuil et son attirail,
+ Pontivre, tous les capitaines,
+ Y deschaussrent leurs mitaines
+ De fer, de paour de m'affoler,
+ Et si me vindrent acoler
+ A terre, o j'estoye meshaign,
+ De paour de dire: Il n'a daign!
+ Combien que je fusse malade,
+ Je mis la main la salade,
+ Car el m'estouffoit le visaige.
+ Ha! dist le Marquis, ton oultraige
+ Te fera une foys mourir!
+ Car il m'avoit bien veu courir,
+ Oultre l'ost, devant le chasteau.
+ Hlas! j'y perdy mon manteau,
+ Car je cuidoye d'une poterne
+ Que ce fust l'huys d'une taverne.
+ Et moy tantost de pietonner,
+ Car, quand on oyt clarons sonner,
+ Il n'est courage qui ne croisse.
+ Tout aussitost: O esse? O esse?
+ Et, brief parler, je m'y fourre,
+ Ne plus ne moins qu'en une bourre.
+ Si ce n'eust est la brairie
+ Du cost devers la prairie, [P. 153]
+ De nos gens, qui crioient trestous,
+ Disant: Pierre, que faictes-vous?
+ N'assaillez pas la basse court
+ Tout seul! je l'eusse prins tout court,
+ Certes; mais c'eust est outraige.
+ Et se ce n'eust est ung paige
+ Qui nous vint trencher le chemin,
+ Mon frre d'armes Gillemin
+ Et moy, Dieu lui pardoint, pourtant!
+ Car, quoy? il nous en pend autant
+ A l'oeil, eussions, sans nulle faille,
+ Frapp au travers la bataille
+ Des Bretons; mais nous apaisames
+ Nos couraiges et recullames...
+ Que dy-je? non pas reculer,
+ Chose dont on ne doibt parler...
+ Ung rien, jusque au Lyon d'Angiers.
+ Je ne craignoye que les dangiers,
+ Moy; je n avoye paour d'aultre chose.
+ Et quand la bataille fut close,
+ D'artillerie grosse et gresle
+ Vous eussez ouy, pesle-mesle:
+ _Tip, tap, sip, sap_, la barrire,
+ Aux esles, devant et derrire.
+ J'en eus d'ung parmy la cuirace.
+ Les dames qu'estoient en la place
+ Si ne craignoyent que le couillart.
+ Certes, j'estoye ung bon paillart;
+ J'en avoye ung si portatif,
+ Se je n'eusse est si hastif
+ De mettre le feu en la pouldre,
+ J'eusse destruit et mis en fouldre
+ Tout quanqu'avoit de damoiselles.
+ Il porte deux pierres jumelles, [P. 154]
+ Mon couillart: jamais n'en a meins.
+ Et dames de joindre les mains,
+ Quand ilz virent donner l'assault.
+ Les ungs se servoyent du courtault
+ Si dru, si net, si sec que terre.
+ Et puis, quoy? parmy ce tonnerre,
+ Eussez ouy sonner trompilles,
+ Pour faire dancer jeunes filles
+ Au son du courtault, haultement.
+ Quand j'y pense, par mon serment!
+ C'est vaine guerre qu'avec femmes;
+ J'avoye toujours piti des dames.
+ Veu qu'ung courtault tresperce ung mur,
+ Ilz auroyent le ventre bien dur,
+ S'il ne passoit oultre... Pensez
+ Qu'on leur eust faict du mal assez,
+ Se l'en n'eust eu noble couraige;
+ Mesmes ces pehons de villaige,
+ J'entens pehons de plat pays,
+ Ne se fussent point esbahis
+ De leur mal faire; mais nous sommes
+ Tousjours, entre nous gentilz hommes,
+ Au guet dessus la villenaille.
+ J'estoye par de la bataille,
+ Tousjours la lance ou la bouteille
+ Sur la cuisse: c'estoit merveille,
+ Merveille de me regarder.
+ Il vint ung Breton estrader,
+ Qui faisoit rage d'une lance;
+ Mais il avoit, de jeune enfance,
+ Les reins rompus; c'estoit dommaige.
+ Il vint tout seul, par son oultraige,
+ Estrader par mont et par val;
+ Pour bien pourbondir ung cheval [P. 155]
+ Il faisoit feu et voire flambe.
+ Mais je lui trenchay une jambe,
+ D'ung revers, jusques la hanche;
+ Et fis ce coup-l ung dimenche,
+ Que dy-je? ung lundy matin.
+ Il ne s'armoit que de satin,
+ Tant craignoit grever ses reins.
+ Voulentiers frappoit aux chanfrains
+ D'ung cheval, quand venoit en jouste,
+ Ou droit la queue, sans doubte.
+ Point il ne frappoit son roussin,
+ Pource qu'il avoit le farcin,
+ Que d'ung baston court et noailleux,
+ Dessus sa teste et ses cheveulx,
+ De paour de le faire clocher.
+ Aussi, de paour de tresbucher,
+ Il alloit son beau pas, _tric, trac_,
+ Et ung grant panon de bissac
+ Voulentiers portoit sur sa teste.
+ D'ung tel homme fault faire feste
+ Autant que d'ung million d'or.
+ Gens d'armes! c'est ung grant tresor;
+ S'il vault riens il ne fault pas dire.
+ J'ay fait raige avecques La Hire:
+ Je l'ay servy trestout mon aage.
+ Je fus gros vallet, et puis page,
+ Archier, et puis je pris la lance,
+ Et la vous portoye sur la panse,
+ Tousjours trouss comme une poche.
+ Et puis, monseigneur de la Roche,
+ Que Dieu pardoint, me print pour paige.
+ J'estoye gent et beau de visaige,
+ Je chantoye et brouilloye des flustes,
+ Et si tiroye entre deux butes. [P. 156]
+ A brief parler, j'estoye ainsi
+ Mignon comme cest enfant-cy;
+ Je n'avoys pas gramment plus d'aage...
+ Or a, a, par o assauldray-je
+ Ce cocq que j'ay ouy chanter?
+ A peu besongner bien vanter;
+ Il fault assaillir cest hostel.
+
+ _Adonc apperoit le Franc Archier un espoventail de_
+ chenevire, faict en faon d'ung gendarme,
+ croix blanche devant et croix noire
+ derrire, en sa main tenant
+ une arbaleste_.
+
+ (A part.)
+
+ Ha! le Sacrement de l'autel!
+ Je suis affoibly! Qu'esse-cy?
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ Ha! Monseigneur, pour Dieu, mercy!
+ Hault le trait, qu'aye la vie franche!
+ Je voy bien, vostre croix blanche,
+ Que nous sommes tout d'ung party.
+
+ (A part.)
+
+ D'ond, tous les diables! est-il sorty,
+ Tout seul et ainsi effroy?
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ Comment! Estes-vous desvoy?
+ Mettez jus, je gage l'amende.
+ Et, pour Dieu, mon amy, desbende
+ Au hault ou au loing ton baston!
+ _Adonc il advise sa croix noire_. [P. 157]
+ Par le sang bieu! c'est ung Breton,
+ Et je dy que je suis Franoys!...
+ Il est fait de toy, ceste fois,
+ Perrenet; c'est ung parti contraire!
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ Hen, Dieu! et o voulez-vous traire?
+ Vous ne savez pas que vous faictes.
+ Dea! je suis Breton, si vous l'estes.
+ Vive sainct Denis ou sainct Yve!
+ Ne m'en chault qui, mais que je vive!
+ Par ma foi! Monseigneur mon maistre,
+ Se vous voulez savoir mon estre,
+ Ma mre fut ne d'Anjou,
+ Et mon pre je ne say d'o,
+ Sinon que j'ouy reveler
+ Qu'il fut natif de Lantriquer.
+ Comment sauray-je vostre nom?
+ Monseigneur Rollant, ou Yvon,
+ Mort seray quand il vous plaira!
+
+ (A part.)
+
+ Et comment! il ne cessera
+ Meshuy de me persecuter,
+ Et si ne me veult escouter!
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ En l'honneur de la Passion
+ De Dieu, que j'aye confession,
+ Car je me sens j fort malade!
+ Or, tenez, vela ma salade,
+ Qui n'est froisse ne couppe;
+ Je la vous rens, et mon espe, [P. 158]
+ Et faictes prier Dieu pour moy.
+ Je vous laisse, sur vostre foy,
+ Ung voeu que je doibs sainct Jacques.
+ Pour le faire, prendrez mon jacques,
+ Et ma ceinture et mon cornet.
+
+ (A part.)
+
+ Tu meurs bien maulgr toy, Pernet,
+ Voire maulgr toi et force!
+
+ (Au public.)
+
+ Puis qu'endurer fault et force,
+ Priez pour l'ame, s'il vous plaist,
+ Du Franc Archier de Baignolet,
+ Et m'escripvez, ung paraphe,
+ Sur moy ce petit epitaphe:
+
+ _Cy gist Pernet le Franc Archier,
+ Qui cy mourut sans desmarcher,
+ Car de fuyr n'eut onc espace,
+ Lequel Dieu, par sa saincte grace,
+ Mette s cieulx, avecques les ames
+ Des francs archiers et des gens d'armes,
+ Arrire des arbalestriers.
+ Je les hay tous: ce sont meurdriers!
+ Je les congnois bien de piea.
+ Et mourut l'an qu'il trespassa._
+
+ Vel tout; les mots sont trs beaux.
+ Or, vous me lairrez mes houseaulx,
+ Car, se j'alloye en paradis
+ A cheval, comme fist jadis
+ Sainct Martin, et aussi sainct George,
+ J'en seroye bien plus prest... Or je [P. 159]
+ Vous laisse gantelet et dague:
+ Car, au surplus, je n'ay plus bague
+ De quoy je me puisse deffendre.
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ Attendez! me voulez-vous prendre
+ En desaroy? Je me confesse
+ A Dieu, tandis qu'il n'y a presse,
+ A la Vierge et tous sainctz.
+
+ (A part.)
+
+ Or meurs-je les membres tous sains
+ Et tout en bon point, ce me semble.
+ Je n'ay mal, sinon que je tremble
+ De paour et de malle froidure,
+ Et de mes cinq sens de nature...
+ Cinq cens! O prins, qui ne les emble?
+ Je n'en veiz onc cinq cens ensemble,
+ Par ma foy! n'en or, n'en monnoye.
+ Pour nant m'en confesseroye:
+ Oncques ensemble n'en veiz deux.
+ Et de mes sept pechez morteux
+ Il fault bien que m'en supportez:
+ Sur moy je les ay trop portez;
+ Je les metz jus, avec mon jacques.
+ J'eusse attendu jusques Pasques,
+ Mais vecy ung advancement.
+ Et du premier commendement
+ De la Loy, qui dit qu'on doibt croire
+ (Non pas l'estoc quand on va boire,
+ Cela s'entend) en ung seul Dieu,
+ Jamais ne me trouvay en lieu
+ O j'y creusse mieulx qu' ceste heure,
+ Mais qu' ce besoing me sequeure.
+
+ (A l'espoventail.) [P. 160]
+
+ Ne desbendez? Je ne me fuys!
+
+ (A part.)
+
+ Hlas! je suis mort o je suis.
+ Je suis aussi simple, aussi coy
+ Comme une pucelle; car, quoy
+ Dit le second commendement?
+ Qu'on ne jure Dieu vainement.
+ Non ay-je en vain, mais trs ferme,
+ Ainsi que fait ung bon genderme,
+ Car il n'est rien craint, s'il ne jure.
+ Le tiers nous enjoingt et procure,
+ Et advertist et admoneste,
+ Que l'en doit bien garder la feste,
+ Autant en hyver qu en est:
+ J'ay tousjours voulentiers fest,
+ De ce ne mentiray-je point;
+ Et le quatriesme nous enjoint
+ Qu'on doit honnorer pre et mre:
+ J'ay tousjours honor mon pre,
+ En moy congnoissant gentilhomme
+ De son cost, combien qu'en somme
+ Sois villain et de villenaille.
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ Et, pour Dieu, mon amy, que j'aille
+ Jusques amen; misricorde!
+ Relevez ung peu vostre corde;
+ Ferez que le traict ne me blesse.
+
+ (A part.)
+
+ Item, morbieu! je me confesse
+ Du cinquiesme, sequentement:
+ Deffend-il pas expressment [P. 161]
+ Que nul si ne soit point meurtrier?
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ Las! Monseigneur l'arbalestrier,
+ Gardez bien ce commendement;
+ Quant est moy, par mon serment,
+ Meurdre ne fis onc qu'en poulaille.
+
+ (A part.)
+
+ L'aultre commendement nous baille
+ Qu'on n'emble rien; ce ne fis oncque,
+ Car en lieu n'en place quelconque
+ Je n'euz loysir de rien embler.
+ J'ay assez qui ressembler
+ En ce point; je n'ay point meffait,
+ Car, se l'en m'eust pris sur le fait,
+ Dieu scet comme il me fust mescheu!
+
+ _Cy lusse tomber terre l'espoventail, celluy qui
+ le tient_.
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ Las! monseigneur! vous estes cheu!...
+ Jsus! et qui vous a bout,
+ Dictes? Ce n'ay-je pas est,
+ Vrayement, ou diable ne m'emporte,
+ Au cas, dictes? Je m'en rapporte
+ A tous ceulx qui sont cy, beau sire,
+ Affin que ne vueillez pas dire
+ Que c'est demain ou pour demain.
+ Au fort, baillez-moy vostre main,
+ Je vous ayderay lever.
+ Mais ne me vueillez pas grever:
+ J'ai piti de vostre fortune.
+
+ _Cy apperoyt le Franc Archier, de l'espoventail, que [P. 162]
+ ce n'est pas ung homme_.
+
+ Par le corps bieu! j'en ay pour une!
+ Il n'a pi ne main; il ne hobe;
+ Par le corps bieu! c'est une robe
+ Plaine, de quoy? charbieu! de paille!
+ Qu'esse-cy? morbieu! on se raille,
+ Ce cuiday-je, des gens de guerre...
+ Que la fivre quartaine serre
+ Celluy qui vous a mis icy!
+ Je le feray le plus marry,
+ Par la vertu bieu! qu'il fut oncques.
+ Se mocque on de moy quelconques?
+ Et ce n'est, j'advoue sainct Pierre!
+ Qu'espoventail de chenevire,
+ Que le vent a cy abatu!...
+ La mort bieu! vous serez batu,
+ Tout au travers, de ceste espe...
+ Quand la robbe seroit couppe,
+ Ce seroit ung trs grand dommaige.
+ Je vous emporteray pour gaige,
+ Toutesfoys, aprs tout hutin.
+ Au fort, ce sera mon butin,
+ Que je rapporte de la guerre.
+ On s'est bien raill de toi, Pierre,
+ La charbieu saincte et beniste!
+ Vous eussiez eu l'assault bien viste,
+ Se j'eusse sceu vostre prouesse:
+ Vous eussiez tost eu la renverse,
+ Voir, quelque paour que j'en eusse.
+ Or pleust Jsus que je fusse,
+ A tout cecy, en ma maison!
+ Qu'il poise! Mengi a foison [P. 163]
+ De paille: elle chiet par derrire.
+ C'est paine pour la chamberire,
+ De la porter hors de ce lieu.
+
+ (Au public.)
+
+ Seigneurs, je vous commande Dieu;
+ Et se l'on vous vient demander
+ Qu'est devenu le Franc Archier,
+ Dictes qu'il n'est pas mort encor,
+ Et qu'il emporte dague et cor,
+ Et reviendra par cy de brief.
+ Adieu; je m'en vois au relief.
+
+ FIN DU MONOLOGUE DU FRANC ARCHIER
+ DE BAIGNOLLET.
+
+
+
+ XXIII. [P. 164]
+
+ DIALOGUE DE MESSIEURS
+ DE MALLEPAYE ET DE BAILLEVENT.
+
+ M. He, Monsieur de Baillevent! B. Quoy
+ De neuf? M. On nous tient en aboy,
+ Comme despourveuz, malureux.
+ B. Si j'avoye autant que je doy,
+ Sang bieu! je seroye chez le Roy,
+ Un page aprs moy! M. Voire deux!
+
+ B. Nous sommes francs... M. Adventureux.
+ B. Riches. M. Bien aises B. Plantureux.
+ M. Voire, de souhaits. B. C'est assez.
+ M. Gentilz hommes. B. Hardis. M. Et preux.
+ B. Par l'huys. M. Du joly Souffreteux
+ Heritiers. B. De gaiges cassez.
+
+ M. Nous sommes, puis troys ans passez
+ Si minces. B. Si mal compassez.
+ M. Si simples. B. Legiers comme vent.
+ M. Si esbaudiz. B. Si mal pansez, [P. 165]
+ De donner pour Dieu dispensez,
+ Car nous jeusnons assez souvent.
+
+ M. He, monsieur de Baillevent,
+ Qui peult trouver, soubz quelque amant,
+ Deux ou troys mille escus, quel proye!
+ B. Nous ferions bruyt. M. Toutallement.
+ B. Le quartier en vault l'arpent,
+ Pardieu! Monsieur de Mallepaye!
+
+ M. J'escripz contre ces murs. B. Je raye,
+ Puis de charbon et puis de craye.
+ M. Je raille. B. Je fays chre tous.
+ M. Nous avons beau coucher en raye,
+ L'oreille au vent, la gueulle baye,
+ On ne faict point prochas de nous.
+
+ B. Helas! serons-nous jamais soulx?
+ M. Il ne fault que deux ou trois coups
+ Pour nous remonter. B. Doux. M. Droictz. B. Druz.
+ M. Pour fringuer. B. Pour porter le houx.
+ M. Gens... B. A dire: D'ond venez-vous?
+ M. Francs. B. Fins. M. Froidz. B. Forts.
+ M. Grans. B. Gros. M. Escreuz.
+
+ B. De serjens sommes tous recreux,
+ Et si n'avons nulz bien acreuz.
+ M. Nous debvons. B. On nous doibt. M. Fourraige.
+ B. Entretenus. M. Comme poux creux.
+ B. Jurons sang bieu, nous serons creuz:
+ Arrire, piettons de village!
+
+ M. Ne suis-je pas beau personnaige? [P. 166]
+ B. J'ay train de seigneur. M. Pas de saige.
+ B. Ressourdant. M. Comme bel alun.
+ B. Pathelin en main. M. Dire raige.
+ B. Et, par la mort bien! c'est dommage,
+ Que ne mettons vilains eu run.
+
+ M. He! cinq cens escus! B. C'est esgrun.
+ M. Quand j'en ay j'en offre chascun,
+ Et suis bien aise quand j'en preste.
+ B. Mes rentes sont sur le commun;
+ M. Mais povres gens n'en ont pas ong;
+ B. J'y romproye pour nant la teste.
+
+ M. S'il povoyt venir quelque enqueste,
+ Quelque mandement ou requeste,
+ Ou quelque bonne commission!
+ B. Mais en quelque banquet honneste,
+ Faire accroire cest ou ceste
+ La Pragmatique Sanction!
+
+ M. Et si elle y croit? B. Promision.
+ M. Se elle promet? B. Monition.
+ M. Se on l'admoneste? B. Qu'on marchande.
+ M. Se on faict march? B. Fruiction.
+ M. Se on fruict? B. La Petition
+ En faon de belle demande
+
+ D'ung beau cent escus. M. Quelle viande!
+ B. Qui l'auroit quand on la demande,
+ On ferait... M. Quoi? B. Feu. M. Sainct Jehan, voire!
+ B. On tauxeroit bien grosse amende
+ Sur le faict de ceste demande, [P. 167]
+ Se j'en quictoye le petitoire.
+
+ M. Quel bien! B. Quel heur! M. Quel accessoire!
+ B. Je me raffroichiz la mmoire
+ Quand il m'en souvient. M. Quel plaisir!
+ B. Se on nous bailloit par inventaire
+ Deux mil escuz en une armoire,
+ Ilz n'auroient garde d'y moysir.
+
+ M. Qui peut prendre! B. Qui peut choisir!
+ M. Gaigner! B. Espargner! M. Se saisir!
+ Nous serions partout bienvenuz.
+ B. Ung songe! M. Mais quel? B. De plaisir.
+ M. Nous prendrons si bien le loisir
+ De compter ne say quantz escuz.
+
+ B. Nous sommes bien entretenuz.
+ M. Aymez. B. Portez. M. Et soustenuz...
+ B. De nos parens. M. De bonne race.
+ B. Rentes assez et revenuz,
+ Et s'a prsent n'en avons nulz,
+ Ce n'est que malheur qui nous chasse.
+
+ M. Je n'en fais compte. B. Je raimasse.
+ M. Je volle par coups. B. Je tracasse,
+ Puis au poil et puis la plume.
+ M. Je gaudis, et si je rimasse,
+ Que voulez-vous! il ne tient qu' ce
+ Que je ne l'ay pas de coustume.
+
+ B. D'honneur assez. M. Chascun en hume.
+ B. Je destains le feu. M. Je l'allume.
+ B. Je m'esbas. M. Je passe mon dueil. [P. 168]
+ B. Le plus souvent, quand je me fume,
+ Je batteroye comme fer d'enclume,
+ Si je me trouvoye tout seul.
+
+ M. Je ris. B. Je bave sur mon sueil.
+ M. Je donne quelqu'une ung guin d'oeil.
+ B. Je m'esbas je ne say quoy.
+ M. J'entretiens. B. Je fais bel accueil.
+ M. On me fait tout ce que je vueil,
+ Quand nous sommes mon paige et moy.
+
+ B. Je ne demande qu'avoir dequoy,
+ Belle amye, et vivre requoy,
+ Faire tousjours bonne entreprise,
+ Belles armes, loyal au Roy.
+ M. Mais trois poulx rempans en aboy
+ Pour le gibier de la chemise!
+
+ B. Je porteroye pour ma devise
+ La marguerite en or assise
+ Et le houx partout estandu.
+ M. Vostre cry, quel? B. Nouvelle guise.
+ M. Riens en recepte, tant en mise,
+ Et, toute somme, item perdu.
+
+ B. Je vous seroye, au residu,
+ Gorgias sur le hault verdi
+ Le bel estomac d'alouette.
+ M. Robbe! B. De gris blanc, gris perdu,
+ Bien emprunt et mal rendu,
+ Pay d'une belle estiquette.
+
+ M. Puis la chaine d'or, la baguette,
+ Le lacqs de soye, la cornette... [P. 169]
+ B. De velours. M. C'est bel affiquet.
+ B. Quand nous aurions fait nostre emplte,
+ La porte seroit bien estroicte
+ Se ne passions jusqu'au ticquet.
+
+ M. Nectelet. B. Gorgias. M. Friquet.
+ B. De vert? M. Tousjours quelque bouquet.
+ B. Selon la saison de l'anne.
+ M. Et de paige? B. Quelque naquet.
+ M. S'il vient hasart en ung banquet?
+ B. Le prendre entre bond et volle.
+
+ M. Aux survenans? B. Chre mesle.
+ M. Aux povres duppes? B. La have.
+ M. Et aux rustes? B. Le jobelin.
+ M. Aux mignons de court? B. L'accolle.
+ M. Aux gens de mesmes? B. La rise.
+ M. Et aux ouvriers? B. Le pathelin.
+
+ M. D'entretenir? B. Damoiselin.
+ M. Et saluer? B. Bas comme lin.
+ M. Et diviser? B. Motz tous nouveaulx.
+ Pour contenter le femynin.
+ Nous ferions plus d'ung esclin
+ Qu'ung aultre de quinze royaulx.
+
+ M. He, cueurs joyeux! B. He, cueurs loyaulx!
+ M. Prests. B. Prins. M. Prompts. B. Preux. M. Especiaulx.
+ B. Aymez. M. Supportez. B. Bien receuz.
+ M. Nous devrions passer aux sceaulx
+ Envers les officiers royaulx, [P. 170]
+ Comme messieurs les despourveuz.
+
+ B. De congnoissance bien pourveuz
+ Et de sagesse. M. On nous a veuz
+ Si gentilz et si francs. B. Si doulx.
+ M. Helas! cent escuz nous sont deubz.
+ B. Au fort, si nous les eussions euz,
+ On en tint plus compte de nous.
+
+ M. Nous avons faict plaisir tous.
+ B. Chre dire: D'ond venez-vous?
+ M. Esmerillonnez. B. Advenans.
+ M. Cent escus, et juger des coups.
+ On auroit beau mettre aux deux bouts,
+ Se nous ne tenions des gaignans.
+
+ B. Nous sommes deux si beaulx gallans.
+ M. Fringans. B. Bruyans. M. Allans. B. Parlans.
+ M. Esmeuz de franche volunt.
+ B. Aagez de sens. M. Et jeunes d'ans.
+ B. Bien gays. M. Assez rescans.
+ B. Porres d'argent. M. Prou de sant.
+
+ B. Chascun de nous est habit.
+ M. Maison Paris. B. Bien mont,
+ Aussi bien aux champs qu'en la ville.
+ M. Il y a ceste malheurt
+ Que de l'argent qu'avons prest
+ Nous n'en arrons ne croix ne pille.
+
+ B. O sont les cens et deux cens mille
+ Escus que nous avions en pile,
+ Quand chascun avoit bien du sien? [P. 171]
+ M. Au fort, se nous n'en avons mille,
+ Nous sommes, selon l'vangile,
+ Des bienheureux du temps ancien.
+
+ B. J'aymasse mieulx qu'il n'en fust rien.
+ M. Trouvons en par quelque moyen.
+ B. Qui en a prsent? M. Je ne say.
+ B. H, ung engin parisien....
+ M. Art lombard. B. Franc praticien,
+ Pour faire present ung essay!
+
+ M. Je vis le temps que j'avanay
+ L'argent de chose, et adressay
+ Tel et tel et tel benefice.
+ B. Et, pour moy, quand je compass
+ Monseigneur tel, et pourchass
+ Moy mesmes tout seul son office.
+
+ M. J'estois tousjours tous propice;
+ Mais je crains. B. Et quoy? M. Qu'avarice
+ Nous surprint, si devenions riches.
+ B. Riches, quoi! Geste faulce lisse,
+ Pauvret, nous tient en sa lice.
+ M. C'est ce qui nous faict estre chiches.
+
+ B. Nous sommes legiers. M. Comme biches.
+ B. Rebondis... M. Comme belles miches.
+ B. Et frayss... M. Comme beaulx ongnons.
+ B. Aussi coustelez. M. Comme chiches,
+ B. Adventureux. M. Comme Suysses
+ A Nancy, sur les Bourguygnons.
+
+ B. Entre les gallans. M. Compaignons.
+ B. Entre les gorgias. M. Mignons. [P. 172]
+ B. Entre gens d'armes. M. Courageux.
+ B. S'on barguigne. M. Nous barguignons.
+ B. Heureulx. M. Gomme beaux champignons.
+ Mis sus en ung jour ou en deux,
+
+ B. Nous sommes les adventureux
+ Despourveuz. M. D'argent. B. Plantureux.
+ M. De nouvelles plaisantes. B. Tant.
+ M. Pour servir princes. B. Curieux.
+ M. Et pour les mignons. B. Gracieux.
+ M. Et pour le commun. B. Tant tant.
+
+ M. He, monsieur de Baillevent,
+ Quand reviendra le bon temps?
+ B. Quand chascun aura ses souhaits.
+ M. Cent mille escus argent comptant,
+ Sur ma foy, je seroye content
+ Qu'on ne parlast plus que de paix.
+
+ B. Nous sommes si francs. M. Si parfaits.
+ B. Si savans. M. Si cauts en nos faiz.
+ B. Si bien nez. M. Si preux. B. Si hardis.
+ M. Saiges. B. Subtilz. M. Advisez. B. Mais
+ Faulte d'argent et les grans prestz...
+ M. Nous ont ung peu appaillardis.
+
+ B. Abandonnez. M. Comme hardis.
+ B. Requis. M. Comme les gras mardis.
+ B. Et fiers. M. Comme ung beau pet en baing.
+ B. J'ay dueil que vieulx villains tarnys
+ Soient d'or et d'argent si garnis, [P. 173]
+ Et mignons en ont tant besoing.
+
+ M. Nous avons froid. B. Chauld. M. Faim. B. Soif M. Soing.
+ B. Nous tracassons. M. a. B. L. M. Prs. B. Loing.
+ M. Sans prouffit. B. Sans quelque advantaige.
+ M. Mais, s'on nous fonoit or au poing,
+ Nous serions pour faire ung coing
+ Nostre prouffit d'aultruy dommage.
+
+ Avez-vous tousjours l'heritaige
+ De Baillevent? B. Ouy. M. J'enraige
+ Qu'en Mallepaye n'a vins, blez, grains.
+ B. Cent francs de rente et ung fromaige,
+ Vous m'orriez dire de couraige:
+ Vive le roy! M. Ronfflez, villains!
+
+ B. Qui a le vent? M. Joyeulx mondains.
+ B. Gr de dames? M. Amoureux craints.
+ B. Et l'argent, qui? M. Qui plus embource.
+ B. Qu'est-ce d'entre nous courtissains?
+ M. Nous prenons escus pour douzains,
+ Franchement, et bourse pour bource.
+
+ B. Ha! Monseigneur! M. Sang bieu, la mousse
+ M'a trop coust. B. Et pourquoy? M. Pource.
+ B. Hay! hay! tout est mal compass.
+ M. Comment? B. On ne joue plus du poulce.
+ M. Qui ne tire. B. Quicte la trousse;
+ Autant vauldroit ung arc cass.
+
+ M. Monsieur mon pere eust amass [P. 174]
+ Plus d'escus qu'on eust entass
+ En ung hospital de vermine.
+ B. Mais nous avons si bien sass,
+ Le sang bieu! que tout est pass,
+ Gros et menu, par l'estamyne.
+
+ M, Si vient guerre, mort ou famine,
+ Dont Dieu nous gard, quel train, quel myne
+ Ferons nous pour gaigner le broust?
+ B. Quant moy, je me determine
+ D'entrer chez voisin et voisine
+ Et d'aller voir si le pot bout.
+
+ M. Mais regardons, peu de coust,
+ Quel train nous viendroit mieulx goust
+ Pour amasser biens et honneurs.
+ B. Le meilleur est prendre partout.
+ M. De rendre, quoy? B. On s'en absoult,
+ Pour cinq solz, ces pardonneurs.
+
+ M. Allons servir quelques seigneurs.
+ B, Aucuns sont si petitz d'honneurs
+ Qu'on n'y a que peine et meschance.
+ M. Et prouffit, quel? B. Scions les heurs;
+ Mais entre nous, ans estradeurs,
+ Il nous fault esplucher la chance.
+
+ M. Servons marchans pour la pitance,
+ Pour _fructus ventris_, pour la pance.
+ B. On y gaigneroit ses despens.
+ M. Et de foncer? B. Bonne asseurance,
+ Petite foy, large conscience;
+ Tu n'y scez riens et y aprens.
+
+ M. De procs, quoy? B. Si je m'y rens, [P. 175]
+ Je veulx estre mis sur les rangs,
+ S'ilz ont argent, si je n'en crocque.
+ M. Quels gens sont-ce? B. Gros marchesens,
+ Qui se font bien servir des gens;
+ Mais de payer, querez qui bloque!
+
+ M. Officiers, quoi? C'est toute mocque:
+ L'ung pourchasse, l'autre desroque,
+ Et semble que tout soit pour eulx.
+ B. Laissons-les l. M. Ho! je n'y tocque.
+ Il n'est point de pire defroque
+ Que de malheur malheureux.
+
+ B. Pour despourveuz adventureux
+ Comme nous, encor c'est le mieulx
+ De faire l'ost et les gens d'armes.
+ M. En fuite je suis couraigeux.
+ B. Et frapper? M. Je suis piteux;
+ Je crains trop les coups, pour les armes.
+
+ B. Servons donc Cordelirs ou Carmes,
+ Et prenons leurs bissacs fermes,
+ Car il n'y a pas grand dbit.
+ M. Ilz nous prescheroient en beaulx termes,
+ Et pleureroyent maintes lermes
+ Devant que nous prinssions l'habit.
+
+ B. Se en cest malheur et labit
+ Nous mourions, par quelque acabit,
+ Ame n'y a qui bien nous face.
+ M. J'ay ung vieil harnoys qu'on forbit,
+ Sur lequel je fonde ung obit, [P. 176]
+ Et du surplus, Dieu le parface!
+
+ B. He, fault-il que Fortune efface
+ Nostre bon bruyt? M. Malheur nous chasse;
+ Mais il n'a nul bien qui n'endure,
+ B. Prenons quelque train. M. Suyvons trasse.
+ B. Nous trassons, et quelqu'un nous trasse:
+ A loups ravis grosse pasture.
+
+ M. Allons! B. Mais o? M. A l'adventure.
+ B. Qui nous admoneste? M. Nature.
+ B. Pour aller? M. O on nous attend.
+ B. Par quel chemin? M. Par soing ou cure.
+ B. Logez o? M. Prs de la clousture
+ De monsieur d'Angoulevent.
+
+ B. Comment yrons? M. Jusqu' Claqdent
+ ***************************
+ Et passerons par Mallepaye.
+ B. Brief, c'est le plus expdient
+ Que nous jetons la plume au vent:
+ Qui ne peult mordre, si abaye.
+
+ M. O ung franc couraige s'employe,
+ Il treuve gaigner. B. Querons proye.
+ M. Desquelz serons-nous? B. Des plus forts.
+ M. Il ne m'en chault, mais que j'en aye,
+ Que la plume au vent on envoye.
+ B. Puis aprs? M. Alors comme alors.
+
+ B. La plume au vent! M. Sus. B. L. M. Dehors!
+ B. Au hault et au loing. M. Corps pour corps. [P. 177]
+ Je me tiendray des mieulx venuz.
+ B. On n'yra point, quand serons mors,
+ Demander au roy les tresors
+ De messieurs les despourveuz.
+
+ La plume au vent! M. Je le concluz.
+ ****************************
+ Pour les povres de ceste anne.
+ B. Ne demeurons plus si confuz.
+ ****************************
+ Au grat, la terre est degele!
+
+ M. Allons, suyvons quelque trane.
+ Devant! vostre fivre est tremble,
+ Car nous sommes tous estourdiz.
+ B. Dieu doint aux riches bonne anne!
+ M. Aux despourveuz grasse journe!
+ B. Et aux femmes pesans mariz!
+
+ Prenez en gr, grans et petiz.
+
+ FIN DU DIALOGUE DE MALLEPAYE
+ ET DE BAILLEVENT.
+
+
+ [P. 178]
+
+
+ XXIV.
+ LES REPEUES FRANCHES
+ DE FRANOIS VILLON
+ ET DE SES COMPAGNONS.
+
+ Vous qui cerchez les repeues franches,
+ Et, tant jours ouvriers que dimenches,
+ N'avez pas plant de monnoye,
+ Affin que chascun de vous oye
+ Comment on les peut recouvrer,
+ Vueillez vous au sermon trouver
+ Qui est escript dedans ce livre.
+ Mettez tous peine de le lire,
+ Entre vous, jeunes perrucatz,
+ Procureurs, nouveaulx advocatz,
+ Aprenans aux despens d'aultruy.
+ Venez-y tost, sans nul estrif,
+ Clercz, de praticque diligens,
+ Qui congnoissez si bien vos gens;
+ Sergens pied et cheval,
+ Venez-y d'amont et d'aval,
+ Les hoirs du deffunct Pathelin, [P. 179]
+ Qui savez jargon jobelin;
+ Capitaine du pont--Billon;
+ Tous les subjetz Francoys Villon,
+ Soyez, ce coup, reveillez.
+ Pas ne devez estre oubliez,
+ Tous gallans pourpointz sans manches,
+ Qui ont besoing de repeues franches,
+ Et tous ceulx, tant yver qu'est,
+ Qui en ont grant ncessit.
+ Venez vous apprendre comment
+ Les maistres anciennement
+ Savoyent tous les tours de ce faire:
+ Messire Chascun Poicdenaire,
+ Qui de livres sait les usaiges,
+ Et veult lire tous les passaiges,
+ De celuy en prins appetis;
+ Venez-y donc, grans et petis,
+ Car, de la science savoir,
+ Vous ne povez que mieulx valoir.
+ Venez, chevaucheurs d'escuyrie,
+ Serviteurs de grant seigneurie,
+ Venez-y sans dilation,
+ Tous gens sotz et toutes gens sottes;
+ Venez-y, bigotz et bigottes;
+ Venez-y, povres Turlupins
+ Et Cordeliers et Jacopins;
+ Venez aussi, toutes prestresses,
+ Qui savez piec les adresses
+ Des presbitaires hault et bas;
+ Gardez que vous n'y faillez pas!
+ Venez, gorriers et gorrires,
+ Qui faictes si bien les manires;
+ Que c'est une chose terrible.
+ Pour bien faire tout le possible; [P. 180]
+ Toutes manires de farseurs,
+ Anciens et jeunes mocqueurs;
+ Venez-y tous, vrays macquereaulx
+ De tous estatz, vieulx et nouveaulx;
+ Venez-y toutes, macquerelles,
+ Qui, par vos subtilles querelles,
+ Avez tousjours en vos maisons
+ Pour avoir, en toutes saisons,
+ Tant jours ouvriers que dimenches,
+ Souvent les bonnes repeues franches.
+ Venez-y tous, bons pardonneurs,
+ Qui savez faire les honneurs,
+ Aux villages, de bons pastez,
+ Avecques ces gras curatez,
+ Qui ayment bien vostre venue
+ Pour avoir la franche repeue;
+ Affin que chascun d'eulx enhorte
+ Les paroissiens, qu'on apporte
+ Des biens aux pardons de ce lieu,
+ Et qu'on face du bien pour Dieu.
+ Tant que le pardonneur s'en aille,
+ Le cur ne despendra maille,
+ Et aura maistre Jehan Laurens
+ Fermement pay les despens
+ Et quarte de vin, simplement,
+ Au cur, son parlement.
+ De tout estt, soit bas ou hault,
+ Venez-y, qu'il n'y ait deffault;
+ Venez-y, varletz, chamberires,
+ Qui savez si bien les manires,
+ En disant mainte bonne bave,
+ D'avoir du meilleur de la cave,
+ Et puis joyeusement preschez,
+ Aprs que vos gens sont couchez. [P. 181]
+ Ceulx qui cerchent banquets ou festes
+ Pour dire quelques chansonnettes,
+ Affin d'atrapper la repeue,
+ Que chascun de vous se remue
+ D'y venir bien legirement;
+ Et vous pourrez ouyr comment
+ Ung grant tas de bonnes commres
+ Savent bien trouver les manires
+ De faire leurs marys coqus.
+ Venez-y, et n'attendez plus,
+ Entre vous, prebstres sans sjour,
+ Qui dictes deux messes par jour
+ A Sainct-Innocent, ou ailleurs;
+ Venez-y, pour savoir plusieurs
+ Des passaiges et des adresses
+ De maintes petites finesses
+ Que l'en faict facillement
+ Qu'advient, par faulte d'argent,
+ En maint lieu, la franche repeue,
+ Qui ne doit nul estre teue.
+ Par tel, cil qui veue ne l'aura,
+ Paiera, et celuy qui fera
+ De ceste repeue le prsent,
+ De l'escot s'en yra exempt,
+ Moyennant qu'il monstre ce livre:
+ Par ce moyen sera delivre;
+ En lieu o n'aura est veu
+ Il sera franchement repeu,
+ Ainsi qu'on orra plus plain,
+ Qui de l'entendre prendra soing.
+
+
+ [P. 182]
+ BALLADE DE L'ACTEUR.
+
+ Quant j'euz ouy ce prsent mandement:
+ Qu'on semonnoit venir, de par l'Acteur,
+ Le dessusdict, j'ay pens lermement
+ De moy trouver, et en prins l'adventure,
+ Comme celuy qui, de droicte nature,
+ Vouloit de ce faire narration,
+ A celle fin qu'il en fust mention,
+ A ung chascun, pour le temps advenir,
+ Qui s'attendent et ont intention
+ Que les respeues les viendront secourir.
+
+ Mais ce secours est d'anciennement
+ De tous repas le chief, et par droicture;
+ Pourquoy, aulcuns, qui ont entendement,
+ Le treuvent bon, et aultres n'en ont cure,
+ Et ne cerchent tant que l'argent leur dure,
+ Mais font du leur si grant destruction,
+ Qu'ilz en entrent en la subjection,
+ De faire aux dens l'arquemie, sans faillir,
+ En attendant, pour toute production,
+ Que les repeues les viendront secourir.
+
+ J'en ay congneu, qui souvent largement
+ Donnoyent tous repeues outre mesure;
+ Qui depuis ont continuellement
+ Servy le Pont--Billon, par droicture,
+ Dont la faon a est maint dure,
+ En leur grant dueil et tribulation;
+ Mais lors n'avoyent nulle remission,
+ Combien que ce leur fist le cueur frmir,
+ Ilz n'attendoyent aultre succession, [P. 183]
+ Que les repeues les viendront secourir.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, pour ce que ne me puis tenir
+ Que de telz faitz ne face mention,
+ Puisque mon temps les ay veu avenir,
+ J'en vueil faire quelque narration,
+ Et escripre, soubz la correction
+ Des escoutans, affin d'en souvenir,
+ La prsente nouvelle invention,
+ Que les repeues les viendront secourir.
+
+
+
+ BALLADE DES ESCOUTANS.
+
+ Qui en a est Le bien venu;
+ Qui n'en a point, l'en n'en tient compte,
+ Cil qui en a est bien congneu,
+ Cil qui n'en a point vit honte.
+ Qui paye l'on exauce et monte
+ Jusque au tiers ciel, pour en prester:
+ Son honneur tout aultre surmonte,
+ Par force de bien acquester.
+
+ Quant entendismes les estatz
+ De telz dissimulations,
+ Congnoissant les hauts et les bas,
+ Par toutes abreviations,
+ Nous mismes, sans sommations,
+ Aux champs, par bois et par tailllis.
+ Pour congnoistre les fictions, [P. 184]
+ Qui se font souvent Paris.
+
+ Pource que chacun maintenoit
+ Que c'estoit la ville du monde
+ Qui plus de peuple soustenoit,
+ Et o maintz estranges abonde,
+ Pour la grant science parfonde
+ Renomme en icelle ville,
+ Je partis, et veulx qu'on me tonde,
+ S' l'entre avois croix ne pille.
+
+ Il estoit temps de se coucher,
+ Et ne savoye o heberger;
+ D'ung logis me vins approcher,
+ Savoir s'on m'y vouldroit loger,
+ En disant: Avez menger?
+ L'hoste me respondit: Si ay.
+ Lors luy priay, pour abrger:
+ Apportez-le donc devant moy.
+
+ Je fus servy passablement,
+ Selon mon estat et ma sorte,
+ Et pensant, part moy, comment
+ Je cheviroye avec l'hoste,
+ Je m'avis que, soubz ma cotte,
+ Avois une espe qui bien trenche:
+ Je la lairray, qu'on ne me l'oste,
+ En gaige de la repeue franche.
+
+ L'espe estoit toute d'acier,
+ Il ne s'en failloit que le fer;
+ Mais l'hoste la me fist machier,
+ Fourreau et tout, sans fricasser; [P. 185]
+ Puis, aprs, me convint penser
+ De repaistre, se faim avoye;
+ Rien n'y eust valu le tencer:
+ De leans partis sans monnoye.
+
+
+
+ L'ACTEUR.
+
+ Lendemain, m'aloye enquerant
+ Pour encontrer Martin Gallant.
+ Droit en la Salle du Palays
+ Rencontray, pour mon premier ms,
+ Tout droit soubz la premire porte,
+ Plusieurs mignons d'estrange sorte,
+ Que sembloit bien leur habit
+ Qu'ilz fussent gens de grant acquit.
+ Lors vins pour entrer en la Salle:
+ L'ung y monte, l'aultre devalle.
+ L me pourmenoye, de par Dieu,
+ Regardant l'estat de ce lieu,
+ Et quand je l'euz bien regarde,
+ Tant plus la voys tant plus m'agre;
+ Je vis l tant de mirlificques,
+ Tant d'ameons et tant d'afficques,
+ Pour attraper les plus huppez.
+ Les plus rouges y sont happez;
+ A l'ung convient vendre sa terre;
+ Maint, sans sainctir, l se detterre,
+ Partie ou peu en demourra
+ De tout ce que vaillant aura;
+ Cuydant destruyre son voysin
+ De Poytou, ou de Lymousin,
+ Ou de quelque aultre nation,
+ Maint en est en destruction,
+ Et fault, ains partir de lans, [P. 186]
+ Qu'ilz facent l'arquemye aux dens.
+ On emprunte, qui a credit,
+ Tout ainsi que devant est dict.
+ Quand leur argent fort s'appetiese,
+ Lors leur est la repeue propice,
+ Et lors cerchent (plus n'en doubtez),
+ Hault et bas et de tous costez,
+ Comme on verra par demomstrances
+ En ce traict des Repeues franches.
+ Et quant au regard de plusieurs
+ Aultres repeues, sont escriptes
+ Affin qu'on preigne les meilleurs,
+ En lisant, grandes ou petites.
+ Vous orrez maintz moyens licites
+ Comment ilz ont est happez,
+ Hault et bas, par bonnes conduictes
+ De ceulx qui les ont attrapez.
+
+
+ LA REPEUE
+ DE VILLON ET DE SES COMPAIGNONS.
+
+ Qui n'a or, ny argent, ny gaige,
+ Comment peult-il faire grant chre?
+ Il fault qu il vive d'avantaige:
+ La faon en est coustumire.
+ Saurions-nous trouver la manire
+ De tromper quelqu'ung, pour repaistre?
+ ********************************
+ Qui le fera sera bon maistre!
+
+ Ainsi parloyent les compaignons [P. 187]
+ Du bon maistre Franoys Villon,
+ Qui n'avoient vaillant deux ongnons,
+ Tentes, tapis, ne pavillon.
+ Il leur dit: Ne nous soucion,
+ Car, aujourd'huy, sans nul deffault,
+ Pain, vin, et viande, grant foyson,
+ Aurez, avec du rost tout chault.
+
+ _La manire d'avoir du Poisson._
+
+ Adoncques il leur demanda
+ Quelles viandes vouloyent macher:
+ L'ung de bon poysson souhaita;
+ L'autre demanda de la chair.
+ Maistre Franoys, ce bon archer,
+ Leur dist: Ne vous en souciez;
+ Il vous faut voz pourpointz lascher,
+ Car nous aurons viandes assez.
+
+ Lors partit de ses compaignons,
+ Et vint la Poyssonnerie,
+ Et les laissa del les pontz,
+ Quasy plains de melencolie.
+ Il marchanda, chre lye,
+ Ung pannier tout plain de poysson,
+ Et sembloit, je vous certiffie,
+ Qu'il fust homme de grant faon.
+
+ Maistre Franoys fut diligent
+ D'achapter, non pas de payer,
+ Et dist qu'il bailleroit l'argent
+ Tout comptant au porte-pannier.
+ Ils partent sans plus plaidoyer,
+ Et passrent par Nostre-Dame,
+ L o il vit le Penancier, [P. 188]
+ Qui confessoit homme ou bien femme.
+
+ Quant il le vit, peu de plait,
+ Il luy dist: Monsieur, je vous prie
+ Que vous despechez, s'il vous plaist,
+ Mon nepveu; car, je vous affie
+ Qu'il est en telle resverie:
+ Vers Dieu il est fort negligent;
+ Il est en tel merencolie,
+ Qu'il ne parle rien que d'argent.
+
+ --Vrayment, ce dit le Penancier,
+ Trs voulentiers on le fera.
+ Maistre Francoys print le pannier,
+ Et dit: Mon amy, venez a;
+ Vel qui vous depeschera,
+ Incontinent qu'il aura faict.
+ Adonc maistre Franoys s'en va,
+ Atout le pannier, en effect.
+
+ Quand le Penancier eut parfaict
+ De confesser la crature,
+ Gaigne-denier, par dit parfaict,
+ Accourut vers luy bonne alleure,
+ Disant: Monsieur, je vous asseure,
+ S'il vous plaisoit prendre loysir
+ De me depescher ceste heure,
+ Vous me feriez ung grant plaisir.
+
+ --Je le vueil bien, en verit,
+ Dist le Penancier, par ma foy!
+ Or, dictes _Benedicite,_
+ Et puis je vous confesseray,
+ Et, en aprs, vous absouldray, [P. 189]
+ Ainsy comme je doy le faire;
+ Puis penitence vous bauldray,
+ Qui vous sera bien necessaire.
+
+ --Quel confesser! dist le povre homme:
+ Fus-je pas Pasques absoulz?
+ Que bon gr sainct Pierre de Romme!
+ Je demande cinquante soulz.
+ Qu'esse-cy? A qui sommes-nous?
+ Ma maistresse est bien arrive!
+ A coup, coup, depeschez-vous,
+ Payez mon panier de mare.
+
+ --Ha! mon amy, ce n'est pas jeu,
+ Dist le Penancier, seurement:
+ Il vous fault bien penser Dieu
+ Et le supplier humblement.
+ --Que bon gr en ayt mon serment!
+ Dist cet homme, sans contredit,
+ Depeschez-moy legierement,
+ Ainsi que ce seigneur a dit.
+
+ Adonc le Penancier vit bien
+ Qu'il y eut quelque tromperie;
+ Quand il entendit le moyen,
+ Il congneut bien la joncherie.
+ Le povre homme, je vous affie,
+ Ne prisa pas bien la faon,
+ Car il n'eut, je vous certifie,
+ Or ne argent de son poysson.
+
+ Maistre Franois, par son blason.
+ Trouva la faon et manire
+ D'avoir mare grant foyson, [P. 190]
+ Pour gaudir et faire grant chre.
+ C'estoit la mre nourricire
+ De ceulx qui n'avoyent point d'argent;
+ A tromper devant et derrire,
+ Estoit ung homme diligent.
+
+ _La manire d'avoir des Trippes pour diner._
+
+ Que fist-il? A bien peu de plet,
+ S'advisa de grant joncherie:
+ Il fist laver le cul bien net
+ A ung gallant, je vous affie,
+ Disant: Il convient qu'on espie:
+ Quand seray devant la trippire,
+ Monstre ton cul par raillerie,
+ Puis, aprs, nous ferons grant chire.
+
+ Le compaignon ne faillit pas,
+ Foy que doy sainct Remy de Rains!
+ A Petit-Pont vint par compas,
+ Son cul descouvrit jusque aux rains.
+ Quand maistre Franoys vit ce train,
+ Dieu set s'il fit piteuses lippes,
+ Car il tenoit entre ses mains
+ Du foye, du polmon et des trippes.
+
+ Comme s'il fust plain de despit,
+ Et courrouc amrement,
+ Il haulsa la main ung petit,
+ Et le frappa bien rudement,
+ Des trippes, par le fondement;
+ Puis, sans faire plus long caquet,
+ Les voulut, tout incontinent, [P. 191]
+ Remettre dedans le baquet.
+
+ La trippire fut courrouce
+ Et ne les voulut pas reprendre.
+ Maistre Franoys, sans demoure,
+ S'en alla, sans compte luy rendre:
+ Par ainsi, vous povez entendre,
+ Qui'ilz eurent trippes et poisson.
+ Mais, aprs, il faut du pain tendre,
+ Pour ce disner de grant faon.
+
+ _La manire d'avoir du Pain._
+
+ Il s'en vint chez an boulengier
+ Affin de mieulx fornir son train,
+ Contrefaisant de l'escuyer
+ Ou maistre d'hostel, pour certain,
+ Et commanda que, tout souldain,
+ Cy pris, cy mis; on chappellast
+ Cinq ou six douzaines de pain,
+ Et que bien tost on se hastast.
+
+ Quand la moyti fut chappell,
+ En une hotte le fist mettre,
+ Comme s'il fust de prs hast,
+ Il pria et requist au maistre
+ Qu'aucun se voulsist entremettre
+ D'apporter, aprs luy courant,
+ Le pain chappell en son estre,
+ Tandis qu'on fist le demourant.
+
+ Le varlet le mist sur son col;
+ Aprs maistre Franois le porte, [P. 192]
+ Et arriva, soit dur ou mol,
+ Emprs une grant vielle porte.
+ Le varlet deschargea sa hotte
+ Et fut renvoy, tout courant,
+ Hastivement, tenant sa hotte,
+ Pour requerir le demourant.
+
+ Maistre Franoys, sans contredit,
+ N'attendit pas la revenue.
+ Il eut du pain, par son dit,
+ Pour fournir sa franche repeue.
+ Le boulengier, sans attendue,
+ Revint, mais ne retrouva point
+ Son maistre d'hostel; il tressue,
+ Qu'on l'avoit tromp en ce point.
+
+ _La manire d'avoir du Vin._
+
+ Aprs qu'il fut fourny de vivres,
+ Il fault bien avoir la mmoire
+ Que, s'ils vouloyent ce jour estre yvres,
+ Il falloit qu'ils eussent boire.
+ Maistre Franoys, debvez le croire,
+ Emprunta deux grans brocs de boys,
+ Disant qu'il estoit necessaire
+ D'avoir du vin par ambagoys.
+
+ L'ung fist emplir de belle eaue clre,
+ Et vint la Pomme de Pin,
+ Atout ses deux brocs, sans renchre,
+ Demandant s'ils avoient bon vin,
+ Et qu'on luy emplist du plus fin,
+ Mais qu'il fust blanc et amoureux. [P. 193]
+ On luy emplist, pour faire fin,
+ D'ung trs bon vin blanc de Baigneux.
+
+ Maistre Francoys print les deux brocs,
+ L'un emprs l'autre les bouta;
+ Incontinent, par bons propos,
+ Sans se haster, il demanda
+ Au varlet: Quel vin est ce l?
+ Il luy dist: Vin blanc de Baigneux.
+ --Ostez cela, ostez cela,
+ Car, par ma foy, point je n'en veulx.
+
+ Qu'esse-cy? Estes-vous bejaulne?
+ Vuidez-moy mon broc vistement.
+ Je demande du vin de Beaulne,
+ Qui soit bon, et non aultrement.
+ Et, en parlant, subtillement
+ Le broc qui estoit d'eaue plain
+ Contre l'aultre legierement
+ Luy changea, pur et plain.
+
+ Par ce point, ils eurent du vin
+ Par fine force de tromper;
+ Sans aller parler au devin,
+ Ils repeurent, per ou non per.
+ Mais le beau jeu fut au souper,
+ Car maistre Franoys, brief mot,
+ Leur dit: Je me vueil occuper,
+ Que mangerons ennuyt du rost.
+
+ _La manire d'avoir du Rost._ [P. 194]
+
+ Il fut appoint qu'il yroit
+ Devant l'estal d'ung rotisseur,
+ Et de la chair marchanderoit,
+ Contrefaisant du gaudisseur,
+ Et, pour trouver moyen meilleur,
+ Faignant que point on ne se joue,
+ Il viendroit un entrepreneur,
+ Qui luy bailleroit sur la joue.
+
+ Il vint la rostisserie,
+ En marchandant de la viande;
+ L'autre vint, de chre marrie:
+ Qu'est-ce que ce paillart demande?
+ Luy baillant une buffe grande,
+ En luy disant mainte reproche.
+ Quand il vit qu'il eut ceste offrande,
+ Empoigna du rost pleine broche.
+
+ Celuy qui bailla le soufflet
+ Fuist bien tost et motz exprs.
+ Maistre Franoys, sans plus de plet,
+ Atout son rost, courut aprs,
+ Ainsi, sans faire long procs,
+ Ils repeurent, de cueur devot,
+ Et eurent, par leur grant excs,
+ Pain, vin, chair, et poisson, et rost.
+
+ [P. 195]
+
+ SECONDE REPEUE
+
+ DE L'EPIDEMIE.
+
+ Et pour la premire repeue
+ Dont aprs sera mention,
+ Bien digne d'estre ramenteue
+ Et mise en revelation,
+ Et pourtant, soubs correction,
+ Affin que l'en en parle encore,
+ Comme nouvelle invention,
+ Redig sera par memoire.
+
+ Or advint, de coup d'aventure,
+ Que les suppostz devant nommez,
+ Ne cherchoyent rien par droicture.
+ Qu'en richesse gens renommez.
+ Ung jour qu'ilz estaient affamez,
+ En la porte d'ung bon logis
+ Virent entrer, sans estre armez,
+ Ambassadeurs de loing pays.
+
+ Si pensrent entre eux comment
+ Ilz pourroient, pour l'heure, repaistre,
+ Et, selon leur entendement,
+ L'ung d'iceulz s'aprocha du maistre
+ D'hostel, et se fit acongnoistre,
+ Disant qu'il luy enseigneroit
+ Le haut, le bas march, pour estre
+ Par luy conduyt, s'il luy plaisoit.
+
+ Je croy bien que monsieur le maistre,
+ Qui du bas mestier estoit tendre, [P. 196]
+ Fit ce gallant trs bien repaistre,
+ Et luy commenda charge prendre
+ De la cuysine, d'y entendre,
+ Tant que leur train departira,
+ Et bien payera, sans attendre,
+ A son gr, quand il s'en yra.
+
+ Lors s'en vint ses compaignons,
+ Dire: Nostre escot est pay;
+ Je suis j l'ung des grans mignons
+ De lans et mieulx avoy,
+ Car le maistre m'a envoy
+ Par la ville, pour soy sortir;
+ Mais, se mon sens n'est desyoy,
+ Bien brief l'en feray repentir.
+
+ --Va, lui dirent ses compaignons,
+ Et esguise tout ton engin
+ A nous rechauffer les rongnons
+ Et nous faire boire bon vin.
+ Passe tous les sens Pathelin,
+ De Villon et Pauquedenaire,
+ Car se venir peux en la fin,
+ Pass seras maistre ordinaire.
+
+ Ce gallant vint en la maison
+ O estoyt log l'ambassade,
+ O les seigneurs, par beau blason,
+ Devisoyent rondeau ou ballade.
+ Il estoit miste, gent et sade,
+ Bien habitu, bien en point,
+ Robbe fourre, pourpoint d'ostade;
+ Il entendoit son contrepoint.
+
+ Le principal ambassadeur [P. 197]
+ Aymoit une peu le bas mestier,
+ Dont le gallant fut honneur,
+ Car c'estoyt quasi son mestier,
+ Et luy conta que, son quartier,
+ Avoit de femmes largement,
+ Qui estoyent, s'il estoit mestier,
+ A son joly commandement.
+
+ Le gallant fut entretenu
+ Par ce seigneur venu nouveau,
+ Et lans il fut retenu,
+ Pour estre fin franc macquereau.
+ Le jeu leur sembla si trs beau;
+ Aussi, il fit si bonne mine,
+ Qu'il fut esleu, sans nul appeau,
+ Pour estre varlet de cuysine.
+
+ Les ambassadeurs convoyrent
+ Seigneurs et bourgeois disner,
+ Lesquels voulentiers y allrent
+ Passer temps, point n'en faut doubter.
+ Toutesfoys, vous debvez savoir,
+ Quelque chose que je vous dye,
+ Que l'ambassadeur, pour tout veoir,
+ Craignoit moult fort l'Epidemie.
+
+ Ce gallant en fut adverty,
+ Qui nonobstant fist bonne mine,
+ Et quand il fut prs de midi,
+ A l'heure qu'il est temps qu'on disne,
+ Il entra dedans la cuysine,
+ Manyant toute la viande,
+ Comme docteur en mdecine [P. 198]
+ Qui tient malades en commande.
+
+ Tous les seigneurs l regardrent
+ Son train, ses faons et manires;
+ Mais, aprs luy, pas ne tastrent,
+ Aussi ne luy challoit-il gures.
+ Aprs il print les esguires,
+ Le vin, le claire, l'ypocras,
+ Darioles, tartes entires:
+ Il tasta de tout, par compas.
+
+ Et, pour bien entendre son cas,
+ Quand il vit qu'il estoit saison,
+ A bien jouer ne faillit pas,
+ Pour faire aux seigneurs la raison,
+ Si bien que dedans la maison
+ Demeura tout seul pour repaistre,
+ Soustenant, par fine achoison,
+ Qu'il se douloit du coust destre.
+
+ Lors y avoit une couchette
+ O il failloit la feste faire,
+ Et n'a dent qui ne luy cliquette;
+ L se mist, commenant braire
+ Que l'on s'en fuyt au presbytaire,
+ Pour faire le prebstre acourir,
+ Atout Dieu et l'autre ordinaire
+ Qu'il fault pour ung qui veult mourir.
+
+ Quand les seigneurs virent le prebstre
+ Avec ses sacremens venir,
+ Chacun d'eulx eust bien voulu estre
+ Dehors, je n'en veulx point mentir:
+ Si grant haste eurent d'en sortir, [P. 199]
+ Que l demeurrent les vivres,
+ Dont les compaignons du martir
+ Furent troys jours et troys nuyts yvres.
+
+ Par ce point eurent la repeue
+ Franche chascun des compaignons.
+ La finesse le prebstre a teue,
+ Affin de complaire aux mignons;
+ Mais les seigneurs dont nous parlons
+ Eurent tous, pour ce coup, l'aubade:
+ Chascun d'eulx fut, nous ne faillons,
+ De la grant paour troys jours malade.
+
+
+
+ LA TROISIEME REPEUE
+
+ DES TORCHECULS.
+
+ Un Lymousin vint Paris,
+ Pour aulcun procs qu'il avoit.
+ Quand il partit de son pays
+ Pas gramment d'argent il n'avoit,
+ Et toutefoys il entendoit
+ Son fait, et avoit souvenance
+ Que son cas mal se porteroit
+ S'il n'avoit une repeue franche.
+ Ce Lymousin, c'est chose vraye,
+ Qui n'avoit vaillant ung patac,
+ Se nommoit seigneur de Combraye,
+ Sans qu'on le suivist son trac.
+ Plus rus estoit qu'ung vieil rat, [P. 200]
+ Et affam comme un vieil loup,
+ Avec monsieur de Penessac,
+ Et le seigneur de Lamesou.
+ Les troys seigneurs s'entretrouvrent;
+ Car ilz estoyent tous d'ung quartier
+ Et Dieu sait s'ilz se salurent,
+ Ainsi qu'il en estoit mestier;
+ Toutesfoys, ce bon escuyer
+ De Combraye, propos final,
+ Fut esleu leur grant conseillier,
+ Et le gouverneur principal.
+ Ils conclurent, pour le meilleur,
+ Que ce bon notable seigneur
+ Yroit veoir s'il pourroit trouver
+ Quelque bon lieu pour s'y loger,
+ Et, selon qu'il le trouverait,
+ Aux aultres le raconteroit.
+ Or advint, environ midy,
+ Qu'il estoit de faim estourdy,
+ S'en vint une hostellerie,
+ Rue de la Mortellerie,
+ O pend l'enseigne du Pestel:
+ _A bon logis et bon hostel,_
+ Demandant s'on a que repaistre:
+ Ouy, vrayment, ce dist le maistre;
+ Ne soyez de rien en soucy,
+ Car vous serez trs bien servy
+ De pain, de vin et de viande.
+ --Pas grand chose je ne demande,
+ Dist le bon seigneur de Combraye:
+ Il n'y a gure que j'avoye [P. 201]
+ Bien desjun; mais, toutesfoys,
+ Si ai-je disn maintes foys
+ Que n'avoye pas tel appetit.
+ Ce seigneur menga ung petit,
+ Car il n'avoit gure d'argent,
+ Commendant qu'on fust diligent
+ D'avoir quelque chose de bon,
+ Pour son soupper: ung gras chapon;
+ Car il pensoit bien que, le soir,
+ Il devoit avec luy souper
+ Des gentilzhommes de la cour.
+ L'hostesse fut bien son gourt,
+ Car, quand vint compter l'escot,
+ Le seigneur ne dist oncques mot,
+ Mais tout ce qu'elle demanda
+ Ce gentilhomme luy bailla,
+ Disant: Vous comptez par raison!
+ Puis il sortit de la maison,
+ Bouta son sac soubs son esselle,
+ Et vint raconter la nouvelle
+ A ses compaignons, et comment
+ Il failloit faire saigement.
+ Il fut dit, peu de parolles,
+ Pour eviter grans monopolles,
+ Que le seigneur de Penessac
+ Yroit devant louer l'estat
+ Et blasonner la suffisance
+ De ce seigneur, car, sans doubtance,
+ La chose le valoit trs bien,
+ Et, pour trouver meilleur moyen,
+ Il menroit en sa compaignie,
+ Lamesou; et n'y faillit mye. [P. 202]
+ Si vint demander l'hostesse
+ S'ung seigneur remply de noblesse
+ Estoit log en la maison.
+ L'hostesse respondit que non,
+ Et que vrayement il n'y avoit
+ Qu'ung Lymousin, lequel debvoit
+ Venir au soir souper lans.
+ Ha! dist-il, dame de cans,
+ C'est celuy que nous demandons;
+ Par ma foy! c'est le grant baron,
+ Qui est arriv au matin.
+ --Je n'entens point vostre latin,
+ Dist l'hostesse; vous parlez mal:
+ Il n'a ne jument ne cheval;
+ Il va pied, par faulte d'asne.
+ Lors Penessac respondit: Dame,
+ Il vient icy pour ung procs;
+ Il est appellant des excs
+ Qu'on luy a faictz en Lymousin,
+ Et va ainsi de pied, affin
+ Que son procs soit plus tost faict.
+ L'hostesse le creut, en effet.
+ Alors, le seigneur de Combraye
+ Arrive, et Dieu sait quelle joye
+ Ces deux seigneurs icy lui firent;
+ Et le genoil en bas tendirent
+ Aussi tost comme il fut venu,
+ Et par ce point il fut congneu
+ Qu il estoit seigneur honorable.
+ Le bon seigneur se sist table,
+ En tenant bonne gravit.
+ Vis--vis, de l'autre cost,
+ S'assit le seigneur de l'hostel,
+ Et eurent du vin, Dieu sait quel! [P. 203]
+ Il ne le fault point demander.
+ Quand ce vint l'escot compter
+ L'hostesse assez hault comptoit,
+ Mais au seigneur il n'en challoit,
+ Feignant qu'il fust tout plain d'argent.
+ Lors il dist qu'on fust diligent
+ De penser faire les litz,
+ Car il vouloit en ce logis
+ Coucher; puis aprs, par exprs,
+ Il print son grand sac procs,
+ Et le bailla lans en garde,
+ Disant: Qu'on me le contregarde.
+ Si de l'argent voulez avoir,
+ Il ne faut que le demander.
+ L'hostesse ne fut pas ingrate,
+ En disant: Je n'en ay pas haste.
+ N'espargnez rien qui soit cans.
+ Ces seigneurs couchrent lans
+ L'espace de cinq ou six moys,
+ Sans payer argent, toutesfoys,
+ Non obstant ce qu'il demandoit
+ A l'hostesse s'elle vouloit
+ Avoir de l'argent, bien souvent;
+ Mais il n'estoit point bien content
+ De mettre souvent main en bourse.
+ L'hostesse n'estoit point rebourse,
+ Et dist: Ne vous en soucyez;
+ Dieu mercy! j'ay argent assez,
+ A vostre bon commandement.
+ Ces mignons pensrent comment
+ Ilz pourroyent retirer leur sac;
+ Et lors monsieur de Penessac
+ Dist ce baron de Combraye
+ Qu'il se boutast bientost en voye, [P. 204]
+ Jugeant qu'il fust embesongn.
+ Ce seigneur vint, tout refrongn,
+ Vers l'hostesse, par bon moyen,
+ Et lui dit: Mon cas va trs bien;
+ Mon procs est ennuyt jug.
+ A coup, qu'il n'y ait plus song,
+ Baillez-moy mon sac, somme toute,
+ Car j'ay paour et si fays grant doubte,
+ Que les seigneurs soyent departis.
+ Il print son sac: Adieu vous dis!
+ Je reviendray tout maintenant.
+ Il s'en alla diligemment,
+ A tout ses procs et son sac;
+ Et les seigneurs de Penessac
+ Et de Lamesou l'attendoyent;
+ Lesquelz seigneurs si s'esbatoyent,
+ A recueillir les torcheculz
+ Des seigneurs qui estoyent venus
+ Aux chambres, et bien se pensoyent
+ Qu' quelque chose serviroyent
+ Ilz ostrent tous ces procs
+ De ce sac, et, par motz exprs,
+ L'emplirent de ces torcheculz;
+ Puis, au soir, quand furent venuz
+ A leur logis, fut mis en garde,
+ Et, pour mieulx mettre en sauvegarde,
+ Il fut bout, par grant humblesse,
+ Avec les robbes de l'hostesse,
+ Qui sentoyent le muguelias.
+ Au soir, firent grant ralias;
+ Le lendemain il fut raison
+ De departir de la maison
+ Pour s'en aller sans revenir.
+ On cuydoit qu'ilz deussent venir [P. 205]
+ Lendemain soupper et disner,
+ Pour leurs offices resiner,
+ Maiz ilz ne vindrent oncques puis.
+ Ils faillirent cinq ou six nuitz,
+ Dont l'hostesse fut eschec et mac.
+ Elle n'osoit ouvrir le sac
+ Sans avoir le cong du juge,
+ Auquel avoit piteux deluge;
+ Tellement qu il fut necessaire
+ Qu'on envoyast ung commissaire
+ Pour ouvrir ce sac, somme toute.
+ Quand il fust l venu sans doubte,
+ Il lava ses mains bonne heure,
+ De paour de gaster l'escripture,
+ Car cela estoit expert.
+ Toutesfoys, le sac fut ouvert;
+ Mais, quand il le vit si breneux,
+ Il s'en alla tout roupieux,
+ Cuydant que ce fust mocquerie,
+ Car il n'entendoit raillerie.
+ Ainsi partirent ces seigneurs
+ De Paris, joyeux en couraige.
+ De tromper furent inventeurs:
+ Cinq moys vesquirent d'avantaige;
+ De blasonner ilz firent raige;
+ Leur hoste fut par eulx vaincu.
+ Ils ne laissrent, pour tout gaige
+ Qu'un sac tout plain de torchecu.
+
+ [P. 206]
+ LA QUATRIESME REPEUE FRANCHE
+
+ DU SOUFFRETEUX.
+
+ O pris argent, qui n'en a point?
+ Remde est vivre d'avantaige.
+ Qui n'a ne robbe ne pourpoint,
+ Que pourroit-il laisser pour gaige?
+ Toutesfoys, qui aurait l'usaige
+ De dire quelque chansonnette
+ Qui peust deffrayer le passaige,
+ Le payement ne seroit qu'honneste.
+
+ L'ACTEUR.
+
+ Ainsi parloit le Souffreteux,
+ Qui estoit fin de sa nature;
+ Moyti triste, moyti joyeux.
+ Du Palays partit, bonne alleure,
+ En disant: Qui ne s'adventure,
+ Il ne fera jamais beau fait,
+ Pour pourchasser sa nourriture,
+ Car il estoit de faim deffaict.
+
+ Pour trouver quelque tromperie,
+ Le gallant se voulust haster:
+ En la meilleure hostellerie
+ Ou taverne s'alla bouter,
+ Et commena demander
+ S'on avoit rien pour luy de bon;
+ Car il vouloit lans disner, [P. 207]
+ Et faire chre de faon.
+
+ Lors on demanda quelle viande
+ Il falloit ce plerin.
+ Il respondit: Je ne demande
+ Qu'une perdrix ou un poussin,
+ Avec une pinte de vin
+ De Beaulne, qui soit frais tire.
+ Et puis aprs, pour faire fin,
+ Le cotteret et la bourre.
+
+ Tout ce qui luy fut convenable
+ Le varlet luy alla qurir.
+ Le gallant s'en va mettre table,
+ Affin de mieulx se resjouyr,
+ Et disna l, tout loisir,
+ Maschant le sens, trenchant du saige;
+ Mais il fallut, ains que partir,
+ Avoir ung morceau de formaige.
+
+ Adonc dit le clerc: Mon amy,
+ Il fault compter, car vous devez,
+ Tout par tout, sept solz et demy,
+ Et convient que les me payez.
+ --Je ne say comment les aurez,
+ Dist le gallant, car, par sainct Gille!
+ Je veulx bien que vous le saichez,
+ Je ne soustiens ne croix ne pille.
+
+ --Qui n'a argent si laisse gaige;
+ Ce n'est que le faict droicturier.
+ Vous voulez vivre d'avantaige,
+ Et n'avez maille ne denier!
+ Estes-vous larron ou meurtrier? [P. 208]
+ Par Dieu, ains que d'icy je hobe,
+ Vous me payerez, pour abrger,
+ Ou vous y laisserez la robbe.
+
+ --Quant est d'argent, je n'en ay point,
+ Affin de le dire tout hault.
+ Comment! m'en iray-je en pourpoint,
+ Et desnu comme ung marault?
+ Dieu mercy! je n'ay pas trop chault;
+ Mais, s'il vous plaisoit m'employer,
+ Je vous serviray, sans deffault,
+ Jusques mon escot payer.
+
+ --Et comment? Que savez-vous faire?
+ Dites-le moy tout plainement.
+ --Quoy? toute chose ncessaire.
+ Point ne fault demander comment;
+ Je gaige que, tout maintenant,
+ Je vous chanteray ung couplet,
+ Si hault et si cler, je me vant,
+ Que vous direz: Cela me plaist!
+
+ L'ACTEUR.
+
+ Lors, le varlet, voyant cecy,
+ Fut content de ceste gaigeure,
+ Et pensa en luy-mesme ainsi,
+ Qu'il attendroit ceste adventure;
+ Et s'il chantoit bien d'adventure,
+ Il lui dirait, pour tous desbats,
+ Qu'il payast l'escot, bon alleure,
+ Car son chant ne lui plaisoit pas.
+
+ L'accord fut dit, l'accord fut faict, [P. 209]
+ Devant tous, non pas en arrire.
+ Lors le gallant tire, de faict,
+ De dedens sa gibecire
+ Une bourse, d'argent legire,
+ Qui estoit pleine de mereaulx,
+ Et chanta, par bonne manire,
+ Haultement, ces mots tout nouveaulx:
+
+ De sa bourse dessus la table
+ Frappa, affin que je le notte,
+ Et, comme chose convenable,
+ Chanta ainsi haulte notte:
+ Faut payer ton hoste, ton hoste!
+ Tout au long chanta ce couplet.
+ Le varlet, estant coste coste,
+ Respondit: Cela bien me plaist!
+
+ Toutesfoys, il n'entendoit pas
+ Qu'il ne fust de l'escot pay,
+ Parquoy il failloit sur ce pas.
+ De son sens fut moult desvoy.
+ Devant tous fut notiffi
+ Qu'il estoit gentil compaignon,
+ Et qu'il avoit, par son traict,
+ Bien disn pour une chanson.
+
+ C'est bien disn, quand on eschappe
+ Sans desbourser pas ung denier,
+ Et dire adieu au tavernier
+ En torchant son nez la nappe.
+
+ [P. 210]
+
+ LA CINQUIESME REPEUE
+
+ DU PELLETIER.
+
+ Ung jour advint qu'ung Pelletier
+ Espousa une belle femme
+ Qui appetoit le bas mestier,
+ En faisant recorder sa game.
+ Le Pelletier, sans penser blasme,
+ Ne s'en soucioit qu'ung petit:
+ Mieulx aymoit du vin une dragme,
+ Que coucher dedens ung beau lict.
+
+ Ung cur, voyant cest affaire,
+ De la femme fut amoureux,
+ Et pensa qu' son presbytaire
+ Il maineroit ce maistre gueux.
+ Il s'en vint luy tout joyeux,
+ A celle fin de le tromper,
+ En disant: Mon voysin, je veux
+ Vous donner ennuyt soupper.
+
+ Le Pelletier en fut content,
+ Car il ne vouloyt que repaistre,
+ Et alla tout incontinent
+ Faire grant chre avec le prestre,
+ Qui luy joua d'un tour de maistre,
+ Disant: Ma robbe est deffourre;
+ Il vous y convient la main mettre,
+ Affin qu'elle soit reffourre.
+
+ --Et bien, ce dist le Pelletier, [P. 211]
+ Monseigneur, j'en suis bien content,
+ Mais que vous m'en vueillez payer;
+ Je suis tout vostre, seurement.
+ Ils firent leur appoinctement
+ Qu'il auroit, pour tout inventoire,
+ Dix solz tournois entirement,
+ Et du vin largement pour boire,
+
+ Pourvu qu'il la despecheroit,
+ Car il luy estoit necessaire,
+ Et que toute nuyt veilleroit,
+ Avec son clerc, au presbitaire.
+ Il fut content de cest affaire.
+ Mais le Cur les enferma
+ Soubs la clef, sans grant noyse faire,
+ Puis hors de la maison alla.
+
+ Le Cur vint en la maison
+ Du Pelletier, par ses sornettes,
+ Et trouva si bonne achoyson
+ Qu'il fist trs bien ses besongnettes.
+ Ilz firent cent mille chosettes,
+ Car, ainsi comme il me semble,
+ Il contenta ses amourettes,
+ Et puis hors de la maison emble.
+
+ Ce fourreur, pour la repeue franche
+ Fut fait coqu bien fermement;
+ Et luy chargea la dame blanche
+ Qu'il y retournast hardiment,
+ Et que, par son sainct sacrement,
+ Jamais nul jour ne l'oubliera,
+ Mais luy fera hbergement, [P. 212]
+ Toutes les foys qu'il luy plaira.
+
+ Et pourtant, donne soy bien garde
+ Chascun qui aura belle femme
+ Qu'on ne lui joue telle aubade
+ Pour la repeue: c'est grant diffame;
+ Quant il est sceu, ce n'est que blasme
+ Et reproche, au temps advenir.
+ Vela des repeues la grant game;
+ Pourtant, ayez-en souvenir!
+
+
+
+ SIXIESME REPEUE FRANCHE
+
+ DES GALLANTS SANS SOULCY.
+
+ Une assemble de compaignons,
+ Nommez les _Gallans sans soucy_,
+ Se trouvrent entre deux pontz,
+ Prs le Palays, il est ainsi;
+ D'aultres y en avoit aussi,
+ Qui aymoient bien besoigne facte,
+ Et estoient, de franc cueur transi,
+ A l'abb de Saincte Souffrette.
+
+ Ces compaings ainsi assemblez
+ Ne demandrent que repas;
+ D'argent ilz n'estoyent pas comblez,
+ Non pourtant ne faillirent pas.
+ Ilz se boutrent, c'est le cas, [P. 213]
+ A l'enseigne du Plat d'estaing,
+ O ilz repeurent par compas,
+ Car ilz en avoient grant besoing.
+
+ Quant ce vint l'escot compter,
+ Je crois que nully ne s'en cource;
+ Mais le beau jeu est au payer,
+ Quant il n'y a denier en bourse.
+ Nul d'eulx n'avoit chre rebourse:
+ Pour de l'escot venir au bout,
+ Dist ung gallant, de plaine source,
+ Il n'en faut qu'ung pour payer tout.
+
+ Ilz appointrent tous ensemble,
+ Que l'ung d'iceulx on banderait:
+ Par ainsi, selon qui me semble,
+ Le premier qu'il empoigneroit,
+ Estoit dit que l'escot payeroit.
+ Mais ilz en eurent grand discord:
+ Chascun band estre vouloit,
+ Dont ne peurent estre d'accord.
+
+ Le varlet, voyant ces desbas,
+ Leur dit: Nul de vous ne s'esmoye;
+ Je suis content que, par compas,
+ Tout maintenant band je soye.
+ Les gallans en eurent grand joye,
+ Et le bandrent en ce lieu,
+ Puis chascun d'eux si print la voye
+ Pour s'en aller sans dire adieu.
+
+ Le varlet, qui estoit band,
+ Tournoyoit parmy la maison.
+ Il fut de l'escot prbend [P. 214]
+ Par ceste subtile achoison.
+ Affin d'avoir provision
+ De l'escot, l'hoste monte en hault:
+ Quand il vit ceste intention,
+ A peu que le cueur ne lui fault.
+
+ En montant, l'hoste fut happ
+ Par son varlet, sans dire mot,
+ Disant: Je vous ay attrap,
+ Il faut que vous payez l'escot,
+ Ou vous laisserez le surcot.
+ De quoy il ne fut pas joyeux,
+ ****************************
+ Cuydant qu'il fust mathelineux.
+
+ Quand le varlet se desbanda,
+ La tromperie peut bien congnoistre:
+ Fut estonn quand regarda,
+ Et vit bien que c'estoit son maistre.
+ Pensez qu'il en eut belle lettre,
+ Car il parla lors bas ton,
+ Et, pour sa peine, sans rien mettre,
+ Il eut quatre coups de baston.
+
+ Ainsi furent, sans rien payer,
+ Les povres gallans dlivrez
+ De la maison du tavernier,
+ O ilz s'estoyent presque enyvrez
+ Des vins qu'on leur avoit livrez
+ Pour boire plain gobelet,
+ Que paya le povre varlet.
+
+ Et que ce soit vray ou certain, [P. 215]
+ Ainsi que m'ont dit cinq ou six,
+ Le cas advint au Plat d'estain
+ Prs Sainct-Pierre-des-Arsis.
+ Bien eschoit ung grant mercis,
+ A tout le moins, pour ce repas,
+ Et si ne le payrent pas.
+
+ Aussi fut si bien aveugl,
+ Le povre varlet malheureux,
+ Qui fut de tout l'escot sangl,
+ Et fallust qu'il payast pour eulx;
+ Et s'en allrent tous joyeux
+ Les mignons, torchant leur visaige,
+ Qui avoyent disn d'advantaige.
+
+
+
+ LA SEPTIESME REPEUE
+
+ FAICTE AUPRS DE MONTFAULCON.
+
+ Pour passer temps joyeusement,
+ Raconter vueil une repeue
+ Qui fut faicte subtillement
+ Prs Montfaulcon, c'est chose sceue,
+ Et diray la desconvenue
+ Qu'il advint de fins ouvriers;
+ Aussi y sera ramenteue
+ La finesse des escolliers.
+
+ Quand compaignons sont desbauchez,
+ Ilz ne cherchent que compaignie;
+ Plusieurs ont leurs vins vendangez [P. 216]
+ Et beu quasy jusqu' la lye.
+ Or advint qu'une grant mesgnie
+ De compaignons se rencontrrent.
+ ******************************
+ ******************************
+
+ Et, sans trouver la saison chre,
+ Chascun d'eulx se resjouyssoit
+ Disant bons motz, faisant grant chre;
+ Par ce point le temps se passoit.
+ Mais l'ung d'iceulx promis avoit
+ De coucher avec une garce,
+ Et aux aultres le racontoit,
+ Par jeu, en manire de farce.
+
+ Tant parlrent du bas mestier,
+ Que fut conclud, par leur faon,
+ Qu'ilz yroyent ce soir-l coucher
+ Prs le gibet de Montfaulcon,
+ Et auroyent pour provision
+ Ung past de faon subtile,
+ Et meneroyent, en conclusion,
+ Avec eulx chascun une fille.
+
+ Ce past, je vous en respons,
+ Fut faict sans demander qu'il couste,
+ Car il y avoit six chapons,
+ Sans la chair, que point je n'y boute.
+ On y eust bien tourn le coute,
+ Tant estoit grant, point n'en doubtez.
+ Le Prince des Sots et sa routte
+ En eussent est bien souppez.
+
+ Deux escolliers voyant le cas, [P. 217]
+ Qui ne savoyent rien que tromper,
+ Sans prendre conseil d'advocatz,
+ Ilz se voullurent occuper,
+ Pensant eux, comme atrapper
+ Les pourroyent d'estoc ou de trenche;
+ Car ilz voulloyent ce soir soupper
+ Et avoir une repeue franche.
+
+ Sans aller parler au devin,
+ L'ung prist ce past de faon,
+ L'autre emporta un broc de vin,
+ Du pain assez, selon raison,
+ Et allrent vers Montfaulcon,
+ O estoit toute l'assemble.
+ Filles y avoit foyson,
+ Faisant chre desmesure.
+
+ Aussi juste comme l'orloge,
+ Par devis et bonne manire,
+ Ilz entrrent dedans leur loge,
+ Esprant de faire grant chire,
+ Et tastoient devant et derrire
+ Les povres filles, hault et bas.
+ *****************************
+ *****************************
+
+ Les escolliers, sans nulle fable.
+ Voyant ceste desconvenue,
+ Vestirent habitz de diable,
+ Et vindrent l, sans attendue:
+ L'ung, ung croc, l'autre, une massue,
+ Pour avoir la franche repue,
+ Vindrent assaillir les gallans.
+ *****************************
+
+ Disant: A mort! mort, mort! [P. 218]
+ Prenez, ces chaisnes de fer,
+ Ribaulx, putains, par desconfort,
+ Et les amenez en enfer;
+ Ilz seront avec Lucifer,
+ Au plus parfond de la chauldire,
+ Et puis, pour mieulx les eschauffer,
+ Gettez seront en la rivire!
+
+ L'ung des gallans, pour abbreger,
+ Respondit: Ma vie est fine!
+ En enfer me fault heberger.
+ Vecy ma dernire journe;
+ Or suis-je bien ame dampne!
+ Nostre pech nous a attains,
+ Car nous yrons, sans demoure,
+ En enfer avec ces putains!
+
+ Se vous les eussiez veu fouyr,
+ Jamais ne vistes si beau jeu,
+ L'ung amont, l'autre aval courir;
+ Chascun d'eulx ne pensoit qu' Dieu.
+ Ilz s'en fouyrent de ce lieu,
+ Et laissrent pain, vin et viande,
+ Criant sainct Jean et sainct Mathieu,
+ A qui ilz feroyent leur offrande.
+
+ Noz escolliers, voyant cecy,
+ Non obstant leur habit de diable,
+ Furent alors hors de soulcy,
+ Et s'assirent trestous table;
+ Et Dieu sait si firent la galle [P. 219]
+ Entour le vin et le past,
+ Et repeurent, pour fin finalle,
+ De ce qui estoit apprest.
+
+ C'est bien tromp, qui rien ne paye,
+ Et qui peut vivre d'advantaige,
+ Sans desbourser or ne monnoye,
+ En usant de joyeux langaige.
+ Les escolliers, de bon couraige,
+ Passrent temps joyeusement,
+ Sans bailler ny argent ny gaige,
+ Et si repeurent franchement.
+
+ Si vous vouliez suyvre l'escolle
+ De ceulx qui vivent franchement,
+ Lisez en cestuy prothocolle,
+ Et voyez la faon comment;
+ Mettez-y vostre entendement
+ A faire comme ilz faseyent,
+ Et, s'il n'y a empeschement,
+ Vous vivrez comme ilz vivoyent.
+
+ FIN DES REPEUES FRANCHES
+ ET DES POSIES ATTRIBUES A VLLLON.
+
+
+
+NOTES.
+
+_(Les chiffres renvoient aux pages du volume. V. signifie_ vers;
+_Pr._, Prompsault; _P. L._, M. Paul L. Jacob, bibliophile.)
+
+P. 1. _Clment Marot aux Lecteurs._ Cette prface, avec le
+huitain qui l'accompagne, est en tte de l'dition de _Paris,
+Galiot du Pr,_ 1533, la premire donne par Marot.
+
+P. 2, lig. 28. _Toutesfoys_... Marot dit clairement qu'il n'a
+pas consult un seul manuscrit. Il n'a pas non plus eu sous les
+yeux toutes les ditions du XVe sicle.
+
+P. 4, lig. 5. _Aprs _... Les vers que Marot dit avoir refaits
+sont au nombre de dix ou douze seulement, et, chose singulire,
+on les trouve tels quels dans les manuscrits et les anciennes
+ditions. (P. L.)
+
+P. 7. _Le Petit Testament_. Ce titre, que Villon n'avait pas
+eu l'intention de donner ses _lays_ (voy. p. 50, v. II), se
+trouve en tte des plus anciennes ditions de ses oeuvres.
+
+P. 8-9. Les huitains IV IX ont t publis pour la premire
+fois par Prompsault, d'aprs un mss. La Monnoye ne les a pas
+connus.
+
+P. 9, huitain IX. L'invocation par laquelle Villon commence son
+Testament n'est qu'une affaire de simple formule. Ce n'est pas
+l qu'il faut chercher la preuve de ses sentiments religieux.
+
+P. 14, huit. XXIII. Ce huitain, publi pour la premire fois par
+Prompsault, se trouve en manuscrit dans l'exemplaire annot de
+La Monnoye.
+
+P. 17-19. Les huitains XXXVI-XXXIX, publis pour la premire
+fois par M. Prompsault, n'taient pas connus de La Monnoye.
+C'est une satire du jargon scolastique du temps. Il n'est pas
+certain que Villon en soit l'auteur. J'ai conserv quelques-unes
+des corrections introduites dans ce texte par M. P. L.
+
+P. 21. _Le Grand Testament_. Huit. I. _En l'an trentiesme de mon
+eage_... On a conclu de ce vers que Villon n'avait pas trente
+ans accomplis en 1461. La mesure du vers ne lui permettait pas
+d'tre plus exact; mais dans le _Dbat du corps et du coeur_ (p.
+113), fait dans la prison de Meung, il dit positivement: Tu as
+trente ans. Il tait donc rellement n en 1431.
+
+P. 22, huit. V. La leon de l'dition Prompsault est meilleure
+que celle de La Monnoye. La voici:
+
+ _Si prieray pour lui de bon cueur,
+ Par l'ame du bon feu Cotard..._
+
+C'est--dire que Villon jure par l'me de son procureur Cotard
+(voy. ce nom au _Glossaire-index_), de prier Dieu pour Thibault
+d'Aussigny. La suite nous apprend ce qu'il entend par l.
+
+P. 37-38. On a cru que dans les huitains XLIII-XLV Villon
+parlait de lui-mme; c'est videmment une erreur. Pour le
+reconnatre, il suffit de se rappeler qu'il n'avait que trente
+ans, et n'tait pas un pauvre vieillart.
+
+P. 45, huit. LIV. Je n'ai pas adopt la correction de La
+Monnoye, qui termine ainsi ce huitain:
+
+ _C'est pure vrit decelle:
+ Pour une joye cent doulours_.
+
+P. 56. Les six premiers vers de l'_Envoi_ donnent en acrostiche
+le nom de _Villon_, ainsi que M. Nagel l'a remarqu le premier.
+Il a dcouvert aussi que le premier huitain de la _Ballade
+de Villon s'amye,_ p. 57, donne en acrostiche le nom de
+_Franoys._ Le second huitain donne _Martheos,_ sans doute par
+l'effet du hasard.
+
+P. 90. _Lays._ Publi pour la premire fois par Prompsault. En
+manuscrit dans La Monnoye. Il en est de mme du huitain CLIII,
+p. 91.
+
+P. 99. _Et je croy bien que pas n'en ment._ Le huitain qui
+commence par ce vers et le reste de la ballade ont t publis
+pour la premire fois par Prompsault. Ils existent en manuscrit
+dans La Monnoye.
+
+P. 101. _Posies diverses_. Le titre de plusieurs ditions
+annonce un _Codicille_, ce qui a proccup quelques diteurs
+plus que de raison. L'dition de Pierre Levet, 1489, et une
+autre dition du XV'sicle (la troisime dcrite par M. Brunet),
+disent ce qu'il faut entendre par l. Dans celle de Pierre Levet
+on lit: _Cy commence le grant Codicille et Testament de maistre
+Franois Villon,_ et dans l'autre: _Sensuit le grant Testament
+et Codicille de maistre Franois Villon._ Le _Codicille_ n'est
+donc autre chose que le _Grand Testament,_ postrieur de cinq
+ans au _Petit Testament._
+
+Les _posies diverses_ ont t classes de diffrentes
+faons, selon le gr des diteurs. J'ai cherch les ranger
+chronologiquement. Le _quatrain_ et _l'pitaphe_ (p. 101), la
+_Requeste au Parlement_ (p. 103), la _Ballade de l'appel_ (p.
+104), le _Dit de la naissance Marie_ (p. 105) et la _Double
+ballade_ (p. 107) se rapportent au procs de 1457. Je parlerai
+des autres pices plus tard.
+
+P. 105. _Le Dit de la naissance Marie_. Cette pice et les deux
+suivantes se trouvent dans un trs-beau manuscrit des Posies de
+Charles d'Orlans, conserv la Bibliothque impriale. Elles
+ont t publies pour la premire fois par M. Prompsault.
+
+P. 107. _Double ballade_. Cette pice, adresse Marie
+d'Orlans, fut compose longtemps aprs la prcdente, et
+lorsque la princesse tait dj grande, et avait port assur,
+maintien rassis (p. 109, v. 17).
+
+P. 110. _Ballade Villon._ Cette pice est incontestablement de
+Villon, dont elle porte le nom dans le manuscrit des posies
+de Charles d'Orlans. Il n'est pas aussi certain que les deux
+autres pices tires du mme manuscrit soient de lui, mais c'est
+on ne peut plus vraisemblable.
+
+Cette ballade fut compose sur un sujet donn par le duc
+d'Orlans. On trouve dans le manuscrit de ses posies celles qui
+furent composes la mme occasion par onze autres potes.
+
+P. 111 _Epistre_, Cette pice fut compose dans la prison de
+Meung. Elle a t publie pour la premire fois par Prompsault,
+mais elle existe en manuscrit, avec des variantes, dans La
+Monnoye.
+
+P. 112. _Le Dbat du cueur et du corps_. Compos dans la prison
+de Meung. Les prcdents diteurs n'ont pas remarqu que le nom
+de Villon se trouve en acrostiche dans les six vers qui, non
+compris le refrain, forment l'_envoi_.
+
+P. 113. _La, Requeste Monseigneur de Bourbon_. Prompsault se
+trompe lorsqu'il dit que Marot a fait le titre de cette ballade.
+On le trouve dans les ditions du XVe sicle tel qu'il est
+reproduit ici.
+
+Le duc de Bourbon tait Jean II, qui mourut en 1487; ce ne
+pouvait tre Charles Ier, mort en dcembre 1456, l'poque
+prcisment o Villon, peu connu comme pote, se faisait
+fouetter publiquement.
+
+P. 119. _Ballade des povres housseurs_. Cette pice a t tire
+du _Jardin de plaisance_ par Prompsault. Il n'est pas bien
+prouv qu'elle soit de Villon. On ne sait pas au juste ce
+que signifie ce mot _housseurs_. Cotgrave le traduit par
+_balayeurs_, _ramoneurs_; M. P. L., par _batteurs de tapis_;
+Prompsault, par _porteurs de housseaux_ ou de bottes; M.
+Campeaux, par coliers portant des _housses_, comme ceux du
+collge de Navarre. Son explication me parat la meilleure,
+moins que _housseurs_ ne signifie _faiseurs de housseaux_. Il
+y a un rapprochement faire entre cette supposition et,
+d'une part, les conjectures de M. Campeaux relativement la
+profession du pre de Villon; d'autre part, l'affirmation
+trs-nette de la onzime des pices attribues Villon, que je
+publie, p. 139. ...Mon pre est cordouennier. Malheureusement
+ce rondeau n'est pas plus certainement de Villon que la _Ballade
+des povres housseurs_.
+
+P. 120. _Problme ou Ballade_. Publi pour la premire fois par
+Prompsault. En manuscrit dans La Monnoye.
+
+P. 121. _Ballade contre les mesdisans de la France_. Prompsault
+a cru publier cette pice pour la premire fois; mais il en
+existe une dition en caractres gothiques, reproduite par M. A.
+de Montaiglon dans les _Anciennes Posies franoises_, t. V,
+p. 320, qui m'a fourni de bonnes variantes. La Monnoye la
+connaissait. Elle existe en manuscrit dans son exemplaire
+annot, avec le titre qu'elle porte ici.
+
+P. 124. _Le Jargon ou Jobelin_. Tous les diteurs de Villon ont
+recul devant l'explication de ces ballades en argot. Je
+suis leur exemple; mais cela ne doit pas dcourager ceux qui
+voudraient tenter l'entreprise. En recueillant avec soin toutes
+les variantes des anciennes ditions, en rapprochant les
+ballades de Villon des monuments assez nombreux de ce langage
+qui nous restent du XVe sicle et du commencement du XVIe, on
+arriverait probablement quelque chose de satisfaisant.
+
+P. 133. _Posies attribues Villon_. J'ai choisi ce titre
+cause de son lasticit. Je ne suis pas convaincu que ces pices
+soient de notre pote; mais je n'ai pas voulu, en les donnant
+comme manant de ses disciples, lui faire tort de celles qui
+peuvent lui appartenir.
+
+P. 133-143. Dix-sept pices choisies parmi celles que M.
+Campeaux a tires du _Jardin de plaisance_. On ne peut, lire son
+travail sans tre tent d'admettre que plusieurs de ces pices
+sont rellement de Villon.
+
+P. 144-146. Les ballades XVIII, XIX et XX ont t runies pour
+la premire fois aux oeuvres de Villon dans l'dition de 1723.
+Je ne crois pas qu'elles soient de lui.
+
+P. 147. _Ballade joyeuse des taverniers_. Cette pice se trouve
+dans toutes les ditions de _la Chasse et le Dpart d'Amours,_
+d'Octavien de Saint-Gelais, dont la premire est de 1509. Je
+dois cette indication mon ami M. Louis Moland.
+
+P. 150. _Monologue du franc archier de Baignollet_. Runi pour
+la premire fois aux oeuvres de Villon en 1532, dans une
+dition de Galiot du Pr. Il existe de ce monologue une dition
+gothique, format d'agenda, qui a t reproduite dans l'_Ancien
+thtre franois_, t. II, p. 326. J'en ai tir quelques
+variantes.
+
+P. 164. _Dialogue de messieurs de Mallepaye et de Baillevent_.
+De mme que le _Monologue du franc archer_, cette pice fut
+runie pour la premire fois aux oeuvres de Villon dans
+l'dition de Galiot du Pr, 1532. Elle est crite, comme l'a
+remarqu le premier M. A. de Montaiglon, en strophes de six
+vers sur deux rimes, qui s'enchanent de telle faon que la
+rime place dans une strophe au troisime et au sixime vers
+se rpte, dans la strophe suivante, aux quatre autres vers,
+c'est--dire au premier, au second, au quatrime et au cinquime.
+Je l'ai divise selon ces indications, et l'on conviendra qu'elle
+y a beaucoup gagn.
+
+Deux strophes sont incompltes, l'une d'un vers, p. 172, et
+l'autre de deux, p. 177.
+
+P. 178. _Les Repeues franches_. Ce recueil fut imprim plusieurs
+fois dans le XVe sicle et la premire moiti du XVIe. Il n'est
+pas de Villon; mais le pote y joue un tel rle qu'on ne peut se
+dispenser de le joindre ses oeuvres, ce qu'on fait, du reste,
+depuis plus de trois cents ans. Il est crit presque tout
+entier en strophes de huit vers, ce que les prcdents diteurs
+n'avaient pas assez remarqu, comme l'a dit M. A. de Montaiglon.
+Il y a vers la fin quelques strophes que je n'ai pu complter,
+bien que j'aie consult plusieurs ditions anciennes, y compris
+celle de Jean Trepperel, que je crois la premire.
+
+P. 187. _La Manire d'avoir du poisson_. Le moyen employ par
+Villon pour se dbarrasser du _porte-pannier_ rappelle le
+fabliau des _Trois Avugles de Compiengne_, par Cortebarbe. Voir
+aussi les _Aventures de Til Ulespigle_, chap. LXXI (_Nouvelle
+collection Jannet_); _Morlini_, nouv. XIII; les _Factieuses
+Nuits de Straparole_, dition Jannet, _Paris_, 1857, t. Ier, p.
+liv.
+
+P. 190. _La Manire d'avoir des trippes_. Voir un expdient
+analogue dans les _Aventures de Til Ulespigle_, dition cite,
+chap. LXXII.
+
+P. 191. _La Manire d'avoir du pain_. Imit par l'auteur des
+_Aventures de Til Ulespigle_, chap. VI.
+
+P. 192. _La Manire d'avoir du vin_. Se retrouve dans _Til
+Ulespigle_, chap. LVII.
+
+P. 206. _La Repeue franche du Souffreteux_. Imit par l'auteur
+de _Til Ulespigle_, chap. LXI, et par Bonaventure Des Priers.
+Voy. l'dition de M. Louis Lacour, 1856. In-16, p. 122.
+
+
+
+
+
+GLOSSAIRE-INDEX.
+
+----------A----------
+
+_A_, avec. P. 34, v. 18; p. 158, v. 12.
+
+_A coup_, vite, tout de suite.
+
+_A tout_, avec.
+
+_Abandonn_, libral, prodigue. 172.
+
+_Abayer_, aboyer.
+
+_Aboluz_, abolis, absous. .
+
+_Aboy_ (en), aux abois, abaiss.--Trois poulx rampans en aboy,
+c'est--dire descendant le long de la chemise, telles sont
+les armoiries que le seigneur de Mallepaye assigne son ami
+Baillevent, P. 168.
+
+ABSALON, 121, 122.
+
+_Absoluz, absolz_, absous.
+
+_Abusion_, peine inutile, fait de quelqu'un qui s'abuse. (P. 35,
+v. 2.)
+
+_Acabit_, accident (?). 175.
+
+_Accolle, acolle_, accolade.
+
+_Accouter_, appuyer, accoter. 47, 136.
+
+_Acherin_, acr, d'acier.
+
+_Achoison, achoyson_, occasion, feinte, ruse.
+
+_Acongnoistre_, connatre. 195.
+
+_Accueillir_, tenir. 145.
+
+_Acquester_, acqurir.
+
+_Acreuz_, acquis, augments. 165.
+
+_Acteur_ (l'), l'auteur. 182.
+
+_Adextre_, adroit, habile.
+
+_Adirer_, absenter, supprimer. 135.
+
+_Admenez_ (en) (?), P. 38, v. 25.
+
+_Adonc, adoncques_, alors.
+
+_Advantaige_, voy. _avantaige_.
+
+_Affier_, assurer, certifier.
+
+_Affiques_, affiquets. 185.
+
+_Affoler_, blesser. 152.
+
+_Affuyt_, suit.
+
+_Aguet (aller d')_, marcher avec prcaution et sans bruit, c'est
+ce que faisaient sans doute les soldats de police pied dont
+parle Villon, p. 13, v. 21.
+
+_Aherdre_, p. 52, se trouve dans Cotgrave avec le sens de
+toucher, prendre.
+
+_Ahonti_, dshonore, couvert de honte. 142.
+
+_Aid_, aide, assiste Ainsi m'aid Dieux! P. 26, v. 6.
+
+_Aignel_, agneau. 107.
+
+_Ainoys_, avant.
+
+_Ains_, avant.
+
+_Aist_, aide. Ainsi m'aist Dieux! 107.
+
+_Aiz_, planche. 84.
+
+ALENON. 151. Cette ville fut prise et reprise plusieurs fois
+par les Anglais et les Franais pendant les guerres du XVe
+sicle. C'est en 1448 que Charles VII l'assigea pour la
+dernire fois; il s'en empara, ainsi que de toutes les autres
+places fortes de la Normandie. (P. L.)--Le bon feu duc d'Alenon
+dont parle Villon (p. 36) serait, selon M. Pr., Jean Ier,
+tu la bataille d'Azincourt, en 1415.
+
+ALEXANDRE, p. 26. Cette anecdote d'Alexandre et du pirare
+Diomds est, suivant Formey, rapporte par Cicron, dans un
+fragment du trait _De Republica_, liv. III, que nous a conserv
+Nonius Marcellus. Le nom du pirare ne s'y trouve pas. Voy. 121.
+
+ALLEMANSES, allemandes, 80.
+
+_Alleure_ (_bonne_), promptement.
+
+ALLYS (p. 34, v. 19), Alix de Champagne, marie en 1160 Louis
+le Jeune, roi de France, et morte en 1216. (Pr.)
+
+_Alouer_ (_s'_), s'attacher, se dvouer. 108.
+
+ALPHASAR, p. 121. Arphaxad, roi des Mdes.
+
+ALPHONSE, _le roy d'Aragon_. Alphonse V, dit le Sage, mort en
+1458.
+
+_Amant_, 165, amendement.
+
+_Amathiste_, amthyste. 35.
+
+_Ambagoys_, ambages, finesses. 192.
+
+_Ambesas_, doubleas. P. 48.
+
+_Ameons_, hameons. Employ au figur, p. 185.
+
+AMIRAL (l'), p. 152. M. P. L. suppose que c'est Prgent, seigneur
+de Coetivy et de Retz, cr amiral en 1439, et tu en 1450, au
+sige de Cherbourg.
+
+AMMON, fils de David. Plaisant rcit de son amour pour sa soeur
+Thamar. (P. 46, v. 15.)
+
+_Amoureux_, agrable, bon. 195, v. 1.
+
+_Amys_, amicts. 36.
+
+_Ance_, anse. 15.
+
+ANCENYS, 151.
+
+_Anoys_, avant.
+
+_Ancre_, encre.
+
+_Andoilles_, andouilles. 64.
+
+_Ange, Angelot_, (p. 70), taient des monnaies d'or. Deux
+_angelots_ valaient un grand _ange_. Villon veut que le jeune
+merle agisse consciencieusement, ce qui n'tait sans doute pas
+dans ses habitudes. (Pr.)
+
+ANGELOT L'HERBIER (l'herboriste), 85.
+
+ANGIERS, 9. Le _Lyon d'Angiers_ (153) tait sans doute
+l'enseigne d'une htellerie.
+
+ANGLAIS, p. 151.
+
+ANGLESCHES, anglaises, p.81, v. 3.
+
+_Angoisseux_, plein d'angoisse.
+
+ANGOULEVENT, p. 176. Un Prince des Sots nomm Angoulevent vivait
+ la fin du XVIe sicle et se fit connatre par un procs qu'il
+soutint pour dfendre les privilges de sa principaut. Mais ce
+passage prouve que le nom d'Angoulevent tait gnrique parmi
+les gueux et les aventuriers ds le XVe sicle. (P. L.)
+
+ANJOU, 157.
+
+_Antan_, l'an pass.
+
+_Ante_, tante. 82.
+
+_Apasteler_, nourrir.
+
+_Apostoles_, pape (p. 36), et, par extension, vque, et
+peut-tre prtre.
+
+_Appaillardir_, appauvrir, mettre sur la paille 172.
+
+_Appeau_, appel. 197.
+
+_Appoinct_, point. 73.
+
+_Appoint_, convenu.
+
+_Appoinctement_, accord.
+
+_Aprins_, appris.
+
+_Arain_, airain, cuivre. 48
+
+_Arbrynceaux_, arbrisseaux.
+
+ARCHIPIADA, 34, vraisemblablement Archippa, l'amante de
+Sophocle. (Pr.)
+
+ARCHITRICLIN (p. 69). Le matre d'htel des noces de Cana, qui
+conseilla de boire le bon vin le premier.
+
+_Ardiz_, brlai. 121, v. 2.
+
+_Ardre_, brler.
+
+_Argeutis_, arguties. 18.
+
+ARISTOTE, 18, 25.
+
+_Armarie (montrer l')_, p. 146, paratre arm dans un tournoi.
+(P. L)
+
+_Arquemie_, alchimie. Faire l'arquemie aux dens (p. 182 et
+186), c'est vivre de vent, n'avoir rien manger.
+
+_Arraisonner_, interroger.
+
+_Arrons_, aurons.
+
+_Ars_. brl. 17.
+
+_Arsure_. brlure. 76.
+
+_Art de la pinse et du croc_, l'art des voleurs. P. 2.
+
+_Art de mmoire_, 11. Probablement l'_Ars memorativa_, ouvrage
+didactique souvent rimprim au XVe s. avec des figures
+singulires. (P. L.)
+
+ARTUS, _le duc de Bretaigne_ (p. 35, v. 10) est Artus III, le
+Justicier, mort en 1458.
+
+_Asavoir-mon_, c'est savoir.
+
+ASNE ROUGE, 60. Est-ce une enseigne?
+
+_Assier_, acier. 9.
+
+_Assouvir_, calmer, satisfaire, accomplir. 29, 89, 90, 94, 110.
+
+_Atout_, avec.
+
+_Attaine_, III. Atteigne, blesse. (P. L.)
+
+_Attainte_, 78, bien pare (Pr.),-farde (P. L.).
+
+_Attendue_, attente, retard.
+
+_Attente_, intention. 49.
+
+_Aubade_, peur. 199.
+
+_Aucun, aucune_, quelque. 30, 120.
+
+_Aucunement_, en quelque faon.
+
+_Auditeux_, auditeurs.
+
+AUGER LE DANOIS, 91.
+
+_Aulmoire_, armoire.
+
+AULNIS (vin d'), 60.
+
+AUSSIGNY (_Thibault d'_), 21.
+
+AUVERGNE (p. 36). Le dernier Dauphin de la branche hrditaire
+fut Beraud III, qui mourut en 1428. (P. L.)
+
+_Avaller_, descendre, prcipiter en bas.
+
+_Avantage (vivre d')_, vivre aux dpens d'autrui. 206, 208, etc.
+
+_Avenir_, advenir.
+
+AVERROYS, Averrhos. 25.
+
+_Avoy_, en voie, bien venu. 196.
+
+_Ayser (s')_, se mettre son aise, se servir librement. P. 78,
+v. 21.
+
+----------B----------
+
+BABYLOINE, Babylone. 79.
+
+_Bachelette_, jeune fille. 47.
+
+_Bachelier_, jeune galant, amoureux. 47.
+
+_Bague_, bagage, arme.
+
+BAIGNEUX, 193
+
+BAIGNOLET, 150.
+
+_Bailler_, donner.
+
+BAILLY, 3.
+
+_Bandon (),_ l'abandon.
+
+_Barat_, tromperie.
+
+_Barbiers_, taient les chirurgiens du temps. 77.
+
+_Barguigner_, marchander, hsiter.
+
+_Barre_ (p 63), pice du blason qui indique la btardise. Au
+lieu de cela, Villon donne au btard de La Barre trois ds pips
+pour mettre dans son cusson.
+
+BASANYER, 74.
+
+_Bas mestier_, acte amoureux.
+
+_Baston_, 156. Nom des armes portatives en gnral. On a dit
+plus tard baston feu.
+
+_Batture_, action de battre. 71, 115.
+
+BAULDE (_frre_). 67.
+
+_Baulde_, rjouie. 67.
+
+_Bauldray_, donnerai.
+
+_Bave_, bavardage. 180.
+
+_Baver_, bavarder.
+
+_Baverie_, bavardage, vaines promesses.
+
+Baye, ouverte. 165.
+
+BEAULNE. 193, 207.
+
+_Beffray_, beffroi.
+
+BGUINES, 66.
+
+_Bjaulne_, niais. 193.
+
+_Belin_, mouton. 70.
+
+BELLEFAYE (_Martin_), p. 96, qui Villon donne le titre de
+lieutenant criminel, tait conseiller au Parlement de Paris.
+
+BELLET, 118.
+
+_Benoist_, bni.
+
+_Benoistier_, bnitier.
+
+_Bergeronnette_, chanson rustique. 91.
+
+_Berlan_, brelan. 87.
+
+BERTHE _au grand pied_ (p. 34, v. 19) fut mre de Charlemagne.
+
+_Besongner_, travailler. 118.
+
+
+_Besongnettes_, affaires d'amour.
+
+_Betourner_, dompter, abattre. 108.
+
+_Bire_ (en), mort, enseveli.
+
+BIETRIS (p. 34, v. 19), Batrix de Provence, marie Charles de
+France, fils de Louis VIII. (Pr.)
+
+BIETRIX, 118.
+
+_Billart_, bton recourb avec lequel on jouait la crosse.
+
+BILLY (_la tour de_), 73.
+
+_Bisage_, besaigu.
+
+_Bise_, brune. 79.
+
+_Blanc_, 15, 48, monnaie d'argent qui, du temps de Villon,
+valait douze deniers.
+
+BLANCHE. Prompsault dit que la reine Blanche dont il est
+question p. 34, v. 17, tait Blanche de Bourbon, marie en 1352
+ Pierre le Cruel. M. P. L. pense qu'il s'agit plutt de Blanche
+de Castille, mre de saint Louis.
+
+BLANCHE LA SAVETIRE, 42.
+
+_Blason_, conversation, beau parler. 189, 196.
+
+_Blasonner_, vanter, bavarder, se moquer. 201, 206.
+
+_Bloquer_, donner de l'argent. 175.
+
+BOESMES, p. 118. La faute des Boesmes, c'tait l'hrsie des
+Bohmiens, sectateurs de Jean Hus et de Jrme de Prague.
+
+_Boillon_, p. 54. Le _boullon_ ou _bouillon_ est l'endroit de
+la rivire o l'eau forme un tournant. On dit encore, dans le
+langage trivial, _boire un bouillon_, c'est dire: courir le
+risque d'tre englouti dans une mauvaise affaire. (P. L.)
+
+_Boiture_, boisson 52.
+
+_Bonne_. Cy suspendy et cy mis bonne, p.17. Prompsault
+interprte _bonne_ par _borne_. M P. Lacroix suppose que cette
+expression quivaut _mettre en panne_.
+
+_Bonne alleure_, promptement.
+
+_Bordeaulx_, lieux de prostitution. 77.
+
+_Bort_, bordure. 136.
+
+_Bouff_, souffl, emport par un souffle. (P. 36, v. 19.)
+
+_Bouges_, chausses, culottes.
+
+_Bouhourder_, lutter armes courtoises. 119.
+
+_Boullon_, bouillon, tourbillon.
+
+_Boulluz_, bouillis. 56.
+
+BOULOGNE, 9.
+
+BOURBON. Le gracieux duc de Bourbon (p. 55 v. 9) est Jean Ier,
+mort en 1456. Voy. p. 115, et _notes_, p. 223.
+
+_Bourde_, mensonge, 111.
+
+_Bourder_, mentir.
+
+BOURG-LA-ROYNE, 65.
+
+BOURGES, 68, 76.
+
+BOURGUIGNON (Pierre),60.
+
+BOURGUYGNONS. 171.
+
+_Bourreletz_, sorte de coiffure. 33.
+
+_Bourse_. Les bourses des dix-et-huit clers (p. 72). Le
+collge des _Dix-huit_, o l'on recevait les tudiants trop
+pauvres pour pourvoir leurs besoins, tait situ, suivant M.
+P. L, devant le collge de Clugny, sur l'emplacement actuel de
+l'glise de la Sorbonne.
+
+_Bouter_, mettre. 146, 148, 193.--frapper, pousser. 161.
+_Bouter soubz le nez_, p.37, manger et boire.
+
+_Boyser_, travailler le bois. 64.
+
+_Bracquemart_, pe courte et large.
+
+_Braire_, crier. 198.
+
+_Brairie_, cris. 152.
+
+_Branc_, sorte d'pe.
+
+_Brayes,_ chausses, culottes.
+
+_Brelare Bigod_ (p. 82), sorte de juron en allemand corrompu:
+_Verloren, bey Gott!_
+
+BREAAOIRE, Bressuire. 152.
+
+BRETAIGNE, 62.
+
+BRETONS, 153, 154, 157.
+
+_Brettes_, Bretonnes. 80.
+
+_Brief_, brivement. 196.
+
+_Broiller_, p. 87 M. P. L. dit que cela signifiait jouer des
+_imbroglios_, des scnes comiques.
+
+_Broillerie_, dsordre.
+
+_Broises, brossillons_, broussailles. 99.
+
+_Brouaille_, 148, me parat synonyme de _brodier, broudier_,
+anus.
+
+_Brouillez_, en dsordre, embrouills. 2
+
+_Broust_, nourriture, subsistance. 174.
+
+_Brouter_, manger. 63.
+
+BROYER moustarde, mortier. 17.
+
+BRUCIENNES, Prussiennes. 80.
+
+BRUNBAU (_Philip_), 97.
+
+_Bruire_, faire du bruit.
+
+_Bruit, bruyt_, renomme, rputation 9, 176.
+
+BRUYRES (Mlle de), 79.
+
+BUEIL, p. 152 Selon M. P. L., c'est Jean de Beuil, comte de
+Sanceire, qui succda comme amiral Prgent de Cotivy.
+
+_Buffe_, soufflet. 194.
+
+_Bulle (Carmeliste)_, 10 Voy. DCRET. Les porteurs de bulles (p.
+87) taient des ecclsiastiques ou des officiers du Saint-Sige,
+qui venaient quter et vendre des indulgences au nom du pape
+dans les pays catholiques. Mais ils ne pouvaient plus tre admis
+en France sans un ordre du roi; les privilges de l'glise
+gallicane ou de la Pragmatique-Sanction s'opposaient ces
+collectes papales, qui avaient tant appauvri la chrtient an
+moyen ge. (P.L.)
+
+_Bureaux_, vtements de bure. 32.
+
+BURIDAN, 34. C'tait une tradition bien tablie parmi les
+coliers de l'Universit de Paris, qu'une reine de France
+avoit fait de la Tour de Nesle, situe au bas de la Seine,
+sur l'emplacement du palais de l'Institut, le thtre de ses
+dbauches nocturnes. Elle attirait chez elle tous les passants,
+et surtout les coliers, qui lui plaisaient; puis, son caprice
+satisfait, elle les faisait tuer et jeter dans la rivire.
+Buridan eut le bonheur d'chapper la mort, et il inventa
+ce fameux sophisme, qui devait tre sa vengeance et sa
+justification: Il est permis de tuer une reine si c'est
+ncessaire. Villon est le plus ancien auteur qui ait parl de
+cette tradition. Gaguin, dans son _Compendium_ des Annales de
+France, l'a rapporte ensuite avec plus de dtail. Quoi qu'il
+en soit, les trois brus de Philippe le Bel furent accuses
+d'adultre, et l'une d'elles, Marguerite de Bourgogne, femme de
+Louis le Hutin, fut trangle dans sa prison, en 1314, par
+ordre du roi. Quant Buridan, il devint un des plus clbres
+professeurs de l'Universit de Paris, et fut exil de France
+comme disciple d'Ockan. Il se retira en Autriche, o il continua
+de professer la philosophie nominaliste. (P. L.)
+
+_Butor_, p. 122. Espce de hron, oiseau aquatique. On croyait
+au moyen ge qu'il restait enfoui dans la vase, au fond de
+l'eau, durant l'hiver. (P. L.)
+
+----------C----------
+
+_Caquetoeres_, caqueteuses, bavardes. 80.
+
+_Cads_, juge, cadi. 26.
+
+_Caige-vert_, 67. Pr. suppose que c'tait un nom donn aux
+filles publiques M. P. L. rappelle, l'appui de cette opinion,
+qu'une clbre maison de dbauche, Toulouse, tait appele
+Chtel-vert.
+
+CALIXTE (_te tiers_), 35. Calixte III, lu pape le 8 avril 1455,
+sigea trois ans et quatre mois. (Pr.)
+
+CALLAISIENNES, 8l.
+
+_Canceler_, 93. Barrer, annuler. (Pr). Authentiquer, lgaliser.
+(P. L.)
+
+_Canettes_, canes. Ferrer les oies et les canes (p. 92) est
+quelque chose comme mener les poules pisser.
+
+_Capitaine du Pont Billon_, 179. Les crocheteurs, gueux et
+mendiants qui se mettaient sur le pont au Change, le nommaient
+alors le _pont Billon_. (Pr.)
+
+_Cappel_, chapeau. 105.
+
+CARDON (_Jacques_), 91.
+
+CARMES, 175.
+
+CARMES (_l'hostel des_), 67.
+
+_Carre_, dimension. Trois detz plombez de bonne carre. (P. 63,
+v. 27.)
+
+CARTAIGE, Carthage, 120.
+
+CARTES _ jouer_, 63.
+
+CASSANDRE, 110.
+
+CASTELLANES, Castillanes, 80.
+
+CATON, 109.
+
+_Caut_, habile, prudent. 172.
+
+_Caver_, creuser. 102.
+
+_Caymant_, mendiant. 60.
+
+_Cans,_ ici dedans.
+
+_Ceau_, seau. 15.
+
+CECILLE, Sicile. 74.
+
+_Ceincture_, virginit. 68.
+
+CELESTINS, 30, 82, 98.
+
+_Celle_, cette. 104.
+
+_Cendal_, 68. Etoffe de soie orientale, ordinairement rouge. (P.
+L.)
+
+_Ceps_, 13. Fers qu'on mettait aux pieds des prisonniers.
+
+CERBERUS, Cerbre, le chien qui garde la porte des enfers. 46.
+
+_Cervoise_, 48.
+
+CSAR (_Jules_), 120.
+
+_Chaille (ne leur)_, qu'ils ne s'en inquitent pas. P. 73.
+
+_Chambres, privs_. 204.
+
+CHAMBRE AUX DENIERS, 89.
+
+CHAMP-TOURC, 151. Chantoc ou Champtoc, village du dpartement
+de Maine-et-Loire.
+
+_Chandeaux_, vers louangeurs (?). 112.
+
+CHANGON, voy. _moutonnier_.
+
+_Chapeau de laurier_, couronne. 2.
+
+CHAPPELAIN (_le_), p. 93, tait quelque ami de Villon qui
+portait ce surnom. Villon lui lgue sa chapelle simple tonsure
+(p. 93, v. 2). Le bnfice simple tonsure, selon Pr., tait
+destin des clercs tudiants, et n'exigeait pas beaucoup
+d'instruction.
+
+_Chappin_, savate (?). 61.
+
+CHARLEMAGNE, 35.
+
+CHARLES (_le grand_), Charlemagne. 24.
+
+CHARLES VII, roi de France, mort en 146l, pendant le sjour de
+Villon dans la prison de Meung, p. 35.
+
+CHARRUAU (_Guillaume_),61.
+
+CHARTIER (_Alain_), 91.
+
+CHARTREUX, 31, 82, 98.
+
+_Chascun Poicdenaire_, 171. Personnification de tous ceux qui
+n'ont pas d'argent.
+
+_Chastoy_, correction, chtiment. 85, 142.
+
+_Chat_ qui hayt pescher, qui a horreur de l'eau. P. 76.
+
+_Chault (il ne m'en)_, je m'en moque. 56, 157.
+
+_Chef_, tte. 94.
+
+_Chenu_, vieux, blanchi par l'ge. 40.
+
+_Cheoir_, tomber. 111.
+
+_Chre, chire_, mine, visage.--_Chre lye_, 187, mine
+joyeuse.--_Chre marrie_, 194, air de mauvaise humeur.--
+_Chre mesle_, 169, visage renfrogn.--_Chre rebourse_, mine
+refrogne.
+
+_Cherme_, charme, 58.
+
+_Chet_, tombe. 117.
+
+_Cheu_, tomb.
+
+CHEVAL BLANC, enseigne(?), 60.
+
+CHEVALIER DU GUET. 92.
+
+_Chevance_, avoir, argent, capital. 28, 89.
+
+_Chevaulcher_, faire l'acte amoureux. 16.
+
+_Chevaucheur_, celui qui va cheval. 47.
+
+_Chevir_, venir bout, se tirer d'affaire. 184.
+
+_Chire_, voy. _Chre_.
+
+_Chiet_, tombe.
+
+CHOLLET, 64.
+
+_Chosettes_, petites choses, caresses amoureuses.
+
+CHYPRE. Le roi de Chypre mentionn p. 36, v. 17, serait, selon
+Le Duchat, Pierre de Lusignan, qui vivait dans le XIVe sicle.
+Pr. croit qu'il s'agit plutt de Guy de Lusignan, mort en 1194.
+
+_Cil_, celui, 95, 111.
+
+_Clamer_, appeler, crier. 102.
+
+_Claqdent_, 176. Pays des gueux, qui le froid fait claquer les
+dents. Plus tard on y fit voyager les malades qu'on traitait par
+le mercure. Leur itinraire oblig tait par _Surie, Bavire_ et
+_Claquedent_.
+
+CLAQUIN, _le bon Breton_ (p. 36), Bertrand Du Gusclin, mort en
+1380.
+
+_Clercs, clers_, savants, hommes instruits. 71, 120.--coliers,
+tudiants, 15, 86;--garons de divers mtiers. Les _clers
+Eolus_, p. 123, sont les vents. Les garons d'htellerie
+sont appels clercs, p. 207. Quand on dit de nos jours un _clerc
+de perruquier_, par exemple, on fait une plaisanterie qui n'est
+pas nouvelle.
+
+_Cler_, clair, pur. 56, 106.
+
+_Clergeon_, colier, petit clerc d'homme de loi. 11, 71
+
+_Cliquepatins_, 98, trane-savates. (LeDuchat.)
+
+_Clorre_, clore, fermer.
+
+CLOTAIRE, 105.
+
+CLOVIS, 106.
+
+_Coettes_, lits de plume (p. 64). Ce mot parat tre employ ici
+dans un autre sens.
+
+_Coing_, le coin qui sert battre monnaie. 8.
+
+_Cointe_, jolie, gentille. 147.
+
+COLIN DE CAYEULX, 86.
+
+COLIN GALERNE, 85.
+
+_Collatrales (espces)_, 18. Termes d'cole, qui signifient les
+facults dpendantes de la mmoire. (P. L.)
+
+COLOMBEL, 96.
+
+_Com_, comme.
+
+_Combien que_, bien que, quoique.
+
+COMBRAYE (_le seigneur de_). 199.
+
+_Commander_, recommander. 163.
+
+_Commens_, Commentaires. 25.
+
+_Compaings_, compagnons.
+
+_Compasser_ (?). 171.
+
+_Complaindre (se)_, se plaindre, se lamenter. 120, 140.
+
+_Conclure_, vaincre dans la dispute, mettre bout d'arguments.
+8l, v. 2.
+
+_Congnoistre (soy)_, se reconnatre 160.
+
+_Conjoindre_, runir. 64.
+
+_Conseiller_, agir avec prudence. P. 7, v. 5.
+
+CONSTANTINOBLES. L'empereur de Constantinople, _aux poings
+dorez_, dont parle Villon (p. 36, v. 22), serait, selon M. Pr.,
+l'empereur Basile, souverain trs-libral.
+
+_Conte_, comte. 135.
+
+_Contemplation_, employ dans un sens quivoque. 66.
+
+_Contendre_, disputer. 78.
+
+_Contraict_, dform, recourb, _contract_. 41.
+
+_Contregarder_, garder. 203.
+
+_Contrepoint (entendre le)_, tre habile. 196.
+
+_Convenir_, falloir. 38, 185.
+
+_Convint_, couvent. 37.
+
+_Convoyer_, convier. 197.
+
+_Coquart_, coq. 49.
+
+_Corbillon_, panier. 113.
+
+CORDELIERS, 175, 179.
+
+_Cordoen_, cuir. 23, 139.
+
+_Cordouennier_, ouvrier en cuir, cordonnier.
+
+CORNU (_Jean_), 59.
+
+COTARD (_Jehan_), 22, 68. Le procureur en cour d'glise qui
+dfendit Villon lors de son premier procs, en 1456.
+
+_Cotteret_, cotret. 207.
+
+_Coucher_, mettre au jeu. Qui pour si peu couche tel gage. P.
+86.
+
+_Couiltart_, coulart, canon main, long et mince. Employ dans
+un sens quivoque. 153.
+
+_Coullon_, p. 99, rime avec _vermillon, carillon, Villon_, ce
+qui donne assez clairement le sens du mot et la faon dont se
+prononait le nom du pote.
+
+_Courage_, coeur. P. 107, v. 18.
+
+COURAULT (Jehan), 77.
+
+_Courre_, courir. P. 65.
+
+_Cours_, fch, courrouc. 37, 151.
+
+_Courtault_, 154. Canon portatif. Employ dans un sens
+quivoque.
+
+_Courtissain_, courtisan. 173.
+
+_Coustelez_, 171. M. P. L. traduit ce mot par arms.
+
+_Coute_, coude. 135.
+
+_Coutel_, couteau.
+
+CRAON, 152.
+
+_Crance_, croyance, opinion. 114.
+
+_Crepelle_, coupelle. Argent de crepelle (p. 48), argent
+pur.
+
+CRTE, 46.
+
+_Creu_, grandi, accru. 70.
+
+_Croire_, faire crdit, prendre crdit, parfois en donnant un
+gage. P. 159, v. 26-27.
+
+_Croix_, argent. Ce que Villon appelle irrvrencieusement _la
+vraie croix_ (p. 115-116), c'tait la marque empreinte sur la
+plupart des monnaies du temps, et qui a t depuis remplace par
+l'effigie du prince. _Pile_ dsignait le revers. On joue encore
+ _pile ou face._ Sans croix ne pile, sans argent.
+
+_Croppetons ()_, accroupi. 41.
+
+CROSSE (la), 15. M. Prompsault croit qu'il s'agit d'une potence.
+
+_Crostes_, crotes. 98.
+
+_Cry_, 168, cri d'armes.
+
+CUEUR (_Jacques_), 32.
+
+_Cuider_, croire.
+
+CULDOU (_Michault_), 72.
+
+_Curatez_, curs. 180.
+
+_Cure_, soin, souci.
+
+CURES, 152.
+
+_Cuveaulx_, cuviers, baquets. 77.
+
+_Cuyder_, croire.
+
+_Cuyderaulx d'amours_, 98, jeunes vaniteux, selon Pr.; M. P. L.
+rapproche de cette locution celle de cuydeurs de vendanges,
+employe par Rabelais (_Gargantua_, ch. 25).
+
+_Cy_, ici.
+
+_Cy pris, cy mis_, donnant, donnant. 191.
+
+_Cymballer_, jouer des cymbales. 87.
+
+----------D----------
+
+_Damoiselin_, de damoiseau.
+
+_Danger_ 119. A danger emprunter argent, c'tait, si je ne me
+trompe, emprunter dix pour cent.
+
+_Dangier_, danger, pril. 8.
+
+DAUPHIN (le), 24. Joachim de France, fils de Louis XI et de
+Charlotte de Savoie, sa seconde femme, mourut en bas ge.
+
+DAULPHIN _de Vienne et de Grenobles_ (p. 37). Le Dauphin de
+Viennois rsidait Grenoble. (Pr.)
+
+DAVID (p. 46, v. 11). Jolie allusion son amour pour Bethsabe.
+
+_Dea!_ exclamation: Dame!
+
+_Dbout_, rebut. 110.
+
+_Debteur_, dbiteur. 96. Villon, comme on le fait encore
+souvent, emploie ce mot dans le sens de _crancier_.
+
+_Debuer_, laver, lessiver. 102.
+
+_Dchasse_, banni, chass, 10.
+
+DCRET _Omnis utriusque sexus_, 10. Ce dcret a t port par le
+quatrime concile de Latran, tenu en 1215. Il ordonne tous les
+chrtiens de l'un et de l'autre sexe de confesser leurs pchs
+ leur propre pasteur, au moins une fois l'an. En 1489, les
+religieux mendiants obtinrent de Nicolas V une bulle date de
+Pis, 2 octobre, qui leur donnait le pouvoir de confesser, au
+prjudice des droits des curs, tablis par le canon que nous
+venons de citer. L'Universit se leva contre, tint plusieurs
+assembles, dans l'une desquelles les Mendiants furent exclus
+de son sein. Les vques de France se joignirent elle. Des
+dputs furent envoys Rome, et en rapportrent une bulle de
+Calixte III qui rvoquait celle de Nicolas V. Cette affaire
+tait peine termine, ou mme ne l'tait pas encore, quand
+Villon composait son Petit Testament. Tmoin du zle chaleureux
+des curs de Paris, il leur lgue le canon _Omnis_ pour le
+remettre en vigueur. (Pr.)
+
+DEDALUS, Ddale. Sa court (p. 122, v. 7) tait son clbre
+labyrinthe, o il fut enferm lui-mme.
+
+_Dedans_, d'ici ... Dedans ces Pasques. (P. 12, V. 4.)
+
+_Ddi_, consacr. Et bonnes moeurs ddi (p. 29, v. 5).
+
+_Deffaon_, ruine, destruction. 8, 58.
+
+_Deffuyr_, viter, ngliger. 84.
+
+_Dejeter_, retirer. 54.
+
+_Delivre_, quitte, libr. 181.
+
+_Demener_, mener, faire, gouverner, 32, 83, 109.
+
+_Demonstrance_, dmonstration. 186.
+
+_Demourant (le)_ le reste.
+
+_Demoure_, retard, sjour. 191.
+
+_Demourra_, restera. 32.
+
+_Demourroit_, resterait. 121.
+
+_Demy-ceinct_, p. 33 Ceinture d'argent avec des pendants
+auxquels on attachait la bourse, les clefs, etc. (P. L.)
+
+_De par_, au nom de. 9.
+
+_Departir_, dpart. P. 100, v. 8.
+
+_Departir_, partir, se sparer. 9, 142, 196, 204, 205.
+
+_Departir_, donner en partie, accorder une part. 9, v. 3.
+
+_Deporter_ (se), cesser, renoncer. 109.
+
+_Desbriser_, maltraiter, martyriser. 7.
+
+_Deschaulx_, nu-pieds. P. 92
+
+_Desclos_, ouvert.
+
+_Desconfire_, ruiner, dtruire. 103, 106.
+
+_Descrier_, dcrier, 42, est dit des monnaies dont on
+interdisait la circulation par un cri public.
+
+_Descrire_, crire, rapporter. 146.
+
+_Deshait_, 83, dispute, dsappointement.
+
+_Desmarcher_, reculer. 158.
+
+_Desnu_, dpouill. 14, 208.
+
+_Despartir (se)_, se sparer. 44.
+
+_Despendre_, dpenser.
+
+_Despendu_, dpens. 28.
+
+_Desperance_, dsespoir. 122.
+
+_Despiter_, dfier. 48.
+
+_Despiteux_, querelleur, hargneux. 31.
+
+_Despourveu_, dpourvu. 14.
+
+_Desprins_, dpourvu, 15.
+
+_Despriser_, dprcier. 116.
+
+_Desplaisance_, dplaisir.
+
+_Desroquer_, 175, pour _drocher_, terme de fauconnerie, qui
+signifie forcer la bte. (P. L.)
+
+_Dessaisiner (se)_, se dessaisir. 72.
+
+_Dessir_, dchir. 148.
+
+_Destaindre_, teindre. 167.
+
+_Destourbier_, trouble, embarras. 16.
+
+_Destre_, droit. 198.
+
+_Desveill_, rveill, raviv. 18.
+
+_Desvier_, dvier. 91.
+
+_Desvoy_, 156, gar, cart de votre bannire. (P. L.)
+
+_Detrayner_, maltraiter. 40.
+
+_Dtrench_, coup, hach. 143.
+
+_Detterrer (se)_, perdre ses terres. 185.
+
+_Detz_, doigts. 26.
+
+_Detz_, ds. 63.
+
+_Deul_, chagrin, deuil. 108.
+
+_Deul (je me)_, je me plains. 8.
+
+_Devaller_, descendre 185.
+
+_Devant_, ci-devant. P. 7, v. 9.
+
+_Dvier_, sortir de sa voie, mourir. 59, 110.
+
+_Dextre_, droit, droite.
+
+DIDO, Didon. 86, 110.
+
+_Die_, dise. 103.
+
+_Diffame_, dshonneur. 44, 86.
+
+_Diffinir_, dfinir, expliquer. 93.
+
+DIJON, 37.
+
+_Dilation_, retard, dlai. 179.
+
+DIOMEDS, 26
+
+_Discordez_, dsunis. 106.
+
+_Ditz_, propos, discours. 43.
+
+_Diviser_, causer, parler. 169.
+
+DIX ET HUICT (les), 72, voy. _Bourse_.
+
+_Doint_, donne.
+
+_Doller_, travailler de la dojoire. 64.
+
+_Doncques_, donc.
+
+_D'ond_, d'o. 114, 156.
+
+DONNAIT (70). On appelait _Donat_, ou _Donet_, la grammaire
+d'Aelius Donatus, intitule _De octo partibus orationis_,
+laquelle tait en usage dans toutes les universits de l'Europe,
+et surtout dans celles de France. (P. L.)
+
+DOUAY, 22.
+
+_Doubtance_, doute. 201.
+
+_Double_, supposition, crainte. 43, 204.
+
+_Doubler_, craindre, redouter. 97.
+
+_Doulche_, douce. 134.
+
+_Doulouser (se)_, se plaindre, se lamenter. 32, 140.
+
+_Douver_, faire des douves. 64.
+
+_Douzain_, petite monnaie. 173.
+
+DOUZE (sergent des), 62. Douze sergents taient particulirement
+attachs au prvt de Paris et lui tenaient lieu de garde. (Pr.)
+
+_Doye_, doive. 141.
+
+_Drapel_, linge. 104.
+
+_Drapelle_, linge, habits. 48.
+
+_Drapilles_, linge, hardes. 88.
+
+DU BOYS. 64.
+
+DU RU (_Guillaume_). 97.
+
+_Du tout_, entirement, compltement. 16, 21.
+
+----------E----------
+
+ECHO, nymphe, 34, 110.
+
+_Edit_, adresse, invention. 192.
+
+_Effimre_, phmre. 53.
+
+_Efforcer_, contraindre. 104.
+
+_Effroy_, 156, effarouch, avec un air menaant. (Pr.)
+
+EGIPTE, Egypte. 120.
+
+EGYPTIENNE (l'), Ste Marie l'Egyptienne, 15.
+
+_El_, elle. 9, 84.
+
+_Embattre_ (s'), s'abattre. 75.
+
+_Embesongn_, occup, affair. 204.
+
+_Embler_, voler. 159, 161. Se drober, 211.
+
+_Embroch (vin)_, mis en perce. 30.
+
+_Emmy_, au milieu de.
+
+_Empescher_, 71, occuper, embarrasser.
+
+_Emperier_, empereur. 36.
+
+_Emperire_, impratrice, souveraine. 55.
+
+_Empire (ciel)_, l'empyre. 103.
+
+_Emprs_, auprs de.
+
+_Emprise_, entreprise.
+
+_Enchanter_, ensorceler. 117.
+
+_Encliner (s')_, avoir de l'inclination. 72.
+
+_Enclos_, enferm. 106.
+
+_Encombrement_, tristesse, ennuis. 144.
+
+ENFANS PERDUZ 85, 86. Jeunes compagnons de Villon.
+
+ENFANS-TROUVEZ, 85.
+
+_Enferma_, infirmes. 91.
+
+_Enfondu_, 16. Creux et dcharnez, dit Marot.--Ne pouvant se
+soutenir. (Pr.)
+
+_Engigner_, tromper. 68.
+
+_Engin_, esprit, intellect. 196.--Invention, tour d'adresse.
+171.
+
+_Engrillonn_, attach avec des menottes. 26.
+
+_Enhort_, exhortation. 25.
+
+_Enhorter_, exhorter.
+
+_Enmoufl_, chauss de _moufles_ ou pantoufles, selon Pr. et M.
+P. L, Je croirais que cela signifie plutt _emmitoufl_.
+
+_Enn_ (p. 82), sorte de juron, parent de _enda, parmanenda_
+(par mon me).
+
+_Ennuyt_, aujourd'hui, ce soir. 193, 204.
+
+_Enquerir_, rechercher. 35.
+
+_Enserr_, enferm. 15.
+
+_Ensuyvre_, suivre, imiter. 2.
+
+_Entandiz_, pendant ce temps. 112, 121.
+
+_Entendre_, connatre, savoir: J'entends que ma mre mourra.
+(P. 32, v. 25.)
+
+_Entente_, intention, projet. 49.
+
+_Entour_, autour de.
+
+_Entrepreneur_, survenant qui se mle des affaires de quelqu'un,
+qui _l'entreprend._ 194.
+
+_Entr'oeil_, espace entre les deux yeux. 40.
+
+_Envers_, l'envers, renvers. 111, v. 5.
+
+_Envys_, malgr soi. 70.
+
+EOLUS. 123. Les clerc Eolus sont les sujets de ce dieu, les
+vents.
+
+ERACE, pre de Villon, 31.
+
+_Erre_, voie, chemin. 57, v. 17.--_Grand erre_, promptement,
+tout de suite. 53.--_A son erre_, en train, en voie. 95.
+
+_s_, aux, dans les.
+
+ESBAILURT, Abailard. 34.
+
+_Esbatans_, joyeux, aimant s'amuser, s'battre. 72.
+
+_Esbatement_, amusement. 119.
+
+_Esbaudiz_, privs de joie. 164.
+
+_Escach_, cras. 67.
+
+_Escarbouill_, cras. 148.
+
+_Eschec et mac (tre)_, chec et mat. Terme du jeu d'checs. 205.
+
+_Eschever_, viter. 88.
+
+_Eschoicte_, chance, hritage, 111.
+
+_Esclat_, 83, bton, chalas.
+
+_Esclin_, 169. Escalin, petite monnaie allemande _(schilling)_.
+
+_Escollier_, tudiant, jeune homme qui suit les cours de
+l'Universit.
+
+_Escondire_, refuser. 104.
+
+ESCOSSOYS, 68.
+
+_Escourgeon_, sorte de fouet. 13.
+
+_Escoutans_, auditeurs. 183.
+
+_Escouvillon_, balai de four. 19.
+
+_Escovette_, balai, du latin _scopa_. Les chevaucheurs
+d'escovettes (p. 47, v. 4) sont les sorciers, qui vont au
+sabbat cheval sur un balai.
+
+_Escreuz_, 165. Bien faits, selon Pr.
+
+_Escriptures_, crits, ouvrages. 2.
+
+_Escuz_, cus, monnaies d'or ou d'argent, de valeurs diverses,
+p. 56, 70, 145, 147.--Prendre cus pour douzains, p. 173, c'est
+ne pas regarder l'argent.--Escuz telz que prince les donne,
+p. 17, peut s'entendre des armoiries.
+
+_Esgrun_, 166, Amer, du bas latin _egrunum_. (P. L.)
+
+_Esguire_, vase mettre de l'eau. 198.
+
+_Esguilletez (pourpoinctz)_, 88, pourpoints garnis
+d'aiguillettes.
+
+_Esguis_, aiguis. Esguisez comme une pelote (p. 25, v. 4),
+obtus.
+
+_Esjouir, esjoir_, rjouir.
+
+_Esles_, ailes, 153.
+
+_Eslocher_, branler. 103.
+
+ESMAUS (les plerins d'), 25. Voy. _Evangile selon S. Luc_, chap.
+XXIV.
+
+_Esme_, 23, pour _estime_, estimation, intention. (P. L.)
+
+_Esmerillon_, 100. L'mrillon est le plus petit des oiseaux de
+proie qu'on dressait pour la chasse au vol. (P. L.)
+
+_Esmrillonn_, gai, vif. 170.
+
+_Esmolu_, moulu, aiguis. 147.
+
+_Esmorcher_, nettoyer, purifier. 76.
+
+_Esmoyer (s')_, s'inquiter.
+
+ESPAGNE. Il serait difficile de dire quel est ce valeureux roi
+d'Espagne (p. 35. v. 18), dont le pote ne savait pas le nom.
+(Pr.) M. P. L. suppose que c'est Jean II, roi de Castille et de
+Lon, qui rgna jusqu'en 1454.
+
+_Espani_, panoui. 58.
+
+_Espasmie_, pame. 147.
+
+_Espartir_, pandre, rpartir, 18.
+
+_Especiaulx_, 169. D'un mrite tout particulier. (P. L.)
+
+_Esperviers (gens porter)_, 62. Gentilshommes ayant le droit
+de chasser au vol. M. P. L. remarque que l'pervier est aussi un
+filet de braconnier.
+
+_Espie_, espion, guetteur. Aux champs debout comme ung espie
+(p. 105), veut dire pendu.
+
+_Espoindre_, piquer, exciter. 100.
+
+_Espoir (j')_, j'espre, 110.
+
+_Espois_, pais. 112.
+
+_Essoine, essoyne_, embarras, tourment, 15, 34.
+
+_Estaux_, taux. 16.
+
+_Estable_, stable. 24.
+
+_Establis_, taux des marchands. 13.
+
+_Estaing_, tain. 9.
+
+_Estamine_, toffe claire.
+
+_Estan_, tang. 34.
+
+_Estature_, stature, portrait. 94.
+
+_Estoeuf_, teuf. 49.
+
+_Estomac d'alouette_ (?). 168.
+
+ESTRADER, battre l'estrade, escarmoucher. 154.
+
+_Estradeur_, batteur d'estrade, coureur de fortune. 174.
+
+_Estrange_, tranger. 70, v. 15; 103, 184.
+
+_Estranger_, loigner. 43, v. 15.
+
+_Estre_, demeure, htel. 191.
+
+_Estre_, tat, existence, manire d'tre. 42, 157.--_En estre_,
+p. 73, en tat.
+
+_Estrenes_, trennes (p. 37, v. 23). Villon, qui se dit mercerot
+de Rennes, se compare un marchand qui dsire trenner avant de
+fermer boutique. (P. L.)
+
+_Estrif, estry_, dbat, querelle, dispute, 15, 178.
+
+_Exaucer_, lever, monter. 183.
+
+_Estimative_, qui juge, qui apprcie. 18
+
+_Extrace_, extraction, ligne. 31.
+
+----------F----------
+
+_Fable_, mensonge. 76.
+
+_Faictisses_, jolies, bien faites. 40.
+
+_Faille_, faute. 153.
+
+_Faillent_, manquent. 8.
+
+_Faillir_, manquer.
+
+_Failly_, dcourag, abattu. 28.
+
+_Fainctes_, 87. Momeries ou mascarades, H. L.
+
+_Faintis_, trompeur, 87.
+
+_Faitard_, paresseux, 22, 69.
+
+_Fantasie_, imagination. 18.
+
+_Farcer_, faire ou jouer des farces. 87.
+
+_Fardelet_, 114, petit fardeau. Saturne prparait le fardeau que
+chaque mortel devait porter pendant sa vie.
+
+_Faste (la)_. Je ne sais pas ce que signifie ce vers: faire
+ung soir pour soy la faste (p. 91). D'autres ditions portent
+_la saffe_, ce que je ne comprends pas davantage.
+
+_Faulse_, mchante. 57.
+
+_Fault, faut_, manque.
+
+_Faussart_, fauchard, sorte de hallebarde.
+
+_Fausserie_, fausset, fausse accusation. 105.
+
+_Feautre_, feutre, 48, 63.
+
+_Fenestres_. Les fentres servaient de montre aux marchands pour
+taler leurs marchandises. Et pain ne voient qu'aux fentres
+(p. 30, v. 12) est dit des pauvres _gallans_ qui n'avaient pas
+de quoi manger.--_Clorre fenestre_, 42. Fermer boutique.
+
+_Ferir_, frapper.
+
+_Fictions_, feintes, tours de finesse. 184.
+
+_Fire_, frappe. 39.
+
+_Fiert_, frappe.
+
+_Filetz_, bouts de fil, 29.
+
+_Finablement_, finalement, enfin. 2
+
+_Finer_, finir, achever. 18, 143.--Obtenir. De feu je n'eusse
+pu finer (p. 18, v. 28).
+
+_Fix, fics_, terme de mdecine. 77.
+
+_Flambans_, enflamms. 76.
+
+_Flambe_, flamme, 155.
+
+_Flans_, sorte de patisserie. 71.
+
+FLORA, 34. Il y a eu plusieurs courtisanes romaines de ce nom.
+La plus clbre est la plus ancienne, qui l'on attribue
+Pinstitution des florales. Une autre Flora fut matresse du
+grand Pompe. (P. L.)
+
+_Flou_, mince, fluet. 64.
+
+_Flours_, fleurs. 145.
+
+_Foleur_, folie. 58, 113, 114.
+
+_Foncer_, donner de l'argent, des fonds. 174.
+
+_Font_, fontaine, source. 105.
+
+_Forclorre_, dlivrer, mettre hors. Pour forclorre
+d'adversit, p. 15.
+
+_Formative (facult)_, facult d'inventer. 12.
+
+_Fors_, except, hormis.
+
+_Fort (au)_, au fond, aprs tout. 161, 170.
+
+_Fouir_, fuir. 8.
+
+FOURNIER, 6l, le procureur de Villon, qui lui avait sauv
+maintes causes justes.
+
+_Fourrer le poignet_ la bourse, tirer de l'argent. 136.
+
+_Fouterre_, voy. MICHAULT.
+
+_Fouyr_, fuir. 141.--Creuser. 120.
+
+FRANC-GONTIER, 78. M. Paul Lacroix a publi rcemment, la
+suite des _Testaments_ de Villon, le _Banquet du Bois_, qu'il
+regarde comme la pice contre laquelle sont dirigs les
+_Contredictz de Franc-Gontier_, et qu'il croit une oeuvre de la
+jeunesse de Villon.
+
+FRANCE, 36, 121. Le trs noble roi de France, sur tous autres
+roys decorez, dont parle Villon (p. 36, v. 23), tait, selon M.
+Pr., saint Louis.
+
+_Franchise_, puissance, domination (p. 39, v. 9).
+
+_Franchy_, affranchi, dlivr. 23.
+
+FRANOIS, promoteur de la vaquerie. 68.
+
+FREMIN, 51.
+
+_Frez_, frais. 85.
+
+_Friquet_, lgant, fringant. 169.
+
+_Fromente_, sorte de gteau dont Baillevent donne la recette.
+90
+
+_Fruiction_, bnfice, profit. 166.
+
+_Fruire_, profiter, tirer avantage. 166.
+
+_Fume, fume_. 75.
+
+_Fumer (se)_, se mettre en colre, s'emporter.
+
+_Fuste_, bateau, petit navire, de _fustis_, bois. 26.
+
+----------G----------
+
+_Gallans_, jeunes gens, joyeux compagnons.
+
+_Gallans sans souci_, p.212. Ce sont peut-tre les Enfants sans
+souci, coliers et basochiens, qui s'taient mis en socit la
+fin du XVe sicle pour jouer des farces et des soties. Clment
+Marot fit partie de cette bande joyeuse. (P. L.)
+
+_Galles_, plaisir, jouissances, gaies parties.
+
+_Galler_, se rjouir, mener joyeuse vie, se gaudir. 27.
+
+GARNIER, 104.
+
+_Gastaneaux_, 112. Prompsault a lu _Gastaveaux_, qu'il traduit
+par grelots. J'ai suivi la leon de La Monnoye.
+
+_Gaudisseur_, plaisant, farceur. 194.
+
+_Gect_, 118. Jetons servant compter.
+
+_Gehaine_, instrument de torture. 144.
+
+_Gendarme, genderme_, soldat, homme d'armes.
+
+GENEVOIS, 73.
+
+_Genoillon ()_, genoux. 54.
+
+_Geu_, couch. 89.
+
+_Gippon_, jupon, robe. 117.
+
+GIRARD _(Perrot)_. 65.
+
+_Gisans_, ceux qui sont couchez. 16.
+
+_Glic_, jeu de cartes qu'on appelait aussi _la chance_. P. 87.
+
+GLOCUS, 123. La fort o rgne Glaucus, c'est la mer. (P. L.)
+
+_Gluyons de feurre_, bottes de paille. 14, 50.
+
+_Godet de grve_, 6l. Grand pot de grs mettre du vin. (P. L.)
+Je crois qu'il s'agit plutt de quelque abreuvoir situ place de
+Grve.
+
+_Gogo_, 84. Il semblerait que _gogo_ ait t synonyme de
+_rufien_ dans les mauvais lieux. On a dit de l _vivre
+gogo_, du latin _gaudium_, dont on avait fait _gogue_. Le mot
+_goguette_ est rest. (P. L.)
+
+_Gonne_, vtement de moine, tunique, froc. 118.
+
+_Gorgerin_, 68. C'tait une pice de l'armure destine
+protger la gorge de l'homme d'armes. Nous croyons que Villon
+appelle _gorgerin d'Escossoys_ la corde d'une potence. (P. L.)
+
+_Gorgias_, lgant, richement vtu. 168, 169, 172.
+
+_Gorriers, gorrires_, 179, hommes et femmes lgants, vtus
+richement et la mode.
+
+_Gourt (tre son)_, p. 201, tre son affaire, tre content.
+
+GOUVIEULX, voy. RONSEVILLE.
+
+_Goyres_, sorte de gteaux. 81.
+
+_Grce (par qui)_, par la grce de qui. 9.
+
+_Grafignier_, dchirer avec les ongles. (Pr.)
+
+_Gramment_, beaucoup, grandement. 156, 199.
+
+GRAND-TURC, 122.
+
+_Grat_, action de gratter la terre pour trouver quelque chose,
+comme les poules. Au grat, la terre est dgele! P. 177.
+
+_Greigneur_, plus grand, _grandior_, 58.
+
+GRENOBLE, 37.
+
+_Grve_, jambe. 61.
+
+_Grever_, charger, blesser. 94, 134, 155, 161.
+
+_Grez_, 60, pierre aiguiser. (Pr.)
+
+_Grez_, gr. Prendre en gr, avoir agrable, savoir se
+contenter (p. 88).
+
+GRIGNY, 73.
+
+_Grille_, prison. 84.
+
+_Gris blanc, gris perdu_, p. 168, sortes de fourrures.
+
+_Grivel_, marquet, mouchet comme les grives. 41.
+
+_Groiselles_, groseilles. Mascher des groiselles (p. 46, v.
+26), c'est ce qu'on appelle maintenant avaler la pilule.
+
+_Grongne_ sur l'oeil, empltre ou meurtrissure. 16.
+
+GROS VALLET, 155. C'tait un des servants de l'homme d'armes.
+Il faisait partie de ce qu'on appelait une _lance fournie_,
+c'est--dire les trois ou quatre combattants qui devaient
+accompagner un homme d'armes et marcher ses cts dans la
+bataille. (P. L.)
+
+_Guerdonner_, rcompenser.
+
+_Guermenter (se)_, 32. Se lamenter, se plaindre. Voy. Cotgrave.
+
+_Guerrier_, guerroyer. 119.
+
+GUESDRY GUILLAUME (p. 72). Le mme que Guillaume Gueuldry, p.
+15. M. P. L. pense que la maison Guesdry Guillaume tait le
+pilori ou la maison du bourreau.
+
+_Guet_ (chevalier du), 92. On donnait le titre de chevalier au
+capitaine du guet, parce qu'il tait rest peut-tre seul en
+possession de l'ordre de l'Etoile, cr par le roi Jean. (Pr.)
+
+GUILLEMETTE _la tapissire_. 42.
+
+GUILLEMIN, 153.
+
+GUILLOT GUEULDRY, p. 15. V. GUESDRY.
+
+_Guin d'oeil_, regard, clin d'oeil. 168.
+
+_Guisarme, guysarme_, 67, 147. espce de hache deux
+tranchants. (P. L.)
+
+_Guise_, mode, faon, manire. 139, 168.
+
+----------H----------
+
+_Habit_, 170, ayant maison, habitation.
+
+_Habitu (bien)_, ayant de belles manires. 196.
+
+_Hahay_! exclamation. 139.
+
+_Haict (de bon)_, de bon coeur, avec plaisir, avec empressement.
+p. 83.
+
+_Hame_ (?), 121.
+
+HANNIBAL, Annibal. 120.
+
+_Hardis_, p. 172, v. 24, liards. Petite monnaie qui avait cours
+sous Philippe le Hardi.
+
+HAREMBOURGES (p. 34, v. 20), Eremburges, fille et unique
+hritire d'Elie de la Flche, comte du Maine, mort en 1110.
+(Pr.)
+
+_Harier_, tracasser. 102.
+
+_Hasles_, hle. 88.
+
+_Have,_ poigne, poigne de main. 61, 169.
+
+_Haiet_, 60, croc. (Pr.)
+
+_Hayneurs_, qui dtestent. 90.
+
+_Hayter_, profiter, russir. Riens ne hayt que persvrance.
+(P. 25, v. 14.)
+
+_Heaulmire,_ marchande de heaumes. 39.
+
+_Hbergement,_ accueil.
+
+HECTOR, 74.
+
+HLNE, HELEINE, 53, 112.
+
+HELOS, Hlose, nice de Fulbert, amante d'Abailard
+
+HENRY (maistre), 85--Henri Cousin tait alors bourreau et
+tourmenteur-jur de la prvt de Paris. (P. L.)
+
+HERODE (p. 46) fit dcapiter saint Jean Baptiste, sur la demande
+de la danseuse Hrodiade.
+
+_Herroit_, harait. 59.
+
+HESSELIN (_Denys_). 60.
+
+_Hez_, hais. 138.
+
+_Histoire_, ornement. Sans autre histoire, 94. Au quinzime
+sicle et au commencement du seizime, on appelait _histoires_
+les gravures dont les livres taient orns.
+
+_Ho_! assez! halte l! P. 71, v. 9.
+
+_Hober_, remuer, bouger.
+
+_Hohecte (y),_ 63. Si ce n'est une sorte d'exclamation, c'est
+incomprhensible.
+
+_Hoirs_, hritiers.
+
+HOLOFERNES, 121.
+
+_Hom_, homme, on. 18, 120.
+
+_Hostel_, maison. 82.
+
+HOTEL-DIEU de Paris, 85.
+
+_Houseaulx, houses_. Sorte de chaussure. 14, 73, 76, 158.
+
+_Housseurs_, 119. Voy. _Notes_, p. 223.
+
+_Houx_, houssine, baguette. Les muguets portaient des houssines
+ou cravaches la main, pour montrer qu'ils avaient des chevaux
+ l'curie. (P. L.)
+
+_Hucher_, crier, appeler haute voix. 70.
+
+_Hucque_, 12, camail capuchon, que les hommes de toute
+condition portaient au XVe sicle (P. L.)
+
+HUE CAPET, Hugues Capet. 104.
+
+_Humblesse_, humilit. 205.
+
+_Hutin_, bruit, bataille. 98, 162.
+
+_Hutinet_, bruit, brouillerie. 64.
+
+_Huy_, aujourd'huy. 38.
+
+_Huys_, porte.
+
+----------I----------
+
+_Icelle_, cette.
+
+_Idolatryer_, tomber dans l'idoltrie. 45.
+
+_Ilce_, cela. P. 62, v. 16.
+
+_Istroit_, sortirait, 145.
+
+_Ils, ilz_, elles. S'ils n'ayment fors que pour l'argent. (P.
+43, v. 19).
+
+_Impartir_, accorder, donner. 9, 55.
+
+_Imptrer_, obtenir. 42.
+
+_Impourveu_, pauvre, qui n'est pas pourvu de biens. 14.
+
+_Inform_, instruit. Informez en meurs (p. 71), bien levs.
+
+INNOCENS (les), cimetire de Paris, 89.
+
+_Inventaire_, compte fait.
+
+ISABEAU, 82.
+
+ISLE (L'). Lille en Flandre, p. 45.
+
+----------J----------
+
+_J, dj, certainement.
+
+_Jacobins_, glaires, flegmes. 49.
+
+_Jacobines_ (soupes), bonnes soupes grasses. 66.
+
+JACOPINS, Jacobins. 13, 82, 179.
+
+_Jacques_ (p. 158). Les Francs Archiers portaient des _jacques_
+ou cottes de mailles sous leur hoqueton ou casaque. (P. L.) Il
+y avait des _jacques_ de toutes sortes d'toffes. Nous disons
+encore _jaquette_.
+
+JACQUELINE, 82.
+
+_Jalet_, galet, caillou. 114.
+
+_Jambot_, p. 84. Petite jambe, membre viril.
+
+JAMES, (_Jacques_), 92,97.
+
+_Jargon jobelin_, argot, 179.
+
+_Jargonner_, p. 118. Je congnois quand pipeur jargonne, veut
+dire: je connais l'artifice du chasseur la pipe.
+
+_Jasoit_, quoique, 138.
+
+JASON, _Jazon_, 121.
+
+JEHAN de CALAYS, 93.
+
+JEHAN LAURENS, p. 180. Personnification du peuple, qui apportait
+de l'argent aux _pardons_, ou peut-tre un nom donn aux
+_pardonneurs_.
+
+JEHANNE, 173.
+
+JEHANNE DE BRETAIGNE, 84.
+
+JEHANNE, la bonne Lorraine (p. 34, v. 21), Jeanne d'Arc.
+
+JEHANNETON, 49.
+
+JEHANNETON _la Chaperonnire_, 42.
+
+_Jengleresse_, menteuse, 55.
+
+_Jeu d'asne_ (p. 82), jeu d'amours. M. P. L. suppose qu'on
+devrait lire le jeu de dame. C'est la mme chose.
+
+_Jeux_, pices dramatiques, 87.
+
+JOB, 29, 122.
+
+_Jobelin_, argot. 169, 179.
+
+_Joinctes_, jointures, articulations 33.
+
+JONAS, 122.
+
+_Joncherie_, plaisanterie, raillerie, friponnerie. 104, 189,
+190.
+
+JOUVENEL (Michel) (p. 96), huitime fils de Jean Jouvenel des
+Ursins, fut bailli de Troyes, et mourut en 1470.
+
+JUDAS, 122.
+
+JUDIC, _Judith_. 110, 121.
+
+JUIFS, 103.
+
+JUNO, Junon. 122.
+
+_Jus_, bas, bas. 76, 136, 159.
+
+JUSQU'IL, jusqu' ce qu'il.
+
+----------K----------
+
+KATHERINE _la Bouchire_, 42.
+
+KATHERINE DE VAUSELLES, 46.
+
+----------L----------
+
+_L'en_, on, l'on.
+
+_L sus_, l haut. 103.
+
+LA BARRE, 50, 57, 63.
+
+_Labit_, 175, dcadence, de _labes_ (P.L.).
+
+_Labour_, travail, labeur. 88.
+
+_Laboureux mestier_, tat de laboureur. 79.
+
+LA GARDE (_Jean de_). 17, 73, 96.
+
+LA HIRE. 155. tienne Vignoles, dit La Hire, fut un des plus
+braves capitaines de Charles VII. Il se distingua dans les
+guerres contre les Anglais, et mourut Montauban en 1442.
+(P.L.)
+
+_Laidanger_, injurier, railler. 43.
+
+L'AIGLE, 152.
+
+_Lairra_, laissera.
+
+_Lairray_, laisseray.
+
+_Lait_, laid.
+
+_Laiz_, laques. 33.
+
+_Lame_, pierre tumulaire. Quant est du corps, il gyst soubz
+lame (32, v. 23).
+
+LAMESOU (_le seigneur de_), 200.
+
+LANCELOT, _le roi de Behaigne_ (p. 36, v.6). Pr. a cru voir dans
+ce personnage Ladislas V, prince d'une rare bravoure, tu la
+bataille de Varnes en 1444, et qui rgnait sur la Pologne,
+la Bohme et la Hongrie. M. P L. remarque avec raison que
+_Lancelot_ ne ressemble gure _Ladislas_.
+
+LANTRIQUER, nom breton de la ville de Trequier. 157.
+
+_Laqs_, filets, piges. 78.
+
+_Larmoyer_, pleurer, verser des larmes. 141.
+
+LA ROCHE, 155. Le seigneur de La Roche tait un des bons
+capitaines de Charles VII. Il s'attacha la personne du Dauphin
+Louis, et le suivit dans ses rvoltes contre son pre. On le
+voit figurer parmi les familiers du Dauphin dans les _Cent
+nouvelles du bon roy Louis XI_, o il est toujours nomm
+monseigneur de La Roche. (P. L.)
+
+LA ROCHEFOUCAULD, 152. Ce ne peut tre que Foucauld, 3e du nom
+seigneur de La Rochefoucauld, de Marsillac. etc., conseiller
+et chambellan de Charles VII, fait chevalier sur le champ de
+bataille, en 1461. (P. L.)
+
+_Las_, lacs, filets. 47.
+
+_Lasse!_ hlas. 32.
+
+_Lassus_, l haut. 91.
+
+_Latin_, langage, parler quelconque. Je n'entends point vostre
+latin. 202.
+
+LAURENS (_Jehan_), 68.
+
+_Lavaille_, eau qui a servi laver. 76.
+
+_Lay_, laque 44.
+
+_Lay_, pice de vers. Ce lay contenant des vers dix. P. 59, v.
+4.
+
+_Lays_ est employ, dans la prface de Marot et dans les deux
+Testaments, dans le sens de legs.
+
+_L_, large Tant qu'il a de long et de l (23, v. 22).
+
+_Lealle_, loyale. 134.
+
+_Lans_, l dedans.
+
+LE CAMUS SENESCHAL, 92.
+
+_Lectry_, lutrin, 15.
+
+_Lgrement_, vivement, promptement.
+
+LE LOU (_Jehan_), 64.
+
+_Lembroys_, lambriss, 68.
+
+_Lermes_, larmes.
+
+_Lerz_, loirs. 72.
+
+_Leschier_, rechercher les bons morceaux se livrer sa
+gourmandise. 28.
+
+_Lettres_, savoir, connaissances. Sans plus grandes lettres
+chercher (p. 71, v. 7).
+
+_Lez_ auprs, ct de.
+
+_Lians_, liens. 106.
+
+_Librairie_, bibliothque. 54.
+
+_Lice_, lisire, laisse. 171, v. 21.
+
+_Lit de parement_, 89. C'tait un grand lit d'honneur, avec
+dosseret, dais et courtines, chevet, couvre-pied, marchepied,
+chaire d'attente, prie-dieu, etc. (P. L.)
+
+_Ligne_, 69, ligne, race.
+
+_Linget_, mince, dli. 64.
+
+_Lisse_, chienne, p. 171, v. 20
+
+LOMBART, 50. Synonyme de juif ou usurier. (P. L.) Plusieurs
+banquiers, juifs d'origine, lombards de nation, vinrent
+s'tablir Paris dans la rue qui porte leur nom. Comme ils
+prtaient gros intrts, le peuple donna le nom de _lombards_
+aux usuriers et prteurs sur gages. (Pr.)--_Art lombard_, 171, art
+d'attraper de l'argent.
+
+LOMER, 91.
+
+LORRAINES, 8l.
+
+_Los_, lot. 134.
+
+LOTH, 69.
+
+LOUVIERS (Nicolas de) ou de Louvieulx, 17, 62. Prompsault croit
+qu'il s'agit d'un bourgeois de Paris qui concourut remettre la
+ville de Paris entre les mains de Charles VII, et qui fut fait
+conseiller la Chambre des comptes par Louis XI.
+
+_Loyaument_, loyalement.
+
+_Loyer_, rcompense. 45.
+
+LOYS, le bon roi de France Louis XI, p. 23.
+
+_Loz_, louange. 109.
+
+_Lubres_ (p. 95, v. 3), sombres et tristes, dit Pr.
+
+LUCRESSE. Lucrce. 118.
+
+_Lunettes_, yeux, vue. Samson fut livr par Dalila aux
+Philistins, qui lui crevrent les yeux. C'est ce que Villon
+rapporte ainsi p. 45, 2. 21: Samson en perdit ses lunettes.
+
+_Lutter_, faire le mtier de baladin. 87.
+
+_Luz_, luths. 55.
+
+_Ly_, le, les. 36.
+
+LYMOUSINS, 185, 199, 202.
+
+LYSLE EN FLANDRE, Lille. 22.
+
+_Lysses_, lices, luttes: tenir amoureuses lysses (p. 40, v.
+29).
+
+----------M----------
+
+_M'_, mon, ma. Par m'ame. 73.
+
+MACE _d'Orlans_. 68.
+
+_Macher_, manger. 187.
+
+MACQUAIRE, 76.
+
+MACROBE, 81.
+
+MAGDELAINE (_la_), 122.
+
+_Maignan_, chaudronnier. 119.
+
+_Maille_, petite pice de monnaie. 86, 180, 208.
+
+_Maille_, pas du tout. Je ne vous crains pas maille, 151.
+
+_Mailler_, battre coups de marteau, de maillet. 116.
+
+_Maillon_, maillot. 54.
+
+_Main mise_, 52. Dieu nous garde de la main mise, nous
+prserve d'tre pris.
+
+MAIREBEUF. 17, 62.
+
+_Mais_, plus. Il n'a mais qu'un peu de billon. (P. 19, v. 9.)
+
+_Mais que_, pourvu que.
+
+_Maistre des testament_, 97. Je ne sais ce que c'tait.
+
+_Maistrie_, domination. 102.
+
+_Mal, male_, mauvais, mauvaise.
+
+MALCHUS, 199. Servir Malchus, c'tait, selon M. P. L., servir un
+homme d'pe la guerre, porter un pieu, une guisarme ou un
+coutelas, appel _Malchus_, du nom de celui qui saint Pierre
+coupa une oreille.
+
+_Mal gr_, disgrce. 58.
+
+_Malheuret_, infortune, malheur, misre.
+
+_Mallement_, mchamment, durement.
+
+MALPENS, 11. Personnage imaginaire, aux ides peu nettes.
+
+_Maltalent_, mchancet, colre. 36.
+
+_Mander_, envoyer. 77.
+
+_Manna_, manne. 107.
+
+_Manne_. Venir de manne (73), venir du ciel, comme la manne.
+
+_March au fil_ (?), 80.
+
+_March (hault et bas)_, 195, toutes sortes d'affaires, y
+compris les affaires d'amour.
+
+_Marchesens_ (?), 175.
+
+MARGOT (_la grosse_), 82, 83.
+
+MARIE (_d'Orlans_), 105.
+
+MARION LA PEAU TARDE, 91.
+
+MARION L'YDOLLE, 84, 86.
+
+MARIONNETTE, titre ou refrain de chanson. P. 91.
+
+_Mariottes_, femmes maries (?), 98.
+
+MARQUET. 92.
+
+MARTIN GALLANT, 185.
+
+MASCHECROUE (la). Prompsault croit que c'est le nom d'une
+tavernire. M. P. L. pense qu'il s'agit des plaines arroses par
+la Crou, petite rivire qui passe Gonesse et Saint-Denis.
+
+_Maschoure_, mchoire, 52.
+
+_Mate chre_, triste mine. 52.
+
+_Mathelins (l'ordre des)_, 70, l'ordre des fous, des insenss.
+Peut-tre la confrrie des Sots ou de Mre-Sotte, cette socit
+joyeuse de potes et de comdiens, qui tait alors la rivale de
+la Confrrie dramatique de la Passion. (P. L.)
+
+_Mathelineux_, fou.
+
+MATHIEU, p. 66. M. B. L. suppose qu'il s'agit de Mathieu de
+Gand, trouvre du XIIIe sicle, qui a crit contre les moines.
+
+_Mathon_, fromage mou.
+
+(P. L.)
+
+MATHUSAL, Mathusalem, 23.
+
+_Mau_, mauvais, 65, 84.
+
+MAUBUAY, p. 63. La fontaine Maubue (c'est--dire malpropre)
+tait situe l'entre de la rue de ce nom, qui n'avait alors
+que des filles et des mauvais garons pour habitants (P. L.).
+Villon envoie Jean Raguyer boire la fontaine Maubue, 1.
+
+_Mauffez_, le diable. Villon dit assez irrespectueusement que le
+prtre, exorcisant les possds, prend le diable par le col avec
+son tole (p. 36).
+
+_Mauldite_, injurie avec blasphme. (P. L.)
+
+_Maulgr_, malgr. 158.
+
+_Maulx_, mauvais. 106, v. 12.
+
+MAUTAINCT, 74.
+
+MEHUN, 24, 84.
+
+MEHUN (_Jehan de_), continuateur du _Roman de la Rose_, 66.
+
+_Meins_, moins. 154.
+
+_Meist_, mit. 60.
+
+MENDIANS (_frres_), 66, 98.
+
+_Menestrier_, musicien. 45.
+
+_Menroit_, mnerait. 201.
+
+_Mercerot_, petit mercier. Moy, pauvre mercerot de Rennes (p.
+37, v. 21), signifie gueux comme un _mercelot_, c'est--dire
+comme ces merciers ou porte-balles qui couraient le pays, et qui
+taient affilis aux bandes de gueux et de bohmiens.
+
+_Merciz_, misricorde.
+
+_Mereaulx_, jetons qui servaient faire les comptes.
+
+_Mrencolie_, mlancolie, folie. 188.
+
+_Merir_, mriter. 55, v. 8.
+
+_Merit_, mrite. 52, v. 1.
+
+MERLE, 70.
+
+_Meschance_, misre, malheur.
+
+_Meschief_, malheur, accident, 141.
+
+_Meschoir_, arriver du mal.
+
+_Mescompter (se)_, s'exposer des mcomptes. 7.
+
+_Mesdire_, mentir. Je le dys et ne croys mesdire. (P. 28, v.
+20.)
+
+_Meseaulx_, lpreux. 76.
+
+_Meshaign_, bless, en mauvais tat. 152.
+
+_Meshaing_, peine. 98.
+
+_Meshuy_, p. 150. C'est meshuy! C'est maintenant, pour le
+coup!--Aujourd'hui. 157.
+
+_Mesprendre_, mal agir, 27, 42, 133.
+
+_Masprins_, mal agi, 8.
+
+_Messaigires_, entremetteuses. P. 80, v. 9.
+
+_Messe (seiche)_, 93, messe sans conscration.
+
+_Mestier_, besoin. 6l, 197, 200.
+
+_Mestier (bas)_, affaires d'amour.
+
+MEUNG, p. 146. C'est le continuateur du _Roman de la Rose_,
+Jehan de Meung. Voy. MEHUN.
+
+_Meurdri_, meurtri. 16.
+
+_Meure_, mre, fruit de la ronce. Plus noir que meure. (P. 28,
+v. 9.)
+
+_Meurt_, maturit. 26.
+
+MICHAULT DU FOUR, 63.
+
+MICHAULT le bon fouterre, 57. Il y a dans le recueil publi par
+Barbazan un fabliau du _Foteor_; mais le hros du conte n'est
+pas nomm.
+
+_Mie_, pas du tout. 62.
+
+_Miege_, mgissier. 65.
+
+_Mignon_, favori. 196.
+
+_Mignotte_, jolie, mignonne. 41, 98.
+
+_Mineur_, petit. Haro, haro, le grand et le mineur! (p 58, v
+11.) A l'aide, grands et petits!
+
+_Mirlificques_, 185. Merveilles, pour _mirifiques_. (P. L.)
+
+_Misericors_, indulgent, misricordieux 22.
+
+_Miste_, joli, aimable. 196.
+
+_Mitaines_. L'avant-dernier vers de la page 46 fait allusion
+l'usage, qui n'est pas encore compltement perdu, de donner des
+gants aux convives d'une noce.
+
+_Mitaines de fer_, gantelets. 152.
+
+_Mocque_, moquerie. 175.
+
+_Mol_ mollet. 61.
+
+MONFAULCON, 215.
+
+_Monopolles_, cabales, complots. 205.
+
+_Monstier_, couvent.
+
+MONTMARTRE, 8l.
+
+MONTPIPPEAU, 86.
+
+MONT-VALRIEN, 81.
+
+_Moralitez_ (p. 87), pices dramatiques dont les vertus, les
+vices, etc., sont les personnages.
+
+MOREAU, 50.
+
+_Morillon_ (vin), p. 100. Vin rouge
+
+_Mors_, mordu. 143, v. 18.
+
+_Mort_. Aller de mort vie, p. 91, est un jeu de mots,
+l'inverse d'aller de vie trpas.
+
+MORTELLERIE (_Rue de la_), Paris. 200.
+
+_Morteux_, mortels. 159.
+
+MORTIER D'OR. Parat avoir t l'enseigne de Jehan de la Garde,
+l'picier. (P. 17, v. 1.)
+
+_Moulier_, femme, 46.
+
+_Moult_, trs, beaucoup.
+
+_Mouse_, museau. 63.
+
+_Mousse_, p. 173, v. 21. Vin On dit encore _mot_ dans le sens
+de _vin nouveau_. (P. L.) Je crois qu'il s'agit plutt des frais
+faits pour paratre, pour se faire _mousser_.
+
+_Moustarde (aller la)_, 91, faire grand bruit d'une chose,
+s'en vanter, en parler tout propos.
+
+_Moutonnier_, 12. M. P. L. croit que Changon tait un _mouton_
+ou faux compagnon que Villon avait rencontr dans les prisons,
+pour son malheur. C'est assez vraisemblable.
+
+_Muer_, changer. 27.
+
+_Muguelias_, muglias, 204. Sorte de parfum.
+
+MULLE, 60, probablement une enseigne.
+
+_Musars_, fainants, 98.
+
+_Muser_, s'amuser, perdre son temps. 79
+
+_Musser_, cacher. 58.
+
+_Mye_, point, pas du tout. 202.
+
+----------N----------
+
+_N'_, ni 108.
+
+NABUGODONOZOR, 122.
+
+NANCY. P. 171. Ce souvenir du sige et de la bataille de
+Nancy, o les Suisses dfirent le duc de Bourgogne, Charles
+le Tmraire, prouve, ainsi que l'a remarqu M. P. L., que
+le _Dialogue de Mallepaye et Baillevent_ a t compos aprs
+l'anne 1477.
+
+_Naquet_, 169, jeune garon, d'o _laquais_ (P. L.). On appelait
+particulirement _naquets_ les garons des jeux de paume.
+
+NARCISSUS, Narcisse, 46, 122.
+
+_Natt_, garni de nattes, suivant l'usage du temps. En chambre
+bien natte, 78.
+
+_Naveau_, navet. 48.
+
+_Navrer_, blesser.
+
+_Ne_, ni.
+
+_Ne que_, pas plus que.
+
+_Nectelet_, 169. Propret, bien vtu.
+
+_Nennil, nenny_, non.
+
+_Noailleux_, noueux. 155.
+
+NO, 69.
+
+NO LE JOLYS, 46, 85. Probablement un ancien compagnon de
+Villon, qui le chargea dans son premier procs pour se disculper
+lui-mme, et ne fut condamn qu'au tiers de la peine inflige
+Villon. Celui-ci lui en gardait encore rancune lorsqu'il crivit
+le grand Testament. (Huitain CXLII.)
+
+_Noise_, bruit, querelle.
+
+_Nombrer_, compter. 118.
+
+NOTRE-DAME-DE-PARIS, 187.
+
+_Nourri_, lev, 2.
+
+_Noyse_, bruyt, querelle.
+
+_Noysier_, faire du bruit, quereller. 79.
+
+_Nully_, nul, aucun, personne. 213.
+
+_Nuycte_, dure de la nuit. 78.
+
+_Nuysance_, prjudice. 144.
+
+----------O----------
+
+_O_, avec. 69, 79.
+
+_Obstant_, malgr, nonobstant.
+
+OCTOVIEN, 122. Prompsault croit qu'il s'agit de Caius Julius
+Caesar Octavianus, qui fut empereur sous le nom d'Auguste.
+
+_Os_, oies. 92.
+
+_Onc, oncques_, jamais.
+
+_Oppresse_, oppression. 26.
+
+_Ord_, sale.
+
+_Orbes_, 115, aveugles, selon M.P.L.
+
+_Ores_, maintenant.
+
+_Orfaverie_, orfvrerie, bijoux, ornements en or. 68, 146.
+
+ORLANS, 66.
+
+ORPHEUS, Orphe, 45.
+
+_Orrez_, entendrez.
+
+_Ost_, arme.
+
+_Ostade_, toffe prcieuse. 196.
+
+_Ot_, entend, 51.--Eut, 46.
+
+_Ou_, au. 29, v. 4; 106, v. 17.
+
+_Oubliance_, oubli. 18.
+
+_Oultraige_, courage intempestif, outrecuidance. 152, 154.
+
+_Oultrement_, beaucoup, plus que de raison, 1.
+
+_Ouquel_, auquel, dans lequel.
+
+_Ouvrer_, travailler. 87.
+
+_Ouvrez vostre huys, Guillemette_; refrain ou commencement de
+chanson. 91.
+
+_Oy_, entends, 113.
+
+_Oystres_, hutres. 30.
+
+_Oyt_, entend. 64, 68.
+
+----------P----------
+
+_Paillart_, gueux. 194.
+
+_Palais_ (le), Paris, 185, 206.
+
+_Pallus, palux_, marais. 55, 122.
+
+_Panon de Bissac_ (p. 155), pennon ou bannire de toile grise
+(P. L.).
+
+_Paour_, peur.
+
+_Paouvre_, pauvre. 9.
+
+_Papaliste_, papaut. 35.
+
+_Papier_ (p. 51, v. 12), respirer, souffler.
+
+_Par tel_, de telle faon. Peut-tre le vers 22 de la page 181
+devrait tre ainsi: Par tel si, qui veue ne l'aura.
+
+_Pardoint_, pardonne. 153.
+
+_Pardons_, 180. Prires publiques, processions et autres
+pratiques pieuses auxquelles taient attaches des indulgences
+particulires. (P. L.)
+
+_Pardonneurs_, vendeurs d'indulgences, de pardons. 174, 180.
+
+_Parfaict_, achev. 188.
+
+_Parfond_, profond.
+
+PARIS, 33.
+
+PARIS, 66, 80, 88, 101, 184, 199 et _passim_.
+
+_Parit_, engendra, 51, v. 20.
+
+_Parmi_, avec. 50.--Au milieu de, dans. 153.--A travers. 104.
+
+_Partement_, dpart.
+
+PAS. Il est question, p. 74, v. 13 et suiv., d'un pas d'armes
+tenu par Ren d'Anjou, qui prenait le titre de roi de Sicile.
+
+_Passot_ (83). Pr. croit que c'est une lance; M. P. L., une pe
+courte.
+
+PATAC, patard, petite monnaie. 69, 199.
+
+PATAY, chef-lieu de canton dans le Loiret, 115. Pr. fait la
+remarque qu'il n'y a pas de fort dans cette localit, et qu'il
+n'y vient pas de chtaignes.
+
+PATHELIN, 179, 196. Le hros d'une farce bien connue, qu'on a
+attribue Villon.
+
+_Pathelin_, 166, 169, langage mielleux et plein d'artifices.
+
+_Paulme (en)_, dans la main. Seur comme qui l'auroit en
+paulme, p. 72.
+
+PAUQUEDENAIRE, p. 196, est prsent comme un homme expert en
+tromperies, comme Villon et Pathelin. Il n'est pas autrement
+connu. Voy. POICDENAIRE.
+
+_Peaultre_, 48. Suivant Cotgrave, le _peautre_ est le gouvernail
+d'un navire. Dans _l'Ancien thtre franais_, t. II, p. 155, on
+trouve _battu comme peaultre_, ce qui quivaut _battu comme
+pltre_.
+
+_Peaussa_, couvert d'une peau paisse et ride. 41.
+
+_Pehon_, piton, fantassin. 154.
+
+_Pel_, peau. 143.
+
+_Peiner (se)_, se donner de la peine. 31.
+
+_Penancier_, Pnitencier, confesseur. 188.
+
+_Penart_, lance orne d'un pennon. 147.
+
+PENESSAC (_monsieur de_), 200.
+
+_Per_. Reoit son per et se joint la plume, p. 74, v. 20.
+
+_Per ou non per_, pair ou non, quoi qu'il en soit. 193.
+
+PERDRYER (_Jehan et Franoys_), 75.
+
+PERNET (158), _Perrenet_ (157), diminutifs de _Pierre_, nom du
+franc archer de Bagnolet.
+
+_Perptrer_, obtenir, acqurir. 42.
+
+PERRETTE, 82.
+
+_Perrucatz_, 178. Gens perruque. On appelait perrucats tous
+les gens de la Basoche (P. L.)
+
+_Pery_, perdu, 51, v. 23.
+
+_Pesle_, pole, s. m. 48.
+
+PESTEL (_enseigne du_), ou pilon. 200.
+
+_Petiote_, petite. 26.
+
+PETIT-PONT, Paris. 81, 190.
+
+_Peu_, repu, nourri. (P. 21, v. 13.)
+
+PHILIPPOT, 92.
+
+PHOEBUS, 122. La clart Phoebus, c'est, on le sait, la lumire
+du jour.
+
+PICARDS, 122. C'taient des hrtiques qui ne faisaient aucune
+prire pour les morts. Voil pourquoi Villon promet Thibault
+d'Aussigny une _prire de Picard_.
+
+PICARDES, 81.
+
+_Piea_, il y a longtemps.
+
+_Pitonner_, courir pied. 152.
+
+_Piez blancs_, p. 8. Avoir les pieds blancs, c'est, suivant M.
+P. L., revenir de loin, comme les voyageurs aux pieds poudreux.
+
+_Piez de veaux (faire les)_, danser, faire des gambades. 112.
+
+_Pigne_, peigne, 69.
+
+_Pigon_, pigeon. Les pigeons qui sont en l'essoine, enserrez
+sous trappe volire (p. 15, v. 27-28), sont des prisonniers
+enfermez dans une prison grille.
+
+_Pion_, buveur, ivrogne. 52, 70.
+
+_Pipeur ou hazardeur de dez_ (87), filou qui joue avec des _ds
+pips_.
+
+_Piteux_, port la piti. 175.
+
+_Plain_, uni 142;--entier. Tant que je suis en mon plain sens
+(p 24, v. 9).
+
+_Plaindre_, regretter. Je plaings le temps de ma jeunesse. (P.
+27, v. 25.)
+
+_Plaisance_, plaisanterie, vie joyeuse, ou plutt affaires
+d'amour.
+
+_Plaisant_, agrable. 63.
+
+_Plait_, plaid, plaidoyer. A peu de plat, sans grands
+discours.
+
+_Plant_, abondance, 178.
+
+_Plaque_ (p. 61), monnaie fabrique sous Charles VII,
+l'imitation des Pays-Bas.
+
+PLAT D'ESTAIN, cabaret de Paris, 213, 215.
+
+_Pleige_, caution, rpondant. 33.
+
+_Plet_, voy. _Plait_.
+
+_Plombe_, 99. Fouets ou masses garnis de plomb. (P. L.)
+
+_Plours_, pleurs. 144.
+
+_Plumail. Mettre le plumail au vent_ (49, v. 1), se jeter
+rsolument dans un parti.
+
+POICTOU, 62.
+
+_Poirre_, peter. 64, v. 1.
+
+_Poise_, pse, tourmente, 101, 163, 179.
+
+_Poisle_, pole, 48.
+
+PONT A SILLON. Pont au change. 179, 182.
+
+PONTHOISE, 101.
+
+PONTHIVRE. Penthivre. 152.
+
+PONTLIEU (_Jean de_), 66. C'est Jean de Poilli, docteur de
+Paris, implacable adversaire des moines mendiants au XIVe
+sicle. Il avait crit plusieurs ouvrages qui furent condamns
+par le pape Jean XXII. Villon nous apprend qu'il dut abjurer ses
+hrsies et faire amende honorable. (P. L.)
+
+POPIN (_l'abreuvoir_). Cet abreuvoir tait au bout du Pont-Neuf,
+vis--vis la rue Thibautaudez. On a dmoli de nos jours une
+vote qui conduisait cet abreuvoir, o les truands et les
+mauvais garons se runissaient, au moyen ge, avec les ribaudes
+et les bohmiennes. (P. L.)
+
+POMME DE PIN. Cabaret de Paris. 61, 192.
+
+POMPE, 120.
+
+_Porte-paniers_. Portefaix, porteurs de hottes. 89.
+
+_Pou_, peu, 82, 146.
+
+_Poulaille_, volaille. 64, 151.
+
+_Poulce_, 173. Jouer du poulce, donner de l'argent.
+
+_Pour-demain_, aprs-demain. 161.
+
+_Pourbondir_ un cheval, le faire caracoler, 154.
+
+_Pour ce que_, parce que.
+
+_Pourchasser_, poursuivre, procurer.
+
+_Pourmener_, promener. Pourmen de l'uys au pesle (p. 48),
+promen de la porte au pole, du froid au chaud; lantern.
+
+_Pourpenser (se)_, penser, dcider par soi.
+
+POURRAS (l'abbesse de). Cette abbesse de Pourras tait, je
+pense, une coquine, qui, sous ce titre, vint avec Villon duper
+le pauvre barbier de Bourg-la-Reine, qui y tenait aussi une
+htellerie (Pr.)--Le peuple appelait abbesse de Poilras, une
+maquerelle publique qui avait t rase au pilori, fouette et
+chasse de la ville. (P.L.)
+
+_Poursuivans_ (P. 37, v. 10). Poursuivants d'armes. C'tait un
+des premiers grades de la chevalerie. (P.L.)
+
+_Pourtraicte_, forme. 106.
+
+_Pourtraicture_, portrait, visage. 82.
+
+_Poylette_, petite pole. 77.
+
+POYSSONNERIE (la), Paris. 187.
+
+POYTOU, 185. voy. POICTOU.
+
+PRAGMATIQUE SANCTION. 166.
+
+_Prbend_, charg, comme d'une prbende.
+
+_Premier_, premirement, d'abord, 53, v. 9.
+
+_Prescheur_, celui qui prche, prdicateur. 32.
+
+_Prescripre_, transcrire (?). 93.
+
+_Preudhommye_, prud'homie. 142.
+
+PRIAME, Priam, roi de Troie. 120.
+
+PRINCE DES SOTZ (p. 63). C'tait le chef lectif de la confrrie
+joyeuse de la Bazoche du Palais et le _matre des jeux_ de cette
+association dramatique. On le nommait tous les ans la fte de
+mai, et ses suppts taient tenus de lui obir pendant toute la
+dure de ses pouvoirs. (P.L.)
+
+_Procs_, actes, pices de procdure. 204.
+
+_Prochas_, recherche. 165.
+
+PROSERPINE, 122.
+
+Prou, assez. 170.
+
+PROVINS, 50, 88.
+
+_Provision_ (p. 36, v. 4), recours, remde.
+
+_Prunier_ En qu'en son prunier n'a pas creu (p. 38, v. 23),
+qui n'est pas de son invention, de son cru.
+
+PSALMISTE (_le_) David. 107.
+
+Psaulme _Deus laudem_, p. 23. C'est le psaume 108: _Deus laudem
+meam_, etc. Le verset septime, qui servait de prire Villon
+quand il faisait des voeux pour l'vque d'Orlans, est ainsi
+conu: _Fiant dies ejus pauci et episcopatum ejus accipiat
+alter_. Que les jours de sa vie soient rduits au plus petit
+nombre, et que son vch passe un autre. C'est le sens que
+le pote donne au mot _episcopatum_. (Pr.)
+
+_Puis_, depuis.
+
+----------Q----------
+
+_Quanque_, ce que, 153.
+
+_Quant de, quant est de_, l'gard de, quant . 23, 32, 102.
+
+_Quantz_, combien de. 167.
+
+_Ouars et dix_ (112), taxes et dmes. (P.L.)
+
+_Que_, , de quoi. 30, v. 19; 57, v. 12.
+
+_Queloingne_, quenouille. Autre que moy est en queloingne (p.
+9, v. 10), signifie que Villon a t supplant auprs de sa
+matresse.
+
+_Querir, querye_, chercher.
+
+_Qui_, ce qui. Qui n'esteit moy grand saigesse. (P. 39, v.
+18.)
+
+_Qui ne quoy_, rien, quoi que ce soit. 30.
+
+_Quiers_, veux, cherche . P. 46.
+
+_Quinze-Vingtz_, 88. Les pensionnaires de l'hpital fond par
+Saint-Louis pour trois cents aveugles.
+
+_Quoy_, tranquille, en repos. 30.
+
+----------R----------
+
+_R'abiller_, rparer, remettre en tat, 1.
+
+_Racoustr_, raccoutr, rpar. 2.
+
+RAGUYER (_Jacques_), 61, 97.
+
+RAGUYER (_Jean_), 61, 97.
+
+_Raillart_, railleur, bon vivant, 38.
+
+_Railler_, faire le mtier de bouffon, 87.
+
+_Raillon_ (p. 94), dard. Le raillon tait une espce de flche
+triangulaire. (P.L.)
+
+_Raimasser_ (?), 167.
+
+_Raine_, rainette. 77.
+
+_Rains_, p. 13. M.P.L. rapproche ce mot de _rainceaux_, et le
+traduit par _rameaux, fagots_. Les fagots, dit-il, taient
+empils de chaque ct des vastes chemines du XVe sicle. On
+s'appuyait donc contre les _rains_ en se chauffant la plante des
+pieds.
+
+_Ralias, rallias, ralyas_, festin, rgal. 82, 205.
+
+_Ramenteu_, rappel, remmor.
+
+_Ramentevoir_, rappeler. 82.
+
+_Ranguillon_, ardillon. 100.
+
+_Rappeau_, nouvel appel. 86.
+
+_Ravis_, enrags. A loups ravis grosse pasture, 176, v. 8.
+
+_Raye (coucher en)_, p. 165. Se mettre en vidence.
+
+_Rau_, 6l, royal d'or. Cette monnaie valait 30 sols tournois en
+1470. (P. L.)
+
+_Ragal_, 76. Espce d'arsenic rouge. (P. L.)
+
+_Rebours_, 106, ce qui rebute.
+
+_Rebourse_, revche, 203.
+
+_Rebouter_, rebuter, 43, v. 15.
+
+_Rebrasss colletz_, 33, collets fort hauts et bien plisss
+(Pr.).--Collets bords de fourrures. (P. L.)
+
+_Recipe_, 76, ordonnance de mdecin.
+
+_Recoeuvre, trouve_, obtienne. 43, v. 23
+
+_Recorder_, rappeler, 79.
+
+_Recors (tre)_, se rappeler. 88.
+
+RECOUVRER, rendre. Et que vie me recouvra. 24, v. 18.
+
+_Recreu_, fatigu, lass. 38, l65.
+
+_Recueil_, accueil, 137.
+
+_Recullet (en)_, dans un coin, accul. 113.
+
+_Rer_ (95, v. 9), raser, rcler.
+
+_Refrigre_, rafrachissement. 52.
+
+REIMS, 45.
+
+_Relaiz_, ressource. 9.
+
+_Relief_, 163. On appelait relief l'ordre du prince qui
+autorisait un officier toucher ses appointements chus pendant
+son absence. (P. L.)
+
+_Remaine_, reste. Que le refrain ne vous remaine. (P. 35, v.
+3.)
+
+_Remain_ reste, 10
+
+_Remenant (le)_, le reste. 30, 50.
+
+_Reminer_, considrer. 17.
+
+_Remordre_, causer du regret, des remords. (P. 25, v. 21.)
+
+_Renchre_, 192. Pr. suppose que c'est le bton dont on se sert
+pour porter deux sceaux, un chaque bout.
+
+REN (d'Anjou), roi de Sicile. 74.
+
+RENES, Rennes, 37.
+
+_Repaistre_, manger, se rgaler.
+
+_Repentailles_, regrets, repentir. 39, 86.
+
+_Reprouche_, chose rprhensible. 103.
+
+_Repues franches_, repas qui ne cotent rien.
+
+_Requrir_, qurir, chercher nouveau. 192.
+
+_Requoy (en), requoy_, en repos, tranquille, 30, 168.
+
+_Rsceans_ (?), 170.
+
+_Rescondre_. Renfermer, du latin _recondere_. (P. L.)
+
+_Rescrire_, crire, rapporter, 27.
+
+_Rsiner_, rsigner. Pour leurs offices rsiner (p. 205), pour
+prendre cong et rgler leurs comptes.
+
+_Respit_, rpit, repos. 30.
+
+_Ressourdant_, 166, Ressortant, brillant. (P. L.)
+
+_Retraict_, retir. 41, 113.
+
+_Retraire_, retirer. 47, 54, 80, 137.
+
+_Revencher_ (se), prendre sa revanche, se prvaloir. 28--_Eux
+revencher_, se venger. 67.
+
+_Revenue_, retour. 192.
+
+_Rez_, 93. Le rez d'une pomme en est l'pluchure.
+
+_Rez_, ras. 95, v. 8.
+
+_Ribler_, 67, voler pendant la nuit, comme les ribauds,
+_ribaldi_. (P.L.)
+
+_Ribleur_, voleur de nuit. 98.
+
+RICHER (_Pierre_), 71.
+
+RICHIER (_Denis_), 63.
+
+_Rie_, moquerie, raillerie. 42, v. 22.
+
+_Riotte_, querelle, dispute. 98.
+
+RIOU (_Jean_), 65.
+
+_Risse_, rirais. 58.
+
+ROBERT, 50.
+
+ROBIN TURGIS, voy. TURGIS.
+
+ROLLANT, 157.
+
+ROMAN DE LA ROSE, 25.
+
+ROMMANTE _du Pet au diable_, 54. Ouvrage imaginaire que Villon
+s'attribue.
+
+ROME, _Romme_. 81, 121.
+
+RONSEVILLE (_Pierre de_), concierge de Louvieulx. 17. Il y a une
+localit de ce nom dans le dpartement de l'Oise.
+
+ROSE, 56.
+
+ROSNEL, 74.
+
+_Rottes_, vents qui s'chappent de l'estomac. 98.
+
+_Rouge_, fin. Terme d'argot. 185.
+
+_Roulet_, 114. Du latin _rotulus_, parce que les livres taient
+rouls. (P.L.)
+
+_Roupieux_, dsappoint, avec un pied de nez. 205.
+
+ROUSSILLON, 99.
+
+_Route_, bande, troupe. 148.
+
+_Royaulx_, p. 169, cus d'or.
+
+_Royne_, reine.
+
+_Ru_, ruisseau. Battu comme ru telles (p. 46), comme le
+linge qu'on lave.
+
+_Rubis_. Cl. Marot pense que les beaux rubis lgus par Villon
+aux soldats du guet (13, v. 23) taient des rubis de taverne.
+
+RUEL, 86.
+
+RUEL (_Jehan de_), 74.
+
+_Ruer_, jeter. 151.--_Ruer jus_, abattre, 121.
+
+_Run_, ruine. 166.
+
+_Rustes_, paysans, gens grossiers. 169.
+
+_Ruyt_, ardeur amoureuse, rut. 83.
+
+_Rymer_, 87, faire des vers.
+
+_Rynceau_, rameau, rainceau. 145.
+
+----------S----------
+
+_S jus_, ici bas. 105, 108.
+
+_Sade_, gentil, gentille, aimable. 83, 196.
+
+_Sadinet_, la nature de la femme. 40.
+
+_Saillir_, sortir. 27, 103.
+
+_Sainctir_, devenir saint. 185.
+
+SAINT-AMANT, 60.
+
+SAINT ANDR, 107.
+
+SAINT ANTOINE (feu), 17, 44.
+
+S. CRISTOFLE, 74.
+
+S. DENIS, p. 157. Le cri des Franais tait _Montjoie S. Denis_;
+celui des Bretons tait _Bretagne et S. Yves_. (P.L.)
+
+S. DOMINIQUE. 90. Les Frres Prcheurs, ordre institu par
+saint Dominique, taient chargs de l'inquisition en France.
+(Pr.)
+
+S.-ESTIENNE, paroisse de Paris. 96.
+
+SAINCT-GENOU, 62.
+
+S. GEORGES, 68, 151, 158.
+
+S. GILLE, 207.
+
+S.-INNOCENT, paroisse de Paris. 181.
+
+S. JACQUES, 158.
+
+S.-JACQUES, paroisse de Paris, p. 12.
+
+S. JEAN-BAPTISTE, p. 46, 107,--_feu saint Jean_, 166.
+
+SAINT JULIAN DES VOVENTES, 62.
+
+S. MARTIAL, 24.
+
+S. MARTIN, 158.
+
+S. MATHIEU, 218.
+
+SAINCT OMER, 45.
+
+S. PIERRE, 162.
+
+S. PIERRE DE ROME, 189.
+
+S. PIERRE DES ARSIS, glise situe dans la Cit. 215.
+
+S. REMY DE RAINS, 190.
+
+SAINT SATUR _soubz Sancerre_, 57.
+
+S. VICTOR, 122.
+
+S. YVES, voy. S. Denis.
+
+SAINCTE-AVOYE, 94. Villon veut tre enterr dans cette
+glise parce que c'est la seule de Paris qui ne soit pas au
+rez-de-chausse. Elle tait au second tage.
+
+Ste BARBE, 152.
+
+_Sainte Souffrette_, patronne imaginaire des gueux. 212.
+
+_Sallade_, 67, 152, 157, casque sans heaume et sans crte,
+espce de pot de fer. (P.L.)
+
+SALINS, 37, 70.
+
+SALMON, Salomon, 45, 114.
+
+SAMSON, 45.
+
+_S'amye_, son amie, sa matresse.
+
+SANCERRE, 57.
+
+SANG. Le sang menstruel servait faire des philtres et autres
+breuvages auxquels on attribuait une vertu magique. Voy. p. 77,
+v. 11 et 12.
+
+_Sans_, cens, c'est--dire rente, revenu. P. 72, v. 3.
+
+_Saqueboute_, sorte d'pieu. 148.
+
+_Sarazinoys_, d'Orient. Gingembre sarazinois. 64.
+
+SARDANA (p. 46, v. 7). On a fait beaucoup de conjectures au
+sujet de ce Sardana, qui conquit le royaume de Crte, et
+plus tard vcut de la vie des femmes. Il n'y en a pas une de
+satisfaisante.
+
+SARDANAPALUS, 122.
+
+SATURNE, 14.
+
+_Saulsoye_, lieu plant de saules, arbres qui ne portent point
+de glands, comme chacun sait. C'est pourquoi Villon lgue le
+gland d'une saulsoye. (P. 12, v. 10).
+
+_Scarbot_, escarbot. 84.
+
+_Scotiste_, cossais, d'Ecosse. M.P.L. pense que le roi
+d'Ecosse qui avait la moiti de la face vermeille, c'est--dire
+une _tache de vin_ (p. 35 v. l3), tait Jacques II, mort en
+1460.
+
+SCYPION L'AFFRIQUAIN, 120.
+
+_Se_, si. L'e s'lidait souvent: S'evesque il est, seignant les
+rues (21 v. 7).
+
+_Seigner_, bnir en faisant le signe de la croix (p. 21, v. 7).
+
+_Seigneurier_, dominer. 102.
+
+_Sjour_ Prebstre sans sjour (p. 186) peut s'entendre de deux
+faons: sans cure et sans rsidence; sans loisir et sans repos.
+(P. L.)
+
+_Senestre_, gauche.
+
+_Senez_, anciens, vieillards, hommes de sens. 37.
+
+_Sensif_, 18, sensitif, _sensorium_ sige du sentiment. (P. L.)
+
+_Sensitif_, le tact, le toucher. 103.
+
+_Sentemens_, sentiments, intelligence. 25.
+
+_Sequentement_, en suivant. 160.
+
+_Sequeure_, secourt, 43.--Secoure. 159.
+
+_Serain_, soir. 48.
+
+_Sereine_, Sirne. 34.
+
+_Serf_. Ce mot sert de prtexte une quivoque. Je ne suis son
+serf ne sa biche (21. V 12).
+
+SERGENTS, 63. Le prvt de Paris avait deux compagnies de
+sergents pied et cheval, composes de 110 hommes chacune, et
+ayant leurs corps de garde aux barrires de la ville. (P. L.)
+
+_Serre (tenir)_, 51, v. 1. J'ignore ce que cela veut dire.
+
+_Servans_, serfs, serviteurs. Aussi bien meurt filz que
+servans (p. 36, v. 18) signifie: Les matres meurent aussi
+bien que les serviteurs, les fils de famille aussi bien que les
+serfs.
+
+_Ses_, ces. 8.
+
+_Seur_, sr. 71, 142.
+
+_Si_, ainsi, oui, en effet.
+
+_Similative (facult)_, facult d'imiter. 18.
+
+SIMON MAGUS, 122.
+
+_Simplesse_, simplicit, ignorance. 106.
+
+_Sires_, seigneurs. 37.
+
+_Sist_, assit, 202.
+
+_Sollier_, plancher. 94.
+
+_Some_, auguste[1]. 108
+
+_Somme_, sommeil. P. 118, v. 16.
+
+_Somme_, en somme. 51.
+
+_Somme_, compter, 118.
+
+_Sommet_, tte. 84.
+
+SORBONNE. Je ouis la cloche de Sorbonne (p. 17, v. 20).
+Ce vers ne prouve pas que Villon tait dans les prisons de
+l'Universit, puisqu'il est certain qu'il tait libre lorsqu'il
+composa le _Petit Testament_, mais seulement qu'il logeait dans
+le voisinage de la Sorbonne.
+
+_Sortir (soy)_, se fournir, s'approvisionner. 196.
+
+_Sot_, bouffon, comdien. 63, 98. Voy. _Prince des sots_.
+
+_Souef_, doux. 33, 75. Doucement. 90.
+
+_Sonffrette_, disette. 82.
+
+_Souffreteux_, pauvre diable, misrable. 206.
+
+_Soulas_, plaisir, joie. 122.
+
+_Souldre_, rgler, rsoudre. 102.
+
+_Souldure_, liaison, union. 8.
+
+_Soullon_, p. 99. M.P.L. dit que c'tait un ballon avec lequel
+on jouait la _soulle_. Le mot doit tre prononc _souillon_,
+et n'a pas besoin d'tre expliqu. On le retrouve p. 120.
+
+_Souloir_, avec coutume.
+
+_Soustenance_, soutien. 144.
+
+_Soustenir_, porter. 208.
+
+_Souventesfoys_, souvent. 32.
+
+_Soyer_, scier. 119.
+
+_Submectre_, soumettre. 67.
+
+_Substantement_, nourriture, soutien. 106.
+
+_Sumer_, semer. 74, v. 16.
+
+_Sur_, chez, 13, v. 17.
+
+_Surcot_, manteau.
+
+_Surquerir_, 12. Enrichir, de _succurrere_, suivant M.P.L.
+
+_Sus (Mettre)_, mettre en vigueur, soutenir. 10.
+
+_Sus (mis)_, surgis, venus. 172.
+
+SUYSSES, 171.
+
+_Sydre_, astre. 32.
+
+----------T----------
+
+TABARIE _(Guy)_, copiste du _Roman du Pet au Diable_. 54.
+
+_Tabart_, manteau.
+
+_Tachon_, instrument servant chasser les mouches. 11.
+
+TACOT (_Colas_), 97.
+
+_Tailleur de faulx coings_, faux monnayeur. 87.
+
+TAILLEVENT, 76. Le livre de Taillevent, grand cuisinier du roy
+de France, eut plusieurs ditions au quinzime sicle et au
+commencement du seizime.
+
+_Talemouze_, sorte de ptisserie. 63.
+
+_Tancer, tencer_, disputer.
+
+TANTALUS, Tantale. 122.
+
+TARANNE (_Charlot_), 72.
+
+_Targe_, 70. La targe tait une ancienne monnaie de Bretagne,
+ou _brette_, du latin _bretta_. Son nom lui venait de ce que le
+revers portait une _targe_, ou bouclier chancr. (P.L.)
+
+_Tarny_, terni, us. 172.
+
+_Tauxer_, taxer, imposer. 166.
+
+_Tayon_, oncle. 36.
+
+_Telles_, toiles. 46, v. 24.
+
+TEMPLE (_la closture du_), Paris. 61.
+
+_Tencer_, v. _tancer_.
+
+_Tenir_, possder des biens sous la suzerainet de quelqu'un:
+Soubz luy ne tiens s'il n'est en friche (21, v. 10).
+
+_Tenn_, 37, ennuy, tourment. Cette expression s'emploie
+encore dans le langage familier.
+
+_Terrien, terrienne_, terrestre.
+
+_Tettes_, mamelles. 41.
+
+THAS, 34. Courtisane clbre, qui vivait Athnes vers le
+milieu du quatrime sicle. (Pr.)
+
+THAMAR, 46.
+
+THEOPHILUS, 55. Voy. le _Miracle de Thophile_, par Gautier de
+Coinsi. _Rennes_. 1838, in-8.
+
+
+THIBAULT, (_Jacques_), 49. Voy. AUSSIGNY.
+
+_Tholouzaines_, femmes de Toulouse. 80.
+
+_Ticquet_, loquet (?), 169.
+
+_Tieulx_, tels. 16.
+
+_Tocquer_, toucher. 175.
+
+_Tollu_, pris, t. 39.
+
+_Tor_, taureau. 122.
+
+_Toste_, pain tremp dans du vin. 79.
+
+_Touaille_, serviette, pice de toile. 29.
+
+_Toult_, te, enlve. 108.
+
+_Tour d'escolle_ (70), tour de vaurien.
+
+_Tourbes_, foule. 107.
+
+_Toute jour_, toute la journe. 44.
+
+_Trac_, trace, train. 199.
+
+_Tracer_, suivre la piste. 31.
+
+_Trahistre_, tratre, mchant. 98.
+
+_Traicte_, tire, extraite. 106.
+
+_Traictis_, joli. 40.
+
+_Traire_, tirer. 157.
+
+_Transglouti_, englouti. 122.
+
+_Transmu_, chang. 121.
+
+_Transy_, trpass. 103.
+
+_Trasse_, trace, piste. 176.
+
+_Trasser_, suivre la piste, poursuivre. 176.
+
+_Travail_, souffrance, peine, adversit. 25, 115.
+
+_Travailler (se)_, s'occuper, s'employer. 72.
+
+_Tresbucher_, tomber, l55.
+
+_Trespercer_, transpercer. 8, 154.
+
+_Tressuer_, tressaillir. 192.
+
+_Trestous_, tous.
+
+_Trestout_, tout, entirement.
+
+_Tretisses_, voy. _traictiss_.
+
+_Treuver_, trouver. 36.
+
+TRISTAN, prvost des mareschaulx (p. 92), est le fameux Tristan
+l'Ermite, prvt de l'htel du roi et favori de Louis XI. (P.L.)
+
+TROLE (74), fils de Priam et d'Hcube, fut tu par Achille au
+sige de Troie. (P.L.)
+
+_Trompille_, trompe, trompette. 154.
+
+_Trop plus_, beaucoup plus, trop. 22.
+
+TROU PERRETTE, 97, probablement un cabaret. Marot dit que
+c'tait un jeu de paume.
+
+_Trousse_, carquois. 173.
+
+TROUSSECAILLE (_Robin_), 65.
+
+_Trousser au col_, emporter sur les paules. 11.
+
+TROYENS, 122.
+
+TROYS, Troyes. 45.
+
+TROYS LICTS (p. 13, v. 25), chambre du Chtelet un peu plus
+commode que les autres, peut-tre. (Pr.)
+
+_Truandailles_, hommes de la lie du peuple. 39.
+
+_Trumellires_, porte-manteau, accroch au _trumeau_, partie de
+mur entre deux fentres, 11.
+
+_Truys_, trouve. 144.
+
+_Tumbel_, tombeau. 94.
+
+TURGIS (_Robert_). 50, 60, 62.
+
+TURLUPINS, TURLUPINES, 66, 179, hrtiques du treizime et du
+quatorzime sicle, qui s'appelaient eux-mmes la _Confrrie des
+pauvres_, et qui n'taient pas plus orthodoxes en matire de
+morale qu'en matire de religion. On a dsign quelquefois sous
+ce nom les ordres mendiants des deux sexes.
+
+TUSCA (_de_), chef de police ou capitaine d'aventures. 67.
+
+_Tyran_, tyran. 78.
+
+----------U----------
+
+_Unes_, une paire de. Et unes houses de basane. P. 73. v. 7.--Unes
+brayes breneuses. P. 77.
+
+_Uys_, porte. 48.
+
+----------V----------
+
+_Vacquerie_, vicairie. 68.
+
+VALENCIENNES, 81.
+
+VALERE LE GRAND, Valre Maxime. 27.
+
+_Valeton_, serviteur, amoureux. 49.
+
+VALLETTE (_Jehan_), 63.
+
+_Varlet_, garon de cabaret, de cuisine. 193, 197, 208.
+
+_Vaulsist_, valait, 26.
+
+VAUSELLES (_Katherine de_), 46.
+
+VAUVERT (le diable de). L'opinion commune tait que les diables
+habitaient Vauvert. C'est pour cette raison que l'on appelait
+rue d'Enfer celle qui conduisait en ce lieu. (Pr.)
+
+_Vecy_, voici.
+
+_Veez_, voyez. 136.
+
+_Vela_, voil.
+
+_Venerieux_, relatif l'amour. A tous les Dieux venerieux.
+(P. 8, v. 7.)
+
+_Vent (avoir le)_, 173, tre favoris de la fortune. On dit
+aujourd'hui: Avoir vent en poupe.
+
+_Venteur_, 96, homme qui se vante volontiers.
+
+VENUS, 122
+
+_Veoir_, voir. 25.--Vrai. 197.
+
+_Verdi_, p. 168, v. 24 (?). Peut-tre faut-il lire: Gorgias,
+sur le hault vestu.
+
+_Vers_, envers. 24.
+
+VICESTRE, 12, 73. Le chteau de Bictre. Il tait en ruines du
+temps de Villon.
+
+_Viellart_, vieillard. 69.
+
+_Vielle_. Ma vielle ay mys soubz le banc, p. 48, veut dire:
+j'ai renonc au jeu, j'ai quitt la partie.
+
+VIENNE en Dauphin. 37.
+
+VILLON (Guillaume), 9, 53. Ce Guillaume Villon ou de Villon
+n'tait pas le pre du pote, puisque celui-ci, qui l'appelle
+son plus que pre, parle de lui, dans le _Grand Testament_
+(p. 53) comme d'une personne encore en vie, et lui lgue sa
+bibliothque, tandis qu'il vient de dire (p. 32) que son pre
+est mort, M. Nagel s'est attach prouver qu'il n'tait mme
+pas son parent, d'o la conclusion que le pote aurait adopt le
+nom de Villon pour faire honneur son matre et protecteur.
+Il se fonde particulirement sur le huitain IX du _Petit
+Testament_, o Franois dit que sa renomme _bruit_ en faveur du
+nom de Guillaume, et sur le huitain 23 du _Grand Testament_, o
+il se plaint qu'il est abandonn des siens, ce qui ne s'accorde
+pas avec les tmoignages de reconnaissance qu'il prodigue
+Guillaume Villon. J'avoue que tout cela est assez concluant. On
+pourrait objecter nanmoins qu'en se disant abandonn du moindre
+des siens, tout en parlant comme il le fait des bonts que
+Guillaume avait pour lui, Villon se rappelait cet axiome, que
+l'exception confirme la rgle. Quant l'honneur que sa renomme
+devait faire au nom de Villon, il importait peu que Guillaume
+ft ou non de la famille du pote: le rsultat tait le mme
+pour lui.
+
+_Villotires_, coureuses, filles de mauvaise vie. Voy. Cotgrave.
+
+_Vin de buffet_, vin commun et frelat. 65.
+
+_Vin (aller au)_, p. 83, c'est aller au cabaret chercher du vin
+qu'on emporte dans l'endroit o il doit tre bu. C'est ainsi
+qu'on s'en procurait gnralement au moyen ge. Voy. _Ancien
+thtre franais_. t. 1, p. 1955 _Farce de Pernet_ _qui va au
+vin_; t. 1, p. 250. _Farce du gentilhomme et de Naudet_.
+
+Vin d'Aulnys. 60.--de Baigneulx. 193.--de Beaune. 193,
+207.--Morillon (rouge). 100.
+
+_Vis_, visage. 40.
+
+_Vivre d'avantage_, vivre sans rien dbourser, aux dpens
+d'autrui.
+
+_Vo_, votre. 86.
+
+_Voir_, vrai. 28.
+
+_Voire_ (95, v. 17), verre.
+
+_Voire_, vraiment. 23, 145, 164.
+
+_Volse_, aille. 22.
+
+VOLLANT, 196.
+
+_Vouillis_, veuillez 55.
+
+_Voulent_, volont.
+
+_Voulsisse_, voulusse. 147.
+
+_Voulsist_, voult. 33, 191.
+
+_Voult_, voulut. 99
+
+_Voultyz (sourcilz)_, sourcils arqus, bien plants. (P. 40.)
+
+_Voyse_, aille. 64.
+
+_Vueil_, voeu. 75, v. 9.
+
+_Vueil_, veux. 22.
+
+----------Y----------
+
+Y, il. Cy say bien comment y m'en va. 108.
+
+_Ydoine_, propre, _idoneus_.
+
+_Ypocras_, vin sucr et pic. 78, 198
+
+_Ysnel_. prompt, alerte. 74.
+
+YTHIER, 59.
+
+Yver, hiver. 85.
+
+YVON, prnom commun en Bretagne. 157.
+
+
+
+
+TABLE DES MATIRES
+
+ Pages
+
+PRFACE.... V
+
+REMARQUES PHILOLOGIQUES.... XXIII
+
+CLMENT MAROT AUX LECTEURS.... 1
+
+MAROT AU ROY FRANOIS Ier.... 5
+
+LE PETIT TESTAMENT.... 7
+
+LE GRAND TESTAMENT.... 21
+
+Ballade des Dames du temps jadis.... 34
+
+Ballade des Seigneurs du temps jadis.... 35
+
+Ballade en vieil franois.... 36
+
+Les Regrets de la belle Heaulmire.... 39
+
+Ballade de la belle Heaulmire.... 42
+
+Double Ballade sur le mme propos.... 45
+
+Ballade que Villon fait la requeste de sa mre, pour prier
+Nostre Dame.... 55
+
+Ballade de Villon s'amye.... 57
+
+Lay ou plustost Rondeau.... 59
+
+Ballade et oraison.... 69
+
+Ballade que Villon bailla un gentilhomme .... 74
+
+Ballade.... 76
+
+Ballade intitule: _Les Contredictz de Franc-Gontier_.... 78
+
+Ballade des femmes de Paris.... 80
+
+Ballade de Villon et de la Grosse Margot.... 83
+
+Belle leon de Villon aux enfans perduz.... 86
+
+Ballade de bonne doctrine ceux de mauvaise vie .... 87
+
+Lays.... 90
+
+Rondeau.... 95
+
+Ballade par laquelle Villon crye mercy chascun.... 98
+
+Ballade pour servir de conclusion.... 99
+
+POSIES DIVERSES:
+
+Le quatrain que feit Villon quand il fut jug mourir.... 101
+
+L'Epitaphe en forme de Ballade que feit Villon pour luy et ses
+compagnons, s'attendant estre pendu avec eulx.... 101
+
+La requeste de Villon la Cour de Parlement .... 103
+
+Ballade de l'appel de Villon.... 104
+
+Le Dit de la naissance Marie.... 105
+
+Double Ballade.... 107
+
+Ballade Villon.... 110
+
+Epistre en forme de Ballade, ses amis.... 111
+
+Le Dbat du cueur et du corps de Villon.... 113
+
+La Requeste que Villon bailla Monseigneur de Bourbon.... 115
+
+Ballade des proverbes.... 116
+
+Ballade des menus propos.... 117
+
+Ballade des povres housseurs.... 119
+
+Problme ou Ballade au nom de la Fortune .... 120
+
+Ballade contre les mesdisans de la France.... 121
+
+Le Jargon ou Jobelin de Maistre Franois Villon.... 124
+
+POSIES ATTRIBUES A VILLON:
+
+I. Rondel.... 133
+
+II. Rondel.... 133
+
+III. Rondel.... 134
+
+IV. Rondel.... 135
+
+V. Rondel.... 135
+
+VI. Rondel.... 136
+
+VII. Rondel.... 136
+
+VIII. Rondel.... 136
+
+IX. Rondel.... 137
+
+X. Rondel.... 138
+
+XI. Rondel.... 139
+
+XII. Rondel.... 139
+
+XIII. Rondel.... 140
+
+XIV. Ballade pour ung prisonnier.... 140
+
+XV. Rondel.... 141
+
+XVI. Ballade.... 142
+
+XVII. Ballade morale.... 143
+
+XVIII. Ballade.... 144
+
+XIX. Ballade.... 145
+
+XX. Ballade.... 146
+
+XXI. Ballade joyeuse des Taverniers.... 147
+
+XXII. Monologue du Franc Archier de Baignollet.... 150
+
+XXIII. Dialogue de messieurs de Mallepaye et de Baillevent.... 164
+
+XXIV. Les Repeues franches de Franois Villon et de ses
+compagnons.... 178
+
+_Ballade de l'Acteur_.... 182
+
+_Ballade des Escoutans _.... 183
+
+_La Repeue de Villon et de ses compaignons_.... 186
+
+La manire d'avoir du poisson.... 187
+
+La manire d'avoir des trippes.... 190
+
+La manire d'avoir du pain.... 191
+
+La manire d'avoir du vin.... 192
+
+La manire d'avoir du rost.... 194
+
+_Seconde Repeue, de l'Epidmie_ .... 195
+
+_La troisiesme Repeue, des Torcheculs_ .... 199
+
+_La quatriesme Repeue, du Souffreteux_... 206
+
+_La cinquiesme Repeue, du Pelletier_.... 210
+
+_Sixiesme Repeue, des Gallants sans soucy_... 212
+
+_La septiesme Repeue, faicte auprs de Montfaulcon_.... 215
+
+NOTES....
+
+GLOSSAIRE-INDEX....
+
+
+
+ADDITIONS ET CORRECTIONS.
+
+Le nom de M. CAMPAUX est partout crit par erreur CAMPEAUX.
+
+Les deux premiers huitains de la Ballade p. 74 donnent en
+acrostiche AMBRAISE DE LOREDE, peut-tre le nom du gentilhomme
+pour qui cette pice fut compose.
+
+L'envoi de la _Ballade de la Grosse Margot_ (p. 84) donne en
+acrostiche le nom de Villon.
+
+_Fille en chief_ (p. 91), fille coiffe de ses cheveux.
+
+Les _Coups orbes_ (p. 115) sont des coups produisant des
+contusions, des _bleus_.
+
+_Coustelez comme chiches_ (p. 171) peut se traduire par:
+ctes, comme des pois chiches.
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Oeuvres compltes de Franois Villon
+by Franois Villon
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OEUVRES DE FRANOIS VILLON ***
+
+***** This file should be named 12246-8.txt or 12246-8.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
+ https://www.gutenberg.org/1/2/2/4/12246/
+
+Produced by Miranda van de Heijning, Renald Levesque and PG
+Distributed Proofreaders. This file was produced from images
+generously made available by the Bibliothque nationale de France
+(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr.
+
+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
+
+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
+copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
+protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
+rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
+such as creation of derivative works, reports, performances and
+research. They may be modified and printed and given away--you may do
+practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
+subject to the trademark license, especially commercial
+redistribution.
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+*** START: FULL LICENSE ***
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+THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
+PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
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+distribution of electronic works, by using or distributing this work
+(or any other work associated in any way with the phrase "Project
+Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
+Gutenberg-tm License (available with this file or online at
+https://gutenberg.org/license).
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+Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
+electronic works
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+1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
+electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
+and accept all the terms of this license and intellectual property
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+If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
+Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
+terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
+entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
+
+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
+used on or associated in any way with an electronic work by people who
+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
+copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
+works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
+Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
+freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
+this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
+the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
+keeping this work in the same format with its attached full Project
+Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
+
+1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
+what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in
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+Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
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+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
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+from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
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+and distributed to anyone in the United States without paying any fees
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+with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
+work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
+through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
+Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
+1.E.9.
+
+1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
+with the permission of the copyright holder, your use and distribution
+must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
+terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
+to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
+permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
+
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+License terms from this work, or any files containing a part of this
+work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
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+1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
+electronic work, or any part of this electronic work, without
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+1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
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+word processing or hypertext form. However, if you provide access to or
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+"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
+posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
+you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
+copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
+request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
+form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
+License as specified in paragraph 1.E.1.
+
+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
+performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
+unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
+
+1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
+access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
+that
+
+- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
+ owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
+ must be paid within 60 days following each date on which you
+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
+- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
+
+- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days
+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
+collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
+works, and the medium on which they may be stored, may contain
+"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
+corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
+property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
+computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
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+of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
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+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
+DAMAGE.
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+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
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+refund. If you received the work electronically, the person or entity
+providing it to you may choose to give you a second opportunity to
+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+Each eBook is in a subdirectory of the same number as the eBook's
+eBook number, often in several formats including plain vanilla ASCII,
+compressed (zipped), HTML and others.
+
+Corrected EDITIONS of our eBooks replace the old file and take over
+the old filename and etext number. The replaced older file is renamed.
+VERSIONS based on separate sources are treated as new eBooks receiving
+new filenames and etext numbers.
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ https://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
+EBooks posted prior to November 2003, with eBook numbers BELOW #10000,
+are filed in directories based on their release date. If you want to
+download any of these eBooks directly, rather than using the regular
+search system you may utilize the following addresses and just
+download by the etext year.
+
+ https://www.gutenberg.org/etext06
+
+ (Or /etext 05, 04, 03, 02, 01, 00, 99,
+ 98, 97, 96, 95, 94, 93, 92, 92, 91 or 90)
+
+EBooks posted since November 2003, with etext numbers OVER #10000, are
+filed in a different way. The year of a release date is no longer part
+of the directory path. The path is based on the etext number (which is
+identical to the filename). The path to the file is made up of single
+digits corresponding to all but the last digit in the filename. For
+example an eBook of filename 10234 would be found at:
+
+ https://www.gutenberg.org/1/0/2/3/10234
+
+or filename 24689 would be found at:
+ https://www.gutenberg.org/2/4/6/8/24689
+
+An alternative method of locating eBooks:
+ https://www.gutenberg.org/GUTINDEX.ALL
+
+
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+<meta name="author" content="Pierre Janet">
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+.poem p.i2 {margin-left: 1em}
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+.poem p.i6 {margin-left: 3em}
+.poem p.i8 {margin-left: 4em}
+.poem p.i10 {margin-left: 5em}
+a:link {color: blue; text-decoration: none}
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+</style>
+</head>
+<body>
+<pre>
+
+Project Gutenberg's Oeuvres compltes de Franois Villon, by Franois Villon
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+
+Title: Oeuvres compltes de Franois Villon
+ Suivies d'un choix des posies de ses disciples
+
+Author: Franois Villon
+
+Release Date: May 3, 2004 [EBook #12246]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OEUVRES DE FRANCOIS VILLON ***
+
+
+
+
+Produced by Miranda van de Heijning, Renald Levesque and PG
+Distributed Proofreaders. This file was produced from images
+generously made available by the Bibliothque nationale de France
+(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr.
+
+
+
+
+
+</pre>
+<h1>OEUVRES COMPL&Egrave;TES</h1>
+<h3>DE</h3>
+<h1>FRAN&Ccedil;OIS VILLON</h1>
+<br>
+<br>
+<br>
+
+<h3>SUIVIES D'UN CHOIX DES PO&Eacute;SIES DE SES DISCIPLES<br>
+ &Eacute;DITION PR&Eacute;PAR&Eacute;E PAR LA MONNOYE</h3>
+<h3>MISE AU JOUR, AVEC NOTES ET GLOSSAIRE PAR M. PIERRE
+JANNET</h3>
+<br>
+<br>
+<br>
+ <a name="pV"></a><span class="pagenum">P. V</span>
+<h3>PR&Eacute;FACE</h3>
+<p>On ne sait gu&egrave;re de la vie de Fran&ccedil;ois Villon
+que ce qu'il en dit lui-m&ecirc;me, et l'on en sait trop.
+J'aurais voulu me dispenser de d&eacute;crire, apr&egrave;s tant
+d'autres<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href=
+"#footnote1"><sup>1</sup></a>, cette existence peu
+&eacute;difiante, mais je n'ai pas cru pouvoir le faire. Le sujet
+des po&eacute;sies de Villon, c'est Villon lui-m&ecirc;me, et sa
+biographie est la clef de ses oeuvres.</p>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote1" name=
+"footnote1"></a><b>Note 1:</b> <a href=
+"#footnotetag1">(retour)</a> Voir notamment la <i>Vie de
+Fran&ccedil;ois Villon</i>, par Guillaume Colletet, en t&ecirc;te
+des oeuvres de Villon, &eacute;dition de M.P.L. Jacob,
+bibliophile (M. Paul Lacroix), Paris, 1854, in-16;&mdash;le
+<i>M&eacute;moire</i> de M. Prompsault, en t&ecirc;te de son
+&eacute;dition de Villon, Paris, 1832,
+in-8;&mdash;<i>Fran&ccedil;ois Villon, Versuch einer kritischen
+Darstellung seines Lebens nach seinen Gedichten</i>, von Dr. S.
+Nagel. <i>Mulheim an der Ruhr</i>, 1856, in-4, le travail le plus
+complet et le plus judicieux qu'on e&ucirc;t fait jusqu'alors sur
+ce sujet, et la base de ceux qu'on a faits
+depuis;&mdash;<i>Fran&ccedil;ois Villon, sa vie et ses
+oeuvres</i>, par Antoine Campeaux, <i>Paris, Durand</i>, 1859,
+in-8, et la notice de M. Anatole de Montaiglon, excellente pour
+le fond comme pour la forme, dans <i>les Po&egrave;tes
+Fran&ccedil;ais</i>, recueil publi&eacute; sous la direction de
+M. Eug&egrave;ne Cr&eacute;pet, Paris, 1861-62, 4 vol. gr. in-8,
+t. I, p. 447-455.</blockquote>
+<p>Fran&ccedil;ois Villon naquit &agrave; Paris en 1431. Sur la
+foi d'une pi&egrave;ce que Fauchet, dans son trait&eacute;<a
+name="pVI"></a><span class="pagenum">p. VI</span> <i>de l'Origine
+des chevaliers</i>, imprim&eacute; en 1599, dit avoir
+trouv&eacute;e dans un manuscrit de sa biblioth&egrave;que <a id=
+"footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href=
+"#footnote2"><sup>2</sup></a>, on a mis en doute le lieu de la
+naissance et jusqu'au nom du po&egrave;te. On s'est livr&eacute;
+&agrave; des conjectures ing&eacute;nieuses pour concilier les
+renseignements fournis par lui-m&ecirc;me avec les indications de
+Fauchet, pour expliquer comment il pouvait s'appeler &agrave; la
+fois Corbueil et Villon, &ecirc;tre &agrave; la fois natif
+d'Auvers et de Paris. Pour moi, je crois, avec le P. Du Cerceau,
+Daunou et beaucoup d'autres, qu'on ne doit tenir aucun compte de
+ce huitain, amplification maladroite de l'&eacute;pitaphe en
+quatre vers <a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href=
+"#footnote3"><sup>3</sup></a>. Ce n'est pas sur une pareille
+autorit&eacute; qu'on peut substituer le nom de <i>Corbueil</i>
+&agrave; celui de <i>Villon</i>, que notre po&egrave;te se donne
+lui-m&ecirc;me en vingt endroits de ses oeuvres <a id=
+"footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href=
+"#footnote4"><sup>4</sup></a>.</p>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote2" name=
+"footnote2"></a><b>Note 2:</b> <a href=
+"#footnotetag2">(retour)</a> Voici cette pi&egrave;ce, que j'ai
+cru devoir rejeter des oeuvres de Villon:<br>
+
+<div class="poem">
+<div class="stanza" style="font-style: italic;">
+<p>Je suis Fran&ccedil;oys, dont ce me poise,</p>
+<p>Nomm&eacute; Corbueil en mon surnom,</p>
+<p>Natif d'Auvers empr&egrave;s Pontoise,</p>
+<p>Et du commun nomm&eacute; Villon.</p>
+<p>Or, d'une corde d'une toise</p>
+<p>Sauroit mon col que mon cul poise,</p>
+<p>Se ne fut un joli appel.</p>
+<p>Le jeu ne me sembloit point bel.</p>
+</div>
+</div>
+<p>L'auteur de ce huitain n'a pas compris l'intention comique de
+ce vers de Villon:</p>
+<div class="poem">
+<div class="stanza">
+<p><i>N&eacute; de Paris empr&egrave;s Pontoise;</i></p>
+</div>
+</div>
+<p>C'est pourquoi il le fait gravement na&icirc;tre &agrave;
+Auvers, qui est en effet pr&egrave;s de Pontoise. Mais une preuve
+certaine de la composition tardive de cette pi&egrave;ce, c'est
+qu'on ne trouverait probablement pas dans la seconde
+moiti&eacute; du XVe si&egrave;cle, et certainement pas dans les
+oeuvres de Villon, un huitain dont les rimes soient
+distribu&eacute;es comme dans celui-l&agrave;. Dans tous les
+huitains de Villon, sans exception, le premier vers rime avec le
+troisi&egrave;me, le second avec le quatri&egrave;me, le
+cinqui&egrave;me et le septi&egrave;me, et le sixi&egrave;me avec
+le huiti&egrave;me. Les faussaires ne pensent jamais &agrave;
+tout.</p>
+</blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote3" name=
+"footnote3"></a><b>Note 3:</b> <a href=
+"#footnotetag3">(retour)</a> Voy. <a href="#p101">p.
+101.</a></blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote4" name=
+"footnote4"></a><b>Note 4:</b> <a href=
+"#footnotetag4">(retour)</a> Voy. le <i>Glossaire-Index</i>, au
+mot VILLON.</blockquote>
+<p>Les parents de Villon &eacute;taient pauvres<a id=
+"footnotetag5" name="footnotetag5"></a><a href=
+"#footnote5"><sup>5</sup></a>. Sa <a name="pVII"></a><span class=
+"pagenum">P. VII</span> m&egrave;re &eacute;tait
+illettr&eacute;e<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a
+href="#footnote6"><sup>6</sup></a>; son p&egrave;re &eacute;tait
+vraisemblablement un homme de m&eacute;tier, et peut-&ecirc;tre,
+ainsi que l'a conjectur&eacute; M. Campeaux, un ouvrier en cuir,
+un <i>cordouennier</i><a id="footnotetag7" name=
+"footnotetag7"></a><a href="#footnote7"><sup>7</sup></a>.</p>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote5" name=
+"footnote5"></a><b>Note 5:</b> <a href=
+"#footnotetag5">(retour)</a> V. <a href="#p031">p. 31,</a>
+huitain XXXV.</blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote6" name=
+"footnote6"></a><b>Note 6:</b> <a href=
+"#footnotetag6">(retour)</a> &laquo;Oncques lettre ne
+leuz.&raquo; <a href="#p055">P. 55,</a> v. 22.</blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote7" name=
+"footnote7"></a><b>Note 7:</b> <a href=
+"#footnotetag7">(retour)</a> Voyez <i>Notes</i></blockquote>
+<p>Pouss&eacute; par le d&eacute;sir de s'&eacute;lever au-dessus
+de la triste condition de ses parents, ou plut&ocirc;t par ce
+besoin de savoir qui tourmente les natures comme la sienne,
+Villon &eacute;tudia. Il connut les mis&egrave;res de
+l'&eacute;tat d'&eacute;colier pauvre. On n'a pas de
+renseignements certains sur le genre d'&eacute;tudes auquel il se
+livra ni sur les progr&egrave;s qu'il y fit. M. Nagel suppose
+qu'il obtint le grade de ma&icirc;tre &egrave;s arts, et se fonde
+surtout sur le legs qu'il fait plus tard, de sa &laquo;nomination
+qu'il a de l'Universit&eacute;&raquo; (p. 15). Mais ce legs
+pourrait bien n'&ecirc;tre qu'une plaisanterie, comme tant
+d'autres. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'obtint pas le
+grade de ma&icirc;tre en th&eacute;ologie, but supr&ecirc;me des
+&eacute;tudes du temps<a id="footnotetag8" name=
+"footnotetag8"></a><a href="#footnote8"><sup>8</sup></a>.</p>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote8" name=
+"footnote8"></a><b>Note 8:</b> <a href=
+"#footnotetag8">(retour)</a> Voy. <i>Grand Testament</i>,
+huitains XXXVII (<a href="#p032">p. 32</a>) et LXXII (<a href=
+"#p052">p. 52.</a>)</blockquote>
+<p>En ce temps-l&agrave;, comme plus tard, les &eacute;tudiants
+&eacute;taient expos&eacute;s &agrave; bien des tentations.
+Villon n'y sut pas r&eacute;sister. En contact avec des jeunes
+gens sans pr&eacute;jug&eacute;s d'aucune sorte et
+d&eacute;pourvus d'argent comme lui, il adopta leurs moeurs et
+fa&ccedil;ons de vivre. Bient&ocirc;t il devint leur chef et leur
+providence<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a><a href=
+"#footnote9"><sup>9</sup></a>. Les <i>Repues franches</i>,
+singulier monument &eacute;lev&eacute; &agrave; sa gloire par
+quelqu'un de ses disciples, nous font conna&icirc;tre par quelles
+combinaisons ing&eacute;nieuses lui et ses compagnons se
+procuraient les moyens de mener joyeuse vie. Leurs friponneries
+<a name="pVIII"></a><span class="pagenum">P. VIII</span>
+&eacute;taient tout &agrave; fait dans les moeurs du temps, et ne
+d&eacute;passaient sans doute pas les proportions de ce qu'on
+serait volontiers tent&eacute; d'appeler <i>des bons tours</i>;
+mais ils &eacute;taient sur une pente glissante, et la justice
+n'entendait pas raillerie.</p>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote9" name=
+"footnote9"></a><b>Note 9:</b> <a href=
+"#footnotetag9">(retour)</a>
+<div class="poem">
+<div class="stanza" style="font-style: italic;">
+<p>C'estoit la m&egrave;re nourrici&egrave;re</p>
+<p>De ceux qui n'avoient point d'argent;</p>
+<p>A tromper devant et derri&egrave;re</p>
+<p>Estoit un homme diligent. (<a href="#p190">P. 190.</a>)</p>
+</div>
+</div>
+</blockquote>
+<p>Rien ne prouve cependant que Villon ait eu maille &agrave;
+partir avec elle &agrave; cause de ses entreprises sur le bien
+d'autrui. On a parl&eacute; de ses deux proc&egrave;s: il en eut
+au moins trois, bien constat&eacute;s par ses oeuvres, et le
+premier, qu'on n'avait pas fait ressortir jusqu'&agrave;
+pr&eacute;sent, est le seul dont le sujet soit indiqu&eacute;
+d'une mani&egrave;re certaine. C'est la suite d'une affaire
+d'amour.</p>
+<p>Avant de tomber dans ces relations honteuses avec des femmes
+perdues dont la <i>Ballade de la Grosse Margot</i><a id=
+"footnotetag10" name="footnotetag10"></a><a href=
+"#footnote10"><sup>10</sup></a> nous donne l'ignoble tableau,
+Villon fut amoureux. Il connut l'amour vrai, l'amour na&iuml;f et
+timide<a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a><a href=
+"#footnote11"><sup>11</sup></a>. Quel fut l'objet de cette
+passion, c'est ce qu'il n'est pas facile de dire. Il l'appelle de
+divers noms, Denise, Roze, Katherine de Vauzelles. Que ce
+f&ucirc;t une femme de moeurs faciles, une gentille bourgeoise ou
+une noble damoiselle, il para&icirc;t certain que c'&eacute;tait
+une coquette. Elle l'&eacute;couta d'abord, l'encouragea<a id=
+"footnotetag12" name="footnotetag12"></a><a href=
+"#footnote12"><sup>12</sup></a> et finit par le rebuter. Il s'en
+plaignit sans doute &agrave; ses compagnons, que les femmes
+qu'ils fr&eacute;quentaient n'avaient pas habitu&eacute;s
+&agrave; de pareilles rigueurs, et qui se moqu&egrave;rent de
+lui<a id="footnotetag13" name="footnotetag13"></a><a href=
+"#footnote13"><sup>13</sup></a>. Villon s'emporta contre sa
+belle, lui fit des avanies, lui dit des injures, <a name=
+"pIX"></a><span class="pagenum">P. IX</span> composa
+peut-&ecirc;tre contre elle quelque ballade piquante, quelque
+rondeau bien m&eacute;chant. Or, bien que religieux au fond, il
+frondait volontiers les choses sacr&eacute;es<a id=
+"footnotetag14" name="footnotetag14"></a><a href=
+"#footnote14"><sup>14</sup></a>. La belle dame se plaignit; la
+juridiction eccl&eacute;siastique s'en m&ecirc;la<a id=
+"footnotetag15" name="footnotetag15"></a><a href=
+"#footnote15"><sup>15</sup></a>, et Villon fut bel et bien
+condamn&eacute; au fouet<a id="footnotetag16" name=
+"footnotetag16"></a><a href="#footnote16"><sup>16</sup></a>.</p>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote10" name=
+"footnote10"></a><b>Note 10:</b> <a href=
+"#footnotetag10">(retour)</a> <a href="#p083">Page
+83.</a></blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote11" name=
+"footnote11"></a><b>Note 11:</b> <a href=
+"#footnotetag11">(retour)</a> Le doux souvenir de cette passion
+se montre en maints endroits des oeuvres de Villon,
+m&ecirc;l&eacute; &agrave; ses regrets et aux reproches qu'il
+adresse &agrave; sa ma&icirc;tresse avide et cruelle. Voy. les
+huitains III, IV, V et X du <i>Petit Testament</i>, LV &agrave;
+LIX du <i>Grand Testament</i>, la ballade de la <a href=
+"#p057">page 57,</a> le rondeau <a href="#p059">p. 59,</a>
+etc.</blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote12" name=
+"footnote12"></a><b>Note 12:</b> <a href=
+"#footnotetag12">(retour)</a>
+<div class="poem">
+<div class="stanza">
+<p><i>Quoy que je luy voulsisse dire,</i></p>
+<p><i>Elle estoit preste d'escouter, etc.</i> (<a href="#p047">P.
+47.</a>)</p>
+</div>
+</div>
+</blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote13" name=
+"footnote13"></a><b>Note 13:</b> <a href=
+"#footnotetag13">(retour)</a>
+<div class="poem">
+<div class="stanza">
+<p><i>... qui partout m'appelle</i></p>
+<p><i>L'amant remys et reni&eacute;</i>. (<a href="#p048">P.
+48.</a>)</p>
+</div>
+</div>
+</blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote14" name=
+"footnote14"></a><b>Note 14:</b> <a href=
+"#footnotetag14">(retour)</a> Voir notamment les huitains CVI
+&agrave; CX du <i>Grand Testament</i>.</blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote15" name=
+"footnote15"></a><b>Note 15:</b> <a href=
+"#footnotetag15">(retour)</a>
+<div class="poem">
+<div class="stanza">
+<p><i>Quant chicanner me feit Denise,</i></p>
+<p><i>Disant que je l'avoye mauldite</i>. <a href="#p069">P.
+69.</a></p>
+</div>
+</div>
+</blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote16" name=
+"footnote16"></a><b>Note 16:</b> <a href=
+"#footnotetag16">(retour)</a> La sentence fut
+ex&eacute;cut&eacute;e. La <i>Double ballade</i> de la page 45 ne
+laisse aucun doute &agrave; cet &eacute;gard:
+<div class="poem">
+<div class="stanza">
+<p><i>J'en fus batu, comme &agrave; ru telles,</i></p>
+<p><i>Tout nud...</i> (<a href="#p046">P. 46,</a> v. 24-25.)</p>
+</div>
+</div>
+</blockquote>
+<p>C'est &agrave; la suite de cette sentence que Villon,
+d&eacute;cid&eacute; &agrave; quitter Paris, composa les
+<i>Lays</i> ou legs auxquels on a donn&eacute; depuis le titre de
+<i>Petit Testament</i>.</p>
+<p>Dans le huitain VI, <a href="#p009">page 9,</a> il annonce
+qu'il s'en va &agrave; Angers. Il est probable qu'il ne fit pas
+ce voyage. Ses habitudes, ses relations, sa mis&egrave;re, le
+retinrent &agrave; Paris ou aux environs. C'&eacute;tait en 1456.
+Fl&eacute;tri par le ch&acirc;timent qu'il avait subi, aigri par
+l'infortune, il ne connut plus de bornes. L'ann&eacute;e qui
+suivit sa condamnation fut assur&eacute;ment l'&eacute;poque la
+plus honteuse de sa vie. En 1457, il &eacute;tait dans les
+prisons du Ch&acirc;telet, et le Parlement, apr&egrave;s lui
+avoir fait appliquer la question de l'eau<a id="footnotetag17"
+name="footnotetag17"></a><a href="#footnote17"><sup>17</sup></a>,
+le condamnait &agrave; mort. On ignore le motif de cette
+condamnation; on a suppos&eacute; qu'il s'agissait d'un crime
+commis &agrave; Rueil par lui et plusieurs de ses compagnons,
+dont quelques-uns furent pendus<a id="footnotetag18" name=
+"footnotetag18"></a><a href="#footnote18"><sup>18</sup></a>.
+Cette supposition para&icirc;t fond&eacute;e. Quant au crime
+commis, il n'&eacute;tait peut-&ecirc;tre <a name="pX"></a><span
+class="pagenum">P. X</span> pas d'une extr&ecirc;me
+gravit&eacute;. Les lois &eacute;taient s&eacute;v&egrave;res, et
+les compagnons de Villon devaient avoir, comme lui, des
+ant&eacute;c&eacute;dents f&acirc;cheux.</p>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote17" name=
+"footnote17"></a><b>Note 17:</b> <a href=
+"#footnotetag17">(retour)</a> C'est ce qu'indiquent clairement
+ces deux vers de la <a href="#p104">page 104:</a>
+<div class="poem">
+<div class="stanza">
+<p><i>On ne m'eust, parmi ce drapel,</i></p>
+<p><i>Faict boyre &agrave; celle escorcherie</i>.</p>
+</div>
+</div>
+</blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote18" name=
+"footnote18"></a><b>Note 18:</b> <a href=
+"#footnotetag18">(retour)</a> Voy. la <i>Belle le&ccedil;on aux
+enfans perduz</i>, <a href="#p086">p. 86,</a> et le
+<i>Jargon</i>, <a href="#p125">p. 125.</a></blockquote>
+<p>Quoi qu'il en soit, Villon ne partagea pas leur sort. Il est
+vrai qu'il ne n&eacute;gligea rien pour se tirer d'affaire: il
+appela de la sentence, ce qui lui valut quelque r&eacute;pit;
+puis, du moins ceci para&icirc;t certain, &agrave; l'occasion de
+la naissance d'une princesse qu'il appelle Marie, il implora la
+protection du p&egrave;re de cette princesse. Cette
+d&eacute;marche lui r&eacute;ussit: le prince interc&eacute;da
+pour lui, et le Parlement commua sa peine en celle du
+bannissement. Villon se montra p&eacute;n&eacute;tr&eacute; de
+reconnaissance. Il adressa une requ&ecirc;te au Parlement, pour
+lui rendre gr&acirc;ces autant que pour lui demander un
+d&eacute;lai de trois jours pour quitter Paris, et il composa
+pour la princesse qui venait de na&icirc;tre des vers pleins de
+sentiment. M. Prompsault a cru que cette princesse &eacute;tait
+Marie de Bourgogne, fille de Charles le T&eacute;m&eacute;raire,
+n&eacute;e le 13 f&eacute;vrier 1457; mais c'&eacute;tait une
+erreur. M. Auguste Vitu, qui pr&eacute;pare depuis nombre
+d'ann&eacute;es une &eacute;dition de Villon, a reconnu qu'il
+s'agissait de Marie d'Orl&eacute;ans, fille du po&egrave;te
+Charles d'Orl&eacute;ans, n&eacute;e le 19 d&eacute;cembre 1457,
+et M. Campeaux a clairement d&eacute;montr&eacute; que cette
+opinion &eacute;tait fond&eacute;e.</p>
+<p>A partir du moment o&ugrave; Villon quitte Paris, en
+ex&eacute;cution de l'arr&ecirc;t du Parlement, nous perdons sa
+trace jusqu'en 1461. A cette &eacute;poque nous le trouvons dans
+les prisons de Meung-sur-Loire, o&ugrave; le d&eacute;tient
+Thibault d'Aussigny, &eacute;v&ecirc;que d'Orl&eacute;ans. Quel
+nouveau m&eacute;fait lui reprochait-on? Ceux qui supposent qu'il
+avait fabriqu&eacute; de la fausse monnaie n'ont pas pris garde
+que la punition de ce crime &eacute;tait exclusivement du ressort
+des juges s&eacute;culiers. Dans le <i>D&eacute;bat du coeur et
+du corps de Villon</i>, compos&eacute; dans sa prison, le
+po&egrave;te attribue sa d&eacute;tention &agrave; sa <i>folle
+plaisance</i>.</p>
+<p>Ce qu'on lui reprochait, c'&eacute;tait peut-&ecirc;tre
+quelque <a name="pXI"></a><span class="pagenum">P. XI</span>
+propos ou quelque &eacute;crit peu orthodoxe, quelque
+<i>plaisanterie</i> sentant le sacril&egrave;ge, quelque aventure
+galante par trop scandaleuse, toutes choses dont il &eacute;tait
+bien capable et dont la r&eacute;pression regardait la justice
+eccl&eacute;siastique. Il y a lieu de croire que le d&eacute;lit
+n'&eacute;tait pas en rapport avec la punition, car Villon, qui
+n'a jamais protest&eacute; contre sa condamnation au fouet, qui
+se contente d'indiquer vaguement que le Parlement l'avait
+jug&eacute; <i>par fausserie</i>, fit preuve de la plus violente
+rancune contre Thibault d'Aussigny. Il para&icirc;t m&ecirc;me
+certain que cette mauvaise affaire ne lui fit pas perdre la
+faveur de ses protecteurs, Charles d'Orl&eacute;ans et le duc de
+Bourbon.</p>
+<p>Quoi qu'il en soit, Villon languit longtemps dans la prison de
+Meung, plong&eacute; dans un cul de basse-fosse, nourri au pain
+et &agrave; l'eau. Rien n'indique qu'une sentence quelconque ait
+&eacute;t&eacute; rendue contre lui mais le traitement qu'on lui
+faisait subir devait le conduire lentement &agrave; une mort
+certaine. Heureusement Louis XI, qui venait de succ&eacute;der
+&agrave; Charles VII, alla &agrave; Meung dans l'automne de 1461,
+et Villon lui dut sa d&eacute;livrance. Fut-ce, ainsi que le dit
+M. Campeaux, par suite &laquo;du don de joyeux av&egrave;nement
+qui remettait leur peine &agrave; tous les prisonniers d'une
+ville o&ugrave; le roi entrait apr&egrave;s son sacre?&raquo; Je
+serais plut&ocirc;t port&eacute; &agrave; croire, malgr&eacute;
+l'absence de preuves, que Villon fut personnellement l'objet
+d'une mesure de cl&eacute;mence de la part du roi; la
+fa&ccedil;on dont il en t&eacute;moigne sa reconnaissance me
+para&icirc;t justifier cette supposition <a id="footnotetag19"
+name="footnotetag19"></a><a href=
+"#footnote19"><sup>19</sup></a>.</p>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote19" name=
+"footnote19"></a><b>Note 19:</b> <a href=
+"#footnotetag19">(retour)</a> On a dit r&eacute;cemment que le
+roi qui d&eacute;livra Villon &eacute;tait Charles VII. Je ne
+puis adopter cette opinion. Sans examiner ici la valeur du
+document sur lequel elle est bas&eacute;e, je me bornerai
+&agrave; faire remarquer que Charles VII mourut &agrave;
+Mehun-sur-Y&egrave;vre, pr&egrave;s de Bourges, le 22 juillet
+1461, pr&eacute;cis&eacute;ment au moment o&ugrave; Villon
+&eacute;tait dans la prison de Meung-sur-Loire, pr&egrave;s
+d'Orl&eacute;ans, o&ugrave; il passa <i>tout un
+&eacute;t&eacute;</i> (<a href="#p021">p. 21,</a> v. 14),
+c'est-&agrave;-dire tout l'&eacute;t&eacute; de la m&ecirc;me
+ann&eacute;e 1461.</blockquote>
+<p>En sortant des prisons de Meung, Villon composa, du moins en
+partie, le <i>Grand Testament</i>, <a name="pXII"></a><span
+class="pagenum">P. XII</span> dans lequel sont intercal&eacute;es
+des pi&egrave;ces qui se rapportent &agrave; diverses
+&eacute;poques de sa vie, et dont quelques-unes ont d&ucirc;
+&ecirc;tre compos&eacute;es beaucoup plus tard.</p>
+<p>Il est probable, en effet, que Villon v&eacute;cut encore
+longtemps; mais on ne sait rien de pr&eacute;cis &agrave; cet
+&eacute;gard. Les conjectures sur lesquelles on se fonde pour
+placer la date de sa mort entre 1480 et 1489 ne sont, en
+d&eacute;finitive, que des conjectures. Quant aux voyages qu'on
+lui fait faire &agrave; Saint-Omer, Lille, Douai, Salins, Angers,
+Saint-Genoux, et jusque dans le Roussillon, rien ne prouve qu'ils
+ont eu lieu. Villon nomme ces localit&eacute;s dans ses oeuvres,
+il est vrai, mais nulle part il ne dit qu'il les a
+visit&eacute;es. Son voyage &agrave; Bruxelles, son s&eacute;jour
+en Angleterre, avec la r&eacute;ponse hardie qu'il aurait faite
+au roi Edouard V, ne me semblent pas beaucoup plus certains,
+malgr&eacute; mon respect pour celui qui s'en est fait
+l'historien <a id="footnotetag20" name="footnotetag20"></a><a
+href="#footnote20"><sup>20</sup></a>. Ce qui me semble hors de
+doute, c'est sa retraite dans le centre de la France, o&ugrave;
+semblait l'attirer quelque chose qui nous est inconnu,
+peut-&ecirc;tre quelque relation de famille. Dans le <i>Petit
+Testament</i>, il annonce qu'il va &agrave; Angers<a id=
+"footnotetag21" name="footnotetag21"></a><a href=
+"#footnote21"><sup>21</sup></a>; il en revenait peut-&ecirc;tre
+lorsqu'il fut arr&ecirc;t&eacute; &agrave; Meung. Dans le
+<i>Grand Testament</i>, il dit qu'il &laquo;parle un peu
+poictevin <a id="footnotetag22" name="footnotetag22"></a><a href=
+"#footnote22"><sup>22</sup></a>.&raquo; La <i>Ballade Villon</i>
+(<a href="#p109">p. 109</a>) et la <i>Double ballade</i> (<a
+href="#p107">p. 107</a>) prouvent qu'il s&eacute;journa quelque
+temps &agrave; Blois, &agrave; la cour de Charles
+d'Orl&eacute;ans, <a name="pXIII"></a><span class="pagenum">P.
+XIII</span> et le vers de la <a href="#p111">page 111:</a></p>
+<p><i>Que fais-je plus? Quoi? Les gaiges ravoir.</i></p>
+<p>autorise &agrave; penser qu'il avait obtenu aupr&egrave;s du
+prince une de ces charges qu'on donnait aux po&egrave;tes de
+cour. Ainsi, par le <i>Dit de la naissance Marie</i>, Villon
+n'avait pas seulement &eacute;chapp&eacute; au dernier supplice;
+il s'&eacute;tait de plus acquis la faveur de Charles
+d'Orl&eacute;ans, et il sut la conserver, du moins pendant
+quelque temps, et peut-&ecirc;tre jusqu'&agrave; la mort du duc,
+arriv&eacute;e en 1465.</p>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote20" name=
+"footnote20"></a><b>Note 20:</b> <a href=
+"#footnotetag20">(retour)</a> Rabelais, livre IV, chap. LXVII. M.
+Nagel a relev&eacute; deux erreurs dans ce passage de Rabelais.
+Villon n'aurait pu se trouver &agrave; la cour d'Edouard V, qui
+ne monta sur le tr&ocirc;ne qu'en 1483, et le m&eacute;decin
+Thomas Linacre, n&eacute; vers 1460, ne fut c&eacute;l&egrave;bre
+que sous les r&egrave;gnes de Henri VII et de Henri
+VIII.</blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote21" name=
+"footnote21"></a><b>Note 21:</b> <a href=
+"#footnotetag21">(retour)</a> Page 9. &mdash;Le Franc archer de
+Bagnolet dit, <a href="#p157">p. 157,</a> v. 12: &laquo;Ma
+m&egrave;re fut n&eacute;e d'Anjou;&raquo; mais cela ne
+prouverait rien, m&ecirc;me quand il serait
+d&eacute;montr&eacute; que ce monologue est de
+Villon.</blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote22" name=
+"footnote22"></a><b>Note 22:</b> <a href=
+"#footnotetag22">(retour)</a> <a href="#p062">Page
+62.</a></blockquote>
+<p>Il eut un autre protecteur en la personne du duc de Bourbon,
+qui lui faisait de &laquo;gracieux pr&ecirc;ts <a id=
+"footnotetag23" name="footnotetag23"></a><a href=
+"#footnote23"><sup>23</sup></a>.&raquo;</p>
+<p>Enfin, Rabelais, livre IV, chapitre XIII, nous apprend que
+&laquo;maistre Fran&ccedil;ois Villon, sus ses vieux jours, se
+retira &agrave; Saint-Maixent en Poictou, sous la faveur d'un
+homme de bien, abb&eacute; dudit lieu. L&agrave;, pour donner
+passe-temps au peuple, entreprit faire jouer la Passion en gestes
+et langage poictevin <a id="footnotetag24" name=
+"footnotetag24"></a><a href=
+"#footnote24"><sup>24</sup></a>.&raquo; Ce t&eacute;moignage
+n'est pas irr&eacute;cusable; mais pourquoi ne pas l'accepter?
+Apr&egrave;s une vie aussi agit&eacute;e, on aime &agrave; se
+repr&eacute;senter le pauvre po&egrave;te enfin tranquille,
+&agrave; l'abri du besoin, s'occupant, pour son plaisir, de jeux
+dramatiques, auxquels il avait d&ucirc; probablement, dans
+d'autres temps, demander son pain <a id="footnotetag25" name=
+"footnotetag25"></a><a href="#footnote25"><sup>25</sup></a>.</p>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote23" name=
+"footnote23"></a><b>Note 23:</b> <a href=
+"#footnotetag23">(retour)</a> <a href="#p115">P. 115,</a> v.
+6.</blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote24" name=
+"footnote24"></a><b>Note 24:</b> <a href=
+"#footnotetag24">(retour)</a> <i>oeuvres de Rabelais</i>,
+&eacute;dition Burgaud des Marets et Ratnery, t. II, p. 92. On
+voit ensuite un tour jou&eacute; au sacristain des cordeliers,
+Estienne Tapecoue, qui sent bien son Villon, mais dont le
+d&eacute;no&ucirc;ment cruel a pu &ecirc;tre invent&eacute; par
+Rabelais, qui n'aimait pas les moines.</blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote25" name=
+"footnote25"></a><b>Note 25:</b> <a href=
+"#footnotetag25">(retour)</a> On croit que Villon donna des
+repr&eacute;sentations dramatiques &agrave; Paris et ailleurs, et
+c'est comme directeur de troupe qu'on lui fait parcourir une
+partie de la France et des Pays-Bas.</blockquote>
+<p>En p&eacute;n&eacute;trant dans les myst&egrave;res de cette
+existence mis&eacute;rable, on est frapp&eacute; de deux choses:
+D'abord, on remarque qu'elle n'exer&ccedil;a pas sur le coeur de
+Villon toute l'action corruptrice qu'il y <a name=
+"pXIV"></a><span class="pagenum">P. XIV</span> avait lieu de
+redouter. Au milieu de son abjection, Villon conserve des
+sentiments &eacute;lev&eacute;s. Il est plein d'amour et de
+respect pour sa m&egrave;re <a id="footnotetag26" name=
+"footnotetag26"></a><a href="#footnote26"><sup>26</sup></a>, de
+reconnaissance pour quiconque l'a secouru <a id="footnotetag27"
+name="footnotetag27"></a><a href="#footnote27"><sup>27</sup></a>,
+de v&eacute;n&eacute;ration pour ceux qui ont fait de grandes
+choses; il aime son pays, chose d'autant plus honorable qu'elle
+&eacute;tait rare en ce temps-l&agrave; <a id="footnotetag28"
+name="footnotetag28"></a><a href="#footnote28"><sup>28</sup></a>;
+il regrette les erreurs de sa jeunesse, et le temps qu'il a si
+mal employ&eacute; <a id="footnotetag29" name=
+"footnotetag29"></a><a href="#footnote29"><sup>29</sup></a>;
+voil&agrave; qui doit lui faire pardonner bien des choses.</p>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote26" name=
+"footnote26"></a><b>Note 26:</b> <a href=
+"#footnotetag26">(retour)</a> Voy. <a href="#p032">p. 32,</a>
+huit. XXXVIII; <a href="#p054">p. 54,</a> huit. LXXIX; <a href=
+"#p055">p. 55,</a> Ballade.</blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote27" name=
+"footnote27"></a><b>Note 27:</b> <a href=
+"#footnotetag27">(retour)</a> Guillaume Villon, <a href=
+"#p009">p. 9,</a> <a href="#p053">53</a>; Jean Cotard, p. <a
+href="#p022">22,</a> <a href="#p058">58;</a> Louis XI, p. <a
+href="#p023">23,</a> <a href="#p024">24;</a> le Parlement, <a
+href="#p103">P. 103;</a> Marie d'Orl&eacute;ans, <a href=
+"#p105">p. 105,</a> <a href="#p107">107;</a> le duc de Bourbon,
+<a href="#p114">p. 114.</a></blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote28" name=
+"footnote28"></a><b>Note 28:</b> <a href=
+"#footnotetag29">(retour)</a> Ces deux vers de la <a href=
+"#p034">page 34:</a>
+<div class="poem">
+<div class="stanza">
+<p><i>Et Jehanne, la bonne Lorraine,</i></p>
+<p><i>Qu'Anglois brul&egrave;rent &agrave; Rouen</i>,</p>
+</div>
+</div>
+<p>lui font d'autant plus d'honneur qu'&agrave; l'&eacute;poque
+o&ugrave; il les &eacute;crivit des gens &eacute;clair&eacute;s
+regardaient Jeanne d'Arc comme sorci&egrave;re, et les Anglais
+avaient en France de nombreux partisans.</p>
+</blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote29" name=
+"footnote29"></a><b>Note 29:</b> <a href=
+"#footnotetag29">(retour)</a> <i>Grand Testament</i>, huitain
+XXVI et suiv.</blockquote>
+<p>Puis, quelle influence n'eut-elle pas sur le talent du
+po&egrave;te<a id="footnotetag30" name="footnotetag30"></a><a
+href="#footnote30"><sup>30</sup></a>! Form&eacute;, comme on dit
+aujourd'hui, &agrave; l'&eacute;cole du malheur, il vit les
+choses sous leur vrai jour, et il entra dans une voie tout
+&agrave; fait nouvelle. Il rompit en visi&egrave;re &agrave;
+l'All&eacute;gorie, qui r&eacute;gnait alors en souveraine,
+&agrave; toutes les aff&eacute;teries de la po&eacute;sie
+rh&eacute;toricienne cultiv&eacute;e par les beaux esprits du
+temps. Il fut le premier po&egrave;te <i>r&eacute;aliste</i>. Que
+l'on compare avec ses autres oeuvres les quelques pi&egrave;ces
+qu'il a compos&eacute;es selon la po&eacute;tique de ses
+contemporains, la <i>Ballade Villon</i> (<a href="#p109">p.
+109</a>), la <i>Requeste au Parlement</i> (<a href="#p103">p.
+103</a>), et d'autres, et l'on ne sera point tent&eacute; de
+&laquo;regretter, <a name="pXV"></a><span class="pagenum">P.
+XV</span> avec Cl&eacute;ment Marot, qu'il n'ait pas
+&eacute;t&eacute; &laquo;nourry en la court des rois et princes,
+o&ugrave; les jugemens s'amendent et les langaiges se
+pollissent,&raquo; car il y e&ucirc;t certainement plus perdu que
+gagn&eacute;.</p>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote30" name=
+"footnote30"></a><b>Note 30:</b> <a href=
+"#footnotetag30">(retour)</a>
+<div class="poem">
+<div class="stanza" style="font-style: italic;">
+<p>Travail mes lubres sentemens,</p>
+<p>Esguisez comme une pelote,</p>
+<p>M'ouvrist plus que tous les Commens</p>
+<p>D'Averroys sur Aristote. (<a href="#p025">P. 25.</a>)</p>
+</div>
+</div>
+</blockquote>
+<p>M. A. de Montaiglon a parfaitement caract&eacute;ris&eacute;
+le r&ocirc;le de Villon dans la po&eacute;sie fran&ccedil;aise.
+Je ne puis mieux faire que de lui emprunter ces quelques
+lignes:</p>
+<p>&laquo;... Au moment o&ugrave; parut Villon, la
+litt&eacute;rature fran&ccedil;aise en &eacute;tait
+pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; cette p&eacute;riode de
+transformation; de la po&eacute;sie g&eacute;n&eacute;rale elle
+passait &agrave; la po&eacute;sie personnelle; ses contemporains,
+subissant &agrave; leur insu cette phase litt&eacute;raire,
+s'essayaient &agrave; l'individualit&eacute; avec plus d'effort
+que de bonheur; Villon l'atteignit du premier coup. Sa force est
+l&agrave;, et sa valeur s'augmente de l'int&eacute;r&ecirc;t que,
+sous ce rapport, offraient ses oeuvres. Elle est tellement
+saisissante qu'elle a &eacute;t&eacute; reconnue de tous, et le
+succ&egrave;s qui l'accueillit ne s'arr&ecirc;ta pas.
+Fran&ccedil;ois Ier lui fit l'honneur d&laquo;faire faire une
+&eacute;dition de ses po&eacute;sies par Cl&eacute;ment Marot,
+qui le combla de ses louanges. Un peu plus tard, il est vrai,
+l'&eacute;cole de Ronsard protesta. Pasquier condamne Villon, et
+Du Verdier s'&eacute;merveille que Marot ait os&eacute;
+&laquo;louer un si <i>goffe</i> ouvrier et faire cas de ce qui ne
+vaut rien.&raquo; Cela marque moins un manque de go&ucirc;t que
+la force partiale du pr&eacute;jug&eacute;; la Pl&eacute;iade,
+qui est en r&eacute;alit&eacute; aussi aristocratique que
+savante, ne pouvait admirer Villon sans se condamner
+elle-m&ecirc;me; mais, ce moment pass&eacute;, le charme
+recommence: Regnier est un disciple de Villon; Patru le loue;
+Boileau a senti quel &eacute;tait son rang; La Fontaine l'admire;
+Voltaire l'imite; les &eacute;rudits litt&eacute;raires du XVIIe
+et du XVIIIe si&egrave;cle, Colletet, le P. Du Cerceau,
+l'abb&eacute; Massieu, l'abb&eacute; Goujet, parlent de lui comme
+il convient, en m&ecirc;me temps que Coustelier et Formey le
+r&eacute;impriment, que La Monnoye l'annote, et que
+Lenglet-Dufresnoy pr&eacute;pare une nouvelle &eacute;dition. <a
+name="pXVI"></a><span class="pagenum">P. XVI</span> De nos jours,
+une justice encore plus &eacute;clatante lui a &eacute;t&eacute;
+rendue. L'&eacute;dition de Prompsault, &agrave; laquelle M.
+Lacroix est venu ajouter, pourrait &ecirc;tre accept&eacute;e
+comme d&eacute;finitive, au moins quant au texte, si M. Vitu n'en
+promettait une, qui, en profitant des pr&eacute;c&eacute;dentes,
+donnera sans doute le dernier mot. Tous ceux qui ont parl&eacute;
+incidemment de Villon, MM. Sainte-Beuve, Saint-Marc Girardin,
+Chasles, Nisard, Geruzez, Demogeot, G&eacute;nin, et d'autres
+encore, l'ont bien caract&eacute;ris&eacute;. En m&ecirc;me temps
+qu'eux, M. Daunou a &eacute;crit sur notre po&egrave;te une
+longue &eacute;tude, ins&eacute;r&eacute;e dans le <i>Journal des
+Savants</i>, et M. Th&eacute;ophile Gautier, dans l'ancienne
+<i>Revue fran&ccedil;aise</i>, des pages vives, aussi justes que
+pleines de verve, qui ont &eacute;t&eacute; recueillies dans ses
+<i>Grotesques</i>. Enfin, en 1850 M. Profillet, et en 1856 un
+professeur allemand, M. Nagel, ont pris Villon pour sujet d'un
+travail sp&eacute;cial; l'ann&eacute;e derni&egrave;re (1859), M.
+Campeaux lui a consacr&eacute; un excellent travail, auquel, pour
+&ecirc;tre meilleur, il ne manque peut-&ecirc;tre qu'une plus
+ancienne et plus famili&egrave;re connaissance des alentours.
+Tous sont, avec raison, unanimes &agrave; reconna&icirc;tre
+l'originalit&eacute;, la valeur ais&eacute;e et puissante, la
+force et <i>l'humanit&eacute;</i> de la po&eacute;sie de Villon.
+Pour eux tous, et ce jugement est aujourd'hui sans appel, Villon
+n'est pas seulement le po&egrave;te sup&eacute;rieur du XVe
+si&egrave;cle, mais il est aussi le premier po&egrave;te, dans le
+vrai sens du mot, qu'ait eu la France moderne, et il s'est
+&eacute;coul&eacute; un long temps avant que d'autres fussent
+dignes d'&ecirc;tre mis &agrave; c&ocirc;t&eacute; de lui.
+L'appr&eacute;ciation est maintenant juste et compl&egrave;te;
+d'autres viendront qui le loueront avec plus ou moins
+d'&eacute;clat et de talent, qui le jugeront avec une critique
+plus ou moins solide ou brillante; mais d&eacute;sormais les
+traits de la figure de Villon sont arr&ecirc;t&eacute;s de
+fa&ccedil;on &agrave; ne plus changer, et ceux qui entreprendront
+d'y revenir ne pourront rester dans la v&eacute;rit&eacute;
+qu'&agrave; la condition de s'en tenir <a name="pXVII"></a><span
+class="pagenum">P. XVII</span> aux m&ecirc;mes
+contours.&raquo;</p>
+<p>Plus loin, M. A. de Montaiglon, passant
+l&eacute;g&egrave;rement sur le <i>Petit Testament</i>,
+&laquo;qui n'est que spirituel, &raquo; et sur quelques
+pi&egrave;ces qu'il regrette de trouver dans le <i>Grand
+Testament</i>, ajoute:</p>
+<p>&laquo;Ce n'est pas l&agrave; qu'il faut chercher Villon, mais
+dans la partie populaire et humaine de son oeuvre. On ne dira
+jamais assez &agrave; quel point le m&eacute;rite de la
+pens&eacute;e et de la forme y est inestimable. Le sentiment en
+est &eacute;trange, et aussi touchant que pittoresque dans sa
+sinc&eacute;rit&eacute;; Villon peint presque sans le savoir, et
+en peignant il ne pallie, il n'excuse rien; il a m&ecirc;me des
+regrets, et ses torts, qu'il reconna&icirc;t en se bl&acirc;mant,
+mais dont il ne peut se d&eacute;fendre, il ne les montre que
+pour en d&eacute;tourner. Je connais m&ecirc;me peu de
+le&ccedil;ons plus fortes que la ballade: <i>Tout aux tavernes et
+aux filles</i>. La bouffonnerie, dans ses vers, se m&ecirc;le
+&agrave; la gravit&eacute;, l'&eacute;motion &agrave; la
+raillerie, la tristesse &agrave; la d&eacute;bauche; le trait
+piquant se termine avec m&eacute;lancolie; le sentiment du
+n&eacute;ant des choses et des &ecirc;tres est m&ecirc;l&eacute;
+d'un burlesque soudain qui en augmente l'effet. Et tout cela est
+si naturel, si net, si franc, si spirituel; le style suit la
+pens&eacute;e avec une justesse si vive, que vous n'avez pas le
+temps d'admirer comment le corps qu'il rev&ecirc;t est
+habill&eacute; par le v&ecirc;tement. C'est bien mieux que
+l'esprit bourgeois, toujours un peu mesquin, c'est l'esprit
+populaire que cet enfant des Halles, qui &eacute;crivait: <i>Il
+n'est bon bec que de Paris</i>, a recueilli dans les rues et
+qu'il &eacute;pure en l'aiguisant. Il en a le sentiment, il en
+prend les mots, mais il les encadre, il les incruste dans une
+phrase si vive, si nette, si bien construite, si &eacute;nergique
+ou si l&eacute;g&egrave;re, que cette langue color&eacute;e
+re&ccedil;oit de son g&eacute;nie l'&eacute;l&eacute;gance et
+m&ecirc;me le go&ucirc;t, sans rien perdre de sa force. Il a
+tout: la vigueur et le charme, la clart&eacute; et
+l'&eacute;clat, la vari&eacute;t&eacute; et l'unit&eacute;, la
+gravit&eacute; et l'esprit, la bri&egrave;vet&eacute; incisive du
+trait et la pl&eacute;nitude du <a name="pXVIII"></a><span class=
+"pagenum">P. XVIII</span> sens, la souplesse capricieuse et la
+fougue violente, la qualit&eacute; contemporaine et
+l'&eacute;ternelle humanit&eacute;. Il faut aller jusqu'&agrave;
+Rabelais pour trouver un ma&icirc;tre qu'on puisse lui comparer,
+et qui &eacute;crive le fran&ccedil;ais avec la science et
+l'instinct, avec la puret&eacute; et la fantaisie, avec la
+gr&acirc;ce d&eacute;licate et la rudesse souveraine que l'on
+admire dans Villon, et qu'il a seul parmi les gens de son
+temps...&raquo;</p>
+<p>On ne conna&icirc;t certainement pas la totalit&eacute; des
+oeuvres de Villon, du moins sous son nom. Il est &eacute;vident
+que le <i>Petit Testament</i> n'est pas son coup d'essai. Lors de
+son second proc&egrave;s, en 1457, il &eacute;tait probablement
+connu par d'autres compositions. Sans cela, il est douteux que
+Charles d'Orl&eacute;ans f&ucirc;t intervenu en sa faveur, et que
+le Parlement lui e&ucirc;t fait gr&acirc;ce de la vie. Lorsqu'il
+composa le <i>Grand Testament</i>, il y fit entrer quelques
+pi&egrave;ces qui n'en faisaient pas n&eacute;cessairement
+partie, mais qui s'y rattachaient assez naturellement. On n'y
+trouve pas une ballade, pas un rondeau compos&eacute;s
+ant&eacute;rieurement au <i>Petit Testament</i>. Villon ne
+para&icirc;t pas avoir &eacute;t&eacute; tr&egrave;s-soucieux de
+recueillir ses oeuvres. La plupart sont sans doute perdues;
+d'autres sont diss&eacute;min&eacute;es dans des recueils
+manuscrits ou imprim&eacute;s o&ugrave; il n'est pas facile de
+les reconna&icirc;tre, soit parce qu'elles ne portent pas de nom
+d'auteur, soit parce qu'elles sont attribu&eacute;es &agrave;
+d'autres. On ne conna&icirc;t pas de manuscrit qui contienne tout
+ce qu'on sait positivement lui appartenir. Les premi&egrave;res
+&eacute;ditions, qui furent faites sans son concours et
+probablement apr&egrave;s sa mort, ne contiennent que le
+<i>Grand</i> et le <i>Petit Testament</i>, le <i>Jargon</i>, et
+un petit nombre de pi&egrave;ces d&eacute;tach&eacute;es. Jean de
+Calais, l'&eacute;diteur pr&eacute;sum&eacute; du <i>Jardin de
+plaisance</i>, dont la premi&egrave;re &eacute;dition est de 1499
+ou de 1500, s'acquitta fort mal des fonctions d'ex&eacute;cuteur
+testamentaire que Villon lui avait confi&eacute;es, si tant est
+qu'on doive prendre au s&eacute;rieux les huitains CLX <a name=
+"pXIX"></a><span class="pagenum">P. XIX</span> et CLXI du
+<i>Grand Testament</i>. Il fit entrer dans son recueil diverses
+pi&egrave;ces connues comme &eacute;tant de Villon et beaucoup
+d'autres qu'on lui attribue avec plus ou moins de vraisemblance,
+mais sans dire des unes ni des autres qu'elles &eacute;taient de
+lui.</p>
+<p>M. Brunet a donn&eacute;, dans la derni&egrave;re
+&eacute;dition du <i>Manuel du Libraire</i>, une excellente
+notice des &eacute;ditions de Villon. La premi&egrave;re avec
+date est de Paris (Pierre Levet), 1489, in-4&deg;. Il en parut
+plusieurs autres &agrave; la fin du XVe si&egrave;cle et au
+commencement du XVIe. Celle de Paris, Galiot Du Pr&eacute;, 1532,
+in-8, est la premi&egrave;re &agrave; laquelle on ait joint les
+<i>Repues franches</i>, le <i>Monologue du franc archier de
+Baignolet</i> et le <i>Dialogue des seigneurs de Mallepaye et de
+Baillevent</i> <a id="footnotetag31" name="footnotetag31"></a><a
+href="#footnote31"><sup>31</sup></a></p>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote31" name=
+"footnote31"></a><b>Note 31:</b> <a href=
+"#footnotetag31">(retour)</a> Il avait &eacute;t&eacute; fait
+ant&eacute;rieurement plusieurs &eacute;ditions des <i>Repeues
+franches</i>, qui s'ajoutaient aux &eacute;ditions
+correspondantes des oeuvres de Villon, mais qui portaient des
+signatures ou une pagination s&eacute;par&eacute;es.</blockquote>
+<p>L'ann&eacute;e suivante, le m&ecirc;me Galiot Du Pr&eacute;
+publia la premi&egrave;re &eacute;dition des oeuvres de Villon
+revues par Cl&eacute;ment Marot.</p>
+<p>En 1723 il parut chez Coustelier une &eacute;dition de Villon,
+avec les remarques d'Eus&egrave;be de Lauri&egrave;re et une
+lettre du P. Du Cerceau.</p>
+<p>Les oeuvres de Villon furent r&eacute;imprim&eacute;es en
+1742, &agrave; la Haye, avec les remarques de Lauri&egrave;re, Le
+Duchat et Formey, des m&eacute;moires de Prosper Marchand et une
+lettre critique extraite du <i>Mercure</i> de f&eacute;vrier
+1724.</p>
+<p>En 1832 parut l'&eacute;dition de Prompsault, fruit de longues
+et laborieuses recherches, et qui, sans &ecirc;tre parfaite, ne
+m&eacute;ritait pas le discr&eacute;dit dont elle a
+&eacute;t&eacute; frapp&eacute;e pendant longtemps.</p>
+<p>Dans l'&eacute;dition de 1854, due aux soins de M.P.L. Jacob,
+bibliophile (M. Paul Lacroix), le texte de <a name=
+"pXX"></a><span class="pagenum">P. XX</span> Prompsault a
+&eacute;t&eacute; revu, notablement am&eacute;lior&eacute;,
+&eacute;lucid&eacute; par des notes o&ugrave; brillent
+l'&eacute;rudition et la sagacit&eacute; bien connues de leur
+auteur.</p>
+<p>Enfin, tout r&eacute;cemment, M. Paul Lacroix a publi&eacute;
+le texte des deux <i>Testaments</i> d'apr&egrave;s un manuscrit
+de la biblioth&egrave;que de l'Arsenal. Je n'ai pu faire usage de
+cette int&eacute;ressante publication, d'abord parce que
+l'impression de mon &eacute;dition &eacute;tait trop
+avanc&eacute;e, puis pour une autre raison: c'est que je ne
+pouvais m'&eacute;carter du texte que j'avais adopt&eacute;.</p>
+<p>On savait depuis longtemps que La Monnoye avait eu l'intention
+de faire une &eacute;dition des oeuvres de Villon. A cet effet,
+il avait annot&eacute; un exemplaire de l'&eacute;dition de 1723.
+Cet exemplaire, dont on avait perdu la trace depuis longtemps, a
+&eacute;t&eacute; retrouv&eacute;, en 1858, au <i>British
+Museum</i>, par M. Gustave Masson, qui m'a gracieusement offert
+une copie du travail de La Monnoye.</p>
+<p>En t&ecirc;te de son exemplaire, La Monnoye avait inscrit
+d'abord ce titre, qui nous fait conna&icirc;tre le plan d'une
+vaste collection qu'il projetait:</p>
+<p><i>L'Histoire et les Chefs de la po&eacute;sie
+fran&ccedil;oise, avec la liste des po&egrave;tes
+proven&ccedil;aux et fran&ccedil;ois, accompagn&eacute;e de
+remarques sur le caract&egrave;re de leurs ouvrages.</i></p>
+<p>Puis vient ce titre particulier:</p>
+<p><i>Po&eacute;sies de Fran&ccedil;ois Villon et de ses
+disciples, revues sur les diff&eacute;rentes &eacute;ditions,
+corrig&eacute;es et augment&eacute;es sur le manuscrit de M. le
+duc de Coislin et sur plusieurs autres, et enrichies d'un grand
+nombre de pi&egrave;ces, avec des notes historiques et
+critiques.</i></p>
+<p>La Monnoye n'eut pas le temps de mettre la derni&egrave;re
+main &agrave; son &eacute;dition de Villon. Son travail ne porta
+que sur l'&eacute;tablissement du texte. La comparaison des
+manuscrits et des anciennes &eacute;ditions, <a name=
+"pXXI"></a><span class="pagenum">P. XXI</span> faite par un homme
+tel que La Monnoye, devait donner d'excellents r&eacute;sultats.
+J'ai reproduit scrupuleusement, sauf deux ou trois exceptions
+indiqu&eacute;es dans les notes, le texte tel qu'il a
+&eacute;t&eacute; arr&ecirc;t&eacute; par lui, et ce texte est
+assur&eacute;ment le meilleur qu'on ait donn&eacute;
+jusqu'&agrave; pr&eacute;sent.</p>
+<p>La Monnoye ne se contenta pas de revoir le texte de
+l'&eacute;dition de 1723. Il y ajouta de sa main divers morceaux
+qui n'avaient pas encore &eacute;t&eacute; publi&eacute;s, et qui
+ont paru pour la premi&egrave;re fois dans l'&eacute;dition
+Prompsault. Mais il ne put faire le choix des po&eacute;sies
+qu'il voulait joindre aux oeuvres de Villon. Pour r&eacute;pondre
+de mon mieux &agrave; son plan, je donne &agrave; la fin du
+volume dix-sept pi&egrave;ces tir&eacute;es du <i>Jardin de
+plaisance</i>. M. Campeaux en avait publi&eacute; un plus grand
+nombre: j'ai fait un choix dans son choix, et si les
+pi&egrave;ces que je donne ne sont pas de Villon, elles sont au
+moins de son &eacute;cole, et souvent dignes de lui.</p>
+<p>Pour toute la partie du texte &eacute;tablie par La Monnoye,
+je n'avais qu'une chose &agrave; faire: suivre la le&ccedil;on
+adopt&eacute;e par lui. A l'&eacute;gard des pi&egrave;ces dont
+il ne s'&eacute;tait pas occup&eacute;, j'ai d&ucirc; agir
+autrement: je les ai revues sur les manuscrits et les
+&eacute;ditions originales.</p>
+<p>A d&eacute;faut des notes historiques et critiques promises
+par La Monnoye, et sans avoir la pr&eacute;tention de les
+suppl&eacute;er, je donne &agrave; la suite du texte quelques
+renseignements qui m'ont paru n&eacute;cessaires, puis un
+<i>Glossaire-Index,</i> dans lequel j'ai tent&eacute; d'expliquer
+les mots vieillis, de donner des renseignements sur les personnes
+et les choses. S'il n'a pas d'autre utilit&eacute;, ce travail
+servira du moins de table.</p>
+<p>Une &eacute;dition de Villon n'est pas facile &agrave; faire.
+J'ai largement mis &agrave; profit les travaux de mes devanciers,
+et je me plais &agrave; le reconna&icirc;tre. J'aurais pu relever
+bien des erreurs: je me suis content&eacute; <a name=
+"pXXII"></a><span class="pagenum">P. XXII</span> de les corriger.
+Je crois que cette &eacute;dition vaut mieux que celles qui l'ont
+pr&eacute;c&eacute;d&eacute;e. D'autres viendront apr&egrave;s
+moi qui feront mieux. J'ai cru prudent de leur donner l'exemple
+de l'indulgence.</p>
+<p>P. JANNET.</p>
+<br>
+<br>
+<br>
+
+<p>REMARQUES PHILOLOGIQUES. <a name="pXXIII"></a><span class=
+"pagenum">P. XXIII</span></p>
+<p>La langue de Villon est encore la vieille et bonne langue
+fran&ccedil;aise, riche et simple, claire, naturelle, &agrave;
+l'allure vive et franche. C'est encore la langue des fabliaux,
+assouplie, mais presque enti&egrave;rement
+pr&eacute;serv&eacute;e de l'invasion des mots
+p&eacute;dantesques forg&eacute;s dans la seconde moiti&eacute;
+du XVe si&egrave;cle. Le <i>Glossaire</i>, dont l'&eacute;tendue
+est grande relativement &agrave; celle du livre, n'offre qu'un
+petit nombre de ces mots. En revanche, il en contient beaucoup
+d'autres dont la perte est regrettable.</p>
+<p>Villon &eacute;tait tr&egrave;s-s&eacute;v&egrave;re pour la
+rime. Aussi, lorsque nous rencontrons &agrave; la fin de ses vers
+quelque chose qui nous para&icirc;t anormal, nous devons nous
+garder de l'expliquer par une n&eacute;gligence du po&euml;te. Il
+faut chercher d'autres raisons; cela peut amener des observations
+int&eacute;ressantes.</p>
+<p>Par exemple, lorsqu'il fait rimer <i>e</i> avec <i>a</i> <a
+id="footnotetag32" name="footnotetag32"></a><a href=
+"#footnote32"><sup>32</sup></a>, cela prouve, ainsi que Marot l'a
+remarqu&eacute;, que Villon pronon&ccedil;ait, &agrave; la
+parisienne, <i>a</i> pour <i>e</i>.</p>
+<p>Lorsqu'il fait rimer <i>oi, oy</i>, avec <i>ai, ay,
+&eacute;</i> <a id="footnotetag33" name="footnotetag33"></a><a
+href="#footnote33"><sup>33</sup></a>, cela prouve que ce que nous
+appelons la diphtongue <i>oi</i> se pronon&ccedil;ait
+<i>&eacute;</i> ou <i>&egrave;</i>.</p>
+<p>S'il fait rimer <i>Changon, Nygon, escourgon</i>, avec <a
+name="pXXIV"></a><span class="pagenum">P. XXIV</span>
+<i>donjon</i> <a id="footnotetag34" name="footnotetag34"></a><a
+href="#footnote34"><sup>34</sup></a>, c'est que, dans certains
+cas, le <i>g</i> se pronon&ccedil;ait <i>j</i>.</p>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote32" name=
+"footnote32"></a><b>Note 32:</b> <a href=
+"#footnotetag32">(retour)</a> <i>Robert, Haubert</i>, avec
+<i>pluspart, poupart</i> (<a href="#p011">p.11</a> et <a href=
+"#p012">12</a>); <i>La Barre, feurre</i>, avec <i>terre,
+guerre</i> (<a href="#p014">p. 14</a>); <i>appert</i> avec
+<i>part, despart</i> (<a href="#p044">p. 44</a>),
+etc.</blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote33" name=
+"footnote33"></a><b>Note 33:</b> <a href=
+"#footnotetag33">(retour)</a> <i>Chollet</i> avec <i>souloit</i>
+(<a href="#p014">p. 14);</a> <i>exploictz</i> avec <i>laiz</i>
+(<a href="#p017">p. 17</a>); <i>moyne, essoyne, royne</i>, avec
+<i>Seine</i> (<a href="#p034">p. 34</a>), etc.</blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote34" name=
+"footnote34"></a><b>Note 34:</b> <a href=
+"#footnotetag34">(retour)</a> Pages <a href="#p012">12</a> et <a
+href="#p013">13.</a></blockquote>
+<p>S'il fait rimer <i>fuste</i> avec <i>fusse,
+proph&egrave;tes</i> avec <i>fesses</i><a id="footnotetag35"
+name="footnotetag35"></a><a href="#footnote35"><sup>35</sup></a>,
+c'est encore une affaire de prononciation parisienne.</p>
+<p>Il en est de m&ecirc;me d'<i>ancien, Val&eacute;rien,
+paroissien,</i> rimant avec <i>an</i><a id="footnotetag36" name=
+"footnotetag36"></a><a href="#footnote36"><sup>36</sup></a>.</p>
+<p>Lorsqu'il &eacute;crit <i>soullon</i> pour rimer avec
+<i>Roussillon</i><a id="footnotetag37" name=
+"footnotetag37"></a><a href="#footnote37"><sup>37</sup></a>, il
+entend que les deux <i>ll</i> seront mouill&eacute;es, et
+prononc&eacute;es comme telles, sans &ecirc;tre
+pr&eacute;c&eacute;d&eacute;es d'un <i>i</i> comme en
+espagnol.</p>
+<p>Comment faut-il prononcer le nom de Villon?</p>
+<p>La <i>Ballade</i> de la page <a href="#p099">99,</a>
+l'<i>Epistre</i> de la page <a href="#p111">111,</a> le
+<i>Probl&egrave;me</i> ou <i>Ballade</i> de la page <a href=
+"#p120">120,</a> etc., ne laissent aucun doute &agrave; cet
+&eacute;gard. On doit le prononcer comme les deux
+derni&egrave;res syllabes du mot <i>paVILLON</i>,
+c'est-&agrave;-dire comme on pourra. En France, ce n'est
+gu&egrave;re que dans le Midi qu'on sait prononcer les <i>ll
+mouill&eacute;es</i>. Les Parisiens diront <i>Viyon</i>; les
+Picards, <i>Vilion</i>....</p>
+<div class="poem">
+<div class="stanza" style="font-style: italic;">
+<p>Mais bel est fol et lunaticque</p>
+<p>Qui de ce fait sermon si long;</p>
+<p>Peu nuit &agrave; la chose publicque</p>
+<p>Se Brussiens disent Filon.</p>
+<p>Il ne m'en chaut gueres si l'on</p>
+<p>Choisit de ces fa&ccedil;ons la pire,</p>
+<p>Et bien veuil qu'on dise selon</p>
+<p>Que d&egrave;s pie&ccedil;a l'on souloit dire.</p>
+</div>
+</div>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote35" name=
+"footnote35"></a><b>Note 35:</b> <a href=
+"#footnotetag35">(retour)</a> Pages <a href="#p026">26</a> et <a
+href="#p052">52.</a></blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote36" name=
+"footnote36"></a><b>Note 36:</b> <a href=
+"#footnotetag36">(retour)</a> <a href="#p081">P.
+81.</a></blockquote>
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote37" name=
+"footnote37"></a><b>Note 37:</b> <a href=
+"#footnotetag37">(retour)</a> Voy. la Ballade de la page <a href=
+"#p099">99.</a></blockquote>
+<br>
+<br>
+<br>
+ <a name="p001"></a><span class="pagenum">P. 1</span>
+<h3>CL&Eacute;MENT MAROT DE CAHORS<br>
+ Varlet de chambre du Roy</h3>
+<p>AUX LECTEURS.</p>
+<p><i>Entre tous les bons livres imprimez de la langue
+fran&ccedil;oise ne s'en veoit ung si incorrect ne si lourdement
+corrompu que celluy de Villon, et m'esbahy (veu que c'est le
+meilleur Po&egrave;te parisien qui se trouve) comment les
+imprimeurs de Paris et les enfans de la ville n'en ont eu plus
+grand soing. Je ne suis (certes) en rien son voysin; mais, pour
+l'amour de son gentil entendement, et en recompense de ce que je
+puys avoir aprins de luy en lisant ses Oeuvres, j'ai faict
+&agrave; icelles ce que je vouldroys estre faict aux miennes, si
+elles estaient tomb&eacute;es en semblable inconv&eacute;nient.
+Tant y ay trouv&eacute; de broillerie en l'ordre des coupletz et
+des vers, en mesure, en langaige, en la ryme et en la raison, que
+je ne s&ccedil;ay duquel je doy plus avoir piti&eacute;, ou de
+l'oeuvre ainsi oultrement gast&eacute;e, ou de l'ignorance de
+ceux qui l'imprim&egrave;rent; et, pour en faire preuve, me suys
+advis&eacute; (Lecteurs) de vous mettre icy ung des couplets
+incorrects du mal imprim&eacute; Villon, qui vous fera exemple et
+tesmoing d'ung grand nombre d'autres autant broillez et gastez
+que luy, lequel est tel</i>:</p>
+<div class="poem">
+<div class="stanza"><a name="p002"></a><span class="pagenum">P.
+2</span>
+<p>Or est vray qu'apr&egrave;s plainctz et pleurs</p>
+<p>Et angoisseux gemissemens,</p>
+<p>Apres tristesses et douleurs</p>
+<p>Labeurs et griefz cheminemens</p>
+<p>Travaille mes lubres sentemens</p>
+<p>Aguysez ronds, comme une pelote</p>
+<p>Monstrent plus que les commens</p>
+<p>En sens moral de Aristote.</p>
+</div>
+</div>
+<p><i>Qui est celluy qui vouldroit nyer le sens n'en estre
+grandement corrompu? Ainsi, pour vray, l'ay-je trouv&eacute; aux
+vieilles impressions, et encores pis aux nouvelles. Or, voyez
+maintenant comment il a est&eacute; r'abill&eacute;, et en jugez
+gratieusement</i>:</p>
+<div class="poem">
+<div class="stanza">
+<p>Or est vray qu'apr&egrave;s plainctz et pleurs</p>
+<p>Et angoisseux gemissemens,</p>
+<p>Apres tristesses et douleurs,</p>
+<p>Labeurs et griefz cheminemens,</p>
+<p>Travail mes lubres sentements</p>
+<p>Aguysa (ronds comme pelote),</p>
+<p>Me monstrant plus que les comments</p>
+<p>Sur le sens moral d'Aristote.</p>
+</div>
+</div>
+<p><i>Voyl&agrave; comment il me semble que l'autheur
+l'entendoit; et vous suffise ce petit amendement pour vous rendre
+advertiz de ce que puys avoir amend&eacute; en mille autres
+passages, dont les aucuns me ont est&eacute; aisez et les autres
+tr&egrave;s difficiles. Toutesfoys, partie avecques les vieulx
+imprimez, partie avecques l'ayde de bons vieillards qui en
+s&ccedil;avent par cueur, et partie par deviner avecques jugement
+naturel, a est&eacute; reduict nostre Villon en meilleure et plus
+enti&egrave;re forme qu'on ne l'a veu de nos aages, et ce sans
+avoir touch&eacute; &agrave; l'antiquit&eacute; de <a name=
+"p003"></a><span class="pagenum">P. 3</span> son parler, &agrave;
+sa fa&ccedil;on de rimer, &agrave; ses mesl&eacute;es et longues
+parenth&egrave;ses, &agrave; la quantit&eacute; de ses sillabes,
+ne &agrave; ses couppes, tant f&eacute;minines que masculines;
+esquelles choses il n'a suffisamment observ&eacute; les vrayes
+reigles de fran&ccedil;oise po&eacute;sie, et ne suys d'advis que
+en cela les jeunes Poetes l'ensuyvent, mais bien qu'ilz cueillent
+ses sentences comme belles fleurs, qu'ils contemplent l'esprit
+qu'il avoit, que de luy apreignent &agrave; proprement descrire,
+et qu'ils contrefacent sa veine, mesmement celle dont il use en
+ses Ballades, qui est vrayment belle et h&eacute;ro&iuml;que, et
+ne fay double qu'il n'eust emport&eacute; le chapeau de laurier
+devant tous les Po&egrave;tes de son temps, s'il eust est&eacute;
+nourry en la Court des Roys et des Princes, l&agrave; o&ugrave;
+les jugemens se amendent et les langaiges se pollissent. Quant
+&agrave; l'industrie des lays qu'il feit en ses Testamens, pour
+suffisamment la congnoistre et entendre il fauldroit avoir
+est&eacute; de son temps &agrave; Paris, et avoir congneu les
+lieux, les choses et les hommes dont il parle: la m&eacute;moire
+desquelz tant plus se passera, tant moins se congnoistra icelle
+industrie de ses lays dictz. Pour ceste cause, qui vouldra faire
+une oeuvre de longue dur&eacute;e ne preigne son soubject sur
+telles choses basses et particuli&egrave;res. Le reste des
+Oeuvres de nostre Villon (hors cela) est de tel artifice, tant
+plain de bonne doctrine et tellement painct de mille belles
+couleurs, que le temps, qui tout efface, jusques icy ne l'a sceu
+effacer; et moins encor l'effacera ores et d'icy en avant, que
+les bonnes escriptures fran&ccedil;oises sont et seront mieulx
+congneues et recueillies que jamais.</i></p>
+<p><i>Et pour ce (comme j'ay dit) que je n'ay touch&eacute;
+&agrave; son antique fa&ccedil;on de parler, je vous ay
+expos&eacute; sur la marge, avecques les annotations, ce qui m'a
+sembl&eacute; le plus dur &agrave; entendre, laissant le reste
+&agrave; vos promptes intelligences, comme</i> ly Roys
+<i>pour</i> le Roy, homs <i>pour homme</i>, compaing <a name=
+"p004"></a><span class="pagenum">P. 4</span> <i>pour</i>
+compaignon; <i>aussi force pluriers pour singuliers, et plusieurs
+autres incongruitez dont estait plain le langaige mal lym&eacute;
+d'icelluy temps.</i></p>
+<p><i>Apr&egrave;s, quand il s'est trouv&eacute; faulte de vers
+entiers, j'ay prins peine de les refaire au plus pr&egrave;s
+(selon mon possible) de l'intention de l'autheur, et les
+trouverez express&eacute;ment marquez de cette marque</i> f,
+<i>afin que ceulx qui les s&ccedil;auront en la sorte que Villon
+les fist effacent les nouveaulx pour faire place aux
+vieulx.</i></p>
+<p><i>Oultre plus, les termes et les vers qui estaient
+interposez, trouverez reduictz en leurs places; les lignes trop
+courtes, allong&eacute;es; les trop longues acoursies; les mots
+obmys, remys; les adjoutez ostez, et les tiltres myeulx
+attiltrez.</i></p>
+<p><i>Finalement, j'ay chang&eacute; l'ordre du livre, et m'a
+sembl&eacute; plus raisonnable de le faire commencer par le Petit
+Testament, d'autant qu'il fut faict cinq ans avant
+l'autre.</i></p>
+<p><i>Touchant le Jargon, je le laisse &agrave; corriger et
+exposer aux successeurs de Villon en l'art de la pinse et du
+croq.</i></p>
+<p><i>Et si quelqu'un d'adventure veult dire que tout ne soit
+racoustr&eacute; ainsi qu'il appartient, je luy respons
+d&egrave;s maintenant que, s'il estait autant navr&eacute; en sa
+personne comme j'ay trouv&eacute; Villon bless&eacute; en ses
+Oeuvres, il n'y a si expert chirurgien qui le sceust panser sans
+apparence de cicatrice; et me suffira que le labeur qu'en ce j'ay
+employ&eacute; soit agr&eacute;able au Roy mon souverain, qui est
+cause et motif de ceste emprise et de l'ex&eacute;cution
+d'icelle, pour l'avoir veu voulentiers escouter et par
+tr&egrave;s bon jugement estimer plusieurs passages des Oeuvres
+qui s'ensuyvent.</i></p>
+<p>MAROT <a name="p005"></a><span class="pagenum">P. 5</span></p>
+<p>AU ROY FRAN&Ccedil;OIS Ier.</p>
+<div class="poem">
+<div class="stanza">
+<p>Si &agrave; Villon on treuve encor &agrave; dire,</p>
+<p>S'il n'est reduict ainsi qu'ay pr&eacute;tendu,</p>
+<p>A moy tout seul en soit le blasme (Sire),</p>
+<p>Qui plus y ay travaill&eacute; qu'entendu;</p>
+<p>Et s'il est mieux en son ordre estendu</p>
+<p>Que paravant, de sorte qu'on l'en prise,</p>
+<p>Le gr&eacute; &agrave; vous en doyt estre rendu,</p>
+<p>Qui fustes seul cause de l'entreprise.</p>
+</div>
+</div>
+<br>
+<br>
+
+<p><a name="p007"></a><span class="pagenum">P. 7</span></p>
+<h3>LE<br>
+PETIT TESTAMENT<br>
+DE MAISTRE<br>
+FRAN&Ccedil;OIS VILLON</h3>
+<p>FAIT L'AN 1456.</p>
+<div class="poem">
+<div class="stanza">
+<p>Mil quatre cens cinquante et six,</p>
+<p>Je, Fran&ccedil;ois Villon, escollier,</p>
+<p>Consid&eacute;rant, de sens rassis,</p>
+<p>Le frain aux dents, franc au collier,</p>
+<p>Qu'on doit ses oeuvres conseiller,</p>
+<p>Comme Veg&egrave;ce le racompte,</p>
+<p>Saige Romain, grand conseiller,</p>
+<p>Ou autrement on se mescompte.</p>
+</div>
+<p>II.</p>
+<div class="stanza">
+<p>En ce temps que j'ay dit devant,</p>
+<p>Sur le No&euml;l, morte saison,</p>
+<p>Lorsque les loups vivent de vent,</p>
+<p>Et qu'on se tient en sa maison,</p>
+<p>Pour le frimas, pr&egrave;s du tison:</p>
+<p>Cy me vint vouloir de briser</p>
+<p>La tr&egrave;s amoureuse prison</p>
+<p>Qui souloit mon cueur desbriser.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>III.</p>
+</div>
+<a name="p008"></a><span class="pagenum">P. 8</span>
+<div class="stanza">
+<p>Je le feis en telle fa&ccedil;on,</p>
+<p>Voyant Celle devant mes yeulx</p>
+<p>Consentant &agrave; ma deffa&ccedil;on,</p>
+<p>Sans ce que j&agrave; luy en fust mieulx;</p>
+<p>Dont je me deul et plains aux cieulx,</p>
+<p>En requ&eacute;rant d'elle vengence</p>
+<p>A tous les dieux venerieux,</p>
+<p>Et du grief d'amours all&eacute;gence.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>IV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et, se je pense &agrave; ma faveur,</p>
+<p>Ces doulx regrets et beaulx semblans</p>
+<p>De tr&egrave;s decepvante saveur,</p>
+<p>Me trespercent jusques aux flancs:</p>
+<p>Bien ilz ont vers moy les piez blancs</p>
+<p>Et me faillent au grant besoing.</p>
+<p>Planter me fault autre complant</p>
+<p>Et frapper en un autre coing.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>V.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Le regard de Celle m'a prins,</p>
+<p>Qui m'a est&eacute; f&eacute;lonne et dure;</p>
+<p>Sans ce qu'en riens aye mesprins,</p>
+<p>Veult et ordonne que j'endure</p>
+<p>La mort, et que plus je ne dure.</p>
+<p>Si n'y voy secours que fouir.</p>
+<p>Rompre veult la dure souldure,</p>
+<p>Sans mes piteux regrets ouir!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>VI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Pour obvier &agrave; ses dangiers,</p>
+<p>Mon mieulx est, ce croy, de partir.</p>
+<p>Adieu! Je m'en voys &agrave; Angiers,</p>
+<a name="p009"></a><span class="pagenum">P. 9</span>
+<p>Puisqu'el ne me veult impartir</p>
+<p>Sa grace, ne me departir.</p>
+<p>Par elle meurs, les membres sains;</p>
+<p>Au fort, je meurs amant martir,</p>
+<p>Du nombre des amoureux saints!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>VII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Combien que le d&eacute;part soit dur,</p>
+<p>Si fault-il que je m'en esloingne.</p>
+<p>Comme mon paouvre sens est dur!</p>
+<p>Autre que moy est en queloingne,</p>
+<p>Dont onc en forest de Bouloingne</p>
+<p>Ne fut plus alter&eacute; d'humeur.</p>
+<p>C'est pour moy piteuse besoingne:</p>
+<p>Dieu en vueille ou&iuml;r ma clameur!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>VIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et puisque departir me fault,</p>
+<p>Et du retour ne suis certain:</p>
+<p>Je ne suis homme sans deffault,</p>
+<p>Ne qu'autre d'assier ne d'estaing.</p>
+<p>Vivre aux humains est incertain,</p>
+<p>Et apr&egrave;s mort n'y a relaiz:</p>
+<p>Je m'en voys en pays loingtaing;</p>
+<p>Si establiz ce pr&eacute;sent laiz.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>IX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Premi&egrave;rement, au nom du P&egrave;re,</p>
+<p>Du Filz et du Saint-Esperit,</p>
+<p>Et de la glorieuse M&egrave;re</p>
+<p>Par qui grace riens ne p&eacute;rit,</p>
+<p>Je laisse, de par Dieu, mon bruit</p>
+<p>A maistre Guillaume Villon,</p>
+<p>Qui en l'honneur de son nom bruit,</p>
+<a name="p010"></a><span class="pagenum">P. 10</span>
+<p>Mes tentes et mon pavillon.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>X.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>A celle doncques que j'ay dict,</p>
+<p>Qui si durement m'a chass&eacute;,</p>
+<p>Que j'en suys de joye interdict</p>
+<p>Et de tout plaisir d&eacute;chass&eacute;,</p>
+<p>Je laisse mon coeur enchass&eacute;,</p>
+<p>Palle, piteux, mort et transy:</p>
+<p>Elle m'a ce mal pourchass&eacute;,</p>
+<p>Mais Dieu luy en face mercy!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et &agrave; maistre Ythier, marchant,</p>
+<p>Auquel je me sens tr&egrave;s tenu,</p>
+<p>Laisse mon branc d'acier tranchant,</p>
+<p>Et &agrave; maistre Jehan le Cornu,</p>
+<p>Qui est en gaige d&eacute;tenu</p>
+<p>Pour ung escot six solz montant;</p>
+<p>Je vueil, selon le contenu,</p>
+<p>Qu'on luy livre, en le racheptant.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, je laisse &agrave; Sainct-Amant</p>
+<p>Le Cheval Blanc avec la Mulle,</p>
+<p>Et &agrave; Blaru, mon dyamant</p>
+<p>Et l'Asne ray&eacute; qui reculle.</p>
+<p>Et le d&eacute;cret qui articulle:</p>
+<p><i>Omnis utriusque sexus</i>,</p>
+<p>Contre la Carmeliste bulle,</p>
+<p>Laisse aux curez, pour mettre sus.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XIII.</p>
+<a name="p011"></a><span class="pagenum">P. 11</span></div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; Jehan Trouv&eacute;, bouchier,</p>
+<p>Laisse le mouton franc et tendre,</p>
+<p>Et ung tachon pour esmoucher</p>
+<p>Le boeuf couronn&eacute; qu'on veult vendre,</p>
+<p>Et la vache qu'on ne peult prendre.</p>
+<p>Le vilain qui la trousse au col,</p>
+<p>S'il ne la rend, qu'on le puist pendre</p>
+<p>Ou estrangler d'un bon licol!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et &agrave; maistre Robert Vall&eacute;e,</p>
+<p>Povre clergeon au Parlement,</p>
+<p>Qui ne tient ne mont ne vall&eacute;e,</p>
+<p>J'ordonne principalement</p>
+<p>Qu'on luy baille legerement</p>
+<p>Mes brayes, estans aux trumelli&egrave;res,</p>
+<p>Pour coeffer plus honestement</p>
+<p>S'amye Jehanneton de Milli&egrave;res.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Pour ce qu'il est de lieu honeste,</p>
+<p>Fault qu'il soit myeulx recompens&eacute;,</p>
+<p>Car le Saint-Esprit l'admoneste.</p>
+<p>Ce obstant qu'il est insens&eacute;.</p>
+<p>Pour ce, je me suis pourpens&eacute;,</p>
+<p>Puysqu'il n'a sens mais qu'une aulmoire,</p>
+<p>De recouvrer sur Malpens&eacute;,</p>
+<p>Qu'on lui baille, l'Art de m&eacute;moire.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item plus, je assigne la vie</p>
+<p>Du dessusdict maistre Robert...</p>
+<a name="p012"></a><span class="pagenum">P. 12</span>
+<p>Pour Dieu! n'y ayez point d'envie!</p>
+<p>Mes parens, vendez mon haubert,</p>
+<p>Et que l'argent, ou la pluspart,</p>
+<p>Soit employ&eacute;, dedans ces Pasques,</p>
+<p>Pour achepter &agrave; ce poupart</p>
+<p>Une fenestre empr&egrave;s Saint-Jacques.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XVII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Derechief, je laisse en pur don</p>
+<p>Mes gands et ma hucque de soye</p>
+<p>A mon amy Jacques Cardon;</p>
+<p>Le gland aussi d'une saulsoye,</p>
+<p>Et tous les jours une grosse oye</p>
+<p>Et ung chappon de haulte gresse;</p>
+<p>Dix muys de vin blanc comme croye,</p>
+<p>Et deux proc&egrave;s, que trop n'engresse.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, je laisse &agrave; ce jeune homme,</p>
+<p>Ren&eacute; de Montigny, troys chiens;</p>
+<p>Aussi &agrave; Jehan Raguyer, la somme</p>
+<p>De cent frans, prins sur tous mes biens;</p>
+<p>Mais quoy! Je n'y comprens en riens</p>
+<p>Ce que je pourray acquerir:</p>
+<p>On ne doit trop prendre des siens,</p>
+<p>Ne ses amis trop surquerir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XIX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, au seigneur de Grigny</p>
+<p>Laisse la garde de Nygon,</p>
+<p>Et six chiens plus qu'&agrave; Montigny,</p>
+<p>Vicestre, chastel et donjon;</p>
+<p>Et &agrave; ce malostru Changon,</p>
+<p>Moutonnier qui tient en proc&egrave;s,</p>
+<p>Laisse troys coups d'ung escourgon,</p>
+<a name="p013"></a><span class="pagenum">P. 13</span>
+<p>Et coucher, paix et aise, en ceps.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et &agrave; maistre Jacques Raguyer,</p>
+<p>Je laisse l'Abreuvoyr Popin,</p>
+<p>Pour ses paouvres seurs grafignier;</p>
+<p>Tousjours le choix d'ung bon lopin,</p>
+<p>Le trou de la Pomme de pin,</p>
+<p>Le doz aux rains, au feu la plante,</p>
+<p>Emmaillot&eacute; en jacopin;</p>
+<p>Et qui vouldra planter, si plante.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; maistre Jehan Mautainct</p>
+<p>Et maistre Pierre Basannier,</p>
+<p>Le gr&eacute; du Seigneur, qui attainct</p>
+<p>Troubles, forfaits, sans espargnier;</p>
+<p>Et &agrave; mon procureur Fournier,</p>
+<p>Bonnetz courts, chausses semell&eacute;es,</p>
+<p>Taill&eacute;es sur mon cordouennier,</p>
+<p>Pour porter durant ces gell&eacute;es.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, au chevalier du guet,</p>
+<p>Le heaulme luy establis;</p>
+<p>Et aux pietons qui vont d'aguet</p>
+<p>Tastonnant par ces establis,</p>
+<p>Je leur laisse deux beaulx rubis,</p>
+<p>La lenterne &agrave; la Pierre-au-Let.,</p>
+<p>Voire-mais, j'auray les <i>Troys licts</i>,</p>
+<p>S'ilz me meinent en Chastellet.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXIII.</p>
+<a name="p014"></a><span class="pagenum">P. 14</span></div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; Perrenet Marchant,</p>
+<p>Qu'on dit le Bastard de la Barre,</p>
+<p>Pour ce qu'il est ung bon marchant,</p>
+<p>Luy laisse trois gluyons de feurre</p>
+<p>Pour estendre dessus la terre</p>
+<p>A faire l'amoureux mestier,</p>
+<p>O&ugrave; il luy fauldra sa vie querre,</p>
+<p>Car il ne scet autre mestier.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, au Loup et &agrave; Chollet,</p>
+<p>Je laisse &agrave; la foys un canart,</p>
+<p>Prins sous les murs, comme on souloit,</p>
+<p>Envers les fossez, sur le tard;</p>
+<p>Et &agrave; chascun un grand tabart</p>
+<p>De cordelier, jusques aux pieds,</p>
+<p>Busche, charbon et poys au lart,</p>
+<p>Et mes housaulx sans avantpiedz.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Derechief, je laisse en piti&eacute;,</p>
+<p>A troys petitz enfans tous nudz,</p>
+<p>Nommez en ce pr&eacute;sent traicti&eacute;,</p>
+<p>Paouvres orphelins impourveuz,</p>
+<p>Tous deschaussez, tous despourveus,</p>
+<p>Et desnuez comme le ver;</p>
+<p>J'ordonne qu'ils seront pourveuz,</p>
+<p>Au moins pour passer cest yver.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Premi&egrave;rement, Colin Laurens,</p>
+<p>Girard Gossoyn et Jehan Marceau,</p>
+<p>Desprins de biens et de parens,</p>
+<a name="p015"></a><span class="pagenum">P. 15</span>
+<p>Qui n'ont vaillant l'anse d'ung ceau,</p>
+<p>Chascun de mes biens ung faisseau,</p>
+<p>Ou quatre blancs, s'ilz l'ayment mieulx;</p>
+<p>Ils mangeront maint bon morceau,</p>
+<p>Ces enfans, quand je seray vieulx!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXVII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, ma nomination,</p>
+<p>Que j'ay de l'Universit&eacute;,</p>
+<p>Laisse par r&eacute;signation,</p>
+<p>Pour forclorre d'adversit&eacute;</p>
+<p>Paouvres clercs de ceste cit&eacute;,</p>
+<p>Soubz cest <i>intendit</i> contenuz:</p>
+<p>Charit&eacute; m'y a incit&eacute;,</p>
+<p>Et Nature, les voyant nudz.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>C'est maistre Guillaume Cotin</p>
+<p>Et maistre Thibault de Vitry,</p>
+<p>Deux paouvres clercs, parlans latin,</p>
+<p>Paisibles enfans, sans estry,</p>
+<p>Humbles, bien chantans au lectry.</p>
+<p>Je leur laisse cens recevoir</p>
+<p>Sur la maison Guillot Gueuldry,</p>
+<p>En attendant de mieulx avoir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXIX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item plus, je adjoinctz &agrave; la Crosse</p>
+<p>Celle de la rue Sainct-Anthoine,</p>
+<p>Et ung billart de quoy on crosse,</p>
+<p>Et tous les jours plain pot de Seine,</p>
+<p>Aux pigons qui sont en l'essoine,</p>
+<p>Enserrez soubz trappe voli&egrave;re,</p>
+<p>Et mon mirouer bel et ydoyne,</p>
+<a name="p016"></a><span class="pagenum">P. 16</span>
+<p>Et la grace de la geolli&egrave;re.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, je laisse aux hospitaux</p>
+<p>Mes chassis tissus d'araign&eacute;e;</p>
+<p>Et aux gisans soubz les estaux,</p>
+<p>Chascun sur l'oeil une grongn&eacute;e,</p>
+<p>Trembler &agrave; chi&egrave;re renffrongn&eacute;e,</p>
+<p>Maigres, velluz et morfonduz;</p>
+<p>Chausses courtes, robbe rongn&eacute;e,</p>
+<p>Gelez, meurdriz et enfonduz.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, je laisse &agrave; mon barbier</p>
+<p>Les rongneures de mes cheveulx,</p>
+<p>Plainement et sans destourbier;</p>
+<p>Au savetier, mes souliers vieulx,</p>
+<p>Et au fripier, mes habitz tieulx</p>
+<p>Que, quant du tout je les d&eacute;laisse,</p>
+<p>Pour moins qu'ilz ne coust&egrave;rent neufz</p>
+<p>Charitablement je leur laisse.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, aux Quatre Mendians,</p>
+<p>Aux Filles Dieu et aux Beguynes,</p>
+<p>Savoureulx morceaulx et frians,</p>
+<p>Chappons, pigons, grasses gelines,</p>
+<p>Et puis prescher les Quinze Signes,</p>
+<p>Et abatre pain &agrave; deux mains.</p>
+<p>Carmes chevaulchent nos voisines,</p>
+<p>Mais cela ne m'est que du meins.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXIII.</p>
+<a name="p017"></a><span class="pagenum">P. 17</span></div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, laisse le Mortier d'or</p>
+<p>A Jehan l'Espicier, de la Garde,</p>
+<p>Et une potence &agrave; Sainct-Mor,</p>
+<p>Pour faire ung broyer &agrave; moustarde,</p>
+<p>Et celluy qui feit l'avant-garde,</p>
+<p>Pour faire sur moy griefz exploitz,</p>
+<p>De par moy sainct Anthoine l'arde!</p>
+<p>Je ne lui lairray autre laiz.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, je laisse &agrave; Mairebeuf</p>
+<p>Et &agrave; Nicolas de Louvieulx,</p>
+<p>A chascun l'escaille d'un oeuf,</p>
+<p>Plaine de frans et d'escus vieulx,</p>
+<p>Quant au concierge de Gouvieulx,</p>
+<p>Pierre Ronseville, je ordonne,</p>
+<p>Pour luy donner encore mieulx,</p>
+<p>Escus telz que prince les donne.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Finalement, en escrivant,</p>
+<p>Ce soir, seullet, estant en bonne,</p>
+<p>Dictant ces laiz et descripvant,</p>
+<p>Je ouyz la cloche de Sorbonne,</p>
+<p>Qui tousjours &agrave; neuf heures sonne</p>
+<p>Le Salut que l'Ange pr&eacute;dit;</p>
+<p>Cy suspendy et cy mis bonne,</p>
+<p>Pour pryer comme le cueur dit.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Cela fait, je me entre-oubliai,</p>
+<p>Non pas par force de vin boire,</p>
+<p>Mon esperit comme li&eacute;;</p>
+<a name="p018"></a><span class="pagenum">P. 18</span>
+<p>Lors je senty dame M&eacute;moire</p>
+<p>Rescondre et mectre en son aulmoire</p>
+<p>Ses esp&egrave;ces collaterales,</p>
+<p>Oppinative faulce et voire,</p>
+<p>Et autres intellectualles.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXVII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et mesmement l'extimative,</p>
+<p>Par quoy prosp&eacute;rit&eacute; nous vient;</p>
+<p>Similative, formative,</p>
+<p>Desquelz souvent il advient</p>
+<p>Que, par l'art trouv&eacute;, hom devient</p>
+<p>Fol et lunaticque par moys:</p>
+<p>Je l'ay leu, et bien m'en souvient,</p>
+<p>En Aristote aucunes fois.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Doncques le sensif s'esveilla</p>
+<p>Et esvertua fantasie,</p>
+<p>Qui tous argeutis resveilla,</p>
+<p>Et tint souveraine partie,</p>
+<p>En souppirant, comme amortie,</p>
+<p>Par oppression d'oubliance,</p>
+<p>Qui en moy s'estoit espartie</p>
+<p>Pour montrer des sens l'alliance.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXIX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Puis, mon sens qui fut &agrave; repos</p>
+<p>Et l'entendement desveill&eacute;,</p>
+<p>Je cuide finer mon propos;</p>
+<p>Mais mon encre estoit gel&eacute;,</p>
+<p>Et mon cierge estoit soufl&eacute;.</p>
+<p>De feu je n'eusse pu finer.</p>
+<p>Si m'endormy, tout enmoufl&eacute;,</p>
+<a name="p019"></a><span class="pagenum">P. 19</span>
+<p>Et ne peuz autrement finer.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XL</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Fait au temps de ladicte date,</p>
+<p>Par le bon renomm&eacute; Villon,</p>
+<p>Qui ne mange figue ne date;</p>
+<p>Sec et noir comme escouvillon,</p>
+<p>Il n'a tente ne pavillon</p>
+<p>Qu'il n'ayt laiss&eacute; &agrave; ses amys,</p>
+<p>Et n'a mais qu'un peu de billon,</p>
+<p>Qui sera tantost &agrave; fin mys.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CY FINE LE TESTAMENT VILLON.</p>
+<br>
+<br>
+<br>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p021"></a><span class="pagenum">P.
+21</span>
+<p>CY COMMENCE LE GRANT TESTAMENT</p>
+<p>DE</p>
+<p>FRAN&Ccedil;OIS VILLON</p>
+<p>FAIT EN 1461.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>I.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>En l'an trentiesme de mon aage,</p>
+<p>Que toutes mes hontes j'eu beues,</p>
+<p>Ne du tout fol, ne du tout sage.</p>
+<p>Nonobstant maintes peines eues,</p>
+<p>Lesquelles j'ay toutes receues</p>
+<p>Soubz la main Thibault d'Aussigny.</p>
+<p>S'evesque il est, seignant les rues,</p>
+<p>Qu'il soit le mien je le regny!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>II.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Mon seigneur n'est, ne mon evesque;</p>
+<p>Soubz luy ne tiens, s'il n'est en friche;</p>
+<p>Foy ne luy doy, ne hommage avecque;</p>
+<p>Je ne suis son serf ne sa biche.</p>
+<p>Peu m'a d'une petite miche</p>
+<p>Et de froide eau, tout ung est&eacute;.</p>
+<p>Large ou estroit, moult me fut chiche.</p>
+<a name="p022"></a><span class="pagenum">P. 22</span>
+<p>Tel luy soit Dieu qu'il m'a est&eacute;.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>III.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et, s'aucun me vouloit reprendre</p>
+<p>Et dire que je le mauldys,</p>
+<p>Non fais, si bien me s&ccedil;ait comprendre,</p>
+<p>Et rien de luy je ne mesdys.</p>
+<p>Voycy tout le mal que j'en dys:</p>
+<p>S'il m'a est&eacute; misericors,</p>
+<p>J&eacute;sus, le roy de paradis,</p>
+<p>Tel luy soit &agrave; l'&acirc;me et au corps!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>IV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>S'il m'a est&eacute; dur et cruel</p>
+<p>Trop plus que cy ne le racompte,</p>
+<p>Je vueil que le Dieu &eacute;ternel</p>
+<p>Luy soit doncq semblable, &agrave; ce compte!...</p>
+<p>Mais l'Eglise nous dit et compte</p>
+<p>Que prions pour nos ennemis;</p>
+<p>Je vous dis que j'ay tort et honte:</p>
+<p>Tous ses faictz soient &agrave; Dieu remis!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>V.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Si prieray Dieu de bon cueur,</p>
+<p>Pour l'&acirc;me du bon feu Cotard.</p>
+<p>Mais quoy! ce sera doncq par cueur,</p>
+<p>Car de lire je suys faitard.</p>
+<p>Pri&egrave;re en feray de Picard;</p>
+<p>S'il ne le s&ccedil;ait, voise l'apprandre,</p>
+<p>S'il m'en croyt, ains qu'il soit plus tard</p>
+<p>A Douay, ou &agrave; Lysle en Flandre!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>VI.</p>
+<a name="p023"></a><span class="pagenum">P. 23</span></div>
+<div class="stanza">
+<p>Combien souvent je veuil qu'on prie</p>
+<p>Pour luy, foy que doy mon baptesme,</p>
+<p>Obstant qu'&agrave; chascun ne le crye,</p>
+<p>Il ne fauldra pas &agrave; son esme.</p>
+<p>Au Psaultier prens, quand suys &agrave; mesme,</p>
+<p>Qui n'est de beuf ne cordoen,</p>
+<p>Le verset escript le septiesme</p>
+<p>Du psaulme de <i>Deus laudem</i>.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>VII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Si pry au benoist Filz de Dieu,</p>
+<p>Qu'&agrave; tous mes besoings je reclame,</p>
+<p>Que ma pauvre pri&egrave;re ayt lieu</p>
+<p>Verz luy, de qui tiens corps et ame,</p>
+<p>Qui m'a pr&eacute;serv&eacute; de maint blasme</p>
+<p>Et franchy de vile puissance.</p>
+<p>Lou&eacute; soit-il, et Nostre-Dame,</p>
+<p>Et Loys, le bon roy de France!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>VIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Auquel doint Dieu l'heur de Jacob,</p>
+<p>De Salomon l'honneur et gloire;</p>
+<p>Quant de prouesse, il en a trop;</p>
+<p>De force aussi, par m'ame, voire!</p>
+<p>En ce monde-cy transitoire,</p>
+<p>Tant qu'il a de long et de l&eacute;;</p>
+<p>Affin que de luy soit memoire,</p>
+<p>Vive autant que Mathusal&eacute;!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>IX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et douze beaulx enfans, tous masles,</p>
+<p>Veoir, de son tr&egrave;s cher sang royal,</p>
+<p>Aussi preux que fut le grand Charles,</p>
+<a name="p024"></a><span class="pagenum">P. 24</span>
+<p>Conceuz en ventre nuptial,</p>
+<p>Bons comme fut sainct Martial.</p>
+<p>Ainsi en preigne au bon Dauphin;</p>
+<p>Je ne luy souhaicte autre mal,</p>
+<p>Et puys paradis &agrave; la fin.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>X.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Pour ce que foible je me sens,</p>
+<p>Trop plus de biens que de sant&eacute;,</p>
+<p>Tant que je suys en mon plain sens,</p>
+<p>Si peu que Dieu m'en a prest&eacute;,</p>
+<p>Car d'autre ne l'ay emprunt&eacute;,</p>
+<p>J'ay ce Testament tr&egrave;s estable</p>
+<p>Faict, de derni&egrave;re voulent&eacute;,</p>
+<p>Seul pour tout et irr&eacute;vocable:</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Escript l'ay l'an soixante et ung,</p>
+<p>Que le bon roy me d&eacute;livra</p>
+<p>De la dure prison de Mehun,</p>
+<p>Et que vie me recouvra,</p>
+<p>Dont suys, tant que mon cueur vivra,</p>
+<p>Tenu vers luy me humilier,</p>
+<p>Ce que feray jusqu'il mourra:</p>
+<p>Bienfaict ne se doibt oublier.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><i>Icy commence Villon &agrave; entrer en
+mati&egrave;re</i></p>
+<p><i>pleine d'erudition et de bon s&ccedil;avoir.</i></p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Or est vray qu'apr&egrave;s plaingtz et pleurs</p>
+<p>et angoisseux gemissemens,</p>
+<p>Apr&egrave;s tristesses et douleurs,</p>
+<a name="p025"></a><span class="pagenum">P. 25</span>
+<p>Labeurs et griefz cheminemens,</p>
+<p>Travail mes lubres sentemens,</p>
+<p>Esguisez comme une pelote,</p>
+<p>M'ouvrist plus que tous les Commens</p>
+<p>D'Averroys sur Aristote.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Combien qu'au plus fort de mes maulx,</p>
+<p>En cheminant sans croix ne pile,</p>
+<p>Dieu, qui les Pellerins d'Esmaus</p>
+<p>Conforta, ce dit l'Evangile,</p>
+<p>Me montra une bonne ville</p>
+<p>Et pourveut du don d'esp&eacute;rance;</p>
+<p>Combien que le pecheur soit vile,</p>
+<p>Riens ne hayt que pers&eacute;v&eacute;rance.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Je suys p&eacute;cheur, je le s&ccedil;ay bien;</p>
+<p>Pourtant Dieu ne veult pas ma mort,</p>
+<p>Mais convertisse et vive en bien;</p>
+<p>Mieulx tout autre que p&eacute;ch&eacute; mord,</p>
+<p>Soye vraye voulent&eacute; ou enhort,</p>
+<p>Dieu voit, et sa mis&eacute;ricorde,</p>
+<p>Se conscience me remord,</p>
+<p>Par sa grace pardon m'accorde.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et, comme le noble Romant</p>
+<p>De la Rose dit et confesse</p>
+<p>En son premier commencement,</p>
+<p>Qu'on doit jeune cueur, en jeunesse,</p>
+<p>Quant on le voit vieil en vieillesse,</p>
+<p>Excuser; helas! il dit voir.</p>
+<p>Ceulx donc qui me font telle oppresse,</p>
+<a name="p026"></a><span class="pagenum">P. 26</span>
+<p>En meurt&eacute; ne me vouldroient veoir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Se, pour ma mort, le bien publique</p>
+<p>D'aucune chose vaulsist myeulx,</p>
+<p>A mourir comme ung homme inique</p>
+<p>Je me jugeasse, ainsi m'aid Dieux!</p>
+<p>Grief ne faiz &agrave; jeune ne vieulx,</p>
+<p>Soye sur pied ou soye en bi&egrave;re:</p>
+<p>Les montz ne bougent de leurs lieux,</p>
+<p>Pour un paouvre, n'avant, n'arri&egrave;re.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XVII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Au temps que Alexandre regna,</p>
+<p>Ung hom, nomm&eacute; Diomed&egrave;s,</p>
+<p>Devant luy on luy amena,</p>
+<p>Engrillonn&eacute; poulces et detz</p>
+<p>Comme ung larron; car il fut des</p>
+<p>Escumeurs que voyons courir.</p>
+<p>Si fut mys devant le cad&egrave;s,</p>
+<p>Pour estre jug&eacute; &agrave; mourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>L'empereur si l'arraisonna:</p>
+<p>&laquo;Pourquoy es-tu larron de mer?&raquo;</p>
+<p>L'autre, responce luy donna:</p>
+<p>&laquo;Pourquoy larron me faiz nommer?</p>
+<p>&laquo;Pour ce qu'on me voit escumer</p>
+<p>&laquo;En une petiote fuste?</p>
+<p>&laquo;Se comme toy me peusse armer,</p>
+<p>&laquo;Comme toy empereur je fusse.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XIX.</p>
+<a name="p027"></a><span class="pagenum">P. 27</span></div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;Mais que veux-tu! De ma fortune,</p>
+<p>&laquo;Contre qui ne puis bonnement,</p>
+<p>&laquo;Qui si durement m'infortune,</p>
+<p>&laquo;Me vient tout ce gouvernement.</p>
+<p>&laquo;Excuse-moy aucunement,</p>
+<p>&laquo;Et s&ccedil;aches qu'en grand pauvret&eacute;</p>
+<p>&laquo;(Ce mot dit-on commun&eacute;ment)</p>
+<p>&laquo;Ne gist pas trop grand loyault&eacute;.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><b>XX</b>.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quand l'empereur eut remir&eacute;</p>
+<p>De Diomed&egrave;s tout le dict:</p>
+<p>&laquo;Ta fortune je te mueray,</p>
+<p>&laquo;Mauvaise en bonne!&raquo; ce luy dit.</p>
+<p>Si fist-il. Onc puis ne mesprit</p>
+<p>A personne, mais fut vray homme;</p>
+<p>Val&egrave;re, pour vray, le rescript,</p>
+<p>Qui fut nomm&eacute; <i>le grand</i> &agrave; Romme.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><b>XXI</b>.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Se Dieu m'eust donn&eacute; rencontrer</p>
+<p>Ung autre piteux Alexandre,</p>
+<p>Qui m'eust faict en bon heur entrer,</p>
+<p>Et lors qui m'eust veu condescendre</p>
+<p>A mal, estre ars et mys en cendre</p>
+<p>Jug&eacute; me fusse de ma voix.</p>
+<p>N&eacute;cessit&eacute; faict gens mesprendre,</p>
+<p>Et faim saillir le loup des boys.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><b>XXII</b>.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Je plaings le temps de ma jeunesse,</p>
+<p>Ouquel j'ay plus qu'autre gall&eacute;,</p>
+<p>Jusque &agrave; l'entr&eacute;e de vieillesse,</p>
+<a name="p028"></a><span class="pagenum">P. 28</span>
+<p>Qui son partement m'a cel&eacute;.</p>
+<p>Il ne s'en est &agrave; pied all&eacute;,</p>
+<p>N'a cheval; las! et comment donc?</p>
+<p>Soudainement s'en est voil&eacute;,</p>
+<p>Et ne m'a laiss&eacute; quelque don.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><b>XXIII</b>.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>All&eacute; s'en est, et je demeure,</p>
+<p>Pauvre de sens et de s&ccedil;avoir,</p>
+<p>Triste, failly, plus noir que meure,</p>
+<p>Qui n'ay ne cens, rente, n'avoir;</p>
+<p>Des miens le moindre, je n'y voir,</p>
+<p>De me desadvouer s'avance,</p>
+<p>Oublyans naturel devoir,</p>
+<p>Par faulte d'ung peu de chevance.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><b>XXIV</b>.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Si ne crains avoir despendu,</p>
+<p>Par friander et par leschier;</p>
+<p>Par trop aimer n'ay riens vendu,</p>
+<p>Que nuls me puissent reprouchier.</p>
+<p>Au moins qui leur couste trop cher.</p>
+<p>Je le dys, et ne croys mesdire.</p>
+<p>De ce ne me puis revencher:</p>
+<p>Qui n'a m&eacute;fiait ne le doit dire.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><b>XXV</b>.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Est v&eacute;rit&eacute; que j'ay aym&eacute;</p>
+<p>Et que aymeroye voulentiers;</p>
+<p>Mais triste cueur, ventre affam&eacute;,</p>
+<p>Qui n'est rassasi&eacute; au tiers,</p>
+<p>Me oste des amoureux sentiers.</p>
+<p>Au fort, quelqu'un s'en recompense,</p>
+<p>Qui est remply sur les chantiers,</p>
+<a name="p029"></a><span class="pagenum">P. 29</span>
+<p>Car de la panse vient la danse.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><b>XXVI</b>.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Bien s&ccedil;ay se j'eusse estudi&eacute;</p>
+<p>Ou temps de ma jeunesse folle,</p>
+<p>Et &agrave; bonnes meurs dedi&eacute;,</p>
+<p>J'eusse maison et couche molle!</p>
+<p>Mais quoy? je fuyoye l'escolle,</p>
+<p>Comme faict le mauvays enfant...</p>
+<p>En escrivant ceste parolle,</p>
+<p>A peu que le cueur ne me fend.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><b>XXVII</b>.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Le dict du Saige est tr&egrave;s beaulx dictz,</p>
+<p>Favorable, et bien n'en puis mais,</p>
+<p>Qui dit: &laquo;Esjoys-toy, mon filz,</p>
+<p>A ton adolescence; mais</p>
+<p>Ailleurs sers bien d'ung autre mectz,</p>
+<p>Car jeunesse et adolescence</p>
+<p>(C'est son parler, ne moins ne mais)</p>
+<p>Ne sont qu'abbus et ignorance.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><b>XXVIII</b>.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Mes jours s'en sont allez errant,</p>
+<p>Comme, dit Job, d'une touaille</p>
+<p>Sont les filetz, quant tisserant</p>
+<p>Tient en son poing ardente paille:</p>
+<p>Lors, s'il y a nul bout qui saille,</p>
+<p>Soudainement il le ravit.</p>
+<p>Si ne crains rien qui plus m'assaille,</p>
+<p>Car &agrave; la mort tout assouvyst.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXIX.</p>
+<a name="p030"></a><span class="pagenum">P. 30</span></div>
+<div class="stanza">
+<p>O&ugrave; sont les gratieux gallans</p>
+<p>Que je suyvoye au temps jadis,</p>
+<p>Si bien chantans, si bien parlans,</p>
+<p>Si plaisans en faictz et en dictz?</p>
+<p>Les aucuns sont mortz et roydiz;</p>
+<p>D'eulx n'est-il plus rien maintenant.</p>
+<p>Respit ils ayent en paradis,</p>
+<p>Et Dieu saulve le remenant!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et les aucuns sont devenuz,</p>
+<p>Dieu mercy! grans seigneurs et maistres,</p>
+<p>Les autres mendient tous nudz,</p>
+<p>Et pain ne voyent qu'aux fenestres;</p>
+<p>Les autres sont entrez en cloistres;</p>
+<p>De Celestins et de Chartreux,</p>
+<p>Bottez, housez, com pescheurs d'oystres:</p>
+<p>Voil&agrave; l'estat divers d'entre eulx.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Aux grans maistres Dieu doint bien faire</p>
+<p>Vivans en paix et en requoy.</p>
+<p>En eulx il n'y a que refaire;</p>
+<p>Si s'en fait bon taire tout quoy.</p>
+<p>Mais aux pauvres qui n'ont de quoy,</p>
+<p>Comme moy, Dieu doint patience;</p>
+<p>Aux aultres ne fault qui ne quoy,</p>
+<p>Car assez ont pain et pitance.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Bons vins ont, souvent embrochez,</p>
+<p>Saulces, brouetz et gros poissons;</p>
+<p>Tartres, flans, oeufz fritz et pochez,</p>
+<a name="p031"></a><span class="pagenum">P. 31</span>
+<p>Perduz, et en toutes fa&ccedil;ons.</p>
+<p>Pas ne ressemblent les ma&ccedil;ons,</p>
+<p>Que servir fault &agrave; si grand peine;</p>
+<p>Ils ne veulent nulz eschan&ccedil;ons,</p>
+<p>Car de verser chascun se peine.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>En cest incident me suys mys,</p>
+<p>Qui de rien ne sert &agrave; mon faict.</p>
+<p>Je ne suys juge, ne commis,</p>
+<p>Pour punyr n'absouldre meffaict.</p>
+<p>De tous suys le plus imparfaict.</p>
+<p>Lou&eacute; soit le doulx J&eacute;sus-Christ!</p>
+<p>Que par moy leur soit satisfaict!</p>
+<p>Ce que j'ay escript est escript.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Laissons le monstier o&ugrave; il est;</p>
+<p>Parlons de chose plus plaisante.</p>
+<p>Ceste mati&egrave;re &agrave; tous ne plaist:</p>
+<p>Ennuyeuse est et desplaisante.</p>
+<p>Pauvret&eacute;, chagrine et dolente,</p>
+<p>Tousjours despiteuse et rebelle,</p>
+<p>Dit quelque parolle cuysante;</p>
+<p>S'elle n'ose, si le pense-elle.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Pauvre je suys de ma jeunesse,</p>
+<p>De pauvre et de petite extrace.</p>
+<p>Mon pere n'eut oncq grand richesse.</p>
+<p>Ne son ayeul, nomm&eacute; Erace.</p>
+<p>Pauvret&eacute; tous nous suyt et trace.</p>
+<p>Sur les tumbeaulx de mes ancestres,</p>
+<p>Les ames desquelz Dieu embrasse,</p>
+<a name="p032"></a><span class="pagenum">P. 32</span>
+<p>On n'y voyt couronnes ne sceptres.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>De pouvret&eacute; me guermentant,</p>
+<p>Souventesfoys me dit le cueur:</p>
+<p>&laquo;Homme, ne te doulouse tant</p>
+<p>Et ne demaine tel douleur,</p>
+<p>Se tu n'as tant qu'eust Jacques Cueur.</p>
+<p>Myeulx vault vivre soubz gros bureaux</p>
+<p>Pauvre, qu'avoir est&eacute; seigneur</p>
+<p>Et pourrir soubz riches tumbeaux!&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXVII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Qu'avoir est&eacute; seigneur!... Que dys?</p>
+<p>Seigneur, lasse! ne l'est-il mais!</p>
+<p>Selon ce que d'aulcun en dict,</p>
+<p>Son lieu ne congnoistra jamais.</p>
+<p>Quant du surplus, je m'en desmectz.</p>
+<p>Il n'appartient &agrave; moy, p&eacute;cheur;</p>
+<p>Aux th&eacute;ologiens le remectz,</p>
+<p>Car c'est office de prescheur.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Si ne suys, bien le consid&egrave;re,</p>
+<p>Filz d'ange, portant dyad&egrave;me</p>
+<p>D'etoille ne d'autre syd&egrave;re.</p>
+<p>Mon p&egrave;re est mort, Dieu en ayt l'ame,</p>
+<p>Quant est du corps, il gyst soubz lame...</p>
+<p>J'entends que ma m&egrave;re mourra,</p>
+<p>Et le s&ccedil;ait bien, la pauvre femme;</p>
+<p>Et le filz pas ne demourra.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXXIX.</p>
+<a name="p033"></a><span class="pagenum">P. 33</span></div>
+<div class="stanza">
+<p>Je congnoys que pauvres et riches,</p>
+<p>Sages et folz, prebstres et laiz,</p>
+<p>Noble et vilain, larges et chiches,</p>
+<p>Petitz et grans, et beaulx et laidz,</p>
+<p>Dames &agrave; rebrassez colletz,</p>
+<p>De quelconque condicion,</p>
+<p>Portant attours et bourreletz,</p>
+<p>Mort saisit sans exception.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XL.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et mourut Paris et H&eacute;l&egrave;ne.</p>
+<p>Quiconques meurt, meurt &agrave; douleur.</p>
+<p>Celluy qui perd vent et alaine,</p>
+<p>Son fiel se cr&egrave;ve sur son cueur,</p>
+<p>Puys sue Dieu s&ccedil;ait quelle sueur!</p>
+<p>Et n'est qui de ses maulx l'all&egrave;ge:</p>
+<p>Car enfans n'a, fr&egrave;re ne soeur,</p>
+<p>Qui lors voulsist estre son pleige.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XLI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>La mort le faict fr&eacute;mir, pallir,</p>
+<p>Le nez courber, les veines tendre,</p>
+<p>Le col enfler, la chair mollir,</p>
+<p>Joinctes et nerfs croistre et estendre.</p>
+<p>Corps f&eacute;minin, qui tant est tendre,</p>
+<p>Polly, souef, si precieulx,</p>
+<p>Te faudra-il ces maulx attendre?</p>
+<p>Ouy, ou tout vif aller &egrave;s cieulx.</p>
+<a name="p034"></a><span class="pagenum">P. 34</span></div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE</p>
+<p>DES DAMES DU TEMPS JADIS.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Dictes-moy o&ugrave;, n'en quel pays,</p>
+<p>Est Flora, la belle Romaine;</p>
+<p>Archipiada, ne Tha&iuml;s,</p>
+<p>Qui fut sa cousine germaine;</p>
+<p>Echo, parlant quand bruyt on maine</p>
+<p>Dessus rivi&egrave;re ou sus estan,</p>
+<p>Qui beaut&eacute; eut trop plus qu'humaine?</p>
+<p>Mais o&ugrave; sont les neiges d'antan!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>O&ugrave; est la tr&egrave;s sage Helo&iuml;s,</p>
+<p>Pour qui fut chastr&eacute; et puis moyne</p>
+<p>Pierre Esbaillart &agrave; Sainct-Denys?</p>
+<p>Pour son amour eut cest essoyne.</p>
+<p>Semblablement, o&ugrave; est la royne</p>
+<p>Qui commanda que Buridan</p>
+<p>Fust jett&eacute; en ung sac en Seine?</p>
+<p>Mais o&ugrave; sont les neiges d'antan!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>La royne Blanche comme ung lys,</p>
+<p>Qui chantoit &agrave; voix de sereine;</p>
+<p>Berthe au grand pied, Bietris, Allys;</p>
+<p>Harembourges, qui tint le Mayne,</p>
+<p>Et Jehanne, la bonne Lorraine,</p>
+<p>Qu'Anglois brusl&egrave;rent &agrave; Rouen;</p>
+<p>O&ugrave; sont-ilz, Vierge souveraine?...</p>
+<p>Mais o&ugrave; sont les neiges d'antan!</p>
+<a name="p035"></a><span class="pagenum">P. 35</span></div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince, n'enquerez de sepmaine</p>
+<p>O&ugrave; elles sont, ne de cest an,</p>
+<p>Que ce refrain ne vous remaine:</p>
+<p>Mais o&ugrave; sont les neiges d'antan!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE</p>
+<p>DES SEIGNEURS DU TEMPS JADIS</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Suyvant le propos pr&eacute;c&egrave;dent.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Qui plus? O&ugrave; est le tiers Calixte,</p>
+<p>Dernier deced&eacute; de ce nom,</p>
+<p>Qui quatre ans tint le Papaliste?</p>
+<p>Alphonse, le roy d'Aragon,</p>
+<p>Le gracieux duc de Bourbon,</p>
+<p>Et Artus, le duc de Bretaigne,</p>
+<p>Et Charles septiesme, le Bon?...</p>
+<p>Mais o&ugrave; est le preux Charlemaigne!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Semblablement, le roy Scotiste,</p>
+<p>Qui demy-face eut, ce dit-on,</p>
+<p>Vermeille comme une amathiste</p>
+<p>Depuys le front jusqu'au menton?</p>
+<p>Le roy de Chypre, de renom;</p>
+<p>H&eacute;las! et le bon roy d'Espaigne,</p>
+<p>Duquel je ne s&ccedil;ay pas le nom?...</p>
+<p>Mais o&ugrave; est le preux Charlemaigne!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>D'en plus parler je me d&eacute;siste;</p>
+<a name="p036"></a><span class="pagenum">P. 36</span>
+<p>Ce n'est que toute abusion.</p>
+<p>Il n'est qui contre mort r&eacute;siste,</p>
+<p>Ne qui treuve provision.</p>
+<p>Encor fais une question:</p>
+<p>Lancelot, le roy de Behaigne,</p>
+<p>O&ugrave; est-il? O&ugrave; est son tayon?...</p>
+<p>Mais o&ugrave; est le preux Charlemaigne!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>O&ugrave; est Claquin, le bon Breton?</p>
+<p>O&ugrave; le comte Daulphin d'Auvergne,</p>
+<p>Et le bon feu duc d'Alen&ccedil;on?...</p>
+<p>Mais o&ugrave; est le preux Charlemaigne!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>A ce propos, en vieil fran&ccedil;ois.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Mais o&ugrave; sont ly sainctz apostoles,</p>
+<p>D'aulbes vestuz, d'amys coeffez,</p>
+<p>Qui sont ceincts de sainctes estoles,</p>
+<p>Dont par le col prent ly mauffez,</p>
+<p>De maltalent tout eschauffez?</p>
+<p>Aussi bien meurt tilz que servans;</p>
+<p>De ceste vie sont bouffez:</p>
+<p>Autant en emporte ly vens.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Voire, o&ugrave; sont de Constantinobles</p>
+<p>L'emperier aux poings dorez,</p>
+<p>Ou de France ly roy tresnobles,</p>
+<p>Sur tous autres roys d&eacute;corez.</p>
+<p>Qui, pour ly grand Dieux adorez,</p>
+<a name="p037"></a><span class="pagenum">P. 37</span>
+<p>Bastist eglises et convens?</p>
+<p>S'en son temps il fut honorez,</p>
+<p>Autant en emporte ly vens.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>O&ugrave; sont de Vienne et de Grenobles</p>
+<p>Ly Daulphin, ly preux, ly senez?</p>
+<p>O&ugrave;, de Dijon, Sallins et Dolles,</p>
+<p>Ly sires et ly filz aisnez?</p>
+<p>O&ugrave; autant de leurs gens privez,</p>
+<p>Heraulx, trompettes, poursuyvans?</p>
+<p>Ont-ilz bien bout&eacute; soubz le nez?...</p>
+<p>Autant en emporte ly vens.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Princes &agrave; mort sont destinez,</p>
+<p>Et tous autres qui sont vivans;</p>
+<p>S'ils en sont coursez ou tennez,</p>
+<p>Autant en emporte ly vens.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XLII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Puys que papes, roys, filz de roys,</p>
+<p>Et conceuz en ventres de roynes,</p>
+<p>Sont enseveliz, mortz et froidz,</p>
+<p>En aultruy mains passent leurs resnes;</p>
+<p>Moy, pauvre mercerot de Renes,</p>
+<p>Mourray-je pas? Ouy, se Dieu plaist;</p>
+<p>Mais que j'aye faict mes estrenes,</p>
+<p>Honneste mort ne me desplaist.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XLIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ce monde n'est perpetuel,</p>
+<p>Quoy que pense riche pillart;</p>
+<p>Tous sommes soubz coutel mortel.</p>
+<p>Ce confort prent pauvre vieillart,</p>
+<a name="p038"></a><span class="pagenum">P. 38</span>
+<p>Lequel d'estre plaisant raillart</p>
+<p>Eut le bruyt, lorsque jeune estoit,</p>
+<p>Qu'on tiendrait &agrave; fol et paillait,</p>
+<p>Se, vieil, &agrave; railler se mettoit.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XLIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Or luy convient-il mendier,</p>
+<p>Car &agrave; ce force le contraint.</p>
+<p>Regrette huy sa mort, et hier;</p>
+<p>Tristesse son cueur si estrainct,</p>
+<p>Souvent, se n'estoit Dieu qu'il crainct,</p>
+<p>Il feroit un horrible faict.</p>
+<p>Si advient qu'en ce Dieu enfrainct,</p>
+<p>Et que luy-mesmes se deffaict.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XLV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Car, s'en jeunesse il fut plaisant,</p>
+<p>Ores plus rien ne dit qui plaise.</p>
+<p>Tousjours vieil synge est desplaisant:</p>
+<p>Moue ne faict qui ne desplaise.</p>
+<p>S'il se taist, affin qu'il complaise,</p>
+<p>Il est tenu pour fol recreu;</p>
+<p>S'il parle, on luy dit qu'il se taise.</p>
+<p>Et qu'en son prunier n'a pas creu.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XLVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Aussi, ces pauvres femmelettes,</p>
+<p>Qui vieilles sont et n'ont de quoy,</p>
+<p>Quand voyent jeunes pucellettes</p>
+<p>En admenez et en requoy,</p>
+<p>Lors demandent &agrave; Dieu pourquoy</p>
+<p>Si tost nasquirent, n'a quel droit?</p>
+<p>Notre Seigneur s'en taist tout coy,</p>
+<p>Car, au tanser, il le perdroit.</p>
+<a name="p039"></a><span class="pagenum">P. 39</span></div>
+<div class="stanza">
+<p>LES REGRETS</p>
+<p>DE LA BELLE HEAULMI&Egrave;RE</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>J&agrave; parvenue &agrave; vieillesse.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Advis m'est que j'oy regretter</p>
+<p>La belle qui fut heaulmi&egrave;re,</p>
+<p>Soy jeune fille souhaitter</p>
+<p>Et parler en ceste mani&egrave;re:</p>
+<p>&laquo;Ha! vieillesse felonne et fi&egrave;re,</p>
+<p>Pourquoy m'as si tost abatue?</p>
+<p>Qui me tient que je ne me fi&egrave;re,</p>
+<p>Et qu'&agrave; ce coup je ne me tue?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;Tollu m'as ma haulte franchise</p>
+<p>Que beaut&eacute; m'avoit ordonn&eacute;</p>
+<p>Sur clercz, marchans et gens d'Eglise:</p>
+<p>Car alors n'estoit homme n&eacute;</p>
+<p>Qui tout le sien ne m'eust donn&eacute;,</p>
+<p>Quoy qu'il en fust des repentailles,</p>
+<p>Mais que luy eusse abandonn&eacute;</p>
+<p>Ce que reffusent truandailles.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;A maint homme l'ay reffus&eacute;,</p>
+<p>Qui n'estoit &agrave; moy grand saigesse,</p>
+<p>Pour l'amour d'ung garson rus&eacute;,</p>
+<p>Auquel j'en feiz grande largesse.</p>
+<p>A qui que je feisse finesse,</p>
+<p>Par m'ame, je l'amoye bien!</p>
+<p>Or ne me faisoit que rudesse,</p>
+<p>Et ne m'amoyt que pour le mien.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;J&agrave; ne me sceut tant detrayner,</p>
+<a name="p040"></a><span class="pagenum">P. 40</span>
+<p>Fouller au piedz, que ne l'aymasse,</p>
+<p>Et m'eust-il faict les rains trayner,</p>
+<p>S'il m'eust dit que je le baisasse</p>
+<p>Et que tous mes maux oubliasse;</p>
+<p>Le glouton, de mal entach&eacute;,</p>
+<p>M'embrassoit... J'en suis bien plus grasse!</p>
+<p>Que m'en reste-il? Honte et p&eacute;ch&eacute;.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;Or il est mort, pass&eacute; trente ans,</p>
+<p>Et je remains vieille et chenue.</p>
+<p>Quand je pense, lasse! au bon temps,</p>
+<p>Quelle fus, quelle devenue;</p>
+<p>Quand me regarde toute nue,</p>
+<p>Et je me voy si tr&egrave;s-chang&eacute;e,</p>
+<p>Pauvre, seiche, maigre, menue,</p>
+<p>Je suis presque toute enrag&eacute;e.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;Qu'est devenu ce front poly,</p>
+<p>Ces cheveulx blonds, sourcilz voultyz,</p>
+<p>Grand entr'oeil, le regard joly,</p>
+<p>Dont prenoye les plus subtilz;</p>
+<p>Ce beau nez droit, grand ne petiz;</p>
+<p>Ces petites joinctes oreilles,</p>
+<p>Menton fourchu, cler vis traictis,</p>
+<p>Et ces belles l&egrave;vres vermeilles?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;Ces gentes espaules menues,</p>
+<p>Ces bras longs et ces mains tretisses;</p>
+<p>Petitz tetins, hanches charnues,</p>
+<p>Eslev&eacute;es, propres, faictisses</p>
+<p>A tenir amoureuses lysses;</p>
+<p>Ces larges reins, ce sadinet,</p>
+<p>Assis sur grosses fermes cuysses,</p>
+<a name="p041"></a><span class="pagenum">P. 41</span>
+<p>Dedans son joly jardinet?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;Le front rid&eacute;, les cheveulx gris,</p>
+<p>Les sourcilz cheuz, les yeulx estainctz,</p>
+<p>Qui faisoient regars et ris,</p>
+<p>Dont maintz marchans furent attaincts;</p>
+<p>Nez courb&eacute;, de beault&eacute; loingtains;</p>
+<p>Oreilles pendans et moussues;</p>
+<p>Le vis pally, mort et destaincts;</p>
+<p>Menton fonc&eacute;, l&egrave;vres peaussues:</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;C'est d'humaine beaut&eacute; l'yssues!</p>
+<p>Les bras courts et les mains contraictes,</p>
+<p>Les espaulles toutes bossues;</p>
+<p>Mammelles, quoy! toutes retraictes;</p>
+<p>Telles les hanches que les tettes.</p>
+<p>Du sadinet, fy! Quant des cuysses,</p>
+<p>Cuysses ne sont plus, mais cuyssettes</p>
+<p>Grivel&eacute;es comme saulcisses.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;Ainsi le bon temps regretons</p>
+<p>Entre nous, pauvres vieilles sottes,</p>
+<p>Assises bas, &agrave; croppetons,</p>
+<p>Tout en ung tas comme pelottes,</p>
+<p>A petit feu de chenevottes,</p>
+<p>Tost allum&eacute;es, tost estainctes;</p>
+<p>Et jadis fusmes si mignottes!...</p>
+<p>Ainsi en prend &agrave; maintz et maintes.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p042"></a><span class="pagenum">P.
+42</span>
+<p>BALLADE DE LA BELLE HEAULMI&Egrave;RE</p>
+<p>AUX FILLES DE JOIE.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;Or y pensez, belle Ganti&egrave;re,</p>
+<p>Qui m'escoli&egrave;re souliez estre,</p>
+<p>Et vous, Blanche la Saveti&egrave;re,</p>
+<p>Ores est temps de vous congnoistre.</p>
+<p>Prenez &agrave; dextre et &agrave; senestre;</p>
+<p>N'espargnez homme, je vous prie:</p>
+<p>Car vieilles n'ont ne cours ne estre,</p>
+<p>Ne que monnoye qu'on descrie.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;Et vous, la gente Saulcissi&egrave;re,</p>
+<p>Qui de dancer estes adextre;</p>
+<p>Guillemette la Tapissi&egrave;re,</p>
+<p>Ne mesprenez vers vostre maistre;</p>
+<p>Tous vous fauldra clorre fenestre,</p>
+<p>Quand deviendrez vieille, flestrie;</p>
+<p>Plus ne servirez qu'un vieil prebstre,</p>
+<p>Ne que monnoye qu'on descrie.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;Jehanneton la Chaperonni&egrave;re,</p>
+<p>Gardez qu'ennuy ne vous empestre;</p>
+<p>Katherine la Bouchi&egrave;re,</p>
+<p>N'envoyez plus les hommes paistre:</p>
+<p>Car qui belle n'est, ne perpetre</p>
+<p>Leur bonne grace, mais leur rie.</p>
+<p>Laide vieillesse amour n'impetre,</p>
+<p>Ne que monnoye qu'on descrie.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;Filles, veuillez vous entremettre</p>
+<p>D'escouter pourquoy pleure et crie</p>
+<a name="p043"></a><span class="pagenum">P. 43</span>
+<p>C'est que ne puys rem&egrave;de y mettre,</p>
+<p>Ne que monnoye qu'on descrie.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XLVII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ceste le&ccedil;on icy leur baille</p>
+<p>La belle et bonne de jadis;</p>
+<p>Bien dit ou mal, vaille que vaille,</p>
+<p>Enregistrer j'ay faict ces ditz</p>
+<p>Par mon clerc Fremin l'estourdys,</p>
+<p>Aussi rassis que je pense estre...</p>
+<p>S'il me desment, je le mauldys:</p>
+<p>Selon le clerc est deu le maistre.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XLVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Si apercoy le grand danger</p>
+<p>L&agrave; o&ugrave; l'homme amoureux se boute...</p>
+<p>H&eacute;! qui me vouldroit laidanger</p>
+<p>De ce mot, en disant: &laquo;Escoute!</p>
+<p>Se d'aymer t'estrange et reboute</p>
+<p>Le barat de celles nomm&eacute;es,</p>
+<p>Tu fais une bien folle doubte,</p>
+<p>Car ce sont femmes diffam&eacute;es.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XLIX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;S'ils n'ayment fors que pour l'argent,</p>
+<p>On ne les ayme que pour l'heure.</p>
+<p>Rondement ayment toute gent,</p>
+<p>Et rient lors quant bourse pleure.</p>
+<p>De celles n'est qui ne recoeuvre;</p>
+<p>Mais en femmes d'honneur et nom</p>
+<p>Franc homme, se Dieu me sequeure,</p>
+<p>Se doit employer; ailleurs, non.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p044"></a><span class="pagenum">P.
+44</span>
+<p>L.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Je prens qu'aucun dye cecy,</p>
+<p>Si ne me contente-il en rien.</p>
+<p>En effect, je concludz ainsy,</p>
+<p>Et sy le cuyde entendre bien,</p>
+<p>Qu'on doit aymer en lieu de bien.</p>
+<p>As&ccedil;avoir-mon se ces fillettes,</p>
+<p>Qu'en parolles toute jour tien,</p>
+<p>Ne furent pas femmes honnestes?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Honnestes, si furent vrayement,</p>
+<p>Sans avoir reproches ne blasmes.</p>
+<p>S'il est vray que, au commencement,</p>
+<p>Une chascune de ces femmes</p>
+<p>Lors prindrent, ains qu'eussent diffames,</p>
+<p>L'une ung clerc, ung lay, l'autre ung moine,</p>
+<p>Pour estaindre d'amours les flammes,</p>
+<p>Plus chauldes que feu Sainct-Antoine.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Or firent selon le decret</p>
+<p>Leurs amys, et bien y appert;</p>
+<p>Elles aymoient en lieu secret,</p>
+<p>Car autre qu'eulx n'y avoit part.</p>
+<p>Toutesfois, ceste amour se part:</p>
+<p>Car celle qui n'en avoit qu'un</p>
+<p>D'icelluy s'eslongne et despart,</p>
+<p>Et ayme myeulx aymer chascun.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Qui les meut &agrave; ce? J'imagine,</p>
+<p>Sans l'honneur des dames blasmer</p>
+<a name="p045"></a><span class="pagenum">P. 45</span>
+<p>Que c'est nature feminine,</p>
+<p>Qui tout vivement veult aymer.</p>
+<p>Autre chose n'y s&ccedil;ay rymer;</p>
+<p>Fors qu'on dit, &agrave; Reims et &agrave; Troys,</p>
+<p>Voire &agrave; l'Isle et &agrave; Sainct-Omer,</p>
+<p>Que six ouvriers font plus que troys.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Or ont les folz amans le bond,</p>
+<p>Et les dames prins la voll&eacute;e;</p>
+<p>C'est le droit loyer qu'amours ont;</p>
+<p>Toute foy y est viol&eacute;e,</p>
+<p>Quelque doulx baiser n'acoll&eacute;e.</p>
+<p>De chiens, d'oyseaulx, d'armes, d'amours,</p>
+<p>Chascun le dit &agrave; la voll&eacute;e:</p>
+<p>&laquo;Pour ung plaisir mille doulours.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>DOUBLE BALLADE</p>
+<p>SUR LE M&Ecirc;ME PROPOS.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Pour ce, aymez tant que vouldrez,</p>
+<p>Suyvez assembl&eacute;es et festes,</p>
+<p>En la fin j&agrave; mieulx n'en vauldrez,</p>
+<p>Et sy n'y romprez que vos testes:</p>
+<p>Folles amours font les gens bestes:</p>
+<p>Salmon en idolatrya;</p>
+<p>Samson en perdit ses lunettes...</p>
+<p>Bien heureux est qui rien n'y a!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Orpheus, le doux menestrier,</p>
+<p>Jouant de flustes et musettes,</p>
+<a name="p046"></a><span class="pagenum">P. 46</span>
+<p>En fut en dangier du meurtrier</p>
+<p>Bon chien Cerberus &agrave; troys testes;</p>
+<p>Et Narcissus, <i>le bel honnestes</i>,</p>
+<p>En ung profond puys se noya,</p>
+<p>Pour l'amour de ses amourettes...</p>
+<p>Bien heureux est qui rien n'y a!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Sardana, le preux chevalier,</p>
+<p>Qui conquist le regne de Cr&egrave;tes,</p>
+<p>En voult devenir moulier</p>
+<p>Et filer entre pucellettes.</p>
+<p>David ly roy, saige proph&egrave;tes,</p>
+<p>Craincte de Dieu en oublya,</p>
+<p>Voyant laver cuisses bien faictes...</p>
+<p>Bien heureux est qui rien n'y a!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ammon en voult deshonnorer,</p>
+<p>Feignant de manger tartelettes,</p>
+<p>Sa soeur Thamar, et deflorer,</p>
+<p>Qui fist choses moult deshonnestes;</p>
+<p>Herodes (pas ne sont sornettes)</p>
+<p>Sainct Jean-Baptiste en d&eacute;colla,</p>
+<p>Pour dances, saultz et chansonnettes...</p>
+<p>Bien heureux est qui rien n'y a!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>De moy, pauvre, je veuil parler;</p>
+<p>J'en fuz batu, comme &agrave; ru telles,</p>
+<p>Tout nud, j&agrave; ne le quiers celer.</p>
+<p>Qui me feit mascher ces groiselles,</p>
+<p>Fors Katherine de Vauselles?</p>
+<p>No&eacute; le tiers ot, qui fut l&agrave;.</p>
+<p>Mitaines &agrave; ces nopces telles,</p>
+<p>Bien heureux est qui rien n'y a!</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p047"></a><span class="pagenum">P.
+47</span>
+<p>Mais que ce jeune bachelier</p>
+<p>Laissast ces jeunes bachelettes,</p>
+<p>Non! et, le deust-on vif brusler,</p>
+<p>Comme ung chevaucheur d'escovettes.</p>
+<p>Plus doulces luy sont que civettes;</p>
+<p>Mais toutesfoys fol s'y fia:</p>
+<p>Soient blanches, soient brunettes,</p>
+<p>Bien heureux est qui rien n'y a!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Si celle que jadis servoye</p>
+<p>De si bon cueur et loyaument,</p>
+<p>Dont tant de maulx et griefz j'avoye,</p>
+<p>Et souffroye tant de torment,</p>
+<p>Se dit m'eust, au commencement,</p>
+<p>Sa voulent&eacute; (mais nenny, las!),</p>
+<p>J'eusse mys peine aucunement,</p>
+<p>De moy retraire de ses las.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quoy que je luy voulsisse dire,</p>
+<p>Elle estoit preste d'escouter,</p>
+<p>Sans m'accorder ne contredire;</p>
+<p>Qui plus, me souffroit arrester,</p>
+<p>Joignant elle pr&egrave;s s'accouter;</p>
+<p>Et ainsi m'alloit amusant,</p>
+<p>Et me souffroit tout racompter,</p>
+<p>Mais ce n'estoit qu'en m'abusant.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LVII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Abus&eacute; m'a, et faict entendre</p>
+<p>Tousjours d'ung que ce fust ung aultre;</p>
+<p>De farine, que ce fust cendre;</p>
+<a name="p048"></a><span class="pagenum">P. 48</span>
+<p>D'ung mortier, ung chapeau de feautre;</p>
+<p>De viel machefer, que fust peaultre;</p>
+<p>D'ambesas, que ce fussent ternes...</p>
+<p>Toujours trompant ou moy ou aultre,</p>
+<p>Et vendoit vessies pour lanternes.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Du ciel, une poisle d'arain;</p>
+<p>Des nues, une peau de veau;</p>
+<p>Du matin, qu'estoit le serain;</p>
+<p>D'un trongnon de chou, ung naveau;</p>
+<p>D'orde cervoise, vin nouveau;</p>
+<p>D'une truie, ung molin &agrave; vent;</p>
+<p>Et d'une hart, ung escheveau;</p>
+<p>D'un gras abb&eacute;, ung poursuyvant.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LIX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ainsi m'ont amours abus&eacute;,</p>
+<p>Et pourmen&eacute; de l'uys au pesle.</p>
+<p>Je croy qu'homme n'est si rus&eacute;,</p>
+<p>Fust fin comme argent de crepelle,</p>
+<p>Qui n'y laissast linge et drapelle,</p>
+<p>Mais qu'il fust ainsi many&eacute;</p>
+<p>Comme moy, qui partout m'appelle:</p>
+<p><i>L'Amant remys et reny&eacute;</i>.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Je renye Amours et despite;</p>
+<p>Je deffie &agrave; feu et &agrave; sang.</p>
+<p>Mort par elles me precipite,</p>
+<p>Et si ne leur vault pas d'ung blanc.</p>
+<p>Ma vielle ay mys soubz le banc;</p>
+<p>Amans je ne suyvray jamais;</p>
+<p>Se jadis je fuz de leur ranc,</p>
+<p>Je declaire que n'en suys mais.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p049"></a><span class="pagenum">P.
+49</span>
+<p>LXI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Car j'ay mys le plumail au vent:</p>
+<p>Or le suyve qui a attente;</p>
+<p>De ce me tays dorenevant.</p>
+<p>Poursuyvre je vueil mon entente,</p>
+<p>Et, s'aucun m'interroge ou tente</p>
+<p>Comment d'amours ose mesdire,</p>
+<p>Geste parolle les contente:</p>
+<p>&laquo;Qui meurt a ses loix de tout dire.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Je cognoys approcher ma soef;</p>
+<p>Je crache, blanc comme cotton,</p>
+<p>Jacobins gros comme ung estoeuf:</p>
+<p>Qu'est-ce &agrave; dire? que Jenanneton</p>
+<p>Plus ne me tient pour valeton,</p>
+<p>Mais pour ung vieil us&eacute; r&eacute;gnait...</p>
+<p>De vieil porte voix et le ton,</p>
+<p>Et ne suys qu'ung jeune coquart.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Dieu mercy et Jaques Thibault,</p>
+<p>Qui tant d'eau froide m'a faict boyre,</p>
+<p>En ung bas lieu, non pas en hault;</p>
+<p>Manger d'angoisse mainte poire;</p>
+<p>Enferr&eacute;... Quand j'en ay m&eacute;moire,</p>
+<p>Je pry pour luy et <i>reliqua</i>,</p>
+<p>Que Dieu luy doint... et voire, voire,</p>
+<p>Ce que je pense... <i>et cetera</i>.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Toutesfoys, je n'y pense mal,</p>
+<p>Pour luy et pour son lieutenant;</p>
+<a name="p050"></a><span class="pagenum">P. 50</span>
+<p>Aussy pour son official,</p>
+<p>Qui est plaisant et advenant,</p>
+<p>Que faire n'ay du remenant;</p>
+<p>Mais du petit maistre Robert?...</p>
+<p>Je les ayme, tout d'ung tenant,</p>
+<p>Ainsi que faict Dieu le Lombart.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Si me souvient, &agrave; mon advis,</p>
+<p>Que je feis, &agrave; mon partement,</p>
+<p>Certains lays, l'an cinquante six,</p>
+<p>Qu'aucuns, sans mon consentement,</p>
+<p>Voulurent nommer <i>Testament</i>;</p>
+<p>Leur plaisir fut, et non le mien:</p>
+<p>Mais quoy! on dit communement,</p>
+<p>Qu'un chascun n'est maistre du sien.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>S'ainsi estoit qu'aulcun n'eust pas</p>
+<p>Receu les lays que je luy mande,</p>
+<p>J'ordonne que, apr&egrave;s mon trespas,</p>
+<p>A mes hoirs en face demande;</p>
+<p>Qui sont-ilz? si on le demande:</p>
+<p>Moreau, Provins, Robin Turgis;</p>
+<p>De moy, par dictez que leur mande,</p>
+<p>Ont eu jusqu'au lict o&ugrave; je gys.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXVII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Pour le r&eacute;voquer ne le dy,</p>
+<p>Et y courust toute ma terre;</p>
+<p>De piti&eacute; en suys refroidy,</p>
+<p>Envers le bastard de la Barre:</p>
+<p>Parmy ses trois gluvons de foerre,</p>
+<p>Je luy donne mes vieilles nattes;</p>
+<a name="p051"></a><span class="pagenum">P. 51</span>
+<p>Bonnes seront pour tenir serre,</p>
+<p>Et soy soustenir sur ses pattes.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Somme, plus ne diray qu'ung mot,</p>
+<p>Car commencer veuil &agrave; tester:</p>
+<p>Devant mon clerc Fremin, qui m'ot</p>
+<p>(S'il ne dort), je vueil protester,</p>
+<p>Que n'entends homme detester,</p>
+<p>En ceste presente ordonnance;</p>
+<p>Et ne la vueil manifester</p>
+<p>Sinon au royaulme de France.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXIX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Je sens mon cueur qui s'affoiblist,</p>
+<p>Et plus je ne puys papier.</p>
+<p>Fremin, siez-toy pr&egrave;s de mon lict,</p>
+<p>Que l'on ne me viengne espier!</p>
+<p>Prens tost encre, plume et papier,</p>
+<p>Ce que nomme escryz vistement;</p>
+<p>Puys fais-le partout copier,</p>
+<p>Et vecy le commancement.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><i>Ici commance Villon &agrave; tester</i>.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Au nom de Dieu, P&egrave;re eternel.</p>
+<p>Et du Filz que Vierge parit,</p>
+<p>Dieu au P&egrave;re oeternel,</p>
+<p>Ensemble et du Sainct Esperit,</p>
+<p>Qui saulva ce qu'Adam p&eacute;rit,</p>
+<p>Et du pery pare les Cieulx...</p>
+<a name="p052"></a><span class="pagenum">P. 52</span>
+<p>Qui bien ce croyt, peu ne merit:</p>
+<p>De gens mortz se font petiz Dieux.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXXI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Mortz estoient, et corps et ames,</p>
+<p>En damn&eacute;e perdition;</p>
+<p>Corps pourriz, et ames en flammes,</p>
+<p>De quelconque condition;</p>
+<p>Toutesfoys, fais exception</p>
+<p>Des patriarches et proph&egrave;tes;</p>
+<p>Car, selon ma conception,</p>
+<p>Oncques grand chault n'eurent aux fesses.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXXII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Qui me diroit: &laquo;Qui te faict mectre</p>
+<p>Si tr&egrave;s-avant ceste parolle,</p>
+<p>Qui n'es en Th&eacute;ologie maistre?</p>
+<p>A toy est presumption folle.&raquo;</p>
+<p>&mdash;C'est de JESUS la parabolle,</p>
+<p>Touchant le Riche ensevely</p>
+<p>En feu, non pas en couche molle,</p>
+<p>Et du Ladre, de dessus ly.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXXIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Si du Ladre eust veu le doy ardre,</p>
+<p>J&agrave; n'en eust requis refrig&egrave;re,</p>
+<p>N'au bout d'icelluy doiz aherdre,</p>
+<p>Pour refreschir sa maschou&euml;re.</p>
+<p>Pions y feront mate ch&egrave;re,</p>
+<p>Qui boy vent pourpoinct et chemise:</p>
+<p>Puys que boyture y est si ch&egrave;re,</p>
+<p>Dieu nous garde de la main mise!</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p053"></a><span class="pagenum">P.
+53</span>
+<p>LXXIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ou nom de Dieu, comme j'ay dit,</p>
+<p>Et de sa glorieuse M&egrave;re,</p>
+<p>Sans pech&eacute; soit parfaict ce dict</p>
+<p>Par moy, plus maigre que chimere;</p>
+<p>Si je n'ay eu fi&egrave;vre effim&egrave;re,</p>
+<p>Ce m'a faict divine cl&eacute;mence;</p>
+<p>Mais d'autre dueil et perte am&egrave;re</p>
+<p>Je me tays, et ainsi commence:</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXXV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Premier, je donne ma pauvre ame</p>
+<p>A la benoiste Trinit&eacute;,</p>
+<p>Et la commande &agrave; Nostre Dame,</p>
+<p>Chambre de la divinit&eacute;;</p>
+<p>Priant toute la charit&eacute;</p>
+<p>Des dignes neuf Ordres des cieulx,</p>
+<p>Que par eulx soit ce don port&eacute;</p>
+<p>Devant le Trosne pr&eacute;cieux.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXXVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, mon corps j'ordonne et laisse</p>
+<p>A nostre grand m&egrave;re la terre;</p>
+<p>Les vers n'y trouveront grand gresse:</p>
+<p>Trop lui a faict faim dure guerre.</p>
+<p>Or luy soit d&eacute;livr&eacute; grand erre;</p>
+<p>De terre vint, en terre tourne.</p>
+<p>Toute chose, se par trop n'erre,</p>
+<p>voulentiers en son lieu retourne.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXXVII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, et &agrave; mon plus que p&egrave;re,</p>
+<p>Maistre Guillaume de Villon</p>
+<a name="p054"></a><span class="pagenum">P. 54</span>
+<p>Qui m'a est&eacute; plus doulx que m&egrave;re</p>
+<p>D'enfant eslev&eacute; de maillon;</p>
+<p>Dejett&eacute; m'a de maint boillon,</p>
+<p>Et de cestuy pas ne s'esjoye,</p>
+<p>Si luy requiers &agrave; genoillon,</p>
+<p>Qu'il m'en laisse toute la joye.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXXVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Je luy donne ma librairie,</p>
+<p>Et le <i>Rommant du Pet au Diable</i>,</p>
+<p>Lequel maistre Gui Tabarie</p>
+<p>Grossoya, qu'est hom v&eacute;ritable.</p>
+<p>Par cayers est soubz une table.</p>
+<p>Combien qu'il soit rudement faict,</p>
+<p>La mati&egrave;re est si tr&egrave;s notable,</p>
+<p>Qu'elle amende tout le meffaict.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXXIX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, donne &agrave; ma bonne m&egrave;re</p>
+<p>Pour saluer nostre Maistresse,</p>
+<p>Qui pour moy eut douleur am&egrave;re,</p>
+<p>Dieu le s&ccedil;ait, et mainte tristesse;</p>
+<p>Autre chastel ou fosteresse</p>
+<p>N'ay o&ugrave; retraire corps et ame,</p>
+<p>Quand sur moy court male destresse,</p>
+<p>Ne ma m&egrave;re, la povre femme!</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p055"></a><span class="pagenum">P.
+55</span>
+<p>BALLADE</p>
+<p>QUE VILLON FEIT A LA REQUESTE DE SA M&Egrave;RE,</p>
+<p>POUR PRIER NOSTRE-DAME.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Dame du ciel, r&eacute;gente terrienne,</p>
+<p>Emperi&egrave;re des infernaulx palux,</p>
+<p>Recevez-moy, vostre humble chrestienne,</p>
+<p>Que comprinse soye entre voz esleuz,</p>
+<p>Ce non obstant qu'oncques rien ne valuz.</p>
+<p>Les biens de vous, ma dame et ma maistresse,</p>
+<p>Sont trop plus grans que ne suis pecheresse,</p>
+<p>Sans lesquelz biens ame ne peult merir</p>
+<p>N'avoir les cieulx, je n'en suis jengleresse.</p>
+<p>En ceste foy je vueil vivre et mourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>A vostre Filz dictes que je suis sienne;</p>
+<p>Que de luy soyent mes p&eacute;chez aboluz:</p>
+<p>Pardonn&eacute;s moi comme &agrave; l'Egyptienne,</p>
+<p>Ou comme il feit au clerc Theophilus,</p>
+<p>Lequel par vous fut quitte et absoluz,</p>
+<p>Combien qu'il eust au diable faict promesse.</p>
+<p>Preservez-moy, que je ne face cesse;</p>
+<p>Vierge, pourtant, me vouilli&eacute;s impartir</p>
+<p>Le sacrement qu'on celebre &agrave; la messe.</p>
+<p>En ceste foy je vueil vivre et mourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Femme je suis povrette et ancienne,</p>
+<p>Ne riens ne s&ccedil;ay; oncques lettre ne leuz;</p>
+<p>Au monstier voy dont suis parroissienne</p>
+<p>Paradis painct, o&ugrave; sont harpes et luz,</p>
+<a name="p056"></a><span class="pagenum">P. 56</span>
+<p>Et ung enfer o&ugrave; damnez sont boulluz:</p>
+<p>L'ung me faict paour, l'autre joye et liesse.</p>
+<p>La joye avoir fais-moy, haulte Deesse,</p>
+<p>A qui pecheurs doivent tous recourir,</p>
+<p>Comblez de foy, sans faincte ne paresse.</p>
+<p>En ceste foy je vueil vivre et mourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Vous portastes, Vierge, digne princesse,</p>
+<p>JESUS r&eacute;gnant, qui n'a ne fin ne cesse.</p>
+<p>Le Tout-Puissant, prenant nostre foiblesse,</p>
+<p>Laissa les cieulx et nous vint secourir;</p>
+<p>Offrist &agrave; mort sa tr&egrave;s cl&egrave;re
+jeunesse;</p>
+<p>Nostre Seigneur tel est, tel le confesse.</p>
+<p>En ceste foy je vueil vivre et mourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXXX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, m'amour, ma ch&egrave;re Ros&eacute;,</p>
+<p>Ne luy laisse ne cueur ne foye:</p>
+<p>Elle aymeroit mieulx autre chose,</p>
+<p>Combien qu'elle ait assez monnoye:</p>
+<p>Quoy? une grand bourse de soye,</p>
+<p>Pleine d'escuz, profonde et large:</p>
+<p>Mais pendu soit-il, que je soye,</p>
+<p>Qui luy lairra escu ne targe.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXXXI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Car elle en a, sans moy, assez.</p>
+<p>Mais de cela il ne m'en chault;</p>
+<p>Mes grans deduictz en sont passez;</p>
+<p>Plus n'en ay le cropion chauld.</p>
+<a name="p057"></a><span class="pagenum">P. 57</span>
+<p>Si m'en desmetz aux hoirs Michault,</p>
+<p>Qui fut nomm&eacute; le bon fouterre.</p>
+<p>Priez pour luy, faictes ung sault:</p>
+<p>A Saint-Satur gist, soubz Sancerre.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXXXII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ce non obstant, pour m'acquitter</p>
+<p>Envers Amours, plus qu'envers elle,</p>
+<p>Car oncques n'y peuz acquester</p>
+<p>D'amours une seule estincelle;</p>
+<p>Ne s&ccedil;ay s'&agrave; tous est si rebelle</p>
+<p>Qu'&agrave; moy: ce ne m'est grand esmoy;</p>
+<p>Mais, par saincte Marie la belle!</p>
+<p>Je n'y voy que rire pour moy.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXXXIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ceste Ballade luy envoye,</p>
+<p>Qui se termine toute en R.</p>
+<p>Qui la portera? que j'y voye:</p>
+<p>Ce sera Pernet de la Barre,</p>
+<p>Pourveu, s'il rencontre en son erre</p>
+<p>Ma damoyselle au nez tortu,</p>
+<p>Il luy dira, sans plus enquerre:</p>
+<p>&laquo;Orde paillarde, d'o&ugrave; viens-tu?&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE</p>
+<p>DE VILLON A S'AMYE.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Faulse beault&eacute;, qui tant me couste cher.</p>
+<p>Rude en effect, hypocrite doulceur;</p>
+<a name="p058"></a><span class="pagenum">P. 58</span>
+<p>Amour dure, plus que fer, &agrave; mascher;</p>
+<p>Nommer que puis de ma deffa&ccedil;on soeur,</p>
+<p>Cherme felon, la mort d'ung povre cueur,</p>
+<p>Orgueil muss&eacute;, qui gens met au mourir;</p>
+<p>Yeulx sans piti&eacute;! ne veult droicte rigueur,</p>
+<p>Sans empirer, ung pauvre secourir?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Mieulx m'eust valu avoir est&eacute; crier</p>
+<p>Ailleurs secours, c'eust est&eacute; mon bonheur:</p>
+<p>Rien ne m'eust sceu hors de ce fait chasser;</p>
+<p>Trotter m'en fault en fuyte &agrave; deshonneur.</p>
+<p>Haro, haro, le grand et le mineur!</p>
+<p>Et qu'est cecy? mourray, sans coup ferir,</p>
+<p>Ou piti&eacute; veult, selon ceste teneur,</p>
+<p>Sans empirer, ung povre secourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ung temps viendra, qui fera desseicher,</p>
+<p>Jaulnir, flestrir, vostre espanie fleur:</p>
+<p>Je m'en risse, se tant peusse marcher,</p>
+<p>Mais nenny: lors (ce seroit donc foleur)</p>
+<p>Vieil je seray; vous, laide, et sans couleur.</p>
+<p>Or, beuvez fort, tant que ru peult courir.</p>
+<p>Ne donnez pas &agrave; tous ceste douleur,</p>
+<p>Sans empirer, ung povre secourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince amoureux, des amans le greigneur,</p>
+<p>Vostre mal gr&eacute; ne vouldroye encourir;</p>
+<p>Mais tout franc cueur doit, par Nostre Seigneur,</p>
+<p>Sans empirer, ung povre secourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p059"></a><span class="pagenum">P.
+59</span>
+<p>LXXXIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; maistre Ythier, marchant,</p>
+<p>Auquel mon branc laissay jadis,</p>
+<p>Donne (mais qu'il le mette en chant),</p>
+<p>Ce lay, contenant des vers dix;</p>
+<p>Et aussi ung <i>De profundis</i></p>
+<p>Pour ses anciennes amours,</p>
+<p>Desquelles le nom je ne dis,</p>
+<p>Car il me herroit &agrave; tousjours.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LAY OU PLUSTOST RONDEAU.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>MORT, j'appelle de ta rigueur,</p>
+<p>Qui m'as ma maistresse ravie,</p>
+<p>Et n'es pas encore assouvie,</p>
+<p>Se tu ne me tiens en langueur.</p>
+<p>Onc puis n'euz force ne vigueur;</p>
+<p>Mais que te nuysoit-elle en vie,</p>
+<p>Mort?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Deux estions, et n'avions qu'ung cueur;</p>
+<p>S'il est mort, force est que d&eacute;vie,</p>
+<p>Voire, ou que je vive sans vie,</p>
+<p>Comme les images, par cueur,</p>
+<p>Mort!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXXXV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; maistre Jehan Cornu,</p>
+<p>Autres nouveaux lays luy vueil faire,</p>
+<a name="p060"></a><span class="pagenum">P. 60</span>
+<p>Car il m'a tousjours secouru</p>
+<p>A mon grand besoing et affaire:</p>
+<p>Pour ce, le jardin luy transf&egrave;re,</p>
+<p>Que maistre Pierre Bourguignon</p>
+<p>Me renta, en faisant refaire</p>
+<p>L'huys, et redrecier le pignon.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXXXVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Par faulte d'ung huys, j'y perdis</p>
+<p>Ung grez, et ung manche de houe.</p>
+<p>Alors, huyt faulcons, non pas dix,</p>
+<p>N'y eussent pas prins une allo&uuml;e.</p>
+<p>L'hostel est seur, mais qu'on le clo&uuml;e.</p>
+<p>Pour enseigne y mis ung havet;</p>
+<p>Qui que l'ait prins, point ne l'en lo&uuml;e:</p>
+<p>Sanglante nuict et bas chevet!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXXXVII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, et pource que la femme</p>
+<p>De maistre Pierre Sainct Amant</p>
+<p>(Combien, si coulpe y a ou blasme,</p>
+<p>Dieu luy pardonne doulcement!)</p>
+<p>Me meist en reng de caymant,</p>
+<p>Pour le Cheval Blanc qui ne bouge,</p>
+<p>Luy changeay &agrave; une jument,</p>
+<p>Et la Mulle &agrave; ung Asne rouge.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXXXVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, donne &agrave; sire Denys</p>
+<p>Hesselin, Esleu de Paris,</p>
+<p>Quatorze muys de vin d'Aulnis,</p>
+<p>Prins chez Turgis, &agrave; mes perilz.</p>
+<p>S'il en beuvoit tant que periz</p>
+<p>En fust son sens et sa raison,</p>
+<a name="p061"></a><span class="pagenum">P. 61</span>
+<p>Qu'on mette de l'eau es barrilz:</p>
+<p>Vin perd mainte bonne maison.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LXXXIX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, donne &agrave; mon advocat,</p>
+<p>Maistre Guillaume Charruau,</p>
+<p>Quoy qu'il marchande ou ait est&acirc;t,</p>
+<p>Mon branc... Je me tays du fourreau,</p>
+<p>Il aura, avec ce, ung r&eacute;au</p>
+<p>En change, affin que sa bourse enfle,</p>
+<p>Prins sur la chauss&eacute;e et carreau</p>
+<p>De la grand closture du Temple.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, mon procureur Fournier</p>
+<p>Aura, pour toutes ses corv&eacute;es</p>
+<p>(Simple seroit de l'espargner;</p>
+<p>En ma bourse quatre hav&eacute;es),</p>
+<p>Car maintes causes m'a saulv&eacute;es,</p>
+<p>Justes, ainsi, JESUS-CHRIST m'ayde!</p>
+<p>Comme elles ont est&eacute; trouv&eacute;es;</p>
+<p>Mais bon droit a bon mestier d'ayde.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XCI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, je donne &agrave; maistre Jaques</p>
+<p>Raguyer le grant godet de Gr&egrave;ve,</p>
+<p>Pourveu qu'il payera quatre plaques,</p>
+<p>Deust-il vendre, quoy qu'il luy griefve,</p>
+<p>Ce dont on ceuvre mol et gr&egrave;ve;</p>
+<p>Aller sans chausses et chappin,</p>
+<p>Tous les matins, quand il se li&egrave;ve,</p>
+<p>Au trou de la Pomme de pin.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p062"></a><span class="pagenum">P.
+62</span>
+<p>XCII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, quant est de Mairebeuf,</p>
+<p>Et de Nicolas de Louviers,</p>
+<p>Vache ne leur donne ne beuf,</p>
+<p>Car vachers ne sont, ne bouviers,</p>
+<p>Mais gens &agrave; porter esperviers,</p>
+<p>Ne cuidez pas que je vous joue,</p>
+<p>Pour prendre perdriz et plouviers,</p>
+<p>Sans faillir, sur la Maschecro&uuml;e.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XCIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, vienne Robert Turgis</p>
+<p>A moy, je luy payeray son vin,</p>
+<p>Combien, s'il trouve mon logis,</p>
+<p>Plus fort sera que le devin.</p>
+<p>Le droit luy donne d'eschevin,</p>
+<p>Que j'ay comme enfant de Paris...</p>
+<p>Se je parle ung peu poictevin,</p>
+<p>Ilce m'ont deux dames appris.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XCIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Filles sont tr&egrave;s belles et gentes,</p>
+<p>Demourantes &agrave; Sainct-Genou,</p>
+<p>Pr&egrave;s Sainct-Julian des Voventes,</p>
+<p>Marches de Bretaigne ou Poictou,</p>
+<p>Mais je ne dy proprement o&ugrave;,</p>
+<p>Or y pensez trestous les jours,</p>
+<p>Car je ne suis mie si fou...</p>
+<p>Je pense celer mes amours.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XCV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; Jehan Raguyer je donne,</p>
+<p>Qui est sergent, voir des Douze,</p>
+<a name="p063"></a><span class="pagenum">P. 63</span>
+<p>Tant qu'il vivra, ainsi l'ordonne,</p>
+<p>Tous les jours une talemouze,</p>
+<p>Pour brouter et fourrer sa mouse,</p>
+<p>Prinse &agrave; la table de Bailly;</p>
+<p>A Maubuay sa gorge arrouse,</p>
+<p>Car &agrave; manger n'a pas failly.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XCVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, donne au prince des Sotz</p>
+<p>Pour ung bon sot Michault du Four,</p>
+<p>Qui &agrave; la fois dit de bons motz</p>
+<p>Et chante bien: <i>Ma doulce amour</i>!</p>
+<p>Avec ce, il aura le bonjour.</p>
+<p>Brief, mais qu'il fust ung peu en poinct,</p>
+<p>Il est ung droit sot de s&eacute;jour,</p>
+<p>Et est plaisant o&ugrave; il n'est point.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XCVII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, aux unze vingtz Sergens</p>
+<p>Donne, car leur faict est honneste,</p>
+<p>Et sont bonnes et doulces gens,</p>
+<p>Denis Richier, et Jehan Vallette,</p>
+<p>A chascun une grand cornette,</p>
+<p>Pour pendre &agrave; leurs chappeaulx de feautre</p>
+<p>J'entendz &agrave; ceulx de pied, hohecte!</p>
+<p>Car je n'ay que faire des autres.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XCVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Derechef, donne &agrave; P&eacute;rinet,</p>
+<p>J'entendz le bastard de la Barre,</p>
+<p>Pour ce qu'il est beau fils et net,</p>
+<p>En son escu, en lieu de barre,</p>
+<p>Trois detz plombez, de bonne carre,</p>
+<p>Ou ung beau joly jeu de cartes...</p>
+<a name="p064"></a><span class="pagenum">P. 64</span>
+<p>Mais quoy! s'on l'oyt vessir ne poirre,</p>
+<p>En oultre aura les fi&egrave;vres quartes.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XCIX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, ne vueil plus que Chollet</p>
+<p>Dolle, trenche, douve ne boyse,</p>
+<p>Relye brocq ne tonnelet,</p>
+<p>Mais tous ses outilz changer voyse</p>
+<p>A une esp&eacute;e lyonnoise,</p>
+<p>Et retienne le hutinet:</p>
+<p>Combien qu'il n'ayme bruyt ne noyse,</p>
+<p>Si luy plaist-il ung tantinet.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>C.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, je donne &agrave; Jehan le Lou,</p>
+<p>Homme de bien et bon marchant,</p>
+<p>Pour ce qu'il est linget et flou,</p>
+<p>Et que Chollet est mal chassant,</p>
+<p>Par les rues plustost qu'au champ,</p>
+<p>Qui ne lairra poulaille en voye,</p>
+<p>Le long tabart, et bien cachant,</p>
+<p>Pour les musser, qu'on ne les voye.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; l'orf&egrave;vre Du Boys,</p>
+<p>Donne cent clouz, queues et testes,</p>
+<p>De gingembre sarazinoys,</p>
+<p>Non pas pour accoupler ses boytes,</p>
+<p>Mais pour conjoindre culz et coettes,</p>
+<p>Et couldre jambons et andoilles,</p>
+<p>Tant que le laict en monte aux tettes,</p>
+<p>Et le sang en devalle aux coilles.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p065"></a><span class="pagenum">P.
+65</span>
+<p>CII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Au cappitaine Jehan Riou,</p>
+<p>Tant pour luy que pour ses archiers,</p>
+<p>Je donne six livres de lou,</p>
+<p>Qui n'est pas viande &agrave; porchiers,</p>
+<p>Prins &agrave; gros mastins de bouchiers,</p>
+<p>Et cuittes de vin de buffet.</p>
+<p>Pour manger de ces morceaulx chiers,</p>
+<p>On en ferait bien un mau faict.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>C'est viande ung peu plus pesante,</p>
+<p>Que duvet, ne plume, ne li&egrave;ge.</p>
+<p>Elle est bonne &agrave; porter en tente,</p>
+<p>Ou pour user en quelque si&egrave;ge.</p>
+<p>Et, s'ilz estoient prins en un pi&egrave;ge,</p>
+<p>Les mastins, qu'ils ne sceussent courre,</p>
+<p>J'ordonne, moy qui suis bon mi&egrave;ge,</p>
+<p>Que des peaulx, sur l'hyver, se fourre.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; Robin Troussecaille,</p>
+<p>Qui s'est en service bien faict;</p>
+<p>A pied ne va comme une caille,</p>
+<p>Mais sur roussin gros et reffaict:</p>
+<p>Je luy donne, de mon buffet,</p>
+<p>Une jatte qu'emprunter n'ose;</p>
+<p>Si aura mesnage parfait:</p>
+<p>Plus ne luy failloit autre chose.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, donne &agrave; Perrot Girard,</p>
+<p>Barbier jur&eacute; du Bourg-la-Royne,</p>
+<a name="p066"></a><span class="pagenum">P. 66</span>
+<p>Deux bassins et ung coquemard,</p>
+<p>Puis qu'&agrave; gaigner mect telle peine.</p>
+<p>Des ans y a demy douzaine,</p>
+<p>Qu'en son hostel, de cochons gras</p>
+<p>M'apastela une sepmaine;</p>
+<p>Tesmoing l'abesse de Pourras.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, aux Fr&egrave;res mendians,</p>
+<p>Aux Devotes et aux Beguines,</p>
+<p>Tant de Paris que d'Orl&eacute;ans,</p>
+<p>Tant Turlupins que Turlupines,</p>
+<p>De grasses souppes jacobines</p>
+<p>Et flans leurs fais oblation;</p>
+<p>Et puis apr&egrave;s, soubz les courtines,</p>
+<p>Parler de contemplation.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CVII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Si ne suis-je pas qui leur donne,</p>
+<p>Mais du tout en sont-ce les m&egrave;res,</p>
+<p>Et Dieu, qui ainsi les guerdonne,</p>
+<p>Pour qui souffrent peines am&egrave;res.</p>
+<p>Il fault qu'ilz vivent, les beaulx p&egrave;res,</p>
+<p>Et mesmement ceulx de Paris.</p>
+<p>S'ilz font plaisir &agrave; noz comm&egrave;res,</p>
+<p>Ilz ayment ainsi les maris.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quoy que maistre Jehan de Pontlieu</p>
+<p>En voulsist dire, <i>et reliqua</i>,</p>
+<p>Contrainct et en publique lieu,</p>
+<p>Voulsist ou non, s'en revocqua.</p>
+<p>Maistre Jehan de Mehun se moqua</p>
+<p>De leur fa&ccedil;on; si feit Mathieu.</p>
+<a name="p067"></a><span class="pagenum">P. 67</span>
+<p>Mais on doit honorer ce qu'a</p>
+<p>Honnor&eacute; l'Eglise de Dieu.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CIX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Si me submectz, leur serviteur,</p>
+<p>En tout ce que puis faire et dire,</p>
+<p>A les honorer de bon cueur,</p>
+<p>Et servir, sans y contredire.</p>
+<p>L'homme bien fol est d'en mesdire,</p>
+<p>Car, soit &agrave; part, ou en prescher,</p>
+<p>Ou ailleurs, il ne fault pas dire</p>
+<p>Si gens sont pour eux revencher.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, je donne &agrave; fr&egrave;re Baulde,</p>
+<p>Demeurant &agrave; l'hostel des Carmes,</p>
+<p>Portant ch&egrave;re hardie et baulde,</p>
+<p>Une sallade et deux guysarmes,</p>
+<p>Que De Tusca et ses gens d'armes</p>
+<p>Ne luy riblent sa Caige-vert.</p>
+<p>Vieil est: s'il ne se rend aux armes,</p>
+<p>C'est bien le diable de Vauvert.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, pour ce que le Scelleur,</p>
+<p>Maint estront de mousche &agrave; masch&eacute;,</p>
+<p>Donne, car homme est de valleur,</p>
+<p>Son sceau davantage crach&eacute;,</p>
+<p>Et qu'il ait le pouce escach&eacute;,</p>
+<p>Pour tout comprendre &agrave; une voye;</p>
+<p>J'entendz celluy de l'Evesch&eacute;,</p>
+<p>Car les autres, Dieu les pourvoye.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p068"></a><span class="pagenum">P.
+68</span>
+<p>CXII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quant de messieurs les Auditeux,</p>
+<p>Leur chambre auront lembroys&eacute;e;</p>
+<p>Et ceulx qui ont les culz rongneux,</p>
+<p>Chascun une chaise pers&eacute;e,</p>
+<p>Mais qu'&agrave; la petite Mac&eacute;e</p>
+<p>D'Orl&eacute;ans, qui eut ma ceincture,</p>
+<p>L'amende soit bien hault tax&eacute;e:</p>
+<p>Elle est une mauvaise ordure.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, donne &agrave; maistre Fran&ccedil;oys,</p>
+<p>Promoteur de la vacquerie,</p>
+<p>Ung hault gorgerin d'Escossoys,</p>
+<p>Toutesfois sans orfaverie;</p>
+<p>Car, quant receut chevalerie,</p>
+<p>Il maugrea Dieu et saint George.</p>
+<p>Parler n'en oyt qu'il ne s'en rie,</p>
+<p>Comme enrag&eacute;, &agrave; pleine gorge.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; maistre Jehan Laurens,</p>
+<p>Qui a les povres yeulx si rouges,</p>
+<p>Par le pech&eacute; de ses parens,</p>
+<p>Qui beurent en barilz et courges,</p>
+<p>Je donne l'envers de mes bouges,</p>
+<p>Pour chascun matin les torcher...</p>
+<p>S'il fust archevesque de Bourges,</p>
+<p>Du cendal eust, mais il est cher.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; maistre Jehan Cotard,</p>
+<p>Mon procureur en Court d'Eglise,</p>
+<a name="p069"></a><span class="pagenum">P. 69</span>
+<p>Devoye environ ung patard,</p>
+<p>Car &agrave; present bien m'en advise,</p>
+<p>Quant chicanner me feit Denise,</p>
+<p>Disant que l'avoye mauldite;</p>
+<p>Pour son ame, qu'&egrave;s cieulx soit mise!</p>
+<p>Ceste Oraison j'ay cy escripte.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE ET ORAISON.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>P&egrave;re No&eacute;, qui plantastes la vigne;</p>
+<p>Vous aussi, Loth, qui bustes au rocher,</p>
+<p>Par tel party qu'Amour, qui gens engigne,</p>
+<p>De vos filles si vous feit approcher,</p>
+<p>Pas ne le dy pour le vous reprocher,</p>
+<p>Architriclin, qui bien sceustes cest art,</p>
+<p>Tous trois vous pry qu'o vous veuillez percher</p>
+<p>L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Jadis extraict il fut de vostre ligne,</p>
+<p>Luy qui beuvoit du meilleur et plus cher;</p>
+<p>Et ne deust-il avoir vaillant ung pigne,</p>
+<p>Certes, sur tous, c'estoit un bon archer;</p>
+<p>On ne luy sceut pot des mains arracher,</p>
+<p>Car de bien boire oncques ne fut faitard.</p>
+<p>Nobles seigneurs, ne souffrez empescher</p>
+<p>L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Comme um viellart qui chancelle et trepign</p>
+<p>L'ay veu souvent, quand il s'alloit coucher;</p>
+<p>Et une foys il se feit une bigne,</p>
+<p>Bien m'en souvient, &agrave; l'estal d'ung boucher.</p>
+<a name="p070"></a><span class="pagenum">P. 70</span>
+<p>Brief, on n'eust s&ccedil;eu en ce monde chercher</p>
+<p>Meilleur pion, pour boire tost et tard.</p>
+<p>Faictes entrer quand vous orrez hucher</p>
+<p>L'&acirc;me du bon feu maistre Jehan Cotard.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince, il n'eust s&ccedil;eu jusqu'&agrave; terre
+cracher;</p>
+<p>Tousjours crioyt: Haro, la gorge m'ard!</p>
+<p>Et si ne sceut oncq sa soif estancher,</p>
+<p>L'&acirc;me du bon feu maistre Jehan Cotard.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, vueil que le jeune Merle</p>
+<p>D&eacute;sormais gouverne mon change,</p>
+<p>Car de changer envys me mesle,</p>
+<p>Pourveu que tousjours baille en change,</p>
+<p>Soit &agrave; priv&eacute;, soit &agrave; estrange,</p>
+<p>Pour trois escus, six brettes targes;</p>
+<p>Pour deux angelotz, ung grand ange:</p>
+<p>Car amans doivent estre larges.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXVII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, j'ay s&ccedil;eu, &agrave; ce voyage,</p>
+<p>Que mes trois povres orphelins</p>
+<p>Sont creus et deviennent en aage,</p>
+<p>Et n'ont pas testes de belins,</p>
+<p>Et qu'enfans d'icy &agrave; Salins</p>
+<p>N'a mieulx saichans leur tour d'escolle;</p>
+<p>Or, par l'ordre des Mathelins,</p>
+<p>Telle jeunesse n'est pas folle.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p071"></a><span class="pagenum">P.
+71</span>
+<p>CXVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Si vueil qu'ilz voysent &agrave; l'estude;</p>
+<p>O&ugrave;? chez maistre Pierre Richer.</p>
+<p>Le <i>Donnait</i> est pour eulx trop rude:</p>
+<p>J&agrave; ne les y vueil empescher.</p>
+<p>Ilz s&ccedil;auront, je l'ayme plus cher:</p>
+<p><i>Ave salus, tibi decus</i>,</p>
+<p>Sans plus grandes lettres chercher:</p>
+<p>Tousjours n'ont pas clercs le dessus.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXIX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Cecy estudient, et puis ho!</p>
+<p>Plus proc&eacute;der je leur deffens.</p>
+<p>Quant d'entendre le grand <i>Credo</i>,</p>
+<p>Trop fort il est pour telz enfans.</p>
+<p>Mon grant tabard en deux je fendz:</p>
+<p>Si vueil que la moicti&eacute; s'en vende,</p>
+<p>Pour eulx en achepter des flans,</p>
+<p>Car jeunesse est ung peu friande.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et veuil qu'ilz soyent informez</p>
+<p>En meurs, quoy que couste bature;</p>
+<p>Chapperons auront enfermez,</p>
+<p>Et les poulces soubz la ceincture;</p>
+<p>Humbles &agrave; toute cr&eacute;ature;</p>
+<p>Disans: <i>Hen? Quoy? Il n'en est rien!</i></p>
+<p>Si diront gens, par adventure:</p>
+<p>&laquo;Voycy enfans de lieu de bien!&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXXI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; mes pouvres clergeons,</p>
+<p>Auxquelz mes titres je resigne,</p>
+<a name="p072"></a><span class="pagenum">P. 72</span>
+<p>Beaulx enfans et droictz comme joncs,</p>
+<p>Les voyans, je m'en dessaisine,</p>
+<p>Et, sans recevoir, leur assigne,</p>
+<p>Seur comme qui l'auroit en paulme,</p>
+<p>A une certain jour que l'on signe,</p>
+<p>Sur l'hostel de Guesdry Guillaume.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXXII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quoy que jeunes et esbatans</p>
+<p>Soyent, en rien ne me desplaist;</p>
+<p>Dedans vingt, trente ou quarante ans</p>
+<p>Bien autres seront, se Dieu plaist.</p>
+<p>Il faict mal qui ne leur complaist,</p>
+<p>Car ce sont beaux enfans et gents;</p>
+<p>Et qui les bat ne fiert, fol est,</p>
+<p>Car enfans si deviennent gens.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXXIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Les bourses des Dix-et-huict clers</p>
+<p>Auront; je m'y vueil travailler:</p>
+<p>Pas ilz ne dorment comme lerz,</p>
+<p>Qui trois mois sont sans resveiller.</p>
+<p>Au fort, triste est le sommeiller</p>
+<p>Qui faict aise jeune en jeunesse,</p>
+<p>Tant qu'enfin luy faille veiller,</p>
+<p>Quant reposer deust en vieillesse.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXXIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Cy en escris au collateur</p>
+<p>Lettres semblables et pareilles:</p>
+<p>Or prient pour leur bienfaicteur,</p>
+<p>Ou qu'on leur tire les oreilles.</p>
+<p>Aucunes gens ont grand merveilles,</p>
+<p>Que tant m'encline envers ces deux;</p>
+<a name="p073"></a><span class="pagenum">P. 73</span>
+<p>Mais, foy que doy, festes et veilles,</p>
+<p>Oncques ne vey les m&egrave;res d'eulx!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXXV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, et &agrave; Michault Culdou,</p>
+<p>Et &agrave; sire Charlot Taranne,</p>
+<p>Cent solz: s'ilz demandent prins o&ugrave;?</p>
+<p>Ne leur chaille; ils viendront de manne;</p>
+<p>Et unes houses de basanne,</p>
+<p>Autant empeigne que semelle;</p>
+<p>Pourveu qu'ils me saulveront Jehanne,</p>
+<p>Et autant une autre comme elle.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXXVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, au seigneur de Grigny,</p>
+<p>Auquel jadis laissay Vicestre,</p>
+<p>Je donne la tour de Billy,</p>
+<p>Pourveu, se huys y a ne fenestre</p>
+<p>Qui soit ne debout ne en estre,</p>
+<p>Qu'il mette tr&egrave;s bien tout appoinct:</p>
+<p>Face argent &agrave; dextre, &agrave; senestre:</p>
+<p>Il m'en fault, et il n'en a point.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXXVII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; Thibault de la Garde:</p>
+<p>Thibault? je mentz, il a nom Jehan;</p>
+<p>Que luy donray-je, que ne perde?</p>
+<p>Assez ay perdu tout cest an.</p>
+<p>Dieu le vueille pourvoir, <i>amen...!</i></p>
+<p>Le barillet? par m'ame, voyre!</p>
+<p>Genevoys est le plus ancien,</p>
+<p>Et plus beau nez a pour y boyre.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p074"></a><span class="pagenum">P.
+74</span>
+<p>CXXVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, je donne &agrave; Basanyer,</p>
+<p>Notaire et greffier criminel,</p>
+<p>De giroffle plain ung panyer,</p>
+<p>Prins chez maistre Jehan de Ruel.</p>
+<p>Tant &agrave; Mautainct; tant &agrave; Rosnel;</p>
+<p>Et, avec ce don de giroffle,</p>
+<p>Servir, de cueur gent et ysnel,</p>
+<p>Le seigneur qui sert sainct Cristofle,</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXXIX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Auquel ceste Ballade donne,</p>
+<p>Pour sa dame, qui tous biens a.</p>
+<p>S'Amour ainsi tous ne guerdonne,</p>
+<p>Je ne m'esbahys de cela;</p>
+<p>Car au Pas conquest&eacute; celle a</p>
+<p>Que tint Ren&eacute;, roy de Cecille,</p>
+<p>O&ugrave; si bien fist et peu parla</p>
+<p>Qu'oncques Hector feit, ne Tro&iuml;le.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Que Villon donna &agrave; un gentilhomme, nouvellement
+mari&eacute;, pour</p>
+<p>l'envoyer &agrave; son espouse, par luy conquise &agrave;
+l'esp&eacute;e.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Au poinct du jour, que l'esprevier se bat,</p>
+<p>Meu de plaisir et par noble coustume,</p>
+<p>Bruyt il demaine et de joye s'esbat,</p>
+<p>Re&ccedil;oit son per et se joint &agrave; la plume:</p>
+<p>Ainsi vous vueil, &agrave; ce d&eacute;sir m'allume.</p>
+<a name="p075"></a><span class="pagenum">P. 75</span>
+<p>Joyeusement ce qu'aux amans bon semble.</p>
+<p>Sachez qu'Amour l'escript en son volume,</p>
+<p>Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Dame serez de mon cueur, sans debat,</p>
+<p>Entierement, jusques mort me consume.</p>
+<p>Laurier so&uuml;ef qui pour mon droit combat,</p>
+<p>Olivier franc, m'ostant toute amertume.</p>
+<p>Raison ne veult que je desaccoustume,</p>
+<p>Et en ce vueil avec elle m'assemble,</p>
+<p>De vous servir, mais que m'y accoustume;</p>
+<p>Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et qui plus est, quand dueil sur moy s'embat,</p>
+<p>Par fortune qui sur moy si se fume,</p>
+<p>Vostre doulx oeil sa malice rabat,</p>
+<p>Ne plus ne moins que le vent faict la fume.</p>
+<p>Si ne perds pas la graine que je sume</p>
+<p>En vostre champ, car le fruict me ressemble:</p>
+<p>Dieu m'ordonne que le fouysse et fume;</p>
+<p>Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Princesse, oyez ce que cy vous resume:</p>
+<p>Que le mien cueur du vostre desassemble</p>
+<p>J&agrave; ne sera: tant de vous en presume;</p>
+<p>Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXXX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; sire Jehan Perdryer,</p>
+<p>Riens, n'&agrave; Fran&ccedil;oys, son second
+fr&egrave;re.</p>
+<a name="p076"></a><span class="pagenum">P. 76</span>
+<p>Si m'ont-ilz voulu aydier,</p>
+<p>Et de leurs biens faire confr&egrave;re;</p>
+<p>Combien que Fran&ccedil;oys, mon comp&egrave;re,</p>
+<p>Contre langues flambans et rouges,</p>
+<p>Sans commandement, sans pri&egrave;re,</p>
+<p>Me recommanda fort &agrave; Bourges.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXXXI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Si aille veoir en Taillevent,</p>
+<p>Ou chapitre de fricassure,</p>
+<p>Tout au long, derri&egrave;re et devant,</p>
+<p>Lequel n'en parle jus ne sure;</p>
+<p>Mais &agrave; Macquaire vous asseure,</p>
+<p>A tout le poil cuysant ung dyable,</p>
+<p>Affin que sentist bon l'arsure,</p>
+<p>Ce <i>Recipe</i> m'escript, sans fable.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>En reagal, en arsenic rocher,</p>
+<p>En orpigment, en salpestre et chaulx vive;</p>
+<p>En plomb boillant, pour mieulx les esmorcher;</p>
+<p>En suif et poix, destrampez de lessive</p>
+<p>Faicte d'estronts et de pissat de Juifve;</p>
+<p>En lavaille de jambes &agrave; meseaulx;</p>
+<p>En raclure de piedz et vieulx houseaulx;</p>
+<p>En sang d'aspic et drogues venimeuses;</p>
+<p>En fiel de loups, de regnards et blereaux,</p>
+<p>Soient frittes ces langues envieuses!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>En cervelle de chat qui hayt pescher,</p>
+<p>Noir, et si vieil qu'il n'ait dent en gencive;</p>
+<a name="p077"></a><span class="pagenum">P. 77</span>
+<p>D'ung vieil mastin, qui vault bien aussi cher</p>
+<p>Tout enrag&eacute;, en sa bave et salive;</p>
+<p>En l'escume d'une mulle poussive,</p>
+<p>Detrench&eacute;e menu &agrave; bons ciseaulx;</p>
+<p>En eau o&ugrave; ratz plongent groings et museaulx,</p>
+<p>Raines, crapauds, telz bestes dangereuses,</p>
+<p>Serpens, lezards, et telz nobles oyseaulx,</p>
+<p>Soient frittes ces langues envieuses!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>En sublim&eacute;, dangereux &agrave; toucher;</p>
+<p>Et au nombril d'une couleuvre vive;</p>
+<p>En sang qu'on mect en poylettes secher,</p>
+<p>Chez ces barbiers, quand plaine lune arrive,</p>
+<p>Dont l'ung est noir, l'autre plus vert que cive,</p>
+<p>En chancre et fix, et en ces ords cuveaulx</p>
+<p>O&ugrave; nourrices essangent leurs drappeaulx;</p>
+<p>En petits baings de filles amoureuses</p>
+<p>Qui n'entendent qu'&agrave; suivre les bordeaulx,</p>
+<p>Soient frittes ces langues envieuses!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince, passez tous ces friands morceaux,</p>
+<p>S'estamine n'avez, sacs ou bluteaux,</p>
+<p>Parmy le fons d'unes brayes breneuses;</p>
+<p>Mais, paravant, en estronts de pourceaulx</p>
+<p>Soient frittes ces langues envieuses!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXXXII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; maistre Jehan Courault,</p>
+<p>Les Contredictz Franc-Gontier mande:</p>
+<a name="p078"></a><span class="pagenum">P. 78</span>
+<p>Quant du Tyrant seant en hault,</p>
+<p>A cestuy-l&agrave; rien ne demande;</p>
+<p>Le saige ne veult que contende,</p>
+<p>Contre puissant, pouvre homme las,</p>
+<p>Affin que ses filez ne tende,</p>
+<p>Et que ne tresbuche en ses laqs.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXXXIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Gontier ne crains: il n'a nulz hommes</p>
+<p>Et mieulx que moy n'est herit&eacute;;</p>
+<p>Mais en ce debat cy nous sommes,</p>
+<p>Car il loue sa pouvret&eacute;:</p>
+<p>Estre pouvre, yver et est&eacute;,</p>
+<p>A felicit&eacute; il repute,</p>
+<p>Ce que tiens &agrave; malheuret&eacute;.</p>
+<p>Lequel &agrave; tort? Or en dispute.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Intitul&eacute;e: <i>Les Contredictz de Franc-Gontier</i></p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Sur mol duvet assis, ung gras chanoine,</p>
+<p>Lez ung brasier, en chambre bien natt&eacute;e,</p>
+<p>A son cost&eacute; gisant dame Sydoine,</p>
+<p>Blanche, tendre, pollie et attaint&eacute;e:</p>
+<p>Boire ypocras, &agrave; jour et &agrave; nuyct&eacute;e,</p>
+<p>Rire, jouer, mignonner et baiser,</p>
+<p>Et nud &agrave; nud, pour mieulx des corps s'ayser,</p>
+<p>Les vy tous deux, par un trou de mortaise:</p>
+<p>Lors je congneuz que, pour dueil appaiser,</p>
+<p>Il n'est tresor que de vivre &agrave; son aise.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p079"></a><span class="pagenum">P.
+79</span>
+<p>Se Franc-Gontier et sa compaigne Heleine</p>
+<p>Eussent tousjours tel douce vie hant&eacute;e,</p>
+<p>D'oignons, civetz, qui causent forte alaine,</p>
+<p>N'en comptassent une bise tost&eacute;e.</p>
+<p>Tout leur mathon, ne toute leur pot&eacute;e,</p>
+<p>Ne prise ung ail, je le dy sans noysier.</p>
+<p>S'ilz se vantent coucher soubz le rosier,</p>
+<p>Ne vault pas mieulx lict costoy&eacute; de chaise?</p>
+<p>Qu'en dictes-vous? Faut-il &agrave; ce muser?</p>
+<p>Il n'est tresor que de vivre &agrave; son aise.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>De gros pain bis vivent, d'orge, d'avoine,</p>
+<p>Et boivent eau, tout au long de l'ann&eacute;e.</p>
+<p>Tous les oyseaulx d'icy en Babyloine</p>
+<p>A tel escot une seule journ&eacute;e</p>
+<p>Ne me tiendroient, non une matin&eacute;e.</p>
+<p>Or s'esbate, de par Dieu, Franc-Gontier,</p>
+<p>Hel&egrave;ne o luy, soubz le bel esglantier;</p>
+<p>Si bien leur est, n'ay cause qu'il me poise;</p>
+<p>Mais, quoy qu'il soit du laboureux mestier,</p>
+<p>Il n'est tresor que de vivre &agrave; son aise.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince, jugez, pour tous nous accorder.</p>
+<p>Quant est &agrave; moy, mais qu'&agrave; nul n'en
+desplaise,</p>
+<p>Petit enfant, j'ay ouy recorder</p>
+<p>Qu'il n'est tresor que de vivre &agrave; son aise.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXXXIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, pour ce que s&ccedil;ait la Bible,</p>
+<p>Mademoyselle de Bruy&egrave;res,</p>
+<a name="p080"></a><span class="pagenum">P. 80</span>
+<p>Donne prescher, hors l'Evangile,</p>
+<p>A elle et &agrave; ses bachelieres,</p>
+<p>Pour retraire ces villoti&egrave;res</p>
+<p>Qui ont le bec si affil&eacute;,</p>
+<p>Mais que ce soit hors cymeti&egrave;res,</p>
+<p>Trop bien au march&eacute; au fil&eacute;.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE</p>
+<p>DES FEMMES DE PARIS.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quoy qu'on tient belles langagi&egrave;res</p>
+<p>Florentines, Veniciennes,</p>
+<p>Assez pour estre messaigi&egrave;res,</p>
+<p>Et mesmement les anciennes;</p>
+<p>Mais, soient Lombardes, Rommaines,</p>
+<p>Genevoises, &agrave; mes perilz,</p>
+<p>Piemontoises, Savoysiennes,</p>
+<p>Il n'est bon bec que de Paris.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>De tr&egrave;s beau parler tiennent chaires,</p>
+<p>Ce dit-on, les Napolitaines,</p>
+<p>Et que sont bonnes cacquetoeres</p>
+<p>Allemanses et Bruciennes;</p>
+<p>Soient Grecques, Egyptiennes,</p>
+<p>De Hongrie ou d'autre pays,</p>
+<p>Espaignolles ou Castellannes,</p>
+<p>Il n'est bon bec que de Paris.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Brettes, Suysses, n'y s&ccedil;avent gu&egrave;res,</p>
+<p>Ne Gasconnes et Tholouzaines;</p>
+<a name="p081"></a><span class="pagenum">P. 81</span>
+<p>Du Petit-Pont deux harang&egrave;res</p>
+<p>Les concluront, et les Lorraines,</p>
+<p>Anglesches ou Callaisiennes,</p>
+<p>(Ay je beaucoup de lieux compris?)</p>
+<p>Picardes, de Valenciennes;</p>
+<p>Il n'est bon bec que de Paris.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince, aux dames parisiennes</p>
+<p>De bien parler donnez le prix;</p>
+<p>Quoy qu'on die d'Italiennes,</p>
+<p>Il n'est bon bec que de Paris.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXXXV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Regarde-m'en deux, trois, assises</p>
+<p>Sur le bas du ply de leurs robes,</p>
+<p>En ces monstiers, en ces eglises;</p>
+<p>Tire t'en pr&egrave;s, et ne t'en hobes;</p>
+<p>Tu trouveras l&agrave; que Macrobes</p>
+<p>Oncques ne fist tels jugemens;</p>
+<p>Entens: quelque chose en desrobes;</p>
+<p>Ce sont tous beaulx enseignemens.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXXXVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, et au mont de Montmartre,</p>
+<p>Qui est ung lieu moult ancien,</p>
+<p>Je lui donne et adjoincts le tertre.</p>
+<p>Qu'on dit de mont Valerien;</p>
+<p>Et, oultre plus, d'ung quartier d'an</p>
+<p>Du pardon qu'apportay de Romme:</p>
+<p>Sy yra maint bon paroissien,</p>
+<p>En l'abbaye ou il n'entre homme.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p082"></a><span class="pagenum">P.
+82</span>
+<p>CXXXVII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, valetz et chambri&egrave;res</p>
+<p>De bons hostelz (rien ne me nuyst),</p>
+<p>Faisans tartes, flans et goy&egrave;res,</p>
+<p>Et grant rallias &agrave; minuict:</p>
+<p>Riens n'y font sept pintes ne huict,</p>
+<p>Tant que gisent Seigneur et dame;</p>
+<p>Puis apr&egrave;s, sans mener grant bruyt,</p>
+<p>Je leur ramentoy le jeu d'asne.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXXXVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, et &agrave; filles de bien,</p>
+<p>Qui ont p&egrave;res, m&egrave;res et antes,</p>
+<p>Par m'ame! je ne donne rien;</p>
+<p>Tout ont eu varletz et servantes;</p>
+<p>Se fussent-ilz de pou contentes,</p>
+<p>Grant bien leur feissent maintz lopins,</p>
+<p>Aux povres filles advenantes,</p>
+<p>Qui se perdent aux Jacopins.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXXXIX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Aux C&eacute;lestins et aux Chartreux,</p>
+<p>Quoy que vie meinent estroicte,</p>
+<p>Si ont-ilz largement entre eulx,</p>
+<p>Dont povres filles ont souffrette:</p>
+<p>Tesmoing Jaqueline et Perrette,</p>
+<p>Et Isabeau, qui dit: <i>Enn&eacute;!</i></p>
+<p>Puis qu'ilz ont eu telle disette,</p>
+<p>A peine en seroit-on damn&eacute;.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXL.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; la grosse Margot,</p>
+<p>Tr&egrave;s doulce face et pourtraicture,</p>
+<p>Foy que doy <i>Brelare Bigod,</i></p>
+<a name="p083"></a><span class="pagenum">P. 83</span>
+<p>Assez devote creature.</p>
+<p>Je l'ayme de propre nature,</p>
+<p>Et elle moy, la doulce sade.</p>
+<p>Qui la trouvera d'adventure,</p>
+<p>Qu'on luy lise ceste Ballade.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE</p>
+<p>DE VILLON ET DE LA GROSSE MARGOT.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Se j'ayme et sers la belle de bon haict,</p>
+<p>M'en devez-vous tenir &agrave; vil ne sot?</p>
+<p>Elle a en soy des biens &agrave; fin souhaict.</p>
+<p>Pour son amour ceings bouclier et passot.</p>
+<p>Quand viennent gens, je cours et happe un pot:</p>
+<p>Au vin m'en voys, sans demener grand bruyt.</p>
+<p>Je leur tendz eau, frommage, pain et fruict,</p>
+<p>S'ils payent bien, je leur dy que bien <i>stat</i>:</p>
+<p>&laquo;Retournez cy, quand vous serez en ruyt,</p>
+<p>En ce bourdel o&ugrave; tenons nostre estat!&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Mais, tost apr&egrave;s, il y a grant deshait,</p>
+<p>Quand sans argent s'en vient coucher Margot;</p>
+<p>Veoir ne la puis; mon cueur &agrave; mort la hait.</p>
+<p>Sa robe prens, demy-ceinct et surcot:</p>
+<p>Si luy prometz qu'ilz tiendront pour l'escot.</p>
+<p>Par les costez si se prend, l'Antechrist</p>
+<p>Crie, et jure par la mort Jesuchrist,</p>
+<p>Que non fera. Lors j'enpongne ung esclat,</p>
+<p>Dessus le nez luy en fais ung escript,</p>
+<p>En ce bourdel o&ugrave; tenons nostre estat.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p084"></a><span class="pagenum">P.
+84</span>
+<p>Puis paix se faict, et me lasche ung gros pet</p>
+<p>Plus enfl&eacute;e qu'ung venimeux scarbot.</p>
+<p>Riant, m'assiet le poing sur mon sommet,</p>
+<p>Gogo me dit, et me fiert le jambot.</p>
+<p>Tous deux yvres, dormons comme ung sabot;</p>
+<p>Et, au reveil, quand le ventre luy bruyt,</p>
+<p>Monte sur moy, qu'el ne gaste son fruit.</p>
+<p>Soubz elle geins; plus qu'ung aiz me faict plat;</p>
+<p>De paillarder tout elle me destruict,</p>
+<p>En ce bourdel o&ugrave; tenons nostre estat.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Vente, gresle, gelle, j'ay mon pain cuict!</p>
+<p>Je suis paillard, la paillarde me suit.</p>
+<p>Lequel vault mieux, chascun bien s'entresuit.</p>
+<p>L'ung l'autre vault: c'est &agrave; mau chat mau rat.</p>
+<p>Ordure amons, ordure nous affuyt.</p>
+<p>Nous deffuyons honneur, il nous deffuyt,</p>
+<p>En ce bourdel o&ugrave; tenons nostre estat.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXLI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; Marion l'Ydolle,</p>
+<p>Et la grand Jehanne de Bretaigne,</p>
+<p>Donne tenir publique escolle,</p>
+<p>O&ugrave; l'escolier le maistre enseigne.</p>
+<p>Lieu n'est o&ugrave; ce march&eacute; ne tienne,</p>
+<p>Sinon en la grille de Mehun;</p>
+<p>De quoy je dy: Fy de l'enseigne,</p>
+<p>Puis que l'ouvrage est si commun!</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p085"></a><span class="pagenum">P.
+85</span>
+<p>CXLII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; No&euml; le Jolys,</p>
+<p>Autre chose je ne luy donne,</p>
+<p>Fors plein poing d'osiers frez cueilliz</p>
+<p>En mon jardin; je l'abandonne.</p>
+<p>Chastoy est une belle aulmosne;</p>
+<p>Ame n'en doit estre marry.</p>
+<p>Unze vingtz coups lui en ordonne,</p>
+<p>Par les mains de maistre Henry.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXLIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, ne s&ccedil;ay que &agrave; l'Hostel-Dieu</p>
+<p>Donner, n'aux povres hospitaulx;</p>
+<p>Bourdes n'ont icy temps ne lieu,</p>
+<p>Car povres gens ont assez maulx.</p>
+<p>Chascun leur envoye leurs os.</p>
+<p>Les Mandians ont eu mon oye;</p>
+<p>Au fort, ilz en auront les os:</p>
+<p>A menues gens menue monnoye.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXLIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, je donne &agrave; mon barbier,</p>
+<p>Qui se nomme Colin Galerne,</p>
+<p>Pr&egrave;s voysin d'Angelot l'Herbier,</p>
+<p>Ung gros glasson... Prins o&ugrave;? En Marne,</p>
+<p>Affin qu'&agrave; son ayse s'yverne.</p>
+<p>De l'estomach le tienne pr&egrave;s.</p>
+<p>Se l'yver ainsi se gouverne,</p>
+<p>Il n'aura chault l'est&eacute; d'apr&egrave;s.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXLV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, rien aux Enfans-Trouvez;</p>
+<p>Mais les perduz fault que console,</p>
+<a name="p086"></a><span class="pagenum">P. 86</span>
+<p>Si doivent estre retrouvez,</p>
+<p>Par droict, sur Marion l'Ydolle.</p>
+<p>Une le&ccedil;on de mon escolle</p>
+<p>Leur liray, qui ne dure gui&egrave;re.</p>
+<p>Teste n'ayent dure ne folle,</p>
+<p>Mais escoutent: c'est la derni&egrave;re!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BELLE LE&Ccedil;ON</p>
+<p>DE VILLON, AUX ENFANS PERDUZ.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Beaux enfans, vous perdez la plus</p>
+<p>Belle rose de vo chapeau,</p>
+<p>Mes clers apprenans comme glu;</p>
+<p>Se vous allez &agrave; Montpippeau</p>
+<p>Ou &agrave; Ruel, gardez la peau:</p>
+<p>Car, pour s'esbatre en ces deux lieux,</p>
+<p>Cuydant que vaulsist le rappeau,</p>
+<p>La perdit Colin de Cayeulx.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ce n'est pas ung jeu de trois mailles,</p>
+<p>O&ugrave; va corps, et peut-estre l'ame:</p>
+<p>S'on perd, rien n'y sont repentailles,</p>
+<p>Qu'on ne meure &agrave; honte et diffame;</p>
+<p>Et qui gaigne, n'a pas &agrave; femme</p>
+<p>Dido la royne de Cartage.</p>
+<p>L'homme est donc bien fol et infame,</p>
+<p>Qui, pour si peu, couche tel gage.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Qu'ung chascun encore m'escoute:</p>
+<p>On dit, et il est v&eacute;rit&eacute;,</p>
+<a name="p087"></a><span class="pagenum">P. 87</span>
+<p>Que charret&eacute;e se boyt toute,</p>
+<p>Au feu l'yver, au bois l'est&eacute;.</p>
+<p>S'argent avez, il n'est ent&eacute;;</p>
+<p>Mais le despendez tost et viste.</p>
+<p>Qui en voyez-vous h&eacute;rit&eacute;?</p>
+<p>Jamais mal acquest ne proffite.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE</p>
+<p>DE BONNE DOCTRINE,</p>
+<p>A ceux de mauvaise vie.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Car ou soyes porteur de bulles,</p>
+<p>Pipeur ou hazardeur de dez,</p>
+<p>Tailleur de faulx coings, tu te brusles,</p>
+<p>Comme ceux qui sont eschaudez,</p>
+<p>Traistres pervers, de foy vuydez;</p>
+<p>Soyes larron, ravis ou pilles:</p>
+<p>O&ugrave; en va l'acquest, que cuydez?</p>
+<p>Tout aux tavernes et aux filles.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ryme, raille, cymballe, luttes,</p>
+<p>Comme folz, faintis, eshontez;</p>
+<p>Farce, broille, joue des flustes;</p>
+<p>Fais, &egrave;s villes et &egrave;s cit&eacute;s,</p>
+<p>Fainctes, jeux et moralitez;</p>
+<p>Gaigne au berlan, au glic, aux quilles:</p>
+<p>O&ugrave; s'en va tout? Or escoutez:</p>
+<p>Tout aux tavernes et aux filles.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p088"></a><span class="pagenum">P.
+88</span>
+<p>De telz ordures te reculles;</p>
+<p>Laboure, fauche champs et prez;</p>
+<p>Serz et panse chevaulx et mulles,</p>
+<p>S'aucunement tu n'es lettrez;</p>
+<p>Assez auras, se prens en grez.</p>
+<p>Mais, se chanvre broyes ou tilles,</p>
+<p>O&ugrave; tend ton labour qu'as ouvrez?</p>
+<p>Tout aux tavernes et aux filles.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Chausses, pourpoinctz esguilletez,</p>
+<p>Robes, et toutes vos drapilles,</p>
+<p>Ains que cessez, vous porterez</p>
+<p>Tout aux tavernes et aux filles.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXLVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>A vous parle, compaings de galles,</p>
+<p>Qui estes de tous bons accors;</p>
+<p>Gardez-vous tous de ce mau hasles,</p>
+<p>Qui noircist gens quand ils sont mortz;</p>
+<p>Eschevez-le, c'est ung mal mors;</p>
+<p>Passez-vous-en mieulx que pourrez;</p>
+<p>Et, pour Dieu, soyez tous recors</p>
+<p>Qu'une fois viendra que mourrez.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXLVII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, je donne aux Quinze-Vingtz,</p>
+<p>Qu'autant vauldroit nommer Trois-Cens</p>
+<p>De Paris, non pas de Provins,</p>
+<p>Car &agrave; eulx tenu je me sens.</p>
+<p>Ilz auront, et je m'y consens,</p>
+<a name="p089"></a><span class="pagenum">P. 89</span>
+<p>Sans les estuis, mes grans lunettes,</p>
+<p>Pour mettre &agrave; part, aux Innocens,</p>
+<p>Les gens de bien des deshonnestes.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXLVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Icy n'y a ne rys ne jeu.</p>
+<p>Que leur vault avoir eu chevances,</p>
+<p>N'en grans lictz de parement geu,</p>
+<p>Engloutir vin, engrossir panses,</p>
+<p>Mener joye, festes et danses,</p>
+<p>Et de ce prest estre &agrave; toute heure?</p>
+<p>Tantost faillent telles plaisances,</p>
+<p>Et la coulpe si en demeure.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CXLIX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quand je consid&egrave;re ces testes</p>
+<p>Entass&eacute;es en ces charniers,</p>
+<p>Tous furent maistres des requestes,</p>
+<p>Ou tous de la Chambre aux Deniers,</p>
+<p>Ou tous furent porte-paniers;</p>
+<p>Autant puis l'ung que l'autre dire,</p>
+<p>Car, d'evesques ou lanterniers,</p>
+<p>Je n'y congnois rien a redire.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CL.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et icelles qui s'inclinoient</p>
+<p>Unes contre autres en leur vies;</p>
+<p>Desquelles les unes regnoient,</p>
+<p>Des autres craintes et servies:</p>
+<p>L&agrave; les voy toutes assouvies,</p>
+<p>Ensemble en ung tas pesle-mesle.</p>
+<p>Seigneuries leur sont ravies;</p>
+<p>Clerc ne maistre ne s'y appelle.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p090"></a><span class="pagenum">P.
+90</span>
+<p>CLI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Or sont-ilz mortz, Dieu ayt leurs &acirc;mes!</p>
+<p>Quant est des corps, ils sont pourriz.</p>
+<p>Ayent est&eacute; seigneurs ou dames,</p>
+<p>Souef et tendrement nourriz</p>
+<p>De cresme, froment&eacute;e ou riz,</p>
+<p>Leurs os sont declinez en pouldre,</p>
+<p>Auxquelz ne chault d'esbat, ne riz...</p>
+<p>Plaise au doulx Jesus les absouldre!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Aux trespassez je fais ce lays,</p>
+<p>Et icelluy je communique</p>
+<p>A regentz, courtz, sieges et plaids,</p>
+<p>Hayneurs d'avarice l'inique,</p>
+<p>Lesquelz pour la chose publique</p>
+<p>Se seichent les os et les corps:</p>
+<p>De Dieu et de sainct Dominique</p>
+<p>Soient absolz, quand ilz seront mortz</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LAYS.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Au retour de dure prison,</p>
+<p>O&ugrave; j'ay laiss&eacute; presque la vie,</p>
+<p>Se Fortune a sur moy envie,</p>
+<p>Jugez s'elle fait mesprison!</p>
+<p>Il me semble que, par raison,</p>
+<p>Elle deust bien estre assouvie,</p>
+<p class="i8">Au retour.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p091"></a><span class="pagenum">P.
+91</span>
+<p>Cecy plain est de desraison,</p>
+<p>Qui vueille que de tout desvie;</p>
+<p>Plaise &agrave; Dieu que l'ame ravie</p>
+<p>En soit, lassus, en sa maison,</p>
+<p class="i8">Au retour!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, donne &agrave; maistre Lomer,</p>
+<p>Comme extraict que je suis de f&eacute;e,</p>
+<p>Qu'il soit bien am&eacute;; mais, d'amer</p>
+<p>Fille en chief ou femme co&euml;ff&eacute;e,</p>
+<p>J&agrave; n'en ayt la teste eschauff&eacute;e,</p>
+<p>Ce qui ne luy couste une noix,</p>
+<p>Faire ung soir pour soy la fast&eacute;e,</p>
+<p>En despit d'Auger le Danois.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, rien &agrave; Jaques Cardon,</p>
+<p>Car je n'ay rien pour luy honneste.</p>
+<p>Non pas que le jette &agrave; bandon</p>
+<p>Sinon cette Bergeronnette:</p>
+<p>S'elle eust le chant <i>Marionnette</i>,</p>
+<p>Faict por Marion la Peau-Tarde,</p>
+<p>D'un <i>Ouvrez vostre huys, Guillemette</i>,</p>
+<p>Elle allast bien &agrave; la moustarde.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item donne aux amans enfermes,</p>
+<p>Oultre le lay Alain Chartier,</p>
+<p>A leurs chevetz, de pleurs et lermes</p>
+<p>Trestout fin plain ung benoistier,</p>
+<a name="p092"></a><span class="pagenum">P. 92</span>
+<p>Et ung petit brin d'esglantier,</p>
+<p>En tout temps verd, pour gouppillon,</p>
+<p>Pourveu qu'ilz diront ung <i>Psaultier</i></p>
+<p>Pour l'ame du pouvre Villon.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, &agrave; maistre Jacques James,</p>
+<p>Qui se tue d'amasser biens,</p>
+<p>Donne fiancer tant de femmes</p>
+<p>Qu'il vouldra; mais d'espouser, riens</p>
+<p>Pour qui amasse-il? Pour les siens.</p>
+<p>Il ne plainct fors que ses morceaulx;</p>
+<p>Ce qui fut aux truyes, je tiens</p>
+<p>Qu'il doit de droit estre aux pourceaulx.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLVII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, le Camus Seneschal,</p>
+<p>Qui une fois paya mes debtes,</p>
+<p>En recompense, mareschal,</p>
+<p>Pour ferrer o&euml;s et canettes.</p>
+<p>Je luy envoye ces sornettes,</p>
+<p>Pour soy desennuyer; combien,</p>
+<p>Si veult, face-en des alumettes.</p>
+<p>De bien chanter s'ennuye-on bien.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, au Chevalier du Guet</p>
+<p>Je donne deux beaulx petitz pages,</p>
+<p>Philippot et le gros Marquet,</p>
+<p>Qui ont servy, dont sont plus sages,</p>
+<p>La plus grant partie de leurs aages,</p>
+<p>Tristan, prevost des mareschaulx.</p>
+<p>H&eacute;las, s'ilz sont cassez de gaiges,</p>
+<p>Aller leur fauldra tous deschaulx!</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p093"></a><span class="pagenum">P.
+93</span>
+<p>CLIX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, au Chappelain je laisse</p>
+<p>Ma chapelle &agrave; simple tonsure,</p>
+<p>Charg&eacute;e d'une seiche messe,</p>
+<p>O&ugrave; il ne fault pas grand lecture.</p>
+<p>Resign&eacute; luy eusse ma cure,</p>
+<p>Mais point ne veult de charge d'ames;</p>
+<p>De confesser, ce dit, n'a cure,</p>
+<p>Sinon chambri&egrave;res et dames.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Pour ce que s&ccedil;ait bien mon entente,</p>
+<p>Jehan de Calays, honnorable homme,</p>
+<p>Qui ne me veit des ans a trente,</p>
+<p>Et ne s&ccedil;ait comment je me nomme,</p>
+<p>De tout ce Testament, en somme,</p>
+<p>S'aucune y a difficult&eacute;,</p>
+<p>Oster jusqu'au rez d'une pomme</p>
+<p>Je luy en donne facult&eacute;.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLXI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>De le gloser et commenter,</p>
+<p>De le diffinir ou prescripre,</p>
+<p>Diminuer ou augmenter;</p>
+<p>De le canceller ou transcripre</p>
+<p>De sa main, ne sceust-il escripre;</p>
+<p>Interpreter, et donner sens,</p>
+<p>A son plaisir, meilleur ou pire;</p>
+<p>A tout ceci je m'y consens.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLXII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et s'aucun, dont n'ay congnoissance,</p>
+<p>Estoit all&eacute; de mort &agrave; vie,</p>
+<a name="p094"></a><span class="pagenum">P. 94</span>
+<p>Audict Calais donne puissance,</p>
+<p>Affin que l'ordre soit suyvie</p>
+<p>Et mon ordonnance assouvie,</p>
+<p>Que ceste aulmosne ailleurs transporte,</p>
+<p>Sans se l'appliquer par envie;</p>
+<p>A son ame je m'en rapporte.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLXIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, j'ordonne &agrave; Saincte-Avoye,</p>
+<p>Et non ailleurs, ma sepulture;</p>
+<p>Et, affin que chascun me voye,</p>
+<p>Non pas en chair, mais en paincture,</p>
+<p>Que l'on tire mon estature</p>
+<p>D'ancre, s'il ne coustoit trop cher.</p>
+<p>De tumbel? Rien; je n'en ay cure,</p>
+<p>Car il greveroit le plancher.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLXIV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, vueil qu'autour de ma fosse</p>
+<p>Ce que s'ensuyt, sans autre histoire,</p>
+<p>Soit escript, en lettre assez grosse;</p>
+<p>Et qui n'auroit point d'escriptoire,</p>
+<p>De charbon soit, ou pierre noire,</p>
+<p>Sans en rien entamer le plastre:</p>
+<p>Au moins sera de moy memoire</p>
+<p>Telle qu'il est d'ung bon folastre.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLXV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CY GIST ET DORT EN CE SOLLIER,</p>
+<p>QU'AMOUR OCCIST DE SON RAILLON,</p>
+<p>UNG POUVRE PETIT ESCOLLIER,</p>
+<p>QUI FUT NOMM&Eacute; FRAN&Ccedil;OIS VILLON.</p>
+<p>ONCQUES DE TERRE N'EUT SILLON.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p095"></a><span class="pagenum">P.
+95</span>
+<p>TESTAMENT.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>IL DONNA TOUT, CHASCUN LE SCET:</p>
+<p>TABLE, TRETTEAULX, PAIN, CORBILLON.</p>
+<p>POUR DIEU, DICTES-EN CE VERSET.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><b>RONDEAU</b>.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Repos eternel donne &agrave; cil,</p>
+<p>Lumi&egrave;re, clart&eacute; perp&eacute;tuelle,</p>
+<p>Qui vaillant plat ny escuelle</p>
+<p>N'eut oncques, n'ung brin de percil.</p>
+<p>Il fut rez, chef, barbe, sourcil,</p>
+<p>Comme ung navet qu'on ree et pelle.</p>
+<p>Repos &eacute;ternel donne &agrave; cil.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Rigueur le transmit en exil,</p>
+<p>Et luy frappa au cul la pelle,</p>
+<p>Nonobstant qu'il dist: J'en appelle!</p>
+<p>Qui n'est pas terme trop subtil.</p>
+<p>Repos eternel donne &agrave; cil.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLXVI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, je vueil qu'on sonne &agrave; branle</p>
+<p>Le gros Beffray, qui n'est de voire;</p>
+<p>Combien que cueur n'est qui ne tremble;</p>
+<p>Quand de sonner est &agrave; son erre.</p>
+<p>Saulv&eacute; a mainte belle terre,</p>
+<p>Le temps pass&eacute;, chascun le s&ccedil;ait:</p>
+<p>Fussent gens d'armes ou tonnerre;</p>
+<p>Au son de luy tout mal cessoit.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p096"></a><span class="pagenum">P.
+96</span>
+<p>CLXVII</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Les sonneurs auront quatre miches;</p>
+<p>Et se c'est peu, demy-douzaine,</p>
+<p>Autant qu'en donnent les plus riches;</p>
+<p>Mais ilz seront de sainct Estienne.</p>
+<p>Vollant est homme de grant peine:</p>
+<p>L'ung en sera. Quand j'y regarde,</p>
+<p>Il en vivra une sepmaine.</p>
+<p>Et l'autre? Au fort, Jehan de la Garde.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLXVIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Pour tout ce fournir et parfaire,</p>
+<p>J'ordonne mes executeurs,</p>
+<p>Auxquelz faict bon avoir affaire,</p>
+<p>Et contentent bien leurs debteurs.</p>
+<p>Ilz ne sont pas trop grans venteurs,</p>
+<p>Et ont bien de quoy, Dieu mercys!</p>
+<p>De ce faict seront directeurs...</p>
+<p>Escripts: je t'en nommeray six.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLXIX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>C'est maistre Martin Bellefaye,</p>
+<p>Lieutenant du cas criminel.</p>
+<p>Qui sera l'autre? J'y pensoye:</p>
+<p>Ce sera sire Colombel.</p>
+<p>S'il luy plaist et il lui est bel,</p>
+<p>Il entreprendra ceste charge.</p>
+<p>Et l'autre? Michel Jouvenel.</p>
+<p>Ces trois seulz, et pour tous, j'en charge.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLXX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Mais, au cas qu'ils s'en excusassent,</p>
+<p>En redoubtant les premiers frais,</p>
+<a name="p097"></a><span class="pagenum">P. 97</span>
+<p>Ou totalement recusassent,</p>
+<p>Ceulx qui s'ensuivent cy-apr&egrave;s</p>
+<p>J'institue, gens de bien tr&egrave;s,</p>
+<p>Philip Bruneau, noble escuyer,</p>
+<p>Et l'autre, son voysin d'empr&egrave;s,</p>
+<p>Cy est maistre Jacques Raguyer;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLXXI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et l'aultre, maistre Jaques James,</p>
+<p>Trois hommes de bien et d'honneur,</p>
+<p>Desirans de saulver leurs &acirc;mes,</p>
+<p>Et doubtans Dieu Nostre Seigneur.</p>
+<p>Plustot y metteront du leur,</p>
+<p>Que ceste ordonnance ne baillent.</p>
+<p>Point n'auront de contrerooleur,</p>
+<p>Mais &agrave; leur seul plaisir en taillent.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLXXII</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Des testamens qu'on dit le maistre</p>
+<p>De mon faict n'aura <i>quid</i> ne <i>quod</i>;</p>
+<p>Mais ce sera ung jeune prebstre,</p>
+<p>Qui se nomme Colas Tacot.</p>
+<p>Voulentiers beusse &agrave; son escot,</p>
+<p>Et qu'il me coustast ma cornette!</p>
+<p>S'il sceust jouer en ung trippot,</p>
+<p>Il eust de moy le Trou Perrette.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>CLXXIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quant au regard du luminaire,</p>
+<p>Guillaume du Ru j'y commectz.</p>
+<p>Pour porter les coings du suaire,</p>
+<p>Aux executeurs le remectz.</p>
+<p>Trop plus mal me font qu'oncques mais</p>
+<p>Penil, cheveulx, barbe, sourcilz.</p>
+<a name="p098"></a><span class="pagenum">P. 98</span>
+<p>Mal me presse; est temps d&eacute;sormais</p>
+<p>Que crie &agrave; toutes gens merciz.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE</p>
+<p>Par laquelle Villon crye mercy &agrave; chascun.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>A Chartreux, aussi Celestins,</p>
+<p>A mendians et aux devotes,</p>
+<p>A musars et cliquepatins,</p>
+<p>Servantes et filles mignottes,</p>
+<p>Portant surcotz et justes cottes;</p>
+<p>A cuyderaulx d'amours transis,</p>
+<p>Chaussans sans meshaing fauves bottes,</p>
+<p>Je crye &agrave; toutes gens merciz!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>A fillettes monstrans tetins,</p>
+<p>Pour avoir plus largement hostes;</p>
+<p>A ribleurs meneurs de butins,</p>
+<p>A basteleurs traynans marmottes,</p>
+<p>A folz et folles, sotz et sottes,</p>
+<p>Qui s'en vont sifflant cinq et six;</p>
+<p>A veufves et &agrave; mariottes,</p>
+<p>Je crye &agrave; toutes gens merciz!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Sinon aux trahistres chiens mastins,</p>
+<p>Qui m'ont fait ronger dures crostes</p>
+<p>Et boire eau maintz soirs et matins,</p>
+<p>Qu'ores je ne crains pas trois crottes.</p>
+<p>Je feisse pour eulx petz et rottes;</p>
+<p>Je ne puis, car je suis assis.</p>
+<p>Bien fort, pour &eacute;viter riottes,</p>
+<p>Je crye &agrave; toutes gens, merciz!</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p099"></a><span class="pagenum">P.
+99</span>
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Qu'on leur froisse les quinze costes</p>
+<p>De gros mailletz, fortz et massis,</p>
+<p>De plomb&eacute;e et de telz pelottes.</p>
+<p>Je crye &agrave; toutes gens merciz!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE</p>
+<p>POUR SERVIR DE CONCLUSION.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Icy se clost le Testament</p>
+<p>Et finist du pouvre Villon.</p>
+<p>Venez &agrave; son enterrement,</p>
+<p>Quant vous orrez le carillon,</p>
+<p>Vestuz rouges com vermillon,</p>
+<p>Car en amours mourut martir;</p>
+<p>Ce jura-il sur son coullon</p>
+<p>Quand de ce monde voult partir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et je croy bien que pas n'en ment,</p>
+<p>Car chassi&eacute; fut comme un soullon</p>
+<p>De ses amours hayneusement,</p>
+<p>Tant que, d'icy &agrave; Roussillon,</p>
+<p>Brosses n'y a ne brossillon,</p>
+<p>Qui n'eust, ce dit-il sans mentir,</p>
+<p>Ung lambeau de son cotillon,</p>
+<p>Quand de ce monde voult partir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Il est ainsi, et tellement,</p>
+<p>Quand mourut n'avoit qu'un haillon.</p>
+<a name="p100"></a><span class="pagenum">P. 100</span>
+<p>Qui plus? En mourant, mallement</p>
+<p>L'espoignoit d'amours l'esguillon;</p>
+<p>Plus agu que le ranguillon</p>
+<p>D'un baudrier luy faisoit sentir,</p>
+<p>C'est de quoy nous esmerveillon,</p>
+<p>Quand de ce monde voult partir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince, gent comme esmerillon,</p>
+<p>Saichiez qu'il fist, au departir:</p>
+<p>Ung traict but de vin morillon,</p>
+<p>Quand de ce monde voult partir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><b>FIN DU GRAND TESTAMENT</b>.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><br>
+<br>
+<br>
+<a name="p101"></a><span class="pagenum">P. 101</span>
+<p><b>PO&Eacute;SIES DIVERSES</b></p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LE QUATRAIN</p>
+<p>Que feit Villon quand il fut jug&eacute; &agrave; mourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>JE SUIS Fran&ccedil;ois, dont ce me poise,</p>
+<p>N&eacute; de Paris empr&egrave;s Ponthoise.</p>
+<p>Or d'une corde d'une toise</p>
+<p>Saura mon col que mon cul poise.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>L'EPITAPHE</p>
+<p>EN FORME DE BALLADE</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Que feit Villon pour luy et ses compagnons, s'attendant</p>
+<p>estre pendu avec eulx.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Fr&egrave;res humains, qui apr&egrave;s nous vivez,</p>
+<p>N'ayez les cueurs contre nous endurciz,</p>
+<p>Car, si piti&eacute; de nous pouvres avez,</p>
+<p>Dieu en aura plustost de vous merciz.</p>
+<p>Vous nous voyez cy attachez cinq, six:</p>
+<a name="p102"></a><span class="pagenum">P. 102</span>
+<p>Quant de la chair, que trop avons nourrie,</p>
+<p>Elle est pie&ccedil;a devor&eacute;e et pourrie,</p>
+<p>Et nous, les os, devenons cendre et pouldre.</p>
+<p>De nostre mal personne ne s'en rie,</p>
+<p>Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Se vous clamons, fr&egrave;res, pas n'en devez</p>
+<p>Avoir desdaing, quoique fusmes occis</p>
+<p>Par justice. Toutesfois, vous s&ccedil;avez</p>
+<p>Que tous les hommes n'ont pas bon sens assis;</p>
+<p>Intercedez doncques, de cueur rassis,</p>
+<p>Envers le Filz de la Vierge Marie,</p>
+<p>Que sa grace ne soit pour nous tarie,</p>
+<p>Nous preservant de l'infernale fouldre.</p>
+<p>Nous sommes mors, ame ne nous harie;</p>
+<p>Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>La pluye nous a debuez et lavez,</p>
+<p>Et le soleil dessechez et noirciz;</p>
+<p>Pies, corbeaulx, nous ont les yeux cavez,</p>
+<p>Et arrachez la barbe et les sourcilz.</p>
+<p>Jamais, nul temps, nous ne sommes rassis;</p>
+<p>Puis c&agrave;, puis l&agrave;, comme le vent varie,</p>
+<p>A son plaisir sans cesser nous charie,</p>
+<p>Plus becquetez d'oyseaulx que dez &agrave; couldre.</p>
+<p>Ne soyez donc de nostre confrairie,</p>
+<p>Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince JESUS, qui sur tous seigneurie,</p>
+<p>Garde qu'Enfer n'ayt de nous la maistrie:</p>
+<p>A luy n'ayons que faire ne que souldre.</p>
+<p>Hommes, icy n'usez de mocquerie</p>
+<p>Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p103"></a><span class="pagenum">P.
+103</span>
+<p>LA REQUESTE DE VILLON</p>
+<p>Pr&eacute;sent&eacute;e &agrave; la Cour de Parlement, en
+forme de ballade.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Tous mes cinq Sens, yeulx, oreilles et bouche,</p>
+<p>Le nez, et vous, le sensitif, aussi;</p>
+<p>Tous mes membres o&ugrave; il y a reprouche,</p>
+<p>En son endroit ung chascun die ainsi:</p>
+<p>&laquo;Court souverain, par qui sommes icy,</p>
+<p>Vous nous avez gard&eacute; de desconfire;</p>
+<p>Or, la langue ne peut assez suffire</p>
+<p>A vous rendre suffisantes louenges:</p>
+<p>Si prions tous, fille au souverain Sire,</p>
+<p>M&egrave;re des bons, et soeur des benoistz anges!&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Cueur, fendez-vous, ou percez d'une broche,</p>
+<p>Et ne soyez, au moins, plus endurcy</p>
+<p>Qu'au desert fut la forte bise roche</p>
+<p>Dont le peuple des Juifs fut adoulcy;</p>
+<p>Fondez larmes, et venez &agrave; mercy,</p>
+<p>Comme humble cueur qui tendrement souspire:</p>
+<p>Louez la Court, conjoincte au sainct Empire,</p>
+<p>L'heur des Fran&ccedil;oys, le confort des estranges,</p>
+<p>Procre&eacute;e la sus au ciel empire,</p>
+<p>M&egrave;re des bons, et soeur des benoistz anges!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et vous, mes dentz, chascune si s'esloche;</p>
+<p>Saillez avant, rendez toutes mercy,</p>
+<p>Plus haultement qu'orgue, trompe, ne cloche,</p>
+<p>Et de mascher n'ayez ores soulcy;</p>
+<p>Considerez que je fusse transy,</p>
+<p>Foye, pommon, et rate qui respire;</p>
+<a name="p104"></a><span class="pagenum">P. 104</span>
+<p>Et vous, mon corps, vil qui estes ou pire</p>
+<p>Qu'ours ne pourceau, qui faict son nid &egrave;s fanges,</p>
+<p>Louez la Court, avant qu'il vous empire,</p>
+<p>M&egrave;re des bons, et soeur des benoistz anges!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince, trois jours ne vueillez m'escondire,</p>
+<p>Pour moy pourvoir, et aux miens adieu dire;</p>
+<p>Sans eulx, argent je n'ay, icy n'aux changes.</p>
+<p>Court triumphant, <i>fiat</i>, sans me desdire;</p>
+<p>M&egrave;re des bons, et soeur des benoistz anges!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE</p>
+<p>DE L'APPEL DE VILLON.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Que dites-vous de mon appel,</p>
+<p>Garnier? Feis-je sens ou follie?</p>
+<p>Toute beste garde sa pel;</p>
+<p>Qui la contrainct, efforce ou lye,</p>
+<p>S'elle peult, elle se deslie.</p>
+<p>Quand &agrave; ceste peine arbitraire</p>
+<p>On me jugea par tricherie,</p>
+<p>Estoit-il lors temps de me taire?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Se fusse des hoirs Hue Capel,</p>
+<p>Qui fut extraict de boucherie,</p>
+<p>On ne m'eust, parmy ce drapel,</p>
+<p>Faict boyre &agrave; celle escorcherie:</p>
+<p>Vous entendez bien joncherie?</p>
+<p>Ce fut son plaisir voluntaire</p>
+<a name="p105"></a><span class="pagenum">P. 105</span>
+<p>De me juger par fausserie.</p>
+<p>Etoit-il lors temps de me taire?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Cuydez-vous que soubz mon cappel</p>
+<p>N'y eust tant de philosophie</p>
+<p>Comme de dire: &laquo;J'en appel?&raquo;</p>
+<p>Si avoit, je vous certifie,</p>
+<p>Combien que point trop ne m'y fie.</p>
+<p>Quand on me dit, pr&eacute;sent notaire:</p>
+<p>&laquo;Pendu serez!&raquo; je vous affie,</p>
+<p>Estoit-il lors temps de me taire?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince, si j'eusse eu la pepie,</p>
+<p>Pie&ccedil;a je fusse o&ugrave; est Clotaire,</p>
+<p>Aux champs debout comme ung espie.</p>
+<p>Estoit-il lors temps de me taire?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LE DIT</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>DE LA NAISSANCE MARIE.</p>
+<p>Jam nova progenies celo demittitur alto.</p>
+<p><i>Virg.</i>, (ecl. 4, v.7.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>O lou&eacute;e Conception,</p>
+<p>Envoi&eacute;e s&agrave; jus des cieulx;</p>
+<p>Du noble Lys digne syon;</p>
+<p>Don de Jh&eacute;sus tr&egrave;s pr&eacute;cieux,</p>
+<p>MARIE, nom tr&egrave;s gracieux,</p>
+<p>Font de piti&eacute;, source de grace,</p>
+<a name="p106"></a><span class="pagenum">P. 106</span>
+<p>La joye confort de mes yeulx,</p>
+<p>Qui nostre paix batist et brasse!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>La paix, c'est assavoir, des riches,</p>
+<p>Des povres le substantement,</p>
+<p>Le rebours des felons et chiches,</p>
+<p>Tr&egrave;s necessaire enfantement,</p>
+<p>Conceu, port&eacute; honnestement,</p>
+<p>Hors le pechi&eacute; originel,</p>
+<p>Que dire je puis sainctement</p>
+<p>Souverain bien, Dieu &eacute;ternel!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Nom recouvr&eacute;, joye de peuple,</p>
+<p>Confort des bons, de maulx retraicte;</p>
+<p>Du doux Seigneur premi&egrave;re et seule</p>
+<p>Fille, de son cler sang extraicte,</p>
+<p>Du dextre cost&eacute; Clovis traicte,</p>
+<p>Glorieuse ymage en tous fais,</p>
+<p>Ou hault ciel cr&eacute;&eacute;e et pourtraicte,</p>
+<p>Pour esjouyr et donner paix!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>En l'amour et crainte de Dieu,</p>
+<p>Es nobles flans Cesar conceue;</p>
+<p>Des petis et grans, en tout lieu,</p>
+<p>A tr&egrave;s grande joye receue;</p>
+<p>De l'amour Dieu traicte, tissue,</p>
+<p>Pour les discordez ralier,</p>
+<p>Et aux enclos donner yssue,</p>
+<p>Leurs lians et fers delier.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Aucunes gens, qui bien peu sentent,</p>
+<p>Nourriz en simplesse et confiz,</p>
+<p>Contre le vouloir Dieu attentent,</p>
+<p>Par ignorance desconfiz,</p>
+<a name="p107"></a><span class="pagenum">P. 107</span>
+<p>D&eacute;sirans que feussiez ung filz;</p>
+<p>Mais qu'ainsi soit, ainsi m'aist Dieux,</p>
+<p>Je croy que ce soit grans proufiz;</p>
+<p>Raison: Dieu fait tout pour le mieulx.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Du Psalmiste je prens les dictz:</p>
+<p><i>Delectasti me, Domine,</i></p>
+<p><i>In factura sua</i>! Je diz:</p>
+<p>&laquo;Noble enfant, de bonne heure n&eacute;,</p>
+<p>A toute doulceur destin&eacute;,</p>
+<p>Manna du Ciel, celeste don,</p>
+<p>De tous bienfais le guerdonn&eacute;,</p>
+<p>Et de nos maulx le vray pardon!&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>DOUBLE BALLADE.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Combien que j'ay leu en ung Dit:</p>
+<p><i>Inimicum putes</i>, y a,</p>
+<p><i>Qui te presentem laudabit</i>,</p>
+<p>Toutesfois, non obstant cela,</p>
+<p>Oncques vray homme ne cela</p>
+<p>En son courage aucun grant bien,</p>
+<p>Qui ne le monstrast &ccedil;&agrave; et l&agrave;:</p>
+<p>On doit dire du bien le bien.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Saint Jehan-Baptiste ainsi le fist,</p>
+<p>Quand l'Aignel de Dieu descela.</p>
+<p>En ce faisant pas ne meffist,</p>
+<p>Dont sa voix &egrave;s tourbes vola;</p>
+<p>De quoy saint Andr&eacute; Dieu loua,</p>
+<p>Qui de luy cy ne s&ccedil;avoit rien,</p>
+<a name="p108"></a><span class="pagenum">P. 108</span>
+<p>Et au Fils de Dieu s'aloua:</p>
+<p>On doit dire du bien le bien.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Envoy&eacute;e de Jhesucrist,</p>
+<p>Rappelles s&agrave; jus, par de&ccedil;&agrave;,</p>
+<p>Les povres que Rigueur proscript</p>
+<p>Et que Fortune betourna.</p>
+<p>Cy s&ccedil;ay bien comment y m'en va!</p>
+<p>De Dieu, de vous, vie je tien...</p>
+<p>Benoist celle qui vous porta!</p>
+<p>On doit dire du bien le bien.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Cy, devant Dieu, fais congnoissance,</p>
+<p>Que creature feusse morte,</p>
+<p>Ne feust vostre doulce naissance,</p>
+<p>En charit&eacute; puissant et forte,</p>
+<p>Qui ressuscite et reconforte</p>
+<p>Ce que Mort avoit prins pour sien.</p>
+<p>Vostre pr&eacute;sence me conforte:</p>
+<p>On doit dire du bien le bien.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Cy vous rens toute ob&eacute;issance,</p>
+<p>A ce faire raison m'exorte,</p>
+<p>De toute ma povre puissance;</p>
+<p>Plus n'est deul qui me desconforte,</p>
+<p>N'autre ennuy de quelque sorte.</p>
+<p>Vostre je suis et non plus mien;</p>
+<p>Ad ce droit et devoir m'enhorte:</p>
+<p>On doit dire du bien le bien.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>O grace et piti&eacute; tr&egrave;s immense,</p>
+<p>L'entr&eacute;e de paix et la porte,</p>
+<p>Some et benigne clemence,</p>
+<p>Qui noz faultes toult et supporte,</p>
+<a name="p109"></a><span class="pagenum">P. 109</span>
+<p>Sy de vous louer me deporte,</p>
+<p>Ingrat suis, et je le maintien,</p>
+<p>Dont en ce refrain me transporte:</p>
+<p>On doit dire du bien le bien.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Princesse, ce loz je vous porte,</p>
+<p>Que sans vous je ne feusse rien.</p>
+<p>A vous et &agrave; vous m'en rapporte.</p>
+<p>On doit dire du bien le bien.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Euvre de Dieu, digne, lou&eacute;e</p>
+<p>Autant que nulle cr&eacute;ature,</p>
+<p>De tous biens et vertuz dou&eacute;e,</p>
+<p>Tant d'esperit que de nature,</p>
+<p>Que de ceulx qu'on dit, d'adventure,</p>
+<p>Plus nobles que rubis balais;</p>
+<p>Selon de Caton l'escripture:</p>
+<p><i>Patrem insequitur proles</i>.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Port assur&eacute;, maintien rassiz,</p>
+<p>Plus que ne peut nature humaine,</p>
+<p>Et, eussiez des ans trente-six,</p>
+<p>Enfance en rien ne vous demaine.</p>
+<p>Que jour ne le die et sepmaine,</p>
+<p>Je ne s&ccedil;ay qui me le deffend...</p>
+<p>A ce propos ung dit ramaine:</p>
+<p>De saige m&egrave;re saige enfant.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Dont r&eacute;sume ce que j'ay dit:</p>
+<p><i>Nova progenies coelo</i></p>
+<a name="p110"></a><span class="pagenum">P. 110</span>
+<p>Car c'est du po&euml;te le dit:</p>
+<p><i>Jamjam demittitur alto</i>.</p>
+<p>Saige Cassandre, belle Echo,</p>
+<p>Digne Judith, caste Lucresse,</p>
+<p>Je vous congnois, noble Dido,</p>
+<p>A ma seule dame et maistresse.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>En priant Dieu, digne pucelle,</p>
+<p>Que vous doint longue et bonne vie;</p>
+<p>Qui vous ayme, MADEMOISELLE,</p>
+<p>J&agrave; ne coure sur luy envie.</p>
+<p>Enti&egrave;re dame et assouvie,</p>
+<p>J'espoir de vous servir ain&ccedil;oys,</p>
+<p>Certes, se Dieu plaist, que devie</p>
+<p>Vostre povre escolier FRAN&Ccedil;OYS.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE VILLON.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Je meurs de soif aupr&egrave;s de la fontaine,</p>
+<p>Chauld comme feu, et tremble dent &agrave; dent,</p>
+<p>En mon pa&iuml;s suis en terre loingtaine;</p>
+<p>Lez un brazier fri&ccedil;onne tout ardent;</p>
+<p>Nu comme ung ver, vestu en president;</p>
+<p>Je ris en pleurs, et attens sans espoir;</p>
+<p>Confort reprens en triste desespoir;</p>
+<p>Je m'esjouys et n'ay plaisir aucun;</p>
+<p>Puissant je suis sans force et sans povoir,</p>
+<p>Bien recueilly, debout&eacute; de chascun.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Rien ne m'est seur que la chose incertaine,</p>
+<p>Obscur, fors ce qui est tout evident;</p>
+<a name="p111"></a><span class="pagenum">P. 111</span>
+<p>Doubte ne fais, fors en chose certaine;</p>
+<p>Science tiens &agrave; soudain accident;</p>
+<p>Je gaigne tout, et demeure perdent;</p>
+<p>Au point du jour, diz: &laquo;Dieu vous doint bon
+soir!&raquo;</p>
+<p>Gisant envers, j'ay grant paour de cheoir;</p>
+<p>J'ay bien de quoy, et si n'en ay pas un;</p>
+<p>Eschoicte attens, et d'homme ne suis hoir,</p>
+<p>Bien recueilly, debout&eacute; de chascun.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>De riens n'ay soing, si metz toute ma paine</p>
+<p>D'acquerir biens, et n'y suis pretendant;</p>
+<p>Qui mieulx me dit, c'est cil qui plus m'attaine,</p>
+<p>Et qui plus vray, lors plus me va bourdant;</p>
+<p>Mon ami est qui me fait entendant</p>
+<p>D'ung cygne blanc que c'est ung corbeau noir;</p>
+<p>Et qui me nuyst croy qu'il m'aide &agrave; povoir.</p>
+<p>Verit&eacute;, bourde, aujourd'uy m'est tout un.</p>
+<p>Je retiens tout; riens ne s&ccedil;ay concepvoir,</p>
+<p>Bien recueilly, debout&eacute; de chascun.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>L'ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince clement, or vous plaise savoir</p>
+<p>Que j'entens moult, et n'ay sens ne s&ccedil;avoir;</p>
+<p>Parcial suis, &agrave; toutes lois commun.</p>
+<p>Que fais-je plus? Quoy? Les gaiges ravoir,</p>
+<p>Bien recueilly, debout&eacute; de chascun.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>EPISTRE</p>
+<p>EN FORME DE BALLADE, A SES AMIS.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ayez piti&eacute;, ayez piti&eacute; de moy,</p>
+<p>A tout le moins, si vous plaist, mes amis!</p>
+<a name="p112"></a><span class="pagenum">P. 112</span>
+<p>En fosse giz, non pas soubz houx ne may,</p>
+<p>En cest exil ouquel je suis transmis</p>
+<p>Par fortune, comme Dieu l'a permis.</p>
+<p>Filles, amans, jeunes, vieulx et nouveaulx;</p>
+<p>Danceurs, saulteurs, faisans les piez de veaux,</p>
+<p>Vifs comme dars, aguz comme aguillon;</p>
+<p>Gouffres tintans, clers comme gastaneaux,</p>
+<p>Le lesserez l&agrave;, le povre Villon?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Chantres chantans &agrave; plaisance, sans loy;</p>
+<p>Galans, rians, plaisans en faictz et diz,</p>
+<p>Coureux, allans, francs de faulx or, d'aloy;</p>
+<p>Gens d'esperit, ung petit estourdiz;</p>
+<p>Trop demourez, car il meurt entandiz.</p>
+<p>Faiseurs de laiz, de motets et rondeaux,</p>
+<p>Quand mort sera vous lui ferez chandeaux.</p>
+<p>Il n'entre, o&ugrave; gist, n'escler ne tourbillon;</p>
+<p>De murs espoix on luy a fait bandeaux:</p>
+<p>Le lesserez l&agrave;, le povre Villon?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Venez le veoir en ce piteux arroy,</p>
+<p>Nobles hommes, francs de quars et de dix,</p>
+<p>Qui ne tenez d'empereur ne de roy,</p>
+<p>Mais seulement de Dieu de Paradiz:</p>
+<p>Jeuner lui fault dimanches et mardiz</p>
+<p>Dond les dens a plus longues que ratteaux,</p>
+<p>Apr&egrave;s pain sec, non pas apr&egrave;s gasteaux;</p>
+<p>En ses boyaulx verse eau &agrave; gros bouillon;</p>
+<p>Bas enterr&eacute;, table n'a, ne tresteaulx:</p>
+<p>Le lesserez l&agrave;, le povre Villon?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Princes nommez, anciens, jouvenceaulx,</p>
+<p>Impetrez-moy graces et royaulx sceaux,</p>
+<a name="p113"></a><span class="pagenum">P. 113</span>
+<p>Et me montez en quelque corbillon.</p>
+<p>Ainsi se font l'un &agrave; l'autre pourceaux,</p>
+<p>Car, o&ugrave; l'un brait, ilz fuyent &agrave; monceaux.</p>
+<p>Le lesserez l&agrave;, le povre Villon?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LE DEBAT</p>
+<p>DU CUEUR ET DU CORPS DE VILLON,</p>
+<p>En forme de Ballade.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Qu'est-ce que j'oy?&mdash;Ce
+suis-je.&mdash;Qui?&mdash;Toncueur,</p>
+<p>Qui ne tient mais qu'&agrave; ung petit filet,</p>
+<p>Force n'ay plus, substance ne liqueur,</p>
+<p>Quand je te voy retraict ainsi seulet,</p>
+<p>Com pouvre chien tappy en recullet.</p>
+<p>&mdash;Pourquoy est-ce?&mdash;Pour ta folle plaisance.</p>
+<p>&mdash;Que t'en chault-il?&mdash;J'en ai la desplaisance.</p>
+<p>&mdash;Laisse m'en paix!&mdash;Pourquoi?&mdash;J'y
+penseray.</p>
+<p>&mdash;Quand sera-ce?&mdash;Quant seray hors d enfance.</p>
+<p>&mdash;Plus ne t'en dy.&mdash;Et je m'en passeray.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&mdash;Que penses-tu?&mdash;Estre homme de valeur.</p>
+<p>&mdash;Tu as trente ans.&mdash;C'est l'aage d'ung mullet.</p>
+<p>&mdash;Est-ce enfance?&mdash;Nenny.&mdash;C'est donc
+folleur</p>
+<p>Qui te saisit?&mdash;Par o&ugrave;?&mdash;Par le collet.</p>
+<p>Rien ne congnois.&mdash;Si fais: mouches en laict:</p>
+<p>L'ung est blanc, l'autre est noir, c'est la distance.</p>
+<p>&mdash;Est-ce doncq tout?-Que veulx-tu que je tance?</p>
+<p>Si n'est assez, je recommenceray.</p>
+<p>&mdash;Tu es perdu!&mdash;J'y mettray resistance.</p>
+<p>&mdash;Plus ne t'en dy.&mdash;Et je m'en passeray.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p114"></a><span class="pagenum">P.
+114</span>
+<p>&mdash;J'en ay le dueil; toi, le mal et douleur.</p>
+<p>Si fusse ung povre ydiot et folet,</p>
+<p>Au cueur eusses de t'excuser couleur:</p>
+<p>Se n'as-tu soing, tout ung, tel, bel ou laid,</p>
+<p>Ou la teste as plus dure qu'ung jalet,</p>
+<p>Ou mieulx te plaist qu'honneur ceste meschance!</p>
+<p>Que respondras &agrave; ceste cons&eacute;quence?</p>
+<p>&mdash;J'en seray hors quand je trespasseray.</p>
+<p>&mdash;Dieu, quel confort!&mdash;Quelle saige eloquence!</p>
+<p>&mdash;Plus ne t'en dy.&mdash;Et je m'en passeray.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&mdash;D'ond vient ce mal?&mdash;Il vient de mon malheur.</p>
+<p>Quand Saturne me feit mon fardelet,</p>
+<p>Ces maulx y mist, je le croy.&mdash;C'est foleur:</p>
+<p>Son seigneur es, et te tiens son valet.</p>
+<p>Voy que Salmon escript en son roulet:</p>
+<p>&laquo;Homme sage, ce dit-il, a puissance</p>
+<p>Sur les plan&egrave;tes et sur leur influence.&raquo;</p>
+<p>&mdash;Je n'en croy rien; tel qu'ilz m'ont faict seray.</p>
+<p>&mdash;Que dis-tu?&mdash;Rien.&mdash;Certe, c'est ma
+cr&eacute;ance.</p>
+<p>Plus ne t'en dy.&mdash;Et je m'en passeray.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&mdash;Veux-tu vivre?&mdash;Dieu m'en doint la puissance!</p>
+<p>&mdash;Il te fault...&mdash;Quoy?&mdash;Remors de
+conscience;</p>
+<p>Lire sans fin.&mdash;Et en quoy?&mdash;En science;</p>
+<p>Laisse les folz!&mdash;Bien, j'y adviseray.</p>
+<p>&mdash;Or le retiens.&mdash;J'en ay bien souvenance.</p>
+<p>&mdash;N'attends pas tant que tourne &agrave;
+desplaisance.</p>
+<p>Plus ne t'en dy.&mdash;Et je m'en passeray.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p115"></a><span class="pagenum">P.
+115</span>
+<p>LA REQUESTE</p>
+<p>Que Villon bailla &agrave; Monseigneur de Bourbon.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Le mien seigneur et prince redoubt&eacute;,</p>
+<p>Fleuron de Lys, royale geniture,</p>
+<p>Fran&ccedil;oys Villon, que travail a dompt&eacute;</p>
+<p>A coups orbes, par force de batture,</p>
+<p>Vous supplie, par cette humble escripture,</p>
+<p>Que luy faciez quelque gracieux prest.</p>
+<p>De s'obliger en toutes cours est prest;</p>
+<p>Si ne doubtez que bien ne vous contente.</p>
+<p>Sans y avoir dommage n'interest,</p>
+<p>Vous n'y perdrez seulement que l'attente.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>A prince n'a ung denier emprunt&eacute;,</p>
+<p>Fors &agrave; vous seul, vostre humble cr&eacute;ature.</p>
+<p>Des six escus que lui avez prest&eacute;,</p>
+<p>Cela pie&ccedil;a, il mist en nourriture;</p>
+<p>Tout se payera ensemble, c'est droicture,</p>
+<p>Mais ce sera l&eacute;g&egrave;rement et prest:</p>
+<p>Car, se du gland rencontre en la forest</p>
+<p>D'entour Patay, et chastaignes ont vente,</p>
+<p>Pay&eacute; serez sans delay ny arrest:</p>
+<p>Vous n'y perdrez seulement que l'attente.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Si je pensois vendre de ma sant&eacute;</p>
+<p>A ung Lombard, usurier par nature,</p>
+<p>Faulte d'argent m'a si fort enchant&eacute;,</p>
+<p>Que j'en prendrois, ce croy-je, l'adventure.</p>
+<p>Argent ne pend &agrave; gippon ne ceincture;</p>
+<p>Beau sire Dieux! je m'esbahyz que c'est,</p>
+<p>Que devant moy croix ne se comparoist,</p>
+<p>Sinon de bois ou pierre, que ne mente;</p>
+<p>Mais s'une fois la vraye m'apparoist,</p>
+<p>Vous n'y perdrez seulement que l'attente.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p116"></a><span class="pagenum">P.
+116</span>
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince du Lys, qui &agrave; tout bien complaist,</p>
+<p>Que cuydez-vous, comment il me desplaist</p>
+<p>Quand je ne puis venir &agrave; mon entente?</p>
+<p>Bien m'entendez, aydez-moi, s'il vous plaist:</p>
+<p>Vous n'y perdrez seulement que l'attente.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>SUSCRIPTION DE LADITE REQUESTE</p>
+</div>
+<div class="stanza" style="font-style: italic;">
+<p>Allez, Lettres, faictes un sault,</p>
+<p>Combien que n'ayez pied ne langue:</p>
+<p>Remonstrez, en vostre harengue,</p>
+<p>Que faulte d'argent si m'assault.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE</p>
+<p>DES PROVERBES.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Tant grate ch&egrave;vre que mal gist;</p>
+<p>Tant va le pot &agrave; l'eau qu'il brise;</p>
+<p>Tant chauffe-on le fer qu'il rougist;</p>
+<p>Tant le maille-on qu'il se debrise;</p>
+<p>Tant vault l'homme comme on le prise;</p>
+<p>Tant s'eslongne-il qu'il n'en souvient;</p>
+<p>Tant mauvais est qu'on le desprise;</p>
+<p>Tant crie l'on Noel qu'il vient.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Tant raille-on que plus on ne rit;</p>
+<p>Tant despend-on qu'on n'a chemise;</p>
+<a name="p117"></a><span class="pagenum">P. 117</span>
+<p>Tant est-on franc que tout se frit;</p>
+<p>Tant vault tien que chose promise;</p>
+<p>Tant ayme-on Dieu qu'on suyt l'Eglise;</p>
+<p>Tant donne-on qu'emprunter convient;</p>
+<p>Tant tourne vent qu'il chet en bise;</p>
+<p>Tant crie l'on Noel qu'il vient.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Tant ayme-on chien qu'on le nourrist;</p>
+<p>Tant court chanson qu'elle est apprise;</p>
+<p>Tant garde-on fruict qu'il se pourrist;</p>
+<p>Tant bat-on place qu'elle est prise;</p>
+<p>Tant tarde-on qu'on fault &agrave; l'emprise;</p>
+<p>Tant se haste-on que mal advient;</p>
+<p>Tant embrasse-on que chet la prise;</p>
+<p>Tant crie l'on Noel qu'il vient;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince, tant vit fol qu'il s'advise;</p>
+<p>Tant va-t-il qu'apr&egrave;s il revient;</p>
+<p>Tant le matte-on qu'il se radvise;</p>
+<p>Tant crie l'on Noel qu'il vient.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>DES MENUS PROPOS.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Je congnois bien mouches en laict;</p>
+<p>Je congnois &agrave; la robe l'homme;</p>
+<p>Je congnois le beau temps du laid;</p>
+<p>Je congnois au pommier la pomme;</p>
+<p>Je congnois l'arbre &agrave; veoir la gomme;</p>
+<p>Je congnois quand tout est de mesme;</p>
+<p>Je congnois qui besongne ou chomme;</p>
+<a name="p118"></a><span class="pagenum">P. 118</span>
+<p>Je congnois tout, fors que moy-mesme.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Je congnois pourpoinct au collet;</p>
+<p>Je congnois le moyne &agrave; la gonne;</p>
+<p>Je congnois le maistre au valet;</p>
+<p>Je congnois au voyle la nonne;</p>
+<p>Je congnois quand piqueur jargonne;</p>
+<p>Je congnois folz nourriz de cresme;</p>
+<p>Je congnois le vin &agrave; la tonne;</p>
+<p>Je congnois tout, fors que moy-mesme.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Je congnois cheval du mulet;</p>
+<p>Je congnois leur charge et leur somme;</p>
+<p>Je congnois Bietrix et Bellet;</p>
+<p>Je congnois gect qui nombre et somme;</p>
+<p>Je congnois vision en somme;</p>
+<p>Je congnois la faulte des Boesmes;</p>
+<p>Je congnois filz, varlet et homme:</p>
+<p>Je congnois tout, fors que moy-mesme.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince, je congnois tout en somme;</p>
+<p>Je congnois coulorez et blesmes;</p>
+<p>Je congnois mort qui nous consomme;</p>
+<p>Je congnois tout, fors que moy-mesme.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p119"></a><span class="pagenum">P.
+119</span>
+<p>BALLADE</p>
+<p>DES POVRES HOUSSEURS.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>On parle des champs labourer,</p>
+<p>De porter chaulme contre vent,</p>
+<p>Et aussi de se marier</p>
+<p>A femme qui tance souvent;</p>
+<p>De moyne de povre couvent,</p>
+<p>De gens qui vont souvent sur mer;</p>
+<p>De ceulx qui vont les bleds semer,</p>
+<p>Et de celluy qui l'asne maine;</p>
+<p>Mais, &agrave; trestout consid&eacute;rer,</p>
+<p>Povres housseurs ont assez peine.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>A petis enfans gouverner,</p>
+<p>Dieu s&ccedil;ait se c'est esbatement!</p>
+<p>De gens d'armes doit-on parler?</p>
+<p>De faire leur commandement?</p>
+<p>De servir Malchus chauldement?</p>
+<p>De servir dames et aymer?</p>
+<p>De guerrier et bouhourder</p>
+<p>Et de jouster &agrave; la quintaine?</p>
+<p>Mais, &agrave; trestout consid&eacute;rer,</p>
+<p>Povres housseurs ont assez peine.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ce n'est que jeu de bled soyer,</p>
+<p>Et de prez faulcher, vrayement;</p>
+<p>Ne d'orge battre, ne vanner,</p>
+<p>Ne de plaider en Parlement;</p>
+<p>A danger emprunter argent;</p>
+<p>A maignans leurs poisles mener;</p>
+<a name="p120"></a><span class="pagenum">P. 120</span>
+<p>Et &agrave; charretiers desjeuner,</p>
+<p>Et de jeusner la quarantaine;</p>
+<p>Mais, &agrave; trestout consid&eacute;rer,</p>
+<p>Povres housseurs ont assez peine.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>PROBL&Egrave;ME OU BALLADE</p>
+<p>AU NOM DE LA FORTUNE.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Fortune fuz par clercz jadis nomm&eacute;e,</p>
+<p>Que toy, Fran&ccedil;oys, crie et nomme meurtri&egrave;re.</p>
+<p>S'il y a hom d'aucune renomm&eacute;e</p>
+<p>Meilleur que toy, faiz user en plastri&egrave;re,</p>
+<p>Par povret&eacute;, et fouyr en carri&egrave;re,</p>
+<p>S'a honte viz, te dois tu doncques plaindre?</p>
+<p>Tu n'es pas seul; si ne te dois complaindre.</p>
+<p>Regarde et voy de mes faitz de jadis,</p>
+<p>Maints vaillans homs par moy mors et roidiz,</p>
+<p>Et n'eusses-tu envers eulx ung soullon,</p>
+<p>Appaise-toy, et mectz fin en tes diz:</p>
+<p>Par mon conseil prends tout en gr&eacute;, Villon!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Contre grans roys je me suis bien arm&eacute;e,</p>
+<p>Le temps qui est pass&eacute;; car, en arri&egrave;re,</p>
+<p>Priame occis et toute son arm&eacute;e;</p>
+<p>Ne lui valut tour, donjon, ne barri&egrave;re.</p>
+<p>Et Hannibal, demoura-il derri&egrave;re?</p>
+<p>En Cartaige, par moy, le feiz actaindre;</p>
+<p>Et Scypion l'Affricquain feiz estaindre;</p>
+<p>Julius C&eacute;sar au s&eacute;nat je vendiz;</p>
+<p>En Egipte Pomp&eacute;e je perdiz;</p>
+<a name="p121"></a><span class="pagenum">P. 121</span>
+<p>En mer noyay Jazon en ung boullon;</p>
+<p>Et, une fois, Romme et Rommains ardiz....</p>
+<p>Par mon conseil prends tout en gr&eacute;, Villon!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Alexandre, qui tant fist de ham&eacute;e,</p>
+<p>Qui voulut voir l'estoille poucyni&egrave;re,</p>
+<p>Sa personne par moy fut inhum&eacute;e.</p>
+<p>Alphasar roy, en champ, sous la banni&egrave;re,</p>
+<p>Ruay jus mort; cela est ma mani&egrave;re.</p>
+<p>Ainsi l'ay fait, ainsi le maintendray;</p>
+<p>Autre cause ne raison n'en rendray.</p>
+<p>Holofernes, l'ydolastre mauldiz,</p>
+<p>Qu'occist Judic (et dormoit entandiz!)</p>
+<p>De son poignart, dedens son pavillon;</p>
+<p>Absallon, quoy! en fuyant suspendis....</p>
+<p>Par mon conseil prends tout en gr&eacute;, Villon!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Povre Fran&ccedil;oys, escoute que tu dis:</p>
+<p>Se rien peusse sans Dieu de paradiz,</p>
+<p>A toy n'aultre ne demourroit haillon:</p>
+<p>Car pour ung mal lors j'en feroye dix:</p>
+<p>Par mon conseil prends tout en gr&eacute;, Villon!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE</p>
+<p>CONTRE LES MESDISANS DE LA FRANCE.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Rencontr&eacute; soit de bestes feu gectans,</p>
+<p>Que Jason vit, querant la Toison d'or;</p>
+<p>Ou transmu&eacute; d'homme en beste, sept ans,</p>
+<a name="p122"></a><span class="pagenum">P. 122</span>
+<p>Ainsi que fut Nabugodonosor;</p>
+<p>Ou bien ait perte aussi griefve et villaine</p>
+<p>Que les Troyens pour la prinse d'Heleine;</p>
+<p>Ou avall&eacute; soit avec Tantalus</p>
+<p>Et Proserpine aux infernaulx pallus,</p>
+<p>Ou plus que Job soit en griefve souffrance,</p>
+<p>Tenant prison en la court Dedalus,</p>
+<p>Qui mal vouldroit au royaume de France!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quatre mois soit en un vivier chantant,</p>
+<p>La teste au fons, ainsi que le butor;</p>
+<p>Ou au Grand-Turc vendu argent contant,</p>
+<p>Pour estre mis au harnois comme ung tor;</p>
+<p>Ou trente ans soit, comme la Magdelaine,</p>
+<p>Sans vestir drap de linge ne de laine;</p>
+<p>Ou noy&eacute; soit, comme fut Narcisus;</p>
+<p>Ou aux cheveux, comme Absalon, pendus,</p>
+<p>Ou comme fut Judas par desperance,</p>
+<p>Ou puist mourir comme Simon Magus,</p>
+<p>Qui mal vouldroit au royaume de France!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>D'Octovien puisse venir le temps:</p>
+<p>C'est qu'on luy coule au ventre son tr&eacute;sor;</p>
+<p>Ou qu il soit mis entre meules flotans;</p>
+<p>En un moulin, comme fut saint Victor;</p>
+<p>Ou transgloutis en la mer, sans haleine,</p>
+<p>Pis que Jonas au corps de la baleine;</p>
+<p>Ou soit banny de la clart&eacute; Phoebus,</p>
+<p>Des biens Juno et du soulas Venus,</p>
+<p>Et du grant Dieu soit mauldit &agrave; outrance,</p>
+<p>Ainsi que fut roy Sardanapalus,</p>
+<p>Qui mal vouldroit au royaume de France!</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p123"></a><span class="pagenum">P.
+123</span>
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince, port&eacute; soit des clers Eolus,</p>
+<p>En la forest o&ugrave; domine Glocus,</p>
+<p>Ou priv&eacute; soit de paix et d'esp&eacute;rance,</p>
+<p>Car digne n'est de poss&eacute;der vertus,</p>
+<p>Qui mal vouldroit au royaume de France!</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p124"></a><span class="pagenum">P.
+124</span>
+<p><b>LE JARGON OU JOBELIN</b></p>
+<p><b>DE MAISTRE</b></p>
+<p><b>FRAN&Ccedil;OIS VILLON.</b></p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE I.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>A Parouart, la grand Mathe Gaudie,</p>
+<p>O&ugrave; accollez sont duppez et noirciz,</p>
+<p>De par angels suyvans la paillardie,</p>
+<p>Sont greffiz et prins cinq ou six.</p>
+<p>L&agrave; sont bleffeurs, au plus hault bout assis</p>
+<p>Pour l'evagie, et bien hault mis au vent.</p>
+<p>Escevez-moy tost ces coffres massis!</p>
+<p>Ces vendengeurs, des ances circoncis,</p>
+<p>S'embrouent du tout &agrave; n&eacute;ant...</p>
+<p>Eschec, eschec, pour le fardis!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Brouez-moy sur ces gours passans,</p>
+<p>Advisez-moy bien tost le blanc,</p>
+<p>Et pictonnez au large sur les champs:</p>
+<p>Qu'au mariage ne soyez sur le banc</p>
+<p>Plus qu'un sac de piastre n'est blanc.</p>
+<a name="p125"></a><span class="pagenum">P. 125</span>
+<p>Si gruppez estes des carireux,</p>
+<p>Rebignez-moy tost ces enterveux,</p>
+<p>Et leur montrez des trois le bris:</p>
+<p>Que clav&eacute;s ne soyez deux et deux...</p>
+<p>Eschec, eschec, pour le fardis!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Plantez aux hurmes vos picons,</p>
+<p>De paour des bisans si tr&egrave;s-durs,</p>
+<p>Et, aussi, d'estre sur les joncs,</p>
+<p>En mahe, en coffres, en gros murs.</p>
+<p>Escharricez, ne soyez durs,</p>
+<p>Que le grand Can ne vous fasse essorer.</p>
+<p>Songears ne soyez pour dorer,</p>
+<p>Et babignez tousjours aux ys</p>
+<p>Des sires, pour les debouser...</p>
+<p>Eschec, eschec, pour le fardis!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince Froart, dit des Arques Petis,</p>
+<p>L'un des sires si ne soit endormis,</p>
+<p>Levez au bec, que ne soyez griffis,</p>
+<p>Et que vous n'en ayez du pis...</p>
+<p>Eschec, eschec, pour le fardis!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE II.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Coquillars, narvans &agrave; Ruel,</p>
+<p>Men ys vous chante que gardez</p>
+<p>Que n'y laissez et corps et pel,</p>
+<p>Com fist Colin de l'Escaillier,</p>
+<p>Devant la roe babiller</p>
+<a name="p126"></a><span class="pagenum">P. 126</span>
+<p>Il babigna, pour son salut.</p>
+<p>Pas ne s&ccedil;avoit oingnons peller,</p>
+<p>Dont Lamboureur lui rompt le suc.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Changez, andossez souvent,</p>
+<p>Et tirez tout droit au tremble,</p>
+<p>Et eschicquez tost en brouant.</p>
+<p>Qu'en la jarte ne soyez ample.</p>
+<p>Montigny y fut, par exemple,</p>
+<p>Bien estach&eacute; au halle-grup,</p>
+<p>Et y jargonnast-il le temple,</p>
+<p>Dont Lamboureur lui rompt le suc.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Gailleurs, bien faitz en piperie,</p>
+<p>Pour ruer les ninars au loing,</p>
+<p>A l'assault tost, sans suerie!</p>
+<p>Que les mignons ne soient au gaing,</p>
+<p>Tout farcis d'un plumas &agrave; coing,</p>
+<p>Qui griefve et garde le duc,</p>
+<p>Et de la dure si tr&egrave;s loing,</p>
+<p>Dont Lamboureur luy rompt le suc.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince, arri&egrave;re de Ruel,</p>
+<p>Et n'eussiez vous denier ne pluc,</p>
+<p>Que au giffle ne laissez la pel,</p>
+<p>Pour Lamboureur, qui rompt le suc.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p127"></a><span class="pagenum">P.
+127</span>
+<p>BALLADE III.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Sp&eacute;licans,</p>
+<p>Qui, en tous temps,</p>
+<p>Avancez dedans le pogois,</p>
+<p>Gourde piarde,</p>
+<p>Et sur la tarde,</p>
+<p>Desboursez les pauvres nyais,</p>
+<p>Et pour soustenir vostre pois,</p>
+<p>Les duppes sont privez de caire,</p>
+<p>Sans faire haire,</p>
+<p>Ne hault braiere,</p>
+<p>Mais plantez ils sont comme joncz,</p>
+<p>Pour les sires qui sont si longs.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Souvent aux arques,</p>
+<p>A leurs marques,</p>
+<p>Se laissent tous desbouser</p>
+<p>Pour ruer,</p>
+<p>Et enterver</p>
+<p>Pour leur contre que lors faisons.</p>
+<p>La f&eacute;e aux Arques vous respond,</p>
+<p>Et rue deux coups, ou bien troys,</p>
+<p>Aux gallois.</p>
+<p>Deux, ou troys</p>
+<p>Mineront trestout aux frontz,</p>
+<p>Pour les sires qui sont si longs.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et pour ce, benards,</p>
+<p>Coquillars,</p>
+<p>Rebecquez-vous de la montjoye,</p>
+<a name="p128"></a><span class="pagenum">P. 128</span>
+<p>Qui desvoye</p>
+<p>Votre proye,</p>
+<p>Et vous fera de tout brouer;</p>
+<p>Par joncher</p>
+<p>Et enterver,</p>
+<p>Qui est aux pigeons bien cher:</p>
+<p>Pour rifler</p>
+<p>Et placquer</p>
+<p>Les angels de mal tous rondz,</p>
+<p>Pour les sires qui sont si longs.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>De paour des hurmes</p>
+<p>Et des grumes,</p>
+<p>Rassurez-vous en droguerie</p>
+<p>Et faerie,</p>
+<p>Et ne soyez plus sur les joncz,</p>
+<p>Pour les sires qui sont si longs.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE IV.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Saupicquetz frouans des gours arques,</p>
+<p>Pour deshouser, beau sire dieux,</p>
+<p>Allez ailleurs planter vos marques!</p>
+<p>Benards, vous estes rouges gueux.</p>
+<p>Berard s'en va chez les joncheux</p>
+<p>Et babigne qu'il a plongis.</p>
+<p>Mes fr&egrave;res, soiez embrayeux</p>
+<p>Et gardez les coffres massis.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Se gruppez estes, des grappes</p>
+<p>De ces angels si graveliffes;</p>
+<a name="p129"></a><span class="pagenum">P. 129</span>
+<p>Incontinent, manteaulx et cappes,</p>
+<p>Pour l'emboue ferez eclipses;</p>
+<p>De vos sarges serez besifles,</p>
+<p>Tout debout et non pas assis.</p>
+<p>Pour ce, gardez d'estre griffes</p>
+<p>Dedens ces gros coffres massis.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Nyais qui seront attrapez,</p>
+<p>Bientost s'en brouent au Halle,</p>
+<p>Plus ne vault que tost ne happez</p>
+<p>La baudrouse de quatre talle.</p>
+<p>Des tires fait la hairenalle,</p>
+<p>Quand le gosser est assiegis,</p>
+<p>Et si hurcque la pirenalle,</p>
+<p>Au saillir des coffres massis.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince des gayeulx, &agrave; leurs marques,</p>
+<p>Que voz contres ne soient griffis.</p>
+<p>Pour doubte de frouer aux arques,</p>
+<p>Gardez-vous des coffres massis.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE V.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Joncheurs, jonchans en joncherie,</p>
+<p>Rebignez bien o&ugrave; joncherez;</p>
+<p>Qu'Ostac n'embroue vostre arrerie,</p>
+<p>O&ugrave; acollez sont vos ainsnez.</p>
+<p>Poussez de la quille et brouez,</p>
+<p>Car tost seriez roupieux.</p>
+<p>Eschet qu'acollez ne soyez.</p>
+<p>Par la poe du marieux.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p130"></a><span class="pagenum">P.
+130</span>
+<p>Bendez-vous contre la faerie,</p>
+<p>Quanques vous aurez desbousez,</p>
+<p>N'estant &agrave; juc la riflerie</p>
+<p>Des angelz et leurs assosez.</p>
+<p>Berard, se povez, renversez,</p>
+<p>Si greffir laissez voz carieux;</p>
+<p>La dure bientost renversez,</p>
+<p>Pour la poe du marieux.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Entervez &agrave; la floterie,</p>
+<p>Chantez-leur trois, sans point songer.</p>
+<p>Qu'en artes ne soyez en surie,</p>
+<p>Blanchir vos cuirs et essurger.</p>
+<p>Bignez la mathe, sans targer;</p>
+<p>Que vos ans ne soyent ruppieux!</p>
+<p>Plantez ailleurs contre assi&eacute;ger,</p>
+<p>Pour la poe du marieux.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince Benard en Esterie,</p>
+<p>Querez coupans pour Lamboureux</p>
+<p>Et autour de vos ys tuerie,</p>
+<p>Pour la poe du marieux.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE VI</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Contres de la gaudisserie,</p>
+<p>Entervez tousjours blanc pour bis,</p>
+<p>Et frappez, en la hurterie,</p>
+<p>Sur les beaulx sires bas assis.</p>
+<p>Ruez de feuilles cinq ou six,</p>
+<p>Et vous gardez bien de la roe,</p>
+<a name="p131"></a><span class="pagenum">P. 131</span>
+<p>Qui aux sires plante du gris,</p>
+<p>En leur faisant faire la moe.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>La giffle gardez de rurie,</p>
+<p>Que vos corps n'en ayent du pis,</p>
+<p>Et que point, &agrave; la turterie,</p>
+<p>En la hurme ne soyez assis.</p>
+<p>Prenez du blanc, laissez du bis,</p>
+<p>Ruez par les fondes la poe,</p>
+<p>Car le bizac, &agrave; voir advis,</p>
+<p>Faict aux Beroars faire la moe.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Plantez de la mouargie,</p>
+<p>Puis &ccedil;a, puis l&agrave;, pour l'artis,</p>
+<p>Et n'espargnez point la flogie</p>
+<p>Des doulx dieux sur les patis.</p>
+<p>Vos ens soyent assez hardis,</p>
+<p>Pour leur avancer la droe;</p>
+<p>Mais soient memorandis,</p>
+<p>Qu'on ne vous face la moe.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince, qui n'a bauderie</p>
+<p>Pour eschever de la soe,</p>
+<p>Danger du grup, en arderie,</p>
+<p>Faict aux sires faire la moe.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>FIN DES OEUVRES DE MAISTRE</p>
+<p>FRAN&Ccedil;OIS VILLON.</p>
+</div>
+<br>
+<br>
+<br>
+<div class="stanza"><a name="p133"></a><span class="pagenum">P.
+133</span>
+<p><b>PO&Eacute;SIES</b></p>
+<p><b>ATTRIBU&Eacute;ES A VILLON</b></p>
+</div>
+<br>
+<div class="stanza">
+<p>I. RONDEL.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Les biens dont vous estes la dame</p>
+<p>Ont mon cueur si tr&egrave;s fort espris,</p>
+<p>Qu'il feust mort, s'il n'eust entrepris</p>
+<p>De vous aymer plus que nul &acirc;me.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quant &agrave; moy, point je ne l'en blasme,</p>
+<p>Pour ce qu'ilz ont de tous le pris</p>
+<p>Les biens dont vous estes la dame.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>De ce qu'il fault que je vous ayme,</p>
+<p>Je s&ccedil;ay trop bien que j'ay mespris;</p>
+<p>Mais qui en doit estre repris?</p>
+<p>Non pas moi. Qui donc? Sur mon ame,</p>
+<p>Les biens dont vous estes la dame.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>II. RONDEL.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>A bien juger mon propre affaire</p>
+<p>Et piteux cas, sans riens en taire,</p>
+<a name="p134"></a><span class="pagenum">P. 134</span>
+<p>Plus qu'autre croire me debvez,</p>
+<p>Se par adventure n'avez</p>
+<p>Information de contraire.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Celle ou celluy qui m'a brass&eacute;</p>
+<p>Ce maulvais los et pourchass&eacute;</p>
+<p>Me het et ne vous ayme pas;</p>
+<p>Mais il quiert que soye chaci&eacute;</p>
+<p>De vostre amour et effaci&eacute;.</p>
+<p>Je congnois bien telz advocas.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Se vous avez voulu refaire</p>
+<p>Leur voulent&eacute; pour me deffaire,</p>
+<p>Vous faictes mal et me grevez.</p>
+<p>Considerez que vous s&ccedil;avez</p>
+<p>Qu'onc vers vous ne voulus meffaire</p>
+<p>A bien juger.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>III. RONDEL.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Une fois me dictes ouy,</p>
+<p>En foy de noble et gentil femme;</p>
+<p>Je vous certifie, ma Dame,</p>
+<p>Qu'oncques ne fuz tant resjouy.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Veuillez le donc dire selon</p>
+<p>Que vous estes benigne et doulche,</p>
+<p>Car ce doulx mot n'est pas si long</p>
+<p>Qu'il vous face mal en la bouche.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Soyez seure, si j'en jouy,</p>
+<p>Que ma lealle et craintive ame</p>
+<p>Gardera trop mieulx que nul ame</p>
+<p>Vostre honneur. Avez-vous ouy?</p>
+<p>Une fois me dictes ouy.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p135"></a><span class="pagenum">P.
+135</span>
+<p>IV. RONDEL.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente;</p>
+<p>Une j'en sers qui est bien suffisante</p>
+<p>Pour contenter un grant duc ou un roy.</p>
+<p>Je l'ayme bien, mais non pas elle moy;</p>
+<p>Il n'est besoing que de ce je me vante.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Combien qu'elle est de taille belle et gente,</p>
+<p>De m'en louer pour ceste heure presente</p>
+<p>Pardonnez-moy, car je n'y voy de quoy;</p>
+<p>Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quant je luy dy de mon vouloir l'entente,</p>
+<p>Et cueur et corps et biens je luy presente,</p>
+<p>Pour tout cela rem&egrave;de je n'y voy.</p>
+<p>Deliber&eacute; suis, s&ccedil;avez-vous de quoy?</p>
+<p>De luy quicter et le jeu et l'actente.</p>
+<p>Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>V. RONDEL.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>De mon faict je ne s&ccedil;ay que dire;</p>
+<p>Par tout o&ugrave; je vois je m'adire,</p>
+<p>Et des yeulx voy moins que du coute.</p>
+<p>En danger suis qu'il ne me couste</p>
+<p>La vie, tant suis remply d'ire.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>De mon faict je ne s&ccedil;ay que dire,</p>
+<p>Car ma dame si ne tient compte</p>
+<p>De mon martyre, quant luy compte,</p>
+<p>Mais me dit que trop aise suis,</p>
+<p>Et qu'en ce royaulme n'a conte</p>
+<p>Qui ait de nulle meilleur compte</p>
+<p>Que j'ay d'elle, quant je la suis,</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p136"></a><span class="pagenum">P.
+136</span>
+<p>Nullement, de paour de mesdire,</p>
+<p>Jamais je ne l'ose desdire;</p>
+<p>A son gr&eacute; parler je l'ecoute,</p>
+<p>Puis empr&egrave;s elle je m'accoute,</p>
+<p>Sans luy vouloir riens contredire.</p>
+<p>De mon faict je ne s&ccedil;ay que dire.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>VI. RONDEL.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Pour entretenir mes amours</p>
+<p>Colorer me fault maints fins tours;</p>
+<p>Car ma bourse est tr&egrave;s mal garnie</p>
+<p>Pour fourrer le poignet tousjours.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ung jour demande haults atours,</p>
+<p>Et l'autre ung grant bort de velours,</p>
+<p>Et je respons: &laquo;Or bien, m'amye,&raquo;</p>
+<p>Pour entretenir mes amours.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Veez-vous ce donneur de bonjours?</p>
+<p>Il a faict en el tant de cours,</p>
+<p>Practiqu&eacute; l'art de baverie,</p>
+<p>Qu'il scet moult bien, sans ce qu'il rie,</p>
+<p>Dire sa pens&eacute;e &agrave; rebours.</p>
+<p>Pour entretenir mes amours</p>
+<p>Colorer me fault maints fins tours.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>VII. RONDEL.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Tu te brusles &agrave; la chandelle!</p>
+<p>Helas! mon cueur, ne vois tu pas</p>
+<p>Que danger est tousjours au pas,</p>
+<p>Qui fait &agrave; tous guerre mortelle?</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p137"></a><span class="pagenum">P.
+137</span>
+<p>Soyes seur que tu l'auras belle</p>
+<p>Se tu n'y vas bien par compas;</p>
+<p>Tu te brusles &agrave; la chandelle.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Sont-ce chastaignes qu'on y pelle,</p>
+<p>A ton advis, pour ton repas?</p>
+<p>Nennil. Retrais toy tout le pas,</p>
+<p>Ains qu'on te frape au cul la pelle.</p>
+<p>Tu te brusles &agrave; la chandelle.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>VIII. RONDEL.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Adieu vous dy la lerme &agrave; l'oeil;</p>
+<p>Adieu, ma tr&egrave;s gente mignonne,</p>
+<p>Adieu, sur toutes la plus bonne,</p>
+<p>Adieu vous dy, qui m'est grand dueil.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Adieu, adieu, m'amour, mon vueil;</p>
+<p>Mon povre cueur vous laisse et donne.</p>
+<p>Adieu vous dy la lerme &agrave; l'oeil.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Adieu, par qui du mal recueil</p>
+<p>Mille fois plus que mot ne sonne;</p>
+<p>Adieu, du monde la personne</p>
+<p>Dont plus me loue et plus me dueil.</p>
+<p>Adieu vous dy la lerme &agrave; l'oeil.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>IX. BALLADE.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Las! je me plains d'amours et de ma dame,</p>
+<p>Et de mes yeulx dont j'ay veu sa beault&eacute;;</p>
+<p>Et oultre plus, je me plains d'une femme</p>
+<p>Qui contre moy a le conseil donn&eacute;</p>
+<a name="p138"></a><span class="pagenum">P. 138</span>
+<p>Dont j'ay d&eacute;j&agrave; tant de mal endur&eacute;</p>
+<p>Qu'il me fauldra, par deffaulte de joye,</p>
+<p>Aller criant, comme tout forcen&eacute;:</p>
+<p>Je hez ma dame que tant aymer souloye.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Car se piti&eacute; son tr&egrave;s doulx cueur n'entame</p>
+<p>A me donner ce que j'ay desir&eacute;,</p>
+<p>J'iray mourir, ainsi qu'ung homme infame.</p>
+<p>Tout hors de sens et si desesp&eacute;r&eacute;</p>
+<p>Qu'apr&egrave;s ma mort il en sera parl&eacute;</p>
+<p>Plus loin dix fois que d'icy en Savoye,</p>
+<p>Et lors diray pour plus estre blasm&eacute;:</p>
+<p>Je hez ma dame que tant aymer souloye</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Se je le dy, je jure sur mon ame</p>
+<p>Que ce sera contre ma voulent&eacute;.</p>
+<p>Je prye &agrave; Dieu qu'il n'y puist avoir ame</p>
+<p>A celle fin qu'il ne soit raport&eacute;.</p>
+<p>Car jasoit ce qu'elle m'ait courrouc&eacute;</p>
+<p>Tant qu'on peut plus, cent mille fois mourroye</p>
+<p>Avant que j'eusse ne dit ne profer&eacute;:</p>
+<p>Je hez ma dame que tant aymer souloye.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>X. RONDEL.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quelque chose qu'Amours ordonne,</p>
+<p>Force m'est que vous habandonne</p>
+<p>Pour pourchasser ailleurs mon bien;</p>
+<p>Car, sur ma foy, je congnois bien</p>
+<p>Que vous m'estes pire que bonne.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Trop a de cueur qui vous en donne:</p>
+<p>Pour ce j&agrave; Dieu ne me pardonne</p>
+<a name="p139"></a><span class="pagenum">P. 139</span>
+<p>Se vous avez jamais le mien,</p>
+<p>Quelque chose qu'Amours ordonne.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Si n'aymeray je j&agrave; personne</p>
+<p>Que vous, quoy que l'on me sermonne,</p>
+<p>En tout ce monde terrien;</p>
+<p>Mais maintenant je n'en fais rien,</p>
+<p>Et sers selon qu'on me guerdonne.</p>
+<p>Quelque chose qu'Amours ordonne,</p>
+<p>Force m'est que vous habandonne.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XI. RONDEL.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Hahay! estes vous rencherie,</p>
+<p>Dieux y ait part, puis devant hier?</p>
+<p>Ma dame, c'est pour enrager!</p>
+<p>Le faictes-vous par mocquerie?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Mais venez &ccedil;&agrave;, je vous en prie:</p>
+<p>Est le cuir devenu si cher?</p>
+<p>Hahay! estes vous rencherie?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et dea! et ne s&ccedil;avez-vous mie</p>
+<p>Que mon p&egrave;re est cordouennier;</p>
+<p>Vous voulez bazanne priser</p>
+<p>Plus que cordouen la moiti&eacute;.</p>
+<p>Hahay! estes-vous rencherie?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XII. RONDEL.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Au plus offrant ma dame est mise</p>
+<p>Et dernier encherisseur.</p>
+<p>Je ne s&ccedil;ay se c'est par honneur,</p>
+<p>Mais je n'en prise pas la guise.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p140"></a><span class="pagenum">P.
+140</span>
+<p>Elle m'avoit sa foy promise,</p>
+<p>Mais je voy qu'elle a mis son cueur</p>
+<p>Au plus offrant.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et pour ce je quitte la prinse</p>
+<p>D'estre nomm&eacute; son serviteur,</p>
+<p>Car donner me porte malheur.</p>
+<p>Ainsi j'ay laiss&eacute; l'entreprise</p>
+<p>Au plus offrant.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XIII. RONDEL.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Entens &agrave; moy, vray dieu d'amours,</p>
+<p>Et faiz que la mort ait son cours</p>
+<p>Hastivement,</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Car j'ay mal employ&eacute; mes jours.</p>
+<p>Je meurs en aymant par amours</p>
+<p>Certainement.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Languir me fault en griefs doulours.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XIV. BALLADE</p>
+<p><i>Pour ung prisonnier.</i></p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>S'en mes maulx me peusse esjoyr</p>
+<p>Tant que tristesse me feust joye</p>
+<p>Par me doulouser et gemir,</p>
+<p>Voulentiers je me complaindroye;</p>
+<p>Car, s'au plaisir Dieu, hors j'estoye,</p>
+<p>J'ay espoir qu'au temps advenir</p>
+<p>A grant honneur venir pourroye</p>
+<p>Une fois avant que mourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p141"></a><span class="pagenum">P.
+141</span>
+<p>Pourtant, s'ay eu moult &agrave; souffrir</p>
+<p>Par fortune, dont je larmoye,</p>
+<p>Et que n'ay pas peu obtenir</p>
+<p>N'avoir ce que je pretendoye,</p>
+<p>Au temps advenir je vouldroye</p>
+<p>Voulentiers bon chemin tenir</p>
+<p>Pour acquerir honneur et joye</p>
+<p>Une fois avant que mourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Sans plus loin exemple querir,</p>
+<p>Par moy mesme juger pourroye</p>
+<p>Que meschief nul ne peult fouyr,</p>
+<p>S'ainsi est qu'advenir luy doye.</p>
+<p>C'est jeunesse qui tout desvoye;</p>
+<p>Nul ne s'en doit trop esbahyr.</p>
+<p>Si juste n'est qui ne fourvoye</p>
+<p>Une fois avant que mourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince, s'aucun povoir avoye</p>
+<p>Sur ceulx qui me font cy tenir,</p>
+<p>Voulentiers vengeance en prendroye</p>
+<p>Une fois avant que mourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XV. RONDEL.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Comme moy vous aurez voz gages.</p>
+<p>J'en fuz bien pay&eacute; au partir:</p>
+<p>Plain de dueil jusques au partir,</p>
+<p>Ne sont-ce plaisans advantages?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Servez amours entre vous sages:</p>
+<p>Il vous en fera repentir;</p>
+<p>Comme moy vous aurez vos gages.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p142"></a><span class="pagenum">P.
+142</span>
+<p>Repeuz serez de doulx langaiges</p>
+<p>Pour vous garder de departir.</p>
+<p>Quant est &agrave; moy, j'en suys martir.</p>
+<p>Bien tard congnoistrez telz ouvrages;</p>
+<p>Comme moy vous aurez vos gages.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XVI. BALLADE.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Il n'est danger que de vilain,</p>
+<p>N'orgueil que de povre enrichy,</p>
+<p>Ne si seur chemin que le plain,</p>
+<p>Ne secours que de vray amy,</p>
+<p>Ne desespoir que jalousie,</p>
+<p>N'angoisse que cueur convoiteux,</p>
+<p>Ne puissance o&ugrave; il n'ait envie,</p>
+<p>Ne chere que d'homme joyeulx;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ne servir qu'au roy souverain,</p>
+<p>Ne lait nom que d'homme ahonty,</p>
+<p>Ne manger fors quant on a faim,</p>
+<p>N'emprise que d'homme hardy,</p>
+<p>Ne povret&eacute; que maladie,</p>
+<p>Ne hanter que les bons et preux,</p>
+<p>Ne maison que la bien garnie,</p>
+<p>Ne ch&egrave;re que d'homme joyeulx;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ne richesse que d'estre sain,</p>
+<p>N'en amours tel bien que mercy,</p>
+<p>Ne de la mort rien plus certain,</p>
+<p>Ne meilleur chastoy que de luy;</p>
+<p>Ne tel tr&eacute;sor que preudhommye,</p>
+<p>*****************************</p>
+<p>Ne paistre qu'en grant seigneurie,</p>
+<p>Ne ch&egrave;re que d'homme joyeulx;</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p143"></a><span class="pagenum">P.
+143</span>
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Que voulez-vous que je vous die?</p>
+<p>Il n'est parler que gracieulx,</p>
+<p>Ne louer gens qu'apr&egrave;s leur vie,</p>
+<p>Ne ch&egrave;re que d'homme joyeulx</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XVII. BALLADE MORALE.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>D'une dague forte et aig&uuml;e</p>
+<p>Soit-il frapp&eacute; parmy l'eschine,</p>
+<p>Et ait tousjours une sansue</p>
+<p>Attach&eacute;e &agrave; sa poitrine,</p>
+<p>Et attainct d'une coulevrine</p>
+<p>Entre le nez et le menton,</p>
+<p>Ou qu'en prison vive en famine,</p>
+<p>Qui autruy blasme sans raison.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Son giste soit emmy la rue,</p>
+<p>Tout nud quand il fera bruyne,</p>
+<p>Sur pel de heri&ccedil;on pointue,</p>
+<p>Couvert d'une ch&egrave;re estamine;</p>
+<p>De vent de bise sa courtine,</p>
+<p>Et soit mors d'ung escorpion,</p>
+<p>Ou qu'en prison vive en foraine,</p>
+<p>Qui autruy blasme sans raison.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Sa chair soit detrench&eacute;e menue</p>
+<p>Plus qu'au moulin n'est la farine,</p>
+<p>Ou de gros nerfz soit bien batue,</p>
+<p>Ou couche nud sur tas d'espine:</p>
+<p>Et affin que plus tost il fine,</p>
+<p>Son corps soit remply de poison,</p>
+<a name="p144"></a><span class="pagenum">P. 144</span>
+<p>Ou qu'en prison vive en famine,</p>
+<p>Qui autruy blasme sans raison.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince, soit mis en la gehaine</p>
+<p>Dix fois le jour comme ung larron,</p>
+<p>Ou qu'en prison vive en famine,</p>
+<p>Qui autruy blasme sans raison.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XVIII. BALLADE.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>J'ay ung arbre de la plante d'amours,</p>
+<p>Enracin&eacute; en mon cueur proprement,</p>
+<p>Qui ne porte fruits, sinon de dolours,</p>
+<p>Fueilles d'ennuy et fleurs d'encombrement;</p>
+<p>Mais, puis qu'il fut plant&eacute; premi&egrave;rement,</p>
+<p>Il est tant creu, de racine et de branche,</p>
+<p>Que son umbre, qui me porte nuysance,</p>
+<p>Fait au dessoubs toute joye seichier,</p>
+<p>Et si ne puis, pour toute ma puissance,</p>
+<p>Autre planter, ne celuy arrachier.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>De si long-temps est arros&eacute; de plours</p>
+<p>Et de lermes tant douloureusement,</p>
+<p>Et si n'en sont les fruits de rien meillours:</p>
+<p>Ne je n'y truys gu&egrave;res d'amendement.</p>
+<p>Je les recueille pourtant soigneusement.</p>
+<p>C'est de mon cueur l'am&egrave;re soustenance,</p>
+<p>Qui trop mieux fust en friche ou en souffrance</p>
+<p>Que porter fruits qui le dussent blecier;</p>
+<p>Mais pas ne veult l'amoureuse ordonnance,</p>
+<p>Autre planter, ne celuy arrachier.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p145"></a><span class="pagenum">P.
+145</span>
+<p>S'en ce printemps, que les feuilles et fleurs</p>
+<p>Et arbrynceaux percent nouvellement,</p>
+<p>Amours vouloit moy faire ce secours,</p>
+<p>Que les branches qui font empeschement</p>
+<p>Il retranchast du tout entierement,</p>
+<p>Pour y enter ung rynceau de plaisance,</p>
+<p>Il gecteroit bourgeons de souffisance;</p>
+<p>Joye en istroit, dont il n'est rien plus chier;</p>
+<p>Et ne fauldroit j&agrave;, par desesperance,</p>
+<p>Autre planter, ne celuy arrachier.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ma princesse, ma premi&egrave;re esperance,</p>
+<p>Mon cueur vous sert en dure penitence.</p>
+<p>Faictes le mal qui l'acqueult retranchier,</p>
+<p>Et ne souffrez en vostre souvenance</p>
+<p>Autre planter, ne celuy arrachier.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XIX. BALLADE.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Plaisant assez, et des biens de fortune</p>
+<p>Ung peu garny, me trouvay amoureux,</p>
+<p>Voire si bien, que, tant aymay fort une,</p>
+<p>Que nuit et jour j'en estois langoureux.</p>
+<p>Mais tant y a, que je fus si heureux</p>
+<p>Que, moyennant vingt escus &agrave; la rose,</p>
+<p>Je fis cela que chacun bien suppose.</p>
+<p>Alors je dis, connoissant ce passage:</p>
+<p>&laquo;Au fait d'amours, babil est peu de chose;</p>
+<p>Riche amoureux a tousjours l'advantage.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Or est ainsy que, durant ma pecune,</p>
+<p>Je fus traite comme amy precieux;</p>
+<p>Mais, tost apr&egrave;s, sans dire chose aucune,</p>
+<a name="p146"></a><span class="pagenum">P. 146</span>
+<p>Cette vilaine alla jetter les yeulx</p>
+<p>Sur un vieillard riche, mais chassieux,</p>
+<p>Laid et hideux trop plus qu'on ne propose.</p>
+<p>Ce neantmoins, il en jouit sa pose,</p>
+<p>Dont moy, confus, voyant un tel ouvrage,</p>
+<p>Dessus ce texte allay bouter en glose:</p>
+<p>Riche amoureux a tousjours l'advantage.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Or elle a tort, car noyse ny rancune</p>
+<p>N'eut onc de moy. Tant lui fus gracieux,</p>
+<p>Que, s'elle eust dit: &laquo;Donne-moy de la lune&raquo;</p>
+<p>J'eusse entrepris de monter jusqu'aux cieulx;</p>
+<p>Et, nonobstant, son corps tant vicieux</p>
+<p>Au service de ce vieillard expose.</p>
+<p>Dont, ce voyant, un rondeau je compose,</p>
+<p>Que luy transmets; mais, en pou de langage,</p>
+<p>Me respond franc: &laquo;Povret&eacute; te depose:</p>
+<p>Riche amoureux a tousjours l'advantage!&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince tout bel, trop mieux parlant qu'Orose,</p>
+<p>Si vous n'avez toujours bourse desclose,</p>
+<p>Vous abusez: car Meung, docteur tr&egrave;s sage,</p>
+<p>Nous a descrit que, pour cueillir la rose,</p>
+<p>Riche amoureux a tousjours l'advantage.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XX. BALLADE.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Qui en amours veut estre heureux,</p>
+<p>Faut tenir train de seigneurie,</p>
+<p>Estre prompt et advantureux</p>
+<p>Quand vient &agrave; monstrer l'armarie:</p>
+<p>Porter drap d'or, orfaverie,</p>
+<p>Car cela les dames esmeut.</p>
+<a name="p147"></a><span class="pagenum">P. 147</span>
+<p>Tout sert; mais, par saincte Marie!</p>
+<p>Il ne fait pas ce tour qui veult.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Je fus nagu&egrave;res amoureux</p>
+<p>D'une dame cointe et jolie,</p>
+<p>Qui me dit, en mots gracieux:</p>
+<p>&laquo;Mon amour est en vous ravie;</p>
+<p>Mais il faut qu'el soit desservie</p>
+<p>Par cinquante escus d'or, s'on peut.</p>
+<p>&mdash;Cinquante escus! Bon gr&eacute; ma vie!</p>
+<p>Il ne fait pas ce tour qui veult.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Alors luy donnay sur les lieux</p>
+<p>O&ugrave; elle feisoit l'endormie:</p>
+<p>Quatre venues, de coeur joyeux,</p>
+<p>Luy fis en moins d'heure et demie.</p>
+<p>Lors me dit, &agrave; voix espasmie:</p>
+<p>&laquo;Encore un coup! le coeur me deult.</p>
+<p>&mdash;Encore un coup! H&eacute;las! m'amye,</p>
+<p>Il ne fait pas ce tour qui veult!&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince d'amours, je te supplie,</p>
+<p>Si plus ainsi elle m'accuelt,</p>
+<p>Que ma lance jamais ne plie:</p>
+<p>Il ne fait pas ce tour qui veult!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>XXI. BALADE JOYEUSE DES TAVERNIERS.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>D'ung gect de dart, d'une lance asser&eacute;e,</p>
+<p>D'ung grant faussart, d'une grosse massue,</p>
+<p>D'une guisarme, d'une fl&egrave;che ferr&eacute;e,</p>
+<p>D'ung bracquemart, d'une hache esmolue,</p>
+<p>D'ung grand penart et d'une bisag&uuml;e,</p>
+<a name="p148"></a><span class="pagenum">P. 148</span>
+<p>D'ung fort espieu et d'une saqueboute;</p>
+<p>De maulx briguans puissent trouver tel route</p>
+<p>Que tous leurs corps fussent mis par morceaulx,</p>
+<p>Le cueur fendu, descir&eacute; par monceaulx,</p>
+<p>Le col coupp&eacute; d'ung bon branc acherin,</p>
+<p>Descirez soient de truye et de pourceaulx</p>
+<p>Les taverniers qui brouillent nostre vin.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>D'ung arc turcquois, d'une esp&eacute;e affil&eacute;e</p>
+<p>Ayent les paillars la brouaille cousue,</p>
+<p>De feu gregoys la perrucque brusl&eacute;e,</p>
+<p>Et par tempeste la cervelle espandue,</p>
+<p>Au grand gibet leur charongne pendue,</p>
+<p>Et briefvement puissent mourir de goutte,</p>
+<p>Ou je requiers et pry que l'on leur boute</p>
+<p>Parmy leur corps force d'ardans barreaulx;</p>
+<p>Vifs escorchez des mains de dix bourreaulx,</p>
+<p>Et puis bouillir en huille le matin,</p>
+<p>Desmembrez soient &agrave; quatre grans chevaux,</p>
+<p>Les taverniers qui brouillent nostre vin.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>D'un gros canon la t&ecirc;te escarbouill&eacute;e</p>
+<p>Et de tonnerre acablez en la rue</p>
+<p>Soient tous leurs corps, et leur chair dessir&eacute;e,</p>
+<p>De gros mastins bien garnye et pourvue,</p>
+<p>De forz esclers puissent perdre la veue,</p>
+<p>Neige et gresil tousjours sur eux degoutte,</p>
+<p>Avecques ce ilz aient la pluye toute</p>
+<p>Sans que sur eux ayent robbes ne manteaulx,</p>
+<p>Leurs corps trenchez de dagues et couteaulx,</p>
+<p>Et puis traisnez jusques en l'eau du Rin;</p>
+<p>Desrompuz soient &agrave; quatre-vingts marteaulx</p>
+<p>Les taverniers qui brouillent nostre vin.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p149"></a><span class="pagenum">P.
+149</span>
+<p>Prince, de Dieu soient maulditz leurs boyaulx,</p>
+<p>Et crever puissent par force de venin</p>
+<p>Ces faulx larrons, maulditz et desloyaulx,</p>
+<p>Les taverniers qui brouillent nostre vin</p>
+</div>
+<div class="stanza"><br>
+<br>
+<a name="p150"></a><span class="pagenum">P. 150</span>
+<p>XXII. S'ENSUIT LE MONOLOGUE DU</p>
+<p>FRANC ARCHIER DE BAIGNOLLET</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>AVEC SON EPITAPHE.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>C'est &agrave; meshuy! J'ay beau corner!</p>
+<p>Or &ccedil;a, il s'en fault retourner,</p>
+<p>Maulgr&eacute; ses dentz, en sa maison</p>
+<p>Si ne vis-je pie&ccedil;a saison</p>
+<p>O&ugrave; j'eusse si hardy couraige</p>
+<p>Que j'ay! Par la morbieu! j'enraige</p>
+<p>Que je n'ay &agrave; qui me combatre...</p>
+<p>Y a-il homme qui &agrave; quatre,</p>
+<p>Dy-je, y a-il quatre qui vueillent</p>
+<p>Combatre &agrave; moy? Se tost recueillent</p>
+<p>Mon gantelet; vela pour gaige!</p>
+<p>Par le sang bieu! je ne crains paige,</p>
+<p>S'il n'a point plus de quatorze ans.</p>
+<p>J'ay autresfoys tenu les rencz,</p>
+<p>Dieu Mercy! et gaign&eacute; le prix</p>
+<p>Contre cinq Angloys que je pris,</p>
+<a name="p151"></a><span class="pagenum">P. 151</span>
+<p>Povres prisonniers desnuez,</p>
+<p>Si tost que je les euz ruez.</p>
+<p>Ce fust au si&egrave;ge d'Alen&ccedil;on.</p>
+<p>Les troys se misrent &agrave; ran&ccedil;on,</p>
+<p>Et le quatriesme s'enfuyt.</p>
+<p>Incontinent que l'autre ouyt</p>
+<p>Ce bruit, il me print &agrave; la gorge.</p>
+<p>Se je n'eusse cri&eacute;: Sainct George!</p>
+<p>Combien que je suys bon Fran&ccedil;oys,</p>
+<p>Sang bieu! il m'eust tu&eacute; an&ccedil;oys</p>
+<p>Que personne m'eust secouru.</p>
+<p>Et quand je me senty feru</p>
+<p>D'une bouteille, qu'il cassa</p>
+<p>Sur ma teste: &laquo;Venez &ccedil;a, &ccedil;a!</p>
+<p>Dis-je lors. Que chascun s'appaise!</p>
+<p>Je ne quiers point faire de noise,</p>
+<p>Ventre bieu! et buvons ensemble.</p>
+<p>Pos&eacute; soit ores que je tremble,</p>
+<p>Sang bieu! je ne vous crains pas maille.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><i>Cy dit ung quidem, par derri&egrave;re les gens</i>:</p>
+<p>Coquericoq.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Qu'esse cy? J'ay o&uuml;y poullaille</p>
+<p>Chanter chez quelque bonne vieille;</p>
+<p>Il convient que je la resveille.</p>
+<p>Poullaille font icy leurs nidz!</p>
+<p>C'est du demourant d'Ancenys,</p>
+<p>Par ma foy! ou du Champ-Tours&eacute;...</p>
+<p>Helas! que je me vis cours&eacute;</p>
+<p>De la mort d'ung de mes nepveux!</p>
+<p>J'euz d'ung canon par les cheveux,</p>
+<p>Qui me vint cheoir tout droit en barbe;</p>
+<a name="p152"></a><span class="pagenum">P. 152</span>
+<p>Mais je m'escriay: &laquo;Saincte Barbe!</p>
+<p>Vueille-moy ayder &agrave; ce coup,</p>
+<p>Et je t'ayderay l'autre coup!&raquo;</p>
+<p>Adonc le canon m'esbranla,</p>
+<p>Et vint ceste fortune-l&agrave;</p>
+<p>Quand nous eusmes le fort conquis.</p>
+<p>Le Baronnet et le Marquis,</p>
+<p>Craon, Cures, l'Aigle et Bressoire,</p>
+<p>Accoururent pour veoir l'histoire;</p>
+<p>La Rochefouquault, l'Amiral,</p>
+<p>Aussi Beuil et son attirail,</p>
+<p>Ponti&egrave;vre, tous les capitaines,</p>
+<p>Y deschauss&egrave;rent leurs mitaines</p>
+<p>De fer, de paour de m'affoler,</p>
+<p>Et si me vindrent acoler</p>
+<p>A terre, o&ugrave; j'estoye meshaign&eacute;,</p>
+<p>De paour de dire: &laquo;Il n'a daign&eacute;!&raquo;</p>
+<p>Combien que je fusse malade,</p>
+<p>Je mis la main &agrave; la salade,</p>
+<p>Car el m'estouffoit le visaige.</p>
+<p>&laquo;Ha! dist le Marquis, ton oultraige</p>
+<p>Te fera une foys mourir!&raquo;</p>
+<p>Car il m'avoit bien veu courir,</p>
+<p>Oultre l'ost, devant le chasteau.</p>
+<p>H&eacute;las! j'y perdy mon manteau,</p>
+<p>Car je cuidoye d'une poterne</p>
+<p>Que ce fust l'huys d'une taverne.</p>
+<p>Et moy tantost de pietonner,</p>
+<p>Car, quand on oyt clarons sonner,</p>
+<p>Il n'est courage qui ne croisse.</p>
+<p>Tout aussitost: &laquo;O&ugrave; esse? O&ugrave; esse?</p>
+<p>Et, &agrave; brief parler, je m'y fourre,</p>
+<p>Ne plus ne moins qu'en une bourre.</p>
+<p>Si ce n'eust est&eacute; la brairie</p>
+<a name="p153"></a><span class="pagenum">P. 153</span>
+<p>Du cost&eacute; devers la prairie,</p>
+<p>De nos gens, qui crioient trestous,</p>
+<p>Disant: &laquo;Pierre, que faictes-vous?</p>
+<p>N'assaillez pas la basse court</p>
+<p>Tout seul!&raquo; je l'eusse prins tout court,</p>
+<p>Certes; mais c'eust est&eacute; outraige.</p>
+<p>Et se ce n'eust est&eacute; ung paige</p>
+<p>Qui nous vint trencher le chemin,</p>
+<p>Mon fr&egrave;re d'armes G&uuml;illemin</p>
+<p>Et moy, Dieu lui pardoint, pourtant!</p>
+<p>Car, quoy? il nous en pend autant</p>
+<p>A l'oeil, eussions, sans nulle faille,</p>
+<p>Frapp&eacute; au travers la bataille</p>
+<p>Des Bretons; mais nous apaisames</p>
+<p>Nos couraiges et recullames...</p>
+<p>Que dy-je? non pas reculer,</p>
+<p>Chose dont on ne doibt parler...</p>
+<p>Ung rien, jusque au Lyon d'Angiers.</p>
+<p>Je ne craignoye que les dangiers,</p>
+<p>Moy; je n avoye paour d'aultre chose.</p>
+<p>Et quand la bataille fut close,</p>
+<p>D'artillerie grosse et gresle</p>
+<p>Vous eussez ouy, pesle-mesle:</p>
+<p><i>Tip, tap, sip, sap</i>, &agrave; la barri&egrave;re,</p>
+<p>Aux esles, devant et derri&egrave;re.</p>
+<p>J'en eus d'ung parmy la cuirace.</p>
+<p>Les dames qu'estoient en la place</p>
+<p>Si ne craignoyent que le couillart.</p>
+<p>Certes, j'estoye ung bon paillart;</p>
+<p>J'en avoye ung si portatif,</p>
+<p>Se je n'eusse est&eacute; si hastif</p>
+<p>De mettre le feu en la pouldre,</p>
+<p>J'eusse destruit et mis en fouldre</p>
+<p>Tout quanqu'avoit de damoiselles.</p>
+<a name="p154"></a><span class="pagenum">P. 154</span>
+<p>Il porte deux pierres jumelles,</p>
+<p>Mon couillart: jamais n'en a meins.</p>
+<p>Et dames de joindre les mains,</p>
+<p>Quand ilz virent donner l'assault.</p>
+<p>Les ungs se servoyent du courtault</p>
+<p>Si dru, si net, si sec que terre.</p>
+<p>Et puis, quoy? parmy ce tonnerre,</p>
+<p>Eussez ouy sonner trompilles,</p>
+<p>Pour faire dancer jeunes filles</p>
+<p>Au son du courtault, haultement.</p>
+<p>Quand j'y pense, par mon serment!</p>
+<p>C'est vaine guerre qu'avec femmes;</p>
+<p>J'avoye toujours piti&eacute; des dames.</p>
+<p>Veu qu'ung courtault tresperce ung mur,</p>
+<p>Ilz auroyent le ventre bien dur,</p>
+<p>S'il ne passoit oultre... Pensez</p>
+<p>Qu'on leur eust faict du mal assez,</p>
+<p>Se l'en n'eust eu noble couraige;</p>
+<p>Mesmes ces pehons de villaige,</p>
+<p>J'entens pehons de plat pays,</p>
+<p>Ne se fussent point esbahis</p>
+<p>De leur mal faire; mais nous sommes</p>
+<p>Tousjours, entre nous gentilz hommes,</p>
+<p>Au guet dessus la villenaille.</p>
+<p>J'estoye par de&ccedil;&agrave; la bataille,</p>
+<p>Tousjours la lance ou la bouteille</p>
+<p>Sur la cuisse: c'estoit merveille,</p>
+<p>Merveille de me regarder.</p>
+<p>Il vint ung Breton estrader,</p>
+<p>Qui faisoit rage d'une lance;</p>
+<p>Mais il avoit, de jeune enfance,</p>
+<p>Les reins rompus; c'estoit dommaige.</p>
+<p>Il vint tout seul, par son oultraige,</p>
+<p>Estrader par mont et par val;</p>
+<a name="p155"></a><span class="pagenum">P. 155</span>
+<p>Pour bien pourbondir ung cheval</p>
+<p>Il faisoit feu et voire flambe.</p>
+<p>Mais je lui trenchay une jambe,</p>
+<p>D'ung revers, jusques &agrave; la hanche;</p>
+<p>Et fis ce coup-l&agrave; ung dimenche,</p>
+<p>Que dy-je? ung lundy matin.</p>
+<p>Il ne s'armoit que de satin,</p>
+<p>Tant craignoit &agrave; grever ses reins.</p>
+<p>Voulentiers frappoit aux chanfrains</p>
+<p>D'ung cheval, quand venoit en jouste,</p>
+<p>Ou droit &agrave; la queue, sans doubte.</p>
+<p>Point il ne frappoit son roussin,</p>
+<p>Pource qu'il avoit le farcin,</p>
+<p>Que d'ung baston court et noailleux,</p>
+<p>Dessus sa teste et ses cheveulx,</p>
+<p>De paour de le faire clocher.</p>
+<p>Aussi, de paour de tresbucher,</p>
+<p>Il alloit son beau pas, <i>tric, trac</i>,</p>
+<p>Et ung grant panon de bissac</p>
+<p>Voulentiers portoit sur sa teste.</p>
+<p>D'ung tel homme fault faire feste</p>
+<p>Autant que d'ung million d'or.</p>
+<p>Gens d'armes! c'est ung grant tresor;</p>
+<p>S'il vault riens il ne fault pas dire.</p>
+<p>J'ay fait raige avecques La Hire:</p>
+<p>Je l'ay servy trestout mon aage.</p>
+<p>Je fus gros vallet, et puis page,</p>
+<p>Archier, et puis je pris la lance,</p>
+<p>Et la vous portoye sur la panse,</p>
+<p>Tousjours trouss&eacute; comme une poche.</p>
+<p>Et puis, monseigneur de la Roche,</p>
+<p>Que Dieu pardoint, me print pour paige.</p>
+<p>J'estoye gent et beau de visaige,</p>
+<p>Je chantoye et brouilloye des flustes,</p>
+<a name="p156"></a><span class="pagenum">P. 156</span>
+<p>Et si tiroye entre deux butes.</p>
+<p>A brief parler, j'estoye ainsi</p>
+<p>Mignon comme cest enfant-cy;</p>
+<p>Je n'avoys pas gramment plus d'aage...</p>
+<p>Or &ccedil;a, &ccedil;a, par o&ugrave; assauldray-je</p>
+<p>Ce cocq que j'ay ouy chanter?</p>
+<p>A peu besongner bien vanter;</p>
+<p>Il fault assaillir cest hostel.</p>
+</div>
+<div class="stanza" style="font-style: italic;">
+<p>Adonc apper&ccedil;oit le Franc Archier un espoventail de</p>
+<p>chenevi&egrave;re, faict en fa&ccedil;on d'ung gendarme,</p>
+<p>croix blanche devant et croix noire</p>
+<p>derri&egrave;re, en sa main tenant</p>
+<p>une arbaleste.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(A part.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ha! le Sacrement de l'autel!</p>
+<p>Je suis affoibly! Qu'esse-cy?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(A l'espoventail.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ha! Monseigneur, pour Dieu, mercy!</p>
+<p>Hault le trait, qu'aye la vie franche!</p>
+<p>Je voy bien, &agrave; vostre croix blanche,</p>
+<p>Que nous sommes tout d'ung party.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(A part.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>D'ond, tous les diables! est-il sorty,</p>
+<p>Tout seul et ainsi effroy&eacute;?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(A l'espoventail.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Comment! Estes-vous desvoy&eacute;?</p>
+<p>Mettez jus, je gage l'amende.</p>
+<p>Et, pour Dieu, mon amy, desbende</p>
+<p>Au hault ou au loing ton baston!</p>
+<a name="p157"></a><span class="pagenum">P. 157</span>
+<p><i>Adonc il advise sa croix noire</i>.</p>
+<p>Par le sang bieu! c'est ung Breton,</p>
+<p>Et je dy que je suis Fran&ccedil;oys!...</p>
+<p>Il est fait de toy, ceste fois,</p>
+<p>Perrenet; c'est ung parti contraire!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(A l'espoventail.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Hen, Dieu! et o&ugrave; voulez-vous traire?</p>
+<p>Vous ne s&ccedil;avez pas que vous faictes.</p>
+<p>Dea! je suis Breton, si vous l'estes.</p>
+<p>Vive sainct Denis ou sainct Yve!</p>
+<p>Ne m'en chault qui, mais que je vive!</p>
+<p>Par ma foi! Monseigneur mon maistre,</p>
+<p>Se vous voulez s&ccedil;avoir mon estre,</p>
+<p>Ma m&egrave;re fut n&eacute;e d'Anjou,</p>
+<p>Et mon p&egrave;re je ne s&ccedil;ay d'o&ugrave;,</p>
+<p>Sinon que j'ouy reveler</p>
+<p>Qu'il fut natif de Lantriquer.</p>
+<p>Comment s&ccedil;auray-je vostre nom?</p>
+<p>Monseigneur Rollant, ou Yvon,</p>
+<p>Mort seray quand il vous plaira!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(A part.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et comment! il ne cessera</p>
+<p>Meshuy de me persecuter,</p>
+<p>Et si ne me veult escouter!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(A l'espoventail.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>En l'honneur de la Passion</p>
+<p>De Dieu, que j'aye confession,</p>
+<p>Car je me sens j&agrave; fort malade!</p>
+<p>Or, tenez, vela ma salade,</p>
+<p>Qui n'est froiss&eacute;e ne coupp&eacute;e;</p>
+<a name="p158"></a><span class="pagenum">P. 158</span>
+<p>Je la vous rens, et mon esp&eacute;e,</p>
+<p>Et faictes prier Dieu pour moy.</p>
+<p>Je vous laisse, sur vostre foy,</p>
+<p>Ung voeu que je doibs &agrave; sainct Jacques.</p>
+<p>Pour le faire, prendrez mon jacques,</p>
+<p>Et ma ceinture et mon cornet.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(A part.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Tu meurs bien maulgr&eacute; toy, Pernet,</p>
+<p>Voire maulgr&eacute; toi et &agrave; force!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(Au public.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Puis qu'endurer fault et &agrave; force,</p>
+<p>Priez pour l'ame, s'il vous plaist,</p>
+<p>Du Franc Archier de Baignolet,</p>
+<p>Et m'escripvez, &agrave; ung paraphe,</p>
+<p>Sur moy ce petit epitaphe:</p>
+</div>
+<div class="stanza" style="font-style: italic;">
+<p>Cy gist Pernet le Franc Archier,</p>
+<p>Qui cy mourut sans desmarcher,</p>
+<p>Car de fuyr n'eut onc espace,</p>
+<p>Lequel Dieu, par sa saincte grace,</p>
+<p>Mette &egrave;s cieulx, avecques les ames</p>
+<p>Des francs archiers et des gens d'armes,</p>
+<p>Arri&egrave;re des arbalestriers.</p>
+<p>Je les hay tous: ce sont meurdriers!</p>
+<p>Je les congnois bien de pie&ccedil;a.</p>
+<p>Et mourut l'an qu'il trespassa.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Vel&agrave; tout; les mots sont tr&egrave;s beaux.</p>
+<p>Or, vous me lairrez mes houseaulx,</p>
+<p>Car, se j'alloye en paradis</p>
+<p>A cheval, comme fist jadis</p>
+<p>Sainct Martin, et aussi sainct George,</p>
+<a name="p159"></a><span class="pagenum">P. 159</span>
+<p>J'en seroye bien plus prest... Or je</p>
+<p>Vous laisse gantelet et dague:</p>
+<p>Car, au surplus, je n'ay plus bague</p>
+<p>De quoy je me puisse deffendre.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(A l'espoventail.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Attendez! me voulez-vous prendre</p>
+<p>En desaroy? Je me confesse</p>
+<p>A Dieu, tandis qu'il n'y a presse,</p>
+<p>A la Vierge et &agrave; tous sainctz.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(A part.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Or meurs-je les membres tous sains</p>
+<p>Et tout en bon point, ce me semble.</p>
+<p>Je n'ay mal, sinon que je tremble</p>
+<p>De paour et de malle froidure,</p>
+<p>Et de mes cinq sens de nature...</p>
+<p>Cinq cens! O&ugrave; prins, qui ne les emble?</p>
+<p>Je n'en veiz onc cinq cens ensemble,</p>
+<p>Par ma foy! n'en or, n'en monnoye.</p>
+<p>Pour n&eacute;ant m'en confesseroye:</p>
+<p>Oncques ensemble n'en veiz deux.</p>
+<p>Et de mes sept pechez morteux</p>
+<p>Il fault bien que m'en supportez:</p>
+<p>Sur moy je les ay trop portez;</p>
+<p>Je les metz jus, avec mon jacques.</p>
+<p>J'eusse attendu jusques &agrave; Pasques,</p>
+<p>Mais vecy ung advancement.</p>
+<p>Et du premier commendement</p>
+<p>De la Loy, qui dit qu'on doibt croire</p>
+<p>(Non pas l'estoc quand on va boire,</p>
+<p>Cela s'entend) en ung seul Dieu,</p>
+<p>Jamais ne me trouvay en lieu</p>
+<p>O&ugrave; j'y creusse mieulx qu'&agrave; ceste heure,</p>
+<p>Mais qu'&agrave; ce besoing me sequeure.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p160"></a><span class="pagenum">P.
+160</span>
+<p>(A l'espoventail.) [p. 160]</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ne desbendez? Je ne me fuys!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(A part.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>H&eacute;las! je suis mort o&ugrave; je suis.</p>
+<p>Je suis aussi simple, aussi coy</p>
+<p>Comme une pucelle; car, quoy</p>
+<p>Dit le second commendement?</p>
+<p>Qu'on ne jure Dieu vainement.</p>
+<p>Non ay-je en vain, mais tr&egrave;s ferme,</p>
+<p>Ainsi que fait ung bon genderme,</p>
+<p>Car il n'est rien craint, s'il ne jure.</p>
+<p>Le tiers nous enjoingt et procure,</p>
+<p>Et advertist et admoneste,</p>
+<p>Que l'en doit bien garder la feste,</p>
+<p>Autant en hyver qu en est&eacute;:</p>
+<p>J'ay tousjours voulentiers fest&eacute;,</p>
+<p>De ce ne mentiray-je point;</p>
+<p>Et le quatriesme nous enjoint</p>
+<p>Qu'on doit honnorer p&egrave;re et m&egrave;re:</p>
+<p>J'ay tousjours honor&eacute; mon p&egrave;re,</p>
+<p>En moy congnoissant gentilhomme</p>
+<p>De son cost&eacute;, combien qu'en somme</p>
+<p>Sois villain et de villenaille.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(A l'espoventail.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et, pour Dieu, mon amy, que j'aille</p>
+<p>Jusques amen; mis&eacute;ricorde!</p>
+<p>Relevez ung peu vostre corde;</p>
+<p>Ferez que le traict ne me blesse.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(A part.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Item, morbieu! je me confesse</p>
+<p>Du cinquiesme, sequentement:</p>
+<a name="p161"></a><span class="pagenum">P. 161</span>
+<p>Deffend-il pas express&eacute;ment</p>
+<p>Que nul si ne soit point meurtrier?</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(A l'espoventail.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Las! Monseigneur l'arbalestrier,</p>
+<p>Gardez bien ce commendement;</p>
+<p>Quant est &agrave; moy, par mon serment,</p>
+<p>Meurdre ne fis onc qu'en poulaille.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(A part.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>L'aultre commendement nous baille</p>
+<p>Qu'on n'emble rien; ce ne fis oncque,</p>
+<p>Car en lieu n'en place quelconque</p>
+<p>Je n'euz loysir de rien embler.</p>
+<p>J'ay assez &agrave; qui ressembler</p>
+<p>En ce point; je n'ay point meffait,</p>
+<p>Car, se l'en m'eust pris sur le fait,</p>
+<p>Dieu scet comme il me fust mescheu!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><i>Cy lusse tomber &agrave; terre l'espoventail, celluy
+qui</i></p>
+<p><i>le tient</i>.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(A l'espoventail.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Las! monseigneur! vous estes cheu!...</p>
+<p>J&eacute;sus! et qui vous a bout&eacute;,</p>
+<p>Dictes? Ce n'ay-je pas est&eacute;,</p>
+<p>Vrayement, ou diable ne m'emporte,</p>
+<p>Au cas, dictes? Je m'en rapporte</p>
+<p>A tous ceulx qui sont cy, beau sire,</p>
+<p>Affin que ne vueillez pas dire</p>
+<p>Que c'est demain ou pour demain.</p>
+<p>Au fort, baillez-moy vostre main,</p>
+<p>Je vous ayderay &agrave; lever.</p>
+<p>Mais ne me vueillez pas grever:</p>
+<p>J'ai piti&eacute; de vostre fortune.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p162"></a><span class="pagenum">P.
+162</span>
+<p><i>Cy apper&ccedil;oyt le Franc Archier, de l'espoventail,
+que</i></p>
+<p><i>ce n'est pas ung homme</i>.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Par le corps bieu! j'en ay pour une!</p>
+<p>Il n'a pi&eacute; ne main; il ne hobe;</p>
+<p>Par le corps bieu! c'est une robe</p>
+<p>Plaine, de quoy? charbieu! de paille!</p>
+<p>Qu'esse-cy? morbieu! on se raille,</p>
+<p>Ce cuiday-je, des gens de guerre...</p>
+<p>Que la fi&egrave;vre quartaine serre</p>
+<p>Celluy qui vous a mis icy!</p>
+<p>Je le feray le plus marry,</p>
+<p>Par la vertu bieu! qu'il fut oncques.</p>
+<p>Se mocque on de moy quelconques?</p>
+<p>Et ce n'est, j'advoue sainct Pierre!</p>
+<p>Qu'espoventail de chenevi&egrave;re,</p>
+<p>Que le vent a cy abatu!...</p>
+<p>La mort bieu! vous serez batu,</p>
+<p>Tout au travers, de ceste esp&eacute;e...</p>
+<p>Quand la robbe seroit coupp&eacute;e,</p>
+<p>Ce seroit ung tr&egrave;s grand dommaige.</p>
+<p>Je vous emporteray pour gaige,</p>
+<p>Toutesfoys, apr&egrave;s tout hutin.</p>
+<p>Au fort, ce sera mon butin,</p>
+<p>Que je rapporte de la guerre.</p>
+<p>On s'est bien raill&eacute; de toi, Pierre,</p>
+<p>La charbieu saincte et beniste!</p>
+<p>Vous eussiez eu l'assault bien viste,</p>
+<p>Se j'eusse sceu vostre prouesse:</p>
+<p>Vous eussiez tost eu la renverse,</p>
+<p>Voir, quelque paour que j'en eusse.</p>
+<p>Or pleust &agrave; J&eacute;sus que je fusse,</p>
+<p>A tout cecy, en ma maison!</p>
+<a name="p163"></a><span class="pagenum">P. 163</span>
+<p>Qu'il poise! Mengi&eacute; a foison</p>
+<p>De paille: elle chiet par derri&egrave;re.</p>
+<p>C'est paine pour la chamberi&egrave;re,</p>
+<p>De la porter hors de ce lieu.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>(Au public.)</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Seigneurs, je vous commande &agrave; Dieu;</p>
+<p>Et se l'on vous vient demander</p>
+<p>Qu'est devenu le Franc Archier,</p>
+<p>Dictes qu'il n'est pas mort encor,</p>
+<p>Et qu'il emporte dague et cor,</p>
+<p>Et reviendra par cy de brief.</p>
+<p>Adieu; je m'en vois au relief.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>FIN DU MONOLOGUE DU FRANC ARCHIER</p>
+<p>DE BAIGNOLLET.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><br>
+<br>
+<a name="p164"></a><span class="pagenum">P. 164</span>
+<p>XXIII.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>DIALOGUE DE MESSIEURS</p>
+<p>DE MALLEPAYE ET DE BAILLEVENT.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. H&eacute;e, Monsieur de Baillevent! B. Quoy</p>
+<p>De neuf? M. On nous tient en aboy,</p>
+<p>Comme despourveuz, malureux.</p>
+<p>B. Si j'avoye autant que je doy,</p>
+<p>Sang bieu! je seroye chez le Roy,</p>
+<p>Un page apr&egrave;s moy! M. Voire deux!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Nous sommes francs... M. Adventureux.</p>
+<p>B. Riches. M. Bien aises B. Plantureux.</p>
+<p>M. Voire, de souhaits. B. C'est assez.</p>
+<p>M. Gentilz hommes. B. Hardis. M. Et preux.</p>
+<p>B. Par l'huys. M. Du joly Souffreteux</p>
+<p>Heritiers. B. De gaiges cassez.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Nous sommes, puis troys ans passez</p>
+<p>Si minces. B. Si mal compassez.</p>
+<p>M. Si simples. B. Legiers comme vent.</p>
+<a name="p165"></a><span class="pagenum">P. 165</span>
+<p>M. Si esbaudiz. B. Si mal pansez,</p>
+<p>De donner pour Dieu dispensez,</p>
+<p>Car nous jeusnons assez souvent.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. H&eacute;e, monsieur de Baillevent,</p>
+<p>Qui peult trouver, soubz quelque amant,</p>
+<p>Deux ou troys mille escus, quel proye!</p>
+<p>B. Nous ferions bruyt. M. Toutallement.</p>
+<p>B. Le quartier en vault l'arpent,</p>
+<p>Pardieu! Monsieur de Mallepaye!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. J'escripz contre ces murs. B. Je raye,</p>
+<p>Puis de charbon et puis de craye.</p>
+<p>M. Je raille. B. Je fays ch&egrave;re &agrave; tous.</p>
+<p>M. Nous avons beau coucher en raye,</p>
+<p>L'oreille au vent, la gueulle baye,</p>
+<p>On ne faict point prochas de nous.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Helas! serons-nous jamais soulx?</p>
+<p>M. Il ne fault que deux ou trois coups</p>
+<p>Pour nous remonter. B. Doux. M. Droictz. B. Druz.</p>
+<p>M. Pour fringuer. B. Pour porter le houx.</p>
+<p>M. Gens... B. A dire: D'ond venez-vous?</p>
+<p>M. Francs. B. Fins. M. Froidz. B. Forts.</p>
+<p>M. Grans. B. Gros. M. Escreuz.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. De serjens sommes tous recreux,</p>
+<p>Et si n'avons nulz bien acreuz.</p>
+<p>M. Nous debvons. B. On nous doibt. M. Fourraige.</p>
+<p>B. Entretenus. M. Comme poux creux.</p>
+<p>B. Jurons sang bieu, nous serons creuz:</p>
+<p>Arri&egrave;re, piettons de village!</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p166"></a><span class="pagenum">P.
+166</span>
+<p>M. Ne suis-je pas beau personnaige?</p>
+<p>B. J'ay train de seigneur. M. Pas de saige.</p>
+<p>B. Ressourdant. M. Comme bel alun.</p>
+<p>B. Pathelin en main. M. Dire raige.</p>
+<p>B. Et, par la mort bien! c'est dommage,</p>
+<p>Que ne mettons vilains eu run.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. H&eacute;e! cinq cens escus! B. C'est esgrun.</p>
+<p>M. Quand j'en ay j'en offre &agrave; chascun,</p>
+<p>Et suis bien aise quand j'en preste.</p>
+<p>B. Mes rentes sont sur le commun;</p>
+<p>M. Mais povres gens n'en ont pas ong;</p>
+<p>B. J'y romproye pour n&eacute;ant la teste.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. S'il povoyt venir quelque enqueste,</p>
+<p>Quelque mandement ou requeste,</p>
+<p>Ou quelque bonne commission!</p>
+<p>B. Mais en quelque banquet honneste,</p>
+<p>Faire accroire &agrave; cest ou &agrave; ceste</p>
+<p>La Pragmatique Sanction!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Et si elle y croit? B. Promision.</p>
+<p>M. Se elle promet? B. Monition.</p>
+<p>M. Se on l'admoneste? B. Qu'on marchande.</p>
+<p>M. Se on faict march&eacute;? B. Fruiction.</p>
+<p>M. Se on fruict? B. La Petition</p>
+<p>En fa&ccedil;on de belle demande</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>D'ung beau cent escus. M. Quelle viande!</p>
+<p>B. Qui l'auroit quand on la demande,</p>
+<p>On ferait... M. Quoi? B. Feu. M. Sainct Jehan, voire!</p>
+<p>B. On tauxeroit bien grosse amende</p>
+<a name="p167"></a><span class="pagenum">P. 167</span>
+<p>Sur le faict de ceste demande,</p>
+<p>Se j'en quictoye le petitoire.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Quel bien! B. Quel heur! M. Quel accessoire!</p>
+<p>B. Je me raffroichiz la m&eacute;moire</p>
+<p>Quand il m'en souvient. M. Quel plaisir!</p>
+<p>B. Se on nous bailloit par inventaire</p>
+<p>Deux mil escuz en une armoire,</p>
+<p>Ilz n'auroient garde d'y moysir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Qui peut prendre! B. Qui peut choisir!</p>
+<p>M. Gaigner! B. Espargner! M. Se saisir!</p>
+<p>Nous serions partout bienvenuz.</p>
+<p>B. Ung songe! M. Mais quel? B. De plaisir.</p>
+<p>M. Nous prendrons si bien le loisir</p>
+<p>De compter ne s&ccedil;ay quantz escuz.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Nous sommes bien entretenuz.</p>
+<p>M. Aymez. B. Portez. M. Et soustenuz...</p>
+<p>B. De nos parens. M. De bonne race.</p>
+<p>B. Rentes assez et revenuz,</p>
+<p>Et s'a pr&eacute;sent n'en avons nulz,</p>
+<p>Ce n'est que malheur qui nous chasse.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Je n'en fais compte. B. Je raimasse.</p>
+<p>M. Je volle par coups. B. Je tracasse,</p>
+<p>Puis au poil et puis &agrave; la plume.</p>
+<p>M. Je gaudis, et si je rimasse,</p>
+<p>Que voulez-vous! il ne tient qu'&agrave; ce</p>
+<p>Que je ne l'ay pas de coustume.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. D'honneur assez. M. Chascun en hume.</p>
+<p>B. Je destains le feu. M. Je l'allume.</p>
+<a name="p168"></a><span class="pagenum">P. 168</span>
+<p>B. Je m'esbas. M. Je passe mon dueil.</p>
+<p>B. Le plus souvent, quand je me fume,</p>
+<p>Je batteroye comme fer d'enclume,</p>
+<p>Si je me trouvoye tout seul.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Je ris. B. Je bave sur mon sueil.</p>
+<p>M. Je donne &agrave; quelqu'une ung guin d'oeil.</p>
+<p>B. Je m'esbas &agrave; je ne s&ccedil;ay quoy.</p>
+<p>M. J'entretiens. B. Je fais bel accueil.</p>
+<p>M. On me fait tout ce que je vueil,</p>
+<p>Quand nous sommes mon paige et moy.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Je ne demande qu'avoir dequoy,</p>
+<p>Belle amye, et vivre &agrave; requoy,</p>
+<p>Faire tousjours bonne entreprise,</p>
+<p>Belles armes, loyal au Roy.</p>
+<p>M. Mais trois poulx rempans en aboy</p>
+<p>Pour le gibier de la chemise!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Je porteroye pour ma devise</p>
+<p>La marguerite en or assise</p>
+<p>Et le houx partout estandu.</p>
+<p>M. Vostre cry, quel? B. Nouvelle guise.</p>
+<p>M. Riens en recepte, tant en mise,</p>
+<p>Et, toute somme, item perdu.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Je vous seroye, au residu,</p>
+<p>Gorgias sur le hault verdi</p>
+<p>Le bel estomac d'alouette.</p>
+<p>M. Robbe! B. De gris blanc, gris perdu,</p>
+<p>Bien emprunt&eacute; et mal rendu,</p>
+<p>Pay&eacute; d'une belle estiquette.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Puis la chaine d'or, la baguette,</p>
+<a name="p169"></a><span class="pagenum">P. 169</span>
+<p>Le lacqs de soye, la cornette...</p>
+<p>B. De velours. M. C'est bel affiquet.</p>
+<p>B. Quand nous aurions fait nostre empl&egrave;te,</p>
+<p>La porte seroit bien estroicte</p>
+<p>Se ne passions jusqu'au ticquet.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Nectelet. B. Gorgias. M. Friquet.</p>
+<p>B. De vert? M. Tousjours quelque bouquet.</p>
+<p>B. Selon la saison de l'ann&eacute;e.</p>
+<p>M. Et de paige? B. Quelque naquet.</p>
+<p>M. S'il vient hasart en ung banquet?</p>
+<p>B. Le prendre entre bond et voll&eacute;e.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Aux survenans? B. Ch&egrave;re mesl&eacute;e.</p>
+<p>M. Aux povres duppes? B. La hav&eacute;e.</p>
+<p>M. Et aux rustes? B. Le jobelin.</p>
+<p>M. Aux mignons de court? B. L'accoll&eacute;e.</p>
+<p>M. Aux gens de mesmes? B. La ris&eacute;e.</p>
+<p>M. Et aux ouvriers? B. Le pathelin.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. D'entretenir? B. Damoiselin.</p>
+<p>M. Et saluer? B. Bas comme lin.</p>
+<p>M. Et diviser? B. Motz tous nouveaulx.</p>
+<p>Pour contenter le femynin.</p>
+<p>Nous ferions plus d'ung esclin</p>
+<p>Qu'ung aultre de quinze royaulx.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. H&eacute;e, cueurs joyeux! B. H&eacute;e, cueurs
+loyaulx!</p>
+<p>M. Prests. B. Prins. M. Prompts. B. Preux. M. Especiaulx.</p>
+<p>B. Aymez. M. Supportez. B. Bien receuz.</p>
+<p>M. Nous devrions passer aux sceaulx</p>
+<a name="p170"></a><span class="pagenum">P. 170</span>
+<p>Envers les officiers royaulx, [p. 170]</p>
+<p>Comme messieurs les despourveuz.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. De congnoissance bien pourveuz</p>
+<p>Et de sagesse. M. On nous a veuz</p>
+<p>Si gentilz et si francs. B. Si doulx.</p>
+<p>M. Helas! cent escuz nous sont deubz.</p>
+<p>B. Au fort, si nous les eussions euz,</p>
+<p>On en tint plus compte de nous.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Nous avons faict plaisir &agrave; tous.</p>
+<p>B. Ch&egrave;re &agrave; dire: D'ond venez-vous?</p>
+<p>M. Esmerillonnez. B. Advenans.</p>
+<p>M. Cent escus, et juger des coups.</p>
+<p>On auroit beau mettre aux deux bouts,</p>
+<p>Se nous ne tenions des gaignans.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Nous sommes deux si beaulx gallans.</p>
+<p>M. Fringans. B. Bruyans. M. Allans. B. Parlans.</p>
+<p>M. Esmeuz de franche volunt&eacute;.</p>
+<p>B. Aagez de sens. M. Et jeunes d'ans.</p>
+<p>B. Bien gays. M. Assez resc&eacute;ans.</p>
+<p>B. Porres d'argent. M. Prou de sant&eacute;.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Chascun de nous est habit&eacute;.</p>
+<p>M. Maison &agrave; Paris. B. Bien mont&eacute;,</p>
+<p>Aussi bien aux champs qu'en la ville.</p>
+<p>M. Il y a ceste malheurt&eacute;</p>
+<p>Que de l'argent qu'avons prest&eacute;</p>
+<p>Nous n'en arrons ne croix ne pille.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. O&ugrave; sont les cens et deux cens mille</p>
+<p>Escus que nous avions en pile,</p>
+<a name="p171"></a><span class="pagenum">P. 171</span>
+<p>Quand chascun avoit bien du sien?</p>
+<p>M. Au fort, se nous n'en avons mille,</p>
+<p>Nous sommes, selon l'&Eacute;vangile,</p>
+<p>Des bienheureux du temps ancien.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. J'aymasse mieulx qu'il n'en fust rien.</p>
+<p>M. Trouvons en par quelque moyen.</p>
+<p>B. Qui en a &agrave; pr&eacute;sent? M. Je ne s&ccedil;ay.</p>
+<p>B. H&eacute;, ung engin parisien....</p>
+<p>M. Art lombard. B. Franc praticien,</p>
+<p>Pour faire &agrave; present ung essay!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Je vis le temps que j'avan&ccedil;ay</p>
+<p>L'argent de chose, et adressay</p>
+<p>Tel et tel et tel benefice.</p>
+<p>B. Et, pour moy, quand je compass&eacute;</p>
+<p>Monseigneur tel, et pourchass&eacute;</p>
+<p>Moy mesmes tout seul son office.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. J'estois tousjours &agrave; tous propice;</p>
+<p>Mais je crains. B. Et quoy? M. Qu'avarice</p>
+<p>Nous surprint, si devenions riches.</p>
+<p>B. Riches, quoi! Geste faulce lisse,</p>
+<p>Pauvret&eacute;, nous tient en sa lice.</p>
+<p>M. C'est ce qui nous faict estre chiches.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Nous sommes legiers. M. Comme biches.</p>
+<p>B. Rebondis... M. Comme belles miches.</p>
+<p>B. Et frays&eacute;s... M. Comme beaulx ongnons.</p>
+<p>B. Aussi coustelez. M. Comme chiches,</p>
+<p>B. Adventureux. M. Comme Suysses</p>
+<p>A Nancy, sur les Bourguygnons.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Entre les gallans. M. Compaignons.</p>
+<a name="p172"></a><span class="pagenum">P. 172</span>
+<p>B. Entre les gorgias. M. Mignons.</p>
+<p>B. Entre gens d'armes. M. Courageux.</p>
+<p>B. S'on barguigne. M. Nous barguignons.</p>
+<p>B. Heureulx. M. Gomme beaux champignons.</p>
+<p>Mis sus en ung jour ou en deux,</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Nous sommes les adventureux</p>
+<p>Despourveuz. M. D'argent. B. Plantureux.</p>
+<p>M. De nouvelles plaisantes. B. Tant.</p>
+<p>M. Pour servir princes. B. Curieux.</p>
+<p>M. Et pour les mignons. B. Gracieux.</p>
+<p>M. Et pour le commun. B. Tant &agrave; tant.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. H&eacute;e, monsieur de Baillevent,</p>
+<p>Quand reviendra le bon temps?</p>
+<p>B. Quand chascun aura ses souhaits.</p>
+<p>M. Cent mille escus argent comptant,</p>
+<p>Sur ma foy, je seroye content</p>
+<p>Qu'on ne parlast plus que de paix.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Nous sommes si francs. M. Si parfaits.</p>
+<p>B. Si s&ccedil;avans. M. Si cauts en nos faiz.</p>
+<p>B. Si bien nez. M. Si preux. B. Si hardis.</p>
+<p>M. Saiges. B. Subtilz. M. Advisez. B. Mais</p>
+<p>Faulte d'argent et les grans prestz...</p>
+<p>M. Nous ont ung peu appaillardis.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Abandonnez. M. Comme hardis.</p>
+<p>B. Requis. M. Comme les gras mardis.</p>
+<p>B. Et fiers. M. Comme ung beau pet en baing.</p>
+<p>B. J'ay dueil que vieulx villains tarnys</p>
+<a name="p173"></a><span class="pagenum">P. 173</span>
+<p>Soient d'or et d'argent si garnis,</p>
+<p>Et mignons en ont tant besoing.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Nous avons froid. B. Chauld. M. Faim. B. Soif M. Soing.</p>
+<p>B. Nous tracassons. M. &Ccedil;a. B. L&agrave;. M.
+Pr&egrave;s. B. Loing.</p>
+<p>M. Sans prouffit. B. Sans quelque advantaige.</p>
+<p>M. Mais, s'on nous fon&ccedil;oit or au poing,</p>
+<p>Nous serions pour faire &agrave; ung coing</p>
+<p>Nostre prouffit d'aultruy dommage.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Avez-vous tousjours l'heritaige</p>
+<p>De Baillevent? B. Ouy. M. J'enraige</p>
+<p>Qu'en Mallepaye n'a vins, blez, grains.</p>
+<p>B. Cent francs de rente et ung fromaige,</p>
+<p>Vous m'orriez dire de couraige:</p>
+<p>Vive le roy! M. Ronfflez, villains!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Qui a le vent? M. Joyeulx mondains.</p>
+<p>B. Gr&eacute; de dames? M. Amoureux craints.</p>
+<p>B. Et l'argent, qui? M. Qui plus embource.</p>
+<p>B. Qu'est-ce d'entre nous courtissains?</p>
+<p>M. Nous prenons escus pour douzains,</p>
+<p>Franchement, et bourse pour bource.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Ha! Monseigneur! M. Sang bieu, la mousse</p>
+<p>M'a trop coust&eacute;. B. Et pourquoy? M. Pource.</p>
+<p>B. Hay! hay! tout est mal compass&eacute;.</p>
+<p>M. Comment? B. On ne joue plus du poulce.</p>
+<p>M. Qui ne tire. B. Quicte la trousse;</p>
+<p>Autant vauldroit ung arc cass&eacute;.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p174"></a><span class="pagenum">P.
+174</span>
+<p>M. Monsieur mon pere eust amass&eacute;</p>
+<p>Plus d'escus qu'on eust entass&eacute;</p>
+<p>En ung hospital de vermine.</p>
+<p>B. Mais nous avons si bien sass&eacute;,</p>
+<p>Le sang bieu! que tout est pass&eacute;,</p>
+<p>Gros et menu, par l'estamyne.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M, Si vient guerre, mort ou famine,</p>
+<p>Dont Dieu nous gard, quel train, quel myne</p>
+<p>Ferons nous pour gaigner le broust?</p>
+<p>B. Quant &agrave; moy, je me determine</p>
+<p>D'entrer chez voisin et voisine</p>
+<p>Et d'aller voir si le pot bout.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Mais regardons, &agrave; peu de coust,</p>
+<p>Quel train nous viendroit mieulx &agrave; goust</p>
+<p>Pour amasser biens et honneurs.</p>
+<p>B. Le meilleur est prendre partout.</p>
+<p>M. De rendre, quoy? B. On s'en absoult,</p>
+<p>Pour cinq solz, &agrave; ces pardonneurs.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Allons servir quelques seigneurs.</p>
+<p>B, Aucuns sont si petitz d'honneurs</p>
+<p>Qu'on n'y a que peine et meschance.</p>
+<p>M. Et prouffit, quel? B. Scions les heurs;</p>
+<p>Mais entre nous, ans estradeurs,</p>
+<p>Il nous fault esplucher la chance.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Servons marchans pour la pitance,</p>
+<p>Pour <i>fructus ventris</i>, pour la pance.</p>
+<p>B. On y gaigneroit ses despens.</p>
+<p>M. Et de foncer? B. Bonne asseurance,</p>
+<p>Petite foy, large conscience;</p>
+<p>Tu n'y scez riens et y aprens.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p175"></a><span class="pagenum">P.
+175</span>
+<p>M. De proc&egrave;s, quoy? B. Si je m'y rens,</p>
+<p>Je veulx estre mis sur les rangs,</p>
+<p>S'ilz ont argent, si je n'en crocque.</p>
+<p>M. Quels gens sont-ce? B. Gros marchesens,</p>
+<p>Qui se font bien servir des gens;</p>
+<p>Mais de payer, querez qui bloque!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Officiers, quoi? C'est toute mocque:</p>
+<p>L'ung pourchasse, l'autre desroque,</p>
+<p>Et semble que tout soit pour eulx.</p>
+<p>B. Laissons-les l&agrave;. M. Ho! je n'y tocque.</p>
+<p>Il n'est point de pire defroque</p>
+<p>Que de malheur &agrave; malheureux.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Pour despourveuz adventureux</p>
+<p>Comme nous, encor c'est le mieulx</p>
+<p>De faire l'ost et les gens d'armes.</p>
+<p>M. En fuite je suis couraigeux.</p>
+<p>B. Et &agrave; frapper? M. Je suis piteux;</p>
+<p>Je crains trop les coups, pour les armes.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Servons donc Cordeli&egrave;rs ou Carmes,</p>
+<p>Et prenons leurs bissacs &agrave; fermes,</p>
+<p>Car il n'y a pas grand d&eacute;bit.</p>
+<p>M. Ilz nous prescheroient en beaulx termes,</p>
+<p>Et pleureroyent maintes lermes</p>
+<p>Devant que nous prinssions l'habit.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Se en cest malheur et labit</p>
+<p>Nous mourions, par quelque acabit,</p>
+<p>Ame n'y a qui bien nous face.</p>
+<p>M. J'ay ung vieil harnoys qu'on forbit,</p>
+<a name="p176"></a><span class="pagenum">P. 176</span>
+<p>Sur lequel je fonde ung obit,</p>
+<p>Et du surplus, Dieu le parface!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. H&eacute;e, fault-il que Fortune efface</p>
+<p>Nostre bon bruyt? M. Malheur nous chasse;</p>
+<p>Mais il n'a nul bien qui n'endure,</p>
+<p>B. Prenons quelque train. M. Suyvons trasse.</p>
+<p>B. Nous trassons, et quelqu'un nous trasse:</p>
+<p>A loups ravis grosse pasture.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Allons! B. Mais o&ugrave;? M. A l'adventure.</p>
+<p>B. Qui nous admoneste? M. Nature.</p>
+<p>B. Pour aller? M. O&ugrave; on nous attend.</p>
+<p>B. Par quel chemin? M. Par soing ou cure.</p>
+<p>B. Logez o&ugrave;? M. Pr&egrave;s de la clousture</p>
+<p>De monsieur d'Angoulevent.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. Comment yrons? M. Jusqu'&agrave; Claqdent</p>
+<p>***************************</p>
+<p>Et passerons par Mallepaye.</p>
+<p>B. Brief, c'est le plus exp&eacute;dient</p>
+<p>Que nous jetons la plume au vent:</p>
+<p>Qui ne peult mordre, si abaye.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. O&ugrave; ung franc couraige s'employe,</p>
+<p>Il treuve &agrave; gaigner. B. Querons proye.</p>
+<p>M. Desquelz serons-nous? B. Des plus forts.</p>
+<p>M. Il ne m'en chault, mais que j'en aye,</p>
+<p>Que la plume au vent on envoye.</p>
+<p>B. Puis apr&egrave;s? M. Alors comme alors.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>B. La plume au vent! M. Sus. B. L&agrave;. M. Dehors!</p>
+<a name="p177"></a><span class="pagenum">P. 177</span>
+<p>B. Au hault et au loing. M. Corps pour corps.</p>
+<p>Je me tiendray des mieulx venuz.</p>
+<p>B. On n'yra point, quand serons mors,</p>
+<p>Demander au roy les tresors</p>
+<p>De messieurs les despourveuz.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>La plume au vent! M. Je le concluz.</p>
+<p>****************************</p>
+<p>Pour les povres de ceste ann&eacute;e.</p>
+<p>B. Ne demeurons plus si confuz.</p>
+<p>****************************</p>
+<p>Au grat, la terre est degel&eacute;e!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>M. Allons, suyvons quelque tra&icirc;n&eacute;e.</p>
+<p>Devant! vostre fi&egrave;vre est trembl&eacute;e,</p>
+<p>Car nous sommes tous estourdiz.</p>
+<p>B. Dieu doint aux riches bonne ann&eacute;e!</p>
+<p>M. Aux despourveuz grasse journ&eacute;e!</p>
+<p>B. Et aux femmes pesans mariz!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prenez en gr&eacute;, grans et petiz.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>FIN DU DIALOGUE DE MALLEPAYE</p>
+<p>ET DE BAILLEVENT.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><br>
+<br>
+<br>
+<a name="p178"></a><span class="pagenum">P. 178</span>
+<p>XXIV.</p>
+<p>LES REPEUES FRANCHES</p>
+<p>DE FRAN&Ccedil;OIS VILLON</p>
+<p>ET DE SES COMPAGNONS.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Vous qui cerchez les repeues franches,</p>
+<p>Et, tant jours ouvriers que dimenches,</p>
+<p>N'avez pas plant&eacute; de monnoye,</p>
+<p>Affin que chascun de vous oye</p>
+<p>Comment on les peut recouvrer,</p>
+<p>Vueillez vous au sermon trouver</p>
+<p>Qui est escript dedans ce livre.</p>
+<p>Mettez tous peine de le lire,</p>
+<p>Entre vous, jeunes perrucatz,</p>
+<p>Procureurs, nouveaulx advocatz,</p>
+<p>Aprenans aux despens d'aultruy.</p>
+<p>Venez-y tost, sans nul estrif,</p>
+<p>Clercz, de praticque diligens,</p>
+<p>Qui congnoissez si bien vos gens;</p>
+<p>Sergens &agrave; pied et &agrave; cheval,</p>
+<p>Venez-y d'amont et d'aval,</p>
+<a name="p179"></a><span class="pagenum">P. 179</span>
+<p>Les hoirs du deffunct Pathelin,</p>
+<p>Qui s&ccedil;avez jargon jobelin;</p>
+<p>Capitaine du pont-&agrave;-Billon;</p>
+<p>Tous les subjetz Francoys Villon,</p>
+<p>Soyez, &agrave; ce coup, reveillez.</p>
+<p>Pas ne devez estre oubliez,</p>
+<p>Tous gallans &agrave; pourpointz sans manches,</p>
+<p>Qui ont besoing de repeues franches,</p>
+<p>Et tous ceulx, tant yver qu'est&eacute;,</p>
+<p>Qui en ont grant n&eacute;cessit&eacute;.</p>
+<p>Venez vous apprendre comment</p>
+<p>Les maistres anciennement</p>
+<p>S&ccedil;avoyent tous les tours de ce faire:</p>
+<p>Messire Chascun Poicdenaire,</p>
+<p>Qui de livres s&ccedil;ait les usaiges,</p>
+<p>Et veult lire tous les passaiges,</p>
+<p>De celuy en prins appetis;</p>
+<p>Venez-y donc, grans et petis,</p>
+<p>Car, de la science s&ccedil;avoir,</p>
+<p>Vous ne povez que mieulx valoir.</p>
+<p>Venez, chevaucheurs d'escuyrie,</p>
+<p>Serviteurs de grant seigneurie,</p>
+<p>Venez-y sans dilation,</p>
+<p>Tous gens sotz et toutes gens sottes;</p>
+<p>Venez-y, bigotz et bigottes;</p>
+<p>Venez-y, povres Turlupins</p>
+<p>Et Cordeliers et Jacopins;</p>
+<p>Venez aussi, toutes prestresses,</p>
+<p>Qui s&ccedil;avez piec&agrave; les adresses</p>
+<p>Des presbitaires hault et bas;</p>
+<p>Gardez que vous n'y faillez pas!</p>
+<p>Venez, gorriers et gorri&egrave;res,</p>
+<p>Qui faictes si bien les mani&egrave;res;</p>
+<p>Que c'est une chose terrible.</p>
+<a name="p180"></a><span class="pagenum">P. 180</span>
+<p>Pour bien faire tout le possible;</p>
+<p>Toutes mani&egrave;res de farseurs,</p>
+<p>Anciens et jeunes mocqueurs;</p>
+<p>Venez-y tous, vrays macquereaulx</p>
+<p>De tous estatz, vieulx et nouveaulx;</p>
+<p>Venez-y toutes, macquerelles,</p>
+<p>Qui, par vos subtilles querelles,</p>
+<p>Avez tousjours en vos maisons</p>
+<p>Pour avoir, en toutes saisons,</p>
+<p>Tant jours ouvriers que dimenches,</p>
+<p>Souvent les bonnes repeues franches.</p>
+<p>Venez-y tous, bons pardonneurs,</p>
+<p>Qui s&ccedil;avez faire les honneurs,</p>
+<p>Aux villages, de bons pastez,</p>
+<p>Avecques ces gras curatez,</p>
+<p>Qui ayment bien vostre venue</p>
+<p>Pour avoir la franche repeue;</p>
+<p>Affin que chascun d'eulx enhorte</p>
+<p>Les paroissiens, qu'on apporte</p>
+<p>Des biens aux pardons de ce lieu,</p>
+<p>Et qu'on face du bien pour Dieu.</p>
+<p>Tant que le pardonneur s'en aille,</p>
+<p>Le cur&eacute; ne despendra maille,</p>
+<p>Et aura maistre Jehan Laurens</p>
+<p>Fermement pay&eacute; les despens</p>
+<p>Et quarte de vin, simplement,</p>
+<p>Au cur&eacute;, &agrave; son parlement.</p>
+<p>De tout est&acirc;t, soit bas ou hault,</p>
+<p>Venez-y, qu'il n'y ait deffault;</p>
+<p>Venez-y, varletz, chamberi&egrave;res,</p>
+<p>Qui s&ccedil;avez si bien les mani&egrave;res,</p>
+<p>En disant mainte bonne bave,</p>
+<p>D'avoir du meilleur de la cave,</p>
+<p>Et puis joyeusement preschez,</p>
+<a name="p181"></a><span class="pagenum">P. 181</span>
+<p>Apr&egrave;s que vos gens sont couchez.</p>
+<p>Ceulx qui cerchent banquets ou festes</p>
+<p>Pour dire quelques chansonnettes,</p>
+<p>Affin d'atrapper la repeue,</p>
+<p>Que chascun de vous se remue</p>
+<p>D'y venir bien legi&egrave;rement;</p>
+<p>Et vous pourrez ouyr comment</p>
+<p>Ung grant tas de bonnes comm&egrave;res</p>
+<p>S&ccedil;avent bien trouver les mani&egrave;res</p>
+<p>De faire leurs marys coqus.</p>
+<p>Venez-y, et n'attendez plus,</p>
+<p>Entre vous, prebstres sans s&eacute;jour,</p>
+<p>Qui dictes deux messes par jour</p>
+<p>A Sainct-Innocent, ou ailleurs;</p>
+<p>Venez-y, pour s&ccedil;avoir plusieurs</p>
+<p>Des passaiges et des adresses</p>
+<p>De maintes petites finesses</p>
+<p>Que l'en faict facillement</p>
+<p>Qu'advient, par faulte d'argent,</p>
+<p>En maint lieu, la franche repeue,</p>
+<p>Qui ne doit &agrave; nul estre teue.</p>
+<p>Par tel, cil qui veue ne l'aura,</p>
+<p>Paiera, et celuy qui fera</p>
+<p>De ceste repeue le pr&eacute;sent,</p>
+<p>De l'escot s'en yra exempt,</p>
+<p>Moyennant qu'il monstre ce livre:</p>
+<p>Par ce moyen sera delivre;</p>
+<p>En lieu o&ugrave; n'aura est&eacute; veu</p>
+<p>Il sera franchement repeu,</p>
+<p>Ainsi qu'on orra plus &agrave; plain,</p>
+<p>Qui de l'entendre prendra soing.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p182"></a><span class="pagenum">P.
+182</span>
+<p>BALLADE DE L'ACTEUR.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quant j'euz ouy ce pr&eacute;sent mandement:</p>
+<p>Qu'on semonnoit venir, de par l'Acteur,</p>
+<p>Le dessusdict, j'ay pens&eacute; lermement</p>
+<p>De moy trouver, et en prins l'adventure,</p>
+<p>Comme celuy qui, de droicte nature,</p>
+<p>Vouloit de ce faire narration,</p>
+<p>A celle fin qu'il en fust mention,</p>
+<p>A ung chascun, pour le temps advenir,</p>
+<p>Qui s'attendent et ont intention</p>
+<p>Que les respeues les viendront secourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Mais ce secours est d'anciennement</p>
+<p>De tous repas le chief, et par droicture;</p>
+<p>Pourquoy, aulcuns, qui ont entendement,</p>
+<p>Le treuvent bon, et aultres n'en ont cure,</p>
+<p>Et ne cerchent tant que l'argent leur dure,</p>
+<p>Mais font du leur si grant destruction,</p>
+<p>Qu'ilz en entrent en la subjection,</p>
+<p>De faire aux dens l'arquemie, sans faillir,</p>
+<p>En attendant, pour toute production,</p>
+<p>Que les repeues les viendront secourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>J'en ay congneu, qui souvent largement</p>
+<p>Donnoyent &agrave; tous repeues outre mesure;</p>
+<p>Qui depuis ont continuellement</p>
+<p>Servy le Pont-&agrave;-Billon, par droicture,</p>
+<p>Dont la fa&ccedil;on a est&eacute; &agrave; maint dure,</p>
+<p>En leur grant dueil et tribulation;</p>
+<p>Mais lors n'avoyent nulle remission,</p>
+<p>Combien que ce leur fist le cueur fr&eacute;mir,</p>
+<a name="p183"></a><span class="pagenum">P. 183</span>
+<p>Ilz n'attendoyent aultre succession,</p>
+<p>Que les repeues les viendront secourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>ENVOI.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Prince, pour ce que ne me puis tenir</p>
+<p>Que de telz faitz ne face mention,</p>
+<p>Puisque &agrave; mon temps les ay veu avenir,</p>
+<p>J'en vueil faire quelque narration,</p>
+<p>Et escripre, soubz la correction</p>
+<p>Des escoutans, affin d'en souvenir,</p>
+<p>La pr&eacute;sente nouvelle invention,</p>
+<p>Que les repeues les viendront secourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>BALLADE DES ESCOUTANS.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Qui en a est Le bien venu;</p>
+<p>Qui n'en a point, l'en n'en tient compte,</p>
+<p>Cil qui en a est bien congneu,</p>
+<p>Cil qui n'en a point vit &agrave; honte.</p>
+<p>Qui paye l'on exauce et monte</p>
+<p>Jusque au tiers ciel, pour en prester:</p>
+<p>Son honneur tout aultre surmonte,</p>
+<p>Par force de bien acquester.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quant entendismes les estatz</p>
+<p>De telz dissimulations,</p>
+<p>Congnoissant les hauts et les bas,</p>
+<p>Par toutes abreviations,</p>
+<p>Nous mismes, sans sommations,</p>
+<p>Aux champs, par bois et par tailllis.</p>
+<a name="p184"></a><span class="pagenum">P. 184</span>
+<p>Pour congnoistre les fictions,</p>
+<p>Qui se font souvent &agrave; Paris.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Pource que chacun maintenoit</p>
+<p>Que c'estoit la ville du monde</p>
+<p>Qui plus de peuple soustenoit,</p>
+<p>Et o&ugrave; maintz estranges abonde,</p>
+<p>Pour la grant science parfonde</p>
+<p>Renomm&eacute;e en icelle ville,</p>
+<p>Je partis, et veulx qu'on me tonde,</p>
+<p>S'&agrave; l'entr&eacute;e avois croix ne pille.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Il estoit temps de se coucher,</p>
+<p>Et ne s&ccedil;avoye o&ugrave; heberger;</p>
+<p>D'ung logis me vins approcher,</p>
+<p>S&ccedil;avoir s'on m'y vouldroit loger,</p>
+<p>En disant: &laquo;Avez &agrave; menger?&raquo;</p>
+<p>L'hoste me respondit: &laquo;Si ay.&raquo;</p>
+<p>Lors luy priay, pour abr&eacute;ger:</p>
+<p>&laquo;Apportez-le donc devant moy.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Je fus servy passablement,</p>
+<p>Selon mon estat et ma sorte,</p>
+<p>Et pensant, &agrave; part moy, comment</p>
+<p>Je cheviroye avec l'hoste,</p>
+<p>Je m'avis&eacute; que, soubz ma cotte,</p>
+<p>Avois une esp&eacute;e qui bien trenche:</p>
+<p>Je la lairray, qu'on ne me l'oste,</p>
+<p>En gaige de la repeue franche.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>L'esp&eacute;e estoit toute d'acier,</p>
+<p>Il ne s'en failloit que le fer;</p>
+<p>Mais l'hoste la me fist machier,</p>
+<a name="p185"></a><span class="pagenum">P. 185</span>
+<p>Fourreau et tout, sans fricasser;</p>
+<p>Puis, apr&egrave;s, me convint penser</p>
+<p>De repaistre, se faim avoye;</p>
+<p>Rien n'y eust valu le tencer:</p>
+<p>De leans partis sans monnoye.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>L'ACTEUR.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Lendemain, m'aloye enquerant</p>
+<p>Pour encontrer Martin Gallant.</p>
+<p>Droit en la Salle du Palays</p>
+<p>Rencontray, pour mon premier m&egrave;s,</p>
+<p>Tout droit soubz la premi&egrave;re porte,</p>
+<p>Plusieurs mignons d'estrange sorte,</p>
+<p>Que sembloit bien &agrave; leur habit</p>
+<p>Qu'ilz fussent gens de grant acquit.</p>
+<p>Lors vins pour entrer en la Salle:</p>
+<p>L'ung y monte, l'aultre devalle.</p>
+<p>L&agrave; me pourmenoye, de par Dieu,</p>
+<p>Regardant l'estat de ce lieu,</p>
+<p>Et quand je l'euz bien regard&eacute;e,</p>
+<p>Tant plus la voys tant plus m'agr&eacute;e;</p>
+<p>Je vis l&agrave; tant de mirlificques,</p>
+<p>Tant d'ame&ccedil;ons et tant d'afficques,</p>
+<p>Pour attraper les plus huppez.</p>
+<p>Les plus rouges y sont happez;</p>
+<p>A l'ung convient vendre sa terre;</p>
+<p>Maint, sans sainctir, l&agrave; se detterre,</p>
+<p>Partie ou peu en demourra</p>
+<p>De tout ce que vaillant aura;</p>
+<p>Cuydant destruyre son voysin</p>
+<p>De Poytou, ou de Lymousin,</p>
+<p>Ou de quelque aultre nation,</p>
+<p>Maint en est en destruction,</p>
+<a name="p186"></a><span class="pagenum">P. 186</span>
+<p>Et fault, ains partir de l&eacute;ans,</p>
+<p>Qu'ilz facent l'arquemye aux dens.</p>
+<p>On emprunte, qui a credit,</p>
+<p>Tout ainsi que devant est dict.</p>
+<p>Quand leur argent fort s'appetiese,</p>
+<p>Lors leur est la repeue propice,</p>
+<p>Et lors cerchent (plus n'en doubtez),</p>
+<p>Hault et bas et de tous costez,</p>
+<p>Comme on verra par demomstrances</p>
+<p>En ce traict&eacute; des Repeues franches.</p>
+<p>Et quant au regard de plusieurs</p>
+<p>Aultres repeues, sont escriptes</p>
+<p>Affin qu'on preigne les meilleurs,</p>
+<p>En lisant, grandes ou petites.</p>
+<p>Vous orrez maintz moyens licites</p>
+<p>Comment ilz ont est&eacute; happez,</p>
+<p>Hault et bas, par bonnes conduictes</p>
+<p>De ceulx qui les ont attrapez.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LA REPEUE</p>
+<p>DE VILLON ET DE SES COMPAIGNONS.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;Qui n'a or, ny argent, ny gaige,</p>
+<p>Comment peult-il faire grant ch&egrave;re?</p>
+<p>Il fault qu il vive d'avantaige:</p>
+<p>La fa&ccedil;on en est coustumi&egrave;re.</p>
+<p>S&ccedil;aurions-nous trouver la mani&egrave;re</p>
+<p>De tromper quelqu'ung, pour repaistre?</p>
+<p>********************************</p>
+<p>Qui le fera sera bon maistre!&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p187"></a><span class="pagenum">P.
+187</span>
+<p>Ainsi parloyent les compaignons</p>
+<p>Du bon maistre Fran&ccedil;oys Villon,</p>
+<p>Qui n'avoient vaillant deux ongnons,</p>
+<p>Tentes, tapis, ne pavillon.</p>
+<p>Il leur dit: &laquo;Ne nous soucion,</p>
+<p>Car, aujourd'huy, sans nul deffault,</p>
+<p>Pain, vin, et viande, &agrave; grant foyson,</p>
+<p>Aurez, avec du rost tout chault.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><i>La mani&egrave;re d'avoir du Poisson.</i></p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Adoncques il leur demanda</p>
+<p>Quelles viandes vouloyent macher:</p>
+<p>L'ung de bon poysson souhaita;</p>
+<p>L'autre demanda de la chair.</p>
+<p>Maistre Fran&ccedil;oys, ce bon archer,</p>
+<p>Leur dist: &laquo;Ne vous en souciez;</p>
+<p>Il vous faut voz pourpointz lascher,</p>
+<p>Car nous aurons viandes assez.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Lors partit de ses compaignons,</p>
+<p>Et vint &agrave; la Poyssonnerie,</p>
+<p>Et les laissa del&agrave; les pontz,</p>
+<p>Quasy plains de melencolie.</p>
+<p>Il marchanda, &agrave; ch&egrave;re lye,</p>
+<p>Ung pannier tout plain de poysson,</p>
+<p>Et sembloit, je vous certiffie,</p>
+<p>Qu'il fust homme de grant fa&ccedil;on.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Maistre Fran&ccedil;oys fut diligent</p>
+<p>D'achapter, non pas de payer,</p>
+<p>Et dist qu'il bailleroit l'argent</p>
+<p>Tout comptant au porte-pannier.</p>
+<p>Ils partent sans plus plaidoyer,</p>
+<p>Et pass&egrave;rent par Nostre-Dame,</p>
+<a name="p188"></a><span class="pagenum">P. 188</span>
+<p>L&agrave; o&ugrave; il vit le Penancier,</p>
+<p>Qui confessoit homme ou bien femme.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quant il le vit, &agrave; peu de plait,</p>
+<p>Il luy dist: &laquo;Monsieur, je vous prie</p>
+<p>Que vous despechez, s'il vous plaist,</p>
+<p>Mon nepveu; car, je vous affie</p>
+<p>Qu'il est en telle resverie:</p>
+<p>Vers Dieu il est fort negligent;</p>
+<p>Il est en tel merencolie,</p>
+<p>Qu'il ne parle rien que d'argent.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&mdash;Vrayment, ce dit le Penancier,</p>
+<p>Tr&egrave;s voulentiers on le fera.&raquo;</p>
+<p>Maistre Francoys print le pannier,</p>
+<p>Et dit: &laquo;Mon amy, venez &ccedil;a;</p>
+<p>Vel&agrave; qui vous depeschera,</p>
+<p>Incontinent qu'il aura faict.&raquo;</p>
+<p>Adonc maistre Fran&ccedil;oys s'en va,</p>
+<p>Atout le pannier, en effect.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quand le Penancier eut parfaict</p>
+<p>De confesser la cr&eacute;ature,</p>
+<p>Gaigne-denier, par dit parfaict,</p>
+<p>Accourut vers luy bonne alleure,</p>
+<p>Disant: &laquo;Monsieur, je vous asseure,</p>
+<p>S'il vous plaisoit prendre loysir</p>
+<p>De me depescher &agrave; ceste heure,</p>
+<p>Vous me feriez ung grant plaisir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&mdash;Je le vueil bien, en verit&eacute;,</p>
+<p>Dist le Penancier, par ma foy!</p>
+<p>Or, dictes <i>Benedicite,</i></p>
+<p>Et puis je vous confesseray,</p>
+<a name="p189"></a><span class="pagenum">P. 189</span>
+<p>Et, en apr&egrave;s, vous absouldray,</p>
+<p>Ainsy comme je doy le faire;</p>
+<p>Puis penitence vous bauldray,</p>
+<p>Qui vous sera bien necessaire.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&mdash;Quel confesser! dist le povre homme:</p>
+<p>Fus-je pas &agrave; Pasques absoulz?</p>
+<p>Que bon gr&eacute; sainct Pierre de Romme!</p>
+<p>Je demande cinquante soulz.</p>
+<p>Qu'esse-cy? A qui sommes-nous?</p>
+<p>Ma maistresse est bien arriv&eacute;e!</p>
+<p>A coup, &agrave; coup, depeschez-vous,</p>
+<p>Payez mon panier de mar&eacute;e.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&mdash;Ha! mon amy, ce n'est pas jeu,</p>
+<p>Dist le Penancier, seurement:</p>
+<p>Il vous fault bien penser &agrave; Dieu</p>
+<p>Et le supplier humblement.</p>
+<p>&mdash;Que bon gr&eacute; en ayt mon serment!</p>
+<p>Dist cet homme, sans contredit,</p>
+<p>Depeschez-moy legierement,</p>
+<p>Ainsi que ce seigneur a dit.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Adonc le Penancier vit bien</p>
+<p>Qu'il y eut quelque tromperie;</p>
+<p>Quand il entendit le moyen,</p>
+<p>Il congneut bien la joncherie.</p>
+<p>Le povre homme, je vous affie,</p>
+<p>Ne prisa pas bien la fa&ccedil;on,</p>
+<p>Car il n'eut, je vous certifie,</p>
+<p>Or ne argent de son poysson.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Maistre Fran&ccedil;ois, par son blason.</p>
+<p>Trouva la fa&ccedil;on et mani&egrave;re</p>
+<a name="p190"></a><span class="pagenum">P. 190</span>
+<p>D'avoir mar&eacute;e &agrave; grant foyson,</p>
+<p>Pour gaudir et faire grant ch&egrave;re.</p>
+<p>C'estoit la m&egrave;re nourrici&egrave;re</p>
+<p>De ceulx qui n'avoyent point d'argent;</p>
+<p>A tromper devant et derri&egrave;re,</p>
+<p>Estoit ung homme diligent.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><i>La mani&egrave;re d'avoir des Trippes pour diner.</i></p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Que fist-il? A bien peu de plet,</p>
+<p>S'advisa de grant joncherie:</p>
+<p>Il fist laver le cul bien net</p>
+<p>A ung gallant, je vous affie,</p>
+<p>Disant: &laquo;Il convient qu'on espie:</p>
+<p>Quand seray devant la trippi&egrave;re,</p>
+<p>Monstre ton cul par raillerie,</p>
+<p>Puis, apr&egrave;s, nous ferons grant
+chi&egrave;re.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Le compaignon ne faillit pas,</p>
+<p>Foy que doy sainct Remy de Rains!</p>
+<p>A Petit-Pont vint par compas,</p>
+<p>Son cul descouvrit jusque aux rains.</p>
+<p>Quand maistre Fran&ccedil;oys vit ce train,</p>
+<p>Dieu s&ccedil;et s'il fit piteuses lippes,</p>
+<p>Car il tenoit entre ses mains</p>
+<p>Du foye, du polmon et des trippes.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Comme s'il fust plain de despit,</p>
+<p>Et courrouc&eacute; am&egrave;rement,</p>
+<p>Il haulsa la main ung petit,</p>
+<p>Et le frappa bien rudement,</p>
+<p>Des trippes, par le fondement;</p>
+<p>Puis, sans faire plus long caquet,</p>
+<a name="p191"></a><span class="pagenum">P. 191</span>
+<p>Les voulut, tout incontinent,</p>
+<p>Remettre dedans le baquet.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>La trippi&egrave;re fut courrouc&eacute;e</p>
+<p>Et ne les voulut pas reprendre.</p>
+<p>Maistre Fran&ccedil;oys, sans demour&eacute;e,</p>
+<p>S'en alla, sans compte luy rendre:</p>
+<p>Par ainsi, vous povez entendre,</p>
+<p>Qui'ilz eurent trippes et poisson.</p>
+<p>Mais, apr&egrave;s, il faut du pain tendre,</p>
+<p>Pour ce disner de grant fa&ccedil;on.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><i>La mani&egrave;re d'avoir du Pain.</i></p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Il s'en vint chez an boulengier</p>
+<p>Affin de mieulx fornir son train,</p>
+<p>Contrefaisant de l'escuyer</p>
+<p>Ou maistre d'hostel, pour certain,</p>
+<p>Et commanda que, tout souldain,</p>
+<p>Cy pris, cy mis; on chappellast</p>
+<p>Cinq ou six douzaines de pain,</p>
+<p>Et que bien tost on se hastast.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quand la moyti&eacute; fut chappell&eacute;,</p>
+<p>En une hotte le fist mettre,</p>
+<p>Comme s'il fust de pr&egrave;s hast&eacute;,</p>
+<p>Il pria et requist au maistre</p>
+<p>Qu'aucun se voulsist entremettre</p>
+<p>D'apporter, apr&egrave;s luy courant,</p>
+<p>Le pain chappell&eacute; en son estre,</p>
+<p>Tandis qu'on fist le demourant.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Le varlet le mist sur son col;</p>
+<a name="p192"></a><span class="pagenum">P. 192</span>
+<p>Apr&egrave;s maistre Fran&ccedil;ois le porte,</p>
+<p>Et arriva, soit dur ou mol,</p>
+<p>Empr&egrave;s une grant vielle porte.</p>
+<p>Le varlet deschargea sa hotte</p>
+<p>Et fut renvoy&eacute;, tout courant,</p>
+<p>Hastivement, tenant sa hotte,</p>
+<p>Pour requerir le demourant.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Maistre Fran&ccedil;oys, sans contredit,</p>
+<p>N'attendit pas la revenue.</p>
+<p>Il eut du pain, par son &eacute;dit,</p>
+<p>Pour fournir sa franche repeue.</p>
+<p>Le boulengier, sans attendue,</p>
+<p>Revint, mais ne retrouva point</p>
+<p>Son maistre d'hostel; il tressue,</p>
+<p>Qu'on l'avoit tromp&eacute; en ce point.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p><i>La mani&egrave;re d'avoir du Vin.</i></p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Apr&egrave;s qu'il fut fourny de vivres,</p>
+<p>Il fault bien avoir la m&eacute;moire</p>
+<p>Que, s'ils vouloyent ce jour estre yvres,</p>
+<p>Il falloit qu'ils eussent &agrave; boire.</p>
+<p>Maistre Fran&ccedil;oys, debvez le croire,</p>
+<p>Emprunta deux grans brocs de boys,</p>
+<p>Disant qu'il estoit necessaire</p>
+<p>D'avoir du vin par ambagoys.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>L'ung fist emplir de belle eaue cl&egrave;re,</p>
+<p>Et vint &agrave; la Pomme de Pin,</p>
+<p>Atout ses deux brocs, sans rench&egrave;re,</p>
+<p>Demandant s'ils avoient bon vin,</p>
+<p>Et qu'on luy emplist du plus fin,</p>
+<a name="p193"></a><span class="pagenum">P. 193</span>
+<p>Mais qu'il fust blanc et amoureux.</p>
+<p>On luy emplist, pour faire fin,</p>
+<p>D'ung tr&egrave;s bon vin blanc de Baigneux.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Maistre Francoys print les deux brocs,</p>
+<p>L'un empr&egrave;s l'autre les bouta;</p>
+<p>Incontinent, par bons propos,</p>
+<p>Sans se haster, il demanda</p>
+<p>Au varlet: &laquo;Quel vin est ce l&agrave;?&raquo;</p>
+<p>Il luy dist: &laquo;Vin blanc de Baigneux.</p>
+<p>&mdash;Ostez cela, ostez cela,</p>
+<p>Car, par ma foy, point je n'en veulx.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;Qu'esse-cy? Estes-vous bejaulne?</p>
+<p>Vuidez-moy mon broc vistement.</p>
+<p>Je demande du vin de Beaulne,</p>
+<p>Qui soit bon, et non aultrement.&raquo;</p>
+<p>Et, en parlant, subtillement</p>
+<p>Le broc qui estoit d'eaue plain</p>
+<p>Contre l'aultre legierement</p>
+<p>Luy changea, &agrave; pur et &agrave; plain.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Par ce point, ils eurent du vin</p>
+<p>Par fine force de tromper;</p>
+<p>Sans aller parler au devin,</p>
+<p>Ils repeurent, per ou non per.</p>
+<p>Mais le beau jeu fut au souper,</p>
+<p>Car maistre Fran&ccedil;oys, &agrave; brief mot,</p>
+<p>Leur dit: &laquo;Je me vueil occuper,</p>
+<p>Que mangerons ennuyt du rost.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p194"></a><span class="pagenum">P.
+194</span>
+<p><i>La mani&egrave;re d'avoir du Rost.</i></p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Il fut appoint&eacute; qu'il yroit</p>
+<p>Devant l'estal d'ung rotisseur,</p>
+<p>Et de la chair marchanderoit,</p>
+<p>Contrefaisant du gaudisseur,</p>
+<p>Et, pour trouver moyen meilleur,</p>
+<p>Faignant que point on ne se joue,</p>
+<p>Il viendroit un entrepreneur,</p>
+<p>Qui luy bailleroit sur la joue.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Il vint &agrave; la rostisserie,</p>
+<p>En marchandant de la viande;</p>
+<p>L'autre vint, de ch&egrave;re marrie:</p>
+<p>&laquo;Qu'est-ce que ce paillart demande?&raquo;</p>
+<p>Luy baillant une buffe grande,</p>
+<p>En luy disant mainte reproche.</p>
+<p>Quand il vit qu'il eut ceste offrande,</p>
+<p>Empoigna du rost pleine broche.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Celuy qui bailla le soufflet</p>
+<p>Fuist bien tost et &agrave; motz expr&egrave;s.</p>
+<p>Maistre Fran&ccedil;oys, sans plus de plet,</p>
+<p>Atout son rost, courut apr&egrave;s,</p>
+<p>Ainsi, sans faire long proc&egrave;s,</p>
+<p>Ils repeurent, de cueur devot,</p>
+<p>Et eurent, par leur grant exc&egrave;s,</p>
+<p>Pain, vin, chair, et poisson, et rost.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p195"></a><span class="pagenum">P.
+195</span>
+<p>SECONDE REPEUE</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>DE L'EPIDEMIE.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et pour la premi&egrave;re repeue</p>
+<p>Dont apr&egrave;s sera mention,</p>
+<p>Bien digne d'estre ramenteue</p>
+<p>Et mise en revelation,</p>
+<p>Et pourtant, soubs correction,</p>
+<p>Affin que l'en en parle encore,</p>
+<p>Comme nouvelle invention,</p>
+<p>Redig&eacute; sera par memoire.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Or advint, de coup d'aventure,</p>
+<p>Que les suppostz devant nommez,</p>
+<p>Ne cherchoyent rien par droicture.</p>
+<p>Qu'en richesse gens renommez.</p>
+<p>Ung jour qu'ilz estaient affamez,</p>
+<p>En la porte d'ung bon logis</p>
+<p>Virent entrer, sans estre armez,</p>
+<p>Ambassadeurs de loing pays.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Si pens&egrave;rent entre eux comment</p>
+<p>Ilz pourroient, pour l'heure, repaistre,</p>
+<p>Et, selon leur entendement,</p>
+<p>L'ung d'iceulz s'aprocha du maistre</p>
+<p>D'hostel, et se fit acongnoistre,</p>
+<p>Disant qu'il luy enseigneroit</p>
+<p>Le haut, le bas march&eacute;, pour estre</p>
+<p>Par luy conduyt, s'il luy plaisoit.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Je croy bien que monsieur le maistre,</p>
+<a name="p196"></a><span class="pagenum">P. 196</span>
+<p>Qui du bas mestier estoit tendre,</p>
+<p>Fit ce gallant tr&egrave;s bien repaistre,</p>
+<p>Et luy commenda charge prendre</p>
+<p>De la cuysine, d'y entendre,</p>
+<p>Tant que leur train departira,</p>
+<p>Et bien payera, sans attendre,</p>
+<p>A son gr&eacute;, quand il s'en yra.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Lors s'en vint &agrave; ses compaignons,</p>
+<p>Dire: &laquo;Nostre escot est pay&eacute;;</p>
+<p>Je suis j&agrave; l'ung des grans mignons</p>
+<p>De l&eacute;ans et mieulx avoy&eacute;,</p>
+<p>Car le maistre m'a envoy&eacute;</p>
+<p>Par la ville, pour soy sortir;</p>
+<p>Mais, se mon sens n'est desyoy&eacute;,</p>
+<p>Bien brief l'en feray repentir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&mdash;Va, lui dirent ses compaignons,</p>
+<p>Et esguise tout ton engin</p>
+<p>A nous rechauffer les rongnons</p>
+<p>Et nous faire boire bon vin.</p>
+<p>Passe tous les sens Pathelin,</p>
+<p>De Villon et Pauquedenaire,</p>
+<p>Car se venir peux en la fin,</p>
+<p>Pass&eacute; seras maistre ordinaire.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ce gallant vint en la maison</p>
+<p>O&ugrave; estoyt log&eacute; l'ambassade,</p>
+<p>O&ugrave; les seigneurs, par beau blason,</p>
+<p>Devisoyent rondeau ou ballade.</p>
+<p>Il estoit miste, gent et sade,</p>
+<p>Bien habitu&eacute;, bien en point,</p>
+<p>Robbe fourr&eacute;e, pourpoint d'ostade;</p>
+<p>Il entendoit son contrepoint.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p197"></a><span class="pagenum">P.
+197</span>
+<p>Le principal ambassadeur</p>
+<p>Aymoit une peu le bas mestier,</p>
+<p>Dont le gallant fut &agrave; honneur,</p>
+<p>Car c'estoyt quasi son mestier,</p>
+<p>Et luy conta que, &agrave; son quartier,</p>
+<p>Avoit de femmes largement,</p>
+<p>Qui estoyent, s'il estoit mestier,</p>
+<p>A son joly commandement.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Le gallant fut entretenu</p>
+<p>Par ce seigneur venu nouveau,</p>
+<p>Et l&eacute;ans il fut retenu,</p>
+<p>Pour estre fin franc macquereau.</p>
+<p>Le jeu leur sembla si tr&egrave;s beau;</p>
+<p>Aussi, il fit si bonne mine,</p>
+<p>Qu'il fut esleu, sans nul appeau,</p>
+<p>Pour estre varlet de cuysine.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Les ambassadeurs convoy&egrave;rent</p>
+<p>Seigneurs et bourgeois &agrave; disner,</p>
+<p>Lesquels voulentiers y all&egrave;rent</p>
+<p>Passer temps, point n'en faut doubter.</p>
+<p>Toutesfoys, vous debvez s&ccedil;avoir,</p>
+<p>Quelque chose que je vous dye,</p>
+<p>Que l'ambassadeur, pour tout veoir,</p>
+<p>Craignoit moult fort l'Epidemie.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ce gallant en fut adverty,</p>
+<p>Qui nonobstant fist bonne mine,</p>
+<p>Et quand il fut pr&egrave;s de midi,</p>
+<p>A l'heure qu'il est temps qu'on disne,</p>
+<p>Il entra dedans la cuysine,</p>
+<p>Manyant toute la viande,</p>
+<a name="p198"></a><span class="pagenum">P. 198</span>
+<p>Comme docteur en m&eacute;decine</p>
+<p>Qui tient malades en commande.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Tous les seigneurs l&agrave; regard&egrave;rent</p>
+<p>Son train, ses fa&ccedil;ons et mani&egrave;res;</p>
+<p>Mais, apr&egrave;s luy, pas ne tast&egrave;rent,</p>
+<p>Aussi ne luy challoit-il gu&egrave;res.</p>
+<p>Apr&egrave;s il print les esgui&egrave;res,</p>
+<p>Le vin, le claire, l'ypocras,</p>
+<p>Darioles, tartes enti&egrave;res:</p>
+<p>Il tasta de tout, par compas.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et, pour bien entendre son cas,</p>
+<p>Quand il vit qu'il estoit saison,</p>
+<p>A bien jouer ne faillit pas,</p>
+<p>Pour faire aux seigneurs la raison,</p>
+<p>Si bien que dedans la maison</p>
+<p>Demeura tout seul pour repaistre,</p>
+<p>Soustenant, par fine achoison,</p>
+<p>Qu'il se douloit du coust&eacute; destre.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Lors y avoit une couchette</p>
+<p>O&ugrave; il failloit la feste faire,</p>
+<p>Et n'a dent qui ne luy cliquette;</p>
+<p>L&agrave; se mist, commen&ccedil;ant &agrave; braire</p>
+<p>Que l'on s'en fuyt au presbytaire,</p>
+<p>Pour faire le prebstre acourir,</p>
+<p>Atout Dieu et l'autre ordinaire</p>
+<p>Qu'il fault pour ung qui veult mourir.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quand les seigneurs virent le prebstre</p>
+<p>Avec ses sacremens venir,</p>
+<p>Chacun d'eulx eust bien voulu estre</p>
+<p>Dehors, je n'en veulx point mentir:</p>
+<a name="p199"></a><span class="pagenum">P. 199</span>
+<p>Si grant haste eurent d'en sortir,</p>
+<p>Que l&agrave; demeur&egrave;rent les vivres,</p>
+<p>Dont les compaignons du martir</p>
+<p>Furent troys jours et troys nuyts yvres.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Par ce point eurent la repeue</p>
+<p>Franche chascun des compaignons.</p>
+<p>La finesse le prebstre a teue,</p>
+<p>Affin de complaire aux mignons;</p>
+<p>Mais les seigneurs dont nous parlons</p>
+<p>Eurent tous, pour ce coup, l'aubade:</p>
+<p>Chascun d'eulx fut, nous ne faillons,</p>
+<p>De la grant paour troys jours malade.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LA TROISIEME REPEUE</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>DES TORCHECULS.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Un Lymousin vint &agrave; Paris,</p>
+<p>Pour aulcun proc&egrave;s qu'il avoit.</p>
+<p>Quand il partit de son pays</p>
+<p>Pas gramment d'argent il n'avoit,</p>
+<p>Et toutefoys il entendoit</p>
+<p>Son fait, et avoit souvenance</p>
+<p>Que son cas mal se porteroit</p>
+<p>S'il n'avoit une repeue franche.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ce Lymousin, c'est chose vraye,</p>
+<p>Qui n'avoit vaillant ung patac,</p>
+<p>Se nommoit seigneur de Combraye,</p>
+<p>Sans qu'on le suivist &agrave; son trac.</p>
+<a name="p200"></a><span class="pagenum">P. 200</span>
+<p>Plus rus&eacute; estoit qu'ung vieil rat,</p>
+<p>Et affam&eacute; comme un vieil loup,</p>
+<p>Avec monsieur de Penessac,</p>
+<p>Et le seigneur de Lamesou.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Les troys seigneurs s'entretrouv&egrave;rent;</p>
+<p>Car ilz estoyent tous d'ung quartier</p>
+<p>Et Dieu s&ccedil;ait s'ilz se salu&egrave;rent,</p>
+<p>Ainsi qu'il en estoit mestier;</p>
+<p>Toutesfoys, ce bon escuyer</p>
+<p>De Combraye, propos final,</p>
+<p>Fut esleu leur grant conseillier,</p>
+<p>Et le gouverneur principal.</p>
+<p>Ils conclurent, pour le meilleur,</p>
+<p>Que ce bon notable seigneur</p>
+<p>Yroit veoir s'il pourroit trouver</p>
+<p>Quelque bon lieu pour s'y loger,</p>
+<p>Et, selon qu'il le trouverait,</p>
+<p>Aux aultres le raconteroit.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Or advint, environ midy,</p>
+<p>Qu'il estoit de faim estourdy,</p>
+<p>S'en vint &agrave; une hostellerie,</p>
+<p>Rue de la Mortellerie,</p>
+<p>O&ugrave; pend l'enseigne du Pestel:</p>
+<p><i>A bon logis et bon hostel,</i></p>
+<p>Demandant s'on a que repaistre:</p>
+<p>&laquo;Ouy, vrayment, ce dist le maistre;</p>
+<p>Ne soyez de rien en soucy,</p>
+<p>Car vous serez tr&egrave;s bien servy</p>
+<p>De pain, de vin et de viande.</p>
+<p>&mdash;Pas grand chose je ne demande,</p>
+<p>Dist le bon seigneur de Combraye:</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p201"></a><span class="pagenum">P.
+201</span>
+<p>Il n'y a gu&egrave;re que j'avoye</p>
+<p>Bien desjun&eacute;; mais, toutesfoys,</p>
+<p>Si ai-je disn&eacute; maintes foys</p>
+<p>Que n'avoye pas tel appetit.&raquo;</p>
+<p>Ce seigneur menga ung petit,</p>
+<p>Car il n'avoit gu&egrave;re d'argent,</p>
+<p>Commendant qu'on fust diligent</p>
+<p>D'avoir quelque chose de bon,</p>
+<p>Pour son soupper: ung gras chapon;</p>
+<p>Car il pensoit bien que, le soir,</p>
+<p>Il devoit avec luy souper</p>
+<p>Des gentilzhommes de la cour.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>L'hostesse fut bien &agrave; son gourt,</p>
+<p>Car, quand vint &agrave; compter l'escot,</p>
+<p>Le seigneur ne dist oncques mot,</p>
+<p>Mais tout ce qu'elle demanda</p>
+<p>Ce gentilhomme luy bailla,</p>
+<p>Disant: &laquo;Vous comptez par raison!&raquo;</p>
+<p>Puis il sortit de la maison,</p>
+<p>Bouta son sac soubs son esselle,</p>
+<p>Et vint raconter la nouvelle</p>
+<p>A ses compaignons, et comment</p>
+<p>Il failloit faire saigement.</p>
+<p>Il fut dit, &agrave; peu de parolles,</p>
+<p>Pour eviter grans monopolles,</p>
+<p>Que le seigneur de Penessac</p>
+<p>Yroit devant louer l'estat</p>
+<p>Et blasonner la suffisance</p>
+<p>De ce seigneur, car, sans doubtance,</p>
+<p>La chose le valoit tr&egrave;s bien,</p>
+<p>Et, pour trouver meilleur moyen,</p>
+<p>Il menroit en sa compaignie,</p>
+<a name="p202"></a><span class="pagenum">P. 202</span>
+<p>Lamesou; et n'y faillit mye.</p>
+<p>Si vint demander &agrave; l'hostesse</p>
+<p>S'ung seigneur remply de noblesse</p>
+<p>Estoit log&eacute; en la maison.</p>
+<p>L'hostesse respondit que non,</p>
+<p>Et que vrayement il n'y avoit</p>
+<p>Qu'ung Lymousin, lequel debvoit</p>
+<p>Venir au soir souper l&eacute;ans.</p>
+<p>&laquo;Ha! dist-il, dame de c&eacute;ans,</p>
+<p>C'est celuy que nous demandons;</p>
+<p>Par ma foy! c'est le grant baron,</p>
+<p>Qui est arriv&eacute; au matin.</p>
+<p>&mdash;Je n'entens point vostre latin,</p>
+<p>Dist l'hostesse; vous parlez mal:</p>
+<p>Il n'a ne jument ne cheval;</p>
+<p>Il va &agrave; pied, par faulte d'asne.&raquo;</p>
+<p>Lors Penessac respondit: &laquo;Dame,</p>
+<p>Il vient icy pour ung proc&egrave;s;</p>
+<p>Il est appellant des exc&egrave;s</p>
+<p>Qu'on luy a faictz en Lymousin,</p>
+<p>Et va ainsi de pied, affin</p>
+<p>Que son proc&egrave;s soit plus tost faict.&raquo;</p>
+<p>L'hostesse le creut, en effet.</p>
+<p>Alors, le seigneur de Combraye</p>
+<p>Arrive, et Dieu s&ccedil;ait quelle joye</p>
+<p>Ces deux seigneurs icy lui firent;</p>
+<p>Et le genoil en bas tendirent</p>
+<p>Aussi tost comme il fut venu,</p>
+<p>Et par ce point il fut congneu</p>
+<p>Qu il estoit seigneur honorable.</p>
+<p>Le bon seigneur se sist &agrave; table,</p>
+<p>En tenant bonne gravit&eacute;.</p>
+<p>Vis-&agrave;-vis, de l'autre cost&eacute;,</p>
+<p>S'assit le seigneur de l'hostel,</p>
+<a name="p203"></a><span class="pagenum">P. 203</span>
+<p>Et eurent du vin, Dieu s&ccedil;ait quel!</p>
+<p>Il ne le fault point demander.</p>
+<p>Quand ce vint &agrave; l'escot compter</p>
+<p>L'hostesse assez hault comptoit,</p>
+<p>Mais au seigneur il n'en challoit,</p>
+<p>Feignant qu'il fust tout plain d'argent.</p>
+<p>Lors il dist qu'on fust diligent</p>
+<p>De penser &agrave; faire les litz,</p>
+<p>Car il vouloit en ce logis</p>
+<p>Coucher; puis apr&egrave;s, par expr&egrave;s,</p>
+<p>Il print son grand sac &agrave; proc&egrave;s,</p>
+<p>Et le bailla l&eacute;ans en garde,</p>
+<p>Disant: &laquo;Qu'on me le contregarde.</p>
+<p>Si de l'argent voulez avoir,</p>
+<p>Il ne faut que le demander.&raquo;</p>
+<p>L'hostesse ne fut pas ingrate,</p>
+<p>En disant: &laquo;Je n'en ay pas haste.</p>
+<p>N'espargnez rien qui soit c&eacute;ans.&raquo;</p>
+<p>Ces seigneurs couch&egrave;rent l&eacute;ans</p>
+<p>L'espace de cinq ou six moys,</p>
+<p>Sans payer argent, toutesfoys,</p>
+<p>Non obstant ce qu'il demandoit</p>
+<p>A l'hostesse s'elle vouloit</p>
+<p>Avoir de l'argent, bien souvent;</p>
+<p>Mais il n'estoit point bien content</p>
+<p>De mettre souvent main en bourse.</p>
+<p>L'hostesse n'estoit point rebourse,</p>
+<p>Et dist: &laquo;Ne vous en soucyez;</p>
+<p>Dieu mercy! j'ay argent assez,</p>
+<p>A vostre bon commandement.&raquo;</p>
+<p>Ces mignons pens&egrave;rent comment</p>
+<p>Ilz pourroyent retirer leur sac;</p>
+<p>Et lors monsieur de Penessac</p>
+<p>Dist &agrave; ce baron de Combraye</p>
+<a name="p204"></a><span class="pagenum">P. 204</span>
+<p>Qu'il se boutast bientost en voye,</p>
+<p>Jugeant qu'il fust embesongn&eacute;.</p>
+<p>Ce seigneur vint, tout refrongn&eacute;,</p>
+<p>Vers l'hostesse, par bon moyen,</p>
+<p>Et lui dit: &laquo;Mon cas va tr&egrave;s bien;</p>
+<p>Mon proc&egrave;s est ennuyt jug&eacute;.</p>
+<p>A coup, qu'il n'y ait plus song&eacute;,</p>
+<p>Baillez-moy mon sac, somme toute,</p>
+<p>Car j'ay paour et si fays grant doubte,</p>
+<p>Que les seigneurs soyent departis.&raquo;</p>
+<p>Il print son sac: &laquo;Adieu vous dis!</p>
+<p>Je reviendray tout maintenant.&raquo;</p>
+<p>Il s'en alla diligemment,</p>
+<p>A tout ses proc&egrave;s et son sac;</p>
+<p>Et les seigneurs de Penessac</p>
+<p>Et de Lamesou l'attendoyent;</p>
+<p>Lesquelz seigneurs si s'esbatoyent,</p>
+<p>A recueillir les torcheculz</p>
+<p>Des seigneurs qui estoyent venus</p>
+<p>Aux chambres, et bien se pensoyent</p>
+<p>Qu'&agrave; quelque chose serviroyent</p>
+<p>Ilz ost&egrave;rent tous ces proc&egrave;s</p>
+<p>De ce sac, et, par motz expr&egrave;s,</p>
+<p>L'emplirent de ces torcheculz;</p>
+<p>Puis, au soir, quand furent venuz</p>
+<p>A leur logis, fut mis en garde,</p>
+<p>Et, pour mieulx mettre en sauvegarde,</p>
+<p>Il fut bout&eacute;, par grant humblesse,</p>
+<p>Avec les robbes de l'hostesse,</p>
+<p>Qui sentoyent le muguelias.</p>
+<p>Au soir, firent grant ralias;</p>
+<p>Le lendemain il fut raison</p>
+<p>De departir de la maison</p>
+<p>Pour s'en aller sans revenir.</p>
+<a name="p205"></a><span class="pagenum">P. 205</span>
+<p>On cuydoit qu'ilz deussent venir</p>
+<p>Lendemain soupper et disner,</p>
+<p>Pour leurs offices resiner,</p>
+<p>Maiz ilz ne vindrent oncques puis.</p>
+<p>Ils faillirent cinq ou six nuitz,</p>
+<p>Dont l'hostesse fut eschec et mac.</p>
+<p>Elle n'osoit ouvrir le sac</p>
+<p>Sans avoir le cong&eacute; du juge,</p>
+<p>Auquel avoit piteux deluge;</p>
+<p>Tellement qu il fut necessaire</p>
+<p>Qu'on envoyast ung commissaire</p>
+<p>Pour ouvrir ce sac, somme toute.</p>
+<p>Quand il fust l&agrave; venu sans doubte,</p>
+<p>Il lava ses mains &agrave; bonne heure,</p>
+<p>De paour de gaster l'escripture,</p>
+<p>Car &agrave; cela estoit expert.</p>
+<p>Toutesfoys, le sac fut ouvert;</p>
+<p>Mais, quand il le vit si breneux,</p>
+<p>Il s'en alla tout roupieux,</p>
+<p>Cuydant que ce fust mocquerie,</p>
+<p>Car il n'entendoit raillerie.</p>
+<p>Ainsi partirent ces seigneurs</p>
+<p>De Paris, joyeux en couraige.</p>
+<p>De tromper furent inventeurs:</p>
+<p>Cinq moys vesquirent d'avantaige;</p>
+<p>De blasonner ilz firent raige;</p>
+<p>Leur hoste fut par eulx vaincu.</p>
+<p>Ils ne laiss&egrave;rent, pour tout gaige</p>
+<p>Qu'un sac tout plain de torchecu.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><br>
+<a name="p206"></a><span class="pagenum">P. 206</span>
+<p>LA QUATRIESME REPEUE FRANCHE</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>DU SOUFFRETEUX.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;O&ugrave; pris argent, qui n'en a point?</p>
+<p>Rem&egrave;de est vivre d'avantaige.</p>
+<p>Qui n'a ne robbe ne pourpoint,</p>
+<p>Que pourroit-il laisser pour gaige?</p>
+<p>Toutesfoys, qui aurait l'usaige</p>
+<p>De dire quelque chansonnette</p>
+<p>Qui peust deffrayer le passaige,</p>
+<p>Le payement ne seroit qu'honneste.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>L'ACTEUR.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ainsi parloit le Souffreteux,</p>
+<p>Qui estoit fin de sa nature;</p>
+<p>Moyti&eacute; triste, moyti&eacute; joyeux.</p>
+<p>Du Palays partit, bonne alleure,</p>
+<p>En disant: &laquo;Qui ne s'adventure,</p>
+<p>Il ne fera jamais beau fait,&raquo;</p>
+<p>Pour pourchasser sa nourriture,</p>
+<p>Car il estoit de faim deffaict.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Pour trouver quelque tromperie,</p>
+<p>Le gallant se voulust haster:</p>
+<p>En la meilleure hostellerie</p>
+<p>Ou taverne s'alla bouter,</p>
+<p>Et commen&ccedil;a &agrave; demander</p>
+<p>S'on avoit rien pour luy de bon;</p>
+<a name="p207"></a><span class="pagenum">P. 207</span>
+<p>Car il vouloit l&eacute;ans disner,</p>
+<p>Et faire ch&egrave;re de fa&ccedil;on.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Lors on demanda quelle viande</p>
+<p>Il falloit &agrave; ce p&egrave;lerin.</p>
+<p>Il respondit: &laquo;Je ne demande</p>
+<p>Qu'une perdrix ou un poussin,</p>
+<p>Avec une pinte de vin</p>
+<p>De Beaulne, qui soit frais tir&eacute;e.</p>
+<p>Et puis apr&egrave;s, pour faire fin,</p>
+<p>Le cotteret et la bourr&eacute;e.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Tout ce qui luy fut convenable</p>
+<p>Le varlet luy alla qu&eacute;rir.</p>
+<p>Le gallant s'en va mettre &agrave; table,</p>
+<p>Affin de mieulx se resjouyr,</p>
+<p>Et disna l&agrave;, tout &agrave; loisir,</p>
+<p>Maschant le sens, trenchant du saige;</p>
+<p>Mais il fallut, ains que partir,</p>
+<p>Avoir ung morceau de formaige.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&laquo;Adonc dit le clerc: Mon amy,</p>
+<p>Il fault compter, car vous devez,</p>
+<p>Tout par tout, sept solz et demy,</p>
+<p>Et convient que les me payez.</p>
+<p>&mdash;Je ne s&ccedil;ay comment les aurez,</p>
+<p>Dist le gallant, car, par sainct Gille!</p>
+<p>Je veulx bien que vous le saichez,</p>
+<p>Je ne soustiens ne croix ne pille.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&mdash;Qui n'a argent si laisse gaige;</p>
+<p>Ce n'est que le faict droicturier.</p>
+<p>Vous voulez vivre d'avantaige,</p>
+<p>Et n'avez maille ne denier!</p>
+<a name="p208"></a><span class="pagenum">P. 208</span>
+<p>Estes-vous larron ou meurtrier?</p>
+<p>Par Dieu, ains que d'icy je hobe,</p>
+<p>Vous me payerez, pour abr&eacute;ger,</p>
+<p>Ou vous y laisserez la robbe.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&mdash;Quant est d'argent, je n'en ay point,</p>
+<p>Affin de le dire tout hault.</p>
+<p>Comment! m'en iray-je en pourpoint,</p>
+<p>Et desnu&eacute; comme ung marault?</p>
+<p>Dieu mercy! je n'ay pas trop chault;</p>
+<p>Mais, s'il vous plaisoit m'employer,</p>
+<p>Je vous serviray, sans deffault,</p>
+<p>Jusques &agrave; mon escot payer.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>&mdash;Et comment? Que s&ccedil;avez-vous faire?</p>
+<p>Dites-le moy tout plainement.</p>
+<p>&mdash;Quoy? toute chose n&eacute;cessaire.</p>
+<p>Point ne fault demander comment;</p>
+<p>Je gaige que, tout maintenant,</p>
+<p>Je vous chanteray ung couplet,</p>
+<p>Si hault et si cler, je me vant,</p>
+<p>Que vous direz: &laquo;Cela me plaist!&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>L'ACTEUR.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Lors, le varlet, voyant cecy,</p>
+<p>Fut content de ceste gaigeure,</p>
+<p>Et pensa en luy-mesme ainsi,</p>
+<p>Qu'il attendroit ceste adventure;</p>
+<p>Et s'il chantoit bien d'adventure,</p>
+<p>Il lui dirait, pour tous desbats,</p>
+<p>Qu'il payast l'escot, bon alleure,</p>
+<p>Car son chant ne lui plaisoit pas.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p209"></a><span class="pagenum">P.
+209</span>
+<p>L'accord fut dit, l'accord fut faict,</p>
+<p>Devant tous, non pas en arri&egrave;re.</p>
+<p>Lors le gallant tire, de faict,</p>
+<p>De dedens sa gibeci&egrave;re</p>
+<p>Une bourse, d'argent legi&egrave;re,</p>
+<p>Qui estoit pleine de mereaulx,</p>
+<p>Et chanta, par bonne mani&egrave;re,</p>
+<p>Haultement, ces mots tout nouveaulx:</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>De sa bourse dessus la table</p>
+<p>Frappa, affin que je le notte,</p>
+<p>Et, comme chose convenable,</p>
+<p>Chanta ainsi &agrave; haulte notte:</p>
+<p>&laquo;Faut payer ton hoste, ton hoste!&raquo;</p>
+<p>Tout au long chanta ce couplet.</p>
+<p>Le varlet, estant coste &agrave; coste,</p>
+<p>Respondit: &laquo;Cela bien me plaist!&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Toutesfoys, il n'entendoit pas</p>
+<p>Qu'il ne fust de l'escot pay&eacute;,</p>
+<p>Parquoy il failloit sur ce pas.</p>
+<p>De son sens fut moult desvoy&eacute;.</p>
+<p>Devant tous fut notiffi&eacute;</p>
+<p>Qu'il estoit gentil compaignon,</p>
+<p>Et qu'il avoit, par son traict&eacute;,</p>
+<p>Bien disn&eacute; pour une chanson.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>C'est bien disn&eacute;, quand on eschappe</p>
+<p>Sans desbourser pas ung denier,</p>
+<p>Et dire adieu au tavernier</p>
+<p>En torchant son nez &agrave; la nappe.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p210"></a><span class="pagenum">P.
+210</span>
+<p>LA CINQUIESME REPEUE</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>DU PELLETIER.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ung jour advint qu'ung Pelletier</p>
+<p>Espousa une belle femme</p>
+<p>Qui appetoit le bas mestier,</p>
+<p>En faisant recorder sa game.</p>
+<p>Le Pelletier, sans penser blasme,</p>
+<p>Ne s'en soucioit qu'ung petit:</p>
+<p>Mieulx aymoit du vin une dragme,</p>
+<p>Que coucher dedens ung beau lict.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ung cur&eacute;, voyant cest affaire,</p>
+<p>De la femme fut amoureux,</p>
+<p>Et pensa qu'&agrave; son presbytaire</p>
+<p>Il maineroit ce maistre gueux.</p>
+<p>Il s'en vint &agrave; luy tout joyeux,</p>
+<p>A celle fin de le tromper,</p>
+<p>En disant: &laquo;Mon voysin, je veux</p>
+<p>Vous donner ennuyt &agrave; soupper.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Le Pelletier en fut content,</p>
+<p>Car il ne vouloyt que repaistre,</p>
+<p>Et alla tout incontinent</p>
+<p>Faire grant ch&egrave;re avec le prestre,</p>
+<p>Qui luy joua d'un tour de maistre,</p>
+<p>Disant: &laquo;Ma robbe est deffourr&eacute;e;</p>
+<p>Il vous y convient la main mettre,</p>
+<p>Affin qu'elle soit reffourr&eacute;e.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p211"></a><span class="pagenum">P.
+211</span>
+<p>&mdash;Et bien, ce dist le Pelletier,</p>
+<p>Monseigneur, j'en suis bien content,</p>
+<p>Mais que vous m'en vueillez payer;</p>
+<p>Je suis tout vostre, seurement.&raquo;</p>
+<p>Ils firent leur appoinctement</p>
+<p>Qu'il auroit, pour tout inventoire,</p>
+<p>Dix solz tournois enti&egrave;rement,</p>
+<p>Et du vin largement pour boire,</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Pourvu qu'il la despecheroit,</p>
+<p>Car il luy estoit necessaire,</p>
+<p>Et que toute nuyt veilleroit,</p>
+<p>Avec son clerc, au presbitaire.</p>
+<p>Il fut content de cest affaire.</p>
+<p>Mais le Cur&eacute; les enferma</p>
+<p>Soubs la clef, sans grant noyse faire,</p>
+<p>Puis hors de la maison alla.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Le Cur&eacute; vint en la maison</p>
+<p>Du Pelletier, par ses sornettes,</p>
+<p>Et trouva si bonne achoyson</p>
+<p>Qu'il fist tr&egrave;s bien ses besongnettes.</p>
+<p>Ilz firent cent mille chosettes,</p>
+<p>Car, ainsi comme il me semble,</p>
+<p>Il contenta ses amourettes,</p>
+<p>Et puis hors de la maison emble.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ce fourreur, pour la repeue franche</p>
+<p>Fut fait coqu bien fermement;</p>
+<p>Et luy chargea la dame blanche</p>
+<p>Qu'il y retournast hardiment,</p>
+<p>Et que, par son sainct sacrement,</p>
+<p>Jamais nul jour ne l'oubliera,</p>
+<a name="p212"></a><span class="pagenum">P. 212</span>
+<p>Mais luy fera h&eacute;bergement,</p>
+<p>Toutes les foys qu'il luy plaira.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et pourtant, donne soy bien garde</p>
+<p>Chascun qui aura belle femme</p>
+<p>Qu'on ne lui joue telle aubade</p>
+<p>Pour la repeue: c'est grant diffame;</p>
+<p>Quant il est sceu, ce n'est que blasme</p>
+<p>Et reproche, au temps advenir.</p>
+<p>Vela des repeues la grant game;</p>
+<p>Pourtant, ayez-en souvenir!</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>SIXIESME REPEUE FRANCHE</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>DES GALLANTS SANS SOULCY.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Une assembl&eacute;e de compaignons,</p>
+<p>Nommez les <i>Gallans sans soucy</i>,</p>
+<p>Se trouv&egrave;rent entre deux pontz,</p>
+<p>Pr&egrave;s le Palays, il est ainsi;</p>
+<p>D'aultres y en avoit aussi,</p>
+<p>Qui aymoient bien besoigne fa&icirc;cte,</p>
+<p>Et estoient, de franc cueur transi,</p>
+<p>A l'abb&eacute; de Saincte Souffrette.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ces compaings ainsi assemblez</p>
+<p>Ne demand&egrave;rent que repas;</p>
+<p>D'argent ilz n'estoyent pas comblez,</p>
+<p>Non pourtant ne faillirent pas.</p>
+<a name="p213"></a><span class="pagenum">P. 213</span>
+<p>Ilz se bout&egrave;rent, c'est le cas,</p>
+<p>A l'enseigne du Plat d'estaing,</p>
+<p>O&ugrave; ilz repeurent par compas,</p>
+<p>Car ilz en avoient grant besoing.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quant ce vint &agrave; l'escot compter,</p>
+<p>Je crois que nully ne s'en cource;</p>
+<p>Mais le beau jeu est au payer,</p>
+<p>Quant il n'y a denier en bourse.</p>
+<p>Nul d'eulx n'avoit ch&egrave;re rebourse:</p>
+<p>&laquo;Pour de l'escot venir au bout,</p>
+<p>Dist ung gallant, de plaine source,</p>
+<p>Il n'en faut qu'ung pour payer tout.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ilz appoint&egrave;rent tous ensemble,</p>
+<p>Que l'ung d'iceulx on banderait:</p>
+<p>Par ainsi, selon qui me semble,</p>
+<p>Le premier qu'il empoigneroit,</p>
+<p>Estoit dit que l'escot payeroit.</p>
+<p>Mais ilz en eurent grand discord:</p>
+<p>Chascun band&eacute; estre vouloit,</p>
+<p>Dont ne peurent estre d'accord.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Le varlet, voyant ces desbas,</p>
+<p>Leur dit: &laquo;Nul de vous ne s'esmoye;</p>
+<p>Je suis content que, par compas,</p>
+<p>Tout maintenant band&eacute; je soye.&raquo;</p>
+<p>Les gallans en eurent grand joye,</p>
+<p>Et le band&egrave;rent en ce lieu,</p>
+<p>Puis chascun d'eux si print la voye</p>
+<p>Pour s'en aller sans dire adieu.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Le varlet, qui estoit band&eacute;,</p>
+<p>Tournoyoit parmy la maison.</p>
+<a name="p214"></a><span class="pagenum">P. 214</span>
+<p>Il fut de l'escot pr&eacute;bend&eacute;</p>
+<p>Par ceste subtile achoison.</p>
+<p>Affin d'avoir provision</p>
+<p>De l'escot, l'hoste monte en hault:</p>
+<p>Quand il vit ceste intention,</p>
+<p>A peu que le cueur ne lui fault.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>En montant, l'hoste fut happ&eacute;</p>
+<p>Par son varlet, sans dire mot,</p>
+<p>Disant: &laquo;Je vous ay attrap&eacute;,</p>
+<p>Il faut que vous payez l'escot,</p>
+<p>Ou vous laisserez le surcot.&raquo;</p>
+<p>De quoy il ne fut pas joyeux,</p>
+<p>****************************</p>
+<p>Cuydant qu'il fust mathelineux.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quand le varlet se desbanda,</p>
+<p>La tromperie peut bien congnoistre:</p>
+<p>Fut estonn&eacute; quand regarda,</p>
+<p>Et vit bien que c'estoit son maistre.</p>
+<p>Pensez qu'il en eut belle lettre,</p>
+<p>Car il parla lors &agrave; bas ton,</p>
+<p>Et, pour sa peine, sans rien mettre,</p>
+<p>Il eut quatre coups de baston.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ainsi furent, sans rien payer,</p>
+<p>Les povres gallans d&eacute;livrez</p>
+<p>De la maison du tavernier,</p>
+<p>O&ugrave; ilz s'estoyent presque enyvrez</p>
+<p>Des vins qu'on leur avoit livrez</p>
+<p>Pour boire &agrave; plain gobelet,</p>
+<p>Que paya le povre varlet.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p215"></a><span class="pagenum">P.
+215</span>
+<p>Et que ce soit vray ou certain,</p>
+<p>Ainsi que m'ont dit cinq ou six,</p>
+<p>Le cas advint au Plat d'estain</p>
+<p>Pr&egrave;s Sainct-Pierre-des-Arsis.</p>
+<p>Bien esch&eacute;oit ung grant mercis,</p>
+<p>A tout le moins, pour ce repas,</p>
+<p>Et si ne le pay&egrave;rent pas.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Aussi fut si bien aveugl&eacute;,</p>
+<p>Le povre varlet malheureux,</p>
+<p>Qui fut de tout l'escot sangl&eacute;,</p>
+<p>Et fallust qu'il payast pour eulx;</p>
+<p>Et s'en all&egrave;rent tous joyeux</p>
+<p>Les mignons, torchant leur visaige,</p>
+<p>Qui avoyent disn&eacute; d'advantaige.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>LA SEPTIESME REPEUE</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>FAICTE AUPR&Egrave;S DE MONTFAULCON.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Pour passer temps joyeusement,</p>
+<p>Raconter vueil une repeue</p>
+<p>Qui fut faicte subtillement</p>
+<p>Pr&egrave;s Montfaulcon, c'est chose sceue,</p>
+<p>Et diray la desconvenue</p>
+<p>Qu'il advint &agrave; de fins ouvriers;</p>
+<p>Aussi y sera ramenteue</p>
+<p>La finesse des escolliers.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Quand compaignons sont desbauchez,</p>
+<p>Ilz ne cherchent que compaignie;</p>
+<a name="p216"></a><span class="pagenum">P. 216</span>
+<p>Plusieurs ont leurs vins vendangez</p>
+<p>Et beu quasy jusqu'&agrave; la lye.</p>
+<p>Or advint qu'une grant mesgnie</p>
+<p>De compaignons se rencontr&egrave;rent.</p>
+<p>******************************</p>
+<p>******************************</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Et, sans trouver la saison ch&egrave;re,</p>
+<p>Chascun d'eulx se resjouyssoit</p>
+<p>Disant bons motz, faisant grant ch&egrave;re;</p>
+<p>Par ce point le temps se passoit.</p>
+<p>Mais l'ung d'iceulx promis avoit</p>
+<p>De coucher avec une garce,</p>
+<p>Et aux aultres le racontoit,</p>
+<p>Par jeu, en mani&egrave;re de farce.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Tant parl&egrave;rent du bas mestier,</p>
+<p>Que fut conclud, par leur fa&ccedil;on,</p>
+<p>Qu'ilz yroyent ce soir-l&agrave; coucher</p>
+<p>Pr&egrave;s le gibet de Montfaulcon,</p>
+<p>Et auroyent pour provision</p>
+<p>Ung past&eacute; de fa&ccedil;on subtile,</p>
+<p>Et meneroyent, en conclusion,</p>
+<p>Avec eulx chascun une fille.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Ce past&eacute;, je vous en respons,</p>
+<p>Fut faict sans demander qu'il couste,</p>
+<p>Car il y avoit six chapons,</p>
+<p>Sans la chair, que point je n'y boute.</p>
+<p>On y eust bien tourn&eacute; le coute,</p>
+<p>Tant estoit grant, point n'en doubtez.</p>
+<p>Le Prince des Sots et sa routte</p>
+<p>En eussent est&eacute; bien souppez.</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p217"></a><span class="pagenum">P.
+217</span>
+<p>Deux escolliers voyant le cas,</p>
+<p>Qui ne s&ccedil;avoyent rien que tromper,</p>
+<p>Sans prendre conseil d'advocatz,</p>
+<p>Ilz se voullurent occuper,</p>
+<p>Pensant &agrave; eux, comme atrapper</p>
+<p>Les pourroyent d'estoc ou de trenche;</p>
+<p>Car ilz voulloyent ce soir soupper</p>
+<p>Et avoir une repeue franche.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Sans aller parler au devin,</p>
+<p>L'ung prist ce past&eacute; de fa&ccedil;on,</p>
+<p>L'autre emporta un broc de vin,</p>
+<p>Du pain assez, selon raison,</p>
+<p>Et all&egrave;rent vers Montfaulcon,</p>
+<p>O&ugrave; estoit toute l'assembl&eacute;e.</p>
+<p>Filles y avoit &agrave; foyson,</p>
+<p>Faisant ch&egrave;re desmesur&eacute;e.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Aussi juste comme l'orloge,</p>
+<p>Par devis et bonne mani&egrave;re,</p>
+<p>Ilz entr&egrave;rent dedans leur loge,</p>
+<p>Esp&eacute;rant de faire grant chi&egrave;re,</p>
+<p>Et tastoient devant et derri&egrave;re</p>
+<p>Les povres filles, hault et bas.</p>
+<p>*****************************</p>
+<p>*****************************</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Les escolliers, sans nulle fable.</p>
+<p>Voyant ceste desconvenue,</p>
+<p>Vestirent habitz de diable,</p>
+<p>Et vindrent l&agrave;, sans attendue:</p>
+<p>L'ung, ung croc, l'autre, une massue,</p>
+<p>Pour avoir la franche repue,</p>
+<p>Vindrent assaillir les gallans.</p>
+<p>*****************************</p>
+</div>
+<div class="stanza"><a name="p218"></a><span class="pagenum">P.
+218</span>
+<p>Disant: &laquo;A mort! &agrave; mort, &agrave; mort!</p>
+<p>Prenez, &agrave; ces chaisnes de fer,</p>
+<p>Ribaulx, putains, par desconfort,</p>
+<p>Et les amenez en enfer;</p>
+<p>Ilz seront avec Lucifer,</p>
+<p>Au plus parfond de la chauldi&egrave;re,</p>
+<p>Et puis, pour mieulx les eschauffer,</p>
+<p>Gettez seront en la rivi&egrave;re!&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>L'ung des gallans, pour abbreger,</p>
+<p>Respondit: &laquo;Ma vie est fin&eacute;e!</p>
+<p>En enfer me fault heberger.</p>
+<p>Vecy ma derni&egrave;re journ&eacute;e;</p>
+<p>Or suis-je bien ame dampn&eacute;e!</p>
+<p>Nostre pech&eacute; nous a attains,</p>
+<p>Car nous yrons, sans demour&eacute;e,</p>
+<p>En enfer avec ces putains!&raquo;</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Se vous les eussiez veu fouyr,</p>
+<p>Jamais ne vistes si beau jeu,</p>
+<p>L'ung amont, l'autre aval courir;</p>
+<p>Chascun d'eulx ne pensoit qu'&agrave; Dieu.</p>
+<p>Ilz s'en fouyrent de ce lieu,</p>
+<p>Et laiss&egrave;rent pain, vin et viande,</p>
+<p>Criant sainct Jean et sainct Mathieu,</p>
+<p>A qui ilz feroyent leur offrande.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Noz escolliers, voyant cecy,</p>
+<p>Non obstant leur habit de diable,</p>
+<p>Furent alors hors de soulcy,</p>
+<p>Et s'assirent trestous &agrave; table;</p>
+<a name="p219"></a><span class="pagenum">P. 219</span>
+<p>Et Dieu s&ccedil;ait si firent la galle</p>
+<p>Entour le vin et le past&eacute;,</p>
+<p>Et repeurent, pour fin finalle,</p>
+<p>De ce qui estoit apprest&eacute;.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>C'est bien tromp&eacute;, qui rien ne paye,</p>
+<p>Et qui peut vivre d'advantaige,</p>
+<p>Sans desbourser or ne monnoye,</p>
+<p>En usant de joyeux langaige.</p>
+<p>Les escolliers, de bon couraige,</p>
+<p>Pass&egrave;rent temps joyeusement,</p>
+<p>Sans bailler ny argent ny gaige,</p>
+<p>Et si repeurent franchement.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>Si vous vouliez suyvre l'escolle</p>
+<p>De ceulx qui vivent franchement,</p>
+<p>Lisez en cestuy prothocolle,</p>
+<p>Et voyez la fa&ccedil;on comment;</p>
+<p>Mettez-y vostre entendement</p>
+<p>A faire comme ilz faseyent,</p>
+<p>Et, s'il n'y a empeschement,</p>
+<p>Vous vivrez comme ilz vivoyent.</p>
+</div>
+<div class="stanza">
+<p>FIN DES REPEUES FRANCHES</p>
+<p>ET DES PO&Eacute;SIES ATTRIBU&Eacute;ES A VLLLON.</p>
+</div>
+</div>
+<br>
+<br>
+<br>
+<a name="p220"></a><span class="pagenum">P. 220</span>
+<h3>NOTES.</h3>
+<p><i>(Les chiffres renvoient aux pages du volume. V.
+signifie</i> vers; <i>Pr.</i>, Prompsault; <i>P. L.</i>, M. Paul
+L. Jacob, bibliophile.)</p>
+<p><a href="#p001">P. 1.</a> <i>Cl&eacute;ment Marot aux
+Lecteurs.</i> Cette pr&eacute;face, avec le huitain qui
+l'accompagne, est en t&ecirc;te de l'&eacute;dition de <i>Paris,
+Galiot du Pr&eacute;,</i> 1533, la premi&egrave;re donn&eacute;e
+par Marot.</p>
+<p><a href="#p002">P. 2,</a> lig. 28. <i>Toutesfoys</i>... Marot
+dit clairement qu'il n'a pas consult&eacute; un seul manuscrit.
+Il n'a pas non plus eu sous les yeux toutes les &eacute;ditions
+du XVe si&egrave;cle.</p>
+<p><a href="#p004">P. 4,</a> lig. 5. <i>Apr&egrave;s</i> ... Les
+vers que Marot dit avoir refaits sont au nombre de dix ou douze
+seulement, et, chose singuli&egrave;re, on les trouve tels quels
+dans les manuscrits et les anciennes &eacute;ditions. (P. L.)</p>
+<p><a href="#p007">P. 7.</a> <i>Le Petit Testament</i>. Ce titre,
+que Villon n'avait pas eu l'intention de donner &agrave; ses
+<i>lays</i> (voy. <a href="#p050">p. 50,</a> v. II), se trouve en
+t&ecirc;te des plus anciennes &eacute;ditions de ses oeuvres.</p>
+<p><a href="#p008">P. 8-9.</a> Les huitains IV &agrave; IX ont
+&eacute;t&eacute; publi&eacute;s pour la premi&egrave;re fois par
+Prompsault, d'apr&egrave;s un mss. La Monnoye ne les a pas
+connus.</p>
+<p><a href="#p009">P. 9,</a> huitain IX. L'invocation par
+laquelle Villon commence son Testament n'est qu'une affaire de
+simple formule. Ce n'est pas l&agrave; qu'il faut chercher la
+preuve de ses sentiments religieux.</p>
+<p><a href="#p014">P. 14,</a> huit. XXIII. Ce huitain,
+publi&eacute; pour la premi&egrave;re fois par Prompsault, se
+trouve en manuscrit dans l'exemplaire annot&eacute; de La
+Monnoye.</p>
+<p><a href="#p017">P. 17</a>-19. Les huitains XXXVI-XXXIX,
+publi&eacute;s pour la premi&egrave;re fois par M. Prompsault,
+n'&eacute;taient pas connus de La Monnoye. C'est une satire du
+jargon scolastique du temps. Il n'est pas certain que Villon en
+soit l'auteur. J'ai conserv&eacute; quelques-unes des corrections
+introduites dans ce texte par M. P. L.</p>
+<p><a href="#p021">P. 21.</a> <i>Le Grand Testament</i>. Huit. I.
+<i>En l'an trentiesme de mon eage</i>... On a conclu de ce vers
+que Villon n'avait pas trente ans accomplis en 1461. La mesure du
+vers ne lui permettait pas d'&ecirc;tre plus exact; mais dans le
+<i>D&eacute;bat du corps et du coeur</i> (<a href="#p113">p.
+113</a>), fait dans la prison de Meung, il dit positivement:
+&laquo;Tu as trente ans.&raquo; Il &eacute;tait donc
+r&eacute;ellement n&eacute; en 1431.</p>
+<p><a href="#p022">P. 22,</a> huit. V. La le&ccedil;on de
+l'&eacute;dition Prompsault est meilleure que celle de La
+Monnoye. La voici:</p>
+<div class="poem">
+<div class="stanza">
+<p><i>Si prieray pour lui de bon cueur,</i></p>
+<p><i>Par l'ame du bon feu Cotard...</i></p>
+</div>
+</div>
+<p>C'est-&agrave;-dire que Villon jure par l'&acirc;me de son
+procureur Cotard (voy. ce nom au <i>Glossaire-index</i>), de
+prier Dieu pour Thibault d'Aussigny. La suite nous apprend ce
+qu'il entend par l&agrave;.</p>
+<p><a href="#p037">P. 37</a>-38. On a cru que dans les huitains
+XLIII-XLV Villon parlait de lui-m&ecirc;me; c'est
+&eacute;videmment une erreur. Pour le reconna&icirc;tre, il
+suffit de se rappeler qu'il n'avait que trente ans, et
+n'&eacute;tait pas un &laquo;pauvre vieillart.&raquo;</p>
+<p><a href="#p045">P. 45,</a> huit. LIV. Je n'ai pas
+adopt&eacute; la correction de La Monnoye, qui termine ainsi ce
+huitain:</p>
+<div class="poem">
+<div class="stanza">
+<p><i>C'est pure v&eacute;rit&eacute; decell&eacute;e:</i></p>
+<p><i>Pour une joye cent doulours</i>.</p>
+</div>
+</div>
+<p><a href="#p056">P. 56.</a> Les six premiers vers de
+l'<i>Envoi</i> donnent en acrostiche le nom de <i>Villon</i>,
+ainsi que M. Nagel l'a remarqu&eacute; le premier. Il a
+d&eacute;couvert aussi que le premier huitain de la <i>Ballade de
+Villon &agrave; s'amye,</i> <a href="#p057">p. 57,</a> donne en
+acrostiche le nom de <i>Fran&ccedil;oys.</i> Le second huitain
+donne <i>Martheos,</i> sans doute par l'effet du hasard.</p>
+<p><a href="#p090">P. 90.</a> <i>Lays.</i> Publi&eacute; pour la
+premi&egrave;re fois par Prompsault. En manuscrit dans La
+Monnoye. Il en est de m&ecirc;me du huitain CLIII, <a href=
+"#p091">p. 91.</a></p>
+<p><a href="#p099">P. 99.</a> &laquo;<i>Et je croy bien que pas
+n'en ment.</i>&raquo; Le huitain qui commence par ce vers et le
+reste de la ballade ont &eacute;t&eacute; publi&eacute;s pour la
+premi&egrave;re fois par Prompsault. Ils existent en manuscrit
+dans La Monnoye.</p>
+<p><a href="#p101">P. 101.</a> <i>Po&eacute;sies diverses</i>. Le
+titre de plusieurs &eacute;ditions annonce un <i>Codicille</i>,
+ce qui a pr&eacute;occup&eacute; quelques &eacute;diteurs plus
+que de raison. L'&eacute;dition de Pierre Levet, 1489, et une
+autre &eacute;dition du XV'si&egrave;cle (la troisi&egrave;me
+d&eacute;crite par M. Brunet), disent ce qu'il faut entendre par
+l&agrave;. Dans celle de Pierre Levet on lit: <i>Cy commence le
+grant Codicille et Testament de maistre Fran&ccedil;ois
+Villon,</i> et dans l'autre: <i>Sensuit le grant Testament et
+Codicille de maistre Fran&ccedil;ois Villon.</i> Le
+<i>Codicille</i> n'est donc autre chose que le <i>Grand
+Testament,</i> post&eacute;rieur de cinq ans au <i>Petit
+Testament.</i></p>
+<p>Les <i>po&eacute;sies diverses</i> ont &eacute;t&eacute;
+class&eacute;es de diff&eacute;rentes fa&ccedil;ons, selon le
+gr&eacute; des &eacute;diteurs. J'ai cherch&eacute; &agrave; les
+ranger chronologiquement. Le <i>quatrain</i> et
+<i>l'&eacute;pitaphe</i> (<a href="#p101">p. 101</a>), la
+<i>Requeste au Parlement</i> (<a href="#p103">p. 103</a>), la
+<i>Ballade de l'appel</i> (<a href="#p104">p. 104</a>), le <i>Dit
+de la naissance Marie</i> (<a href="#p105">p. 105</a>) et la
+<i>Double ballade</i> (<a href="#p107">p. 107</a>) se rapportent
+au proc&egrave;s de 1457. Je parlerai des autres pi&egrave;ces
+plus tard.</p>
+<p><a href="#p105">P. 105.</a> <i>Le Dit de la naissance
+Marie</i>. Cette pi&egrave;ce et les deux suivantes se trouvent
+dans un tr&egrave;s-beau manuscrit des Po&eacute;sies de Charles
+d'Orl&eacute;ans, conserv&eacute; &agrave; la Biblioth&egrave;que
+imp&eacute;riale. Elles ont &eacute;t&eacute; publi&eacute;es
+pour la premi&egrave;re fois par M. Prompsault.</p>
+<p><a href="#p107">P. 107.</a> <i>Double ballade</i>. Cette
+pi&egrave;ce, adress&eacute;e &agrave; Marie d'Orl&eacute;ans,
+fut compos&eacute;e longtemps apr&egrave;s la
+pr&eacute;c&eacute;dente, et lorsque la princesse &eacute;tait
+d&eacute;j&agrave; grande, et avait &laquo;port assur&eacute;,
+maintien rassis&raquo; (<a href="#p109">p. 109,</a> v. 17).</p>
+<p><a href="#p110">P. 110.</a> <i>Ballade Villon.</i> Cette
+pi&egrave;ce est incontestablement de Villon, dont elle porte le
+nom dans le manuscrit des po&eacute;sies de Charles
+d'Orl&eacute;ans. Il n'est pas aussi certain que les deux autres
+pi&egrave;ces tir&eacute;es du m&ecirc;me manuscrit soient de
+lui, mais c'est on ne peut plus vraisemblable.</p>
+<p>Cette ballade fut compos&eacute;e sur un sujet donn&eacute;
+par le duc d'Orl&eacute;ans. On trouve dans le manuscrit de ses
+po&eacute;sies celles qui furent compos&eacute;es &agrave; la
+m&ecirc;me occasion par onze autres po&euml;tes.</p>
+<p><a href="#p111">P. 111.</a> <i>Epistre</i>, Cette pi&egrave;ce
+fut compos&eacute;e dans la prison de Meung. Elle a
+&eacute;t&eacute; publi&eacute;e pour la premi&egrave;re fois par
+Prompsault, mais elle existe en manuscrit, avec des variantes,
+dans La Monnoye.</p>
+<p><a href="#p112">P. 112.</a> <i>Le D&eacute;bat du cueur et du
+corps</i>. Compos&eacute; dans la prison de Meung. Les
+pr&eacute;c&eacute;dents &eacute;diteurs n'ont pas
+remarqu&eacute; que le nom de Villon se trouve en acrostiche dans
+les six vers qui, non compris le refrain, forment
+l'<i>envoi</i>.</p>
+<p><a href="#p113">P. 113.</a> <i>La, Requeste &agrave;
+Monseigneur de Bourbon</i>. Prompsault se trompe lorsqu'il dit
+que Marot a fait le titre de cette ballade. On le trouve dans les
+&eacute;ditions du XVe si&egrave;cle tel qu'il est reproduit
+ici.</p>
+<p>Le duc de Bourbon &eacute;tait Jean II, qui mourut en 1487; ce
+ne pouvait &ecirc;tre Charles Ier, mort en d&eacute;cembre 1456,
+&agrave; l'&eacute;poque pr&eacute;cis&eacute;ment o&ugrave;
+Villon, peu connu comme po&euml;te, se faisait fouetter
+publiquement.</p>
+<p><a href="#p119">P. 119.</a> <i>Ballade des povres
+housseurs</i>. Cette pi&egrave;ce a &eacute;t&eacute;
+tir&eacute;e du <i>Jardin de plaisance</i> par Prompsault. Il
+n'est pas bien prouv&eacute; qu'elle soit de Villon. On ne sait
+pas au juste ce que signifie ce mot <i>housseurs</i>. Cotgrave le
+traduit par <i>balayeurs</i>, <i>ramoneurs</i>; M. P. L., par
+<i>batteurs de tapis</i>; Prompsault, par <i>porteurs de
+housseaux</i> ou de bottes; M. Campeaux, par &eacute;coliers
+portant des <i>housses</i>, comme ceux du coll&egrave;ge de
+Navarre. Son explication me para&icirc;t la meilleure, &agrave;
+moins que <i>housseurs</i> ne signifie <i>faiseurs de
+housseaux</i>. Il y a un rapprochement &agrave; faire entre cette
+supposition et, d'une part, les conjectures de M. Campeaux
+relativement &agrave; la profession du p&egrave;re de Villon;
+d'autre part, l'affirmation tr&egrave;s-nette de la
+onzi&egrave;me des pi&egrave;ces attribu&eacute;es &agrave;
+Villon, que je publie, <a href="#p139">p. 139.</a> &laquo;...Mon
+p&egrave;re est cordouennier.&raquo; Malheureusement ce rondeau
+n'est pas plus certainement de Villon que la <i>Ballade des
+povres housseurs</i>.</p>
+<p><a href="#p120">P. 120.</a> <i>Probl&egrave;me ou Ballade</i>.
+Publi&eacute; pour la premi&egrave;re fois par Prompsault. En
+manuscrit dans La Monnoye.</p>
+<p><a href="#p121">P. 121.</a> <i>Ballade contre les mesdisans de
+la France</i>. Prompsault a cru publier cette pi&egrave;ce pour
+la premi&egrave;re fois; mais il en existe une &eacute;dition en
+caract&egrave;res gothiques, reproduite par M. A. de Montaiglon
+dans les <i>Anciennes Po&eacute;sies fran&ccedil;oises</i>, t. V,
+p. 320, qui m'a fourni de bonnes variantes. La Monnoye la
+connaissait. Elle existe en manuscrit dans son exemplaire
+annot&eacute;, avec le titre qu'elle porte ici.</p>
+<p><a href="#p124">P. 124.</a> <i>Le Jargon ou Jobelin</i>. Tous
+les &eacute;diteurs de Villon ont recul&eacute; devant
+l'explication de ces ballades en argot. Je suis leur exemple;
+mais cela ne doit pas d&eacute;courager ceux qui voudraient
+tenter l'entreprise. En recueillant avec soin toutes les
+variantes des anciennes &eacute;ditions, en rapprochant les
+ballades de Villon des monuments assez nombreux de ce langage qui
+nous restent du XVe si&egrave;cle et du commencement du XVIe, on
+arriverait probablement &agrave; quelque chose de
+satisfaisant.</p>
+<p><a href="#p133">P. 133.</a> <i>Po&eacute;sies
+attribu&eacute;es &agrave; Villon</i>. J'ai choisi ce titre
+&agrave; cause de son &eacute;lasticit&eacute;. Je ne suis pas
+convaincu que ces pi&egrave;ces soient de notre po&euml;te; mais
+je n'ai pas voulu, en les donnant comme &eacute;manant de ses
+disciples, lui faire tort de celles qui peuvent lui
+appartenir.</p>
+<p><a href="#p133">P. 133</a>-143. Dix-sept pi&egrave;ces
+choisies parmi celles que M. Campeaux a tir&eacute;es du
+<i>Jardin de plaisance</i>. On ne peut, lire son travail sans
+&ecirc;tre tent&eacute; d'admettre que plusieurs de ces
+pi&egrave;ces sont r&eacute;ellement de Villon.</p>
+<p><a href="#p144">P. 144</a>-146. Les ballades XVIII, XIX et XX
+ont &eacute;t&eacute; r&eacute;unies pour la premi&egrave;re fois
+aux oeuvres de Villon dans l'&eacute;dition de 1723. Je ne crois
+pas qu'elles soient de lui.</p>
+<p><a href="#p147">P. 147.</a> <i>Ballade joyeuse des
+taverniers</i>. Cette pi&egrave;ce se trouve dans toutes les
+&eacute;ditions de <i>la Chasse et le D&eacute;part d'Amours,</i>
+d'Octavien de Saint-Gelais, dont la premi&egrave;re est de 1509.
+Je dois cette indication &agrave; mon ami M. Louis Moland.</p>
+<p><a href="#p150">P. 150.</a> <i>Monologue du franc archier de
+Baignollet</i>. R&eacute;uni pour la premi&egrave;re fois aux
+oeuvres de Villon en 1532, dans une &eacute;dition de Galiot du
+Pr&eacute;. Il existe de ce monologue une &eacute;dition
+gothique, format d'agenda, qui a &eacute;t&eacute; reproduite
+dans l'<i>Ancien th&eacute;&acirc;tre fran&ccedil;ois</i>, t. II,
+p. 326. J'en ai tir&eacute; quelques variantes.</p>
+<p><a href="#p164">P. 164.</a> <i>Dialogue de messieurs de
+Mallepaye et de Baillevent</i>. De m&ecirc;me que le <i>Monologue
+du franc archer</i>, cette pi&egrave;ce fut r&eacute;unie pour la
+premi&egrave;re fois aux oeuvres de Villon dans l'&eacute;dition
+de Galiot du Pr&eacute;, 1532. Elle est &eacute;crite, comme l'a
+remarqu&eacute; le premier M. A. de Montaiglon, &laquo;en
+strophes de six vers sur deux rimes, qui s'encha&icirc;nent de
+telle fa&ccedil;on que la rime plac&eacute;e dans une strophe au
+troisi&egrave;me et au sixi&egrave;me vers se
+r&eacute;p&egrave;te, dans la strophe suivante, aux quatre autres
+vers, c'est-&agrave;-dire au premier, au second, au
+quatri&egrave;me et au cinqui&egrave;me.&raquo; Je l'ai
+divis&eacute;e selon ces indications, et l'on conviendra qu'elle
+y a beaucoup gagn&eacute;.</p>
+<p>Deux strophes sont incompl&egrave;tes, l'une d'un vers, <a
+href="#p172">p. 172,</a> et l'autre de deux, <a href="#p177">p.
+177.</a></p>
+<p><a href="#p178">P. 178.</a> <i>Les Repeues franches</i>. Ce
+recueil fut imprim&eacute; plusieurs fois dans le XVe
+si&egrave;cle et la premi&egrave;re moiti&eacute; du XVIe. Il
+n'est pas de Villon; mais le po&euml;te y joue un tel r&ocirc;le
+qu'on ne peut se dispenser de le joindre &agrave; ses oeuvres, ce
+qu'on fait, du reste, depuis plus de trois cents ans. Il est
+&eacute;crit presque tout entier en strophes de huit vers, ce que
+les pr&eacute;c&eacute;dents &eacute;diteurs n'avaient pas assez
+remarqu&eacute;, comme l'a dit M. A. de Montaiglon. Il y a vers
+la fin quelques strophes que je n'ai pu compl&eacute;ter, bien
+que j'aie consult&eacute; plusieurs &eacute;ditions anciennes, y
+compris celle de Jean Trepperel, que je crois la
+premi&egrave;re.</p>
+<p><a href="#p187">P. 187.</a> <i>La Mani&egrave;re d'avoir du
+poisson</i>. Le moyen employ&eacute; par Villon pour se
+d&eacute;barrasser du <i>porte-pannier</i> rappelle le fabliau
+des <i>Trois Avugles de Compiengne</i>, par Cortebarbe. Voir
+aussi les <i>Aventures de Til Ulespi&egrave;gle</i>, chap. LXXI
+(<i>Nouvelle collection Jannet</i>); <i>Morlini</i>, nouv. XIII;
+les <i>Fac&eacute;tieuses Nuits de Straparole</i>, &eacute;dition
+Jannet, <i>Paris</i>, 1857, t. Ier, p. liv.</p>
+<p><a href="#p190">P. 190.</a> <i>La Mani&egrave;re d'avoir des
+trippes</i>. Voir un exp&eacute;dient analogue dans les
+<i>Aventures de Til Ulespi&egrave;gle</i>, &eacute;dition
+cit&eacute;e, chap. LXXII.</p>
+<p><a href="#p191">P. 191.</a> <i>La Mani&egrave;re d'avoir du
+pain</i>. Imit&eacute; par l'auteur des <i>Aventures de Til
+Ulespi&egrave;gle</i>, chap. VI.</p>
+<p><a href="#p192">P. 192.</a> <i>La Mani&egrave;re d'avoir du
+vin</i>. Se retrouve dans <i>Til Ulespi&egrave;gle</i>, chap.
+LVII.</p>
+<p><a href="#p206">P. 206.</a> <i>La Repeue franche du
+Souffreteux</i>. Imit&eacute; par l'auteur de <i>Til
+Ulespi&egrave;gle</i>, chap. LXI, et par Bonaventure Des
+P&eacute;riers. Voy. l'&eacute;dition de M. Louis Lacour, 1856.
+In-16, p. 122.</p>
+<br>
+<br>
+<br>
+ <a name="p227"></a><span class="pagenum">P. 227</span>
+<h2>GLOSSAIRE-INDEX.</h2>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; A
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>A</i>, avec. <a href="#p034">P. 34,</a> v. 18; <a href=
+"#p158">p. 158,</a> v. 12.</p>
+<p><i>A coup</i>, vite, tout de suite.</p>
+<p><i>A tout</i>, avec.</p>
+<p><i>Abandonn&eacute;</i>, lib&eacute;ral, prodigue. <a href=
+"#p172">172.</a></p>
+<p><i>Abayer</i>, aboyer.</p>
+<p><i>Aboluz,</i> absolu, absous. <a href="#p055">55.</a></p>
+<p><i>Aboy</i> (en), aux abois,
+abaiss&eacute;.&mdash;&laquo;Trois poulx rampans en aboy&raquo;,
+c'est-&agrave;-dire descendant le long de la chemise, telles sont
+les armoiries que le seigneur de Mallepaye assigne &agrave; son
+ami Baillevent, <a href="#p168">P. 168.</a></p>
+<p>ABSALON, <a href="#p121">121,</a> <a href="#p122">122.</a></p>
+<p><i>Absoluz, absolz</i>, absous.</p>
+<p><i>Abusion</i>, peine inutile, fait de quelqu'un qui s'abuse.
+(<a href="#p035">P. 35,</a> v. 2.)</p>
+<p><i>Acabit</i>, accident (?). <a href="#p175">175.</a></p>
+<p><i>Accoll&egrave;e, acoll&eacute;e</i>, accolade.</p>
+<p><i>Accouter</i>, appuyer, accoter. <a href="#p047">47,</a> <a
+href="#p136">136.</a></p>
+<p><i>Acherin</i>, ac&eacute;r&eacute;, d'acier.</p>
+<p><i>Achoison, achoyson</i>, occasion, feinte, ruse.</p>
+<p><i>Acongnoistre</i>, conna&icirc;tre. <a href=
+"#p195">195.</a></p>
+<p><i>Accueillir</i>, tenir. <a href="#p145">145.</a></p>
+<p><i>Acquester</i>, acqu&eacute;rir.</p>
+<p><i>Acreuz</i>, acquis, augment&eacute;s. <a href=
+"#p165">165.</a></p>
+<p><i>Acteur</i> (l'), l'auteur. <a href="#p182">182.</a></p>
+<p><i>Adextre</i>, adroit, habile.</p>
+<p><i>Adirer</i>, absenter, supprimer. <a href=
+"#p135">135.</a></p>
+<p><i>Admenez</i> (en) (?), <a href="#p038">P. 38,</a> v. 25.</p>
+<p><i>Adonc, adoncques</i>, alors.</p>
+<p><i>Advantaige</i>, voy. <i>avantaige</i>.</p>
+<p><i>Affier</i>, assurer, certifier.</p>
+<p><i>Affiques</i>, affiquets. <a href="#p185">185.</a></p>
+<p><i>Affoler</i>, blesser. <a href="#p152">152.</a></p>
+<p><i>Affuyt</i>, suit.</p>
+<p><i>Aguet (aller d')</i>, marcher avec pr&eacute;caution et
+sans bruit, c'est ce que faisaient sans doute les soldats de
+police &agrave; pied dont parle Villon, <a href="#p013">p.
+13,</a> v. 21.</p>
+<p><i>Aherdre</i>, <a href="#p052">p. 52,</a> se trouve dans
+Cotgrave avec le sens de toucher, prendre.</p>
+<p><i>Ahonti</i>, d&eacute;shonore, couvert de honte. <a href=
+"#p142">142.</a></p>
+<p><i>Aid</i>, aide, assiste &laquo;Ainsi m'aid Dieux!&raquo; <a
+href="#p026">P. 26,</a> v. 6.</p>
+<p><i>Aignel</i>, agneau. <a href="#p107">107.</a></p>
+<p><i>Ain&ccedil;oys</i>, avant.</p>
+<p><i>Ains</i>, avant.</p>
+<p><i>Aist</i>, aide. &laquo;Ainsi m'aist Dieux!&raquo; <a href=
+"#p107">107.</a></p>
+<p><i>Aiz</i>, planche. <a href="#p084">84.</a></p>
+<p>ALEN&Ccedil;ON. <a href="#p151">151.</a> Cette ville fut prise
+et reprise plusieurs fois par les Anglais et les Fran&ccedil;ais
+pendant les guerres du XVe si&egrave;cle. C'est en 1448 que
+Charles VII l'assi&eacute;gea pour la derni&egrave;re fois; il
+s'en empara, ainsi que de toutes les autres places fortes de la
+Normandie. (P. L.)&mdash;Le bon feu duc d'Alen&ccedil;on dont
+parle Villon (p. 36) serait, selon M. Pr., Jean Ier, tu&eacute;
+&agrave; la bataille d'Azincourt, en 1415.</p>
+<p>ALEXANDRE, <a href="#p026">p. 26.</a> Cette anecdote
+d'Alexandre et du pirare Diom&eacute;d&egrave;s est, suivant
+Formey, rapport&eacute;e par Cic&eacute;ron, dans un fragment du
+trait&eacute; <i>De Republica</i>, liv. III, que nous a
+conserv&eacute; Nonius Marcellus. Le nom du pirare ne s'y trouve
+pas. Voy. <a href="#p121">121.</a></p>
+<p>ALLEMANSES, allemandes, <a href="#p080">80.</a></p>
+<p><i>Alleure</i> (<i>bonne</i>), promptement.</p>
+<p>ALLYS (<a href="#p034">p. 34,</a> v. 19), Alix de Champagne,
+mari&eacute;e en 1160 &agrave; Louis le Jeune, roi de France, et
+morte en 1216. (Pr.)</p>
+<p><i>Alouer</i> (<i>s'</i>), s'attacher, se d&eacute;vouer. <a
+href="#p108">108.</a></p>
+<p>ALPHASAR, <a href="#p121">p. 121.</a> Arphaxad, roi des
+M&egrave;des.</p>
+<p>ALPHONSE, <i>le roy d'Aragon</i>. Alphonse V, dit le Sage,
+mort en 1458.</p>
+<p><i>Amant</i>, <a href="#p165">165,</a> amendement.</p>
+<p><i>Amathiste</i>, am&eacute;thyste. <a href=
+"#p035">35.</a></p>
+<p><i>Ambagoys</i>, ambages, finesses. <a href=
+"#p192">192.</a></p>
+<p><i>Ambesas</i>, doubleas. <a href="#p048">P. 48.</a></p>
+<p><i>Ame&ccedil;ons</i>, hame&ccedil;ons. Employ&eacute; au
+figur&eacute;, <a href="#p185">p. 185.</a></p>
+<p>AMIRAL (l'), <a href="#p152">p. 152.</a> M. P. L. suppose que
+c'est Pr&eacute;gent, seigneur de Coetivy et de Retz,
+cr&eacute;&eacute; amiral en 1439, et tu&eacute; en 1450, au
+si&egrave;ge de Cherbourg.</p>
+<p>AMMON, fils de David. Plaisant r&eacute;cit de son amour pour
+sa soeur Thamar. (<a href="#p046">P. 46,</a> v. 15.)</p>
+<p><i>Amoureux</i>, agr&eacute;able, bon. <a href=
+"#p195">195,</a> v. 1.</p>
+<p><i>Amys</i>, amicts. <a href="#p036">36.</a></p>
+<p><i>Ance</i>, anse. <a href="#p015">15.</a></p>
+<p>ANCENYS, <a href="#p151">151.</a></p>
+<p><i>An&ccedil;oys</i>, avant.</p>
+<p><i>Ancre</i>, encre.</p>
+<p><i>Andoilles</i>, andouilles. <a href="#p064">64.</a></p>
+<p><i>Ange, Angelot</i>, (<a href="#p070">p. 70</a>),
+&eacute;taient des monnaies d'or. Deux <i>angelots</i> valaient
+un grand <i>ange</i>. Villon veut que le jeune merle agisse
+consciencieusement, ce qui n'&eacute;tait sans doute pas dans ses
+habitudes. (Pr.)</p>
+<p>ANGELOT L'HERBIER (l'herboriste), <a href="#p085">85.</a></p>
+<p>ANGIERS, <a href="#p009">9.</a> Le <i>Lyon d'Angiers</i> (153)
+&eacute;tait sans doute l'enseigne d'une h&ocirc;tellerie.</p>
+<p>ANGLAIS, <a href="#p151">p. 151.</a></p>
+<p>ANGLESCHES, anglaises, <a href="#p081">p.81,</a> v. 3.</p>
+<p><i>Angoisseux</i>, plein d'angoisse.</p>
+<p>ANGOULEVENT, <a href="#p176">p. 176.</a> Un Prince des Sots
+nomm&eacute; Angoulevent vivait &agrave; la fin du XVIe
+si&egrave;cle et se fit conna&icirc;tre par un proc&egrave;s
+qu'il soutint pour d&eacute;fendre les privil&egrave;ges de sa
+principaut&eacute;. Mais ce passage prouve que le nom
+d'Angoulevent &eacute;tait g&eacute;n&eacute;rique parmi les
+gueux et les aventuriers d&egrave;s le XVe si&egrave;cle. (P.
+L.)</p>
+<p>ANJOU, <a href="#p157">157.</a></p>
+<p><i>Antan</i>, l'an pass&eacute;.</p>
+<p><i>Ante</i>, tante. <a href="#p082">82.</a></p>
+<p><i>Apasteler</i>, nourrir.</p>
+<p><i>Apostoles</i>, pape (<a href="#p036">p. 36</a>), et, par
+extension, &eacute;v&ecirc;que, et peut-&ecirc;tre
+pr&ecirc;tre.</p>
+<p><i>Appaillardir</i>, appauvrir, mettre sur la paille <a href=
+"#p172">172.</a></p>
+<p><i>Appeau</i>, appel. <a href="#p197">197.</a></p>
+<p><i>Appoinct</i>, &agrave; point. <a href="#p073">73.</a></p>
+<p><i>Appoint&eacute;</i>, convenu.</p>
+<p><i>Appoinctement</i>, accord.</p>
+<p><i>Aprins</i>, appris.</p>
+<p><i>Arain</i>, airain, cuivre. <a href="#p048">48</a></p>
+<p><i>Arbrynceaux</i>, arbrisseaux.</p>
+<p>ARCHIPIADA, <a href="#p034">34,</a> vraisemblablement
+Archippa, l'amante de Sophocle. Pr.)</p>
+<p>ARCHITRICLIN (<a href="#p069">p. 69</a>). Le ma&icirc;tre
+d'h&ocirc;tel des noces de Cana, qui conseilla de boire le bon
+vin le premier.</p>
+<p><i>Ardiz</i>, br&ucirc;lai. <a href="#p121">121,</a> v. 2.</p>
+<p><i>Ardre</i>, br&ucirc;ler.</p>
+<p><i>Argeutis</i>, arguties. <a href="#p018">18.</a></p>
+<p>ARISTOTE, <a href="#p018">18</a>, <a href="#p025">25.</a></p>
+<p><i>Armarie (montrer l')</i>, p. <a href="#p146">146,</a>
+para&icirc;tre arm&eacute; dans un tournoi. (P. L)</p>
+<p><i>Arquemie</i>, alchimie. &laquo;Faire l'arquemie aux
+dens&raquo; (p. <a href="#p182">182</a> et <a href=
+"#p186">186</a>), c'est vivre de vent, n'avoir rien &agrave;
+manger.</p>
+<p><i>Arraisonner</i>, interroger.</p>
+<p><i>Arrons</i>, aurons.</p>
+<p><i>Ars</i>&gt; br&ucirc;l&eacute;. <a href="#p017">17.</a></p>
+<p><i>Arsure</i>. br&ucirc;lure. <a href="#p076">76.</a></p>
+<p><i>Art de la pinse et du croc</i>, l'art des voleurs. <a href=
+"#p002">P. 2.</a></p>
+<p><i>Art de m&eacute;moire</i>, <a href="#p011">11.</a>
+Probablement l'<i>Ars memorativa</i>, ouvrage didactique souvent
+r&eacute;imprim&eacute; au XVe s. avec des figures
+singuli&egrave;res. (P. L.)</p>
+<p>ARTUS, <i>le duc de Bretaigne</i> (<a href="#p035">p. 35,</a>
+v. 10) est Artus III, le Justicier, mort en 1458.</p>
+<p><i>As&ccedil;avoir-mon</i>, c'est &agrave; savoir.</p>
+<p>ASNE ROUGE, <a href="#p060">60.</a> Est-ce une enseigne?</p>
+<p><i>Assier</i>, acier. <a href="#p009">9.</a></p>
+<p><i>Assouvir</i>, calmer, satisfaire, accomplir. <a href=
+"#p029">29,</a> <a href="#p089">89,</a> <a href="#p090">90</a>,
+<a href="#p094">94,</a> <a href="#p110">110.</a></p>
+<p><i>Atout</i>, avec.</p>
+<p><i>Attaine</i>, III. Atteigne, blesse. (P. L.)</p>
+<p><i>Attaint&eacute;e</i>, <a href="#p078">78,</a> bien
+par&eacute;e (Pr.),-fard&eacute;e (P. L.).</p>
+<p><i>Attendue</i>, attente, retard.</p>
+<p><i>Attente</i>, intention. <a href="#p049">49.</a></p>
+<p><i>Aubade</i>, peur. <a href="#p199">199.</a></p>
+<p><i>Aucun, aucune</i>, quelque. <a href="#p030">30,</a> <a
+href="#p120">120.</a></p>
+<p><i>Aucunement</i>, en quelque fa&ccedil;on.</p>
+<p><i>Auditeux</i>, auditeurs.</p>
+<p>AUGER LE DANOIS, <a href="#p091">91.</a></p>
+<p><i>Aulmoire</i>, armoire.</p>
+<p>AULNIS (vin d'), <a href="#p060">60.</a></p>
+<p>AUSSIGNY (<i>Thibault d'</i>), <a href="#p021">21.</a></p>
+<p>AUVERGNE (<a href="#p036">p. 36</a>). Le dernier Dauphin de la
+branche h&eacute;r&eacute;ditaire fut Beraud III, qui mourut en
+1428. (P. L.)</p>
+<p><i>Avaller</i>, descendre, pr&eacute;cipiter en bas.</p>
+<p><i>Avantage (vivre d')</i>, vivre aux d&eacute;pens d'autrui.
+<a href="#p206">206,</a> <a href="#p208">208,</a> etc.</p>
+<p><i>Avenir</i>, advenir.</p>
+<p>AVERROYS, Averrho&egrave;s. <a href="#p025">25.</a></p>
+<p><i>Avoy&eacute;</i>, en voie, bien venu. <a href=
+"#p196">196.</a></p>
+<p><i>Ayser (s')</i>, se mettre &agrave; son aise, se servir
+librement. P. <a href="#p078">78,</a> v. 21.</p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; B
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p>BABYLOINE, Babylone. <a href="#p079">79.</a></p>
+<p><i>Bachelette</i>, jeune fille. <a href="#p047">47.</a></p>
+<p><i>Bachelier</i>, jeune galant, amoureux. <a href=
+"#p047">47.</a></p>
+<p><i>Bague</i>, bagage, arme.</p>
+<p>BAIGNEUX, <a href="#p193">193</a></p>
+<p>BAIGNOLET, <a href="#p150">150.</a></p>
+<p><i>Bailler</i>, donner.</p>
+<p>BAILLY, <a href="#p003">3.</a></p>
+<p><i>Bandon (&agrave;),</i> &agrave; l'abandon.</p>
+<p><i>Barat</i>, tromperie.</p>
+<p><i>Barbiers</i>, &eacute;taient les chirurgiens du temps. <a
+href="#p077">77.</a></p>
+<p><i>Barguigner</i>, marchander, h&eacute;siter.</p>
+<p><i>Barre</i> (<a href="#p063">p 63</a>), pi&egrave;ce du
+blason qui indique la b&acirc;tardise. Au lieu de cela, Villon
+donne au b&acirc;tard de La Barre trois d&eacute;s pip&eacute;s
+pour mettre dans son &eacute;cusson.</p>
+<p>BASANYER, <a href="#p074">74.</a></p>
+<p><i>Bas mestier</i>, acte amoureux.</p>
+<p><i>Baston</i>, <a href="#p156">156.</a> Nom des armes
+portatives en g&eacute;n&eacute;ral. On a dit plus tard
+&laquo;baston &agrave; feu&raquo;.</p>
+<p><i>Batture</i>, action de battre. <a href="#p071">71,</a> <a
+href="#p115">115.</a></p>
+<p>BAULDE (<i>fr&egrave;re</i>). <a href="#p067">67.</a></p>
+<p><i>Baulde</i>, r&eacute;jouie. <a href="#p067">67.</a></p>
+<p><i>Bauldray</i>, donnerai.</p>
+<p><i>Bave</i>, bavardage. <a href="#p180">180.</a></p>
+<p><i>Baver</i>, bavarder.</p>
+<p><i>Baverie</i>, bavardage, vaines promesses.</p>
+<p>Baye, ouverte. <a href="#p165">165.</a></p>
+<p>BEAULNE. <a href="#p193">193,</a> <a href="#p207">207.</a></p>
+<p><i>Beffray</i>, beffroi.</p>
+<p>B&Eacute;GUINES, <a href="#p066">66.</a></p>
+<p><i>B&eacute;jaulne</i>, niais. <a href="#p193">193.</a></p>
+<p><i>Belin</i>, mouton. <a href="#p070">70.</a></p>
+<p>BELLEFAYE (<i>Martin</i>), p. <a href="#p096">96,</a> &agrave;
+qui Villon donne le titre de lieutenant criminel, &eacute;tait
+conseiller au Parlement de Paris.</p>
+<p>BELLET, <a href="#p118">118.</a></p>
+<p><i>Benoist</i>, b&eacute;ni.</p>
+<p><i>Benoistier</i>, b&eacute;nitier.</p>
+<p><i>Bergeronnette</i>, chanson rustique. <a href=
+"#p091">91.</a></p>
+<p><i>Berlan</i>, brelan. <a href="#p087">87.</a></p>
+<p>BERTHE <i>au grand pied</i> (<a href="#p034">p. 34,</a> v. 19)
+fut m&egrave;re de Charlemagne.</p>
+<p><i>Besongner</i>, travailler. <a href="#p118">118.</a></p>
+<p><i>Besongnettes</i>, affaires d'amour.</p>
+<p><i>Betourner</i>, dompter, abattre. <a href=
+"#p108">108.</a></p>
+<p><i>Bi&egrave;re</i> (en), mort, enseveli.</p>
+<p>BIETRIS (<a href="#p034">p. 34,</a> v. 19), B&eacute;atrix de
+Provence, mari&eacute;e &agrave; Charles de France, fils de Louis
+VIII. (Pr.)</p>
+<p>BIETRIX, <a href="#p118">118.</a></p>
+<p><i>Billart</i>, b&acirc;ton recourb&eacute; avec lequel on
+jouait &agrave; la crosse.</p>
+<p>BILLY (<i>la tour de</i>), <a href="#p073">73.</a></p>
+<p><i>Bisag&uuml;e</i>, besaigu&euml;.</p>
+<p><i>Bise</i>, brune. <a href="#p079">79.</a></p>
+<p><i>Blanc</i>, <a href="#p015">15,</a> <a href="#p048">48,</a>
+monnaie d'argent qui, du temps de Villon, valait douze
+deniers.</p>
+<p>BLANCHE. Prompsault dit que la reine Blanche dont il est
+question <a href="#p034">p. 34,</a> v. 17, &eacute;tait Blanche
+de Bourbon, mari&eacute;e en 1352 &agrave; Pierre le Cruel. M. P.
+L. pense qu'il s'agit plut&ocirc;t de Blanche de Castille,
+m&egrave;re de saint Louis.</p>
+<p>BLANCHE LA SAVETI&Egrave;RE, <a href="#p042">42.</a></p>
+<p><i>Blason</i>, conversation, beau parler. <a href=
+"#p189">189,</a> <a href="#p196">196.</a></p>
+<p><i>Blasonner</i>, vanter, bavarder, se moquer. <a href=
+"#p201">201,</a> <a href="#p206">206.</a></p>
+<p><i>Bloquer</i>, donner de l'argent. <a href=
+"#p175">175.</a></p>
+<p>BOESMES, <a href="#p118">p. 118.</a> &laquo;La faute des
+Boesmes&raquo;, c'&eacute;tait l'h&eacute;r&eacute;sie des
+Boh&eacute;miens, sectateurs de Jean Hus et de
+J&eacute;r&ocirc;me de Prague.</p>
+<p><i>Boillon</i>, <a href="#p054">p. 54.</a> Le <i>boullon</i>
+ou <i>bouillon</i> est l'endroit de la rivi&egrave;re o&ugrave;
+l'eau forme un tournant. On dit encore, dans le langage trivial,
+<i>boire un bouillon</i>, c'est &agrave; dire: courir le risque
+d'&ecirc;tre englouti dans une mauvaise affaire. (P. L.)</p>
+<p><i>Boiture</i>, boisson <a href="#p052">52.</a></p>
+<p><i>Bonne</i>. &laquo;Cy suspendy et cy mis bonne&raquo;, <a
+href="#p017">p.17.</a> Prompsault interpr&egrave;te <i>bonne</i>
+par <i>borne</i>. M P. Lacroix suppose que cette expression
+&eacute;quivaut &agrave; <i>mettre en panne</i>.</p>
+<p><i>Bonne alleure</i>, promptement.</p>
+<p><i>Bordeaulx</i>, lieux de prostitution. <a href=
+"#p077">77.</a></p>
+<p><i>Bort</i>, bordure. <a href="#p136">136.</a></p>
+<p><i>Bouff&eacute;</i>, souffl&eacute;, emport&eacute; par un
+souffle. (<a href="#p036">P. 36,</a> v. 19.)</p>
+<p><i>Bouges</i>, chausses, culottes.</p>
+<p><i>Bouhourder</i>, lutter &agrave; armes courtoises. <a href=
+"#p119">119.</a></p>
+<p><i>Boullon</i>, bouillon, tourbillon.</p>
+<p><i>Boulluz</i>, bouillis. <a href="#p056">56.</a></p>
+<p>BOULOGNE, <a href="#p009">9.</a></p>
+<p>BOURBON. Le gracieux duc de Bourbon (<a href="#p055">p. 55</a>
+v. 9) est Jean Ier, mort en 1456. Voy. <a href="#p115">p.
+115,</a> et <i>notes</i>.</p>
+<p><i>Bourde</i>, mensonge, <a href="#p111">111.</a></p>
+<p><i>Bourder</i>, mentir.</p>
+<p>BOURG-LA-ROYNE, <a href="#p065">65.</a></p>
+<p>BOURGES, <a href="#p068">68,</a> <a href="#p076">76.</a></p>
+<p>BOURGUIGNON (Pierre), <a href="#p060">60.</a></p>
+<p>BOURGUYGNONS. <a href="#p171">171.</a></p>
+<p><i>Bourreletz</i>, sorte de coiffure. <a href=
+"#p033">33.</a></p>
+<p><i>Bourse</i>. &laquo;Les bourses des dix-et-huit clers&raquo;
+(<a href="#p072">p. 72</a>). Le coll&egrave;ge des
+<i>Dix-huit</i>, o&ugrave; l'on recevait les &eacute;tudiants
+trop pauvres pour pourvoir &agrave; leurs besoins, &eacute;tait
+situ&eacute;, suivant M. P. L, devant le coll&egrave;ge de
+Clugny, sur l'emplacement actuel de l'&eacute;glise de la
+Sorbonne.</p>
+<p><i>Bouter</i>, mettre. <a href="#p146">146,</a> <a href=
+"#p148">148,</a> <a href="#p193">193.</a>&mdash;frapper, pousser.
+<a href="#p161">161.</a> <i>Bouter soubz le nez</i>, <a href=
+"#p037">p.37,</a> manger et boire.</p>
+<p><i>Boyser</i>, travailler le bois. <a href="#p064">64.</a></p>
+<p><i>Bracquemart</i>, &eacute;p&eacute;e courte et large.</p>
+<p><i>Braire</i>, crier. <a href="#p198">198.</a></p>
+<p><i>Brairie</i>, cris. <a href="#p152">152.</a></p>
+<p><i>Branc</i>, sorte d'&eacute;p&eacute;e.</p>
+<p><i>Brayes,</i> chausses, culottes.</p>
+<p><i>Brelare Bigod</i> (<a href="#p082">p. 82</a>), sorte de
+juron en allemand corrompu: <i>Verloren, bey Gott!</i></p>
+<p>BREAAOIRE, Bressuire. <a href="#p052">52.</a></p>
+<p>BRETAIGNE, <a href="#p062">62.</a></p>
+<p>BRETONS, <a href="#p153">153,</a> <a href="#p154">154,</a> <a
+href="#p157">157.</a></p>
+<p><i>Brettes</i>, Bretonnes. <a href="#p080">80.</a></p>
+<p><i>Brief</i>, bri&egrave;vement. <a href="#p196">196.</a></p>
+<p><i>Broiller</i>, <a href="#p087">p. 87</a> M. P. L. dit que
+cela signifiait jouer des <i>imbroglios</i>, des sc&egrave;nes
+comiques.</p>
+<p><i>Broillerie</i>, d&eacute;sordre.</p>
+<p><i>Broises, brossillons</i>, broussailles. <a href=
+"#p099">99.</a></p>
+<p><i>Brouaille</i>, <a href="#p148">148,</a> me para&icirc;t
+synonyme de <i>brodier, broudier</i>, anus.</p>
+<p><i>Brouillez</i>, en d&eacute;sordre, embrouill&eacute;s. <a
+href="#p002">2</a></p>
+<p><i>Broust</i>, nourriture, subsistance. <a href=
+"#p174">174.</a></p>
+<p><i>Brouter</i>, manger. <a href="#p063">63.</a></p>
+<p>BROYER &agrave; moustarde, mortier. <a href=
+"#p017">17.</a></p>
+<p>BRUCIENNES, Prussiennes. <a href="#p080">80.</a></p>
+<p>BRUNBAU (<i>Philip</i>), <a href="#p097">97.</a></p>
+<p><i>Bruire</i>, faire du bruit.</p>
+<p><i>Bruit, bruyt</i>, renomm&eacute;e, r&eacute;putation <a
+href="#p009">9,</a> <a href="#p176">176.</a></p>
+<p>BRUY&Egrave;RES (Mlle de), <a href="#p079">79.</a></p>
+<p>BUEIL, <a href="#p152">p. 152.</a> Selon M. P. L., c'est Jean
+de Beuil, comte de Sanceire, qui succ&eacute;da comme amiral
+&agrave; Pr&eacute;gent de Co&euml;tivy.</p>
+<p><i>Buffe</i>, soufflet. <a href="#p194">194.</a></p>
+<p><i>Bulle (Carmeliste)</i>, <a href="#p010">10</a> Voy.
+D&Eacute;CRET. Les porteurs de bulles (<a href="#p087">p. 87</a>)
+&eacute;taient des eccl&eacute;siastiques ou des officiers du
+Saint-Si&egrave;ge, qui venaient qu&ecirc;ter et vendre des
+indulgences au nom du pape dans les pays catholiques. Mais ils ne
+pouvaient plus &ecirc;tre admis en France sans un ordre du roi;
+les privil&egrave;ges de l'&Eacute;glise gallicane ou de la
+Pragmatique-Sanction s'opposaient &agrave; ces collectes papales,
+qui avaient tant appauvri la chr&eacute;tient&eacute; an moyen
+&acirc;ge. (P.L.)</p>
+<p><i>Bureaux</i>, v&ecirc;tements de bure. <a href=
+"#p032">32.</a></p>
+<p>BURIDAN, <a href="#p034">34.</a> C'&eacute;tait une tradition
+bien &eacute;tablie parmi les &eacute;coliers de
+l'Universit&eacute; de Paris, qu'une reine de France avoit fait
+de la Tour de Nesle, situ&eacute;e au bas de la Seine, sur
+l'emplacement du palais de l'Institut, le th&eacute;&acirc;tre de
+ses d&eacute;bauches nocturnes. Elle attirait chez elle tous les
+passants, et surtout les &eacute;coliers, qui lui plaisaient;
+puis, son caprice satisfait, elle les faisait tuer et jeter dans
+la rivi&egrave;re. Buridan eut le bonheur d'&eacute;chapper
+&agrave; la mort, et il inventa ce fameux sophisme, qui devait
+&ecirc;tre sa vengeance et sa justification: &laquo;Il est permis
+de tuer une reine si c'est n&eacute;cessaire.&raquo; Villon est
+le plus ancien auteur qui ait parl&eacute; de cette tradition.
+Gaguin, dans son <i>Compendium</i> des Annales de France, l'a
+rapport&eacute;e ensuite avec plus de d&eacute;tail. Quoi qu'il
+en soit, les trois brus de Philippe le Bel furent accus&eacute;es
+d'adult&egrave;re, et l'une d'elles, Marguerite de Bourgogne,
+femme de Louis le Hutin, fut &eacute;trangl&eacute;e dans sa
+prison, en 1314, par ordre du roi. Quant &agrave; Buridan, il
+devint un des plus c&eacute;l&egrave;bres professeurs de
+l'Universit&eacute; de Paris, et fut exil&eacute; de France comme
+disciple d'Ockan. Il se retira en Autriche, o&ugrave; il continua
+de professer la philosophie nominaliste. (P. L.)</p>
+<p><i>Butor</i>, <a href="#p122">p. 122.</a> Esp&egrave;ce de
+h&eacute;ron, oiseau aquatique. On croyait au moyen &acirc;ge
+qu'il restait enfoui dans la vase, au fond de l'eau, durant
+l'hiver. (P. L.)</p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; C
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>Caquetoeres</i>, caqueteuses, bavardes. <a href=
+"#p080">80.</a></p>
+<p><i>Cad&egrave;s</i>, juge, cadi. <a href="#p026">26.</a></p>
+<p><i>Caige-vert</i>, <a href="#p067">67.</a> Pr. suppose que
+c'&eacute;tait un nom donn&eacute; aux filles publiques M. P. L.
+rappelle, &agrave; l'appui de cette opinion, qu'une
+c&eacute;l&egrave;bre maison de d&eacute;bauche, &agrave;
+Toulouse, &eacute;tait appel&eacute;e Ch&acirc;tel-vert.</p>
+<p>CALIXTE (<i>te tiers</i>), <a href="#p035">35.</a> Calixte
+III, &eacute;lu pape le 8 avril 1455, si&eacute;gea trois ans et
+quatre mois. (Pr.)</p>
+<p>CALLAISIENNES, <a href="#p081">8l.</a></p>
+<p><i>Canceler</i>, <a href="#p093">93.</a> Barrer, annuler.
+(Pr). Authentiquer, l&eacute;galiser. (P. L.)</p>
+<p><i>Canettes</i>, canes. Ferrer les oies et les canes (<a href=
+"#p092">p. 92</a>) est quelque chose comme &laquo;mener les
+poules pisser.&raquo;</p>
+<p><i>Capitaine du Pont &agrave; Billon</i>, <a href=
+"#p179">179.</a> Les crocheteurs, gueux et mendiants qui se
+mettaient sur le pont au Change, le nommaient alors le <i>pont
+&agrave; Billon</i>. (Pr.)</p>
+<p><i>Cappel</i>, chapeau. <a href="#p105">105.</a></p>
+<p>CARDON (<i>Jacques</i>), <a href="#p091">91.</a></p>
+<p>CARMES, <a href="#p175">175.</a></p>
+<p>CARMES (<i>l'hostel des</i>), <a href="#p067">67.</a></p>
+<p><i>Carre</i>, dimension. &laquo;Trois detz plombez de bonne
+carre.&raquo; (<a href="#p063">P. 63,</a> v. 27.)</p>
+<p>CARTAIGE, Carthage, <a href="#p120">120.</a></p>
+<p>CARTES <i>&agrave; jouer</i>, <a href="#p063">63.</a></p>
+<p>CASSANDRE, <a href="#p110">110.</a></p>
+<p>CASTELLANES, Castillanes, <a href="#p080">80.</a></p>
+<p>CATON, <a href="#p109">109.</a></p>
+<p><i>Caut</i>, habile, prudent. <a href="#p172">172.</a></p>
+<p><i>Caver</i>, creuser. <a href="#p102">102.</a></p>
+<p><i>Caymant</i>, mendiant. <a href="#p060">60.</a></p>
+<p><i>C&eacute;ans,</i> ici dedans.</p>
+<p><i>Ceau</i>, seau. <a href="#p015">15.</a></p>
+<p>CECILLE, Sicile. <a href="#p074">74.</a></p>
+<p><i>Ceincture</i>, virginit&eacute;. <a href=
+"#p068">68.</a></p>
+<p>CELESTINS, <a href="#p030">30,</a> <a href="#p082">82,</a> <a
+href="#p098">98.</a></p>
+<p><i>Celle</i>, cette. <a href="#p104">104.</a></p>
+<p><i>Cendal</i>, <a href="#p068">68.</a> Etoffe de soie
+orientale, ordinairement rouge. (P. L.)</p>
+<p><i>Ceps</i>, <a href="#p013">13.</a> Fers qu'on mettait aux
+pieds des prisonniers.</p>
+<p>CERBERUS, Cerb&egrave;re, le chien qui garde la porte des
+enfers. <a href="#p046">46.</a></p>
+<p><i>Cervoise</i>, <a href="#p048">48.</a></p>
+<p>C&Eacute;SAR (<i>Jules</i>), <a href="#p120">120.</a></p>
+<p><i>Chaille (ne leur)</i>, qu'ils ne s'en inqui&egrave;tent
+pas. <a href="#p073">P. 73.</a></p>
+<p><i>Chambres, priv&eacute;s</i>. <a href="#p204">204.</a></p>
+<p>CHAMBRE AUX DENIERS, <a href="#p089">89.</a></p>
+<p>CHAMP-TOURC&Eacute;, <a href="#p151">151.</a> Chantoc&eacute;
+ou Champtoc&eacute;, village du d&eacute;partement de
+Maine-et-Loire.</p>
+<p><i>Chandeaux</i>, vers louangeurs (?). <a href=
+"#p112">112.</a></p>
+<p>CHANGON, voy. <i>moutonnier</i>.</p>
+<p><i>Chapeau de laurier</i>, couronne. <a href=
+"#p002">2.</a></p>
+<p>CHAPPELAIN (<i>le</i>), <a href="#p093">p. 93,</a>
+&eacute;tait quelque ami de Villon qui portait ce surnom. Villon
+lui l&egrave;gue sa chapelle &agrave; simple tonsure (<a href=
+"#p093">p. 93,</a> v. 2). Le b&eacute;n&eacute;fice &agrave;
+simple tonsure, selon Pr., &eacute;tait destin&eacute; &agrave;
+des clercs &eacute;tudiants, et n'exigeait pas beaucoup
+d'instruction.</p>
+<p><i>Chappin</i>, savate (?). <a href="#p061">61.</a></p>
+<p>CHARLEMAGNE, <a href="#p035">35.</a></p>
+<p>CHARLES (<i>le grand</i>), Charlemagne. <a href=
+"#p024">24.</a></p>
+<p>CHARLES VII, roi de France, mort en 146l, pendant le
+s&eacute;jour de Villon dans la prison de Meung, p. <a href=
+"#p035">35.</a></p>
+<p>CHARRUAU (<i>Guillaume</i>), <a href="#p061">61.</a></p>
+<p>CHARTIER (<i>Alain</i>), <a href="#p091">91.</a></p>
+<p>CHARTREUX, <a href="#p031">31,</a> <a href="#p082">82,</a> <a
+href="#p098">98.</a></p>
+<p><i>Chascun Poicdenaire</i>, <a href="#p171">171.</a>
+Personnification de tous ceux qui n'ont pas d'argent.</p>
+<p><i>Chastoy</i>, correction, ch&acirc;timent. <a href=
+"#p085">85,</a> <a href="#p142">142.</a></p>
+<p><i>Chat</i> &laquo;qui hayt pescher&raquo;, qui a horreur de
+l'eau. <a href="#p076">P. 76.</a></p>
+<p><i>Chault (il ne m'en)</i>, je m'en moque. <a href=
+"#p056">56,</a> <a href="#p157">157.</a></p>
+<p><i>Chef</i>, t&ecirc;te. <a href="#p094">94.</a></p>
+<p><i>Chenu</i>, vieux, blanchi par l'&acirc;ge. <a href=
+"#p040">40.</a></p>
+<p><i>Cheoir</i>, tomber. <a href="#p111">111.</a></p>
+<p><i>Ch&egrave;re, chi&egrave;re</i>, mine, visage. &mdash;
+<i>Ch&egrave;re lye</i>, <a href="#p187">187,</a> mine
+joyeuse.&mdash;<i>Ch&egrave;re marrie</i>, <a href=
+"#p194">194,</a> air de mauvaise humeur.&mdash;<i>Ch&egrave;re
+mesl&eacute;e</i>, <a href="#p169">169,</a> visage
+renfrogn&eacute;.&mdash;<i>Ch&egrave;re rebourse</i>, mine
+refrogn&eacute;e.</p>
+<p><i>Cherme</i>, charme, <a href="#p058">58.</a></p>
+<p><i>Chet</i>, tombe. <a href="#p117">117.</a></p>
+<p><i>Cheu</i>, tomb&eacute;.</p>
+<p>CHEVAL BLANC, enseigne(?), <a href="#p060">60.</a></p>
+<p>CHEVALIER DU GUET. <a href="#p092">92.</a></p>
+<p><i>Chevance</i>, avoir, argent, capital. <a href=
+"#p028">28,</a> <a href="#p089">89.</a></p>
+<p><i>Chevaulcher</i>, faire l'acte amoureux. <a href=
+"#p016">16.</a></p>
+<p><i>Chevaucheur</i>, celui qui va &agrave; cheval. <a href=
+"#p047">47.</a></p>
+<p><i>Chevir</i>, venir &agrave; bout, se tirer d'affaire. <a
+href="#p184">184.</a></p>
+<p><i>Chi&egrave;re</i>, voy. <i>Ch&egrave;re</i>.</p>
+<p><i>Chiet</i>, tombe.</p>
+<p>CHOLLET, <a href="#p064">64.</a></p>
+<p><i>Chosettes</i>, petites choses, caresses amoureuses.</p>
+<p>CHYPRE. Le roi de Chypre mentionn&eacute; <a href="#p036">p.
+36,</a> v. 17, serait, selon Le Duchat, Pierre de Lusignan, qui
+vivait dans le XIVe si&egrave;cle. Pr. croit qu'il s'agit
+plut&ocirc;t de Guy de Lusignan, mort en 1194.</p>
+<p><i>Cil</i>, celui, <a href="#p095">95,</a> <a href=
+"#p111">111.</a></p>
+<p><i>Clamer</i>, appeler, crier. <a href="#p102">102.</a></p>
+<p><i>Claqdent</i>, <a href="#p176">176.</a> Pays des gueux,
+&agrave; qui le froid fait claquer les dents. Plus tard on y fit
+voyager les malades qu'on traitait par le mercure. Leur
+itin&eacute;raire oblig&eacute; &eacute;tait par <i>Surie,
+Bavi&egrave;re</i> et <i>Claquedent</i>.</p>
+<p>CLAQUIN, <i>le bon Breton</i> (<a href="#p036">p. 36</a>),
+Bertrand Du Gu&eacute;sclin, mort en 1380.</p>
+<p><i>Clercs, clers</i>, savants, hommes instruits. <a href=
+"#p071">71,</a> <a href="#p120">120.</a>&mdash;&eacute;coliers,
+&eacute;tudiants, <a href="#p015">15,</a> <a href=
+"#p086">86</a>;&mdash;gar&ccedil;ons de divers m&eacute;tiers.
+Les <i>clers Eolus</i>, <a href="#p123">p. 123,</a> sont les
+vents. Les gar&ccedil;ons d'h&ocirc;tellerie sont appel&eacute;s
+clercs, <a href="#p207">p. 207.</a> Quand on dit de nos jours un
+<i>clerc de perruquier</i>, par exemple, on fait une plaisanterie
+qui n'est pas nouvelle.</p>
+<p><i>Cler</i>, clair, pur. <a href="#p056">56,</a> <a href=
+"#p106">106.</a></p>
+<p><i>Clergeon</i>, &eacute;colier, petit clerc d'homme de loi.
+<a href="#p011">11,</a> <a href="#p071">71</a></p>
+<p><i>Cliquepatins</i>, <a href="#p098">98,</a>
+tra&icirc;ne-savates. (LeDuchat.)</p>
+<p><i>Clorre</i>, clore, fermer.</p>
+<p>CLOTAIRE, <a href="#p105">105.</a></p>
+<p>CLOVIS, <a href="#p106">106.</a></p>
+<p><i>Coettes</i>, lits de plume (<a href="#p064">p. 64</a>). Ce
+mot para&icirc;t &ecirc;tre employ&eacute; ici dans un autre
+sens.</p>
+<p><i>Coing</i>, le coin qui sert &agrave; battre monnaie. <a
+href="#p068">8.</a></p>
+<p><i>Cointe</i>, jolie, gentille. <a href="#p147">147.</a></p>
+<p>COLIN DE CAYEULX, <a href="#p086">86.</a></p>
+<p>COLIN GALERNE, <a href="#p085">85.</a></p>
+<p><i>Collat&eacute;rales (esp&egrave;ces)</i>, <a href=
+"#p018">18.</a> Termes d'&eacute;cole, qui signifient les
+facult&eacute;s d&eacute;pendantes de la m&eacute;moire. (P.
+L.)</p>
+<p>COLOMBEL, <a href="#p096">96.</a></p>
+<p><i>Com</i>, comme.</p>
+<p><i>Combien que</i>, bien que, quoique.</p>
+<p>COMBRAYE (<i>le seigneur de</i>). <a href="#p199">199.</a></p>
+<p><i>Commander</i>, recommander. <a href="#p163">163.</a></p>
+<p><i>Commens</i>, Commentaires. <a href="#p025">25.</a></p>
+<p><i>Compaings</i>, compagnons.</p>
+<p><i>Compasser</i> (?). <a href="#p171">171.</a></p>
+<p><i>Complaindre (se)</i>, se plaindre, se lamenter. <a href=
+"#p120">120,</a> <a href="#p140">140.</a></p>
+<p><i>Conclure</i>, vaincre dans la dispute, mettre &agrave; bout
+d'arguments. <a href="#p081">8l,</a> v. 2.</p>
+<p><i>Congnoistre (soy)</i>, se reconna&icirc;tre <a href=
+"#p160">160.</a></p>
+<p><i>Conjoindre</i>, r&eacute;unir. <a href="#p064">64.</a></p>
+<p><i>Conseiller</i>, agir avec prudence. <a href="#p007">P.
+7,</a> v. 5.</p>
+<p>CONSTANTINOBLES. L'empereur de Constantinople, <i>aux poings
+dorez</i>, dont parle Villon (<a href="#p036">p. 36,</a> v. 22),
+serait, selon M. Pr., l'empereur Basile, souverain
+tr&egrave;s-lib&eacute;ral.</p>
+<p><i>Conte</i>, comte. <a href="#p135">135.</a></p>
+<p><i>Contemplation</i>, employ&eacute; dans un sens
+&eacute;quivoque. <a href="#p066">66.</a></p>
+<p><i>Contendre</i>, disputer. <a href="#p078">78.</a></p>
+<p><i>Contraict</i>, d&eacute;form&eacute;, recourb&eacute;,
+<i>contract&eacute;</i>. <a href="#p041">41.</a></p>
+<p><i>Contregarder</i>, garder. <a href="#p203">203.</a></p>
+<p><i>Contrepoint (entendre le)</i>, &ecirc;tre habile. <a href=
+"#p196">196.</a></p>
+<p><i>Convenir</i>, falloir. <a href="#p038">38,</a> <a href=
+"#p185">185.</a></p>
+<p><i>Convint</i>, couvent. <a href="#p037">37.</a></p>
+<p><i>Convoyer</i>, convier. <a href="#p197">197.</a></p>
+<p><i>Coquart</i>, coq. <a href="#p049">49.</a></p>
+<p><i>Corbillon</i>, panier. <a href="#p113">113.</a></p>
+<p>CORDELIERS, <a href="#p175">175,</a> <a href=
+"#p179">179.</a></p>
+<p><i>Cordoen</i>, cuir. <a href="#p023">23,</a> <a href=
+"#p139">139.</a></p>
+<p><i>Cordouennier</i>, ouvrier en cuir, cordonnier.</p>
+<p>CORNU (<i>Jean</i>), <a href="#p059">59.</a></p>
+<p>COTARD (<i>Jehan</i>), <a href="#p022">22,</a> <a href=
+"#p068">68.</a> Le procureur en cour d'&Eacute;glise qui
+d&eacute;fendit Villon lors de son premier proc&egrave;s, en
+1456.</p>
+<p><i>Cotteret</i>, cotret. <a href="#p207">207.</a></p>
+<p><i>Coucher</i>, mettre au jeu. &laquo;Qui pour si peu couche
+tel gage.&raquo; <a href="#p086">P. 86.</a></p>
+<p><i>Couiltart</i>, coulart, canon &agrave; main, long et mince.
+Employ&eacute; dans un sens &eacute;quivoque. <a href=
+"#p153">153.</a></p>
+<p><i>Coullon</i>, p. <a href="#p099">99,</a> rime avec
+<i>vermillon, carillon, Villon</i>, ce qui donne assez clairement
+le sens du mot et la fa&ccedil;on dont se pronon&ccedil;ait le
+nom du po&euml;te.</p>
+<p><i>Courage</i>, coeur. <a href="#p107">P. 107,</a> v. 18.</p>
+<p>COURAULT (Jehan), <a href="#p077">77.</a></p>
+<p><i>Courre</i>, courir. <a href="#p065">P. 65.</a></p>
+<p><i>Cours&eacute;</i>, f&acirc;ch&eacute;, courrouc&eacute;. <a
+href="#p037">37,</a> <a href="#p151">151.</a></p>
+<p><i>Courtault</i>, <a href="#p154">154.</a> Canon portatif.
+Employ&eacute; dans un sens &eacute;quivoque.</p>
+<p><i>Courtissain</i>, courtisan. <a href="#p173">173.</a></p>
+<p><i>Coustelez</i>, <a href="#p171">171.</a> M. P. L. traduit ce
+mot par arm&eacute;s.</p>
+<p><i>Coute</i>, coude. <a href="#p135">135.</a></p>
+<p><i>Coutel</i>, couteau.</p>
+<p>CRAON, <a href="#p152">152.</a></p>
+<p><i>Cr&eacute;ance</i>, croyance, opinion. <a href=
+"#p114">114.</a></p>
+<p><i>Crepelle</i>, coupelle. &laquo;Argent de crepelle&raquo;
+(<a href="#p048">p. 48</a>), argent &eacute;pur&eacute;.</p>
+<p>CR&Egrave;TE, <a href="#p046">46.</a></p>
+<p><i>Creu</i>, grandi, accru. <a href="#p070">70.</a></p>
+<p><i>Croire</i>, faire cr&eacute;dit, prendre &agrave;
+cr&eacute;dit, parfois en donnant un gage. <a href="#p159">P.
+159,</a> v. 26-27.</p>
+<p><i>Croix</i>, argent. Ce que Villon appelle
+irr&eacute;v&eacute;rencieusement <i>la vraie croix</i> (<a href=
+"#p115">p. 115</a>-116), c'&eacute;tait la marque empreinte sur
+la plupart des monnaies du temps, et qui a &eacute;t&eacute;
+depuis remplac&eacute;e par l'effigie du prince. <i>Pile</i>
+d&eacute;signait le revers. On joue encore &agrave; <i>pile ou
+face.</i> &laquo;Sans croix ne pile&raquo;, sans argent.</p>
+<p><i>Croppetons (&agrave;)</i>, accroupi. <a href=
+"#p041">41.</a></p>
+<p>CROSSE (la), <a href="#p015">15.</a> M. Prompsault croit qu'il
+s'agit d'une potence.</p>
+<p><i>Crostes</i>, cro&ucirc;tes. <a href="#p098">98.</a></p>
+<p><i>Cry</i>, <a href="#p168">168,</a> cri d'armes.</p>
+<p>CUEUR (<i>Jacques</i>), <a href="#p032">32.</a></p>
+<p><i>Cuider</i>, croire.</p>
+<p>CULDOU (<i>Michault</i>), <a href="#p072">72.</a></p>
+<p><i>Curatez</i>, cur&eacute;s. <a href="#p180">180.</a></p>
+<p><i>Cure</i>, soin, souci.</p>
+<p>CURES, <a href="#p152">152.</a></p>
+<p><i>Cuveaulx</i>, cuviers, baquets. <a href="#p077">77</a></p>
+<p><i>Cuyder</i>, croire.</p>
+<p><i>Cuyderaulx d'amours</i>, <a href="#p098">98,</a> jeunes
+vaniteux, selon Pr.; M. P. L. rapproche de cette locution celle
+de &laquo;cuydeurs de vendanges&raquo;, employ&eacute;e par
+Rabelais (<i>Gargantua</i>, ch. 25).</p>
+<p><i>Cy</i>, ici.</p>
+<p><i>Cy pris, cy mis</i>, donnant, donnant. <a href=
+"#p191">191.</a></p>
+<p><i>Cymballer</i>, jouer des cymbales. <a href=
+"#p087">87.</a></p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; D
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>Damoiselin</i>, de damoiseau.</p>
+<p><i>Danger</i> <a href="#p119">119.</a> &laquo;A danger
+emprunter argent&raquo;, c'&eacute;tait, si je ne me trompe,
+emprunter &agrave; dix pour cent.</p>
+<p><i>Dangier</i>, danger, p&eacute;ril. <a href=
+"#p008">8.</a></p>
+<p>DAUPHIN (le), <a href="#p024">24.</a> Joachim de France, fils
+de Louis XI et de Charlotte de Savoie, sa seconde femme, mourut
+en bas &acirc;ge.</p>
+<p>DAULPHIN <i>de Vienne et de Grenobles</i> (<a href="#p037">p.
+37</a>). Le Dauphin de Viennois r&eacute;sidait &agrave;
+Grenoble. (Pr.)</p>
+<p>DAVID (<a href="#p046">p. 46,</a> v. 11). Jolie allusion
+&agrave; son amour pour Bethsab&eacute;e.</p>
+<p><i>Dea!</i> exclamation: Dame!</p>
+<p><i>D&eacute;bout&eacute;</i>, rebut&eacute;. <a href=
+"#p110">110.</a></p>
+<p><i>Debteur</i>, d&eacute;biteur. <a href="#p096">96.</a>
+Villon, comme on le fait encore souvent, emploie ce mot dans le
+sens de <i>cr&eacute;ancier</i>.</p>
+<p><i>Debuer</i>, laver, lessiver. <a href="#p102">102.</a></p>
+<p><i>D&eacute;chasse</i>, banni, chass&eacute;, <a href=
+"#p010">10.</a></p>
+<p>D&Eacute;CRET <i>Omnis utriusque sexus</i>, <a href=
+"#p010">10.</a> Ce d&eacute;cret a &eacute;t&eacute; port&eacute;
+par le quatri&egrave;me concile de Latran, tenu en 1215. Il
+ordonne &agrave; tous les chr&eacute;tiens de l'un et de l'autre
+sexe de confesser leurs p&eacute;ch&eacute;s &agrave; leur propre
+pasteur, au moins une fois l'an. En 1489, les religieux mendiants
+obtinrent de Nicolas V une bulle dat&eacute;e de Pis&eacute;, 2
+octobre, qui leur donnait le pouvoir de confesser, au
+pr&eacute;judice des droits des cur&eacute;s, &eacute;tablis par
+le canon que nous venons de citer. L'Universit&eacute; se leva
+contre, tint plusieurs assembl&eacute;es, dans l'une desquelles
+les Mendiants furent exclus de son sein. Les &eacute;v&ecirc;ques
+de France se joignirent &agrave; elle. Des d&eacute;put&eacute;s
+furent envoy&eacute;s &agrave; Rome, et en rapport&egrave;rent
+une bulle de Calixte III qui r&eacute;voquait celle de Nicolas V.
+Cette affaire &eacute;tait &agrave; peine termin&eacute;e, ou
+m&ecirc;me ne l'&eacute;tait pas encore, quand Villon composait
+son Petit Testament. T&eacute;moin du z&egrave;le chaleureux des
+cur&eacute;s de Paris, il leur l&egrave;gue le canon <i>Omnis</i>
+pour le remettre en vigueur. (Pr.)</p>
+<p>DEDALUS, D&eacute;dale. Sa &laquo;court&raquo; (<a href=
+"#p122">p. 122,</a> v. 7) &eacute;tait son c&eacute;l&egrave;bre
+labyrinthe, o&ugrave; il fut enferm&eacute; lui-m&ecirc;me.</p>
+<p><i>Dedans</i>, d'ici &agrave;... &laquo;Dedans ces
+Pasques.&raquo; (<a href="#p012">P. 12,</a> V. 4.)</p>
+<p><i>D&eacute;di&eacute;</i>, consacr&eacute;. &laquo;Et
+&agrave; bonnes moeurs d&eacute;di&eacute;&raquo; (<a href=
+"#p029">p. 29,</a> v. 5).</p>
+<p><i>Deffa&ccedil;on</i>, ruine, destruction. <a href=
+"#p008">8,</a> <a href="#p058">58.</a></p>
+<p><i>Deffuyr</i>, &eacute;viter, n&eacute;gliger. <a href=
+"#p084">84.</a></p>
+<p><i>Dejeter</i>, retirer. <a href="#p054">54.</a></p>
+<p><i>Delivre</i>, quitte, lib&eacute;r&eacute;. <a href=
+"#p181">181.</a></p>
+<p><i>Demener</i>, mener, faire, gouverner, <a href=
+"#p032">32,</a> <a href="#p083">83,</a> <a href=
+"#p109">109.</a></p>
+<p><i>Demonstrance</i>, d&eacute;monstration. <a href=
+"#p186">186.</a></p>
+<p><i>Demourant (le)</i> le reste.</p>
+<p><i>Demour&eacute;e</i>, retard, s&eacute;jour. <a href=
+"#p191">191.</a></p>
+<p><i>Demourra</i>, restera. <a href="#p032">32.</a></p>
+<p><i>Demourroit</i>, resterait. <a href="#p121">121.</a></p>
+<p><i>Demy-ceinct</i>, p. <a href="#p033">33</a> &laquo;Ceinture
+d'argent avec des pendants auxquels on attachait la bourse, les
+clefs, etc.&raquo; (P. L.)</p>
+<p><i>De par</i>, au nom de. <a href="#p009">9.</a></p>
+<p><i>Departir</i>, d&eacute;part. <a href="#p100">P. 100,</a> v.
+8.</p>
+<p><i>Departir</i>, partir, se s&eacute;parer. <a href=
+"#p009">9,</a> <a href="#p142">142,</a> <a href="#p196">196,</a>
+<a href="#p204">204,</a> <a href="#p205">205.</a></p>
+<p><i>Departir</i>, donner en partie, accorder une part. <a href=
+"#p009">9,</a> v. 3.</p>
+<p><i>Deporter</i> (se), cesser, renoncer. <a href=
+"#p109">109.</a></p>
+<p><i>Desbriser</i>, maltraiter, martyriser. <a href=
+"#p007">7.</a></p>
+<p><i>Deschaulx</i>, nu-pieds. <a href="#p092">P. 92</a></p>
+<p><i>Desclos</i>, ouvert.</p>
+<p><i>Desconfire</i>, ruiner, d&eacute;truire. <a href=
+"#p103">103,</a> <a href="#p106">106.</a></p>
+<p><i>Descrier</i>, d&eacute;crier, <a href="#p042">42,</a> est
+dit des monnaies dont on interdisait la circulation par un cri
+public.</p>
+<p><i>Descrire</i>, &eacute;crire, rapporter. <a href=
+"#p146">146.</a></p>
+<p><i>Deshait</i>, <a href="#p083">83,</a> dispute,
+d&eacute;sappointement.</p>
+<p><i>Desmarcher</i>, reculer. <a href="#p158">158.</a></p>
+<p><i>Desnu&eacute;</i>, d&eacute;pouill&eacute;. <a href=
+"#p014">14,</a> <a href="#p208">208.</a></p>
+<p><i>Despartir (se)</i>, se s&eacute;parer. <a href=
+"#p044">44.</a></p>
+<p><i>Despendre</i>, d&eacute;penser.</p>
+<p><i>Despendu</i>, d&eacute;pens&eacute;. <a href=
+"#p028">28.</a></p>
+<p><i>Desperance</i>, d&eacute;sespoir. <a href=
+"#p122">122.</a></p>
+<p><i>Despiter</i>, d&eacute;fier. <a href="#p048">48.</a></p>
+<p><i>Despiteux</i>, querelleur, hargneux. <a href=
+"#p031">31.</a></p>
+<p><i>Despourveu</i>, d&eacute;pourvu. <a href=
+"#p014">14.</a></p>
+<p><i>Desprins</i>, d&eacute;pourvu, <a href="#p015">15.</a></p>
+<p><i>Despriser</i>, d&eacute;pr&eacute;cier. <a href=
+"#p116">116.</a></p>
+<p><i>Desplaisance</i>, d&eacute;plaisir.</p>
+<p><i>Desroquer</i>, <a href="#p175">175,</a> pour
+<i>d&eacute;rocher</i>, terme de fauconnerie, qui signifie forcer
+la b&ecirc;te. (P. L.)</p>
+<p><i>Dessaisiner (se)</i>, se dessaisir. <a href=
+"#p072">72.</a></p>
+<p><i>Dessir&eacute;</i>, d&eacute;chir&eacute;. <a href=
+"#p148">148.</a></p>
+<p><i>Destaindre</i>, &eacute;teindre. <a href=
+"#p167">167.</a></p>
+<p><i>Destourbier</i>, trouble, embarras. <a href=
+"#p016">16.</a></p>
+<p><i>Destre</i>, droit. <a href="#p198">198.</a></p>
+<p><i>Desveill&eacute;</i>, r&eacute;veill&eacute;,
+raviv&eacute;. <a href="#p018">18.</a></p>
+<p><i>Desvier</i>, d&eacute;vier. <a href="#p091">91.</a></p>
+<p><i>Desvoy&eacute;</i>, <a href="#p156">156,</a>
+&eacute;gar&eacute;, &eacute;cart&eacute; de votre
+banni&egrave;re. (P. L.)</p>
+<p><i>Detrayner</i>, maltraiter. <a href="#p040">40.</a></p>
+<p><i>D&eacute;trench&eacute;</i>, coup&eacute;, hach&eacute;. <a
+href="#p143">143.</a></p>
+<p><i>Detterrer (se)</i>, perdre ses terres. <a href=
+"#p185">185.</a></p>
+<p><i>Detz</i>, doigts. <a href="#p026">26.</a></p>
+<p><i>Detz</i>, d&eacute;s. <a href="#p063">63.</a></p>
+<p><i>Deul</i>, chagrin, deuil. <a href="#p108">108.</a></p>
+<p><i>Deul (je me)</i>, je me plains. <a href="#p008">8.</a></p>
+<p><i>Devaller</i>, descendre <a href="#p185">185.</a></p>
+<p><i>Devant</i>, ci-devant. <a href="#p007">P. 7,</a> v. 9.</p>
+<p><i>D&eacute;vier</i>, sortir de sa voie, mourir. <a href=
+"#p059">59,</a> <a href="#p110">110.</a></p>
+<p><i>Dextre</i>, droit, droite.</p>
+<p>DIDO, Didon. <a href="#p086">86,</a> <a href=
+"#p110">110.</a></p>
+<p><i>Die</i>, dise. <a href="#p103">103.</a></p>
+<p><i>Diffame</i>, d&eacute;shonneur. <a href="#p044">44,</a> <a
+href="#p086">86.</a></p>
+<p><i>Diffinir</i>, d&eacute;finir, expliquer. <a href=
+"#p093">93.</a></p>
+<p>DIJON, <a href="#p037">37.</a></p>
+<p><i>Dilation</i>, retard, d&eacute;lai. <a href=
+"#p179">179.</a></p>
+<p>DIOMED&Egrave;S, <a href="#p026">26</a></p>
+<p><i>Discordez</i>, d&eacute;sunis. <a href="#p106">106.</a></p>
+<p><i>Ditz</i>, propos, discours. <a href="#p043">43.</a></p>
+<p><i>Diviser</i>, causer, parler. <a href="#p169">169.</a></p>
+<p>DIX ET HUICT (les), <a href="#p072">72,</a> voy.
+<i>Bourse</i>.</p>
+<p><i>Doint</i>, donne.</p>
+<p><i>Doller</i>, travailler de la dojoire. <a href=
+"#p064">64.</a></p>
+<p><i>Doncques</i>, donc.</p>
+<p><i>D'ond</i>, d'o&ugrave;. <a href="#p114">114,</a> <a href=
+"#p156">156.</a></p>
+<p>DONNAIT <a href="#p070">70.</a> On appelait <i>Donat</i>, ou
+<i>Donet</i>, la grammaire d'Aelius Donatus, intitul&eacute;e
+<i>De octo partibus orationis</i>, laquelle &eacute;tait en usage
+dans toutes les universit&eacute;s de l'Europe, et surtout dans
+celles de France. (P. L.)</p>
+<p>DOUAY, <a href="#p022">22.</a></p>
+<p><i>Doubtance</i>, doute. <a href="#p201">201.</a></p>
+<p><i>Double</i>, supposition, crainte. <a href="#p043">43,</a>
+<a href="#p204">204.</a></p>
+<p><i>Doubler</i>, craindre, redouter. <a href=
+"#p097">97.</a></p>
+<p><i>Doulche</i>, douce. <a href="#p134">134.</a></p>
+<p><i>Doulouser (se)</i>, se plaindre, se lamenter. <a href=
+"#p032">32,</a> <a href="#p140">140.</a></p>
+<p><i>Douver</i>, faire des douves. <a href="#p064">64.</a></p>
+<p><i>Douzain</i>, petite monnaie. <a href="#p173">173.</a></p>
+<p>DOUZE (sergent des), <a href="#p062">62.</a> Douze sergents
+&eacute;taient particuli&egrave;rement attach&eacute;s au
+pr&eacute;v&ocirc;t de Paris et lui tenaient lieu de garde.
+(Pr.)</p>
+<p><i>Doye</i>, doive. <a href="#p141">141.</a></p>
+<p><i>Drapel</i>, linge. <a href="#p104">104.</a></p>
+<p><i>Drapelle</i>, linge, habits. <a href="#p048">48.</a></p>
+<p><i>Drapilles</i>, linge, hardes. <a href="#p088">88.</a></p>
+<p>DU BOYS. <a href="#p064">64.</a></p>
+<p>DU RU (<i>Guillaume</i>). <a href="#p097">97.</a></p>
+<p><i>Du tout</i>, enti&egrave;rement, compl&egrave;tement. <a
+href="#p016">16,</a> <a href="#p021">21.</a></p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; E
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p>ECHO, nymphe, <a href="#p034">34,</a> <a href=
+"#p110">110.</a></p>
+<p><i>Edit</i>, adresse, invention. <a href="#p192">192.</a></p>
+<p><i>Effim&egrave;re</i>, &eacute;ph&eacute;m&egrave;re. <a
+href="#p053">53.</a></p>
+<p><i>Efforcer</i>, contraindre. <a href="#p104">104.</a></p>
+<p><i>Effroy&eacute;</i>, <a href="#p156">156,</a>
+effarouch&eacute;, avec un air mena&ccedil;ant. (Pr.)</p>
+<p>EGIPTE, Egypte. <a href="#p120">120.</a></p>
+<p>EGYPTIENNE (l'), Ste Marie l'Egyptienne, <a href=
+"#p015">15.</a></p>
+<p><i>El</i>, elle. <a href="#p009">9,</a> <a href=
+"#p084">84.</a></p>
+<p><i>Embattre</i> (s'), s'abattre. <a href="#p075">75.</a></p>
+<p><i>Embesongn&eacute;</i>, occup&eacute;, affair&eacute;. <a
+href="#p204">204.</a></p>
+<p><i>Embler</i>, voler. <a href="#p159">159,</a> <a href=
+"#p161">161.</a> Se d&eacute;rober, <a href="#p211">211.</a></p>
+<p><i>Embroch&eacute; (vin)</i>, mis en perce. <a href=
+"#p030">30.</a></p>
+<p><i>Emmy</i>, au milieu de.</p>
+<p><i>Empescher</i>, <a href="#p071">71,</a> occuper,
+embarrasser.</p>
+<p><i>Emperier</i>, empereur. <a href="#p036">36.</a></p>
+<p><i>Emperi&egrave;re</i>, imp&eacute;ratrice, souveraine. <a
+href="#p055">55.</a></p>
+<p><i>Empire (ciel)</i>, l'empyr&eacute;e. <a href=
+"#p103">103.</a></p>
+<p><i>Empr&egrave;s</i>, aupr&egrave;s de.</p>
+<p><i>Emprise</i>, entreprise.</p>
+<p><i>Enchanter</i>, ensorceler. <a href="#p117">117.</a></p>
+<p><i>Encliner (s')</i>, avoir de l'inclination. <a href=
+"#p072">72.</a></p>
+<p><i>Enclos</i>, enferm&eacute;. <a href="#p106">106.</a></p>
+<p><i>Encombrement</i>, tristesse, ennuis. <a href=
+"#p144">144.</a></p>
+<p>ENFANS PERDUZ <a href="#p085">85,</a> <a href="#p086">86.</a>
+Jeunes compagnons de Villon.</p>
+<p>ENFANS-TROUVEZ, <a href="#p085">85.</a></p>
+<p><i>Enferma</i>, infirmes. <a href="#p091">91.</a></p>
+<p><i>Enfondu</i>, <a href="#p016">16.</a> Creux et
+d&eacute;charnez, dit Marot.&mdash; Ne pouvant se soutenir.
+(Pr.)</p>
+<p><i>Engigner</i>, tromper. <a href="#p068">68.</a></p>
+<p><i>Engin</i>, esprit, intellect. <a href=
+"#p196">196.</a>&mdash; Invention, tour d'adresse. <a href=
+"#p171">171.</a></p>
+<p><i>Engrillonn&eacute;</i>, attach&eacute; avec des menottes.
+<a href="#p026">26.</a></p>
+<p><i>Enhort</i>, exhortation. <a href="#p025">25.</a></p>
+<p><i>Enhorter</i>, exhorter.</p>
+<p><i>Enmoufl&eacute;</i>, chauss&eacute; de <i>moufles</i> ou
+pantoufles, selon Pr. et M. P. L, Je croirais que cela signifie
+plut&ocirc;t <i>emmitoufl&eacute;</i>.</p>
+<p><i>Enn&eacute;</i> (<a href="#p082">p. 82</a>), sorte de
+juron, parent de <i>enda, parmanenda</i> (par mon &acirc;me).</p>
+<p><i>Ennuyt</i>, aujourd'hui, ce soir. <a href="#p193">193,</a>
+<a href="#p204">204.</a></p>
+<p><i>Enquerir</i>, rechercher. <a href="#p035">35.</a></p>
+<p><i>Enserr&eacute;</i>, enferm&eacute;. <a href=
+"#p015">15.</a></p>
+<p><i>Ensuyvre</i>, suivre, imiter. <a href="#p012">2.</a></p>
+<p><i>Entandiz</i>, pendant ce temps. <a href="#p112">112,</a> <a
+href="#p121">121.</a></p>
+<p><i>Entendre</i>, conna&icirc;tre, savoir: &laquo;J'entends que
+ma m&egrave;re mourra.&raquo; (<a href="#p032">P. 32,</a> v.
+25.)</p>
+<p><i>Entente</i>, intention, projet. <a href="#p049">49.</a></p>
+<p><i>Entour</i>, autour de.</p>
+<p><i>Entrepreneur</i>, survenant qui se m&ecirc;le des affaires
+de quelqu'un, qui <i>l'entreprend.</i> <a href=
+"#p194">194.</a></p>
+<p><i>Entr'oeil</i>, espace entre les deux yeux. <a href=
+"#p040">40.</a></p>
+<p><i>Envers</i>, &agrave; l'envers, renvers&eacute;. <a href=
+"#p111">111,</a> v. 5.</p>
+<p><i>Envys</i>, malgr&eacute; soi. <a href="#p070">70.</a></p>
+<p>EOLUS. <a href="#p123">123.</a> Les &laquo;clerc Eolus&raquo;
+sont les sujets de ce dieu, les vents.</p>
+<p>ERACE, p&egrave;re de Villon, <a href="#p031">31.</a></p>
+<p><i>Erre</i>, voie, chemin. <a href="#p057">57,</a> v.
+17.&mdash;<i>Grand erre</i>, promptement, tout de suite. <a href=
+"#p053">53.</a>&mdash;<i>A son erre</i>, en train, en voie. <a
+href="#p095">95.</a></p>
+<p><i>&Egrave;s</i>, aux, dans les.</p>
+<p>ESBAILURT, Abailard. <a href="#p034">34.</a></p>
+<p><i>Esbatans</i>, joyeux, aimant &agrave; s'amuser, &agrave;
+s'&eacute;battre. <a href="#p072">72.</a></p>
+<p><i>Esbatement</i>, amusement. <a href="#p119">119.</a></p>
+<p><i>Esbaudiz</i>, priv&eacute;s de joie. <a href=
+"#p164">164.</a></p>
+<p><i>Escach&eacute;</i>, &eacute;cras&eacute;. <a href=
+"#p067">67.</a></p>
+<p><i>Escarbouill&eacute;</i>, &eacute;cras&eacute;. <a href=
+"#p148">148.</a></p>
+<p><i>Eschec et mac (&ecirc;tre)</i>, &eacute;chec et mat. Terme
+du jeu d'&eacute;checs. <a href="#p205">205.</a></p>
+<p><i>Eschever</i>, &eacute;viter. <a href="#p088">88.</a></p>
+<p><i>Eschoicte</i>, &eacute;ch&eacute;ance, h&eacute;ritage, <a
+href="#p111">111.</a></p>
+<p><i>Esclat</i>, <a href="#p083">83,</a> b&acirc;ton,
+&eacute;chalas.</p>
+<p><i>Esclin</i>, <a href="#p169">169.</a> Escalin, petite
+monnaie allemande <i>(schilling)</i>.</p>
+<p><i>Escollier</i>, &eacute;tudiant, jeune homme qui suit les
+cours de l'Universit&eacute;.</p>
+<p><i>Escondire</i>, refuser. <a href="#p104">104.</a></p>
+<p>ESCOSSOYS, <a href="#p068">68.</a></p>
+<p><i>Escourgeon</i>, sorte de fouet. <a href="#p013">13.</a></p>
+<p><i>Escoutans</i>, auditeurs. <a href="#p183">183.</a></p>
+<p><i>Escouvillon</i>, balai de four. <a href="#p019">19.</a></p>
+<p><i>Escovette</i>, balai, du latin <i>scopa</i>. Les
+&laquo;chevaucheurs d'escovettes&raquo; (<a href="#p047">p.
+47,</a> v. 4) sont les sorciers, qui vont au sabbat &agrave;
+cheval sur un balai.</p>
+<p><i>Escreuz</i>, <a href="#p165">165.</a> Bien faits, selon
+Pr.</p>
+<p><i>Escriptures</i>, &eacute;crits, ouvrages. <a href=
+"#p002">2.</a></p>
+<p><i>Escuz</i>, &eacute;cus, monnaies d'or ou d'argent, de
+valeurs diverses, p. <a href="#p056">56,</a> <a href=
+"#p070">70,</a> <a href="#p145">145,</a> <a href=
+"#p147">147.</a>&mdash;Prendre &eacute;cus pour douzains, p. <a
+href="#p173">173,</a> c'est ne pas regarder &agrave;
+l'argent.&mdash;&laquo;Escuz telz que prince les donne,&raquo; <a
+href="#p017">p. 17,</a> peut s'entendre des armoiries.</p>
+<p><i>Esgrun</i>, <a href="#p166">166,</a> Amer, du bas latin
+<i>egrunum</i>. (P. L.)</p>
+<p><i>Esgui&egrave;re</i>, vase &agrave; mettre de l'eau. <a
+href="#p198">198.</a></p>
+<p><i>Esguilletez (pourpoinctz)</i>, <a href="#p088">88,</a>
+pourpoints garnis d'aiguillettes.</p>
+<p><i>Esguis&eacute;</i>, aiguis&eacute;. &laquo;Esguisez comme
+une pelote&raquo; (<a href="#p025">p. 25,</a> v. 4), obtus.</p>
+<p><i>Esjouir, esjoir</i>, r&eacute;jouir.</p>
+<p><i>Esles</i>, ailes, <a href="#p153">153.</a></p>
+<p><i>Eslocher</i>, &eacute;branler. <a href="#p103">103.</a></p>
+<p>ESMAUS (les p&egrave;lerins d'), <a href="#p025">25.</a>Voy.
+<i>Evangile selon S. Luc</i>, chap. XXIV.</p>
+<p><i>Esme</i>, <a href="#p023">23,</a> pour <i>estime</i>,
+estimation, intention. (P. L.)</p>
+<p><i>Esmerillon</i>, <a href="#p100">100.</a>
+L'&eacute;m&eacute;rillon est le plus petit des oiseaux de proie
+qu'on dressait pour la chasse au vol. (P. L.)</p>
+<p><i>Esm&eacute;rillonn&eacute;</i>, gai, vif. <a href=
+"#p170">170.</a></p>
+<p><i>Esmolu</i>, &eacute;moulu, aiguis&eacute;. <a href=
+"#p147">147.</a></p>
+<p><i>Esmorcher</i>, nettoyer, purifier. <a href=
+"#p076">76.</a></p>
+<p><i>Esmoyer (s')</i>, s'inqui&eacute;ter.</p>
+<p>ESPAGNE. Il serait difficile de dire quel est ce valeureux roi
+d'Espagne (<a href="#p035">p. 35.</a> v. 18), dont le po&euml;te
+ne savait pas le nom. (Pr.) M. P. L. suppose que c'est Jean II,
+roi de Castille et de L&eacute;on, qui r&eacute;gna jusqu'en
+1454.</p>
+<p><i>Espani</i>, &eacute;panoui. <a href="#p058">58.</a></p>
+<p><i>Espasmie</i>, pam&eacute;e. <a href="#p147">147.</a></p>
+<p><i>Espartir</i>, &eacute;pandre, r&eacute;partir, <a href=
+"#p018">18.</a></p>
+<p><i>Especiaulx</i>, <a href="#p169">169.</a> D'un m&eacute;rite
+tout particulier. (P. L.)</p>
+<p><i>Esperviers (gens &agrave; porter)</i>, <a href=
+"#p062">62.</a> Gentilshommes ayant le droit de chasser au vol.
+M. P. L. remarque que l'&eacute;pervier est aussi un filet de
+braconnier.</p>
+<p><i>Espie</i>, espion, guetteur. &laquo;Aux champs debout comme
+ung espie&raquo; (<a href="#p105">p. 105</a>), veut dire
+pendu.</p>
+<p><i>Espoindre</i>, piquer, exciter. <a href=
+"#p100">100.</a></p>
+<p><i>Espoir (j')</i>, j'esp&egrave;re, <a href=
+"#p110">110.</a></p>
+<p><i>Espois</i>, &eacute;pais. <a href="#p112">112.</a></p>
+<p><i>Essoine, essoyne</i>, embarras, tourment, <a href=
+"#p015">15,</a> <a href="#p034">34.</a></p>
+<p><i>Estaux</i>, &eacute;taux. <a href="#p016">16.</a></p>
+<p><i>Estable</i>, stable. <a href="#p024">24.</a></p>
+<p><i>Establis</i>, &eacute;taux des marchands. <a href=
+"#p013">13.</a></p>
+<p><i>Estaing</i>, &eacute;tain. <a href="#p019">9.</a></p>
+<p><i>Estamine</i>, &eacute;toffe claire.</p>
+<p><i>Estan</i>, &eacute;tang. <a href="#p034">34.</a></p>
+<p><i>Estature</i>, stature, portrait. <a href=
+"#p094">94.</a></p>
+<p><i>Estoeuf</i>, &eacute;teuf. <a href="#p049">49.</a></p>
+<p><i>Estomac d'alouette</i> (?). <a href="#p168">168.</a></p>
+<p>ESTRADER, battre l'estrade, escarmoucher. <a href=
+"#p154">154.</a></p>
+<p><i>Estradeur</i>, batteur d'estrade, coureur de fortune. <a
+href="#p174">174.</a></p>
+<p><i>Estrange</i>, &eacute;tranger. <a href="#p070">70,</a> v.
+15; <a href="#p103">103,</a> <a href="#p184">184.</a></p>
+<p><i>Estranger</i>, &eacute;loigner. <a href="#p043">43,</a> v.
+15.</p>
+<p><i>Estre</i>, demeure, h&ocirc;tel. <a href=
+"#p191">191.</a></p>
+<p><i>Estre</i>, &eacute;tat, existence, mani&egrave;re
+d'&ecirc;tre. <a href="#p042">42,</a> <a href=
+"#p157">157.</a>&mdash;<i>En estre</i>, <a href="#p073">p.
+73,</a> en &eacute;tat.</p>
+<p><i>Estrenes</i>, &eacute;trennes (<a href="#p037">p. 37,</a>
+v. 23). Villon, qui se dit mercerot de Rennes, se compare
+&agrave; un marchand qui d&eacute;sire &eacute;trenner avant de
+fermer boutique. (P. L.)</p>
+<p><i>Estrif, estry</i>, d&eacute;bat, querelle, dispute, <a
+href="#p015">15,</a> <a href="#p178">178.</a></p>
+<p><i>Exaucer</i>, &eacute;lever, monter. <a href=
+"#p183">183.</a></p>
+<p><i>Estimative</i>, qui juge, qui appr&eacute;cie. <a href=
+"#p018">18</a></p>
+<p><i>Extrace</i>, extraction, lign&eacute;e. <a href=
+"#p031">31.</a></p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; F
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>Fable</i>, mensonge. <a href="#p076">76.</a></p>
+<p><i>Faictisses</i>, jolies, bien faites. <a href=
+"#p040">40.,</a></p>
+<p><i>Faille</i>, faute. <a href="#p153">153.</a></p>
+<p><i>Faillent</i>, manquent. <a href="#p008">8.</a></p>
+<p><i>Faillir</i>, manquer.</p>
+<p><i>Failly</i>, d&eacute;courag&eacute;, abattu. <a href=
+"#p028">28.</a></p>
+<p><i>Fainctes</i>, <a href="#p087">87.</a> Momeries ou
+mascarades, H. L.</p>
+<p><i>Faintis</i>, trompeur, <a href="#p087">87.</a></p>
+<p><i>Faitard</i>, paresseux, <a href="#p022">22,</a> <a href=
+"#p069">69.</a></p>
+<p><i>Fantasie</i>, imagination. <a href="#p018">18.</a></p>
+<p><i>Farcer</i>, faire ou jouer des farces. <a href=
+"#p087">87.</a></p>
+<p><i>Fardelet</i>, <a href="#p114">114,</a> petit fardeau.
+Saturne pr&eacute;parait le fardeau que chaque mortel devait
+porter pendant sa vie.</p>
+<p><i>Fast&eacute;e (la)</i>. Je ne sais pas ce que signifie ce
+vers: &laquo;faire ung soir pour soy la fast&eacute;e&raquo; (<a
+href="#p094">p. 91</a>). D'autres &eacute;ditions portent <i>la
+saff&eacute;e</i>, ce que je ne comprends pas davantage.</p>
+<p><i>Faulse</i>, m&eacute;chante. <a href="#p057">57.</a></p>
+<p><i>Fault, faut</i>, manque.</p>
+<p><i>Faussart</i>, fauchard, sorte de hallebarde.</p>
+<p><i>Fausserie</i>, fausset&eacute;, fausse accusation. <a href=
+"#p105">105.</a></p>
+<p><i>Feautre</i>, feutre, <a href="#p048">48,</a> <a href=
+"#p063">63.</a></p>
+<p><i>Fenestres</i>. Les fen&ecirc;tres servaient de montre aux
+marchands pour &eacute;taler leurs marchandises. &laquo;Et pain
+ne voient qu'aux fen&ecirc;tres&raquo; (<a href="#p030">p.
+30,</a> v. 12) est dit des pauvres <i>gallans</i> qui n'avaient
+pas de quoi manger.&mdash;<i>Clorre fenestre</i>, <a href=
+"#p042">42.</a> Fermer boutique.</p>
+<p><i>Ferir</i>, frapper.</p>
+<p><i>Fictions</i>, feintes, tours de finesse. <a href=
+"#p184">184.</a></p>
+<p><i>Fi&egrave;re</i>, frappe. <a href="#p039">39.</a></p>
+<p><i>Fiert</i>, frappe.</p>
+<p><i>Filetz</i>, bouts de fil, <a href="#p029">29.</a></p>
+<p><i>Finablement</i>, finalement, enfin. <a href=
+"#p002">2</a></p>
+<p><i>Finer</i>, finir, achever. <a href="#p018">18,</a> <a href=
+"#p143">143.</a>&mdash;Obtenir. &laquo;De feu je n'eusse pu
+finer&raquo; (<a href="#p018">p. 18,</a> v. 28).</p>
+<p><i>Fix, fics</i>, terme de m&eacute;decine. <a href=
+"#p077">77.</a></p>
+<p><i>Flambans</i>, enflamm&eacute;s. <a href="#p076">76.</a></p>
+<p><i>Flambe</i>, flamme, <a href="#p155">155.</a></p>
+<p><i>Flans</i>, sorte de patisserie. <a href="#p071">71.</a></p>
+<p>FLORA, <a href="#p034">34.</a> Il y a eu plusieurs courtisanes
+romaines de ce nom. La plus c&eacute;l&egrave;bre est la plus
+ancienne, &agrave; qui l'on attribue Pinstitution des florales.
+Une autre Flora fut ma&icirc;tresse du grand Pomp&eacute;e. (P.
+L.)</p>
+<p><i>Flou</i>, mince, fluet. <a href="#p064">64.</a></p>
+<p><i>Flours</i>, fleurs. <a href="#p145">145.</a></p>
+<p><i>Foleur</i>, folie. <a href="#p058">58,</a> <a href=
+"#p113">113,</a> <a href="#p114">114.</a></p>
+<p><i>Foncer</i>, donner de l'argent, des fonds. <a href=
+"#p174">174.</a></p>
+<p><i>Font</i>, fontaine, source. <a href="#p105">105.</a></p>
+<p><i>Forclorre</i>, d&eacute;livrer, mettre hors. &laquo;Pour
+forclorre d'adversit&eacute;&raquo;, <a href="#p015">p.
+15.</a></p>
+<p><i>Formative (facult&eacute;)</i>, facult&eacute; d'inventer.
+<a href="#p012">12.</a></p>
+<p><i>Fors</i>, except&eacute;, hormis.</p>
+<p><i>Fort (au)</i>, au fond, apr&egrave;s tout. <a href=
+"#p161">161,</a> <a href="#p170">170.</a></p>
+<p><i>Fouir</i>, fuir. <a href="#p008">8.</a></p>
+<p>FOURNIER, <a href="#p061">6l,</a> le procureur de Villon, qui
+lui avait &laquo;sauv&eacute; maintes causes justes&raquo;.</p>
+<p><i>Fourrer le poignet</i> &agrave; la bourse, tirer de
+l'argent. <a href="#p136">136.</a></p>
+<p><i>Fouterre</i>, voy. MICHAULT.</p>
+<p><i>Fouyr</i>, fuir. <a href="#p141">141.</a>&mdash;Creuser. <a
+href="#p120">120.</a></p>
+<p>FRANC-GONTIER, <a href="#p078">78.</a> M. Paul Lacroix a
+publi&eacute; r&eacute;cemment, &agrave; la suite des
+<i>Testaments</i> de Villon, le <i>Banquet du Bois</i>, qu'il
+regarde comme la pi&egrave;ce contre laquelle sont dirig&eacute;s
+les <i>Contredictz de Franc-Gontier</i>, et qu'il croit une
+oeuvre de la jeunesse de Villon.</p>
+<p>FRANCE, <a href="#p036">36,</a> <a href="#p121">121.</a> Le
+tr&egrave;s noble roi de France, &laquo;sur tous autres roys
+decorez&raquo;, dont parle Villon (<a href="#p036">p. 36,</a> v.
+23), &eacute;tait, selon M. Pr., saint Louis.</p>
+<p><i>Franchise</i>, puissance, domination (<a href="#p039">p.
+39,</a> v. 9).</p>
+<p><i>Franchy</i>, affranchi, d&eacute;livr&eacute;. <a href=
+"#p023">23.</a></p>
+<p>FRAN&Ccedil;OIS, promoteur de la vaquerie. <a href=
+"#p068">68.</a></p>
+<p>FREMIN, <a href="#p051">51.</a></p>
+<p><i>Frez</i>, frais. <a href="#p085">85.</a></p>
+<p><i>Friquet</i>, &eacute;l&eacute;gant, fringant. <a href=
+"#p169">169.</a></p>
+<p><i>Froment&eacute;e</i>, sorte de g&acirc;teau dont Baillevent
+donne la recette. <a href="#p090">90.</a></p>
+<p><i>Fruiction</i>, b&eacute;n&eacute;fice, profit. <a href=
+"#p166">166.</a></p>
+<p><i>Fruire</i>, profiter, tirer avantage. <a href=
+"#p166">166.</a></p>
+<p><i>Fume, fum&eacute;e</i>. <a href="#p075">75.</a></p>
+<p><i>Fumer (se)</i>, se mettre en col&egrave;re, s'emporter.</p>
+<p><i>Fuste</i>, bateau, petit navire, de <i>fustis</i>, bois. <a
+href="#p026">26.</a></p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; G
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>Gallans</i>, jeunes gens, joyeux compagnons.</p>
+<p><i>Gallans sans souci</i>, <a href="#p212">p. 212.</a> Ce sont
+peut-&ecirc;tre les Enfants sans souci, &eacute;coliers et
+basochiens, qui s'&eacute;taient mis en soci&eacute;t&eacute;
+&agrave; la fin du XVe si&egrave;cle pour jouer des farces et des
+soties. Cl&eacute;ment Marot fit partie de cette bande joyeuse.
+(P. L.)</p>
+<p><i>Galles</i>, plaisir, jouissances, gaies parties.</p>
+<p><i>Galler</i>, se r&eacute;jouir, mener joyeuse vie, se
+gaudir. <a href="#p027">27.</a></p>
+<p>GARNIER, <a href="#p104">104.</a></p>
+<p><i>Gastaneaux</i>, <a href="#p112">112.</a> Prompsault a lu
+<i>Gastaveaux</i>, qu'il traduit par grelots. J'ai suivi la
+le&ccedil;on de La Monnoye.</p>
+<p><i>Gaudisseur</i>, plaisant, farceur. <a href=
+"#p194">194.</a></p>
+<p><i>Gect</i>, <a href="#p118">118.</a> Jetons servant &agrave;
+compter.</p>
+<p><i>Gehaine</i>, instrument de torture. <a href=
+"#p144">144.</a></p>
+<p><i>Gendarme, genderme</i>, soldat, homme d'armes.</p>
+<p>GENEVOIS, <a href="#p073">73.</a></p>
+<p><i>Genoillon (&agrave;)</i>, &agrave; genoux. <a href=
+"#p054">54.</a></p>
+<p><i>Geu</i>, couch&eacute;. <a href="#p089">89.</a></p>
+<p><i>Gippon</i>, jupon, robe. <a href="#p117">117.</a></p>
+<p>GIRARD <i>(Perrot)</i>. <a href="#p065">65.</a></p>
+<p><i>Gisans</i>, ceux qui sont couchez. <a href=
+"#p016">16.</a></p>
+<p><i>Glic</i>, jeu de cartes qu'on appelait aussi <i>la
+chance</i>. <a href="#p087">P. 87.</a></p>
+<p>GLOCUS, <a href="#p123">123.</a> La for&ecirc;t o&ugrave;
+r&egrave;gne Glaucus, c'est la mer. (P. L.)</p>
+<p><i>Gluyons de feurre</i>, bottes de paille. <a href=
+"#p014">14,</a> <a href="#p050">50.</a></p>
+<p><i>Godet de gr&egrave;ve</i>, <a href="#p061">6l.</a> Grand
+pot de gr&egrave;s &agrave; mettre du vin. (P. L.) Je crois qu'il
+s'agit plut&ocirc;t de quelque abreuvoir situ&eacute; place de
+Gr&egrave;ve.</p>
+<p><i>Gogo</i>, <a href="#p084">84.</a> &laquo;Il semblerait que
+<i>gogo</i> ait &eacute;t&eacute; synonyme de <i>rufien</i> dans
+les mauvais lieux. On a dit de l&agrave; <i>vivre &agrave;
+gogo</i>, du latin <i>gaudium</i>, dont on avait fait
+<i>gogue</i>. Le mot <i>goguette</i> est rest&eacute;.&raquo; (P.
+L.)</p>
+<p><i>Gonne</i>, v&ecirc;tement de moine, tunique, froc. <a href=
+"#p118">118.</a></p>
+<p><i>Gorgerin</i>, <a href="#p068">68.</a> C'&eacute;tait une
+pi&egrave;ce de l'armure destin&eacute;e &agrave; prot&eacute;ger
+la gorge de l'homme d'armes. Nous croyons que Villon appelle
+<i>gorgerin d'Escossoys</i> la corde d'une potence. (P. L.)</p>
+<p><i>Gorgias</i>, &eacute;l&eacute;gant, richement v&ecirc;tu.
+<a href="#p168">168,</a> <a href="#p169">169,</a> <a href=
+"#p172">172.</a></p>
+<p><i>Gorriers, gorri&egrave;res</i>, <a href="#p179">179,</a>
+hommes et femmes &eacute;l&eacute;gants, v&ecirc;tus richement et
+&agrave; la mode.</p>
+<p><i>Gourt (&ecirc;tre &agrave; son)</i>, <a href="#p201">p.
+201,</a> &ecirc;tre &agrave; son affaire, &ecirc;tre content.</p>
+<p>GOUVIEULX, voy. RONSEVILLE.</p>
+<p><i>Goy&egrave;res</i>, sorte de g&acirc;teaux. <a href=
+"#p081">81.</a></p>
+<p><i>Gr&acirc;ce (par qui)</i>, par la gr&acirc;ce de qui. <a
+href="#p009">9.</a></p>
+<p><i>Grafignier</i>, d&eacute;chirer avec les ongles. (Pr.)</p>
+<p><i>Gramment</i>, beaucoup, grandement. <a href=
+"#p156">156,</a> <a href="#p199">199.</a></p>
+<p>GRAND-TURC, <a href="#p122">122.</a></p>
+<p><i>Grat</i>, action de gratter la terre pour trouver quelque
+chose, comme les poules. &laquo;Au grat, la terre est
+d&eacute;gel&eacute;e!&raquo; <a href="#p177">P. 177.</a></p>
+<p><i>Greigneur</i>, plus grand, <i>grandior</i>, <a href=
+"#p058">58.</a></p>
+<p>GRENOBLE, <a href="#p037">37.</a></p>
+<p><i>Gr&egrave;ve</i>, jambe. <a href="#p061">61.</a></p>
+<p><i>Grever</i>, charger, blesser. <a href="#p094">94,</a> <a
+href="#p134">134,</a> <a href="#p155">155,</a> <a href=
+"#p161">161.</a></p>
+<p><i>Grez</i>, <a href="#p060">60,</a> pierre &agrave; aiguiser.
+(Pr.)</p>
+<p><i>Grez</i>, gr&eacute;. &laquo;Prendre en gr&eacute;&raquo;,
+avoir agr&eacute;able, savoir se contenter (<a href="#p088">p.
+88</a>).</p>
+<p>GRIGNY, <a href="#p073">73.</a></p>
+<p><i>Grille</i>, prison. <a href="#p084">84.</a></p>
+<p><i>Gris blanc, gris perdu</i>, p. <a href="#p168">168,</a>
+sortes de fourrures.</p>
+<p><i>Grivel&eacute;</i>, marquet&eacute;, mouchet&eacute; comme
+les grives. <a href="#p041">41.</a></p>
+<p><i>Groiselles</i>, groseilles. &laquo;Mascher des groiselles
+(<a href="#p046">p. 46,</a> v. 26), c'est ce qu'on appelle
+maintenant avaler la pilule.&raquo;</p>
+<p><i>Grongn&eacute;e</i> sur l'oeil, empl&acirc;tre ou
+meurtrissure. <a href="#p016">16.</a></p>
+<p>GROS VALLET, <a href="#p155">155.</a> C'&eacute;tait un des
+servants de l'homme d'armes. Il faisait partie de ce qu'on
+appelait une <i>lance fournie</i>, c'est-&agrave;-dire les trois
+ou quatre combattants qui devaient accompagner un homme d'armes
+et marcher &agrave; ses c&ocirc;t&eacute;s dans la bataille. (P.
+L.)</p>
+<p><i>Guerdonner</i>, r&eacute;compenser.</p>
+<p><i>Guermenter (se)</i>, <a href="#p032">32.</a> Se lamenter,
+se plaindre. Voy. Cotgrave.</p>
+<p><i>Guerrier</i>, guerroyer. <a href="#p119">119.</a></p>
+<p>GUESDRY GUILLAUME (<a href="#p072">p. 72).</a> Le m&ecirc;me
+que Guillaume Gueuldry, <a href="#p015">p. 15.</a> M. P. L. pense
+que &laquo;la maison Guesdry Guillaume&raquo; &eacute;tait le
+pilori ou la maison du bourreau.</p>
+<p><i>Guet</i> (chevalier du), <a href="#p092">92.</a> On donnait
+le titre de chevalier au capitaine du guet, parce qu'il
+&eacute;tait rest&eacute; peut-&ecirc;tre seul en possession de
+l'ordre de l'Etoile, cr&eacute;&eacute; par le roi Jean.
+(Pr.)</p>
+<p>GUILLEMETTE <i>la tapissi&egrave;re</i>. <a href=
+"#p042">42.</a></p>
+<p>GUILLEMIN, <a href="#p153">153.</a></p>
+<p>GUILLOT GUEULDRY, p. <a href="#p015">15.</a> V. GUESDRY.</p>
+<p><i>Guin d'oeil</i>, regard, clin d'oeil. <a href=
+"#p168">168.</a></p>
+<p><i>Guisarme, guysarme</i>, <a href="#p067">67,</a> <a href=
+"#p147">147.</a> esp&egrave;ce de hache &agrave; deux tranchants.
+(P. L.)</p>
+<p><i>Guise</i>, mode, fa&ccedil;on, mani&egrave;re. <a href=
+"#p139">139,</a> <a href="#p168">168.</a></p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; H
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>Habit&eacute;</i>, <a href="#p170">170,</a> ayant maison,
+habitation.</p>
+<p><i>Habitu&eacute; (bien)</i>, ayant de belles mani&egrave;res.
+<a href="#p196">196.</a></p>
+<p><i>Hahay</i>! exclamation. <a href="#p139">139.</a></p>
+<p><i>Haict (de bon)</i>, de bon coeur, avec plaisir, avec
+empressement. <a href="#p083">p. 83.</a></p>
+<p><i>Ham&eacute;e</i> (?), <a href="#p121">121.</a></p>
+<p>HANNIBAL, Annibal. <a href="#p120">120.</a></p>
+<p><i>Hardis</i>, <a href="#p172">p. 172,</a> v. 24, liards.
+Petite monnaie qui avait cours sous Philippe le Hardi.</p>
+<p>HAREMBOURGES (<a href="#p034">p. 34,</a> v. 20), Eremburges,
+fille et unique h&eacute;riti&egrave;re d'Elie de la
+Fl&egrave;che, comte du Maine, mort en 1110. (Pr.)</p>
+<p><i>Harier</i>, tracasser. <a href="#p102">102.</a></p>
+<p><i>Hasles</i>, h&acirc;le. <a href="#p088">88.</a></p>
+<p><i>Hav&eacute;e,</i> poign&eacute;e, poign&eacute;e de main.
+<a href="#p061">61,</a> <a href="#p169">169.</a></p>
+<p><i>Haiet</i>, <a href="#p060">60,</a> croc. (Pr.)</p>
+<p><i>Hayneurs</i>, qui d&eacute;testent. <a href=
+"#p090">90.</a></p>
+<p><i>Hayter</i>, profiter, r&eacute;ussir. &laquo;Riens ne hayt
+que pers&eacute;v&eacute;rance.&raquo; (<a href="#p025">P.
+25,</a> v. 14.)</p>
+<p><i>Heaulmi&egrave;re,</i> marchande de heaumes. <a href=
+"#p039">39.</a></p>
+<p><i>H&eacute;bergement,</i> accueil.</p>
+<p>HECTOR, <a href="#p074">74.</a></p>
+<p>H&Eacute;L&Egrave;NE, HELEINE, <a href="#p053">53,</a> <a
+href="#p112">112.</a></p>
+<p>HELO&iuml;S, H&eacute;lo&iuml;se, ni&egrave;ce de Fulbert,
+amante d'Abailard</p>
+<p>HENRY (maistre), <a href="#p085">85</a>-&laquo;Henri Cousin
+&eacute;tait alors bourreau et tourmenteur-jur&eacute; de la
+pr&eacute;v&ocirc;t&eacute; de Paris.&raquo; (P. L.)</p>
+<p>HERODE (<a href="#p046">p. 46</a>) fit d&eacute;capiter saint
+Jean Baptiste, sur la demande de la danseuse
+H&eacute;rodiade.</p>
+<p><i>Herroit</i>, ha&iuml;rait. <a href="#p059">59.</a></p>
+<p>HESSELIN (<i>Denys</i>). <a href="#p060">60.</a></p>
+<p><i>Hez</i>, hais. <a href="#p138">138.</a></p>
+<p><i>Histoire</i>, ornement. &laquo;Sans autre histoire&raquo;,
+<a href="#p094">94.</a> Au quinzi&egrave;me si&egrave;cle et au
+commencement du seizi&egrave;me, on appelait <i>histoires</i> les
+gravures dont les livres &eacute;taient orn&eacute;s.</p>
+<p><i>Ho</i>! assez! halte l&agrave;! P. <a href="#p071">71,</a>
+v. 9.</p>
+<p><i>Hober</i>, remuer, bouger.</p>
+<p><i>Hohecte (y)</i> <a href="#p063">63.</a> Si ce n'est une
+sorte d'exclamation, c'est incompr&eacute;hensible.</p>
+<p><i>Hoirs</i>, h&eacute;ritiers.</p>
+<p>HOLOFERNES, <a href="#p121">121.</a></p>
+<p><i>Hom</i>, homme, on. <a href="#p018">18,</a> <a href=
+"#p120">120.</a></p>
+<p><i>Hostel</i>, maison. <a href="#p082">82.</a></p>
+<p>HOTEL-DIEU de Paris, <a href="#p085">85.</a></p>
+<p><i>Houseaulx, houses</i>. Sorte de chaussure. <a href=
+"#p014">14,</a> <a href="#p013">73,</a> <a href="#p076">76,</a>
+<a href="#p158">158.</a></p>
+<p><i>Housseurs</i>, <a href="#p119">119.</a> Voy.
+<i>Notes</i>,</p>
+<p><i>Houx</i>, houssine, baguette. Les muguets portaient des
+houssines ou cravaches &agrave; la main, pour montrer qu'ils
+avaient des chevaux &agrave; l'&eacute;curie. (P. L.)</p>
+<p><i>Hucher</i>, crier, appeler &agrave; haute voix. <a href=
+"#p070">70.</a></p>
+<p><i>Hucque</i>, <a href="#p012">12,</a> camail &agrave;
+capuchon, que les hommes de toute condition portaient au XVe
+si&egrave;cle (P. L.)</p>
+<p>HUE CAPET, Hugues Capet. <a href="#p104">104.</a></p>
+<p><i>Humblesse</i>, humilit&eacute;. <a href=
+"#p205">205.</a></p>
+<p><i>Hutin</i>, bruit, bataille. <a href="#p098">98,</a> <a
+href="#p162">162.</a></p>
+<p><i>Hutinet</i>, bruit, brouillerie. <a href=
+"#p064">64.</a></p>
+<p><i>Huy</i>, aujourd'huy. <a href="#p038">38.</a></p>
+<p><i>Huys</i>, porte.</p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; I
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>Icelle</i>, cette.</p>
+<p><i>Idolatryer</i>, tomber dans l'idol&acirc;trie. <a href=
+"#p045">45.</a></p>
+<p><i>Ilce</i>, cela. P. <a href="#p062">62,</a> v. 16.</p>
+<p><i>Istroit</i>, sortirait, <a href="#p145">145.</a></p>
+<p><i>Ils, ilz</i>, elles. &laquo;S'ils n'ayment fors que pour
+l'argent.&raquo; (<a href="#p043">P. 43,</a> v. 19).</p>
+<p><i>Impartir</i>, accorder, donner. <a href="#p009">9,</a> <a
+href="#p055">55.</a></p>
+<p><i>Imp&ecirc;trer</i>, obtenir. <a href="#p042">42.</a></p>
+<p><i>Impourveu</i>, pauvre, qui n'est pas pourvu de biens. <a
+href="#p014">14.</a></p>
+<p><i>Inform&eacute;</i>, instruit. &laquo;Informez en
+meurs&raquo; (<a href="#p071">p. 71</a>), bien
+&eacute;lev&eacute;s.</p>
+<p>INNOCENS (les), cimeti&egrave;re de Paris, <a href=
+"#p089">89.</a></p>
+<p><i>Inventaire</i>, compte fait.</p>
+<p>ISABEAU, <a href="#p082">82.</a></p>
+<p>ISLE (L'). Lille en Flandre, <a href="#p045">p. 45.</a></p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; J
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>J&agrave;,</i> d&eacute;j&agrave;, certainement.</p>
+<p><i>Jacobins</i>, glaires, flegmes. <a href="#p049">49.</a></p>
+<p><i>Jacobines</i> (soupes), bonnes soupes grasses. <a href=
+"#p066">66.</a></p>
+<p>JACOPINS, Jacobins. <a href="#p013">13,</a> <a href=
+"#p082">82,</a> <a href="#p179">179.</a></p>
+<p><i>Jacques</i> (<a href="#p158">p. 158</a>). Les Francs
+Archiers portaient des <i>jacques</i> ou cottes de mailles sous
+leur hoqueton ou casaque. (P. L.) Il y avait des <i>jacques</i>
+de toutes sortes d'&eacute;toffes. Nous disons encore
+<i>jaquette</i>.</p>
+<p>JACQUELINE, <a href="#p082">82.</a></p>
+<p><i>Jalet</i>, galet, caillou. <a href="#p114">114.</a></p>
+<p><i>Jambot</i>, <a href="#p084">p. 84.</a> Petite jambe, membre
+viril.</p>
+<p>JAMES, (<i>Jacques</i>), <a href="#p092">92,</a> <a href=
+"#p097">97.</a></p>
+<p><i>Jargon jobelin</i>, argot, <a href="#p179">179.</a></p>
+<p><i>Jargonner</i>, <a href="#p118">p. 118.</a> &laquo;Je
+congnois quand pipeur jargonne&raquo;, veut dire: je connais
+l'artifice du chasseur &agrave; la pip&eacute;e.</p>
+<p><i>Jasoit</i>, quoique, <a href="#p138">138.</a></p>
+<p>JASON, <i>Jazon</i>, <a href="#p121">121.</a></p>
+<p>JEHAN de CALAYS, <a href="#p093">93.</a></p>
+<p>JEHAN LAURENS, <a href="#p180">p. 180.</a> Personnification du
+peuple, qui apportait de l'argent aux <i>pardons</i>, ou
+peut-&ecirc;tre un nom donn&eacute; aux <i>pardonneurs</i>.</p>
+<p>JEHANNE, <a href="#p173">173.</a></p>
+<p>JEHANNE DE BRETAIGNE, <a href="#p084">84.</a></p>
+<p>JEHANNE, la bonne Lorraine (<a href="#p034">p. 34,</a> v. 21),
+Jeanne d'Arc.</p>
+<p>JEHANNETON, <a href="#p049">49.</a></p>
+<p>JEHANNETON <i>la Chaperonni&egrave;re</i>, <a href=
+"#p042">42.</a></p>
+<p><i>Jengleresse</i>, menteuse, <a href="#p055">55.</a></p>
+<p><i>Jeu d'asne</i> (<a href="#p082">p. 82</a>), jeu d'amours.
+M. P. L. suppose qu'on devrait lire le jeu de dame. C'est la
+m&ecirc;me chose.</p>
+<p><i>Jeux</i>, pi&egrave;ces dramatiques, <a href=
+"#p087">87.</a></p>
+<p>JOB, <a href="#p029">29,</a> <a href="#p122">122.</a></p>
+<p><i>Jobelin</i>, argot. <a href="#p169">169,</a> <a href=
+"#p179">179.</a></p>
+<p><i>Joinctes</i>, jointures, articulations <a href=
+"#p033">33.</a></p>
+<p>JONAS, <a href="#p122">122.</a></p>
+<p><i>Joncherie</i>, plaisanterie, raillerie, friponnerie. <a
+href="#p104">104,</a> <a href="#p189">189,</a> <a href=
+"#p190">190.</a></p>
+<p>JOUVENEL (Michel) (<a href="#p096">p. 96</a>), huiti&egrave;me
+fils de Jean Jouvenel des Ursins, fut bailli de Troyes, et mourut
+en 1470.</p>
+<p>JUDAS, <a href="#p122">122.</a></p>
+<p>JUDIC, <i>Judith</i>. <a href="#p110">110,</a> <a href=
+"#p121">121.</a></p>
+<p>JUIFS, <a href="#p103">103.</a></p>
+<p>JUNO, Junon. <a href="#p122">122.</a></p>
+<p><i>Jus</i>, bas, &agrave; bas. <a href="#p076">76,</a> <a
+href="#p136">136,</a> <a href="#p159">159.</a></p>
+<p>JUSQU'IL, jusqu'&agrave; ce qu'il.</p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; K
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p>KATHERINE <i>la Bouchi&egrave;re</i>, <a href=
+"#p042">42.</a></p>
+<p>KATHERINE DE VAUSELLES, <a href="#p046">46.</a></p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; L
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>L'en</i>, on, l'on.</p>
+<p><i>L&agrave; sus</i>, l&agrave; haut. <a href=
+"#p103">103.</a></p>
+<p>LA BARRE, <a href="#p050">50,</a> <a href="#p057">57,</a> <a
+href="#p063">63.</a></p>
+<p><i>Labit</i>, <a href="#p175">175,</a> d&eacute;cadence, de
+<i>labes</i> (P.L.).</p>
+<p><i>Labour</i>, travail, labeur. <a href="#p088">88.</a></p>
+<p><i>Laboureux mestier</i>, &eacute;tat de laboureur. <a href=
+"#p079">79.</a></p>
+<p>LA GARDE (<i>Jean de</i>). <a href="#p017">17,</a> <a href=
+"#p073">73,</a> <a href="#p096">96.</a></p>
+<p>LA HIRE. <a href="#p055">155.</a> &Eacute;tienne Vignoles, dit
+La Hire, fut un des plus braves capitaines de Charles VII. Il se
+distingua dans les guerres contre les Anglais, et mourut &agrave;
+Montauban en 1442. (P.L.)</p>
+<p><i>Laidanger</i>, injurier, railler. <a href=
+"#p043">43.</a></p>
+<p>L'AIGLE, <a href="#p152">152.</a></p>
+<p><i>Lairra</i>, laissera.</p>
+<p><i>Lairray</i>, laisseray.</p>
+<p><i>Lait</i>, laid.</p>
+<p><i>Laiz</i>, la&iuml;ques. <a href="#p033">33.</a></p>
+<p><i>Lame</i>, pierre tumulaire. &laquo;Quant est du corps, il
+gyst soubz lame&raquo; (<a href="#p032">32,</a> v. 23).</p>
+<p>LAMESOU (<i>le seigneur de</i>), <a href="#p200">200.</a></p>
+<p>LANCELOT, <i>le roi de Behaigne</i> (<a href="#p036">p.
+36,</a> v.6). Pr. a cru voir dans ce personnage Ladislas V,
+prince d'une rare bravoure, tu&eacute; &agrave; la bataille de
+Varnes en 1444, et qui r&eacute;gnait sur la Pologne, la
+Boh&egrave;me et la Hongrie. M. P L. remarque avec raison que
+<i>Lancelot</i> ne ressemble gu&egrave;re &agrave;
+<i>Ladislas</i>.</p>
+<p>LANTRIQUER, nom breton de la ville de Trequier. <a href=
+"#p157">157.</a></p>
+<p><i>Laqs</i>, filets, pi&egrave;ges. <a href=
+"#p078">78.</a></p>
+<p><i>Larmoyer</i>, pleurer, verser des larmes. <a href=
+"#p141">141.</a></p>
+<p>LA ROCHE, <a href="#p155">155.</a> Le seigneur de La Roche
+&eacute;tait un des bons capitaines de Charles VII. Il s'attacha
+&agrave; la personne du Dauphin Louis, et le suivit dans ses
+r&eacute;voltes contre son p&egrave;re. On le voit figurer parmi
+les familiers du Dauphin dans les <i>Cent nouvelles du bon roy
+Louis XI</i>, o&ugrave; il est toujours nomm&eacute;
+&laquo;monseigneur de La Roche&raquo;. (P. L.)</p>
+<p>LA ROCHEFOUCAULD, <a href="#p152">152.</a> Ce ne peut
+&ecirc;tre que Foucauld, 3e du nom seigneur de La Rochefoucauld,
+de Marsillac. etc., conseiller et chambellan de Charles VII, fait
+chevalier sur le champ de bataille, en 1461. (P. L.)</p>
+<p><i>Las</i>, lacs, filets. <a href="#p047">47.</a></p>
+<p><i>Lasse!</i> h&eacute;las. <a href="#p032">32.</a></p>
+<p><i>Lassus</i>, l&agrave; haut. <a href="#p091">91.</a></p>
+<p><i>Latin</i>, langage, parler quelconque. &laquo;Je n'entends
+point vostre latin.&raquo; <a href="#p202">202.</a></p>
+<p>LAURENS (<i>Jehan</i>), <a href="#p068">68.</a></p>
+<p><i>Lavaille</i>, eau qui a servi &agrave; laver. <a href=
+"#p076">76.</a></p>
+<p><i>Lay</i>, la&iuml;que <a href="#p044">44.</a></p>
+<p><i>Lay</i>, pi&egrave;ce de vers. &laquo;Ce lay contenant des
+vers dix.&raquo; <a href="#p059">P. 59,</a> v. 4.</p>
+<p><i>Lays</i> est employ&eacute;, dans la pr&eacute;face de
+Marot et dans les deux Testaments, dans le sens de legs.</p>
+<p><i>L&eacute;</i>, large &laquo;Tant qu'il a de long et de
+l&eacute;&raquo; (<a href="#p023">23,</a> v. 22).</p>
+<p><i>Lealle</i>, loyale. <a href="#p134">134.</a></p>
+<p><i>L&eacute;ans</i>, l&agrave; dedans.</p>
+<p>LE CAMUS SENESCHAL, <a href="#p092">92.</a></p>
+<p><i>Lectry</i>, lutrin, <a href="#p015">15.</a></p>
+<p><i>L&eacute;g&egrave;rement</i>, vivement, promptement.</p>
+<p>LE LOU (<i>Jehan</i>), <a href="#p064">64.</a></p>
+<p><i>Lembroys&eacute;</i>, lambriss&eacute;, <a href=
+"#p068">68.</a></p>
+<p><i>Lermes</i>, larmes.</p>
+<p><i>Lerz</i>, loirs. <a href="#p072">72.</a></p>
+<p><i>Leschier</i>, rechercher les bons morceaux se livrer
+&agrave; sa gourmandise. <a href="#p028">28.</a></p>
+<p><i>Lettres</i>, savoir, connaissances. &laquo;Sans plus
+grandes lettres chercher&raquo; (<a href="#p071">p. 71,</a> v.
+7).</p>
+<p><i>Lez</i> aupr&egrave;s, &agrave; c&ocirc;t&eacute; de.</p>
+<p><i>Lians</i>, liens. <a href="#p106">106.</a></p>
+<p><i>Librairie</i>, biblioth&egrave;que. <a href=
+"#p054">54.</a></p>
+<p><i>Lice</i>, lisi&egrave;re, laisse. <a href="#p171">171,</a>
+v. 21.</p>
+<p><i>Lit de parement</i>, <a href="#p089">89.</a> C'&eacute;tait
+un grand lit d'honneur, avec dosseret, dais et courtines, chevet,
+couvre-pied, marchepied, chaire d'attente, prie-dieu, etc. (P.
+L.)</p>
+<p><i>Ligne</i>, <a href="#p069">69,</a> lign&eacute;e, race.</p>
+<p><i>Linget</i>, mince, d&eacute;li&eacute;. <a href=
+"#p064">64.</a></p>
+<p><i>Lisse</i>, chienne, p. <a href="#p171">171,</a> v. 20</p>
+<p>LOMBART, <a href="#p050">50.</a> Synonyme de juif ou usurier.
+(P. L.) Plusieurs banquiers, juifs d'origine, lombards de nation,
+vinrent s'&eacute;tablir &agrave; Paris dans la rue qui porte
+leur nom. Comme ils pr&ecirc;taient &agrave; gros
+int&eacute;r&ecirc;ts, le peuple donna le nom de <i>lombards</i>
+aux usuriers et pr&ecirc;teurs sur gages. (Pr.)&mdash;<i>Art
+lombard</i>, <a href="#p171">171,</a> art d'attraper de
+l'argent.</p>
+<p>LOMER, <a href="#p091">91.</a></p>
+<p>LORRAINES, <a href="#p081">8l.</a></p>
+<p><i>Los</i>, lot. <a href="#p134">134.</a></p>
+<p>LOTH, <a href="#p069">69.</a></p>
+<p>LOUVIERS (Nicolas de) ou de Louvieulx, <a href="#p017">17,</a>
+<a href="#p062">62.</a> Prompsault croit qu'il s'agit d'un
+bourgeois de Paris qui concourut &agrave; remettre la ville de
+Paris entre les mains de Charles VII, et qui fut fait conseiller
+&agrave; la Chambre des comptes par Louis XI.</p>
+<p><i>Loyaument</i>, loyalement.</p>
+<p><i>Loyer</i>, r&eacute;compense. <a href="#p045">45.</a></p>
+<p>LOYS, le bon roi de France Louis XI, p. <a href=
+"#p023">23.</a></p>
+<p><i>Loz</i>, louange. <a href="#p109">109.</a></p>
+<p><i>Lubres</i> (<a href="#p095">p. 95,</a> v. 3), sombres et
+tristes, dit Pr.</p>
+<p>LUCRESSE. Lucr&egrave;ce. <a href="#p118">118.</a></p>
+<p><i>Lunettes</i>, yeux, vue. Samson fut livr&eacute; par Dalila
+aux Philistins, qui lui crev&egrave;rent les yeux. C'est ce que
+Villon rapporte ainsi <a href="#p045">p. 45,</a> <a href=
+"#p002">2.</a> <a href="#p021">21:</a> &laquo;Samson en perdit
+ses lunettes.&raquo;</p>
+<p><i>Lutter</i>, faire le m&eacute;tier de baladin. <a href=
+"#p087">87.</a></p>
+<p><i>Luz</i>, luths. <a href="#p055">55.</a></p>
+<p><i>Ly</i>, le, les. <a href="#p036">36.</a></p>
+<p>LYMOUSINS, <a href="#p185">185,</a> <a href="#p199">199,</a>
+<a href="#p202">202.</a></p>
+<p>LYSLE EN FLANDRE, Lille. <a href="#p022">22.</a></p>
+<p><i>Lysses</i>, lices, luttes: &laquo;&agrave; tenir amoureuses
+lysses&raquo; (<a href="#p040">p. 40,</a> v. 29).</p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; M
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>M'</i>, mon, ma. &laquo;Par m'ame.&raquo; <a href=
+"#p073">73.</a></p>
+<p>MAC&Eacute;E <i>d'Orl&eacute;ans</i>. <a href=
+"#p068">68.</a></p>
+<p><i>Macher</i>, manger. <a href="#p187">187.</a></p>
+<p>MACQUAIRE, <a href="#p076">76.</a></p>
+<p>MACROBE, <a href="#p081">81.</a></p>
+<p>MAGDELAINE (<i>la</i>), <a href="#p122">122.</a></p>
+<p><i>Maignan</i>, chaudronnier. <a href="#p119">119.</a></p>
+<p><i>Maille</i>, petite pi&egrave;ce de monnaie. <a href=
+"#p086">86,</a> <a href="#p180">180,</a> <a href=
+"#p208">208.</a></p>
+<p><i>Maille</i>, pas du tout. &laquo;Je ne vous crains pas
+maille&raquo;, <a href="#p151">151.</a></p>
+<p><i>Mailler</i>, battre &agrave; coups de marteau, de maillet.
+<a href="#p116">116.</a></p>
+<p><i>Maillon</i>, maillot. <a href="#p054">54.</a></p>
+<p><i>Main mise</i>, <a href="#p052">52.</a> &laquo;Dieu nous
+garde de la main mise&raquo;, nous pr&eacute;serve d'&ecirc;tre
+pris.</p>
+<p>MAIREBEUF. <a href="#p017">17,</a> <a href="#p062">62.</a></p>
+<p><i>Mais</i>, plus. &laquo;Il n'a mais qu'un peu de
+billon.&raquo; (<a href="#p019">P. 19,</a> v. 9.)</p>
+<p><i>Mais que</i>, pourvu que.</p>
+<p><i>Maistre des testament</i>, <a href="#p097">97.</a> Je ne
+sais ce que c'&eacute;tait.</p>
+<p><i>Maistrie</i>, domination. <a href="#p102">102.</a></p>
+<p><i>Mal, male</i>, mauvais, mauvaise.</p>
+<p>MALCHUS, <a href="#p199">199.</a> Servir Malchus,
+c'&eacute;tait, selon M. P. L., servir un homme
+d'&eacute;p&eacute;e &agrave; la guerre, porter un &eacute;pieu,
+une guisarme ou un coutelas, appel&eacute; <i>Malchus</i>, du nom
+de celui &agrave; qui saint Pierre coupa une oreille.</p>
+<p><i>Mal gr&eacute;</i>, disgr&acirc;ce. <a href=
+"#p058">58.</a></p>
+<p><i>Malheuret&eacute;</i>, infortune, malheur,
+mis&egrave;re.</p>
+<p><i>Mallement</i>, m&eacute;chamment, durement.</p>
+<p>MALPENS&Eacute;, <a href="#p011">11.</a> Personnage
+imaginaire, aux id&eacute;es peu nettes.</p>
+<p><i>Maltalent</i>, m&eacute;chancet&eacute;, col&egrave;re. <a
+href="#p036">36.</a></p>
+<p><i>Mander</i>, envoyer. <a href="#p077">77.</a></p>
+<p><i>Manna</i>, manne. <a href="#p107">107.</a></p>
+<p><i>Manne</i>. &laquo;Venir de manne&raquo; (<a href=
+"#p073">73</a>), venir du ciel, comme la manne.</p>
+<p><i>March&eacute; au fil&egrave;</i> (?), <a href=
+"#p080">80.</a></p>
+<p><i>March&eacute; (hault et bas)</i>, <a href="#p195">195,</a>
+toutes sortes d'affaires, y compris les affaires d'amour.</p>
+<p><i>Marchesens</i> (?), <a href="#p175">175.</a></p>
+<p>MARGOT (<i>la grosse</i>), <a href="#p082">82,</a> <a href=
+"#p083">83.</a></p>
+<p>MARIE (<i>d'Orl&eacute;ans</i>), <a href="#p105">105.</a></p>
+<p>MARION LA PEAU TARDE, <a href="#p091">91.</a></p>
+<p>MARION L'YDOLLE, <a href="#p084">84,</a> <a href=
+"#p086">86.</a></p>
+<p>MARIONNETTE, titre ou refrain de chanson. <a href="#p091">P.
+91.</a></p>
+<p><i>Mariottes</i>, femmes mari&eacute;es (?), <a href=
+"#p098">98.</a></p>
+<p>MARQUET. <a href="#p092">92.</a></p>
+<p>MARTIN GALLANT, <a href="#p185">185.</a></p>
+<p>MASCHECROUE (la). Prompsault croit que c'est le nom d'une
+taverni&egrave;re. M. P. L. pense qu'il s'agit des plaines
+arros&eacute;es par la Crou, petite rivi&egrave;re qui passe
+&agrave; Gonesse et &agrave; Saint-Denis.</p>
+<p><i>Maschou&egrave;re</i>, m&acirc;choire, <a href=
+"#p052">52.</a></p>
+<p><i>Mate ch&egrave;re</i>, triste mine. <a href=
+"#p052">52.</a></p>
+<p><i>Mathelins (l'ordre des)</i>, <a href="#p070">70,</a>
+l'ordre des fous, des insens&eacute;s. Peut-&ecirc;tre la
+confr&eacute;rie des Sots ou de M&egrave;re-Sotte, cette
+soci&eacute;t&eacute; joyeuse de po&euml;tes et de
+com&eacute;diens, qui &eacute;tait alors la rivale de la
+Confr&eacute;rie dramatique de la Passion. (P. L.)</p>
+<p><i>Mathelineux</i>, fou.</p>
+<p>MATHIEU, <a href="#p066">p. 66.</a> M. B. L. suppose qu'il
+s'agit de Mathieu de Gand, trouv&egrave;re du XIIIe
+si&egrave;cle, qui a &eacute;crit contre les moines.</p>
+<p><i>Mathon</i>, fromage mou. (P. L.)</p>
+<p>MATHUSAL&Eacute;, Mathusalem, <a href="#p023">23.</a></p>
+<p><i>Mau</i>, mauvais, <a href="#p065">65,</a> <a href=
+"#p084">84.</a></p>
+<p>MAUBUAY, <a href="#p063">p. 63.</a> La fontaine Maubu&eacute;e
+(c'est-&agrave;-dire malpropre) &eacute;tait situ&eacute;e
+&agrave; l'entr&eacute;e de la rue de ce nom, qui n'avait alors
+que des filles et des mauvais gar&ccedil;ons pour habitants (P.
+L.). Villon envoie Jean Raguyer boire &agrave; la fontaine
+Maubu&eacute;e, <a href="#p001">1.</a></p>
+<p><i>Mauffez</i>, le diable. Villon dit assez irrespectueusement
+que le pr&ecirc;tre, exorcisant les poss&eacute;d&eacute;s, prend
+le diable par le col avec son &eacute;tole (<a href="#p036">p.
+36</a>).</p>
+<p><i>Mauldite</i>, injuri&eacute;e avec blasph&egrave;me. (P.
+L.)</p>
+<p><i>Maulgr&eacute;</i>, malgr&eacute;. <a href=
+"#p158">158.</a></p>
+<p><i>Maulx</i>, mauvais. <a href="#p106">106,</a> v. 12.</p>
+<p>MAUTAINCT, <a href="#p074">74.</a></p>
+<p>MEHUN, <a href="#p024">24,</a> <a href="#p084">84.</a></p>
+<p>MEHUN (<i>Jehan de</i>), continuateur du <i>Roman de la
+Rose</i>, <a href="#p066">66.</a></p>
+<p><i>Meins</i>, moins. <a href="#p154">154.</a></p>
+<p><i>Meist</i>, mit. <a href="#p060">60.</a></p>
+<p>MENDIANS (<i>fr&egrave;res</i>), <a href="#p066">66,</a> <a
+href="#p098">98.</a></p>
+<p><i>Menestrier</i>, musicien. <a href="#p045">45.</a></p>
+<p><i>Menroit</i>, m&egrave;nerait. <a href="#p201">201.</a></p>
+<p><i>Mercerot</i>, petit mercier. &laquo;Moy, pauvre mercerot de
+Rennes&raquo; (<a href="#p037">p. 37,</a> v. 21), signifie gueux
+comme un <i>mercelot</i>, c'est-&agrave;-dire comme ces merciers
+ou porte-balles qui couraient le pays, et qui &eacute;taient
+affili&eacute;s aux bandes de gueux et de boh&eacute;miens.</p>
+<p><i>Merciz</i>, mis&eacute;ricorde.</p>
+<p><i>Mereaulx</i>, jetons qui servaient &agrave; faire les
+comptes.</p>
+<p><i>M&eacute;rencolie</i>, m&eacute;lancolie, folie. <a href=
+"#p188">188.</a></p>
+<p><i>Merir</i>, m&eacute;riter. <a href="#p055">55,</a> v.
+8.</p>
+<p><i>Merit</i>, m&eacute;rite. <a href="#p052">52,</a> v. 1.</p>
+<p>MERLE, <a href="#p070">70.</a></p>
+<p><i>Meschance</i>, mis&egrave;re, malheur.</p>
+<p><i>Meschief</i>, malheur, accident, <a href=
+"#p141">141.</a></p>
+<p><i>Meschoir</i>, arriver du mal.</p>
+<p><i>Mescompter (se)</i>, s'exposer &agrave; des
+m&eacute;comptes. <a href="#p007">7.</a></p>
+<p><i>Mesdire</i>, mentir. &laquo;Je le dys et ne croys
+mesdire.&raquo; (<a href="#p028">P. 28,</a> v. 20.)</p>
+<p><i>Meseaulx</i>, l&eacute;preux. <a href="#p076">76.</a></p>
+<p><i>Meshaign&eacute;</i>, bless&eacute;, en mauvais
+&eacute;tat. <a href="#p152">152.</a></p>
+<p><i>Meshaing</i>, peine. <a href="#p098">98.</a></p>
+<p><i>Meshuy</i>, <a href="#p150">p. 150.</a> &laquo;C'est
+&agrave; meshuy!&raquo; C'est maintenant, pour le
+coup!&mdash;Aujourd'hui. <a href="#p157">157.</a></p>
+<p><i>Mesprendre</i>, mal agir, <a href="#p027">27,</a> <a href=
+"#p042">42,</a> <a href="#p133">133.</a></p>
+<p><i>Masprins</i>, mal agi, <a href="#p008">8.</a></p>
+<p><i>Messaigi&egrave;res</i>, entremetteuses. <a href="#p080">P.
+80,</a> v. 9.</p>
+<p><i>Messe (seiche)</i>, <a href="#p093">93,</a> messe sans
+cons&eacute;cration.</p>
+<p><i>Mestier</i>, besoin. <a href="#p061">6l,</a> <a href=
+"#p197">197,</a> <a href="#p200">200.</a></p>
+<p><i>Mestier (bas)</i>, affaires d'amour.</p>
+<p>MEUNG, <a href="#p146">p. 146.</a> C'est le continuateur du
+<i>Roman de la Rose</i>, Jehan de Meung. Voy. MEHUN.</p>
+<p><i>Meurdri</i>, meurtri. <a href="#p016">16.</a></p>
+<p><i>Meure</i>, m&ucirc;re, fruit de la ronce. &laquo;Plus noir
+que meure.&raquo; (<a href="#p028">P. 28,</a> v. 9.)</p>
+<p><i>Meurt&eacute;</i>, maturit&eacute;. <a href=
+"#p026">26.</a></p>
+<p>MICHAULT DU FOUR, <a href="#p063">63.</a></p>
+<p>MICHAULT le bon fouterre, <a href="#p057">57.</a> Il y a dans
+le recueil publi&eacute; par Barbazan un fabliau du
+<i>Foteor</i>; mais le h&eacute;ros du conte n'est pas
+nomm&eacute;.</p>
+<p><i>Mie</i>, pas du tout. <a href="#p062">62.</a></p>
+<p><i>Miege</i>, m&eacute;gissier. <a href="#p065">65.</a></p>
+<p><i>Mignon</i>, favori. <a href="#p196">196.</a></p>
+<p><i>Mignotte</i>, jolie, mignonne. <a href="#p041">41,</a> <a
+href="#p098">98.</a></p>
+<p><i>Mineur</i>, petit. &laquo;Haro, haro, le grand et le
+mineur!&raquo; (<a href="#p058">p 58,</a> v 11.) A l'aide, grands
+et petits!</p>
+<p><i>Mirlificques</i>, <a href="#p185">185.</a> Merveilles, pour
+<i>mirifiques</i>. (P. L.)</p>
+<p><i>Misericors</i>, indulgent, mis&eacute;ricordieux <a href=
+"#p022">22.</a></p>
+<p><i>Miste</i>, joli, aimable. <a href="#p196">196.</a></p>
+<p><i>Mitaines</i>. L'avant-dernier vers de la <a href=
+"#p046">page 46</a> fait allusion &agrave; l'usage, qui n'est pas
+encore compl&egrave;tement perdu, de donner des gants aux
+convives d'une noce.</p>
+<p><i>Mitaines de fer</i>, gantelets. <a href=
+"#p152">152.</a></p>
+<p><i>Mocque</i>, moquerie. <a href="#p175">175.</a></p>
+<p><i>Mol</i> mollet. <a href="#p061">61.</a></p>
+<p>MONFAULCON, <a href="#p215">215.</a></p>
+<p><i>Monopolles</i>, cabales, complots. <a href=
+"#p205">205.</a></p>
+<p><i>Monstier</i>, couvent.</p>
+<p>MONTMARTRE, <a href="#p081">8l.</a></p>
+<p>MONTPIPPEAU, <a href="#p086">86.</a></p>
+<p>MONT-VAL&Eacute;RIEN, <a href="#p081">81.</a></p>
+<p><i>Moralitez</i> (<a href="#p087">p. 87</a>), pi&egrave;ces
+dramatiques dont les vertus, les vices, etc., sont les
+personnages.</p>
+<p>MOREAU, <a href="#p050">50.</a></p>
+<p><i>Morillon</i> (vin), <a href="#p100">p. 100.</a> Vin
+rouge</p>
+<p><i>Mors</i>, mordu. <a href="#p143">143,</a> v. 18.</p>
+<p><i>Mort</i>. &laquo;Aller de mort &agrave; vie&raquo;, <a
+href="#p091">p. 91,</a> est un jeu de mots, l'inverse d'aller de
+vie &agrave; tr&eacute;pas.</p>
+<p>MORTELLERIE (<i>Rue de la</i>), &agrave; Paris. <a href=
+"#p200">200.</a></p>
+<p><i>Morteux</i>, mortels. <a href="#p159">159.</a></p>
+<p>MORTIER D'OR. Para&icirc;t avoir &eacute;t&eacute; l'enseigne
+de Jehan de la Garde, l'&eacute;picier. (<a href="#p017">P.
+17,</a> v. 1.)</p>
+<p><i>Moulier</i>, femme, <a href="#p046">46.</a></p>
+<p><i>Moult</i>, tr&egrave;s, beaucoup.</p>
+<p><i>Mouse</i>, museau. <a href="#p063">63.</a></p>
+<p><i>Mousse</i>, <a href="#p173">p. 173,</a> v. 21. Vin On dit
+encore <i>mo&ucirc;t</i> dans le sens de <i>vin nouveau</i>. (P.
+L.) Je crois qu'il s'agit plut&ocirc;t des frais faits pour
+para&icirc;tre, pour se faire <i>mousser</i>.</p>
+<p><i>Moustarde (aller &agrave; la)</i>, <a href="#p091">91,</a>
+faire grand bruit d'une chose, s'en vanter, en parler &agrave;
+tout propos.</p>
+<p><i>Moutonnier</i>, <a href="#p012">12.</a> M. P. L. croit que
+Changon &eacute;tait un <i>mouton</i> ou faux compagnon que
+Villon avait rencontr&eacute; dans les prisons, pour son malheur.
+C'est assez vraisemblable.</p>
+<p><i>Muer</i>, changer. <a href="#p027">27.</a></p>
+<p><i>Muguelias</i>, muglias, <a href="#p204">204.</a> Sorte de
+parfum.</p>
+<p>MULLE, <a href="#p060">60,</a> probablement une enseigne.</p>
+<p><i>Musars</i>, fain&eacute;ants, <a href="#p098">98.</a></p>
+<p><i>Muser</i>, s'amuser, perdre son temps. <a href=
+"#p079">79</a></p>
+<p><i>Musser</i>, cacher. <a href="#p058">58.</a></p>
+<p><i>Mye</i>, point, pas du tout. <a href="#p202">202.</a></p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; N
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>N'</i>, ni <a href="#p108">108.</a></p>
+<p>NABUGODONOZOR, <a href="#p122">122.</a></p>
+<p>NANCY. <a href="#p171">P. 171.</a> Ce souvenir du si&egrave;ge
+et de la bataille de Nancy, o&ugrave; les Suisses d&eacute;firent
+le duc de Bourgogne, Charles le T&eacute;m&eacute;raire, prouve,
+ainsi que l'a remarqu&eacute; M. P. L., que le <i>Dialogue de
+Mallepaye et Baillevent</i> a &eacute;t&eacute; compos&eacute;
+apr&egrave;s l'ann&eacute;e 1477.</p>
+<p><i>Naquet</i>, <a href="#p169">169,</a> jeune gar&ccedil;on,
+d'o&ugrave; <i>laquais</i> (P. L.). On appelait
+particuli&egrave;rement <i>naquets</i> les gar&ccedil;ons des
+jeux de paume.</p>
+<p>NARCISSUS, Narcisse, <a href="#p046">46,</a> <a href=
+"#p122">122.</a></p>
+<p><i>Natt&eacute;</i>, garni de nattes, suivant l'usage du
+temps. &laquo;En chambre bien natt&eacute;e&raquo;, <a href=
+"#p078">78.</a></p>
+<p><i>Naveau</i>, navet. <a href="#p048">48.</a></p>
+<p><i>Navrer</i>, blesser.</p>
+<p><i>Ne</i>, ni.</p>
+<p><i>Ne que</i>, pas plus que.</p>
+<p><i>Nectelet</i>, <a href="#p169">169.</a> Propret, bien
+v&ecirc;tu.</p>
+<p><i>Nennil, nenny</i>, non.</p>
+<p><i>Noailleux</i>, noueux. <a href="#p155">155.</a></p>
+<p>NO&Eacute;, <a href="#p069">69.</a></p>
+<p>NO&Eacute; LE JOLYS, <a href="#p046">46,</a> <a href=
+"#p085">85.</a> Probablement un ancien compagnon de Villon, qui
+le chargea dans son premier proc&egrave;s pour se disculper
+lui-m&ecirc;me, et ne fut condamn&eacute; qu'au tiers de la peine
+inflig&eacute;e &agrave; Villon. Celui-ci lui en gardait encore
+rancune lorsqu'il &eacute;crivit le grand Testament. (Huitain
+CXLII.)</p>
+<p><i>Noise</i>, bruit, querelle.</p>
+<p><i>Nombrer</i>, compter. <a href="#p118">118.</a></p>
+<p>NOTRE-DAME-DE-PARIS, <a href="#p187">187.</a></p>
+<p><i>Nourri</i>, &eacute;lev&eacute;, <a href="#p002">2.</a></p>
+<p><i>Noyse</i>, bruyt, querelle.</p>
+<p><i>Noysier</i>, faire du bruit, quereller. <a href=
+"#p079">79.</a></p>
+<p><i>Nully</i>, nul, aucun, personne. <a href=
+"#p213">213.</a></p>
+<p><i>Nuyct&eacute;e</i>, dur&eacute;e de la nuit. <a href=
+"#p078">78.</a></p>
+<p><i>Nuysance</i>, pr&eacute;judice. <a href=
+"#p144">144.</a></p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; O
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>O</i>, avec. <a href="#p069">69,</a> <a href=
+"#p079">79.</a></p>
+<p><i>Obstant</i>, malgr&eacute;, nonobstant.</p>
+<p>OCTOVIEN, <a href="#p122">122.</a> Prompsault croit qu'il
+s'agit de Caius Julius Caesar Octavianus, qui fut empereur sous
+le nom d'Auguste.</p>
+<p><i>O&euml;s</i>, oies. <a href="#p092">92.</a></p>
+<p><i>Onc, oncques</i>, jamais.</p>
+<p><i>Oppresse</i>, oppression. <a href="#p026">26.</a></p>
+<p><i>Ord</i>, sale.</p>
+<p><i>Orbes</i>, <a href="#p115">115,</a> aveugles, selon
+M.P.L.</p>
+<p><i>Ores</i>, maintenant.</p>
+<p><i>Orfaverie</i>, orf&egrave;vrerie, bijoux, ornements en or.
+<a href="#p068">68,</a> <a href="#p146">146.</a></p>
+<p>ORL&Eacute;ANS, <a href="#p066">66.</a></p>
+<p>ORPHEUS, Orph&eacute;e, <a href="#p045">45.</a></p>
+<p><i>Orrez</i>, entendrez.</p>
+<p><i>Ost</i>, arm&eacute;e.</p>
+<p><i>Ostade</i>, &eacute;toffe pr&eacute;cieuse. <a href=
+"#p196">196.</a></p>
+<p><i>Ot</i>, entend, <a href="#p051">51.</a>&mdash;Eut, <a href=
+"#p046">46.</a></p>
+<p><i>Ou</i>, au. <a href="#p029">29,</a> v. 4; <a href=
+"#p106">106,</a> v. 17.</p>
+<p><i>Oubliance</i>, oubli. <a href="#p018">18.</a></p>
+<p><i>Oultraige</i>, courage intempestif, outrecuidance. <a href=
+"#p152">152,</a> <a href="#p154">154.</a></p>
+<p><i>Oultrement</i>, beaucoup, plus que de raison, <a href=
+"#p001">1.</a></p>
+<p><i>Ouquel</i>, auquel, dans lequel.</p>
+<p><i>Ouvrer</i>, travailler. <a href="#p087">87.</a></p>
+<p><i>Ouvrez vostre huys, Guillemette</i>; refrain ou
+commencement de chanson. <a href="#p091">91.</a></p>
+<p><i>Oy</i>, entends, <a href="#p113">113.</a></p>
+<p><i>Oystres</i>, hu&icirc;tres. <a href="#p030">30.</a></p>
+<p><i>Oyt</i>, entend. <a href="#p064">64,</a> <a href=
+"#p068">68.</a></p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; P
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>Paillart</i>, gueux. <a href="#p194">194.</a></p>
+<p><i>Palais</i> (le), &agrave; Paris, <a href="#p185">185,</a>
+<a href="#p206">206.</a></p>
+<p><i>Pallus, palux</i>, marais. <a href="#p055">55,</a> <a href=
+"#p122">122.</a></p>
+<p><i>Panon de Bissac</i> (<a href="#p155">p. 155</a>), pennon ou
+banni&egrave;re de toile grise (P. L.).</p>
+<p><i>Paour</i>, peur.</p>
+<p><i>Paouvre</i>, pauvre. <a href="#p009">9.</a></p>
+<p><i>Papaliste</i>, papaut&eacute;. <a href="#p035">35.</a></p>
+<p><i>Papier</i> (p. <a href="#p051">51,</a> v. 12), respirer,
+souffler.</p>
+<p><i>Par tel</i>, de telle fa&ccedil;on. Peut-&ecirc;tre le vers
+22 de la <a href="#p181">page 181</a> devrait &ecirc;tre ainsi:
+&laquo;Par tel si, qui veue ne l'aura.&raquo;</p>
+<p><i>Pardoint</i>, pardonne. <a href="#p153">153.</a></p>
+<p><i>Pardons</i>, <a href="#p180">180.</a> Pri&egrave;res
+publiques, processions et autres pratiques pieuses auxquelles
+&eacute;taient attach&eacute;es des indulgences
+particuli&egrave;res. (P. L.)</p>
+<p><i>Pardonneurs</i>, vendeurs d'indulgences, de pardons. <a
+href="#p174">174,</a> <a href="#p180">180.</a></p>
+<p><i>Parfaict</i>, achev&eacute;. <a href="#p188">188.</a></p>
+<p><i>Parfond</i>, profond.</p>
+<p>PARIS, <a href="#p033">33.</a></p>
+<p>PARIS, <a href="#p066">66,</a> <a href="#p080">80,</a> <a
+href="#p088">88,</a> <a href="#p101">101,</a> <a href=
+"#p184">184,</a> <a href="#p199">199</a> et <i>passim</i>.</p>
+<p><i>Parit</i>, engendra, <a href="#p051">51,</a> v. 20.</p>
+<p><i>Parmi</i>, avec. <a href="#p050">50.</a>&mdash;Au milieu
+de, dans. <a href="#p153">153.</a>&mdash;A travers. <a href=
+"#p104">104.</a></p>
+<p><i>Partement</i>, d&eacute;part.</p>
+<p>PAS. Il est question, <a href="#p074">p. 74,</a> v. 13 et
+suiv., d'un pas d'armes tenu par Ren&eacute; d'Anjou, qui prenait
+le titre de roi de Sicile.</p>
+<p><i>Passot</i> (<a href="#p083">83</a>). Pr. croit que c'est
+une lance; M. P. L., une &eacute;p&eacute;e courte.</p>
+<p>PATAC, patard, petite monnaie. <a href="#p069">69,</a> <a
+href="#p199">199.</a></p>
+<p>PATAY, chef-lieu de canton dans le Loiret, <a href=
+"#p115">115.</a> Pr. fait la remarque qu'il n'y a pas de
+for&ecirc;t dans cette localit&eacute;, et qu'il n'y vient pas de
+ch&acirc;taignes.</p>
+<p>PATHELIN, <a href="#p179">179,</a> <a href="#p196">196.</a> Le
+h&eacute;ros d'une farce bien connue, qu'on a attribu&eacute;e
+&agrave; Villon.</p>
+<p><i>Pathelin</i>, <a href="#p166">166,</a> <a href=
+"#p169">169,</a> langage mielleux et plein d'artifices.</p>
+<p><i>Paulme (en)</i>, dans la main. &laquo;Seur comme qui
+l'auroit en paulme&raquo;, <a href="#p072">p. 72.</a></p>
+<p>PAUQUEDENAIRE, <a href="#p196">p. 196,</a> est
+pr&eacute;sent&eacute; comme un homme expert en tromperies, comme
+Villon et Pathelin. Il n'est pas autrement connu. Voy.
+POICDENAIRE.</p>
+<p><i>Peaultre</i>, <a href="#p048">48.</a> Suivant Cotgrave, le
+<i>peautre</i> est le gouvernail d'un navire. Dans <i>l'Ancien
+th&eacute;&acirc;tre fran&ccedil;ais</i>, t. II, p. 155, on
+trouve <i>battu comme peaultre</i>, ce qui &eacute;quivaut
+&agrave; <i>battu comme pl&acirc;tre</i>.</p>
+<p><i>Peaussa</i>, couvert d'une peau &eacute;paisse et
+rid&eacute;e. <a href="#p041">41.</a></p>
+<p><i>Pehon</i>, pi&eacute;ton, fantassin. <a href=
+"#p154">154.</a></p>
+<p><i>Pel</i>, peau. <a href="#p143">143.</a></p>
+<p><i>Peiner (se)</i>, se donner de la peine. <a href=
+"#p031">31.</a></p>
+<p><i>Penancier</i>, P&eacute;nitencier, confesseur. <a href=
+"#p188">188.</a></p>
+<p><i>Penart</i>, lance orn&eacute;e d'un pennon. <a href=
+"#p147">147.</a></p>
+<p>PENESSAC (<i>monsieur de)</i>, <a href="#p200">200.</a></p>
+<p><i>Per</i>. &laquo;Re&ccedil;oit son per et se joint &agrave;
+la plume&raquo;, <a href="#p074">p. 74,</a> v. 20.</p>
+<p><i>Per ou non per</i>, pair ou non, quoi qu'il en soit. <a
+href="#p193">193.</a></p>
+<p>PERDRYER (<i>Jehan et Fran&ccedil;oys</i>), <a href=
+"#p075">75.</a></p>
+<p>PERNET (<a href="#p158">158</a>), <i>Perrenet</i> (<a href=
+"#p157">157</a>), diminutifs de <i>Pierre</i>, nom du franc
+archer de Bagnolet.</p>
+<p><i>Perp&eacute;trer</i>, obtenir, acqu&eacute;rir. <a href=
+"#p042">42.</a></p>
+<p>PERRETTE, <a href="#p082">82.</a></p>
+<p><i>Perrucatz</i>, <a href="#p178">178.</a> Gens &agrave;
+perruque. On appelait perrucats tous les gens de la Basoche (P.
+L.)</p>
+<p><i>Pery</i>, perdu, <a href="#p051">51,</a> v. 23.</p>
+<p><i>Pesle</i>, po&ecirc;le, s. m. <a href="#p048">48.</a></p>
+<p>PESTEL (<i>enseigne du</i>), ou pilon. <a href=
+"#p200">200.</a></p>
+<p><i>Petiote</i>, petite. <a href="#p026">26.</a></p>
+<p>PETIT-PONT, &agrave; Paris. <a href="#p081">81,</a> <a href=
+"#p190">190.</a></p>
+<p><i>Peu</i>, repu, nourri. (<a href="#p021">P. 21,</a> v.
+13.)</p>
+<p>PHILIPPOT, <a href="#p092">92.</a></p>
+<p>PHOEBUS, <a href="#p122">122.</a> La clart&eacute; Phoebus,
+c'est, on le sait, la lumi&egrave;re du jour.</p>
+<p>PICARDS, <a href="#p122">122.</a> C'&eacute;taient des
+h&eacute;r&eacute;tiques qui ne faisaient aucune pri&egrave;re
+pour les morts. Voil&agrave; pourquoi Villon promet &agrave;
+Thibault d'Aussigny une <i>pri&egrave;re de Picard</i>.</p>
+<p>PICARDES, <a href="#p081">81.</a></p>
+<p><i>Pie&ccedil;a</i>, il y a longtemps.</p>
+<p><i>Pi&eacute;tonner</i>, courir &agrave; pied. <a href=
+"#p152">152.</a></p>
+<p><i>Piez blancs</i>, <a href="#p008">p. 8.</a> Avoir les pieds
+blancs, c'est, suivant M. P. L., revenir de loin, comme les
+voyageurs aux pieds poudreux.</p>
+<p><i>Piez de veaux (faire les)</i>, danser, faire des gambades.
+<a href="#p112">112.</a></p>
+<p><i>Pigne</i>, peigne, <a href="#p069">69.</a></p>
+<p><i>Pigon</i>, pigeon. &laquo;Les pigeons qui sont en
+l'essoine, enserrez sous trappe voli&egrave;re&raquo; (<a href=
+"#p015">p. 15,</a> v. 27-28), sont des prisonniers enfermez dans
+une prison grill&eacute;e.</p>
+<p><i>Pion</i>, buveur, ivrogne. <a href="#p052">52,</a> <a href=
+"#p070">70.</a></p>
+<p><i>Pipeur ou hazardeur de dez</i> (<a href="#p087">87</a>),
+filou qui joue avec des <i>d&eacute;s pip&eacute;s</i>.</p>
+<p><i>Piteux</i>, port&eacute; &agrave; la piti&eacute;. <a href=
+"#p175">175.</a></p>
+<p><i>Plain</i>, uni <a href="#p142">142;</a>&mdash;entier.
+&laquo;Tant que je suis en mon plain sens&raquo; (<a href=
+"#p024">p 24,</a> v. 9).</p>
+<p><i>Plaindre</i>, regretter. &laquo;Je plaings le temps de ma
+jeunesse.&raquo; (<a href="#p027">P. 27,</a> v. 25.)</p>
+<p><i>Plaisance</i>, plaisanterie, vie joyeuse, ou plut&ocirc;t
+affaires d'amour.</p>
+<p><i>Plaisant</i>, agr&eacute;able. <a href="#p063">63.</a></p>
+<p><i>Plait</i>, plaid, plaidoyer. &laquo;A peu de
+pla&icirc;t&raquo;, sans grands discours.</p>
+<p><i>Plant&eacute;</i>, abondance, <a href="#p178">178.</a></p>
+<p><i>Plaque</i> (<a href="#p061">p. 61</a>), monnaie
+fabriqu&eacute;e sous Charles VII, &agrave; l'imitation des
+Pays-Bas.</p>
+<p>PLAT D'ESTAIN, cabaret de Paris, <a href="#p213">213,</a> <a
+href="#p215">215.</a></p>
+<p><i>Pleige</i>, caution, r&eacute;pondant. <a href=
+"#p033">33.</a></p>
+<p><i>Plet</i>, voy. <i>Plait</i>.</p>
+<p><i>Plomb&eacute;e</i>, <a href="#p099">99.</a> Fouets ou
+masses garnis de plomb. (P. L.)</p>
+<p><i>Plours</i>, pleurs. <a href="#p144">144.</a></p>
+<p><i>Plumail. Mettre le plumail au vent</i> (<a href=
+"#p049">49,</a> v. 1), se jeter r&eacute;solument dans un
+parti.</p>
+<p>POICTOU, <a href="#p062">62.</a></p>
+<p><i>Poirre</i>, peter. <a href="#p064">64,</a> v. 1.</p>
+<p><i>Poise</i>, p&egrave;se, tourmente, <a href="#p101">101,</a>
+<a href="#p163">163,</a> <a href="#p179">179.</a></p>
+<p><i>Poisle</i>, po&ecirc;le, <a href="#p048">48.</a></p>
+<p>PONT A SILLON. Pont au change. <a href="#p179">179,</a> <a
+href="#p182">182.</a></p>
+<p>PONTHOISE, <a href="#p101">101.</a></p>
+<p>PONTHI&Egrave;VRE. Penthi&egrave;vre. <a href=
+"#p152">152.</a></p>
+<p>PONTLIEU (<i>Jean de</i>), <a href="#p066">66.</a> C'est Jean
+de Poilli, docteur de Paris, implacable adversaire des moines
+mendiants au XIVe si&egrave;cle. Il avait &eacute;crit plusieurs
+ouvrages qui furent condamn&eacute;s par le pape Jean XXII.
+Villon nous apprend qu'il dut abjurer ses h&eacute;r&eacute;sies
+et faire amende honorable. (P. L.)</p>
+<p>POPIN (<i>l'abreuvoir</i>). Cet abreuvoir &eacute;tait au bout
+du Pont-Neuf, vis-&agrave;-vis la rue Thibautaudez. On a
+d&eacute;moli de nos jours une vo&ucirc;te qui conduisait
+&agrave; cet abreuvoir, o&ugrave; les truands et les mauvais
+gar&ccedil;ons se r&eacute;unissaient, au moyen &acirc;ge, avec
+les ribaudes et les boh&eacute;miennes. (P. L.)</p>
+<p>POMME DE PIN. Cabaret de Paris. <a href="#p061">61,</a> <a
+href="#p192">192.</a></p>
+<p>POMP&Eacute;E, <a href="#p120">120.</a></p>
+<p><i>Porte-paniers</i>. Portefaix, porteurs de hottes. <a href=
+"#p089">89.</a></p>
+<p><i>Pou</i>, peu, <a href="#p082">82,</a> <a href=
+"#p146">146.</a></p>
+<p><i>Poulaille</i>, volaille. <a href="#p064">64,</a> <a href=
+"#p151">151.</a></p>
+<p><i>Poulce</i>, <a href="#p173">173.</a> &laquo;Jouer du
+poulce&raquo;, donner de l'argent.</p>
+<p><i>Pour-demain</i>, apr&egrave;s-demain. <a href=
+"#p161">161.</a></p>
+<p><i>Pourbondir</i> un cheval, le faire caracoler, <a href=
+"#p154">154.</a></p>
+<p><i>Pour ce que</i>, parce que.</p>
+<p><i>Pourchasser</i>, poursuivre, procurer.</p>
+<p><i>Pourmener</i>, promener. &laquo;Pourmen&eacute; de l'uys au
+pesle&raquo; (<a href="#p048">p. 48</a>), promen&eacute; de la
+porte au po&ecirc;le, du froid au chaud; lantern&eacute;.</p>
+<p><i>Pourpenser (se)</i>, penser, d&eacute;cider &agrave; par
+soi.</p>
+<p>POURRAS (l'abbesse de). Cette abbesse de Pourras &eacute;tait,
+je pense, une coquine, qui, sous ce titre, vint avec Villon duper
+le pauvre barbier de Bourg-la-Reine, qui y tenait aussi une
+h&ocirc;tellerie (Pr.)&mdash;Le peuple appelait abbesse de
+Poilras, une maquerelle publique qui avait &eacute;t&eacute;
+ras&eacute;e au pilori, fouett&eacute;e et chass&eacute;e de la
+ville. (P.L.)</p>
+<p><i>Poursuivans</i> (<a href="#p037">P. 37,</a> v. 10).
+Poursuivants d'armes. C'&eacute;tait un des premiers grades de la
+chevalerie. (P.L.)</p>
+<p><i>Pourtraicte</i>, form&eacute;e. <a href=
+"#p106">106.</a></p>
+<p><i>Pourtraicture</i>, portrait, visage. <a href=
+"#p082">82.</a></p>
+<p><i>Poylette</i>, petite po&ecirc;le. <a href=
+"#p077">77.</a></p>
+<p>POYSSONNERIE (la), &agrave; Paris. <a href=
+"#p187">187.</a></p>
+<p>POYTOU, <a href="#p185">185.</a> voy. POICTOU.</p>
+<p>PRAGMATIQUE SANCTION. <a href="#p166">166.</a></p>
+<p><i>Pr&eacute;bend&eacute;</i>, charg&eacute;, comme d'une
+pr&eacute;bende.</p>
+<p><i>Premier</i>, premi&egrave;rement, d'abord, <a href=
+"#p053">53,</a> v. 9.</p>
+<p><i>Prescheur</i>, celui qui pr&ecirc;che, pr&eacute;dicateur.
+<a href="#p032">32.</a></p>
+<p><i>Prescripre</i>, transcrire (?). <a href="#p093">93.</a></p>
+<p><i>Preudhommye</i>, prud'homie. <a href="#p142">142.</a></p>
+<p>PRIAME, Priam, roi de Troie. <a href="#p120">120.</a></p>
+<p>PRINCE DES SOTZ (<a href="#p063">p. 63</a>). C'&eacute;tait le
+chef &eacute;lectif de la confr&eacute;rie joyeuse de la Bazoche
+du Palais et le <i>ma&icirc;tre des jeux</i> de cette association
+dramatique. On le nommait tous les ans &agrave; la f&ecirc;te de
+mai, et ses supp&ocirc;ts &eacute;taient tenus de lui
+ob&eacute;ir pendant toute la dur&eacute;e de ses pouvoirs.
+(P.L.)</p>
+<p><i>Proc&egrave;s</i>, actes, pi&egrave;ces de
+proc&eacute;dure. <a href="#p204">204.</a></p>
+<p><i>Prochas</i>, recherche. <a href="#p165">165.</a></p>
+<p>PROSERPINE, <a href="#p122">122.</a></p>
+<p>Prou, assez. <a href="#p170">170.</a></p>
+<p>PROVINS, <a href="#p050">50,</a> <a href="#p088">88.</a></p>
+<p><i>Provision</i> (<a href="#p036">p. 36,</a> v. 4), recours,
+rem&egrave;de.</p>
+<p><i>Prunier</i> &laquo;En qu'en son prunier n'a pas creu&raquo;
+(<a href="#p038">p. 38,</a> v. 23), qui n'est pas de son
+invention, de son cru.</p>
+<p>PSALMISTE (<i>le</i>) David. <a href="#p107">107.</a></p>
+<p>Psaulme <i>Deus laudem</i>, <a href="#p023">p. 23.</a> C'est
+le psaume 108: <i>Deus laudem meam</i>, etc. Le verset
+septi&egrave;me, qui servait de pri&egrave;re &agrave; Villon
+quand il faisait des voeux pour l'&eacute;v&ecirc;que
+d'Orl&eacute;ans, est ainsi con&ccedil;u: <i>Fiant dies ejus
+pauci et episcopatum ejus accipiat alter</i>. &laquo;Que les
+jours de sa vie soient r&eacute;duits au plus petit nombre, et
+que son &eacute;v&ecirc;ch&eacute; passe &agrave; un autre.
+&laquo;C'est le sens que le po&euml;te donne au mot
+<i>episcopatum</i>. (Pr.)</p>
+<p><i>Puis</i>, depuis.</p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; Q
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>Quanque</i>, ce que, <a href="#p153">153.</a></p>
+<p><i>Quant de, quant est de</i>, &agrave; l'&eacute;gard de,
+quant &agrave;. <a href="#p023">23,</a> <a href="#p032">32,</a>
+<a href="#p102">102.</a></p>
+<p><i>Quantz</i>, combien de. <a href="#p167">167.</a></p>
+<p><i>Ouars et dix</i> (<a href="#p112">112),</a> taxes et
+d&icirc;mes. (P.L.)</p>
+<p><i>Que</i>, &agrave;, de quoi. <a href="#p030">30,</a> v. 19;
+<a href="#p057">57,</a> v. 12.</p>
+<p><i>Queloingne</i>, quenouille. &laquo;Autre que moy est en
+queloingne&raquo; (<a href="#p009">p. 9,</a> v. 10), signifie que
+Villon a &eacute;t&eacute; supplant&eacute; aupr&egrave;s de sa
+ma&icirc;tresse.</p>
+<p><i>Querir, querye</i>, chercher.</p>
+<p><i>Qui</i>, ce qui. &laquo;Qui n'esteit &agrave; moy grand
+saigesse.&raquo; (<a href="#p039">P. 39,</a> v. 18.)</p>
+<p><i>Qui ne quoy</i>, rien, quoi que ce soit. <a href=
+"#p030">30.</a></p>
+<p><i>Quiers</i>, veux, cherche &agrave;. <a href="#p046">P.
+46.</a></p>
+<p><i>Quinze-Vingtz</i>, <a href="#p088">88.</a> Les
+pensionnaires de l'h&ocirc;pital fond&eacute; par Saint-Louis
+pour trois cents aveugles.</p>
+<p><i>Quoy</i>, tranquille, en repos. <a href="#p030">30.</a></p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; R
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>R'abiller</i>, r&eacute;parer, remettre en &eacute;tat, <a
+href="#p001">1.</a></p>
+<p><i>Racoustr&eacute;</i>, raccoutr&eacute;,
+r&eacute;par&eacute;. <a href="#p002">2.</a></p>
+<p>RAGUYER (<i>Jacques</i>), <a href="#p061">61,</a> <a href=
+"#p097">97.</a></p>
+<p>RAGUYER (<i>Jean</i>), <a href="#p061">61,</a> <a href=
+"#p097">97.</a></p>
+<p><i>Raillart</i>, railleur, bon vivant, <a href=
+"#p038">38.</a></p>
+<p><i>Railler</i>, faire le m&eacute;tier de bouffon, <a href=
+"#p087">87.</a></p>
+<p><i>Raillon</i> (<a href="#p094">p. 94</a>), dard. Le raillon
+&eacute;tait une esp&egrave;ce de fl&egrave;che triangulaire.
+(P.L.)</p>
+<p><i>Raimasser</i> (?), <a href="#p167">167.</a></p>
+<p><i>Raine</i>, rainette. <a href="#p077">77.</a></p>
+<p><i>Rains</i>, <a href="#p013">p. 13.</a> M.P.L. rapproche ce
+mot de <i>rainceaux</i>, et le traduit par <i>rameaux,
+fagots</i>. &laquo;Les fagots, dit-il, &eacute;taient
+empil&eacute;s de chaque c&ocirc;t&eacute; des vastes
+chemin&eacute;es du XVe si&egrave;cle. On s'appuyait donc contre
+les <i>rains</i> en se chauffant la plante des pieds.&raquo;</p>
+<p><i>Ralias, rallias, ralyas</i>, festin, r&eacute;gal. <a href=
+"#p082">82,</a> <a href="#p205">205.</a></p>
+<p><i>Ramenteu</i>, rappel&eacute;, rem&eacute;mor&eacute;.</p>
+<p><i>Ramentevoir</i>, rappeler. <a href="#p082">82.</a></p>
+<p><i>Ranguillon</i>, ardillon. <a href="#p100">100.</a></p>
+<p><i>Rappeau</i>, nouvel appel. <a href="#p086">86.</a></p>
+<p><i>Ravis</i>, enrag&eacute;s. &laquo;A loups ravis grosse
+pasture&raquo;, <a href="#p176">176,</a> v. 8.</p>
+<p><i>Raye (coucher en)</i>, <a href="#p165">p. 165.</a> Se
+mettre en &eacute;vidence.</p>
+<p><i>R&eacute;au</i>, <a href="#p061">6l,</a> royal d'or. Cette
+monnaie valait 30 sols tournois en 1470. (P. L.)</p>
+<p><i>R&eacute;agal</i>, <a href="#p076">76.</a> Esp&egrave;ce
+d'arsenic rouge. (P. L.)</p>
+<p><i>Rebours</i>, <a href="#p106">106,</a> ce qui rebute.</p>
+<p><i>Rebourse</i>, rev&ecirc;che, <a href="#p203">203.</a></p>
+<p><i>Rebouter</i>, rebuter, <a href="#p043">43,</a> v. 15.</p>
+<p><i>Rebrass&egrave;s colletz</i>, <a href="#p033">33,</a>
+collets fort hauts et bien pliss&eacute;s (Pr.).&mdash;Collets
+bord&eacute;s de fourrures. (P. L.)</p>
+<p><i>Recipe</i>, <a href="#p076">76,</a> ordonnance de
+m&eacute;decin.</p>
+<p><i>Recoeuvre, trouve</i>, obtienne. <a href="#p043">43,</a> v.
+23.</p>
+<p><i>Recorder</i>, rappeler, <a href="#p079">79.</a></p>
+<p><i>Recors (&ecirc;tre)</i>, se rappeler. <a href=
+"#p088">88.</a></p>
+<p>RECOUVRER, rendre. &laquo;Et que vie me recouvra.&raquo; <a
+href="#p023">24,</a> v. 18.</p>
+<p><i>Recreu</i>, fatigu&eacute;, lass&eacute;. <a href=
+"#p038">38,</a> <a href="#p165">l65.</a></p>
+<p><i>Recueil</i>, accueil, <a href="#p137">137.</a></p>
+<p><i>Recullet (en)</i>, dans un coin, accul&eacute;. <a href=
+"#p113">113.</a></p>
+<p><i>R&eacute;er</i> (<a href="#p095">95,</a> v. 9), raser,
+r&acirc;cler.</p>
+<p><i>Refrig&egrave;re</i>, rafra&icirc;chissement. <a href=
+"#p052">52.</a></p>
+<p>REIMS, <a href="#p045">45.</a></p>
+<p><i>Relaiz</i>, ressource. <a href="#p009">9.</a></p>
+<p><i>Relief</i>, <a href="#p163">163.</a> On appelait relief
+l'ordre du prince qui autorisait un officier &agrave; toucher ses
+appointements &eacute;chus pendant son absence. (P. L.)</p>
+<p><i>Remaine</i>, reste. &laquo;Que le refrain ne vous
+remaine.&raquo; (<a href="#p035">P. 35,</a> v. 3.)</p>
+<p><i>Remain</i> reste, <a href="#p010">10.</a></p>
+<p><i>Remenant (le)</i>, le reste. <a href="#p030">30,</a> <a
+href="#p050">50.</a></p>
+<p><i>Reminer</i>, consid&eacute;rer. <a href="#p017">17.</a></p>
+<p><i>Remordre</i>, causer du regret, des remords. (<a href=
+"#p025">P. 25,</a> v. 21.)</p>
+<p><i>Rench&egrave;re</i>, <a href="#p192">192.</a> Pr. suppose
+que c'est le b&acirc;ton dont on se sert pour porter deux sceaux,
+un &agrave; chaque bout.</p>
+<p>REN&Eacute; (d'Anjou), roi de Sicile. <a href=
+"#p074">74.</a></p>
+<p>RENES, Rennes, <a href="#p037">37.</a></p>
+<p><i>Repaistre</i>, manger, se r&eacute;galer.</p>
+<p><i>Repentailles</i>, regrets, repentir. <a href=
+"#p039">39,</a> <a href="#p086">86.</a></p>
+<p><i>Reprouche</i>, chose r&eacute;pr&eacute;hensible. <a href=
+"#p103">103.</a></p>
+<p><i>Repues franches</i>, repas qui ne co&ucirc;tent rien.</p>
+<p><i>Requ&eacute;rir</i>, qu&eacute;rir, chercher &agrave;
+nouveau. <a href="#p192">192.</a></p>
+<p><i>Requoy (en), &agrave; requoy</i>, en repos, tranquille, <a
+href="#p030">30,</a> <a href="#p168">168.</a></p>
+<p><i>R&eacute;sceans</i> (?), <a href="#p170">170.</a></p>
+<p><i>Rescondre</i>. Renfermer, du latin <i>recondere</i>. (P.
+L.)</p>
+<p><i>Rescrire</i>, &eacute;crire, rapporter, <a href=
+"#p027">27.</a></p>
+<p><i>R&eacute;siner</i>, r&eacute;signer. &laquo;Pour leurs
+offices r&eacute;siner&raquo; (<a href="#p205">p. 205</a>), pour
+prendre cong&eacute; et r&eacute;gler leurs comptes.</p>
+<p><i>Respit</i>, r&eacute;pit, repos. <a href=
+"#p030">30.</a></p>
+<p><i>Ressourdant</i>, <a href="#p166">166,</a> Ressortant,
+brillant. (P. L.)</p>
+<p><i>Retraict</i>, retir&eacute;. <a href="#p041">41,</a> <a
+href="#p113">113.</a></p>
+<p><i>Retraire</i>, retirer. <a href="#p047">47,</a> <a href=
+"#p054">54,</a> <a href="#p080">80,</a> <a href=
+"#p137">137.</a></p>
+<p><i>Revencher</i> (se), prendre sa revanche, se
+pr&eacute;valoir. <a href="#p028">28</a>&mdash;<i>Eux
+revencher</i>, se venger. <a href="#p067">67.</a></p>
+<p><i>Revenue</i>, retour. <a href="#p192">192.</a></p>
+<p><i>Rez</i>, <a href="#p093">93.</a> Le rez d'une pomme en est
+l'&eacute;pluchure.</p>
+<p><i>Rez</i>, ras&eacute;. <a href="#p095">95,</a> v. 8.</p>
+<p><i>Ribler</i>, <a href="#p067">67,</a> voler pendant la nuit,
+comme les ribauds, <i>ribaldi</i>. (P.L.)</p>
+<p><i>Ribleur</i>, voleur de nuit. <a href="#p098">98.</a></p>
+<p>RICHER (<i>Pierre</i>), <a href="#p071">71.</a></p>
+<p>RICHIER (<i>Denis</i>), <a href="#p063">63.</a></p>
+<p><i>Rie</i>, moquerie, raillerie. <a href="#p042">42,</a> v.
+22.</p>
+<p><i>Riotte</i>, querelle, dispute. <a href="#p098">98.</a></p>
+<p>RIOU (<i>Jean</i>), <a href="#p065">65.</a></p>
+<p><i>Risse</i>, rirais. <a href="#p058">58.</a></p>
+<p>ROBERT, <a href="#p050">50.</a></p>
+<p>ROBIN TURGIS, voy. TURGIS.</p>
+<p>ROLLANT, <a href="#p157">157.</a></p>
+<p>ROMAN DE LA ROSE, <a href="#p025">25.</a></p>
+<p>ROMMANTE <i>du Pet au diable</i>, <a href="#p054">54.</a>
+Ouvrage imaginaire que Villon s'attribue.</p>
+<p>ROME, <i>Romme</i>. <a href="#p081">81,</a> <a href=
+"#p121">121.</a></p>
+<p>RONSEVILLE (<i>Pierre de</i>), concierge de Louvieulx. <a
+href="#p017">17.</a> Il y a une localit&eacute; de ce nom dans le
+d&eacute;partement de l'Oise.</p>
+<p>ROSE, <a href="#p056">56.</a></p>
+<p>ROSNEL, <a href="#p074">74.</a></p>
+<p><i>Rottes</i>, vents qui s'&eacute;chappent de l'estomac. <a
+href="#p098">98.</a></p>
+<p><i>Rouge</i>, fin. Terme d'argot. <a href="#p185">185.</a></p>
+<p><i>Roulet</i>, <a href="#p114">114.</a> Du latin
+<i>rotulus</i>, parce que les livres &eacute;taient
+roul&eacute;s. (P.L.)</p>
+<p><i>Roupieux</i>, d&eacute;sappoint&eacute;, avec un pied de
+nez. <a href="#p205">205.</a></p>
+<p>ROUSSILLON, <a href="#p099">99.</a></p>
+<p><i>Route</i>, bande, troupe. <a href="#p148">148.</a></p>
+<p><i>Royaulx</i>, p. <a href="#p169">169,</a> &Eacute;cus
+d'or.</p>
+<p><i>Royne</i>, reine.</p>
+<p><i>Ru</i>, ruisseau. Battu &laquo;comme &agrave; ru
+telles&raquo; (<a href="#p046">p. 46</a>), comme le linge qu'on
+lave.</p>
+<p><i>Rubis</i>. Cl. Marot pense que les beaux rubis
+l&eacute;gu&eacute;s par Villon aux soldats du guet (<a href=
+"#p013">13,</a> v. 23) &eacute;taient des rubis de taverne.</p>
+<p>RUEL, <a href="#p086">86.</a></p>
+<p>RUEL (<i>Jehan de</i>), <a href="#p074">74.</a></p>
+<p><i>Ruer</i>, jeter. <a href="#p151">151.</a>&mdash;<i>Ruer
+jus</i>, abattre, <a href="#p121">121.</a></p>
+<p><i>Run</i>, ruine. <a href="#p166">166.</a></p>
+<p><i>Rustes</i>, paysans, gens grossiers. <a href=
+"#p169">169.</a></p>
+<p><i>Ruyt</i>, ardeur amoureuse, rut. <a href=
+"#p083">83.</a></p>
+<p><i>Rymer</i>, <a href="#p087">87,</a> faire des vers.</p>
+<p><i>Rynceau</i>, rameau, rainceau. <a href="#p145">145.</a></p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; S
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>S&agrave; jus</i>, ici bas. <a href="#p105">105,</a> <a
+href="#p108">108.</a></p>
+<p><i>Sade</i>, gentil, gentille, aimable. <a href=
+"#p083">83,</a> <a href="#p196">196.</a></p>
+<p><i>Sadinet</i>, la nature de la femme. <a href=
+"#p040">40.</a></p>
+<p><i>Saillir</i>, sortir. <a href="#p027">27,</a> <a href=
+"#p103">103.</a></p>
+<p><i>Sainctir</i>, devenir saint. <a href="#p185">185.</a></p>
+<p>SAINT-AMANT, <a href="#p060">60.</a></p>
+<p>SAINT ANDR&Eacute;, <a href="#p107">107.</a></p>
+<p>SAINT ANTOINE (feu), <a href="#p017">17,</a> <a href=
+"#p044">44.</a></p>
+<p>S. CRISTOFLE, <a href="#p074">74.</a></p>
+<p>S. DENIS, <a href="#p157">p. 157.</a> Le cri des
+Fran&ccedil;ais &eacute;tait <i>Montjoie S. Denis</i>; celui des
+Bretons &eacute;tait <i>Bretagne et S. Yves</i>. (P.L.)</p>
+<p>S. DOMINIQUE. <a href="#p090">90.</a> &laquo;Les Fr&egrave;res
+Pr&ecirc;cheurs, ordre institu&eacute; par saint Dominique,
+&eacute;taient charg&eacute;s de l'inquisition en France.&raquo;
+(Pr.)</p>
+<p>S.-ESTIENNE, paroisse de Paris. <a href="#p096">96.</a></p>
+<p>SAINCT-GENOU, <a href="#p062">62.</a></p>
+<p>S. GEORGES, <a href="#p068">68,</a> <a href="#p151">151,</a>
+<a href="#p158">158.</a></p>
+<p>S. GILLE, <a href="#p207">207.</a></p>
+<p>S.-INNOCENT, paroisse de Paris. <a href="#p181">181.</a></p>
+<p>S. JACQUES, <a href="#p158">158.</a></p>
+<p>S.-JACQUES, paroisse de Paris, <a href="#p012">p. 12.</a></p>
+<p>S. JEAN-BAPTISTE, <a href="#p046">46,</a> <a href=
+"#p107">107,</a>&mdash;<i>feu saint Jean</i>, <a href=
+"#p166">166.</a></p>
+<p>SAINT JULIAN DES VOVENTES, <a href="#p062">62.</a></p>
+<p>S. MARTIAL, <a href="#p024">24.</a></p>
+<p>S. MARTIN, <a href="#p158">158.</a></p>
+<p>S. MATHIEU, <a href="#p218">218.</a></p>
+<p>SAINCT OMER, <a href="#p045">45.</a></p>
+<p>S. PIERRE, <a href="#p162">162.</a></p>
+<p>S. PIERRE DE ROME, <a href="#p189">189.</a></p>
+<p>S. PIERRE DES ARSIS, &eacute;glise situ&eacute;e dans la
+Cit&eacute;. <a href="#p215">215.</a></p>
+<p>S. REMY DE RAINS, <a href="#p190">190.</a></p>
+<p>SAINT SATUR <i>soubz Sancerre</i>, <a href="#p057">57.</a></p>
+<p>S. VICTOR, <a href="#p122">122.</a></p>
+<p>S. YVES, voy. S. Denis.</p>
+<p>SAINCTE-AVOYE, <a href="#p094">94.</a> Villon veut &ecirc;tre
+enterr&eacute; dans cette &eacute;glise parce que c'est la seule
+de Paris qui ne soit pas au rez-de-chauss&eacute;e. Elle
+&eacute;tait au second &eacute;tage.</p>
+<p>Ste BARBE, <a href="#p152">152.</a></p>
+<p><i>Sainte Souffrette</i>, patronne imaginaire des gueux. <a
+href="#p212">212.</a></p>
+<p><i>Sallade</i>, <a href="#p067">67,</a> <a href=
+"#p152">152,</a> <a href="#p157">157,</a> casque sans heaume et
+sans cr&ecirc;te, esp&egrave;ce de pot de fer. (P.L.)</p>
+<p>SALINS, <a href="#p037">37,</a> <a href="#p070">70.</a></p>
+<p>SALMON, Salomon, <a href="#p045">45,</a> <a href=
+"#p114">114.</a></p>
+<p>SAMSON, <a href="#p045">45.</a></p>
+<p><i>S'amye</i>, son amie, sa ma&icirc;tresse.</p>
+<p>SANCERRE, <a href="#p057">57.</a></p>
+<p>SANG. Le sang menstruel servait &agrave; faire des philtres et
+autres breuvages auxquels on attribuait une vertu magique. Voy.
+<a href="#p077">p. 77,</a> v. 11 et 12.</p>
+<p><i>Sans</i>, cens, c'est-&agrave;-dire rente, revenu. <a href=
+"#p072">P. 72,</a> v. 3.</p>
+<p><i>Saqueboute</i>, sorte d'&eacute;pieu. <a href=
+"#p148">148.</a></p>
+<p><i>Sarazinoys</i>, d'Orient. &laquo;Gingembre
+sarazinois.&raquo; <a href="#p064">64.</a></p>
+<p>SARDANA (<a href="#p046">p. 46,</a> v. 7). On a fait beaucoup
+de conjectures au sujet de ce Sardana, qui conquit le royaume de
+Cr&egrave;te, et plus tard v&eacute;cut de la vie des femmes. Il
+n'y en a pas une de satisfaisante.</p>
+<p>SARDANAPALUS, <a href="#p122">122.</a></p>
+<p>SATURNE, <a href="#p014">14.</a></p>
+<p><i>Saulsoye</i>, lieu plant&eacute; de saules, arbres qui ne
+portent point de glands, comme chacun sait. C'est pourquoi Villon
+l&egrave;gue &laquo;le gland d'une saulsoye&raquo;. (<a href=
+"#p012">P. 12,</a> v. 10).</p>
+<p><i>Scarbot</i>, escarbot. <a href="#p084">84.</a></p>
+<p><i>Scotiste</i>, &eacute;cossais, d'Ecosse. M.P.L. pense que
+le roi d'Ecosse qui avait la moiti&eacute; de la face vermeille,
+c'est-&agrave;-dire une <i>tache de vin</i> (<a href="#p035">p.
+35</a> v. l3), &eacute;tait Jacques II, mort en 1460.</p>
+<p>SCYPION L'AFFRIQUAIN, <a href="#p120">120.</a></p>
+<p><i>Se</i>, si. L'e s'&eacute;lidait souvent: &laquo;S'evesque
+il est, seignant les rues&raquo; (<a href="#p021">21</a> v.
+7).</p>
+<p><i>Seigner</i>, b&eacute;nir en faisant le signe de la croix
+(<a href="#p021">p. 21,</a> v. 7).</p>
+<p><i>Seigneurier</i>, dominer. <a href="#p102">102.</a></p>
+<p><i>S&eacute;jour</i> &laquo;Prebstre sans s&eacute;jour&raquo;
+(<a href="#p186">p. 186</a>) peut s'entendre de deux
+fa&ccedil;ons: sans cure et sans r&eacute;sidence; sans loisir et
+sans repos. (P. L.)</p>
+<p><i>Senestre</i>, gauche.</p>
+<p><i>Senez</i>, anciens, vieillards, hommes de sens. <a href=
+"#p037">37.</a></p>
+<p><i>Sensif</i>, <a href="#p018">18,</a> sensitif,
+<i>sensorium</i> si&egrave;ge du sentiment. (P. L.)</p>
+<p><i>Sensitif</i>, le tact, le toucher. <a href=
+"#p103">103.</a></p>
+<p><i>Sentemens</i>, sentiments, intelligence. <a href=
+"#p025">25.</a></p>
+<p><i>Sequentement</i>, en suivant. <a href="#p160">160.</a></p>
+<p><i>Sequeure</i>, secourt, <a href=
+"#p043">43.</a>&mdash;Secoure. <a href="#p159">159.</a></p>
+<p><i>Serain</i>, soir. <a href="#p048">48.</a></p>
+<p><i>Sereine</i>, Sir&egrave;ne. <a href="#p034">34.</a></p>
+<p><i>Serf</i>. Ce mot sert de pr&eacute;texte &agrave; une
+&eacute;quivoque. &laquo;Je ne suis son serf ne sa biche&raquo;
+(<a href="#p021">21.</a> V 12).</p>
+<p>SERGENTS, <a href="#p063">63.</a> Le pr&eacute;v&ocirc;t de
+Paris avait deux compagnies de sergents &agrave; pied et &agrave;
+cheval, compos&eacute;es de 110 hommes chacune, et ayant leurs
+corps de garde aux barri&egrave;res de la ville. (P. L.)</p>
+<p><i>Serre (tenir)</i>, <a href="#p051">51,</a> v. 1. J'ignore
+ce que cela veut dire.</p>
+<p><i>Servans</i>, serfs, serviteurs. &laquo;Aussi bien meurt
+filz que servans&raquo; (<a href="#p036">p. 36,</a> v. 18)
+signifie: Les ma&icirc;tres meurent aussi bien que les
+serviteurs, les fils de famille aussi bien que les serfs.</p>
+<p><i>Ses</i>, ces. <a href="#p008">8.</a></p>
+<p><i>Seur</i>, s&ucirc;r. <a href="#p071">71,</a> <a href=
+"#p142">142.</a></p>
+<p><i>Si</i>, ainsi, oui, en effet.</p>
+<p><i>Similative (facult&eacute;)</i>, facult&eacute; d'imiter.
+<a href="#p018">18.</a></p>
+<p>SIMON MAGUS, <a href="#p122">122.</a></p>
+<p><i>Simplesse</i>, simplicit&eacute;, ignorance. <a href=
+"#p106">106.</a></p>
+<p><i>Sires</i>, seigneurs. <a href="#p037">37.</a></p>
+<p><i>Sist</i>, assit, <a href="#p202">202.</a></p>
+<p><i>Sollier</i>, plancher. <a href="#p094">94.</a></p>
+<p><i>Some</i>, auguste <a href="#p001">1.</a> <a href=
+"#p108">108.</a></p>
+<p><i>Somme</i>, sommeil. <a href="#p118">P. 118,</a> v. 16.</p>
+<p><i>Somme</i>, en somme. <a href="#p051">51.</a></p>
+<p><i>Somme</i>, compter, <a href="#p118">118.</a></p>
+<p><i>Sommet</i>, t&ecirc;te. <a href="#p084">84.</a></p>
+<p>SORBONNE. &laquo;Je ouis la cloche de Sorbonne&raquo; (<a
+href="#p017">p. 17,</a> v. 20). Ce vers ne prouve pas que Villon
+&eacute;tait dans les prisons de l'Universit&eacute;, puisqu'il
+est certain qu'il &eacute;tait libre lorsqu'il composa le
+<i>Petit Testament</i>, mais seulement qu'il logeait dans le
+voisinage de la Sorbonne.</p>
+<p><i>Sortir (soy)</i>, se fournir, s'approvisionner. <a href=
+"#p196">196.</a></p>
+<p><i>Sot</i>, bouffon, com&eacute;dien. <a href="#p063">63,</a>
+<a href="#p098">98.</a> Voy. <i>Prince des sots</i>.</p>
+<p><i>Souef</i>, doux. <a href="#p033">33,</a> <a href=
+"#p075">75.</a> Doucement. <a href="#p090">90.</a></p>
+<p><i>Sonffrette</i>, disette. <a href="#p082">82.</a></p>
+<p><i>Souffreteux</i>, pauvre diable, mis&eacute;rable. <a href=
+"#p206">206.</a></p>
+<p><i>Soulas</i>, plaisir, joie. <a href="#p122">122.</a></p>
+<p><i>Souldre</i>, r&eacute;gler, r&eacute;soudre. <a href=
+"#p102">102.</a></p>
+<p><i>Souldure</i>, liaison, union. <a href="#p008">8.</a></p>
+<p><i>Soullon</i>, <a href="#p099">p. 99.</a> M.P.L. dit que
+c'&eacute;tait un ballon avec lequel on jouait &agrave; la
+<i>soulle</i>. Le mot doit &ecirc;tre prononc&eacute;
+<i>souillon</i>, et n'a pas besoin d'&ecirc;tre expliqu&eacute;.
+On le retrouve <a href="#p120">p. 120.</a></p>
+<p><i>Souloir</i>, avec coutume.</p>
+<p><i>Soustenance</i>, soutien. <a href="#p144">144.</a></p>
+<p><i>Soustenir</i>, porter. <a href="#p208">208.</a></p>
+<p><i>Souventesfoys</i>, souvent. <a href="#p032">32.</a></p>
+<p><i>Soyer</i>, scier. <a href="#p119">119.</a></p>
+<p><i>Submectre</i>, soumettre. <a href="#p067">67.</a></p>
+<p><i>Substantement</i>, nourriture, soutien. <a href=
+"#p106">106.</a></p>
+<p><i>Sumer</i>, semer. <a href="#p074">74,</a> v. 16.</p>
+<p><i>Sur</i>, chez, <a href="#p013">13,</a> v. 17.</p>
+<p><i>Surcot</i>, manteau.</p>
+<p><i>Surquerir</i>, <a href="#p012">12.</a> Enrichir, de
+<i>succurrere</i>, suivant M.P.L.</p>
+<p><i>Sus (Mettre)</i>, mettre en vigueur, soutenir. <a href=
+"#p010">10.</a></p>
+<p><i>Sus (mis)</i>, surgis, venus. <a href="#p172">172.</a></p>
+<p>SUYSSES, <a href="#p171">171.</a></p>
+<p><i>Syd&egrave;re</i>, astre. <a href="#p032">32.</a></p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; T
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p>TABARIE <i>(Guy)</i>, copiste du <i>Roman du Pet au
+Diable</i>. <a href="#p054">54.</a></p>
+<p><i>Tabart</i>, manteau.</p>
+<p><i>Tachon</i>, instrument servant &agrave; chasser les
+mouches. <a href="#p011">11.</a></p>
+<p>TACOT (<i>Colas</i>), <a href="#p097">97.</a></p>
+<p><i>Tailleur de faulx coings</i>, faux monnayeur. <a href=
+"#p087">87.</a></p>
+<p>TAILLEVENT, <a href="#p076">76.</a> Le livre de Taillevent,
+&laquo;grand cuisinier du roy de France&raquo;, eut plusieurs
+&eacute;ditions au quinzi&egrave;me si&egrave;cle et au
+commencement du seizi&egrave;me.</p>
+<p><i>Talemouze</i>, sorte de p&acirc;tisserie. <a href=
+"#p063">63.</a></p>
+<p><i>Tancer, tencer</i>, disputer.</p>
+<p>TANTALUS, Tantale. <a href="#p122">122.</a></p>
+<p>TARANNE (<i>Charlot</i>), <a href="#p072">72.</a></p>
+<p><i>Targe</i>, <a href="#p070">70.</a> La targe &eacute;tait
+une ancienne monnaie de Bretagne, ou <i>brette</i>, du latin
+<i>bretta</i>. Son nom lui venait de ce que le revers portait une
+<i>targe</i>, ou bouclier &eacute;chancr&eacute;. (P.L.)</p>
+<p><i>Tarny</i>, terni, us&eacute;. <a href="#p172">172.</a></p>
+<p><i>Tauxer</i>, taxer, imposer. <a href="#p166">166.</a></p>
+<p><i>Tayon</i>, oncle. <a href="#p036">36.</a></p>
+<p><i>Telles</i>, toiles. <a href="#p046">46,</a> v. 24.</p>
+<p>TEMPLE (<i>la closture du</i>), &agrave; Paris. <a href=
+"#p061">61.</a></p>
+<p><i>Tencer</i>, v. <i>tancer</i>.</p>
+<p><i>Tenir</i>, poss&eacute;der des biens sous la
+suzerainet&eacute; de quelqu'un: &laquo;Soubz luy ne tiens s'il
+n'est en friche&raquo; (<a href="#p021">21,</a> v. 10).</p>
+<p><i>Tenn&eacute;</i>, <a href="#p037">37,</a> ennuy&eacute;,
+tourment&eacute;. Cette expression s'emploie encore dans le
+langage familier.</p>
+<p><i>Terrien, terrienne</i>, terrestre.</p>
+<p><i>Tettes</i>, mamelles. <a href="#p041">41.</a></p>
+<p>THA&Iuml;S, <a href="#p034">34.</a> Courtisane
+c&eacute;l&egrave;bre, qui vivait &agrave; Ath&egrave;nes vers le
+milieu du quatri&egrave;me si&egrave;cle. (Pr.)</p>
+<p>THAMAR, <a href="#p046">46.</a></p>
+<p>THEOPHILUS, <a href="#p055">55.</a> Voy. le <i>Miracle de
+Th&eacute;ophile</i>, par Gautier de Coinsi. <i>Rennes</i>. 1838,
+in-8.</p>
+<p>THIBAULT, (<i>Jacques</i>), <a href="#p049">49.</a> Voy.
+AUSSIGNY.</p>
+<p><i>Tholouzaines</i>, femmes de Toulouse. <a href=
+"#p080">80.</a></p>
+<p><i>Ticquet</i>, loquet (?), <a href="#p169">169.</a></p>
+<p><i>Tieulx</i>, tels. <a href="#p016">16.</a></p>
+<p><i>Tocquer</i>, toucher. <a href="#p175">175.</a></p>
+<p><i>Tollu</i>, pris, &ocirc;t&eacute;. <a href=
+"#p039">39.</a></p>
+<p><i>Tor</i>, taureau. <a href="#p122">122.</a></p>
+<p><i>Tost&eacute;e</i>, pain tremp&eacute; dans du vin. <a href=
+"#p079">79.</a></p>
+<p><i>Touaille</i>, serviette, pi&egrave;ce de toile. <a href=
+"#p029">29.</a></p>
+<p><i>Toult</i>, &ocirc;te, enl&egrave;ve. <a href=
+"#p108">108.</a></p>
+<p><i>Tour d'escolle</i> (<a href="#p070">70</a>), tour de
+vaurien.</p>
+<p><i>Tourbes</i>, foule. <a href="#p107">107.</a></p>
+<p><i>Toute jour</i>, toute la journ&eacute;e. <a href=
+"#p044">44.</a></p>
+<p><i>Trac</i>, trace, train. <a href="#p199">199.</a></p>
+<p><i>Tracer</i>, suivre &agrave; la piste. <a href=
+"#p031">31.</a></p>
+<p><i>Trahistre</i>, tra&icirc;tre, m&eacute;chant. <a href=
+"#p098">98.</a></p>
+<p><i>Traicte</i>, tir&eacute;e, extraite. <a href=
+"#p106">106.</a></p>
+<p><i>Traictis</i>, joli. <a href="#p040">40.</a></p>
+<p><i>Traire</i>, tirer. <a href="#p157">157.</a></p>
+<p><i>Transglouti</i>, englouti. <a href="#p122">122.</a></p>
+<p><i>Transmu&eacute;</i>, chang&eacute;. <a href=
+"#p121">121.</a></p>
+<p><i>Transy</i>, tr&eacute;pass&eacute;. <a href=
+"#p103">103.</a></p>
+<p><i>Trasse</i>, trace, piste. <a href="#p176">176.</a></p>
+<p><i>Trasser</i>, suivre &agrave; la piste, poursuivre. <a href=
+"#p176">176.</a></p>
+<p><i>Travail</i>, souffrance, peine, adversit&eacute;. <a href=
+"#p025">25,</a> <a href="#p115">115.</a></p>
+<p><i>Travailler (se)</i>, s'occuper, s'employer. <a href=
+"#p072">72.</a></p>
+<p><i>Tresbucher</i>, tomber, <a href="#p155">l55.</a></p>
+<p><i>Trespercer</i>, transpercer. <a href="#p008">8,</a> <a
+href="#p154">154.</a></p>
+<p><i>Tressuer</i>, tressaillir. <a href="#p192">192.</a></p>
+<p><i>Trestous</i>, tous.</p>
+<p><i>Trestout</i>, tout, enti&egrave;rement.</p>
+<p><i>Tretisses</i>, voy. <i>traictiss</i>.</p>
+<p><i>Treuver</i>, trouver. <a href="#p036">36.</a></p>
+<p>TRISTAN, pr&eacute;vost des mareschaulx (<a href="#p092">p.
+92</a>), est le fameux Tristan l'Ermite, pr&eacute;v&ocirc;t de
+l'h&ocirc;tel du roi et favori de Louis XI. (P.L.)</p>
+<p>TRO&Iuml;LE (<a href="#p074">74</a>), fils de Priam et
+d'H&eacute;cube, fut tu&eacute; par Achille au si&egrave;ge de
+Troie. (P.L.)</p>
+<p><i>Trompille</i>, trompe, trompette. <a href=
+"#p154">154.</a></p>
+<p><i>Trop plus</i>, beaucoup plus, trop. <a href=
+"#p022">22.</a></p>
+<p>TROU PERRETTE, <a href="#p097">97,</a> probablement un
+cabaret. Marot dit que c'&eacute;tait un jeu de paume.</p>
+<p><i>Trousse</i>, carquois. <a href="#p173">173.</a></p>
+<p>TROUSSECAILLE (<i>Robin</i>), <a href="#p065">65.</a></p>
+<p><i>Trousser au col</i>, emporter sur les &eacute;paules. <a
+href="#p011">11.</a></p>
+<p>TROYENS, <a href="#p122">122.</a></p>
+<p>TROYS, Troyes. <a href="#p045">45.</a></p>
+<p>TROYS LICTS (<a href="#p013">p. 13,</a> v. 25), chambre du
+Ch&acirc;telet un peu plus commode que les autres,
+peut-&ecirc;tre. (Pr.)</p>
+<p><i>Truandailles</i>, hommes de la lie du peuple. <a href=
+"#p039">39.</a></p>
+<p><i>Trumelli&egrave;res</i>, porte-manteau, accroch&eacute; au
+<i>trumeau</i>, partie de mur entre deux fen&ecirc;tres, <a href=
+"#p011">11.</a></p>
+<p><i>Truys</i>, trouve. <a href="#p144">144.</a></p>
+<p><i>Tumbel</i>, tombeau. <a href="#p094">94.</a></p>
+<p>TURGIS (<i>Robert</i>). <a href="#p050">50,</a> <a href=
+"#p060">60,</a> <a href="#p062">62.</a></p>
+<p>TURLUPINS, TURLUPINES, <a href="#p066">66,</a> <a href=
+"#p179">179,</a> h&eacute;r&eacute;tiques du treizi&egrave;me et
+du quatorzi&egrave;me si&egrave;cle, qui s'appelaient
+eux-m&ecirc;mes la <i>Confr&eacute;rie des pauvres</i>, et qui
+n'&eacute;taient pas plus orthodoxes en mati&egrave;re de morale
+qu'en mati&egrave;re de religion. On a d&eacute;sign&eacute;
+quelquefois sous ce nom les ordres mendiants des deux sexes.</p>
+<p>TUSCA (<i>de</i>), chef de police ou capitaine d'aventures. <a
+href="#p067">67.</a></p>
+<p><i>Tyran</i>, tyran. <a href="#p078">78.</a></p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; U
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>Unes</i>, une paire de. &laquo;Et unes houses de
+basane.&raquo; <a href="#p073">P. 73.</a> v. 7.&mdash;
+&laquo;Unes brayes breneuses.&raquo; <a href="#p077">P.
+77.</a></p>
+<p><i>Uys</i>, porte. <a href="#p048">48.</a></p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; V
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p><i>Vacquerie</i>, vicairie. <a href="#p068">68.</a></p>
+<p>VALENCIENNES, <a href="#p081">81.</a></p>
+<p>VALERE LE GRAND, Val&egrave;re Maxime. <a href=
+"#p027">27.</a></p>
+<p><i>Valeton</i>, serviteur, amoureux. <a href=
+"#p049">49.</a></p>
+<p>VALLETTE (<i>Jehan</i>), <a href="#p063">63.</a></p>
+<p><i>Varlet</i>, gar&ccedil;on de cabaret, de cuisine. <a href=
+"#p193">193,</a> <a href="#p197">197,</a> <a href=
+"#p208">208.</a></p>
+<p><i>Vaulsist</i>, valait, <a href="#p026">26.</a></p>
+<p>VAUSELLES (<i>Katherine de</i>), <a href="#p046">46.</a></p>
+<p>VAUVERT (le diable de). L'opinion commune &eacute;tait que les
+diables habitaient Vauvert. C'est pour cette raison que l'on
+appelait rue d'Enfer celle qui conduisait en ce lieu. (Pr.)</p>
+<p><i>Vecy</i>, voici.</p>
+<p><i>Veez</i>, voyez. <a href="#p136">136.</a></p>
+<p><i>Vela</i>, voil&agrave;.</p>
+<p><i>Venerieux</i>, relatif &agrave; l'amour. &laquo;A tous les
+Dieux venerieux.&raquo; (<a href="#p008">P. 8,</a> v. 7.)</p>
+<p><i>Vent (avoir le)</i>, <a href="#p173">173,</a> &ecirc;tre
+favoris&eacute; de la fortune. On dit aujourd'hui: Avoir vent en
+poupe.</p>
+<p><i>Venteur</i>, <a href="#p096">96,</a> homme qui se vante
+volontiers.</p>
+<p>VENUS, <a href="#p122">122.</a></p>
+<p><i>Veoir</i>, voir. <a href="#p025">25.</a>&mdash;Vrai. <a
+href="#p197">197.</a></p>
+<p><i>Verdi</i>, p. <a href="#p168">168,</a> v. 24 (?).
+Peut-&ecirc;tre faut-il lire: &laquo;Gorgias, sur le hault
+vestu.&raquo;</p>
+<p><i>Vers</i>, envers. <a href="#p024">24.</a></p>
+<p>VICESTRE, <a href="#p012">12,</a> <a href="#p073">73.</a> Le
+ch&acirc;teau de Bic&ecirc;tre. Il &eacute;tait en ruines du
+temps de Villon.</p>
+<p><i>Viellart</i>, vieillard. <a href="#p069">69.</a></p>
+<p><i>Vielle</i>. &laquo;Ma vielle ay mys soubz le banc&raquo;,
+<a href="#p048">p. 48,</a> veut dire: j'ai renonc&eacute; au jeu,
+j'ai quitt&eacute; la partie.</p>
+<p>VIENNE en Dauphin&eacute;. <a href="#p037">37.</a></p>
+<p>VILLON (Guillaume), <a href="#p009">9,</a> <a href=
+"#p053">53.</a> Ce Guillaume Villon ou de Villon n'&eacute;tait
+pas le p&egrave;re du po&euml;te, puisque celui-ci, qui l'appelle
+son &laquo;plus que p&egrave;re&raquo;, parle de lui, dans le
+<i>Grand Testament</i> (<a href="#p053">p. 53</a>) comme d'une
+personne encore en vie, et lui l&egrave;gue sa
+biblioth&egrave;que, tandis qu'il vient de dire (<a href=
+"#p032">p. 32</a>) que son p&egrave;re est mort, M. Nagel s'est
+attach&eacute; &agrave; prouver qu'il n'&eacute;tait m&ecirc;me
+pas son parent, d'o&ugrave; la conclusion que le po&euml;te
+aurait adopt&eacute; le nom de Villon pour faire honneur &agrave;
+son ma&icirc;tre et protecteur. Il se fonde
+particuli&egrave;rement sur le huitain IX du <i>Petit
+Testament</i>, o&ugrave; Fran&ccedil;ois dit que sa
+renomm&eacute;e <i>bruit</i> en faveur du nom de Guillaume, et
+sur le huitain 23 du <i>Grand Testament</i>, o&ugrave; il se
+plaint qu'il est abandonn&eacute; des siens, ce qui ne s'accorde
+pas avec les t&eacute;moignages de reconnaissance qu'il prodigue
+&agrave; Guillaume Villon. J'avoue que tout cela est assez
+concluant. On pourrait objecter n&eacute;anmoins qu'en se disant
+abandonn&eacute; du moindre des siens, tout en parlant comme il
+le fait des bont&eacute;s que Guillaume avait pour lui, Villon se
+rappelait cet axiome, que l'exception confirme la r&egrave;gle.
+Quant &agrave; l'honneur que sa renomm&eacute;e devait faire au
+nom de Villon, il importait peu que Guillaume f&ucirc;t ou non de
+la famille du po&euml;te: le r&eacute;sultat &eacute;tait le
+m&ecirc;me pour lui.</p>
+<p><i>Villoti&egrave;res</i>, coureuses, filles de mauvaise vie.
+Voy. Cotgrave.</p>
+<p><i>Vin de buffet</i>, vin commun et frelat&eacute;. <a href=
+"#p065">65.</a></p>
+<p><i>Vin (aller au)</i>, <a href="#p083">p. 83,</a> c'est aller
+au cabaret chercher du vin qu'on emporte dans l'endroit o&ugrave;
+il doit &ecirc;tre bu. C'est ainsi qu'on s'en procurait
+g&eacute;n&eacute;ralement au moyen &acirc;ge. Voy. <i>Ancien
+th&eacute;&acirc;tre fran&ccedil;ais</i>. t. 1, p. 1955 <i>Farce
+de Pernet</i> <i>qui va au vin</i>; t. 1, p. 250. <i>Farce du
+gentilhomme et de Naudet</i>.</p>
+<p>Vin d'Aulnys. <a href="#p060">60.</a>&mdash;de Baigneulx. <a
+href="#p193">193.</a>&mdash;de Beaune. <a href="#p193">193,</a>
+<a href="#p207">207.</a>&mdash;Morillon (rouge). <a href=
+"#p100">100.</a></p>
+<p><i>Vis</i>, visage. <a href="#p040">40.</a></p>
+<p><i>Vivre d'avantage</i>, vivre sans rien d&eacute;bourser, aux
+d&eacute;pens d'autrui.</p>
+<p><i>Vo</i>, votre. <a href="#p086">86.</a></p>
+<p><i>Voir</i>, vrai. <a href="#p028">28.</a></p>
+<p><i>Voire</i> (<a href="#p095">95,</a> v. 17), verre.</p>
+<p><i>Voire</i>, vraiment. <a href="#p023">23,</a> <a href=
+"#p145">145,</a> <a href="#p164">164.</a></p>
+<p><i>Volse</i>, aille. <a href="#p022">22.</a></p>
+<p>VOLLANT, <a href="#p196">196.</a></p>
+<p><i>Vouilli&eacute;s</i>, veuillez <a href="#p055">55.</a></p>
+<p><i>Voulent&eacute;</i>, volont&eacute;.</p>
+<p><i>Voulsisse</i>, voulusse. <a href="#p147">147.</a></p>
+<p><i>Voulsist</i>, voul&ucirc;t. <a href="#p033">33,</a> <a
+href="#p191">191.</a></p>
+<p><i>Voult</i>, voulut. <a href="#p099">99.</a></p>
+<p><i>Voultyz (sourcilz)</i>, sourcils arqu&eacute;s, bien
+plant&eacute;s. (<a href="#p040">P. 40.</a>)</p>
+<p><i>Voyse</i>, aille. <a href="#p064">64.</a></p>
+<p><i>Vueil</i>, voeu. <a href="#p075">75,</a> v. 9.</p>
+<p><i>Vueil</i>, veux. <a href="#p022">22.</a></p>
+<p><b>&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash; Y
+&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;&mdash;</b></p>
+<p>Y, il. &laquo;Cy s&ccedil;ay bien comment y m'en va.&raquo; <a
+href="#p108">108.</a></p>
+<p><i>Ydoine</i>, propre, <i>idoneus</i>.</p>
+<p><i>Ypocras</i>, vin sucr&eacute; et &eacute;pic&eacute;. <a
+href="#p078">78,</a> <a href="#p198">198.</a></p>
+<p><i>Ysnel</i>. prompt, alerte. <a href="#p074">74.</a></p>
+<p>YTHIER, <a href="#p059">59.</a></p>
+<p>Yver, hiver. <a href="#p085">85.</a></p>
+<p>YVON, pr&eacute;nom commun en Bretagne. <a href=
+"#p157">157.</a></p>
+<br>
+<br>
+<br>
+
+<h3>TABLE DES MATI&Egrave;RES</h3>
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" summary=""
+style="text-align: left; width: 100%;">
+<tbody>
+<tr>
+<td style="vertical-align: top; width: 95%; text-align: left;">
+<br>
+PR&Eacute;FACE<br>
+REMARQUES PHILOLOGIQUES<br>
+CL&Eacute;MENT MAROT AUX LECTEURS<br>
+MAROT AU ROY FRAN&Ccedil;OIS Ier<br>
+<br>
+ LE PETIT TESTAMENT<br>
+<br>
+ LE GRAND TESTAMENT<br>
+<div style="margin-left: 2em">Ballade des Dames du temps
+jadis<br>
+Ballade des Seigneurs du temps jadis<br>
+Ballade en vieil fran&ccedil;ois<br>
+Les Regrets de la belle Heaulmi&egrave;re<br>
+Ballade de la belle Heaulmi&egrave;re<br>
+Double Ballade sur le m&ecirc;me propos<br>
+Ballade que Villon fait &agrave; la requeste de sa m&egrave;re,
+pour prier Nostre Dame.<br>
+Ballade de Villon &agrave; s'amye<br>
+Lay ou plustost Rondeau<br>
+Ballade et oraison<br>
+Ballade que Villon bailla &agrave; un gentilhomme<br>
+Ballade<br>
+Ballade intitul&eacute;e: <i>Les Contredictz de
+Franc-Gontier</i><br>
+Ballade des femmes de Paris<br>
+Ballade de Villon et de la Grosse Margot<br>
+Belle le&ccedil;on de Villon aux enfans perduz<br>
+Ballade de bonne doctrine &agrave; ceux de mauvaise vie<br>
+Lays<br>
+Rondeau.<br>
+Ballade par laquelle Villon crye mercy &agrave; chascun<br>
+Ballade pour servir de conclusion<br>
+<br>
+</div>
+PO&Eacute;SIES DIVERSES:
+<div style="margin-left: 2em">Le quatrain que feit Villon quand
+il fut jug&eacute; &agrave; mourir<br>
+L'Epitaphe en forme de Ballade que feit Villon pour luy et
+ses<br>
+ compagnons,s'attendant estre pendu avec eulx<br>
+La requeste de Villon &agrave; la Cour de Parlement.<br>
+Ballade de l'appel de Villon.<br>
+Le Dit de la naissance Marie.<br>
+Double Ballade.<br>
+Ballade Villon.<br>
+Epistre en forme de Ballade, &agrave; ses amis.<br>
+Le D&eacute;bat du cueur et du corps de Villon.<br>
+La Requeste que Villon bailla &agrave; Monseigneur de
+Bourbon.<br>
+Ballade des proverbes.<br>
+Ballade des menus propos.<br>
+Ballade des povres housseurs.<br>
+Probl&egrave;me ou Ballade au nom de la Fortune.<br>
+Ballade contre les mesdisans de la France.<br>
+Le Jargon ou Jobelin de Maistre Fran&ccedil;ois Villon.<br>
+<br>
+</div>
+PO&Eacute;SIES ATTRIBU&Eacute;ES A VILLON:
+<div style="margin-left: 2em">I. Rondel.<br>
+II. Rondel.<br>
+III. Rondel.<br>
+IV. Rondel.<br>
+V. Rondel.<br>
+VI. Rondel.<br>
+VII. Rondel.<br>
+VIII. Rondel.<br>
+IX. Rondel.<br>
+X. Rondel.<br>
+XI. Rondel.<br>
+XII. Rondel.<br>
+XIII. Rondel.<br>
+XIV. Ballade pour ung prisonnier.<br>
+XV. Rondel.<br>
+XVI. Ballade.<br>
+XVII. Ballade morale.<br>
+XVIII. Ballade.<br>
+XIX. Ballade.<br>
+XX. Ballade.<br>
+XXI. Ballade joyeuse des Taverniers.<br>
+XXII. Monologue du Franc Archier de Baignollet.<br>
+XXIII. Dialogue de messieurs de Mallepaye et de Baillevent.<br>
+XXIV. Les Repeues franches de Fran&ccedil;ois Villon et de ses
+compagnons.<br>
+<div style="margin-left: 3em">Ballade de l'Acteur<br>
+Ballade des Escoutans<br>
+La Repeue de Villon et de ses compaignons<br>
+<div style="margin-left: 1em">La mani&egrave;re d'avoir du
+poisson.<br>
+La mani&egrave;re d'avoir des trippes.<br>
+La mani&egrave;re d'avoir du pain.<br>
+La mani&egrave;re d'avoir du vin.<br>
+La mani&egrave;re d'avoir du rost.<br>
+</div>
+Seconde Repeue, de l'Epid&eacute;mie.<br>
+La troisiesme Repeue, des Torcheculs.<br>
+La quatriesme Repeue, du Souffreteux.<br>
+La cinquiesme Repeue, du Pelletier.<br>
+Sixiesme Repeue, des Gallants sans soucy.<br>
+La septiesme Repeue, faicte aupr&egrave;s de Montfaulcon.<br>
+<br>
+</div>
+</div>
+NOTES<br>
+<br>
+ GLOSSAIRE-INDEX<br>
+<br>
+</td>
+<td style="vertical-align: top; width: 5%; text-align: right;">
+Pages<br>
+<a href="#pV">V</a><br>
+<a href="#pXXIII">XXIII</a><br>
+<a href="#p001">1</a><br>
+<a href="#p005">5</a><br>
+<br>
+<a href="#p007">7</a><br>
+<br>
+<a href="#p021">21</a><br>
+<a href="#p034">34</a><br>
+<a href="#p035">35</a><br>
+<a href="#p036">36</a><br>
+<a href="#p039">39</a><br>
+<a href="#p042">42</a><br>
+<a href="#p045">45</a><br>
+<a href="#p055">55</a><br>
+<a href="#p057">57</a><br>
+<a href="#p059">59</a><br>
+<a href="#p069">69</a><br>
+<a href="#p074">74</a><br>
+<a href="#p076">76</a><br>
+<a href="#p078">78</a><br>
+<a href="#p080">80</a><br>
+<a href="#p083">83</a><br>
+<a href="#p086">86</a><br>
+<a href="#p087">87</a><br>
+<a href="#p090">90</a><br>
+<a href="#p095">95</a><br>
+<a href="#p098">98</a><br>
+<a href="#p099">99</a><br>
+<br>
+<br>
+ <a href="#p101">101</a><br>
+<a href="#p101">101</a><br>
+<br>
+<a href="#p103">103</a><br>
+<a href="#p104">104</a><br>
+<a href="#p105">105</a><br>
+<a href="#p107">107</a><br>
+<a href="#p110">110</a><br>
+<a href="#p111">111</a><br>
+<a href="#p113">113</a><br>
+<a href="#p115">115</a><br>
+<a href="#p116">116</a><br>
+<a href="#p117">117</a><br>
+<a href="#p119">119</a><br>
+<a href="#p120">120</a><br>
+<a href="#p121">121</a><br>
+<a href="#p124">124</a><br>
+<br>
+<br>
+ <a href="#p133">133</a><br>
+<a href="#p133">133</a><br>
+<a href="#p134">134</a><br>
+<a href="#p135">135</a><br>
+<a href="#p135">135</a><br>
+<a href="#p136">136</a><br>
+<a href="#p136">136</a><br>
+<a href="#p136">136</a><br>
+<a href="#p137">137</a><br>
+<a href="#p138">138</a><br>
+<a href="#p139">139</a><br>
+<a href="#p139">139</a><br>
+<a href="#p140">140</a><br>
+<a href="#p140">140</a><br>
+<a href="#p141">141</a><br>
+<a href="#p142">142</a><br>
+<a href="#p143">143</a><br>
+<a href="#p144">144</a><br>
+<a href="#p145">145</a><br>
+<a href="#p146">146</a><br>
+<a href="#p147">147</a><br>
+<a href="#p150">150</a><br>
+<a href="#p164">164</a><br>
+<a href="#p178">178</a><br>
+<a href="#p182">182</a><br>
+<a href="#p183">183</a><br>
+<a href="#p186">186</a><br>
+<a href="#p187">187</a><br>
+<a href="#p190">190</a><br>
+<a href="#p191">191</a><br>
+<a href="#p192">192</a><br>
+<a href="#p194">194</a><br>
+<a href="#p195">195</a><br>
+<a href="#p199">199</a><br>
+<a href="#p206">206</a><br>
+<a href="#p210">210</a><br>
+<a href="#p212">212</a><br>
+<a href="#p215">215</a><br>
+<br>
+<a href="#p220">220</a><br>
+<br>
+<a href="#p227">227</a><br>
+</td>
+</tr>
+</tbody>
+</table>
+<p><b>ADDITIONS ET CORRECTIONS.</b></p>
+<p>Le nom de M. CAMPAUX est partout &eacute;crit par erreur
+CAMPEAUX.</p>
+<p>Les deux premiers huitains de la Ballade <a href="#p074">p.
+74</a> donnent en acrostiche AMBRAISE DE LOREDE, peut-&ecirc;tre
+le nom du gentilhomme pour qui cette pi&egrave;ce fut
+compos&eacute;e.</p>
+<p>L'envoi de la <i>Ballade de la Grosse Margot</i> (<a href=
+"#p084">p. 84</a>) donne en acrostiche le nom de Villon.</p>
+<p><i>Fille en chief</i> (<a href="#p091">p. 91</a>), fille
+coiff&eacute;e de ses cheveux.</p>
+<p>Les <i>Coups orbes</i> (<a href="#p115">p. 115</a>) sont des
+coups produisant des contusions, des <i>bleus</i>.</p>
+<p><i>Coustelez comme chiches</i> (<a href="#p171">p. 171</a>)
+peut se traduire par: &laquo;&agrave; c&ocirc;tes, comme des pois
+chiches&raquo;.</p>
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Oeuvres compltes de Franois Villon
+by Franois Villon
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OEUVRES DE FRANCOIS VILLON ***
+
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+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
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+
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+
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+
diff --git a/old/12246.txt b/old/12246.txt
new file mode 100644
index 0000000..926f5e1
--- /dev/null
+++ b/old/12246.txt
@@ -0,0 +1,12476 @@
+Project Gutenberg's Oeuvres completes de Francois Villon, by Francois Villon
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Oeuvres completes de Francois Villon
+ Suivies d'un choix des poesies de ses disciples
+
+Author: Francois Villon
+
+Release Date: May 3, 2004 [EBook #12246]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ASCII
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OEUVRES DE FRANOIS VILLON ***
+
+
+
+
+Produced by Miranda van de Heijning, Renald Levesque and PG
+Distributed Proofreaders. This file was produced from images
+generously made available by the Bibliotheque nationale de France
+(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr.
+
+
+
+
+
+
+OEUVRES COMPLETES
+
+DE
+
+FRANCOIS VILLON
+
+
+
+
+
+SUIVIES D'UN CHOIX DES POESIES DE SES DISCIPLES
+EDITION PREPAREE PAR LA MONNOYE
+
+MISE A JOUR, AVEC NOTES ET GLOSSAIRE
+PAR M. PIERRE JANNET
+
+[NOTE DU TRANSCRIPTEUR: Les numeros de pages du document
+original ont ete conserves pour faciliter l'identification
+des nombreuses references qu'on trouve dans les Notes et le
+Glossaire-Index, a la fin du texte.]
+
+
+
+PREFACE [P. V]
+
+
+On ne sait guere de la vie de Francois Villon que ce qu'il en
+dit lui-meme, et l'on en sait trop. J'aurais voulu me dispenser
+de decrire, apres tant d'autres[1], cette existence peu
+edifiante, mais je n'ai pas cru pouvoir le faire. Le sujet des
+poesies de Villon, c'est Villon lui-meme, et sa biographie est
+la clef de ses oeuvres.
+
+[Footnote 1: Voir notamment la _Vie de Francois Villon_, par
+Guillaume Colletet, en tete des oeuvres de Villon, edition
+de M.P.L. Jacob, bibliophile (M. Paul Lacroix), Paris, 1854,
+in-16;--le _Memoire_ de M. Prompsault, en tete de son edition
+de Villon, Paris, 1832, in-8;--_Francois Villon, Versuch einer
+kritischen Darstellung seines Lebens nach seinen Gedichten_, von
+Dr. S. Nagel. _Mulheim an der Ruhr_, 1856, in-4, le travail le
+plus complet et le plus judicieux qu'on eut fait jusqu'alors sur
+ce sujet, et la base de ceux qu'on a faits depuis;--_Francois
+Villon, sa vie et ses oeuvres_, par Antoine Campeaux, _Paris,
+Durand_, 1859, in-8, et la notice de M. Anatole de Montaiglon,
+excellente pour le fond comme pour la forme, dans _les Poetes
+Francais_, recueil publie sous la direction de M. Eugene Crepet,
+Paris, 1861-62, 4 vol. gr. in-8, t. I, p. 447-455.]
+
+Francois Villon naquit a Paris en 1431. Sur la foi d'une piece
+que Fauchet, dans son traite _de l'Origine des chevaliers_,
+imprime en 1599, dit avoir trouvee dans un manuscrit de sa
+bibliotheque [2], on [ p. VI] a mis en doute le lieu de la
+naissance et jusqu'au nom du poete. On s'est livre a des
+conjectures ingenieuses pour concilier les renseignements
+fournis par lui-meme avec les indications de Fauchet, pour
+expliquer comment il pouvait s'appeler a la fois Corbueil et
+Villon, etre a la fois natif d'Auvers et de Paris. Pour moi, je
+crois, avec le P. Du Cerceau, Daunou et beaucoup d'autres,
+qu'on ne doit tenir aucun compte de ce huitain, amplification
+maladroite de l'epitaphe en quatre vers [3]. Ce n'est pas sur
+une pareille autorite qu'on peut substituer le nom de _Corbueil_
+a celui de _Villon_, que notre poete se donne lui-meme en vingt
+endroits de ses oeuvres [4].
+
+[Footnote 2: Voici cette piece, que j'ai cru devoir rejeter des
+oeuvres de Villon:
+
+_Je suis Francoys, dont ce me poise, Nomme Corbueil en mon
+surnom, Natif d'Auvers empres Pontoise, Et du commun nomme
+Villon. Or, d'une corde d'une toise Sauroit mon col que mon cul
+poise, Se ne fut un joli appel. Le jeu ne me sembloit point
+bel._
+
+L'auteur de ce huitain n'a pas compris l'intention comique de ce
+vers de Villon:
+
+_Ne de Paris empres Pontoise;_
+
+C'est pourquoi il le fait gravement naitre a Auvers, qui est
+en effet pres de Pontoise. Mais une preuve certaine de la
+composition tardive de cette piece, c'est qu'on ne trouverait
+probablement pas dans la seconde moitie du XVe siecle, et
+certainement pas dans les oeuvres de Villon, un huitain dont
+les rimes soient distribuees comme dans celui-la. Dans tous les
+huitains de Villon, sans exception, le premier vers rime avec
+le troisieme, le second avec le quatrieme, le cinquieme et le
+septieme, et le sixieme avec le huitieme. Les faussaires ne
+pensent jamais a tout.]
+
+[Footnote 3: Voy. p. 101.]
+
+[Footnote 4: Voy. le _Glossaire-Index_, au mot VILLON.]
+
+Les parents de Villon etaient pauvres[5]. Sa mere etait [P. VII]
+illettree[6]; son pere etait vraisemblablement un homme de
+metier, et peut-etre, ainsi que l'a conjecture M. Campeaux, un
+ouvrier en cuir, un _cordouennier_[7].
+
+[Footnote 5: V. p. 31, huitain XXXV.]
+
+[Footnote 6: "Oncques lettre ne leuz." P. 55, v. 22.]
+
+[Footnote 7: Voyez _Notes_, p. 224.]
+
+Pousse par le desir de s'elever au-dessus de la triste condition
+de ses parents, ou plutot par ce besoin de savoir qui tourmente
+les natures comme la sienne, Villon etudia. Il connut les
+miseres de l'etat d'ecolier pauvre. On n'a pas de renseignements
+certains sur le genre d'etudes auquel il se livra ni sur les
+progres qu'il y fit. M. Nagel suppose qu'il obtint le grade de
+maitre es arts, et se fonde surtout sur le legs qu'il fait plus
+tard, de sa "nomination qu'il a de l'Universite" (p. 15). Mais
+ce legs pourrait bien n'etre qu'une plaisanterie, comme tant
+d'autres. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'obtint pas
+le grade de maitre en theologie, but supreme des etudes du
+temps[8].
+
+[Footnote 8: Voy. _Grand Testament_, huitains XXXVII (p. 32) et
+LXXII (p. 52.)]
+
+En ce temps-la, comme plus tard, les etudiants etaient exposes
+a bien des tentations. Villon n'y sut pas resister. En contact
+avec des jeunes gens sans prejuges d'aucune sorte et depourvus
+d'argent comme lui, il adopta leurs moeurs et facons de vivre.
+Bientot il devint leur chef et leur providence[9]. Les _Repues
+franches_, singulier monument eleve a sa gloire par quelqu'un
+de ses disciples, nous font connaitre par quelles combinaisons
+ingenieuses lui et ses compagnons se procuraient les moyens de
+mener joyeuse vie. Leurs friponneries etaient tout a [P. VIII]
+fait dans les moeurs du temps, et ne depassaient sans doute pas
+les proportions de ce qu'on serait volontiers tente d'appeler
+_des bons tours_; mais ils etaient sur une pente glissante, et
+la justice n'entendait pas raillerie.
+
+[Footnote 9: _C'estoit la mere nourriciere De ceux qui n'avoient
+point d'argent; A tromper devant et derriere Estoit un homme
+diligent._ (P. 190.)]
+
+Rien ne prouve cependant que Villon ait eu maille a partir avec
+elle a cause de ses entreprises sur le bien d'autrui. On a parle
+de ses deux proces: il en eut au moins trois, bien constates par
+ses oeuvres, et le premier, qu'on n'avait pas fait ressortir
+jusqu'a present, est le seul dont le sujet soit indique d'une
+maniere certaine. C'est la suite d'une affaire d'amour.
+
+Avant de tomber dans ces relations honteuses avec des femmes
+perdues dont la _Ballade de la Grosse Margot_[10] nous donne
+l'ignoble tableau, Villon fut amoureux. Il connut l'amour vrai,
+l'amour naif et timide[11]. Quel fut l'objet de cette passion,
+c'est ce qu'il n'est pas facile de dire. Il l'appelle de divers
+noms, Denise, Roze, Katherine de Vauzelles. Que ce fut une
+femme de moeurs faciles, une gentille bourgeoise ou une noble
+damoiselle, il parait certain que c'etait une coquette. Elle
+l'ecouta d'abord, l'encouragea[12] et finit par le rebuter. Il
+s'en plaignit sans doute a ses compagnons, que les femmes qu'ils
+frequentaient n'avaient pas habitues a de pareilles rigueurs, et
+qui se moquerent de lui[13]. Villon s'emporta contre sa belle,
+lui fit des avanies, lui dit des injures, composa [P. IX]
+peut-etre contre elle quelque ballade piquante, quelque rondeau
+bien mechant. Or, bien que religieux au fond, il frondait
+volontiers les choses sacrees[14]. La belle dame se plaignit; la
+juridiction ecclesiastique s'en mela[15], et Villon fut bel et
+bien condamne au fouet[16].
+
+[Footnote 10: Page 83.]
+
+[Footnote 11: Le doux souvenir de cette passion se montre en
+maints endroits des oeuvres de Villon, mele a ses regrets et aux
+reproches qu'il adresse a sa maitresse avide et cruelle. Voy.
+les huitains III, IV, V et X du _Petit Testament_, LV a LIX du
+_Grand Testament_, la ballade de la page 57, le rondeau p. 59,
+etc.]
+
+[Footnote 12: _Quoy que je luy voulsisse dire, Elle estoit
+preste d'escouter, etc._ (P. 47.)]
+
+[Footnote 13: _... qui partout m'appelle L'amant remys et
+renie_. (P. 48.)]
+
+[Footnote 14: Voir notamment les huitains CVI a CX du _Grand
+Testament_.]
+
+[Footnote 15: _Quant chicanner me feit Denise, Disant que je
+l'avoye mauldite_. P. 69.]
+
+[Footnote 16: La sentence fut executee. La _Double ballade_ de
+la page 45 ne laisse aucun doute a cet egard: _J'en fus batu,
+comme a ru telles, Tout nud..._ (P. 46, v. 24-25.)]
+
+C'est a la suite de cette sentence que Villon, decide a quitter
+Paris, composa les _Lays_ ou legs auxquels on a donne depuis le
+titre de _Petit Testament_.
+
+Dans le huitain VI, page 9, il annonce qu'il s'en va a Angers.
+Il est probable qu'il ne fit pas ce voyage. Ses habitudes, ses
+relations, sa misere, le retinrent a Paris ou aux environs.
+C'etait en 1456. Fletri par le chatiment qu'il avait subi, aigri
+par l'infortune, il ne connut plus de bornes. L'annee qui suivit
+sa condamnation fut assurement l'epoque la plus honteuse de
+sa vie. En 1457, il etait dans les prisons du Chatelet, et
+le Parlement, apres lui avoir fait appliquer la question de
+l'eau[17], le condamnait a mort. On ignore le motif de cette
+condamnation; on a suppose qu'il s'agissait d'un crime commis a
+Rueil par lui et plusieurs de ses compagnons, dont quelques-uns
+furent pendus[18]. Cette supposition parait fondee. Quant au
+crime commis, il n'etait peut-etre pas d'une extreme [P. X]
+gravite. Les lois etaient severes, et les compagnons de Villon
+devaient avoir, comme lui, des antecedents facheux.
+
+[Footnote 17: C'est ce qu'indiquent clairement ces deux vers de
+la page 104: _On ne m'eust, parmi ce drapel, Faict boyre a celle
+escorcherie_.]
+
+[Footnote 18: Voy. la _Belle lecon aux enfans perduz_, p. 86, et
+le _Jargon_, p. 125.]
+
+Quoi qu'il en soit, Villon ne partagea pas leur sort. Il est
+vrai qu'il ne negligea rien pour se tirer d'affaire: il appela
+de la sentence, ce qui lui valut quelque repit; puis, du
+moins ceci parait certain, a l'occasion de la naissance d'une
+princesse qu'il appelle Marie, il implora la protection du
+pere de cette princesse. Cette demarche lui reussit: le prince
+interceda pour lui, et le Parlement commua sa peine en celle du
+bannissement. Villon se montra penetre de reconnaissance. Il
+adressa une requete au Parlement, pour lui rendre graces autant
+que pour lui demander un delai de trois jours pour quitter
+Paris, et il composa pour la princesse qui venait de naitre
+des vers pleins de sentiment. M. Prompsault a cru que cette
+princesse etait Marie de Bourgogne, fille de Charles le
+Temeraire, nee le 13 fevrier 1457; mais c'etait une erreur. M.
+Auguste Vitu, qui prepare depuis nombre d'annees une edition de
+Villon, a reconnu qu'il s'agissait de Marie d'Orleans, fille du
+poete Charles d'Orleans, nee le 19 decembre 1457, et M. Campeaux
+a clairement demontre que cette opinion etait fondee.
+
+A partir du moment ou Villon quitte Paris, en execution de
+l'arret du Parlement, nous perdons sa trace jusqu'en 1461.
+A cette epoque nous le trouvons dans les prisons de
+Meung-sur-Loire, ou le detient Thibault d'Aussigny, eveque
+d'Orleans. Quel nouveau mefait lui reprochait-on? Ceux qui
+supposent qu'il avait fabrique de la fausse monnaie n'ont pas
+pris garde que la punition de ce crime etait exclusivement du
+ressort des juges seculiers. Dans le _Debat du coeur et du
+corps de Villon_, compose dans sa prison, le poete attribue sa
+detention a sa _folle plaisance_.
+
+Ce qu'on lui reprochait, c'etait peut-etre quelque [P. XI]
+propos ou quelque ecrit peu orthodoxe, quelque _plaisanterie_
+sentant le sacrilege, quelque aventure galante par trop
+scandaleuse, toutes choses dont il etait bien capable et dont la
+repression regardait la justice ecclesiastique. Il y a lieu de
+croire que le delit n'etait pas en rapport avec la punition, car
+Villon, qui n'a jamais proteste contre sa condamnation au fouet,
+qui se contente d'indiquer vaguement que le Parlement l'avait
+juge _par fausserie_, fit preuve de la plus violente rancune
+contre Thibault d'Aussigny. Il parait meme certain que cette
+mauvaise affaire ne lui fit pas perdre la faveur de ses
+protecteurs, Charles d'Orleans et le duc de Bourbon.
+
+Quoi qu'il en soit, Villon languit longtemps dans la prison de
+Meung, plonge dans un cul de basse-fosse, nourri au pain et a
+l'eau. Rien n'indique qu'une sentence quelconque ait ete rendue
+contre lui mais le traitement qu'on lui faisait subir devait le
+conduire lentement a une mort certaine. Heureusement Louis
+XI, qui venait de succeder a Charles VII, alla a Meung dans
+l'automne de 1461, et Villon lui dut sa delivrance. Fut-ce,
+ainsi que le dit M. Campeaux, par suite "du don de joyeux
+avenement qui remettait leur peine a tous les prisonniers d'une
+ville ou le roi entrait apres son sacre?" Je serais plutot
+porte a croire, malgre l'absence de preuves, que Villon fut
+personnellement l'objet d'une mesure de clemence de la part du
+roi; la facon dont il en temoigne sa reconnaissance me parait
+justifier cette supposition [19].
+
+[Footnote 19: On a dit recemment que le roi qui delivra Villon
+etait Charles VII. Je ne puis adopter cette opinion. Sans
+examiner ici la valeur du document sur lequel elle est basee,
+je me bornerai a faire remarquer que Charles VII mourut
+a Mehun-sur-Yevre, pres de Bourges, le 22 juillet 1461,
+precisement au moment ou Villon etait dans la prison de
+Meung-sur-Loire, pres d'Orleans, ou il passa _tout un ete_ (p.
+21, v. 14), c'est-a-dire tout l'ete de la meme annee 1461.]
+
+En sortant des prisons de Meung, Villon composa, du moins
+en partie, le _Grand Testament_, dans lequel sont [P. XII]
+intercalees des pieces qui se rapportent a diverses epoques de
+sa vie, et dont quelques-unes ont du etre composees beaucoup
+plus tard.
+
+Il est probable, en effet, que Villon vecut encore longtemps;
+mais on ne sait rien de precis a cet egard. Les conjectures sur
+lesquelles on se fonde pour placer la date de sa mort entre 1480
+et 1489 ne sont, en definitive, que des conjectures. Quant
+aux voyages qu'on lui fait faire a Saint-Omer, Lille, Douai,
+Salins, Angers, Saint-Genoux, et jusque dans le Roussillon,
+rien ne prouve qu'ils ont eu lieu. Villon nomme ces localites
+dans ses oeuvres, il est vrai, mais nulle part il ne dit
+qu'il les a visitees. Son voyage a Bruxelles, son sejour en
+Angleterre, avec la reponse hardie qu'il aurait faite au roi
+Edouard V, ne me semblent pas beaucoup plus certains, malgre mon
+respect pour celui qui s'en est fait l'historien [20]. Ce qui
+me semble hors de doute, c'est sa retraite dans le centre de
+la France, ou semblait l'attirer quelque chose qui nous est
+inconnu, peut-etre quelque relation de famille. Dans le _Petit
+Testament_, il annonce qu'il va a Angers [21]; il en revenait
+peut-etre lorsqu'il fut arrete a Meung. Dans le _Grand Testament_,
+il dit qu'il "parle un peu poictevin [22]." La _Ballade Villon_
+(p. 109) et la _Double ballade_ (p. 107) prouvent qu'il sejourna
+quelque temps a Blois, a la cour de Charles d'Orleans, et le vers
+de la page 111: [P. XIII]
+
+_Que fais-je plus? Quoi? Les gaiges ravoir._
+
+autorise a penser qu'il avait obtenu aupres du prince une de ces
+charges qu'on donnait aux poetes de cour. Ainsi, par le _Dit de
+la naissance Marie_, Villon n'avait pas seulement echappe au
+dernier supplice; il s'etait de plus acquis la faveur de Charles
+d'Orleans, et il sut la conserver, du moins pendant quelque
+temps, et peut-etre jusqu'a la mort du duc, arrivee en 1465.
+
+[Footnote 20: Rabelais, livre IV, chap. LXVII. M. Nagel a releve
+deux erreurs dans ce passage de Rabelais. Villon n'aurait pu se
+trouver a la cour d'Edouard V, qui ne monta sur le trone qu'en
+1483, et le medecin Thomas Linacre, ne vers 1460, ne fut celebre
+que sous les regnes de Henri VII et de Henri VIII.]
+
+[Footnote 21: Page 9.--Le Franc archer de Bagnolet dit, p. 157,
+v. 12: "Ma mere fut nee d'Anjou;" mais cela ne prouverait rien,
+meme quand il serait demontre que ce monologue est de Villon.]
+
+[Footnote 22: Page 62.]
+
+Il eut un autre protecteur en la personne du duc de Bourbon, qui
+lui faisait de "gracieux prets [23]."
+
+Enfin, Rabelais, livre IV, chapitre XIII, nous apprend que
+"maistre Francois Villon, sus ses vieux jours, se retira a
+Saint-Maixent en Poictou, sous la faveur d'un homme de bien,
+abbe dudit lieu. La, pour donner passe-temps au peuple,
+entreprit faire jouer la Passion en gestes et langage poictevin
+[24]." Ce temoignage n'est pas irrecusable; mais pourquoi
+ne pas l'accepter? Apres une vie aussi agitee, on aime a se
+representer le pauvre poete enfin tranquille, a l'abri du
+besoin, s'occupant, pour son plaisir, de jeux dramatiques,
+auxquels il avait du probablement, dans d'autres temps, demander
+son pain [25].
+
+[Footnote 23: P. 115, v. 6.]
+
+[Footnote 24: _oeuvres de Rabelais_, edition Burgaud des Marets
+et Ratnery, t. II, p. 92. On voit ensuite un tour joue au
+sacristain des cordeliers, Estienne Tapecoue, qui sent bien
+son Villon, mais dont le denoument cruel a pu etre invente par
+Rabelais, qui n'aimait pas les moines.]
+
+[Footnote 25: On croit que Villon donna des representations
+dramatiques a Paris et ailleurs, et c'est comme directeur de
+troupe qu'on lui fait parcourir une partie de la France et des
+Pays-Bas.]
+
+En penetrant dans les mysteres de cette existence miserable, on
+est frappe de deux choses: D'abord, on remarque qu'elle n'exerca
+pas sur le coeur de Villon toute l'action corruptrice qu'il y
+avait lieu de redouter. Au milieu de son abjection, [P. XIV]
+Villon conserve des sentiments eleves. Il est plein d'amour et
+de respect pour sa mere [26], de reconnaissance pour quiconque
+l'a secouru [27], de veneration pour ceux qui ont fait de
+grandes choses; il aime son pays, chose d'autant plus honorable
+qu'elle etait rare en ce temps-la [28]; il regrette les erreurs
+de sa jeunesse, et le temps qu'il a si mal employe [29]; voila
+qui doit lui faire pardonner bien des choses.
+
+[Footnote 26: Voy. p. 32, huit. XXXVIII; p. 54, huit. LXXIX; p.
+55, Ballade.]
+
+[Footnote 27: Guillaume Villon, p. 9, 53; Jean Cotard, p. 22,
+58; Louis XI, p. 23, 24; le Parlement, P. 103; Marie d'Orleans,
+p. 105, 107; le duc de Bourbon, p. 114.]
+
+[Footnote 28: Ces deux vers de la page 34:
+
+_Et Jehanne, la bonne Lorraine,
+ Qu'Anglois brulerent a Rouen_,
+
+lui font d'autant plus d'honneur qu'a l'epoque ou il les ecrivit
+des gens eclaires regardaient Jeanne d'Arc comme sorciere, et
+les Anglais avaient en France de nombreux partisans.]
+
+[Footnote 29: _Grand Testament_, huitain XXVI et suiv.]
+
+Puis, quelle influence n'eut-elle pas sur le talent du poete
+[30]! Forme, comme on dit aujourd'hui, a l'ecole du malheur, il
+vit les choses sous leur vrai jour, et il entra dans une voie
+tout a fait nouvelle. Il rompit en visiere a l'Allegorie, qui
+regnait alors en souveraine, a toutes les affeteries de la
+poesie rhetoricienne cultivee par les beaux esprits du temps.
+Il fut le premier poete _realiste_. Que l'on compare avec ses
+autres oeuvres les quelques pieces qu'il a composees selon la
+poetique de ses contemporains, la _Ballade Villon_ (p. 109), la
+_Requeste au Parlement_ (p. 103), et d'autres, et l'on ne sera
+point tente de "regretter, avec Clement Marot, qu'il n'ait [P. XV]
+pas ete "nourry en la court des rois et princes, ou les jugemens
+s'amendent et les langaiges se pollissent," car il y eut
+certainement plus perdu que gagne.
+
+[Footnote 30: _Travail mes lubres sentemens, Esguisez comme
+une pelote, M'ouvrist plus que tous les Commens D'Averroys sur
+Aristote._ (P. 25.)]
+
+M. A. de Montaiglon a parfaitement caracterise le role de Villon
+dans la poesie francaise. Je ne puis mieux faire que de lui
+emprunter ces quelques lignes:
+
+"... Au moment ou parut Villon, la litterature francaise en
+etait precisement a cette periode de transformation; de la
+poesie generale elle passait a la poesie personnelle; ses
+contemporains, subissant a leur insu cette phase litteraire,
+s'essayaient a l'individualite avec plus d'effort que de
+bonheur; Villon l'atteignit du premier coup. Sa force est la,
+et sa valeur s'augmente de l'interet que, sous ce rapport,
+offraient ses oeuvres. Elle est tellement saisissante qu'elle a
+ete reconnue de tous, et le succes qui l'accueillit ne s'arreta
+pas. Francois Ier lui fit l'honneur d"faire faire une edition de
+ses poesies par Clement Marot, qui le combla de ses louanges.
+Un peu plus tard, il est vrai, l'ecole de Ronsard protesta.
+Pasquier condamne Villon, et Du Verdier s'emerveille que Marot
+ait ose "louer un si _goffe_ ouvrier et faire cas de ce qui ne
+vaut rien." Cela marque moins un manque de gout que la force
+partiale du prejuge; la Pleiade, qui est en realite aussi
+aristocratique que savante, ne pouvait admirer Villon sans
+se condamner elle-meme; mais, ce moment passe, le charme
+recommence: Regnier est un disciple de Villon; Patru le loue;
+Boileau a senti quel etait son rang; La Fontaine l'admire;
+Voltaire l'imite; les erudits litteraires du XVIIe et du XVIIIe
+siecle, Colletet, le P. Du Cerceau, l'abbe Massieu, l'abbe
+Goujet, parlent de lui comme il convient, en meme temps que
+Coustelier et Formey le reimpriment, que La Monnoye l'annote, et
+que Lenglet-Dufresnoy prepare une nouvelle edition. De [P. XVI]
+nos jours, une justice encore plus eclatante lui a ete rendue.
+L'edition de Prompsault, a laquelle M. Lacroix est venu ajouter,
+pourrait etre acceptee comme definitive, au moins quant au
+texte, si M. Vitu n'en promettait une, qui, en profitant des
+precedentes, donnera sans doute le dernier mot. Tous ceux qui
+ont parle incidemment de Villon, MM. Sainte-Beuve, Saint-Marc
+Girardin, Chasles, Nisard, Geruzez, Demogeot, Genin, et d'autres
+encore, l'ont bien caracterise. En meme temps qu'eux, M. Daunou
+a ecrit sur notre poete une longue etude, inseree dans le
+_Journal des Savants_, et M. Theophile Gautier, dans l'ancienne
+_Revue francaise_, des pages vives, aussi justes que pleines de
+verve, qui ont ete recueillies dans ses _Grotesques_. Enfin, en
+1850 M. Profillet, et en 1856 un professeur allemand, M. Nagel,
+ont pris Villon pour sujet d'un travail special; l'annee
+derniere (1859), M. Campeaux lui a consacre un excellent
+travail, auquel, pour etre meilleur, il ne manque peut-etre
+qu'une plus ancienne et plus familiere connaissance des
+alentours. Tous sont, avec raison, unanimes a reconnaitre
+l'originalite, la valeur aisee et puissante, la force et
+_l'humanite_ de la poesie de Villon. Pour eux tous, et ce
+jugement est aujourd'hui sans appel, Villon n'est pas seulement
+le poete superieur du XVe siecle, mais il est aussi le premier
+poete, dans le vrai sens du mot, qu'ait eu la France moderne, et
+il s'est ecoule un long temps avant que d'autres fussent dignes
+d'etre mis a cote de lui. L'appreciation est maintenant juste et
+complete; d'autres viendront qui le loueront avec plus ou moins
+d'eclat et de talent, qui le jugeront avec une critique plus
+ou moins solide ou brillante; mais desormais les traits de la
+figure de Villon sont arretes de facon a ne plus changer, et
+ceux qui entreprendront d'y revenir ne pourront rester dans
+la verite qu'a la condition de s'en tenir aux memes [P. XVII]
+contours."
+
+Plus loin, M. A. de Montaiglon, passant legerement sur le _Petit
+Testament_, "qui n'est que spirituel, " et sur quelques pieces
+qu'il regrette de trouver dans le _Grand Testament_, ajoute:
+
+"Ce n'est pas la qu'il faut chercher Villon, mais dans la partie
+populaire et humaine de son oeuvre. On ne dira jamais assez
+a quel point le merite de la pensee et de la forme y est
+inestimable. Le sentiment en est etrange, et aussi touchant que
+pittoresque dans sa sincerite; Villon peint presque sans le
+savoir, et en peignant il ne pallie, il n'excuse rien; il a meme
+des regrets, et ses torts, qu'il reconnait en se blamant, mais
+dont il ne peut se defendre, il ne les montre que pour en
+detourner. Je connais meme peu de lecons plus fortes que la
+ballade: _Tout aux tavernes et aux filles_. La bouffonnerie,
+dans ses vers, se mele a la gravite, l'emotion a la raillerie,
+la tristesse a la debauche; le trait piquant se termine avec
+melancolie; le sentiment du neant des choses et des etres est
+mele d'un burlesque soudain qui en augmente l'effet. Et tout
+cela est si naturel, si net, si franc, si spirituel; le style
+suit la pensee avec une justesse si vive, que vous n'avez pas le
+temps d'admirer comment le corps qu'il revet est habille par le
+vetement. C'est bien mieux que l'esprit bourgeois, toujours un
+peu mesquin, c'est l'esprit populaire que cet enfant des Halles,
+qui ecrivait: _Il n'est bon bec que de Paris_, a recueilli dans
+les rues et qu'il epure en l'aiguisant. Il en a le sentiment, il
+en prend les mots, mais il les encadre, il les incruste dans une
+phrase si vive, si nette, si bien construite, si energique ou si
+legere, que cette langue coloree recoit de son genie l'elegance
+et meme le gout, sans rien perdre de sa force. Il a tout: la
+vigueur et le charme, la clarte et l'eclat, la variete et
+l'unite, la gravite et l'esprit, la brievete incisive du trait
+et la plenitude du sens, la souplesse capricieuse [P. XVIII]
+et la fougue violente, la qualite contemporaine et l'eternelle
+humanite. Il faut aller jusqu'a Rabelais pour trouver un maitre
+qu'on puisse lui comparer, et qui ecrive le francais avec la
+science et l'instinct, avec la purete et la fantaisie, avec la
+grace delicate et la rudesse souveraine que l'on admire dans
+Villon, et qu'il a seul parmi les gens de son temps..."
+
+On ne connait certainement pas la totalite des oeuvres de
+Villon, du moins sous son nom. Il est evident que le _Petit
+Testament_ n'est pas son coup d'essai. Lors de son second
+proces, en 1457, il etait probablement connu par d'autres
+compositions. Sans cela, il est douteux que Charles d'Orleans
+fut intervenu en sa faveur, et que le Parlement lui eut fait
+grace de la vie. Lorsqu'il composa le _Grand Testament_, il y fit
+entrer quelques pieces qui n'en faisaient pas necessairement
+partie, mais qui s'y rattachaient assez naturellement. On n'y
+trouve pas une ballade, pas un rondeau composes anterieurement
+au _Petit Testament_. Villon ne parait pas avoir ete
+tres-soucieux de recueillir ses oeuvres. La plupart sont sans
+doute perdues; d'autres sont disseminees dans des recueils
+manuscrits ou imprimes ou il n'est pas facile de les reconnaitre,
+soit parce qu'elles ne portent pas de nom d'auteur, soit
+parce qu'elles sont attribuees a d'autres. On ne connait
+pas de manuscrit qui contienne tout ce qu'on sait positivement
+lui appartenir. Les premieres editions, qui furent faites sans
+son concours et probablement apres sa mort, ne contiennent que
+le _Grand_ et le _Petit Testament_, le _Jargon_, et un petit
+nombre de pieces detachees. Jean de Calais, l'editeur presume du
+_Jardin de plaisance_, dont la premiere edition est de 1499
+ou de 1500, s'acquitta fort mal des fonctions d'executeur
+testamentaire que Villon lui avait confiees, si tant est qu'on
+doive prendre au serieux les huitains CLX et CLXI du [P. XIX]
+_Grand Testament_. Il fit entrer dans son recueil diverses
+pieces connues comme etant de Villon et beaucoup d'autres qu'on
+lui attribue avec plus ou moins de vraisemblance, mais sans dire
+des unes ni des autres qu'elles etaient de lui.
+
+M. Brunet a donne, dans la derniere edition du _Manuel du
+Libraire_, une excellente notice des editions de Villon. La
+premiere avec date est de Paris (Pierre Levet), 1489, in-4 deg..
+Il en parut plusieurs autres a la fin du XVe siecle et au
+commencement du XVIe. Celle de Paris, Galiot Du Pre, 1532, in-8,
+est la premiere a laquelle on ait joint les _Repues franches_,
+le _Monologue du franc archier de Baignolet_ et le _Dialogue des
+seigneurs de Mallepaye et de Baillevent_ [31].
+
+[Footnote 31: Il avait ete fait anterieurement plusieurs
+editions des _Repeues franches_, qui s'ajoutaient aux editions
+correspondantes des oeuvres de Villon, mais qui portaient des
+signatures ou une pagination separees.]
+
+L'annee suivante, le meme Galiot Du Pre publia la premiere
+edition des oeuvres de Villon revues par Clement Marot.
+
+En 1723 il parut chez Coustelier une edition de Villon, avec les
+remarques d'Eusebe de Lauriere et une lettre du P. Du Cerceau.
+
+Les oeuvres de Villon furent reimprimees en 1742, a la Haye,
+avec les remarques de Lauriere, Le Duchat et Formey, des
+memoires de Prosper Marchand et une lettre critique extraite du
+_Mercure_ de fevrier 1724.
+
+En 1832 parut l'edition de Prompsault, fruit de longues et
+laborieuses recherches, et qui, sans etre parfaite, ne meritait
+pas le discredit dont elle a ete frappee pendant longtemps.
+
+Dans l'edition de 1854, due aux soins de M.P.L. Jacob,
+bibliophile (M. Paul Lacroix), le texte de Prompsault [P. XX]
+a ete revu, notablement ameliore, elucide par des notes ou
+brillent l'erudition et la sagacite bien connues de leur auteur.
+
+Enfin, tout recemment, M. Paul Lacroix a publie le texte des
+deux _Testaments_ d'apres un manuscrit de la bibliotheque
+de l'Arsenal. Je n'ai pu faire usage de cette interessante
+publication, d'abord parce que l'impression de mon edition
+etait trop avancee, puis pour une autre raison: c'est que je ne
+pouvais m'ecarter du texte que j'avais adopte.
+
+On savait depuis longtemps que La Monnoye avait eu l'intention
+de faire une edition des oeuvres de Villon. A cet effet, il
+avait annote un exemplaire de l'edition de 1723. Cet exemplaire,
+dont on avait perdu la trace depuis longtemps, a ete retrouve,
+en 1858, au _British Museum_, par M. Gustave Masson, qui m'a
+gracieusement offert une copie du travail de La Monnoye.
+
+En tete de son exemplaire, La Monnoye avait inscrit d'abord ce
+titre, qui nous fait connaitre le plan d'une vaste collection
+qu'il projetait:
+
+_L'Histoire et les Chefs de la poesie francoise, avec la liste
+des poetes provencaux et francois, accompagnee de remarques sur
+le caractere de leurs ouvrages._
+
+Puis vient ce titre particulier:
+
+_Poesies de Francois Villon et de ses disciples, revues sur les
+differentes editions, corrigees et augmentees sur le manuscrit
+de M. le duc de Coislin et sur plusieurs autres, et enrichies
+d'un grand nombre de pieces, avec des notes historiques et
+critiques._
+
+La Monnoye n'eut pas le temps de mettre la derniere main a son
+edition de Villon. Son travail ne porta que sur l'etablissement
+du texte. La comparaison des manuscrits et des anciennes
+editions, faite par un homme tel que La Monnoye, devait [P. XXI]
+donner d'excellents resultats. J'ai reproduit scrupuleusement,
+sauf deux ou trois exceptions indiquees dans les notes, le texte
+tel qu'il a ete arrete par lui, et ce texte est assurement le
+meilleur qu'on ait donne jusqu'a present.
+
+La Monnoye ne se contenta pas de revoir le texte de l'edition de
+1723. Il y ajouta de sa main divers morceaux qui n'avaient pas
+encore ete publies, et qui ont paru pour la premiere fois dans
+l'edition Prompsault. Mais il ne put faire le choix des poesies
+qu'il voulait joindre aux oeuvres de Villon. Pour repondre de
+mon mieux a son plan, je donne a la fin du volume dix-sept
+pieces tirees du _Jardin de plaisance_. M. Campeaux en avait
+publie un plus grand nombre: j'ai fait un choix dans son choix,
+et si les pieces que je donne ne sont pas de Villon, elles sont
+au moins de son ecole, et souvent dignes de lui.
+
+Pour toute la partie du texte etablie par La Monnoye, je n'avais
+qu'une chose a faire: suivre la lecon adoptee par lui. A
+l'egard des pieces dont il ne s'etait pas occupe, j'ai du agir
+autrement: je les ai revues sur les manuscrits et les editions
+originales.
+
+A defaut des notes historiques et critiques promises par La
+Monnoye, et sans avoir la pretention de les suppleer, je donne
+a la suite du texte quelques renseignements qui m'ont paru
+necessaires, puis un _Glossaire-Index,_ dans lequel j'ai tente
+d'expliquer les mots vieillis, de donner des renseignements sur
+les personnes et les choses. S'il n'a pas d'autre utilite, ce
+travail servira du moins de table.
+
+Une edition de Villon n'est pas facile a faire. J'ai largement
+mis a profit les travaux de mes devanciers, et je me plais a le
+reconnaitre. J'aurais pu relever bien des erreurs: je me suis
+contente de les corriger. Je crois que cette edition [P. XXII]
+vaut mieux que celles qui l'ont precedee. D'autres viendront
+apres moi qui feront mieux. J'ai cru prudent de leur donner
+l'exemple de l'indulgence.
+
+P. JANNET.
+
+
+
+REMARQUES PHILOLOGIQUES. [P. XXIII]
+
+
+La langue de Villon est encore la vieille et bonne langue
+francaise, riche et simple, claire, naturelle, a l'allure vive
+et franche. C'est encore la langue des fabliaux, assouplie,
+mais presque entierement preservee de l'invasion des mots
+pedantesques forges dans la seconde moitie du XVe siecle. Le
+_Glossaire_, dont l'etendue est grande relativement a celle du
+livre, n'offre qu'un petit nombre de ces mots. En revanche, il
+en contient beaucoup d'autres dont la perte est regrettable.
+
+Villon etait tres-severe pour la rime. Aussi, lorsque nous
+rencontrons a la fin de ses vers quelque chose qui nous parait
+anormal, nous devons nous garder de l'expliquer par une
+negligence du poete. Il faut chercher d'autres raisons; cela
+peut amener des observations interessantes.
+
+Par exemple, lorsqu'il fait rimer _e_ avec _a_[32], cela prouve,
+ainsi que Marot l'a remarque, que Villon prononcait, a la
+parisienne, _a_ pour _e_.
+
+Lorsqu'il fait rimer _oi, oy_, avec _ai, ay, e_[33], cela prouve
+que ce que nous appelons la diphtongue _oi_ se prononcait _e_ ou
+_e_.
+
+S'il fait rimer _Changon, Nygon, escourgon_, avec [P. XXIV]
+_donjon_[34], c'est que, dans certains cas, le _g_ se prononcait
+_j_.
+
+[Footnote 32: _Robert, Haubert_, avec _pluspart, poupart_ (p.11
+et 12); _La Barre, feurre_, avec _terre, guerre_ (p. 14);
+_appert_ avec _part, despart_ (p. 44), etc.]
+
+[Footnote 33: _Chollet_ avec _souloit_ (p. 14); _exploictz_ avec
+_laiz_ (p. 17); _moyne, essoyne, royne_, avec _Seine_ (p. 34),
+etc.]
+
+[Footnote 34 Pages 12 et 13.]
+
+S'il fait rimer _fuste_ avec _fusse, prophetes_ avec
+_fesses_[35], c'est encore une affaire de prononciation
+parisienne.
+
+Il en est de meme d'_ancien, Valerien, paroissien, rimant avec
+_an_[36].
+
+Lorsqu'il ecrit _soullon_ pour rimer avec _Roussillon_[37], il
+entend que les deux _ll_ seront mouillees, et prononcees comme
+telles, sans etre precedees d'un _i_ comme en espagnol.
+
+Comment faut-il prononcer le nom de Villon?
+
+La _Ballade_ de la page 99, l'_Epistre_ de la page 111, le
+_Probleme_ ou _Ballade_ de la page 120, etc., ne laissent aucun
+doute a cet egard. On doit le prononcer comme les deux dernieres
+syllabes du mot _paVILLON_, c'est-a-dire comme on pourra. En
+France, ce n'est guere que dans le Midi qu'on sait prononcer
+les _ll mouillees_. Les Parisiens diront _Viyon_; les Picards,
+_Vilion_....
+
+ _Mais bel est fol et lunaticque
+ Qui de ce fait sermon si long;
+ Peu nuit a la chose publicque
+ Se Brussiens disent_ Filon.
+ _Il ne m'en chaut gueres si l'on
+ Choisit de ces facons la pire,
+ Et bien veuil qu'on dise selon
+ Que des pieca l'on souloit dire_.
+
+[Footnote 35: Pages 26 et 52.]
+
+[Footnote 36: P. 81.]
+
+[Footnote 37: Voy. la Ballade de la page 99.]
+
+
+
+
+CLEMENT MAROT DE CAHORS [P.1]
+
+Varlet de chambre du Roy
+
+AUX LECTEURS.
+
+
+_Entre tous les bons livres imprimez de la langue francoise ne
+s'en veoit ung si incorrect ne si lourdement corrompu que celluy
+de Villon, et m'esbahy (veu que c'est le meilleur Poete parisien
+qui se trouve) comment les imprimeurs de Paris et les enfans de
+la ville n'en ont eu plus grand soing. Je ne suis (certes) en
+rien son voysin; mais, pour l'amour de son gentil entendement,
+et en recompense de ce que je puys avoir aprins de luy en lisant
+ses Oeuvres, j'ai faict a icelles ce que je vouldroys estre
+faict aux miennes, si elles estaient tombees en semblable
+inconvenient. Tant y ay trouve de broillerie en l'ordre des
+coupletz et des vers, en mesure, en langaige, en la ryme et en
+la raison, que je ne scay duquel je doy plus avoir pitie, ou de
+l'oeuvre ainsi oultrement gastee, ou de l'ignorance de ceux
+qui l'imprimerent; et, pour en faire preuve, me suys advise
+(Lecteurs) de vous mettre icy ung des couplets incorrects du mal
+imprime Villon, qui vous fera exemple et tesmoing d'ung grand
+nombre d'autres autant broillez et gastez que luy, lequel [P. 2]
+est tel_:
+
+ Or est vray qu'apres plainctz et pleurs
+ Et angoisseux gemissemens,
+ Apres tristesses et douleurs
+ Labeurs et griefz cheminemens
+ Travaille mes lubres sentemens
+ Aguysez ronds, comme une pelote
+ Monstrent plus que les commens
+ En sens moral de Aristote.
+
+_Qui est celluy qui vouldroit nyer le sens n'en estre grandement
+corrompu? Ainsi, pour vray, l'ay-je trouve aux vieilles
+impressions, et encores pis aux nouvelles. Or, voyez maintenant
+comment il a este r'abille, et en jugez gratieusement_:
+
+ Or est vray qu'apres plainctz et pleurs
+ Et angoisseux gemissemens,
+ Apres tristesses et douleurs,
+ Labeurs et griefz cheminemens,
+ Travail mes lubres sentements
+ Aguysa (ronds comme pelote),
+ Me monstrant plus que les comments
+ Sur le sens moral d'Aristote.
+
+_Voyla comment il me semble que l'autheur l'entendoit; et vous
+suffise ce petit amendement pour vous rendre advertiz de ce que
+puys avoir amende en mille autres passages, dont les aucuns me
+ont este aisez et les autres tres difficiles. Toutesfoys, partie
+avecques les vieulx imprimez, partie avecques l'ayde de bons
+vieillards qui en scavent par cueur, et partie par deviner
+avecques jugement naturel, a este reduict nostre Villon en
+meilleure et plus entiere forme qu'on ne l'a veu de nos aages,
+et ce sans avoir touche a l'antiquite de son parler, a [P. 3]
+sa facon de rimer, a ses meslees et longues parentheses, a la
+quantite de ses sillabes, ne a ses couppes, tant feminines que
+masculines; esquelles choses il n'a suffisamment observe les
+vrayes reigles de francoise poesie, et ne suys d'advis que en
+cela les jeunes Poetes l'ensuyvent, mais bien qu'ilz cueillent
+ses sentences comme belles fleurs, qu'ils contemplent l'esprit
+qu'il avoit, que de luy apreignent a proprement descrire, et
+qu'ils contrefacent sa veine, mesmement celle dont il use en ses
+Ballades, qui est vrayment belle et heroique, et ne fay double
+qu'il n'eust emporte le chapeau de laurier devant tous les
+Poetes de son temps, s'il eust este nourry en la Court des Roys
+et des Princes, la ou les jugemens se amendent et les langaiges
+se pollissent. Quant a l'industrie des lays qu'il feit en ses
+Testamens, pour suffisamment la congnoistre et entendre il
+fauldroit avoir este de son temps a Paris, et avoir congneu
+les lieux, les choses et les hommes dont il parle: la memoire
+desquelz tant plus se passera, tant moins se congnoistra icelle
+industrie de ses lays dictz. Pour ceste cause, qui vouldra faire
+une oeuvre de longue duree ne preigne son soubject sur telles
+choses basses et particulieres. Le reste des Oeuvres de nostre
+Villon (hors cela) est de tel artifice, tant plain de bonne
+doctrine et tellement painct de mille belles couleurs, que le
+temps, qui tout efface, jusques icy ne l'a sceu effacer; et
+moins encor l'effacera ores et d'icy en avant, que les bonnes
+escriptures francoises sont et seront mieulx congneues et
+recueillies que jamais.
+
+Et pour ce (comme j'ay dit) que je n'ay touche a son antique
+facon de parler, je vous ay expose sur la marge, avecques les
+annotations, ce qui m'a semble le plus dur a entendre, laissant
+le reste a vos promptes intelligences, comme_ ly Roys _pour_
+le Roy, homs _pour homme_, compaing _pour_ compaignon; [P. 4]
+_aussi force pluriers pour singuliers, et plusieurs autres
+incongruitez dont estait plain le langaige mal lyme d'icelluy
+temps.
+
+Apres, quand il s'est trouve faulte de vers entiers, j'ay prins
+peine de les refaire au plus pres (selon mon possible) de
+l'intention de l'autheur, et les trouverez expressement marquez
+de cette marque_ +, _afin que ceulx qui les scauront en la sorte
+que Villon les fist effacent les nouveaulx pour faire place aux
+vieulx.
+
+Oultre plus, les termes et les vers qui estaient interposez,
+trouverez reduictz en leurs places; les lignes trop courtes,
+allongees; les trop longues acoursies; les mots obmys, remys;
+les adjoutez ostez, et les tiltres myeulx attiltrez.
+
+Finalement, j'ay change l'ordre du livre, et m'a semble plus
+raisonnable de le faire commencer par le Petit Testament,
+d'autant qu'il fut faict cinq ans avant l'autre.
+
+Touchant le Jargon, je le laisse a corriger et exposer aux
+successeurs de Villon en l'art de la pinse et du croq.
+
+Et si quelqu'un d'adventure veult dire que tout ne soit
+racoustre ainsi qu'il appartient, je luy respons des maintenant
+que, s'il estait autant navre en sa personne comme j'ay trouve
+Villon blesse en ses Oeuvres, il n'y a si expert chirurgien qui
+le sceust panser sans apparence de cicatrice; et me suffira
+que le labeur qu'en ce j'ay employe soit agreable au Roy mon
+souverain, qui est cause et motif de ceste emprise et de
+l'execution d'icelle, pour l'avoir veu voulentiers escouter et
+par tres bon jugement estimer plusieurs passages des Oeuvres qui
+s'ensuyvent._
+
+
+
+MAROT [P. 5]
+
+AU ROY FRANCOIS Ier.
+
+ Si a Villon on treuve encor a dire,
+ S'il n'est reduict ainsi qu'ay pretendu,
+ A moy tout seul en soit le blasme (Sire),
+ Qui plus y ay travaille qu'entendu;
+ Et s'il est mieux en son ordre estendu
+ Que paravant, de sorte qu'on l'en prise,
+ Le gre a vous en doyt estre rendu,
+ Qui fustes seul cause de l'entreprise.
+
+ [P. 7]
+
+ LE
+ PETIT TESTAMENT
+ DE MAISTRE
+ FRANCOIS VILLON
+
+ FAIT L'AN 1456.
+
+ Mil quatre cens cinquante et six,
+ Je, Francois Villon, escollier,
+ Considerant, de sens rassis,
+ Le frain aux dents, franc au collier,
+ Qu'on doit ses oeuvres conseiller,
+ Comme Vegece le racompte,
+ Saige Romain, grand conseiller,
+ Ou autrement on se mescompte.
+
+ II.
+
+ En ce temps que j'ay dit devant,
+ Sur le Noel, morte saison,
+ Lorsque les loups vivent de vent,
+ Et qu'on se tient en sa maison,
+ Pour le frimas, pres du tison:
+ Cy me vint vouloir de briser
+ La tres amoureuse prison
+ Qui souloit mon cueur desbriser.
+
+ III. [P.8]
+
+ Je le feis en telle facon,
+ Voyant Celle devant mes yeulx
+ Consentant a ma deffacon,
+ Sans ce que ja luy en fust mieulx;
+ Dont je me deul et plains aux cieulx,
+ En requerant d'elle vengence
+ A tous les dieux venerieux,
+ Et du grief d'amours allegence.
+
+ IV.
+
+ Et, se je pense a ma faveur,
+ Ces doulx regrets et beaulx semblans
+ De tres decepvante saveur,
+ Me trespercent jusques aux flancs:
+ Bien ilz ont vers moy les piez blancs
+ Et me faillent au grant besoing.
+ Planter me fault autre complant
+ Et frapper en un autre coing.
+
+ V.
+
+ Le regard de Celle m'a prins,
+ Qui m'a este felonne et dure;
+ Sans ce qu'en riens aye mesprins,
+ Veult et ordonne que j'endure
+ La mort, et que plus je ne dure.
+ Si n'y voy secours que fouir.
+ Rompre veult la dure souldure,
+ Sans mes piteux regrets ouir!
+
+ VI.
+
+ Pour obvier a ses dangiers,
+ Mon mieulx est, ce croy, de partir.
+ Adieu! Je m'en voys a Angiers, [P. 9]
+ Puisqu'el ne me veult impartir
+ Sa grace, ne me departir.
+ Par elle meurs, les membres sains;
+ Au fort, je meurs amant martir,
+ Du nombre des amoureux saints!
+
+ VII.
+
+ Combien que le depart soit dur,
+ Si fault-il que je m'en esloingne.
+ Comme mon paouvre sens est dur!
+ Autre que moy est en queloingne,
+ Dont onc en forest de Bouloingne
+ Ne fut plus altere d'humeur.
+ C'est pour moy piteuse besoingne:
+ Dieu en vueille ouir ma clameur!
+
+ VIII.
+
+ Et puisque departir me fault,
+ Et du retour ne suis certain:
+ Je ne suis homme sans deffault,
+ Ne qu'autre d'assier ne d'estaing.
+ Vivre aux humains est incertain,
+ Et apres mort n'y a relaiz:
+ Je m'en voys en pays loingtaing;
+ Si establiz ce present laiz.
+
+ IX.
+
+ Premierement, au nom du Pere,
+ Du Filz et du Saint-Esperit,
+ Et de la glorieuse Mere
+ Par qui grace riens ne perit,
+ Je laisse, de par Dieu, mon bruit
+ A maistre Guillaume Villon,
+ Qui en l'honneur de son nom bruit, [P. 10]
+ Mes tentes et mon pavillon.
+
+ X.
+
+ A celle doncques que j'ay dict,
+ Qui si durement m'a chasse,
+ Que j'en suys de joye interdict
+ Et de tout plaisir dechasse,
+ Je laisse mon coeur enchasse,
+ Palle, piteux, mort et transy:
+ Elle m'a ce mal pourchasse,
+ Mais Dieu luy en face mercy!
+
+ XI.
+
+ Et a maistre Ythier, marchant,
+ Auquel je me sens tres tenu,
+ Laisse mon branc d'acier tranchant,
+ Et a maistre Jehan le Cornu,
+ Qui est en gaige detenu
+ Pour ung escot six solz montant;
+ Je vueil, selon le contenu,
+ Qu'on luy livre, en le racheptant.
+
+ XII.
+
+ Item, je laisse a Sainct-Amant
+ Le Cheval Blanc avec la Mulle,
+ Et a Blaru, mon dyamant
+ Et l'Asne raye qui reculle.
+ Et le decret qui articulle:
+ _Omnis utriusque sexus_,
+ Contre la Carmeliste bulle,
+ Laisse aux curez, pour mettre sus.
+
+ XIII. [P. 11]
+
+ Item, a Jehan Trouve, bouchier,
+ Laisse le mouton franc et tendre,
+ Et ung tachon pour esmoucher
+ Le boeuf couronne qu'on veult vendre,
+ Et la vache qu'on ne peult prendre.
+ Le vilain qui la trousse au col,
+ S'il ne la rend, qu'on le puist pendre
+ Ou estrangler d'un bon licol!
+
+ XIV.
+
+ Et a maistre Robert Vallee,
+ Povre clergeon au Parlement,
+ Qui ne tient ne mont ne vallee,
+ J'ordonne principalement
+ Qu'on luy baille legerement
+ Mes brayes, estans aux trumellieres,
+ Pour coeffer plus honestement
+ S'amye Jehanneton de Millieres.
+
+ XV.
+
+ Pour ce qu'il est de lieu honeste,
+ Fault qu'il soit myeulx recompense,
+ Car le Saint-Esprit l'admoneste.
+ Ce obstant qu'il est insense.
+ Pour ce, je me suis pourpense,
+ Puysqu'il n'a sens mais qu'une aulmoire,
+ De recouvrer sur Malpense,
+ Qu'on lui baille, l'Art de memoire.
+
+ XVI.
+
+ Item plus, je assigne la vie
+ Du dessusdict maistre Robert... [P. 12]
+ Pour Dieu! n'y ayez point d'envie!
+ Mes parens, vendez mon haubert,
+ Et que l'argent, ou la pluspart,
+ Soit employe, dedans ces Pasques,
+ Pour achepter a ce poupart
+ Une fenestre empres Saint-Jacques.
+
+ XVII.
+
+ Derechief, je laisse en pur don
+ Mes gands et ma hucque de soye
+ A mon amy Jacques Cardon;
+ Le gland aussi d'une saulsoye,
+ Et tous les jours une grosse oye
+ Et ung chappon de haulte gresse;
+ Dix muys de vin blanc comme croye,
+ Et deux proces, que trop n'engresse.
+
+ XVIII.
+
+ Item, je laisse a ce jeune homme,
+ Rene de Montigny, troys chiens;
+ Aussi a Jehan Raguyer, la somme
+ De cent frans, prins sur tous mes biens;
+ Mais quoy! Je n'y comprens en riens
+ Ce que je pourray acquerir:
+ On ne doit trop prendre des siens,
+ Ne ses amis trop surquerir.
+
+ XIX.
+
+ Item, au seigneur de Grigny
+ Laisse la garde de Nygon,
+ Et six chiens plus qu'a Montigny,
+ Vicestre, chastel et donjon;
+ Et a ce malostru Changon,
+ Moutonnier qui tient en proces,
+ Laisse troys coups d'ung escourgon, [P. 13]
+ Et coucher, paix et aise, en ceps.
+
+ XX.
+
+ Et a maistre Jacques Raguyer,
+ Je laisse l'Abreuvoyr Popin,
+ Pour ses paouvres seurs grafignier;
+ Tousjours le choix d'ung bon lopin,
+ Le trou de la Pomme de pin,
+ Le doz aux rains, au feu la plante,
+ Emmaillote en jacopin;
+ Et qui vouldra planter, si plante.
+
+ XXI.
+
+ Item, a maistre Jehan Mautainct
+ Et maistre Pierre Basannier,
+ Le gre du Seigneur, qui attainct
+ Troubles, forfaits, sans espargnier;
+ Et a mon procureur Fournier,
+ Bonnetz courts, chausses semellees,
+ Taillees sur mon cordouennier,
+ Pour porter durant ces gellees.
+
+ XXII.
+
+ Item, au chevalier du guet,
+ Le heaulme luy establis;
+ Et aux pietons qui vont d'aguet
+ Tastonnant par ces establis,
+ Je leur laisse deux beaulx rubis,
+ La lenterne a la Pierre-au-Let.,
+ Voire-mais, j'auray les _Troys licts_,
+ S'ilz me meinent en Chastellet.
+
+ XXIII. [P. 14]
+
+ Item, a Perrenet Marchant,
+ Qu'on dit le Bastard de la Barre,
+ Pour ce qu'il est ung bon marchant,
+ Luy laisse trois gluyons de feurre
+ Pour estendre dessus la terre
+ A faire l'amoureux mestier,
+ Ou il luy fauldra sa vie querre,
+ Car il ne scet autre mestier.
+
+ XXIV.
+
+ Item, au Loup et a Chollet,
+ Je laisse a la foys un canart,
+ Prins sous les murs, comme on souloit,
+ Envers les fossez, sur le tard;
+ Et a chascun un grand tabart
+ De cordelier, jusques aux pieds,
+ Busche, charbon et poys au lart,
+ Et mes housaulx sans avantpiedz.
+
+ XXV.
+
+ Derechief, je laisse en pitie,
+ A troys petitz enfans tous nudz,
+ Nommez en ce present traictie,
+ Paouvres orphelins impourveuz,
+ Tous deschaussez, tous despourveus,
+ Et desnuez comme le ver;
+ J'ordonne qu'ils seront pourveuz,
+ Au moins pour passer cest yver.
+
+ XXVI.
+
+ Premierement, Colin Laurens,
+ Girard Gossoyn et Jehan Marceau,
+ Desprins de biens et de parens, [P. 15]
+ Qui n'ont vaillant l'anse d'ung ceau,
+ Chascun de mes biens ung faisseau,
+ Ou quatre blancs, s'ilz l'ayment mieulx;
+ Ils mangeront maint bon morceau,
+ Ces enfans, quand je seray vieulx!
+
+ XXVII.
+
+ Item, ma nomination,
+ Que j'ay de l'Universite,
+ Laisse par resignation,
+ Pour forclorre d'adversite
+ Paouvres clercs de ceste cite,
+ Soubz cest _intendit_ contenuz:
+ Charite m'y a incite,
+ Et Nature, les voyant nudz.
+
+ XXVIII.
+
+ C'est maistre Guillaume Cotin
+ Et maistre Thibault de Vitry,
+ Deux paouvres clercs, parlans latin,
+ Paisibles enfans, sans estry,
+ Humbles, bien chantans au lectry.
+ Je leur laisse cens recevoir
+ Sur la maison Guillot Gueuldry,
+ En attendant de mieulx avoir.
+
+ XXIX.
+
+ Item plus, je adjoinctz a la Crosse
+ Celle de la rue Sainct-Anthoine,
+ Et ung billart de quoy on crosse,
+ Et tous les jours plain pot de Seine,
+ Aux pigons qui sont en l'essoine,
+ Enserrez soubz trappe voliere,
+ Et mon mirouer bel et ydoyne, [P. 16]
+ Et la grace de la geolliere.
+
+ XXX.
+
+ Item, je laisse aux hospitaux
+ Mes chassis tissus d'araignee;
+ Et aux gisans soubz les estaux,
+ Chascun sur l'oeil une grongnee,
+ Trembler a chiere renffrongnee,
+ Maigres, velluz et morfonduz;
+ Chausses courtes, robbe rongnee,
+ Gelez, meurdriz et enfonduz.
+
+ XXXI.
+
+ Item, je laisse a mon barbier
+ Les rongneures de mes cheveulx,
+ Plainement et sans destourbier;
+ Au savetier, mes souliers vieulx,
+ Et au fripier, mes habitz tieulx
+ Que, quant du tout je les delaisse,
+ Pour moins qu'ilz ne cousterent neufz
+ Charitablement je leur laisse.
+
+ XXXII.
+
+ Item, aux Quatre Mendians,
+ Aux Filles Dieu et aux Beguynes,
+ Savoureulx morceaulx et frians,
+ Chappons, pigons, grasses gelines,
+ Et puis prescher les Quinze Signes,
+ Et abatre pain a deux mains.
+ Carmes chevaulchent nos voisines,
+ Mais cela ne m'est que du meins.
+
+ XXXIII. [P. 17]
+
+ Item, laisse le Mortier d'or
+ A Jehan l'Espicier, de la Garde,
+ Et une potence a Sainct-Mor,
+ Pour faire ung broyer a moustarde,
+ Et celluy qui feit l'avant-garde,
+ Pour faire sur moy griefz exploitz,
+ De par moy sainct Anthoine l'arde!
+ Je ne lui lairray autre laiz.
+
+ XXXIV.
+
+ Item, je laisse a Mairebeuf
+ Et a Nicolas de Louvieulx,
+ A chascun l'escaille d'un oeuf,
+ Plaine de frans et d'escus vieulx,
+ Quant au concierge de Gouvieulx,
+ Pierre Ronseville, je ordonne,
+ Pour luy donner encore mieulx,
+ Escus telz que prince les donne.
+
+ XXXV.
+
+ Finalement, en escrivant,
+ Ce soir, seullet, estant en bonne,
+ Dictant ces laiz et descripvant,
+ Je ouyz la cloche de Sorbonne,
+ Qui tousjours a neuf heures sonne
+ Le Salut que l'Ange predit;
+ Cy suspendy et cy mis bonne,
+ Pour pryer comme le cueur dit.
+
+ XXXVI.
+
+ Cela fait, je me entre-oubliai,
+ Non pas par force de vin boire,
+ Mon esperit comme lie; [P. 18]
+ Lors je senty dame Memoire
+ Rescondre et mectre en son aulmoire
+ Ses especes collaterales,
+ Oppinative faulce et voire,
+ Et autres intellectualles.
+
+ XXXVII.
+
+ Et mesmement l'extimative,
+ Par quoy prosperite nous vient;
+ Similative, formative,
+ Desquelz souvent il advient
+ Que, par l'art trouve, hom devient
+ Fol et lunaticque par moys:
+ Je l'ay leu, et bien m'en souvient,
+ En Aristote aucunes fois.
+
+ XXXVIII.
+
+ Doncques le sensif s'esveilla
+ Et esvertua fantasie,
+ Qui tous argeutis resveilla,
+ Et tint souveraine partie,
+ En souppirant, comme amortie,
+ Par oppression d'oubliance,
+ Qui en moy s'estoit espartie
+ Pour montrer des sens l'alliance.
+
+ XXXIX.
+
+ Puis, mon sens qui fut a repos
+ Et l'entendement desveille,
+ Je cuide finer mon propos;
+ Mais mon encre estoit gele,
+ Et mon cierge estoit soufle.
+ De feu je n'eusse pu finer.
+ Si m'endormy, tout enmoufle, [P. 19]
+ Et ne peuz autrement finer.
+
+ XL
+
+ Fait au temps de ladicte date,
+ Par le bon renomme Villon,
+ Qui ne mange figue ne date;
+ Sec et noir comme escouvillon,
+ Il n'a tente ne pavillon
+ Qu'il n'ayt laisse a ses amys,
+ Et n'a mais qu'un peu de billon,
+ Qui sera tantost a fin mys.
+
+
+ CY FINE LE TESTAMENT VILLON.
+
+
+ [P. 21]
+ CY COMMENCE
+ LE
+ GRANT TESTAMENT
+ DE
+ FRANCOIS VILLON
+ FAIT EN 1461.
+
+
+ I.
+
+ En l'an trentiesme de mon aage,
+ Que toutes mes hontes j'eu beues,
+ Ne du tout fol, ne du tout sage.
+ Nonobstant maintes peines eues,
+ Lesquelles j'ay toutes receues
+ Soubz la main Thibault d'Aussigny.
+ S'evesque il est, seignant les rues,
+ Qu'il soit le mien je le regny!
+
+ II.
+
+ Mon seigneur n'est, ne mon evesque;
+ Soubz luy ne tiens, s'il n'est en friche;
+ Foy ne luy doy, ne hommage avecque;
+ Je ne suis son serf ne sa biche.
+ Peu m'a d'une petite miche
+ Et de froide eau, tout ung este.
+ Large ou estroit, moult me fut chiche. [P. 22]
+ Tel luy soit Dieu qu'il m'a este.
+
+ III.
+
+ Et, s'aucun me vouloit reprendre
+ Et dire que je le mauldys,
+ Non fais, si bien me scait comprendre,
+ Et rien de luy je ne mesdys.
+ Voycy tout le mal que j'en dys:
+ S'il m'a este misericors,
+ Jesus, le roy de paradis,
+ Tel luy soit a l'ame et au corps!
+
+ IV.
+
+ S'il m'a este dur et cruel
+ Trop plus que cy ne le racompte,
+ Je vueil que le Dieu eternel
+ Luy soit doncq semblable, a ce compte!...
+ Mais l'Eglise nous dit et compte
+ Que prions pour nos ennemis;
+ Je vous dis que j'ay tort et honte:
+ Tous ses faictz soient a Dieu remis!
+
+ V.
+
+ Si prieray Dieu de bon cueur,
+ Pour l'ame du bon feu Cotard.
+ Mais quoy! ce sera doncq par cueur,
+ Car de lire je suys faitard.
+ Priere en feray de Picard;
+ S'il ne le scait, voise l'apprandre,
+ S'il m'en croyt, ains qu'il soit plus tard
+ A Douay, ou a Lysle en Flandre!
+
+ VI. [P. 23]
+
+ Combien souvent je veuil qu'on prie
+ Pour luy, foy que doy mon baptesme,
+ Obstant qu'a chascun ne le crye,
+ Il ne fauldra pas a son esme.
+ Au Psaultier prens, quand suys a mesme,
+ Qui n'est de beuf ne cordoen,
+ Le verset escript le septiesme
+ Du psaulme de _Deus laudem_.
+
+ VII.
+
+ Si pry au benoist Filz de Dieu,
+ Qu'a tous mes besoings je reclame,
+ Que ma pauvre priere ayt lieu
+ Verz luy, de qui tiens corps et ame,
+ Qui m'a preserve de maint blasme
+ Et franchy de vile puissance.
+ Loue soit-il, et Nostre-Dame,
+ Et Loys, le bon roy de France!
+
+ VIII.
+
+ Auquel doint Dieu l'heur de Jacob,
+ De Salomon l'honneur et gloire;
+ Quant de prouesse, il en a trop;
+ De force aussi, par m'ame, voire!
+ En ce monde-cy transitoire,
+ Tant qu'il a de long et de le;
+ Affin que de luy soit memoire,
+ Vive autant que Mathusale!
+
+ IX.
+
+ Et douze beaulx enfans, tous masles,
+ Veoir, de son tres cher sang royal,
+ Aussi preux que fut le grand Charles, [P. 24]
+ Conceuz en ventre nuptial,
+ Bons comme fut sainct Martial.
+ Ainsi en preigne au bon Dauphin;
+ Je ne luy souhaicte autre mal,
+ Et puys paradis a la fin.
+
+ X.
+
+ Pour ce que foible je me sens,
+ Trop plus de biens que de sante,
+ Tant que je suys en mon plain sens,
+ Si peu que Dieu m'en a preste,
+ Car d'autre ne l'ay emprunte,
+ J'ay ce Testament tres estable
+ Faict, de derniere voulente,
+ Seul pour tout et irrevocable:
+
+ XI.
+
+ Escript l'ay l'an soixante et ung,
+ Que le bon roy me delivra
+ De la dure prison de Mehun,
+ Et que vie me recouvra,
+ Dont suys, tant que mon cueur vivra,
+ Tenu vers luy me humilier,
+ Ce que feray jusqu'il mourra:
+ Bienfaict ne se doibt oublier.
+
+
+ _Icy commence Villon a entrer en matiere
+ pleine d'erudition et de bon scavoir._
+
+
+ XII.
+
+ Or est vray qu'apres plaingtz et pleurs
+ et angoisseux gemissemens,
+ Apres tristesses et douleurs, [P. 25]
+ Labeurs et griefz cheminemens,
+ Travail mes lubres sentemens,
+ Esguisez comme une pelote,
+ M'ouvrist plus que tous les Commens
+ D'Averroys sur Aristote.
+
+ XIII.
+
+ Combien qu'au plus fort de mes maulx,
+ En cheminant sans croix ne pile,
+ Dieu, qui les Pellerins d'Esmaus
+ Conforta, ce dit l'Evangile,
+ Me montra une bonne ville
+ Et pourveut du don d'esperance;
+ Combien que le pecheur soit vile,
+ Riens ne hayt que perseverance.
+
+ XIV.
+
+ Je suys pecheur, je le scay bien;
+ Pourtant Dieu ne veult pas ma mort,
+ Mais convertisse et vive en bien;
+ Mieulx tout autre que peche mord,
+ Soye vraye voulente ou enhort,
+ Dieu voit, et sa misericorde,
+ Se conscience me remord,
+ Par sa grace pardon m'accorde.
+
+ XV.
+
+ Et, comme le noble Romant
+ De la Rose dit et confesse
+ En son premier commencement,
+ Qu'on doit jeune cueur, en jeunesse,
+ Quant on le voit vieil en vieillesse,
+ Excuser; helas! il dit voir.
+ Ceulx donc qui me font telle oppresse, [P. 26]
+ En meurte ne me vouldroient veoir.
+
+ XVI.
+
+ Se, pour ma mort, le bien publique
+ D'aucune chose vaulsist myeulx,
+ A mourir comme ung homme inique
+ Je me jugeasse, ainsi m'aid Dieux!
+ Grief ne faiz a jeune ne vieulx,
+ Soye sur pied ou soye en biere:
+ Les montz ne bougent de leurs lieux,
+ Pour un paouvre, n'avant, n'arriere.
+
+ XVII.
+
+ Au temps que Alexandre regna,
+ Ung hom, nomme Diomedes,
+ Devant luy on luy amena,
+ Engrillonne poulces et detz
+ Comme ung larron; car il fut des
+ Escumeurs que voyons courir.
+ Si fut mys devant le cades,
+ Pour estre juge a mourir.
+
+ XVIII.
+
+ L'empereur si l'arraisonna:
+ "Pourquoy es-tu larron de mer?"
+ L'autre, responce luy donna:
+ "Pourquoy larron me faiz nommer?
+ "Pour ce qu'on me voit escumer
+ "En une petiote fuste?
+ "Se comme toy me peusse armer,
+ "Comme toy empereur je fusse.
+
+ XIX. [P. 27]
+
+ "Mais que veux-tu! De ma fortune,
+ "Contre qui ne puis bonnement,
+ "Qui si durement m'infortune,
+ "Me vient tout ce gouvernement.
+ "Excuse-moy aucunement,
+ "Et scaches qu'en grand pauvrete
+ "(Ce mot dit-on communement)
+ "Ne gist pas trop grand loyaulte."
+
+ XX.
+
+ Quand l'empereur eut remire
+ De Diomedes tout le dict:
+ "Ta fortune je te mueray,
+ "Mauvaise en bonne!" ce luy dit.
+ Si fist-il. Onc puis ne mesprit
+ A personne, mais fut vray homme;
+ Valere, pour vray, le rescript,
+ Qui fut nomme _le grand_ a Romme.
+
+ XXI.
+
+ Se Dieu m'eust donne rencontrer
+ Ung autre piteux Alexandre,
+ Qui m'eust faict en bon heur entrer,
+ Et lors qui m'eust veu condescendre
+ A mal, estre ars et mys en cendre
+ Juge me fusse de ma voix.
+ Necessite faict gens mesprendre,
+ Et faim saillir le loup des boys.
+
+ XXII.
+
+ Je plaings le temps de ma jeunesse,
+ Ouquel j'ay plus qu'autre galle,
+ Jusque a l'entree de vieillesse, [P. 28]
+ Qui son partement m'a cele.
+ Il ne s'en est a pied alle,
+ N'a cheval; las! et comment donc?
+ Soudainement s'en est voile,
+ Et ne m'a laisse quelque don.
+
+ XXIII.
+
+ Alle s'en est, et je demeure,
+ Pauvre de sens et de scavoir,
+ Triste, failly, plus noir que meure,
+ Qui n'ay ne cens, rente, n'avoir;
+ Des miens le moindre, je n'y voir,
+ De me desadvouer s'avance,
+ Oublyans naturel devoir,
+ Par faulte d'ung peu de chevance.
+
+ XXIV.
+
+ Si ne crains avoir despendu,
+ Par friander et par leschier;
+ Par trop aimer n'ay riens vendu,
+ Que nuls me puissent reprouchier.
+ Au moins qui leur couste trop cher.
+ Je le dys, et ne croys mesdire.
+ De ce ne me puis revencher:
+ Qui n'a mefiait ne le doit dire.
+
+ XXV.
+
+ Est verite que j'ay ayme
+ Et que aymeroye voulentiers;
+ Mais triste cueur, ventre affame,
+ Qui n'est rassasie au tiers,
+ Me oste des amoureux sentiers.
+ Au fort, quelqu'un s'en recompense,
+ Qui est remply sur les chantiers, [P. 29]
+ Car de la panse vient la danse.
+
+ XXVI.
+
+ Bien scay se j'eusse estudie
+ Ou temps de ma jeunesse folle,
+ Et a bonnes meurs dedie,
+ J'eusse maison et couche molle!
+ Mais quoy? je fuyoye l'escolle,
+ Comme faict le mauvays enfant...
+ En escrivant ceste parolle,
+ A peu que le cueur ne me fend.
+
+ XXVII.
+
+ Le dict du Saige est tres beaulx dictz,
+ Favorable, et bien n'en puis mais,
+ Qui dit: "Esjoys-toy, mon filz,
+ A ton adolescence; mais
+ Ailleurs sers bien d'ung autre mectz,
+ Car jeunesse et adolescence
+ (C'est son parler, ne moins ne mais)
+ Ne sont qu'abbus et ignorance."
+
+ XXVIII.
+
+ Mes jours s'en sont allez errant,
+ Comme, dit Job, d'une touaille
+ Sont les filetz, quant tisserant
+ Tient en son poing ardente paille:
+ Lors, s'il y a nul bout qui saille,
+ Soudainement il le ravit.
+ Si ne crains rien qui plus m'assaille,
+ Car a la mort tout assouvyst.
+
+ XXIX. [P. 30]
+
+ Ou sont les gratieux gallans
+ Que je suyvoye au temps jadis,
+ Si bien chantans, si bien parlans,
+ Si plaisans en faictz et en dictz?
+ Les aucuns sont mortz et roydiz;
+ D'eulx n'est-il plus rien maintenant.
+ Respit ils ayent en paradis,
+ Et Dieu saulve le remenant!
+
+ XXX.
+
+ Et les aucuns sont devenuz,
+ Dieu mercy! grans seigneurs et maistres,
+ Les autres mendient tous nudz,
+ Et pain ne voyent qu'aux fenestres;
+ Les autres sont entrez en cloistres;
+ De Celestins et de Chartreux,
+ Bottez, housez, com pescheurs d'oystres:
+ Voila l'estat divers d'entre eulx.
+
+ XXXI.
+
+ Aux grans maistres Dieu doint bien faire
+ Vivans en paix et en requoy.
+ En eulx il n'y a que refaire;
+ Si s'en fait bon taire tout quoy.
+ Mais aux pauvres qui n'ont de quoy,
+ Comme moy, Dieu doint patience;
+ Aux aultres ne fault qui ne quoy,
+ Car assez ont pain et pitance.
+
+ XXXII.
+
+ Bons vins ont, souvent embrochez,
+ Saulces, brouetz et gros poissons;
+ Tartres, flans, oeufz fritz et pochez, [P. 31]
+ Perduz, et en toutes facons.
+ Pas ne ressemblent les macons,
+ Que servir fault a si grand peine;
+ Ils ne veulent nulz eschancons,
+ Car de verser chascun se peine.
+
+ XXXIII.
+
+ En cest incident me suys mys,
+ Qui de rien ne sert a mon faict.
+ Je ne suys juge, ne commis,
+ Pour punyr n'absouldre meffaict.
+ De tous suys le plus imparfaict.
+ Loue soit le doulx Jesus-Christ!
+ Que par moy leur soit satisfaict!
+ Ce que j'ay escript est escript.
+
+ XXXIV.
+
+ Laissons le monstier ou il est;
+ Parlons de chose plus plaisante.
+ Ceste matiere a tous ne plaist:
+ Ennuyeuse est et desplaisante.
+ Pauvrete, chagrine et dolente,
+ Tousjours despiteuse et rebelle,
+ Dit quelque parolle cuysante;
+ S'elle n'ose, si le pense-elle.
+
+ XXXV.
+
+ Pauvre je suys de ma jeunesse,
+ De pauvre et de petite extrace.
+ Mon pere n'eut oncq grand richesse.
+ Ne son ayeul, nomme Erace.
+ Pauvrete tous nous suyt et trace.
+ Sur les tumbeaulx de mes ancestres,
+ Les ames desquelz Dieu embrasse, [P. 32]
+ On n'y voyt couronnes ne sceptres.
+
+ XXXVI.
+
+ De pouvrete me guermentant,
+ Souventesfoys me dit le cueur:
+ "Homme, ne te doulouse tant
+ Et ne demaine tel douleur,
+ Se tu n'as tant qu'eust Jacques Cueur.
+ Myeulx vault vivre soubz gros bureaux
+ Pauvre, qu'avoir este seigneur
+ Et pourrir soubz riches tumbeaux!"
+
+ XXXVII.
+
+ Qu'avoir este seigneur!... Que dys?
+ Seigneur, lasse! ne l'est-il mais!
+ Selon ce que d'aulcun en dict,
+ Son lieu ne congnoistra jamais.
+ Quant du surplus, je m'en desmectz.
+ Il n'appartient a moy, pecheur;
+ Aux theologiens le remectz,
+ Car c'est office de prescheur.
+
+ XXXVIII.
+
+ Si ne suys, bien le considere,
+ Filz d'ange, portant dyademe
+ D'etoille ne d'autre sydere.
+ Mon pere est mort, Dieu en ayt l'ame,
+ Quant est du corps, il gyst soubz lame...
+ J'entends que ma mere mourra,
+ Et le scait bien, la pauvre femme;
+ Et le filz pas ne demourra.
+
+ XXXIX. [P. 33]
+
+ Je congnoys que pauvres et riches,
+ Sages et folz, prebstres et laiz,
+ Noble et vilain, larges et chiches,
+ Petitz et grans, et beaulx et laidz,
+ Dames a rebrassez colletz,
+ De quelconque condicion,
+ Portant attours et bourreletz,
+ Mort saisit sans exception.
+
+ XL.
+
+ Et mourut Paris et Helene.
+ Quiconques meurt, meurt a douleur.
+ Celluy qui perd vent et alaine,
+ Son fiel se creve sur son cueur,
+ Puys sue Dieu scait quelle sueur!
+ Et n'est qui de ses maulx l'allege:
+ Car enfans n'a, frere ne soeur,
+ Qui lors voulsist estre son pleige.
+
+ XLI.
+
+ La mort le faict fremir, pallir,
+ Le nez courber, les veines tendre,
+ Le col enfler, la chair mollir,
+ Joinctes et nerfs croistre et estendre.
+ Corps feminin, qui tant est tendre,
+ Polly, souef, si precieulx,
+ Te faudra-il ces maulx attendre?
+ Ouy, ou tout vif aller es cieulx.
+
+ [P. 34]
+
+ BALLADE
+ DES DAMES DU TEMPS JADIS.
+
+ Dictes-moy ou, n'en quel pays,
+ Est Flora, la belle Romaine;
+ Archipiada, ne Thais,
+ Qui fut sa cousine germaine;
+ Echo, parlant quand bruyt on maine
+ Dessus riviere ou sus estan,
+ Qui beaute eut trop plus qu'humaine?
+ Mais ou sont les neiges d'antan!
+
+ Ou est la tres sage Helois,
+ Pour qui fut chastre et puis moyne
+ Pierre Esbaillart a Sainct-Denys?
+ Pour son amour eut cest essoyne.
+ Semblablement, ou est la royne
+ Qui commanda que Buridan
+ Fust jette en ung sac en Seine?
+ Mais ou sont les neiges d'antan!
+
+ La royne Blanche comme ung lys,
+ Qui chantoit a voix de sereine;
+ Berthe au grand pied, Bietris, Allys;
+ Harembourges, qui tint le Mayne,
+ Et Jehanne, la bonne Lorraine,
+ Qu'Anglois bruslerent a Rouen;
+ Ou sont-ilz, Vierge souveraine?...
+ Mais ou sont les neiges d'antan!
+ [P. 35]
+ ENVOI
+
+ Prince, n'enquerez de sepmaine
+ Ou elles sont, ne de cest an,
+ Que ce refrain ne vous remaine:
+ Mais ou sont les neiges d'antan!
+
+
+ BALLADE
+ DES SEIGNEURS DU TEMPS JADIS
+
+ Suyvant le propos precedent.
+
+ Qui plus? Ou est le tiers Calixte,
+ Dernier decede de ce nom,
+ Qui quatre ans tint le Papaliste?
+ Alphonse, le roy d'Aragon,
+ Le gracieux duc de Bourbon,
+ Et Artus, le duc de Bretaigne,
+ Et Charles septiesme, le Bon?...
+ Mais ou est le preux Charlemaigne!
+
+ Semblablement, le roy Scotiste,
+ Qui demy-face eut, ce dit-on,
+ Vermeille comme une amathiste
+ Depuys le front jusqu'au menton?
+ Le roy de Chypre, de renom;
+ Helas! et le bon roy d'Espaigne,
+ Duquel je ne scay pas le nom?...
+ Mais ou est le preux Charlemaigne!
+
+ D'en plus parler je me desiste; [P. 36]
+ Ce n'est que toute abusion.
+ Il n'est qui contre mort resiste,
+ Ne qui treuve provision.
+ Encor fais une question:
+ Lancelot, le roy de Behaigne,
+ Ou est-il? Ou est son tayon?...
+ Mais ou est le preux Charlemaigne!
+
+ ENVOI.
+
+ Ou est Claquin, le bon Breton?
+ Ou le comte Daulphin d'Auvergne,
+ Et le bon feu duc d'Alencon?...
+ Mais ou est le preux Charlemaigne!
+
+
+ BALLADE
+
+ A ce propos, en vieil francois.
+
+ Mais ou sont ly sainctz apostoles,
+ D'aulbes vestuz, d'amys coeffez,
+ Qui sont ceincts de sainctes estoles,
+ Dont par le col prent ly mauffez,
+ De maltalent tout eschauffez?
+ Aussi bien meurt tilz que servans;
+ De ceste vie sont bouffez:
+ Autant en emporte ly vens.
+
+ Voire, ou sont de Constantinobles
+ L'emperier aux poings dorez,
+ Ou de France ly roy tresnobles,
+ Sur tous autres roys decorez.
+ Qui, pour ly grand Dieux adorez, [P. 37]
+ Bastist eglises et convens?
+ S'en son temps il fut honorez,
+ Autant en emporte ly vens.
+
+ Ou sont de Vienne et de Grenobles
+ Ly Daulphin, ly preux, ly senez?
+ Ou, de Dijon, Sallins et Dolles,
+ Ly sires et ly filz aisnez?
+ Ou autant de leurs gens privez,
+ Heraulx, trompettes, poursuyvans?
+ Ont-ilz bien boute soubz le nez?...
+ Autant en emporte ly vens.
+
+ ENVOI.
+
+ Princes a mort sont destinez,
+ Et tous autres qui sont vivans;
+ S'ils en sont coursez ou tennez,
+ Autant en emporte ly vens.
+
+
+ XLII.
+
+ Puys que papes, roys, filz de roys,
+ Et conceuz en ventres de roynes,
+ Sont enseveliz, mortz et froidz,
+ En aultruy mains passent leurs resnes;
+ Moy, pauvre mercerot de Renes,
+ Mourray-je pas? Ouy, se Dieu plaist;
+ Mais que j'aye faict mes estrenes,
+ Honneste mort ne me desplaist.
+
+ XLIII.
+
+ Ce monde n'est perpetuel,
+ Quoy que pense riche pillart;
+ Tous sommes soubz coutel mortel.
+ Ce confort prent pauvre vieillart, [P. 38]
+ Lequel d'estre plaisant raillart
+ Eut le bruyt, lorsque jeune estoit,
+ Qu'on tiendrait a fol et paillait,
+ Se, vieil, a railler se mettoit.
+
+ XLIV.
+
+ Or luy convient-il mendier,
+ Car a ce force le contraint.
+ Regrette huy sa mort, et hier;
+ Tristesse son cueur si estrainct,
+ Souvent, se n'estoit Dieu qu'il crainct,
+ Il feroit un horrible faict.
+ Si advient qu'en ce Dieu enfrainct,
+ Et que luy-mesmes se deffaict.
+
+ XLV.
+
+ Car, s'en jeunesse il fut plaisant,
+ Ores plus rien ne dit qui plaise.
+ Tousjours vieil synge est desplaisant:
+ Moue ne faict qui ne desplaise.
+ S'il se taist, affin qu'il complaise,
+ Il est tenu pour fol recreu;
+ S'il parle, on luy dit qu'il se taise.
+ Et qu'en son prunier n'a pas creu.
+
+ XLVI.
+
+ Aussi, ces pauvres femmelettes,
+ Qui vieilles sont et n'ont de quoy,
+ Quand voyent jeunes pucellettes
+ En admenez et en requoy,
+ Lors demandent a Dieu pourquoy
+ Si tost nasquirent, n'a quel droit?
+ Notre Seigneur s'en taist tout coy,
+ Car, au tanser, il le perdroit.
+
+ [P. 39]
+
+ LES REGRETS
+ DE LA BELLE HEAULMIERE
+
+ Ja parvenue a vieillesse.
+
+ Advis m'est que j'oy regretter
+ La belle qui fut heaulmiere,
+ Soy jeune fille souhaitter
+ Et parler en ceste maniere:
+ "Ha! vieillesse felonne et fiere,
+ Pourquoy m'as si tost abatue?
+ Qui me tient que je ne me fiere,
+ Et qu'a ce coup je ne me tue?
+
+ "Tollu m'as ma haulte franchise
+ Que beaute m'avoit ordonne
+ Sur clercz, marchans et gens d'Eglise:
+ Car alors n'estoit homme ne
+ Qui tout le sien ne m'eust donne,
+ Quoy qu'il en fust des repentailles,
+ Mais que luy eusse abandonne
+ Ce que reffusent truandailles.
+
+ "A maint homme l'ay reffuse,
+ Qui n'estoit a moy grand saigesse,
+ Pour l'amour d'ung garson ruse,
+ Auquel j'en feiz grande largesse.
+ A qui que je feisse finesse,
+ Par m'ame, je l'amoye bien!
+ Or ne me faisoit que rudesse,
+ Et ne m'amoyt que pour le mien.
+
+ "Ja ne me sceut tant detrayner, [P. 40]
+ Fouller au piedz, que ne l'aymasse,
+ Et m'eust-il faict les rains trayner,
+ S'il m'eust dit que je le baisasse
+ Et que tous mes maux oubliasse;
+ Le glouton, de mal entache,
+ M'embrassoit... J'en suis bien plus grasse!
+ Que m'en reste-il? Honte et peche.
+
+ "Or il est mort, passe trente ans,
+ Et je remains vieille et chenue.
+ Quand je pense, lasse! au bon temps,
+ Quelle fus, quelle devenue;
+ Quand me regarde toute nue,
+ Et je me voy si tres-changee,
+ Pauvre, seiche, maigre, menue,
+ Je suis presque toute enragee.
+
+ "Qu'est devenu ce front poly,
+ Ces cheveulx blonds, sourcilz voultyz,
+ Grand entr'oeil, le regard joly,
+ Dont prenoye les plus subtilz;
+ Ce beau nez droit, grand ne petiz;
+ Ces petites joinctes oreilles,
+ Menton fourchu, cler vis traictis,
+ Et ces belles levres vermeilles?
+
+ "Ces gentes espaules menues,
+ Ces bras longs et ces mains tretisses;
+ Petitz tetins, hanches charnues,
+ Eslevees, propres, faictisses
+ A tenir amoureuses lysses;
+ Ces larges reins, ce sadinet,
+ Assis sur grosses fermes cuysses, [P. 41]
+ Dedans son joly jardinet?
+
+ "Le front ride, les cheveulx gris,
+ Les sourcilz cheuz, les yeulx estainctz,
+ Qui faisoient regars et ris,
+ Dont maintz marchans furent attaincts;
+ Nez courbe, de beaulte loingtains;
+ Oreilles pendans et moussues;
+ Le vis pally, mort et destaincts;
+ Menton fonce, levres peaussues:
+
+ "C'est d'humaine beaute l'yssues!
+ Les bras courts et les mains contraictes,
+ Les espaulles toutes bossues;
+ Mammelles, quoy! toutes retraictes;
+ Telles les hanches que les tettes.
+ Du sadinet, fy! Quant des cuysses,
+ Cuysses ne sont plus, mais cuyssettes
+ Grivelees comme saulcisses.
+
+ "Ainsi le bon temps regretons
+ Entre nous, pauvres vieilles sottes,
+ Assises bas, a croppetons,
+ Tout en ung tas comme pelottes,
+ A petit feu de chenevottes,
+ Tost allumees, tost estainctes;
+ Et jadis fusmes si mignottes!...
+ Ainsi en prend a maintz et maintes."
+
+ [P. 42]
+
+ BALLADE DE LA BELLE HEAULMIERE
+ AUX FILLES DE JOIE.
+
+ "Or y pensez, belle Gantiere,
+ Qui m'escoliere souliez estre,
+ Et vous, Blanche la Savetiere,
+ Ores est temps de vous congnoistre.
+ Prenez a dextre et a senestre;
+ N'espargnez homme, je vous prie:
+ Car vieilles n'ont ne cours ne estre,
+ Ne que monnoye qu'on descrie.
+
+ "Et vous, la gente Saulcissiere,
+ Qui de dancer estes adextre;
+ Guillemette la Tapissiere,
+ Ne mesprenez vers vostre maistre;
+ Tous vous fauldra clorre fenestre,
+ Quand deviendrez vieille, flestrie;
+ Plus ne servirez qu'un vieil prebstre,
+ Ne que monnoye qu'on descrie.
+
+ "Jehanneton la Chaperonniere,
+ Gardez qu'ennuy ne vous empestre;
+ Katherine la Bouchiere,
+ N'envoyez plus les hommes paistre:
+ Car qui belle n'est, ne perpetre
+ Leur bonne grace, mais leur rie.
+ Laide vieillesse amour n'impetre,
+ Ne que monnoye qu'on descrie.
+
+ ENVOI.
+
+ "Filles, veuillez vous entremettre
+ D'escouter pourquoy pleure et crie
+ C'est que ne puys remede y mettre, [P. 43]
+ Ne que monnoye qu'on descrie."
+
+
+ XLVII.
+
+ Ceste lecon icy leur baille
+ La belle et bonne de jadis;
+ Bien dit ou mal, vaille que vaille,
+ Enregistrer j'ay faict ces ditz
+ Par mon clerc Fremin l'estourdys,
+ Aussi rassis que je pense estre...
+ S'il me desment, je le mauldys:
+ Selon le clerc est deu le maistre.
+
+ XLVIII.
+
+ Si apercoy le grand danger
+ La ou l'homme amoureux se boute...
+ He! qui me vouldroit laidanger
+ De ce mot, en disant: "Escoute!
+ Se d'aymer t'estrange et reboute
+ Le barat de celles nommees,
+ Tu fais une bien folle doubte,
+ Car ce sont femmes diffamees.
+
+ XLIX.
+
+ "S'ils n'ayment fors que pour l'argent,
+ On ne les ayme que pour l'heure.
+ Rondement ayment toute gent,
+ Et rient lors quant bourse pleure.
+ De celles n'est qui ne recoeuvre;
+ Mais en femmes d'honneur et nom
+ Franc homme, se Dieu me sequeure,
+ Se doit employer; ailleurs, non."
+
+ L. [P. 44]
+
+ Je prens qu'aucun dye cecy,
+ Si ne me contente-il en rien.
+ En effect, je concludz ainsy,
+ Et sy le cuyde entendre bien,
+ Qu'on doit aymer en lieu de bien.
+ Ascavoir-mon se ces fillettes,
+ Qu'en parolles toute jour tien,
+ Ne furent pas femmes honnestes?
+
+ LI.
+
+ Honnestes, si furent vrayement,
+ Sans avoir reproches ne blasmes.
+ S'il est vray que, au commencement,
+ Une chascune de ces femmes
+ Lors prindrent, ains qu'eussent diffames,
+ L'une ung clerc, ung lay, l'autre ung moine,
+ Pour estaindre d'amours les flammes,
+ Plus chauldes que feu Sainct-Antoine.
+
+ LII.
+
+ Or firent selon le decret
+ Leurs amys, et bien y appert;
+ Elles aymoient en lieu secret,
+ Car autre qu'eulx n'y avoit part.
+ Toutesfois, ceste amour se part:
+ Car celle qui n'en avoit qu'un
+ D'icelluy s'eslongne et despart,
+ Et ayme myeulx aymer chascun.
+
+ LIII.
+
+ Qui les meut a ce? J'imagine,
+ Sans l'honneur des dames blasmer
+ Que c'est nature feminine, [P. 45]
+ Qui tout vivement veult aymer.
+ Autre chose n'y scay rymer;
+ Fors qu'on dit, a Reims et a Troys,
+ Voire a l'Isle et a Sainct-Omer,
+ Que six ouvriers font plus que troys.
+
+ LIV.
+
+ Or ont les folz amans le bond,
+ Et les dames prins la vollee;
+ C'est le droit loyer qu'amours ont;
+ Toute foy y est violee,
+ Quelque doulx baiser n'acollee.
+ De chiens, d'oyseaulx, d'armes, d'amours,
+ Chascun le dit a la vollee:
+ "Pour ung plaisir mille doulours."
+
+
+
+ DOUBLE BALLADE
+ SUR LE MEME PROPOS.
+
+ Pour ce, aymez tant que vouldrez,
+ Suyvez assemblees et festes,
+ En la fin ja mieulx n'en vauldrez,
+ Et sy n'y romprez que vos testes:
+ Folles amours font les gens bestes:
+ Salmon en idolatrya;
+ Samson en perdit ses lunettes...
+ Bien heureux est qui rien n'y a!
+
+ Orpheus, le doux menestrier,
+ Jouant de flustes et musettes,
+ En fut en dangier du meurtrier [P. 46]
+ Bon chien Cerberus a troys testes;
+ Et Narcissus, _le bel honnestes_,
+ En ung profond puys se noya,
+ Pour l'amour de ses amourettes...
+ Bien heureux est qui rien n'y a!
+
+ Sardana, le preux chevalier,
+ Qui conquist le regne de Cretes,
+ En voult devenir moulier
+ Et filer entre pucellettes.
+ David ly roy, saige prophetes,
+ Craincte de Dieu en oublya,
+ Voyant laver cuisses bien faictes...
+ Bien heureux est qui rien n'y a!
+
+ Ammon en voult deshonnorer,
+ Feignant de manger tartelettes,
+ Sa soeur Thamar, et deflorer,
+ Qui fist choses moult deshonnestes;
+ Herodes (pas ne sont sornettes)
+ Sainct Jean-Baptiste en decolla,
+ Pour dances, saultz et chansonnettes...
+ Bien heureux est qui rien n'y a!
+
+ De moy, pauvre, je veuil parler;
+ J'en fuz batu, comme a ru telles,
+ Tout nud, ja ne le quiers celer.
+ Qui me feit mascher ces groiselles,
+ Fors Katherine de Vauselles?
+ Noe le tiers ot, qui fut la.
+ Mitaines a ces nopces telles,
+ Bien heureux est qui rien n'y a!
+
+ Mais que ce jeune bachelier [P. 47]
+ Laissast ces jeunes bachelettes,
+ Non! et, le deust-on vif brusler,
+ Comme ung chevaucheur d'escovettes.
+ Plus doulces luy sont que civettes;
+ Mais toutesfoys fol s'y fia:
+ Soient blanches, soient brunettes,
+ Bien heureux est qui rien n'y a!
+
+
+ LV.
+
+ Si celle que jadis servoye
+ De si bon cueur et loyaument,
+ Dont tant de maulx et griefz j'avoye,
+ Et souffroye tant de torment,
+ Se dit m'eust, au commencement,
+ Sa voulente (mais nenny, las!),
+ J'eusse mys peine aucunement,
+ De moy retraire de ses las.
+
+ LVI.
+
+ Quoy que je luy voulsisse dire,
+ Elle estoit preste d'escouter,
+ Sans m'accorder ne contredire;
+ Qui plus, me souffroit arrester,
+ Joignant elle pres s'accouter;
+ Et ainsi m'alloit amusant,
+ Et me souffroit tout racompter,
+ Mais ce n'estoit qu'en m'abusant.
+
+ LVII.
+
+ Abuse m'a, et faict entendre
+ Tousjours d'ung que ce fust ung aultre;
+ De farine, que ce fust cendre;
+ D'ung mortier, ung chapeau de feautre; [P. 48]
+ De viel machefer, que fust peaultre;
+ D'ambesas, que ce fussent ternes...
+ Toujours trompant ou moy ou aultre,
+ Et vendoit vessies pour lanternes.
+
+ LVIII.
+
+ Du ciel, une poisle d'arain;
+ Des nues, une peau de veau;
+ Du matin, qu'estoit le serain;
+ D'un trongnon de chou, ung naveau;
+ D'orde cervoise, vin nouveau;
+ D'une truie, ung molin a vent;
+ Et d'une hart, ung escheveau;
+ D'un gras abbe, ung poursuyvant.
+
+ LIX.
+
+ Ainsi m'ont amours abuse,
+ Et pourmene de l'uys au pesle.
+ Je croy qu'homme n'est si ruse,
+ Fust fin comme argent de crepelle,
+ Qui n'y laissast linge et drapelle,
+ Mais qu'il fust ainsi manye
+ Comme moy, qui partout m'appelle:
+ _L'Amant remys et renye_.
+
+ LX.
+
+ Je renye Amours et despite;
+ Je deffie a feu et a sang.
+ Mort par elles me precipite,
+ Et si ne leur vault pas d'ung blanc.
+ Ma vielle ay mys soubz le banc;
+ Amans je ne suyvray jamais;
+ Se jadis je fuz de leur ranc,
+ Je declaire que n'en suys mais.
+
+ LXI. [P. 49]
+
+ Car j'ay mys le plumail au vent:
+ Or le suyve qui a attente;
+ De ce me tays dorenevant.
+ Poursuyvre je vueil mon entente,
+ Et, s'aucun m'interroge ou tente
+ Comment d'amours ose mesdire,
+ Geste parolle les contente:
+ "Qui meurt a ses loix de tout dire."
+
+ LXII.
+
+ Je cognoys approcher ma soef;
+ Je crache, blanc comme cotton,
+ Jacobins gros comme ung estoeuf:
+ Qu'est-ce a dire? que Jenanneton
+ Plus ne me tient pour valeton,
+ Mais pour ung vieil use regnait...
+ De vieil porte voix et le ton,
+ Et ne suys qu'ung jeune coquart.
+
+ LXIII.
+
+ Dieu mercy et Jaques Thibault,
+ Qui tant d'eau froide m'a faict boyre,
+ En ung bas lieu, non pas en hault;
+ Manger d'angoisse mainte poire;
+ Enferre... Quand j'en ay memoire,
+ Je pry pour luy et _reliqua_,
+ Que Dieu luy doint... et voire, voire,
+ Ce que je pense... _et cetera_.
+
+ LXIV.
+
+ Toutesfoys, je n'y pense mal,
+ Pour luy et pour son lieutenant;
+ Aussy pour son official, [P. 50]
+ Qui est plaisant et advenant,
+ Que faire n'ay du remenant;
+ Mais du petit maistre Robert?...
+ Je les ayme, tout d'ung tenant,
+ Ainsi que faict Dieu le Lombart.
+
+ LXV.
+
+ Si me souvient, a mon advis,
+ Que je feis, a mon partement,
+ Certains lays, l'an cinquante six,
+ Qu'aucuns, sans mon consentement,
+ Voulurent nommer _Testament_;
+ Leur plaisir fut, et non le mien:
+ Mais quoy! on dit communement,
+ Qu'un chascun n'est maistre du sien.
+
+ LXVI.
+
+ S'ainsi estoit qu'aulcun n'eust pas
+ Receu les lays que je luy mande,
+ J'ordonne que, apres mon trespas,
+ A mes hoirs en face demande;
+ Qui sont-ilz? si on le demande:
+ Moreau, Provins, Robin Turgis;
+ De moy, par dictez que leur mande,
+ Ont eu jusqu'au lict ou je gys.
+
+ LXVII.
+
+ Pour le revoquer ne le dy,
+ Et y courust toute ma terre;
+ De pitie en suys refroidy,
+ Envers le bastard de la Barre:
+ Parmy ses trois gluvons de foerre,
+ Je luy donne mes vieilles nattes;
+ Bonnes seront pour tenir serre, [P. 51]
+ Et soy soustenir sur ses pattes.
+
+ LXVIII.
+
+ Somme, plus ne diray qu'ung mot,
+ Car commencer veuil a tester:
+ Devant mon clerc Fremin, qui m'ot
+ (S'il ne dort), je vueil protester,
+ Que n'entends homme detester,
+ En ceste presente ordonnance;
+ Et ne la vueil manifester
+ Sinon au royaulme de France.
+
+ LXIX.
+
+ Je sens mon cueur qui s'affoiblist,
+ Et plus je ne puys papier.
+ Fremin, siez-toy pres de mon lict,
+ Que l'on ne me viengne espier!
+ Prens tost encre, plume et papier,
+ Ce que nomme escryz vistement;
+ Puys fais-le partout copier,
+ Et vecy le commancement.
+
+
+ _Ici commance Villon a tester_.
+
+ LXX.
+
+ Au nom de Dieu, Pere eternel.
+ Et du Filz que Vierge parit,
+ Dieu au Pere oeternel,
+ Ensemble et du Sainct Esperit,
+ Qui saulva ce qu'Adam perit,
+ Et du pery pare les Cieulx...
+ Qui bien ce croyt, peu ne merit: [P. 52]
+ De gens mortz se font petiz Dieux.
+
+ LXXI.
+
+ Mortz estoient, et corps et ames,
+ En damnee perdition;
+ Corps pourriz, et ames en flammes,
+ De quelconque condition;
+ Toutesfoys, fais exception
+ Des patriarches et prophetes;
+ Car, selon ma conception,
+ Oncques grand chault n'eurent aux fesses.
+
+ LXXII.
+
+ Qui me diroit: "Qui te faict mectre
+ Si tres-avant ceste parolle,
+ Qui n'es en Theologie maistre?
+ A toy est presumption folle."
+ --C'est de JESUS la parabolle,
+ Touchant le Riche ensevely
+ En feu, non pas en couche molle,
+ Et du Ladre, de dessus ly.
+
+ LXXIII.
+
+ Si du Ladre eust veu le doy ardre,
+ Ja n'en eust requis refrigere,
+ N'au bout d'icelluy doiz aherdre,
+ Pour refreschir sa maschouere.
+ Pions y feront mate chere,
+ Qui boy vent pourpoinct et chemise:
+ Puys que boyture y est si chere,
+ Dieu nous garde de la main mise!
+
+ LXXIV. [P. 53]
+
+ Ou nom de Dieu, comme j'ay dit,
+ Et de sa glorieuse Mere,
+ Sans peche soit parfaict ce dict
+ Par moy, plus maigre que chimere;
+ Si je n'ay eu fievre effimere,
+ Ce m'a faict divine clemence;
+ Mais d'autre dueil et perte amere
+ Je me tays, et ainsi commence:
+
+ LXXV.
+
+ Premier, je donne ma pauvre ame
+ A la benoiste Trinite,
+ Et la commande a Nostre Dame,
+ Chambre de la divinite;
+ Priant toute la charite
+ Des dignes neuf Ordres des cieulx,
+ Que par eulx soit ce don porte
+ Devant le Trosne precieux.
+
+ LXXVI.
+
+ Item, mon corps j'ordonne et laisse
+ A nostre grand mere la terre;
+ Les vers n'y trouveront grand gresse:
+ Trop lui a faict faim dure guerre.
+ Or luy soit delivre grand erre;
+ De terre vint, en terre tourne.
+ Toute chose, se par trop n'erre,
+ voulentiers en son lieu retourne.
+
+ LXXVII.
+
+ Item, et a mon plus que pere,
+ Maistre Guillaume de Villon
+ Qui m'a este plus doulx que mere [P. 54]
+ D'enfant esleve de maillon;
+ Dejette m'a de maint boillon,
+ Et de cestuy pas ne s'esjoye,
+ Si luy requiers a genoillon,
+ Qu'il m'en laisse toute la joye.
+
+ LXXVIII.
+
+ Je luy donne ma librairie,
+ Et le _Rommant du Pet au Diable_,
+ Lequel maistre Gui Tabarie
+ Grossoya, qu'est hom veritable.
+ Par cayers est soubz une table.
+ Combien qu'il soit rudement faict,
+ La matiere est si tres notable,
+ Qu'elle amende tout le meffaict.
+
+ LXXIX.
+
+ Item, donne a ma bonne mere
+ Pour saluer nostre Maistresse,
+ Qui pour moy eut douleur amere,
+ Dieu le scait, et mainte tristesse;
+ Autre chastel ou fosteresse
+ N'ay ou retraire corps et ame,
+ Quand sur moy court male destresse,
+ Ne ma mere, la povre femme!
+
+ [P. 55]
+
+ BALLADE
+ QUE VILLON FEIT A LA REQUESTE DE SA MERE,
+ POUR PRIER NOSTRE-DAME.
+
+ Dame du ciel, regente terrienne,
+ Emperiere des infernaulx palux,
+ Recevez-moy, vostre humble chrestienne,
+ Que comprinse soye entre voz esleuz,
+ Ce non obstant qu'oncques rien ne valuz.
+ Les biens de vous, ma dame et ma maistresse,
+ Sont trop plus grans que ne suis pecheresse,
+ Sans lesquelz biens ame ne peult merir
+ N'avoir les cieulx, je n'en suis jengleresse.
+ En ceste foy je vueil vivre et mourir.
+
+ A vostre Filz dictes que je suis sienne;
+ Que de luy soyent mes pechez aboluz:
+ Pardonnes moi comme a l'Egyptienne,
+ Ou comme il feit au clerc Theophilus,
+ Lequel par vous fut quitte et absoluz,
+ Combien qu'il eust au diable faict promesse.
+ Preservez-moy, que je ne face cesse;
+ Vierge, pourtant, me vouillies impartir
+ Le sacrement qu'on celebre a la messe.
+ En ceste foy je vueil vivre et mourir.
+
+ Femme je suis povrette et ancienne,
+ Ne riens ne scay; oncques lettre ne leuz;
+ Au monstier voy dont suis parroissienne
+ Paradis painct, ou sont harpes et luz,
+ Et ung enfer ou damnez sont boulluz: [P. 56]
+ L'ung me faict paour, l'autre joye et liesse.
+ La joye avoir fais-moy, haulte Deesse,
+ A qui pecheurs doivent tous recourir,
+ Comblez de foy, sans faincte ne paresse.
+ En ceste foy je vueil vivre et mourir.
+
+ ENVOI.
+
+ Vous portastes, Vierge, digne princesse,
+ JESUS regnant, qui n'a ne fin ne cesse.
+ Le Tout-Puissant, prenant nostre foiblesse,
+ Laissa les cieulx et nous vint secourir;
+ Offrist a mort sa tres clere jeunesse;
+ Nostre Seigneur tel est, tel le confesse.
+ En ceste foy je vueil vivre et mourir.
+
+
+
+ LXXX.
+
+ Item, m'amour, ma chere Rose,
+ Ne luy laisse ne cueur ne foye:
+ Elle aymeroit mieulx autre chose,
+ Combien qu'elle ait assez monnoye:
+ Quoy? une grand bourse de soye,
+ Pleine d'escuz, profonde et large:
+ Mais pendu soit-il, que je soye,
+ Qui luy lairra escu ne targe.
+
+ LXXXI.
+
+ Car elle en a, sans moy, assez.
+ Mais de cela il ne m'en chault;
+ Mes grans deduictz en sont passez;
+ Plus n'en ay le cropion chauld.
+ Si m'en desmetz aux hoirs Michault, [P. 57]
+ Qui fut nomme le bon fouterre.
+ Priez pour luy, faictes ung sault:
+ A Saint-Satur gist, soubz Sancerre.
+
+ LXXXII.
+
+ Ce non obstant, pour m'acquitter
+ Envers Amours, plus qu'envers elle,
+ Car oncques n'y peuz acquester
+ D'amours une seule estincelle;
+ Ne scay s'a tous est si rebelle
+ Qu'a moy: ce ne m'est grand esmoy;
+ Mais, par saincte Marie la belle!
+ Je n'y voy que rire pour moy.
+
+ LXXXIII.
+
+ Ceste Ballade luy envoye,
+ Qui se termine toute en R.
+ Qui la portera? que j'y voye:
+ Ce sera Pernet de la Barre,
+ Pourveu, s'il rencontre en son erre
+ Ma damoyselle au nez tortu,
+ Il luy dira, sans plus enquerre:
+ "Orde paillarde, d'ou viens-tu?"
+
+
+
+ BALLADE
+ DE VILLON A S'AMYE.
+
+ Faulse beaulte, qui tant me couste cher.
+ Rude en effect, hypocrite doulceur;
+ Amour dure, plus que fer, a mascher; [P. 58]
+ Nommer que puis de ma deffacon soeur,
+ Cherme felon, la mort d'ung povre cueur,
+ Orgueil musse, qui gens met au mourir;
+ Yeulx sans pitie! ne veult droicte rigueur,
+ Sans empirer, ung pauvre secourir?
+
+ Mieulx m'eust valu avoir este crier
+ Ailleurs secours, c'eust este mon bonheur:
+ Rien ne m'eust sceu hors de ce fait chasser;
+ Trotter m'en fault en fuyte a deshonneur.
+ Haro, haro, le grand et le mineur!
+ Et qu'est cecy? mourray, sans coup ferir,
+ Ou pitie veult, selon ceste teneur,
+ Sans empirer, ung povre secourir.
+
+ Ung temps viendra, qui fera desseicher,
+ Jaulnir, flestrir, vostre espanie fleur:
+ Je m'en risse, se tant peusse marcher,
+ Mais nenny: lors (ce seroit donc foleur)
+ Vieil je seray; vous, laide, et sans couleur.
+ Or, beuvez fort, tant que ru peult courir.
+ Ne donnez pas a tous ceste douleur,
+ Sans empirer, ung povre secourir.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince amoureux, des amans le greigneur,
+ Vostre mal gre ne vouldroye encourir;
+ Mais tout franc cueur doit, par Nostre Seigneur,
+ Sans empirer, ung povre secourir.
+
+
+ [P. 59]
+ LXXXIV.
+
+ Item, a maistre Ythier, marchant,
+ Auquel mon branc laissay jadis,
+ Donne (mais qu'il le mette en chant),
+ Ce lay, contenant des vers dix;
+ Et aussi ung _De profundis_
+ Pour ses anciennes amours,
+ Desquelles le nom je ne dis,
+ Car il me herroit a tousjours.
+
+
+
+ LAY OU PLUSTOST RONDEAU.
+
+ MORT, j'appelle de ta rigueur,
+ Qui m'as ma maistresse ravie,
+ Et n'es pas encore assouvie,
+ Se tu ne me tiens en langueur.
+ Onc puis n'euz force ne vigueur;
+ Mais que te nuysoit-elle en vie,
+ Mort?
+
+ Deux estions, et n'avions qu'ung cueur;
+ S'il est mort, force est que devie,
+ Voire, ou que je vive sans vie,
+ Comme les images, par cueur,
+ Mort!
+
+
+
+ LXXXV.
+
+ Item, a maistre Jehan Cornu,
+ Autres nouveaux lays luy vueil faire,
+ Car il m'a tousjours secouru [P. 60]
+ A mon grand besoing et affaire:
+ Pour ce, le jardin luy transfere,
+ Que maistre Pierre Bourguignon
+ Me renta, en faisant refaire
+ L'huys, et redrecier le pignon.
+
+ LXXXVI.
+
+ Par faulte d'ung huys, j'y perdis
+ Ung grez, et ung manche de houe.
+ Alors, huyt faulcons, non pas dix,
+ N'y eussent pas prins une allouee.
+ L'hostel est seur, mais qu'on le clouee.
+ Pour enseigne y mis ung havet;
+ Qui que l'ait prins, point ne l'en louee:
+ Sanglante nuict et bas chevet!
+
+ LXXXVII.
+
+ Item, et pource que la femme
+ De maistre Pierre Sainct Amant
+ (Combien, si coulpe y a ou blasme,
+ Dieu luy pardonne doulcement!)
+ Me meist en reng de caymant,
+ Pour le Cheval Blanc qui ne bouge,
+ Luy changeay a une jument,
+ Et la Mulle a ung Asne rouge.
+
+ LXXXVIII.
+
+ Item, donne a sire Denys
+ Hesselin, Esleu de Paris,
+ Quatorze muys de vin d'Aulnis,
+ Prins chez Turgis, a mes perilz.
+ S'il en beuvoit tant que periz
+ En fust son sens et sa raison,
+ Qu'on mette de l'eau es barrilz: [P. 61]
+ Vin perd mainte bonne maison.
+
+ LXXXIX.
+
+ Item, donne a mon advocat,
+ Maistre Guillaume Charruau,
+ Quoy qu'il marchande ou ait estat,
+ Mon branc... Je me tays du fourreau,
+ Il aura, avec ce, ung reau
+ En change, affin que sa bourse enfle,
+ Prins sur la chaussee et carreau
+ De la grand closture du Temple.
+
+ Item, mon procureur Fournier
+ Aura, pour toutes ses corvees
+ (Simple seroit de l'espargner;
+ En ma bourse quatre havees),
+ Car maintes causes m'a saulvees,
+ Justes, ainsi, JESUS-CHRIST m'ayde!
+ Comme elles ont este trouvees;
+ Mais bon droit a bon mestier d'ayde.
+
+ XCI.
+
+ Item, je donne a maistre Jaques
+ Raguyer le grant godet de Greve,
+ Pourveu qu'il payera quatre plaques,
+ Deust-il vendre, quoy qu'il luy griefve,
+ Ce dont on ceuvre mol et greve;
+ Aller sans chausses et chappin,
+ Tous les matins, quand il se lieve,
+ Au trou de la Pomme de pin.
+
+ XCII. [P. 62]
+
+ Item, quant est de Mairebeuf,
+ Et de Nicolas de Louviers,
+ Vache ne leur donne ne beuf,
+ Car vachers ne sont, ne bouviers,
+ Mais gens a porter esperviers,
+ Ne cuidez pas que je vous joue,
+ Pour prendre perdriz et plouviers,
+ Sans faillir, sur la Maschecrouee.
+
+ XCIII.
+
+ Item, vienne Robert Turgis
+ A moy, je luy payeray son vin,
+ Combien, s'il trouve mon logis,
+ Plus fort sera que le devin.
+ Le droit luy donne d'eschevin,
+ Que j'ay comme enfant de Paris...
+ Se je parle ung peu poictevin,
+ Ilce m'ont deux dames appris.
+
+ XCIV.
+
+ Filles sont tres belles et gentes,
+ Demourantes a Sainct-Genou,
+ Pres Sainct-Julian des Voventes,
+ Marches de Bretaigne ou Poictou,
+ Mais je ne dy proprement ou,
+ Or y pensez trestous les jours,
+ Car je ne suis mie si fou...
+ Je pense celer mes amours.
+
+ XCV.
+
+ Item, a Jehan Raguyer je donne,
+ Qui est sergent, voir des Douze,
+ Tant qu'il vivra, ainsi l'ordonne, [P. 63]
+ Tous les jours une talemouze,
+ Pour brouter et fourrer sa mouse,
+ Prinse a la table de Bailly;
+ A Maubuay sa gorge arrouse,
+ Car a manger n'a pas failly.
+
+ XCVI.
+
+ Item, donne au prince des Sotz
+ Pour ung bon sot Michault du Four,
+ Qui a la fois dit de bons motz
+ Et chante bien: _Ma doulce amour_!
+ Avec ce, il aura le bonjour.
+ Brief, mais qu'il fust ung peu en poinct,
+ Il est ung droit sot de sejour,
+ Et est plaisant ou il n'est point.
+
+ XCVII.
+
+ Item, aux unze vingtz Sergens
+ Donne, car leur faict est honneste,
+ Et sont bonnes et doulces gens,
+ Denis Richier, et Jehan Vallette,
+ A chascun une grand cornette,
+ Pour pendre a leurs chappeaulx de feautre
+ J'entendz a ceulx de pied, hohecte!
+ Car je n'ay que faire des autres.
+
+ XCVIII.
+
+ Derechef, donne a Perinet,
+ J'entendz le bastard de la Barre,
+ Pour ce qu'il est beau fils et net,
+ En son escu, en lieu de barre,
+ Trois detz plombez, de bonne carre,
+ Ou ung beau joly jeu de cartes...
+ Mais quoy! s'on l'oyt vessir ne poirre, [P. 64]
+ En oultre aura les fievres quartes.
+
+ XCIX.
+
+ Item, ne vueil plus que Chollet
+ Dolle, trenche, douve ne boyse,
+ Relye brocq ne tonnelet,
+ Mais tous ses outilz changer voyse
+ A une espee lyonnoise,
+ Et retienne le hutinet:
+ Combien qu'il n'ayme bruyt ne noyse,
+ Si luy plaist-il ung tantinet.
+
+ C.
+
+ Item, je donne a Jehan le Lou,
+ Homme de bien et bon marchant,
+ Pour ce qu'il est linget et flou,
+ Et que Chollet est mal chassant,
+ Par les rues plustost qu'au champ,
+ Qui ne lairra poulaille en voye,
+ Le long tabart, et bien cachant,
+ Pour les musser, qu'on ne les voye.
+
+ CI.
+
+ Item, a l'orfevre Du Boys,
+ Donne cent clouz, queues et testes,
+ De gingembre sarazinoys,
+ Non pas pour accoupler ses boytes,
+ Mais pour conjoindre culz et coettes,
+ Et couldre jambons et andoilles,
+ Tant que le laict en monte aux tettes,
+ Et le sang en devalle aux coilles.
+
+ CII. [P. 65]
+
+ Au cappitaine Jehan Riou,
+ Tant pour luy que pour ses archiers,
+ Je donne six livres de lou,
+ Qui n'est pas viande a porchiers,
+ Prins a gros mastins de bouchiers,
+ Et cuittes de vin de buffet.
+ Pour manger de ces morceaulx chiers,
+ On en ferait bien un mau faict.
+
+ CIII.
+
+ C'est viande ung peu plus pesante,
+ Que duvet, ne plume, ne liege.
+ Elle est bonne a porter en tente,
+ Ou pour user en quelque siege.
+ Et, s'ilz estoient prins en un piege,
+ Les mastins, qu'ils ne sceussent courre,
+ J'ordonne, moy qui suis bon miege,
+ Que des peaulx, sur l'hyver, se fourre.
+
+ CIV.
+
+ Item, a Robin Troussecaille,
+ Qui s'est en service bien faict;
+ A pied ne va comme une caille,
+ Mais sur roussin gros et reffaict:
+ Je luy donne, de mon buffet,
+ Une jatte qu'emprunter n'ose;
+ Si aura mesnage parfait:
+ Plus ne luy failloit autre chose.
+
+ CV.
+
+ Item, donne a Perrot Girard,
+ Barbier jure du Bourg-la-Royne,
+ Deux bassins et ung coquemard, [P. 66]
+ Puis qu'a gaigner mect telle peine.
+ Des ans y a demy douzaine,
+ Qu'en son hostel, de cochons gras
+ M'apastela une sepmaine;
+ Tesmoing l'abesse de Pourras.
+
+ CVI.
+
+ Item, aux Freres mendians,
+ Aux Devotes et aux Beguines,
+ Tant de Paris que d'Orleans,
+ Tant Turlupins que Turlupines,
+ De grasses souppes jacobines
+ Et flans leurs fais oblation;
+ Et puis apres, soubz les courtines,
+ Parler de contemplation.
+
+ CVII.
+
+ Si ne suis-je pas qui leur donne,
+ Mais du tout en sont-ce les meres,
+ Et Dieu, qui ainsi les guerdonne,
+ Pour qui souffrent peines ameres.
+ Il fault qu'ilz vivent, les beaulx peres,
+ Et mesmement ceulx de Paris.
+ S'ilz font plaisir a noz commeres,
+ Ilz ayment ainsi les maris.
+
+ CVIII.
+
+ Quoy que maistre Jehan de Pontlieu
+ En voulsist dire, _et reliqua_,
+ Contrainct et en publique lieu,
+ Voulsist ou non, s'en revocqua.
+ Maistre Jehan de Mehun se moqua
+ De leur facon; si feit Mathieu.
+ Mais on doit honorer ce qu'a [P. 67]
+ Honnore l'Eglise de Dieu.
+
+ CIX.
+
+ Si me submectz, leur serviteur,
+ En tout ce que puis faire et dire,
+ A les honorer de bon cueur,
+ Et servir, sans y contredire.
+ L'homme bien fol est d'en mesdire,
+ Car, soit a part, ou en prescher,
+ Ou ailleurs, il ne fault pas dire
+ Si gens sont pour eux revencher.
+
+ CX.
+
+ Item, je donne a frere Baulde,
+ Demeurant a l'hostel des Carmes,
+ Portant chere hardie et baulde,
+ Une sallade et deux guysarmes,
+ Que De Tusca et ses gens d'armes
+ Ne luy riblent sa Caige-vert.
+ Vieil est: s'il ne se rend aux armes,
+ C'est bien le diable de Vauvert.
+
+ CXI.
+
+ Item, pour ce que le Scelleur,
+ Maint estront de mousche a masche,
+ Donne, car homme est de valleur,
+ Son sceau davantage crache,
+ Et qu'il ait le pouce escache,
+ Pour tout comprendre a une voye;
+ J'entendz celluy de l'Evesche,
+ Car les autres, Dieu les pourvoye.
+
+ CXII. [P. 68]
+
+ Quant de messieurs les Auditeux,
+ Leur chambre auront lembroysee;
+ Et ceulx qui ont les culz rongneux,
+ Chascun une chaise persee,
+ Mais qu'a la petite Macee
+ D'Orleans, qui eut ma ceincture,
+ L'amende soit bien hault taxee:
+ Elle est une mauvaise ordure.
+
+ CXIII.
+
+ Item, donne a maistre Francoys,
+ Promoteur de la vacquerie,
+ Ung hault gorgerin d'Escossoys,
+ Toutesfois sans orfaverie;
+ Car, quant receut chevalerie,
+ Il maugrea Dieu et saint George.
+ Parler n'en oyt qu'il ne s'en rie,
+ Comme enrage, a pleine gorge.
+
+ CXIV.
+
+ Item, a maistre Jehan Laurens,
+ Qui a les povres yeulx si rouges,
+ Par le peche de ses parens,
+ Qui beurent en barilz et courges,
+ Je donne l'envers de mes bouges,
+ Pour chascun matin les torcher...
+ S'il fust archevesque de Bourges,
+ Du cendal eust, mais il est cher.
+
+ CXV.
+
+ Item, a maistre Jehan Cotard,
+ Mon procureur en Court d'Eglise,
+ Devoye environ ung patard, [P. 69]
+ Car a present bien m'en advise,
+ Quant chicanner me feit Denise,
+ Disant que l'avoye mauldite;
+ Pour son ame, qu'es cieulx soit mise!
+ Ceste Oraison j'ay cy escripte.
+
+
+ BALLADE ET ORAISON.
+
+ Pere Noe, qui plantastes la vigne;
+ Vous aussi, Loth, qui bustes au rocher,
+ Par tel party qu'Amour, qui gens engigne,
+ De vos filles si vous feit approcher,
+ Pas ne le dy pour le vous reprocher,
+ Architriclin, qui bien sceustes cest art,
+ Tous trois vous pry qu'o vous veuillez percher
+ L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard!
+
+ Jadis extraict il fut de vostre ligne,
+ Luy qui beuvoit du meilleur et plus cher;
+ Et ne deust-il avoir vaillant ung pigne,
+ Certes, sur tous, c'estoit un bon archer;
+ On ne luy sceut pot des mains arracher,
+ Car de bien boire oncques ne fut faitard.
+ Nobles seigneurs, ne souffrez empescher
+ L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard!
+
+ Comme um viellart qui chancelle et trepign
+ L'ay veu souvent, quand il s'alloit coucher;
+ Et une foys il se feit une bigne,
+ Bien m'en souvient, a l'estal d'ung boucher.
+ Brief, on n'eust sceu en ce monde chercher [P. 70]
+ Meilleur pion, pour boire tost et tard.
+ Faictes entrer quand vous orrez hucher
+ L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, il n'eust sceu jusqu'a terre cracher;
+ Tousjours crioyt: Haro, la gorge m'ard!
+ Et si ne sceut oncq sa soif estancher,
+ L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard.
+
+
+
+ CXVI.
+
+ Item, vueil que le jeune Merle
+ Desormais gouverne mon change,
+ Car de changer envys me mesle,
+ Pourveu que tousjours baille en change,
+ Soit a prive, soit a estrange,
+ Pour trois escus, six brettes targes;
+ Pour deux angelotz, ung grand ange:
+ Car amans doivent estre larges.
+
+ CXVII.
+
+ Item, j'ay sceu, a ce voyage,
+ Que mes trois povres orphelins
+ Sont creus et deviennent en aage,
+ Et n'ont pas testes de belins,
+ Et qu'enfans d'icy a Salins
+ N'a mieulx saichans leur tour d'escolle;
+ Or, par l'ordre des Mathelins,
+ Telle jeunesse n'est pas folle.
+
+ CXVIII. [P. 71]
+
+ Si vueil qu'ilz voysent a l'estude;
+ Ou? chez maistre Pierre Richer.
+ Le _Donnait_ est pour eulx trop rude:
+ Ja ne les y vueil empescher.
+ Ilz scauront, je l'ayme plus cher:
+ _Ave salus, tibi decus_,
+ Sans plus grandes lettres chercher:
+ Tousjours n'ont pas clercs le dessus.
+
+ CXIX.
+
+ Cecy estudient, et puis ho!
+ Plus proceder je leur deffens.
+ Quant d'entendre le grand _Credo_,
+ Trop fort il est pour telz enfans.
+ Mon grant tabard en deux je fendz:
+ Si vueil que la moictie s'en vende,
+ Pour eulx en achepter des flans,
+ Car jeunesse est ung peu friande.
+
+ CXX.
+
+ Et veuil qu'ilz soyent informez
+ En meurs, quoy que couste bature;
+ Chapperons auront enfermez,
+ Et les poulces soubz la ceincture;
+ Humbles a toute creature;
+ Disans: _Hen? Quoy? Il n'en est rien!_
+ Si diront gens, par adventure:
+ "Voycy enfans de lieu de bien!"
+
+ CXXI.
+
+ Item, a mes pouvres clergeons,
+ Auxquelz mes titres je resigne,
+ Beaulx enfans et droictz comme joncs, [P. 72]
+ Les voyans, je m'en dessaisine,
+ Et, sans recevoir, leur assigne,
+ Seur comme qui l'auroit en paulme,
+ A une certain jour que l'on signe,
+ Sur l'hostel de Guesdry Guillaume.
+
+ CXXII.
+
+ Quoy que jeunes et esbatans
+ Soyent, en rien ne me desplaist;
+ Dedans vingt, trente ou quarante ans
+ Bien autres seront, se Dieu plaist.
+ Il faict mal qui ne leur complaist,
+ Car ce sont beaux enfans et gents;
+ Et qui les bat ne fiert, fol est,
+ Car enfans si deviennent gens.
+
+ CXXIII.
+
+ Les bourses des Dix-et-huict clers
+ Auront; je m'y vueil travailler:
+ Pas ilz ne dorment comme lerz,
+ Qui trois mois sont sans resveiller.
+ Au fort, triste est le sommeiller
+ Qui faict aise jeune en jeunesse,
+ Tant qu'enfin luy faille veiller,
+ Quant reposer deust en vieillesse.
+
+ CXXIV.
+
+ Cy en escris au collateur
+ Lettres semblables et pareilles:
+ Or prient pour leur bienfaicteur,
+ Ou qu'on leur tire les oreilles.
+ Aucunes gens ont grand merveilles,
+ Que tant m'encline envers ces deux;
+ Mais, foy que doy, festes et veilles, [P. 73]
+ Oncques ne vey les meres d'eulx!
+
+ CXXV.
+
+ Item, et a Michault Culdou,
+ Et a sire Charlot Taranne,
+ Cent solz: s'ilz demandent prins ou?
+ Ne leur chaille; ils viendront de manne;
+ Et unes houses de basanne,
+ Autant empeigne que semelle;
+ Pourveu qu'ils me saulveront Jehanne,
+ Et autant une autre comme elle.
+
+ CXXVI.
+
+ Item, au seigneur de Grigny,
+ Auquel jadis laissay Vicestre,
+ Je donne la tour de Billy,
+ Pourveu, se huys y a ne fenestre
+ Qui soit ne debout ne en estre,
+ Qu'il mette tres bien tout appoinct:
+ Face argent a dextre, a senestre:
+ Il m'en fault, et il n'en a point.
+
+ CXXVII.
+
+ Item, a Thibault de la Garde:
+ Thibault? je mentz, il a nom Jehan;
+ Que luy donray-je, que ne perde?
+ Assez ay perdu tout cest an.
+ Dieu le vueille pourvoir, _amen...!_
+ Le barillet? par m'ame, voyre!
+ Genevoys est le plus ancien,
+ Et plus beau nez a pour y boyre.
+
+
+ CXXVIII. [P. 74]
+
+ Item, je donne a Basanyer,
+ Notaire et greffier criminel,
+ De giroffle plain ung panyer,
+ Prins chez maistre Jehan de Ruel.
+ Tant a Mautainct; tant a Rosnel;
+ Et, avec ce don de giroffle,
+ Servir, de cueur gent et ysnel,
+ Le seigneur qui sert sainct Cristofle,
+
+ CXXIX.
+
+ Auquel ceste Ballade donne,
+ Pour sa dame, qui tous biens a.
+ S'Amour ainsi tous ne guerdonne,
+ Je ne m'esbahys de cela;
+ Car au Pas conqueste celle a
+ Que tint Rene, roy de Cecille,
+ Ou si bien fist et peu parla
+ Qu'oncques Hector feit, ne Troile.
+
+
+
+ BALLADE
+
+ Que Villon donna a un gentilhomme, nouvellement marie, pour
+ l'envoyer a son espouse, par luy conquise a l'espee.
+
+ Au poinct du jour, que l'esprevier se bat,
+ Meu de plaisir et par noble coustume,
+ Bruyt il demaine et de joye s'esbat,
+ Recoit son per et se joint a la plume:
+ Ainsi vous vueil, a ce desir m'allume.
+ Joyeusement ce qu'aux amans bon semble. [P. 75]
+ Sachez qu'Amour l'escript en son volume,
+ Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.
+
+ Dame serez de mon cueur, sans debat,
+ Entierement, jusques mort me consume.
+ Laurier soueef qui pour mon droit combat,
+ Olivier franc, m'ostant toute amertume.
+ Raison ne veult que je desaccoustume,
+ Et en ce vueil avec elle m'assemble,
+ De vous servir, mais que m'y accoustume;
+ Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.
+
+ Et qui plus est, quand dueil sur moy s'embat,
+ Par fortune qui sur moy si se fume,
+ Vostre doulx oeil sa malice rabat,
+ Ne plus ne moins que le vent faict la fume.
+ Si ne perds pas la graine que je sume
+ En vostre champ, car le fruict me ressemble:
+ Dieu m'ordonne que le fouysse et fume;
+ Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.
+
+ ENVOI.
+
+ Princesse, oyez ce que cy vous resume:
+ Que le mien cueur du vostre desassemble
+ Ja ne sera: tant de vous en presume;
+ Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.
+
+
+
+ CXXX.
+
+ Item, a sire Jehan Perdryer,
+ Riens, n'a Francoys, son second frere.
+ Si m'ont-ilz voulu aydier, [P. 76]
+ Et de leurs biens faire confrere;
+ Combien que Francoys, mon compere,
+ Contre langues flambans et rouges,
+ Sans commandement, sans priere,
+ Me recommanda fort a Bourges.
+
+ CXXXI.
+
+ Si aille veoir en Taillevent,
+ Ou chapitre de fricassure,
+ Tout au long, derriere et devant,
+ Lequel n'en parle jus ne sure;
+ Mais a Macquaire vous asseure,
+ A tout le poil cuysant ung dyable,
+ Affin que sentist bon l'arsure,
+ Ce _Recipe_ m'escript, sans fable.
+
+
+
+ BALLADE.
+
+ En reagal, en arsenic rocher,
+ En orpigment, en salpestre et chaulx vive;
+ En plomb boillant, pour mieulx les esmorcher;
+ En suif et poix, destrampez de lessive
+ Faicte d'estronts et de pissat de Juifve;
+ En lavaille de jambes a meseaulx;
+ En raclure de piedz et vieulx houseaulx;
+ En sang d'aspic et drogues venimeuses;
+ En fiel de loups, de regnards et blereaux,
+ Soient frittes ces langues envieuses!
+
+ En cervelle de chat qui hayt pescher,
+ Noir, et si vieil qu'il n'ait dent en gencive;
+ D'ung vieil mastin, qui vault bien aussi cher [P. 77]
+ Tout enrage, en sa bave et salive;
+ En l'escume d'une mulle poussive,
+ Detrenchee menu a bons ciseaulx;
+ En eau ou ratz plongent groings et museaulx,
+ Raines, crapauds, telz bestes dangereuses,
+ Serpens, lezards, et telz nobles oyseaulx,
+ Soient frittes ces langues envieuses!
+
+ En sublime, dangereux a toucher;
+ Et au nombril d'une couleuvre vive;
+ En sang qu'on mect en poylettes secher,
+ Chez ces barbiers, quand plaine lune arrive,
+ Dont l'ung est noir, l'autre plus vert que cive,
+ En chancre et fix, et en ces ords cuveaulx
+ Ou nourrices essangent leurs drappeaulx;
+ En petits baings de filles amoureuses
+ Qui n'entendent qu'a suivre les bordeaulx,
+ Soient frittes ces langues envieuses!
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, passez tous ces friands morceaux,
+ S'estamine n'avez, sacs ou bluteaux,
+ Parmy le fons d'unes brayes breneuses;
+ Mais, paravant, en estronts de pourceaulx
+ Soient frittes ces langues envieuses!
+
+
+
+ CXXXII.
+
+ Item, a maistre Jehan Courault,
+ Les Contredictz Franc-Gontier mande:
+ Quant du Tyrant seant en hault, [P. 78]
+ A cestuy-la rien ne demande;
+ Le saige ne veult que contende,
+ Contre puissant, pouvre homme las,
+ Affin que ses filez ne tende,
+ Et que ne tresbuche en ses laqs.
+
+ CXXXIII.
+
+ Gontier ne crains: il n'a nulz hommes
+ Et mieulx que moy n'est herite;
+ Mais en ce debat cy nous sommes,
+ Car il loue sa pouvrete:
+ Estre pouvre, yver et este,
+ A felicite il repute,
+ Ce que tiens a malheurete.
+ Lequel a tort? Or en dispute.
+
+
+
+ BALLADE
+
+ Intitulee: _Les Contredictz de Franc-Gontier_
+
+ Sur mol duvet assis, ung gras chanoine,
+ Lez ung brasier, en chambre bien nattee,
+ A son coste gisant dame Sydoine,
+ Blanche, tendre, pollie et attaintee:
+ Boire ypocras, a jour et a nuyctee,
+ Rire, jouer, mignonner et baiser,
+ Et nud a nud, pour mieulx des corps s'ayser,
+ Les vy tous deux, par un trou de mortaise:
+ Lors je congneuz que, pour dueil appaiser,
+ Il n'est tresor que de vivre a son aise.
+
+ Se Franc-Gontier et sa compaigne Heleine [P. 79]
+ Eussent tousjours tel douce vie hantee,
+ D'oignons, civetz, qui causent forte alaine,
+ N'en comptassent une bise tostee.
+ Tout leur mathon, ne toute leur potee,
+ Ne prise ung ail, je le dy sans noysier.
+ S'ilz se vantent coucher soubz le rosier,
+ Ne vault pas mieulx lict costoye de chaise?
+ Qu'en dictes-vous? Faut-il a ce muser?
+ Il n'est tresor que de vivre a son aise.
+
+ De gros pain bis vivent, d'orge, d'avoine,
+ Et boivent eau, tout au long de l'annee.
+ Tous les oyseaulx d'icy en Babyloine
+ A tel escot une seule journee
+ Ne me tiendroient, non une matinee.
+ Or s'esbate, de par Dieu, Franc-Gontier,
+ Helene o luy, soubz le bel esglantier;
+ Si bien leur est, n'ay cause qu'il me poise;
+ Mais, quoy qu'il soit du laboureux mestier,
+ Il n'est tresor que de vivre a son aise.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, jugez, pour tous nous accorder.
+ Quant est a moy, mais qu'a nul n'en desplaise,
+ Petit enfant, j'ay ouy recorder
+ Qu'il n'est tresor que de vivre a son aise.
+
+
+ CXXXIV.
+
+ Item, pour ce que scait la Bible,
+ Mademoyselle de Bruyeres,
+ Donne prescher, hors l'Evangile, [P. 80]
+ A elle et a ses bachelieres,
+ Pour retraire ces villotieres
+ Qui ont le bec si affile,
+ Mais que ce soit hors cymetieres,
+ Trop bien au marche au file.
+
+
+
+
+ BALLADE
+ DES FEMMES DE PARIS.
+
+ Quoy qu'on tient belles langagieres
+ Florentines, Veniciennes,
+ Assez pour estre messaigieres,
+ Et mesmement les anciennes;
+ Mais, soient Lombardes, Rommaines,
+ Genevoises, a mes perilz,
+ Piemontoises, Savoysiennes,
+ Il n'est bon bec que de Paris.
+
+ De tres beau parler tiennent chaires,
+ Ce dit-on, les Napolitaines,
+ Et que sont bonnes cacquetoeres
+ Allemanses et Bruciennes;
+ Soient Grecques, Egyptiennes,
+ De Hongrie ou d'autre pays,
+ Espaignolles ou Castellannes,
+ Il n'est bon bec que de Paris.
+
+ Brettes, Suysses, n'y scavent gueres,
+ Ne Gasconnes et Tholouzaines;
+ Du Petit-Pont deux harangeres [P. 81]
+ Les concluront, et les Lorraines,
+ Anglesches ou Callaisiennes,
+ (Ay je beaucoup de lieux compris?)
+ Picardes, de Valenciennes;
+ Il n'est bon bec que de Paris.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, aux dames parisiennes
+ De bien parler donnez le prix;
+ Quoy qu'on die d'Italiennes,
+ Il n'est bon bec que de Paris.
+
+
+
+ CXXXV.
+
+ Regarde-m'en deux, trois, assises
+ Sur le bas du ply de leurs robes,
+ En ces monstiers, en ces eglises;
+ Tire t'en pres, et ne t'en hobes;
+ Tu trouveras la que Macrobes
+ Oncques ne fist tels jugemens;
+ Entens: quelque chose en desrobes;
+ Ce sont tous beaulx enseignemens.
+
+ CXXXVI.
+
+ Item, et au mont de Montmartre,
+ Qui est ung lieu moult ancien,
+ Je lui donne et adjoincts le tertre.
+ Qu'on dit de mont Valerien;
+ Et, oultre plus, d'ung quartier d'an
+ Du pardon qu'apportay de Romme:
+ Sy yra maint bon paroissien,
+ En l'abbaye ou il n'entre homme.
+
+ CXXXVII. [P. 82]
+
+ Item, valetz et chambrieres
+ De bons hostelz (rien ne me nuyst),
+ Faisans tartes, flans et goyeres,
+ Et grant rallias a minuict:
+ Riens n'y font sept pintes ne huict,
+ Tant que gisent Seigneur et dame;
+ Puis apres, sans mener grant bruyt,
+ Je leur ramentoy le jeu d'asne.
+
+ CXXXVIII.
+
+ Item, et a filles de bien,
+ Qui ont peres, meres et antes,
+ Par m'ame! je ne donne rien;
+ Tout ont eu varletz et servantes;
+ Se fussent-ilz de pou contentes,
+ Grant bien leur feissent maintz lopins,
+ Aux povres filles advenantes,
+ Qui se perdent aux Jacopins.
+
+ CXXXIX.
+
+ Aux Celestins et aux Chartreux,
+ Quoy que vie meinent estroicte,
+ Si ont-ilz largement entre eulx,
+ Dont povres filles ont souffrette:
+ Tesmoing Jaqueline et Perrette,
+ Et Isabeau, qui dit: _Enne!_
+ Puis qu'ilz ont eu telle disette,
+ A peine en seroit-on damne.
+
+ CXL.
+
+ Item, a la grosse Margot,
+ Tres doulce face et pourtraicture,
+ Foy que doy _Brelare Bigod,_
+ Assez devote creature. [P. 83]
+ Je l'ayme de propre nature,
+ Et elle moy, la doulce sade.
+ Qui la trouvera d'adventure,
+ Qu'on luy lise ceste Ballade.
+
+
+
+ BALLADE
+ DE VILLON ET DE LA GROSSE MARGOT.
+
+ Se j'ayme et sers la belle de bon haict,
+ M'en devez-vous tenir a vil ne sot?
+ Elle a en soy des biens a fin souhaict.
+ Pour son amour ceings bouclier et passot.
+ Quand viennent gens, je cours et happe un pot:
+ Au vin m'en voys, sans demener grand bruyt.
+ Je leur tendz eau, frommage, pain et fruict,
+ S'ils payent bien, je leur dy que bien _stat_:
+ "Retournez cy, quand vous serez en ruyt,
+ En ce bourdel ou tenons nostre estat!"
+
+ Mais, tost apres, il y a grant deshait,
+ Quand sans argent s'en vient coucher Margot;
+ Veoir ne la puis; mon cueur a mort la hait.
+ Sa robe prens, demy-ceinct et surcot:
+ Si luy prometz qu'ilz tiendront pour l'escot.
+ Par les costez si se prend, l'Antechrist
+ Crie, et jure par la mort Jesuchrist,
+ Que non fera. Lors j'enpongne ung esclat,
+ Dessus le nez luy en fais ung escript,
+ En ce bourdel ou tenons nostre estat.
+
+ Puis paix se faict, et me lasche ung gros pet [P. 84]
+ Plus enflee qu'ung venimeux scarbot.
+ Riant, m'assiet le poing sur mon sommet,
+ Gogo me dit, et me fiert le jambot.
+ Tous deux yvres, dormons comme ung sabot;
+ Et, au reveil, quand le ventre luy bruyt,
+ Monte sur moy, qu'el ne gaste son fruit.
+ Soubz elle geins; plus qu'ung aiz me faict plat;
+ De paillarder tout elle me destruict,
+ En ce bourdel ou tenons nostre estat.
+
+ ENVOI.
+
+ Vente, gresle, gelle, j'ay mon pain cuict!
+ Je suis paillard, la paillarde me suit.
+ Lequel vault mieux, chascun bien s'entresuit.
+ L'ung l'autre vault: c'est a mau chat mau rat.
+ Ordure amons, ordure nous affuyt.
+ Nous deffuyons honneur, il nous deffuyt,
+ En ce bourdel ou tenons nostre estat.
+
+
+
+ CXLI.
+
+ Item, a Marion l'Ydolle,
+ Et la grand Jehanne de Bretaigne,
+ Donne tenir publique escolle,
+ Ou l'escolier le maistre enseigne.
+ Lieu n'est ou ce marche ne tienne,
+ Sinon en la grille de Mehun;
+ De quoy je dy: Fy de l'enseigne,
+ Puis que l'ouvrage est si commun!
+
+ CXLII. [P. 85]
+
+ Item, a Noe le Jolys,
+ Autre chose je ne luy donne,
+ Fors plein poing d'osiers frez cueilliz
+ En mon jardin; je l'abandonne.
+ Chastoy est une belle aulmosne;
+ Ame n'en doit estre marry.
+ Unze vingtz coups lui en ordonne,
+ Par les mains de maistre Henry.
+
+ CXLIII.
+
+ Item, ne scay que a l'Hostel-Dieu
+ Donner, n'aux povres hospitaulx;
+ Bourdes n'ont icy temps ne lieu,
+ Car povres gens ont assez maulx.
+ Chascun leur envoye leurs os.
+ Les Mandians ont eu mon oye;
+ Au fort, ilz en auront les os:
+ A menues gens menue monnoye.
+
+ CXLIV.
+
+ Item, je donne a mon barbier,
+ Qui se nomme Colin Galerne,
+ Pres voysin d'Angelot l'Herbier,
+ Ung gros glasson... Prins ou? En Marne,
+ Affin qu'a son ayse s'yverne.
+ De l'estomach le tienne pres.
+ Se l'yver ainsi se gouverne,
+ Il n'aura chault l'este d'apres.
+
+ CXLV.
+
+ Item, rien aux Enfans-Trouvez;
+ Mais les perduz fault que console,
+ Si doivent estre retrouvez, [P. 86]
+ Par droict, sur Marion l'Ydolle.
+ Une lecon de mon escolle
+ Leur liray, qui ne dure guiere.
+ Teste n'ayent dure ne folle,
+ Mais escoutent: c'est la derniere!
+
+
+
+ BELLE LECON
+ DE VILLON, AUX ENFANS PERDUZ.
+
+ Beaux enfans, vous perdez la plus
+ Belle rose de vo chapeau,
+ Mes clers apprenans comme glu;
+ Se vous allez a Montpippeau
+ Ou a Ruel, gardez la peau:
+ Car, pour s'esbatre en ces deux lieux,
+ Cuydant que vaulsist le rappeau,
+ La perdit Colin de Cayeulx.
+
+ Ce n'est pas ung jeu de trois mailles,
+ Ou va corps, et peut-estre l'ame:
+ S'on perd, rien n'y sont repentailles,
+ Qu'on ne meure a honte et diffame;
+ Et qui gaigne, n'a pas a femme
+ Dido la royne de Cartage.
+ L'homme est donc bien fol et infame,
+ Qui, pour si peu, couche tel gage.
+
+ Qu'ung chascun encore m'escoute:
+ On dit, et il est verite,
+ Que charretee se boyt toute, [P. 87]
+ Au feu l'yver, au bois l'este.
+ S'argent avez, il n'est ente;
+ Mais le despendez tost et viste.
+ Qui en voyez-vous herite?
+ Jamais mal acquest ne proffite.
+
+
+
+ BALLADE
+ DE BONNE DOCTRINE,
+ A ceux de mauvaise vie.
+
+ Car ou soyes porteur de bulles,
+ Pipeur ou hazardeur de dez,
+ Tailleur de faulx coings, tu te brusles,
+ Comme ceux qui sont eschaudez,
+ Traistres pervers, de foy vuydez;
+ Soyes larron, ravis ou pilles:
+ Ou en va l'acquest, que cuydez?
+ Tout aux tavernes et aux filles.
+
+ Ryme, raille, cymballe, luttes,
+ Comme folz, faintis, eshontez;
+ Farce, broille, joue des flustes;
+ Fais, es villes et es cites,
+ Fainctes, jeux et moralitez;
+ Gaigne au berlan, au glic, aux quilles:
+ Ou s'en va tout? Or escoutez:
+ Tout aux tavernes et aux filles.
+
+ De telz ordures te reculles; [P. 88]
+ Laboure, fauche champs et prez;
+ Serz et panse chevaulx et mulles,
+ S'aucunement tu n'es lettrez;
+ Assez auras, se prens en grez.
+ Mais, se chanvre broyes ou tilles,
+ Ou tend ton labour qu'as ouvrez?
+ Tout aux tavernes et aux filles.
+
+ ENVOI.
+
+ Chausses, pourpoinctz esguilletez,
+ Robes, et toutes vos drapilles,
+ Ains que cessez, vous porterez
+ Tout aux tavernes et aux filles.
+
+
+ CXLVI.
+
+ A vous parle, compaings de galles,
+ Qui estes de tous bons accors;
+ Gardez-vous tous de ce mau hasles,
+ Qui noircist gens quand ils sont mortz;
+ Eschevez-le, c'est ung mal mors;
+ Passez-vous-en mieulx que pourrez;
+ Et, pour Dieu, soyez tous recors
+ Qu'une fois viendra que mourrez.
+
+ CXLVII.
+
+ Item, je donne aux Quinze-Vingtz,
+ Qu'autant vauldroit nommer Trois-Cens
+ De Paris, non pas de Provins,
+ Car a eulx tenu je me sens.
+ Ilz auront, et je m'y consens,
+ Sans les estuis, mes grans lunettes, [P. 89]
+ Pour mettre a part, aux Innocens,
+ Les gens de bien des deshonnestes.
+
+ CXLVIII.
+
+ Icy n'y a ne rys ne jeu.
+ Que leur vault avoir eu chevances,
+ N'en grans lictz de parement geu,
+ Engloutir vin, engrossir panses,
+ Mener joye, festes et danses,
+ Et de ce prest estre a toute heure?
+ Tantost faillent telles plaisances,
+ Et la coulpe si en demeure.
+
+ CXLIX.
+
+ Quand je considere ces testes
+ Entassees en ces charniers,
+ Tous furent maistres des requestes,
+ Ou tous de la Chambre aux Deniers,
+ Ou tous furent porte-paniers;
+ Autant puis l'ung que l'autre dire,
+ Car, d'evesques ou lanterniers,
+ Je n'y congnois rien a redire.
+
+ CL.
+
+ Et icelles qui s'inclinoient
+ Unes contre autres en leur vies;
+ Desquelles les unes regnoient,
+ Des autres craintes et servies:
+ La les voy toutes assouvies,
+ Ensemble en ung tas pesle-mesle.
+ Seigneuries leur sont ravies;
+ Clerc ne maistre ne s'y appelle.
+
+ CLI. [P. 90]
+
+ Or sont-ilz mortz, Dieu ayt leurs ames!
+ Quant est des corps, ils sont pourriz.
+ Ayent este seigneurs ou dames,
+ Souef et tendrement nourriz
+ De cresme, fromentee ou riz,
+ Leurs os sont declinez en pouldre,
+ Auxquelz ne chault d'esbat, ne riz...
+ Plaise au doulx Jesus les absouldre!
+
+ CLII.
+
+ Aux trespassez je fais ce lays,
+ Et icelluy je communique
+ A regentz, courtz, sieges et plaids,
+ Hayneurs d'avarice l'inique,
+ Lesquelz pour la chose publique
+ Se seichent les os et les corps:
+ De Dieu et de sainct Dominique
+ Soient absolz, quand ilz seront mortz
+
+
+
+ LAYS.
+
+ Au retour de dure prison,
+ Ou j'ay laisse presque la vie,
+ Se Fortune a sur moy envie,
+ Jugez s'elle fait mesprison!
+ Il me semble que, par raison,
+ Elle deust bien estre assouvie,
+ Au retour.
+
+
+ Cecy plain est de desraison, [P. 91]
+ Qui vueille que de tout desvie;
+ Plaise a Dieu que l'ame ravie
+ En soit, lassus, en sa maison,
+ Au retour!
+
+
+
+ CLIII.
+
+ Item, donne a maistre Lomer,
+ Comme extraict que je suis de fee,
+ Qu'il soit bien ame; mais, d'amer
+ Fille en chief ou femme coeffee,
+ Ja n'en ayt la teste eschauffee,
+ Ce qui ne luy couste une noix,
+ Faire ung soir pour soy la fastee,
+ En despit d'Auger le Danois.
+
+ CLIV.
+
+ Item, rien a Jaques Cardon,
+ Car je n'ay rien pour luy honneste.
+ Non pas que le jette a bandon
+ Sinon cette Bergeronnette:
+ S'elle eust le chant _Marionnette_,
+ Faict por Marion la Peau-Tarde,
+ D'un _Ouvrez vostre huys, Guillemette_,
+ Elle allast bien a la moustarde.
+
+ CLV.
+
+ Item donne aux amans enfermes,
+ Oultre le lay Alain Chartier,
+ A leurs chevetz, de pleurs et lermes
+ Trestout fin plain ung benoistier,
+ Et ung petit brin d'esglantier, [P. 92]
+ En tout temps verd, pour gouppillon,
+ Pourveu qu'ilz diront ung _Psaultier_
+ Pour l'ame du pouvre Villon.
+
+ CLVI.
+
+ Item, a maistre Jacques James,
+ Qui se tue d'amasser biens,
+ Donne fiancer tant de femmes
+ Qu'il vouldra; mais d'espouser, riens
+ Pour qui amasse-il? Pour les siens.
+ Il ne plainct fors que ses morceaulx;
+ Ce qui fut aux truyes, je tiens
+ Qu'il doit de droit estre aux pourceaulx.
+
+ CLVII.
+
+ Item, le Camus Seneschal,
+ Qui une fois paya mes debtes,
+ En recompense, mareschal,
+ Pour ferrer oes et canettes.
+ Je luy envoye ces sornettes,
+ Pour soy desennuyer; combien,
+ Si veult, face-en des alumettes.
+ De bien chanter s'ennuye-on bien.
+
+ CLVIII.
+
+ Item, au Chevalier du Guet
+ Je donne deux beaulx petitz pages,
+ Philippot et le gros Marquet,
+ Qui ont servy, dont sont plus sages,
+ La plus grant partie de leurs aages,
+ Tristan, prevost des mareschaulx.
+ Helas, s'ilz sont cassez de gaiges,
+ Aller leur fauldra tous deschaulx!
+
+ CLIX. [P. 93]
+
+ Item, au Chappelain je laisse
+ Ma chapelle a simple tonsure,
+ Chargee d'une seiche messe,
+ Ou il ne fault pas grand lecture.
+ Resigne luy eusse ma cure,
+ Mais point ne veult de charge d'ames;
+ De confesser, ce dit, n'a cure,
+ Sinon chambrieres et dames.
+
+ CLX.
+
+ Pour ce que scait bien mon entente,
+ Jehan de Calays, honnorable homme,
+ Qui ne me veit des ans a trente,
+ Et ne scait comment je me nomme,
+ De tout ce Testament, en somme,
+ S'aucune y a difficulte,
+ Oster jusqu'au rez d'une pomme
+ Je luy en donne faculte.
+
+ CLXI.
+
+ De le gloser et commenter,
+ De le diffinir ou prescripre,
+ Diminuer ou augmenter;
+ De le canceller ou transcripre
+ De sa main, ne sceust-il escripre;
+ Interpreter, et donner sens,
+ A son plaisir, meilleur ou pire;
+ A tout ceci je m'y consens.
+
+ CLXII.
+
+ Et s'aucun, dont n'ay congnoissance,
+ Estoit alle de mort a vie,
+ Audict Calais donne puissance, [P. 94]
+ Affin que l'ordre soit suyvie
+ Et mon ordonnance assouvie,
+ Que ceste aulmosne ailleurs transporte,
+ Sans se l'appliquer par envie;
+ A son ame je m'en rapporte.
+
+ CLXIII.
+
+ Item, j'ordonne a Saincte-Avoye,
+ Et non ailleurs, ma sepulture;
+ Et, affin que chascun me voye,
+ Non pas en chair, mais en paincture,
+ Que l'on tire mon estature
+ D'ancre, s'il ne coustoit trop cher.
+ De tumbel? Rien; je n'en ay cure,
+ Car il greveroit le plancher.
+
+ CLXIV.
+
+ Item, vueil qu'autour de ma fosse
+ Ce que s'ensuyt, sans autre histoire,
+ Soit escript, en lettre assez grosse;
+ Et qui n'auroit point d'escriptoire,
+ De charbon soit, ou pierre noire,
+ Sans en rien entamer le plastre:
+ Au moins sera de moy memoire
+ Telle qu'il est d'ung bon folastre.
+
+ CLXV.
+
+ CY GIST ET DORT EN CE SOLLIER,
+ QU'AMOUR OCCIST DE SON RAILLON,
+ UNG POUVRE PETIT ESCOLLIER,
+ QUI FUT NOMME FRANCOIS VILLON.
+ ONCQUES DE TERRE N'EUT SILLON.
+
+ TESTAMENT. [P. 95]
+
+ IL DONNA TOUT, CHASCUN LE SCET:
+ TABLE, TRETTEAULX, PAIN, CORBILLON.
+ POUR DIEU, DICTES-EN CE VERSET.
+
+
+
+ RONDEAU.
+
+ _Repos eternel donne a cil,
+ Lumiere, clarte perpetuelle,
+ Qui vaillant plat ny escuelle
+ N'eut oncques, n'ung brin de percil.
+ Il fut rez, chef, barbe, sourcil,
+ Comme ung navet qu'on ree et pelle.
+ Repos eternel donne a cil_.
+
+ _Rigueur le transmit en exil,
+ Et luy frappa au cul la pelle,
+ Nonobstant qu'il dist_: J'en appelle!
+ _Qui n'est pas terme trop subtil.
+ Repos eternel donne a cil_.
+
+
+ CLXVI.
+
+ Item, je vueil qu'on sonne a branle
+ Le gros Beffray, qui n'est de voire;
+ Combien que cueur n'est qui ne tremble;
+ Quand de sonner est a son erre.
+ Saulve a mainte belle terre,
+ Le temps passe, chascun le scait:
+ Fussent gens d'armes ou tonnerre;
+ Au son de luy tout mal cessoit.
+
+ CLXVII [P. 96]
+
+ Les sonneurs auront quatre miches;
+ Et se c'est peu, demy-douzaine,
+ Autant qu'en donnent les plus riches;
+ Mais ilz seront de sainct Estienne.
+ Vollant est homme de grant peine:
+ L'ung en sera. Quand j'y regarde,
+ Il en vivra une sepmaine.
+ Et l'autre? Au fort, Jehan de la Garde.
+
+ CLXVIII.
+
+ Pour tout ce fournir et parfaire,
+ J'ordonne mes executeurs,
+ Auxquelz faict bon avoir affaire,
+ Et contentent bien leurs debteurs.
+ Ilz ne sont pas trop grans venteurs,
+ Et ont bien de quoy, Dieu mercys!
+ De ce faict seront directeurs...
+ Escripts: je t'en nommeray six.
+
+ CLXIX.
+
+ C'est maistre Martin Bellefaye,
+ Lieutenant du cas criminel.
+ Qui sera l'autre? J'y pensoye:
+ Ce sera sire Colombel.
+ S'il luy plaist et il lui est bel,
+ Il entreprendra ceste charge.
+ Et l'autre? Michel Jouvenel.
+ Ces trois seulz, et pour tous, j'en charge.
+
+ CLXX.
+
+ Mais, au cas qu'ils s'en excusassent,
+ En redoubtant les premiers frais,
+ Ou totalement recusassent, [P. 97]
+ Ceulx qui s'ensuivent cy-apres
+ J'institue, gens de bien tres,
+ Philip Bruneau, noble escuyer,
+ Et l'autre, son voysin d'empres,
+ Cy est maistre Jacques Raguyer;
+
+ CLXXI.
+
+ Et l'aultre, maistre Jaques James,
+ Trois hommes de bien et d'honneur,
+ Desirans de saulver leurs ames,
+ Et doubtans Dieu Nostre Seigneur.
+ Plustot y metteront du leur,
+ Que ceste ordonnance ne baillent.
+ Point n'auront de contrerooleur,
+ Mais a leur seul plaisir en taillent.
+
+ CLXXII
+
+ Des testamens qu'on dit le maistre
+ De mon faict n'aura _quid_ ne _quod_;
+ Mais ce sera ung jeune prebstre,
+ Qui se nomme Colas Tacot.
+ Voulentiers beusse a son escot,
+ Et qu'il me coustast ma cornette!
+ S'il sceust jouer en ung trippot,
+ Il eust de moy le Trou Perrette.
+
+ CLXXIII.
+
+ Quant au regard du luminaire,
+ Guillaume du Ru j'y commectz.
+ Pour porter les coings du suaire,
+ Aux executeurs le remectz.
+ Trop plus mal me font qu'oncques mais
+ Penil, cheveulx, barbe, sourcilz.
+ Mal me presse; est temps desormais [P. 98]
+ Que crie a toutes gens merciz.
+
+
+
+ BALLADE
+ Par laquelle Villon crye mercy a chascun.
+
+ A Chartreux, aussi Celestins,
+ A mendians et aux devotes,
+ A musars et cliquepatins,
+ Servantes et filles mignottes,
+ Portant surcotz et justes cottes;
+ A cuyderaulx d'amours transis,
+ Chaussans sans meshaing fauves bottes,
+ Je crye a toutes gens merciz!
+
+ A fillettes monstrans tetins,
+ Pour avoir plus largement hostes;
+ A ribleurs meneurs de butins,
+ A basteleurs traynans marmottes,
+ A folz et folles, sotz et sottes,
+ Qui s'en vont sifflant cinq et six;
+ A veufves et a mariottes,
+ Je crye a toutes gens merciz!
+
+ Sinon aux trahistres chiens mastins,
+ Qui m'ont fait ronger dures crostes
+ Et boire eau maintz soirs et matins,
+ Qu'ores je ne crains pas trois crottes.
+ Je feisse pour eulx petz et rottes;
+ Je ne puis, car je suis assis.
+ Bien fort, pour eviter riottes,
+ Je crye a toutes gens, merciz!
+
+ ENVOI. [P. 99]
+
+ Qu'on leur froisse les quinze costes
+ De gros mailletz, fortz et massis,
+ De plombee et de telz pelottes.
+ Je crye a toutes gens merciz!
+
+
+ BALLADE
+ POUR SERVIR DE CONCLUSION.
+
+ Icy se clost le Testament
+ Et finist du pouvre Villon.
+ Venez a son enterrement,
+ Quant vous orrez le carillon,
+ Vestuz rouges com vermillon,
+ Car en amours mourut martir;
+ Ce jura-il sur son coullon
+ Quand de ce monde voult partir.
+
+ Et je croy bien que pas n'en ment,
+ Car chassie fut comme un soullon
+ De ses amours hayneusement,
+ Tant que, d'icy a Roussillon,
+ Brosses n'y a ne brossillon,
+ Qui n'eust, ce dit-il sans mentir,
+ Ung lambeau de son cotillon,
+ Quand de ce monde voult partir.
+
+ Il est ainsi, et tellement,
+ Quand mourut n'avoit qu'un haillon.
+ Qui plus? En mourant, mallement [P. 100]
+ L'espoignoit d'amours l'esguillon;
+ Plus agu que le ranguillon
+ D'un baudrier luy faisoit sentir,
+ C'est de quoy nous esmerveillon,
+ Quand de ce monde voult partir.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, gent comme esmerillon,
+ Saichiez qu'il fist, au departir:
+ Ung traict but de vin morillon,
+ Quand de ce monde voult partir.
+
+ FIN DU GRAND TESTAMENT.
+
+
+ [P. 101]
+
+ POESIES DIVERSES
+
+ LE QUATRAIN
+ Que feit Villon quand il fut juge a mourir.
+
+ JE SUIS Francois, dont ce me poise,
+ Ne de Paris empres Ponthoise.
+ Or d'une corde d'une toise
+ Saura mon col que mon cul poise.
+
+
+ L'EPITAPHE
+
+ EN FORME DE BALLADE
+ Que feit Villon pour luy et ses compagnons, s'attendant
+ estre pendu avec eulx.
+
+ Freres humains, qui apres nous vivez,
+ N'ayez les cueurs contre nous endurciz,
+ Car, si pitie de nous pouvres avez,
+ Dieu en aura plustost de vous merciz.
+ Vous nous voyez cy attachez cinq, six:
+ Quant de la chair, que trop avons nourrie, [P. 102]
+ Elle est pieca devoree et pourrie,
+ Et nous, les os, devenons cendre et pouldre.
+ De nostre mal personne ne s'en rie,
+ Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!
+
+ Se vous clamons, freres, pas n'en devez
+ Avoir desdaing, quoique fusmes occis
+ Par justice. Toutesfois, vous scavez
+ Que tous les hommes n'ont pas bon sens assis;
+ Intercedez doncques, de cueur rassis,
+ Envers le Filz de la Vierge Marie,
+ Que sa grace ne soit pour nous tarie,
+ Nous preservant de l'infernale fouldre.
+ Nous sommes mors, ame ne nous harie;
+ Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!
+
+ La pluye nous a debuez et lavez,
+ Et le soleil dessechez et noirciz;
+ Pies, corbeaulx, nous ont les yeux cavez,
+ Et arrachez la barbe et les sourcilz.
+ Jamais, nul temps, nous ne sommes rassis;
+ Puis ca, puis la, comme le vent varie,
+ A son plaisir sans cesser nous charie,
+ Plus becquetez d'oyseaulx que dez a couldre.
+ Ne soyez donc de nostre confrairie,
+ Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!
+
+ ENVOI.
+
+ Prince JESUS, qui sur tous seigneurie,
+ Garde qu'Enfer n'ayt de nous la maistrie:
+ A luy n'ayons que faire ne que souldre.
+ Hommes, icy n'usez de mocquerie
+ Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!
+
+
+
+ LA REQUESTE DE VILLON [P. 103]
+ Presentee a la Cour de Parlement, en forme de ballade.
+
+ Tous mes cinq Sens, yeulx, oreilles et bouche,
+ Le nez, et vous, le sensitif, aussi;
+ Tous mes membres ou il y a reprouche,
+ En son endroit ung chascun die ainsi:
+ "Court souverain, par qui sommes icy,
+ Vous nous avez garde de desconfire;
+ Or, la langue ne peut assez suffire
+ A vous rendre suffisantes louenges:
+ Si prions tous, fille au souverain Sire,
+ Mere des bons, et soeur des benoistz anges!"
+
+ Cueur, fendez-vous, ou percez d'une broche,
+ Et ne soyez, au moins, plus endurcy
+ Qu'au desert fut la forte bise roche
+ Dont le peuple des Juifs fut adoulcy;
+ Fondez larmes, et venez a mercy,
+ Comme humble cueur qui tendrement souspire:
+ Louez la Court, conjoincte au sainct Empire,
+ L'heur des Francoys, le confort des estranges,
+ Procreee la sus au ciel empire,
+ Mere des bons, et soeur des benoistz anges!
+
+ Et vous, mes dentz, chascune si s'esloche;
+ Saillez avant, rendez toutes mercy,
+ Plus haultement qu'orgue, trompe, ne cloche,
+ Et de mascher n'ayez ores soulcy;
+ Considerez que je fusse transy,
+ Foye, pommon, et rate qui respire;
+ Et vous, mon corps, vil qui estes ou pire [P. 104]
+ Qu'ours ne pourceau, qui faict son nid es fanges,
+ Louez la Court, avant qu'il vous empire,
+ Mere des bons, et soeur des benoistz anges!
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, trois jours ne vueillez m'escondire,
+ Pour moy pourvoir, et aux miens adieu dire;
+ Sans eulx, argent je n'ay, icy n'aux changes.
+ Court triumphant, _fiat_, sans me desdire;
+ Mere des bons, et soeur des benoistz anges!
+
+
+
+
+ BALLADE
+ DE L'APPEL DE VILLON.
+
+ Que dites-vous de mon appel,
+ Garnier? Feis-je sens ou follie?
+ Toute beste garde sa pel;
+ Qui la contrainct, efforce ou lye,
+ S'elle peult, elle se deslie.
+ Quand a ceste peine arbitraire
+ On me jugea par tricherie,
+ Estoit-il lors temps de me taire?
+
+ Se fusse des hoirs Hue Capel,
+ Qui fut extraict de boucherie,
+ On ne m'eust, parmy ce drapel,
+ Faict boyre a celle escorcherie:
+ Vous entendez bien joncherie?
+ Ce fut son plaisir voluntaire
+ De me juger par fausserie. [P. 105]
+ Etoit-il lors temps de me taire?
+
+ Cuydez-vous que soubz mon cappel
+ N'y eust tant de philosophie
+ Comme de dire: "J'en appel?"
+ Si avoit, je vous certifie,
+ Combien que point trop ne m'y fie.
+ Quand on me dit, present notaire:
+ "Pendu serez!" je vous affie,
+ Estoit-il lors temps de me taire?
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, si j'eusse eu la pepie,
+ Pieca je fusse ou est Clotaire,
+ Aux champs debout comme ung espie.
+ Estoit-il lors temps de me taire?
+
+
+ LE DIT
+
+ DE LA NAISSANCE MARIE.
+ Jam nova progenies celo demittitur alto.
+ _Virg._, (ecl. 4, v.7.)
+
+ O louee Conception,
+ Envoiee sa jus des cieulx;
+ Du noble Lys digne syon;
+ Don de Jhesus tres precieux,
+ MARIE, nom tres gracieux,
+ Font de pitie, source de grace,
+ La joye confort de mes yeulx, [P. 106]
+ Qui nostre paix batist et brasse!
+
+ La paix, c'est assavoir, des riches,
+ Des povres le substantement,
+ Le rebours des felons et chiches,
+ Tres necessaire enfantement,
+ Conceu, porte honnestement,
+ Hors le pechie originel,
+ Que dire je puis sainctement
+ Souverain bien, Dieu eternel!
+
+ Nom recouvre, joye de peuple,
+ Confort des bons, de maulx retraicte;
+ Du doux Seigneur premiere et seule
+ Fille, de son cler sang extraicte,
+ Du dextre coste Clovis traicte,
+ Glorieuse ymage en tous fais,
+ Ou hault ciel creee et pourtraicte,
+ Pour esjouyr et donner paix!
+
+ En l'amour et crainte de Dieu,
+ Es nobles flans Cesar conceue;
+ Des petis et grans, en tout lieu,
+ A tres grande joye receue;
+ De l'amour Dieu traicte, tissue,
+ Pour les discordez ralier,
+ Et aux enclos donner yssue,
+ Leurs lians et fers delier.
+
+ Aucunes gens, qui bien peu sentent,
+ Nourriz en simplesse et confiz,
+ Contre le vouloir Dieu attentent,
+ Par ignorance desconfiz,
+ Desirans que feussiez ung filz; [P. 107]
+ Mais qu'ainsi soit, ainsi m'aist Dieux,
+ Je croy que ce soit grans proufiz;
+ Raison: Dieu fait tout pour le mieulx.
+
+ Du Psalmiste je prens les dictz:
+ _Delectasti me, Domine,
+ In factura sua_! Je diz:
+ "Noble enfant, de bonne heure ne,
+ A toute doulceur destine,
+ Manna du Ciel, celeste don,
+ De tous bienfais le guerdonne,
+ Et de nos maulx le vray pardon!"
+
+
+
+ DOUBLE BALLADE.
+
+ Combien que j'ay leu en ung Dit:
+ _Inimicum putes_, y a,
+ _Qui te presentem laudabit_,
+ Toutesfois, non obstant cela,
+ Oncques vray homme ne cela
+ En son courage aucun grant bien,
+ Qui ne le monstrast ca et la:
+ On doit dire du bien le bien.
+
+ Saint Jehan-Baptiste ainsi le fist,
+ Quand l'Aignel de Dieu descela.
+ En ce faisant pas ne meffist,
+ Dont sa voix es tourbes vola;
+ De quoy saint Andre Dieu loua,
+ Qui de luy cy ne scavoit rien,
+ Et au Fils de Dieu s'aloua: [P. 108]
+ On doit dire du bien le bien.
+
+ Envoyee de Jhesucrist,
+ Rappelles sa jus, par deca,
+ Les povres que Rigueur proscript
+ Et que Fortune betourna.
+ Cy scay bien comment y m'en va!
+ De Dieu, de vous, vie je tien...
+ Benoist celle qui vous porta!
+ On doit dire du bien le bien.
+
+ Cy, devant Dieu, fais congnoissance,
+ Que creature feusse morte,
+ Ne feust vostre doulce naissance,
+ En charite puissant et forte,
+ Qui ressuscite et reconforte
+ Ce que Mort avoit prins pour sien.
+ Vostre presence me conforte:
+ On doit dire du bien le bien.
+
+ Cy vous rens toute obeissance,
+ A ce faire raison m'exorte,
+ De toute ma povre puissance;
+ Plus n'est deul qui me desconforte,
+ N'autre ennuy de quelque sorte.
+ Vostre je suis et non plus mien;
+ Ad ce droit et devoir m'enhorte:
+ On doit dire du bien le bien.
+
+ O grace et pitie tres immense,
+ L'entree de paix et la porte,
+ Some et benigne clemence,
+ Qui noz faultes toult et supporte,
+ Sy de vous louer me deporte, [P. 109]
+ Ingrat suis, et je le maintien,
+ Dont en ce refrain me transporte:
+ On doit dire du bien le bien.
+
+ ENVOI.
+
+ Princesse, ce loz je vous porte,
+ Que sans vous je ne feusse rien.
+ A vous et a vous m'en rapporte.
+ On doit dire du bien le bien.
+
+ Euvre de Dieu, digne, louee
+ Autant que nulle creature,
+ De tous biens et vertuz douee,
+ Tant d'esperit que de nature,
+ Que de ceulx qu'on dit, d'adventure,
+ Plus nobles que rubis balais;
+ Selon de Caton l'escripture:
+ _Patrem insequitur proles_.
+
+ Port assure, maintien rassiz,
+ Plus que ne peut nature humaine,
+ Et, eussiez des ans trente-six,
+ Enfance en rien ne vous demaine.
+ Que jour ne le die et sepmaine,
+ Je ne scay qui me le deffend...
+ A ce propos ung dit ramaine:
+ De saige mere saige enfant.
+
+ Dont resume ce que j'ay dit:
+ _Nova progenies coelo_
+ Car c'est du poete le dit: [P. 110]
+ _Jamjam demittitur alto_.
+ Saige Cassandre, belle Echo,
+ Digne Judith, caste Lucresse,
+ Je vous congnois, noble Dido,
+ A ma seule dame et maistresse.
+
+ En priant Dieu, digne pucelle,
+ Que vous doint longue et bonne vie;
+ Qui vous ayme, MADEMOISELLE,
+ Ja ne coure sur luy envie.
+ Entiere dame et assouvie,
+ J'espoir de vous servir aincoys,
+ Certes, se Dieu plaist, que devie
+ Vostre povre escolier FRANCOYS.
+
+
+
+
+ BALLADE VILLON.
+
+ Je meurs de soif aupres de la fontaine,
+ Chauld comme feu, et tremble dent a dent,
+ En mon pais suis en terre loingtaine;
+ Lez un brazier friconne tout ardent;
+ Nu comme ung ver, vestu en president;
+ Je ris en pleurs, et attens sans espoir;
+ Confort reprens en triste desespoir;
+ Je m'esjouys et n'ay plaisir aucun;
+ Puissant je suis sans force et sans povoir,
+ Bien recueilly, deboute de chascun.
+
+ Rien ne m'est seur que la chose incertaine,
+ Obscur, fors ce qui est tout evident;
+ Doubte ne fais, fors en chose certaine; [P. 111]
+ Science tiens a soudain accident;
+ Je gaigne tout, et demeure perdent;
+ Au point du jour, diz: "Dieu vous doint bon soir!"
+ Gisant envers, j'ay grant paour de cheoir;
+ J'ay bien de quoy, et si n'en ay pas un;
+ Eschoicte attens, et d'homme ne suis hoir,
+ Bien recueilly, deboute de chascun.
+
+ De riens n'ay soing, si metz toute ma paine
+ D'acquerir biens, et n'y suis pretendant;
+ Qui mieulx me dit, c'est cil qui plus m'attaine,
+ Et qui plus vray, lors plus me va bourdant;
+ Mon ami est qui me fait entendant
+ D'ung cygne blanc que c'est ung corbeau noir;
+ Et qui me nuyst croy qu'il m'aide a povoir.
+ Verite, bourde, aujourd'uy m'est tout un.
+ Je retiens tout; riens ne scay concepvoir,
+ Bien recueilly, deboute de chascun.
+
+ L'ENVOI.
+
+ Prince clement, or vous plaise savoir
+ Que j'entens moult, et n'ay sens ne scavoir;
+ Parcial suis, a toutes lois commun.
+ Que fais-je plus? Quoy? Les gaiges ravoir,
+ Bien recueilly, deboute de chascun.
+
+
+
+ EPISTRE
+ EN FORME DE BALLADE, A SES AMIS.
+
+ Ayez pitie, ayez pitie de moy,
+ A tout le moins, si vous plaist, mes amis!
+ En fosse giz, non pas soubz houx ne may, [P. 112]
+ En cest exil ouquel je suis transmis
+ Par fortune, comme Dieu l'a permis.
+ Filles, amans, jeunes, vieulx et nouveaulx;
+ Danceurs, saulteurs, faisans les piez de veaux,
+ Vifs comme dars, aguz comme aguillon;
+ Gouffres tintans, clers comme gastaneaux,
+ Le lesserez la, le povre Villon?
+
+ Chantres chantans a plaisance, sans loy;
+ Galans, rians, plaisans en faictz et diz,
+ Coureux, allans, francs de faulx or, d'aloy;
+ Gens d'esperit, ung petit estourdiz;
+ Trop demourez, car il meurt entandiz.
+ Faiseurs de laiz, de motets et rondeaux,
+ Quand mort sera vous lui ferez chandeaux.
+ Il n'entre, ou gist, n'escler ne tourbillon;
+ De murs espoix on luy a fait bandeaux:
+ Le lesserez la, le povre Villon?
+
+ Venez le veoir en ce piteux arroy,
+ Nobles hommes, francs de quars et de dix,
+ Qui ne tenez d'empereur ne de roy,
+ Mais seulement de Dieu de Paradiz:
+ Jeuner lui fault dimanches et mardiz
+ Dond les dens a plus longues que ratteaux,
+ Apres pain sec, non pas apres gasteaux;
+ En ses boyaulx verse eau a gros bouillon;
+ Bas enterre, table n'a, ne tresteaulx:
+ Le lesserez la, le povre Villon?
+
+ ENVOI.
+
+ Princes nommez, anciens, jouvenceaulx,
+ Impetrez-moy graces et royaulx sceaux,
+ Et me montez en quelque corbillon. [P. 113]
+ Ainsi se font l'un a l'autre pourceaux,
+ Car, ou l'un brait, ilz fuyent a monceaux.
+ Le lesserez la, le povre Villon?
+
+
+
+
+ LE DEBAT
+ DU CUEUR ET DU CORPS DE VILLON,
+ En forme de Ballade.
+
+ Qu'est-ce que j'oy?--Ce suis-je.--Qui?--Toncueur,
+ Qui ne tient mais qu'a ung petit filet,
+ Force n'ay plus, substance ne liqueur,
+ Quand je te voy retraict ainsi seulet,
+ Com pouvre chien tappy en recullet.
+ --Pourquoy est-ce?--Pour ta folle plaisance.
+ --Que t'en chault-il?--J'en ai la desplaisance.
+ --Laisse m'en paix!--Pourquoi?--J'y penseray.
+ --Quand sera-ce?--Quant seray hors d enfance.
+ --Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray.
+
+ --Que penses-tu?--Estre homme de valeur.
+ --Tu as trente ans.--C'est l'aage d'ung mullet.
+ --Est-ce enfance?--Nenny.--C'est donc folleur
+ Qui te saisit?--Par ou?--Par le collet.
+ Rien ne congnois.--Si fais: mouches en laict:
+ L'ung est blanc, l'autre est noir, c'est la distance.
+ --Est-ce doncq tout?-Que veulx-tu que je tance?
+ Si n'est assez, je recommenceray.
+ --Tu es perdu!--J'y mettray resistance.
+ --Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray.
+
+ --J'en ay le dueil; toi, le mal et douleur. [P. 114]
+ Si fusse ung povre ydiot et folet,
+ Au cueur eusses de t'excuser couleur:
+ Se n'as-tu soing, tout ung, tel, bel ou laid,
+ Ou la teste as plus dure qu'ung jalet,
+ Ou mieulx te plaist qu'honneur ceste meschance!
+ Que respondras a ceste consequence?
+ --J'en seray hors quand je trespasseray.
+ --Dieu, quel confort!--Quelle saige eloquence!
+ --Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray.
+
+ --D'ond vient ce mal?--Il vient de mon malheur.
+ Quand Saturne me feit mon fardelet,
+ Ces maulx y mist, je le croy.--C'est foleur:
+ Son seigneur es, et te tiens son valet.
+ Voy que Salmon escript en son roulet:
+ "Homme sage, ce dit-il, a puissance
+ Sur les planetes et sur leur influence."
+ --Je n'en croy rien; tel qu'ilz m'ont faict seray.
+ --Que dis-tu?--Rien.--Certe, c'est ma creance.
+ Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray.
+
+ ENVOI.
+
+ --Veux-tu vivre?--Dieu m'en doint la puissance!
+ --Il te fault...--Quoy?--Remors de conscience;
+ Lire sans fin.--Et en quoy?--En science;
+ Laisse les folz!--Bien, j'y adviseray.
+ --Or le retiens.--J'en ay bien souvenance.
+ --N'attends pas tant que tourne a desplaisance.
+ Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray.
+
+
+
+ LA REQUESTE [P. 115]
+ Que Villon bailla a Monseigneur de Bourbon.
+
+ Le mien seigneur et prince redoubte,
+ Fleuron de Lys, royale geniture,
+ Francoys Villon, que travail a dompte
+ A coups orbes, par force de batture,
+ Vous supplie, par cette humble escripture,
+ Que luy faciez quelque gracieux prest.
+ De s'obliger en toutes cours est prest;
+ Si ne doubtez que bien ne vous contente.
+ Sans y avoir dommage n'interest,
+ Vous n'y perdrez seulement que l'attente.
+
+ A prince n'a ung denier emprunte,
+ Fors a vous seul, vostre humble creature.
+ Des six escus que lui avez preste,
+ Cela pieca, il mist en nourriture;
+ Tout se payera ensemble, c'est droicture,
+ Mais ce sera legerement et prest:
+ Car, se du gland rencontre en la forest
+ D'entour Patay, et chastaignes ont vente,
+ Paye serez sans delay ny arrest:
+ Vous n'y perdrez seulement que l'attente.
+
+ Si je pensois vendre de ma sante
+ A ung Lombard, usurier par nature,
+ Faulte d'argent m'a si fort enchante,
+ Que j'en prendrois, ce croy-je, l'adventure.
+ Argent ne pend a gippon ne ceincture;
+ Beau sire Dieux! je m'esbahyz que c'est,
+ Que devant moy croix ne se comparoist,
+ Sinon de bois ou pierre, que ne mente;
+ Mais s'une fois la vraye m'apparoist,
+ Vous n'y perdrez seulement que l'attente. [P. 116]
+
+ ENVOI.
+
+ Prince du Lys, qui a tout bien complaist,
+ Que cuydez-vous, comment il me desplaist
+ Quand je ne puis venir a mon entente?
+ Bien m'entendez, aydez-moi, s'il vous plaist:
+ Vous n'y perdrez seulement que l'attente.
+
+
+
+ SUSCRIPTION DE LADITE REQUESTE
+
+ _Allez, Lettres, faictes un sault,
+ Combien que n'ayez pied ne langue:
+ Remonstrez, en vostre harengue,
+ Que faulte d'argent si m'assault._
+
+
+
+ BALLADE
+
+ DES PROVERBES.
+
+ Tant grate chevre que mal gist;
+ Tant va le pot a l'eau qu'il brise;
+ Tant chauffe-on le fer qu'il rougist;
+ Tant le maille-on qu'il se debrise;
+ Tant vault l'homme comme on le prise;
+ Tant s'eslongne-il qu'il n'en souvient;
+ Tant mauvais est qu'on le desprise;
+ Tant crie l'on Noel qu'il vient.
+
+ Tant raille-on que plus on ne rit;
+ Tant despend-on qu'on n'a chemise;
+ Tant est-on franc que tout se frit; [P. 117]
+ Tant vault tien que chose promise;
+ Tant ayme-on Dieu qu'on suyt l'Eglise;
+ Tant donne-on qu'emprunter convient;
+ Tant tourne vent qu'il chet en bise;
+ Tant crie l'on Noel qu'il vient.
+
+ Tant ayme-on chien qu'on le nourrist;
+ Tant court chanson qu'elle est apprise;
+ Tant garde-on fruict qu'il se pourrist;
+ Tant bat-on place qu'elle est prise;
+ Tant tarde-on qu'on fault a l'emprise;
+ Tant se haste-on que mal advient;
+ Tant embrasse-on que chet la prise;
+ Tant crie l'on Noel qu'il vient;
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, tant vit fol qu'il s'advise;
+ Tant va-t-il qu'apres il revient;
+ Tant le matte-on qu'il se radvise;
+ Tant crie l'on Noel qu'il vient.
+
+
+
+
+ BALLADE
+
+ DES MENUS PROPOS.
+
+ Je congnois bien mouches en laict;
+ Je congnois a la robe l'homme;
+ Je congnois le beau temps du laid;
+ Je congnois au pommier la pomme;
+ Je congnois l'arbre a veoir la gomme;
+ Je congnois quand tout est de mesme;
+ Je congnois qui besongne ou chomme;
+ Je congnois tout, fors que moy-mesme. [P. 118]
+
+ Je congnois pourpoinct au collet;
+ Je congnois le moyne a la gonne;
+ Je congnois le maistre au valet;
+ Je congnois au voyle la nonne;
+ Je congnois quand piqueur jargonne;
+ Je congnois folz nourriz de cresme;
+ Je congnois le vin a la tonne;
+ Je congnois tout, fors que moy-mesme.
+
+ Je congnois cheval du mulet;
+ Je congnois leur charge et leur somme;
+ Je congnois Bietrix et Bellet;
+ Je congnois gect qui nombre et somme;
+ Je congnois vision en somme;
+ Je congnois la faulte des Boesmes;
+ Je congnois filz, varlet et homme:
+ Je congnois tout, fors que moy-mesme.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, je congnois tout en somme;
+ Je congnois coulorez et blesmes;
+ Je congnois mort qui nous consomme;
+ Je congnois tout, fors que moy-mesme.
+
+
+
+ BALLADE [P. 119]
+ DES POVRES HOUSSEURS.
+
+ On parle des champs labourer,
+ De porter chaulme contre vent,
+ Et aussi de se marier
+ A femme qui tance souvent;
+ De moyne de povre couvent,
+ De gens qui vont souvent sur mer;
+ De ceulx qui vont les bleds semer,
+ Et de celluy qui l'asne maine;
+ Mais, a trestout considerer,
+ Povres housseurs ont assez peine.
+
+ A petis enfans gouverner,
+ Dieu scait se c'est esbatement!
+ De gens d'armes doit-on parler?
+ De faire leur commandement?
+ De servir Malchus chauldement?
+ De servir dames et aymer?
+ De guerrier et bouhourder
+ Et de jouster a la quintaine?
+ Mais, a trestout considerer,
+ Povres housseurs ont assez peine.
+
+ Ce n'est que jeu de bled soyer,
+ Et de prez faulcher, vrayement;
+ Ne d'orge battre, ne vanner,
+ Ne de plaider en Parlement;
+ A danger emprunter argent;
+ A maignans leurs poisles mener;
+ Et a charretiers desjeuner, [P. 120]
+ Et de jeusner la quarantaine;
+ Mais, a trestout considerer,
+ Povres housseurs ont assez peine.
+
+
+
+ PROBLEME OU BALLADE
+ AU NOM DE LA FORTUNE.
+
+ Fortune fuz par clercz jadis nommee,
+ Que toy, Francoys, crie et nomme meurtriere.
+ S'il y a hom d'aucune renommee
+ Meilleur que toy, faiz user en plastriere,
+ Par povrete, et fouyr en carriere,
+ S'a honte viz, te dois tu doncques plaindre?
+ Tu n'es pas seul; si ne te dois complaindre.
+ Regarde et voy de mes faitz de jadis,
+ Maints vaillans homs par moy mors et roidiz,
+ Et n'eusses-tu envers eulx ung soullon,
+ Appaise-toy, et mectz fin en tes diz:
+ Par mon conseil prends tout en gre, Villon!
+
+ Contre grans roys je me suis bien armee,
+ Le temps qui est passe; car, en arriere,
+ Priame occis et toute son armee;
+ Ne lui valut tour, donjon, ne barriere.
+ Et Hannibal, demoura-il derriere?
+ En Cartaige, par moy, le feiz actaindre;
+ Et Scypion l'Affricquain feiz estaindre;
+ Julius Cesar au senat je vendiz;
+ En Egipte Pompee je perdiz;
+ En mer noyay Jazon en ung boullon; [P. 121]
+ Et, une fois, Romme et Rommains ardiz....
+ Par mon conseil prends tout en gre, Villon!
+
+ Alexandre, qui tant fist de hamee,
+ Qui voulut voir l'estoille poucyniere,
+ Sa personne par moy fut inhumee.
+ Alphasar roy, en champ, sous la banniere,
+ Ruay jus mort; cela est ma maniere.
+ Ainsi l'ay fait, ainsi le maintendray;
+ Autre cause ne raison n'en rendray.
+ Holofernes, l'ydolastre mauldiz,
+ Qu'occist Judic (et dormoit entandiz!)
+ De son poignart, dedens son pavillon;
+ Absallon, quoy! en fuyant suspendis....
+ Par mon conseil prends tout en gre, Villon!
+
+ ENVOI.
+
+ Povre Francoys, escoute que tu dis:
+ Se rien peusse sans Dieu de paradiz,
+ A toy n'aultre ne demourroit haillon:
+ Car pour ung mal lors j'en feroye dix:
+ Par mon conseil prends tout en gre, Villon!
+
+
+
+
+ BALLADE
+ CONTRE LES MESDISANS DE LA FRANCE.
+
+ Rencontre soit de bestes feu gectans,
+ Que Jason vit, querant la Toison d'or;
+ Ou transmue d'homme en beste, sept ans,
+ Ainsi que fut Nabugodonosor; [P. 122]
+ Ou bien ait perte aussi griefve et villaine
+ Que les Troyens pour la prinse d'Heleine;
+ Ou avalle soit avec Tantalus
+ Et Proserpine aux infernaulx pallus,
+ Ou plus que Job soit en griefve souffrance,
+ Tenant prison en la court Dedalus,
+ Qui mal vouldroit au royaume de France!
+
+ Quatre mois soit en un vivier chantant,
+ La teste au fons, ainsi que le butor;
+ Ou au Grand-Turc vendu argent contant,
+ Pour estre mis au harnois comme ung tor;
+ Ou trente ans soit, comme la Magdelaine,
+ Sans vestir drap de linge ne de laine;
+ Ou noye soit, comme fut Narcisus;
+ Ou aux cheveux, comme Absalon, pendus,
+ Ou comme fut Judas par desperance,
+ Ou puist mourir comme Simon Magus,
+ Qui mal vouldroit au royaume de France!
+
+ D'Octovien puisse venir le temps:
+ C'est qu'on luy coule au ventre son tresor;
+ Ou qu il soit mis entre meules flotans;
+ En un moulin, comme fut saint Victor;
+ Ou transgloutis en la mer, sans haleine,
+ Pis que Jonas au corps de la baleine;
+ Ou soit banny de la clarte Phoebus,
+ Des biens Juno et du soulas Venus,
+ Et du grant Dieu soit mauldit a outrance,
+ Ainsi que fut roy Sardanapalus,
+ Qui mal vouldroit au royaume de France!
+
+ ENVOI. [P. 123]
+
+ Prince, porte soit des clers Eolus,
+ En la forest ou domine Glocus,
+ Ou prive soit de paix et d'esperance,
+ Car digne n'est de posseder vertus,
+ Qui mal vouldroit au royaume de France!
+
+
+
+ LE JARGON OU JOBELIN [P. 124]
+ DE MAISTRE
+ FRANCOIS VILLON.
+
+
+ BALLADE I.
+
+ A Parouart, la grand Mathe Gaudie,
+ Ou accollez sont duppez et noirciz,
+ De par angels suyvans la paillardie,
+ Sont greffiz et prins cinq ou six.
+ La sont bleffeurs, au plus hault bout assis
+ Pour l'evagie, et bien hault mis au vent.
+ Escevez-moy tost ces coffres massis!
+ Ces vendengeurs, des ances circoncis,
+ S'embrouent du tout a neant...
+ Eschec, eschec, pour le fardis!
+
+ Brouez-moy sur ces gours passans,
+ Advisez-moy bien tost le blanc,
+ Et pictonnez au large sur les champs:
+ Qu'au mariage ne soyez sur le banc
+ Plus qu'un sac de piastre n'est blanc.
+ Si gruppez estes des carireux, [P. 125]
+ Rebignez-moy tost ces enterveux,
+ Et leur montrez des trois le bris:
+ Que claves ne soyez deux et deux...
+ Eschec, eschec, pour le fardis!
+
+ Plantez aux hurmes vos picons,
+ De paour des bisans si tres-durs,
+ Et, aussi, d'estre sur les joncs,
+ En mahe, en coffres, en gros murs.
+ Escharricez, ne soyez durs,
+ Que le grand Can ne vous fasse essorer.
+ Songears ne soyez pour dorer,
+ Et babignez tousjours aux ys
+ Des sires, pour les debouser...
+ Eschec, eschec, pour le fardis!
+
+ ENVOI.
+
+ Prince Froart, dit des Arques Petis,
+ L'un des sires si ne soit endormis,
+ Levez au bec, que ne soyez griffis,
+ Et que vous n'en ayez du pis...
+ Eschec, eschec, pour le fardis!
+
+
+
+
+ BALLADE II.
+
+ Coquillars, narvans a Ruel,
+ Men ys vous chante que gardez
+ Que n'y laissez et corps et pel,
+ Com fist Colin de l'Escaillier,
+ Devant la roe babiller
+ Il babigna, pour son salut. [P. 126]
+ Pas ne scavoit oingnons peller,
+ Dont Lamboureur lui rompt le suc.
+
+ Changez, andossez souvent,
+ Et tirez tout droit au tremble,
+ Et eschicquez tost en brouant.
+ Qu'en la jarte ne soyez ample.
+ Montigny y fut, par exemple,
+ Bien estache au halle-grup,
+ Et y jargonnast-il le temple,
+ Dont Lamboureur lui rompt le suc.
+
+ Gailleurs, bien faitz en piperie,
+ Pour ruer les ninars au loing,
+ A l'assault tost, sans suerie!
+ Que les mignons ne soient au gaing,
+ Tout farcis d'un plumas a coing,
+ Qui griefve et garde le duc,
+ Et de la dure si tres loing,
+ Dont Lamboureur luy rompt le suc.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, arriere de Ruel,
+ Et n'eussiez vous denier ne pluc,
+ Que au giffle ne laissez la pel,
+ Pour Lamboureur, qui rompt le suc.
+
+
+
+ BALLADE III. [P. 127]
+
+ Spelicans,
+ Qui, en tous temps,
+ Avancez dedans le pogois,
+ Gourde piarde,
+ Et sur la tarde,
+ Desboursez les pauvres nyais,
+ Et pour soustenir vostre pois,
+ Les duppes sont privez de caire,
+ Sans faire haire,
+ Ne hault braiere,
+ Mais plantez ils sont comme joncz,
+ Pour les sires qui sont si longs.
+
+ Souvent aux arques,
+ A leurs marques,
+ Se laissent tous desbouser
+ Pour ruer,
+ Et enterver
+ Pour leur contre que lors faisons.
+ La fee aux Arques vous respond,
+ Et rue deux coups, ou bien troys,
+ Aux gallois.
+ Deux, ou troys
+ Mineront trestout aux frontz,
+ Pour les sires qui sont si longs.
+
+ Et pour ce, benards,
+ Coquillars,
+ Rebecquez-vous de la montjoye,
+ Qui desvoye [P. 128]
+ Votre proye,
+ Et vous fera de tout brouer;
+ Par joncher
+ Et enterver,
+ Qui est aux pigeons bien cher:
+ Pour rifler
+ Et placquer
+ Les angels de mal tous rondz,
+ Pour les sires qui sont si longs.
+
+ ENVOI.
+
+ De paour des hurmes
+ Et des grumes,
+ Rassurez-vous en droguerie
+ Et faerie,
+ Et ne soyez plus sur les joncz,
+ Pour les sires qui sont si longs.
+
+
+
+ BALLADE IV.
+
+ Saupicquetz frouans des gours arques,
+ Pour deshouser, beau sire dieux,
+ Allez ailleurs planter vos marques!
+ Benards, vous estes rouges gueux.
+ Berard s'en va chez les joncheux
+ Et babigne qu'il a plongis.
+ Mes freres, soiez embrayeux
+ Et gardez les coffres massis.
+
+ Se gruppez estes, des grappes
+ De ces angels si graveliffes;
+ Incontinent, manteaulx et cappes, [P. 129]
+ Pour l'emboue ferez eclipses;
+ De vos sarges serez besifles,
+ Tout debout et non pas assis.
+ Pour ce, gardez d'estre griffes
+ Dedens ces gros coffres massis.
+
+ Nyais qui seront attrapez,
+ Bientost s'en brouent au Halle,
+ Plus ne vault que tost ne happez
+ La baudrouse de quatre talle.
+ Des tires fait la hairenalle,
+ Quand le gosser est assiegis,
+ Et si hurcque la pirenalle,
+ Au saillir des coffres massis.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince des gayeulx, a leurs marques,
+ Que voz contres ne soient griffis.
+ Pour doubte de frouer aux arques,
+ Gardez-vous des coffres massis.
+
+
+
+ BALLADE V.
+
+ Joncheurs, jonchans en joncherie,
+ Rebignez bien ou joncherez;
+ Qu'Ostac n'embroue vostre arrerie,
+ Ou acollez sont vos ainsnez.
+ Poussez de la quille et brouez,
+ Car tost seriez roupieux.
+ Eschet qu'acollez ne soyez.
+ Par la poe du marieux.
+
+ Bendez-vous contre la faerie, [P. 130]
+ Quanques vous aurez desbousez,
+ N'estant a juc la riflerie
+ Des angelz et leurs assosez.
+ Berard, se povez, renversez,
+ Si greffir laissez voz carieux;
+ La dure bientost renversez,
+ Pour la poe du marieux.
+
+ Entervez a la floterie,
+ Chantez-leur trois, sans point songer.
+ Qu'en artes ne soyez en surie,
+ Blanchir vos cuirs et essurger.
+ Bignez la mathe, sans targer;
+ Que vos ans ne soyent ruppieux!
+ Plantez ailleurs contre assieger,
+ Pour la poe du marieux.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince Benard en Esterie,
+ Querez coupans pour Lamboureux
+ Et autour de vos ys tuerie,
+ Pour la poe du marieux.
+
+
+
+ BALLADE VI
+
+ Contres de la gaudisserie,
+ Entervez tousjours blanc pour bis,
+ Et frappez, en la hurterie,
+ Sur les beaulx sires bas assis.
+ Ruez de feuilles cinq ou six,
+ Et vous gardez bien de la roe,
+ Qui aux sires plante du gris, [P. 131]
+ En leur faisant faire la moe.
+
+ La giffle gardez de rurie,
+ Que vos corps n'en ayent du pis,
+ Et que point, a la turterie,
+ En la hurme ne soyez assis.
+ Prenez du blanc, laissez du bis,
+ Ruez par les fondes la poe,
+ Car le bizac, a voir advis,
+ Faict aux Beroars faire la moe.
+
+ Plantez de la mouargie,
+ Puis ca, puis la, pour l'artis,
+ Et n'espargnez point la flogie
+ Des doulx dieux sur les patis.
+ Vos ens soyent assez hardis,
+ Pour leur avancer la droe;
+ Mais soient memorandis,
+ Qu'on ne vous face la moe.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, qui n'a bauderie
+ Pour eschever de la soe,
+ Danger du grup, en arderie,
+ Faict aux sires faire la moe.
+
+ FIN DES OEUVRES DE MAISTRE
+ FRANCOIS VILLON.
+
+
+
+ POESIES [P. 132]
+ ATTRIBUEES A VILLON
+
+
+
+ I RONDEL.
+
+ Les biens dont vous estes la dame
+ Ont mon cueur si tres fort espris,
+ Qu'il feust mort, s'il n'eust entrepris
+ De vous aymer plus que nul ame.
+
+ Quant a moy, point je ne l'en blasme,
+ Pour ce qu'ilz ont de tous le pris
+ Les biens dont vous estes la dame.
+
+ De ce qu'il fault que je vous ayme,
+ Je scay trop bien que j'ay mespris;
+ Mais qui en doit estre repris?
+ Non pas moi. Qui donc? Sur mon ame,
+ Les biens dont vous estes la dame.
+
+
+ II. RONDEL.
+
+ A bien juger mon propre affaire
+ Et piteux cas, sans riens en taire,
+ Plus qu'autre croire me debvez, [P. 134]
+ Se par adventure n'avez
+ Information de contraire.
+
+ Celle ou celluy qui m'a brasse
+ Ce maulvais los et pourchasse
+ Me het et ne vous ayme pas;
+ Mais il quiert que soye chacie
+ De vostre amour et effacie.
+ Je congnois bien telz advocas.
+
+ Se vous avez voulu refaire
+ Leur voulente pour me deffaire,
+ Vous faictes mal et me grevez.
+ Considerez que vous scavez
+ Qu'onc vers vous ne voulus meffaire
+ A bien juger.
+
+
+ III. RONDEL.
+
+ Une fois me dictes ouy,
+ En foy de noble et gentil femme;
+ Je vous certifie, ma Dame,
+ Qu'oncques ne fuz tant resjouy.
+
+ Veuillez le donc dire selon
+ Que vous estes benigne et doulche,
+ Car ce doulx mot n'est pas si long
+ Qu'il vous face mal en la bouche.
+
+ Soyez seure, si j'en jouy,
+ Que ma lealle et craintive ame
+ Gardera trop mieulx que nul ame
+ Vostre honneur. Avez-vous ouy?
+ Une fois me dictes ouy.
+
+
+ IV. RONDEL. [P. 135]
+
+ Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente;
+ Une j'en sers qui est bien suffisante
+ Pour contenter un grant duc ou un roy.
+ Je l'ayme bien, mais non pas elle moy;
+ Il n'est besoing que de ce je me vante.
+
+ Combien qu'elle est de taille belle et gente,
+ De m'en louer pour ceste heure presente
+ Pardonnez-moy, car je n'y voy de quoy;
+ Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente.
+
+ Quant je luy dy de mon vouloir l'entente,
+ Et cueur et corps et biens je luy presente,
+ Pour tout cela remede je n'y voy.
+ Delibere suis, scavez-vous de quoy?
+ De luy quicter et le jeu et l'actente.
+ Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente.
+
+
+ V. RONDEL.
+
+ De mon faict je ne scay que dire;
+ Par tout ou je vois je m'adire,
+ Et des yeulx voy moins que du coute.
+ En danger suis qu'il ne me couste
+ La vie, tant suis remply d'ire.
+
+ De mon faict je ne scay que dire,
+ Car ma dame si ne tient compte
+ De mon martyre, quant luy compte,
+ Mais me dit que trop aise suis,
+ Et qu'en ce royaulme n'a conte
+ Qui ait de nulle meilleur compte
+ Que j'ay d'elle, quant je la suis,
+
+ Nullement, de paour de mesdire, [P. 136]
+ Jamais je ne l'ose desdire;
+ A son gre parler je l'ecoute,
+ Puis empres elle je m'accoute,
+ Sans luy vouloir riens contredire.
+ De mon faict je ne scay que dire.
+
+
+ VI. RONDEL.
+
+ Pour entretenir mes amours
+ Colorer me fault maints fins tours;
+ Car ma bourse est tres mal garnie
+ Pour fourrer le poignet tousjours.
+
+ Ung jour demande haults atours,
+ Et l'autre ung grant bort de velours,
+ Et je respons: "Or bien, m'amye,"
+ Pour entretenir mes amours.
+
+ Veez-vous ce donneur de bonjours?
+ Il a faict en el tant de cours,
+ Practique l'art de baverie,
+ Qu'il scet moult bien, sans ce qu'il rie,
+ Dire sa pensee a rebours.
+ Pour entretenir mes amours
+ Colorer me fault maints fins tours.
+
+
+ VII. RONDEL.
+
+ Tu te brusles a la chandelle!
+ Helas! mon cueur, ne vois tu pas
+ Que danger est tousjours au pas,
+ Qui fait a tous guerre mortelle?
+
+ Soyes seur que tu l'auras belle [P. 137]
+ Se tu n'y vas bien par compas;
+ Tu te brusles a la chandelle.
+
+ Sont-ce chastaignes qu'on y pelle,
+ A ton advis, pour ton repas?
+ Nennil. Retrais toy tout le pas,
+ Ains qu'on te frape au cul la pelle.
+ Tu te brusles a la chandelle.
+
+
+ VIII. RONDEL.
+
+ Adieu vous dy la lerme a l'oeil;
+ Adieu, ma tres gente mignonne,
+ Adieu, sur toutes la plus bonne,
+ Adieu vous dy, qui m'est grand dueil.
+
+ Adieu, adieu, m'amour, mon vueil;
+ Mon povre cueur vous laisse et donne.
+ Adieu vous dy la lerme a l'oeil.
+
+ Adieu, par qui du mal recueil
+ Mille fois plus que mot ne sonne;
+ Adieu, du monde la personne
+ Dont plus me loue et plus me dueil.
+ Adieu vous dy la lerme a l'oeil.
+
+
+ IX. BALLADE.
+
+ Las! je me plains d'amours et de ma dame,
+ Et de mes yeulx dont j'ay veu sa beaulte;
+ Et oultre plus, je me plains d'une femme
+ Qui contre moy a le conseil donne
+ Dont j'ay deja tant de mal endure [P. 138]
+ Qu'il me fauldra, par deffaulte de joye,
+ Aller criant, comme tout forcene:
+ Je hez ma dame que tant aymer souloye.
+
+ Car se pitie son tres doulx cueur n'entame
+ A me donner ce que j'ay desire,
+ J'iray mourir, ainsi qu'ung homme infame.
+ Tout hors de sens et si desespere
+ Qu'apres ma mort il en sera parle
+ Plus loin dix fois que d'icy en Savoye,
+ Et lors diray pour plus estre blasme:
+ Je hez ma dame que tant aymer souloye
+
+ Se je le dy, je jure sur mon ame
+ Que ce sera contre ma voulente.
+ Je prye a Dieu qu'il n'y puist avoir ame
+ A celle fin qu'il ne soit raporte.
+ Car jasoit ce qu'elle m'ait courrouce
+ Tant qu'on peut plus, cent mille fois mourroye
+ Avant que j'eusse ne dit ne profere:
+ Je hez ma dame que tant aymer souloye.
+
+
+ X. RONDEL.
+
+ Quelque chose qu'Amours ordonne,
+ Force m'est que vous habandonne
+ Pour pourchasser ailleurs mon bien;
+ Car, sur ma foy, je congnois bien
+ Que vous m'estes pire que bonne.
+
+ Trop a de cueur qui vous en donne:
+ Pour ce ja Dieu ne me pardonne
+ Se vous avez jamais le mien, [P. 139]
+ Quelque chose qu'Amours ordonne.
+
+ Si n'aymeray je ja personne
+ Que vous, quoy que l'on me sermonne,
+ En tout ce monde terrien;
+ Mais maintenant je n'en fais rien,
+ Et sers selon qu'on me guerdonne.
+ Quelque chose qu'Amours ordonne,
+ Force m'est que vous habandonne.
+
+
+
+ XI. RONDEL.
+
+ Hahay! estes vous rencherie,
+ Dieux y ait part, puis devant hier?
+ Ma dame, c'est pour enrager!
+ Le faictes-vous par mocquerie?
+
+ Mais venez ca, je vous en prie:
+ Est le cuir devenu si cher?
+ Hahay! estes vous rencherie?
+
+ Et dea! et ne scavez-vous mie
+ Que mon pere est cordouennier;
+ Vous voulez bazanne priser
+ Plus que cordouen la moitie.
+ Hahay! estes-vous rencherie?
+
+
+
+ XII. RONDEL.
+
+ Au plus offrant ma dame est mise
+ Et dernier encherisseur.
+ Je ne scay se c'est par honneur,
+ Mais je n'en prise pas la guise.
+
+ Elle m'avoit sa foy promise, [P. 140]
+ Mais je voy qu'elle a mis son cueur
+ Au plus offrant.
+
+ Et pour ce je quitte la prinse
+ D'estre nomme son serviteur,
+ Car donner me porte malheur.
+ Ainsi j'ay laisse l'entreprise
+ Au plus offrant.
+
+
+ XIII. RONDEL.
+
+ Entens a moy, vray dieu d'amours,
+ Et faiz que la mort ait son cours
+ Hastivement,
+
+ Car j'ay mal employe mes jours.
+ Je meurs en aymant par amours
+ Certainement.
+
+ Languir me fault en griefs doulours.
+
+
+ XIV. BALLADE
+ _Pour ung prisonnier._
+
+ S'en mes maulx me peusse esjoyr
+ Tant que tristesse me feust joye
+ Par me doulouser et gemir,
+ Voulentiers je me complaindroye;
+ Car, s'au plaisir Dieu, hors j'estoye,
+ J'ay espoir qu'au temps advenir
+ A grant honneur venir pourroye
+ Une fois avant que mourir.
+
+ Pourtant, s'ay eu moult a souffrir [P. 141]
+ Par fortune, dont je larmoye,
+ Et que n'ay pas peu obtenir
+ N'avoir ce que je pretendoye,
+ Au temps advenir je vouldroye
+ Voulentiers bon chemin tenir
+ Pour acquerir honneur et joye
+ Une fois avant que mourir.
+
+ Sans plus loin exemple querir,
+ Par moy mesme juger pourroye
+ Que meschief nul ne peult fouyr,
+ S'ainsi est qu'advenir luy doye.
+ C'est jeunesse qui tout desvoye;
+ Nul ne s'en doit trop esbahyr.
+ Si juste n'est qui ne fourvoye
+ Une fois avant que mourir.
+
+ Prince, s'aucun povoir avoye
+ Sur ceulx qui me font cy tenir,
+ Voulentiers vengeance en prendroye
+ Une fois avant que mourir.
+
+
+ XV. RONDEL.
+
+ Comme moy vous aurez voz gages.
+ J'en fuz bien paye au partir:
+ Plain de dueil jusques au partir,
+ Ne sont-ce plaisans advantages?
+
+ Servez amours entre vous sages:
+ Il vous en fera repentir;
+ Comme moy vous aurez vos gages.
+
+ Repeuz serez de doulx langaiges [P. 142]
+ Pour vous garder de departir.
+ Quant est a moy, j'en suys martir.
+ Bien tard congnoistrez telz ouvrages;
+ Comme moy vous aurez vos gages.
+
+
+ XVI. BALLADE.
+
+ Il n'est danger que de vilain,
+ N'orgueil que de povre enrichy,
+ Ne si seur chemin que le plain,
+ Ne secours que de vray amy,
+ Ne desespoir que jalousie,
+ N'angoisse que cueur convoiteux,
+ Ne puissance ou il n'ait envie,
+ Ne chere que d'homme joyeulx;
+
+ Ne servir qu'au roy souverain,
+ Ne lait nom que d'homme ahonty,
+ Ne manger fors quant on a faim,
+ N'emprise que d'homme hardy,
+ Ne povrete que maladie,
+ Ne hanter que les bons et preux,
+ Ne maison que la bien garnie,
+ Ne chere que d'homme joyeulx;
+
+ Ne richesse que d'estre sain,
+ N'en amours tel bien que mercy,
+ Ne de la mort rien plus certain,
+ Ne meilleur chastoy que de luy;
+ Ne tel tresor que preudhommye,
+ *****************************
+ Ne paistre qu'en grant seigneurie,
+ Ne chere que d'homme joyeulx;
+
+ ENVOI. [P. 143]
+
+ Que voulez-vous que je vous die?
+ Il n'est parler que gracieulx,
+ Ne louer gens qu'apres leur vie,
+ Ne chere que d'homme joyeulx
+
+
+ XVII. BALLADE MORALE.
+
+ D'une dague forte et aiguee
+ Soit-il frappe parmy l'eschine,
+ Et ait tousjours une sansue
+ Attachee a sa poitrine,
+ Et attainct d'une coulevrine
+ Entre le nez et le menton,
+ Ou qu'en prison vive en famine,
+ Qui autruy blasme sans raison.
+
+ Son giste soit emmy la rue,
+ Tout nud quand il fera bruyne,
+ Sur pel de hericon pointue,
+ Couvert d'une chere estamine;
+ De vent de bise sa courtine,
+ Et soit mors d'ung escorpion,
+ Ou qu'en prison vive en foraine,
+ Qui autruy blasme sans raison.
+
+ Sa chair soit detrenchee menue
+ Plus qu'au moulin n'est la farine,
+ Ou de gros nerfz soit bien batue,
+ Ou couche nud sur tas d'espine:
+ Et affin que plus tost il fine,
+ Son corps soit remply de poison,
+ Ou qu'en prison vive en famine, [P. 144]
+ Qui autruy blasme sans raison.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, soit mis en la gehaine
+ Dix fois le jour comme ung larron,
+ Ou qu'en prison vive en famine,
+ Qui autruy blasme sans raison.
+
+
+
+ XVIII. BALLADE.
+
+ J'ay ung arbre de la plante d'amours,
+ Enracine en mon cueur proprement,
+ Qui ne porte fruits, sinon de dolours,
+ Fueilles d'ennuy et fleurs d'encombrement;
+ Mais, puis qu'il fut plante premierement,
+ Il est tant creu, de racine et de branche,
+ Que son umbre, qui me porte nuysance,
+ Fait au dessoubs toute joye seichier,
+ Et si ne puis, pour toute ma puissance,
+ Autre planter, ne celuy arrachier.
+
+ De si long-temps est arrose de plours
+ Et de lermes tant douloureusement,
+ Et si n'en sont les fruits de rien meillours:
+ Ne je n'y truys gueres d'amendement.
+ Je les recueille pourtant soigneusement.
+ C'est de mon cueur l'amere soustenance,
+ Qui trop mieux fust en friche ou en souffrance
+ Que porter fruits qui le dussent blecier;
+ Mais pas ne veult l'amoureuse ordonnance,
+ Autre planter, ne celuy arrachier.
+
+ S'en ce printemps, que les feuilles et fleurs [P. 145]
+ Et arbrynceaux percent nouvellement,
+ Amours vouloit moy faire ce secours,
+ Que les branches qui font empeschement
+ Il retranchast du tout entierement,
+ Pour y enter ung rynceau de plaisance,
+ Il gecteroit bourgeons de souffisance;
+ Joye en istroit, dont il n'est rien plus chier;
+ Et ne fauldroit ja, par desesperance,
+ Autre planter, ne celuy arrachier.
+
+ ENVOI.
+
+ Ma princesse, ma premiere esperance,
+ Mon cueur vous sert en dure penitence.
+ Faictes le mal qui l'acqueult retranchier,
+ Et ne souffrez en vostre souvenance
+ Autre planter, ne celuy arrachier.
+
+
+
+ XIX. BALLADE.
+
+ Plaisant assez, et des biens de fortune
+ Ung peu garny, me trouvay amoureux,
+ Voire si bien, que, tant aymay fort une,
+ Que nuit et jour j'en estois langoureux.
+ Mais tant y a, que je fus si heureux
+ Que, moyennant vingt escus a la rose,
+ Je fis cela que chacun bien suppose.
+ Alors je dis, connoissant ce passage:
+ "Au fait d'amours, babil est peu de chose;
+ Riche amoureux a tousjours l'advantage.
+
+ Or est ainsy que, durant ma pecune,
+ Je fus traite comme amy precieux;
+ Mais, tost apres, sans dire chose aucune,
+ Cette vilaine alla jetter les yeulx [P. 146]
+ Sur un vieillard riche, mais chassieux,
+ Laid et hideux trop plus qu'on ne propose.
+ Ce neantmoins, il en jouit sa pose,
+ Dont moy, confus, voyant un tel ouvrage,
+ Dessus ce texte allay bouter en glose:
+ Riche amoureux a tousjours l'advantage.
+
+ Or elle a tort, car noyse ny rancune
+ N'eut onc de moy. Tant lui fus gracieux,
+ Que, s'elle eust dit: "Donne-moy de la lune"
+ J'eusse entrepris de monter jusqu'aux cieulx;
+ Et, nonobstant, son corps tant vicieux
+ Au service de ce vieillard expose.
+ Dont, ce voyant, un rondeau je compose,
+ Que luy transmets; mais, en pou de langage,
+ Me respond franc: "Povrete te depose:
+ Riche amoureux a tousjours l'advantage!"
+
+ ENVOI.
+
+ Prince tout bel, trop mieux parlant qu'Orose,
+ Si vous n'avez toujours bourse desclose,
+ Vous abusez: car Meung, docteur tres sage,
+ Nous a descrit que, pour cueillir la rose,
+ Riche amoureux a tousjours l'advantage.
+
+
+
+ XX. BALLADE.
+
+ Qui en amours veut estre heureux,
+ Faut tenir train de seigneurie,
+ Estre prompt et advantureux
+ Quand vient a monstrer l'armarie:
+ Porter drap d'or, orfaverie,
+ Car cela les dames esmeut.
+ Tout sert; mais, par saincte Marie! [P. 147]
+ Il ne fait pas ce tour qui veult.
+
+ Je fus nagueres amoureux
+ D'une dame cointe et jolie,
+ Qui me dit, en mots gracieux:
+ "Mon amour est en vous ravie;
+ Mais il faut qu'el soit desservie
+ Par cinquante escus d'or, s'on peut.
+ --Cinquante escus! Bon gre ma vie!
+ Il ne fait pas ce tour qui veult."
+
+ Alors luy donnay sur les lieux
+ Ou elle feisoit l'endormie:
+ Quatre venues, de coeur joyeux,
+ Luy fis en moins d'heure et demie.
+ Lors me dit, a voix espasmie:
+ "Encore un coup! le coeur me deult.
+ --Encore un coup! Helas! m'amye,
+ Il ne fait pas ce tour qui veult!"
+
+ ENVOI.
+
+ Prince d'amours, je te supplie,
+ Si plus ainsi elle m'accuelt,
+ Que ma lance jamais ne plie:
+ Il ne fait pas ce tour qui veult!
+
+
+
+ XXI. BALADE JOYEUSE DES TAVERNIERS.
+
+ D'ung gect de dart, d'une lance asseree,
+ D'ung grant faussart, d'une grosse massue,
+ D'une guisarme, d'une fleche ferree,
+ D'ung bracquemart, d'une hache esmolue,
+ D'ung grand penart et d'une bisaguee,
+ D'ung fort espieu et d'une saqueboute; [P. 148]
+ De maulx briguans puissent trouver tel route
+ Que tous leurs corps fussent mis par morceaulx,
+ Le cueur fendu, descire par monceaulx,
+ Le col couppe d'ung bon branc acherin,
+ Descirez soient de truye et de pourceaulx
+ Les taverniers qui brouillent nostre vin.
+
+ D'ung arc turcquois, d'une espee affilee
+ Ayent les paillars la brouaille cousue,
+ De feu gregoys la perrucque bruslee,
+ Et par tempeste la cervelle espandue,
+ Au grand gibet leur charongne pendue,
+ Et briefvement puissent mourir de goutte,
+ Ou je requiers et pry que l'on leur boute
+ Parmy leur corps force d'ardans barreaulx;
+ Vifs escorchez des mains de dix bourreaulx,
+ Et puis bouillir en huille le matin,
+ Desmembrez soient a quatre grans chevaux,
+ Les taverniers qui brouillent nostre vin.
+
+ D'un gros canon la tete escarbouillee
+ Et de tonnerre acablez en la rue
+ Soient tous leurs corps, et leur chair dessiree,
+ De gros mastins bien garnye et pourvue,
+ De forz esclers puissent perdre la veue,
+ Neige et gresil tousjours sur eux degoutte,
+ Avecques ce ilz aient la pluye toute
+ Sans que sur eux ayent robbes ne manteaulx,
+ Leurs corps trenchez de dagues et couteaulx,
+ Et puis traisnez jusques en l'eau du Rin;
+ Desrompuz soient a quatre-vingts marteaulx
+ Les taverniers qui brouillent nostre vin.
+
+ Prince, de Dieu soient maulditz leurs boyaulx, [P. 149]
+ Et crever puissent par force de venin
+ Ces faulx larrons, maulditz et desloyaulx,
+ Les taverniers qui brouillent nostre vin
+
+
+
+ XXII. S'ENSUIT LE MONOLOGUE DU [P. 150]
+ FRANC ARCHIER DE BAIGNOLLET
+
+ AVEC SON EPITAPHE.
+
+ C'est a meshuy! J'ay beau corner!
+ Or ca, il s'en fault retourner,
+ Maulgre ses dentz, en sa maison
+ Si ne vis-je pieca saison
+ Ou j'eusse si hardy couraige
+ Que j'ay! Par la morbieu! j'enraige
+ Que je n'ay a qui me combatre...
+ Y a-il homme qui a quatre,
+ Dy-je, y a-il quatre qui vueillent
+ Combatre a moy? Se tost recueillent
+ Mon gantelet; vela pour gaige!
+ Par le sang bieu! je ne crains paige,
+ S'il n'a point plus de quatorze ans.
+ J'ay autresfoys tenu les rencz,
+ Dieu Mercy! et gaigne le prix
+ Contre cinq Angloys que je pris,
+ Povres prisonniers desnuez, [P. 151]
+ Si tost que je les euz ruez.
+ Ce fust au siege d'Alencon.
+ Les troys se misrent a rancon,
+ Et le quatriesme s'enfuyt.
+ Incontinent que l'autre ouyt
+ Ce bruit, il me print a la gorge.
+ Se je n'eusse crie: Sainct George!
+ Combien que je suys bon Francoys,
+ Sang bieu! il m'eust tue ancoys
+ Que personne m'eust secouru.
+ Et quand je me senty feru
+ D'une bouteille, qu'il cassa
+ Sur ma teste: "Venez ca, ca!
+ Dis-je lors. Que chascun s'appaise!
+ Je ne quiers point faire de noise,
+ Ventre bieu! et buvons ensemble.
+ Pose soit ores que je tremble,
+ Sang bieu! je ne vous crains pas maille."
+
+ _Cy dit ung quidem, par derriere les gens_:
+ Coquericoq.
+
+ Qu'esse cy? J'ay ouey poullaille
+ Chanter chez quelque bonne vieille;
+ Il convient que je la resveille.
+ Poullaille font icy leurs nidz!
+ C'est du demourant d'Ancenys,
+ Par ma foy! ou du Champ-Tourse...
+ Helas! que je me vis course
+ De la mort d'ung de mes nepveux!
+ J'euz d'ung canon par les cheveux,
+ Qui me vint cheoir tout droit en barbe;
+ Mais je m'escriay: "Saincte Barbe! [P. 152]
+ Vueille-moy ayder a ce coup,
+ Et je t'ayderay l'autre coup!"
+ Adonc le canon m'esbranla,
+ Et vint ceste fortune-la
+ Quand nous eusmes le fort conquis.
+ Le Baronnet et le Marquis,
+ Craon, Cures, l'Aigle et Bressoire,
+ Accoururent pour veoir l'histoire;
+ La Rochefouquault, l'Amiral,
+ Aussi Beuil et son attirail,
+ Pontievre, tous les capitaines,
+ Y deschausserent leurs mitaines
+ De fer, de paour de m'affoler,
+ Et si me vindrent acoler
+ A terre, ou j'estoye meshaigne,
+ De paour de dire: "Il n'a daigne!"
+ Combien que je fusse malade,
+ Je mis la main a la salade,
+ Car el m'estouffoit le visaige.
+ "Ha! dist le Marquis, ton oultraige
+ Te fera une foys mourir!"
+ Car il m'avoit bien veu courir,
+ Oultre l'ost, devant le chasteau.
+ Helas! j'y perdy mon manteau,
+ Car je cuidoye d'une poterne
+ Que ce fust l'huys d'une taverne.
+ Et moy tantost de pietonner,
+ Car, quand on oyt clarons sonner,
+ Il n'est courage qui ne croisse.
+ Tout aussitost: "Ou esse? Ou esse?
+ Et, a brief parler, je m'y fourre,
+ Ne plus ne moins qu'en une bourre.
+ Si ce n'eust este la brairie
+ Du coste devers la prairie, [P. 153]
+ De nos gens, qui crioient trestous,
+ Disant: "Pierre, que faictes-vous?
+ N'assaillez pas la basse court
+ Tout seul!" je l'eusse prins tout court,
+ Certes; mais c'eust este outraige.
+ Et se ce n'eust este ung paige
+ Qui nous vint trencher le chemin,
+ Mon frere d'armes Gueillemin
+ Et moy, Dieu lui pardoint, pourtant!
+ Car, quoy? il nous en pend autant
+ A l'oeil, eussions, sans nulle faille,
+ Frappe au travers la bataille
+ Des Bretons; mais nous apaisames
+ Nos couraiges et recullames...
+ Que dy-je? non pas reculer,
+ Chose dont on ne doibt parler...
+ Ung rien, jusque au Lyon d'Angiers.
+ Je ne craignoye que les dangiers,
+ Moy; je n avoye paour d'aultre chose.
+ Et quand la bataille fut close,
+ D'artillerie grosse et gresle
+ Vous eussez ouy, pesle-mesle:
+ _Tip, tap, sip, sap_, a la barriere,
+ Aux esles, devant et derriere.
+ J'en eus d'ung parmy la cuirace.
+ Les dames qu'estoient en la place
+ Si ne craignoyent que le couillart.
+ Certes, j'estoye ung bon paillart;
+ J'en avoye ung si portatif,
+ Se je n'eusse este si hastif
+ De mettre le feu en la pouldre,
+ J'eusse destruit et mis en fouldre
+ Tout quanqu'avoit de damoiselles.
+ Il porte deux pierres jumelles, [P. 154]
+ Mon couillart: jamais n'en a meins.
+ Et dames de joindre les mains,
+ Quand ilz virent donner l'assault.
+ Les ungs se servoyent du courtault
+ Si dru, si net, si sec que terre.
+ Et puis, quoy? parmy ce tonnerre,
+ Eussez ouy sonner trompilles,
+ Pour faire dancer jeunes filles
+ Au son du courtault, haultement.
+ Quand j'y pense, par mon serment!
+ C'est vaine guerre qu'avec femmes;
+ J'avoye toujours pitie des dames.
+ Veu qu'ung courtault tresperce ung mur,
+ Ilz auroyent le ventre bien dur,
+ S'il ne passoit oultre... Pensez
+ Qu'on leur eust faict du mal assez,
+ Se l'en n'eust eu noble couraige;
+ Mesmes ces pehons de villaige,
+ J'entens pehons de plat pays,
+ Ne se fussent point esbahis
+ De leur mal faire; mais nous sommes
+ Tousjours, entre nous gentilz hommes,
+ Au guet dessus la villenaille.
+ J'estoye par deca la bataille,
+ Tousjours la lance ou la bouteille
+ Sur la cuisse: c'estoit merveille,
+ Merveille de me regarder.
+ Il vint ung Breton estrader,
+ Qui faisoit rage d'une lance;
+ Mais il avoit, de jeune enfance,
+ Les reins rompus; c'estoit dommaige.
+ Il vint tout seul, par son oultraige,
+ Estrader par mont et par val;
+ Pour bien pourbondir ung cheval [P. 155]
+ Il faisoit feu et voire flambe.
+ Mais je lui trenchay une jambe,
+ D'ung revers, jusques a la hanche;
+ Et fis ce coup-la ung dimenche,
+ Que dy-je? ung lundy matin.
+ Il ne s'armoit que de satin,
+ Tant craignoit a grever ses reins.
+ Voulentiers frappoit aux chanfrains
+ D'ung cheval, quand venoit en jouste,
+ Ou droit a la queue, sans doubte.
+ Point il ne frappoit son roussin,
+ Pource qu'il avoit le farcin,
+ Que d'ung baston court et noailleux,
+ Dessus sa teste et ses cheveulx,
+ De paour de le faire clocher.
+ Aussi, de paour de tresbucher,
+ Il alloit son beau pas, _tric, trac_,
+ Et ung grant panon de bissac
+ Voulentiers portoit sur sa teste.
+ D'ung tel homme fault faire feste
+ Autant que d'ung million d'or.
+ Gens d'armes! c'est ung grant tresor;
+ S'il vault riens il ne fault pas dire.
+ J'ay fait raige avecques La Hire:
+ Je l'ay servy trestout mon aage.
+ Je fus gros vallet, et puis page,
+ Archier, et puis je pris la lance,
+ Et la vous portoye sur la panse,
+ Tousjours trousse comme une poche.
+ Et puis, monseigneur de la Roche,
+ Que Dieu pardoint, me print pour paige.
+ J'estoye gent et beau de visaige,
+ Je chantoye et brouilloye des flustes,
+ Et si tiroye entre deux butes. [P. 156]
+ A brief parler, j'estoye ainsi
+ Mignon comme cest enfant-cy;
+ Je n'avoys pas gramment plus d'aage...
+ Or ca, ca, par ou assauldray-je
+ Ce cocq que j'ay ouy chanter?
+ A peu besongner bien vanter;
+ Il fault assaillir cest hostel.
+
+ _Adonc appercoit le Franc Archier un espoventail de_
+ cheneviere, faict en facon d'ung gendarme,
+ croix blanche devant et croix noire
+ derriere, en sa main tenant
+ une arbaleste_.
+
+ (A part.)
+
+ Ha! le Sacrement de l'autel!
+ Je suis affoibly! Qu'esse-cy?
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ Ha! Monseigneur, pour Dieu, mercy!
+ Hault le trait, qu'aye la vie franche!
+ Je voy bien, a vostre croix blanche,
+ Que nous sommes tout d'ung party.
+
+ (A part.)
+
+ D'ond, tous les diables! est-il sorty,
+ Tout seul et ainsi effroye?
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ Comment! Estes-vous desvoye?
+ Mettez jus, je gage l'amende.
+ Et, pour Dieu, mon amy, desbende
+ Au hault ou au loing ton baston!
+ _Adonc il advise sa croix noire_. [P. 157]
+ Par le sang bieu! c'est ung Breton,
+ Et je dy que je suis Francoys!...
+ Il est fait de toy, ceste fois,
+ Perrenet; c'est ung parti contraire!
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ Hen, Dieu! et ou voulez-vous traire?
+ Vous ne scavez pas que vous faictes.
+ Dea! je suis Breton, si vous l'estes.
+ Vive sainct Denis ou sainct Yve!
+ Ne m'en chault qui, mais que je vive!
+ Par ma foi! Monseigneur mon maistre,
+ Se vous voulez scavoir mon estre,
+ Ma mere fut nee d'Anjou,
+ Et mon pere je ne scay d'ou,
+ Sinon que j'ouy reveler
+ Qu'il fut natif de Lantriquer.
+ Comment scauray-je vostre nom?
+ Monseigneur Rollant, ou Yvon,
+ Mort seray quand il vous plaira!
+
+ (A part.)
+
+ Et comment! il ne cessera
+ Meshuy de me persecuter,
+ Et si ne me veult escouter!
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ En l'honneur de la Passion
+ De Dieu, que j'aye confession,
+ Car je me sens ja fort malade!
+ Or, tenez, vela ma salade,
+ Qui n'est froissee ne couppee;
+ Je la vous rens, et mon espee, [P. 158]
+ Et faictes prier Dieu pour moy.
+ Je vous laisse, sur vostre foy,
+ Ung voeu que je doibs a sainct Jacques.
+ Pour le faire, prendrez mon jacques,
+ Et ma ceinture et mon cornet.
+
+ (A part.)
+
+ Tu meurs bien maulgre toy, Pernet,
+ Voire maulgre toi et a force!
+
+ (Au public.)
+
+ Puis qu'endurer fault et a force,
+ Priez pour l'ame, s'il vous plaist,
+ Du Franc Archier de Baignolet,
+ Et m'escripvez, a ung paraphe,
+ Sur moy ce petit epitaphe:
+
+ _Cy gist Pernet le Franc Archier,
+ Qui cy mourut sans desmarcher,
+ Car de fuyr n'eut onc espace,
+ Lequel Dieu, par sa saincte grace,
+ Mette es cieulx, avecques les ames
+ Des francs archiers et des gens d'armes,
+ Arriere des arbalestriers.
+ Je les hay tous: ce sont meurdriers!
+ Je les congnois bien de pieca.
+ Et mourut l'an qu'il trespassa._
+
+ Vela tout; les mots sont tres beaux.
+ Or, vous me lairrez mes houseaulx,
+ Car, se j'alloye en paradis
+ A cheval, comme fist jadis
+ Sainct Martin, et aussi sainct George,
+ J'en seroye bien plus prest... Or je [P. 159]
+ Vous laisse gantelet et dague:
+ Car, au surplus, je n'ay plus bague
+ De quoy je me puisse deffendre.
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ Attendez! me voulez-vous prendre
+ En desaroy? Je me confesse
+ A Dieu, tandis qu'il n'y a presse,
+ A la Vierge et a tous sainctz.
+
+ (A part.)
+
+ Or meurs-je les membres tous sains
+ Et tout en bon point, ce me semble.
+ Je n'ay mal, sinon que je tremble
+ De paour et de malle froidure,
+ Et de mes cinq sens de nature...
+ Cinq cens! Ou prins, qui ne les emble?
+ Je n'en veiz onc cinq cens ensemble,
+ Par ma foy! n'en or, n'en monnoye.
+ Pour neant m'en confesseroye:
+ Oncques ensemble n'en veiz deux.
+ Et de mes sept pechez morteux
+ Il fault bien que m'en supportez:
+ Sur moy je les ay trop portez;
+ Je les metz jus, avec mon jacques.
+ J'eusse attendu jusques a Pasques,
+ Mais vecy ung advancement.
+ Et du premier commendement
+ De la Loy, qui dit qu'on doibt croire
+ (Non pas l'estoc quand on va boire,
+ Cela s'entend) en ung seul Dieu,
+ Jamais ne me trouvay en lieu
+ Ou j'y creusse mieulx qu'a ceste heure,
+ Mais qu'a ce besoing me sequeure.
+
+ (A l'espoventail.) [P. 160]
+
+ Ne desbendez? Je ne me fuys!
+
+ (A part.)
+
+ Helas! je suis mort ou je suis.
+ Je suis aussi simple, aussi coy
+ Comme une pucelle; car, quoy
+ Dit le second commendement?
+ Qu'on ne jure Dieu vainement.
+ Non ay-je en vain, mais tres ferme,
+ Ainsi que fait ung bon genderme,
+ Car il n'est rien craint, s'il ne jure.
+ Le tiers nous enjoingt et procure,
+ Et advertist et admoneste,
+ Que l'en doit bien garder la feste,
+ Autant en hyver qu en este:
+ J'ay tousjours voulentiers feste,
+ De ce ne mentiray-je point;
+ Et le quatriesme nous enjoint
+ Qu'on doit honnorer pere et mere:
+ J'ay tousjours honore mon pere,
+ En moy congnoissant gentilhomme
+ De son coste, combien qu'en somme
+ Sois villain et de villenaille.
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ Et, pour Dieu, mon amy, que j'aille
+ Jusques amen; misericorde!
+ Relevez ung peu vostre corde;
+ Ferez que le traict ne me blesse.
+
+ (A part.)
+
+ Item, morbieu! je me confesse
+ Du cinquiesme, sequentement:
+ Deffend-il pas expressement [P. 161]
+ Que nul si ne soit point meurtrier?
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ Las! Monseigneur l'arbalestrier,
+ Gardez bien ce commendement;
+ Quant est a moy, par mon serment,
+ Meurdre ne fis onc qu'en poulaille.
+
+ (A part.)
+
+ L'aultre commendement nous baille
+ Qu'on n'emble rien; ce ne fis oncque,
+ Car en lieu n'en place quelconque
+ Je n'euz loysir de rien embler.
+ J'ay assez a qui ressembler
+ En ce point; je n'ay point meffait,
+ Car, se l'en m'eust pris sur le fait,
+ Dieu scet comme il me fust mescheu!
+
+ _Cy lusse tomber a terre l'espoventail, celluy qui
+ le tient_.
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ Las! monseigneur! vous estes cheu!...
+ Jesus! et qui vous a boute,
+ Dictes? Ce n'ay-je pas este,
+ Vrayement, ou diable ne m'emporte,
+ Au cas, dictes? Je m'en rapporte
+ A tous ceulx qui sont cy, beau sire,
+ Affin que ne vueillez pas dire
+ Que c'est demain ou pour demain.
+ Au fort, baillez-moy vostre main,
+ Je vous ayderay a lever.
+ Mais ne me vueillez pas grever:
+ J'ai pitie de vostre fortune.
+
+ _Cy appercoyt le Franc Archier, de l'espoventail, que [P. 162]
+ ce n'est pas ung homme_.
+
+ Par le corps bieu! j'en ay pour une!
+ Il n'a pie ne main; il ne hobe;
+ Par le corps bieu! c'est une robe
+ Plaine, de quoy? charbieu! de paille!
+ Qu'esse-cy? morbieu! on se raille,
+ Ce cuiday-je, des gens de guerre...
+ Que la fievre quartaine serre
+ Celluy qui vous a mis icy!
+ Je le feray le plus marry,
+ Par la vertu bieu! qu'il fut oncques.
+ Se mocque on de moy quelconques?
+ Et ce n'est, j'advoue sainct Pierre!
+ Qu'espoventail de cheneviere,
+ Que le vent a cy abatu!...
+ La mort bieu! vous serez batu,
+ Tout au travers, de ceste espee...
+ Quand la robbe seroit couppee,
+ Ce seroit ung tres grand dommaige.
+ Je vous emporteray pour gaige,
+ Toutesfoys, apres tout hutin.
+ Au fort, ce sera mon butin,
+ Que je rapporte de la guerre.
+ On s'est bien raille de toi, Pierre,
+ La charbieu saincte et beniste!
+ Vous eussiez eu l'assault bien viste,
+ Se j'eusse sceu vostre prouesse:
+ Vous eussiez tost eu la renverse,
+ Voir, quelque paour que j'en eusse.
+ Or pleust a Jesus que je fusse,
+ A tout cecy, en ma maison!
+ Qu'il poise! Mengie a foison [P. 163]
+ De paille: elle chiet par derriere.
+ C'est paine pour la chamberiere,
+ De la porter hors de ce lieu.
+
+ (Au public.)
+
+ Seigneurs, je vous commande a Dieu;
+ Et se l'on vous vient demander
+ Qu'est devenu le Franc Archier,
+ Dictes qu'il n'est pas mort encor,
+ Et qu'il emporte dague et cor,
+ Et reviendra par cy de brief.
+ Adieu; je m'en vois au relief.
+
+ FIN DU MONOLOGUE DU FRANC ARCHIER
+ DE BAIGNOLLET.
+
+
+
+ XXIII. [P. 164]
+
+ DIALOGUE DE MESSIEURS
+ DE MALLEPAYE ET DE BAILLEVENT.
+
+ M. Hee, Monsieur de Baillevent! B. Quoy
+ De neuf? M. On nous tient en aboy,
+ Comme despourveuz, malureux.
+ B. Si j'avoye autant que je doy,
+ Sang bieu! je seroye chez le Roy,
+ Un page apres moy! M. Voire deux!
+
+ B. Nous sommes francs... M. Adventureux.
+ B. Riches. M. Bien aises B. Plantureux.
+ M. Voire, de souhaits. B. C'est assez.
+ M. Gentilz hommes. B. Hardis. M. Et preux.
+ B. Par l'huys. M. Du joly Souffreteux
+ Heritiers. B. De gaiges cassez.
+
+ M. Nous sommes, puis troys ans passez
+ Si minces. B. Si mal compassez.
+ M. Si simples. B. Legiers comme vent.
+ M. Si esbaudiz. B. Si mal pansez, [P. 165]
+ De donner pour Dieu dispensez,
+ Car nous jeusnons assez souvent.
+
+ M. Hee, monsieur de Baillevent,
+ Qui peult trouver, soubz quelque amant,
+ Deux ou troys mille escus, quel proye!
+ B. Nous ferions bruyt. M. Toutallement.
+ B. Le quartier en vault l'arpent,
+ Pardieu! Monsieur de Mallepaye!
+
+ M. J'escripz contre ces murs. B. Je raye,
+ Puis de charbon et puis de craye.
+ M. Je raille. B. Je fays chere a tous.
+ M. Nous avons beau coucher en raye,
+ L'oreille au vent, la gueulle baye,
+ On ne faict point prochas de nous.
+
+ B. Helas! serons-nous jamais soulx?
+ M. Il ne fault que deux ou trois coups
+ Pour nous remonter. B. Doux. M. Droictz. B. Druz.
+ M. Pour fringuer. B. Pour porter le houx.
+ M. Gens... B. A dire: D'ond venez-vous?
+ M. Francs. B. Fins. M. Froidz. B. Forts.
+ M. Grans. B. Gros. M. Escreuz.
+
+ B. De serjens sommes tous recreux,
+ Et si n'avons nulz bien acreuz.
+ M. Nous debvons. B. On nous doibt. M. Fourraige.
+ B. Entretenus. M. Comme poux creux.
+ B. Jurons sang bieu, nous serons creuz:
+ Arriere, piettons de village!
+
+ M. Ne suis-je pas beau personnaige? [P. 166]
+ B. J'ay train de seigneur. M. Pas de saige.
+ B. Ressourdant. M. Comme bel alun.
+ B. Pathelin en main. M. Dire raige.
+ B. Et, par la mort bien! c'est dommage,
+ Que ne mettons vilains eu run.
+
+ M. Hee! cinq cens escus! B. C'est esgrun.
+ M. Quand j'en ay j'en offre a chascun,
+ Et suis bien aise quand j'en preste.
+ B. Mes rentes sont sur le commun;
+ M. Mais povres gens n'en ont pas ong;
+ B. J'y romproye pour neant la teste.
+
+ M. S'il povoyt venir quelque enqueste,
+ Quelque mandement ou requeste,
+ Ou quelque bonne commission!
+ B. Mais en quelque banquet honneste,
+ Faire accroire a cest ou a ceste
+ La Pragmatique Sanction!
+
+ M. Et si elle y croit? B. Promision.
+ M. Se elle promet? B. Monition.
+ M. Se on l'admoneste? B. Qu'on marchande.
+ M. Se on faict marche? B. Fruiction.
+ M. Se on fruict? B. La Petition
+ En facon de belle demande
+
+ D'ung beau cent escus. M. Quelle viande!
+ B. Qui l'auroit quand on la demande,
+ On ferait... M. Quoi? B. Feu. M. Sainct Jehan, voire!
+ B. On tauxeroit bien grosse amende
+ Sur le faict de ceste demande, [P. 167]
+ Se j'en quictoye le petitoire.
+
+ M. Quel bien! B. Quel heur! M. Quel accessoire!
+ B. Je me raffroichiz la memoire
+ Quand il m'en souvient. M. Quel plaisir!
+ B. Se on nous bailloit par inventaire
+ Deux mil escuz en une armoire,
+ Ilz n'auroient garde d'y moysir.
+
+ M. Qui peut prendre! B. Qui peut choisir!
+ M. Gaigner! B. Espargner! M. Se saisir!
+ Nous serions partout bienvenuz.
+ B. Ung songe! M. Mais quel? B. De plaisir.
+ M. Nous prendrons si bien le loisir
+ De compter ne scay quantz escuz.
+
+ B. Nous sommes bien entretenuz.
+ M. Aymez. B. Portez. M. Et soustenuz...
+ B. De nos parens. M. De bonne race.
+ B. Rentes assez et revenuz,
+ Et s'a present n'en avons nulz,
+ Ce n'est que malheur qui nous chasse.
+
+ M. Je n'en fais compte. B. Je raimasse.
+ M. Je volle par coups. B. Je tracasse,
+ Puis au poil et puis a la plume.
+ M. Je gaudis, et si je rimasse,
+ Que voulez-vous! il ne tient qu'a ce
+ Que je ne l'ay pas de coustume.
+
+ B. D'honneur assez. M. Chascun en hume.
+ B. Je destains le feu. M. Je l'allume.
+ B. Je m'esbas. M. Je passe mon dueil. [P. 168]
+ B. Le plus souvent, quand je me fume,
+ Je batteroye comme fer d'enclume,
+ Si je me trouvoye tout seul.
+
+ M. Je ris. B. Je bave sur mon sueil.
+ M. Je donne a quelqu'une ung guin d'oeil.
+ B. Je m'esbas a je ne scay quoy.
+ M. J'entretiens. B. Je fais bel accueil.
+ M. On me fait tout ce que je vueil,
+ Quand nous sommes mon paige et moy.
+
+ B. Je ne demande qu'avoir dequoy,
+ Belle amye, et vivre a requoy,
+ Faire tousjours bonne entreprise,
+ Belles armes, loyal au Roy.
+ M. Mais trois poulx rempans en aboy
+ Pour le gibier de la chemise!
+
+ B. Je porteroye pour ma devise
+ La marguerite en or assise
+ Et le houx partout estandu.
+ M. Vostre cry, quel? B. Nouvelle guise.
+ M. Riens en recepte, tant en mise,
+ Et, toute somme, item perdu.
+
+ B. Je vous seroye, au residu,
+ Gorgias sur le hault verdi
+ Le bel estomac d'alouette.
+ M. Robbe! B. De gris blanc, gris perdu,
+ Bien emprunte et mal rendu,
+ Paye d'une belle estiquette.
+
+ M. Puis la chaine d'or, la baguette,
+ Le lacqs de soye, la cornette... [P. 169]
+ B. De velours. M. C'est bel affiquet.
+ B. Quand nous aurions fait nostre emplete,
+ La porte seroit bien estroicte
+ Se ne passions jusqu'au ticquet.
+
+ M. Nectelet. B. Gorgias. M. Friquet.
+ B. De vert? M. Tousjours quelque bouquet.
+ B. Selon la saison de l'annee.
+ M. Et de paige? B. Quelque naquet.
+ M. S'il vient hasart en ung banquet?
+ B. Le prendre entre bond et vollee.
+
+ M. Aux survenans? B. Chere meslee.
+ M. Aux povres duppes? B. La havee.
+ M. Et aux rustes? B. Le jobelin.
+ M. Aux mignons de court? B. L'accollee.
+ M. Aux gens de mesmes? B. La risee.
+ M. Et aux ouvriers? B. Le pathelin.
+
+ M. D'entretenir? B. Damoiselin.
+ M. Et saluer? B. Bas comme lin.
+ M. Et diviser? B. Motz tous nouveaulx.
+ Pour contenter le femynin.
+ Nous ferions plus d'ung esclin
+ Qu'ung aultre de quinze royaulx.
+
+ M. Hee, cueurs joyeux! B. Hee, cueurs loyaulx!
+ M. Prests. B. Prins. M. Prompts. B. Preux. M. Especiaulx.
+ B. Aymez. M. Supportez. B. Bien receuz.
+ M. Nous devrions passer aux sceaulx
+ Envers les officiers royaulx, [P. 170]
+ Comme messieurs les despourveuz.
+
+ B. De congnoissance bien pourveuz
+ Et de sagesse. M. On nous a veuz
+ Si gentilz et si francs. B. Si doulx.
+ M. Helas! cent escuz nous sont deubz.
+ B. Au fort, si nous les eussions euz,
+ On en tint plus compte de nous.
+
+ M. Nous avons faict plaisir a tous.
+ B. Chere a dire: D'ond venez-vous?
+ M. Esmerillonnez. B. Advenans.
+ M. Cent escus, et juger des coups.
+ On auroit beau mettre aux deux bouts,
+ Se nous ne tenions des gaignans.
+
+ B. Nous sommes deux si beaulx gallans.
+ M. Fringans. B. Bruyans. M. Allans. B. Parlans.
+ M. Esmeuz de franche volunte.
+ B. Aagez de sens. M. Et jeunes d'ans.
+ B. Bien gays. M. Assez resceans.
+ B. Porres d'argent. M. Prou de sante.
+
+ B. Chascun de nous est habite.
+ M. Maison a Paris. B. Bien monte,
+ Aussi bien aux champs qu'en la ville.
+ M. Il y a ceste malheurte
+ Que de l'argent qu'avons preste
+ Nous n'en arrons ne croix ne pille.
+
+ B. Ou sont les cens et deux cens mille
+ Escus que nous avions en pile,
+ Quand chascun avoit bien du sien? [P. 171]
+ M. Au fort, se nous n'en avons mille,
+ Nous sommes, selon l'Evangile,
+ Des bienheureux du temps ancien.
+
+ B. J'aymasse mieulx qu'il n'en fust rien.
+ M. Trouvons en par quelque moyen.
+ B. Qui en a a present? M. Je ne scay.
+ B. He, ung engin parisien....
+ M. Art lombard. B. Franc praticien,
+ Pour faire a present ung essay!
+
+ M. Je vis le temps que j'avancay
+ L'argent de chose, et adressay
+ Tel et tel et tel benefice.
+ B. Et, pour moy, quand je compasse
+ Monseigneur tel, et pourchasse
+ Moy mesmes tout seul son office.
+
+ M. J'estois tousjours a tous propice;
+ Mais je crains. B. Et quoy? M. Qu'avarice
+ Nous surprint, si devenions riches.
+ B. Riches, quoi! Geste faulce lisse,
+ Pauvrete, nous tient en sa lice.
+ M. C'est ce qui nous faict estre chiches.
+
+ B. Nous sommes legiers. M. Comme biches.
+ B. Rebondis... M. Comme belles miches.
+ B. Et frayses... M. Comme beaulx ongnons.
+ B. Aussi coustelez. M. Comme chiches,
+ B. Adventureux. M. Comme Suysses
+ A Nancy, sur les Bourguygnons.
+
+ B. Entre les gallans. M. Compaignons.
+ B. Entre les gorgias. M. Mignons. [P. 172]
+ B. Entre gens d'armes. M. Courageux.
+ B. S'on barguigne. M. Nous barguignons.
+ B. Heureulx. M. Gomme beaux champignons.
+ Mis sus en ung jour ou en deux,
+
+ B. Nous sommes les adventureux
+ Despourveuz. M. D'argent. B. Plantureux.
+ M. De nouvelles plaisantes. B. Tant.
+ M. Pour servir princes. B. Curieux.
+ M. Et pour les mignons. B. Gracieux.
+ M. Et pour le commun. B. Tant a tant.
+
+ M. Hee, monsieur de Baillevent,
+ Quand reviendra le bon temps?
+ B. Quand chascun aura ses souhaits.
+ M. Cent mille escus argent comptant,
+ Sur ma foy, je seroye content
+ Qu'on ne parlast plus que de paix.
+
+ B. Nous sommes si francs. M. Si parfaits.
+ B. Si scavans. M. Si cauts en nos faiz.
+ B. Si bien nez. M. Si preux. B. Si hardis.
+ M. Saiges. B. Subtilz. M. Advisez. B. Mais
+ Faulte d'argent et les grans prestz...
+ M. Nous ont ung peu appaillardis.
+
+ B. Abandonnez. M. Comme hardis.
+ B. Requis. M. Comme les gras mardis.
+ B. Et fiers. M. Comme ung beau pet en baing.
+ B. J'ay dueil que vieulx villains tarnys
+ Soient d'or et d'argent si garnis, [P. 173]
+ Et mignons en ont tant besoing.
+
+ M. Nous avons froid. B. Chauld. M. Faim. B. Soif M. Soing.
+ B. Nous tracassons. M. Ca. B. La. M. Pres. B. Loing.
+ M. Sans prouffit. B. Sans quelque advantaige.
+ M. Mais, s'on nous foncoit or au poing,
+ Nous serions pour faire a ung coing
+ Nostre prouffit d'aultruy dommage.
+
+ Avez-vous tousjours l'heritaige
+ De Baillevent? B. Ouy. M. J'enraige
+ Qu'en Mallepaye n'a vins, blez, grains.
+ B. Cent francs de rente et ung fromaige,
+ Vous m'orriez dire de couraige:
+ Vive le roy! M. Ronfflez, villains!
+
+ B. Qui a le vent? M. Joyeulx mondains.
+ B. Gre de dames? M. Amoureux craints.
+ B. Et l'argent, qui? M. Qui plus embource.
+ B. Qu'est-ce d'entre nous courtissains?
+ M. Nous prenons escus pour douzains,
+ Franchement, et bourse pour bource.
+
+ B. Ha! Monseigneur! M. Sang bieu, la mousse
+ M'a trop couste. B. Et pourquoy? M. Pource.
+ B. Hay! hay! tout est mal compasse.
+ M. Comment? B. On ne joue plus du poulce.
+ M. Qui ne tire. B. Quicte la trousse;
+ Autant vauldroit ung arc casse.
+
+ M. Monsieur mon pere eust amasse [P. 174]
+ Plus d'escus qu'on eust entasse
+ En ung hospital de vermine.
+ B. Mais nous avons si bien sasse,
+ Le sang bieu! que tout est passe,
+ Gros et menu, par l'estamyne.
+
+ M, Si vient guerre, mort ou famine,
+ Dont Dieu nous gard, quel train, quel myne
+ Ferons nous pour gaigner le broust?
+ B. Quant a moy, je me determine
+ D'entrer chez voisin et voisine
+ Et d'aller voir si le pot bout.
+
+ M. Mais regardons, a peu de coust,
+ Quel train nous viendroit mieulx a goust
+ Pour amasser biens et honneurs.
+ B. Le meilleur est prendre partout.
+ M. De rendre, quoy? B. On s'en absoult,
+ Pour cinq solz, a ces pardonneurs.
+
+ M. Allons servir quelques seigneurs.
+ B, Aucuns sont si petitz d'honneurs
+ Qu'on n'y a que peine et meschance.
+ M. Et prouffit, quel? B. Scions les heurs;
+ Mais entre nous, ans estradeurs,
+ Il nous fault esplucher la chance.
+
+ M. Servons marchans pour la pitance,
+ Pour _fructus ventris_, pour la pance.
+ B. On y gaigneroit ses despens.
+ M. Et de foncer? B. Bonne asseurance,
+ Petite foy, large conscience;
+ Tu n'y scez riens et y aprens.
+
+ M. De proces, quoy? B. Si je m'y rens, [P. 175]
+ Je veulx estre mis sur les rangs,
+ S'ilz ont argent, si je n'en crocque.
+ M. Quels gens sont-ce? B. Gros marchesens,
+ Qui se font bien servir des gens;
+ Mais de payer, querez qui bloque!
+
+ M. Officiers, quoi? C'est toute mocque:
+ L'ung pourchasse, l'autre desroque,
+ Et semble que tout soit pour eulx.
+ B. Laissons-les la. M. Ho! je n'y tocque.
+ Il n'est point de pire defroque
+ Que de malheur a malheureux.
+
+ B. Pour despourveuz adventureux
+ Comme nous, encor c'est le mieulx
+ De faire l'ost et les gens d'armes.
+ M. En fuite je suis couraigeux.
+ B. Et a frapper? M. Je suis piteux;
+ Je crains trop les coups, pour les armes.
+
+ B. Servons donc Cordeliers ou Carmes,
+ Et prenons leurs bissacs a fermes,
+ Car il n'y a pas grand debit.
+ M. Ilz nous prescheroient en beaulx termes,
+ Et pleureroyent maintes lermes
+ Devant que nous prinssions l'habit.
+
+ B. Se en cest malheur et labit
+ Nous mourions, par quelque acabit,
+ Ame n'y a qui bien nous face.
+ M. J'ay ung vieil harnoys qu'on forbit,
+ Sur lequel je fonde ung obit, [P. 176]
+ Et du surplus, Dieu le parface!
+
+ B. Hee, fault-il que Fortune efface
+ Nostre bon bruyt? M. Malheur nous chasse;
+ Mais il n'a nul bien qui n'endure,
+ B. Prenons quelque train. M. Suyvons trasse.
+ B. Nous trassons, et quelqu'un nous trasse:
+ A loups ravis grosse pasture.
+
+ M. Allons! B. Mais ou? M. A l'adventure.
+ B. Qui nous admoneste? M. Nature.
+ B. Pour aller? M. Ou on nous attend.
+ B. Par quel chemin? M. Par soing ou cure.
+ B. Logez ou? M. Pres de la clousture
+ De monsieur d'Angoulevent.
+
+ B. Comment yrons? M. Jusqu'a Claqdent
+ ***************************
+ Et passerons par Mallepaye.
+ B. Brief, c'est le plus expedient
+ Que nous jetons la plume au vent:
+ Qui ne peult mordre, si abaye.
+
+ M. Ou ung franc couraige s'employe,
+ Il treuve a gaigner. B. Querons proye.
+ M. Desquelz serons-nous? B. Des plus forts.
+ M. Il ne m'en chault, mais que j'en aye,
+ Que la plume au vent on envoye.
+ B. Puis apres? M. Alors comme alors.
+
+ B. La plume au vent! M. Sus. B. La. M. Dehors!
+ B. Au hault et au loing. M. Corps pour corps. [P. 177]
+ Je me tiendray des mieulx venuz.
+ B. On n'yra point, quand serons mors,
+ Demander au roy les tresors
+ De messieurs les despourveuz.
+
+ La plume au vent! M. Je le concluz.
+ ****************************
+ Pour les povres de ceste annee.
+ B. Ne demeurons plus si confuz.
+ ****************************
+ Au grat, la terre est degelee!
+
+ M. Allons, suyvons quelque trainee.
+ Devant! vostre fievre est tremblee,
+ Car nous sommes tous estourdiz.
+ B. Dieu doint aux riches bonne annee!
+ M. Aux despourveuz grasse journee!
+ B. Et aux femmes pesans mariz!
+
+ Prenez en gre, grans et petiz.
+
+ FIN DU DIALOGUE DE MALLEPAYE
+ ET DE BAILLEVENT.
+
+
+ [P. 178]
+
+
+ XXIV.
+ LES REPEUES FRANCHES
+ DE FRANCOIS VILLON
+ ET DE SES COMPAGNONS.
+
+ Vous qui cerchez les repeues franches,
+ Et, tant jours ouvriers que dimenches,
+ N'avez pas plante de monnoye,
+ Affin que chascun de vous oye
+ Comment on les peut recouvrer,
+ Vueillez vous au sermon trouver
+ Qui est escript dedans ce livre.
+ Mettez tous peine de le lire,
+ Entre vous, jeunes perrucatz,
+ Procureurs, nouveaulx advocatz,
+ Aprenans aux despens d'aultruy.
+ Venez-y tost, sans nul estrif,
+ Clercz, de praticque diligens,
+ Qui congnoissez si bien vos gens;
+ Sergens a pied et a cheval,
+ Venez-y d'amont et d'aval,
+ Les hoirs du deffunct Pathelin, [P. 179]
+ Qui scavez jargon jobelin;
+ Capitaine du pont-a-Billon;
+ Tous les subjetz Francoys Villon,
+ Soyez, a ce coup, reveillez.
+ Pas ne devez estre oubliez,
+ Tous gallans a pourpointz sans manches,
+ Qui ont besoing de repeues franches,
+ Et tous ceulx, tant yver qu'este,
+ Qui en ont grant necessite.
+ Venez vous apprendre comment
+ Les maistres anciennement
+ Scavoyent tous les tours de ce faire:
+ Messire Chascun Poicdenaire,
+ Qui de livres scait les usaiges,
+ Et veult lire tous les passaiges,
+ De celuy en prins appetis;
+ Venez-y donc, grans et petis,
+ Car, de la science scavoir,
+ Vous ne povez que mieulx valoir.
+ Venez, chevaucheurs d'escuyrie,
+ Serviteurs de grant seigneurie,
+ Venez-y sans dilation,
+ Tous gens sotz et toutes gens sottes;
+ Venez-y, bigotz et bigottes;
+ Venez-y, povres Turlupins
+ Et Cordeliers et Jacopins;
+ Venez aussi, toutes prestresses,
+ Qui scavez pieca les adresses
+ Des presbitaires hault et bas;
+ Gardez que vous n'y faillez pas!
+ Venez, gorriers et gorrieres,
+ Qui faictes si bien les manieres;
+ Que c'est une chose terrible.
+ Pour bien faire tout le possible; [P. 180]
+ Toutes manieres de farseurs,
+ Anciens et jeunes mocqueurs;
+ Venez-y tous, vrays macquereaulx
+ De tous estatz, vieulx et nouveaulx;
+ Venez-y toutes, macquerelles,
+ Qui, par vos subtilles querelles,
+ Avez tousjours en vos maisons
+ Pour avoir, en toutes saisons,
+ Tant jours ouvriers que dimenches,
+ Souvent les bonnes repeues franches.
+ Venez-y tous, bons pardonneurs,
+ Qui scavez faire les honneurs,
+ Aux villages, de bons pastez,
+ Avecques ces gras curatez,
+ Qui ayment bien vostre venue
+ Pour avoir la franche repeue;
+ Affin que chascun d'eulx enhorte
+ Les paroissiens, qu'on apporte
+ Des biens aux pardons de ce lieu,
+ Et qu'on face du bien pour Dieu.
+ Tant que le pardonneur s'en aille,
+ Le cure ne despendra maille,
+ Et aura maistre Jehan Laurens
+ Fermement paye les despens
+ Et quarte de vin, simplement,
+ Au cure, a son parlement.
+ De tout estat, soit bas ou hault,
+ Venez-y, qu'il n'y ait deffault;
+ Venez-y, varletz, chamberieres,
+ Qui scavez si bien les manieres,
+ En disant mainte bonne bave,
+ D'avoir du meilleur de la cave,
+ Et puis joyeusement preschez,
+ Apres que vos gens sont couchez. [P. 181]
+ Ceulx qui cerchent banquets ou festes
+ Pour dire quelques chansonnettes,
+ Affin d'atrapper la repeue,
+ Que chascun de vous se remue
+ D'y venir bien legierement;
+ Et vous pourrez ouyr comment
+ Ung grant tas de bonnes commeres
+ Scavent bien trouver les manieres
+ De faire leurs marys coqus.
+ Venez-y, et n'attendez plus,
+ Entre vous, prebstres sans sejour,
+ Qui dictes deux messes par jour
+ A Sainct-Innocent, ou ailleurs;
+ Venez-y, pour scavoir plusieurs
+ Des passaiges et des adresses
+ De maintes petites finesses
+ Que l'en faict facillement
+ Qu'advient, par faulte d'argent,
+ En maint lieu, la franche repeue,
+ Qui ne doit a nul estre teue.
+ Par tel, cil qui veue ne l'aura,
+ Paiera, et celuy qui fera
+ De ceste repeue le present,
+ De l'escot s'en yra exempt,
+ Moyennant qu'il monstre ce livre:
+ Par ce moyen sera delivre;
+ En lieu ou n'aura este veu
+ Il sera franchement repeu,
+ Ainsi qu'on orra plus a plain,
+ Qui de l'entendre prendra soing.
+
+
+ [P. 182]
+ BALLADE DE L'ACTEUR.
+
+ Quant j'euz ouy ce present mandement:
+ Qu'on semonnoit venir, de par l'Acteur,
+ Le dessusdict, j'ay pense lermement
+ De moy trouver, et en prins l'adventure,
+ Comme celuy qui, de droicte nature,
+ Vouloit de ce faire narration,
+ A celle fin qu'il en fust mention,
+ A ung chascun, pour le temps advenir,
+ Qui s'attendent et ont intention
+ Que les respeues les viendront secourir.
+
+ Mais ce secours est d'anciennement
+ De tous repas le chief, et par droicture;
+ Pourquoy, aulcuns, qui ont entendement,
+ Le treuvent bon, et aultres n'en ont cure,
+ Et ne cerchent tant que l'argent leur dure,
+ Mais font du leur si grant destruction,
+ Qu'ilz en entrent en la subjection,
+ De faire aux dens l'arquemie, sans faillir,
+ En attendant, pour toute production,
+ Que les repeues les viendront secourir.
+
+ J'en ay congneu, qui souvent largement
+ Donnoyent a tous repeues outre mesure;
+ Qui depuis ont continuellement
+ Servy le Pont-a-Billon, par droicture,
+ Dont la facon a este a maint dure,
+ En leur grant dueil et tribulation;
+ Mais lors n'avoyent nulle remission,
+ Combien que ce leur fist le cueur fremir,
+ Ilz n'attendoyent aultre succession, [P. 183]
+ Que les repeues les viendront secourir.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, pour ce que ne me puis tenir
+ Que de telz faitz ne face mention,
+ Puisque a mon temps les ay veu avenir,
+ J'en vueil faire quelque narration,
+ Et escripre, soubz la correction
+ Des escoutans, affin d'en souvenir,
+ La presente nouvelle invention,
+ Que les repeues les viendront secourir.
+
+
+
+ BALLADE DES ESCOUTANS.
+
+ Qui en a est Le bien venu;
+ Qui n'en a point, l'en n'en tient compte,
+ Cil qui en a est bien congneu,
+ Cil qui n'en a point vit a honte.
+ Qui paye l'on exauce et monte
+ Jusque au tiers ciel, pour en prester:
+ Son honneur tout aultre surmonte,
+ Par force de bien acquester.
+
+ Quant entendismes les estatz
+ De telz dissimulations,
+ Congnoissant les hauts et les bas,
+ Par toutes abreviations,
+ Nous mismes, sans sommations,
+ Aux champs, par bois et par tailllis.
+ Pour congnoistre les fictions, [P. 184]
+ Qui se font souvent a Paris.
+
+ Pource que chacun maintenoit
+ Que c'estoit la ville du monde
+ Qui plus de peuple soustenoit,
+ Et ou maintz estranges abonde,
+ Pour la grant science parfonde
+ Renommee en icelle ville,
+ Je partis, et veulx qu'on me tonde,
+ S'a l'entree avois croix ne pille.
+
+ Il estoit temps de se coucher,
+ Et ne scavoye ou heberger;
+ D'ung logis me vins approcher,
+ Scavoir s'on m'y vouldroit loger,
+ En disant: "Avez a menger?"
+ L'hoste me respondit: "Si ay."
+ Lors luy priay, pour abreger:
+ "Apportez-le donc devant moy."
+
+ Je fus servy passablement,
+ Selon mon estat et ma sorte,
+ Et pensant, a part moy, comment
+ Je cheviroye avec l'hoste,
+ Je m'avise que, soubz ma cotte,
+ Avois une espee qui bien trenche:
+ Je la lairray, qu'on ne me l'oste,
+ En gaige de la repeue franche.
+
+ L'espee estoit toute d'acier,
+ Il ne s'en failloit que le fer;
+ Mais l'hoste la me fist machier,
+ Fourreau et tout, sans fricasser; [P. 185]
+ Puis, apres, me convint penser
+ De repaistre, se faim avoye;
+ Rien n'y eust valu le tencer:
+ De leans partis sans monnoye.
+
+
+
+ L'ACTEUR.
+
+ Lendemain, m'aloye enquerant
+ Pour encontrer Martin Gallant.
+ Droit en la Salle du Palays
+ Rencontray, pour mon premier mes,
+ Tout droit soubz la premiere porte,
+ Plusieurs mignons d'estrange sorte,
+ Que sembloit bien a leur habit
+ Qu'ilz fussent gens de grant acquit.
+ Lors vins pour entrer en la Salle:
+ L'ung y monte, l'aultre devalle.
+ La me pourmenoye, de par Dieu,
+ Regardant l'estat de ce lieu,
+ Et quand je l'euz bien regardee,
+ Tant plus la voys tant plus m'agree;
+ Je vis la tant de mirlificques,
+ Tant d'amecons et tant d'afficques,
+ Pour attraper les plus huppez.
+ Les plus rouges y sont happez;
+ A l'ung convient vendre sa terre;
+ Maint, sans sainctir, la se detterre,
+ Partie ou peu en demourra
+ De tout ce que vaillant aura;
+ Cuydant destruyre son voysin
+ De Poytou, ou de Lymousin,
+ Ou de quelque aultre nation,
+ Maint en est en destruction,
+ Et fault, ains partir de leans, [P. 186]
+ Qu'ilz facent l'arquemye aux dens.
+ On emprunte, qui a credit,
+ Tout ainsi que devant est dict.
+ Quand leur argent fort s'appetiese,
+ Lors leur est la repeue propice,
+ Et lors cerchent (plus n'en doubtez),
+ Hault et bas et de tous costez,
+ Comme on verra par demomstrances
+ En ce traicte des Repeues franches.
+ Et quant au regard de plusieurs
+ Aultres repeues, sont escriptes
+ Affin qu'on preigne les meilleurs,
+ En lisant, grandes ou petites.
+ Vous orrez maintz moyens licites
+ Comment ilz ont este happez,
+ Hault et bas, par bonnes conduictes
+ De ceulx qui les ont attrapez.
+
+
+ LA REPEUE
+ DE VILLON ET DE SES COMPAIGNONS.
+
+ "Qui n'a or, ny argent, ny gaige,
+ Comment peult-il faire grant chere?
+ Il fault qu il vive d'avantaige:
+ La facon en est coustumiere.
+ Scaurions-nous trouver la maniere
+ De tromper quelqu'ung, pour repaistre?
+ ********************************
+ Qui le fera sera bon maistre!"
+
+ Ainsi parloyent les compaignons [P. 187]
+ Du bon maistre Francoys Villon,
+ Qui n'avoient vaillant deux ongnons,
+ Tentes, tapis, ne pavillon.
+ Il leur dit: "Ne nous soucion,
+ Car, aujourd'huy, sans nul deffault,
+ Pain, vin, et viande, a grant foyson,
+ Aurez, avec du rost tout chault."
+
+ _La maniere d'avoir du Poisson._
+
+ Adoncques il leur demanda
+ Quelles viandes vouloyent macher:
+ L'ung de bon poysson souhaita;
+ L'autre demanda de la chair.
+ Maistre Francoys, ce bon archer,
+ Leur dist: "Ne vous en souciez;
+ Il vous faut voz pourpointz lascher,
+ Car nous aurons viandes assez."
+
+ Lors partit de ses compaignons,
+ Et vint a la Poyssonnerie,
+ Et les laissa dela les pontz,
+ Quasy plains de melencolie.
+ Il marchanda, a chere lye,
+ Ung pannier tout plain de poysson,
+ Et sembloit, je vous certiffie,
+ Qu'il fust homme de grant facon.
+
+ Maistre Francoys fut diligent
+ D'achapter, non pas de payer,
+ Et dist qu'il bailleroit l'argent
+ Tout comptant au porte-pannier.
+ Ils partent sans plus plaidoyer,
+ Et passerent par Nostre-Dame,
+ La ou il vit le Penancier, [P. 188]
+ Qui confessoit homme ou bien femme.
+
+ Quant il le vit, a peu de plait,
+ Il luy dist: "Monsieur, je vous prie
+ Que vous despechez, s'il vous plaist,
+ Mon nepveu; car, je vous affie
+ Qu'il est en telle resverie:
+ Vers Dieu il est fort negligent;
+ Il est en tel merencolie,
+ Qu'il ne parle rien que d'argent.
+
+ --Vrayment, ce dit le Penancier,
+ Tres voulentiers on le fera."
+ Maistre Francoys print le pannier,
+ Et dit: "Mon amy, venez ca;
+ Vela qui vous depeschera,
+ Incontinent qu'il aura faict."
+ Adonc maistre Francoys s'en va,
+ Atout le pannier, en effect.
+
+ Quand le Penancier eut parfaict
+ De confesser la creature,
+ Gaigne-denier, par dit parfaict,
+ Accourut vers luy bonne alleure,
+ Disant: "Monsieur, je vous asseure,
+ S'il vous plaisoit prendre loysir
+ De me depescher a ceste heure,
+ Vous me feriez ung grant plaisir.
+
+ --Je le vueil bien, en verite,
+ Dist le Penancier, par ma foy!
+ Or, dictes _Benedicite,_
+ Et puis je vous confesseray,
+ Et, en apres, vous absouldray, [P. 189]
+ Ainsy comme je doy le faire;
+ Puis penitence vous bauldray,
+ Qui vous sera bien necessaire.
+
+ --Quel confesser! dist le povre homme:
+ Fus-je pas a Pasques absoulz?
+ Que bon gre sainct Pierre de Romme!
+ Je demande cinquante soulz.
+ Qu'esse-cy? A qui sommes-nous?
+ Ma maistresse est bien arrivee!
+ A coup, a coup, depeschez-vous,
+ Payez mon panier de maree.
+
+ --Ha! mon amy, ce n'est pas jeu,
+ Dist le Penancier, seurement:
+ Il vous fault bien penser a Dieu
+ Et le supplier humblement.
+ --Que bon gre en ayt mon serment!
+ Dist cet homme, sans contredit,
+ Depeschez-moy legierement,
+ Ainsi que ce seigneur a dit."
+
+ Adonc le Penancier vit bien
+ Qu'il y eut quelque tromperie;
+ Quand il entendit le moyen,
+ Il congneut bien la joncherie.
+ Le povre homme, je vous affie,
+ Ne prisa pas bien la facon,
+ Car il n'eut, je vous certifie,
+ Or ne argent de son poysson.
+
+ Maistre Francois, par son blason.
+ Trouva la facon et maniere
+ D'avoir maree a grant foyson, [P. 190]
+ Pour gaudir et faire grant chere.
+ C'estoit la mere nourriciere
+ De ceulx qui n'avoyent point d'argent;
+ A tromper devant et derriere,
+ Estoit ung homme diligent.
+
+ _La maniere d'avoir des Trippes pour diner._
+
+ Que fist-il? A bien peu de plet,
+ S'advisa de grant joncherie:
+ Il fist laver le cul bien net
+ A ung gallant, je vous affie,
+ Disant: "Il convient qu'on espie:
+ Quand seray devant la trippiere,
+ Monstre ton cul par raillerie,
+ Puis, apres, nous ferons grant chiere."
+
+ Le compaignon ne faillit pas,
+ Foy que doy sainct Remy de Rains!
+ A Petit-Pont vint par compas,
+ Son cul descouvrit jusque aux rains.
+ Quand maistre Francoys vit ce train,
+ Dieu scet s'il fit piteuses lippes,
+ Car il tenoit entre ses mains
+ Du foye, du polmon et des trippes.
+
+ Comme s'il fust plain de despit,
+ Et courrouce amerement,
+ Il haulsa la main ung petit,
+ Et le frappa bien rudement,
+ Des trippes, par le fondement;
+ Puis, sans faire plus long caquet,
+ Les voulut, tout incontinent, [P. 191]
+ Remettre dedans le baquet.
+
+ La trippiere fut courroucee
+ Et ne les voulut pas reprendre.
+ Maistre Francoys, sans demouree,
+ S'en alla, sans compte luy rendre:
+ Par ainsi, vous povez entendre,
+ Qui'ilz eurent trippes et poisson.
+ Mais, apres, il faut du pain tendre,
+ Pour ce disner de grant facon.
+
+ _La maniere d'avoir du Pain._
+
+ Il s'en vint chez an boulengier
+ Affin de mieulx fornir son train,
+ Contrefaisant de l'escuyer
+ Ou maistre d'hostel, pour certain,
+ Et commanda que, tout souldain,
+ Cy pris, cy mis; on chappellast
+ Cinq ou six douzaines de pain,
+ Et que bien tost on se hastast.
+
+ Quand la moytie fut chappelle,
+ En une hotte le fist mettre,
+ Comme s'il fust de pres haste,
+ Il pria et requist au maistre
+ Qu'aucun se voulsist entremettre
+ D'apporter, apres luy courant,
+ Le pain chappelle en son estre,
+ Tandis qu'on fist le demourant.
+
+ Le varlet le mist sur son col;
+ Apres maistre Francois le porte, [P. 192]
+ Et arriva, soit dur ou mol,
+ Empres une grant vielle porte.
+ Le varlet deschargea sa hotte
+ Et fut renvoye, tout courant,
+ Hastivement, tenant sa hotte,
+ Pour requerir le demourant.
+
+ Maistre Francoys, sans contredit,
+ N'attendit pas la revenue.
+ Il eut du pain, par son edit,
+ Pour fournir sa franche repeue.
+ Le boulengier, sans attendue,
+ Revint, mais ne retrouva point
+ Son maistre d'hostel; il tressue,
+ Qu'on l'avoit trompe en ce point.
+
+ _La maniere d'avoir du Vin._
+
+ Apres qu'il fut fourny de vivres,
+ Il fault bien avoir la memoire
+ Que, s'ils vouloyent ce jour estre yvres,
+ Il falloit qu'ils eussent a boire.
+ Maistre Francoys, debvez le croire,
+ Emprunta deux grans brocs de boys,
+ Disant qu'il estoit necessaire
+ D'avoir du vin par ambagoys.
+
+ L'ung fist emplir de belle eaue clere,
+ Et vint a la Pomme de Pin,
+ Atout ses deux brocs, sans renchere,
+ Demandant s'ils avoient bon vin,
+ Et qu'on luy emplist du plus fin,
+ Mais qu'il fust blanc et amoureux. [P. 193]
+ On luy emplist, pour faire fin,
+ D'ung tres bon vin blanc de Baigneux.
+
+ Maistre Francoys print les deux brocs,
+ L'un empres l'autre les bouta;
+ Incontinent, par bons propos,
+ Sans se haster, il demanda
+ Au varlet: "Quel vin est ce la?"
+ Il luy dist: "Vin blanc de Baigneux.
+ --Ostez cela, ostez cela,
+ Car, par ma foy, point je n'en veulx.
+
+ "Qu'esse-cy? Estes-vous bejaulne?
+ Vuidez-moy mon broc vistement.
+ Je demande du vin de Beaulne,
+ Qui soit bon, et non aultrement."
+ Et, en parlant, subtillement
+ Le broc qui estoit d'eaue plain
+ Contre l'aultre legierement
+ Luy changea, a pur et a plain.
+
+ Par ce point, ils eurent du vin
+ Par fine force de tromper;
+ Sans aller parler au devin,
+ Ils repeurent, per ou non per.
+ Mais le beau jeu fut au souper,
+ Car maistre Francoys, a brief mot,
+ Leur dit: "Je me vueil occuper,
+ Que mangerons ennuyt du rost."
+
+ _La maniere d'avoir du Rost._ [P. 194]
+
+ Il fut appointe qu'il yroit
+ Devant l'estal d'ung rotisseur,
+ Et de la chair marchanderoit,
+ Contrefaisant du gaudisseur,
+ Et, pour trouver moyen meilleur,
+ Faignant que point on ne se joue,
+ Il viendroit un entrepreneur,
+ Qui luy bailleroit sur la joue.
+
+ Il vint a la rostisserie,
+ En marchandant de la viande;
+ L'autre vint, de chere marrie:
+ "Qu'est-ce que ce paillart demande?"
+ Luy baillant une buffe grande,
+ En luy disant mainte reproche.
+ Quand il vit qu'il eut ceste offrande,
+ Empoigna du rost pleine broche.
+
+ Celuy qui bailla le soufflet
+ Fuist bien tost et a motz expres.
+ Maistre Francoys, sans plus de plet,
+ Atout son rost, courut apres,
+ Ainsi, sans faire long proces,
+ Ils repeurent, de cueur devot,
+ Et eurent, par leur grant exces,
+ Pain, vin, chair, et poisson, et rost.
+
+ [P. 195]
+
+ SECONDE REPEUE
+
+ DE L'EPIDEMIE.
+
+ Et pour la premiere repeue
+ Dont apres sera mention,
+ Bien digne d'estre ramenteue
+ Et mise en revelation,
+ Et pourtant, soubs correction,
+ Affin que l'en en parle encore,
+ Comme nouvelle invention,
+ Redige sera par memoire.
+
+ Or advint, de coup d'aventure,
+ Que les suppostz devant nommez,
+ Ne cherchoyent rien par droicture.
+ Qu'en richesse gens renommez.
+ Ung jour qu'ilz estaient affamez,
+ En la porte d'ung bon logis
+ Virent entrer, sans estre armez,
+ Ambassadeurs de loing pays.
+
+ Si penserent entre eux comment
+ Ilz pourroient, pour l'heure, repaistre,
+ Et, selon leur entendement,
+ L'ung d'iceulz s'aprocha du maistre
+ D'hostel, et se fit acongnoistre,
+ Disant qu'il luy enseigneroit
+ Le haut, le bas marche, pour estre
+ Par luy conduyt, s'il luy plaisoit.
+
+ Je croy bien que monsieur le maistre,
+ Qui du bas mestier estoit tendre, [P. 196]
+ Fit ce gallant tres bien repaistre,
+ Et luy commenda charge prendre
+ De la cuysine, d'y entendre,
+ Tant que leur train departira,
+ Et bien payera, sans attendre,
+ A son gre, quand il s'en yra.
+
+ Lors s'en vint a ses compaignons,
+ Dire: "Nostre escot est paye;
+ Je suis ja l'ung des grans mignons
+ De leans et mieulx avoye,
+ Car le maistre m'a envoye
+ Par la ville, pour soy sortir;
+ Mais, se mon sens n'est desyoye,
+ Bien brief l'en feray repentir.
+
+ --Va, lui dirent ses compaignons,
+ Et esguise tout ton engin
+ A nous rechauffer les rongnons
+ Et nous faire boire bon vin.
+ Passe tous les sens Pathelin,
+ De Villon et Pauquedenaire,
+ Car se venir peux en la fin,
+ Passe seras maistre ordinaire."
+
+ Ce gallant vint en la maison
+ Ou estoyt loge l'ambassade,
+ Ou les seigneurs, par beau blason,
+ Devisoyent rondeau ou ballade.
+ Il estoit miste, gent et sade,
+ Bien habitue, bien en point,
+ Robbe fourree, pourpoint d'ostade;
+ Il entendoit son contrepoint.
+
+ Le principal ambassadeur [P. 197]
+ Aymoit une peu le bas mestier,
+ Dont le gallant fut a honneur,
+ Car c'estoyt quasi son mestier,
+ Et luy conta que, a son quartier,
+ Avoit de femmes largement,
+ Qui estoyent, s'il estoit mestier,
+ A son joly commandement.
+
+ Le gallant fut entretenu
+ Par ce seigneur venu nouveau,
+ Et leans il fut retenu,
+ Pour estre fin franc macquereau.
+ Le jeu leur sembla si tres beau;
+ Aussi, il fit si bonne mine,
+ Qu'il fut esleu, sans nul appeau,
+ Pour estre varlet de cuysine.
+
+ Les ambassadeurs convoyerent
+ Seigneurs et bourgeois a disner,
+ Lesquels voulentiers y allerent
+ Passer temps, point n'en faut doubter.
+ Toutesfoys, vous debvez scavoir,
+ Quelque chose que je vous dye,
+ Que l'ambassadeur, pour tout veoir,
+ Craignoit moult fort l'Epidemie.
+
+ Ce gallant en fut adverty,
+ Qui nonobstant fist bonne mine,
+ Et quand il fut pres de midi,
+ A l'heure qu'il est temps qu'on disne,
+ Il entra dedans la cuysine,
+ Manyant toute la viande,
+ Comme docteur en medecine [P. 198]
+ Qui tient malades en commande.
+
+ Tous les seigneurs la regarderent
+ Son train, ses facons et manieres;
+ Mais, apres luy, pas ne tasterent,
+ Aussi ne luy challoit-il gueres.
+ Apres il print les esguieres,
+ Le vin, le claire, l'ypocras,
+ Darioles, tartes entieres:
+ Il tasta de tout, par compas.
+
+ Et, pour bien entendre son cas,
+ Quand il vit qu'il estoit saison,
+ A bien jouer ne faillit pas,
+ Pour faire aux seigneurs la raison,
+ Si bien que dedans la maison
+ Demeura tout seul pour repaistre,
+ Soustenant, par fine achoison,
+ Qu'il se douloit du couste destre.
+
+ Lors y avoit une couchette
+ Ou il failloit la feste faire,
+ Et n'a dent qui ne luy cliquette;
+ La se mist, commencant a braire
+ Que l'on s'en fuyt au presbytaire,
+ Pour faire le prebstre acourir,
+ Atout Dieu et l'autre ordinaire
+ Qu'il fault pour ung qui veult mourir.
+
+ Quand les seigneurs virent le prebstre
+ Avec ses sacremens venir,
+ Chacun d'eulx eust bien voulu estre
+ Dehors, je n'en veulx point mentir:
+ Si grant haste eurent d'en sortir, [P. 199]
+ Que la demeurerent les vivres,
+ Dont les compaignons du martir
+ Furent troys jours et troys nuyts yvres.
+
+ Par ce point eurent la repeue
+ Franche chascun des compaignons.
+ La finesse le prebstre a teue,
+ Affin de complaire aux mignons;
+ Mais les seigneurs dont nous parlons
+ Eurent tous, pour ce coup, l'aubade:
+ Chascun d'eulx fut, nous ne faillons,
+ De la grant paour troys jours malade.
+
+
+
+ LA TROISIEME REPEUE
+
+ DES TORCHECULS.
+
+ Un Lymousin vint a Paris,
+ Pour aulcun proces qu'il avoit.
+ Quand il partit de son pays
+ Pas gramment d'argent il n'avoit,
+ Et toutefoys il entendoit
+ Son fait, et avoit souvenance
+ Que son cas mal se porteroit
+ S'il n'avoit une repeue franche.
+ Ce Lymousin, c'est chose vraye,
+ Qui n'avoit vaillant ung patac,
+ Se nommoit seigneur de Combraye,
+ Sans qu'on le suivist a son trac.
+ Plus ruse estoit qu'ung vieil rat, [P. 200]
+ Et affame comme un vieil loup,
+ Avec monsieur de Penessac,
+ Et le seigneur de Lamesou.
+ Les troys seigneurs s'entretrouverent;
+ Car ilz estoyent tous d'ung quartier
+ Et Dieu scait s'ilz se saluerent,
+ Ainsi qu'il en estoit mestier;
+ Toutesfoys, ce bon escuyer
+ De Combraye, propos final,
+ Fut esleu leur grant conseillier,
+ Et le gouverneur principal.
+ Ils conclurent, pour le meilleur,
+ Que ce bon notable seigneur
+ Yroit veoir s'il pourroit trouver
+ Quelque bon lieu pour s'y loger,
+ Et, selon qu'il le trouverait,
+ Aux aultres le raconteroit.
+ Or advint, environ midy,
+ Qu'il estoit de faim estourdy,
+ S'en vint a une hostellerie,
+ Rue de la Mortellerie,
+ Ou pend l'enseigne du Pestel:
+ _A bon logis et bon hostel,_
+ Demandant s'on a que repaistre:
+ "Ouy, vrayment, ce dist le maistre;
+ Ne soyez de rien en soucy,
+ Car vous serez tres bien servy
+ De pain, de vin et de viande.
+ --Pas grand chose je ne demande,
+ Dist le bon seigneur de Combraye:
+ Il n'y a guere que j'avoye [P. 201]
+ Bien desjune; mais, toutesfoys,
+ Si ai-je disne maintes foys
+ Que n'avoye pas tel appetit."
+ Ce seigneur menga ung petit,
+ Car il n'avoit guere d'argent,
+ Commendant qu'on fust diligent
+ D'avoir quelque chose de bon,
+ Pour son soupper: ung gras chapon;
+ Car il pensoit bien que, le soir,
+ Il devoit avec luy souper
+ Des gentilzhommes de la cour.
+ L'hostesse fut bien a son gourt,
+ Car, quand vint a compter l'escot,
+ Le seigneur ne dist oncques mot,
+ Mais tout ce qu'elle demanda
+ Ce gentilhomme luy bailla,
+ Disant: "Vous comptez par raison!"
+ Puis il sortit de la maison,
+ Bouta son sac soubs son esselle,
+ Et vint raconter la nouvelle
+ A ses compaignons, et comment
+ Il failloit faire saigement.
+ Il fut dit, a peu de parolles,
+ Pour eviter grans monopolles,
+ Que le seigneur de Penessac
+ Yroit devant louer l'estat
+ Et blasonner la suffisance
+ De ce seigneur, car, sans doubtance,
+ La chose le valoit tres bien,
+ Et, pour trouver meilleur moyen,
+ Il menroit en sa compaignie,
+ Lamesou; et n'y faillit mye. [P. 202]
+ Si vint demander a l'hostesse
+ S'ung seigneur remply de noblesse
+ Estoit loge en la maison.
+ L'hostesse respondit que non,
+ Et que vrayement il n'y avoit
+ Qu'ung Lymousin, lequel debvoit
+ Venir au soir souper leans.
+ "Ha! dist-il, dame de ceans,
+ C'est celuy que nous demandons;
+ Par ma foy! c'est le grant baron,
+ Qui est arrive au matin.
+ --Je n'entens point vostre latin,
+ Dist l'hostesse; vous parlez mal:
+ Il n'a ne jument ne cheval;
+ Il va a pied, par faulte d'asne."
+ Lors Penessac respondit: "Dame,
+ Il vient icy pour ung proces;
+ Il est appellant des exces
+ Qu'on luy a faictz en Lymousin,
+ Et va ainsi de pied, affin
+ Que son proces soit plus tost faict."
+ L'hostesse le creut, en effet.
+ Alors, le seigneur de Combraye
+ Arrive, et Dieu scait quelle joye
+ Ces deux seigneurs icy lui firent;
+ Et le genoil en bas tendirent
+ Aussi tost comme il fut venu,
+ Et par ce point il fut congneu
+ Qu il estoit seigneur honorable.
+ Le bon seigneur se sist a table,
+ En tenant bonne gravite.
+ Vis-a-vis, de l'autre coste,
+ S'assit le seigneur de l'hostel,
+ Et eurent du vin, Dieu scait quel! [P. 203]
+ Il ne le fault point demander.
+ Quand ce vint a l'escot compter
+ L'hostesse assez hault comptoit,
+ Mais au seigneur il n'en challoit,
+ Feignant qu'il fust tout plain d'argent.
+ Lors il dist qu'on fust diligent
+ De penser a faire les litz,
+ Car il vouloit en ce logis
+ Coucher; puis apres, par expres,
+ Il print son grand sac a proces,
+ Et le bailla leans en garde,
+ Disant: "Qu'on me le contregarde.
+ Si de l'argent voulez avoir,
+ Il ne faut que le demander."
+ L'hostesse ne fut pas ingrate,
+ En disant: "Je n'en ay pas haste.
+ N'espargnez rien qui soit ceans."
+ Ces seigneurs coucherent leans
+ L'espace de cinq ou six moys,
+ Sans payer argent, toutesfoys,
+ Non obstant ce qu'il demandoit
+ A l'hostesse s'elle vouloit
+ Avoir de l'argent, bien souvent;
+ Mais il n'estoit point bien content
+ De mettre souvent main en bourse.
+ L'hostesse n'estoit point rebourse,
+ Et dist: "Ne vous en soucyez;
+ Dieu mercy! j'ay argent assez,
+ A vostre bon commandement."
+ Ces mignons penserent comment
+ Ilz pourroyent retirer leur sac;
+ Et lors monsieur de Penessac
+ Dist a ce baron de Combraye
+ Qu'il se boutast bientost en voye, [P. 204]
+ Jugeant qu'il fust embesongne.
+ Ce seigneur vint, tout refrongne,
+ Vers l'hostesse, par bon moyen,
+ Et lui dit: "Mon cas va tres bien;
+ Mon proces est ennuyt juge.
+ A coup, qu'il n'y ait plus songe,
+ Baillez-moy mon sac, somme toute,
+ Car j'ay paour et si fays grant doubte,
+ Que les seigneurs soyent departis."
+ Il print son sac: "Adieu vous dis!
+ Je reviendray tout maintenant."
+ Il s'en alla diligemment,
+ A tout ses proces et son sac;
+ Et les seigneurs de Penessac
+ Et de Lamesou l'attendoyent;
+ Lesquelz seigneurs si s'esbatoyent,
+ A recueillir les torcheculz
+ Des seigneurs qui estoyent venus
+ Aux chambres, et bien se pensoyent
+ Qu'a quelque chose serviroyent
+ Ilz osterent tous ces proces
+ De ce sac, et, par motz expres,
+ L'emplirent de ces torcheculz;
+ Puis, au soir, quand furent venuz
+ A leur logis, fut mis en garde,
+ Et, pour mieulx mettre en sauvegarde,
+ Il fut boute, par grant humblesse,
+ Avec les robbes de l'hostesse,
+ Qui sentoyent le muguelias.
+ Au soir, firent grant ralias;
+ Le lendemain il fut raison
+ De departir de la maison
+ Pour s'en aller sans revenir.
+ On cuydoit qu'ilz deussent venir [P. 205]
+ Lendemain soupper et disner,
+ Pour leurs offices resiner,
+ Maiz ilz ne vindrent oncques puis.
+ Ils faillirent cinq ou six nuitz,
+ Dont l'hostesse fut eschec et mac.
+ Elle n'osoit ouvrir le sac
+ Sans avoir le conge du juge,
+ Auquel avoit piteux deluge;
+ Tellement qu il fut necessaire
+ Qu'on envoyast ung commissaire
+ Pour ouvrir ce sac, somme toute.
+ Quand il fust la venu sans doubte,
+ Il lava ses mains a bonne heure,
+ De paour de gaster l'escripture,
+ Car a cela estoit expert.
+ Toutesfoys, le sac fut ouvert;
+ Mais, quand il le vit si breneux,
+ Il s'en alla tout roupieux,
+ Cuydant que ce fust mocquerie,
+ Car il n'entendoit raillerie.
+ Ainsi partirent ces seigneurs
+ De Paris, joyeux en couraige.
+ De tromper furent inventeurs:
+ Cinq moys vesquirent d'avantaige;
+ De blasonner ilz firent raige;
+ Leur hoste fut par eulx vaincu.
+ Ils ne laisserent, pour tout gaige
+ Qu'un sac tout plain de torchecu.
+
+ [P. 206]
+ LA QUATRIESME REPEUE FRANCHE
+
+ DU SOUFFRETEUX.
+
+ "Ou pris argent, qui n'en a point?
+ Remede est vivre d'avantaige.
+ Qui n'a ne robbe ne pourpoint,
+ Que pourroit-il laisser pour gaige?
+ Toutesfoys, qui aurait l'usaige
+ De dire quelque chansonnette
+ Qui peust deffrayer le passaige,
+ Le payement ne seroit qu'honneste."
+
+ L'ACTEUR.
+
+ Ainsi parloit le Souffreteux,
+ Qui estoit fin de sa nature;
+ Moytie triste, moytie joyeux.
+ Du Palays partit, bonne alleure,
+ En disant: "Qui ne s'adventure,
+ Il ne fera jamais beau fait,"
+ Pour pourchasser sa nourriture,
+ Car il estoit de faim deffaict.
+
+ Pour trouver quelque tromperie,
+ Le gallant se voulust haster:
+ En la meilleure hostellerie
+ Ou taverne s'alla bouter,
+ Et commenca a demander
+ S'on avoit rien pour luy de bon;
+ Car il vouloit leans disner, [P. 207]
+ Et faire chere de facon.
+
+ Lors on demanda quelle viande
+ Il falloit a ce pelerin.
+ Il respondit: "Je ne demande
+ Qu'une perdrix ou un poussin,
+ Avec une pinte de vin
+ De Beaulne, qui soit frais tiree.
+ Et puis apres, pour faire fin,
+ Le cotteret et la bourree."
+
+ Tout ce qui luy fut convenable
+ Le varlet luy alla querir.
+ Le gallant s'en va mettre a table,
+ Affin de mieulx se resjouyr,
+ Et disna la, tout a loisir,
+ Maschant le sens, trenchant du saige;
+ Mais il fallut, ains que partir,
+ Avoir ung morceau de formaige.
+
+ "Adonc dit le clerc: Mon amy,
+ Il fault compter, car vous devez,
+ Tout par tout, sept solz et demy,
+ Et convient que les me payez.
+ --Je ne scay comment les aurez,
+ Dist le gallant, car, par sainct Gille!
+ Je veulx bien que vous le saichez,
+ Je ne soustiens ne croix ne pille.
+
+ --Qui n'a argent si laisse gaige;
+ Ce n'est que le faict droicturier.
+ Vous voulez vivre d'avantaige,
+ Et n'avez maille ne denier!
+ Estes-vous larron ou meurtrier? [P. 208]
+ Par Dieu, ains que d'icy je hobe,
+ Vous me payerez, pour abreger,
+ Ou vous y laisserez la robbe.
+
+ --Quant est d'argent, je n'en ay point,
+ Affin de le dire tout hault.
+ Comment! m'en iray-je en pourpoint,
+ Et desnue comme ung marault?
+ Dieu mercy! je n'ay pas trop chault;
+ Mais, s'il vous plaisoit m'employer,
+ Je vous serviray, sans deffault,
+ Jusques a mon escot payer.
+
+ --Et comment? Que scavez-vous faire?
+ Dites-le moy tout plainement.
+ --Quoy? toute chose necessaire.
+ Point ne fault demander comment;
+ Je gaige que, tout maintenant,
+ Je vous chanteray ung couplet,
+ Si hault et si cler, je me vant,
+ Que vous direz: "Cela me plaist!"
+
+ L'ACTEUR.
+
+ Lors, le varlet, voyant cecy,
+ Fut content de ceste gaigeure,
+ Et pensa en luy-mesme ainsi,
+ Qu'il attendroit ceste adventure;
+ Et s'il chantoit bien d'adventure,
+ Il lui dirait, pour tous desbats,
+ Qu'il payast l'escot, bon alleure,
+ Car son chant ne lui plaisoit pas.
+
+ L'accord fut dit, l'accord fut faict, [P. 209]
+ Devant tous, non pas en arriere.
+ Lors le gallant tire, de faict,
+ De dedens sa gibeciere
+ Une bourse, d'argent legiere,
+ Qui estoit pleine de mereaulx,
+ Et chanta, par bonne maniere,
+ Haultement, ces mots tout nouveaulx:
+
+ De sa bourse dessus la table
+ Frappa, affin que je le notte,
+ Et, comme chose convenable,
+ Chanta ainsi a haulte notte:
+ "Faut payer ton hoste, ton hoste!"
+ Tout au long chanta ce couplet.
+ Le varlet, estant coste a coste,
+ Respondit: "Cela bien me plaist!"
+
+ Toutesfoys, il n'entendoit pas
+ Qu'il ne fust de l'escot paye,
+ Parquoy il failloit sur ce pas.
+ De son sens fut moult desvoye.
+ Devant tous fut notiffie
+ Qu'il estoit gentil compaignon,
+ Et qu'il avoit, par son traicte,
+ Bien disne pour une chanson.
+
+ C'est bien disne, quand on eschappe
+ Sans desbourser pas ung denier,
+ Et dire adieu au tavernier
+ En torchant son nez a la nappe.
+
+ [P. 210]
+
+ LA CINQUIESME REPEUE
+
+ DU PELLETIER.
+
+ Ung jour advint qu'ung Pelletier
+ Espousa une belle femme
+ Qui appetoit le bas mestier,
+ En faisant recorder sa game.
+ Le Pelletier, sans penser blasme,
+ Ne s'en soucioit qu'ung petit:
+ Mieulx aymoit du vin une dragme,
+ Que coucher dedens ung beau lict.
+
+ Ung cure, voyant cest affaire,
+ De la femme fut amoureux,
+ Et pensa qu'a son presbytaire
+ Il maineroit ce maistre gueux.
+ Il s'en vint a luy tout joyeux,
+ A celle fin de le tromper,
+ En disant: "Mon voysin, je veux
+ Vous donner ennuyt a soupper."
+
+ Le Pelletier en fut content,
+ Car il ne vouloyt que repaistre,
+ Et alla tout incontinent
+ Faire grant chere avec le prestre,
+ Qui luy joua d'un tour de maistre,
+ Disant: "Ma robbe est deffourree;
+ Il vous y convient la main mettre,
+ Affin qu'elle soit reffourree.
+
+ --Et bien, ce dist le Pelletier, [P. 211]
+ Monseigneur, j'en suis bien content,
+ Mais que vous m'en vueillez payer;
+ Je suis tout vostre, seurement."
+ Ils firent leur appoinctement
+ Qu'il auroit, pour tout inventoire,
+ Dix solz tournois entierement,
+ Et du vin largement pour boire,
+
+ Pourvu qu'il la despecheroit,
+ Car il luy estoit necessaire,
+ Et que toute nuyt veilleroit,
+ Avec son clerc, au presbitaire.
+ Il fut content de cest affaire.
+ Mais le Cure les enferma
+ Soubs la clef, sans grant noyse faire,
+ Puis hors de la maison alla.
+
+ Le Cure vint en la maison
+ Du Pelletier, par ses sornettes,
+ Et trouva si bonne achoyson
+ Qu'il fist tres bien ses besongnettes.
+ Ilz firent cent mille chosettes,
+ Car, ainsi comme il me semble,
+ Il contenta ses amourettes,
+ Et puis hors de la maison emble.
+
+ Ce fourreur, pour la repeue franche
+ Fut fait coqu bien fermement;
+ Et luy chargea la dame blanche
+ Qu'il y retournast hardiment,
+ Et que, par son sainct sacrement,
+ Jamais nul jour ne l'oubliera,
+ Mais luy fera hebergement, [P. 212]
+ Toutes les foys qu'il luy plaira.
+
+ Et pourtant, donne soy bien garde
+ Chascun qui aura belle femme
+ Qu'on ne lui joue telle aubade
+ Pour la repeue: c'est grant diffame;
+ Quant il est sceu, ce n'est que blasme
+ Et reproche, au temps advenir.
+ Vela des repeues la grant game;
+ Pourtant, ayez-en souvenir!
+
+
+
+ SIXIESME REPEUE FRANCHE
+
+ DES GALLANTS SANS SOULCY.
+
+ Une assemblee de compaignons,
+ Nommez les _Gallans sans soucy_,
+ Se trouverent entre deux pontz,
+ Pres le Palays, il est ainsi;
+ D'aultres y en avoit aussi,
+ Qui aymoient bien besoigne faicte,
+ Et estoient, de franc cueur transi,
+ A l'abbe de Saincte Souffrette.
+
+ Ces compaings ainsi assemblez
+ Ne demanderent que repas;
+ D'argent ilz n'estoyent pas comblez,
+ Non pourtant ne faillirent pas.
+ Ilz se bouterent, c'est le cas, [P. 213]
+ A l'enseigne du Plat d'estaing,
+ Ou ilz repeurent par compas,
+ Car ilz en avoient grant besoing.
+
+ Quant ce vint a l'escot compter,
+ Je crois que nully ne s'en cource;
+ Mais le beau jeu est au payer,
+ Quant il n'y a denier en bourse.
+ Nul d'eulx n'avoit chere rebourse:
+ "Pour de l'escot venir au bout,
+ Dist ung gallant, de plaine source,
+ Il n'en faut qu'ung pour payer tout."
+
+ Ilz appointerent tous ensemble,
+ Que l'ung d'iceulx on banderait:
+ Par ainsi, selon qui me semble,
+ Le premier qu'il empoigneroit,
+ Estoit dit que l'escot payeroit.
+ Mais ilz en eurent grand discord:
+ Chascun bande estre vouloit,
+ Dont ne peurent estre d'accord.
+
+ Le varlet, voyant ces desbas,
+ Leur dit: "Nul de vous ne s'esmoye;
+ Je suis content que, par compas,
+ Tout maintenant bande je soye."
+ Les gallans en eurent grand joye,
+ Et le banderent en ce lieu,
+ Puis chascun d'eux si print la voye
+ Pour s'en aller sans dire adieu.
+
+ Le varlet, qui estoit bande,
+ Tournoyoit parmy la maison.
+ Il fut de l'escot prebende [P. 214]
+ Par ceste subtile achoison.
+ Affin d'avoir provision
+ De l'escot, l'hoste monte en hault:
+ Quand il vit ceste intention,
+ A peu que le cueur ne lui fault.
+
+ En montant, l'hoste fut happe
+ Par son varlet, sans dire mot,
+ Disant: "Je vous ay attrape,
+ Il faut que vous payez l'escot,
+ Ou vous laisserez le surcot."
+ De quoy il ne fut pas joyeux,
+ ****************************
+ Cuydant qu'il fust mathelineux.
+
+ Quand le varlet se desbanda,
+ La tromperie peut bien congnoistre:
+ Fut estonne quand regarda,
+ Et vit bien que c'estoit son maistre.
+ Pensez qu'il en eut belle lettre,
+ Car il parla lors a bas ton,
+ Et, pour sa peine, sans rien mettre,
+ Il eut quatre coups de baston.
+
+ Ainsi furent, sans rien payer,
+ Les povres gallans delivrez
+ De la maison du tavernier,
+ Ou ilz s'estoyent presque enyvrez
+ Des vins qu'on leur avoit livrez
+ Pour boire a plain gobelet,
+ Que paya le povre varlet.
+
+ Et que ce soit vray ou certain, [P. 215]
+ Ainsi que m'ont dit cinq ou six,
+ Le cas advint au Plat d'estain
+ Pres Sainct-Pierre-des-Arsis.
+ Bien escheoit ung grant mercis,
+ A tout le moins, pour ce repas,
+ Et si ne le payerent pas.
+
+ Aussi fut si bien aveugle,
+ Le povre varlet malheureux,
+ Qui fut de tout l'escot sangle,
+ Et fallust qu'il payast pour eulx;
+ Et s'en allerent tous joyeux
+ Les mignons, torchant leur visaige,
+ Qui avoyent disne d'advantaige.
+
+
+
+ LA SEPTIESME REPEUE
+
+ FAICTE AUPRES DE MONTFAULCON.
+
+ Pour passer temps joyeusement,
+ Raconter vueil une repeue
+ Qui fut faicte subtillement
+ Pres Montfaulcon, c'est chose sceue,
+ Et diray la desconvenue
+ Qu'il advint a de fins ouvriers;
+ Aussi y sera ramenteue
+ La finesse des escolliers.
+
+ Quand compaignons sont desbauchez,
+ Ilz ne cherchent que compaignie;
+ Plusieurs ont leurs vins vendangez [P. 216]
+ Et beu quasy jusqu'a la lye.
+ Or advint qu'une grant mesgnie
+ De compaignons se rencontrerent.
+ ******************************
+ ******************************
+
+ Et, sans trouver la saison chere,
+ Chascun d'eulx se resjouyssoit
+ Disant bons motz, faisant grant chere;
+ Par ce point le temps se passoit.
+ Mais l'ung d'iceulx promis avoit
+ De coucher avec une garce,
+ Et aux aultres le racontoit,
+ Par jeu, en maniere de farce.
+
+ Tant parlerent du bas mestier,
+ Que fut conclud, par leur facon,
+ Qu'ilz yroyent ce soir-la coucher
+ Pres le gibet de Montfaulcon,
+ Et auroyent pour provision
+ Ung paste de facon subtile,
+ Et meneroyent, en conclusion,
+ Avec eulx chascun une fille.
+
+ Ce paste, je vous en respons,
+ Fut faict sans demander qu'il couste,
+ Car il y avoit six chapons,
+ Sans la chair, que point je n'y boute.
+ On y eust bien tourne le coute,
+ Tant estoit grant, point n'en doubtez.
+ Le Prince des Sots et sa routte
+ En eussent este bien souppez.
+
+ Deux escolliers voyant le cas, [P. 217]
+ Qui ne scavoyent rien que tromper,
+ Sans prendre conseil d'advocatz,
+ Ilz se voullurent occuper,
+ Pensant a eux, comme atrapper
+ Les pourroyent d'estoc ou de trenche;
+ Car ilz voulloyent ce soir soupper
+ Et avoir une repeue franche.
+
+ Sans aller parler au devin,
+ L'ung prist ce paste de facon,
+ L'autre emporta un broc de vin,
+ Du pain assez, selon raison,
+ Et allerent vers Montfaulcon,
+ Ou estoit toute l'assemblee.
+ Filles y avoit a foyson,
+ Faisant chere desmesuree.
+
+ Aussi juste comme l'orloge,
+ Par devis et bonne maniere,
+ Ilz entrerent dedans leur loge,
+ Esperant de faire grant chiere,
+ Et tastoient devant et derriere
+ Les povres filles, hault et bas.
+ *****************************
+ *****************************
+
+ Les escolliers, sans nulle fable.
+ Voyant ceste desconvenue,
+ Vestirent habitz de diable,
+ Et vindrent la, sans attendue:
+ L'ung, ung croc, l'autre, une massue,
+ Pour avoir la franche repue,
+ Vindrent assaillir les gallans.
+ *****************************
+
+ Disant: "A mort! a mort, a mort! [P. 218]
+ Prenez, a ces chaisnes de fer,
+ Ribaulx, putains, par desconfort,
+ Et les amenez en enfer;
+ Ilz seront avec Lucifer,
+ Au plus parfond de la chauldiere,
+ Et puis, pour mieulx les eschauffer,
+ Gettez seront en la riviere!"
+
+ L'ung des gallans, pour abbreger,
+ Respondit: "Ma vie est finee!
+ En enfer me fault heberger.
+ Vecy ma derniere journee;
+ Or suis-je bien ame dampnee!
+ Nostre peche nous a attains,
+ Car nous yrons, sans demouree,
+ En enfer avec ces putains!"
+
+ Se vous les eussiez veu fouyr,
+ Jamais ne vistes si beau jeu,
+ L'ung amont, l'autre aval courir;
+ Chascun d'eulx ne pensoit qu'a Dieu.
+ Ilz s'en fouyrent de ce lieu,
+ Et laisserent pain, vin et viande,
+ Criant sainct Jean et sainct Mathieu,
+ A qui ilz feroyent leur offrande.
+
+ Noz escolliers, voyant cecy,
+ Non obstant leur habit de diable,
+ Furent alors hors de soulcy,
+ Et s'assirent trestous a table;
+ Et Dieu scait si firent la galle [P. 219]
+ Entour le vin et le paste,
+ Et repeurent, pour fin finalle,
+ De ce qui estoit appreste.
+
+ C'est bien trompe, qui rien ne paye,
+ Et qui peut vivre d'advantaige,
+ Sans desbourser or ne monnoye,
+ En usant de joyeux langaige.
+ Les escolliers, de bon couraige,
+ Passerent temps joyeusement,
+ Sans bailler ny argent ny gaige,
+ Et si repeurent franchement.
+
+ Si vous vouliez suyvre l'escolle
+ De ceulx qui vivent franchement,
+ Lisez en cestuy prothocolle,
+ Et voyez la facon comment;
+ Mettez-y vostre entendement
+ A faire comme ilz faseyent,
+ Et, s'il n'y a empeschement,
+ Vous vivrez comme ilz vivoyent.
+
+ FIN DES REPEUES FRANCHES
+ ET DES POESIES ATTRIBUEES A VLLLON.
+
+
+
+NOTES.
+
+_(Les chiffres renvoient aux pages du volume. V. signifie_ vers;
+_Pr._, Prompsault; _P. L._, M. Paul L. Jacob, bibliophile.)
+
+P. 1. _Clement Marot aux Lecteurs._ Cette preface, avec le
+huitain qui l'accompagne, est en tete de l'edition de _Paris,
+Galiot du Pre,_ 1533, la premiere donnee par Marot.
+
+P. 2, lig. 28. _Toutesfoys_... Marot dit clairement qu'il n'a
+pas consulte un seul manuscrit. Il n'a pas non plus eu sous les
+yeux toutes les editions du XVe siecle.
+
+P. 4, lig. 5. _Apres _... Les vers que Marot dit avoir refaits
+sont au nombre de dix ou douze seulement, et, chose singuliere,
+on les trouve tels quels dans les manuscrits et les anciennes
+editions. (P. L.)
+
+P. 7. _Le Petit Testament_. Ce titre, que Villon n'avait pas
+eu l'intention de donner a ses _lays_ (voy. p. 50, v. II), se
+trouve en tete des plus anciennes editions de ses oeuvres.
+
+P. 8-9. Les huitains IV a IX ont ete publies pour la premiere
+fois par Prompsault, d'apres un mss. La Monnoye ne les a pas
+connus.
+
+P. 9, huitain IX. L'invocation par laquelle Villon commence son
+Testament n'est qu'une affaire de simple formule. Ce n'est pas
+la qu'il faut chercher la preuve de ses sentiments religieux.
+
+P. 14, huit. XXIII. Ce huitain, publie pour la premiere fois par
+Prompsault, se trouve en manuscrit dans l'exemplaire annote de
+La Monnoye.
+
+P. 17-19. Les huitains XXXVI-XXXIX, publies pour la premiere
+fois par M. Prompsault, n'etaient pas connus de La Monnoye.
+C'est une satire du jargon scolastique du temps. Il n'est pas
+certain que Villon en soit l'auteur. J'ai conserve quelques-unes
+des corrections introduites dans ce texte par M. P. L.
+
+P. 21. _Le Grand Testament_. Huit. I. _En l'an trentiesme de mon
+eage_... On a conclu de ce vers que Villon n'avait pas trente
+ans accomplis en 1461. La mesure du vers ne lui permettait pas
+d'etre plus exact; mais dans le _Debat du corps et du coeur_ (p.
+113), fait dans la prison de Meung, il dit positivement: "Tu as
+trente ans." Il etait donc reellement ne en 1431.
+
+P. 22, huit. V. La lecon de l'edition Prompsault est meilleure
+que celle de La Monnoye. La voici:
+
+ _Si prieray pour lui de bon cueur,
+ Par l'ame du bon feu Cotard..._
+
+C'est-a-dire que Villon jure par l'ame de son procureur Cotard
+(voy. ce nom au _Glossaire-index_), de prier Dieu pour Thibault
+d'Aussigny. La suite nous apprend ce qu'il entend par la.
+
+P. 37-38. On a cru que dans les huitains XLIII-XLV Villon
+parlait de lui-meme; c'est evidemment une erreur. Pour le
+reconnaitre, il suffit de se rappeler qu'il n'avait que trente
+ans, et n'etait pas un "pauvre vieillart."
+
+P. 45, huit. LIV. Je n'ai pas adopte la correction de La
+Monnoye, qui termine ainsi ce huitain:
+
+ _C'est pure verite decellee:
+ Pour une joye cent doulours_.
+
+P. 56. Les six premiers vers de l'_Envoi_ donnent en acrostiche
+le nom de _Villon_, ainsi que M. Nagel l'a remarque le premier.
+Il a decouvert aussi que le premier huitain de la _Ballade
+de Villon a s'amye,_ p. 57, donne en acrostiche le nom de
+_Francoys._ Le second huitain donne _Martheos,_ sans doute par
+l'effet du hasard.
+
+P. 90. _Lays._ Publie pour la premiere fois par Prompsault. En
+manuscrit dans La Monnoye. Il en est de meme du huitain CLIII,
+p. 91.
+
+P. 99. "_Et je croy bien que pas n'en ment._" Le huitain qui
+commence par ce vers et le reste de la ballade ont ete publies
+pour la premiere fois par Prompsault. Ils existent en manuscrit
+dans La Monnoye.
+
+P. 101. _Poesies diverses_. Le titre de plusieurs editions
+annonce un _Codicille_, ce qui a preoccupe quelques editeurs
+plus que de raison. L'edition de Pierre Levet, 1489, et une
+autre edition du XV'siecle (la troisieme decrite par M. Brunet),
+disent ce qu'il faut entendre par la. Dans celle de Pierre Levet
+on lit: _Cy commence le grant Codicille et Testament de maistre
+Francois Villon,_ et dans l'autre: _Sensuit le grant Testament
+et Codicille de maistre Francois Villon._ Le _Codicille_ n'est
+donc autre chose que le _Grand Testament,_ posterieur de cinq
+ans au _Petit Testament._
+
+Les _poesies diverses_ ont ete classees de differentes
+facons, selon le gre des editeurs. J'ai cherche a les ranger
+chronologiquement. Le _quatrain_ et _l'epitaphe_ (p. 101), la
+_Requeste au Parlement_ (p. 103), la _Ballade de l'appel_ (p.
+104), le _Dit de la naissance Marie_ (p. 105) et la _Double
+ballade_ (p. 107) se rapportent au proces de 1457. Je parlerai
+des autres pieces plus tard.
+
+P. 105. _Le Dit de la naissance Marie_. Cette piece et les deux
+suivantes se trouvent dans un tres-beau manuscrit des Poesies de
+Charles d'Orleans, conserve a la Bibliotheque imperiale. Elles
+ont ete publiees pour la premiere fois par M. Prompsault.
+
+P. 107. _Double ballade_. Cette piece, adressee a Marie
+d'Orleans, fut composee longtemps apres la precedente, et
+lorsque la princesse etait deja grande, et avait "port assure,
+maintien rassis" (p. 109, v. 17).
+
+P. 110. _Ballade Villon._ Cette piece est incontestablement de
+Villon, dont elle porte le nom dans le manuscrit des poesies
+de Charles d'Orleans. Il n'est pas aussi certain que les deux
+autres pieces tirees du meme manuscrit soient de lui, mais c'est
+on ne peut plus vraisemblable.
+
+Cette ballade fut composee sur un sujet donne par le duc
+d'Orleans. On trouve dans le manuscrit de ses poesies celles qui
+furent composees a la meme occasion par onze autres poetes.
+
+P. 111 _Epistre_, Cette piece fut composee dans la prison de
+Meung. Elle a ete publiee pour la premiere fois par Prompsault,
+mais elle existe en manuscrit, avec des variantes, dans La
+Monnoye.
+
+P. 112. _Le Debat du cueur et du corps_. Compose dans la prison
+de Meung. Les precedents editeurs n'ont pas remarque que le nom
+de Villon se trouve en acrostiche dans les six vers qui, non
+compris le refrain, forment l'_envoi_.
+
+P. 113. _La, Requeste a Monseigneur de Bourbon_. Prompsault se
+trompe lorsqu'il dit que Marot a fait le titre de cette ballade.
+On le trouve dans les editions du XVe siecle tel qu'il est
+reproduit ici.
+
+Le duc de Bourbon etait Jean II, qui mourut en 1487; ce ne
+pouvait etre Charles Ier, mort en decembre 1456, a l'epoque
+precisement ou Villon, peu connu comme poete, se faisait
+fouetter publiquement.
+
+P. 119. _Ballade des povres housseurs_. Cette piece a ete tiree
+du _Jardin de plaisance_ par Prompsault. Il n'est pas bien
+prouve qu'elle soit de Villon. On ne sait pas au juste ce
+que signifie ce mot _housseurs_. Cotgrave le traduit par
+_balayeurs_, _ramoneurs_; M. P. L., par _batteurs de tapis_;
+Prompsault, par _porteurs de housseaux_ ou de bottes; M.
+Campeaux, par ecoliers portant des _housses_, comme ceux du
+college de Navarre. Son explication me parait la meilleure, a
+moins que _housseurs_ ne signifie _faiseurs de housseaux_. Il
+y a un rapprochement a faire entre cette supposition et,
+d'une part, les conjectures de M. Campeaux relativement a la
+profession du pere de Villon; d'autre part, l'affirmation
+tres-nette de la onzieme des pieces attribuees a Villon, que je
+publie, p. 139. "...Mon pere est cordouennier." Malheureusement
+ce rondeau n'est pas plus certainement de Villon que la _Ballade
+des povres housseurs_.
+
+P. 120. _Probleme ou Ballade_. Publie pour la premiere fois par
+Prompsault. En manuscrit dans La Monnoye.
+
+P. 121. _Ballade contre les mesdisans de la France_. Prompsault
+a cru publier cette piece pour la premiere fois; mais il en
+existe une edition en caracteres gothiques, reproduite par M. A.
+de Montaiglon dans les _Anciennes Poesies francoises_, t. V,
+p. 320, qui m'a fourni de bonnes variantes. La Monnoye la
+connaissait. Elle existe en manuscrit dans son exemplaire
+annote, avec le titre qu'elle porte ici.
+
+P. 124. _Le Jargon ou Jobelin_. Tous les editeurs de Villon ont
+recule devant l'explication de ces ballades en argot. Je
+suis leur exemple; mais cela ne doit pas decourager ceux qui
+voudraient tenter l'entreprise. En recueillant avec soin toutes
+les variantes des anciennes editions, en rapprochant les
+ballades de Villon des monuments assez nombreux de ce langage
+qui nous restent du XVe siecle et du commencement du XVIe, on
+arriverait probablement a quelque chose de satisfaisant.
+
+P. 133. _Poesies attribuees a Villon_. J'ai choisi ce titre a
+cause de son elasticite. Je ne suis pas convaincu que ces pieces
+soient de notre poete; mais je n'ai pas voulu, en les donnant
+comme emanant de ses disciples, lui faire tort de celles qui
+peuvent lui appartenir.
+
+P. 133-143. Dix-sept pieces choisies parmi celles que M.
+Campeaux a tirees du _Jardin de plaisance_. On ne peut, lire son
+travail sans etre tente d'admettre que plusieurs de ces pieces
+sont reellement de Villon.
+
+P. 144-146. Les ballades XVIII, XIX et XX ont ete reunies pour
+la premiere fois aux oeuvres de Villon dans l'edition de 1723.
+Je ne crois pas qu'elles soient de lui.
+
+P. 147. _Ballade joyeuse des taverniers_. Cette piece se trouve
+dans toutes les editions de _la Chasse et le Depart d'Amours,_
+d'Octavien de Saint-Gelais, dont la premiere est de 1509. Je
+dois cette indication a mon ami M. Louis Moland.
+
+P. 150. _Monologue du franc archier de Baignollet_. Reuni pour
+la premiere fois aux oeuvres de Villon en 1532, dans une
+edition de Galiot du Pre. Il existe de ce monologue une edition
+gothique, format d'agenda, qui a ete reproduite dans l'_Ancien
+theatre francois_, t. II, p. 326. J'en ai tire quelques
+variantes.
+
+P. 164. _Dialogue de messieurs de Mallepaye et de Baillevent_.
+De meme que le _Monologue du franc archer_, cette piece fut
+reunie pour la premiere fois aux oeuvres de Villon dans
+l'edition de Galiot du Pre, 1532. Elle est ecrite, comme l'a
+remarque le premier M. A. de Montaiglon, "en strophes de six
+vers sur deux rimes, qui s'enchainent de telle facon que la
+rime placee dans une strophe au troisieme et au sixieme vers
+se repete, dans la strophe suivante, aux quatre autres vers,
+c'est-a-dire au premier, au second, au quatrieme et au cinquieme."
+Je l'ai divisee selon ces indications, et l'on conviendra qu'elle
+y a beaucoup gagne.
+
+Deux strophes sont incompletes, l'une d'un vers, p. 172, et
+l'autre de deux, p. 177.
+
+P. 178. _Les Repeues franches_. Ce recueil fut imprime plusieurs
+fois dans le XVe siecle et la premiere moitie du XVIe. Il n'est
+pas de Villon; mais le poete y joue un tel role qu'on ne peut se
+dispenser de le joindre a ses oeuvres, ce qu'on fait, du reste,
+depuis plus de trois cents ans. Il est ecrit presque tout
+entier en strophes de huit vers, ce que les precedents editeurs
+n'avaient pas assez remarque, comme l'a dit M. A. de Montaiglon.
+Il y a vers la fin quelques strophes que je n'ai pu completer,
+bien que j'aie consulte plusieurs editions anciennes, y compris
+celle de Jean Trepperel, que je crois la premiere.
+
+P. 187. _La Maniere d'avoir du poisson_. Le moyen employe par
+Villon pour se debarrasser du _porte-pannier_ rappelle le
+fabliau des _Trois Avugles de Compiengne_, par Cortebarbe. Voir
+aussi les _Aventures de Til Ulespiegle_, chap. LXXI (_Nouvelle
+collection Jannet_); _Morlini_, nouv. XIII; les _Facetieuses
+Nuits de Straparole_, edition Jannet, _Paris_, 1857, t. Ier, p.
+liv.
+
+P. 190. _La Maniere d'avoir des trippes_. Voir un expedient
+analogue dans les _Aventures de Til Ulespiegle_, edition citee,
+chap. LXXII.
+
+P. 191. _La Maniere d'avoir du pain_. Imite par l'auteur des
+_Aventures de Til Ulespiegle_, chap. VI.
+
+P. 192. _La Maniere d'avoir du vin_. Se retrouve dans _Til
+Ulespiegle_, chap. LVII.
+
+P. 206. _La Repeue franche du Souffreteux_. Imite par l'auteur
+de _Til Ulespiegle_, chap. LXI, et par Bonaventure Des Periers.
+Voy. l'edition de M. Louis Lacour, 1856. In-16, p. 122.
+
+
+
+
+
+GLOSSAIRE-INDEX.
+
+----------A----------
+
+_A_, avec. P. 34, v. 18; p. 158, v. 12.
+
+_A coup_, vite, tout de suite.
+
+_A tout_, avec.
+
+_Abandonne_, liberal, prodigue. 172.
+
+_Abayer_, aboyer.
+
+_Aboluz_, abolis, absous. Sec.Sec..
+
+_Aboy_ (en), aux abois, abaisse.--"Trois poulx rampans en aboy",
+c'est-a-dire descendant le long de la chemise, telles sont
+les armoiries que le seigneur de Mallepaye assigne a son ami
+Baillevent, P. 168.
+
+ABSALON, 121, 122.
+
+_Absoluz, absolz_, absous.
+
+_Abusion_, peine inutile, fait de quelqu'un qui s'abuse. (P. 35,
+v. 2.)
+
+_Acabit_, accident (?). 175.
+
+_Accollee, acollee_, accolade.
+
+_Accouter_, appuyer, accoter. 47, 136.
+
+_Acherin_, acere, d'acier.
+
+_Achoison, achoyson_, occasion, feinte, ruse.
+
+_Acongnoistre_, connaitre. 195.
+
+_Accueillir_, tenir. 145.
+
+_Acquester_, acquerir.
+
+_Acreuz_, acquis, augmentes. 165.
+
+_Acteur_ (l'), l'auteur. 182.
+
+_Adextre_, adroit, habile.
+
+_Adirer_, absenter, supprimer. 135.
+
+_Admenez_ (en) (?), P. 38, v. 25.
+
+_Adonc, adoncques_, alors.
+
+_Advantaige_, voy. _avantaige_.
+
+_Affier_, assurer, certifier.
+
+_Affiques_, affiquets. 185.
+
+_Affoler_, blesser. 152.
+
+_Affuyt_, suit.
+
+_Aguet (aller d')_, marcher avec precaution et sans bruit, c'est
+ce que faisaient sans doute les soldats de police a pied dont
+parle Villon, p. 13, v. 21.
+
+_Aherdre_, p. 52, se trouve dans Cotgrave avec le sens de
+toucher, prendre.
+
+_Ahonti_, deshonore, couvert de honte. 142.
+
+_Aid_, aide, assiste "Ainsi m'aid Dieux!" P. 26, v. 6.
+
+_Aignel_, agneau. 107.
+
+_Aincoys_, avant.
+
+_Ains_, avant.
+
+_Aist_, aide. "Ainsi m'aist Dieux!" 107.
+
+_Aiz_, planche. 84.
+
+ALENCON. 151. Cette ville fut prise et reprise plusieurs fois
+par les Anglais et les Francais pendant les guerres du XVe
+siecle. C'est en 1448 que Charles VII l'assiegea pour la
+derniere fois; il s'en empara, ainsi que de toutes les autres
+places fortes de la Normandie. (P. L.)--Le bon feu duc d'Alencon
+dont parle Villon (p. 36) serait, selon M. Pr., Jean Ier,
+tue a la bataille d'Azincourt, en 1415.
+
+ALEXANDRE, p. 26. Cette anecdote d'Alexandre et du pirare
+Diomedes est, suivant Formey, rapportee par Ciceron, dans un
+fragment du traite _De Republica_, liv. III, que nous a conserve
+Nonius Marcellus. Le nom du pirare ne s'y trouve pas. Voy. 121.
+
+ALLEMANSES, allemandes, 80.
+
+_Alleure_ (_bonne_), promptement.
+
+ALLYS (p. 34, v. 19), Alix de Champagne, mariee en 1160 a Louis
+le Jeune, roi de France, et morte en 1216. (Pr.)
+
+_Alouer_ (_s'_), s'attacher, se devouer. 108.
+
+ALPHASAR, p. 121. Arphaxad, roi des Medes.
+
+ALPHONSE, _le roy d'Aragon_. Alphonse V, dit le Sage, mort en
+1458.
+
+_Amant_, 165, amendement.
+
+_Amathiste_, amethyste. 35.
+
+_Ambagoys_, ambages, finesses. 192.
+
+_Ambesas_, doubleas. P. 48.
+
+_Amecons_, hamecons. Employe au figure, p. 185.
+
+AMIRAL (l'), p. 152. M. P. L. suppose que c'est Pregent, seigneur
+de Coetivy et de Retz, cree amiral en 1439, et tue en 1450, au
+siege de Cherbourg.
+
+AMMON, fils de David. Plaisant recit de son amour pour sa soeur
+Thamar. (P. 46, v. 15.)
+
+_Amoureux_, agreable, bon. 195, v. 1.
+
+_Amys_, amicts. 36.
+
+_Ance_, anse. 15.
+
+ANCENYS, 151.
+
+_Ancoys_, avant.
+
+_Ancre_, encre.
+
+_Andoilles_, andouilles. 64.
+
+_Ange, Angelot_, (p. 70), etaient des monnaies d'or. Deux
+_angelots_ valaient un grand _ange_. Villon veut que le jeune
+merle agisse consciencieusement, ce qui n'etait sans doute pas
+dans ses habitudes. (Pr.)
+
+ANGELOT L'HERBIER (l'herboriste), 85.
+
+ANGIERS, 9. Le _Lyon d'Angiers_ (153) etait sans doute
+l'enseigne d'une hotellerie.
+
+ANGLAIS, p. 151.
+
+ANGLESCHES, anglaises, p.81, v. 3.
+
+_Angoisseux_, plein d'angoisse.
+
+ANGOULEVENT, p. 176. Un Prince des Sots nomme Angoulevent vivait
+a la fin du XVIe siecle et se fit connaitre par un proces qu'il
+soutint pour defendre les privileges de sa principaute. Mais ce
+passage prouve que le nom d'Angoulevent etait generique parmi
+les gueux et les aventuriers des le XVe siecle. (P. L.)
+
+ANJOU, 157.
+
+_Antan_, l'an passe.
+
+_Ante_, tante. 82.
+
+_Apasteler_, nourrir.
+
+_Apostoles_, pape (p. 36), et, par extension, eveque, et
+peut-etre pretre.
+
+_Appaillardir_, appauvrir, mettre sur la paille 172.
+
+_Appeau_, appel. 197.
+
+_Appoinct_, a point. 73.
+
+_Appointe_, convenu.
+
+_Appoinctement_, accord.
+
+_Aprins_, appris.
+
+_Arain_, airain, cuivre. 48
+
+_Arbrynceaux_, arbrisseaux.
+
+ARCHIPIADA, 34, vraisemblablement Archippa, l'amante de
+Sophocle. (Pr.)
+
+ARCHITRICLIN (p. 69). Le maitre d'hotel des noces de Cana, qui
+conseilla de boire le bon vin le premier.
+
+_Ardiz_, brulai. 121, v. 2.
+
+_Ardre_, bruler.
+
+_Argeutis_, arguties. 18.
+
+ARISTOTE, 18, 25.
+
+_Armarie (montrer l')_, p. 146, paraitre arme dans un tournoi.
+(P. L)
+
+_Arquemie_, alchimie. "Faire l'arquemie aux dens" (p. 182 et
+186), c'est vivre de vent, n'avoir rien a manger.
+
+_Arraisonner_, interroger.
+
+_Arrons_, aurons.
+
+_Ars_. brule. 17.
+
+_Arsure_. brulure. 76.
+
+_Art de la pinse et du croc_, l'art des voleurs. P. 2.
+
+_Art de memoire_, 11. Probablement l'_Ars memorativa_, ouvrage
+didactique souvent reimprime au XVe s. avec des figures
+singulieres. (P. L.)
+
+ARTUS, _le duc de Bretaigne_ (p. 35, v. 10) est Artus III, le
+Justicier, mort en 1458.
+
+_Ascavoir-mon_, c'est a savoir.
+
+ASNE ROUGE, 60. Est-ce une enseigne?
+
+_Assier_, acier. 9.
+
+_Assouvir_, calmer, satisfaire, accomplir. 29, 89, 90, 94, 110.
+
+_Atout_, avec.
+
+_Attaine_, III. Atteigne, blesse. (P. L.)
+
+_Attaintee_, 78, bien paree (Pr.),-fardee (P. L.).
+
+_Attendue_, attente, retard.
+
+_Attente_, intention. 49.
+
+_Aubade_, peur. 199.
+
+_Aucun, aucune_, quelque. 30, 120.
+
+_Aucunement_, en quelque facon.
+
+_Auditeux_, auditeurs.
+
+AUGER LE DANOIS, 91.
+
+_Aulmoire_, armoire.
+
+AULNIS (vin d'), 60.
+
+AUSSIGNY (_Thibault d'_), 21.
+
+AUVERGNE (p. 36). Le dernier Dauphin de la branche hereditaire
+fut Beraud III, qui mourut en 1428. (P. L.)
+
+_Avaller_, descendre, precipiter en bas.
+
+_Avantage (vivre d')_, vivre aux depens d'autrui. 206, 208, etc.
+
+_Avenir_, advenir.
+
+AVERROYS, Averrhoes. 25.
+
+_Avoye_, en voie, bien venu. 196.
+
+_Ayser (s')_, se mettre a son aise, se servir librement. P. 78,
+v. 21.
+
+----------B----------
+
+BABYLOINE, Babylone. 79.
+
+_Bachelette_, jeune fille. 47.
+
+_Bachelier_, jeune galant, amoureux. 47.
+
+_Bague_, bagage, arme.
+
+BAIGNEUX, 193
+
+BAIGNOLET, 150.
+
+_Bailler_, donner.
+
+BAILLY, 3.
+
+_Bandon (a),_ a l'abandon.
+
+_Barat_, tromperie.
+
+_Barbiers_, etaient les chirurgiens du temps. 77.
+
+_Barguigner_, marchander, hesiter.
+
+_Barre_ (p 63), piece du blason qui indique la batardise. Au
+lieu de cela, Villon donne au batard de La Barre trois des pipes
+pour mettre dans son ecusson.
+
+BASANYER, 74.
+
+_Bas mestier_, acte amoureux.
+
+_Baston_, 156. Nom des armes portatives en general. On a dit
+plus tard "baston a feu".
+
+_Batture_, action de battre. 71, 115.
+
+BAULDE (_frere_). 67.
+
+_Baulde_, rejouie. 67.
+
+_Bauldray_, donnerai.
+
+_Bave_, bavardage. 180.
+
+_Baver_, bavarder.
+
+_Baverie_, bavardage, vaines promesses.
+
+Baye, ouverte. 165.
+
+BEAULNE. 193, 207.
+
+_Beffray_, beffroi.
+
+BEGUINES, 66.
+
+_Bejaulne_, niais. 193.
+
+_Belin_, mouton. 70.
+
+BELLEFAYE (_Martin_), p. 96, a qui Villon donne le titre de
+lieutenant criminel, etait conseiller au Parlement de Paris.
+
+BELLET, 118.
+
+_Benoist_, beni.
+
+_Benoistier_, benitier.
+
+_Bergeronnette_, chanson rustique. 91.
+
+_Berlan_, brelan. 87.
+
+BERTHE _au grand pied_ (p. 34, v. 19) fut mere de Charlemagne.
+
+_Besongner_, travailler. 118.
+
+
+_Besongnettes_, affaires d'amour.
+
+_Betourner_, dompter, abattre. 108.
+
+_Biere_ (en), mort, enseveli.
+
+BIETRIS (p. 34, v. 19), Beatrix de Provence, mariee a Charles de
+France, fils de Louis VIII. (Pr.)
+
+BIETRIX, 118.
+
+_Billart_, baton recourbe avec lequel on jouait a la crosse.
+
+BILLY (_la tour de_), 73.
+
+_Bisaguee_, besaigue.
+
+_Bise_, brune. 79.
+
+_Blanc_, 15, 48, monnaie d'argent qui, du temps de Villon,
+valait douze deniers.
+
+BLANCHE. Prompsault dit que la reine Blanche dont il est
+question p. 34, v. 17, etait Blanche de Bourbon, mariee en 1352
+a Pierre le Cruel. M. P. L. pense qu'il s'agit plutot de Blanche
+de Castille, mere de saint Louis.
+
+BLANCHE LA SAVETIERE, 42.
+
+_Blason_, conversation, beau parler. 189, 196.
+
+_Blasonner_, vanter, bavarder, se moquer. 201, 206.
+
+_Bloquer_, donner de l'argent. 175.
+
+BOESMES, p. 118. "La faute des Boesmes", c'etait l'heresie des
+Bohemiens, sectateurs de Jean Hus et de Jerome de Prague.
+
+_Boillon_, p. 54. Le _boullon_ ou _bouillon_ est l'endroit de
+la riviere ou l'eau forme un tournant. On dit encore, dans le
+langage trivial, _boire un bouillon_, c'est a dire: courir le
+risque d'etre englouti dans une mauvaise affaire. (P. L.)
+
+_Boiture_, boisson 52.
+
+_Bonne_. "Cy suspendy et cy mis bonne", p.17. Prompsault
+interprete _bonne_ par _borne_. M P. Lacroix suppose que cette
+expression equivaut a _mettre en panne_.
+
+_Bonne alleure_, promptement.
+
+_Bordeaulx_, lieux de prostitution. 77.
+
+_Bort_, bordure. 136.
+
+_Bouffe_, souffle, emporte par un souffle. (P. 36, v. 19.)
+
+_Bouges_, chausses, culottes.
+
+_Bouhourder_, lutter a armes courtoises. 119.
+
+_Boullon_, bouillon, tourbillon.
+
+_Boulluz_, bouillis. 56.
+
+BOULOGNE, 9.
+
+BOURBON. Le gracieux duc de Bourbon (p. 55 v. 9) est Jean Ier,
+mort en 1456. Voy. p. 115, et _notes_, p. 223.
+
+_Bourde_, mensonge, 111.
+
+_Bourder_, mentir.
+
+BOURG-LA-ROYNE, 65.
+
+BOURGES, 68, 76.
+
+BOURGUIGNON (Pierre),60.
+
+BOURGUYGNONS. 171.
+
+_Bourreletz_, sorte de coiffure. 33.
+
+_Bourse_. "Les bourses des dix-et-huit clers" (p. 72). Le
+college des _Dix-huit_, ou l'on recevait les etudiants trop
+pauvres pour pourvoir a leurs besoins, etait situe, suivant M.
+P. L, devant le college de Clugny, sur l'emplacement actuel de
+l'eglise de la Sorbonne.
+
+_Bouter_, mettre. 146, 148, 193.--frapper, pousser. 161.
+_Bouter soubz le nez_, p.37, manger et boire.
+
+_Boyser_, travailler le bois. 64.
+
+_Bracquemart_, epee courte et large.
+
+_Braire_, crier. 198.
+
+_Brairie_, cris. 152.
+
+_Branc_, sorte d'epee.
+
+_Brayes,_ chausses, culottes.
+
+_Brelare Bigod_ (p. 82), sorte de juron en allemand corrompu:
+_Verloren, bey Gott!_
+
+BREAAOIRE, Bressuire. 152.
+
+BRETAIGNE, 62.
+
+BRETONS, 153, 154, 157.
+
+_Brettes_, Bretonnes. 80.
+
+_Brief_, brievement. 196.
+
+_Broiller_, p. 87 M. P. L. dit que cela signifiait jouer des
+_imbroglios_, des scenes comiques.
+
+_Broillerie_, desordre.
+
+_Broises, brossillons_, broussailles. 99.
+
+_Brouaille_, 148, me parait synonyme de _brodier, broudier_,
+anus.
+
+_Brouillez_, en desordre, embrouilles. 2
+
+_Broust_, nourriture, subsistance. 174.
+
+_Brouter_, manger. 63.
+
+BROYER a moustarde, mortier. 17.
+
+BRUCIENNES, Prussiennes. 80.
+
+BRUNBAU (_Philip_), 97.
+
+_Bruire_, faire du bruit.
+
+_Bruit, bruyt_, renommee, reputation 9, 176.
+
+BRUYERES (Mlle de), 79.
+
+BUEIL, p. 152 Selon M. P. L., c'est Jean de Beuil, comte de
+Sanceire, qui succeda comme amiral a Pregent de Coetivy.
+
+_Buffe_, soufflet. 194.
+
+_Bulle (Carmeliste)_, 10 Voy. DECRET. Les porteurs de bulles (p.
+87) etaient des ecclesiastiques ou des officiers du Saint-Siege,
+qui venaient queter et vendre des indulgences au nom du pape
+dans les pays catholiques. Mais ils ne pouvaient plus etre admis
+en France sans un ordre du roi; les privileges de l'Eglise
+gallicane ou de la Pragmatique-Sanction s'opposaient a ces
+collectes papales, qui avaient tant appauvri la chretiente an
+moyen age. (P.L.)
+
+_Bureaux_, vetements de bure. 32.
+
+BURIDAN, 34. C'etait une tradition bien etablie parmi les
+ecoliers de l'Universite de Paris, qu'une reine de France
+avoit fait de la Tour de Nesle, situee au bas de la Seine,
+sur l'emplacement du palais de l'Institut, le theatre de ses
+debauches nocturnes. Elle attirait chez elle tous les passants,
+et surtout les ecoliers, qui lui plaisaient; puis, son caprice
+satisfait, elle les faisait tuer et jeter dans la riviere.
+Buridan eut le bonheur d'echapper a la mort, et il inventa
+ce fameux sophisme, qui devait etre sa vengeance et sa
+justification: "Il est permis de tuer une reine si c'est
+necessaire." Villon est le plus ancien auteur qui ait parle de
+cette tradition. Gaguin, dans son _Compendium_ des Annales de
+France, l'a rapportee ensuite avec plus de detail. Quoi qu'il
+en soit, les trois brus de Philippe le Bel furent accusees
+d'adultere, et l'une d'elles, Marguerite de Bourgogne, femme de
+Louis le Hutin, fut etranglee dans sa prison, en 1314, par
+ordre du roi. Quant a Buridan, il devint un des plus celebres
+professeurs de l'Universite de Paris, et fut exile de France
+comme disciple d'Ockan. Il se retira en Autriche, ou il continua
+de professer la philosophie nominaliste. (P. L.)
+
+_Butor_, p. 122. Espece de heron, oiseau aquatique. On croyait
+au moyen age qu'il restait enfoui dans la vase, au fond de
+l'eau, durant l'hiver. (P. L.)
+
+----------C----------
+
+_Caquetoeres_, caqueteuses, bavardes. 80.
+
+_Cades_, juge, cadi. 26.
+
+_Caige-vert_, 67. Pr. suppose que c'etait un nom donne aux
+filles publiques M. P. L. rappelle, a l'appui de cette opinion,
+qu'une celebre maison de debauche, a Toulouse, etait appelee
+Chatel-vert.
+
+CALIXTE (_te tiers_), 35. Calixte III, elu pape le 8 avril 1455,
+siegea trois ans et quatre mois. (Pr.)
+
+CALLAISIENNES, 8l.
+
+_Canceler_, 93. Barrer, annuler. (Pr). Authentiquer, legaliser.
+(P. L.)
+
+_Canettes_, canes. Ferrer les oies et les canes (p. 92) est
+quelque chose comme "mener les poules pisser."
+
+_Capitaine du Pont a Billon_, 179. Les crocheteurs, gueux et
+mendiants qui se mettaient sur le pont au Change, le nommaient
+alors le _pont a Billon_. (Pr.)
+
+_Cappel_, chapeau. 105.
+
+CARDON (_Jacques_), 91.
+
+CARMES, 175.
+
+CARMES (_l'hostel des_), 67.
+
+_Carre_, dimension. "Trois detz plombez de bonne carre." (P. 63,
+v. 27.)
+
+CARTAIGE, Carthage, 120.
+
+CARTES _a jouer_, 63.
+
+CASSANDRE, 110.
+
+CASTELLANES, Castillanes, 80.
+
+CATON, 109.
+
+_Caut_, habile, prudent. 172.
+
+_Caver_, creuser. 102.
+
+_Caymant_, mendiant. 60.
+
+_Ceans,_ ici dedans.
+
+_Ceau_, seau. 15.
+
+CECILLE, Sicile. 74.
+
+_Ceincture_, virginite. 68.
+
+CELESTINS, 30, 82, 98.
+
+_Celle_, cette. 104.
+
+_Cendal_, 68. Etoffe de soie orientale, ordinairement rouge. (P.
+L.)
+
+_Ceps_, 13. Fers qu'on mettait aux pieds des prisonniers.
+
+CERBERUS, Cerbere, le chien qui garde la porte des enfers. 46.
+
+_Cervoise_, 48.
+
+CESAR (_Jules_), 120.
+
+_Chaille (ne leur)_, qu'ils ne s'en inquietent pas. P. 73.
+
+_Chambres, prives_. 204.
+
+CHAMBRE AUX DENIERS, 89.
+
+CHAMP-TOURCE, 151. Chantoce ou Champtoce, village du departement
+de Maine-et-Loire.
+
+_Chandeaux_, vers louangeurs (?). 112.
+
+CHANGON, voy. _moutonnier_.
+
+_Chapeau de laurier_, couronne. 2.
+
+CHAPPELAIN (_le_), p. 93, etait quelque ami de Villon qui
+portait ce surnom. Villon lui legue sa chapelle a simple tonsure
+(p. 93, v. 2). Le benefice a simple tonsure, selon Pr., etait
+destine a des clercs etudiants, et n'exigeait pas beaucoup
+d'instruction.
+
+_Chappin_, savate (?). 61.
+
+CHARLEMAGNE, 35.
+
+CHARLES (_le grand_), Charlemagne. 24.
+
+CHARLES VII, roi de France, mort en 146l, pendant le sejour de
+Villon dans la prison de Meung, p. 35.
+
+CHARRUAU (_Guillaume_),61.
+
+CHARTIER (_Alain_), 91.
+
+CHARTREUX, 31, 82, 98.
+
+_Chascun Poicdenaire_, 171. Personnification de tous ceux qui
+n'ont pas d'argent.
+
+_Chastoy_, correction, chatiment. 85, 142.
+
+_Chat_ "qui hayt pescher", qui a horreur de l'eau. P. 76.
+
+_Chault (il ne m'en)_, je m'en moque. 56, 157.
+
+_Chef_, tete. 94.
+
+_Chenu_, vieux, blanchi par l'age. 40.
+
+_Cheoir_, tomber. 111.
+
+_Chere, chiere_, mine, visage.--_Chere lye_, 187, mine
+joyeuse.--_Chere marrie_, 194, air de mauvaise humeur.--
+_Chere meslee_, 169, visage renfrogne.--_Chere rebourse_, mine
+refrognee.
+
+_Cherme_, charme, 58.
+
+_Chet_, tombe. 117.
+
+_Cheu_, tombe.
+
+CHEVAL BLANC, enseigne(?), 60.
+
+CHEVALIER DU GUET. 92.
+
+_Chevance_, avoir, argent, capital. 28, 89.
+
+_Chevaulcher_, faire l'acte amoureux. 16.
+
+_Chevaucheur_, celui qui va a cheval. 47.
+
+_Chevir_, venir a bout, se tirer d'affaire. 184.
+
+_Chiere_, voy. _Chere_.
+
+_Chiet_, tombe.
+
+CHOLLET, 64.
+
+_Chosettes_, petites choses, caresses amoureuses.
+
+CHYPRE. Le roi de Chypre mentionne p. 36, v. 17, serait, selon
+Le Duchat, Pierre de Lusignan, qui vivait dans le XIVe siecle.
+Pr. croit qu'il s'agit plutot de Guy de Lusignan, mort en 1194.
+
+_Cil_, celui, 95, 111.
+
+_Clamer_, appeler, crier. 102.
+
+_Claqdent_, 176. Pays des gueux, a qui le froid fait claquer les
+dents. Plus tard on y fit voyager les malades qu'on traitait par
+le mercure. Leur itineraire oblige etait par _Surie, Baviere_ et
+_Claquedent_.
+
+CLAQUIN, _le bon Breton_ (p. 36), Bertrand Du Guesclin, mort en
+1380.
+
+_Clercs, clers_, savants, hommes instruits. 71, 120.--ecoliers,
+etudiants, 15, 86;--garcons de divers metiers. Les _clers
+Eolus_, p. 123, sont les vents. Les garcons d'hotellerie
+sont appeles clercs, p. 207. Quand on dit de nos jours un _clerc
+de perruquier_, par exemple, on fait une plaisanterie qui n'est
+pas nouvelle.
+
+_Cler_, clair, pur. 56, 106.
+
+_Clergeon_, ecolier, petit clerc d'homme de loi. 11, 71
+
+_Cliquepatins_, 98, traine-savates. (LeDuchat.)
+
+_Clorre_, clore, fermer.
+
+CLOTAIRE, 105.
+
+CLOVIS, 106.
+
+_Coettes_, lits de plume (p. 64). Ce mot parait etre employe ici
+dans un autre sens.
+
+_Coing_, le coin qui sert a battre monnaie. 8.
+
+_Cointe_, jolie, gentille. 147.
+
+COLIN DE CAYEULX, 86.
+
+COLIN GALERNE, 85.
+
+_Collaterales (especes)_, 18. Termes d'ecole, qui signifient les
+facultes dependantes de la memoire. (P. L.)
+
+COLOMBEL, 96.
+
+_Com_, comme.
+
+_Combien que_, bien que, quoique.
+
+COMBRAYE (_le seigneur de_). 199.
+
+_Commander_, recommander. 163.
+
+_Commens_, Commentaires. 25.
+
+_Compaings_, compagnons.
+
+_Compasser_ (?). 171.
+
+_Complaindre (se)_, se plaindre, se lamenter. 120, 140.
+
+_Conclure_, vaincre dans la dispute, mettre a bout d'arguments.
+8l, v. 2.
+
+_Congnoistre (soy)_, se reconnaitre 160.
+
+_Conjoindre_, reunir. 64.
+
+_Conseiller_, agir avec prudence. P. 7, v. 5.
+
+CONSTANTINOBLES. L'empereur de Constantinople, _aux poings
+dorez_, dont parle Villon (p. 36, v. 22), serait, selon M. Pr.,
+l'empereur Basile, souverain tres-liberal.
+
+_Conte_, comte. 135.
+
+_Contemplation_, employe dans un sens equivoque. 66.
+
+_Contendre_, disputer. 78.
+
+_Contraict_, deforme, recourbe, _contracte_. 41.
+
+_Contregarder_, garder. 203.
+
+_Contrepoint (entendre le)_, etre habile. 196.
+
+_Convenir_, falloir. 38, 185.
+
+_Convint_, couvent. 37.
+
+_Convoyer_, convier. 197.
+
+_Coquart_, coq. 49.
+
+_Corbillon_, panier. 113.
+
+CORDELIERS, 175, 179.
+
+_Cordoen_, cuir. 23, 139.
+
+_Cordouennier_, ouvrier en cuir, cordonnier.
+
+CORNU (_Jean_), 59.
+
+COTARD (_Jehan_), 22, 68. Le procureur en cour d'Eglise qui
+defendit Villon lors de son premier proces, en 1456.
+
+_Cotteret_, cotret. 207.
+
+_Coucher_, mettre au jeu. "Qui pour si peu couche tel gage." P.
+86.
+
+_Couiltart_, coulart, canon a main, long et mince. Employe dans
+un sens equivoque. 153.
+
+_Coullon_, p. 99, rime avec _vermillon, carillon, Villon_, ce
+qui donne assez clairement le sens du mot et la facon dont se
+prononcait le nom du poete.
+
+_Courage_, coeur. P. 107, v. 18.
+
+COURAULT (Jehan), 77.
+
+_Courre_, courir. P. 65.
+
+_Course_, fache, courrouce. 37, 151.
+
+_Courtault_, 154. Canon portatif. Employe dans un sens
+equivoque.
+
+_Courtissain_, courtisan. 173.
+
+_Coustelez_, 171. M. P. L. traduit ce mot par armes.
+
+_Coute_, coude. 135.
+
+_Coutel_, couteau.
+
+CRAON, 152.
+
+_Creance_, croyance, opinion. 114.
+
+_Crepelle_, coupelle. "Argent de crepelle" (p. 48), argent
+epure.
+
+CRETE, 46.
+
+_Creu_, grandi, accru. 70.
+
+_Croire_, faire credit, prendre a credit, parfois en donnant un
+gage. P. 159, v. 26-27.
+
+_Croix_, argent. Ce que Villon appelle irreverencieusement _la
+vraie croix_ (p. 115-116), c'etait la marque empreinte sur la
+plupart des monnaies du temps, et qui a ete depuis remplacee par
+l'effigie du prince. _Pile_ designait le revers. On joue encore
+a _pile ou face._ "Sans croix ne pile", sans argent.
+
+_Croppetons (a)_, accroupi. 41.
+
+CROSSE (la), 15. M. Prompsault croit qu'il s'agit d'une potence.
+
+_Crostes_, croutes. 98.
+
+_Cry_, 168, cri d'armes.
+
+CUEUR (_Jacques_), 32.
+
+_Cuider_, croire.
+
+CULDOU (_Michault_), 72.
+
+_Curatez_, cures. 180.
+
+_Cure_, soin, souci.
+
+CURES, 152.
+
+_Cuveaulx_, cuviers, baquets. 77.
+
+_Cuyder_, croire.
+
+_Cuyderaulx d'amours_, 98, jeunes vaniteux, selon Pr.; M. P. L.
+rapproche de cette locution celle de "cuydeurs de vendanges",
+employee par Rabelais (_Gargantua_, ch. 25).
+
+_Cy_, ici.
+
+_Cy pris, cy mis_, donnant, donnant. 191.
+
+_Cymballer_, jouer des cymbales. 87.
+
+----------D----------
+
+_Damoiselin_, de damoiseau.
+
+_Danger_ 119. "A danger emprunter argent", c'etait, si je ne me
+trompe, emprunter a dix pour cent.
+
+_Dangier_, danger, peril. 8.
+
+DAUPHIN (le), 24. Joachim de France, fils de Louis XI et de
+Charlotte de Savoie, sa seconde femme, mourut en bas age.
+
+DAULPHIN _de Vienne et de Grenobles_ (p. 37). Le Dauphin de
+Viennois residait a Grenoble. (Pr.)
+
+DAVID (p. 46, v. 11). Jolie allusion a son amour pour Bethsabee.
+
+_Dea!_ exclamation: Dame!
+
+_Deboute_, rebute. 110.
+
+_Debteur_, debiteur. 96. Villon, comme on le fait encore
+souvent, emploie ce mot dans le sens de _creancier_.
+
+_Debuer_, laver, lessiver. 102.
+
+_Dechasse_, banni, chasse, 10.
+
+DECRET _Omnis utriusque sexus_, 10. Ce decret a ete porte par le
+quatrieme concile de Latran, tenu en 1215. Il ordonne a tous les
+chretiens de l'un et de l'autre sexe de confesser leurs peches
+a leur propre pasteur, au moins une fois l'an. En 1489, les
+religieux mendiants obtinrent de Nicolas V une bulle datee de
+Pise, 2 octobre, qui leur donnait le pouvoir de confesser, au
+prejudice des droits des cures, etablis par le canon que nous
+venons de citer. L'Universite se leva contre, tint plusieurs
+assemblees, dans l'une desquelles les Mendiants furent exclus
+de son sein. Les eveques de France se joignirent a elle. Des
+deputes furent envoyes a Rome, et en rapporterent une bulle de
+Calixte III qui revoquait celle de Nicolas V. Cette affaire
+etait a peine terminee, ou meme ne l'etait pas encore, quand
+Villon composait son Petit Testament. Temoin du zele chaleureux
+des cures de Paris, il leur legue le canon _Omnis_ pour le
+remettre en vigueur. (Pr.)
+
+DEDALUS, Dedale. Sa "court" (p. 122, v. 7) etait son celebre
+labyrinthe, ou il fut enferme lui-meme.
+
+_Dedans_, d'ici a... "Dedans ces Pasques." (P. 12, V. 4.)
+
+_Dedie_, consacre. "Et a bonnes moeurs dedie" (p. 29, v. 5).
+
+_Deffacon_, ruine, destruction. 8, 58.
+
+_Deffuyr_, eviter, negliger. 84.
+
+_Dejeter_, retirer. 54.
+
+_Delivre_, quitte, libere. 181.
+
+_Demener_, mener, faire, gouverner, 32, 83, 109.
+
+_Demonstrance_, demonstration. 186.
+
+_Demourant (le)_ le reste.
+
+_Demouree_, retard, sejour. 191.
+
+_Demourra_, restera. 32.
+
+_Demourroit_, resterait. 121.
+
+_Demy-ceinct_, p. 33 "Ceinture d'argent avec des pendants
+auxquels on attachait la bourse, les clefs, etc." (P. L.)
+
+_De par_, au nom de. 9.
+
+_Departir_, depart. P. 100, v. 8.
+
+_Departir_, partir, se separer. 9, 142, 196, 204, 205.
+
+_Departir_, donner en partie, accorder une part. 9, v. 3.
+
+_Deporter_ (se), cesser, renoncer. 109.
+
+_Desbriser_, maltraiter, martyriser. 7.
+
+_Deschaulx_, nu-pieds. P. 92
+
+_Desclos_, ouvert.
+
+_Desconfire_, ruiner, detruire. 103, 106.
+
+_Descrier_, decrier, 42, est dit des monnaies dont on
+interdisait la circulation par un cri public.
+
+_Descrire_, ecrire, rapporter. 146.
+
+_Deshait_, 83, dispute, desappointement.
+
+_Desmarcher_, reculer. 158.
+
+_Desnue_, depouille. 14, 208.
+
+_Despartir (se)_, se separer. 44.
+
+_Despendre_, depenser.
+
+_Despendu_, depense. 28.
+
+_Desperance_, desespoir. 122.
+
+_Despiter_, defier. 48.
+
+_Despiteux_, querelleur, hargneux. 31.
+
+_Despourveu_, depourvu. 14.
+
+_Desprins_, depourvu, 15.
+
+_Despriser_, deprecier. 116.
+
+_Desplaisance_, deplaisir.
+
+_Desroquer_, 175, pour _derocher_, terme de fauconnerie, qui
+signifie forcer la bete. (P. L.)
+
+_Dessaisiner (se)_, se dessaisir. 72.
+
+_Dessire_, dechire. 148.
+
+_Destaindre_, eteindre. 167.
+
+_Destourbier_, trouble, embarras. 16.
+
+_Destre_, droit. 198.
+
+_Desveille_, reveille, ravive. 18.
+
+_Desvier_, devier. 91.
+
+_Desvoye_, 156, egare, ecarte de votre banniere. (P. L.)
+
+_Detrayner_, maltraiter. 40.
+
+_Detrenche_, coupe, hache. 143.
+
+_Detterrer (se)_, perdre ses terres. 185.
+
+_Detz_, doigts. 26.
+
+_Detz_, des. 63.
+
+_Deul_, chagrin, deuil. 108.
+
+_Deul (je me)_, je me plains. 8.
+
+_Devaller_, descendre 185.
+
+_Devant_, ci-devant. P. 7, v. 9.
+
+_Devier_, sortir de sa voie, mourir. 59, 110.
+
+_Dextre_, droit, droite.
+
+DIDO, Didon. 86, 110.
+
+_Die_, dise. 103.
+
+_Diffame_, deshonneur. 44, 86.
+
+_Diffinir_, definir, expliquer. 93.
+
+DIJON, 37.
+
+_Dilation_, retard, delai. 179.
+
+DIOMEDES, 26
+
+_Discordez_, desunis. 106.
+
+_Ditz_, propos, discours. 43.
+
+_Diviser_, causer, parler. 169.
+
+DIX ET HUICT (les), 72, voy. _Bourse_.
+
+_Doint_, donne.
+
+_Doller_, travailler de la dojoire. 64.
+
+_Doncques_, donc.
+
+_D'ond_, d'ou. 114, 156.
+
+DONNAIT (70). On appelait _Donat_, ou _Donet_, la grammaire
+d'Aelius Donatus, intitulee _De octo partibus orationis_,
+laquelle etait en usage dans toutes les universites de l'Europe,
+et surtout dans celles de France. (P. L.)
+
+DOUAY, 22.
+
+_Doubtance_, doute. 201.
+
+_Double_, supposition, crainte. 43, 204.
+
+_Doubler_, craindre, redouter. 97.
+
+_Doulche_, douce. 134.
+
+_Doulouser (se)_, se plaindre, se lamenter. 32, 140.
+
+_Douver_, faire des douves. 64.
+
+_Douzain_, petite monnaie. 173.
+
+DOUZE (sergent des), 62. Douze sergents etaient particulierement
+attaches au prevot de Paris et lui tenaient lieu de garde. (Pr.)
+
+_Doye_, doive. 141.
+
+_Drapel_, linge. 104.
+
+_Drapelle_, linge, habits. 48.
+
+_Drapilles_, linge, hardes. 88.
+
+DU BOYS. 64.
+
+DU RU (_Guillaume_). 97.
+
+_Du tout_, entierement, completement. 16, 21.
+
+----------E----------
+
+ECHO, nymphe, 34, 110.
+
+_Edit_, adresse, invention. 192.
+
+_Effimere_, ephemere. 53.
+
+_Efforcer_, contraindre. 104.
+
+_Effroye_, 156, effarouche, avec un air menacant. (Pr.)
+
+EGIPTE, Egypte. 120.
+
+EGYPTIENNE (l'), Ste Marie l'Egyptienne, 15.
+
+_El_, elle. 9, 84.
+
+_Embattre_ (s'), s'abattre. 75.
+
+_Embesongne_, occupe, affaire. 204.
+
+_Embler_, voler. 159, 161. Se derober, 211.
+
+_Embroche (vin)_, mis en perce. 30.
+
+_Emmy_, au milieu de.
+
+_Empescher_, 71, occuper, embarrasser.
+
+_Emperier_, empereur. 36.
+
+_Emperiere_, imperatrice, souveraine. 55.
+
+_Empire (ciel)_, l'empyree. 103.
+
+_Empres_, aupres de.
+
+_Emprise_, entreprise.
+
+_Enchanter_, ensorceler. 117.
+
+_Encliner (s')_, avoir de l'inclination. 72.
+
+_Enclos_, enferme. 106.
+
+_Encombrement_, tristesse, ennuis. 144.
+
+ENFANS PERDUZ 85, 86. Jeunes compagnons de Villon.
+
+ENFANS-TROUVEZ, 85.
+
+_Enferma_, infirmes. 91.
+
+_Enfondu_, 16. Creux et decharnez, dit Marot.--Ne pouvant se
+soutenir. (Pr.)
+
+_Engigner_, tromper. 68.
+
+_Engin_, esprit, intellect. 196.--Invention, tour d'adresse.
+171.
+
+_Engrillonne_, attache avec des menottes. 26.
+
+_Enhort_, exhortation. 25.
+
+_Enhorter_, exhorter.
+
+_Enmoufle_, chausse de _moufles_ ou pantoufles, selon Pr. et M.
+P. L, Je croirais que cela signifie plutot _emmitoufle_.
+
+_Enne_ (p. 82), sorte de juron, parent de _enda, parmanenda_
+(par mon ame).
+
+_Ennuyt_, aujourd'hui, ce soir. 193, 204.
+
+_Enquerir_, rechercher. 35.
+
+_Enserre_, enferme. 15.
+
+_Ensuyvre_, suivre, imiter. 2.
+
+_Entandiz_, pendant ce temps. 112, 121.
+
+_Entendre_, connaitre, savoir: "J'entends que ma mere mourra."
+(P. 32, v. 25.)
+
+_Entente_, intention, projet. 49.
+
+_Entour_, autour de.
+
+_Entrepreneur_, survenant qui se mele des affaires de quelqu'un,
+qui _l'entreprend._ 194.
+
+_Entr'oeil_, espace entre les deux yeux. 40.
+
+_Envers_, a l'envers, renverse. 111, v. 5.
+
+_Envys_, malgre soi. 70.
+
+EOLUS. 123. Les "clerc Eolus" sont les sujets de ce dieu, les
+vents.
+
+ERACE, pere de Villon, 31.
+
+_Erre_, voie, chemin. 57, v. 17.--_Grand erre_, promptement,
+tout de suite. 53.--_A son erre_, en train, en voie. 95.
+
+_Es_, aux, dans les.
+
+ESBAILURT, Abailard. 34.
+
+_Esbatans_, joyeux, aimant a s'amuser, a s'ebattre. 72.
+
+_Esbatement_, amusement. 119.
+
+_Esbaudiz_, prives de joie. 164.
+
+_Escache_, ecrase. 67.
+
+_Escarbouille_, ecrase. 148.
+
+_Eschec et mac (etre)_, echec et mat. Terme du jeu d'echecs. 205.
+
+_Eschever_, eviter. 88.
+
+_Eschoicte_, echeance, heritage, 111.
+
+_Esclat_, 83, baton, echalas.
+
+_Esclin_, 169. Escalin, petite monnaie allemande _(schilling)_.
+
+_Escollier_, etudiant, jeune homme qui suit les cours de
+l'Universite.
+
+_Escondire_, refuser. 104.
+
+ESCOSSOYS, 68.
+
+_Escourgeon_, sorte de fouet. 13.
+
+_Escoutans_, auditeurs. 183.
+
+_Escouvillon_, balai de four. 19.
+
+_Escovette_, balai, du latin _scopa_. Les "chevaucheurs
+d'escovettes" (p. 47, v. 4) sont les sorciers, qui vont au
+sabbat a cheval sur un balai.
+
+_Escreuz_, 165. Bien faits, selon Pr.
+
+_Escriptures_, ecrits, ouvrages. 2.
+
+_Escuz_, ecus, monnaies d'or ou d'argent, de valeurs diverses,
+p. 56, 70, 145, 147.--Prendre ecus pour douzains, p. 173, c'est
+ne pas regarder a l'argent.--"Escuz telz que prince les donne,"
+p. 17, peut s'entendre des armoiries.
+
+_Esgrun_, 166, Amer, du bas latin _egrunum_. (P. L.)
+
+_Esguiere_, vase a mettre de l'eau. 198.
+
+_Esguilletez (pourpoinctz)_, 88, pourpoints garnis
+d'aiguillettes.
+
+_Esguise_, aiguise. "Esguisez comme une pelote" (p. 25, v. 4),
+obtus.
+
+_Esjouir, esjoir_, rejouir.
+
+_Esles_, ailes, 153.
+
+_Eslocher_, ebranler. 103.
+
+ESMAUS (les pelerins d'), 25. Voy. _Evangile selon S. Luc_, chap.
+XXIV.
+
+_Esme_, 23, pour _estime_, estimation, intention. (P. L.)
+
+_Esmerillon_, 100. L'emerillon est le plus petit des oiseaux de
+proie qu'on dressait pour la chasse au vol. (P. L.)
+
+_Esmerillonne_, gai, vif. 170.
+
+_Esmolu_, emoulu, aiguise. 147.
+
+_Esmorcher_, nettoyer, purifier. 76.
+
+_Esmoyer (s')_, s'inquieter.
+
+ESPAGNE. Il serait difficile de dire quel est ce valeureux roi
+d'Espagne (p. 35. v. 18), dont le poete ne savait pas le nom.
+(Pr.) M. P. L. suppose que c'est Jean II, roi de Castille et de
+Leon, qui regna jusqu'en 1454.
+
+_Espani_, epanoui. 58.
+
+_Espasmie_, pamee. 147.
+
+_Espartir_, epandre, repartir, 18.
+
+_Especiaulx_, 169. D'un merite tout particulier. (P. L.)
+
+_Esperviers (gens a porter)_, 62. Gentilshommes ayant le droit
+de chasser au vol. M. P. L. remarque que l'epervier est aussi un
+filet de braconnier.
+
+_Espie_, espion, guetteur. "Aux champs debout comme ung espie"
+(p. 105), veut dire pendu.
+
+_Espoindre_, piquer, exciter. 100.
+
+_Espoir (j')_, j'espere, 110.
+
+_Espois_, epais. 112.
+
+_Essoine, essoyne_, embarras, tourment, 15, 34.
+
+_Estaux_, etaux. 16.
+
+_Estable_, stable. 24.
+
+_Establis_, etaux des marchands. 13.
+
+_Estaing_, etain. 9.
+
+_Estamine_, etoffe claire.
+
+_Estan_, etang. 34.
+
+_Estature_, stature, portrait. 94.
+
+_Estoeuf_, eteuf. 49.
+
+_Estomac d'alouette_ (?). 168.
+
+ESTRADER, battre l'estrade, escarmoucher. 154.
+
+_Estradeur_, batteur d'estrade, coureur de fortune. 174.
+
+_Estrange_, etranger. 70, v. 15; 103, 184.
+
+_Estranger_, eloigner. 43, v. 15.
+
+_Estre_, demeure, hotel. 191.
+
+_Estre_, etat, existence, maniere d'etre. 42, 157.--_En estre_,
+p. 73, en etat.
+
+_Estrenes_, etrennes (p. 37, v. 23). Villon, qui se dit mercerot
+de Rennes, se compare a un marchand qui desire etrenner avant de
+fermer boutique. (P. L.)
+
+_Estrif, estry_, debat, querelle, dispute, 15, 178.
+
+_Exaucer_, elever, monter. 183.
+
+_Estimative_, qui juge, qui apprecie. 18
+
+_Extrace_, extraction, lignee. 31.
+
+----------F----------
+
+_Fable_, mensonge. 76.
+
+_Faictisses_, jolies, bien faites. 40.
+
+_Faille_, faute. 153.
+
+_Faillent_, manquent. 8.
+
+_Faillir_, manquer.
+
+_Failly_, decourage, abattu. 28.
+
+_Fainctes_, 87. Momeries ou mascarades, H. L.
+
+_Faintis_, trompeur, 87.
+
+_Faitard_, paresseux, 22, 69.
+
+_Fantasie_, imagination. 18.
+
+_Farcer_, faire ou jouer des farces. 87.
+
+_Fardelet_, 114, petit fardeau. Saturne preparait le fardeau que
+chaque mortel devait porter pendant sa vie.
+
+_Fastee (la)_. Je ne sais pas ce que signifie ce vers: "faire
+ung soir pour soy la fastee" (p. 91). D'autres editions portent
+_la saffee_, ce que je ne comprends pas davantage.
+
+_Faulse_, mechante. 57.
+
+_Fault, faut_, manque.
+
+_Faussart_, fauchard, sorte de hallebarde.
+
+_Fausserie_, faussete, fausse accusation. 105.
+
+_Feautre_, feutre, 48, 63.
+
+_Fenestres_. Les fenetres servaient de montre aux marchands pour
+etaler leurs marchandises. "Et pain ne voient qu'aux fenetres"
+(p. 30, v. 12) est dit des pauvres _gallans_ qui n'avaient pas
+de quoi manger.--_Clorre fenestre_, 42. Fermer boutique.
+
+_Ferir_, frapper.
+
+_Fictions_, feintes, tours de finesse. 184.
+
+_Fiere_, frappe. 39.
+
+_Fiert_, frappe.
+
+_Filetz_, bouts de fil, 29.
+
+_Finablement_, finalement, enfin. 2
+
+_Finer_, finir, achever. 18, 143.--Obtenir. "De feu je n'eusse
+pu finer" (p. 18, v. 28).
+
+_Fix, fics_, terme de medecine. 77.
+
+_Flambans_, enflammes. 76.
+
+_Flambe_, flamme, 155.
+
+_Flans_, sorte de patisserie. 71.
+
+FLORA, 34. Il y a eu plusieurs courtisanes romaines de ce nom.
+La plus celebre est la plus ancienne, a qui l'on attribue
+Pinstitution des florales. Une autre Flora fut maitresse du
+grand Pompee. (P. L.)
+
+_Flou_, mince, fluet. 64.
+
+_Flours_, fleurs. 145.
+
+_Foleur_, folie. 58, 113, 114.
+
+_Foncer_, donner de l'argent, des fonds. 174.
+
+_Font_, fontaine, source. 105.
+
+_Forclorre_, delivrer, mettre hors. "Pour forclorre
+d'adversite", p. 15.
+
+_Formative (faculte)_, faculte d'inventer. 12.
+
+_Fors_, excepte, hormis.
+
+_Fort (au)_, au fond, apres tout. 161, 170.
+
+_Fouir_, fuir. 8.
+
+FOURNIER, 6l, le procureur de Villon, qui lui avait "sauve
+maintes causes justes".
+
+_Fourrer le poignet_ a la bourse, tirer de l'argent. 136.
+
+_Fouterre_, voy. MICHAULT.
+
+_Fouyr_, fuir. 141.--Creuser. 120.
+
+FRANC-GONTIER, 78. M. Paul Lacroix a publie recemment, a la
+suite des _Testaments_ de Villon, le _Banquet du Bois_, qu'il
+regarde comme la piece contre laquelle sont diriges les
+_Contredictz de Franc-Gontier_, et qu'il croit une oeuvre de la
+jeunesse de Villon.
+
+FRANCE, 36, 121. Le tres noble roi de France, "sur tous autres
+roys decorez", dont parle Villon (p. 36, v. 23), etait, selon M.
+Pr., saint Louis.
+
+_Franchise_, puissance, domination (p. 39, v. 9).
+
+_Franchy_, affranchi, delivre. 23.
+
+FRANCOIS, promoteur de la vaquerie. 68.
+
+FREMIN, 51.
+
+_Frez_, frais. 85.
+
+_Friquet_, elegant, fringant. 169.
+
+_Fromentee_, sorte de gateau dont Baillevent donne la recette.
+90
+
+_Fruiction_, benefice, profit. 166.
+
+_Fruire_, profiter, tirer avantage. 166.
+
+_Fume, fumee_. 75.
+
+_Fumer (se)_, se mettre en colere, s'emporter.
+
+_Fuste_, bateau, petit navire, de _fustis_, bois. 26.
+
+----------G----------
+
+_Gallans_, jeunes gens, joyeux compagnons.
+
+_Gallans sans souci_, p.212. Ce sont peut-etre les Enfants sans
+souci, ecoliers et basochiens, qui s'etaient mis en societe a la
+fin du XVe siecle pour jouer des farces et des soties. Clement
+Marot fit partie de cette bande joyeuse. (P. L.)
+
+_Galles_, plaisir, jouissances, gaies parties.
+
+_Galler_, se rejouir, mener joyeuse vie, se gaudir. 27.
+
+GARNIER, 104.
+
+_Gastaneaux_, 112. Prompsault a lu _Gastaveaux_, qu'il traduit
+par grelots. J'ai suivi la lecon de La Monnoye.
+
+_Gaudisseur_, plaisant, farceur. 194.
+
+_Gect_, 118. Jetons servant a compter.
+
+_Gehaine_, instrument de torture. 144.
+
+_Gendarme, genderme_, soldat, homme d'armes.
+
+GENEVOIS, 73.
+
+_Genoillon (a)_, a genoux. 54.
+
+_Geu_, couche. 89.
+
+_Gippon_, jupon, robe. 117.
+
+GIRARD _(Perrot)_. 65.
+
+_Gisans_, ceux qui sont couchez. 16.
+
+_Glic_, jeu de cartes qu'on appelait aussi _la chance_. P. 87.
+
+GLOCUS, 123. La foret ou regne Glaucus, c'est la mer. (P. L.)
+
+_Gluyons de feurre_, bottes de paille. 14, 50.
+
+_Godet de greve_, 6l. Grand pot de gres a mettre du vin. (P. L.)
+Je crois qu'il s'agit plutot de quelque abreuvoir situe place de
+Greve.
+
+_Gogo_, 84. "Il semblerait que _gogo_ ait ete synonyme de
+_rufien_ dans les mauvais lieux. On a dit de la _vivre a
+gogo_, du latin _gaudium_, dont on avait fait _gogue_. Le mot
+_goguette_ est reste." (P. L.)
+
+_Gonne_, vetement de moine, tunique, froc. 118.
+
+_Gorgerin_, 68. C'etait une piece de l'armure destinee a
+proteger la gorge de l'homme d'armes. Nous croyons que Villon
+appelle _gorgerin d'Escossoys_ la corde d'une potence. (P. L.)
+
+_Gorgias_, elegant, richement vetu. 168, 169, 172.
+
+_Gorriers, gorrieres_, 179, hommes et femmes elegants, vetus
+richement et a la mode.
+
+_Gourt (etre a son)_, p. 201, etre a son affaire, etre content.
+
+GOUVIEULX, voy. RONSEVILLE.
+
+_Goyeres_, sorte de gateaux. 81.
+
+_Grace (par qui)_, par la grace de qui. 9.
+
+_Grafignier_, dechirer avec les ongles. (Pr.)
+
+_Gramment_, beaucoup, grandement. 156, 199.
+
+GRAND-TURC, 122.
+
+_Grat_, action de gratter la terre pour trouver quelque chose,
+comme les poules. "Au grat, la terre est degelee!" P. 177.
+
+_Greigneur_, plus grand, _grandior_, 58.
+
+GRENOBLE, 37.
+
+_Greve_, jambe. 61.
+
+_Grever_, charger, blesser. 94, 134, 155, 161.
+
+_Grez_, 60, pierre a aiguiser. (Pr.)
+
+_Grez_, gre. "Prendre en gre", avoir agreable, savoir se
+contenter (p. 88).
+
+GRIGNY, 73.
+
+_Grille_, prison. 84.
+
+_Gris blanc, gris perdu_, p. 168, sortes de fourrures.
+
+_Grivele_, marquete, mouchete comme les grives. 41.
+
+_Groiselles_, groseilles. "Mascher des groiselles (p. 46, v.
+26), c'est ce qu'on appelle maintenant avaler la pilule."
+
+_Grongnee_ sur l'oeil, emplatre ou meurtrissure. 16.
+
+GROS VALLET, 155. C'etait un des servants de l'homme d'armes.
+Il faisait partie de ce qu'on appelait une _lance fournie_,
+c'est-a-dire les trois ou quatre combattants qui devaient
+accompagner un homme d'armes et marcher a ses cotes dans la
+bataille. (P. L.)
+
+_Guerdonner_, recompenser.
+
+_Guermenter (se)_, 32. Se lamenter, se plaindre. Voy. Cotgrave.
+
+_Guerrier_, guerroyer. 119.
+
+GUESDRY GUILLAUME (p. 72). Le meme que Guillaume Gueuldry, p.
+15. M. P. L. pense que "la maison Guesdry Guillaume" etait le
+pilori ou la maison du bourreau.
+
+_Guet_ (chevalier du), 92. On donnait le titre de chevalier au
+capitaine du guet, parce qu'il etait reste peut-etre seul en
+possession de l'ordre de l'Etoile, cree par le roi Jean. (Pr.)
+
+GUILLEMETTE _la tapissiere_. 42.
+
+GUILLEMIN, 153.
+
+GUILLOT GUEULDRY, p. 15. V. GUESDRY.
+
+_Guin d'oeil_, regard, clin d'oeil. 168.
+
+_Guisarme, guysarme_, 67, 147. espece de hache a deux
+tranchants. (P. L.)
+
+_Guise_, mode, facon, maniere. 139, 168.
+
+----------H----------
+
+_Habite_, 170, ayant maison, habitation.
+
+_Habitue (bien)_, ayant de belles manieres. 196.
+
+_Hahay_! exclamation. 139.
+
+_Haict (de bon)_, de bon coeur, avec plaisir, avec empressement.
+p. 83.
+
+_Hamee_ (?), 121.
+
+HANNIBAL, Annibal. 120.
+
+_Hardis_, p. 172, v. 24, liards. Petite monnaie qui avait cours
+sous Philippe le Hardi.
+
+HAREMBOURGES (p. 34, v. 20), Eremburges, fille et unique
+heritiere d'Elie de la Fleche, comte du Maine, mort en 1110.
+(Pr.)
+
+_Harier_, tracasser. 102.
+
+_Hasles_, hale. 88.
+
+_Havee,_ poignee, poignee de main. 61, 169.
+
+_Haiet_, 60, croc. (Pr.)
+
+_Hayneurs_, qui detestent. 90.
+
+_Hayter_, profiter, reussir. "Riens ne hayt que perseverance."
+(P. 25, v. 14.)
+
+_Heaulmiere,_ marchande de heaumes. 39.
+
+_Hebergement,_ accueil.
+
+HECTOR, 74.
+
+HELENE, HELEINE, 53, 112.
+
+HELOiS, Heloise, niece de Fulbert, amante d'Abailard
+
+HENRY (maistre), 85--"Henri Cousin etait alors bourreau et
+tourmenteur-jure de la prevote de Paris." (P. L.)
+
+HERODE (p. 46) fit decapiter saint Jean Baptiste, sur la demande
+de la danseuse Herodiade.
+
+_Herroit_, hairait. 59.
+
+HESSELIN (_Denys_). 60.
+
+_Hez_, hais. 138.
+
+_Histoire_, ornement. "Sans autre histoire", 94. Au quinzieme
+siecle et au commencement du seizieme, on appelait _histoires_
+les gravures dont les livres etaient ornes.
+
+_Ho_! assez! halte la! P. 71, v. 9.
+
+_Hober_, remuer, bouger.
+
+_Hohecte (y),_ 63. Si ce n'est une sorte d'exclamation, c'est
+incomprehensible.
+
+_Hoirs_, heritiers.
+
+HOLOFERNES, 121.
+
+_Hom_, homme, on. 18, 120.
+
+_Hostel_, maison. 82.
+
+HOTEL-DIEU de Paris, 85.
+
+_Houseaulx, houses_. Sorte de chaussure. 14, 73, 76, 158.
+
+_Housseurs_, 119. Voy. _Notes_, p. 223.
+
+_Houx_, houssine, baguette. Les muguets portaient des houssines
+ou cravaches a la main, pour montrer qu'ils avaient des chevaux
+a l'ecurie. (P. L.)
+
+_Hucher_, crier, appeler a haute voix. 70.
+
+_Hucque_, 12, camail a capuchon, que les hommes de toute
+condition portaient au XVe siecle (P. L.)
+
+HUE CAPET, Hugues Capet. 104.
+
+_Humblesse_, humilite. 205.
+
+_Hutin_, bruit, bataille. 98, 162.
+
+_Hutinet_, bruit, brouillerie. 64.
+
+_Huy_, aujourd'huy. 38.
+
+_Huys_, porte.
+
+----------I----------
+
+_Icelle_, cette.
+
+_Idolatryer_, tomber dans l'idolatrie. 45.
+
+_Ilce_, cela. P. 62, v. 16.
+
+_Istroit_, sortirait, 145.
+
+_Ils, ilz_, elles. "S'ils n'ayment fors que pour l'argent." (P.
+43, v. 19).
+
+_Impartir_, accorder, donner. 9, 55.
+
+_Impetrer_, obtenir. 42.
+
+_Impourveu_, pauvre, qui n'est pas pourvu de biens. 14.
+
+_Informe_, instruit. "Informez en meurs" (p. 71), bien eleves.
+
+INNOCENS (les), cimetiere de Paris, 89.
+
+_Inventaire_, compte fait.
+
+ISABEAU, 82.
+
+ISLE (L'). Lille en Flandre, p. 45.
+
+----------J----------
+
+_Ja, deja, certainement.
+
+_Jacobins_, glaires, flegmes. 49.
+
+_Jacobines_ (soupes), bonnes soupes grasses. 66.
+
+JACOPINS, Jacobins. 13, 82, 179.
+
+_Jacques_ (p. 158). Les Francs Archiers portaient des _jacques_
+ou cottes de mailles sous leur hoqueton ou casaque. (P. L.) Il
+y avait des _jacques_ de toutes sortes d'etoffes. Nous disons
+encore _jaquette_.
+
+JACQUELINE, 82.
+
+_Jalet_, galet, caillou. 114.
+
+_Jambot_, p. 84. Petite jambe, membre viril.
+
+JAMES, (_Jacques_), 92,97.
+
+_Jargon jobelin_, argot, 179.
+
+_Jargonner_, p. 118. "Je congnois quand pipeur jargonne", veut
+dire: je connais l'artifice du chasseur a la pipee.
+
+_Jasoit_, quoique, 138.
+
+JASON, _Jazon_, 121.
+
+JEHAN de CALAYS, 93.
+
+JEHAN LAURENS, p. 180. Personnification du peuple, qui apportait
+de l'argent aux _pardons_, ou peut-etre un nom donne aux
+_pardonneurs_.
+
+JEHANNE, 173.
+
+JEHANNE DE BRETAIGNE, 84.
+
+JEHANNE, la bonne Lorraine (p. 34, v. 21), Jeanne d'Arc.
+
+JEHANNETON, 49.
+
+JEHANNETON _la Chaperonniere_, 42.
+
+_Jengleresse_, menteuse, 55.
+
+_Jeu d'asne_ (p. 82), jeu d'amours. M. P. L. suppose qu'on
+devrait lire le jeu de dame. C'est la meme chose.
+
+_Jeux_, pieces dramatiques, 87.
+
+JOB, 29, 122.
+
+_Jobelin_, argot. 169, 179.
+
+_Joinctes_, jointures, articulations 33.
+
+JONAS, 122.
+
+_Joncherie_, plaisanterie, raillerie, friponnerie. 104, 189,
+190.
+
+JOUVENEL (Michel) (p. 96), huitieme fils de Jean Jouvenel des
+Ursins, fut bailli de Troyes, et mourut en 1470.
+
+JUDAS, 122.
+
+JUDIC, _Judith_. 110, 121.
+
+JUIFS, 103.
+
+JUNO, Junon. 122.
+
+_Jus_, bas, a bas. 76, 136, 159.
+
+JUSQU'IL, jusqu'a ce qu'il.
+
+----------K----------
+
+KATHERINE _la Bouchiere_, 42.
+
+KATHERINE DE VAUSELLES, 46.
+
+----------L----------
+
+_L'en_, on, l'on.
+
+_La sus_, la haut. 103.
+
+LA BARRE, 50, 57, 63.
+
+_Labit_, 175, decadence, de _labes_ (P.L.).
+
+_Labour_, travail, labeur. 88.
+
+_Laboureux mestier_, etat de laboureur. 79.
+
+LA GARDE (_Jean de_). 17, 73, 96.
+
+LA HIRE. 155. Etienne Vignoles, dit La Hire, fut un des plus
+braves capitaines de Charles VII. Il se distingua dans les
+guerres contre les Anglais, et mourut a Montauban en 1442.
+(P.L.)
+
+_Laidanger_, injurier, railler. 43.
+
+L'AIGLE, 152.
+
+_Lairra_, laissera.
+
+_Lairray_, laisseray.
+
+_Lait_, laid.
+
+_Laiz_, laiques. 33.
+
+_Lame_, pierre tumulaire. "Quant est du corps, il gyst soubz
+lame" (32, v. 23).
+
+LAMESOU (_le seigneur de_), 200.
+
+LANCELOT, _le roi de Behaigne_ (p. 36, v.6). Pr. a cru voir dans
+ce personnage Ladislas V, prince d'une rare bravoure, tue a la
+bataille de Varnes en 1444, et qui regnait sur la Pologne,
+la Boheme et la Hongrie. M. P L. remarque avec raison que
+_Lancelot_ ne ressemble guere a _Ladislas_.
+
+LANTRIQUER, nom breton de la ville de Trequier. 157.
+
+_Laqs_, filets, pieges. 78.
+
+_Larmoyer_, pleurer, verser des larmes. 141.
+
+LA ROCHE, 155. Le seigneur de La Roche etait un des bons
+capitaines de Charles VII. Il s'attacha a la personne du Dauphin
+Louis, et le suivit dans ses revoltes contre son pere. On le
+voit figurer parmi les familiers du Dauphin dans les _Cent
+nouvelles du bon roy Louis XI_, ou il est toujours nomme
+"monseigneur de La Roche". (P. L.)
+
+LA ROCHEFOUCAULD, 152. Ce ne peut etre que Foucauld, 3e du nom
+seigneur de La Rochefoucauld, de Marsillac. etc., conseiller
+et chambellan de Charles VII, fait chevalier sur le champ de
+bataille, en 1461. (P. L.)
+
+_Las_, lacs, filets. 47.
+
+_Lasse!_ helas. 32.
+
+_Lassus_, la haut. 91.
+
+_Latin_, langage, parler quelconque. "Je n'entends point vostre
+latin." 202.
+
+LAURENS (_Jehan_), 68.
+
+_Lavaille_, eau qui a servi a laver. 76.
+
+_Lay_, laique 44.
+
+_Lay_, piece de vers. "Ce lay contenant des vers dix." P. 59, v.
+4.
+
+_Lays_ est employe, dans la preface de Marot et dans les deux
+Testaments, dans le sens de legs.
+
+_Le_, large "Tant qu'il a de long et de le" (23, v. 22).
+
+_Lealle_, loyale. 134.
+
+_Leans_, la dedans.
+
+LE CAMUS SENESCHAL, 92.
+
+_Lectry_, lutrin, 15.
+
+_Legerement_, vivement, promptement.
+
+LE LOU (_Jehan_), 64.
+
+_Lembroyse_, lambrisse, 68.
+
+_Lermes_, larmes.
+
+_Lerz_, loirs. 72.
+
+_Leschier_, rechercher les bons morceaux se livrer a sa
+gourmandise. 28.
+
+_Lettres_, savoir, connaissances. "Sans plus grandes lettres
+chercher" (p. 71, v. 7).
+
+_Lez_ aupres, a cote de.
+
+_Lians_, liens. 106.
+
+_Librairie_, bibliotheque. 54.
+
+_Lice_, lisiere, laisse. 171, v. 21.
+
+_Lit de parement_, 89. C'etait un grand lit d'honneur, avec
+dosseret, dais et courtines, chevet, couvre-pied, marchepied,
+chaire d'attente, prie-dieu, etc. (P. L.)
+
+_Ligne_, 69, lignee, race.
+
+_Linget_, mince, delie. 64.
+
+_Lisse_, chienne, p. 171, v. 20
+
+LOMBART, 50. Synonyme de juif ou usurier. (P. L.) Plusieurs
+banquiers, juifs d'origine, lombards de nation, vinrent
+s'etablir a Paris dans la rue qui porte leur nom. Comme ils
+pretaient a gros interets, le peuple donna le nom de _lombards_
+aux usuriers et preteurs sur gages. (Pr.)--_Art lombard_, 171, art
+d'attraper de l'argent.
+
+LOMER, 91.
+
+LORRAINES, 8l.
+
+_Los_, lot. 134.
+
+LOTH, 69.
+
+LOUVIERS (Nicolas de) ou de Louvieulx, 17, 62. Prompsault croit
+qu'il s'agit d'un bourgeois de Paris qui concourut a remettre la
+ville de Paris entre les mains de Charles VII, et qui fut fait
+conseiller a la Chambre des comptes par Louis XI.
+
+_Loyaument_, loyalement.
+
+_Loyer_, recompense. 45.
+
+LOYS, le bon roi de France Louis XI, p. 23.
+
+_Loz_, louange. 109.
+
+_Lubres_ (p. 95, v. 3), sombres et tristes, dit Pr.
+
+LUCRESSE. Lucrece. 118.
+
+_Lunettes_, yeux, vue. Samson fut livre par Dalila aux
+Philistins, qui lui creverent les yeux. C'est ce que Villon
+rapporte ainsi p. 45, 2. 21: "Samson en perdit ses lunettes."
+
+_Lutter_, faire le metier de baladin. 87.
+
+_Luz_, luths. 55.
+
+_Ly_, le, les. 36.
+
+LYMOUSINS, 185, 199, 202.
+
+LYSLE EN FLANDRE, Lille. 22.
+
+_Lysses_, lices, luttes: "a tenir amoureuses lysses" (p. 40, v.
+29).
+
+----------M----------
+
+_M'_, mon, ma. "Par m'ame." 73.
+
+MACEE _d'Orleans_. 68.
+
+_Macher_, manger. 187.
+
+MACQUAIRE, 76.
+
+MACROBE, 81.
+
+MAGDELAINE (_la_), 122.
+
+_Maignan_, chaudronnier. 119.
+
+_Maille_, petite piece de monnaie. 86, 180, 208.
+
+_Maille_, pas du tout. "Je ne vous crains pas maille", 151.
+
+_Mailler_, battre a coups de marteau, de maillet. 116.
+
+_Maillon_, maillot. 54.
+
+_Main mise_, 52. "Dieu nous garde de la main mise", nous
+preserve d'etre pris.
+
+MAIREBEUF. 17, 62.
+
+_Mais_, plus. "Il n'a mais qu'un peu de billon." (P. 19, v. 9.)
+
+_Mais que_, pourvu que.
+
+_Maistre des testament_, 97. Je ne sais ce que c'etait.
+
+_Maistrie_, domination. 102.
+
+_Mal, male_, mauvais, mauvaise.
+
+MALCHUS, 199. Servir Malchus, c'etait, selon M. P. L., servir un
+homme d'epee a la guerre, porter un epieu, une guisarme ou un
+coutelas, appele _Malchus_, du nom de celui a qui saint Pierre
+coupa une oreille.
+
+_Mal gre_, disgrace. 58.
+
+_Malheurete_, infortune, malheur, misere.
+
+_Mallement_, mechamment, durement.
+
+MALPENSE, 11. Personnage imaginaire, aux idees peu nettes.
+
+_Maltalent_, mechancete, colere. 36.
+
+_Mander_, envoyer. 77.
+
+_Manna_, manne. 107.
+
+_Manne_. "Venir de manne" (73), venir du ciel, comme la manne.
+
+_Marche au file_ (?), 80.
+
+_Marche (hault et bas)_, 195, toutes sortes d'affaires, y
+compris les affaires d'amour.
+
+_Marchesens_ (?), 175.
+
+MARGOT (_la grosse_), 82, 83.
+
+MARIE (_d'Orleans_), 105.
+
+MARION LA PEAU TARDE, 91.
+
+MARION L'YDOLLE, 84, 86.
+
+MARIONNETTE, titre ou refrain de chanson. P. 91.
+
+_Mariottes_, femmes mariees (?), 98.
+
+MARQUET. 92.
+
+MARTIN GALLANT, 185.
+
+MASCHECROUE (la). Prompsault croit que c'est le nom d'une
+taverniere. M. P. L. pense qu'il s'agit des plaines arrosees par
+la Crou, petite riviere qui passe a Gonesse et a Saint-Denis.
+
+_Maschouere_, machoire, 52.
+
+_Mate chere_, triste mine. 52.
+
+_Mathelins (l'ordre des)_, 70, l'ordre des fous, des insenses.
+Peut-etre la confrerie des Sots ou de Mere-Sotte, cette societe
+joyeuse de poetes et de comediens, qui etait alors la rivale de
+la Confrerie dramatique de la Passion. (P. L.)
+
+_Mathelineux_, fou.
+
+MATHIEU, p. 66. M. B. L. suppose qu'il s'agit de Mathieu de
+Gand, trouvere du XIIIe siecle, qui a ecrit contre les moines.
+
+_Mathon_, fromage mou.
+
+(P. L.)
+
+MATHUSALE, Mathusalem, 23.
+
+_Mau_, mauvais, 65, 84.
+
+MAUBUAY, p. 63. La fontaine Maubuee (c'est-a-dire malpropre)
+etait situee a l'entree de la rue de ce nom, qui n'avait alors
+que des filles et des mauvais garcons pour habitants (P. L.).
+Villon envoie Jean Raguyer boire a la fontaine Maubuee, 1.
+
+_Mauffez_, le diable. Villon dit assez irrespectueusement que le
+pretre, exorcisant les possedes, prend le diable par le col avec
+son etole (p. 36).
+
+_Mauldite_, injuriee avec blaspheme. (P. L.)
+
+_Maulgre_, malgre. 158.
+
+_Maulx_, mauvais. 106, v. 12.
+
+MAUTAINCT, 74.
+
+MEHUN, 24, 84.
+
+MEHUN (_Jehan de_), continuateur du _Roman de la Rose_, 66.
+
+_Meins_, moins. 154.
+
+_Meist_, mit. 60.
+
+MENDIANS (_freres_), 66, 98.
+
+_Menestrier_, musicien. 45.
+
+_Menroit_, menerait. 201.
+
+_Mercerot_, petit mercier. "Moy, pauvre mercerot de Rennes" (p.
+37, v. 21), signifie gueux comme un _mercelot_, c'est-a-dire
+comme ces merciers ou porte-balles qui couraient le pays, et qui
+etaient affilies aux bandes de gueux et de bohemiens.
+
+_Merciz_, misericorde.
+
+_Mereaulx_, jetons qui servaient a faire les comptes.
+
+_Merencolie_, melancolie, folie. 188.
+
+_Merir_, meriter. 55, v. 8.
+
+_Merit_, merite. 52, v. 1.
+
+MERLE, 70.
+
+_Meschance_, misere, malheur.
+
+_Meschief_, malheur, accident, 141.
+
+_Meschoir_, arriver du mal.
+
+_Mescompter (se)_, s'exposer a des mecomptes. 7.
+
+_Mesdire_, mentir. "Je le dys et ne croys mesdire." (P. 28, v.
+20.)
+
+_Meseaulx_, lepreux. 76.
+
+_Meshaigne_, blesse, en mauvais etat. 152.
+
+_Meshaing_, peine. 98.
+
+_Meshuy_, p. 150. "C'est a meshuy!" C'est maintenant, pour le
+coup!--Aujourd'hui. 157.
+
+_Mesprendre_, mal agir, 27, 42, 133.
+
+_Masprins_, mal agi, 8.
+
+_Messaigieres_, entremetteuses. P. 80, v. 9.
+
+_Messe (seiche)_, 93, messe sans consecration.
+
+_Mestier_, besoin. 6l, 197, 200.
+
+_Mestier (bas)_, affaires d'amour.
+
+MEUNG, p. 146. C'est le continuateur du _Roman de la Rose_,
+Jehan de Meung. Voy. MEHUN.
+
+_Meurdri_, meurtri. 16.
+
+_Meure_, mure, fruit de la ronce. "Plus noir que meure." (P. 28,
+v. 9.)
+
+_Meurte_, maturite. 26.
+
+MICHAULT DU FOUR, 63.
+
+MICHAULT le bon fouterre, 57. Il y a dans le recueil publie par
+Barbazan un fabliau du _Foteor_; mais le heros du conte n'est
+pas nomme.
+
+_Mie_, pas du tout. 62.
+
+_Miege_, megissier. 65.
+
+_Mignon_, favori. 196.
+
+_Mignotte_, jolie, mignonne. 41, 98.
+
+_Mineur_, petit. "Haro, haro, le grand et le mineur!" (p 58, v
+11.) A l'aide, grands et petits!
+
+_Mirlificques_, 185. Merveilles, pour _mirifiques_. (P. L.)
+
+_Misericors_, indulgent, misericordieux 22.
+
+_Miste_, joli, aimable. 196.
+
+_Mitaines_. L'avant-dernier vers de la page 46 fait allusion a
+l'usage, qui n'est pas encore completement perdu, de donner des
+gants aux convives d'une noce.
+
+_Mitaines de fer_, gantelets. 152.
+
+_Mocque_, moquerie. 175.
+
+_Mol_ mollet. 61.
+
+MONFAULCON, 215.
+
+_Monopolles_, cabales, complots. 205.
+
+_Monstier_, couvent.
+
+MONTMARTRE, 8l.
+
+MONTPIPPEAU, 86.
+
+MONT-VALERIEN, 81.
+
+_Moralitez_ (p. 87), pieces dramatiques dont les vertus, les
+vices, etc., sont les personnages.
+
+MOREAU, 50.
+
+_Morillon_ (vin), p. 100. Vin rouge
+
+_Mors_, mordu. 143, v. 18.
+
+_Mort_. "Aller de mort a vie", p. 91, est un jeu de mots,
+l'inverse d'aller de vie a trepas.
+
+MORTELLERIE (_Rue de la_), a Paris. 200.
+
+_Morteux_, mortels. 159.
+
+MORTIER D'OR. Parait avoir ete l'enseigne de Jehan de la Garde,
+l'epicier. (P. 17, v. 1.)
+
+_Moulier_, femme, 46.
+
+_Moult_, tres, beaucoup.
+
+_Mouse_, museau. 63.
+
+_Mousse_, p. 173, v. 21. Vin On dit encore _mout_ dans le sens
+de _vin nouveau_. (P. L.) Je crois qu'il s'agit plutot des frais
+faits pour paraitre, pour se faire _mousser_.
+
+_Moustarde (aller a la)_, 91, faire grand bruit d'une chose,
+s'en vanter, en parler a tout propos.
+
+_Moutonnier_, 12. M. P. L. croit que Changon etait un _mouton_
+ou faux compagnon que Villon avait rencontre dans les prisons,
+pour son malheur. C'est assez vraisemblable.
+
+_Muer_, changer. 27.
+
+_Muguelias_, muglias, 204. Sorte de parfum.
+
+MULLE, 60, probablement une enseigne.
+
+_Musars_, faineants, 98.
+
+_Muser_, s'amuser, perdre son temps. 79
+
+_Musser_, cacher. 58.
+
+_Mye_, point, pas du tout. 202.
+
+----------N----------
+
+_N'_, ni 108.
+
+NABUGODONOZOR, 122.
+
+NANCY. P. 171. Ce souvenir du siege et de la bataille de
+Nancy, ou les Suisses defirent le duc de Bourgogne, Charles
+le Temeraire, prouve, ainsi que l'a remarque M. P. L., que
+le _Dialogue de Mallepaye et Baillevent_ a ete compose apres
+l'annee 1477.
+
+_Naquet_, 169, jeune garcon, d'ou _laquais_ (P. L.). On appelait
+particulierement _naquets_ les garcons des jeux de paume.
+
+NARCISSUS, Narcisse, 46, 122.
+
+_Natte_, garni de nattes, suivant l'usage du temps. "En chambre
+bien nattee", 78.
+
+_Naveau_, navet. 48.
+
+_Navrer_, blesser.
+
+_Ne_, ni.
+
+_Ne que_, pas plus que.
+
+_Nectelet_, 169. Propret, bien vetu.
+
+_Nennil, nenny_, non.
+
+_Noailleux_, noueux. 155.
+
+NOE, 69.
+
+NOE LE JOLYS, 46, 85. Probablement un ancien compagnon de
+Villon, qui le chargea dans son premier proces pour se disculper
+lui-meme, et ne fut condamne qu'au tiers de la peine infligee a
+Villon. Celui-ci lui en gardait encore rancune lorsqu'il ecrivit
+le grand Testament. (Huitain CXLII.)
+
+_Noise_, bruit, querelle.
+
+_Nombrer_, compter. 118.
+
+NOTRE-DAME-DE-PARIS, 187.
+
+_Nourri_, eleve, 2.
+
+_Noyse_, bruyt, querelle.
+
+_Noysier_, faire du bruit, quereller. 79.
+
+_Nully_, nul, aucun, personne. 213.
+
+_Nuyctee_, duree de la nuit. 78.
+
+_Nuysance_, prejudice. 144.
+
+----------O----------
+
+_O_, avec. 69, 79.
+
+_Obstant_, malgre, nonobstant.
+
+OCTOVIEN, 122. Prompsault croit qu'il s'agit de Caius Julius
+Caesar Octavianus, qui fut empereur sous le nom d'Auguste.
+
+_Oes_, oies. 92.
+
+_Onc, oncques_, jamais.
+
+_Oppresse_, oppression. 26.
+
+_Ord_, sale.
+
+_Orbes_, 115, aveugles, selon M.P.L.
+
+_Ores_, maintenant.
+
+_Orfaverie_, orfevrerie, bijoux, ornements en or. 68, 146.
+
+ORLEANS, 66.
+
+ORPHEUS, Orphee, 45.
+
+_Orrez_, entendrez.
+
+_Ost_, armee.
+
+_Ostade_, etoffe precieuse. 196.
+
+_Ot_, entend, 51.--Eut, 46.
+
+_Ou_, au. 29, v. 4; 106, v. 17.
+
+_Oubliance_, oubli. 18.
+
+_Oultraige_, courage intempestif, outrecuidance. 152, 154.
+
+_Oultrement_, beaucoup, plus que de raison, 1.
+
+_Ouquel_, auquel, dans lequel.
+
+_Ouvrer_, travailler. 87.
+
+_Ouvrez vostre huys, Guillemette_; refrain ou commencement de
+chanson. 91.
+
+_Oy_, entends, 113.
+
+_Oystres_, huitres. 30.
+
+_Oyt_, entend. 64, 68.
+
+----------P----------
+
+_Paillart_, gueux. 194.
+
+_Palais_ (le), a Paris, 185, 206.
+
+_Pallus, palux_, marais. 55, 122.
+
+_Panon de Bissac_ (p. 155), pennon ou banniere de toile grise
+(P. L.).
+
+_Paour_, peur.
+
+_Paouvre_, pauvre. 9.
+
+_Papaliste_, papaute. 35.
+
+_Papier_ (p. 51, v. 12), respirer, souffler.
+
+_Par tel_, de telle facon. Peut-etre le vers 22 de la page 181
+devrait etre ainsi: "Par tel si, qui veue ne l'aura."
+
+_Pardoint_, pardonne. 153.
+
+_Pardons_, 180. Prieres publiques, processions et autres
+pratiques pieuses auxquelles etaient attachees des indulgences
+particulieres. (P. L.)
+
+_Pardonneurs_, vendeurs d'indulgences, de pardons. 174, 180.
+
+_Parfaict_, acheve. 188.
+
+_Parfond_, profond.
+
+PARIS, 33.
+
+PARIS, 66, 80, 88, 101, 184, 199 et _passim_.
+
+_Parit_, engendra, 51, v. 20.
+
+_Parmi_, avec. 50.--Au milieu de, dans. 153.--A travers. 104.
+
+_Partement_, depart.
+
+PAS. Il est question, p. 74, v. 13 et suiv., d'un pas d'armes
+tenu par Rene d'Anjou, qui prenait le titre de roi de Sicile.
+
+_Passot_ (83). Pr. croit que c'est une lance; M. P. L., une epee
+courte.
+
+PATAC, patard, petite monnaie. 69, 199.
+
+PATAY, chef-lieu de canton dans le Loiret, 115. Pr. fait la
+remarque qu'il n'y a pas de foret dans cette localite, et qu'il
+n'y vient pas de chataignes.
+
+PATHELIN, 179, 196. Le heros d'une farce bien connue, qu'on a
+attribuee a Villon.
+
+_Pathelin_, 166, 169, langage mielleux et plein d'artifices.
+
+_Paulme (en)_, dans la main. "Seur comme qui l'auroit en
+paulme", p. 72.
+
+PAUQUEDENAIRE, p. 196, est presente comme un homme expert en
+tromperies, comme Villon et Pathelin. Il n'est pas autrement
+connu. Voy. POICDENAIRE.
+
+_Peaultre_, 48. Suivant Cotgrave, le _peautre_ est le gouvernail
+d'un navire. Dans _l'Ancien theatre francais_, t. II, p. 155, on
+trouve _battu comme peaultre_, ce qui equivaut a _battu comme
+platre_.
+
+_Peaussa_, couvert d'une peau epaisse et ridee. 41.
+
+_Pehon_, pieton, fantassin. 154.
+
+_Pel_, peau. 143.
+
+_Peiner (se)_, se donner de la peine. 31.
+
+_Penancier_, Penitencier, confesseur. 188.
+
+_Penart_, lance ornee d'un pennon. 147.
+
+PENESSAC (_monsieur de_), 200.
+
+_Per_. "Recoit son per et se joint a la plume", p. 74, v. 20.
+
+_Per ou non per_, pair ou non, quoi qu'il en soit. 193.
+
+PERDRYER (_Jehan et Francoys_), 75.
+
+PERNET (158), _Perrenet_ (157), diminutifs de _Pierre_, nom du
+franc archer de Bagnolet.
+
+_Perpetrer_, obtenir, acquerir. 42.
+
+PERRETTE, 82.
+
+_Perrucatz_, 178. Gens a perruque. On appelait perrucats tous
+les gens de la Basoche (P. L.)
+
+_Pery_, perdu, 51, v. 23.
+
+_Pesle_, poele, s. m. 48.
+
+PESTEL (_enseigne du_), ou pilon. 200.
+
+_Petiote_, petite. 26.
+
+PETIT-PONT, a Paris. 81, 190.
+
+_Peu_, repu, nourri. (P. 21, v. 13.)
+
+PHILIPPOT, 92.
+
+PHOEBUS, 122. La clarte Phoebus, c'est, on le sait, la lumiere
+du jour.
+
+PICARDS, 122. C'etaient des heretiques qui ne faisaient aucune
+priere pour les morts. Voila pourquoi Villon promet a Thibault
+d'Aussigny une _priere de Picard_.
+
+PICARDES, 81.
+
+_Pieca_, il y a longtemps.
+
+_Pietonner_, courir a pied. 152.
+
+_Piez blancs_, p. 8. Avoir les pieds blancs, c'est, suivant M.
+P. L., revenir de loin, comme les voyageurs aux pieds poudreux.
+
+_Piez de veaux (faire les)_, danser, faire des gambades. 112.
+
+_Pigne_, peigne, 69.
+
+_Pigon_, pigeon. "Les pigeons qui sont en l'essoine, enserrez
+sous trappe voliere" (p. 15, v. 27-28), sont des prisonniers
+enfermez dans une prison grillee.
+
+_Pion_, buveur, ivrogne. 52, 70.
+
+_Pipeur ou hazardeur de dez_ (87), filou qui joue avec des _des
+pipes_.
+
+_Piteux_, porte a la pitie. 175.
+
+_Plain_, uni 142;--entier. "Tant que je suis en mon plain sens"
+(p 24, v. 9).
+
+_Plaindre_, regretter. "Je plaings le temps de ma jeunesse." (P.
+27, v. 25.)
+
+_Plaisance_, plaisanterie, vie joyeuse, ou plutot affaires
+d'amour.
+
+_Plaisant_, agreable. 63.
+
+_Plait_, plaid, plaidoyer. "A peu de plait", sans grands
+discours.
+
+_Plante_, abondance, 178.
+
+_Plaque_ (p. 61), monnaie fabriquee sous Charles VII, a
+l'imitation des Pays-Bas.
+
+PLAT D'ESTAIN, cabaret de Paris, 213, 215.
+
+_Pleige_, caution, repondant. 33.
+
+_Plet_, voy. _Plait_.
+
+_Plombee_, 99. Fouets ou masses garnis de plomb. (P. L.)
+
+_Plours_, pleurs. 144.
+
+_Plumail. Mettre le plumail au vent_ (49, v. 1), se jeter
+resolument dans un parti.
+
+POICTOU, 62.
+
+_Poirre_, peter. 64, v. 1.
+
+_Poise_, pese, tourmente, 101, 163, 179.
+
+_Poisle_, poele, 48.
+
+PONT A SILLON. Pont au change. 179, 182.
+
+PONTHOISE, 101.
+
+PONTHIEVRE. Penthievre. 152.
+
+PONTLIEU (_Jean de_), 66. C'est Jean de Poilli, docteur de
+Paris, implacable adversaire des moines mendiants au XIVe
+siecle. Il avait ecrit plusieurs ouvrages qui furent condamnes
+par le pape Jean XXII. Villon nous apprend qu'il dut abjurer ses
+heresies et faire amende honorable. (P. L.)
+
+POPIN (_l'abreuvoir_). Cet abreuvoir etait au bout du Pont-Neuf,
+vis-a-vis la rue Thibautaudez. On a demoli de nos jours une
+voute qui conduisait a cet abreuvoir, ou les truands et les
+mauvais garcons se reunissaient, au moyen age, avec les ribaudes
+et les bohemiennes. (P. L.)
+
+POMME DE PIN. Cabaret de Paris. 61, 192.
+
+POMPEE, 120.
+
+_Porte-paniers_. Portefaix, porteurs de hottes. 89.
+
+_Pou_, peu, 82, 146.
+
+_Poulaille_, volaille. 64, 151.
+
+_Poulce_, 173. "Jouer du poulce", donner de l'argent.
+
+_Pour-demain_, apres-demain. 161.
+
+_Pourbondir_ un cheval, le faire caracoler, 154.
+
+_Pour ce que_, parce que.
+
+_Pourchasser_, poursuivre, procurer.
+
+_Pourmener_, promener. "Pourmene de l'uys au pesle" (p. 48),
+promene de la porte au poele, du froid au chaud; lanterne.
+
+_Pourpenser (se)_, penser, decider a par soi.
+
+POURRAS (l'abbesse de). Cette abbesse de Pourras etait, je
+pense, une coquine, qui, sous ce titre, vint avec Villon duper
+le pauvre barbier de Bourg-la-Reine, qui y tenait aussi une
+hotellerie (Pr.)--Le peuple appelait abbesse de Poilras, une
+maquerelle publique qui avait ete rasee au pilori, fouettee et
+chassee de la ville. (P.L.)
+
+_Poursuivans_ (P. 37, v. 10). Poursuivants d'armes. C'etait un
+des premiers grades de la chevalerie. (P.L.)
+
+_Pourtraicte_, formee. 106.
+
+_Pourtraicture_, portrait, visage. 82.
+
+_Poylette_, petite poele. 77.
+
+POYSSONNERIE (la), a Paris. 187.
+
+POYTOU, 185. voy. POICTOU.
+
+PRAGMATIQUE SANCTION. 166.
+
+_Prebende_, charge, comme d'une prebende.
+
+_Premier_, premierement, d'abord, 53, v. 9.
+
+_Prescheur_, celui qui preche, predicateur. 32.
+
+_Prescripre_, transcrire (?). 93.
+
+_Preudhommye_, prud'homie. 142.
+
+PRIAME, Priam, roi de Troie. 120.
+
+PRINCE DES SOTZ (p. 63). C'etait le chef electif de la confrerie
+joyeuse de la Bazoche du Palais et le _maitre des jeux_ de cette
+association dramatique. On le nommait tous les ans a la fete de
+mai, et ses suppots etaient tenus de lui obeir pendant toute la
+duree de ses pouvoirs. (P.L.)
+
+_Proces_, actes, pieces de procedure. 204.
+
+_Prochas_, recherche. 165.
+
+PROSERPINE, 122.
+
+Prou, assez. 170.
+
+PROVINS, 50, 88.
+
+_Provision_ (p. 36, v. 4), recours, remede.
+
+_Prunier_ "En qu'en son prunier n'a pas creu" (p. 38, v. 23),
+qui n'est pas de son invention, de son cru.
+
+PSALMISTE (_le_) David. 107.
+
+Psaulme _Deus laudem_, p. 23. C'est le psaume 108: _Deus laudem
+meam_, etc. Le verset septieme, qui servait de priere a Villon
+quand il faisait des voeux pour l'eveque d'Orleans, est ainsi
+concu: _Fiant dies ejus pauci et episcopatum ejus accipiat
+alter_. "Que les jours de sa vie soient reduits au plus petit
+nombre, et que son eveche passe a un autre. "C'est le sens que
+le poete donne au mot _episcopatum_. (Pr.)
+
+_Puis_, depuis.
+
+----------Q----------
+
+_Quanque_, ce que, 153.
+
+_Quant de, quant est de_, a l'egard de, quant a. 23, 32, 102.
+
+_Quantz_, combien de. 167.
+
+_Ouars et dix_ (112), taxes et dimes. (P.L.)
+
+_Que_, a, de quoi. 30, v. 19; 57, v. 12.
+
+_Queloingne_, quenouille. "Autre que moy est en queloingne" (p.
+9, v. 10), signifie que Villon a ete supplante aupres de sa
+maitresse.
+
+_Querir, querye_, chercher.
+
+_Qui_, ce qui. "Qui n'esteit a moy grand saigesse." (P. 39, v.
+18.)
+
+_Qui ne quoy_, rien, quoi que ce soit. 30.
+
+_Quiers_, veux, cherche a. P. 46.
+
+_Quinze-Vingtz_, 88. Les pensionnaires de l'hopital fonde par
+Saint-Louis pour trois cents aveugles.
+
+_Quoy_, tranquille, en repos. 30.
+
+----------R----------
+
+_R'abiller_, reparer, remettre en etat, 1.
+
+_Racoustre_, raccoutre, repare. 2.
+
+RAGUYER (_Jacques_), 61, 97.
+
+RAGUYER (_Jean_), 61, 97.
+
+_Raillart_, railleur, bon vivant, 38.
+
+_Railler_, faire le metier de bouffon, 87.
+
+_Raillon_ (p. 94), dard. Le raillon etait une espece de fleche
+triangulaire. (P.L.)
+
+_Raimasser_ (?), 167.
+
+_Raine_, rainette. 77.
+
+_Rains_, p. 13. M.P.L. rapproche ce mot de _rainceaux_, et le
+traduit par _rameaux, fagots_. "Les fagots, dit-il, etaient
+empiles de chaque cote des vastes cheminees du XVe siecle. On
+s'appuyait donc contre les _rains_ en se chauffant la plante des
+pieds."
+
+_Ralias, rallias, ralyas_, festin, regal. 82, 205.
+
+_Ramenteu_, rappele, rememore.
+
+_Ramentevoir_, rappeler. 82.
+
+_Ranguillon_, ardillon. 100.
+
+_Rappeau_, nouvel appel. 86.
+
+_Ravis_, enrages. "A loups ravis grosse pasture", 176, v. 8.
+
+_Raye (coucher en)_, p. 165. Se mettre en evidence.
+
+_Reau_, 6l, royal d'or. Cette monnaie valait 30 sols tournois en
+1470. (P. L.)
+
+_Reagal_, 76. Espece d'arsenic rouge. (P. L.)
+
+_Rebours_, 106, ce qui rebute.
+
+_Rebourse_, reveche, 203.
+
+_Rebouter_, rebuter, 43, v. 15.
+
+_Rebrasses colletz_, 33, collets fort hauts et bien plisses
+(Pr.).--Collets bordes de fourrures. (P. L.)
+
+_Recipe_, 76, ordonnance de medecin.
+
+_Recoeuvre, trouve_, obtienne. 43, v. 23
+
+_Recorder_, rappeler, 79.
+
+_Recors (etre)_, se rappeler. 88.
+
+RECOUVRER, rendre. "Et que vie me recouvra." 24, v. 18.
+
+_Recreu_, fatigue, lasse. 38, l65.
+
+_Recueil_, accueil, 137.
+
+_Recullet (en)_, dans un coin, accule. 113.
+
+_Reer_ (95, v. 9), raser, racler.
+
+_Refrigere_, rafraichissement. 52.
+
+REIMS, 45.
+
+_Relaiz_, ressource. 9.
+
+_Relief_, 163. On appelait relief l'ordre du prince qui
+autorisait un officier a toucher ses appointements echus pendant
+son absence. (P. L.)
+
+_Remaine_, reste. "Que le refrain ne vous remaine." (P. 35, v.
+3.)
+
+_Remain_ reste, 10
+
+_Remenant (le)_, le reste. 30, 50.
+
+_Reminer_, considerer. 17.
+
+_Remordre_, causer du regret, des remords. (P. 25, v. 21.)
+
+_Renchere_, 192. Pr. suppose que c'est le baton dont on se sert
+pour porter deux sceaux, un a chaque bout.
+
+RENE (d'Anjou), roi de Sicile. 74.
+
+RENES, Rennes, 37.
+
+_Repaistre_, manger, se regaler.
+
+_Repentailles_, regrets, repentir. 39, 86.
+
+_Reprouche_, chose reprehensible. 103.
+
+_Repues franches_, repas qui ne coutent rien.
+
+_Requerir_, querir, chercher a nouveau. 192.
+
+_Requoy (en), a requoy_, en repos, tranquille, 30, 168.
+
+_Resceans_ (?), 170.
+
+_Rescondre_. Renfermer, du latin _recondere_. (P. L.)
+
+_Rescrire_, ecrire, rapporter, 27.
+
+_Resiner_, resigner. "Pour leurs offices resiner" (p. 205), pour
+prendre conge et regler leurs comptes.
+
+_Respit_, repit, repos. 30.
+
+_Ressourdant_, 166, Ressortant, brillant. (P. L.)
+
+_Retraict_, retire. 41, 113.
+
+_Retraire_, retirer. 47, 54, 80, 137.
+
+_Revencher_ (se), prendre sa revanche, se prevaloir. 28--_Eux
+revencher_, se venger. 67.
+
+_Revenue_, retour. 192.
+
+_Rez_, 93. Le rez d'une pomme en est l'epluchure.
+
+_Rez_, rase. 95, v. 8.
+
+_Ribler_, 67, voler pendant la nuit, comme les ribauds,
+_ribaldi_. (P.L.)
+
+_Ribleur_, voleur de nuit. 98.
+
+RICHER (_Pierre_), 71.
+
+RICHIER (_Denis_), 63.
+
+_Rie_, moquerie, raillerie. 42, v. 22.
+
+_Riotte_, querelle, dispute. 98.
+
+RIOU (_Jean_), 65.
+
+_Risse_, rirais. 58.
+
+ROBERT, 50.
+
+ROBIN TURGIS, voy. TURGIS.
+
+ROLLANT, 157.
+
+ROMAN DE LA ROSE, 25.
+
+ROMMANTE _du Pet au diable_, 54. Ouvrage imaginaire que Villon
+s'attribue.
+
+ROME, _Romme_. 81, 121.
+
+RONSEVILLE (_Pierre de_), concierge de Louvieulx. 17. Il y a une
+localite de ce nom dans le departement de l'Oise.
+
+ROSE, 56.
+
+ROSNEL, 74.
+
+_Rottes_, vents qui s'echappent de l'estomac. 98.
+
+_Rouge_, fin. Terme d'argot. 185.
+
+_Roulet_, 114. Du latin _rotulus_, parce que les livres etaient
+roules. (P.L.)
+
+_Roupieux_, desappointe, avec un pied de nez. 205.
+
+ROUSSILLON, 99.
+
+_Route_, bande, troupe. 148.
+
+_Royaulx_, p. 169, Ecus d'or.
+
+_Royne_, reine.
+
+_Ru_, ruisseau. Battu "comme a ru telles" (p. 46), comme le
+linge qu'on lave.
+
+_Rubis_. Cl. Marot pense que les beaux rubis legues par Villon
+aux soldats du guet (13, v. 23) etaient des rubis de taverne.
+
+RUEL, 86.
+
+RUEL (_Jehan de_), 74.
+
+_Ruer_, jeter. 151.--_Ruer jus_, abattre, 121.
+
+_Run_, ruine. 166.
+
+_Rustes_, paysans, gens grossiers. 169.
+
+_Ruyt_, ardeur amoureuse, rut. 83.
+
+_Rymer_, 87, faire des vers.
+
+_Rynceau_, rameau, rainceau. 145.
+
+----------S----------
+
+_Sa jus_, ici bas. 105, 108.
+
+_Sade_, gentil, gentille, aimable. 83, 196.
+
+_Sadinet_, la nature de la femme. 40.
+
+_Saillir_, sortir. 27, 103.
+
+_Sainctir_, devenir saint. 185.
+
+SAINT-AMANT, 60.
+
+SAINT ANDRE, 107.
+
+SAINT ANTOINE (feu), 17, 44.
+
+S. CRISTOFLE, 74.
+
+S. DENIS, p. 157. Le cri des Francais etait _Montjoie S. Denis_;
+celui des Bretons etait _Bretagne et S. Yves_. (P.L.)
+
+S. DOMINIQUE. 90. "Les Freres Precheurs, ordre institue par
+saint Dominique, etaient charges de l'inquisition en France."
+(Pr.)
+
+S.-ESTIENNE, paroisse de Paris. 96.
+
+SAINCT-GENOU, 62.
+
+S. GEORGES, 68, 151, 158.
+
+S. GILLE, 207.
+
+S.-INNOCENT, paroisse de Paris. 181.
+
+S. JACQUES, 158.
+
+S.-JACQUES, paroisse de Paris, p. 12.
+
+S. JEAN-BAPTISTE, p. 46, 107,--_feu saint Jean_, 166.
+
+SAINT JULIAN DES VOVENTES, 62.
+
+S. MARTIAL, 24.
+
+S. MARTIN, 158.
+
+S. MATHIEU, 218.
+
+SAINCT OMER, 45.
+
+S. PIERRE, 162.
+
+S. PIERRE DE ROME, 189.
+
+S. PIERRE DES ARSIS, eglise situee dans la Cite. 215.
+
+S. REMY DE RAINS, 190.
+
+SAINT SATUR _soubz Sancerre_, 57.
+
+S. VICTOR, 122.
+
+S. YVES, voy. S. Denis.
+
+SAINCTE-AVOYE, 94. Villon veut etre enterre dans cette
+eglise parce que c'est la seule de Paris qui ne soit pas au
+rez-de-chaussee. Elle etait au second etage.
+
+Ste BARBE, 152.
+
+_Sainte Souffrette_, patronne imaginaire des gueux. 212.
+
+_Sallade_, 67, 152, 157, casque sans heaume et sans crete,
+espece de pot de fer. (P.L.)
+
+SALINS, 37, 70.
+
+SALMON, Salomon, 45, 114.
+
+SAMSON, 45.
+
+_S'amye_, son amie, sa maitresse.
+
+SANCERRE, 57.
+
+SANG. Le sang menstruel servait a faire des philtres et autres
+breuvages auxquels on attribuait une vertu magique. Voy. p. 77,
+v. 11 et 12.
+
+_Sans_, cens, c'est-a-dire rente, revenu. P. 72, v. 3.
+
+_Saqueboute_, sorte d'epieu. 148.
+
+_Sarazinoys_, d'Orient. "Gingembre sarazinois." 64.
+
+SARDANA (p. 46, v. 7). On a fait beaucoup de conjectures au
+sujet de ce Sardana, qui conquit le royaume de Crete, et
+plus tard vecut de la vie des femmes. Il n'y en a pas une de
+satisfaisante.
+
+SARDANAPALUS, 122.
+
+SATURNE, 14.
+
+_Saulsoye_, lieu plante de saules, arbres qui ne portent point
+de glands, comme chacun sait. C'est pourquoi Villon legue "le
+gland d'une saulsoye". (P. 12, v. 10).
+
+_Scarbot_, escarbot. 84.
+
+_Scotiste_, ecossais, d'Ecosse. M.P.L. pense que le roi
+d'Ecosse qui avait la moitie de la face vermeille, c'est-a-dire
+une _tache de vin_ (p. 35 v. l3), etait Jacques II, mort en
+1460.
+
+SCYPION L'AFFRIQUAIN, 120.
+
+_Se_, si. L'e s'elidait souvent: "S'evesque il est, seignant les
+rues" (21 v. 7).
+
+_Seigner_, benir en faisant le signe de la croix (p. 21, v. 7).
+
+_Seigneurier_, dominer. 102.
+
+_Sejour_ "Prebstre sans sejour" (p. 186) peut s'entendre de deux
+facons: sans cure et sans residence; sans loisir et sans repos.
+(P. L.)
+
+_Senestre_, gauche.
+
+_Senez_, anciens, vieillards, hommes de sens. 37.
+
+_Sensif_, 18, sensitif, _sensorium_ siege du sentiment. (P. L.)
+
+_Sensitif_, le tact, le toucher. 103.
+
+_Sentemens_, sentiments, intelligence. 25.
+
+_Sequentement_, en suivant. 160.
+
+_Sequeure_, secourt, 43.--Secoure. 159.
+
+_Serain_, soir. 48.
+
+_Sereine_, Sirene. 34.
+
+_Serf_. Ce mot sert de pretexte a une equivoque. "Je ne suis son
+serf ne sa biche" (21. V 12).
+
+SERGENTS, 63. Le prevot de Paris avait deux compagnies de
+sergents a pied et a cheval, composees de 110 hommes chacune, et
+ayant leurs corps de garde aux barrieres de la ville. (P. L.)
+
+_Serre (tenir)_, 51, v. 1. J'ignore ce que cela veut dire.
+
+_Servans_, serfs, serviteurs. "Aussi bien meurt filz que
+servans" (p. 36, v. 18) signifie: Les maitres meurent aussi
+bien que les serviteurs, les fils de famille aussi bien que les
+serfs.
+
+_Ses_, ces. 8.
+
+_Seur_, sur. 71, 142.
+
+_Si_, ainsi, oui, en effet.
+
+_Similative (faculte)_, faculte d'imiter. 18.
+
+SIMON MAGUS, 122.
+
+_Simplesse_, simplicite, ignorance. 106.
+
+_Sires_, seigneurs. 37.
+
+_Sist_, assit, 202.
+
+_Sollier_, plancher. 94.
+
+_Some_, auguste[1]. 108
+
+_Somme_, sommeil. P. 118, v. 16.
+
+_Somme_, en somme. 51.
+
+_Somme_, compter, 118.
+
+_Sommet_, tete. 84.
+
+SORBONNE. "Je ouis la cloche de Sorbonne" (p. 17, v. 20).
+Ce vers ne prouve pas que Villon etait dans les prisons de
+l'Universite, puisqu'il est certain qu'il etait libre lorsqu'il
+composa le _Petit Testament_, mais seulement qu'il logeait dans
+le voisinage de la Sorbonne.
+
+_Sortir (soy)_, se fournir, s'approvisionner. 196.
+
+_Sot_, bouffon, comedien. 63, 98. Voy. _Prince des sots_.
+
+_Souef_, doux. 33, 75. Doucement. 90.
+
+_Sonffrette_, disette. 82.
+
+_Souffreteux_, pauvre diable, miserable. 206.
+
+_Soulas_, plaisir, joie. 122.
+
+_Souldre_, regler, resoudre. 102.
+
+_Souldure_, liaison, union. 8.
+
+_Soullon_, p. 99. M.P.L. dit que c'etait un ballon avec lequel
+on jouait a la _soulle_. Le mot doit etre prononce _souillon_,
+et n'a pas besoin d'etre explique. On le retrouve p. 120.
+
+_Souloir_, avec coutume.
+
+_Soustenance_, soutien. 144.
+
+_Soustenir_, porter. 208.
+
+_Souventesfoys_, souvent. 32.
+
+_Soyer_, scier. 119.
+
+_Submectre_, soumettre. 67.
+
+_Substantement_, nourriture, soutien. 106.
+
+_Sumer_, semer. 74, v. 16.
+
+_Sur_, chez, 13, v. 17.
+
+_Surcot_, manteau.
+
+_Surquerir_, 12. Enrichir, de _succurrere_, suivant M.P.L.
+
+_Sus (Mettre)_, mettre en vigueur, soutenir. 10.
+
+_Sus (mis)_, surgis, venus. 172.
+
+SUYSSES, 171.
+
+_Sydere_, astre. 32.
+
+----------T----------
+
+TABARIE _(Guy)_, copiste du _Roman du Pet au Diable_. 54.
+
+_Tabart_, manteau.
+
+_Tachon_, instrument servant a chasser les mouches. 11.
+
+TACOT (_Colas_), 97.
+
+_Tailleur de faulx coings_, faux monnayeur. 87.
+
+TAILLEVENT, 76. Le livre de Taillevent, "grand cuisinier du roy
+de France", eut plusieurs editions au quinzieme siecle et au
+commencement du seizieme.
+
+_Talemouze_, sorte de patisserie. 63.
+
+_Tancer, tencer_, disputer.
+
+TANTALUS, Tantale. 122.
+
+TARANNE (_Charlot_), 72.
+
+_Targe_, 70. La targe etait une ancienne monnaie de Bretagne,
+ou _brette_, du latin _bretta_. Son nom lui venait de ce que le
+revers portait une _targe_, ou bouclier echancre. (P.L.)
+
+_Tarny_, terni, use. 172.
+
+_Tauxer_, taxer, imposer. 166.
+
+_Tayon_, oncle. 36.
+
+_Telles_, toiles. 46, v. 24.
+
+TEMPLE (_la closture du_), a Paris. 61.
+
+_Tencer_, v. _tancer_.
+
+_Tenir_, posseder des biens sous la suzerainete de quelqu'un:
+"Soubz luy ne tiens s'il n'est en friche" (21, v. 10).
+
+_Tenne_, 37, ennuye, tourmente. Cette expression s'emploie
+encore dans le langage familier.
+
+_Terrien, terrienne_, terrestre.
+
+_Tettes_, mamelles. 41.
+
+THAIS, 34. Courtisane celebre, qui vivait a Athenes vers le
+milieu du quatrieme siecle. (Pr.)
+
+THAMAR, 46.
+
+THEOPHILUS, 55. Voy. le _Miracle de Theophile_, par Gautier de
+Coinsi. _Rennes_. 1838, in-8.
+
+
+THIBAULT, (_Jacques_), 49. Voy. AUSSIGNY.
+
+_Tholouzaines_, femmes de Toulouse. 80.
+
+_Ticquet_, loquet (?), 169.
+
+_Tieulx_, tels. 16.
+
+_Tocquer_, toucher. 175.
+
+_Tollu_, pris, ote. 39.
+
+_Tor_, taureau. 122.
+
+_Tostee_, pain trempe dans du vin. 79.
+
+_Touaille_, serviette, piece de toile. 29.
+
+_Toult_, ote, enleve. 108.
+
+_Tour d'escolle_ (70), tour de vaurien.
+
+_Tourbes_, foule. 107.
+
+_Toute jour_, toute la journee. 44.
+
+_Trac_, trace, train. 199.
+
+_Tracer_, suivre a la piste. 31.
+
+_Trahistre_, traitre, mechant. 98.
+
+_Traicte_, tiree, extraite. 106.
+
+_Traictis_, joli. 40.
+
+_Traire_, tirer. 157.
+
+_Transglouti_, englouti. 122.
+
+_Transmue_, change. 121.
+
+_Transy_, trepasse. 103.
+
+_Trasse_, trace, piste. 176.
+
+_Trasser_, suivre a la piste, poursuivre. 176.
+
+_Travail_, souffrance, peine, adversite. 25, 115.
+
+_Travailler (se)_, s'occuper, s'employer. 72.
+
+_Tresbucher_, tomber, l55.
+
+_Trespercer_, transpercer. 8, 154.
+
+_Tressuer_, tressaillir. 192.
+
+_Trestous_, tous.
+
+_Trestout_, tout, entierement.
+
+_Tretisses_, voy. _traictiss_.
+
+_Treuver_, trouver. 36.
+
+TRISTAN, prevost des mareschaulx (p. 92), est le fameux Tristan
+l'Ermite, prevot de l'hotel du roi et favori de Louis XI. (P.L.)
+
+TROILE (74), fils de Priam et d'Hecube, fut tue par Achille au
+siege de Troie. (P.L.)
+
+_Trompille_, trompe, trompette. 154.
+
+_Trop plus_, beaucoup plus, trop. 22.
+
+TROU PERRETTE, 97, probablement un cabaret. Marot dit que
+c'etait un jeu de paume.
+
+_Trousse_, carquois. 173.
+
+TROUSSECAILLE (_Robin_), 65.
+
+_Trousser au col_, emporter sur les epaules. 11.
+
+TROYENS, 122.
+
+TROYS, Troyes. 45.
+
+TROYS LICTS (p. 13, v. 25), chambre du Chatelet un peu plus
+commode que les autres, peut-etre. (Pr.)
+
+_Truandailles_, hommes de la lie du peuple. 39.
+
+_Trumellieres_, porte-manteau, accroche au _trumeau_, partie de
+mur entre deux fenetres, 11.
+
+_Truys_, trouve. 144.
+
+_Tumbel_, tombeau. 94.
+
+TURGIS (_Robert_). 50, 60, 62.
+
+TURLUPINS, TURLUPINES, 66, 179, heretiques du treizieme et du
+quatorzieme siecle, qui s'appelaient eux-memes la _Confrerie des
+pauvres_, et qui n'etaient pas plus orthodoxes en matiere de
+morale qu'en matiere de religion. On a designe quelquefois sous
+ce nom les ordres mendiants des deux sexes.
+
+TUSCA (_de_), chef de police ou capitaine d'aventures. 67.
+
+_Tyran_, tyran. 78.
+
+----------U----------
+
+_Unes_, une paire de. "Et unes houses de basane." P. 73. v. 7.--"Unes
+brayes breneuses." P. 77.
+
+_Uys_, porte. 48.
+
+----------V----------
+
+_Vacquerie_, vicairie. 68.
+
+VALENCIENNES, 81.
+
+VALERE LE GRAND, Valere Maxime. 27.
+
+_Valeton_, serviteur, amoureux. 49.
+
+VALLETTE (_Jehan_), 63.
+
+_Varlet_, garcon de cabaret, de cuisine. 193, 197, 208.
+
+_Vaulsist_, valait, 26.
+
+VAUSELLES (_Katherine de_), 46.
+
+VAUVERT (le diable de). L'opinion commune etait que les diables
+habitaient Vauvert. C'est pour cette raison que l'on appelait
+rue d'Enfer celle qui conduisait en ce lieu. (Pr.)
+
+_Vecy_, voici.
+
+_Veez_, voyez. 136.
+
+_Vela_, voila.
+
+_Venerieux_, relatif a l'amour. "A tous les Dieux venerieux."
+(P. 8, v. 7.)
+
+_Vent (avoir le)_, 173, etre favorise de la fortune. On dit
+aujourd'hui: Avoir vent en poupe.
+
+_Venteur_, 96, homme qui se vante volontiers.
+
+VENUS, 122
+
+_Veoir_, voir. 25.--Vrai. 197.
+
+_Verdi_, p. 168, v. 24 (?). Peut-etre faut-il lire: "Gorgias,
+sur le hault vestu."
+
+_Vers_, envers. 24.
+
+VICESTRE, 12, 73. Le chateau de Bicetre. Il etait en ruines du
+temps de Villon.
+
+_Viellart_, vieillard. 69.
+
+_Vielle_. "Ma vielle ay mys soubz le banc", p. 48, veut dire:
+j'ai renonce au jeu, j'ai quitte la partie.
+
+VIENNE en Dauphine. 37.
+
+VILLON (Guillaume), 9, 53. Ce Guillaume Villon ou de Villon
+n'etait pas le pere du poete, puisque celui-ci, qui l'appelle
+son "plus que pere", parle de lui, dans le _Grand Testament_
+(p. 53) comme d'une personne encore en vie, et lui legue sa
+bibliotheque, tandis qu'il vient de dire (p. 32) que son pere
+est mort, M. Nagel s'est attache a prouver qu'il n'etait meme
+pas son parent, d'ou la conclusion que le poete aurait adopte le
+nom de Villon pour faire honneur a son maitre et protecteur.
+Il se fonde particulierement sur le huitain IX du _Petit
+Testament_, ou Francois dit que sa renommee _bruit_ en faveur du
+nom de Guillaume, et sur le huitain 23 du _Grand Testament_, ou
+il se plaint qu'il est abandonne des siens, ce qui ne s'accorde
+pas avec les temoignages de reconnaissance qu'il prodigue a
+Guillaume Villon. J'avoue que tout cela est assez concluant. On
+pourrait objecter neanmoins qu'en se disant abandonne du moindre
+des siens, tout en parlant comme il le fait des bontes que
+Guillaume avait pour lui, Villon se rappelait cet axiome, que
+l'exception confirme la regle. Quant a l'honneur que sa renommee
+devait faire au nom de Villon, il importait peu que Guillaume
+fut ou non de la famille du poete: le resultat etait le meme
+pour lui.
+
+_Villotieres_, coureuses, filles de mauvaise vie. Voy. Cotgrave.
+
+_Vin de buffet_, vin commun et frelate. 65.
+
+_Vin (aller au)_, p. 83, c'est aller au cabaret chercher du vin
+qu'on emporte dans l'endroit ou il doit etre bu. C'est ainsi
+qu'on s'en procurait generalement au moyen age. Voy. _Ancien
+theatre francais_. t. 1, p. 1955 _Farce de Pernet_ _qui va au
+vin_; t. 1, p. 250. _Farce du gentilhomme et de Naudet_.
+
+Vin d'Aulnys. 60.--de Baigneulx. 193.--de Beaune. 193,
+207.--Morillon (rouge). 100.
+
+_Vis_, visage. 40.
+
+_Vivre d'avantage_, vivre sans rien debourser, aux depens
+d'autrui.
+
+_Vo_, votre. 86.
+
+_Voir_, vrai. 28.
+
+_Voire_ (95, v. 17), verre.
+
+_Voire_, vraiment. 23, 145, 164.
+
+_Volse_, aille. 22.
+
+VOLLANT, 196.
+
+_Vouillies_, veuillez 55.
+
+_Voulente_, volonte.
+
+_Voulsisse_, voulusse. 147.
+
+_Voulsist_, voulut. 33, 191.
+
+_Voult_, voulut. 99
+
+_Voultyz (sourcilz)_, sourcils arques, bien plantes. (P. 40.)
+
+_Voyse_, aille. 64.
+
+_Vueil_, voeu. 75, v. 9.
+
+_Vueil_, veux. 22.
+
+----------Y----------
+
+Y, il. "Cy scay bien comment y m'en va." 108.
+
+_Ydoine_, propre, _idoneus_.
+
+_Ypocras_, vin sucre et epice. 78, 198
+
+_Ysnel_. prompt, alerte. 74.
+
+YTHIER, 59.
+
+Yver, hiver. 85.
+
+YVON, prenom commun en Bretagne. 157.
+
+
+
+
+TABLE DES MATIERES
+
+ Pages
+
+PREFACE.... V
+
+REMARQUES PHILOLOGIQUES.... XXIII
+
+CLEMENT MAROT AUX LECTEURS.... 1
+
+MAROT AU ROY FRANCOIS Ier.... 5
+
+LE PETIT TESTAMENT.... 7
+
+LE GRAND TESTAMENT.... 21
+
+Ballade des Dames du temps jadis.... 34
+
+Ballade des Seigneurs du temps jadis.... 35
+
+Ballade en vieil francois.... 36
+
+Les Regrets de la belle Heaulmiere.... 39
+
+Ballade de la belle Heaulmiere.... 42
+
+Double Ballade sur le meme propos.... 45
+
+Ballade que Villon fait a la requeste de sa mere, pour prier
+Nostre Dame.... 55
+
+Ballade de Villon a s'amye.... 57
+
+Lay ou plustost Rondeau.... 59
+
+Ballade et oraison.... 69
+
+Ballade que Villon bailla a un gentilhomme .... 74
+
+Ballade.... 76
+
+Ballade intitulee: _Les Contredictz de Franc-Gontier_.... 78
+
+Ballade des femmes de Paris.... 80
+
+Ballade de Villon et de la Grosse Margot.... 83
+
+Belle lecon de Villon aux enfans perduz.... 86
+
+Ballade de bonne doctrine a ceux de mauvaise vie .... 87
+
+Lays.... 90
+
+Rondeau.... 95
+
+Ballade par laquelle Villon crye mercy a chascun.... 98
+
+Ballade pour servir de conclusion.... 99
+
+POESIES DIVERSES:
+
+Le quatrain que feit Villon quand il fut juge a mourir.... 101
+
+L'Epitaphe en forme de Ballade que feit Villon pour luy et ses
+compagnons, s'attendant estre pendu avec eulx.... 101
+
+La requeste de Villon a la Cour de Parlement .... 103
+
+Ballade de l'appel de Villon.... 104
+
+Le Dit de la naissance Marie.... 105
+
+Double Ballade.... 107
+
+Ballade Villon.... 110
+
+Epistre en forme de Ballade, a ses amis.... 111
+
+Le Debat du cueur et du corps de Villon.... 113
+
+La Requeste que Villon bailla a Monseigneur de Bourbon.... 115
+
+Ballade des proverbes.... 116
+
+Ballade des menus propos.... 117
+
+Ballade des povres housseurs.... 119
+
+Probleme ou Ballade au nom de la Fortune .... 120
+
+Ballade contre les mesdisans de la France.... 121
+
+Le Jargon ou Jobelin de Maistre Francois Villon.... 124
+
+POESIES ATTRIBUEES A VILLON:
+
+I. Rondel.... 133
+
+II. Rondel.... 133
+
+III. Rondel.... 134
+
+IV. Rondel.... 135
+
+V. Rondel.... 135
+
+VI. Rondel.... 136
+
+VII. Rondel.... 136
+
+VIII. Rondel.... 136
+
+IX. Rondel.... 137
+
+X. Rondel.... 138
+
+XI. Rondel.... 139
+
+XII. Rondel.... 139
+
+XIII. Rondel.... 140
+
+XIV. Ballade pour ung prisonnier.... 140
+
+XV. Rondel.... 141
+
+XVI. Ballade.... 142
+
+XVII. Ballade morale.... 143
+
+XVIII. Ballade.... 144
+
+XIX. Ballade.... 145
+
+XX. Ballade.... 146
+
+XXI. Ballade joyeuse des Taverniers.... 147
+
+XXII. Monologue du Franc Archier de Baignollet.... 150
+
+XXIII. Dialogue de messieurs de Mallepaye et de Baillevent.... 164
+
+XXIV. Les Repeues franches de Francois Villon et de ses
+compagnons.... 178
+
+_Ballade de l'Acteur_.... 182
+
+_Ballade des Escoutans _.... 183
+
+_La Repeue de Villon et de ses compaignons_.... 186
+
+La maniere d'avoir du poisson.... 187
+
+La maniere d'avoir des trippes.... 190
+
+La maniere d'avoir du pain.... 191
+
+La maniere d'avoir du vin.... 192
+
+La maniere d'avoir du rost.... 194
+
+_Seconde Repeue, de l'Epidemie_ .... 195
+
+_La troisiesme Repeue, des Torcheculs_ .... 199
+
+_La quatriesme Repeue, du Souffreteux_... 206
+
+_La cinquiesme Repeue, du Pelletier_.... 210
+
+_Sixiesme Repeue, des Gallants sans soucy_... 212
+
+_La septiesme Repeue, faicte aupres de Montfaulcon_.... 215
+
+NOTES....
+
+GLOSSAIRE-INDEX....
+
+
+
+ADDITIONS ET CORRECTIONS.
+
+Le nom de M. CAMPAUX est partout ecrit par erreur CAMPEAUX.
+
+Les deux premiers huitains de la Ballade p. 74 donnent en
+acrostiche AMBRAISE DE LOREDE, peut-etre le nom du gentilhomme
+pour qui cette piece fut composee.
+
+L'envoi de la _Ballade de la Grosse Margot_ (p. 84) donne en
+acrostiche le nom de Villon.
+
+_Fille en chief_ (p. 91), fille coiffee de ses cheveux.
+
+Les _Coups orbes_ (p. 115) sont des coups produisant des
+contusions, des _bleus_.
+
+_Coustelez comme chiches_ (p. 171) peut se traduire par: "a
+cotes, comme des pois chiches".
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Oeuvres completes de Francois Villon
+by Francois Villon
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OEUVRES DE FRANOIS VILLON ***
+
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+used on or associated in any way with an electronic work by people who
+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
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+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
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+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
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+1.F.
+
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+
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+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
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+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
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+
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+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
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+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
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+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
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+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
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+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
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+
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+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
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+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
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