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+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 79298 ***
+ LES VÉGÉTAUX UTILES
+ DE
+ L’AFRIQUE TROPICALE FRANÇAISE
+
+ * * * * *
+
+ FASCICULE VI
+
+
+ Fascicule VI. Mai 1911.
+ ------------------------------------------------------------------
+ LES VÉGÉTAUX UTILES
+ DE
+ L’AFRIQUE TROPICALE FRANÇAISE
+
+ PUBLICATION FAITE SOUS LE PATRONAGE DE MM.
+
+ =EDMOND PERRIER= =W. PONTY=
+ De l’Institut et de Gouverneur général de l’Afrique
+ l’Académie de Médecine occidentale française
+ Directeur du Muséum
+ d’Histoire naturelle
+
+ =E. ROUME= =MERLIN=
+ Gouverneur général honoraire Gouverneur général de l’Afrique
+ équatoriale française
+
+ DIRIGÉE PAR
+ =M. Aug. CHEVALIER=
+ Docteur ès-sciences
+ Chargé de Missions
+
+ * * * * *
+ FASCICULE VI
+ * * * * *
+
+ =LES KOLATIERS & LES NOIX DE KOLA=
+
+ PAR
+ =Aug. CHEVALIER et Ém. PERROT.=
+
+ * * * * *
+
+ =PARIS=
+ AUGUSTIN CHALLAMEL, ÉDITEUR,
+ RUE JACOB, 17
+ * * * * *
+ 1911
+
+ Prix : 20 Fr.
+
+
+
+
+ =TABLE DES MATIÈRES.=
+
+ * * * * *
+
+
+ Préface (Aug. Chevalier) XV
+
+ Introduction (Aug. Chevalier et Em. Perrot) XXI
+
+ PREMIÈRE PARTIE.
+
+ =Historique général.=
+
+ CHAPITRE PREMIER. — Notes historiques et géographiques sur 1
+ le Kola avant le XIXe siècle
+
+ CHAPITRE II. — Le Kola et les Kolatiers au XIXe siècle 12
+
+ CHAPITRE III. — Histoire botanique des principaux Kolatiers 31
+ jusqu’à la création du genre _Cola_
+
+ DEUXIÈME PARTIE.
+
+ =Les Kolatiers : Etude botanique, géographique et biologique.=
+
+ CHAPITRE IV. — Position systématique et divisions du genre 45
+ _Cola_
+
+ _Autocola_ K. Schum, 52. — _Macrocola_ A. Chev., 54. —
+ _Eucola_ A. Chev., 54.
+
+ CHAPITRE V. — Caractères généraux des espèces de la section 53
+ _Autocola_ (_Eucola_)
+
+ Port, 53. — Gemmules, 56. — Feuilles, Répartition, 56. —
+ Pétiole, 58. — Limbe, 60. — Inflorescences, 62. — Fleurs,
+ 63. — Fruit, 66. — Déhiscence des fruits, 68. — Graines, 70.
+
+ CHAPITRE VI. — Caractères histologiques des Kolatiers 72
+
+ Racine, 72. — Tige, 73. — Feuille, 77. — Pétiole, 77. —
+ Renflement basilaire, 79. — Renflement moteur, 83. — Organes
+ floraux, 87. — Ovaire, 91. — Graine, 92.
+
+ CHAPITRE VII. — Révision des anciennes espèces de la section 98
+ _Eucola_ d’après les types conservés dans les Herbiers
+
+ Types des espèces de Ventenat. _Sterculia nitida_ Vent., 99.
+ — La plante de Michaux, 100. — L’échantillon de l’Herbier de
+ Lamarck, 100. — de l’Herbier général du Muséum, 102. —
+ _Sterculia grandiflora_ Vent., 103. — Echantillon de
+ l’Herbier de Jussieu, 103. — Echantillons de l’Herbier de
+ Lamarck, 104. — Type du _Sterculia acuminata_ P. Beauv.,
+ 105. — Type du _Sterculia verticillata_ Thonning in
+ Schumacher, 107. — Type du _Cola macrocarpa_ G. Don, 109. —
+ Type du _Syphoniopsis monoica_ Karst., 109. — Types des
+ _Cola_ du Flora of tropical africa, 110. — Type du _Cola
+ Ballayi_, 110. — Types des espèces décrites par K. Schumann,
+ O. Warburg et W. Busse, 111.
+
+ CHAPITRE VIII. — Etude systématique des espèces de la 119
+ section _Eucola_
+
+ _Cola nitida_ A. Chev., 120. — _Cola rubra_ A. Chev., 123. —
+ _Cola alba_ A. Chev., 124. — _Cola mixta_ A. Chev., 126. —
+ _Cola pallida_ A. Chev., 128. — _Cola acuminata_ (Pal.
+ Beauv.) Schott et Endl., 129. — _Cola verticillata_ Stapf
+ Mss., 136. — _Cola Ballayi_ Cornu, 139. — _Cola sphærocarpa_
+ A. Chev., 142.
+
+ CHAPITRE IX. — Distribution géographique 146
+
+ Guinée française : Rivières du Sud, 146. — Fouta-Djalon,
+ 150. — Kouranko et région du Haut-Niger, 151. — Le Kissi,
+ 153. — Pays des Tomas et des Guerzés, 156. — Haut-Sénégal-
+ Niger, 159. — Côte d’Ivoire, 159. — Zône au nord du 8e
+ parallèle, 160. — Le Baoulé, 162. — Zône Nord de la forêt de
+ 6° 30 et 7° 45, 163. — Pays des Dyolas ou Dans, 164. — Pays
+ des Touras ou Touradougou, 168. — Pays des Bétés, 169. —
+ Pays des Lôs ou Gouros, 170. — Pays des Ngans, 172. — Zône
+ sud et moyenne de la Côte d’Ivoire, 175. — Dahomey, 178. —
+ Afrique équatoriale française, 180. — Colonies étrangères de
+ l’Afrique occidentale : Sierra-Léone, 188. — République de
+ Libéria, 189. — Gold-Coast, 190. — Togo, 192. — Nigeria,
+ 194. — Cameroun, 196. — Congo belge, 197. — Fernando-Po,
+ 198. — San-Thomé, 198. — Angola, 199. — Les Kolatiers en
+ dehors de l’Ouest africain, 199.
+
+ CHAPITRE X. — Ecologie et Biologie des Kolatiers 202
+
+ Rapports avec les différents milieux, 202. — Milieu
+ climatique, 202. — Milieu édaphique, 204. — Milieu
+ biologique, 205. — Rapports des Kolatiers entre eux : les
+ races, 206. — La vie végétative, 208. — La fonction de
+ reproduction, 209. — Les races, 213. — Dissémination et
+ multiplication, 218. — Philogénie des Kolatiers, 218.
+
+ TROISIÈME PARTIE.
+
+ =Etude chimique et pharmacologique de la noix de Kola.=
+
+ CHAPITRE XI. — Composition chimique des noix de Kola 219
+
+ Dosages de la caféine dans les noix de Kola, 227. —
+ Extraction de la Kolatine (Goris), 242. — Préparation de la
+ matière première, 242. — Conservation, 242. — Procédé à
+ l’alcool bouillant, 243. — Stérilisation (Procédé Goris et
+ Arnould), 244. — Extraction de la Kolatine, 245. —
+ Purification, 246. — Propriétés de la Kolatine, 246.
+
+ CHAPITRE XII. — Action physiologique de la noix de Kola 253
+
+ Action sur le système nerveux, 257. — Système digestif, 258.
+ — Appareil circulatoire, 259. — Système musculaire, 259. —
+ Doses de Kola à ingérer, 260. — Action pharmacodynamique de
+ la caféine, 262. — Action de la caféine sur le système
+ nerveux central, 263. — Action de la caféine sur le système
+ musculaire, 264. — Action de la caféine sur l’appareil
+ circulatoire, 264. — Action de la caféine sur l’appareil
+ respiratoire, 265. — Action de la caféine sur les échanges
+ nutritifs, 265. — Action physiologique de la Kolatine, 267.
+
+ CHAPITRE XIII. — Usages du Kola. — Formes pharmaceutiques 274
+
+ Modes d’emploi, formes pharmaceutiques, 276. — Extrait de
+ Kola sec, 277. — Extrait de Kola frais stérilisé, 278. —
+ Kola frais stérilisé, 278. — Comprimés et tablettes de Kola
+ frais stérilisé, 279. — Préparations alimentaires, 279. —
+ Masticatoire au Kola, 280. — Granulé au Kola, 280. — Vin de
+ Kola, 280. — Extrait fluide de Kola, 281. — Emploi du Kola
+ dans la ration alimentaire des animaux, 283.
+
+ QUATRIÈME PARTIE.
+
+ =Le Kola et les Kolatiers au point de vue économique.=
+
+ CHAPITRE XIV. — La culture des Kolatiers 285
+
+ Procédés de culture indigène, 289. — Bouturage, 295. —
+ Renseignements fournis par les plantations européennes, 296.
+ — Semis, 297. — Plantation, 297. — Culture rationnelle, 303.
+ — Choix des graines, 303. — Choix et préparation du terrain,
+ 305. — Soins à donner aux Kolatiers pendant leur croissance,
+ 310. — Problèmes à résoudre, rôle des Jardins d’essai, 311.
+
+ CHAPITRE XV. — Age de la production et rendement des 313
+ Kolatiers
+
+ Durée de la croissance et âge de la première production,
+ 313. — Rendement, 316. — Nombre des récoltes annuelles, 323.
+ — Durée des Kolatiers, 326.
+
+ CHAPITRE XVI. — Ennemis et maladies du Kolatier et des noix 327
+ de Kola
+
+ Animaux, 327. — Notes sur quelques essais en vue de la
+ destruction du Charençon de la noix de Kola (P. LESNE et
+ Joanny MARTIN), 336. — Végétaux, 338.
+
+ CHAPITRE XVII. — Récolte, préparation et emballage des noix 343
+ de Kola
+
+ Procédés de récolte, 343. — Extraction des noix, 344. —
+ Préparation des noix pour le transport, 344. — Conservation
+ des noix dans les pays de production, 345. — Emballage pour
+ le transport par caravanes, 345. — Principaux Orofira, 346.
+ — Soins à donner aux Kolas en cours de route, 351. —
+ Emballage pour les expéditions de Kolas frais en Europe,
+ 351. — Préparation du Kola séché, 353.
+
+ CHAPITRE XVIII. — Le commerce et la géographie commerciale 355
+ des noix de Kola
+
+ Le commerce des caravanes. Les Dioulas, 359. — Les
+ transports par caravanes, 361. — Les transports par eau,
+ 362. — Les transports par chemins de fer, 363. — Monnaies
+ employées pour les achats de Kola, 363. — Droits de douane
+ et taxes sur les Kolas dans les Colonies françaises, 366. —
+ Colonies françaises. Pays producteurs de Kolas : Guinée
+ française, 367. — Région littorale, 369. — Le Kissi, 370. —
+ Pays Tômas et Guerzés et frontière libérienne, 372. — Kolas
+ rouges, 381. — Kolas rosés, 381. — Kolas blancs, 381. —
+ Haute Côte d’Ivoire, 384. — Bas-Dahomey, 396. — Afrique
+ équatoriale française, 396. — Principaux pays producteurs
+ étrangers. Sierra-Léone, 399. — Gold-Coast, 400. — Cameroun,
+ 403. — Togo allemand, 404. — San-Thomé, 404. — Principaux
+ pays consommateurs : Colonies françaises. Sénégal, 405. —
+ Haut-Sénégal et Niger, 408. — Haut-Dahomey, 425. —
+ Territoire du Tchad, 428. — Pays consommateurs étrangers :
+ Gambie anglaise, 429. — Guinée portugaise, 429. — Nigéria
+ anglaise, 430. — Importation et consommation des Kolas en
+ Europe, 483.
+
+ CHAPITRE XIX. — Amandes considérées à tort comme remplaçant 436
+ les Kolas. Substitutions frauduleuses. Succédanés
+
+ CHAPITRE XX. — Rôle du Kola dans la vie des Indigènes 448
+
+ Croyances, rites, superstitions, usages, régime de la
+ propriété, 448. — Propriétés réelles attribuées au Kola par
+ les indigènes, Comme excitant et tonique, 449. — Comme
+ aphrodisiaque, 452. — Les Kolas dans la vie sociale et
+ domestique, 453. — Rôle du Kola au point de vue religieux,
+ 456. — Superstitions, 459. — Formes sous lesquelles le Kola
+ est consommé par les indigènes, 460. — Régime de la
+ propriété des Kolatiers, 461.
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+ TABLE DES FIGURES.
+
+ * * * * *
+
+
+ FIGURE 1. — _Cola nitida_. Un arbre sur une place de la 32 bis
+ ville Conakry (hors texte)
+
+ — 2. — _Cola nitida_. Rameaux, fleurs et amandes
+ (h. t.)
+
+ — 3. — _Cola verticillata_ Stapf. Rameau en fleurs 48 bis
+ (h. t.)
+
+ — 4. — _Cola verticillata_ dans un sous-bois au 43
+ Bas-Dahomey
+
+ — 5. — _Cola nitida_ dans une plantation chez les 57
+ Bétés de la Côte d’Ivoire (conservé sur
+ l’emplacement de la forêt défrichée)
+
+ — 6. — _Cola Ballayi_. Rameau portant un 40 bis
+ pseudo-verticille de feuilles. Une partie
+ des feuilles ont été détachées (h. t.)
+
+ — 7. — _Cola Ballayi_. Rameau âgé chargé 41 bis
+ d’inflorescences (h. t.)
+
+ — 8. — _Cola acuminata_. Feuilles anormales avec 59
+ des lobations
+
+ — 9. — _Cola proteiformis_ A. Chev. Sur le même 61
+ rameau on voit une feuille à une foliole,
+ une autre à 3 folioles et enfin une feuille
+ à 5 folioles
+
+ — 10. — _Cola nitida_. Rameau en fleurs, follicules 69
+ coupés longitudinalement, inflorescences
+
+ — 11. — _Cola nitida_. Jeune sujet vivant (h. t.) 56 bis
+
+ — 12. — _Cola_ sp. des Serres du Muséum de Paris 56 bis
+ (h. t.)
+
+ — 13. — _Cola acuminata_. Follicules à différents 57 bis
+ âges
+
+ — 14. — Coupe transversale d’un fragment d’écorce 73
+ du tronc de _C. nitida_, passant par la
+ région libérienne
+
+ — 15. — Coupe transversale du pétiole, à la base du 75
+ limbe
+
+ — 16. — Coupe schématique au niveau du renflement 80
+ basiliaire, au point d’insertion des
+ pétioles sur la tige
+
+ — 17. — Figures schématiques du système 81
+ fasciculaire du pétiole, au niveau du
+ renflement moteur
+
+ — 18. — 1. Coupe transversale du limbe de _C. 86
+ Ballayi_ ; 2, épiderme inférieur vu de face
+ avec stomate légèrement enfoncé ; 3, coupe
+ schématique de la nervure médiane vers le
+ tiers supérieur du limbe chez _C. nitida_
+
+ — 19. — 1 et 2, poils étoilés du calice et d’une 88
+ feuille prise sur un bourgeon ; 3, poils
+ glanduleux vus de profil
+
+ — 20. — Schéma de la coupe transversale de l’ovaire 89
+ de _C. nitida_
+
+ — 21. — Coupe d’un ovule et du placenta 90
+
+ — 22. — Portion du tégument de la graine de _Cola 92
+ nitida_
+
+ — 23. — Coupe transversale d’une jeune graine de 93
+ _C. nitida_, passant au-dessus du point
+ d’insertion des cotylédons
+
+ — 24. — Fleur, fruits et graine de Kola 95
+
+ — 25. — _Sterculia acuminata_. Type de l’Herbier du 105
+ British Muséum. Androcées des fleurs mâles
+ et poils étoilés (croquis communiqué par M.
+ le Dr STAPF)
+
+ — 26. — _Cola Supfiana_ Busse. Type de l’Herbier de 115
+ Berlin
+
+ — 27. — Fleurs de _C. alba_ et _C. mixta_ 125
+
+ — 28. — _Cola mixta_ forma _latifolia_ A. Chev. et 128 bis
+ _Cola mixta_ forma _angustifolia_ A. Chev.
+ (h. t.)
+
+ — 29. — Fleurs de _Cola acuminata_ 131
+
+ — 30. — _Cola acuminata_. Fruits de la forme de 135
+ San-Thomé
+
+ — 31. — _Cola mixta_ et _C. pallida_. Follicules 136 bis
+ étalés en étoile (h. t.)
+
+ — 32. — _Cola nitida_ des Iles Scherbro. Follicules 137 bis
+ vus en-dessous (h. t.)
+
+ — 33. — _Cola Ballayi_. Follicules (h. t.) 144 bis
+
+ — 34. — _Cola sphærocarpa_ A. Chev. Follicules 143
+
+ — 35. — Philogénie des _Cola_ de la section _Eucola_ 217
+
+ — 36. — Cristaux de Kolatine (GORIS), d’après une 247
+ microphotographie
+
+ — 37. — Cristaux de Kolatéine (GORIS), d’après une 250
+ microphotographie
+
+ — 37 bis. — Grenouille 20 gr. Injection de 0,01 gr. de 268
+ kolatine sous la peau de la cuisse. Arrêt
+ du cœur au bout de 18 heures. Cardiographe
+ VERDIN-VIBERT
+
+ — 38. — Chien 5 kg. chloralosé. Pression fémorale 269
+ avec le Kymographion de LUDWIG. Injection
+ intraveineuse d’une solution de kolatine
+ dans le sérum physiologique à 37°, 5 gr. de
+ kolatine à intervalle de 40 minutes. Survie
+ du chien
+
+ — 39. — _Phosphorus Jansoni_ Thomps. (coléoptère) 329
+
+ — 40. — _Balanogastris Kolæ_ (coléoptère), état 331
+ parfait
+
+ — 41. — _Balanogastris Kolæ_ (coléoptère), larve 332
+
+ — 42. — _Balanogastris Kolæ_ (coléoptère), nymphe 333
+
+ — 43. — _Clinogyne Schweinfurthiana_ K. Schum (h. 336 bis
+ t.)
+
+ — 44. — _Clinogyne ramosissima_ K. Schum (h. t.) 344 bis
+
+ — 45. — _Sarcophrynium brachystachyum_ K. Schum (h. 445 bis
+ t.)
+
+ — 46. — Panier pour le transport des Kolas par mer 352
+
+ — 47. — _Mitragyne macrophylla_ Hiern 352 bis
+
+ — 48. — Monnaies servant à l’achat des Kolas 365
+
+ — 49. — Couffins préparés pour le transport des 401
+ Kolas par mer
+
+ — 50. — Carte des routes suivies par les 419
+ caravaniers transportant les Kolas
+
+ — 51. — _Garcinia Kola_ Heckel. Rameau (h. t.) 440 bis
+
+ — 52. — _Garcinia antidysenterica_ A. Chev. (h. t.) 441 bis
+
+ * * * * *
+
+
+ CARTES.
+
+ * * * * *
+
+
+ 1. — Cartes des routes suivies par les caravanes Page 419
+ transportant les Kolas à travers le Soudan nigérien.
+ Echelle 1/16.000.000
+
+ 2. — Distribution géographique du _Cola nitida_ et à la
+ des _Cola_ à plus de deux cotylédons. Echelle fin de
+ 1/17.800.000 l’ouvrage
+
+ 3. — Distribution géographique et répartition des à la
+ plantations de _Cola nitida_ en Guinée françaises et fin de
+ à la Côte d’Ivoire. Echelle 1/3.000.000 l’ouvrage
+
+ * * * * *
+
+
+ PLANCHES
+
+ (_Phototypies à la fin de l’ouvrage_).
+
+ * * * * *
+
+
+ PLANCHE I. — _Sterculia nitida_ Vent. Type de Ventenat. (Herb.
+ Delessert, Genève).
+
+ — II. — _Sterculia nitida_ Vent. Type de l’Herbier de Lamarck
+ cité par Ventenat. (Herb. Mus. Paris).
+
+ — III. — _Sterculia nitida_ Vent. Echantillon de Commerson.
+ (Herb. Mus. Paris).
+
+ — IV. — _Sterculia grandiflora_ Vent. Type de l’Herbier de
+ Jussieu. (Herb. Mus. Paris).
+
+ — V. — _Sterculia grandiflora_ Vent. Type de l’Herbier
+ Lamarck. (Herb. Mus. Paris).
+
+ — VI. — _Sterculia acuminata_ Pal. Beauv. Type de l’Herbier
+ de Palisot de Beauvois. (Herb. Delessert, Genève).
+
+ — VII. — _Sterculia verticillata_ Thonn. Type de l’Herbier de
+ Schumacher. (Herb. Mus. Copenhague).
+
+ — VIII. — _Cola Ballayi_ Cornu. Type vivant de Maxime Cornu.
+ (Serres Mus. Paris).
+
+ — IX. — _Cola astrophora_ Warb. (= _Cola acuminata_ Schott et
+ Endl.). Type de Warburg. (Herb. Mus. Berlin).
+
+ — X. — _Cola nitida_ sub-sp. _C. rubra_ A. Chev. Forme
+ sauvage de la forêt vierge de la Côte d’Ivoire.
+ (Herb. Aug. Chevalier).
+
+ — XI. — _Cola nitida_ Vent. A. Chev. Forme sauvage de la Côte
+ d’Ivoire, à grandes fleurs et à petites fleurs sur le
+ même rameau. (Herb. Aug. Chevalier).
+
+ — XII. — _Cola nitida_ sub-sp. _C. pallida_ A. Chev. Forme
+ sauvage de la Côte d’Ivoire. Rameau d’un arbre ne
+ portant que des fleurs mâles. (Herb. Aug. Chevalier).
+
+ — XIII. — _Cola nitida_ sub-sp. _C. mixta_ A. Chev. forma
+ _latifolia_. Plante cultivée par les indigènes à
+ Conakry, en Guinée française. (Herb. Aug. Chevalier).
+
+ — XIV. — _Cola acuminata_ (Pal. Beauv.). Schott et Endl. Forme
+ cultivée par les Kroumen, à Grabo, dans la Côte
+ d’Ivoire. (Herb. Aug. Chevalier).
+
+ — XV. — _Cola nitida_ (Vent.) A. Chev. Différentes formes de
+ follicules ouverts.
+
+ — XVI. — Noix de Kola de différentes espèces.
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+ =PRÉFACE.=
+
+ * * * * *
+
+
+Depuis 1898, il ne s’est guère écoulé d’années sans que nous ayons été
+amené, au cours de nos explorations, à faire quelques observations
+relatives aux Kolatiers et aux noix de Kola.
+
+En février et mars 1899, nous observions pour la première fois ces
+arbres cultivés par les indigènes dans les cercles de Siguiri, Kouroussa
+et Kankan, constituant à cette époque la région sud du Soudan français.
+Nous fûmes alors frappé de l’intérêt que les indigènes leur attachaient.
+
+Pendant toute l’année 1899 et une partie de l’année 1900, il nous fut
+donné aussi d’étudier sur place l’importance commerciale de la noix de
+Kola en observant les transactions auxquelles cette amande précieuse
+donne lieu sur les grands marchés africains de St-Louis, Dakar, Kayes,
+Médine, Bamako, Sikasso, Bobo-Dioulasso, Djenné, Tombouctou, Ségou, etc.
+
+Quelques mois après notre retour en Europe, nous fûmes mis en rapport
+par G. SCHWEINFURTH avec le professeur K. SCHUMANN, de Berlin, qui
+venait de publier sa belle monographie des Sterculiacées africaines.
+
+Le savant botaniste nous montra dans l’Herbier de Berlin les matériaux
+restreints qu’il avait eus à sa disposition pour faire l’étude de la
+section _Autocola_. Il nous assura que la lumière était loin d’être
+faite sur ce groupe intéressant et nous encouragea à faire des
+recherches sur ces plantes au cours du voyage que nous devions effectuer
+peu de temps après.
+
+Pendant la _Mission Chari-lac Tchad_ (1902-1904), notre attention fut de
+nouveau attirée sur les _Kolatiers_.
+
+A notre passage à Conakry, en juin 1902, les beaux exemplaires de
+l’espèce _C. nitida_ qui sont répandus dans toute la ville étaient en
+pleine floraison et le marché était bien approvisionné de noix de cette
+espèce.
+
+Quelques jours plus tard, nous constations à Porto-Novo (Dahomey) la
+présence presque exclusive sur le marché de cette localité d’un Kola
+très différent. L’amande était petite, rosée et constamment à 4 ou 5
+cotylédons. C’était la graine de l’espèce que nous nommons _C.
+acuminata_ Schott et Endl.
+
+Sur les marchés indigènes de Libreville, Matadi, Leopoldville,
+Brazzaville, nous revîmes des noix à peu près identiques.
+
+En remontant le Congo et l’Oubangui, en août 1902, nous rencontrions un
+Kolatier encore différent de l’espèce côtière et qui s’identifiait
+complètement avec le _Cola Ballayi_ Cornu, dont les graines avaient été
+rapportées d’abord du Gabon, excellente espèce que le Prof. K. SCHUMANN
+avait mal connue.
+
+Malheureusement ce savant allemand venait d’être enlevé à la science au
+moment où nous nous proposions de lui communiquer nos matériaux, après
+notre retour en France.
+
+Au cours de notre voyage en Afrique centrale, nous avions aussi constaté
+que les caravaniers Haoussas continuaient toujours à apporter les noix
+de Kola au Baguirmi et au Ouadaï. Ce commerce donnait lieu à des
+transactions moins importantes qu’à l’époque des voyages de BARTH et de
+NACHTIGAL, le pays ayant été ruiné par des guerres fréquentes ; pourtant
+la noix de Kola était toujours un article très recherché des peuplades
+musulmanes.
+
+Mais c’est surtout au cours de nos nouveaux voyages effectués durant les
+années 1905, 1906 et 1907, puis de 1908 à 1910 que nous avons pu étudier
+d’une manière plus approfondie les espèces productrices de noix de Kola,
+leur distribution géographique, leur culture et le commerce auquel les
+noix donnent lieu.
+
+Pendant un séjour de plus de 10 mois en Guinée française, il nous a été
+possible d’examiner en détail et à tous les points de vue l’espèce
+cultivée dans cette colonie par les indigènes et de relever sa
+distribution géographique.
+
+Un séjour d’un mois en 1905, de 9 mois en 1906-1907, puis de 9 mois
+encore en 1909, nous a permis d’effectuer une étude analogue à la Côte
+d’Ivoire, colonie particulièrement riche en Kolatiers cultivés et
+spontanés.
+
+Dès 1905, nous visitions un certain nombre de colonies étrangères
+produisant des Kolas.
+
+Un séjour de près d’un mois à la Gold-Coast nous a permis d’examiner les
+intéressants essais de culture entrepris aux jardins d’Aburi et de
+Tarkwa.
+
+Continuant notre exploration vers le sud, nous avons été amené à
+examiner enfin les Kolatiers qui vivent à Lagos, dans la Nigeria du Sud
+(Old-Calabar), enfin à l’île de San-Thomé. En 1909 nous avons en outre
+examiné ces arbres dans la partie de Sierra-Leone avoisinant les sources
+du Niger.
+
+Les spécimens botaniques du genre _Cola_, recueillis au cours de nos
+diverses expéditions, remplissent actuellement plus de six gros cartons
+d’herbier. Nous avons en outre pris sur place de nombreuses notes et
+nous avons décrit sur le vif les espèces observées.
+
+Mais c’est surtout dans les colonies françaises de l’Ouest africain que
+nous avons pu faire au cours de notre voyage 1908-1910, d’importantes
+constatations relatives à la distribution des Kolatiers et à leur
+culture : la région des sources du Niger, le Kissi, le Kouranko, le Pays
+des Tômas et des Guerzés, les hauts bassins de la Nuon, du Cavally et du
+Sassandra, habités par les Dans ou Dyolas et par les Touras, enfin le
+pays des Ngans sont par excellence les pays producteurs de noix de
+Kolas, aussi leur prospection botanique a été des plus intéressantes.
+
+Dans le Bas-Dahomey nous avons visité les plantations indigènes de _Cola
+acuminata_ et observé en outre le rare _Cola verticillata_, méconnue
+jusqu’aux dernières années.
+
+Enfin, notre voyage s’est terminé par la traversée du Haut-Dahomey et du
+Mossi où les noix de Kola donnent lieu à un très grand trafic.
+
+Pour élaborer une monographie complète des Kolatiers et des noix de
+Kola, il nous a semblé qu’il ne suffisait pas de coordonner les
+résultats de nos études en Afrique.
+
+Il était tout d’abord indispensable de dépouiller une copieuse
+bibliographie concernant cette question. L’ouvrage du Professeur E.
+HECKEL, qui constituait une mise au point complète en 1893, a été suivi
+de la publication de nombreuses notes concernant les Kolas. Dans les
+périodiques français ont paru les renseignements de CAZALBOU, SAUSSINE,
+TEISSONNIER, SAVARIAU, J. et H. VUILLET, H. FILLOT, etc.
+
+En Allemagne, des observations sur les Kolatiers ou sur les Kolas ont
+été publiées par K. SCHUMANN, O. WARBURG, BERNEGAU, W. BUSSE. En
+Angleterre, le Dr O. STAPF, conservateur de l’Herbier du Jardin royal de
+Kew a apporté aussi d’intéressantes contributions à l’étude des _Cola_.
+
+Enfin d’importantes recherches sur la Chimie, la Pharmacologie et la
+Physiologie des Kolas ont été faites dans ces dernières années surtout
+en France, notamment par M. GORIS, sous la direction du Professeur
+PERROT.
+
+Personne n’était plus qualifié que ce dernier pour présenter les travaux
+relatifs à cette branche. Aussi avons-nous accueilli avec joie la
+collaboration de notre ami, pour cet ouvrage. Les chapitres VI
+(Anatomie), XI (Chimie), XII (Action physiologique), XIII (Usages et
+formes pharmaceutiques) ont été entièrement rédigés par lui. Sa
+collaboration nous a été aussi précieuse pour nous aider à rechercher
+dans les nombreux travaux antérieurs, tous les renseignements qui
+paraissaient avoir quelque intérêt. Nous avons donné ainsi à la partie
+historique une grande ampleur.
+
+Nous espérons que cet ouvrage apportera des données précises aux
+médecins, aux naturalistes, aux colons et aux fonctionnaires coloniaux
+qui cherchent de plus en plus à tirer parti des ressources de nos
+colonies.
+
+Puisse-t-il contribuer à rendre celles-ci plus prospères, et servir à
+faire mieux connaître un produit dont l’Europe ne tire pas suffisamment
+parti.
+
+Nous souhaitons aussi qu’il incite les personnes s’occupant
+d’agriculture coloniale à élucider certains problèmes relatifs à la
+culture et qu’il puisse enfin servir de guide aux administrateurs et les
+amener à faire étendre les plantations des indigènes là où elles sont
+susceptibles de réussir.
+
+Il nous est agréable d’exprimer nos remerciements à tous ceux qui ont
+soutenu ou aidé les missions au cours desquelles ont été accomplis les
+travaux exposés ici. Notre gratitude va en outre à M. CLOZEL, ancien
+Gouverneur de la Côte d’Ivoire et à son successeur M. ANGOULVANT. Tous
+les deux, avec une sollicitude éclairée ont facilité par tous les moyens
+nos études dans la belle colonie qu’ils administraient, colonie si riche
+en ressources agricoles et forestières de toutes sortes.
+
+Nous remercions aussi tous les fonctionnaires et officiers de l’Afrique
+Occidentale qui, par l’autorité dont ils disposent auprès des
+populations indigènes, nous ont permis d’étendre beaucoup notre
+documentation sur place.
+
+ Aug. CHEVALIER.
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+ =INTRODUCTION.=
+
+ * * * * *
+
+
+Avant d’exposer méthodiquement, dans les chapitres qui vont suivre, les
+faits acquis concernant l’histoire naturelle et l’histoire économique et
+médicale des Kolas, il nous paraît indispensable d’indiquer sommairement
+les principales questions qui ont sollicité notre examen et les
+problèmes à l’éclaircissement desquels nous avons apporté toute notre
+attention.
+
+
+ PREMIÈRE PARTIE.
+
+ =Historique général.=
+
+
+Nombreux sont les auteurs qui ont parlé du Kola et des Kolatiers avant
+le XXe siècle, mais beaucoup n’ont fait que citer, sans en contrôler les
+sources, les récits plus ou moins fantaisistes rapportés par les
+voyageurs. Il nous a paru indispensable de compulser tous les vieux
+textes et de reproduire, chaque fois que cela nous a semblé avoir de
+l’intérêt, les observations les plus anciennes concernant ce sujet.
+
+Nous avons dû aussi lire toutes les notes des auteurs récents afin de
+retenir les renseignements encore nouveaux, chaque fois qu’il nous ont
+paru exacts.
+
+
+ DEUXIÈME PARTIE.
+
+ =Etude botanique, géographique et biologique.=
+
+
+Cette partie est incontestablement celle qui nous a fourni le plus
+d’études et d’observations inédites, exposées pour la première fois dans
+cet ouvrage. Les principaux problèmes abordés sont les suivants :
+délimitation de la section _Eucola_ renfermant les vrais Kolatiers ;
+étude morphologique, anatomique et systématique de ces espèces. Des
+renseignements sur la biologie des Kolatiers — étude de la plus haute
+importance pour la culture et qu’aucun auteur n’avait encore abordée —
+complètent cette monographie botanique.
+
+Mais c’est surtout à la différenciation des diverses espèces de
+Kolatiers que nous avons apporté la plus grande attention. On savait,
+depuis la publication de l’ouvrage du célèbre explorateur BARTH, qu’il
+existe en Afrique tropicale diverses sortes de Kola auxquelles les
+indigènes attribuent des propriétés très différentes, mais les
+botanistes qui ont abordé l’étude de ces espèces n’ont fourni jusqu’à ce
+jour que des renseignements incomplets ou erronés. A la monographie de
+E. HECKEL, qui rapportait à une espèce tous les bons Kolas à deux
+cotylédons (espèce inexactement dénommée _Cola acuminata_) et à une
+seule autre espèce tous les bons Kolas à plus de deux cotylédons, ont
+succédé d’autres études où étaient décrites de nouvelles espèces mal
+définies, établies à l’aide de matériaux incomplets et qu’il est
+impossible de reconnaître d’après les descriptions. Des questions de
+synonymie sont venues s’ajouter à ces difficultés et les botanistes ne
+sont plus d’accord, par exemple, sur l’espèce qu’il convient de dénommer
+_Cola acuminata_. A l’Herbier de Kew, on appelle _Cola acuminata_
+l’espèce produisant le vrai Kola à deux cotylédons (_Cola vera_ K.
+Schum.). A l’Herbier de Berlin, on donne le nom de _Cola acuminata_ à un
+groupe de deux espèces, dont l’une est le _Cola Ballayi_ et l’autre le
+_Cola acuminata_ véritable, c’est à dire le _Sterculia acuminata_ Pal.
+Beauv. Problème encore plus complexe : le _Cola acuminata_ var.
+_Ballayi_ K. Schum., n’est pas le _Cola Ballayi_ M. Cornu.
+
+Ce dernier doit être identifié au _Cola acuminata_ var. _kamerunensis_
+K. Schum.
+
+L’imbroglio est devenu si grand que récemment O. WARBURG a considéré
+comme espèce nouvelle, qu’il nomme _Cola astrophora_, une plante qui
+nous semble s’identifier au type même de PALISOT DE BEAUVOIS.
+
+Pour faire la lumière sur ce sujet il était indispensable :
+
+1o D’examiner les types mêmes des auteurs qui ont créé des espèces de
+_Sterculia_ ou de _Cola_ rentrant aujourd’hui dans notre section
+_Eucola_.
+
+2o Etudier de nombreux matériaux en bon état et si possible à l’état
+frais, avec des fleurs et des fruits à plusieurs âges de leur
+développement, afin de définir clairement les diverses espèces ainsi que
+leurs variations.
+
+C’est ce que nous avons fait et nous pensons avoir mis un peu de clarté
+dans une question jusqu’alors très confuse.
+
+Enfin, en parcourant plus de 15.000 kilomètres dans les régions où
+vivent les Kolatiers, nous avons pu indiquer d’une manière précise
+l’aire où vivent les diverses espèces d’_Eucola_ soit à l’état spontané,
+soit à l’état cultivé.
+
+
+ TROISIÈME PARTIE.
+
+ =Etude chimique et pharmacologique.=
+
+
+Les travaux publiés sur la composition chimique des Kolas, sont
+excessivement nombreux, mais de valeur très inégale. Il était donc
+indispensable de les soumettre à une analyse critique très serrée et
+d’entreprendre de nouvelles recherches. C’est ce que fit A. GORIS en
+1907, à l’instigation de l’un de nous. Cet auteur est parvenu à isoler
+des Kolas deux composés cristallisés nouveaux susceptibles de se
+combiner avec la caféine en donnant des composés solubles. Les travaux
+de GORIS sont dispersés dans plusieurs périodiques scientifiques.
+
+Il nous a donc paru utile de faire ici un exposé méthodique des
+découvertes les plus récentes relatives à cette question et nous avons
+indiqué toutes les sources bibliographiques concernant les nombreuses
+études antérieures.
+
+Les travaux concernant l’action physiologique des Kolas sont eux aussi
+extrêmement nombreux et nous avons dû nous borner à exposer les plus
+récents, les travaux plus anciens ayant été longuement analysés par
+HECKEL et SCHLAGDENHAUFFEN.
+
+Il fallait enfin examiner les formes sous lesquelles le Kola est employé
+aujourd’hui et les usages auquel il convient.
+
+
+ QUATRIÈME PARTIE.
+
+ =Etude économique.=
+
+
+Tout ce qui concernera culture, la multiplication, la production et les
+maladies des Kolatiers, intéresse au plus haut point l’agronomie
+tropicale. A ces questions nous avons consacré des chapitres aussi
+documentés que possible.
+
+Le commerce et la géographie commerciale sur lesquels nous avons aussi
+recueilli de nombreux renseignements inédits ont été exposés avec un
+développement en rapport avec leur importance dans nos colonies de
+l’Afrique occidentale.
+
+Quant aux résultats scientifiques et pratiques découlant de notre
+travail, nous avons cru utile de les résumer dans des _Conclusions
+générales_.
+
+Nous n’ignorons pas que notre étude présente encore des lacunes bien que
+nous y ayons travaillé presque sans relâche pendant cinq années.
+
+Nous ne voulons pas en retarder davantage la publication, persuadés
+qu’elle suscitera de nouvelles recherches et que si incomplète qu’elle
+soit, elle fournira des indications utiles à divers spécialistes et
+notamment aux fonctionnaires de l’agriculture coloniale et aux
+industriels et commerçants qui voudront contribuer à vulgariser en
+Europe un des produits les plus précieux du règne végétal.
+
+ Aug. CHEVALIER, Emile PERROT.
+
+Paris, le 24 avril 1911.
+
+ * * * * *
+
+[Illustration : Aug. CHEVALIER et Ém. PERROT.
+
+=Les Kolatiers.=
+
+FIG. 1. — =Kolatier sur une place de la ville de Conakry= (Guinée
+française).]
+
+
+
+
+ PREMIÈRE PARTIE.
+
+ * * * * *
+
+ =Historique général=
+
+ * * * * *
+
+ CHAPITRE PREMIER.
+
+ * * * * *
+
+ =Notes historiques et géographiques sur le Kola avant le XIXe siècle.=
+
+ * * * * *
+
+
+Malgré les rapports indiscutables qui existèrent à l’époque romaine
+entre les peuples de la Méditerranée et les peuplades vivant au-delà du
+Sahara (Æthiopiens et Leucæthiopiens), il semble bien certain que la
+noix de Kola fut complètement ignorée du monde civilisé ancien. A notre
+connaissance, aucun auteur de l’époque latine n’a fait mention d’un
+produit végétal qui puisse lui être assimilé. Les anciens auteurs
+arabes, eux aussi, sont tous restés muets sur cette question.
+
+Cependant il est non moins évident qu’à une époque très reculée, le
+Kolatier était domestiqué dans certaines régions de l’Afrique tropicale
+et ses amandes faisaient déjà l’objet d’un commerce florissant au Soudan
+lorsque l’Islam y pénétra.
+
+Les premiers renseignements sur ce produit précieux parvinrent en Europe
+au XVIe siècle, peu de temps après le début des grands voyages sur la
+côte d’Afrique, voyages inaugurés par les Normands, les Portugais et les
+Gênois, plus d’un siècle avant la découverte de l’Amérique.
+
+Du XVIe au XVIIIe siècle, de nombreux voyageurs, ainsi que des
+géographes et des naturalistes, ont cité les Kolas au nombre des
+productions curieuses rencontrées en Afrique ; mais, à vrai dire, les
+renseignements de ces auteurs sont bien vagues : la légende et les
+anecdotes racontées aux navigateurs par les indigènes trouvent la plus
+grande place dans leurs « Relations ».
+
+LAMARCK, écrivant l’histoire du règne végétal dans l’_Encyclopédie_[1],
+pouvait donc dire, avec juste raison, que l’arbre produisant le Kola
+était encore totalement inconnu à son époque (1789).
+
+Pour montrer combien étaient incertains les renseignements publiés
+jusque-là sur ce produit, nous n’avons pas cru superflu de compulser
+tous les textes anciens dans lesquels il en est fait mention.
+
+Nous donnerons ci-après le répertoire bibliographique précis de ces
+textes ainsi que la traduction littérale ou la citation de ceux qui nous
+ont paru les plus intéressants, afin d’épargner à d’autres une perte de
+temps assez sérieuse[2].
+
+Le plus ancien ouvrage édité en Europe, dans lequel il est question de
+la plante qui nous intéresse, est le livre de LÉON L’AFRICAIN qui
+visita, au commencement du XVIe siècle, une grande partie de l’Afrique
+du Nord, du Sahara et du Soudan occidental, entre le Niger et le Tchad.
+Fixé plus tard en Europe, il publia, en 1556, une relation de ses
+voyages dans laquelle il fit connaître quelques-uns des produits de
+l’Afrique. Ce qu’il dit du Kola est si imprécis qu’il serait impossible
+de reconnaître la précieuse noix sans l’appellation de _Goro_[3] qu’il
+lui donne et qui est encore le nom sous lequel la désignent les
+indigènes du Soudan. D’ailleurs, il est certain que LÉON L’AFRICAIN
+n’avait pas atteint le pays des Kolatiers et qu’il en avait seulement vu
+les amandes apportées par les caravaniers dans la région qu’il a
+parcourue.
+
+TEMPORAL donne la traduction suivante du paragraphe relatif à ce
+produit :
+
+« Toutes les régions qui sont autour d’icelui (fleuve Niger) ont fort
+bonnes terres, qui produisent des graines en grande abondance et du
+bétail une infinité ; mais il n’y croît aucune espèce de fruits, hors
+quelques-uns que portent certains arbres d’une merveilleuse grandeur, et
+leur fruit ressemble aux chataignes tenant quelque peu de l’amer. Ces
+arbres croissent assez loin de la mer, en terre ferme et le fruit est
+nommé _Goro_. »
+
+Dans la littérature arabe la plus ancienne, on aurait trouvé également
+une citation concernant la noix de Kola. C’est ainsi qu’un médecin EL
+GHAFFKI vantait déjà ses propriétés reconstituantes, disent certains
+ouvrages. Nous avons pu nous assurer qu’il y a là une erreur commise par
+le traducteur du célèbre auteur arabe IBN-EL-BEITHAR[4] qui donne en
+effet, d’après ce médecin dont les écrits ne sont point parvenus jusqu’à
+nous, la description incomplète et invraisemblable d’une plante qui fut
+rapportée par le traducteur à un _Sterculia_. Nous n’hésitons pas à nous
+inscrire en faux contre cette assertion. Il s’agit sans doute d’une
+espèce de Zingibéracée.
+
+Quarante-neuf ans plus tard, DALECHAMPS[5], dans son _Histoire des
+plantes_, reprit les notes de LÉON L’AFRICAIN.
+
+C’est au portugais Eduardo LOPEZ[6], qu’est due la première description
+exacte du fruit et de l’amande du Kolatier. La relation originale de ce
+navigateur n’est malheureusement point parvenue jusqu’à nous, mais, il
+en fut fait par PIGAFETTA deux traductions, l’une en italien, l’autre en
+latin, qui ont été conservées. Voici la transcription du texte italien :
+
+« .... Il y a d’autres arbres qui produisent des fruits nommés _Cola_.
+Ces fruits sont grands comme des pommes de pin et ont à l’intérieur
+d’autres fruits semblables à des châtaignes dans lesquels il y a quatre
+pulpes séparées de couleur rouge et incarnat. On les met dans la bouche,
+on les mâche et on les mange pour éteindre la soif et rendre l’eau
+sapide. Ils soutiennent l’estomac et lui sont agréables. Ils sont bons
+surtout pour le mal de foie. L’on disait qu’en aspergeant de cette
+matière le foie déjà putréfié de poule ou d’un autre oiseau semblable,
+le foie recouvre sa fraîcheur et presque son état primitif. Cet aliment
+est d’un usage commun à tous, en grande quantité et c’est à cause de
+cela une bonne denrée. »
+
+A part la fable de la fin qui est dans le goût de l’époque, cette courte
+note renferme des renseignements intéressants dont l’exactitude fut
+reconnue par la suite. Les fruits semblables à des pommes de pin dont
+parle l’auteur sont des follicules et les autres fruits contenus à
+l’intérieur des premiers, semblables à des châtaignes et dans lesquels
+« il y a quatre pulpes séparées de couleur rouge » ne sont autres que
+les amandes.
+
+Il est curieux de constater que PIGAFETTA faisait ainsi connaître la
+noix de _Kola à quatre cotylédons_ qui ne devait être signalée à nouveau
+que trois siècles plus tard. C’est en effet cette espèce qui existe dans
+la région du Congo où Eduardo LOPEZ avait navigué.
+
+Quelques années seulement après cette publication, Charles DE L’ECLUSE
+(CLUSIUS) donnait de nouveaux renseignements sur le Kola.
+
+Il avait en effet reçu d’un médecin hollandais, nommé ROELSIUS, deux
+morceaux d’une noix ainsi que la curieuse lettre traduite ci-après,
+qu’il publia dans ses _Mémoires_ sur les végétaux exotiques[7].
+
+« Le _Coles_, dit-il, est le fruit d’un arbre, lequel a des feuilles de
+poirier, mais plus longues. Toutefois l’arbre qui porte les Coles doit
+appartenir aux arbres ou arbustes à silique, car ce fruit ressemble à
+nos fèves ou haricots, sauf que les siliques sont plus longues et plus
+grandes et de couleur blanche. Il y a dedans quatre ou cinq fruits
+semblables aux deux que je vous donne, chacun d’eux est recouvert d’une
+écorce blanche ; celle-ci étant enlevée, la partie intérieure du fruit
+est rouge incarnat, possédant la couleur du cinabre et du minium, que le
+chirurgien qui m’a donné ces noix appelait « vermillon » dans notre
+langue. Le fruit, facilement décortiqué, se sépare en deux moitiés,
+comme nos fèves.
+
+« Les deux que je vous envoie étaient unis. Le fruit de Cola desséché
+est solide et très dur, de sorte que l’on s’étonne d’entendre dire qu’il
+convient à l’estomac et qu’étant mâché, il donne de la saveur à
+n’importe quelle boisson que l’on prend ensuite. Les habitants de la
+région du Cap-Vert les prennent toujours à jeun et, à ce qu’ils disent,
+supportent le jeûne un jour entier, dès qu’ils en ont mangé trois ou
+quatre.
+
+« Voilà ce que je sais de ce fruit, non par expérience, mais pour
+l’avoir entendu dire et que, dans mon musée de Middelburg, vous m’avez
+demandé de vous écrire. »
+
+Et CLUSIUS ajoute :
+
+« C’est là tout ce que dit ROELSIUS. J’ai observé que les fruits envoyés
+par ROELSIUS étaient troués par le milieu et avaient dû être traversés
+d’un fil pour être suspendus et (ainsi que je le suppose) plus
+facilement desséchés et facilement conservés. »
+
+Le fruit couleur rouge incarnat qui se sépare en deux moitiés, suivant
+l’expression de ROELSIUS, est bien certainement le _Kola à deux
+cotylédons_. C’est du reste, encore aujourd’hui, la seule espèce qui
+soit importée et consommée par les indigènes de la région du Cap-Vert.
+
+En 1605, les deux groupes d’espèces fournissant de bonnes noix de Kola —
+_Cola acuminata_ et _Cola nitida_ — avaient donc déjà été observées,
+mais personne ne songea à les différencier tant les renseignements
+recueillis à leur sujet étaient imprécis.
+
+Les observations qui suivent concernent le groupe du _Cola acuminata_
+lorsqu’elles ont été faites le long de la côte au sud et à l’est du
+Golfe de Guinée, et le _Cola nitida_ quand elles se rapportent à la
+Sénégambie, au Soudan et aux pays côtiers situés à l’ouest de la Côte
+d’Or.
+
+On lit également dans le _Pinax_[8], de G. BAUHIN, publié en 1620, une
+courte note se rapportant à ces graines décrites sous la mention
+suivante : _X. — Arbor fructu nucis pinæ specie_.
+
+J. BAUHIN, un peu plus tard, en 1651, résume dans son _Histoire
+Universelle des Plantes_ ce que l’on sait du Kola, et il en est fait
+mention dans plusieurs chapitres. Nous pensons qu’il est inutile de les
+reproduire[9].
+
+Dans les relations des missionnaires apostoliques du Congo, le P. CARLI,
+en 1668, signale qu’on lui apporta à Bamba « quantité de racines rondes
+semblables à des truffes, mais qui croissent sur des arbres et qui sont
+de la grosseur des limons. Elles renferment quatre ou cinq noix dont
+l’intérieur est rouge. L’usage des nègres est de les couvrir de terre
+pour les conserver fraîches. S’ils veulent les manger, ils les lavent
+soigneusement et ne manquent point de boire un peu d’eau après les avoir
+avalées. Le goût en est amer, mais cette amertume fait trouver l’eau
+délicieuse. On les appelle _Kola_ et les Portugais de Loanda les aiment
+beaucoup. CARLI envoya une caisse de ces noix à ses amis de l’Europe qui
+lui marquèrent leur reconnaissance par divers présens[10] ».
+
+L’_Histoire Générale des Voyages_, d’où provient la citation ci-dessus
+publiée par l’abbé PREVOST en 1748, renferme de curieux renseignements
+sur les Kolas. L’auteur a rassemblé dans cette encyclopédie à peu près
+tout ce que les voyageurs antérieurs ont dit sur ces fruits. Aux
+indications de LOPEZ et de ROELSIUS sont jointes celles de MEROLLA,
+DAPPER, FUICH, JOBSON, BRÜE, etc...
+
+D’après LOPEZ, « le Kola est d’un usage fort commun au Congo et son
+abondance en rend le prix très vil. » Le même auteur met l’arbre qui le
+produit au rang des palmiers. MEROLLA dit que la première écorce, ou
+plutôt la cosse du Kola renferme plusieurs fruits et que sa couleur est
+d’un rouge cramoisi. Les Portugais font tant de cas de cette espèce de
+noix, continue-t-il, que s’ils rencontrent une dame dans les rues leur
+première civilité consiste à lui offrir du Kola. DAPPER a compté jusqu’à
+10 ou 12 noix dans une même cosse. Il ajoute que « ce fruit ne vient
+qu’une fois l’année et que si l’on en mange le soir, il trouble le
+sommeil[11]. »
+
+Cette collection de Relations de voyages rapporte aussi l’usage du Kola,
+d’après MOORE, en 1735. Ce voyageur[12] signale que, chez certains
+nègres, les noix de Kola entrent dans la série des cadeaux dus au père
+de la fiancée par le fiancé. FUICH, dans son exploration du Sierra
+Leone, en 1607, avait déjà signalé des faits analogues que nous
+rapportons :
+
+« Plus loin dans l’intérieur des terres, il croît un fruit nommé Cola ou
+Kola, dans une coque assez épaisse. Il est dur, rougeâtre, amer, à peu
+près de la grosseur d’une noix, et divisé par divers angles. Les nègres
+font des provisions de ce fruit et le mâchent, mêlé avec l’écorce d’un
+certain arbre. Leur manière de s’en servir n’a rien d’agréable pour les
+Européens. Celui qui commence à le mâcher le donne ensuite à son voisin,
+qui le mâche à son tour et qui le donne au nègre suivant. Ainsi chacun
+le mâche successivement, sans rien avaler de la substance. Ils le
+croient excellent pour la conservation des dents et des gencives. Les
+chevaux n’ont pas les dents plus fortes que la plupart des nègres. Ce
+fruit leur sert aussi de monnoye courante, et le pays n’en a pas
+d’autre.
+
+« L’auteur du _Golden Trade_ observe que le Kola est fort estimé des
+nègres qui habitent les bords de la Gambie, et que les Anglais ne lui
+donnent pas d’autre nom que celui de noix. Elles ressemblent, dit-il,
+aux châtaignes de la plus grosse espèce, mais leur coque est moins dure.
+Le goût en est amer. On en fait tant de cas parmi les nègres, que dix
+noix de Kola font un présent digne des plus grands rois. Après en avoir
+mâché, l’eau la plus commune prend le goût de vin blanc et paraît mêlée
+de sucre. Le tabac même en tire une douceur singulière. On n’attribue
+d’ailleurs aucune autre qualité au Kola. Les personnes âgées, qui ne
+sont plus capables de le mâcher, le font broyer pour leur usage. Mais ce
+n’est pas le peuple qui peut se procurer un ragoût si délicieux, car 50
+noix suffisent pour acheter une femme. On en fit présent de six à
+JOBSON, mais il n’eut jamais l’occasion d’en voir croître sur l’arbre.
+Les Portugais prétendent que le Kola vient du pays de l’Or, et que les
+nègres de la Gambie le reçoivent dans une grande baye au delà de Cachac,
+où ils trouvent d’autres nègres qui leur apportent de l’or et quantité
+de Kola. Cependant JOBSON remarque qu’on le trouve plus cher à mesure
+qu’on descend la rivière et que, plus haut, les nègres l’ont avec plus
+d’abondance, sans qu’il ait pu découvrir d’où ils le reçoivent. Ils
+paraissaient surpris que les Anglais ne l’estimassent pas autant qu’eux.
+JOBSON se proposait d’en apporter quelques noix en Angleterre, mais il
+s’aperçut qu’il s’y forme des vers, et qu’elles ne peuvent se conserver.
+
+« BARBOT décrit l’arbre qui produit cette fameuse noix. Il lui donne le
+nom de _Frogolo_. Il assure que la région de Sierra Leone en est
+remplie ; qu’il est d’une hauteur médiocre ; que la circonférence du
+tronc est de 5 ou 6 pieds ; que le fruit ressemble aux châtaignes, et
+qu’il croît en pelotons de dix ou douze noix, dont quatre ou cinq sont
+sous la même coque, divisées par une peau fort mince ; que le dehors de
+chaque noix est rouge avec quelque mélange de bleu ; que si elle est
+coupée, le dedans paraît d’un violet foncé. Les nègres et les Portugais
+en demandent sans cesse, comme les Indiens ne demandent que leur arrak
+et leur bétel. Il ne vient qu’une fois chaque année, continue BARBOT ;
+il est d’un goût qui tire sur l’amer ; il fait trouver l’eau fort
+agréable ; et il est fort diurétique. Les nègres en font un commerce
+considérable dans les terres. Ils en fournissent une race d’hommes
+blancs[13] qui viennent le prendre de fort loin ; et le même auteur
+apprit des Anglais de l’Isle de Bense, qu’il en passe tous les ans par
+terre une fort grosse quantité à Tunis et à Tripoli. »
+
+Le P. LABAT, historiographe du chevalier DE BRÜE, le directeur de la
+Compagnie des Indes au Sénégal, dans la relation de voyage de ce
+dernier, fournit à plus d’un siècle d’intervalle, un certain nombre de
+renseignements qui confirment les dires de FUICH et d’autres qui les
+infirment[14].
+
+DE BRÜE remarqua, pour la première fois, des Kolas entre les mains des
+indigènes, en 1701, en se rendant de la rivière Gambie au rio Cacheo. Il
+s’arrêta au village de Bintan sur la rivière de Saint-Grigou, —
+aujourd’hui Songrougou en Casamance.
+
+« Là il fut reçu par la femme d’un capitaine anglais nommé Agis, une
+mulâtresse veuve d’un Portugais et après « quelques instants de
+conversation, une de ses esclaves, jeune et belle, mais vêtue fort
+immodestement, présenta à M. DE BRÜE et à sa compagnie un bassin rempli
+de _colles_ ».
+
+« Ce sont des fruits qui approchent beaucoup pour la figure, l’odeur, la
+grosseur, la couleur et le goût des marrons d’Inde. Ce ne sont pourtant
+pas des marrons d’Inde, du moins de l’espèce de ceux que l’on voit si
+commun à Paris. Je suis fâché que mes mémoires ne me descrivent pas
+assez clairement l’arbre qui les porte, pour en faire part au public. Ce
+que j’en sçai, c’est que ces fruits viennent de plus de trois cents
+lieues à l’est de Bintan. On en trouve encore à Serre-Lionne, mais en
+plus petite quantité, et par cet endroit on les estime plus que ceux qui
+viennent de plus loin et qui sont plus rares. Ce fruit est environné de
+deux écorces : la première est grise, assez forte, dure et cassante ; la
+seconde qui est la plus proche de la chair, n’est qu’une pellicule
+blanchâtre, mince et peu adhérente quand le fruit est un peu sec.
+
+« Ce fruit est amer, et n’a, ce me semble, d’autre vertu que d’imprégner
+la bouche d’une amertume que les Portugais et les Nègres du païs disent
+être excellente pour faire trouver l’eau que l’on boit ensuite des plus
+délicieuses. Il est vrai qu’il faut que l’eau soit bien mauvaise pour ne
+pas paraître bonne après un tel manger. Les gens sages disent que
+l’usage fréquent de ce fruit gâte l’estomac ; je n’en sçai rien de bien
+assuré : ce que je sçai et qui est connu de tout le monde, c’est qu’il
+rend la salive et les dents toutes jaunes ; on peut tirer de là telle
+conjecture qu’on voudra ».
+
+Il est curieux de constater le peu d’intérêt que DE BRÜE et le P. LABAT
+attachaient à cette époque à la noix de Kola. Ce produit, bien qu’il fût
+consommé dès le XVIe siècle au Cap-Vert, devait être encore relativement
+peu apprécié par les indigènes du Sénégal proprement dit, puisque DE
+BRÜE, qui vivait depuis longtemps en Afrique occidentale, ne semble pas
+l’avoir observé avant son voyage dans les pays colonisés par les
+Portugais.
+
+Nous pensons que les colons portugais contribuèrent beaucoup à
+développer la consommation de cette denrée, de même qu’ils avaient déjà
+contribué à introduire et à développer tant de cultures intéressantes le
+long de la côte occidentale d’Afrique.
+
+Lorsque le célèbre botaniste ADANSON parcourut le Sénégal de 1750 à
+1755, les noix de Kola étaient encore probablement inconnues au Sénégal,
+car il n’y fait aucune allusion dans ses récits de voyage.
+
+Pour compléter cette première partie, il convient de citer encore J.
+MATHEWS qui explora Sierra-Leone à la fin du XVIIIe siècle[15] :
+
+« Le fruit par excellence suivant les indigènes, c’est le _Kola_.
+L’arbre comme le fruit ressemble beaucoup au noyer. Le fruit se présente
+en grappes serrées de 6 ou 8. Il est recouvert au dehors d’une écorce
+épaisse et coriace, en dedans d’une écorce plus mince et blanche. Dégagé
+de ses enveloppes, il se divise en deux lobes. Sa couleur est pourpre ou
+blanche : la première espèce obtient la préférence. Son goût tient de
+celui du quinquina et on lui assigne les mêmes vertus. Ceux qui peuvent
+s’en procurer en mâchent toute l’année. On l’offre à ses hôtes à leur
+arrivée et à leur départ. C’est le présent qu’on fait aux chefs. On
+l’envoie aussi dans les grandes occasions, soit pour sceller la paix,
+soit pour déclarer la guerre. Aussi en fait-on un très grand commerce
+avec l’intérieur de l’Afrique et avec les Portugais de Basson[16]. Le
+rivage du Bulland opposé à la Sierra-Leone et les bords de la rivière
+Scarcie sont les lieux qui le produisent meilleur et en plus grande
+abondance ».
+
+THONNING, conseiller d’Etat au Danemark, qui séjourna à Christianburg,
+aujourd’hui Accra (Gold Coast), vers la fin du XVIIIe siècle, recueillit
+quelques notes et des échantillons d’un kolatier qui fut décrit en 1827,
+par SCHUMACHER, sous le nom de _Sterculia verticillata_. Ces
+observations ne portent donc point sur la période qui nous occupe et
+nous en reparlerons dans l’un des chapitres suivants.
+
+ * * * * *
+
+
+[Note 1 : DE LAMARCK. — Encycl. méthodique. Bot., III, 1789, p. 370.]
+
+[Note 2 : Nous avons été grandement aidés dans ce travail par M.
+DORVEAUX, l’érudit bibliothécaire de l’Ecole supérieure de Pharmacie de
+Paris.]
+
+[Note 3 : JOANNIS-LEONIS AFRICANI. — De totius Africæ descriptione. Lib.
+IX, Anvers, 1556, p. 29. Voir aussi : _Edition française_ du même auteur
+annotée par SCHEFFER, Paris, 1896, I, p. 110 et enfin l’ouvrage
+suivant : De l’Afrique, contenant la description de ce pays par LÉON
+L’AFRICAIN, édition TEMPORAL, 1830, I, 87-88.]
+
+[Note 4 : IBN-EL-BEITHAR. — Traité des Simples. Notices et Extraits des
+manuscrits de la Bibliothèque nationale, Paris, 1877, XXIII, p. 383
+(Trad. française de L. LECLERC).]
+
+[Note 5 : DALECHAMPS. — Hist. gen. plantarum, Lyon, 1586, liv. XVIII,
+chap. LXXII, p. 1838 (Art. _Gor_).
+
+Voici le texte de DALECHAMPS : « Ad fluvium, qui Niger dicitur, nullæ
+arbores fructiferæ præter pauces admodum. Interquas una, cujus fructus
+castanea similis, sed amarus. _Gor_ vocant incolæ. Joannes Leo (lib. I,
+Descriptionis Africæ) tradit has arbores mirandæ esse procoritates,
+satis procul a mari, in continente. »]
+
+[Note 6 : Fileppo PIGAFETTA. — Relatione del Reame di Congo et delle
+Circonvicine Contrade. Tratta dalli scritti oragionamenti di Odoardo
+LOPEZ, portoghese. Roma, 1593, 41.]
+
+[Note 7 : C. CLUSIUS. — Exoticorum, Leyde, lib. III, 1605, p. 65. Avant
+le passage que nous traduisons, CLUSIUS dit qu’un nommé Jacob GORETO lui
+avait déjà envoyé une sorte de grosse fève, dont il donne le dessin, qui
+permet facilement de reconnaître une noix de l’espèce de Kola à deux
+cotylédons (fig. V, p. 64) et qui est le _Coles_ de cet auteur.]
+
+[Note 8 : G. BAUHIN. — Pinax, Liv. XII, section VI, p. 507. Dans ce
+groupe, il range d’abord un premier arbre : _Melenken Theveti in
+necumarc maris Indici insula_ Ludg. Cette phrase ne se rapporte pas au
+Cola.
+
+G. BAUHIN continue : Huc referri possunt. Palmæ aliæ, quarum fructus
+Cola dicitur nuci pinæ majoris similis..... etc. (D’après PIGAFETTA).]
+
+[Note 9 : J. BAUHIN. — Historia plantarum universalis, voir t. I, 1651 ;
+p. 210, chap. XXVI : _Cola fructus ad sitim_... et chap. VII, p. 425,
+_Coles, Cacao firmam quodam_.]
+
+[Note 10 : Abbé PREVOST, A. DELEYRE, etc. — Histoire Générale des
+Voyages, III, 1746, 224.]
+
+[Note 11 : Abbé PREVOST. — Loc. cit., V, p. 72.]
+
+[Note 12 : id. p. 168.]
+
+[Note 13 : Il est probablement fait allusion aux Maures qui voyagent
+parfois avec les dioulas (caravaniers) soudanais.]
+
+[Note 14 : R. P. LABAT. — Nouvelle relation de l’Afrique Occidentale ;
+1728, vol. 4 et 8.
+
+Voir aussi LÉMERY. — Dict. univ. des Drogues simples, Paris, 1733, 3e
+éd., 259.]
+
+[Note 15 : J. MATHEWS (Trad. BELLART). — Voyage à la rivière de Sierra-
+Leone, Paris, 1789, p. 57.]
+
+[Note 16 : Il s’agit vraisemblablement de Bissao (Guinée portugaise).]
+
+
+
+
+ CHAPITRE II.
+
+ * * * * *
+
+ =Le Kola et les Kolatiers au XIXe siècle.=
+
+ * * * * *
+
+
+La connaissance de la noix de Kola à la fin du XVIIIe siècle se
+réduisait donc à quelques relations de voyageurs ayant surtout trait aux
+qualités hygiéniques et médicinales qu’on attribuait à la noix.
+
+La plante productrice n’était point connue ; on ne soupçonnait même pas
+à quel groupe du règne végétal appartenaient les arbres producteurs de
+l’amande si renommée en Afrique. C’est au botaniste PALISOT DE BEAUVOIS
+qui séjourna aux royaumes d’Oware et de Bénin en 1786 et 1787, que l’on
+doit les premiers renseignements précis sur le Kolatier de ce pays,
+espèce qu’il dénomma _Sterculia acuminata_[17].
+
+Est-ce à dire qu’il fut le premier à décrire une espèce de _Cola_
+comestible ? Cela est extrêmement difficile à établir et nous nous
+sommes livrés à ce sujet à des recherches particulièrement délicates que
+nous exposerons dans le chapitre suivant, en traitant de l’Histoire
+botanique des Kolatiers.
+
+Nous montrerons que c’est le botaniste VENTENAT qui a donné à une espèce
+de ce groupe de Kolatiers, les premières dénominations scientifiques de
+_Sterculia nitida_ et _S. grandiflora_.
+
+Toutefois VENTENAT n’eût point connaissance des propriétés des graines
+des espèces qu’il décrivit et ne soupçonna même point qu’elles pouvaient
+être la source des noix de Kola.
+
+En revanche, PALISOT DE BEAUVOIS n’avait pas ignoré les usages du Kola,
+puisqu’il rapporte que « les nègres d’Oware mangent ce fruit avec une
+sorte de délices, avant leur repas, non pas à cause de son bont goût
+puisqu’il laisse dans la bouche une espèce d’apreté acide, mais à raison
+de la propriété singulière qu’il a de faire trouver bon tout ce qu’on
+mange après en avoir mâché. »
+
+« Il n’y a pas de doute, continue-t-il, que le _Sterculia acuminata_,
+dont le fruit et les amandes ressemblent à ceux du Kola dans la
+description des anciens voyageurs et botanistes qui croît à Oware où il
+porte aussi le nom de _Kola_ et dont les propriétés sont à peu près les
+mêmes, ne soit le Cola mentionné dans les ouvrages des deux BAUHIN ;
+mais _il faut rejeter le merveilleux qu’on lui attribue_ ».
+
+Il s’attache donc à réfuter les assertions de l’auteur de l’Histoire des
+Voyages... « la noix, dit-il, n’est ni rare ni précieuse, j’en ai
+échangé plusieurs fois 20 à 30 noix pour une poignée de cauris dont deux
+ou trois tonnes pleines n’auraient pas payé la femme la moins
+parfaite ».
+
+PALISOT DE BEAUVOIS exagérait le prix des négresses — à moins qu’elles
+n’aient beaucoup perdu de leur valeur depuis la suppression de la traite
+côtière des esclaves ! — suppression qui, d’après ses prévisions aussi
+erronées que celles de Mme de Sévigné en ce qui concernait l’avenir du
+café, devait entraîner la ruine de l’Afrique.
+
+Nous reproduirons plus loin ce que raconte cet auteur dont les
+assertions furent reprises par POIRET en 1806, pour la rédaction de
+l’article _Sterculier_ de l’Encyclopédie botanique qu’il continuait
+après LAMARCK[18]. Disons cependant de suite que des erreurs
+scientifiques assez importantes sont à relever dans la diagnose
+botanique de PALISOT DE BEAUVOIS et qu’il ne faut pas prendre à la
+lettre sa critique des récits des voyageurs qui avaient parlé du Kola
+avant lui.
+
+C’est qu’en effet, il voyagea dans une région où ne croît pas l’arbre
+producteur de la graîne estimée au Soudan, la noix de Kola à deux
+cotylédons ; il ne put observer que l’arbre produisant la noix de Kola à
+quatre cotylédons que les nègres consomment seulement quand ils n’ont pu
+se procurer l’autre espèce qu’ils considèrent comme bien supérieure.
+
+A l’époque où MUNGO-PARK fit son premier (1793-1797) et son deuxième
+voyage (1805), les Kolas étaient encore probablement peu connus sur les
+marchés de la Sénégambie et du Niger moyen, puisque le célèbre voyageur
+ne cite pas cette denrée parmi les produits vendus au marché de
+Sansanding[19], ni même dans la mercuriale des produits d’Afrique. Sa
+relation ne fait mention qu’une seule fois des fameuses noix : à
+Julikunda (dans le Dentilia), le roi lui offrit quelques noix de Kola.
+
+Vers la même époque cependant, DURAND[20] le directeur de la Compagnie
+du Sénégal (1784-1785), à l’occasion de son voyage au Serre-Lionne,
+parle du commerce du « Colles » fruit « que les Portugais trouvent
+excellent, malgré son amertume, parce qu’il a la propriété de faire
+trouver une grande saveur à l’eau » et il ajoute plus loin : « Le Cola,
+fruit fameux dans ce pays, est très estimé par les naturels et par les
+Portugais qui l’emploient comme le quinquina. Ces derniers envoient de
+petits navires le long de la côte pour en ramasser le plus possible ».
+
+Le même produit est également signalé par TUCKEY en 1818[21] comme
+fréquent sur la côte du Congo, où il porte le nom de Cola (_Sterculia
+acuminata_ Pal. de Beauv.).
+
+G. DON, qui explora, en 1822, la côte occidentale d’Afrique, rapporta
+des échantillons botaniques nombreux parmi lesquels se trouvait la
+plante qu’il décrivit sous le nom de _Sterculia macrocarpa_ et dont il
+sera question plus loin.
+
+Avec le grand voyageur R. CAILLIÉ[22], les renseignements, jusqu’ici
+très clairsemés, se font un peu plus précis.
+
+Cet explorateur parcourut une grande partie du Soudan, de 1824 à 1828,
+et son journal de voyage publié en 1830 renferme de nombreuses citations
+concernant le Kola.
+
+Il parle d’abord de cette graine à propos des mœurs des Nalans et des
+Landanas de la Guinée française. Pour le mariage (I, 236), « le jeune
+homme envoie un dernier présent de rum, de tabac et de _quelques noix de
+Colats_[23] très communs sur les bords du Rio-Nunez et qui doivent
+toujours être de couleurs différents ». Il raconte ensuite que « le père
+de la prétendue prend deux des Colats, l’un blanc, l’autre rouge ; il
+les coupe par le milieu et jette en l’air la moitié de chacun pour en
+tirer un augure favorable. Après avoir examiné la manière dont ils sont
+tombés, s’il est satisfait sur ce point, il appelle sa fille qui n’est
+pas encore instruite des demandes qu’on a faites pour l’obtenir et qui
+le plus souvent ne connaît point l’amant qui la recherche.
+
+« Il lui fait manger un morceau de chaque moitié des Colats dont il a
+tiré un présage et la prévient, en présence des assistants, qu’elle va
+devenir l’épouse de celui qui a envoyé les présents et, le jour même,
+sans consulter son goût on emmène la malheureuse chez l’époux qu’elle
+n’aimera peut-être jamais ».
+
+René CAILLIÉ se servit du Kola, comme monnaie ou comme cadeau, à maintes
+reprises au cours de son voyage et le cite comme drogue d’échange
+commerciale à Jeinné (Djenné) et aussi chez les piroguiers du Niger.
+
+« Le 5 août, dit-il (II, 5), les marchands mandingues destinés à faire
+le voyage de Djenné, mirent des feuilles fraîches à leurs Colats pour
+les tenir dans l’humidité ; ils les visitèrent tous et les comptèrent :
+ils ont aussi coutume de les humecter avec un peu d’eau pour les
+conserver.
+
+« Le 6, la caravanne se mit en route quoiqu’il plût à verse.
+
+« Les voyageurs étaient au nombre de 15 à 20, hommes et femmes emportant
+chacun sur sa tête une charge de 3.500 colats, fardeau que je soulevais
+à peine. Les habitants m’ont assuré que le produit en sel des 3.500
+colats vendus à Timé était le prix de deux esclaves, mais leur bénéfice
+comme j’ai pu en juger plus tard, n’est pas considérable, parce qu’ils
+sont obligés de faire de grandes dépenses le long de la route, non
+seulement pour subvenir à leur subsistance, mais encore pour payer les
+droits de passe. La vente de leurs Colats varie beaucoup, comme je l’ai
+vu par la suite : ces fruits ne croissent pas dans ce pays... ».
+
+Plus loin (II, p. 17), il ajoute : « Les habitants de Timé sont
+mandingues, ils font tous des voyages à Jeinné », mais ils ne peuvent
+faire « que deux voyages par année parce qu’ils sont obligés d’aller à
+Tenti et à Cani, situés à 15 jours au sud de Timé pour acheter leurs
+Colats. Ils me dirent que les habitants de ces villages vont eux-mêmes
+bien loin au sud dans un pays appelé Toman[24], pour se les procurer.
+
+« A leur retour, ils enfouissent les Colats, les recouvrent de feuilles
+puis de terre, pour les conserver. Ce fruit a la propriété de se
+maintenir frais pendant 9 à 10 mois en prenant la précaution de
+renouveler les feuilles. L’arbre à Colats est très répandu dans la
+partie du sud : il y en a beaucoup dans le Kissi, le Couranco, la
+Sangaran et le Kissi-Kissi.
+
+« Ce commerce est généralement répandu dans l’intérieur ; car les
+habitants, presque privés de toute espèce de fruits attachent un très
+grand prix à celui-ci et mettent une sorte de luxe à en avoir. Les
+vieillards qui n’ont plus de dents, se servent, pour le réduire en
+poudre, d’une petite râpe, qui est tout uniment un morceau de fer blanc
+auquel ils font des trous très rapprochés. Les Bambaras aiment beaucoup
+ce fruit ; mais comme ils n’ont pas la facilité d’aller dans le pays où
+on le récolte, ils en achètent pour du coton et autres produits de leur
+industrie agricole.
+
+« L’arbre à Colats vient à la hauteur d’un prunier et en a le port ; les
+feuilles sont alternes et larges deux fois comme celles du prunier ; la
+fleur en est petite, blanche, à corolle polypétale.
+
+« Le fruit est couvert d’une première enveloppe, couleur jaune de
+rouille ; après l’avoir enlevée, on trouve une pulpe rose, ou d’un blanc
+qui devient verdâtre en acquérant sa parfaite maturité : _le même arbre
+porte des fruits de deux couleurs_. La noix de Colat a la grosseur du
+marron et la même consistance : elle paraît d’abord très amère au goût ;
+mais après qu’on l’a mangée, elle laisse une saveur très douce, qui
+plaît beaucoup aux nègres ; en buvant un verre d’eau par dessus, il
+semble qu’on ait pris soin de le sucrer. La noix se sépare facilement
+sans se casser ni changer de couleur, mais si l’on brise l’une des deux
+moitiés et qu’on la laisse un instant à l’air, on s’aperçoit que la
+pulpe, de rose ou blanche qu’elle était, devient couleur de rouille ».
+
+Parvenu à Tombouctou, le même auteur dit enfin (II, 303) : « J’étais
+surpris du peu d’activité, je dirais même de l’inertie qui régnait dans
+la ville. Quelques marchands de noix de Colats criaient leur marchandise
+comme à Jenné... ».
+
+Le botaniste HEUDELOT, directeur des cultures royales au Sénégal, chargé
+de mission par le Muséum d’Histoire naturelle, se rendit de 1836 à 1837,
+du Sénégal à la Gambie et au Rio-Nunez puis au Rio-Pongo. C’est dans
+cette dernière région qu’il put observer les Kolatiers de la bonne
+espèce. Il en rapporta des spécimens botaniques accompagnés d’une
+étiquette portant d’excellents renseignements publiées par BAILLON[25].
+L’arbre fut inexactement dénommé _Sterculia acuminata_ (no 896), et
+voici les renseignements qu’il donne à son sujet :
+
+« Croît en petite quantité sur les bords du Rio-Pongo, la véritable
+époque de la floraison est de septembre à novembre. Je n’ai rencontré
+qu’un seul arbre qui eut quelques fleurs pendant le mois de mai.
+
+« Cet arbre, qui est désigné sous le nom de _Cola_ par les diverses
+peuplades qui habitent le littoral de la mer au-delà de la Casamance, et
+sous celui de _Ngourou_ par les habitants du Fouta-Djalon et ceux des
+bords de la Gambie, jouit d’une grande célébrité dans toute cette partie
+de l’Afrique. Son fruit, d’un goût d’abord amer et laissant à la bouche,
+après l’avoir mâché, une saveur semblable à peu près à celle du jus de
+réglisse, fait trouver l’eau excellente. Il est l’objet d’un commerce
+considérable dans tout l’intérieur de cette partie de l’Afrique. Les
+Mahométans le regardent comme un fruit divin apporté par le Prophète,
+aussi est-il exhorbitamment cher dans les contrées éloignées de celles
+où cet arbre croît, tels que dans le Boundou et le Gabon. Il y aurait
+une foule de choses intéressantes à dire au sujet de cet arbre dont il
+ne peut être fait mention. Il existe deux variétés, l’une à noix rouges,
+l’autre à noix blanches ».
+
+Dans le supplément du remarquable ouvrage de F. V. MÉRAT publié en 1846,
+qui complète les renseignements contenus dans son Dictionnaire de
+Matière médicale[26], il est simplement fait mention que le Dr BUSSEUIL
+lui a remis, « à son retour d’Afrique, des notes manuscrites sur
+différents végétaux de ce pays ; ce qui concerne la noix de Gourou,
+fruit du _Sterculia acuminata_, diffère par quelques détails de ceux des
+autres voyageurs ; ainsi il dit que l’amande, qui se divise en deux
+parties, a la saveur du gland et qu’elle est blanche au dedans. Il en a
+usé pour rendre la sapidité de l’eau plus agréable, et il a éprouvé
+qu’effectivement elle est plus douce après avoir mâché cette amande que
+sans cette mastication ».
+
+Ce fut aux explorateurs de la dernière moitié du XIXe siècle qu’il
+appartenait de nous faire connaître les principales régions de
+croissance des Kolatiers et l’importance commerciale qu’ont acquis les
+fruits de ces arbres dans les régions soudanaises, tandis que de leur
+côté, après PALISOT DE BEAUVOIS, les botanistes SCHUMACHER, Rob. BROWN,
+BARTER, HECKEL, K. SCHUMANN devaient essayer de nous révéler
+successivement la véritable place dans la classification et l’histoire
+naturelle des arbres produisant les noix de Kola.
+
+Les renseignements les plus précieux furent fournis par le botaniste de
+l’expédition de la Pleïade, le Dr BARTER, dans une lettre adressée à Sir
+W. J. HOOKER, datée de Fernando-Po, le 2 janvier 1859 et qui fut
+communiquée à la Société Linnéenne de Londres[27] :
+
+« J’ai remarqué particulièrement deux espèces de noix de Cola, produites
+par deux arbres différents ; les unes avec 4 cotylédons appelés
+« _Fatak_ » par les Foulahs, les autres avec 2 cotylédons appelées
+« _Gonja_ » par le même peuple. Je n’ai vu aucun arbre producteur de ces
+dernières, mais on raconte qu’elles proviennent de la contrée des
+Ashantis. La noix que je présente a été prélevée à Rabba, dans le stock
+d’une caravane revenant à la côte.
+
+« L’espèce à 4 cotylédons est l’arbre que j’ai précisément mentionné
+comme existant à Fernando-Pô. Je l’ai rencontré communément dans
+plusieurs endroits du Bas-Niger ; il est abondant à Onitsha ; il
+apparaît aussi à l’Ile du Prince et il est évidemment commun sur toute
+la côte[28].
+
+« Les fleurs, comme chez les autres Sterculiacées de ce pays, sont de
+couleur variable, crême, jaune-verdâtre ou rouge pâle. Chaque fruit
+paraît porter un nombre sensiblement égal de graines à l’intérieur, mais
+la noix avec 2 cotylédons a plus de valeur. Chaque noix _Gonja_, dans le
+pays de Nupe, est évaluée à peu près à 100 cauris tandis le _Fatak_ vaut
+seulement 80 cauris en moyenne.
+
+« Une grande quantité de Colas passe pendant la saison chaude des côtes
+vers l’intérieur. Les caravanes qui vont à Rabba sur le Kworra, à peu
+près pendant la moitié de l’année, emportent chaque mois les charges de
+1.000 ânes transportées dans des paniers, un de chaque côté de l’animal
+et pesant chacun environ 50 livres (20 à 25 kg.). D’autres routes
+existent pour les caravanes dans cette partie de l’Afrique ; la
+principale coupe le Kworra (ou Niger) au dessus de Boussa et pénètre
+directement dans le pays des Haoussas. Les noix de Cola ne sont pas
+transportées dans leur enveloppe, cette méthode serait trop encombrante,
+aussi il est nécessaire de les garder humides et de les protéger contre
+les vents secs. Pour cela, les paniers sont entourés à l’intérieur de
+feuilles d’une espèce de _Phrynium_ qui conservent l’humidité et
+empêchent leur dépérissement. Les bateaux navigant sur cette rivière
+peuvent transporter quelques tonnes de Colas dans la partie basse du
+Niger et les apporter à Rabba avec profit.
+
+« La plante appelée « _Bitter-Cola_ ou _Cola amère_ » est très
+différente du Cola ordinaire. J’ai acheté des noix séchées depuis
+longtemps sur le marché de Borgou dans le pays de Nupe, mais je ne puis
+rien certifier au sujet de leur origine. Ces noix ont une très grande
+valeur pour la population à cause de leurs propriétés médicinales et
+atteignent un prix plus élevé que celle du Cola ; elles sont très amères
+mais non astringentes comme ces dernières. Cet arbre que je n’ai pas vu
+croîtrait à Onitsha et à Fernando-Pô ; il porte des fruits à peu près de
+la grosseur d’une petite pêche, très jolis et de couleur rouge. »
+
+Cette relation de BARTER est très intéressante, car elle renferme des
+renseignements précis non seulement sur le Kola, mais aussi sur son
+succédané le Bitter-Cola, sur lequel nous aurons à revenir dans la suite
+de ce travail.
+
+Dans la relation des voyages de BARTH[29], on rencontre bon nombre de
+notes concernant le Kola. A Kano, dit-il, (II, 15), « tantôt passait la
+nombreuse caravane de quelque marchand retournant au lointain pays de
+Gondja, chargée de noix de Gouro, ce produit si généralement estimé, qui
+est le _café du Soudan_. »
+
+Et plus loin (II, 26), il ajoute : « la noix de Gouro, fruit du
+_Sterculia acuminata_, constitue un article des plus importants du
+marché de Kano. La valeur moyenne de l’importation qui s’en opère peut
+s’élever à 100 millions de Kourdi[30].
+
+« La moitié passe par transit et l’autre moitié se consomme dans la
+province où la noix de Gouro est devenue un objet d’usage général, comme
+chez nous le café ou le thé. »
+
+Dans l’Adamaoua, « Tibati, situé à l’extrême frontière sud-ouest, paraît
+être l’endroit le plus favorisé au point de vue de la végétation ; on y
+trouve en effet diverses sortes de Gouro (_Sterculia acuminata_). »
+
+Dans le royaume foulbé de Gando, entre Sokoto et Saï, BARTH rencontre
+« une caravane de marchands de Gouro qui se rendaient dans les contrées
+du Haoussa, transportant sur quelques centaines d’ânes les noix du
+Gondja (la province tributaire la plus septentrionale du royaume
+d’Aschanti), ce produit qui remplaçait pour nous le café dans les pays
+de l’Afrique centrale. »
+
+Enfin, parlant encore plus loin (VI, p. 103) du commerce de Tombouctou,
+il ajoute :
+
+« Un troisième article important pour Tombouctou est la noix de Kola ou
+Gouro, qui forme l’un des plus grands objets de luxe en Nigritie. Cette
+noix, fort semblable à une châtaigne, tient lieu de café chez les
+indigènes, qui l’emploient à l’état brut, ce qui en rend la mastication
+assez laborieuse ; tous les gens aisés, pour leur premier déjeuner, et,
+comme le disent les Haoussaoua « afin de détruire l’amertume du jeûne »
+en prennent une en tout ou en partie. Ils servent ce fruit aux étrangers
+en signe de bienvenue et l’offrent le plus fréquemment possible à leurs
+hôtes... La sorte de noix de Kola, qui arrive au marché de Tombouctou,
+vient des contrées occidentales du Manding, qu’arrosent les affluents
+supérieurs du Niger ; celle qui se trouve à Kano se tire de la province
+septentrionale de l’Assianti voisin. Les arbres qui produisent ce fruit
+appartiennent à diverses espèces telles que le _Sterculia acuminata_,
+qui porte la noix rouge qui s’expédie vers l’Orient et le _Sterculia
+macrocarpa_, dont le fruit blanc et plus gros est celui que l’on trouve
+à Tombouctou ; toutefois la fleur et la feuille de ces deux arbres sont
+presque entièrement semblables. On trie les fruits pour la vente en
+trois ou quatre catégories. J’ai déjà eu plusieurs fois l’occasion de
+parler du transport qu’en opèrent du midi vers le Niger moyen les Mossi
+idolâtres, à l’aide de leurs excellents ânes. »
+
+SCHWEINFURTH[31], le savant et célèbre explorateur allemand qui de 1868
+à 1871 parcourut l’Afrique centrale, eût aussi l’occasion de voir
+employer le Kola, chez MOUNZA, le roi des Monbouttous du pays des Niams-
+Niams, marchand d’esclaves des plus redoutés, qui le reçut avec une
+pompe inaccoutumée. « Près du trône, dit-il, avaient été placés deux
+petits guéridons chargés de noix de Kola, de bananes sèches, de
+bouteilles de cassave et de farine de banane, soigneusement couvertes de
+serviettes en écorce de figuier. » SCHWEINFURTH offrit à ce potentat des
+cadeaux variés et après les avoir examinés, MOUNZA revint à ses
+friandises « prenant quelques tranches de noix de Kola et les mâchant
+après avoir fumé... » Malgré tous ses efforts, le distingué voyageur ne
+put obtenir aucun renseignement sur la plante productrice de cette
+graine, qu’il savait venir de l’ouest ; il apprit seulement « qu’on
+trouvait la noix de Cola dans le pays à l’état sauvage, que les
+indigènes l’appelaient _Nangoué_ et qu’ils en mangeaient des tranches
+pendant qu’ils fumaient[32]. »
+
+Malgré ces rapports intéressants, le Kola devait rester longtemps encore
+inutilisé en Europe, et aucun des auteurs des grands traités classiques
+de Matière médicale n’en fait mention : ni GUIBOURT, ni PLANCHON dans
+son ouvrage de 1875, ni FLUCKIGER et HANBURY.
+
+Mais, en 1883, le professeur HECKEL, de Marseille, qui depuis quelques
+années déjà se préoccupait de l’étude des matières premières des
+colonies, fit paraître une Monographie des Kolas africains qui est le
+premier travail d’ensemble sur cette drogue. Ce mémoire, publié en
+collaboration avec le professeur SCHLAGDENHAUFFEN de Nancy[33], pour la
+partie chimique, fut récompensé par l’Institut (Académie des Sciences),
+qui leur accorda le Prix Barbier.
+
+C’est véritablement de cette époque et grâce aux efforts du Directeur du
+Musée colonial de Marseille, que le Kola s’imposa à l’attention des
+thérapeutes.
+
+Dix ans plus tard, le même auteur reprit la question et fit paraître
+tout un volume[34], dans lequel on trouve cette fois, non seulement un
+résumé détaillé des connaissances acquises sur l’histoire naturelle et
+la composition du Kola, mais encore un exposé des recherches
+physiologiques et des tentatives d’application qui s’étaient produites
+pendant cette période.
+
+Bien que nous ayons plus loin, l’occasion de citer bien fréquemment ce
+travail de M. HECKEL, si remarquable pour son époque, il est
+indispensable, dans ce chapitre, d’en exposer les lignes principales.
+
+Comme tous les auteurs, jusqu’à K. SCHUMANN, M. HECKEL rapporte au _C.
+acuminata_ Pal. Beauv., la plante mère du Kola à deux cotylédons ; il en
+donne une description détaillée et il groupe ensuite les rapports qu’il
+a pu réunir sur l’usage du Kola et sur l’habitat du Kolatier, d’après
+les récits des explorateurs récents, ce qui nous évite de nous étendre
+trop longuement sur ces détails qui, répétés en trop grand nombre,
+deviendraient fastidieux.
+
+Après description de la noix connue surtout en Europe sous la forme
+sèche, il discute les opinions de MM. CHODAT et CHUIT[35] sur les
+variétés de Kolas du commerce, qui en effet ne reposent sur aucune base
+sérieuse ; les analyses faites par ces derniers auteurs montrent
+cependant que la teneur en caféine peut être extrêmement variable et
+sans doute avec elle, les qualités de la drogue.
+
+On trouve en outre dans ce livre la description d’une nouvelle espèce de
+_Cola_ du Gabon produisant des noix à quatre cotylédons reconnue par
+Maxime CORNU et nommée _Cola Ballayi_ dans les serres du Muséum de
+Paris. Malheureusement à cette espèce furent rapportés à tort des
+échantillons botaniques et des noix du véritable _C. acuminata_.
+
+Ainsi que nous le montrerons par la suite, le _Cola Ballayi_ est
+caractérisé surtout par ses feuilles groupées en faux verticelle ; la
+graîne possède 3 à 5 cotylédons, mais cette particularité existe aussi
+dans les _Cola acuminata_ et _Cola verticillata_, espèces très
+différentes.
+
+HECKEL a aussi décrit un certain nombre de graines substituées ou
+mélangées aux noix de Kola expédiées en Europe à cette époque,
+substitutions accidentelles ou frauduleuses qui ne se renouvellent plus
+de nos jours. Au premier rang de ces graines intéressantes, il faut
+placer le _Bitter-Kola_, sur lequel nous reviendrons dans un chapitre
+spécial, réservé aux succédanés et substitutions du Kola.
+
+Nous ferons plus loin un historique complet de la question chimique
+comme de l’étude physiologique ; ce qui nous dispense de résumer le
+livre d’HECKEL, pour ce qui concerne ces questions.
+
+Il n’est pas inutile d’ajouter que M. HECKEL, par sa persévérance et sa
+foi en l’activité du produit, a amené, depuis la publication de son
+livre, une série de travaux dont l’ère n’est pas close.
+
+Il était réservé à BINGER de parcourir le premier les territoires situés
+à l’est de la Côte d’Ivoire où certaines peuplades recueillent des Kolas
+exportés dans les régions soudanaises. Au cours de la belle exploration
+qu’il accomplit de 1887 à 1889, comme lieutenant d’infanterie de marine,
+pour se rendre de la boucle du Niger à la Côte d’Ivoire, il traversa le
+pays de Kong et y recueillit d’intéressants renseignements sur le
+commerce de la noix et sur l’habitat de l’arbre producteur.
+
+« Le Kolatier, écrit-il dans sa relation[36], existe à l’état spontané
+sur toute la côte occidentale d’Afrique ; on le trouve jusque par 10° de
+latitude nord, mais il reste stérile à cette latitude. Son véritable
+habitat est situé entre 6° et 7° 30′, et près de Groumania dans l’Anno
+(8°).
+
+« Les premiers arbres en rapport se trouvent à Kamélinso (près Groumania
+par 7° 50′) et les derniers près d’Attakrou par 7° ; la zône où l’arbre
+est en plein rapport semble donc être très limitée et comprise entre le
+7° et le 8° pour l’Anno et le Ouorodougou.
+
+« Bien que je n’aie pas visité ce dernier pays, il m’a été donné de
+calculer assez facilement par quelle latitude se trouvait le Kola. De
+Tengréla partent des itinéraires bien connus des marchands sur Touté,
+Siana, Kani et Sakhala.
+
+« Les deux premières localités se trouvent, d’après les indigènes
+voyageant avec des ânes chargés (faisant 16 kilomètres en moyenne par
+jour), à environ 25 jours de marche, à peu près 550 kilomètres dans une
+direction sud-sud-ouest, ce qui place ces marchés par 7° 40′ de latitude
+nord. Sakhala, d’après les mêmes calculs se trouverait par 7° 20′.
+
+« Mais nous avons vu, au chapitre Samory, que ces marchés étaient situés
+à une trentaine de kilomètres au nord des lieux de production ; nous
+pouvons donc en inférer que les Kolas se trouvent environ à 7° 15′.
+
+« Dans l’Achanti, l’habitat du Kola est sensiblement le même ; les
+missionnaires de Bâle et le docteur MOHLY, qui ont exploré la basse
+Volta, signalent le Kola dans l’Akam et l’Okouawan ; or ces deux régions
+se trouvent précisément entre 6° 30′ et 7° 30′ : on peut donc en déduire
+que le Kola se trouve en plein rapport dans une zone comprise entre 6°
+30′ et 7° 30′ et, par extension, dans certaines régions du 6° au 8° et
+qu’à l’état isolé et stérile, il est rencontré jusque par 10° de
+latitude nord. »
+
+Auparavant, dans la région de Sikasso, Binger avait déjà recueilli des
+renseignements sur les Kolas exportés par la haute Côte d’Ivoire
+occidentale[37]. « Le Ouorodougou (pays des Kolas) et le Ouorocoro (pays
+à côté des Kolas) ne sont pas des pays à production du Kola comme le
+fait supposer l’étymologie de leur nom. Ces pays ne se trouvent que sur
+les confins nord des pays à Kolas...
+
+« Voici comment se fait... le commerce des Kolas dans cette région.
+
+« Arrivés à Tiong-i, Tengréla, Maninian, Sambatiguila, que j’appellerai
+marchés à Kolas de la première zône, les marchands font scier leur barre
+de sel en douze morceaux de trois doigts de longueur que l’on nomme
+_Kokotla_... Cette opération terminée, on achète les paniers et les
+nattes à l’aide desquelles on doit emballer les Kolas ; tout ceci est
+payé en sel. Là, les caravanes s’informent du cours des Kolas, et, si
+leurs ressources ou l’état de leurs animaux le leur permettent, elles
+poussent plus au sud pour se procurer ce fruit à meilleur compte.
+
+« Arrivés sur les marchés de la deuxième zône (zône plus proche des
+lieux de production), à Odjenné, Touté, Kani, Siana ou Sakhala, les
+marchands du nord s’adressent aux indigènes qui font tous le métier de
+courtier. Ce sont des Siène-ré ou des Mandé-Dioula ; les premiers
+paraissent être les autochtones, les seconds n’y sont venus qu’à une
+époque relativement récente, mais leur autorité s’est affirmée au point
+que ce sont eux les maîtres réels du pays...
+
+« Ces courtiers conviennent avec les marchands du prix du sel et fixent
+la quantité de Kolas qu’ils recevront en échange d’un kokotla (cette
+fraction de barre de sel étant devenue depuis Tengréla l’unité
+d’échange).
+
+« Le prix du Kola sur les marchés du Ouorodougou varie entre 200 et 600
+fruits pour un kokotla. Ce qu’il y a de curieux dans cette partie du
+Soudan, c’est que, dès qu’il s’agit de Kolas, la première grosse unité
+est 100, tandis que partout dans les états de Samory elle n’est que 80.
+Ces deux nombres portent le même nom, on fait précéder la dénomination
+commune du mot _Kémé_ (cent) par le mot _Ourou_ (kola) quand il s’agit
+de Kolas, de sorte que l’on dit pour cent Kolas, _ourou-kémé_.
+
+« Généralement il y a assez de Kolas en réserve dans ces marchés pour
+contenter les acheteurs, mais il arrive quelquefois que pour des raisons
+multiples, guerres, pillage, mauvaise saison, il vient une trop grande
+quantité d’acheteurs à la fois. Alors il se passe le fait suivant : le
+prix convenu, les acheteurs remettent leurs _kokotlas_ aux courtiers,
+les femmes de tout le village (les femmes seulement) partent au moment
+où le soleil disparaît à l’horizon, sous la conduite de deux ou trois
+hommes du village préposés à cet effet et vont chercher plus au sud la
+quantité de Kolas nécessaires. Ces femmes ne reviennent que le
+surlendemain à la nuit tombante.
+
+« En admettant qu’elles marchent douze heures sur les quarante-huit
+qu’elles mettent à faire le trajet, elles parcourraient 60 kilomètres :
+donc c’est au maximum à 30 kilomètres au sud de ces marchés que se
+trouvent les lieux d’échange entre les femmes des courtiers et les
+habitants des lieux de production.
+
+« Kéléba Diara, mon dioula ânier, me dit que les Lô apportent les Kolas
+en des lieux d’échange situés en pleine brousse. Jamais, lui, qui est
+resté à Sakhala jusqu’à l’âge de vingt-trois ans environ, n’a pu en
+savoir plus long. « J’étais bien marabout, mais cela ne suffit pas, il
+faut faire partie de cette confrérie et je n’ai jamais été initié. Je
+n’ai pas cherché à en savoir davantage, ni à m’aventurer par là, mon
+affaire eût été vite réglée, on vous coupe tout bonnement le cou[38]. »
+
+BINGER a publié, tome I, page 143, un excellent dessin du rameau de
+Kolatier en fleurs, accompagné du croquis du fruit et d’une noix
+recouverte du tégument. Dans tous les pays où il a voyagé, il n’a
+certainement rencontré que la noix de l’espèce à deux cotylédons,
+désignée par nous sous le nom de _Cola nitida_. S’il a ignoré
+l’existence des sortes à plus de deux cotylédons, il a par contre fourni
+les seuls renseignements exacts publiés jusqu’à ce jour sur les variétés
+commerciales de noix à deux cotylédons. Voilà ce qu’il dit sur ces
+variétés :
+
+« Le Kola de Sakhala est le plus gros que l’on connaisse, il est
+toujours blanc, se conserve très longtemps, et, de préférence, est porté
+à Djenné et à Tombouctou. Ce Kola est aussi le plus cher.
+
+« Le Kola d’une grosseur moyenne, rouge ou blanc, se trouve surtout à
+Kani, Siana et Touté ; il est également recherché, particulièrement le
+rouge.
+
+« Enfin il existe une autre variété qui s’achète en majeure partie à
+Djenné[39] et Tiomakhandougou ; elle est rouge et très petite ; on la
+connait dans cette partie du Soudan sous le nom de _Maninian Ourou_
+(Kola de Maninian), parce qu’on en trouve beaucoup sur ce marché[40]. »
+
+Plus loin, le même auteur signale les autres sortes de Kolas qu’il
+rencontra sur le marché de Kong : le Kola blanc de l’Anno et le Kola
+rouge de l’Achanti :
+
+« Le Kola blanc de l’Anno est de deux variétés : l’une d’un blanc jaune
+pâle, analogue à la couleur du Kola de Sakhala du Ouorodougou, mais plus
+petite que ce dernier ; l’autre de même grosseur, ne diffère que par sa
+teinte d’un rose si pâle qu’il n’est pas classé dans le Kola rouge par
+les indigènes ; on le vend mélangé aux blancs sans différence de prix,
+ce qui n’aurait pas lieu s’il était plus foncé, car le Kola rouge est
+toujours plus cher que le Kola blanc de même grosseur.
+
+« Le goût du Kola de l’Anno est bien moins fort que celui du Kola rouge,
+mais il renferme une teinture rouge, qui est usitée par l’indigène en
+concurrence avec celle du Kola rouge. Comme teinture, le Kola blanc de
+l’Anno a donc les mêmes qualités que le Kola rouge de l’Achanti...
+Partout le Kola rouge de l’Achanti atteint le prix le plus élevé[41]. »
+
+La seule erreur grave que l’on trouve dans le livre de BINGER (et elle
+n’est que la réédition d’une erreur analogue commise par BARTH) est
+relative à la détermination botanique des arbres producteurs. Selon ces
+auteurs, les noix rouges sont fournies par le _Cola acuminata_ et les
+noix blanches de l’Anno par le _Cola macrocarpa_. Nous verrons dans un
+autre chapitre : 1o que ces noms correspondent à des plantes très
+différentes ; 2o que les noix rouges et les noix blanches sont très
+fréquemment fournies par le même arbre, ainsi que l’avait signalé pour
+la première fois René CAILLIÉ.
+
+BINGER a le grand mérite d’avoir le premier montré l’importance du Kola
+dans les transactions soudanaises et le rôle qu’il joue dans la vie des
+indigènes. La plupart des voyageurs ou des fonctionnaires français, qui
+ont publié depuis des notes sur les Kolas, n’ont fait que reproduire les
+renseignements recueillis par le grand explorateur. RANÇON, en
+particulier, qui parcourut les territoires de la Haute Gambie, en 1892,
+dans le but d’étudier les produits végétaux utilisables, note seulement
+les indications nouvelles suivantes :
+
+« Sur le littoral, les deux principaux marchés sont Gorée et les
+établissements de la Gambie ; le prix des Kolas y varie de 225 à 560
+francs les 100 kilogs... Saint-Louis qui lui-même les reçoit de la
+Gambie et de Sierra-Leone n’en exporte au Soudan, par Bakel et Médine,
+que dans de très faibles proportions. C’est surtout par Mac-Carthy que
+se fait l’importation pour tous les pays situés au nord de la Gambie :
+Ouli, Kalou-Kadougou, Sandougou, Bondou, Bambouck, etc... La seconde
+voie importante par laquelle le Kola pénètre au Soudan français est
+celle du Fouta-Djalon. La ville où se pratiquent le plus les
+transactions commerciales concernant ce produit est Kédougou dans le
+Niocolo. De tous les points des régions situées entre le Niger et la
+Falémé, les dioulas affluent et vont y faire leurs achats »[42].
+
+RANÇON n’observa pas le Kolatier dans les régions soudanaises qu’il
+parcourut, mais il crut qu’il serait possible de l’y cultiver, notamment
+dans les environs de Bamako et de Sikasso. Il s’appuyait sur cette
+constatation qu’un arbre du même genre le Ntaba (_Cola cordifolia_ R.
+Br.) y prospère. Les essais malheureux tentés, notamment à Kati et à
+Koulicoro, ont montré combien cette conception était erronée. Les
+différentes espèces d’un même genre vivent souvent dans des conditions
+très différentes, et si le Ntaba s’accomode du climat soudanais, le
+kolatier, au contraire, comme nous le montrerons par la suite ne peut
+guère s’éloigner de la zône des grandes forêts tropicales.
+
+La partie nord-ouest de la forêt de la Côte d’Ivoire et le haut Liberia
+qui sont par excellence les pays producteurs de bonnes sortes de noix de
+Kolas, étaient encore vierges de toute exploration en 1897. La
+pénétration commencée, à cette époque, par ESSEYRIC, BLONDIAUX,
+WOELFFEL, HOSTAINS, d’OLLONE, THOMANN, SCHIFFER, LAURENT, JOULIA, se
+poursuit encore aujourd’hui, mais déjà les régions les plus riches sont
+accessibles et l’un de nous a pu les parcourir pendant plusieurs mois en
+1909, de sorte que même pour cette partie de nos possessions, où se
+trouvent réunies les conditions optima favorables à la culture et à
+l’exploitation du Kolatier, nous pourrons donner des renseignements
+recueillis sur place.
+
+L’arrivée de nos troupes au Soudan à la lisière nord de la forêt vierge
+en 1898, marque donc en quelque sorte le commencement d’une nouvelle
+période de recherches relatives aux arbres à Kola. Désormais, ce n’est
+plus seulement en questionnant les indigènes, comme l’avaient fait René
+CAILLIÉ, BINGER et RANÇON, sur les pays producteurs de Kola qu’on pourra
+obtenir de nouveaux renseignements, mais il sera enfin possible d’aller
+recueillir des documents sur les lieux même de production, et c’est ce
+qui a été fait pour les diverses colonies françaises.
+
+Il n’est pas utile de faire ici un exposé historique de cette troisième
+période, puisque nous donnons dans chacun des chapitres suivants des
+renseignements bibliographiques détaillés pour les résultats acquis dans
+ces dernières années.
+
+Ajoutons seulement que pour les Colonies anglaises des notes
+intéressantes ont été publiées à plusieurs reprises dans le _Bulletin de
+Kew_ et dans le _Bulletin de l’Impérial Institut_.
+
+En Allemagne on doit citer principalement les noms du Prof. O. WARBURG
+et du Dr BERNEGAU comme s’étant plus particulièrement occupés de l’étude
+des questions se rapportant au Kola. En 1897, dans la 2e édition du
+_Traité d’Agriculture tropicale_ de SEMLER, WARBURG a exposé, en
+quelques pages, les connaissances acquises à cette époque ; tout le
+chapitre concernant le Kolatier dans cette publication a du reste été
+traduit en français[43].
+
+Nous devons enfin mentionner une nouvelle mise au point[44] faite en
+1908 par E. DE WILDEMAN à qui l’on doit quelques renseignements
+intéressants sur la dispersion des Kolatiers au Congo belge.
+
+ * * * * *
+
+
+[Note 17 : PALISOT DE BEAUVOIS, Flore d’Oware et de Bénin, I, 1804, p.
+41. — Cette espèce n’est d’ailleurs pas, comme nous l’établirons plus
+loin, le véritable Kolatier fournissant les noix à deux cotylédons, mais
+une espèce à graines ayant plus de deux cotylédons.]
+
+[Note 18 : POIRET. — Encyclopédie Bot., Paris VII, 1806, 433.]
+
+[Note 19 : HOUGTON et MUNGO-PARK. — Voyages dans l’intérieur de
+l’Afrique (Trad. LALLEMANT), an VI, I, 177, 202 et II, 1820, 51.]
+
+[Note 20 : DURAND. — Voyage au Sénégal en 1784-1785, depuis le Cap-Blanc
+jusqu’à Sierra-Leone. Paris, 1802, pp. 137 et 176.]
+
+[Note 21 : TUCKEY. — Relation d’une expédition pour reconnaître le Zaïre
+(1816), Paris, 1818, 2 vol. et atlas (Voir ce dernier, p. 78).]
+
+[Note 22 : René CAILLIÉ. — Voyage à Tombouctou. Paris, 1830.]
+
+[Note 23 : C’est le nom, dit en note R. CAILLIÉ, que donnent à ce fruit
+les Européens dans les colonies d’Afrique. Les Mandingues l’appellent
+_Ourou_.]
+
+[Note 24 : Il s’agit certainement du pays des Tomâs dans la Haute-Guinée
+française.]
+
+[Note 25 : _Adansonia_, X, 1871-1872, p. 161-164.]
+
+[Note 26 : F.-V. MÉRAT. — Supplément au Dict. univ. de Mat. médicale et
+thérapeutique générale. Paris, 1846. _Art. Sterculia_, p. 676.]
+
+[Note 27 : On the vegetation of tropical Western Africa. _Journal of the
+Proceedings of the Linnean Society of London_. Botany, London, IV, 1860,
+p. 17-18.]
+
+[Note 28 : L’espèce à 4 cotylédons dont parle BARTER est _Cola
+acuminata_.]
+
+[Note 29 : H. BARTH. — Voyages et découvertes dans l’Afrique
+septentrionale et centrale, 1849-1855. Edition française, 4 vol., Paris-
+Bruxelles, 1861-1863.]
+
+[Note 30 : Soit 120.000 francs. Au temps de BARTH, 2500 Kourdi valaient
+1 thaler.]
+
+[Note 31 : G. SCHWEINFURTH. — Au cœur de l’Afrique (1868-1871). Paris,
+trad. LOREAU, II, 1875, p. 44-46.]
+
+[Note 32 : Il s’agit probablement de _Cola Ballayi_, que l’un de nous a
+observé à Bangui dans le même bassin fluvial.]
+
+[Note 33 : HECKEL et SCHLAGDENHAUFFEN. — Sur les Kolas africains. _J.
+Ph. et Ch._ 5e série, VIII, 1883, 81, 177, 289.]
+
+[Note 34 : Les Kolas africains. Monographie botanique, chimique,
+thérapeutique et pharmacologique. Paris, 1893. Soc. éd. scient., 1 vol.
+in-8o, 406 p. avec nomb. figures et planches.]
+
+[Note 35 : CHODAT et CHUIT. — Etude sur la noix de Kola, _Arch. Sc.
+phys. et naturelles_. Genève, 1888, p. 505.]
+
+[Note 36 : BINGER. — Du Niger au Golfe de Guinée, Paris (1892), t. I, p.
+311.]
+
+[Note 37 : _L. c._, t. I, p. 141.]
+
+[Note 38 : BINGER. — _L. c._, I, p. 143. C’est seulement 15 ans plus
+tard que nos officiers purent enfin pénétrer en pays Lô et voir de près
+ces marchés de la première zône, où les commerçants indigènes du
+Ouorodougou n’avaient eux-mêmes pas le droit de se rendre. Nous ferons
+connaître dans la deuxième partie de cet ouvrage le fonctionnement
+actuel de ces marchés.]
+
+[Note 39 : C’est probablement Odjenné qu’il faut lire.]
+
+[Note 40 : BINGER. — _L. c._, I, p. 142.]
+
+[Note 41 : BINGER. — _L. c._, I, p. 312. En réalité, les diverses sortes
+de Kolas de ces régions, toujours à deux cotylédons et ne différant que
+par le goût et la coloration, blanche, rosée ou rouge, sont toutes fort
+appréciées par les indigènes. C’est la grosseur des noix et non la
+coloration qui détermine le prix.]
+
+[Note 42 : RANÇON. — Dans la Haute-Gambie, Voyage d’exploration
+scientifique, 1891-1892, _Ann. Inst. Colonial Marseille_, II, 1894, p.
+452-467.]
+
+[Note 43 : O. WARBURG. — La culture du Kolatier, _Rev. Cult. colon._,
+VI, 1er sem. 1900, p. 269-275.]
+
+[Note 44 : E. DE WILDEMAN. — Plantes tropicales de grande culture, I,
+1908, p. 281-308.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE III
+
+ * * * * *
+
+ =Histoire botanique des principaux Kolatiers jusqu’à la création du
+ genre Cola.=
+
+ * * * * *
+
+
+Si la plante produisant la noix de Kola n’était pas connue à l’époque où
+LAMARCK rédigeait l’article _Kola_[45] dans l’_Encyclopédie botanique_,
+des rameaux en fleurs existaient déjà dans plusieurs herbiers français,
+notamment dans celui de LAURENT DE JUSSIEU et aussi dans celui de
+LAMARCK lui-même. Toutefois c’est en 1804 qu’ils furent décrits pour la
+première fois par VENTENAT et c’est aussi en 1804 que PALISOT DE
+BEAUVOIS révéla la véritable origine du Kola.
+
+Le genre _Sterculia_, dans lequel les botanistes devaient tout d’abord
+classer ce végétal, avait été créé en 1747 par LINNÉ[46].
+
+Georg. DON[47] a publié une note curieuse établissant l’étymologie de ce
+nom ; en voici la traduction littérale : « _Sterculia_, de Sterculius,
+une divinité romaine dont le nom dérive de _stercus_ (excrément). Les
+Romains à la fin du paganisme avaient déifié les choses les plus
+dégoûtantes et les actions les plus immorales. Ils avaient les dieux
+Sterculius, Crépitus et les déesses Caca et Pertunda. Les fleurs et
+parfois les feuilles de quelques espèces de _Sterculia_ sont fétides ».
+
+Ajoutons, en effet, qu’un des premiers _Sterculia_ connus fut dénommé
+par LINNÉ : _S. fœtida_.
+
+LAURENT DE JUSSIEU, avec beaucoup de perspicacité, plaça ces _Sterculia_
+dans son ordre naturel des Malvacées.
+
+VENTENAT, en même temps qu’il décrivait, en 1804, plusieurs espèces
+nouvelles de ce genre, notamment le _Sterculia nitida_, produisant les
+noix de Kola à deux cotylédons, créa pour elles la famille autonome des
+Sterculiacées[48]. Ce botaniste a donc assigné, pour la première fois,
+une dénomination binaire conforme à la nomenclature linnéenne, à l’arbre
+produisant la bonne noix de Kola, en même temps qu’il constituait la
+famille végétale dans laquelle les espèces de ce genre sont encore
+classées aujourd’hui.
+
+Disons de suite également qu’en 1832 SCHOTT et ENDLICHER[49], les
+premiers, séparèrent ces espèces des _Sterculia_ pour en faire un genre
+nouveau sous le nom de _Cola_. Douze ans plus tard, ROBERT BROWN[50]
+reprit ce genre qui fut ensuite définitivement adopté par les botanistes
+BENTHAM et HOOKER, MASTERS, BAILLON, K. SCHUMANN, etc.
+
+Ce n’est pas, comme on pourrait le croire, à la côte occidentale
+d’Afrique, mais à l’Ile de France (Maurice), où le Kolatier avait été
+introduit, que furent récoltés les premiers spécimens botaniques de cet
+arbre et c’est au naturaliste-voyageur COMMERSON qu’en revient tout
+l’honneur.
+
+L’un des plus grands colonisateurs auxquels la France ait donné le jour,
+Pierre POIVRE, intendant aux Iles de France et de Bourbon (1766-1773), à
+qui l’on doit l’introduction de presque toutes les plantes à épices dans
+les îles de la côté orientale d’Afrique, s’était attaché, comme
+collaborateur, COMMERSON (1768). Ce botaniste revenait à cette époque de
+faire le tour du monde avec BOUGAINVILLE.
+
+« POIVRE l’avait engagé à rester à l’Ile de France pour en faire
+l’histoire naturelle et apprendre aux colons à employer les richesses de
+leur territoire »[51].
+
+COMMERSON et POIVRE collaborèrent très activement à l’étude et à
+l’extension des cultures tropicales aux Iles de Maurice et de la
+Réunion. « COMMERSON, botaniste passionné mettait le même intérêt à
+toute plante, pourvu qu’elle fut curieuse et nouvelle. POIVRE,
+administrateur et philosophe, ne dédaignait pas la curiosité, mais
+fixait principalement ses regards sur l’utilité. C’était aux plantes
+utiles qu’il prodiguait ses soins ».
+
+[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
+
+32 _bis_.
+
+FIG. 2. — =Cola nitida= A. Chev.
+
+_1_, rameau en fleurs ; _2_, fleur entière vue en dehors ; _3_, fleur
+hermaphrodite ; _4, 5_, deux formes de pistil dans la même
+inflorescence ; _6_, fleur male ; _7_, amande (Kola) ; _8_, Kola au
+début de la germination.]
+
+On sait en effet que POIVRE introduisit ou fit introduire dans les deux
+îles, alors françaises, l’Arbre à pain, le Thé de Chine, les Cannelliers
+de Ceylan et de Cochinchine, le Muscadier, le Giroflier et quantité
+d’autres végétaux économiques. COMMERSON joua un rôle non moins
+important en étudiant toutes ces plantes et en les faisant parvenir au
+Cabinet du Roy (Jardin des Plantes). Ces spécimens constituent l’un des
+plus anciens noyaux de l’Herbier du Muséum de Paris.
+
+Dans le premier fascicule des « Végétaux utiles »[52], nous signalions
+la pomme de terre de Madagascar, plante de la famille des Labiées,
+produisant des tubercules alimentaires et nous montrions que cette
+plante décrite par Maxime CORNU en 1900, comme espèce nouvelle sous le
+nom de _Plectranthus Coppini_, existait en réalité dans l’Herbier du
+Muséum depuis près de 130 ans. Elle provenait également des envois de
+COMMERSON et avait été longtemps après nommée _Germanea rotundifolia_
+par POIRET. C’est le _Coleus rotundifolius_ A. Chev.
+
+Est-ce POIVRE qui avait importé le _Coleus_ et le _Cola_ aux Iles
+Mascareignes ? Nous l’ignorons, mais cela nous semble très
+vraisemblable. On sait qu’il avait visité les Iles Malaises qui sont
+probablement la patrie du _Coleus_, et d’autre part les Portugais et les
+Hollandais qui avaient des possessions aussi bien sur la côte
+occidentale d’Afrique que dans l’Océan Indien avaient probablement
+transporté le Kolatier d’une région dans l’autre.
+
+Au cours de ses nombreux voyages, POIVRE mit un zèle d’apôtre à importer
+des pays étrangers dans les possessions françaises des graines de toutes
+les plantes intéressantes qu’il pouvait recueillir « sentant qu’il peut
+être plus utile d’acquérir une plante qu’une province »[53].
+
+Il avait réuni tous ces végétaux dans un magnifique jardin nommé
+« Montplaisir, enclos peu distant du port de l’Ile de France ». Le
+Kolatier faisait très probablement partie des plantes qu’on y
+cultivait[54].
+
+Toujours est-il qu’entre 1768 et 1778, COMMERSON y récoltait des rameaux
+en fleurs très ressemblants à ceux ayant servi, comme il a été dit plus
+haut, à VENTENAT pour décrire son _Sterculia nitida_ dont le type existe
+dans l’Herbier du Musée botanique de Genève (Voir Pl. I).
+
+VENTENAT, ancien abbé, était devenu conservateur à la bibliothèque du
+Panthéon, puis également intendant du palais de la Malmaison où vivait
+Joséphine, la future impératrice des Français. Il publia, sous ses
+auspices, un magnifique atlas de plantes « peintes par REDOUTÉ ». Cet
+ouvrage, daté de l’an XI (1803)[55] pour le 1er volume et 1804 pour le
+2e volume, est intitulé « Jardin de la Malmaison » et dédié par l’auteur
+à « Madame Bonaparte »[56].
+
+Après avoir longuement décrit le _Sterculia monosperma_, VENTENAT expose
+que, par la même occasion, il a été conduit à étudier, dans divers
+herbiers, six nouvelles espèces de _Sterculia_ qui n’avaient pas encore
+reçu de noms et dont il donne une diagnose latine succinte.
+
+Deux de ces plantes, _S. nitida_ et _S. grandiflora_, que l’auteur
+considérait comme des espèces distinctes, et qui n’en forment en réalité
+qu’une, nous intéressent au plus haut point, car elles sont la source
+des bonnes noix de Kola, ce que du reste VENTENAT a complètement ignoré.
+
+Voici les descriptions de cet auteur dans l’ordre où elles se
+trouvent[57] :
+
+
+« _Sterculia nitida_ (6), _Foliis lanceolato-oblongis, acuminatis ;
+laciniis calicinis patentibus ; urceolo subsessile_ (il s’agit de
+l’urcéole formée par les anthères groupées en cupule). _Ex Africa. Culta
+in Insula Mauritii_.
+
+
+« (6) Je présume que cette plante dont MICHAUX m’avait envoyé de beaux
+exemplaires est dioïque puisque je n’ai trouvé aucune apparence d’ovaire
+dans les fleurs que j’ai analysées. Cette espèce est-elle congénère de
+_Sterculia_ ? N’appartiendrait-elle pas à quelque autre genre de la
+famille ?
+
+
+« _Sterculia grandiflora_ (7), _Foliis ovatis, acuminatis, glabris ;
+laciniis calicinis patentibus ; urceolo subsessile ; Stylis 5, reflexis.
+Isle de France ex. Herb. D. de Jussieu. Ex. India orientali_, juxt. à
+Herb. D. de LAMARCK.
+
+
+« (7) Cette espèce semble s’éloigner du genre par l’absence du pivot et
+par les 5 styles qui surmontent l’ovaire. Ces cinq styles ne pourraient-
+ils pas être considérés comme les stigmates d’un seul style qui ne
+serait pas encore développé ? »
+
+
+Sans être bien précis, le texte de VENTENAT concorde avec les caractères
+des arbres producteurs de Kolas. Ce que l’auteur appelle _urcéole_ est
+sans aucun doute l’androcée. Il nous apprend aussi que, dès le XVIIIe
+siècle, les Kolatiers étaient déjà cultivés dans les Indes orientales,
+et aux îles Mascareignes, ce qui n’est pas fait pour nous surprendre
+d’après ce que nous avons dit précédemment.
+
+Une troisième espèce, décrite par VENTENAT le _S. longifolia_, n’est pas
+un _Cola_, mais un vrai _Sterculia_, dont nous avons pu voir le type de
+VENTENAT conservé dans l’herbier Delessert, à Genève, obligeamment
+communiqué par M. J. BRIQUET. C’est donc à tort que l’Index de Kew
+identifie les 3 espèces ci-dessus au _Sterculia acuminata_ Palisot de
+Beauvois. Deux se rapportent bien à un vrai _Cola_ que nous nommerons
+désormais _Cola nitida_ mais aucune n’est identique au _Sterculia
+acuminata_.
+
+Il n’y a guère de doute que VENTENAT fut le premier botaniste
+descripteur d’un arbre à Kola ; mais il n’en connut ni les fruits ni les
+graines et ne soupçonna même pas que les végétaux qu’il venait de
+décrire produisaient les fameuses amandes sur lesquelles de nombreux
+voyageurs avaient déjà attiré l’attention.
+
+PALISOT DE BEAUVOIS allait bientôt faire la lumière sur cette question ;
+mais, en décrivant son _Sterculia acuminata_, il prit l’espèce
+produisant les noix à quatre cotylédons, la seule qui existe au Bénin,
+comme la source des noix à deux cotylédons recherchées par les noirs et
+déjà connues à Sierra-Leone.
+
+PALISOT DE BEAUVOIS était déjà depuis longtemps de retour en France
+lorsque parut le travail de VENTENAT. Il avait accompagné dans le delta
+du Niger, pour y faire la traite des esclaves, un négrier célèbre, le
+capitaine LANDOLPHE[58], et, au cours de cette campagne, il avait
+séjourné deux ans (1786-1787) au pays d’Oware (Wari aujourd’hui) et de
+Bénin. Il rapporta de ce voyage de nombreuses collections, et, de 1804 à
+1807, il publia sa célèbre _Flore des Royaumes d’Oware et de Bénin_ en
+Afrique.
+
+La Pl. XXIV, parue en 1804 et très probablement postérieure de quelques
+semaines à la livraison du _Jardin de la Malmaison_ où VENTENAT décrit
+ses _Sterculia_ est consacrée au _Sterculia acuminata_. Elle est
+accompagnée d’un texte assez étendu. Nous croyons utile de reproduire
+les parties les plus importantes[59] :
+
+
+« =Sterculie=. _Sterculia_.
+
+« =Sterculia=, _Linn., Juss., Cavan., Lam., Vent., Schreb., Gmel._ —
+Fam. des Malvacées. _Jus., Vent._, Dodecandrie Monogynie. _Linn.,
+Schreb., Gmel._
+
+« _Sterculie acuminée_. Fleurs axillaires : calice à six divisions
+égales colorées ; capsules monospermes ; feuilles entières, oblongues,
+terminées par une longue pointe aigüe et portées sur un long pétiole.
+Obs. _Cola_, G. BAUH. _Pin._, p. 507 ; J. BAUH., _Hist. Plant._ Vol. I,
+p. 210. Kola ou Cola, LAM. _Dict. Encycl._ Cet arbre croît dans le
+royaume d’Oware dans l’intérieur et sur les bords de la mer.
+
+« Cette espèce offre un caractère très particulier, une disparate
+(_sic_) qui se trouve rarement parmi les plantes d’un même genre et
+d’une même famille. Le nombre des divisions du calice ou de la corolle
+est ordinairement égal, double, triple ou quadruple, de celui des autres
+organes de la fleur ; mais, dans la _Sterculie acuminée_, le calice
+porte six divisions lorsque les anthères, au nombre de dix ou de vingt,
+forment le double ou le quadruple de cinq et que les capsules sont
+encore au nombre de cinq.
+
+« L’amande est d’un rouge tendre, tirant un peu sur le violet ; on la
+nomme, dans le pays, Kola ou Cola ».
+
+
+Le même naturaliste trouve exagérées la valeur et les propriétés
+merveilleuses attribuées à cette graine par quelques-uns des anciens
+auteurs, et il ajoute : « J’ignore si, à Sierra-Leona, ce fruit a été et
+s’il est encore aussi précieux que le prétend l’auteur de l’_Histoire
+des Voyages_ ; j’ignore si, dans ce pays, il sert uniquement de monnaie
+et si les nègres qui, partout ailleurs, ne vendent leurs esclaves que
+pour des marchandises européennes, dont ils se sont fait un objet de
+première nécessité, les prisent assez peu à Sierra-Leona pour changer
+une femme contre cinquante noix de Kola ; enfin, j’ignore si, dans cette
+partie de l’Afrique, les Cauris (petits coquillage de la famille des
+_Cypræa_) ne sont pas, comme dans tout le reste, la seule petite monnaie
+courante ; mais je suis assuré qu’à Oware et à Bénin, le Kola estimé en
+raison de la propriété qu’il a de faire trouver bonne l’eau la plus
+commune après qu’on a mâché de ce fruit, n’est ni aussi précieux, ni
+aussi recherché qu’on a voulu le faire croire. Si nous jugeons de tous
+ces détails par l’exagération avec laquelle on donne aux nègres de
+Sierra-Leona des dents plus fortes que celles des chevaux, nous devons
+les regarder comme très apocryphes.
+
+« Mais, d’après toutes les assertions hasardées et controuvées que l’on
+a débitées sur l’Afrique, contre le commerce des noirs et contre les
+habitants des Antilles, à la fin du dix-huitième siècle, on ne doit pas
+s’étonner de l’inexactitude de tous les rapports des anciens sur
+l’Afrique Equinoxiale. Ce pays a toujours été et est encore très peu
+connu. Il n’a été qu’imparfaitement visité par des capitaines de navires
+plus occupés de leur commerce que de recherches sur les mœurs des
+habitants et sur les productions du lieu. Nous ne pouvons en avoir que
+des relations imparfaites, exagérées, et dont les faits se dénaturent
+sous la plume des historiens qui copient et cherchent souvent à faire
+briller leur éloquence, la chaleur de leur imagination et leur mauvaise
+foi aux dépens de la vérité. Pour donner une preuve récente de cette
+assertion, je ne citerai, pour le moment, que le rapport astucieux,
+mensonger et calomnieux fait à la Convention Nationale, en l’an IV, et
+imprimé en quatre volumes in-8o, en l’an V. Ce rapport est le coup le
+plus fatal porté contre Saint-Domingue ; il a décidé sa perte totale ;
+il a creusé toutes les sources d’où ont jailli plus de ruisseaux de sang
+dans les colonies que l’esclavage n’a fait verser de gouttes de sueur
+depuis plus de deux siècles qu’elles sont cultivées. Quoi qu’il en soit,
+au surplus, et pour rectifier tout ce qui concerne le Kola, je dirai ce
+que j’ai vu et éprouvé par moi-même.
+
+« Les nègres d’Oware mangent ce fruit avec une sorte de délice avant
+leur repas, non pas à cause de son bon goût, puisqu’il laisse dans la
+bouche une sorte d’âpreté acide, mais en raison de la propriété
+singulière qu’il a de faire trouver bon tout ce que l’on mange après en
+avoir mâché.
+
+« C’est surtout sur les différentes liqueurs et principalement sur
+l’eau, que cet effet se manifeste sensiblement. Si, avant d’en boire, on
+a mâché du Kola, elle acquiert une saveur des plus agréables. Pour
+vérifier ce fait, j’ai souvent bu de l’eau saumâtre après avoir mâché du
+Kola : elle m’a toujours paru bonne et agréable à boire. Mais cet effet
+ne dure qu’autant que l’intérieur de la bouche est empreinte de cette
+âpreté qu’y laisse le Kola.
+
+« Les naturels ne mâchent pas la même noix alternativement ; elle n’est
+ni assez rare ni assez précieuse. Le cas qu’ils en font est bien éloigné
+de celui que suppose l’auteur de l’_Histoire des Voyages_ ; j’en ai
+échangé plusieurs fois vingt à trente noix pour une poignée de _Cauris_,
+dont deux ou trois tonnes pleines n’auraient pas payé la femme la moins
+parfaite. Je ne sais pas comment se faisait autrefois le commerce des
+noirs à Sierra-Leone ; mais aujourd’hui il ne s’opère dans toute
+l’Afrique qu’en échange des marchandises européennes ; encore faut-il
+qu’un capitaine soit assorti de toutes celles qu’on est en usage d’y
+porter. Un capitaine qui manquerait d’une seule de ces marchandises,
+peut faire une fausse traite et un voyage très onéreux, pour ses
+armateurs, au lieu du bénéfice qu’ils s’étaient proposé.
+
+« Je traiterai plus au long, dans la Relation de mon voyage, de tout ce
+qui a rapport aux idées fausses que l’on a de l’Afrique équinoxiale et
+au commerce qu’on y fait. Je dévoilerai toutes les erreurs que l’on a
+mises en avant contre ce pays, les mensonges et les calomnies employés
+pour faire valoir un système absurde, auquel nous devons la destruction
+de nos colonies et les massacres qui s’y sont faits[60]. »
+
+La description et les assertions de PALISOT DE BEAUVOIS ne méritent
+certainement pas toute l’admiration que POIRET leur prodigua[61]. De
+graves erreurs se sont glissées dans sa diagnose. PALISOT indique
+constamment six divisions à la fleur, alors que dans la plupart des
+fleurs des échantillons qu’il a récoltés (Herbier Delessert, herbier du
+British Museum), elles sont à cinq divisions ; les fleurs à six
+divisions sont même exceptionnelles dans les Kolatiers. En outre, il ne
+décrit pas de fleurs exclusivement mâles.
+
+Enfin, en indiquant les capsules monospermes, il commet une erreur
+sérieuse ; on rencontre bien parfois des follicules ne renfermant qu’une
+seule graine par avortement, mais c’est un cas très rare et il est plus
+probable que PALISOT n’avait pas vu de fruits ou qu’il a rédigé sa
+description d’après des souvenirs qui l’ont trahi.
+
+La planche XXIV, représentant un rameau et les principaux organes de la
+reproduction, laisse elle-même beaucoup à désirer. La figure _C_
+représente une fleur mâle et dans l’explication de la Planche (p. 43) le
+texte indique : _calice avec les anthères et le germe_ (germe est ici
+synonyme d’ovaire). La figure _D_ représente une fleur hermaphrodite
+dégagée du calice. Les étamines placées dans ces fleurs à la base des
+ovaires sont même très exactement figurées ; cependant, comme
+explication de cette figure, l’auteur dit : _germe détaché_. La figure
+_F_ est mentionnée comme « amande de grosseur naturelle ». Il est
+probable que PALISOT DE BEAUVOIS n’ayant pas rapporté de noix de Kola,
+le dessinateur a représenté sur ses indications une masse ovoïde, se
+rapprochant plus ou moins grossièrement de la forme réelle de la noix ;
+en tous cas, la ligne de séparation des cotylédons n’est pas figurée, et
+il serait tout aussi impossible d’y voir une noix à deux cotylédons
+qu’une noix à quatre lobes.
+
+Cet auteur fut aussi mal inspiré en cherchant à faire passer pour
+erronés les récits des voyageurs qui avaient parlé du Kola avant lui.
+Ces voyageurs, quoi qu’il ait écrit, n’avaient rien exagéré. Ils avaient
+observé les noix de Kola à Sierra-Leone où elles sont très estimées et
+d’où on les transporte vers le Soudan. Les caravaniers qui apportaient
+des esclaves à la côte troquaient sans aucun doute, comme l’assure le
+compagnon de LANDOLPHE, leur troupeau humain surtout contre des
+marchandises européennes, mais il est non moins certain que les dioulas
+soudanais venaient échanger aussi des esclaves contre des charges de
+Kolas, notamment dans les pays situés au sud de Beyla. L’un de nous a
+visité le Soudan à l’époque où ce trafic se faisait encore et nous
+n’oserions affirmer que de tels échanges ne se pratiquent pas encore
+dans le nord de la République de Libéria. La valeur d’un esclave dans
+cette région équivaut naturellement aujourd’hui à de nombreuses charges
+de Kolas, mais il est très possible qu’après certaines razzias il fut
+autrefois aisé de se procurer un esclave pour une faible quantité de
+Kolas de l’espèce _C. nitida_.
+
+Au contraire, PALISOT rencontra les noix de l’espèce qui produit
+d’ailleurs les amandes de moindre valeur dans une région où, encore
+aujourd’hui, les indigènes en font un usage modéré. Enfin, ce botaniste,
+en annonçant que la suppression de la traite des noirs entraînerait la
+ruine de l’Afrique, fut, nous le répétons, aussi mauvais prophète que
+Madame de Sévigné prédisant la faillite du café.
+
+[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
+
+40 _bis_.
+
+FIG. 6. — =Cola Ballayi= Cornu. — Rameau portant un pseudo verticille de
+feuilles (une partie des feuilles ont été enlevées). — Moyen Oubangui
+(Herb. A. CHEVALIER).]
+
+[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
+
+41 _bis_.
+
+FIG. 7. — =Cola Ballayi= Cornu. — Rameau âgé chargé d’inflorescences.
+Moyen Oubangui (Herb. A. CHEVALIER).]
+
+Nous avons, après KARL SCHUMANN, acquis la certitude que la plante de
+PALISOT DE BEAUVOIS était le Kolatier produisant des noix à 4 ou 5
+cotylédons. D’abord, cette espèce est la seule espèce du groupe
+_Autocola_ actuellement connue au Bénin ; en outre, l’échantillon de
+l’Herbier Delessert, avec ses feuilles alternes luisantes en-dessus,
+terminées par un long acumen, ne peut appartenir qu’à cette espèce très
+répandue sur la côte depuis le Togo jusqu’à l’Angola. Quant à l’amande
+figurée à la planche XXIV de son livre, elle ne représente pas, comme le
+pense STAPF[62], une noix à deux cotylédons. Le dessinateur a figuré
+grossièrement une masse ovoïde, compacte, sans indication de cotylédons
+et dont la forme ne correspond nullement à celle d’une noix de Kola. Il
+est probable que ce dessin a été fait d’après les vagues souvenirs du
+voyageur.
+
+POIRET se contenta de maintenir dans l’Encyclopédie les _Sterculia
+nitida_, _S. grandiflora_ et _S. acuminata_ comme espèces distinctes,
+mais de nouveaux noms allaient bientôt être créés.
+
+Avec le _Prodromus_ de A.-P. DE CANDOLLE, la confusion s’accroit en
+effet. Dans le volume I, à la famille des _Sterculiacæ_, cet auteur
+décrit comme distinctes l’espèce de PALISOT DE BEAUVOIS et les trois
+espèces de VENTENAT. Dans le volume II, paru en 1825, il décrit dans la
+famille des _Terebinthaceæ_, sous le nom de _Lunanea Bichy_, une plante
+signalée par RAFINESQUE, qui l’avait appelée _Edwardia lurida_ ; elle
+provenait d’un arbre cultivé à la Jamaïque, qui est certainement un
+Kolatier et probablement l’une des races du _C. nitida_ (Vent.) A. Chev.
+
+Sans remonter aux descriptions de RAFINESQUE[63], datant de 1814, et à
+celles de LUNAN, nous nous contenterons de reproduire les renseignements
+de ces auteurs, rapportés par DE CANDOLLE en créant le genre _Lunanea_,
+rejeté à la fin des Térébinthacées (p. 92) :
+
+
+LIII. _Lunanea_, Petala 0. Stamina 10-13. _Edwardia_ RAFIN. _Specch._,
+I, p. 158. Non SAL. _Bichy_ LUNAN, JAM., I, p. 86.
+
+Flores polygami. Calyx coloratus 5-partibus, lobis crassis extus pilosis
+erecto-patentibus. Petala 0. Disons concavus 10-dentatus. Stamina 10 e
+disco exserta, antheris extus dentibus coalitis. Ovarium subrotundum.
+Stigmatibus 5-coronatum. Capsula subovata gibba, 1-locularis evalvis (ex
+RAFIN.) ; semilocularis, bivalvis (ex LUN.). Semina dorsa affixa (ex
+RAFIN.) ; imbricata angulata (ex LUN.). Genus affine _Poupartiæ_ (ex
+RAFIN.). Dicatum cl. LUNAN ob alterum genus _Edwardsia_ dictum.
+
+I. _L. Bichy_. in Guinea unde sub nomine Bichy in ins. Caribæis
+introducta. Edwardia lurida RAFIN., _l. c._ Folia alterna petiolata
+oblonga acuminata glabra undulata venosa ; Racemi compositi. Flores
+flavi purpuro striati, odoris ingrati (Rafin.)[64].
+
+
+Là ne devrait pas s’arrêter l’imbroglio.
+
+La description erronée de PALISOT entraîna Georg DON à créer encore un
+nouveau nom pour désigner l’arbre produisant le Kola.
+
+En 1831, il décrivit un _Sterculia macrocarpa_ avec la diagnose suivante
+traduite en français :
+
+
+« _Sterculia macrocarpa_. Feuilles oblongues acuminées, entières,
+lisses, portées sur des longs pétioles ; fleurs axillaires paniculées ;
+anthères sur deux rangs sessiles (?) Carpelles à 4 et 6 graines.
+
+Originaire de Guinée. Fleurs blanches ; follicules ordinairement deux
+par avortement, opposés. Les graines de cet arbre sont aussi connues
+sous le nom de Cola en Guinée. Elles possèdent les mêmes qualités que
+celles du _Sterculia acuminata_. Arbre de 40 pieds[65] ».
+
+
+D’après cette diagnose, il est impossible de savoir si DON a voulu
+décrire le _Cola_ à graines à deux cotylédons. L’habitat « Guinée »
+qu’il donne à son _S. macrocarpa_ est trop imprécis, car on sait qu’à
+Sierra-Leone existe exclusivement l’espèce produisant le Kola à deux
+cotylédons et à San-Thomé l’espèce produisant les noix à quatre
+cotylédons. Malheureusement l’auteur a omis de noter dans lequel de ces
+deux pays il a observé sa plante.
+
+[Illustration : Cliché Noury.
+
+FIG. 4. — _Cola verticillata_ dans un sous-bois au Bas-Dahomey.]
+
+Au British Museum où existe le type de DON qu’a vu STAPF, la plante est
+donnée comme provenant de San-Thomé où on n’observe aujourd’hui comme
+appartenant au groupe que le _Cola acuminata_. Ce qui paraît bien
+probable, c’est que DON a vu les follicules de l’une et l’autre espèces
+à _Cola_, et comme PALISOT DE BEAUVOIS avait inexactement attribué à son
+_Sterculia acuminata_ des fruits _monospermes_, DON, constatant que
+chaque carpelle renfermait quatre ou six graines, ce qui est en effet la
+règle dans toutes les espèces fournissant des noix, n’hésita pas à créer
+un nom nouveau. Le même auteur donne aussi des détails sur l’arbre
+décrit par PALISOT DE BEAUVOIS ; il lui attribue 40 pieds de hauteur et
+à chaque carpelle du _Sterculia acuminata_ une ou deux graines. Il
+ajoute ensuite au sujet de cette dernière plante :
+
+
+« Originaire des parties tropicales de l’Afrique, particulièrement de la
+côte ouest. Fleurs blanches, avec des segments étalés ; carpelles,
+ordinairement deux, opposés par avortement. Il existe deux variétés de
+Cola, l’une avec des graines blanches et l’autre avec des graines
+rouges. Les graines sont environ de la taille d’un marron d’Inde.
+
+« Les graines de cette espèce sont connues à travers l’Afrique tropicale
+sous les noms de Cola ou Kola. Elles ont depuis longtemps été citées par
+les voyageurs comme possédant une grande valeur chez les noirs de la
+Guinée qui en prennent un fragment avant leur repas parce qu’ils pensent
+que cela augmente le bon goût de ce qu’ils mangent ou boivent.
+
+« Autrefois les graines avaient une très haute valeur chez les indigènes
+de la Guinée, puisqu’il en suffisait de cinquante pour acheter une
+femme ; mais à présent vingt ou trente graines peuvent être obtenues
+pour une poignée de cauris. Deux ou trois tonnes de cauris ne seraient
+pas aujourd’hui suffisants pour acheter une femme parfaite[66].
+
+« Nous avons goûté des graines : elles ont un goût très amer ; elles ont
+environ la taille d’un œuf de pigeon avec une couleur brune. Elles sont
+supposées posséder les mêmes propriétés que le Peruvian Bark[67] ».
+
+
+Enfin DON maintient encore comme espèces distinctes des précédentes les
+_S. nitida_, _S. grandiflora_ et _S. longifolia_ et il reproduit les
+descriptions publiées par VENTENAT.
+
+Au moment où l’auteur anglais du _General System_ publiait sa revision
+des _Sterculia_, il ne connaissait sans doute pas un important travail
+danois paru dès 1827 dans les « _Mémoires de l’Académie des Sciences de
+Copenhague_ ».
+
+Nous voulons parler de la _Flore de Guinée_, par THONNING et SCHUMACHER,
+dans laquelle se trouve décrite une autre espèce de _Sterculia_ (_S.
+verticillata_), espèce réelle, négligée par les botanistes et que nous
+rétablissons dans ce travail[68].
+
+THONNING, conseiller d’Etat au Danemark, avait séjourné vers la fin du
+XVIIIe siècle à la Gold Coast, au poste de Christianburg (près d’Accra)
+où les Danois avaient établi un fort et un comptoir. Il avait décrit sur
+le vif les plantes qui croissaient dans le voisinage de sa résidence. Il
+avait fait aussi des herbiers expédiés fort heureusement en double à
+VAHL et à SCHUMACHER, car son propre herbier fut détruit au cours du
+bombardement de Copenhague en 1807.
+
+F.-C. SCHUMACHER décrit donc, d’après les notes de THONNING, au tome II,
+page 14 de l’ouvrage cité, un _Sterculia verticillata_. Nous donnons la
+traduction de la diagnose latine et des notes en suédois qui
+l’accompagnent :
+
+
+=Sterculia verticillata= ; Feuilles verticillées par 4, lancéolées très
+entières (TH.).
+
+_Kjælæ_ des indigènes.
+
+Çà et là dans l’Aquapim.
+
+Arbre de taille médiocre, jeunes rameaux tétragones, glabres. Feuilles
+verticillées par 4, lancéolées, acuminées, très entières, à nervures
+secondaires écartées, les inférieures opposées, rapprochées près de la
+base du limbe, parallèles près des bords, réticulées, très glabres, de 5
+à 10 pouces de long. Pétiole 3 fois plus court que les feuilles.
+Stipules nulles. Inflorescences axillaires, pauciflores en grappes, d’à
+peine un pouce de longueur, à pédicelles de deux lignes de long.
+Bractées deux, subarrondies, aiguës insérées sur le pédoncule. Périanthe
+d’une seule pièce, étalé profondément divisé en 5 lobes aigus, d’un
+blanc tomenteux en dehors, pourpre à l’intérieur. Corolle nulle.
+Etamines constituées par une petite urcéole très brièvement stipitée,
+couverte à l’extérieur par les anthères disposées en deux séries sur
+l’urcéole.
+
+Anthères 20, disposées en deux séries de dix, déhiscentes par une seule
+fente, plus tard paraissant biloculaires par l’existence d’une cloison
+longitudinale.
+
+Ovaire situé au fond de l’urcéole, oblong, petit, présentant à la longue
+5 sillons. Style presque nul. Stigmates 5, obtus. Fruit non mûr composé
+de 5 follicules oblongs, atténués aux deux extrémités et comprimés
+gibbeux en dessous, présentant une suture longitudinale en-dessus,
+rugueux-scabres, blancs, fixés au pédoncule commun et étalés
+horizontalement.
+
+Graines 3 à 6, fixées aux bords de la suture, subarrondies, déformées
+par compression, à amande arrondie, tétragone pourpre avec les angles
+blancs, se divisant en quatre lobes cotylédonaires (TH.).
+
+Fruits mangés par les indigènes ; ils ont une saveur amère et
+astringente et colorent la salive en rouge carmin[69].
+
+
+Cette plante, que les auteurs les plus récents ont complètement
+méconnue, constitue en réalité une espèce de premier ordre, ainsi que
+nous le montrerons par la suite (Fig. 4).
+
+
+Nous continuerons aux Chapitres IV et V, la suite de cet historique.
+Quelques années en effet après la publication de l’ouvrage général de G.
+DON, le genre _Cola_ était créé par SCHOTT et ENDLICHER.
+
+Sa véritable place est désormais fixée dans la classification.
+
+C’est à l’étude de cette classification et à l’histoire des espèces
+établies postérieurement et qui pour la plupart n’avaient pas leur
+raison d’être que nous consacrerons les chapitres suivants.
+
+Disons toutefois que KARSTEN, étudiant en 1862-1868, la flore de la
+Colombie, rencontra des spécimens de _Cola_ appartenant probablement à
+l’espèce _C. nitida_ et qui provenaient sans doute d’une ancienne
+introduction, puisqu’aucune espèce du genre n’est connue en Amérique à
+l’état spontané.
+
+Il fit de cette plante un genre nouveau qu’il rattacha à la famille des
+Euphorbiacées sous le nom de _Siphoniopsis_ Karst.
+
+La belle planche qui accompagne l’ouvrage de KARSTEN permet de
+reconnaitre au premier coup d’œil l’identité du _Siphoniopsis_ avec le
+genre _Cola_. Aussi BAILLON, dans son _Histoire des Plantes_, n’hésita
+pas à identifier le premier genre au second.
+
+ * * * * *
+
+
+[Note 45 : Encyclopédie méthodique. — Botanique, Paris, III, 1789, p.
+370.]
+
+[Note 46 : LINNÉ. — Flora Zeylanica, 1re éd., 1747, p. 166. Voir aussi :
+Amænit. I, 1749, p. 412 et Species, 1753.]
+
+[Note 47 : G. DON. — General System of Gardening and Botany, I, 1831, p.
+515.]
+
+[Note 48 : VENTENAT. — Jardin de la Malmaison, II, 1804. Pl. 91 adnot. —
+Dans Son Tableau du Règne Végétal, an VII, vol. III, p. 202, VENTENAT
+maintenait encore les _Sterculia_ dans la famille des Malvacées.]
+
+[Note 49 : SCHOTT et ENDLICHER. — Meletemata bot. (1832), p. 33.]
+
+[Note 50 : Robert BROWN. — In BENN. Pl. jav. rar. (1844), p. 236.]
+
+[Note 51 : DUPONT DE NEMOURS. — Notice sur la vie de POIVRE (1719-1786),
+Paris, 1786, in-octavo, p. 27, et Dr HŒFER, Nouvelle biographie
+générale, art. POIVRE, Paris, Firmin-Didot, XL. 1862, p. 583.]
+
+[Note 52 : A. CHEVALIER et Em. PERROT. — Les pommes de terre des pays
+chauds, in _Vég. ut. Afr. trop._, I, 1905, p. 100.]
+
+[Note 53 : Notice sur la vie de POIVRE, p. 33.]
+
+[Note 54 : Le _Sterculia grandiflora_ existait encore près d’un siècle
+plus tard à l’Ile de France « cultivé au Réduit et aux Plaines » (BOJER.
+Hortus Mauritianus, 1837, p. 24).]
+
+[Note 55 : Le _Moniteur Universel_, an XI (1803), p. 888 (art. de
+JUSSIEU), p. 1222 (n. s.) ; an XII, pp. 166, 978, 1538 ; an XIII, p.
+330, renseigne sur les dates d’apparition des livraisons du _Jardin de
+la Malmaison_, au nombre de 20, contenant chacune six planches et douze
+pages. Le _Sterculia monosperma_ est figuré p. 91, correspondant à la
+16e livraison de l’ouvrage et à la 5e du t. II, commençant p. 61 et daté
+de 1804. Le livre de PALISOT DE BEAUVOIS qui contient, p. 40-42, le
+_Sterculia_, fut publié à partir de 1804, également en 20 livraisons,
+mais très lentement, car dans son numéro d’août 1805, le _Magasin
+Encyclopédique_ (IV, p. 408) dit que VENTENAT en est à sa 19e livraison,
+alors que PALISOT DE BEAUVOIS n’en est encore qu’à sa 5e. On doit donc
+déduire de la comparaison de ces dates que la planche 91 de VENTENAT est
+probablement antérieure à la description de PALISOT DE BEAUVOIS touchant
+le Kolatier.
+
+Nous ne saurions trop remercier M. DE NUSSAC, sous-bibliothécaire du
+Muséum, de l’empressement avec lequel il s’est mis à notre disposition
+pour nous aider à fixer ce point d’histoire.]
+
+[Note 56 : La préface du livre montre que VENTENAT, qui avait quitté les
+ordres pendant la Révolution, était aussi habile à tourner galamment un
+compliment qu’à décrire des plantes comme en témoigne le passage suivant
+extrait de la préface :
+
+« Si, dans le cours de cet ouvrage, je viens à décrire quelqu’une de ces
+plantes modestes et bienfaisantes qui semblent ne s’élever que pour
+répandre autour d’elles une influence aussi douce que salutaire, j’aurai
+bien de la peine, Madame, à me défendre d’un rapprochement qui
+n’échappera point à mes lecteurs ».]
+
+[Note 57 : VENTENAT. — _Jardin de la Malmaison_. Adnot. Tab. 91.]
+
+[Note 58 : P. GAFFAREL. — Le capitaine Landolphe. _Ann. Inst. col.
+Marseille_, VIII, 2, 1901, p. 45-74.]
+
+[Note 59 : P. DE BEAUVOIS. — _Flore d’Oware et de Bénin en Afrique_,
+Paris, I, p. 40-43.]
+
+[Note 60 : Extrait de PALISOT DE BEAUVOIS, Flore d’Oware et de Bénin,
+_loc. cit._ Son Herbier, réuni pendant son séjour en Afrique en 1786 et
+1787, fut acheté par DELESSERT en 1820.]
+
+[Note 61 : J.-L.-M. POIRET. — Encycl. Bot., vol. VII (1806), Article
+Sterculier, p. 428-434.]
+
+[Note 62 : STAPF. — _Kew Bull._, 1906, p. 90.]
+
+[Note 63 : RAFINESQUE. — _Specchio del Science_, II (no XI), (1er
+novemb. 1814), p. 158. Le nom d’_Edwardia_ fut abandonné par A.-P. DE
+CANDOLLE, parce qu’il existait déjà un genre _Edwardsia_, ce qui aurait
+pu prêter à confusion. O. KUNTZE, se basant sur ce que le genre
+_Edwardia_ est antérieur de huit ans au genre _Cola_, a rétabli ce nom,
+et il désigne le Kolatier proprement dit, sous le nom de _E. acuminata_
+O. Kuntze (Revis., I, p. 79). W.-P. HIERN, partisan également de
+l’observation stricte des règles de priorité, mais admettant le plus
+ancien binôme et non la plus ancienne dénomination spécifique, a nommé
+les Kolatiers de l’Angola recueillis par WELWITSCH, _Edwardia lurida_
+Rafinesque — Cf. W.-P. HIERN, _Welwitsch’s Catalogue of the African
+Plants_, I (1896), p. 84.]
+
+[Note 64 : A.-P. DE CANDOLLE, _Prodromus_, II (1825), p. 92.]
+
+[Note 65 : G. DON. — General System of Gardening and Botany, I, 1831, p.
+515.
+
+Georg. DON avait séjourné un mois et demi à Sierra-Leone, puis quelque
+temps à San-Thomé, en 1822-23. Ses plantes existent à l’Université de
+Cambridge dans l’Herbier Lindley et aussi au British Museum.]
+
+[Note 66 : Ces notes, il est facile de le remarquer, sont une
+compilation très incomplète des renseignements publiés par PALISOT DE
+BEAUVOIS.]
+
+[Note 67 : Sans doute l’écorce de quinquina.]
+
+[Note 68 : Le titre exact de l’ouvrage est : Beskrivelse af Guineiske
+Planter som ere fundne af danske botanikere især af Etatsraad THONNING,
+Copenhagen, 1827. — L’ouvrage est publié sous le nom de SCHUMACHER, mais
+il fut rédigé en grande partie à l’aide des notes de THONNING.]
+
+[Note 69 : SCHUMACHER. — _L. c._, II, p. 15.]
+
+
+
+
+ DEUXIÈME PARTIE.
+
+ * * * * *
+
+ =Les Kolatiers : Étude botanique, géographique et biologique.=
+
+ * * * * *
+
+ CHAPITRE IV.
+
+ * * * * *
+
+ =Position systématique et divisions du genre Cola.=
+
+ * * * * *
+
+
+Le genre _Cola_ appartient à la famille des Sterculiacées créée par
+VENTENAT en 1804. Cette famille comprend aujourd’hui plus de 800 espèces
+renfermées dans une cinquantaine de genres, répartis dans les diverses
+régions chaudes du globe.
+
+Deux de ces genres : le genre _Theobroma_ (Cacaoyer) et le genre _Cola_
+sont les seuls qui contiennent des plantes ayant une grande importance
+économique.
+
+Au moment où VENTENAT fit des Sterculiacées une famille autonome,
+détachée des Malvacées parmi lesquelles Antoine-Laurent DE JUSSIEU avait
+placé les deux ou trois espèces de _Sterculia_ connues de son temps,
+elle était réduite à quelques espèces de ce dernier genre.
+
+Les grands voyages d’exploration botanique dans les contrées tropicales
+du XIXe siècle, amenèrent la découverte de nombreux représentants de ce
+groupe, ce qui entraîna le morcellement de la famille.
+
+Quand le genre _Cola_ fut créé en 1832 par SCHOTT et ENDLICHER, les
+quelques espèces alors connues avaient été réunies, jusqu’à cette époque
+dans le genre _Sterculia_ établi par LINNÉ en 1737. Les premières
+espèces décrites, qui plus tard, devaient devenir des _Cola_, furent le
+_Sterculia cordifolia_ CAVANILLES (1799) et les _Sterculia nitida_ et
+_S. grandiflora_ de VENTENAT (1804) et le _S. acuminata_ de PALISOT DE
+BEAUVOIS (1804), ainsi que le _S. heterophylla_ Pal. Beauv.
+
+Le _S. verticillata_ THONNING (in SCHUMACHER) date seulement de 1827.
+
+A la vérité, comme nous l’avons antérieurement établi, trois
+appellations génériques sont antérieures à la dénomination _Cola_ (1832)
+et s’appliquent aux plantes qui font l’objet de cette étude.
+
+La première, celle de _Bichy_ ou _Bichea_, est due à STOKES[70] en 1812,
+la deuxième fut créée par RAFINESQUE, c’est celle d’_Edwardia_ ; et la
+troisième, celle de _Lunanea_, due à A.-P. DE CANDOLLE, date de 1825.
+
+Plusieurs botanistes, et notamment Otto KUNTZE[71] et HIERN[72], ont
+récemment substitué au nom de _Cola_ la deuxième de ces appellations
+anciennes. En vertu des règles de priorité, en usage dans la
+nomenclature botanique, ce n’est nullement le nom admis par ces auteurs,
+mais c’est évidemment le terme de _Bichea_ qu’il faudrait adopter aux
+lieu et place de celui de _Cola_ ; c’est ce qu’avait fait le savant
+botaniste PIERRE dans ses notes manuscrites.
+
+Si toutefois nous nous rangeons à la manière de voir de K. SCHUMANN, en
+adoptant le nom de _Cola_ pourtant moins ancien, il n’est pas douteux
+que le nom de _Bichea_ s’appliquait bien au _Cola_ et que l’appellation
+d’_Edwardia lurida_ Raf. = (_Lunanea Bichy_ P. DC. désignait également
+bien un vrai Kolatier (probablement _C. nitida_), cultivé à la Jamaïque
+dès le XVIIIe siècle.
+
+D’autre part, les indications de STOKES, de RAFINESQUE et de A.-P. DE
+CANDOLLE prêtent trop à confusion. Ce dernier botaniste en particulier,
+connaissait en effet si mal la plante en question qu’il la décrivit à la
+fin de la famille des Anacardiacées, alors qu’il avait décrit les
+_Sterculia_ et en particulier le _S. acuminata_ à leur véritable place,
+c’est-à-dire dans la famille des Sterculiacées.
+
+[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
+
+48 _bis_.
+
+FIG. 3. — =Cola verticillata= Stapf. — Rameau en fleurs. — Gold-Coast
+(_Herb. Kew_)]
+
+Mais la substitution d’une des dénominations _Bichea_, _Edwardia_ ou
+_Lunanea_ à celles de _Cola_ amènerait un changement trop profond dans
+la nomenclature, changement qui risquerait de n’être pas accepté par la
+majorité des botanistes. Nous conserverons donc ce dernier nom qui a
+reçu la consécration de l’usage.
+
+C’est d’ailleurs la conclusion à laquelle est arrivée la _Commission
+internationale de nomenclature_ au Congrès botanique de Vienne en 1905,
+aussi le nom de _Cola_ figure dans la colonne de l’_Index nominum
+genericorum utique conservandorum secundum articulum visesimum regularum
+nomenclaturæ botanicæ internationalium_.
+
+ *
+ * *
+
+ENDLICHER et SCHOTT, puis Rob. BROWN n’admettent encore que trois
+espèces du genre _Cola_ ; MASTERS, dans le tome I du _Flora of tropical
+Africa_, paru en 1868, en cite déjà 11, tandis que BAILLON, en 1873,
+n’en mentionne que 6 dans son _Histoire des Plantes_.
+
+K. SCHUMANN, en 1900, dans sa _Monographie des Sterculiacées
+africaines_, après avoir étudié les matériaux rapportés à l’Herbier de
+Berlin par les explorateurs du dernier quart du XIXe siècle, fut amené à
+étendre considérablement le nombre des espèces connues. Il en porte le
+total à 32 et si l’on y joint les espèces décrites depuis cette époque
+par DE WILDEMAN, W. BUSSE, A. ENGLER et par l’un de nous, ce chiffre
+s’élève aujourd’hui à 40 espèces environ. Ajoutons enfin que l’intérieur
+du continent africain est encore trop mal exploré pour qu’on puisse nier
+la possibilité de découvrir encore de nombreuses espèces nouvelles,
+dépourvues probablement, il est vrai, d’un réel intérêt économique, car
+il est peu probable qu’on découvre encore de nouveaux Kolatiers
+produisant des amandes très appréciées par les indigènes.
+
+K. SCHUMANN eut le grand mérite, non seulement de décrire beaucoup
+d’espèces nouvelles du genre _Cola_, mais il les groupa encore
+méthodiquement en sections en s’appuyant sur des caractères importants
+qu’il fut le premier à mettre en relief.
+
+La séparation des _Sterculia_ et des _Cola_ est aujourd’hui admise par
+tous les botanistes.
+
+Dans le dernier genre, spécial à l’Afrique occidentale et centrale, les
+fleurs mâles ont les _loges des anthères régulièrement disposées_ sur un
+ou deux rangs et forment une couronne simple ou double ; de plus, la
+graine adulte est _privée d’albumen_.
+
+Dans les _Sterculia_, répandus dans tous les pays tropicaux, les fleurs
+mâles ont les _loges des anthères rapprochées irrégulièrement_ et
+réunies le plus souvent en boutons ; les graines _présentent toujours un
+albumen_.
+
+« On peut facilement, dit K. SCHUMANN, séparer le genre _Cola_ ainsi
+défini en deux groupes. Le premier comprendra les espèces dont les
+anthères longues et linéaires sont rangées en anneau simple ; le second
+renfermera les espèces avec loges des anthères ellipsoïdales
+superposées, c’est-à-dire réunies en deux groupes annulaires, situés
+l’un au-dessus de l’autre. Dans ce dernier, les botanistes
+systématiciens disent _antheris maximi divaricatis_ ; il serait
+préférable de dire _antheris superpositis_. »
+
+Le même auteur partage ensuite le premier groupe en quatre sections ou
+sous-genres :
+
+La première, comprenant seulement le _Cola caricifolia_ (G. Don) K.
+Schum., se différencie facilement par une duplicature des carpelles en
+relation avec le nombre des dents du calice ; il y a 8 à 10 feuilles
+carpellaires pour un calice à 4 ou 5 lobes. Le savant botaniste de
+Berlin voit dans ce caractère un peu anormal, un stade ancestral, d’où
+le nom de _Protocola_ qu’il donne à cette section.
+
+La deuxième, qui ne comprend également qu’un seul représentant (_C.
+Chlamydantha_ K. Schum.), a aussi un gynécée pléiomère (à feuilles
+carpellaires doubles des divisions du calice), mais elle diffère de la
+section _Protocola_ par le nombre considérable de loges d’anthères qui
+s’élève à 30 au minimum. Dans le genre _Cola_ comme dans la plupart des
+Sterculiacées, les anthères sont à deux loges (l’anthère est à trois
+loges seulement chez le _Ayenia_) et dès lors le _C. chlamydantha_
+aurait donc 15 étamines. L’auteur adopte pour cette section le nom de
+_Chlamydocola_, pour rappeler que la fleur est enveloppée d’un grand
+involucre à 3 folioles.
+
+Ces deux sous-genres diffèrent encore par les feuilles, lobées chez
+_Protocola_ et digitées chez _Chlamydocola_.
+
+Viennent ensuite deux autres sous-genres qui, avec les précédents,
+constituent le premier groupe principal ; ils possèdent seulement 3 à 5
+carpelles : la section _Haplocola_ est pourvue de feuilles simples,
+entières ou lobées ; celles des espèces de la section _Cheirocola_ sont
+au contraire digitées.
+
+« Ce dernier sous-genre subira peut-être, par suite d’études plus
+approfondies, un nouveau démembrement : les grosses graines du _C.
+pachycarpa_ K. Schum. entourées d’un tégument épais et charnu sont bien
+particulières et, d’autre part, le _C. digitata_ Mast., avec ses petites
+graines renfermées dans des carpelles déhiscentes de bonne heure et
+portées sur un long stipe, est aussi très spécial. ».
+
+Le deuxième groupe principal, remarquable par la double rangée de loges
+staminales, comprend les deux sections ou sous-genres _Autocola_ et
+_Anomocola_.
+
+Dans le premier se rangent les espèces fournissant les vraies noix de
+Kola, d’où sa dénomination. Le sous-genre _Anomocola_ en différerait par
+les feuilles verticillées ; en outre, les feuilles accompagnant les
+fleurs (préfeuilles ou bractées recouvrantes) sont groupées en un organe
+en forme de bonnet se détachant par une fente annulaire basale,
+caractère qui ne se rencontre chez aucun des autres représentants de la
+famille des Sterculiacées. Une seule espèce y est actuellement rangée,
+le _C. anomala_ K. Schum. Bien que nous n’ayons pas vu le type, nous
+pensons que cette espèce n’est autre que le _Cola verticillata_ et ce
+dernier présente des analogies trop grandes avec les autres espèces de
+la section _Autocola_ pour que nous l’en séparions.
+
+
+Les caractères de ces 5 sections ont été résumés par K. SCHUMANN dans un
+tableau dont voici la traduction :
+
+
+ =A.= Androcée sur un seul rang, c’est-à-dire avec loges des anthères
+ étroites, parallèles et placées à côté les unes des autres en formant
+ une seule couronne qui entoure un rudiment de pistil.
+
+ A. Carpelles en nombre double des dents du calice.
+
+ α Etamines en même nombre que les carpelles. Feuilles simples,
+ lobées
+
+ 1. _Protocola_.
+
+ β Etamines (15) plus nombreuses que les carpelles. Feuilles
+ digitées
+
+ 2. _Chlamydocola_
+
+ B. Seulement de 2 à 5 carpelles.
+
+ α Feuilles entières ou lisses
+
+ 3. _Haplocola_.
+
+ β Feuilles digitées
+
+ 4. _Cheirocola_.
+
+ =B.= Androcée sur deux rangs, c’est-à-dire que les loges des anthères,
+ relativement courtes, sont placées l’une au-dessus de l’autre sur deux
+ rangs (antheræ maximi divaricantes vel superpositæ).
+
+ A. Feuilles parfois verticillées sur les jeunes rameaux, mais plus
+ tard toujours disposées en spirales. Bractées de l’inflorescence
+ petites, ouvertes ; de petites préfeuilles
+
+ 5. _Autocola_.
+
+ B. Feuilles également disposées en verticilles sur les axes
+ florifères ; bractées relativement grandes réunies entre elles et
+ formant une sorte de bonnet se détachant par une fente annulaire
+
+ 6. _Anomocola_.
+
+
+L’étude de toutes les espèces ainsi réparties nous entraînerait hors du
+sujet que nous avons choisi. Nous nous contenterons d’examiner en détail
+les espèces qui constituent la section _Autocola_ qui, dans le travail
+de K. SCHUMANN, sont au nombre de 5 caractérisées comme il suit :
+
+
+ =AUTOCOLA= K. Schum.
+
+
+ =A.= Feuilles lancéolées ou oblongues, cunéiformes ou arrondies à la
+ base, jamais lobées, plus ou moins distinctement trinerviées.
+
+ A. Feuilles sèches de couleur cuir clair, paucinerviées, calice
+ glabre (nu) à l’intérieur ; seulement 6 graines par carpelle ;
+ embryon avec deux cotylédons qui restent fermés pendant la
+ germination
+
+ _Cola vera_ K. Schum.
+
+ B. Feuilles sèches la plupart brun sombre, plurinerviées. Calice velu
+ à l’intérieur ; 10 à 12 semences par carpelle ; embryon avec 4-6
+ cotylédons qui s’écartent à la germination
+
+ _C. acuminata_ (Pal. Beauv.) R. Br
+
+ =B.= Feuilles entières, ovales arrondies, jusqu’à former un cercle,
+ largement aigües à la base ou rétrécies ou arrondies, plurinerviées,
+ jamais profondément cordiformes.
+
+ A. Feuilles glabres ; inflorescences très ramifiées, lâches. Fleurs
+ ayant au plus 14 loges d’anthères
+
+ _C. lateritia_ K. Schum.
+
+ B. Feuilles pourvues en-dessous de belles écailles dorées, à rameaux
+ longs portant de nombreuses fleurs
+
+ _C. hypochrysea_ K. Schum.
+
+ =C.= Feuilles ovales, d’ordinaire lobées, profondément cordées à la
+ base
+
+ _C. cordifolia_ (Cav.) R. Br.
+
+
+Tel était l’état de la question à l’époque de la publication de la
+remarquable monographie de K. SCHUMANN. Nous n’avons reproduit ce
+tableau qu’à titre documentaire, car nous montrerons plus loin qu’il est
+tout à fait insuffisant pour différencier les diverses espèces de la
+section _Autocola_.
+
+Le sectionnement du genre _Cola_, lui aussi, doit être légèrement
+modifié. Nous avons déjà dit que la section _Anomocola_ devait être
+fondue avec la section _Autocola_ ce qui réduisait à quatre le nombre
+des sections ; mais il devient nécessaire, d’après nos recherches, de
+scinder en deux la section _Autocola_, la seule dont nous ayons à nous
+occuper ici.
+
+Les deux premières espèces citées dans le tableau ci-dessus
+constitueront la nouvelle section _Eucola_, qui comprendra les cinq
+espèces étudiées dans un prochain Chapitre. Les trois dernières espèces
+du tableau précédent formeront une dernière section que nous nommons
+_Macrocola_, ce nom rappelant qu’elle renferme les plus grands arbres du
+genre.
+
+
+ Sect. =MACROCOLA= A. Chev.
+
+Tous les représentants connus de cette section sont de très grands
+arbres s’élevant parfois de 25 mètres à 40 mètres de hauteur. Feuilles
+alternes, grandes ; limbe à contour suborbiculaire, parfois lobé,
+souvent plus large que long, arrondi ou cordé à la base. Carpelles 3 ou
+4 (rarement 5). Stigmates formant un écusson lobé recouvrant l’ovaire.
+Follicules mûrs _rouges_ ou d’un vert-jaune marbré de pourpre, _toujours
+déhiscents à maturité_, pubescents à l’intérieur. Graines peu
+volumineuses, entourées d’un tégument externe épais devenant à maturité
+charnu-mucilagineux et très sucré. Cotylédons 2. Espèces : _Cola
+cordifolia_ (Cav.) R. Br., _C. cordifolia_ var. _nivea_ Pierre (A.
+Chev.), _C. cordifolia_ var. _Maclaudi_ (Cornu) A. Chev., _C. gigantea_
+A. Chev., _C. lateritia_ K. Schum., _C. hypochrysea_ K. Schum., et
+d’autres espèces décrites par DE WILDEMANN.
+
+
+ Sect. =EUCOLA= A. Chev.
+
+Arbres de petite taille (le plus souvent de 6 à 15 mètres de hauteur,
+dépassant rarement 20 mètres). Feuilles alternes parfois verticillées ou
+subverticillées ; limbe lancéolé ou oblong, jamais plus large que long.
+Carpelles 5 rarement 6 à 8, stigmates oblongs réfléchis sur les ovaires.
+Follicules souvent indéhiscents à maturité, de couleur grisâtre, verte
+ou blanchâtre, lisses à l’intérieur. Graines grosses, entourées d’un
+tégument externe blanchâtre membraneux et consistant à maturité, non
+sucré. Cotylédons presque toujours plus de deux, ou deux dans la seule
+espèce _C. nitida_. Amandes comestibles, ordinairement riches en
+caféine.
+
+Espèces : _Cola nitida_ (Vent.) A. Chev. et ses races, _C. acuminata_
+(Pal. Beauv.) Schott et Endl., _C. verticillata_ (Thonn. in Schum.
+Stapf.), _C. Ballayi_ Cornu in Hort. Paris.
+
+Espèce douteuse : _C. sphærocarpa_ A. Chev.
+
+Dans tous les chapitres qui suivront, nous ne nous occuperons plus
+désormais que des espèces de cette section.
+
+ * * * * *
+
+
+[Note 70 : STOKES. — Bot. mat. méd., II, 1812, p. 564.]
+
+[Note 71 : O. KUNTZE. — Rev. gen. plant., I, p. 79.]
+
+[Note 72 : W.-P. HIERN. — _Welwitsch’s Catal. of the african Plants_, I,
+1896, p. 84.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE V.
+
+ * * * * *
+
+ =Caractères généraux des espèces de la section _Eucola_.=
+
+
+_Port._ — Tous les Kolatiers de la section _Eucola_ sont des arbres de
+deuxième grandeur atteignant leur port définitif vers la quinzième ou la
+vingtième année. Dans l’ensemble, ils rappellent un peu les Noyers ou
+mieux encore peut-être les Pommiers à cidre. Les branches s’étalent à
+partir d’une hauteur de 3 à 4 mètres et il est rare que le tronc
+atteigne 6 à 8 mètres sans ramifications (Fig. 4). La hauteur totale des
+Kolatiers adultes est de 15 à 20 mètres et exceptionnellement dans la
+forêt vierge leurs dimensions peuvent s’élever jusqu’à 25 mètres de
+hauteur avec un tronc mesurant jusqu’à 60 cm. de diamètre à la base.
+
+Les Kolatiers plantés dans les endroits éclairés, par exemple autour des
+villages, restent toujours plus petits et souvent se ramifient à moins
+de 2 mètres au-dessus du sol. Au contraire ceux qui croissent dans les
+sous-bois de la forêt ont souvent un tronc grêle et lorsque les arbres
+environnants sont abattus, ils se présentent avec un tronc élancé (Fig.
+5).
+
+L’écorce du tronc est brune et s’enlève par écailles ; sur les jeunes
+rameaux, l’épiderme persiste jusqu’à la troisième ou quatrième année ;
+ces mêmes rameaux sont pourvus d’une moelle abondante et à l’état frais
+sont cylindriques, de couleur brun-verdâtre, luisants, sans trace de
+lenticelles. Les cicatrices foliaires produisent des écussons sub-
+circulaires, très saillants, au-dessus desquels on observe souvent les
+_gemmules_ dont il sera question plus loin.
+
+A l’état sec, les rameaux les plus jeunes sont anguleux et cannelés, par
+suite de la course des faisceaux libéro-ligneux des feuilles qui
+descendent en cordons apparents à l’extérieur sur un assez long parcours
+dans l’écorce avant de se joindre à la couronne libéro-ligneuse de la
+tige.
+
+
+_Gemmules._ — Louis PIERRE, dans les notes manuscrites jointes à son
+Herbier, donne ce nom à des organes très particuliers qui ne paraissent
+pas avoir été signalés encore et qui existent chez toutes les espèces de
+la section _Autocola_ (sensu stricto).
+
+Ce sont de gros bourgeons qui naissent à l’aisselle de certaines
+feuilles lorsque celles-ci sont parvenues à l’état adulte. Ces bourgeons
+sont protégés extérieurement par un grand nombre d’écailles se
+recouvrant les unes les autres. L’extérieure est très brune,
+parcheminée, coriace ; ses bords sont soudés de sorte qu’elle affecte la
+forme d’un cornet abritant le bourgeon tout entier.
+
+Les gemmules persistent après la chute des feuilles, puis au lieu de
+donner naissance à des rameaux ou à des inflorescences, elles se
+détachent parfois à leur tour en laissant au-dessus de la cicatrice
+foliaire une autre cicatrice circulaire, plus petite et fortement
+concave.
+
+L’abondance, la forme et les dimensions de ces gemmules varient d’un
+arbre à l’autre. Mais on les trouve particulièrement abondantes sur
+certains individus végétant dans des conditions défavorables.
+
+Il s’agit en réalité de bourgeons dormants pouvant produire des
+inflorescences ou pouvant tomber avant leur épanouissement pour des
+causes encore mal connues.
+
+[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
+
+56 _bis_.
+
+FIGURE 11.
+
+FIGURE 12.
+
+FIG. 11. — =Cola nitida= A. Chev. — Jeune sujet vivant (Exemplaire du
+Muséum de Paris).
+
+FIG. 12. — =Cola= sp. à feuilles pendantes du Congo (Exemplaire cultivé
+dans les serres du Muséum).]
+
+[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
+
+57 _bis_.
+
+FIG. 13. — =Cola acuminata= Schott. et Endl. — Follécules à différents
+âges.
+
+_a_, vues par la face supérieure ; _b_, vues par la face inférieure ;
+Gabon (_Herb. Mus. Paris_).]
+
+
+_Feuilles._ — RÉPARTITION. — Les feuilles sont, après les graines et les
+fruits, les parties les plus importantes pour distinguer les espèces de
+la section _Eucola_. Les variations, d’une espèce à l’autre, portent
+surtout sur leur répartition, leur forme générale, la disposition des
+nervures et sur l’acumen. Par contre, des différences individuelles
+parfois considérables s’observent souvent dans la même espèce ; elles se
+rapportent plus particulièrement aux dimensions du pétiole, longueur et
+diamètre, à l’articulation de ce dernier avec le limbe, aux dimensions
+et à la consistance de celui-ci, au nombre des nervures. Tous ces
+caractères d’ordre secondaire sont fonction de l’âge et de la vigueur
+des rameaux sur lesquels sont insérées les feuilles.
+
+[Illustration : (Cliché Schiffer)
+
+FIG. 5. — _Cola nitida_ dans une plantation chez les Bétés à la Côte
+d’Ivoire (conservé sur l’emplacement de la forêt défrichée).]
+
+Presque toujours isolées, elles sont cependant, dans le _C.
+verticillata_ Stapf, nettement verticillées par 3 ou par 4 à l’extrémité
+des rameaux et parfois opposées à leur base (fig. 3). Chez quelques
+formes d’autres espèces, on observe parfois de 2 à 6 feuilles insérées
+presque à la même hauteur à l’extrémité de certains rameaux et dans ce
+cas elles sont très brièvement pétiolées. Un examen plus attentif permet
+de constater que ce sont des feuilles isolées en disposition spiralée,
+mais sur une spire à tours très rapprochés vers l’extrémité et
+s’écartant progressivement au fur et à mesure que l’on se rapproche de
+la base du rameau où leur disposition redevient normale.
+
+Le _C. Ballayi_ porte ses feuilles groupées par _faux verticilles_ de 5
+à 15 feuilles, formant ainsi des panaches très écartés (Pl. VIII et fig.
+6) les uns des autres et donnant à cet arbre un aspect particulier. Un
+gros rameau privé de feuilles sur une grande partie de sa longueur se
+termine par 2 ou 3 de ces faux verticilles très rapprochés les uns des
+autres et les feuilles qui s’y insèrent sont dressées, formant ainsi un
+seul gros bouquet à son extrémité. Tout le reste du rameau est
+complètement dénudé ou parfois porte deux ou trois bouquets de feuilles
+en faux verticilles, espacés de 5 cm. au moins les uns des autres.
+
+
+_Pétiole._ — Parfois presque nul pour les feuilles terminant les
+rameaux, il peut mesurer 15 à 20 cm. chez les feuilles inférieures et
+son diamètre est également très variable. Sur les rameaux grêles, le
+diamètre n’est guère que de 2 mm., tandis qu’elle atteint 4 mm. sur les
+pousses très robustes. Il est toujours presque cylindrique et présente à
+ses deux extrémités des renflements moteurs en forme de bourrelet épais
+et allongé.
+
+Le rôle de ces renflements est de régler par turgescence l’inclinaison
+de la feuille, d’après l’éclairage qu’elle reçoit. Au jour et à la
+grande lumière, le limbe est très incliné par rapport au pétiole (Fig.
+11) ; dans les parties ombragées, le limbe est disposé de manière à
+recevoir le maximum d’éclairage. Dans le chapitre consacré à l’anatomie,
+nous montrerons comment s’effectue ce mouvement.
+
+Le pétiole forme souvent un angle de 90° avec l’axe du rameau, sauf dans
+le _C. Ballayi_ où il est très ascendant. Au contraire, dans une espèce
+encore inédite cultivée dans les Serres du Muséum de Paris, il est
+pendant et les rameaux ont ainsi un port très spécial.
+
+[Illustration : FIG. 8. — _Cola acuminata_. Feuilles anormales avec des
+lobations.]
+
+Quant au limbe, il est rare qu’il se continue dans la direction du
+pétiole. Le plus souvent il est pendant et forme un angle très ouvert
+avec ce dernier (Fig. 2) ; seules les feuilles des pousses terminales, à
+pétiole court, ont la nervure médiane dans son prolongement et, d’une
+façon générale, plus le pétiole est long, plus le limbe est incliné. Le
+pétiole semble donc s’allonger de manière à assurer à la feuille un
+éclairage suffisant. Il est accompagné à sa base dans les jeunes pousses
+de très petites stipules linéaires ou lancéolées tombant bien avant que
+les feuilles soient complètement épanouies.
+
+
+_Limbe._ — Le limbe très entier a un contour oblong, ou oblong-
+lancéolé ; rarement il est plus large par rapport à la longueur et dans
+ce cas il présente une forme ovale-lancéolée. Très rarement le contour
+est assez étroit pour que le limbe soit nettement oblong-linéaire. C’est
+le cas pour le _Cola mixta_ forma _angustifolia_ A. Chev.
+
+Presque toujours cunéiforme à la base, il est cependant parfois arrondi,
+ainsi qu’on le constate sur le type même du _Sterculia grandiflora_
+Ventenat (Pl. IV). Au sommet, il se termine plus ou moins brusquement
+par un acumen obtusiuscule mesurant de 5 mm. à 25 mm. de long, assez
+étroit, tantôt droit, tantôt incliné d’un côté.
+
+En résumé, toutes les espèces de la section _Eucola_ ont une forme
+générale identique et ne présentent point les grandes variations qu’on
+observe dans certaines sections du même genre. Nous avons parfois trouvé
+sur _Cola acuminata_, parmi un grand nombre de feuilles normales,
+quelques feuilles plus ou moins lobées au sommet (Fig. 8). Cette
+anomalie permet d’expliquer l’existence à l’état normal, chez certaines
+espèces d’autres sections, de feuilles lobées ou même de feuilles
+composées-digitées. Enfin, nous avons découvert dans la forêt vierge de
+la Côte d’Ivoire, une espèce de la section _Cheirocola_, récemment
+décrite (_Cola proteiformis_ A. Chev.)[73], qui réunit, en quelque sorte
+à l’état normal, les différentes formes de feuilles qu’il est possible
+d’observer dans le genre _Cola_. A côté des feuilles lancéolées
+acuminées dont la forme rappelle celles des _Eucola_, on trouve en assez
+grand nombre sur le même rameau ou sur des rameaux séparés des feuilles
+composées, tantôt à 3, tantôt à 5 folioles. Nous avons cru utile de
+figurer un rameau de cette espèce pour montrer les affinités qui peuvent
+exister entre des espèces d’apparence parfois très dissemblables, ce qui
+est le cas pour les _Eucola_ par rapport aux _Cheirocola_ (Fig. 9).
+
+Le bord du limbe dans les _Eucola_ est un peu épaissi et légèrement
+incurvé en dessous.
+
+[Illustration : FIG. 9. — _Cola proteiformis_ A. Chev.
+
+Sur le même rameau on voit une feuille à une foliole, une autre à 3
+folioles et enfin une feuille à 5 folioles.]
+
+Mesurant en moyenne 10 cm. à 15 cm. de long sur 3 cm. à 5 cm. de large,
+il peut atteindre jusqu’à 25 cm., parfois 30 cm. de longueur et 12 cm.
+de largeur et dans des cas exceptionnels (pousses très vigoureuses) il
+peut avoir 50 cm. de longueur chez _C. Ballayi_.
+
+La nervure médiane est légèrement saillante en-dessus et très saillante
+en-dessous ; les nervures latérales I, au nombre de 5 à 8 paires, sont
+ascendantes toujours dépourvues d’acarodomaties à leur aisselle, réunies
+à l’extrémité par des arceaux plus ou moins visibles et plus ou moins
+réguliers ; elles sont parfois entremêlées de quelques nervures
+latérales II. Enfin, entre ces nervures existent des nervilles formant
+des réseaux plus ou moins apparents à la face inférieure.
+
+Les feuilles très jeunes sont recouvertes d’un léger tomentum roussâtre
+formé de poils étoilés, plus ou moins nombreux, promptement caducs. Les
+feuilles adultes sont glabres et coriaces, plus ou moins luisantes en-
+dessus ; la face inférieure est d’un vert pâle. La dessiccation change
+la coloration : dans les herbiers, le limbe est noirâtre ou d’un brun-
+verdâtre en-dessus et d’un brun-fauve en-dessous.
+
+Les feuilles sur les rameaux stériles et les jeunes pousses ont
+sensiblement la même forme que sur les rameaux fertiles, mais elles sont
+beaucoup plus grandes et terminées par un acumen plus allongé. Sur les
+rameaux stériles du _Cola nitida_, on observe assez souvent des feuilles
+dont le limbe atteint 30 cm. de long sur 12 cm. de large. Sur _Cola
+Ballayi_, ces feuilles sont encore beaucoup plus grandes.
+
+
+_Inflorescences._ — Elles naissent seulement sur les rameaux de
+deuxième, de troisième ou quatrième année et rarement sur les rameaux
+plus âgés ayant perdu leurs feuilles depuis longtemps.
+
+Parfois cependant, par exemple dans le _C. Ballayi_, on observe des
+inflorescences sur des rameaux non feuillés ; dans ce cas, elles
+s’insèrent au-dessus ou sur les côtés des cicatrices foliaires (Fig. 7).
+
+On observe aussi assez fréquemment, notamment chez les _C. verticillata_
+et _C. nitida_, des rameaux de l’année fleuris (Pl. III et Pl. IV) ; les
+inflorescences sont alors courtes, ramassées et presque toujours
+réduites à des fleurs mâles, de sorte que des fruits ne naissent jamais
+de ces organes. Il est à peine nécessaire de faire remarquer qu’un jeune
+rameau aurait de la peine à supporter une fructification de Kolatier,
+puisqu’une seule fleur fécondée peut produire 5 ou 6 carpelles d’un
+poids à l’état adulte de deux à trois kilogs.
+
+On sait du reste que, chez la plupart des représentants de la famille
+des Sterculiacées, les fleurs naissent non sur les jeunes rameaux, mais
+sur les branches déjà assez âgées. Chez le Cacaoyer en particulier,
+c’est sur le tronc et sur les vieilles branches latérales que s’insèrent
+les cabosses. Les inflorescences sont des grappes composées, pauciflores
+ou plus ou moins denses, à rachis un peu comprimé, avec des pédicelles
+ayant de 6 mm. à 12 mm. de long, mais pouvant atteindre jusqu’à 18 mm.
+et portant des bractées et bractéoles très caduques, ovales, très
+concaves, plus ou moins couvertes d’un tomentum roussâtre ou brun-
+rouille.
+
+Chaque racème principal atteint de 2 cm. à 6 cm. de long ; il est
+souvent accompagné à sa base de deux petits racèmes courts subsessiles.
+Les fleurs s’épanouissent successivement et la floraison dure très
+longtemps. Il n’est pas rare d’observer certains arbres de ce groupe en
+fleurs presque toute l’année.
+
+Du reste le calice est marcescent et persiste longtemps après la
+floraison, même si les fleurs ont avorté.
+
+Pendant l’anthèse, les fleurs dégagent un parfum nauséeux.
+
+
+_Fleurs._ — Les espèces de la section _Eucola_ présentent une
+hétérogamie des plus remarquables. Certains arbres ne produisent
+exclusivement que des fleurs mâles ; la plupart des individus produisent
+un grand nombre d’inflorescences exclusivement mâles, puis quelques
+grappes avec des fleurs hermaphrodites à la base et des fleurs mâles au
+sommet. Quelques plants ont des fleurs mâles et des fleurs
+hermaphrodites entremêlées sur toutes les inflorescences et quelquefois
+une grappe de fleurs mâles est surmontée d’une ou plusieurs fleurs
+hermaphrodites ; il est très rare de rencontrer des Kolatiers portant
+plus de fleurs hermaphrodites que de fleurs mâles. Enfin nous n’avons
+jamais rencontré un Kolatier chargé exclusivement de fleurs
+hermaphrodites.
+
+Dans toutes les espèces, même avant leur épanouissement, les fleurs
+mâles sont faciles à distinguer des hermaphrodites. Le calice, qui a une
+préfloraison valvaire dans les deux cas, forme un petit bouton
+subglobuleux et blanc tomenteux chez les premières. Chez les secondes,
+il est plus gros, nettement obovoïde et un peu apiculé au sommet. Quand
+les fleurs s’épanouissent, on constate un dimorphisme encore plus
+accusé : les mâles ont un calice de petite taille et rotacé : dans les
+hermaphrodites, il est souvent beaucoup plus grand et toujours
+campanuliforme.
+
+Les premières, lorsqu’elles sont épanouies, mesurent souvent que 12 à 20
+mm. de diam., les secondes peuvent atteindre 30 à 40 mm. Dans les deux
+sortes de fleurs et dans toutes les espèces, les lobes sont ovales,
+lancéolés, longs ordinairement de 5 à 9 mm., plus ou moins aigüs au
+sommet, blancs-tomenteux à l’extérieur, recouverts en dedans de quelques
+poils étoilés, jamais complètement glabres sur l’une ou l’autre face.
+
+Un autre caractère de peu d’importance mais d’une constance remarquable
+se retrouve chez toutes les espèces de la section : nous voulons parler
+de la coloration. Le calice est d’un blanc-crême, mais il présente en
+dedans au fond du tube une tache d’un pourpre noirâtre qui se prolonge
+jusqu’à mi-hauteur des lobes, le long des 3 nervures, visibles à la face
+interne de chaque lobe. Ces stries pourpres n’existent pas à
+l’extérieur, mais elles sont constantes à la face interne ; une seule
+race en est privée et a les fleurs complètement blanches, c’est le _Cola
+nitida_ A. Chev. s.-sp. _C. alba_ A. Chev. du Kissi.
+
+La forme de l’androcée est assez constante dans toutes les espèces, mais
+elle varie suivant le degré d’épanouissement de la fleur : du fond du
+calice s’élève un petit stipe grêle, pubescent, parfois presque nul,
+parfois atteignant 3 mm. de long. Ce stipe se dilate brusquement et se
+termine par un écusson orbiculaire, aplati ou même concave en-dessus ;
+sur son bord, cet écusson (qui n’est autre qu’un connectif commun adné à
+un pistil central avorté réduit à 5 ou 6 petits points faisant saillie
+au centre de l’écusson et en-dessus) porte vingt logettes[74]
+considérées comme des anthères. Ces logettes sont disposées en deux
+séries de 10, superposées.
+
+Chacune constitue une loge à déhiscence longitudinale, mais lorsque
+celle-ci est opérée, il reste à l’intérieur un petit dissépiment
+longitudinal qui pourrait faire croire à l’existence d’une anthère à
+deux loges.
+
+Le sagace observateur qu’était PIERRE, a interprété de la manière
+suivante l’androcée des _Eucola_. Il correspondrait à 5 étamines
+seulement, ces étamines étant verticales (comme dans d’autres sections
+du genre _Cola_) et chacune à deux loges avec déhiscence longitudinale :
+les étamines auraient leurs loges écartées ; en outre, il se serait
+produit une cloison transversale dans chaque loge amenant ainsi la
+constitution d’un thèque supérieur et d’un thèque inférieur, c’est-à-
+dire la formation des 20 logettes existantes. Cette transformation a pu
+se produire pendant l’évolution des ancêtres des _Eucola_, mais dans les
+espèces actuelles, même à l’état très jeune les 20 thèques sont bien
+distincts et écartés les uns des autres.
+
+Les logettes staminales de l’étage supérieur font saillie au-dessus du
+disque qu’elles entourent ; avant leur déhiscence, elles convergent vers
+le centre en formant une masse capitée ; plus tard cette masse s’ouvre
+et forme une urcéole, enfin elle s’étale en disque ; la pointe des loges
+fait saillie sur les bords du disque en produisant 10 crénelures et 10
+dents dont 5 parfois plus profondes. Ainsi que nous l’avons exposé dans
+un chapitre précédent, ces dispositions se retrouvent dans toutes les
+espèces d’_Eucola_ dont les fleurs sont connues.
+
+Les fleurs hermaphrodites portent un gros gynécée ovoïde formé de 5 ou 6
+carpelles (parfois moins et parfois aussi jusqu’à 8) libres, mais
+pressés les uns contre les autres, blancs-tomenteux à l’extérieur,
+oblongs, surmontés chacun d’un stigmate sessile, étroit, courbé en
+crosse dès sa base et descendant le long du carpelle jusqu’à mi-hauteur
+de celui-ci, parfois en s’en écartant un peu, le plus souvent en
+s’appuyant à sa surface sans lui adhérer ; l’extrémité de chaque
+stigmate est subaiguë ou obtusiuscule, mais jamais en large écusson,
+comme l’a figuré à tort SCHUMANN pour _C. vera_ (Monographie, fig. 2, C,
+p. 125).
+
+A l’intérieur de chaque carpelle, à l’angle interne, c’est-à-dire sur la
+face supérieure lorsqu’il sera étalé, s’insèrent 6 à 16 ovules disposés
+sur deux lignes et en ordre alternant. Ces ovules sont anatropes,
+pendants dans la cavité ovarienne, sessiles et insérés par un large
+ombilic.
+
+Quant aux organes mâles des fleurs hermaphrodites, ils se réduisent à 20
+logettes (parfois plus ou moins suivant le nombre des carpelles) insérés
+sur deux rangs à la base du gynécée. A la partie basale de chaque
+carpelle et intimement soudées à lui on observe, en effet, 4 logettes
+disposées en X, c’est-à-dire deux supérieures divergentes par le haut et
+deux inférieures divergentes par le bas. Ces logettes sont normalement
+constituées et renferment des grains de pollen. Cependant TSCHIRCH et
+ŒSTERLE ne pensent pas que le pollen soit normal, de sorte que les
+fleurs seraient exclusivement femelles.
+
+Ces logettes staminales desséchées persistent longtemps à la base des
+jeunes carpelles. Ceux-ci, à mesure qu’ils se développent, s’étalent en
+étoile tout autour du réceptacle leur donnant insertion. Le plus souvent
+ils sont étalés dans un plan, parfois au contraire ils sont décombants
+ou même ascendants.
+
+Fréquemment les poils qui les recouvrent tombent rapidement, mais dans
+certaines races, les carpelles restent jusqu’à un âge avancé couverts
+d’une pulvérulence d’un blanc de neige.
+
+L’organogénie des ovules après la fécondation mérite d’être signalée :
+
+Lorsque la jeune graine n’a encore que la taille d’un petit pois, sous
+un double tégument membraneux existe une poche remplie de mucilage qui
+n’est autre que le sac embryonnaire.
+
+La membrane qui le limite est tapissée de petites écailles brunes
+paraissant provenir du nucelle résorbé et plus ou moins analogues aux
+écailles tapissant la paroi interne des carpelles. Nous reviendrons sur
+ces écailles dans l’étude anatomique.
+
+A l’intérieur du sac embryonnaire et dès le jeune âge, on trouve de très
+bonne heure l’embryon coloré en rouge (si la noix doit être rouge plus
+tard) ; il est ovoïde, plus renflé du côté du hile et dans le _C.
+acuminata_ présente une section tetra ou pentagonale correspondant aux
+quatre ou cinq cotylédons. Après résorption du sac embryonnaire, la
+graine doit encore rester plusieurs mois sur l’arbre avant d’arriver à
+complet développement.
+
+
+_Fruit._ — On sait que chaque fleur femelle fécondée peut donner en
+général 5 follicules dérivant des 5 carpelles de l’ovaire, rarement plus
+de 5 et assez souvent moins. La forme et les dimensions de ces fruits
+varient beaucoup d’une espèce à l’autre, aussi fournissent-ils
+d’excellents caractères de classification.
+
+Ces follicules sont insérés en verticille autour du pédoncule de la
+fleur devenu ligneux et considérablement accru pendant la maturation.
+
+Les graines s’insèrent sur deux larges lignes placentaires situées
+tantôt sur les bords de la feuille carpellaire dans les espèces de la
+section _Cheirocola_ ; au contraire, dans les espèces de la section
+_Eucola_, elles s’insèrent sur deux lignes rapprochées de part et
+d’autre de la crête dorsale qui correspond à la nervure médiane de la
+feuille carpellaire ; elles sont par conséquent opposées à la suture
+inférieure ou ventrale par où se fait la déhiscence du fruit (Fig. 13).
+
+Chaque follicule presque adulte présente dans les espèces de ce groupe :
+
+1o Une crête dorsale ou interne ou supérieure correspondant à la face
+placentaire ; 2o un sillon ventral, externe ou inférieur correspondant à
+la ligne de déhiscence, chez les espèces qui s’ouvrent à maturité ; ce
+sillon ventral est souvent à son tour bordé par deux rebords ou fausses
+crêtes ; 3o les côtés sont tantôt lisses ou grossièrement bombés par la
+protubérance des noix ; dans certaines races, ils sont fortement
+verruqueux-scoriacés et les verrues s’étendent parfois jusqu’au sillon
+ventral.
+
+La forme générale d’un carpelle adulte est ovoïde-allongée avec la face
+dorsale ordinairement beaucoup plus bombée que l’autre, la dimension est
+de 5 à 12 cm. de long sur 3 à 7 cm. de large. Certains carpelles très
+robustes dans _C. acuminata_ et dans _C. Ballayi_, atteignent jusqu’à 15
+et 20 cm. de long.
+
+Le follicule, dans la partie basilaire qui ne renferme pas de graines,
+s’amincit plus ou moins en stipe ; le sommet se termine par un rostre
+(base du stigmate accrescent) qui a souvent dans le jeune âge la forme
+d’un bec d’oiseau et qui parfois se prolonge en pointe recourbée vers la
+face ventrale.
+
+En outre, la forme de ces fruits varie énormément d’une espèce à l’autre
+comme aussi leur disposition par rapport à l’axe du pédoncule : ils sont
+parfois étalés horizontalement, parfois réfléchis, rarement un peu
+ascendants.
+
+
+_Déhiscence des fruits._ — Tous les Kolatiers de la section _Eucola_ que
+nous avons observés en Afrique tropicale, soit dans les plantations,
+soit dans la forêt vierge, produisent des fruits qui nous ont paru
+toujours indéhiscents. Les indigènes reconnaissent que les noix sont
+mûres quand l’exocarpe prend une teinte vert-jaunâtre ou gris-terreux
+dans certaines formes de _C. acuminata_. Ils les cueillent dans cet état
+et les ouvrent avec un couteau pour retirer les noix. Les fruits qui ont
+passé la maturité restent adhérents à l’arbre, les fourmis creusent
+souvent des galeries dans le péricarpe pour se nourrir du mucilage qui
+en découle, elles attaquent même le tégument des graines et mettent les
+noix à nu ; mais, dans ce cas encore, nous n’avons jamais vu le
+follicule s’ouvrir en deux valves, comme cela se produit dans les
+espèces de la section _Macrocola_.
+
+Tous les colons et agents de culture que nous avons questionnés nous ont
+eux aussi assuré que les fruits des Kolatiers ne s’ouvraient pas à
+maturité pour mettre les graines en liberté.
+
+Cependant, d’après d’autres témoignages, la déhiscence peut s’opérer
+soit dans certaines races encore mal connues, soit dans des conditions
+spéciales que pour notre part nous n’avons pas observées. Pour
+l’_Ombéné_ du Gabon, qui n’est autre que _Cola acuminata_, H. BAILLON
+rapporte, d’après GRIFFON DU BELLAY, que les follicules s’ouvrent
+longitudinalement suivant leur bord interne ou supérieur. Cette
+affirmation aurait besoin d’être contrôlée, car l’un de nous a observé,
+soit à San-Thomé, soit au Dahomey, des follicules mûrs de cette espèce
+qui n’étaient pas ouverts et du reste, dans tous les _Cola_ d’autres
+sections à fruits connus, c’est par la suture ventrale que s’opère la
+déhiscence.
+
+Enfin, E. HECKEL a publié, en 1898[75], une très belle photographie de
+M. GUESDE, montrant une négresse qui vend des Kolas à la Guadeloupe.
+Elle tient dans ses mains une corbeille remplie de cabosses (ou
+follicules) de Kolatier dont la face ventrale est entrouverte, de sorte
+qu’on aperçoit par l’entrebaillement les noix contenues à l’intérieur.
+Ces fruits, qui paraissent appartenir à une variété du _Cola nitida_,
+sont donc incontestablement déhiscents. Nous n’avons jamais rien vu de
+semblable en Afrique, où, même sur les lieux de production, on vend les
+noix de Kola sorties de la cabosse et même débarrassées de leur
+tégument.
+
+[Illustration : FIG. 10. — _Cola nitida_ A. Chev.
+
+Rameau en fleurs, follicules coupés longitudinalement, inflorescences.]
+
+Dans le _C. sphærocarpa_, la déhiscence s’opère suivant deux lignes
+opposées partant du rostre du follicule et se rejoignant peu à peu vers
+la base. Il se forme ainsi deux valves et le plan de la déhiscence est
+perpendiculaire au plan médian du carpelle.
+
+
+_Graines._ — Les graines s’insèrent sur deux rangs correspondant aux
+deux lignes placentaires de chaque côté de la crête supérieure ou
+dorsale du follicule. Comme celui-ci est plus ou moins étalé, elles sont
+donc comme suspendues dans sa cavité et fixées à la paroi de l’endocarpe
+par un large hile arrondi qui peut avoir jusqu’à 4 à 5 cm. de diamètre.
+En dehors du placenta, ce hile présente une légère échancrure et du côté
+interne il donne attache à une lame blanche mince, courte, mais large et
+qui se soude, d’une part au placenta, et de l’autre à la graine. C’est,
+sans aucun doute, une dernière trace du raphé.
+
+Les graines insérées sur les deux lignes placentaires ne sont pas
+opposées, mais le plus souvent alternes, de telle sorte que la section
+transversale d’un follicule passant par le milieu d’une noix ne fait
+qu’effleurer celle qui est placée à côté (Fig. 10).
+
+Dans toutes les espèces de la section _Autocola_ que nous connaissons,
+l’amande (embryon) est enveloppée par une membrane blanchâtre,
+spongieuse, facile à déchirer, dont l’épaisseur peut atteindre jusqu’à 3
+mm. ou 4 mm. Dans cette membrane, on distingue nettement deux parties :
+une mince pellicule interne entourant l’embryon sans y adhérer, c’est le
+_tégument interne de la graine_, tapissé à l’intérieur de petites
+ponctuations provenant des restes du nucelle, et une couche externe plus
+épaisse, spongieuse à l’intérieur, entourant toute la graine, très lisse
+à la surface, sauf à la hauteur du hile et qui se continue sur la paroi
+carpellaire dont elle a l’aspect. C’est, d’après nos observations, _un
+tégument externe_ enveloppant toute la graine. Ajoutons que c’est ce
+même tégument qui se gélifie et devient très sucré au point d’être
+comestible dans _Cola cordifolia_ et dans d’autres espèces de la section
+_Macrocola_.
+
+Chez ces espèces, quelques botanistes ont pris à tort pour une arille,
+le tégument gélifié. C’est certainement parce qu’il n’avait pas vu de
+Kola à l’état naturel que BAILLON assimile « le véritable Kola à la
+graine d’une sterculiacée souvent réduite à un gros embryon, plus ou
+moins globuleux, charnu, à 2, 3 ou 4 cotylédons épais[76] ». En réalité,
+la graine possède toujours un tégument blanc que les indigènes enlèvent
+après sa récolte. Ce que nous appelons une noix de Kola est un
+_embryon_, c’est-à-dire une graine sans albumen débarrassée de son
+tégument.
+
+Le nombre des cotylédons épais et charnus, constituant l’amande, varie
+de 2 à 7. Dans le _C. nitida_ et toutes ses variétés, il est constamment
+de deux, dans les races cultivées. Dans les formes sauvages de la forêt
+de la Côte d’Ivoire, appartenant à la race _C. pallida_, c’est à peine
+si on trouve, sur 1.000 graines, une noix à 3 cotylédons.
+
+Dans les quatre autres espèces qui nous sont connues, chaque noix compte
+au moins 3 cotylédons, le plus souvent 4 ou 5 et parfois jusqu’à 7 dans
+_Cola Ballayi_.
+
+Il serait intéressant de rechercher si les hybrides qui doivent
+probablement apparaître là où les _Cola nitida_, _Cola acuminata_ et
+_Cola verticillata_ vivent en mélange, ne produisent pas des noix à deux
+cotylédons et d’autres noix de 3 à 5 cotylédons sur les mêmes arbres.
+
+Une communication de JOHNSON, ancien directeur du Jardin d’Aburi, faite
+au Jardin de KEW, permet de le supposer.
+
+L’embryon, chez toutes les espèces productrices de Kola, est rouge ou
+blanc, parfois rose-jaunâtre ou verdâtre. Nous reviendrons sur ces
+colorations dans un prochain chapitre.
+
+Ajoutons, pour terminer, que les amandes de Kola sont de taille très
+variable dans une même espèce et parfois dans une même variété. Elles
+pèsent ordinairement de 8 grammes à 25 grammes, mais on rencontre aussi
+des noix qui ne pèsent que 2 ou 3 grammes et quelques-unes atteignent le
+poids de 100 grammes.
+
+Nous n’avons observé ces grosses amandes que très rarement et dans
+certaines parties de la Côte d’Ivoire seulement.
+
+Le nombre des noix par cabosse est très variable : on en observe de 1 à
+12, le plus fréquemment, il en existe 5, 7 ou 9.
+
+Une seule fleur peut produire de 1 à 7 follicules, soit de 30 grammes à
+200 grammes de noix fraîches, mais il est rare d’observer sur un même
+arbre plus de 20 à 30 groupes de follicules parvenus simultanément à
+complet développement.
+
+ * * * * *
+
+
+[Note 73 : CHEVALIER. — _Végét. util._, V (1909), p. 250.]
+
+[Note 74 : Le nombre des logettes est parfois réduit.]
+
+[Note 75 : _Ann. Inst. Colonial, Marseille_, IV, 1898, en face la page
+16.]
+
+[Note 76 : BAILLON. — Histoire des Plantes, IV, p. 111. — Voir aussi
+_Adansonia_, X, p. 169.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE VI.
+
+ * * * * *
+
+ =Caractères histologiques des Kolatiers.=
+
+
+L’histologie des organes végétatifs des arbres du genre _Cola_ n’a fait
+l’objet jusqu’alors d’aucun travail d’ensemble, c’est pourquoi nous
+donnerons ici, en résumé, les résultats de l’étude comparée à laquelle
+nous nous sommes livrés.
+
+Quelques auteurs ont cependant traité des fruits et des graines et parmi
+eux nous citerons : CHODAT et CHUIT[77], ZOHLENHOFER[78], HECKEL[79],
+HARTWICH[80] et plus particulièrement une très consciencieuse étude du
+fruit et de la graine des _C. vera_ et _Ballayi_ de MM. TSCHIRCH et
+ŒSTERLÉ dans leur Atlas classique de Pharmacognosie[81].
+
+Quelques observations générales sont également notées dans l’ouvrage de
+SOLEREDER[82], et en ce qui concerne l’appareil gommifère, si
+spécialement caractéristique des Sterculiacées, nous renverrons pour la
+bibliographie au mémoire de M. DOUSSOT[83]. Nous rappellerons seulement
+que ces poches à mucilage ont été tout d’abord étudiées par TRÉCUL en
+1867, puis par VAN TIEGHEM en 1884-1885.
+
+
+ =RACINE.=
+
+
+L’étude histologique de la racine est d’intérêt secondaire, car cet
+organe présente la structure normale des racines de Dicotylédons, avec
+périderme péricyclique exfoliant l’écorce et poches à mucilage réparties
+dans les rayons médullaires de la région libérienne. Plus tard, de
+nouvelles formations subérophellodermiques, exfolient successivement les
+couches externes précédemment formées en même temps qu’elles donnent de
+nouveaux tissus. Dans les jeunes racines, le nombre des poches à
+mucilage est variable avec les espèces ou variétés considérées.
+
+
+ =TIGE.=
+
+
+La tige jeune des Kolatiers étudiés présente un épiderme à cuticule
+épaisse sur lequel s’appuient de deux à quatre assises de cellules à
+parois minces, limitées en-dedans par une couche de collenchyme à
+épaississements caractéristiques, se sclérifiant dans les tiges plus
+âgées. Dans le parenchyme cortical sous-jacent, les poches à mucilage
+sont nombreuses et réparties généralement sur un seul rang ; la plupart
+ont leurs cellules de bordure très régulièrement disposées et entières ;
+mais parfois ces poches à mucilage s’agrandissent par gélification et
+rupture des cellules de bordure, et il n’est pas rare de trouver deux de
+ces éléments confluents l’un avec l’autre. Le liber est partagé par de
+larges rayons médullaires en lames minces, coiffées extérieurement par
+des amas de fibres correspondant au péricycle ; de très bonne heure, ce
+tissu libérien se découpe par l’apparition de bandes transversales
+fibreuses formant un liber stratifié dont la structure est typique pour
+les plantes du groupe des Malvales. Les tubes criblés se différencient
+par un cloisonnement des cellules issues du cambium qui découpe de
+petites cellules compagnes, très visibles dans les jeunes tissus. Plus
+tard, ces éléments criblés épaississent leurs parois et constituent des
+lames de tissu aplati, comprimé entre les bandes fibreuses de soutien
+(Fig. 14).
+
+[Illustration : FIG. 14. — =Coupe transversale d’un fragment d’écorce du
+tronc de= _C. nitida_, =passant par la région libérienne.= — _Rm_, rayon
+médullaire ; _tc_, plages de tubes criblés ; _f_, fibres libériennes ;
+_pm_, poche à mucilage ; _pl_, parenchyme libérien ; _cp_, cellules
+ponctuées à parois légèrement lignifiées.]
+
+Le bois est riche en vaisseaux rayés ou ponctués, et, de bonne heure, le
+parenchyme ligneux, comme celui des rayons médullaires, se lignifie plus
+ou moins fortement pour former un cylindre assez compact ; le centre est
+occupé par une moelle parenchymateuse ou un peu scléreuse composée de
+grands éléments et donnant asile également à de nombreux canaux à
+mucilage. Quelques-uns de ces derniers se montrent inclus dans la zone
+externe médullaire sclérifiée, mais leurs cellules de bordure restent le
+plus souvent parenchymateuses.
+
+L’oxalate de calcium, toujours abondant et cristallisé en mâcles, est
+réparti dans les parenchymes, surtout dans l’écorce et la moelle et plus
+particulièrement autour du collenchyme externe et des amas fibreux
+périlibériens ; cette disposition est surtout facile à observer en coupe
+longitudinale.
+
+Des péridermes, dont le premier est sous-épidermique, apparaissent
+successivement dans la partie externe de l’écorce et donnent naissance à
+des lames subéreuses et à des phellodermes très développés, dans
+lesquels de nouvelles formations se développent qui exfolient les
+précédentes. Cette écorce secondaire renferme de nombreuses poches à
+mucilage.
+
+En même temps, les lames libériennes s’accroissent radialement et leur
+tissu conserve la structure stratifiée qu’il affectait dans le début.
+
+[Illustration : Aug. CHEVALIER et Ém. PERROT.
+
+=Les Kolatiers.=
+
+FIG. 15. — =Coupe transversale du pétiole, à la base du limbe.= — _al_,
+amas libérien péridesmique ; _col_, collenchyme ; _hyp_, hypoderme ;
+_pm_, poche à mucilage ; _pg_, poil glanduleux. G = 100 d. environ.]
+
+On remarque également des bandes de parenchyme libérien et, dans les
+rayons médullaires, des canaux mucilagineux (_pm_, Fig. 15).
+
+Les variations de structure de la tige chez les diverses espèces ou
+variétés sont peu importantes et ne paraissent avoir aucune valeur
+systématique.
+
+
+ =FEUILLE.=
+
+
+L’étude anatomique de la feuille est plus intéressante et doit surtout
+porter sur les particularités de structure du système conducteur dans le
+pétiole et dans le limbe.
+
+
+1o _Pétiole._ — Le pétiole des Kolatiers est toujours relativement long
+et présente à son point d’attache avec la tige, un renflement très
+accentué. De même à son extrémité, il se renfle à nouveau pour permettre
+au limbe foliaire ses mouvements nyctitropiques, fonction ici de
+l’éclairement solaire[84]. L’histologie comparée de cet organe est donc
+délicate, car on constate dans la répartition et le développement des
+divers tissus, des modifications assez profondes suivant que l’examen
+microscopique porte sur telle ou telle de ses parties.
+
+Le système fasciculaire est composé typiquement d’un petit nombre de
+faisceaux libéro-ligneux, généralement de cinq à neuf, qui se rallient à
+un faisceau détaché du cylindre central de la tige, par de longues
+cellules annelées ou réticulées.
+
+Il est à noter aussi que l’examen histologique est rendu plus délicat
+par la difficulté éprouvée à faire des coupes minces, sur des
+échantillons secs d’herbier, à cause de l’abondance chez certaines
+espèces ou variétés, des poches et des cellules à mucilage.
+
+Si l’on peut disposer de matériaux frais, il convient de les placer,
+aussitôt leur récolte, dans l’acool assez fort, ce qui rendra la
+préparation des coupes beaucoup plus aisée, le mucilage étant ainsi
+coagulé.
+
+La caractéristique histologique générale du pétiole devra toujours être
+recherchée dans la partie moyenne de cet organe à égale distance des
+deux renflements (1, Fig. 17).
+
+La section est alors arrondie, avec un épiderme assez fortement
+cuticularisé, interrompu çà et là, par quelques _stomates_ et surtout
+par des _poils capités courts_ pluricellulaires, munis d’un pied formé
+d’une seule cellule. La membrane de ces poils est assez épaissie et ils
+sont toujours très enfoncés dans l’épiderme, dépassant à peine la
+surface (_pg._, Fig. 15) ; il n’existe pas de poils tecteurs sur le
+pétiole adulte.
+
+Dans la plupart des espèces, le collenchyme de soutien qui forme une
+lame circulaire est séparé de l’épiderme par une à trois assises de
+cellules parenchymateuses, sorte d’hypoderme nettement apparent ; le
+collenchyme à membrane plus ou moins épaissie est naturellement plus
+abondant vers la partie qui correspond à la face inférieure du limbe
+(_hyp._ et _col._, Fig. 15).
+
+Dans le parenchyme conjonctif qui vient ensuite, il n’y a à signaler que
+la présence de poches sécrétrices à mucilage, toujours avec cellules de
+bordure bien apparentes ; ces poches sont le plus souvent réparties en
+un seul cercle autour du système conducteur central, mais on trouve
+parfois quelques-unes de ces mêmes formations en dehors de ce cercle.
+
+Le système fasciculaire débute par une bande de tissu mécanique, formé
+de deux séries d’éléments. Les uns, très allongés, fibreux, répartis en
+amas irréguliers de forme et de dimension, sont réunis entre eux par
+d’autres éléments de diamètre beaucoup plus grand, ponctués, sclérifiés
+aussi, mais à peu près isodiamétriques. L’ensemble forme ainsi une bande
+fibroscléreuse périlibérienne irrégulière, dont les prolongements
+s’avancent vers le corps ligneux pour délimiter extérieurement et
+protéger les amas de tissu criblé.
+
+Le liber comprend donc une série de ces amas répartis au milieu du
+parenchyme, formant une lame qui peut n’être pas continue par suite de
+la pénétration des prolongements de la bande sclérenchymateuse qui vient
+d’être décrite.
+
+Quant au bois, il est surtout vasculaire, en anneau complet, mais dans
+lequel se distinguent des amas plus ou moins apparents ; l’un de ces
+amas vasculaires, toujours plus volumineux, correspond à la face
+inférieure et indique la symétrie bilatérale de l’organe.
+
+La région centrale du péridesme, correspondant à la moelle, renferme
+toujours soit des îlots de tissu criblé accompagnés de quelques
+vaisseaux, soit une ou plusieurs lames libéro-ligneuses, dont il faut
+rechercher l’origine dans l’invagination de fragments de l’anneau
+libéro-ligneux normal (_al_, Fig. 15 et _fp_, Fig. 17).
+
+Il ne s’agit pas ici de formations surnuméraires analogues à celles qui
+sont bien connues chez les plantes des nombreuses familles à tissu
+conducteur médullaire surnuméraire ; la tige des Kolatiers ne
+renfermant, en effet, jamais de semblables formations dans la
+moelle[85], elles ne sauraient donc passer de la tige au pétiole.
+
+Au centre, on trouve enfin dans le parenchyme une, deux ou trois poches
+à mucilage.
+
+Quant à l’oxalate de calcium, il est très abondant et toujours en mâcles
+cristallines ; quoique réparti çà et là, et en apparence sans ordre, il
+se localise cependant de préférence dans deux régions : au pourtour du
+sclérenchyme périlibérien et autour du collenchyme externe.
+
+Le mucilage n’est pas non plus uniquement excrété par les poches
+caractéristiques des Sterculiacées, mais encore dans des cellules un peu
+hypertrophiées dont l’examen permet aisément de se rendre compte de
+l’origine de cette formation. De la paroi interne partent, en effet, des
+amas laissant apercevoir de fines stries, qui indiquent les couches
+successives du dépôt de la matière (_cm_, Fig. 18).
+
+L’amidon est abondant, et l’orcanette acétique décèle dans un très grand
+nombre de cellules de gros globules ou un contenu transparent, sur la
+nature desquels il est difficile d’émettre une opinion.
+
+
+_Renflement basilaire._ — Des coupes pratiquées vers le point
+d’insertion sur la tige, montrent un certain nombre de modifications
+dans la structure type.
+
+On remarque d’abord que la sclérification périlibérienne n’existe pas,
+et c’est à peine si des amas cellulaires réagissent à la matière
+colorante, de façon différente des éléments du parenchyme qui les
+entoure. Néanmoins, les cellules qui le composent sont plus allongées, à
+parois plus épaisses, et au fur et à mesure que le renflement diminue,
+celles-ci commencent à prendre les colorants ce qui indique que la
+sclérification s’opère et bientôt les paquets de fibres apparaissent
+nettement différenciés. Plus on s’éloigne de la base, plus le phénomène
+s’accentue, et peu à peu, les cellules avoisinantes s’épaississent à
+leur tour pour réunir les premières, en formant un anneau de soutien
+complet, mais le plus souvent très inégal d’épaisseur (1, Fig. 17).
+
+[Illustration : FIG. 16. — =Coupe schématique au niveau du renflement
+basiliaire, au point d’insertion des pétioles sur la tige.= — _m_,
+mâcles d’oxalate de calcium ; _fll_, amas libéro-ligneux ; _pm_, poche à
+mucilage.]
+
+Le système vasculaire est, à la base du pétiole, divisé en un certain
+nombre de faisceaux isolés, formés de lames de vaisseaux, séparées par
+des rayons médullaires parenchymateux ; l’un d’entre eux, plus
+volumineux, indique le plan de symétrie. Quant au liber, il ne forme pas
+une lame homogène, mais se compose des amas de tissu criblé
+correspondant aux faisceaux ligneux et répartis au milieu du
+parenchyme ; souvent il existe plusieurs îlots de tissu criblé par
+faisceau vasculaire.
+
+Si les coupes ont été faites aussi près que possible de la tige, le
+pétiole ne présente généralement pas de faisceaux libériens ou libéro-
+ligneux dans le péridesme central, mais dès qu’on s’écarte quelque peu
+de cette région, on voit apparaître des invaginations de la bande
+libérienne qui pénètrent vers le centre et ne tardent pas à y former un
+faisceau qui s’isole de l’anneau normal et entraîne avec lui quelques
+vaisseaux (Fig. 2, 3, 4, 5, 17).
+
+Le plus généralement, ces faisceaux restent petits et n’acquièrent un
+développement véritablement important que plus tard et surtout dans la
+zône motrice ; néanmoins, il en existe toujours en nombre variable avec
+les espèces ou peut-être aussi avec les individus, sur toute la longueur
+du pétiole. Pour affirmer leur valeur systématique, il sera nécessaire
+de compléter cette étude par l’examen de nombreux échantillons de
+provenances les plus variées.
+
+[Illustration : Aug. CHEVALIER et Ém. PERROT.
+
+=Les Kolatiers.=
+
+FIG. 17. — =Figures schématiques du système fasciculaire du pétiole, au
+niveau du renflement moteur.= — _L_, liber ; _f_, amas fibreux ; _fscl_,
+anneau mécanique fibro-scléreux ; _pm_, poches à mucilage ; _s_, gaine
+péri-libérienne non sclérifiée mais épaissie et différenciée ; _fp_,
+faisceaux péridesmiques. Les coupes vont du pétiole (_1_) vers le limbe
+— (_2_) et montrant en _2, 3, 4, 5, 6, 7_, les modifications de
+structure facilitant les mouvements de l’organe ; nervure médiane à la
+base du limbe.]
+
+
+_Renflement moteur._ — Au sommet du pétiole dans le renflement moteur,
+les modifications sont importantes et nous les avons étudiées sur de
+nombreux échantillons, provenant soit des serres de l’Ecole supérieure
+de Pharmacie, soit de celles du Muséum d’Histoire naturelle, soit enfin
+de l’herbier de l’Afrique Occidentale dressé par les soins de l’un de
+nous.
+
+A quelques détails près, on peut ramener ces modifications aux points
+suivants : augmentation du tissu parenchymateux, disparition du tissu de
+soutien, dislocation du cylindre central et augmentation du nombre et du
+volume des faisceaux conducteurs dans la région péridesmique.
+
+La série de coupes ci-jointe, choisies au milieu d’une cinquantaine
+effectuées dans le renflement moteur du _C. nitida_ montre ces
+différentes modifications qu’il n’est pas inutile de décrire un peu plus
+en détail. Dans les dessins schématiques reproduits, nous ne nous sommes
+occupés que du système fasciculaire, car le parenchyme périfasciculaire
+externe ne présente, en dehors de son volume, aucun autre intérêt
+histologique (Fig. 17).
+
+La figure 1 montre la structure type décrite plus haut : anneau fibro-
+scléreux complet ; liber avec nombreux amas de tissu criblé ; bois en
+anneau compact, coupé seulement par des rayons médullaires étroits, et,
+vers la face supérieure, une invagination de tissu libérien (1, Fig.
+17). Il n’y a pas de faisceaux péridesmiques à cet endroit.
+
+Dès que l’on pénètre dans le renflement, les cellules scléreuses
+ponctuées, servant de lien aux îlots fibreux du tissu mécanique externe,
+disparaissent ; elles sont restées parenchymateuses, quoique plus
+volumineuses en général que leurs voisines.
+
+Les îlots libériens s’allongent, et, dans l’échantillon examiné, deux
+d’entre eux pénètrent (2, _tc_) vers le centre. Les éléments lignifiés
+du bois n’existent plus, et il ne reste que les rangées radiales de
+faisceaux, formant encore une sorte d’anneau régulier.
+
+Dans la coupe suivante (3, Fig. 17), la dislocation fasciculaire s’est
+accentuée, des masses de tissu libéro-ligneux, s’écartent et sont
+séparées par du parenchyme, en même temps que, dans la zone centrale
+péridesmique, on remarque la présence de quatre amas libériens, ayant à
+leur centre quelques fibres et à un certain endroit de leur périphérie
+quelques vaisseaux ligneux. Le nombre des poches à mucilage est passé de
+trois à une.
+
+Remarquons, enfin, que le tissu de soutien périlibérien n’est plus
+constitué que par des amas non sclérifiés, sauf dans leur zone externe
+où quelques fibres subsistent encore ; néanmoins, comme nous l’avons
+dit, ces éléments se différencient de leurs voisins par leur électivité
+spéciale pour certaines matières colorantes, mais ils ne prennent plus
+le vert d’iode, dans la méthode de double coloration avec cette
+substance et le carmin boraté ou aluné.
+
+Dans la figure 4, les fibres ont totalement disparu ; des filaments
+libéro-ligneux plus importants ont glissé vers le centre en même temps
+que deux masses vasculaires se sont quelque peu rejetées latéralement.
+Ces phénomènes qui s’accentuent (Fig. 5 et 6) _persistent sur la plus
+grande longueur du renflement_.
+
+On remarquera combien cette disposition est favorable au mouvement de
+haut en bas que subit cette portion du pétiole. La masse inférieure
+résistante, forme un cordon rigide, mais élastique et la dislocation du
+reste de l’anneau libéro-ligneux en amas séparés par de larges espaces
+parenchymateux rendent les oscillations du pétiole faciles à
+s’effectuer. Grâce à ces modifications dans la structure fasciculaire,
+la feuille possède un dispositif mécanique, sorte de véritable
+articulation, des mieux adaptées aux nécessités physiologiques de
+l’organe.
+
+Le renflement se prolonge presque dans la nervure médiane du limbe et la
+figure 6 accuse déjà une disposition nouvelle des différents tissus qui
+fait pressentir celle qui se rencontre plus tard dans la nervure
+médiane, c’est-à-dire groupements des fragments libéro-ligneux, en deux
+arcs, l’un volumineux et inférieur, l’autre plus réduit et supérieur. De
+chaque côté se détache un petit faisceau se rendant aux nervures
+latérales. A cette hauteur, la coupe ne présente pas encore de tissu
+fibreux périlibérien, mais une deuxième poche à mucilage a pris
+naissance. Un peu plus loin, la disposition est celle de la nervure ;
+l’anneau de tissu de soutien est de nouveau entièrement sclérifié ;
+plusieurs faisceaux péridesmiques ont repris leur rang et le nombre des
+poches à mucilage est redevenu ce qu’il était avant le renflement.
+
+Telles sont les intéressantes transformations histologiques subies par
+les diverses régions constitutives de l’anatomie du pétiole. Dans les
+différentes espèces, elles sont du même ordre, c’est ce que l’on
+constate, par exemple, dans l’espèce sauvage de la Côte d’Ivoire et dans
+le _C. Ballayi_, sur lequel a porté plus spécialement l’étude de ces
+particularités ; la complication est parfois plus grande par suite de
+l’augmentation du nombre des faisceaux péridesmiques et des variations
+dans leur répartition et leur forme. Une étude de chacune des espèces de
+Kolatiers dépasserait le cadre de cet ouvrage et ne présenterait sans
+doute qu’un intérêt systématique médiocre, nous aurons sans doute
+l’occasion de la reprendre ailleurs à bref délai.
+
+_Limbe._ — Il est à noter tout d’abord que les jeunes feuilles du
+bourgeon sont recouvertes d’un tomentum apparent formé de nombreux poils
+étoilés à la face supérieure, rares à la face inférieure où abondent au
+contraire les poils glanduleux. Ce revêtement est comparable à ce que
+l’on observe sur les pièces du périanthe floral (Fig. 19).
+
+[Illustration : FIG. 18. — _1_, coupe transversale du limbe de _C.
+Ballayi_ : _cm_, cellule à mucilage ; _2_, épiderme inférieur vu de face
+avec stomate _sf_ légèrement enfoncé ; _3_, coupe schématique de la
+nervure médiane vers le tiers supérieur du limbe chez _C. acuminata_.]
+
+Dans la feuille adulte, le limbe foliaire possède une structure
+bifaciale très nette. L’épiderme supérieur à cellules allongées dans le
+sens perpendiculaire à l’axe, assez fortement cuticularisées, est
+interrompu çà et là par de larges cellules ovoïdes, hypertrophiées
+remplies de mucilage (_cm_, Fig. 20) ; il est dépourvu de stomates et de
+poils.
+
+Le parenchyme chlorophyllien comprend deux assises, dont la première est
+formée d’éléments allongés assez serrés et la deuxième, au contraire, de
+cellules à angles plus arrondis et laissant entre elles d’assez larges
+méats. Le mésophylle lacuneux se compose de cellules rameuses groupées
+en un tissu lâche qui repose à la face inférieure sur un épiderme à
+cellules à peu près isodiamétriques, avec parois rectilignes, pourvues
+d’une cuticule assez mince ; les stomates sont nombreux, enfoncés, avec
+des cellules annexes dont les plus proches s’orientent dans le sens de
+l’ostiole (2, Fig. 18) ; les poils glanduleux répartis sans ordre,
+paraissent cependant plus nombreux en face des nervures. Les plus
+grosses de ces dernières possèdent encore des faisceaux péridesmiques
+qui disparaissent dans les plus petites, en même temps que se réduit
+beaucoup l’arc supérieur libéro-ligneux ; il en est de même des poches à
+mucilage, mais les cellules remplies de cette substance sont nombreuses
+et les cellules épidermiques se colorent facilement par l’hématoxyline.
+Quant à l’oxalate de calcium, il est particulièrement abondant dans le
+tissu chlorophyllien. Ajoutons enfin que le système fasciculaire est
+protégé par une bande épaisse de tissu mécanique scléro-fibreux.
+
+
+ =ORGANES FLORAUX=
+
+
+_Calice._ — L’organogénie et la structure histologique des organes
+floraux ont été particulièrement bien étudiés par TSCHIRCH et
+ŒSTERLÉ[86]. Toutefois, il restait encore à décrire quelques détails
+d’organisation de la fleur mâle et à fixer certains points du
+développement du tégument séminal.
+
+L’histologie du verticelle externe (calice) n’a rien de bien saillant.
+Les épidermes à cuticule très mince présentent d’assez nombreux poils
+étoilés aux deux faces, surtout en face des nervures, et de rares poils
+capités. Le mésophylle homogène est rempli de cellules et poches courtes
+à mucilage et les faisceaux des nervures sont réduits à quelques amas
+libéro-ligneux sans trace de tissu de soutien. Trois nervures sont
+toujours très volumineuses et sont fortement apparentes ; entre elles le
+limbe forme une sinuosité très accentuée. Le système fasciculaire de ces
+grosses nervures est réduit à un cercle de petites lames vasculaires
+avec îlots criblés correspondants et sans lignification du parenchyme.
+Il n’existe point non plus de tissu mécanique périlibérien.
+
+[Illustration : FIG. 19. — _1_ et _2_, poils étoilés du calice et d’une
+feuille prise sur un bourgeon ; _3_, poils glanduleux vus de face ; _4_,
+poils glanduleux vus de profil.]
+
+La structure de l’appareil sexuel est un peu variable suivant que l’on
+s’adresse aux fleurs mâles ou aux fleurs femelles. Dans les échantillons
+que nous avons examinés, ces fleurs ne présentent, en réalité, d’autre
+différence qu’un avortement plus ou moins complet des étamines ou des
+carpelles, suivant que la fleur donnera ou non des fruits (1, 2, Fig.
+24).
+
+Une coupe transversale de la colonne staminale d’une fleur mâle se
+présente comme un disque, composé de 5 pièces, rayonnant régulièrement
+autour d’une colonne centrale formée des 5 carpelles réduits. Chaque
+pièce staminale est divisée plus ou moins profondément en deux loges
+renfermant chacune 2 sacs polliniques (thèques) (4, Fig. 24).
+
+La coupe longitudinale montre que l’anthère supérieure est reliée à
+l’anthère inférieure par une masse parenchymateuse (connectif),
+dépassant à peine la surface de l’organe, et de l’examen de coupes en
+série il semble que l’on puisse conclure au groupement de ces anthères
+au nombre de 4 par groupe staminal.
+
+[Illustration : FIG. 20. — =Schéma de la coupe transversale de l’ovaire
+de= _C nitida_.]
+
+Il s’ensuit que l’androcée pourrait en somme être considéré comme
+composé de 5 étamines bifurquées, dont chaque ramification porterait 2
+anthères superposées à déhiscence longitudinale.
+
+Dans les fleurs femelles, les anthères persistent, mais sont le plus
+souvent de dimension très réduite. Quant au pollen, il est presque
+toujours petit, formé de grains d’apparence ridée et il peut même
+manquer dans les loges plus ou moins avortées des anthères de la rangée
+inférieure. De plus, le groupement par 4 est d’ordinaire très apparent :
+les anthères, au lieu d’être parallèles, se rapprochent plus ou moins en
+forme d’X.
+
+La coupe demi-schématique (2, Fig. 24), montre un ovaire à carpelles
+volumineux avec ovales assez nombreux et au-dessous, des anthères
+groupées et de volume réduit.
+
+[Illustration : FIG. 21. — =Coupe d’un ovule et du placenta= ; _pl_,
+zone placentaire avec poche à mucilage ; _pm_, poche à mucilage ; _te,
+ti_, téguments ovulaires ; _mi_, micropyle ; _eo_, épiderme de l’ovule ;
+_E_, épiderme interne de l’ovaire. G = 120 d. environ.]
+
+L’axe de l’inflorescence est occupé par une longue poche sécrétrice
+formée de cellules larges, hypertrophiées et fusionnées en un organe
+continu de formation lysigène.
+
+L’épiderme externe de tous ces organes est couvert de nombreux poils
+étoilés.
+
+
+_Ovaire._ — L’ovaire est composé généralement de 5 carpelles
+indépendants régulièrement rangés autour de l’axe et surmontés chacun
+d’un stigmate épais s’insérant le long de la ligne de soudure de la
+feuille carpellaire. Ces lames stigmatiques, recourbées sur l’ovaire,
+disparaissent de bonne heure.
+
+La coupe transversale d’un _jeune ovaire_ montre un épiderme à cuticule
+mince, couvert de poils tecteurs ressemblant à ceux du calice et formés
+de cellules en général très allongées, onduleuses et groupées par 3 à 8
+en massifs étoilés (Fig. 20). Le tissu du carpelle est parenchymateux,
+homogène et parcouru par une rangée de faisceaux conducteurs, dont trois
+plus volumineux, correspondant à la nervure dorsale et à la région
+placentaire ; on y trouve également quelques poches à mucilage.
+L’épiderme interne est normal. La soudure des bords carpellaires est
+intime et les cellules des deux épidermes restent accolées, même dans la
+suite du développement.
+
+Les ovules, anatropes, bitégumentés, naissent sur un mamelon placentaire
+développé normalement sur la ligne de bordure des bords carpellaires et
+sont insérés perpendiculairement sur 2 rangs, les raphés dos à dos et en
+alternance assez régulière.
+
+Le tégument interne ne recouvre pas entièrement le nucelle ; dans la
+région micropylaire ; une assez large surface de ce tissu n’est protégée
+que par le tégument externe, plus épais et même encore renflé à cet
+endroit (Fig. 21).
+
+Les faisceaux conducteurs du raphé viennent s’épanouir à la chalaze pour
+envoyer les ramifications dans tout le tégument.
+
+Quant le fruit mûrit, la paroi ovarienne s’épaissit considérablement,
+reste charnue et il s’y développe de vastes poches à mucilage, quelques-
+unes visibles à l’œil nu, plusieurs devenant souvent confluentes (Fig.
+20). Quant à l’endocarpe, il ne se sclérifie point et bon nombre de ses
+cellules se transforment en poils capités ne formant pas toutefois de
+revêtement tomenteux, apparent ; ces poils sont de forme identique à
+ceux de l’épiderme inférieur des feuilles ou des pétioles antérieurement
+décrits. Ces poils ne sont pas indiqués sur les figures données par
+ZOHLENHOFER[87] et par PLANCHON et COLLIN[88].
+
+[Illustration : FIG. 22. — =Portion du tégument de la graine de= _Cola
+nitida_. — _te, ti_, téguments externe et interne ; _nuc, alb_, tissus
+en voie de résorption qui formeront la pellicule papyracée enveloppant
+l’embryon. G = 160 d.]
+
+
+_Graine._ — Une très jeune graine ne mesurant encore que quelques
+millimètres de diamètre se montre recouverte d’un tégument charnu assez
+épais, avec faisceaux libéro-ligneux et poches à mucilage et enveloppant
+entièrement la graine. Il est ici extrêmement difficile de déterminer
+même à cet âge, la part qui revient dans cette enveloppe séminale aux
+deux téguments et MM. TSCHIRCH et ŒSTERLÉ ont déjà attiré l’attention
+sur ce point.
+
+[Illustration : FIG. 23. — =Coupe transversale d’une jeune graine de=
+_C. nitida_, passant au-dessus du point d’insertion des cotylédons ;
+_pm_, poche à mucilage ; _fll_, faisceaux libéro-ligneux ; _cot_,
+cotylédon ; _E_, embryon ; _H_, hile.]
+
+L’examen de nombreuses préparations faites sur des graines à des âges
+différents nous permet de corroborer l’opinion de ces observateurs au
+sujet de la disparition rapide par résorption directe du tégument
+interne.
+
+Toutefois, nous croyons pouvoir affirmer que ce tégument interne est
+représenté dans les jeunes fruits par des fragments de tissu imprégné
+d’une matière colorante brune, visible à l’œil nu quand on sépare avec
+soin l’enveloppe externe charnue, de la membrane translucide incolore
+qui recouvre immédiatement les cotylédons (10, Fig. 24).
+
+La coupe ci-contre (Fig. 22), montre en effet que le tégument externe se
+termine par une assise épidermique qui, par endroits, se sclérifie et
+donne même jusqu’à 3 épaisseurs de cellules scléreuses. Dans les espaces
+situés entre ces plages sclérifiées, les cellules de ce tégument sont
+intimement soudées à celles du tissu sous-jacent et il reste une lame de
+tissu parenchymateux qu’on ne saurait rapporter à autre chose qu’au
+tégument interne.
+
+Très rapidement, ce dernier se résorbe, sauf en certains endroits,
+correspondant généralement aux plages scléreuses, où les cellules qui le
+composent épaississent quelque peu leurs parois, s’imprègnent de matière
+colorante brune : c’est ainsi que se constituent ces écailles
+roussâtres, dont nous avons parlé. Ce sont ces cellules qu’a également
+figurées TSCHIRCH (5, Fig. 35 et 37, Pl. 80 _b_). L’épiderme du
+parenchyme nucellaire (_nuc_, Fig. 22), est indiqué seulement par la
+disposition régulière de ses éléments et les granulations nombreuses
+qu’ils renferment ; il se termine à son tour par une zone de cellules
+écrasées, puis par quelques autres de forme encore bien déterminées,
+qu’il faut sans doute rapporter à l’albumen[89].
+
+Chez les graines âgées, l’enveloppe séminale externe, blanchâtre,
+parenchymateuse, s’épaissit sans changer de caractère et se sépare
+facilement de la tunique interne toujours très mince qui enveloppe
+intimement l’embryon, auquel elle n’est cependant pas soudée. Cette
+tunique représente les restes des tissus nutritifs, nucelle et albumen.
+
+La partie comestible, connue sous le nom de noix ou semence de Kola dans
+le commerce, est donc uniquement constituée par un très petit embryon
+pourvu de deux ou plus de deux cotylédons relativement énormes.
+
+Même dans le Kola à deux cotylédons seulement, ceux-ci présentent une
+fente basale souvent très accentuée.
+
+C’est pourquoi, si l’on fait une coupe transversale dans un plan
+perpendiculaire à l’embryon, dans la région de la radicule, on trouve
+alors, dans le _C. nitida_, 4 fragments cotylédonaires séparés (Fig.
+23).
+
+L’examen d’une germination montre que les feuilles cotylédonaires
+d’abord sessiles, ne tardent pas à développer leur pétiole (13, Fig. 24)
+et la fente basale se prolonge précisément jusqu’au point d’insertion de
+ce dernier. La feuille cotylédonaire présente ainsi l’aspect d’une
+feuille cordée ou plutôt hastée.
+
+[Illustration : Aug. CHEVALIER et Ém. PERROT.
+
+=Les Kolatiers.=
+
+FIG. 24. — =Fleur, fruits et graine de Kola= ; les numéros 2, 3, 5, 6,
+7, 8, 10, 11, 12 d’après TSCHIRCH, les autres d’après des dessins
+originaux ; _1_, coupe longitudinale de la fleur mâle ; _2_, et _3_,
+fleur femelle ; _4_, coupe schématique transversale dans la partie-
+supérieure de la colonne staminale d’une fleur mâle ; _5_, ovule ; _6,
+7_, embryon privé de ses cotylédons ; _8_, un cotylédon avec son
+embryon ; _9_, follicule ouvert montrant les graines coupées, l’embryon
+de l’une d’entre elles a été enlevé ; _10_, jeune graine : la membrane
+papyracée interne du tégument a été enlevée pour montrer les écailles
+brunes restes du tégument interne appliqués au tégument externe épais ;
+_11_, graine privée de ses téguments ; _12_, id. en germination ; _13_,
+jeune plantule de _Cola nitida_ ; _14_, _C. acuminata_ ; _15_, poils
+glanduleux de l’épiderme embryonnaire.]
+
+Le long des fentes, le tissu extérieur du cotylédon se subérifie et ce
+fait a été étudié particulièrement par HARTWICH[90]. Les cellules
+parenchymenteuses de cet organe sont gorgées de substances de réserve et
+surtout d’amidon. L’épiderme de l’embryon est garni de poils étoilés et
+porte aussi d’assez nombreux poils sécréteurs unisériés, analogues à
+ceux que MITSCHERLICH a signalés le premier sur l’embryon du Cacao (15,
+Fig. 24).
+
+Chez le _Cola Ballayi_, ainsi que chez _C. acuminata_ et _C.
+verticillata_, les cotylédons sont nombreux, ou mieux fragmentés et
+chaque fragment, de forme très irrégulière, est pourvu de son pétiole.
+Dans ce cas, la disposition hastée est disparue ; il n’y a plus de fente
+basale, mais le pétiole s’insère toujours vers le 1/3 de la longueur du
+fragment cotylédonaire (14, fig. 24).
+
+Dans le Kola à 2 cotylédons, nous avons pu observer plusieurs fois la
+formation de 3 feuilles cotylédonnaires.
+
+Il ne serait pas téméraire de voir, dans cette disposition à la
+fragmentation chez le cotylédon, une disposition spéciale tendant à
+donner un verticille, et il faudrait alors admettre que la disposition
+verticillée des feuilles chez les Kolatiers est un caractère ancestral.
+
+ * * * * *
+
+
+[Note 77 : CHODAT et CHUIT. — _Loc. cit._]
+
+[Note 78 : HECKEL. — Les Kolas africains, _loc. cit._]
+
+[Note 79 : ZOHLENHOFER. — Die Kolanuss, _Arch. d. Pharm._, 1884, 3e s.,
+XXII, p. 344.]
+
+[Note 80 : HARTWICH. — Einige Bernerkunger über die Kolanüsse. _Zeitsch.
+d. allg. œst. Apot. Verein_, 1906, XLIV, pp. 119-131.]
+
+[Note 81 : TSCHIRCH et ŒSTERLÉ. — _Anat. Atlas d. Pharmacognosie_.
+Leipsig, 1900, 2e partie, p. 347, Pl. 80 a et 80 b.]
+
+[Note 82 : SOLEREDER. — _Syst. Anat. d. Dicotyledonen_. Stuttgart, 1899,
+p. 173.]
+
+[Note 83 : J. DOUSSOT. — Contribution à l’étude de l’appareil gommifère
+des Sterculiacées. _Thèse Doct. Un. Pharmacie_, Paris, 1902.]
+
+[Note 84 : Voir Chapitre X, _Biologie des Kolatiers_.]
+
+[Note 85 : Em. PERROT. — Sur le tissu conducteur surnuméraire. _J. de
+Bot._, XI, 1897, pp. 374-390.]
+
+[Note 86 : Loc. cit., pp. 347-351. Pl. 80 a et 80 b.]
+
+[Note 87 : ZOHLENHOFER. — _Arch. de Pharm._, 1884, 3e série, XXII, p.
+314.]
+
+[Note 88 : PLANCHON et COLLIN. — _Hist. nat. des Drogues simples_,
+Paris, 1896, p. 717.]
+
+[Note 89 : Les phénomènes de résorption et de transformation qui
+s’opèrent dans le tégument séminal sont très rapides et nous nous
+réservons de fixer définitivement leur marche quand nous serons en
+possession de très jeunes fruits frais.]
+
+[Note 90 : Loc. cit., p. 120.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE VII.
+
+ * * * * *
+
+=Révision des anciennes espèces de la section _Eucola_ d’après les types
+ conservés dans les Herbiers.=
+
+ * * * * *
+
+
+En exposant, au Chapitre III, l’histoire de la découverte des plus
+anciennes espèces de Cola et en présentant un résumé ou une traduction
+des descriptions botaniques consacrées à ces espèces par leurs auteurs,
+il est apparu qu’il n’était pas toujours possible à l’aide de ces seuls
+documents de dire quelles plantes avaient eu en vue les premiers
+descripteurs. Il nous a donc semblé indispensable d’examiner en détail
+non seulement les descriptions originales publiées, mais aussi chaque
+fois que cela était possible les spécimens-types à l’aide desquels ces
+descriptions furent élaborées. Nous avons été ainsi amenés à étudier les
+matériaux relatifs aux _Cola_ de la section _Eucola_ conservés dans les
+principaux herbiers d’Europe.
+
+Au Muséum de Paris, l’Herbier général, l’Herbier de LAMARCK, l’Herbier
+de JUSSIEU, l’Herbier du Gabon formé par PIERRE, nous ont fourni de
+précieux documents. Dans les serres même du Muséum, nous avons trouvé
+les jeunes plantes encore vivantes pour lesquelles Maxime CORNU a créé
+l’appellation _Cola Ballayi_. A l’Herbier des Jardins royaux de Kew,
+nous avons passé en revue les échantillons étudiés autrefois par MASTERS
+pour la _Flora of tropical Africa_ et les annotations inédites récentes
+de M. le Dr STAPF, annotations qui nous ont été très aimablement
+communiquées. Ce dernier botaniste a bien voulu aussi nous envoyer des
+renseignements sur les _Cola_ de PALISOT DE BEAUVOIS et de Georg DON
+conservés au British Museum.
+
+M. le professeur A. ENGLER, directeur du Muséum botanique de Dahlem-
+Steglitz (Berlin), a eu aussi l’obligeance de nous envoyer en
+communication les types des espèces récemment créées par les botanistes
+de cet établissement, ce qui nous a permis de voir qu’elles étaient
+synonymes d’espèces déjà connues.
+
+Que M. J. BRIQUET, directeur de l’Herbier de Genève et son assistant M.
+HOCHREUTINER veuillent bien agréer nos remerciements pour l’empressement
+qu’ils ont mis à nous confier les précieux types de VENTENAT et de
+PALISOT DE BEAUVOIS conservés dans l’Herbier DELESSERT, propriété de la
+ville de Genève.
+
+Enfin nous devons aussi une particulière gratitude à M. le Professeur E.
+WARMING, de Copenhague, qui nous a communiqué, par l’intermédiaire de M.
+GUIGNARD, de Paris, le type du _Sterculia verticillata_ de SCHUMACHER,
+conservé à l’Herbier de l’Université de Copenhague.
+
+Presque toujours les matériaux qui ont servi aux descriptions originales
+sont extrêmement incomplets et parfois en mauvais état. En outre, les
+organes les plus importants pour distinguer les espèces du genre _Cola_,
+c’est-à-dire les fruits développés et les graines, font presque
+constamment défaut dans les collections. Mais la très grande quantité de
+matériaux en bon état que nous avons recueillis dans les diverses
+régions de l’Afrique tropicale, nous ont permis très souvent de
+différencier les diverses espèces de Kolatiers par le seul examen des
+feuilles. C’est pourquoi nous avons pu, néanmoins, faire
+l’identification précise de la plupart des types anciens.
+
+Il nous a semblé utile de publier à la fin de cet ouvrage un atlas
+photographique des types les plus intéressants, afin de permettre au
+lecteur d’examiner lui-même les documents sur lesquels ont porté nos
+études.
+
+
+ =TYPES DES ESPÈCES DE VENTENAT.=
+
+
+1o =Sterculia nitida= Vent. — L’auteur signale que cette espèce est
+cultivée à l’île Maurice ; de beaux spécimens lui ont été envoyés par
+MICHAUX. Ce collecteur, connu surtout par son exploration des forêts de
+l’Amérique du Nord, visita en effet l’île Maurice. Il faisait partie de
+l’Expédition Baudin envoyée à la Nouvelle-Hollande en 1901. MICHAUX
+séjourna 6 mois à Maurice et mourut à Madagascar fin 1901[91].
+
+
+a) _La plante de Michaux_ manque dans les Herbiers de Paris, mais il
+existe dans l’Herbier VENTENAT, à Genève, un échantillon très incomplet
+(Planche I), portant l’étiquette suivante de l’écriture de VENTENAT :
+
+
+ _Les feuilles sont 2 fois plus
+
+ longues dans l’herb. de Mr.
+
+ De La Mark_
+
+ laurifolia
+
+ _à emprunter pour figurer
+
+ sous le no 572_
+
+ Isle de France. Michaux. HERBIER DE VENTENAT.
+
+
+Il n’est pas douteux que c’est là le type du _Sterculia nitida_ Vent. ;
+la provenance et le nom du collecteur correspondent à ceux mentionnés
+dans le _Jardin de la Malmaison_.
+
+D’après le nom porté sur l’étiquette, il semble que VENTENAT ait voulu
+nommer la plante _Sterculia laurifolia_. Dans sa publication, il a
+changé le nom spécifique en « _nitida_ », et c’est ce nom publié qui
+doit être maintenu.
+
+Bien que l’échantillon en mauvais état soit une extrémité de rameau
+stérile réduite à 5 feuilles, l’inférieure portant une gemmule à son
+aisselle, il est possible de reconnaître, d’après la forme, la nervation
+et la consistance des feuilles, que ce rameau appartient à l’espèce
+produisant les noix comestibles à 2 cotylédons, nommée plus tard _Cola
+vera_ par K. SCHUMANN.
+
+C’est d’ailleurs cette espèce qui est cultivée aujourd’hui encore dans
+les îles de l’Océan Indien, notamment à Java (TSCHIRCH).
+
+
+b) _L’échantillon de l’herbier de Lamarck_, à feuilles deux fois plus
+longues, auquel il est fait allusion sur l’étiquette précédente, est
+probablement celui dont nous publions la photographie (Planche II).
+
+Il est étiqueté comme provenant des Indes Orientales, mais on sait qu’on
+désignait sous ce nom tous les pays tropicaux situés à l’est de
+l’Afrique, par opposition à l’appelation « Indes Occidentales », qu’on
+appliquait à l’Amérique tropicale et spécialement à l’archipel des
+Antilles.
+
+Sur une petite étiquette qui semble être de l’écriture de LAMARCK, on
+lit :
+
+
+ _Arbor foliis alternis_
+
+ Indes orient. S.
+
+
+Cette petite étiquette est fixée sur une autre beaucoup plus grande
+portant les inscriptions suivantes en trois écritures différentes :
+
+
+ 1o _Gynandria decandria-_
+
+ Helicteres ?
+
+ _Pentagyna, cal. nullus, corolla quinquefida,
+
+ nectar. nulla, fructus ?_
+
+ 2o Sterculia.
+
+ 3o _C’est le collier du Sénégal_,
+
+ le fruit est curieux, mais ne se mange pas ».
+
+
+_Sterculia_ seul paraît avoir été écrit par LAMARCK.
+
+Ce spécimen de l’Herbier LAMARCK en parfait état pour l’étude est une
+extrémité de rameau munie de 5 feuilles et portant à l’aisselle de la
+feuille inférieure une grappe de fleurs toutes mâles. Il paraît en effet
+bien identique à celui de l’Herbier VENTENAT et il cadre également avec
+la description de cet auteur. Dans les deux cas, les feuilles sont bien
+_lancéolées-oblongues_ acuminées ; les inférieures ont un pétiole qui
+mesure de 5 à 6 cm. et les supérieures sont presque sessiles ; le limbe
+atteint 13 cm. à 22 cm. de long sur 4 cm. à 8 cm. de largeur. La fleur
+est de petite taille. Les lobes du calice sont étalés en étoile,
+glabrescents en dedans, nettement tomenteux en dessous. L’androcée est
+une petite cupule (urcéole) subsessile.
+
+En somme, cet échantillon est tout à fait identique à notre no 17.740
+(Pl. XII), récolté dans la forêt de la Côte d’Ivoire, à fleurs aussi
+toutes mâles et appartenant indubitablement au groupe des bons Kolas à 2
+cotylédons.
+
+Conformément aux règles de la nomenclature, l’appellation _Cola nitida_
+(Vent.) A. Chev. devra donc être substituée à l’appellation _Cola vera_
+K. Schum.
+
+
+c) _L’Herbier général du Muséum_ renferme un troisième échantillon (Pl.
+III), non étiqueté _Sterculia nitida_, mais tellement semblable à celui
+de l’Herbier de LAMARCK, qu’il est probable que les deux échantillons
+ont été recueillis sur le même arbre et le même jour.
+
+Le spécimen dont il s’agit est accompagné d’une étiquette très
+instructive qui nous renseigne sur la provenance et sur un caractère
+biologique important. Elle est ainsi libellée :
+
+
+ Bois de Sagaye _vulgo
+
+ Indigènes_ de l’Ile de
+
+ France. Mâle et femelle
+
+ sur des pieds séparés
+
+ STERCULIA.
+
+
+Les quatre premières lignes semblent être de l’écriture de COMMERSON.
+
+_Sterculia_ est probablement de la main de LAURENT DE JUSSIEU.
+
+Enfin l’étiquette du Muséum porte en impression :
+
+
+ _Ile de France_
+
+ COMMERSON.
+
+
+Sur laquelle H. BAILLON a ajouté :
+
+
+ Cola acuminata R. Br.
+
+ _Ngourou_ senegalensum.
+
+
+Le rameau présente à son extrémité 5 feuilles très rapprochées, mais
+alternes, portant à leurs aisselles des cymes courtes et denses de
+fleurs mâles. Les feuilles sont brièvement pétiolées, le pétiole
+mesurant de 10 à 25 mm. au plus. Le limbe de texture assez coriace est
+lancéolé-oblong, acuminé et mesure de 11 à 15 c. de longueur sur 3 c. 5
+à 5 c. 5 de largeur ; la base est assez fortement cunéiforme et l’acumen
+relativement court. La face supérieure de la feuille est un peu luisante
+et l’inférieure d’un brun-mat finement réticulée montre 7 à 9 paires de
+nervures secondaires. Inflorescences roussâtres, à rachis très
+tomenteux. Calice rotacé de 15 à 17 mm. de diamètre à l’état sec, à 5
+lobes oblongs-triangulaires, de 6 à 7 mm. de long, très tomenteux et
+roussâtres au dehors, beaucoup moins au dedans, principalement dans leur
+extrémité supérieure.
+
+Androcée ayant la forme d’une petite cupule fortement concave à l’état
+sec.
+
+
+2o =Sterculia grandiflora= Vent. — Le « Jardin de la Malmaison » indique
+cette espèce _a_) à l’Isle de France, d’après l’Herb. de JUSSIEU, _b_)
+dans les Indes orientales, d’après l’Herb. de LAMARCK.
+
+
+a) _Echantillon de l’Herbier de Jussieu_ (Pl. IV). — Le spécimen auquel
+VENTENAT fait allusion existe en effet dans l’Herbier LAURENT DE
+JUSSIEU ; une petite étiquette écrite probablement par VENTENAT porte
+seulement le mot « _grandiflora_ ». Une seconde écrite de la main de
+LAURENT DE JUSSIEU est ainsi libellée :
+
+
+ Sterculia grandiflora V.
+
+ _Ile de France. — Herb. de Commerson. — Sans étiquette_
+
+
+« _grandiflora_ » à la suite de _Sterculia_ a été ajouté plus tard avec
+une autre encre, sans aucun doute après l’étude de VENTENAT.
+
+L’échantillon qui accompagne cette étiquette est un rameau vigoureux,
+muni de 5 feuilles rapprochées, en partie détachées et portant près de
+son extrémité une inflorescence dont les fleurs fort grandes sont en
+partie mangées par les insectes.
+
+Ainsi que l’indique la description, les feuilles sont bien ovales
+acuminées. Le pétiole mesure, de 3cm à 5cm de long ; le limbe est très
+coriace, fortement réticulé, arrondi ou à peine cunéiforme à la base,
+longuement acuminé au sommet, présentant 7 ou 8 paires de nervures
+secondaires. Inflorescence à rachis très robuste, ramifié en panicule
+pauciflore, presque glabre dans la partie inférieure, parsemé dans la
+partie supérieure de poils étoilés roussâtres. Fleurs toutes
+hermaphrodites de 2 à 3cm. environ de diamètre, calice divisé en 5 lobes
+pourvus de poils roussâtres étoilés sur les deux faces, mais à poils
+plus clairsemés sur la face interne. Ovaire gros, subsphérique, formé de
+5 carpelles pubescents portant chacune un petit sillon médian
+roussâtre ; stigmates assez longs, aigus, bien détachés de l’ovaire vers
+leur extrémité.
+
+
+b) _Echantillons de l’Herbier de Lamarck_ (Pl. V). — Outre le _Cola_
+rattaché au _C. nitida_, dont nous avons parlé plus haut, il existe dans
+l’Herbier LAMARCK un autre échantillon accompagné de deux petites
+étiquettes. L’une porte l’inscription :
+
+
+ _Sterculia grandiflora_.
+
+ J. de Malmaison.
+
+
+l’autre :
+
+
+ _Sterculia_ ?
+
+
+Cette dernière inscription est l’écriture de LAMARCK lui-même.
+L’échantillon est aussi une extrémité de rameau portant 7 feuilles et à
+2 cm. 5 de l’extrémité une cyme axillaire peu rameuse, formée de
+quelques grandes fleurs hermaphrodites, la plupart détachées et
+renfermées dans un sachet. Ces fleurs présentent les mêmes caractères
+que celles du spécimen de l’Herbier de JUSSIEU.
+
+Les feuilles par contre sont moins ovales et plus nettement oblongues,
+bien cunéiformes à la base ; le limbe mesure 20 cm. à 25 cm. de long sur
+6 cm. 5 à 7 cm. 5 de large. Malgré ces légères différences, ce rameau
+qui provient aussi probablement des récoltes de COMMERSON, s’identifie
+avec l’échantillon _a_) mentionné ci-dessus.
+
+L’examen attentif que nous avons fait de ces deux spécimens nous a
+convaincu que non seulement ils devaient être rapportés au même type
+spécifique mais encore ils rentrent dans le même groupe que les
+spécimens décrits par VENTENAT sous le nom de _Sterculia nitida_. La
+nervation et la consistance des feuilles sont très semblables, quant aux
+différences dans la forme et la dimension des feuilles, dans la
+dimension des fleurs, on observe parfois ces différences groupées sur un
+même arbre. La Planche XI (no 19.849 de notre herbier) représente un
+échantillon de cette même espèce que nous avons recueilli dans la forêt
+de la Côte d’Ivoire et qui porte à la partie inférieure deux racèmes de
+grandes fleurs hermaphrodites semblables à celle de _Sterculia
+grandiflora_ et plus haut, sur le même rameau, deux groupes de fleurs
+mâles beaucoup plus petites et ayant tous les caractères, ainsi que les
+feuilles du _Sterculia nitida_.
+
+Cette planche montre d’une manière irréfutable que les deux espèces n’en
+forment qu’une et comme l’appellation de _Sterculia nitida_ précède
+l’autre, c’est celle que nous conserverons en nous conformant aux règles
+de la nomenclature.
+
+C’est pour cette raison que nous avons adopté le nom de _Cola nitida_
+(Vent.) A. Chev. pour désigner l’espèce produisant les noix à deux
+cotylédons.
+
+
+ =Type du Sterculia acuminata= P. Beauv.
+
+
+L’explorateur de la flore de Benin récolta en 1789, plusieurs
+échantillons de son _Sterculia acuminata_ qui se trouvent aujourd’hui
+dans l’Herbier de Genève et au British Museum. Les caractères que
+présentent ces échantillons authentiques ne concordent pas complètement
+avec ceux qui sont attribuées à l’espèce dans la flore du royaume
+d’Ovare et de Bénin, ainsi que nous l’avons montré dans un Chapitre
+précédent.
+
+[Illustration : FIG. 25. — =Sterculia acuminata=, Pal. Beauv. Type de
+l’Herbier du British Museum. Androcées des fleurs mâles et poils étoilés
+(Croquis communiqué par M. le Dr STAPF).]
+
+Nous reproduisons (fig. 25) le croquis que nous a aimablement communiqué
+M. STAPF, croquis représentant les principaux organes du _Sterculia
+acuminata_ type du British Museum. Nous avons examiné nous-même les
+fleurs du spécimen du Muséum de Genève, contenu dans l’Herbier DELESSERT
+(Planche VI), fixé sur une feuille de papier portant la mention :
+
+
+ Herbier Palisot de Beauvois.
+
+
+C’est ce dernier échantillon que l’on doit considérer comme le type le
+plus authentique. Du reste, il paraît bien identique à celui de Londres
+que nous connaissons d’après les dessins de STAPF.
+
+Ce type de Genève porte l’étiquette suivante :
+
+
+ _Sterculia nitida_.
+
+ _Oware en Afrique,
+
+ Envoyé par M. de Beauvois, 1789, no XIV... 5.
+
+ sans nom._
+
+
+Au milieu est épinglé un fragment de papier avec l’inscription :
+
+
+ « nitida »
+
+
+qui parait avoir été écrit par VENTENAT. Sur l’étiquette même,
+_Sterculia_ et _nitida_ sont d’écritures différentes, de sorte que le
+nom spécifique n’a été ajouté qu’après la détermination de VENTENAT.
+
+Il ne faut pas s’étonner si VENTENAT ou un autre botaniste de son époque
+a cru reconnaître, dans la plante du Bénin, l’espèce de l’Ile Maurice
+qui venait d’être décrite. Les matériaux diffèrent par des caractères
+très difficiles à discerner, mais il est cependant possible, avec
+quelque attention, de différencier le rameau avec fleurs mâles de
+l’Herbier LAMARCK rapporté à _Sterculia nitida_ par VENTENAT et les
+échantillons recueillis par PALISOT DE BEAUVOIS.
+
+Dans l’Herbier DELESSERT l’échantillon que nous avons photographié
+(Planche VI), se compose d’une branche portant deux rameaux repliés et
+munis chacun de six feuilles environ. Celles-ci sont peu coriaces, assez
+régulièrement écartées et non groupées en rosette terminale ; pétiole
+grèle, dressé, long de 1 cm. à 6 cm. Limbe oblong-lancéolé, long de 11
+cm. à 18 cm. sur 3 cm. à 6 cm. de large, cunéiforme à la base, terminé
+au sommet par un acumen assez long et grèle ; 7 à 8 paires de nervures
+secondaires ; nervilles formant des réticules peu apparentes ; surface
+supérieure très luisante. Inflorescences courtes, pauciflores, à fleurs
+de petite dimension ; les fleurs mâles et les fleurs hermaphrodites
+entremêlées. Calice urcéolé-campanuliforme profondément divisé en 5 ou 6
+lobes, parsemés de poils étoilés en dedans et en dehors, avec une marge
+blanchâtre épaissie. Fleurs mâles à androcée brièvement stipité, le bord
+supérieur des loges des anthères faisant un peu saillie au-dessus du
+disque un peu pubescent.
+
+En rapprochant la plante que nous venons de décrire de notre no 19.715
+(Planche XIV), recueilli à la Côte d’Ivoire où elle est cultivée par les
+Kroumen (Bas-Cavally), on verra l’analogie frappante qui existe entre
+les deux exsiccata et le no 19.715 appartient indubitablement au _Cola_
+produisant des noix à plus de deux cotylédons.
+
+En résumé, le Kolatier découvert par PALISOT DE BEAUVOIS au Bénin est
+une espèce bien distincte du Kolatier cultivé à l’Ile Maurice au XVIIIe
+siècle. Le premier est le véritable _Cola acuminata_ (Pal. Beauv.)
+Schott et Endl.[92].
+
+Le second devra être nommé désormais, comme nous l’avons déjà dit, _Cola
+nitida_ (Vent.) A. Chev. = _Cola vera_ K. Schum.
+
+
+ =Type du Sterculia verticillata= Thonning in Schumacher.
+
+
+Nous avons pu examiner deux spécimens récoltés par THONNING à la Gold-
+Coast, dans le district d’Aquapim. Tous les deux sont certainement
+authentiques, mais stériles et réduits à un ou deux verticilles de
+feuilles. La description que SCHUMACHER a donnée de cette plante est
+suivie de la mention T, indiquant que la description a été faite sur
+place par THONNING, or l’on sait que l’herbier de ce voyageur fut
+détruit par un incendie lors du bombardement de Christianburg. Il ne
+reste donc que les spécimens incomplets adressés probablement à VAHL et
+à SCHUMACHER.
+
+Le premier se trouve dans l’herbier des JUSSIEU, au Muséum, et porte
+l’étiquette suivante :
+
+
+ Sterculia
+
+ verticillata
+
+ Nonne Sterculia acuminata
+
+ Beauv. Fl. ow. tab. 24
+
+ Misit d. Vahl, 1804
+
+ e Guinea
+
+
+Le second (Planche VII), qu’on peut considérer comme le type, se trouve
+à Copenhague et provient de l’herbier SCHUMACHER.
+
+Bien qu’ils soient dépourvus de fleurs, ces spécimens se distinguent de
+tous les _Cola_ connus aujourd’hui encore par la disposition des
+feuilles verticillées par 4. Dans chacun des deux herbiers, on ne trouve
+qu’un court rameau réduit à deux verticilles de feuilles, en partie
+détachées dans l’herbier des JUSSIEU, mais dont on retrouve les
+insertions.
+
+Par suite de la disposition verticillée des feuilles, l’extrémité des
+rameaux est subquadrangulaire avec des sillons (à l’état sec) entre
+chaque angle sur le dernier entre-nœud. Le bourgeon terminal porte
+quelques poils blanchâtres et présente de petites stipules.
+
+Les pétioles longs de 2 cm. à 6 cm. sont grêles et étalés. Le limbe est
+mince, lancéolé ou lancéolé-oblong, long de 12 cm. à 20 cm. sur 4 cm. 5
+de large, cunéiforme à la base, terminé au sommet par un acumen court
+(de 5 à 7 mm. de long), mais très étroit ; texture papyracée-coriace ;
+nervures secondaires 6 ou 8 paires régulièrement courbées en arceaux ;
+surface supérieure d’un vert mat, l’inférieure brune (à l’état sec),
+fortement réticulée.
+
+Par les caractères que nous venons d’énoncer, la plante en question
+s’identifie complètement avec un _Cola_ à feuilles verticillées,
+recueilli en fleurs et en fruit dans ces dernières années par JOHNSON,
+aux environs d’Aburi et nommé dans l’Herbier de Kew _Cola Johnsoni_
+Stapf Mss.
+
+Nous avons retrouvé récemment la même plante à l’état spontané, au
+Dahomey, où elle est connue sous le nom de _Kola abidan_ ou _Kola
+d’eau_.
+
+Cette espèce sera désignée désormais sous le nom de _Cola verticillata_
+(Thonn. in Schum.) Stapf.
+
+
+ =Type du Cola macrocarpa= G. Don.
+
+
+Ce type existerait au British Museum, mais nous ne l’avons pas observé.
+D’après STAPF, il provient de San Thomé. Nous connaissons dans cette île
+que nous avons parcourue _Cola acuminata_ et _Cola sphærocarpa_ A. Chev.
+Or, il ne peut s’agir de cette dernière puisque DON attribue à son
+espèce des graines également connues en Guinée sous le nom de Kola et
+jouissant des mêmes qualités que le Kola ordinaire.
+
+Il est donc très probable que la plante de ce botaniste doit être
+rapportée à _Cola acuminata_. Il la distingue surtout parce qu’elle a 4
+à 6 graines, alors que PALISOT DE BEAUVOIS avait, par erreur, attribué à
+son espèce des follicules monospermes.
+
+M. RENDLE, directeur du Département botanique au British Museum, nous
+écrit que « l’herbier du British renferme divers spécimens de _Cola_
+provenant de G. DON et qu’il est difficile de dire quel est celui qui
+doit être regardé comme type de son espèce. »
+
+
+ =Type du Syphoniopsis monoica= Karst.
+
+
+Nous ne connaissons pas le type et nous ignorons s’il se trouve dans
+quelque herbier européen. C’est BAILLON qui le premier a rattaché le
+_Syphoniopsis_ au _Cola acuminata_. K. SCHUMANN a maintenu ce
+rattachement en spécifiant que le _Syphoniopsis monoica_ était identique
+à la plante de PALISOT DE BEAUVOIS à plus de deux cotylédons. Cette
+assertion devra être contrôlée, car nous savons au contraire que c’est
+ordinairement le _Cola nitida_ à deux cotylédons qui est cultivé dans
+l’Amérique tropicale et aux Antilles.
+
+
+ =Types des Cola du Flora of Tropical Africa.=
+
+
+Ces types existent dans l’Herbier de KEW, où nous les avons examinés.
+Aucun ne nous intéresse, tout le groupe _Eucola_ étant fondu en une
+seule espèce _Cola acuminata_ R. Brown.
+
+
+ =Type du Cola Ballayi= M. Cornu, in Heckel.
+
+
+Principal collaborateur de SAVORGNAN DE BRAZZA au Congo depuis 1875, le
+Docteur BALLAY fit parvenir vers 1885 au service des Cultures du Muséum,
+un lot de noix de Kola, qui furent ensemencées dans les serres de cet
+établissement. Le Professeur MAXIME CORNU constata de profondes
+différences dans la forme des noix, le mode de germination et la
+disposition des feuilles sur les jeunes sujets, entre les plantes venant
+des graines de Kolatiers recueillis au Gabon par BALLAY et celles
+provenant des graines à deux cotylédons reçues de la côte de Guinée,
+considérées alors comme provenant du _Cola acuminata_ alors que ces noix
+à deux cotylédons étaient en réalité fournies par le _Cola nitida_.
+
+MAXIME CORNU étiqueta ce nouveau Kolatier des serres du Muséum _Cola
+Ballayi_, mais il n’en publia pas la description et le nom serait resté
+inédit si le Professeur HECKEL n’avait décrit et figuré la plante de
+CORNU[93].
+
+Malheureusement HECKEL a confondu deux espèces et la description qu’il
+donne de _Cola Ballayi_ se rapporte à la fois au _Cola Ballayi_ Cornu in
+Hort. Mus. et au _Cola acuminata_ P. Beauv. (non Heckel). C’est bien au
+_Cola Ballayi_ qu’appartiennent les figures 8 et 9 de la monographie de
+HECKEL et la première partie de la description, « Feuilles verticillées
+à l’état jeune »[94] et aussi la planche II.
+
+Presque tout le reste de la description se rapporte presque certainement
+au _Cola acuminata_ (P. B.) Schott et Endl. (non Heckel) et il ne faut
+pas s’en étonner puisque cette espèce donnant aussi des noix à quatre
+cotylédons est beaucoup plus commune au Gabon que le véritable _Cola
+Ballayi_, ce dernier étant surtout répandu dans la région de l’Oubangui.
+On sait d’autre part que HECKEL considérait les noix à deux cotylédons
+comme fournies par le _Cola acuminata_ et les noix à plus de deux
+cotylédons comme fournies exclusivement par le _Cola Ballayi_.
+
+C’est ce qui explique sans doute pourquoi K. SCHUMANN dans sa
+monographie a décrit une plante du Gabon sous le nom de _Cola acuminata_
+var. _Ballayi_, qui n’est certainement pas le véritable _Cola Ballayi_
+Maxime Cornu et qui n’est probablement qu’une forme insignifiante du
+_Cola acuminata_.
+
+Nous avons eu la bonne fortune de retrouver dans les serres du Muséum
+quelques exemplaires du vrai _Cola Ballayi_, mis en cultures il y a plus
+de 15 ans par le Professeur CORNU. Ce sont des arbustes de 2 à 3 mètres
+de haut ; l’un d’eux s’est ramifié. Nous reproduisons (Pl. VIII) la
+photographie de l’un de ses rameaux ; il est étiqueté encore _Cola
+Ballayi_ ; d’autre part, le véritable _Cola acuminata_ à 3 ou 4
+cotylédons ne paraît pas exister dans ces serres. On peut donc
+considérer l’exemplaire photographié comme étant le type même de CORNU.
+C’est du reste certainement la même plante qui est représentée dans
+l’ouvrage d’HECKEL (Fig. 8) et qui est très reconnaissable par ses faux
+verticilles de feuilles. Nous avons recueilli exactement la même espèce
+en fleurs et en fruits dans l’Oubangui, en 1902, et c’est encore elle
+que E. DE WILDEMAN a décrite et figurée en 1907 sous le nom nouveau de
+_Cola subverticillata_ De Wild., chose très compréhensible, puisque,
+sans l’examen du type vivant de l’espèce créée par CORNU, il était
+impossible de la reconnaître dans les descriptions de HECKEL et de K.
+SCHUMANN.
+
+
+ =Types des espèces décrites par K. Schumann, O. Warburg et W. Busse.=
+
+
+La systématique des espèces produisant les noix de Kola était donc très
+confuse quand K. SCHUMANN entreprit la monographie du groupe.
+
+Il ne réussit pas à y mettre de l’ordre et O. WARBURG ne fut pas plus
+heureux.
+
+En décembre 1902, ce dernier publia une étude sur les noix de Kola du
+Togo[95], mais ses recherches basées sur des documents incomplets, loin
+de faire la lumière, ne font qu’augmenter la confusion. Il propose la
+création d’une appellation nouvelle, _Cola sublobata_ Warb., pour
+désigner l’arbre produisant le Kola des Achantis qu’il croit différent
+du _Cola vera_ K. Schum., mais la description botanique qu’il donne
+s’applique pour les graines au _Cola vera_ et pour les branches
+florifères probablement au _Cola acuminata_. Toutefois, d’après BUSSE,
+ces rameaux appartiennent à une forme que cet auteur distingue sous le
+nom de _Cola vera_ K. Sch. var. _sublobata_ (Warb.) Busse.
+
+Sous le nom nouveau _Cola astrophora_, WARBURG a décrit une seconde
+espèce qui n’est elle aussi que le _Cola acuminata_ avec les fleurs
+mâles à androcée bien épanoui. Il lui attribue aussi deux cotylédons
+(Pl. IX).
+
+WARBURG, ainsi que K. SCHUMANN l’avait tenté avant lui, essaie de
+distinguer tous les _Autocola_ (sensu stricto), d’après la disposition
+et la forme de l’androcée des fleurs mâles ; suivant ces auteurs :
+
+Dans _Cola acuminata_, l’androcée est une sorte de cupule subsessile.
+
+Dans _Cola acuminata_ var. _trichandra_ K. Schum., c’est une plaque
+divisée en dessus en 5 lobes bifides, subtomenteux.
+
+Dans _Cola sublobata_ Warb., l’androcée est légèrement lobé et le stipe
+est à peine ébauché.
+
+Dans _Cola astrophora_ Warb., l’androcée est constitué par une sorte de
+plaque longuement et finement stipitée, de sorte que « les anthères
+relativement petites sont disposées par paires sur les lobes de
+l’androcée, au nombre de 10 environ et de telle façon qu’elles ne
+peuvent être aperçues du dessus ; tout l’organe est finement velu ».
+
+Enfin le _Cola vera_ K. Schum. posséderait un androcée constitué par une
+masse capitée non divisée et subsessile.
+
+L’examen de très nombreux matériaux vivants appartenant aux espèces :
+_Cola nitida_, _Cola Ballayi_ et _Cola acuminata_, étudiés sur place et
+avec des fleurs à tous les états d’avancement, nous a montré que les
+caractères énumérés n’avaient aucune valeur spécifique. Dans les jeunes
+fleurs, alors que les loges des anthères sont encore loin de l’époque de
+leur déhiscence, l’androcée forme une masse arrondie sessile, les loges
+supérieures sont recourbées sur le disque jusqu’à se toucher, de sorte
+que l’androcée est alors subglobuleux et sessile ; plus tard, il
+s’épanouit et prend une forme cupuliforme. Enfin, à un âge avancé,
+lorsque les loges ont effectué leur déhiscence, le connectif s’étale en
+disque plan ou légèrement concave et plus ou moins profondément divisé
+par 10 fentes dont 5 plus profondes. La pubescence de l’androcée et
+l’allongement du stipe qui le porte quand la fleur est bien épanouie,
+sont des caractères qui varient d’une fleur à l’autre, parfois sur le
+même arbre, et nous avons observé ces variations sur toutes les espèces
+examinées.
+
+SCHUMANN a invoqué d’autres caractères pour distinguer les deux espèces
+productives de noix de Kola.
+
+Il attribue au _Cola vera_ un calice à 5 lobes, subpulvérulent-tomenteux
+à l’extérieur, glabre en dedans sauf à la base du tube. Le _Cola
+acuminata_ aurait un calice à 5 ou 6 lobes et serait subtomenteux à
+l’intérieur et à l’extérieur.
+
+Le nombre des lobes est généralement de 5 dans toutes les espèces que
+nous avons examinées, mais il peut être accidentellement aussi de 4 ou
+de 6 et parfois même de 7 ou de 8.
+
+Quant à la pubescence, elle varie aussi et il n’y a point de différence
+notable d’une espèce à l’autre.
+
+K. SCHUMANN croyait aussi pouvoir distinguer _Cola vera_ de _Cola
+acuminata_ par la forme et la disposition des stigmates dans les fleurs
+femelles. Dans la première espèce, les stigmates seraient courts, obtus
+et apprimés « stigmatibus latis, appressis obtusis » ; dans _Cola
+acuminata_, ils seraient acuminés et recourbés, et distants de l’ovaire,
+« stigmatibus acuminatis, recurvatis ». Et les figures accompagnant le
+mémoire de K. SCHUMANN exagèrent encore la description. Elles montrent
+en effet, chez _C. vera_ (Fig. 25 de l’ouvrage de SCHUMANN), des
+stigmates dilatés à l’extrémité et apprimés sur l’ovaire, comme s’ils
+lui étaient soudés dans toute leur longueur. La figure relative à _C.
+acuminata_ (Fig. 26 de SCHUMANN), montre au contraire des stigmates
+courbés en crochet, effilés, très aigus et bien écartés de l’ovaire. Ces
+dessins sont tous les deux certainement inexacts et l’étude de très
+abondants matériaux dans les herbiers et à l’état vivant ne nous a
+montré aucune différence notable dans la disposition du gynécée de ces
+deux espèces.
+
+Enfin le même auteur pensait que, dans _Cola vera_, il existait toujours
+6 ovules par loge, tandis que _Cola acuminata_ en posséderait 10 à 12.
+Ce caractère différentiel lui-même ne résiste pas à l’examen de nombreux
+matériaux et, ainsi que nous le verrons, le nombre des ovules — et des
+graines — se rencontrant dans les deux espèces est sensiblement le même
+et très variable suivant la robustesse des carpelles et des follicules.
+
+En définitive, le seul caractère valable, mis en relief par le savant
+botaniste berlinois, est l’existence constante de deux cotylédons dans
+les graines du _C. vera_ et de 4 à 6 cotylédons dans les graines de son
+autre espèce. Mais cette différenciation avait déjà été faite par
+BARTER, CORNU et HECKEL.
+
+En 1904, W. BUSSE tente aussi l’étude des _Cola_ de la section _Eucola_
+vivant au Togo. Il décrit le _Cola Supfiana_ Busse, qu’il considère
+comme une nouvelle espèce à plus de 2 cotylédons.
+
+Nous avons pu examiner la plupart des types des espèces dont il vient
+d’être question. En 1901, le regretté professeur K. SCHUMANN, nous
+montra les matériaux existant alors dans l’Herbier de Berlin et qu’il
+venait d’étudier. Il nous encouragea à poursuivre, au cours du voyage
+que nous allions entreprendre à travers l’Afrique, de nouvelles
+recherches sur les arbres producteurs de noix de Kola. Il estimait, en
+effet, que la systématique de ce groupe était encore très confuse.
+
+Comme type de son _Cola vera_, il cite en première ligne le spécimen
+récolté par AFZELIUS à Sierra-Leone et un autre spécimen récolté par
+GÜRICH, à l’île Tumbo, en face Bulbiné. Cette île n’est autre chose que
+la ville actuelle de Conakry, visitée par nous et elle ne renferme à
+notre connaissance que des _Cola nitida_ s.-sp. _C. mixta_ A. Chev.
+C’est donc cette forme qu’il faudrait considérer comme étant plus
+particulièrement le type du _C. vera_ K. Schum. En second lieu, le même
+auteur cite le spécimen de CUMMINS provenant de l’Achanti. Il est
+probable qu’il appartient à la race _Cola nitida_ s.-sp., _C. rubra_ A.
+Chev.
+
+[Illustration : Aug. CHEVALIER et Ém. PERROT.
+
+=Les Kolatiers.=
+
+FIG. 26. — =Cola Supfiana= Busse. Type de l’Herbier de Berlin.]
+
+K. SCHUMANN considère naturellement comme type du _Cola acuminata_, le
+spécimen de PALISOT DE BEAUVOIS qu’il n’a pas vu et qu’il indique à tort
+comme existant dans l’Herbier du Muséum de Paris.
+
+A cette espèce il rattache les 5 variétés suivantes :
+
+α. _kamerunensis_ K. Schum., β. _Ballayi_ K. Schum., γ. _grandiflora_ K.
+Schum., δ. _latifolia_ K. Schum., ε. _trichandra_ K. Schum.
+
+Nous avons déjà dit ce que nous pensions des variétés _Ballayi_ et
+_trichandra_.
+
+La variété _grandiflora_ ne nous parait pas pouvoir être distinguée même
+comme simple variété, d’après ce que nous savons sur les variations dans
+la forme des feuilles et dans la dimension des fleurs parfois sur un
+même rameau. La variété _kamerunensis_ semble pouvoir s’identifier avec
+le _Cola Ballayi_ Cornu.
+
+Quant au _Cola acuminata_ var. _latifolia_ K. Schum., récolté par MANN à
+Fernando-Pô et dont nous avons vu un bon spécimen à l’herbier de Kew, il
+nous paraît mieux caractérisé et nous y reviendrons dans un prochain
+chapitre.
+
+K. SCHUMANN n’eut pas connaissance de l’existence du _Cola acuminata_ au
+Togo, du moins il ne l’y mentionne pas dans sa monographie. Dans un
+rapport du comte ZECH[96], le _Cola vera_ est signalé au Togo en 1901 ;
+le _Cola acuminata_, au contraire, qui semble être l’espèce dominante
+cultivée dans cette colonie, n’y est pas indiqué.
+
+L’année suivante, WARBURG décrit le _Cola sublobata_ et le _Cola
+astrophora_, provenant aussi du Togo et dont nous avons déjà parlé. Dans
+les matériaux incomplets qui nous ont été communiqués sous ces noms par
+l’Herbier de Berlin, nous avons cru reconnaître seulement le _Cola
+acuminata_. Du reste, W. BUSSE identifie le _Cola astrospora_ Warb. au
+_Cola acuminata_ var. _trichandra_ K. Schum. Pour le _Cola sublobata_,
+il y a doute dans notre esprit, le spécimen que nous avons vu étant très
+incomplet.
+
+Le _Cola astrophora_, dont nous donnons la photographie (Pl. IX), est
+bien lui-même identique au _Cola acuminata_.
+
+Quant au _Cola Supfiana_ Busse[97], nous n’avons eu en main qu’un rameau
+stérile que nous reproduisons (fig. 26). D’après l’aspect et la
+nervation des feuilles, il ne nous semble point douteux qu’il s’agit du
+_Cola acuminata_ ordinaire. L’espèce de BUSSE aurait les rameaux
+retombants et c’est le caractère le plus important invoqué par son
+auteur pour la distinguer de celle de PALISOT DE BEAUVOIS. Or, le
+véritable _Cola acuminata_ a souvent le port _pleureur_. BUSSE indique
+en outre que sa plante donne des Kolas mucilagineux connus sous le nom
+de _Wasser Kola_. Ce dernier caractère ferait penser qu’il s’agit de
+_Cola verticillata_, nommé _Cola d’eau_ ou _Cola mucilagineux_ au
+Dahomey et qui existe probablement aussi au Togo. Toutefois l’exemplaire
+d’herbier de BUSSE ne correspond certainement pas à cette dernière
+espèce.
+
+Nous n’avons pas eu en main le type du _Cola subverticillata_ De Wild. ;
+toutefois la description très précise de M. DE WILDEMAN ainsi que les
+deux belles planches qui accompagnent son travail ne laissent aucun
+doute sur son identité avec le _Cola Ballayi_ Cornu.
+
+L’Herbier du Gabon, de PIERRE, renferme de nombreux matériaux relatifs
+aux espèces _Cola acuminata_ et _Cola Ballayi_. Cette dernière est
+étiquetée _Bichea sulcata_ Pierre Mss. Nous nous en occuperons dans un
+des prochains chapitres.
+
+ * * * * *
+
+
+[Note 91 : LASÈGUE. — Mus. Bot. Delessert, p. 302.]
+
+[Note 92 : Il est certain qu’en créant le binôme _Cola acuminata_ SCHOTT
+et ENDLICHER avaient en vue la plante de PALISOT DE BEAUVOIS. (Voir :
+_Kew Bulletin_, 1906, p. 90, une observation de STAPF à ce sujet).]
+
+[Note 93 : _Cola Ballayi_ Cornu in Heckel. nom. emend. Les Kolas
+africains. _Annales l’Institut botanico-géologique colonial de
+Marseille_, vol. I (1893), p. 104 et fig. 8.]
+
+[Note 94 : Chez les véritables _Cola acuminata_, comme chez les _Cola
+nitida_, les jeunes plants de même que les adultes ont les feuilles
+éparses ou groupées par paquets de 4 à 6 feuilles assez rapprochées,
+mais elles n’ont jamais une apparence verticillée.]
+
+[Note 95 : _Tropenpflanzer_, 1902, p. 626-631. — Voir aussi la même
+étude traduite en français : _Rev. Cult. Col._, XII, 1903, 1er sem., p.
+141-145.]
+
+[Note 96 : Wissenchaftliche Beihefte zum Deutsch-Kolonialblatt Mittheil.
+v. Forschungsreis. u. _Gelehrten an den Deutsch. Schutzgeb._ Bd XIV, h.
+I, p. 8-14. Traduit en franç. _Rev. cult. col._ VIII. 1901, 1er sem., p.
+366.]
+
+[Note 97 : W. BUSSE. — Beiträge zur Kola (chap. VIII Bericht. über die
+Pflanzen pathol. Expedition nach Kamerun und Togo 1904-1905) _Beihefte
+z. Tropenpflanzer_ 1906, p. 22-228 et p. 60-66 du tirage à part.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE VIII.
+
+ * * * * *
+
+ =Etude systématique des espèces de la section Eucola.=
+
+ * * * * *
+
+
+Tous les _Cola_ de la section _Eucola_ actuellement connus peuvent se
+classer de la manière suivante :
+
+
+ =A.= Graines toujours à deux cotylédons
+
+ 1 =C. nitida= A. Chev
+
+ Arbre produisant exclusivement des noix rouges
+
+ 1 a. sub-sp. _C. rubra_ A. Chev.
+
+ Arbre produisant exclusivement des noix blanches
+
+ 1. b. sub-sp. _C. alba_ A. Chev.
+
+ Arbre produisant à la fois des noix rouges et des noix blanches et
+ parfois aussi des noix roses
+
+ 1 c. sub-sp. _C. mixta_ A. Chev.
+
+ Arbre produisant de petites noix rose-pâle ou des noix blanches et
+ des petites noix rose-pâle en mélange
+
+ 1 d. sub-sp. _C. pallida_ A. Chev.
+
+ =B.= Graines toujours à plus de deux cotylédons.
+
+ ○ Follicules oblongs ou oblongs-allongés avec une crête dorsale
+ bien marquée,
+
+ + Feuilles alternes
+
+ 2 =C. acuminata= Schott et Endl.
+
+ + Feuilles verticillées par 3 ou par 4, rarement opposées
+
+ 3 =C. verticillata= Stapf.
+
+ + Feuilles subverticillées par groupes de 5 à 15
+
+ 4 =C. Ballayi= M. Cornu.
+
+ ○ Follicules subglobuleux, de la grosseur du poing
+
+ 5 =C. sphærocarpa= A. Chev.
+
+
+Les quatre premières espèces sont aujourd’hui complètement connues.
+
+Pour la cinquième, nous ne possédons encore que des documents incomplets
+et il n’est pas certain qu’elle doive être maintenue dans la section
+_Eucola_, lorsque ses feuilles et ses fleurs seront étudiées.
+
+
+ 1. _Cola nitida_ A. CHEV. (comb. nov.).
+
+
+_Sterculia nitida_ Vent. ! Jard. Malmaison (1804) tab. 91, adnot.
+
+_Sterculia grandiflora_ Vent. ! _loc. cit._, t. 91, adnot.
+
+_Sterculia acuminata_ mult. auct. (non Pal. Beauv.).
+
+_Cola acuminata_ mult. auct. (Masters ! Baillon, etc.), _pro parte_.
+
+_Cola acuminata_ Heckel ! (non Schott et Endl.,). Ann. mus. Marseille, I
+(1893), p. 22 et suiv. et fig. 2.
+
+_Cola vera_ K. Schum. ! _Notizbl. bot. Gart. Berl._, III (1900), p. 10,
+Monograph. afric. Pflanz. V. Sterculiacæ (1901), p. 124.
+
+_Cola sublobata_ et _C. astrophora_ Warb. _pro parte_, _Tropenpfl._,
+1902 (pour la description des noix seulement).
+
+
+Arbre de moyenne grandeur, ayant de 6 mètres à 15 mètres de haut et
+parfois de 20 à 25 mètres au milieu de la forêt, à tronc de 25 cm. à 50
+cm. de diam. et de 3 mètres à 12 mètres de long, souvent bifurquée à mi-
+hauteur. Branches étalées ou ascendantes.
+
+Jeunes rameaux verts, glabres.
+
+Feuilles grandes, glabres, assez longuement pétiolées, toujours
+alternes, rarement subopposées, à insertions souvent rapprochées à
+l’extrémité et formant des rosettes terminales, mais non de faux-
+verticilles comme dans _C. Ballayi_.
+
+Limbe coriace-parcheminé, d’un vert mat en-dessus, rarement luisant,
+oblong, cunéiforme à la base, rarement arrondi, acuminé et obtusiuscule
+au sommet (acumen plus ou moins long et ordinairement droit), long de 18
+cm. à 28 cm., sur 6 cm. 5 à 10 cm. 5 de large. Nervure médiane très
+saillante sur les deux faces ; nervures secondaires de 5 à 8 paires,
+très ascendantes. Inflorescences en petites grappes, longues de 2 cm. à
+5 cm. pédoncules compris, insérées à l’aisselle des feuilles ou des
+cicatrices foliaires. Rachis pulvérulent-blanchâtre par la présence de
+poils étoilés.
+
+Les grappes sont composées exclusivement de fleurs mâles ou comprennent
+des fleurs mâles et des fleurs hermaphrodites ; parfois les deux sortes
+d’inflorescences existent sur un même rameau ; dans ce cas, un rameau
+produit des grappes mâles avant de produire des grappes hermaphrodites.
+
+Pédicelles longs de 6 mm. à 12 mm., blancs-tomenteux. Boutons floraux
+tomenteux-blanchâtres, subglobuleux. Calice de 15 mm. à 30 mm. de diam.
+(et jusqu’à 40 mm. pour quelques fleurs hermaphrodites), à tube urcéolé
+ou subcampanulé de 3 à 5 mm. de long, donnant insertion à 5 lobes (très
+exceptionnellement 4 ou 6) ovales lancéolés, d’abord soudés par le haut,
+ensuite étalés, parsemés de poils blancs-étoilés en dedans, couverts en
+dehors de poils analogues, plus nombreux et formant un revêtement
+laineux. Toute la fleur est d’un blanc-jaunâtre à l’exception de 15
+nervures d’un pourpre noirâtre, très saillantes, s’étendant du fond du
+tube jusqu’au milieu des lobes (3 nervures pourpres par lobe) ; seule
+une race peu répandue, a les fleurs entièrement d’un blanc-crême sans
+stries pourpres.
+
+Fleurs mâles : androcée porté sur un stipe grêle de 0 mm. 5 à 1 mm. 5,
+terminé en cupule, d’abord subglobuleux, plus tard étalée en disque un
+peu concave avec 10 dents plus ou moins profondes où s’insèrent au
+centre 5 stigmates rudimentaires.
+
+Fleurs hermaphrodites : anthères petites sur deux rangs de 10 loges
+superposées et souvent divergentes, insérées tout au fond du calice,
+autour de la base de l’ovaire ; celui-ci est subsphérique, à 5 (ou
+parfois 6) carpelles ovoïdes, blancs ou roux, tomenteux, terminés par
+autant de styles linéaires, subulés ou obtusiuscules, réfléchis et
+descendant presque au niveau des étamines mais sans être soudés aux
+ovaires. Ovules 6 à 12 par carpelle, disposés sur deux rangs.
+
+Jeunes fruits comprenant 4 ou 5 carpelles (rarement 6), ovoïdes, étalés
+en étoile, parfois un peu pendants ou au contraire ascendants, verts ou
+blanchâtres, glabres de bonne heure.
+
+Fruits adultes formés de 1 à 5 carpelles oblongs, ou ellipsoïdes,
+parfois asymétriques, renflés sur les côtés, longs de 8 cm. à 12 cm. sur
+4 cm. à 8 cm. de large, d’un vert clair ou lavés de blanc à la base,
+parfois d’un roux-ferrugineux, très brièvement stipités à la base,
+terminés au sommet en bec court obtus ou émarginé. Surface supérieure
+avec crête étroite et très saillante, surface inférieure avec un sillon
+ventral plus ou moins profond ; péricarpe épais de 6 à 10 mm., à paroi
+externe lisse ou bombée, parfois scoriacée et couverte de grosses
+verrues très rapprochées les unes des autres ; paroi interne lisse et
+blanche. Graines, 3 à 10 par carpelle (très rarement une ou deux),
+ovoïdes ou subglobuleuses, plus ou moins anguleuses par compression,
+munies d’un tégument blanc, spongieux, épais de 3 mm. à 5 mm.
+
+Amandes de couleur et de taille très variables suivant les races, mais
+toujours à deux cotylédons, pouvant peser à l’état frais, de 3 grammes à
+100 grammes, prenant en quelques minutes, dès qu’elles sont brisées, une
+couleur jaune safran. Saveur agréable, d’abord un peu amère, puis sucrée
+après salivation.
+
+Cette espèce fournit les noix les plus appréciées.
+
+
+DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Incontestablement spontané dans la forêt
+vierge de la Côte d’Ivoire et du Libéria entre le 5e et le 7e
+parallèles. Les diverses races énumérées ci-après (sauf la quatrième)
+sont en outre cultivées en grand, non seulement au Libéria et à la Côte
+d’Ivoire, mais aussi dans la Guinée française (jusqu’à 1200 mètres
+d’altitude), à Sierra-Leone, dans le Gold-Coast, dans quelques villages
+de la Nigéria anglaise et au Togo allemand.
+
+Depuis quelques années, l’espèce est en outre introduite dans les
+plantations européennes au Togo, au Dahomey, à Lagos, au Cameroun et au
+Gabon.
+
+
+=Figures et Planches relatives à cette espèce= : Figures 1 (hors texte),
+5, 10, 11, 27, 28 (hors texte), 31 et 32 (hors texte).
+
+Planches : I, II, III, IV, V, X, XI, XII, XIII, XV, XVI (3 à 9).
+
+
+OBSERVATIONS. — Comme toutes les plantes cultivées depuis une époque
+très reculée, le _Cola nitida_ présente un très grand nombre de
+variétés, l’organe sur lequel portent les variations étant surtout
+l’amande. Ces variations sont d’autant plus nombreuses et désordonnées
+que les indigènes ne savent pas multiplier les variétés pures les plus
+intéressantes et ne pratiquent ni la sélection méthodique des semences,
+ni le greffage.
+
+Du reste, ils ne distinguent pas ces variétés et disent que les qualités
+qu’ils attribuent aux noix de certains arbres sont dues de la nature du
+sol, au climat, etc. Sur les marchés, les amandes sont classées sous les
+appellations de _Kolas blancs, Kolas rouges, Kolas roses, Kolas verts,
+petits Kolas_, etc. appellations qui ne servent nullement à désigner des
+variétés d’arbres producteurs, mais exclusivement la denrée commerciale
+vendue. Pour différencier ces variétés, il faudrait en faire sur place
+une étude attentive, et encore il serait nécessaire de suivre les mêmes
+exemplaires à toutes les étapes de leur développement. Cela n’était pas
+possible au cours des voyages que nous avons effectués, mais toutes les
+formes que nous avons observées peuvent néanmoins être reparties dans
+les quatre sous-espèces décrites ci-après (le mot sous-espèce ayant ici
+plutôt le sens de _race culturale_) :
+
+
+ s.-sp. 1 a. =Cola rubra= A. CHEV. (s.-sp. nov.)
+
+ _Floribus albo-tomentosis cum lineolis purpureis ; nucleis omnibus
+ purpureis._
+
+
+Fleurs de taille très variable, à calice constamment strié de pourpre-
+noirâtre. Urcéole staminal des fleurs mâles lavé de pourpre. Follicules
+ordinairement gros, renflés, dépourvus de tubercules à leur surface,
+lisses ou grossièrement bosselés. Amandes, toutes d’un rouge sombre à
+maturité, prenant avant complet développement une teinte d’un rouge
+cerise ou carmin. Chair rosée non mucilagineuse. Amandes fraîches ayant
+un poids variant de 7 grammes à 100 grammes, pesant d’une manière
+courante 10 grammes à 25 grammes.
+
+
+DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Guinée française : quelques exemplaires çà
+et là dans les plantations du Kissi et des pays Tômas et Manons (région
+de Lola).
+
+Côte d’Ivoire : assez répandu dans le nord-ouest de la forêt (Pays
+Diola, Pays Bété). Çà et là dans l’intérieur de la forêt : Pays Los ou
+Gouros, Pays Abé !
+
+Gold Coast : Pays Achanti où cette race existerait à l’exclusion de
+toutes les autres.
+
+
+NOMS VERNAC. — _Kola rouge_, _noix de Gondja_, _Kola de l’Achanti_
+(Colons), _Gonja_ (dans la Nigéria, d’après BARTER).
+
+
+ s.-sp. 1 b. =Cola alba= A. CHEV. (s.-sp. nov).
+
+ _Floribus integiter luteo-albidis, sine lineolis purpureis, nucleis
+ omnibus albidis._
+
+
+_Cola alba_ A. Chev. _C. R. Acad. Sc._, 7 mars 1910.
+
+_Cola macrocarpa_ Barth ; BINGER, du Niger au Golfe de Guinée, I, p. 312
+(non G. Don), pour les noix de l’Anno.
+
+
+Fleurs de taille moyenne (18 mm. de diam. environ dans les fleurs mâles)
+à _calice entièrement d’un blanc-jaunâtre_ sans stries rouges à la base
+sur la face interne ; lobes formant un bouton subglobuleux avant
+l’anthèse, couverts de poils blancs étoilés en dedans et en dehors.
+Fleurs mâles : androcée complètement blanc, porté par un stipe très
+court ou presque nul, connectif commun terminé par un disque,
+correspondant aux 10 loges supérieures des anthères. Au centre du
+disque, le gynécée avorté fait saillie sous forme de 5 petits mamelons
+accolés et blanchâtres. Fleurs hermaphrodites inconnues.
+
+Fruits mûrs composés de follicules vert-pâle à maturité, ovoïdes-
+ellipsoïdes, brièvement stipités à la base, terminés au sommet par un
+bec court et obtus, portant en-dessus un crête dorsale peu saillante et
+en-dessous un sillon ventral très peu accusé ; la surface du péricarpe
+est légèrement bosselée, mais non profondément scoriacée-tuberculeuse.
+Graines 3 à 9 par follicule, assez grosses, avec un tégument peu épais,
+noix grosses (pesant 25 à 30 grammes en moyenne), toutes d’un blanc de
+neige lorsqu’elles viennent d’être dépouillées du tégument, prenant
+longtemps après une teinte blanc sale ou blanc-jaune pâle. _Chair
+blanche_ non mucilagineuse, prenant une teinte jaune-safran sitôt brisée
+et exposée à l’air.
+
+Saveur un peu moins âpre que dans la race précédente et dans la race
+suivante.
+
+
+DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Guinée française : Bangadou dans le Kissi !
+et dans quelques autres villages de la même région. Cette race est rare
+et on en rencontre seulement quelques individus dans un petit nombre de
+points.
+
+D’après des renseignements indigènes, elle existerait aussi dans le Samo
+et dans le Pays Toma au sud de Diorodougou.
+
+[Illustration : FIG. 27. — =Fleurs de Cola nitida= A. Chev. — A et A¹,
+sous-espèce _C. alba_ A. Chev. A, fleur épanouie ; A¹, fleur en bouton ;
+B, sous-espèce _C. mixta_ fleur épanouie ; B¹ et B², androcée d’une
+fleur mâle vu au dessus et de profil ; B³, le même en coupe
+longitudinale.]
+
+Côte d’Ivoire : Daloa dans le Pays Bété (d’après le lieutenant RIPERT).
+
+
+=Figure relative à cette sous-espèce= : Fig. 27, A et A¹.
+
+
+OBSERVATION. — Le _Kola blanc_ du pays des Ngans à la Côte d’Ivoire
+connu des dioulas soudanais sous le nom de _Kola blanc de l’Anno_, et
+sur lequel BINGER a le premier attiré l’attention, est produit par un
+arbre que nous avons étudié sur place et qui se différencie assez
+sérieusement de la race que nous venons de décrire. Les fleurs ne sont
+pas complètement blanches, mais le périanthe est strié de pourpre comme
+dans les autres races. Les follicules mûrs ont la forme de ceux du _Cola
+alba_ du Kissi et ils renferment aussi de 3 à 9 graines de grosse
+taille. Les noix sont extérieurement d’un blanc-jaunâtre, plus ou moins
+lavées d’un vert pâle surtout sur les bords des cotylédons et sur les
+faces cotylédonaires en contact. Cette teinte verte domine même sur
+toute la surface quand les noix ont été cueillies avant maturité. Les
+noix non encore mûres contenues dans le fruit sont entièrement _vertes_
+à leur surface, mais blanches à l’intérieur. Certaines amandes mûres
+sont, à l’état frais, d’un jaune-verdâtre, légèrement lavées de rose.
+Dans tous les cas, la chair est blanche et très ferme ; brisée, elle
+prend aussitôt une teinte jaune-safran dans la partie déchirée.
+L’embryon est constitué par 2 cotylédons légèrement fendus du côté de la
+radicule. On rencontre accidentellement des noix à 3 ou même à 4
+cotylédons mais à peine dans la proportion de 1 pour 1.000. A l’encontre
+du Kola blanc du Kissi (qui est le plus estimé de tous les Kolas) la
+noix blanche de l’Anno n’est pas prisée par tous les dioulas et certains
+affirment qu’elle ne se conserve jamais plus de 2 à 3 mois. Il ne faut
+pas confondre ces noix blanches avec les petites noix roses de l’Anno,
+vendues souvent en mélange et dont il sera question à propos du _Cola
+pallida_[98].
+
+
+ s.-sp. 1 c. =Cola mixta= A. CHEV. (s.-sp. nov.)
+
+ _Floribus albo-tomentosis cum lineolis purpureis ; nucleis albidis et
+ purpureis intermixtis in singulos folliculis._
+
+
+Mêmes fleurs que _C. rubra_. Follicules ovoïdes, oblongs, tantôt lisses
+ou un peu bosselés, tantôt assez fortement tuberculeux à la surface.
+Noix rouges et noix blanches (et parfois des noix rosées) sur le même
+arbre, ordinairement en mélange dans les mêmes follicules, parfois
+portées sur des follicules différents.
+
+
+DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Cette race est de beaucoup la plus répandue
+dans les cultures de l’Afrique occidentale (à l’exception de la Gold-
+Coast où domine _C. rubra_). D’après le rapport officiel publié dans
+l’_Agriculture pratique des Pays chauds_, 1907, 1er sem., elle existe, à
+l’exclusion de toutes les autres, dans la région littorale de la Guinée
+française. C’est aussi la seule que nous ayons observée dans les cercles
+de Faranna ! de Kouroussa ! et Kankan ! Enfin elle domine dans le
+Kissi ! le pays Tôma ! et dans le Nord-Ouest de la forêt de la Côte
+d’Ivoire ! Dans le centre et le nord de la forêt, surtout loin des
+villages, c’est _C. pallida_ qui prend sa place, mais _C. mixta_ s’y
+rencontre néanmoins.
+
+
+OBSERVATION I. — Dans le _Cola mixta_, les noix rouges sont en général
+dans la proportion de 2/3 ou 3/4 ; les noix blanches ou roses ne formant
+que le tiers ou le quart. Ces proportions se rapprochent de celles qui
+sont admises pour le retour aux caractères des parents dans les
+descendants d’hybrides (_loi de Mendel_). Aussi avons nous récemment
+émis l’hypothèse que le _Cola mixta_ était un hybride de _C. rubra_ et
+_C. alba_. Cependant il convient d’observer que suivant la loi de
+MENDEL, dès la 2e génération, une partie des arbres devraient donner
+exclusivement des noix rouges et une partie des autres exclusivement des
+noix blanches. Or, il n’en est pas ainsi puisque presque partout c’est
+_C. mixta_ qui prédomine. Nous reviendrons sur ce point dans le chapitre
+relatif à la biologie.
+
+Les noix rouges et les noix blanches sont disposées sans ordre dans les
+follicules. Dans une cabosse comprenant 9 graines, nous avons trouvé,
+par exemple, en allant du pédoncule vers l’extrémité : 1re paire, noix
+rouge à gauche, noix rouge à droite ; 2e paire, noix rouge à gauche,
+noix blanche à droite ; 3e paire, noix rouge à gauche et noix blanche à
+droite ; 4e paire, noix blanche à gauche, noix rouge à droite ; 5e une
+noix rouge à gauche, rien à droite. Soit 3 noix blanches et 6 noix
+rouges.
+
+
+OBSERVATION II. — La forme des feuilles varie beaucoup d’un arbre à
+l’autre. En Guinée française, outre le type (Fig. 2), nous avons
+distingué deux variations assez différenciées, mais nous ignorons si
+elles sont héréditaires. L’une, _forma angustifolia_ A. Chev. (Fig. 28
+hors texte), observée dans le Haut-Niger (cercle de Kouroussa) a les
+feuilles étroites, presque oblongues-linéaires ; l’autre, recueillie à
+Conakry : _forma latifolia_ A. Chev., a au contraire les feuilles larges
+nettement obovales.
+
+Aucun autre caractère ne nous parait distinguer ces formes.
+
+
+ s.-sp. 1 d. =Cola pallida= A. CHEV. (s.-sp. nov.).
+
+ _Floribus albo-tomentosis, cum lineolis purpureis ; nucleis minoribus
+ roseo-pallidis, vel roseis et albidis intermixtis._
+
+
+Race fréquemment dioïque ou plutôt comprenant des individus ne portant
+que des fleurs mâles et d’autres individus portant à la fois des fleurs
+mâles et des fleurs hermaphrodites, soit sur les mêmes inflorescences
+soit sur des racèmes séparés.
+
+Calice ordinairement de petite taille dans les fleurs mâles. Stipe de
+l’androcée court, disque staminal en soucoupe avec 10 crénelures un peu
+inégales.
+
+Follicules jeunes presque toujours entièrement couverts d’une
+pulvérulence blanchâtre disparaissant rapidement ou persistant presque
+jusqu’à maturité. Follicules adultes d’un vert jaunâtre, de 8 cm. à 10
+cm. de long sur 5 cm. à 7 cm. de large, ovoïdes ou oblongs, terminés par
+un appendice en bec d’oiseau. Les follicules sont ordinairement
+ascendants et constituent dans leur ensemble un groupe concave en-
+dessus. Suture dorsale formant une crête faisant saillie de 2 mm. à 5
+mm., souvent sillonnée au milieu ; suture ventrale plus ou moins
+profondément sillonnée au milieu, le sillon étant fréquemment bordé de
+deux bourrelets peu proéminents et plus ou moins ondulés et mamelonnés.
+En outre, les bords et la face inférieure présentent des tubercules
+scoriacés très saillants, réunis les uns aux autres et donnent au
+follicule un aspect très spécial. Graines, 1 à 12 par follicule et
+parfois jusqu’à 20, d’après des renseignements d’indigènes (le plus
+souvent 5 ou 7), à amandes ordinairement d’un rose pâle, parfois rouges
+comme dans _Cola rubra_, mais constamment plus petites et dans ce cas
+ayant une teinte d’un rose-vif avant maturité ; la chair est également
+d’un rose-vif ou d’un rouge-foncé ; enfin on trouve parfois en mélange
+de petites noix blanches ou plutôt d’un jaune-verdâtre à l’état frais.
+Les noix prennent une teinte jaune-safran dès qu’elles sont brisées ;
+elles pèsent le plus souvent de 3 à 12 grammes. Leur saveur est
+agréable, mais elles sont pourtant peu estimées par les soudanais.
+
+[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
+
+128 _bis_.
+
+FIG. 28. — =Cola mixta= A. Chev.
+
+_1_, _forma latifolia_ A. Chev. avec de jeunes fruits ; _2_, _forma
+angustifolia_ A. Chev. en fleurs. _3_, Fleur femelle du précédent
+grossie.]
+
+
+DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Côte d’Ivoire : Assez commun dans la forêt,
+spécialement dans le moyen Sassandra et le moyen Cavally, dans le Pays
+Abé, le Morénou et dans la région d’Akouakoumékrou sur le moyen Comoë.
+
+
+NOM VERNAC. — _Oua na_ (Abé) m. à m. _Kola du sanglier_ (ou du
+potamochère), à cause de la couleur des noix.
+
+
+=Figures et Planches relatives à cette sous-espèce= : Fig. 31 dessins 3
+et 4, Planche XII.
+
+
+ 2. _Cola acuminata_ (Pal. Beauv.) Schott et Endl.
+
+
+_Sterculia acuminata_ Pal. Beauv. ! Fl. Oware et Bénin, I (1804), 41,
+Pl. XXIV.
+
+_Sterculia acuminata_ mult. auct. _pro parte_, BAILLON ! _Adansonia_, X,
+p. 69, Hist., Pl. IV, MASTERS !
+
+_Sterculia macrocarpa_ G. Don, Syst. I (1831), p. 515-516.
+
+_Cola acuminata_ Schott et Endlicher, Meletemata bot. (1832), p. 33.
+
+_Cola acuminata_ R. Brown., _pro parte_, in BENNETT, Pl. Jav. rar., p.
+237[99].
+
+K. Schum. ! (inclus. var. _Ballayi_, _grandiflora_, _trichandra_), in
+ENGLER, Monograph. Afrik. Pflanz. Sterculiacæ, p. 125.
+
+_Cola Ballayi_ Heckel, _pro parte_, _l. c._, p. 33, 101 et 104 et Pl.
+III.
+
+_Bichea sulcata_ Pierre, Mss. in Herb. Mus. Paris.
+
+_Cola sublobata_ ! et _Cola astrophora_ Warb., _pro parte_ !
+_Tropenpflanz._
+
+_Cola Supfiana_ W. BUSSE ! Beiheste _Tropenpflanz._, 1906, no 4 et 5, p.
+63 et fig. 5.
+
+_C. thomensis_ A. Chev. in ALMADA NEGREIROS. Colonies portugaises,
+études documentaires, Paris, 1906, p. 207.
+
+
+Arbre de 6 m. à 12 m. de haut, atteignant très exceptionnellement 15 m.
+à 20 m., à tronc de 15 cm. à 40 cm. de diamètre, souvent fourchu à 1 m.
+ou 2 m. au-dessus du sol ; rameaux étalés irrégulièrement de sorte que
+le port n’est pas uniforme ; parfois les branches sont en partie
+retombantes. L’aspect rappelle _C. nitida_, mais le feuillage est
+beaucoup plus clairsemé ; jeunes rameaux verts ou parfois glauques,
+glabres, à entrenœuds courts. Feuilles alternes (ou rarement quelques-
+unes subopposées), à limbe subcoriace, oblong, ou parfois oblong-
+linéaire ou elliptique, mesurant 7 cm. à 22 cm. de long et 3 cm. à 10
+cm. de large ; base tantôt arrondie, tantôt cunéiforme, parfois très
+aiguë ; extrémité plus ou moins longuement acuminée (à acumen étroit,
+obtusiuscule, long de 8 à 15 mm., presque toujours déjeté d’un côté) ;
+surface supérieure vert-sombre, luisante, l’inférieure vert-pâle ou
+vert-jaunâtre, également un peu luisante. Nervure médiane saillante des
+deux côtés ; nervures latérales I, 6 à 10 paires moyennement ou très
+ascendantes, peu en relief, souvent entremêlées avec des nervures
+latérales II, _non régulièrement arquées_, mais souvent en zig-zag à
+leur extrémité ; réticules assez larges, peu apparents. Inflorescences
+débutant par des gemmules globuleuses, enveloppées à l’extérieur par de
+nombreuses bractées ovales-concaves, très imbriquées, promptement
+caduques ; gemmules disposées à l’aisselle de feuilles inférieures ou
+des cicatrices foliaires ou insérées sans ordre le long des entre-nœuds.
+Inflorescences épanouies formant de petits racèmes très rameux dès la
+base, longs de 4 cm. à 7 cm., à rachis couverts de petits poils blancs
+très apprimés. Pédicelles de 4 mm. à 10 mm.
+
+Fleurs ordinairement assez petites, d’un _blanc-jaunâtre, légèrement
+verdâtre_, à calice rotacé ou subcampanulé, de 12 à 15 mm. de diamètre
+quand il est épanoui, mais pouvant atteindre une taille beaucoup plus
+grande, surtout pour les fleurs hermaphrodites, divisé en _5 ou 6 lobes_
+profonds, lancéolés, à bords relevés et très amincis vers le dessus,
+longs de 5 à 7 mm. portant 3 stries d’un pourpre-noirâtre à la base ;
+surface externe couverte de fins poils étoilés, l’interne glabrescente
+ou avec quelques poils blancs entremêlés avec des poils étoilés.
+
+Fleurs ♂ à calice rotacé ; stipe staminal adulte long de 1 mm. à 2 mm.,
+finement pubescent. Androcée d’abord urcéolé, les dix loges supérieures
+groupées 2 à 2 et incurvées en-dessus de manière à limiter une cupule de
+2 mm. de diamètre ; après leur déhiscence, les loges supérieures
+s’étalent en un disque légèrement concave formé de cinq branches bifides
+un peu relevées et limitant un connectif commun orbicuforme, pubérulent,
+au centre duquel se trouvent les cinq pistils rudimentaires.
+
+[Illustration : Aug. CHEVALIER et Ém. PERROT.
+
+=Les Kolatiers.=
+
+FIG. 29. — =Cola acuminata= Schott et Endl.
+
+_1_ à _4_, androcée d’une fleur mâle ; _1_ et _2_, à l’état jeune ; _3_
+et _4_ quand la fleur est épanouie ; _5_ et _6_, fleur femelle ; _7_,
+disposition des ovules dans une loge carpellaire ; _8_, un carpelle
+isolé ; _9_, carpelles ascendants commençant à se développer après la
+fécondation d’une fleur ; _10_, un carpelle coupé transversalement ;
+_11_, carpelles étalés normalement au pédoncule floral et commençant
+aussi à se développer.]
+
+Fleurs hermaphrodites à calice _plus ou moins campanulé_, pouvant
+atteindre jusqu’à 25 mm. de diamètre, à 5 (parfois 4) carpelles
+pubescents-blanchâtres, surmontés de stigmates recourbés, non adnés,
+étroits, aigus, l’ensemble du gynécée formant une masse ovoïde-tronquée.
+Etamines composées de 20 loges, à raison de 4 à la base de chaque
+carpelle, superposées 2 à 2.
+
+Jeunes fruits composés de 3 à 5 carpelles oblongs-linéaires,
+ordinairement redressés et limitant une sorte d’urcéole ; parfois aussi
+ils sont étalés dans un plan normal au pédoncule et ils forment ainsi
+une étoile à 3 ou 5 branches, mais jamais ils ne sont décombants comme
+dans certaines formes de _C. nitida_. Follicules jeunes (longs de 6 cm.
+sur 1 cm. 8 de diamètre) étroitement oblongs, non stipités à la base,
+plus ou moins atténués au sommet en bec obtus, comprimé, droit, occupant
+environ le tiers de la longueur totale du follicule. Face supérieure
+munie d’une crête supérieure peu saillante, un peu sillonnée ; face
+ventrale avec un sillon évasé peu profond ; faces latérales sans
+tubercules, plus ou moins lisses, couvertes jusqu’à un âge avancé d’une
+pulvérulence roussâtre ou cendrée formée de petits poils étoilés.
+Follicule adulte ovoïde-oblong, pouvant avoir 12 cm. à 20 cm. de long
+sur 6 cm. à 8 cm. de large au milieu, étalé ou ascendant, stipité à la
+base, terminé au sommet par un bec très allongé, subtriquêtre, pouvant
+atteindre 2 cm. à 4 cm. à l’état adulte, d’un vert pâle souvent parsemé
+de plaques roussâtres à maturité. Face supérieure et face inférieure
+presque toujours profondément sillonnées (d’où le nom _Bichea sulcata_
+Pierre Mss.). Faces latérales à peine bosselées, non verruqueuses,
+scoriacées. Péricarpe épais de 3 à 5 mm., lisse et d’un blanc légèrement
+jaunâtre à l’intérieur.
+
+Graines 1 à 9 (le plus souvent 5 à 8) par follicule, insérées sur deux
+rangs par un hile pouvant atteindre 5 cm. de large, les plus grosses
+mesurant 5 cm. 5 de long sur 4 cm. de diamètre et pouvant peser de 40 à
+60 grammes (tégument compris).
+
+Tégument blanc-jaunâtre à l’extérieur, épais de 3 mm., spongieux.
+Amandes ovoïdes, polyédriques par compression, pouvant atteindre 3 cm. à
+4 cm. de diamètre et un poids de 5 grammes à 50 grammes, _roses ou d’un
+blanc légèrement rosé_ (dans ce cas, la teinte rose est plus accusée à
+l’extrémité des cotylédons à l’opposé du hile), les blanches plus ou
+moins lavées de vert lorsque les graines sont cueillies depuis longtemps
+ou en voie de germination, ayant toutes 4 à 5 cotylédons avec une fente
+à leur base de 4 à 8 mm. _Chair rose ou d’un blanc très légèrement rosé_
+dans les noix blanches, prenant une teinte violacée quand on les brise
+puis tournant au brun ferrugineux. Noix à saveur agréable, mais un peu
+mucilagineuses, beaucoup moins appréciées que les noix de _Cola nitida_.
+
+
+DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Côte d’Ivoire : cultivé sur la côte de Krou
+dans le Bas-Cavally, depuis la mer jusqu’à Taté et Grabo ! (L’espèce a
+été introduite depuis quelques années seulement par les Kroumen, retour
+de San-Thomé et de Fernando-Pô ; mais dans tout le Bas-Cavally le _Cola
+nitida_ prédomine). — Togo (Comte Zech, W. Busse), — Bas-Dahomey :
+quelques exemplaires plantés dans la plupart des villages depuis la côte
+jusqu’au septième parallèle. — Nigéria anglaise : cultivé autour des
+villages depuis Lagos jusqu’à Ibadan. Bénin (Palisot de Beauvois).
+Commun depuis le delta du Niger jusqu’à la province de Nupé (Barter !),
+Old-Calabar ! — Cameroun : A. C. à travers la forêt, parfois planté. —
+Afrique équatoriale française : C. dans presque tout le Gabon :
+Libreville ! Mayumbe ! Forme en certains endroits l’essence dominante de
+la forêt. Fernando-Pô (Barter !) — Ile de San-Thomé, çà et là dans les
+plantations depuis le niveau de la mer jusqu’à 800 mètres d’altitude. Y
+semble cultivé et naturalisé plutôt que spontané. — Angola
+(Welwitsch !).
+
+
+NOMS INDIGÈNES. — Kola à 4-5 lobes, Petit Kola du Dahomey, _Kola du
+Gabon_ (colons), _Hobi_ (nago), _Guiti_ (dahoméen), _Kola mâle_
+(indigènes du Dahomey), _Abata Kola_ (Lagos), _Fatak_ (Nigéria, d’après
+BARTER), _Ombéné_ (mpongoué), _Abel_ (pahouin).
+
+
+=Figures et Planches relatives à cette espèce= : Figures 13 (hors
+texte), 25, 26, 29, 30 ; Planches VI, IX, XIV.
+
+
+OBSERVATIONS. — La plus répandue de toutes les espèces de la section
+_Eucola_, elle se rencontre à l’état spontané ou cultivé depuis le 7° de
+latitude Nord (au Dahomey et au Togo) jusqu’au 4° de latitude Sud
+(Angola). Dans ces régions, elle présente vraisemblablement les races
+analogues à celles que nous avons décrites pour le _C. nitida_, mais
+elles nous sont encore trop imparfaitement connues pour que nous
+cherchions à les différencier ici. Au Dahomey, les arbres produisant
+exclusivement des noix d’un rouge vineux sont les plus abondants, mais
+on rencontre aussi des Kolatiers dont les follicules renferment des noix
+rouges et des noix blanches ou d’un rose très pâle. Nous avons observé à
+San-Thomé, à la roça de San-Miguel, un Kolatier, du groupe _C.
+acuminata_, produisant exclusivement de grosses noix blanches à peine
+rosées. Nous avons figuré deux follicules de cette race (Fig. 30).
+D’après le P. KLAINE, il n’y a pas de Kolas blancs à Libreville, mais il
+en existe à 15 heures au Nord-Ouest, ainsi que dans le Haut Ogoué (in
+litt. ad L. PIERRE).
+
+[Illustration : FIG. 30. — =Cola acuminata= Schott et Endl. Forme de
+San-Thomé.
+
+Follicules à deux états de développement vus par la face ventrale ;
+celui de gauche est encore jeune, celui de droite est presque mûr.]
+
+
+ 3. _Cola verticillata_ STAPF Mss. (comb. nov.).
+
+
+_Sterculia verticillata_ Thonning in SCHUM. Beskr. Guin., II, 1827, p.
+14.
+
+_Cola Johnsoni_ Stapf Mss. in Herb. Kew. (olim).
+
+_Cola anomala_ K. Schum. in ENGLER. Monograph. afrik. Pflanz. v.
+Stercul. (1901), p. 134 et pl. XVI, fig. B.
+
+
+Arbre atteignant une _grande taille_ (jusqu’à 25 m. de hauteur), à tronc
+droit, régulier, de 4 m. à 8 m. de hauteur sans branches et de 30 cm. à
+50 cm. de diam. ; branches formant une tête arrondie ; rameaux la
+plupart pendants. Ramules dressées, vertes, glabres ou présentant de
+très rares poils étoilés roussâtres ; entre-nœuds longs de 2 cm. à 12
+cm. _Feuilles verticillées, par 3 ou plus souvent par 4_, parfois
+opposées aux nœuds inférieurs, à limbe subcoriace, oblong ou oblancéolé,
+parfois obovale elliptique, ordinairement très aigu à la base, terminé
+au sommet par un acumen très étroit aigu ou rarement obtusiuscule, de 6
+à 10 mm. de long, à bords légèrement incurvés en dessous, long de 12 à
+25 c., large de 4 cm. 5 à 12 cm., glabre sur les deux faces, à surface
+supérieure vert-sombre, luisante, l’inférieure d’un vert-jaunâtre, à
+nervure médiane saillante des deux côtés ; nervures latérales I : 5 à 8
+paires, saillantes sur les deux faces, _très ascendantes, à courbes
+régulières_, en arceaux à l’extrémité, passant tout près des bords ;
+nervures latérales II ordinairement absentes ; réticules des nervilles
+étroits, très apparents en dessous. Pétioles étalés presque
+horizontalement aux nœuds inférieurs, très grêles, longs de 2 cm. à 5
+cm. 5, renflés aux deux extrémités formant un angle très obtus avec le
+plan du limbe. Stipules linéaires très aiguës, de 5 mm. de long, formant
+un bourgeon pointu à l’extrémité des rameaux.
+
+[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
+
+136 _bis_.
+
+FIG. 31. — =Cola nitida= A. Chev.
+
+_1_, Un follicule de la sous-espèce _C. mixta_ encore fixé à son
+pédoncule. _2_, Autre follicule parvenu à maturité et à valves inégales.
+_3_ et _4_, Un fruit jeune de _Cola pallida_, vu de profil et vu en-
+dessus.]
+
+[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
+
+137 _bis_.
+
+FIG. 32. — =Cola nitida= A. Chev. s. sp. ; =C. mixta= A. Chev., forme
+des Iles Scherbro (Sierra-Léone).
+
+(Follicules presque mûrs communiqués par M. H. FILLOT).]
+
+Grappes courtes (de 1 cm. à 3 cm. de long), insérées à l’aisselle des
+feuilles, isolées ou groupées par deux ou trois, à rachis couvert d’un
+tomentum fauve ; fleurs accompagnées jusqu’à un âge avancé de bractées
+ovales, aiguës, très concaves ; calice de 12 mm. à 18 mm. de diamètre, à
+5 divisions deltoïdes, aiguës, pubescentes des deux côtés. Fleurs mâles
+à périanthe formant un bouton subglobuleux avant l’épanouissement ;
+androcée subsessile portant deux rangs de 10 anthères, celles du rang
+supérieur faisant un peu saillie au dessus du disque en formant 10
+petits créneaux. Fleurs femelles à gynécée subglobuleux, pubescent,
+formé le plus souvent de 5 carpelles ; jeunes carpelles longs de 11 cm.
+sur 5 cm. de large au milieu, finement rugueux et _blanchâtres à la
+surface_ par la présence d’un tomentum aranéeux.
+
+Fruits adultes, portés sur des pédoncules de 3 cm. à 4 cm. de long sur
+10 mm. de diamètre. Carpelles, 3 à 5, étalés normalement au pédoncule,
+_obovoïdes_, ventrus sur les bords, _non tuberculeux-scoriacés à la
+surface_, longs de 10 cm. à 14 cm. sur 6 cm. 5 à 8 cm. de large, à peine
+stipités à la base, terminés au sommet par un bec comprimé obtus de 15
+mm. de long. Chaque carpelle à maturité porte _sur la face supérieure un
+sillon très évasé_ ; la face inférieure est aplatie ou légèrement
+sillonnée au milieu. Graines 4 à 9 par carpelles, disposées sur deux
+rangs, ovoïdes-comprimées, ordinairement plus grosses à l’état adulte
+que les graines de _C. acuminata_, croissant dans les mêmes conditions ;
+surface externe du tégument luisante, _blanche, marbrée de rose clair.
+Amandes d’un rouge-vineux, comprenant 3 à 5 cotylédons_, dont un
+cotylédon souvent beaucoup plus court que les autres (parfois atteignant
+à peine la moitié de la hauteur de l’amande). Chair d’abord rouge-vif,
+puis devenant violacée aussitôt qu’on la brise, enfin prenant à la
+longue une teinte d’un brun-ocracé, présentant un liséré blanc sur le
+bord externe des cotylédons.
+
+
+DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Gold-Coast : dans l’Aquapim (THONNING !),
+environs d’Aburi (JOHNSON, no 1051 !). Bas Dahomey : environs de la gare
+de Sakété, dans un îlot de forêt vierge où quelques plantes ont été
+observées par M. Noury qui nous les a montrées. Forêts de Brouadou et de
+Saouro dans la même région ! Au dire des indigènes, la plante existerait
+encore dans les forêts du Mono et des environs d’Allada. Cette espèce se
+rencontrerait aussi dans la Nigéria du Sud, entre Lagos et la frontière
+du Dahomey (renseignements d’indigènes). Au Dahomey, la plante croît à
+l’état spontané le long des cours d’eau et dans les parties marécageuses
+des forêts. Parfois on rencontre quelques exemplaires plantés par
+mégarde au milieu des _Cola acuminata_ ; les indigènes les abattent
+fréquemment.
+
+Enfin nous pensons que c’est à cette espèce que se rapporte la plante
+nommée par K. SCHUMANN _Cola anomala_, découverte par CONRAU au
+Cameroun, station de Bangoué ; l’aire serait donc assez étendue.
+
+
+NOMS VERNAC. — _Kola d’eau_ (colons). C’est probablement le _Wasser
+Kola_ du Togo. _Abidan_ (nago). Ne pas confondre avec _Abidoum_ qui est
+le nom de l’amande du _Carapa procera_ au Dahomey. _Holovi_ (dahoméen),
+mot à mot _Kola mucilagineux_.
+
+
+=Figures relatives à cette espèce= : Figures 3 (hors texte) et 4.
+
+
+OBSERVATIONS. — L’amande fraîche et non complètement mûre a une saveur
+qui rappelle la noix de _Cola nitida_ non mûre. Elle est un peu amère,
+mais laisse une saveur agréable dans la bouche, de sorte qu’elle
+contient sûrement de la _caféine_[100]. D’ailleurs quelques dahoméens
+mangent la noix quand ils la rencontrent, mais elle est considérée comme
+ayant très peu de valeur et ne se vend pas sur les marchés.
+
+La jeune noix ne paraît pas plus mucilagineuse que les autres sortes de
+Kolas.
+
+L’arbre même, dépourvu de fleurs et de fruits, se différencie facilement
+de _Cola acuminata_, avec lequel il croît souvent, par les feuilles
+verticillées, les nervures secondaires plus ascendantes et mieux
+marquées en dessous, à arceaux plus réguliers et plus rapprochés des
+bords, les réticules plus fins et beaucoup plus apparents.
+
+
+ 4. _Cola Ballayi_ CORNU.
+
+
+_Cola Ballayi_ M. Cornu ! Mss. in Hort. Mus. Paris ; A. Tschirch et O.
+Œsterlé, Anatomisch Atlas der pharmacog. (1900), p. 347.
+
+_Cola Ballayi_ Heckel, _pro parte_, l. c., p. 101, fig. 8 et 9 !
+
+_Cola acuminata_ var. _kamerunensis_ K. Schum., l. c., 1901 ! p. 127.
+
+_Cola subverticillata_ De Wild., Etud. fl. Bas et Moy. Congo, II (1908),
+p. 306 et Pl. XXXI et XXXII.
+
+
+Arbre de 8 m. à 20 m. de haut, avec tronc de 3 m. à 5 m. sans
+ramifications, à branches étalées, à rameaux terminaux ascendants,
+légèrement pubescents à l’état jeune.
+
+Feuilles _très grandes_, (atteignant de 20 cm. à 50 cm. de long),
+_subverticillées, à faux verticilles composés de 6 à 15 feuilles et
+souvent rapprochés par deux et alternant avec de longs entrenœuds
+dénudés_.
+
+Limbe trinervié à la base, très _coriace_, oblong ou oblancéolé,
+cunéiforme à la base, brusquement acuminé au sommet (à acumen long de 10
+à 15 mm., très étroit et aigu), mesurant habituellement 20 cm. à 30 cm.
+de long sur 7 cm. 5 à 15 cm. de large. Nervure médiane saillante sur les
+deux faces ; nervures latérales, 7 à 9 paires, assez régulières,
+ascendantes et formant des arceaux passant près des bords. Réticules
+très fins, visibles sur les deux faces. Pétioles robustes, très inégaux
+comme longueur, les uns mesurant 1 cm. à 4 cm., les autres atteignant 10
+cm. à 20 cm.
+
+Inflorescences en grappes axillaires robustes, longues de 5 cm. à 12
+cm., moyennement florifères, parsemés de poils étoilés roussâtres ;
+pédicelles grêles pubescents, longs de 5 à 10 mm. Fleurs grandes, à
+parfum nauséeux, à calice campanulé, de 3 cm. à 4 cm. de diamètre à
+l’état frais, assez profondément divisé en 5 à 8 lobes, parsemé en
+dedans et en dehors de petits poils étoilés roussâtres, d’un _rose clair
+en dehors_, plus pâle en dedans, avec une tache pourpre-noirâtre au
+fond, s’étendant sur les 3 crêtes très saillantes de chaque lobe du
+calice. Fleurs mâles à androcée porté sur un stipe pourpre, grêle et
+court portant au centre les rudiments de la fleur femelle composés de 5
+petites pointes, les loges des anthères divergentes formant, vues par le
+haut, une sorte de _cupule rosée_ à 10 pointes émoussées. Fleurs
+hermaphrodites à calice ordinairement plus grand que dans les fleurs
+mâles, à ovaire tomenteux subglobuleux, _composé de 5 à 8 carpelles_
+(ordinairement 6) surmontés de stigmates linéaires aigus, recourbés en
+hameçon.
+
+Fruits _composés de 5 à 7 follicules_ étalés en étoile, non ascendants,
+pubescents à l’état jeune, plus tard glabres, dépourvus de revêtement
+blanc ou de revêtement ferrugineux, ovoïdes-allongés et de la grosseur
+du poing à maturité, mesurant alors 8 cm. à 14 cm. de long, sur 5 cm. à
+8 cm. de largeur et 4 cm. à 5 cm. de hauteur. A complète maturité, ils
+sont extérieurement verdâtres, plus ou moins teintés de brun-pourpré.
+Ils présentent sur la face dorsale une large crête peu saillante et sur
+la face ventrale un léger sillon ; faces latérales dépourvues de verrues
+ou de tubercules et présentant seulement quelques rides obliques ;
+sommet terminé par un bec court formé par le prolongement de la crête
+dorsale, non courbé mais brusquement tronqué suivant toute la hauteur du
+follicule. Péricarpe vu en section blanc, spongieux, épais de 4 mm. à 12
+mm., lisse et d’un blanc légèrement rosé sur la face interne. Chaque
+follicule renferme 5 à 15 graines (le plus souvent 10 à 13 dans les
+follicules de belle taille). Graines entourées d’un tégument spongieux,
+lisse et légèrement jaunâtre (couleur crême) à l’extérieur, avec des
+plages rosées, moucheté de points noirs sur la face interne, attachées à
+l’endocarpe par un hile très large, pouvant atteindre 3 cm. de long et 2
+cm. 5 de large, blanc avec un liseré rose sur le pourtour de
+l’insertion. Noix roses à l’extérieur (couleur de radis rose) avec un
+liseré blanc sur les bords des cotylédons visible à l’extérieur,
+largement ovoïdes, atteignant dans les beaux spécimens 3 cm. 5 de long
+sur 2 cm. 5 de diamètre transversal, comprenant 4 à 6 cotylédons un peu
+inégaux, ayant chacun une fente médiane dans le tiers inférieur.
+
+Chair des cotylédons rose, à saveur agréable, devenant violacée aussitôt
+qu’on la coupe, puis environ deux minutes plus tard prenant une teinte
+d’un brun-roussâtre, teinte plus claire (lavée de jaune-roux) près des
+faces de contact des cotylédons. Parfois les graines sont avortées et le
+tégument ne renferme plus qu’une masse uniforme brune, plus ou moins
+sclérifiée.
+
+
+DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Afrique équatoriale française : Gabon
+(BELLAY !) Région de Libreville (R. P. KLAINE !), mais beaucoup plus
+rare que le _C. acuminata_. Pays Batéké (THOLLON ! in Herb. Mus. Paris).
+Youmba, sur les rives de l’Oubangui, près du confluent du Congo par 0°
+30′ de latitude N. ! Impfondo, sur les rives de l’Oubangui, par 1° 40′
+de lat. N., très commun sur les rives du fleuve et au milieu de la
+forêt, août 1902 ! Revu en 1910 par M. A. BAUDON, qui nous a fait
+parvenir de là des graines et des échantillons botaniques. — Isasa, sur
+l’Oubangui par 3° 30′ de lat. N. ! — Bangui, dans le moyen Oubangui, par
+4° 20′ et çà et là dans les bouquets de forêts ! Dans les galeries au
+sud des Sultanats, près du confluent de la Kotto et du Mbomou (par
+renseignements).
+
+
+Congo belge : Lindende (sur les rives du moyen Congo ?) (BUTAYE in
+GILLET sec. DE WILDEMAN !) C’est vraisemblablement aussi cette espèce
+qui produit les noix vues par SCHWEINFURTH dans le Haut Ouellé et par
+STANLEY, à l’intérieur de la grande forêt congolaise.
+
+
+NOMS VERNAC. — Kola de l’Oubangui (colons), _Mabérou_ (Basindji
+d’Impfondo, d’après BAUDON).
+
+
+=Figures et Planches relatives à cette espèce= : Figures 6, 7 et 33
+(hors texte). Planche VIII et Planche XVI, Figure 2.
+
+
+OBSERVATIONS. — Les noix ont une saveur assez agréable ; elles sont
+cependant moins appréciées que les noix de _C. nitida_ par les
+Sénégalais de nos postes du moyen Congo qui les achètent à défaut
+d’autres aux Mangala et aux Bondjo. Les Basindji consomment aussi ces
+noix (BAUDON).
+
+
+ 5. _Cola sphærocarpa_ A. Chev. (_sp. nov._).
+
+
+_Arbor elata..., folliculis subglobosis breviter acuminatis ; seminibus
+2-6 pro folliculo, magnis, subrotundis vel oviformibus, cotyledonis 4-5
+ perfecte discretis munitis ; nucleis albidis._
+
+
+Arbre élevé. Fruits : follicules subsphériques, de la taille du poing ou
+même atteignant la grosseur d’une tête d’enfant (mesurant 6 cm. à 12 cm.
+de diamètre frais et adultes), d’un gris-ocracé, dépourvus de sillons ou
+de crêtes à la face supérieure et à la face inférieure, s’ouvrant à
+maturité partiellement ou complètement en deux valves ; paroi externe
+lisse à l’état frais, puis chagrinée lorsqu’elle se dessèche, paroi
+interne glabre. Chaque follicule est brusquement atténué à la base en un
+court stipe articulé sur le pédoncule, au sommet il se termine par un
+bec aigu droit, long de 8 à 12 mm. Il renferme 2 à 6 grosses graines (le
+plus souvent 4) insérées sur deux rangs au sommet du follicule, les
+insertions étant opposées et non alternes. Graines grosses, ovoïdes,
+arrondies aux extrémités, aplaties sur les faces en contact, entourées
+d’un épais tégument lisse et membraneux blanchâtre, roussâtre en
+vieillissant, mesurant 6 cm. de long, 4 cm. de large et 2 cm. 5 à 3 cm.
+d’épaisseur. Amandes blanches, brunes à l’état sec, formées de 4 à 5
+gros cotylédons inégaux, blancs, non comestibles.
+
+
+DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Centre de l’île de San-Thomé, à la base du
+Pico, dans la forêt vierge, entre San-Pédro et Lagua Amélia (de 1200 à
+1400 m. alt.), août 1905 : en fruits !
+
+
+=Figures et Planches relatives à cette espèce= : Figure 34 et Planche
+XVI, Figure 1.
+
+
+OBSERVATIONS. — La plante n’appartient à aucune des espèces connues du
+genre _Cola_.
+
+[Illustration : FIG. 34. — =Cola sphærocarpa= A. Chev. de l’Ile de San-
+Thomé.
+
+Deux carpelles adultes (Coll. Aug. Chevalier).]
+
+Les fruits que nous avons décrits étaient tombés sur le sol et l’arbre
+les produisant était si élevé qu’il ne nous fut pas possible d’en
+examiner un rameau. Les graines sont bien semblables aux graines des
+espèces de la section _Eucola_, mais il est pourtant possible que
+l’examen des feuilles et des fleurs révèle plus tard d’autres affinités.
+
+[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
+
+144 _bis_.
+
+FIG. 33. — =Cola Ballayi= Cornu. — Follicules presque mûrs.
+
+_1a_ et _2a_, vus par la face supérieure ; _1b_ et _2b_, vus par la face
+inférieure.
+
+Moyen Oubangui (Herb. A. CHEVALIER).]
+
+ * * * * *
+
+
+[Note 98 : Au moment de mettre sous presse, nous recevons une lettre de
+M. R. BARTHÉLEMY nous disant, d’après les indigènes, qu’il n’existe pas
+chez les Ngans de Kolatiers donnant exclusivement des noix blanches. Les
+cabosses contenant seulement des noix blanches que nous y avons vues
+seraient mélangées à quelques cabosses contenant des noix blanches et
+des noix rouges.]
+
+[Note 99 : Les _Cola_ cultivés au Jardin de Buitenzorg (Java)
+appartiennent, d’après TSCHIRCH, à l’espèce à deux cotylédons ; c’est
+probablement ces plantes que BROWN avait en vue et qu’il identifia à
+tort à la plante de PALISOT DE BEAUVOIS.]
+
+[Note 100 : Les analyses de graines faites postérieurement à la
+rédaction de ces notes l’ont confirmé (voir la 3e partie de cet
+ouvrage).]
+
+
+
+
+ CHAPITRE IX.
+
+ * * * * *
+
+ =Distribution géographique.=
+
+ * * * * *
+
+
+Dans le chapitre consacré à la systématique, nous avons énuméré après la
+description de chaque espèce et variété, les pays et les localités où
+elle avait été observée.
+
+Il convient d’examiner plus en détail la répartition des _Eucola_ dans
+les diverses colonies du continent africain, ainsi que dans les autres
+pays où certaines espèces ont été introduites.
+
+On sait que toutes les espèces de _Cola_ sont spéciales à l’Afrique
+tropicale.
+
+Les cinq espèces de la section _Eucola_ sont localisées dans l’Ouest
+africain, mais l’une d’elles pénètre fort loin dans le centre de
+l’Afrique, puisque nous l’avons observée sur les rives du moyen Congo et
+de l’Oubangui et qu’elle existe probablement beaucoup plus à l’est
+encore.
+
+Toutes ces espèces sont connues à l’état spontané ; l’une d’elles, _Cola
+nitida_, présente de nombreuses races culturales vivant dans les
+plantations indigènes, au delà de l’aire occupée à l’état naturel, mais
+elle se rencontre réellement à l’état sauvage dans certaines parties
+inhabitées de la forêt vierge de la Côte d’Ivoire, par exemple, entre le
+moyen Sassandra et le moyen Cavally, ainsi que l’un de nous a pu le
+constater.
+
+En dehors de la forêt vierge, elle n’est nulle part spontanée.
+
+Il en est de même du _Cola acuminata_. Il est incontestablement spontané
+(et même parfois abondant) dans certaines parties de la grande forêt
+vierge équatoriale, principalement au Cameroun et au Gabon. Mais dans
+les pays de savanes, comme au Togo, au Dahomey, dans la plus grande
+partie de la Nigéria, à San-Thomé, dans l’Angola, il existe seulement à
+l’état cultivé ou domestiqué.
+
+Les 3 autres espèces : _C. verticillata_, _C. Ballayi_, _C.
+sphærocarpa_, peuvent être considérées comme spontanées partout où on
+les rencontre, quoique quelques exemplaires de _C. verticillata_ et de
+_C. Ballayi_ soient parfois plantés autour des villages, là où manquent
+les deux premières espèces.
+
+
+ =I. — GUINÉE FRANÇAISE.=
+
+
+Tous les Kolatiers observés dans cette colonie, que l’un de nous a
+parcourue dans tous les sens, appartiennent à l’espèce _C. nitida_ et la
+plupart à sa race _C. mixta_ qui est peut-être d’origine hybride, ainsi
+que nous l’avons déjà mentionné.
+
+Ils paraissent n’exister dans cette colonie qu’à l’état cultivé.
+
+Dans les bouquets de forêts où on les entoure de soins, ils peuvent
+accidentellement devenir subspontanés, c’est-à-dire que des graines
+entraînées par les animaux peuvent germer et donner des arbres dans des
+parties de forêts impénétrées, mais de tels cas sont rares et les
+Kolatiers ainsi développés sont habituellement presque stériles.
+
+On peut grouper les régions productrices de Kola de la Guinée en cinq
+provinces principales :
+
+
+1o Région maritime ou des Rivières du Sud ; 2o Plateau central ou Fouta-
+Djalon ; 3o Chaîne du Kouranko et cercles du Haut-Niger ; 4o Le Kissi ;
+5o Massifs boisés des Pays Tomas et Guerzés. Nous les examinerons à tour
+de rôle.
+
+
+1o _Rivières du Sud._ — Cette province géographique très naturelle borde
+l’Océan Atlantique depuis la Guinée portugaise jusqu’à la frontière de
+Sierra-Leone. Elle s’étend à une cinquantaine de kilomètres à peine dans
+l’intérieur. Certains massifs comme le Kakoulima qui s’avancent à
+proximité de la mer, appartiennent déjà à la province suivante. La
+province des Rivières du Sud doit son nom aux fleuves originaires du
+versant occidental du Fouta-Djalon et qui viennent déboucher à la mer
+par de larges estuaires : le Rio Compony ou Gogon, le Rio-Nunez, le Rio-
+Pongo, le Konkouré ou rivière de Dubreka, le Mellocorée, plus au sud
+encore les deux Scarcies qui ont presque tout leur cours sur le
+territoire de Sierra-Léone où elles se jettent à la mer.
+
+Le climat est très spécial : la saison des pluies dure de mai à
+novembre ; pendant les autres mois, il tombe à peine quelques pluies,
+mais en hivernage les averses sont très violentes, puisqu’à Conakry on
+enregistre de 3 m. à 5 m. d’eau par an. Les températures moyennes
+mensuelles dans cette même localité sont comprises entre 25° 5 et 28°
+2 ; les minima descendent rarement au-dessous de 20°.
+
+Toutes ces conditions sont favorables au Kolatier. Par contre, la grande
+sécheresse qui sévit dans la journée en saison sèche, surtout lorsque
+souffle l’alizé N.-E., lui est défavorable. Aussi pour bien réussir dans
+cette zône, il doit être cultivé de préférence dans les vallées
+abritées, dans les petits bouquets de forêts, enfin au-dessous des
+grands arbres ombrageant les villages. Nous verrons dans un autre
+chapitre que c’est ainsi que procèdent les indigènes. Dans ces
+conditions, le Kolatier donne de très belles récoltes et sa culture doit
+être particulièrement encouragée dans cette province, d’autant plus que
+la vente s’effectue le long de la côte pour l’exportation par mer dans
+des conditions très rémunératrices.
+
+Dans cette région, nous n’avons pu observer que les Kolatiers existant à
+Conakry, à Camayenne et aux îles de Lôs. Ils sont en général robustes,
+productifs, mais bien souvent atteints d’une maladie occasionnant la
+formation de balais de sorciers. Dans la ville même de Conakry existent
+quelques individus donnant de forts rendements, en général tous les deux
+ans.
+
+Pour les autres cantons de cette zône, des renseignements intéressants
+ont été rassemblés par les soins de l’administration et publiés en
+1907[101] :
+
+« Les districts qui possèdent le plus d’arbres sont dans le cercle de
+Rio-Nunez : le Mékhiforé, le Bagaforé et le Toubakaye, les deux premiers
+principalement. Les chefs Mekhiforés et Kansikaïe et de Sanguia, les
+alcalis Landoumans de Doumaya et de Comené ont de belles plantations.
+Dans le cercle du Rio-Pongo, tous les villages soussous de Colisakho et
+du Pongo et les villages Bagas du Manchou, du Bikoré, du Sobaneh et du
+Coyah, sont entourés d’une enceinte de verdure, formée en moyenne partie
+par des Kolatiers ; d’après M. l’administrateur BRIÈRE, il en existerait
+90.000. Le Colisokho est le grand centre producteur. Larata, Thia et
+Khissing sont aussi bien pourvus. Les Kolatiers remontent la vallée du
+Fatalla à travers le Lissa jusque dans les Timbis, à moins d’un jour de
+marche de Télimélé. Il y a peu d’années, les Portugais de Bissao et
+Boulam venaient en goëlette acheter des Kolas à Toboriah, capitale du
+Coyah, dont la production n’a baissé que depuis peu de temps.
+
+« Dans le cercle de Dubréka, les Kolatiers existent dans les villages de
+Foullacoundgi et du Bacoundgi, mais c’est surtout au Fotenta (Bramaya)
+et au Kabitaye qu’ils sont abondants. Les anciens villages Bagas du
+Kaloum, des îles de Lôs et de Tumbo en possèdent beaucoup. Sur le
+territoire de la commune de Conakry, on compte encore un grand nombre de
+Kolatiers sur l’emplacement des villages de Boulbiné et de Conakry,
+malgré le nombre de ceux abattus pour le percement des rues de la ville.
+
+« Sur la route de Kakoulina à la Mellacorée, les gros villages de
+Manéah, Coïa, Fandia, Forécariah, Farmoréah et Tagbée ont peu de
+Kolatiers. Ils sont plus nombreux à Mangata et à Dandaya et deviennent
+très abondants au Samoh. Cette province peuplée par les Mendengués,
+exporte beaucoup de noix ; les Kolatiers n’y poussent pas à l’état
+spontané, mais sont tous plantés et cultivés autour des agglomérations.
+Les Soussous et les Timenés du Benna possèdent moins de ces précieux
+arbres que leurs voisins Mendengués. On rencontre encore les Kolatiers
+en bosquets dans le Lumban, resté français, près de Yomaya (FAMECHON).
+
+« Le Kolatier n’est probablement pas originaire de la côte de Guinée.
+Les plaines basses qui la bordent sont de formation récente et furent
+longtemps inhabitées. La première émigration Baga eut lieu au début du
+XVIIe siècle et seuls les Mendengués s’étaient fixés au Samoh peu de
+temps auparavant. Venus du Haut-Niger, ces peuples, dont les coutumes et
+les cultures sont identiques, emportèrent les Kolas du Kouranko où ils
+se récoltent dans la forêt. Les Mendengués semblent être, comme le
+suppose M. FAMECHON, les premiers introducteurs de ces graines ; leur
+pays s’étendait jusqu’au Kakoulima, et les Bagas, leurs voisins, arrivés
+après eux, peuvent être leurs tributaires.
+
+« Il est certain que les Soussous, population d’origine Malinké, n’ont
+pas introduit le Kolatier. Leurs villages, surtout au Colisokho et au
+Pongo, où ils se fixèrent en premier, possèdent beaucoup de ces arbres.
+
+« Ce sont d’anciennes agglomérations Bagas qu’ils conquirent lors de
+leurs émigrations successives, et les arbres qu’on rencontre au
+Calisokho en pleine brousse, occupent certainement l’emplacement de
+villages détruits. »
+
+En 1907, à notre demande, M. G. POULET, gouverneur par intérim de la
+Guinée, a bien voulu de nouveau adresser aux administrateurs un
+questionnaire relatif à la distribution et à la culture des Kolatiers
+dans cette région.
+
+Dans le cercle de Rio-Pongo, d’après les renseignements fournis par M.
+HAUET, les Kolatiers, principalement dans le Koulissokho, forment des
+plantations de 1.500 à 2.000 pieds autour de chaque village ; dans le
+Lakhata, le Lisso et la province de Thié, ils sont également nombreux.
+Dans le Koba, les graines sont envahies par le _Sangara_, « ver », dont
+nous parlerons plus loin, qui détruit très rapidement toute la provision
+de noix. Aussi n’en fait-on pas le commerce ; ce fait nous a été
+confirmé maintes fois, et malgré cela les indigènes continuent à planter
+des Kolatiers.
+
+A Boffa, il existe auprès de la Résidence un Kolatier qui n’a jamais
+produit que des Kolas rouges aussi gros que le poing. Dans la grande
+majorité des cas, on trouve généralement ensemble, dans une même gousse,
+des graines blanches et des graines rouges.
+
+Dans le cercle voisin de Dubreka, les renseignements qui nous ont été
+officiellement communiqués sont identiques ; les Kolatiers ne reçoivent
+guère de soins et sont peu nombreux, cependant il n’existe guère de
+famille indigène qui n’ait en sa possession une centaine de ces arbres.
+La production est, en grande partie, dirigée vers le Fouta, achetée par
+les caravanes qui descendent la récolte de caoutchouc à la côte. C’est
+surtout au Fotenta (Bramaya) et au Kabitaye qu’ils sont abondants. Les
+anciens villages Bagas du Kaloum, les îles de Los et de Tumbo (Conakry)
+en possèdent encore de nombreux exemplaires.
+
+Pour la Mellacorée, l’administrateur de ce cercle nous écrivait de
+Benty, en 1905, que les Kolas font l’objet d’un trafic important, mais
+le plus grand nombre des noix dites _Kolas du Samo_ provient de Sierra-
+Léone ; elles sont généralement plus petites que celles du pays
+Toma[102], mais plus lourdes, plus actives et se conservant bien plus
+longtemps.
+
+
+2o _Fouta-Djalon._ — Bien qu’il existe quelques Kolatiers dans beaucoup
+de villages du Fouta-Djalon (rarement plus d’une vingtaine d’individus
+par village), la culture du précieux arbre a peu de chances de s’y
+développer. Les conditions défavorables que nous énoncions pour la
+région littorale (sécheresse depuis novembre jusqu’à mai, et action du
+vent d’Est) y sont beaucoup plus prononcées. En outre, par suite de
+l’altitude, le climat est beaucoup plus froid.
+
+D’après les observations météorologiques encore très incomplètes faites
+à Kindia, à Kouria, à Mamou et à Delaba, il tombe au Fouta de 1 m. 50 à
+2 m. 50 d’eau par an ; la moyenne annuelle des températures est très
+variable suivant les altitudes ; bien que des observations suivies
+n’aient pas encore été faites, nulle part, elle n’est pas inférieure,
+croyons-nous, à 20°.
+
+A Dalaba, à 1200 m. d’altitude, il existe encore quelques Kolatiers
+produisant des noix de petite taille. A l’Est et au Sud-Est de Timbo,
+les Kolatiers sont un peu plus répandus, mais on n’en voit encore que
+quelques exemplaires par village, vers l’ouest, notamment dans la région
+de Kindia, il en existe aussi mais ils sont peu productifs. En résumé,
+le Fouta-Djalon est loin de suffire à sa consommation ; le chemin de fer
+de Conakry y déverse aujourd’hui les noix qui étaient autrefois apportée
+par les caravaniers du pays soussou ou de Sierra-Léone.
+
+
+3o _Kouranko et région du Haut-Niger._ — On donne le nom de Kouranko à
+un pays très montagneux compris entre 9° 30 et 10° 30 de lat. N. et qui
+s’étend du 11° au 14° de long. O. de Paris. C’est un peu au sud que le
+Niger prend sa source. Au sud-est, il confine au Kissi dont nous
+parlerons plus loin. Les pluies y sont plus précoces qu’au Fouta-Djalon.
+Le Kolatier est cultivé dans tous les villages du Kouranko,
+principalement dans le Bamaya. Chez les Lélés, il existe au plus
+quelques centaines d’arbres par village et un petit nombre seulement
+sont vraiment des plants de rapport. Ceux qui croissent dans les basses
+vallées très boisées aux alentours des villages, de 400 m. à 500 m.
+d’altitude, sont les plus productifs, mais on trouve encore quelques
+beaux plants vers 700 m. d’altitude, par exemple à Dandafarra, près du
+Mont Kola. Malgré les faibles rendements de ces Kolatiers, les Kourankos
+tirent une partie de leurs ressources de la vente des noix de Kola pour
+l’exportation vers Bamako. On en tire aussi une certaine quantité du
+district de Kérouané.
+
+Au nord du 10e parallèle, les Kolatiers dans les villages deviennent
+clairsemés, on en trouve encore çà et là dans le Nord du cercle de
+Faranna, surtout dans les petits îlots de forêts avoisinant quelques
+villages.
+
+On en signale aussi quelques exemplaires en plusieurs villages du cercle
+de Denguiray.
+
+Dans les cercles de Kouroussa et Kankan, des Kolatiers existent dans
+beaucoup de villages, mais ils sont peu nombreux et donnent de très
+faibles rendements ; ils sont loin de suffire à la consommation locale.
+
+« Au Sankaran, ils n’existent que dans le Sud de la province, un peu au-
+dessus du 10°. Les villages des cercles de Kouroussa, compris dans cette
+zône, qui possèdent les peuplements les plus importants, sont ceux de
+Sikaro, Bassokouria, Simbo, où l’on peut compter de 150 à 200 arbres,
+les autres villages n’en possèdent que de 20 à 40. La partie comprise
+dans les cercles de Kouroussa n’est guère plus riche, on y compte au
+total 950 arbres, dont 600 seulement sont en rapport ; ils se
+répartissent ainsi entre les différents districts : Ouroubé 450,
+Moussadougou 310, Finamora 120, Bassando 25, Dienné 20, Torodougou 20,
+Divers 20. Les arbres sont surtout nombreux dans le territoire compris
+entre la frontière du Kissi et l’affluent du Niandan, le Balé. Les
+principales plantations sont celles de Gualako, 125 arbres,
+Sirékouroumaya 50, Talikoro 40, Mamoria 25, Koudou 20. » (_Rapport du
+commandant du cercle de Kouroussa, conservé dans les archives du
+Gouvernement à Conakry_ où nous en avons eu communication. Ce rapport,
+en partie publié par l’inspection d’Agriculture de l’Afrique
+occidentale[103] qui n’en mentionne pas la provenance est probablement
+dû à M. POBÉGUIN, qui a rassemblé de 1900 à 1910 de nombreux documents
+sur la flore et l’agriculture de la Guinée.)
+
+Au cours du premier voyage que nous avons effectué dans ces cercles en
+1899, alors qu’ils constituaient encore la région sud du Soudan
+français, nous avons noté la présence des Kolatiers dans d’assez
+nombreux villages.
+
+Les premiers que nous ayons vus en venant de Siguiri se trouvaient à
+Balato, sur les bords du Niger, par 11° environ ; mais, d’après
+POBÉGUIN, on en trouverait encore plus au N., au village de Sansando,
+près du confluent du Niger et du Milo, c’est bien là certainement la
+limite Nord extrême, non de la culture, car on ne peut dire qu’il y a
+culture puisqu’il n’existe dans quelques villages que de rares
+exemplaires constituant une curiosité, mais la limite géographique où
+peut vivre et fructifier le Kolatier. Plus à l’ouest en effet, à
+proximité de la mer, le Kolatier ne dépasse pas le Rio-Nunez, dont
+l’embouchure est située un peu en dessous du 11e parallèle. C’est à tort
+que POBÉGUIN le mentionne au Casamance[104]. Il y a peut-être été
+introduit depuis peu par les Européens, mais il n’y existait pas en
+1900.
+
+Plus à l’Est aussi, le Kolatier ne monte pas à cette latitude.
+
+Au sud des pays Sénoufo, Mandé-Dioula et de Kong, on ne le rencontre
+plus au N. du 8° et même sous cette latitude on ne cultive que de rares
+exemplaires.
+
+Enfin entre le 10° 30 et le 9° de lat., dans la région du Niger, nous
+avons encore rencontré des Kolatiers à Babéla (où l’un d’eux est
+entretenu avec beaucoup de soins par les indigènes qui ont élevé tout
+autour une levée de terre, (no 371 de notre Herbier), à Kouroussa, à
+Moussaïa (no 400 Herb. CHEVALIER), à Saréya, à Diaragouéla, à Ouassaïa,
+à Kankan, etc. Nous avons rarement vu plus de 4 ou 5 arbres par village.
+Ils sont du reste entourés de soins et considérés comme arbres sacrés
+par les indigènes. Nulle part ils n’auraient été plantés
+intentionnellement, mais sont nés de graines perdues. Du reste, dans
+toute cette contrée, les noirs se gardent bien d’en planter d’autres,
+car ils sont persuadés que quiconque ensemence un Kolatier meurt l’année
+où celui-ci commence à fleurir.
+
+Ces Kolatiers produisent quelques follicules chaque année, surtout si la
+plante vit dans un endroit bien abrité, soit à l’ombre des fromagers,
+dans les villages, soit dans les galeries forestières voisines. Dans
+chaque cabosse, on trouve habituellement des noix blanches et des noix
+rouges. Cependant à Diaragouéla on m’a montré un Kolatier qui produirait
+exclusivement des noix blanches, d’après les indigènes.
+
+Dans les provinces dont nous venons de parler, le Kolatier ne trouve
+plus les conditions climatériques optima favorables à sa croissance,
+sauf peut-être dans certains vallons bien abrités du Kouranko ; il n’y a
+donc aucun intérêt à le multiplier, d’autant que beaucoup de cultures
+plus appropriées et aussi intéressantes peuvent être entreprises dans
+ces régions.
+
+
+4o _Le Kissi._ — Cette province, un des plus beaux coins de notre
+domaine colonial africain, est un des pays les plus favorables à la
+culture du Kolatier, et un de ceux qui produisent les noix les plus
+estimées. Le cercle comprend 65 cantons et 34 villages indépendants. Son
+chef-lieu, Kénéma ou Kissidougou, est un gros village situé à proximité
+du Niandan (affluent du Niger), par 490 m. d’altitude. Le poste fut créé
+par le colonel COMBES, le 24 mars 1893, pour empêcher l’installation des
+Sofas de Samory dans le pays ; le premier commandant fut le capitaine
+VALENTIN.
+
+Le Kissi proprement dit s’étend depuis le Kouranko jusqu’à la frontière
+de Libéria non encore abornée ; il est à cheval sur les hauts affluents
+de droite du Niger d’une part et d’autre part sur le bassin de la Makona
+(avec son affluent la rivière Méli), fleuve qui pénètre dans le
+territoire de Sierra-Léone et tombe à la mer à Soulima. La mission de
+délimitation, dirigée par M. RICHAUD en 1908-1909, a adopté une partie
+du cours de la rivière Makona comme frontière du Libéria. Cette
+frontière qui avait déjà été admise par la convention franco-libérienne
+de 1907, ampute malheureusement le Kissi de territoires habités
+également par des Kissis et où la France avait incontestablement plus de
+droits que les 12.000 ou 15.000 noirs Libériens cantonnés le long de la
+côte. Nous voulons espérer que notre pays saura défendre les intérêts et
+les droits que nous avons dans cette contrée pleine de promesses pour
+l’avenir. Ce qui fait en effet la richesse du Kissi, c’est la variété
+des terrains propres à quantité de cultures et l’habileté de ses
+habitants comme cultivateurs et commerçants.
+
+C’est un pays de transition entre la forêt dense du Sud et la brousse du
+Nord, entre les plaines basses situées à moins de 300 m. au dessus de la
+mer dans la vallée de la Makona et les coteaux boisés et souvent habités
+dépassant souvent 600 mètres d’altitude et très propres à la culture des
+Caféiers. Les trois espèces : Caféier du Libéria, Caféier d’Arabie et
+Caféier de Rio Nunez introduites en 1899 par un membre de la mission du
+général de TRENTINIAN, M. ROSSIGNOL, forment aujourd’hui des arbustes
+superbes au poste de Kissidougou. Au sud de la rivière Makona, la forêt
+vierge fait son apparition entre 7° 30 et 8° de lat.
+
+Mais au nord de cette forêt, la savane est constamment coupée par des
+îlots de hautes futaies denses souvent reliés les unes aux autres et se
+continuant jusqu’au 9° 30 où existent encore de belles galeries
+forestières. Les savanes sont utilisées pour la culture des céréales et
+en particulier du riz ; les îlots de forêt abritent des plantations de
+Kolatiers, de Bananiers, d’ignames, de méléguette ou Graine de Paradis.
+Les noix de Kola du Kissi sont exportées vers Siguiri, Bamako et Ségou
+où elles sont très appréciées.
+
+Quelques observations météorologiques ont été faites à Kissidougou, ce
+qui nous permet de donner un aperçu sur le climat de cette belle
+province. Il tombe chaque année de 2 m. à 2 m. 50 d’eau, mais la saison
+des pluies est beaucoup plus précoce qu’au Fouta-Djalon, puisqu’il tombe
+déjà d’assez nombreuses averses en février et en mars. Les pluies
+diminuent un peu soit en mai, soit en juin, mais elles reprennent avec
+plus d’intensité en juillet, août et septembre pour continuer parfois
+jusqu’en décembre.
+
+La moyenne annuelle de la température est comprise entre 25° et 26°.
+
+Les températures extrêmes constatées sont 9° le 6 janvier 1904 comme
+minimum et 38° les 4 et 5 mai 1903 comme maxima. Il n’existe qu’un écart
+relativement faible entre les moyennes de maxima et les moyennes de
+minima. C’est en somme un climat approprié à presque toutes les cultures
+équatoriales.
+
+Les Kolatiers sont cultivés dans les îlots de forêts entourant ou
+avoisinant tous les villages. Chaque année, les indigènes plantent
+quelques nouveaux arbres. La principale récolte se fait en novembre et
+décembre.
+
+La race la plus répandue est le _Cola mixta_, à noix rouges et blanches,
+mais on trouve aussi des arbres donnant exclusivement des noix rouges
+(_Cola rubra_) et aussi le rare _Cola alba_ à noix et à fleurs
+entièrement blancs.
+
+« Chaque forêt du Kissi, écrit judicieusement CASTÉRAN[105], dénonce un
+village mystérieusement campé au milieu d’une vaste clairière ; c’est
+dans cette forêt vraiment équatoriale, surmontée de palmiers à huile et
+des cîmes géantes des Fromagers, que se dressent, bien abrités du
+soleil, les Kolatiers élégants avec leurs troncs gris et leurs feuilles
+lancéolées ». C’est aussi là qu’on trouve d’assez nombreuses lianes à
+caoutchouc des genres _Landolphia_ et _Clitandra_.
+
+Ajoutons que le village de Kissidougou est aujourd’hui à quelques jours
+de marche du railway de Conakry au Niger, et il est vraisemblable que
+dans un avenir peut-être peu éloigné, il sera relié par une voie ferrée
+au rail déjà existant. Nos fonctionnaires coloniaux ayant à charge
+l’administration du Kissi ne feront donc jamais trop d’efforts pour
+étendre la culture des Kolatiers chez les indigènes, et si une partie
+des peuples de race Kissi échappe à notre autorité, nos diplomates
+devront veiller à ce que dans les arrangements pris, les dioulas
+soudanais continuent à trouver en deçà de la frontière, les avantages
+qu’ils s’y sont déjà créés.
+
+On peut évaluer à 300 tonnes la quantité de noix exportées actuellement
+chaque année par le Kissi vers notre Soudan.
+
+
+5o _Pays des Tomas et des Guerzés._ — A l’est du Kissi s’étend le
+Konian, territoire également très accidenté et d’altitude élevée, mais
+d’aspect très différent, dévasté par les incendies d’herbes depuis des
+siècles, dénudé et incultivable sur d’immenses espaces. Les galeries
+forestières sont rares, et nulle part le Kolatier n’est cultivé en
+grand.
+
+Cette province présente assez d’analogies avec le Fouta-Djalon, et
+l’élevage pourrait vraisemblablement y être développé.
+
+Au centre du Konian se trouve la ville de Beyla, avec son faubourg de
+Diakolidougou, fondé d’après LIURETTE, dès l’an 1230, par des nomades
+venus du nord pour faire le commerce des esclaves et des noix de kola.
+Beyla encore aujourd’hui est une place importante pour la précieuse
+denrée. On évalue à 400 tonnes de kolas, 400 tonnes de caoutchouc, 2
+tonnes d’ivoire, la quantité de denrées principales qui y passent chaque
+année. Des traficants, la plupart indigènes de nos territoires, vont
+chercher ces produits principalement aux grands marchés de Diorodougou,
+Boola, Gouéké, Lola et Nzo, marchés fréquentés par les populations de la
+forêt dense (située un peu plus au sud et habitée par deux peuplades
+importantes, les Tômas et les Guerzés).
+
+On a représenté ces peuplades comme très sauvages et encore
+anthropophages. C’est une erreur. En général, Tômas et Guerzés ont des
+mœurs frustes et primitives, mais ils sont beaucoup plus travailleurs et
+« administrables » que les peuples du centre de la forêt.
+
+Les Tômas ont fourni de bons manœuvres pour la construction du railway
+de la Guinée.
+
+Les Manons de la zône libérienne, qui semblent apparentés aux Guerzés et
+aux Dyolas, sont venus de leur propre initiative en 1909 offrir leurs
+services pour la construction de la belle route reliant les deux grands
+marchés de Kolas, Lola et Nzo et ouverte par M. l’administrateur GUYOT-
+JANIN, lors de mon passage dans cette région.
+
+Il suffit de voir comment sont achalandés les deux marchés de Lola et de
+Nzô, sur lesquels nous reviendrons dans un autre chapitre, pour juger
+des qualités déployées par les Guerzés comme commerçants et comme
+cultivateurs. Les Guerzés du Karagoua (entre Lola et Guéaso), placés
+sous l’autorité d’un potentat à demi-civilisé, Gargaoulé, chef puissant
+et redouté, sont devenus des cultivateurs ou des guerriers disciplinés,
+mais souvent pressurés. Ils se sont mis depuis peu à exploiter le
+caoutchouc de lianes et surtout celui du _Funtumia elastica_,
+généralement commun partout où se trouvent des forêts jusqu’à la
+montagne de Boola qui est sa limite Nord extrême.
+
+Les Tômas habitent une contrée étendue située à l’est et au sud-est du
+Kissi et à l’ouest de Lola.
+
+Dans la partie nord de ce pays naît la rivière Saint-Paul ou Diani et
+ses affluents.
+
+Le peuple Toma s’étendrait jusqu’au cœur du Libéria, mais dans les
+territoires qui nous ont été reconnus par le récent arrangement franco-
+libérien, ils forment aussi des groupements importants.
+
+C’est surtout au sud du 7° 30 qu’ils cultivent des Kolatiers. Dans les
+territoires où s’étend aujourd’hui notre administration militaire,
+territoires situés au sud et au sud-est de Sampouyara et de Diorodougou,
+les Kolatiers sont en général clairsemés, bien que la forêt s’étende
+presque partout et que le climat soit des plus favorables. Les villages
+de cette région ont été souvent en guerre les uns contre les autres ou
+contre les Sofas de Samory et sont encore mal remis à la culture. En
+outre, une taxe exorbitante, plus élevée que la valeur intrinsèque des
+Kolas sur place était jusqu’à ces derniers temps prélevée sur les noix
+produites dans les régions que nous administrions et il n’était guère
+possible d’amener ainsi les indigènes à étendre leurs plantations.
+
+Les noix apportées sur nos marchés viennent donc en partie des
+territoires plus au sud, considérés comme relevant du Libéria, mais dont
+les Libériens ne s’occupent point et où ils n’ont jamais pénétré[106].
+
+Les Kolas apportés au marché de Boola proviennent de contrées situées à
+100 ou 200 kilomètres dans le sud-ouest et occupés par les Tômas et les
+Bouziés dans le haut bassin de la rivière St-Paul.
+
+Une grande partie des noix apportées à Boola sont blanches. A Mabouan,
+entre Zébéla et Gouéké, c’est-à-dire dans la même région, on ne trouve
+aussi, d’après le lieutenant GAUVAIN, que des Kolas blancs.
+
+Notre ami, LIURETTE, l’administrateur qui connait le mieux ces régions
+pour les avoir parcourues en tout sens, nous a assuré que le village de
+Nsapa où fut massacré, en 1893, le lieutenant LECERF et que les
+négociations de la commission de délimitation franco-libérienne ont
+réussi à nous conserver, se trouve au centre d’une région riche en
+Kolatiers cultivés. Il existe aussi des plantations étendues dans les
+territoires situés sur la rive gauche du Diani.
+
+Dans le Kabaradongou, on trouve aussi, d’après LIURETTE, 300 à 400 pieds
+par village, soit 1.800 à 3.000, occupant 15 hectares. Il existe aussi
+de petites plantations dans le Simandougou.
+
+Les Kolas apportés au marché Lola, presque tous rouges, viennent surtout
+des pays Manons situés à quelques heures au sud de ce village, et aussi
+de quelques cantons Guerzés.
+
+Ceux vendus au marché de Nzô, rouges aussi pour la plupart, sont en
+grande partie originaires des pays Dans ou Dyolas de la haute Côte
+d’Ivoire.
+
+A Boola et dans les environs, nous n’avons observé que quelques
+Kolatiers autour de chaque village.
+
+Entre Gaéuso et Lola commence la grande forêt qui n’est interrompu que
+par le massif montagneux des monts Nimba (environ 1.800 m. d’altitude),
+en partie couverts de savane.
+
+Cette forêt que nous avons traversée pour aller de Guéaso à Lola et de
+ce point à Nzô, est encore peu riche en arbres de rapport. Au carrefour
+des sentiers, on observe seulement quelques Kolatiers qui ont été
+sûrement plantés et sont la propriété de quelques familles. Dans cette
+région, comme au Kissi, il sera nécessaire que nos administrateurs
+agissent sur les indigènes pour leur faire constituer des plantations
+étendues de cette précieuse essence.
+
+Dans ces régions, le Kolatier porte les noms suivants :
+
+_Touré_ (toma et guerzé Konomenou), _Tougoulé_ (guerzé gouaka),
+_Tougouré_ (guerzé Kono), _Ouoro_ (Koniankévi).
+
+
+ =II. — HAUT-SÉNÉGAL-NIGER.=
+
+
+Le Kolatier n’est pas cultivé dans cette colonie et ne saurait
+certainement y réussir. S’il y est mentionné dans diverses publications
+datant de quelques années, cela tient à ce que le vieux Soudan français
+possédait autrefois des territoires à Kolatiers, mais au moment de sa
+dislocation ces territoires ont été rattachés les uns à la Guinée
+française, les autres à la Côte d’Ivoire. On trouve peut-être quelques
+exemplaires du précieux arbre dans les villages situés au sud du cercle
+de Bougouni, rattaché au Ht-Sénégal-Niger, de même qu’on en trouve
+quelques-uns dans ceux d’Odienné et de Kong qui appartiennent à la Côte
+d’Ivoire et l’avoisinant, mais ces arbres sont en très petite quantité
+et donnent des rendements insignifiants.
+
+Des essais de plantation, faits par l’administration aux stations
+agricoles de Kati et de Koulicoro, ont donné de mauvais résultats.
+
+Dans tout le Soudan, les noix de Kola sont connues sous les noms de
+_Ouoro, Oro, Gouro, Goro_. C’est toujours la même appellation avec une
+prononciation qui varie d’un district à l’autre.
+
+
+ =III. — CÔTE D’IVOIRE.=
+
+
+Cette riche colonie, grâce à son immense forêt vierge couvrant 120.000
+kilomètres carrés et large en certains endroits de 300 kilomètres, est
+par excellence le pays de prédilection pour la culture des Kolatiers. Le
+_Cola nitida_, qui fournit les noix les plus estimées, croît à l’état
+spontané à travers presque toute la forêt à l’exclusion de toutes les
+autres espèces.
+
+Il a été presque partout domestiqué par les peuplades forestières et il
+est cultivé sur une bande de 50 à 80 kilomètres de large située près de
+la limite IV de la forêt, c’est-à-dire là où elle est encore très dense.
+Une autre espèce, le _C. acuminata_, a été introduite par les Kroumen
+dans la région du Bas-Cavally. Elle a une faible valeur, et c’est
+incontestablement le _C. nitida_ qui doit être partout multiplié. Aussi
+bien on le trouve presque dans tous les districts forestiers à l’état
+sauvage, et, même en pleine forêt, il donne parfois d’aussi belles noix
+que dans les plantations.
+
+
+Nous passerons en revue les principales régions de cette colonie, en
+examinant successivement :
+
+1o La zone située au nord du 8e parallèle ;
+
+2o Le Baoulé ;
+
+3o La zone nord de la forêt allant du 6° 30 au 7° 30 de latitude nord ;
+
+4o La zone sud et la zone moyenne de la forêt s’étendant depuis la mer
+jusqu’au 6° 30.
+
+
+1o _Zone au nord du 8e parallèle._ — Cette région présente de grandes
+analogies avec le Kouranko et les territoires de la Hte-Guinée,
+traversés par le Niger et par ses affluents les plus occidentaux, mais
+par suite de l’éloignement de la mer et de la plus faible altitude du
+relief, la sécheresse y est beaucoup plus accentuée. Dans les cercles de
+Touba et d’Odienné qui confinent à la Guinée, il existe encore,
+disséminés de loin en loin à proximité des villages, de rares Kolatiers
+plantés appartenant à la race _C. mixta_ ; mais ils sont sans intérêt et
+ne doivent être mentionnés qu’à titre de curiosité. Bien plus, si l’on
+descend encore au sud en poussant toujours plus à l’est, et en suivant
+le 8e degré, en traversant les grands centres qui sont de l’ouest à
+l’est : Tonna, Séguéla, Mankono, Marabadiassa, Dabakala et Bondoukou, on
+constate l’absence presque complète des Kolatiers, alors que sous la
+même latitude, en Guinée et à Sierra-Léone ils sont très répandus.
+
+Ainsi, à Séguéla et à Marabadiassa, nous n’avons pas vu un seul
+Kolatier ; à Mankono, il en existe quelques uns plantés depuis peu par
+notre administration, mais les indigènes n’en possèdent point ; à
+Bondoukou, on n’en trouve pas.
+
+Au Chapitre II, page 25, nous avons reproduit un passage du récit de
+voyage de BINGER, relatif à la limite des Kolatiers dans cette région.
+
+Considérant Tangréla, Maninian et Sambatiguila comme marchés de la
+première zône et Touté, Kani, Sakala comme marchés de la seconde zône,
+dite du Ouorodougou, l’explorateur estimait que les Kolas devaient
+provenir d’une troisième zône située 30 kilomètres plus au sud où « les
+Lôs apportent les Kolas en des lieux d’échanges situés en pleine
+brousse ».
+
+Les informateurs de BINGER étaient mal renseignés ; d’après les
+distances indiquées, cette troisième zône coïnciderait avec les grands
+marchés de Touba, Touna, Séguéla, Mankono, Marabadiassa et on sait
+aujourd’hui que ces centres sont encore situés à 60 ou 80 kilomètres des
+lieux de production ; il existe encore plus au sud une quatrième et même
+une cinquième zône où les Kolas doivent transiter. A Mankono où viennent
+les femmes de Sakala, ce sont d’autres femmes mandé-dioulas qui vont les
+chercher au sud et là elles rencontrent des femmes Lôs qui elles-mêmes
+se sont avancées jusqu’en plein pays Bété pour se procurer ces noix.
+
+Nous étudierons ce trafic avec tout le développement qu’il comporte dans
+le chapitre consacré au commerce.
+
+La province du Ouorodougou doit son nom à sa situation sur les routes
+suivies par les colporteurs de Kola venant s’approvisionner de noix
+récoltées plus au sud, mais elle ne produit pas de Kolas pour
+l’exportation.
+
+Il existe bien dans quelques villages mandé-dioulas, avoisinant le pays
+des Lôs, quelques Kolatiers plantés, mais le nombre en est faible et ils
+produisent peu. Le climat pourrait pourtant convenir à cet arbre
+précieux au sud du 9e parallèle et s’il était planté dans les étroites
+forêts bordant les rivières ou dans les futaies plus ou moins étendues
+qui avoisinent certains villages, notamment dans la région de Séguéla,
+il est probable qu’ils donnerait des rendements normaux.
+
+A Mankono même, une quinzaine de Kolatiers plantés depuis 11 ans dans le
+jardin du poste, sur les bords d’un ravin où coule l’eau toute l’année
+et à l’abri d’une grande plantation de bananiers, forment aujourd’hui de
+beaux arbustes vigoureux, hauts de 5 à 8 mètres et n’ayant pas de
+maladies. L’un d’eux a produit des cabosses pour la première fois en
+1909.
+
+Mais les habitants du Ouorodougou n’ont aucun désir de se livrer à cette
+culture, les femmes étant habituées depuis des siècles à aller chercher
+des noix au sud chez les Lôs, chez les Ouobés et même chez les Bétés.
+
+
+2o _Le Baoulé._ — On donne ce nom à une région très naturelle en forme
+de triangle, ayant sa base marquée au N. par le 8e parallèle et son
+sommet au confluent du Bandama et du Nzi, près de la gare de Nziville,
+récemment créée à l’extrémité actuelle du railway de la Côte d’Ivoire.
+Les deux rivières forment les côtés du triangle. Cette région très
+spéciale est constituée par un pays plat, accidenté seulement à l’est et
+au sud, d’une altitude de 100 m. au sud et atteignant progressivement
+300 m. au nord. Il est couvert d’une savane parsemée d’arbres rabougris
+et çà et là dans le sud de forêts claires de rôniers (_Borassus
+æthiopum_) et de plantations étendues d’Ignames constituant la base de
+l’alimentation des indigènes ; les îlots de forêt y sont rares ; il n’y
+a pas de cours d’eau permanent en dehors des deux grandes artères
+limitant le Baoulé ; aussi les galeries forestières font défaut ; la
+flore de la savane rappelle celle du moyen Dahomey dans les parties
+situées sous la même latitude.
+
+Les habitants, nommés Baoulés, appartiennent à la famille Achanti-Agni
+et sont certainement d’origine forestière. Ils ont commencé à envahir le
+pays il y a 2 ou 3 siècles et ont absorbé ou refoulé vers le nord les
+premiers possesseurs du sol qui devaient être des Gouros au sud et des
+Sénoufos au nord. Ils ont conservé les cultures des premiers autochtones
+(riz et mil dans le nord) et ont aussi introduit les leurs.
+
+Les plantations de Kolatiers n’existent pas et ne paraissent pas avoir
+existé dans ce pays trop découvert. Nous pensons qu’il serait cependant
+possible de faire prospérer cette culture dans des terrains choisis aux
+abords des villages en plantant préalablement des arbres abris :
+fromagers, grandes légumineuses, _Ficus_, _Blighia_.
+
+Les Baoulés qui constituent une population d’environ 200.000 habitants,
+consomment actuellement très peu de Kolas, mais dans un avenir peu
+éloigné, le railway de la Côte d’Ivoire va traverser leur pays dans
+toute son étendue ; d’une part il pourra transporter les noix au cœur du
+Soudan, de l’autre il pourra les amener à la Côte.
+
+On trouve des Kolatiers en petit nombre seulement à proximité de
+quelques villages. Les noix vendues au marché de Bouaké viendraient de
+villages situés à une dizaine de kilomètres à l’ouest.
+
+On en trouve aussi près de Sakassa ; à Mbayakro il en existe dans la
+forêt sur la rive gauche du Nzi, mais ils ne sont pas cultivés ; les
+noix qu’on consomme dans le pays sont apportées du Pays des Ngans.
+
+
+3o _Zone Nord de la forêt de 6° 30 et 7° 45._ — Cette bande, large d’une
+centaine de kilomètres seulement et interrompue à hauteur du Baoulé, est
+la région la plus importante de production des noix de Kola du monde
+entier. A l’est, elle se continue à travers la Gold Coast et couvre une
+partie du pays Achanti.
+
+A la vérité, les Kolatiers ne sont pas répartis régulièrement sur toute
+cette étendue : dans des cantons entiers, ils font presque complètement
+défaut et dans d’autres, au contraire, ils foisonnent autour de tous les
+villages. On trouve presque partout les quatre races que nous avons
+distinguées ; cependant, dans chaque région une race domine sur les
+autres ; tantôt c’est _Cola mixta_, tantôt _Cola rubra_, rarement _Cola
+alba_ ; le _Cola pallida_ pur, c’est-à-dire bien caractérisé, est rare
+dans les plantations. On trouve bien ça et là quelques petites noix
+roses sur les marchés, mais elles proviennent des mêmes cabosses que les
+trois autres sortes : les arbres produisant exclusivement les petites
+amandes roses, ne se trouvent que dans la forêt et parfois dans les
+plantations de la zone située plus au sud.
+
+Certaines peuplades de la forêt se sont réellement spécialisées dans la
+production des noix de Kola : nous passerons les principales en revue.
+
+
+a) _Pays des Dyolas ou Dans._ — L’existence de cette importante tribu a
+été révélée par l’exploration du lieutenant BLONDIAUX[107] en 1897 et en
+1899 par la mission WŒLFFEL-MANGIN, qui y créait en plein sud le poste
+de Nouantogloin qu’on dut évacuer en 1900 après la mort du lieutenant
+SÉNAC, successeur de WŒLFFEL.
+
+Egalement en 1899, la mission HOSTAINS et D’OLLONE, partie de la Côte,
+traversait le même pays à l’ouest pour se rendre au Soudan. C’est de la
+publication des travaux de ces missions que datent les premiers
+renseignements sur la contrée[108].
+
+Elles apprirent, entre autres choses, qu’une partie des Kolas
+transportés dans le Soudan occidental proviennent de cette région.
+
+Un poste fut créé à Danané (Fort-Hittos) en 1905, en plein pays dyola,
+dans le bassin de la Nuon ou Rio-Cestos ; il est aujourd’hui le chef-
+lieu de la circonscription de Danané. Plus à l’est, notre administration
+a constitué une seconde circonscription ayant pour chef-lieu Man, poste
+créé en 1907.
+
+Des renseignements géographiques et ethnographiques importants ont été
+publiés[109] sur cette contrée copieusement arrosée par la Nuon, par le
+Haut Cavally et ses affluents et surtout par un important éventail de
+rivières tributaires du Bafing, principal affluent du Sassandra. Plus au
+sud, d’autres rivières et notamment le Zô vont directement au Sassandra.
+
+Dans les grandes vallées le pays est plat, et son altitude ne dépasse
+pas 200 à 300 mètres, mais entre le Moyen Sassandra et le Haut Cavally
+se dressent d’une manière presque ininterrompue des pâtés de montagnes
+dont les pics, en nombre incalculable, s’élèvent de 800 m. à 1400 m. au-
+dessus du niveau de la mer, sur un ruban large de plus de 50 km. (allant
+du 7° 20 au 7° 50 de lat. N. et couvrant une superficie de 6.000 km². La
+forêt vierge couvre une grande partie de cette contrée et ne fait défaut
+que sur certaines crêtes de montagnes.
+
+Au sud de 7° 30, elle s’étend d’une manière ininterrompue, et c’est
+surtout sous cette latitude, dans les régions peu élevées, que le
+Kolatier est cultivé en grand. La saison des pluies y est de longue
+durée et pendant les mois secs, de novembre à mars d’une part, en mai ou
+juin d’autre part, il est rare qu’il ne tombe pas au moins une averse
+par semaine.
+
+Presque tout le pays est habité par les Dans, encore nommés Dioulas ou
+Dyolas, ou Yapoubas. (L’appellation de Dioulas ou Dyolas, aujourd’hui
+employée dans les rapports administratifs et dans la littérature
+géographique devrait, à notre avis, être proscrite, car elle prête à une
+trop grande confusion. Le mot _dioula_ devrait être réservé pour
+désigner les colporteurs soudanais ordinairement d’origine Mandé, mais
+pouvant appartenir aussi à un autre peuple et qui circulent aujourd’hui
+à travers toute l’Afrique occidentale).
+
+Ces Dans s’étendent dans la forêt et à sa lisière, depuis le 6° de lat.
+N. jusqu’au Bafing, sur les rives duquel ils sont mélangés aux
+Soudanais. _Dan_ est le nom qu’ils portent dans leur langue même. Les
+Guerzés et les Mandés du Karagoua les nomment _Kerrés_ ou _Guerrés_,
+mais ce nom qui signifie _sauvages_ est aujourd’hui appliqué pour
+désigner les peuplades d’origine _Bakoué_ qui vivent dans le bassin du
+Cavally au sud du 6e parallèle. Les Tômas les appellent _Manons_. A
+l’est, ils s’étendent presque jusqu’à la rive droite du Sassandra. A
+l’ouest, on les trouve très loin dans le cœur du Libéria et d’après Sir
+HARRY JOHNSTON, ils iraient jusqu’au fleuve St-Paul. Tous ceux qui
+vivent dans le bassin du Cavally et dans le bassin de la Nuon sont
+encore anthropophages.
+
+Les Dans auxquels se rattachent les _Touras_ et peut-être les _Ouobés_
+seraient, d’après LAURENT, venus de pays situés plus au N., au delà de
+Bafing, constituant le canton actuel du Mahou, au S.-E. de Touba.
+DELAFOSSE admet l’existence d’une race Mandé-Fou qui renfermerait ces
+peuplades et quelques autres de la Côte d’Ivoire : les _Gbins_, au S. de
+Bondoukou, les _Ngans_ du Mango, les _Monas_, au S. de Mankono, les
+_Lôs_, les _Gourôs_, au S.-O. de Séguéla. Toutes ces peuplades se
+livrent à la culture du Kolatier.
+
+Le district de Danané, que nous avons traversé de l’ouest à ’est en
+1909, est une des régions de nos possessions produisant le plus de noix
+de Kola.
+
+Nous avons recueilli sur place d’assez nombreux renseignements sur cette
+question, mais nous avons surtout puisé de précieuses données dans les
+archives du poste rassemblées par le capitaine LAURENT, qui a parcouru
+depuis 1905 toute la contrée et visité les moindres villages et a aussi
+pénétré fort loin à l’ouest dans les pays rattachés au Libéria.
+
+Le lieutenant GAUVAIN qui l’avait remplacé à Danané lors de notre
+voyage, continuait avec le même zèle et la même compétence l’occupation
+et l’étude de la région ; il nous a aussi fourni d’intéressants
+renseignements :
+
+« Les Dyolas, écrit LAURENT, sont attachés au sol par la culture des
+Kolatiers. Ces Kolatiers, on les rencontre partout où il y a des
+villages, aussi bien sur les sommets ou sur les flancs dénudés des
+montagnes, que sous la galerie verdoyante de la forêt plate. Leur
+culture atteint son maximum d’intensité sous le 7e degré, dans les
+cantons de Lolé, Blossé, Hyré, Blouno, Oua sud. Ils ne poussent pas au
+hasard dans la forêt qui est beaucoup trop dense et où ils
+étoufferaient. Tous ont été plantés. Si une noix perdue arrive à germer
+en pleine forêt, l’arbre qui en résulte ne rapporte pas, la forêt des
+régions inhabitées étant trop épaisse.
+
+« Les innombrables Kolatiers des Mandé-Fou ont donc été plantés et sont
+régulièrement entretenus comme le sont en France les arbres de nos
+vergers. La tradition rapporte que le Kolatier est originaire du Sud. Ce
+sont les gens de Koulinlé qui, les premiers, en ont connu la culture
+sans jamais s’y donner beaucoup, sans doute à cause du manque de
+débouchés. Les Kolatiers sont de trois espèces : ceux à fruits blancs,
+ceux à fruits rouges et ceux à fruits par moitié blancs et rouges. Lolé,
+Houné, Blossé apprécient davantage et cultivent les rouges, Oua les
+blancs ».
+
+Les principaux centres de production sont Té, Dioandougou, Togouapolé,
+Oua, Flampleu, Bounda, Fineu, Danané, sur lesquels nous reviendrons à
+propos du commerce.
+
+D’après GAUVAIN, Kahounien, dans le moyen Cavally, par 6° 57 de lat.,
+est le marché limite des Kolas vers le Sud. Les _Guerrés_ de race
+Bakoué, vivant du 6° au 6° 30, c’est-à-dire plus au sud et qui ne
+cultivent pas les Kolatiers, viennent, paraît-il, y faire des achats.
+
+De son côté, D’OLLONE dit qu’en venant du sud il n’a trouvé les
+Kolatiers en abondance qu’à partir du pays Kopo, par 6° 40.
+
+Bounda, par 7° 7, est aussi un marché important pour les Kolas qui
+iraient de là à Flampleu.
+
+Vers le nord nous les avons observés encore abondants à Sampleu, près
+des sources de la Nuon et à Oua par 7° 45 environ.
+
+A l’époque où nous avons effectué notre voyage, en avril et mai,
+beaucoup de Kolatiers étaient en pleine floraison, mais il y en avait
+très peu à porter quelques fruits. La grande floraison dans cette région
+commence vers le 15 mai et se continue jusqu’au 15 juin. A cette époque,
+on ne voit que très rarement des cabosses sur les arbres, 2 ou 3
+bouquets au maximum par arbre et les 19/20 des Kolatiers n’en ont pas.
+La principale récolte se fait en octobre et novembre en même temps que
+la récolte du riz, mais les indigènes conservent plusieurs mois des
+réserves de noix dans leurs cases ou même dans la forêt et ne les
+vendent qu’au fur et à mesure de leurs besoins.
+
+C’est entre 250 m. et 350 m. d’altitude que les Kolatiers sont plus
+nombreux. On les observe habituellement en plein massif forestier, le
+long des sentiers de la forêt aboutissant à chaque village et surtout
+dans les carrefours de ces sentiers. Il est rare d’en rencontrer à plus
+de 500 mètres des villages.
+
+Ces Kolatiers sont généralement en très bon état, mais ils supportent
+une végétation d’épidendres très abondante : orchidées, fougères,
+_Calvoa_, _Begonia_, _Urera_ ; les branches sont fréquemment chargées
+d’une chevelure de mousses et de lichens.
+
+Les Kolatiers se nomment _Go_[110] (en dyola), _Hié_ (en guerré).
+
+
+b) _Pays des Touras ou Touradougou._ — Le Touradougou est situé à l’est
+et au nord-est du pays Dan. Il est extrêmement montagneux et la plupart
+des villages sont bâtis au sommet de dômes granitiques très escarpés,
+dressés souvent de plusieurs centaines de mètres au-dessus des villages.
+Il forme avec la partie orientale du Pays Dyola le district de Man, que
+nous avons traversé dans presque toute sa longueur en 1909. Ce district
+était alors administré par le lieutenant RIPERT, qui eut l’amabilité de
+nous accompagner durant notre voyage. Observateur attentif, il nous a
+fourni aussi des renseignements précieux sur les Kolatiers de ce
+district et sur ceux des régions comprises entre le moyen Sassandra et
+le Bandama, qu’il avait aussi parcourues.
+
+Dans le district du Man, il y a relativement peu de Kolatiers. La ligne
+des marchés du sud : Man, Gouékangoui, Tiéni (en pays Ouobé), Sépolé,
+Blo, Gouogouré (en pays Guéré), Sémien (en pays Ouobé) est alimentée de
+noix récoltées au sud.
+
+Au marché de Sémien en particulier, on vend des Kolas récoltés dans les
+pays Dyolas, Ouobés, Bétés, Ouayas et Lôs.
+
+La presque totalité des Kolas sont rouges. On ne trouve que de rares
+Kolas blancs sur les marchés[111]. D’après RIPERT, on trouverait dans
+ces régions un nombre relativement élevé de noix à trois cotylédons,
+appartenant néanmoins à l’espèce _C. nitida_.
+
+Dans le Touradougou proprement dit, il n’existe que quelques Kolatiers
+dans chaque village et il est rare que les Touras sédentaires fassent le
+trafic des noix. Certains _Cola rubra_ encore vigoureux et productifs
+s’observent dans des villages perchés dans les rochers jusqu’à 900
+mètres d’altitude.
+
+
+c) _Pays des Bétés._ — Le pays Bété proprement dit comprend presque
+toute la partie moyenne du bassin du Sassandra et les parties les plus
+occidentales du bassin moyen du Bandama. Au sud, il commence vers 5° 30′
+à hauteur de Boutoubré. Au nord, il s’étend jusque vers le 7° 45,
+puisque, d’après THOMANN, les _Ouayas_ ou _Bobouas_ proviendraient du
+croisement des Bétés et des Bakoués. A l’ouest, ce pays est bien limité
+par le cours du Sassandra qui sépare les Bétés des _Bakoués_ ou
+_Guerrés_. A l’est et au sud-est, les Bétés confinent aux _Lôs_ ou
+_Gourôs_. La pénétration du pays par nos soldats est toute récente.
+C’est seulement en 1903 que l’administrateur THOMANN réussit à se rendre
+de la Côte jusqu’à Séguela en suivant la vallée du Sassandra ; il quitta
+le fleuve à partir de Soubré et s’enfonça dans la forêt des Bétés d’où
+il ne sortit qu’à hauteur de Vavoua, pour venir déboucher chez les
+Mandé-Dioulas au Soudan. Des postes furent établis par la suite en Pays
+Bété à Guidéko, à Issia et à Daloa, mais ce n’est en réalité qu’en 1906,
+après la première révolte des Bétés, que la pénétration européenne a
+commencé. Au commencement de 1907, les officiers qui sillonnèrent toute
+la partie nord de cette province purent constater l’importance donnée
+par les Bétés à la culture des Kolatiers.
+
+En 1907, nous avons visité Soubré et Guidéko dans la partie sud de la
+région, c’est-à-dire celle qui n’exporte pas de noix de Kolas. Les _Cola
+pallida_ sont communs à travers la forêt, mais les indigènes n’en tirent
+aucun parti. La culture du précieux arbre commence seulement à hauteur
+d’Issia, par 6° 30 environ et c’est entre ce village et Daloa qu’elle
+atteint son plus grand développement.
+
+D’intéressants renseignements nous ont été communiqués par le capitaine
+SCHIFFER et par le lieutenant RIPERT, qui ont, le premier surtout,
+beaucoup circulé entre la Sassandra et le Bandama.
+
+Les races de Kolatiers qui dominent sont le _C. mixta_ et le _C. rubra_.
+D’après RIPERT, on trouve aussi dans les environs de Daloa un certain
+nombre de Kolatiers donnant exclusivement des noix blanches. Ces arbres
+sont toujours cultivés dans la forêt dense, à proximité des villages, le
+long des sentiers et sur les terrains occupés autrefois par les cultures
+de bananiers, de manioc et d’aroïdées. D’après les notes obligeamment
+communiqués par le capitaine SCHIFFER, au nord de la forêt, dans le pays
+de transition où les îlots de forêts alternent avec de grandes
+clairières, les Kolatiers sont peu abondants. On le constate en
+particulier dans le Yokolo, appelé par les _Bétés_ Sokuya ou Sokuea, par
+les _Gouros_ : Kuya-Fla, par les _Los_ et les _Dioulas_ : Ouaya ou Wuya.
+Les Kolas ne font qu’y transiter pour aller dans le nord. En réalité,
+ces noix proviennent des cantons du Leblé, du Balo, du Yokolo et du
+Bogué qui sont les seuls du pays Bété se livrant à la culture et à la
+récolte du Kola. La culture doit être très développée dans ces régions,
+puisque RIPERT qui a parcouru presque tous les pays à Kolas de la Côte
+d’Ivoire n’hésite pas à assurer que c’est dans ces cantons qu’il a vu
+les Kolatiers en plus grande abondance et c’est là qu’il a observé les
+plus belles noix : certaines, en très faible quantité il est vrai,
+atteindraient et même dépasseraient le poids de 100 grammes. Il ne
+serait pas rare de voir des lots entiers renfermant des amandes pesant
+de 20 à 40 grammes, avec lesquelles sont mélangées quelques autres
+encore plus lourdes.
+
+Vers le nord, d’après SCHIFFER, les Kolatiers deviennent déjà rares dans
+le Balogué ; de même vers le sud la véritable culture du Kolatier
+s’arrête au 6me degré, c’est-à-dire à hauteur de Bitri.
+
+De son côté, THOMANN dit n’avoir pas vu de Kolatiers dans le moyen
+Sassandra, ni chez les Los, ni chez les Babouas, mais seulement dans le
+Bogué et le Bala.
+
+
+d) _Pays des Lôs ou Gouros._ — Les Gouros, auxquels DELAFOSSE[112]
+attribue le nom de _Koueni_ et qui sont nommés _Lôs_ par les Mandés et
+_Gouros_ par les Agnis, habitent une région forestière située à la
+bordure ouest du Baoulé, par conséquent sur la rive droite du Bandama,
+principalement entre la Marahoué ou Bandama rouge et le Bandama blanc
+(rivière de Marabadiassa). Ils s’étendent en longueur du 6e au 8e
+parallèle. A l’ouest, ils sont limités par les Bétés, au nord par les
+Mandés-Dioulas, à l’est par les Baoulés avec lesquels ils sont mélangés
+sur la frontière.
+
+J. EYSSERIC[113] le premier a pénétré dans ce pays en 1897. Quelques
+années plus tard, en 1901, le capitaine SCHIFFER en commençait
+l’occupation. Divers postes militaires : Béoumi, Zuénoula, Bouaflé,
+Sinfra, Oumé, sont aujourd’hui installés dans cette contrée. L’état
+troublé dans lequel elle se trouvait en 1907 et 1909 ne nous a pas
+permis d’y pénétrer.
+
+Depuis longtemps, BINGER a fait connaître qu’une grande partie des Kolas
+transportés par les Dioulas du Soudan proviennent de cette contrée.
+
+D’après le lieutenant BEIGBEDER, ancien chef de poste de Sinfra, la
+principale province productive est le Koyaradougou. Les tribus qui se
+livrent à la récolte des Kolas sont les _Lôs Sia_ au sud et les _Lôs
+Mona_ au nord. Les Kolatiers sont plantés aux abords des villages, le
+long des chemins de la forêt et surtout aux carrefours, ces carrefours
+étant souvent l’emplacement d’anciens lieux habités. On ne les rencontre
+jamais en véritables plantations. Les arbres sont la propriété de la
+communauté du village. La principale récolte se fait en novembre et
+décembre. Il y aurait aussi une petite récolte en avril et mai.
+
+Le lieutenant RIPERT qui a parcouru aussi cette région assure qu’il y a
+peu de Kolatiers dans le pays Lô proprement dit ; des cantons entiers
+n’en produisent pas et dans toute la partie sud du pays Gouro, les noix
+de Kola sont inconnues comme produit d’échange. En réalité, les noix de
+Kola, considérées comme venant du pays Lô, viennent du pays des Bétés.
+Les Lôs sont des intermédiaires qui vont chercher les noix chez les
+Bétés pour les vendre sur leurs marchés aux femmes Mandé-Dioulas. Nous
+nous étendrons davantage sur cette question dans le chapitre consacré au
+commerce.
+
+Selon SCHIFFER, dans la partie septentrionale du pays des Lôs, il
+n’existe encore que quelques arbres isolés vers Kamalo, Koussana,
+Diorolé, Mankoro, Goaka. En pays Lô, le canton de Lueno ne possède
+qu’une cinquantaine d’arbres ; on en compte une centaine dans le canton
+de Mieole, quelques centaine dans ceux de Karagnian, Digougou, Naté.
+Ceux de Boromo, Gokomo n’en ont que quelques pieds. C’est seulement dans
+le canton de Niogor que les Kolatiers deviennent nombreux, mais ils ne
+sont véritablement abondants que dans le pays des Ouayas, principalement
+au sud, dans le nord du pays des Bétés et chez les Gouros vivant sur la
+rive droite de la Marahoué.
+
+
+e) _Pays des Ngans._ — Dans le récit de son exploration BINGER rapporte
+qu’une partie des Kolas exportés sur Kong et sur Bobo-Dioulasso
+proviennent de l’Anno ou Mango. Cette province que nous avons traversée
+est située au sud-ouest du grand centre de Bondoukou, mais les Agnis qui
+l’habitent ne produisent qu’une faible quantité d’amandes. En réalité,
+les noix de Kola dites de l’Anno proviennent en majeure partie du pays
+des Ngans situé au nord-est du Baoulé, entre 7° 30 et 8° de lat. N.
+d’une part et entre le moyen Nzi et le moyen Comoë, d’autre part. Dans
+le pays des Ngans, on distingue deux régions : 1o les Ngans du Guiamala,
+rattachés au cercle de Kong ; 2o les Ngans du Mango, dépendant du cercle
+du Nzi-Comoé, secteur d’Akouakoumékrou. Au N.-E., ils confinent au
+Bini ; plus au N. encore, vers le 8e parallèle commence le pays Barabo
+qui ne produit pas de Kolas. Les Ngans parlent presque tous la langue
+mandé-dioula ; au contact du Mango proprement dit, ils parlent aussi
+agni. D’après DELAFOSSE, ils seraient apparentés aux Lôs ou Gouros.
+
+Notre itinéraire de Bongouanou à Akouakoumékrou nous a conduit à
+proximité des Ngans du Mango et nous avons pu nous procurer des
+spécimens de rameaux en fleurs, de cabosses et de noix des Kolatiers de
+cette région. On y trouve des _Cola mixta_, des _Cola pallida_ et
+probablement aussi des _Cola_ ne produisant que des noix blanches mais
+non complètement identiques au _Cola alba_ du Kissi, car ce dernier a
+les fleurs entièrement blanches, tandis que le Kola blanc des Ngans
+aurait des fleurs rayés de pourpre. Ses noix ne sont pas du reste
+complètement blanches, mais d’un blanc-verdâtre à l’état frais, d’où le
+nom de _Biguendé oro_ (_Kola vert_) que lui donnent quelques soudanais.
+
+Dans les lots de Kolas achetés dans le pays par les dioulas, on trouve
+ordinairement mélangées aux noix blanches, un cinquième de noix rouges
+et de noix roses, tout à fait semblables à celles du Haut-Cavally ou de
+l’Achanti.
+
+Toutefois les arbres produisant exclusivement des noix rouges ou
+exclusivement des noix blanches n’existeraient pas au dire des
+indigènes. Mais cette assertion aurait besoin d’être contrôlée, car un
+Agni nous a montré aux environs d’Akouakoumékrou, où existent peu de
+Kolatiers, un arbre qui donnerait exclusivement des noix blanches.
+
+C’est cet arbre dont les fleurs présentaient trois raies pourpres sur
+chaque sépale en dedans du calice.
+
+Le passage du livre de BINGER que nous avons reproduit au 2e chapitre
+page 27 et qui assure que le Mango ne produit que des noix blanches et
+des noix rosées n’est en tout cas pas tout à fait exact.
+
+Dans une cabosse fraiche et parvenue à maturité, cabosse à forte crête
+dorsale et tuberculeuse-scoriacée à la face inférieure nous avons trouvé
+quatre noix rouges et une noix blanche. Par contre, nous avons examiné
+cinq cabosses qui ne renfermaient que des noix blanches.
+
+Les indigènes assurent que sur les arbres qui les produisent on trouve
+aussi quelques cabosses contenant des amandes blanches et roses en
+mélange, mais nous sommes loin d’en avoir la certitude.
+
+Les Ngans ne paraissent point disposés à fournir beaucoup de
+renseignements sur un végétal qui fait, en somme, toute leur richesse.
+Ils assurent qu’il n’existe qu’une seule race de Kolatiers dans leur
+pays, donnant des noix blanches, rouges et roses. Les variations
+constatées dans la taille des fruits, la coloration et la dimension des
+amandes, tiendraient seulement aux différences de sol, d’abri, de soins
+culturaux. Bien plus, ils assurent que des différences dans la
+coloration des amandes d’un arbre se produiraient parfois d’une année à
+l’autre : ainsi un Kolatier qui ne donne que des noix blanches et des
+noix rosées pourra produire aussi une autre année quelques noix rouges.
+
+Contrairement à l’assertion de BINGER, les dioulas que nous avons
+interrogés assurent que les Kolas des Ngans ne sont pas inférieurs à
+ceux des Achantis. Ils se vendent aujourd’hui aussi cher sur les marchés
+et se conservent aussi longtemps s’ils sont bien emballés.
+
+Seuls les Kolas blancs très lavés de vert, seraient de médiocre qualité
+et ne se conserveraient pas longtemps. Nous nous demandons si cette
+coloration ne proviendrait pas de ce que les amandes auraient été
+récoltées avant maturité.
+
+Les noix du Kissi, qu’on laisse mûrir sur les arbres, sont les plus
+estimées.
+
+La principale récolte des Ngans se fait en septembre et octobre. En
+décembre, il ne reste plus de cabosses sur les arbres ; une deuxième
+récolte, plus faible a lieu en juin. En dehors de ces périodes, les
+Kolatiers donnent quelques fruits tout au long de l’année. Ils sont
+presque constamment en fleurs.
+
+M. l’administrateur BARTHÉLEMY nous a communiqué d’intéressants
+renseignements sur les Ngans du Guiamala dont nous n’avons pu visiter le
+pays et sur la manière dont ils cultivent les Kolatiers :
+
+« Les Ngans sont arrivés dans le pays depuis trois ou quatre
+générations. Ils venaient des rives d’un grand fleuve (Comoë ou
+Volta ?), fuyant devant des voisins envahisseurs. Ils s’établirent sur
+la rive gauche du Nzi, là où le plateau central, qui sépare les deux
+bassins Comoë et Nzi, vient mourir en croupes peu élevées. A l’origine,
+ils étaient, sans nul doute, peu nombreux puisqu’ils ne purent fonder
+que deux villages, mais vivant dans la paix la plus complète ils se
+multiplièrent, si bien qu’à l’heure actuelle le pays des Ngans du
+Guiamala renferme 24 villages et plus de 2.500 habitants. A l’encontre
+de tous leurs voisins, ils échappèrent, vers 1895, aux ruines et aux
+massacres accumulés par les Sofas (soldats) de Samory et c’est surtout
+parce qu’ils étaient les producteurs des noix de Kola qu’ils furent
+épargnés.
+
+« Ils feraient trois récoltes de Kolas par an : la principale en
+octobre-novembre, une autre en février et mars et enfin une troisième en
+juin et juillet. Les cabosses sont de taille très variable : elles
+renferment 4, 6, parfois 10 noix ; on m’a affirmé en avoir vu qui en
+contenaient jusqu’à 20. La noix est blanche ou rouge ; la même cabosse
+peut contenir des noix de différentes couleurs, mais chez les Ngans, les
+Kolas blancs dominent. Les arbres sont ordinairement groupés en petites
+plantations de 250 à 300 Kolatiers espacés sans aucune symétrie ».
+
+Nous reviendrons plus loin sur ces plantations.
+
+
+4o _Zône sud et moyenne de la Côte d’Ivoire._ — Bien que le Kolatier n’y
+soit l’objet d’aucune exploitation et que la culture en soit
+rudimentaire, il existe partout dans la partie méridionale de la Côte
+d’Ivoire, depuis la mer jusqu’au 6° 30 de latitude. Non seulement on le
+trouve à l’état spontané à travers la forêt — et par endroits il
+constitue environ 1/100 des peuplements — mais presque toujours aussi on
+observe quelques Kolatiers plantés aux abords des villages.
+
+La consommation des noix de Kolas dans cette zone est très restreinte.
+
+Les autochtones en font rarement usage et en mâchent en petite
+quantité ; les sénégalais et soudanais employés de l’administration ou
+des maisons de commerce, recueillent souvent eux-mêmes sur les arbres
+existant aux abords des postes, les noix dont ils ont besoin.
+
+Depuis quelques années seulement, des dioulas soudanais achètent çà et
+là dans les villages de la forêt, des charges de noix de Kola et vont
+les vendre dans les principaux centres côtiers ou bien remontent dans le
+nord par les routes créées par l’administration ou même par le chemin de
+fer. C’est ainsi que nous avons constaté en 1909 que des achats assez
+sérieux de Kolas se faisaient déjà dans le Morenou, dans l’Attié, dans
+le pays Abé et ce trafic était tout à fait inconnu les années
+précédentes. Il est bien certain qu’en multipliant les routes, dont un
+beau réseau a déjà été créé depuis peu à travers la forêt, on
+développera de plus en plus l’exportation des Kolas, soit vers la côte,
+soit vers les régions soudanaises ; mais, sans se contenter d’exploiter
+les arbres sauvages qui donnent généralement des rendements faibles, il
+deviendra très utile de faire effectuer aux indigènes des plantations
+autour de chaque village. C’est à cette condition qu’on pourra suffire à
+la consommation qui se développe de plus en plus au Soudan.
+
+Il n’est probablement pas un canton dans toute la partie forestière de
+la basse Côte d’Ivoire où les Kolatiers ne se rencontrent déjà plantés
+en petite quantité. Les formes les plus fréquentes sont _Cola mixta_ et
+_Cola pallida_.
+
+Dans les forêts comprises entre le moyen Sassandra et le moyen Cavally,
+ainsi que dans tout le bas Cavally, nous avons remarqué fréquemment des
+Kolatiers à travers la forêt. On en trouve également à l’état cultivé
+chez les Tébo, les Trépo, les habitants de Grabo, et chez les Kroumen de
+la Côte.
+
+Dans ces régions, en juin, les Kolatiers ne portent pas de fleurs ; une
+abondante floraison commence vers le 15 juillet et continue pendant tout
+le mois d’août. C’est probablement cette floraison qui donne la grande
+récolte d’octobre et novembre.
+
+Dans les langues de ces régions, le Kola porte les noms suivants : _Oué_
+(trépo), _Houré_ (plabo, langue de Bériby), _Gouéré_ (néyau, langue du
+bas Sassandra).
+
+Il a été aussi signalé dans le cercle de Grand-Lahou et dans celui de
+Tiassalé.
+
+Le Kolatier est commun dans le grand massif forestier constituant le
+cercle des Lagunes et il y porte les noms suivants :
+
+_Bouessé_ (langue de Mbonoi), _Hapo_ (ébrié), _Halou_ (adioukrou), _Na_
+(abé), _Hahouessé_ (agni), _Lô_ (attié).
+
+De Dabou, M. JOLLY avait envoyé à PIERRE des spécimens d’un _Kola
+nitida_, qu’il considérait comme la source des Kolas blancs de la
+région ; ces spécimens sont conservés dans l’herbier du Muséum. Plus au
+N., dans la vallée de l’Agniéby et sur tout le parcours de la voie
+ferrée depuis Abidjan jusqu’à Nziville, nous avons observé partout des
+Kolatiers, soit à travers la forêt, soit plantés à proximité des
+villages. Très souvent ces arbres donnent de petites noix rosées, mais
+aux environs d’Agboville en pays _Abé_, on nous a apporté aussi des noix
+rouges pesant de 60 grammes à 100 grammes[114] et considérées par les
+soudanais comme étant de toute première valeur.
+
+
+Dans cette région les indigènes distinguent :
+
+
+1o Un Kolatier donnant exclusivement des amandes rouges, atteignant
+parfois une très grosse taille, nommé _Na hé_ (_Kola_ rouge). Assez
+commun.
+
+2o Un Kolatier donnant à la fois des amandes rouges et des amandes
+blanches. Assez commun à l’état cultivé.
+
+3o Un Kolatier donnant exclusivement des amandes blanches. _Na fo_
+(_Kola blanc_). Très rare et vraisemblablement importé.
+
+4o Un Kolatier donnant exclusivement des petites noix rosées. Assez
+rare. Les Abés le nomment _Oua Na_, Kola du sanglier. Il croît dans la
+forêt et les sangliers (potomochères) en seraient friands. D’autres
+indigènes assurent qu’on le nomme ainsi parce que sa couleur rappelle la
+robe fauve de ce sanglier.
+
+Les Abés laissent perdre encore beaucoup de Kolas dans la forêt.
+
+Cependant ils commencent à en recueillir les noix pour les vendre aux
+caravaniers soudanais circulant sur la voie ferrée.
+
+
+Dans le Morénou et spécialement dans la région de Sahoua, les Kolatiers
+sont assez répandus autour des villages. Nous y avons observé :
+
+1o des Kolas d’un beau rouge-brun (bons Kolas du Soudan) ;
+
+2o des Kolas moyens d’un jaune-rosé, parfois d’un blanc-jaune au
+sommet ;
+
+3o des Kolas d’un blanc-jaunâtre, légèrement verdâtres au sommet. Ces
+dernières noix sont dans la proportion d’un tiers environ et paraissent
+identiques aux _Kolas verts_ du Pays des Ngans. Certains soudanais ne
+les mangent pas, prétendant qu’ils donneraient la fièvre.
+
+Dans l’Indenié, le Sanwi, l’Attié, les Kolatiers existent çà et là le
+long des sentiers à l’entrée des villages. Dans ces provinces très
+boisées et fort humides ils sont souvent couverts d’épiphytes ; c’est
+ainsi qu’aux environs d’Alepé, leurs branches sont chargées d’une belle
+cactée, le _Rhipsalis Cassytha_ Gaertn. dont les rameaux verts sans
+feuilles rappellent des touffes de gui.
+
+Il n’est pas douteux que ces provinces remplissent les meilleures
+conditions pour la réussite de la culture du Kolatier.
+
+
+ =IV. — DAHOMEY.=
+
+
+« La Kolah du Dahomey, écrivait J. FONSSAGRIVES[115], est facilement
+reconnaissable à ce que chaque fruit se divise en quatre ou cinq
+parties. Elle est principalement récoltée à Abomey-Calavi et dans les
+environs, en septembre et octobre. Les plus gros fruits sont d’une
+couleur rose, les petits sont rouge vif ; on en trouve même quelques-uns
+blancs. »
+
+L’espèce donnant des noix à deux cotylédons (_C. nitida_) n’existait pas
+en effet au Dahomey jusqu’à ces dernières années, mais elle a été
+introduite depuis par le Service d’agriculture.
+
+Celle qui se rencontre dans tout le Bas-Dahomey jusqu’à hauteur de la
+bande marécageuse nommée Lama est le _C. acuminata_ (Pal. Beauv.) Schott
+et Endl. ; c’est du reste à une faible distance plus à l’est dans la
+province du Bénin, dépendant aujourd’hui de la Nigéria anglaise, que
+PALISOT DE BEAUVOIS avait découvert son espèce. Ce _Cola acuminata_ ne
+nous paraît exister qu’à l’état cultivé au Dahomey. Nous l’avons observé
+à Porto-Novo même, à Adjara, aux environs de Sakété, à Ouidah, aux
+environs d’Allada, à Zagnanado où il est à sa limite nord extrême. Il
+croît soit sur la bordure des palmeraies d’_Elæis_, soit dans les rues
+des villages, ou dans les cours-vergers avoisinant souvent les cases des
+indigènes, soit encore dans de petits bouquets de forêts où les
+Kolatiers sont souvent plantés en lignes et ombragent des Méléguettes
+(_Aframomum Melegueta_ K. Schum) également cultivés.
+
+Nous empruntons à SAVARIAU[116], qui lui-même les tenait des
+administrateurs du Dahomey, les renseignements suivants sur la
+répartition des Kolatiers :
+
+
+Les principaux peuplements se rencontrent :
+
+1o Dans le cercle de Porto-Novo, au voisinage de la rivière Iguidi, de
+la lagune d’Adjara, du Bas-Ouémé, existent toujours quelques pieds
+autour des nombreux petits villages du cercle ; on y rencontre aussi
+parfois des _Garcinia Kola_ Heckel.
+
+2o Dans le cercle de Cotonou, les plantations sont, d’après PROCHE,
+presque toutes localisées dans une bande de terrain nord-sud bordant les
+parties marécageuses à proximité de la rive droite de la rivière Sô,
+entre Agassa-Godomey et Abomey-Calavi. Sur 20.000 arbres environ, 15.000
+étaient en rapport, il y a cinq ou six ans. Il existe encore de nombreux
+Kolatiers près de la lagune qui s’étend à l’est de la voie ferrée depuis
+Pahou jusqu’à Arané.
+
+3o Dans le cercle de Ouidah, les plus importants des peuplements se
+rencontrent à Adjara, sur la lagune Toho (7.000 pieds) et à Domé
+(1.000), et quelques centaines de pieds se rencontrent à Savi et sur la
+rive du lac Ahémé de Segborouhé à Pomassi et Nazoumé.
+
+Dans le cercle de Grand-Popo, il n’y a pas de Kolatiers ou un petit
+nombre seulement ; on en rencontrerait toutefois encore un assez grand
+nombre dans les bas-fonds du cercle d’Allada et dans presque tous les
+thalvegs fortement boisés. Le cercle de Zagnanado n’en posséderait qu’à
+Gbaouté sur la rive gauche de l’Ouémé et à Dori-Cogbé dans le canton de
+Coyé.
+
+Avec le _Cola acuminata_, on rencontre parfois dans les petits bouquets
+de forêts du Bas Dahomey quelques exemplaires de _Cola verticillata_,
+qui ne paraissent pas avoir été plantés et seraient spontanés dans le
+pays. SAVARIAU qui avait observé le premier cette espèce dans un petit
+bois près de la gare de Sakété, désignait l’espèce sous le nom de _Kola
+fade du Dahomey_. M. NOURY nous a montré ces arbres que nous avons pu
+identifier avec les spécimens de la Gold-Coast du _C. verticillata_. Les
+noix sont ordinairement dédaignées des indigènes qui nomment l’espèce
+_Vigpô_ en dahoméen et _Abidan_ en nago.
+
+Nous avons donné la répartition géographique de cette espèce à la suite
+de sa description botanique.
+
+_Cola nitida_ ferait complètement défaut au Dahomey d’après des
+renseignements verbaux du regretté E. POISSON, qui avait exploré tout le
+Bas Dahomey au point de vue agricole. Quelques graines de cette espèce
+furent ensemencées, il y a environ sept années, au Jardin d’essai de
+Porto-Novo. Les plants qui en sont sortis sont aujourd’hui de petits
+arbres ayant pour la première fois porté des fruits en 1910.
+
+D’autres Kolatiers, ensemencées en divers points de la colonie,
+notamment à Cabolé, n’ont pas réussi.
+
+Peu de temps avant sa mort, SAVARIAU avait fait planter des Kolatiers de
+l’espèce _C. nitida_ dans divers bouquets de la forêt, notamment à
+Sakété et à Bokoutou dans le cercle de Porto-Novo, enfin à Niaouli, près
+Allada. Ces jeunes plantations, quand nous les avons vues en 1910,
+étaient en bonne voie.
+
+Il nous paraît toutefois peu probable qu’une essence aussi nettement
+adaptée à la vie des sous-bois des grandes forêts tropicales que l’est
+le _Cola nitida_ puisse prospérer au Dahomey. Il arrivera peut-être à
+vivre dans les bouquets de forêts qui existent çà et là jusqu’au 7me
+parallèle, mais il est douteux qu’il donne des rendements rémunérateurs.
+
+Il ne faut pas espérer le voir croître dans les villages du nord, comme
+Abomey, Savalou ou Djougou, où l’administration locale, mal renseignée,
+a tenté vainement de l’acclimater.
+
+Le Dahomey a d’autres essais agricoles beaucoup plus intéressants à
+poursuivre.
+
+
+ =V. — AFRIQUE ÉQUATORIALE FRANÇAISE.=
+
+
+Les Kolatiers de la grande forêt congolaise sont encore très mal connus.
+
+On ne peut y signaler pour le moment, d’une manière certaine, que les
+deux espèces _Cola acuminata_ et _Cola Ballayi_, que nous y avons
+observées en 1902-1904 et qui sont généralement confondues par les
+indigènes de la région gabonaise sous les noms de _Ombéné_ ou _Abèl_.
+
+Quelques voyageurs, dont nous rapportons les observations plus loin,
+auraient rencontré d’autres sortes de Kolatiers, mais rien ne prouve
+qu’il s’agit de plantes de la section _Eucola_, et ce point restera
+obscur tant que la question n’aura pas été étudiée sur place par un
+botaniste. Notre propre expérience nous a appris en effet qu’il était
+presque impossible de différencier des échantillons d’herbiers de ce
+groupe, à moins d’avoir une connaissance approfondie des espèces qu’on
+étudie : c’est la raison pour laquelle _Cola acuminata_ et _Cola nitida_
+ont été confondus dans les Herbiers jusqu’à nos jours par presque tous
+les botanistes.
+
+L’espèce la plus répandue dans tout le Gabon et probablement jusqu’au
+Moyen-Congo est le _Cola acuminata_. La forme de cette région,
+complètement identique avec celle de San-Thomé, que nous avons étudiée
+plus en détail, paraît différer un peu de la forme typique du Bénin et
+du Dahomey. C’est pour cette forme du Gabon que le savant PIERRE avait
+créé l’appellation de _Bichea carinata_[117]. Nous ne pensons pas pour
+notre part qu’on puisse les séparer spécifiquement.
+
+Le _Cola acuminata_ a été depuis longtemps découvert au Gabon par
+GRIFFON DU BELLAY, AUBRY-LECOMTE, le P. DUPARQUET ainsi qu’en témoignent
+les exemplaires conservés à l’Herbier du Muséum. C’est une espèce qui
+doit être très répandue au Gabon si l’on en juge par le nombre des
+spécimens de cet Herbier. Le P. KLAINE en particulier en a récolté
+beaucoup dans toute la région de Libreville.
+
+Nous avons vu nous-même la plante très abondante autour de Mayumbe où
+elle vit à travers la forêt.
+
+G. BERTHELOT DU CHESNAY a donné des renseignements intéressants sur la
+dispersion dans la région côtière du Gabon et spécialement près de
+Kakamoéka de cet arbre nommé _Makenso_ par les indigènes de race fiote
+et qu’il rapporte inexactement au _Cola Ballayi_[118] :
+
+« Il est une des essences constitutives des brousses de haute futaie
+dans tout le Gabon-Congo.
+
+« On le trouve poussant toujours avec une très grande vigueur, aussi
+bien sur les pentes fortes que sur les terrains plats, sur les bords des
+cours d’eau comme sur les sommets des montagnes (lesquels ne sont jamais
+situés au-dessus de 450 mètres), enfin dans les sous-bois très fourrés
+et les futaies clairsemées.
+
+« Il ne parait exiger que deux choses : d’abord un sol profond, argilo-
+ferrugineux, ensuite un bon drainage qui laisse ses racines en dehors de
+l’eau stagnante. Sa présence dans un endroit est un criterium certain
+que ce terrain n’est pas inondé lors des crues ; sur les bords du
+Kouilou-Niari, ils peuvent servir à indiquer les limites d’inondation du
+fleuve.
+
+« On conçoit dans ces conditions les indications précieuses que la
+simple vue de l’arbre donne au colon qui cherche dans la brousse un
+endroit à défricher.
+
+« Enchevêtré de lianes, privé de lumière et d’air dans la forêt, il
+donne une récolte relativement faible, à peine trois cents fruits à cinq
+noix par gousse, ce qui ferait trois mille noix de Kola pesant 45 à 50
+kilogs. »
+
+Le Kolatier a été aussi signalé dans beaucoup d’autres régions de
+l’Afrique équatoriale, mais les renseignements fournis par les voyageurs
+sont très imprécis pour qu’on puisse dire s’il s’agit toujours du _Cola
+acuminata_ ou aussi du _Cola Ballayi_ dont nous nous occuperons plus
+loin. C’est la première espèce qui domine au Gabon ; dans la région du
+moyen Congo où le _Cola Ballayi_ est fréquent, on observerait aussi,
+d’après BAUDON, mais plus rarement, une seconde espèce qui est très
+probablement le _Cola acuminata_.
+
+Casimir MAISTRE signale le Kolatier aux environs de Loudima, au
+confluent des rivières Niari et Loudima. « Le chef des Bakounis, dit-il,
+offrit des Kolas aux européens et aux sénégalais de la mission[119] ».
+
+LECOMTE a vu aussi des Kolatiers dans la région du Mayumbe et du
+Kouilou.
+
+Le docteur VOULGRE, en 1877, notait le Kolatier comme existant sur les
+plateaux du Pays Batéké[120].
+
+Le docteur SPIRE, qui a parcouru la grande forêt congolaise pendant la
+mission FOURNEAU-FONDÊRE, depuis l’Ogoué jusqu’à la Sangha, signale
+aussi l’existence de ces arbres. « Comme fruits comestibles, écrit-il,
+il faut encore parler de certaines variétés de Kolas, le _Ngoafou_, le
+_Ngoma_ des Pahouins. Je n’ai pas rencontré sur le sentier le Kolatier ;
+il existe cependant dans le pays des Ossyébas où les indigènes nous en
+apportaient incessamment des gousses[121] ».
+
+AUTRAN indique que le Kolatier est très abondant dans le Congo français
+et surtout dans le Como, l’Ogoué et le Fernan-Vaz. Il recherche surtout
+les endroits humides et le plus souvent le bord des ruisseaux[122]. Aux
+localités déjà citées, CAMBIER ajoute comme habitat : la Likouala-
+Mossaka, la Sangha, la Likouala-aux-Herbes. L’arbre vit, dit-il, non
+seulement dans les endroits humides, mais aussi sur les plateaux[123].
+
+Remarquons enfin que toutes les régions que nous venons de mentionner
+sont comprises dans les parties de l’Afrique équatoriale occupées par la
+forêt Vierge.
+
+
+_Cola Ballayi_ Cornu. — Quoique moins fréquente que la précédente, cette
+espèce existe aussi au Gabon et l’Herbier du Muséum en possède plusieurs
+exemplaires provenant du Mayumbe et de la forêt intérieure, mais c’est
+surtout dans le Moyen Congo et dans l’Oubangui qu’elle est répandue.
+C’est sans nul doute à cette espèce que DYBOWSKI[124] et FOUREAU[125]
+font allusion dans leur récit de voyage.
+
+En remontant de Brazzaville à Bangui, nous l’avons rencontrée aux abords
+de presque tous les villages à partir du 2° de lat. S. et elle remonte
+jusqu’à 4° 15 N., un peu plus haut que Bangui. Quelques-uns de ces
+arbres, vivant au carrefour des sentiers de forêt, à l’entrée et parfois
+même à l’intérieur des villages, paraissent avoir été plantés.
+
+
+_Kolatiers d’espèces indéterminées._ — En dehors des deux espèces
+énumérées, la forêt équatoriale recèle d’autres espèces du genre _Cola_
+à noix utilisables, mais il est impossible, en l’absence de documents,
+de dire si ces arbres appartiennent à des espèces ou des races étudiées
+plus haut ou s’il s’agit d’espèces nouvelles.
+
+Nous devons d’abord mentionner un Kolatier à larges feuilles
+retombantes, à limbe elliptique, arrondi à la base, présentant 7 ou 8
+paires de nervures secondaires. Il existe dans les serres du Muséum un
+exemplaire de cette plante obtenu de semences originaires du Congo et
+dont nous avons publié la photographie.
+
+Il semble que c’est à cette même plante qu’il faut rattacher le no 1209
+du P. KLAINE, recueilli aux environs de Libreville et conservé dans
+l’Herbier PIERRE au Muséum.
+
+En 1908, BUCHET a signalé au Gabon l’existence d’une espèce de Kolatier
+donnant des noix à deux cotylédons dont on peut faire usage. Cette
+espèce serait spontanée dans la région du moyen Como, à environ 150
+kilomètres du littoral de Libreville. Les noix sont de belle dimension,
+aplaties sur les deux faces et de couleur rose, parfois d’un rouge assez
+vif, mais jamais blanches.
+
+Elles germent comme celles du _Cola nitida_ et chaque cotylédon porte
+aussi une légère fente. La principale récolte a lieu de janvier à mars ;
+une petite récolte survient probablement vers septembre ou octobre. Les
+Pahouins en font à peine usage ; ils confondent l’espèce avec le
+Kolatier ordinaire[126].
+
+D’autre part, BAUDON écrit à l’un de nous qu’il a observé 3 espèces de
+Kolatiers sauvages au Congo : l’une produit des amandes à deux
+cotylédons, une seconde donne des graines volumineuses et presque
+toujours à quatre cotylédons, enfin une troisième fournit des noix à 5
+ou 6 cotylédons, qui sont couramment consommées par les indigènes. Nous
+avons vu des spécimens de cette dernière : c’est sans nul doute le _Kola
+Ballayi_.
+
+Enfin, le P. TRILLES signale aussi une grande variété de Kolatiers dans
+la partie du Gabon qu’il a explorée. La lettre qu’il nous écrivait en
+1909 à ce sujet doit être publiée :
+
+« Dans tout le pays que l’on pourrait appeler région de l’Ogowé, située
+tout au long de ce fleuve et allant jusqu’aux Monts de Cristal où la
+végétation devient différente et se rapproche de celle du Cameroun, on
+trouve en assez grande abondance le _Cola acuminata_. Ainsi, dans les
+forêts qui s’étendent de Libreville au cap Esterios, il est fréquent
+sauf au bord de la mer. Les Mpongoués le désignent sous le nom
+d’_Ombéné_. A cette occasion, il est fort regrettable que l’on donne
+presque toujours à propos de la flore gabonaise, les noms indigènes
+mpongoués ; cette tribu est presque éteinte et de nulle importance, à
+peine 400 à 500 individus mâles aujourd’hui.
+
+« Les Fang lui donnent le nom d’_Abel_. Il présente toujours de 4 à 6
+cotylédons.
+
+« De cet _Abèl_ ils distinguent deux variétés, d’après le goût du fruit
+âcre et moins âcre ; la première porte le nom d’_Abelayôl_ — ou _Abèl_
+qui fait vomir ; l’autre le nom d’_Abèl_ simplement.
+
+« L’_Abèl_ simple n’est pas employé ; l’_Abèlayol_, au contraire, est
+très recherché, non pour son fruit, aucune de nos populations de la
+région de l’Ogowé ne s’en servant — mais pour les racines et l’enveloppe
+du fruit, employés dans la gonorrhée et la syphilis. On donne également
+l’enveloppe du fruit broyée aux femmes enceintes pour faciliter
+l’enfantement.
+
+« L’_Abèl_ est, je crois, le _Cola acuminata_ ; avec sa variété, c’est
+le seul _Cola_ de ce groupe connu dans la région de l’Ogowé.
+
+« Lorsqu’on remonte un peu plus haut et que l’on atteint la région
+montagneuse, on trouve outre l’_Abèl_, deux autres espèces de _Cola_ :
+l’une porte le nom de _Nkork_, l’autre de _Ngwang_.
+
+« Le _Nkork_ est à deux cotylédons. On en compte 3 variétés qui doivent,
+je crois, tenir plutôt à la station. La première a deux gros cotylédons
+blancs qui bleuissent au contact de l’air. La saveur est sucrée, puis
+amère. Les Sénégalais qui étaient avec moi l’estimaient peu.
+
+« L’arbre est _très fréquent_ sur le bord des ruisseaux, marais, etc.
+
+« Une deuxième espèce de _Nkork_ a des fruits roses beaucoup moins gros,
+mais très abondants sur le tronc qui en était parfois entièrement
+recouvert.
+
+« Ces fruits ne changeaient guère au contact de l’air. On le trouvait à
+flanc de colline, dans les terrains pierreux. Les Sénégalais
+l’appréciaient beaucoup.
+
+« Enfin une troisième variété dite _Nkorketshork_, porte des fruits
+tantôt rouges, tantôt blancs, tantôt les deux réunis sur le même arbre.
+
+« Cette dernière forme est fréquente et dans ce cas les Fangs disent que
+_l’arbre est marié_, ou « _alongha_ » ; c’est le seul dont ils emploient
+la racine contre la syphilis.
+
+« Enfin une troisième espèce est connue sous le nom de _Ngwang_. C’est
+un bel arbre à bois blanc très dur et dont les Fangs du Nord estiment
+beaucoup les fruits. J’ai expliqué dans mon récit « _Mille lieues dans
+l’Inconnu_ », les accidents nerveux, tics de la face, etc.,
+caractéristiques des mangeurs de ce Kola. Le _Ngwang_ comprend également
+deux variétés assez distinctes. Il vous sera d’ailleurs facile de le
+retrouver, car j’en ai envoyé un échantillon complet de la rivière Ebé,
+au regretté PIERRE qui l’a nommé _Cola Trillesiana_[127] ». (P. TRILLES,
+in litt.).
+
+D’autre part CHALOT, a signalé qu’il existait dans la forêt de Mayumbe
+et dans les environs de Brazzaville un arbre à Kola donnant des fruits
+plus gros que le Kolatier ordinaire du Gabon. Ce dernier est connu entre
+Loango et Brazzaville sous le nom de _Makassou_[128].
+
+Nous ne savons presque rien sur les Kolatiers des territoires de la
+haute Sangha, situés en bordure de l’Adamaoua et où les caravaniers
+haoussas et foulbés viennent depuis longtemps (ce commerce était déjà
+ancien à l’époque du voyage de BARTH) acheter des Kolas. Le seul
+document de quelque valeur sur les noix de cette région est la lettre de
+A. GOUJON, publiée par HECKEL. « On trouve les Kolas, écrit-il, dans
+tous les pays situés entre Brazzaville et Koundé (Adamaoua), mais ce
+sont surtout les forêts qui bordent les ruisseaux de la contrée entre
+Kadou et Mambéré qui semblent être leur pays d’élection.
+
+J’en ai trouvé dans tous les villages ou à peu près et lorsque j’en
+demandais, on allait chercher quelques amandes enterrées dans un endroit
+humide pour les conserver, mais ce n’est que dans les pays en relations
+avec l’Adamaoua qu’ils font l’objet d’un grand commerce. Là ils sont
+classés par crus, comme les grands vins, portent les noms de leurs lieux
+de provenance et se vendent à des cours qui résultent de la qualité et
+des quantités existantes sur le marché.
+
+« J’ai vu à Gaza le prix de l’amande varier de 15 à 60 cauris. Le Kola
+le plus estimé est celui de Bayanda, dit _Kola Bafio_. Il doit cette
+préférence à la durée de sa conservation à l’état frais qui dépasse 3
+mois et à l’absence d’âpreté. A partir de Bem-Nasoury, le Kola n’est
+plus exporté vers le nord, parce qu’il ne se conserve pas. Celui de
+Koundé est même à peine consommé dans le pays à cause de son âcreté qui
+tient, je suppose, à ce que, à l’altitude de ce point, il ne mûrit
+qu’imparfaitement[129]. Je n’ai rencontré à Bania que la grosse variété
+de Libreville qui, lorsqu’elle est parfaitement mûre, est d’un rose
+assez vif. Je n’ai pas vu de Kola blanc[130] ».
+
+Le lieutenant P. CHARREAU, qui a séjourné aussi dans la Haute-Sangha,
+écrit que « c’est avec les noix de Kola venant de Nola, Bania, Cambé,
+que les Haoussas achètent à Ngaoundéré leurs bestiaux ».[131]
+
+D’après ce même auteur, les noix de Kola monteraient par Carnot et
+Koundé vers le Nord, en paiement des importations.
+
+Tout à l’est de nos possessions, d’après quelques voyageurs, il
+existerait encore des Kolatiers dans le haut Oubangui, notamment chez
+les Yakomas, entre Mobaye et Les Abiras. De là les noix sont
+transportées dans les Sultanats du Haut-Oubangui où les caravaniers
+islamisés venus du Ouadaï et du Darfour s’en approvisionnent. Récemment
+P. PRINS a signalé l’existence d’un Kolatier à noix rouges à Rafaï sous
+le 5me parallèle, près du confluent du Mbomou et de la Chinko[132].
+
+Il est possible qu’il existe encore quelques Kolatiers dans le sultanat
+de Tamboura, au sud duquel le Mbomou prend sa source. On sait que c’est
+tout près de là, mais légèrement au S.-E., chez les Monbouttous ou
+Mangbettous, que SCHWEINFURTH observa des noix de Kola.
+
+
+Il n’est pas sans intérêt de faire remarquer que les arbres de la
+section _Eucola_ ont leur limite septentrionale reportée de plus en plus
+vers le sud quand on s’avance de la côte Ouest vers le centre du
+continent. En Afrique occidentale ils sont spontanés jusqu’au 6° 30,
+puis cultivés en grand jusqu’au 8e parallèle et plantés çà et là
+jusqu’au 11e.
+
+A hauteur du Dahomey, on ne les rencontre plus au delà du 7° 30.
+
+Dans la Haute-Sangha, ce n’est qu’au sud du 4e parallèle qu’ils sont
+abondants. D’après GOUJON, ils montent encore jusqu’à Koundé par 6° de
+latitude, mais là ils ne produisent plus. Dans le Haut-Oubangui on n’en
+observe plus au delà de 4° 30′ et même les arbres ne donnent une bonne
+production que du 2° de lat. S. au 4° de lat. N.
+
+D’ailleurs l’un de nous a depuis longtemps fait remarquer que l’aire
+d’un grand nombre de végétaux de la forêt africaine a une limite
+septentrionale de plus en plus rapprochée de l’équateur à mesure qu’on
+s’avance de l’ouest à l’est.
+
+ * * * * *
+
+
+ =II. Colonies étrangères de l’Afrique occidentale.=
+
+
+ * * * * *
+
+
+ =I. — SIERRA-LÉONE=
+
+
+Les Kolatiers sont extrêmement répandus à l’état cultivé dans presque
+toute l’étendue de la colonie anglaise de Sierra-Léone qui en consomme
+beaucoup et en exporte chaque année des quantités de plus en plus
+élevées. Ils appartiennent à l’espèce _Cola nitida_ et presque tous à la
+race _C. mixta_. Nous avons observé ces arbres dans presque tous les
+villages de Sierra-Léone avoisinant notre frontière de la Guinée
+française, notamment dans la région montagneuse de Timbikounda, aux
+sources du Niger.
+
+Il en existe aussi beaucoup aux îles Scherbro.
+
+Son Excellence, le gouverneur de Sierra-Léone a communiqué à l’un de
+nous une note intéressante sur cette culture. Le Kolatier est
+principalement planté sur les bords des rivières et dans les cours des
+villages ; il existerait aussi à l’état sauvage. Les districts de
+Kogbotoma, de Hills, de Bagrou, de Koinadungou, situés dans la zone
+forestière sont les plus riches en Kolatiers.
+
+
+ =II. — RÉPUBLIQUE DE LIBÉRIA.=
+
+
+Cet immense territoire, peuplé de 2 millions d’habitants, est un des
+pays les plus favorables à la culture du Kolatier ; il y vit du reste à
+l’état spontané dans toute l’étendue de la grande forêt, aussi épaisse
+qu’à la Côte d’Ivoire.
+
+Malheureusement les 12.000 noirs Américo-Libériens[133] qui constituent
+toute la République, ne tirent aucun parti de cette richesse.
+
+La seule espèce se rencontrant çà et là est le _Cola nitida_, c’est-à-
+dire celle qui produit les meilleurs noix de Kola.
+
+Les diverses sous-espèces signalées déjà à la Côte d’Ivoire y existent
+vraisemblablement. Nous avons vu surtout les _Cola mixta_ et _Cola
+rubra_ dans les parties du haut Libéria que nous avons effleurées aux
+environs des monts de Nzô. En quelques villages de la rive droite du
+Bas-Cavally, que nous avons aussi visités, existent des _Cola pallida_.
+
+Pour la partie du territoire habitée par les Libériens, Sir HARRY
+JOHNSTON a publié quelques renseignements relatifs à la dispersion de
+l’arbre. Il est généralement planté dans la région côtière, les noix
+donnent lieu à un petit commerce local ordinairement entre les mains des
+Sierra-Léonais[134].
+
+Mais c’est principalement dans les territoires situés au N. du 7e
+parallèle, là où très peu d’explorateurs ont pénétré, que les Kolatiers
+deviennent communs. Ces territoires sont habités par des peuples _de
+même race que ceux qui vivent dans le sud-est de la Guinée française et
+dans le nord-ouest de la Côte d’Ivoire_. C’est également avec les
+territoires qui nous appartiennent aujourd’hui et que nous administrons
+depuis quelques années que les populations du centre de la forêt
+libérienne trafiquent le plus, de sorte que des échanges commerciaux
+continuels se font à travers la frontière artificielle qui vient d’être
+tracée. Chaque jour les indigènes de nos territoires apportent du bétail
+pour la boucherie et des articles de traite et emportent en échange, du
+cœur de la forêt, du caoutchouc et des noix de Kola. Il est difficile de
+fixer les quantités de marchandises qui s’échangent ainsi tout au long
+de l’année, mais le chiffre en est certainement fort élevé.
+
+
+ =III. — GOLD-COAST.=
+
+
+La Gold-Coast est aujourd’hui une des colonies les plus florissantes de
+l’Ouest africain. La culture du Cacaoyer faite exclusivement par les
+indigènes y a pris un admirable développement. La production des noix de
+Kola s’est aussi considérablement étendue.
+
+Ce développement agricole et commercial intense a été la conséquence de
+l’administration prudente et active qu’un certain nombre de gouverneurs
+ont pratiquée depuis surtout Sir Alfred GRIFFITCH et qui a été continuée
+ensuite avec un remarquable esprit de suite.
+
+Comme efforts de ces dernières années, nous citerons seulement : la
+construction du chemin de fer de Sekondie à Coumassie avec une rapidité
+inaccoutumée en Afrique ; le développement de l’enseignement indigène ;
+l’importance de plus en plus grande prise par les services agricoles de
+cette colonie ; l’enrichissement du Jardin d’Aburi, constituant
+aujourd’hui une des plus belles stations botaniques de l’Afrique
+tropicale, enfin récemment encore, la belle mission forestière accomplie
+par H.-N. THOMPSON et qui a eu pour résultat la publication d’un
+remarquable rapport[135].
+
+Aujourd’hui, la Grande-Bretagne récupère largement les sacrifices
+consentis. Elle exporte pour plus de 20 millions de francs de Cacao par
+an. L’exportation des Kolas par mer, qui était évaluée à 33.200 francs
+seulement en 1892, s’élevait déjà en 1903 à 1.264.025 kilos.
+
+L’exportation des noix de Kola par la frontière N. a pris aussi une très
+grande extension, puisqu’on l’évaluait en 1908 à 2.000 tonnes ou 70.000
+charges estimées sur place 2 millions, mais ayant déjà augmenté de
+valeur lorsqu’elles passent la frontière du Haut-Sénégal-Niger ou celle
+du Togo. La production totale du Pays Achanti, d’après un supplément de
+la _Gazette_ du gouvernement paru en 1909, serait d’environ 2.250
+tonnes ; car, outre les 2.000 tonnes qui passent en territoire français
+ou allemand, 250 tonnes descendent par le chemin de fer pour être
+embarquées à Sekondée à destination de Lagos. Cette même année 1908, il
+a été exporté par mer 2.004 tonnes de noix estimées 2.109.050 francs.
+
+Le Pays Achanti n’est pas, en effet, la seule province de la Gold-Coast
+produisant des noix de Kola. L’Akyem (ou Akam, ou Akim), l’Akouavou, le
+Prahsi, l’Adansi, en produisent aussi beaucoup.
+
+Les principaux marchés à Kolas de l’Akim sont : Insuaim, Essamang,
+Kwaben, Tumfa et Kankan[136].
+
+Enfin, d’après THOMPSON, le pays boisé compris entre Abetiti et Aburi
+serait aussi très propre à cette culture[137].
+
+Mais les plus belles plantations de Kolatiers se trouvent dans l’Achanti
+même, entre le 6° 30 et 7° 30, notamment entre Coumassie et Nkoranza.
+C’est cette région que les caravaniers désignent sous le nom de Pays de
+Gonja (ou Gonsha).
+
+Le _Cola nitida_ est la seule espèce cultivée ; dans l’Achanti, on
+rencontre, à l’exclusion de toutes les autres, la race ne produisant que
+des noix rouges, c’est-à-dire le _Cola rubra_. Dans l’Akim, existerait
+aussi le _Cola mixta_ à noix rouges et noix blanches sur le même
+arbre[138].
+
+Dans les parties les plus orientales de la colonie anglaise, notamment
+dans le bassin de la Basse Volta, sur la frontière du Togo, il est
+probable qu’on rencontre aussi le _Cola acuminata_ ; toutefois il n’a
+point encore été signalé.
+
+Enfin, dans l’Aquapim et principalement aux environs d’Aburi, existe le
+_Cola verticillata_, dont les noix ne sont pas exportées.
+
+
+ =IV. — TOGO.=
+
+
+La colonie allemande du Togo est surtout un pays de transit pour les
+Kolas allant de l’Achanti à la Nigéria du Nord.
+
+Quelques petites plantations indigènes y existent bien çà et là au sud
+du 8e parallèle, mais elles sont d’une faible importance et ne
+renferment pour la plupart que des _Cola acuminata_ produisant des noix
+de faible valeur commerciale.
+
+Les premiers renseignements sur les Kolas du Togo sont dus au lieutenant
+PLEHN.
+
+« La seule région du district de Misahöhe où le Kola de valeur se
+rencontre est celle de Tapa, qui se trouve dans la région montagneuse,
+vers 7° 30 de latitude N., à environ 400 mètres d’altitude et à une
+journée de marche de la Volta »[139].
+
+Peu de temps après le Dr GRÜNER, chef de la station agricole de
+Misahöhe, a appris l’existence de divers autres centres de culture,
+situés plus au sud jusqu’à 6° 43′ de lat., notamment aux villages de
+Kwamikrum, Govieve-Klubi, Ouvusata[140] dont les arbres appartiendraient
+au _Cola vera_.
+
+En 1900, le comte ZECH, alors chef de district, plus tard gouverneur du
+Togo, publie de nouveaux renseignements sur les Kolatiers de Tapa
+rapportés par K. SCHUMANN à son _Cola vera_.
+
+« Dans les environs de Tapa, écrit ZECH, se rencontrent un grand nombre
+de Kolatiers dont le dénombrement a été fait par l’assistant de la
+station, M. MISCHLICH, actuellement chef de la station de Kete-Kratyi ;
+ce dénombrement comprend 2.308 jeunes sujets et les arbres portant des
+fruits sont au nombre de 1.209. Un petit nombre de Kolatiers existe
+aussi au Togo près des mines de Kwawn dans le voisinage de la route de
+Ahamansen-Kagyehi, près des villages de Gbowiri. Dans toutes ces
+stations, j’ai pu remarquer que les Kolatiers recherchent de préférence
+les bois et qu’ils se développent surtout bien dans le voisinage des
+cours d’eau[141].
+
+D’après cet auteur, les Kolatiers de Tapa proviendraient de graines
+importées de l’Achanti.
+
+ZECH signale aussi une deuxième espèce de Kola croissant aux environs
+d’Avatime, à une journée de marche au S. O. de Misahöhe. « Une autre
+sorte de noix de Kola du Togo, dit-il, est dénommée _hanurua_ par les
+Haoussas ; PLEHN la désigne sous le nom de _Goro nrua_, mais je n’ai
+jamais entendu employer cette dénomination par des Haoussas. Cette noix
+se sépare en plus de deux cotylédons, elle se rencontre aux environs
+d’Avatime et existerait aussi dans le Yorubaland de même que dans
+certaines parties du Nufé où elle serait assez répandue. Elle est
+souvent mâchée par les femmes des tribus mahométanes et employée pour la
+coloration en rouge des dents et des lèvres. Ce _hanurua_ est également
+amené sur le marché à Kete-Kratyi. Il n’est pas fort prisé par les
+indigènes, car dans une chanson haoussa on fait la comparaison que le
+vautour n’est pas de la viande et le _hanurua_ pas un Kola. »
+
+Il est presque certain que l’espèce à laquelle ZECH fait allusion ici
+est le _Cola acuminata_.
+
+En 1902, O. WARBURG, revient sur les Kolatiers du Togo, il signale que
+d’après HUPFELD, il existe aussi 500 Kolatiers dans le pays de Boem.
+Mais dans tout le Togo les Kolatiers sont en définitive peu nombreux
+puisque la région de Tapa qui est la plus riche fournit à peine 20
+charges de 25 kilos de noix par an.
+
+Les Kolatiers de Tapa seraient identiques à ceux du pays Achanti :
+WARBURG les nomme _Cola sublobata_. D’autre part attire l’attention sur
+les Kolatiers de Owusutang dans le district de Kpandu qui, d’après
+BERNEGAU, donneraient des noix à deux cotylédons d’un rouge rubis, ayant
+le goût et la forme des noix rouges du Libéria « et donnant les mêmes
+réactions que le Kola de _Oberbonjongo_ au Cameroun ». WARBURG nomme
+cette plante _Cola astrophora_.
+
+Enfin le _Cola_ d’Avatime, étudié deux ans plus tard par BUSSE, est
+considéré par ce dernier auteur comme une espèce nouvelle : _Cola
+Supfiana_.
+
+En réalité, ainsi que nous l’avons indiqué dans un autre chapitre, tous
+les exemplaires d’herbier qui nous ont été communiqués par le Muséum
+botanique de Berlin, comme types des 3 espèces ci-dessus mentionnées,
+appartiennent au _Cola acuminata_. L’existence au Togo d’arbres donnant
+des noix à deux cotylédons ne saurait être mise en doute après les
+observations de GRÜNER et de ZECH, mais ces Kolatiers appartiennent
+probablement à l’espèce _Cola nitida_.
+
+Il est vraisemblable que le _Cola verticillata_ existe au Togo, mais
+cette espèce a peu de valeur.
+
+
+ =V. — NIGÉRIA.=
+
+
+Dans les parties boisées de la Nigéria du sud, notamment au Bénin, dans
+le delta du Niger et aux environs de Old-Calabar, le _Cola acuminata_ et
+probablement aussi le _Cola verticillata_ vivent à l’état spontané. Dans
+les provinces situées au sud de la forêt et aussi dans les régions
+occidentales confinant au Dahomey et qui constituaient jusqu’à ces
+derniers temps la colonie du Lagos, le _Cola acuminata_ est cultivé dans
+beaucoup de villages. Il remonte assez loin dans l’intérieur puisque
+BARTER l’a observé il y a plus de 50 ans dans le royaume de Nufé ou
+Noupé et il y existerait encore d’après les renseignements fournis à
+ZECH. Cette espèce est connue dans la Nigéria sous les noms d’_Abata_ et
+de _Fatak_. A l’époque du voyage de BARTER, elle était, au dire de ce
+voyageur, la seule espèce existant dans le pays ; les _noix de Gonja_ ou
+Kolas à deux cotylédons étaient apportées de la Gold-Coast, mais le pays
+n’en produisait pas. Aujourd’hui des _Cola nitida_ sont cultivés dans
+quelques villages du Noupé. Le comte ZECH a le premier attiré
+l’attention sur ces Kolatiers, donnant, d’après les indigènes, des noix
+supérieures à celles de l’Achanti.
+
+« Un indigène de Nufé m’indiqua les neuf stations suivantes dans
+lesquelles on pouvait rencontrer cette espèce de Kolatier. Laboshi,
+Tashi, Yakudi, Pagyi, Pagyiko, Kijiboku, Bété, Bida (capitale du Nupé)
+et Koda.
+
+« Tous ceux qui connaissent bien les noix de Kola, à qui je me suis
+adressé pour obtenir des renseignements sur ce _Laboshi_ considèrent
+cette espèce comme beaucoup supérieure au _Goro de Gonsha_ ; elle serait
+aussi un peu plus grande et plus rouge.
+
+« Tous les arbres de _Laboshi_ du Nupé appartiendraient au roi.
+
+« Ce dernier aurait dans toutes les stations des gardes spéciaux, qui
+veillent à ce que l’on ne vole aucun fruit. Le roi emploirait lui-même
+une partie des noix et en utiliserait une autre partie pour offrir aux
+grands du pays ou pour donner en cadeau à des citoyens de son royaume
+auxquels il veut faire une grâce particulière. Bien que le vol de noix
+soit puni de mort, il semble que des noix détournées ou volées arrivent
+assez souvent dans le commerce. Un indigène de Kano m’a raconté qu’il
+avait vu lui-même à Kano offrir pour 100 noix _Laboshi_ une valeur de 50
+Mks[142]. »
+
+En janvier 1904, l’Herbier de Kew reçut des spécimens botaniques du
+Kolatier de Labogie, qui permirent à O. STAPF d’identifier la plante
+avec le _Cola nitida_ de Sierra-Léone, mais les graines étaient plus
+petites. D’après W.-R. ELLIOTT, forestry officer de la Northern Nigeria,
+les plantations de ce Kolatier sont situées au fond des vallées humides
+et abritées, riches en humus, à une altitude comprise entre 450 et 550
+pieds. Ils vivent parmi des palmiers _Elæis_, dans une région où il
+tombe de 1 m. à 1 m. 25 d’eau par an et où la saison sèche sévit de
+décembre à avril[143].
+
+Dans la Nigéria du sud, les indigènes cultivent presque exclusivement
+l’_Abata Kola_. Il a été notamment signalé en 1904 par M. C. MAC-LEOD,
+dans le district d’Eket, à l’est de Old-Calabar, « vraisemblablement
+cultivé sur le bord des routes[144]. »
+
+Il est en outre répandu dans les districts côtiers du Lagos. Le Kolatier
+donnant des noix à deux cotylédons n’existe que dans de rares villages
+du Lagos ; il est connu des Yorubas sous le nom de _Gbanja Kola_.
+Beaucoup de noix de cette espèce sont importées et vendues à Lagos et à
+Ibadan.
+
+Depuis quelques années, le _Cola nitida_ a été planté par
+l’administration anglaise, spécialement aux jardins d’Ebute-Metta,
+d’Olokoméji, d’Old-Calabar.
+
+Nous ferons connaître dans un autre Chapitre l’importance du commerce
+des Kolas dans la Nigéria, et les quantités élevées de noix qui y sont
+importées chaque année.
+
+
+ =VI. — CAMEROUN.=
+
+
+D’après la monographie de K. SCHUMANN, il existait trois espèces de
+Kolatiers au Cameroun : le _Cola acuminata_, le _Cola Ballayi_, synonyme
+de _Cola acuminata_ var. _kamerunensis_, enfin le _Cola verticillata_,
+synonyme de _Cola anomala_. Le _Cola nitida_ a été introduit depuis une
+dizaine d’années par BERNEGAU dans les plantations européennes. Ce
+dernier auteur rapporte que CONRAU a vu encore des Kolatiers à 1.200
+mètres d’altitude.
+
+On est encore très mal renseigné sur la répartition de ces Kolatiers et
+sur leur degré de fréquence. Seul le _Cola acuminata_ serait répandu à
+travers la forêt.
+
+Il est possible du reste qu’il existe dans cette grande forêt d’autres
+espèces non dénommées. C’est ainsi que ZECH signale qu’il a vu des noix
+venant de Yaunde au Cameroun qui avaient deux cotylédons, mais étaient
+de couleur un peu plus pâle que les noix de _C. nitida_. Il s’agit
+probablement du _Cola_ à amandes à deux cotylédons, signalé aussi au
+Gabon par BUCHET et par le P. TRILLES. ZECH a montré cette noix à des
+Haoussas qui l’ont reconnue comme étant le _dankwatoffu_, qui est
+transporté de l’Adamaoua dans la Nigéria.
+
+D’après ZECH, on importerait un autre Kola de la région de l’Adamaoua
+sous le nom de _gandshigaga_ : « cette noix serait blanchâtre et aurait
+deux cotylédons. Elle n’aurait pour le goût rien de commun avec une
+vraie noix de Kola et serait encore moins bonne que le _hanurua_ ».
+
+BERNEGAU a bien publié aussi une note sur les Kolatiers du
+Cameroun[145], mais il ne donne aucun renseignement nouveau sur les
+espèces de ce pays ; il dit seulement que les noix du Cameroun se
+divisent en 4 ou 5 cotylédons ; mais il n’a pas fait la lumière sur les
+intéressantes noix à deux cotylédons mentionnées par le comte ZECH.
+
+
+ =VII. — CONGO BELGE.=
+
+
+Le Kolatier de PALISOT DE BEAUVOIS fut découvert par Christian SMITH,
+botaniste de l’expédition anglaise commandée par le capitaine TUCKEY et
+qui reconnut le Bas-Congo en 1816. Il est sans doute commun dans une
+grande étendue du Congo belge, mais comme le faisait remarquer récemment
+encore E. DE WILDEMAN, les documents concernant les Kolas utilisables du
+Congo existent en très petits nombre dans les riches collections du
+Jardin botanique de Bruxelles. Tout ce que l’on sait sur la distribution
+de ces espèces est résumé dans le récent travail de T. et H.
+DURAND[146]. Ce que ces auteurs appellent _Cola acuminata_ var.
+_Ballayi_ K. Schum. est la forme de _C. acuminata_ courante déjà
+signalée au Gabon et commune aussi au Congo. Le véritable _Cola Ballayi_
+existe aussi dans la colonie belge et a été nommé _Cola subverticillata_
+par E. DE WILDEMAN.
+
+T. et H. DURAND rapportent que le Kolatier commun est nommé _Ligo_ (en
+magago) et _Soro_ (en azandé).
+
+Les Kolatiers sont signalés dans les provinces de Banana, du Mayumbe, du
+Stanley-Pool, du Kasaï, du Lac Léopold II, de l’Equateur et de
+l’Ouellé ; d’après E. LAURENT, il existeraient aussi dans l’Aruwimi.
+Enfin, ainsi qu’il en est rapporté plus haut, SCHWEINFURTH a vu aussi
+des noix de Kola nommées _Nangoué_ dans le Haut Ouellé. Ces noix étaient
+probablement les amandes du _Cola Ballayi_ observé par nous dans le Haut
+Oubangui. Il ne saurait en tout cas s’agir, ainsi que le pense E. DE
+WILDEMAN, du _Sterculia tomentosa_. Ce dernier arbre, que l’explorateur
+allemand avait observé dans tout le bassin du Bahr-el-Ghazal, s’arrête à
+l’entrée de la forêt congolaise ; de plus, il produit de petites graines
+de la taille d’un gros haricot, très dures à maturité et tout à fait
+immangeables. D’autres auteurs ont voulu considérer comme espèce
+productive de noix de Kola la sterculiacée géante que SCHWEINFURTH
+signale dans sa relation de voyage sous le nom de _Koukourou_. Cette
+dernière n’est autre que le _Cola gigantea_ A. Chev., voisin du _Cola
+cordifolia_ et produisant comme lui des graines immangeables.
+
+
+ =VIII. — FERNANDO-PO.=
+
+
+Le _Cola acuminata_ à 4 ou 5 cotylédons a été signalé depuis longtemps
+par BARTER dans cette possession espagnole. MANN l’y a retrouvé et a en
+outre récolté dans l’île de Fernando-Pô, un Kolatier très remarquable,
+désigné par K. SCHUMANN sous le nom de _Cola acuminata_ var. _latifolia_
+K. SCHUM., et sur les amandes duquel nous manquons malheureusement de
+renseignements. Il est caractérisé par des feuilles larges, ovales-
+elliptiques, arrondies à la base ; les fleurs sont grandes et renferment
+ordinairement dix ovules par carpelle. La Guinée espagnole (Rio-Muni et
+Rio-Bénito) située entre le Cameroun et le Gabon, possède
+vraisemblablement les espèces signalées au Congo.
+
+
+ =IX. — SAN-THOMÉ.=
+
+
+Le _Cola acuminata_ est commun à San-Thomé et croît principalement à
+travers les plantations de Cacaoyers, depuis le niveau de la mer jusqu’à
+800 mètres d’altitude. D’après quelques auteurs, il n’y est pas
+spontané, mais aurait été apporté de l’Angola ou du Congo depuis une
+époque reculée. Les Portugais ne le propagent pas et n’en tirent qu’une
+très faible parti. Les graines transportées par les animaux ont amené la
+naturalisation de l’arbre jusque dans les forêts montagneuses non encore
+défrichées et on l’y rencontre en compagnie des Avocatiers et des
+_Psidium_ également naturalisés.
+
+Au sud de l’île, la principale floraison a lieu en janvier et les
+cabosses sont mûres en août-septembre. Dans le sol riche des cacaoyères
+les noix de Kola atteignent un très beau développement et il n’est pas
+rare d’en rencontrer du poids de 30 à 40 grammes, particularité rare
+pour cette espèce.
+
+Une seconde espèce, _Cola sphærocarpa_ A. Chev., a été rencontré par
+nous sur les hauteurs, à proximité du cratère de Lagua Amélia, mais elle
+n’a aucune valeur économique.
+
+
+ =X. — ANGOLA.=
+
+
+De 1854 à 1856, WELWITSCH a récolté des Kolatiers dans de nombreuses
+régions de l’Angola, notamment dans le Galungo-Alto. Suivant une note de
+cet explorateur publiée par W. H. HIERN, « la plante est à la fois
+indigène et cultivée dans les districts montagneux et offre un article
+lucratif pour l’exportation au Brésil. »
+
+Tous les spécimens de cette provenance appartiennent à l’espèce _Cola
+acuminata_ Schott et Endl.
+
+ * * * * *
+
+
+ =III. Les Kolatiers en dehors de l’Ouest africain.=
+
+
+Les Kolatiers ont été propagés dans presque toutes nos colonies
+tropicales où ils pouvaient s’acclimater, et il semble que presque
+partout c’est le _Cola nitida_, c’est-à-dire l’espèce produisant les
+meilleures noix qui a été introduite. Dans les Antilles et à la Guyane
+le Kolatier a été sans doute apporté à l’époque de la traite des
+esclaves. Dans la période de 1880 à 1895, M. E. HECKEL a fait de
+nombreux envois de graines dans les pays où la plante n’était pas
+signalée. C’est ainsi qu’il en existe aujourd’hui en plusieurs points de
+l’Indo-Chine ; à la Réunion, on en comptait en 1891 dix mille pieds. A
+Madagascar, on trouve des Kolatiers dans les jardins d’essais et en
+quelques centres européens ; la culture pourrait être étendue, car les
+noix de ce pays sont grosses et assez riches en caféine.
+
+Dans l’Afrique orientale allemande, le Kolatier a aussi fait son
+apparition. On l’a signalé enfin dans les Jardins botaniques de l’Inde,
+de Java et même en Australie.
+
+Il serait assez répandu au Brésil, au Vénézuéla et en Colombie, mais il
+est probable que, dans ces pays, existe le _Cola acuminata_ ; les
+Portugais et les Espagnols qui l’ont acclimaté fréquentaient surtout sur
+la côte d’Afrique les pays où vit cette dernière espèce à l’exclusion
+des autres. Il en existe un spécimen dans l’Herbier du Muséum, récolté
+par POITEAU en 1826, à Cayenne.
+
+Dans les Antilles anglaises et françaises, au contraire, on rencontre
+exclusivement le _Cola nitida_. C’est à cette espèce qu’appartient un
+rameau de l’Herbier du Muséum recueilli par PERROTTET vers 1820. Il
+porte exclusivement des fleurs mâles à androcée presque sessile, ce qui
+est fréquent dans _Cola nitida_. Cette particularité prouve que les bons
+Kolas existent depuis longtemps aux Antilles.
+
+M. W. HARRIS[147], superintendant du Jardin de Kingston à la Jamaïque,
+nous apprend que la noix de Kola est un article d’exportation
+intéressant pour ce pays ; on y cultive seulement l’espèce produisant
+les noix à deux cotylédons ; elle fut introduite dans la colonie vers
+1680. Les noix ont presque toujours deux cotylédons, parfois cependant
+il se développe un troisième cotylédon réduit.
+
+A la Trinidad, comme le Muscadier, mais en plus petite quantité
+cependant, on trouve dans les plantations de Cacaoyers, des Kolatiers
+qui se cultivent d’ailleurs dans les mêmes conditions comme sol, climat,
+abris et façons[148].
+
+Ces plantes fructifient vers la dixième année ; la récolte est facile ;
+mais à cause de la petite quantité de produits obtenus jusqu’à ce jour,
+aucun cours n’a été encore établi sur place pour cette denrée. Cette
+culture semble être en voie d’extension.
+
+M. HART en recommande la culture dans cette île « dans les mêmes
+conditions et les mêmes terres que le cacaoyer. »
+
+LECOMTE a vu des Kolatiers de très belle venue dans les Jardins
+botaniques de Sainte-Lucie et de Port-d’Espagne.
+
+M. VERMOND, d’autre part, nous a récemment affirmé qu’il en existait
+encore quelques pieds à la Guadeloupe et il en est de même à Haïti.
+CHALOT a signalé récemment l’existence de kolatiers produisant des noix
+à deux cotylédons à la Martinique[149].
+
+ * * * * *
+
+
+[Note 101 : Le Kolatier en Guinée. _Agr. Pays chauds_, 1907, 1er sem.,
+p. 401.]
+
+[Note 102 : Cependant les noix du Samo sont considérées comme les plus
+grosses de la région côtière. Ce sont aussi les plus cotées.]
+
+[Note 103 : _Agricult. Pays Chauds_, 1907, 1er sem., p. 400-401.]
+
+[Note 104 : POBÉGUIN. — Flore Guinée, p. 76.]
+
+[Note 105 : CASTÉRAN. — Les Kolatiers du pays de Kissi, _Bull. Soc.
+Acclim._, LVI, (1909), p. 275.]
+
+[Note 106 : Le prétendu voyage de Benjamin ANDERSON, en 1868, est sans
+doute une légende ; le fameux village de Mousardou qu’il aurait atteint
+en plein Soudan n’a pas été retrouvé et d’autre part son itinéraire ne
+mentionne aucune des rivières allant à la côte libérienne qu’il eût dû
+nécessairement couper.]
+
+[Note 107 : ZIMMERMANN (M.). — Résultats des missions BLONDIAUX et
+EYSSERIC dans le N.-O. de la Côte d’Ivoire. _Ann. Géogr._ 1899, p.
+252-264.]
+
+[Note 108 : Rapport du lieutenant WŒLFFEL sur la mission envoyée par le
+Soudan dans le bassin du Cavally (S. l. n. d. — Paris, 1900. Presse
+régim.).
+
+C. VAN CASSEL (membre de la mission Wœlffel). — La Haute Côte d’Ivoire
+Occidentale. _Bull. Muséum_, fév. 1901.
+
+Ibid. — Géographie économique de la Haute Côte d’Ivoire occidentale.
+_Ann. Géogr._, XII, 1903, p. 145-158.
+
+Aug. CHEVALIER. — Notes sur les observations botaniques et les
+collections recueillies dans le bassin du Haut Cavally par la mission
+Wœlffel en 1899. _Bull. Muséum_, 1901, p. 83.
+
+D’OLLONE. — De la Côte d’Ivoire au Soudan et à la Guinée, Paris, 1901.]
+
+[Note 109 : Voir notamment : LAURENT. — Les Diolas, _Bull. Soc. géogr.
+Afrique occ. franç._, I (1907), pp. 201-222, 268-286.
+
+JOULIA (J.). — Deux missions dans le Haut-Cavally. _Renseig. et Docum.
+Afr. franç._, XIX (1909), pp. 113-125, 136-146.
+
+CHEVALIER (Aug.). — Dans le nord de la Côte d’Ivoire. _La Géograph._, XX
+(1909), p. 25-29.
+
+Ibid. — Les massifs montagneux du nord-ouest de la Côte d’Ivoire. _La
+Géogr._, XX (1909), p. 207-224.]
+
+[Note 110 : Ou plutôt : _Godi_ est le nom de l’arbre et _Go_ celui de la
+noix.]
+
+[Note 111 : Sur les charges de Kola apportées à Man, on ne compte que 1
+à 2 % de Kolas blancs, et une proportion un peu plus forte de noix d’un
+blanc-rosé (RIPERT). Au cours de notre voyage de Danané à Sémien, les
+indigènes n’ont pas pu nous montrer un seul Kolatier produisant des noix
+blanches. C’est le _Cola rubra_ qui prédomine et le _C. mixta_ présente
+aussi quelques exemplaires.]
+
+[Note 112 : DELAFOSSE, M. — Vocabulaires comparatifs de plus de 60
+langues ou dialectes parlés à la Côte d’Ivoire, Paris, 1904, p. 145.]
+
+[Note 113 : EYSSERIC. — Rapport sur une mission scientifique à la Côte
+d’Ivoire. _Nouv. archiv. Missions scient._ IX (1899).]
+
+[Note 114 : A. CHEVALIER. Notes sur la Kola dans la forêt de la Côte
+d’Ivoire, _Agric. Pays chauds_, 1907, 1er sem., pp. 253-256.]
+
+[Note 115 : J. FONSSAGRIVES. — Notice sur le Dahomey, _Exp. Univ. de
+1900_, p. 356.]
+
+[Note 116 : SAVARIAU. — Le Kolatier du Dahomey, _Agr. pr. des pays
+chauds_, 1906, 6e année, 1re sem., p. 208.]
+
+[Note 117 : Nous avons dit précédemment que PIERRE avait substitué au
+nom générique _Cola_ le nom de _Bichea_ plus ancien.]
+
+[Note 118 : G. BERTHELOT DE CHESNAY. — Le Kolatier du Congo français,
+_Jour. d’Agr. trop._, 1903, p. 38.]
+
+[Note 119 : C. MAISTRE. — A travers l’Afrique centrale, 1895, p. 10.]
+
+[Note 120 : Dr VOULGRE. — Le Congo français, 1877, p. 78.]
+
+[Note 121 : Dr SPIRE. — Contribution à l’étude de la flore du Congo.
+_Agr. Pays Chauds_, I, 1901-1902, p. 204.]
+
+[Note 122 : V. AUTRAN. — Etude sur les bois du Congo, _Agr. Pays
+Chauds_, I, 1901-1902, p. 581.]
+
+[Note 123 : CAMBIER. — Les richesses forestières du Congo français.
+_Mois colon. et marit._, 1907, p. 748.]
+
+[Note 124 : DYBOWSKI. — La route du Tchad de Loango au Chari, Paris.
+1893. — Voir aussi SALMON, Mission Dybowski, p. 101.]
+
+[Note 125 : FOUREAU. — Documents scientifiques de la mission Saharienne,
+1905, p. 465.]
+
+[Note 126 : BUCHET. — Note sur le Kolatier au Gabon, _Agr. Pays Chauds_,
+1908, 1re sem., p. 521.]
+
+[Note 127 : Dans les _Cola_ de l’Herbier PIERRE, nous n’avons pas vu
+d’espèce désignée sous ce nom.]
+
+[Note 128 : CHALOT in HECKEL, l. c., p. 83.]
+
+[Note 129 : D’après CHARREAU. Koundé est à 935 m. d’altitude.]
+
+[Note 130 : A. GOUJON in HECKEL, l. c., p. 156.]
+
+[Note 131 : P. CHARREAU. — Le cercle de Koundé. _Mém. Soc. Sc. nat.
+Cherbourg_ XXXV, 1905-1906, p. 182.]
+
+[Note 132 : P. PRINS. — Observations géographiques en Pays Zandé,
+Bonda..., _Bull. Soc. Géogr. commerc._, XXXI, 1909, p. 570.]
+
+[Note 133 : Ces chiffres, concernant la population du territoire et le
+total des vrais Libériens, ont été donnés, en 1906, par Sir HARRY
+JOHNSTON, l’ancien gouverneur de l’Ouganda et du Nyassaland et
+l’explorateur le mieux renseigné sur Libéria.]
+
+[Note 134 : Sir HARRY JOHNSTON. — Libéria, 1906, p. 89, 400, 413, 414 et
+530.]
+
+[Note 135 : H.-N. THOMPSON. — Gold-Coast, Report on forests (Colonial
+reports, miscellaneous, no 66). London, 1910.]
+
+[Note 136 : _Kew Bulletin_, 1906, p. 91.]
+
+[Note 137 : THOMPSON. — _L. c._, p. 97.]
+
+[Note 138 : Kola seeds from the Gold-Coast, _Bull. Imper. Institute_, V,
+1907, p. 20-22.]
+
+[Note 139 : PLEHN. — _Tropenpflanz._ II, 1898, p. 53.]
+
+[Note 140 : GRÜNER. — _Tropenpflanz._ IV, 1900, p. 460 et V, 1901, p.
+17. — Voir aussi : _Rev. cult. col._, VIII, 1901, 1er sem., p. 214.]
+
+[Note 141 : _Wissenchaftl. Beiheste Deutsch-Kolonialb. Mittheil._ Bd.
+XIV, h. 1, p. 8-14 et _Rev. cult. col._, XIII, 1901, 1er sem., p. 367.]
+
+[Note 142 : ZECH. — _L. c._, trad. franç., p. 369.]
+
+[Note 143 : Labogie Cola, _Kew. Bull._, 1906, p. 89.]
+
+[Note 144 : _Protectorate S. Nigeria. Govern. Gazette_, janv. 1905, p.
+20.]
+
+[Note 145 : BERNEGAU. — _Tropenpflanz._ 1900. (Voir la même note
+traduite en français : Le Kolatier au Cameroun. _Rev. cult. col._, VII,
+1900, p. 558-561).]
+
+[Note 146 : Th. DURAND et Hélène DURAND. — Sylloge Floræ Congolanæ,
+1908, p. 61.]
+
+[Note 147 : Lettre du 6 mai 1909.]
+
+[Note 148 : ELOT. — Une mission à la Trinidad. _Rev. cult. col._, 1900,
+VI, 367.]
+
+[Note 149 : CHALOT. — Note sur le Cola, _Agr. Pays Chauds_, 1909, 1er
+sem., p. 341-343.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE X
+
+ * * * * *
+
+ =Ecologie et Biologie du Kolatier.=
+
+ * * * * *
+
+
+ =RAPPORTS AVEC LES DIFFÉRENTS MILIEUX.=
+
+
+En 1866, Ernst HAECKEL, l’illustre savant d’Iéna, dans sa Morphologie
+générale, a appliqué le nom d’_Ecologie_ à la science des rapports des
+êtres vivants avec le milieu dans lequel ils sont placés.
+
+E. WARMING a relevé la fortune de ce mot en insistant sur la valeur de
+l’idée à laquelle il répond ; depuis, la plupart des biologistes l’ont
+adopté et Ch. FLAHAULT, en particulier, l’a admis dans son essai de
+nomenclature en géographie botanique. « Le milieu, écrit ce botaniste,
+c’est l’ensemble des conditions physico-chimiques qui composent le
+climat ; c’est aussi le sol, ce sont encore les êtres avec lesquels un
+être vivant quelconque est en rapport nécessaire ou non. On doit donc
+distinguer le milieu climatique, le milieu édaphique, le milieu
+biologique ».[150]
+
+Passons en revue ces divers facteurs en ce qui concerne les Kolatiers.
+
+
+1o _Milieu climatique._ — La climatologie des régions qu’affectionne les
+Kolatiers est assez bien connue. Il faut à ces arbres pour prospérer un
+climat chaud et humide, de longues saisons de pluies interrompues par de
+courtes périodes sèches pendant lesquelles les arbres peuvent fleurir,
+enfin un éclairage peu intense. Quoique le ciel soit souvent gris dans
+les pays producteurs de Kolas, les arbres se développent mal en plein
+air, il leur faut l’abri partiel de la forêt.
+
+Nous possédons les données suivantes sur le climat des principaux
+centres où on trouve des Kolatiers de belle venue :
+
+A Conakry (Guinée française), les températures moyennes mensuelles sont
+comprises entre 24° et 28° ; la température descend très rarement au
+dessous de 20°. La moyenne annuelle des pluies oscille autour de 4 m. ou
+4 m. 50. Une période de sécheresse complète s’étend du 15 novembre au 15
+avril : les Kolatiers vivant sur un sol mal abrité contre le rayonnement
+souffrent beaucoup pendant cette période. L’humidité atmosphérique
+pendant la nuit, même en saison sèche, reste très grande et presque tous
+les matins on observe dans les lieux découverts une abondante rosée qui
+fait presque toujours défaut dans les lieux couverts où vit le _Cola
+nitida_. Bien que l’alizé du Nord-Est souffle parfois dans cette région,
+les Kolatiers, presque toujours plantés dans des endroits bien abrités,
+n’ont guère à en souffrir ; les plus atteints perdent une partie de
+leurs feuilles à l’époque du vent d’Est.
+
+Dans la partie de la Guinée avoisinant le N. du Libéria (Kissi), où
+prospère le Kolatier, les conditions sont un peu différentes. Les
+températures moyennes mensuelles sont comprises entre 23° et 27°. Il
+tombe environ 2 m. d’eau par an, mais les pluies se répartissent sur une
+plus longue période. L’hivernage commence parfois en février ; il est
+interrompu souvent en mai ou en juin par une petite saison sèche pendant
+laquelle l’air reste néanmoins humide dans les parties boisées. L’alizé
+du nord-est souffle parfois plusieurs semaines, mais il ne cause des
+dégâts que dans les lieux découverts.
+
+La forêt de la Côte d’Ivoire est, par excellence, le pays des Kolatiers.
+A la côte même (Grand-Bassam), on note de 24 à 29° comme moyenne
+mensuelle des températures, et environ 2 m. de pluies par an ;
+l’atmosphère est presque constamment humide et le ciel peu lumineux.
+
+Dans l’intérieur de la forêt, les pluies sont fréquentes même en saison
+sèche. Dans les régions montagneuses du Haut-Cavally, les sous-bois
+restent mouillés longtemps après les pluies ; un brouillard épais
+enveloppe souvent le sommet ou les flancs des montagnes ; cette très
+grande humidité ne paraît pas très favorable au Kolatier, en outre elle
+favorise le développement des lichens, des mousses et des autres
+épiphytes qui envahissent parfois toutes ses branches et empêchent le
+développement des inflorescences.
+
+Dans la partie du Congo située au sud de l’Equateur, les conditions
+climatériques sont à peu près les mêmes qu’à la Côte d’Ivoire, mais les
+saisons sont renversées ; c’est-à-dire que la saison des pluies commence
+en novembre et dure jusqu’en mai. Le Kolatier, comme tous les arbres
+vivant dans l’un et l’autre hémisphère, est parfaitement adapté à ce jeu
+des saisons.
+
+Ainsi les Kolatiers du sud du Congo mûrissent la plupart de leurs fruits
+environ 6 mois après ceux de l’Afrique occidentale française. Dans l’une
+et l’autre région, les arbres fleurissent ordinairement aux saisons
+sèches et c’est ce qui explique les variations observées dans les
+époques de maturation des fruits.
+
+
+2o _Milieu édaphique._ — Sous ce nom, on groupe les facteurs relatifs au
+sol et qui jouent aussi un grand rôle dans la distribution des plantes.
+Ce sont : la disposition topographique du terrain, la composition
+physique et chimique des terres, leur degré d’humidité.
+
+Il est rare que le Kolatier croisse à l’état spontané dans les montagnes
+rocheuses très en pente ; il abonde au contraire dans les plaines
+occupées par la forêt vierge. Dans la région Libéria-Côte d’Ivoire,
+c’est le _Cola nitida_ qu’on rencontre ; au Congo et au Cameroun, ce
+sont surtout les _Cola acuminata_ et _Cola Ballayi_. Les Kolatiers se
+plaisent surtout dans les terres recouvertes d’une épaisse couche
+d’humus. Pourtant, à la Côte d’Ivoire, cette couche est, par endroits,
+bien mince et la plupart des racines plongent dans la terre ocracée qui
+constitue le sol de presque toutes les régions de l’Afrique tropicale.
+Cette terre est généralement assez pauvre en éléments fertilisants. La
+teneur en azote varie de 0,50 à 1,50 p. 1000 ; teneur en acide
+phosphorique faible : 0,20 à 1 % ; teneur en potasse, parfois assez
+élevée, 0,50 à 1,50 % ; teneur en calcaire des plus faibles. Dans
+presque toute l’Afrique tropicale, les terres sont essentiellement
+siliceuses ; ce n’est qu’à proximité de certaines roches primitives et
+par suite de leur décomposition que la proportion de carbonate de chaux
+contenu dans le sol devient plus élevée.
+
+Au point de vue physique, ces terres se font remarquer par la forte
+proportion d’argile mélangée à des graviers et à des sables grossiers,
+ce qui les rend néanmoins perméables. Les Kolatiers n’enfoncent pas à
+une grande profondeur le pivot de leur racine principale. Celle-ci
+produit un grand nombre de ramifications dont les extrémités forment un
+chevelu dans l’humus superficiel de la forêt.
+
+Les sols compacts qui ne retiennent pas l’humidité sont défavorables au
+Kolatier ; les terres mélangées d’humus et ombragées par la forêt, qui
+gardent même pendant les périodes de longue sécheresse, une forte
+proportion d’eau, lui conviennent particulièrement.
+
+Il ne faut pas cependant que cette humidité soit exagérée.
+
+Le _Cola nitida_, par exemple, vit souvent dans la forêt de la Côte
+d’Ivoire, au bord des dépressions qui inondent à la saison des pluies,
+mais il ne se rencontre pas au centre de ces dépressions occupées par
+des îlots de _Raphia_ et où l’eau reste à l’état stagnant pendant
+plusieurs mois.
+
+
+3o _Milieu biologique._ — A l’état naturel, les Kolatiers sont au nombre
+des essences constituantes de la forêt vierge de l’Afrique tropicale
+occidentale : ils entrent dans la formation du deuxième étage de cette
+forêt ; de grands arbres, comme les _Eriodendron_, diverses espèces
+appartenant aux familles des Mimosées, des Artocarpées, des
+Euphorbiacées, etc., les dominent ; de leur côté, ils abritent un sous-
+bois d’arbustes et de petits arbres. Les lianes qui s’épanouissent au
+sommet des grands arbres enveloppent très rarement le tronc et les
+branches des _Cola_ ; elles leur seraient nettement défavorables. Par
+contre, de nombreux épiphytes vivent souvent sur le tronc et dans la
+fourche des branches.
+
+Au pied des Kolatiers, si l’ombrage n’est pas trop épais, on trouve
+souvent des Zingibéracées et les indigènes plantent parfois dans cette
+station l’_Aframomum Melegueta_, qui y prospère.
+
+Dans les parties les plus profondes de la forêt, le sol est souvent nu ;
+la demi obscurité qui s’étend sur le sol empêche le développement des
+plantes à chlorophylle ; les feuilles et les brindilles mortes tombées à
+la surface du sol sont clairsemées et promptement détruites par les
+champignons saprophytes.
+
+Dans les clairières de la forêt, créées par les déboisement des
+indigènes, le Kolatier ne reste vigoureux que s’il est bien abrité ;
+enfin, il fait toujours défaut à travers les savanes, même si elles sont
+très boisées.
+
+Quant aux parasites animaux ou végétaux, ils occasionnent des préjudices
+surtout aux Kolatiers cultivés. Nous les passerons en revue dans les
+chapitres relatifs à la culture.
+
+
+ =RAPPORTS DES KOLATIERS ENTRE EUX.=
+
+
+_Les Races._ — Les quatre espèces de la section _Eucola_ actuellement
+bien connues : _Cola nitida_, _C. acuminata_, _C. verticillata_, _C.
+Ballayi_, constituent un ensemble homogène, une unité systématique de
+valeur bien définie, dérivant de ce que HUGO DE VRIES appelle _un type
+primitif_. Chacune forme une _espèce élémentaire_, nettement
+caractérisée par un ensemble de différences dans la forme des différents
+organes. Toutes les quatre présentent cependant un grand nombre de
+caractères communs : même mode de vie, même forme générale des feuilles,
+mêmes inflorescences, même périanthe. Toutes les quatre sont cultivées,
+mais elles vivent aussi à l’état sauvage dans les forêts de l’Afrique
+occidentale.
+
+Les plantes sauvages présentent pour une même espèce élémentaire de
+Kolatier des variations profondes permettant de supposer que chacune est
+formée d’un mélange de races différentes, mais l’étude de la flore
+africaine n’est pas encore assez avancée pour qu’il soit possible de
+distinguer toutes ces races ou _espèces jordaniennes_. C’est seulement
+dans la _Cola nitida_ étudié par nous plus en détail qu’il a été
+possible de caractériser les quatre formes décrites dans un chapitre
+précédent.
+
+Deux de ces sous-espèces, _Cola pallida_ et _Cola rubra_, sont les
+seules qui aient été rencontrées jusqu’à ce jour à l’état sauvage.
+
+Presque partout c’est le _Cola mixta_ à noix rouges et à noix blanches
+qui est cultivé. Cette culture date de temps immémorial et à l’époque où
+l’Islam pénétra dans les régions soudanaises, vers le XIe siècle, il est
+probable qu’elle était déjà ancienne.
+
+Chose inattendue, ce n’est pas au milieu de la zône, où le _Cola nitida_
+est spontané, que sa culture s’est développée, mais à la lisière nord de
+cette zône, sur les confins de la forêt et même en pleine zône des
+savanes. Cette anomalie s’explique par le voisinage de la région
+soudanaise. Les peuples de race soudanaise sont ceux qui apprécient
+davantage les noix de Kola.
+
+La culture des Kolatiers n’étant pas possible dans leur pays ils sont
+venus chercher les précieuses noix dans les pays producteurs les plus
+rapprochés, c’est-à-dire à la limite nord de la forêt vierge et c’est
+ainsi que la culture de l’arbre a pris naissance dans ces contrées. Il
+n’y a pas eu de véritable culture à l’origine. Quand les peuplades
+forestières ont abattu la forêt pour cultiver des ignames, des bananiers
+ou du sorgho, ils ont respecté les arbres qui leur donnaient des
+produits utilisables directement et dont ils pouvaient tirer parti par
+des échanges commerciaux. Les graines abandonnées sur le sol
+produisaient en outre des germinations qu’on conservait ainsi et qu’on a
+fini par transporter dans des lieux plus appropriés. C’est à cela que se
+réduit encore de nos jours la culture du Kolatier chez la plupart des
+peuplades de la forêt.
+
+L’arbre ainsi transplanté, non sélectionné, privé des soins qu’on donne
+habituellement aux arbres cultivés s’est très peu amélioré dans un sens
+utile. Nous avons rencontré dans la forêt vierge du Pays Abé une forme
+sauvage du _Cola rubra_, qui donne des amandes beaucoup plus grosses que
+les Kolatiers cultivés.
+
+Cependant la culture a probablement fait naître, par mutation, des races
+nombreuses qui ont été conservées sans discernement, alors qu’elle ne
+constituaient pas toujours des variations intéressantes pour la
+production des noix de Kola.
+
+Comme le fait remarquer un auteur cité dans un chapitre précédent, les
+indigènes arrivent à reconnaître dans les noix de Kola des variétés
+nombreuses, exactement comme nous reconnaissons des crûs très divers
+dans nos vins. Les Kolas du Samo, des îles Scherbro, du pays Tôma, du
+Kissi, de l’Achanti, de Labogie ne sont pas identiques par leur saveur
+et leurs propriétés, au dire des indigènes, et cependant ils
+appartiennent à la même espèce globale, de la même manière que tous les
+pommiers cultivés qui produisent des fruits à saveur si variable
+dérivent d’une seule espèce globale _Pyrus Malus_, qui comprend aussi,
+comme le _Cola nitida_, un certain nombre d’espèces élémentaires.
+
+En résumé, comme chez la généralité des plantes cultivées et notamment
+chez les arbres, l’espèce botanique serait un groupe d’espèces
+_élémentaires_, pour la plupart déjà existantes dans la nature et que
+l’homme a seulement sélectionnées. Cette interprétation des faits,
+formulée par HUGO DE VRIES pour les arbres fruitiers des pays
+tempérés[151], nous paraît s’appliquer aussi aux Kolatiers, cultivés
+de temps immémorial en Afrique occidentale.
+
+
+_La vie végétative._ — Les Kolatiers se comportent comme la plupart des
+arbres des forêts tropicales à saisons sèches et à saisons pluvieuses
+différenciées. Ils sont halophiles, c’est-à-dire qu’ils peuvent
+supporter quelque temps un climat sec. Cependant leurs organes sont
+adaptés surtout aux climats humides et s’accomodent mal des sécheresses
+prolongées.
+
+Les feuilles sont coriaces et persistantes. Dans les endroits mal
+abrités, elles peuvent tomber simultanément en saison sèche sur la
+plupart des rameaux, mais cette défoliation est de très courte durée.
+
+Ces feuilles dans le jeune âge sont excessivement sensibles à la lumière
+et nous avons décrit, dans un chapitre précédent, le mécanisme par
+lequel le limbe s’incline plus ou moins, de manière à recevoir
+l’éclairage optimum.
+
+Comme toutes les Sterculiacées, les espèces du genre _Cola_ présentent
+dans leurs divers organes des canaux et des _cellules à mucilage_. Dès
+qu’une blessure intéressant les tiges ou les racines découvre les tissus
+sous-épidermiques, une quantité plus ou moins abondante de mucilage est
+extravasée et en se solidifiant forme une masse gommeuse recouvrant la
+plaie. Pendant ce temps la plante cicatrise la blessure, à moins qu’elle
+ne soit trop profonde. C’est ce qui arrive pour les galeries creusées
+par le _Phosphorus Jansoni_ dans les jeunes branches, qui ne tardent pas
+à se dessécher malgré l’exsudation de mucilage.
+
+
+_La fonction de reproduction._ — Les Kolatiers fleurissent pendant une
+grande partie de l’année, mais surtout pendant les saisons sèches. Les
+fleurs sont cachées sur les parties de l’arbre les moins éclairées et
+dans les mêmes inflorescences elles ne s’épanouissent que lentement, les
+unes après les autres.
+
+Ces fleurs présentent une remarquable particularité biologique.
+
+Le polymorphisme sexuel est des plus compliqués.
+
+Nous avons étudié ce polymorphisme chez les diverses races de _Cola
+nitida_. Elles possèdent comme toutes les espèces du genre _Cola_ deux
+sortes de fleurs :
+
+1o des fleurs exclusivement mâles avec un gynécée rudimentaire ;
+
+2o des fleurs hermaphrodites ou plus exactement d’_apparence_
+hermaphrodite, constituées par un gynécée normal, entouré à la base
+d’une double couronne de 10 étamines (20 thèques au total) paraissant
+normalement constituées et renfermant des grains de pollen. HECKEL
+assure que ces anthères contiennent un pollen souvent avorté. TSCHIRCH
+et ŒSTERLÉ sont moins affirmatifs.
+
+Pour être fixé, il faudrait faire des expériences de pollinisation qui
+n’ont pas encore été tentées. Plusieurs raisons nous font cependant
+supposer que l’autofécondation ne se produit pas : 1o dans les fleurs
+d’apparence complète, les anthères sont disposées de telle sorte que les
+grains de pollen peuvent parvenir difficilement aux stigmates ; 2o les
+fleurs mâles sur un arbre normal sont 20 fois plus nombreuses que les
+fleurs d’apparence complète et l’on ne comprendrait pas l’utilité de ces
+fleurs si l’autofécondation était possible ; 3o au moment où la
+déhiscence des sacs polliniques va s’opérer, un peu avant l’ouverture
+des lobes du périanthe, les fleurs du Kolatier dégagent un parfum
+spécial que l’on a comparé à l’odeur cadavérique ou à l’odeur
+d’excréments et ce parfum doit attirer les insectes qui ont pour
+fonction de transporter les grains de pollen d’une fleur à l’autre.
+Effectivement dans les fleurs mâles de Kolatier non complètement
+ouvertes on trouve habituellement nombre de petits insectes.
+
+Nous pensons donc que la fécondation croisée est la règle dans les
+Kolatiers. Par fécondation croisée, il faut entendre l’apport du pollen
+d’une fleur à une autre fleur qui peut néanmoins appartenir à un même
+arbre.
+
+Nous avons dit plus haut que les fleurs mâles sont environ 20 fois plus
+nombreuses que les fleurs d’apparence complète. Ces fleurs mâles sont
+distribuées de différentes manières.
+
+D’abord il existe des Kolatiers qui produisent, au moins à un stade de
+leur vie, exclusivement des fleurs mâles et c’est sans doute ce qui
+explique cette affirmation des indigènes qu’il y a des Kolatiers
+toujours stériles.
+
+Les noirs les conservent malheureusement dans leurs plantations, ce qui
+peut amener la fixation de cette race à sexes séparés ou au moins
+l’augmentation des individus mâles, à moins toutefois que les pieds
+constituent un état physiologique spécial. Nous n’avons jamais séjourné
+assez longtemps dans une région pour savoir si ces Kolatiers restaient
+mâles et improductifs de graines tous les ans, ou si au contraire cette
+unisexualité ne constitue qu’un stade dans la vie de l’arbre. Nous avons
+observé pour la première fois des Kolatiers cultivés à fleurs toutes
+mâles dans le Fouta-Djalon, au-dessus de 700 m. d’altitude, en 1905. Les
+arbres étaient tout aussi vigoureux qu’aux bords de la mer, mais à cette
+altitude, au dire des indigènes, ils sont souvent stériles et cela
+tient, selon nos observations, à ce qu’ils ne produisent presque plus
+que des fleurs mâles.
+
+En 1907, nous avons revu, dans la forêt de la Côte d’Ivoire, des
+Kolatiers, ceux-là spontanés, ne produisant que des fleurs mâles.
+
+Le plus souvent, c’étaient de jeunes arbustes, poussant dans l’épaisseur
+de la forêt. Les plantes s’étaient démesurément allongées alors que leur
+tronc était resté très grèle. Grâce à cette élongation, la plante
+condamnée à disparaître sous la voûte sombre de la forêt finit par
+amener quelques rameaux feuillés à hauteur de cette voûte. A ce moment,
+elle est sauvée et elle peut lutter contre les autres végétaux qui
+vivent dans son voisinage. Or, la plupart des Kolatiers vivant dans ces
+conditions ne portent que des fleurs mâles et souvent en très grande
+abondance. Le périanthe des fleurs est aussi très réduit, ce qui nous
+avait fait croire tout d’abord que nous nous trouvions en présence d’une
+espèce distincte du _C. nitida_.
+
+Le plus souvent les _Cola_ sauvages ou cultivés portent au moins
+quelques fleurs d’apparence complète (fleurs femelles). Sur ces arbres,
+certains rameaux donnent exclusivement insertion à des inflorescences
+mâles, puis quelques branches, cachées dans l’épaisseur de la ramure de
+l’arbre, portent quelques inflorescences mixtes.
+
+Sans des études expérimentales, il est impossible d’expliquer cette
+disjonction des sexes, tendant à la dioïcité.
+
+Si l’on multipliait par greffe ou bouture ces rameaux ne portant que des
+fleurs mâles en obtiendrait-on un Kolatier mâle ? HUGO DE VRIES cite un
+grand nombre d’arbres et d’arbustes cultivés dans les jardins,
+constituant des variétés horticoles, qui dérivent ainsi d’un rameau
+aberrant né sur une plante normale et multipliés ensuite par la culture.
+Plus tard, les arbres ainsi sélectionnés produisent parfois un ou
+plusieurs bourgeons qui donnent des rameaux ayant repris les caractères
+de la plante normale d’où ils dérivent. C’est ce que HUGO DE VRIES nomme
+des _bourgeons ataviques_.
+
+Nous pensons que nos Kolatiers à fleurs toutes mâles sont des anomalies
+dont certains bourgeons font parfois retour au type d’origine en
+produisant des inflorescences bisexuées.
+
+En général, on observe quelques fleurs femelles dans chaque
+inflorescence mâle. Le plus souvent les choses se passent de la manière
+suivante : sur un rameau florifère, issu d’un bourgeon, on observe
+quelques racèmes de fleurs toutes femelles (ou complètes ?) à la base du
+rameau. Plus haut se montrent des grappes de fleurs mâles qui portent à
+leur extrémité quelques fleurs femelles, enfin l’extrémité du rameau ne
+donne plus insertion qu’à des grappes de fleurs toutes mâles.
+
+Il est très rare de constater l’inverse, c’est-à-dire des grappes mâles
+à la base et femelles au sommet.
+
+Cette production, par le même arbre, à des stades successifs, de fleurs
+femelles et de fleurs mâles, a sans doute pour but d’empêcher
+l’autofécondation. Lorsqu’un Kolatier épanouit ses grappes de fleurs
+mâles, ordinairement les grappes de fleurs femelles ont leur pistil
+fécondé depuis longtemps, de sorte que le pollen a dû être apporté
+d’arbres voisins qui se trouvaient à un autre stade de végétation.
+
+Nous n’avons que très rarement observé des Kolatiers produisant des
+fleurs femelles en plus grande quantité que des fleurs mâles. Enfin,
+nous n’avons jamais vu ni dans les cultures, ni à l’état sauvage, des
+Kolatiers produisant exclusivement des fleurs femelles ou plus
+exactement des fleurs d’apparence hermaphrodite.
+
+Les faits que nous venons d’exposer montrent qu’il y aurait le plus
+grand intérêt à greffer le Kolatier en prélevant des greffons sur des
+arbres produisant beaucoup de fleurs femelles, puisque souvent la
+stérilité provient vraisemblablement de l’absence ou de la rareté des
+fleurs pistillées.
+
+On rencontre dans les régions tropicales un assez grand nombre de
+végétaux dont le polymorphisme floral ressemble à celui des Kolatiers.
+Nous avons déjà eu l’occasion de signaler le Palmier à huile (_Elæis
+guineensis_) qui est dans ces conditions (_Végét. ut._, VII, p. 37).
+
+Si nous adoptons la terminologie admise par R. CHODAT, le Kolatier est
+normalement _andromonoïque_, c’est-à-dire qu’à côté des fleurs
+hermaphrodites, il y a aussi des fleurs mâles.
+
+Enfin, dans certains cas, il peut devenir _androdioïque_, c’est-à-dire
+qu’à côté des individus monoïques, on en trouve d’autres exclusivement
+mâles. Ce dernier cas constitue sans doute une anomalie. Des Kolatiers à
+fleurs toutes mâles ne s’observent, comme nous l’avons dit, que dans les
+parties très ombragées de la forêt ou sur les montagnes. CHODAT a déjà
+observé, à propos d’autres plantes, que « les expériences de culture
+montrent qu’on peut, par une diminution de la fertilité du sol ou une
+luminosité amoindrie, augmenter considérablement la proportion de fleurs
+unisexuées sur les andromonoïques »[152]. La prédominance des fleurs
+mâles, ou même l’existence de ces fleurs, à l’exclusion des autres,
+s’expliquerait donc par des conditions climatiques ou édaphiques
+défavorables au Kolatier.
+
+Entre l’épanouissement des fleurs et la maturation des fruits des
+Kolatiers, il s’écoule ordinairement 6 mois. Ainsi que nous l’avons
+signalé, les fruits se développent ordinairement dans les parties les
+plus touffues de l’arbre non exposées à la lumière et ils s’insèrent sur
+des branches assez fortes.
+
+Dès le jeune âge, le petit embryon contenu dans le sac embryonnaire est
+divisé en autant de cotylédons qu’il en aura à l’état adulte et il
+possède déjà la coloration de la noix adulte : il est rouge si elle doit
+être rouge, blanc ou rosé dans le cas contraire.
+
+
+_Les races._ — Nous devons nous borner à signaler la présence de noix
+rouges et de noix blanches sur les mêmes arbres et souvent dans les
+mêmes follicules _chez la majorité des Kolatiers spontanés_ ou
+_cultivés_ en Afrique occidentale, ainsi que l’hérédité constante de ce
+caractère, mais nous n’avons pu trouver encore aucune explication de
+cette curieuse particularité dont nous ne connaissons pas d’analogue
+dans le règne végétal.
+
+C’est cette considération qui nous a amené à diviser le _Cola nitida_ en
+4 sous-espèces, se différenciant par des caractères minimes ; mais,
+d’après les indigènes, ces caractères seraient constants et
+héréditaires.
+
+Une des sous-espèces, le _Cola pallida_, se différencie par des
+caractères autres que la coloration des noix, mais les autres, _Cola
+rubra_, _C. alba_, _C. mixta_, ne présentent pas de différence en dehors
+de la coloration des noix ou des fleurs.
+
+Ces Kolatiers peuvent se grouper, ainsi que nous l’avons déjà dit, de la
+manière suivante :
+
+1o Kolatiers produisant exclusivement des noix rouges : _C. rubra_,
+(rares, sauf dans le pays Achanti) ;
+
+2o Kolatiers produisant exclusivement des noix blanches : _C. alba_
+(très rares) ;
+
+3o Kolatiers produisant des fruits dont les uns renferment seulement des
+noix rouges et les autres exclusivement des noix blanches, ou arbres
+produisant des follicules dans lesquelles les noix rouges et les noix
+blanches sont en mélange : _C. mixta_. Les Kolatiers de cette 3e
+catégorie forment les 99 % des plantations.
+
+Toujours les noix sont rouges, blanches ou rosées ; on trouve très
+accidentellement des embryons ayant une coloration moitié rouge et
+moitié blanche ou des marbrures des deux couleurs.
+
+Nous avions pensé tout d’abord que les noix blanches étaient simplement
+un _lusus_, un de ces cas d’albinisme qui sont si fréquents dans la
+nature et qui ne sont ordinairement pas héréditaires. Mais comme les
+noix blanches se reproduisent tous les ans chez les mêmes arbres et en
+assez grande proportion, dans plusieurs régions à la fois, nous avons
+cherché une autre explication.
+
+On peut d’abord supposer que les deux sortes de graines sont destinées à
+produire des arbres ayant des rôles physiologiques différents à remplir
+au point de vue de la conservation de l’espèce : les unes, par exemple,
+seraient destinées à la production du pollen fécond et les autres
+destinées à produire plus particulièrement des arbres à fleurs femelles.
+HUGO DE VRIES a cité des cas de différenciation sexuelle de ce genre.
+
+Ce serait un cas de dimorphisme sexuel où les sexes pourraient se
+différencier dès l’embryon qui aurait une coloration différente suivant
+qu’il serait destiné à produire l’un ou l’autre sexe.
+
+On peut aussi supposer que les Kolatiers produisant des noix blanches et
+des noix rouges, sont des descendants de lignées d’origine hybride. On
+ne connaît pas à l’état sauvage des Kolatiers à noix blanches, mais rien
+ne s’oppose à ce qu’il en existe ou à ce qu’il en ait existé. Il a donc
+pu se produire dans la nature ou dans les plantations des croisements
+entre ces deux races.
+
+Le _Cola mixta_ serait le résultat de cette hybridation et sa propriété
+curieuse de produire des noix rouges (dans la proportion moyenne de 66 à
+75 %) ainsi que des noix blanches et parfois aussi quelques noix de
+teinte intermédiaire, l’aurait fait multiplier par les indigènes, à
+l’exclusion des parents dont il serait issu.
+
+Mais si ce _Cola_ a vraiment une origine hybride, on devrait, suivant la
+loi de MENDEL, observer constamment dans les générations successives, le
+retour partiel à l’un et l’autre des parents.
+
+Si la loi de MENDEL était applicable aux Kolatiers, les choses devraient
+se passer de la manière suivante :
+
+La coloration rouge des noix étant sans aucun doute le _caractère
+dominant_ par rapport à la coloration blanche, c’est ce caractère qui
+persisterait au premier croisement, celui de l’autre sous-espèce serait
+masqué ou _latent_. La première fécondation croisée donnerait donc
+exclusivement des noix rouges. Dès la deuxième génération, suivant la
+loi de MENDEL, notre hybride devrait fournir :
+
+1o 1/4 de noix blanches qui, ensemencées, donneraient des Kolatiers
+produisant ainsi que tous leurs descendants, exclusivement des noix
+blanches.
+
+2o environ 3/4 de noix rouges. Si on ensemence ces noix rouges et si on
+empêche toute fécondation croisée, on devrait constater que les arbres
+qui en proviendront renferment aussi 25 % d’arbres fournissant ainsi que
+leurs descendants, exclusivement des noix rouges et 50 % conservant leur
+nature hybride, c’est-à-dire produisant 1/4 de noix blanches et 3/4 de
+noix rouges.
+
+Ces proportions se répètent pendant les générations successives, de
+sorte qu’après un certain nombre de générations la plupart des lignées
+seraient retournées à l’un ou à l’autre parent, si bien que les
+Kolatiers à noix rouges et les Kolatiers à noix blanches seraient en
+très grande prédominance par rapport aux Kolatiers produisant à la fois
+des noix rouges et des noix blanches.
+
+Or, il n’en est pas ainsi dans la réalité.
+
+Les formes donnant à la fois des noix rouges et des noix blanches,
+c’est-à-dire appartenant au _Cola mixta_, sont en très grande
+prédominance.
+
+En Guinée française, on trouve à peine 1 % des arbres à noix toutes
+rouges (_Cola rubra_). Quant aux arbres à noix toutes blanches (_Cola
+alba_), ils font généralement défaut et même au Kissi il en existe à
+peine 1 ‰.
+
+Du reste, dans cette dernière sous-espèce, il existe un second caractère
+différentiel combiné avec l’albinisme des embryons, c’est l’albinisme
+complet du périanthe. Certains hybrides :
+
+ _Cola alba_ ♂ × _C. rubra_ ♀ ou _Cola rubra_ ♀ × _C. alba_ ♂
+
+devraient aussi reproduire l’albinisme de la fleur, et nous n’avons
+cependant jamais observé ce caractère quoique ayant examiné la fleur de
+_Cola mixta_ sur des milliers d’arbres en chaque région où cette sous-
+espèce existe.
+
+Si le _Cola mixta_ est le résultat d’une ancienne hybridation, on se
+trouve donc en présence d’un cas qui fait exception à la loi de MENDEL.
+
+Ce n’est, en réalité, que par l’expérimentation qu’on arrivera à
+élucider ces points qui ont un réel intérêt au point de vue de la
+culture.
+
+Bien qu’il s’agisse de groupes morphologiques plus éloignés,
+l’hybridation du _Cola nitida_ avec l’une des espèces à trois, quatre ou
+cinq cotylédons, ne nous paraît pas impossible et c’est probablement ce
+croisement qui expliquerait des faits signalés par JOHNSON, ancien
+directeur du Jardin d’Aburi (Gold-Coast), à M. le Dr STAPF, de l’Herbier
+de Kew (duquel nous les tenons in litt. ad auct.). Il s’agirait d’un
+« Cola vrai » qui produirait 68 % de graines à deux cotylédons, les
+autres graines 32 %, étant à plus de deux cotylédons. Pour notre part,
+nous n’avons jamais rencontré dans tous nos voyages que des Kolatiers
+produisant toujours soit exclusivement des noix à deux cotylédons, soit
+exclusivement des noix à plus de deux cotylédons. Le fait qui nous est
+signalé par M. STAPF s’explique d’autant mieux par l’hypothèse de
+l’hybridation, que nous savons qu’il existe à la Gold Coast des
+Kolatiers produisant des noix à deux cotylédons (Kola Achanti) et des
+Kolatiers produisant des noix à plus de deux cotylédons.
+
+En résumé, les Kolatiers sont des arbres dont l’homme s’est occupé
+probablement depuis des époques très reculées, mais qui n’ont pas été
+améliorés avec autant d’habileté que les arbres fruitiers des pays
+tempérés. La culture rationnelle appliquée à ces arbres pourrait donc
+les transformer considérablement dans un sens avantageux.
+
+[Illustration : Aug. CHEVALIER et Ém. PERROT.
+
+=Les Kolatiers.=
+
+FIG. 35. — Philogénie des _Cola_ de la section _Eucola_.]
+
+
+_Dissémination et multiplication._ — Les Kolatiers spontanés en forêt ne
+produisent que rarement des fruits. A maturité, ceux-ci tombent,
+entraînés par leur propre poids et les graines sont mises en liberté,
+soit par suite de la déhiscence du follicule, soit par la destruction
+lente du péricarpe.
+
+Les graines germent sur place, à moins qu’elles ne soient entraînées à
+quelque distance, soit par le charriage des eaux, soit par les animaux.
+
+En diverses régions, les indigènes nous ont affirmé que toutes les noix,
+même très fraîches, n’étaient pas susceptibles de germer. Par contre,
+nous avons vu parfois des charges entières de Kolas renfermés dans des
+couffins tenus trop humides, dont presque toutes les noix entraient
+simultanément en germination.
+
+Dans les plantations indigènes on cueille presque toujours les cabosses
+sur l’arbre avant complète maturité. Quelques fruits cachés dans les
+feuilles échappent parfois aux récolteurs et les graines qu’ils
+renferment, en se semant d’elles-mêmes, contribuent à l’extension de la
+plantation.
+
+
+_Philogénie des Kolatiers._ — Il est bien difficile dans l’état actuel
+de la science, de présenter le phyllum des espèces du genre _Cola_ et
+leurs rapports avec les Sterculiacées voisines. Le tableau ci-contre
+(Fig. 35) est un essai dans ce sens.
+
+Il est assurément très hypothétique, mais il a l’avantage de résumer
+sous forme de schéma, les faits présentés dans les chapitres précédents.
+
+ * * * * *
+
+
+[Note 150 : C. FLAHAULT. — Les progrès de la géogr. bot. depuis 1884,
+_Progress. rei botan._, I, p. 244.]
+
+[Note 151 : HUGO DE VRIES (trad. L. BLARINGHEM). — Espèces et variétés,
+leur naissance par mutation, p. 49.]
+
+[Note 152 : R. CHODAT. — Principes de Botanique, Genève, 1911, p. 659.]
+
+
+
+
+ TROISIÈME PARTIE.
+
+ * * * * *
+
+ =Étude chimique et pharmacologique de la noix de Kola=
+
+ * * * * *
+
+ CHAPITRE XI.
+
+ * * * * *
+
+ =Composition chimique des noix de Kola.=
+
+ * * * * *
+
+
+La noix de Kola ne fut vraiment utilisée d’une façon courante en
+médecine européenne que depuis la communication de HECKEL et
+SCHLAGDENHAUFFEN[153] en 1883.
+
+Les recherches chimiques concernant cette drogue sont donc relativement
+récentes, quoique très nombreuses. Jusqu’à ces dernières années, la
+composition du Kola fut l’objet de maintes dissertations scientifiques
+et même de discussions qui attestaient que cette question restait somme
+toute, fort mal connue.
+
+La faute initiale en revient entièrement à KNEBEL[154], qui en donnant
+le nom de _Kolanine_ à un produit extractif, amorphe et nullement
+défini, a faussé les connaissances de ses contemporains et paralysé
+l’effort de ceux que l’attrait de la recherche des composés actifs du
+Kola aurait poussés dans cette voie. Le travail si intéressant de KNOX
+et PRESCOTT[155] n’est pas même arrivé à détruire, dans l’esprit des
+pharmacologistes, l’impression causée par l’opinion si légèrement
+avancée par le chimiste allemand[156]. Il importe donc d’exposer
+rigoureusement l’histoire analytique des recherches chimiques publiées
+par les divers auteurs.
+
+ *
+ * *
+
+L’action physiologique de la noix de Kola, présentant quelques analogies
+avec celle du thé et du café, amena F. DANIELL[157] à y rechercher la
+caféine et, le premier, il y caractérisa la présence de ce composé
+xanthique. Il put l’isoler par les procédés employés à cette époque,
+c’est-à-dire par décoction, précipitation des composés tanniques par
+l’acétate de plomb et élimination du plomb par l’hydrogène sulfuré. La
+solution obtenue évaporée donna des cristaux de caféine dont la présence
+fut confirmée peu après par LIEBIG[158].
+
+DANIELL remit, pour recherches analytiques plus complètes, des matériaux
+à J. ATTFIELD[159], qui fit une analyse détaillée (voir tableau) des
+noix de Kola sèches, _tout en regrettant de ne pouvoir étudier les noix
+fraiches dont la composition serait, dit-il, des plus intéressantes_.
+
+D’autres chimistes se sont également occupés de la composition
+centésimale de la noix de Kola ; ce sont tout d’abord HECKEL et
+SCHLAGDENHAUFFEN[160] (1884), puis LASCELLES-SCOTT[161] (1886), CHODAT
+et CHUIT[162] (1888), UFFELMANN et BÖMER[163], KNOX et
+SCHLOTTERBECK[164] (1895), KŒNIG[165] (1904).
+
+Mais ces recherches ont eu surtout pour objectif une détermination
+_quantitative_ des divers éléments signalés dans la noix de Kola sèche
+et malheureusement elles laissent beaucoup à désirer au point de vue de
+la détermination de la nature chronique de ces divers principes.
+
+Par la seule inspection des tableaux ci-contre, on pourra se rendre
+compte des différences énormes qui existent entre les dosages effectués
+par les auteurs cités. C’est ainsi que des divergences très grandes
+peuvent être constatées dans la proportion des substances classées sous
+la rubrique _gomme, sucre_, etc. Il en est de même pour celles que ces
+chimistes ont désignées sous le nom de _tanin, rouge de Kola, acide
+kolatannique_.
+
+Peut-être eût-il été préférable d’effectuer seulement des analyses
+_qualitatives_, qui eussent sans doute permis de connaître la nature
+exacte des composés avant de les doser en bloc sous une dénomination
+n’ayant aucune valeur scientifique.
+
+Ces tableaux analytiques ne peuvent donc pas en général servir à établir
+des comparaisons réelles des résultats trouvés par les différents
+auteurs. En un mot, ils doivent se lire de haut en bas et non
+horizontalement, chaque analyse n’étant intéressante
+qu’individuellement. MM. PERROT et GORIS ne les avaient groupées ainsi
+que pour mieux faire ressortir la nécessité d’études nouvelles en vue
+d’une meilleure connaissance des constituants chimiques complexes de la
+noix de Kola fraîche.
+
+ +---------------------+--------+---------------------+---------------+
+ | SUBSTANCES |ATTFIELD|HECKEL et SCHLAGDENH.|LASCELLES-SCOTT|
+ | | (1864) | (1884) | (1886) |
+ +---------------------+--------+---------------------+---------------+
+ |Eau | 13,65 | 11,919 } | 9,722 |
+ | | | } | |
+ |Cellulose | 20, » | 19,831 } | 27,395 |
+ | | | } | |
+ |Cendres | 3,20 | 3,395 } | 4,718 |
+ | | | } | |
+ |Amidon | 42,50 | 33,754 } | 28,990 |
+ | | | } | (amidon), |
+ | | | } Soluble | 2,130 (mat. |
+ | | | } dans | amylacée se |
+ | | | } l’eau. | colorant par |
+ | | | } | l’iode.) |
+ | | | } | |
+ |Gomme | » | 3,040 } | 4,876 |
+ | | | } | |
+ |Matières protéiques | 6,33 | 6,760 } | 8,642 |
+ | | | } | |
+ |Matières colorantes | » | 2,565 } | 3,670 |
+ | | | | |
+ |Glucose, gomme, | 10,65 | 2,875 } | 3,312 |
+ |sucre et autres | | } | |
+ |matières organiques | | } | |
+ | | | } | |
+ |Saccharose | » | » } Soluble | 0,612 |
+ | | | } dans | |
+ |Tanin | » | 1,620 } l’alcool.| 1,204 (ac. |
+ | | | } |kolatannique). |
+ | | | } | |
+ |Rouge de Kola | » | 1,290 } | » |
+ | | | | |
+ |Huile fixe | | 0,585 } | 0,734 |
+ | | | } | |
+ |Huile volatile | 1,52 | » } Soluble | 0,612 |
+ | | | } dans le | |
+ |Caféine | 2,13 | 2,346 } CHCI³ | 2,710 |
+ | | | } | |
+ |Théobromine | » | 0,023 } | 0,084 |
+ | | | | |
+ |Azote total | » | » | » |
+ | | | | |
+ |Matières extractives | » | » | » |
+ |sans azote | | | |
+ | | | | |
+ |Matières azotées | » | » | » |
+ +---------------------+--------+---------------------+---------------+
+
+ +---------------------------------+------+---------+--------+--------+
+ | |CHODAT|UFFELMANN|KNOX et | KŒNIG |
+ | SUBSTANCES | et |et BÖMER |SHLOTTER| (1904) |
+ | |CHUIT | (1895) | (1904) | |
+ | |(1888)| | | |
+ +---------------------------------+------+---------+--------+--------+
+ |Eau |11,59 | 13,35 | 6,30 | 12,22 |
+ | | | | | |
+ |Cellulose | 8,67 | 7,01 | » | 7,85 |
+ | | | | | |
+ |Cendres | 3,31 | 2,90 | 3,35 | 3,05 |
+ | | | | | |
+ |Amidon |46,73 | 45,44 | 35,26 | 43,83 |
+ | | | | | |
+ |Gomme | » | » | » | » |
+ | | | | | |
+ |Matières protéiques |10,12 | 5,91 | 7,225 | » |
+ | | | | | |
+ |Matières colorantes | » | » | » | » |
+ | | | | | |
+ |Glucose, gomme, sucre et autres | » | traces | 3,872 | 2,75 |
+ |matières organiques | | | | |
+ | | | | | |
+ |Saccharose | » | traces | | » |
+ | | | | | |
+ |Tanin | » | » | 3,15 | 3,42 |
+ | | | | | |
+ |Rouge de Kola | » | » | » | 1,25 |
+ | | | | | |
+ |Huile fixe | 0,17 | 1,35 | 0,735 | 1,35 |
+ | | |(extrait | |(extrait|
+ | | |éthéré). | |éthéré) |
+ | | | | | |
+ |Huile volatile | » | | 0,09 | |
+ | | | | | |
+ |Caféine | 1,69 } | 1,83 | 2,16 |
+ | |à 2,34} | | |
+ | | } 2,08 | | |
+ |Théobromine | » } | 0,0357 | 0,0503 |
+ | | | | | |
+ |Azote total | 2,19 | 1,53 | 1,675 | » |
+ | | | | | |
+ |Matières extractives sans azote | » | 18,21 | » | 15,06 |
+ | | | | | |
+ |Matières azotées | » | 9,56 | » | 9,22 |
+ +---------------------------------+------+---------+--------+--------+
+
+L’examen de ces tableaux est très instructif, car les chiffres trouvés
+par ces différents auteurs variant dans d’assez grandes proportions en
+ce qui concerne les matières peu actives, telles que la cellulose,
+l’amidon ; sont, en revanche, sensiblement d’accord quant à la teneur en
+caféine et théobromine. Ces différences peuvent s’expliquer par l’emploi
+de méthodes de dosage variant avec les auteurs. La teneur en caféine et
+en théobromine ne varie jamais d’ailleurs dans de bien grandes limites,
+ainsi que le prouve cette série d’analyses de J. JEAN[166] portant sur
+des semences d’origines différentes :
+
+ Caféine et Kolanine
+ théobromine de Knebel
+
+ --- ---
+
+ Noix de l’Inde 1,635 1,640
+
+ — du Congo 1,485 1,040
+
+ — du Congo A 1,170 1,250
+
+ — du Congo B 1,482 0,987
+
+ — fraîches (eau 57,35 %) 0,624 0,294
+
+ — séchées C 1,464 0,609
+
+ — — du Soudan 1,330 1,200
+
+ — — du Niger A 1,230 1,006
+
+ — — du Niger B 0,902 0,650
+
+ — — de Sierra-Léone A 2,273 1,175
+
+ — — de Sierra-Léone B 2,410 1,209
+
+ — avariées 2,170 0,435
+
+ — moisies 1,210 0,067
+
+ — moisies 2,029 0,131
+
+ — de la Côte d’Ivoire 1,864 1,300
+
+DOHME et ENGELHART[167] trouvent des résultats identiques en s’adressant
+à des noix de Kola d’Afrique et à des noix provenant d’arbres cultivés à
+la Jamaïque : 2,04 et 2,25 de caféine pour les noix d’Afrique ; 1,75 et
+1,95 pour celles de la Jamaïque.
+
+THOMSON[168], à son tour, donne les résultats suivants :
+
+ ___ Caféine par ___
+ / \
+ H²O Tanin Cendres Chloro- Ether Méthode
+ forme Lloyd
+
+ Noix sèche 7,55 1,87 3,19 1,22 1,62 »
+
+ — sèche 6,95 1,86 3,20 1,84 1,96 1,73
+
+ — fraîche 56,65 2,85 3,66 0,59 0,80 »
+
+ — en partie sèche 38,50 2,47 3,66 1,08 1,46 1,46
+
+Il n’en est pas de même de BERNEGAU[169] dont les analyses accusent des
+écarts assez forts :
+
+ Caféine
+ ---
+
+ Botika 1,374
+
+ Mayumba Uyanga 1,724
+
+ Togo 2,16
+
+ Gold-Coast 1,60
+
+ Cameroun 0,70
+
+La dessiccation et même la torréfaction amènent peu de changement dans
+la teneur en caféine, ainsi que le montre le tableau suivant extrait des
+recherches de DIETERICH[170].
+
+ Fraiches Séchées Torréfiées
+ --- --- ---
+
+ Caféine par éther 1,43 1,777 1,04
+
+ — chloroforme 1,15 1,76 1,35
+
+ Eau 57,29 13,86 4,42
+
+ Matières grasses 3,33 1,67 0,63
+
+ Cendres 1,56 2,50 3,86
+
+ Carbonate de potasse des cendres 47,55 % 45,55 % 49,16 %
+
+M. BALLAND[171], pharmacien principal de l’armée, dont les travaux
+analytiques concernant de nombreuses denrées alimentaires sont bien
+connus, donne aussi une analyse du Kola, effectuée sur des noix
+provenant d’Alépé (Côte d’Ivoire) :
+
+ Etat normal Etat sec
+ --- ---
+
+ Eau 11,70 0,00
+
+ Matières azotées 10,25 11,61
+
+ — grasses 1,25 1,41
+
+ — amylacées 64,60 73,16
+
+ Cellulose 8,90 10,08
+
+ Cendres 3,30 3,74
+ ------ ------
+ 100, » 100, »
+
+ Teneur en caféine 2,75 3,11
+
+Cet auteur, avec MM. KNOX et PRESCOTT, comme on le verra plus loin,
+signale une proportion de caféine considérable et dépassant de beaucoup
+les chiffres obtenus par tous les chimistes qui se sont occupés de cette
+question ; il est impossible de fournir une explication satisfaisante de
+cette divergence. Nous nous contentons d’exposer les faits.
+
+Cette teneur en caféine, théobromine et tanin dans les diverses espèces
+de Kola arrivant sur les marchés, _C. acuminata_ R. Br., et _C. Ballayi_
+Cornu[172], a été étudiée par O. TOPPING[173], qui résume ses recherches
+dans le tableau suivant :
+
+ Alcaloïde Caféine Théobromine Tanin
+ total
+ --- --- --- ---
+
+ { 2 cotylédons 1,424 1,384 0,0354 1,226
+ _C. acuminata_ {
+ { 2 cotylédons 1,123 1,094 0,02805 0,817
+
+ { 5 cotylédons 1,240 1,0208 0,0309 3,26
+ {
+ _C. Ballayi_ { 5 cotylédons 0,841 0,8205 0,0209 4,07
+ {
+ { 5 cotylédons 1,305 1,3508 0,0346 3,27
+
+Des recherches identiques de KNOX et PRESCOTT[174] sur la teneur des
+Kolas frais en caféine libre et combinée ont donné les résultats
+suivants :
+
+ Eau Alcaloïde Alcaloïde Total
+ libre combiné
+ --- --- --- ---
+
+ Kola sec 6,16 1,84 1,82 3,66
+
+ Kolas frais, rouges et blancs 53,90 1,158 1,920 3,078
+
+ Kolas frais blancs 51,20 1,180 2,085 3,265
+
+ Kolas frais rouges 57,20 1,120 1,625 2,745
+
+ Kolas frais, blancs et rouges, 53,90 1,235 1,854 3,089
+ mais moisis
+
+L’un de nous a également, depuis quelques années, effectué dans son
+Laboratoire un certain nombre de dosages de caféine sur des échantillons
+frais ou secs, d’origines les plus diverses ; en voici les principaux
+résultats :
+
+
+ =Dosages de caféine dans les noix de Kola=
+
+ (Laboratoire de Pharmacognosie de l’Ecole supérieure de Pharmacie).
+
+ Caféine
+ p.
+ 100.
+ de
+ noix
+ sèche
+ ---
+
+ {_Kola sauvage de la Côte d’Ivoire_ (_C.rubra_) 2,285
+ { (Envoi Aug. CHEVALIER)
+ {
+ {_Kola rose du Sassandra_ (_C. { 1er échantillon 1,46
+ {pallida_). {
+ { (Envoi SCHIFFER). { 2e — 1,53
+ =Noix {
+ à deux {_Kola de Madagascar_ (en moyenne) 1,70
+ cotylédons= {
+ (_C. { { 1er échantillon 1,70
+ nitida_ et { {
+ variétés). {_Kola de Java_ { 2e — 1,55
+ { {
+ { { 3e — 1,59
+ {
+ {_Kola de la Guadeloupe_ 1,75
+ {
+ {_Kola de la Jamaïque_ 1,58
+
+ {_Kola du Congo_ (Impfondo) (_C. { 1er échantillon 1,53
+ {Ballayi_). {
+ { (Envoi BAUDON). { 2e — 1,21
+ =Noix {
+ à plus {_Kola du Dahomey_ (_C. acuminata_) 1,42
+ de deux { (Envoi du cap. COURTET).
+ cotylédons= {
+ {_Kola mucilagineux du Dahomey_ { 1er échantillon 1,10
+ {(_C. verticillata_). {
+ { (Envois SAVARIAU et NOURY). { 2e — 1,13
+
+Les cendres n’ont été analysées que par HECKEL et SCHLAGDENHAUFFEN[175]
+et par CHODAT et CHUIT[176] ; les résultats sont peu concordants en ce
+qui concerne la teneur en base alcaline et alcalino-terreuse.
+
+
+ Analyse des Cendres (HECKEL et SCHLAGDENHAUFFEN.)
+
+ { Acide phosphorique 0,386
+ {
+ { — sulfurique 0,175
+ {
+ { Chlore 0,165
+ {
+ _Cendres solubles_ : 2,720 { CO² 0,014
+ {
+ { Potassium 0,008
+ {
+ { Sodium 1,972
+ { -----
+ { Total 2,720
+
+ { Acide phosphorique 0,015
+ {
+ { — sulfurique 0,002
+ {
+ { Silice 0,004
+ _Cendres insolubles_ : 0,605 {
+ { CO² 0,282
+ {
+ { Calcium 0,302
+ { -----
+ Total : 3,325 Total 0,605
+
+Ce qui fait en ramenant à 100 :
+
+ Acide phosphorique 12,05
+
+ — sulfurique 5,30
+
+ Chlore 4,90
+
+ CO² 8,90
+
+ Potassium 0,24
+
+ Silice 0,12
+
+ Calcium 9,10
+
+ Sodium 59,40
+ ------
+ Total 100,01
+
+Analyses de MM. CHODAT et CHUIT :
+
+ Acide phosphorique 14,62
+
+ — sulfurique 8,50
+
+ Chlore 1,30
+
+ CO² 8,75
+
+ Potassium 54,96
+
+ Silice 1,07
+
+ Calcium traces
+
+ Sodium 0
+
+ Magnésie 8,54
+
+ Oxyde de manganèse 1,29
+
+ Oxyde de fer 1,38
+ ------
+ Total 100,41
+
+Dans la plupart des travaux, les auteurs ont eu surtout en vue la
+composition centésimale de la noix de Kola, sans se préoccuper de la
+recherche des principes actifs autres que les composés caféiniques. En
+effet, alors que chacun de ces auteurs reconnaît que les noix fraîches
+ont une activité physiologique différente de celle des noix sèches,
+presque tous attribuent cette action à la Kolanine (rouge de Kola), qui
+cependant est un principe, non défini, extrait des noix sèches.
+
+Dans les travaux de WAAGE[177], KILMER[178], POSKIN[179],
+DIETERICH[180], O. SCHUMM[181], THOMS[182], SCHURMAYER[183], WARIN[184],
+nous n’avons guère à relever de faits intéressant la composition
+chimique du Kola. Notons cependant l’opinion de WAAGE, qui dit, sans le
+prouver toutefois, que les noix cultivées seraient meilleures que les
+noix sauvages, et celle de POSKIN prétendant que le goût des noix de
+Kola fraîches est plus agréable lorsque les nègres les ont enterrées
+trois semaines à la façon du cacao.
+
+ *
+ * *
+
+Après avoir ainsi passé en revue tous les travaux analytiques concernant
+la noix de Kola, examinons plus spécialement les recherches qui ont eu
+pour but l’extraction des principes actifs de cette drogue.
+
+ATTFIELD fut donc le premier qui en isola la caféine ; HECKEL et
+SCHLAGDENHAUFFEN, dans leur analyse centésimale, signalent la présence
+de théobromine. Ce sont les deux seuls corps cristallisés dont la
+présence fut affirmée jusqu’en 1906.
+
+Il est toutefois à noter que la présence des bases xanthiques a été
+également signalée dans les feuilles par J. DEKKER[185], contrairement à
+l’opinion émise par HECKEL et SCHLAGDENHAUFFEN (_loc. cit._, p. 294). Le
+savant allemand trouve 0,049 % de caféine et 0,101 % de théobromine dans
+les feuilles jeunes, c’est-à-dire une plus grande proportion de cette
+dernière base que celle trouvée dans les cotylédons.
+
+Les feuilles âgées ne renferment que des traces de bases xanthiques.
+
+Au cours de leurs recherches, HECKEL et SCHLAGDENHAUFFEN ont également
+fait mention d’un corps spécial qu’ils désignent sous le nom de _rouge
+de Kola_. Il n’est pas inutile de reproduire _in extenso_ la partie de
+ce travail consacrée à l’extraction de ce composé, à qui l’on attribua
+pendant longtemps un rôle important dans l’action thérapeutique du Kola.
+
+« En épuisant la poudre de Kola par l’alcool à chaud, on obtient un
+liquide qui ne fournit que 6 % d’extrait sec. Cet extrait est jaune-
+clair et renferme une grande quantité de tanin ainsi que des matières
+grasses et résineuses jaunes. Quand on reprend par l’eau cet extrait
+alcoolique, on perçoit une odeur très agréable qui rappelle celle du
+cacao ; la caféine se dissout, et le mélange des matières grasses et
+résineuses surnage. En traitant ce résidu un grand nombre de fois par
+l’eau bouillante et en le desséchant au bain-marie, il finit par se
+réduire en une masse sèche et friable presque insoluble dans le
+chloroforme, soluble entièrement dans l’alcool et la potasse, qu’elle
+colore en rouge vif. Soumise à l’action de la chaleur, cette substance
+laisse dégager des vapeurs empyreumatiques et fournit dans la partie
+refroidie du tube dans lequel se fait l’essai une abondante
+cristallisation d’aiguilles de caféine. D’un autre côté, en la traitant
+par la potasse caustique, on obtient un liquide rouge intense comme avec
+le tanin. On serait donc tenté de conclure à la présence de caféine,
+mais il n’en est rien, car l’alcaloïde n’existe que dans la noix de Kola
+à l’état de combinaison, ainsi que nous le verrons plus tard ; il s’y
+trouve à l’état de liberté. De ce que les aiguilles de caféine se
+subliment dans ces conditions, il faut en conclure que l’alcaloïde est
+retenu mécaniquement par cette matière résineuse. Celle-ci, sans aucun
+doute, n’est autre chose qu’un produit d’oxydation du tanin et présente
+la plus grande analogie avec le rouge cinchonique ; nous donnons à ce
+composé particulier le nom de _rouge de Kola_ et nous indiquons plus
+loin en quelle proportion il existe dans la graine. »
+
+Plus loin, en effet, MM. HECKEL et SCHLAGDENHAUFFEN[186] reviennent sur
+le mode de préparation.
+
+Ils épuisent tout d’abord la poudre par le chloroforme, puis après
+s’être assurés que cette poudre ne cédait plus rien à ce dissolvant, ils
+l’ont épuisée avec de l’alcool.
+
+La solution alcoolique obtenue est évaporée en consistance d’extrait et
+reprise par l’eau bouillante qui la dissout presque en totalité, mais
+abandonne par le refroidissement une grande quantité de flocons bruns
+(qui constituent le rouge du Kola). La liqueur surnageante renferme du
+glucose, une petite quantité de sels fixes et un tanin de nature
+particulière dont l’auteur étudie l’action sur les réactifs des tanins.
+
+« Les flocons bruns qui se déposent par le refroidissement semblent être
+un produit d’oxydation de tanin et présentent les plus grandes analogies
+avec le rouge cinchonique. Cette poudre soumise à la dessiccation, se
+présente sous la forme d’une masse brillante presque noire. Elle est
+très soluble dans l’alcool, la potasse caustique, la soude caustique et
+l’ammoniaque. Les solutions alcalines sont brun-rouge ; mais chauffées
+au bain-marie, elles affectent une couleur rouge-sang. Leur solution
+alcoolique n’agit pas sur les sels ferriques, mais elle est précipitée
+en totalité par l’acétate de plomb.
+
+« Pour purifier la substance, nous la dissolvons dans la potasse et nous
+la précipitons de nouveau par l’acide chlorhydrique faible. Préparée de
+la sorte et chauffée dans un tube à essai, elle fournit une huile
+empyreumatique qui se solidifie au bout d’un certain temps sous forme de
+tables aplaties : _On ne reconnait pas trace de caféine dans le produit
+de la sublimation, elle se comporte donc d’une manière différente de
+celle du produit brut dont il a été question plus haut_.
+
+« Nous donnons à ce composé le nom de _Rouge de Kola_ pour le distinguer
+de la matière colorante rouge qui est mélangée au ligneux et qu’on ne
+parvient pas à extraire, même au bout de trois fois vingt-quatre heures,
+à l’aide de l’alcool bouillant. Ce rouge de Kola renferme une petite
+quantité de matières grasses que l’on peut enlever par le chloroforme,
+l’éther ou le sulfure de carbone, après avoir préalablement desséché la
+matière. L’extrait alcoolique réduit la liqueur cupro-potassique d’une
+manière notable, « ce qui indique par conséquent la présence d’une
+certaine quantité de glucose. »
+
+Il est bon de faire remarquer que MM. HECKEL et SCHLAGDENHAUFFEN
+auraient dû pour cette recherche, déféquer la liqueur, car le rouge de
+Kola, qui est du groupe des tanins, pouvait de lui-même réduire la
+liqueur de Fehling. Or, en aucun endroit de cette partie de leur travail
+consacré au rouge de Kola, ces deux savants ne font allusion à la
+présence possible de caféine ; ils font même remarquer, au contraire,
+que le composé obtenu est différent de celui qu’on isole par sublimation
+et qui, dans leurs premiers essais leur avait donné de la caféïne. Nous
+verrons tout à l’heure comment HECKEL est revenu sur son idée après le
+travail de KNEBEL[187].
+
+Quelques années plus tard, KNEBEL retira du Kola le même produit que
+HECKEL[188] et SCHLAGDENHAUFFEN et le considéra comme un glucoside de la
+caféïne. Voici textuellement sa méthode d’extraction :
+
+« La matière finement pulvérisée était d’abord complètement épuisée avec
+de l’éther qui enlève la matière grasse, la caféine et la théobromine ;
+on épuise ensuite avec de l’alcool ; la solution alcoolique filtrée est
+distillée dans le vide jusqu’à siccité. Le produit ainsi obtenu, mélange
+de rouge de Kola, d’acide tannique, de sucre et de sels, est dissous
+dans de l’eau additionnée d’un peu de lessive de soude ; on filtre et on
+précipite par l’acide chlorhydrique. Le précipité est recueilli après
+filtration, redissous à nouveau dans l’eau alcaline et reprécipité à
+nouveau. On le sèche finalement sur l’acide sulfurique. »
+
+Pour obtenir ce produit encore plus pur, KNEBEL emploie la méthode
+suivante un peu différente :
+
+« La poudre de Kola est épuisée directement par de l’alcool. La solution
+alcoolique est filtrée, puis distillée dans le vide et évaporée à
+siccité, on épuise l’extrait par le chloroforme dans un appareil
+SOXHLET. Le résidu ainsi débarrassé de la caféïne libre est mélangé avec
+du sable et épuisé avec de l’eau jusqu’à ce que l’eau passe colorée, ce
+qui a pour but d’enlever le tanin, les matières colorantes, le glucose,
+les sels ; on épuise ensuite à l’alcool et on évapore à siccité ; on
+obtient ainsi la Kolanine absolument pure, car dans le premier cas les
+traitements à l’eau alcaline l’altèrent un peu » (KNEBEL).
+
+La matière ainsi obtenue (_rouge de Kola de Heckel_), analogue au rouge
+cinchonique, est une poudre rouge-brune, amorphe, d’une saveur amère, à
+peine soluble dans l’eau froide, très peu dans l’eau bouillante, et
+s’agglomérant pour former une masse résineuse à cassure brillante. En la
+chauffant fortement il se sublime de la caféine. KNEBEL admet que cette
+_caféine n’est pas entrainée lors de la précipitation par l’eau, mais
+forme un composé très stable_. Ce composé serait formé de caféïne,
+glucose et rouge de Kola et constituerait un glucoside que KNEBEL
+appelle _Kolanine_. Le dédoublement de ce composé serait très difficile,
+on ne pourrait l’obtenir complètement ni par l’eau bouillante, ni par
+les acides dilués même après plusieurs jours d’ébullition. Il n’y aurait
+que l’acide sulfurique à 20 % qui puisse décomposer le glucoside après
+quatre heures d’ébullition. Du produit de dédoublement, l’auteur a pu
+séparer la caféine, puis le sucre sous forme de poudre blanche, en
+l’extrayant au moyen de l’alcool méthylique et le précipitant par
+l’éther. La poudre blanche ainsi obtenue était en faible quantité, mais
+suffisante d’après KNEBEL, pour la caractériser comme du glucose.
+
+L’action du chlorure d’acétyle a pour effet de séparer la caféine du
+rouge de Kola et de former avec ce dernier un dérivé pentacétylé non
+cristallisé.
+
+Ce rouge de Kola provenant du dédoublement de la Kolanine aurait pour
+formule C¹⁴H¹³(OH)⁵ ; fondu avec les alcalis, il donnerait de l’acide
+protocatéchique. L’oxydation par le permanganate de potasse donne une
+masse noirâtre qui n’a pas été examinée ; avec l’acide azotique, on
+obtient de l’acide oxalique.
+
+Pour KNEBEL, l’identité chimique de la Kolanine ne fait aucun doute,
+c’est un corps glucosidique se dédoublant d’après l’équation suivante :
+
+ Kolanine (rouge de Kola de Heckel + H²O = caféine + glucose + rouge de
+ Kola).
+
+Un ferment existant dans la noix aurait la propriété de provoquer ce
+dédoublement. Cette opinion est défendue par SCHWEITZER[189], qui montre
+que les proportions de caféine et de glucose dans la Kolanine sont en
+proportions simples et que pour une molécule de caféine et de rouge de
+Kola, il y a trois molécules de glucose. Il donne à la Kolanine la
+formule suivante : C⁴⁰H⁵⁶N⁴O²¹.
+
+se dédoublant comme suit :
+
+ (C⁴⁰H⁵⁶N⁴O²¹ + 4H²O = 3C⁶H¹²O⁶ + C¹⁴H¹³ (OH)⁵ + C⁸H¹⁰N⁴O²).
+
+Aussitôt après l’apparition des travaux de KNEBEL, HECKEL reprit la
+question et admit que la Kolanine de KNEBEL était bien son rouge de
+Kola, et que le dédoublement lent par les acides, tels les acides du suc
+gastrique, devait produire dans l’estomac une certaine quantité de
+caféine à l’état naissant. Alors qu’il avait écrit quelques années
+auparavant : « Ce rouge de Kola est un principe mal connu comme fonction
+chimique, mais d’une préparation facile, il peut être rapproché du rouge
+cinchonique... » ; il est grand dommage, d’après l’avis de MM. PERROT et
+GORIS, — sans que cela constitue le moindre reproche pour le savant
+professeur, — que HECKEL[190] n’ait pas soumis le travail de KNEBEL à un
+examen plus approfondi. Le corps obtenu par KNEBEL _n’était pas
+cristallisé, donc pas défini_ ; la présence de glucose, ainsi que l’a
+fort bien établi CARLES[191], n’était pas suffisamment démontrée, et
+HECKEL pouvait aussi bien conclure que le corps trouvé par KNEBEL
+n’était en rien différent de son rouge de Kola. Il n’y avait entre les
+deux travaux qu’une simple différence : HECKEL croyait la caféine
+entraînée lors de la précipitation, tandis que KNEBEL affirmait qu’elle
+existait sous forme de combinaison chimique. Dans la _Kolanine_ ou le
+_rouge de Kola_, la caféine est fortement retenue, puisque, seule,
+l’action prolongée des acides peut la séparer, mais de là à conclure à
+la présence d’un composé chimique scientifiquement établi, il y a loin.
+La dénomination _rouge de Kola_ donné par HECKEL, sans préjuger de rien,
+était moins prétentieuse que celle de _Kolanine_, et, tout en exprimant
+le même fait, la première au moins, n’avait pas l’inconvénient de faire
+croire à l’existence d’un composé bien défini.
+
+Cette Kolanine de KNEBEL[192] a de suite été industrialisée et mise sous
+forme de pastilles de 0 gr. 20 de kolanine, par la maison KREWEL et Cie,
+de Cologne.
+
+G. FRANÇOIS, en 1897[193], montra que, contrairement à l’opinion de
+KNEBEL, les noix séchées, c’est-à-dire oxydées, n’étaient pas plus
+riches en principes actifs que les noix fraîches. D’un autre côté,
+l’individualité chimique de la kolanine fut mise en doute par KNOX et
+PRESCOTT[194], puis par DIETERICH[195], qui prétendit même que le
+produit de KNEBEL n’était qu’un mélange des principes actifs de la noix
+de Kola. Ces critiques obligèrent KREWEL et Cie[196] à défendre leur
+produit ; mais cependant ils avouent : « _qu’à cause du dédoublement
+facile de la kolanine, Knebel renonce à donner la description de la
+kolanine pure et se contente d’obtenir par sa méthode, une kolanine
+brute qui contient de 80 à 90 % de kolanine pure_ ».
+
+Une méthode de préparation de la kolanine a été également indiquée par
+J. JEAN[197] ; c’est à elle que DIETERICH[198] et BERNEGAU[199] ont
+recours pour le dosage de ce produit. « Après avoir épuisé par le
+chloroforme le mélange de poudre de Kola et de chaux, dans le but
+d’extraire la caféine et la théobromine, la poudre de Kola est épuisée
+dans un appareil Soxhlet par l’alcool à 90°. L’alcool dissout la
+totalité de la kolanine, le tanin et la matière colorante. Pour séparer
+ces dernières matières de la kolanine, l’alcool est évaporé au bain-
+marie et le résidu est repris par l’eau distillée bouillante, qui
+dissout le tanin et la matière colorante. On filtre : la kolanine
+insoluble reste sur le filtre ; on lave à l’eau chaude. Le filtre est
+ensuite séché et pesé ».
+
+M. CARLES[200] donne un procédé un peu différent : « Pour doser la
+kolanine dans une graine de Kola ou dans un extrait, on épuise cette
+graine ou cet extrait par l’eau distillée froide et on continue
+séparément avec de l’alcool à 70°. L’extrait alcoolique obtenu, lavé de
+nouveau à l’eau froide, laissera la kolanine brute insoluble ; on devra
+la dessécher à une douce chaleur jusqu’à poids constant avant de fixer
+son poids, pour y doser les alcaloïdes, on pèse 1 gr. de chaux éteinte
+et 3 gr. de carbonate de chaux, on triture avec une trace d’alcool, on
+dessèche et on épuise au chloroforme alcoolisé d’après la méthode
+indiquée par l’auteur ».
+
+La kolanine purifiée se présente sous l’aspect d’une substance d’un brun
+noir amorphe, à reflets brillants, susceptible de fondre à 50°-60° quand
+elle est humide. CARLES[201] se refuse à voir en cette substance un
+glucoside, et, dit-il, « chaque fois que nous avons agi sur une kolanine
+purifiée, renfermant de 14 à 20 % d’alcaloïdes, ces alcaloïdes ont bien
+été séparés par les acides chlorhydrique et sulfurique étendus, avec une
+merveilleuse blancheur, mais dans la liqueur saturée par la baryte et
+déféquée par l’acétate basique de plomb, nous n’avons jamais pu déceler,
+par les moyens ordinaires, _aucune trace de glucose_ ».
+
+La kolanine ne semblerait pas exister dans la noix fraîche et ne
+prendrait naissance que par dessiccation, sous l’action d’un ferment
+oxydant (koloxydase).
+
+Le produit comparable de la noix fraiche serait la _kolanine vraie_, ou
+_rouge kolanique soluble_, qui, par oxydation se transformerait en un
+produit insoluble (kolanine KNEBEL, rouge de Kola HECKEL), produit mort,
+pathologique et inactif. Cette dernière hypothèse, émise par le
+pharmacologiste bordelais, a le grand tort de ne pas s’appuyer sur des
+expériences chimiques et physiologiques précises qui en augmenteraient
+la valeur.
+
+Outre l’exploitation de la kolanine par la maison KREWEL de Cologne,
+d’autres brevets concernant le rouge de Kola furent pris en Allemagne.
+Citons celui-ci, pris en 1892, qui visait un procédé spécial
+d’extraction des substances utiles de la noix de Kola[202]. Il consiste
+dans les opérations suivantes :
+
+1o On broie à la meule, en évitant le contact des objets de fer, la noix
+de Kola fraiche et triée, juteuse et colorée ; on obtient un suc rouge
+trouble et une masse grossièrement concassée que l’on traite dans un
+appareil à déplacement par l’alcool à 93 %. Après distillation du
+solvant, il reste un extrait rouge foncé, d’où il se sépare par
+refroidissement une masse résineuse qui constitue le rouge de Kola. On
+le purifie par extraction successive au chloroforme, à l’éther, et enfin
+à l’eau bouillante. Les extraits chloroformiques et éthérés sont traités
+suivant le paragraphe 2.
+
+Le _rouge de Kola_ ainsi obtenu est exempt de caféine, de théobromine,
+de tanin, de substances grasses ou cireuses, etc., il est insoluble dans
+l’eau, l’éther et le chloroforme, neutre aux réactifs colorés,
+indifférent aux acides étendus, et soluble dans l’alcool seulement en
+une belle couleur rouge.
+
+2o Le suc obtenu lors du broyage est mis à digérer avec l’éther pendant
+plusieurs jours ; on agite et on sépare l’éther que l’on distille. Il
+abandonne une cire que l’on ajoute à celle obtenue par l’évaporation des
+extraits chloroformiques et éthérés, et une matière colorante jaune que
+l’on dissout dans l’eau. Elle possède l’odeur, la saveur et le bouquet
+de la noix de Kola fraiche.
+
+3o L’extrait rouge foncé du paragraphe 1er, d’où s’est séparé le rouge
+de Kola, est clarifié par filtration, puis évaporé en consistance
+d’extrait. Il renferme la caféine et la théobromine. Le reste de ces
+substances s’obtient en traitant par l’eau bouillante le résidu du
+traitement à l’alcool du no 1.
+
+[Note : N.-B. — Nous devons également signaler les résultats obtenus au
+moyen d’un procédé spécial, par M. le professeur A. GAUTIER, dans
+l’analyse des noix de Kola fraiches qui lui avaient été remises par M.
+G. LE BON. « Les noix de Kola ayant été transformées en extrait
+concentré dans une atmosphère d’acide carbonique pour éviter l’action de
+l’air, cet extrait précipité par le sulfate de magnésie, donna un
+produit qui rougissait rapidement en s’oxydant au contact de l’air. Ce
+produit se décomposerait en présence de l’eau et des acides étendus en
+trois corps différents : une matière rouge et deux alcaloïdes qui ne
+furent pas déterminés. L’un d’eux est probablement de la caféine, et je
+ne serais pas étonné que l’autre fut de la théobromine ». (G. LE BON. —
+Les recherches récentes sur la noix de Kola. _Rev. scient._, 1893, III,
+pp. 527-551).]
+
+4o En distillant à la vapeur d’eau la noix de Kola fraiche, on obtient
+une eau distillée, sur laquelle nage une mince couche huileuse,
+l’essence de Kola. Cette huile essentielle rappelle par son odeur et son
+goût l’odeur de l’essence de Sassafras.
+
+BERNEGAU[203], qui, à son tour industrialisa ses recherches, compléta
+toutes ses publications par la prise d’un brevet pour l’obtention d’un
+produit qui serait employé avec les aliments tels que le lait, les
+jaunes d’œufs, le cacao à titre d’excitant et aussi comme médicament et
+matière colorante. Il obtient ce produit « en traitant les noix de Kola
+une heure à l’eau bouillante, séchant et pulvérisant le produit. Le
+produit est épuisé à l’alcool à 90° jusqu’à épuisement complet. Le rouge
+de Kola ainsi obtenu est sirupeux et de couleur rubis, soluble dans un
+peu d’eau, d’alcool et la glycérine »[204].
+
+Beaucoup d’auteurs, et en particulier SIEDLER[205], n’ont guère cru à
+l’utilité et à l’emploi de la Kola BERNEGAU comme aliment.
+
+Toutes les recherches que nous venons de signaler ont été faites en
+opérant sur la noix de Kola sèche, ou bien encore sur la noix fraiche,
+sans tenir compte de l’action oxydante d’un ferment existant dans la
+noix et agissant sur les composés chimiques qui y sont contenus.
+
+En 1896, BOURQUELOT[206] attirait incidemment l’attention sur l’action
+de la Koloxydase et montrait qu’en opérant de façon à détruire celle-ci
+par l’action de l’alcool bouillant on pouvait obtenir un extrait blanc
+de Kola, que M. CHOAY prépara également plus tard, en s’inspirant des
+mêmes principes.
+
+Cette diastase oxydante n’est d’ailleurs pas la seule dont on ait
+signalé la présence dans la noix de Kola, car M. MASTBAUM[207] a trouvé
+une enzyme dédoublant les graisses, qui se distingue des lipases
+végétales décrites jusqu’ici, par ce fait, que les acides dilués et même
+l’eau seule entravant considérablement son action en la détruisant
+complètement.
+
+KNOX et PRESCOTT[208], l’année suivante, opéraient d’une façon
+identique, employant l’alcool bouillant pour détruire l’oxydase, ce qui
+permettait de traiter ensuite plus facilement la noix de Kola. Ils
+retirèrent ainsi de la noix fraiche un composé tannique qu’ils
+appelèrent _Kolatanin_. Leur mode d’extraction est le suivant :
+
+« Les noix de Kola fraiches sont coupées et jetées dans l’alcool
+bouillant, où on les maintient pendant quelque temps. On sèche dans une
+étuve et on pulvérise. On épuise ensuite avec de l’alcool à 50°. Les
+liquides alcooliques sont distillés dans le vide pour chasser l’alcool ;
+on filtre.
+
+« Le résidu insoluble est surtout constitué par du _kolatanate de
+caféine_. La solution renferme : caféine, théobromine, kolatanin,
+kolatanate de caféine, matières grasses, glucose et matières colorantes
+provenant de la transformation du tanin pendant la distillation de
+l’alcool. On ajoute du chlorure de sodium à saturation, ce qui fait
+précipiter le kolatanate de caféine. Le résidu sirupeux rouge introduit
+dans une ampoule est agité avec du chloroforme qui enlève caféine et
+matières grasses ; on épuise ensuite à l’éther. Le kolatanin étant
+insoluble dans le chloroforme et l’éther, il s’enlève peu de ce produit.
+On agite enfin avec de l’éther acétique à de nombreuses reprises. On
+réunit les liquides éthérés et on distille sous pression réduite.
+
+« Le tanin obtenu est poreux, blanc rosé, très friable et facilement
+soluble dans l’eau. On y ajoute une solution de NaCl et on reprend par
+l’éther acétique. On répète plusieurs fois ce traitement ; finalement
+l’éther acétique étant distillé complètement, on reprend la masse de
+kolatanin par l’éther et on le distille dans le vide. Le résidu est
+séché dans le vide sulfurique ».
+
+Le kolatanin est une poudre crême légèrement rosée, complètement soluble
+dans l’eau, l’alcool, l’acétone, l’éther acétique, légèrement soluble
+dans l’éther, insoluble dans le chloroforme et la benzine. Il aurait
+pour formule C¹⁶H²⁰O⁸. Il colore en vert l’acétate ferrique, précipite
+en brun le bichromate de potasse, en blanc la quinine ; l’acétate de
+plomb ne précipite ni l’émétique, ni l’albumine. Avec le chlore et le
+brome, il donne des précipités blancs ou légèrement jaunes ; avec la
+formaldéhyde, en présence d’acide chlorydrique comme agent de
+condensation, il donne un précipité rose devenant rouge. Ces réactions
+font que ce composé s’éloigne de l’acide gallotanique pour se rapprocher
+plutôt du tanin de chêne.
+
+Par ébullition avec HCl ou SO⁴H² dilué, il se forme un précipité rouge
+devenant peu à peu noir ; l’analyse montre qu’il ne se forme pas là un
+composé défini ; il ne renferme pas de glucose. En chauffant le
+kolatanin dans l’eau à des températures différentes et supérieures à
+100°, on obtient une série d’anhydrides.
+
+MM. KNOX et PRESCOTT ont fait également avec ce corps une série de
+composés de substitution, tels que les dérivés acétylés et bromés
+nombreux, et des dérivés à la fois acétylés et bromés
+(Pentacétylkolatanin, Hexabromokolatanin, Pentacétyl-
+pentabromokolatanin, etc.).
+
+Fondu avec les alcalis, ce tanin donne de la phloroglucine et de l’acide
+protocatéchique.
+
+
+Pour expliquer ce dédoublement et ses nombreux composés, les auteurs
+admettent la formule suivante :
+
+[Formule chimique]
+
+qui en ferait un dérivé hydro-benzénique : ce serait un éther de l’acide
+monométhyltrihydroxydihydrobenzoïque, éthérifié avec un
+monométhylméthoxydihydrotriphénol.
+
+Malheureusement, tous ces dérivés bromés, acétylés, ainsi que le
+kolatanin lui-même, ne sont pas cristallisés, et sont d’un intérêt bien
+limité. Les auteurs n’ont eu entre les mains qu’un mélange de composés
+taniques, parmi lesquels se trouvait très probablement en grande
+quantité le corps retiré en 1907, par A. GORIS[209], dans le laboratoire
+de l’un de nous et nommé _Kolatine_.
+
+Enfin MM. CHEVROTIER et VIGNE, quelques mois après cette découverte, ont
+prétendu avoir extrait de la noix de Kola, un tannoglucoside, au moyen
+de l’éther acétique[210]. Ils avouent n’avoir pu retirer le corps
+signalé par A. GORIS ; cependant l’étude faite par ce dernier du
+tannoglucoside en question, ne permet pas de le considérer comme autre
+chose qu’un extrait obtenu par une méthode spéciale et renfermant une
+assez grande proportion de cette kolatine, dont il convient de rappeler
+la préparation et les caractères chimiques.
+
+
+ =Extraction de la Kolatine= (GORIS).
+
+
+1o _Préparation de la matière première._ — Au début de son travail,
+l’auteur insiste sur ce point, qu’il est indispensable pour ces
+recherches d’avoir constamment à sa disposition des noix fraîches ou
+traitées de telle façon que le principe actif ne s’y trouve pas altéré.
+Il a donc tout d’abord essayé de conserver les noix fraîches pendant un
+certain laps de temps et de la façon suivante.
+
+
+_Conservation._ — Les noix de Kola, exemptes de toutes traces
+d’altération sont déposées par couches dans des boites en fer blanc de
+la contenance de 500 à 1.000 gr. que l’on garde dans un endroit sec. Ces
+graines peuvent ainsi se conserver un laps de temps variable (deux,
+trois et même quatre mois), pendant lequel on vérifie leur état tous les
+4 ou 5 semaines, en ayant soin d’enlever les noix qui commencent à se
+tacher.
+
+Dans ces _conditions d’obscurité_, la graine continue à vivre ; elle
+absorbe l’oxygène de l’air et _exhale de l’acide carbonique_ qui
+s’accumule dans la boite et ralentit encore la vitalité de ces graines.
+
+_A la lumière_, dans des flacons de verre bouchés, par exemple, les
+résultats sont moins bons. Il y a bien, comme précédemment, absorption
+d’oxygène et mise en liberté d’acide carbonique, mais peu à peu le gaz
+carbonique est absorbé, et les cotylédons ne tardent pas à verdir.
+
+Lorsque les graines ainsi conservées sont près de mourir, leur
+transpiration est énorme et les parois des vases ruissellent d’eau ; la
+mort arrive alors très rapidement, et avec elle apparaît immédiatement
+la couleur rouge rouille caractéristique des noix de Kola sèches.
+
+Ce mode de conservation n’est pas sans présenter quelques aléas dans la
+réussite ; de semblables recherches ne pouvaient être poursuivies avec
+fruit qu’à la condition d’être sûr du réapprovisionnement en noix
+fraîches, à moins de trouver un procédé amenant leur dessiccation sans
+ce que ce phénomène fut accompagné d’aucune transformation chimique, ce
+qui pouvait sans doute être obtenu en détruisant les ferments de la
+graine. A cette époque, une seule méthode avait été préconisée qui
+reposait sur l’emploi de l’alcool bouillant, décrite par BOURQUELOT,
+puis KNOX et PRESCOTT.
+
+
+_Procédé à l’alcool bouillant._ — Ce procédé bien connu consiste à
+laisser tomber les noix de Kola coupées au fur et à mesure dans l’alcool
+à 95° bouillant.
+
+Mais il n’est pas sans offrir dans la pratique divers inconvénients :
+
+1o la noix de Kola renfermant 50 à 60 % d’eau, le titre de l’alcool se
+trouve très vite considérablement diminué et on ne saurait atteindre le
+but poursuivi en opérant en milieu trop aqueux ;
+
+2o ce traitement préalable à l’alcool bouillant crée de nombreuses
+difficultés quand on veut par la suite faire agir sur les noix de Kola
+d’autres solvants tels que chloroforme, éther, acétone, éther acétique,
+etc., car l’alcool a évidemment enlevé aux semences une partie des
+principes qui y sont solubles.
+
+Il était donc absolument indispensable de trouver une autre méthode et
+M. GORIS pensa dès lors au procédé classique de stérilisation.
+
+
+_Stérilisation_ (Procédé GORIS et ARNOULD). — Le procédé consiste à
+détruire, par la chaleur au moyen de l’autoclave, la koloxydase, aussi
+bien d’ailleurs que les autres ferments qui peuvent exister dans la
+noix.
+
+Pour cela, les noix de Kola entières et ouvertes (ce qui s’obtient
+facilement, sans froisser les tissus, en introduisant un petit coin de
+bois dans la fente cotylédonaire), sont disposées par couches de faible
+épaisseur dans des paniers en fil métallique. On chauffe un autoclave à
+100°, et on laisse fluer abondamment la vapeur. On y introduit alors les
+paniers, et le couvercle étant revissé, on purge l’appareil d’air[211].
+
+On élève la température à 110°, et, on la maintient pendant 5 à 10
+minutes, suivant la quantité de graines introduite. La stérilisation
+terminée, on retire les noix, on les coupe en menus fragments, qu’il ne
+reste plus qu’à faire sécher à l’air libre ou à l’étuve. Les noix
+primitivement blanches gardent cette couleur ; leur surface externe
+seule est devenue faiblement roussâtre, les noix rouges, au contraire,
+changent de teinte et deviennent violettes.
+
+Il est indispensable d’effectuer ces opérations très rapidement et
+d’introduire les noix de Kola dans l’autoclave préalablement chauffé à
+100° ; Pour que l’oxydase ne puisse agir, il faut que la température des
+noix _passe rapidement_ de la température ordinaire, à celle de 70° ;
+quand la température est de 110° à la surface des graines, elle ne
+dépasse probablement pas 70 à 80° à l’intérieur des cotylédons ; en tout
+cas, les principes actifs de la noix de Kola fraîche ne se trouvent pas
+altérés. C’est avec des noix ainsi stérilisées, que A. GORIS a pu
+préparer, avec aussi bon rendement que par le procédé à l’alcool
+bouillant, la _Kolatine_, principe cependant très altérable.
+
+A l’aide de ces noix stérilisées, on peut obtenir une _poudre
+blanchâtre_ avec les noix blanches, ou rouge violacée avec les noix
+rouges, mais de conservation indéfinie et constituant une matière
+première toujours à la disposition du chimiste ou de l’industriel à
+toute époque de l’année et qui de plus, possède l’avantage de présenter
+une composition invariable, ce qui ne saurait être assuré par aucun
+autre procédé de conservation.
+
+
+_Extraction de la Kolatine._ — Cette substance fut tout d’abord obtenue
+par GORIS, en traitant les noix de Kola fraîches par l’alcool bouillant,
+mais l’auteur abandonna presque aussitôt ce procédé, pour des raisons
+que nous venons d’exprimer et préféra se servir de la _poudre de Kola
+frais stérilisé_.
+
+Celle-ci est épuisée par de l’alcool à 80° à chaud, ou mieux encore à
+froid par lixiviation et, les solutions alcooliques filtrées, distillées
+dans un courant d’Hydrogène jusqu’à consistance sirupeuse, _sans
+addition de carbonate de chaux_ (les rendements étant meilleurs en
+gardant l’acidité naturelle des liqueurs alcooliques) fournissent une
+colature qu’on introduit alors dans une ampoule à décantation avec du
+chloroforme. Ce solvant dissout la caféine à l’état libre et une
+substance résineuse qui nuit à la cristallisation du corps que l’on veut
+obtenir. On décante et on continue les épuisements jusqu’à ce que le
+chloroforme ne se colore plus en jaune, ce qui demande trois ou quatre
+opérations. Finalement on laisse un excès de chloroforme en contact avec
+la colature et on abandonne le tout au frais. Au bout d’un nombre de
+jours variable, des cristaux apparaissent dans le liquide sirupeux qui,
+très rapidement alors, se prend en une masse blanchâtre cristalline. On
+filtre à la trompe et on lave avec de l’eau légèrement alcoolisée. Le
+gâteau blanchâtre de cristaux, après dessiccation dans le vide
+sulfurique, et pulvérisation, épuisé à plusieurs reprises par le
+chloroforme bouillant, qui enlève très peu de caféine. On le redissout
+ensuite au bain-marie dans de l’alcool à 30° et on abandonne à la
+cristallisation sous la cloche sulfurique.
+
+Ce corps blanc cristallisé est une _combinaison faible de caféine et de
+kolatine_, désignée sous le nom de _kolatine-caféine_. Pour en extraire
+la kolatine, on le dissout, à chaud, dans une petite quantité d’eau, et
+on épuise ensuite en _milieu aqueux_ par du chloroforme jusqu’à ce que
+ce dernier n’enlève plus trace de caféine. La solution aqueuse placée
+dans le vide sulfurique, ne tarde pas à donner des cristaux de Kolatine.
+
+
+_Purification._ — On traite la kolatine à purifier par de l’éther
+rectifié du commerce, qui la dissout, et il reste, à l’état insoluble,
+avec les impuretés, un autre corps cristallin.
+
+La solution éthérée de kolatine est distillée au Bain-Marie en ayant
+soin de ne pas aller jusqu’à l’évaporation complète, qui est terminée à
+l’air libre sans chauffer. On reprend le résidu éthéré par l’eau
+faiblement alcoolisée et on abandonne à la cristallisation sous la
+cloche à vide sulfurique. On obtient ainsi la kolatine très pure, que
+l’on sépare et sèche dans le vide le plus rapidement possible, car
+humide, elle s’oxyde assez facilement en donnant un rouge phlobaphémique
+(rouge de Kola).
+
+
+ =Propriétés de la Kolatine.=
+
+
+La Kolatine est un composé de formule C⁸H⁸O⁴, elle cristallise en
+aiguilles prismatiques fragiles. Elle est assez peu soluble dans l’eau,
+d’autant moins soluble qu’elle est plus pure. Très soluble dans les
+alcools méthylique et éthylique, l’acide acétique, l’acétone,
+extrêmement peu soluble dans l’éther, pratiquement insoluble dans la
+benzine, le chloroforme, la ligroine.
+
+Elle fond à 148° (fusion instantanée au Bloc MAQUENNE) ; elle ne possède
+pas de pouvoir rotatoire. Elle est très difficile à purifier, car aucun
+dissolvant saturé à chaud ne donne la Kolatine par refroidissement et de
+plus elle reste facilement en saturation.
+
+Par le perchlorure de fer, elle fournit une coloration vert émeraude
+devenant rouge par l’ammoniaque ou la soude et violette par le carbonate
+de soude ; cette coloration est identique à celle que donnent les
+dérivés pyrocatéchiques.
+
+Ce corps n’est pas acide, il ne décompose pas le bicarbonate de potasse
+en solution, et cependant sa solution aqueuse colore très faiblement le
+papier bleu de tournesol. Il réduit à froid et complètement le nitrate
+d’argent ammoniacal ; il réduit également la liqueur de Fehling à chaud.
+
+[Illustration : FIG. 36. — Cristaux de Kolatine (GORIS), d’apres une
+microphotographie.]
+
+Pur, il précipite l’acétate de plomb, le bichromate de potasse,
+l’acétate de cuivre ; sans réaction sur l’émétique ni l’albumine. Il
+précipite la gélatine en solution concentrée, mais le précipité est
+soluble à chaud ou par addition d’eau. La solution aqueuse absorbe
+l’iode en le décolorant ; avec le brôme, elle donne un précipité
+jaunâtre. Contrairement au Kolatanin de KNOX et PRESCOTT, il ne
+précipite pas la quinine. La solution mère d’où est retirée la Kolatine
+précipite au contraire abondamment cet alcaloïde. Ce fait permet
+d’affirmer que le produit isolé par KNOX et PRESCOTT est un mélange de
+composés tanniques renfermant ce composé.
+
+La solution aqueuse de Kolatine rougit peu à peu en présence des
+alcalis, même d’une trace d’ammoniaque.
+
+On sait que la noix de Kola fraîche coupée et abandonnée à l’air ne
+tarde pas à s’oxyder et à prendre une couleur rouille caractéristique ;
+nous avons essayé de reproduire cette oxydation _in vitro_ sur la
+kolatine.
+
+La solution de kolatine additionnée de suc de Russule (laccase et
+tyrosinase) et de suc d’artichaut (cynarase) et abandonnée à l’air ne se
+colore pas. La solution reste couleur jaune paille.
+
+Si avant d’ajouter les ferments oxydants, on prend soin d’additionner la
+solution de kolatine d’un peu de CO³Ca et que l’on filtre, la solution
+ne tarde pas à rougir et au bout d’un temps variable, quelque fois assez
+long (plusieurs jours), il se forme un dépôt rougeâtre qui serait un
+« rouge ».
+
+La formation de ce rouge est encore plus rapide si l’on fait bouillir la
+solution de kolatine avec une goutte d’SO⁴H² ou HCl dilué avant
+d’ajouter du carbonate de chaux et les sucs fermentaires.
+
+Cette différence dans les réactions ne pourra s’expliquer que lorsque
+l’on connaîtra la constitution chimique de la kolatine. Or, jusqu’à
+maintenant, les essais entrepris en vue de l’établissement de cette
+constitution, n’ont donné aucun résultat appréciable.
+
+On peut seulement dire que la kolatine est un corps à fonction
+phénolique, se rapprochant des tanins, et que les réactions données par
+ce corps font envisager la possibilité de le ranger parmi les composés
+ayant des relations chimiques avec les _catéchines_[212], dont la
+formule n’a pas encore été établie d’une façon certaine.
+
+Tel était l’état de la question, il y a quelques semaines encore,
+lorsque M. GORIS isola de la _noix fraîche_, un deuxième corps
+cristallisé appartenant comme le premier au groupe des catéchines, la
+_Kolatéine_[213]. C’est ce composé qui existait dans la Kolatine et qui
+restait insoluble en traitant cette dernière par l’éther ; dans ses
+publications sur la Kolatine, cet auteur avait déjà laissé entrevoir la
+présence de cette substance qu’il put obtenir cristallisée de la manière
+suivante :
+
+Dans les eaux-mères de cristallisation de Kolatine abandonnées au repos,
+il remarqua qu’il se formait une certaine quantité de cristaux
+volumineux, atteignant jusqu’à un centimètre de longueur et 2 à 5
+millimètres d’épaisseur. Ces cristaux groupés en masse volumineuse ont
+été séparés à la main très facilement. Malheureusement, placés trop
+précipitamment sous une cloche à acide sulfurique, ils ont effleuri et
+sont tombés en poussière.
+
+Cette propriété a fait de suite supposer que l’on pouvait être en
+présence de la _phloroglucine_, signalée par BERNEGAU, mais l’étude
+poursuivie montre que les propriétés de ce corps l’éloignent
+complètement de ce polyphénol.
+
+Les cristaux étant purifiés soit par cristallisations successives dans
+l’eau après décoloration au noir animal, soit par dissolution dans
+l’acétone absolu et addition ménagée de chloroforme, on obtient, dans le
+premier cas, des cristaux aiguillés analogues à ceux de la Kolatine,
+dans le second, des prismes assez volumineux.
+
+Ce corps brûle sans résidu, il ne dégage pas de CO² avec le bi-carbonate
+de potasse, il précipite par l’acétate de plomb, se colore en vert par
+le perchlorure de fer et la solution devient rouge violacé par addition
+d’ammoniaque.
+
+Il est très soluble dans l’eau chaude, moins dans l’eau froide, soluble
+dans l’alcool, l’acétone, l’alcool méthylique, insoluble dans l’éther,
+le chloroforme, l’éther de pétrole, le xylol. Il cristallise à l’état
+hydraté dans l’eau et à l’état anhydre dans l’acétone.
+
+Il se rapproche de la phloroglucine par sa propriété de perdre
+facilement son eau de cristallisation. De plus, lorsqu’on évapore une
+solution alcoolique de vanilline et de ce composé en présence d’HCl, le
+résidu se colore en rouge intense, et enfin le réactif sulfo-vanillique
+de RONCERAY le colore également en rouge comme la phloroglucine.
+
+Mais au contraire il diffère complètement de ce triphénol : 1o _par sa
+saveur amère_, celle de la phloroglucine étant franchement sucrée, par
+la coloration verte qu’il donne avec Fe²Cl⁶, le phloroglucine dans ces
+conditions dans une coloration bleu violacé ; _par son point de fusion_,
+car la phloroglucine fond nettement à 127°, et ce composé instantanément
+au bloc Maquenne à 257°-258°. Quand on opère sur le corps hydraté, il
+commence d’abord par perdre son eau de cristallisation, puis à 240°
+semble s’altérer, car il se colore en rouge et ne fond instantanément
+que 20° plus haut. Les deux produits provenant des deux traitements
+signalés plus haut se sont comportés de la même façon.
+
+La trop petite quantité de produit a empêché M. GORIS de pousser plus
+loin cette étude délicate et de déterminer quelle est la nature exacte
+de ce composé chimique nouveau pour le Kola. Il n’existe aucun doute que
+l’on ne se trouve encore en présence d’un corps du groupe des
+catéchines, entrant dans la composition du _complexe actif de la noix de
+Kola fraiche_. Quelles sont ses relations avec la caféine et la
+kolatine ? C’est sans doute ce que les recherches en cours nous
+apprendront un jour. En tous cas, la découverte de ces composés du
+groupe des catéchines permet d’expliquer (ou tout au moins de concevoir)
+les causes des divergences d’opinion de savants chimistes sur la
+substance dénommée « _rouge de Kola_ ». Celle-ci ne saurait être autre
+chose qu’un mélange des produits de dédoublement et d’oxydation de ceux-
+là et, partant, sa composition et aussi son action, varient avec les
+méthodes d’extractions et l’état de conservation des noix servant aux
+expériences.
+
+[Illustration : FIG. 37. — Cristaux de Kolatéine (GORIS) d’après une
+microphotographie.]
+
+Signalons enfin, pour terminer cet exposé de nos connaissances chimiques
+sur la noix de Kola, que O. GÖRTE[214] y a signalé la présence de
+_Bétaïne_ dans la proportion de 0,25 à 0,45 %, fait récemment confirmé
+par POLSTORFF[215].
+
+En résumé, on connaît maintenant un certain nombre de corps définis
+entrant dans la composition de la noix de Kola. C’est d’abord la
+_caféine_ en proportion variable, généralement de 0,80 à 2,40 %, et une
+petite quantité de _théobromine_ ; ces deux bases xanthiques se
+rencontrent dans différents végétaux tous utilisés comme aliments de
+luxe ou comme médicaments (Café, Thé, Cacao, _Paullinia_, Maté) et sous
+des combinaisons présentant les plus grandes analogies[216].
+
+A ces deux corps, il faut ajouter les deux substances découvertes par A.
+GORIS, appartenant au groupe des catéchines, dont le rôle est sans doute
+de solubiliser la caféïne dans la graine fraîche. La _kolatine-caféine_
+se rapproche évidemment des corps étudiés par BRISSEMORET et tout
+particulièrement de la combinaison de l’acide protocatéchique avec cette
+même base.
+
+Ces recherches éclairent d’un jour nouveau la question de l’action
+physiologique spéciale de la noix fraîche et nous aurons l’occasion de
+revenir sur ce point important. Il n’est pas non plus jusqu’à la
+présence de la _bétaïne_ qui ne puisse, sous ce rapport, entrer en ligne
+de compte.
+
+Quant au _rouge de Kola_ et à la _Kolanine_ obtenue de la noix sèche, en
+précipitant d’une façon générale par l’eau, l’extrait alcoolique,
+débarrassé de caféine libre par le chloroforme, ce sont des poudres
+amorphes formées de substances de la nature des _tanins_ dits
+_phlobaphéniques_, insoluble dans l’eau et contenant encore de la
+caféine combinée. Leur nature glucosidique est plus que douteuse, car il
+n’est pas prouvé que les sucres réducteurs trouvés, après hydrolyse, par
+M. BOURDET[217], dans la proportion de 3,25 %, proviennent du complexe
+renfermant la caféine dans sa molécule.
+
+La nature du tanno-glucoside de MM. CHEVROTIER et VIGNE reste encore à
+établir, et quant au _Kolatanin_ de KNOX et PRESCOTT, on peut le
+considérer comme de la Kolatine impure, mélangée à d’autres composés
+tanniques. Il est donc encore impossible d’établir, avec exactitude, la
+composition chimique de la noix de Kola, on peut seulement résumer ce
+que nous savons dans les chiffres suivants :
+
+ POUR 100
+ (rapportées à la
+ matière sèche)
+ ---
+
+ Eau 50 à 60 gr.
+
+ Cellulose 10 à 12
+
+ Cendres 1,5 à 2
+
+ Amidon 18 à 25
+
+ Sucre réducteur 0,74 (Bourdet)
+
+ — (après hydrolyse) 3,25 (Bourdet)
+
+ Matières tanniques 1,5 à 2
+
+ _Kolatine-Caféine_ 0,60 à 0,70
+
+ _Kolatéine_ ? ?
+
+ Autres combinaisons de _Caféine_ 0,50 à 0,60
+
+ _Théobromine_ traces
+
+ _Bétaïne_ 0,15 à 0,45
+
+ * * * * *
+
+
+[Note 153 : HECKEL et Fr. SCHLAGDENHAUFFEN. — Des Kolas africains aux
+points de vue botanique, chimique et thérapeutique. _J. Ph. et Ch._, 5e
+série, 1883, VII, pp. 556-568 ; VIII, pp. 81-96, 177-208, 289-306.]
+
+[Note 154 : KNEBEL. — Die Bestandtheile der Kolanuss. _Inaug. Diss._
+Erlangen, 1892. — Zur chemischen Kenntniss der Kolanuss. _Apotek.
+Zeit._, 1892, VII, p. 112.]
+
+[Note 155 : KNOX et PRESCOTT. — The Coffein compound of Kola. _Pharm.
+Review_, 1897, XV, pp. 172-176, 191-195, 214-219 et _Journ. Am. Chem.
+Soc._ 1907, XIX, pp. 63-90 ; 1908, XX, pp. 34-78.]
+
+[Note 156 : La mise au point de cette question a été faite récemment par
+MM. PERROT et GORIS (_Bull. des Sc. pharmacologiques_, Paris, 1907, XIV,
+pp. 576-593). Nous faisons ici à cette revue, les plus larges emprunts.]
+
+[Note 157 : F. DANIELL. — On the Kola-nut of tropical West-Africa (The
+Guru-nut of Soudan), _Pharm. Journ._, 1864-65, VI, pp. 450-457.]
+
+[Note 158 : LIEBIG in ROHLFS G. — Reise durch nordafrika vom
+mittellandischen Meere bis zum Busen von Guinea, 1865-1867, in KNEBEL,
+_Inaug. Diss._, loc. cit., pp. 8.]
+
+[Note 159 : ATTFIELD. — On the food-value of the Kola-nut. A new source
+of theine. _Pharm. Journ._, VI, 1864-65, p. 457-460.]
+
+[Note 160 : HECKEL et SCHLAGDENHAUFFEN. — Loc. cit., VIII, p. 188.]
+
+[Note 161 : LASCELLES-SCOTT. — New commercial plants, 1886. In HECKEL,
+Kolas africains. _Ann. Inst. col._ Marseille, 1893, I. p. 169.]
+
+[Note 162 : CHODAT et CHUIT. — Etude sur les noix de Kola. _Arch. des
+Sc. Phys. et nat._ Genève, 1888, XIX. p. 498-518.]
+
+[Note 163 : UFFELMANN et BÖMER. — Die chemische Zusammensetzung der
+Colanus. _Zeitsch. f. angew-Chem._, VII, 1894, p. 710.]
+
+[Note 164 : KNOX et SCHLOTTERBECK. — Analyse von Kola. _Pharm.
+Rundschau._ XIII, 1895, p. 204.]
+
+[Note 165 : KŒNIG. — Chemie der menschlichen Nahrungs und Genussmittel.
+Berlin, Springer, 1903-04, I, p. 1041 ; II, p. 1120.]
+
+[Note 166 : J. JEAN. — Les préparations pharmaceutiques à base de noix
+de Kola. _Répert. de pharm._, 1896, 3e série, VIII, p. 50.]
+
+[Note 167 : DOHME et ENGELHART. — Some observations regarding Kola-nuts.
+_Amer. Journ. of pharm._, 1896, LXVIII, p. 5.]
+
+[Note 168 : THOMSON. — Estimation of tanin and Alkaloids of Kola. _Amer.
+Journ. of pharm._, 1895, LXVII, p. 518.]
+
+[Note 169 : L. BERNEGAU. — Ueber Kolanüsse. _Apotek. Zeit._, 1898, XIII,
+p. 680.]
+
+[Note 170 : DIETERICH. — Ueber die Bestandtheile des frischen,
+getrockneten und gebrannten Kolanuss. _Pharm. Centralh._, 1896, XXXVII,
+p. 544.]
+
+[Note 171 : A. BALLAND. — Les aliments, Paris, 1907, p. 115.]
+
+[Note 172 : _C. acuminata_ est le synonyme de _C. nitida_ et les noix
+rapportées à _C. Ballayi_ appartiennent probablement au _C. acuminata_
+Schott et Endl.]
+
+[Note 173 : TOPPING. — Examination of Kola. _Proced. of the Amer. pharm.
+Assoc._, 1894, XLII, p. 176.]
+
+[Note 174 : KNOX et PRESCOTT. — Loc. cit. _Journ. Amer. Soc._, XIX, p.
+74.]
+
+[Note 175 : HECKEL. — Les Kolas africains. _Ann. Inst. col._, Marseille,
+1893, I, p. 167.]
+
+[Note 176 : CHODAT et CHUIT. — _Loc. cit._, p. 514.]
+
+[Note 177 : WAAGE. — Ueber Verunreinigungen von Drogen. _Ber. d. d.
+pharm. Gesells._, 1893, III, p. 167.]
+
+[Note 178 : KILMER. — Bissy nuts, the Kola of the West Indies. _Amer.
+Drug. and pharm. Rec._, 1894, XXV, p. 356.
+
+— Kola and kolanin. _Amer. Drug. and pharm. Rec._, 1896, XXVIII, 88-92.]
+
+[Note 179 : POSKIN. — Das Rotten der Kolanusse. _Journ. der. pharm. von
+Elsass-Lothringen_, 1895, XXV, p. 356.]
+
+[Note 180 : DIETERICH. — Ueber Kolanüsse. _Apotek. Zeit._, 1896, XI, p.
+810.
+
+— Ueber Wertbestimmung der Kolanus und des Kolaextraktes. _Apotek.
+Zeit._, 1897, XII, p. 638 ; _Pharm. Zeit._, 1897, XLII, p. 647.]
+
+[Note 181 : SCHUMM. — Ueber Prufung von Kolanussen und Kolanussextraken,
+ihren Gehalt an Gesamtalkaloid. _Apotek. Zeit._, 1898, XIII ; et
+_Naturf. Versamml._ Dusseldorf 1898.]
+
+[Note 182 : THOMS. — Untersuchung eines Bernegau’schen Kolapräparates.
+_Ber. d. d. pharm. Gesells._, 1898, VIII, p. 125.]
+
+[Note 183 : SCHURMAYER. — Ueber die Vervendung frischer Kolanüsse.
+_Apotek. Zeit._, 1898, XIII, p. 683.]
+
+[Note 184 : J. WARIN. — Dosage des alcaloïdes de la noix de Kola et de
+son extrait fluide. _Journ. pharm. chim._, 6e série, 1902, XV, p. 373.]
+
+[Note 185 : J. DEKKER. — Untersuchung der Blätter von Theobroma Cacao
+und Sterculia Cola auf darin enthaltene Xanthinbasen. _Schweiz. Woch. f.
+Chem. u. Pharm._, 1902, XI, p. 159.]
+
+[Note 186 : HECKEL. — Kolas africains. _Loc. cit._, 159.]
+
+[Note 187 : HECKEL. — Kolas africains. _Loc. cit._, p. 163.]
+
+[Note 188 : KNEBEL. — _Inaug. Diss._, Loc. cit., p. 15.]
+
+[Note 189 : G. SCHWEITZER. — Zur Kenntniss der coffein und
+theobrominhaltigen Glycoside in den Pflanzen. _Pharm. Zeit._, 1898,
+XLIII, p. 380.]
+
+[Note 190 : E. HECKEL. — Sur la constitution chimique et l’action
+physiologique du rouge de Kola ; comparaison avec la caféine. _Répert.
+pharm._, 1892, 3e série, IV, p. 433-439.]
+
+[Note 191 : CARLES. — Pharmacologie des Kolas. Titrage des Kolas et
+formes pharmaceutiques. _Bull. Soc. pharm. Bordeaux_, 1896, XXV, pp.
+193-212.]
+
+[Note 192 : Kolanin KNEBEL. — _Apotek. Zeit._, 1897, XII, p. 500.]
+
+[Note 193 : G. FRANÇOIS. — De l’influence de la kolanine sur la richesse
+en alcaloïde de la noix de Kola. _Journ. de Pharm. d’Anvers_, 1897,
+LIII, pp. 445-46.]
+
+[Note 194 : KNOX et PRESCOTT. — _Pharm. Rev._, loc. cit., p. 215.]
+
+[Note 195 : DIETERICH. — _Pharm. Zeit._, loc. cit., p. 647.]
+
+[Note 196 : KREWEL. — Zur chemischen Characteristik des Kolanin KNEBEL.
+_Pharm. Zeit._, 1897, XLII, p. 794.]
+
+[Note 197 : J. JEAN. — Les préparations pharmaceutiques à base de noix
+de Kola. _Répert. de Pharm._, 1896, 3e série, VIII, pp. 49, 54, 99.]
+
+[Note 198 : DIETERICH. — _Pharm. Centralh._, loc. cit.]
+
+[Note 199 : BERNEGAU. — Die Kolanuss als Arznei und Genussmittel.
+_Apotek. Zeit._, 1897, XII, pp. 404-406. Ueber kolanin. _Pharm. Zeit._,
+1897, XLII, p. 803.]
+
+[Note 200 : CARLES. — Pharmacologie des Kolas. _Journ. Pharm. Chim._,
+1896, 6e série, IV, p. 104.]
+
+[Note 201 : CARLES. — Pharmacologie des Kolas. _Bull. Soc. pharm.
+Bordeaux_, loc. cit., p. 205.]
+
+[Note 202 : E. WILSDORFF. — Brev. allemand W. 8382, 1892. _Journ. Pharm.
+Chim._, 5e série, XXVIII, 1893, p. 26.]
+
+[Note 203 : L. BERNEGAU. — Studien über die Kola. _Ber. d. d. pharm.
+Gesells._, 1900, X, p. 80. — Mittheilungen über eine Reise nach West-
+Africa. _Apotek. Zeit._, 1901, XVI, p. 725. — Ueber die Isolierung der
+Alkaloïd aus der Kolanuss. _Ber. d. d. pharm. Gesells._, 1898, VIII, p.
+403. — Die Bedeutung der Kolanuss als Futterstoff. _Jahrb. d. Pharm._,
+1897, p. 221.]
+
+[Note 204 : L. BERNEGAU. — Ueber die Darstellung von Kolarot. Brev.
+allemand, 137060, 1902. _Apotek. Zeit._, 1902, XVII, p. 841.]
+
+[Note 205 : SIEDLER. — Ueber die eingegangener Drogen. _Ber. d. a.
+pharm. Gesells._, 1898, VIII, pp. 16-18.]
+
+[Note 206 : BOURQUELOT. — Ferments solubles oxydants et médicaments.
+_Journ. Pharm. Chim._, 6e série, 1896, IV, p. 481.]
+
+[Note 207 : H. MASTBAUM. — _Chem. Rev. über d. Fett- u. Harzindustrie_
+1907, IV, p. 1 (d’après _Pharm. Centralh._ 1907, p. 704).]
+
+[Note 208 : KNOX et PRESCOTT. — _Pharm. Rev._, loc. cit., p. 172.]
+
+[Note 209 : A. GORIS. — Sur un nouveau principe retiré de la Kola
+fraîche. _C. R. Ac. Sc._, Paris, 1907, CXLIV, p. 1162 et _Bull. Sc.
+pharmacol._, 1907, XIV, p. 646.]
+
+[Note 210 : CHEVROTIER et VIGNE. — Sur la noix de Kola fraîche. _Bull.
+Sc. pharmacol._, 1906, XIII, p. 620 et aussi : Notes pharmacologiques
+sur la noix de Kola. _C. R. Ac. Sc._, 1907, CLIII, pp. 175-178.]
+
+[Note 211 : GORIS et ARNOULD. — Conservation et stérilisation des noix
+de Kola fraîches. _Bull. Sc. pharmacol._, 1907, XIV, p. 159.]
+
+[Note 212 : GORIS et FLUTEAUX. — Etat actuel de nos connaissances sur
+les plantes renfermant de la caféine. _Bull. Sc. pharmacol._, XVII,
+1910, p. 606-609.]
+
+[Note 213 : A. GORIS. — Sur un second composé cristallisé de nature
+phénolique retiré de la Kola fraîche ou stabilisée. _Bull. Sc.
+pharmacol._, XVIII, 1911, p. 138.]
+
+[Note 214 : O. GÖRTE. — _Inaug. Diss._, Erlangen, 1902.]
+
+[Note 215 : POLSTORFF. — Ueber das Vorkommen von Betainen und von Cholin
+in Coffein und Theobromin enthallenden Drogen. _Festsch._ OTTO WALLACH,
+Göttingen, 1909, pp. 569-578.]
+
+[Note 216 : A. GORIS et FLUTEAUX. — Plantes renfermant de la caféine.
+Loc. cit.]
+
+[Note 217 : P. BOURDET. — Les sucres de la noix de Kola fraîche. _Bull.
+Sc. pharmacol._, XVI, 1906, p. 650.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE XII.
+
+ * * * * *
+
+ =Action physiologique de la noix de Kola.=
+
+ * * * * *
+
+
+Les premières recherches sur l’action physiologique de la noix de Kola
+ont été faites à l’instigation du Dr E. HECKEL qui fut, nous l’avons
+dit, le véritable introducteur de cette drogue dans l’alimentation et la
+thérapeutique européennes. De nombreuses controverses et parfois même
+d’âpres discussions se sont élevées dès les premières publications de ce
+savant, qui eurent un retentissement considérable, jusqu’au sein de
+l’Académie de Médecine.
+
+Il serait fastidieux de reprendre ici l’historique complet de ces
+discussions, exposées tout au long dans l’ouvrage du Dr HECKEL ; nous
+les résumerons très brièvement et nous analyserons ensuite les
+principaux travaux parus depuis cette époque. Hâtons-nous de dire que la
+question de la pharmacodynamie du Kola doit aujourd’hui se diviser en
+deux parties, suivant que l’on s’adresse à la noix fraîche ou au produit
+sec qui, à cette époque, sauf de rares exceptions, parvenait seul sur
+nos marchés. Ce que nous venons de dire sur les différences de
+composition chimique, montre qu’il n’y a pas lieu de s’étonner des
+variations constatées dans l’action de la drogue, et BINGER[218] avait
+certes bien raison d’écrire :
+
+« Jusqu’à présent, les expériences faites en France sur l’emploi du Kola
+ont donné peu de résultats. Cela tient à ce que l’on se sert du Kola
+desséché. Il serait cependant bien facile d’en faire venir du frais en
+se servant de l’emballage de feuilles ».
+
+Ce fut cependant beaucoup plus tard seulement que l’on devait
+s’apercevoir de la véracité de cette assertion.
+
+Le premier travail d’ensemble sur cette question est dû au Dr
+MONNET[219], élève de DUJARDIN-BEAUMETZ ; quelques années plus tard,
+parut celui de PARISOT[220], élève de GERMAIN SÉE. Ces auteurs[221],
+suivant la pensée de leurs maîtres, ne voyaient dans l’action du Kola
+que le rôle joué par la caféine et c’est de cette époque que date la
+principale discussion entre HECKEL et GERMAIN SÉE, au cours de laquelle
+le premier dut s’élever avec la plus grande énergie contre les
+conclusions trop excessives de l’autre. HECKEL attribuait au _rouge de
+Kola_ une activité particulière qui devait s’ajouter à celle de la
+caféine et les études récentes sur la composition chimique lui donnent
+évidemment raison, puisque cette substance renferme sans doute encore
+une petite quantité de caféine combinée au tanin, et que ce composé
+tannique peut n’être pas sans influence sur l’organisme.
+
+De nombreux essais furent entrepris dès cette époque dans l’armée, dans
+les clubs d’alpinistes, dans certaines sociétés sportives, et partout on
+confirma l’action excitante du Kola, qui permet à l’organisme de
+supporter pendant un temps relativement long des fatigues
+supplémentaires.
+
+Aux conclusions de HECKEL[222], exposées dans différents mémoires,
+vinrent s’ajouter celles de R. DUBOIS[223] qui attribuaient au _rouge de
+Kola_ une action comparative à celle de la caféine, mais bien
+supérieure, et cela fut encore confirmé par MM. MONNAVON et
+PERROUD[224], et ensuite par le Docteur MARIE[225], médecin stagiaire au
+Val de Grâce, et enfin le Dr KOTLAR[226], de Saint-Pétersbourg.
+
+Une note un peu discordante fut jetée dans le débat par M. le Dr
+RODET[227], mais il ne semble pas que ses conclusions puissent
+controuver les déductions tirées de ses belles expériences par le Dr
+MARIE.
+
+Le lecteur intéressé trouvera tous détails qu’il serait superflu de
+répéter ici, dans l’ouvrage de HECKEL.
+
+MOSSO, le célèbre physiologiste de Turin, prouve également que la noix
+de Kola, dépouillée de sa caféine, conserve encore une activité
+manifeste, mais il démontre que la Kolanine et le rouge de Kola sont
+inactifs, ce qui controuve en partie les faits énoncés ci-dessus et rend
+inexplicable cette action du Kola privé de sa caféine ; mais on sait
+aujourd’hui qu’il doit y avoir là une erreur, à moins que MOSSO ne se
+soit adressé à un rouge de Kola préparé de telle façon qu’il ne renferme
+plus de traces de caféine, ce qui est très peu vraisemblable.
+
+En 1894, WALTER BARR[228], de Quincy (Illinois), publie à son tour une
+magistrale étude sur l’action physiologique du Kola, dans laquelle,
+influencé par les recherches chimiques de KNEBEL, il part de ce principe
+que c’est de la kolanine que dépend l’action physiologique du Kola.
+Mais, d’autre part, comme il croit aussi à la possibilité de l’action
+d’autres substances, il emploie pour ses expériences à la fois des noix
+fraîches ou leurs préparations et des noix sèches ou leurs préparations.
+
+L’action de ces dernières fut, dit-il, de même ordre que celle obtenue
+des premières, mais cependant plus actives et ce n’est
+qu’occasionnellement, d’après lui, que l’action bien connue de la
+caféine s’ajouta à celle du principe actif du Kola. Comme le travail de
+ce savant thérapeute est peu connu, il nous a paru utile d’y faire de
+larges emprunts.
+
+W. BARR pense que les résultats contradictoires obtenus, jusque-là, par
+les cliniciens ne sont en somme « qu’un tissu d’erreurs nettement
+apparentes et provenant d’une généralisation trop hâtive. Ils confirment
+cette évidence chimique que la noix de Kola est quelque chose de plus
+que de la caféine pure et simple ». Mais ces contradictions rappellent à
+l’auteur celles tout à fait comparables découlant des travaux sur les
+_Pilocarpus_ avant la découverte de la jaborine, comme facteur de leur
+pouvoir dynamique.
+
+« Les cliniciens, ajoute-t-il, ont bien noté les effets du Kola sur le
+fonctionnement du cœur, sur les muscles, sur la tension artérielle, sur
+son pouvoir de prévenir ou d’amoindrir pour une plus ou moins longue
+durée, la fatigue, mais ils n’ont fait aucun travail sérieux touchant à
+l’analyse de son action sur l’économie humaine et spécialement de son
+effet sur le système nerveux. »
+
+Malgré les difficultés d’une pareille recherche, difficultés que WALTER
+BARR n’ignorait point, il a établi pendant plusieurs années, dans ce
+but, des séries d’expériences en prenant les plus grandes précautions
+pour se mettre à l’abri de toute cause d’erreur.
+
+Après avoir choisi un nombre suffisant d’individus de différents types,
+au physique et au moral, parfaitement éduqués pour servir de sujets
+d’observation, on leur administra dans des conditions aussi semblables
+que possible, la même dose et au même moment.
+
+Chaque expérience dura plus d’un mois et l’on s’appliqua spécialement à
+varier les doses. Aucun sujet ne pouvait entrer en communication avec un
+autre et chacun adressait à l’auteur un rapport écrit de ses
+observations de chaque jour. Et, pour bien montrer la valeur de son
+travail, celui-ci insiste particulièrement sur ce point, qu’il n’eut
+jamais dans ces rapports à constater d’invraisemblances flagrantes.
+
+
+_Action sur le système nerveux._ — « Quand l’expérience fut terminée, on
+put constater que chaque variation d’effet provenait d’une variation
+correspondante de dosage, d’une équation personnelle constante de
+sensibilité, ou de variations de conditions ou de circonstances ».
+
+Un grand nombre d’observations du même genre furent également faites sur
+des gens sans instruction, qui ignoraient ce qu’ils prenaient : les
+indications ainsi fournies n’ont fait que confirmer les résultats des
+expériences et l’on put ainsi établir l’action dynamique du Kola.
+
+Les doses moyennes amènent une stimulation de l’intelligence, légère en
+ce qui concerne la rapidité et la clarté de la pensée, mais profonde si
+l’on envisage la capacité de l’effort soutenu. A doses élevées, l’effet
+est renversé ; on constate dans ce cas, de la fatigue mentale et un
+malaise célébral, d’où résulte de la paresse mentale ayant un effet
+frappant sur la mémoire.
+
+« Un sujet à table à qui l’on demandait de passer un plat, se trouvait
+dans l’impossibilité de se rappeler quel objet on venait de lui
+demander ; un autre faisait des efforts énormes pour se souvenir d’une
+ligne lue dans un livre après avoir refermé ce dernier et, il n’y
+pouvait parvenir ; etc. ».
+
+Mais on n’enregistra jamais de dépression consécutive.
+
+« Depuis quelques années, dit le distingué praticien, j’enseigne que le
+mot « stimulation » doit être considéré comme exprimant deux idées
+différentes : soit une suractivité, toujours suivie d’une dépression,
+soit une action tonique qui accroît la puissance de rendement, mais qui
+n’est jamais suivie de dépression. Au point de vue du cerveau, la
+première classe de stimulants amène toujours une « accoutumance » ; la
+seconde classe, jamais. Le Kola appartient au groupe des _toniques
+cérébraux_ stimulants (un mot nouveau serait utile) et il n’y a
+certainement pas trace d’accoutumance dans ses effets.
+
+« Les doses moyennes produisent l’insomnie, sans excitation, par manque
+du besoin ou du désir apparent de sommeil, ressemblant à l’impossibilité
+qu’on éprouverait de dormir le matin une heure après son réveil.
+
+« De fortes doses, au contraire, entraînent l’apparition de langueur
+mentale, de tristesse, d’insomnie suivie d’un sommeil profond, qui n’est
+pas du tout physiologique et qui dure 12 heures et plus, sans qu’on
+éprouve ensuite la sensation de repos. Elles produisent également du
+vertige, des lourdeurs de tête, des migraines, et cela est en rapport
+constant avec l’importance de la dose ingérée ; bref, une suite de
+symptômes qui rappellent l’intoxication par la valériane.
+
+« L’acétanilide reste sans effet sur cette douleur qui persiste jusqu’à
+ce que le sommeil ou l’exercice en amènent la disparition.
+
+« Les réflexes et les désirs sexuels sont augmentés par de faibles
+doses, mais diminués par de fortes doses ; le désir de fumer est en
+général amoindri, mais sans répugnance pour le tabac et cela pour ainsi
+dire sans s’en apercevoir. A doses fortes, le désir de fumer est plus
+intense, dans le but qui n’est pas atteint, d’arrêter la dépression
+mentale ou physique.
+
+« Logiquement la drogue agit sur les cellules du cerveau, car les effets
+ne sont pas du tout proportionnés à ceux qu’on observe sur la
+circulation et ils en diffèrent totalement. Le sommeil qui en résulte
+est un coma provenant d’une paralysie succédant à l’excitation exagérée
+« overstimulation paralysis », ce qui au point de vue thérapeutique est
+plutôt nuisible. L’action stimulante constatée sur les réflexes et les
+désirs sexuels est suivie d’une paresse de l’excitabilité et d’une
+paralysie de certaines parties du système sympathique.
+
+
+_Système digestif._ — Deux heures après son administration, le Kola
+cause une accélération marquée des mouvements péristaltiques comme aussi
+de la sécrétion ; des doses de plus en plus fortes peuvent amener
+d’abord de l’effet laxatif, puis purgatif, et même une forte diarrhée
+avec coliques. Les selles sont normales comme couleur, à la période
+laxative, plus foncées pendant diarrhée ; la langue est chargée et les
+symptômes d’une surproduction biliaire apparaissent. L’administration de
+liqueurs alcooliques ou aromatiques atténue la douleur, mais non la
+diarrhée. Les effets sont absolument identiques quand le Kola est
+administré à un estomac vide ou à un estomac plein. Après les repas,
+l’ingestion de Kola accroît le pouvoir digestif d’une façon manifeste,
+aussi bien sur les graisses et les matières protéiques que sur les
+hydrates de carbone.
+
+W. BARR conclut que le Kola affecte les nerfs sympathiques de l’assise
+musculaire de l’appareil digestif et des glandes sécrétrices. Cette
+action n’est pas une irritation locale, puisqu’elle ne débute que deux
+heures après l’ingestion et qu’elle est indépendante de la quantité
+d’aliments ingérés. C’est sans doute à cette augmentation du pouvoir
+digestif qu’est due l’augmentation consécutive de l’appétit.
+
+
+_Appareil circulatoire._ — Il est manifestement impossible, dit
+l’auteur, de déterminer par expérience quels sont les effets de la
+drogue sur les mouvements du cœur de l’être humain. La tension s’accroît
+notablement ; il n’y a pas d’effet constant sur la température et l’on
+constate seulement parfois une élévation en rapport direct avec
+l’augmentation de l’activité cardiaque.
+
+On peut conclure que l’effet du Kola n’est pas centralisé sur le cœur,
+car cet effet n’est pas proportionnel à l’accroissement cérébral de
+l’activité fonctionnelle et dure plus longtemps que l’excitation
+cérébrale. Au point de vue de la stimulation du sympathique, il est
+probable que les ganglions cardiaques sont le siège de l’action sur le
+cœur[229].
+
+
+_Système musculaire._ — Des doses moyennes amènent la diminution de la
+fatigue, sans dépression consécutive. On ne constate pas cette
+augmentation de la puissance que produisent les vrais stimulants, mais
+seulement _une aptitude plus grande à l’activité. La quantité de force
+par unité de temps n’est pas accrue[230], mais le temps est prolongé_.
+Un fait important est dûment constaté : c’est que l’activité musculaire
+est le plus grand antagoniste de l’action générale de la drogue. L’effet
+dynamique est exactement en raison directe de la dose et en raison
+inverse de la quantité d’activité musculaire dépensée pendant le temps
+de l’action ; les effets toxiques de doses élevées, au début de leur
+apparition, peuvent disparaître par un simple exercice violent.
+
+Le volume et la teneur en matières solides de l’urine diminuent et la
+durée de l’action dynamique de la dose, quoique très variable, est
+d’environ six heures. Une seconde dose administrée avant que les effets
+de la première aient disparu, produit les mêmes manifestations qu’une
+dose double. Plus la dose est forte, plus l’action dynamique dure
+longtemps, les doses toxiques agissant pendant douze heures et même
+plus.
+
+L’action du Kola commence environ trente minutes après l’absorption,
+quand il s’agit de préparations liquides et l’action dynamique atteint à
+peu près son maximum une heure et demie ou deux heures après.
+
+
+_Doses de Kola à ingérer._ — W. BARR se garde bien de donner les poids
+de Kola administrés ; car, dit-il, cela pourrait induire en erreur et
+conduire à des expériences dangereuses. Une quantité relativement
+faible, qui produit chez un individu des effets à peine sensibles, peut
+provoquer des phénomènes pathologiques chez un autre.
+
+Chez sept personnes prenant la même dose dans les mêmes conditions et au
+même moment, on a observé sept variations graduées dans l’intensité de
+l’action. « _La dose de Kola pour chaque individu est la quantité
+suffisante pour produire l’action désirée_ ; il est inutile d’en dire
+plus », conclut l’auteur.
+
+Les variations dans l’action du Kola chez différents individus, les
+conditions d’administration étant les mêmes, sont fréquentes, mais
+« chacune de ces variations est due à une variabilité de l’intensité de
+l’action sur une partie quelconque de l’appareil sympathique ». On peut
+donc prévoir un grand nombre d’actions individuelles.
+
+Une chose importante encore constatée par W. BARR, c’est l’antagonisme
+de la noix vomique ou de la strychnine[231] envers les effets toxiques
+de fortes doses de Kola, et l’auteur résume ainsi ses expériences :
+
+« Le Kola a une action spéciale sur les systèmes cérébro-spinal et
+sympathique, action qui n’est pas du tout celle de la caféine et est due
+à un autre principe actif. L’action primitive est une augmentation du
+pouvoir actif du système cérébro-spinal et une augmentation de
+l’activité du système sympathique ; une hyperexcitabilité renverse
+l’action, comme c’est la loi en physiologie, mais il n’y a pas de
+dépression consécutive du système cérébro-spinal, ni du sympathique,
+excepté lorsque la dose est forte et, dans ce cas, la dépression se
+manifeste seulement dans la partie la plus sensible à l’action de la
+drogue (certains réflexes et les désirs sexuels).
+
+« Le ralentissement de l’hyperexcitabilité du cerveau amène des effets
+physiologiques marqués qui sont dangereux si l’intoxication continue.
+L’action du Kola sur le système cérébro-spinal retentit nettement sur le
+système musculaire. L’action sur le sympathique provoque une
+accentuation des mouvements péristaltiques et une augmentation de
+sécrétion, ainsi que la contraction des artérioles. L’élévation de la
+tension sanguine que l’on constate, étant due en partie à cette vaso-
+constriction périphérique comme aussi à l’augmentation de l’activité
+cardiaque, qui est elle-même une manifestation de l’excitabilité des
+ganglions sympathiques.
+
+« Il y a d’abord une augmentation des réflexes et du pouvoir vénérien
+qui disparaît par suite d’une hyperexcitabilité de cette partie du
+sympathique avant que les autres portions moins sensibles ne soient
+déprimées. Il ne se produit aucune accoutumance ; l’euphorie (sensation
+de bien-être psychique et physique) est marquée ; l’urine est moins
+abondante et l’élimination de la drogue ne dure guère plus de six
+heures ».
+
+« Les variations individuelles sont telles qu’aucune donnée posologique
+n’a pas de valeur pour cette drogue qui doit être employée avec
+circonspection et peut produire chez certains individus des effets
+véritablement extraordinaires.
+
+« La mort peut survenir, mais il faut pour cela des doses très élevées
+et elle provient probablement de la paralysie du cœur.
+
+« _Les noix sèches produisent sensiblement les mêmes effets que les
+fraîches, mais il faut en absorber une plus grande quantité et les
+effets particuliers de la caféine se manifestent en même temps que ceux
+du principe actif particulier du Kola._ »
+
+Tels sont les résultats des remarquables expériences du docteur W.
+BARR ; on nous pardonnera de les avoir rapportées en détail, car il
+semble qu’elles aient, tout au moins en France, passé un peu inaperçues.
+
+Certes, on peut leur reprocher de n’être point rigoureusement
+scientifiques en se plaçant au point de vue du physiologiste, mais il
+n’en est pas moins vrai qu’elles présentent un très grand intérêt au
+point de vue thérapeutique et cela nous suffit.
+
+Somme toute, dans l’étude des phénomènes physiologiques produits par
+l’ingestion de la noix de Kola et surtout des préparations faites avec
+la noix desséchée, on retrouve au moins dans l’ensemble, la plupart des
+caractères pharmacodynamiques de la caféine, il importe donc de rappeler
+ici brièvement ce que l’on sait de l’action particulière de cette
+substance.
+
+
+_Action pharmacodynamique de la Caféine._ — La caractéristique
+pharmacodynamique de la Caféine consiste dans l’action toni-musculaire
+et toni-nervine qu’elle exerce et dont la constatation empirique a été
+la cause de l’emploi alimentaire des caféiques avant que ceux-ci ne
+fussent utilisés en médecine. Tout le monde est d’accord sur un point :
+la caféine facilite grandement le travail musculaire et, dans une mesure
+également fort appréciable, le travail intellectuel ; elle augmente le
+rendement énergétique de l’individu, permet la prolongation de l’effort
+et retarde l’apparition de la fatigue et de l’essouflement ; mais, où
+les interprétations diffèrent, c’est sur le mécanisme de la production
+de cet état particulier et cela, parce que, comme toujours en
+pharmacodynamie, certains expérimentateurs ne se sont pas attachés à
+spécifier d’une manière assez précise les doses employées, d’autres
+n’ont pas mis en évidence d’une manière assez nette que les effets
+obtenus étaient totalement différents suivant qu’il s’agissait de doses
+faibles ou, au contraire, de doses fortes et même parfois toxiques ;
+d’autres, enfin, ont appliqué à l’homme des résultats expérimentaux
+obtenus chez l’animal, dans des conditions tout à fait spéciales et ne
+permettant pas cette comparaison. Enfin, des questions de théorie pure
+sont venues se greffer sur cette question, si bien que, pour certains,
+la caféine est surtout un toni-musculaire, alors qu’en réalité cette
+action n’est que secondaire et sous la dépendance intime du système
+nerveux central.
+
+
+_Action de la caféine sur le système nerveux central._ — La caféine est
+surtout un stimulant nervin dont le pouvoir excitant sur le cerveau est
+surtout évident chez l’homme, alors qu’il est dominé par une exagération
+du pouvoir excito-réflexe médullaire chez les animaux.
+
+Par suite de cette action cérébrale, la caféine se classe parmi les
+modificateurs intellectuels et se rapproche de la morphine.
+
+Comme elle, elle est susceptible de déterminer de l’excitation cérébrale
+suivie de dépression et même de narcose, mais elle s’en différencie
+nettement par ce fait que l’excitation cérébrale de la caféine est
+toujours secondaire et précédée d’une période de dépression que, d’autre
+part, la période de narcose est inconstante et en tous cas toujours plus
+fugace et moins intense que celle déterminée par la morphine.
+
+Dans la plupart des cas, avec des doses thérapeutiques, même fortes, ce
+phénomène n’est pas obtenu et l’on n’observe qu’une exaltation de
+l’excitabilité réflexe plus ou moins intense, ne se transformant en
+tétanos que chez l’animal.
+
+L’effet des doses utiles de caféine se traduit simplement par
+l’augmentation de l’excitabilité du système nerveux central retentissant
+sur l’action musculaire. L’influx nerveux moteur part du cerveau avec
+une plus grande énergie et vient agir sans résistance sur des centres
+médullaires plus excitables ; or, en même temps, les muscles sont
+disposés à passer plus facilement de l’état de relâchement à l’état de
+contraction, il s’en suit que la caféine se conduit comme un sthénique
+tout à fait remarquable.
+
+
+_Action de la caféine sur le système musculaire._ — L’action musculaire
+de la caféine est le phénomène qui attire le plus l’attention et qui a
+été le plus étudié. Il semble qu’à l’heure actuelle le mécanisme de
+l’augmentation du travail produit soit parfaitement élucidé. Les
+dernières recherches de JOTEYKO sur la fatigue musculaire au moyen des
+courbes ergographiques chez l’homme, montrent que l’action nerveuse est
+surtout à considérer et qu’à doses modérées, physiologiques, l’action de
+la caféine sur le muscle se limite à une simple augmentation de
+l’énergie des contractions. Elle a surtout pour résultat de mettre les
+muscles dans des conditions meilleures pour, sous l’influence du système
+nerveux stimulé, passer facilement et rapidement de l’état de repos à
+l’état d’activité. Elle permet, en outre, d’obtenir un rendement
+meilleur, l’amélioration de la circulation locale du muscle en travail
+favorisant à la fois une consommation plus considérable d’hydrocarbonés
+et un enlèvement également plus rapide des matériaux de déchets,
+produits de cette combustion.
+
+Si, au point de vue pratique, l’action nerveuse est surtout importante à
+envisager, il n’en est pas moins vrai que la caféine possède réellement
+une électivité musculaire très nette se traduisant par action locale par
+les modifications histologiques de la fibre lisse ou striée et par les
+phénomènes de rigidité et de contracture qui apparaissent sous
+l’influence des doses fortes et qui, comme l’ont démontré PASCHKIS et
+PAL constituent la caractéristique pharmacodynamique du noyau xanthique.
+
+
+_Action de la caféine sur l’appareil circulatoire._ — L’action exercée
+par la caféine sur la circulation n’est que la conséquence de ses
+actions toni-nervine et musculaire. Elle se rapproche de celle de la
+digitaline à l’intensité près, déterminant, à doses thérapeutiques : du
+ralentissement du poids et de l’augmentation de l’énergie de contraction
+cardiaque et une augmentation de la tension sanguine ; à doses fortes et
+toxiques, au contraire, de l’accélération et de l’affaiblissement des
+contractions cardiaques, de l’arythemie, de la chute de la tension
+sanguine et finalement l’arrêt systolique brusque par contracture
+myocardique.
+
+La caféine exerce à la fois une action excitante tonique sur le myocarde
+et les appareils d’innervation centrale et périphérique du cœur,
+prédominante surtout sur les appareils accélérateurs et à dose forte sur
+les ganglions cardiaques.
+
+Les vaso-moteurs sont diversement influencés par la caféine suivant les
+organes considérés et les doses employées. G. SÉE avait montré que des
+doses thérapeutiques déterminent de la vaso-dilatation des vaisseaux du
+cerveau ; PLUMIER constate le même phénomène pour les vaisseaux du rein,
+mais l’effet inverse se produit pour la circulation périphérique
+générale et la caféine détermine au contraire, sauf à doses toxiques, de
+la vaso-constriction des vaisseaux des membres.
+
+L’action excito-sécrétoire de la caféine est essentiellement variable
+suivant les individus. Son action diurétique provient certainement,
+comme l’ont montré G. SÉE, SCHMIEDEBERG et ANTEN, de l’action directe de
+la caféine sur les épithéliums des canalicules urinaires lors de son
+élimination à l’état de monométhylxanthine par cette voie, mais elle est
+favorisée également par l’augmentation de vitesse du sang et la vaso-
+dilatation qui se produit dans cet organe.
+
+
+_Action de la caféine sur l’appareil respiratoire._ — Les phénomènes
+sont parallèles à ceux observés sur la circulation. Des doses
+thérapeutiques de caféine déterminent du ralentissement et de la
+régularisation des mouvements respiratoires dus surtout à l’action
+bulbaire de la caféine. Cette influence est surtout nette sous
+l’influence du travail, ou, comme l’avaient montré G. SÉE, LAPICQUE,
+PARIZOT, l’essouflement ne se produit pas ou se produit plus tardivement
+par suite de l’amélioration de l’hématose sous l’influence de
+l’augmentation de la vitesse, du courant sanguin et de l’élévation de la
+pression sanguine.
+
+
+_Action de la caféine sur les échanges nutritifs._ — Depuis longtemps on
+a reconnu que la caféine modifiait les échanges organiques, mais par
+suite de la diversité des conditions expérimentales et des doses
+employées, quelques pharmacologues se sont mépris sur le sens de cette
+action et ont voulu la considérer comme un _aliment d’épargne_,
+comprenant par là qu’elle avait le pouvoir de suppléer à une
+alimentation insuffisante en modérant les dépenses organiques. Ils
+avaient cru que, tout en possédant la propriété de stimuler l’organisme
+et de faciliter le travail nerveux et musculaire, elle réduisait les
+échanges nutritifs au point d’empêcher les effets fâcheux du jeûne.
+
+Cette contradiction si choquante avec les propriétés générales de la
+caféine est à l’heure actuelle absolument abandonnée et l’on a reconnu,
+au contraire, que si la caféine permet d’exécuter un travail plus
+considérable et plus prolongé, augmentant la résistance à la fatigue,
+c’est qu’elle permet à l’organisme de brûler plus facilement ses
+réserves hydrocarbonées, économisant en partie ses albuminoïdes lorsque
+l’individu est suffisamment alimenté. Dans le cas contraire, lorsque
+l’albumine doit être consommée, elle lui permet encore de brûler ses
+albuminoïdes de réserve et même tissulaires ; mais, dans ce dernier cas,
+l’amaigrissement est rapide et la période de déchéance organique se
+manifeste avec une intensité beaucoup plus grande qu’à l’état normal.
+Loin d’être un aliment d’épargne, c’est donc un médicament qui facilite
+la désassimilation.
+
+Les expériences très précises de RIBAUT ont, en effet, montré que, sous
+l’influence de doses faibles, il se produit toujours une augmentation
+dans la production de chaleur.
+
+Lorsque l’organisme ne doit pas faire face à ses dépenses uniquement au
+moyen des albuminoïdes de ses tissus, la caféine abaisse le chiffre de
+l’urée ; à doses fortes, elle l’augmente, au contraire. L’équilibre
+azoté normal peut être rompu par la caféine et la durée de la période
+d’établissement peut être modifié par elle ; le besoin absolu de
+destruction de l’albumine à l’état normal peut être diminué.
+
+Les pertes en hydrates de carbone sont plus élevées et les pertes en
+graisses plus faibles. Ces faits expliquent l’augmentation de la
+production d’acide carbonique exhalé.
+
+En ce qui concerne les éléments minéraux : l’excrétion du phosphore est
+augmenté par de fortes doses et diminué par des doses faibles ; la
+quantité de chlorure diminué est généralement moindre[232].
+
+Il faut donc se souvenir que, dans aucun cas, les caféiques ne réparent
+les pertes de l’organisme ; ils permettent seulement l’utilisation de
+réserves, lorsqu’on les emploie en temps voulu ; ils conservent
+l’aptitude à la réintégration et à la reconstitution rapide des
+réserves, mais cela à une condition indispensable, c’est que l’individu
+soit suffisamment alimenté, car, dans l’hypothèse contraire, loin de
+reconstituer ses réserves et de permettre de faire face à un travail
+déterminé, la caféine amènera, après une phase d’énergie factice, une
+véritable incapacité de travail, une impotence générale du sujet et en
+même temps une véritable combustion de l’organisme. L’individu, non
+alimenté, se consume, sous l’influence de la caféine, beaucoup plus
+rapidement qu’il ne le ferait dans le cas d’inanition simple.
+
+ *
+ * *
+
+Mais les recherches de GORIS ont montré que la caféine dans les noix
+fraîches existait à l’état de combinaison avec des corps du groupe des
+tanins et il a pu isoler deux de ces derniers, la Kolatine et la
+Kolatéine, tous deux se rapprochant des Catéchines. Il était donc utile
+de savoir si ces substances étaient douées d’une action
+pharmacodynamique propre et l’étude en a été faite par l’auteur en
+collaboration avec le Dr J. CHEVALIER au moins pour l’un des deux, la
+kolatine.
+
+Le deuxième, isolé à l’état cristallisé, il y a quelques semaines à
+peine, n’a pas été encore soumis à cette série d’investigations ; il
+nous est donc impossible de rien préjuger, mais nous retiendrons
+toutefois ce qui a été publié au sujet de la kolatine.
+
+
+_Action physiologique de la Kolatine_[233]. — La kolatine est un corps
+peu toxique, et elle peut être injectée par voie intraveineuse, à la
+dose de 1 gr. par kilogr. d’animal, sans déterminer d’accidents graves.
+
+Contrairement à la caféine, son action est nulle sur la contractilité
+musculaire, et la courbe de contraction n’est modifiée ni dans sa forme,
+ni dans sa grandeur, sous l’influence de doses même fortes, susceptibles
+de déterminer tardivement la mort de l’animal (injection de 0.02 gr. à
+une grenouille de 20 gr.).
+
+[Illustration : FIG. 37 _bis_. — Grenouille 20 gr. Injection de 0,01 gr.
+de kolatine sous la peau de la cuisse. Arrêt du cœur au bout de 17
+heures. Cardiographe Verdin-Vibert.]
+
+Chez les animaux à sang froid (grenouille), l’injection de la kolatine
+dans les sacs lymphatiques dorsaux (0,01 gr. pour un animal de 15 gr.)
+détermine rapidement une augmentation de l’énergie systolique et une
+légère accélération des mouvements cardiaques ; puis, au bout de peu de
+temps, l’énergie des contractions cardiaques augmente encore, mais leur
+nombre diminue, la diastole se faisant d’ailleurs plus lente.
+Ultérieurement surviennent des pauses diastoliques de plus en plus
+prolongées et le cœur finit par s’arrêter sans avoir présenté
+d’irrégularités de rythme, la systole s’effectuant avec une énergie
+considérable jusqu’à la fin.
+
+Le cœur s’arrête en diastole, il est encore excitable, comme du reste
+les autres muscles, mais, par contre, les nerfs sont complètement
+paralysés et ne répondent plus aux excitations électriques.
+
+[Illustration : FIG. 38. — Chien 5 kg. chloralosé. Pression fémorale
+avec le Kymographion de Ludwig. Injection intraveineuse d’une solution
+de kolatine dans le sérum physiologique à 37°, 5 gr. de kolatine à
+intervalle de 40 minutes. Survie du chien.]
+
+Chez les animaux à sang chaud, l’injection intraveineuse de la kolatine
+détermine un léger ralentissement des contractions cardiaques, une
+augmentation de leur énergie et une légère augmentation de la pression
+sanguine. Ces divers phénomènes persistent plus ou moins longtemps
+suivant la dose injectée et, sous l’influence de fortes doses (0,60 gr.
+à 0,70 gr. par kilogramme d’animal), on voit se produire une chute
+progressive de la pression sanguine ; le ralentissement des contractions
+cardiaques s’accentue encore à cette période, mais l’énergie cardiaque
+reste encore supérieure à la normale.
+
+Il est important de remarquer l’espèce d’antagonisme partiel qui existe
+entre l’action de la caféine et celle de la kolatine, aussi bien sur les
+muscles que sur le système nerveux central, antagonisme probablement
+susceptible d’empêcher l’action contracturante des fortes doses de
+caféine sur les muscles et, en particulier, sur le myocarde, qui
+constitue l’une des principales contre-indications de son emploi en
+thérapeutique.
+
+Cette étude montre donc que les composés taniques existant dans la noix
+de Kola fraîche jouissent d’une activité physiologique réelle et
+spéciale dont on n’a pas toujours assez tenu compte. Elle apporte aux
+auteurs qui préconisent l’emploi de la noix fraîche, un précieux appoint
+en faveur de leur manière de voir.
+
+L’usage qu’en font les nègres qui méprisent la noix sèche est donc tout
+à fait rationnel au point de vue scientifique.
+
+Ajoutons, pour terminer que MM. J. CHEVALIER et ALQUIER[234] se sont
+occupés de l’action du Kola frais sur le travail et leurs expériences
+paraissent probantes.
+
+« Des observations empiriques, écrivent ces auteurs, avaient permis de
+constater que, chez le cheval à l’entraînement, on pouvait sous
+l’influence de la noix de Kola fraîche augmenter sensiblement le
+rendement de l’animal et obtenir à la fois une accélération de la
+vitesse et une augmentation de la résistance à la fatigue et à
+l’essoufflement. Nous avons repris ces essais et pu constater que, sous
+l’influence de 100 à 200 gr. de farine de noix de Kola fraîche (préparée
+par le procédé de VIGNE et CHEVROTTIER) soit seule, soit additionnée
+d’une certaine quantité de sucre, on obtenait une accélération de la
+vitesse et par conséquent une augmentation du travail fourni dans
+l’unité de temps sans voir se produire une augmentation proportionnelle
+des mouvements respiratoires et des battements cardiaques :
+
+
+« Chez un cheval nivernais, demi-sang, bon trotteur, attelé, à l’état
+normal, on note au repos par minute 37 pulsations, 10 respirations et
+une température de 37°,8. Après une course de 4 km. en 13 minutes (soit
+333 m. à la minute, 20 km. à l’heure), on note à l’arrivée 87
+pulsations, 52 respirations et une température de 39°,2 ; 5 minutes
+après, 70 pulsations et 40 respirations.
+
+« Deux jours après, le même parcours fut effectué après addition de 150
+gr. de farine de Kola à sa ration alimentaire. Les 4 km. furent couverts
+en 11 minutes (soit 360 m. à la minute, 21 km. 500 à l’heure). On note à
+l’arrivée 80 pulsations, 46 respirations et une température de 39°,4 ; 5
+minutes après, 60 pulsations, 35 respirations. Voulant nous rendre
+compte nettement de l’augmentation du travail et des conditions dans
+lesquelles elle s’obtient sous l’influence de cet aliment, nous avons
+opéré sur des chevaux de trait léger, notablement déprimés, qui
+exécutaient régulièrement, tous les jours, un travail auxquels ils
+étaient habitués de longue date. Ils traînaient une certaine charge, au
+trot, sans que le conducteur intervint pour exciter leur allure,
+toujours sur la même piste, et pendant exactement 16 km. 500, avec un
+arrêt de 3 heures environ à la moitié du parcours.
+
+« Ils reçurent durant les essais un mélange alimentaire homogène dont
+ils consommaient ce qu’ils voulaient et auquel on ajouta à certaines
+périodes par 24 heures tantôt 100 gr., tantôt 200 gr. de farine de noix
+de Kola fraîche (2,57 pour 100 de caféine, 48,20 pour 100 d’amidon et de
+glucose). Ces doses distribuées par moitié au cours de chacun des repas
+précédant les deux séances quotidiennes de travail ont toujours été
+intégralement absorbées.
+
+
+Ces expériences amènent MM. J. CHEVALIER et ALQUIER à formuler les
+conclusions suivantes :
+
+
+« Sous la seule influence de la noix de Kola fraîche, le travail produit
+dans l’unité de temps par le cheval, fatigué ou non, augmente, mais ce
+surcroît de travail se produit aux dépens des réserves de l’organisme
+(abaissement du poids vif et perte de poids plus élevée pendant le
+travail lors du régime à la Kola). Cet aliment n’a aucune influence sur
+la diminution classique d’appétit des organismes fatigués chez lesquels
+l’apport alimentaire pris volontairement couvre rarement les dépenses
+nécessitées par le travail produit ; par contre, il augmente la tonicité
+intestinale. Les moteurs animés soumis au régime du kola travaillent en
+outre d’une façon moins économique. Chez eux, l’accomplissement d’un
+travail déterminé s’accompagne d’une plus forte production de chaleur et
+d’une augmentation de l’évaporation d’eau cutanée et pulmonaire
+(accroissement de la quantité d’eau de boisson) ; par conséquent,
+l’énergie disponible de la ration alimentaire se transforme en travail
+mécanique utile dans une plus faible proportion, et, pour obtenir des
+résultats réellement utiles, la noix de Kola fraîche ne doit être
+employée que sur les sujets ingérant une ration appropriée et
+proportionnée au travail qu’ils effectuent et seulement pendant les
+périodes courtes de travail forcé ».
+
+« De tous les caféiques, dit le Prof. POUCHET[235], celui qui
+justifierait le mieux l’appellation d’_antidéperditeur_, c’est la _Noix
+de Kola fraîche_. Sa composition chimique nous montre qu’elle renferme
+plus de la moitié de son poids de matériaux nutritifs, dont la valeur
+est d’autant moins négligeable qu’ils sont associés à la caféine et à la
+théobromine. Chez les indigènes, la noix de Kola est regardée comme un
+vivre de réserve, un excitant de la marche et un aliment permettant de
+résister à la fatigue. Les graines fraîches mâchées préservent de la
+faim et de la soif. On peut, grâce à leur emploi, utiliser les eaux
+saumâtres pour la boisson. Elles permettent, sous l’influence de
+l’alimentation et du repos, une prompte et facile réparation de
+l’organisme ; de plus, tandis qu’un individu, à jeun depuis un certain
+temps ne peut ingérer sans inconvénient qu’une faible quantité de
+matières alimentaires, un sujet qui aura fait usage de noix de Kola
+fraîches pendant la durée de son jeûne, pourra ingérer d’énormes
+quantités d’aliments sans éprouver la moindre gêne.
+
+« Les expériences de HECKEL, R. DUBOIS et MARIE, de FÉRÉ, ont de plus
+montré que le travail, sous l’influence du rouge de Kola et _bien plus
+encore sous l’influence de la noix fraîche_, était augmenté dans une
+proportion beaucoup plus considérable et d’une manière plus durable que
+sous l’influence de la caféine seule, le dédoublement lent du tanno-
+glucoside maintenant plus longtemps l’organisme sous l’influence de la
+caféïne.
+
+« On constate également, avec la noix de Kola fraîche, que l’action
+excitante commence à se faire sentir plus rapidement qu’avec les autres
+préparations de caféïques. _En définitive_, au point de vue pratique,
+_c’est le caféique de choix_ ».
+
+Sous la réserve d’une interprétation une peu différente en ce qui
+concerne la composition chimique mieux connue aujourd’hui, nous ne
+saurions mieux faire, en matière de conclusion, que de souscrire
+entièrement aux déductions du savant professeur de la Faculté de
+Médecine de Paris.
+
+Il en résulte que, si l’on veut obtenir la véritable action du Kola,
+l’on devrait voir disparaître à jamais ou tout au moins restreindre de
+plus en plus toutes les préparations à base de noix sèches. La
+thérapeutique ne devrait employer que les noix fraîches ou les remplacer
+par des noix fraîches stérilisées à l’aide des procédés antérieurement
+indiqués, puis séchées ensuite convenablement. La preuve semble faite
+par les études entreprises sur les Kolas frais stérilisés que ceux-ci
+conservent à peu près intégralement les propriétés des noix fraîches.
+
+ * * * * *
+
+
+[Note 218 : BINGER. — Loc. cit.]
+
+[Note 219 : MONNET. — De la Kola, étude physiologique et thérapeutique.
+_Thèse Fac. Méd._, Paris, 1885.]
+
+[Note 220 : PARISOT. — Etude de la Caféine sur les fonctions motrices.
+_Th. Fac. méd._, Paris, 1890.]
+
+[Note 221 : DUJARDIN-BEAUMETZ, dans sa _Leçon d’introduction_ de 1886,
+passant en revue les médicaments caféiques, signale plus spécialement le
+Kola, qui renfermant de la caféine et de la théobromine, lui paraît
+présenter de réels avantages. Ses essais ont été faits avec des _noix
+fraîches_ envoyées de Dakar par le Dr GUILLET. C’est la première mention
+médicale de l’emploi du Kola frais qui soit à notre connaissance.]
+
+[Note 222 : E. HECKEL. — Sur l’action du Kola à propos des effets de la
+caféine. _Bull. gen. thérap._, 1890, CXVIII, p. 345. — Expériences
+comparatives concernant l’action du Kola et de la caféine sur la fatigue
+et l’essouflement déterminé par les grandes marches. _Marseille
+médical_, 1890. — Voir aussi les communications à l’Ac. de Médecine,
+séances des 8 et 22 avril 1890.]
+
+[Note 223 : R. DUBOIS. — Action physiologique comparée de la caféine, du
+Kola et du _rouge de Kola_ sur la contraction musculaire. _Ass. Fr. pour
+Av. Sc._, Marseille, 1891.]
+
+[Note 224 : MONNAVON et PERROUD. — Nouvelles expériences comparatives
+entre la caféine, la poudre, le rouge et l’extrait complet de Kola.
+_Lyon médical_, 1891.]
+
+[Note 225 : MARIE. — Etude expérimentale comparée du rouge de Kola, de
+la caféine et de la poudre de Kola sur la contraction musculaire. _Th.
+Fac. Méd._, Lyon, 1892.]
+
+[Note 226 : KOTLAR. — L’action physiologique de la noix de Kola. _Th.
+Université, Saint-Pétersbourg_, 1891.]
+
+[Note 227 : P. RODET. — De l’action comparée du Kola et de la caféine.
+_Soc. méd. pr._, Paris, 1891, pp. 468-478.]
+
+[Note 228 : G. WALTER BARR. — The physiological action of Kola. _Ther.
+Gazette_, 1896, XX, p. 221.]
+
+[Note 229 : En réalité, l’influx nerveux moteur volontaire part du
+cerveau avec une plus grande énergie et exerce son action maximum sur
+les centres moteurs médullaires plus excitables.]
+
+[Note 230 : Les travaux récents semblent démontrer qu’il y a non
+seulement une augmentation de résistance à la fatigue, mais également
+une augmentation du travail produit dans l’unité de temps, ce qui n’est
+pas tout à fait d’accord avec cette affirmation de W. BARR.]
+
+[Note 231 : Cela n’a rien d’étonnant étant donné que les phénomènes
+toxiques déterminés par la noix de Kola se traduisent surtout par de la
+paralysie bulbo-médullaire.]
+
+[Note 232 : POUCHET. — Précis de pharmacologie et de matière médicale,
+Paris, 1907.]
+
+[Note 233 : J. CHEVALIER et A. GORIS. — Action pharmacologique de la
+Kolatine. _C. R. Ac. Sc._, 1907, CXLV, p. 354 et _Bull. Sc. pharmacol._,
+1907, XIV, p. 645.]
+
+[Note 234 : J. CHEVALIER et ALQUIER. — Action de la noix de Kola fraîche
+sur le travail. _C. R. Ac. Sc._, 13 janvier 1908.]
+
+[Note 235 : _Loc. cit._, p. 389.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE XIII.
+
+ * * * * *
+
+ =Usages du Kola. — Formes pharmaceutiques.=
+
+ * * * * *
+
+
+Connaissant maintenant quels effets physiologiques produit la noix de
+Kola sur l’organisme ; il reste à passer en revue les emplois de la
+drogue dans l’alimentation et la thérapeutique soit chez l’homme, soit
+chez les animaux.
+
+Walter BARR, à la suite de son remarquable exposé clinique, n’a pas
+négligé d’émettre son opinion sur l’usage thérapeutique qu’on en peut
+faire.
+
+Ce n’est pas seulement, dit-il, un tonique musculaire ; le Kola peut
+rendre des services dans de nombreux cas pathologiques. D’abord chez les
+alcooliques, employé à dose normale, il fait disparaître les signes et
+les symptômes de l’intoxication, et cela plus vite que tous les autres
+agents préconisés jusqu’alors.
+
+Dans la dipsomanie (satisfaction d’une sensation anormale de soif), il
+agit utilement par la sensation de bien-être qu’il procure, et aussi par
+son action bienfaisante sur le pouvoir digestif.
+
+Contre l’abus du tabac, il sera prescrit avec chances de succès, grâce à
+l’euphorie qui suit son ingestion et qui facilite au patient la perte de
+sa fâcheuse habitude.
+
+Les crises, dans certains cas de folie, sont vaincues par
+l’administration du Kola à haute dose qui paralyse les réflexes, mais
+c’est surtout son action tonique sur le système nerveux qui fait dans ce
+cas, la grande valeur de ce médicament.
+
+On en fera également usage avec succès dans le traitement de la
+mélancolie, de la neurasthénie, contre les névralgies, pour combattre
+les insomnies, en ayant soin de ne pas atteindre la dose qui produit le
+sommeil comateux dont il a été question dans le chapitre précédent.
+
+Pendant la convalescence de maladies aiguës, l’emploi de la noix de Kola
+est de réelle valeur, à doses convenables et surtout si on l’associe à
+la strychnine.
+
+Dans la grippe, administrée avec précaution et en observant la
+sensibilité du sujet à ce médicament, elle combat utilement la sensation
+de faiblesse qui est un des symptômes constants de la maladie.
+
+Dans les cas de dyspepsie atonique, c’est, dit cet auteur, « la
+meilleure drogue simple que l’on possède actuellement : elle accroît la
+sécrétion et les mouvements péristaltiques, elle relâche l’intestin,
+fortifie la couche nerveuse de l’appareil digestif ; bref, c’est un
+médicament parfait ».
+
+Quand elle est bien administrée, la noix de Kola produit des effets des
+plus heureux dans les cas de fatigue nerveuse profonde issue du
+surmenage. Prise à petites doses pendant une ou deux semaines, elle fait
+disparaître, avec tout symptôme nerveux, l’insomnie et l’irritabilité
+auxquelles fait place une réelle sensation de bien-être en même temps
+que l’aptitude au travail redevient normale, mais un léger excès ferait
+du mal, et l’auteur conseille encore l’emploi simultané de la noix
+vomique ou de la strychnine.
+
+Le savant américain ajoute à cette liste quelques cas dans lesquels
+l’administration du Kola peut être conseillée avec chances de succès :
+dans l’état asthénique de la pneumonie, contre certaines diarrhées ou
+troubles digestifs et termine par quelques considérations sur l’usage
+qui en est fait abusivement de temps à autre ou tout au moins
+inconsidérément par les individus faisant profession de l’exercice de
+sports athlétiques ; il rappelle que si l’usage bien compris du Kola
+permet incontestablement un effort physique plus considérable, il ne
+faut pas oublier que, pris inconsidérément, il peut en découler des
+résultats inverses désastreux.
+
+On nous permettra de ne rien ajouter à cet exposé, tiré du travail de W.
+BARR ; il ne nous appartient pas de discuter ou d’émettre
+personnellement une opinion sur la valeur médicamenteuse de cette
+drogue, ce qui serait d’ailleurs superflu, car à la suite de nombreuses
+formes spécialisées de médicaments à base de Kola qui existent dans le
+commerce pharmaceutique, l’usage s’en est répandu de plus en plus et
+l’on peut dire qu’il est sorti du domaine purement médical pour prendre
+place parmi ces substances comme le thé, le café, le maté, sortes
+d’aliments de luxe, que le public consomme aujourd’hui couramment sans
+aucune crainte ; c’est surtout à cause de ses qualités excitantes et
+toniques qu’il est universellement apprécié.
+
+
+_Modes d’emploi. — Formes pharmaceutiques._ On sait que les noirs
+africains consommateurs de Kola n’emploient les fameuses noix que
+fraîches, et en les mastiquant lentement, de façon à mettre peu à peu
+les principes utiles ou actifs en liberté et à obtenir ainsi, la
+sensation de bien-être et l’excitation physique qu’ils recherchent. Pour
+eux surtout, le Kola est un aliment de luxe et dans certains cas
+spéciaux un stimulant physique de premier ordre.
+
+La difficulté de se procurer, en France, des noix fraîches, autrefois
+simple curiosité de laboratoire, entraîna les industriels à ne se
+préoccuper uniquement que des noix sèches et celles-ci, venues du marché
+africain qui ne savait les utiliser, ont trouvé en Europe un débouché
+assez important.
+
+La plupart des formes pharmaceutiques actuelles sont donc obtenues à
+l’aide de noix sèches.
+
+La fréquence et la rapidité des moyens de transport existant
+actuellement entre la côte occidentale d’Afrique et les ports d’Europe,
+permet aujourd’hui d’apporter facilement en Europe des Kolas frais en
+prenant quelques soins dans l’emballage. On peut ainsi utiliser dans la
+pharmacopée européenne, soit des noix fraîches, soit des extraits de
+noix fraîches.
+
+Les récentes recherches que l’un de nous a particulièrement provoquées
+dans son laboratoire montrent, comme il vient d’être établi
+précédemment, que l’activité des noix fraîches, ne saurait être
+entièrement comparée à celles des noix sèches ; aussi convient-il de
+chercher maintenant à obtenir des préparations dont l’action puisse se
+rapprocher le plus possible du produit frais et ce résultat est
+actuellement atteint, grâce au procédé de stérilisation de GORIS et
+ARNOULD qui a permis à l’industrie de fabriquer des produits nouveaux,
+et d’un gros intérêt économique.
+
+L’industrie pharmaceutique utilise, pour ainsi dire, les amandes de
+toutes les espèces de _Cola_ de la section _Eucola_, aussi bien les noix
+à deux cotylédons (_C. nitida_), que l’on désigne, du moins en France,
+sous le nom de Kola-demis, que celles qui présentent plus de deux
+cotylédons (_C. acuminata_, _C. Ballayi_, _C. verticillata_) connues
+sous la dénomination de Kola-quarts.
+
+La Pharmacopée officielle française décrit seulement la noix à deux
+cotylédons, et ne la reconnait comme officinale que si elle renferme
+1,25 gr. % de caféine[236].
+
+Les préparations inscrites dans cette pharmacopée sont : l’extrait ferme
+de Kola, l’extrait fluide, la teinture alcoolique, le vin et le
+saccharure granulé, mais on peut en faire un grand nombre d’autres
+suivant les usages particuliers auxquels on les destine.
+
+
+_Extrait de Kola sec._ — La préparation de cet extrait, qu’on obtient en
+épuisant la poudre de Kola par l’alcool à 60°, a donné lieu à de
+nombreuses controverses dues à l’obligation officielle imposée par le
+Codex, d’après laquelle l’extrait ferme de Kola doit renfermer 10 % de
+caféine.
+
+Les études de MM. WARIN[237], JAVILLIER et GUÉRITHAULT[238],
+ALLARD[239], ceux du Laboratoire de la maison BOULANGER-DAUSSE[240] à
+Paris ont montré que, dans la préparation de cet extrait, une partie de
+la caféine restait dans les résidus et qu’il était impossible d’obtenir,
+en partant de la noix sèche, le titre exigé par la pharmacopée.
+
+Cela n’a rien qui doive surprendre, puisque l’on a vu que la caféine,
+combinée à des tanins, se libérait au cours de la dessiccation, d’une
+façon partielle : une quantité variable avec les conditions de cette
+dessiccation restant toujours combinée au mélange dit « rouge de Kola »,
+complètement insoluble dans les véhicules employés. Peut-être aussi,
+comme le pensent MM. BOULANGER-DAUSSE, le mucilage abondant chez
+certaines sortes de Kolas empêche-t-il le contact intime de l’alcool
+avec les éléments de la poudre employée.
+
+En tous cas, il faut éviter les filtrations destinées à rendre le
+liquide alcoolique clair pendant l’épuisement, car la partie tanno-
+résineuse en suspension renferme de la caféine.
+
+
+_Extrait de Kola frais stérilisé._ — Industrialisant le procédé de
+stérilisation décrit par GORIS et ARNOULD, MM. BOULANGER-DAUSSE ont
+obtenu une forme extractive dite « intrait de Kola » qui renferme tous
+les principes actifs de la noix et ce procédé permet seul d’extraire
+intégralement toute la caféine des semences employées[241]. De plus, le
+rendement total en extrait est environ d’un poids double.
+
+Il n’est donc pas téméraire de penser que la solution du problème
+industriel est trouvée et qu’au point de vue pharmaceutique, on devra,
+dans l’avenir, ne se servir exclusivement que de Kola frais stérilisé
+par la vapeur d’eau sous pression ou par tout autre procédé pratique
+arrivant au même résultat.
+
+
+_Kola frais stérilisé._ — La stérilisation est, on le sait des plus
+simples. Les noix stérilisées sont ensuite desséchées puis pulvérisées
+et la poudre obtenue est de couleur grisâtre pâle si elle provient de
+noix blanches, ou violacée si elle provient de noix rouges. En aucun
+cas, la poudre obtenue ne présente la couleur rouge acajou si
+caractéristique des noix desséchées spontanément à l’air. Cette couleur
+acajou indique que des oxydations ont eu lieu, qui modifient la
+composition chimique en mettant en liberté de la caféine, des tanins et
+du rouge Kola. C’est la formation du rouge de Kola qui donne, dans ce
+cas, la coloration rouge.
+
+La poudre de Kola frais stérilisé se conserve indéfiniment, si on la
+place en un endroit sec et autant que possible à l’abri de la lumière ;
+elle peut servir à tous usages et remplacer la noix fraîche, dont elle
+possède l’activité physiologique.
+
+Dans les pays plus éloignés de l’Europe que la côte occidentale
+d’Afrique où les Kolas provenant de plantations ne sont pas l’objet
+d’une forte consommation locale, comme à Madagascar ou à la Jamaïque,
+par exemple, il serait sans doute particulièrement avantageux de
+stériliser les noix fraîches avant leur expédition sur le marché
+européen. La drogue, ainsi préparée par le procédé simple que nous avons
+indiqué, trouverait certainement un excellent débouché dans le commerce
+de la droguerie pharmaceutique.
+
+
+Passons maintenant en revue les diverses formules de préparations qui
+peuvent être employées :
+
+
+_Comprimés et tablettes de Kola frais stérilisé._ — A l’aide de la
+poudre stérilisée, on peut faire, par exemple, des comprimés du poids de
+0,25 à 0,50 cg., qui représentent 0,50 cg. à 1 gr. de substance fraîche.
+Une noix de Kola pesant en moyenne 10 à 12 gr., il sera donc aisé de
+prendre la dose qui conviendra le mieux. La poudre de Kola pourra
+également être associée à du sucre, du cacao ou toute autre substance
+que l’on voudra y incorporer et dès lors on pourra faire des tablettes
+alimentaires au Kola de composition et de poids variables, suivant
+l’effet recherché.
+
+
+_Préparations alimentaires._ — Mais, si l’on veut obtenir un produit
+alimentaire de luxe très actif, il sera préférable d’employer l’extrait
+ordinaire ou mieux encore la forme extractive obtenue en partant du Kola
+stérilisé qui sous un faible volume est extrêmement active.
+
+D’après MM. BOULANGER-DAUSSE, le Kola frais stérilisé et réduit en
+poudre, donne environ 26 % de son poids d’extrait par l’alcool à 70° ;
+26 gr. représentent donc physiologiquement 100 gr. de noix desséchée
+après stérilisation, soit 200 gr. environ de substance fraîche, ou 17 à
+18 noix.
+
+En résumé, 1 gr. 40 à 1 gr. 50 d’extrait physiologique préparé par la
+méthode que l’un de nous a préconisée avec M. GORIS[242] représentent
+une noix fraîche du poids moyen de 12 gr. Cet extrait pourra à son tour
+servir à toutes les combinaisons médicinales ou alimentaires possibles.
+
+On a préparé ainsi, des _tablettes de chocolat au Kola_, représentant
+chacune une demi-noix fraîche, des _biscuits_, des _dragées_ etc.
+
+
+_Masticatoire au Kola._ — Mais nous donnerions volontiers la préférence
+à la forme dite « masticatoire ». Rien n’est plus aisé, en effet, que
+d’incorporer aux substances ordinairement employées dans la préparation
+des « shevin gum » américains, par exemple, une dose de poudre ou mieux
+d’extrait de Kola stérilisé. On se rapprocherait ainsi davantage de la
+manière indigène en mettant lentement en contact avec la sécrétion
+salivaire, les principes actifs du Kola qui abandonnent pour ainsi dire
+leur caféine à l’état naissant, en même temps que la mastication
+provoque une abondante salivation qui n’est pas sans action sur la
+digestion.
+
+
+_Granulé au Kola._ — Une des formes commerciales les plus courantes sous
+laquelle on emploie le Kola en pharmacie est le saccharose granulé.
+
+Pour le préparer, on prend de l’extrait de Kola qu’on fait dissoudre
+dans du sirop de sucre et auquel on ajoute du sucre pour faire une pâte
+qu’on force ensuite à passer à travers les mailles d’un tamis. On
+obtient ainsi des fragments cylindriques (vermiculés) qu’on dessèche et
+conserve en flacons. On règle la dose de façon que le granulé obtenu
+représente son poids de Kola sec.
+
+Là encore on substituera avec avantage l’extrait de Kola stérilisé, dont
+l’activité est, on ne saurait trop le répéter, toujours plus grande et
+différente du produit officinal.
+
+
+_Vin de Kola._ — La préparation du vin de Kola est des plus simples. Le
+Codex recommande de prendre 60 gr. de noix de Kola pulvérisée (demi-
+fine) que l’on fait macérer 8 jours dans un litre de vin de Malaga ; il
+suffit alors de filtrer.
+
+On pourrait également faire du vin de Kola non seulement en remplaçant
+la poudre de noix desséchée du commerce, par le même produit préparé
+avec des noix fraîches préalablement stérilisées, mais encore à l’aide
+des noix fraîches elles-mêmes.
+
+Pour cela, on en prendra 80 à 100 gr. environ, soit 6-8 noix fraîches,
+qu’on découpera en petits morceaux, placés immédiatement dans l’alcool à
+60° ou dans du tafia, si l’on n’a que ce liquide alcoolique à sa
+disposition, et en quantité juste suffisante pour que le Kola soit
+imbibé ; on laissera ainsi 5 ou 6 jours et l’on versera sur le tout un
+litre de vin.
+
+Dans ce cas, il sera inutile d’employer des vins à titre alcoolique
+élevé, c’est-à-dire les vins de liqueurs et l’on s’adressera aux vins
+ordinaires, l’alcool de macération relevant très largement le titre de
+ces derniers.
+
+
+_Extrait fluide de Kola._ — Les extraits fluides, fabriqués de façon à
+représenter leur poids de plante employée, pénètrent chaque jour
+davantage dans la pratique pharmaceutique et le Codex a donné la formule
+d’un _extrait fluide de Kola_, au sujet duquel, nous ferons en ce qui
+concerne la substitution du Kola frais stérilisé la même remarque que
+pour l’extrait ferme ; 1 gr. d’un tel extrait fluide correspondra dès
+lors à 2 gr. de drogue fraîche, et il en faudra de 5 à 6 grammes, soit
+une cuillerée à café environ pour représenter une noix fraîche.
+
+ *
+ * *
+
+Les préparations à base de Kola peuvent être multiples et ne sont pas
+l’apanage exclusif du pharmacien. En effet, dans le Guide de
+l’Inspecteur de pharmacies de MM. ROUX, chef du service de la répression
+des fraudes et GUIGNARD, directeur honoraire de l’Ecole supérieure de
+pharmacie de Paris[243], on lit :
+
+« Certaines préparations, telles que l’extrait de Café, de Kola ont
+évidemment un caractère alimentaire et ne doivent pas être considérées
+comme des préparations pharmaceutiques pas plus que le chocolat à la
+Kola ou à l’extrait de Kola ».
+
+Mais il n’en sera pas de même des préparations dans lesquelles entreront
+d’autres substances médicamenteuses ou toniques. Nombre de vins
+médicinaux composés sont dans ce cas et, à fortiori, quand il s’agira
+d’associer, comme on le fait, le Kola à la noix vomique ou à la
+strychnine.
+
+On emploie le plus généralement dans ce cas, et _seulement sur
+ordonnance médicale_, les mélanges suivants donnés ici à titre de simple
+renseignement :
+
+ Extrait fluide de Kola (Codex) ou de Kola frais stérilisé 60 gr.
+
+ Teinture de noix vomique (Codex 1908) 5 —
+
+_Dose_ : 50 gouttes, de 3 à 5 fois par jour.
+
+ou bien encore :
+
+ Extrait fluide de Kola 60 gr.
+
+ Gouttes amères de Baumé (Codex 1908) 3 —
+
+Enfin on peut associer, dans le même but, à la poudre de noix de Kola
+fraîche stérilisée, la poudre de noix vomique ou de Fèves de St-Ignace.
+
+ Poudre de Kola frais stérilisé 60 gr.
+
+ Poudre de noix vomique 1 —
+
+Diviser en cachets ou pastilles comprimées de 0,50 cg.
+
+_Dose moyenne_ : de 5 à 10 cachets par jour.
+
+
+Pour rendre cette dernière préparation plus active, on peut remplacer un
+tiers de la poudre par de l’extrait sec de Kola pur stérilisé et prendre
+de 3 à 5 cachets en augmentant la teneur de poudre de Noix vomique qui
+sera portée à 1 gr. 50 dans la formule ci-dessus.
+
+D’ailleurs le médecin reste seul juge des proportions, car on a vu
+combien était variable l’action du Kola avec les individus.
+
+
+On peut enfin fabriquer des élixirs de Kola, dont voici deux formules :
+
+ 1o Extrait fluide de Kola 50 gr.
+
+ Alcool à 60° 100 —
+
+ Sirop simple 100 —
+
+ Vin de Lunel 250 —
+
+On peut ici remplacer avantageusement, à notre avis, le sirop de sucre
+par les sirops de groseilles, de cerises ou de framboises.
+
+ 2o Extrait fluide de Kola 50 gr.
+
+ Glycérine 60 —
+
+ Alcool à 90° 60 —
+
+ Vin de Malaga blanc 500 —
+
+ Sirop de sucre 200 —
+
+ Teinture de vanille 10 —
+
+ Eau distillée, Q. S. pour 1000 —
+
+Cette dernière formule est celle du Formulaire des pharmaciens français.
+
+
+ =Emploi du Kola dans la ration alimentaire des animaux.=
+
+
+Il est à peine besoin d’ajouter que tout ce qui vient d’être dit
+concernant les usages thérapeutiques du Kola chez l’homme, peut
+s’appliquer également à la médecine vétérinaire, mais il est nécessaire
+d’insister sur quelques essais spéciaux intéressants.
+
+Si le Kola administré sagement est un excellent adjuvant pour obtenir un
+rendement meilleur des forces humaines et permet un effort soutenu des
+plus intéressants pour le soldat et tous ceux qui s’occupent des sports,
+on conçoit qu’il ait été accueilli favorablement par les entraîneurs de
+chevaux de course.
+
+Les expériences de J. CHEVALIER et ALQUIER rapportées dans le chapitre
+précédent sont concluantes, et bien qu’il soit très difficile de se
+documenter sur ce terrain spécial, nous savons que bon nombre
+d’entraîneurs font usage depuis longtemps déjà de la poudre de Kola. Le
+Kola frais est même employé et les produits obtenus de noix fraîches
+stérilisées sont actuellement très en faveur dans certaines écuries.
+
+Des expériences ont également été faites en France et en Allemagne, sur
+le cheval de guerre, et les résultats sont de même ordre physiologique
+que ceux qui ont été constatés chez l’homme.
+
+Une autre application assez curieuse est à signaler encore, c’est celle
+qui a trait à l’alimentation des vaches laitières. Ces expériences ont
+été faites par M. MEINERT[244], fermier à Hammertrof, en Allemagne, avec
+un fourrage préparé par la Société de produits alimentaires d’Altona et
+ont été rapportées en France par le professeur GRANDEAU. Les résultats
+paraissaient excellents, mais à notre connaissance ils n’ont pas été
+contrôlés et confirmés dans ces dernières années.
+
+ * * * * *
+
+
+[Note 236 : _Codex medicamentarius gallicus_, Paris, 1908, p. 167.]
+
+[Note 237 : WARIN. — Note sur l’extrait de Cola (Codex 1908). _J. Ph. et
+Ch._, 1910, [7], I, p. 543 et 1910, [7], II, p. 350.]
+
+[Note 238 : JAVILLIER et GUÉRITHAULT. — Sur la préparation de l’extrait
+ferme de Cola. _Bull. Sc. pharmacol._, 1910, XVII, p. 337.]
+
+[Note 239 : ALLARD. — Teneur en caféine de l’extrait de Cola. _J. Ph. et
+Ch._, 1910, [7], II, p. 122.]
+
+[Note 240 : BOULANGER-DAUSSE. — L’extrait de Kola. _Bull. Sc.
+pharmacol._, 1910, XVII, pp. 639-645.]
+
+[Note 241 : On peut également préparer une forme extractive de Kola
+stérilisé par le procédé BOURQUELOT à l’alcool bouillant, mais l’extrait
+obtenu ne renferme pas non plus toute la caféine.]
+
+[Note 242 : PERROT et GORIS. — Le stérilisation des plantes médicinales
+dans ses rapports avec leur activité physiologique. _C. R. Ac.
+Médecine_, séance du 22 juin 1909 et _Bull. Sc. pharmacol._, 1909, XVI,
+p. 384.]
+
+[Note 243 : E. ROUX et L. GUIGNARD. — Guide de l’Inspecteur des
+Pharmacies, Paris, 1909, p. 65.]
+
+[Note 244 : _Deutsche Landw. Presse_, 1898, no 41.]
+
+
+
+
+ QUATRIÈME PARTIE.
+
+ * * * * *
+
+ =Le Kola et les Kolatiers au point de vue économique.=
+
+ * * * * *
+
+ CHAPITRE XIV.
+
+ * * * * *
+
+ =La Culture des Kolatiers.=
+
+ * * * * *
+
+
+Jusqu’à ces dernières années, la littérature coloniale est demeurée
+excessivement pauvre en renseignements sur la culture des Kolatiers.
+Dans sa Monographie, E. HECKEL dût passer ce chapitre presque sous
+silence. O. WARBURG, dans le _Traité d’Agriculture tropicale_ de SEMLER
+(2e édition)[245], réunit pour la première fois un faisceau
+d’observations sur ce sujet, mais il constate combien sont rares encore
+les indications précises et signale de nombreux problèmes à résoudre :
+
+« Ce qu’on sait aujourd’hui de la culture du Kolatier ne pèse pas lourd,
+écrit-il. Il n’y a nulle part de grandes plantations... La culture en
+grand n’existe pas encore, et cependant en présence de la consommation
+toujours croissante, il aurait été tout indiqué, depuis longtemps déjà,
+de s’en occuper très sérieusement ; il aurait fallu, pour le moins,
+organiser de vastes cultures expérimentales afin de tirer au clair les
+détails pratiques de la culture industrielle. Exemple : nous savons
+qu’au Soudan les grandes transactions commerciales ne portent que sur
+quelques sortes de Kola bien définies, et qui ne se rencontrent que dans
+une région étroitement limitée. Serait-ce dû uniquement à des
+circonstances climatériques ? N’y aurait-il pas là des variétés
+botaniques distinctes, susceptibles de fournir, même sous un climat
+identique, chacune un produit différent ? Les recherches de K. SCHUMANN
+faites depuis, semblent donner raison à la dernière supposition. A
+quelle variété appartiennent les Kolatiers des divers Jardins
+botaniques ? C’est que chacun de ces individus conservés dans les
+Jardins botaniques est susceptible de devenir le point de départ d’une
+culture industrielle, le jour où on arrivera à en faire. Il faudrait
+tout de même savoir ce que valent toutes ces espèces-là. Sont-elles
+bonnes ? Ou bien n’exposent-elles pas plutôt à des déboires les
+planteurs qui s’y fieraient ?
+
+« Voilà des questions qui demandent à être résolues par des stations
+botaniques avant d’aborder la culture du Kolatier industriellement et en
+grand.
+
+« Le plus simple et le plus sûr serait de créer une plantation d’essai
+d’abord dans l’Afrique occidentale même : par exemple, dans l’hinterland
+du Togo. Il faudrait absolument ne prendre pour cet essai que les noix
+les meilleures en les faisant venir directement des centres de
+production renommés ; il faudrait qu’elles soient toutes fraîches ; on
+pourrait simultanément envoyer à la côte une partie de ces noix de
+qualité supérieure, afin d’y faire des essais parallèles.
+
+« J’ai la ferme conviction qu’il est temps d’aborder d’une façon plus
+sérieuse que cela n’a été fait, la culture industrielle du Kolatier dans
+les colonies européennes de l’Ouest de l’Afrique. On prendrait pour
+modèles la culture du Cacaoyer et celle du Caféier.
+
+« L’Afrique même offre pour le Kola un débouché sûr et de toute première
+importance...
+
+« Une fois démontrée, la possibilité d’une culture industrielle,
+d’importants centres nouveaux de production ne tarderaient pas à se
+créer ; ils auraient sur ceux d’aujourd’hui (Achanti, Sources du Niger,
+etc.), divers avantages, entre autres celui d’être bien plus facilement
+accessibles à la côte.
+
+« D’ailleurs la consommation du Kola en Europe et en Amérique va, elle
+aussi, en croissant.
+
+« Pour le marché européen et américain, il y aurait lieu peut-être un
+jour de rechercher, par la sélection, la création de nouvelles variétés
+qui n’aient pas cet arrière-goût de moisi qui nous est désagréable dans
+la noix de Kola actuelle ; on aura avantage à créer d’autres variétés
+qui soient particulièrement riches en principes actifs.
+
+« Il est vrai, la culture en vue de l’exportation en Europe de la noix
+sèche ne deviendrait avantageuse que le jour où les prix seraient
+montés ; mais il faut bien se dire que cela arrivera fatalement dans un
+avenir assez rapproché, si la consommation européenne et américaine
+continue à progresser dans les mêmes proportions que par le passé.
+
+« Le transport en Europe de la noix fraîche même est chose fort aisée
+dès aujourd’hui ; les arrivages de noix de Kola fraîches à Marseille et
+à Londres augmentent, en effet, d’année en année et sont déjà fort
+appréciables.
+
+« Il est certain que les précieuses propriétés de la noix de Kola lui
+frairont, le temps aidant, une large route ; la nation qui, la première,
+aura abordé avec énergie et succès la culture du Kolatier, retirera
+naturellement la plus grande part des profits de cette nouvelle branche
+d’industrie agricole tropicale.
+
+« Lorsque des noirs plantent en terre, en quelque endroit propice, une
+noix de Kola pour venir recueillir ensuite les fruits de l’arbre qui
+aura poussé, cela ne mérite pas le nom de _culture_.
+
+« Pas davantage, d’ailleurs, que la pratique des propriétaires
+d’esclaves en Amérique qui avaient coutume de planter un Kolatier dans
+quelque coin de leur exploitation et le laissaient se débrouiller tout
+seul sans y apporter guère plus de soins que les noirs en Afrique.
+
+« L’élevage de Kolatier dans une serre en Angleterre n’est toujours pas
+encore de la « culture » dans le sens que nous entendons.
+
+« Nous proposons ci-dessous un petit questionnaire auquel on ne saura
+donner des réponses qu’après que des blancs auront fait des cultures
+d’essai sur une vaste échelle, et ceci pendant un certain temps :
+
+« Quels sont les sols et les expositions dans lesquels le Kolatier
+pousse et ceux où il réussit le mieux ?
+
+« Sa végétation peut-elle être réglée au moyen de la taille ? Supporte-
+t-il la forme naine comme c’est le cas du cacaoyer et du caféier ? Une
+irrigation régulière lui serait-elle profitable ?
+
+« Quels perfectionnements pourrait-on utilement apporter aux procédés
+actuels de préparation du fruit pour la consommation ?
+
+« Une fois ces principales questions résolues, ce sera le moment de
+passer à l’amélioration de la noix par une sélection attentive de la
+semence. Il n’y a pas lieu de douter de la possibilité d’un
+anoblissement de la noix de Kola par une culture digne de ce nom ; ce
+serait nier toute l’histoire de l’industrie agricole.
+
+« Pour ce qui est des conditions naturelles de la culture du Kolatier,
+tout ce que nous savons pour le moment est que l’arbre réclame un climat
+tropical et assez humide ; qu’il ne redoute d’ailleurs pas une période
+de sécheresse retournant tous les ans, pourvu qu’elle ne soit pas très
+longue ».
+
+WARBURG énumère ensuite tous les renseignements qu’il a pu recueillir
+sur la culture du Kolatier. Ils sont peu nombreux et une partie ne sont
+pas exacts.
+
+Depuis 1898, un très grand nombre de notes ont été publiées sur la
+culture du Kolatier, mais elles laissent encore quantités de problèmes
+dans l’ombre ; elles apprennent très peu de faits nouveaux et la plupart
+des auteurs se sont copiés les uns les autres. Des plantations
+expérimentales ont bien été entreprises dans quelques Jardins d’essais,
+mais ces plantations ont été faites ou sur une très petite échelle ou
+dans des conditions défavorables au point de vue des solutions à
+attendre. D’autres ont été abandonnées presque aussitôt commencées et ne
+peuvent donner de résultats intéressants.
+
+Il serait, croyons-nous, oiseux de reproduire dans ce chapitre tout ce
+qui a été publié sur la culture du Kolatier. Beaucoup de renseignements
+rapportés par divers auteurs ont été controuvés par nos propres
+observations.
+
+Nous nous bornerons donc à signaler les constatations faites par l’un de
+nous _de visu_ ainsi que les renseignements recueillis sur place au
+cours de nos périgrinations en Afrique. Nous rappellerons seulement les
+renseignements d’autres sources quand elles seront en concordance avec
+nos propres observations.
+
+Nous voulons éliminer ainsi un grand nombre de faits inexacts déjà trop
+souvent publiés.
+
+
+ =I. — PROCÉDÉS DE CULTURE INDIGÈNE.=
+
+
+WARBURG se trompe en refusant l’épithète de _cultivés_ aux Kolatiers
+appartenant aux indigènes. En certaines parties de l’Afrique
+occidentale, ces arbres reçoivent de véritables soins. Mais, en beaucoup
+de régions, le plus grand obstacle à l’extension des plantations, est
+une croyance absurde. Les indigènes prétendent que quiconque plante un
+Kolatier, doit mourir lorsque l’arbre commence à rapporter des fruits.
+Cette légende est entretenue par les dioulas, dont l’intérêt est de
+conserver le monopole du commerce des Kolas ; ils doivent par conséquent
+empêcher la propagation de l’arbre producteur en dehors des régions
+visitées par eux.
+
+Il est donc très rare que l’on sème des graines.
+
+Dans le sud du Soudan, par exemple, les quelques Kolatiers que l’on
+rencontre, proviennent presque toujours de graines qui ayant été
+perdues, se sont trouvées enterrées naturellement et ont produit des
+germinations qui ont poussé sans l’intervention de l’homme. Dès que le
+propriétaire de la case près de laquelle se développe ce Kolatier
+découvre la jeune germination, il se contente de l’entourer d’un petit
+enclos formé de bâtons pour empêcher les passants ou les animaux de
+détruire la précieuse plante.
+
+Dans le sud de la forêt de la Côte d’Ivoire où on cultive réellement le
+Kolatier sur des espaces restreints, autour des villages, les noirs
+recueillent les graines tombées des arbres vivant à l’état sauvage dans
+la forêt et ayant commencé à germer et ils transportent ces germinations
+dans les cultures près de leurs habitations. On déterre même parfois les
+jeunes Kolatiers qu’on rencontre à travers la forêt pour les
+transplanter autour des villages ; mais, à notre connaissance, on fait
+rarement des semis de graines.
+
+Cela se pratique dans certaines régions au cours de quelques cérémonies
+rituelles. Ainsi on a raconté qu’à la naissance d’un enfant, au sud du
+Soudan, on enterrait une noix à côté du cordon ombilical du nouveau-né.
+L’arbre qui se développe et tous ceux issus de ses fruits tombés à terre
+forment le patrimoine, tous les autres biens du père passent, après la
+mort de ce dernier, à l’aîné des oncles.
+
+Si cet usage existe réellement, il est très local, car nous avons
+parcouru les mêmes régions sans qu’il nous ait jamais été rapporté.
+
+Chez les Dans ou Dyolas, on ensemence réellement des Kolatiers, d’après
+le capitaine LAURENT. Toutes les graines, écrit-il, ne sont pas propres
+à la reproduction et aucun signe extérieur ne permet de reconnaître,
+parmi les noix fraîches, celles qui germeront. Il faut, avant de les
+planter, les laisser germer soit à l’air libre, soit enfouies à une
+faible profondeur. Le plus souvent d’ailleurs, au lieu de les planter de
+cette façon, les Dyolas repiquent les plants nés spontanément de graines
+tombées.
+
+Les Bétés, d’après RIPERT, apportent aussi beaucoup d’attention à la
+culture de leurs arbres. On sème parfois des amandes, mais plus souvent
+on ramasse les graines germées à la surface du sol.
+
+Les branches retombantes sont soutenues à l’aide de perches ; on
+n’enlève pas les épiphytes qui vivent sur les rameaux et sur le tronc. A
+la base de celui-ci, on supprime la végétation et on remue un peu la
+terre.
+
+Nulle part, il n’existe de grands vergers de Kolatiers. On trouve de
+petits groupes de cette essence autour des villages, le long des
+sentiers de forêt, spécialement aux carrefours, autour des cases de
+culture et très souvent sur l’emplacement d’anciens villages détruits
+depuis longtemps et réenvahis par la forêt.
+
+C’est également dans ces conditions que nous avons toujours rencontré
+les Kolatiers cultivés dans les diverses régions forestières de la Côte
+d’Ivoire.
+
+Aux environs de Diorodougou, chez les Tômas, avant de mettre la noix
+germée en terre, on en retrancherait la partie inférieure opposée au
+germe[246]. Nous ne voyons pas la raison de cette pratique, si toutefois
+elle existe. Le même rapport renseigne sur les procédée de culture des
+Bagas. Les amandes, bien mûres, sont disposées en pépinière à 8 ou 10
+cm. de profondeur, dans un coin du village ou en pleine brousse. La
+germination se produit un mois après et la transplantation a lieu
+l’année suivante en plein hivernage, au mois d’août. Les arbres, placés
+sans ordre et toujours trop rapprochés (2 ou 3 m. d’écart seulement),
+sont plantés dans des endroits légèrement humides et ombragés, parfois
+même trop sombres et trop couverts, de sorte qu’un certain nombre en
+souffrent et restent chétifs. Le même fait s’observe pour les plantes de
+semis naturel. Les pieds isolés sont protégés contre l’ardeur du soleil
+par des abris en feuilles de palmier portés sur quatre piquets.
+
+Au Fouta-Djalon, on fait aussi germer les noix de Kola dans une galerie
+forestière, au bord d’un marigot et quand l’arbuste est âgé de 5 à 6 ans
+on le transplante dans une _roundé_ (terrain cultivé sur l’emplacement
+d’une ferme) ou dans une _margha_ (ferme habitée).
+
+Le document cité plus haut rapporte une opération de culture assez
+curieuse, qui serait pratiquée par les indigènes du Samo[247] (Guinée
+française).
+
+Dans cette province, lorsque les Kolatiers atteignent 2 ou 3 mètres de
+hauteur, à l’âge de quatre ou cinq ans, on écorce la tige sur une
+hauteur de 0 m. 20. La plaie est ensuite recouverte, jusqu’à
+cicatrisation, d’un morceau de toile qu’on évite de trop serrer. On
+arriverait ainsi à hâter la fructification et à la rendre plus
+abondante[248]. Il serait nécessaire d’expérimenter cette méthode dans
+les jardins d’essais, afin de déterminer si elle est réellement
+efficace.
+
+A Sierra-Léone, les noirs cultivent assez méthodiquement le précieux
+arbre.
+
+D’après les renseignements qu’a bien voulu nous envoyer le Gouvernement
+de la colonie, il existerait environ 4.500 principaux villages à Kolas ;
+cultivant en moyenne 50 arbres par village ; ceux-ci espacés de 20 pieds
+les uns des autres, sont en moyenne au nombre de 109 par acre (ou 272 à
+l’hectare) ; ils couvriraient donc une surface de 2.065 acres dans toute
+la colonie : en général, la culture est confinée au bord des rivières.
+
+En Mellacorée, où il existe habituellement une douzaine de Kolatiers par
+village de 30 cases, quelques indigènes ont assuré à E. BAILLAUD, que si
+l’on plantait quelques touffes de _Sanseviera guineensis_ (plante
+textile rarement utilisée par les indigènes, mais souvent considérée
+comme fétiche), autour du précieux arbre, on le faisait prospérer.
+
+Le Kissi est un des rares pays où nous ayons vu les Kolatiers entourés
+de très grands soins par les indigènes. Dans cette province, on
+ensemence réellement l’arbre et on en plante régulièrement chaque année
+au bord des sentiers aboutissant aux divers villages.
+
+On fait habituellement germer les noix d’une manière assez originale.
+
+Il existe dans chaque case d’habitation un grand récipient en terre plus
+ou moins poreuse (_canari_), dans lequel les femmes apportent chaque
+jour de l’eau pour les usages domestiques. Ce vase est entouré d’un lit
+de sable humide qui le maintient droit. On dépose sur ce lit de sable
+les noix dont on veut obtenir la germination. Dès que celle-ci s’opère,
+c’est-à-dire, lorsque les cotylédons s’écartent et laissent poindre la
+radicule, on transporte le jeune plant à son emplacement définitif qui
+est toujours situé au bord d’un sentier dans l’îlot de forêt entourant
+le village.
+
+On creuse préalablement un trou profond de 60 cm. ; on le remplit de
+fumier, de cendres, et de cette terre noire très riche en matières
+organiques, qui forme souvent de gros tas à l’entrée des villages. Au
+fur et à mesure que le Kolatier grandit, on élève au pied un petit
+monticule formé de détritus végétaux ou de balayures et de temps en
+temps on remue la terre au pied des arbres. Les rameaux inclinés par le
+poids des fruits sont étayés à l’aide de fourches en bois.
+
+L’habitant du Kissi et du Kouranko soigne ses Kolatiers presque avec
+autant d’attention que le paysan français soigne ses vignes, ses
+pommiers ou ses oliviers. Malheureusement le noir ne sait pas régler
+l’éclairage des Kolatiers : l’ombrage modéré est bienfaisant pour ces
+arbres, mais dès qu’il devient épais, il produit une demi-obscurité
+favorable au développement des épiphytes. Les arbres d’essences diverses
+environnant le précieux végétal ne sont jamais émondés, de sorte que
+leurs branches s’enchevêtrent souvent dans celles du Kolatier, qui
+devient dès lors presque stérile. Lui-même n’est jamais taillé, les
+indigènes prétendent qu’un outil en fer ne doit jamais être mis en
+contact d’une partie quelconque de l’arbre sacré. Aussi les branches
+sont souvent étalées d’une manière très défectueuse. Certains Kolatiers
+sont ramifiés au ras du sol et d’autres ont un tronc qui n’émet des
+branches qu’à 6 ou 7 mètres de hauteur.
+
+M. l’administrateur BARTHÉLEMY nous a fourni des renseignements
+démontrant que les Ngans du cercle de Dabakala (Côte d’Ivoire) se
+livrent réellement aussi à la culture de l’essence qui nous intéresse.
+
+Les hommes ne s’occupent guère que des plantations de Kolatiers, tandis
+que les femmes soignent les lougans d’ignames, de riz, de coton et de
+tabac. Pour établir une plantation de Kolatiers, on débroussaille
+entièrement un endroit de la forêt soigneusement choisi, toujours sur
+une pente, afin que le drainage soit parfait ; tout est coupé, même les
+arbres de haute futaie qu’on laisse habituellement dans les autres
+lougans de riz ou d’ignames. Ce gros travail accompli, les Ngans
+plantent d’abord des _Bans_ ou Palmiers d’eau (_Raphia_) et ensuite
+seulement on ensemence les noix de Kola. Selon M. BARTHÉLEMY, les
+_Raphia_[249] seraient destinés à protéger les Kolatiers contre les
+dégâts des Rats palmistes (_Sciurus_) communs dans le pays. Les rats
+palmistes sont très friands des fruits du Palmier et tant qu’ils ont ces
+fruits à leur disposition, ils n’attaquent pas les graines du
+_Kolatier_[250].
+
+Dans les plantations de Kolatiers qui comprennent habituellement 250 à
+300 arbres, plantés sans symétrie, les indigènes entretiennent aussi
+habituellement une plante nommée _Béla_, à feuilles en forme de fer de
+lance, destinées à faire les _froufrous_ dans lesquels on enferme les
+noix de Kola. Cette plante est sans aucun doute une des Maratancées dont
+il sera question dans un des prochains chapitres. Tous les arbustes et
+les mauvaises herbes sont constamment arrachés.
+
+M. SAVARIAU a donné aussi des détails intéressants sur la manière dont
+les indigènes cultivent le _Cola acuminata_ au Dahomey :
+
+« L’arbre à Kola, existant à l’état spontané au Dahomey, a été de tout
+temps l’objet de quelques soins de la part des indigènes. Les plus
+prévoyants de ces derniers font annuellement des semis de noix de Kola.
+Ils choisissent les noix de Kola fraîches les plus belles, les sèment à
+trois, quatre centimètres de profondeur dans un terrain léger, très
+humifère et très humide, bien ombragé, au bord des lagunes de
+préférence. Les noix quotidiennement arrosées germent au bout d’une
+vingtaine de jours et les jeunes plants sont laissés en pépinière. On
+les arrose fréquemment pendant cette période et on bine de temps à autre
+la terre qui les porte. La transplantation est effectuée au début de la
+saison pluvieuse dans les sous-bois humides et les indigènes ont bien
+soin, pour mettre les Kolatiers en place, de faire des trous d’assez
+grandes dimensions, qu’ils remplissent, en grattant la couche
+superficielle avoisinante, évidemment plus riche en principes
+fertilisants.
+
+« Malheureusement les indigènes n’ont aucune notion de la distance à
+laisser entre les arbres. Ils les plantent toujours trop rapprochés ;
+beaucoup sont à deux ou trois mètres les uns des autres et cela nuit
+considérablement à leur développement.
+
+« Les soins donnés aux Kolatiers en croissance varient légèrement
+suivant les régions. En certains points, on se contente de débrousser
+sur un rayon de 1 m. 50 à 2 m. autour de chaque arbre ; on ne pratique
+aucune taille, on ne coupe même pas les branches mortes ou brisées, on
+laisse les arbres mourir de vétusté, parce que les croyances fétichistes
+interdisent de faire subir le contact du fer aux Kolatiers. Dans les
+régions où cette superstition n’existe point, les indigènes débarrassent
+les arbres des branches mortes ou brisées afin d’empêcher celles-ci
+d’endommager par leur chute les branches voisines »[251].
+
+
+ =II. — BOUTURAGE.=
+
+
+D’après de nombreux auteurs, les indigènes de l’Afrique tropicale
+multiplient fréquemment le Kolatier par bouturage ou par marcottage.
+
+Cette pratique a été signalée pour la première fois par E. HECKEL en
+1893, d’après les observations faites par le jardinier E. PIERRE, qui
+dirigea le Jardin d’essai de Libreville de 1887 à 1892.
+
+Elle doit être pratiquée rarement en Afrique occidentale : nous ne
+l’avons pas constatée, pour notre part, au cours de nos voyages.
+Cependant M. Charles VAN CASSEL, membre de la mission WŒLFFEL (1899),
+nous a assuré que « certains porteurs de la mission, dans le Pays des
+Dans ou Dyolas, emportaient des boutures prélevées sur les arbres des
+villages qu’ils traversaient, mais ils n’en prenaient pas sur les pieds
+de leur propre village ». Le comte ZECH mentionne aussi ce procédé de
+multiplication au Togo. « D’après mes renseignements et les observations
+que j’ai pu faire, la propagation se fait aux environs de Tapa au moyen
+des boutures »[252].
+
+M. NICOLAS nous a assuré dans une communication verbale que dans le nord
+de la Côte d’Ivoire les indigènes courbaient souvent les rameaux de
+certains Kolatiers, de manière à en enterrer l’extrémité. Au bout de
+quelque temps, des racines se forment et on n’a plus qu’à séparer et
+transplanter le nouveau plant.
+
+Dans d’autres régions de la Côte d’Ivoire, on procède différemment.
+D’après l’administrateur SALVAN, qui commandait le cercle de Koroko
+(ancien territoire de Kong), en 1905-1906, « quand on désire établir une
+plantation, on coupe une branche d’environ 1 m. 50 à un Kolatier voisin.
+On la recourbe ensuite en forme d’arceau en enfonçant en terre les deux
+extrémités. Lorsque l’on juge les racines assez profondes et
+suffisamment fortes, l’on sépare l’arceau en deux par le milieu et l’on
+obtient de cette manière deux Kolatiers au lieu d’un. »
+
+Enfin, E. BAILLAUD a observé en Mellacorée que les Kolatiers étaient
+habituellement propagés par des drageons enlevés à la base des arbres
+adultes.
+
+Si réellement les marcottes et les boutures de Kolatiers sont préférées
+aux semis, c’est que les indigènes ont reconnu que ces procédés étaient
+avantageux pour conserver les qualités acquises.
+
+A notre connaissance, aucun Jardin d’essais n’a encore tenté
+d’expérience en vue de contrôler le degré de créance qu’il faut donner à
+ces renseignements. Il serait pourtant du plus haut intérêt de
+multiplier par bouturage les Kolatiers les plus productifs et donnant
+les plus grosses noix.
+
+
+ =III. — RENSEIGNEMENTS FOURNIS PAR LES PLANTATIONS EUROPÉENNES.=
+
+
+Diverses plantations de Kolatiers ont été entreprises par quelques
+européens, surtout depuis une quinzaine d’années. La plupart ont été
+abandonnées avant d’avoir donné aucun résultat. On en signale
+actuellement seulement quatre ou cinq en Afrique occidentale et à
+Madagascar, et elles comprennent chacune quelques milliers d’arbres au
+plus.
+
+Peu de renseignements ont été publiés sur ces plantations et sur celles
+des Jardins d’essais, de sorte qu’il est difficile d’en tirer des
+données pratiques.
+
+Nous signalerons cependant les faits les plus importants mis en relief.
+
+Le document le plus ancien, et aujourd’hui encore des plus précis sur la
+manière d’établir ces plantations, est dû à l’infortuné SAUSSINE[253],
+qui résida longtemps aux Antilles comme professeur de chimie au lycée
+St-Pierre et périt dans l’éruption de la montagne Pelée :
+
+« On trouve le Kolatier depuis le voisinage de la mer jusqu’à des
+altitudes de 1.000 à 1.500 mètres ; mais les altitudes qui lui
+conviennent le mieux sont comprises entre 300 et 600 mètres. Il lui faut
+un climat chaud et humide ; il appartient à la même zône de culture que
+la banane et le cacao.
+
+« Il semble s’accomoder de sols assez variés, redoute seulement les
+terres marécageuses ou sujettes à des inondations. Le meilleur sol est
+un sol profond, légèrement argileux et bien drainé.
+
+
+« _Semis._ — On le propage à partir de graines, en choisissant les plus
+grosses et les plus mûres. Le semis peut se faire soit en place, soit
+sur bandes ; ce dernier procédé est toujours préférable. Les graines
+doivent être semées fraîches ; si on doit les transporter au loin, on
+les met dans des caisses à jour, après les avoir enveloppées de feuilles
+fraîches qu’on humecte de temps en temps.
+
+« Les bandes seront établies autant que possible à l’ombre et près d’un
+filet d’eau ; elles auront environ un mètre de largeur ; on y trace le
+grand axe et les deux autres à 20 cm. des bords ; on y dépose les
+graines à 30 cm. l’une de l’autre et on les recouvre de terre. On arrose
+fréquemment et on tient la surface très propre.
+
+
+« _Plantation._ — Les jeunes plantes apparaîtront au bout de trois à
+cinq semaines ; on les laisse croître jusqu’à 30 cm. ; il faut alors
+éclaircir les rangs en repiquant la moitié des plantes sur une nouvelle
+bande jusqu’à ce qu’ils aient atteint près d’un mètre.
+
+« La plantation définitive qui a lieu au commencement de la saison des
+pluies, se fait en trous carrés de 30 cm. de largeur et 50 à 60 cm. de
+profondeur, à 7 m. 50 les uns des autres. La méthode est toujours la
+même : préparer le trou un peu avant la plantation et le remplir de
+terreau bien fait. Quand on y met le plant, on étale les racines avec
+soin et on tasse la terre légèrement. Il est également nécessaire de
+mettre un fort tuteur.
+
+« Comme les jeunes plants doivent pousser à l’ombre, il est nécessaire,
+s’il n’existe pas déjà d’ombrage naturel, de planter des bananiers,
+quelques mois auparavant. On a ainsi l’avantage d’avoir des récoltes
+d’attente, mais les bananiers épuisent le sol. On les plante à 3 m. ou 3
+m. 50 l’un de l’autre en intercalant les Kolatiers entre eux.
+
+« Dans les endroits ombragés, on supprime les bananiers au centre de
+chaque carré ; on les retire d’ailleurs graduellement à mesure que les
+arbres poussent.
+
+« La plantation, une fois établie dure longtemps et peut même constituer
+à son tour un ombrage pour d’autres cultures, en particulier certaines
+cultures vivières.
+
+« Le Kolatier épuise peu le sol, mais les cultures intercalaires de
+bananiers avant la plantation ou de légumes après, sont par elles-mêmes
+assez épuisantes pour qu’il soit nécessaire de fumer de temps à autre. »
+
+A Madagascar, on recommande de procéder de la manière suivante : Le
+semis en pépinière doit être fait sous ombrage, sur un sol bien défoncé,
+bien fumé et fréquemment arrosé. La germination se produit au bout de 3
+à 5 semaines.
+
+La mise en place définitive se fait sous ombrage lorsque les plants
+atteignent 40 cm. à 50 cm. de haut. Elle est très délicate et doit être
+faite au moment des grandes pluies. L’écartement préconisé varie de 6 m.
+à 7 m. 50. Il est inutile de faire plusieurs mois à l’avance des trous
+mesurant au minimum 0 m. 70 de côté sur 0 m. 80 de profondeur.
+
+ *
+ * *
+
+En Guinée française, il a été fait d’assez nombreux essais de
+plantations, mais presque toutes ont été abandonnées. Dès 1897, un
+colon, M. GÉNOT, recommandait de faire la transplantation deux ou trois
+mois seulement après la germination, alors que la jeune plante n’a
+encore que 0 m. 10 de hauteur au maximum.
+
+Un an plus tard, la racine longuement pivotante atteint déjà 1 m. ou 1
+m. 50 de longueur ; aussi l’arrachage est toujours défectueux et la
+reprise des plants âgés se fait très mal[254].
+
+En 1901, P. TEISSONNIER insiste encore sur les difficultés de la
+transplantation. Malgré les soins apportés à l’arrachage des plants
+restés un an en pépinière, il est impossible de conserver le pivot dans
+toute sa longueur. La reprise se fait difficilement ; un grand nombre de
+plants périssent pendant la saison sèche et ceux qui survivent restent
+languissants. Certains arbustes ainsi transplantés atteignaient à peine
+30 cm. à 40 cm. de hauteur, tandis que les Kolatiers plantés en
+germination et provenant du même semis avaient une hauteur moyenne de 1
+m. 60 à leur deuxième année. C’est pourquoi le directeur du Jardin
+d’essais de Camayenne recommande de procéder de la manière suivante :
+
+« Après avoir fait choix du terrain, on sème en planches en mettant
+entre les rangs 0 m. 20 et en conservant une distance de 0 m. 10 sur le
+rang. Les noix sont recouvertes de 2 cm. à 3 cm. de terre ; les planches
+sont ombragées avec des feuilles de palmiers et arrosées chaque fois que
+le besoin se fait sentir. La levée a lieu au bout de 50 ou 60 jours et
+la mise en place doit se faire dès que la tige a 10 cm. à 12 cm. de
+hauteur.
+
+« En semant fin février, les Kolatiers lèvent dans la deuxième quinzaine
+d’avril et on peut procéder à la mise en place dans la première
+quinzaine de mai.
+
+« Par cette méthode, il n’y aura aucun vide dans la plantation ; on
+obtiendra dès la deuxième année des plantes de 1 m. 60 et la
+fructification se trouvera avancée dans de notables proportions »[255].
+
+En Guinée encore, un colon nommé VACHER, avait fait il y a quelques
+années des plantations de Kolatiers assez étendues dans le Bramaya et
+dans la Mellacorée. D’après les renseignements qu’il nous communiquait
+en 1905, peu de temps avant sa mort, il faudrait :
+
+1o Clôturer les terrains où croissent les jeunes Kolatiers pour les
+soustraire à la dent des animaux domestiques et des mammifères
+sauvages ;
+
+2o En Guinée, on doit arroser les jeunes Kolatiers en saison sèche ;
+
+3o C’est en hivernage qu’il faut pratiquer la taille.
+
+
+Dans la colonie allemande du Togo, des essais de culture ont été faits
+par M. PLEHN et par le Dr GRÜNER. Ce dernier observateur insiste sur la
+nécessité d’ombrager le Kolatier et de le planter dans des terrains non
+pierreux. Dans les terrains pierreux, si l’on veut absolument créer une
+plantation, il faudra priver, au moins jusqu’à un mètre de profondeur,
+la terre de toutes les pierres qu’elle contient. Malgré ces conseils, il
+ne semble pas que les tentatives faites au Togo aient donné de grands
+résultats[256].
+
+On planta en 1904, en deux endroits différents 100 Kolatiers, au Jardin
+de Victoria au Cameroun.
+
+A l’un des endroits, le sol fut profondément creusé et l’on installa des
+cultures intercalaires. Plus tard on fuma deux fois avec un compost. Les
+arbres mesurent maintenant à un mètre au-dessus du sol 0 m. 50 à 0 m. 60
+de circonférence.
+
+Le diamètre moyen de la couronne des arbres varie de 3 à 4 m. 50, et ils
+ont, déjà en 1907, porté des fruits. Cette année (1908), ces derniers
+ont été abondants et ont atteint leur complète maturité.
+
+La deuxième plantation, abandonnée sans soins, n’a donné que des arbres
+rabougris, atteignant à peine la hauteur de l’homme.
+
+La meilleure méthode consiste à placer les semences en plates-bandes
+exposées au sec, mais arrosées matin et soir. Les plantules sont mises
+en place trois mois après la germination à des distances de 6 mètres, en
+les ombrageant à la façon des Cacaoyers et des _Funtumia_.
+
+40.000 à 50.000 Kolatiers sont ainsi plantés au Cameroun[257].
+
+Dans les colonies anglaises de l’Ouest africain, les Jardins d’essais
+officiels ont fait aussi des plantations expérimentales étendues
+relatives aux Kolatiers, mais ces stations n’ont publié que des
+renseignements succincts sur les résultats obtenus. A Sierra-Léone, on a
+reconnu que l’arbre, planté en forêt, croît mieux que dans les terrains
+déboisés ; il est bon de remuer le sol pour l’empêcher de durcir au-
+dessus des racines qui seraient ainsi privées d’air. Le Kolatier
+rapporte plus ou moins promptement, et cela dépend de la sélection des
+graines ; quelques arbres, en effet, commencent à produire vers 7 ans et
+pour d’autres il faut 25 ans[258].
+
+A la Gold Coast, plus de 10.000 pieds de _Cola rubra_ avaient déjà été
+plantés en 1905 dans le Jardin botanique d’Aburi et à la station de
+Tarkwa. Une courte notice sans intérêt pour nous a été publiée par les
+soins de l’Administration et est destinée à être distribuée aux
+indigènes[259].
+
+Dans le Nigéria du Sud, spécialement aux jardins d’Olokomeji, d’Ebute-
+Metta, de Old-Calabar, un grand nombre de noix de Kola ont été
+ensemencées antérieurement à 1905, mais nous ne connaissons point le
+résultat des essais poursuivis.
+
+Nous ne sommes pas beaucoup plus renseignés sur les colonies françaises.
+Dans le Jardin de Camayenne, nous avons observé une cinquantaine de
+Kolatiers plantés, de 1898 à 1900, par TEISSONNIER. Quelques-uns avaient
+déjà fructifié à l’âge de 7 ou 8 ans en 1907. Ce qui frappe dans ce
+jardin, c’est l’irrégularité de développement de Kolatiers de même âge
+et croissant dans le même terrain ; à côté des arbres bien développés,
+il en existe de rabougris et qui demeureront probablement constamment
+stériles. Il y aurait sûrement intérêt, dans les plantations de rapport,
+à remplacer, dès les premières années, les arbres qui croissent mal, par
+d’autres individus enterrés à un emplacement un peu différent.
+
+Nous avons observé au Bas-Dahomey, spécialement au Jardin d’essai de
+Porto-Novo et aux stations d’essai de Sakété et de Brouadou, de nombreux
+Kolatiers plantés sous la direction de SAVARIAU. Ces arbres ont pris un
+développement normal, et beaucoup, à Porto-Novo, ont fleuri dès la 5me
+année ; mais Noury a constaté que la plupart des plants appartenant au
+_Cola nitida_ ont leurs rameaux creusés de galeries par les larves du
+_Phosphorus Jansoni_, coléoptère sur lequel nous reviendrons dans un
+prochain chapitre.
+
+Les plants de l’espèce _Cola acuminata_ sont ordinairement indemnes. Il
+convient de signaler les méthodes de plantation pratiquées par le
+Service d’Agriculture à Sakété et à Brouadou. En ces deux localités,
+existent de petits bouquets de forêts où les indigènes ont l’habitude de
+cultiver le _Cola acuminata_. On a ouvert, dans la forêt, des trouées
+rectilignes distantes d’une quinzaine de mètres les uns des autres ;
+chaque trouée est large de 3 ou 4 mètres et la végétation spontanée a
+été enlevée sur toute la largeur. Les Kolatiers ont été plantés en
+lignes droites au milieu de la tranchée et avec un écart de 6 m. à 8 m.
+d’un pied à l’autre. Les jeunes arbustes, âgés de 2 ans environ, étaient
+en bonne voie de croissance quand nous les avons vus en janvier 1910.
+
+Pour terminer, nous devons dire que nous avons vu à San-Thomé, à travers
+les cacaoyères, des Kolatiers très beaux appartenant à l’espèce _Cola
+acuminata_. Ils ne sont l’objet d’aucun soin, mais le sol volcanique de
+San-Thomé est si riche et la surface de la terre est si bien entretenue
+que la grande production de ces arbres ne saurait nous étonner. Les
+terres noires profondes, au bord de la mer, dans les endroits bien
+abrités, semblent très favorables.
+
+Au-dessus de 700 mètres d’altitude, le Kolatier, de même que le
+Cacaoyer, réussit mal dans l’île.
+
+
+ =IV. — CULTURE RATIONNELLE.=
+
+
+Il résulte donc, de ce qui a été dit, qu’aucune plantation européenne
+n’est encore suffisamment étendue et assez ancienne pour que l’on puisse
+en déduire des méthodes générales concernant les procédés de culture de
+cet arbre intéressant.
+
+C’est donc d’après la manière dont se comporte l’arbre dans la forêt à
+l’état spontané, en nous basant sur son mode de vie et ses affinités
+botaniques, que nous allons chercher à déduire quelques principes de
+culture rationnelle.
+
+Disons de suite que les diverses espèces de _Cola_ qui nous intéressent
+s’accomodent très bien des terrains où prospèrent les Cacaoyers. C’est
+aussi sous le climat approprié à ce végétal qu’elles trouvent pour leur
+bon développement les conditions _optima_.
+
+Par suite, nous tiendrons compte également de l’expérience acquise dans
+la culture du Cacaoyer pour formuler les conseils qui suivent.
+
+
+ =1o Choix des graines.=
+
+
+Ce choix a une très grande importance.
+
+Le planteur fera bien de récolter lui-même les semences sur des
+Kolatiers vigoureux produisant des amandes de réelle valeur et aussi
+fertiles que possible. Il ne sera jamais certain d’obtenir des arbres
+réunissant les qualités des portes-graines, mais malgré tout, en
+procédant ainsi, il aura de plus sérieuses possibilités d’obtenir des
+Kolatiers à grand rendement que s’il se contente de semer des amandes
+quelconques achetées au marché.
+
+Sur les arbres ainsi choisis, on récoltera seulement les plus belles
+cabosses, lorsqu’elles commenceront à brunir, mais, avant que les valves
+commencent à s’entrouvrir si elles sont déhiscentes. On les mettra en
+tas dans un endroit _ombragé, mais aéré et à l’abri de l’humidité_. On
+ouvrira ces cabosses pour en retirer les graines seulement lorsqu’elles
+seront parvenues à maturité très complète.
+
+On ne retiendra pour la semence que les plus belles amandes situées au
+milieu de chaque cabosse. Les noix rouges étant les plus demandées par
+les caravaniers, on sèmera exclusivement celles-ci, car en faisant une
+sélection en sens opposé, on risquerait d’avoir plus tard des Kolatiers
+produisant avec prédominance des noix blanches.
+
+On éliminera également les graines endommagées par le couteau en ouvrant
+les cabosses ainsi que celles qui sont attaquées par les insectes.
+
+Les noix germent facilement, qu’elles soient nues ou entourées de la
+membrane blanche qui les enveloppe dans la cabosse et qui n’est autre
+que le tégument de la graine. Nous conseillons de laisser cette
+membranne sur les graines destinées à la semence, car elle met l’embryon
+à l’abri des intempéries et des insectes aussi longtemps que la
+germination n’est pas effectuée.
+
+Dans le _Fasc. IV des Végétaux utiles_ (Chapitre VI, _Procédés de
+culture du Cacaoyer à San-Thomé_), on trouvera beaucoup de
+renseignements qui peuvent aussi s’appliquer aux Kolatiers.
+
+On peut semer les noix en place. On peut aussi les placer en pépinière ;
+mais, dans ce cas, il faudra les transplanter très peu de temps après
+leur germination, car la jeune plante acquiert très rapidement un long
+pivot et le sectionnement de ce pivot entraine presque toujours la mort
+des Kolatiers.
+
+Aussi, nous recommandons de semer les graines dans de petits paniers
+tressés en feuilles de palmiers, paniers qu’on installe dans un endroit
+ombragé et qu’on remplit de terre de première qualité. La
+transplantation se fera en enterrant les paniers lorsque les arbustes
+auront un centimètre ou deux de hauteur.
+
+Quelle que soit la méthode adoptée, on enterrera les graines à 2 ou 3
+centimètres de hauteur en les plaçant de telle sorte qu’elles soient
+couchées sur le côté ou placées obliquement, les quatre lobules
+cotylédonaires en bas. Le sol ainsi ensemencé sera maintenu constamment
+ombragé et tenu toujours frais, sans exagérer toutefois les arrosages
+qui pourraient entrainer la pourriture des noix enterrées.
+
+La germination se fait beaucoup plus lentement que celle des graines de
+Cacaoyer. On compte ordinairement qu’il faut 50 à 60 jours pour que la
+tigelle commence à pointer. Nous avons même vu des noix de Kola, placées
+en terre depuis 5 ou 6 mois, restées parfaitement saines et qui
+n’avaient pas encore commencé à germer.
+
+On a recommandé divers procédés pour activer la germination. Le meilleur
+consiste à abandonner un lot de graines dans un endroit frais et ombragé
+(par exemple dans une cave d’habitation), en les humectant de temps en
+temps. Au bout de quelques semaines, les cotylédons commencent à
+s’écarter et la radicule s’étale et se ramifie bientôt à
+l’extérieur[260]. A ce moment, on enterre chaque noix en germination
+dans un petit panier rempli de terreau, lequel sera lui-même transporté
+à demeure lorsque la germination aura acquis quelques feuilles.
+
+On peut aussi stratifier les graines dans des caisses remplies de
+terreau ou de sable légèrement frais et tenu à l’ombre dans un endroit
+aéré. La germination pour certaines graines s’effectue parfois au bout
+de 3 ou 4 semaines, mais on nous a signalé, à Conakry, des noix
+enterrées depuis 1 an 1/2 restées parfaitement saines et qui n’avaient
+pas encore germé. Les cotylédons avaient seulement verdi (ce
+verdissement précède toujours la germination). Au dire des indigènes,
+les noix qui ont pris cette teinte sont toxiques.
+
+
+ =2o Choix et préparation du terrain.=
+
+
+La transplantation du jeune Kolatier se fera dans un endroit à _sol
+profond, riche en humus_ et planté de quelques grands arbres donnant de
+l’ombrage. La forêt équatoriale, là où elle offre des terrains riches en
+humus, sans eau stagnante à la saison des pluies est évidemment le genre
+de station le plus favorable. A défaut de forêt, on utilisera dans la
+Guinée française, dans le nord de la Côte d’Ivoire et au Bas-Dahomey les
+galeries forestières longeant les rivières et les bosquets forestiers
+souvent assez importants qui avoisinent certains villages.
+
+La forêt où doit s’effectuer une plantation de Kolatiers sera en grande
+partie déboisée. On abattra toutes les broussailles et essences
+secondaires qui constituent le sous-bois, ainsi qu’un certain nombre
+d’arbres formant le peuplement du massif, de façon à ne laisser que le
+nombre strictement nécessaire pour former au sol un abri léger, tamisant
+les rayons directs du soleil et donnant aux végétaux qui constituent la
+plantation un ombrage approprié.
+
+On supprimera radicalement les arbres qui ont un feuillage trop épais et
+des branches trop étendues pour laisser filtrer la lumière dans la
+plantation ; on éliminera aussi ceux, comme les _Eriodendron_, les
+_Mussanga_, les _Ficus_, qui ont des racines puissantes et épuisent
+rapidement le sol.
+
+On conservera de préférence les arbres donnant des produits utiles. S’il
+existe déjà dans la forêt des Kolatiers donnant des amandes à deux
+cotylédons, on les gardera quand bien même ils détruiraient la symétrie
+de la plantation. Par contre, on éliminera (au Gabon par exemple), tous
+les Kolatiers des espèces à quatre ou cinq cotylédons qui pourraient
+donner lieu plus tard à des mélanges de graines préjudiciables à la
+vente.
+
+On pourrait, à la rigueur, conserver les jeunes plants de cette espèce
+pour les greffer plus tard, mais nous ne le conseillons pas, car au bout
+de quelque temps on pourrait confondre les arbustes appartenant à la
+bonne espèce avec les autres.
+
+De même on gardera les palmiers à huile (_Elæis_), les Nsafou
+(_Pachylobus edulis_), les Owala (_Pentaclethra macrophylla_), etc. Les
+arbres-abris recommandés pour le cacaoyer conviennent aussi pour le
+Kolatier, mais il faut les choisir de plus grande dimension, afin qu’ils
+ne gênent pas le Kolatier, cette essence atteignant, comme l’on sait,
+une taille double ou triple du cacaoyer.
+
+Par suite du grand développement que prend le Kolatier, nous estimons
+qu’il faut planter les sujets avec un écart de 10 à 12 mètres en tous
+sens.
+
+A l’inverse de ce qui se pratique généralement pour le cacaoyer, on ne
+plantera jamais qu’une seule plante par fosse. Ces dernières auront au
+moins 1 m. de dimension en largeur et en profondeur et on les remplira
+de matières fertilisantes sur lesquelles nous reviendrons.
+
+L’écartement que nous préconisons est tel qu’on ne peut planter au
+maximum que 80 à 100 Kolatiers à l’hectare.
+
+Nous devons faire remarquer que tous les agronomes ne sont pourtant pas
+partisans de plantations aussi espacées.
+
+Ainsi, d’après SAUSSINE, aux Antilles, « la plantation définitive qui a
+lieu au commencement de la saison des pluies, se fait en trous carrés de
+30 cm. de largeur et 50 à 60 cm. de profondeur, à 7 m. 50 les uns des
+autres. La méthode est toujours la même : préparer le trou un peu avant
+la plantation et le remplir de terreau bien fait. Quand on y met les
+jeunes plantes, on étale les racines avec soin et on tasse la terre
+légèrement. Il est également nécessaire de mettre un fort tuteur. Comme
+les jeunes plants doivent pousser à l’ombre, il est nécessaire, s’il
+n’existe pas déjà d’ombrage naturel, de planter des bananiers quelques
+mois auparavant.
+
+On a ainsi l’avantage d’avoir des récoltes d’attente, mais les bananiers
+épuisent le sol. On les plante à 3 m. ou 3 m. 50 les uns des autres.
+Dans les endroits ombragés on supprime les bananiers au centre de chaque
+carré ; on les retire d’ailleurs graduellement à mesure que les arbres
+poussent. »[261].
+
+L’auteur anonyme du rapport sur le Kolatier en Guinée[262], signale bien
+comment les indigènes font leurs plantations, mais il ne donne pas son
+avis sur la meilleure méthode.
+
+TEISSONNIER n’indique pas l’écart à adopter pour les plantations
+définitives. Il insiste seulement sur la nécessité de semer les noix en
+place ou bien de les semer en pépinière et de les transplanter très
+jeunes et au début de la saison des pluies.
+
+En Guinée française, en semant fin février, les Kolatiers lèvent dans la
+deuxième quinzaine d’avril et on peut procéder à la mise en place dans
+la première quinzaine de mai[263].
+
+VUILLET donne les renseignements suivants qui concordent avec les
+nôtres :
+
+La transplantation étant très délicate, on devra semer à demeure en une
+place soigneusement ameublie et amendée, sur un mètre de diamètre et de
+profondeur.
+
+« On pourra aussi le semer en pépinière ombragée et le transplanter en
+grosses mottes au bout de quelques mois, avant que sa racine ait pu
+prendre un développement important, dans des trous préparés dans les
+mêmes conditions.
+
+« Il demande un ombrage modéré qu’on peut lui procurer facilement en
+plantant avec lui des _Albizzia Lebbeck_ et des bananiers de la façon
+suivante : les Kolatiers à 10 m. en tous sens, à raison de un _Albizzia_
+pour quatre Kolatiers, et les bananiers sur les lignes des Kolatiers à 1
+m. 50 environ des arbres qu’ils devront protéger. Les touffes de
+bananiers devront être émondées soigneusement et souvent, pour permettre
+aux Kolatiers de recevoir la lumière nécessaire : ils seront arrachés
+complètement dès que l’ombrage des _Albizzia Lebbeck_ dont la croissance
+est rapide sera suffisant. Les bananes seront un appoint sérieux pour la
+nourriture des ouvriers[264] ».
+
+Au Togo, d’après BERNEGAU, les Kolatiers sont plantés dans la forêt dans
+le but d’éviter les frais de déboisement. Cette forêt est plutôt
+buissonnante ; on y trace tous les 7 m. des sortes de tranchées
+parallèles de 1 m. de largeur. Dans ces tranchées, on fait tous les 7 m.
+des trous dans lesquels la terre est enlevée sur 50 c. de largeur et de
+profondeur. De cette façon, la plante a suffisamment d’ombre, et, au fur
+et à mesure de sa croissance, on enlève d’autres arbres jusqu’à ce que
+le fourré primitif soit remplacé par une forêt de Kolatiers.
+
+L’expérience a appris qu’il vaut mieux planter les arbres à une distance
+de 30 pieds[265].
+
+Plus loin, le même auteur conseille de faire des plantations
+intercalaires entre les Kolatiers et il conseille de planter parmi les
+Kolatiers, du coton, des ignames, du maïs, des patates douces, des
+ananas et comme arbres d’ombrage des bananiers et des papayers. M.
+BERNEGAU montre qu’il n’est ni biologiste ni agronome. Il est impossible
+que toutes ces plantes vivent sous l’ombrage épais du Kolatier et si on
+les plante pendant la jeunesse de l’arbre, il en est comme le coton, le
+sésame, les ananas, qui gêneront sa croissance.
+
+Ce sont des cultures incompatibles.
+
+E. DE WILDEMAN pense aussi qu’on peut faire de la culture intercalaire
+avec le Kolatier, « celle du caoutchoutier _Funtumia elastica_ est
+particulièrement recommandable[266] ».
+
+Nous ne voyons pas bien l’utilité de l’association _Cola_ et _Funtumia_.
+Ces deux arbres ont un port et une taille à peu près identiques. Si on
+plante le _Funtumia_ entre deux plants de _Cola_ d’écartement normal, il
+les gênera et pour éviter qu’il leur porte préjudice, il faudrait
+écarter les _Cola_ de 20 ou 25 m.
+
+Il n’y a, croyons-nous, aucun intérêt à procéder ainsi et mieux vaut
+cultiver les Kolatiers et les _Funtumia_ sur des emplacements distincts.
+
+WARBURG conseille l’emploi comme arbres d’ombrage des mêmes légumineuses
+que pour le cacaoyer, c’est-à-dire les _Erythrina_ (Dadap ou
+Immortelle), les _Inga_, les _Albizzia_[267].
+
+On devra donc utiliser le sous-bois du Kolatier pour faire une culture,
+et celle qui nous paraît la plus appropriée est la culture du Cacaoyer.
+La plantation donnera ainsi deux produits qui ne se concurrenceront pas
+et quand l’une des récoltes sera compromise, on pourra encore espérer
+retirer de la seconde culture un rendement rémunérateur.
+
+Dans les plantations indigènes, nous conseillerons même l’apport d’une
+troisième essence utile : le palmier _Elæis_, dont le rendement en
+palmistes et huile de palme est des plus appréciables. La culture en
+association de ces trois plantes : _Kolatier, Elæis, Cacaoyer_, se
+recommande particulièrement à la Côte d’Ivoire.
+
+Enfin dans d’autres régions on pourrait essayer l’association :
+_Kolatier, Caféier Libéria_ ou encore _Kolatier, Elæis, Caféier
+Libéria_.
+
+Le revenu du terrain sera par conséquent relativement minime, si l’on
+tient compte de l’amortissement du capital indispensable pour le
+déboisement préliminaire et l’établissement de la plantation. Ce que
+nous disions récemment pour le Cacaoyer dans nos colonies de l’Ouest
+africain est vrai aussi pour la culture qui nous occupe : pour la mise
+en valeur d’un terrain vierge, il n’est pas exagéré de compter l’emploi
+d’un capital de 2.000 francs par hectare, avant que ce terrain soit en
+état de rapporter si la plantation est faite par une entreprise
+européenne[268].
+
+Nous insistons sur la nécessité de donner aux Kolatiers un écartement de
+10 m. au moins en disposant autant que possible les trous en quinconce.
+
+Que le semis se fasse à demeure ou qu’on effectue la transplantation au
+début de l’hivernage, il faudra dans les deux cas avoir planté des
+bananiers 6 mois à l’avance.
+
+Il est également indispensable dans tous les cas de creuser des fosses
+ayant au minimum un mètre de diamètre dans tous les sens. Ces fosses
+seront remplies de débris végétaux de toutes sortes, de terreau
+rapporté, de cabosses de Kolatiers ou de Cacaoyers ; à la partie
+supérieure de la fosse, où s’étaleront d’abord les racines du jeune
+arbre, on fera bien de placer du fumier de ferme si on peut s’en
+procurer.
+
+Les indigènes remplaceront cet engrais par les immondices de toutes
+sortes accumulées autour des villages. Dans les pays où les noirs
+pratiquent l’élevage, on leur conseillera aussi de recueillir les bouses
+de vaches desséchées qui se perdent à travers la brousse.
+
+Le choix du terrain a aussi une grande importance. On doit rechercher
+les sols présentant un couvert forestier imposant qui sont profonds,
+perméables et recouverts d’une épaisse couche d’humus.
+
+
+ =3o Soins à donner aux Kolatiers pendant leur croissance.=
+
+
+Dès les débuts de la plantation, il sera nécessaire, en Guinée française
+notamment, d’arroser les Kolatiers pendant la saison sèche au moins une
+fois par semaine. Si on dispose d’une rivière voisine, un filet d’eau
+amené à travers la plantation serait de la plus grande utilité.
+
+On doit supprimer les troncs des bananiers à mesure qu’ils deviennent
+gênants. Lorsqu’il aura une certaine taille, le Kolatier parviendra du
+reste à les éliminer lui-même.
+
+On fera sarcler deux fois par an le terrain de la plantation et les
+débris végétaux provenant de cette opération seront accumulés aux pieds
+des jeunes arbres.
+
+A partir de 5 ou 6 ans, le Kolatier ne demande presque plus de soins.
+Nous sommes toutefois convaincus qu’en bêchant la terre une fois par an
+autour de l’arbre sur un rayon de un mètre et en accumulant, autour, des
+brindilles de bois qui facilitent l’aération du sol, on n’aura pas à le
+regretter.
+
+On aura soin de supprimer les épiphytes, les lianes qui pourraient
+s’étaler sur l’arbre, enfin les _Loranthus_ et les _Balais de sorcières_
+qui apparaissent fréquemment sur les rameaux du Kolatier et dont il sera
+question plus loin.
+
+Il est enfin deux opérations culturales sur lesquelles nous ne possédons
+encore aucune donnée et qui pourraient cependant avoir la plus haute
+importance pour accroître le rendement en fruits et la dimension des
+noix.
+
+Nous voulons parler de la taille et du greffage.
+
+On ne doit pas hésiter à supprimer les gourmands qui se développent sur
+le tronc ou au pied de l’arbre.
+
+On ne peut pas songer à tailler le Kolatier lorsqu’il est adulte, mais
+quand il est jeune on peut fort bien diriger la formation de sa
+ramification pour l’empêcher de s’élever trop haut ou pour l’amener à
+avoir les branches principales suffisamment écartées les unes des
+autres, afin que la lumière tamisée vienne baigner les petites branches
+médiocrement feuillées situées en dedans de la voûte formée par les
+rameaux terminaux. On sait que c’est sur ces branches enfouies dans
+l’épaisseur des ramifications que se développent presque toujours les
+fruits, souvent très loin les uns des autres.
+
+
+ =4o Problèmes à résoudre. — Rôle des Jardins d’essai.=
+
+
+Nous montrerons, dans le prochain chapitre, qu’il n’est pas possible,
+dans l’état actuel, à une entreprise européenne de trouver des bénéfices
+dans la culture exclusive du Kolatier. Cet arbre n’ayant jamais été
+soumis à une culture attentive et intensive ne produit qu’à un âge
+avancé et d’une manière irrégulière. Aussi, les Jardins d’essais situés
+dans la zône où prospère le Kolatier devraient-ils se mettre sans retard
+à l’étude des problèmes nombreux de la solution desquels dépend le
+perfectionnement de la culture du Kolatier, perfectionnement qui
+permettra peut-être d’en faire un jour une culture rémunératrice pour
+des Européens et dont les indigènes, en tout cas, tireront toujours
+profit. Au milieu des milliers de Kolatiers existant dans les
+plantations indigènes, on observe parfois quelques individus que
+l’indigène ne songe pas à sélectionner, mais qui présentent des qualités
+spéciales. Certains pieds produisent des noix beaucoup plus grosses ou
+sont plus fertiles, ou mûrissent leurs fruits à des époques plus
+favorables à la vente. Il en est qui donnent des noix plus recherchées
+des indigènes par le goût ou par la couleur ou encore qui contiennent
+plus de caféine. Il en existe aussi dont les noix ne sont presque jamais
+attaquées par le ver du Kola, alors que d’autres ont leurs graines
+envahies sur l’arbre même. Enfin, ainsi que nous l’avons vu, certains
+pieds produisent quelques fruits dès la cinquième année, alors que
+d’autres restent stériles jusqu’à la 25me année. Il est très
+vraisemblable que toutes les bonnes sortes pourraient être multipliées
+par la greffe, le bouturage ou le marcottage et elles conserveraient
+ainsi, au moins en partie, les avantages acquis. Mais la greffe, le
+bouturage et le marcottage sont-elles des opérations pratiques pour le
+Kolatier ? Dans quelles conditions peut-on faire ces opérations pour
+réussir ? Personne ne peut encore répondre à ces questions.
+
+Par des sélections de graines bien choisies sur les arbres bons
+producteurs, par des hybridations artificielles faites avec méthode, on
+pourrait aussi sans doute améliorer le Kolatier, mais dans cette voie
+rien encore n’a été tenté.
+
+Qui peut dire aussi de quelle manière il faut tailler le Kolatier, à
+quel âge il faut pratiquer cette opération, et si même elle est toujours
+utile ?
+
+Nous ignorons enfin s’il faut pratiquer la fumure du précieux arbre et,
+dans ce cas, les sortes et les proportions d’engrais qui conviennent.
+
+Des expériences de longue haleine, méthodiquement conduites, peuvent
+seules résoudre tous ces problèmes. C’est le rôle des Jardins d’essais
+de les entreprendre.
+
+ * * * * *
+
+
+[Note 245 : Article traduit en français : O. WARBURG. — La culture du
+Kolatier, _Rev. Cult. col._, VI, 1900, 1er sem., p. 270.]
+
+[Note 246 : Rapport. _Agr. Pays Chauds_, 1907, 1er sem., p. 405.]
+
+[Note 247 : _Ibid._, p. 406.]
+
+[Note 248 : _Ibid._, p. 407.]
+
+[Note 249 : Appartenant probablement à l’espèce _R. sudanica_ A. Chev.]
+
+[Note 250 : L’abondance des _Raphia_ devrait alors amener le pullulement
+des _Sciurus_ qui finiraient par attaquer les Kolas. Il est plus
+probable que le _Raphia_ est cultivé pour le vin de palme qu’il fournit,
+ainsi que pour les rachis de ses feuilles utilisés pour faire la
+charpente des toitures de cases.]
+
+[Note 251 : SAVARIAU. — Le Kolatier au Dahomey. _Agr. Pays Chauds_,
+1906, 2me sem., p. 211.]
+
+[Note 252 : ZECH. — _Rev. cult. col._, VIII, 1901, 1er sem., p. 367.]
+
+[Note 253 : G. SAUSSINE. — La culture du Kolatier dans les Antilles,
+_Rev. cult. col._, II, 1898, 1er sem., p. 39-43.]
+
+[Note 254 : _Rev. cult. col._, I, 1897, p. 221.]
+
+[Note 255 : P. TEISSONNIER. — De la mise en place du Kolatier, _Rev.
+cult. col._, VIII, 1901, 1er sem., p. 360.]
+
+[Note 256 : Dr GRÜNER. — Sur l’état des plantations de Kola et sur leur
+dispersion dans le district de Misahöhe. _Rev. cult. col._, VIII, 1901.
+1er sem., p. 214 (traduit de _Tropenpflanz._, 1901, no 1, p. 17).]
+
+[Note 257 : _Amtsblatt für das Schutzgebiet Kamerun_, analysé in
+_Tropenpflanzer_ no 5, mai 1909, p. 230.]
+
+[Note 258 : D’après des renseignements inédits communiqués par
+l’administration de la Colonie.]
+
+[Note 259 : A. E. EVANS. — Hints on the Cultivation and preparation of
+Kola-Nuts. _Govern. Printing Press, Gold-Coast_, 1904.]
+
+[Note 260 : Il arrive souvent que les amandes transportées en ballots
+par les caravaniers germent ainsi spontanément.]
+
+[Note 261 : _Revue cult. col._, t. II, 5 fév. 1898, p. 39-43.]
+
+[Note 262 : _Agr. prat. Pays chauds_, 1907, p. 405.]
+
+[Note 263 : TEISSONNIER. — _Rev. cult. col._, t. VIII, 1901, p. 361.]
+
+[Note 264 : J. VUILLET. — _Agr. prat. Pays chauds_, 1906, 1er sem., p.
+135.]
+
+[Note 265 : BERNEGAU. — _Tropenpflanzer_, d’après E. DE WILDEMAN, l. c.,
+p. 290.]
+
+[Note 266 : E. DE WILDEMAN. — L. c., p. 293.]
+
+[Note 267 : O. WARBURG. — _Tropenpflanzer_, déc. 1902.]
+
+[Note 268 : _Végét. util._, fasc. IV, p. 234.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE XV.
+
+ * * * * *
+
+ =Age de la production et rendement des Kolatiers.=
+
+ * * * * *
+
+
+ =I. — DURÉE DE LA CROISSANCE ET AGE DE LA PREMIÈRE PRODUCTION.=
+
+
+Il importe, tout d’abord, de détruire une légende au sujet de la
+rapidité avec laquelle se développent les Kolatiers. Contrairement aux
+assertions répandues dans la plupart des ouvrages relatifs à
+l’agriculture tropicale, ces arbres croissent très lentement, quelles
+que soient l’espèce botanique et la région où on les cultive.
+
+Même dans les forêts où il vit à l’état spontané, le Kolatier demeure
+longtemps chétif et stérile dans les sous-bois où ses graines
+parviennent fréquemment à germer. Il en est du reste de même de tous les
+arbres à bois dur croissant à l’état sauvage dans ces forêts tropicales.
+
+Dans la forêt de la Côte d’Ivoire, d’après nos propres observations, un
+Kolatier n’atteint son plein développement qu’à 25 ou 30 ans.
+
+Cultivé dans des terrains de bonne qualité et sous un ombrage approprié,
+c’est-à-dire laissant passer la quantité optimum de lumière, il se
+développe un peu plus vite et nous pouvons donner aussi des chiffres à
+ce sujet.
+
+Aux environs de Conakry, dans un endroit où prospère cette culture, nous
+avons vu de jeunes Kolatiers, âgés de deux ans, qui ne mesuraient encore
+que 0m50 de hauteur ; c’est seulement vers la cinquième année que cette
+plante prend l’aspect d’un arbuste de 2 m. environ de hauteur et se
+ramifie en formant une tête arrondie. Jusqu’à cet âge, elle n’a produit
+que de courts verticelles de 2 à 4 branches comme le Cacaoyer. Pour peu
+que la pousse terminale soit détruite par un accident, ce qui est
+fréquent, la croissance est encore retardée.
+
+A partir de 5 ans, l’arbuste se développe plus vite, mais il est rare,
+en Guinée française, qu’il produise quelques fleurs avant l’âge de 8 ou
+10 ans.
+
+A Faranna (Guinée française), quelques Kolatiers âgés de 6 ans, plantés
+dans le Jardin du poste, exposés au soleil il est vrai, mais arrosés
+tous les deux ou trois jours, ne s’élevaient encore qu’à 3 m. de hauteur
+lors de notre passage.
+
+Des cinquante Kolatiers plantés en 1897 et en 1898 par M. TEISSONNIER,
+la plupart, en 1907, c’est-à-dire à l’âge de neuf ou dix ans, n’avaient
+pas encore fleuri ; quelques-uns seulement portaient des fleurs pour la
+première fois.
+
+D’autre part, en 1905, nous avons vu, au Jardin d’Aburi, des Kolatiers
+âgés de 15 ans qui atteignaient de 8 à 10 mètres de hauteur et les plus
+gros mesuraient 0,25 cm. de diamètre à un mètre au-dessus du sol. Ils
+portaient en moyenne, par arbre, une trentaine de fructifications
+composées, chacune, de 5 cabosses, soit environ 750 noix.
+
+Dans le même jardin, existaient des Kolatiers âgés de 12 ans qui
+n’avaient pas encore fleuri.
+
+De même, d’après les renseignements que nous avons recueillis sur place,
+les Kolatiers du Kissi produisent rarement avant la dixième année et ne
+donnent un rendement sérieux que vers la quinzième année.
+
+Chez les Dans ou Dyolas aussi, le Kolatier ne commence à produire que
+vers la dixième année. Pour Touba, le capitaine LAURENT cite des
+Kolatiers repiqués en 1897 et qui n’avaient pas encore produit de fruits
+en 1907.
+
+Dans le Jardin de Mankono, nous avons vu en 1909 une quinzaine d’arbres
+très vigoureux, plantés depuis 9 ans, s’élevant de 6 à 8 mètres de
+hauteur. Quelques-uns avaient commencé, cette même année, à produire
+quelques cabosses ; les autres étaient stériles.
+
+D’après une communication manuscrite de M. l’administrateur HAUET,
+concernant le Cercle du Rio-Pongo, l’âge où un Kolatier commence à
+rapporter dans cette région est très variable et dépend du terrain. La
+moyenne est de 10 années, mais les uns rapportent vers 7 ans et les
+autres vers 15. A la mission de Boffa, un Kolatier de 10 ans n’a pas
+encore produit.
+
+Une communication du Gouvernement de Sierra-Léone nous apprend, enfin,
+que certains Kolatiers produisent à partir de 7 ans, mais d’autres n’ont
+pas encore fructifié à l’âge de 25 ans.
+
+Ces faits sont complètement en désaccord avec tous ceux qui ont été
+publiés sur le Kolatier.
+
+Citons, par exemple, l’opinion de HECKEL[269] qui rapporte que « sur la
+côte occidentale d’Afrique, le _Cola acuminata_ (lire _C. nitida_)
+commence à donner une récolte vers l’âge de 4 à 5 ans, mais elle est peu
+abondante ; c’est seulement vers 10 ans que l’arbre est en plein
+rapport ». D’après FAMECHON, l’arbre commence seulement à rapporter à
+huit ans.
+
+Au Dahomey, où vit _C. acuminata_, la première fructification, selon
+SAVARIAU, aurait lieu au cours de la 6e et de la 7e année de végétation.
+
+WARBURG rapporte qu’à la Martinique quelques individus de 6 ans
+atteignent 5 à 6 mètres de haut. La première floraison a lieu
+généralement dans la 4e ou la 5e année ; toutefois, on a vu fructifier,
+au Cameroun, des arbres qui n’avaient guère que 1 mètre à 1 m. 50 de
+haut.
+
+« Il semble donc, ajoute WARBURG[270], qu’on ne doive compter sur une
+production de plein rapport qu’à partir de la 10e année. Toutefois, il
+est permis d’espérer qu’on arrivera à abaisser cet âge d’entrée en plein
+rapport par une culture appropriée, peut-être aussi par le moyen de la
+fumure ou encore par la taille qui sera probablement bien supportée ».
+
+Nous pensons nous-même que, comme il a été indiqué au chapitre
+précédent, par une sélection judicieuse des graines destinées à
+l’ensemencement et par une culture soignée, on obtiendra la
+fructification des Kolatiers plus tôt que dans la nature, mais, dans
+l’état actuel des choses, nous pouvons affirmer que les Kolatiers ne
+produisent pas avant la dixième année et ce n’est que vers la 15e qu’ils
+donnent un rendement déjà appréciable.
+
+L’arbre n’atteint la hauteur normale et son port définitif que de la 20e
+à la 30e année. C’est ce qui explique que les indigènes le plantent si
+rarement.
+
+
+ =II. — RENDEMENT.=
+
+
+Les renseignements publiés sur le rendement du Kolatier sont aussi très
+exagérés et la plupart sont en contradiction les uns avec les autres.
+
+Passons en revue les indications fournies par les divers auteurs et,
+pour rendre comparables les chiffres donnés, ramenons toutes les
+évaluations au nombre de graines, en estimant la valeur de 1 kg. de noix
+fraîches à 1 fr. et en prenant pour poids moyen d’une noix 12 gr. 5 en
+Guinée française et 25 gr. à la Côte d’Ivoire où les Kolas sont
+ordinairement plus gros.
+
+Suivant HECKEL, le rendement annuel d’un pied, après la 10e année,
+serait de 45 kg. dans les Rivières du Sud, soit 3.600 noix. D’après
+FAMECHON[271], en Guinée française, « les noix produites par un arbre de
+belle taille peuvent être vendues 30 fr. les mauvaises années et 60 fr.
+les bonnes ». C’est donc un rendement moyen de 30 à 60 kg., soit 2.400 à
+4.800 noix suivant les années. « Le poids moyen des graines, dit ce même
+auteur, est de 80 au kg., soit 12 gr. 5 par unité. Leur valeur est de
+250 à 400 pour 5 fr., à la côte, tandis qu’elle est déjà de 80 à 100
+pour la même somme de 5 fr. à Siguiri et que le prix augmente à mesure
+que l’on s’élève dans le nord.
+
+« Je crois, ajoute-t-il qu’une plantation de Kolatiers serait d’un
+rapport beaucoup plus sûr qu’une plantation de Caféiers, bien que les
+arbres ne commencent à produire qu’à 8 ans ».
+
+D’après M. POBÉGUIN[272], le rapport pour un arbre de belle taille peut
+être évalué à 20 fr. pour les mauvaises années et à 40 à 50 fr. pour les
+bonnes ; le chiffre donné plus haut est ainsi un peu réduit.
+
+Plusieurs colons de Conakry nous ont raconté que les Kolatiers de la
+région donnaient en moyenne une récolte de noix évaluée à 25 fr., soit
+2.000 graines environ, et cela après la 15e année. Mais les indigènes
+leur auraient assuré que les très gros arbres leur donnaient pour 60 fr.
+de Kolas par an, soit 6.400 graines, et l’on montrait dans la ville de
+Conakry, près des magasins du Service des Travaux publics, quelques
+arbres qui, avant la fondation de la capitale de la Guinée, rapportaient
+à l’heureux propriétaire la valeur d’un esclave, c’est-à-dire environ
+150 fr. par an (12.000 graines, soit plus de 2.000 cabosses).
+
+A Sierra-Léone, le rendement serait de 50 fr. par an, soit de 4.000
+graines environ[273].
+
+A la Côte d’Ivoire, d’après M. LAMBERT[274], un arbre peut donner 1.500
+à 1.800 Kolas par récolte, ce qui fait 3.000 à 4.000 graines par an ; le
+même auteur rapporte que le capitaine CONRAD a signalé des sujets
+donnant jusqu’à 6.000 Kolas par an dans le pays des Ngans et le
+commandant CHASLE porte ce chiffre, d’après des renseignements
+indigènes, à 10.000 pour le district de Kokumbo dans le Baoulé.
+
+D’après l’article déjà cité du Service de l’Agriculture de l’Afrique
+occidentale, au Sankaran, on estime qu’un Kolatier donne trois ou quatre
+charges de Kolas par an, ce qui, à 80 noix au kilogramme, représente de
+7.000 à 10.000 noix, chiffre sans doute très exagéré.
+
+Au Sobaneh, les évaluations sont moins fortes ; d’après les indigènes
+toujours, un arbre donnerait au minimum 4.000 noix par an et il n’est
+pas rare d’en récolter 6.000. Les Mendengués regardent comme une année
+tout à fait mauvaise, celle où un Kolatier ordinaire ne rapporte que 5
+francs ; en temps normal, il donne de 20 à 30 francs. Certains arbres
+rapportent exceptionnellement jusqu’à 50 et 70 francs.
+
+Un rapport de M. l’Administrateur du cercle de Dubréka (Guinée)
+s’exprime, au sujet du rendement, de la façon suivante :
+
+« Il est difficile de fixer d’une façon certaine le rendement annuel
+d’un Kolatier, qui, pour diverses raisons échappant à l’observation,
+soit en raison de son âge, soit en raison de la récolte, peut varier
+d’une année à l’autre. Il est permis cependant de prendre comme
+rendement moyen la somme de 50 fr. par arbre adulte, pour se maintenir
+dans une juste limite et fournir un renseignement à peu près exact... ».
+
+M. HAUET, dans un rapport analogue concernant le cercle du Rio-Pongo
+pense que le rendement annuel d’un arbre peut être évalué à 15 ou 20
+francs, « mais il est irrégulier : une année l’arbre produit beaucoup et
+l’autre relativement peu ».
+
+D’après O. WARBURG (Traité d’Agriculture tropicale de SEMLER, 2e éd.,
+1897), à la Jamaïque on compte 500 à 600 fruits par cueillette et par
+arbre, soit 45 à 50 kilogs de noix sèches ou environ le double comme
+poids de noix fraîches. Dans le Moréah (Guinée française), ajoute le
+même auteur, il y a des arbres qui produisent tous les ans jusqu’à 100
+kilog. de noix fraîches, ce qui représente une valeur d’environ 425 fr.,
+car cette noix est de qualité supérieure et se paie en conséquence[275].
+
+Dans les Antilles, d’après SAUSSINE, on évalue le rendement, dans les
+bonnes conditions, à 50 à 60 kilog. de noix sèches par arbre et par an,
+ce qui correspond à 100 ou 150 kilog. de noix fraîches[276].
+
+L’_Ombéné_ du Gabon produit, suivant BERTHELOT DU CHESNAY, 20 à 25
+kilog. de noix fraîches par an.
+
+Les mêmes assertions sont rapportées par DE WILDEMAN. SAUSSINE, WARBURG
+et DE WILDEMAN ont vraisemblablement pris ces indications, sans citer la
+source, dans HECKEL, auquel on doit en effet le renseignement suivant :
+
+« M. FAUWCET, parlant de ses observations à la Jamaïque, dit (_Indische
+Mercuur_, Amsterdam, 29 nov., 1890) :
+
+« L’arbre à Kola se reproduit par les graines et commence à produire des
+fruits à l’âge de 4 ou 5 ans.
+
+« Il y a des arbres de Kola dans le Jardin botanique de Castleton qui
+sont plantés là il y a plus de 50 ans et qui portent régulièrement des
+fruits. Ces arbres doivent être plantés à une distance de 20 pieds l’un
+de l’autre, ce qui fait un nombre de 108 arbres par acre. Ces arbres
+atteignent une hauteur d’environ 40 pieds. Ceux de Castleton produisent
+à chaque récolte 500 à 600 gousses. Si chaque gousse, en calculant sans
+exagération, contient 4 graines et nous calculons par « quart », un
+arbre de 800 gousses produira alors 50 quarts de noix par récolte, ce
+qui fait 100 quarts par arbre pendant une année. Un quart de noix sèches
+aura à peu près un poids de 1/4 de livre, ce qui donne 125 livres par
+arbre ».
+
+Et HECKEL ajoute : la production à la Jamaïque est donc comparable à
+celle de la côte occidentale d’Afrique, ce qui n’a rien de surprenant,
+les climats de ces deux régions étant comparables[277].
+
+Nous ne sommes point surpris de voir quelques Kolatiers « âgés de plus
+de 50 ans » et cultivés dans un Jardin botanique donner un rendement
+aussi élevé, presque sextuple de ce que peut produire un Kolatier
+normal. De tels faits s’observent pour les Cacaoyers plantés dans
+certaines conditions, mais c’est à tort, croyons-nous, que HECKEL et
+WARBURG ont généralisé ces observations.
+
+On pourrait citer encore quantité d’autres auteurs qui ont attribué au
+Kolatier un rendement très exagéré. M. BERNEGAU rapporte qu’à Agege (au
+Togo) un arbre de 7 ans donne annuellement 50 marks de rente, c’est-à-
+dire 3.500 noix, tandis qu’un Cacaoyer du même âge, exigeant plus de
+soins et par suite plus de frais, a rapporté un mark[278].
+
+L’erreur est d’autant plus flagrante que les Kolatiers ne fleurissent
+pas ordinairement avant la dixième année.
+
+Quant à l’évaluation du rendement du Cacaoyer, elle est au moins
+risquée, puisque le Togo n’exportait pas encore de cacao dans ces
+dernières années.
+
+SAVARIAU donne pour le Dahomey, qui confine au Togo, des renseignements
+beaucoup plus vraisemblables. Un arbre d’une vingtaine d’années planté
+en terrain riche et suffisamment humide, donnerait une trentaine de
+fruits composés de cinq follicules contenant chacun six ou sept noix en
+moyenne, soit une moyenne de mille noix. Avec beaucoup d’optimisme,
+SAVARIAU évalue ces noix à 0 fr. 075 pièce, ce qui ferait un revenu de
+75 fr. par an. C’est peut-être la valeur locale lorsque les Kolatiers
+existent en petit nombre dans une région, mais s’ils étaient nombreux,
+en prenant le dizième de ce chiffre comme valeur réelle, on serait plus
+près de la vérité.
+
+Il ne faut pas oublier, en effet, qu’il s’agit du _C. acuminata_.
+
+Nulle part, au cours de nos voyages, nous n’avons constaté de rendements
+aussi élevés et nous avons la conviction que tous ces auteurs se sont
+influencés les uns les autres ou bien ont recueilli, sans les vérifier,
+les assertions des indigènes, toujours sujets à caution en pareil cas.
+
+Le Kolatier, en réalité, produit peu et très irrégulièrement. S’il
+donnait toujours des rendements élevés, les planteurs de San-Thomé ou de
+la Jamaïque auraient cherché à en tirer un plus grand parti depuis
+longtemps.
+
+Même en admettant que tout le Kola soit exporté à l’état de Kola sec qui
+a beaucoup moins de valeur que la noix fraîche, un arbre fournissant 45
+kilos de Kolas frais, soit 20 kilogs de Kola sec, valant en moyenne 0
+fr. 30 à 0 fr. 40 la livre anglaise sur le marché de Liverpool,
+rapporterait donc environ 12 à 15 francs par arbre. Or il faudrait 8 à
+12 Cacaoyers pour fournir le même rendement annuel.
+
+La consommation de Kola sec est déjà assez étendue, puisque le port de
+Liverpool en reçoit environ 300 tonnes par an, valant environ 150.000 ou
+180.000 fr., qui trouvent leur utilisation dans la fabrication de
+nombreux produits pharmaceutiques. Si le rendement de 45 kilos de noix
+fraiches était exact, les planteurs de Cacaoyers auraient donc beaucoup
+plus d’intérêt à cultiver le Kolatier.
+
+Cependant tous ceux que nous avons interrogés à San-Thomé sont unanimes
+à déclarer qu’il n’en est rien et les faits que nous avons constatés
+montrent qu’ils sont dans la vérité.
+
+Aussi résumerons-nous notre manière de voir de la façon suivante :
+
+1o Le rendement des Kolatiers est extrêmement irrégulier :
+
+_a_) Dans une localité, certains pieds demeurent toute leur vie
+rachitiques et c’est à peine s’ils produisent quelques cabosses chaque
+année.
+
+_b_) Certains arbres, mêmes vigoureux, sont constamment stériles. Ces
+pieds produisent exclusivement des fleurs mâles.
+
+_c_) D’autres arbres adultes et parfaitement constitués donnent peu de
+fruits, soit par suite de la rareté des fleurs femelles, soit pour toute
+autre cause encore indéterminée.
+
+_d_) Enfin les pieds donnant une production normale se reposent
+ordinairement une année sur deux : à une année pendant laquelle la
+production a été élevée, succède souvent une année durant laquelle les
+récoltes sont faibles.
+
+La culture intensive perfectionnée des Kolatiers (et notamment la
+sélection des graines et le greffage), aurait sans doute pour résultat
+d’accroître et de régulariser la production, mais comme nous l’avons vu,
+rien n’a été encore tenté dans ce sens.
+
+2o Les cabosses étant répandues dans des parties de l’arbre, fort
+éloignées les unes des autres, la cueillette est lente et difficile. De
+plus, les fructifications arrivent successivement à maturité et souvent
+à de longs intervalles. La cueillette de ces fruits serait donc des plus
+dispendieuses si elle devait être faite par une main-d’œuvre aussi
+coûteuse que celle qu’emploient les planteurs européens.
+
+Dans les plantations de Caféiers et de Cacaoyers à San-Thomé, il existe
+çà et là des Kolatiers de l’espèce _C. acuminata_ ; les colons portugais
+n’en tirent aucun parti et les statistiques de l’île accusent
+ordinairement une exportation annuelle de Kola séché qui s’élève
+seulement à quelques centaines de francs.
+
+A la Jamaïque, à Grenade et à la Trinidad, où les Kolatiers sont
+également fréquents dans les plantations de Cacaoyers, les choses se
+passent exactement de la même manière.
+
+Plusieurs planteurs de San-Thomé nous ont assuré que les Kolatiers les
+plus vigoureux ne pouvaient donner que quelques kilos de noix sèches par
+an et le temps qu’il faudrait passer à récolter et préparer ces noix
+sera, selon eux, plus rénumérateur si on le consacre à la culture du
+Cacaoyer.
+
+En Guinée française et à la Côte d’Ivoire, le problème se pose
+différemment, le Kolatier appartenant à une autre espèce et ses noix
+pouvant se vendre à l’état frais ; mais là encore, il ne faut pas
+compter sur les rendements merveilleux rapportés par divers auteurs
+cités plus haut.
+
+Il est possible que, certaines années, un Kolatier adulte et isolé,
+cultivé au milieu d’un village, dans un terrain riche en humus, arrive à
+produire quelques milliers de noix, mais de telles récoltes dans l’état
+actuel nous semblent très exceptionnelles et si, dans une plantation
+régulière, on arrive à récolter en moyenne 1.000 noix par arbre adulte
+et par an, on devra s’estimer très heureux.
+
+Pour notre part, nous n’avons jamais compté plus de 50 fruits à la fois
+sur un arbre et souvent il n’y avait que 10 à 20 fructifications
+simultanément.
+
+En admettant que chaque fruit contienne en moyenne 3 follicules
+renfermant chacun 5 graines, on arriverait pour un arbre portant 50
+fruits à un rendement de 750 noix par an dont le poids, à la Guinée,
+équivaut à 9 k. 375 environ.
+
+Un rendement de 10 kilog. de noix fraîches nous paraît donc être le
+maximum de ce que l’on peut obtenir en une année du _Cola nitida_,
+_cultivé dans les meilleures conditions_[279]. Plus fréquemment la
+récolte s’élèvera à la moitié de ce poids à peine. Les Kolatiers vivant
+à l’état sauvage dans l’intérieur de la forêt de la Côte d’Ivoire
+fournissent des rendements encore beaucoup plus faibles.
+
+Les constatations que nous avons faites au cours de nos voyages sont
+donc en contradiction avec la plupart des indications rapportées plus
+haut. Dans les pays où le climat est le plus approprié et dans la saison
+la plus favorable, il est très rare de voir des Kolatiers _couverts de
+fruits_ ; les arbres portant 20 à 50 groupes de carpelles sont les plus
+communs ; enfin d’assez nombreux individus ne portent que quelques rares
+fruits ou sont mêmes stériles. Nous ne pensons pas qu’on puisse compter
+dans l’état actuel sur un rendement moyen par arbre et par an de plus de
+30 groupes de carpelles comprenant chacun 3 à 4 cabosses de 5 noix, soit
+600 noix par arbre adulte ou 5 à 8 kilog. de noix fraîches.
+
+C’est la proportion moyenne que nous avons observée à Conakry, à Grand-
+Bassam et à Aburi.
+
+Au Kissi, on voit très exceptionnellement des Kolatiers donner certaines
+années une charge, c’est-à-dire environ 2.000 noix de Kolas, mais
+l’arbre se repose l’année suivante. J’ai eu dans cette région un
+interprète intelligent et à la bonne foi duquel on pouvait se fier, près
+duquel j’ai recueilli les indications suivantes :
+
+Il possédait à Kissidougou 5 Kolatiers lui appartenant personnellement
+et qui lui avaient fourni au total, pour la récolte de 1908-1909, 850
+noix.
+
+L’année précédente, les mêmes arbres avaient produit 1.500 noix. Le même
+interprète affirmait qu’un Kolatier adulte et en bon état, c’est-à-dire
+âgé de 25 à 30 ans, produisait au Kissi environ 400 noix par an que l’on
+pouvait vendre de 5 fr. à 10 fr., suivant la saison.
+
+Cependant il survient des années pendant lesquelles on ne récolte
+presque pas de noix. Les années pluvieuses seraient les plus favorables,
+surtout si les pluies sont précoces.
+
+
+ =III. — NOMBRE DES RÉCOLTES ANNUELLES.=
+
+
+Mais, objectera-t-on, on peut faire plusieurs récoltes par an ? On
+trouve en effet cette affirmation dans presque toutes les études
+traitant du Kolatier, mais elle ne résiste pas à l’observation. Pour
+cette question, comme pour le rendement, les auteurs se sont copiés les
+uns les autres.
+
+On sait que, dans les régions où ils trouvent réalisés les conditions
+climatériques qui leur conviennent, les Kolatiers sont en fleurs presque
+toute l’année, mais, dans la zône tropicale nord, la floraison est
+particulièrement abondante en mars, avril et mai, au début de la saison
+des pluies. A cette floraison succède une fructification plus ou moins
+riche. Pendant la saison des pluies, les jeunes fruits s’accroissent,
+mais il est rare de trouver des follicules développés en cette saison ;
+ils ne parviennent à complète maturité qu’après la mousson d’automne.
+
+Au Kissi, les arbres, fleurissant en mars et avril, ont leurs fruits
+mûrs en novembre et décembre, c’est-à-dire 7 à 8 mois après la
+floraison. La maturité de tous les fruits d’un arbre s’échelonne
+ordinairement sur une période de 2 ou 3 mois, comme chez le Cacaoyer et,
+en dehors de cette saison, il n’y a plus que de rares cabosses arrivant
+à complet développement.
+
+A la Côte d’Ivoire, la principale période de maturation des fruits va du
+15 octobre au 15 janvier. Quelques follicules mûrissent un peu avant et
+un peu après, mais cela est toujours exceptionnel. De même, dans la
+période allant de février à juin, le Kolatier ne fournit presque aucune
+cabosse adulte, mais certaines fleurs femelles peuvent encore produire
+quelques follicules qui mûrissent en juin et juillet. Toutefois, cette
+récolte est généralement très maigre, ainsi que nous l’avons constaté à
+la Côte d’Ivoire et, dans la plupart des régions de cette colonie, on ne
+trouve que très peu de cabosses mûres à cette époque.
+
+Suivant HECKEL, en Guinée française « la floraison de juin porte ses
+gousses en octobre et novembre, celle de novembre et décembre aux mois
+de mai et juin »[280].
+
+D’après l’auteur anonyme de l’étude sur le Kolatier en Guinée française,
+que nous avons déjà plusieurs fois citée, « la récolte se fait
+ordinairement à la fin de l’hivernage, de novembre à décembre ; elle est
+surtout abondante pendant ce dernier mois. Les Kolas se vendent alors
+sur toute la côte, à raison de 5 francs les 300 ou les 400 suivant la
+grosseur et l’année ; le prix est le même en pays Tôma. En fin de
+saison, au début de l’hivernage, on peut encore recueillir quelques
+Kolas ; mais ils sont petits et, pour 5 francs, on n’en donne plus que
+150 et même 100, en juillet et août[281].
+
+Un rapport du 11 septembre 1907 de l’administrateur du Cercle de Dubréka
+nous informe aussi que le Kolatier donne deux récoltes par an. La
+première, généralement très belle et très abondante avec de grosses
+noix, a lieu en décembre ; l’autre, très médiocre, donnant de petites
+noix, a lieu en juillet. Un autre rapport officiel du Cercle de Beyla ne
+mentionne qu’une seule récolte au commencement de la saison des pluies.
+
+Ces divers renseignements, concernant la Guinée française, sont donc
+contradictoires.
+
+Au Dahomey, écrit SAVARIAU, « chaque arbre (il s’agit du _C. acuminata_
+à 3-5 cotylédons), donne deux récoltes par an ; la première a lieu de
+mars à mai, la seconde de septembre à novembre. Les vieux arbres ne se
+comportent plus de la même façon : d’après les indigènes, ils
+donneraient une récolte seulement tous les deux ou trois ans. »[282].
+
+BERNEGAU rapporte qu’à Agege (Togo) les arbres portent dès l’âge de six
+à sept ans et donnent deux récoltes par an : la plus forte, de septembre
+à janvier ; la seconde, plus faible, de mai à juillet.
+
+Dans les Cercles de Kouroussa et Kankan (Haute-Guinée), nous avons
+remarqué des Kolatiers qui portaient des fruits mûrs en février et mars,
+mais ils en restaient privés tout le reste de l’année.
+
+Dans la zone tropicale australe, les choses se passent différemment.
+
+A l’île de San-Thomé, les pieds de _Cola acuminata_, dispersés à travers
+les plantations, donnent habituellement leurs fruits soit en août, soit
+en janvier, mais nous avons vu certains individus qui portaient, en
+septembre, des fruits complètement mûrs et qui n’en portaient même pas
+d’autres. De même dans la forêt vierge qui se trouve au-dessus de Monte-
+Café, nous avons vu, en août, le sol tout jonché de fruits là où vit
+l’espèce sauvage _C. sphærocarpa_. Les mois d’août et septembre sont
+donc l’époque de la pleine maturation.
+
+Pour le Gabon, HECKEL cite le renseignement de GOUJON, d’après lequel
+« l’Ombéné (c’est aussi le _Cola acuminata_) mûrit ses fruits à
+l’approche de la petite saison sèche (janvier-février). Sa principale
+récolte dure 3 ou 4 mois, mais les indigènes en apportent à Libreville
+toute l’année, par très petites quantités, il est vrai »[283].
+
+D’après un autre observateur, le Kolatier fournit deux récoltes au
+Gabon : l’une en février et l’autre en octobre.
+
+Sur les bords du fleuve Congo, près de l’Equateur, nous avons vu des
+Kolatiers de l’espèce _C. Ballayi_ qui portaient beaucoup de fruits mûrs
+au mois d’août.
+
+Il se produit, croyons-nous, pour le Kolatier, ce qui arrive pour la
+plupart des essences forestières tropicales. La majorité des arbres
+d’une même espèce fructifie une seule fois par an, en une saison bien
+déterminée, mais certains individus de cette espèce, pour des causes
+encore mal déterminées, entrent en végétation certaines années avant ou
+après la période normale, de sorte que leur fructification est reportée
+à une saison toute différente de celle où s’effectue habituellement la
+maturation des fruits de cette espèce. De telles aberrations de
+végétation sont extrêmement fréquentes chez les arbres qui peuplent la
+forêt vierge tropicale. Nous avons constaté que cette anomalie s’observe
+souvent chez le Kolatier ; mais, indépendamment, certaines espèces de la
+section _Autocola_ peuvent arriver, comme le Cacaoyer, à mûrir quelques
+fruits pendant toute l’année ; il n’en est pas moins vrai qu’il n’y a
+qu’une seule saison par an, pour chaque région, pendant laquelle la
+plupart des fruits arrivent à maturité.
+
+
+ =IV. — DURÉE DES KOLATIERS.=
+
+
+Dans les terrains favorables, les Kolatiers peuvent vivre jusqu’à un âge
+extrêmement avancé.
+
+D’après les renseignements recueillis par M. HAUET, dans le Rio-Pongo
+les Kolatiers durent de 60 à 70 ans. Ils peuvent aussi atteindre 100 ans
+et même un âge plus avancé.
+
+Dans le Haut-Cavally, suivant le capitaine LAURENT, l’arbre vit très
+vieux, sans jamais atteindre une grande taille.
+
+Enfin, SAVARIAU rapporte que le _Cola acuminata_, au dire des indigènes
+du Bas-Dahomey, vivrait à peu près autant que quatre générations
+humaines, ce qui représenterait approximativement 120 ans.
+
+D’après ces indications, on peut penser que les Kolatiers sont en pleine
+production de 25 à 75 ans.
+
+ * * * * *
+
+
+[Note 269 : HECKEL. — _Loc. cit._, 1893, p. 48.]
+
+[Note 270 : WARBURG. — _Rev. cult. col._, 1902, 1er sem., p. 272.]
+
+[Note 271 : FAMECHON. — Notice sur la Guinée française. _Exp. univ.
+1900_, p. 100-102.]
+
+[Note 272 : POBÉGUIN. — Flore de la Guinée, p. 77.]
+
+[Note 273 : E. DE WILDEMAN. — Loc. cit., p. 287.]
+
+[Note 274 : LAMBERT. — La Côte d’Ivoire, 1906, p. 731.]
+
+[Note 275 : O. WARBURG. — L. c. et trad. _Rev. cult. colon._, I, 1897.]
+
+[Note 276 : SAUSSINE. — _Rev. cult. colon._, loc. cit.]
+
+[Note 277 : HECKEL. — L. c., 1893, p. 48.]
+
+[Note 278 : Voir E. DE WILDEMAN, l. c., p. 293.]
+
+[Note 279 : De telle sorte qu’en supposant une plantation de 100 pieds
+environ à l’hectare, le rendement serait d’environ 1.000 kilogs en
+moyenne, soit 1.000 francs par an, mais cela seulement à partir de la
+15e ou de la 20e année.
+
+Le chiffre de 2 tonnes à l’acre (ou 5 tonnes à l’hectare), qui nous a
+été donné par l’administration de Sierra-Léone, nous semble très
+exagéré.]
+
+[Note 280 : HECKEL. — Loc. cit., p. 48.]
+
+[Note 281 : _Agr. Pays Chauds_, 1907, 1er sem., p. 407.]
+
+[Note 282 : SAVARIAU. — _Agr. pr. Pays Chauds_, 1906, 1er sem., p. 213.]
+
+[Note 283 : HECKEL. — Loc. cit., p. 37.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE XVI.
+
+ * * * * *
+
+ =Ennemis et maladies du Kolatier et des noix de Kola.=
+
+ * * * * *
+
+
+ =ANIMAUX.=
+
+
+La jeune plante, aussitôt après sa germination, paraît avoir peu à
+souffrir des insectes et des limaces.
+
+M. FAMECHON nous a fait connaître qu’à Conakry un ver (larve de quelque
+insecte indéterminé) dévore souvent le bourgeon terminal des
+germinations, parfois même avant que les premières feuilles soient
+épanouies. De nouvelles pousses repartent ordinairement, mais la
+croissance est retardée.
+
+Mais un autre grand danger menace les jeunes arbres : c’est la dent des
+herbivores. En Guinée française et à la Côte d’Ivoire, les animaux
+domestiques : bœufs, chèvres, moutons, broutent avec avidité les pousses
+de la plante qui nous intéresse. Les cochons sauvages (phacochères)
+déterrent même, dit-on, les racines du Kolatier jeune pour s’en nourrir.
+Ailleurs, ce sont les antilopes du genre _Cephalophus_ qui dévorent les
+parties aériennes des Kolatiers récemment semés.
+
+A un âge plus avancé, d’autres animaux s’attaquent à la précieuse
+plante.
+
+Les Rats palmistes (_Sciurus_) sont friands des graines et en font une
+grande consommation[284]. Les Singes, communs dans la forêt, n’y
+touchent ordinairement pas.
+
+En 1905, à Faranna, les _sauterelles_ avaient dévoré les feuilles des
+jeunes Kolatiers qui ne portaient plus qu’une dentelle de nervilles.
+
+Lorsque l’arbre fleurit, divers insectes s’attaquent aux organes de la
+reproduction. L’arbre est d’autant plus visité que les moindres
+accidents dans les tissus jeunes déterminent d’abondantes extravasions
+de sève très chargée de substance mucilagineuse.
+
+A côté des insectes utiles qui facilitent la fécondation croisée[285] en
+transportant le pollen d’un arbre à l’autre, il en est d’autres qui
+interviennent pour commettre des déprédations dans les fleurs, notamment
+plusieurs espèces de fourmis attirées peut-être par des pucerons vivant
+souvent sur les axes des inflorescences.
+
+Les fourmis déterminent aussi des lésions à la surface des carpelles :
+les unes sont attirées par les pucerons ou les coccides qui pullulent
+parfois sur certains rameaux ou certains groupes de fruits et nuisent à
+leur croissance ; les autres viennent pour se nourrir de mucilage et de
+sucre qui existent dans la paroi carpellaire peu de temps avant la
+maturation. Il n’est pas rare de voir les carpelles, parvenus à leur
+maturité, percés ainsi d’un grand nombre de galeries qui pénètrent
+jusqu’à la cavité ovarienne et d’où découle, à l’extérieur, un abondant
+mucilage. Ces déprédations seraient sans importance, car les fourmis ne
+s’attaquent jamais à l’amande du Kola ; mais c’est vraisemblablement par
+les perforations ainsi pratiquées dans le péricarpe que s’introduit le
+_Sangara_ dont nous parlerons plus loin.
+
+La fourmi rousse (_Œcophylla smaragdina_ Fab.) de l’Afrique tropicale
+vit fréquemment sur les diverses espèces de Kolatiers ; elle se
+construit un abri en agglutinant les bords des feuilles vivantes
+rapprochées qui restent attachées sur leurs branches et continuent à
+vivre. Nous ne pensons pas que cet insecte soit nuisible aux arbres sur
+lesquels il habite.
+
+Les termites occasionnent, par contre, de grands ravages quand ils
+s’attaquent aux jeunes sujets qu’ils peuvent faire mourir et dont ils
+retardent au moins la croissance. Ils sont surtout redoutables pour les
+plants transplantés en saison sèche.
+
+
+_Borers._ — Les jeunes troncs et les rameaux des Kolatiers sont parfois
+perforés par des larves d’insectes perceurs (_borers_ des colons
+anglais).
+
+[Illustration : FIG. 39. — _Phosphorus Jansoni_ Thoms., var. du Dahomey.
+
+Grossi une fois et demie.]
+
+Tous les borers du Kolatier n’ont pas encore été étudiés. Ce sont
+vraisemblablement, pour la plupart, des insectes appartenant à des
+espèces identiques à celles qui attaquent les Cacaoyers dans l’Ouest
+africain. Nous leur avons consacré un paragraphe dans le Fascicule IV,
+p. 159, des _Végétaux utiles_, et nous avons indiqué les moyens
+préconisés pour les détruire.
+
+Nous devons, toutefois, attirer l’attention sur l’un de ces insectes qui
+n’avait pas encore été signalé comme commettant des déprédations dans
+les plantations tropicales.
+
+En 1910, nous constations que la plupart des Kolatiers de l’espèce _Cola
+nitida_, âgés de 5 ou 6 ans et cultivés dans le Jardin d’essai de Porto-
+Novo (Dahomey), présentaient dans le tronc et dans certains rameaux
+vivants des galeries larges et profondes. Beaucoup de branches ainsi
+atteintes s’étaient complètement desséchées. M. C. NOURY, directeur du
+Jardin, voulut bien rechercher l’insecte coupable, et nous communiqua un
+exemplaire adulte. Cet insecte a été étudié par M. P. LESNE, assistant
+au Muséum de Paris ; il se rapproche du _Phosphorus Jansoni_ Thomson et
+n’en serait qu’une race dahoméenne (Fig. 39). C’est un Coléoptère de la
+famille des Cérambycides et de la tribu des Lamiaires.
+
+L’espèce, connue depuis Sierra-Léone jusqu’au Cameroun, est polymorphe.
+La forme du Dahomey présente, d’après M. P. LESNE, les caractères
+suivants :
+
+
+Longueur 28 mm. à 32 mm. Corps presque cylindrique, couvert d’une
+pubescence d’un jaune terre de Sienne avec des reliefs d’un noir
+brillant sur le prothorax, deux taches à la base de chaque élytre et une
+autre tache de même couleur en forme de [Symbole : y] sur la partie
+postérieure du disque de chaque élytre. Milieu des segments abdominaux
+d’un noir brillant. Pattes et antennes cendrées. Ces dernières sont
+minces et longues surtout chez le mâle où elles dépassent la longueur du
+corps, tandis que, chez la femelle, elles n’atteignent pas l’extrémité
+des élytres.
+
+
+Les dégâts causés par le _Phosphorus Jansoni_ à Porto-Novo sont très
+sérieux. Le seul moyen d’empêcher l’extension des ravages est de couper
+et brûler les rameaux atteints. Les _Cola acuminata_ vivant dans les
+environs sont beaucoup moins atteints.
+
+Le plus redoutable insecte pour les noix de Kola et celui qui cause les
+plus grands préjudices aux dioulas transportant cette précieuse amande à
+travers le Soudan est certainement le _Balanogastris Kolæ_ (Desbr.)
+Faust = _Balaninus Kolæ_ Desbr., petit coléoptère de la famille des
+Curculionides.
+
+C’est seulement en 1895 que cet insecte fut découvert par M. J. PEREZ,
+professeur à la Faculté des sciences de Bordeaux, dans un lot de noix de
+Kola importées de l’Afrique occidentale par un droguiste de Bordeaux
+(Fig. 40).
+
+L’insecte adulte communiqué à M. J. DESBROCHERS DES LOGES, fut décrit la
+même année dans le _Bulletin des séances de la Société entomologique de
+France_, 1895, p. CLXXVI (Séance du 27 mars 1895).
+
+
+Nous en reproduisons la description originale :
+
+
+« =Balaninus kolæ=, n. sp. — Long. 4 mill. (rostro excluso) ; lat. 2
+mill. — _Ovatus, rufo-ferrugineus, squamulis paucis flavescentibus vage
+variegatus, rostro valido, curvato, thorace vix longiore, concolore,
+antennis articulis 2-primis parum elongatis, obconicis, cæteris
+subtransversis, thorace subconico, creberrime fortiter punctato, medio
+carinato, elytris punctato subselcatis, interstitiis planis, crebre
+punctatis, femoribus omnibus valide dentatis, apice infuscatis, tibiis
+latioribus compressis, curvatis._ — Sénégal.
+
+[Illustration : FIG. 40. — Le Charançon de la Noix de Kola
+(_Balanogastris Kolæ_ Desbr.)
+
+Adulte vu de dos et de profil, grossi 6 fois.]
+
+« Coloration, taille et forme générale de _B. cerasorum_ Herbst et de
+_B. rubidus_ Gyll. Le rostre est bien moins grêle et plus court que chez
+le premier, la ponctuation du prothorax et des élytres plus forte que
+chez les deux espèces, et la squamosité ne forme pas, sur les élytres,
+de bandes ondulées. Les antennes, chez _B. cerasorum_ et _B. rubidus_,
+ont les premiers articles du funicule très longs, les derniers même
+aussi longs que larges. Le prothorax, chez _B. Kolæ_, est légèrement
+sinué dans son milieu latéral. La dent des cuisses en triangle
+subéquilatéral, à son côté interne aussi long que l’épaisseur du reste
+de la cuisse.
+
+« Le mâle m’a semblé à peine différent de l’autre sexe, par le rostre un
+peu moins long et par les strioles et la ponctuation du dessus plus
+étendue postérieurement.
+
+« Cette espèce a été trouvée dans des noix de Kola, chez un droguiste de
+Bordeaux, par M. J. PÉREZ, professeur à la Faculté des sciences de cette
+ville, qui a bien voulu m’en communiquer plusieurs exemplaires ».
+
+
+En même temps, M. J. PÉREZ publiait les renseignements suivants sur la
+biologie de l’insecte[286] :
+
+
+« — _Note sur un Curculionide_ (Balaninus Kolæ _Desbr._) _trouvé dans
+des fruits de Kola_, par J. PÉREZ (de Bordeaux) :
+
+« Deux fruits de Kola seulement, sur un grand nombre qui furent
+examinés, contenaient le Charançon dont M. DESBROCHERS DES LOGES a bien
+voulu donner la diagnose.
+
+« On sait qu’un fruit de Kola se compose de quatre amandes
+irrégulièrement pyramidales, à face extérieure convexe, les deux autres,
+par lesquelles elles sont accolées, étant à peu près planes.
+
+[Illustration : FIG. 41. — Larve du _Balanogastris Kolæ_ Desbr.
+
+Vue de profil et de dessous, grossie 6 fois.]
+
+« C’est vers la partie centrale du fruit qu’étaient logés les
+Curculionides, parfaitement développés, bien qu’un peu immatures,
+quelques-uns du moins. Les cavités où ils s’étaient métamorphosés
+n’étaient, en général, séparées de la surface des noix que par une mince
+cloison ; un petit nombre seulement se trouvaient reculées dans une
+partie plus ou moins profonde des galeries creusées par les larves,
+élargies en ce point en une logette ovalaire. Toute le reste de la
+galerie était obstrué par les déjections des larves fortement tassées.
+
+« En sculptant ces déjections fort dures, opération qu’un peu d’eau
+rendait plus aisée, il était facile de dégager entièrement les galeries,
+et l’on se rendait ainsi compte de leur forme et de leur parcours. La
+partie la plus large, celle qui correspondait au dernier âge de la
+larve, se trouvait non loin de l’arête axiale commune aux deux faces
+planes de la noix. En se rétrécissant, la galerie mène à son origine,
+sur la face convexe extérieure. Son trajet, tout à fait irrégulier et
+sinueux, présente cependant ce caractère constant, que sa terminaison,
+interne par rapport à l’axe du fruit, est toujours placée plus bas que
+son origine extérieure. La larve, en creusant sa galerie, tend donc
+toujours à avancer dans une direction générale, oblique de haut en bas
+et de dehors en dedans. Souvent la galerie atteint la surface plane et
+l’absorbe, entamant légèrement la face accolée de l’amande juxtaposée.
+Je n’ai pas vu qu’elle passe d’une amande à l’autre.
+
+« L’origine de chaque galerie est une petite ponctuation de la surface
+extérieure, large d’un demi-millimètre ou un peu plus, ombiliquée,
+souvent creusée à son centre. C’est le trou par lequel fut introduit
+l’œuf, et qu’avait pratiqué la mère à l’aide de son rostre, comme font
+nos espèces européennes.
+
+« Ces trous de ponte sont assez nombreux à la surface convexe de la
+noix, jusqu’à 10 à 12 parfois, distribués sans aucun ordre, du sommet
+vers le milieu, qu’ils ne dépassent guère. Beaucoup d’œufs doivent
+avorter, car, dans les noix examinées, le nombre des galeries était bien
+loin de correspondre à celui des trous de ponte.
+
+« Le Charançon, pour éclore, a sans doute besoin d’attendre la
+séparation naturelle des quatre amandes, puisque la cellule où on le
+trouve n’est, en général, séparée de la surface plane que par une mince
+épaisseur de la substance de l’amande respectée, soit par les déjections
+entassées dans la galerie ».
+
+
+[Illustration : FIG. 42. — Nymphe du _Balanogastris Kolæ_ Desbr.
+
+Vue de dessus, de profil et de dessous, grossie 6 fois.]
+
+En 1898, M. P. LESNE, assistant au Muséum, complétait les renseignements
+fournis par M. J. DESBROCHERS DES LOGES, en décrivant avec beaucoup de
+détails la larve (Fig. 41) et la nymphe (Fig. 42) du charançon de la
+noix de Kola[287].
+
+A la même époque, un entomologiste russe, M. J. FAUST, montrait que
+l’insecte en question n’était pas un _Balaninus_ et il en faisait le
+type du genre nouveau _Balanogastris_[288].
+
+Les belles figures, qui accompagnent la note de M. LESNE et qu’il a bien
+voulu nous autoriser à reproduire, nous dispenseront de nous étendre
+longuement sur les descriptions.
+
+La larve mesure 6 mm. environ de longueur. Le corps présente l’aspect
+habituel des larves de curculionides, épais, assez court, courbé en
+croissant, atténué aux deux extrémités, blanchâtre, charnu, à
+l’exception de la tête qui forme une capsule chitineuse testacée ;
+mandibules brunes. Tête plus longue que large avec la région buccale en
+saillie. Corps composé de 12 segments.
+
+Une grande partie de la surface du tégument est garnie de très petites
+spinules chitineuses dirigées en arrière et destinées à fournir des
+points d’appui pendant le forage et la progression.
+
+Des soies tactiles peu développées existent aussi sur les différentes
+parties du corps.
+
+Quant à la nymphe, elle a le corps atténué en avant et en arrière,
+blanchâtre, à tégument membraneux.
+
+Nous pouvons donner quelques renseignements complémentaires sur cet
+insecte, renseignements recueillis au cours de nos voyages.
+
+Il vit dans les amandes des différentes espèces de _Cola_ de la section
+_Eucola_. Il est commun sur le _Cola nitida_ en Guinée française. Chose
+curieuse, il ne se trouve pas partout, mais par certains groupes de
+villages formant des îlots et les indigènes le savent bien, car les
+Kolas provenant des villages non contaminés sont cotés à un prix plus
+élevé. Le ver devient plus fréquent en Guinée depuis quelques années,
+les Kolas du Koba, jadis inattaqués, le sont aujourd’hui. M. BERNEGAU
+l’a observé au Togo et au Cameroun, sur le _Cola acuminata_. Nous
+l’avons rencontré nous-même à l’île de San-Thomé sur le _Cola
+acuminata_. Il vit dans les fruits adhérents à l’arbre, non ouverts,
+mais cependant presque mûrs.
+
+A l’intérieur de ces follicules on trouve parfois un grand nombre de
+femelles adultes qui viennent y faire leurs pontes.
+
+Nous ne pensons pas que ces insectes puissent perforer le péricarpe
+épais du fruit, mais ils pénètrent par les galeries que creusent
+fréquemment les fourmis pour aller chercher le mucilage extravasé de la
+paroi du fruit par les moindres lésions.
+
+La ponte s’effectue en dedans du tégument séminal, sur la paroi même de
+l’embryon. Nous avons vu à San-Thomé des follicules non encore ouverts,
+renfermant des noix dont les cotylédons étaient déjà creusées de
+galeries profondes dans lesquelles on rencontrait des larves
+complètement développées et même des nymphes.
+
+Le charançon de la noix de Kola est connu et redouté des indigènes.
+
+Les Soussous le nomment _Sangara_ ou _Sangaran_. D’après un
+correspondant de M. HECKEL, on le nommerait _Tembouc_ en Mellacorée.
+Enfin, d’après M. LAMBERT, les Dioulas de la Côte d’Ivoire le nomment
+_Sambara_ et les Achantis _Koutia_.
+
+Dans les pays que nous avons visités, le ver en question porte les noms
+suivants :
+
+_Sangara_ (en bambara), _Sangouara_ (en konianké), _Dérouda Kolo_ (en
+kissien), _Kouakoua_ (en langue des Ngans).
+
+M. J. SURCOUF, en examinant de nombreuses larves vivantes dans des
+amandes provenant de Guinée, en a observé qui étaient parasitées par un
+très petit hyménoptère. « Il y a lieu d’espérer, ajoute cet
+entomologiste, que ce parasite se développera à son tour et établira un
+équilibre entre l’hôte et le parasite, comme cela se produit fréquemment
+dans la nature. En outre, il serait bon de recueillir les premières noix
+tombées et de les détruire ; ce sont celles qui contiennent les
+parasites qui se reproduisent. Il y aurait lieu aussi de surveiller les
+paniers de séchage pour s’assurer que les _Balanogastris Kolæ_ n’y
+viennent pas pondre ; dans ce cas, il suffirait de recouvrir d’une gaze
+quelconque les paniers pour les préserver de la contamination[289] ».
+
+Les noix attaquées sont irrémédiablement perdues. Le mieux est de les
+trier soigneusement et de les brûler. M. P. LESNE et le regretté Joanny
+MARTIN, préparateur au Muséum, avaient proposé de détruire les larves en
+les asphyxiant par le gaz d’éclairage, mais, outre que ce procédé n’est
+pas applicable aux colonies, il n’a pas sa raison d’être, puisque, nous
+le répétons, les noix attaquées sont sans valeur. En outre, le gaz
+d’éclairage ne tue sans doute pas les œufs et l’éclosion de ceux-ci peut
+amener de nouvelles invasions dans les ballots de noix transportés par
+les indigènes. Nous reproduisons cependant, à titre documentaire,
+quelques passages de la note de P. LESNE et J. MARTIN.
+
+
+P. LESNE et JOANNY MARTIN. — =Note sur quelques essais en vue de la
+destruction du Charançon de la noix de Kola= (_Balanogastris Kolæ_
+Desbr.)[290].
+
+« Les noix fraîches attaquées par le _Balanogastris_ sont généralement
+très faciles à reconnaître. Presque toujours, en effet, les galeries
+creusées par les larves dans l’épaisseur du parenchyme se rapprochent de
+la surface de l’amande sur une portion plus ou moins étendue de leur
+parcours. En cette portion superficielle, elles ne sont guère séparées
+de l’extérieur que par le tégument de la graine qui se dessèche, durcit
+et prend, en ces points, une coloration brune tranchant sur sa couleur
+normale rose lie-de-vin ou blanc-jaunâtre[291]. La largeur de ces taches
+brunes, plus ou moins allongées, sinueuses et souvent ramifiées, est
+d’environ 2 millimètres. Elles sont quelquefois assez nombreuses, car il
+arrive que deux ou trois larves cohabitent dans la même noix[292].
+
+« Nous citerons très brièvement les premiers essais : séjour des noix
+dans une atmosphère de vapeur de sulfure de carbone pendant deux ou
+trois jours, traitement parfaitement efficace quant à la destruction des
+insectes, mais altérant les noix, les durcissant en leur donnant une
+teinte brun terreux sale. Mêmes résultats obtenus en un espace de temps
+très court avec la vapeur de chloroforme.
+
+« Des essais plus intéressants furent ceux tentés en faisant agir le gaz
+d’éclairage.
+
+« Des noix attaquées furent disposées sous une cloche dont l’atmosphère
+pouvait être raréfiée à l’aide d’une trompe à eau. Un robinet à trois
+voies permettait de la mettre en communication, soit avec le gaz, soit
+avec la trompe...
+
+« Au sortir de la cloche, les noix traitées, bien que légèrement
+brunies, avaient conservé leur fraîcheur et n’avaient pas ou à peine
+durci. Leur saveur n’était pas altérée. Malheureusement nous ne
+trouvâmes qu’une seule larve dans ces noix attaquées. Cette larve était
+raidie et comme engourdie, et, le lendemain, elle entrait déjà en
+décomposition.
+
+« Ce dernier essai, nous le répétons, n’est pas suffisamment concluant,
+mais il montre la profonde différence qui existe entre l’action du gaz
+d’éclairage et celle de la vapeur du sulfure de carbone ou de
+chloroforme sur certaines graines vivantes. »
+
+
+C’est sans doute en vue d’éliminer les noix déjà attaquées par le
+_Sangara_ que les colporteurs indigènes ouvrent si fréquemment leurs
+paniers de Kolas et en passent l’inspection. Il suffirait d’une noix
+envahie pour perdre toute la charge, car l’insecte évolue très
+rapidement, et plusieurs générations peuvent se succéder dans les mêmes
+amandes.
+
+[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
+
+336 _bis_.
+
+FIG. 43. — =Un Orofira.=
+
+_Clinogyne Schweinfurthiana_ K. Schum.]
+
+Divers moyens préventifs sont usités par les indigènes pour soustraire
+les Kolas aux ravages du _Balanogastris Kolæ_. Rappelons d’abord qu’au
+dire des dioulas certaines variétés de noix ne sont jamais attaquées. Ce
+serait, par exemple, le cas des graines provenant de certains villages
+du Samo (Guinée française). Les coussins de feuilles formant des lits
+épais soigneusement imbriqués les uns sur les autres servent non
+seulement à empêcher la dessication des Kolas, mais ils ont aussi
+probablement la propriété d’arrêter les _Balanogastris_ qui seraient
+tentés de venir effectuer leurs pontes à l’intérieur des ballots.
+
+En Guinée française et dans la Haute Côte d’Ivoire, on lave toujours les
+Kolas à l’eau de savon de Marseille avant de les emballer : ce lavage
+aurait pour but de soustraire les noix ainsi traitées à l’invasion du
+_Sangara_.
+
+Plusieurs dioulas nous ont assuré que ce moyen n’était pas suffisant, à
+moins qu’on emploie, au lieu du savon des Blancs (savon de Marseille),
+le savon indigène obtenu à l’aide de cendres et de graisse de Kobi
+(diverses espèces du genre _Carapa_).
+
+On obtiendrait le même résultat en lavant les Kolas avec la macération
+d’une plante encore inconnue.
+
+HECKEL cite, en effet, les renseignements obtenus par un administrateur
+colonial qui rapporte que les indigènes du Samo lavent l’amande, au
+moment où elle vient d’être cueillie, avec une eau chargée, par
+macération, des principes d’une plante dont ils utilisent la racine
+pilée fraîche. Les Kolas pourraient se conserver ensuite toute une
+année[293].
+
+Enfin, chez les Ngans de la Côte d’Ivoire, pour soustraire les noix de
+Kola aux ravages du charançon, on attache les paquets de noix dans des
+cases enfumées constamment. L’insecte ne vient point faire de pontes
+dans ces ballots que l’on peut conserver ainsi un mois ou deux avant de
+les transporter au Soudan.
+
+Au Gabon, on enterre parfois dans des termitières les grains du _Cola
+Ballayi_ et du _C. acuminata_ et c’est sans doute aussi pour les
+soustraire aux piqûres du _Balanogastris_. Il est certain qu’un
+charençon qui s’aventurerait dans une termitière serait vite mis en
+pièces. Mais ce moyen de conservation, qui peut à la rigueur être
+employé sur place par les indigènes, ne saurait convenir pour la
+conservation des Kolas destinés au commerce. Le jour où l’exportation
+des Kolas frais vers l’Europe prendrait une grande extension, il serait
+de toute nécessité de stériliser ces graines par un procédé aussi peu
+onéreux que possible et qui n’altère pas les amandes.
+
+On a signalé aussi que M. BOUVIER, professeur au Muséum, avait constaté
+que d’autres insectes appartenant au groupe des _teignes_ attaquaient
+aussi les noix de Kola, mais à notre connaissance aucune étude n’a été
+publiée à ce sujet[294].
+
+
+ =VÉGÉTAUX.=
+
+
+Plusieurs espèces de _Loranthus_ s’implantent fréquemment sur les
+Kolatiers et à la longue ils épuisent les branches-support à la manière
+du gui qui fait dépérir les pommiers. Ces _Loranthus_ ne sont pas
+seulement communs dans la forêt, on les trouve aussi dans les
+plantations autour des villages et les administrateurs de cercles
+agiront sagement en les faisant détruire par les indigènes.
+
+Dans la forêt et même à sa lisière, les arbres sont aussi gênés par les
+épiphytes. Au cours de sa mémorable expédition botanique, WELWITSCH
+avait déjà noté que les troncs de Kolatiers sont fréquemment envahis par
+des lichens, des mousses, des orchidées et même par une cactée épiphyte,
+le _Rhipsalis Cassytha_ Gærtn.
+
+Dans la forêt de la Côte d’Ivoire, on trouve ces mêmes plantes, ainsi
+que des aroïdées et de nombreuses fougères en plus.
+
+Ces plantes sont très nuisibles, cependant on ne les enlève jamais.
+
+Dans les parties boisées de la haute Guinée et de la haute Côte
+d’Ivoire, on observe sur les Kolatiers, outre la chevelure épaisse des
+mousses et des lichens, les touffes ou les rhizomes grimpants de
+plusieurs espèces de fougères, principalement des _Asplenium_, des
+Polypodiacées (_Polypodium lycopodioides_ L. _P. phymatodes_ L., _P.
+irioides_ Lamk.). Les grosses mottes formées par les _Platycerium
+Stemmaria_ (P. Beauv.) Desv. et _P. angolense_ Welw., pesant parfois
+plus de 10 kilog. et servant de refuge à de nombreux insectes, sont
+surtout dangereuses.
+
+De nombreuses orchidées épiphytes, notamment des _Angræcum_, des
+_Listrostachys_, l’_Eulophia lurida_ Lindl., sont aussi au nombre des
+espèces supportées par les Kolatiers en Afrique occidentale. Ajoutons
+enfin à cette liste : un _Rhipsalis_, un _Peperomia_, assez fréquent au
+Kissi, et de nombreuses espèces d’Aroïdées grimpantes. Enfin les
+branches du Kolatier supportent parfois les rameaux de diverses lianes
+croissant au voisinage dans la forêt.
+
+Il existe, sans nul doute, de nombreux champignons attaquant les
+différentes parties du Kolatier, mais on n’en a pas encore signalé.
+
+Nous avons eu l’occasion d’observer en Guinée française une maladie
+probablement causée par un champignon, qui occasionne de grands dégâts.
+Quelques colons la désignent sous le nom de _chancre des Kolatiers_.
+C’est en réalité une infection analogue aux _balais de sorcières_, qui
+se développent sur nos cerisiers, en France ; elle rappelle aussi les
+ramifications irrégulières qui se forment sur certains Cacaoyers à
+Surinam et à la Trinidad, ramifications occasionnées par un champignon,
+l’_Exoascus theobromæ_.
+
+Cette maladie sévit indistinctement sur les jeunes plantes s’élevant
+seulement de quelques mètres, ou sur les arbres adultes atteignant 15 m.
+à 20 m. de hauteur. Le Kolatier malade présente, sur quelques-unes de
+ses branches ou sur tous les rameaux, des buissons très épais et très
+ramifiés, arrondis, de 20 cm. à 40 cm. de diamètre, portant quelques
+feuilles plus ou moins déformées et parfois de grandes fleurs
+hypertrophiées. Si la maladie est ancienne, on observe en outre des
+branches mortes ainsi que des buissons desséchés.
+
+En examinant de plus près chaque bouquet de rameaux malades, on constate
+que la branche sur laquelle ils s’insèrent est hypertrophiée. Son
+parenchyme cortical est très épaissi.
+
+L’épiderme et parfois l’écorce toute entière sont fortement fendillés.
+
+Dans ces fentes on observe fréquemment de petites coccides recouvertes
+d’une matière cireuse blanche qui les fait ressembler à certaines
+moisissures. Il s’agit vraisemblablement du _Pseudococcus citri_ Risso,
+si commun sur les oranges et les citrons dans les pays chauds.
+
+Ces animaux ne sont certainement pas la cause de la maladie, mais ils
+vivent en commensaux sur les branches malades et ils émettent un liquide
+sucré sous forme de gouttelettes blondes, liquide qui attire un grand
+nombre de petites fourmis appartenant à deux espèces, l’une à corps
+noir, l’autre à corps roussâtre.
+
+Les rameaux malades formant le buisson sont épaissis et très rapprochés
+par suite de la brièveté des entre-nœuds ; leur épiderme est crevassé. A
+l’aisselle de chacune des nombreuses feuilles s’insère un gros bourgeon
+(_gemmule_) qui produit très rapidement un rameau court chargé de
+feuilles.
+
+Chaque rameau hypertrophié se termine par un grand nombre de bourgeons
+très rapprochés produisant les uns des feuilles, les autres des fleurs,
+et le plus souvent seulement des écailles recouvertes de poils bruns.
+
+Presque tous les buissons produisent des fleurs hypertrophiées stériles
+dont le calice, très rapidement desséché, est persistant et d’une
+longueur double de celle qu’il a dans les fleurs normales.
+
+L’hypertrophie du parenchyme cortical rempli de mucilage exsudant à la
+moindre blessure, permet de supposer qu’un champignon habite dans les
+tissus vivants de la plante qui réagissent en produisant un grand nombre
+de bourgeons vite arrêtés dans leur développement. D’autre part, nous
+avons recueilli au moins cinq espèces de petits animaux sur ces rameaux
+malades : petits cocons indéterminables, _Pseudococcus_, pous de bois,
+une araignée, un petit coléoptère. En outre, le bois vivant est souvent
+aussi percé de galeries creusées par un coléoptère.
+
+Cette maladie est fréquente à Conakry et dans presque toute la Guinée ;
+elle est beaucoup plus rare dans la forêt vierge de la Côte d’Ivoire.
+Elle affaiblit les arbres qui en sont atteints et les rend moins
+producteurs. Si elle envahit les principaux rameaux d’un arbre, elle
+peut le tuer en quelques années.
+
+Pour arrêter sa propagation, il faut couper toutes les branches
+atteintes et recouvrir ensuite la section de poix à greffer. Lorsqu’un
+arbre est trop atteint, il est préférable de l’abattre et de le brider
+pour l’empêcher de contaminer les pieds sains.
+
+Comme autre maladie parasitaire, nous devons signaler les moisissures
+qui se mettent dans les noix fraîches et humides emballées dans des
+paniers hermétiquement clos. Ces champignons ne tardent pas à détruire
+le tissu de la noix. Ce dernier est à la longue remplacé par une masse
+noire ou blanche remplie de spores.
+
+G. NACHTIGAL, l’illustre explorateur du Soudan central, a signalé depuis
+longtemps, dans son ouvrage _Sahara et Soudan_, les maladies qui se
+mettent dans les noix de Kola transportées par les caravanes au cœur de
+l’Afrique[295] :
+
+« Si l’extérieur de la noix accuse des taches, des macules disposées
+comme les signes de la variole, il est urgent d’enlever la noix pour la
+sauver, elle et surtout ses voisines.
+
+« Quelquefois les taches sont d’un jaune-brunâtre : c’est la maladie
+dite _hillé_, nom qui a pour origine le hennâ (_el hennâ_, Henné), qui
+donne une coloration analogue.
+
+« Cette maladie rend l’intérieur de la noix blanc et pâle et
+complètement insipide : elle perd toute valeur. Lorsque les noix sont
+maintenues trop humides, la surface se pique de tache foncées,
+l’intérieur se durcit, perd toute vie et toute sève ; les gens disent
+alors : la noix est atteinte de _dasemsêra_. Une autre maladie encore,
+dite _tûlo_, produit des taches noires qui s’étendent lentement et
+convertissent l’intérieur de la noix en poussière noire-brunâtre.
+
+« Enfin il existe deux vers qui parfois se logent dans les noix et les
+détruisent ; tous les deux sont désignés sous le nom commun de
+_zankera_ ; l’un est blanc et allongé, l’autre est gris et plus court. »
+
+CHODAT et CHUIT ont étudié les causes de la maladie du _Hillé_ due à des
+bactéries. Ces organismes détruisent tout d’abord la substance colorante
+et le tanin qui imprègnent les parois cellulaires des cotylédons ; elles
+deviennent alors blanches, mais si l’action des bactéries continue, la
+paroi cellulaire est attaquée, détruite et l’amidon contenu dans la
+cellule devient libre ; c’est alors seulement qu’il commence à être plus
+ou moins corrodé.
+
+D’autre part, M. LUTZ, professeur agrégé à l’Ecole de Pharmacie, à qui
+nous avions remis des noix de Kola arrivées en mauvais état en France, a
+observé les moisissures banales des fruits décomposés.
+
+Enfin, il convient de citer comme autre champignon vivant sur le
+Kolatier, un pyrénomycète, le _Micropeltis depressa_ Cooke et
+Massee[296], observé sur des feuilles de _Cola acuminata_ provenant de
+Fernando-Pô.
+
+ * * * * *
+
+
+[Note 284 : D’après un rapport communiqué par Son Excellence le
+Gouverneur de Sierra-Léone, il existe dans cette colonie un petit
+rongeur (probablement aussi un _Sciurus_) qui transporte les Kolas pour
+manger le tégument sucré qui entoure les amandes ; il ne touche pas à
+celles-ci et aide au contraire à leur dissémination.]
+
+[Note 285 : Il est rare que les fleurs mâles et les fleurs femelles d’un
+Kolatier s’épanouissent en même temps. Il est donc nécessaire, pour que
+la fécondation s’opère, que le pollen frais d’un arbre soit transporté
+sur les stigmates de fleurs femelles d’un autre arbre épanouies au même
+moment.]
+
+[Note 286 : _Bull. séances Soc. Entomol. France_, 1895, p. CLXXVII.]
+
+[Note 287 : Description de la larve et de la nymphe de Charançon de la
+noix de Kola (_Balanogastris Kolæ_ Desbr.), _Bulletin Muséum_, 1898, p.
+140.]
+
+[Note 288 : _Deutsche Entomologische Zeitschrift_, 1898, h. 1.]
+
+[Note 289 : J. SURCOUF. — Note sur le Charançon parasite de la noix de
+Kola en Guinée. _Journ. Agr. trop._, 1908, p. 350.]
+
+[Note 290 : _Bull. Soc. Entomol. France_, 1898, p. 280-282.]
+
+[Note 291 : Il ne faut pas confondre ces taches avec la suture, brune,
+des cotylédons.]
+
+[Note 292 : Nous ne pensons pas que les trous de ponte puissent servir à
+reconnaître les noix attaquées, car ces blessures, peu caractéristiques,
+ressemblent à celles que font les _Balanogastris_ lorsqu’ils veulent
+consommer le parenchyme de la graine. Il semble en effet que, dans
+certains cas, les Charençons percent l’amande uniquement pour satisfaire
+leur faim (Note des auteurs cités).]
+
+[Note 293 : HECKEL. — Loc. cit., p. 54.]
+
+[Note 294 : A. MILNE EDWARDS. — Relations entre le Jardin des Plantes et
+les colonies françaises. _Rev. cult. col._, IV, 1899, 1er sem., p. 11.]
+
+[Note 295 : G. NACHTIGAL, d’après WARBURG, l. c., _Rev. Cult. col._, VI,
+1900, 1er sem., p. 274.]
+
+[Note 296 : _Grevillea_, XVII, p. 43.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE XVII.
+
+ * * * * *
+
+ =Récolte, préparation et emballage des noix de Kola.=
+
+ * * * * *
+
+
+ =I. — PROCÉDÉS DE RÉCOLTE.=
+
+
+On n’attend ordinairement pas que les noix de Kola soient mûres pour
+cueillir les fruits. On reconnaît que la cabosse est à point quand elle
+a acquis une teinte d’un vert-brun avec de légères marbrures jaunâtres.
+Dans le Kissi, on laisse les graines mûrir sur l’arbre ; aussi le Kola
+du Kissi est plus ferme, moins aqueux et surtout moins amer et c’est ce
+qui explique pourquoi il est si prisé sur les marchés.
+
+Au sud de Beyla, au contraire, on récolte les Kolas avant maturité,
+quand la cabosse est encore toute verte. Le principal avantage est qu’on
+évite la contamination par le _Sangara_ qui, comme nous l’avons vu,
+attaque les Kolas pendant qu’ils sont encore sur l’arbre, mais ces noix
+cueillies hâtivement sont âpres dans la bouche par suite de l’abondance
+des tannoïdes. On éviterait ces inconvénients en cueillant les Kolas un
+peu avant maturité et en laissant les graines quelques jours dans les
+cabosses non ouvertes, celles-ci étant abritées dans des locaux protégés
+par des toiles métalliques, pour empêcher les insectes adultes de venir
+y faire leurs pontes.
+
+La cueillette des cabosses est faite à la main. On arrache les fruits en
+tordant le pédoncule. Jamais celui-ci n’est sectionné au couteau.
+
+Pour enlever les fruits insérés hors de portée, les hommes grimpent sur
+les arbres ou se servent de longues perches à l’aide desquelles ils
+gaulent les cabosses.
+
+On pourrait utilement employer pour cette opération les outils servant à
+la cueillette des cabosses de Cacaoyers.
+
+
+ =Extraction des noix.=
+
+
+Aussitôt cueillies, ou quelques jours après, les cabosses sont ouvertes
+pour en extraire les noix.
+
+Lorsque la maturité est déjà assez avancée, on peut briser le péricarpe
+à la main ; dans le cas contraire, il faut se servir d’un couteau, en
+prenant des précautions pour que les noix ne soient point entamées par
+la lame.
+
+Ordinairement on laisse en tas quelques jours les graines extraites,
+encore recouvertes de leur tégument d’un blanc de neige. Celui-ci brunit
+peu à peu et ses tissus se décomposent. On lave les noix pour enlever
+les restes du tégument et les Kolas peuvent dès lors être mis en vente.
+On fait disparaitre plus rapidement le tégument en laissant trois jours
+les semences plongées dans l’eau.
+
+Dans le Kissi, les graines aussitôt extraites, sont enveloppées dans des
+feuilles spéciales (_Orofira_) ; au bout de 6 à 8 jours, on ouvre le
+paquet. L’enveloppe blanche est devenue noire et est en partie détruite
+par suite de la fermentation qui s’est opérée ; on lave ensuite les noix
+dans une eau légèrement savonneuse et on les met sécher sur une
+couverture à l’intérieur d’une case. On remet ensuite les noix nettoyées
+dans des _Orofira_.
+
+
+ =Préparation des noix pour le transport.=
+
+
+Nous avons dit, au chapitre précédent, que, pour soustraire les Kolas
+aux ravages du _Sangara_, on les lavait parfois soit avec du savon
+indigène, soit avec la macération de racines d’une plante encore
+inconnue (D’après GODEN _in_ HECKEL).
+
+Dans la région de Beyla, on nous a assuré que le lavage au savon
+indigène [confectionné avec la graine de _Kobi_ ou _Touloucouna_
+(_Carapa procera_) et le lessivage de certaines cendres], n’était pas
+suffisant pour protéger les noix contre le _Sangara_. Il a seulement
+pour but de donner un plus bel aspect aux noix rouges. Les noix blanches
+ne peuvent, paraît-il, être soumises à ce traitement qui les
+endommagerait.
+
+Au dire des dioulas, le seul moyen efficace de détruire les larves de
+_Sangara_, quand elles existent déjà dans les noix, consiste à laver
+celles-ci avec une mixture composée de vin de palme, additionné de jus
+de citron et dans lequel on délaye du piment pilé (_Foronto_) et du
+Poivre d’Ethiopie (_Kanifing_) également réduit en poudre[297]. Au
+Kissi, on se contente de répandre dans les charges de Kola du _Foronto_
+et du Kanifing, pulvérisés à sec.
+
+[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
+
+344 _bis_.
+
+FIG. 44. — =Un Orofira.=
+
+_Clinogyne ramosissima_ (Benth.) K. Schum.]
+
+[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
+
+345 _bis_.
+
+FIG. 45. — =Un Orofira.=
+
+_Sarcophrynium brachystachyum_ (Kœrnicke) K. Schum.]
+
+
+ =Conservation des noix dans les pays de production.=
+
+
+Au Gabon et dans quelques autres régions, les indigènes, d’après les
+dires de divers voyageurs, enterrent les noix de Kola dans les
+termitières pour les conserver plusieurs mois.
+
+Chez les Tômas et chez les Dyolas, on réunit les noix séparées par des
+lits de feuilles dans des paniers que l’on enfouit dans le sol, ou qu’on
+garde sous la vérandah des cases en les visitant souvent. On peut
+conserver ainsi les noix pendant des mois et parfois d’une récolte à
+l’autre. C’est ainsi que, chez les Dyolas, les premiers Kolas d’une
+saison sont souvent vendus mélangés à ceux de l’année précédente. Les
+indigènes prélèvent dans ces réserves ce qu’il leur faut pour leur
+consommation et pour la vente au fur et à mesure de leurs besoins.
+
+Ces réserves sont toujours tenues soigneusement cachées. Chez les
+Dyolas, elles se trouvent habituellement dans les cases de culture en
+pleine forêt.
+
+
+ =Emballage pour le transport par caravanes.=
+
+
+Le bon emballage pour le transport des Kolas à distance et leur
+conservation est d’une importance capitale.
+
+Dans le Kissi, dans les pays du sud de Beyla et chez les Dyolas, les
+noix sont placées dans des paniers à très larges mailles, tressées soit
+avec les tiges flexibles du roting d’Afrique occidentale nommé _Timbi_
+en malinké (_Calamus Barteri_), soit avec les roseaux d’une marantacée
+(_Hybophrynium Braunianum_ K. Schum.), ou avec les lanières d’écorce de
+diverses espèces de _Costus_.
+
+Ces paniers allongés mesurent de 60 cm. à 80 cm. de longueur et environ
+25 cm. de profondeur et de largeur ; en-dessus ils sont ouverts dans
+toute leur longueur ; en-dessous et sur les côtés les baguettes sont
+assemblées à l’aide de folioles de Palmier à huile. On garnit ces
+paniers à l’intérieur d’_Orofira_, les feuilles formant plusieurs lits
+et s’imbriquant les unes sur les autres. Chaque panier représente une
+charge de 25 à 30 kilog. et est porté à tête d’homme.
+
+Parvenus dans les régions soudanaises, les dioulas confectionnent des
+emballages plus sérieux. Aux paniers en rotin et en lanières de Palmier
+à huile on substitue des couffins tressés avec les lanières de feuilles
+de _Phœnix reclinata_, d’_Hyphæne thebaica_, ou de _Borassus_ à
+l’intérieur. Les noix sont encore maintenues dans leur lit d’_Orofira_,
+mais les diverses feuilles sont complètement desséchées.
+
+
+ =Principaux Orofira.=
+
+
+On donne le nom d’_Orofira_ (mot à mot _Feuilles à Kola_ en langue
+mandé) aux feuilles de certaines plantes employées pour l’emballage des
+noix de Kola destinées à être transportées par les caravanes loin des
+régions productrices. On n’emploie pour cet usage que les feuilles
+d’espèces bien déterminées et ce sont toujours les mêmes qui sont
+usitées dans les contrées les plus diverses.
+
+Ces feuilles, disposées en plusieurs couches, forment un revêtement
+imperméable maintenant une humidité constante autour des noix.
+
+En tête des _Orofira_ il faut placer diverses espèces de _Marantacées_
+et surtout celles du genre _Clinogyne_ Benth.
+
+Le _Clinogyne Schweinfurthiana_ (O. Kze) K. Schum. = _Donax cuspidata_
+Baker, est le plus usité ; partout où il existe, il est employé à
+l’exclusion de toutes les autres plantes.
+
+La photographie ci-contre (Fig. 43) nous dispense de nous étendre
+longuement sur sa description. Il croît en grosses touffes dans les
+sous-bois humides de la forêt vierge et des galeries forestières.
+
+Les feuilles s’élevant à une hauteur de 1 mètre à 1 mètre 50 sont
+glabres, à l’exception de la partie supérieure du pétiole, légèrement
+pubescente.
+
+Le limbe, employé pour l’emballage des Kolas, est membraneux, papyracé,
+ovale-oblong, arrondi à la base, brusquement acuminé-subulé au sommet,
+d’un beau vert brillant, avec reflets métalliques en dessus, d’un vert
+pâle en-dessous ; sur l’un des bords il présente une marge plus lustrée
+large de 2 cm. environ. Sur les beaux exemplaires il mesure 30 cm. à 40
+cm. de long sur 14 cm. à 16 cm. de large. L’inflorescence est un épis
+grêle, dépassé par la feuille engainante, composé à la base, mais
+contracté et non étalé en panicule. Les fleurs disposées par paires à
+l’aisselle des bractées dressées, mesurent de 16 mm. à 18 mm. de long.
+Les sépales ovales lancéolés sont longs de 9 mm. et larges de 5 mm. Les
+pétales, d’un blanc rosé, ont leur extrémité libre ovale acuminée,
+longue de 10 mm. Les staminodes sont pétaloïdes, obovales elliptiques et
+d’un jaune vif. Fruit globuleux, pubescent dans le jeune âge, rouge-
+clair à maturité, renfermant trois graines.
+
+L’espèce est très répandue depuis la Casamance jusqu’au centre de
+l’Afrique (Haut-Chari, Haut-Oubangui, Haut-Nil). Elle croît à la fois
+dans la zône des forêts et dans celle des galeries forestières, c’est-à-
+dire partout où le Kolatier peut être cultivé.
+
+A la Côte d’Ivoire, la plante se nomme _Kra Bobo_ (en néyau). Aux
+environs de Beyla, on la nomme _Nangouan boulo_ (malinké).
+
+Une deuxième espèce dont les feuilles sont aussi très employées est le
+_Clinogyne ramosissima_ (Benth.) K. Schum. = _Phrynium ramosissimum_
+Baker (Fig. 44).
+
+La plante s’élève à 2 m. ou 2 m. 50 de hauteur et, à l’encontre de la
+précédente, elle est très ramifiée ; le pétiole est entièrement glabre.
+Le limbe ovale-oblong, arrondi à la base et brusquement acuminé au
+sommet mesure habituellement 25 cm. à 30 cm. de long, sur 14 cm. à 16
+cm. de large, mais il atteint parfois des dimensions encore plus grandes
+que dans _C. Schweinfurthiana_. Il est d’un vert brillant, sans reflets
+métalliques en-dessus. Les inflorescences sont simples, plus souvent
+très rameuses et dépassant longuement les feuilles. Le bractées étalées
+normalement mesurent 3 cm. 5 de long ; les fleurs, longues de 12 mm. à
+15 mm., sont entièrement d’un pourpre violacé. Les fruits sont roses et
+restent pubescents jusqu’à maturité.
+
+Cette espèce vit dans les mêmes stations que la précédente, mais elle
+monte plus au nord et on la trouve encore aux environs de Bamako. Ses
+feuilles sont très reconnaissables par une marge de 2 cm. d’un vert plus
+foncé, visible sur un des bords du limbe ainsi que le montre
+l’exemplaire photographié. Elles sont aussi très recherchées par les
+colporteurs de Kolas ; mais la plante étant en général clairsemée, elles
+sont peu employées, sauf dans le nord.
+
+Le _Sarcophrynium brachystachyum_ (Kœrnicke) K. Schum. donne de grandes
+feuilles assez semblables aux espèces précédentes, mais elles sont un
+peu plus fermes et par suite moins appréciées. Cependant comme cette
+espèce est très abondante dans la forêt vierge où on l’a constamment
+sous la main, les dioulas en font aussi parfois usage.
+
+La plante entièrement glabre vit par touffes dans les sous-bois épais ;
+la tige est réduite à un axe dans le prolongement duquel se trouve une
+seule feuille portée sur un pédoncule de 20 cm. à 30 cm. de long.
+
+Le limbe est oblong ou oblong-lancéolé, arrondi ou cunéiforme à la base,
+long de 30 cm. à 50 cm. sur 15 cm. à 25 cm. de large (Fig. 45).
+
+Les inflorescences forment un épi isolé ou une panicule de 2 ou 3 épis
+insérés à la base de la feuille, sessiles ou subsessiles, longs de 2 cm.
+à 5 cm., à bractées très rapprochées. Fleurs blanches plus ou moins
+teintées de violet ou de rouge-vineux. Capsules globuleuses, charnues,
+de 10 mm. à 15 mm. de diamètre, d’un rouge vif à maturité, glabres, même
+dans le jeune âge.
+
+Cette Marantacée est bien connue dans tous les pays forestiers
+africains, notamment à la Côte d’Ivoire. Les feuilles cousues les unes
+aux autres forment de véritables tuiles végétales à l’aide desquelles on
+couvre les cases.
+
+Nous devons enfin signaler une autre Marantacée dont les feuilles sont
+aussi parfois employées et qui est particulièrement abondante dans les
+régions forestières de la Côte d’Ivoire où vit le Kolatier. C’est le
+_Thaumatococcus Danielli_ (Benn.) Benth.
+
+Ses caractères sont les suivants :
+
+Plante de 1 m. 50 à 3 m. 50 de haut, avec un long rhizome rampant près
+de la surface du sol, émettant de 1 à 3 très grandes feuilles et un épi
+florifère aphylle inséré près de l’une d’elles. Feuille à pétiole
+cylindrique, long de 1 m. 50 à 3 m. 50, à calus de 14 cm. à 20 cm. de
+long, glabre. Limbe papyracé ovale ou largement oblong, arrondi à la
+base, brièvement apiculé au sommet, long de 35 cm. à 50 cm. sur 22 cm. à
+36 cm. de large. Epis florifères simples ou rameux, courts, denses,
+portés sur des pédoncules pubescents de 3 cm. à 4 cm. de long. Bractées
+oblongues de 25 mm. de long, promptement caduques. Fleurs d’un blanc-
+lilas, légèrement violacées ou pourprées, longues de 30 mm., insérées
+par deux à l’aisselle de chaque bractée, à sépales oblongs libres
+jusqu’à la base. Fruits insérés au ras du sol et parfois à demi
+enterrés, trigones indéhiscents, de 4 cm. à 4 cm. 5 de diamètre, d’un
+rouge-vif à maturité, à angles ailés. Graines subtriquètres, longues de
+20 mm. à 22 mm., à tégument scléreux, noir, très dur, épais de 1 mm. 5,
+complètement enveloppé par une arille blanche, translucide, ressemblant
+à de la gélose.
+
+Plante excessivement commune dans la forêt vierge africaine, surtout sur
+l’emplacement des anciennes plantations établies dans la forêt. Elle
+est, en certains endroits caractéristiques des clairières, à la lisière
+de la forêt et des sous-bois clairsemés. Son arille extrêmement sucrée
+rappelle la saveur du réglisse ou de la saccharine. Cette saveur
+persiste plusieurs heures dans la bouche et si l’on met seulement un
+fragment sur la langue, tous les liquides que l’on boit et surtout l’eau
+paraissent sucrés encore longtemps après.
+
+_Noms indigènes._ — _Urugua méremné_ (bakoué) ; _Bobo abi_ (néyau) ;
+_Bogridjia_ ou _Bobruidja_ (bété).
+
+Les feuilles de Marantacées que nous venons de décrire sont de beaucoup
+les plantes les plus recherchées pour l’emballage des Kolas, surtout
+celles du _Clinogyne Schweinfurthiana_. Ces feuilles se vendent par
+charges entières sur tous les marchés du Pays Dyola ou des environs de
+Beyla. On n’a que la peine de les cueillir dans les bois environnants. A
+Beyla même, on donne 50 feuilles de _Clinogyne_ pour une noix de Kola. A
+Lola, Nzo, Oua, ce commerce est fait par les enfants qui circulent à
+travers des groupes de vendeurs de Kolas, portant les bottes de feuilles
+d’_Orofira_ à la main, et criant leur marchandise.
+
+D’autres confectionnent des emballages tout préparés avec plusieurs lits
+de feuilles imbriquées les unes sur les autres. Ce travail est fait avec
+une très grande dextérité. Dans les pays à Kolas, les feuilles sont
+toujours employées à l’état frais ; celles qui ont servi à apporter les
+noix au marché sont jetées et abandonnées sur la place du marché qui
+finit par en être encombrée. Comme les plantes produisant ces feuilles
+manquent dans le Nord, les dioulas conservent l’emballage d’_Orofira_
+pendant toute la durée de leur voyage. Lorsque les feuilles sont
+devenues sèches et grisâtres, on se contente de les humecter chaque fois
+qu’on ouvre la charge.
+
+Dans certaines régions, notamment à Beyla, on emballe aussi parfois les
+Kolas qui ne doivent pas être exportés très loin avec les larges
+feuilles de certains arbres répandus dans la forêt ou dans les galeries
+forestières.
+
+Une des feuilles les plus employées pour cet usage est celle du
+_Mitragyne macrophylla_ Hiern. = _Nauclea stipulosa_ DC., grand et bel
+arbre de la famille des Rubiacées, s’élevant à 30 m. ou 35 m. de hauteur
+et fournissant un bois utilisé dans l’ébénisterie sous le nom de _Bahia_
+ou _Tilleul d’Afrique_[298]. Les feuilles obovales, entières, fortement
+nerviées et coriaces, atteignent de 30 cm. à 50 cm. de long sur 15 cm. à
+30 cm. de large (Fig. 47) Les fleurs sont en petites boules pédonculées,
+réunies en panicule terminale.
+
+La plante porte les noms suivants : _Popo_ (malinké), _Powo_ (Kissi),
+_Poboï_ (toma), _Kwo-Kwo_ (baoulé), _Bahia_ (agni), _Sofo_ (attié). La
+charge de ces feuilles se vend 0 fr. 30 au marché de Beyla.
+
+Parfois enfin, on garnit l’intérieur des paniers destinés au transport
+des Kolas à l’aide des feuilles de plusieurs espèces d’_Anthocleista_,
+plantes remarquables de la famille des Loganiacées, à rameaux étalés en
+candélabre et terminés par des bouquets de feuilles qui peuvent dépasser
+1 m. de longueur.
+
+D’autres végétaux ont encore été cités comme fournissant des feuilles
+servant à l’emballage des Kolas ; mais, comme nous ne les avons jamais
+vus employer, nous les passons sous silence.
+
+
+ =Soins à donner aux Kolas en cours de route.=
+
+
+Les noix de Kola doivent être l’objet de soins attentifs pendant que
+dure le transport par caravanes. Les paniers doivent être ouverts tous
+les 5 ou 6 jours et humectés avec de l’eau que le dioula met dans la
+bouche et pulvérise en projetant le jet sur les noix qu’on remue en même
+temps. On les laisse un peu à l’air avant de fermer le panier. Les noix
+avariées sont retirées et jetées ou vendues de suite. Celles qui se
+fanent sont mises quelque temps dans l’eau où elles reprennent leur
+turgescence primitive.
+
+
+ =Emballage pour les expéditions de Kolas frais en Europe.=
+
+
+Les noix bien emballées, expédiées de la Côte Occidentale d’Afrique,
+parviennent très fraîches en Europe, sans qu’il soit nécessaire de s’en
+occuper pendant les 10 ou 15 jours que dure la traversée. A plus forte
+raison, les noix expédiées par mer, de Sierra-Léone vers la Gambie ou le
+Sénégal, y arrivent en bon état, de même que celles qui sont expédiées
+de la Gold-Coast à Lagos.
+
+Pour les expéditions d’une colonie à l’autre, on se contente
+ordinairement de garnir l’intérieur des paniers d’_Orofira_. Parfois,
+cependant, on intercalle entre les lits de noix des lits de sable ou
+d’_Orofira_. Les paniers employés pour l’emballage des noix de Sierra-
+Léone sont ronds ou en forme de cigare et leur poids, quand ils sont
+remplis, ne dépasse pas 80 kilogs (environ 186 livres net). Parfois
+aussi, on emploie des paniers d’un quintal (112 livres).
+
+De la Gold-Coast pour Lagos, les expéditions se font dans de grands
+paniers très solides, pesant 450 kilogs environ et munis à la partie
+supérieure d’une oreille qui permet de les embarquer et de les débarquer
+à l’aide d’une grue (Fig. 46).
+
+[Illustration : (Cliché communiqué par M. H. FILLOT).
+
+FIG. 46. — Grands couffins pour le transport des Kolas par mer.]
+
+Les petites quantités de noix fraîches arrivant chaque année en Europe y
+parviennent différemment emballées. Souvent on se contente de mettre les
+noix dans des paniers garnis d’_Orofira_ ou dans du sable. C’est ce qui
+explique qu’elles arrivent parfois avec un goût de moisi ou même
+qu’elles soient davantage avariées. Parfois les noix arrivent aussi en
+Europe, enrobées dans la terre glaise (CHRISTY in HECKEL).
+
+Dans ces dernières années, on a importé des noix en Allemagne, emballées
+dans la _Tourbe_. Elles sont toujours arrivées à Hambourg en parfait
+état. C’est ce procédé d’emballage qu’il convient de recommander ; il
+est très peu coûteux et protège en outre les noix contre la gelée si
+l’importation se fait en hiver.
+
+On a aussi conseillé l’utilisation des glacières sur les paquebots, mais
+nous pensons que les noix, ainsi conservées à l’état frais, ne
+tarderaient pas à s’avarier dès qu’elles seraient ramenées à la
+température ordinaire.
+
+[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
+
+352 _bis_.
+
+FIG. 47.— =Un Orofira=
+
+Feuille et rameau de _Mitragyne macrophylla_ Hiern.]
+
+
+ =Préparation du Kola séché.=
+
+
+On sait qu’une grande partie du Kola expédié en Europe est préalablement
+séché avant d’être emballé. Il en arrive ainsi environ 300 tonnes,
+chaque année, par le port de Liverpool, provenant principalement de la
+Nigéria, du Congo (autrefois, plus maintenant), de l’Angola, de Sierra-
+Léone, de la Jamaïque.
+
+On emploie ordinairement pour cette préparation les amandes ayant 3 à 6
+cotylédons, fournies par le _C. acuminata_ et le _C. Ballayi_, beaucoup
+moins appréciés des indigènes.
+
+Les amandes sont étendues sur des aires, au soleil. Les cotylédons se
+séparent pendant que la dessication s’opère. Ordinairement, pour
+faciliter celle-ci, on casse d’abord l’amande en petits morceaux qui
+sèchent plus vite, ou plus simplement on les sépare de leurs cotylédons
+qui se vendent alors sur le marché européen sous les dénominations de
+Kolas-demis pour les sortes à deux cotylédons et Kolas-quarts pour les
+sortes à 4-6 cotylédons.
+
+Il faut éviter, en tous cas, les moisissures, les Kolas moisis n’ayant
+plus de valeur et pouvant contaminer les morceaux bien séchés dans les
+sacs où on les emballe pour les transporter en Europe.
+
+Une certaine quantité de Kolas ainsi apportés en Europe ne sont autre
+chose que des Kolas destinés primitivement à être vendus comme noix
+fraîches et qu’on n’a pas su protéger contre la dessication. L’indigène
+des régions côtières du golfe de Guinée apporte ces noix à la
+factorerie.
+
+SAUSSINE recommande de faire sécher les noix au soleil ou dans une
+sécheuse artificielle. « Certains auteurs, ajoute-t-il, recommandent de
+couper les noix fraîches en cossettes minces et les sécher, à l’étuve, à
+60°, en élevant progressivement la température de manière à finir vers
+100°. »[299]
+
+Il est certain que ce procédé serait beaucoup plus rationnel, mais il ne
+peut être pratiqué que dans des exploitations européennes, par exemple à
+la Jamaïque et à La Trinidad, où des Kolatiers existent fréquemment dans
+les Cacaoyers.
+
+ * * * * *
+
+
+[Note 297 : Le vin de palme est la sève fermentée soit de l’_Elæis
+guineensis_, soit du _Raphia sudanica_ ou du _Borassus flabelliformis_
+var. _æthiopum_ Warb. Le citron des pays à Kola est un petit fruit très
+acide fourni par une variété du _Citrus medica_, fréquemment cultivé par
+les indigènes. Le _Foronto_ ou Piment enragé est le fruit du _Capsicum
+frutescens_. Quant au Poivre d’Ethiopie, c’est le fruit de l’_Uvaria
+æthiopica_ et en certaines régions celui de l’_U. Emini_ Engler.]
+
+[Note 298 : A. CHEVALIER. — Première étude sur les Bois de la Côte
+d’Ivoire, _Végét. ut. Afr. trop._, V, 1909, p. 228.]
+
+[Note 299 : SAUSSINE. — Culture du Kolatier dans les Antilles. _Rev.
+Cult. Colon._, II, 1898, 1er sem., p. 41.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE XVIII.
+
+ * * * * *
+
+ =Le commerce et la Géographie commerciale des noix de Kola.=
+
+ * * * * *
+
+
+Dans une grande partie du Soudan, les noix de Kola constituaient déjà un
+article commercial important au XIIe siècle de notre ère. C’est très
+probablement le trafic de cette denrée qui attira vers le XIIIe siècle,
+à l’époque de la prospérité de l’Empire de Mali, des commerçants mandés
+vers les contrées méridionales du Soudan, à proximité des pays
+producteurs de la précieuse noix[300]. Ces commerçants, originaires du
+moyen Niger, ont fait souche dans les pays où ils avaient émigré. Ils
+ont formé les colonies importantes de _dioulas_ des régions de Beyla,
+Boola, Touba. Dans tous les pays compris entre le Ouorodougou et Séguéla
+à l’ouest, entre Bobo-Dioulasso et Bondoukou à l’est, ils ont constitué
+l’importante confédération des _Mandés-Dioulas_ qui vit encore
+aujourd’hui en grande partie du commerce des Kolas. Plus à l’est encore,
+au nord de l’Achanti, les traficants mandés forment, dans le Mossi, de
+nombreux groupements, mais ils n’y seraient venus qu’au XVIIIe siècle.
+On les nomme _Yarsés_ ; ils n’ont presque aucun contact avec les Mossis
+et ils ont conservé encore l’usage de la langue Mandé. Enfin, au sud-
+est, dans les contrées comprises entre le Pays Achanti et la Nigéria,
+spécialement dans le nord du Togo et du Dahomey, de nombreux _Haoussas_
+venus de l’est, à une époque également reculée et pour y faire aussi le
+commerce des Kolas, ont de leur côté constitué divers villages sur les
+routes suivies par les caravanes allant à la Nigéria. Enfin, au cœur
+même de l’Afrique, dans l’Adamaoua, les Haoussas et les Foulbés ont été
+aussi depuis longtemps attirés par le commerce des Kolas.
+
+C’est par milliers que les caravanes, transportant parfois des centaines
+de charges de Kolas, circulent chaque année sur les sentiers du Soudan.
+
+Ce commerce n’est pas resté localisé à l’Afrique occidentale. Chaque
+année, les noix de _gouro_ sont encore apportées au centre de l’Afrique
+centrale, dans les provinces du Baguirmi, de l’Ouadaï et du Darfour. A
+l’heure actuelle, ce trafic est insignifiant dans ces Etats, mais il a
+dû être très développé à l’époque de leur pleine prospérité.
+
+Les noix de Kola pénètrent encore dans les oasis sahariens, puis à
+Tripoli et à Benghazi, enfin à l’oasis de Koufra, mais elles n’y
+arrivent qu’à l’état de Kola sec.
+
+D’Afrique, le commerce est passé dans l’Amérique du sud. Les descendants
+des esclaves importés au Nouveau-Monde, sont devenus friands de la
+denrée prisée par leurs ancêtres. Vers 1850, d’après F. WELWITSCH, la
+province d’Angola exportait une grande quantité de noix de Kolas au
+Brésil.
+
+Enfin, vers le milieu du siècle dernier, les noix de Kola à l’état frais
+et surtout à l’état sec ont commencé à être importées en Europe ; elles
+ont trouvé des débouchés d’abord restreints pour certaines préparations
+pharmaceutiques ; en 1895, l’usage en a été admis au _Codex français_ ;
+puis l’utilisation de la noix pour la fabrication de certaines liqueurs
+apéritives ou fortifiantes a permis, depuis une quinzaine d’années,
+l’importation de quantités de plus en plus élevées et il n’est point
+douteux que ce commerce ira en s’étendant d’année en année.
+
+Cependant c’est en Afrique tropicale, chez la plupart des peuples de
+race noire, que la consommation des Kolas atteint depuis longtemps le
+chiffre de beaucoup le plus élevé et elle est susceptible d’y prendre,
+dans l’avenir, une extension presque illimitée.
+
+Déjà dans la plupart des colonies où les nations européennes ont apporté
+la paix et la liberté commerciale et surtout là où elles ont amélioré
+les voies de communication et accru les ressources indigènes, le
+commerce dont il s’agit a pris un développement prodigieux ; la noix de
+Kola est la denrée de luxe par excellence. Tout accroissement de
+richesse chez le noir amène presque inévitablement l’accroissement de la
+consommation des Kolas.
+
+M. H. FILLOT a donné pour l’année 1903, dans le tableau suivant, publié
+en 1906, le montant de la valeur des Kolas consommés ou exportés par les
+pays bordant le golfe de Guinée.
+
+
+ =Valeur en francs des Kolas produits par les divers pays de l’Ouest
+ africain= (d’après FILLOT).
+
+ +------------------+---------+---------+---------+-----------+
+ | | EXPORTÉS| EXPORTÉS|CONSOMMÉS| TOTAUX |
+ | | par mer |par terre|sur place| |
+ | +---------+---------+---------+-----------+
+ |Guinée française | 50.000|1.000.000| 500.000| 1.550.000|
+ | | | | | |
+ |Sierra-Léone |1.954.000|1.000.000|1.000.000| 3.954.000|
+ | | | | | |
+ |Liberia | 225.000|1.000.000| 500.000| 1.725.000|
+ | | | | | |
+ |Côte d’Ivoire | 1.836|1.000.000|1.000.000| 2.001.836|
+ | | | | | |
+ |Gold-Coast |1.124.025|4.000.000|1.000.000| 6.124.025|
+ | | | | | |
+ |Togo | 181.000| 500.000| 200.000| 881.000|
+ | | | | | |
+ |Dahomey | 65.835| 116.610| 100.000| 292.445|
+ | | | | | |
+ |Nigeria | » | » | 500.000| 500.000|
+ | | | | | |
+ |Cameroun | 60.200| » | 100.000| 160.200|
+ | | | | | [301]|
+ | +---------+---------+---------+-----------+
+ | Totaux |3.360.396|8.616.610|4.900.000|117.177.006|
+ +------------------+---------+---------+---------+-----------+
+
+« On peut dire sans aucune exagération, ajoutait le même auteur, que
+cette somme est doublée par les transactions successives survenant par
+suite de ventes, c’est-à-dire qu’il se fait annuellement sur les Kolas,
+en Afrique occidentale, un chiffre d’affaires de _plus de 34 millions de
+francs_[302] ».
+
+Les chiffres donnés par M. H. FILLOT sont aujourd’hui au-dessous de la
+réalité pour plusieurs colonies citées.
+
+Pour notre part, nous pensons que la production annuelle mondiale de
+noix de Kola peut être évaluée actuellement à environ 20.000 tonnes, se
+répartissant ainsi par pays :
+
+ Guinée française 2.000 tonnes
+
+ Sierra-Léone 2.000
+
+ Libéria 1.000
+
+ Côte d’Ivoire 3.000
+
+ Gold-Coast 5.000
+
+ Togo 100
+
+ Dahomey 500
+
+ Nigéria 2.000
+
+ Cameroun 1.400
+
+ Congo français 1.000
+
+ Colonies portugaises 1.000
+
+ Autres pays 1.000
+ -------------
+ Total 20.000 tonnes
+
+Nous mentionnons dans ce tableau les quantités de noix qui sont
+consommées sur place ou qui donnent lieu à un trafic d’exportation.
+
+Quant à la provenance botanique de ces noix, elle se répartit ainsi :
+
+ _Cola nitida_ 15.000 tonnes
+
+ _Cola acuminata_ 4.000
+
+ _Colla Ballayi_ et divers 1.000
+
+La consommation de nos colonies peut être ainsi évaluée :
+
+ Sénégal et Mauritanie 1.000 tonnes
+
+ Haut-Sénégal-Niger 2.500
+
+ Guinée française 1.500
+
+ Côte d’Ivoire 1.000
+
+ Dahomey 500
+
+ Afrique équatoriale et Tchad 500
+ ------------
+ Total 6.500 tonnes
+
+L’Afrique occidentale française doit importer chaque année environ 1.500
+tonnes de noix de Kola provenant de Sierra-Léone, de l’hinterland de
+Libéria et de la Gold-Coast.
+
+D’après les statistiques publiées par le _Gouvernement général de
+l’Afrique occidentale française_ pour 1908, les importations et
+exportations de noix de Kola constatées officiellement, ont atteint les
+chiffres suivants (valeur en francs) :
+
+ Sénégal et Guinée Côte Dahomey Total
+ Ht-Sén. Nig. française d’Ivoire
+
+ Importations 2.799.544 282.928 1.843 114.906 3.199.221
+
+ Exportations 5.724 64.008 2.748 65.052 137.352
+
+Le commerce (importation) des Kolas en Afrique occidentale
+représenterait 2,7 % de la valeur totale des importations et le commerce
+(exportation) 0,2 % de la valeur des exportations.
+
+
+ =LE COMMERCE DES CARAVANES. LES DIOULAS.=
+
+
+Nous devons consacrer un paragraphe spécial aux caravaniers qui
+détiennent le monopole du commerce indigène en Afrique Occidentale et
+Centrale, qu’il s’agisse de noix de Kola, du bétail ou de toute autre
+marchandise.
+
+Ces commerçants ambulants sont aujourd’hui connus dans toute l’Afrique
+occidentale sous le nom de _dioulas_. On donne au contraire le nom de
+_traitants_ aux commerçants indigènes installés à poste fixe en certains
+points importants et recevant leurs marchandises soit des dioulas, soit
+des factoreries européennes.
+
+Le _dioula_ est l’âme du commerce soudanais ; c’est lui qui dissémine la
+richesse à travers toutes nos possessions africaines. Sa vie se passe à
+transporter des marchandises depuis les centres habités par les
+Européens, jusqu’aux villages les plus éloignés dans la brousse ou dans
+la forêt.
+
+La vie précaire menée par le _dioula_ a été décrite avec beaucoup de
+précision par BINGER[303] et aujourd’hui encore il y a peu à modifier à
+l’esquisse qu’il traçait en 1892.
+
+« Il faut envisager l’existence que mènent ces gens-là. Ils marchent
+chargés chacun avec 30 ou 40 kilogrammes, et cela pendant la plus grande
+partie de la journée.
+
+« Arrivés à l’étape, il faut piler et préparer les aliments, couper du
+bois, chercher de l’eau souvent à plusieurs kilomètres de distance. S’il
+y a un enfant dans le ménage, souvent la femme le porte sur le dos. Ils
+vivent sans feu ni lieu.
+
+« Surpris par les pluies, ils voyagent quand même, supportant toutes les
+intempéries sans se plaindre.
+
+« Quand le noir a travaillé avec sa femme pendant un an, il achète un
+esclave ; c’est la meilleure acquisition qu’il puisse faire ; c’est un
+auxiliaire de plus pour travailler ; il vivra de la même façon que ses
+maîtres ; le bien-être des uns rejaillit sur les autres dans cette vie
+en commun.
+
+« Quand le cas se présente où l’esclave se sauve, le maître n’en est pas
+découragé pour cela. « C’est la volonté du Tout Puissant », dit-il avec
+résignation. « Je vais aller chercher la fortune, _in chi Allaho_, « si
+Dieu le veut ». Et il recommence.
+
+« Ne blâmons pas trop ce malheureux nègre. S’il y en a qui attendent
+paisiblement allongés sur leur natte l’occasion d’agrandir leur famille
+et d’augmenter leur bien-être par des rapines ou une guerre, il y en a
+d’autres qui sont bien méritants, et ce ne sont pas les moins
+nombreux. »
+
+On pouvait croire, il y a quelques années, que la création d’importants
+moyens de transport modernes (chemins de fer et bateaux à vapeur) et la
+suppression définitive de la traite des esclaves allaient désorganiser
+cette intéressante corporation des dioulas et tuer le commerce des
+caravanes.
+
+Il n’en a rien été heureusement.
+
+Avec une admirable souplesse, les caravaniers indigènes se sont adaptés
+aux nouvelles conditions sociales et économiques que nous avons créées
+en Afrique. Ils ont déserté les grandes routes, parcourues aujourd’hui
+par les locomotives, où ils n’avaient plus rien à faire ; beaucoup ont
+cessé de venir chercher à la côte les marchandises indispensables qu’ils
+trouvent à bon compte dans les maisons européennes, installées dans
+l’intérieur ou à l’extrémité actuelle des voies ferrées.
+
+Par contre, ils se sont répandus dans tous les points de l’immense
+domaine que nous avons pacifié. Chez toutes le peuplades qui leur
+fermaient autrefois leur territoire, ils viennent aujourd’hui apporter
+leurs objets de pacotille et drainer les produits naturels
+d’exportation. Ils pénètrent jusqu’au cœur de la forêt vierge, jusqu’au
+sommet des falaises rocheuses des Habés de la Boucle du Niger, ou
+jusqu’au haut des pitons granitiques difficilement accessibles, habités
+par les Touras du Haut-Sassandra.
+
+S’ils n’ont plus la possibilité d’acheter de nouveaux esclaves, ils
+trouvent, par contre, des hommes devenus libres ou des familles entières
+qui consentent à associer leur fortune à des chefs de caravane,
+moyennement une rénumération proportionnelle aux bénéfices réalisés en
+commun.
+
+Sans ces caravaniers, une grande quantité de produits, comme le
+caoutchouc, la gomme copal, le bétail, ne pourraient pas affluer vers la
+côte. Ils sont aujourd’hui, comme autrefois, l’âme de la vie économique
+du Soudan et ainsi que nous le constations au cours de notre récent
+voyage, jamais leur nombre n’a été aussi grand et leur action aussi
+féconde pour le grand commerce.
+
+
+ =LES TRANSPORTS PAR CARAVANES.=
+
+
+Les transports de noix de Kolas se font presque toujours à tête d’homme.
+Les noirs transportent de 25 à 35 kilog. et parcourent de 25 à 35
+kilomètres par jour ; en saison de pluies, ils font des étapes beaucoup
+plus courtes ; pendant cette période employée à cultiver la terre, les
+transactions sont fort ralenties et peu de caravaniers circulent à
+travers la brousse.
+
+Ce sont presque toujours des jeunes hommes de 15 à 35 ans qui font les
+transports ; la femme porte seulement les enfants et les ustensiles du
+ménage. Cependant dans le moyen et le haut Dahomey, ainsi qu’à la Gold-
+Coast et dans la forêt de la Côte d’Ivoire, les femmes portent aussi des
+charges de Kolas.
+
+En beaucoup de régions de la Boucle du Niger, spécialement chez les
+Mandé-Dioulas et au Pays Mossi, on emploie le bœuf comme animal porteur.
+La charge d’un animal en bon état est de 150 kilogrammes ; ils
+parcourent 30 kilomètres environ par jour.
+
+L’âne est aussi très employé comme animal de transport, spécialement au
+Mossi. « Il ne va pas très vite (3 kilomètres à l’heure), mais il se
+nourrit facilement et supporte bien la soif. Sa charge est de 70 à 80
+kilogrammes »[304].
+
+« Le cheval sert à peu près uniquement de monture ; il n’y a guère
+d’exception que pour les petits chevaux _Kotokoli_ du Dahomey (taille :
+1 mètre), qui servent fréquemment au transport des Kolas dans cette
+région ».
+
+Dans le nord de la boucle du Niger, on emploie aussi parfois au
+transport des Kolas le chameau, mais cet animal ne rend véritablement de
+services que dans le Sahara ; la limite extrême où il peut s’avancer
+vers le sud en saison sèche est située entre Dori et Ouagadougou. Le
+long du Niger, il vient parfois jusqu’à Say.
+
+CHUDEAU pense que l’on pourra un jour utiliser la voiture en Afrique
+tropicale, pour effectuer les petits parcours à droite et à gauche des
+voies ferrées. « L’expérience a déjà montré que l’on peut atteler les
+bœufs du Soudan. La grosse difficulté provient de la rareté des routes.
+La plupart des pistes sont encore inabordables même à des voitures
+légères comme les _araba_ »[305].
+
+
+ =LES TRANSPORTS PAR EAU.=
+
+
+Les paquebots anglais, qui touchent fréquemment à Sierra-Léone et à la
+Gold-Coast, transportent des noix de Kolas soit vers Lagos, soit vers la
+Gambie et vers le Sénégal.
+
+Certaines grandes voies navigables sont aussi utilisées pour le
+transport à l’intérieur du continent. Les Kolas destinés à la région de
+Kayes et au Sahel, remontent le fleuve Sénégal depuis St-Louis, sur des
+bateaux à vapeur.
+
+Les petits bateaux à vapeur et les chalands installés sur le moyen Niger
+et sur ses principaux affluents, le Milo et le Bani, sont aussi parfois
+utilisés pour effectuer des transports de Kolas dans le Soudan
+occidental.
+
+Enfin un trafic indigène intense se fait par de grandes pirogues
+indigènes pouvant porter plusieurs tonnes, circulent fréquemment sur le
+Niger entre Koulicoro, Ségou, Djenné, Mopti, Tombouctou, Gao.
+
+Sur tous les autres fleuves de l’Afrique occidentale, on ne trouve que
+de petites pirogues peu stables et peu étanches, rarement employées pour
+convoyer les précieuses amandes.
+
+
+ =LES TRANSPORTS PAR CHEMINS DE FER.=
+
+
+La construction des voies ferrées en Afrique tropicale, commencée depuis
+1880, a doté le continent noir, dépourvu jusqu’alors de routes, de
+moyens de transports perfectionnés.
+
+Aussi, dans tous les pays traversés par le rail, le commerce indigène a
+pris rapidement un grand essor. Des maisons européennes se sont
+installées à l’intérieur de l’Afrique. Le dioula y trouve les denrées
+qu’il allait chercher autrefois à des milliers de kilomètres. Le bien-
+être de l’indigène s’est aussi développé dans certains pays, de sorte
+que la puissance d’achat des denrées de luxe et notamment des noix de
+Kola s’est accrue beaucoup.
+
+Aujourd’hui les Pays produisant des noix de Kola ou en consommant sont
+desservis par environ 6.000 kilomètres de voies ferrées. En Afrique
+Occidentale française, il en existe plus de 2.000 kilomètres. Par ces
+voies les Kolas sont transportés de la Côte jusqu’au cœur des pays de
+consommation. Le chemin de fer de la Gold-Coast qui pénètre dans les
+pays de production de l’Achanti, apporte les noix au port de Sekondee où
+elles sont embarquées à destination de Lagos.
+
+Lorsque le chemin de fer de la Guinée sera prolongé dans la direction de
+l’hinterland de Libéria, il drainera lui aussi vers le Soudan et vers le
+Sénégal, les quelques milliers de tonnes de noix que produisent
+actuellement la Haute-Côte d’Ivoire occidentale, le Haut-Libéria et le
+territoire militaire de la Guinée française.
+
+
+ =MONNAIES EMPLOYÉES POUR LES ACHATS DE KOLAS.=
+
+
+Les espèces monnayées d’Europe, les monnaies françaises en bronze et en
+argent, dans nos colonies, tendent de plus en plus à remplacer même dans
+les transactions entre indigènes, les objets qui servaient de monnaie
+dans les diverses régions de l’Afrique tropicale avant l’occupation
+européenne.
+
+Cependant, en plusieurs régions de l’Ouest africain, l’emploi de
+certains de ces objets a encore persisté et ils servent en particulier à
+acheter les noix de Kola sur les lieux de production.
+
+Les plus courantes de ces monnaies sont les _cauris_[306], les
+_guenzés_, les _sombés_ et les _manilles_.
+
+On sait que les _cauris_ (_kourdi_ de la Nigéria) sont les coquilles
+d’un petit mollusque gastéropode, le _Cypræa moneta_, que l’on
+recueillait en grande quantité sur la côte de Zanzibar aux XVIIIe et au
+XIXe siècles, pour les importer à la Côte occidentale d’Afrique comme
+monnaie. Ce sont des grains blancs, de la taille d’une grosse noisette,
+plans d’un côté, convexes de l’autre (Fig. 48, _3_, _3′_, _3″_). En
+beaucoup de régions, notamment en Guinée française, au Dahomey, les
+cauris ont perdu presque toute valeur marchande, mais ils ont encore
+cours dans la Nigéria anglaise et en diverses parties de notre Soudan.
+Le cours, très différent suivant les régions, varie de 800 à 2.000
+cauris pour un franc. En beaucoup d’endroits, ils ne s’emploient plus
+que comme objets de parure.
+
+Le _guenzé_ est un morceau de fer grossièrement forgé, ayant la forme
+d’une petite tige aplatie, courbée à l’extrémité et pesant 100 à 150
+grammes. Il vaut de 0 fr. 15 à 0 fr. 40 suivant les régions et les
+cours. C’est la monnaie la plus courante depuis le sud du Kissi jusqu’au
+cœur du Pays Dyola et c’est lui qu’on emploie comme moyen de transaction
+dans tout l’hinterland de Libéria.
+
+Le _sombé_ (Fig. 48, _1_) n’est qu’une variété de guenzé. C’est une
+petite barre de fer de 10 à 15 centimètres de longueur, d’une forme
+particulière. Pour les gros achats on les emporte par paquets de 20
+pesant environ 2 kilogs. Les sombés se fabriquent dans la région de
+Touba. Une somme de 15 ou 20 francs en sombés représente la charge d’un
+homme. Cette monnaie a cours dans tout le Pays Bété et chez les Lôs ou
+Gouros.
+
+Tout le long de la Côte d’Ivoire, jusqu’à 100 ou 150 kilomètres dans
+l’intérieur, on se sert dans les transactions de _manilles_ (Fig. 48,
+_2_), sortes de bracelets ouverts formés d’un alliage de cuivre et de
+fer et qu’on peut passer autour du bras en guise de bracelets.
+
+[Illustration : FIG. 48. — Monnaies pour l’achat des Kolas (demi-
+grandeur). 1, _Sombé_ ; 2, _Manille_ ; 3, 3′, 3″, _Cauris_.]
+
+La valeur des manilles est de 0 fr. 20 environ pièce ; on les transporte
+par paquets de 20 et 40 francs de cette monnaie représentent la charge
+d’un homme[307]. Dans certaines parties de l’Afrique équatoriale
+française, on emploie comme monnaie des bracelets analogues connus sous
+le nom de _barrettes_.
+
+Enfin, dans beaucoup de régions du même pays, ce sont des _verroteries,
+perles bayakas_ ou autres, qui servent d’unité de monnaie. Dans la
+Haute-Sangha, les Haoussas achètent les Kolas contre des _thalers_,
+pièces de monnaie en argent, valant environ 3 francs, frappées à
+l’effigie de Marie-Thérèse et ayant cours dans l’Afrique centrale et
+orientale jusqu’à l’Abyssinie.
+
+
+=DROITS DE DOUANE ET TAXES SUR LES KOLAS DANS LES COLONIES FRANÇAISES.=
+
+
+Les droits de douane sur les Kolas entrant dans nos diverses colonies de
+l’Afrique Occidentale sont loin d’être uniformes.
+
+Au Sénégal, les Kolas provenant des pays étrangers sont astreints à un
+tarif d’importation de 0 fr. 75 par kilog. Il est fait exception pour
+les Kolas entrant en Casamance, qui paient seulement un droit de 0 fr.
+40 par kilog.
+
+Les Kolas destinés au Haut-Sénégal-Niger, ainsi que ceux entrant dans la
+Guinée française, acquittent le même droit que ceux entrant au Sénégal.
+Les noix provenant de l’hinterland de Libéria et pénétrant soit dans la
+Guinée française, soit dans la Côte d’Ivoire, doivent acquitter le même
+droit de 0 fr. 75 par kilog., bien que leur valeur dans ces régions soit
+très inférieure par rapport à la valeur à la côte. Il en résulte que la
+taxe s’élève parfois à plus de 100 % _ad valorem_. Les Kolas de
+l’Achanti pénétrant dans le Haut-Sénégal-Niger par l’hinterland de la
+Gold-Coast sont taxés à 10 % _ad valorem_, la taxe étant établie d’après
+la valeur des noix à la frontière même (cette valeur est de 1 franc
+environ par kilog. de noix). Les noix provenant de l’Achanti et
+transitant dans l’hinterland du Dahomey, à destination de la Nigéria ne
+paient pas de taxe.
+
+Le droit d’entrée dans les ports de la Côte d’Ivoire, colonie soumise à
+la convention du 15 juin 1898, est de 0 fr. 50 par kilog.
+
+Enfin, au Dahomey, pays soumis à la même convention, les Kolas sont
+exempts de droits à l’entrée.
+
+Les noix de Kola, produites par nos colonies de l’Ouest-Africain et
+circulant dans ces colonies, sont exemptes de taxe. Il faut, toutefois,
+faire une exception pour les noix produites par la Côte d’Ivoire.
+Celles-ci étaient, jusqu’à ces dernières années, soumises à une taxe de
+circulation de 0 fr. 50 par kilog., taxe prélevée en vertu d’un arrêté
+du Gouverneur de la Côte d’Ivoire en date du 24 novembre 1906, arrêté
+substitué à celui du 3 juin 1905, qui avait fixé un droit de
+consommation de 10 % _ad valorem_ sur les Kolas récoltés et consommés.
+En 1908, cette taxe a été abaissée au taux beaucoup plus rationel de 0
+fr. 25 par kilog.
+
+Dans les pages qui vont suivre, nous examinerons en détail les procédés
+de commerce et l’importance des transactions en passant en revue d’abord
+les pays producteurs de Kolas, ensuite les pays où s’en fait la plus
+grande consommation.
+
+ * * * * *
+
+
+ =I. — COLONIES FRANÇAISES.=
+
+
+ * * * * *
+
+ _A. — Pays producteurs de Kolas._
+
+ * * * * *
+
+
+ =1o GUINÉE FRANÇAISE.=
+
+
+La Guinée produit des Kolas pour l’exportation ; dans toute la zône
+littorale, dans le Kouranko, dans le Kissi, enfin dans les pays Tômas et
+Guerzés. Elle en importe sur tous les marchés de l’intérieur de la
+colonie dans les régions qui n’en produisent pas, notamment dans le
+Fouta-Djalon, dans les Cercles de Duinguiray, Siguiri, Kouroussa,
+Kankan, Beyla. Ils proviennent du sud-est de la colonie ou de la région
+côtière. Beaucoup de Kolas, provenant de Liberia ou de la Côte d’Ivoire,
+transitent aussi à travers les Cercles précédents pour être acheminés
+ensuite vers le Sénégal et le Soudan. Les statistiques douanières
+n’enregistrent que les quantités qui sortent par mer, quantités
+s’élevant à environ 50.000 kilogs par an, d’une valeur d’environ 100.000
+francs.
+
+
+Le tableau suivant, communiqué par l’administration de l’Office
+colonial, donne les chiffres pour les époques les plus récentes :
+
+ Exportation totale en 1907 21.575 kilos
+
+ — 1908 30.662
+
+ — 1909 59.932 valant 119.864 fr.
+
+ 1er trimestre de 1910 50.953 101.906 fr.
+
+
+ _Exportations mensuelles de janvier 1909 à mars 1910._
+
+ 1909 Janvier 9.945 kilos 19.890 francs.
+
+ Février 16.453 32.906
+
+ Mars 16.992 33.984
+
+ Avril 7.249 14.498
+
+ Mai 1.826 3.652
+
+ Juin 1.191 2.382
+
+ Juillet 1.307 2.614
+
+ Août » »
+
+ Septembre 238 476
+
+ Octobre 47 94
+
+ Novembre 102 204
+
+ Décembre 4.932 9.864
+
+ 1910 Janvier 66.883[308] 133.766
+
+ Février 10.282 20.564
+
+ Mars 18.788 38.576
+ ------ -------
+ 95.953 192.906
+
+D’après les renseignements compulsés par CHUDEAU dans le _Bulletin du
+Comité de l’Afrique française_, la Guinée a importé en 1904 pour
+2.007.793 francs de Kolas ; en 1905, seulement pour 772.000 francs ; en
+1907, pour 544.000 francs.
+
+En 1908, l’importation n’a plus été que de 282.928 francs.
+
+Ces chiffres n’ont pas grand valeur ; ils ne correspondent qu’à une
+estimation approximative des importations par la frontière du Libéria et
+par la frontière intérieure de Sierra-Léone[309], puisqu’aucune
+importation appréciable ne se fait par les ports. Or, comme nous le
+verrons plus loin, une grande quantité de Kolas entre en fraude par la
+frontière libérienne et d’autre part les noix qui acquittent la taxe
+sont mercurialisées par la douane à un chiffre tout à fait arbitraire.
+
+
+1o _Région littorale._ — Ainsi que nous l’avons déjà dit, les Kolatiers
+sont communs autour des villages Soussous, dans les vallées chaudes et
+humides de la région maritime, surtout dans les vallées du Rio-Pongo et
+de la Mellacorée[310]. Ce sont ces régions qui fournissent à elles
+seules les Kolas exportés par le port de Conakry et figurant dans la
+liste précédente. Les exportations par mer atteignent 50 tonnes
+environ ; les bonnes années ce chiffre est dépassé.
+
+Les noix les plus estimées et les plus grosses sont celles du Samo dans
+la Mellacorée et celles du Kaloum.
+
+Les plus belles noix vendues à Conakry pèsent de 30 à 40 grammes. Les
+noix rouges sont dans la proportion des 3/4 ou des 4/5.
+
+Celles du Koba sont plus petites et sujettes à être attaquées par le
+_Sangara_. Il en est de même dans tout le Bramaya. Dans la Mellacorée,
+les noix font l’objet d’un très grand commerce ; elles constituent
+surtout un article d’échange. Achetées dans le bas pays au moment de la
+récolte, au prix de 5 francs les 400 noix, elles sont revendues dans le
+haut contre du caoutchouc à un prix élevé. Les noix du Rio-Pongo sont
+assez petites et attaquées par le _Sangara_ dans certains villages.
+D’après l’administrateur A. HAUET, les indigènes du Rio-Pongo, vendaient
+autrefois toute leur production aux maisons de commerce de la région,
+mais actuellement les dioulas viennent en chercher une grande partie
+pour les transporter soit sur Conakry, soit surtout sur Boké. En 1908,
+on payait les noix, à Boffa, 5 francs les 300, soit environ 1 franc le
+kilog. Parvenues à Conakry, les noix sont embarquées soit à destination
+du Sénégal, soit à destination de la Guinée portugaise. Une notable
+quantité est aussi chargée sur le chemin de fer, à destination du Fouta-
+Djalon ou même de Kouroussa.
+
+Le port de Conakry exporte chaque année 20 à 50 tonnes de noix de Kola,
+estimées de 40.000 à 75.000 fr.
+
+En 1908, la Guinée a importé, par la frontière libérienne ou par celle
+Sierra-Léone, pour 282.928 francs de Kolas, alors que la valeur de ses
+exportations de noix pour cette même année n’atteignait que 64.008
+francs.
+
+
+2o _Le Kissi._ — La production du Kissi, en y comprenant aussi le
+Kouranko, qui lui est rattaché administrativement, est d’environ 400
+tonnes de noix par an.
+
+Les noix du Kissi sont très renommées dans tout le moyen Niger.
+
+D’après la coloration, on distingue sur les marchés :
+
+ Noms français. Noms kissiens. Noms en kouranko.
+ --- --- ---
+
+ Kola blanc. _Kolo oumbo._ _Oro gué._
+
+ Kola rouge. _Kolo sanga._ _Oro oulé._
+
+ Kola rosé. _Kolo Kalo._ _Oro saoura._
+
+Les noix ne pèsent en moyenne que 8 à 15 grammes, mais les plus grosses
+peuvent atteindre le poids de 40 grammes.
+
+Le village où les dioulas concentrent la plus grande partie de la
+récolte avant de l’exporter vers le nord, est Kénéma ou Kissidougou.
+
+Après la cueillette, qui se fait habituellement en novembre, les noix
+sont ordinairement triées ; celles qui sont déjà attaquées par le
+_Sangara_ sont mises de côté et consommées par le producteur.
+
+L’autre lot est à son tour divisé en deux parts : l’une comprenant les
+plus belles noix ; l’autre, celles de petite et de moyenne grosseur.
+Celles-ci sont vendues à Kénéma et sur les marchés locaux aux dioulas et
+aux habitants du pays.
+
+Le prix de vente est très variable suivant l’époque de l’année et
+suivant que la récolte a été bonne ou mauvaise. Les années de fort
+rendement, on cède, à Kénéma, 250 à 260 noix moyennes pour 5 fr. Les
+années de faible récolte, le prix peut doubler : on n’obtient plus que
+100 à 150 noix pour 5 fr. et même si les noix sont grosses, on n’en a
+plus que 80. Parfois les dioulas arrivent en grand nombre au Kissi, ce
+qui détermine une concurrence effrénée. Les transactions se font souvent
+la nuit et le cultivateur en profite pour vendre les noix attaquées par
+le _Sangara_ dont il dissimule les défauts. Par contre, à l’époque de la
+rentrée de l’impôt, le marchand à son tour exploite le producteur.
+L’indigène, toujours imprévoyant, n’a pas conservé d’argent pour
+acquitter sa taxe ; pour s’en procurer, il a comme seule ressource la
+vente des Kolas. A ce moment (c’est ordinairement pendant les premiers
+mois de l’année et en quelques semaines que l’administration fait
+rentrer tout l’impôt), le cours des noix devient très bas et on peut les
+obtenir à raison de 300 ou 350 pour 5 fr.
+
+Quant aux plus grosses noix, le Kissien les conserve ordinairement
+quelque temps dans sa case et à la morte saison il va les vendre lui-
+même au marché de Bamako. Une charge, comprenant 1.500 à 2.000 noix
+(très rarement 3.000), peut rapporter 100 à 150 fr.
+
+Les grosses noix se vendent en effet, à Bamako, 5 francs le lot de 50
+Kolas.
+
+Si les amandes sont très belles, elles s’écoulent très rapidement ; au
+contraire, les noix de petite taille se vendent lentement, car à Bamako,
+il en vient de toutes parts : de Conakry, de Beyla, du Ouorodougou,
+rarement du Kissi.
+
+Les petites et les moyennes noix de cette province, ainsi que celles du
+Kouranko, s’écoulent habituellement dans les cercles de Faranna, de
+Kouroussa, de Kankan et jusqu’à Siguiri. Là elles se rencontrent avec
+les noix apportées par le Sénégal et par le chemin de fer de Kayes au
+Niger.
+
+Le Kissien qui porte de grosses noix à Bamako, s’il n’en a point donné
+en cours de route et s’il n’en a pas perdu par le _Sangara_, peut
+rapporter à son village 150 fr. par charge. Son voyage a duré 45 jours
+(aller et retour). S’il avait vendu la même charge à un dioula au Kissi
+même, il n’en eut retiré que 40 à 50 fr.
+
+
+3o _Pays Tômas et Guerzés et Frontière libérienne._ — Dans tous les pays
+compris dans les bassins supérieurs des rivières Makona, Loffa et St-
+Paul (ou Diani), les noix de Kola donnent lieu à un commerce
+considérable.
+
+Elles constituent l’unité de monnaie la plus courante et aussi bien pour
+les plus menus achats que pour le gros trafic, c’est avec des noix qu’on
+solde tous les comptes. Les Kolas mis en vente pèsent habituellement de
+10 à 20 grammes ; dans la partie ouest, les noix blanches prédominent ;
+à l’est, on trouve surtout des noix rouges.
+
+La principale cueillette se fait en octobre et novembre, mais quelques
+noix mûrissent aussi tout au long de l’année. En outre les indigènes
+conservent aussi dans des cachettes des noix cueillies depuis longtemps
+et les vendent au fur et à mesure suivant leurs besoins. Elles sont
+ordinairement apportées par des femmes sur les principaux grands
+marchés.
+
+Certains de ces marchés ont eu, jusqu’à ces dernières années, une
+importance prodigieuse.
+
+Les plus achalandés de la zone sud étaient ceux de : Kabaro, de Nsapa,
+de Léné, de Boola, de Lola, de Nzo.
+
+Dans la zone nord, située à 100 ou 150 kilomètres des lieux de
+production sont les importants centres de Bofosso, de Diorodougou et de
+Beyla.
+
+En tous ces points, les marchés ont lieu à jour fixe, une fois par
+semaine. Les marchés de la zône sud se tiennent habituellement sur une
+place bien nettoyée située à l’entrée, mais en dehors du village et
+ombragée par de grands arbres. Souvent cette place se trouve à la
+lisière même de la forêt, et quelques sentiers seulement cachés sous les
+arbres y aboutissent. Il y a peu d’années encore, les villages étaient
+fortifiés par une enceinte en terre (_tata_) et les marchés se tenaient
+toujours en dehors de l’enceinte. Ils sont fréquentés par tous les
+habitants des petits villages voisins situés dans un rayon de 50
+kilomètres et parfois à plus grande distance ; aussi ce n’est qu’à
+partir de 10 heures du matin qu’une certaine activité commence à régner
+sur la place ; le trafic bat son plein entre midi et deux heures de
+l’après-midi. Les gros traficants qui visitent périodiquement ce pays,
+sont pour la plupart des Koniankés, des Malinkés et des Bambaras venus
+des régions de Beyla, de Kerouané ou de Touba.
+
+Ils viennent du Nord, avec des marchandises européennes achetées à
+Bamako, à Kankan ou à Beyla, parfois aussi à Conakry.
+
+Ce sont des cotonnades à bas prix, du tabac, du sel en barre, des outils
+en fer (machètes, couteaux, rasoirs), des verroteries, de la poudre, des
+capsules, des fusils, des bracelets en cuivre, en bronze, en étain, en
+aluminium, voire même des petits flacons de parfums ou des bouteilles
+d’absinthe de traite. D’assez nombreux traitants et dioulas d’origine
+malinké se sont fixés dans le pays pour se livrer au commerce et ont
+constitué quelques petits villages musulmans en plein pays Guerzé.
+
+Ils vivent en bonne intelligence avec les autochtones ; malgré l’état
+d’insécurité du pays pour les étrangers des peuplades voisines qui s’y
+aventureraient, les commerçants reçoivent toujours l’accueil le plus
+loyal. Outre les noix de Kola, ils achètent aussi depuis quelques années
+le caoutchouc.
+
+Le marché se tient le jeudi à Boola, le lundi à Lola, le jeudi à Nzo, le
+samedi à Lané. Nous avons visité ces divers centres commerciaux.
+
+A Kabaro, chaque année, transitent environ 60 tonnes de Kolas. Leur
+valeur est de 150 à 350 noix pour 5 fr.
+
+Ce marché est très fréquenté par les dioulas malinkés circulant à
+travers la Guinée. Un rapport administratif explique ainsi le trafic
+auquel se livrent ces commerçants :
+
+Après avoir vendu contre de l’argent ses marchandises apportées de
+Conakry dans la région de Diorodougou, le dioula se rend à Kabaro et
+obtient en moyenne 240 kolas pour 5 fr. Il en prend une ou plusieurs
+charges et repart vers le nord jusqu’à ce qu’il trouve à les échanger
+contre du caoutchouc, ce qui le mène dans la région de Kouroussa. Contre
+120 Kolas on lui donnera là un kilogramme de caoutchouc[311], c’est avec
+ce produit qu’il va prendre le chemin de Conakry pour y reconstituer sa
+pacotille. « Connaissant le prix du caoutchouc, dit le rapport, on peut
+aisément apprécier le bénéfice réalisé.
+
+« En prenant le cycle de ces diverses opérations, autrement dit en
+ramenant notre homme au point où nous l’avons pris, on arrive aux
+conclusions suivantes que l’on peut résumer graphiquement :
+
+Diorodougou : 5 francs (en espèces) ;
+
+Kabaro : 240 Kolas (valeur moyenne) ;
+
+Cercle de Kouroussa : 2 kilogs de caoutchouc ;
+
+Conakry : 18 francs en espèces échangés contre 6 pagnes à 3 francs ;
+
+Diorodougou : 6 pagnes vendus 5 fr., soit 30 fr.
+
+La mise de fonds aurait donc sextuplé.
+
+« Toutes ces données n’ont rien de rigoureux ; bien des circonstances
+particulières peuvent les faire varier. Nous avons seulement considéré
+le cas le plus général en prenant comme point de départ une somme de 5
+fr. pour plus de facilités. »
+
+Nous n’avons rapporté ces renseignements qu’à titre documentaire. Ils
+sont manifestement inexacts. Le rapport ne tient compte ni des Kolas qui
+s’avarient en cours de route, ni des dépenses de la caravane, ni des
+aléas auxquels est exposé le dioula (marchandises volées, noyées au
+passage des rivières, détériorées par les tornades ; fluctuations
+fréquentes dans le cours du caoutchouc qui ont leur répercussion jusque
+dans les villages producteurs).
+
+En réalité, comme nous l’avons dit plus haut, les opérations du dioula
+sont beaucoup moins rémunératrices.
+
+Au marché de Lola, on vend surtout des Kolas rouges. Ce n’est pas le
+producteur, mais un premier intermédiaire appartenant à la race des
+_Manons_ qui les apporte au marché. Les noix sont étalées par petits
+lots[312] et vendues contre marchandises, c’est donc d’abord un troc.
+Les principaux articles utilisés pour ces échanges sont le fer, le sel,
+la guinée, les bandes de toile indigène.
+
+Pour une petite barre de fer, sorte de lame aplatie longue de 35 cm. et
+pesant 200 à 300 grammes, lame nommée _konkourou_ dans le pays, on
+obtient 100 noix. Le _konkourou_ est estimé 0 fr. 50 par les dioulas. Le
+_guenzé_, morceau de fer plus petit, est évalué 0 fr. 33 à Lola.
+
+Pour une pièce de Guinée estimée à Beyla 8 fr. à 9 fr., on obtient, au
+moment de la récolte 1500 Kolas, soit 166 noix pour 1 fr. Les Kolas les
+plus communs pèsent 10 gr. à 15 gr. D’après les pesées que nous avons
+effectuées à Lola même, il en faut 75 pour faire un kilog.[313] ; dans
+ce cas, les 166 noix payées 1 fr. (en Guinée) reviennent donc à 0 fr. 45
+le kilog. De même, si on achète contre du fer, on obtient 100 Kolas pour
+un _konkourou_ de 0 fr. 50, de sorte que dans ce cas le kilog. revient à
+0 fr. 37. Mais si on veut obtenir des Kolas contre des espèces
+monnayées, il faut s’adresser aux dioulas Koniankés qui ont effectué le
+troc et dès ce moment ils prélèvent dès Lola un bénéfice sérieux[314].
+
+Pour 5 fr., on obtient 400 Kolas. Nous avons nous-même acheté 40 noix
+pesant 536 gr. pour une pièce de 0 fr. 50. Dans ces conditions, le prix
+de revient du kilog. est de 0 fr. 90.
+
+Le dioula a donc tout intérêt à venir à Lola effectuer ses achats contre
+des marchandises.
+
+En résumé, les noix sont échangées par petits lots contre des objets de
+traite variés ; les commerçants accumulent ainsi des stocks importants
+de noix qu’ils transportent ensuite vers le nord ou qu’ils cèdent
+aussitôt à d’autres dioulas contre des espèces.
+
+Le marché de Nzo se tient tous les jeudis, sur une place en dehors du
+village. On y trouve des Guerzés, des Dans ou Dyolas, des Manons. En
+1909, il était fréquenté par 2.000 personnes environ et on y apportait
+100 à 150 charges de noix par marché, mises en vente par petits lots de
+50 à 500 noix, rarement par lots plus forts. Les achats se font surtout
+contre du sel, des bracelets, des bandes de toile indigène. Les
+principaux acheteurs sont des traitants installés à demeure, tenant leur
+étal sur des peaux de bête, à l’écart du marché. De temps en temps,
+leurs employés apportent des charges de noix achetées au détail contre
+marchandises et se réapprovisionnent en objets de pacotille.
+
+Ces noix de Kolas sont ensuite cédées contre argent (en mars 1909, 410
+Kolas pour 5 fr.) aux dioulas venus du sud avec des ânes et des bœufs
+porteurs. Immédiatement, on en constitue des charges de 25 à 35 kilogs
+et les noix sont de suite emballées après avoir été préalablement
+comptées.
+
+Une très grande animation règne, sur le marché de Nzo, de 10 heures du
+matin à 3 heures du soir. La précieuse noix est la base de toutes les
+transactions : c’est avec les Kolas qu’on paie l’huile de palme, le riz
+et les autres produits alimentaires. Les noix servant aux achats sont
+toujours comptées. Des enfants parcourent le marché dans tous les sens,
+poussant des cris pour offrir des bottes d’_Orofira_ ou des paniers
+destinés à l’emballage de la précieuse denrée. On leur achète ces objets
+contre quelques noix. A 4 heures, la place du marché est évacuée ; elle
+est alors toute jonchée de vieilles feuilles d’_Orofira_ ayant servi à
+apporter les noix vendues. Les dioulas rentrent dans leurs cases,
+comptent et emballent leurs recettes.
+
+La plus grande partie des marchés dont nous venons de parler ont été
+presque anéantis dans ces dernières années par l’installation de postes
+douaniers prélevant des droits d’entrée disproportionnés à la valeur des
+noix de Kola dans ces régions.
+
+C’est sous l’administration du général de TRENTINIAN qu’un premier poste
+de douane, ou plus exactement d’_oussourou_[315], fut créé à Boola en
+1899.
+
+A cette époque, la taxe sur les Kolas venant du Libéria était de 0 fr.
+10 par kilog. Ce droit était en rapport avec la valeur réelle des Kolas.
+Les colporteurs payaient, en outre, un droit de circulation de 0 fr. 10
+par kilog. de noix transportées. Le district de Boola ayant été rattaché
+à la Guinée, le poste d’_oussourou_ fut supprimé à partir du 1er janvier
+1900 ; mais, à la suite d’un voyage effectué dans ces régions par
+l’inspecteur des douanes de la Guinée, une série de postes douaniers
+furent installés, en 1903, non pas le long de la frontière du Libéria
+qui n’existait pas, mais à côté de nos postes militaires les plus
+avancés : les plus importants étaient ceux de Diorodougou, de Guéaso, de
+Boola. En 1905, le gouverneur FRÉZOULS, considérant les postes douaniers
+de la zône libérienne comme des entraves au commerce, en proposa la
+suppression ; elle fut acceptée à la fin de 1905 ; mais, dès le milieu
+de 1906, ces postes étaient de nouveau rétablis ; un arrêté de février
+1909 les a maintenus en les reportant plus au sud.
+
+Nous avons sous les yeux les recettes effectuées par le poste de Boola,
+de 1904 à 1908 :
+
+ 1904 1905 1906 1907
+
+ 86.195 fr. 25 59.661 fr. 18 27.992 fr. 94 156.157 fr. 40
+
+L’année 1907 a donné des recettes plus élevées, parce que le contrôle a
+fonctionné constamment et, à cette époque, la plupart des caravanes
+n’avaient pas encore détourné leur route pour éviter les taxes[316].
+
+Dès le début de l’installation des postes douaniers, la fraude a
+commencé à être pratiquée et elle a été en s’accroissant d’année en
+année.
+
+Alors que les Kolas achetés contre des morceaux de fer valaient à Lola,
+en avril 1909, 0 fr. 37 le kilog., le droit prélevé sur les Kolas, à
+Boola, était de 0 fr. 75 par kilog., et cette anomalie était d’autant
+plus étrange qu’elle était perçue en un point situé à l’intérieur de nos
+territoires à plus de 50 kilomètres de la frontière. Les Kolas de la
+zône française des hauts bassins libériens acquittaient donc la même
+taxe que ceux qui provenaient de la zône qui n’était ni française ni
+libérienne (l’administration du Libéria ne s’exerçant pas, comme on le
+sait, sur l’hinterland).
+
+Cette taxe, extraordinairement prohibitive puisqu’elle s’élevait sur les
+lieux de production à plus de 200 %, eut pour résultat de favoriser la
+fraude dans des proportions inattendues. Les postes douaniers, réduits à
+un préposé européen et à quelques gardes-frontière par poste, sont
+demeurés impuisants à assurer la surveillance des routes et, en
+définitive, une quantité énorme de Kolas de l’hinterland de Libéria
+pénètre dans la Guinée sans acquitter de droits ; mais ces noix ne
+passent plus par les grands marchés de notre territoire : ceux-ci sont
+en partie anéantis. Ce n’est pas seulement le trafic des noix de Kola,
+dans ces régions, qui a été atteint. On sait que les précieuses amandes,
+dans tous les pays situés au sud de Beyla et de Touba, servent d’unité
+de monnaie. Chaque semaine, de nombreuses femmes du Konian (environs de
+Beyla) venaient à Boola et à Guéso pour y écouler les produits vivriers
+de leurs plantations. Ces produits vivriers étaient échangés contre
+diverses denrées, mais, en définitive, à la fin de la journée toute la
+recette était réalisée en noix de Kola que les femmes rapportaient à
+Beyla. Elles effectuaient ainsi un voyage de 3 ou 4 jours de marche
+(aller et retour) pour rapporter seulement quelques centaines de noix à
+chaque voyage. Tous les jeudis, outre de nombreuses charges de dioulas
+pesant 35 à 40 kilog., il partait du Boola vers le nord une centaine de
+petites charges de 15 à 20 kilog., transportées par des femmes qui les
+revendaient ensuite à Beyla.
+
+Les postes douaniers prétendirent faire acquitter la taxe aux noix
+achetées ainsi à Boola et transportées à Beyla. Mais la douane se trouva
+en présence de la difficulté suivante : les femmes, qui se livraient à
+ce petit trafic, ne se servaient pas d’espèces monnayées, il fallut donc
+faire payer la taxe en nature, et comme les Kolas avaient parfois une
+valeur moindre que la taxe exigible, les prélèvements se firent d’une
+manière tout à fait arbitraire. Au début de 1909, à Guéaso, une femme
+qui rapportait 200 Kolas comme produit de la vente de ses denrées,
+devait en abandonner 150 au fisc pour avoir le droit d’en rapporter 50 à
+Beyla. A Boola même, un préposé des douanes nous citait le cas suivant :
+la femme d’un douanier indigène, qui avait acheté au marché de cette
+localité 6 kilogs de Kolas pour 5 francs acquitta une taxe de 4 fr. 50 :
+les Kolas valaient donc 9 fr. 50 ; mais ils se vendirent à Beyla, ville
+située à 45 kilomètres plus loin, seulement 6 francs. La traficante,
+outre son temps, avait donc perdu 3 fr. 50.
+
+Ces faits expliquent l’affaiblissement du commerce de ces régions. A
+Boola, où se rencontraient à chaque marché, il y a peu d’années encore,
+plusieurs milliers d’acheteurs, il n’en vient que quelques centaines
+chaque jeudi[317].
+
+A la fin de 1909, les postes douaniers ont été déplacés et portés plus
+au sud, à la frontière même, aux villages de Lola, de Nzo et de Danané.
+Ces centres, encore prospères en 1909, seront probablement atteints à
+leur tour, malgré les efforts déployés par quelques administrateurs et
+par quelques officiers pour concilier les droits du fisc et les intérêts
+du commerce local.
+
+Nous pensons, pour notre part, qu’il faudrait abaisser la taxe sur les
+Kolas importés par la frontière libérienne, à 0 fr. 20 par kilog. ou
+même la supprimer complètement. En outre, si on la maintient en la
+réduisant, il faudrait accorder la franchise aux lots inférieurs à 200
+noix ; ces petits lots constituent souvent exclusivement de la monnaie
+pour les transactions locales.
+
+Nous reviendrons sur cette question dans nos conclusions.
+
+Avant de nous éloigner de ces régions, nous devons mentionner le marché
+de Beyla, bien qu’il soit situé assez loin en dehors de la zône de
+production.
+
+Ce marché, créé depuis quelques années seulement par l’autorité
+militaire, se tient tous les dimanches sur une place de Diakolidougou,
+faubourg commercial situé à environ un kilomètre de la résidence
+administrative. C’est de 9 heures à midi que les transactions atteignent
+toute leur intensité ; on compte alors, sur la place, 1.000 à 1.500
+personnes venues de tous les villages de la région avoisinante sur un
+rayon de 3 journées de marche. Outre les Kolas, les principales denrées
+mises en vente sont : de la viande de boucherie, de la viande boucanée,
+du poisson sec, des crevettes fumées, des chenilles et des fourmis
+blanches desséchées, de l’huile de palme, du riz, de nombreux autres
+produits alimentaires : riz, mil, maïs, haricots, _soumbara_ (fromage de
+graines de nété ou _Parkia biglobosa_), légumes indigènes, épices du
+pays, sel en pierre, un peu de coton, de l’indigo brut, des bandes de
+coton tissées, des peaux, etc.
+
+Les produits venus d’Europe : tissus, quincaillerie, verroterie, etc.,
+se vendent surtout dans les boutiques et aux étalages installés en
+bordure du marché[318].
+
+C’est également à ces comptoirs que l’indigène porte le caoutchouc et
+les défenses d’ivoire, sans les exposer sur la place publique.
+
+Les achats se font, depuis longtemps déjà, contre de l’argent monnayé
+français. Sur la place, c’est également contre de l’argent et de la
+monnaie de billon que se traitent les petites affaires. Ce n’est que
+pour de très faibles achats qu’on se sert des noix de Kola, dont le
+cours varie souvent : au cours le plus normal, 20 noix équivalent à 0
+fr. 50. On achète une pincée de piment contre une noix, une petite
+mesure de riz contre 5 noix, etc.
+
+Autrefois on se servait, comme monnaie divisionnaire, des _guenzés_,
+morceaux de fer dont nous avons parlé précédemment, mais ils n’ont plus
+cours aujourd’hui à Beyla, tandis qu’on s’en sert toujours à Nzo, à
+Lola, à Lané.
+
+Les _cauris_, ces petits coquillages blancs dont il a été aussi
+question, ne servent pas de monnaie dans la région de production des
+Kolas. Les indigènes de ce pays les utilisent, en petite quantité, comme
+objets d’ornement en les portant dans leur chevelure, en en faisant des
+colliers ou en les fixant sur la crosse de leurs fusils.
+
+Les noix de Kolas mises en vente à Beyla, sont habituellement plus
+grosses que celles du Kissi. Les noix vendues en mars pèsent en moyenne
+de 15 à 18 grammes ; les plus belles atteignent le poids de 25 à 28
+grammes et les plus petites une dizaine de grammes. A la même époque,
+les noix vendues au Kissi ne pèsent en moyenne que 8 à 12 grammes. Nous
+avons déjà expliqué cette anomalie, en montrant que les plus belles noix
+du Kissi étaient triées et exportées vers Bamako.
+
+Il faut de 55 à 65 Kolas de Beyla pour peser un kilog. ; à Kissidougou,
+il en faut parfois une centaine.
+
+La charge de Kolas de Beyla renferme 1.500 à 2.000 noix, tandis que la
+charge de petites noix du Kissi comprend jusqu’à 3.000 amandes. Malgré
+la différence de taille, les noix du Kissi sont plus estimées que celles
+de Beyla par les connaisseurs indigènes qui savent les différencier en
+les dégustant. On assure que les noix vendues à Beyla ont été cueillies
+avant maturation, ce qui les rendrait moins agréables au goût. Par
+contre, elles sont moins exposées aux attaques du _Sangara_.
+
+Comme au Kissi, on trouve au marché de Beyla des noix de trois
+colorations différentes :
+
+
+1o _Kolas rouges_ (_Oro oulé_ des dioulas). — Leur coloration est d’un
+rouge-brun, rappelant la couleur de certains vins épais. Ils forment au
+moins les 2/3, et plus souvent les 3/4, des lots mis en vente (certains
+lots ne renferment même que des Kolas rouges) ; les Kolas blancs et les
+Kolas rosés entrent pour 1/3 ou pour 1/4 au maximum et sont mélangés.
+
+
+2o _Kolas rosés._ — Dans une charge de Kolas de Beyla, on trouve
+ordinairement toutes les gammes entre les Kolas franchement rouges et
+les Kolas blancs. Les malinkés nomment ces Kolas de teinte intermédiaire
+_Sa oura_. Il parait qu’il existe des arbres qui produisent
+exclusivement cette sorte de coloration : nous n’en avons pas observé.
+Parmi ces Kolas de teinte claire, la coloration la plus fréquente est
+une teinte d’un rose très clair un peu lavée de blanc-jaunâtre.
+
+
+3o _Kolas blancs_ (_Oro goué_ des dioulas). — Ne se rencontrent qu’en
+très petite quantité à Beyla. La noix est d’un blanc de neige au sortir
+du tégument ; mais, au bout de quelque temps, elle prend à l’air une
+teinte blanc-jaunâtre ou jaune légèrement verdâtre. C’est cette dernière
+teinte qu’elle a sur tous les marchés.
+
+Il est très difficile d’évaluer la quantité de Kolas apportés chaque
+année au marché de Beyla. Les patentes de dioulas délivrées aux
+caravaniers pourraient fournir des indications à ce sujet ; mais
+l’administration, avec raison, laisse passer en franchise une grande
+quantité de charges[319]. En 1908, le cercle de Beyla avait encaissé
+seulement 4.000 francs de patentes, correspondant à 1.300 charges (de 30
+kilog.), circulant dans le pays. En réalité, il en circule beaucoup
+plus.
+
+D’après M. LIURETTE, il passerait à Beyla, chaque année, environ 400
+tonnes de noix de Kola, soit 16.000 charges.
+
+Selon l’administrateur LEPRINCE, c’est à 12.000 charges qu’il faudrait
+évaluer la quantité de Kolas produites par le cercle de Beyla ou
+transitant sur son territoire.
+
+Il nous reste à dire quelques mots sur la valeur réelle des Kolas au
+marché de Beyla.
+
+Au marché de Lola, comme nous l’avons vu, les dioulas les achètent
+habituellement à raison de 500 Kolas pour 5 fr. ou 15 francs la charge
+de 25 à 27 kilog.
+
+Rendus à Beyla, à 8 jours au N. de Lola, les Kolas ne valent encore que
+25 fr. la charge de 1.500 noix ou 1 fr. 66 le cent en moyenne, soit 300
+noix pour 5 fr. Nous-même les avons payées, sur la place publique, le 7
+février 1909, c’est-à-dire à l’époque où ils sont déjà rares, sur le
+pied de 250 à 270 noix pour 5 fr.
+
+Les gros Kolas rouges triés se vendaient à raison de 200 noix pour 5 fr.
+
+Pour que cette marchandise puisse se vendre à Beyla à un prix aussi
+faible, il est nécessaire qu’elle n’ait point acquitté de droits
+d’entrée, car, en ajoutant au prix d’achat à Lola la taxe de colportage
+et le droit d’entrée de 0,75 par kilog., la charge à Lola même
+reviendrait déjà à 36 fr. ; il serait donc tout à fait impossible
+qu’elle se vende 25 fr. à Beyla.
+
+Ce seul fait montre sur quelle étendue se pratique aujourd’hui la
+contrebande.
+
+Le colporteur indigène répugne à acquitter des taxes. Comme il est
+presque toujours insolvable, en fraudant il s’expose seulement à voir
+confisquer sa marchandise. Les postes de douane n’ayant qu’un personnel
+très restreint, il est facile de passer sans être surpris.
+
+En 1909, le poste de douane qui a été installé à Danané dans la haute
+Côte d’Ivoire, n’existait pas encore et il était très aisé d’éviter les
+postes de la haute Guinée, en passant d’abord sur le territoire de la
+Côte d’Ivoire.
+
+Les caravaniers se rendaient à Ouaninou, dans le cercle de Touba, puis
+faisant un détour sur Kouroukoro et Maninian, ils venaient tomber à
+Kankan.
+
+Ces colporteurs contrebandiers ont droit, selon nous, à de sérieuses
+circonstances atténuantes, car le bénéfice qu’ils réalisent, même en
+évitant la taxe, est très minime.
+
+Pour se rendre de Lola à Bamako ou à Banemba, où il écoule ses Kolas, le
+dioula doit marcher environ 30 jours en faisant des étapes d’une
+vingtaine de kilomètres par jour et en portant sur sa tête (à moins
+qu’il n’ait quelques baudets, qui meurent fréquemment en route), une
+lourde charge de 25 à 30 kilog.
+
+Parvenu à destination, il ne reste plus au dioula que 1.000 Kolas
+environ. Il a dû en sacrifier environ 500 en cours de route : certaines
+noix étaient avariées par le _Sangara_ ou germées et il a fallu les
+jeter ; d’autres ont été distribuées aux hôtes et aux amis pour prix du
+logement et de la nourriture. Les 1.000 Kolas qui restent sont mis en
+vente sur le marché. Il faudra plusieurs jours pour les écouler.
+
+Supposons que les 3/5 de la charge comprennent de petites noix et les
+2/5 des grosses noix. A Bamako, les premières se vendront 0 fr. 05
+pièce ; les 600 rapporteront 30 fr., les 400 autres pourront se vendre 0
+fr. 10 pièce et auront rapporté 40 fr. ; la charge aura donc été écoulée
+à raison de 70 fr.[320], et comme elle a coûté environ 15 fr. à Lola,
+elle aura procuré un bénéfice de 55 fr. au colporteur contrebandier ; si
+toutes les taxes avaient été acquittées, le bénéfice serait de 35 fr.
+seulement.
+
+Pour réaliser un bénéfice aussi maigre, 40 journées environ se sont
+écoulées entre la date de l’achat et la date de la vente et le
+caravanier a dû parcourir 600 kilomètres lourdement chargé et en menant
+une existence de privations.
+
+Avec les 70 fr. retirés de la vente des Kolas, le dioula soudanais,
+achetait autrefois à Banemba du sel de Taoudéni venu par Tombouctou et
+Nioro. A Bamako, il faisait l’acquisition de tissus d’Europe.
+Aujourd’hui il trouve ces marchandises à meilleur compte à Kankan où
+existent une vingtaine de maisons européennes. Il peut s’y procurer non
+seulement des étoffes, mais aussi du sel gemme en tables, provenant de
+Roumanie, presque semblable à celui de Tombouctou, et se vendant
+seulement 0 fr. 75 à Kankan, environ 1 fr. à Beyla. Sur ces marchandises
+le dioula ne réalise que de maigres bénéfices. Seul le bétail donne
+parfois d’assez belles recettes ; il est amené du cœur du Soudan et
+vendu soit à Beyla, où de nombreux troupeaux se sont développés grâce à
+ces introductions, soit même aux peuplades forestières chez lesquelles
+on le débite comme viande de boucherie en l’échangeant contre du
+caoutchouc. Mais le convoyage des troupeaux de Bamako vers Lola et Nzo
+est lent, les maladies à trypanosomes sont fréquentes, de sorte qu’il y
+a souvent des déchets nombreux. Aussi le pécule du dioula s’accroit
+lentement.
+
+
+ =2o HAUTE COTE D’IVOIRE.=
+
+
+Nous avons fait connaître dans un chapitre précédent l’importance de la
+production des noix de Kola dans la partie N.-O. de la forêt de la Côte
+d’Ivoire, spécialement chez les Dyolas ou Dans, chez les Bétés et chez
+les Lôs ou Gouros.
+
+« Le commerce des Kolas, écrit le capitaine LAURENT, est le seul auquel
+se livrent les Dyolas. Ils s’y sont adonnés de tout temps, car il est
+leur seul moyen de se procurer tout ce qui leur manque. Le commerce se
+fait soit isolément dans les villages, l’acheteur traitant directement
+avec le récolteur, soit sur des marchés périodiques où colporteurs et
+vendeurs se rendent en grand nombre. Les objets les plus divers tiennent
+lieu de monnaie. Les plus appréciés sont le sel, les pagnes, la toile,
+le cuivre en baguettes ou bracelets, les coupes-coupes, les instruments
+de culture, les bœufs, les articles de verroterie.
+
+« Les marchés sont hebdomadaires et se font toujours aux mêmes endroits.
+Les plus importants sont ceux de :
+
+ Noms des marchés Jour Provenance des indigènes qui les
+ fréquentent
+
+ Té » Cantons du N.-E. et Touras.
+
+ Dioandougou » Cantons du S.-E.
+
+ Togouapolé mardi Canton de Plépolé, Végoui, Nuanlé, Iésé.
+
+ Oua mardi Canton de Gouro, Sé, Ouansoménou, Oua
+ nord.
+
+ Flampleu dimanche Canton d’Oua (centre et sud), Doualé,
+ Koualeu, Iorolé, Gouané, Nuanlé et
+ divers groupements Guérés ; très
+ important.
+
+ Bounda samedi Canton de Blossé, Lolé, Koulinlé, très
+ important.
+
+ Fineu mardi Canton de Blossé, Iorolé, Koulinlé, Folé.
+
+ Danané jeudi Canton de Houné.
+
+« Tous ces marchés sont fréquentés par les colporteurs mandingues de
+Touba et Beyla et par des Guerzés. Ceux du bassin de la Nuon : Zoualé
+(le jeudi), Gapleu (le mardi), ne reçoivent que de rares Guerzés.
+
+« Les étrangers venant acheter les Kolas sont toujours bien accueillis.
+
+« D’une façon générale, les trafics se font sans la moindre difficulté.
+Les Dyolas sentent qu’ils ont besoin des étrangers et les ménagent. Ils
+ne leur font pas payer le logement, mais simplement la nourriture et
+encore les colporteurs s’en tirent-ils à bon compte s’ils savent s’y
+prendre. Pour peu qu’ils soient habiles et beaux parleurs, ils
+s’installent en maîtres et sont bien traités partout où ils passent ;
+leurs conseils sont écoutés, généralement suivis, et leur influence est
+grande. »
+
+Jusqu’à ces dernières années, les Dyolas vendaient leurs Kolas sur place
+aux Mandés. Rares étaient ceux qui faisaient le colportage.
+
+Ils s’y mettent un peu maintenant que nous leur assurons la sécurité des
+routes. Ils se risquent jusqu’à la lisière N. de la forêt, faisant le
+petit commerce d’intermédiaires, aux marchés de Nzo, Oua, Gouro, Iuro,
+Flampleu, Danané, Bounda, Fineu. Aux marchés importants de Bounda
+(Blossé) et Flampleu (Oua), il se vend une moyenne de plus de 100.000
+noix par semaine.
+
+Les marchés se tiennent presque toujours en dehors du village, sur une
+place bien nettoyée située dans la forêt, au point de rencontre de
+plusieurs sentiers et souvent à quelques centaines de mètres de toute
+habitation.
+
+« Ils durent, en général, écrit LAURENT, de 8 h. du matin à 2 h. de
+l’après-midi. Ils commencent par le trafic des céréales, des poulets et
+de menus objets entre indigènes du voisinage. Puis vers 10 heures, une
+fois disparus les femmes et les enfants, le commerce des Kolas pratiqué
+exclusivement par les hommes fait son début.
+
+« Les vendeurs s’installent pêle-mêle à l’ombre, exposent leurs fruits,
+soigneusement enveloppés dans des feuilles et attendent. Les colporteurs
+s’approchent tenant à la main un objet de troc quelconque et le
+présentent à la ronde en criant « Eh ! Eh ! » Quand ils ont trouvé un
+amateur, ils s’arrêtent et négocient.
+
+« Quand les deux parties sont d’accord, le colporteur dépose à terre
+l’objet qu’il cède et se fait compter les Kolas dans un pagne. Il les
+examine avec soin, présente ses observations, refuse ceux qui lui
+paraissent suspects. Acheteur et vendeur ont jusqu’au dernier moment le
+droit de se dédire. Les comptes terminés, ils se consultent une dernière
+fois du regard et si l’accord persiste, le vendeur donne un Kola
+supplémentaire qui est le signe de la conclusion définitive du marché.
+
+« L’acheteur, non plus que le vendeur, ne répond pas des vices cachés de
+sa marchandise. C’est à la partie adverse à examiner sérieusement et à
+ne pas s’engager à la légère. »
+
+LAURENT fournit la mercuriale des Kolas à Danané (pour 1907) :
+
+ Un coupe-coupe (machète) = 200 Kolas.
+
+ Un bracelet en cuivre = 30 à 40
+
+ Un pagne mandingue = 300 à 500
+
+ Un bila (petit pagne) = 100
+
+ Un collier de perles = 80
+
+ Un bœuf de belle taille = 9.000 à 10.000
+
+La valeur de chaque noix pesant 12 à 15 grammes serait de 0 fr. 05.
+
+En avril 1909, au marché de Oua, le prix des Kolas était notablement
+moins élevé et les pièces de monnaie commençaient à avoir cours.
+
+Les dioulas obtenaient pour 5 francs 320 à 350 noix. La valeur des Kolas
+était donc d’environ un franc le kilog. Contre des marchandises, le prix
+était encore moins élevé : pour un pagne valant deux francs à Touba on
+obtenait 200 noix.
+
+Kahounien, par 6° 57′ de lat., est le marché limite des Kolas vers le
+sud dans le bassin du Cavally ; les caravaniers du Nord s’y rencontrent
+avec les Guerzés du Sud qui viennent aussi y acheter des Kolas, car eux-
+mêmes n’en produisent pas.
+
+Plus à l’est, entre le cours du Sassandra, à partir de l’endroit où il
+s’incurve vers le sud et le cours du Marahoué, affluent du Bandama, il
+existe encore des marchés de Kolas très importants sur lesquels nous
+reviendrons.
+
+Les Pays situés au sud de Man produisent aussi une assez grande quantité
+de Kolas, principalement en pays Guéré. D’après les renseignements
+inédits qu’a bien voulu nous communiquer le lieutenant RIPERT, on doit
+distinguer dans ces régions deux lignes de marchés.
+
+La première ligne, située au N., comprend les marchés de Dioandougou
+(Dioanpré), Té, Banankoro.
+
+La seconde ligne située au S., comprend les marchés de Man, Gouékangoui,
+Tiéni (en pays Ouobé), Sépolé, Blo, Gouogouré (en pays Guéré), Sémien
+(en pays Ouobé).
+
+A Man, on apporte par marché hebdomadaire, en mai, c’est-à-dire en
+dehors de la grande récolte, 60 à 80 charges de 1.500 à 2.000 noix. A Té
+et à Dioandougou, on apporte 100 à 150 charges par jour de marché en
+mauvaise saison.
+
+A Gouékangoui, à Gouagouré et à Blo, on apporte 5.000 à 10.000 Kolas par
+marché.
+
+La grande récolte des noix dans ces pays a lieu en octobre et novembre,
+mais les marchés les mieux approvisionnés se tiennent en décembre,
+janvier et février.
+
+Les dioulas du Soudan fréquentent seulement les marchés de la ligne N. ;
+un assez grand nombre viennent aujourd’hui jusqu’à Man. Les marchés de
+la ligne sud sont fréquentés par des Dyolas et des Ouobés, qui vont
+vendre leurs acquisitions aux dioulas visitant les marchés du Nord.
+
+Après avoir franchi le Sassandra ou le Bafing, les dioulas soudanais
+passent par le grand marché de Touna ou par celui de Ouaninou, puis ils
+se dirigent sur Touba ou sur Beyla.
+
+Le capitaine SCHIFFER, qui a vécu dans les pays Bétés et Gouros de 1906
+à 1909, a fourni dans ses rapports inédits d’intéressants renseignements
+sur la manière dont se fait le trafic des noix de Kola dans ces pays.
+
+« C’est, écrit-il, un commerce continu de tribu à tribu vers le Nord,
+mais il n’existe pas de routes ou d’artères commerciales d’un long
+parcours. Par exemple, les femmes du Bogué apportent leurs Kolas dans le
+Balo, vont dans le Zéblé et chez les groupes où les attirent quelques
+liens de parenté, mais elles s’arrêtent généralement à Daloa et depuis
+la création d’un poste dans cette région à Idéblé ; les femmes du Zéblé
+vont dans le Balogué et celles de ce groupe se rendent chez les Kouyas
+qui transportent à leur tour les Kolas chez les Lôs ou Gouros du Nord.
+
+« De cette façon, les Kolas qui dans le Bogué et le Balo ont une valeur
+approximative de cinq pour un sombé, soit environ un centime pièce, se
+vendent déjà à Touna, Diorolé et Toubalo 5 centimes pièce ; il ne s’agit
+naturellement que des plus belles noix. Celles-ci augmentent de prix
+entre les deux récoltes de juin et novembre, même sur les lieux de
+production où le prix monte alors : on n’obtient plus pour un sombé que
+3 ou même 2 noix. Les marchandises les plus prisées par les Gouros, les
+Kouyas et les Bétés en échange de leur Kolas, sont les pagnes, dits
+Gouros, mais en réalité d’origine Mandé-dioula, le sel en barres, les
+sombés (_rougou_ en Bété) et les bœufs.
+
+« Jusque chez les Ouayas et même dans les villages situés au nord du
+Balogué, pénètrent les grands et beaux bœufs du Korodougou et du
+Koyaradougou (Séguéla et Mankono), espèce sans bosse, intermédiaire
+comme taille entre les grands bœufs du Soudan et les petits bœufs de la
+forêt dense.
+
+« Grâce à la sécurité que va assurer aux colporteurs (_dioulas_)
+l’intervention de nos armes en Pays Gouro et en Pays Bété, les Lôs et
+Gouros ne pourront plus conserver le monopole d’intermédiaires et
+empêcher comme ils le faisaient auparavant, les colporteurs Mandés-
+Dioulas de venir s’approvisionner directement dans les pays de
+production. Il nous appartiendra à ce moment de canaliser ce nouveau
+courant et de l’attirer par la création de marchés vers nos postes de
+Daloa et d’Issia. Les Kouyas et les Lôs seront alors obligés de récolter
+le caoutchouc de la forêt pour assurer leur existence. »
+
+Nous avons signalé, dans un chapitre précédent, l’importance de la
+production des Kolas dans le Pays Bété. Dans cette province, ainsi que
+dans une partie du Pays Lô ou Gouro, les Kolas sont transportés sur les
+marchés du N. où ils sont achetés par les indigènes de la région de
+Séguéla ; mais le transport n’a lieu qu’à la suite d’achats successifs
+de tribu à tribu. Ce sont les femmes qui transportent et vendent les
+Kolas dans la tribu voisine d’où ils sont ensuite portés et vendus un
+peu plus loin. Ces passages de tribu à tribu amènent une forte
+majoration de prix. « C’est ainsi qu’une charge de 2.000 Kolas qui vaut
+à Daloa 50 francs, atteint à Balogué 65 francs, 85 francs à Vavoua, 100
+francs au sud du Pays Nati et 120 francs sur l’important marché de
+Ténéfero où s’approvisionne Séguéla. Or, Ténéfero se trouvant à 5 jours
+seulement de Daloa vers le N., une charge de 2.000 Kolas achetée à
+Daloa, transportée au tarif officiel, ne vaudrait que 55 francs à
+Ténéfero[321] ».
+
+Le lieutenant RIPERT nous a communiqué des renseignements très
+intéressants sur le commerce des Kolas dans les Pays Gouros ou Lôs et
+Bétés qu’il a parcourus dans tous les sens.
+
+Ce sont généralement les femmes Lôs qui transportent les Kolas du Pays
+des Bétés vers le N. Une partie des intermédiaires habitent les villages
+bétés d’Ideblé, sur la frontière du Pays Gouro. Toutes les femmes Lôs
+d’un village viennent en groupe sous la conduite de quelques hommes
+armés et, parvenues sur les marchés de la zone sud, elles achètent les
+Kolas aux Bétés et surtout aux Kouyas et aux Gouros qui sont déjà allés
+s’approvisionner en plein pays Bété.
+
+D’Ideblé, les Kolas passent à Niabéloufra (Niabéloa), en pays Gouro. Ils
+ont été achetés contre des sombés, des pagnes, quelques bœufs. Presque
+toutes les noix remontent ensuite vers le Pays Ton (gouro) ou Tonfra.
+Les Tons les revendent aux Mangouroufra ou aux Yansouas (gouros). C’est
+là que commencent les grands marchés du Pays Lô où des Mandés-Dioulas
+sont installés en permanence. On y trouve aussi des commerçants Lôs.
+
+Les principaux marchés du Pays Lô de l’est à l’ouest sont :
+
+Besiéka (Pays Yansoua), Govlégonoma (Bogolofié des Mandés), deux autres
+marchés en Pays Niananfla (Niangoro), Bandiaï (Sasamba), Dananéï
+(Danono), Gouétifla (Sokoulaso), Pays Gononfla (Gotono) ; Vavoua, en
+Pays Ouaya ou Kouya, était aussi un marché jusqu’à ces derniers temps.
+On cite encore comme marchés à Kolas importants du Pays Lô : Bébalo
+(Toubalo), Dantero (Séguiri), Bologofia.
+
+Les points énumérés portent généralement deux noms, un nom Gouro et un
+nom Mandé.
+
+A trois à cinq jours au N. des points qui viennent d’être énumérés, on
+trouve quatre grands marchés situés loin en dehors de la zone
+productrice des Kolas, mais fréquentés par de nombreux dioulas du Soudan
+qui ne s’avancent pas plus loin vers le sud.
+
+Ces marchés sont ceux de Diorolé, de Touna (Gouaran), de Séguéla et de
+Mankono. Ces marchés se tiennent à jour fixe, une fois par semaine, sur
+une place au milieu du village. Diorolé est fréquenté par des Mandés-
+Dioulas et par des Lôs.
+
+On y apporte principalement des Kolas blancs, très estimés et très
+chers. On les achète à Diorolé jusqu’à 40 fr. à 60 fr. les 1.000 suivant
+l’époque de l’année.
+
+800 à 1.000 charges sont mises en vente à chaque marché.
+
+Le marché de Touna que nous avons visité est situé près du confluent du
+Sassandra et du Bafing. Outre les Mandé-Dioulas, des Lôs, des Ouobés et
+des Touras le fréquentent. On y vend surtout des Kolas rouges ; 400 à
+500 charges sont apportées à chaque marché.
+
+Séguéla est aussi un marché très important. En novembre 1908, on faisait
+payer aux dioulas une taxe de circulation de 2 francs par 1.000 Kolas :
+on encaissait ainsi 8.000 fr. par mois et beaucoup de charges passaient
+cependant en fraude.
+
+Mankono, situé en plein pays soudanais, a une importance commerciale
+comparable ; on y apporte surtout des Kolas blancs provenant du marché
+Lô de Tubalo (Bébalo).
+
+En juin 1909, les grosses noix se vendaient à Mankono à raison de 200
+noix pour 5 fr., et les petites noix, 300 Kolas pour la même somme. Au
+détail, on obtenait 25 noix mélangées pour 20 sombés et les sombés se
+payaient alors à raison de 14 pour 0 fr. 50. Les caravaniers, qui vont
+au pays Lô échanger des marchandises contre des Kolas, trouvent à
+Sakala, à Kani, à Touna, à Séguéla, à Mankono, des tissus, des
+verroteries, du sel, de la quincaillerie et d’autres produits européens
+importés de Kankan et de Bamako par caravanes et vendus par les dioulas
+à prix relativement bas.
+
+Dans son rapport, qui remonte déjà à 1901, le capitaine SCHIFFER a
+exposé avec beaucoup de précision les changements survenus dans le
+commerce des Kolas de cette région, depuis le voyage de BINGER.
+
+Les voies commerciales suivies le plus habituellement ne sont plus
+transversales de l’est à l’ouest, sauf les routes de Kankan-Maninian et
+Sakala-Kong. Le mouvement se fait maintenant presque tout entier du sud
+au nord. Chaque canton Lô a désormais un marché, quelquefois deux s’il
+est important. Ces marchés sont restés longtemps fermés aux étrangers et
+ne sont encore visités que par les femmes Lôs d’autres cantons et les
+femmes Mandé-Dioulas des régions de Séguéla et Mankona. Les femmes des
+Mandés-Dioulas se livrent à ce commerce avec une activité inlassable.
+Plusieurs fois par mois elles quittent leurs villages, vont chercher des
+Kolas chez les Lôs et les rapportent sur les marchés de Touna, Kounana,
+Séguéla, Diorolé, Magnani, Tubalo et Bimbalo. En ces points, elles
+rencontrent des dioulas du Soudan auxquels elles cèdent leurs noix après
+avoir prélevé un bénéfice élevé. Beaucoup, dit-on, font aussi trafic de
+leurs charmes en accomplissant ce courtage qui est, en définitive, fort
+rénumérateur et qui permet à l’époux de mener, dans le village de
+culture ou dans les villes de Mankono, Seguéla, etc., une vie oisive.
+
+Les Kolas sont cédés par les producteurs ou par les courtiers contre de
+l’argent monnayé ou contre certains articles d’échange.
+
+A hauteur de Touna, Séguéla, Mankono, les _cauris_ du Soudan n’ont plus
+cours comme monnaie locale : ils sont remplacés par les _sombés_
+fabriqués dans les régions de Touna et de Sakala. Les marchandises de
+traite les plus fréquemment apportés du Soudan sont : le bétail (bœuf et
+moutons), les chevaux, quelques cotonnades et de la verroterie, enfin du
+sel.
+
+Cette dernière denrée est apportée du Sahel en barres de 25 à 28
+kilog. : « ces barres mesurent un mètre de long sur 0 m. 40 de largeur
+et 0 m. 05 ou 0 m. 06 d’épaisseur ; elles sont maintenues par des
+baguettes longitudinales en bois et des cordes ou des lanières en peaux
+de bœufs, et transportées à dos de bœufs porteurs ou d’ânes, plus
+rarement à tête d’homme.
+
+« Malgré cet emballage primitif et peu soigné, ce sel résiste très bien
+à la longueur des routes et ne craint ni la poussière, ni par suite de
+sa grande densité les pluies légères.
+
+« Mais il revient très cher et les conditions mêmes dans lesquelles il
+voyage en hivernage, en font une marchandise rare et souvent introuvable
+dans la région.
+
+« Arrivés à Maninian, Odienné, Kani, Sakala, les dioulas débitent leurs
+barres de sel en douze petites barres de trois à quatre doigts
+d’épaisseur nommés « Kokotla » (de Koko sel et tla ou tala, partager) ou
+_Kokoti_ (dans les régions de l’est).
+
+« Cette fraction de barre devient maintenant unité d’échange ; elle pèse
+environ deux kilog. et atteint comme valeur en monnaie française 5
+francs, en saison sèche et 7, 8 et même 10 francs en hivernage ; par
+suite aussi sa valeur en kolas se modifie profondément. Sur les marchés
+de Touna, Séguéla, Mankono, les dioulas obtiennent des courtiers 400 ou
+500 Kolas, ce qui met le cent à environ un franc ; en hivernage, c’est-
+à-dire vers le mois d’octobre, ils obtiennent 700 à 800 Kolas pour la
+même barre, ce qui réduit la valeur de 100 Kolas à 0,70 ou 0,80.
+
+« Enfin, sur les marchés de Toubalo et Bimbalo, la demande pendant
+l’hivernage dépasse beaucoup l’offre ; une barre de sel arrive à valoir
+1.000 à 1.200 Kolas, ce qui procure aux courtiers un gain immédiat de 25
+à 30 % » (SCHIFFER, _Mss._).
+
+Dans toute la première zône des marchés à Kolas signalés par BINGER, il
+ne reste plus comme grand marché que Maninian. Encore ce point doit-il
+être considéré comme un vaste entrepôt où viennent s’approvisionner les
+marchands peu désireux de s’aventurer trop au sud ou dont les voyages
+sont interrompus par l’hivernage. Il en est de même des importants
+marchés de Tengréla, Tombougou, Odienné et Sambatiguila, qui ne sont que
+des points d’entrepôt ou de passage, comme le sont devenus aussi les
+marchés de la deuxième zône, Toté et Sakala ; celui de Siana a
+complètement disparu au profit de Séguéla.
+
+Les véritables marchés pour le trafic des Kolas se trouvent reportés
+aujourd’hui sur la ligne Touna, Séguéla, Mankono, Bouandougou, marchés
+qui ne furent pas indiqués à BINGER et qui n’existaient peut-être pas
+encore lors de son voyage.
+
+Notre occupation a enlevé aux habitants d’Odienné, Toté, Kani et Sakala
+le monopole du courtage, de sorte que ce monopole s’est trouvé reporté
+chez les peuplades vivant plus au sud ; c’est ainsi que s’est fait le
+déplacement des marchés que nous avons signalé. Les centres de Kounana,
+Bogolo, Diorolé, Dahantogo, Goaka et Toulé sont devenus à leur tour les
+marchés terminus où s’arrêtent les dioulas venus du nord et que
+fréquentent surtout les femmes Lôs et les femmes Mandé-Dioulas.
+
+Il est certain que ce recul des marchés à Kola vers le sud ne s’arrêtera
+pas là et le jour prochain où la pacification des Pays Lôs et des Pays
+Bétés sera complète, les dioulas soudanais viendront s’approvisionner
+dans les pays de production.
+
+Aussi, à plusieurs reprises, les Lôs ont cherché à s’opposer à la
+pénétration des européens et des soudanais, afin de conserver le
+courtage des Kolas qui est leur principal négoce et leur assure, sans
+grand effort, une source précieuse de bénéfices.
+
+ *
+ * *
+
+La production des pays de la Côte d’Ivoire que nous venons de passer en
+revue est considérable. Il est impossible de l’évaluer avec certitude et
+nous ne pouvons donner que des indications. Nous pensons qu’elle atteint
+2.000 tonnes par an.
+
+Le droit de circulation de 0 fr. 25 par kilog. n’est payé que par un
+nombre infime de caravaniers, de sorte qu’on ne peut tabler sur les
+recettes de cette taxe pour évaluer la production.
+
+En 1909, les recettes mensuelles de la région pour la taxe des Kolas
+étaient les suivantes :
+
+Touba, 2.000 francs ; Séguéla, 1.500 francs ; Mankono, 500 francs, soit
+au total 4.000 francs par mois ou 48.000 francs par an, somme
+correspondant à 192 tonnes de noix ou 7.700 charges.
+
+ *
+ * *
+
+Les autres régions de la Côte d’Ivoire desquelles il nous reste à parler
+sont moins riches en Kolatiers, de sorte que le commerce des noix y est
+plus restreint.
+
+Le seul canton donnant une production de quelque importance est le Pays
+des Ngans, dans l’Anno. Il produit principalement de grosses noix
+blanches du poids de 20 à 35 grammes et de petites noix roses pesant 8 à
+15 grammes souvent vendues en mélange. La charge, comprenant 1.500 à
+2.000 noix, est achetée sur place 15 francs à 30 francs par les dioulas,
+suivant que la récolte a été bon ou mauvaise et aussi suivant la saison.
+Cette même charge, transportée à Sikasso, y vaut 80 francs à 120 francs.
+C’est surtout en novembre, décembre et janvier que se font les achats
+sur place. La taxe de 0 fr. 25 par kilog. n’est perçue que sur une
+partie minime de la production. M. l’administrateur BARTHÉLEMY a eu
+l’obligeance de nous communiquer le relevé de fin 1908 et de 1909
+donnant la taxe payée au poste de Dabakala par les colporteurs
+transportant les noix.
+
+ MOIS Montant des taxes Poids des Kolas
+ sur les Kolas
+ --- --- ---
+
+ Octobre 1908 245 fr. 75 983 kil.
+
+ Novembre 1.175 25 4.701
+
+ Décembre 1.712 50 6.850
+
+ Janvier 1909 1.732 50 6.930
+
+ Février 30 » 120
+
+ Mars 675 » 2.700
+
+ Avril 491 25 1.965
+
+ Mai 90 » 360
+
+ Juin 37 50 150
+
+ Juillet » » »
+
+ Août 7 50 30
+
+ Septembre 57 50 230
+
+ Octobre 142 5 570
+
+ Novembre 120 50 482
+
+ Décembre 102 » 408
+ ------------ -----------
+ Totaux pour 1909 3.486 fr. 25 13.945 kil.
+
+Soit 14 tonnes à peine, mais ce chiffre ne représente probablement pas
+la dixième partie de ce qui sort par le cercle de Dabakala et comme des
+sorties importantes se font aussi par Bondoukou et par le Baoulé, il
+n’est pas exagéré d’évaluer la production de cette région à 300 tonnes
+par an. Bondoukou est un marché de Kolas très important qui reçoit des
+noix non seulement de l’Anno, mais aussi du Pays Achanti.
+
+Dans la Basse-Côte d’Ivoire, dans le sud-ouest du Baoulé, et dans la
+partie traversée par le chemin de fer, les dioulas qui drainent le
+caoutchouc de ces régions, achètent aussi aujourd’hui autant de charges
+de noix de Kola qu’ils peuvent en trouver. Les indigènes de la forêt les
+leur procurent à un prix infime mais ces noix sont revendues presque
+aussitôt sur place de 1 fr. 50 à 2 fr. 50 le kilog. Les régions qui en
+fournissent le plus aujourd’hui sont le pays de Kokoumbo, la région de
+Sahoua dans le Morénou, quelques villages du pays Abé, enfin l’Attié.
+Ces noix sont vendues au détail dans les centres de la colonie, à Grand-
+Bassam et à Bingerville, à Abidjan, à Nziville, à Grand-Lahou, à
+Tiassalé ; d’autres sont emportées par les caravaniers vers le nord.
+
+A travers le Baoulé, transitent les charges de Kolas achetées dans le
+bas Bandama et le long de la voie ferrée. Des noix rouges et des noix
+blanches (⅔ de rouges environ) sont apportées tous les mercredis à
+Bouaké, mais il ne s’en vend pas plus d’une centaine de kilogs par
+journée de marché. Ces noix sont consommées sur place par les Soudanais
+ou exportées vers le Nord par Mankono.
+
+Nous évaluons la production actuelle de la Côte d’Ivoire à 3.000 tonnes,
+se répartissant ainsi par régions :
+
+ Noix sortant par le cercle de Touba 1.000 tonnes
+
+ Sortant par le district de Séguéla 700
+
+ Sortant par Mankono 500
+
+ Production de l’Anno (Ngans) 300
+
+ Production du Baoulé, du Morenou, de l’Attié
+ et de la Basse Côte d’Ivoire 500
+
+La production peut être considérablement développée dans cette colonie.
+
+
+ =3o BAS-DAHOMEY.=
+
+
+Le Bas-Dahomey produit une assez grande quantité de noix de Kola à 4 ou
+5 cotylédons, qui sont consommées sur place ou exportées à Lagos. De ce
+point, arrivent par contre au Dahomey des Kolas à 2 cotylédons importés
+de la Gold-Coast.
+
+Les importations de Kolas au Dahomey, par la lagune de Lagos, atteignent
+quelques tonnes chaque année.
+
+Les exportations, en 1908, ont été de 32.536 kilog., estimés 65.052
+francs ; en 1909, 29.738 kilogs valant 59.476 francs.
+
+Les noix se vendent au détail sur tous les marchés de la côte : ceux de
+Porto-Novo, Cotonou, Adjara, Abomey, en sont particulièrement bien
+approvisionnés.
+
+Les noix du Bas-Dahomey ne dépassent pas Savé et Savalou, de sorte que
+le Haut-Dahomey est approvisionné exclusivement de noix de la Gold-Coast
+à deux cotylédons, venues par l’hinterland du Togo.
+
+
+ =4o AFRIQUE ÉQUATORIALE FRANÇAISE.=
+
+
+Le bassin de la Haute-Sangha, habité par les Bayas, produit une certaine
+quantité de noix de Kola que viennent acheter des caravaniers Foulbés et
+Haoussas. Ces noix sont transportées dans l’Adamaoua. Il en parviendrait
+même jusque dans la Nigéria du Nord.
+
+Nous ne possédons que des renseignements très incomplets sur ce
+commerce. Seul, le lieutenant CHARREAU a fourni quelques indications :
+
+« Bien avant notre arrivée, les Foulbés et les Haoussas avaient établi
+des marchés à Koundé... Les échanges commerciaux se faisaient en nature,
+en cauris ou en esclaves... Pour 200 à 500 Kolas[322], ou 20.000 à
+40.000 cauris, le Foulbé donnait un bœuf[323] ». Les caravaniers, après
+avoir dépassé Koundé, se dirigent vers le sud en passant par Gaza (sur
+la rivière Kadéï) ou par Bertoua, près de la Mambéré. « C’est avec les
+Kolas venant de Nola, Bania, Cambé, que les Haoussas achètent à
+Ngaoundéré leurs bestiaux, et ce trafic est tel que les Européens ont
+songé à réclamer comme pour le caoutchouc le monopole de l’achat à
+l’indigène, afin de revendre les Kolas aux Haoussas »[324]. Notre
+administration s’est heureusement opposée aux prétentions des Sociétés
+concessionnaires, prétentions qui non seulement auraient porté atteinte
+aux droits des indigènes Bayas, puisqu’en général les Kolas sont des
+produits de culture, mais elles risquaient aussi d’anéantir le commerce
+local des Haoussas qui est des plus intéressants.
+
+« Le Haoussa, écrit CHARREAU, échange contre tout. Se rendant de
+Ngaoundéré à Carnot, il transformera son pécule plusieurs fois en
+traversant les divers villages. Partant avec des bœufs, il les échangera
+contre du caoutchouc qu’il vendra ensuite à l’Européen pour de l’argent
+ou pour des nattes et des perles troquées à Carnot contre des Kolas. De
+retour à Ngaoundéré, il revendra ses noix au détail, achètera des bœufs
+et entreprendra un nouveau voyage et la même série d’échanges. A chaque
+transformation, son pécule augmente. Il n’est pas rare qu’un Haoussa se
+dépouille de ses vêtements pour acheter un ou deux animaux et qu’il
+revienne au voyage suivant avec un troupeau de quatre ou six
+bœufs. »[325]
+
+Il a existé, jusqu’à ces dernières années, au Gabon, un intéressant
+commerce de noix de Kola sèches qui étaient exportées en Europe et
+notamment à Liverpool. D’après les statistiques officielles, les
+dernières exportations furent les suivantes :
+
+
+ =Exportations de Kolas secs au Gabon.=
+
+ Années Poids (kilos) Valeur (francs)
+ --- --- ---
+
+ 1896 21.972 22.191
+
+ 1897 17.802 22.433
+
+ 1898 10.340 29.308
+
+ 1899 4.481 3.875
+
+ 1900 2.235 1.836
+
+ 1901 4.890 2.510
+
+ 1902 néant néant
+
+La disparition de ce commerce a coïncidé avec la substitution du régime
+des grandes concessions au régime du commerce libre. Les Noirs du Gabon
+avaient pris l’habitude de venir vendre aux factoreries, pour la plupart
+anglaises et hollandaises, divers produits de cueillette : Kolas,
+piassava, copal, noix palmistes. Le jour où les concessionnaires émirent
+la prétention de payer ces produits au-dessous de leur valeur réelle, ou
+contre des marchandises inusitées dans le pays, l’indigène renonça à
+recueillir les produits qu’il exploitait depuis longtemps.
+
+Ce régime a eu pour résultat d’arrêter l’essor commercial d’une de nos
+colonies les plus riches en ressources naturelles. De nouvelles mesures
+administratives actuellement en voie d’application pourront seules la
+tirer de sa stagnation. Là, comme dans tous les autres pays du monde, ce
+n’est que le commerce libre avec le jeu de la concurrence qui peut
+inciter l’indigène au travail et, partant, assurer la prospérité
+économique de notre colonie.
+
+
+ =II. — PRINCIPAUX PAYS PRODUCTEURS ÉTRANGERS.=
+
+
+ * * * * *
+
+
+ =1o SIERRA-LÉONE.=
+
+
+Nul, il y a une trentaine d’années, le commerce d’exportation des noix
+de Kola par mer a pris un grand développement depuis une dizaine
+d’années.
+
+Les colonies qui reçoivent la plus grande quantité des Kolas de Sierra-
+Léone sont la Gambie (474 tonnes en 1909), le Sénégal (652 tonnes en
+1909), la Guinée portugaise (314 tonnes en 1909).
+
+Nous avons pu nous procurer les chiffres suivants donnant l’exportation
+totale par mer depuis 1895 :
+
+ Quantités Valeur
+ (tonnes de 1016 (francs)
+ kilos)
+
+ 1895 499
+
+ 1896 504 971.300
+
+ 1897 646 1.138.775
+
+ 1898 548 1.241.750
+
+ 1899 488 1.536.375
+
+ 1900 » 1.980.475
+
+ 1904 798 2.018.550
+
+ 1905 769 1.893.200
+
+ 1906 1.255 2.602.100
+
+ 1907 1.374 2.831.850
+
+ 1908 1.162 2.622.375
+
+ 1909 1.324 3.846.225
+
+Suivant l’abondance des noix et les demandes dans les colonies qui font
+l’importation par mer, les cours des noix subissent parfois des sauts
+très brusques.
+
+Habituellement les noix se vendent 16 livres sterling (400 fr.) la tonne
+(1016 kilogs), dans les villages producteurs et à Free-Town elles valent
+déjà 1 fr. ou 1 fr. 25 le kilog. Toutefois ce prix est parfois dépassé
+et en janvier 1910 la tonne se payait 64 livres sterling (1600 fr.).
+
+D’après le rapport commercial qu’a eu l’obligeance de nous communiquer
+Son Excellence le Gouverneur de Sierra-Léone, les noix de Kola viennent
+en deuxième ligne dans les exportations de la colonie et en 1907, elles
+représentaient 16,83 % de la valeur totale des exportations de la
+colonie.
+
+Les cantons de Mano, Salija et Sulima, du district de Sherbro, sont
+particulièrement riches en Kolas et s’ils pouvaient être atteints par le
+chemin de fer, une grande impulsion serait donnée au commerce de toute
+la contrée. L’expédition des noix par des embarcations légères présente
+des aléas, de sorte que les indigènes ne recueillent qu’une partie des
+fruits.
+
+L’exploitation de cette denrée est faite exclusivement par les
+commerçants indigènes qui circulent entre les ports du Nord et les
+localités de l’intérieur.
+
+Depuis 1906, quelques maisons européennes tentent aussi de se livrer à
+ce négoce. On estime que 5 % seulement de la population de Sierra-Léone
+emploie le Kola comme article d’alimentation et qu’il n’en est pas
+consommé plus de 10 tonnes par an dans toute la colonie.
+
+Durant les années favorables, la colonie peut produire actuellement
+2.000 tonnes de noix (8 quintaux par acre), mais les plantations
+indigènes sont en voie d’extension. Une grande quantité de Kola est
+transportée par terre en Guinée française et ne se trouve pas comprise
+dans les statistiques du Département des Douanes.
+
+
+ =2o GOLD-COAST.=
+
+
+Les noix de Kola sont une des principales ressources de la Gold-Coast
+qui en produit pour 5 ou 6 millions de francs par an.
+
+La plus grande partie des amandes exportées provient du Pays des
+Achantis et de l’Akyem. Le _Cola rubra_ est la seule race cultivée dans
+ces régions.
+
+Suivant un _Supplément de la Gazette du Gouvernement de la Gold-Coast_
+pour 1909, on estime que les 4/5 des importations dans le Pays des
+Achantis, sont échangées contre des noix de Kola dont le prix serait
+d’environ 10 livres sterling la tonne (soit 0 fr. 25 le kilog.). Or, la
+valeur des exportations de ce produit pour l’Achanti atteignait, en
+1908, 90.000 livres sterling ou 2.250.000 francs. Au prix de 0 fr. 25 le
+kilog., cela correspondrait à 9.000 tonnes de Kolas, et sur cette
+quantité il passerait vers le Nord pour 80.000 livres sterling de
+Kolas[326]. Le chemin de fer de Coumassie en emporterait pour 250.000
+francs à Sekondee. Cette valeur correspond, d’après nos évaluations, à
+environ 250 tonnes.
+
+[Illustration : (Cliché communiqué par H. FILLOT).
+
+FIG. 49. — Couffins de Kolas préparés pour l’embarquement à Sekondee
+(Gold-Coast).]
+
+Ces 250 tonnes s’ajoutent aux quantités beaucoup plus élevées produites
+par l’Akyem et par les régions avoisinant la mer et le tout est embarqué
+principalement à destination de Lagos.
+
+Les marchés de Séhara et de Halata fournissent de grandes quantités
+destinées à l’exportation par mer.
+
+Le commerce d’exportation des Kolas par mer a commencé il y a 30 ans
+seulement. Les statistiques douanières signalent en 1899 une sortie
+évaluée à 2.125 francs et en 1892 l’exportation n’était encore de 33.200
+francs. Nous publions, d’après _The Gold Coast Civil service List
+1904-05_, le tableau des exportations de 1886 à 1903 inclus :
+
+
+ =Gold-Coast.=
+
+ _Kolas frais exportés par mer._
+
+ Années Nombre de Valeur
+ Couffins en francs
+
+ 1886 114 18.950
+
+ 1887 206 25.250
+
+ 1888 261 36.475
+
+ 1889 13 2.125
+
+ 1890 607 82.850
+
+ 1891 347 55.600
+
+ 1892 91 33.200
+
+ 1893 979 642.900
+
+ 1894 1.202 712.800
+
+ 1895 2.352 764.150
+
+ 1896 3.156 835.950
+
+ 1897 4.278 946.750
+
+ 1898 3.092 894.725
+
+ 1899 2.671 1.425.525
+
+ 1900 1.907 1.078.325
+
+ 1901 1.979 875.600
+
+ 1902 1.923 936.875
+
+ 1903 2.773 1.264.025
+
+Pour les dernières années, M. Emile BAILLAUD nous a communiqué les
+chiffres suivants :
+
+ Années Quantités Valeur en francs
+ (couffins de
+ 450 kg. environ)
+
+ 1905 » 1.502.775
+
+ 1906 4.703 1.840.800
+
+ 1907 6.278 1.972.525
+
+ 1908 4.484[327] 2.109.050
+
+L’exportation actuelle par mer doit osciller entre 2.000 et 2.500
+tonnes.
+
+En 1903, l’exportation totale de 2.773 couffins par mer se répartissait
+ainsi par les divers ports :
+
+ Accra 1.571 couffins
+
+ Cape Coast 849
+
+ Saltpond 147
+
+ Winneba 26
+ --------------
+ Total 2.773 couffins
+
+Depuis la construction du chemin de fer de Coumassie, de nombreux
+ballots sont également embarqués à Sekondee.
+
+
+ =3o CAMEROUN.=
+
+
+L’hinterland du Cameroun dans les parties boisées situées au sud du 6°
+de lat. N. produit des noix de Kola que des Haoussas de l’Adamaoua
+allemand et de la Nigéria du Nord viennent acheter. Elles se vendent
+dans les pays producteurs en passant par Ngaoundéré et Tibati, centres
+caravaniers importants. Nous n’avons aucun renseignement sur ce trafic.
+
+Les districts côtiers du Cameroun exportent aussi par mer de petites
+quantités de noix de Kola embarquées à Douala et à Victoria et destinées
+au Togo ou à la Nigéria anglaise. Ce commerce atteint quelques dizaines
+de mille francs par an et il ne fera sans doute que se développer,
+diverses plantations de Kolatiers ayant été faites dans ces dernières
+années.
+
+En 1899, le Cameroun a exporté 25.111 kilog. de Kolas valant 9.286
+Mks. ; en 1900, 24.057 kilog. valant 6.994 Mks. ; en 1905, 62.789 kilog.
+valant 34.564 Mks. ; en 1906, 37.068 kilog. valant 21.707 Mks. ; en
+1907, 80.411 kilog. valant 21.997 Mks. et en 1908, 83.469 kilog. valant
+34.265 Mks. Une grande partie de ces Kolas sont à l’état sec et destinés
+au port de Hambourg.
+
+
+ =4o TOGO ALLEMAND.=
+
+
+Le Togo produit de petites quantités de noix de Kola, notamment aux
+environs de Tapa (_Cola nitida_) et de Misahöhe (_C. acuminata_), mais
+la production ne suffit pas à la consommation.
+
+Dans le nord du Togo, le transit des Kolas, allant du Pays Achanti à la
+Nigéria du Nord ou aux territoires français de la boucle du Niger, donne
+lieu à un trafic très intense. Au poste de Kétékratyi, situé sur la
+route des caravanes, pendant le premier semestre 1899, le Comte ZECH a
+recensé 233 tonnes de Kola transitant. « Cette statistique, ajoute-t-il,
+ne présente qu’une partie de la totalité du trafic ; il y a encore plus
+d’une voie commerciale allant du Pays Achanti au Soudan. Le commerce du
+Soudan se dirigera de plus en plus vers le pays produisant le plus de
+bons Kolas, c’est-à-dire vers la Côte d’Or. Si le Togo veut participer
+en une certaine mesure à ce commerce, il faudra qu’on y installe des
+plantations d’une bonne espèce de _Cola_. Heureusement, ces cultures
+sont commencées et déjà en bel état[328] ». Nous savons que les
+résultats obtenus par la suite n’ont pas été en rapport avec l’optimisme
+de l’ancien Gouverneur du Togo et nous pensons, pour notre part, que le
+Togo privé de grandes forêts ne parviendra pas à concurrencer les pays
+approvisionnant en Kolas le Soudan, c’est-à-dire la Côte d’Ivoire et la
+Gold-Coast.
+
+
+ =5o SAN THOMÉ=
+
+
+Ainsi que nous l’avons constaté, de nombreux Kolatiers sont disséminés à
+travers les plantations de Cacaoyers de l’île portugaise, mais on n’en
+tire presque aucun parti.
+
+Dans quelques _roças_ seulement, « les noix de Cola sont cassées en
+morceaux et séchées au soleil[329] ».
+
+En 1898, il en a été exporté 374 kilog. valant 1.185 francs ; en 1899,
+on en exporte encore pour 3.500 fr. En 1905, ces exportations avaient
+cessé.
+
+ Prix sur le marché de l’île : 0 fr. 30 le kilog.
+
+ Droits à destination du Portugal 1 % _ad valorem_
+
+ — des pays étrangers 15 % —
+
+La culture du Cacaoyer est beaucoup plus rémunératrice que celle du
+Kolatier.
+
+Dans la notice sur l’Exposition Coloniale de Paris de 1906[330] il est
+dit à propos de la culture du Kolatier : « Il s’agit là d’une culture
+qui rapporte peu, c’est vrai, mais qui, étant à la portée des indigènes
+et des européens — vu le peu de soins qu’elle exige — a encore cet
+avantage de ne causer aucun préjudice aux meilleures essences de l’île :
+le Caféier et le Cacaoyer ».
+
+ * * * * *
+
+
+ =III. — PRINCIPAUX PAYS CONSOMMATEURS.
+
+
+COLONIES FRANÇAISES.=
+
+ * * * * *
+
+
+ =1o SÉNÉGAL.=
+
+
+Notre plus ancienne colonie africaine consomme des quantités de Kolas
+qui vont en s’accroissant d’année en année, ainsi que le montrent les
+chiffres suivants :
+
+
+ =Importations de Kolas au Sénégal (par mer).=
+
+ Année Poids Valeur
+ (kilogs) (francs)
+
+ 1889 108.797 543.984
+
+ 1890 149.860 699.522
+
+ 1891 170.165 596.342
+
+ 1892 335.360 1.998.229
+
+ 1893 176.361 528.784
+
+ 1894 274.609 768.732
+
+ 1895 231.469 906.459
+
+ 1896 284.301 1.388.004
+
+ 1897 304.090 1.580.457
+
+ 1898 232.375 1.163.625
+
+ 1899 177.274 1.418.194
+
+ 1900 195.187 1.544.316
+
+ 1901 442.911 3.521.894
+
+ 1902 426.879 3.396.896
+
+ 1903 311.632 4.065.736
+
+ 1904 489.905 3.882.099
+
+ 1905 453.222 2.380.104
+
+ 1906 510.478 2.041.914
+
+ 1907 646.773 2.535.480
+
+ 1908 666.590 2.799.544
+
+ 1909 779.683 3.118.735
+
+Une grande partie de ces noix sont consommées au Sénégal même ; les
+autres remontent le fleuve Sénégal et pénètrent dans la colonie du Haut
+Sénégal-Niger pour alimenter les marchés approvisionnés par Kayes.
+
+La presque totalité des noix importées par mer au Sénégal proviennent de
+Sierra-Léone. Pendant les dernières années, cette colonie anglaise a
+envoyé aux divers ports du Sénégal les quantités suivantes (en tonnes) :
+
+
+ =Importations de Kolas de Sierra-Léone au Sénégal.=
+
+ St-Louis Rufisque Dakar Gorée Pour
+ l’ensemble
+
+ 1905 3 53 211 23 290
+
+ 1906 5 47 369 36 457
+
+ 1907 12 21 485 40 558
+
+ 1908 2 54 470 28 554
+
+ 1909 16 29 606 1 652
+
+En 1906, le Sénégal a reçu de la Guinée française 16 tonnes 5 de Kolas ;
+en 1907, il en a reçu 9 tonnes ; depuis, cette quantité a été en
+diminuant par suite de la construction du chemin de fer de Conakry au
+Niger, qui permet l’exportation plus rémunératrice vers l’intérieur du
+Soudan.
+
+Comme le montre le tableau précédent, Dakar est le principal port
+d’approvisionnement. Les noix y sont importées par quelques firmes
+européennes, par des traitants indigènes et par des syriens ayant des
+correspondants à Free-Town ou à Conakry. Elles arrivent dans des
+paniers, 50 kilog. environ, emballées dans des feuilles ou séparées par
+des lits de sable.
+
+Les mercuriales de la douane attribuaient aux Kolas rendus au Sénégal,
+jusqu’à ces dernières années, une valeur de 8 francs le kilog. ;
+actuellement encore, ils sont mercurialisés à 4 francs le kilog. Les
+noix débarquées à Dakar ne valent en réalité que 2 fr. 50 le kilog.
+après avoir acquitté la taxe de 0 fr. 75 par kilog.
+
+C’est surtout dans les villes, notamment à Dakar, à Saint-Louis, à
+Rufisque, à Thiès, à Podor, que la consommation des Kolas prend de
+l’extension. Outre l’apport par mer, d’assez nombreuses charges,
+destinées aux régions de l’intérieur pénètrent aussi dans notre colonie
+soit par la Gambie anglaise, soit par la frontière de la Guinée
+française. Les villes de l’intérieur sont en outre approvisionnées par
+des caravanes qui viennent faire leurs achats soit aux villes de la
+côte, soit dans les escales du fleuve.
+
+Grâce au bien-être que nous leur avons apporté, les diverses peuplades
+de la Sénégambie, et surtout les Wolofs et les Toucouleurs sont devenus,
+en moins de 50 ans, de grands consommateurs.
+
+Une quantité considérable de noix se vend chaque jour au détail à Dakar.
+Au tournant des rues et sur chaque place, on rencontre, depuis l’aube
+jusqu’à une heure avancée de la nuit, le marchand de Kolas accroupi
+devant son étal formé d’une peau tannée étendue sur le sol. Il offre, au
+passant, ses noix blanches et ses noix rouges, constamment à deux
+cotylédons. Elles sont présentées, habituellement, par petits tas de 4 à
+5 noix, valant un _tanca_ (pièce de 0 fr. 50). On peut aussi acheter une
+seule noix vendue de 0 fr. 05 à 0 fr. 20, parfois jusqu’à 0 fr. 30 si
+elle est exceptionnellement grosse. Comme au Soudan, il n’y a point ici
+de morte saison : le commerce est prospère d’un bout à l’autre de
+l’année.
+
+
+ =2o HAUT-SÉNÉGAL ET NIGER.=
+
+
+Bien que le _Tarick-es-Sudan_, la plus ancienne chronique relative à
+l’histoire du Soudan, ne fasse pas mention des noix de Kola, nous savons
+par LÉON L’AFRICAIN que le commerce de cette denrée existait déjà dans
+la région du Niger au XVe siècle.
+
+CUNY rapporte qu’au XVIIIe siècle c’était un article d’échange courant.
+
+« Les marchands du Fezzan font avec ces peuples du Niger un commerce qui
+consiste en couteaux, lames de sabre, tapis et corail ; en verroteries,
+miroirs, musc et divers autres objets de quincaillerie. Les marchands
+d’Agadez leur apportent du sel et reçoivent en échange de l’or, des
+esclaves, des étoffes de coton, des peaux de chèvres peintes, des cuirs
+de vaches et de buffles, et des _noix de Gonvan_[331] ; cette noix est
+le fruit d’un arbre très élevé dont la feuille est large. Ces noix sont
+au nombre de 7 à 9 dans une enveloppe de 18 pouces de long : leur
+couleur est d’un jaune-verdâtre. Elles sont de la grosseur de la
+châtaigne ; leur goût, quoiqu’un peu amer, n’est cependant pas
+désagréable. On s’en sert pour corriger les eaux du pays qui sont
+nauséabondes et malsaines[332] ».
+
+Ce n’est cependant qu’à la suite des grands voyages de Réné CAILLIÉ, de
+BARTH et de BINGER, que l’importance des noix de Kola dans les
+transactions soudanaises est révélée.
+
+En 1900, E. BAILLAUD publie la _Carte économique des Pays français du
+Niger_[333], montrant le tracé des principales routes caravanières du
+Soudan et leur importance relative. Jusqu’à nos jours, ces routes sont
+restées ce qu’elles étaient du temps de BARTH. Seul, l’aménagement des
+voies de communication rapides (chemins de fer et navigation à vapeur
+sur le Sénégal et le Niger) en a modifié quelques-unes.
+
+Les Kolas qui circulent dans le Soudan nigérien sont de trois
+provenances différentes. Ils arrivent :
+
+1o Par le fleuve Sénégal et le port de Dakar ; il en vient ainsi de
+Sierra-Léone et de la Guinée française.
+
+2o Par Siguiri, Kankan (ou Kouroussa) et Beyla (ou Kissidougou) ; ils
+proviennent de la Haute Guinée française, du Haut Libéria et de la Haute
+Côte d’Ivoire occidentale.
+
+3o Par Bobo-Dioulasso, par Léo ou par Salaga ; ils proviennent du Pays
+Achanti (Gold-Coast).
+
+La quantité de noix arrivant chaque année dans notre colonie n’est pas
+inférieure à 2.500 tonnes.
+
+Les marchés de Kayes et Médine, de Banemba et de Nioro, ainsi que les
+provinces qu’ils desservent sont presque exclusivement approvisionnés de
+noix importées du Sénégal. Le chemin de fer de Kayes au Niger en
+transporte aussi jusqu’à Bamako. Ce sont les bateaux des _Messageries
+fluviales_ qui effectuent la montée des noix de Kola de St-Louis à
+Kayes. Tout au long de l’année, les places que nous venons de citer sont
+largement approvisionnées de la précieuse denrée.
+
+Les noix pesant de 10 à 20 grammes se vendent au détail 0 fr. 10 pièce,
+parfois 2 noix pour 0 fr. 15 ; les très belles noix valent 0 fr. 15 et 0
+fr. 20 pièce.
+
+A Bamako, les noix ont sensiblement la même valeur. Ce grand centre
+reçoit annuellement, par caravanes, environ 200 tonnes de noix provenant
+de la haute Côte d’Ivoire et de la haute Guinée.
+
+Ségou en reçoit de Bamako et de Djenné (provenant du Pays Achanti). Nous
+n’avons pu nous procurer les évaluations relatives à ce commerce pour
+les dernières années, mais nous savons qu’en 1898 il arrivait déjà 3
+millions de noix à Ségou par an, soit environ 40 tonnes.
+
+A Sikasso, près de la limite du bassin du Niger et de la Comoé, il passe
+aussi d’importantes caravanes de Kolas, spécialement de janvier à mai.
+Ces noix proviennent soit du pays Lô, soit du pays Dyola et ont traversé
+le Ouorodougou. Elles sont pour la plupart rouges et de belle taille.
+Lors de notre passage dans cette ville, elles se vendaient 0 fr. 03
+pièce, soit de 1 fr. 75 à 2 fr. le kilog.
+
+Bobo-Dioulasso est aussi un marché important où les dioulas de la boucle
+du Niger et même de la région de Tombouctou viennent se mettre en
+rapports avec les Mandé-Dioulas et les Haoussas fréquentant les marchés
+de la Gold-Coast et de Bondoukou (Côte d’Ivoire).
+
+D’autres Haoussas se rendent directement de la Nigéria dans l’Achanti y
+faire des achats de Kola. La plupart retournent dans leur pays par le
+Togo septentrional et par le N. du Dahomey ; un certain nombre passent
+par le sud du Mossi et par le Gourma en traversant les villages Navaro
+(Gold-Coast), Bittou, Tenkodogo, Koupéla ; de là, les uns vont sur
+Niamey et d’autres traversent le Gourma en passant par Fada, Konkobiri,
+Say ou Karimama.
+
+Le _Moniteur officiel du Commerce_, année 1907, après avoir rappelé
+l’importance des noix de Kola au Soudan français, donne les
+renseignements suivants :
+
+
+« L’importation a atteint l’an dernier (soit en 1906), les chiffres
+suivants :
+
+ Kayes 30.301 fr.
+
+ Région nord 181.724
+
+ Région nord-est 248.486
+
+ Bougouni 381.623
+
+ Région sud 507.462
+ ---------
+ Total 1.349.596 fr.
+
+représentant 24 millions et demi de noix[334], d’un prix très variable à
+l’entrée, mais ne dépassant pas 15 fr. le cent dans la région Nord où
+elles valent le plus cher. A Bougouni au contraire, leur valeur ne
+dépasse pas 2 fr. 50 le cent.
+
+A San, on les achète à raison de 7 ou 8 noix pour un franc ; pour la
+même somme, on en obtient 6 à Djenné.
+
+Au cours de notre récent voyage en Afrique occidentale, nous avons
+rassemblé des renseignements beaucoup plus nombreux sur le commerce des
+noix de Kola dans la partie orientale de la boucle du Niger et
+spécialement au Mossi.
+
+L’importance de cette province, peuplée de plus de 2 millions
+d’habitants, a été révélée par BINGER, mais c’est seulement depuis 1900
+que les officiers et administrateurs qui y ont vécu ont mis en relief
+son grand intérêt économique. L’élevage des bovins et des moutons est
+pratiqué sur une très large échelle par les Peuls et par les Mossis ;
+une belle race de chevaux y prospère également.
+
+Malgré l’irrégularité des pluies, les diverses céréales africaines et
+spécialement le sorgho y donnent presque chaque année de bonnes récoltes
+dans de vastes plaines transformées, sur de grandes étendues, en
+terrains de culture : « Tout cela, plus tard, devra n’être qu’un immense
+champ de coton », écrivait déjà il y a 10 ans, à la suite de son voyage
+de 1899, Emile BAILLAUD[335]. Nous revenons aussi du Mossi avec la même
+conviction.
+
+Le Mossi avait acquis il y a plusieurs siècles une grande renommée dans
+tout l’Ouest africain. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, des
+_Mandés-Dioulas_ de la région de Ségou vinrent s’établir dans le pays.
+Ils ont formé la souche des _Yarsés_, disséminés dans tout le Mossi,
+parlant encore la langue mandé et monopolisant le commerce de ces
+régions.
+
+Le Mossi doit son importance commerciale actuelle au transit des noix de
+Kola et à l’exportation du bétail vers le Gold-Coast.
+
+Peu de temps après l’occupation française, BAILLAUD put parcourir le
+centre de la boucle du Niger et nous révéla ce remarquable trafic.
+
+...... « Jusqu’à ces derniers temps, c’était avec des captifs que les
+Mossis se procuraient les Kolas sur les marchés en relation avec le pays
+de production, parce que le sel de Taodéni était d’un prix trop élevé
+pour pouvoir lutter sur ces marchés avec le sel marin qui venait de la
+côte.
+
+« Dans ces dernières années, ce commerce s’est transformé. Depuis
+l’établissement des Anglais dans l’arrière-pays de l’Achanti, ceux-ci
+ont eu besoin pour leur alimentation d’un nombre assez considérable
+d’animaux de boucherie. Les terres qu’ils occupaient ne pouvaient les
+leur fournir. Les troupeaux du centre de la boucle ont trouvé là un
+important débouché.
+
+« Les indigènes qui s’adonnent au commerce ont donc à traiter avec les
+marchandises suivantes : sel, captifs, Kolas, animaux domestiques,
+produits divers du Mossi, bandes de coton, fer. Ce commerce s’exerce du
+nord au sud d’une façon très définie que l’on peut analyser
+succinctement ainsi :
+
+« Les Mossis se rendent chargés de Kolas dans le nord, soit qu’ils
+aillent jusqu’à Tombouctou, soit qu’ils s’arrêtent dans les différents
+marchés de cette région situés entre Djibo, Hombori et le Niger. Là, ils
+échangent leurs Kolas contre du sel et s’en reviennent dans leur pays.
+Avec leur sel, ils se procuraient autrefois des captifs ; c’était le
+seul article demandé sur les marchés de Kolas ; aujourd’hui, ils
+achètent, en outre, des bestiaux ; ils les conduisent dans le sud, se
+procurent de nouveaux Kolas et recommencent l’opération.
+
+« On peut aisément se rendre compte des bénéfices que ces commerçants
+peuvent ainsi réaliser. Supposons qu’un Mossi prenne sur les marchés du
+sud une charge de Kolas (2.500). Lors de notre passage à Ouagadougou,
+les Kolas valaient en moyenne 0 fr. 10 pièce. On peut en déduire que les
+marchands Mossis se procuraient sur les marchés de Kolas une charge pour
+150 fr. Rendue à Tombouctou, cette charge augmente considérablement de
+valeur. On peut fixer le prix moyen actuel des Kolas sur ce marché à 0
+fr. 25 la pièce. Parfois le prix subit une hausse extraordinaire : on
+est allé jusqu’à les payer 1 fr. pièce ; mais ces prix-là ne profitent
+qu’aux commerçants de Tombouctou ; ils sont simplement, en effet, de la
+spéculation.
+
+« Sur une charge de Kolas, il n’y en a guère plus de deux mille qui
+restent en bon état après un si long voyage. A raison de 0 fr. 25 la
+pièce, c’est donc une somme de 500 fr. que le Mossi a réalisé après
+avoir écoulé sa marchandise ; avec cela il achète du sel. La barre vaut
+en moyenne 25 fr. ; il peut donc s’en procurer 20 barres. Rendues dans
+le Mossi, ces barres valent à peu près 50 fr. chacune, soit 1.000 fr.
+qu’ont rapporté les 150 fr. de première mise.
+
+« Avec ce sel, les commerçants se procuraient autrefois des captifs qui,
+lors du voyage de M. BINGER, valaient de 70 à 80 fr. Ils ont beaucoup
+augmenté de valeur depuis. Les commerçants achètent maintenant des
+moutons, des bœufs. Dans le Mossi, un très beau mouton vaut 3 fr. et un
+bœuf 40 à 50 fr.
+
+« Sur les marchés du sel, ces moutons valent 8 fr. en moyenne et les
+bœufs de 80 à 100 fr.
+
+« Notre marchand liquide donc son opération en revendant ses bêtes près
+de 2.500 fr.
+
+« Il faut déduire de cette somme les frais de route ; mais ils ne
+dépassent guère 200 fr., même en tenant compte des animaux qui ont péri.
+
+« Nous faisons cette évaluation en francs et non en cauris, parce qu’il
+nous faudrait entrer dans le détail des différentes valeurs de cette
+monnaie.
+
+« On le voit, le bénéfice de l’opération ne laisse pas que d’être très
+considérable ; aussi dans tous les villages du centre de la boucle du
+Niger on s’est adonné à ce commerce[336]..... »
+
+Les officiers qui ont séjourné au Mossi ont complété ces informations et
+nous avons eu la bonne fortune de pouvoir, en août 1910, dépouiller dans
+les archives des postes de Ouagadougou et Ouahigouya, tous les documents
+relatifs aux questions économiques du Mossi.
+
+En 1900, on achetait encore les Kolas à Salaga contre des bandes de
+coton, des pagnes, des moutons, des bœufs, des ânes, du sel, du savon.
+Un mouton de 5.000 cauris à Ouagadougou valait 1.000 Kolas ou 15.000
+cauris à Salaga. Un bœuf valant 30.000 cauris se vendait 100.000 à
+120.000 cauris (soit 120 fr.) à Salaga. Tout le commerce du Mossi se
+fait avec la Côte d’Or et spécialement avec les marchés de Oua,
+Kintampo, Ouanki, Gambaka. Quelques dioulas, surtout ceux du Bousangsé,
+vont parfois au marché allemand de Sansanné-Mango.
+
+L’officier, qui rapportait ces faits intéressants, ajoutait
+judicieusement dans son rapport inédit de 1900 :
+
+« _Nous pourrons arriver un jour à détourner ce commerce de la Côte d’Or
+au profit de la Côte d’Ivoire. Pour arriver à ce résultat, il
+faudrait_ : 1o _Que les dioulas trouvent sur les marchés de l’hinterland
+de la Côte d’Ivoire les marchandises qu’ils désirent et surtout les
+Kolas ;_ 2o _qu’ils puissent passer en toute sécurité du Mossi et du
+Gourounsi sur la rive droite de la Volta Noire et descendre dans le sud
+sans courir le risque d’être dévalisés ;_ 3o _qu’ils n’aient que de
+faibles droits à payer, comparables à ceux établis par les Anglais_ ».
+
+A une époque plus rapprochée de nous, le lieutenant MARC a publié des
+renseignements très précis sur le trafic des Kolas dans le Mossi. Il
+nous paraît utile de reproduire intégralement ses notes :
+
+« Nous avons dit ce qu’étaient les Yarsés et quelle était leur situation
+dans le Mossi. Ce sont eux qui sont les plus nombreux à se livrer au
+commerce dans la région qui nous occupe.
+
+« Il vient également des Haoussas, mais probablement depuis peu
+d’années. Des Maures viennent parfois de Dori jusqu’à Ouagadougou. On ne
+rencontre presque pas de Mandés-Dioulas. Quant aux Mossis purs, ce n’est
+que depuis très peu de temps qu’ils se mettent, eux aussi, à suivre les
+caravanes. Voici, en ce qui concerne le commerce des Kolas et du bétail,
+ce que nous avons observé sur place :
+
+« Vers la fin de l’hivernage, en septembre ou en octobre, les Yarsés
+commencent à rassembler le bétail pour partir vers le sud. Dans
+certaines grandes places commerciales comme Kaya, Pouitenga, Rakay, on
+trouve vers cette époque les propriétaires de bétail : chefs Mossis,
+Peuls ou riches indigènes, disposés à vendre leurs animaux.
+
+« Ce sont les beaux bœufs à bosse du Yatenga et du Nord du Mossi qui
+sont les plus demandés. On rassemble aussi des moutons de l’espèce du
+Mossi qui est assez chétive. Les gros moutons à longue laine du Macina
+ne s’exportent guère.
+
+« Une fois le bétail rassemblé, le chef de caravane doit également
+s’approvisionner de toile en bandes. Cette étoffe indigène a été souvent
+décrite ; elle est d’un usage courant sur les routes de caravanes pour
+payer la nourriture des passagers[337].
+
+« Avant notre occupation, les chefs de caravanes se groupaient de façon
+à constituer une force suffisante pour être respectés et aussi pour
+pouvoir garder le bétail pendant la nuit contre les voleurs et contre
+les fauves. Maintenant les caravanes s’arrêtent dans les villages et
+trouvent des parcs où elles mettent leur bétail en sûreté chaque nuit.
+
+« La vitesse de marche est d’une vingtaine de kilomètres par jour. Des
+marchés du sud du Mossi aux marchés voisins de la forêt, on compte
+environ vingt-cinq jours.
+
+« Le bétail, à son arrivée à destination, est acheté par des courtiers
+interprètes, intermédiaires entre les bouchers et marchands de viande, à
+qui les caravaniers sont en quelque sorte forcés de s’adresser. Ces
+individus achètent aux indigènes de la forêt tout ce qu’ils apportent de
+Kolas et ils sont les maîtres des cours sur le marché.
+
+« Jusqu’à ces dernières années, l’unité monétaire était le mille de
+cauris et le prix des Kolas était invariablement fixé à 10.000 cauris le
+mille. Actuellement le schelling et le franc commencent à servir
+d’étalon et c’est le cours des cauris qui varie par rapport à la monnaie
+d’argent.
+
+« Le prix du bétail est sujet à des fluctuations considérables.
+
+« D’après les renseignements qui nous ont été fournis par des officiers
+anglais ayant administré à Kintampo et à Salaga et aussi par de nombreux
+chefs de caravanes, il semble que ces courtiers interprètes spéculent
+sur le bétail d’une façon extrêmement curieuse. Ils ont des pisteurs qui
+vont au devant des caravanes quelquefois à deux jours de marche vers le
+Nord.
+
+« Ceux-ci cherchent par des renseignements tendancieux à inquiéter les
+propriétaires de bétail et à les amener à céder leur troupeau à vil
+prix. Parfois, au plein de la saison des affaires, c’est-à-dire en
+janvier et février, les fluctuations du cours du bétail, varient de cent
+pour cent en quelques semaines. Les Mandés-Dioulas font assaut
+d’éloquence, les Yarsés et les Mossis de politesse, les Haoussas de
+bonhomie. En réalité, il y a, avec des méthodes exclusivement indigènes,
+tout un embryon de place de commerce, une véritable Bourse.
+
+« Les Kolas ainsi achetés sont ramenés au Mossi, soit par porteurs, soit
+sur des ânes. Ils sont concentrés sur les principales places
+commerciales et y deviennent de nouveau une valeur de spéculation.
+
+« Une grande partie de ces Kolas sont consommés sur place, et cédés à
+des revendeurs qui les font écouler sur les marchés par des femmes. Mais
+le reste est destiné à l’exportation vers le Nord et depuis qu’ils n’ont
+plus les captifs, les Yarsés ont beaucoup développé le commerce des
+Kolas avec Tombouctou. Maintenant, c’est par rapport à la barre de sel
+que sont évalués les Kolas et la spéculation se donne libre cours, soit
+au Mossi, soit avec les commerçants qui reviennent du Nord, soit à
+Tombouctou et à Saraféré, aux portes du pays du sel, où les Kolas
+atteignent jusqu’à 0 fr. 20 la pièce.
+
+« Un bœuf acheté cinquante francs au Mossi peut se vendre le double à
+Salaga et, avec les cent francs ainsi obtenus, on peut se procurer
+10.000 Kolas qui valent au Mossi environ 500 francs.
+
+« Mais il y a des faux-frais considérables. 10.000 Kolas exigent deux
+ânes ou quatre porteurs dont il faut payer la nourriture pendant près de
+deux mois. Il y avait autrefois un certain nombre de coutumes indigènes
+à payer, chaque fois que l’on traversait un nouveau pays. Il y a
+maintenant les taxes sur les caravanes en Gold-Coast et en territoire
+français. Il faut également payer le passeur qui fait franchir la Volta
+au bétail. Il y a des risques, et, parfois, les bœufs fatigués par le
+voyage, arrivent en si mauvais état qu’ils sont vendus moins cher qu’ils
+n’ont coûté.
+
+« Enfin la réalisation des bénéfices est souvent malaisée, le cours des
+Kolas étant, sur les places commerciales du Mossi, sujet à des
+fluctuations considérables au moment du retour des caravanes. Nous avons
+eu souvent l’occasion de séjourner dans un de ces grands marchés du
+Mossi, celui de Rakay. L’aspect extérieur de ce village, qui a plusieurs
+milliers d’habitants, n’a rien qui attire le regard et le passant n’y
+voit qu’une grande plaine couverte à perte de vue de cases rondes à
+toits pointus. En réalité, Rakay joue chez les Mossis un rôle tout à
+fait comparable à celui d’un port de commerce.
+
+« L’envoi d’une caravane est une opération comparable à ce qu’était
+autrefois l’armement d’un navire ; et le retour des marchands, lorsque
+ceux-ci ont réussi dans leur entreprise, donne lieu à des manifestations
+de joie qui rappellent les bordées de matelots rentrant de campagne.
+
+« Aussi Rakay est-il, en même temps qu’une grande place d’affaires, une
+ville de plaisirs. On y trouve des changeurs, des courtiers, des loueurs
+d’ânes, en même temps que des entrepreneurs de caravanes. On y trouve
+aussi des musiciens, des chanteurs, et les plus belles danseuses de la
+région. Et pendant toute la saison des caravanes, le marché est toujours
+abondamment fourni de bière de mil[338]. »
+
+Au moment de notre passage à Ouagadougou (août 1910) les Kolas se
+vendaient au marché 2 fr. 50 les 75. Les noix mises en vente sont de
+gros Kolas rouges de l’Achanti. On n’observe pour ainsi dire jamais de
+noix blanches.
+
+D’après les nombreuses pesées que nous avons effectuées, les noix
+vendues en cette saison pèsent en moyenne 27 g. 20. Il faut donc 58 noix
+pour faire un kilog. et la valeur du kilog. à Ouagadougou est de 1 fr.
+93.
+
+Les noix se vendent en gros ordinairement contre argent, à raison de 20
+fr. à 30 fr. le 1.000 suivant la saison. Au moment de notre voyage, on
+les échangeait aussi contre des cauris dont le cours était 5.500 à 6.000
+cauris correspondant à 5 fr.
+
+A cette époque, un bœuf moyen valait 30 fr. au centre du Mossi.
+
+On achète le bétail contre argent et on va le vendre à Salaga à raison
+de 60 à 125 fr. par animal, ce prix étant payé en or anglais (livres
+sterling). Les Anglais ne prélèvent pas de droit d’entrée, mais les
+frais occasionnés par le péage et les droits de stationnement s’élèvent
+à 5 fr. par animal.
+
+Pour aller chercher les Kolas, les caravaniers partant de Ouagadougou
+passent habituellement par les villages de :
+
+Koïnda, Nahartenga, Pomdogo, Linangoin, Ouiya, Rapadama, Bagaré, Zorogo,
+Zoungou, Sapara, Koupéla, Tenkodogo, Ningaré, Bana, Bilo, Badéma,
+Pougounabili, Gambaka, Raboniri, Kortengua, Sacoya, Sarago, Salaga
+(capitaine SCAR).
+
+D’autre part, d’après M. l’administrateur VIDAL, il existe trois routes
+de retour pour les acheteurs de Kolas revenant de la Gold-Coast.
+
+La première part de Gambaka (Gold-Coast), passe par Bitou, Tenkodogo,
+Koupéla, Dori et Niamey ; entre Tenkodogo et Koupéla, certains
+caravaniers obliquent sur Fada-Ngourma, Say et Niamey ; d’autres, à
+partir de Yaya, voisin du Liptako, se dirigent sur Niamey.
+
+Une seconde route part de Salaga et passe par Navaro (Gold-Coast),
+Kombisiguiri, Kaya au N.-E. de Ouagadougou, enfin Ouagadougou.
+
+Une troisième part aussi de Salaga et se continue par Léo et Rakay sur
+Ouagadougou.
+
+Un autre chemin caravanier part de Salaga, passe par Kalinda entre Léo
+et la Volta Noire, puis, au lieu de venir aboutir à Ouagadougou, se
+poursuit à l’ouest, sur Borromo, Kouri, Djenné et Sofara.
+
+Une partie des caravaniers parvenus à Ouagadougou s’y arrêtent peu de
+temps ; ils poursuivent leur route vers le N. ou vers l’E.
+
+Trois routes commerciales s’offrent à eux.
+
+L’une se dirige sur Yako, Ouahigouya, Sofara ou Bandiagara et vient
+aboutir à Mopti sur le Niger. Une seconde file sur Douentza, Saraféré ou
+Tombouctou, enfin une troisième va à Dori et Niamey.
+
+Les Kolas forment les 4/5 des charges apportées de la Gold-Coast au
+Mossi par les caravaniers, l’autre cinquième étant constitué par des
+tissus, des verroteries, du cuivre, de la quincaillerie.
+
+L’_oussourou_ est le droit d’entrée sur les marchandises dû par les
+caravanes venues des colonies étrangères par voie de terre. Il
+correspond à la taxe douanière et est du dizième de la valeur des
+marchandises _à leur entrée dans nos territoires_. Il n’y a pas de doute
+que cette valeur doit être comprise à la frontière même et non sur les
+grands marchés de l’intérieur du Soudan où l’_oussourou_ est perçu.
+C’est ainsi qu’à Ouagadougou la taxe, avec juste raison, a été fixée à 1
+fr. pour 1.000 Kolas, alors que ces Kolas valent sur ce marché 25 à 30
+francs, mais on estime qu’ils ne valaient que 10 fr. à leur entrée au
+Soudan. Par contre, en quelques points, la taxe est perçue sur un taux
+exagéré. Il y a peu de temps encore, le poste de Boromo demandait aux
+caravaniers 3 fr. et même 4 fr. par 1.000 Kolas. A notre avis, si l’on
+veut encourager l’apport des Kolas de la Côte d’Ivoire au Mossi, il
+faudra percevoir l’_oussourou_ à la frontière même et non sur les
+marchés de l’intérieur, de manière que les Kolas de nos territoires
+échappent à cette taxe.
+
+[Illustration : FIG. 50. — Carte des routes suivies par les caravanes
+transportant les Kolas à travers le Soudan nigérien (échelle
+1/16.000.000)]
+
+L’_oussourou_ est perçu au profit du Budget local du Haut-Sénégal-Niger.
+Les _dioulas_ acquittaient, en outre, récemment encore une patente de 2
+francs par charge pour une durée de 3 mois.
+
+Nous avons déjà dit que cette patente avait été récemment supprimée par
+le Gouvernement général de l’Afrique occidentale.
+
+Enfin, pour la vente au détail, les traficants paient un droit de place
+de 0 fr. 20 par jour de marché[339].
+
+Notre vieux Soudan, à l’encontre de la Guinée, a eu l’heureuse
+inspiration d’appliquer aux Kolas venant de la Gold-Coast une taxe très
+faible, qui n’a apporté aucune perturbation au commerce local[340]. De
+son côté, l’administration de la Gold-Coast s’est abstenue de mettre des
+droits sur l’entrée du bétail venant du Soudan français. Grâce à ces
+méthodes de libre-échange, le commerce indigène a pris, depuis 10 ans,
+une grande extension[341].
+
+En 1903, on traitait à Ouahigouya 441.800 Kolas, et 929,820 transitaient
+vers le nord.
+
+Ces chiffres se sont considérablement accrus, comme le montrent les
+tableaux publiés plus loin. De même, le trafic du bétail vers la Gold-
+Coast a pris aussi une grande extension et, chaque année, 20.000 bovins
+du Mossi arrivent dans la colonie anglaise.
+
+Le grand marché de Ouagadougou a lieu tous les trois jours.
+
+Il est habituellement fréquenté par 1.800 à 2.000 personnes.
+
+Les noix de Kolas sont vendues sur la place publique et à l’entrée des
+cases.
+
+L’administration nous a communiqué les statistiques suivantes relatives
+au trafic des noix de Kola dans le Mossi :
+
+
+ =Kolas provenant de la Gold-Coast et entrant dans le cercle de
+ Ouagadougou.=
+
+ Quantité Quantité Valeur Valeur Prix
+ de noix de noix par par du
+ par par trimestre semestre 1.000
+ trimestre semestre
+ --- --- --- --- ---
+
+ 3e trimestre 1909 1.292.000 38.760 30 fr.
+
+ 4e — 1909 1.675.000 50.250 30
+ --------- ------
+ 2e semestre 1909 2.967.000 89.010
+
+ 1er trimestre 1910 2.876.000 86.280
+
+ 2e trimestre 1910 2.960.000 87.000
+ --------- ------
+ 1er semestre 1910 5.836.000 173.280
+
+ Totaux du 1er 8.803.000 noix 262.290 francs.
+ juillet 1909 au 30 valant
+ juin 1910
+
+
+ =Kolas importés et consommés à Ouahigouya=[342].
+
+ Nombre de noix
+ ---
+
+ 3e trimestre 1909 291.500
+
+ 4e — 1909 279.000
+
+ 1er — 1910 126.600
+
+ 2e — 1910 203.000
+ -------
+ Total 900.900
+
+
+ =Kolas passant en transit à Ouahigouya.=
+
+ 3e trimestre 1909 1.816.500
+
+ 4e — 1909 1.373.500
+
+ 1er — 1910 939.500
+
+ 2e — 1910 2.627.420
+ ---------
+ Total 7.625.920
+
+Soit en réunissant, la consommation et le transit, 8.526.820 noix.
+
+Mais la plus grande partie des noix arrivant à Ouahigouya ont déjà passé
+par le cercle de Ouagadougou.
+
+Les charges sont de 2.000 Kolas environ et si l’on admet qu’il existe 60
+noix par kilogramme, 33 kilog. représentent le poids d’une charge. La
+quantité apportée chaque année à Ouagadougou serait donc de 146.716
+kilog. ou 4.400 charges. En admettant que les arrivages se répartissent
+régulièrement chaque année, la Gold-Coast enverrait au Mossi 366 charges
+par mois. En réalité, ce chiffre est beaucoup trop faible. D’après M.
+VIDAL, il ne représente que le tiers de ce qui passe. On peut admettre,
+croyons-nous, qu’il entre dans le cercle de Ouagadougou 1.000 charges de
+Kolas par mois, pendant 8 mois de l’année (de janvier à août inclus),
+soit 8.000 charges par an ou environ 264 tonnes.
+
+Les Kolas de la Gold-Coast entrent aussi au Soudan français par les
+cercles de Bobo-Dioulasso et de Fada-N’Gourma. Rappelons que, d’après
+MARC, l’importation des Kolas au Mossi est d’au moins 500 tonnes par an
+(ce chiffre comprenant ce qui est consommé sur place et ce qui transite
+vers le N. et vers l’E.).
+
+La plus grande partie de noix transitant à Ouahigouya sont transportées
+ensuite dans le N. ; les unes vont à Sofara, les autres à Saraféré.
+
+CHUDEAU a fourni récemment d’intéressants renseignements sur ces
+marchés :
+
+« Au marché de Sofara[343] (sur le Bani, au Nord de Djenné), on
+rencontre, au milieu des gens de la région qui vendent des produits
+locaux (Sonr’aïs, Bambaras, Peuls, Habbés, etc...), des Maures venus du
+Sahel et des habitants du Mossi et de Bobo-Dioulasso arrivés du Sud.
+Malgré l’importance des transactions sur la place du marché qui, chaque
+mardi, est aussi animé que celle d’un gros chef-lieu de canton de France
+les jours de foire, le gros commerce a lieu dans les cases ; le Kola
+craint le soleil et le sel, la pluie. D’après les chiffres qu’a bien
+voulu me communiquer M. BARRIÉTY (en mai 1909), on recensait, à Sofara,
+environ 1.000 barres de sel par mois, valant de 18 à 20 francs, et
+environ 1 million de Kolas à 50 francs le mille. Pendant le premier
+trimestre 1909, il avait été recensé un chiffre d’affaires de 180.000
+francs.
+
+« Sofara, déjà cité par BARTH, a pris un grand développement depuis une
+quinzaine d’années ; il compte 2.500 habitants ; son prompt
+développement tient à ce que, aussi bien situé que Djenné au point de
+vue des communications par eau, il a l’avantage d’être constamment relié
+par une route, praticable en toute saison, avec le Mossi et les régions
+voisines. Avant que notre présence n’imposât la paix et la sécurité aux
+pays noirs, cet avantage était un danger, et tout le commerce indigène
+de cette région était centralisé à Djenné.
+
+« Par une route différente qui traverse le plateau de Bandiagara au col
+de Douenza, les Mossis apportent sur leurs bœufs des Kolas à Saraféré,
+sur le Niger ; de Saraféré à Tombouctou, ils louent des pirogues aux
+indigènes. Saraféré est un gros village (3.000 habitants) peuplé de
+Sonr’aïs, de Bambaras et de Peuls. Pendant le trimestre juillet-août-
+septembre 1909, il y est passé 1.400.000 Kolas ; à ce moment, la barre
+de sel y valait 12 francs (G. GIRAUD).
+
+« Il existe encore d’autres routes passant à Hombori et aboutissant à
+Bamba. »[344].
+
+Une partie des noix transitant par le Mossi parviennent à Tombouctou
+environ 3 mois après avoir été achetées à la Gold-Coast.
+
+Selon BAILLAUD, d’avril 1895 à mai 1896, pour une importation totale de
+un million de Kolas à Tombouctou, 800.000 venaient du Mossi et 200.000
+d’autres provenances[345].
+
+En 1898, le commerce annuel des Kolas à Tombouctou se chiffrait à
+400.000 francs. Ce trafic aurait périclité dans ces dernières années.
+L’apport de sel de Taoudéni, qui servait de base aux transactions, a
+beaucoup baissé, le sel de Roumanie étant venu le concurrencer sur les
+marchés Soudanais. Il en est résulté une réduction dans la puissance
+d’achat des Kolas à Tombouctou.
+
+D’après M. VIDAL, Tombouctou reçoit, aujourd’hui, à la fois des Kolas de
+l’Achanti et des Kolas de la Haute-Guinée et de la Haute-Côte d’Ivoire,
+venus par Bamako ; ces derniers sont beaucoup plus prisés et se vendent
+plus cher. Les Kolas de l’Achanti se conservent au Soudan moins
+longtemps que les autres ; ils sont fréquemment attaqués par le
+_Sangara_, d’autres sont détruits par la _pourriture_.
+
+Les caravanes de Tombouctou n’emportent pour ainsi dire pas de Kolas
+dans le désert. Ils viennent au Moyen Niger échanger leur sel contre des
+grains, mais Tombouctou est la dernière ville vers le Nord où on fait
+une grande consommation des précieuses noix.
+
+« On peut fixer le prix moyen actuel des Kolas sur ce marché à 0 fr. 25
+la pièce. Parfois, le prix subit une hausse extraordinaire : on est allé
+jusqu’à les payer 1 franc pièce ; mais ces prix-là ne profitent qu’aux
+commerçants de Tombouctou ; ils sont simplement un effet de la
+spéculation »[346].
+
+Actuellement, on peut se procurer, à Tombouctou, des Kolas pour 0 fr. 15
+et 0 fr. 20 pièce.
+
+
+ =3o HAUT-DAHOMEY.=
+
+
+Les Pays Baribas et Dendis, situés dans la partie Nord du Dahomey
+reçoivent les Kolas qu’ils consomment de l’hinterland de la Gold-Coast
+et non de la région côtière du Dahomey.
+
+Djougou, au sud des monts Atacora, est le grand marché où sont apportés
+les noix par les caravaniers. La quantité consommée dans le pays est
+insignifiante, mais il s’opère par cette région un très gros transit de
+noix apportées de la Gold-Coast et dirigées sur la Nigéria anglaise. Il
+n’est point exagéré d’évaluer ce trafic à 800 tonnes par an.
+
+Nous devons à M. l’administrateur DEHNÉ la communication du tableau ci-
+contre, mentionnant les charges de Kolas passant à Djougou chaque année
+et contrôlées par l’administration :
+
+
+ =Tableau indiquant par mois le nombre de charges de Kolas venant de
+ l’ouest passant à Djougou (Dahomey).=
+
+ +------+-----+-----+-----+-----+-----+------+---+
+ |ANNÉES| JAN | FÉV | MAR | AVR | MAI | JUI |JUL|
+ +------+-----+-----+-----+-----+-----+------+---+
+ | 1906 | » | » | » | » | » | » | » |
+ | | | | | | | | |
+ | 1907 | 752| 753|1.105|1.265| 111| 356|324|
+ | | | | | | | | |
+ | 1908 |1.041|1.415|2.105|1.745|1.034| 533|685|
+ | | | | | | | | |
+ | 1909 |1.230|1.442|2.005|1.720|1.585| 1.470|786|
+ | | | | | | | | |
+ | 1910 |1.123|2.082|3.144|2.726| | | |
+ +------+-----+-----+-----+-----+-----+------+---+
+
+ [Suite]
+
+ +------+----+----+----+----+----+-------+-------------+
+ |ANNÉES| AOÛ| SEP| OCT| NOV| DÉC|TOTAUX |OBSERVATIONS |
+ +------+----+----+----+----+----+-------+-------------+
+ | 1906 | » | » | » | 477| 437| 914}Chiffres |
+ | | | | | | | }approximatifs|
+ | 1907 | 412| 202| 65| 265| 657| 6.116} |
+ | | | | | | | | |
+ | 1908 | 463| 120| 56| 235| 506| 10.089} |
+ | | | | | | | }Chiffres |
+ | 1909 | 645| 376| 178| 383| 718| 12.536}exacts |
+ | | | | | | | }déclarés |
+ | 1910 | | | | | | } |
+ +------+----+----+----+----+----+-------+-------------+
+
+En 1910, notre administration a dû enregistrer environ 15.000 charges de
+noix de Kolas arrivant à Djougou, soit 450 tonnes si on évalue chaque
+charge à 30 kilog.
+
+Mais, d’après M. DEHNÉ, pour éviter de payer la taxe de colporteurs,
+environ 15.000 charges diverses passent en contrebande, à travers les
+sentiers des Monts Atacora et du Pays Somba. Sur ces 15.000 charges, les
+⅘ sont constituées par des Kolas. Les Kolas arrivant à Djougou sont
+toujours des noix rouges à deux cotylédons, pesant en moyenne de 12 à 18
+grammes. Le prix du kilog. au détail est de 1 fr. 75.
+
+Les caravaniers qui transportent les noix de Kola de Salaga (Gold-Coast)
+dans la Nigéria du Nord sont presque tous des Haoussas du Sokoto. Ils
+ont fondé des villages sur tout le parcours, notamment à Say, à Djougou,
+à Sansanné-Mango, à Salaga.
+
+Ceux qui passent par Djougou suivent la voie : Samaré, Ouafilo, Bassari,
+Zangiogo et Salaga.
+
+Ceux qui veulent se soustraire à la taxe évitent Djougou et passent par
+Konkobiri, Maka, Tanguéta, Makoua ; ils entrent en territoire allemand
+vers Sansanné-Mango.
+
+Leur trafic de transit comporte des dépenses assez élevées. A la Gold-
+Coast, ils n’ont aucune taxe à acquitter, mais, pour la traversée de
+Togo, ils doivent payer un droit de 3 marcks par charge ; au Dahomey,
+ils étaient, jusqu’à ces derniers temps, munis d’une patente de 2 francs
+par charge, valable trois mois, ne pouvant donc servir que pour un
+voyage ; enfin, dans la Nigéria, ils doivent encore acquitter un droit
+de 4 schellings par charge.
+
+Aussi, ce trafic des caravanes est appelé à diminuer d’année en année.
+Beaucoup de Haoussas vont déjà faire leurs approvisionnements de Kolas
+dans les grands centres sur le parcours de la voie ferrée de Lagos-
+Nigéria, où les Kolas sont apportés par la mer et le chemin de fer.
+
+La colonie du Dahomey voudrait détourner les caravaniers de la voie
+Djougou et les amener par Parakou et Savé, à l’extrémité du rail du
+Dahomey, où les maisons européennes pourraient accumuler des provisions
+de noix importées par mer.
+
+Nous pensons, pour notre part, que ce projet a peu de chances de se
+réaliser. Les caravaniers qui renonceront à aller s’approvisionner en
+Kolas dans le Pays Achanti, iront plutôt au chemin de fer du Lagos, plus
+rapproché d’eux et où ils trouvent déjà des noix de Kola à très bon
+compte.
+
+Conservons donc le marché de Djougou et cherchons à le développer en
+assurant, aux dioulas de passage, le plus de bien-être possible.
+
+
+ =4o TERRITOIRE DU TCHAD.=
+
+
+Il n’arrive plus que rarement des noix de Kola fraîches dans le bassin
+du Tchad. En juillet 1903, pendant que nous nous trouvions à Corbol,
+sous le 10me parallèle, à environ 300 kilomètres au sud du lac Tchad, il
+en parvint quelques charges au Sultan de Baguirmi. C’étaient des Kolas
+rouges à deux cotylédons, pesant 10 gr. à 20 gr. chacun et provenant du
+Pays Achanti. Ils étaient emballés dans un panier rond, tressé en
+lanières de feuilles de palmier Doum, panier nommé _Keskir_ en Kotoko.
+Elles étaient encore très fraîches et on nous raconta qu’il en arrivait
+parfois de plus loin. Peu de temps avant notre voyage, une caravane de
+Bambaras, qui étaient venus par Siguiri et Bamako, en avait apporté
+quelques charges à Tchecna, et des pèlerins du Soudan se rendant à la
+Mecque en emportent parfois au-delà du Ouadaï comme denrée d’échange.
+Ces pèlerins, à leur passage à Kousri ou à Fort-Lamy, écoulent
+ordinairement les noix fraîches à raison de 10 pour un thaler, soit 0
+fr. 50 pièce. Si ces Kolas se dessèchent en cours de route, ils les
+emportent parfois jusqu’au terme de leur voyage, ce qui explique qu’on
+puisse se procurer à La Mecque même des noix de Kola desséchées.
+
+ * * * * *
+
+
+ =IV. — PAYS CONSOMMATEURS ÉTRANGERS.=
+
+
+ * * * * *
+
+
+ =1o GAMBIE ANGLAISE.=
+
+
+La Gambie importe chaque année de grandes quantités de noix de Kola
+provenant surtout de Sierra-Léone et vendues aux comptoirs de Bathurst
+et Mac-Carthy.
+
+Une partie est consommée dans le pays ; l’autre est emportée dans le
+Soudan par les caravanes.
+
+Les chiffres d’importations pour les dernières années sont :
+
+
+ =Importations de Kola.=
+
+ Années Poids (kilog.) Valeur (francs)
+
+ 1902 » 714.425
+
+ 1903 » 820.500
+
+ 1907 460.009[347] 998.550
+
+ 1908 409.985 993.100
+
+Par une autre source, nous savons que la colonie de Sierra-Léone aurait
+expédié en Gambie : 335 tonnes en 1905, 456 en 1906, 515 en 1907, 433 en
+1908, 474 en 1909.
+
+
+ =2o GUINÉE PORTUGAISE.=
+
+
+La Guinée portugaise reçoit par ses ports de Bissao et Boulam les noix
+de Kolas qu’elle importe de Guinée française et de Sierra-Léone.
+
+Cette dernière colonie, d’après les statistiques anglaises, aurait
+expédié en Guinée portugaise les quantités suivantes de Kolas frais :
+
+ 1905 122 tonnes
+
+ 1906 216
+
+ 1907 256
+
+ 1908 140
+
+ 1909 314
+
+En 1904, la Guinée française expédiait en Guinée portugaise 15 tonnes
+706.
+
+Ce chiffre s’est abaissé dans les dernières années.
+
+
+ =3o NIGÉRIA ANGLAISE.=
+
+
+La Nigéria anglaise est, avec notre Soudan, le pays qui consomme la plus
+grande quantité de noix de Kola.
+
+Au sud, s’étend la Southern Nigéria qui en produit et en consomme ; au
+nord, se trouve la Northern Nigéria qui en produit très peu, mais en
+consomme de très grandes quantités.
+
+La Nigéria du sud possède presque exclusivement le _Cola acuminata_ ; le
+_Cola nitida_ est d’introduction récente. Les noix à plus de deux
+cotylédons produites dans tout le delta du Niger et sur une bande
+littorale s’étendant à environ 100 kilomètres au N. de Lagos, ne
+suffisent pas à la consommation locale des grands centres comme Lagos,
+Abeokouta, Ibadan. Le bas Dahomey expédie à Lagos chaque année pour
+environ soixante mille francs de noix de _Cola acuminata_. Mais ce sont
+surtout les colonies anglaises de Sierra-Léone et de la Gold-Coast qui
+envoient à Lagos des quantités considérables de Kolas, ceux-ci
+appartenant à la bonne espèce _Cola nitida_. Nous manquons de
+renseignements précis sur les chiffres de ces importations, mais ils
+paraissent considérablement élevés.
+
+Mais c’est surtout la Nigéria du Nord, avec ses 10 millions d’habitants
+et de grands centres comme Kano, Sokoto, Yola, qui absorbe une très
+grande quantité d’amandes de Kola. La province de Noupé et peut-être le
+sud de la province de Yola en produisent de petites quantités fournies
+surtout par le _Cola acuminata_ (_Abata Kola_), mais la Northern Nigéria
+s’approvisionne surtout par des importations de noix de la Gold Coast
+(_Ganbja Kola_), arrivant par les voies les plus diverses.
+
+Chaque année, les caravanes haoussas vont s’approvisionner de Kolas au
+Pays Achanti en suivant la route signalée autrefois par BARTH. La
+plupart passent par le N. du Togo et du Dahomey et se dirigent ensuite
+sur Kano. Nous avons déjà dit que 800 tonnes de Kolas pour cette
+destination transitaient par la région de Djougou (Dahomey). D’autres
+caravanes suivent des routes plus septentrionales ; elles traversent le
+sud du Mossi et par la Gourma ou par la région de Dori, elles viennent
+tomber au Niger et de là elles se dirigent soit sur Sokoto, soit sur
+Kano. Enfin, d’autres caravaniers vont chercher des Kolas jusqu’en plein
+cœur du Cameroun ou même dans la Haute-Sangha (Afrique équatoriale
+française) ; ils traversent l’Adamaoua et reviennent à Yola. Des villes
+que nous venons de citer, certaines charges de Kolas sont portées encore
+bien plus à l’est, au cœur du Bornou, à Kouka et à Dikoua, ou même
+jusque dans le Baguirmi et dans l’Ouadaï ; l’un de nous en a même vu en
+1903, à Corbol, dans le moyen Chari où le sultan du Baguirmi était de
+passage.
+
+Kano, « la grande cité haoussa, le plus grand foyer industriel et
+commercial du centre africain »[348], ville comptant 70.000 âmes, chef-
+lieu d’un Etat peuplé de 3 millions d’habitants, avait reçu jusqu’à ces
+dernières années tous les Kolas qu’elle consommait par les caravanes
+allant au pays Achanti. A l’époque du voyage de BARTH (1852), Kano
+recevait par cette voie pour 100 millions de cauris[349] de noix,
+chiffre correspondant à environ 40.000 fr. et vraisemblablement à
+300.000 noix. Ce chiffre a été en s’accroissant d’année en année ; mais,
+en même temps, de nouvelles voies de pénétration ont été créées.
+Aujourd’hui la plus grande partie des noix destinées à l’Etat de Kano
+sont importées par mer soit à Lagos, soit par le Bas Niger (viâ
+Forcados, Bouroutou, Baro).
+
+Les premières prennent ensuite le chemin de fer Lagos-Ibadan-Ilorin et
+le deuxième jour elles parviennent à Djebba, sur le Niger.
+
+Prochainement le railway arrivera à Kano et cette ville ne sera plus
+qu’à quatre jours de Lagos. Les Kolas de l’Achanti ne seront plus qu’à
+neuf jours de Kano, comme le montre le tableau suivant :
+
+ Koumassie à Sekondee 2 jours (par chemin de fer).
+
+ Sekondee à Lagos 3 jours (par mer).
+
+ Lagos à Kano (viâ Djebba) 4 jours (par chemin de fer).
+
+Les caravaniers qui effectuent ce trajet par l’intérieur de l’Afrique
+mettent environ 6 mois pour faire le voyage aller et retour. Aussi la
+grande route de Kano-Djougou-Salaga est-elle appelée à être abandonnée
+des caravanes.
+
+Les transports par animaux à travers la Nigéria se faisant à très bon
+compte, beaucoup d’Haoussas renoncent cependant à employer le chemin de
+fer et viennent chercher les Kolas et les autres marchandises dont ils
+ont besoin à Lokodja ou à Lagos.
+
+En 1904, les importations, par mer, des Kolas dans la Nigéria du Sud
+atteignent le total de 1.033 tonnes, évaluées 1.026.600 francs, et la
+Gold-Coast, à elle seule, en avait fourni 1.024 tonnes. En 1905, les
+importations de Kolas à Lagos s’élevaient à 1.139.175 francs. Les
+importations par mer se font surtout de novembre à avril. Il n’est pas
+fait mention des Kolas importés dans la Northern Nigéria en cette même
+année.
+
+Pour la période 1906-1907, on estime les importations de cette dernière
+colonie à 21.924 livres-sterling, soit 548.100 francs. Ce chiffre
+représente sans doute les importations faites par Forcados-Bouroutou.
+Les importations par mer de ces deux colonies réunies, en 1906, étaient
+donc d’environ 1.600 tonnes.
+
+Il est bien certain qu’au fur et à mesure que se développera la
+prospérité de la Nigéria, appelée à un très grand avenir, la
+consommation des Kolas ira en s’accroissant, et la production de la
+Gold-Coast ne suffira plus pour alimenter en Kolas les pays que nous
+venons de passer en revue.
+
+La ville de Lagos est un des plus gros entrepôts de Kolas de toute
+l’Afrique. On y trouve à la fois les petits Kolas indigènes à 4 ou 5
+cotylédons, et les gros Kolas rouges de l’Achanti importés par mer.
+Ceux-ci se vendent à un prix très abordable. D’une valeur de 50 francs
+les 50 kilog. à leur embarquement à Cape-Coast-Castle, la même charge
+vendue à Lagos revient à 57 fr. 50, et le prix de vente en gros ne
+dépasse guère 1 fr. 25 le kilog. Seuls, les Yorubas consomment encore
+des Kolas indigènes.
+
+
+ =IMPORTATION ET CONSOMMATION DES KOLAS EN EUROPE.=
+
+
+L’Europe ne reçoit encore presque exclusivement que des Kolas secs. On
+les divise en _Kolas-demis_ ou Kolas à deux cotylédons produits par le
+_Cola nitida_ et en _Kolas-quarts_ ou Kolas à quatre ou cinq cotylédons
+produits par les autres espèces. Leur prix varie de 0 fr. 75 à 1 fr. 15
+le kilog. pour les noix à deux cotylédons et de 0 fr. 40 à 0 fr. 75 pour
+les noix à quatre cotylédons.
+
+La première importation remonte à une époque très reculée, puisque,
+d’après le Bulletin de Kew, 1880[350], les importations, en Angleterre,
+étaient déjà :
+
+ En 1860 environ 55.960 kil.
+
+ En 1870 145.168
+
+ En 1879 378.625
+
+Nous ne possédons que des renseignements très incomplets sur l’étendue
+actuelle de ce commerce.
+
+Nous pensons, toutefois, que les importations de Kola sec en Europe et
+aux Etats-Unis s’élèvent annuellement à environ 1.000 tonnes.
+
+Ces noix sont utilisées soit dans la droguerie pharmaceutique pour la
+préparation d’extraits, soit en liquorerie dans la fabrication de vins
+toniques, liqueurs variées, apéritifs spéciaux. Le commerce apprécie
+surtout les noix faiblement mucilagineuses, donnant des extraits
+homogènes et bien solubles.
+
+Les exigences de la Pharmacopée française ont entraîné les industriels à
+acheter les Kolas sur leur teneur en caféine qui ne doit pas être
+inférieure à 1,25 %, l’extrait obtenu devant, d’après le Codex 1908,
+renfermer 10 % de caféine.
+
+La France, l’Angleterre, l’Allemagne, le Portugal sont les seuls pays
+qui font l’importation directe.
+
+En France, ce produit entre par les ports de Marseille et du Hâvre, mais
+comme il est exempt de droits de douane et qu’il ne figure pas sur les
+statistiques, il est impossible d’évaluer les quantités introduites.
+
+En Angleterre, on n’est pas plus documenté. L’entrée dans les ports est
+également libre. On l’annonce dans les listes de cargaisons, quelquefois
+comme noix de Kola, quelquefois comme droguerie ou épicerie ; parfois on
+indique le poids, parfois simplement la valeur. Certaines statistiques
+annoncent qu’il entre environ 300 tonnes de Kola sec par an dans le port
+de Liverpool ; par contre, les renseignements qui nous ont été
+communiqués par la maison SUTELIFF et GOSDEN, de Londres, l’évaluent à
+150 ou 200 tonnes par an pour toute la Grande-Bretagne, mais ils disent
+que c’est seulement une estimation et il n’est pas tenu compte des
+arrivages directs au consommateur. « En outre, ajoutent-ils, les
+arrivages de Ceylan pèsent ordinairement 50 kilog. environ chacun,
+tandis que les arrivages de Barbades, de Grenade, de la Jamaïque, pèsent
+environ 87 à 100 kilog. chacun. On les déclare comme colis. Aussi, nos
+renseignements auraient seulement pour résultat de dérouter, au lieu de
+donner l’information qui pourrait être utile. »
+
+D’après une note manuscrite de M. DE LA VAISSIÈRE, l’importation des
+noix fraîches à Liverpool ne doit pas dépasser une ou deux tonnes par
+an ; elles proviennent de Sierra-Léone. Leur prix varie de 5 pence à 10
+pence par livre (453 grammes) suivant leur état, car la plupart du temps
+les amandes arrivent avariées ou piquées.
+
+Pour les noix sèches, les paiements se font à la livraison de la
+marchandise, avec escompte de 2,5 %.
+
+Suivant la même note, le marché de Hambourg offre d’assez grands
+débouchés aux Kolas provenant de la Côte Occidentale d’Afrique, mais il
+est absolument impossible d’évaluer la quantité exacte importée chaque
+année, de même que les pays de provenance, les statistiques de Hambourg
+ne contenant aucune rubrique spéciale pour cet article. Toutefois, on ne
+pense pas qu’il soit exagéré de dire que la quantité importée chaque
+année s’élève à plusieurs centaines de tonnes.
+
+Les cours varient, pour les Kolas secs, de 70 francs à 90 francs les 100
+kilog. franco Hambourg. Les ventes, en général, ont lieu aux 100 kilog.
+net, paiement comptant moins 2 % d’escompte ou à 1 mois net.
+
+Les quantités de noix de Kola qui entrent en Belgique sont très minimes.
+Il n’est pas possible d’évaluer les petits stocks qui entrent dans le
+port d’Anvers, aucune spécification n’étant faite pour cet article dans
+les documents statistiques des douanes belges. Cette importation est à
+coup sûr sans importance, car une cote officieuse de tous les produits
+africains est établie chaque jour, à Anvers, par les courtiers de la
+Bourse, et la noix de Kola n’y est pas mentionnée.
+
+Au Portugal, Lisbonne reçoit quelques tonnes à peine, par an, de Kolas
+secs provenant de l’Angola, du Congo portugais et de San-Thomé.
+
+Les arrivages de Kola sec dans la plupart des ports d’Europe paraissent
+avoir plutôt tendance à diminuer. Par contre, les Kolas frais, en France
+du moins, sont importés en plus grande quantité depuis quelques années.
+Les arrivages se font par Marseille, par Bordeaux et par La Palice.
+
+Les principaux importateurs sont quelques Pharmacies et une ou deux
+maisons spécialisées dans le commerce des fruits tropicaux.
+
+Grâce à leurs arrivages, on peut actuellement trouver à Paris, pendant
+presque toute l’année, des Kolas frais vendus au détail de 0 fr. 10 à 0
+fr. 30 pièce, suivant la taille, soit de 8 francs à 20 francs le kilog.
+Ce prix pourra être considérablement abaissé le jour où la consommation
+des Kolas deviendra plus régulière, et où il y aura moins de déchets par
+suite d’emballages mieux conditionnés.
+
+Nous avons vu, en effet, que le prix de revient des Kolas dans les ports
+d’embarquement des pays producteurs, oscille entre 1 fr. 25 et 2 fr. 50
+le kilog., suivant les saisons et suivant les localités.
+
+Quand le grand public connaîtra mieux les propriétés remarquables de ce
+produit, quand les médecins seront plus expérimentés dans son
+application, enfin quand la noix sera à un prix plus abordable, ce qui
+sera facile à obtenir en faisant des emballages soignés dans la tourbe,
+on peut espérer que le Kola frais trouvera dans les pays civilisés,
+sinon une vogue comparable à celle qu’il a dans le Soudan, au moins des
+débouchés très étendus.
+
+ * * * * *
+
+
+[Note 300 : M. LIURETTE raconte, dans ces termes, l’origine des
+peuplades habitant la région de Beyla :
+
+« Entre le VIIe et le XIe siècle de notre ère, la race _Sérère_ aurait
+été disloquée et les _Tômas_ en seraient une fraction.
+
+« Quant aux _Mandés_ originaires du Niger, ils vinrent au XIIIe siècle
+se fixer dans le pays des Kolas. Toumané Kouroula, originaire des pays
+mandingues, quitta son village vers 1320, accompagné de ses deux frères.
+Ils se livrèrent pendant deux années au commerce des Kolas, puis ils
+s’installèrent dans un petit village abandonné qu’ils nommèrent
+Tomandougou (village Tôma), où ils appelèrent d’autres compatriotes qui
+vinrent grossir le village situé sur le versant ouest de la montagne
+Tourou, près de la rivière Milo. Le plus jeune des trois frères fut
+envoyé par son aîné à la recherche d’une nouvelle terre et fonda le
+village de Tina, situé dans le Ouorodougou et dont Kérouané est la
+capitale.
+
+« Un poste français fut installé à Kérouané en 1892 et devint chef-lieu
+de ce Cercle. Le Cercle de Beyla fut créé en 1894, mais ce n’est qu’en
+1898 que nos troupes, poursuivant les hordes de Samory, parvinrent sur
+les confins Sud du Cercle, dans le pays produisant les Kolas. »
+
+(LIURETTE, Archives de Beyla. _Mss._, 1908).]
+
+[Note 301 : Ce chiffre ne comprend pas les Kolas du district de Tibati,
+exportés dans l’Adamaoua.
+
+L’Afrique équatoriale française, qui exporte une assez grande quantité
+de Kolas par la Haute-Sangha, n’est pas mentionnée dans ce tableau.
+D’autre part, le Togo produit moins de Kolas que ne l’indique ce
+tableau.]
+
+[Note 302 : Henry FILLOT. — La noix de Kola. _Bull. Soc. Acclim._, LIII,
+1906, p. 257.]
+
+[Note 303 : BINGER. — L. c., I, p. 313.]
+
+[Note 304 : CHUDEAU. — Le grand commerce indigène de l’Afrique
+occidentale. _Bull. Soc. Géogr. commerc._, XXXII, 1910, p. 404.]
+
+[Note 305 : CHUDEAU. — _L. c._, p. 412.]
+
+[Note 306 : Se nomment encore suivant les régions : Koris, Kouris,
+Kourdis.]
+
+[Note 307 : Voir MARAVAL. — _La Géographie_, XXI, 1910, 1er sem., p.
+209.]
+
+[Note 308 : Ce chiffre paraît anormal et excède les exportations
+habituelles de la Guinée.]
+
+[Note 309 : Les statistiques officielles de la Guinée, pour 1909,
+accusent une importation totale de 63.663 kilog. des provenances
+suivantes :
+
+Libéria : 48.583 kilog., Sierra-Léone : 14.362 kilog. ; autres pays :
+718 kilog.]
+
+[Note 310 : D’après FAMÉCHON, les populations Baga et Mandenyi, qui
+habitaient la contrée avant l’invasion soussou, avaient probablement
+répandu autrefois le Kolatier dans la région et elles devaient s’adonner
+à sa culture, beaucoup plus activement que ne le font aujourd’hui les
+Soussous.]
+
+[Note 311 : Ces renseignements remontent à 1906 ou 1907. La valeur du
+caoutchouc sur place oscille aujourd’hui dans de larges limites, à
+Kouroussa même, suivant les cours d’Europe.]
+
+[Note 312 : Le vendeur n’apporte ordinairement que 50 à 150 noix par
+marché. Il est rare qu’il en apporte 200 ou 300 à la fois ; moins
+fréquemment encore il met en vente des lots de 8 à 10 kilogs.]
+
+[Note 313 : A la fin de la saison sèche, les noix sont plus petites et
+il en faut parfois jusqu’à 120 pour peser un kilog.]
+
+[Note 314 : En 1909, les autochtones de la forêt : Tômas, Guerzés,
+Manons, commençaient à accepter les pièces françaises en argent avec
+lesquelles ils faisaient ensuite des achats aux dioulas.
+
+Les Musulmans apportent aussi dans le pays des vaches et des moutons
+qu’ils échangent contre des Kolas.]
+
+[Note 315 : On a conservé, dans le Soudan Nigérien, le nom d’_oussourou_
+pour désigner le droit de place que payaient les caravaniers arrivant
+dans les centres importants, soit comme droit de transit, soit comme
+droit de place.]
+
+[Note 316 : En admettant que ce chiffre de 156.157 fr. 40 ait été
+prélevé exclusivement sur des Kolas, ce qui est peu éloigné de la
+vérité, on aurait introduit cette année-là, par Boola, 208.210 kilog. de
+Kolas, soit environ 8.328 charges ou 160 charges par semaine. Le produit
+le plus important après les Kolas, importé du Libéria dans la Haute-
+Guinée, est l’huile de palme qui acquitte une taxe de 0 fr. 04 par
+litre. Cette taxe est normale, l’huile de palme valant, dans le pays, de
+0 fr. 50 à 1 franc le litre.
+
+Nous avons le poids officiel des Kolas, entrés en Guinée par la
+frontière libérienne en 1906 ; il est de 48.583 kilog. Une quantité au
+moins dix fois plus élevée a dû passer en fraude.]
+
+[Note 317 : D’après ARCEN, il n’était pas rare de trouver au marché de
+Boola, il y a quelques années, 3.000 à 4.000 indigènes par marché.]
+
+[Note 318 : Quatre grandes maisons françaises étaient installées à Beyla
+en 1909. La plus ancienne, la maison Gobinet frères, y est depuis 1904.]
+
+[Note 319 : Jusqu’à ces derniers temps, les colporteurs indigènes
+(dioulas) de l’Afrique Occidentale devaient acquitter une patente de 3
+fr. par charge, patente renouvelable tous les trois mois.
+
+Pour encourager le développement du commerce indigène, le Gouvernement
+général de l’A. O. F. a supprimé récemment ces patentes.]
+
+[Note 320 : D’après M. LIURETTE, une charge complète de 30 kilog. de
+noix de Kolas vendues au détail doit produire : 62 fr. à Beyla ; 110 fr.
+à Kankan ; 150 fr. à Bamako ; 200 fr. à Médine ; 210 fr. à Kayes. Mais
+M. LIURETTE suppose que les noix arrivent _toutes en bon état_ et se
+vendent toutes au cours le plus élevé. En réalité, il n’en est jamais
+ainsi.]
+
+[Note 321 : D’après le _Journal officiel de la Côte d’Ivoire_, 15 mai
+1909, p. 229.
+
+Les chiffres donnés plus haut sont certainement très exagérés. La charge
+de Kolas rendue à Séguéla vaut à peine 60 fr. Nous estimons que le prix
+d’achat de la charge à Daloa doit être de 20 à 30 francs au maximum, et
+beaucoup moins si les achats se font contre des sombés apportés de
+Séguéla. A Daloa, un sombé vaut 0 fr. 05.]
+
+[Note 322 : Il doit y avoir un lapsus. Le prix d’un bœuf équivaut
+vraisemblablement à 2.000 à 5.000 Kolas. A Ngaoundéré, un bœuf de
+moyenne taille vaut 8 à 15 thalers (pièce d’argent à l’effigie de Marie-
+Thérèse, valant environ 3 francs).]
+
+[Note 323 : P. CHARREAU. — Loc. cit., in _Mém. Soc. Sc. Cherbourg_,
+XXXV, 1905-1906, p. 167.]
+
+[Note 324 : P. CHARREAU. — Loc. cit., p. 182.]
+
+[Note 325 : P. CHARREAU. — Loc. cit., p. 185.]
+
+[Note 326 : Il est possible que les Kolas exportés par le nord
+représentent une valeur de 80.000 livres sterling ou 2 millions de
+francs, mais en les estimant à 0 fr. 25 le kilog., on arrive à un poids
+de 8.000 tonnes correspondant à plus de 300.000 charges.
+
+Ce chiffre doit être considérablement réduit. Nous ne pensons pas que
+l’exportation par l’hinterland dépasse 2.000 tonnes, soit environ 70.000
+charges.
+
+La valeur des Kolas serait alors de 1 fr. le kilog. à la sortie, ce qui
+correspond en effet à la réalité.]
+
+[Note 327 : Ce chiffre correspondrait à un poids de 4.420.815 livres
+anglaises ou 2.002 tonnes 629. Les noix sont donc estimées à 1 fr. le
+kilog. environ.]
+
+[Note 328 : Comte ZECH. — L. c. Voir _Revue Cult. col._, VIII, 1901, 1er
+sem., p. 367.]
+
+[Note 329 : DE ALMADA NEGREIROS. — Ile de San Thomé, Paris 1900, p. 81.]
+
+[Note 330 : DE ALMADA NEGREIROS. — Les Colonies portugaises. Etudes
+documentaires, produits d’exportation, 1907, p. 207.]
+
+[Note 331 : Gonvan est probablement un des noms de Kong, encore désigné
+par les anciens auteurs sous les noms de Gonja (BEAUFOI), Gongé
+(DELISLE), Conché (DANVILLE).]
+
+[Note 332 : CUNY. — Découvertes en Afrique, 1809, I, p. 204.]
+
+[Note 333 : _La Géographie_, II, 1900, 2e sem., p. 9, et : Sur les
+routes du Soudan. Toulouse, 1902.]
+
+[Note 334 : Ce chiffre correspond à 300 ou 350 tonnes. Il est bien
+certain que la quantité de noix de Kola importées chaque année au Haut
+Sénégal et Niger est beaucoup plus considérable.]
+
+[Note 335 : E. BAILLAUD. — L. c., p. 260.]
+
+[Note 336 : E. BAILLAUD. — L. c., p. 240-242.]
+
+[Note 337 : Si l’on demande à un Yarsé à quoi lui serviront les gros
+rouleaux de toile qu’il emporte, il répond invariablement : « C’est pour
+manger ».]
+
+[Note 338 : MARC. — Le Pays Mossi, 1909, p. 170-175.]
+
+[Note 339 : Pour plus de renseignements sur ces points, consulter : W.
+PONTY, _Instructions à l’usage des administrateurs du Haut-Sénégal-
+Niger_, Imprimerie du Gouvernement, Kayes, 1906 : p, 86, oussourou ; p.
+90, marchés ; p. 83, patentes de colportage.]
+
+[Note 340 : L’administration se montre en outre très tolérante pour la
+perception de ces taxes. On estime que les 2/3 des Kolas passent sans
+acquitter de droits.]
+
+[Note 341 : En 1900, le capitaine SCAR écrivait dans un rapport
+officiel : « Il importe de ne pas se presser d’établir une taxe
+douanière qui détournerait un mouvement commercial qui doit logiquement
+passer par le Mossi ».]
+
+[Note 342 : Ouahigouya est le chef lieu du Yatenga, province rattachée
+aussi au Mossi et en constituant la partie N.]
+
+[Note 343 : R. CHUDEAU. — Le marché indigène de Sofara, _Ann. de
+Géograph._, XIX, no 103, 15 Janv. 1910, p. 47-48.]
+
+[Note 344 : CHUDEAU. — _Bull. Soc. géogr. commerc._, 1910, p. 407.]
+
+[Note 345 : E. BAILLAUD. — Loc. cit., p. 138.]
+
+[Note 346 : E. BAILLAUD. — Loc. cit., p. 241.]
+
+[Note 347 : Ce chiffre ne concorde pas avec celui fourni par les
+statistiques de Sierra-Léone qui mentionnent, pour 1907, 515 tonnes de
+Kolas destinées à la Gambie.]
+
+[Note 348 : J. MENIAUD. — _Dépêche coloniale illustrée_, IX, 15 sept.
+1909, p. 217.]
+
+[Note 349 : H. BARTH. — Voyages et découvertes, _trad. franç._, II,
+1860, p. 26.]
+
+[Note 350 : D’après HECKEL, Loc. cit., p. 67.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE XIX.
+
+ * * * * *
+
+=Amandes considérées à tort comme remplaçant les Kolas. — Substitutions
+ frauduleuses. — Succédanés.=
+
+ * * * * *
+
+
+Dans sa monographie, E. HECKEL cite un assez grand nombre de plantes
+dont les graines seraient substituées dans diverses régions aux noix de
+Kola.
+
+« Il est très probable, écrit cet auteur, si l’on s’en rapporte aux
+données fournies sur les espèces connues par H. BAILLON, que les plantes
+africaines, capables de donner des graines similaires de celles du vrai
+Kola sont _Cola Duparquetiana_ Baillon, _Cola ficifolia_ Mast., _Cola
+heterophylla_ Mast., _Cola cordifolia_ R. Br. et peut-être le _Sterculia
+tomentosa_ Guil. et Perr.[351]. »
+
+Le _Cola Duparquetiana_ Bn. qui vit au Gabon ne nous est pas connu, mais
+nous savons qu’il appartient à la section _Cheirocola_. Il se rapproche
+beaucoup du _Cola Trillesii_ Pierre et du _Cola dasycarpa_ Pierre,
+espèces non encore décrites de l’Herbier du Muséum. Le spécimen de _Cola
+Trillesii_ de cet Herbier est accompagné d’une note manuscrite du P.
+TRILLES, indiquant que les fruits insérés sur le tronc sont
+comestibles[352], mais il nous parait probable que c’est le tégument
+seul qui peut être mangé.
+
+Le _Cola ficifolia_ Mast., petit arbre de Fernando-Pô, appartient à la
+section _Haplocola_. Il est fort douteux qu’il donne des graines
+utilisables.
+
+Le _Cola heterophylla_ (P. Beauv.) Schott et Endl. est aussi un petit
+arbre assez répandu depuis la Guinée française jusqu’au Delta du Niger.
+
+Nous avons eu fréquemment l’occasion de l’observer. Chaque follicule
+renferme de 7 à 11 graines ovoïdes-polyédriques, de 20 à 26 mm. de long
+sur 15 mm. à 18 mm. de large. L’amande n’est pas comestible, mais la
+graine a un tégument qui comprend une couche externe, blanche-charnue,
+sucrée, légèrement acidulée, que les enfants sucent parfois.
+
+De même, la graine de _Cola cordifolia_ R. Br. (nommé _Ntaba_ au
+Soudan), que nous avons eu fréquemment l’occasion d’examiner, comprend
+une amande rose de 20 mm. à 25 mm. de long sur 12 mm. à 15 mm. de large,
+formée de 2 (parfois 3) cotylédons, bifides dans le quart inférieur, et
+d’un blanc-rosé. On ne les mange pas, mais le tégument, épais de 3 mm. à
+4 mm., devient à maturité très pulpeux et très sucré et les enfants en
+sont friands.
+
+Enfin, le _Sterculia tomentosa_ Guil. et Perr., ainsi que nous avons eu
+déjà l’occasion de le signaler, produit des graines tout à fait
+inutilisables.
+
+Dans ces dernières années le _Bulletin de Kew_ a appelé l’attention sur
+un autre _Sterculia_, le _S. rhinopetala_ K. Schum., connu au Lagos sous
+les noms de _Orodu_ et _Oro_, d’après PUNCH, et dont les graines,
+d’après ZENKER[353], seraient employées en guise de Kola à Yaunde au
+Cameroun. K. SCHUMANN a montré combien une telle assertion était peu
+vraisemblable, mais le _Bulletin de Kew_ rappelle que les _Sterculia
+fœtida_, _S. guttata_, _S. urens_ de l’Inde produisent des graines qu’on
+mange rôties comme des châtaignes et le Dr HOCHREUTINER a mangé à
+Buitenzorg les fruits de plusieurs _Sterculia_ vrais et les a trouvés
+excellents[354]. Nous croyons pour notre part que, quand bien même les
+graines de _Sterculia rhinopetala_ K. Schum. seraient comestibles (ce
+qui est douteux), il est très peu vraisemblable qu’elles aient des
+propriétés analogues à la noix de Kola.
+
+E. HECKEL a appelé aussi l’attention sur diverses autres espèces de
+_Cola_ du Gabon.
+
+L’une est vraisemblablement le _Cola gabonensis_ Masters et appartient à
+la section _Haplocola_. Elle est connue au Gabon sous les noms d’_Ereré_
+ou d’_Orindé_ rouge[355]. Les follicules, d’un beau rouge à l’état
+frais, renferment environ 6 à 8 graines ayant chacune deux cotylédons.
+
+Dépouillées de leur tégument et sèches, elles se réduisent à une petite
+amande verdâtre rappelant celle du grain de café desséché ; elles ne
+sont pas alimentaires ; la pulpe constituant le tégument est sucrée et
+un peu acidulée et peut être consommée. Dans les amandes, HECKEL n’a pas
+trouvé trace de caféine ou de théobromine[356].
+
+Le produit employé comme aphrodisiaque serait l’écorce.
+
+Sous le nom de _Cola digitata_, E. HECKEL mentionne un arbre de la
+section _Cheirocola_ nommée _Ombéné nipolo appopo_ (gros Kola blanc) par
+les Gabonais. D’après A. JOLLY (in HECKEL), le fruit est d’un beau rouge
+carmin velu. Les graines ont une amande d’une couleur rouge-amarante et
+sont de très grosse taille, puisque, dépouillées du tégument, elles
+pèsent 100 grammes en moyenne.
+
+Ces graines ne sont pas utilisables ; elles ne contiennent pas trace de
+caféine. « La partie comestible du fruit est le testa très développé qui
+enveloppe la graine ; il est de couleur blanche et un peu sucré ; les
+indigènes seuls s’en nourrissent et encore rarement »[357]. La
+description et les figures que HECKEL a publiées de cette espèce, montre
+qu’il ne s’agit certainement pas du _Cola digitata_ Mast. ; celui-ci a
+des fruits et des graines toutes différentes. Nous ne pensons pas
+davantage que le gros Kola blanc des Gabonais soit le _Cola pachycarpa_
+K. Schum., ainsi que l’a supposé le savant botaniste berlinois. Au
+contraire, la description des cotylédons dont la face interne « se fait
+remarquer par le développement énorme de poils recouvrant sa surface
+entière » nous fait supposer que la plante signalée par HECKEL est soit
+_Cola Duparquetiana_ Bn., soit _Cola Trillesii_ Pierre ou _C. dasycarpa_
+Pierre.
+
+Ces trois espèces paraissent du reste extrêmement voisines et n’en
+constituent probablement qu’une seule.
+
+E. HECKEL a signalé un autre _Cola_ provenant de Franceville (Gabon),
+auquel il donne le nom de _Cola sphærosperma_ Heckel. Il est
+malheureusement très incomplètement décrit, puisque la diagnose ne
+comporte que la description des graines ; elle est accompagnée d’une
+figure représentant une jeune plante à feuilles oblongues acuminées.
+
+K. SCHUMANN en a fait un _Haplocola_, mais n’a fourni aucun
+renseignement nouveau à son sujet. La plante, du reste, n’a pas
+d’intérêt économique, HECKEL n’ayant trouvé ni caféine, ni théobromine
+dans les graines. Enfin, le même auteur signale un Kolatier de
+Libreville appelé par les Mpongoués _Ombéné attèna-téna_, à petites
+graines, « dont chacun des deux cotylédons est divisé en plusieurs lobes
+(deux ou trois)[358] »
+
+Il a trouvé que les graines sèches renfermaient 0,263 de caféine. « De
+plus, cette graine ne paraît renfermer ni théobromine, ni rouge de Kola.
+C’est donc une qualité très inférieure, bien au-dessous du Kola, dit du
+Gabon. Il faut en rejeter l’emploi soit médical, soit
+bromatologique[359]. »
+
+L’un de nous a observé au cours de ses voyages une autre espèce de
+_Cola_ dont les indigènes mangent réellement les graines, bien qu’elles
+n’aient point les propriétés des amandes des _Eucola_ et qu’elles ne
+puissent leur être substituées.
+
+Elle appartient à la section _Haplocola_ et constitue probablement une
+espèce inédite.
+
+C’est un arbuste de 3 m. à 6 m. de haut, à feuilles oblongues acuminées,
+obtuses au sommet, cunéiformes aiguës à la base, fortement réticulées en
+dessous. Les fruits insérés à l’extrémité des branches comprennent 1 à 5
+carpelles (souvent 3), d’un beau rouge écarlate à maturité, ovoïdes,
+longs de 4 cm. à 6 cm., terminés brusquement par un long bec obtus.
+Chaque follicule renferme 3 à 6 graines ovoïdes-subsphériques de 15 mm.
+à 18mm. de long sur 12 mm. à 15 mm. de diam. transversal.
+
+Les cotylédons, au nombre de deux, sont blancs, fendus à la base. Leur
+saveur rappelle celle du gland et ils sont immangeables à l’état cru,
+mais les indigènes de race Dan ou Dyola pilent ces graines après les
+avoir dépouillées du tégument et la pulpe obtenue est ajoutée au riz que
+l’on fait cuire. Nous pensons que c’est pour ses propriétés
+mucilagineuses que cette graine est utilisée. Elle jouerait dans la
+confection de la sauce le même rôle que le Gombo (_Hibiscus esculentus_
+L.).
+
+L’arbuste est commun dans la forêt de la Côte d’Ivoire et se nomme
+_Séran_ en dyola.
+
+ *
+ * *
+
+Il découle des pages précédentes qu’aucune espèce de Sterculiacée, en
+dehors des _Eucola_, ne produit de graines pouvant être substituées aux
+noix de Kola[360].
+
+Quelques espèces de _Sterculia_ fournissent des graines dont les
+propriétés alimentaires sont dues à leur richesse en amidon. Plusieurs
+espèces de _Cola_ ont leurs graines recouvertes d’un tégument externe
+(souvent pris pour une arille), charnu et sucré, de sorte qu’on peut le
+manger. Une autre espèce produit des amandes que l’on peut utiliser dans
+la préparation des aliments par suite de leur richesse en mucilage, mais
+en dehors des quatre espèces _Cola nitida_, _C. acuminata_, _C.
+Ballayi_, _C. verticillata_, on n’en connait aucune, d’une manière
+certaine, produisant des amandes pouvant être employées comme noix de
+Kola.
+
+ *
+ * *
+
+D’après HECKEL, on trouvait parfois, il y a quelques années, dans les
+lots de Kolas qui parvenaient en Europe, des graines d’_Heritiera
+littoralis_ Ait., de _Pentadesma butyracea_ Don, (le _Lamy_, graine
+oléagineuse de la Guinée française), de _Physostygma venenosum_ Balfour
+(la Fève de Calabar), de jeunes fruits de _Coco_ ; enfin les graines de
+_Napoleona imperialis_ P. Beauv. auraient parfois été considérées comme
+un faux Kola médicinal. Et il besoin de faire remarquer que toutes ces
+graines n’ont aucune des propriétés des noix de Kola. Elles sont du
+reste tellement dissemblables que la fraude n’est pas possible
+aujourd’hui.
+
+ *
+ * *
+
+[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
+
+440 _bis_.
+
+FIG. 51. — =Garcinia Kola= Heckel]
+
+[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
+
+441 _bis_.
+
+FIG. 52. — =Garcinia antidysenterica= A. Chev.]
+
+Il nous reste à faire connaître deux plantes qui n’ont aucune analogie
+avec les Kolatiers, mais qui fournissent chacune un produit dont les
+Noirs, mangeurs de Kolas, sont très avides. Les indigènes de l’Afrique
+occidentale n’attribuent nullement à ces produits, comme on l’a dit à
+tort, pour l’une de ces plantes, des propriétés analogues aux noix de
+Kola, mais ils les recherchent au contraire parce qu’ils leur permettent
+de manger une plus grande quantité de la précieuse amande.
+
+Ces plantes appartiennent à la famille des Guttifères et au genre
+_Garcinia_.
+
+L’une est le _Garcinia Kola_ Heckel, l’autre une espèce encore inédite
+du même genre.
+
+_Garcinia Kola_ a été décrit par HECKEL en 1883 et 1884[361]. Julien
+VESQUE, le monographe des Guttifères, l’a admis à son tour, mais les
+fleurs n’ont jamais été décrites. Nous avons rencontré la plante en 1910
+dans le Bas Dahomey et nous complèterons les données acquises en
+reprenant la description complète de cette espèce.
+
+
+_Garcinia Kola_ Heckel (Fig. 51). — Petit arbre de 8 m. à 15 m. de haut.
+Tronc de 3 m. à 5 m. de long et de 25 cm. à 50 cm. de diam., à écorce
+brune s’enlevant par grosses écailles. Branches plus ou moins
+fastigiées. Jeunes rameaux cylindriques, verts, un peu élargis aux
+nœuds, glabres ou les plus jeunes parsemés d’une légère pubérulence
+ferrugineuse, présentant à l’extrémité de chaque entre-nœud deux sillons
+opposés. Feuilles opposées, entières, oblongues ou oblancéolées,
+cunéiformes à la base, arrondies ou obtuses, parfois un peu émarginées
+au sommet, toujours sans acumen, coriaces et fortement pliées en
+gouttière suivant la nervure médiane, longues de 6 cm. à 15 cm. sur 2
+cm. 5 à 7 cm. de large. Surface supérieure vert-sombre et très luisante,
+l’inférieure vert-jaunâtre. Nervure médiane déprimée en dessus,
+saillante en dessous ; nervures secondaires 8 à 15 paires non
+saillantes, à peine visibles, même par transparence ; nervilles très
+fines, visibles seulement par transparence. Pétiole canaliculé en
+dessus, convexe en dessous, long de 8 mm. à 15 mm., légèrement
+pubérulent-ferrugineux. Fleurs dioïques, les femelles isolées,
+terminales ou axillaires, de 8 mm. à 10 mm. de diamètre. Pédicelle
+robuste, de 3 mm. à 10 mm. de long et de 3 mm. de diamètre, vert,
+finement pubérulent, articulé à la base qui porte 4 petites bractées
+lancéolées-linéaires. Calice à tube hémisphérique charnu ; lobes 4,
+opposées deux à deux, verdâtres, finement pubescents à l’extérieur, les
+externes en forme de croissant, beaucoup plus larges que longs (7 mm. de
+large sur 3 mm. à 4 mm. de long), les internes suborbiculaires de 6 mm.
+de diamètre. Pétales 4, d’un blanc-verdâtre, glabres ou finement
+pubérulents, dépassant les sépales, suborbiculaires, concaves, jamais
+étalés, longtemps persistants. Staminodes formant 4 phalanges de 5
+fausses-étamines chacune, à filets soudés dans presque toute leur
+longueur, beaucoup plus courtes que l’ovaire. Phalanges séparées par 4
+masses glanduleuses, jaunâtres, pubescentes, de 3 mm. de diamètre
+(disque tétra-lobé). Ovaire subsphérique, finement pubescent à
+l’extérieur, divisé en quatre loges renfermant chacune un seul ovule.
+Style très court ; stigmate légèrement divisé en 4 lobes plans. Fleurs
+mâles et fruits inconnus.
+
+HECKEL attribue à son espèce des feuilles ovales avec un mucron très
+accusé au sommet et mesurant jusqu’à 30 cm. de long. Malgré cette
+différence, il nous paraît probable que notre plante et la sienne sont
+identiques. D’après le même auteur, le fruit est une baie du volume
+d’une petite pomme, à épiderme rugueux, recouvert complètement sur toute
+sa surface de poils âpres et offrant 3 ou 4 loges contenant chacune une
+graine volumineuse ovale, cunéiforme, à face externe arrondie et à face
+interne anguleuse. Cette graine est recouverte d’une pulpe très
+abondante, d’une couleur jaunâtre, de saveur aigrelette qui est une
+véritable arille, très adhérente au péricarpe et au tégument de la
+graine. Le fruit est entouré, à sa base, par le calice persistant et
+pubescent ; la corolle est souvent aussi persistante[362].
+
+Les graines que nous avons observées sur tous les marchés de l’Afrique
+Occidentale, depuis St-Louis jusqu’à Lagos, se vendent toujours à l’état
+frais et retirées du fruit. Elles sont ovoïdes-allongées, un peu
+asymétriques, légèrement atténuées à une extrémité, longues de 3 cm. à 3
+cm. 5 et de 2 cm. à 2 cm. 5 de diamètre transversal. Leur couleur est
+blanc-jaunâtre ; leur surface un peu rugueuse. L’amande est massive,
+sans cotylédons différenciés ; son parenchyme est ferme et rempli de
+poches à résine, dégageant un léger arôme. Elle est recouverte d’un
+mince tégument rouge brique, facile à enlever.
+
+Ainsi que nous l’avons montré dans notre Historique, c’est le Dr BARTER
+qui a, le premier, attiré l’attention sur le _Garcinia Kola_, en 1860.
+
+La plante a été signalée à Sierra-Léone (HECKEL), à Ouidah (Dahomey)
+(d’après HECKEL), dans le Bas-Dahomey et au Lagos (SAVARIAU), à Onitscha
+et à Fernando-Pô (BARTER).
+
+L’amande porte les noms suivants : _Bitter-Kola_ (english pigeon), Kola
+mâle (colons).
+
+Dans le Bas-Dahomey, l’arbre croît dans les mêmes bouquets de forêts que
+le _Cola acuminata_. Il est aussi fréquemment planté autour des
+habitations. Il fleurit de janvier à mars ; les fruits mûrissent à la
+fin de l’hivernage. L’amande donne lieu à un commerce assez important.
+La production du Bas-Dahomey est loin de suffire à la consommation ;
+d’après SAVARIAU, on en importe beaucoup de Lagos. Les femmes de race
+Nago, qui font ce commerce, emportent du Dahomey des Kolas et du poisson
+fumé qu’elles échangent dans la colonie anglaise contre des noix de
+_Garcinia_. A Porto-Novo, ces dernières semences se vendent
+habituellement à raison de 4 à 8 semences pour 0 fr. 05. Elles pèsent
+habituellement de 3 à 6 grammes.
+
+Les noix de _Garcinia_ du Lagos et du delta du Niger pénètrent jusque
+sur les marchés de la Nigéria du Nord. Les Haoussas en vendent de
+petites quantités à Djougou et jusqu’au Mossi, mais les amandes de ces
+marchés sont importées de la Nigéria, ce qui semble indiquer que l’arbre
+n’existe pas dans le pays Achanti ; nous ne l’avons jamais rencontré
+dans la forêt de la Côte d’Ivoire.
+
+Les graines mises en vente au Sénégal et en Guinée française proviennent
+de Sierra-Léone ; elles valent de 0 fr. 10 à 0 fr. 20 pièce, par
+conséquent plus cher que les noix de Kola. Il ne faut pas confondre ces
+graines avec d’autres semences de forme analogue, mais se divisant
+facilement en deux cotylédons, importées aussi sur les marchés du
+Sénégal, de Sierra-Léone ou de la Basse-Guinée et connues des indigènes
+sous le nom de Tola (soussou). Ce sont les graines d’un arbre de la
+famille des Lauracées, le _Tylostemon Mannii_ Stapf. (= _Beilschmiedia
+elata_ Scott Elliot). On les emploie comme condiment, dans les
+préparations du couscous, après les avoir pilées.
+
+Les amandes de _Garcinia_ se mangent toujours à l’état crû.
+
+Ainsi que nous l’avons dit, les indigènes savent fort bien qu’elles
+n’ont pas les propriétés des noix de Kola. Contrairement à ce que
+pensait SAVARIAU, si ces graines sont consommées sur une grande échelle,
+ce n’est pas parce qu’elles coûtent moins cher que les noix de Kola et
+qu’elles donnent par leur amertume, au consommateur peu fortuné,
+l’illusion de manger de vrais Kolas, mais c’est parce qu’on leur
+attribue des propriétés très spéciales. D’après les Noirs, le _Bitter-
+Kola_ facilite la dégustation des vrais Kolas et les fait trouver plus
+agréables. Il arrête les coliques et il suffit de croquer une graine de
+_Garcinia_ pour pouvoir manger une grande quantité de noix de Kola sans
+être incommodé. Aussi, les amateurs de Kola de Dakar apprécient-ils
+beaucoup cette semence et ils n’hésitent pas à l’acheter à un prix
+double de la noix de Kola quand elle est rare sur le marché. D’autre
+part, E. HECKEL rapporte que, d’après le Consul WOHSEN, il suffirait de
+mâcher 4 ou 5 graines pour apaiser les rhumes.
+
+Des analyses de graines de _Kola-bitter_ ont été faites par HECKEL et
+SCHLAGDENHAUFFEN, mais elles n’ont révélé la présence d’aucun principe
+spécial[363].
+
+Est-ce la résine contenue dans les poches sécrétrices qui agit ? On sait
+que d’autres _Garcinia_, et notamment le _G. Hamburyi_ Hook., donnent
+une gomme gutte qui est un purgatif drastique[364].
+
+La seconde espèce de _Garcinia_, mentionnée plus haut, est encore
+inédite. Nous l’avons rencontrée au cours de notre voyage de 1909, dans
+la forêt vierge de la Côte d’Ivoire. Ce n’est plus la graine, mais la
+racine, qui jouirait de propriétés merveilleuses, comparables mais non
+identiques à celles de la noix de Kola. Les Mandés la nomment _Ko ouoro_
+(Kola d’eau), parce qu’au nord de la forêt l’arbre croît parfois dans
+les galeries forestières, au bord des cours d’eau.
+
+Les porteurs de notre mission, emmenés de Beyla vers Danané, dans la
+forêt, chaque fois qu’ils passaient sous un de ces arbres, déposaient
+leurs fardeaux pour déterrer, souvent avec beaucoup de difficultés, les
+précieuses racines. Ils en taillaient de petites baguettes longues de 10
+cm. environ et de la grosseur d’un doigt et ils mâchaient ces baguettes
+tout le long de la route. A défaut de racines, ils utilisaient les
+branches considérées comme ayant beaucoup moins de valeur. Les fruits de
+l’arbre ne sont pas employés. Nous donnons ci-après la description de
+cette intéressante espèce.
+
+
+_Garcinia antidysenterica_ A. Chev. (_sp. nov._) (Fig. 52). — Groupe du
+_G. punctata_ Oliv. Arbre de 10 m. à 30 m. de haut, dioïque, entièrement
+glabre, à racines traçantes, rampant près de la surface du sol,
+jaunâtres. Tronc cylindrique de 5 m. à 15 m. de long et de 20 cm. de
+diam., à écorce grisâtre, un peu fendillée, laissant exsuder un peu
+d’oléo-résine blanche, aqueuse. Jeunes rameaux grêles, flexibles,
+alternes ou opposés, un peu comprimés ou subquadrangulaires. Feuilles
+opposées, fermes-membraneuses, oblongues, ou oblongues-elliptiques,
+cunéiformes ou parfois presque arrondies à la base, brusquement
+acuminées, obtuses ou subaigues au sommet, longues de 6 cm. 5 à 12 cm.,
+sur 3 cm. à 5 cm. 5 de large, à bords parfois un peu ondulés ; surface
+supérieure vert-sombre, l’inférieure vert-glauque. Nervure médiane non
+visible en-dessus, saillante en-dessous ; nervures latérales non
+apparentes, remplacées par de légères sinuosités visibles par
+transparence.
+
+Pétiole de 6 mm. à 10 mm. de long. Inflorescence ♂ en petits fascicules
+axillaires et terminaux, composés de 1 à 5 fleurs (dont l’une terminale
+et les autres opposées 2 à 2) portées sur des pédicelles de 2 mm. à 3
+mm. de long insérés sur un pédoncule commun presque nul. Bractées
+connées à leur base, arrondies, longues de 2/3 de mm. à peine. Fleurs
+inodores, de 12 mm. à 15 mm. de diam. Sépales 4, opposés deux à deux,
+jaune-verdâtres, suborbiculaires-concaves, souvent très inégaux, les
+deux externes longs de 2 mm., larges de 2 mm. 5, les deux internes longs
+de 4 mm. sur 6 mm. de large. Pétales 4, obovales-suborbiculaires,
+rarement oblongs, entiers, ou retus, ou découpés au sommet, d’un blanc-
+jaunâtre, longs de 6 mm. à 8 mm., sur 3 mm. à 6 mm. de large. Etamines
+en 4 phalanges recourbées sur le disque, longues de 3 mm. ; filets de
+chaque phalange connés dans toute leur longueur ; anthères 6 à 8 par
+phalange, disposées en éventail sur le bord interne d’une dilation
+subréniforme de la phalange large de 2 mm. 5, elliptiques, divisées
+chacune en deux loges déhiscentes longitudinalement bien avant
+l’ouverture de la fleur, dépourvues de septa transversaux. Disque
+hémisphérique divisé en 4 lobes par les raquettes staminales qui
+s’appliquent à sa surface, d’un jaune-safran, finement rugueux à sa
+surface, très résinifère-glanduleux. Inflorescences ♀ à fleurs isolées
+ou par faisceaux de 2 à 5, à l’aisselle des feuilles et des cicatrices
+foliaires et parfois sur le bois âgé ; pédicelles plus longs que dans
+les fleurs mâles, mesurant 8 mm. à 10 mm., articulés un peu au-dessus de
+la base, présentant au-dessus de l’articulation deux petites bractées
+opposées, largement deltoïdes-apiculées, longues de 1/2mm à peine.
+Sépales souvent subégaux, de 3 mm. de diamètre. Pétales comme dans les
+fleurs mâles. Etamines et staminodes nuls. Ovaire lisse, d’un vert-pâle,
+subquadrangulaire, haut et large de 2 mm. 5, divisé en 4 loges contenant
+chacune un ovule, surmonté d’un large stigmate glanduleux, jaunâtre,
+sessile, suborbiculaire ou un peu rhomboïdal, légèrement déprimé au
+centre. Jeune fruit ovoïde-subsphérique, tronqué et surmonté du stigmate
+desséché, contenant une seul graine, les trois autres ovules étant
+avortés.
+
+
+_Distribution géographique._ — _Côte d’Ivoire_ : dans le N. de la forêt
+vierge, entre Nzo et Danané. Entre le Morénou et l’Indénié, dans le
+bassin du moyen Comoé. — _Haute-Guinée française_ : d’après des
+renseignements indigènes existerait dans le Kissi, dans le Konian et
+dans le Pays Tôma, le long des galeries forestières.
+
+
+_Noms vernaculaires._ — _Ko ouoro_ (malinké) ; _Kollopello_ (kissien) ;
+_Gon_ (dan ou dyola) ; _Harou Kouayo_ (agni).
+
+
+_Usages._ — Les indigènes mâchent l’écorce amère, prétendant qu’elle a
+des propriétés comparables à la noix de Kola. Elle guérirait aussi les
+diarrhées les plus rebelles et la dysenterie. Pour l’administrer, on
+enlève les lames d’écorce de la racine ; on les fait sécher au soleil ;
+ensuite, on les broie au pilon, la poudre obtenue est mélangée avec des
+piments également pulvérisés et le mélange est absorbé matin et soir. A
+défaut des écorces de racines, on peut employer des feuilles de la même
+plante, mais l’action est moins active.
+
+ *
+ * *
+
+Les propriétés des _Garcinia Kola_ et _Garcinia antidysenterica_ sont
+connues des peuplades vivant très loin les unes des autres et n’ayant
+pas de rapports entre elles. Il est donc très probable que leur
+efficacité est réelle. De nouvelles recherches chimiques sont donc
+indispensables pour élucider ce problème d’un haut intérêt
+pharmacologique.
+
+ * * * * *
+
+
+[Note 351 : HECKEL. — Les Kolas africains, p. 91. Toutefois M. HECKEL a
+fait prudemment observer que ces graines ne renfermaient probablement
+pas de caféine.]
+
+[Note 352 : Cette plante est très vraisemblablement le _Cola
+Trillesiana_ que nous avons cité à la page 186 de cet ouvrage.]
+
+[Note 353 : K. SCHUMANN in ENGLER. — _Monogr. Afr. Pflanz._, V, 1901, p.
+102.]
+
+[Note 354 : _Kew Bulletin_, 1907, p. 408-409.]
+
+[Note 355 : Les Gabonais donnent le nom d’_Orindé_ à diverses plantes
+considérées par eux comme jouissant de propriétés aphrodisiaques. L’une
+des plus réputées et des mieux étudiées est une apocynée, le
+_Tabernanthe Iboga_ Bn. dont les racines renferment un alcaloïde
+l’_ibogaïne_ (LANDRIN).]
+
+[Note 356 : E. HECKEL. — L. c., p. 148.]
+
+[Note 357 : E. HECKEL. — L. c., p. 138.]
+
+[Note 358 : HECKEL. — L. c., p. 150.]
+
+[Note 359 : HECKEL suppose que l’_Ombénè atténa-téna_ constitue une
+variété de son _Cola Ballayi_ (qui renferme, comme nous l’avons montré,
+le _Cola Ballayi_ vrai et le _Cola acuminata_ Schott et Endl.). Dans
+aucune espèce de la section _Eucola_, les graines ne nous ont donné un
+si faible rendement en caféine.]
+
+[Note 360 : On a cité aussi _Cola lepidota_ K. Schum., espèce du
+Cameroun, appartenant à la section _Cheirocola_, comme pouvant donner
+des noix utilisables. (Voir E. DE WILDEMAN. Plantes tropicales, I, p.
+295).
+
+Il est fort douteux que ce renseignement soit exact.]
+
+[Note 361 : _Journ. Pharm. et Chim._, VII. p. 88 — et in HECKEL et
+SCHLAGDENHAUFFEN, Les Kolas, 1884, p. 33.]
+
+[Note 362 : HECKEL. — Loc. cit., 1893, p. 108.]
+
+[Note 363 : HECKEL. — Loc. cit., 1893, p. 220.]
+
+[Note 364 : Les mangeurs de Kola de la Sénégambie et de la Guinée
+française font aussi usage du _Gingembre_, nommé _Niamacou_ en Mandé,
+_Guinyar_ ou _Guiyar_ en Wolof. On mâche les rhizomes après avoir mâché
+la noix. Sa saveur, dit-on, fait apprécier davantage les qualités du
+Kola et comme il passe pour aphrodisiaque, il stimulerait activement,
+combiné avec le Kola, la fonction génésique. Il est cultivé en grand à
+Sierra-Léone, dans certaines parties de la Guinée française (Rio-Pongo)
+et en petite quantité dans le sud du Soudan. Les caravaniers,
+transportant les noix de gouro, emportent avec eux, vers le nord, ce
+Gingembre et, parvenus sur le Niger, vendent chaque griffe 0 fr. 10 ou 0
+fr. 05, c’est-à-dire aussi cher que l’amande de Kola.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE XX.
+
+ * * * * *
+
+ =Rôle du Kola dans la vie des Indigènes.=
+
+ * * * * *
+
+
+ =CROYANCES, RITES, SUPERSTITIONS, USAGES, RÉGIME DE LA PROPRIÉTÉ.=
+
+
+Nous ne croyons pas qu’il existe, dans toute l’Afrique, un produit
+végétal qui jouisse chez les noirs d’une réputation comparable à la noix
+de Kola. Une grande partie des propriétés attribuées à cette amande sont
+du reste fondées ainsi que l’ont établi les recherches de HECKEL et
+SCHLAGDENHAUFFEN et comme l’ont confirmé encore les travaux exposés dans
+la troisième partie de notre ouvrage.
+
+Les vertus merveilleuses des Kolas sont apparues aux peuples primitifs
+comme une manifestation de la puissance divine. Les peuples primitifs
+vénèrent toutes les forces de la nature ; n’est-ce pas par une de ces
+forces qu’on obtient d’une graine de saveur peu agréable au premier
+abord un état de bien-être absolument réel ?
+
+Les féticheurs ont entretenu soigneusement la croyance à l’origine
+divine du Kola et la religion de Mahomet non seulement a laissé à la
+précieuse noix le rôle social et religieux qu’elle avait avant les
+conquêtes de l’Islam, mais elle lui a attribué des vertus encore plus
+grandes.
+
+Aussi la semence du Kolatier tient une place immense dans les légendes,
+dans les mythes, dans les cérémonies du culte et dans les cérémonies
+profanes ; en un mot dans tous les actes importants de la vie des
+populations soudanaises.
+
+Le Kola est l’excitant par excellence des noirs africains. Il tient chez
+eux la place donnée au thé chez la race jaune ; au Soudan, il a une
+importance comparable à celle qu’a aujourd’hui en Europe le café.
+
+Il convient d’ailleurs de remarquer que son emploi est d’autant plus
+répandu et ses vertus appréciées, que les peuplades sont parvenues à un
+degré de civilisation plus avancé. Chez les races du Sénégal et du
+Soudan, converties depuis longtemps à l’Islam, il a acquis une notoriété
+supérieure à celle de toutes les plantes dont le Prophète a recommandé
+l’usage dans le Coran, et, selon un dicton répété par tous les marabouts
+noirs, celui qui sera engraissé de noix de Kola ira droit au ciel.
+
+Il est regardé partout comme la source ou l’emblème de la vigueur et de
+la puissance. C’est l’orgueil de beaucoup de chefs de ces pays d’avoir
+fait leur alimentation exclusive de Kolas pendant des périodes
+excessivement longues.
+
+L’usage de ce produit a pris une extension très grande depuis qu’a
+commencé la pénétration européenne. La noix de Kola s’est en quelque
+sorte démocratisée ; aussi on peut espérer qu’au fur et à mesure que les
+diverses régions de l’Afrique tropicale s’ouvriront à la civilisation,
+la consommation de la précieuse amande s’accroîtra encore dans des
+proportions considérables.
+
+
+ =Propriétés réelles attribuées au Kola par les indigènes.=
+
+
+_Comme excitant et tonique._ — Tous les Noirs, dans les régions où
+existe le Kola connaissent ses propriétés stimulantes.
+
+Il supprime la fatigue résultant d’un effort prolongé et permet de
+soutenir cet effort sans défaillance pendant des heures.
+
+Il permet de supporter longtemps la soif et la faim.
+
+Il procure un état de bien-être général. Il stimule l’activité des
+traitants qui en font généralement une consommation abondante. Le Kola
+possède toutes les vertus, au dire de tous les Soudanais et Sénégalais
+avec lesquels nous avons vécu.
+
+« Il est pour nous ce qu’est pour vous le café », me disait un jour un
+notable ayant vécu longtemps au contact des blancs. Nous trouvons, dans
+une lettre du P. KLAINE au botaniste PIERRE, une expression populaire
+heureuse pour caractériser les propriétés de la noix de Kola : « Les
+vieux Gabonais, dit-il, aiment mâcher le Kola. Ils prétendent qu’il les
+_ravigotte_ et qu’il donne plus de vigueur à leurs membres. »
+
+Chose très curieuse, toutes les peuplades forestières vivant dans les
+régions où la noix est abondante, en font un usage très modéré et y
+attachent peu d’importance. On sait que ces peuples sont parmi les plus
+primitifs de l’Afrique.
+
+Au contraire, les peuples soudanais parvenus à une véritable
+civilisation, s’en montrent extrêmement friands. A cause de la cherté de
+la noix, la classe des notables est presque seule à en consommer, mais
+dès qu’un Noir de condition modeste s’élève à une situation lui
+permettant de satisfaire ses goûts, il devient un mangeur de Kolas. Nos
+tirailleurs, nos miliciens, nos interprètes, nos boys même, s’ils sont
+du Soudan, en consomment de grandes quantités.
+
+Demandez à un jeune Noir ce qu’il fera s’il devient riche un jour. S’il
+est d’un centre européanisé depuis longtemps et s’il est franc, il
+répondra — c’est probable — « qu’il voudrait vivre comme les blancs et
+commander ou ne rien faire » ; mais s’il est Soudanais et s’il ne s’est
+pas encore trop frotté à notre civilisation, vraisemblablement, il vous
+dira :
+
+« J’achèterai beaucoup de femmes, j’aurai des chevaux et des _griots_
+(musiciens), et je mangerai beaucoup de noix de Kola. »
+
+Les populations de la grande forêt vierge, si elles font peu de cas de
+la noix de Kola, en connaissent fort bien les propriétés, mais ils ne la
+dégustent pas à la manière des Soudanais.
+
+Elle se mange ordinairement fraîche et saupoudrée de poivre et de sel.
+On prétend qu’elle agit ainsi beaucoup plus énergiquement.
+
+Chez les Trépo de la Côte d’Ivoire, par exemple, l’absorption du Kola
+sous cette forme est un fait courant. Les hommes se réunissent par
+petits groupes pour l’absorption. La femme de l’un d’eux pile un mélange
+de sel du commerce et de petits fruits de Piment enragé (_Capsicum
+frutescens_). La poudre ainsi préparée est placée sur un fragment de
+feuille de bananier au milieu du groupe des hommes réunis pour manger
+les Kolas ensemble. Ils n’absorbent qu’une petite quantité de noix à la
+fois, non point par privation, puisque ce produit est commun autour de
+chaque village, mais pour la raison qu’il suffit d’un petit fragment
+pour obtenir l’effet désiré. Habituellement, une belle noix suffit pour
+5 ou 6 hommes qui s’accroupissent en cercle autour de la poudre de sel
+et de piment. Un des hommes coupe la noix avec ses dents en autant de
+parts qu’il y a d’assistants. Chacun plonge le morceau qu’il a en main
+dans la poudre épicée, puis le grignotte en le plongeant plusieurs fois
+dans le mélange de sel et de piment. Il est en outre recommandé pendant
+qu’on se livre à ce festin, de boire une bouteille d’alcool de traite
+(le _gin_ de la Côte occidentale d’Afrique), ce qui faciliterait
+l’absorption du principe actif. Les hommes adultes seuls dégustent ainsi
+le Kola en société, mais les jeunes gens et les femmes mariées ont aussi
+la liberté d’en manger.
+
+Les Trépo n’attribuent point comme les Soudanais des propriétés
+aphrodisiaques à ce produit, mais ils sont unanimes à le considérer
+comme un aliment d’épargne qui stimule les forces lorsqu’il se présente
+un travail pénible à accomplir ou une longue marche à effectuer. « Avec
+des noix de Kola on peut rester des jours sans manger et on n’a jamais
+faim », prétendent-ils, et les Soudanais sont tous aussi de cet avis.
+
+Au Gabon, suivant le P. KLAINE (_Lettre_ du 7 sept. 1898 à PIERRE), on
+fait des Kolas deux sortes d’usages. « Quand un indigène a un long
+voyage à effectuer, il ne se sert guère que des graines de _Cola_ qu’il
+suce en mâchant et en alternant avec du Piment mélangé de sel[365]. Cela
+lui permet d’empêcher la faim et de trouver l’eau agréable. Il a un
+effet moins enivrant que l’Iboga ».
+
+Les mangeurs de Kola ne font ordinairement pas usage du tabac. L’usage
+de ce dernier produit, vraisemblablement importé dans l’Afrique noire
+depuis quelques siècles seulement, s’est généralisé jusqu’au centre de
+l’Afrique et les régions où on fume le moins sont habituellement celles
+où on consomme le plus de Kolas.
+
+Les fumeurs de chanvre de l’intérieur de la forêt congolaise se servent
+à peine de la noix de Kola.
+
+
+_Comme médicament._ — 1o La noix de Kola est fréquemment employée pour
+combattre la diarrhée (DANIELL).
+
+2o On l’emploie parfois contre la fièvre paludéenne. Dans le Bas-Niger,
+écrit le commandant MATTEI, « les rois, les grands chefs et les gens
+riches, mâchent des Kolas toute la journée, n’avalent que le sucre du
+fruit ; ils disent que c’est un fébrifuge »[366]. CHALOT a relaté ce
+curieux procédé de traitement en usage dans le moyen Congo. « Le
+féticheur-médecin (Nganga) fait une quantité de petites incisions sur le
+front du fiévreux ; ensuite il mâche le Kola mélangé de piment indigène
+à petit fruit ; quand le tout est bien malaxé, il le jette sur le front
+du malade qui ensuite va se reposer ; c’est une sorte de cataplasme
+composé de Kola et de Piment. Plusieurs tribus emploient cette méthode :
+les Bakounis, Bakembas, Bakongos, Batékés..., déclarent que ce moyen est
+infaillible »[367].
+
+3o Les Abés de la forêt de la Côte d’Ivoire quand ils toussent mangent
+des fragments de Kola avec du sel. Ils considèrent la noix comme un
+médicament et non comme un excitant. Ils ne lui attribuent pas de
+propriété aphrodisiaque.
+
+4o Au Soudan, beaucoup de Noirs croquent un fragment de noix de Kola
+quand ils ont la migraine.
+
+
+_Comme aphrodisiaque._ — Dans quelques régions du Soudan, le Kola est
+considéré comme aphrodisiaque, mais, dans ces régions même il est loin
+d’être regardé par les indigènes comme un vert-galant aussi merveilleux
+que l’ont rapporté divers explorateurs.
+
+Par contre beaucoup d’indigènes disent qu’il n’a point d’action sur le
+sens sexuel, mais _il rend heureux_ et c’est à ce titre qu’il prédispose
+à la recherche du plaisir.
+
+Cependant, ainsi que nous l’avons montré dans le chapitre consacré à la
+physiologie, la noix de Kola à faible dose serait plutôt un excitant du
+sens génésique.
+
+Le Dr RANÇON est très affirmatif à ce sujet : « Les Noirs, dit-il,
+regardent le Kola comme un puissant aphrodisiaque. On sait combien les
+peuples primitifs tiennent à conserver le plus longtemps possible leur
+vigueur génésique. Aussi les peuples du Soudan font-ils, dans ce but,
+une ample consommation de Kolas. Jeunes, les hommes en mangent pour
+augmenter leur virilité ; vieux pour la voir reparaître s’ils l’ont
+perdue. Il donne surtout aux jeunes gens une excitation assez durable et
+génésiquement utilisable si je puis parler ainsi. Je doute qu’il agisse
+de même sur les vieillards épuisés ».
+
+A Djenné et à Tombouctou, les jeunes garçons et les femmes se
+dissimulent pour manger les Kolas afin d’éviter les quolibets des
+hommes. Certains dandys au contraire les mangent avec ostentation. Tout
+jeune Wolof de marque en porte constamment avec lui pour en offrir à ses
+amis de rencontre et il est de bon ton de garder la pulpe de Kola mâchée
+aux commissures des lèvres pour indiquer qu’on en est repu. Cela est
+considéré par les jeunes Noirs, comme aussi distingué que d’avoir à la
+bouche une cigarette comme en fument les européens. Nous croyons
+toutefois que beaucoup de Noirs mangent des Kolas en grande quantité
+soit par vanité, soit par fanfaronnade.
+
+Pendant sa captivité à Kayes en 1898, Samory racontait volontiers qu’il
+s’en était alimenté exclusivement pendant de longues périodes et un
+autre jour un nègre bambara nous affirma être d’essence supérieure parce
+que son père, pendant des mois entiers, en avait fait toute sa
+nourriture.
+
+Le Kola est considéré, en beaucoup d’endroits, comme un produit si
+précieux que les hommes libres seuls ont le droit d’en manger. Il nous
+souvient qu’en 1899, alors que l’esclavage existait encore dans la
+Boucle du Niger, les porteurs auxquels nous offrions parfois des noix de
+Kola comme gratification, se cachaient ordinairement pour les croquer,
+ce fruit divin n’étant permis qu’aux seuls hommes libres, « les fils
+préférés du Prophète ».
+
+
+ =Les Kolas dans la vie sociale et domestique.=
+
+
+Ce n’est pas seulement au point de vue médical que les Kolas jouent un
+rôle important en Afrique occidentale. On les utilise dans presque
+toutes les circonstances de la vie.
+
+« Ils sont tour à tour, écrivent J. et H. VUILLET : cadeau de
+fiançailles ou de mariage, gage d’amitié ou d’amour, amulette, offrande
+aux féticheurs, objet d’échange remplaçant la monnaie, tribut, surpaye,
+fétiche d’épreuve que l’on mange en prêtant serment »[368].
+
+Dans les Pays Bambaras et dans le Kissi, quand un homme veut demander
+une jeune fille en mariage, il envoie au père un panier de Kolas
+contenant à la fois des noix blanches et des noix rouges. Si la demande
+est acceptée, le père garde les Kolas ; dans le cas contraire, il
+retourne à l’envoyeur des Kolas rouges. De même si un jeune homme au
+Kissi veut obtenir les faveurs d’une jeune fille, il lui envoie en
+cadeau, sans autre explication, un lot de Kolas blancs.
+
+Si la jeune fille accepte une entrevue, elle garde les Kolas et n’envoie
+rien en échange ; si, au contraire, l’offre n’est pas agréée, elle
+conserve les Kolas blancs, mais envoie en échange des Kolas rouges. Le
+don de noix blanches au jeune homme correspondrait à une insulte.
+
+Les Kolas blancs et les Kolas rouges se trouvant ordinairement réunis
+dans les mêmes fruits, l’échange d’amandes de couleurs variées est
+devenu le symbole du mariage ; mais, là comme en toutes choses, il y a
+des usages à suivre qui varient d’un pays à l’autre. C’est ainsi qu’au
+Fouta-Djalon et dans la Boucle du Niger, il est de bon goût d’offrir à
+un étranger des Kolas blancs, et, si l’on n’en possède que des rouges,
+en les offrant on ajoute ordinairement : « Si cela dépendait de moi, ils
+seraient blancs ».
+
+« Lorsqu’un étranger de distinction, écrivait en 1890 le commandant
+MATTEI, vient leur faire visite, les rois et les princes lui offrent une
+poignée de Kolas en signe d’alliance et d’amitié »[369].
+
+Les premiers explorateurs qui pénétrèrent au cœur du Soudan trouvèrent
+en effet des provisions de Kolas frais chez tous les chefs. C’était le
+plus agréable et le plus précieux des cadeaux.
+
+Dès qu’une caravane de dioulas en apportait dans un village éloigné, le
+chef qui s’en rendait acquéreur distribuait cette friandise à ses amis
+et à ses hôtes.
+
+Le Kola est, dans tout le Soudan, le symbole de l’amitié et comme il a
+une grande valeur commerciale, il est aussi pour celui qui l’offre
+l’expression de la richesse.
+
+Le Kola, aux yeux de tous les Soudanais, est un fruit noble. Le premier
+devoir de l’hospitalité est d’en offrir à l’hôte qu’on reçoit. Lorsque
+je rencontrai pour la première fois le sultan actuel du Baguirmi,
+Gaourang, à Corbol, sur le moyen Chari, en plein cœur du Soudan, où il
+était venu en expédition, il m’invita à boire du thé (du véritable thé
+d’une marque anglaise apporté à travers le Sahara) et pendant qu’un
+esclave versait le thé et du lait frais, un autre faisait circuler sur
+un plateau en cuivre des Kolas rouges très frais, dont plusieurs charges
+avaient été apportées quelques jours auparavant par une caravane de
+Haoussas. Le sultan avait voulu me donner ainsi un témoignage d’amitié
+sincère.
+
+Même quand on ne possède qu’une seule noix de Kola les lois de
+l’hospitalité exigent, au Soudan, qu’on la brise avec les dents en
+autant de morceaux qu’il y a d’amis présents.
+
+Manger des Kolas ensemble équivaut, chez les Soudanais, à l’échange du
+sang chez d’autres peuplades.
+
+La plus grosse insulte, de la part d’un indigène, serait de refuser les
+Kolas qu’on lui offre : le partage d’un Kola est un symbole de
+confiance.
+
+C’est sur la précieuse noix que se scellent les amitiés, que se signent
+les traités, que se prêtent les serments. Mangé en commun avec un homme,
+il vous lie indéfiniment à lui. Même si par surprise vous avez été amené
+à le partager avec un ennemi, vous devez rester réciproquement attachés
+l’un à l’autre et vous n’avez plus le droit de vous combattre.
+
+Les Noirs oublient du reste fréquemment de telles obligations ; mais un
+témoin pourra un jour venir rappeler aux deux adversaires qu’il les a
+vus manger le Kola en commun, et ce simple souvenir sera souvent une
+cause de réconciliation.
+
+Le Kola blanc jouit particulièrement d’un prestige considérable au
+Soudan nigérien. « Il est d’usage, par exemple d’échanger des noix de
+Kola blanches en guise de sympathie, d’en offrir aux personnes qui se
+marient en signe d’amitié, d’en présenter aux parents d’un défunt en
+signe de deuil, d’en donner à ceux qui ont fait preuve de courage ou de
+force en telle circonstance »[370].
+
+
+ =Rôle du Kola au point de vue religieux.=
+
+
+Le Kola est considéré comme un produit sacré par tous les musulmans. Une
+légende, répandue dans le Sokoto et dans le Pays Haoussa, dit « que le
+Prophète s’est assis sous un Kolatier et qu’il a offert des noix à tous
+ses disciples. Tous les musulmans du centre africain vénèrent donc cet
+arbre à cause de la légende qui a traversé les siècles et qui est encore
+aujourd’hui en honneur. »[371]
+
+Dans d’autres parties du Soudan, on raconte que celui qui mourra
+engraissé de Kolas, ira tout droit au paradis d’Allah.
+
+Ce sont évidemment les traficants musulmans qui ont répandu ces légendes
+d’autant plus absurdes que les Kolatiers n’ont jamais existé dans les
+pays où vécut Mahomet.
+
+Les premiers musulmans du Soudan occidental (Soninkés et Mandés-Dioulas)
+qui s’avancèrent au sud de la région nigérienne, répandirent dans toutes
+les terres d’Islam de la zône soudanaise la précieuse noix qui, avec le
+commerce des esclaves, celui de l’or et de l’ivoire, constituait le
+principal trafic de ces contrées.
+
+Djenné était alors l’un des principaux centres où ces riches produits
+étaient apportés, pour être ensuite dirigés dans toutes les contrées
+converties à la religion du Prophète.
+
+« Cette ville Sonraï, peuplée fort peu de temps après sa conversion, en
+1050, de tous les éléments musulmans du Nord et spécialement de _Mandé-
+Sô_, devint la grande métropole musulmane en même temps que la ville
+commerciale la plus fréquentée de l’Afrique Occidentale, et même une des
+grandes places de commerce de l’Islam. »[372]
+
+La création de Tombouctou, quelques siècles plus tard, étendit la
+réputation du fruit fameux plus loin vers le nord, et cette réputation
+s’étendit, certainement, jusque dans l’antique Gaô (Gana), à Oualata et
+jusque dans les oasis du Touat.
+
+Les approvisionneurs de ces marchés étaient installés dans le Haut-
+Niger. Dès une époque très ancienne, ainsi que nous l’avons vu
+précédemment, ils étaient déjà fixés non seulement au Bouré, mais aussi
+à Kankan, Touba, Odienné, Beyla, Moussadougou, Sambatiguila, d’où des
+colonnes partaient constamment vers le sud, soit pour y faire des
+razzias d’esclaves, soit simplement pour s’y procurer, par voie
+d’échange, des produits commerciaux. Ces musulmans étaient venus du
+nord, dans ces régions, en marchands, « attirés, écrit ARCEN, par l’or
+jaune du Bouré, par les bienfaisantes noix de Kola de la forêt, par la
+robustesse des païens Bamana (Bambara), que les vainqueurs d’un jour
+leur vendaient comme esclaves ».
+
+Dès cette époque, le Kolatier était sans doute comme aujourd’hui
+domestiqué (au même titre que l’_Elæis_) sur les confins nord de la
+forêt de l’Afrique Occidentale. Pour empêcher la propagation de cet
+arbre vers le Nord, ce qui aurait rendu leurs expéditions inutiles et
+par conséquent arrêté leur commerce, les Dioulas répandirent cette
+légende, aujourd’hui ancrée chez toutes les populations soudanaises que
+_quiconque plantait un Kolatier devait mourir lorsque cet arbre
+commençait à rapporter_.
+
+Le commerce était très fructueux, car, pour transporter les ballots de
+noix, on employait les esclaves, achetés aussi à la lisière de la forêt
+pour un prix infime, souvent pour quelques morceaux de sel de
+Tombouctou, et on n’avait pas à se préoccuper de leur nourriture en
+route. Pour étendre leur trafic, les dioulas présentèrent le Kola comme
+un fruit cher au Prophète : cela leur était d’autant plus facile qu’ils
+étaient pour la plupart des sortes de missionnaires marabouts, analogues
+à ces razzieurs d’esclaves qui, vers le milieu du XIXe siècle, avaient
+porté leurs opérations jusque sur les confins du Nil, du Chari et même
+de Haut-Oubangui et que nous avons vus nous-même, il y a très peu de
+temps encore, dans le Haut-Chari, le Coran d’une main et le fusil de
+l’autre faire la guerre sainte (le _djeha_) contre les païens ou
+_Fertit_, en réalité cherchant à capturer des esclaves pour les vendre
+et cachant sous un prétexte religieux la plus lâche et la plus brutale
+vénalité. Revenus en terre d’Islam au milieu de leurs corréligionnaires,
+ces razzieurs passaient pour des ouvriers de la sainte cause, pour des
+_Ouali_ (saints), et leur parole était d’autant mieux accueillie qu’ils
+circulaient souvent dans des pays nouvellement convertis à l’Islam. Ils
+n’hésitèrent pas, pour écouler leur marchandise, à dire que les Kolas
+étaient la nourriture la plus sacrée aux yeux de Mahomet, et c’est
+certainement ainsi que naquirent les croyances rapportées plus haut.
+
+L’anecdote suivante montre en quel respect on tient les arbres
+producteurs. Nous trouvant, en 1899, dans un petit village des environs
+de Kankan où existait un superbe Kolatier en fleurs, nous fîmes demander
+au chef du village l’autorisation d’en couper un rameau pour nos études.
+Grand émoi ! Le chef ne voulait pas refuser, mais il n’osait pas
+permettre ! Ne voulant pas se prononcer lui-même, il fit venir quelques
+vieillards ainsi que les représentants de la famille à laquelle
+appartenait l’arbre. Après un long palabre, on décida qu’en ma qualité
+d’Européen je pouvais me permettre de prélever les spécimens demandés,
+mais je dus les couper moi-même, personne n’ayant osé faire cette
+opération, et tous les assistants jurèrent par Allah qu’ils n’étaient
+pas responsables des malheurs qui allaient sans doute m’atteindre.
+
+Même dans les Pays fétichistes, les Kolas jouent un rôle important dans
+les cérémonies religieuses.
+
+En Guinée française, « le Kola, écrit FAMECHON, était mêlé aux
+cérémonies de la religion des esprits que pratiquaient les Noirs avant
+d’être musulmans »[373].
+
+Chez les Bagas, on plante un Kolatier pour commémorer la naissance de
+chaque enfant ou tout évènement mémorable pour la famille.
+
+« Mélangée à du sang de poulet, la noix de Kola entre dans beaucoup de
+sacrifices en usage chez les Kissiens : offrandes aux morts, offrandes
+aux statuettes (_pombdo_) représentant l’image des défunts. Les
+instruments de musique sont même imprégnés de ce bizarre mélange qui
+éloignerait une foule d’esprits malfaisants »[374].
+
+Dans la région de Diorodougou quand un chef fait la cérémonie du
+_Baptême_ d’un de ses enfants (lui donne un nom), il plante ce jour-là
+un Kolatier qui appartiendra plus tard à l’enfant. Dans ce pays aussi,
+sur les tombeaux des chefs, à la tête on plante un Kolatier qui est la
+propriété du fils aîné du mort. Les indigènes attribuent à l’arbre ainsi
+planté une croissance plus rapide qu’aux autres.
+
+Enfin, pour communiquer avec les parents morts, on répand sur la tombe
+de l’eau où ont séjourné des Kolas.
+
+D’autre part, au Dahomey, le Kola joue aussi le rôle d’offrande au
+fétiche ou aux féticheuses. Pour rendre les dieux favorables, on mâche
+une noix et on crache le produit de la mastication sur l’idole. « Dans
+les cérémonies fétichistes, assure SAVARIAU, le Kola joue un certain
+rôle. On en offre aux fétiches à l’occasion des fêtes funéraires, des
+mariages, des naissances, etc. ; dans ces circonstances, on emploie
+toujours le Kola blanc. On en offre au fétiche du tonnerre, à la fin de
+la saison sèche, de façon à se le rendre favorable et à l’engager à
+faire tomber beaucoup d’eau pour assurer le succès des récoltes »[375].
+
+Les danseuses-féticheuses de ce pays (_Vodousi_) en ont constamment avec
+elles ; ils proviennent d’offrandes et elles les offrent à leurs amis.
+
+
+ =Superstitions.=
+
+
+Bien des croyances absurdes ont cours aussi au sujet des Kolatiers et
+des noix de Kola. Nous en citerons seulement quelques-unes :
+
+Dans les régions sud du Soudan, d’après CAZALBOU, pour réussir les semis
+de Kolatiers, il est nécessaire d’arroser le terrain ensemencé avec du
+sang de mouton. Ensuite on place auprès de la noix germée quelques
+graines de coton indigène et de fonio (_Paspalum exile_ Kit.)[376].
+
+Pour jurer sur les Kolas, les Kissiens « fabriquent un médicament
+(_Kamelila_ en malinké) composé d’une pâte de Kola râpé et d’un féculent
+quelconque. La personne qui doit faire un serment avale cette pâte en
+présence de témoins et si plus tard elle viole son serment, le pouvoir
+du médicament agira aussitôt. Le parjure tombera malade pour mourir
+ensuite. Heureusement qu’elle peut se délier de son serment en rejetant
+le _Kamelila_ au moyen d’un vomitif. Encore faut-il, pour que ce
+deuxième acte réussisse qu’il se passe devant les témoins du
+premier »[377].
+
+D’après le P. KLAINE, les vieux Gabonais ne laissent pas habituellement
+les jeunes gens user du Kola « pour les empêcher d’être trop excités et
+de devenir sorciers ».
+
+« Dans les endroits où on enterre le Kola pour le conserver, on prétend,
+ajoute le P. KLAINE, que quand le tonnerre gronde, les noix recouvertes
+de sable s’en dégagent et se mettent à sauter ».
+
+
+ =Formes sous lesquelles le Kola est consommé par les indigènes.=
+
+
+C’est sous forme de Kola frais que les Noirs de la zône soudanaise et
+des régions forestières consomment toujours le produit dont nous nous
+occupons. Fréquemment ils mastiquent en même temps soit des rhizomes de
+Gingembre, soit des amandes de _Garcinia Kola_. Nous avons vu
+précédemment qu’en certaines régions on assaisonnait aussi les noix
+crûes avec du sel, du piment et parfois avec du poivre.
+
+Au Kissi, d’après CASTÉRAN, « les vieillards qui n’ont plus les dents
+solides absorbent les Kolas après les avoir râpés »[378].
+
+Le rapport commercial de Sierra-Léone pour 1909, rapporte que, dans les
+pays situés dans l’Hinterland de la Gambie, les noix fraîches sont
+parfois écrasées, mélangées avec du miel et assaisonnées avec du
+gingembre, du poivre et d’autres condiments. « On dit que cette
+composition forme un aliment très complet et très nutritif ».
+
+Dans les parties du Soudan, les plus éloignées de la zône de production,
+par exemple au Sokoto, au Bornou, au Baguirmi, une partie des noix ne
+parvient qu’à l’état desséché.
+
+Elles sont considérées par les indigènes comme ayant beaucoup moins de
+valeur sous cet état, mais les dioulas les mettent néanmoins en vente.
+
+Les noix sèches sont pilonnées par les indigènes et réduits en poudre
+impalpable que l’on consomme en la délayant dans du lait ou en
+l’ajoutant à du miel.
+
+A la Jamaïque, depuis longtemps, d’après le _Bulletin de Kew_[379], sur
+les indications du Dr NEISH, on a essayé d’en faire « un breuvage
+stimulant préférable au cacao, parce que la noix de Kola contient moins
+d’amidon et moins de matière grasse et donnerait ainsi un produit plus
+facile à digérer ».
+
+Enfin, en Europe, la préparation du Kola au lait dont font usage
+quelques indigènes du Soudan, a été recommandée par le Dr SCHUMBURG
+comme un produit alimentaire de première valeur.
+
+A titre documentaire ajoutons qu’en beaucoup de régions africaines, la
+noix de Kola est employée pour fabriquer une teinture rouge[380].
+
+
+ =Régime de la propriété des Kolatiers.=
+
+
+Il existe chez divers peuples des usages particuliers au sujet de la
+propriété des Kolatiers et de leur transmission par succession.
+
+Chez les peuplades des régions côtières, ils sont ordinairement en
+propriété individuelle et ils se transmettent par héritage suivant les
+mêmes règles que les autres biens.
+
+Il en est encore ainsi dans le Kissi.
+
+Dans les cercles de Kouroussa et de Kankan où ils sont souvent nés de
+graines perdues, les Kolatiers appartiennent à celui qui les a semés ou
+à celui près de l’habitation duquel ils sont apparus et qui les a
+soignés pendant qu’ils étaient jeunes. Alors que les autres biens
+passent par héritage aux collatéraux (frères ou neveux), les Kolatiers
+appartiennent toujours au fils aîné ou à la fille aînée.
+
+Chez les Dans ou Dyolas, les chefs et certains notables peuvent
+seulement posséder des Kolatiers. D’après le capitaine LAURENT, ces
+arbres demeurent tant qu’ils durent, la propriété de celui qui les a
+plantés. « Les femmes, écrit-il, peuvent posséder toutes sortes de
+biens, excepté des Kolatiers. En cas de mort, le frère aîné du chef de
+famille hérite des Kolatiers et de tous les autres biens, mais il doit à
+chaque récolte répartir les fruits entre ses frères. »
+
+Chez les Bétés, les Kolatiers sont surtout la propriété des chefs.
+
+Même lorsqu’ils se rencontrent au loin dans la forêt, ils sont toujours
+la propriété de familles déterminées et il est très rare que les fruits
+existant sur ces arbres difficiles à surveiller, soient pillés par les
+étrangers. Il est aussi très rare que des contestations surviennent au
+sujet de la possession de cette essence précieuse, et ces contestations
+n’entrainent jamais de guerre.
+
+Chez les Lôs, d’après le lieutenant BEIGBEDER, ces arbres seraient en
+communauté.
+
+Dans l’ancien Dahomey, les rois étaient seuls possesseurs des bouquets
+de forêts dans lesquels sont habituellement cultivés les Kolatiers.
+Aujourd’hui ces arbres appartiennent à ceux qui les ont plantés.
+
+D’après SAVARIAU[381], beaucoup de Dahoméens ont pris l’habitude « de
+planter, lorsqu’il leur naît un enfant, un ou plusieurs Kolatiers qui
+deviennent la première propriété du nouveau-né. A la mort d’un chef de
+famille qui possède des arbres à Kola, ceux-ci sont répartis également
+entre tous les descendants, de sorte qu’un Kolatier a parfois plusieurs
+propriétaires. »
+
+Tout en respectant les usages locaux, notre administration devra
+s’efforcer dans les diverses colonies de l’Ouest africain, de développer
+la propriété privée des Kolatiers. Les arbres ensemencés doivent
+appartenir à celui qui les plante (à moins qu’il ne soit employé
+rémunéré d’un autre Noir) et ils doivent être transmis par héritage
+suivant les règles habituelles à chaque peuplade.
+
+C’est en répandant cette notion chez les tribus où elle n’existe pas
+encore, que nous arriverons à développer la culture de l’essence
+précieuse.
+
+Chez presque toutes les tribus primitives, le sentiment de la propriété
+des Kolatiers existe réellement déjà.
+
+Ainsi dans tout le Pays Bakoué (Basse Côte d’Ivoire), bien que les Kolas
+ne donnent lieu à aucun commerce, on trouve des Kolatiers plantés aux
+abords de chaque village, mélangés aux orangers, aux corosoliers, aux
+arbres à pain. On attache à ces arbres une sorte de culte ancestral. Il
+en coûterait à un indigène d’être obligé de couper un de ces Kolatiers,
+non point qu’on lui attache la moindre valeur pécuniaire, mais on
+respecte l’arbre planté par quelque ascendant et qui perpétue le
+souvenir de l’ancêtre disparu. L’emplacement des villages change
+fréquemment dans la région forestière de la Côte d’Ivoire, mais à de
+longs intervalles les diverses familles d’une tribu reviennent cependant
+réhabiter au même endroit, à moins qu’elles n’aient été chassées au loin
+par une guerre. Chaque chef de famille retrouve alors l’endroit où il
+doit bâtir sa case, grâce aux arbres que ses aïeux ont planté autrefois.
+Il n’y a presque jamais de contestation à ce sujet et c’est un fait
+social bien remarquable que de retrouver chez ces peuples extrêmement
+primitifs, le respect de ce qui vient des aïeux ; la notion de propriété
+concerne seulement le produit de la culture et non la terre elle-même ;
+celle-ci appartient à la collectivité du village, mais elle n’est ni
+individuelle ni familiale. Quant à l’arbre planté par un ancêtre, il
+constitue une propriété inaliénable, et c’est seulement en l’absence
+d’héritiers qu’il échoit au chef du village, lequel en dispose à sa
+guise.
+
+ * * * * *
+
+
+[Note 365 : Il est curieux de constater le même procédé de dégustation
+dans des régions aussi éloignées que la Côte d’Ivoire et le Gabon.]
+
+[Note 366 : Bas-Niger Soudan, p. 102.]
+
+[Note 367 : CHALOT in HECKEL. — L. c., p. 283.]
+
+[Note 368 : J. et H. VUILLET. — Les Kolatiers et les Kolas. _Agr. Pays
+Chauds_, 1906, 1er sem., p. 326.]
+
+[Note 369 : MATTEI. — L. c., p. 102.]
+
+[Note 370 : SAVARIAU. — L. c., p. 214.]
+
+[Note 371 : Commandant MATTEÏ. Bas-Niger, Bénoué, Dahomey, 1890, p.
+101.]
+
+[Note 372 : A. ARCIN. — Guinée française, Paris, 1907, p. 485.]
+
+[Note 373 : FAMECHON. — La Guinée française. _Exposition de 1900_, p.
+100.]
+
+[Note 374 : CASTÉRAN. — Les Kolatiers du Pays de Kissi. _Bull. Soc.
+Acclim._, 1909, p. 277.]
+
+[Note 375 : SAVARIAU. — L. c., _Agr. Pays Chauds_, 1906, 2e sem., p.
+213.]
+
+[Note 376 : CAZALBOU. — Les jardins d’essai au Soudan français. _Rev.
+cult. col._, IV, 1899, 1er sem., p. 87.]
+
+[Note 377 : CASTÉRAN. — _Bull. Soc. Acclim._, 1909, p. 277.]
+
+[Note 378 : CASTÉRAN. — _Bull. Soc. Acclim._, 1909, p. 277.]
+
+[Note 379 : _Bull. of miscell. inform._, 1890, p. 253.]
+
+[Note 380 : BINGER. — L. c., I, p. 312.]
+
+[Note 381 : SAVARIAU. — L. c., p. 213.]
+
+
+
+
+ =CONCLUSIONS.=
+
+ * * * * *
+
+
+Nous nous bornerons à résumer ici les principaux faits nouveaux qui
+découlent de l’étude précédente en nous étendant surtout sur les
+conséquences pratiques qu’on peut en tirer.
+
+
+I. — La noix de Kola est utilisée par les indigènes de l’Afrique
+occidentale depuis une très haute antiquité.
+
+Léon l’AFRICAIN est le premier auteur qui en ait fait mention en 1556.
+Le Portugais Edoardo LOPEZ et l’Italien PIGAFETTA signalent, en 1593,
+les propriétés des noix rouges à quatre cotylédons. En 1605, CLUSIUS
+indique la noix rouge à deux cotylédons comme venant de la région du
+Cap-Vert. De nombreux voyageurs des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, dont
+nous avons cité les textes, ont aussi appelé l’attention sur ce
+produit ; mais, comme le remarquait LAMARCK, l’arbre producteur était
+encore inconnu en 1789.
+
+En 1804, furent publiées les descriptions : 1o de l’un des arbres
+donnant des noix à quatre cotylédons, par PALISOT DE BEAUVOIS ; 2o de
+l’arbre donnant les noix à deux cotylédons, par VENTENAT, mais ce
+dernier auteur ne soupçonna pas que la plante dont il donnait la
+description succincte était la véritable source des bonnes noix de Kola.
+Nous l’avons, pour la première fois, démontré au cours de cette étude en
+examinant attentivement les types originaux conservés aux Herbiers de
+Genève et de Paris.
+
+BARTER est le premier botaniste qui ait signalé d’une manière précise,
+en 1860, qu’il existait une espèce de _Cola_ du Pays Achanti donnant des
+noix à deux cotylédons et une autre espèce du delta du Niger et de
+Fernando-Pô, donnant des noix à quatre cotylédons. Le premier aussi il
+attira l’attention sur le _Bitter-Kola_, drogue employée comme succédané
+du Kola et que les botanistes de Kew reconnurent, quelques années plus
+tard, comme étant la graine d’un _Garcinia_.
+
+
+II. — Il n’existe qu’un petit nombre d’espèces botaniques dans la
+section _Eucola_, la seule section du genre _Cola_ produisant des
+amandes utilisables. Faute de documents complets, tous les auteurs qui
+se sont occupés de la systématique de ce groupe n’ont pas su les
+différencier et ont créé un grand nombre de noms qui doivent tomber dans
+le domaine de la synonymie. Les travaux récents de K. SCHUMANN, O.
+WARBURG, W. BUSSE, loin de faire la lumière sur ce sujet, ont encore
+accru la confusion. En reprenant l’étude en Afrique de nombreux
+matériaux frais et à différents âges et en examinant en Europe les types
+originaux des auteurs anciens, types conservés dans divers herbiers,
+nous avons pu distinguer dans la section _Eucola_ cinq espèces
+principales faciles à distinguer :
+
+
+1o _Cola nitida_ (Vent.) A. Chev. — Synonyme de _Sterculia grandiflora_
+Vent. et de _Cola vera_ K. Schum.
+
+ C’est l’espèce la plus généralement cultivée et celle qui donne
+ presque toutes les noix commerciales. Ses graines sont constamment à
+ deux cotylédons. Elle présente de nombreuses variations que nous avons
+ réunies en quatre groupes ou sous-espèces :
+
+ _a_) _Cola rubra_ A. Chev. — Fournit exclusivement de grosses noix
+ rouges.
+
+ _b_) _Cola alba_ A. Chev. — Fournit exclusivement de grosses noix
+ blanches.
+
+ _c_) _Cola mixta_ A. Chev. — Fournit de noix rouges, des noix
+ blanches et parfois des noix rosées en mélange sur le même arbre.
+ C’est la forme la plus répandue à l’état cultivé.
+
+ _d_) _Cola pallida_ A Chev. — Fournit des noix de petite taille,
+ souvent de coloration rosée. Vit dans la forêt de la Côte d’Ivoire.
+
+
+2o _Cola acuminata_ (Pal. Beauv.). Schott et Endl.
+
+ Cette espèce qui vit le long de la Côte de Guinée jusqu’à l’Angola,
+ donne constamment des noix à plus de deux cotylédons. Elles sont
+ mucilagineuses et moins estimées que celles de l’espèce précédente.
+
+
+3o _Cola Ballayi_ Cornu. Synonyme de _Cola acuminata_ var.
+_kamerunensis_ K. Schum. et de _Cola subverticillata_ De Wild.
+
+ Espèce donnant, comme la précédente, des noix à quatre ou cinq
+ cotylédons, mais facile à distinguer par ses très grandes feuilles
+ groupées en faux verticilles. Elle vit principalement dans l’intérieur
+ de la grande forêt du Cameroun et du Congo et se rencontre encore au
+ centre de l’Afrique, le long du moyen Oubangui.
+
+
+4o _Cola verticillata_ (Thonn. in Schum.) Stapf.
+
+ Espèce facile à distinguer par ses feuilles verticillées par 3 ou par
+ 4, produisant des noix rouges très mucilagineuses à plus de deux
+ cotylédons. Elle vit à la Gold-Coast, au Dahomey, dans la Nigéria et
+ au Cameroun. Elle est rarement cultivée et ses noix de peu de valeur
+ sont généralement dédaignées par les indigènes.
+
+
+5o _Cola sphærocarpa_ A. Chev.
+
+ Espèce encore très incomplètement connue, donnant de grosses noix
+ blanches à plus de deux cotylédons qui ne sont probablement pas
+ comestibles. Elle vit sur le pic de San-Thomé.
+
+
+Les deux cartes placées à la fin de cet ouvrage nous dispensent de nous
+étendre sur la distribution géographique de _Cola nitida_ et de _Cola
+acuminata_, les deux seules espèces offrant un grand intérêt économique.
+
+Pour la première fois sont exposées dans cet ouvrage les conditions
+édaphiques et biologiques favorables à la vie des Kolatiers. Nous avons
+aussi pour la première fois signalé le polymorphisme floral compliqué
+des Kolatiers qui sont généralement andromonoïques, mais qui peuvent
+devenir aussi androdioïques. Lorsque le _Cola nitida_ croît dans des
+conditions défavorables, soit sous le couvert épais de la forêt, soit à
+des altitudes dépassant 800 mètres au-dessus de la mer, il ne produit
+plus que des fleurs mâles.
+
+Un tableau placé à la page 217, montre la philogénie présumée des
+diverses espèces de la section _Eucola_. Les caractères morphologiques
+de cette section ont été précisés.
+
+Nos recherches histologiques montrent l’intérêt qui s’attacherait à
+l’étude comparée de toutes les espèces du genre _Cola_. Si l’anatomie de
+la racine et de la tige est sensiblement normale, celle des diverses
+régions du pétiole est des plus intéressantes. Les modifications de
+structure constatées sont fonction de la physiologie spéciale de cet
+organe, comme le montre en particulier l’examen des dessins schématiques
+de la fig. 17 se rapportant exclusivement au renflement moteur.
+
+Quant à la valeur taxonomique des particularités histologiques
+constatées, elle se dégagerait seulement d’une étude monographique.
+Notons encore que le développement des téguments de la graine offre
+aussi un certain intérêt.
+
+
+III. — Au point de vue chimique, les faits nouveaux relatés éclairent la
+question jusqu’alors passablement obscure.
+
+Les recherches de GORIS, entreprises sous les auspices de l’un de nous,
+ont contribué à apporter un peu de précision dans nos connaissances sur
+la composition de la noix fraîche. Si la caféine contenue dans l’amande
+en est le principe chimique défini le plus important, il n’en reste pas
+moins acquis que la forme sous laquelle ce produit xanthique entre en
+combinaison dans la semence fraîche, doit être considérée comme ayant un
+intérêt de premier ordre.
+
+On a désigné sous les noms de kolanine, de gluco-tanin du Kola, de rouge
+de Kola, des corps non définis, ne représentant en réalité aucune entité
+chimique réelle.
+
+On doit réserver la dénomination de _rouge de Kola_ aux produits
+d’oxydation des combinaisons tannoïdes de la caféine qui existent dans
+le Kola frais ; mais il est certain que, suivant les circonstances qui
+ont présidé à ces oxydations, les produits obtenus, qui sont des _rouges
+de Kola_, sont de constitution un peu différente. Il sera bon de ne pas
+oublier que ces substances renferment toujours dans leurs molécules une
+quantité, en général assez faible, de caféine.
+
+Cette caféine se trouve solubilisée dans la noix fraîche sous forme de
+combinaison tannoïde et GORIS a pu, en prenant toutes précautions pour
+éviter les oxydations, en isoler deux composés cristallisés nouveaux,
+voisins des catéchines et qui ont reçu de leur auteur les noms de
+_Kolatine_ et _Kolatéine_. Tous deux sont susceptibles de se combiner
+avec la caféine en donnant des composés solubles, et ces découvertes
+chimiques ont permis des observations physiologiques également nouvelles
+et intéressantes.
+
+La dessiccation des noix entraînant, par suite de la deshydratation et
+des actions diastasiques un changement considérable dans la composition
+chimique, dont le plus important est la mise en liberté de la plus
+grande partie de la caféine, on conçoit aisément qu’on ait attribué à
+cette dernière substance l’action du Kola sur l’organisme.
+
+En effet, la majeure partie des expériences ont été faites sur des noix
+desséchées, et cependant malgré cela il existe des différences
+sensibles, qui s’accentuent encore si l’on s’adresse aux produits
+frais ; c’est ce qui découle de l’exposé que nous avons fait dans le
+Chapitre XII.
+
+Sans revenir sur ce qui a été dit, nous rappellerons seulement, sous
+forme de conclusion, que la noix de Kola détermine une excitation
+passagère agréable au début de son action, qui correspond à la période
+de début de l’excitation nerveuse, ce qui ne se produit pas avec la
+caféine ; l’action diurétique est plus faible qu’avec cette dernière et,
+seule, la noix de Kola produit une action tonique intestinale.
+
+Enfin, le travail fourni sous l’influence du Kola est beaucoup plus
+considérable que celui obtenu par l’usage de la quantité de caféine
+correspondante ; de même l’action tonique est plus durable.
+
+Toutefois, si le Kola est l’aliment de luxe antidéperditeur par
+excellence, il importe de se souvenir qu’on ne saurait faire abus de son
+usage.
+
+L’un de nous a fréquemment fait usage du Kola frais au cours de ses
+voyages dans l’intérieur de l’Afrique et en a toujours apprécié les
+bienfaisants effets.
+
+Il permet d’accomplir sans fatigue des travaux pénibles et de supporter
+des marches très longues. Il éloigne le sommeil et permet de consacrer
+au travail les heures réservées habituellement au repos. Dans les pays
+tropicaux, on éprouve fréquemment le besoin de faire la sieste après les
+repas. En prenant avant le déjeuner, en même temps que la quinine, une
+demi-noix de Kola, nous avons pu perdre très facilement cette habitude.
+De même le soir, lorsque nous avions à veiller pour mettre des travaux
+au point ou pour rédiger un courrier urgent, en mâchant une noix de Kola
+nous parvenions non seulement à veiller facilement, mais l’activité
+intellectuelle était stimulée et les pensées se précisaient au courant
+de la plume. Le Kola nous procurait cette impression de bien-être que
+VOLTAIRE appréciait tant quand il avait absorbé une tasse de café pour
+se livrer à quelque travail intellectuel pénible. Le travail accompli,
+nous nous endormions aussi facilement que d’habitude et nous ne
+ressentions aucune dépression le lendemain. Nous avons constaté, comme
+NACHTIGAL, qu’une demi-noix, une noix au maximum, devait suffire pour ne
+pas amener une fatigue consécutive.
+
+Sous la réserve d’un usage modéré et non continu, le Kola est sans nul
+doute l’excitant cérébral le meilleur à la disposition des
+intellectuels, et c’est également un agent remarquable pour les hommes
+de sport.
+
+Quant aux formes sous lesquelles il peut être consommé, il faut placer
+en première ligne la noix fraîche elle-même mastiquée à la manière des
+Noirs africains ; on pourra lui substituer pour des Européens les
+diverses formes pharmaceutiques décrites dans cet ouvrage, en tenant
+compte de ce fait que seules certaines préparations provenant des noix
+fraîches stérilisées sont susceptibles de donner sinon d’une façon
+totale, tout au moins d’une façon très approchée, la véritable action de
+la drogue fraîche.
+
+
+IV. — Quoiqu’il n’existe pas encore dans les colonies de plantations de
+Kolatiers assez importantes et assez anciennes pour fournir des
+renseignements précis sur les procédés de culture à pratiquer par les
+Européens, on peut néanmoins profiter des expériences déjà réalisées
+dans quelques Jardins pour orienter la culture pratiquée par les
+indigènes, suivant des méthodes rationnelles. La zone où peuvent
+prospérer ces arbres est bien délimitée et les soins qui leur
+conviennent ont été précisés. Nous avons en outre signalé les races de
+_Cola nitida_ qu’il convient d’ensemencer.
+
+Les rendements à attendre sont moins élevés que ceux indiqués par divers
+auteurs. Il est rare qu’un Kolatier fleurisse avant la 7e ou la 8e
+année. Il est rare aussi qu’il donne des rendements sérieux avant la
+quinzième année. La production du même arbre est très variable d’une
+année à l’autre. Un rendement de 10 kilog. de noix fraîches paraît être
+le maximum de ce que l’on peut obtenir en une année du _Cola nitida_,
+cultivé dans les meilleures conditions. Le rendement annuel moyen d’un
+arbre adulte cultivé en terrain favorable ne doit pas s’éloigner
+beaucoup de 600 noix fraîches pesant 5 à 8 kilog., de sorte que le
+revenu d’une plantation comprenant 100 pieds à l’hectare, au prix de 1
+fr. le kilog. (valeur moyenne des noix fraîches sur place), serait de
+500 à 800 francs et cela à partir seulement de la quinzième ou de la
+vingtième année. Si les noix sont vendues à l’état sec, il faut réduire
+ce chiffre de moitié.
+
+Il va sans dire que les arbres croissant près des habitations, dans des
+terrains riches en humus et bien abrités, rapportent davantage, mais ce
+sont des cas exceptionnels sur lesquels un planteur ne peut compter.
+
+Les Kolatiers ont à souffrir des déprédations d’ennemis nombreux, encore
+incomplètement connus. Au Dahomey, des galeries profondes sont creusées
+dans les branches et les troncs du _Cola nitida_ par un coléoptère, le
+_Phosphorus Jansoni_. De tous les insectes qui attaquent les amandes des
+Kolas, le plus connu et le plus dangereux est un curculionide, le
+_Balaninus Kolæ_, sur lequel nous avons réuni des documents nombreux.
+Nous avons en outre indiqué les méthodes de préservation usitées par les
+indigènes.
+
+Enfin, pour la première fois, nous avons fait connaître une maladie
+sévissant sur les Kolatiers de la Guinée française et se manifestant par
+la production de _balais de sorcières_. Cette maladie qui cause des
+dégâts parfois sérieux est vraisemblablement occasionnée par un
+champignon non encore étudié.
+
+Pour être transportées à de grandes distances sans subir d’avaries
+sérieuses, les noix de Kola doivent être emballées avec beaucoup de
+soins. Nous avons fait connaître les principaux modes d’emballage. Les
+caravaniers garnissent généralement l’intérieur des paniers avec les
+feuilles de certaines marantacées, surtout celles de _Clinogyne
+Schweinfurthiana_ K. Schum. et _C. ramosissima_ K. Schum. Quand les noix
+ne doivent pas être conservées longtemps, on les enferme entre les
+larges feuilles d’un arbre de la famille des _Rubiacées_, le _Mitragyne
+stipulacea_ Hiern.
+
+Enfin, pour les transports en Europe, c’est l’emballage dans la _tourbe_
+qui est recommandé.
+
+En dehors des _Eucola_, il n’existe aucun arbre produisant des amandes
+pouvant être substituées aux noix de Kola. Toutes les autres espèces de
+_Cola_, les _Sterculia_ et divers autres végétaux signalés comme
+produisant des graines pouvant jouer le rôle de succédanés du Kola sont
+sans intérêt pour le sujet qui nous occupe. Au nombre de ces plantes est
+le _Garcinia Kola_. Les indigènes attribuent à ces graines une grande
+valeur, mais ils ne les considèrent nullement comme pouvant remplacer
+les Kolas. Ils estiment, au contraire, que l’amande de _Garcinia_ ou
+_Kola-bitter_ est un adjuvant du Kola : il permet aux mangeurs de Kola
+d’absorber de grandes quantités de vraies noix sans être incommodés. Une
+autre espèce de _Garcinia_, que nous avons décrit sous le nom de _G.
+antidysenterica_, fournit des racines que les indigènes mâchent et
+auxquelles ils attribuent des propriétés analogues, mais non identiques,
+aux noix de Kola.
+
+Dans un dernier chapitre, nous avons groupé méthodiquement les coutumes
+et les croyances des indigènes relativement aux noix de Kola, et nous
+avons signalé les usages qui régissent la propriété des Kolatiers. Mais
+c’est surtout au commerce et à la géographie commerciale des Kolas que
+nous avons donné un très grand développement. Ce chapitre comprend 80
+pages et peut difficilement être résumé.
+
+La production mondiale des Kolas frais atteint actuellement environ
+20.000 tonnes. L’Afrique Occidentale française, à elle seule, produit
+4.500 tonnes ; elle consomme 6.000 tonnes ; elle doit donc importer
+1.500 tonnes provenant de la Gold-Coast, de Sierra-Léone et de
+l’hinterland de Libéria. En outre, environ 1.000 tonnes de noix fraîches
+provenant de la Gold-Coast et destinées à la Nigéria du Nord transitent
+à travers les possessions françaises de l’Afrique Occidentale, en
+passant soit par le Haut-Sénégal-Niger (200 tonnes), soit par le Haut-
+Dahomey (800 tonnes). C’est, en définitive, un total de 2.500 tonnes de
+Kolas frais qui arrivent des possessions étrangères dans nos
+territoires.
+
+Les importations de Kolas secs en Europe et aux Etats-Unis n’atteignent
+encore que 1.000 tonnes par an. De très petites quantités de noix
+fraîches arrivent depuis quelques années en France, en Angleterre et en
+Allemagne. Ce commerce devra prendre une grande extension lorsque les
+propriétés du Kola seront mieux connues en Europe.
+
+Mais c’est surtout en Afrique que la consommation des noix de Kola est
+susceptible d’un très grand accroissement.
+
+Un Noir habitué à cette denrée consomme aisément 600 à 700 noix par an,
+soit environ 10 kilog., et plus de la moitié des habitants de l’Afrique
+Occidentale française, soit environ 5 millions d’individus, en sont déjà
+très friands. La consommation est limitée par suite de la rareté et de
+la cherté du produit. Au fur et à mesure que le bien-être des indigènes
+se développera et que se multiplieront les voies de pénétration à
+travers les régions soudanaises, il est certain que de nouveaux
+débouchés s’ouvriront à ce commerce. Les moyens de communication
+permettront de transporter rapidement et à bon compte la précieuse
+amande. Elle pourra alors être vendue à bas prix et au lieu d’être,
+comme aujourd’hui, une denrée de luxe réservée aux riches, elle se
+trouvera mise à la portée de toutes les bourses.
+
+Ce qui entraîne la cherté des Kolas, ce n’est pas en effet leur prix de
+revient sur place, mais c’est la distance des pays de consommation et la
+difficulté des transports. Les noix ne valent parfois que 0 fr. 25 le
+kilog. dans les villages de production. Parvenu à la Côte, le kilog.
+atteint déjà le prix de 1 franc à 2 fr. 50. Plus loin encore, dans
+l’intérieur de la Sénégambie ou du Soudan, il se vend au détail 4 fr., 6
+fr., et parfois jusqu’à 12 fr.
+
+La construction d’un réseau étendu de chemins de fer amènera donc un
+grand accroissement dans la consommation des Kolas, et cet accroissement
+ne pourra qu’être profitable à notre commerce. A ce propos, nous pensons
+qu’il y aurait intérêt à exonérer de droits d’entrée les Kolas qui
+pénètrent dans nos territoires par les frontières intérieures et surtout
+par l’hinterland du Libéria. Outre que la surveillance de ces frontières
+est très difficile, nous avons le plus grand intérêt à développer le
+mouvement des caravanes disséminant les richesses de l’Afrique
+Occidentale à travers nos diverses possessions. Les caravanes qui vont
+chercher des Kolas au Sud y emportent en échange les produits de nos
+possessions, principalement le bétail dont il existe déjà une
+surproduction dans nos territoires.
+
+Du reste, une grande quantité de Kolas pénétrant dans nos possessions ne
+font qu’y transiter et il est impossible de faire à la frontière la
+démarcation entre ce qui sera consommé chez nous et ce qui ira dans
+d’autres colonies.
+
+Nous serions aussi partisan de la suppression des taxes de circulation
+sur les Kolas dans les colonies où ces taxes existent. Elles ne
+procurent qu’un maigre revenu aux budgets locaux et les indigènes qui
+veulent s’y soustraire éprouvent les plus grandes facilités. C’est un
+encouragement à la fraude.
+
+Les droits de place pour la vente des Kolas sur les marchés des grands
+centres, droits fixés à un taux modéré, pourraient remplacer
+avantageusement ces taxes. Quant aux taxes douanières prélevées dans les
+ports sur les Kolas importés par mer, elles ont leur raison d’être, mais
+il serait désirable que ces taxes soient unifiées, dans la mesure du
+possible, dans nos différentes colonies.
+
+Mais le premier de tous les desiderata à réaliser par nos colonies est
+d’étendre la culture des Kolatiers par les indigènes dans tous les pays
+où elle peut réussir, notamment dans les régions littorales de la Guinée
+française, dans celles qui avoisinent l’hinterland de Libéria, enfin
+dans la partie forestière de la Côte d’Ivoire.
+
+Nous savons que des efforts dans ce sens sont déjà tentés en différentes
+régions et spécialement à la Côte d’Ivoire.
+
+Puisse notre ouvrage servir de guide à ceux qui s’efforcent d’accroître
+la production dans nos colonies d’une des denrées les plus capables
+d’enrichir le cultivateur indigène !
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+ INDEX ALPHABÉTIQUE DES AUTEURS
+ et des Observateurs cités.
+
+ * * * * *
+
+
+ =A.=
+
+ ADANSON, 10.
+
+ AFZELIUS, 114.
+
+ ALLARD, 277.
+
+ ALQUIER, 270, 271, 283.
+
+ ANDERSON, 158.
+
+ ARCIN (A.), 379, 456.
+
+ ARNOULD, 244, 276, 278.
+
+ ATTFIELD, 220, 222, 230.
+
+ AUBRY-LECOMTE, 181.
+
+ AUTRAN (V.), 183.
+
+ =B.=
+
+ BAILLAUD (E.), 292, 296, 402, 408, 411, 413, 424, 425.
+
+ BAILLON (H.), 17, 32, 46, 49, 68, 70, 102, 109, 129, 436.
+
+ BALLAND (A.), 225.
+
+ BALLAY (Dr), 110.
+
+ BARBOT, 8.
+
+ BARR (Walter G.), 255, 256, 259, 260, 262, 274, 275.
+
+ BARRIÉTY, 433.
+
+ BARTER (Dr), 18, 19, 20, 114, 124, 134, 194, 198, 443, 467.
+
+ BARTH, 20, 28, 408, 409, 424, 430, 431.
+
+ BARTHÉLEMY (R.), 126, 174, 293, 394.
+
+ BAUDIN, 100.
+
+ BAUDON (A.), 141, 142, 182, 184, 227.
+
+ BAUHIN (G.), 6, 13.
+
+ BEAUFOI, 408.
+
+ BEIGBEDER, 171, 462.
+
+ BELLART, 10.
+
+ BELLAY, 141.
+
+ BENTHAM, 32.
+
+ BERNEGAU (Dr), 30, 194, 196, 197, 225, 236, 239, 249, 308, 325, 334.
+
+ BERTHELOT DU CHESNAY (G.), 181, 318.
+
+ BINGER, 24, 26, 27, 28, 124, 125, 161, 171, 172, 173, 174, 253, 359,
+ 391, 393, 408, 413, 461.
+
+ BLARINGHEM (L.), 208.
+
+ BLONDIAUX, 29, 164.
+
+ BOJER, 34.
+
+ BÖMER, 221, 223.
+
+ BOUGAINVILLE, 32.
+
+ BOULANGER-DAUSSE, 277, 278.
+
+ BOURDET, 251.
+
+ BOURQUELOT, 239, 278.
+
+ BOUVIER, 338.
+
+ BRAZZA (Savorgnan de), 110.
+
+ BRIÈRE, 148.
+
+ BRISSEMORET, 251.
+
+ BROWN (Rob.), 18, 32, 49, 110, 129.
+
+ BRÜE (de), 7, 9, 10.
+
+ BUCHET, 184, 196.
+
+ BUSSE (W.), 49, 112, 114, 115, 118, 129, 134, 194, 468.
+
+ BUSSEUIL (Dr), 18.
+
+ =C.=
+
+ CAILLIÉ (René), 14, 15, 28, 408.
+
+ CAMBIER, 183.
+
+ CANDOLLE (A. P. de), 41, 42, 48.
+
+ CARLES, 235, 236, 237.
+
+ CARLI (P.), 6.
+
+ CASTÉRAN, 155, 459, 460.
+
+ CAVANILLES, 48.
+
+ CAZALBOU, 459, 460.
+
+ CHALOT, 186, 201, 452.
+
+ CHARREAU (P.), 187, 397, 398.
+
+ CHEVALIER (Aug.), 33, 60, 153, 164, 176, 227, 350.
+
+ CHEVALIER (J.), 267, 270, 271, 283.
+
+ CHEVROTIER, 242, 251, 270.
+
+ CHODAT, 23, 72, 212, 213, 221, 223, 228, 229, 342.
+
+ CHRISTY, 353.
+
+ CHUDEAU (R.), 362, 368, 423, 424.
+
+ CHUIT, 23, 72, 221, 223, 228, 229, 342.
+
+ CLUSIUS (C.), 4, 5, 467.
+
+ COLLIN, 92.
+
+ COMBES, 153.
+
+ COMMERSON, 32, 33, 34, 102, 104.
+
+ CONRAU, 138, 196.
+
+ CORNU (Maxime), 23, 33, 98, 110, 111, 114, 139, 183, 226.
+
+ COURTET, 227.
+
+ CUMMINS, 117.
+
+ CUNY, 408.
+
+ =D.=
+
+ DALECHAMPS, 3.
+
+ DANIELL (F.), 220, 452.
+
+ DANVILLE, 408.
+
+ DAPPER, 7.
+
+ DEHNÉ, 425, 427.
+
+ DEKKER (J.), 230.
+
+ DELAFOSSE, 166, 170, 172.
+
+ DELESSERT, 41, 99, 106.
+
+ DELEYRE, 6.
+
+ DELISLE, 408.
+
+ DESBROCHERS DES LOGES, 330, 332, 333.
+
+ DIETERICH, 225, 229, 236.
+
+ DOHME, 224.
+
+ DON (G.), 14, 31, 42, 43, 44, 46, 98, 109, 129.
+
+ DORVEAUX, 2.
+
+ DOUSSOT (J.), 72.
+
+ DUBOIS (R.), 255, 272.
+
+ DUJARDIN-BEAUMETZ, 254.
+
+ DUPARQUET, 181.
+
+ DUPONT DE NEMOURS, 32.
+
+ DURAND (T. et H.), 14, 197.
+
+ DYBOWSKI, 183.
+
+ =E.=
+
+ ELLIOT (W.-R.), 195.
+
+ ELOT, 200.
+
+ ENDLICHER, 32, 46, 48, 49, 107.
+
+ ENGELHART, 224.
+
+ EVANS (A.-E.), 301.
+
+ ESSEYRIC, 29, 164, 171.
+
+ =F.=
+
+ FAMECHON, 148, 149, 136, 327, 369, 458.
+
+ FAUST (J.), 333.
+
+ FAUWCET, 318.
+
+ FÉRÉ (de), 272.
+
+ FILLOT (H.), 352, 357, 358, 401.
+
+ FLAHAULT (Ch.), 202.
+
+ FLUCKIGER, 22.
+
+ FLUTEAUX, 248, 251.
+
+ FONDÈRE, 182.
+
+ FONSSAGRIVES (J.), 178.
+
+ FOUREAU, 183.
+
+ FOURNEAU, 182.
+
+ FRANÇOIS (G.), 235.
+
+ FRÉZOULS, 377.
+
+ FUICH, 7, 9.
+
+ =G.=
+
+ GAFFAREL (P.), 36.
+
+ GAUTHIER (A.), 238.
+
+ GAUVAIN, 158, 166, 167.
+
+ GÉNOT, 299.
+
+ GHAFFKI (El.), 3.
+
+ GIRAUD (G.), 424.
+
+ GOBINET, 380.
+
+ GODEN, 344.
+
+ GORETO (Jacob), 4.
+
+ GORIS (A.), 220, 221, 235, 242, 244, 247, 248, 250, 251, 267, 276,
+ 278, 280, 470.
+
+ GÖRTE (O.), 250.
+
+ GOSDEN, 434.
+
+ GOUJON (A.), 186, 187, 188, 325.
+
+ GRANDEAU, 284.
+
+ GRIFFON DU BELLAY, 68, 181.
+
+ GRÜNER (Dr), 192, 194, 300.
+
+ GUÉRITHAULT, 277.
+
+ GUESDE, 68.
+
+ GUIBOURT, 22.
+
+ GUIGNARD, 99, 281.
+
+ GUILLET (Dr), 254.
+
+ =H.=
+
+ HAECKEL (Ernst), 202.
+
+ HANBURY, 22.
+
+ HARRIS (W.), 200.
+
+ HART, 201.
+
+ HARTWICH, 72, 97.
+
+ HAUET, 149, 314, 318, 326, 369.
+
+ HECKEL (E.), 18, 22, 23, 68, 72, 110, 111, 114, 129, 179, 186, 187,
+ 200, 209, 219, 221, 222, 228, 230, 231, 232, 233, 235, 237, 253, 254,
+ 255, 272, 285, 295, 315, 316, 319, 324, 325, 335, 337, 344, 353, 433,
+ 436, 437, 438, 439, 440, 441, 443, 444, 448, 452.
+
+ HEUDELOT, 17.
+
+ HIERN (W.-P.), 41, 48, 199.
+
+ HŒFER (Dr), 32.
+
+ HOOKER (W.-J.), 18, 32.
+
+ HOSTAINS, 29, 165.
+
+ HUGO DE VRIES, 208, 211, 214.
+
+ HUPFELD, 193.
+
+ =I.=
+
+ IBN-EL-BEITHAR, 3.
+
+ =J.=
+
+ JAVILLIER, 277.
+
+ JEAN (J.), 224, 236.
+
+ JOBSON, 7, 8.
+
+ JOHNSON, 71, 108, 216.
+
+ JOHNSTON (Harry), 166, 189.
+
+ JOLLY (A.), 176, 438.
+
+ JOTEYKO, 264.
+
+ JOULIA, 29, 164.
+
+ JUSSIEU (Laurent de), 31, 34, 35, 47, 98, 102, 108.
+
+ =K.=
+
+ KARSTEN, 46.
+
+ KILMER, 229.
+
+ KLAINE (P.), 136, 141, 181, 184, 449, 451, 460.
+
+ KNEBEL, 219, 220, 233, 234, 235, 236, 237, 255.
+
+ KNOX, 220, 221, 223, 226, 236, 240, 241, 243, 247, 252.
+
+ KŒNIG, 221, 223.
+
+ KREWEL (et Cie), 235, 236, 237.
+
+ KUNTZE (Otto), 48.
+
+ =L.=
+
+ LABAT (P.), 9, 10.
+
+ LALLEMANT, 14.
+
+ LAMARCK (de), 2, 13, 31, 35, 98, 101, 102, 103, 104, 467.
+
+ LAMBERT, 317, 335.
+
+ LANDOLPHE, 36.
+
+ LAPICQUE, 265.
+
+ LASCELLES-SCOTT, 221, 222.
+
+ LESÈGUE, 100.
+
+ LAURENT, 29, 164, 166, 198, 290, 314, 326, 384, 386.
+
+ LE BON (G.), 238.
+
+ LECERF, 158.
+
+ LECOMTE, 182, 201.
+
+ LÉMERY, 9.
+
+ LÉON L’AFRICAIN, 2, 3, 408, 467.
+
+ LEPRINCE, 382.
+
+ LESNE (P.), 330, 333, 336.
+
+ LIEBIG, 220.
+
+ LINNÉ, 31, 48.
+
+ LIURETTE, 156, 158, 355, 382, 383.
+
+ LOPEZ (Eduardo), 3, 4, 7, 467.
+
+ LUNAN, 41.
+
+ LUTZ, 342.
+
+ =M.=
+
+ MAC-LEOD (C.), 196.
+
+ MAISTRE (Casimir), 182.
+
+ MANGIN, 165.
+
+ MANN, 117, 198.
+
+ MARAVAL, 366.
+
+ MARC, 414, 416, 423.
+
+ MARIE (Dr), 255, 272.
+
+ MARTIN (Joanny), 335, 336.
+
+ MASTBAUM (H.), 239.
+
+ MASTERS, 32, 49, 98, 438.
+
+ MATTEI, 452, 454, 455.
+
+ MATHEWS (J.), 10.
+
+ MEINERT, 284.
+
+ MENDEL, 127, 215, 216.
+
+ MENIAUD, 431.
+
+ MÉRAT (F.-W.), 18.
+
+ MEROLLA, 7.
+
+ MICHAUX, 35, 99, 100.
+
+ MILNE-EDWARDS (E.), 338.
+
+ MISCHLICH, 193.
+
+ MITSCHERLICH, 97.
+
+ MONNAVOND, 255.
+
+ MONNET, 254.
+
+ MOORE, 7.
+
+ MOSSO, 255.
+
+ MUNGO-PARK, 14.
+
+ =N.=
+
+ NACHTIGAL (G.), 341, 472.
+
+ NEGREIROS (Almada de), 405.
+
+ NEISH, 461.
+
+ NICOLAS, 295.
+
+ NOURY, 138, 179, 227, 302, 329.
+
+ NUSSAC (de), 34.
+
+ =O.=
+
+ OESTERLÉ, 66, 72, 87, 93, 139, 209.
+
+ OLLONE (d’), 29, 165, 167.
+
+ =P.=
+
+ PAL, 264.
+
+ PALISOT DE BEAUVOIS, 12, 13, 18, 34, 36, 39, 40, 41, 44, 48, 98, 99,
+ 106, 107, 109, 117, 118, 129, 134, 178, 197, 467.
+
+ PARIZOT, 265.
+
+ PASCHKIS, 264.
+
+ PEREZ (J.), 330, 331, 332.
+
+ PERROT (Em.), 33, 79, 220, 221, 235, 280.
+
+ PERROTTET, 200.
+
+ PERROUD, 255.
+
+ PIERRE, 56, 65, 98, 118, 129, 136, 176, 181, 184, 186, 295, 436, 449,
+ 451.
+
+ PIGAFETTA (Fileppo), 3, 4, 6, 467.
+
+ PLANCHON, 22, 92.
+
+ PLEHN, 192, 193, 300.
+
+ PLUMIER, 265.
+
+ POBÉGUIN, 152, 316.
+
+ POIRET (J.-L.-M.), 13, 33, 39, 41.
+
+ POISSON (E.), 179.
+
+ POITEAU, 200.
+
+ POIVRE (Pierre), 32, 33.
+
+ POLSTORFF, 251.
+
+ PONTY (W.), 421.
+
+ POSKIN, 229, 230.
+
+ POUCHET, 267, 272.
+
+ PRESCOTT, 220, 226, 236, 240, 241, 243, 247.
+
+ PRÉVOST (l’abbé), 6.
+
+ PRINS (P.), 187.
+
+ PROCHE, 179.
+
+ PUNCH, 437.
+
+ =R.=
+
+ RAFINESQUE, 41, 48.
+
+ RANÇON, 29, 452.
+
+ RENDLE, 109.
+
+ RIBAUT, 266.
+
+ RICHAUD, 154.
+
+ RIPERT, 168, 169, 170, 171, 290.
+
+ RODET (P.), 255.
+
+ ROELSIUS, 4, 5, 7.
+
+ ROHLFS (G.), 220.
+
+ RONCERAY, 249.
+
+ ROSSIGNOL, 154.
+
+ ROUX (E.), 28.
+
+ =S.=
+
+ SALVAN, 296.
+
+ SAVARIAU, 178, 179, 180, 227, 294, 295, 302, 315, 319, 320, 325, 326,
+ 443, 444, 455, 459, 462.
+
+ SAUSSINE (G.), 297, 307, 318, 354.
+
+ SCAR (capitaine), 417, 421.
+
+ SCHEFFER, 2.
+
+ SCHIFFER, 29, 169, 170, 171, 172, 227, 388, 391, 393.
+
+ SCHLAGDENHAUFFEN, 22, 219, 221, 222, 228, 230, 231, 232, 233, 441,
+ 444, 448.
+
+ SCHLOTTERBECK, 221, 223.
+
+ SCHMIEDEBERG, 265.
+
+ SCHOTT, 32, 46, 48, 49, 107.
+
+ SCHUMACHER, 11, 18, 44, 45, 99, 107, 108.
+
+ SCHUMANN (K.), 18, 22, 32, 41, 48, 49, 51, 65, 100, 109, 111, 112,
+ 113, 114, 117, 138, 192, 196, 198, 286, 437, 439, 468.
+
+ SCHURMAYER, 229.
+
+ SCHUMBURG, 461.
+
+ SCHUMM (O.), 229.
+
+ SCHWEINFURTH (G.), 21, 141, 188, 198.
+
+ SCHWEITZER (G.), 234.
+
+ SÉE (Germain), 254, 265.
+
+ SEMLER, 30, 285, 318.
+
+ SÉNAC, 165.
+
+ SIEDLER, 239.
+
+ SMITH (Christian), 197.
+
+ SOLEREDER, 72.
+
+ SOXHLET, 233.
+
+ SPIRE (Dr), 182, 183.
+
+ STANLEY, 141.
+
+ STAPF, 41, 43, 98, 105, 106, 108, 109, 195, 216.
+
+ STOKES, 48.
+
+ SURCOUF (J.), 335.
+
+ SUTELIFF, 434.
+
+ =T.=
+
+ TEISSONNIER (P.), 299, 301, 307, 314.
+
+ TEMPORAL, 3.
+
+ THOLLON, 141.
+
+ THOMANN, 29, 169, 170.
+
+ THOMPSON (H.-N.), 191.
+
+ THOMS, 229.
+
+ THOMSON, 224.
+
+ THONNING, 11, 44, 45, 48, 107, 138.
+
+ TOPPING (O.), 226.
+
+ TRILLES (P.), 184, 186, 197, 436.
+
+ TSCHIRCH, 72.
+
+ =U.=
+
+ UFFELMANN, 221, 223.
+
+ =V.=
+
+ VACHER, 299.
+
+ VAHL, 108.
+
+ VAISSIÈRE (de la), 434.
+
+ VALENTIN, 153.
+
+ VAN CASSEL (Ch.), 164, 295.
+
+ VENTENAT, 12, 32, 34, 35, 36, 41, 44, 47, 48, 99, 100, 101, 103, 104,
+ 106, 467.
+
+ VERMOND, 201.
+
+ VIDAL, 417, 423.
+
+ VIGNE, 242, 251, 270.
+
+ VOULGRE, 182.
+
+ VUILLET (J. et H.), 307, 308, 454.
+
+ =Z.=
+
+ ZECH (comte), 117, 134, 192, 193, 194, 195, 196, 197, 295, 404.
+
+ ZENKER, 437.
+
+ ZIMMERMANN (M.), 164.
+
+ ZOHLENHOFER, 72, 92.
+
+ =W.=
+
+ WAAGE, 229, 230.
+
+ WARBURG (O.), 30, 112, 117, 193, 194, 285, 288, 289, 309, 315, 318,
+ 319, 341, 468.
+
+ WARIN (J.), 229, 277.
+
+ WARMING (E.), 99, 202.
+
+ WELWITSCH, 41, 134, 199, 338, 356.
+
+ WILDEMAN (E. De), 30, 49, 111, 118, 197, 198, 309, 317, 318, 319, 440.
+
+ WILSDORFF (E.), 237.
+
+ WŒLFFEL, 29, 164, 295.
+
+ WOHSEN, 444.
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+ INDEX ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES.
+
+ * * * * *
+
+
+ =A.=
+
+ _Abèl_, 185.
+
+ _Abidan_, 138.
+
+ Acide kolatanique, 221.
+
+ Achanti, 124, 401.
+
+ Action physiologique, 253.
+
+ Afrique équator. franç., 180, 396.
+
+ Angola, 199.
+
+ Animaux nuisibles, 327.
+
+ _Anomocola_, 51, 52.
+
+ _Anthocleista_, 351.
+
+ Antilles, 199, 200.
+
+ Aphrodisiaque, 442.
+
+ Attié, 175.
+
+ _Autocola_, 51, 52.
+
+ _Ayenia_, 50.
+
+ =B.=
+
+ Balais de sorcières, 339.
+
+ _Balaninus Kolæ_, 330.
+
+ Bakoués, 165.
+
+ Baoulé, 162.
+
+ Bétail, 411, 413, 417.
+
+ Betaïne, 251.
+
+ Bétés, 169.
+
+ Beyla, 379.
+
+ _Bichea_, 48.
+
+ — _sulcata_, 118, 129.
+
+ _Biguendé oro_, 173.
+
+ _Blighia_, 163.
+
+ Boola, 158, 376.
+
+ Borers, 329.
+
+ Bouturage, 295.
+
+ =C.=
+
+ Caféine, 224, 225, 227.
+
+ Cameroun, 196, 403.
+
+ Caractères généraux, 55.
+
+ _Carapa procera_, 138.
+
+ Caravanes, 361.
+
+ Catéchine, 248.
+
+ Cauris, 37, 38, 364, 380.
+
+ Chancre, 339.
+
+ _Cheirocola_, 51, 52.
+
+ Chimie, 219.
+
+ Climats, 202.
+
+ _Clinogyne ramosissima_, 347.
+
+ _Clinogyne Schweinfurthiana_, 347.
+
+ _Clitandra_, 155.
+
+ _Cola_ Schott et Endl.
+
+ _Cola acuminata_, 53, 117, _129_.
+
+ _C. acuminata_ Heckel, _120_.
+
+ _C. acuminata_ var. _kamerunensis_, _139_.
+
+ _C. alba_, _124_.
+
+ _C. anomala_, 51, _136_.
+
+ _C. astrophora_, 112, _120_, _129_.
+
+ _C. Ballayi_, 110, 129, _139_, _183_.
+
+ _C. caricifolia_, 50.
+
+ _C. chlamydantha_, 50.
+
+ _C. cordifolia_, 58, 437.
+
+ _C. dasycarpa_, 436.
+
+ _C. digitata_, 438.
+
+ _C. Duparquetiana_, 436.
+
+ _C. ficifolia_, 436.
+
+ _C. gigantea_, 198.
+
+ _C. heterophylla_, 437.
+
+ _C. hypochrysea_, 53.
+
+ _C. Johnsoni_, 136.
+
+ _C. lateritia_, 53.
+
+ _C. macrocarpa_, 109.
+
+ _C. mixta_, _126_.
+
+ _C. nitida_, _120_.
+
+ _C. pachycarpa_, 438.
+
+ _C. pallida_, 71, _128_.
+
+ _C. proteiformis_, 60.
+
+ _C. rubra_, _123_.
+
+ _C. sphærocarpa_, 54, 69, _142_.
+
+ _C. sublobata_, 112, 120, 129.
+
+ _C. subverticillata_, 111, _139_.
+
+ _C. Supfiana_, 114, _129_.
+
+ _C. thomensis_, 4.
+
+ _C. Trillesiana_, 186.
+
+ _C. Trillesii_, 436.
+
+ _C. vera_, 53, 113, 114, _120_.
+
+ _C. verticillata_, _137_.
+
+ _Coleus rotundifolius_, 33.
+
+ Commerce, 355.
+
+ Comprimés, 279.
+
+ Congo belge, 197.
+
+ Conservation, 345.
+
+ Côte d’Ivoire, 159, 394.
+
+ Croissance, 313.
+
+ Croyances, 448.
+
+ Culture, 285.
+
+ — indigène, 289.
+
+ =D.=
+
+ Dahomey, 178, 396, 425.
+
+ Dans, 164, 384.
+
+ Diastase, 239.
+
+ Dioulas, 359.
+
+ Distribution géographique, 145.
+
+ Djougou, 425.
+
+ Doses, 260.
+
+ Douane (droits de), 365.
+
+ Durée, 313, 326.
+
+ Dyolas, 164, 384.
+
+ =E.=
+
+ Ecologie, 202.
+
+ _Edwardia lurida_, 41, 42.
+
+ Emballage, 351, 345.
+
+ _Eucola_, 53, 54.
+
+ Extraction, 344.
+
+ Extrait fluide, 281.
+
+ — de Kola sec, 277.
+
+ =F.=
+
+ Fernando-Pô, 198.
+
+ Feuilles, 56.
+
+ Fleurs, 63.
+
+ _Ficus_, 163.
+
+ _Firmiana_, 217.
+
+ Formes pharmacologiques, 274.
+
+ Fouta-Djalon, 150.
+
+ Fruits, 66.
+
+ =G.=
+
+ Gabon, 398.
+
+ Gambie anglaise, 429.
+
+ _Garcinia antidysenterica_, 345.
+
+ _Garcinia Kola_, 441.
+
+ Gbins, 166.
+
+ Géographie commerciale, 355.
+
+ Gemmules, 55, 56.
+
+ Gold-Coast, 190, 400.
+
+ Gouros, 166, 170.
+
+ Graines, 70.
+
+ Granulé au Kola, 280.
+
+ Guenzés, 364.
+
+ Guerrés, 165.
+
+ Guerzés, 156, 372.
+
+ Guinée française, 146, 367.
+
+ Guinée portugaise, 429.
+
+ Guyane, 189.
+
+ =H.=
+
+ Haïti, 201.
+
+ _Haplocola_, 51, 52.
+
+ Haut-Sénégal-Niger, 159, 408.
+
+ _Hillé_, 341.
+
+ Histologie, 72.
+
+ Historique, 1, 12, 31.
+
+ =I.=
+
+ Importations en Europe, 433.
+
+ Indo-Chine, 200.
+
+ Inflorescences, 62.
+
+ =J.=
+
+ Jamaïque, 200.
+
+ Java, 200.
+
+ =K.=
+
+ Kabaro, 373.
+
+ Kokotla, 25, 392.
+
+ Kola Bafio, 187.
+
+ Kola frais stérilisé, 278.
+
+ Kolanine, 219, 224, 234.
+
+ Kolas rosés, 381.
+
+ Kolatanate, 240.
+
+ Kolatéine, 242, 245, 247.
+
+ Kola vert, 173.
+
+ Kissi, 153, 370.
+
+ Kouranko, 151.
+
+ Kouyas, 388.
+
+ Kroumen, 176.
+
+ =L.=
+
+ Labogie, Laboshi, 195.
+
+ _Landolphia_, 155.
+
+ Libéria, 189.
+
+ Limbe, 60.
+
+ Loi de Mendel, 127, 215.
+
+ Lola, 374.
+
+ _Loranthus_, 338.
+
+ Lôs, 166, 170.
+
+ _Lunanea Bichy_, 41.
+
+ =M.=
+
+ _Macrocola_, 53, 54.
+
+ Malvacées, 31.
+
+ Mango, 172
+
+ Mandé-Dioulas, 355.
+
+ Manilles, 364.
+
+ Manons, 157, 165.
+
+ Masticatoire au Kola, 280.
+
+ Médecine, 253.
+
+ _Micropeltis depressa_, 342.
+
+ Milieu biologique, 205.
+
+ Milieu édaphique, 204.
+
+ _Mitragyne macrophylla_, 350.
+
+ Modes d’emploi, 276.
+
+ Monas, 166, 171.
+
+ Monnaies, 363.
+
+ Mossi, 411.
+
+ Morénou, 175.
+
+ =N.=
+
+ _Napoleona imperialis_, 441.
+
+ Ngans, 172, 394.
+
+ Niger, 151.
+
+ Nigeria, 194, 430.
+
+ _Nkork_, 185.
+
+ Nombre des récoltes, 323.
+
+ Nomenclature, 49, 118.
+
+ Nzô, 375.
+
+ =O.=
+
+ _Ombéné_, 185.
+
+ Ombrage, 306.
+
+ Organes floraux, 87.
+
+ _Orofira_, 346.
+
+ Oussourou, 376, 421.
+
+ Ouorodougou, 161.
+
+ =P.=
+
+ Patentes, 382.
+
+ _Pentadesma butyracea_, 404.
+
+ Pétiole, 58.
+
+ Philogénie, 217.
+
+ Phloroglucine, 249.
+
+ _Phosphorus Jansoni_, 329, 330.
+
+ Physiologie, 253.
+
+ Plantation, 297.
+
+ Plantes nuisibles, 338.
+
+ _Plectranthus Coppini_, 33.
+
+ Port, 55.
+
+ Préparations alimentaires, 279.
+
+ Préparation de Kola sec, 353.
+
+ Production mondiale, 358.
+
+ _Protocola_, 50, 52.
+
+ _Pterygota_, 217.
+
+ =R.=
+
+ Races, 206, 213.
+
+ _Raphia_, 293, 294.
+
+ Ration pour animaux, 283.
+
+ Rat palmiste, 293, 327.
+
+ Récolte, 343.
+
+ Régime de la Propriété, 461.
+
+ Rendement, 316.
+
+ Renflement foliaire, 79.
+
+ Reproduction, 209.
+
+ Réunion (La), 200.
+
+ _Rhipsalis Cassytha_, 177.
+
+ Rites, 448.
+
+ Rôle des Jardins d’essai, 311.
+
+ Rôle religieux, 456.
+
+ Rôle social, 453.
+
+ Rouge de Kola, 221, 230, 238.
+
+ =S.=
+
+ _Sangara_, 335.
+
+ Sankaran, 151.
+
+ San-Thomé, 403.
+
+ _Sarcophrynium brachystachyum_, 348.
+
+ Sauterelles, 328.
+
+ Sel, 25, 392.
+
+ Sénégal, 405.
+
+ Semis, 297.
+
+ Sierra-Léone, 188, 399.
+
+ _Siphoniopsis_, 46.
+
+ _Siphoniopsis monoica_, 109.
+
+ Sombés, 364.
+
+ Soussous, 369.
+
+ _Sterculia_, 31.
+
+ _S. acuminata_, 44, 105, _129_.
+
+ _S. fœtida_, 437.
+
+ _S. grandiflora_, 35, 103, 120.
+
+ _S. guttata_, 437.
+
+ _S. longifolia_, 35.
+
+ _S. nitida_, 34, 35, 99, _106_.
+
+ _S. macrocarpa_, 42.
+
+ _S. monosperma_, 34.
+
+ _S. rhinopetala_, 437.
+
+ _S. tomentosa_, 198, 437.
+
+ _5. urens_, 437.
+
+ _S. verticillata_, 45, 107, _136_.
+
+ Sterculier, 13.
+
+ Superstitions, 459.
+
+ Systématique, 47.
+
+ =T.=
+
+ Tableau dichotomique, 119.
+
+ Tablettes, 279.
+
+ Tanins, 251.
+
+ Taxes, 366.
+
+ Tchad, 428.
+
+ Teignes, 338.
+
+ Terrain, 305.
+
+ _Thaumatococcus Danielli_, 348.
+
+ Théobromine, 224.
+
+ Togo, 192, 404.
+
+ Tômas, 156, 355, 372.
+
+ Touras, 168.
+
+ Tourbe, 353.
+
+ Transports, 361.
+
+ Trinidad, 200.
+
+ Type de Cornu, 110.
+
+ Type de Palisot, 105.
+
+ Type de Thonning, 107.
+
+ Types de Ventenat, 99.
+
+ =U.=
+
+ Usages, 274.
+
+ =V.=
+
+ Végétaux parasites, 338.
+
+ Ver du Kola, 330.
+
+ Vin de Kola, 280.
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+ ERRATA ET ADDENDA.
+
+ * * * * *
+
+
+Page 30, lignes 5 et 8, _lire_ : LAMARCK, _au lieu de_ LAMARK.
+
+Page 48, ligne 7, _ajouter_ : ainsi que le _S. heterophylla_ Pal. Beauv.
+
+Page 49, ligne 17, _lire_ : trois espèces, _au lieu de_ deux espèces.
+
+Page 49, ligne 27, _après_ W. BUSSE, _ajouter_ : par A. ENGLER.
+
+Page 55, ligne 3, _lire_ : _Section Eucola_, _au lieu de_ : _Section
+Autocola_.
+
+Page 85, ligne 31, _lire_ : dans l’espèce sauvage de la Côte d’Ivoire et
+dans le _C. Ballayi_, _au lieu de_ : dans l’espèce sauvage de la Côte
+d’Ivoire, le _C. Ballayi_.
+
+Page 86, ligne 10, _lire_ : _C. acuminata_, _au lieu de_ : _C.
+astrophora_.
+
+Page 95, ligne 11, _lire_ :
+
+ _14_, _C. acuminata_, _au lieu de_ : _14_, _C. Ballayi_.
+
+Page 97, ligne 10, _après_ : chez le _C. Ballayi_, ajouter : ainsi que
+chez _C. acuminata_ et _C. verticillata_.
+
+Page 129, à la liste des synonymes de _C. acuminata_, _ajouter_ :
+
+ _C. thomensis_ A. Chev. in ALMADA NEGREIROS. Colonies portugaises,
+ études documentaires, Paris, 1906, p. 207.
+
+Page 226, ligne 29, renvoi (1), _lire_ :
+
+ les noix rapportées à _C. Ballayi_ appartiennent probablement au _C.
+ acuminata_ Schott et Endl., _au lieu de_ : _C. Ballayi_ est le vrai
+ _C. acuminata_.
+
+Page 299, ligne 36, note (1), _lire_ :
+
+ 1897, _au lieu de_ : 1907.
+
+ * * * * *
+
+[Illustration : CARTE des possessions françaises de L’OUEST et du CENTRE
+AFRICAIN — RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE =DES KOLATIERS=]
+
+[Illustration : DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE _du_ =Cola nitida= A. CHEV. en
+Afrique Occidentale française
+
+Carte dresséé sous la direction de M. Aug. Chevalier _d’après les
+documents de la mission scientifique permanente de l’Afrique Occidentale
+et les Archives des Postes de l’Afrique Occidentale_]
+
+[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers.
+
+Pl. I
+
+_Sterculia nitida_ Vent. Type de Ventenat.
+
+(HERB. DELESSERT, GENÈVE).
+
+Phototypie Alary-Ruelle, Paris]
+
+[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers.
+
+Pl. II
+
+_Sterculia nitida_ Vent.
+
+Type de l’Herbier de Lamarck cité par Ventenat
+
+(HERB. MUS. PARIS).
+
+Phototypie Alary-Ruelle, Paris]
+
+[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers.
+
+Pl. III
+
+_Sterculia nitida_ Vent. Echantillon de Commerson.
+
+(HERB. MUS. PARIS).
+
+Phototypie Alary-Ruelle, Paris]
+
+[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers.
+
+Pl. IV
+
+_Sterculia grandiflora_ Vent. Type de l’Herbier de Jussieu.
+
+(HERB. MUS. PARIS).
+
+Phototypie Alary-Ruelle, Paris]
+
+[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers.
+
+Pl. V
+
+_Sterculia grandiflora_ Vent. Type de l’Herbier Lamarck.
+
+(HERB. MUS. PARIS).
+
+Phototypie Alary-Ruelle, Paris]
+
+[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers.
+
+Pl. VI
+
+_Sterculia acuminata_ Pal. Beauv.
+
+Type de l’Herbier de Palisot de Beauvois (HERB. DELESSERT, GENÈVE).
+
+Phototypie Alary-Ruelle, Paris]
+
+[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers.
+
+Pl. VII
+
+_Sterculia verticillata_ Thonn. Type de l’Herbier de Schumacher.
+
+(HERB. MUS. COPENHAGUE).
+
+Phototypie Alary-Ruelle, Paris]
+
+[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers.
+
+Pl. VIII
+
+_Cola Ballayi_ Cornu. Type vivant de Maxime Cornu.
+
+(SERRES MUS. PARIS).
+
+Phototypie Alary-Ruelle, Paris]
+
+[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers.
+
+Pl. IX
+
+_Cola astrophora_ Warb. (= _Cola acuminata_ Schott et Endl.).
+
+Type de Warburg.
+
+(HERB. MUS. BERLIN).
+
+Phototypie Alary-Ruelle, Paris]
+
+[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers.
+
+Pl. X
+
+_Cola nitida_ sub-sp. _C. rubra_ A. Chev.
+
+Forme sauvage de la forêt vierge de la Côte d’Ivoire.
+
+(HERB. AUG. CHEVALIER).
+
+Phototypie Alary-Ruelle, Paris]
+
+[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers.
+
+Pl. XI
+
+_Cola nitida_ (Vent.). A. Chev. Forme sauvage de la Côte d’Ivoire, à
+grandes fleurs et à petites fleurs sur le même rameau.
+
+(HERB. AUG. CHEVALIER).
+
+Phototypie Alary-Ruelle, Paris]
+
+[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers.
+
+Pl. XII
+
+_Cola nitida_ sub-sp. _C. pallida_ A. Chev. Forme sauvage de la Côte
+d’Ivoire.
+
+Rameau d’un arbre ne portant que des fleurs mâles.
+
+(HERB. AUG. CHEVALIER).
+
+Phototypie Alary-Ruelle, Paris]
+
+[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers.
+
+Pl. XIII
+
+_Cola nitida_ sub-sp. _C. mixta_ A. Chev. forma _latifolia_.
+
+Plante cultivée par les indigènes à Conakry, en Guinée française.
+
+(HERB. AUG. CHEVALIER).
+
+Phototypie Alary-Ruelle, Paris]
+
+[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers.
+
+Pl. XIV
+
+_Cola acuminata_ (Pal. Beauv.). Schott et Endl.
+
+Forme cultivée par les Kroumen, à Grabo dans la Côte d’Ivoire.
+
+(HERB. AUG. CHEVALIER).
+
+Phototypie Alary-Ruelle, Paris]
+
+[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers.
+
+Pl. XV
+
+_Cola nitida_ (Vent.) A. Chev.
+
+Différentes formes de follicules ouverts : _1_, follicule à cinq graines
+encore enveloppées dans leur tégument avec le hile visible à la face
+supérieure ; _2_, follicule avec une seule graine ; _3_, avec deux
+graines ; _4_, avec quatre graines en partie débarrassées de leur
+tégument.
+
+Phototypie Alary-Ruelle, Paris]
+
+[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers.
+
+Pl. XVI
+
+_Noix de Kola de différentes espèces._
+
+_1_, _C. sphærocarpa_ ; _2_, _C. Ballayi_ ; _3_, _C. nitida_ s.-sp. _C.
+mixta_ ; _4_, forme à petites graines du Soudan en voie de germination ;
+_4_, _C. nitida_ sub-sp. _C. mixta_, noix blanche des îles Sherbro
+(Sierra-Leone) ; _5_ et _6_, id., noix rouges de même provenance ; _7_,
+id., noix blanches de Sekondee (Gold Coast) ; _8_ et _9_, id., noix
+rouges de même provenance.
+
+Phototypie Alary-Ruelle, Paris]
+
+
+
+
+Note du transcripteur :
+
+
+ Les changements dans l’ERRATA ont été aportés.
+
+ Page VI, " K. Schumann, O. Waburg et W. Busse " a été remplacé par
+ " Warburg "
+
+ Page 7, " voyageurs anté-térieurs ont dit sur " a été remplacé par
+ " antérieurs "
+
+ Page 22, note 33, " HECKEL et SCHLADENHAUFFEN " a été remplacé par
+ " SCHLAGDENHAUFFEN "
+
+ Page 23, " feuilles groupées en faux vertielle " a été remplacé par
+ " verticelle "
+
+ Page 28, " marchés sont Gorée et et les " a été remplacé par " Gorée
+ et les "
+
+ Page 29, " Niger et la Faldemé, les dioulas " a été remplacé par
+ " Falémé "
+
+ Page 35, " _ureeolo subsessile_ (il s’agit " a été remplacé par
+ " _urceolo_ "
+
+ Page 35, " serait pas encore déve-veloppé " a été remplacé par
+ " développé "
+
+ Page 36, " Deux se rappor- bien à un vrai " a été remplacé par
+ " rapportent "
+
+ Page 40, " voir une noix à deux colylédons " a été remplacé par
+ " cotylédons "
+
+ Page 44, " décrit par PALISOT DE BFAUVOIS " a été remplacé par
+ " BEAUVOIS "
+
+ Page 52, " au-dessus de l’autre sur deux raugs " a été remplacé par
+ " rangs "
+
+ Page 63, " de la familles des Sterculiacées " a été remplacé par
+ " famille "
+
+ Page 63, " n’est pas rare d’oberver certains " a été remplacé par
+ " d’observer "
+
+ Page 70, note 76, " BAILLON. — Histoire des Plantes, IV, p. [blanc]. "
+ a été remplacé par " p. 111. "
+
+ Page 78, " un épiderme assez fortement euticularisé " a été remplacé
+ par " cuticularisé "
+
+ Page 85, " intéressantes tranformations histologiques " a été remplacé
+ par " transformations "
+
+ Page 92, " _te, ti_, tégments externe " a été remplacé par
+ " téguments "
+
+ Page 125, " au dessus et de profi " a été remplacé par " au dessus et
+ de profil ; "
+
+ Page 127, " cercles de Faranna ! de Konroussa ! " a été remplacé par
+ " Kouroussa "
+
+ Page 133, " à calice _plus ou moins companulé_ " a été remplacé par
+ " _campanulé_ "
+
+ Page 134, " depuis longtemps on en voie de germination " a été
+ remplacé par " ou "
+
+ Page 136, " à 8 m. de hauteur sans bran-bres " a été remplacé par
+ " branches "
+
+ Page 140, " hermaphodites à calice ordinairement " a été remplacé par
+ " hermaphrodites "
+
+ Page 151, " clairsemés, on en en trouve encore " a été remplacé par
+ " on en trouve "
+
+ Page 156, " les doulas soudanais continuent " a été remplacé par
+ " dioulas "
+
+ Page 157, " des groupements mportants " a été remplacé par
+ " importants "
+
+ Page 158, " Kolas apportés au marché de Boola provenant " a été
+ remplacé par " proviennent "
+
+ Page 158, " étendues dans les territpires situés " a été remplacé par
+ " territoires "
+
+ Page 160, " sans intérêt est ne doivent être " a été remplacé par " et
+ ne "
+
+ Page 172, " sur Kong et sur Bobo-Dioulosso " a été remplacé par
+ " Bobo-Dioulasso "
+
+ Page 176, " le Kola porte les noms sui-sants " a été remplacé par
+ " suivants "
+
+ Page 178, Réf. manquante à deuxième note (n. 116) ajoutée après
+ " empruntons à SAVARIAU "
+
+ Page 181, Réf. manquante à deuxième note (n. 118) ajoutée après
+ " qu’il rapporte inexactement au _Cola Ballayi_ "
+
+ Page 183, " non seulemedt dans les endroits humides " a été remplacé
+ par " seulement "
+
+ Page 184, " limbe elleptique, arrondi " a été remplacé par
+ " elliptique "
+
+ Page 185, Ajouté " « " avant " Les Fang lui donnent " et " De cet
+ _Abèl_ ".
+
+ Page 195, " qui permirent à O. STAFF " a été remplacé par " STAPF "
+
+ Page 208, " les arbres fruitiers des pays tempérérés " a été
+ remplacé par " tempérés "
+
+ Page 209, " remarquable particularité biolo-logique " a été remplacé
+ par " biologique "
+
+ Page 239, note 206, " 55e série, 1896, IV, p. 484. " a été remplacé
+ par " 6e série, 1896, IV, p. 481. "
+
+ Page 239, note 207, " H. MATSBAUM " a été remplacé par " MASTBAUM "
+
+ Page 241, " Pent cétylkolatanin " a été remplacé par
+ " Pentacétylkolatanin "
+
+ Page 245, " la _Kotatine_, principe cependant " a été remplacé par
+ " _Kolatine_ "
+
+ Page 257, " dans l’impossibilié de se rappeler quel " a été remplacé
+ par " l’impossibilité "
+
+ Page 259, note 230, " augmentation du du travail produit " a été
+ remplacé par " augmentation du travail "
+
+ Page 261, " vomique ou de la strychine " a été remplacé par
+ " strychnine "
+
+ Page 271, " produit aux dépens des des réserves " a été remplacé par
+ " dépens des réserves "
+
+ Page 291, Réf. manquante à troisième note (n. 248) ajoutée après " et
+ à la rendre plus abondante "
+
+ Page 301, " d’Olokomeji, d’Ebute-Metta, de Old-Calabor " a été
+ remplacé par " Old-Calabar "
+
+ Page 301, note 257, " Amtsblatt für den Schutzgebut Kamerun " a été
+ remplacé par " das Schutzgebiet "
+
+ Page 309, " par conséquent relativemeni minime " a été remplacé par
+ " relativement "
+
+ Page 325, note 283, manquante supposée être : " HECKEL. — Loc. cit.,
+ p. 37. "
+
+ Page 327, note 284, " le Gouverneneur de Sierra-Léone " a été remplacé
+ par " Gouverneur "
+
+ Page 330, " certainement le _Balanagastris Kolæ_ " a été remplacé par
+ " _Balanogastris_ "
+
+ Page 340, " tous les buissons produisant des " a été remplacé par
+ " produisent "
+
+ Page 341, Réf. manquante à note 295 ajoutée après " caravanes au cœur
+ de l’Afrique "
+
+ Page 346, " surtout cellles du genre _Clinogyne_ " a été remplacé par
+ " celles "
+
+ Page 347, " large de 2 cm. envirsn " a été remplacé par " environ "
+
+ Page 354, " les sécher, à l’étude, à 60° " a été remplacé par
+ " l’étuve "
+
+ Page 392, " en accomplisssant ce courtage qui " a été remplacé par
+ " accomplissant "
+
+ Page 399, " les chiffres suivants donnent " a été remplacé par
+ " donnant "
+
+ Page 410, " dioulas de la boucle de Niger " a été remplacé par " du
+ Niger "
+
+ Page 410, note 334, " chiffre corresdond à 300 ou " a été remplacé par
+ " correspond "
+
+ Page 413, " au Mossi ont complété ces imformations " a été remplacé
+ par " informations "
+
+ Page 416, Réf. manquante à note 338 ajoutée dans page suivant, après
+ " fourni de bière de mil "
+
+ Page 417, " en même temps qu’une qu’une grande place d’affaires " a
+ été remplacé par " temps qu’une grande "
+
+ Page 424, " L’apport de sel de Taoudéri " a été remplacé par
+ " Taoudéni "
+
+ Page 431, " chiffre a a été en s’accroissant " a été remplacé par
+ " chiffre a été "
+
+ Page 431, " le chemin de fer Lagos-Ibaban-Ilorin " a été remplacé par
+ " Lagos-Ibadan-Ilorin "
+
+ Page 432, " dans la Nothern Nigéria en cette " a été remplacé par
+ " Northern "
+
+ Page 433, note 350, " D’après HECKEL, Loc. cit., " a été remplacé par
+ " Loc. cit., p. 67. "
+
+ Page 439, " à l’extrémité bes branches " a été remplacé par " des "
+
+ Page 440, note 360, " a cité le aussi _Kola lapidota_ K. Schum.,
+ espèce du Cameronn " a été remplacé par " a cité aussi _Cola lepidota_
+ K. Schum., espèce du Cameroun "
+
+ Fig. 51, " =Garcina Kola= Heckel " a été remplacé par " =Garcinia= "
+
+ Page 444, " donnent par leur amertune " a été remplacé par
+ " amertume "
+
+ Page 447, " stigmate glanduleux, jaudâtre, sessile " a été remplacé
+ par " jaunâtre "
+
+ Page 455, " Il est d’usage, pas exemple " a été remplacé par " par "
+
+ Page 456, " que Prophète s’est assis sous " a été remplacé par " que
+ le Prophète "
+
+ Page 462, " certains notables peuvent seulent posséder " a été
+ remplacé par " seulement "
+
+ Page 470, " Quant à la valeur taxinomique " a été remplacé par
+ " taxonomique "
+
+ Page 478, " CÖRTE (O.), 250. " a été remplacé par " GÖRTE "
+
+ Page 479, " LIANÉ, 31, 48. " a été remplacé par " LINNÉ "
+
+ Page 479, " MATSBAUM (H.), 239. " a été remplacé par " MASTBAUM "
+
+ Page 479, " POLSTORFE, 251. " a été remplacé par " POLSTORFF "
+
+ Page 480, " TCHIRCH, 72. " a été remplacé par " TSCHIRCH "
+
+ Page 480, " WOLSSEN, 444. " a été remplacé par " WOHSEN "
+
+ Page 480, " ZERCK (comte) " a été remplacé par " ZECH "
+
+ Page 482, " _Haphocola_ " a été remplacé par " _Haplocola_ "
+
+ Page 482, " _Kkork_ " a été remplacé par " _Nkork_ "
+
+ Page 482, " _Phosophorus Jansoni_ " a été remplacé par
+ " _Phosphorus_ "
+
+ De plus, quelques changements mineurs de ponctuation et d’orthographe
+ ont été apportés.
+
+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 79298 ***