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+The Project Gutenberg EBook of La Duchesse de Palliano, by Stendhal
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org/license
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+
+Title: La Duchesse de Palliano
+
+Author: Stendhal
+
+Posting Date: October 5, 2013 [EBook #803]
+Release Date: February, 1997
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA DUCHESSE DE PALLIANO ***
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+ebooksgratuits.com
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+
+
+
+Stendhal
+
+LA DUCHESSE DE PALLIANO
+
+Chroniques italiennes
+
+(1839)
+
+
+Palerme, le 22 juillet 1838.
+
+Je ne suis point naturaliste, je ne sais le grec que fort médiocrement;
+mon principal but, en venant voyager en Sicile, n'a pas été d'observer
+les phénomènes de l'Etna, ni de jeter quelque clarté, pour moi ou pour
+les autres, sur tout ce que les vieux auteurs grecs ont dit de la
+Sicile. Je cherchais d'abord le plaisir des yeux, qui est grand en ce
+pays singulier. Il ressemble, dit-on, à l'Afrique; mais ce qui, pour
+moi, est de toute certitude, c'est qu'il ne ressemble à l'Italie que par
+les passions dévorantes. C'est bien des Siciliens que l'on peut dire que
+le mot impossible n'existe pas pour eux dès qu'ils sont enflammés par
+l'amour ou la haine, et la haine, en ce beau pays, ne provient jamais
+d'un intérêt d'argent.
+
+Je remarque qu'en Angleterre, et surtout en France, on parle souvent de
+la passion italienne, de la passion effrénée que l'on trouvait en Italie
+aux seizième et dix-septième siècles. De nos jours, cette belle passion
+est morte, tout à fait morte, dans les classes qui ont été atteintes par
+l'imitation des moeurs françaises et des façons d'agir à la mode à Paris
+ou à Londres.
+
+Je sais bien que l'on peut dire que, dès l'époque de Charles-Quint
+(1530), Naples, Florence, et même Rome, imitèrent un peu les moeurs
+espagnoles; mais ces habitudes sociales si nobles n'étaient-elles pas
+fondées sur le respect infini que tout homme digne de ce nom doit avoir
+pour les mouvements de son âme? Bien loin d'exclure l'énergie, elles
+l'exagéraient, tandis que la première maxime des fats qui imitaient le
+duc de Richelieu, vers 1760, était de ne sembler émus de rien. La maxime
+des dandies anglais, que l'on copie maintenant à Naples de préférence
+aux fats français, n'est-elle pas de sembler ennuyé de tout, supérieur à
+tout?
+
+Ainsi la passion italienne ne se trouve plus, depuis un siècle, dans la
+bonne compagnie de ce pays-là.
+
+Pour me faire quelque idée de cette passion italienne, dont nos
+romanciers parlent avec tant d'assurance, j'ai été obligé d'interroger
+l'histoire; et encore la grande histoire faite par des gens à talent, et
+souvent trop majestueuse, ne dit presque rien de ces détails. Elle ne
+daigne tenir note des folies qu'autant qu'elles sont faites par des rois
+ou des princes. J'ai eu recours à l'histoire particulière de chaque
+ville; mais j'ai été effrayé par l'abondance des matériaux. Telle petite
+ville vous présente fièrement son histoire en trois ou quatre volumes
+in-4º imprimés, et sept ou huit volumes manuscrits; ceux-ci presque
+indéchiffrables, jonchés d'abréviations, donnant aux lettres une forme
+singulière, et, dans les moments les plus intéressants, remplis de
+façons de parler en usage dans le pays, mais inintelligibles vingt
+lieues plus loin. Car dans toute cette belle Italie où l'amour a semé
+tant d'événements tragiques, trois villes seulement, Florence, Sienne et
+Rome, parlent à peu près comme elles écrivent; partout ailleurs la
+langue écrite est à cent lieues de la langue parlée.
+
+Ce qu'on appelle la passion italienne, c'est-à-dire, la passion qui
+cherche à se satisfaire, et non pas à donner au voisin une idée
+magnifique de notre individu, commence à la renaissance de la société,
+au douzième siècle, et s'éteint du moins dans la bonne compagnie vers
+l'an 1734. A cette époque, les Bourbons vinrent régner à Naples dans la
+personne de don Carlos, fils d'une Farnèse, mariée, en secondes noces, à
+Philippe V, ce triste petit-fils de Louis XIV, si intrépide au milieu
+des boulets, si ennuyé, et si passionné pour la musique. On sait que
+pendant vingt-quatre ans le sublime castrat Farinelli lui chanta tous
+les jours trois airs favoris, toujours les mêmes.
+
+Un esprit philosophique peut trouver curieux les détails d'une passion
+sentie à Rome ou à Naples, mais j'avouerai que rien ne me semble plus
+absurde que ces romans qui donnent des noms italiens à leurs
+personnages. Ne sommes-nous pas convenus que les passions varient toutes
+les fois qu'on avance de cent lieues vers le Nord? L'amour est-il le
+même à Marseille et à Paris? Tout au plus peut-on dire que les pays
+soumis depuis longtemps au même genre de gouvernement offrent dans les
+habitudes sociales une sorte de ressemblance extérieure.
+
+Les paysages, comme les passions, comme la musique, changent aussi dès
+qu'on s'avance de trois ou quatre degrés vers le Nord. Un paysage
+napolitain paraîtrait absurde à Venise, si l'on n'était pas convenu,
+même en Italie, d'admirer la belle nature de Naples. A Paris, nous
+faisons mieux, nous croyons que l'aspect des forêts et des plaines
+cultivées est absolument le même à Naples et à Venise, et nous voudrions
+que le Canaletto, par exemple, eût absolument la même couleur que
+Salvator Rosa.
+
+Le comble du ridicule, n'est-ce pas une dame anglaise douée de toutes
+les perfections de son île, mais regardée comme hors d'état de peindre
+la haine et l'amour, même dans cette île: madame Anne Radcliffe donnant
+des noms italiens et de grandes passions aux personnages de son célèbre
+roman: le Confessionnal des Pénitents noirs?
+
+Je ne chercherai point à donner des grâces à la simplicité, à la rudesse
+parfois choquante du récit trop véritable que je soumets à l'indulgence
+du lecteur; par exemple, je traduis exactement la réponse de la duchesse
+de Palliano à la déclaration d'amour de son cousin Marcel Capecce. Cette
+monographie d'une famille se trouve, je ne sais pourquoi, à la fin du
+second volume d'une histoire manuscrite de Palerme, sur laquelle je ne
+puis donner aucun détail.
+
+Ce récit, que j'abrège beaucoup, à mon grand regret (je supprime une
+foule de circonstances caractéristiques), comprend les dernières
+aventures de la malheureuse famille Carafa, plutôt que l'histoire
+intéressante d'une seule passion. La vanité littéraire me dit que
+peut-être il ne m'eût pas été impossible d'augmenter l'intérêt de
+plusieurs situations en développant davantage, c'est-à-dire en devinant
+et racontant au lecteur, avec détails, ce que sentaient les personnages.
+Mais moi, jeune Français, né au nord de Paris, suis-je bien sûr de
+deviner ce qu'éprouvaient ces âmes italiennes de l'an 1559? Je puis tout
+au plus espérer de deviner ce qui peut paraître élégant et piquant aux
+lecteurs français de 1838.
+
+Cette façon passionnée de sentir ce qui régnait en Italie vers 1559
+voulait des actions et non des paroles. On trouvera donc fort peu de
+conversations dans les récits suivants. C'est un désavantage pour cette
+traduction, accoutumés que nous sommes aux longues conversations de nos
+personnages de roman; pour eux, une conversation est une bataille.
+L'histoire pour laquelle je réclame toute l'indulgence du lecteur montre
+une particularité singulière introduite par les Espagnols dans les
+moeurs d'Italie. Je ne suis point sorti du rôle de traducteur. Le calque
+fidèle des façons de sentir du seizième siècle, et même des façons de
+raconter de l'historien, qui, suivant toute apparence, était un
+gentilhomme appartenant à la malheureuse duchesse de Palliano, fait,
+selon moi, le principal mérite de cette histoire tragique, si toutefois
+mérite il y a.
+
+L'étiquette espagnole la plus sévère régnait à la cour du duc de
+Palliano. Remarquez que chaque cardinal, que chaque prince romain avait
+une cour semblable, et vous pourrez vous faire une idée du spectacle que
+présentait, en 1559, la civilisation de la ville de Rome. N'oubliez pas
+que c'était le temps où le roi Philippe II, ayant besoin pour une de ses
+intrigues du suffrage de deux cardinaux, donnait à chacun d'eux deux
+cent mille livres de rente en bénéfices ecclésiastiques. Rome, quoique
+sans armée redoutable, était la capitale du monde. Paris, en 1559, était
+une ville de barbares assez gentils.
+
+TRADUCTION EXACTE D'UN VIEUX RECIT ÉCRIT VERS 1566
+
+Jean-Pierre Carafa, quoique issu d'une des plus nobles familles du
+royaume de Naples, eut des façons d'agir âpres, rudes, violentes et
+dignes tout-à-fait d'un gardeur de troupeaux. Il prit l'habit long (la
+soutane) et s'en alla jeune à Rome, où il fut aidé par la faveur de son
+cousin Olivier Carafa, cardinal et archevêque de Naples. Alexandre VI,
+ce grand homme qui savait tout et pouvait tout, le fit son cameriere (à
+peu près ce que nous appellerions, dans nos moeurs, un officier
+d'ordonnance). Jules II le nomma archevêque de Chieti; le pape Paul le
+fit cardinal, et enfin, le 23 de mai 1555, après des brigues et des
+disputes terribles parmi les cardinaux enfermés au conclave, il fut créé
+pape sous le nom de Paul IV; il avait alors soixante-dix-huit ans. Ceux
+mêmes qui venaient de l'appeler au trône de Saint-Pierre frémirent
+bientôt en pensant à la dureté et à la piété farouche, inexorable, du
+maître qu'ils venaient de se donner.
+
+La nouvelle de cette nomination inattendue fit révolution à Naples et à
+Palerme. En peu de jours Rome vit arriver un grand nombre de membres de
+l'illustre famille Carafa. Tous furent placés; mais, comme il est
+naturel, le pape distingua particulièrement ses trois neveux, fils du
+comte de Montorio, son frère.
+
+Don Juan, l'aîné, déjà marié, fut fait duc de Palliano. Ce duché, enlevé
+à Marc-Antoine Colonna, auquel il appartenait, comprenait un grand
+nombre de villages et de petites villes. Don Carlos, le second des
+neveux de Sa Sainteté, était chevalier de Malte et avait fait la guerre;
+il fut créé cardinal, légat de Bologne et premier ministre. C'était un
+homme plein de résolution; fidèle aux traditions de sa famille, il osa
+haïr le roi le plus puissant du monde (Philippe II, roi d'Espagne et des
+Indes), et lui donna des preuves de sa haine. Quant au troisième neveu
+du nouveau pape, don Antonio Carafa, comme il était marié, le pape le
+fit marquis de Montebello. Enfin, il entreprit de donner pour femme à
+François, Dauphin de France et fils du roi Henri II, une fille que son
+frère avait eue d'un second mariage; Paul IV prétendait lui assigner
+pour dot le royaume de Naples, qu'on aurait enlevé à Philippe II, roi
+d'Espagne. La famille Carafa haïssait ce roi puissant, lequel, aidé des
+fautes de cette famille, parvint à l'exterminer, comme vous le verrez.
+
+Depuis qu'il était monté sur le trône de saint Pierre, le plus puissant
+du monde, et qui, à cette époque, éclipsait même l'illustre monarque des
+Espagnes, Paul IV, ainsi qu'on l'a vu chez la plupart de ses
+successeurs, donnait l'exemple de toutes les vertus. Ce fut un grand
+pape et un grand saint; il s'appliquait à réformer les abus dans
+l'Église et à éloigner par ce moyen le concile général, qu'on demandait
+de toutes parts à la cour de Rome, et qu'une sage politique ne
+permettait pas d'accorder.
+
+Suivant l'usage de ce temps trop oublié du nôtre, et qui ne permettait
+pas à un souverain d'avoir confiance en des gens qui pouvaient avoir un
+autre intérêt que le sien, les États de Sa Sainteté étaient gouvernés
+despotiquement par ses trois neveux. Le cardinal était premier ministre
+et disposait des volontés de son oncle; le duc de Palliano avait été
+créé général des troupes de la sainte Église; et le marquis de
+Montebello, capitaine des gardes du palais, n'y laissait pénétrer que
+les personnes qui lui convenaient. Bientôt ces jeunes gens commirent les
+plus grands excès; ils commencèrent par s'approprier les biens des
+familles contraires à leur gouvernement. Les peuples ne savaient à qui
+avoir recours pour obtenir justice. Non seulement ils devaient craindre
+pour leurs biens, mais, chose horrible à dire dans la patrie de la
+chaste Lucrèce, l'honneur de leurs femmes et de leurs filles n'était pas
+en sûreté. Le duc de Palliano et ses frères enlevaient les plus belles
+femmes; il suffisait d'avoir le malheur de leur plaire. On les vit, avec
+stupeur, n'avoir aucun égard pour la noblesse du sang, et, bien plus,
+ils ne furent nullement retenus par la clôture sacrée des saints
+monastères. Les peuples, réduits au désespoir, ne savaient pas à qui
+faire parvenir leurs plaintes, tant était grande la terreur que les
+trois frères avaient inspirée à tout ce qui approchait du pape: ils
+étaient insolents même envers les ambassadeurs.
+
+Le duc avait épousé, avant la grandeur de son oncle, Violante de
+Cardone, d'une famille originaire d'Espagne, et qui, à Naples,
+appartenait à la première noblesse.
+
+Elle comptait dans le Seggio di nido.
+
+Violante, célèbre pour sa rare beauté et par les grâces qu'elle savait
+se donner quand elle cherchait à plaire, l'était encore davantage par
+son orgueil insensé. Mais il faut être juste, il eût été difficile
+d'avoir un génie plus élevé, ce qu'elle montra bien au monde en
+n'avouant rien, avant de mourir, au frère capucin qui la confessa. Elle
+savait par coeur et récitait avec une grâce infinie l'admirable Orlando
+de messer Arioste, la plupart des sonnets du divin Pétrarque, les contes
+du Pecorone, etc. Mais elle était encore plus séduisante quand elle
+daignait entretenir sa compagnie des idées singulières que lui suggérait
+son esprit.
+
+Elle eut un fils appelé le duc de Cavi. Son frère, D. Ferrand, comte
+d'Aliffe, vint à Rome, attiré par la haute fortune de ses beaux-frères.
+
+Le duc de Palliano tenait une cour splendide; les jeunes gens des
+premières familles de Naples briguaient l'honneur d'en faire partie.
+Parmi ceux qui lui étaient les plus chers, Rome distingua, par son
+admiration, Marcel Capecce (du Seggio di nido), jeune cavalier célèbre à
+Naples par son esprit, non moins que par la beauté divine qu'il avait
+reçue du ciel.
+
+La duchesse avait pour favorite Diane Brancaccio, âgée alors de trente
+ans, proche parente de la marquise de Montebello, sa belle-soeur. On
+disait dans Rome que, pour cette favorite, elle n'avait plus d'orgueil;
+elle lui confiait tous ses secrets. Mais ces secrets n'avaient rapport
+qu'à la politique; la duchesse faisait naître des passions, mais n'en
+partageait aucune.
+
+Par les conseils du cardinal Carafa, le pape fit la guerre au roi
+d'Espagne, et le roi de France envoya au secours du pape une armée
+commandée par le duc de Guise.
+
+Capecce était depuis longtemps comme fou; on lui voyait commettre les
+actions les plus étranges; le fait est que le pauvre jeune homme était
+devenu passionnément amoureux de la duchesse sa maîtresse, mais il
+n'osait se découvrir à elle. Toutefois il ne désespérait pas absolument
+de parvenir à son but, il voyait la duchesse profondément irritée contre
+un mari qui la négligeait. Le duc de Palliano était tout-puissant dans
+Rome, et la duchesse savait, à n'en pas douter, que presque tous les
+jours les dames romaines les plus célèbres par leur beauté venaient voir
+son mari dans son propre palais, et c'était un affront auquel elle ne
+pouvait s'accoutumer.
+
+Parmi les chapelains du saint pape Paul IV se trouvait un respectable
+religieux avec lequel il récitait son bréviaire. Ce personnage, au
+risque de se perdre, et peut-être poussé par l'ambassadeur d'Espagne,
+osa bien un jour découvrir au pape toutes les scélératesses de ses
+neveux. Le saint pontife fut malade de chagrin; il voulut douter; mais
+les certitudes accablantes arrivaient de tous côtés. Ce fut le premier
+jour de l'an 1559 qu'eut lieu l'événement qui confirma le pape dans tous
+ses soupçons, et peut-être décida Sa Sainteté. Ce fut donc le propre
+jour de la Circoncision de Notre-Seigneur, circonstance qui aggrava
+beaucoup la faute aux yeux d'un souverain aussi pieux, qu'André
+Lanfranchi, secrétaire du duc de Palliano, donna un souper magnifique au
+cardinal Carafa, et, voulant qu'aux excitations de la gourmandise ne
+manquassent pas celles de la luxure, il fit venir à ce souper la
+Martuccia, l'une des plus belles, des plus célèbres et des plus riches
+courtisanes de la noble ville de Rome. La fatalité voulut que Capecce,
+le favori du duc, celui-là même qui en secret était amoureux de la
+duchesse, et qui passait pour le plus bel homme de la capitale du monde,
+se fût attaché depuis quelque temps à la Martuccia. Ce soir-là, il la
+chercha dans tous les lieux où il pouvait espérer la rencontrer. Ne la
+trouvant nulle part, et ayant appris qu'il y avait un souper dans la
+maison Lanfranchi, il eut soupçon de ce qui se passait, et sur le minuit
+se présenta chez Lanfranchi, accompagné de beaucoup d'hommes armés.
+
+La porte lui fut ouverte, on l'engagea à s'asseoir et à prendre part au
+festin; mais, après quelques paroles assez contraintes, il fit signe à
+la Martuccia de se lever et de sortir avec lui. Pendant qu'elle
+hésitait, toute confuse et prévoyant ce qui allait arriver, Capecce se
+leva du lieu où il était assis, et, s'approchant de la jeune fille, il
+la prit par la main, essayant de l'entraîner avec lui. Le cardinal, en
+l'honneur duquel elle était venue, s'opposa vivement à son départ;
+Capecce persista, s'efforçant de l'entraîner hors de la salle.
+
+Le cardinal premier ministre, qui, ce soir-là, avait pris un habit tout
+différent de celui qui annonçait sa haute dignité, mit l'épée à la main,
+et s'opposa avec la vigueur et le courage que Rome entière lui
+connaissait au départ de la jeune fille. Marcel, ivre de colère, fit
+entrer ses gens; mais ils étaient Napolitains pour la plupart, et, quand
+ils reconnurent d'abord le secrétaire du duc et ensuite le cardinal que
+le singulier habit qu'il portait leur avait d'abord caché, ils remirent
+leurs épées dans le fourreau, ne voulurent point se battre, et
+s'interposèrent pour apaiser la querelle.
+
+Pendant ce tumulte, Martuccia, qu'on entourait et que Marcel Capecce
+retenait de la main gauche, fut assez adroite pour s'échapper. Dès que
+Marcel s'aperçut de son absence, il courut après elle, et tout son monde
+le suivit.
+
+Mais l'obscurité de la nuit autorisait les récits les plus étranges, et
+dans la matinée du 2 janvier, la capitale fut inondée des récits du
+combat périlleux qui aurait eu lieu, disait-on, entre le cardinal neveu
+et Marcel Capecce. Le duc de Palliano, général en chef de l'armée de
+l'Église, crut la chose bien plus grave qu'elle n'était, et comme il
+n'était pas en très bons termes avec son frère le ministre, dans la nuit
+même il fit arrêter Lanfranchi, et, le lendemain, de bonne heure, Marcel
+lui-même fut mis en prison. Puis on s'aperçut que personne n'avait perdu
+la vie, et que ces emprisonnements ne faisaient qu'augmenter le
+scandale, qui retombait tout entier sur le cardinal. On se hâta de
+mettre en liberté les prisonniers, et l'immense pouvoir des trois frères
+se réunit pour chercher à étouffer l'affaire. Ils espérèrent d'abord y
+réussir; mais, le troisième jour, le récit du tout vint aux oreilles du
+pape. Il fit appeler ses deux neveux et leur parla comme pouvait le
+faire un prince aussi pieux et profondément offensé.
+
+Le cinquième jour de janvier, qui réunissait un grand nombre de
+cardinaux dans la congrégation du Saint Office, le saint pape parla le
+premier de cette horrible affaire, il demanda aux cardinaux présents
+comment ils avaient osé ne pas la porter à sa connaissance:
+
+--Vous vous taisez! et pourtant le scandale touche à la dignité suprême
+dont vous êtes revêtus! Le cardinal Carafa a osé paraître sur la voie
+publique couvert d'un habit séculier et l'épée nue à la main. Et dans
+quel but? Pour se saisir d'une infâme courtisane?
+
+On peut juger du silence de mort qui régnait parmi tous ces courtisans
+durant cette sortie contre le premier ministre. C'était un vieillard de
+quatre-vingts ans qui se fâchait contre un neveu chéri maître jusque-là
+de toutes ses volontés. Dans son indignation, le pape parla d'ôter le
+chapeau à son neveu.
+
+La colère du pape fut entretenue par l'ambassadeur du grand-duc de
+Toscane, qui alla se plaindre à lui d'une insolence récente du cardinal
+premier ministre. Ce cardinal, naguère si puissant, se présenta chez Sa
+Sainteté pour son travail accoutumé. Le pape le laissa quatre heures
+entières dans l'antichambre, attendant aux yeux de tous, puis le renvoya
+sans vouloir l'admettre à l'audience. On peut juger de ce qu'eut à
+souffrir l'orgueil immodéré du ministre. Le cardinal était irrité, mais
+non soumis; il pensait qu'un vieillard accablé par l'âge, dominé toute
+sa vie par l'amour qu'il portait à sa famille, et qui enfin était peu
+habitué à l'expédition des affaires temporelles, serait obligé d'avoir
+recours à son activité. La vertu du saint pape l'emporta; il convoqua
+les cardinaux, et, les ayant longtemps regardés sans parler, à la fin il
+fondit en larmes et n'hésita point à faire une sorte d'amende honorable:
+
+--La faiblesse de l'âge, leur dit-il, et les soins que je donne aux
+choses de la religion, dans lesquelles, comme vous savez, je prétends
+détruire tous les abus, m'ont porté à confier mon autorité temporelle à
+mes trois neveux; ils en ont abusé, et je les chasse à jamais.
+
+On lut ensuite un bref par lequel les neveux étaient dépouillés de
+toutes leurs dignités et confinés dans de misérables villages. Le
+cardinal premier ministre fut exilé à Civita Lavinia, le duc de Palliano
+à Soriano, et le marquis à Montebello; par ce bref, le duc était
+dépouillé de ses appointements réguliers, qui s'élevaient à
+soixante-douze mille piastres (plus d'un million de 1838).
+
+Il ne pouvait pas être question de désobéir à ces ordres sévères: les
+Carafa avaient pour ennemis et pour surveillants le peuple de Rome tout
+entier qui les détestait.
+
+Le duc de Palliano, suivi du comte d'Aliffe, son beau-frère, et de
+Léonard del Cardine, alla s'établir au village de Soriano, tandis que la
+duchesse et sa belle-mère vinrent habiter Gallese, misérable hameau à
+deux petites lieues de Soriano.
+
+Ces localités sont charmantes; mais c'est un exil, et l'on était chassé
+de Rome où naguère on régnait avec insolence.
+
+Marcel Capecce avait suivi sa maîtresse avec les autres courtisans dans
+le pauvre village où elle était exilée. Au lieu des hommages de Rome
+entière, cette femme, si puissante quelques jours auparavant, et qui
+jouissait de son rang avec tout l'emportement de l'orgueil, ne se voyait
+plus environnée que de simples paysans dont l'étonnement même lui
+rappelait sa chute. Elle n'avait aucune consolation; son oncle était si
+âgé que probablement il serait surpris par la mort avant de rappeler ses
+neveux, et, pour comble de misère, les frères se détestaient entre eux.
+On allait jusqu'à dire que le duc et le marquis qui ne partageaient
+point les passions fougueuses du cardinal, effrayés par ses excès,
+étaient allés jusqu'à le dénoncer au pape leur oncle.
+
+Au milieu de l'horreur de cette profonde disgrâce, il arriva une chose
+qui, pour le malheur de la duchesse et de Capecce lui-même, montra bien
+que, dans Rome, ce n'était pas une passion véritable qui l'avait
+entraîné sur les pas de la Martuccia.
+
+Un jour que la duchesse l'avait fait appeler pour lui donner un ordre,
+il se trouva seul avec elle, chose qui n'arrivait peut-être pas deux
+fois dans toute une année. Quand il vit qu'il n'y avait personne dans la
+salle où la duchesse le recevait, Capecce resta immobile et silencieux.
+Il alla vers la porte pour voir s'il y avait quelqu'un qui pût les
+écouter dans la salle voisine, puis il osa parler ainsi:
+
+--Madame, ne vous troublez point et ne prenez pas avec colère les
+paroles étranges que je vais avoir la témérité de prononcer. Depuis
+longtemps je vous aime plus que la vie. Si, avec trop d'imprudence, j'ai
+osé regarder comme amant vos divines beautés, vous ne devez pas en
+imputer la faute à moi mais à la force surnaturelle qui me pousse et
+m'agite. Je suis au supplice, je brûle; je ne demande pas du soulagement
+pour la flamme qui me consume, mais seulement que votre générosité ait
+pitié d'un serviteur rempli de déférence et d'humilité.
+
+La duchesse parut surprise et surtout irritée:
+
+--Marcel, qu'as-tu donc vu en moi, lui dit-elle, qui te donne la
+hardiesse de me requérir d'amour? Est-ce que ma vie, est-ce que ma
+conversation se sont tellement éloignées des règles de la décence, que
+tu aies pu t'en autoriser une telle insolence? Comment as-tu pu avoir la
+hardiesse de croire que je pouvais me donner à toi ou à tout autre
+homme, mon mari et seigneur excepté? Je te pardonne ce que tu m'as dit,
+parce que je pense que tu es un frénétique; mais garde-toi de tomber de
+nouveau dans une pareille faute, ou je te jure que je te ferai punir à
+la fois pour la première et pour la seconde insolence.
+
+La duchesse s'éloigna transportée de colère, et réellement Capecce avait
+manqué aux lois de la prudence: il fallait faire deviner et non pas
+dire. Il resta confondu, craignant beaucoup que la duchesse ne racontât
+la chose à son mari.
+
+Mais la suite fut bien différente de ce qu'il appréhendait. Dans la
+solitude de ce village, la fière duchesse de Palliano ne put s'empêcher
+de faire confidence de ce qu'on avait osé lui dire à sa dame d'honneur
+favorite, Diane Brancaccio. Celle-ci était une femme de trente ans,
+dévorée par des passions ardentes. Elle avait les cheveux rouges
+(l'historien revient plusieurs fois sur cette circonstance qui lui
+semble expliquer toutes les folies de Diane Brancaccio). Elle aimait
+avec fureur Domitien Fornari, gentilhomme attaché au marquis de
+Montebello. Elle voulait le prendre pour époux; mais le marquis et sa
+femme, auxquels elle avait l'honneur d'appartenir par les liens du sang,
+consentiraient-ils jamais à la voir épouser un homme actuellement à leur
+service? Cet obstacle était insurmontable, du moins en apparence.
+
+Il n'y avait qu'une chance de succès: il aurait fallu obtenir un effort
+de crédit de la part du duc de Palliano, frère aîné du marquis, et Diane
+n'était pas sans espoir de ce côté. Le duc la traitait en parente plus
+qu'en domestique. C'était un homme qui avait de la simplicité dans le
+coeur et de la bonté, et il tenait infiniment moins que ses frères aux
+choses de pure étiquette. Quoique le duc profitât en vrai jeune homme de
+tous les avantages de sa haute position, et ne fût rien moins que fidèle
+à sa femme, il l'aimait tendrement, et, suivant les apparences, ne
+pourrait lui refuser une grâce si celle-ci la lui demandait avec une
+certaine persistance.
+
+L'aveu que Capecce avait osé faire à la duchesse parut un bonheur
+inespéré à la sombre Diane. Sa maîtresse avait été jusque-là d'une
+sagesse désespérante; si elle pouvait ressentir une passion, si elle
+commettait une faute, à chaque instant elle aurait besoin de Diane, et
+celle-ci pourrait tout espérer d'une femme dont elle connaîtrait les
+secrets.
+
+Loin d'entretenir la duchesse d'abord de ce qu'elle se devait à
+elle-même, et ensuite des dangers effroyables auxquels elle s'exposerait
+au milieu d'une cour aussi clairvoyante, Diane, entraînée par la fougue
+de sa passion, parla de Marcel Capecce à sa maîtresse, comme elle se
+parlait à elle-même de Domitien Fornari. Dans les longs entretiens de
+cette solitude, elle trouvait moyen, chaque jour, de rappeler au
+souvenir de la duchesse les grâces et la beauté de ce pauvre Marcel qui
+semblait si triste; il appartenait, comme la duchesse, aux premières
+familles de Naples, ses manières étaient aussi nobles que son sang, et
+il ne lui manquait que ces biens d'un caprice de la fortune pouvait lui
+donner chaque jour, pour être sous tous les rapports l'égal de la femme
+qu'il osait aimer.
+
+Diane s'aperçut avec joie que le premier effet de ces discours était de
+redoubler la confiance que la duchesse lui accordait.
+
+Elle ne manqua pas de donner avis de ce qui se passait à Marcel Capecce.
+Durant les chaleurs brûlantes de cet été, la duchesse se promenait
+souvent dans les bois qui entourent Gallese. A la chute du jour, elle
+venait attendre la brise de mer sur les collines charmantes qui
+s'élèvent au milieu de ces bois et du sommet desquelles on aperçoit la
+mer à moins de deux lieues de distance.
+
+Sans s'écarter des lois sévères de l'étiquette, Marcel pouvait se
+trouver dans ces bois; il s'y cachait, dit-on, et avait soin de ne se
+montrer aux regards de la duchesse que lorsqu'elle était bien disposée
+par les discours de Diane Brancaccio. Celle-ci faisait un signal à
+Marcel.
+
+Diane, voyant sa maîtresse sur le point d'écouter la passion fatale
+qu'elle avait fait naître dans son coeur, céda elle-même à l'amour
+voilent que Domitien Fornari lui avait inspiré. Désormais elle se tenait
+sûre de pouvoir l'épouser. Mais Domitien était un jeune homme sage, d'un
+caractère froid et réservé; les emportements de sa fougueuse maîtresse,
+loin de l'attacher, lui semblèrent bientôt désagréables. Diane
+Brancaccio était proche parente des Carafa; il se tenait sûr d'être
+poignardé au moindre rapport qui parviendrait sur ses amours au terrible
+cardinal Carafa qui, bien que cadet du duc de Palliano, était, dans le
+fait, le véritable chef de la famille.
+
+La duchesse avait cédé depuis quelque temps à la passion de Capecce,
+lorsqu'un beau jour on ne trouva plus Domitien Fornari dans le village
+où était relégué la cour du marquis de Montebello. Il avait disparu: on
+sut plus tard qu'il s'était embarqué dans le petit port de Nettuno; sans
+doute il avait changé de nom, et jamais depuis on n'eut de ses
+nouvelles.
+
+Qui pourrait peindre le désespoir de Diane? Après avoir écouté avec
+bonté ses plaintes contre le destin, un jour la duchesse de Palliano lui
+laissa deviner que ce sujet de discours lui semblait épuisé. Diane se
+voyait méprisée par son amant; son coeur était en proie aux mouvements
+les plus cruels; elle tira la plus étrange conséquence de l'instant
+d'ennui que la duchesse avait éprouvé en entendant la répétition de ses
+plaintes. Diane se persuada que c'était la duchesse qui avait engagé
+Domitien Fornari à la quitter pour toujours, et qui, de plus, lui avait
+fourni les moyens de voyager. Cette idée folle n'était appuyée que sur
+quelques remontrances que jadis la duchesse lui avait adressées. Le
+soupçon fut bientôt suivi de la vengeance. Elle demanda une audience au
+duc et lui raconta tout ce qui se passait entre sa femme et Marcel. Le
+duc refusa d'y ajouter foi.
+
+--Songez, lui dit-il, que depuis quinze ans je n'ai pas eu le moindre
+reproche à faire à la duchesse; elle a résisté aux séductions de la cour
+et à l'entraînement de la position brillante que nous avions à Rome: les
+princes les plus aimables, et le duc de Guise lui-même, général de
+l'armée française, y ont perdu leurs pas, et vous voulez qu'elle cède à
+un simple écuyer?
+
+Le malheur voulut que le duc s'ennuyant beaucoup à Soriano, village où
+il était relégué, et qui n'était qu'à deux petites lieues de celui
+qu'habitait sa femme, Diane put en obtenir un grand nombre d'audiences,
+sans que celles-ci vinssent à la connaissance de la duchesse. Diane
+avait un génie étonnant; la passion la rendait éloquente. Elle donnait
+au duc une foule de détails; la vengeance était devenue son seul
+plaisir. Elle lui répétait que, presque tous les soirs, Capecce
+s'introduisait dans la chambre de la duchesse sur les onze heures, et
+n'en sortait qu'à deux ou trois heures du matin. Ces discours firent
+d'abord si peu d'impression sur le duc, qu'il ne voulut pas se donner la
+peine de faire deux lieues à minuit pour venir à Gallese et entrer à
+l'improviste dans la chambre de sa femme.
+
+Mais un soir qu'il se trouvait à Gallese, le soleil était couché, et
+pourtant il faisait encore jour, Diane pénétra tout échevelée dans le
+salon où était le duc. Tout le monde s'éloigna, elle lui dit que Marcel
+Capecce venait de s'introduire dans la chambre de la duchesse. Le duc,
+sans doute mal disposé en ce moment, prit son poignard et courut à la
+chambre de sa femme, où il entra par une porte dérobée. Il y trouva
+Marcel Capecce. A la vérité, les deux amants changèrent de couleur en le
+voyant entrer; mais du reste, il n'y avait rien de répréhensible dans la
+position où ils se trouvaient. La duchesse était dans son lit occupée à
+noter une petite dépense qu'elle venait de faire; une camériste était
+dans la chambre; Marcel se trouvait debout à trois pas du lit.
+
+Le duc furieux saisit Marcel à la gorge, l'entraîna dans un cabinet
+voisin, où il lui commanda de jeter à terre la dague et le poignard dont
+il était armé. Après quoi le duc appela des hommes de sa garde, par
+lesquels Marcel fut immédiatement conduit dans les prisons de Soriano.
+
+La duchesse fut laissée dans son palais, mais étroitement gardée.
+
+Le duc n'était point cruel; il paraît qu'il eut la pensée de cacher
+l'ignominie de la chose, pour n'être pas obligé d'en venir aux mesures
+extrêmes que l'honneur exigerait de lui. Il voulut faire croire que
+Marcel était retenu en prison pour une tout autre cause, et prenant
+prétexte de quelques crapauds énormes que Marcel avait achetés à grand
+prix deux ou trois mois auparavant, il fit dire que ce jeune homme avait
+tenté de l'empoisonner. Mais le véritable crime était bien trop connu,
+et le cardinal, son frère, lui fit demander quand il songerait à laver
+dans le sang des coupables l'affront qu'on avait osé faire à leur
+famille.
+
+Le duc s'adjoignit le comte d'Aliffe, frère de sa femme, et Antoine
+Torando, ami de la maison. Tous trois, formant comme une sorte de
+tribunal, mirent en jugement Marcel Capecce, accusé d'adultère avec la
+duchesse.
+
+L'instabilité des choses humaines voulut que le pape Pie IV, qui succéda
+à Paul IV, appartînt à la faction d'Espagne. Il n'avait rien à refuser
+au roi Philippe II, qui exigea de lui la mort du cardinal et du duc de
+Palliano. Les deux frères furent accusés devant les tribunaux du pays,
+et les minutes du procès qu'ils eurent à subir nous apprennent toutes
+les circonstances de la mort de Marcel Capecce.
+
+Un des nombreux témoins entendus dépose en ces termes:
+
+--Nous étions à Soriano; le duc, mon maître, eut un long entretien avec
+le comte d'Aliffe... Le soir, fort tard, on descendit dans un cellier au
+rez-de-chaussée, où le duc avait fait prépare les cordes nécessaires
+pour donner la question au coupable. Là se trouvaient le duc, le comte
+d'Aliffe, le seigneur Antoine Torando et moi.
+
+Le premier témoin appelé fut le capitaine Camille Grifone, ami intime et
+confident de Capecce. Le duc lui parla ainsi:
+
+--Dis la vérité, mon ami. Que sais-tu de ce que Marcel a fait dans la
+chambre de la duchesse?
+
+--Je ne sais rien; depuis plus de vingt jours je suis brouillé avec
+Marcel.
+
+Comme il s'obstinait à ne rien dire de plus, le seigneur duc appela du
+dehors quelques-uns de ses gardes. Grifone fut lié à la corde par le
+podestat de Soriano. Les gardes tirèrent les cordes, et, par ce moyen,
+enlevèrent le coupable à quatre doigts de terre. Après que le capitaine
+eut été ainsi suspendu un bon quart d'heure, il dit:
+
+--Descendez-moi, je vais dire ce que je sais.
+
+Quand on l'eut remis à terre, les gardes s'éloignèrent et nous restâmes
+seuls avec lui.
+
+--Il est vrai que plusieurs fois j'ai accompagné Marcel jusqu'à la
+chambre de la duchesse, dit le capitaine, mais je ne sais rien de plus,
+parce que je l'attendais dans une cour voisine jusque vers les une heure
+du matin.
+
+Aussitôt on rappela les gardes, qui, sur l'ordre du duc, l'enlevèrent de
+nouveau, de façon que ses pieds ne touchaient pas la terre. Bientôt le
+capitaine s'écria:
+
+--Descendez-moi, je veux dire la vérité. Il est vrai, continua-t-il,
+que, depuis plusieurs mois, je me suis aperçu que Marcel fait l'amour
+avec la duchesse, et je voulais en donner avis à Votre Excellence ou à
+D. Léonard. La duchesse envoyait tous les matins savoir des nouvelles de
+Marcel; elle lui faisait tenir de petits cadeaux, et, entre autres
+choses, des confitures préparées avec beaucoup de soin et fort chères;
+j'ai vu à Marcel de petites chaînes d'or d'un travail merveilleux qu'il
+tenait évidemment de la duchesse.
+
+Après cette déposition, le capitaine fut renvoyé en prison. On amena le
+portier de la duchesse, qui dit ne rien savoir; on le lia à la corde, et
+il fut élevé en l'air. Après une demi-heure, il dit:
+
+--Descendez-moi, je dirai ce que je sais.
+
+Une fois à terre, il prétendit ne rien savoir; on l'éleva de nouveau.
+Après une demi-heure on le descendit; il expliqua qu'il y avait peu de
+temps qu'il était attaché au service particulier de la duchesse. Comme
+il était possible que cet homme ne sût rien, on le renvoya en prison.
+Toutes ces choses avaient pris beaucoup de temps à cause des gardes que
+l'on faisait sortir à chaque fois. On voulait que les gardes crussent
+qu'il s'agissait d'une tentative d'empoisonnement avec le venin extrait
+des crapauds.
+
+La nuit était déjà fort avancée quand le duc fit venir Marcel Capecce.
+Les gardes sortis et la porte dûment fermée à clef:
+
+--Qu'avez-vous à faire, lui dit-il, dans la chambre de la duchesse, que
+vous y restez jusqu'à une heure, deux heures, et quelquefois quatre
+heures du matin?
+
+Marcel nia tout; on appela les gardes, et il fut suspendu; la corde lui
+disloquait les bras; ne pouvant supporter la douleur, il demanda à être
+descendu; on le plaça sur une chaise; mais une fois là, il s'embarrassa
+dans son discours, et proprement ne savait ce qu'il disait. On appela
+les gardes qui le suspendirent de nouveau; après un long temps, il
+demanda à être descendu.
+
+--Il est vrai, dit-il, que je suis entré dans l'appartement de la
+duchesse à des heures indues; mais je faisais l'amour avec la signora
+Diane Brancaccio, une des dames de Son Excellence, avec laquelle j'avais
+donné la foi de mariage, et qui m'a tout accordé, excepté les choses
+contre l'honneur.
+
+Marcel fut reconduit à sa prison, où on le confronta avec le capitaine
+et avec Diane, qui nia tout.
+
+Ensuite on ramena Marcel dans la salle basse; quand nous fûmes près de
+la porte:
+
+--Monsieur le duc, dit Marcel, Votre Excellence se rappellera qu'elle
+m'a promis la vie sauve si je dis toute la vérité. Il n'est pas
+nécessaire de me donner la corde de nouveau; je vais tout vous dire.
+
+Alors il s'approcha du duc, et, d'une voix tremblante et à peine
+articulée, il lui dit qu'il était vrai qu'il avait obtenu les faveurs de
+la duchesse. A ces paroles, le duc se jeta sur Marcel et le mordit à la
+joue; puis il tira son poignard et je vis qu'il allait en donner des
+coups au coupable. Je dis alors qu'il était bien que Marcel écrivît de
+sa main ce qu'il venait d'avouer, et que cette pièce servirait à
+justifier Son Excellence. On entra dans la salle basse, où se trouvait
+ce qu'il fallait pour écrire; mais la corde avait tellement blessé
+Marcel au bras et à la main, qu'il ne put écrire que ce peu de mots:
+Oui, j'ai trahi mon seigneur; oui, je lui ai ôté l'honneur!
+
+Le duc lisait à mesure que Marcel écrivait. A ce moment il se jeta sur
+Marcel et il lui donna trois coups de poignard qui lui ôtèrent la vie.
+Diane Brancaccio était là, à trois pas, plus morte que vive, et qui,
+sans doute, se repentait mille et mille fois de ce qu'elle avait fait.
+
+--Femme indigne d'être née d'une noble famille! s'écria le duc, et cause
+unique de mon déshonneur, auquel tu as travaillé pour servir à tes
+plaisirs déshonnêtes, il faut que je te donne la récompense de toutes
+tes trahisons.
+
+En disant ces paroles, il la prit par les cheveux et lui scia le cou
+avec un couteau. Cette malheureuse répandit un déluge de sang, et enfin
+tomba morte.
+
+Le duc fit jeter les deux cadavres dans un cloaque voisin de la prison.
+
+Le jeune cardinal Alphonse Carafa, fils du marquis de Montebello, le
+seul de toute la famille que Paul IV eût gardé auprès de lui, crut
+devoir lui raconter cet événement. Le pape ne répondit que par ces
+paroles:
+
+--Et de la duchesse, qu'en a-t-on fait?
+
+On pensa généralement, dans Rome, que ces paroles devaient amener la
+mort de cette malheureuse femme. Mais le duc ne pouvait se résoudre à ce
+grand sacrifice, soit parce qu'elle était enceinte, soit à cause de
+l'extrême tendresse que jadis il avait eue pour elle.
+
+Trois mois après le grand acte de vertu qu'avait accompli le saint pape
+Paul IV en se séparant de toute sa famille, il tomba malade, et, après
+trois autres mois de maladie, il expira le 18 août 1559.
+
+Le cardinal écrivait lettres sur lettres au duc de Palliano, lui
+répétant sans cesse que leur honneur exigeait la mort de la duchesse.
+Voyant leur oncle mort, et ne sachant pas quelle pourrait être la pensée
+du pape qui serait élu, il voulait que tout fût fini dans le plus bref
+délai.
+
+Le duc, homme simple, bon et beaucoup moins scrupuleux que le cardinal
+sur les choses qui tenaient au point d'honneur, ne pouvait se résoudre à
+la terrible extrémité qu'on exigeait de lui. Il se disait que lui-même
+avait fait de nombreuses infidélités à la duchesse, et sans se donner la
+moindre peine pour les lui cacher, et que ces infidélités pouvaient
+avoir porté à la vengeance une femme aussi hautaine. Au moment même
+d'entrer au conclave, après avoir entendu la messe et reçu la sainte
+communion, le cardinal lui écrivit encore qu'il se sentait bourrelé par
+ces remises continuelles, et que, si le duc ne se résolvait pas enfin à
+ce qu'exigeait l'honneur de leur maison, il protestait qu'il ne se
+mêlerait plus de ses affaires, et ne chercherait jamais à lui être
+utile, soit dans le conclave, soit auprès du nouveau pape. Une raison
+étrangère au point d'honneur put contribuer à déterminer le duc. Quoique
+la duchesse fut sévèrement gardée, elle trouva, dit-on, le moyen de
+faire dire à Marc-Antoine Colonna, ennemi capital du duc à cause de son
+duché de Palliano, que celui-ci s'était fait donner, que si Marc-Antoine
+trouvait moyen de lui sauver la vie et de la délivrer, elle, de son
+côté, le mettrait en possession de la forteresse de Palliano, où
+commandait un homme qui lui était dévoué.
+
+Le 28 août 1559, le duc envoya à Gallese deux compagnies de soldats. Le
+30, D. Léonard del Cardine, parent du duc, et D. Ferrant, comte
+d'Aliffe, frère de la duchesse, arrivèrent à Gallese, et vinrent dans
+les appartements de la duchesse pour lui ôter la vie. Ils lui
+annoncèrent la mort, elle apprit cette nouvelle sans la moindre
+altération. Elle voulut d'abord se confesser et entendre la sainte
+messe. Puis, ces deux seigneurs s'approchant d'elle, elle remarqua
+qu'ils n'étaient pas d'accord entre eux. Elle demanda s'il y avait un
+ordre du duc son mari pour la faire mourir.
+
+--Oui, madame, répondit D. Léonard.
+
+La duchesse demanda à le voir; D. Ferrant le lui montra.
+
+(Je trouve dans le procès du duc de Palliano la déposition des moines
+qui assistèrent à ce terrible événement. Ces dépositions sont très
+supérieures à celles des autres témoins, ce qui provient, ce me semble,
+de ce que les moines étaient exempts de crainte en parlant devant la
+justice, tandis que tous les autres témoins avaient été plus ou moins
+complices de leur maître.)
+
+Le frère Antoine de Pavie, capucin, déposa en ces termes:
+
+--Après la messe où elle avait reçu dévotement la sainte communion, et
+tandis que nous la confortions, le comte d'Aliffe, frère de madame la
+duchesse, entra dans la chambre avec une corde et une baguette de
+coudrier grosse comme le pouce et qui pouvait avoir une demi-aune de
+longueur. Il couvrit les yeux de la duchesse d'un mouchoir, et elle,
+d'un grand sang-froid, le faisait descendre davantage sur ses yeux, pour
+ne pas le voir. Le comte lui mit la corde au cou; mais, comme elle
+n'allait pas bien, le comte la lui ôta et s'éloigna de quelques pas; la
+duchesse, l'entendant marcher, s'ôta le mouchoir de dessus les yeux, et
+dit:
+
+--Eh bien donc! que faisons-nous?
+
+Le comte répondit:
+
+--La corde n'allait pas bien, je vais en prendre une autre pour ne pas
+vous faire souffrir.
+
+Disant ces paroles, il sortit; peu après il rentra dans la chambre avec
+une autre corde, il lui arrangea de nouveau le mouchoir sur les yeux, il
+lui remit la corde au cou, et, faisant pénétrer la baguette dans le
+noeud, il la fit tourner et l'étrangla. La chose se passa, de la part de
+la duchesse, absolument sur le ton d'une conversation ordinaire.
+
+Le frère Antoine de Salazar, autre capucin, termine sa déposition par
+ces paroles:
+
+--Je voulais me retirer du pavillon par scrupule de conscience, pour ne
+pas la voir mourir; mais la duchesse me dit:
+
+--Ne t'éloigne pas d'ici, pour l'amour de Dieu.
+
+(Ici le moine raconte les circonstances de la mort, absolument comme
+nous venons de les rapporter.) Il ajoute:
+
+--Elle mourut comme une bonne chrétienne, répétant souvent: Je crois, je
+crois.
+
+Les deux moines, qui apparemment avaient obtenu de leurs supérieurs
+l'autorisation nécessaire, répètent dans leurs dépositions que la
+duchesse a toujours protesté de son innocence parfaite, dans tous ses
+entretiens avec eux, dans toutes ses confessions, et particulièrement
+dans celle qui précéda la messe où elle reçut la sainte communion. Si
+elle était coupable, par ce trait d'orgueil elle se précipitait en
+enfer.
+
+Dans la confrontation du frère Antoine de Pavie, capucin, avec D.
+Léonard de Cardine, le frère dit:
+
+--Mon compagnon dit au comte qu'il serait bien d'attendre que la
+duchesse accouchât; elle est grosse de six mois, ajouta-t-il, il ne faut
+pas perdre l'âme du pauvre petit malheureux qu'elle porte dans son sein,
+il faut pouvoir le baptiser.
+
+A quoi le comte d'Aliffe répondit:
+
+--Vous savez que je dois aller à Rome, et je ne veux pas y paraître avec
+ce masque sur le visage (avec cet affront non vengé).
+
+A peine la duchesse fut-elle morte, que les deux capucins insistèrent
+pour qu'on l'ouvrît sans retard, afin de pouvoir donner le baptême à
+l'enfant; mais le comte et D. Léonard n'écoutèrent pas leurs prières.
+
+Le lendemain la duchesse fut enterrée dans l'église du lieu, avec une
+sorte de pompe (j'ai lu le procès-verbal). Cet événement, dont la
+nouvelle se répandit aussitôt, fit peu d'impression, on s'y attendait
+depuis longtemps; on avait plusieurs fois annoncé la nouvelle de cette
+mort à Gallese et à Rome, et d'ailleurs un assassinat hors de la ville
+et dans un moment de siège vacant n'avait rien d'extraordinaire. Le
+conclave qui suivit la mort de Paul IV fut très orageux, il ne dura pas
+moins de quatre mois.
+
+Le 26 décembre 1559, le pauvre cardinal Carlo Carafa fut obligé de
+concourir à l'élection d'un cardinal porté par l'Espagne et qui par
+conséquent ne pourrait se refuser à aucune des rigueurs que Philippe II
+demanderait contre lui cardinal Carafa. Le nouvel élu prit le nom de Pie
+IV.
+
+Si le cardinal n'avait pas été exilé au moment de la mort de son oncle,
+il eût été maître de l'élection, ou du moins aurait été en mesure
+d'empêcher la nomination d'un ennemi.
+
+Peu après, on arrêta le cardinal ainsi que le duc; l'ordre de Philippe
+II était évidemment de les faire périr. Ils eurent à répondre sur
+quatorze chefs d'accusation. On interrogea tous ceux qui pouvaient
+donner des lumières sur ces quatorze chefs. Ce procès, fort bien fait,
+se compose de deux volumes in-folio, que j'ai lus avec beaucoup
+d'intérêt, parce qu'on y rencontre à chaque page des détails de moeurs
+que les historiens n'ont point trouvés dignes de la majesté de
+l'histoire. J'y ai remarqué des détails fort pittoresques sur une
+tentative d'assassinat dirigée par le parti espagnol contre le cardinal
+Carafa, alors ministre tout-puissant.
+
+Du reste, lui et son frère furent condamnés pour des crimes qui n'en
+auraient pas été pour tout autre, par exemple, avoir donné la mort à
+l'amant d'une femme infidèle et à cette femme elle-même. Quelques années
+plus tard, le prince Orsini épousa la soeur du grand-duc de Toscane, il
+la crut infidèle et la fit empoisonner en Toscane même, du consentement
+du grand-duc son frère, et jamais la chose ne lui a été imputée à crime.
+Plusieurs princesses de la maison de Médicis sont mortes ainsi.
+
+Quand le procès des deux Carafa fut terminé, on en fit un long sommaire,
+qui, à diverses reprises fut examiné par des congrégations de cardinaux.
+Il est trop évident qu'une fois qu'on était convenu de punir de mort le
+meurtre qui vengeait l'adultère, genre de crime dont la justice ne
+s'occupait jamais, le cardinal était coupable d'avoir persécuté son
+frère pour que le cime fût commis, comme le duc était coupable de
+l'avoir fait exécuter.
+
+Le 3 de mars 1561, le pape Pie IV tint un consistoire qui dura huit
+heures, et à la fin duquel il prononça la sentence des Carafa en ces
+termes: Prout in schedula (Qu'il en soit fait comme il est requis.)
+
+La nuit du jour suivant, le fiscal envoya au château Saint-Ange le
+barigel pour faire exécuter la sentence de mort sur les deux frères,
+Charles, cardinal Carafa, et Jean, duc de Palliano; ainsi fut fait. On
+s'occupa d'abord du duc. Il fut transféré du château Saint-Ange aux
+prisons de Todinone, où tout était préparé; ce fut là que le duc, le
+comte d'Aliffe et D. Léonard del Cardine eurent la tête tranchée.
+
+Le duc soutint ce terrible moment non seulement comme un cavalier de
+haute naissance, mais encore comme un chrétien prêt à tout endurer pour
+l'amour de Dieu. Il adressa de belles paroles à ses deux compagnons pour
+les exhorter à la mort; puis écrivit à son fils.
+
+Le barigel revint au château Saint-Ange, il annonça la mort au cardinal
+Carafa, ne lui donnant qu'une heure pour se préparer. Le cardinal montra
+une grandeur d'âme supérieure à celle de son frère, d'autant qu'il dit
+moins de paroles; les paroles sont toujours une force que l'on cherche
+hors de soi. On ne lui entendit prononcer à voix basse que ces mots, à
+l'annonce de la terrible nouvelle:
+
+--Moi mourir! O pape Pie! ô roi Philippe!
+
+Il se confessa; il récita les sept psaumes de la pénitence, puis il
+s'assit sur une chaise, et dit au bourreau:
+
+--Faites.
+
+Le bourreau l'étrangla avec un cordon de soie qui se rompit; il fallut y
+revenir à deux fois. Le cardinal regarda le bourreau sans daigner
+prononcer un mot.
+
+(Note ajoutée.)
+
+Peu d'années après, le saint pape Pie V fit revoir le procès, qui fut
+cassé; le cardinal et son frère furent rétablis dans tous leurs
+honneurs, et le procureur général, qui avait le plus contribué à leur
+mort, fut pendu. Pie V ordonna la suppression du procès; toutes les
+copies qui existaient dans les bibliothèques furent brûlées; il fut
+défendu d'en conserver sous peine d'excommunication; mais le pape ne
+pensa pas qu'il avait une copie du procès dans sa propre bibliothèque,
+et c'est sur cette copie qu'ont été faites toutes celles que l'on voit
+aujourd'hui.
+
+
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of La Duchesse de Palliano, by Stendhal
+
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+http://gutenberg.org/license).
+
+
+Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
+electronic works
+
+1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
+electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
+and accept all the terms of this license and intellectual property
+(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
+the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
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+If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
+Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
+terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
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+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
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+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
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+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
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+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
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+States.
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+Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
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+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
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+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
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+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
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+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
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+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
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+works, and the medium on which they may be stored, may contain
+"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
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+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
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+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
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