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diff --git a/79298-0.txt b/79298-0.txt new file mode 100644 index 0000000..5366504 --- /dev/null +++ b/79298-0.txt @@ -0,0 +1,21857 @@ +*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 79298 *** + LES VÉGÉTAUX UTILES + DE + L’AFRIQUE TROPICALE FRANÇAISE + + * * * * * + + FASCICULE VI + + + Fascicule VI. Mai 1911. + ------------------------------------------------------------------ + LES VÉGÉTAUX UTILES + DE + L’AFRIQUE TROPICALE FRANÇAISE + + PUBLICATION FAITE SOUS LE PATRONAGE DE MM. + + =EDMOND PERRIER= =W. PONTY= + De l’Institut et de Gouverneur général de l’Afrique + l’Académie de Médecine occidentale française + Directeur du Muséum + d’Histoire naturelle + + =E. ROUME= =MERLIN= + Gouverneur général honoraire Gouverneur général de l’Afrique + équatoriale française + + DIRIGÉE PAR + =M. Aug. CHEVALIER= + Docteur ès-sciences + Chargé de Missions + + * * * * * + FASCICULE VI + * * * * * + + =LES KOLATIERS & LES NOIX DE KOLA= + + PAR + =Aug. CHEVALIER et Ém. PERROT.= + + * * * * * + + =PARIS= + AUGUSTIN CHALLAMEL, ÉDITEUR, + RUE JACOB, 17 + * * * * * + 1911 + + Prix : 20 Fr. + + + + + =TABLE DES MATIÈRES.= + + * * * * * + + + Préface (Aug. Chevalier) XV + + Introduction (Aug. Chevalier et Em. Perrot) XXI + + PREMIÈRE PARTIE. + + =Historique général.= + + CHAPITRE PREMIER. — Notes historiques et géographiques sur 1 + le Kola avant le XIXe siècle + + CHAPITRE II. — Le Kola et les Kolatiers au XIXe siècle 12 + + CHAPITRE III. — Histoire botanique des principaux Kolatiers 31 + jusqu’à la création du genre _Cola_ + + DEUXIÈME PARTIE. + + =Les Kolatiers : Etude botanique, géographique et biologique.= + + CHAPITRE IV. — Position systématique et divisions du genre 45 + _Cola_ + + _Autocola_ K. Schum, 52. — _Macrocola_ A. Chev., 54. — + _Eucola_ A. Chev., 54. + + CHAPITRE V. — Caractères généraux des espèces de la section 53 + _Autocola_ (_Eucola_) + + Port, 53. — Gemmules, 56. — Feuilles, Répartition, 56. — + Pétiole, 58. — Limbe, 60. — Inflorescences, 62. — Fleurs, + 63. — Fruit, 66. — Déhiscence des fruits, 68. — Graines, 70. + + CHAPITRE VI. — Caractères histologiques des Kolatiers 72 + + Racine, 72. — Tige, 73. — Feuille, 77. — Pétiole, 77. — + Renflement basilaire, 79. — Renflement moteur, 83. — Organes + floraux, 87. — Ovaire, 91. — Graine, 92. + + CHAPITRE VII. — Révision des anciennes espèces de la section 98 + _Eucola_ d’après les types conservés dans les Herbiers + + Types des espèces de Ventenat. _Sterculia nitida_ Vent., 99. + — La plante de Michaux, 100. — L’échantillon de l’Herbier de + Lamarck, 100. — de l’Herbier général du Muséum, 102. — + _Sterculia grandiflora_ Vent., 103. — Echantillon de + l’Herbier de Jussieu, 103. — Echantillons de l’Herbier de + Lamarck, 104. — Type du _Sterculia acuminata_ P. Beauv., + 105. — Type du _Sterculia verticillata_ Thonning in + Schumacher, 107. — Type du _Cola macrocarpa_ G. Don, 109. — + Type du _Syphoniopsis monoica_ Karst., 109. — Types des + _Cola_ du Flora of tropical africa, 110. — Type du _Cola + Ballayi_, 110. — Types des espèces décrites par K. Schumann, + O. Warburg et W. Busse, 111. + + CHAPITRE VIII. — Etude systématique des espèces de la 119 + section _Eucola_ + + _Cola nitida_ A. Chev., 120. — _Cola rubra_ A. Chev., 123. — + _Cola alba_ A. Chev., 124. — _Cola mixta_ A. Chev., 126. — + _Cola pallida_ A. Chev., 128. — _Cola acuminata_ (Pal. + Beauv.) Schott et Endl., 129. — _Cola verticillata_ Stapf + Mss., 136. — _Cola Ballayi_ Cornu, 139. — _Cola sphærocarpa_ + A. Chev., 142. + + CHAPITRE IX. — Distribution géographique 146 + + Guinée française : Rivières du Sud, 146. — Fouta-Djalon, + 150. — Kouranko et région du Haut-Niger, 151. — Le Kissi, + 153. — Pays des Tomas et des Guerzés, 156. — Haut-Sénégal- + Niger, 159. — Côte d’Ivoire, 159. — Zône au nord du 8e + parallèle, 160. — Le Baoulé, 162. — Zône Nord de la forêt de + 6° 30 et 7° 45, 163. — Pays des Dyolas ou Dans, 164. — Pays + des Touras ou Touradougou, 168. — Pays des Bétés, 169. — + Pays des Lôs ou Gouros, 170. — Pays des Ngans, 172. — Zône + sud et moyenne de la Côte d’Ivoire, 175. — Dahomey, 178. — + Afrique équatoriale française, 180. — Colonies étrangères de + l’Afrique occidentale : Sierra-Léone, 188. — République de + Libéria, 189. — Gold-Coast, 190. — Togo, 192. — Nigeria, + 194. — Cameroun, 196. — Congo belge, 197. — Fernando-Po, + 198. — San-Thomé, 198. — Angola, 199. — Les Kolatiers en + dehors de l’Ouest africain, 199. + + CHAPITRE X. — Ecologie et Biologie des Kolatiers 202 + + Rapports avec les différents milieux, 202. — Milieu + climatique, 202. — Milieu édaphique, 204. — Milieu + biologique, 205. — Rapports des Kolatiers entre eux : les + races, 206. — La vie végétative, 208. — La fonction de + reproduction, 209. — Les races, 213. — Dissémination et + multiplication, 218. — Philogénie des Kolatiers, 218. + + TROISIÈME PARTIE. + + =Etude chimique et pharmacologique de la noix de Kola.= + + CHAPITRE XI. — Composition chimique des noix de Kola 219 + + Dosages de la caféine dans les noix de Kola, 227. — + Extraction de la Kolatine (Goris), 242. — Préparation de la + matière première, 242. — Conservation, 242. — Procédé à + l’alcool bouillant, 243. — Stérilisation (Procédé Goris et + Arnould), 244. — Extraction de la Kolatine, 245. — + Purification, 246. — Propriétés de la Kolatine, 246. + + CHAPITRE XII. — Action physiologique de la noix de Kola 253 + + Action sur le système nerveux, 257. — Système digestif, 258. + — Appareil circulatoire, 259. — Système musculaire, 259. — + Doses de Kola à ingérer, 260. — Action pharmacodynamique de + la caféine, 262. — Action de la caféine sur le système + nerveux central, 263. — Action de la caféine sur le système + musculaire, 264. — Action de la caféine sur l’appareil + circulatoire, 264. — Action de la caféine sur l’appareil + respiratoire, 265. — Action de la caféine sur les échanges + nutritifs, 265. — Action physiologique de la Kolatine, 267. + + CHAPITRE XIII. — Usages du Kola. — Formes pharmaceutiques 274 + + Modes d’emploi, formes pharmaceutiques, 276. — Extrait de + Kola sec, 277. — Extrait de Kola frais stérilisé, 278. — + Kola frais stérilisé, 278. — Comprimés et tablettes de Kola + frais stérilisé, 279. — Préparations alimentaires, 279. — + Masticatoire au Kola, 280. — Granulé au Kola, 280. — Vin de + Kola, 280. — Extrait fluide de Kola, 281. — Emploi du Kola + dans la ration alimentaire des animaux, 283. + + QUATRIÈME PARTIE. + + =Le Kola et les Kolatiers au point de vue économique.= + + CHAPITRE XIV. — La culture des Kolatiers 285 + + Procédés de culture indigène, 289. — Bouturage, 295. — + Renseignements fournis par les plantations européennes, 296. + — Semis, 297. — Plantation, 297. — Culture rationnelle, 303. + — Choix des graines, 303. — Choix et préparation du terrain, + 305. — Soins à donner aux Kolatiers pendant leur croissance, + 310. — Problèmes à résoudre, rôle des Jardins d’essai, 311. + + CHAPITRE XV. — Age de la production et rendement des 313 + Kolatiers + + Durée de la croissance et âge de la première production, + 313. — Rendement, 316. — Nombre des récoltes annuelles, 323. + — Durée des Kolatiers, 326. + + CHAPITRE XVI. — Ennemis et maladies du Kolatier et des noix 327 + de Kola + + Animaux, 327. — Notes sur quelques essais en vue de la + destruction du Charençon de la noix de Kola (P. LESNE et + Joanny MARTIN), 336. — Végétaux, 338. + + CHAPITRE XVII. — Récolte, préparation et emballage des noix 343 + de Kola + + Procédés de récolte, 343. — Extraction des noix, 344. — + Préparation des noix pour le transport, 344. — Conservation + des noix dans les pays de production, 345. — Emballage pour + le transport par caravanes, 345. — Principaux Orofira, 346. + — Soins à donner aux Kolas en cours de route, 351. — + Emballage pour les expéditions de Kolas frais en Europe, + 351. — Préparation du Kola séché, 353. + + CHAPITRE XVIII. — Le commerce et la géographie commerciale 355 + des noix de Kola + + Le commerce des caravanes. Les Dioulas, 359. — Les + transports par caravanes, 361. — Les transports par eau, + 362. — Les transports par chemins de fer, 363. — Monnaies + employées pour les achats de Kola, 363. — Droits de douane + et taxes sur les Kolas dans les Colonies françaises, 366. — + Colonies françaises. Pays producteurs de Kolas : Guinée + française, 367. — Région littorale, 369. — Le Kissi, 370. — + Pays Tômas et Guerzés et frontière libérienne, 372. — Kolas + rouges, 381. — Kolas rosés, 381. — Kolas blancs, 381. — + Haute Côte d’Ivoire, 384. — Bas-Dahomey, 396. — Afrique + équatoriale française, 396. — Principaux pays producteurs + étrangers. Sierra-Léone, 399. — Gold-Coast, 400. — Cameroun, + 403. — Togo allemand, 404. — San-Thomé, 404. — Principaux + pays consommateurs : Colonies françaises. Sénégal, 405. — + Haut-Sénégal et Niger, 408. — Haut-Dahomey, 425. — + Territoire du Tchad, 428. — Pays consommateurs étrangers : + Gambie anglaise, 429. — Guinée portugaise, 429. — Nigéria + anglaise, 430. — Importation et consommation des Kolas en + Europe, 483. + + CHAPITRE XIX. — Amandes considérées à tort comme remplaçant 436 + les Kolas. Substitutions frauduleuses. Succédanés + + CHAPITRE XX. — Rôle du Kola dans la vie des Indigènes 448 + + Croyances, rites, superstitions, usages, régime de la + propriété, 448. — Propriétés réelles attribuées au Kola par + les indigènes, Comme excitant et tonique, 449. — Comme + aphrodisiaque, 452. — Les Kolas dans la vie sociale et + domestique, 453. — Rôle du Kola au point de vue religieux, + 456. — Superstitions, 459. — Formes sous lesquelles le Kola + est consommé par les indigènes, 460. — Régime de la + propriété des Kolatiers, 461. + + * * * * * + + + + + TABLE DES FIGURES. + + * * * * * + + + FIGURE 1. — _Cola nitida_. Un arbre sur une place de la 32 bis + ville Conakry (hors texte) + + — 2. — _Cola nitida_. Rameaux, fleurs et amandes + (h. t.) + + — 3. — _Cola verticillata_ Stapf. Rameau en fleurs 48 bis + (h. t.) + + — 4. — _Cola verticillata_ dans un sous-bois au 43 + Bas-Dahomey + + — 5. — _Cola nitida_ dans une plantation chez les 57 + Bétés de la Côte d’Ivoire (conservé sur + l’emplacement de la forêt défrichée) + + — 6. — _Cola Ballayi_. Rameau portant un 40 bis + pseudo-verticille de feuilles. Une partie + des feuilles ont été détachées (h. t.) + + — 7. — _Cola Ballayi_. Rameau âgé chargé 41 bis + d’inflorescences (h. t.) + + — 8. — _Cola acuminata_. Feuilles anormales avec 59 + des lobations + + — 9. — _Cola proteiformis_ A. Chev. Sur le même 61 + rameau on voit une feuille à une foliole, + une autre à 3 folioles et enfin une feuille + à 5 folioles + + — 10. — _Cola nitida_. Rameau en fleurs, follicules 69 + coupés longitudinalement, inflorescences + + — 11. — _Cola nitida_. Jeune sujet vivant (h. t.) 56 bis + + — 12. — _Cola_ sp. des Serres du Muséum de Paris 56 bis + (h. t.) + + — 13. — _Cola acuminata_. Follicules à différents 57 bis + âges + + — 14. — Coupe transversale d’un fragment d’écorce 73 + du tronc de _C. nitida_, passant par la + région libérienne + + — 15. — Coupe transversale du pétiole, à la base du 75 + limbe + + — 16. — Coupe schématique au niveau du renflement 80 + basiliaire, au point d’insertion des + pétioles sur la tige + + — 17. — Figures schématiques du système 81 + fasciculaire du pétiole, au niveau du + renflement moteur + + — 18. — 1. Coupe transversale du limbe de _C. 86 + Ballayi_ ; 2, épiderme inférieur vu de face + avec stomate légèrement enfoncé ; 3, coupe + schématique de la nervure médiane vers le + tiers supérieur du limbe chez _C. nitida_ + + — 19. — 1 et 2, poils étoilés du calice et d’une 88 + feuille prise sur un bourgeon ; 3, poils + glanduleux vus de profil + + — 20. — Schéma de la coupe transversale de l’ovaire 89 + de _C. nitida_ + + — 21. — Coupe d’un ovule et du placenta 90 + + — 22. — Portion du tégument de la graine de _Cola 92 + nitida_ + + — 23. — Coupe transversale d’une jeune graine de 93 + _C. nitida_, passant au-dessus du point + d’insertion des cotylédons + + — 24. — Fleur, fruits et graine de Kola 95 + + — 25. — _Sterculia acuminata_. Type de l’Herbier du 105 + British Muséum. Androcées des fleurs mâles + et poils étoilés (croquis communiqué par M. + le Dr STAPF) + + — 26. — _Cola Supfiana_ Busse. Type de l’Herbier de 115 + Berlin + + — 27. — Fleurs de _C. alba_ et _C. mixta_ 125 + + — 28. — _Cola mixta_ forma _latifolia_ A. Chev. et 128 bis + _Cola mixta_ forma _angustifolia_ A. Chev. + (h. t.) + + — 29. — Fleurs de _Cola acuminata_ 131 + + — 30. — _Cola acuminata_. Fruits de la forme de 135 + San-Thomé + + — 31. — _Cola mixta_ et _C. pallida_. Follicules 136 bis + étalés en étoile (h. t.) + + — 32. — _Cola nitida_ des Iles Scherbro. Follicules 137 bis + vus en-dessous (h. t.) + + — 33. — _Cola Ballayi_. Follicules (h. t.) 144 bis + + — 34. — _Cola sphærocarpa_ A. Chev. Follicules 143 + + — 35. — Philogénie des _Cola_ de la section _Eucola_ 217 + + — 36. — Cristaux de Kolatine (GORIS), d’après une 247 + microphotographie + + — 37. — Cristaux de Kolatéine (GORIS), d’après une 250 + microphotographie + + — 37 bis. — Grenouille 20 gr. Injection de 0,01 gr. de 268 + kolatine sous la peau de la cuisse. Arrêt + du cœur au bout de 18 heures. Cardiographe + VERDIN-VIBERT + + — 38. — Chien 5 kg. chloralosé. Pression fémorale 269 + avec le Kymographion de LUDWIG. Injection + intraveineuse d’une solution de kolatine + dans le sérum physiologique à 37°, 5 gr. de + kolatine à intervalle de 40 minutes. Survie + du chien + + — 39. — _Phosphorus Jansoni_ Thomps. (coléoptère) 329 + + — 40. — _Balanogastris Kolæ_ (coléoptère), état 331 + parfait + + — 41. — _Balanogastris Kolæ_ (coléoptère), larve 332 + + — 42. — _Balanogastris Kolæ_ (coléoptère), nymphe 333 + + — 43. — _Clinogyne Schweinfurthiana_ K. Schum (h. 336 bis + t.) + + — 44. — _Clinogyne ramosissima_ K. Schum (h. t.) 344 bis + + — 45. — _Sarcophrynium brachystachyum_ K. Schum (h. 445 bis + t.) + + — 46. — Panier pour le transport des Kolas par mer 352 + + — 47. — _Mitragyne macrophylla_ Hiern 352 bis + + — 48. — Monnaies servant à l’achat des Kolas 365 + + — 49. — Couffins préparés pour le transport des 401 + Kolas par mer + + — 50. — Carte des routes suivies par les 419 + caravaniers transportant les Kolas + + — 51. — _Garcinia Kola_ Heckel. Rameau (h. t.) 440 bis + + — 52. — _Garcinia antidysenterica_ A. Chev. (h. t.) 441 bis + + * * * * * + + + CARTES. + + * * * * * + + + 1. — Cartes des routes suivies par les caravanes Page 419 + transportant les Kolas à travers le Soudan nigérien. + Echelle 1/16.000.000 + + 2. — Distribution géographique du _Cola nitida_ et à la + des _Cola_ à plus de deux cotylédons. Echelle fin de + 1/17.800.000 l’ouvrage + + 3. — Distribution géographique et répartition des à la + plantations de _Cola nitida_ en Guinée françaises et fin de + à la Côte d’Ivoire. Echelle 1/3.000.000 l’ouvrage + + * * * * * + + + PLANCHES + + (_Phototypies à la fin de l’ouvrage_). + + * * * * * + + + PLANCHE I. — _Sterculia nitida_ Vent. Type de Ventenat. (Herb. + Delessert, Genève). + + — II. — _Sterculia nitida_ Vent. Type de l’Herbier de Lamarck + cité par Ventenat. (Herb. Mus. Paris). + + — III. — _Sterculia nitida_ Vent. Echantillon de Commerson. + (Herb. Mus. Paris). + + — IV. — _Sterculia grandiflora_ Vent. Type de l’Herbier de + Jussieu. (Herb. Mus. Paris). + + — V. — _Sterculia grandiflora_ Vent. Type de l’Herbier + Lamarck. (Herb. Mus. Paris). + + — VI. — _Sterculia acuminata_ Pal. Beauv. Type de l’Herbier + de Palisot de Beauvois. (Herb. Delessert, Genève). + + — VII. — _Sterculia verticillata_ Thonn. Type de l’Herbier de + Schumacher. (Herb. Mus. Copenhague). + + — VIII. — _Cola Ballayi_ Cornu. Type vivant de Maxime Cornu. + (Serres Mus. Paris). + + — IX. — _Cola astrophora_ Warb. (= _Cola acuminata_ Schott et + Endl.). Type de Warburg. (Herb. Mus. Berlin). + + — X. — _Cola nitida_ sub-sp. _C. rubra_ A. Chev. Forme + sauvage de la forêt vierge de la Côte d’Ivoire. + (Herb. Aug. Chevalier). + + — XI. — _Cola nitida_ Vent. A. Chev. Forme sauvage de la Côte + d’Ivoire, à grandes fleurs et à petites fleurs sur le + même rameau. (Herb. Aug. Chevalier). + + — XII. — _Cola nitida_ sub-sp. _C. pallida_ A. Chev. Forme + sauvage de la Côte d’Ivoire. Rameau d’un arbre ne + portant que des fleurs mâles. (Herb. Aug. Chevalier). + + — XIII. — _Cola nitida_ sub-sp. _C. mixta_ A. Chev. forma + _latifolia_. Plante cultivée par les indigènes à + Conakry, en Guinée française. (Herb. Aug. Chevalier). + + — XIV. — _Cola acuminata_ (Pal. Beauv.). Schott et Endl. Forme + cultivée par les Kroumen, à Grabo, dans la Côte + d’Ivoire. (Herb. Aug. Chevalier). + + — XV. — _Cola nitida_ (Vent.) A. Chev. Différentes formes de + follicules ouverts. + + — XVI. — Noix de Kola de différentes espèces. + + * * * * * + + + + + =PRÉFACE.= + + * * * * * + + +Depuis 1898, il ne s’est guère écoulé d’années sans que nous ayons été +amené, au cours de nos explorations, à faire quelques observations +relatives aux Kolatiers et aux noix de Kola. + +En février et mars 1899, nous observions pour la première fois ces +arbres cultivés par les indigènes dans les cercles de Siguiri, Kouroussa +et Kankan, constituant à cette époque la région sud du Soudan français. +Nous fûmes alors frappé de l’intérêt que les indigènes leur attachaient. + +Pendant toute l’année 1899 et une partie de l’année 1900, il nous fut +donné aussi d’étudier sur place l’importance commerciale de la noix de +Kola en observant les transactions auxquelles cette amande précieuse +donne lieu sur les grands marchés africains de St-Louis, Dakar, Kayes, +Médine, Bamako, Sikasso, Bobo-Dioulasso, Djenné, Tombouctou, Ségou, etc. + +Quelques mois après notre retour en Europe, nous fûmes mis en rapport +par G. SCHWEINFURTH avec le professeur K. SCHUMANN, de Berlin, qui +venait de publier sa belle monographie des Sterculiacées africaines. + +Le savant botaniste nous montra dans l’Herbier de Berlin les matériaux +restreints qu’il avait eus à sa disposition pour faire l’étude de la +section _Autocola_. Il nous assura que la lumière était loin d’être +faite sur ce groupe intéressant et nous encouragea à faire des +recherches sur ces plantes au cours du voyage que nous devions effectuer +peu de temps après. + +Pendant la _Mission Chari-lac Tchad_ (1902-1904), notre attention fut de +nouveau attirée sur les _Kolatiers_. + +A notre passage à Conakry, en juin 1902, les beaux exemplaires de +l’espèce _C. nitida_ qui sont répandus dans toute la ville étaient en +pleine floraison et le marché était bien approvisionné de noix de cette +espèce. + +Quelques jours plus tard, nous constations à Porto-Novo (Dahomey) la +présence presque exclusive sur le marché de cette localité d’un Kola +très différent. L’amande était petite, rosée et constamment à 4 ou 5 +cotylédons. C’était la graine de l’espèce que nous nommons _C. +acuminata_ Schott et Endl. + +Sur les marchés indigènes de Libreville, Matadi, Leopoldville, +Brazzaville, nous revîmes des noix à peu près identiques. + +En remontant le Congo et l’Oubangui, en août 1902, nous rencontrions un +Kolatier encore différent de l’espèce côtière et qui s’identifiait +complètement avec le _Cola Ballayi_ Cornu, dont les graines avaient été +rapportées d’abord du Gabon, excellente espèce que le Prof. K. SCHUMANN +avait mal connue. + +Malheureusement ce savant allemand venait d’être enlevé à la science au +moment où nous nous proposions de lui communiquer nos matériaux, après +notre retour en France. + +Au cours de notre voyage en Afrique centrale, nous avions aussi constaté +que les caravaniers Haoussas continuaient toujours à apporter les noix +de Kola au Baguirmi et au Ouadaï. Ce commerce donnait lieu à des +transactions moins importantes qu’à l’époque des voyages de BARTH et de +NACHTIGAL, le pays ayant été ruiné par des guerres fréquentes ; pourtant +la noix de Kola était toujours un article très recherché des peuplades +musulmanes. + +Mais c’est surtout au cours de nos nouveaux voyages effectués durant les +années 1905, 1906 et 1907, puis de 1908 à 1910 que nous avons pu étudier +d’une manière plus approfondie les espèces productrices de noix de Kola, +leur distribution géographique, leur culture et le commerce auquel les +noix donnent lieu. + +Pendant un séjour de plus de 10 mois en Guinée française, il nous a été +possible d’examiner en détail et à tous les points de vue l’espèce +cultivée dans cette colonie par les indigènes et de relever sa +distribution géographique. + +Un séjour d’un mois en 1905, de 9 mois en 1906-1907, puis de 9 mois +encore en 1909, nous a permis d’effectuer une étude analogue à la Côte +d’Ivoire, colonie particulièrement riche en Kolatiers cultivés et +spontanés. + +Dès 1905, nous visitions un certain nombre de colonies étrangères +produisant des Kolas. + +Un séjour de près d’un mois à la Gold-Coast nous a permis d’examiner les +intéressants essais de culture entrepris aux jardins d’Aburi et de +Tarkwa. + +Continuant notre exploration vers le sud, nous avons été amené à +examiner enfin les Kolatiers qui vivent à Lagos, dans la Nigeria du Sud +(Old-Calabar), enfin à l’île de San-Thomé. En 1909 nous avons en outre +examiné ces arbres dans la partie de Sierra-Leone avoisinant les sources +du Niger. + +Les spécimens botaniques du genre _Cola_, recueillis au cours de nos +diverses expéditions, remplissent actuellement plus de six gros cartons +d’herbier. Nous avons en outre pris sur place de nombreuses notes et +nous avons décrit sur le vif les espèces observées. + +Mais c’est surtout dans les colonies françaises de l’Ouest africain que +nous avons pu faire au cours de notre voyage 1908-1910, d’importantes +constatations relatives à la distribution des Kolatiers et à leur +culture : la région des sources du Niger, le Kissi, le Kouranko, le Pays +des Tômas et des Guerzés, les hauts bassins de la Nuon, du Cavally et du +Sassandra, habités par les Dans ou Dyolas et par les Touras, enfin le +pays des Ngans sont par excellence les pays producteurs de noix de +Kolas, aussi leur prospection botanique a été des plus intéressantes. + +Dans le Bas-Dahomey nous avons visité les plantations indigènes de _Cola +acuminata_ et observé en outre le rare _Cola verticillata_, méconnue +jusqu’aux dernières années. + +Enfin, notre voyage s’est terminé par la traversée du Haut-Dahomey et du +Mossi où les noix de Kola donnent lieu à un très grand trafic. + +Pour élaborer une monographie complète des Kolatiers et des noix de +Kola, il nous a semblé qu’il ne suffisait pas de coordonner les +résultats de nos études en Afrique. + +Il était tout d’abord indispensable de dépouiller une copieuse +bibliographie concernant cette question. L’ouvrage du Professeur E. +HECKEL, qui constituait une mise au point complète en 1893, a été suivi +de la publication de nombreuses notes concernant les Kolas. Dans les +périodiques français ont paru les renseignements de CAZALBOU, SAUSSINE, +TEISSONNIER, SAVARIAU, J. et H. VUILLET, H. FILLOT, etc. + +En Allemagne, des observations sur les Kolatiers ou sur les Kolas ont +été publiées par K. SCHUMANN, O. WARBURG, BERNEGAU, W. BUSSE. En +Angleterre, le Dr O. STAPF, conservateur de l’Herbier du Jardin royal de +Kew a apporté aussi d’intéressantes contributions à l’étude des _Cola_. + +Enfin d’importantes recherches sur la Chimie, la Pharmacologie et la +Physiologie des Kolas ont été faites dans ces dernières années surtout +en France, notamment par M. GORIS, sous la direction du Professeur +PERROT. + +Personne n’était plus qualifié que ce dernier pour présenter les travaux +relatifs à cette branche. Aussi avons-nous accueilli avec joie la +collaboration de notre ami, pour cet ouvrage. Les chapitres VI +(Anatomie), XI (Chimie), XII (Action physiologique), XIII (Usages et +formes pharmaceutiques) ont été entièrement rédigés par lui. Sa +collaboration nous a été aussi précieuse pour nous aider à rechercher +dans les nombreux travaux antérieurs, tous les renseignements qui +paraissaient avoir quelque intérêt. Nous avons donné ainsi à la partie +historique une grande ampleur. + +Nous espérons que cet ouvrage apportera des données précises aux +médecins, aux naturalistes, aux colons et aux fonctionnaires coloniaux +qui cherchent de plus en plus à tirer parti des ressources de nos +colonies. + +Puisse-t-il contribuer à rendre celles-ci plus prospères, et servir à +faire mieux connaître un produit dont l’Europe ne tire pas suffisamment +parti. + +Nous souhaitons aussi qu’il incite les personnes s’occupant +d’agriculture coloniale à élucider certains problèmes relatifs à la +culture et qu’il puisse enfin servir de guide aux administrateurs et les +amener à faire étendre les plantations des indigènes là où elles sont +susceptibles de réussir. + +Il nous est agréable d’exprimer nos remerciements à tous ceux qui ont +soutenu ou aidé les missions au cours desquelles ont été accomplis les +travaux exposés ici. Notre gratitude va en outre à M. CLOZEL, ancien +Gouverneur de la Côte d’Ivoire et à son successeur M. ANGOULVANT. Tous +les deux, avec une sollicitude éclairée ont facilité par tous les moyens +nos études dans la belle colonie qu’ils administraient, colonie si riche +en ressources agricoles et forestières de toutes sortes. + +Nous remercions aussi tous les fonctionnaires et officiers de l’Afrique +Occidentale qui, par l’autorité dont ils disposent auprès des +populations indigènes, nous ont permis d’étendre beaucoup notre +documentation sur place. + + Aug. CHEVALIER. + + * * * * * + + + + + =INTRODUCTION.= + + * * * * * + + +Avant d’exposer méthodiquement, dans les chapitres qui vont suivre, les +faits acquis concernant l’histoire naturelle et l’histoire économique et +médicale des Kolas, il nous paraît indispensable d’indiquer sommairement +les principales questions qui ont sollicité notre examen et les +problèmes à l’éclaircissement desquels nous avons apporté toute notre +attention. + + + PREMIÈRE PARTIE. + + =Historique général.= + + +Nombreux sont les auteurs qui ont parlé du Kola et des Kolatiers avant +le XXe siècle, mais beaucoup n’ont fait que citer, sans en contrôler les +sources, les récits plus ou moins fantaisistes rapportés par les +voyageurs. Il nous a paru indispensable de compulser tous les vieux +textes et de reproduire, chaque fois que cela nous a semblé avoir de +l’intérêt, les observations les plus anciennes concernant ce sujet. + +Nous avons dû aussi lire toutes les notes des auteurs récents afin de +retenir les renseignements encore nouveaux, chaque fois qu’il nous ont +paru exacts. + + + DEUXIÈME PARTIE. + + =Etude botanique, géographique et biologique.= + + +Cette partie est incontestablement celle qui nous a fourni le plus +d’études et d’observations inédites, exposées pour la première fois dans +cet ouvrage. Les principaux problèmes abordés sont les suivants : +délimitation de la section _Eucola_ renfermant les vrais Kolatiers ; +étude morphologique, anatomique et systématique de ces espèces. Des +renseignements sur la biologie des Kolatiers — étude de la plus haute +importance pour la culture et qu’aucun auteur n’avait encore abordée — +complètent cette monographie botanique. + +Mais c’est surtout à la différenciation des diverses espèces de +Kolatiers que nous avons apporté la plus grande attention. On savait, +depuis la publication de l’ouvrage du célèbre explorateur BARTH, qu’il +existe en Afrique tropicale diverses sortes de Kola auxquelles les +indigènes attribuent des propriétés très différentes, mais les +botanistes qui ont abordé l’étude de ces espèces n’ont fourni jusqu’à ce +jour que des renseignements incomplets ou erronés. A la monographie de +E. HECKEL, qui rapportait à une espèce tous les bons Kolas à deux +cotylédons (espèce inexactement dénommée _Cola acuminata_) et à une +seule autre espèce tous les bons Kolas à plus de deux cotylédons, ont +succédé d’autres études où étaient décrites de nouvelles espèces mal +définies, établies à l’aide de matériaux incomplets et qu’il est +impossible de reconnaître d’après les descriptions. Des questions de +synonymie sont venues s’ajouter à ces difficultés et les botanistes ne +sont plus d’accord, par exemple, sur l’espèce qu’il convient de dénommer +_Cola acuminata_. A l’Herbier de Kew, on appelle _Cola acuminata_ +l’espèce produisant le vrai Kola à deux cotylédons (_Cola vera_ K. +Schum.). A l’Herbier de Berlin, on donne le nom de _Cola acuminata_ à un +groupe de deux espèces, dont l’une est le _Cola Ballayi_ et l’autre le +_Cola acuminata_ véritable, c’est à dire le _Sterculia acuminata_ Pal. +Beauv. Problème encore plus complexe : le _Cola acuminata_ var. +_Ballayi_ K. Schum., n’est pas le _Cola Ballayi_ M. Cornu. + +Ce dernier doit être identifié au _Cola acuminata_ var. _kamerunensis_ +K. Schum. + +L’imbroglio est devenu si grand que récemment O. WARBURG a considéré +comme espèce nouvelle, qu’il nomme _Cola astrophora_, une plante qui +nous semble s’identifier au type même de PALISOT DE BEAUVOIS. + +Pour faire la lumière sur ce sujet il était indispensable : + +1o D’examiner les types mêmes des auteurs qui ont créé des espèces de +_Sterculia_ ou de _Cola_ rentrant aujourd’hui dans notre section +_Eucola_. + +2o Etudier de nombreux matériaux en bon état et si possible à l’état +frais, avec des fleurs et des fruits à plusieurs âges de leur +développement, afin de définir clairement les diverses espèces ainsi que +leurs variations. + +C’est ce que nous avons fait et nous pensons avoir mis un peu de clarté +dans une question jusqu’alors très confuse. + +Enfin, en parcourant plus de 15.000 kilomètres dans les régions où +vivent les Kolatiers, nous avons pu indiquer d’une manière précise +l’aire où vivent les diverses espèces d’_Eucola_ soit à l’état spontané, +soit à l’état cultivé. + + + TROISIÈME PARTIE. + + =Etude chimique et pharmacologique.= + + +Les travaux publiés sur la composition chimique des Kolas, sont +excessivement nombreux, mais de valeur très inégale. Il était donc +indispensable de les soumettre à une analyse critique très serrée et +d’entreprendre de nouvelles recherches. C’est ce que fit A. GORIS en +1907, à l’instigation de l’un de nous. Cet auteur est parvenu à isoler +des Kolas deux composés cristallisés nouveaux susceptibles de se +combiner avec la caféine en donnant des composés solubles. Les travaux +de GORIS sont dispersés dans plusieurs périodiques scientifiques. + +Il nous a donc paru utile de faire ici un exposé méthodique des +découvertes les plus récentes relatives à cette question et nous avons +indiqué toutes les sources bibliographiques concernant les nombreuses +études antérieures. + +Les travaux concernant l’action physiologique des Kolas sont eux aussi +extrêmement nombreux et nous avons dû nous borner à exposer les plus +récents, les travaux plus anciens ayant été longuement analysés par +HECKEL et SCHLAGDENHAUFFEN. + +Il fallait enfin examiner les formes sous lesquelles le Kola est employé +aujourd’hui et les usages auquel il convient. + + + QUATRIÈME PARTIE. + + =Etude économique.= + + +Tout ce qui concernera culture, la multiplication, la production et les +maladies des Kolatiers, intéresse au plus haut point l’agronomie +tropicale. A ces questions nous avons consacré des chapitres aussi +documentés que possible. + +Le commerce et la géographie commerciale sur lesquels nous avons aussi +recueilli de nombreux renseignements inédits ont été exposés avec un +développement en rapport avec leur importance dans nos colonies de +l’Afrique occidentale. + +Quant aux résultats scientifiques et pratiques découlant de notre +travail, nous avons cru utile de les résumer dans des _Conclusions +générales_. + +Nous n’ignorons pas que notre étude présente encore des lacunes bien que +nous y ayons travaillé presque sans relâche pendant cinq années. + +Nous ne voulons pas en retarder davantage la publication, persuadés +qu’elle suscitera de nouvelles recherches et que si incomplète qu’elle +soit, elle fournira des indications utiles à divers spécialistes et +notamment aux fonctionnaires de l’agriculture coloniale et aux +industriels et commerçants qui voudront contribuer à vulgariser en +Europe un des produits les plus précieux du règne végétal. + + Aug. CHEVALIER, Emile PERROT. + +Paris, le 24 avril 1911. + + * * * * * + +[Illustration : Aug. CHEVALIER et Ém. PERROT. + +=Les Kolatiers.= + +FIG. 1. — =Kolatier sur une place de la ville de Conakry= (Guinée +française).] + + + + + PREMIÈRE PARTIE. + + * * * * * + + =Historique général= + + * * * * * + + CHAPITRE PREMIER. + + * * * * * + + =Notes historiques et géographiques sur le Kola avant le XIXe siècle.= + + * * * * * + + +Malgré les rapports indiscutables qui existèrent à l’époque romaine +entre les peuples de la Méditerranée et les peuplades vivant au-delà du +Sahara (Æthiopiens et Leucæthiopiens), il semble bien certain que la +noix de Kola fut complètement ignorée du monde civilisé ancien. A notre +connaissance, aucun auteur de l’époque latine n’a fait mention d’un +produit végétal qui puisse lui être assimilé. Les anciens auteurs +arabes, eux aussi, sont tous restés muets sur cette question. + +Cependant il est non moins évident qu’à une époque très reculée, le +Kolatier était domestiqué dans certaines régions de l’Afrique tropicale +et ses amandes faisaient déjà l’objet d’un commerce florissant au Soudan +lorsque l’Islam y pénétra. + +Les premiers renseignements sur ce produit précieux parvinrent en Europe +au XVIe siècle, peu de temps après le début des grands voyages sur la +côte d’Afrique, voyages inaugurés par les Normands, les Portugais et les +Gênois, plus d’un siècle avant la découverte de l’Amérique. + +Du XVIe au XVIIIe siècle, de nombreux voyageurs, ainsi que des +géographes et des naturalistes, ont cité les Kolas au nombre des +productions curieuses rencontrées en Afrique ; mais, à vrai dire, les +renseignements de ces auteurs sont bien vagues : la légende et les +anecdotes racontées aux navigateurs par les indigènes trouvent la plus +grande place dans leurs « Relations ». + +LAMARCK, écrivant l’histoire du règne végétal dans l’_Encyclopédie_[1], +pouvait donc dire, avec juste raison, que l’arbre produisant le Kola +était encore totalement inconnu à son époque (1789). + +Pour montrer combien étaient incertains les renseignements publiés +jusque-là sur ce produit, nous n’avons pas cru superflu de compulser +tous les textes anciens dans lesquels il en est fait mention. + +Nous donnerons ci-après le répertoire bibliographique précis de ces +textes ainsi que la traduction littérale ou la citation de ceux qui nous +ont paru les plus intéressants, afin d’épargner à d’autres une perte de +temps assez sérieuse[2]. + +Le plus ancien ouvrage édité en Europe, dans lequel il est question de +la plante qui nous intéresse, est le livre de LÉON L’AFRICAIN qui +visita, au commencement du XVIe siècle, une grande partie de l’Afrique +du Nord, du Sahara et du Soudan occidental, entre le Niger et le Tchad. +Fixé plus tard en Europe, il publia, en 1556, une relation de ses +voyages dans laquelle il fit connaître quelques-uns des produits de +l’Afrique. Ce qu’il dit du Kola est si imprécis qu’il serait impossible +de reconnaître la précieuse noix sans l’appellation de _Goro_[3] qu’il +lui donne et qui est encore le nom sous lequel la désignent les +indigènes du Soudan. D’ailleurs, il est certain que LÉON L’AFRICAIN +n’avait pas atteint le pays des Kolatiers et qu’il en avait seulement vu +les amandes apportées par les caravaniers dans la région qu’il a +parcourue. + +TEMPORAL donne la traduction suivante du paragraphe relatif à ce +produit : + +« Toutes les régions qui sont autour d’icelui (fleuve Niger) ont fort +bonnes terres, qui produisent des graines en grande abondance et du +bétail une infinité ; mais il n’y croît aucune espèce de fruits, hors +quelques-uns que portent certains arbres d’une merveilleuse grandeur, et +leur fruit ressemble aux chataignes tenant quelque peu de l’amer. Ces +arbres croissent assez loin de la mer, en terre ferme et le fruit est +nommé _Goro_. » + +Dans la littérature arabe la plus ancienne, on aurait trouvé également +une citation concernant la noix de Kola. C’est ainsi qu’un médecin EL +GHAFFKI vantait déjà ses propriétés reconstituantes, disent certains +ouvrages. Nous avons pu nous assurer qu’il y a là une erreur commise par +le traducteur du célèbre auteur arabe IBN-EL-BEITHAR[4] qui donne en +effet, d’après ce médecin dont les écrits ne sont point parvenus jusqu’à +nous, la description incomplète et invraisemblable d’une plante qui fut +rapportée par le traducteur à un _Sterculia_. Nous n’hésitons pas à nous +inscrire en faux contre cette assertion. Il s’agit sans doute d’une +espèce de Zingibéracée. + +Quarante-neuf ans plus tard, DALECHAMPS[5], dans son _Histoire des +plantes_, reprit les notes de LÉON L’AFRICAIN. + +C’est au portugais Eduardo LOPEZ[6], qu’est due la première description +exacte du fruit et de l’amande du Kolatier. La relation originale de ce +navigateur n’est malheureusement point parvenue jusqu’à nous, mais, il +en fut fait par PIGAFETTA deux traductions, l’une en italien, l’autre en +latin, qui ont été conservées. Voici la transcription du texte italien : + +« .... Il y a d’autres arbres qui produisent des fruits nommés _Cola_. +Ces fruits sont grands comme des pommes de pin et ont à l’intérieur +d’autres fruits semblables à des châtaignes dans lesquels il y a quatre +pulpes séparées de couleur rouge et incarnat. On les met dans la bouche, +on les mâche et on les mange pour éteindre la soif et rendre l’eau +sapide. Ils soutiennent l’estomac et lui sont agréables. Ils sont bons +surtout pour le mal de foie. L’on disait qu’en aspergeant de cette +matière le foie déjà putréfié de poule ou d’un autre oiseau semblable, +le foie recouvre sa fraîcheur et presque son état primitif. Cet aliment +est d’un usage commun à tous, en grande quantité et c’est à cause de +cela une bonne denrée. » + +A part la fable de la fin qui est dans le goût de l’époque, cette courte +note renferme des renseignements intéressants dont l’exactitude fut +reconnue par la suite. Les fruits semblables à des pommes de pin dont +parle l’auteur sont des follicules et les autres fruits contenus à +l’intérieur des premiers, semblables à des châtaignes et dans lesquels +« il y a quatre pulpes séparées de couleur rouge » ne sont autres que +les amandes. + +Il est curieux de constater que PIGAFETTA faisait ainsi connaître la +noix de _Kola à quatre cotylédons_ qui ne devait être signalée à nouveau +que trois siècles plus tard. C’est en effet cette espèce qui existe dans +la région du Congo où Eduardo LOPEZ avait navigué. + +Quelques années seulement après cette publication, Charles DE L’ECLUSE +(CLUSIUS) donnait de nouveaux renseignements sur le Kola. + +Il avait en effet reçu d’un médecin hollandais, nommé ROELSIUS, deux +morceaux d’une noix ainsi que la curieuse lettre traduite ci-après, +qu’il publia dans ses _Mémoires_ sur les végétaux exotiques[7]. + +« Le _Coles_, dit-il, est le fruit d’un arbre, lequel a des feuilles de +poirier, mais plus longues. Toutefois l’arbre qui porte les Coles doit +appartenir aux arbres ou arbustes à silique, car ce fruit ressemble à +nos fèves ou haricots, sauf que les siliques sont plus longues et plus +grandes et de couleur blanche. Il y a dedans quatre ou cinq fruits +semblables aux deux que je vous donne, chacun d’eux est recouvert d’une +écorce blanche ; celle-ci étant enlevée, la partie intérieure du fruit +est rouge incarnat, possédant la couleur du cinabre et du minium, que le +chirurgien qui m’a donné ces noix appelait « vermillon » dans notre +langue. Le fruit, facilement décortiqué, se sépare en deux moitiés, +comme nos fèves. + +« Les deux que je vous envoie étaient unis. Le fruit de Cola desséché +est solide et très dur, de sorte que l’on s’étonne d’entendre dire qu’il +convient à l’estomac et qu’étant mâché, il donne de la saveur à +n’importe quelle boisson que l’on prend ensuite. Les habitants de la +région du Cap-Vert les prennent toujours à jeun et, à ce qu’ils disent, +supportent le jeûne un jour entier, dès qu’ils en ont mangé trois ou +quatre. + +« Voilà ce que je sais de ce fruit, non par expérience, mais pour +l’avoir entendu dire et que, dans mon musée de Middelburg, vous m’avez +demandé de vous écrire. » + +Et CLUSIUS ajoute : + +« C’est là tout ce que dit ROELSIUS. J’ai observé que les fruits envoyés +par ROELSIUS étaient troués par le milieu et avaient dû être traversés +d’un fil pour être suspendus et (ainsi que je le suppose) plus +facilement desséchés et facilement conservés. » + +Le fruit couleur rouge incarnat qui se sépare en deux moitiés, suivant +l’expression de ROELSIUS, est bien certainement le _Kola à deux +cotylédons_. C’est du reste, encore aujourd’hui, la seule espèce qui +soit importée et consommée par les indigènes de la région du Cap-Vert. + +En 1605, les deux groupes d’espèces fournissant de bonnes noix de Kola — +_Cola acuminata_ et _Cola nitida_ — avaient donc déjà été observées, +mais personne ne songea à les différencier tant les renseignements +recueillis à leur sujet étaient imprécis. + +Les observations qui suivent concernent le groupe du _Cola acuminata_ +lorsqu’elles ont été faites le long de la côte au sud et à l’est du +Golfe de Guinée, et le _Cola nitida_ quand elles se rapportent à la +Sénégambie, au Soudan et aux pays côtiers situés à l’ouest de la Côte +d’Or. + +On lit également dans le _Pinax_[8], de G. BAUHIN, publié en 1620, une +courte note se rapportant à ces graines décrites sous la mention +suivante : _X. — Arbor fructu nucis pinæ specie_. + +J. BAUHIN, un peu plus tard, en 1651, résume dans son _Histoire +Universelle des Plantes_ ce que l’on sait du Kola, et il en est fait +mention dans plusieurs chapitres. Nous pensons qu’il est inutile de les +reproduire[9]. + +Dans les relations des missionnaires apostoliques du Congo, le P. CARLI, +en 1668, signale qu’on lui apporta à Bamba « quantité de racines rondes +semblables à des truffes, mais qui croissent sur des arbres et qui sont +de la grosseur des limons. Elles renferment quatre ou cinq noix dont +l’intérieur est rouge. L’usage des nègres est de les couvrir de terre +pour les conserver fraîches. S’ils veulent les manger, ils les lavent +soigneusement et ne manquent point de boire un peu d’eau après les avoir +avalées. Le goût en est amer, mais cette amertume fait trouver l’eau +délicieuse. On les appelle _Kola_ et les Portugais de Loanda les aiment +beaucoup. CARLI envoya une caisse de ces noix à ses amis de l’Europe qui +lui marquèrent leur reconnaissance par divers présens[10] ». + +L’_Histoire Générale des Voyages_, d’où provient la citation ci-dessus +publiée par l’abbé PREVOST en 1748, renferme de curieux renseignements +sur les Kolas. L’auteur a rassemblé dans cette encyclopédie à peu près +tout ce que les voyageurs antérieurs ont dit sur ces fruits. Aux +indications de LOPEZ et de ROELSIUS sont jointes celles de MEROLLA, +DAPPER, FUICH, JOBSON, BRÜE, etc... + +D’après LOPEZ, « le Kola est d’un usage fort commun au Congo et son +abondance en rend le prix très vil. » Le même auteur met l’arbre qui le +produit au rang des palmiers. MEROLLA dit que la première écorce, ou +plutôt la cosse du Kola renferme plusieurs fruits et que sa couleur est +d’un rouge cramoisi. Les Portugais font tant de cas de cette espèce de +noix, continue-t-il, que s’ils rencontrent une dame dans les rues leur +première civilité consiste à lui offrir du Kola. DAPPER a compté jusqu’à +10 ou 12 noix dans une même cosse. Il ajoute que « ce fruit ne vient +qu’une fois l’année et que si l’on en mange le soir, il trouble le +sommeil[11]. » + +Cette collection de Relations de voyages rapporte aussi l’usage du Kola, +d’après MOORE, en 1735. Ce voyageur[12] signale que, chez certains +nègres, les noix de Kola entrent dans la série des cadeaux dus au père +de la fiancée par le fiancé. FUICH, dans son exploration du Sierra +Leone, en 1607, avait déjà signalé des faits analogues que nous +rapportons : + +« Plus loin dans l’intérieur des terres, il croît un fruit nommé Cola ou +Kola, dans une coque assez épaisse. Il est dur, rougeâtre, amer, à peu +près de la grosseur d’une noix, et divisé par divers angles. Les nègres +font des provisions de ce fruit et le mâchent, mêlé avec l’écorce d’un +certain arbre. Leur manière de s’en servir n’a rien d’agréable pour les +Européens. Celui qui commence à le mâcher le donne ensuite à son voisin, +qui le mâche à son tour et qui le donne au nègre suivant. Ainsi chacun +le mâche successivement, sans rien avaler de la substance. Ils le +croient excellent pour la conservation des dents et des gencives. Les +chevaux n’ont pas les dents plus fortes que la plupart des nègres. Ce +fruit leur sert aussi de monnoye courante, et le pays n’en a pas +d’autre. + +« L’auteur du _Golden Trade_ observe que le Kola est fort estimé des +nègres qui habitent les bords de la Gambie, et que les Anglais ne lui +donnent pas d’autre nom que celui de noix. Elles ressemblent, dit-il, +aux châtaignes de la plus grosse espèce, mais leur coque est moins dure. +Le goût en est amer. On en fait tant de cas parmi les nègres, que dix +noix de Kola font un présent digne des plus grands rois. Après en avoir +mâché, l’eau la plus commune prend le goût de vin blanc et paraît mêlée +de sucre. Le tabac même en tire une douceur singulière. On n’attribue +d’ailleurs aucune autre qualité au Kola. Les personnes âgées, qui ne +sont plus capables de le mâcher, le font broyer pour leur usage. Mais ce +n’est pas le peuple qui peut se procurer un ragoût si délicieux, car 50 +noix suffisent pour acheter une femme. On en fit présent de six à +JOBSON, mais il n’eut jamais l’occasion d’en voir croître sur l’arbre. +Les Portugais prétendent que le Kola vient du pays de l’Or, et que les +nègres de la Gambie le reçoivent dans une grande baye au delà de Cachac, +où ils trouvent d’autres nègres qui leur apportent de l’or et quantité +de Kola. Cependant JOBSON remarque qu’on le trouve plus cher à mesure +qu’on descend la rivière et que, plus haut, les nègres l’ont avec plus +d’abondance, sans qu’il ait pu découvrir d’où ils le reçoivent. Ils +paraissaient surpris que les Anglais ne l’estimassent pas autant qu’eux. +JOBSON se proposait d’en apporter quelques noix en Angleterre, mais il +s’aperçut qu’il s’y forme des vers, et qu’elles ne peuvent se conserver. + +« BARBOT décrit l’arbre qui produit cette fameuse noix. Il lui donne le +nom de _Frogolo_. Il assure que la région de Sierra Leone en est +remplie ; qu’il est d’une hauteur médiocre ; que la circonférence du +tronc est de 5 ou 6 pieds ; que le fruit ressemble aux châtaignes, et +qu’il croît en pelotons de dix ou douze noix, dont quatre ou cinq sont +sous la même coque, divisées par une peau fort mince ; que le dehors de +chaque noix est rouge avec quelque mélange de bleu ; que si elle est +coupée, le dedans paraît d’un violet foncé. Les nègres et les Portugais +en demandent sans cesse, comme les Indiens ne demandent que leur arrak +et leur bétel. Il ne vient qu’une fois chaque année, continue BARBOT ; +il est d’un goût qui tire sur l’amer ; il fait trouver l’eau fort +agréable ; et il est fort diurétique. Les nègres en font un commerce +considérable dans les terres. Ils en fournissent une race d’hommes +blancs[13] qui viennent le prendre de fort loin ; et le même auteur +apprit des Anglais de l’Isle de Bense, qu’il en passe tous les ans par +terre une fort grosse quantité à Tunis et à Tripoli. » + +Le P. LABAT, historiographe du chevalier DE BRÜE, le directeur de la +Compagnie des Indes au Sénégal, dans la relation de voyage de ce +dernier, fournit à plus d’un siècle d’intervalle, un certain nombre de +renseignements qui confirment les dires de FUICH et d’autres qui les +infirment[14]. + +DE BRÜE remarqua, pour la première fois, des Kolas entre les mains des +indigènes, en 1701, en se rendant de la rivière Gambie au rio Cacheo. Il +s’arrêta au village de Bintan sur la rivière de Saint-Grigou, — +aujourd’hui Songrougou en Casamance. + +« Là il fut reçu par la femme d’un capitaine anglais nommé Agis, une +mulâtresse veuve d’un Portugais et après « quelques instants de +conversation, une de ses esclaves, jeune et belle, mais vêtue fort +immodestement, présenta à M. DE BRÜE et à sa compagnie un bassin rempli +de _colles_ ». + +« Ce sont des fruits qui approchent beaucoup pour la figure, l’odeur, la +grosseur, la couleur et le goût des marrons d’Inde. Ce ne sont pourtant +pas des marrons d’Inde, du moins de l’espèce de ceux que l’on voit si +commun à Paris. Je suis fâché que mes mémoires ne me descrivent pas +assez clairement l’arbre qui les porte, pour en faire part au public. Ce +que j’en sçai, c’est que ces fruits viennent de plus de trois cents +lieues à l’est de Bintan. On en trouve encore à Serre-Lionne, mais en +plus petite quantité, et par cet endroit on les estime plus que ceux qui +viennent de plus loin et qui sont plus rares. Ce fruit est environné de +deux écorces : la première est grise, assez forte, dure et cassante ; la +seconde qui est la plus proche de la chair, n’est qu’une pellicule +blanchâtre, mince et peu adhérente quand le fruit est un peu sec. + +« Ce fruit est amer, et n’a, ce me semble, d’autre vertu que d’imprégner +la bouche d’une amertume que les Portugais et les Nègres du païs disent +être excellente pour faire trouver l’eau que l’on boit ensuite des plus +délicieuses. Il est vrai qu’il faut que l’eau soit bien mauvaise pour ne +pas paraître bonne après un tel manger. Les gens sages disent que +l’usage fréquent de ce fruit gâte l’estomac ; je n’en sçai rien de bien +assuré : ce que je sçai et qui est connu de tout le monde, c’est qu’il +rend la salive et les dents toutes jaunes ; on peut tirer de là telle +conjecture qu’on voudra ». + +Il est curieux de constater le peu d’intérêt que DE BRÜE et le P. LABAT +attachaient à cette époque à la noix de Kola. Ce produit, bien qu’il fût +consommé dès le XVIe siècle au Cap-Vert, devait être encore relativement +peu apprécié par les indigènes du Sénégal proprement dit, puisque DE +BRÜE, qui vivait depuis longtemps en Afrique occidentale, ne semble pas +l’avoir observé avant son voyage dans les pays colonisés par les +Portugais. + +Nous pensons que les colons portugais contribuèrent beaucoup à +développer la consommation de cette denrée, de même qu’ils avaient déjà +contribué à introduire et à développer tant de cultures intéressantes le +long de la côte occidentale d’Afrique. + +Lorsque le célèbre botaniste ADANSON parcourut le Sénégal de 1750 à +1755, les noix de Kola étaient encore probablement inconnues au Sénégal, +car il n’y fait aucune allusion dans ses récits de voyage. + +Pour compléter cette première partie, il convient de citer encore J. +MATHEWS qui explora Sierra-Leone à la fin du XVIIIe siècle[15] : + +« Le fruit par excellence suivant les indigènes, c’est le _Kola_. +L’arbre comme le fruit ressemble beaucoup au noyer. Le fruit se présente +en grappes serrées de 6 ou 8. Il est recouvert au dehors d’une écorce +épaisse et coriace, en dedans d’une écorce plus mince et blanche. Dégagé +de ses enveloppes, il se divise en deux lobes. Sa couleur est pourpre ou +blanche : la première espèce obtient la préférence. Son goût tient de +celui du quinquina et on lui assigne les mêmes vertus. Ceux qui peuvent +s’en procurer en mâchent toute l’année. On l’offre à ses hôtes à leur +arrivée et à leur départ. C’est le présent qu’on fait aux chefs. On +l’envoie aussi dans les grandes occasions, soit pour sceller la paix, +soit pour déclarer la guerre. Aussi en fait-on un très grand commerce +avec l’intérieur de l’Afrique et avec les Portugais de Basson[16]. Le +rivage du Bulland opposé à la Sierra-Leone et les bords de la rivière +Scarcie sont les lieux qui le produisent meilleur et en plus grande +abondance ». + +THONNING, conseiller d’Etat au Danemark, qui séjourna à Christianburg, +aujourd’hui Accra (Gold Coast), vers la fin du XVIIIe siècle, recueillit +quelques notes et des échantillons d’un kolatier qui fut décrit en 1827, +par SCHUMACHER, sous le nom de _Sterculia verticillata_. Ces +observations ne portent donc point sur la période qui nous occupe et +nous en reparlerons dans l’un des chapitres suivants. + + * * * * * + + +[Note 1 : DE LAMARCK. — Encycl. méthodique. Bot., III, 1789, p. 370.] + +[Note 2 : Nous avons été grandement aidés dans ce travail par M. +DORVEAUX, l’érudit bibliothécaire de l’Ecole supérieure de Pharmacie de +Paris.] + +[Note 3 : JOANNIS-LEONIS AFRICANI. — De totius Africæ descriptione. Lib. +IX, Anvers, 1556, p. 29. Voir aussi : _Edition française_ du même auteur +annotée par SCHEFFER, Paris, 1896, I, p. 110 et enfin l’ouvrage +suivant : De l’Afrique, contenant la description de ce pays par LÉON +L’AFRICAIN, édition TEMPORAL, 1830, I, 87-88.] + +[Note 4 : IBN-EL-BEITHAR. — Traité des Simples. Notices et Extraits des +manuscrits de la Bibliothèque nationale, Paris, 1877, XXIII, p. 383 +(Trad. française de L. LECLERC).] + +[Note 5 : DALECHAMPS. — Hist. gen. plantarum, Lyon, 1586, liv. XVIII, +chap. LXXII, p. 1838 (Art. _Gor_). + +Voici le texte de DALECHAMPS : « Ad fluvium, qui Niger dicitur, nullæ +arbores fructiferæ præter pauces admodum. Interquas una, cujus fructus +castanea similis, sed amarus. _Gor_ vocant incolæ. Joannes Leo (lib. I, +Descriptionis Africæ) tradit has arbores mirandæ esse procoritates, +satis procul a mari, in continente. »] + +[Note 6 : Fileppo PIGAFETTA. — Relatione del Reame di Congo et delle +Circonvicine Contrade. Tratta dalli scritti oragionamenti di Odoardo +LOPEZ, portoghese. Roma, 1593, 41.] + +[Note 7 : C. CLUSIUS. — Exoticorum, Leyde, lib. III, 1605, p. 65. Avant +le passage que nous traduisons, CLUSIUS dit qu’un nommé Jacob GORETO lui +avait déjà envoyé une sorte de grosse fève, dont il donne le dessin, qui +permet facilement de reconnaître une noix de l’espèce de Kola à deux +cotylédons (fig. V, p. 64) et qui est le _Coles_ de cet auteur.] + +[Note 8 : G. BAUHIN. — Pinax, Liv. XII, section VI, p. 507. Dans ce +groupe, il range d’abord un premier arbre : _Melenken Theveti in +necumarc maris Indici insula_ Ludg. Cette phrase ne se rapporte pas au +Cola. + +G. BAUHIN continue : Huc referri possunt. Palmæ aliæ, quarum fructus +Cola dicitur nuci pinæ majoris similis..... etc. (D’après PIGAFETTA).] + +[Note 9 : J. BAUHIN. — Historia plantarum universalis, voir t. I, 1651 ; +p. 210, chap. XXVI : _Cola fructus ad sitim_... et chap. VII, p. 425, +_Coles, Cacao firmam quodam_.] + +[Note 10 : Abbé PREVOST, A. DELEYRE, etc. — Histoire Générale des +Voyages, III, 1746, 224.] + +[Note 11 : Abbé PREVOST. — Loc. cit., V, p. 72.] + +[Note 12 : id. p. 168.] + +[Note 13 : Il est probablement fait allusion aux Maures qui voyagent +parfois avec les dioulas (caravaniers) soudanais.] + +[Note 14 : R. P. LABAT. — Nouvelle relation de l’Afrique Occidentale ; +1728, vol. 4 et 8. + +Voir aussi LÉMERY. — Dict. univ. des Drogues simples, Paris, 1733, 3e +éd., 259.] + +[Note 15 : J. MATHEWS (Trad. BELLART). — Voyage à la rivière de Sierra- +Leone, Paris, 1789, p. 57.] + +[Note 16 : Il s’agit vraisemblablement de Bissao (Guinée portugaise).] + + + + + CHAPITRE II. + + * * * * * + + =Le Kola et les Kolatiers au XIXe siècle.= + + * * * * * + + +La connaissance de la noix de Kola à la fin du XVIIIe siècle se +réduisait donc à quelques relations de voyageurs ayant surtout trait aux +qualités hygiéniques et médicinales qu’on attribuait à la noix. + +La plante productrice n’était point connue ; on ne soupçonnait même pas +à quel groupe du règne végétal appartenaient les arbres producteurs de +l’amande si renommée en Afrique. C’est au botaniste PALISOT DE BEAUVOIS +qui séjourna aux royaumes d’Oware et de Bénin en 1786 et 1787, que l’on +doit les premiers renseignements précis sur le Kolatier de ce pays, +espèce qu’il dénomma _Sterculia acuminata_[17]. + +Est-ce à dire qu’il fut le premier à décrire une espèce de _Cola_ +comestible ? Cela est extrêmement difficile à établir et nous nous +sommes livrés à ce sujet à des recherches particulièrement délicates que +nous exposerons dans le chapitre suivant, en traitant de l’Histoire +botanique des Kolatiers. + +Nous montrerons que c’est le botaniste VENTENAT qui a donné à une espèce +de ce groupe de Kolatiers, les premières dénominations scientifiques de +_Sterculia nitida_ et _S. grandiflora_. + +Toutefois VENTENAT n’eût point connaissance des propriétés des graines +des espèces qu’il décrivit et ne soupçonna même point qu’elles pouvaient +être la source des noix de Kola. + +En revanche, PALISOT DE BEAUVOIS n’avait pas ignoré les usages du Kola, +puisqu’il rapporte que « les nègres d’Oware mangent ce fruit avec une +sorte de délices, avant leur repas, non pas à cause de son bont goût +puisqu’il laisse dans la bouche une espèce d’apreté acide, mais à raison +de la propriété singulière qu’il a de faire trouver bon tout ce qu’on +mange après en avoir mâché. » + +« Il n’y a pas de doute, continue-t-il, que le _Sterculia acuminata_, +dont le fruit et les amandes ressemblent à ceux du Kola dans la +description des anciens voyageurs et botanistes qui croît à Oware où il +porte aussi le nom de _Kola_ et dont les propriétés sont à peu près les +mêmes, ne soit le Cola mentionné dans les ouvrages des deux BAUHIN ; +mais _il faut rejeter le merveilleux qu’on lui attribue_ ». + +Il s’attache donc à réfuter les assertions de l’auteur de l’Histoire des +Voyages... « la noix, dit-il, n’est ni rare ni précieuse, j’en ai +échangé plusieurs fois 20 à 30 noix pour une poignée de cauris dont deux +ou trois tonnes pleines n’auraient pas payé la femme la moins +parfaite ». + +PALISOT DE BEAUVOIS exagérait le prix des négresses — à moins qu’elles +n’aient beaucoup perdu de leur valeur depuis la suppression de la traite +côtière des esclaves ! — suppression qui, d’après ses prévisions aussi +erronées que celles de Mme de Sévigné en ce qui concernait l’avenir du +café, devait entraîner la ruine de l’Afrique. + +Nous reproduirons plus loin ce que raconte cet auteur dont les +assertions furent reprises par POIRET en 1806, pour la rédaction de +l’article _Sterculier_ de l’Encyclopédie botanique qu’il continuait +après LAMARCK[18]. Disons cependant de suite que des erreurs +scientifiques assez importantes sont à relever dans la diagnose +botanique de PALISOT DE BEAUVOIS et qu’il ne faut pas prendre à la +lettre sa critique des récits des voyageurs qui avaient parlé du Kola +avant lui. + +C’est qu’en effet, il voyagea dans une région où ne croît pas l’arbre +producteur de la graîne estimée au Soudan, la noix de Kola à deux +cotylédons ; il ne put observer que l’arbre produisant la noix de Kola à +quatre cotylédons que les nègres consomment seulement quand ils n’ont pu +se procurer l’autre espèce qu’ils considèrent comme bien supérieure. + +A l’époque où MUNGO-PARK fit son premier (1793-1797) et son deuxième +voyage (1805), les Kolas étaient encore probablement peu connus sur les +marchés de la Sénégambie et du Niger moyen, puisque le célèbre voyageur +ne cite pas cette denrée parmi les produits vendus au marché de +Sansanding[19], ni même dans la mercuriale des produits d’Afrique. Sa +relation ne fait mention qu’une seule fois des fameuses noix : à +Julikunda (dans le Dentilia), le roi lui offrit quelques noix de Kola. + +Vers la même époque cependant, DURAND[20] le directeur de la Compagnie +du Sénégal (1784-1785), à l’occasion de son voyage au Serre-Lionne, +parle du commerce du « Colles » fruit « que les Portugais trouvent +excellent, malgré son amertume, parce qu’il a la propriété de faire +trouver une grande saveur à l’eau » et il ajoute plus loin : « Le Cola, +fruit fameux dans ce pays, est très estimé par les naturels et par les +Portugais qui l’emploient comme le quinquina. Ces derniers envoient de +petits navires le long de la côte pour en ramasser le plus possible ». + +Le même produit est également signalé par TUCKEY en 1818[21] comme +fréquent sur la côte du Congo, où il porte le nom de Cola (_Sterculia +acuminata_ Pal. de Beauv.). + +G. DON, qui explora, en 1822, la côte occidentale d’Afrique, rapporta +des échantillons botaniques nombreux parmi lesquels se trouvait la +plante qu’il décrivit sous le nom de _Sterculia macrocarpa_ et dont il +sera question plus loin. + +Avec le grand voyageur R. CAILLIÉ[22], les renseignements, jusqu’ici +très clairsemés, se font un peu plus précis. + +Cet explorateur parcourut une grande partie du Soudan, de 1824 à 1828, +et son journal de voyage publié en 1830 renferme de nombreuses citations +concernant le Kola. + +Il parle d’abord de cette graine à propos des mœurs des Nalans et des +Landanas de la Guinée française. Pour le mariage (I, 236), « le jeune +homme envoie un dernier présent de rum, de tabac et de _quelques noix de +Colats_[23] très communs sur les bords du Rio-Nunez et qui doivent +toujours être de couleurs différents ». Il raconte ensuite que « le père +de la prétendue prend deux des Colats, l’un blanc, l’autre rouge ; il +les coupe par le milieu et jette en l’air la moitié de chacun pour en +tirer un augure favorable. Après avoir examiné la manière dont ils sont +tombés, s’il est satisfait sur ce point, il appelle sa fille qui n’est +pas encore instruite des demandes qu’on a faites pour l’obtenir et qui +le plus souvent ne connaît point l’amant qui la recherche. + +« Il lui fait manger un morceau de chaque moitié des Colats dont il a +tiré un présage et la prévient, en présence des assistants, qu’elle va +devenir l’épouse de celui qui a envoyé les présents et, le jour même, +sans consulter son goût on emmène la malheureuse chez l’époux qu’elle +n’aimera peut-être jamais ». + +René CAILLIÉ se servit du Kola, comme monnaie ou comme cadeau, à maintes +reprises au cours de son voyage et le cite comme drogue d’échange +commerciale à Jeinné (Djenné) et aussi chez les piroguiers du Niger. + +« Le 5 août, dit-il (II, 5), les marchands mandingues destinés à faire +le voyage de Djenné, mirent des feuilles fraîches à leurs Colats pour +les tenir dans l’humidité ; ils les visitèrent tous et les comptèrent : +ils ont aussi coutume de les humecter avec un peu d’eau pour les +conserver. + +« Le 6, la caravanne se mit en route quoiqu’il plût à verse. + +« Les voyageurs étaient au nombre de 15 à 20, hommes et femmes emportant +chacun sur sa tête une charge de 3.500 colats, fardeau que je soulevais +à peine. Les habitants m’ont assuré que le produit en sel des 3.500 +colats vendus à Timé était le prix de deux esclaves, mais leur bénéfice +comme j’ai pu en juger plus tard, n’est pas considérable, parce qu’ils +sont obligés de faire de grandes dépenses le long de la route, non +seulement pour subvenir à leur subsistance, mais encore pour payer les +droits de passe. La vente de leurs Colats varie beaucoup, comme je l’ai +vu par la suite : ces fruits ne croissent pas dans ce pays... ». + +Plus loin (II, p. 17), il ajoute : « Les habitants de Timé sont +mandingues, ils font tous des voyages à Jeinné », mais ils ne peuvent +faire « que deux voyages par année parce qu’ils sont obligés d’aller à +Tenti et à Cani, situés à 15 jours au sud de Timé pour acheter leurs +Colats. Ils me dirent que les habitants de ces villages vont eux-mêmes +bien loin au sud dans un pays appelé Toman[24], pour se les procurer. + +« A leur retour, ils enfouissent les Colats, les recouvrent de feuilles +puis de terre, pour les conserver. Ce fruit a la propriété de se +maintenir frais pendant 9 à 10 mois en prenant la précaution de +renouveler les feuilles. L’arbre à Colats est très répandu dans la +partie du sud : il y en a beaucoup dans le Kissi, le Couranco, la +Sangaran et le Kissi-Kissi. + +« Ce commerce est généralement répandu dans l’intérieur ; car les +habitants, presque privés de toute espèce de fruits attachent un très +grand prix à celui-ci et mettent une sorte de luxe à en avoir. Les +vieillards qui n’ont plus de dents, se servent, pour le réduire en +poudre, d’une petite râpe, qui est tout uniment un morceau de fer blanc +auquel ils font des trous très rapprochés. Les Bambaras aiment beaucoup +ce fruit ; mais comme ils n’ont pas la facilité d’aller dans le pays où +on le récolte, ils en achètent pour du coton et autres produits de leur +industrie agricole. + +« L’arbre à Colats vient à la hauteur d’un prunier et en a le port ; les +feuilles sont alternes et larges deux fois comme celles du prunier ; la +fleur en est petite, blanche, à corolle polypétale. + +« Le fruit est couvert d’une première enveloppe, couleur jaune de +rouille ; après l’avoir enlevée, on trouve une pulpe rose, ou d’un blanc +qui devient verdâtre en acquérant sa parfaite maturité : _le même arbre +porte des fruits de deux couleurs_. La noix de Colat a la grosseur du +marron et la même consistance : elle paraît d’abord très amère au goût ; +mais après qu’on l’a mangée, elle laisse une saveur très douce, qui +plaît beaucoup aux nègres ; en buvant un verre d’eau par dessus, il +semble qu’on ait pris soin de le sucrer. La noix se sépare facilement +sans se casser ni changer de couleur, mais si l’on brise l’une des deux +moitiés et qu’on la laisse un instant à l’air, on s’aperçoit que la +pulpe, de rose ou blanche qu’elle était, devient couleur de rouille ». + +Parvenu à Tombouctou, le même auteur dit enfin (II, 303) : « J’étais +surpris du peu d’activité, je dirais même de l’inertie qui régnait dans +la ville. Quelques marchands de noix de Colats criaient leur marchandise +comme à Jenné... ». + +Le botaniste HEUDELOT, directeur des cultures royales au Sénégal, chargé +de mission par le Muséum d’Histoire naturelle, se rendit de 1836 à 1837, +du Sénégal à la Gambie et au Rio-Nunez puis au Rio-Pongo. C’est dans +cette dernière région qu’il put observer les Kolatiers de la bonne +espèce. Il en rapporta des spécimens botaniques accompagnés d’une +étiquette portant d’excellents renseignements publiées par BAILLON[25]. +L’arbre fut inexactement dénommé _Sterculia acuminata_ (no 896), et +voici les renseignements qu’il donne à son sujet : + +« Croît en petite quantité sur les bords du Rio-Pongo, la véritable +époque de la floraison est de septembre à novembre. Je n’ai rencontré +qu’un seul arbre qui eut quelques fleurs pendant le mois de mai. + +« Cet arbre, qui est désigné sous le nom de _Cola_ par les diverses +peuplades qui habitent le littoral de la mer au-delà de la Casamance, et +sous celui de _Ngourou_ par les habitants du Fouta-Djalon et ceux des +bords de la Gambie, jouit d’une grande célébrité dans toute cette partie +de l’Afrique. Son fruit, d’un goût d’abord amer et laissant à la bouche, +après l’avoir mâché, une saveur semblable à peu près à celle du jus de +réglisse, fait trouver l’eau excellente. Il est l’objet d’un commerce +considérable dans tout l’intérieur de cette partie de l’Afrique. Les +Mahométans le regardent comme un fruit divin apporté par le Prophète, +aussi est-il exhorbitamment cher dans les contrées éloignées de celles +où cet arbre croît, tels que dans le Boundou et le Gabon. Il y aurait +une foule de choses intéressantes à dire au sujet de cet arbre dont il +ne peut être fait mention. Il existe deux variétés, l’une à noix rouges, +l’autre à noix blanches ». + +Dans le supplément du remarquable ouvrage de F. V. MÉRAT publié en 1846, +qui complète les renseignements contenus dans son Dictionnaire de +Matière médicale[26], il est simplement fait mention que le Dr BUSSEUIL +lui a remis, « à son retour d’Afrique, des notes manuscrites sur +différents végétaux de ce pays ; ce qui concerne la noix de Gourou, +fruit du _Sterculia acuminata_, diffère par quelques détails de ceux des +autres voyageurs ; ainsi il dit que l’amande, qui se divise en deux +parties, a la saveur du gland et qu’elle est blanche au dedans. Il en a +usé pour rendre la sapidité de l’eau plus agréable, et il a éprouvé +qu’effectivement elle est plus douce après avoir mâché cette amande que +sans cette mastication ». + +Ce fut aux explorateurs de la dernière moitié du XIXe siècle qu’il +appartenait de nous faire connaître les principales régions de +croissance des Kolatiers et l’importance commerciale qu’ont acquis les +fruits de ces arbres dans les régions soudanaises, tandis que de leur +côté, après PALISOT DE BEAUVOIS, les botanistes SCHUMACHER, Rob. BROWN, +BARTER, HECKEL, K. SCHUMANN devaient essayer de nous révéler +successivement la véritable place dans la classification et l’histoire +naturelle des arbres produisant les noix de Kola. + +Les renseignements les plus précieux furent fournis par le botaniste de +l’expédition de la Pleïade, le Dr BARTER, dans une lettre adressée à Sir +W. J. HOOKER, datée de Fernando-Po, le 2 janvier 1859 et qui fut +communiquée à la Société Linnéenne de Londres[27] : + +« J’ai remarqué particulièrement deux espèces de noix de Cola, produites +par deux arbres différents ; les unes avec 4 cotylédons appelés +« _Fatak_ » par les Foulahs, les autres avec 2 cotylédons appelées +« _Gonja_ » par le même peuple. Je n’ai vu aucun arbre producteur de ces +dernières, mais on raconte qu’elles proviennent de la contrée des +Ashantis. La noix que je présente a été prélevée à Rabba, dans le stock +d’une caravane revenant à la côte. + +« L’espèce à 4 cotylédons est l’arbre que j’ai précisément mentionné +comme existant à Fernando-Pô. Je l’ai rencontré communément dans +plusieurs endroits du Bas-Niger ; il est abondant à Onitsha ; il +apparaît aussi à l’Ile du Prince et il est évidemment commun sur toute +la côte[28]. + +« Les fleurs, comme chez les autres Sterculiacées de ce pays, sont de +couleur variable, crême, jaune-verdâtre ou rouge pâle. Chaque fruit +paraît porter un nombre sensiblement égal de graines à l’intérieur, mais +la noix avec 2 cotylédons a plus de valeur. Chaque noix _Gonja_, dans le +pays de Nupe, est évaluée à peu près à 100 cauris tandis le _Fatak_ vaut +seulement 80 cauris en moyenne. + +« Une grande quantité de Colas passe pendant la saison chaude des côtes +vers l’intérieur. Les caravanes qui vont à Rabba sur le Kworra, à peu +près pendant la moitié de l’année, emportent chaque mois les charges de +1.000 ânes transportées dans des paniers, un de chaque côté de l’animal +et pesant chacun environ 50 livres (20 à 25 kg.). D’autres routes +existent pour les caravanes dans cette partie de l’Afrique ; la +principale coupe le Kworra (ou Niger) au dessus de Boussa et pénètre +directement dans le pays des Haoussas. Les noix de Cola ne sont pas +transportées dans leur enveloppe, cette méthode serait trop encombrante, +aussi il est nécessaire de les garder humides et de les protéger contre +les vents secs. Pour cela, les paniers sont entourés à l’intérieur de +feuilles d’une espèce de _Phrynium_ qui conservent l’humidité et +empêchent leur dépérissement. Les bateaux navigant sur cette rivière +peuvent transporter quelques tonnes de Colas dans la partie basse du +Niger et les apporter à Rabba avec profit. + +« La plante appelée « _Bitter-Cola_ ou _Cola amère_ » est très +différente du Cola ordinaire. J’ai acheté des noix séchées depuis +longtemps sur le marché de Borgou dans le pays de Nupe, mais je ne puis +rien certifier au sujet de leur origine. Ces noix ont une très grande +valeur pour la population à cause de leurs propriétés médicinales et +atteignent un prix plus élevé que celle du Cola ; elles sont très amères +mais non astringentes comme ces dernières. Cet arbre que je n’ai pas vu +croîtrait à Onitsha et à Fernando-Pô ; il porte des fruits à peu près de +la grosseur d’une petite pêche, très jolis et de couleur rouge. » + +Cette relation de BARTER est très intéressante, car elle renferme des +renseignements précis non seulement sur le Kola, mais aussi sur son +succédané le Bitter-Cola, sur lequel nous aurons à revenir dans la suite +de ce travail. + +Dans la relation des voyages de BARTH[29], on rencontre bon nombre de +notes concernant le Kola. A Kano, dit-il, (II, 15), « tantôt passait la +nombreuse caravane de quelque marchand retournant au lointain pays de +Gondja, chargée de noix de Gouro, ce produit si généralement estimé, qui +est le _café du Soudan_. » + +Et plus loin (II, 26), il ajoute : « la noix de Gouro, fruit du +_Sterculia acuminata_, constitue un article des plus importants du +marché de Kano. La valeur moyenne de l’importation qui s’en opère peut +s’élever à 100 millions de Kourdi[30]. + +« La moitié passe par transit et l’autre moitié se consomme dans la +province où la noix de Gouro est devenue un objet d’usage général, comme +chez nous le café ou le thé. » + +Dans l’Adamaoua, « Tibati, situé à l’extrême frontière sud-ouest, paraît +être l’endroit le plus favorisé au point de vue de la végétation ; on y +trouve en effet diverses sortes de Gouro (_Sterculia acuminata_). » + +Dans le royaume foulbé de Gando, entre Sokoto et Saï, BARTH rencontre +« une caravane de marchands de Gouro qui se rendaient dans les contrées +du Haoussa, transportant sur quelques centaines d’ânes les noix du +Gondja (la province tributaire la plus septentrionale du royaume +d’Aschanti), ce produit qui remplaçait pour nous le café dans les pays +de l’Afrique centrale. » + +Enfin, parlant encore plus loin (VI, p. 103) du commerce de Tombouctou, +il ajoute : + +« Un troisième article important pour Tombouctou est la noix de Kola ou +Gouro, qui forme l’un des plus grands objets de luxe en Nigritie. Cette +noix, fort semblable à une châtaigne, tient lieu de café chez les +indigènes, qui l’emploient à l’état brut, ce qui en rend la mastication +assez laborieuse ; tous les gens aisés, pour leur premier déjeuner, et, +comme le disent les Haoussaoua « afin de détruire l’amertume du jeûne » +en prennent une en tout ou en partie. Ils servent ce fruit aux étrangers +en signe de bienvenue et l’offrent le plus fréquemment possible à leurs +hôtes... La sorte de noix de Kola, qui arrive au marché de Tombouctou, +vient des contrées occidentales du Manding, qu’arrosent les affluents +supérieurs du Niger ; celle qui se trouve à Kano se tire de la province +septentrionale de l’Assianti voisin. Les arbres qui produisent ce fruit +appartiennent à diverses espèces telles que le _Sterculia acuminata_, +qui porte la noix rouge qui s’expédie vers l’Orient et le _Sterculia +macrocarpa_, dont le fruit blanc et plus gros est celui que l’on trouve +à Tombouctou ; toutefois la fleur et la feuille de ces deux arbres sont +presque entièrement semblables. On trie les fruits pour la vente en +trois ou quatre catégories. J’ai déjà eu plusieurs fois l’occasion de +parler du transport qu’en opèrent du midi vers le Niger moyen les Mossi +idolâtres, à l’aide de leurs excellents ânes. » + +SCHWEINFURTH[31], le savant et célèbre explorateur allemand qui de 1868 +à 1871 parcourut l’Afrique centrale, eût aussi l’occasion de voir +employer le Kola, chez MOUNZA, le roi des Monbouttous du pays des Niams- +Niams, marchand d’esclaves des plus redoutés, qui le reçut avec une +pompe inaccoutumée. « Près du trône, dit-il, avaient été placés deux +petits guéridons chargés de noix de Kola, de bananes sèches, de +bouteilles de cassave et de farine de banane, soigneusement couvertes de +serviettes en écorce de figuier. » SCHWEINFURTH offrit à ce potentat des +cadeaux variés et après les avoir examinés, MOUNZA revint à ses +friandises « prenant quelques tranches de noix de Kola et les mâchant +après avoir fumé... » Malgré tous ses efforts, le distingué voyageur ne +put obtenir aucun renseignement sur la plante productrice de cette +graine, qu’il savait venir de l’ouest ; il apprit seulement « qu’on +trouvait la noix de Cola dans le pays à l’état sauvage, que les +indigènes l’appelaient _Nangoué_ et qu’ils en mangeaient des tranches +pendant qu’ils fumaient[32]. » + +Malgré ces rapports intéressants, le Kola devait rester longtemps encore +inutilisé en Europe, et aucun des auteurs des grands traités classiques +de Matière médicale n’en fait mention : ni GUIBOURT, ni PLANCHON dans +son ouvrage de 1875, ni FLUCKIGER et HANBURY. + +Mais, en 1883, le professeur HECKEL, de Marseille, qui depuis quelques +années déjà se préoccupait de l’étude des matières premières des +colonies, fit paraître une Monographie des Kolas africains qui est le +premier travail d’ensemble sur cette drogue. Ce mémoire, publié en +collaboration avec le professeur SCHLAGDENHAUFFEN de Nancy[33], pour la +partie chimique, fut récompensé par l’Institut (Académie des Sciences), +qui leur accorda le Prix Barbier. + +C’est véritablement de cette époque et grâce aux efforts du Directeur du +Musée colonial de Marseille, que le Kola s’imposa à l’attention des +thérapeutes. + +Dix ans plus tard, le même auteur reprit la question et fit paraître +tout un volume[34], dans lequel on trouve cette fois, non seulement un +résumé détaillé des connaissances acquises sur l’histoire naturelle et +la composition du Kola, mais encore un exposé des recherches +physiologiques et des tentatives d’application qui s’étaient produites +pendant cette période. + +Bien que nous ayons plus loin, l’occasion de citer bien fréquemment ce +travail de M. HECKEL, si remarquable pour son époque, il est +indispensable, dans ce chapitre, d’en exposer les lignes principales. + +Comme tous les auteurs, jusqu’à K. SCHUMANN, M. HECKEL rapporte au _C. +acuminata_ Pal. Beauv., la plante mère du Kola à deux cotylédons ; il en +donne une description détaillée et il groupe ensuite les rapports qu’il +a pu réunir sur l’usage du Kola et sur l’habitat du Kolatier, d’après +les récits des explorateurs récents, ce qui nous évite de nous étendre +trop longuement sur ces détails qui, répétés en trop grand nombre, +deviendraient fastidieux. + +Après description de la noix connue surtout en Europe sous la forme +sèche, il discute les opinions de MM. CHODAT et CHUIT[35] sur les +variétés de Kolas du commerce, qui en effet ne reposent sur aucune base +sérieuse ; les analyses faites par ces derniers auteurs montrent +cependant que la teneur en caféine peut être extrêmement variable et +sans doute avec elle, les qualités de la drogue. + +On trouve en outre dans ce livre la description d’une nouvelle espèce de +_Cola_ du Gabon produisant des noix à quatre cotylédons reconnue par +Maxime CORNU et nommée _Cola Ballayi_ dans les serres du Muséum de +Paris. Malheureusement à cette espèce furent rapportés à tort des +échantillons botaniques et des noix du véritable _C. acuminata_. + +Ainsi que nous le montrerons par la suite, le _Cola Ballayi_ est +caractérisé surtout par ses feuilles groupées en faux verticelle ; la +graîne possède 3 à 5 cotylédons, mais cette particularité existe aussi +dans les _Cola acuminata_ et _Cola verticillata_, espèces très +différentes. + +HECKEL a aussi décrit un certain nombre de graines substituées ou +mélangées aux noix de Kola expédiées en Europe à cette époque, +substitutions accidentelles ou frauduleuses qui ne se renouvellent plus +de nos jours. Au premier rang de ces graines intéressantes, il faut +placer le _Bitter-Kola_, sur lequel nous reviendrons dans un chapitre +spécial, réservé aux succédanés et substitutions du Kola. + +Nous ferons plus loin un historique complet de la question chimique +comme de l’étude physiologique ; ce qui nous dispense de résumer le +livre d’HECKEL, pour ce qui concerne ces questions. + +Il n’est pas inutile d’ajouter que M. HECKEL, par sa persévérance et sa +foi en l’activité du produit, a amené, depuis la publication de son +livre, une série de travaux dont l’ère n’est pas close. + +Il était réservé à BINGER de parcourir le premier les territoires situés +à l’est de la Côte d’Ivoire où certaines peuplades recueillent des Kolas +exportés dans les régions soudanaises. Au cours de la belle exploration +qu’il accomplit de 1887 à 1889, comme lieutenant d’infanterie de marine, +pour se rendre de la boucle du Niger à la Côte d’Ivoire, il traversa le +pays de Kong et y recueillit d’intéressants renseignements sur le +commerce de la noix et sur l’habitat de l’arbre producteur. + +« Le Kolatier, écrit-il dans sa relation[36], existe à l’état spontané +sur toute la côte occidentale d’Afrique ; on le trouve jusque par 10° de +latitude nord, mais il reste stérile à cette latitude. Son véritable +habitat est situé entre 6° et 7° 30′, et près de Groumania dans l’Anno +(8°). + +« Les premiers arbres en rapport se trouvent à Kamélinso (près Groumania +par 7° 50′) et les derniers près d’Attakrou par 7° ; la zône où l’arbre +est en plein rapport semble donc être très limitée et comprise entre le +7° et le 8° pour l’Anno et le Ouorodougou. + +« Bien que je n’aie pas visité ce dernier pays, il m’a été donné de +calculer assez facilement par quelle latitude se trouvait le Kola. De +Tengréla partent des itinéraires bien connus des marchands sur Touté, +Siana, Kani et Sakhala. + +« Les deux premières localités se trouvent, d’après les indigènes +voyageant avec des ânes chargés (faisant 16 kilomètres en moyenne par +jour), à environ 25 jours de marche, à peu près 550 kilomètres dans une +direction sud-sud-ouest, ce qui place ces marchés par 7° 40′ de latitude +nord. Sakhala, d’après les mêmes calculs se trouverait par 7° 20′. + +« Mais nous avons vu, au chapitre Samory, que ces marchés étaient situés +à une trentaine de kilomètres au nord des lieux de production ; nous +pouvons donc en inférer que les Kolas se trouvent environ à 7° 15′. + +« Dans l’Achanti, l’habitat du Kola est sensiblement le même ; les +missionnaires de Bâle et le docteur MOHLY, qui ont exploré la basse +Volta, signalent le Kola dans l’Akam et l’Okouawan ; or ces deux régions +se trouvent précisément entre 6° 30′ et 7° 30′ : on peut donc en déduire +que le Kola se trouve en plein rapport dans une zone comprise entre 6° +30′ et 7° 30′ et, par extension, dans certaines régions du 6° au 8° et +qu’à l’état isolé et stérile, il est rencontré jusque par 10° de +latitude nord. » + +Auparavant, dans la région de Sikasso, Binger avait déjà recueilli des +renseignements sur les Kolas exportés par la haute Côte d’Ivoire +occidentale[37]. « Le Ouorodougou (pays des Kolas) et le Ouorocoro (pays +à côté des Kolas) ne sont pas des pays à production du Kola comme le +fait supposer l’étymologie de leur nom. Ces pays ne se trouvent que sur +les confins nord des pays à Kolas... + +« Voici comment se fait... le commerce des Kolas dans cette région. + +« Arrivés à Tiong-i, Tengréla, Maninian, Sambatiguila, que j’appellerai +marchés à Kolas de la première zône, les marchands font scier leur barre +de sel en douze morceaux de trois doigts de longueur que l’on nomme +_Kokotla_... Cette opération terminée, on achète les paniers et les +nattes à l’aide desquelles on doit emballer les Kolas ; tout ceci est +payé en sel. Là, les caravanes s’informent du cours des Kolas, et, si +leurs ressources ou l’état de leurs animaux le leur permettent, elles +poussent plus au sud pour se procurer ce fruit à meilleur compte. + +« Arrivés sur les marchés de la deuxième zône (zône plus proche des +lieux de production), à Odjenné, Touté, Kani, Siana ou Sakhala, les +marchands du nord s’adressent aux indigènes qui font tous le métier de +courtier. Ce sont des Siène-ré ou des Mandé-Dioula ; les premiers +paraissent être les autochtones, les seconds n’y sont venus qu’à une +époque relativement récente, mais leur autorité s’est affirmée au point +que ce sont eux les maîtres réels du pays... + +« Ces courtiers conviennent avec les marchands du prix du sel et fixent +la quantité de Kolas qu’ils recevront en échange d’un kokotla (cette +fraction de barre de sel étant devenue depuis Tengréla l’unité +d’échange). + +« Le prix du Kola sur les marchés du Ouorodougou varie entre 200 et 600 +fruits pour un kokotla. Ce qu’il y a de curieux dans cette partie du +Soudan, c’est que, dès qu’il s’agit de Kolas, la première grosse unité +est 100, tandis que partout dans les états de Samory elle n’est que 80. +Ces deux nombres portent le même nom, on fait précéder la dénomination +commune du mot _Kémé_ (cent) par le mot _Ourou_ (kola) quand il s’agit +de Kolas, de sorte que l’on dit pour cent Kolas, _ourou-kémé_. + +« Généralement il y a assez de Kolas en réserve dans ces marchés pour +contenter les acheteurs, mais il arrive quelquefois que pour des raisons +multiples, guerres, pillage, mauvaise saison, il vient une trop grande +quantité d’acheteurs à la fois. Alors il se passe le fait suivant : le +prix convenu, les acheteurs remettent leurs _kokotlas_ aux courtiers, +les femmes de tout le village (les femmes seulement) partent au moment +où le soleil disparaît à l’horizon, sous la conduite de deux ou trois +hommes du village préposés à cet effet et vont chercher plus au sud la +quantité de Kolas nécessaires. Ces femmes ne reviennent que le +surlendemain à la nuit tombante. + +« En admettant qu’elles marchent douze heures sur les quarante-huit +qu’elles mettent à faire le trajet, elles parcourraient 60 kilomètres : +donc c’est au maximum à 30 kilomètres au sud de ces marchés que se +trouvent les lieux d’échange entre les femmes des courtiers et les +habitants des lieux de production. + +« Kéléba Diara, mon dioula ânier, me dit que les Lô apportent les Kolas +en des lieux d’échange situés en pleine brousse. Jamais, lui, qui est +resté à Sakhala jusqu’à l’âge de vingt-trois ans environ, n’a pu en +savoir plus long. « J’étais bien marabout, mais cela ne suffit pas, il +faut faire partie de cette confrérie et je n’ai jamais été initié. Je +n’ai pas cherché à en savoir davantage, ni à m’aventurer par là, mon +affaire eût été vite réglée, on vous coupe tout bonnement le cou[38]. » + +BINGER a publié, tome I, page 143, un excellent dessin du rameau de +Kolatier en fleurs, accompagné du croquis du fruit et d’une noix +recouverte du tégument. Dans tous les pays où il a voyagé, il n’a +certainement rencontré que la noix de l’espèce à deux cotylédons, +désignée par nous sous le nom de _Cola nitida_. S’il a ignoré +l’existence des sortes à plus de deux cotylédons, il a par contre fourni +les seuls renseignements exacts publiés jusqu’à ce jour sur les variétés +commerciales de noix à deux cotylédons. Voilà ce qu’il dit sur ces +variétés : + +« Le Kola de Sakhala est le plus gros que l’on connaisse, il est +toujours blanc, se conserve très longtemps, et, de préférence, est porté +à Djenné et à Tombouctou. Ce Kola est aussi le plus cher. + +« Le Kola d’une grosseur moyenne, rouge ou blanc, se trouve surtout à +Kani, Siana et Touté ; il est également recherché, particulièrement le +rouge. + +« Enfin il existe une autre variété qui s’achète en majeure partie à +Djenné[39] et Tiomakhandougou ; elle est rouge et très petite ; on la +connait dans cette partie du Soudan sous le nom de _Maninian Ourou_ +(Kola de Maninian), parce qu’on en trouve beaucoup sur ce marché[40]. » + +Plus loin, le même auteur signale les autres sortes de Kolas qu’il +rencontra sur le marché de Kong : le Kola blanc de l’Anno et le Kola +rouge de l’Achanti : + +« Le Kola blanc de l’Anno est de deux variétés : l’une d’un blanc jaune +pâle, analogue à la couleur du Kola de Sakhala du Ouorodougou, mais plus +petite que ce dernier ; l’autre de même grosseur, ne diffère que par sa +teinte d’un rose si pâle qu’il n’est pas classé dans le Kola rouge par +les indigènes ; on le vend mélangé aux blancs sans différence de prix, +ce qui n’aurait pas lieu s’il était plus foncé, car le Kola rouge est +toujours plus cher que le Kola blanc de même grosseur. + +« Le goût du Kola de l’Anno est bien moins fort que celui du Kola rouge, +mais il renferme une teinture rouge, qui est usitée par l’indigène en +concurrence avec celle du Kola rouge. Comme teinture, le Kola blanc de +l’Anno a donc les mêmes qualités que le Kola rouge de l’Achanti... +Partout le Kola rouge de l’Achanti atteint le prix le plus élevé[41]. » + +La seule erreur grave que l’on trouve dans le livre de BINGER (et elle +n’est que la réédition d’une erreur analogue commise par BARTH) est +relative à la détermination botanique des arbres producteurs. Selon ces +auteurs, les noix rouges sont fournies par le _Cola acuminata_ et les +noix blanches de l’Anno par le _Cola macrocarpa_. Nous verrons dans un +autre chapitre : 1o que ces noms correspondent à des plantes très +différentes ; 2o que les noix rouges et les noix blanches sont très +fréquemment fournies par le même arbre, ainsi que l’avait signalé pour +la première fois René CAILLIÉ. + +BINGER a le grand mérite d’avoir le premier montré l’importance du Kola +dans les transactions soudanaises et le rôle qu’il joue dans la vie des +indigènes. La plupart des voyageurs ou des fonctionnaires français, qui +ont publié depuis des notes sur les Kolas, n’ont fait que reproduire les +renseignements recueillis par le grand explorateur. RANÇON, en +particulier, qui parcourut les territoires de la Haute Gambie, en 1892, +dans le but d’étudier les produits végétaux utilisables, note seulement +les indications nouvelles suivantes : + +« Sur le littoral, les deux principaux marchés sont Gorée et les +établissements de la Gambie ; le prix des Kolas y varie de 225 à 560 +francs les 100 kilogs... Saint-Louis qui lui-même les reçoit de la +Gambie et de Sierra-Leone n’en exporte au Soudan, par Bakel et Médine, +que dans de très faibles proportions. C’est surtout par Mac-Carthy que +se fait l’importation pour tous les pays situés au nord de la Gambie : +Ouli, Kalou-Kadougou, Sandougou, Bondou, Bambouck, etc... La seconde +voie importante par laquelle le Kola pénètre au Soudan français est +celle du Fouta-Djalon. La ville où se pratiquent le plus les +transactions commerciales concernant ce produit est Kédougou dans le +Niocolo. De tous les points des régions situées entre le Niger et la +Falémé, les dioulas affluent et vont y faire leurs achats »[42]. + +RANÇON n’observa pas le Kolatier dans les régions soudanaises qu’il +parcourut, mais il crut qu’il serait possible de l’y cultiver, notamment +dans les environs de Bamako et de Sikasso. Il s’appuyait sur cette +constatation qu’un arbre du même genre le Ntaba (_Cola cordifolia_ R. +Br.) y prospère. Les essais malheureux tentés, notamment à Kati et à +Koulicoro, ont montré combien cette conception était erronée. Les +différentes espèces d’un même genre vivent souvent dans des conditions +très différentes, et si le Ntaba s’accomode du climat soudanais, le +kolatier, au contraire, comme nous le montrerons par la suite ne peut +guère s’éloigner de la zône des grandes forêts tropicales. + +La partie nord-ouest de la forêt de la Côte d’Ivoire et le haut Liberia +qui sont par excellence les pays producteurs de bonnes sortes de noix de +Kolas, étaient encore vierges de toute exploration en 1897. La +pénétration commencée, à cette époque, par ESSEYRIC, BLONDIAUX, +WOELFFEL, HOSTAINS, d’OLLONE, THOMANN, SCHIFFER, LAURENT, JOULIA, se +poursuit encore aujourd’hui, mais déjà les régions les plus riches sont +accessibles et l’un de nous a pu les parcourir pendant plusieurs mois en +1909, de sorte que même pour cette partie de nos possessions, où se +trouvent réunies les conditions optima favorables à la culture et à +l’exploitation du Kolatier, nous pourrons donner des renseignements +recueillis sur place. + +L’arrivée de nos troupes au Soudan à la lisière nord de la forêt vierge +en 1898, marque donc en quelque sorte le commencement d’une nouvelle +période de recherches relatives aux arbres à Kola. Désormais, ce n’est +plus seulement en questionnant les indigènes, comme l’avaient fait René +CAILLIÉ, BINGER et RANÇON, sur les pays producteurs de Kola qu’on pourra +obtenir de nouveaux renseignements, mais il sera enfin possible d’aller +recueillir des documents sur les lieux même de production, et c’est ce +qui a été fait pour les diverses colonies françaises. + +Il n’est pas utile de faire ici un exposé historique de cette troisième +période, puisque nous donnons dans chacun des chapitres suivants des +renseignements bibliographiques détaillés pour les résultats acquis dans +ces dernières années. + +Ajoutons seulement que pour les Colonies anglaises des notes +intéressantes ont été publiées à plusieurs reprises dans le _Bulletin de +Kew_ et dans le _Bulletin de l’Impérial Institut_. + +En Allemagne on doit citer principalement les noms du Prof. O. WARBURG +et du Dr BERNEGAU comme s’étant plus particulièrement occupés de l’étude +des questions se rapportant au Kola. En 1897, dans la 2e édition du +_Traité d’Agriculture tropicale_ de SEMLER, WARBURG a exposé, en +quelques pages, les connaissances acquises à cette époque ; tout le +chapitre concernant le Kolatier dans cette publication a du reste été +traduit en français[43]. + +Nous devons enfin mentionner une nouvelle mise au point[44] faite en +1908 par E. DE WILDEMAN à qui l’on doit quelques renseignements +intéressants sur la dispersion des Kolatiers au Congo belge. + + * * * * * + + +[Note 17 : PALISOT DE BEAUVOIS, Flore d’Oware et de Bénin, I, 1804, p. +41. — Cette espèce n’est d’ailleurs pas, comme nous l’établirons plus +loin, le véritable Kolatier fournissant les noix à deux cotylédons, mais +une espèce à graines ayant plus de deux cotylédons.] + +[Note 18 : POIRET. — Encyclopédie Bot., Paris VII, 1806, 433.] + +[Note 19 : HOUGTON et MUNGO-PARK. — Voyages dans l’intérieur de +l’Afrique (Trad. LALLEMANT), an VI, I, 177, 202 et II, 1820, 51.] + +[Note 20 : DURAND. — Voyage au Sénégal en 1784-1785, depuis le Cap-Blanc +jusqu’à Sierra-Leone. Paris, 1802, pp. 137 et 176.] + +[Note 21 : TUCKEY. — Relation d’une expédition pour reconnaître le Zaïre +(1816), Paris, 1818, 2 vol. et atlas (Voir ce dernier, p. 78).] + +[Note 22 : René CAILLIÉ. — Voyage à Tombouctou. Paris, 1830.] + +[Note 23 : C’est le nom, dit en note R. CAILLIÉ, que donnent à ce fruit +les Européens dans les colonies d’Afrique. Les Mandingues l’appellent +_Ourou_.] + +[Note 24 : Il s’agit certainement du pays des Tomâs dans la Haute-Guinée +française.] + +[Note 25 : _Adansonia_, X, 1871-1872, p. 161-164.] + +[Note 26 : F.-V. MÉRAT. — Supplément au Dict. univ. de Mat. médicale et +thérapeutique générale. Paris, 1846. _Art. Sterculia_, p. 676.] + +[Note 27 : On the vegetation of tropical Western Africa. _Journal of the +Proceedings of the Linnean Society of London_. Botany, London, IV, 1860, +p. 17-18.] + +[Note 28 : L’espèce à 4 cotylédons dont parle BARTER est _Cola +acuminata_.] + +[Note 29 : H. BARTH. — Voyages et découvertes dans l’Afrique +septentrionale et centrale, 1849-1855. Edition française, 4 vol., Paris- +Bruxelles, 1861-1863.] + +[Note 30 : Soit 120.000 francs. Au temps de BARTH, 2500 Kourdi valaient +1 thaler.] + +[Note 31 : G. SCHWEINFURTH. — Au cœur de l’Afrique (1868-1871). Paris, +trad. LOREAU, II, 1875, p. 44-46.] + +[Note 32 : Il s’agit probablement de _Cola Ballayi_, que l’un de nous a +observé à Bangui dans le même bassin fluvial.] + +[Note 33 : HECKEL et SCHLAGDENHAUFFEN. — Sur les Kolas africains. _J. +Ph. et Ch._ 5e série, VIII, 1883, 81, 177, 289.] + +[Note 34 : Les Kolas africains. Monographie botanique, chimique, +thérapeutique et pharmacologique. Paris, 1893. Soc. éd. scient., 1 vol. +in-8o, 406 p. avec nomb. figures et planches.] + +[Note 35 : CHODAT et CHUIT. — Etude sur la noix de Kola, _Arch. Sc. +phys. et naturelles_. Genève, 1888, p. 505.] + +[Note 36 : BINGER. — Du Niger au Golfe de Guinée, Paris (1892), t. I, p. +311.] + +[Note 37 : _L. c._, t. I, p. 141.] + +[Note 38 : BINGER. — _L. c._, I, p. 143. C’est seulement 15 ans plus +tard que nos officiers purent enfin pénétrer en pays Lô et voir de près +ces marchés de la première zône, où les commerçants indigènes du +Ouorodougou n’avaient eux-mêmes pas le droit de se rendre. Nous ferons +connaître dans la deuxième partie de cet ouvrage le fonctionnement +actuel de ces marchés.] + +[Note 39 : C’est probablement Odjenné qu’il faut lire.] + +[Note 40 : BINGER. — _L. c._, I, p. 142.] + +[Note 41 : BINGER. — _L. c._, I, p. 312. En réalité, les diverses sortes +de Kolas de ces régions, toujours à deux cotylédons et ne différant que +par le goût et la coloration, blanche, rosée ou rouge, sont toutes fort +appréciées par les indigènes. C’est la grosseur des noix et non la +coloration qui détermine le prix.] + +[Note 42 : RANÇON. — Dans la Haute-Gambie, Voyage d’exploration +scientifique, 1891-1892, _Ann. Inst. Colonial Marseille_, II, 1894, p. +452-467.] + +[Note 43 : O. WARBURG. — La culture du Kolatier, _Rev. Cult. colon._, +VI, 1er sem. 1900, p. 269-275.] + +[Note 44 : E. DE WILDEMAN. — Plantes tropicales de grande culture, I, +1908, p. 281-308.] + + + + + CHAPITRE III + + * * * * * + + =Histoire botanique des principaux Kolatiers jusqu’à la création du + genre Cola.= + + * * * * * + + +Si la plante produisant la noix de Kola n’était pas connue à l’époque où +LAMARCK rédigeait l’article _Kola_[45] dans l’_Encyclopédie botanique_, +des rameaux en fleurs existaient déjà dans plusieurs herbiers français, +notamment dans celui de LAURENT DE JUSSIEU et aussi dans celui de +LAMARCK lui-même. Toutefois c’est en 1804 qu’ils furent décrits pour la +première fois par VENTENAT et c’est aussi en 1804 que PALISOT DE +BEAUVOIS révéla la véritable origine du Kola. + +Le genre _Sterculia_, dans lequel les botanistes devaient tout d’abord +classer ce végétal, avait été créé en 1747 par LINNÉ[46]. + +Georg. DON[47] a publié une note curieuse établissant l’étymologie de ce +nom ; en voici la traduction littérale : « _Sterculia_, de Sterculius, +une divinité romaine dont le nom dérive de _stercus_ (excrément). Les +Romains à la fin du paganisme avaient déifié les choses les plus +dégoûtantes et les actions les plus immorales. Ils avaient les dieux +Sterculius, Crépitus et les déesses Caca et Pertunda. Les fleurs et +parfois les feuilles de quelques espèces de _Sterculia_ sont fétides ». + +Ajoutons, en effet, qu’un des premiers _Sterculia_ connus fut dénommé +par LINNÉ : _S. fœtida_. + +LAURENT DE JUSSIEU, avec beaucoup de perspicacité, plaça ces _Sterculia_ +dans son ordre naturel des Malvacées. + +VENTENAT, en même temps qu’il décrivait, en 1804, plusieurs espèces +nouvelles de ce genre, notamment le _Sterculia nitida_, produisant les +noix de Kola à deux cotylédons, créa pour elles la famille autonome des +Sterculiacées[48]. Ce botaniste a donc assigné, pour la première fois, +une dénomination binaire conforme à la nomenclature linnéenne, à l’arbre +produisant la bonne noix de Kola, en même temps qu’il constituait la +famille végétale dans laquelle les espèces de ce genre sont encore +classées aujourd’hui. + +Disons de suite également qu’en 1832 SCHOTT et ENDLICHER[49], les +premiers, séparèrent ces espèces des _Sterculia_ pour en faire un genre +nouveau sous le nom de _Cola_. Douze ans plus tard, ROBERT BROWN[50] +reprit ce genre qui fut ensuite définitivement adopté par les botanistes +BENTHAM et HOOKER, MASTERS, BAILLON, K. SCHUMANN, etc. + +Ce n’est pas, comme on pourrait le croire, à la côte occidentale +d’Afrique, mais à l’Ile de France (Maurice), où le Kolatier avait été +introduit, que furent récoltés les premiers spécimens botaniques de cet +arbre et c’est au naturaliste-voyageur COMMERSON qu’en revient tout +l’honneur. + +L’un des plus grands colonisateurs auxquels la France ait donné le jour, +Pierre POIVRE, intendant aux Iles de France et de Bourbon (1766-1773), à +qui l’on doit l’introduction de presque toutes les plantes à épices dans +les îles de la côté orientale d’Afrique, s’était attaché, comme +collaborateur, COMMERSON (1768). Ce botaniste revenait à cette époque de +faire le tour du monde avec BOUGAINVILLE. + +« POIVRE l’avait engagé à rester à l’Ile de France pour en faire +l’histoire naturelle et apprendre aux colons à employer les richesses de +leur territoire »[51]. + +COMMERSON et POIVRE collaborèrent très activement à l’étude et à +l’extension des cultures tropicales aux Iles de Maurice et de la +Réunion. « COMMERSON, botaniste passionné mettait le même intérêt à +toute plante, pourvu qu’elle fut curieuse et nouvelle. POIVRE, +administrateur et philosophe, ne dédaignait pas la curiosité, mais +fixait principalement ses regards sur l’utilité. C’était aux plantes +utiles qu’il prodiguait ses soins ». + +[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.= + +32 _bis_. + +FIG. 2. — =Cola nitida= A. Chev. + +_1_, rameau en fleurs ; _2_, fleur entière vue en dehors ; _3_, fleur +hermaphrodite ; _4, 5_, deux formes de pistil dans la même +inflorescence ; _6_, fleur male ; _7_, amande (Kola) ; _8_, Kola au +début de la germination.] + +On sait en effet que POIVRE introduisit ou fit introduire dans les deux +îles, alors françaises, l’Arbre à pain, le Thé de Chine, les Cannelliers +de Ceylan et de Cochinchine, le Muscadier, le Giroflier et quantité +d’autres végétaux économiques. COMMERSON joua un rôle non moins +important en étudiant toutes ces plantes et en les faisant parvenir au +Cabinet du Roy (Jardin des Plantes). Ces spécimens constituent l’un des +plus anciens noyaux de l’Herbier du Muséum de Paris. + +Dans le premier fascicule des « Végétaux utiles »[52], nous signalions +la pomme de terre de Madagascar, plante de la famille des Labiées, +produisant des tubercules alimentaires et nous montrions que cette +plante décrite par Maxime CORNU en 1900, comme espèce nouvelle sous le +nom de _Plectranthus Coppini_, existait en réalité dans l’Herbier du +Muséum depuis près de 130 ans. Elle provenait également des envois de +COMMERSON et avait été longtemps après nommée _Germanea rotundifolia_ +par POIRET. C’est le _Coleus rotundifolius_ A. Chev. + +Est-ce POIVRE qui avait importé le _Coleus_ et le _Cola_ aux Iles +Mascareignes ? Nous l’ignorons, mais cela nous semble très +vraisemblable. On sait qu’il avait visité les Iles Malaises qui sont +probablement la patrie du _Coleus_, et d’autre part les Portugais et les +Hollandais qui avaient des possessions aussi bien sur la côte +occidentale d’Afrique que dans l’Océan Indien avaient probablement +transporté le Kolatier d’une région dans l’autre. + +Au cours de ses nombreux voyages, POIVRE mit un zèle d’apôtre à importer +des pays étrangers dans les possessions françaises des graines de toutes +les plantes intéressantes qu’il pouvait recueillir « sentant qu’il peut +être plus utile d’acquérir une plante qu’une province »[53]. + +Il avait réuni tous ces végétaux dans un magnifique jardin nommé +« Montplaisir, enclos peu distant du port de l’Ile de France ». Le +Kolatier faisait très probablement partie des plantes qu’on y +cultivait[54]. + +Toujours est-il qu’entre 1768 et 1778, COMMERSON y récoltait des rameaux +en fleurs très ressemblants à ceux ayant servi, comme il a été dit plus +haut, à VENTENAT pour décrire son _Sterculia nitida_ dont le type existe +dans l’Herbier du Musée botanique de Genève (Voir Pl. I). + +VENTENAT, ancien abbé, était devenu conservateur à la bibliothèque du +Panthéon, puis également intendant du palais de la Malmaison où vivait +Joséphine, la future impératrice des Français. Il publia, sous ses +auspices, un magnifique atlas de plantes « peintes par REDOUTÉ ». Cet +ouvrage, daté de l’an XI (1803)[55] pour le 1er volume et 1804 pour le +2e volume, est intitulé « Jardin de la Malmaison » et dédié par l’auteur +à « Madame Bonaparte »[56]. + +Après avoir longuement décrit le _Sterculia monosperma_, VENTENAT expose +que, par la même occasion, il a été conduit à étudier, dans divers +herbiers, six nouvelles espèces de _Sterculia_ qui n’avaient pas encore +reçu de noms et dont il donne une diagnose latine succinte. + +Deux de ces plantes, _S. nitida_ et _S. grandiflora_, que l’auteur +considérait comme des espèces distinctes, et qui n’en forment en réalité +qu’une, nous intéressent au plus haut point, car elles sont la source +des bonnes noix de Kola, ce que du reste VENTENAT a complètement ignoré. + +Voici les descriptions de cet auteur dans l’ordre où elles se +trouvent[57] : + + +« _Sterculia nitida_ (6), _Foliis lanceolato-oblongis, acuminatis ; +laciniis calicinis patentibus ; urceolo subsessile_ (il s’agit de +l’urcéole formée par les anthères groupées en cupule). _Ex Africa. Culta +in Insula Mauritii_. + + +« (6) Je présume que cette plante dont MICHAUX m’avait envoyé de beaux +exemplaires est dioïque puisque je n’ai trouvé aucune apparence d’ovaire +dans les fleurs que j’ai analysées. Cette espèce est-elle congénère de +_Sterculia_ ? N’appartiendrait-elle pas à quelque autre genre de la +famille ? + + +« _Sterculia grandiflora_ (7), _Foliis ovatis, acuminatis, glabris ; +laciniis calicinis patentibus ; urceolo subsessile ; Stylis 5, reflexis. +Isle de France ex. Herb. D. de Jussieu. Ex. India orientali_, juxt. à +Herb. D. de LAMARCK. + + +« (7) Cette espèce semble s’éloigner du genre par l’absence du pivot et +par les 5 styles qui surmontent l’ovaire. Ces cinq styles ne pourraient- +ils pas être considérés comme les stigmates d’un seul style qui ne +serait pas encore développé ? » + + +Sans être bien précis, le texte de VENTENAT concorde avec les caractères +des arbres producteurs de Kolas. Ce que l’auteur appelle _urcéole_ est +sans aucun doute l’androcée. Il nous apprend aussi que, dès le XVIIIe +siècle, les Kolatiers étaient déjà cultivés dans les Indes orientales, +et aux îles Mascareignes, ce qui n’est pas fait pour nous surprendre +d’après ce que nous avons dit précédemment. + +Une troisième espèce, décrite par VENTENAT le _S. longifolia_, n’est pas +un _Cola_, mais un vrai _Sterculia_, dont nous avons pu voir le type de +VENTENAT conservé dans l’herbier Delessert, à Genève, obligeamment +communiqué par M. J. BRIQUET. C’est donc à tort que l’Index de Kew +identifie les 3 espèces ci-dessus au _Sterculia acuminata_ Palisot de +Beauvois. Deux se rapportent bien à un vrai _Cola_ que nous nommerons +désormais _Cola nitida_ mais aucune n’est identique au _Sterculia +acuminata_. + +Il n’y a guère de doute que VENTENAT fut le premier botaniste +descripteur d’un arbre à Kola ; mais il n’en connut ni les fruits ni les +graines et ne soupçonna même pas que les végétaux qu’il venait de +décrire produisaient les fameuses amandes sur lesquelles de nombreux +voyageurs avaient déjà attiré l’attention. + +PALISOT DE BEAUVOIS allait bientôt faire la lumière sur cette question ; +mais, en décrivant son _Sterculia acuminata_, il prit l’espèce +produisant les noix à quatre cotylédons, la seule qui existe au Bénin, +comme la source des noix à deux cotylédons recherchées par les noirs et +déjà connues à Sierra-Leone. + +PALISOT DE BEAUVOIS était déjà depuis longtemps de retour en France +lorsque parut le travail de VENTENAT. Il avait accompagné dans le delta +du Niger, pour y faire la traite des esclaves, un négrier célèbre, le +capitaine LANDOLPHE[58], et, au cours de cette campagne, il avait +séjourné deux ans (1786-1787) au pays d’Oware (Wari aujourd’hui) et de +Bénin. Il rapporta de ce voyage de nombreuses collections, et, de 1804 à +1807, il publia sa célèbre _Flore des Royaumes d’Oware et de Bénin_ en +Afrique. + +La Pl. XXIV, parue en 1804 et très probablement postérieure de quelques +semaines à la livraison du _Jardin de la Malmaison_ où VENTENAT décrit +ses _Sterculia_ est consacrée au _Sterculia acuminata_. Elle est +accompagnée d’un texte assez étendu. Nous croyons utile de reproduire +les parties les plus importantes[59] : + + +« =Sterculie=. _Sterculia_. + +« =Sterculia=, _Linn., Juss., Cavan., Lam., Vent., Schreb., Gmel._ — +Fam. des Malvacées. _Jus., Vent._, Dodecandrie Monogynie. _Linn., +Schreb., Gmel._ + +« _Sterculie acuminée_. Fleurs axillaires : calice à six divisions +égales colorées ; capsules monospermes ; feuilles entières, oblongues, +terminées par une longue pointe aigüe et portées sur un long pétiole. +Obs. _Cola_, G. BAUH. _Pin._, p. 507 ; J. BAUH., _Hist. Plant._ Vol. I, +p. 210. Kola ou Cola, LAM. _Dict. Encycl._ Cet arbre croît dans le +royaume d’Oware dans l’intérieur et sur les bords de la mer. + +« Cette espèce offre un caractère très particulier, une disparate +(_sic_) qui se trouve rarement parmi les plantes d’un même genre et +d’une même famille. Le nombre des divisions du calice ou de la corolle +est ordinairement égal, double, triple ou quadruple, de celui des autres +organes de la fleur ; mais, dans la _Sterculie acuminée_, le calice +porte six divisions lorsque les anthères, au nombre de dix ou de vingt, +forment le double ou le quadruple de cinq et que les capsules sont +encore au nombre de cinq. + +« L’amande est d’un rouge tendre, tirant un peu sur le violet ; on la +nomme, dans le pays, Kola ou Cola ». + + +Le même naturaliste trouve exagérées la valeur et les propriétés +merveilleuses attribuées à cette graine par quelques-uns des anciens +auteurs, et il ajoute : « J’ignore si, à Sierra-Leona, ce fruit a été et +s’il est encore aussi précieux que le prétend l’auteur de l’_Histoire +des Voyages_ ; j’ignore si, dans ce pays, il sert uniquement de monnaie +et si les nègres qui, partout ailleurs, ne vendent leurs esclaves que +pour des marchandises européennes, dont ils se sont fait un objet de +première nécessité, les prisent assez peu à Sierra-Leona pour changer +une femme contre cinquante noix de Kola ; enfin, j’ignore si, dans cette +partie de l’Afrique, les Cauris (petits coquillage de la famille des +_Cypræa_) ne sont pas, comme dans tout le reste, la seule petite monnaie +courante ; mais je suis assuré qu’à Oware et à Bénin, le Kola estimé en +raison de la propriété qu’il a de faire trouver bonne l’eau la plus +commune après qu’on a mâché de ce fruit, n’est ni aussi précieux, ni +aussi recherché qu’on a voulu le faire croire. Si nous jugeons de tous +ces détails par l’exagération avec laquelle on donne aux nègres de +Sierra-Leona des dents plus fortes que celles des chevaux, nous devons +les regarder comme très apocryphes. + +« Mais, d’après toutes les assertions hasardées et controuvées que l’on +a débitées sur l’Afrique, contre le commerce des noirs et contre les +habitants des Antilles, à la fin du dix-huitième siècle, on ne doit pas +s’étonner de l’inexactitude de tous les rapports des anciens sur +l’Afrique Equinoxiale. Ce pays a toujours été et est encore très peu +connu. Il n’a été qu’imparfaitement visité par des capitaines de navires +plus occupés de leur commerce que de recherches sur les mœurs des +habitants et sur les productions du lieu. Nous ne pouvons en avoir que +des relations imparfaites, exagérées, et dont les faits se dénaturent +sous la plume des historiens qui copient et cherchent souvent à faire +briller leur éloquence, la chaleur de leur imagination et leur mauvaise +foi aux dépens de la vérité. Pour donner une preuve récente de cette +assertion, je ne citerai, pour le moment, que le rapport astucieux, +mensonger et calomnieux fait à la Convention Nationale, en l’an IV, et +imprimé en quatre volumes in-8o, en l’an V. Ce rapport est le coup le +plus fatal porté contre Saint-Domingue ; il a décidé sa perte totale ; +il a creusé toutes les sources d’où ont jailli plus de ruisseaux de sang +dans les colonies que l’esclavage n’a fait verser de gouttes de sueur +depuis plus de deux siècles qu’elles sont cultivées. Quoi qu’il en soit, +au surplus, et pour rectifier tout ce qui concerne le Kola, je dirai ce +que j’ai vu et éprouvé par moi-même. + +« Les nègres d’Oware mangent ce fruit avec une sorte de délice avant +leur repas, non pas à cause de son bon goût, puisqu’il laisse dans la +bouche une sorte d’âpreté acide, mais en raison de la propriété +singulière qu’il a de faire trouver bon tout ce que l’on mange après en +avoir mâché. + +« C’est surtout sur les différentes liqueurs et principalement sur +l’eau, que cet effet se manifeste sensiblement. Si, avant d’en boire, on +a mâché du Kola, elle acquiert une saveur des plus agréables. Pour +vérifier ce fait, j’ai souvent bu de l’eau saumâtre après avoir mâché du +Kola : elle m’a toujours paru bonne et agréable à boire. Mais cet effet +ne dure qu’autant que l’intérieur de la bouche est empreinte de cette +âpreté qu’y laisse le Kola. + +« Les naturels ne mâchent pas la même noix alternativement ; elle n’est +ni assez rare ni assez précieuse. Le cas qu’ils en font est bien éloigné +de celui que suppose l’auteur de l’_Histoire des Voyages_ ; j’en ai +échangé plusieurs fois vingt à trente noix pour une poignée de _Cauris_, +dont deux ou trois tonnes pleines n’auraient pas payé la femme la moins +parfaite. Je ne sais pas comment se faisait autrefois le commerce des +noirs à Sierra-Leone ; mais aujourd’hui il ne s’opère dans toute +l’Afrique qu’en échange des marchandises européennes ; encore faut-il +qu’un capitaine soit assorti de toutes celles qu’on est en usage d’y +porter. Un capitaine qui manquerait d’une seule de ces marchandises, +peut faire une fausse traite et un voyage très onéreux, pour ses +armateurs, au lieu du bénéfice qu’ils s’étaient proposé. + +« Je traiterai plus au long, dans la Relation de mon voyage, de tout ce +qui a rapport aux idées fausses que l’on a de l’Afrique équinoxiale et +au commerce qu’on y fait. Je dévoilerai toutes les erreurs que l’on a +mises en avant contre ce pays, les mensonges et les calomnies employés +pour faire valoir un système absurde, auquel nous devons la destruction +de nos colonies et les massacres qui s’y sont faits[60]. » + +La description et les assertions de PALISOT DE BEAUVOIS ne méritent +certainement pas toute l’admiration que POIRET leur prodigua[61]. De +graves erreurs se sont glissées dans sa diagnose. PALISOT indique +constamment six divisions à la fleur, alors que dans la plupart des +fleurs des échantillons qu’il a récoltés (Herbier Delessert, herbier du +British Museum), elles sont à cinq divisions ; les fleurs à six +divisions sont même exceptionnelles dans les Kolatiers. En outre, il ne +décrit pas de fleurs exclusivement mâles. + +Enfin, en indiquant les capsules monospermes, il commet une erreur +sérieuse ; on rencontre bien parfois des follicules ne renfermant qu’une +seule graine par avortement, mais c’est un cas très rare et il est plus +probable que PALISOT n’avait pas vu de fruits ou qu’il a rédigé sa +description d’après des souvenirs qui l’ont trahi. + +La planche XXIV, représentant un rameau et les principaux organes de la +reproduction, laisse elle-même beaucoup à désirer. La figure _C_ +représente une fleur mâle et dans l’explication de la Planche (p. 43) le +texte indique : _calice avec les anthères et le germe_ (germe est ici +synonyme d’ovaire). La figure _D_ représente une fleur hermaphrodite +dégagée du calice. Les étamines placées dans ces fleurs à la base des +ovaires sont même très exactement figurées ; cependant, comme +explication de cette figure, l’auteur dit : _germe détaché_. La figure +_F_ est mentionnée comme « amande de grosseur naturelle ». Il est +probable que PALISOT DE BEAUVOIS n’ayant pas rapporté de noix de Kola, +le dessinateur a représenté sur ses indications une masse ovoïde, se +rapprochant plus ou moins grossièrement de la forme réelle de la noix ; +en tous cas, la ligne de séparation des cotylédons n’est pas figurée, et +il serait tout aussi impossible d’y voir une noix à deux cotylédons +qu’une noix à quatre lobes. + +Cet auteur fut aussi mal inspiré en cherchant à faire passer pour +erronés les récits des voyageurs qui avaient parlé du Kola avant lui. +Ces voyageurs, quoi qu’il ait écrit, n’avaient rien exagéré. Ils avaient +observé les noix de Kola à Sierra-Leone où elles sont très estimées et +d’où on les transporte vers le Soudan. Les caravaniers qui apportaient +des esclaves à la côte troquaient sans aucun doute, comme l’assure le +compagnon de LANDOLPHE, leur troupeau humain surtout contre des +marchandises européennes, mais il est non moins certain que les dioulas +soudanais venaient échanger aussi des esclaves contre des charges de +Kolas, notamment dans les pays situés au sud de Beyla. L’un de nous a +visité le Soudan à l’époque où ce trafic se faisait encore et nous +n’oserions affirmer que de tels échanges ne se pratiquent pas encore +dans le nord de la République de Libéria. La valeur d’un esclave dans +cette région équivaut naturellement aujourd’hui à de nombreuses charges +de Kolas, mais il est très possible qu’après certaines razzias il fut +autrefois aisé de se procurer un esclave pour une faible quantité de +Kolas de l’espèce _C. nitida_. + +Au contraire, PALISOT rencontra les noix de l’espèce qui produit +d’ailleurs les amandes de moindre valeur dans une région où, encore +aujourd’hui, les indigènes en font un usage modéré. Enfin, ce botaniste, +en annonçant que la suppression de la traite des noirs entraînerait la +ruine de l’Afrique, fut, nous le répétons, aussi mauvais prophète que +Madame de Sévigné prédisant la faillite du café. + +[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.= + +40 _bis_. + +FIG. 6. — =Cola Ballayi= Cornu. — Rameau portant un pseudo verticille de +feuilles (une partie des feuilles ont été enlevées). — Moyen Oubangui +(Herb. A. CHEVALIER).] + +[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.= + +41 _bis_. + +FIG. 7. — =Cola Ballayi= Cornu. — Rameau âgé chargé d’inflorescences. +Moyen Oubangui (Herb. A. CHEVALIER).] + +Nous avons, après KARL SCHUMANN, acquis la certitude que la plante de +PALISOT DE BEAUVOIS était le Kolatier produisant des noix à 4 ou 5 +cotylédons. D’abord, cette espèce est la seule espèce du groupe +_Autocola_ actuellement connue au Bénin ; en outre, l’échantillon de +l’Herbier Delessert, avec ses feuilles alternes luisantes en-dessus, +terminées par un long acumen, ne peut appartenir qu’à cette espèce très +répandue sur la côte depuis le Togo jusqu’à l’Angola. Quant à l’amande +figurée à la planche XXIV de son livre, elle ne représente pas, comme le +pense STAPF[62], une noix à deux cotylédons. Le dessinateur a figuré +grossièrement une masse ovoïde, compacte, sans indication de cotylédons +et dont la forme ne correspond nullement à celle d’une noix de Kola. Il +est probable que ce dessin a été fait d’après les vagues souvenirs du +voyageur. + +POIRET se contenta de maintenir dans l’Encyclopédie les _Sterculia +nitida_, _S. grandiflora_ et _S. acuminata_ comme espèces distinctes, +mais de nouveaux noms allaient bientôt être créés. + +Avec le _Prodromus_ de A.-P. DE CANDOLLE, la confusion s’accroit en +effet. Dans le volume I, à la famille des _Sterculiacæ_, cet auteur +décrit comme distinctes l’espèce de PALISOT DE BEAUVOIS et les trois +espèces de VENTENAT. Dans le volume II, paru en 1825, il décrit dans la +famille des _Terebinthaceæ_, sous le nom de _Lunanea Bichy_, une plante +signalée par RAFINESQUE, qui l’avait appelée _Edwardia lurida_ ; elle +provenait d’un arbre cultivé à la Jamaïque, qui est certainement un +Kolatier et probablement l’une des races du _C. nitida_ (Vent.) A. Chev. + +Sans remonter aux descriptions de RAFINESQUE[63], datant de 1814, et à +celles de LUNAN, nous nous contenterons de reproduire les renseignements +de ces auteurs, rapportés par DE CANDOLLE en créant le genre _Lunanea_, +rejeté à la fin des Térébinthacées (p. 92) : + + +LIII. _Lunanea_, Petala 0. Stamina 10-13. _Edwardia_ RAFIN. _Specch._, +I, p. 158. Non SAL. _Bichy_ LUNAN, JAM., I, p. 86. + +Flores polygami. Calyx coloratus 5-partibus, lobis crassis extus pilosis +erecto-patentibus. Petala 0. Disons concavus 10-dentatus. Stamina 10 e +disco exserta, antheris extus dentibus coalitis. Ovarium subrotundum. +Stigmatibus 5-coronatum. Capsula subovata gibba, 1-locularis evalvis (ex +RAFIN.) ; semilocularis, bivalvis (ex LUN.). Semina dorsa affixa (ex +RAFIN.) ; imbricata angulata (ex LUN.). Genus affine _Poupartiæ_ (ex +RAFIN.). Dicatum cl. LUNAN ob alterum genus _Edwardsia_ dictum. + +I. _L. Bichy_. in Guinea unde sub nomine Bichy in ins. Caribæis +introducta. Edwardia lurida RAFIN., _l. c._ Folia alterna petiolata +oblonga acuminata glabra undulata venosa ; Racemi compositi. Flores +flavi purpuro striati, odoris ingrati (Rafin.)[64]. + + +Là ne devrait pas s’arrêter l’imbroglio. + +La description erronée de PALISOT entraîna Georg DON à créer encore un +nouveau nom pour désigner l’arbre produisant le Kola. + +En 1831, il décrivit un _Sterculia macrocarpa_ avec la diagnose suivante +traduite en français : + + +« _Sterculia macrocarpa_. Feuilles oblongues acuminées, entières, +lisses, portées sur des longs pétioles ; fleurs axillaires paniculées ; +anthères sur deux rangs sessiles (?) Carpelles à 4 et 6 graines. + +Originaire de Guinée. Fleurs blanches ; follicules ordinairement deux +par avortement, opposés. Les graines de cet arbre sont aussi connues +sous le nom de Cola en Guinée. Elles possèdent les mêmes qualités que +celles du _Sterculia acuminata_. Arbre de 40 pieds[65] ». + + +D’après cette diagnose, il est impossible de savoir si DON a voulu +décrire le _Cola_ à graines à deux cotylédons. L’habitat « Guinée » +qu’il donne à son _S. macrocarpa_ est trop imprécis, car on sait qu’à +Sierra-Leone existe exclusivement l’espèce produisant le Kola à deux +cotylédons et à San-Thomé l’espèce produisant les noix à quatre +cotylédons. Malheureusement l’auteur a omis de noter dans lequel de ces +deux pays il a observé sa plante. + +[Illustration : Cliché Noury. + +FIG. 4. — _Cola verticillata_ dans un sous-bois au Bas-Dahomey.] + +Au British Museum où existe le type de DON qu’a vu STAPF, la plante est +donnée comme provenant de San-Thomé où on n’observe aujourd’hui comme +appartenant au groupe que le _Cola acuminata_. Ce qui paraît bien +probable, c’est que DON a vu les follicules de l’une et l’autre espèces +à _Cola_, et comme PALISOT DE BEAUVOIS avait inexactement attribué à son +_Sterculia acuminata_ des fruits _monospermes_, DON, constatant que +chaque carpelle renfermait quatre ou six graines, ce qui est en effet la +règle dans toutes les espèces fournissant des noix, n’hésita pas à créer +un nom nouveau. Le même auteur donne aussi des détails sur l’arbre +décrit par PALISOT DE BEAUVOIS ; il lui attribue 40 pieds de hauteur et +à chaque carpelle du _Sterculia acuminata_ une ou deux graines. Il +ajoute ensuite au sujet de cette dernière plante : + + +« Originaire des parties tropicales de l’Afrique, particulièrement de la +côte ouest. Fleurs blanches, avec des segments étalés ; carpelles, +ordinairement deux, opposés par avortement. Il existe deux variétés de +Cola, l’une avec des graines blanches et l’autre avec des graines +rouges. Les graines sont environ de la taille d’un marron d’Inde. + +« Les graines de cette espèce sont connues à travers l’Afrique tropicale +sous les noms de Cola ou Kola. Elles ont depuis longtemps été citées par +les voyageurs comme possédant une grande valeur chez les noirs de la +Guinée qui en prennent un fragment avant leur repas parce qu’ils pensent +que cela augmente le bon goût de ce qu’ils mangent ou boivent. + +« Autrefois les graines avaient une très haute valeur chez les indigènes +de la Guinée, puisqu’il en suffisait de cinquante pour acheter une +femme ; mais à présent vingt ou trente graines peuvent être obtenues +pour une poignée de cauris. Deux ou trois tonnes de cauris ne seraient +pas aujourd’hui suffisants pour acheter une femme parfaite[66]. + +« Nous avons goûté des graines : elles ont un goût très amer ; elles ont +environ la taille d’un œuf de pigeon avec une couleur brune. Elles sont +supposées posséder les mêmes propriétés que le Peruvian Bark[67] ». + + +Enfin DON maintient encore comme espèces distinctes des précédentes les +_S. nitida_, _S. grandiflora_ et _S. longifolia_ et il reproduit les +descriptions publiées par VENTENAT. + +Au moment où l’auteur anglais du _General System_ publiait sa revision +des _Sterculia_, il ne connaissait sans doute pas un important travail +danois paru dès 1827 dans les « _Mémoires de l’Académie des Sciences de +Copenhague_ ». + +Nous voulons parler de la _Flore de Guinée_, par THONNING et SCHUMACHER, +dans laquelle se trouve décrite une autre espèce de _Sterculia_ (_S. +verticillata_), espèce réelle, négligée par les botanistes et que nous +rétablissons dans ce travail[68]. + +THONNING, conseiller d’Etat au Danemark, avait séjourné vers la fin du +XVIIIe siècle à la Gold Coast, au poste de Christianburg (près d’Accra) +où les Danois avaient établi un fort et un comptoir. Il avait décrit sur +le vif les plantes qui croissaient dans le voisinage de sa résidence. Il +avait fait aussi des herbiers expédiés fort heureusement en double à +VAHL et à SCHUMACHER, car son propre herbier fut détruit au cours du +bombardement de Copenhague en 1807. + +F.-C. SCHUMACHER décrit donc, d’après les notes de THONNING, au tome II, +page 14 de l’ouvrage cité, un _Sterculia verticillata_. Nous donnons la +traduction de la diagnose latine et des notes en suédois qui +l’accompagnent : + + +=Sterculia verticillata= ; Feuilles verticillées par 4, lancéolées très +entières (TH.). + +_Kjælæ_ des indigènes. + +Çà et là dans l’Aquapim. + +Arbre de taille médiocre, jeunes rameaux tétragones, glabres. Feuilles +verticillées par 4, lancéolées, acuminées, très entières, à nervures +secondaires écartées, les inférieures opposées, rapprochées près de la +base du limbe, parallèles près des bords, réticulées, très glabres, de 5 +à 10 pouces de long. Pétiole 3 fois plus court que les feuilles. +Stipules nulles. Inflorescences axillaires, pauciflores en grappes, d’à +peine un pouce de longueur, à pédicelles de deux lignes de long. +Bractées deux, subarrondies, aiguës insérées sur le pédoncule. Périanthe +d’une seule pièce, étalé profondément divisé en 5 lobes aigus, d’un +blanc tomenteux en dehors, pourpre à l’intérieur. Corolle nulle. +Etamines constituées par une petite urcéole très brièvement stipitée, +couverte à l’extérieur par les anthères disposées en deux séries sur +l’urcéole. + +Anthères 20, disposées en deux séries de dix, déhiscentes par une seule +fente, plus tard paraissant biloculaires par l’existence d’une cloison +longitudinale. + +Ovaire situé au fond de l’urcéole, oblong, petit, présentant à la longue +5 sillons. Style presque nul. Stigmates 5, obtus. Fruit non mûr composé +de 5 follicules oblongs, atténués aux deux extrémités et comprimés +gibbeux en dessous, présentant une suture longitudinale en-dessus, +rugueux-scabres, blancs, fixés au pédoncule commun et étalés +horizontalement. + +Graines 3 à 6, fixées aux bords de la suture, subarrondies, déformées +par compression, à amande arrondie, tétragone pourpre avec les angles +blancs, se divisant en quatre lobes cotylédonaires (TH.). + +Fruits mangés par les indigènes ; ils ont une saveur amère et +astringente et colorent la salive en rouge carmin[69]. + + +Cette plante, que les auteurs les plus récents ont complètement +méconnue, constitue en réalité une espèce de premier ordre, ainsi que +nous le montrerons par la suite (Fig. 4). + + +Nous continuerons aux Chapitres IV et V, la suite de cet historique. +Quelques années en effet après la publication de l’ouvrage général de G. +DON, le genre _Cola_ était créé par SCHOTT et ENDLICHER. + +Sa véritable place est désormais fixée dans la classification. + +C’est à l’étude de cette classification et à l’histoire des espèces +établies postérieurement et qui pour la plupart n’avaient pas leur +raison d’être que nous consacrerons les chapitres suivants. + +Disons toutefois que KARSTEN, étudiant en 1862-1868, la flore de la +Colombie, rencontra des spécimens de _Cola_ appartenant probablement à +l’espèce _C. nitida_ et qui provenaient sans doute d’une ancienne +introduction, puisqu’aucune espèce du genre n’est connue en Amérique à +l’état spontané. + +Il fit de cette plante un genre nouveau qu’il rattacha à la famille des +Euphorbiacées sous le nom de _Siphoniopsis_ Karst. + +La belle planche qui accompagne l’ouvrage de KARSTEN permet de +reconnaitre au premier coup d’œil l’identité du _Siphoniopsis_ avec le +genre _Cola_. Aussi BAILLON, dans son _Histoire des Plantes_, n’hésita +pas à identifier le premier genre au second. + + * * * * * + + +[Note 45 : Encyclopédie méthodique. — Botanique, Paris, III, 1789, p. +370.] + +[Note 46 : LINNÉ. — Flora Zeylanica, 1re éd., 1747, p. 166. Voir aussi : +Amænit. I, 1749, p. 412 et Species, 1753.] + +[Note 47 : G. DON. — General System of Gardening and Botany, I, 1831, p. +515.] + +[Note 48 : VENTENAT. — Jardin de la Malmaison, II, 1804. Pl. 91 adnot. — +Dans Son Tableau du Règne Végétal, an VII, vol. III, p. 202, VENTENAT +maintenait encore les _Sterculia_ dans la famille des Malvacées.] + +[Note 49 : SCHOTT et ENDLICHER. — Meletemata bot. (1832), p. 33.] + +[Note 50 : Robert BROWN. — In BENN. Pl. jav. rar. (1844), p. 236.] + +[Note 51 : DUPONT DE NEMOURS. — Notice sur la vie de POIVRE (1719-1786), +Paris, 1786, in-octavo, p. 27, et Dr HŒFER, Nouvelle biographie +générale, art. POIVRE, Paris, Firmin-Didot, XL. 1862, p. 583.] + +[Note 52 : A. CHEVALIER et Em. PERROT. — Les pommes de terre des pays +chauds, in _Vég. ut. Afr. trop._, I, 1905, p. 100.] + +[Note 53 : Notice sur la vie de POIVRE, p. 33.] + +[Note 54 : Le _Sterculia grandiflora_ existait encore près d’un siècle +plus tard à l’Ile de France « cultivé au Réduit et aux Plaines » (BOJER. +Hortus Mauritianus, 1837, p. 24).] + +[Note 55 : Le _Moniteur Universel_, an XI (1803), p. 888 (art. de +JUSSIEU), p. 1222 (n. s.) ; an XII, pp. 166, 978, 1538 ; an XIII, p. +330, renseigne sur les dates d’apparition des livraisons du _Jardin de +la Malmaison_, au nombre de 20, contenant chacune six planches et douze +pages. Le _Sterculia monosperma_ est figuré p. 91, correspondant à la +16e livraison de l’ouvrage et à la 5e du t. II, commençant p. 61 et daté +de 1804. Le livre de PALISOT DE BEAUVOIS qui contient, p. 40-42, le +_Sterculia_, fut publié à partir de 1804, également en 20 livraisons, +mais très lentement, car dans son numéro d’août 1805, le _Magasin +Encyclopédique_ (IV, p. 408) dit que VENTENAT en est à sa 19e livraison, +alors que PALISOT DE BEAUVOIS n’en est encore qu’à sa 5e. On doit donc +déduire de la comparaison de ces dates que la planche 91 de VENTENAT est +probablement antérieure à la description de PALISOT DE BEAUVOIS touchant +le Kolatier. + +Nous ne saurions trop remercier M. DE NUSSAC, sous-bibliothécaire du +Muséum, de l’empressement avec lequel il s’est mis à notre disposition +pour nous aider à fixer ce point d’histoire.] + +[Note 56 : La préface du livre montre que VENTENAT, qui avait quitté les +ordres pendant la Révolution, était aussi habile à tourner galamment un +compliment qu’à décrire des plantes comme en témoigne le passage suivant +extrait de la préface : + +« Si, dans le cours de cet ouvrage, je viens à décrire quelqu’une de ces +plantes modestes et bienfaisantes qui semblent ne s’élever que pour +répandre autour d’elles une influence aussi douce que salutaire, j’aurai +bien de la peine, Madame, à me défendre d’un rapprochement qui +n’échappera point à mes lecteurs ».] + +[Note 57 : VENTENAT. — _Jardin de la Malmaison_. Adnot. Tab. 91.] + +[Note 58 : P. GAFFAREL. — Le capitaine Landolphe. _Ann. Inst. col. +Marseille_, VIII, 2, 1901, p. 45-74.] + +[Note 59 : P. DE BEAUVOIS. — _Flore d’Oware et de Bénin en Afrique_, +Paris, I, p. 40-43.] + +[Note 60 : Extrait de PALISOT DE BEAUVOIS, Flore d’Oware et de Bénin, +_loc. cit._ Son Herbier, réuni pendant son séjour en Afrique en 1786 et +1787, fut acheté par DELESSERT en 1820.] + +[Note 61 : J.-L.-M. POIRET. — Encycl. Bot., vol. VII (1806), Article +Sterculier, p. 428-434.] + +[Note 62 : STAPF. — _Kew Bull._, 1906, p. 90.] + +[Note 63 : RAFINESQUE. — _Specchio del Science_, II (no XI), (1er +novemb. 1814), p. 158. Le nom d’_Edwardia_ fut abandonné par A.-P. DE +CANDOLLE, parce qu’il existait déjà un genre _Edwardsia_, ce qui aurait +pu prêter à confusion. O. KUNTZE, se basant sur ce que le genre +_Edwardia_ est antérieur de huit ans au genre _Cola_, a rétabli ce nom, +et il désigne le Kolatier proprement dit, sous le nom de _E. acuminata_ +O. Kuntze (Revis., I, p. 79). W.-P. HIERN, partisan également de +l’observation stricte des règles de priorité, mais admettant le plus +ancien binôme et non la plus ancienne dénomination spécifique, a nommé +les Kolatiers de l’Angola recueillis par WELWITSCH, _Edwardia lurida_ +Rafinesque — Cf. W.-P. HIERN, _Welwitsch’s Catalogue of the African +Plants_, I (1896), p. 84.] + +[Note 64 : A.-P. DE CANDOLLE, _Prodromus_, II (1825), p. 92.] + +[Note 65 : G. DON. — General System of Gardening and Botany, I, 1831, p. +515. + +Georg. DON avait séjourné un mois et demi à Sierra-Leone, puis quelque +temps à San-Thomé, en 1822-23. Ses plantes existent à l’Université de +Cambridge dans l’Herbier Lindley et aussi au British Museum.] + +[Note 66 : Ces notes, il est facile de le remarquer, sont une +compilation très incomplète des renseignements publiés par PALISOT DE +BEAUVOIS.] + +[Note 67 : Sans doute l’écorce de quinquina.] + +[Note 68 : Le titre exact de l’ouvrage est : Beskrivelse af Guineiske +Planter som ere fundne af danske botanikere især af Etatsraad THONNING, +Copenhagen, 1827. — L’ouvrage est publié sous le nom de SCHUMACHER, mais +il fut rédigé en grande partie à l’aide des notes de THONNING.] + +[Note 69 : SCHUMACHER. — _L. c._, II, p. 15.] + + + + + DEUXIÈME PARTIE. + + * * * * * + + =Les Kolatiers : Étude botanique, géographique et biologique.= + + * * * * * + + CHAPITRE IV. + + * * * * * + + =Position systématique et divisions du genre Cola.= + + * * * * * + + +Le genre _Cola_ appartient à la famille des Sterculiacées créée par +VENTENAT en 1804. Cette famille comprend aujourd’hui plus de 800 espèces +renfermées dans une cinquantaine de genres, répartis dans les diverses +régions chaudes du globe. + +Deux de ces genres : le genre _Theobroma_ (Cacaoyer) et le genre _Cola_ +sont les seuls qui contiennent des plantes ayant une grande importance +économique. + +Au moment où VENTENAT fit des Sterculiacées une famille autonome, +détachée des Malvacées parmi lesquelles Antoine-Laurent DE JUSSIEU avait +placé les deux ou trois espèces de _Sterculia_ connues de son temps, +elle était réduite à quelques espèces de ce dernier genre. + +Les grands voyages d’exploration botanique dans les contrées tropicales +du XIXe siècle, amenèrent la découverte de nombreux représentants de ce +groupe, ce qui entraîna le morcellement de la famille. + +Quand le genre _Cola_ fut créé en 1832 par SCHOTT et ENDLICHER, les +quelques espèces alors connues avaient été réunies, jusqu’à cette époque +dans le genre _Sterculia_ établi par LINNÉ en 1737. Les premières +espèces décrites, qui plus tard, devaient devenir des _Cola_, furent le +_Sterculia cordifolia_ CAVANILLES (1799) et les _Sterculia nitida_ et +_S. grandiflora_ de VENTENAT (1804) et le _S. acuminata_ de PALISOT DE +BEAUVOIS (1804), ainsi que le _S. heterophylla_ Pal. Beauv. + +Le _S. verticillata_ THONNING (in SCHUMACHER) date seulement de 1827. + +A la vérité, comme nous l’avons antérieurement établi, trois +appellations génériques sont antérieures à la dénomination _Cola_ (1832) +et s’appliquent aux plantes qui font l’objet de cette étude. + +La première, celle de _Bichy_ ou _Bichea_, est due à STOKES[70] en 1812, +la deuxième fut créée par RAFINESQUE, c’est celle d’_Edwardia_ ; et la +troisième, celle de _Lunanea_, due à A.-P. DE CANDOLLE, date de 1825. + +Plusieurs botanistes, et notamment Otto KUNTZE[71] et HIERN[72], ont +récemment substitué au nom de _Cola_ la deuxième de ces appellations +anciennes. En vertu des règles de priorité, en usage dans la +nomenclature botanique, ce n’est nullement le nom admis par ces auteurs, +mais c’est évidemment le terme de _Bichea_ qu’il faudrait adopter aux +lieu et place de celui de _Cola_ ; c’est ce qu’avait fait le savant +botaniste PIERRE dans ses notes manuscrites. + +Si toutefois nous nous rangeons à la manière de voir de K. SCHUMANN, en +adoptant le nom de _Cola_ pourtant moins ancien, il n’est pas douteux +que le nom de _Bichea_ s’appliquait bien au _Cola_ et que l’appellation +d’_Edwardia lurida_ Raf. = (_Lunanea Bichy_ P. DC. désignait également +bien un vrai Kolatier (probablement _C. nitida_), cultivé à la Jamaïque +dès le XVIIIe siècle. + +D’autre part, les indications de STOKES, de RAFINESQUE et de A.-P. DE +CANDOLLE prêtent trop à confusion. Ce dernier botaniste en particulier, +connaissait en effet si mal la plante en question qu’il la décrivit à la +fin de la famille des Anacardiacées, alors qu’il avait décrit les +_Sterculia_ et en particulier le _S. acuminata_ à leur véritable place, +c’est-à-dire dans la famille des Sterculiacées. + +[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.= + +48 _bis_. + +FIG. 3. — =Cola verticillata= Stapf. — Rameau en fleurs. — Gold-Coast +(_Herb. Kew_)] + +Mais la substitution d’une des dénominations _Bichea_, _Edwardia_ ou +_Lunanea_ à celles de _Cola_ amènerait un changement trop profond dans +la nomenclature, changement qui risquerait de n’être pas accepté par la +majorité des botanistes. Nous conserverons donc ce dernier nom qui a +reçu la consécration de l’usage. + +C’est d’ailleurs la conclusion à laquelle est arrivée la _Commission +internationale de nomenclature_ au Congrès botanique de Vienne en 1905, +aussi le nom de _Cola_ figure dans la colonne de l’_Index nominum +genericorum utique conservandorum secundum articulum visesimum regularum +nomenclaturæ botanicæ internationalium_. + + * + * * + +ENDLICHER et SCHOTT, puis Rob. BROWN n’admettent encore que trois +espèces du genre _Cola_ ; MASTERS, dans le tome I du _Flora of tropical +Africa_, paru en 1868, en cite déjà 11, tandis que BAILLON, en 1873, +n’en mentionne que 6 dans son _Histoire des Plantes_. + +K. SCHUMANN, en 1900, dans sa _Monographie des Sterculiacées +africaines_, après avoir étudié les matériaux rapportés à l’Herbier de +Berlin par les explorateurs du dernier quart du XIXe siècle, fut amené à +étendre considérablement le nombre des espèces connues. Il en porte le +total à 32 et si l’on y joint les espèces décrites depuis cette époque +par DE WILDEMAN, W. BUSSE, A. ENGLER et par l’un de nous, ce chiffre +s’élève aujourd’hui à 40 espèces environ. Ajoutons enfin que l’intérieur +du continent africain est encore trop mal exploré pour qu’on puisse nier +la possibilité de découvrir encore de nombreuses espèces nouvelles, +dépourvues probablement, il est vrai, d’un réel intérêt économique, car +il est peu probable qu’on découvre encore de nouveaux Kolatiers +produisant des amandes très appréciées par les indigènes. + +K. SCHUMANN eut le grand mérite, non seulement de décrire beaucoup +d’espèces nouvelles du genre _Cola_, mais il les groupa encore +méthodiquement en sections en s’appuyant sur des caractères importants +qu’il fut le premier à mettre en relief. + +La séparation des _Sterculia_ et des _Cola_ est aujourd’hui admise par +tous les botanistes. + +Dans le dernier genre, spécial à l’Afrique occidentale et centrale, les +fleurs mâles ont les _loges des anthères régulièrement disposées_ sur un +ou deux rangs et forment une couronne simple ou double ; de plus, la +graine adulte est _privée d’albumen_. + +Dans les _Sterculia_, répandus dans tous les pays tropicaux, les fleurs +mâles ont les _loges des anthères rapprochées irrégulièrement_ et +réunies le plus souvent en boutons ; les graines _présentent toujours un +albumen_. + +« On peut facilement, dit K. SCHUMANN, séparer le genre _Cola_ ainsi +défini en deux groupes. Le premier comprendra les espèces dont les +anthères longues et linéaires sont rangées en anneau simple ; le second +renfermera les espèces avec loges des anthères ellipsoïdales +superposées, c’est-à-dire réunies en deux groupes annulaires, situés +l’un au-dessus de l’autre. Dans ce dernier, les botanistes +systématiciens disent _antheris maximi divaricatis_ ; il serait +préférable de dire _antheris superpositis_. » + +Le même auteur partage ensuite le premier groupe en quatre sections ou +sous-genres : + +La première, comprenant seulement le _Cola caricifolia_ (G. Don) K. +Schum., se différencie facilement par une duplicature des carpelles en +relation avec le nombre des dents du calice ; il y a 8 à 10 feuilles +carpellaires pour un calice à 4 ou 5 lobes. Le savant botaniste de +Berlin voit dans ce caractère un peu anormal, un stade ancestral, d’où +le nom de _Protocola_ qu’il donne à cette section. + +La deuxième, qui ne comprend également qu’un seul représentant (_C. +Chlamydantha_ K. Schum.), a aussi un gynécée pléiomère (à feuilles +carpellaires doubles des divisions du calice), mais elle diffère de la +section _Protocola_ par le nombre considérable de loges d’anthères qui +s’élève à 30 au minimum. Dans le genre _Cola_ comme dans la plupart des +Sterculiacées, les anthères sont à deux loges (l’anthère est à trois +loges seulement chez le _Ayenia_) et dès lors le _C. chlamydantha_ +aurait donc 15 étamines. L’auteur adopte pour cette section le nom de +_Chlamydocola_, pour rappeler que la fleur est enveloppée d’un grand +involucre à 3 folioles. + +Ces deux sous-genres diffèrent encore par les feuilles, lobées chez +_Protocola_ et digitées chez _Chlamydocola_. + +Viennent ensuite deux autres sous-genres qui, avec les précédents, +constituent le premier groupe principal ; ils possèdent seulement 3 à 5 +carpelles : la section _Haplocola_ est pourvue de feuilles simples, +entières ou lobées ; celles des espèces de la section _Cheirocola_ sont +au contraire digitées. + +« Ce dernier sous-genre subira peut-être, par suite d’études plus +approfondies, un nouveau démembrement : les grosses graines du _C. +pachycarpa_ K. Schum. entourées d’un tégument épais et charnu sont bien +particulières et, d’autre part, le _C. digitata_ Mast., avec ses petites +graines renfermées dans des carpelles déhiscentes de bonne heure et +portées sur un long stipe, est aussi très spécial. ». + +Le deuxième groupe principal, remarquable par la double rangée de loges +staminales, comprend les deux sections ou sous-genres _Autocola_ et +_Anomocola_. + +Dans le premier se rangent les espèces fournissant les vraies noix de +Kola, d’où sa dénomination. Le sous-genre _Anomocola_ en différerait par +les feuilles verticillées ; en outre, les feuilles accompagnant les +fleurs (préfeuilles ou bractées recouvrantes) sont groupées en un organe +en forme de bonnet se détachant par une fente annulaire basale, +caractère qui ne se rencontre chez aucun des autres représentants de la +famille des Sterculiacées. Une seule espèce y est actuellement rangée, +le _C. anomala_ K. Schum. Bien que nous n’ayons pas vu le type, nous +pensons que cette espèce n’est autre que le _Cola verticillata_ et ce +dernier présente des analogies trop grandes avec les autres espèces de +la section _Autocola_ pour que nous l’en séparions. + + +Les caractères de ces 5 sections ont été résumés par K. SCHUMANN dans un +tableau dont voici la traduction : + + + =A.= Androcée sur un seul rang, c’est-à-dire avec loges des anthères + étroites, parallèles et placées à côté les unes des autres en formant + une seule couronne qui entoure un rudiment de pistil. + + A. Carpelles en nombre double des dents du calice. + + α Etamines en même nombre que les carpelles. Feuilles simples, + lobées + + 1. _Protocola_. + + β Etamines (15) plus nombreuses que les carpelles. Feuilles + digitées + + 2. _Chlamydocola_ + + B. Seulement de 2 à 5 carpelles. + + α Feuilles entières ou lisses + + 3. _Haplocola_. + + β Feuilles digitées + + 4. _Cheirocola_. + + =B.= Androcée sur deux rangs, c’est-à-dire que les loges des anthères, + relativement courtes, sont placées l’une au-dessus de l’autre sur deux + rangs (antheræ maximi divaricantes vel superpositæ). + + A. Feuilles parfois verticillées sur les jeunes rameaux, mais plus + tard toujours disposées en spirales. Bractées de l’inflorescence + petites, ouvertes ; de petites préfeuilles + + 5. _Autocola_. + + B. Feuilles également disposées en verticilles sur les axes + florifères ; bractées relativement grandes réunies entre elles et + formant une sorte de bonnet se détachant par une fente annulaire + + 6. _Anomocola_. + + +L’étude de toutes les espèces ainsi réparties nous entraînerait hors du +sujet que nous avons choisi. Nous nous contenterons d’examiner en détail +les espèces qui constituent la section _Autocola_ qui, dans le travail +de K. SCHUMANN, sont au nombre de 5 caractérisées comme il suit : + + + =AUTOCOLA= K. Schum. + + + =A.= Feuilles lancéolées ou oblongues, cunéiformes ou arrondies à la + base, jamais lobées, plus ou moins distinctement trinerviées. + + A. Feuilles sèches de couleur cuir clair, paucinerviées, calice + glabre (nu) à l’intérieur ; seulement 6 graines par carpelle ; + embryon avec deux cotylédons qui restent fermés pendant la + germination + + _Cola vera_ K. Schum. + + B. Feuilles sèches la plupart brun sombre, plurinerviées. Calice velu + à l’intérieur ; 10 à 12 semences par carpelle ; embryon avec 4-6 + cotylédons qui s’écartent à la germination + + _C. acuminata_ (Pal. Beauv.) R. Br + + =B.= Feuilles entières, ovales arrondies, jusqu’à former un cercle, + largement aigües à la base ou rétrécies ou arrondies, plurinerviées, + jamais profondément cordiformes. + + A. Feuilles glabres ; inflorescences très ramifiées, lâches. Fleurs + ayant au plus 14 loges d’anthères + + _C. lateritia_ K. Schum. + + B. Feuilles pourvues en-dessous de belles écailles dorées, à rameaux + longs portant de nombreuses fleurs + + _C. hypochrysea_ K. Schum. + + =C.= Feuilles ovales, d’ordinaire lobées, profondément cordées à la + base + + _C. cordifolia_ (Cav.) R. Br. + + +Tel était l’état de la question à l’époque de la publication de la +remarquable monographie de K. SCHUMANN. Nous n’avons reproduit ce +tableau qu’à titre documentaire, car nous montrerons plus loin qu’il est +tout à fait insuffisant pour différencier les diverses espèces de la +section _Autocola_. + +Le sectionnement du genre _Cola_, lui aussi, doit être légèrement +modifié. Nous avons déjà dit que la section _Anomocola_ devait être +fondue avec la section _Autocola_ ce qui réduisait à quatre le nombre +des sections ; mais il devient nécessaire, d’après nos recherches, de +scinder en deux la section _Autocola_, la seule dont nous ayons à nous +occuper ici. + +Les deux premières espèces citées dans le tableau ci-dessus +constitueront la nouvelle section _Eucola_, qui comprendra les cinq +espèces étudiées dans un prochain Chapitre. Les trois dernières espèces +du tableau précédent formeront une dernière section que nous nommons +_Macrocola_, ce nom rappelant qu’elle renferme les plus grands arbres du +genre. + + + Sect. =MACROCOLA= A. Chev. + +Tous les représentants connus de cette section sont de très grands +arbres s’élevant parfois de 25 mètres à 40 mètres de hauteur. Feuilles +alternes, grandes ; limbe à contour suborbiculaire, parfois lobé, +souvent plus large que long, arrondi ou cordé à la base. Carpelles 3 ou +4 (rarement 5). Stigmates formant un écusson lobé recouvrant l’ovaire. +Follicules mûrs _rouges_ ou d’un vert-jaune marbré de pourpre, _toujours +déhiscents à maturité_, pubescents à l’intérieur. Graines peu +volumineuses, entourées d’un tégument externe épais devenant à maturité +charnu-mucilagineux et très sucré. Cotylédons 2. Espèces : _Cola +cordifolia_ (Cav.) R. Br., _C. cordifolia_ var. _nivea_ Pierre (A. +Chev.), _C. cordifolia_ var. _Maclaudi_ (Cornu) A. Chev., _C. gigantea_ +A. Chev., _C. lateritia_ K. Schum., _C. hypochrysea_ K. Schum., et +d’autres espèces décrites par DE WILDEMANN. + + + Sect. =EUCOLA= A. Chev. + +Arbres de petite taille (le plus souvent de 6 à 15 mètres de hauteur, +dépassant rarement 20 mètres). Feuilles alternes parfois verticillées ou +subverticillées ; limbe lancéolé ou oblong, jamais plus large que long. +Carpelles 5 rarement 6 à 8, stigmates oblongs réfléchis sur les ovaires. +Follicules souvent indéhiscents à maturité, de couleur grisâtre, verte +ou blanchâtre, lisses à l’intérieur. Graines grosses, entourées d’un +tégument externe blanchâtre membraneux et consistant à maturité, non +sucré. Cotylédons presque toujours plus de deux, ou deux dans la seule +espèce _C. nitida_. Amandes comestibles, ordinairement riches en +caféine. + +Espèces : _Cola nitida_ (Vent.) A. Chev. et ses races, _C. acuminata_ +(Pal. Beauv.) Schott et Endl., _C. verticillata_ (Thonn. in Schum. +Stapf.), _C. Ballayi_ Cornu in Hort. Paris. + +Espèce douteuse : _C. sphærocarpa_ A. Chev. + +Dans tous les chapitres qui suivront, nous ne nous occuperons plus +désormais que des espèces de cette section. + + * * * * * + + +[Note 70 : STOKES. — Bot. mat. méd., II, 1812, p. 564.] + +[Note 71 : O. KUNTZE. — Rev. gen. plant., I, p. 79.] + +[Note 72 : W.-P. HIERN. — _Welwitsch’s Catal. of the african Plants_, I, +1896, p. 84.] + + + + + CHAPITRE V. + + * * * * * + + =Caractères généraux des espèces de la section _Eucola_.= + + +_Port._ — Tous les Kolatiers de la section _Eucola_ sont des arbres de +deuxième grandeur atteignant leur port définitif vers la quinzième ou la +vingtième année. Dans l’ensemble, ils rappellent un peu les Noyers ou +mieux encore peut-être les Pommiers à cidre. Les branches s’étalent à +partir d’une hauteur de 3 à 4 mètres et il est rare que le tronc +atteigne 6 à 8 mètres sans ramifications (Fig. 4). La hauteur totale des +Kolatiers adultes est de 15 à 20 mètres et exceptionnellement dans la +forêt vierge leurs dimensions peuvent s’élever jusqu’à 25 mètres de +hauteur avec un tronc mesurant jusqu’à 60 cm. de diamètre à la base. + +Les Kolatiers plantés dans les endroits éclairés, par exemple autour des +villages, restent toujours plus petits et souvent se ramifient à moins +de 2 mètres au-dessus du sol. Au contraire ceux qui croissent dans les +sous-bois de la forêt ont souvent un tronc grêle et lorsque les arbres +environnants sont abattus, ils se présentent avec un tronc élancé (Fig. +5). + +L’écorce du tronc est brune et s’enlève par écailles ; sur les jeunes +rameaux, l’épiderme persiste jusqu’à la troisième ou quatrième année ; +ces mêmes rameaux sont pourvus d’une moelle abondante et à l’état frais +sont cylindriques, de couleur brun-verdâtre, luisants, sans trace de +lenticelles. Les cicatrices foliaires produisent des écussons sub- +circulaires, très saillants, au-dessus desquels on observe souvent les +_gemmules_ dont il sera question plus loin. + +A l’état sec, les rameaux les plus jeunes sont anguleux et cannelés, par +suite de la course des faisceaux libéro-ligneux des feuilles qui +descendent en cordons apparents à l’extérieur sur un assez long parcours +dans l’écorce avant de se joindre à la couronne libéro-ligneuse de la +tige. + + +_Gemmules._ — Louis PIERRE, dans les notes manuscrites jointes à son +Herbier, donne ce nom à des organes très particuliers qui ne paraissent +pas avoir été signalés encore et qui existent chez toutes les espèces de +la section _Autocola_ (sensu stricto). + +Ce sont de gros bourgeons qui naissent à l’aisselle de certaines +feuilles lorsque celles-ci sont parvenues à l’état adulte. Ces bourgeons +sont protégés extérieurement par un grand nombre d’écailles se +recouvrant les unes les autres. L’extérieure est très brune, +parcheminée, coriace ; ses bords sont soudés de sorte qu’elle affecte la +forme d’un cornet abritant le bourgeon tout entier. + +Les gemmules persistent après la chute des feuilles, puis au lieu de +donner naissance à des rameaux ou à des inflorescences, elles se +détachent parfois à leur tour en laissant au-dessus de la cicatrice +foliaire une autre cicatrice circulaire, plus petite et fortement +concave. + +L’abondance, la forme et les dimensions de ces gemmules varient d’un +arbre à l’autre. Mais on les trouve particulièrement abondantes sur +certains individus végétant dans des conditions défavorables. + +Il s’agit en réalité de bourgeons dormants pouvant produire des +inflorescences ou pouvant tomber avant leur épanouissement pour des +causes encore mal connues. + +[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.= + +56 _bis_. + +FIGURE 11. + +FIGURE 12. + +FIG. 11. — =Cola nitida= A. Chev. — Jeune sujet vivant (Exemplaire du +Muséum de Paris). + +FIG. 12. — =Cola= sp. à feuilles pendantes du Congo (Exemplaire cultivé +dans les serres du Muséum).] + +[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.= + +57 _bis_. + +FIG. 13. — =Cola acuminata= Schott. et Endl. — Follécules à différents +âges. + +_a_, vues par la face supérieure ; _b_, vues par la face inférieure ; +Gabon (_Herb. Mus. Paris_).] + + +_Feuilles._ — RÉPARTITION. — Les feuilles sont, après les graines et les +fruits, les parties les plus importantes pour distinguer les espèces de +la section _Eucola_. Les variations, d’une espèce à l’autre, portent +surtout sur leur répartition, leur forme générale, la disposition des +nervures et sur l’acumen. Par contre, des différences individuelles +parfois considérables s’observent souvent dans la même espèce ; elles se +rapportent plus particulièrement aux dimensions du pétiole, longueur et +diamètre, à l’articulation de ce dernier avec le limbe, aux dimensions +et à la consistance de celui-ci, au nombre des nervures. Tous ces +caractères d’ordre secondaire sont fonction de l’âge et de la vigueur +des rameaux sur lesquels sont insérées les feuilles. + +[Illustration : (Cliché Schiffer) + +FIG. 5. — _Cola nitida_ dans une plantation chez les Bétés à la Côte +d’Ivoire (conservé sur l’emplacement de la forêt défrichée).] + +Presque toujours isolées, elles sont cependant, dans le _C. +verticillata_ Stapf, nettement verticillées par 3 ou par 4 à l’extrémité +des rameaux et parfois opposées à leur base (fig. 3). Chez quelques +formes d’autres espèces, on observe parfois de 2 à 6 feuilles insérées +presque à la même hauteur à l’extrémité de certains rameaux et dans ce +cas elles sont très brièvement pétiolées. Un examen plus attentif permet +de constater que ce sont des feuilles isolées en disposition spiralée, +mais sur une spire à tours très rapprochés vers l’extrémité et +s’écartant progressivement au fur et à mesure que l’on se rapproche de +la base du rameau où leur disposition redevient normale. + +Le _C. Ballayi_ porte ses feuilles groupées par _faux verticilles_ de 5 +à 15 feuilles, formant ainsi des panaches très écartés (Pl. VIII et fig. +6) les uns des autres et donnant à cet arbre un aspect particulier. Un +gros rameau privé de feuilles sur une grande partie de sa longueur se +termine par 2 ou 3 de ces faux verticilles très rapprochés les uns des +autres et les feuilles qui s’y insèrent sont dressées, formant ainsi un +seul gros bouquet à son extrémité. Tout le reste du rameau est +complètement dénudé ou parfois porte deux ou trois bouquets de feuilles +en faux verticilles, espacés de 5 cm. au moins les uns des autres. + + +_Pétiole._ — Parfois presque nul pour les feuilles terminant les +rameaux, il peut mesurer 15 à 20 cm. chez les feuilles inférieures et +son diamètre est également très variable. Sur les rameaux grêles, le +diamètre n’est guère que de 2 mm., tandis qu’elle atteint 4 mm. sur les +pousses très robustes. Il est toujours presque cylindrique et présente à +ses deux extrémités des renflements moteurs en forme de bourrelet épais +et allongé. + +Le rôle de ces renflements est de régler par turgescence l’inclinaison +de la feuille, d’après l’éclairage qu’elle reçoit. Au jour et à la +grande lumière, le limbe est très incliné par rapport au pétiole (Fig. +11) ; dans les parties ombragées, le limbe est disposé de manière à +recevoir le maximum d’éclairage. Dans le chapitre consacré à l’anatomie, +nous montrerons comment s’effectue ce mouvement. + +Le pétiole forme souvent un angle de 90° avec l’axe du rameau, sauf dans +le _C. Ballayi_ où il est très ascendant. Au contraire, dans une espèce +encore inédite cultivée dans les Serres du Muséum de Paris, il est +pendant et les rameaux ont ainsi un port très spécial. + +[Illustration : FIG. 8. — _Cola acuminata_. Feuilles anormales avec des +lobations.] + +Quant au limbe, il est rare qu’il se continue dans la direction du +pétiole. Le plus souvent il est pendant et forme un angle très ouvert +avec ce dernier (Fig. 2) ; seules les feuilles des pousses terminales, à +pétiole court, ont la nervure médiane dans son prolongement et, d’une +façon générale, plus le pétiole est long, plus le limbe est incliné. Le +pétiole semble donc s’allonger de manière à assurer à la feuille un +éclairage suffisant. Il est accompagné à sa base dans les jeunes pousses +de très petites stipules linéaires ou lancéolées tombant bien avant que +les feuilles soient complètement épanouies. + + +_Limbe._ — Le limbe très entier a un contour oblong, ou oblong- +lancéolé ; rarement il est plus large par rapport à la longueur et dans +ce cas il présente une forme ovale-lancéolée. Très rarement le contour +est assez étroit pour que le limbe soit nettement oblong-linéaire. C’est +le cas pour le _Cola mixta_ forma _angustifolia_ A. Chev. + +Presque toujours cunéiforme à la base, il est cependant parfois arrondi, +ainsi qu’on le constate sur le type même du _Sterculia grandiflora_ +Ventenat (Pl. IV). Au sommet, il se termine plus ou moins brusquement +par un acumen obtusiuscule mesurant de 5 mm. à 25 mm. de long, assez +étroit, tantôt droit, tantôt incliné d’un côté. + +En résumé, toutes les espèces de la section _Eucola_ ont une forme +générale identique et ne présentent point les grandes variations qu’on +observe dans certaines sections du même genre. Nous avons parfois trouvé +sur _Cola acuminata_, parmi un grand nombre de feuilles normales, +quelques feuilles plus ou moins lobées au sommet (Fig. 8). Cette +anomalie permet d’expliquer l’existence à l’état normal, chez certaines +espèces d’autres sections, de feuilles lobées ou même de feuilles +composées-digitées. Enfin, nous avons découvert dans la forêt vierge de +la Côte d’Ivoire, une espèce de la section _Cheirocola_, récemment +décrite (_Cola proteiformis_ A. Chev.)[73], qui réunit, en quelque sorte +à l’état normal, les différentes formes de feuilles qu’il est possible +d’observer dans le genre _Cola_. A côté des feuilles lancéolées +acuminées dont la forme rappelle celles des _Eucola_, on trouve en assez +grand nombre sur le même rameau ou sur des rameaux séparés des feuilles +composées, tantôt à 3, tantôt à 5 folioles. Nous avons cru utile de +figurer un rameau de cette espèce pour montrer les affinités qui peuvent +exister entre des espèces d’apparence parfois très dissemblables, ce qui +est le cas pour les _Eucola_ par rapport aux _Cheirocola_ (Fig. 9). + +Le bord du limbe dans les _Eucola_ est un peu épaissi et légèrement +incurvé en dessous. + +[Illustration : FIG. 9. — _Cola proteiformis_ A. Chev. + +Sur le même rameau on voit une feuille à une foliole, une autre à 3 +folioles et enfin une feuille à 5 folioles.] + +Mesurant en moyenne 10 cm. à 15 cm. de long sur 3 cm. à 5 cm. de large, +il peut atteindre jusqu’à 25 cm., parfois 30 cm. de longueur et 12 cm. +de largeur et dans des cas exceptionnels (pousses très vigoureuses) il +peut avoir 50 cm. de longueur chez _C. Ballayi_. + +La nervure médiane est légèrement saillante en-dessus et très saillante +en-dessous ; les nervures latérales I, au nombre de 5 à 8 paires, sont +ascendantes toujours dépourvues d’acarodomaties à leur aisselle, réunies +à l’extrémité par des arceaux plus ou moins visibles et plus ou moins +réguliers ; elles sont parfois entremêlées de quelques nervures +latérales II. Enfin, entre ces nervures existent des nervilles formant +des réseaux plus ou moins apparents à la face inférieure. + +Les feuilles très jeunes sont recouvertes d’un léger tomentum roussâtre +formé de poils étoilés, plus ou moins nombreux, promptement caducs. Les +feuilles adultes sont glabres et coriaces, plus ou moins luisantes en- +dessus ; la face inférieure est d’un vert pâle. La dessiccation change +la coloration : dans les herbiers, le limbe est noirâtre ou d’un brun- +verdâtre en-dessus et d’un brun-fauve en-dessous. + +Les feuilles sur les rameaux stériles et les jeunes pousses ont +sensiblement la même forme que sur les rameaux fertiles, mais elles sont +beaucoup plus grandes et terminées par un acumen plus allongé. Sur les +rameaux stériles du _Cola nitida_, on observe assez souvent des feuilles +dont le limbe atteint 30 cm. de long sur 12 cm. de large. Sur _Cola +Ballayi_, ces feuilles sont encore beaucoup plus grandes. + + +_Inflorescences._ — Elles naissent seulement sur les rameaux de +deuxième, de troisième ou quatrième année et rarement sur les rameaux +plus âgés ayant perdu leurs feuilles depuis longtemps. + +Parfois cependant, par exemple dans le _C. Ballayi_, on observe des +inflorescences sur des rameaux non feuillés ; dans ce cas, elles +s’insèrent au-dessus ou sur les côtés des cicatrices foliaires (Fig. 7). + +On observe aussi assez fréquemment, notamment chez les _C. verticillata_ +et _C. nitida_, des rameaux de l’année fleuris (Pl. III et Pl. IV) ; les +inflorescences sont alors courtes, ramassées et presque toujours +réduites à des fleurs mâles, de sorte que des fruits ne naissent jamais +de ces organes. Il est à peine nécessaire de faire remarquer qu’un jeune +rameau aurait de la peine à supporter une fructification de Kolatier, +puisqu’une seule fleur fécondée peut produire 5 ou 6 carpelles d’un +poids à l’état adulte de deux à trois kilogs. + +On sait du reste que, chez la plupart des représentants de la famille +des Sterculiacées, les fleurs naissent non sur les jeunes rameaux, mais +sur les branches déjà assez âgées. Chez le Cacaoyer en particulier, +c’est sur le tronc et sur les vieilles branches latérales que s’insèrent +les cabosses. Les inflorescences sont des grappes composées, pauciflores +ou plus ou moins denses, à rachis un peu comprimé, avec des pédicelles +ayant de 6 mm. à 12 mm. de long, mais pouvant atteindre jusqu’à 18 mm. +et portant des bractées et bractéoles très caduques, ovales, très +concaves, plus ou moins couvertes d’un tomentum roussâtre ou brun- +rouille. + +Chaque racème principal atteint de 2 cm. à 6 cm. de long ; il est +souvent accompagné à sa base de deux petits racèmes courts subsessiles. +Les fleurs s’épanouissent successivement et la floraison dure très +longtemps. Il n’est pas rare d’observer certains arbres de ce groupe en +fleurs presque toute l’année. + +Du reste le calice est marcescent et persiste longtemps après la +floraison, même si les fleurs ont avorté. + +Pendant l’anthèse, les fleurs dégagent un parfum nauséeux. + + +_Fleurs._ — Les espèces de la section _Eucola_ présentent une +hétérogamie des plus remarquables. Certains arbres ne produisent +exclusivement que des fleurs mâles ; la plupart des individus produisent +un grand nombre d’inflorescences exclusivement mâles, puis quelques +grappes avec des fleurs hermaphrodites à la base et des fleurs mâles au +sommet. Quelques plants ont des fleurs mâles et des fleurs +hermaphrodites entremêlées sur toutes les inflorescences et quelquefois +une grappe de fleurs mâles est surmontée d’une ou plusieurs fleurs +hermaphrodites ; il est très rare de rencontrer des Kolatiers portant +plus de fleurs hermaphrodites que de fleurs mâles. Enfin nous n’avons +jamais rencontré un Kolatier chargé exclusivement de fleurs +hermaphrodites. + +Dans toutes les espèces, même avant leur épanouissement, les fleurs +mâles sont faciles à distinguer des hermaphrodites. Le calice, qui a une +préfloraison valvaire dans les deux cas, forme un petit bouton +subglobuleux et blanc tomenteux chez les premières. Chez les secondes, +il est plus gros, nettement obovoïde et un peu apiculé au sommet. Quand +les fleurs s’épanouissent, on constate un dimorphisme encore plus +accusé : les mâles ont un calice de petite taille et rotacé : dans les +hermaphrodites, il est souvent beaucoup plus grand et toujours +campanuliforme. + +Les premières, lorsqu’elles sont épanouies, mesurent souvent que 12 à 20 +mm. de diam., les secondes peuvent atteindre 30 à 40 mm. Dans les deux +sortes de fleurs et dans toutes les espèces, les lobes sont ovales, +lancéolés, longs ordinairement de 5 à 9 mm., plus ou moins aigüs au +sommet, blancs-tomenteux à l’extérieur, recouverts en dedans de quelques +poils étoilés, jamais complètement glabres sur l’une ou l’autre face. + +Un autre caractère de peu d’importance mais d’une constance remarquable +se retrouve chez toutes les espèces de la section : nous voulons parler +de la coloration. Le calice est d’un blanc-crême, mais il présente en +dedans au fond du tube une tache d’un pourpre noirâtre qui se prolonge +jusqu’à mi-hauteur des lobes, le long des 3 nervures, visibles à la face +interne de chaque lobe. Ces stries pourpres n’existent pas à +l’extérieur, mais elles sont constantes à la face interne ; une seule +race en est privée et a les fleurs complètement blanches, c’est le _Cola +nitida_ A. Chev. s.-sp. _C. alba_ A. Chev. du Kissi. + +La forme de l’androcée est assez constante dans toutes les espèces, mais +elle varie suivant le degré d’épanouissement de la fleur : du fond du +calice s’élève un petit stipe grêle, pubescent, parfois presque nul, +parfois atteignant 3 mm. de long. Ce stipe se dilate brusquement et se +termine par un écusson orbiculaire, aplati ou même concave en-dessus ; +sur son bord, cet écusson (qui n’est autre qu’un connectif commun adné à +un pistil central avorté réduit à 5 ou 6 petits points faisant saillie +au centre de l’écusson et en-dessus) porte vingt logettes[74] +considérées comme des anthères. Ces logettes sont disposées en deux +séries de 10, superposées. + +Chacune constitue une loge à déhiscence longitudinale, mais lorsque +celle-ci est opérée, il reste à l’intérieur un petit dissépiment +longitudinal qui pourrait faire croire à l’existence d’une anthère à +deux loges. + +Le sagace observateur qu’était PIERRE, a interprété de la manière +suivante l’androcée des _Eucola_. Il correspondrait à 5 étamines +seulement, ces étamines étant verticales (comme dans d’autres sections +du genre _Cola_) et chacune à deux loges avec déhiscence longitudinale : +les étamines auraient leurs loges écartées ; en outre, il se serait +produit une cloison transversale dans chaque loge amenant ainsi la +constitution d’un thèque supérieur et d’un thèque inférieur, c’est-à- +dire la formation des 20 logettes existantes. Cette transformation a pu +se produire pendant l’évolution des ancêtres des _Eucola_, mais dans les +espèces actuelles, même à l’état très jeune les 20 thèques sont bien +distincts et écartés les uns des autres. + +Les logettes staminales de l’étage supérieur font saillie au-dessus du +disque qu’elles entourent ; avant leur déhiscence, elles convergent vers +le centre en formant une masse capitée ; plus tard cette masse s’ouvre +et forme une urcéole, enfin elle s’étale en disque ; la pointe des loges +fait saillie sur les bords du disque en produisant 10 crénelures et 10 +dents dont 5 parfois plus profondes. Ainsi que nous l’avons exposé dans +un chapitre précédent, ces dispositions se retrouvent dans toutes les +espèces d’_Eucola_ dont les fleurs sont connues. + +Les fleurs hermaphrodites portent un gros gynécée ovoïde formé de 5 ou 6 +carpelles (parfois moins et parfois aussi jusqu’à 8) libres, mais +pressés les uns contre les autres, blancs-tomenteux à l’extérieur, +oblongs, surmontés chacun d’un stigmate sessile, étroit, courbé en +crosse dès sa base et descendant le long du carpelle jusqu’à mi-hauteur +de celui-ci, parfois en s’en écartant un peu, le plus souvent en +s’appuyant à sa surface sans lui adhérer ; l’extrémité de chaque +stigmate est subaiguë ou obtusiuscule, mais jamais en large écusson, +comme l’a figuré à tort SCHUMANN pour _C. vera_ (Monographie, fig. 2, C, +p. 125). + +A l’intérieur de chaque carpelle, à l’angle interne, c’est-à-dire sur la +face supérieure lorsqu’il sera étalé, s’insèrent 6 à 16 ovules disposés +sur deux lignes et en ordre alternant. Ces ovules sont anatropes, +pendants dans la cavité ovarienne, sessiles et insérés par un large +ombilic. + +Quant aux organes mâles des fleurs hermaphrodites, ils se réduisent à 20 +logettes (parfois plus ou moins suivant le nombre des carpelles) insérés +sur deux rangs à la base du gynécée. A la partie basale de chaque +carpelle et intimement soudées à lui on observe, en effet, 4 logettes +disposées en X, c’est-à-dire deux supérieures divergentes par le haut et +deux inférieures divergentes par le bas. Ces logettes sont normalement +constituées et renferment des grains de pollen. Cependant TSCHIRCH et +ŒSTERLE ne pensent pas que le pollen soit normal, de sorte que les +fleurs seraient exclusivement femelles. + +Ces logettes staminales desséchées persistent longtemps à la base des +jeunes carpelles. Ceux-ci, à mesure qu’ils se développent, s’étalent en +étoile tout autour du réceptacle leur donnant insertion. Le plus souvent +ils sont étalés dans un plan, parfois au contraire ils sont décombants +ou même ascendants. + +Fréquemment les poils qui les recouvrent tombent rapidement, mais dans +certaines races, les carpelles restent jusqu’à un âge avancé couverts +d’une pulvérulence d’un blanc de neige. + +L’organogénie des ovules après la fécondation mérite d’être signalée : + +Lorsque la jeune graine n’a encore que la taille d’un petit pois, sous +un double tégument membraneux existe une poche remplie de mucilage qui +n’est autre que le sac embryonnaire. + +La membrane qui le limite est tapissée de petites écailles brunes +paraissant provenir du nucelle résorbé et plus ou moins analogues aux +écailles tapissant la paroi interne des carpelles. Nous reviendrons sur +ces écailles dans l’étude anatomique. + +A l’intérieur du sac embryonnaire et dès le jeune âge, on trouve de très +bonne heure l’embryon coloré en rouge (si la noix doit être rouge plus +tard) ; il est ovoïde, plus renflé du côté du hile et dans le _C. +acuminata_ présente une section tetra ou pentagonale correspondant aux +quatre ou cinq cotylédons. Après résorption du sac embryonnaire, la +graine doit encore rester plusieurs mois sur l’arbre avant d’arriver à +complet développement. + + +_Fruit._ — On sait que chaque fleur femelle fécondée peut donner en +général 5 follicules dérivant des 5 carpelles de l’ovaire, rarement plus +de 5 et assez souvent moins. La forme et les dimensions de ces fruits +varient beaucoup d’une espèce à l’autre, aussi fournissent-ils +d’excellents caractères de classification. + +Ces follicules sont insérés en verticille autour du pédoncule de la +fleur devenu ligneux et considérablement accru pendant la maturation. + +Les graines s’insèrent sur deux larges lignes placentaires situées +tantôt sur les bords de la feuille carpellaire dans les espèces de la +section _Cheirocola_ ; au contraire, dans les espèces de la section +_Eucola_, elles s’insèrent sur deux lignes rapprochées de part et +d’autre de la crête dorsale qui correspond à la nervure médiane de la +feuille carpellaire ; elles sont par conséquent opposées à la suture +inférieure ou ventrale par où se fait la déhiscence du fruit (Fig. 13). + +Chaque follicule presque adulte présente dans les espèces de ce groupe : + +1o Une crête dorsale ou interne ou supérieure correspondant à la face +placentaire ; 2o un sillon ventral, externe ou inférieur correspondant à +la ligne de déhiscence, chez les espèces qui s’ouvrent à maturité ; ce +sillon ventral est souvent à son tour bordé par deux rebords ou fausses +crêtes ; 3o les côtés sont tantôt lisses ou grossièrement bombés par la +protubérance des noix ; dans certaines races, ils sont fortement +verruqueux-scoriacés et les verrues s’étendent parfois jusqu’au sillon +ventral. + +La forme générale d’un carpelle adulte est ovoïde-allongée avec la face +dorsale ordinairement beaucoup plus bombée que l’autre, la dimension est +de 5 à 12 cm. de long sur 3 à 7 cm. de large. Certains carpelles très +robustes dans _C. acuminata_ et dans _C. Ballayi_, atteignent jusqu’à 15 +et 20 cm. de long. + +Le follicule, dans la partie basilaire qui ne renferme pas de graines, +s’amincit plus ou moins en stipe ; le sommet se termine par un rostre +(base du stigmate accrescent) qui a souvent dans le jeune âge la forme +d’un bec d’oiseau et qui parfois se prolonge en pointe recourbée vers la +face ventrale. + +En outre, la forme de ces fruits varie énormément d’une espèce à l’autre +comme aussi leur disposition par rapport à l’axe du pédoncule : ils sont +parfois étalés horizontalement, parfois réfléchis, rarement un peu +ascendants. + + +_Déhiscence des fruits._ — Tous les Kolatiers de la section _Eucola_ que +nous avons observés en Afrique tropicale, soit dans les plantations, +soit dans la forêt vierge, produisent des fruits qui nous ont paru +toujours indéhiscents. Les indigènes reconnaissent que les noix sont +mûres quand l’exocarpe prend une teinte vert-jaunâtre ou gris-terreux +dans certaines formes de _C. acuminata_. Ils les cueillent dans cet état +et les ouvrent avec un couteau pour retirer les noix. Les fruits qui ont +passé la maturité restent adhérents à l’arbre, les fourmis creusent +souvent des galeries dans le péricarpe pour se nourrir du mucilage qui +en découle, elles attaquent même le tégument des graines et mettent les +noix à nu ; mais, dans ce cas encore, nous n’avons jamais vu le +follicule s’ouvrir en deux valves, comme cela se produit dans les +espèces de la section _Macrocola_. + +Tous les colons et agents de culture que nous avons questionnés nous ont +eux aussi assuré que les fruits des Kolatiers ne s’ouvraient pas à +maturité pour mettre les graines en liberté. + +Cependant, d’après d’autres témoignages, la déhiscence peut s’opérer +soit dans certaines races encore mal connues, soit dans des conditions +spéciales que pour notre part nous n’avons pas observées. Pour +l’_Ombéné_ du Gabon, qui n’est autre que _Cola acuminata_, H. BAILLON +rapporte, d’après GRIFFON DU BELLAY, que les follicules s’ouvrent +longitudinalement suivant leur bord interne ou supérieur. Cette +affirmation aurait besoin d’être contrôlée, car l’un de nous a observé, +soit à San-Thomé, soit au Dahomey, des follicules mûrs de cette espèce +qui n’étaient pas ouverts et du reste, dans tous les _Cola_ d’autres +sections à fruits connus, c’est par la suture ventrale que s’opère la +déhiscence. + +Enfin, E. HECKEL a publié, en 1898[75], une très belle photographie de +M. GUESDE, montrant une négresse qui vend des Kolas à la Guadeloupe. +Elle tient dans ses mains une corbeille remplie de cabosses (ou +follicules) de Kolatier dont la face ventrale est entrouverte, de sorte +qu’on aperçoit par l’entrebaillement les noix contenues à l’intérieur. +Ces fruits, qui paraissent appartenir à une variété du _Cola nitida_, +sont donc incontestablement déhiscents. Nous n’avons jamais rien vu de +semblable en Afrique, où, même sur les lieux de production, on vend les +noix de Kola sorties de la cabosse et même débarrassées de leur +tégument. + +[Illustration : FIG. 10. — _Cola nitida_ A. Chev. + +Rameau en fleurs, follicules coupés longitudinalement, inflorescences.] + +Dans le _C. sphærocarpa_, la déhiscence s’opère suivant deux lignes +opposées partant du rostre du follicule et se rejoignant peu à peu vers +la base. Il se forme ainsi deux valves et le plan de la déhiscence est +perpendiculaire au plan médian du carpelle. + + +_Graines._ — Les graines s’insèrent sur deux rangs correspondant aux +deux lignes placentaires de chaque côté de la crête supérieure ou +dorsale du follicule. Comme celui-ci est plus ou moins étalé, elles sont +donc comme suspendues dans sa cavité et fixées à la paroi de l’endocarpe +par un large hile arrondi qui peut avoir jusqu’à 4 à 5 cm. de diamètre. +En dehors du placenta, ce hile présente une légère échancrure et du côté +interne il donne attache à une lame blanche mince, courte, mais large et +qui se soude, d’une part au placenta, et de l’autre à la graine. C’est, +sans aucun doute, une dernière trace du raphé. + +Les graines insérées sur les deux lignes placentaires ne sont pas +opposées, mais le plus souvent alternes, de telle sorte que la section +transversale d’un follicule passant par le milieu d’une noix ne fait +qu’effleurer celle qui est placée à côté (Fig. 10). + +Dans toutes les espèces de la section _Autocola_ que nous connaissons, +l’amande (embryon) est enveloppée par une membrane blanchâtre, +spongieuse, facile à déchirer, dont l’épaisseur peut atteindre jusqu’à 3 +mm. ou 4 mm. Dans cette membrane, on distingue nettement deux parties : +une mince pellicule interne entourant l’embryon sans y adhérer, c’est le +_tégument interne de la graine_, tapissé à l’intérieur de petites +ponctuations provenant des restes du nucelle, et une couche externe plus +épaisse, spongieuse à l’intérieur, entourant toute la graine, très lisse +à la surface, sauf à la hauteur du hile et qui se continue sur la paroi +carpellaire dont elle a l’aspect. C’est, d’après nos observations, _un +tégument externe_ enveloppant toute la graine. Ajoutons que c’est ce +même tégument qui se gélifie et devient très sucré au point d’être +comestible dans _Cola cordifolia_ et dans d’autres espèces de la section +_Macrocola_. + +Chez ces espèces, quelques botanistes ont pris à tort pour une arille, +le tégument gélifié. C’est certainement parce qu’il n’avait pas vu de +Kola à l’état naturel que BAILLON assimile « le véritable Kola à la +graine d’une sterculiacée souvent réduite à un gros embryon, plus ou +moins globuleux, charnu, à 2, 3 ou 4 cotylédons épais[76] ». En réalité, +la graine possède toujours un tégument blanc que les indigènes enlèvent +après sa récolte. Ce que nous appelons une noix de Kola est un +_embryon_, c’est-à-dire une graine sans albumen débarrassée de son +tégument. + +Le nombre des cotylédons épais et charnus, constituant l’amande, varie +de 2 à 7. Dans le _C. nitida_ et toutes ses variétés, il est constamment +de deux, dans les races cultivées. Dans les formes sauvages de la forêt +de la Côte d’Ivoire, appartenant à la race _C. pallida_, c’est à peine +si on trouve, sur 1.000 graines, une noix à 3 cotylédons. + +Dans les quatre autres espèces qui nous sont connues, chaque noix compte +au moins 3 cotylédons, le plus souvent 4 ou 5 et parfois jusqu’à 7 dans +_Cola Ballayi_. + +Il serait intéressant de rechercher si les hybrides qui doivent +probablement apparaître là où les _Cola nitida_, _Cola acuminata_ et +_Cola verticillata_ vivent en mélange, ne produisent pas des noix à deux +cotylédons et d’autres noix de 3 à 5 cotylédons sur les mêmes arbres. + +Une communication de JOHNSON, ancien directeur du Jardin d’Aburi, faite +au Jardin de KEW, permet de le supposer. + +L’embryon, chez toutes les espèces productrices de Kola, est rouge ou +blanc, parfois rose-jaunâtre ou verdâtre. Nous reviendrons sur ces +colorations dans un prochain chapitre. + +Ajoutons, pour terminer, que les amandes de Kola sont de taille très +variable dans une même espèce et parfois dans une même variété. Elles +pèsent ordinairement de 8 grammes à 25 grammes, mais on rencontre aussi +des noix qui ne pèsent que 2 ou 3 grammes et quelques-unes atteignent le +poids de 100 grammes. + +Nous n’avons observé ces grosses amandes que très rarement et dans +certaines parties de la Côte d’Ivoire seulement. + +Le nombre des noix par cabosse est très variable : on en observe de 1 à +12, le plus fréquemment, il en existe 5, 7 ou 9. + +Une seule fleur peut produire de 1 à 7 follicules, soit de 30 grammes à +200 grammes de noix fraîches, mais il est rare d’observer sur un même +arbre plus de 20 à 30 groupes de follicules parvenus simultanément à +complet développement. + + * * * * * + + +[Note 73 : CHEVALIER. — _Végét. util._, V (1909), p. 250.] + +[Note 74 : Le nombre des logettes est parfois réduit.] + +[Note 75 : _Ann. Inst. Colonial, Marseille_, IV, 1898, en face la page +16.] + +[Note 76 : BAILLON. — Histoire des Plantes, IV, p. 111. — Voir aussi +_Adansonia_, X, p. 169.] + + + + + CHAPITRE VI. + + * * * * * + + =Caractères histologiques des Kolatiers.= + + +L’histologie des organes végétatifs des arbres du genre _Cola_ n’a fait +l’objet jusqu’alors d’aucun travail d’ensemble, c’est pourquoi nous +donnerons ici, en résumé, les résultats de l’étude comparée à laquelle +nous nous sommes livrés. + +Quelques auteurs ont cependant traité des fruits et des graines et parmi +eux nous citerons : CHODAT et CHUIT[77], ZOHLENHOFER[78], HECKEL[79], +HARTWICH[80] et plus particulièrement une très consciencieuse étude du +fruit et de la graine des _C. vera_ et _Ballayi_ de MM. TSCHIRCH et +ŒSTERLÉ dans leur Atlas classique de Pharmacognosie[81]. + +Quelques observations générales sont également notées dans l’ouvrage de +SOLEREDER[82], et en ce qui concerne l’appareil gommifère, si +spécialement caractéristique des Sterculiacées, nous renverrons pour la +bibliographie au mémoire de M. DOUSSOT[83]. Nous rappellerons seulement +que ces poches à mucilage ont été tout d’abord étudiées par TRÉCUL en +1867, puis par VAN TIEGHEM en 1884-1885. + + + =RACINE.= + + +L’étude histologique de la racine est d’intérêt secondaire, car cet +organe présente la structure normale des racines de Dicotylédons, avec +périderme péricyclique exfoliant l’écorce et poches à mucilage réparties +dans les rayons médullaires de la région libérienne. Plus tard, de +nouvelles formations subérophellodermiques, exfolient successivement les +couches externes précédemment formées en même temps qu’elles donnent de +nouveaux tissus. Dans les jeunes racines, le nombre des poches à +mucilage est variable avec les espèces ou variétés considérées. + + + =TIGE.= + + +La tige jeune des Kolatiers étudiés présente un épiderme à cuticule +épaisse sur lequel s’appuient de deux à quatre assises de cellules à +parois minces, limitées en-dedans par une couche de collenchyme à +épaississements caractéristiques, se sclérifiant dans les tiges plus +âgées. Dans le parenchyme cortical sous-jacent, les poches à mucilage +sont nombreuses et réparties généralement sur un seul rang ; la plupart +ont leurs cellules de bordure très régulièrement disposées et entières ; +mais parfois ces poches à mucilage s’agrandissent par gélification et +rupture des cellules de bordure, et il n’est pas rare de trouver deux de +ces éléments confluents l’un avec l’autre. Le liber est partagé par de +larges rayons médullaires en lames minces, coiffées extérieurement par +des amas de fibres correspondant au péricycle ; de très bonne heure, ce +tissu libérien se découpe par l’apparition de bandes transversales +fibreuses formant un liber stratifié dont la structure est typique pour +les plantes du groupe des Malvales. Les tubes criblés se différencient +par un cloisonnement des cellules issues du cambium qui découpe de +petites cellules compagnes, très visibles dans les jeunes tissus. Plus +tard, ces éléments criblés épaississent leurs parois et constituent des +lames de tissu aplati, comprimé entre les bandes fibreuses de soutien +(Fig. 14). + +[Illustration : FIG. 14. — =Coupe transversale d’un fragment d’écorce du +tronc de= _C. nitida_, =passant par la région libérienne.= — _Rm_, rayon +médullaire ; _tc_, plages de tubes criblés ; _f_, fibres libériennes ; +_pm_, poche à mucilage ; _pl_, parenchyme libérien ; _cp_, cellules +ponctuées à parois légèrement lignifiées.] + +Le bois est riche en vaisseaux rayés ou ponctués, et, de bonne heure, le +parenchyme ligneux, comme celui des rayons médullaires, se lignifie plus +ou moins fortement pour former un cylindre assez compact ; le centre est +occupé par une moelle parenchymateuse ou un peu scléreuse composée de +grands éléments et donnant asile également à de nombreux canaux à +mucilage. Quelques-uns de ces derniers se montrent inclus dans la zone +externe médullaire sclérifiée, mais leurs cellules de bordure restent le +plus souvent parenchymateuses. + +L’oxalate de calcium, toujours abondant et cristallisé en mâcles, est +réparti dans les parenchymes, surtout dans l’écorce et la moelle et plus +particulièrement autour du collenchyme externe et des amas fibreux +périlibériens ; cette disposition est surtout facile à observer en coupe +longitudinale. + +Des péridermes, dont le premier est sous-épidermique, apparaissent +successivement dans la partie externe de l’écorce et donnent naissance à +des lames subéreuses et à des phellodermes très développés, dans +lesquels de nouvelles formations se développent qui exfolient les +précédentes. Cette écorce secondaire renferme de nombreuses poches à +mucilage. + +En même temps, les lames libériennes s’accroissent radialement et leur +tissu conserve la structure stratifiée qu’il affectait dans le début. + +[Illustration : Aug. CHEVALIER et Ém. PERROT. + +=Les Kolatiers.= + +FIG. 15. — =Coupe transversale du pétiole, à la base du limbe.= — _al_, +amas libérien péridesmique ; _col_, collenchyme ; _hyp_, hypoderme ; +_pm_, poche à mucilage ; _pg_, poil glanduleux. G = 100 d. environ.] + +On remarque également des bandes de parenchyme libérien et, dans les +rayons médullaires, des canaux mucilagineux (_pm_, Fig. 15). + +Les variations de structure de la tige chez les diverses espèces ou +variétés sont peu importantes et ne paraissent avoir aucune valeur +systématique. + + + =FEUILLE.= + + +L’étude anatomique de la feuille est plus intéressante et doit surtout +porter sur les particularités de structure du système conducteur dans le +pétiole et dans le limbe. + + +1o _Pétiole._ — Le pétiole des Kolatiers est toujours relativement long +et présente à son point d’attache avec la tige, un renflement très +accentué. De même à son extrémité, il se renfle à nouveau pour permettre +au limbe foliaire ses mouvements nyctitropiques, fonction ici de +l’éclairement solaire[84]. L’histologie comparée de cet organe est donc +délicate, car on constate dans la répartition et le développement des +divers tissus, des modifications assez profondes suivant que l’examen +microscopique porte sur telle ou telle de ses parties. + +Le système fasciculaire est composé typiquement d’un petit nombre de +faisceaux libéro-ligneux, généralement de cinq à neuf, qui se rallient à +un faisceau détaché du cylindre central de la tige, par de longues +cellules annelées ou réticulées. + +Il est à noter aussi que l’examen histologique est rendu plus délicat +par la difficulté éprouvée à faire des coupes minces, sur des +échantillons secs d’herbier, à cause de l’abondance chez certaines +espèces ou variétés, des poches et des cellules à mucilage. + +Si l’on peut disposer de matériaux frais, il convient de les placer, +aussitôt leur récolte, dans l’acool assez fort, ce qui rendra la +préparation des coupes beaucoup plus aisée, le mucilage étant ainsi +coagulé. + +La caractéristique histologique générale du pétiole devra toujours être +recherchée dans la partie moyenne de cet organe à égale distance des +deux renflements (1, Fig. 17). + +La section est alors arrondie, avec un épiderme assez fortement +cuticularisé, interrompu çà et là, par quelques _stomates_ et surtout +par des _poils capités courts_ pluricellulaires, munis d’un pied formé +d’une seule cellule. La membrane de ces poils est assez épaissie et ils +sont toujours très enfoncés dans l’épiderme, dépassant à peine la +surface (_pg._, Fig. 15) ; il n’existe pas de poils tecteurs sur le +pétiole adulte. + +Dans la plupart des espèces, le collenchyme de soutien qui forme une +lame circulaire est séparé de l’épiderme par une à trois assises de +cellules parenchymateuses, sorte d’hypoderme nettement apparent ; le +collenchyme à membrane plus ou moins épaissie est naturellement plus +abondant vers la partie qui correspond à la face inférieure du limbe +(_hyp._ et _col._, Fig. 15). + +Dans le parenchyme conjonctif qui vient ensuite, il n’y a à signaler que +la présence de poches sécrétrices à mucilage, toujours avec cellules de +bordure bien apparentes ; ces poches sont le plus souvent réparties en +un seul cercle autour du système conducteur central, mais on trouve +parfois quelques-unes de ces mêmes formations en dehors de ce cercle. + +Le système fasciculaire débute par une bande de tissu mécanique, formé +de deux séries d’éléments. Les uns, très allongés, fibreux, répartis en +amas irréguliers de forme et de dimension, sont réunis entre eux par +d’autres éléments de diamètre beaucoup plus grand, ponctués, sclérifiés +aussi, mais à peu près isodiamétriques. L’ensemble forme ainsi une bande +fibroscléreuse périlibérienne irrégulière, dont les prolongements +s’avancent vers le corps ligneux pour délimiter extérieurement et +protéger les amas de tissu criblé. + +Le liber comprend donc une série de ces amas répartis au milieu du +parenchyme, formant une lame qui peut n’être pas continue par suite de +la pénétration des prolongements de la bande sclérenchymateuse qui vient +d’être décrite. + +Quant au bois, il est surtout vasculaire, en anneau complet, mais dans +lequel se distinguent des amas plus ou moins apparents ; l’un de ces +amas vasculaires, toujours plus volumineux, correspond à la face +inférieure et indique la symétrie bilatérale de l’organe. + +La région centrale du péridesme, correspondant à la moelle, renferme +toujours soit des îlots de tissu criblé accompagnés de quelques +vaisseaux, soit une ou plusieurs lames libéro-ligneuses, dont il faut +rechercher l’origine dans l’invagination de fragments de l’anneau +libéro-ligneux normal (_al_, Fig. 15 et _fp_, Fig. 17). + +Il ne s’agit pas ici de formations surnuméraires analogues à celles qui +sont bien connues chez les plantes des nombreuses familles à tissu +conducteur médullaire surnuméraire ; la tige des Kolatiers ne +renfermant, en effet, jamais de semblables formations dans la +moelle[85], elles ne sauraient donc passer de la tige au pétiole. + +Au centre, on trouve enfin dans le parenchyme une, deux ou trois poches +à mucilage. + +Quant à l’oxalate de calcium, il est très abondant et toujours en mâcles +cristallines ; quoique réparti çà et là, et en apparence sans ordre, il +se localise cependant de préférence dans deux régions : au pourtour du +sclérenchyme périlibérien et autour du collenchyme externe. + +Le mucilage n’est pas non plus uniquement excrété par les poches +caractéristiques des Sterculiacées, mais encore dans des cellules un peu +hypertrophiées dont l’examen permet aisément de se rendre compte de +l’origine de cette formation. De la paroi interne partent, en effet, des +amas laissant apercevoir de fines stries, qui indiquent les couches +successives du dépôt de la matière (_cm_, Fig. 18). + +L’amidon est abondant, et l’orcanette acétique décèle dans un très grand +nombre de cellules de gros globules ou un contenu transparent, sur la +nature desquels il est difficile d’émettre une opinion. + + +_Renflement basilaire._ — Des coupes pratiquées vers le point +d’insertion sur la tige, montrent un certain nombre de modifications +dans la structure type. + +On remarque d’abord que la sclérification périlibérienne n’existe pas, +et c’est à peine si des amas cellulaires réagissent à la matière +colorante, de façon différente des éléments du parenchyme qui les +entoure. Néanmoins, les cellules qui le composent sont plus allongées, à +parois plus épaisses, et au fur et à mesure que le renflement diminue, +celles-ci commencent à prendre les colorants ce qui indique que la +sclérification s’opère et bientôt les paquets de fibres apparaissent +nettement différenciés. Plus on s’éloigne de la base, plus le phénomène +s’accentue, et peu à peu, les cellules avoisinantes s’épaississent à +leur tour pour réunir les premières, en formant un anneau de soutien +complet, mais le plus souvent très inégal d’épaisseur (1, Fig. 17). + +[Illustration : FIG. 16. — =Coupe schématique au niveau du renflement +basiliaire, au point d’insertion des pétioles sur la tige.= — _m_, +mâcles d’oxalate de calcium ; _fll_, amas libéro-ligneux ; _pm_, poche à +mucilage.] + +Le système vasculaire est, à la base du pétiole, divisé en un certain +nombre de faisceaux isolés, formés de lames de vaisseaux, séparées par +des rayons médullaires parenchymateux ; l’un d’entre eux, plus +volumineux, indique le plan de symétrie. Quant au liber, il ne forme pas +une lame homogène, mais se compose des amas de tissu criblé +correspondant aux faisceaux ligneux et répartis au milieu du +parenchyme ; souvent il existe plusieurs îlots de tissu criblé par +faisceau vasculaire. + +Si les coupes ont été faites aussi près que possible de la tige, le +pétiole ne présente généralement pas de faisceaux libériens ou libéro- +ligneux dans le péridesme central, mais dès qu’on s’écarte quelque peu +de cette région, on voit apparaître des invaginations de la bande +libérienne qui pénètrent vers le centre et ne tardent pas à y former un +faisceau qui s’isole de l’anneau normal et entraîne avec lui quelques +vaisseaux (Fig. 2, 3, 4, 5, 17). + +Le plus généralement, ces faisceaux restent petits et n’acquièrent un +développement véritablement important que plus tard et surtout dans la +zône motrice ; néanmoins, il en existe toujours en nombre variable avec +les espèces ou peut-être aussi avec les individus, sur toute la longueur +du pétiole. Pour affirmer leur valeur systématique, il sera nécessaire +de compléter cette étude par l’examen de nombreux échantillons de +provenances les plus variées. + +[Illustration : Aug. CHEVALIER et Ém. PERROT. + +=Les Kolatiers.= + +FIG. 17. — =Figures schématiques du système fasciculaire du pétiole, au +niveau du renflement moteur.= — _L_, liber ; _f_, amas fibreux ; _fscl_, +anneau mécanique fibro-scléreux ; _pm_, poches à mucilage ; _s_, gaine +péri-libérienne non sclérifiée mais épaissie et différenciée ; _fp_, +faisceaux péridesmiques. Les coupes vont du pétiole (_1_) vers le limbe +— (_2_) et montrant en _2, 3, 4, 5, 6, 7_, les modifications de +structure facilitant les mouvements de l’organe ; nervure médiane à la +base du limbe.] + + +_Renflement moteur._ — Au sommet du pétiole dans le renflement moteur, +les modifications sont importantes et nous les avons étudiées sur de +nombreux échantillons, provenant soit des serres de l’Ecole supérieure +de Pharmacie, soit de celles du Muséum d’Histoire naturelle, soit enfin +de l’herbier de l’Afrique Occidentale dressé par les soins de l’un de +nous. + +A quelques détails près, on peut ramener ces modifications aux points +suivants : augmentation du tissu parenchymateux, disparition du tissu de +soutien, dislocation du cylindre central et augmentation du nombre et du +volume des faisceaux conducteurs dans la région péridesmique. + +La série de coupes ci-jointe, choisies au milieu d’une cinquantaine +effectuées dans le renflement moteur du _C. nitida_ montre ces +différentes modifications qu’il n’est pas inutile de décrire un peu plus +en détail. Dans les dessins schématiques reproduits, nous ne nous sommes +occupés que du système fasciculaire, car le parenchyme périfasciculaire +externe ne présente, en dehors de son volume, aucun autre intérêt +histologique (Fig. 17). + +La figure 1 montre la structure type décrite plus haut : anneau fibro- +scléreux complet ; liber avec nombreux amas de tissu criblé ; bois en +anneau compact, coupé seulement par des rayons médullaires étroits, et, +vers la face supérieure, une invagination de tissu libérien (1, Fig. +17). Il n’y a pas de faisceaux péridesmiques à cet endroit. + +Dès que l’on pénètre dans le renflement, les cellules scléreuses +ponctuées, servant de lien aux îlots fibreux du tissu mécanique externe, +disparaissent ; elles sont restées parenchymateuses, quoique plus +volumineuses en général que leurs voisines. + +Les îlots libériens s’allongent, et, dans l’échantillon examiné, deux +d’entre eux pénètrent (2, _tc_) vers le centre. Les éléments lignifiés +du bois n’existent plus, et il ne reste que les rangées radiales de +faisceaux, formant encore une sorte d’anneau régulier. + +Dans la coupe suivante (3, Fig. 17), la dislocation fasciculaire s’est +accentuée, des masses de tissu libéro-ligneux, s’écartent et sont +séparées par du parenchyme, en même temps que, dans la zone centrale +péridesmique, on remarque la présence de quatre amas libériens, ayant à +leur centre quelques fibres et à un certain endroit de leur périphérie +quelques vaisseaux ligneux. Le nombre des poches à mucilage est passé de +trois à une. + +Remarquons, enfin, que le tissu de soutien périlibérien n’est plus +constitué que par des amas non sclérifiés, sauf dans leur zone externe +où quelques fibres subsistent encore ; néanmoins, comme nous l’avons +dit, ces éléments se différencient de leurs voisins par leur électivité +spéciale pour certaines matières colorantes, mais ils ne prennent plus +le vert d’iode, dans la méthode de double coloration avec cette +substance et le carmin boraté ou aluné. + +Dans la figure 4, les fibres ont totalement disparu ; des filaments +libéro-ligneux plus importants ont glissé vers le centre en même temps +que deux masses vasculaires se sont quelque peu rejetées latéralement. +Ces phénomènes qui s’accentuent (Fig. 5 et 6) _persistent sur la plus +grande longueur du renflement_. + +On remarquera combien cette disposition est favorable au mouvement de +haut en bas que subit cette portion du pétiole. La masse inférieure +résistante, forme un cordon rigide, mais élastique et la dislocation du +reste de l’anneau libéro-ligneux en amas séparés par de larges espaces +parenchymateux rendent les oscillations du pétiole faciles à +s’effectuer. Grâce à ces modifications dans la structure fasciculaire, +la feuille possède un dispositif mécanique, sorte de véritable +articulation, des mieux adaptées aux nécessités physiologiques de +l’organe. + +Le renflement se prolonge presque dans la nervure médiane du limbe et la +figure 6 accuse déjà une disposition nouvelle des différents tissus qui +fait pressentir celle qui se rencontre plus tard dans la nervure +médiane, c’est-à-dire groupements des fragments libéro-ligneux, en deux +arcs, l’un volumineux et inférieur, l’autre plus réduit et supérieur. De +chaque côté se détache un petit faisceau se rendant aux nervures +latérales. A cette hauteur, la coupe ne présente pas encore de tissu +fibreux périlibérien, mais une deuxième poche à mucilage a pris +naissance. Un peu plus loin, la disposition est celle de la nervure ; +l’anneau de tissu de soutien est de nouveau entièrement sclérifié ; +plusieurs faisceaux péridesmiques ont repris leur rang et le nombre des +poches à mucilage est redevenu ce qu’il était avant le renflement. + +Telles sont les intéressantes transformations histologiques subies par +les diverses régions constitutives de l’anatomie du pétiole. Dans les +différentes espèces, elles sont du même ordre, c’est ce que l’on +constate, par exemple, dans l’espèce sauvage de la Côte d’Ivoire et dans +le _C. Ballayi_, sur lequel a porté plus spécialement l’étude de ces +particularités ; la complication est parfois plus grande par suite de +l’augmentation du nombre des faisceaux péridesmiques et des variations +dans leur répartition et leur forme. Une étude de chacune des espèces de +Kolatiers dépasserait le cadre de cet ouvrage et ne présenterait sans +doute qu’un intérêt systématique médiocre, nous aurons sans doute +l’occasion de la reprendre ailleurs à bref délai. + +_Limbe._ — Il est à noter tout d’abord que les jeunes feuilles du +bourgeon sont recouvertes d’un tomentum apparent formé de nombreux poils +étoilés à la face supérieure, rares à la face inférieure où abondent au +contraire les poils glanduleux. Ce revêtement est comparable à ce que +l’on observe sur les pièces du périanthe floral (Fig. 19). + +[Illustration : FIG. 18. — _1_, coupe transversale du limbe de _C. +Ballayi_ : _cm_, cellule à mucilage ; _2_, épiderme inférieur vu de face +avec stomate _sf_ légèrement enfoncé ; _3_, coupe schématique de la +nervure médiane vers le tiers supérieur du limbe chez _C. acuminata_.] + +Dans la feuille adulte, le limbe foliaire possède une structure +bifaciale très nette. L’épiderme supérieur à cellules allongées dans le +sens perpendiculaire à l’axe, assez fortement cuticularisées, est +interrompu çà et là par de larges cellules ovoïdes, hypertrophiées +remplies de mucilage (_cm_, Fig. 20) ; il est dépourvu de stomates et de +poils. + +Le parenchyme chlorophyllien comprend deux assises, dont la première est +formée d’éléments allongés assez serrés et la deuxième, au contraire, de +cellules à angles plus arrondis et laissant entre elles d’assez larges +méats. Le mésophylle lacuneux se compose de cellules rameuses groupées +en un tissu lâche qui repose à la face inférieure sur un épiderme à +cellules à peu près isodiamétriques, avec parois rectilignes, pourvues +d’une cuticule assez mince ; les stomates sont nombreux, enfoncés, avec +des cellules annexes dont les plus proches s’orientent dans le sens de +l’ostiole (2, Fig. 18) ; les poils glanduleux répartis sans ordre, +paraissent cependant plus nombreux en face des nervures. Les plus +grosses de ces dernières possèdent encore des faisceaux péridesmiques +qui disparaissent dans les plus petites, en même temps que se réduit +beaucoup l’arc supérieur libéro-ligneux ; il en est de même des poches à +mucilage, mais les cellules remplies de cette substance sont nombreuses +et les cellules épidermiques se colorent facilement par l’hématoxyline. +Quant à l’oxalate de calcium, il est particulièrement abondant dans le +tissu chlorophyllien. Ajoutons enfin que le système fasciculaire est +protégé par une bande épaisse de tissu mécanique scléro-fibreux. + + + =ORGANES FLORAUX= + + +_Calice._ — L’organogénie et la structure histologique des organes +floraux ont été particulièrement bien étudiés par TSCHIRCH et +ŒSTERLÉ[86]. Toutefois, il restait encore à décrire quelques détails +d’organisation de la fleur mâle et à fixer certains points du +développement du tégument séminal. + +L’histologie du verticelle externe (calice) n’a rien de bien saillant. +Les épidermes à cuticule très mince présentent d’assez nombreux poils +étoilés aux deux faces, surtout en face des nervures, et de rares poils +capités. Le mésophylle homogène est rempli de cellules et poches courtes +à mucilage et les faisceaux des nervures sont réduits à quelques amas +libéro-ligneux sans trace de tissu de soutien. Trois nervures sont +toujours très volumineuses et sont fortement apparentes ; entre elles le +limbe forme une sinuosité très accentuée. Le système fasciculaire de ces +grosses nervures est réduit à un cercle de petites lames vasculaires +avec îlots criblés correspondants et sans lignification du parenchyme. +Il n’existe point non plus de tissu mécanique périlibérien. + +[Illustration : FIG. 19. — _1_ et _2_, poils étoilés du calice et d’une +feuille prise sur un bourgeon ; _3_, poils glanduleux vus de face ; _4_, +poils glanduleux vus de profil.] + +La structure de l’appareil sexuel est un peu variable suivant que l’on +s’adresse aux fleurs mâles ou aux fleurs femelles. Dans les échantillons +que nous avons examinés, ces fleurs ne présentent, en réalité, d’autre +différence qu’un avortement plus ou moins complet des étamines ou des +carpelles, suivant que la fleur donnera ou non des fruits (1, 2, Fig. +24). + +Une coupe transversale de la colonne staminale d’une fleur mâle se +présente comme un disque, composé de 5 pièces, rayonnant régulièrement +autour d’une colonne centrale formée des 5 carpelles réduits. Chaque +pièce staminale est divisée plus ou moins profondément en deux loges +renfermant chacune 2 sacs polliniques (thèques) (4, Fig. 24). + +La coupe longitudinale montre que l’anthère supérieure est reliée à +l’anthère inférieure par une masse parenchymateuse (connectif), +dépassant à peine la surface de l’organe, et de l’examen de coupes en +série il semble que l’on puisse conclure au groupement de ces anthères +au nombre de 4 par groupe staminal. + +[Illustration : FIG. 20. — =Schéma de la coupe transversale de l’ovaire +de= _C nitida_.] + +Il s’ensuit que l’androcée pourrait en somme être considéré comme +composé de 5 étamines bifurquées, dont chaque ramification porterait 2 +anthères superposées à déhiscence longitudinale. + +Dans les fleurs femelles, les anthères persistent, mais sont le plus +souvent de dimension très réduite. Quant au pollen, il est presque +toujours petit, formé de grains d’apparence ridée et il peut même +manquer dans les loges plus ou moins avortées des anthères de la rangée +inférieure. De plus, le groupement par 4 est d’ordinaire très apparent : +les anthères, au lieu d’être parallèles, se rapprochent plus ou moins en +forme d’X. + +La coupe demi-schématique (2, Fig. 24), montre un ovaire à carpelles +volumineux avec ovales assez nombreux et au-dessous, des anthères +groupées et de volume réduit. + +[Illustration : FIG. 21. — =Coupe d’un ovule et du placenta= ; _pl_, +zone placentaire avec poche à mucilage ; _pm_, poche à mucilage ; _te, +ti_, téguments ovulaires ; _mi_, micropyle ; _eo_, épiderme de l’ovule ; +_E_, épiderme interne de l’ovaire. G = 120 d. environ.] + +L’axe de l’inflorescence est occupé par une longue poche sécrétrice +formée de cellules larges, hypertrophiées et fusionnées en un organe +continu de formation lysigène. + +L’épiderme externe de tous ces organes est couvert de nombreux poils +étoilés. + + +_Ovaire._ — L’ovaire est composé généralement de 5 carpelles +indépendants régulièrement rangés autour de l’axe et surmontés chacun +d’un stigmate épais s’insérant le long de la ligne de soudure de la +feuille carpellaire. Ces lames stigmatiques, recourbées sur l’ovaire, +disparaissent de bonne heure. + +La coupe transversale d’un _jeune ovaire_ montre un épiderme à cuticule +mince, couvert de poils tecteurs ressemblant à ceux du calice et formés +de cellules en général très allongées, onduleuses et groupées par 3 à 8 +en massifs étoilés (Fig. 20). Le tissu du carpelle est parenchymateux, +homogène et parcouru par une rangée de faisceaux conducteurs, dont trois +plus volumineux, correspondant à la nervure dorsale et à la région +placentaire ; on y trouve également quelques poches à mucilage. +L’épiderme interne est normal. La soudure des bords carpellaires est +intime et les cellules des deux épidermes restent accolées, même dans la +suite du développement. + +Les ovules, anatropes, bitégumentés, naissent sur un mamelon placentaire +développé normalement sur la ligne de bordure des bords carpellaires et +sont insérés perpendiculairement sur 2 rangs, les raphés dos à dos et en +alternance assez régulière. + +Le tégument interne ne recouvre pas entièrement le nucelle ; dans la +région micropylaire ; une assez large surface de ce tissu n’est protégée +que par le tégument externe, plus épais et même encore renflé à cet +endroit (Fig. 21). + +Les faisceaux conducteurs du raphé viennent s’épanouir à la chalaze pour +envoyer les ramifications dans tout le tégument. + +Quant le fruit mûrit, la paroi ovarienne s’épaissit considérablement, +reste charnue et il s’y développe de vastes poches à mucilage, quelques- +unes visibles à l’œil nu, plusieurs devenant souvent confluentes (Fig. +20). Quant à l’endocarpe, il ne se sclérifie point et bon nombre de ses +cellules se transforment en poils capités ne formant pas toutefois de +revêtement tomenteux, apparent ; ces poils sont de forme identique à +ceux de l’épiderme inférieur des feuilles ou des pétioles antérieurement +décrits. Ces poils ne sont pas indiqués sur les figures données par +ZOHLENHOFER[87] et par PLANCHON et COLLIN[88]. + +[Illustration : FIG. 22. — =Portion du tégument de la graine de= _Cola +nitida_. — _te, ti_, téguments externe et interne ; _nuc, alb_, tissus +en voie de résorption qui formeront la pellicule papyracée enveloppant +l’embryon. G = 160 d.] + + +_Graine._ — Une très jeune graine ne mesurant encore que quelques +millimètres de diamètre se montre recouverte d’un tégument charnu assez +épais, avec faisceaux libéro-ligneux et poches à mucilage et enveloppant +entièrement la graine. Il est ici extrêmement difficile de déterminer +même à cet âge, la part qui revient dans cette enveloppe séminale aux +deux téguments et MM. TSCHIRCH et ŒSTERLÉ ont déjà attiré l’attention +sur ce point. + +[Illustration : FIG. 23. — =Coupe transversale d’une jeune graine de= +_C. nitida_, passant au-dessus du point d’insertion des cotylédons ; +_pm_, poche à mucilage ; _fll_, faisceaux libéro-ligneux ; _cot_, +cotylédon ; _E_, embryon ; _H_, hile.] + +L’examen de nombreuses préparations faites sur des graines à des âges +différents nous permet de corroborer l’opinion de ces observateurs au +sujet de la disparition rapide par résorption directe du tégument +interne. + +Toutefois, nous croyons pouvoir affirmer que ce tégument interne est +représenté dans les jeunes fruits par des fragments de tissu imprégné +d’une matière colorante brune, visible à l’œil nu quand on sépare avec +soin l’enveloppe externe charnue, de la membrane translucide incolore +qui recouvre immédiatement les cotylédons (10, Fig. 24). + +La coupe ci-contre (Fig. 22), montre en effet que le tégument externe se +termine par une assise épidermique qui, par endroits, se sclérifie et +donne même jusqu’à 3 épaisseurs de cellules scléreuses. Dans les espaces +situés entre ces plages sclérifiées, les cellules de ce tégument sont +intimement soudées à celles du tissu sous-jacent et il reste une lame de +tissu parenchymateux qu’on ne saurait rapporter à autre chose qu’au +tégument interne. + +Très rapidement, ce dernier se résorbe, sauf en certains endroits, +correspondant généralement aux plages scléreuses, où les cellules qui le +composent épaississent quelque peu leurs parois, s’imprègnent de matière +colorante brune : c’est ainsi que se constituent ces écailles +roussâtres, dont nous avons parlé. Ce sont ces cellules qu’a également +figurées TSCHIRCH (5, Fig. 35 et 37, Pl. 80 _b_). L’épiderme du +parenchyme nucellaire (_nuc_, Fig. 22), est indiqué seulement par la +disposition régulière de ses éléments et les granulations nombreuses +qu’ils renferment ; il se termine à son tour par une zone de cellules +écrasées, puis par quelques autres de forme encore bien déterminées, +qu’il faut sans doute rapporter à l’albumen[89]. + +Chez les graines âgées, l’enveloppe séminale externe, blanchâtre, +parenchymateuse, s’épaissit sans changer de caractère et se sépare +facilement de la tunique interne toujours très mince qui enveloppe +intimement l’embryon, auquel elle n’est cependant pas soudée. Cette +tunique représente les restes des tissus nutritifs, nucelle et albumen. + +La partie comestible, connue sous le nom de noix ou semence de Kola dans +le commerce, est donc uniquement constituée par un très petit embryon +pourvu de deux ou plus de deux cotylédons relativement énormes. + +Même dans le Kola à deux cotylédons seulement, ceux-ci présentent une +fente basale souvent très accentuée. + +C’est pourquoi, si l’on fait une coupe transversale dans un plan +perpendiculaire à l’embryon, dans la région de la radicule, on trouve +alors, dans le _C. nitida_, 4 fragments cotylédonaires séparés (Fig. +23). + +L’examen d’une germination montre que les feuilles cotylédonaires +d’abord sessiles, ne tardent pas à développer leur pétiole (13, Fig. 24) +et la fente basale se prolonge précisément jusqu’au point d’insertion de +ce dernier. La feuille cotylédonaire présente ainsi l’aspect d’une +feuille cordée ou plutôt hastée. + +[Illustration : Aug. CHEVALIER et Ém. PERROT. + +=Les Kolatiers.= + +FIG. 24. — =Fleur, fruits et graine de Kola= ; les numéros 2, 3, 5, 6, +7, 8, 10, 11, 12 d’après TSCHIRCH, les autres d’après des dessins +originaux ; _1_, coupe longitudinale de la fleur mâle ; _2_, et _3_, +fleur femelle ; _4_, coupe schématique transversale dans la partie- +supérieure de la colonne staminale d’une fleur mâle ; _5_, ovule ; _6, +7_, embryon privé de ses cotylédons ; _8_, un cotylédon avec son +embryon ; _9_, follicule ouvert montrant les graines coupées, l’embryon +de l’une d’entre elles a été enlevé ; _10_, jeune graine : la membrane +papyracée interne du tégument a été enlevée pour montrer les écailles +brunes restes du tégument interne appliqués au tégument externe épais ; +_11_, graine privée de ses téguments ; _12_, id. en germination ; _13_, +jeune plantule de _Cola nitida_ ; _14_, _C. acuminata_ ; _15_, poils +glanduleux de l’épiderme embryonnaire.] + +Le long des fentes, le tissu extérieur du cotylédon se subérifie et ce +fait a été étudié particulièrement par HARTWICH[90]. Les cellules +parenchymenteuses de cet organe sont gorgées de substances de réserve et +surtout d’amidon. L’épiderme de l’embryon est garni de poils étoilés et +porte aussi d’assez nombreux poils sécréteurs unisériés, analogues à +ceux que MITSCHERLICH a signalés le premier sur l’embryon du Cacao (15, +Fig. 24). + +Chez le _Cola Ballayi_, ainsi que chez _C. acuminata_ et _C. +verticillata_, les cotylédons sont nombreux, ou mieux fragmentés et +chaque fragment, de forme très irrégulière, est pourvu de son pétiole. +Dans ce cas, la disposition hastée est disparue ; il n’y a plus de fente +basale, mais le pétiole s’insère toujours vers le 1/3 de la longueur du +fragment cotylédonaire (14, fig. 24). + +Dans le Kola à 2 cotylédons, nous avons pu observer plusieurs fois la +formation de 3 feuilles cotylédonnaires. + +Il ne serait pas téméraire de voir, dans cette disposition à la +fragmentation chez le cotylédon, une disposition spéciale tendant à +donner un verticille, et il faudrait alors admettre que la disposition +verticillée des feuilles chez les Kolatiers est un caractère ancestral. + + * * * * * + + +[Note 77 : CHODAT et CHUIT. — _Loc. cit._] + +[Note 78 : HECKEL. — Les Kolas africains, _loc. cit._] + +[Note 79 : ZOHLENHOFER. — Die Kolanuss, _Arch. d. Pharm._, 1884, 3e s., +XXII, p. 344.] + +[Note 80 : HARTWICH. — Einige Bernerkunger über die Kolanüsse. _Zeitsch. +d. allg. œst. Apot. Verein_, 1906, XLIV, pp. 119-131.] + +[Note 81 : TSCHIRCH et ŒSTERLÉ. — _Anat. Atlas d. Pharmacognosie_. +Leipsig, 1900, 2e partie, p. 347, Pl. 80 a et 80 b.] + +[Note 82 : SOLEREDER. — _Syst. Anat. d. Dicotyledonen_. Stuttgart, 1899, +p. 173.] + +[Note 83 : J. DOUSSOT. — Contribution à l’étude de l’appareil gommifère +des Sterculiacées. _Thèse Doct. Un. Pharmacie_, Paris, 1902.] + +[Note 84 : Voir Chapitre X, _Biologie des Kolatiers_.] + +[Note 85 : Em. PERROT. — Sur le tissu conducteur surnuméraire. _J. de +Bot._, XI, 1897, pp. 374-390.] + +[Note 86 : Loc. cit., pp. 347-351. Pl. 80 a et 80 b.] + +[Note 87 : ZOHLENHOFER. — _Arch. de Pharm._, 1884, 3e série, XXII, p. +314.] + +[Note 88 : PLANCHON et COLLIN. — _Hist. nat. des Drogues simples_, +Paris, 1896, p. 717.] + +[Note 89 : Les phénomènes de résorption et de transformation qui +s’opèrent dans le tégument séminal sont très rapides et nous nous +réservons de fixer définitivement leur marche quand nous serons en +possession de très jeunes fruits frais.] + +[Note 90 : Loc. cit., p. 120.] + + + + + CHAPITRE VII. + + * * * * * + +=Révision des anciennes espèces de la section _Eucola_ d’après les types + conservés dans les Herbiers.= + + * * * * * + + +En exposant, au Chapitre III, l’histoire de la découverte des plus +anciennes espèces de Cola et en présentant un résumé ou une traduction +des descriptions botaniques consacrées à ces espèces par leurs auteurs, +il est apparu qu’il n’était pas toujours possible à l’aide de ces seuls +documents de dire quelles plantes avaient eu en vue les premiers +descripteurs. Il nous a donc semblé indispensable d’examiner en détail +non seulement les descriptions originales publiées, mais aussi chaque +fois que cela était possible les spécimens-types à l’aide desquels ces +descriptions furent élaborées. Nous avons été ainsi amenés à étudier les +matériaux relatifs aux _Cola_ de la section _Eucola_ conservés dans les +principaux herbiers d’Europe. + +Au Muséum de Paris, l’Herbier général, l’Herbier de LAMARCK, l’Herbier +de JUSSIEU, l’Herbier du Gabon formé par PIERRE, nous ont fourni de +précieux documents. Dans les serres même du Muséum, nous avons trouvé +les jeunes plantes encore vivantes pour lesquelles Maxime CORNU a créé +l’appellation _Cola Ballayi_. A l’Herbier des Jardins royaux de Kew, +nous avons passé en revue les échantillons étudiés autrefois par MASTERS +pour la _Flora of tropical Africa_ et les annotations inédites récentes +de M. le Dr STAPF, annotations qui nous ont été très aimablement +communiquées. Ce dernier botaniste a bien voulu aussi nous envoyer des +renseignements sur les _Cola_ de PALISOT DE BEAUVOIS et de Georg DON +conservés au British Museum. + +M. le professeur A. ENGLER, directeur du Muséum botanique de Dahlem- +Steglitz (Berlin), a eu aussi l’obligeance de nous envoyer en +communication les types des espèces récemment créées par les botanistes +de cet établissement, ce qui nous a permis de voir qu’elles étaient +synonymes d’espèces déjà connues. + +Que M. J. BRIQUET, directeur de l’Herbier de Genève et son assistant M. +HOCHREUTINER veuillent bien agréer nos remerciements pour l’empressement +qu’ils ont mis à nous confier les précieux types de VENTENAT et de +PALISOT DE BEAUVOIS conservés dans l’Herbier DELESSERT, propriété de la +ville de Genève. + +Enfin nous devons aussi une particulière gratitude à M. le Professeur E. +WARMING, de Copenhague, qui nous a communiqué, par l’intermédiaire de M. +GUIGNARD, de Paris, le type du _Sterculia verticillata_ de SCHUMACHER, +conservé à l’Herbier de l’Université de Copenhague. + +Presque toujours les matériaux qui ont servi aux descriptions originales +sont extrêmement incomplets et parfois en mauvais état. En outre, les +organes les plus importants pour distinguer les espèces du genre _Cola_, +c’est-à-dire les fruits développés et les graines, font presque +constamment défaut dans les collections. Mais la très grande quantité de +matériaux en bon état que nous avons recueillis dans les diverses +régions de l’Afrique tropicale, nous ont permis très souvent de +différencier les diverses espèces de Kolatiers par le seul examen des +feuilles. C’est pourquoi nous avons pu, néanmoins, faire +l’identification précise de la plupart des types anciens. + +Il nous a semblé utile de publier à la fin de cet ouvrage un atlas +photographique des types les plus intéressants, afin de permettre au +lecteur d’examiner lui-même les documents sur lesquels ont porté nos +études. + + + =TYPES DES ESPÈCES DE VENTENAT.= + + +1o =Sterculia nitida= Vent. — L’auteur signale que cette espèce est +cultivée à l’île Maurice ; de beaux spécimens lui ont été envoyés par +MICHAUX. Ce collecteur, connu surtout par son exploration des forêts de +l’Amérique du Nord, visita en effet l’île Maurice. Il faisait partie de +l’Expédition Baudin envoyée à la Nouvelle-Hollande en 1901. MICHAUX +séjourna 6 mois à Maurice et mourut à Madagascar fin 1901[91]. + + +a) _La plante de Michaux_ manque dans les Herbiers de Paris, mais il +existe dans l’Herbier VENTENAT, à Genève, un échantillon très incomplet +(Planche I), portant l’étiquette suivante de l’écriture de VENTENAT : + + + _Les feuilles sont 2 fois plus + + longues dans l’herb. de Mr. + + De La Mark_ + + laurifolia + + _à emprunter pour figurer + + sous le no 572_ + + Isle de France. Michaux. HERBIER DE VENTENAT. + + +Il n’est pas douteux que c’est là le type du _Sterculia nitida_ Vent. ; +la provenance et le nom du collecteur correspondent à ceux mentionnés +dans le _Jardin de la Malmaison_. + +D’après le nom porté sur l’étiquette, il semble que VENTENAT ait voulu +nommer la plante _Sterculia laurifolia_. Dans sa publication, il a +changé le nom spécifique en « _nitida_ », et c’est ce nom publié qui +doit être maintenu. + +Bien que l’échantillon en mauvais état soit une extrémité de rameau +stérile réduite à 5 feuilles, l’inférieure portant une gemmule à son +aisselle, il est possible de reconnaître, d’après la forme, la nervation +et la consistance des feuilles, que ce rameau appartient à l’espèce +produisant les noix comestibles à 2 cotylédons, nommée plus tard _Cola +vera_ par K. SCHUMANN. + +C’est d’ailleurs cette espèce qui est cultivée aujourd’hui encore dans +les îles de l’Océan Indien, notamment à Java (TSCHIRCH). + + +b) _L’échantillon de l’herbier de Lamarck_, à feuilles deux fois plus +longues, auquel il est fait allusion sur l’étiquette précédente, est +probablement celui dont nous publions la photographie (Planche II). + +Il est étiqueté comme provenant des Indes Orientales, mais on sait qu’on +désignait sous ce nom tous les pays tropicaux situés à l’est de +l’Afrique, par opposition à l’appelation « Indes Occidentales », qu’on +appliquait à l’Amérique tropicale et spécialement à l’archipel des +Antilles. + +Sur une petite étiquette qui semble être de l’écriture de LAMARCK, on +lit : + + + _Arbor foliis alternis_ + + Indes orient. S. + + +Cette petite étiquette est fixée sur une autre beaucoup plus grande +portant les inscriptions suivantes en trois écritures différentes : + + + 1o _Gynandria decandria-_ + + Helicteres ? + + _Pentagyna, cal. nullus, corolla quinquefida, + + nectar. nulla, fructus ?_ + + 2o Sterculia. + + 3o _C’est le collier du Sénégal_, + + le fruit est curieux, mais ne se mange pas ». + + +_Sterculia_ seul paraît avoir été écrit par LAMARCK. + +Ce spécimen de l’Herbier LAMARCK en parfait état pour l’étude est une +extrémité de rameau munie de 5 feuilles et portant à l’aisselle de la +feuille inférieure une grappe de fleurs toutes mâles. Il paraît en effet +bien identique à celui de l’Herbier VENTENAT et il cadre également avec +la description de cet auteur. Dans les deux cas, les feuilles sont bien +_lancéolées-oblongues_ acuminées ; les inférieures ont un pétiole qui +mesure de 5 à 6 cm. et les supérieures sont presque sessiles ; le limbe +atteint 13 cm. à 22 cm. de long sur 4 cm. à 8 cm. de largeur. La fleur +est de petite taille. Les lobes du calice sont étalés en étoile, +glabrescents en dedans, nettement tomenteux en dessous. L’androcée est +une petite cupule (urcéole) subsessile. + +En somme, cet échantillon est tout à fait identique à notre no 17.740 +(Pl. XII), récolté dans la forêt de la Côte d’Ivoire, à fleurs aussi +toutes mâles et appartenant indubitablement au groupe des bons Kolas à 2 +cotylédons. + +Conformément aux règles de la nomenclature, l’appellation _Cola nitida_ +(Vent.) A. Chev. devra donc être substituée à l’appellation _Cola vera_ +K. Schum. + + +c) _L’Herbier général du Muséum_ renferme un troisième échantillon (Pl. +III), non étiqueté _Sterculia nitida_, mais tellement semblable à celui +de l’Herbier de LAMARCK, qu’il est probable que les deux échantillons +ont été recueillis sur le même arbre et le même jour. + +Le spécimen dont il s’agit est accompagné d’une étiquette très +instructive qui nous renseigne sur la provenance et sur un caractère +biologique important. Elle est ainsi libellée : + + + Bois de Sagaye _vulgo + + Indigènes_ de l’Ile de + + France. Mâle et femelle + + sur des pieds séparés + + STERCULIA. + + +Les quatre premières lignes semblent être de l’écriture de COMMERSON. + +_Sterculia_ est probablement de la main de LAURENT DE JUSSIEU. + +Enfin l’étiquette du Muséum porte en impression : + + + _Ile de France_ + + COMMERSON. + + +Sur laquelle H. BAILLON a ajouté : + + + Cola acuminata R. Br. + + _Ngourou_ senegalensum. + + +Le rameau présente à son extrémité 5 feuilles très rapprochées, mais +alternes, portant à leurs aisselles des cymes courtes et denses de +fleurs mâles. Les feuilles sont brièvement pétiolées, le pétiole +mesurant de 10 à 25 mm. au plus. Le limbe de texture assez coriace est +lancéolé-oblong, acuminé et mesure de 11 à 15 c. de longueur sur 3 c. 5 +à 5 c. 5 de largeur ; la base est assez fortement cunéiforme et l’acumen +relativement court. La face supérieure de la feuille est un peu luisante +et l’inférieure d’un brun-mat finement réticulée montre 7 à 9 paires de +nervures secondaires. Inflorescences roussâtres, à rachis très +tomenteux. Calice rotacé de 15 à 17 mm. de diamètre à l’état sec, à 5 +lobes oblongs-triangulaires, de 6 à 7 mm. de long, très tomenteux et +roussâtres au dehors, beaucoup moins au dedans, principalement dans leur +extrémité supérieure. + +Androcée ayant la forme d’une petite cupule fortement concave à l’état +sec. + + +2o =Sterculia grandiflora= Vent. — Le « Jardin de la Malmaison » indique +cette espèce _a_) à l’Isle de France, d’après l’Herb. de JUSSIEU, _b_) +dans les Indes orientales, d’après l’Herb. de LAMARCK. + + +a) _Echantillon de l’Herbier de Jussieu_ (Pl. IV). — Le spécimen auquel +VENTENAT fait allusion existe en effet dans l’Herbier LAURENT DE +JUSSIEU ; une petite étiquette écrite probablement par VENTENAT porte +seulement le mot « _grandiflora_ ». Une seconde écrite de la main de +LAURENT DE JUSSIEU est ainsi libellée : + + + Sterculia grandiflora V. + + _Ile de France. — Herb. de Commerson. — Sans étiquette_ + + +« _grandiflora_ » à la suite de _Sterculia_ a été ajouté plus tard avec +une autre encre, sans aucun doute après l’étude de VENTENAT. + +L’échantillon qui accompagne cette étiquette est un rameau vigoureux, +muni de 5 feuilles rapprochées, en partie détachées et portant près de +son extrémité une inflorescence dont les fleurs fort grandes sont en +partie mangées par les insectes. + +Ainsi que l’indique la description, les feuilles sont bien ovales +acuminées. Le pétiole mesure, de 3cm à 5cm de long ; le limbe est très +coriace, fortement réticulé, arrondi ou à peine cunéiforme à la base, +longuement acuminé au sommet, présentant 7 ou 8 paires de nervures +secondaires. Inflorescence à rachis très robuste, ramifié en panicule +pauciflore, presque glabre dans la partie inférieure, parsemé dans la +partie supérieure de poils étoilés roussâtres. Fleurs toutes +hermaphrodites de 2 à 3cm. environ de diamètre, calice divisé en 5 lobes +pourvus de poils roussâtres étoilés sur les deux faces, mais à poils +plus clairsemés sur la face interne. Ovaire gros, subsphérique, formé de +5 carpelles pubescents portant chacune un petit sillon médian +roussâtre ; stigmates assez longs, aigus, bien détachés de l’ovaire vers +leur extrémité. + + +b) _Echantillons de l’Herbier de Lamarck_ (Pl. V). — Outre le _Cola_ +rattaché au _C. nitida_, dont nous avons parlé plus haut, il existe dans +l’Herbier LAMARCK un autre échantillon accompagné de deux petites +étiquettes. L’une porte l’inscription : + + + _Sterculia grandiflora_. + + J. de Malmaison. + + +l’autre : + + + _Sterculia_ ? + + +Cette dernière inscription est l’écriture de LAMARCK lui-même. +L’échantillon est aussi une extrémité de rameau portant 7 feuilles et à +2 cm. 5 de l’extrémité une cyme axillaire peu rameuse, formée de +quelques grandes fleurs hermaphrodites, la plupart détachées et +renfermées dans un sachet. Ces fleurs présentent les mêmes caractères +que celles du spécimen de l’Herbier de JUSSIEU. + +Les feuilles par contre sont moins ovales et plus nettement oblongues, +bien cunéiformes à la base ; le limbe mesure 20 cm. à 25 cm. de long sur +6 cm. 5 à 7 cm. 5 de large. Malgré ces légères différences, ce rameau +qui provient aussi probablement des récoltes de COMMERSON, s’identifie +avec l’échantillon _a_) mentionné ci-dessus. + +L’examen attentif que nous avons fait de ces deux spécimens nous a +convaincu que non seulement ils devaient être rapportés au même type +spécifique mais encore ils rentrent dans le même groupe que les +spécimens décrits par VENTENAT sous le nom de _Sterculia nitida_. La +nervation et la consistance des feuilles sont très semblables, quant aux +différences dans la forme et la dimension des feuilles, dans la +dimension des fleurs, on observe parfois ces différences groupées sur un +même arbre. La Planche XI (no 19.849 de notre herbier) représente un +échantillon de cette même espèce que nous avons recueilli dans la forêt +de la Côte d’Ivoire et qui porte à la partie inférieure deux racèmes de +grandes fleurs hermaphrodites semblables à celle de _Sterculia +grandiflora_ et plus haut, sur le même rameau, deux groupes de fleurs +mâles beaucoup plus petites et ayant tous les caractères, ainsi que les +feuilles du _Sterculia nitida_. + +Cette planche montre d’une manière irréfutable que les deux espèces n’en +forment qu’une et comme l’appellation de _Sterculia nitida_ précède +l’autre, c’est celle que nous conserverons en nous conformant aux règles +de la nomenclature. + +C’est pour cette raison que nous avons adopté le nom de _Cola nitida_ +(Vent.) A. Chev. pour désigner l’espèce produisant les noix à deux +cotylédons. + + + =Type du Sterculia acuminata= P. Beauv. + + +L’explorateur de la flore de Benin récolta en 1789, plusieurs +échantillons de son _Sterculia acuminata_ qui se trouvent aujourd’hui +dans l’Herbier de Genève et au British Museum. Les caractères que +présentent ces échantillons authentiques ne concordent pas complètement +avec ceux qui sont attribuées à l’espèce dans la flore du royaume +d’Ovare et de Bénin, ainsi que nous l’avons montré dans un Chapitre +précédent. + +[Illustration : FIG. 25. — =Sterculia acuminata=, Pal. Beauv. Type de +l’Herbier du British Museum. Androcées des fleurs mâles et poils étoilés +(Croquis communiqué par M. le Dr STAPF).] + +Nous reproduisons (fig. 25) le croquis que nous a aimablement communiqué +M. STAPF, croquis représentant les principaux organes du _Sterculia +acuminata_ type du British Museum. Nous avons examiné nous-même les +fleurs du spécimen du Muséum de Genève, contenu dans l’Herbier DELESSERT +(Planche VI), fixé sur une feuille de papier portant la mention : + + + Herbier Palisot de Beauvois. + + +C’est ce dernier échantillon que l’on doit considérer comme le type le +plus authentique. Du reste, il paraît bien identique à celui de Londres +que nous connaissons d’après les dessins de STAPF. + +Ce type de Genève porte l’étiquette suivante : + + + _Sterculia nitida_. + + _Oware en Afrique, + + Envoyé par M. de Beauvois, 1789, no XIV... 5. + + sans nom._ + + +Au milieu est épinglé un fragment de papier avec l’inscription : + + + « nitida » + + +qui parait avoir été écrit par VENTENAT. Sur l’étiquette même, +_Sterculia_ et _nitida_ sont d’écritures différentes, de sorte que le +nom spécifique n’a été ajouté qu’après la détermination de VENTENAT. + +Il ne faut pas s’étonner si VENTENAT ou un autre botaniste de son époque +a cru reconnaître, dans la plante du Bénin, l’espèce de l’Ile Maurice +qui venait d’être décrite. Les matériaux diffèrent par des caractères +très difficiles à discerner, mais il est cependant possible, avec +quelque attention, de différencier le rameau avec fleurs mâles de +l’Herbier LAMARCK rapporté à _Sterculia nitida_ par VENTENAT et les +échantillons recueillis par PALISOT DE BEAUVOIS. + +Dans l’Herbier DELESSERT l’échantillon que nous avons photographié +(Planche VI), se compose d’une branche portant deux rameaux repliés et +munis chacun de six feuilles environ. Celles-ci sont peu coriaces, assez +régulièrement écartées et non groupées en rosette terminale ; pétiole +grèle, dressé, long de 1 cm. à 6 cm. Limbe oblong-lancéolé, long de 11 +cm. à 18 cm. sur 3 cm. à 6 cm. de large, cunéiforme à la base, terminé +au sommet par un acumen assez long et grèle ; 7 à 8 paires de nervures +secondaires ; nervilles formant des réticules peu apparentes ; surface +supérieure très luisante. Inflorescences courtes, pauciflores, à fleurs +de petite dimension ; les fleurs mâles et les fleurs hermaphrodites +entremêlées. Calice urcéolé-campanuliforme profondément divisé en 5 ou 6 +lobes, parsemés de poils étoilés en dedans et en dehors, avec une marge +blanchâtre épaissie. Fleurs mâles à androcée brièvement stipité, le bord +supérieur des loges des anthères faisant un peu saillie au-dessus du +disque un peu pubescent. + +En rapprochant la plante que nous venons de décrire de notre no 19.715 +(Planche XIV), recueilli à la Côte d’Ivoire où elle est cultivée par les +Kroumen (Bas-Cavally), on verra l’analogie frappante qui existe entre +les deux exsiccata et le no 19.715 appartient indubitablement au _Cola_ +produisant des noix à plus de deux cotylédons. + +En résumé, le Kolatier découvert par PALISOT DE BEAUVOIS au Bénin est +une espèce bien distincte du Kolatier cultivé à l’Ile Maurice au XVIIIe +siècle. Le premier est le véritable _Cola acuminata_ (Pal. Beauv.) +Schott et Endl.[92]. + +Le second devra être nommé désormais, comme nous l’avons déjà dit, _Cola +nitida_ (Vent.) A. Chev. = _Cola vera_ K. Schum. + + + =Type du Sterculia verticillata= Thonning in Schumacher. + + +Nous avons pu examiner deux spécimens récoltés par THONNING à la Gold- +Coast, dans le district d’Aquapim. Tous les deux sont certainement +authentiques, mais stériles et réduits à un ou deux verticilles de +feuilles. La description que SCHUMACHER a donnée de cette plante est +suivie de la mention T, indiquant que la description a été faite sur +place par THONNING, or l’on sait que l’herbier de ce voyageur fut +détruit par un incendie lors du bombardement de Christianburg. Il ne +reste donc que les spécimens incomplets adressés probablement à VAHL et +à SCHUMACHER. + +Le premier se trouve dans l’herbier des JUSSIEU, au Muséum, et porte +l’étiquette suivante : + + + Sterculia + + verticillata + + Nonne Sterculia acuminata + + Beauv. Fl. ow. tab. 24 + + Misit d. Vahl, 1804 + + e Guinea + + +Le second (Planche VII), qu’on peut considérer comme le type, se trouve +à Copenhague et provient de l’herbier SCHUMACHER. + +Bien qu’ils soient dépourvus de fleurs, ces spécimens se distinguent de +tous les _Cola_ connus aujourd’hui encore par la disposition des +feuilles verticillées par 4. Dans chacun des deux herbiers, on ne trouve +qu’un court rameau réduit à deux verticilles de feuilles, en partie +détachées dans l’herbier des JUSSIEU, mais dont on retrouve les +insertions. + +Par suite de la disposition verticillée des feuilles, l’extrémité des +rameaux est subquadrangulaire avec des sillons (à l’état sec) entre +chaque angle sur le dernier entre-nœud. Le bourgeon terminal porte +quelques poils blanchâtres et présente de petites stipules. + +Les pétioles longs de 2 cm. à 6 cm. sont grêles et étalés. Le limbe est +mince, lancéolé ou lancéolé-oblong, long de 12 cm. à 20 cm. sur 4 cm. 5 +de large, cunéiforme à la base, terminé au sommet par un acumen court +(de 5 à 7 mm. de long), mais très étroit ; texture papyracée-coriace ; +nervures secondaires 6 ou 8 paires régulièrement courbées en arceaux ; +surface supérieure d’un vert mat, l’inférieure brune (à l’état sec), +fortement réticulée. + +Par les caractères que nous venons d’énoncer, la plante en question +s’identifie complètement avec un _Cola_ à feuilles verticillées, +recueilli en fleurs et en fruit dans ces dernières années par JOHNSON, +aux environs d’Aburi et nommé dans l’Herbier de Kew _Cola Johnsoni_ +Stapf Mss. + +Nous avons retrouvé récemment la même plante à l’état spontané, au +Dahomey, où elle est connue sous le nom de _Kola abidan_ ou _Kola +d’eau_. + +Cette espèce sera désignée désormais sous le nom de _Cola verticillata_ +(Thonn. in Schum.) Stapf. + + + =Type du Cola macrocarpa= G. Don. + + +Ce type existerait au British Museum, mais nous ne l’avons pas observé. +D’après STAPF, il provient de San Thomé. Nous connaissons dans cette île +que nous avons parcourue _Cola acuminata_ et _Cola sphærocarpa_ A. Chev. +Or, il ne peut s’agir de cette dernière puisque DON attribue à son +espèce des graines également connues en Guinée sous le nom de Kola et +jouissant des mêmes qualités que le Kola ordinaire. + +Il est donc très probable que la plante de ce botaniste doit être +rapportée à _Cola acuminata_. Il la distingue surtout parce qu’elle a 4 +à 6 graines, alors que PALISOT DE BEAUVOIS avait, par erreur, attribué à +son espèce des follicules monospermes. + +M. RENDLE, directeur du Département botanique au British Museum, nous +écrit que « l’herbier du British renferme divers spécimens de _Cola_ +provenant de G. DON et qu’il est difficile de dire quel est celui qui +doit être regardé comme type de son espèce. » + + + =Type du Syphoniopsis monoica= Karst. + + +Nous ne connaissons pas le type et nous ignorons s’il se trouve dans +quelque herbier européen. C’est BAILLON qui le premier a rattaché le +_Syphoniopsis_ au _Cola acuminata_. K. SCHUMANN a maintenu ce +rattachement en spécifiant que le _Syphoniopsis monoica_ était identique +à la plante de PALISOT DE BEAUVOIS à plus de deux cotylédons. Cette +assertion devra être contrôlée, car nous savons au contraire que c’est +ordinairement le _Cola nitida_ à deux cotylédons qui est cultivé dans +l’Amérique tropicale et aux Antilles. + + + =Types des Cola du Flora of Tropical Africa.= + + +Ces types existent dans l’Herbier de KEW, où nous les avons examinés. +Aucun ne nous intéresse, tout le groupe _Eucola_ étant fondu en une +seule espèce _Cola acuminata_ R. Brown. + + + =Type du Cola Ballayi= M. Cornu, in Heckel. + + +Principal collaborateur de SAVORGNAN DE BRAZZA au Congo depuis 1875, le +Docteur BALLAY fit parvenir vers 1885 au service des Cultures du Muséum, +un lot de noix de Kola, qui furent ensemencées dans les serres de cet +établissement. Le Professeur MAXIME CORNU constata de profondes +différences dans la forme des noix, le mode de germination et la +disposition des feuilles sur les jeunes sujets, entre les plantes venant +des graines de Kolatiers recueillis au Gabon par BALLAY et celles +provenant des graines à deux cotylédons reçues de la côte de Guinée, +considérées alors comme provenant du _Cola acuminata_ alors que ces noix +à deux cotylédons étaient en réalité fournies par le _Cola nitida_. + +MAXIME CORNU étiqueta ce nouveau Kolatier des serres du Muséum _Cola +Ballayi_, mais il n’en publia pas la description et le nom serait resté +inédit si le Professeur HECKEL n’avait décrit et figuré la plante de +CORNU[93]. + +Malheureusement HECKEL a confondu deux espèces et la description qu’il +donne de _Cola Ballayi_ se rapporte à la fois au _Cola Ballayi_ Cornu in +Hort. Mus. et au _Cola acuminata_ P. Beauv. (non Heckel). C’est bien au +_Cola Ballayi_ qu’appartiennent les figures 8 et 9 de la monographie de +HECKEL et la première partie de la description, « Feuilles verticillées +à l’état jeune »[94] et aussi la planche II. + +Presque tout le reste de la description se rapporte presque certainement +au _Cola acuminata_ (P. B.) Schott et Endl. (non Heckel) et il ne faut +pas s’en étonner puisque cette espèce donnant aussi des noix à quatre +cotylédons est beaucoup plus commune au Gabon que le véritable _Cola +Ballayi_, ce dernier étant surtout répandu dans la région de l’Oubangui. +On sait d’autre part que HECKEL considérait les noix à deux cotylédons +comme fournies par le _Cola acuminata_ et les noix à plus de deux +cotylédons comme fournies exclusivement par le _Cola Ballayi_. + +C’est ce qui explique sans doute pourquoi K. SCHUMANN dans sa +monographie a décrit une plante du Gabon sous le nom de _Cola acuminata_ +var. _Ballayi_, qui n’est certainement pas le véritable _Cola Ballayi_ +Maxime Cornu et qui n’est probablement qu’une forme insignifiante du +_Cola acuminata_. + +Nous avons eu la bonne fortune de retrouver dans les serres du Muséum +quelques exemplaires du vrai _Cola Ballayi_, mis en cultures il y a plus +de 15 ans par le Professeur CORNU. Ce sont des arbustes de 2 à 3 mètres +de haut ; l’un d’eux s’est ramifié. Nous reproduisons (Pl. VIII) la +photographie de l’un de ses rameaux ; il est étiqueté encore _Cola +Ballayi_ ; d’autre part, le véritable _Cola acuminata_ à 3 ou 4 +cotylédons ne paraît pas exister dans ces serres. On peut donc +considérer l’exemplaire photographié comme étant le type même de CORNU. +C’est du reste certainement la même plante qui est représentée dans +l’ouvrage d’HECKEL (Fig. 8) et qui est très reconnaissable par ses faux +verticilles de feuilles. Nous avons recueilli exactement la même espèce +en fleurs et en fruits dans l’Oubangui, en 1902, et c’est encore elle +que E. DE WILDEMAN a décrite et figurée en 1907 sous le nom nouveau de +_Cola subverticillata_ De Wild., chose très compréhensible, puisque, +sans l’examen du type vivant de l’espèce créée par CORNU, il était +impossible de la reconnaître dans les descriptions de HECKEL et de K. +SCHUMANN. + + + =Types des espèces décrites par K. Schumann, O. Warburg et W. Busse.= + + +La systématique des espèces produisant les noix de Kola était donc très +confuse quand K. SCHUMANN entreprit la monographie du groupe. + +Il ne réussit pas à y mettre de l’ordre et O. WARBURG ne fut pas plus +heureux. + +En décembre 1902, ce dernier publia une étude sur les noix de Kola du +Togo[95], mais ses recherches basées sur des documents incomplets, loin +de faire la lumière, ne font qu’augmenter la confusion. Il propose la +création d’une appellation nouvelle, _Cola sublobata_ Warb., pour +désigner l’arbre produisant le Kola des Achantis qu’il croit différent +du _Cola vera_ K. Schum., mais la description botanique qu’il donne +s’applique pour les graines au _Cola vera_ et pour les branches +florifères probablement au _Cola acuminata_. Toutefois, d’après BUSSE, +ces rameaux appartiennent à une forme que cet auteur distingue sous le +nom de _Cola vera_ K. Sch. var. _sublobata_ (Warb.) Busse. + +Sous le nom nouveau _Cola astrophora_, WARBURG a décrit une seconde +espèce qui n’est elle aussi que le _Cola acuminata_ avec les fleurs +mâles à androcée bien épanoui. Il lui attribue aussi deux cotylédons +(Pl. IX). + +WARBURG, ainsi que K. SCHUMANN l’avait tenté avant lui, essaie de +distinguer tous les _Autocola_ (sensu stricto), d’après la disposition +et la forme de l’androcée des fleurs mâles ; suivant ces auteurs : + +Dans _Cola acuminata_, l’androcée est une sorte de cupule subsessile. + +Dans _Cola acuminata_ var. _trichandra_ K. Schum., c’est une plaque +divisée en dessus en 5 lobes bifides, subtomenteux. + +Dans _Cola sublobata_ Warb., l’androcée est légèrement lobé et le stipe +est à peine ébauché. + +Dans _Cola astrophora_ Warb., l’androcée est constitué par une sorte de +plaque longuement et finement stipitée, de sorte que « les anthères +relativement petites sont disposées par paires sur les lobes de +l’androcée, au nombre de 10 environ et de telle façon qu’elles ne +peuvent être aperçues du dessus ; tout l’organe est finement velu ». + +Enfin le _Cola vera_ K. Schum. posséderait un androcée constitué par une +masse capitée non divisée et subsessile. + +L’examen de très nombreux matériaux vivants appartenant aux espèces : +_Cola nitida_, _Cola Ballayi_ et _Cola acuminata_, étudiés sur place et +avec des fleurs à tous les états d’avancement, nous a montré que les +caractères énumérés n’avaient aucune valeur spécifique. Dans les jeunes +fleurs, alors que les loges des anthères sont encore loin de l’époque de +leur déhiscence, l’androcée forme une masse arrondie sessile, les loges +supérieures sont recourbées sur le disque jusqu’à se toucher, de sorte +que l’androcée est alors subglobuleux et sessile ; plus tard, il +s’épanouit et prend une forme cupuliforme. Enfin, à un âge avancé, +lorsque les loges ont effectué leur déhiscence, le connectif s’étale en +disque plan ou légèrement concave et plus ou moins profondément divisé +par 10 fentes dont 5 plus profondes. La pubescence de l’androcée et +l’allongement du stipe qui le porte quand la fleur est bien épanouie, +sont des caractères qui varient d’une fleur à l’autre, parfois sur le +même arbre, et nous avons observé ces variations sur toutes les espèces +examinées. + +SCHUMANN a invoqué d’autres caractères pour distinguer les deux espèces +productives de noix de Kola. + +Il attribue au _Cola vera_ un calice à 5 lobes, subpulvérulent-tomenteux +à l’extérieur, glabre en dedans sauf à la base du tube. Le _Cola +acuminata_ aurait un calice à 5 ou 6 lobes et serait subtomenteux à +l’intérieur et à l’extérieur. + +Le nombre des lobes est généralement de 5 dans toutes les espèces que +nous avons examinées, mais il peut être accidentellement aussi de 4 ou +de 6 et parfois même de 7 ou de 8. + +Quant à la pubescence, elle varie aussi et il n’y a point de différence +notable d’une espèce à l’autre. + +K. SCHUMANN croyait aussi pouvoir distinguer _Cola vera_ de _Cola +acuminata_ par la forme et la disposition des stigmates dans les fleurs +femelles. Dans la première espèce, les stigmates seraient courts, obtus +et apprimés « stigmatibus latis, appressis obtusis » ; dans _Cola +acuminata_, ils seraient acuminés et recourbés, et distants de l’ovaire, +« stigmatibus acuminatis, recurvatis ». Et les figures accompagnant le +mémoire de K. SCHUMANN exagèrent encore la description. Elles montrent +en effet, chez _C. vera_ (Fig. 25 de l’ouvrage de SCHUMANN), des +stigmates dilatés à l’extrémité et apprimés sur l’ovaire, comme s’ils +lui étaient soudés dans toute leur longueur. La figure relative à _C. +acuminata_ (Fig. 26 de SCHUMANN), montre au contraire des stigmates +courbés en crochet, effilés, très aigus et bien écartés de l’ovaire. Ces +dessins sont tous les deux certainement inexacts et l’étude de très +abondants matériaux dans les herbiers et à l’état vivant ne nous a +montré aucune différence notable dans la disposition du gynécée de ces +deux espèces. + +Enfin le même auteur pensait que, dans _Cola vera_, il existait toujours +6 ovules par loge, tandis que _Cola acuminata_ en posséderait 10 à 12. +Ce caractère différentiel lui-même ne résiste pas à l’examen de nombreux +matériaux et, ainsi que nous le verrons, le nombre des ovules — et des +graines — se rencontrant dans les deux espèces est sensiblement le même +et très variable suivant la robustesse des carpelles et des follicules. + +En définitive, le seul caractère valable, mis en relief par le savant +botaniste berlinois, est l’existence constante de deux cotylédons dans +les graines du _C. vera_ et de 4 à 6 cotylédons dans les graines de son +autre espèce. Mais cette différenciation avait déjà été faite par +BARTER, CORNU et HECKEL. + +En 1904, W. BUSSE tente aussi l’étude des _Cola_ de la section _Eucola_ +vivant au Togo. Il décrit le _Cola Supfiana_ Busse, qu’il considère +comme une nouvelle espèce à plus de 2 cotylédons. + +Nous avons pu examiner la plupart des types des espèces dont il vient +d’être question. En 1901, le regretté professeur K. SCHUMANN, nous +montra les matériaux existant alors dans l’Herbier de Berlin et qu’il +venait d’étudier. Il nous encouragea à poursuivre, au cours du voyage +que nous allions entreprendre à travers l’Afrique, de nouvelles +recherches sur les arbres producteurs de noix de Kola. Il estimait, en +effet, que la systématique de ce groupe était encore très confuse. + +Comme type de son _Cola vera_, il cite en première ligne le spécimen +récolté par AFZELIUS à Sierra-Leone et un autre spécimen récolté par +GÜRICH, à l’île Tumbo, en face Bulbiné. Cette île n’est autre chose que +la ville actuelle de Conakry, visitée par nous et elle ne renferme à +notre connaissance que des _Cola nitida_ s.-sp. _C. mixta_ A. Chev. +C’est donc cette forme qu’il faudrait considérer comme étant plus +particulièrement le type du _C. vera_ K. Schum. En second lieu, le même +auteur cite le spécimen de CUMMINS provenant de l’Achanti. Il est +probable qu’il appartient à la race _Cola nitida_ s.-sp., _C. rubra_ A. +Chev. + +[Illustration : Aug. CHEVALIER et Ém. PERROT. + +=Les Kolatiers.= + +FIG. 26. — =Cola Supfiana= Busse. Type de l’Herbier de Berlin.] + +K. SCHUMANN considère naturellement comme type du _Cola acuminata_, le +spécimen de PALISOT DE BEAUVOIS qu’il n’a pas vu et qu’il indique à tort +comme existant dans l’Herbier du Muséum de Paris. + +A cette espèce il rattache les 5 variétés suivantes : + +α. _kamerunensis_ K. Schum., β. _Ballayi_ K. Schum., γ. _grandiflora_ K. +Schum., δ. _latifolia_ K. Schum., ε. _trichandra_ K. Schum. + +Nous avons déjà dit ce que nous pensions des variétés _Ballayi_ et +_trichandra_. + +La variété _grandiflora_ ne nous parait pas pouvoir être distinguée même +comme simple variété, d’après ce que nous savons sur les variations dans +la forme des feuilles et dans la dimension des fleurs parfois sur un +même rameau. La variété _kamerunensis_ semble pouvoir s’identifier avec +le _Cola Ballayi_ Cornu. + +Quant au _Cola acuminata_ var. _latifolia_ K. Schum., récolté par MANN à +Fernando-Pô et dont nous avons vu un bon spécimen à l’herbier de Kew, il +nous paraît mieux caractérisé et nous y reviendrons dans un prochain +chapitre. + +K. SCHUMANN n’eut pas connaissance de l’existence du _Cola acuminata_ au +Togo, du moins il ne l’y mentionne pas dans sa monographie. Dans un +rapport du comte ZECH[96], le _Cola vera_ est signalé au Togo en 1901 ; +le _Cola acuminata_, au contraire, qui semble être l’espèce dominante +cultivée dans cette colonie, n’y est pas indiqué. + +L’année suivante, WARBURG décrit le _Cola sublobata_ et le _Cola +astrophora_, provenant aussi du Togo et dont nous avons déjà parlé. Dans +les matériaux incomplets qui nous ont été communiqués sous ces noms par +l’Herbier de Berlin, nous avons cru reconnaître seulement le _Cola +acuminata_. Du reste, W. BUSSE identifie le _Cola astrospora_ Warb. au +_Cola acuminata_ var. _trichandra_ K. Schum. Pour le _Cola sublobata_, +il y a doute dans notre esprit, le spécimen que nous avons vu étant très +incomplet. + +Le _Cola astrophora_, dont nous donnons la photographie (Pl. IX), est +bien lui-même identique au _Cola acuminata_. + +Quant au _Cola Supfiana_ Busse[97], nous n’avons eu en main qu’un rameau +stérile que nous reproduisons (fig. 26). D’après l’aspect et la +nervation des feuilles, il ne nous semble point douteux qu’il s’agit du +_Cola acuminata_ ordinaire. L’espèce de BUSSE aurait les rameaux +retombants et c’est le caractère le plus important invoqué par son +auteur pour la distinguer de celle de PALISOT DE BEAUVOIS. Or, le +véritable _Cola acuminata_ a souvent le port _pleureur_. BUSSE indique +en outre que sa plante donne des Kolas mucilagineux connus sous le nom +de _Wasser Kola_. Ce dernier caractère ferait penser qu’il s’agit de +_Cola verticillata_, nommé _Cola d’eau_ ou _Cola mucilagineux_ au +Dahomey et qui existe probablement aussi au Togo. Toutefois l’exemplaire +d’herbier de BUSSE ne correspond certainement pas à cette dernière +espèce. + +Nous n’avons pas eu en main le type du _Cola subverticillata_ De Wild. ; +toutefois la description très précise de M. DE WILDEMAN ainsi que les +deux belles planches qui accompagnent son travail ne laissent aucun +doute sur son identité avec le _Cola Ballayi_ Cornu. + +L’Herbier du Gabon, de PIERRE, renferme de nombreux matériaux relatifs +aux espèces _Cola acuminata_ et _Cola Ballayi_. Cette dernière est +étiquetée _Bichea sulcata_ Pierre Mss. Nous nous en occuperons dans un +des prochains chapitres. + + * * * * * + + +[Note 91 : LASÈGUE. — Mus. Bot. Delessert, p. 302.] + +[Note 92 : Il est certain qu’en créant le binôme _Cola acuminata_ SCHOTT +et ENDLICHER avaient en vue la plante de PALISOT DE BEAUVOIS. (Voir : +_Kew Bulletin_, 1906, p. 90, une observation de STAPF à ce sujet).] + +[Note 93 : _Cola Ballayi_ Cornu in Heckel. nom. emend. Les Kolas +africains. _Annales l’Institut botanico-géologique colonial de +Marseille_, vol. I (1893), p. 104 et fig. 8.] + +[Note 94 : Chez les véritables _Cola acuminata_, comme chez les _Cola +nitida_, les jeunes plants de même que les adultes ont les feuilles +éparses ou groupées par paquets de 4 à 6 feuilles assez rapprochées, +mais elles n’ont jamais une apparence verticillée.] + +[Note 95 : _Tropenpflanzer_, 1902, p. 626-631. — Voir aussi la même +étude traduite en français : _Rev. Cult. Col._, XII, 1903, 1er sem., p. +141-145.] + +[Note 96 : Wissenchaftliche Beihefte zum Deutsch-Kolonialblatt Mittheil. +v. Forschungsreis. u. _Gelehrten an den Deutsch. Schutzgeb._ Bd XIV, h. +I, p. 8-14. Traduit en franç. _Rev. cult. col._ VIII. 1901, 1er sem., p. +366.] + +[Note 97 : W. BUSSE. — Beiträge zur Kola (chap. VIII Bericht. über die +Pflanzen pathol. Expedition nach Kamerun und Togo 1904-1905) _Beihefte +z. Tropenpflanzer_ 1906, p. 22-228 et p. 60-66 du tirage à part.] + + + + + CHAPITRE VIII. + + * * * * * + + =Etude systématique des espèces de la section Eucola.= + + * * * * * + + +Tous les _Cola_ de la section _Eucola_ actuellement connus peuvent se +classer de la manière suivante : + + + =A.= Graines toujours à deux cotylédons + + 1 =C. nitida= A. Chev + + Arbre produisant exclusivement des noix rouges + + 1 a. sub-sp. _C. rubra_ A. Chev. + + Arbre produisant exclusivement des noix blanches + + 1. b. sub-sp. _C. alba_ A. Chev. + + Arbre produisant à la fois des noix rouges et des noix blanches et + parfois aussi des noix roses + + 1 c. sub-sp. _C. mixta_ A. Chev. + + Arbre produisant de petites noix rose-pâle ou des noix blanches et + des petites noix rose-pâle en mélange + + 1 d. sub-sp. _C. pallida_ A. Chev. + + =B.= Graines toujours à plus de deux cotylédons. + + ○ Follicules oblongs ou oblongs-allongés avec une crête dorsale + bien marquée, + + + Feuilles alternes + + 2 =C. acuminata= Schott et Endl. + + + Feuilles verticillées par 3 ou par 4, rarement opposées + + 3 =C. verticillata= Stapf. + + + Feuilles subverticillées par groupes de 5 à 15 + + 4 =C. Ballayi= M. Cornu. + + ○ Follicules subglobuleux, de la grosseur du poing + + 5 =C. sphærocarpa= A. Chev. + + +Les quatre premières espèces sont aujourd’hui complètement connues. + +Pour la cinquième, nous ne possédons encore que des documents incomplets +et il n’est pas certain qu’elle doive être maintenue dans la section +_Eucola_, lorsque ses feuilles et ses fleurs seront étudiées. + + + 1. _Cola nitida_ A. CHEV. (comb. nov.). + + +_Sterculia nitida_ Vent. ! Jard. Malmaison (1804) tab. 91, adnot. + +_Sterculia grandiflora_ Vent. ! _loc. cit._, t. 91, adnot. + +_Sterculia acuminata_ mult. auct. (non Pal. Beauv.). + +_Cola acuminata_ mult. auct. (Masters ! Baillon, etc.), _pro parte_. + +_Cola acuminata_ Heckel ! (non Schott et Endl.,). Ann. mus. Marseille, I +(1893), p. 22 et suiv. et fig. 2. + +_Cola vera_ K. Schum. ! _Notizbl. bot. Gart. Berl._, III (1900), p. 10, +Monograph. afric. Pflanz. V. Sterculiacæ (1901), p. 124. + +_Cola sublobata_ et _C. astrophora_ Warb. _pro parte_, _Tropenpfl._, +1902 (pour la description des noix seulement). + + +Arbre de moyenne grandeur, ayant de 6 mètres à 15 mètres de haut et +parfois de 20 à 25 mètres au milieu de la forêt, à tronc de 25 cm. à 50 +cm. de diam. et de 3 mètres à 12 mètres de long, souvent bifurquée à mi- +hauteur. Branches étalées ou ascendantes. + +Jeunes rameaux verts, glabres. + +Feuilles grandes, glabres, assez longuement pétiolées, toujours +alternes, rarement subopposées, à insertions souvent rapprochées à +l’extrémité et formant des rosettes terminales, mais non de faux- +verticilles comme dans _C. Ballayi_. + +Limbe coriace-parcheminé, d’un vert mat en-dessus, rarement luisant, +oblong, cunéiforme à la base, rarement arrondi, acuminé et obtusiuscule +au sommet (acumen plus ou moins long et ordinairement droit), long de 18 +cm. à 28 cm., sur 6 cm. 5 à 10 cm. 5 de large. Nervure médiane très +saillante sur les deux faces ; nervures secondaires de 5 à 8 paires, +très ascendantes. Inflorescences en petites grappes, longues de 2 cm. à +5 cm. pédoncules compris, insérées à l’aisselle des feuilles ou des +cicatrices foliaires. Rachis pulvérulent-blanchâtre par la présence de +poils étoilés. + +Les grappes sont composées exclusivement de fleurs mâles ou comprennent +des fleurs mâles et des fleurs hermaphrodites ; parfois les deux sortes +d’inflorescences existent sur un même rameau ; dans ce cas, un rameau +produit des grappes mâles avant de produire des grappes hermaphrodites. + +Pédicelles longs de 6 mm. à 12 mm., blancs-tomenteux. Boutons floraux +tomenteux-blanchâtres, subglobuleux. Calice de 15 mm. à 30 mm. de diam. +(et jusqu’à 40 mm. pour quelques fleurs hermaphrodites), à tube urcéolé +ou subcampanulé de 3 à 5 mm. de long, donnant insertion à 5 lobes (très +exceptionnellement 4 ou 6) ovales lancéolés, d’abord soudés par le haut, +ensuite étalés, parsemés de poils blancs-étoilés en dedans, couverts en +dehors de poils analogues, plus nombreux et formant un revêtement +laineux. Toute la fleur est d’un blanc-jaunâtre à l’exception de 15 +nervures d’un pourpre noirâtre, très saillantes, s’étendant du fond du +tube jusqu’au milieu des lobes (3 nervures pourpres par lobe) ; seule +une race peu répandue, a les fleurs entièrement d’un blanc-crême sans +stries pourpres. + +Fleurs mâles : androcée porté sur un stipe grêle de 0 mm. 5 à 1 mm. 5, +terminé en cupule, d’abord subglobuleux, plus tard étalée en disque un +peu concave avec 10 dents plus ou moins profondes où s’insèrent au +centre 5 stigmates rudimentaires. + +Fleurs hermaphrodites : anthères petites sur deux rangs de 10 loges +superposées et souvent divergentes, insérées tout au fond du calice, +autour de la base de l’ovaire ; celui-ci est subsphérique, à 5 (ou +parfois 6) carpelles ovoïdes, blancs ou roux, tomenteux, terminés par +autant de styles linéaires, subulés ou obtusiuscules, réfléchis et +descendant presque au niveau des étamines mais sans être soudés aux +ovaires. Ovules 6 à 12 par carpelle, disposés sur deux rangs. + +Jeunes fruits comprenant 4 ou 5 carpelles (rarement 6), ovoïdes, étalés +en étoile, parfois un peu pendants ou au contraire ascendants, verts ou +blanchâtres, glabres de bonne heure. + +Fruits adultes formés de 1 à 5 carpelles oblongs, ou ellipsoïdes, +parfois asymétriques, renflés sur les côtés, longs de 8 cm. à 12 cm. sur +4 cm. à 8 cm. de large, d’un vert clair ou lavés de blanc à la base, +parfois d’un roux-ferrugineux, très brièvement stipités à la base, +terminés au sommet en bec court obtus ou émarginé. Surface supérieure +avec crête étroite et très saillante, surface inférieure avec un sillon +ventral plus ou moins profond ; péricarpe épais de 6 à 10 mm., à paroi +externe lisse ou bombée, parfois scoriacée et couverte de grosses +verrues très rapprochées les unes des autres ; paroi interne lisse et +blanche. Graines, 3 à 10 par carpelle (très rarement une ou deux), +ovoïdes ou subglobuleuses, plus ou moins anguleuses par compression, +munies d’un tégument blanc, spongieux, épais de 3 mm. à 5 mm. + +Amandes de couleur et de taille très variables suivant les races, mais +toujours à deux cotylédons, pouvant peser à l’état frais, de 3 grammes à +100 grammes, prenant en quelques minutes, dès qu’elles sont brisées, une +couleur jaune safran. Saveur agréable, d’abord un peu amère, puis sucrée +après salivation. + +Cette espèce fournit les noix les plus appréciées. + + +DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Incontestablement spontané dans la forêt +vierge de la Côte d’Ivoire et du Libéria entre le 5e et le 7e +parallèles. Les diverses races énumérées ci-après (sauf la quatrième) +sont en outre cultivées en grand, non seulement au Libéria et à la Côte +d’Ivoire, mais aussi dans la Guinée française (jusqu’à 1200 mètres +d’altitude), à Sierra-Leone, dans le Gold-Coast, dans quelques villages +de la Nigéria anglaise et au Togo allemand. + +Depuis quelques années, l’espèce est en outre introduite dans les +plantations européennes au Togo, au Dahomey, à Lagos, au Cameroun et au +Gabon. + + +=Figures et Planches relatives à cette espèce= : Figures 1 (hors texte), +5, 10, 11, 27, 28 (hors texte), 31 et 32 (hors texte). + +Planches : I, II, III, IV, V, X, XI, XII, XIII, XV, XVI (3 à 9). + + +OBSERVATIONS. — Comme toutes les plantes cultivées depuis une époque +très reculée, le _Cola nitida_ présente un très grand nombre de +variétés, l’organe sur lequel portent les variations étant surtout +l’amande. Ces variations sont d’autant plus nombreuses et désordonnées +que les indigènes ne savent pas multiplier les variétés pures les plus +intéressantes et ne pratiquent ni la sélection méthodique des semences, +ni le greffage. + +Du reste, ils ne distinguent pas ces variétés et disent que les qualités +qu’ils attribuent aux noix de certains arbres sont dues de la nature du +sol, au climat, etc. Sur les marchés, les amandes sont classées sous les +appellations de _Kolas blancs, Kolas rouges, Kolas roses, Kolas verts, +petits Kolas_, etc. appellations qui ne servent nullement à désigner des +variétés d’arbres producteurs, mais exclusivement la denrée commerciale +vendue. Pour différencier ces variétés, il faudrait en faire sur place +une étude attentive, et encore il serait nécessaire de suivre les mêmes +exemplaires à toutes les étapes de leur développement. Cela n’était pas +possible au cours des voyages que nous avons effectués, mais toutes les +formes que nous avons observées peuvent néanmoins être reparties dans +les quatre sous-espèces décrites ci-après (le mot sous-espèce ayant ici +plutôt le sens de _race culturale_) : + + + s.-sp. 1 a. =Cola rubra= A. CHEV. (s.-sp. nov.) + + _Floribus albo-tomentosis cum lineolis purpureis ; nucleis omnibus + purpureis._ + + +Fleurs de taille très variable, à calice constamment strié de pourpre- +noirâtre. Urcéole staminal des fleurs mâles lavé de pourpre. Follicules +ordinairement gros, renflés, dépourvus de tubercules à leur surface, +lisses ou grossièrement bosselés. Amandes, toutes d’un rouge sombre à +maturité, prenant avant complet développement une teinte d’un rouge +cerise ou carmin. Chair rosée non mucilagineuse. Amandes fraîches ayant +un poids variant de 7 grammes à 100 grammes, pesant d’une manière +courante 10 grammes à 25 grammes. + + +DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Guinée française : quelques exemplaires çà +et là dans les plantations du Kissi et des pays Tômas et Manons (région +de Lola). + +Côte d’Ivoire : assez répandu dans le nord-ouest de la forêt (Pays +Diola, Pays Bété). Çà et là dans l’intérieur de la forêt : Pays Los ou +Gouros, Pays Abé ! + +Gold Coast : Pays Achanti où cette race existerait à l’exclusion de +toutes les autres. + + +NOMS VERNAC. — _Kola rouge_, _noix de Gondja_, _Kola de l’Achanti_ +(Colons), _Gonja_ (dans la Nigéria, d’après BARTER). + + + s.-sp. 1 b. =Cola alba= A. CHEV. (s.-sp. nov). + + _Floribus integiter luteo-albidis, sine lineolis purpureis, nucleis + omnibus albidis._ + + +_Cola alba_ A. Chev. _C. R. Acad. Sc._, 7 mars 1910. + +_Cola macrocarpa_ Barth ; BINGER, du Niger au Golfe de Guinée, I, p. 312 +(non G. Don), pour les noix de l’Anno. + + +Fleurs de taille moyenne (18 mm. de diam. environ dans les fleurs mâles) +à _calice entièrement d’un blanc-jaunâtre_ sans stries rouges à la base +sur la face interne ; lobes formant un bouton subglobuleux avant +l’anthèse, couverts de poils blancs étoilés en dedans et en dehors. +Fleurs mâles : androcée complètement blanc, porté par un stipe très +court ou presque nul, connectif commun terminé par un disque, +correspondant aux 10 loges supérieures des anthères. Au centre du +disque, le gynécée avorté fait saillie sous forme de 5 petits mamelons +accolés et blanchâtres. Fleurs hermaphrodites inconnues. + +Fruits mûrs composés de follicules vert-pâle à maturité, ovoïdes- +ellipsoïdes, brièvement stipités à la base, terminés au sommet par un +bec court et obtus, portant en-dessus un crête dorsale peu saillante et +en-dessous un sillon ventral très peu accusé ; la surface du péricarpe +est légèrement bosselée, mais non profondément scoriacée-tuberculeuse. +Graines 3 à 9 par follicule, assez grosses, avec un tégument peu épais, +noix grosses (pesant 25 à 30 grammes en moyenne), toutes d’un blanc de +neige lorsqu’elles viennent d’être dépouillées du tégument, prenant +longtemps après une teinte blanc sale ou blanc-jaune pâle. _Chair +blanche_ non mucilagineuse, prenant une teinte jaune-safran sitôt brisée +et exposée à l’air. + +Saveur un peu moins âpre que dans la race précédente et dans la race +suivante. + + +DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Guinée française : Bangadou dans le Kissi ! +et dans quelques autres villages de la même région. Cette race est rare +et on en rencontre seulement quelques individus dans un petit nombre de +points. + +D’après des renseignements indigènes, elle existerait aussi dans le Samo +et dans le Pays Toma au sud de Diorodougou. + +[Illustration : FIG. 27. — =Fleurs de Cola nitida= A. Chev. — A et A¹, +sous-espèce _C. alba_ A. Chev. A, fleur épanouie ; A¹, fleur en bouton ; +B, sous-espèce _C. mixta_ fleur épanouie ; B¹ et B², androcée d’une +fleur mâle vu au dessus et de profil ; B³, le même en coupe +longitudinale.] + +Côte d’Ivoire : Daloa dans le Pays Bété (d’après le lieutenant RIPERT). + + +=Figure relative à cette sous-espèce= : Fig. 27, A et A¹. + + +OBSERVATION. — Le _Kola blanc_ du pays des Ngans à la Côte d’Ivoire +connu des dioulas soudanais sous le nom de _Kola blanc de l’Anno_, et +sur lequel BINGER a le premier attiré l’attention, est produit par un +arbre que nous avons étudié sur place et qui se différencie assez +sérieusement de la race que nous venons de décrire. Les fleurs ne sont +pas complètement blanches, mais le périanthe est strié de pourpre comme +dans les autres races. Les follicules mûrs ont la forme de ceux du _Cola +alba_ du Kissi et ils renferment aussi de 3 à 9 graines de grosse +taille. Les noix sont extérieurement d’un blanc-jaunâtre, plus ou moins +lavées d’un vert pâle surtout sur les bords des cotylédons et sur les +faces cotylédonaires en contact. Cette teinte verte domine même sur +toute la surface quand les noix ont été cueillies avant maturité. Les +noix non encore mûres contenues dans le fruit sont entièrement _vertes_ +à leur surface, mais blanches à l’intérieur. Certaines amandes mûres +sont, à l’état frais, d’un jaune-verdâtre, légèrement lavées de rose. +Dans tous les cas, la chair est blanche et très ferme ; brisée, elle +prend aussitôt une teinte jaune-safran dans la partie déchirée. +L’embryon est constitué par 2 cotylédons légèrement fendus du côté de la +radicule. On rencontre accidentellement des noix à 3 ou même à 4 +cotylédons mais à peine dans la proportion de 1 pour 1.000. A l’encontre +du Kola blanc du Kissi (qui est le plus estimé de tous les Kolas) la +noix blanche de l’Anno n’est pas prisée par tous les dioulas et certains +affirment qu’elle ne se conserve jamais plus de 2 à 3 mois. Il ne faut +pas confondre ces noix blanches avec les petites noix roses de l’Anno, +vendues souvent en mélange et dont il sera question à propos du _Cola +pallida_[98]. + + + s.-sp. 1 c. =Cola mixta= A. CHEV. (s.-sp. nov.) + + _Floribus albo-tomentosis cum lineolis purpureis ; nucleis albidis et + purpureis intermixtis in singulos folliculis._ + + +Mêmes fleurs que _C. rubra_. Follicules ovoïdes, oblongs, tantôt lisses +ou un peu bosselés, tantôt assez fortement tuberculeux à la surface. +Noix rouges et noix blanches (et parfois des noix rosées) sur le même +arbre, ordinairement en mélange dans les mêmes follicules, parfois +portées sur des follicules différents. + + +DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Cette race est de beaucoup la plus répandue +dans les cultures de l’Afrique occidentale (à l’exception de la Gold- +Coast où domine _C. rubra_). D’après le rapport officiel publié dans +l’_Agriculture pratique des Pays chauds_, 1907, 1er sem., elle existe, à +l’exclusion de toutes les autres, dans la région littorale de la Guinée +française. C’est aussi la seule que nous ayons observée dans les cercles +de Faranna ! de Kouroussa ! et Kankan ! Enfin elle domine dans le +Kissi ! le pays Tôma ! et dans le Nord-Ouest de la forêt de la Côte +d’Ivoire ! Dans le centre et le nord de la forêt, surtout loin des +villages, c’est _C. pallida_ qui prend sa place, mais _C. mixta_ s’y +rencontre néanmoins. + + +OBSERVATION I. — Dans le _Cola mixta_, les noix rouges sont en général +dans la proportion de 2/3 ou 3/4 ; les noix blanches ou roses ne formant +que le tiers ou le quart. Ces proportions se rapprochent de celles qui +sont admises pour le retour aux caractères des parents dans les +descendants d’hybrides (_loi de Mendel_). Aussi avons nous récemment +émis l’hypothèse que le _Cola mixta_ était un hybride de _C. rubra_ et +_C. alba_. Cependant il convient d’observer que suivant la loi de +MENDEL, dès la 2e génération, une partie des arbres devraient donner +exclusivement des noix rouges et une partie des autres exclusivement des +noix blanches. Or, il n’en est pas ainsi puisque presque partout c’est +_C. mixta_ qui prédomine. Nous reviendrons sur ce point dans le chapitre +relatif à la biologie. + +Les noix rouges et les noix blanches sont disposées sans ordre dans les +follicules. Dans une cabosse comprenant 9 graines, nous avons trouvé, +par exemple, en allant du pédoncule vers l’extrémité : 1re paire, noix +rouge à gauche, noix rouge à droite ; 2e paire, noix rouge à gauche, +noix blanche à droite ; 3e paire, noix rouge à gauche et noix blanche à +droite ; 4e paire, noix blanche à gauche, noix rouge à droite ; 5e une +noix rouge à gauche, rien à droite. Soit 3 noix blanches et 6 noix +rouges. + + +OBSERVATION II. — La forme des feuilles varie beaucoup d’un arbre à +l’autre. En Guinée française, outre le type (Fig. 2), nous avons +distingué deux variations assez différenciées, mais nous ignorons si +elles sont héréditaires. L’une, _forma angustifolia_ A. Chev. (Fig. 28 +hors texte), observée dans le Haut-Niger (cercle de Kouroussa) a les +feuilles étroites, presque oblongues-linéaires ; l’autre, recueillie à +Conakry : _forma latifolia_ A. Chev., a au contraire les feuilles larges +nettement obovales. + +Aucun autre caractère ne nous parait distinguer ces formes. + + + s.-sp. 1 d. =Cola pallida= A. CHEV. (s.-sp. nov.). + + _Floribus albo-tomentosis, cum lineolis purpureis ; nucleis minoribus + roseo-pallidis, vel roseis et albidis intermixtis._ + + +Race fréquemment dioïque ou plutôt comprenant des individus ne portant +que des fleurs mâles et d’autres individus portant à la fois des fleurs +mâles et des fleurs hermaphrodites, soit sur les mêmes inflorescences +soit sur des racèmes séparés. + +Calice ordinairement de petite taille dans les fleurs mâles. Stipe de +l’androcée court, disque staminal en soucoupe avec 10 crénelures un peu +inégales. + +Follicules jeunes presque toujours entièrement couverts d’une +pulvérulence blanchâtre disparaissant rapidement ou persistant presque +jusqu’à maturité. Follicules adultes d’un vert jaunâtre, de 8 cm. à 10 +cm. de long sur 5 cm. à 7 cm. de large, ovoïdes ou oblongs, terminés par +un appendice en bec d’oiseau. Les follicules sont ordinairement +ascendants et constituent dans leur ensemble un groupe concave en- +dessus. Suture dorsale formant une crête faisant saillie de 2 mm. à 5 +mm., souvent sillonnée au milieu ; suture ventrale plus ou moins +profondément sillonnée au milieu, le sillon étant fréquemment bordé de +deux bourrelets peu proéminents et plus ou moins ondulés et mamelonnés. +En outre, les bords et la face inférieure présentent des tubercules +scoriacés très saillants, réunis les uns aux autres et donnent au +follicule un aspect très spécial. Graines, 1 à 12 par follicule et +parfois jusqu’à 20, d’après des renseignements d’indigènes (le plus +souvent 5 ou 7), à amandes ordinairement d’un rose pâle, parfois rouges +comme dans _Cola rubra_, mais constamment plus petites et dans ce cas +ayant une teinte d’un rose-vif avant maturité ; la chair est également +d’un rose-vif ou d’un rouge-foncé ; enfin on trouve parfois en mélange +de petites noix blanches ou plutôt d’un jaune-verdâtre à l’état frais. +Les noix prennent une teinte jaune-safran dès qu’elles sont brisées ; +elles pèsent le plus souvent de 3 à 12 grammes. Leur saveur est +agréable, mais elles sont pourtant peu estimées par les soudanais. + +[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.= + +128 _bis_. + +FIG. 28. — =Cola mixta= A. Chev. + +_1_, _forma latifolia_ A. Chev. avec de jeunes fruits ; _2_, _forma +angustifolia_ A. Chev. en fleurs. _3_, Fleur femelle du précédent +grossie.] + + +DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Côte d’Ivoire : Assez commun dans la forêt, +spécialement dans le moyen Sassandra et le moyen Cavally, dans le Pays +Abé, le Morénou et dans la région d’Akouakoumékrou sur le moyen Comoë. + + +NOM VERNAC. — _Oua na_ (Abé) m. à m. _Kola du sanglier_ (ou du +potamochère), à cause de la couleur des noix. + + +=Figures et Planches relatives à cette sous-espèce= : Fig. 31 dessins 3 +et 4, Planche XII. + + + 2. _Cola acuminata_ (Pal. Beauv.) Schott et Endl. + + +_Sterculia acuminata_ Pal. Beauv. ! Fl. Oware et Bénin, I (1804), 41, +Pl. XXIV. + +_Sterculia acuminata_ mult. auct. _pro parte_, BAILLON ! _Adansonia_, X, +p. 69, Hist., Pl. IV, MASTERS ! + +_Sterculia macrocarpa_ G. Don, Syst. I (1831), p. 515-516. + +_Cola acuminata_ Schott et Endlicher, Meletemata bot. (1832), p. 33. + +_Cola acuminata_ R. Brown., _pro parte_, in BENNETT, Pl. Jav. rar., p. +237[99]. + +K. Schum. ! (inclus. var. _Ballayi_, _grandiflora_, _trichandra_), in +ENGLER, Monograph. Afrik. Pflanz. Sterculiacæ, p. 125. + +_Cola Ballayi_ Heckel, _pro parte_, _l. c._, p. 33, 101 et 104 et Pl. +III. + +_Bichea sulcata_ Pierre, Mss. in Herb. Mus. Paris. + +_Cola sublobata_ ! et _Cola astrophora_ Warb., _pro parte_ ! +_Tropenpflanz._ + +_Cola Supfiana_ W. BUSSE ! Beiheste _Tropenpflanz._, 1906, no 4 et 5, p. +63 et fig. 5. + +_C. thomensis_ A. Chev. in ALMADA NEGREIROS. Colonies portugaises, +études documentaires, Paris, 1906, p. 207. + + +Arbre de 6 m. à 12 m. de haut, atteignant très exceptionnellement 15 m. +à 20 m., à tronc de 15 cm. à 40 cm. de diamètre, souvent fourchu à 1 m. +ou 2 m. au-dessus du sol ; rameaux étalés irrégulièrement de sorte que +le port n’est pas uniforme ; parfois les branches sont en partie +retombantes. L’aspect rappelle _C. nitida_, mais le feuillage est +beaucoup plus clairsemé ; jeunes rameaux verts ou parfois glauques, +glabres, à entrenœuds courts. Feuilles alternes (ou rarement quelques- +unes subopposées), à limbe subcoriace, oblong, ou parfois oblong- +linéaire ou elliptique, mesurant 7 cm. à 22 cm. de long et 3 cm. à 10 +cm. de large ; base tantôt arrondie, tantôt cunéiforme, parfois très +aiguë ; extrémité plus ou moins longuement acuminée (à acumen étroit, +obtusiuscule, long de 8 à 15 mm., presque toujours déjeté d’un côté) ; +surface supérieure vert-sombre, luisante, l’inférieure vert-pâle ou +vert-jaunâtre, également un peu luisante. Nervure médiane saillante des +deux côtés ; nervures latérales I, 6 à 10 paires moyennement ou très +ascendantes, peu en relief, souvent entremêlées avec des nervures +latérales II, _non régulièrement arquées_, mais souvent en zig-zag à +leur extrémité ; réticules assez larges, peu apparents. Inflorescences +débutant par des gemmules globuleuses, enveloppées à l’extérieur par de +nombreuses bractées ovales-concaves, très imbriquées, promptement +caduques ; gemmules disposées à l’aisselle de feuilles inférieures ou +des cicatrices foliaires ou insérées sans ordre le long des entre-nœuds. +Inflorescences épanouies formant de petits racèmes très rameux dès la +base, longs de 4 cm. à 7 cm., à rachis couverts de petits poils blancs +très apprimés. Pédicelles de 4 mm. à 10 mm. + +Fleurs ordinairement assez petites, d’un _blanc-jaunâtre, légèrement +verdâtre_, à calice rotacé ou subcampanulé, de 12 à 15 mm. de diamètre +quand il est épanoui, mais pouvant atteindre une taille beaucoup plus +grande, surtout pour les fleurs hermaphrodites, divisé en _5 ou 6 lobes_ +profonds, lancéolés, à bords relevés et très amincis vers le dessus, +longs de 5 à 7 mm. portant 3 stries d’un pourpre-noirâtre à la base ; +surface externe couverte de fins poils étoilés, l’interne glabrescente +ou avec quelques poils blancs entremêlés avec des poils étoilés. + +Fleurs ♂ à calice rotacé ; stipe staminal adulte long de 1 mm. à 2 mm., +finement pubescent. Androcée d’abord urcéolé, les dix loges supérieures +groupées 2 à 2 et incurvées en-dessus de manière à limiter une cupule de +2 mm. de diamètre ; après leur déhiscence, les loges supérieures +s’étalent en un disque légèrement concave formé de cinq branches bifides +un peu relevées et limitant un connectif commun orbicuforme, pubérulent, +au centre duquel se trouvent les cinq pistils rudimentaires. + +[Illustration : Aug. CHEVALIER et Ém. PERROT. + +=Les Kolatiers.= + +FIG. 29. — =Cola acuminata= Schott et Endl. + +_1_ à _4_, androcée d’une fleur mâle ; _1_ et _2_, à l’état jeune ; _3_ +et _4_ quand la fleur est épanouie ; _5_ et _6_, fleur femelle ; _7_, +disposition des ovules dans une loge carpellaire ; _8_, un carpelle +isolé ; _9_, carpelles ascendants commençant à se développer après la +fécondation d’une fleur ; _10_, un carpelle coupé transversalement ; +_11_, carpelles étalés normalement au pédoncule floral et commençant +aussi à se développer.] + +Fleurs hermaphrodites à calice _plus ou moins campanulé_, pouvant +atteindre jusqu’à 25 mm. de diamètre, à 5 (parfois 4) carpelles +pubescents-blanchâtres, surmontés de stigmates recourbés, non adnés, +étroits, aigus, l’ensemble du gynécée formant une masse ovoïde-tronquée. +Etamines composées de 20 loges, à raison de 4 à la base de chaque +carpelle, superposées 2 à 2. + +Jeunes fruits composés de 3 à 5 carpelles oblongs-linéaires, +ordinairement redressés et limitant une sorte d’urcéole ; parfois aussi +ils sont étalés dans un plan normal au pédoncule et ils forment ainsi +une étoile à 3 ou 5 branches, mais jamais ils ne sont décombants comme +dans certaines formes de _C. nitida_. Follicules jeunes (longs de 6 cm. +sur 1 cm. 8 de diamètre) étroitement oblongs, non stipités à la base, +plus ou moins atténués au sommet en bec obtus, comprimé, droit, occupant +environ le tiers de la longueur totale du follicule. Face supérieure +munie d’une crête supérieure peu saillante, un peu sillonnée ; face +ventrale avec un sillon évasé peu profond ; faces latérales sans +tubercules, plus ou moins lisses, couvertes jusqu’à un âge avancé d’une +pulvérulence roussâtre ou cendrée formée de petits poils étoilés. +Follicule adulte ovoïde-oblong, pouvant avoir 12 cm. à 20 cm. de long +sur 6 cm. à 8 cm. de large au milieu, étalé ou ascendant, stipité à la +base, terminé au sommet par un bec très allongé, subtriquêtre, pouvant +atteindre 2 cm. à 4 cm. à l’état adulte, d’un vert pâle souvent parsemé +de plaques roussâtres à maturité. Face supérieure et face inférieure +presque toujours profondément sillonnées (d’où le nom _Bichea sulcata_ +Pierre Mss.). Faces latérales à peine bosselées, non verruqueuses, +scoriacées. Péricarpe épais de 3 à 5 mm., lisse et d’un blanc légèrement +jaunâtre à l’intérieur. + +Graines 1 à 9 (le plus souvent 5 à 8) par follicule, insérées sur deux +rangs par un hile pouvant atteindre 5 cm. de large, les plus grosses +mesurant 5 cm. 5 de long sur 4 cm. de diamètre et pouvant peser de 40 à +60 grammes (tégument compris). + +Tégument blanc-jaunâtre à l’extérieur, épais de 3 mm., spongieux. +Amandes ovoïdes, polyédriques par compression, pouvant atteindre 3 cm. à +4 cm. de diamètre et un poids de 5 grammes à 50 grammes, _roses ou d’un +blanc légèrement rosé_ (dans ce cas, la teinte rose est plus accusée à +l’extrémité des cotylédons à l’opposé du hile), les blanches plus ou +moins lavées de vert lorsque les graines sont cueillies depuis longtemps +ou en voie de germination, ayant toutes 4 à 5 cotylédons avec une fente +à leur base de 4 à 8 mm. _Chair rose ou d’un blanc très légèrement rosé_ +dans les noix blanches, prenant une teinte violacée quand on les brise +puis tournant au brun ferrugineux. Noix à saveur agréable, mais un peu +mucilagineuses, beaucoup moins appréciées que les noix de _Cola nitida_. + + +DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Côte d’Ivoire : cultivé sur la côte de Krou +dans le Bas-Cavally, depuis la mer jusqu’à Taté et Grabo ! (L’espèce a +été introduite depuis quelques années seulement par les Kroumen, retour +de San-Thomé et de Fernando-Pô ; mais dans tout le Bas-Cavally le _Cola +nitida_ prédomine). — Togo (Comte Zech, W. Busse), — Bas-Dahomey : +quelques exemplaires plantés dans la plupart des villages depuis la côte +jusqu’au septième parallèle. — Nigéria anglaise : cultivé autour des +villages depuis Lagos jusqu’à Ibadan. Bénin (Palisot de Beauvois). +Commun depuis le delta du Niger jusqu’à la province de Nupé (Barter !), +Old-Calabar ! — Cameroun : A. C. à travers la forêt, parfois planté. — +Afrique équatoriale française : C. dans presque tout le Gabon : +Libreville ! Mayumbe ! Forme en certains endroits l’essence dominante de +la forêt. Fernando-Pô (Barter !) — Ile de San-Thomé, çà et là dans les +plantations depuis le niveau de la mer jusqu’à 800 mètres d’altitude. Y +semble cultivé et naturalisé plutôt que spontané. — Angola +(Welwitsch !). + + +NOMS INDIGÈNES. — Kola à 4-5 lobes, Petit Kola du Dahomey, _Kola du +Gabon_ (colons), _Hobi_ (nago), _Guiti_ (dahoméen), _Kola mâle_ +(indigènes du Dahomey), _Abata Kola_ (Lagos), _Fatak_ (Nigéria, d’après +BARTER), _Ombéné_ (mpongoué), _Abel_ (pahouin). + + +=Figures et Planches relatives à cette espèce= : Figures 13 (hors +texte), 25, 26, 29, 30 ; Planches VI, IX, XIV. + + +OBSERVATIONS. — La plus répandue de toutes les espèces de la section +_Eucola_, elle se rencontre à l’état spontané ou cultivé depuis le 7° de +latitude Nord (au Dahomey et au Togo) jusqu’au 4° de latitude Sud +(Angola). Dans ces régions, elle présente vraisemblablement les races +analogues à celles que nous avons décrites pour le _C. nitida_, mais +elles nous sont encore trop imparfaitement connues pour que nous +cherchions à les différencier ici. Au Dahomey, les arbres produisant +exclusivement des noix d’un rouge vineux sont les plus abondants, mais +on rencontre aussi des Kolatiers dont les follicules renferment des noix +rouges et des noix blanches ou d’un rose très pâle. Nous avons observé à +San-Thomé, à la roça de San-Miguel, un Kolatier, du groupe _C. +acuminata_, produisant exclusivement de grosses noix blanches à peine +rosées. Nous avons figuré deux follicules de cette race (Fig. 30). +D’après le P. KLAINE, il n’y a pas de Kolas blancs à Libreville, mais il +en existe à 15 heures au Nord-Ouest, ainsi que dans le Haut Ogoué (in +litt. ad L. PIERRE). + +[Illustration : FIG. 30. — =Cola acuminata= Schott et Endl. Forme de +San-Thomé. + +Follicules à deux états de développement vus par la face ventrale ; +celui de gauche est encore jeune, celui de droite est presque mûr.] + + + 3. _Cola verticillata_ STAPF Mss. (comb. nov.). + + +_Sterculia verticillata_ Thonning in SCHUM. Beskr. Guin., II, 1827, p. +14. + +_Cola Johnsoni_ Stapf Mss. in Herb. Kew. (olim). + +_Cola anomala_ K. Schum. in ENGLER. Monograph. afrik. Pflanz. v. +Stercul. (1901), p. 134 et pl. XVI, fig. B. + + +Arbre atteignant une _grande taille_ (jusqu’à 25 m. de hauteur), à tronc +droit, régulier, de 4 m. à 8 m. de hauteur sans branches et de 30 cm. à +50 cm. de diam. ; branches formant une tête arrondie ; rameaux la +plupart pendants. Ramules dressées, vertes, glabres ou présentant de +très rares poils étoilés roussâtres ; entre-nœuds longs de 2 cm. à 12 +cm. _Feuilles verticillées, par 3 ou plus souvent par 4_, parfois +opposées aux nœuds inférieurs, à limbe subcoriace, oblong ou oblancéolé, +parfois obovale elliptique, ordinairement très aigu à la base, terminé +au sommet par un acumen très étroit aigu ou rarement obtusiuscule, de 6 +à 10 mm. de long, à bords légèrement incurvés en dessous, long de 12 à +25 c., large de 4 cm. 5 à 12 cm., glabre sur les deux faces, à surface +supérieure vert-sombre, luisante, l’inférieure d’un vert-jaunâtre, à +nervure médiane saillante des deux côtés ; nervures latérales I : 5 à 8 +paires, saillantes sur les deux faces, _très ascendantes, à courbes +régulières_, en arceaux à l’extrémité, passant tout près des bords ; +nervures latérales II ordinairement absentes ; réticules des nervilles +étroits, très apparents en dessous. Pétioles étalés presque +horizontalement aux nœuds inférieurs, très grêles, longs de 2 cm. à 5 +cm. 5, renflés aux deux extrémités formant un angle très obtus avec le +plan du limbe. Stipules linéaires très aiguës, de 5 mm. de long, formant +un bourgeon pointu à l’extrémité des rameaux. + +[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.= + +136 _bis_. + +FIG. 31. — =Cola nitida= A. Chev. + +_1_, Un follicule de la sous-espèce _C. mixta_ encore fixé à son +pédoncule. _2_, Autre follicule parvenu à maturité et à valves inégales. +_3_ et _4_, Un fruit jeune de _Cola pallida_, vu de profil et vu en- +dessus.] + +[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.= + +137 _bis_. + +FIG. 32. — =Cola nitida= A. Chev. s. sp. ; =C. mixta= A. Chev., forme +des Iles Scherbro (Sierra-Léone). + +(Follicules presque mûrs communiqués par M. H. FILLOT).] + +Grappes courtes (de 1 cm. à 3 cm. de long), insérées à l’aisselle des +feuilles, isolées ou groupées par deux ou trois, à rachis couvert d’un +tomentum fauve ; fleurs accompagnées jusqu’à un âge avancé de bractées +ovales, aiguës, très concaves ; calice de 12 mm. à 18 mm. de diamètre, à +5 divisions deltoïdes, aiguës, pubescentes des deux côtés. Fleurs mâles +à périanthe formant un bouton subglobuleux avant l’épanouissement ; +androcée subsessile portant deux rangs de 10 anthères, celles du rang +supérieur faisant un peu saillie au dessus du disque en formant 10 +petits créneaux. Fleurs femelles à gynécée subglobuleux, pubescent, +formé le plus souvent de 5 carpelles ; jeunes carpelles longs de 11 cm. +sur 5 cm. de large au milieu, finement rugueux et _blanchâtres à la +surface_ par la présence d’un tomentum aranéeux. + +Fruits adultes, portés sur des pédoncules de 3 cm. à 4 cm. de long sur +10 mm. de diamètre. Carpelles, 3 à 5, étalés normalement au pédoncule, +_obovoïdes_, ventrus sur les bords, _non tuberculeux-scoriacés à la +surface_, longs de 10 cm. à 14 cm. sur 6 cm. 5 à 8 cm. de large, à peine +stipités à la base, terminés au sommet par un bec comprimé obtus de 15 +mm. de long. Chaque carpelle à maturité porte _sur la face supérieure un +sillon très évasé_ ; la face inférieure est aplatie ou légèrement +sillonnée au milieu. Graines 4 à 9 par carpelles, disposées sur deux +rangs, ovoïdes-comprimées, ordinairement plus grosses à l’état adulte +que les graines de _C. acuminata_, croissant dans les mêmes conditions ; +surface externe du tégument luisante, _blanche, marbrée de rose clair. +Amandes d’un rouge-vineux, comprenant 3 à 5 cotylédons_, dont un +cotylédon souvent beaucoup plus court que les autres (parfois atteignant +à peine la moitié de la hauteur de l’amande). Chair d’abord rouge-vif, +puis devenant violacée aussitôt qu’on la brise, enfin prenant à la +longue une teinte d’un brun-ocracé, présentant un liséré blanc sur le +bord externe des cotylédons. + + +DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Gold-Coast : dans l’Aquapim (THONNING !), +environs d’Aburi (JOHNSON, no 1051 !). Bas Dahomey : environs de la gare +de Sakété, dans un îlot de forêt vierge où quelques plantes ont été +observées par M. Noury qui nous les a montrées. Forêts de Brouadou et de +Saouro dans la même région ! Au dire des indigènes, la plante existerait +encore dans les forêts du Mono et des environs d’Allada. Cette espèce se +rencontrerait aussi dans la Nigéria du Sud, entre Lagos et la frontière +du Dahomey (renseignements d’indigènes). Au Dahomey, la plante croît à +l’état spontané le long des cours d’eau et dans les parties marécageuses +des forêts. Parfois on rencontre quelques exemplaires plantés par +mégarde au milieu des _Cola acuminata_ ; les indigènes les abattent +fréquemment. + +Enfin nous pensons que c’est à cette espèce que se rapporte la plante +nommée par K. SCHUMANN _Cola anomala_, découverte par CONRAU au +Cameroun, station de Bangoué ; l’aire serait donc assez étendue. + + +NOMS VERNAC. — _Kola d’eau_ (colons). C’est probablement le _Wasser +Kola_ du Togo. _Abidan_ (nago). Ne pas confondre avec _Abidoum_ qui est +le nom de l’amande du _Carapa procera_ au Dahomey. _Holovi_ (dahoméen), +mot à mot _Kola mucilagineux_. + + +=Figures relatives à cette espèce= : Figures 3 (hors texte) et 4. + + +OBSERVATIONS. — L’amande fraîche et non complètement mûre a une saveur +qui rappelle la noix de _Cola nitida_ non mûre. Elle est un peu amère, +mais laisse une saveur agréable dans la bouche, de sorte qu’elle +contient sûrement de la _caféine_[100]. D’ailleurs quelques dahoméens +mangent la noix quand ils la rencontrent, mais elle est considérée comme +ayant très peu de valeur et ne se vend pas sur les marchés. + +La jeune noix ne paraît pas plus mucilagineuse que les autres sortes de +Kolas. + +L’arbre même, dépourvu de fleurs et de fruits, se différencie facilement +de _Cola acuminata_, avec lequel il croît souvent, par les feuilles +verticillées, les nervures secondaires plus ascendantes et mieux +marquées en dessous, à arceaux plus réguliers et plus rapprochés des +bords, les réticules plus fins et beaucoup plus apparents. + + + 4. _Cola Ballayi_ CORNU. + + +_Cola Ballayi_ M. Cornu ! Mss. in Hort. Mus. Paris ; A. Tschirch et O. +Œsterlé, Anatomisch Atlas der pharmacog. (1900), p. 347. + +_Cola Ballayi_ Heckel, _pro parte_, l. c., p. 101, fig. 8 et 9 ! + +_Cola acuminata_ var. _kamerunensis_ K. Schum., l. c., 1901 ! p. 127. + +_Cola subverticillata_ De Wild., Etud. fl. Bas et Moy. Congo, II (1908), +p. 306 et Pl. XXXI et XXXII. + + +Arbre de 8 m. à 20 m. de haut, avec tronc de 3 m. à 5 m. sans +ramifications, à branches étalées, à rameaux terminaux ascendants, +légèrement pubescents à l’état jeune. + +Feuilles _très grandes_, (atteignant de 20 cm. à 50 cm. de long), +_subverticillées, à faux verticilles composés de 6 à 15 feuilles et +souvent rapprochés par deux et alternant avec de longs entrenœuds +dénudés_. + +Limbe trinervié à la base, très _coriace_, oblong ou oblancéolé, +cunéiforme à la base, brusquement acuminé au sommet (à acumen long de 10 +à 15 mm., très étroit et aigu), mesurant habituellement 20 cm. à 30 cm. +de long sur 7 cm. 5 à 15 cm. de large. Nervure médiane saillante sur les +deux faces ; nervures latérales, 7 à 9 paires, assez régulières, +ascendantes et formant des arceaux passant près des bords. Réticules +très fins, visibles sur les deux faces. Pétioles robustes, très inégaux +comme longueur, les uns mesurant 1 cm. à 4 cm., les autres atteignant 10 +cm. à 20 cm. + +Inflorescences en grappes axillaires robustes, longues de 5 cm. à 12 +cm., moyennement florifères, parsemés de poils étoilés roussâtres ; +pédicelles grêles pubescents, longs de 5 à 10 mm. Fleurs grandes, à +parfum nauséeux, à calice campanulé, de 3 cm. à 4 cm. de diamètre à +l’état frais, assez profondément divisé en 5 à 8 lobes, parsemé en +dedans et en dehors de petits poils étoilés roussâtres, d’un _rose clair +en dehors_, plus pâle en dedans, avec une tache pourpre-noirâtre au +fond, s’étendant sur les 3 crêtes très saillantes de chaque lobe du +calice. Fleurs mâles à androcée porté sur un stipe pourpre, grêle et +court portant au centre les rudiments de la fleur femelle composés de 5 +petites pointes, les loges des anthères divergentes formant, vues par le +haut, une sorte de _cupule rosée_ à 10 pointes émoussées. Fleurs +hermaphrodites à calice ordinairement plus grand que dans les fleurs +mâles, à ovaire tomenteux subglobuleux, _composé de 5 à 8 carpelles_ +(ordinairement 6) surmontés de stigmates linéaires aigus, recourbés en +hameçon. + +Fruits _composés de 5 à 7 follicules_ étalés en étoile, non ascendants, +pubescents à l’état jeune, plus tard glabres, dépourvus de revêtement +blanc ou de revêtement ferrugineux, ovoïdes-allongés et de la grosseur +du poing à maturité, mesurant alors 8 cm. à 14 cm. de long, sur 5 cm. à +8 cm. de largeur et 4 cm. à 5 cm. de hauteur. A complète maturité, ils +sont extérieurement verdâtres, plus ou moins teintés de brun-pourpré. +Ils présentent sur la face dorsale une large crête peu saillante et sur +la face ventrale un léger sillon ; faces latérales dépourvues de verrues +ou de tubercules et présentant seulement quelques rides obliques ; +sommet terminé par un bec court formé par le prolongement de la crête +dorsale, non courbé mais brusquement tronqué suivant toute la hauteur du +follicule. Péricarpe vu en section blanc, spongieux, épais de 4 mm. à 12 +mm., lisse et d’un blanc légèrement rosé sur la face interne. Chaque +follicule renferme 5 à 15 graines (le plus souvent 10 à 13 dans les +follicules de belle taille). Graines entourées d’un tégument spongieux, +lisse et légèrement jaunâtre (couleur crême) à l’extérieur, avec des +plages rosées, moucheté de points noirs sur la face interne, attachées à +l’endocarpe par un hile très large, pouvant atteindre 3 cm. de long et 2 +cm. 5 de large, blanc avec un liseré rose sur le pourtour de +l’insertion. Noix roses à l’extérieur (couleur de radis rose) avec un +liseré blanc sur les bords des cotylédons visible à l’extérieur, +largement ovoïdes, atteignant dans les beaux spécimens 3 cm. 5 de long +sur 2 cm. 5 de diamètre transversal, comprenant 4 à 6 cotylédons un peu +inégaux, ayant chacun une fente médiane dans le tiers inférieur. + +Chair des cotylédons rose, à saveur agréable, devenant violacée aussitôt +qu’on la coupe, puis environ deux minutes plus tard prenant une teinte +d’un brun-roussâtre, teinte plus claire (lavée de jaune-roux) près des +faces de contact des cotylédons. Parfois les graines sont avortées et le +tégument ne renferme plus qu’une masse uniforme brune, plus ou moins +sclérifiée. + + +DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Afrique équatoriale française : Gabon +(BELLAY !) Région de Libreville (R. P. KLAINE !), mais beaucoup plus +rare que le _C. acuminata_. Pays Batéké (THOLLON ! in Herb. Mus. Paris). +Youmba, sur les rives de l’Oubangui, près du confluent du Congo par 0° +30′ de latitude N. ! Impfondo, sur les rives de l’Oubangui, par 1° 40′ +de lat. N., très commun sur les rives du fleuve et au milieu de la +forêt, août 1902 ! Revu en 1910 par M. A. BAUDON, qui nous a fait +parvenir de là des graines et des échantillons botaniques. — Isasa, sur +l’Oubangui par 3° 30′ de lat. N. ! — Bangui, dans le moyen Oubangui, par +4° 20′ et çà et là dans les bouquets de forêts ! Dans les galeries au +sud des Sultanats, près du confluent de la Kotto et du Mbomou (par +renseignements). + + +Congo belge : Lindende (sur les rives du moyen Congo ?) (BUTAYE in +GILLET sec. DE WILDEMAN !) C’est vraisemblablement aussi cette espèce +qui produit les noix vues par SCHWEINFURTH dans le Haut Ouellé et par +STANLEY, à l’intérieur de la grande forêt congolaise. + + +NOMS VERNAC. — Kola de l’Oubangui (colons), _Mabérou_ (Basindji +d’Impfondo, d’après BAUDON). + + +=Figures et Planches relatives à cette espèce= : Figures 6, 7 et 33 +(hors texte). Planche VIII et Planche XVI, Figure 2. + + +OBSERVATIONS. — Les noix ont une saveur assez agréable ; elles sont +cependant moins appréciées que les noix de _C. nitida_ par les +Sénégalais de nos postes du moyen Congo qui les achètent à défaut +d’autres aux Mangala et aux Bondjo. Les Basindji consomment aussi ces +noix (BAUDON). + + + 5. _Cola sphærocarpa_ A. Chev. (_sp. nov._). + + +_Arbor elata..., folliculis subglobosis breviter acuminatis ; seminibus +2-6 pro folliculo, magnis, subrotundis vel oviformibus, cotyledonis 4-5 + perfecte discretis munitis ; nucleis albidis._ + + +Arbre élevé. Fruits : follicules subsphériques, de la taille du poing ou +même atteignant la grosseur d’une tête d’enfant (mesurant 6 cm. à 12 cm. +de diamètre frais et adultes), d’un gris-ocracé, dépourvus de sillons ou +de crêtes à la face supérieure et à la face inférieure, s’ouvrant à +maturité partiellement ou complètement en deux valves ; paroi externe +lisse à l’état frais, puis chagrinée lorsqu’elle se dessèche, paroi +interne glabre. Chaque follicule est brusquement atténué à la base en un +court stipe articulé sur le pédoncule, au sommet il se termine par un +bec aigu droit, long de 8 à 12 mm. Il renferme 2 à 6 grosses graines (le +plus souvent 4) insérées sur deux rangs au sommet du follicule, les +insertions étant opposées et non alternes. Graines grosses, ovoïdes, +arrondies aux extrémités, aplaties sur les faces en contact, entourées +d’un épais tégument lisse et membraneux blanchâtre, roussâtre en +vieillissant, mesurant 6 cm. de long, 4 cm. de large et 2 cm. 5 à 3 cm. +d’épaisseur. Amandes blanches, brunes à l’état sec, formées de 4 à 5 +gros cotylédons inégaux, blancs, non comestibles. + + +DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Centre de l’île de San-Thomé, à la base du +Pico, dans la forêt vierge, entre San-Pédro et Lagua Amélia (de 1200 à +1400 m. alt.), août 1905 : en fruits ! + + +=Figures et Planches relatives à cette espèce= : Figure 34 et Planche +XVI, Figure 1. + + +OBSERVATIONS. — La plante n’appartient à aucune des espèces connues du +genre _Cola_. + +[Illustration : FIG. 34. — =Cola sphærocarpa= A. Chev. de l’Ile de San- +Thomé. + +Deux carpelles adultes (Coll. Aug. Chevalier).] + +Les fruits que nous avons décrits étaient tombés sur le sol et l’arbre +les produisant était si élevé qu’il ne nous fut pas possible d’en +examiner un rameau. Les graines sont bien semblables aux graines des +espèces de la section _Eucola_, mais il est pourtant possible que +l’examen des feuilles et des fleurs révèle plus tard d’autres affinités. + +[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.= + +144 _bis_. + +FIG. 33. — =Cola Ballayi= Cornu. — Follicules presque mûrs. + +_1a_ et _2a_, vus par la face supérieure ; _1b_ et _2b_, vus par la face +inférieure. + +Moyen Oubangui (Herb. A. CHEVALIER).] + + * * * * * + + +[Note 98 : Au moment de mettre sous presse, nous recevons une lettre de +M. R. BARTHÉLEMY nous disant, d’après les indigènes, qu’il n’existe pas +chez les Ngans de Kolatiers donnant exclusivement des noix blanches. Les +cabosses contenant seulement des noix blanches que nous y avons vues +seraient mélangées à quelques cabosses contenant des noix blanches et +des noix rouges.] + +[Note 99 : Les _Cola_ cultivés au Jardin de Buitenzorg (Java) +appartiennent, d’après TSCHIRCH, à l’espèce à deux cotylédons ; c’est +probablement ces plantes que BROWN avait en vue et qu’il identifia à +tort à la plante de PALISOT DE BEAUVOIS.] + +[Note 100 : Les analyses de graines faites postérieurement à la +rédaction de ces notes l’ont confirmé (voir la 3e partie de cet +ouvrage).] + + + + + CHAPITRE IX. + + * * * * * + + =Distribution géographique.= + + * * * * * + + +Dans le chapitre consacré à la systématique, nous avons énuméré après la +description de chaque espèce et variété, les pays et les localités où +elle avait été observée. + +Il convient d’examiner plus en détail la répartition des _Eucola_ dans +les diverses colonies du continent africain, ainsi que dans les autres +pays où certaines espèces ont été introduites. + +On sait que toutes les espèces de _Cola_ sont spéciales à l’Afrique +tropicale. + +Les cinq espèces de la section _Eucola_ sont localisées dans l’Ouest +africain, mais l’une d’elles pénètre fort loin dans le centre de +l’Afrique, puisque nous l’avons observée sur les rives du moyen Congo et +de l’Oubangui et qu’elle existe probablement beaucoup plus à l’est +encore. + +Toutes ces espèces sont connues à l’état spontané ; l’une d’elles, _Cola +nitida_, présente de nombreuses races culturales vivant dans les +plantations indigènes, au delà de l’aire occupée à l’état naturel, mais +elle se rencontre réellement à l’état sauvage dans certaines parties +inhabitées de la forêt vierge de la Côte d’Ivoire, par exemple, entre le +moyen Sassandra et le moyen Cavally, ainsi que l’un de nous a pu le +constater. + +En dehors de la forêt vierge, elle n’est nulle part spontanée. + +Il en est de même du _Cola acuminata_. Il est incontestablement spontané +(et même parfois abondant) dans certaines parties de la grande forêt +vierge équatoriale, principalement au Cameroun et au Gabon. Mais dans +les pays de savanes, comme au Togo, au Dahomey, dans la plus grande +partie de la Nigéria, à San-Thomé, dans l’Angola, il existe seulement à +l’état cultivé ou domestiqué. + +Les 3 autres espèces : _C. verticillata_, _C. Ballayi_, _C. +sphærocarpa_, peuvent être considérées comme spontanées partout où on +les rencontre, quoique quelques exemplaires de _C. verticillata_ et de +_C. Ballayi_ soient parfois plantés autour des villages, là où manquent +les deux premières espèces. + + + =I. — GUINÉE FRANÇAISE.= + + +Tous les Kolatiers observés dans cette colonie, que l’un de nous a +parcourue dans tous les sens, appartiennent à l’espèce _C. nitida_ et la +plupart à sa race _C. mixta_ qui est peut-être d’origine hybride, ainsi +que nous l’avons déjà mentionné. + +Ils paraissent n’exister dans cette colonie qu’à l’état cultivé. + +Dans les bouquets de forêts où on les entoure de soins, ils peuvent +accidentellement devenir subspontanés, c’est-à-dire que des graines +entraînées par les animaux peuvent germer et donner des arbres dans des +parties de forêts impénétrées, mais de tels cas sont rares et les +Kolatiers ainsi développés sont habituellement presque stériles. + +On peut grouper les régions productrices de Kola de la Guinée en cinq +provinces principales : + + +1o Région maritime ou des Rivières du Sud ; 2o Plateau central ou Fouta- +Djalon ; 3o Chaîne du Kouranko et cercles du Haut-Niger ; 4o Le Kissi ; +5o Massifs boisés des Pays Tomas et Guerzés. Nous les examinerons à tour +de rôle. + + +1o _Rivières du Sud._ — Cette province géographique très naturelle borde +l’Océan Atlantique depuis la Guinée portugaise jusqu’à la frontière de +Sierra-Leone. Elle s’étend à une cinquantaine de kilomètres à peine dans +l’intérieur. Certains massifs comme le Kakoulima qui s’avancent à +proximité de la mer, appartiennent déjà à la province suivante. La +province des Rivières du Sud doit son nom aux fleuves originaires du +versant occidental du Fouta-Djalon et qui viennent déboucher à la mer +par de larges estuaires : le Rio Compony ou Gogon, le Rio-Nunez, le Rio- +Pongo, le Konkouré ou rivière de Dubreka, le Mellocorée, plus au sud +encore les deux Scarcies qui ont presque tout leur cours sur le +territoire de Sierra-Léone où elles se jettent à la mer. + +Le climat est très spécial : la saison des pluies dure de mai à +novembre ; pendant les autres mois, il tombe à peine quelques pluies, +mais en hivernage les averses sont très violentes, puisqu’à Conakry on +enregistre de 3 m. à 5 m. d’eau par an. Les températures moyennes +mensuelles dans cette même localité sont comprises entre 25° 5 et 28° +2 ; les minima descendent rarement au-dessous de 20°. + +Toutes ces conditions sont favorables au Kolatier. Par contre, la grande +sécheresse qui sévit dans la journée en saison sèche, surtout lorsque +souffle l’alizé N.-E., lui est défavorable. Aussi pour bien réussir dans +cette zône, il doit être cultivé de préférence dans les vallées +abritées, dans les petits bouquets de forêts, enfin au-dessous des +grands arbres ombrageant les villages. Nous verrons dans un autre +chapitre que c’est ainsi que procèdent les indigènes. Dans ces +conditions, le Kolatier donne de très belles récoltes et sa culture doit +être particulièrement encouragée dans cette province, d’autant plus que +la vente s’effectue le long de la côte pour l’exportation par mer dans +des conditions très rémunératrices. + +Dans cette région, nous n’avons pu observer que les Kolatiers existant à +Conakry, à Camayenne et aux îles de Lôs. Ils sont en général robustes, +productifs, mais bien souvent atteints d’une maladie occasionnant la +formation de balais de sorciers. Dans la ville même de Conakry existent +quelques individus donnant de forts rendements, en général tous les deux +ans. + +Pour les autres cantons de cette zône, des renseignements intéressants +ont été rassemblés par les soins de l’administration et publiés en +1907[101] : + +« Les districts qui possèdent le plus d’arbres sont dans le cercle de +Rio-Nunez : le Mékhiforé, le Bagaforé et le Toubakaye, les deux premiers +principalement. Les chefs Mekhiforés et Kansikaïe et de Sanguia, les +alcalis Landoumans de Doumaya et de Comené ont de belles plantations. +Dans le cercle du Rio-Pongo, tous les villages soussous de Colisakho et +du Pongo et les villages Bagas du Manchou, du Bikoré, du Sobaneh et du +Coyah, sont entourés d’une enceinte de verdure, formée en moyenne partie +par des Kolatiers ; d’après M. l’administrateur BRIÈRE, il en existerait +90.000. Le Colisokho est le grand centre producteur. Larata, Thia et +Khissing sont aussi bien pourvus. Les Kolatiers remontent la vallée du +Fatalla à travers le Lissa jusque dans les Timbis, à moins d’un jour de +marche de Télimélé. Il y a peu d’années, les Portugais de Bissao et +Boulam venaient en goëlette acheter des Kolas à Toboriah, capitale du +Coyah, dont la production n’a baissé que depuis peu de temps. + +« Dans le cercle de Dubréka, les Kolatiers existent dans les villages de +Foullacoundgi et du Bacoundgi, mais c’est surtout au Fotenta (Bramaya) +et au Kabitaye qu’ils sont abondants. Les anciens villages Bagas du +Kaloum, des îles de Lôs et de Tumbo en possèdent beaucoup. Sur le +territoire de la commune de Conakry, on compte encore un grand nombre de +Kolatiers sur l’emplacement des villages de Boulbiné et de Conakry, +malgré le nombre de ceux abattus pour le percement des rues de la ville. + +« Sur la route de Kakoulina à la Mellacorée, les gros villages de +Manéah, Coïa, Fandia, Forécariah, Farmoréah et Tagbée ont peu de +Kolatiers. Ils sont plus nombreux à Mangata et à Dandaya et deviennent +très abondants au Samoh. Cette province peuplée par les Mendengués, +exporte beaucoup de noix ; les Kolatiers n’y poussent pas à l’état +spontané, mais sont tous plantés et cultivés autour des agglomérations. +Les Soussous et les Timenés du Benna possèdent moins de ces précieux +arbres que leurs voisins Mendengués. On rencontre encore les Kolatiers +en bosquets dans le Lumban, resté français, près de Yomaya (FAMECHON). + +« Le Kolatier n’est probablement pas originaire de la côte de Guinée. +Les plaines basses qui la bordent sont de formation récente et furent +longtemps inhabitées. La première émigration Baga eut lieu au début du +XVIIe siècle et seuls les Mendengués s’étaient fixés au Samoh peu de +temps auparavant. Venus du Haut-Niger, ces peuples, dont les coutumes et +les cultures sont identiques, emportèrent les Kolas du Kouranko où ils +se récoltent dans la forêt. Les Mendengués semblent être, comme le +suppose M. FAMECHON, les premiers introducteurs de ces graines ; leur +pays s’étendait jusqu’au Kakoulima, et les Bagas, leurs voisins, arrivés +après eux, peuvent être leurs tributaires. + +« Il est certain que les Soussous, population d’origine Malinké, n’ont +pas introduit le Kolatier. Leurs villages, surtout au Colisokho et au +Pongo, où ils se fixèrent en premier, possèdent beaucoup de ces arbres. + +« Ce sont d’anciennes agglomérations Bagas qu’ils conquirent lors de +leurs émigrations successives, et les arbres qu’on rencontre au +Calisokho en pleine brousse, occupent certainement l’emplacement de +villages détruits. » + +En 1907, à notre demande, M. G. POULET, gouverneur par intérim de la +Guinée, a bien voulu de nouveau adresser aux administrateurs un +questionnaire relatif à la distribution et à la culture des Kolatiers +dans cette région. + +Dans le cercle de Rio-Pongo, d’après les renseignements fournis par M. +HAUET, les Kolatiers, principalement dans le Koulissokho, forment des +plantations de 1.500 à 2.000 pieds autour de chaque village ; dans le +Lakhata, le Lisso et la province de Thié, ils sont également nombreux. +Dans le Koba, les graines sont envahies par le _Sangara_, « ver », dont +nous parlerons plus loin, qui détruit très rapidement toute la provision +de noix. Aussi n’en fait-on pas le commerce ; ce fait nous a été +confirmé maintes fois, et malgré cela les indigènes continuent à planter +des Kolatiers. + +A Boffa, il existe auprès de la Résidence un Kolatier qui n’a jamais +produit que des Kolas rouges aussi gros que le poing. Dans la grande +majorité des cas, on trouve généralement ensemble, dans une même gousse, +des graines blanches et des graines rouges. + +Dans le cercle voisin de Dubreka, les renseignements qui nous ont été +officiellement communiqués sont identiques ; les Kolatiers ne reçoivent +guère de soins et sont peu nombreux, cependant il n’existe guère de +famille indigène qui n’ait en sa possession une centaine de ces arbres. +La production est, en grande partie, dirigée vers le Fouta, achetée par +les caravanes qui descendent la récolte de caoutchouc à la côte. C’est +surtout au Fotenta (Bramaya) et au Kabitaye qu’ils sont abondants. Les +anciens villages Bagas du Kaloum, les îles de Los et de Tumbo (Conakry) +en possèdent encore de nombreux exemplaires. + +Pour la Mellacorée, l’administrateur de ce cercle nous écrivait de +Benty, en 1905, que les Kolas font l’objet d’un trafic important, mais +le plus grand nombre des noix dites _Kolas du Samo_ provient de Sierra- +Léone ; elles sont généralement plus petites que celles du pays +Toma[102], mais plus lourdes, plus actives et se conservant bien plus +longtemps. + + +2o _Fouta-Djalon._ — Bien qu’il existe quelques Kolatiers dans beaucoup +de villages du Fouta-Djalon (rarement plus d’une vingtaine d’individus +par village), la culture du précieux arbre a peu de chances de s’y +développer. Les conditions défavorables que nous énoncions pour la +région littorale (sécheresse depuis novembre jusqu’à mai, et action du +vent d’Est) y sont beaucoup plus prononcées. En outre, par suite de +l’altitude, le climat est beaucoup plus froid. + +D’après les observations météorologiques encore très incomplètes faites +à Kindia, à Kouria, à Mamou et à Delaba, il tombe au Fouta de 1 m. 50 à +2 m. 50 d’eau par an ; la moyenne annuelle des températures est très +variable suivant les altitudes ; bien que des observations suivies +n’aient pas encore été faites, nulle part, elle n’est pas inférieure, +croyons-nous, à 20°. + +A Dalaba, à 1200 m. d’altitude, il existe encore quelques Kolatiers +produisant des noix de petite taille. A l’Est et au Sud-Est de Timbo, +les Kolatiers sont un peu plus répandus, mais on n’en voit encore que +quelques exemplaires par village, vers l’ouest, notamment dans la région +de Kindia, il en existe aussi mais ils sont peu productifs. En résumé, +le Fouta-Djalon est loin de suffire à sa consommation ; le chemin de fer +de Conakry y déverse aujourd’hui les noix qui étaient autrefois apportée +par les caravaniers du pays soussou ou de Sierra-Léone. + + +3o _Kouranko et région du Haut-Niger._ — On donne le nom de Kouranko à +un pays très montagneux compris entre 9° 30 et 10° 30 de lat. N. et qui +s’étend du 11° au 14° de long. O. de Paris. C’est un peu au sud que le +Niger prend sa source. Au sud-est, il confine au Kissi dont nous +parlerons plus loin. Les pluies y sont plus précoces qu’au Fouta-Djalon. +Le Kolatier est cultivé dans tous les villages du Kouranko, +principalement dans le Bamaya. Chez les Lélés, il existe au plus +quelques centaines d’arbres par village et un petit nombre seulement +sont vraiment des plants de rapport. Ceux qui croissent dans les basses +vallées très boisées aux alentours des villages, de 400 m. à 500 m. +d’altitude, sont les plus productifs, mais on trouve encore quelques +beaux plants vers 700 m. d’altitude, par exemple à Dandafarra, près du +Mont Kola. Malgré les faibles rendements de ces Kolatiers, les Kourankos +tirent une partie de leurs ressources de la vente des noix de Kola pour +l’exportation vers Bamako. On en tire aussi une certaine quantité du +district de Kérouané. + +Au nord du 10e parallèle, les Kolatiers dans les villages deviennent +clairsemés, on en trouve encore çà et là dans le Nord du cercle de +Faranna, surtout dans les petits îlots de forêts avoisinant quelques +villages. + +On en signale aussi quelques exemplaires en plusieurs villages du cercle +de Denguiray. + +Dans les cercles de Kouroussa et Kankan, des Kolatiers existent dans +beaucoup de villages, mais ils sont peu nombreux et donnent de très +faibles rendements ; ils sont loin de suffire à la consommation locale. + +« Au Sankaran, ils n’existent que dans le Sud de la province, un peu au- +dessus du 10°. Les villages des cercles de Kouroussa, compris dans cette +zône, qui possèdent les peuplements les plus importants, sont ceux de +Sikaro, Bassokouria, Simbo, où l’on peut compter de 150 à 200 arbres, +les autres villages n’en possèdent que de 20 à 40. La partie comprise +dans les cercles de Kouroussa n’est guère plus riche, on y compte au +total 950 arbres, dont 600 seulement sont en rapport ; ils se +répartissent ainsi entre les différents districts : Ouroubé 450, +Moussadougou 310, Finamora 120, Bassando 25, Dienné 20, Torodougou 20, +Divers 20. Les arbres sont surtout nombreux dans le territoire compris +entre la frontière du Kissi et l’affluent du Niandan, le Balé. Les +principales plantations sont celles de Gualako, 125 arbres, +Sirékouroumaya 50, Talikoro 40, Mamoria 25, Koudou 20. » (_Rapport du +commandant du cercle de Kouroussa, conservé dans les archives du +Gouvernement à Conakry_ où nous en avons eu communication. Ce rapport, +en partie publié par l’inspection d’Agriculture de l’Afrique +occidentale[103] qui n’en mentionne pas la provenance est probablement +dû à M. POBÉGUIN, qui a rassemblé de 1900 à 1910 de nombreux documents +sur la flore et l’agriculture de la Guinée.) + +Au cours du premier voyage que nous avons effectué dans ces cercles en +1899, alors qu’ils constituaient encore la région sud du Soudan +français, nous avons noté la présence des Kolatiers dans d’assez +nombreux villages. + +Les premiers que nous ayons vus en venant de Siguiri se trouvaient à +Balato, sur les bords du Niger, par 11° environ ; mais, d’après +POBÉGUIN, on en trouverait encore plus au N., au village de Sansando, +près du confluent du Niger et du Milo, c’est bien là certainement la +limite Nord extrême, non de la culture, car on ne peut dire qu’il y a +culture puisqu’il n’existe dans quelques villages que de rares +exemplaires constituant une curiosité, mais la limite géographique où +peut vivre et fructifier le Kolatier. Plus à l’ouest en effet, à +proximité de la mer, le Kolatier ne dépasse pas le Rio-Nunez, dont +l’embouchure est située un peu en dessous du 11e parallèle. C’est à tort +que POBÉGUIN le mentionne au Casamance[104]. Il y a peut-être été +introduit depuis peu par les Européens, mais il n’y existait pas en +1900. + +Plus à l’Est aussi, le Kolatier ne monte pas à cette latitude. + +Au sud des pays Sénoufo, Mandé-Dioula et de Kong, on ne le rencontre +plus au N. du 8° et même sous cette latitude on ne cultive que de rares +exemplaires. + +Enfin entre le 10° 30 et le 9° de lat., dans la région du Niger, nous +avons encore rencontré des Kolatiers à Babéla (où l’un d’eux est +entretenu avec beaucoup de soins par les indigènes qui ont élevé tout +autour une levée de terre, (no 371 de notre Herbier), à Kouroussa, à +Moussaïa (no 400 Herb. CHEVALIER), à Saréya, à Diaragouéla, à Ouassaïa, +à Kankan, etc. Nous avons rarement vu plus de 4 ou 5 arbres par village. +Ils sont du reste entourés de soins et considérés comme arbres sacrés +par les indigènes. Nulle part ils n’auraient été plantés +intentionnellement, mais sont nés de graines perdues. Du reste, dans +toute cette contrée, les noirs se gardent bien d’en planter d’autres, +car ils sont persuadés que quiconque ensemence un Kolatier meurt l’année +où celui-ci commence à fleurir. + +Ces Kolatiers produisent quelques follicules chaque année, surtout si la +plante vit dans un endroit bien abrité, soit à l’ombre des fromagers, +dans les villages, soit dans les galeries forestières voisines. Dans +chaque cabosse, on trouve habituellement des noix blanches et des noix +rouges. Cependant à Diaragouéla on m’a montré un Kolatier qui produirait +exclusivement des noix blanches, d’après les indigènes. + +Dans les provinces dont nous venons de parler, le Kolatier ne trouve +plus les conditions climatériques optima favorables à sa croissance, +sauf peut-être dans certains vallons bien abrités du Kouranko ; il n’y a +donc aucun intérêt à le multiplier, d’autant que beaucoup de cultures +plus appropriées et aussi intéressantes peuvent être entreprises dans +ces régions. + + +4o _Le Kissi._ — Cette province, un des plus beaux coins de notre +domaine colonial africain, est un des pays les plus favorables à la +culture du Kolatier, et un de ceux qui produisent les noix les plus +estimées. Le cercle comprend 65 cantons et 34 villages indépendants. Son +chef-lieu, Kénéma ou Kissidougou, est un gros village situé à proximité +du Niandan (affluent du Niger), par 490 m. d’altitude. Le poste fut créé +par le colonel COMBES, le 24 mars 1893, pour empêcher l’installation des +Sofas de Samory dans le pays ; le premier commandant fut le capitaine +VALENTIN. + +Le Kissi proprement dit s’étend depuis le Kouranko jusqu’à la frontière +de Libéria non encore abornée ; il est à cheval sur les hauts affluents +de droite du Niger d’une part et d’autre part sur le bassin de la Makona +(avec son affluent la rivière Méli), fleuve qui pénètre dans le +territoire de Sierra-Léone et tombe à la mer à Soulima. La mission de +délimitation, dirigée par M. RICHAUD en 1908-1909, a adopté une partie +du cours de la rivière Makona comme frontière du Libéria. Cette +frontière qui avait déjà été admise par la convention franco-libérienne +de 1907, ampute malheureusement le Kissi de territoires habités +également par des Kissis et où la France avait incontestablement plus de +droits que les 12.000 ou 15.000 noirs Libériens cantonnés le long de la +côte. Nous voulons espérer que notre pays saura défendre les intérêts et +les droits que nous avons dans cette contrée pleine de promesses pour +l’avenir. Ce qui fait en effet la richesse du Kissi, c’est la variété +des terrains propres à quantité de cultures et l’habileté de ses +habitants comme cultivateurs et commerçants. + +C’est un pays de transition entre la forêt dense du Sud et la brousse du +Nord, entre les plaines basses situées à moins de 300 m. au dessus de la +mer dans la vallée de la Makona et les coteaux boisés et souvent habités +dépassant souvent 600 mètres d’altitude et très propres à la culture des +Caféiers. Les trois espèces : Caféier du Libéria, Caféier d’Arabie et +Caféier de Rio Nunez introduites en 1899 par un membre de la mission du +général de TRENTINIAN, M. ROSSIGNOL, forment aujourd’hui des arbustes +superbes au poste de Kissidougou. Au sud de la rivière Makona, la forêt +vierge fait son apparition entre 7° 30 et 8° de lat. + +Mais au nord de cette forêt, la savane est constamment coupée par des +îlots de hautes futaies denses souvent reliés les unes aux autres et se +continuant jusqu’au 9° 30 où existent encore de belles galeries +forestières. Les savanes sont utilisées pour la culture des céréales et +en particulier du riz ; les îlots de forêt abritent des plantations de +Kolatiers, de Bananiers, d’ignames, de méléguette ou Graine de Paradis. +Les noix de Kola du Kissi sont exportées vers Siguiri, Bamako et Ségou +où elles sont très appréciées. + +Quelques observations météorologiques ont été faites à Kissidougou, ce +qui nous permet de donner un aperçu sur le climat de cette belle +province. Il tombe chaque année de 2 m. à 2 m. 50 d’eau, mais la saison +des pluies est beaucoup plus précoce qu’au Fouta-Djalon, puisqu’il tombe +déjà d’assez nombreuses averses en février et en mars. Les pluies +diminuent un peu soit en mai, soit en juin, mais elles reprennent avec +plus d’intensité en juillet, août et septembre pour continuer parfois +jusqu’en décembre. + +La moyenne annuelle de la température est comprise entre 25° et 26°. + +Les températures extrêmes constatées sont 9° le 6 janvier 1904 comme +minimum et 38° les 4 et 5 mai 1903 comme maxima. Il n’existe qu’un écart +relativement faible entre les moyennes de maxima et les moyennes de +minima. C’est en somme un climat approprié à presque toutes les cultures +équatoriales. + +Les Kolatiers sont cultivés dans les îlots de forêts entourant ou +avoisinant tous les villages. Chaque année, les indigènes plantent +quelques nouveaux arbres. La principale récolte se fait en novembre et +décembre. + +La race la plus répandue est le _Cola mixta_, à noix rouges et blanches, +mais on trouve aussi des arbres donnant exclusivement des noix rouges +(_Cola rubra_) et aussi le rare _Cola alba_ à noix et à fleurs +entièrement blancs. + +« Chaque forêt du Kissi, écrit judicieusement CASTÉRAN[105], dénonce un +village mystérieusement campé au milieu d’une vaste clairière ; c’est +dans cette forêt vraiment équatoriale, surmontée de palmiers à huile et +des cîmes géantes des Fromagers, que se dressent, bien abrités du +soleil, les Kolatiers élégants avec leurs troncs gris et leurs feuilles +lancéolées ». C’est aussi là qu’on trouve d’assez nombreuses lianes à +caoutchouc des genres _Landolphia_ et _Clitandra_. + +Ajoutons que le village de Kissidougou est aujourd’hui à quelques jours +de marche du railway de Conakry au Niger, et il est vraisemblable que +dans un avenir peut-être peu éloigné, il sera relié par une voie ferrée +au rail déjà existant. Nos fonctionnaires coloniaux ayant à charge +l’administration du Kissi ne feront donc jamais trop d’efforts pour +étendre la culture des Kolatiers chez les indigènes, et si une partie +des peuples de race Kissi échappe à notre autorité, nos diplomates +devront veiller à ce que dans les arrangements pris, les dioulas +soudanais continuent à trouver en deçà de la frontière, les avantages +qu’ils s’y sont déjà créés. + +On peut évaluer à 300 tonnes la quantité de noix exportées actuellement +chaque année par le Kissi vers notre Soudan. + + +5o _Pays des Tomas et des Guerzés._ — A l’est du Kissi s’étend le +Konian, territoire également très accidenté et d’altitude élevée, mais +d’aspect très différent, dévasté par les incendies d’herbes depuis des +siècles, dénudé et incultivable sur d’immenses espaces. Les galeries +forestières sont rares, et nulle part le Kolatier n’est cultivé en +grand. + +Cette province présente assez d’analogies avec le Fouta-Djalon, et +l’élevage pourrait vraisemblablement y être développé. + +Au centre du Konian se trouve la ville de Beyla, avec son faubourg de +Diakolidougou, fondé d’après LIURETTE, dès l’an 1230, par des nomades +venus du nord pour faire le commerce des esclaves et des noix de kola. +Beyla encore aujourd’hui est une place importante pour la précieuse +denrée. On évalue à 400 tonnes de kolas, 400 tonnes de caoutchouc, 2 +tonnes d’ivoire, la quantité de denrées principales qui y passent chaque +année. Des traficants, la plupart indigènes de nos territoires, vont +chercher ces produits principalement aux grands marchés de Diorodougou, +Boola, Gouéké, Lola et Nzo, marchés fréquentés par les populations de la +forêt dense (située un peu plus au sud et habitée par deux peuplades +importantes, les Tômas et les Guerzés). + +On a représenté ces peuplades comme très sauvages et encore +anthropophages. C’est une erreur. En général, Tômas et Guerzés ont des +mœurs frustes et primitives, mais ils sont beaucoup plus travailleurs et +« administrables » que les peuples du centre de la forêt. + +Les Tômas ont fourni de bons manœuvres pour la construction du railway +de la Guinée. + +Les Manons de la zône libérienne, qui semblent apparentés aux Guerzés et +aux Dyolas, sont venus de leur propre initiative en 1909 offrir leurs +services pour la construction de la belle route reliant les deux grands +marchés de Kolas, Lola et Nzo et ouverte par M. l’administrateur GUYOT- +JANIN, lors de mon passage dans cette région. + +Il suffit de voir comment sont achalandés les deux marchés de Lola et de +Nzô, sur lesquels nous reviendrons dans un autre chapitre, pour juger +des qualités déployées par les Guerzés comme commerçants et comme +cultivateurs. Les Guerzés du Karagoua (entre Lola et Guéaso), placés +sous l’autorité d’un potentat à demi-civilisé, Gargaoulé, chef puissant +et redouté, sont devenus des cultivateurs ou des guerriers disciplinés, +mais souvent pressurés. Ils se sont mis depuis peu à exploiter le +caoutchouc de lianes et surtout celui du _Funtumia elastica_, +généralement commun partout où se trouvent des forêts jusqu’à la +montagne de Boola qui est sa limite Nord extrême. + +Les Tômas habitent une contrée étendue située à l’est et au sud-est du +Kissi et à l’ouest de Lola. + +Dans la partie nord de ce pays naît la rivière Saint-Paul ou Diani et +ses affluents. + +Le peuple Toma s’étendrait jusqu’au cœur du Libéria, mais dans les +territoires qui nous ont été reconnus par le récent arrangement franco- +libérien, ils forment aussi des groupements importants. + +C’est surtout au sud du 7° 30 qu’ils cultivent des Kolatiers. Dans les +territoires où s’étend aujourd’hui notre administration militaire, +territoires situés au sud et au sud-est de Sampouyara et de Diorodougou, +les Kolatiers sont en général clairsemés, bien que la forêt s’étende +presque partout et que le climat soit des plus favorables. Les villages +de cette région ont été souvent en guerre les uns contre les autres ou +contre les Sofas de Samory et sont encore mal remis à la culture. En +outre, une taxe exorbitante, plus élevée que la valeur intrinsèque des +Kolas sur place était jusqu’à ces derniers temps prélevée sur les noix +produites dans les régions que nous administrions et il n’était guère +possible d’amener ainsi les indigènes à étendre leurs plantations. + +Les noix apportées sur nos marchés viennent donc en partie des +territoires plus au sud, considérés comme relevant du Libéria, mais dont +les Libériens ne s’occupent point et où ils n’ont jamais pénétré[106]. + +Les Kolas apportés au marché de Boola proviennent de contrées situées à +100 ou 200 kilomètres dans le sud-ouest et occupés par les Tômas et les +Bouziés dans le haut bassin de la rivière St-Paul. + +Une grande partie des noix apportées à Boola sont blanches. A Mabouan, +entre Zébéla et Gouéké, c’est-à-dire dans la même région, on ne trouve +aussi, d’après le lieutenant GAUVAIN, que des Kolas blancs. + +Notre ami, LIURETTE, l’administrateur qui connait le mieux ces régions +pour les avoir parcourues en tout sens, nous a assuré que le village de +Nsapa où fut massacré, en 1893, le lieutenant LECERF et que les +négociations de la commission de délimitation franco-libérienne ont +réussi à nous conserver, se trouve au centre d’une région riche en +Kolatiers cultivés. Il existe aussi des plantations étendues dans les +territoires situés sur la rive gauche du Diani. + +Dans le Kabaradongou, on trouve aussi, d’après LIURETTE, 300 à 400 pieds +par village, soit 1.800 à 3.000, occupant 15 hectares. Il existe aussi +de petites plantations dans le Simandougou. + +Les Kolas apportés au marché Lola, presque tous rouges, viennent surtout +des pays Manons situés à quelques heures au sud de ce village, et aussi +de quelques cantons Guerzés. + +Ceux vendus au marché de Nzô, rouges aussi pour la plupart, sont en +grande partie originaires des pays Dans ou Dyolas de la haute Côte +d’Ivoire. + +A Boola et dans les environs, nous n’avons observé que quelques +Kolatiers autour de chaque village. + +Entre Gaéuso et Lola commence la grande forêt qui n’est interrompu que +par le massif montagneux des monts Nimba (environ 1.800 m. d’altitude), +en partie couverts de savane. + +Cette forêt que nous avons traversée pour aller de Guéaso à Lola et de +ce point à Nzô, est encore peu riche en arbres de rapport. Au carrefour +des sentiers, on observe seulement quelques Kolatiers qui ont été +sûrement plantés et sont la propriété de quelques familles. Dans cette +région, comme au Kissi, il sera nécessaire que nos administrateurs +agissent sur les indigènes pour leur faire constituer des plantations +étendues de cette précieuse essence. + +Dans ces régions, le Kolatier porte les noms suivants : + +_Touré_ (toma et guerzé Konomenou), _Tougoulé_ (guerzé gouaka), +_Tougouré_ (guerzé Kono), _Ouoro_ (Koniankévi). + + + =II. — HAUT-SÉNÉGAL-NIGER.= + + +Le Kolatier n’est pas cultivé dans cette colonie et ne saurait +certainement y réussir. S’il y est mentionné dans diverses publications +datant de quelques années, cela tient à ce que le vieux Soudan français +possédait autrefois des territoires à Kolatiers, mais au moment de sa +dislocation ces territoires ont été rattachés les uns à la Guinée +française, les autres à la Côte d’Ivoire. On trouve peut-être quelques +exemplaires du précieux arbre dans les villages situés au sud du cercle +de Bougouni, rattaché au Ht-Sénégal-Niger, de même qu’on en trouve +quelques-uns dans ceux d’Odienné et de Kong qui appartiennent à la Côte +d’Ivoire et l’avoisinant, mais ces arbres sont en très petite quantité +et donnent des rendements insignifiants. + +Des essais de plantation, faits par l’administration aux stations +agricoles de Kati et de Koulicoro, ont donné de mauvais résultats. + +Dans tout le Soudan, les noix de Kola sont connues sous les noms de +_Ouoro, Oro, Gouro, Goro_. C’est toujours la même appellation avec une +prononciation qui varie d’un district à l’autre. + + + =III. — CÔTE D’IVOIRE.= + + +Cette riche colonie, grâce à son immense forêt vierge couvrant 120.000 +kilomètres carrés et large en certains endroits de 300 kilomètres, est +par excellence le pays de prédilection pour la culture des Kolatiers. Le +_Cola nitida_, qui fournit les noix les plus estimées, croît à l’état +spontané à travers presque toute la forêt à l’exclusion de toutes les +autres espèces. + +Il a été presque partout domestiqué par les peuplades forestières et il +est cultivé sur une bande de 50 à 80 kilomètres de large située près de +la limite IV de la forêt, c’est-à-dire là où elle est encore très dense. +Une autre espèce, le _C. acuminata_, a été introduite par les Kroumen +dans la région du Bas-Cavally. Elle a une faible valeur, et c’est +incontestablement le _C. nitida_ qui doit être partout multiplié. Aussi +bien on le trouve presque dans tous les districts forestiers à l’état +sauvage, et, même en pleine forêt, il donne parfois d’aussi belles noix +que dans les plantations. + + +Nous passerons en revue les principales régions de cette colonie, en +examinant successivement : + +1o La zone située au nord du 8e parallèle ; + +2o Le Baoulé ; + +3o La zone nord de la forêt allant du 6° 30 au 7° 30 de latitude nord ; + +4o La zone sud et la zone moyenne de la forêt s’étendant depuis la mer +jusqu’au 6° 30. + + +1o _Zone au nord du 8e parallèle._ — Cette région présente de grandes +analogies avec le Kouranko et les territoires de la Hte-Guinée, +traversés par le Niger et par ses affluents les plus occidentaux, mais +par suite de l’éloignement de la mer et de la plus faible altitude du +relief, la sécheresse y est beaucoup plus accentuée. Dans les cercles de +Touba et d’Odienné qui confinent à la Guinée, il existe encore, +disséminés de loin en loin à proximité des villages, de rares Kolatiers +plantés appartenant à la race _C. mixta_ ; mais ils sont sans intérêt et +ne doivent être mentionnés qu’à titre de curiosité. Bien plus, si l’on +descend encore au sud en poussant toujours plus à l’est, et en suivant +le 8e degré, en traversant les grands centres qui sont de l’ouest à +l’est : Tonna, Séguéla, Mankono, Marabadiassa, Dabakala et Bondoukou, on +constate l’absence presque complète des Kolatiers, alors que sous la +même latitude, en Guinée et à Sierra-Léone ils sont très répandus. + +Ainsi, à Séguéla et à Marabadiassa, nous n’avons pas vu un seul +Kolatier ; à Mankono, il en existe quelques uns plantés depuis peu par +notre administration, mais les indigènes n’en possèdent point ; à +Bondoukou, on n’en trouve pas. + +Au Chapitre II, page 25, nous avons reproduit un passage du récit de +voyage de BINGER, relatif à la limite des Kolatiers dans cette région. + +Considérant Tangréla, Maninian et Sambatiguila comme marchés de la +première zône et Touté, Kani, Sakala comme marchés de la seconde zône, +dite du Ouorodougou, l’explorateur estimait que les Kolas devaient +provenir d’une troisième zône située 30 kilomètres plus au sud où « les +Lôs apportent les Kolas en des lieux d’échanges situés en pleine +brousse ». + +Les informateurs de BINGER étaient mal renseignés ; d’après les +distances indiquées, cette troisième zône coïnciderait avec les grands +marchés de Touba, Touna, Séguéla, Mankono, Marabadiassa et on sait +aujourd’hui que ces centres sont encore situés à 60 ou 80 kilomètres des +lieux de production ; il existe encore plus au sud une quatrième et même +une cinquième zône où les Kolas doivent transiter. A Mankono où viennent +les femmes de Sakala, ce sont d’autres femmes mandé-dioulas qui vont les +chercher au sud et là elles rencontrent des femmes Lôs qui elles-mêmes +se sont avancées jusqu’en plein pays Bété pour se procurer ces noix. + +Nous étudierons ce trafic avec tout le développement qu’il comporte dans +le chapitre consacré au commerce. + +La province du Ouorodougou doit son nom à sa situation sur les routes +suivies par les colporteurs de Kola venant s’approvisionner de noix +récoltées plus au sud, mais elle ne produit pas de Kolas pour +l’exportation. + +Il existe bien dans quelques villages mandé-dioulas, avoisinant le pays +des Lôs, quelques Kolatiers plantés, mais le nombre en est faible et ils +produisent peu. Le climat pourrait pourtant convenir à cet arbre +précieux au sud du 9e parallèle et s’il était planté dans les étroites +forêts bordant les rivières ou dans les futaies plus ou moins étendues +qui avoisinent certains villages, notamment dans la région de Séguéla, +il est probable qu’ils donnerait des rendements normaux. + +A Mankono même, une quinzaine de Kolatiers plantés depuis 11 ans dans le +jardin du poste, sur les bords d’un ravin où coule l’eau toute l’année +et à l’abri d’une grande plantation de bananiers, forment aujourd’hui de +beaux arbustes vigoureux, hauts de 5 à 8 mètres et n’ayant pas de +maladies. L’un d’eux a produit des cabosses pour la première fois en +1909. + +Mais les habitants du Ouorodougou n’ont aucun désir de se livrer à cette +culture, les femmes étant habituées depuis des siècles à aller chercher +des noix au sud chez les Lôs, chez les Ouobés et même chez les Bétés. + + +2o _Le Baoulé._ — On donne ce nom à une région très naturelle en forme +de triangle, ayant sa base marquée au N. par le 8e parallèle et son +sommet au confluent du Bandama et du Nzi, près de la gare de Nziville, +récemment créée à l’extrémité actuelle du railway de la Côte d’Ivoire. +Les deux rivières forment les côtés du triangle. Cette région très +spéciale est constituée par un pays plat, accidenté seulement à l’est et +au sud, d’une altitude de 100 m. au sud et atteignant progressivement +300 m. au nord. Il est couvert d’une savane parsemée d’arbres rabougris +et çà et là dans le sud de forêts claires de rôniers (_Borassus +æthiopum_) et de plantations étendues d’Ignames constituant la base de +l’alimentation des indigènes ; les îlots de forêt y sont rares ; il n’y +a pas de cours d’eau permanent en dehors des deux grandes artères +limitant le Baoulé ; aussi les galeries forestières font défaut ; la +flore de la savane rappelle celle du moyen Dahomey dans les parties +situées sous la même latitude. + +Les habitants, nommés Baoulés, appartiennent à la famille Achanti-Agni +et sont certainement d’origine forestière. Ils ont commencé à envahir le +pays il y a 2 ou 3 siècles et ont absorbé ou refoulé vers le nord les +premiers possesseurs du sol qui devaient être des Gouros au sud et des +Sénoufos au nord. Ils ont conservé les cultures des premiers autochtones +(riz et mil dans le nord) et ont aussi introduit les leurs. + +Les plantations de Kolatiers n’existent pas et ne paraissent pas avoir +existé dans ce pays trop découvert. Nous pensons qu’il serait cependant +possible de faire prospérer cette culture dans des terrains choisis aux +abords des villages en plantant préalablement des arbres abris : +fromagers, grandes légumineuses, _Ficus_, _Blighia_. + +Les Baoulés qui constituent une population d’environ 200.000 habitants, +consomment actuellement très peu de Kolas, mais dans un avenir peu +éloigné, le railway de la Côte d’Ivoire va traverser leur pays dans +toute son étendue ; d’une part il pourra transporter les noix au cœur du +Soudan, de l’autre il pourra les amener à la Côte. + +On trouve des Kolatiers en petit nombre seulement à proximité de +quelques villages. Les noix vendues au marché de Bouaké viendraient de +villages situés à une dizaine de kilomètres à l’ouest. + +On en trouve aussi près de Sakassa ; à Mbayakro il en existe dans la +forêt sur la rive gauche du Nzi, mais ils ne sont pas cultivés ; les +noix qu’on consomme dans le pays sont apportées du Pays des Ngans. + + +3o _Zone Nord de la forêt de 6° 30 et 7° 45._ — Cette bande, large d’une +centaine de kilomètres seulement et interrompue à hauteur du Baoulé, est +la région la plus importante de production des noix de Kola du monde +entier. A l’est, elle se continue à travers la Gold Coast et couvre une +partie du pays Achanti. + +A la vérité, les Kolatiers ne sont pas répartis régulièrement sur toute +cette étendue : dans des cantons entiers, ils font presque complètement +défaut et dans d’autres, au contraire, ils foisonnent autour de tous les +villages. On trouve presque partout les quatre races que nous avons +distinguées ; cependant, dans chaque région une race domine sur les +autres ; tantôt c’est _Cola mixta_, tantôt _Cola rubra_, rarement _Cola +alba_ ; le _Cola pallida_ pur, c’est-à-dire bien caractérisé, est rare +dans les plantations. On trouve bien ça et là quelques petites noix +roses sur les marchés, mais elles proviennent des mêmes cabosses que les +trois autres sortes : les arbres produisant exclusivement les petites +amandes roses, ne se trouvent que dans la forêt et parfois dans les +plantations de la zone située plus au sud. + +Certaines peuplades de la forêt se sont réellement spécialisées dans la +production des noix de Kola : nous passerons les principales en revue. + + +a) _Pays des Dyolas ou Dans._ — L’existence de cette importante tribu a +été révélée par l’exploration du lieutenant BLONDIAUX[107] en 1897 et en +1899 par la mission WŒLFFEL-MANGIN, qui y créait en plein sud le poste +de Nouantogloin qu’on dut évacuer en 1900 après la mort du lieutenant +SÉNAC, successeur de WŒLFFEL. + +Egalement en 1899, la mission HOSTAINS et D’OLLONE, partie de la Côte, +traversait le même pays à l’ouest pour se rendre au Soudan. C’est de la +publication des travaux de ces missions que datent les premiers +renseignements sur la contrée[108]. + +Elles apprirent, entre autres choses, qu’une partie des Kolas +transportés dans le Soudan occidental proviennent de cette région. + +Un poste fut créé à Danané (Fort-Hittos) en 1905, en plein pays dyola, +dans le bassin de la Nuon ou Rio-Cestos ; il est aujourd’hui le chef- +lieu de la circonscription de Danané. Plus à l’est, notre administration +a constitué une seconde circonscription ayant pour chef-lieu Man, poste +créé en 1907. + +Des renseignements géographiques et ethnographiques importants ont été +publiés[109] sur cette contrée copieusement arrosée par la Nuon, par le +Haut Cavally et ses affluents et surtout par un important éventail de +rivières tributaires du Bafing, principal affluent du Sassandra. Plus au +sud, d’autres rivières et notamment le Zô vont directement au Sassandra. + +Dans les grandes vallées le pays est plat, et son altitude ne dépasse +pas 200 à 300 mètres, mais entre le Moyen Sassandra et le Haut Cavally +se dressent d’une manière presque ininterrompue des pâtés de montagnes +dont les pics, en nombre incalculable, s’élèvent de 800 m. à 1400 m. au- +dessus du niveau de la mer, sur un ruban large de plus de 50 km. (allant +du 7° 20 au 7° 50 de lat. N. et couvrant une superficie de 6.000 km². La +forêt vierge couvre une grande partie de cette contrée et ne fait défaut +que sur certaines crêtes de montagnes. + +Au sud de 7° 30, elle s’étend d’une manière ininterrompue, et c’est +surtout sous cette latitude, dans les régions peu élevées, que le +Kolatier est cultivé en grand. La saison des pluies y est de longue +durée et pendant les mois secs, de novembre à mars d’une part, en mai ou +juin d’autre part, il est rare qu’il ne tombe pas au moins une averse +par semaine. + +Presque tout le pays est habité par les Dans, encore nommés Dioulas ou +Dyolas, ou Yapoubas. (L’appellation de Dioulas ou Dyolas, aujourd’hui +employée dans les rapports administratifs et dans la littérature +géographique devrait, à notre avis, être proscrite, car elle prête à une +trop grande confusion. Le mot _dioula_ devrait être réservé pour +désigner les colporteurs soudanais ordinairement d’origine Mandé, mais +pouvant appartenir aussi à un autre peuple et qui circulent aujourd’hui +à travers toute l’Afrique occidentale). + +Ces Dans s’étendent dans la forêt et à sa lisière, depuis le 6° de lat. +N. jusqu’au Bafing, sur les rives duquel ils sont mélangés aux +Soudanais. _Dan_ est le nom qu’ils portent dans leur langue même. Les +Guerzés et les Mandés du Karagoua les nomment _Kerrés_ ou _Guerrés_, +mais ce nom qui signifie _sauvages_ est aujourd’hui appliqué pour +désigner les peuplades d’origine _Bakoué_ qui vivent dans le bassin du +Cavally au sud du 6e parallèle. Les Tômas les appellent _Manons_. A +l’est, ils s’étendent presque jusqu’à la rive droite du Sassandra. A +l’ouest, on les trouve très loin dans le cœur du Libéria et d’après Sir +HARRY JOHNSTON, ils iraient jusqu’au fleuve St-Paul. Tous ceux qui +vivent dans le bassin du Cavally et dans le bassin de la Nuon sont +encore anthropophages. + +Les Dans auxquels se rattachent les _Touras_ et peut-être les _Ouobés_ +seraient, d’après LAURENT, venus de pays situés plus au N., au delà de +Bafing, constituant le canton actuel du Mahou, au S.-E. de Touba. +DELAFOSSE admet l’existence d’une race Mandé-Fou qui renfermerait ces +peuplades et quelques autres de la Côte d’Ivoire : les _Gbins_, au S. de +Bondoukou, les _Ngans_ du Mango, les _Monas_, au S. de Mankono, les +_Lôs_, les _Gourôs_, au S.-O. de Séguéla. Toutes ces peuplades se +livrent à la culture du Kolatier. + +Le district de Danané, que nous avons traversé de l’ouest à ’est en +1909, est une des régions de nos possessions produisant le plus de noix +de Kola. + +Nous avons recueilli sur place d’assez nombreux renseignements sur cette +question, mais nous avons surtout puisé de précieuses données dans les +archives du poste rassemblées par le capitaine LAURENT, qui a parcouru +depuis 1905 toute la contrée et visité les moindres villages et a aussi +pénétré fort loin à l’ouest dans les pays rattachés au Libéria. + +Le lieutenant GAUVAIN qui l’avait remplacé à Danané lors de notre +voyage, continuait avec le même zèle et la même compétence l’occupation +et l’étude de la région ; il nous a aussi fourni d’intéressants +renseignements : + +« Les Dyolas, écrit LAURENT, sont attachés au sol par la culture des +Kolatiers. Ces Kolatiers, on les rencontre partout où il y a des +villages, aussi bien sur les sommets ou sur les flancs dénudés des +montagnes, que sous la galerie verdoyante de la forêt plate. Leur +culture atteint son maximum d’intensité sous le 7e degré, dans les +cantons de Lolé, Blossé, Hyré, Blouno, Oua sud. Ils ne poussent pas au +hasard dans la forêt qui est beaucoup trop dense et où ils +étoufferaient. Tous ont été plantés. Si une noix perdue arrive à germer +en pleine forêt, l’arbre qui en résulte ne rapporte pas, la forêt des +régions inhabitées étant trop épaisse. + +« Les innombrables Kolatiers des Mandé-Fou ont donc été plantés et sont +régulièrement entretenus comme le sont en France les arbres de nos +vergers. La tradition rapporte que le Kolatier est originaire du Sud. Ce +sont les gens de Koulinlé qui, les premiers, en ont connu la culture +sans jamais s’y donner beaucoup, sans doute à cause du manque de +débouchés. Les Kolatiers sont de trois espèces : ceux à fruits blancs, +ceux à fruits rouges et ceux à fruits par moitié blancs et rouges. Lolé, +Houné, Blossé apprécient davantage et cultivent les rouges, Oua les +blancs ». + +Les principaux centres de production sont Té, Dioandougou, Togouapolé, +Oua, Flampleu, Bounda, Fineu, Danané, sur lesquels nous reviendrons à +propos du commerce. + +D’après GAUVAIN, Kahounien, dans le moyen Cavally, par 6° 57 de lat., +est le marché limite des Kolas vers le Sud. Les _Guerrés_ de race +Bakoué, vivant du 6° au 6° 30, c’est-à-dire plus au sud et qui ne +cultivent pas les Kolatiers, viennent, paraît-il, y faire des achats. + +De son côté, D’OLLONE dit qu’en venant du sud il n’a trouvé les +Kolatiers en abondance qu’à partir du pays Kopo, par 6° 40. + +Bounda, par 7° 7, est aussi un marché important pour les Kolas qui +iraient de là à Flampleu. + +Vers le nord nous les avons observés encore abondants à Sampleu, près +des sources de la Nuon et à Oua par 7° 45 environ. + +A l’époque où nous avons effectué notre voyage, en avril et mai, +beaucoup de Kolatiers étaient en pleine floraison, mais il y en avait +très peu à porter quelques fruits. La grande floraison dans cette région +commence vers le 15 mai et se continue jusqu’au 15 juin. A cette époque, +on ne voit que très rarement des cabosses sur les arbres, 2 ou 3 +bouquets au maximum par arbre et les 19/20 des Kolatiers n’en ont pas. +La principale récolte se fait en octobre et novembre en même temps que +la récolte du riz, mais les indigènes conservent plusieurs mois des +réserves de noix dans leurs cases ou même dans la forêt et ne les +vendent qu’au fur et à mesure de leurs besoins. + +C’est entre 250 m. et 350 m. d’altitude que les Kolatiers sont plus +nombreux. On les observe habituellement en plein massif forestier, le +long des sentiers de la forêt aboutissant à chaque village et surtout +dans les carrefours de ces sentiers. Il est rare d’en rencontrer à plus +de 500 mètres des villages. + +Ces Kolatiers sont généralement en très bon état, mais ils supportent +une végétation d’épidendres très abondante : orchidées, fougères, +_Calvoa_, _Begonia_, _Urera_ ; les branches sont fréquemment chargées +d’une chevelure de mousses et de lichens. + +Les Kolatiers se nomment _Go_[110] (en dyola), _Hié_ (en guerré). + + +b) _Pays des Touras ou Touradougou._ — Le Touradougou est situé à l’est +et au nord-est du pays Dan. Il est extrêmement montagneux et la plupart +des villages sont bâtis au sommet de dômes granitiques très escarpés, +dressés souvent de plusieurs centaines de mètres au-dessus des villages. +Il forme avec la partie orientale du Pays Dyola le district de Man, que +nous avons traversé dans presque toute sa longueur en 1909. Ce district +était alors administré par le lieutenant RIPERT, qui eut l’amabilité de +nous accompagner durant notre voyage. Observateur attentif, il nous a +fourni aussi des renseignements précieux sur les Kolatiers de ce +district et sur ceux des régions comprises entre le moyen Sassandra et +le Bandama, qu’il avait aussi parcourues. + +Dans le district du Man, il y a relativement peu de Kolatiers. La ligne +des marchés du sud : Man, Gouékangoui, Tiéni (en pays Ouobé), Sépolé, +Blo, Gouogouré (en pays Guéré), Sémien (en pays Ouobé) est alimentée de +noix récoltées au sud. + +Au marché de Sémien en particulier, on vend des Kolas récoltés dans les +pays Dyolas, Ouobés, Bétés, Ouayas et Lôs. + +La presque totalité des Kolas sont rouges. On ne trouve que de rares +Kolas blancs sur les marchés[111]. D’après RIPERT, on trouverait dans +ces régions un nombre relativement élevé de noix à trois cotylédons, +appartenant néanmoins à l’espèce _C. nitida_. + +Dans le Touradougou proprement dit, il n’existe que quelques Kolatiers +dans chaque village et il est rare que les Touras sédentaires fassent le +trafic des noix. Certains _Cola rubra_ encore vigoureux et productifs +s’observent dans des villages perchés dans les rochers jusqu’à 900 +mètres d’altitude. + + +c) _Pays des Bétés._ — Le pays Bété proprement dit comprend presque +toute la partie moyenne du bassin du Sassandra et les parties les plus +occidentales du bassin moyen du Bandama. Au sud, il commence vers 5° 30′ +à hauteur de Boutoubré. Au nord, il s’étend jusque vers le 7° 45, +puisque, d’après THOMANN, les _Ouayas_ ou _Bobouas_ proviendraient du +croisement des Bétés et des Bakoués. A l’ouest, ce pays est bien limité +par le cours du Sassandra qui sépare les Bétés des _Bakoués_ ou +_Guerrés_. A l’est et au sud-est, les Bétés confinent aux _Lôs_ ou +_Gourôs_. La pénétration du pays par nos soldats est toute récente. +C’est seulement en 1903 que l’administrateur THOMANN réussit à se rendre +de la Côte jusqu’à Séguela en suivant la vallée du Sassandra ; il quitta +le fleuve à partir de Soubré et s’enfonça dans la forêt des Bétés d’où +il ne sortit qu’à hauteur de Vavoua, pour venir déboucher chez les +Mandé-Dioulas au Soudan. Des postes furent établis par la suite en Pays +Bété à Guidéko, à Issia et à Daloa, mais ce n’est en réalité qu’en 1906, +après la première révolte des Bétés, que la pénétration européenne a +commencé. Au commencement de 1907, les officiers qui sillonnèrent toute +la partie nord de cette province purent constater l’importance donnée +par les Bétés à la culture des Kolatiers. + +En 1907, nous avons visité Soubré et Guidéko dans la partie sud de la +région, c’est-à-dire celle qui n’exporte pas de noix de Kolas. Les _Cola +pallida_ sont communs à travers la forêt, mais les indigènes n’en tirent +aucun parti. La culture du précieux arbre commence seulement à hauteur +d’Issia, par 6° 30 environ et c’est entre ce village et Daloa qu’elle +atteint son plus grand développement. + +D’intéressants renseignements nous ont été communiqués par le capitaine +SCHIFFER et par le lieutenant RIPERT, qui ont, le premier surtout, +beaucoup circulé entre la Sassandra et le Bandama. + +Les races de Kolatiers qui dominent sont le _C. mixta_ et le _C. rubra_. +D’après RIPERT, on trouve aussi dans les environs de Daloa un certain +nombre de Kolatiers donnant exclusivement des noix blanches. Ces arbres +sont toujours cultivés dans la forêt dense, à proximité des villages, le +long des sentiers et sur les terrains occupés autrefois par les cultures +de bananiers, de manioc et d’aroïdées. D’après les notes obligeamment +communiqués par le capitaine SCHIFFER, au nord de la forêt, dans le pays +de transition où les îlots de forêts alternent avec de grandes +clairières, les Kolatiers sont peu abondants. On le constate en +particulier dans le Yokolo, appelé par les _Bétés_ Sokuya ou Sokuea, par +les _Gouros_ : Kuya-Fla, par les _Los_ et les _Dioulas_ : Ouaya ou Wuya. +Les Kolas ne font qu’y transiter pour aller dans le nord. En réalité, +ces noix proviennent des cantons du Leblé, du Balo, du Yokolo et du +Bogué qui sont les seuls du pays Bété se livrant à la culture et à la +récolte du Kola. La culture doit être très développée dans ces régions, +puisque RIPERT qui a parcouru presque tous les pays à Kolas de la Côte +d’Ivoire n’hésite pas à assurer que c’est dans ces cantons qu’il a vu +les Kolatiers en plus grande abondance et c’est là qu’il a observé les +plus belles noix : certaines, en très faible quantité il est vrai, +atteindraient et même dépasseraient le poids de 100 grammes. Il ne +serait pas rare de voir des lots entiers renfermant des amandes pesant +de 20 à 40 grammes, avec lesquelles sont mélangées quelques autres +encore plus lourdes. + +Vers le nord, d’après SCHIFFER, les Kolatiers deviennent déjà rares dans +le Balogué ; de même vers le sud la véritable culture du Kolatier +s’arrête au 6me degré, c’est-à-dire à hauteur de Bitri. + +De son côté, THOMANN dit n’avoir pas vu de Kolatiers dans le moyen +Sassandra, ni chez les Los, ni chez les Babouas, mais seulement dans le +Bogué et le Bala. + + +d) _Pays des Lôs ou Gouros._ — Les Gouros, auxquels DELAFOSSE[112] +attribue le nom de _Koueni_ et qui sont nommés _Lôs_ par les Mandés et +_Gouros_ par les Agnis, habitent une région forestière située à la +bordure ouest du Baoulé, par conséquent sur la rive droite du Bandama, +principalement entre la Marahoué ou Bandama rouge et le Bandama blanc +(rivière de Marabadiassa). Ils s’étendent en longueur du 6e au 8e +parallèle. A l’ouest, ils sont limités par les Bétés, au nord par les +Mandés-Dioulas, à l’est par les Baoulés avec lesquels ils sont mélangés +sur la frontière. + +J. EYSSERIC[113] le premier a pénétré dans ce pays en 1897. Quelques +années plus tard, en 1901, le capitaine SCHIFFER en commençait +l’occupation. Divers postes militaires : Béoumi, Zuénoula, Bouaflé, +Sinfra, Oumé, sont aujourd’hui installés dans cette contrée. L’état +troublé dans lequel elle se trouvait en 1907 et 1909 ne nous a pas +permis d’y pénétrer. + +Depuis longtemps, BINGER a fait connaître qu’une grande partie des Kolas +transportés par les Dioulas du Soudan proviennent de cette contrée. + +D’après le lieutenant BEIGBEDER, ancien chef de poste de Sinfra, la +principale province productive est le Koyaradougou. Les tribus qui se +livrent à la récolte des Kolas sont les _Lôs Sia_ au sud et les _Lôs +Mona_ au nord. Les Kolatiers sont plantés aux abords des villages, le +long des chemins de la forêt et surtout aux carrefours, ces carrefours +étant souvent l’emplacement d’anciens lieux habités. On ne les rencontre +jamais en véritables plantations. Les arbres sont la propriété de la +communauté du village. La principale récolte se fait en novembre et +décembre. Il y aurait aussi une petite récolte en avril et mai. + +Le lieutenant RIPERT qui a parcouru aussi cette région assure qu’il y a +peu de Kolatiers dans le pays Lô proprement dit ; des cantons entiers +n’en produisent pas et dans toute la partie sud du pays Gouro, les noix +de Kola sont inconnues comme produit d’échange. En réalité, les noix de +Kola, considérées comme venant du pays Lô, viennent du pays des Bétés. +Les Lôs sont des intermédiaires qui vont chercher les noix chez les +Bétés pour les vendre sur leurs marchés aux femmes Mandé-Dioulas. Nous +nous étendrons davantage sur cette question dans le chapitre consacré au +commerce. + +Selon SCHIFFER, dans la partie septentrionale du pays des Lôs, il +n’existe encore que quelques arbres isolés vers Kamalo, Koussana, +Diorolé, Mankoro, Goaka. En pays Lô, le canton de Lueno ne possède +qu’une cinquantaine d’arbres ; on en compte une centaine dans le canton +de Mieole, quelques centaine dans ceux de Karagnian, Digougou, Naté. +Ceux de Boromo, Gokomo n’en ont que quelques pieds. C’est seulement dans +le canton de Niogor que les Kolatiers deviennent nombreux, mais ils ne +sont véritablement abondants que dans le pays des Ouayas, principalement +au sud, dans le nord du pays des Bétés et chez les Gouros vivant sur la +rive droite de la Marahoué. + + +e) _Pays des Ngans._ — Dans le récit de son exploration BINGER rapporte +qu’une partie des Kolas exportés sur Kong et sur Bobo-Dioulasso +proviennent de l’Anno ou Mango. Cette province que nous avons traversée +est située au sud-ouest du grand centre de Bondoukou, mais les Agnis qui +l’habitent ne produisent qu’une faible quantité d’amandes. En réalité, +les noix de Kola dites de l’Anno proviennent en majeure partie du pays +des Ngans situé au nord-est du Baoulé, entre 7° 30 et 8° de lat. N. +d’une part et entre le moyen Nzi et le moyen Comoë, d’autre part. Dans +le pays des Ngans, on distingue deux régions : 1o les Ngans du Guiamala, +rattachés au cercle de Kong ; 2o les Ngans du Mango, dépendant du cercle +du Nzi-Comoé, secteur d’Akouakoumékrou. Au N.-E., ils confinent au +Bini ; plus au N. encore, vers le 8e parallèle commence le pays Barabo +qui ne produit pas de Kolas. Les Ngans parlent presque tous la langue +mandé-dioula ; au contact du Mango proprement dit, ils parlent aussi +agni. D’après DELAFOSSE, ils seraient apparentés aux Lôs ou Gouros. + +Notre itinéraire de Bongouanou à Akouakoumékrou nous a conduit à +proximité des Ngans du Mango et nous avons pu nous procurer des +spécimens de rameaux en fleurs, de cabosses et de noix des Kolatiers de +cette région. On y trouve des _Cola mixta_, des _Cola pallida_ et +probablement aussi des _Cola_ ne produisant que des noix blanches mais +non complètement identiques au _Cola alba_ du Kissi, car ce dernier a +les fleurs entièrement blanches, tandis que le Kola blanc des Ngans +aurait des fleurs rayés de pourpre. Ses noix ne sont pas du reste +complètement blanches, mais d’un blanc-verdâtre à l’état frais, d’où le +nom de _Biguendé oro_ (_Kola vert_) que lui donnent quelques soudanais. + +Dans les lots de Kolas achetés dans le pays par les dioulas, on trouve +ordinairement mélangées aux noix blanches, un cinquième de noix rouges +et de noix roses, tout à fait semblables à celles du Haut-Cavally ou de +l’Achanti. + +Toutefois les arbres produisant exclusivement des noix rouges ou +exclusivement des noix blanches n’existeraient pas au dire des +indigènes. Mais cette assertion aurait besoin d’être contrôlée, car un +Agni nous a montré aux environs d’Akouakoumékrou, où existent peu de +Kolatiers, un arbre qui donnerait exclusivement des noix blanches. + +C’est cet arbre dont les fleurs présentaient trois raies pourpres sur +chaque sépale en dedans du calice. + +Le passage du livre de BINGER que nous avons reproduit au 2e chapitre +page 27 et qui assure que le Mango ne produit que des noix blanches et +des noix rosées n’est en tout cas pas tout à fait exact. + +Dans une cabosse fraiche et parvenue à maturité, cabosse à forte crête +dorsale et tuberculeuse-scoriacée à la face inférieure nous avons trouvé +quatre noix rouges et une noix blanche. Par contre, nous avons examiné +cinq cabosses qui ne renfermaient que des noix blanches. + +Les indigènes assurent que sur les arbres qui les produisent on trouve +aussi quelques cabosses contenant des amandes blanches et roses en +mélange, mais nous sommes loin d’en avoir la certitude. + +Les Ngans ne paraissent point disposés à fournir beaucoup de +renseignements sur un végétal qui fait, en somme, toute leur richesse. +Ils assurent qu’il n’existe qu’une seule race de Kolatiers dans leur +pays, donnant des noix blanches, rouges et roses. Les variations +constatées dans la taille des fruits, la coloration et la dimension des +amandes, tiendraient seulement aux différences de sol, d’abri, de soins +culturaux. Bien plus, ils assurent que des différences dans la +coloration des amandes d’un arbre se produiraient parfois d’une année à +l’autre : ainsi un Kolatier qui ne donne que des noix blanches et des +noix rosées pourra produire aussi une autre année quelques noix rouges. + +Contrairement à l’assertion de BINGER, les dioulas que nous avons +interrogés assurent que les Kolas des Ngans ne sont pas inférieurs à +ceux des Achantis. Ils se vendent aujourd’hui aussi cher sur les marchés +et se conservent aussi longtemps s’ils sont bien emballés. + +Seuls les Kolas blancs très lavés de vert, seraient de médiocre qualité +et ne se conserveraient pas longtemps. Nous nous demandons si cette +coloration ne proviendrait pas de ce que les amandes auraient été +récoltées avant maturité. + +Les noix du Kissi, qu’on laisse mûrir sur les arbres, sont les plus +estimées. + +La principale récolte des Ngans se fait en septembre et octobre. En +décembre, il ne reste plus de cabosses sur les arbres ; une deuxième +récolte, plus faible a lieu en juin. En dehors de ces périodes, les +Kolatiers donnent quelques fruits tout au long de l’année. Ils sont +presque constamment en fleurs. + +M. l’administrateur BARTHÉLEMY nous a communiqué d’intéressants +renseignements sur les Ngans du Guiamala dont nous n’avons pu visiter le +pays et sur la manière dont ils cultivent les Kolatiers : + +« Les Ngans sont arrivés dans le pays depuis trois ou quatre +générations. Ils venaient des rives d’un grand fleuve (Comoë ou +Volta ?), fuyant devant des voisins envahisseurs. Ils s’établirent sur +la rive gauche du Nzi, là où le plateau central, qui sépare les deux +bassins Comoë et Nzi, vient mourir en croupes peu élevées. A l’origine, +ils étaient, sans nul doute, peu nombreux puisqu’ils ne purent fonder +que deux villages, mais vivant dans la paix la plus complète ils se +multiplièrent, si bien qu’à l’heure actuelle le pays des Ngans du +Guiamala renferme 24 villages et plus de 2.500 habitants. A l’encontre +de tous leurs voisins, ils échappèrent, vers 1895, aux ruines et aux +massacres accumulés par les Sofas (soldats) de Samory et c’est surtout +parce qu’ils étaient les producteurs des noix de Kola qu’ils furent +épargnés. + +« Ils feraient trois récoltes de Kolas par an : la principale en +octobre-novembre, une autre en février et mars et enfin une troisième en +juin et juillet. Les cabosses sont de taille très variable : elles +renferment 4, 6, parfois 10 noix ; on m’a affirmé en avoir vu qui en +contenaient jusqu’à 20. La noix est blanche ou rouge ; la même cabosse +peut contenir des noix de différentes couleurs, mais chez les Ngans, les +Kolas blancs dominent. Les arbres sont ordinairement groupés en petites +plantations de 250 à 300 Kolatiers espacés sans aucune symétrie ». + +Nous reviendrons plus loin sur ces plantations. + + +4o _Zône sud et moyenne de la Côte d’Ivoire._ — Bien que le Kolatier n’y +soit l’objet d’aucune exploitation et que la culture en soit +rudimentaire, il existe partout dans la partie méridionale de la Côte +d’Ivoire, depuis la mer jusqu’au 6° 30 de latitude. Non seulement on le +trouve à l’état spontané à travers la forêt — et par endroits il +constitue environ 1/100 des peuplements — mais presque toujours aussi on +observe quelques Kolatiers plantés aux abords des villages. + +La consommation des noix de Kolas dans cette zone est très restreinte. + +Les autochtones en font rarement usage et en mâchent en petite +quantité ; les sénégalais et soudanais employés de l’administration ou +des maisons de commerce, recueillent souvent eux-mêmes sur les arbres +existant aux abords des postes, les noix dont ils ont besoin. + +Depuis quelques années seulement, des dioulas soudanais achètent çà et +là dans les villages de la forêt, des charges de noix de Kola et vont +les vendre dans les principaux centres côtiers ou bien remontent dans le +nord par les routes créées par l’administration ou même par le chemin de +fer. C’est ainsi que nous avons constaté en 1909 que des achats assez +sérieux de Kolas se faisaient déjà dans le Morenou, dans l’Attié, dans +le pays Abé et ce trafic était tout à fait inconnu les années +précédentes. Il est bien certain qu’en multipliant les routes, dont un +beau réseau a déjà été créé depuis peu à travers la forêt, on +développera de plus en plus l’exportation des Kolas, soit vers la côte, +soit vers les régions soudanaises ; mais, sans se contenter d’exploiter +les arbres sauvages qui donnent généralement des rendements faibles, il +deviendra très utile de faire effectuer aux indigènes des plantations +autour de chaque village. C’est à cette condition qu’on pourra suffire à +la consommation qui se développe de plus en plus au Soudan. + +Il n’est probablement pas un canton dans toute la partie forestière de +la basse Côte d’Ivoire où les Kolatiers ne se rencontrent déjà plantés +en petite quantité. Les formes les plus fréquentes sont _Cola mixta_ et +_Cola pallida_. + +Dans les forêts comprises entre le moyen Sassandra et le moyen Cavally, +ainsi que dans tout le bas Cavally, nous avons remarqué fréquemment des +Kolatiers à travers la forêt. On en trouve également à l’état cultivé +chez les Tébo, les Trépo, les habitants de Grabo, et chez les Kroumen de +la Côte. + +Dans ces régions, en juin, les Kolatiers ne portent pas de fleurs ; une +abondante floraison commence vers le 15 juillet et continue pendant tout +le mois d’août. C’est probablement cette floraison qui donne la grande +récolte d’octobre et novembre. + +Dans les langues de ces régions, le Kola porte les noms suivants : _Oué_ +(trépo), _Houré_ (plabo, langue de Bériby), _Gouéré_ (néyau, langue du +bas Sassandra). + +Il a été aussi signalé dans le cercle de Grand-Lahou et dans celui de +Tiassalé. + +Le Kolatier est commun dans le grand massif forestier constituant le +cercle des Lagunes et il y porte les noms suivants : + +_Bouessé_ (langue de Mbonoi), _Hapo_ (ébrié), _Halou_ (adioukrou), _Na_ +(abé), _Hahouessé_ (agni), _Lô_ (attié). + +De Dabou, M. JOLLY avait envoyé à PIERRE des spécimens d’un _Kola +nitida_, qu’il considérait comme la source des Kolas blancs de la +région ; ces spécimens sont conservés dans l’herbier du Muséum. Plus au +N., dans la vallée de l’Agniéby et sur tout le parcours de la voie +ferrée depuis Abidjan jusqu’à Nziville, nous avons observé partout des +Kolatiers, soit à travers la forêt, soit plantés à proximité des +villages. Très souvent ces arbres donnent de petites noix rosées, mais +aux environs d’Agboville en pays _Abé_, on nous a apporté aussi des noix +rouges pesant de 60 grammes à 100 grammes[114] et considérées par les +soudanais comme étant de toute première valeur. + + +Dans cette région les indigènes distinguent : + + +1o Un Kolatier donnant exclusivement des amandes rouges, atteignant +parfois une très grosse taille, nommé _Na hé_ (_Kola_ rouge). Assez +commun. + +2o Un Kolatier donnant à la fois des amandes rouges et des amandes +blanches. Assez commun à l’état cultivé. + +3o Un Kolatier donnant exclusivement des amandes blanches. _Na fo_ +(_Kola blanc_). Très rare et vraisemblablement importé. + +4o Un Kolatier donnant exclusivement des petites noix rosées. Assez +rare. Les Abés le nomment _Oua Na_, Kola du sanglier. Il croît dans la +forêt et les sangliers (potomochères) en seraient friands. D’autres +indigènes assurent qu’on le nomme ainsi parce que sa couleur rappelle la +robe fauve de ce sanglier. + +Les Abés laissent perdre encore beaucoup de Kolas dans la forêt. + +Cependant ils commencent à en recueillir les noix pour les vendre aux +caravaniers soudanais circulant sur la voie ferrée. + + +Dans le Morénou et spécialement dans la région de Sahoua, les Kolatiers +sont assez répandus autour des villages. Nous y avons observé : + +1o des Kolas d’un beau rouge-brun (bons Kolas du Soudan) ; + +2o des Kolas moyens d’un jaune-rosé, parfois d’un blanc-jaune au +sommet ; + +3o des Kolas d’un blanc-jaunâtre, légèrement verdâtres au sommet. Ces +dernières noix sont dans la proportion d’un tiers environ et paraissent +identiques aux _Kolas verts_ du Pays des Ngans. Certains soudanais ne +les mangent pas, prétendant qu’ils donneraient la fièvre. + +Dans l’Indenié, le Sanwi, l’Attié, les Kolatiers existent çà et là le +long des sentiers à l’entrée des villages. Dans ces provinces très +boisées et fort humides ils sont souvent couverts d’épiphytes ; c’est +ainsi qu’aux environs d’Alepé, leurs branches sont chargées d’une belle +cactée, le _Rhipsalis Cassytha_ Gaertn. dont les rameaux verts sans +feuilles rappellent des touffes de gui. + +Il n’est pas douteux que ces provinces remplissent les meilleures +conditions pour la réussite de la culture du Kolatier. + + + =IV. — DAHOMEY.= + + +« La Kolah du Dahomey, écrivait J. FONSSAGRIVES[115], est facilement +reconnaissable à ce que chaque fruit se divise en quatre ou cinq +parties. Elle est principalement récoltée à Abomey-Calavi et dans les +environs, en septembre et octobre. Les plus gros fruits sont d’une +couleur rose, les petits sont rouge vif ; on en trouve même quelques-uns +blancs. » + +L’espèce donnant des noix à deux cotylédons (_C. nitida_) n’existait pas +en effet au Dahomey jusqu’à ces dernières années, mais elle a été +introduite depuis par le Service d’agriculture. + +Celle qui se rencontre dans tout le Bas-Dahomey jusqu’à hauteur de la +bande marécageuse nommée Lama est le _C. acuminata_ (Pal. Beauv.) Schott +et Endl. ; c’est du reste à une faible distance plus à l’est dans la +province du Bénin, dépendant aujourd’hui de la Nigéria anglaise, que +PALISOT DE BEAUVOIS avait découvert son espèce. Ce _Cola acuminata_ ne +nous paraît exister qu’à l’état cultivé au Dahomey. Nous l’avons observé +à Porto-Novo même, à Adjara, aux environs de Sakété, à Ouidah, aux +environs d’Allada, à Zagnanado où il est à sa limite nord extrême. Il +croît soit sur la bordure des palmeraies d’_Elæis_, soit dans les rues +des villages, ou dans les cours-vergers avoisinant souvent les cases des +indigènes, soit encore dans de petits bouquets de forêts où les +Kolatiers sont souvent plantés en lignes et ombragent des Méléguettes +(_Aframomum Melegueta_ K. Schum) également cultivés. + +Nous empruntons à SAVARIAU[116], qui lui-même les tenait des +administrateurs du Dahomey, les renseignements suivants sur la +répartition des Kolatiers : + + +Les principaux peuplements se rencontrent : + +1o Dans le cercle de Porto-Novo, au voisinage de la rivière Iguidi, de +la lagune d’Adjara, du Bas-Ouémé, existent toujours quelques pieds +autour des nombreux petits villages du cercle ; on y rencontre aussi +parfois des _Garcinia Kola_ Heckel. + +2o Dans le cercle de Cotonou, les plantations sont, d’après PROCHE, +presque toutes localisées dans une bande de terrain nord-sud bordant les +parties marécageuses à proximité de la rive droite de la rivière Sô, +entre Agassa-Godomey et Abomey-Calavi. Sur 20.000 arbres environ, 15.000 +étaient en rapport, il y a cinq ou six ans. Il existe encore de nombreux +Kolatiers près de la lagune qui s’étend à l’est de la voie ferrée depuis +Pahou jusqu’à Arané. + +3o Dans le cercle de Ouidah, les plus importants des peuplements se +rencontrent à Adjara, sur la lagune Toho (7.000 pieds) et à Domé +(1.000), et quelques centaines de pieds se rencontrent à Savi et sur la +rive du lac Ahémé de Segborouhé à Pomassi et Nazoumé. + +Dans le cercle de Grand-Popo, il n’y a pas de Kolatiers ou un petit +nombre seulement ; on en rencontrerait toutefois encore un assez grand +nombre dans les bas-fonds du cercle d’Allada et dans presque tous les +thalvegs fortement boisés. Le cercle de Zagnanado n’en posséderait qu’à +Gbaouté sur la rive gauche de l’Ouémé et à Dori-Cogbé dans le canton de +Coyé. + +Avec le _Cola acuminata_, on rencontre parfois dans les petits bouquets +de forêts du Bas Dahomey quelques exemplaires de _Cola verticillata_, +qui ne paraissent pas avoir été plantés et seraient spontanés dans le +pays. SAVARIAU qui avait observé le premier cette espèce dans un petit +bois près de la gare de Sakété, désignait l’espèce sous le nom de _Kola +fade du Dahomey_. M. NOURY nous a montré ces arbres que nous avons pu +identifier avec les spécimens de la Gold-Coast du _C. verticillata_. Les +noix sont ordinairement dédaignées des indigènes qui nomment l’espèce +_Vigpô_ en dahoméen et _Abidan_ en nago. + +Nous avons donné la répartition géographique de cette espèce à la suite +de sa description botanique. + +_Cola nitida_ ferait complètement défaut au Dahomey d’après des +renseignements verbaux du regretté E. POISSON, qui avait exploré tout le +Bas Dahomey au point de vue agricole. Quelques graines de cette espèce +furent ensemencées, il y a environ sept années, au Jardin d’essai de +Porto-Novo. Les plants qui en sont sortis sont aujourd’hui de petits +arbres ayant pour la première fois porté des fruits en 1910. + +D’autres Kolatiers, ensemencées en divers points de la colonie, +notamment à Cabolé, n’ont pas réussi. + +Peu de temps avant sa mort, SAVARIAU avait fait planter des Kolatiers de +l’espèce _C. nitida_ dans divers bouquets de la forêt, notamment à +Sakété et à Bokoutou dans le cercle de Porto-Novo, enfin à Niaouli, près +Allada. Ces jeunes plantations, quand nous les avons vues en 1910, +étaient en bonne voie. + +Il nous paraît toutefois peu probable qu’une essence aussi nettement +adaptée à la vie des sous-bois des grandes forêts tropicales que l’est +le _Cola nitida_ puisse prospérer au Dahomey. Il arrivera peut-être à +vivre dans les bouquets de forêts qui existent çà et là jusqu’au 7me +parallèle, mais il est douteux qu’il donne des rendements rémunérateurs. + +Il ne faut pas espérer le voir croître dans les villages du nord, comme +Abomey, Savalou ou Djougou, où l’administration locale, mal renseignée, +a tenté vainement de l’acclimater. + +Le Dahomey a d’autres essais agricoles beaucoup plus intéressants à +poursuivre. + + + =V. — AFRIQUE ÉQUATORIALE FRANÇAISE.= + + +Les Kolatiers de la grande forêt congolaise sont encore très mal connus. + +On ne peut y signaler pour le moment, d’une manière certaine, que les +deux espèces _Cola acuminata_ et _Cola Ballayi_, que nous y avons +observées en 1902-1904 et qui sont généralement confondues par les +indigènes de la région gabonaise sous les noms de _Ombéné_ ou _Abèl_. + +Quelques voyageurs, dont nous rapportons les observations plus loin, +auraient rencontré d’autres sortes de Kolatiers, mais rien ne prouve +qu’il s’agit de plantes de la section _Eucola_, et ce point restera +obscur tant que la question n’aura pas été étudiée sur place par un +botaniste. Notre propre expérience nous a appris en effet qu’il était +presque impossible de différencier des échantillons d’herbiers de ce +groupe, à moins d’avoir une connaissance approfondie des espèces qu’on +étudie : c’est la raison pour laquelle _Cola acuminata_ et _Cola nitida_ +ont été confondus dans les Herbiers jusqu’à nos jours par presque tous +les botanistes. + +L’espèce la plus répandue dans tout le Gabon et probablement jusqu’au +Moyen-Congo est le _Cola acuminata_. La forme de cette région, +complètement identique avec celle de San-Thomé, que nous avons étudiée +plus en détail, paraît différer un peu de la forme typique du Bénin et +du Dahomey. C’est pour cette forme du Gabon que le savant PIERRE avait +créé l’appellation de _Bichea carinata_[117]. Nous ne pensons pas pour +notre part qu’on puisse les séparer spécifiquement. + +Le _Cola acuminata_ a été depuis longtemps découvert au Gabon par +GRIFFON DU BELLAY, AUBRY-LECOMTE, le P. DUPARQUET ainsi qu’en témoignent +les exemplaires conservés à l’Herbier du Muséum. C’est une espèce qui +doit être très répandue au Gabon si l’on en juge par le nombre des +spécimens de cet Herbier. Le P. KLAINE en particulier en a récolté +beaucoup dans toute la région de Libreville. + +Nous avons vu nous-même la plante très abondante autour de Mayumbe où +elle vit à travers la forêt. + +G. BERTHELOT DU CHESNAY a donné des renseignements intéressants sur la +dispersion dans la région côtière du Gabon et spécialement près de +Kakamoéka de cet arbre nommé _Makenso_ par les indigènes de race fiote +et qu’il rapporte inexactement au _Cola Ballayi_[118] : + +« Il est une des essences constitutives des brousses de haute futaie +dans tout le Gabon-Congo. + +« On le trouve poussant toujours avec une très grande vigueur, aussi +bien sur les pentes fortes que sur les terrains plats, sur les bords des +cours d’eau comme sur les sommets des montagnes (lesquels ne sont jamais +situés au-dessus de 450 mètres), enfin dans les sous-bois très fourrés +et les futaies clairsemées. + +« Il ne parait exiger que deux choses : d’abord un sol profond, argilo- +ferrugineux, ensuite un bon drainage qui laisse ses racines en dehors de +l’eau stagnante. Sa présence dans un endroit est un criterium certain +que ce terrain n’est pas inondé lors des crues ; sur les bords du +Kouilou-Niari, ils peuvent servir à indiquer les limites d’inondation du +fleuve. + +« On conçoit dans ces conditions les indications précieuses que la +simple vue de l’arbre donne au colon qui cherche dans la brousse un +endroit à défricher. + +« Enchevêtré de lianes, privé de lumière et d’air dans la forêt, il +donne une récolte relativement faible, à peine trois cents fruits à cinq +noix par gousse, ce qui ferait trois mille noix de Kola pesant 45 à 50 +kilogs. » + +Le Kolatier a été aussi signalé dans beaucoup d’autres régions de +l’Afrique équatoriale, mais les renseignements fournis par les voyageurs +sont très imprécis pour qu’on puisse dire s’il s’agit toujours du _Cola +acuminata_ ou aussi du _Cola Ballayi_ dont nous nous occuperons plus +loin. C’est la première espèce qui domine au Gabon ; dans la région du +moyen Congo où le _Cola Ballayi_ est fréquent, on observerait aussi, +d’après BAUDON, mais plus rarement, une seconde espèce qui est très +probablement le _Cola acuminata_. + +Casimir MAISTRE signale le Kolatier aux environs de Loudima, au +confluent des rivières Niari et Loudima. « Le chef des Bakounis, dit-il, +offrit des Kolas aux européens et aux sénégalais de la mission[119] ». + +LECOMTE a vu aussi des Kolatiers dans la région du Mayumbe et du +Kouilou. + +Le docteur VOULGRE, en 1877, notait le Kolatier comme existant sur les +plateaux du Pays Batéké[120]. + +Le docteur SPIRE, qui a parcouru la grande forêt congolaise pendant la +mission FOURNEAU-FONDÊRE, depuis l’Ogoué jusqu’à la Sangha, signale +aussi l’existence de ces arbres. « Comme fruits comestibles, écrit-il, +il faut encore parler de certaines variétés de Kolas, le _Ngoafou_, le +_Ngoma_ des Pahouins. Je n’ai pas rencontré sur le sentier le Kolatier ; +il existe cependant dans le pays des Ossyébas où les indigènes nous en +apportaient incessamment des gousses[121] ». + +AUTRAN indique que le Kolatier est très abondant dans le Congo français +et surtout dans le Como, l’Ogoué et le Fernan-Vaz. Il recherche surtout +les endroits humides et le plus souvent le bord des ruisseaux[122]. Aux +localités déjà citées, CAMBIER ajoute comme habitat : la Likouala- +Mossaka, la Sangha, la Likouala-aux-Herbes. L’arbre vit, dit-il, non +seulement dans les endroits humides, mais aussi sur les plateaux[123]. + +Remarquons enfin que toutes les régions que nous venons de mentionner +sont comprises dans les parties de l’Afrique équatoriale occupées par la +forêt Vierge. + + +_Cola Ballayi_ Cornu. — Quoique moins fréquente que la précédente, cette +espèce existe aussi au Gabon et l’Herbier du Muséum en possède plusieurs +exemplaires provenant du Mayumbe et de la forêt intérieure, mais c’est +surtout dans le Moyen Congo et dans l’Oubangui qu’elle est répandue. +C’est sans nul doute à cette espèce que DYBOWSKI[124] et FOUREAU[125] +font allusion dans leur récit de voyage. + +En remontant de Brazzaville à Bangui, nous l’avons rencontrée aux abords +de presque tous les villages à partir du 2° de lat. S. et elle remonte +jusqu’à 4° 15 N., un peu plus haut que Bangui. Quelques-uns de ces +arbres, vivant au carrefour des sentiers de forêt, à l’entrée et parfois +même à l’intérieur des villages, paraissent avoir été plantés. + + +_Kolatiers d’espèces indéterminées._ — En dehors des deux espèces +énumérées, la forêt équatoriale recèle d’autres espèces du genre _Cola_ +à noix utilisables, mais il est impossible, en l’absence de documents, +de dire si ces arbres appartiennent à des espèces ou des races étudiées +plus haut ou s’il s’agit d’espèces nouvelles. + +Nous devons d’abord mentionner un Kolatier à larges feuilles +retombantes, à limbe elliptique, arrondi à la base, présentant 7 ou 8 +paires de nervures secondaires. Il existe dans les serres du Muséum un +exemplaire de cette plante obtenu de semences originaires du Congo et +dont nous avons publié la photographie. + +Il semble que c’est à cette même plante qu’il faut rattacher le no 1209 +du P. KLAINE, recueilli aux environs de Libreville et conservé dans +l’Herbier PIERRE au Muséum. + +En 1908, BUCHET a signalé au Gabon l’existence d’une espèce de Kolatier +donnant des noix à deux cotylédons dont on peut faire usage. Cette +espèce serait spontanée dans la région du moyen Como, à environ 150 +kilomètres du littoral de Libreville. Les noix sont de belle dimension, +aplaties sur les deux faces et de couleur rose, parfois d’un rouge assez +vif, mais jamais blanches. + +Elles germent comme celles du _Cola nitida_ et chaque cotylédon porte +aussi une légère fente. La principale récolte a lieu de janvier à mars ; +une petite récolte survient probablement vers septembre ou octobre. Les +Pahouins en font à peine usage ; ils confondent l’espèce avec le +Kolatier ordinaire[126]. + +D’autre part, BAUDON écrit à l’un de nous qu’il a observé 3 espèces de +Kolatiers sauvages au Congo : l’une produit des amandes à deux +cotylédons, une seconde donne des graines volumineuses et presque +toujours à quatre cotylédons, enfin une troisième fournit des noix à 5 +ou 6 cotylédons, qui sont couramment consommées par les indigènes. Nous +avons vu des spécimens de cette dernière : c’est sans nul doute le _Kola +Ballayi_. + +Enfin, le P. TRILLES signale aussi une grande variété de Kolatiers dans +la partie du Gabon qu’il a explorée. La lettre qu’il nous écrivait en +1909 à ce sujet doit être publiée : + +« Dans tout le pays que l’on pourrait appeler région de l’Ogowé, située +tout au long de ce fleuve et allant jusqu’aux Monts de Cristal où la +végétation devient différente et se rapproche de celle du Cameroun, on +trouve en assez grande abondance le _Cola acuminata_. Ainsi, dans les +forêts qui s’étendent de Libreville au cap Esterios, il est fréquent +sauf au bord de la mer. Les Mpongoués le désignent sous le nom +d’_Ombéné_. A cette occasion, il est fort regrettable que l’on donne +presque toujours à propos de la flore gabonaise, les noms indigènes +mpongoués ; cette tribu est presque éteinte et de nulle importance, à +peine 400 à 500 individus mâles aujourd’hui. + +« Les Fang lui donnent le nom d’_Abel_. Il présente toujours de 4 à 6 +cotylédons. + +« De cet _Abèl_ ils distinguent deux variétés, d’après le goût du fruit +âcre et moins âcre ; la première porte le nom d’_Abelayôl_ — ou _Abèl_ +qui fait vomir ; l’autre le nom d’_Abèl_ simplement. + +« L’_Abèl_ simple n’est pas employé ; l’_Abèlayol_, au contraire, est +très recherché, non pour son fruit, aucune de nos populations de la +région de l’Ogowé ne s’en servant — mais pour les racines et l’enveloppe +du fruit, employés dans la gonorrhée et la syphilis. On donne également +l’enveloppe du fruit broyée aux femmes enceintes pour faciliter +l’enfantement. + +« L’_Abèl_ est, je crois, le _Cola acuminata_ ; avec sa variété, c’est +le seul _Cola_ de ce groupe connu dans la région de l’Ogowé. + +« Lorsqu’on remonte un peu plus haut et que l’on atteint la région +montagneuse, on trouve outre l’_Abèl_, deux autres espèces de _Cola_ : +l’une porte le nom de _Nkork_, l’autre de _Ngwang_. + +« Le _Nkork_ est à deux cotylédons. On en compte 3 variétés qui doivent, +je crois, tenir plutôt à la station. La première a deux gros cotylédons +blancs qui bleuissent au contact de l’air. La saveur est sucrée, puis +amère. Les Sénégalais qui étaient avec moi l’estimaient peu. + +« L’arbre est _très fréquent_ sur le bord des ruisseaux, marais, etc. + +« Une deuxième espèce de _Nkork_ a des fruits roses beaucoup moins gros, +mais très abondants sur le tronc qui en était parfois entièrement +recouvert. + +« Ces fruits ne changeaient guère au contact de l’air. On le trouvait à +flanc de colline, dans les terrains pierreux. Les Sénégalais +l’appréciaient beaucoup. + +« Enfin une troisième variété dite _Nkorketshork_, porte des fruits +tantôt rouges, tantôt blancs, tantôt les deux réunis sur le même arbre. + +« Cette dernière forme est fréquente et dans ce cas les Fangs disent que +_l’arbre est marié_, ou « _alongha_ » ; c’est le seul dont ils emploient +la racine contre la syphilis. + +« Enfin une troisième espèce est connue sous le nom de _Ngwang_. C’est +un bel arbre à bois blanc très dur et dont les Fangs du Nord estiment +beaucoup les fruits. J’ai expliqué dans mon récit « _Mille lieues dans +l’Inconnu_ », les accidents nerveux, tics de la face, etc., +caractéristiques des mangeurs de ce Kola. Le _Ngwang_ comprend également +deux variétés assez distinctes. Il vous sera d’ailleurs facile de le +retrouver, car j’en ai envoyé un échantillon complet de la rivière Ebé, +au regretté PIERRE qui l’a nommé _Cola Trillesiana_[127] ». (P. TRILLES, +in litt.). + +D’autre part CHALOT, a signalé qu’il existait dans la forêt de Mayumbe +et dans les environs de Brazzaville un arbre à Kola donnant des fruits +plus gros que le Kolatier ordinaire du Gabon. Ce dernier est connu entre +Loango et Brazzaville sous le nom de _Makassou_[128]. + +Nous ne savons presque rien sur les Kolatiers des territoires de la +haute Sangha, situés en bordure de l’Adamaoua et où les caravaniers +haoussas et foulbés viennent depuis longtemps (ce commerce était déjà +ancien à l’époque du voyage de BARTH) acheter des Kolas. Le seul +document de quelque valeur sur les noix de cette région est la lettre de +A. GOUJON, publiée par HECKEL. « On trouve les Kolas, écrit-il, dans +tous les pays situés entre Brazzaville et Koundé (Adamaoua), mais ce +sont surtout les forêts qui bordent les ruisseaux de la contrée entre +Kadou et Mambéré qui semblent être leur pays d’élection. + +J’en ai trouvé dans tous les villages ou à peu près et lorsque j’en +demandais, on allait chercher quelques amandes enterrées dans un endroit +humide pour les conserver, mais ce n’est que dans les pays en relations +avec l’Adamaoua qu’ils font l’objet d’un grand commerce. Là ils sont +classés par crus, comme les grands vins, portent les noms de leurs lieux +de provenance et se vendent à des cours qui résultent de la qualité et +des quantités existantes sur le marché. + +« J’ai vu à Gaza le prix de l’amande varier de 15 à 60 cauris. Le Kola +le plus estimé est celui de Bayanda, dit _Kola Bafio_. Il doit cette +préférence à la durée de sa conservation à l’état frais qui dépasse 3 +mois et à l’absence d’âpreté. A partir de Bem-Nasoury, le Kola n’est +plus exporté vers le nord, parce qu’il ne se conserve pas. Celui de +Koundé est même à peine consommé dans le pays à cause de son âcreté qui +tient, je suppose, à ce que, à l’altitude de ce point, il ne mûrit +qu’imparfaitement[129]. Je n’ai rencontré à Bania que la grosse variété +de Libreville qui, lorsqu’elle est parfaitement mûre, est d’un rose +assez vif. Je n’ai pas vu de Kola blanc[130] ». + +Le lieutenant P. CHARREAU, qui a séjourné aussi dans la Haute-Sangha, +écrit que « c’est avec les noix de Kola venant de Nola, Bania, Cambé, +que les Haoussas achètent à Ngaoundéré leurs bestiaux ».[131] + +D’après ce même auteur, les noix de Kola monteraient par Carnot et +Koundé vers le Nord, en paiement des importations. + +Tout à l’est de nos possessions, d’après quelques voyageurs, il +existerait encore des Kolatiers dans le haut Oubangui, notamment chez +les Yakomas, entre Mobaye et Les Abiras. De là les noix sont +transportées dans les Sultanats du Haut-Oubangui où les caravaniers +islamisés venus du Ouadaï et du Darfour s’en approvisionnent. Récemment +P. PRINS a signalé l’existence d’un Kolatier à noix rouges à Rafaï sous +le 5me parallèle, près du confluent du Mbomou et de la Chinko[132]. + +Il est possible qu’il existe encore quelques Kolatiers dans le sultanat +de Tamboura, au sud duquel le Mbomou prend sa source. On sait que c’est +tout près de là, mais légèrement au S.-E., chez les Monbouttous ou +Mangbettous, que SCHWEINFURTH observa des noix de Kola. + + +Il n’est pas sans intérêt de faire remarquer que les arbres de la +section _Eucola_ ont leur limite septentrionale reportée de plus en plus +vers le sud quand on s’avance de la côte Ouest vers le centre du +continent. En Afrique occidentale ils sont spontanés jusqu’au 6° 30, +puis cultivés en grand jusqu’au 8e parallèle et plantés çà et là +jusqu’au 11e. + +A hauteur du Dahomey, on ne les rencontre plus au delà du 7° 30. + +Dans la Haute-Sangha, ce n’est qu’au sud du 4e parallèle qu’ils sont +abondants. D’après GOUJON, ils montent encore jusqu’à Koundé par 6° de +latitude, mais là ils ne produisent plus. Dans le Haut-Oubangui on n’en +observe plus au delà de 4° 30′ et même les arbres ne donnent une bonne +production que du 2° de lat. S. au 4° de lat. N. + +D’ailleurs l’un de nous a depuis longtemps fait remarquer que l’aire +d’un grand nombre de végétaux de la forêt africaine a une limite +septentrionale de plus en plus rapprochée de l’équateur à mesure qu’on +s’avance de l’ouest à l’est. + + * * * * * + + + =II. Colonies étrangères de l’Afrique occidentale.= + + + * * * * * + + + =I. — SIERRA-LÉONE= + + +Les Kolatiers sont extrêmement répandus à l’état cultivé dans presque +toute l’étendue de la colonie anglaise de Sierra-Léone qui en consomme +beaucoup et en exporte chaque année des quantités de plus en plus +élevées. Ils appartiennent à l’espèce _Cola nitida_ et presque tous à la +race _C. mixta_. Nous avons observé ces arbres dans presque tous les +villages de Sierra-Léone avoisinant notre frontière de la Guinée +française, notamment dans la région montagneuse de Timbikounda, aux +sources du Niger. + +Il en existe aussi beaucoup aux îles Scherbro. + +Son Excellence, le gouverneur de Sierra-Léone a communiqué à l’un de +nous une note intéressante sur cette culture. Le Kolatier est +principalement planté sur les bords des rivières et dans les cours des +villages ; il existerait aussi à l’état sauvage. Les districts de +Kogbotoma, de Hills, de Bagrou, de Koinadungou, situés dans la zone +forestière sont les plus riches en Kolatiers. + + + =II. — RÉPUBLIQUE DE LIBÉRIA.= + + +Cet immense territoire, peuplé de 2 millions d’habitants, est un des +pays les plus favorables à la culture du Kolatier ; il y vit du reste à +l’état spontané dans toute l’étendue de la grande forêt, aussi épaisse +qu’à la Côte d’Ivoire. + +Malheureusement les 12.000 noirs Américo-Libériens[133] qui constituent +toute la République, ne tirent aucun parti de cette richesse. + +La seule espèce se rencontrant çà et là est le _Cola nitida_, c’est-à- +dire celle qui produit les meilleurs noix de Kola. + +Les diverses sous-espèces signalées déjà à la Côte d’Ivoire y existent +vraisemblablement. Nous avons vu surtout les _Cola mixta_ et _Cola +rubra_ dans les parties du haut Libéria que nous avons effleurées aux +environs des monts de Nzô. En quelques villages de la rive droite du +Bas-Cavally, que nous avons aussi visités, existent des _Cola pallida_. + +Pour la partie du territoire habitée par les Libériens, Sir HARRY +JOHNSTON a publié quelques renseignements relatifs à la dispersion de +l’arbre. Il est généralement planté dans la région côtière, les noix +donnent lieu à un petit commerce local ordinairement entre les mains des +Sierra-Léonais[134]. + +Mais c’est principalement dans les territoires situés au N. du 7e +parallèle, là où très peu d’explorateurs ont pénétré, que les Kolatiers +deviennent communs. Ces territoires sont habités par des peuples _de +même race que ceux qui vivent dans le sud-est de la Guinée française et +dans le nord-ouest de la Côte d’Ivoire_. C’est également avec les +territoires qui nous appartiennent aujourd’hui et que nous administrons +depuis quelques années que les populations du centre de la forêt +libérienne trafiquent le plus, de sorte que des échanges commerciaux +continuels se font à travers la frontière artificielle qui vient d’être +tracée. Chaque jour les indigènes de nos territoires apportent du bétail +pour la boucherie et des articles de traite et emportent en échange, du +cœur de la forêt, du caoutchouc et des noix de Kola. Il est difficile de +fixer les quantités de marchandises qui s’échangent ainsi tout au long +de l’année, mais le chiffre en est certainement fort élevé. + + + =III. — GOLD-COAST.= + + +La Gold-Coast est aujourd’hui une des colonies les plus florissantes de +l’Ouest africain. La culture du Cacaoyer faite exclusivement par les +indigènes y a pris un admirable développement. La production des noix de +Kola s’est aussi considérablement étendue. + +Ce développement agricole et commercial intense a été la conséquence de +l’administration prudente et active qu’un certain nombre de gouverneurs +ont pratiquée depuis surtout Sir Alfred GRIFFITCH et qui a été continuée +ensuite avec un remarquable esprit de suite. + +Comme efforts de ces dernières années, nous citerons seulement : la +construction du chemin de fer de Sekondie à Coumassie avec une rapidité +inaccoutumée en Afrique ; le développement de l’enseignement indigène ; +l’importance de plus en plus grande prise par les services agricoles de +cette colonie ; l’enrichissement du Jardin d’Aburi, constituant +aujourd’hui une des plus belles stations botaniques de l’Afrique +tropicale, enfin récemment encore, la belle mission forestière accomplie +par H.-N. THOMPSON et qui a eu pour résultat la publication d’un +remarquable rapport[135]. + +Aujourd’hui, la Grande-Bretagne récupère largement les sacrifices +consentis. Elle exporte pour plus de 20 millions de francs de Cacao par +an. L’exportation des Kolas par mer, qui était évaluée à 33.200 francs +seulement en 1892, s’élevait déjà en 1903 à 1.264.025 kilos. + +L’exportation des noix de Kola par la frontière N. a pris aussi une très +grande extension, puisqu’on l’évaluait en 1908 à 2.000 tonnes ou 70.000 +charges estimées sur place 2 millions, mais ayant déjà augmenté de +valeur lorsqu’elles passent la frontière du Haut-Sénégal-Niger ou celle +du Togo. La production totale du Pays Achanti, d’après un supplément de +la _Gazette_ du gouvernement paru en 1909, serait d’environ 2.250 +tonnes ; car, outre les 2.000 tonnes qui passent en territoire français +ou allemand, 250 tonnes descendent par le chemin de fer pour être +embarquées à Sekondée à destination de Lagos. Cette même année 1908, il +a été exporté par mer 2.004 tonnes de noix estimées 2.109.050 francs. + +Le Pays Achanti n’est pas, en effet, la seule province de la Gold-Coast +produisant des noix de Kola. L’Akyem (ou Akam, ou Akim), l’Akouavou, le +Prahsi, l’Adansi, en produisent aussi beaucoup. + +Les principaux marchés à Kolas de l’Akim sont : Insuaim, Essamang, +Kwaben, Tumfa et Kankan[136]. + +Enfin, d’après THOMPSON, le pays boisé compris entre Abetiti et Aburi +serait aussi très propre à cette culture[137]. + +Mais les plus belles plantations de Kolatiers se trouvent dans l’Achanti +même, entre le 6° 30 et 7° 30, notamment entre Coumassie et Nkoranza. +C’est cette région que les caravaniers désignent sous le nom de Pays de +Gonja (ou Gonsha). + +Le _Cola nitida_ est la seule espèce cultivée ; dans l’Achanti, on +rencontre, à l’exclusion de toutes les autres, la race ne produisant que +des noix rouges, c’est-à-dire le _Cola rubra_. Dans l’Akim, existerait +aussi le _Cola mixta_ à noix rouges et noix blanches sur le même +arbre[138]. + +Dans les parties les plus orientales de la colonie anglaise, notamment +dans le bassin de la Basse Volta, sur la frontière du Togo, il est +probable qu’on rencontre aussi le _Cola acuminata_ ; toutefois il n’a +point encore été signalé. + +Enfin, dans l’Aquapim et principalement aux environs d’Aburi, existe le +_Cola verticillata_, dont les noix ne sont pas exportées. + + + =IV. — TOGO.= + + +La colonie allemande du Togo est surtout un pays de transit pour les +Kolas allant de l’Achanti à la Nigéria du Nord. + +Quelques petites plantations indigènes y existent bien çà et là au sud +du 8e parallèle, mais elles sont d’une faible importance et ne +renferment pour la plupart que des _Cola acuminata_ produisant des noix +de faible valeur commerciale. + +Les premiers renseignements sur les Kolas du Togo sont dus au lieutenant +PLEHN. + +« La seule région du district de Misahöhe où le Kola de valeur se +rencontre est celle de Tapa, qui se trouve dans la région montagneuse, +vers 7° 30 de latitude N., à environ 400 mètres d’altitude et à une +journée de marche de la Volta »[139]. + +Peu de temps après le Dr GRÜNER, chef de la station agricole de +Misahöhe, a appris l’existence de divers autres centres de culture, +situés plus au sud jusqu’à 6° 43′ de lat., notamment aux villages de +Kwamikrum, Govieve-Klubi, Ouvusata[140] dont les arbres appartiendraient +au _Cola vera_. + +En 1900, le comte ZECH, alors chef de district, plus tard gouverneur du +Togo, publie de nouveaux renseignements sur les Kolatiers de Tapa +rapportés par K. SCHUMANN à son _Cola vera_. + +« Dans les environs de Tapa, écrit ZECH, se rencontrent un grand nombre +de Kolatiers dont le dénombrement a été fait par l’assistant de la +station, M. MISCHLICH, actuellement chef de la station de Kete-Kratyi ; +ce dénombrement comprend 2.308 jeunes sujets et les arbres portant des +fruits sont au nombre de 1.209. Un petit nombre de Kolatiers existe +aussi au Togo près des mines de Kwawn dans le voisinage de la route de +Ahamansen-Kagyehi, près des villages de Gbowiri. Dans toutes ces +stations, j’ai pu remarquer que les Kolatiers recherchent de préférence +les bois et qu’ils se développent surtout bien dans le voisinage des +cours d’eau[141]. + +D’après cet auteur, les Kolatiers de Tapa proviendraient de graines +importées de l’Achanti. + +ZECH signale aussi une deuxième espèce de Kola croissant aux environs +d’Avatime, à une journée de marche au S. O. de Misahöhe. « Une autre +sorte de noix de Kola du Togo, dit-il, est dénommée _hanurua_ par les +Haoussas ; PLEHN la désigne sous le nom de _Goro nrua_, mais je n’ai +jamais entendu employer cette dénomination par des Haoussas. Cette noix +se sépare en plus de deux cotylédons, elle se rencontre aux environs +d’Avatime et existerait aussi dans le Yorubaland de même que dans +certaines parties du Nufé où elle serait assez répandue. Elle est +souvent mâchée par les femmes des tribus mahométanes et employée pour la +coloration en rouge des dents et des lèvres. Ce _hanurua_ est également +amené sur le marché à Kete-Kratyi. Il n’est pas fort prisé par les +indigènes, car dans une chanson haoussa on fait la comparaison que le +vautour n’est pas de la viande et le _hanurua_ pas un Kola. » + +Il est presque certain que l’espèce à laquelle ZECH fait allusion ici +est le _Cola acuminata_. + +En 1902, O. WARBURG, revient sur les Kolatiers du Togo, il signale que +d’après HUPFELD, il existe aussi 500 Kolatiers dans le pays de Boem. +Mais dans tout le Togo les Kolatiers sont en définitive peu nombreux +puisque la région de Tapa qui est la plus riche fournit à peine 20 +charges de 25 kilos de noix par an. + +Les Kolatiers de Tapa seraient identiques à ceux du pays Achanti : +WARBURG les nomme _Cola sublobata_. D’autre part attire l’attention sur +les Kolatiers de Owusutang dans le district de Kpandu qui, d’après +BERNEGAU, donneraient des noix à deux cotylédons d’un rouge rubis, ayant +le goût et la forme des noix rouges du Libéria « et donnant les mêmes +réactions que le Kola de _Oberbonjongo_ au Cameroun ». WARBURG nomme +cette plante _Cola astrophora_. + +Enfin le _Cola_ d’Avatime, étudié deux ans plus tard par BUSSE, est +considéré par ce dernier auteur comme une espèce nouvelle : _Cola +Supfiana_. + +En réalité, ainsi que nous l’avons indiqué dans un autre chapitre, tous +les exemplaires d’herbier qui nous ont été communiqués par le Muséum +botanique de Berlin, comme types des 3 espèces ci-dessus mentionnées, +appartiennent au _Cola acuminata_. L’existence au Togo d’arbres donnant +des noix à deux cotylédons ne saurait être mise en doute après les +observations de GRÜNER et de ZECH, mais ces Kolatiers appartiennent +probablement à l’espèce _Cola nitida_. + +Il est vraisemblable que le _Cola verticillata_ existe au Togo, mais +cette espèce a peu de valeur. + + + =V. — NIGÉRIA.= + + +Dans les parties boisées de la Nigéria du sud, notamment au Bénin, dans +le delta du Niger et aux environs de Old-Calabar, le _Cola acuminata_ et +probablement aussi le _Cola verticillata_ vivent à l’état spontané. Dans +les provinces situées au sud de la forêt et aussi dans les régions +occidentales confinant au Dahomey et qui constituaient jusqu’à ces +derniers temps la colonie du Lagos, le _Cola acuminata_ est cultivé dans +beaucoup de villages. Il remonte assez loin dans l’intérieur puisque +BARTER l’a observé il y a plus de 50 ans dans le royaume de Nufé ou +Noupé et il y existerait encore d’après les renseignements fournis à +ZECH. Cette espèce est connue dans la Nigéria sous les noms d’_Abata_ et +de _Fatak_. A l’époque du voyage de BARTER, elle était, au dire de ce +voyageur, la seule espèce existant dans le pays ; les _noix de Gonja_ ou +Kolas à deux cotylédons étaient apportées de la Gold-Coast, mais le pays +n’en produisait pas. Aujourd’hui des _Cola nitida_ sont cultivés dans +quelques villages du Noupé. Le comte ZECH a le premier attiré +l’attention sur ces Kolatiers, donnant, d’après les indigènes, des noix +supérieures à celles de l’Achanti. + +« Un indigène de Nufé m’indiqua les neuf stations suivantes dans +lesquelles on pouvait rencontrer cette espèce de Kolatier. Laboshi, +Tashi, Yakudi, Pagyi, Pagyiko, Kijiboku, Bété, Bida (capitale du Nupé) +et Koda. + +« Tous ceux qui connaissent bien les noix de Kola, à qui je me suis +adressé pour obtenir des renseignements sur ce _Laboshi_ considèrent +cette espèce comme beaucoup supérieure au _Goro de Gonsha_ ; elle serait +aussi un peu plus grande et plus rouge. + +« Tous les arbres de _Laboshi_ du Nupé appartiendraient au roi. + +« Ce dernier aurait dans toutes les stations des gardes spéciaux, qui +veillent à ce que l’on ne vole aucun fruit. Le roi emploirait lui-même +une partie des noix et en utiliserait une autre partie pour offrir aux +grands du pays ou pour donner en cadeau à des citoyens de son royaume +auxquels il veut faire une grâce particulière. Bien que le vol de noix +soit puni de mort, il semble que des noix détournées ou volées arrivent +assez souvent dans le commerce. Un indigène de Kano m’a raconté qu’il +avait vu lui-même à Kano offrir pour 100 noix _Laboshi_ une valeur de 50 +Mks[142]. » + +En janvier 1904, l’Herbier de Kew reçut des spécimens botaniques du +Kolatier de Labogie, qui permirent à O. STAPF d’identifier la plante +avec le _Cola nitida_ de Sierra-Léone, mais les graines étaient plus +petites. D’après W.-R. ELLIOTT, forestry officer de la Northern Nigeria, +les plantations de ce Kolatier sont situées au fond des vallées humides +et abritées, riches en humus, à une altitude comprise entre 450 et 550 +pieds. Ils vivent parmi des palmiers _Elæis_, dans une région où il +tombe de 1 m. à 1 m. 25 d’eau par an et où la saison sèche sévit de +décembre à avril[143]. + +Dans la Nigéria du sud, les indigènes cultivent presque exclusivement +l’_Abata Kola_. Il a été notamment signalé en 1904 par M. C. MAC-LEOD, +dans le district d’Eket, à l’est de Old-Calabar, « vraisemblablement +cultivé sur le bord des routes[144]. » + +Il est en outre répandu dans les districts côtiers du Lagos. Le Kolatier +donnant des noix à deux cotylédons n’existe que dans de rares villages +du Lagos ; il est connu des Yorubas sous le nom de _Gbanja Kola_. +Beaucoup de noix de cette espèce sont importées et vendues à Lagos et à +Ibadan. + +Depuis quelques années, le _Cola nitida_ a été planté par +l’administration anglaise, spécialement aux jardins d’Ebute-Metta, +d’Olokoméji, d’Old-Calabar. + +Nous ferons connaître dans un autre Chapitre l’importance du commerce +des Kolas dans la Nigéria, et les quantités élevées de noix qui y sont +importées chaque année. + + + =VI. — CAMEROUN.= + + +D’après la monographie de K. SCHUMANN, il existait trois espèces de +Kolatiers au Cameroun : le _Cola acuminata_, le _Cola Ballayi_, synonyme +de _Cola acuminata_ var. _kamerunensis_, enfin le _Cola verticillata_, +synonyme de _Cola anomala_. Le _Cola nitida_ a été introduit depuis une +dizaine d’années par BERNEGAU dans les plantations européennes. Ce +dernier auteur rapporte que CONRAU a vu encore des Kolatiers à 1.200 +mètres d’altitude. + +On est encore très mal renseigné sur la répartition de ces Kolatiers et +sur leur degré de fréquence. Seul le _Cola acuminata_ serait répandu à +travers la forêt. + +Il est possible du reste qu’il existe dans cette grande forêt d’autres +espèces non dénommées. C’est ainsi que ZECH signale qu’il a vu des noix +venant de Yaunde au Cameroun qui avaient deux cotylédons, mais étaient +de couleur un peu plus pâle que les noix de _C. nitida_. Il s’agit +probablement du _Cola_ à amandes à deux cotylédons, signalé aussi au +Gabon par BUCHET et par le P. TRILLES. ZECH a montré cette noix à des +Haoussas qui l’ont reconnue comme étant le _dankwatoffu_, qui est +transporté de l’Adamaoua dans la Nigéria. + +D’après ZECH, on importerait un autre Kola de la région de l’Adamaoua +sous le nom de _gandshigaga_ : « cette noix serait blanchâtre et aurait +deux cotylédons. Elle n’aurait pour le goût rien de commun avec une +vraie noix de Kola et serait encore moins bonne que le _hanurua_ ». + +BERNEGAU a bien publié aussi une note sur les Kolatiers du +Cameroun[145], mais il ne donne aucun renseignement nouveau sur les +espèces de ce pays ; il dit seulement que les noix du Cameroun se +divisent en 4 ou 5 cotylédons ; mais il n’a pas fait la lumière sur les +intéressantes noix à deux cotylédons mentionnées par le comte ZECH. + + + =VII. — CONGO BELGE.= + + +Le Kolatier de PALISOT DE BEAUVOIS fut découvert par Christian SMITH, +botaniste de l’expédition anglaise commandée par le capitaine TUCKEY et +qui reconnut le Bas-Congo en 1816. Il est sans doute commun dans une +grande étendue du Congo belge, mais comme le faisait remarquer récemment +encore E. DE WILDEMAN, les documents concernant les Kolas utilisables du +Congo existent en très petits nombre dans les riches collections du +Jardin botanique de Bruxelles. Tout ce que l’on sait sur la distribution +de ces espèces est résumé dans le récent travail de T. et H. +DURAND[146]. Ce que ces auteurs appellent _Cola acuminata_ var. +_Ballayi_ K. Schum. est la forme de _C. acuminata_ courante déjà +signalée au Gabon et commune aussi au Congo. Le véritable _Cola Ballayi_ +existe aussi dans la colonie belge et a été nommé _Cola subverticillata_ +par E. DE WILDEMAN. + +T. et H. DURAND rapportent que le Kolatier commun est nommé _Ligo_ (en +magago) et _Soro_ (en azandé). + +Les Kolatiers sont signalés dans les provinces de Banana, du Mayumbe, du +Stanley-Pool, du Kasaï, du Lac Léopold II, de l’Equateur et de +l’Ouellé ; d’après E. LAURENT, il existeraient aussi dans l’Aruwimi. +Enfin, ainsi qu’il en est rapporté plus haut, SCHWEINFURTH a vu aussi +des noix de Kola nommées _Nangoué_ dans le Haut Ouellé. Ces noix étaient +probablement les amandes du _Cola Ballayi_ observé par nous dans le Haut +Oubangui. Il ne saurait en tout cas s’agir, ainsi que le pense E. DE +WILDEMAN, du _Sterculia tomentosa_. Ce dernier arbre, que l’explorateur +allemand avait observé dans tout le bassin du Bahr-el-Ghazal, s’arrête à +l’entrée de la forêt congolaise ; de plus, il produit de petites graines +de la taille d’un gros haricot, très dures à maturité et tout à fait +immangeables. D’autres auteurs ont voulu considérer comme espèce +productive de noix de Kola la sterculiacée géante que SCHWEINFURTH +signale dans sa relation de voyage sous le nom de _Koukourou_. Cette +dernière n’est autre que le _Cola gigantea_ A. Chev., voisin du _Cola +cordifolia_ et produisant comme lui des graines immangeables. + + + =VIII. — FERNANDO-PO.= + + +Le _Cola acuminata_ à 4 ou 5 cotylédons a été signalé depuis longtemps +par BARTER dans cette possession espagnole. MANN l’y a retrouvé et a en +outre récolté dans l’île de Fernando-Pô, un Kolatier très remarquable, +désigné par K. SCHUMANN sous le nom de _Cola acuminata_ var. _latifolia_ +K. SCHUM., et sur les amandes duquel nous manquons malheureusement de +renseignements. Il est caractérisé par des feuilles larges, ovales- +elliptiques, arrondies à la base ; les fleurs sont grandes et renferment +ordinairement dix ovules par carpelle. La Guinée espagnole (Rio-Muni et +Rio-Bénito) située entre le Cameroun et le Gabon, possède +vraisemblablement les espèces signalées au Congo. + + + =IX. — SAN-THOMÉ.= + + +Le _Cola acuminata_ est commun à San-Thomé et croît principalement à +travers les plantations de Cacaoyers, depuis le niveau de la mer jusqu’à +800 mètres d’altitude. D’après quelques auteurs, il n’y est pas +spontané, mais aurait été apporté de l’Angola ou du Congo depuis une +époque reculée. Les Portugais ne le propagent pas et n’en tirent qu’une +très faible parti. Les graines transportées par les animaux ont amené la +naturalisation de l’arbre jusque dans les forêts montagneuses non encore +défrichées et on l’y rencontre en compagnie des Avocatiers et des +_Psidium_ également naturalisés. + +Au sud de l’île, la principale floraison a lieu en janvier et les +cabosses sont mûres en août-septembre. Dans le sol riche des cacaoyères +les noix de Kola atteignent un très beau développement et il n’est pas +rare d’en rencontrer du poids de 30 à 40 grammes, particularité rare +pour cette espèce. + +Une seconde espèce, _Cola sphærocarpa_ A. Chev., a été rencontré par +nous sur les hauteurs, à proximité du cratère de Lagua Amélia, mais elle +n’a aucune valeur économique. + + + =X. — ANGOLA.= + + +De 1854 à 1856, WELWITSCH a récolté des Kolatiers dans de nombreuses +régions de l’Angola, notamment dans le Galungo-Alto. Suivant une note de +cet explorateur publiée par W. H. HIERN, « la plante est à la fois +indigène et cultivée dans les districts montagneux et offre un article +lucratif pour l’exportation au Brésil. » + +Tous les spécimens de cette provenance appartiennent à l’espèce _Cola +acuminata_ Schott et Endl. + + * * * * * + + + =III. Les Kolatiers en dehors de l’Ouest africain.= + + +Les Kolatiers ont été propagés dans presque toutes nos colonies +tropicales où ils pouvaient s’acclimater, et il semble que presque +partout c’est le _Cola nitida_, c’est-à-dire l’espèce produisant les +meilleures noix qui a été introduite. Dans les Antilles et à la Guyane +le Kolatier a été sans doute apporté à l’époque de la traite des +esclaves. Dans la période de 1880 à 1895, M. E. HECKEL a fait de +nombreux envois de graines dans les pays où la plante n’était pas +signalée. C’est ainsi qu’il en existe aujourd’hui en plusieurs points de +l’Indo-Chine ; à la Réunion, on en comptait en 1891 dix mille pieds. A +Madagascar, on trouve des Kolatiers dans les jardins d’essais et en +quelques centres européens ; la culture pourrait être étendue, car les +noix de ce pays sont grosses et assez riches en caféine. + +Dans l’Afrique orientale allemande, le Kolatier a aussi fait son +apparition. On l’a signalé enfin dans les Jardins botaniques de l’Inde, +de Java et même en Australie. + +Il serait assez répandu au Brésil, au Vénézuéla et en Colombie, mais il +est probable que, dans ces pays, existe le _Cola acuminata_ ; les +Portugais et les Espagnols qui l’ont acclimaté fréquentaient surtout sur +la côte d’Afrique les pays où vit cette dernière espèce à l’exclusion +des autres. Il en existe un spécimen dans l’Herbier du Muséum, récolté +par POITEAU en 1826, à Cayenne. + +Dans les Antilles anglaises et françaises, au contraire, on rencontre +exclusivement le _Cola nitida_. C’est à cette espèce qu’appartient un +rameau de l’Herbier du Muséum recueilli par PERROTTET vers 1820. Il +porte exclusivement des fleurs mâles à androcée presque sessile, ce qui +est fréquent dans _Cola nitida_. Cette particularité prouve que les bons +Kolas existent depuis longtemps aux Antilles. + +M. W. HARRIS[147], superintendant du Jardin de Kingston à la Jamaïque, +nous apprend que la noix de Kola est un article d’exportation +intéressant pour ce pays ; on y cultive seulement l’espèce produisant +les noix à deux cotylédons ; elle fut introduite dans la colonie vers +1680. Les noix ont presque toujours deux cotylédons, parfois cependant +il se développe un troisième cotylédon réduit. + +A la Trinidad, comme le Muscadier, mais en plus petite quantité +cependant, on trouve dans les plantations de Cacaoyers, des Kolatiers +qui se cultivent d’ailleurs dans les mêmes conditions comme sol, climat, +abris et façons[148]. + +Ces plantes fructifient vers la dixième année ; la récolte est facile ; +mais à cause de la petite quantité de produits obtenus jusqu’à ce jour, +aucun cours n’a été encore établi sur place pour cette denrée. Cette +culture semble être en voie d’extension. + +M. HART en recommande la culture dans cette île « dans les mêmes +conditions et les mêmes terres que le cacaoyer. » + +LECOMTE a vu des Kolatiers de très belle venue dans les Jardins +botaniques de Sainte-Lucie et de Port-d’Espagne. + +M. VERMOND, d’autre part, nous a récemment affirmé qu’il en existait +encore quelques pieds à la Guadeloupe et il en est de même à Haïti. +CHALOT a signalé récemment l’existence de kolatiers produisant des noix +à deux cotylédons à la Martinique[149]. + + * * * * * + + +[Note 101 : Le Kolatier en Guinée. _Agr. Pays chauds_, 1907, 1er sem., +p. 401.] + +[Note 102 : Cependant les noix du Samo sont considérées comme les plus +grosses de la région côtière. Ce sont aussi les plus cotées.] + +[Note 103 : _Agricult. Pays Chauds_, 1907, 1er sem., p. 400-401.] + +[Note 104 : POBÉGUIN. — Flore Guinée, p. 76.] + +[Note 105 : CASTÉRAN. — Les Kolatiers du pays de Kissi, _Bull. Soc. +Acclim._, LVI, (1909), p. 275.] + +[Note 106 : Le prétendu voyage de Benjamin ANDERSON, en 1868, est sans +doute une légende ; le fameux village de Mousardou qu’il aurait atteint +en plein Soudan n’a pas été retrouvé et d’autre part son itinéraire ne +mentionne aucune des rivières allant à la côte libérienne qu’il eût dû +nécessairement couper.] + +[Note 107 : ZIMMERMANN (M.). — Résultats des missions BLONDIAUX et +EYSSERIC dans le N.-O. de la Côte d’Ivoire. _Ann. Géogr._ 1899, p. +252-264.] + +[Note 108 : Rapport du lieutenant WŒLFFEL sur la mission envoyée par le +Soudan dans le bassin du Cavally (S. l. n. d. — Paris, 1900. Presse +régim.). + +C. VAN CASSEL (membre de la mission Wœlffel). — La Haute Côte d’Ivoire +Occidentale. _Bull. Muséum_, fév. 1901. + +Ibid. — Géographie économique de la Haute Côte d’Ivoire occidentale. +_Ann. Géogr._, XII, 1903, p. 145-158. + +Aug. CHEVALIER. — Notes sur les observations botaniques et les +collections recueillies dans le bassin du Haut Cavally par la mission +Wœlffel en 1899. _Bull. Muséum_, 1901, p. 83. + +D’OLLONE. — De la Côte d’Ivoire au Soudan et à la Guinée, Paris, 1901.] + +[Note 109 : Voir notamment : LAURENT. — Les Diolas, _Bull. Soc. géogr. +Afrique occ. franç._, I (1907), pp. 201-222, 268-286. + +JOULIA (J.). — Deux missions dans le Haut-Cavally. _Renseig. et Docum. +Afr. franç._, XIX (1909), pp. 113-125, 136-146. + +CHEVALIER (Aug.). — Dans le nord de la Côte d’Ivoire. _La Géograph._, XX +(1909), p. 25-29. + +Ibid. — Les massifs montagneux du nord-ouest de la Côte d’Ivoire. _La +Géogr._, XX (1909), p. 207-224.] + +[Note 110 : Ou plutôt : _Godi_ est le nom de l’arbre et _Go_ celui de la +noix.] + +[Note 111 : Sur les charges de Kola apportées à Man, on ne compte que 1 +à 2 % de Kolas blancs, et une proportion un peu plus forte de noix d’un +blanc-rosé (RIPERT). Au cours de notre voyage de Danané à Sémien, les +indigènes n’ont pas pu nous montrer un seul Kolatier produisant des noix +blanches. C’est le _Cola rubra_ qui prédomine et le _C. mixta_ présente +aussi quelques exemplaires.] + +[Note 112 : DELAFOSSE, M. — Vocabulaires comparatifs de plus de 60 +langues ou dialectes parlés à la Côte d’Ivoire, Paris, 1904, p. 145.] + +[Note 113 : EYSSERIC. — Rapport sur une mission scientifique à la Côte +d’Ivoire. _Nouv. archiv. Missions scient._ IX (1899).] + +[Note 114 : A. CHEVALIER. Notes sur la Kola dans la forêt de la Côte +d’Ivoire, _Agric. Pays chauds_, 1907, 1er sem., pp. 253-256.] + +[Note 115 : J. FONSSAGRIVES. — Notice sur le Dahomey, _Exp. Univ. de +1900_, p. 356.] + +[Note 116 : SAVARIAU. — Le Kolatier du Dahomey, _Agr. pr. des pays +chauds_, 1906, 6e année, 1re sem., p. 208.] + +[Note 117 : Nous avons dit précédemment que PIERRE avait substitué au +nom générique _Cola_ le nom de _Bichea_ plus ancien.] + +[Note 118 : G. BERTHELOT DE CHESNAY. — Le Kolatier du Congo français, +_Jour. d’Agr. trop._, 1903, p. 38.] + +[Note 119 : C. MAISTRE. — A travers l’Afrique centrale, 1895, p. 10.] + +[Note 120 : Dr VOULGRE. — Le Congo français, 1877, p. 78.] + +[Note 121 : Dr SPIRE. — Contribution à l’étude de la flore du Congo. +_Agr. Pays Chauds_, I, 1901-1902, p. 204.] + +[Note 122 : V. AUTRAN. — Etude sur les bois du Congo, _Agr. Pays +Chauds_, I, 1901-1902, p. 581.] + +[Note 123 : CAMBIER. — Les richesses forestières du Congo français. +_Mois colon. et marit._, 1907, p. 748.] + +[Note 124 : DYBOWSKI. — La route du Tchad de Loango au Chari, Paris. +1893. — Voir aussi SALMON, Mission Dybowski, p. 101.] + +[Note 125 : FOUREAU. — Documents scientifiques de la mission Saharienne, +1905, p. 465.] + +[Note 126 : BUCHET. — Note sur le Kolatier au Gabon, _Agr. Pays Chauds_, +1908, 1re sem., p. 521.] + +[Note 127 : Dans les _Cola_ de l’Herbier PIERRE, nous n’avons pas vu +d’espèce désignée sous ce nom.] + +[Note 128 : CHALOT in HECKEL, l. c., p. 83.] + +[Note 129 : D’après CHARREAU. Koundé est à 935 m. d’altitude.] + +[Note 130 : A. GOUJON in HECKEL, l. c., p. 156.] + +[Note 131 : P. CHARREAU. — Le cercle de Koundé. _Mém. Soc. Sc. nat. +Cherbourg_ XXXV, 1905-1906, p. 182.] + +[Note 132 : P. PRINS. — Observations géographiques en Pays Zandé, +Bonda..., _Bull. Soc. Géogr. commerc._, XXXI, 1909, p. 570.] + +[Note 133 : Ces chiffres, concernant la population du territoire et le +total des vrais Libériens, ont été donnés, en 1906, par Sir HARRY +JOHNSTON, l’ancien gouverneur de l’Ouganda et du Nyassaland et +l’explorateur le mieux renseigné sur Libéria.] + +[Note 134 : Sir HARRY JOHNSTON. — Libéria, 1906, p. 89, 400, 413, 414 et +530.] + +[Note 135 : H.-N. THOMPSON. — Gold-Coast, Report on forests (Colonial +reports, miscellaneous, no 66). London, 1910.] + +[Note 136 : _Kew Bulletin_, 1906, p. 91.] + +[Note 137 : THOMPSON. — _L. c._, p. 97.] + +[Note 138 : Kola seeds from the Gold-Coast, _Bull. Imper. Institute_, V, +1907, p. 20-22.] + +[Note 139 : PLEHN. — _Tropenpflanz._ II, 1898, p. 53.] + +[Note 140 : GRÜNER. — _Tropenpflanz._ IV, 1900, p. 460 et V, 1901, p. +17. — Voir aussi : _Rev. cult. col._, VIII, 1901, 1er sem., p. 214.] + +[Note 141 : _Wissenchaftl. Beiheste Deutsch-Kolonialb. Mittheil._ Bd. +XIV, h. 1, p. 8-14 et _Rev. cult. col._, XIII, 1901, 1er sem., p. 367.] + +[Note 142 : ZECH. — _L. c._, trad. franç., p. 369.] + +[Note 143 : Labogie Cola, _Kew. Bull._, 1906, p. 89.] + +[Note 144 : _Protectorate S. Nigeria. Govern. Gazette_, janv. 1905, p. +20.] + +[Note 145 : BERNEGAU. — _Tropenpflanz._ 1900. (Voir la même note +traduite en français : Le Kolatier au Cameroun. _Rev. cult. col._, VII, +1900, p. 558-561).] + +[Note 146 : Th. DURAND et Hélène DURAND. — Sylloge Floræ Congolanæ, +1908, p. 61.] + +[Note 147 : Lettre du 6 mai 1909.] + +[Note 148 : ELOT. — Une mission à la Trinidad. _Rev. cult. col._, 1900, +VI, 367.] + +[Note 149 : CHALOT. — Note sur le Cola, _Agr. Pays Chauds_, 1909, 1er +sem., p. 341-343.] + + + + + CHAPITRE X + + * * * * * + + =Ecologie et Biologie du Kolatier.= + + * * * * * + + + =RAPPORTS AVEC LES DIFFÉRENTS MILIEUX.= + + +En 1866, Ernst HAECKEL, l’illustre savant d’Iéna, dans sa Morphologie +générale, a appliqué le nom d’_Ecologie_ à la science des rapports des +êtres vivants avec le milieu dans lequel ils sont placés. + +E. WARMING a relevé la fortune de ce mot en insistant sur la valeur de +l’idée à laquelle il répond ; depuis, la plupart des biologistes l’ont +adopté et Ch. FLAHAULT, en particulier, l’a admis dans son essai de +nomenclature en géographie botanique. « Le milieu, écrit ce botaniste, +c’est l’ensemble des conditions physico-chimiques qui composent le +climat ; c’est aussi le sol, ce sont encore les êtres avec lesquels un +être vivant quelconque est en rapport nécessaire ou non. On doit donc +distinguer le milieu climatique, le milieu édaphique, le milieu +biologique ».[150] + +Passons en revue ces divers facteurs en ce qui concerne les Kolatiers. + + +1o _Milieu climatique._ — La climatologie des régions qu’affectionne les +Kolatiers est assez bien connue. Il faut à ces arbres pour prospérer un +climat chaud et humide, de longues saisons de pluies interrompues par de +courtes périodes sèches pendant lesquelles les arbres peuvent fleurir, +enfin un éclairage peu intense. Quoique le ciel soit souvent gris dans +les pays producteurs de Kolas, les arbres se développent mal en plein +air, il leur faut l’abri partiel de la forêt. + +Nous possédons les données suivantes sur le climat des principaux +centres où on trouve des Kolatiers de belle venue : + +A Conakry (Guinée française), les températures moyennes mensuelles sont +comprises entre 24° et 28° ; la température descend très rarement au +dessous de 20°. La moyenne annuelle des pluies oscille autour de 4 m. ou +4 m. 50. Une période de sécheresse complète s’étend du 15 novembre au 15 +avril : les Kolatiers vivant sur un sol mal abrité contre le rayonnement +souffrent beaucoup pendant cette période. L’humidité atmosphérique +pendant la nuit, même en saison sèche, reste très grande et presque tous +les matins on observe dans les lieux découverts une abondante rosée qui +fait presque toujours défaut dans les lieux couverts où vit le _Cola +nitida_. Bien que l’alizé du Nord-Est souffle parfois dans cette région, +les Kolatiers, presque toujours plantés dans des endroits bien abrités, +n’ont guère à en souffrir ; les plus atteints perdent une partie de +leurs feuilles à l’époque du vent d’Est. + +Dans la partie de la Guinée avoisinant le N. du Libéria (Kissi), où +prospère le Kolatier, les conditions sont un peu différentes. Les +températures moyennes mensuelles sont comprises entre 23° et 27°. Il +tombe environ 2 m. d’eau par an, mais les pluies se répartissent sur une +plus longue période. L’hivernage commence parfois en février ; il est +interrompu souvent en mai ou en juin par une petite saison sèche pendant +laquelle l’air reste néanmoins humide dans les parties boisées. L’alizé +du nord-est souffle parfois plusieurs semaines, mais il ne cause des +dégâts que dans les lieux découverts. + +La forêt de la Côte d’Ivoire est, par excellence, le pays des Kolatiers. +A la côte même (Grand-Bassam), on note de 24 à 29° comme moyenne +mensuelle des températures, et environ 2 m. de pluies par an ; +l’atmosphère est presque constamment humide et le ciel peu lumineux. + +Dans l’intérieur de la forêt, les pluies sont fréquentes même en saison +sèche. Dans les régions montagneuses du Haut-Cavally, les sous-bois +restent mouillés longtemps après les pluies ; un brouillard épais +enveloppe souvent le sommet ou les flancs des montagnes ; cette très +grande humidité ne paraît pas très favorable au Kolatier, en outre elle +favorise le développement des lichens, des mousses et des autres +épiphytes qui envahissent parfois toutes ses branches et empêchent le +développement des inflorescences. + +Dans la partie du Congo située au sud de l’Equateur, les conditions +climatériques sont à peu près les mêmes qu’à la Côte d’Ivoire, mais les +saisons sont renversées ; c’est-à-dire que la saison des pluies commence +en novembre et dure jusqu’en mai. Le Kolatier, comme tous les arbres +vivant dans l’un et l’autre hémisphère, est parfaitement adapté à ce jeu +des saisons. + +Ainsi les Kolatiers du sud du Congo mûrissent la plupart de leurs fruits +environ 6 mois après ceux de l’Afrique occidentale française. Dans l’une +et l’autre région, les arbres fleurissent ordinairement aux saisons +sèches et c’est ce qui explique les variations observées dans les +époques de maturation des fruits. + + +2o _Milieu édaphique._ — Sous ce nom, on groupe les facteurs relatifs au +sol et qui jouent aussi un grand rôle dans la distribution des plantes. +Ce sont : la disposition topographique du terrain, la composition +physique et chimique des terres, leur degré d’humidité. + +Il est rare que le Kolatier croisse à l’état spontané dans les montagnes +rocheuses très en pente ; il abonde au contraire dans les plaines +occupées par la forêt vierge. Dans la région Libéria-Côte d’Ivoire, +c’est le _Cola nitida_ qu’on rencontre ; au Congo et au Cameroun, ce +sont surtout les _Cola acuminata_ et _Cola Ballayi_. Les Kolatiers se +plaisent surtout dans les terres recouvertes d’une épaisse couche +d’humus. Pourtant, à la Côte d’Ivoire, cette couche est, par endroits, +bien mince et la plupart des racines plongent dans la terre ocracée qui +constitue le sol de presque toutes les régions de l’Afrique tropicale. +Cette terre est généralement assez pauvre en éléments fertilisants. La +teneur en azote varie de 0,50 à 1,50 p. 1000 ; teneur en acide +phosphorique faible : 0,20 à 1 % ; teneur en potasse, parfois assez +élevée, 0,50 à 1,50 % ; teneur en calcaire des plus faibles. Dans +presque toute l’Afrique tropicale, les terres sont essentiellement +siliceuses ; ce n’est qu’à proximité de certaines roches primitives et +par suite de leur décomposition que la proportion de carbonate de chaux +contenu dans le sol devient plus élevée. + +Au point de vue physique, ces terres se font remarquer par la forte +proportion d’argile mélangée à des graviers et à des sables grossiers, +ce qui les rend néanmoins perméables. Les Kolatiers n’enfoncent pas à +une grande profondeur le pivot de leur racine principale. Celle-ci +produit un grand nombre de ramifications dont les extrémités forment un +chevelu dans l’humus superficiel de la forêt. + +Les sols compacts qui ne retiennent pas l’humidité sont défavorables au +Kolatier ; les terres mélangées d’humus et ombragées par la forêt, qui +gardent même pendant les périodes de longue sécheresse, une forte +proportion d’eau, lui conviennent particulièrement. + +Il ne faut pas cependant que cette humidité soit exagérée. + +Le _Cola nitida_, par exemple, vit souvent dans la forêt de la Côte +d’Ivoire, au bord des dépressions qui inondent à la saison des pluies, +mais il ne se rencontre pas au centre de ces dépressions occupées par +des îlots de _Raphia_ et où l’eau reste à l’état stagnant pendant +plusieurs mois. + + +3o _Milieu biologique._ — A l’état naturel, les Kolatiers sont au nombre +des essences constituantes de la forêt vierge de l’Afrique tropicale +occidentale : ils entrent dans la formation du deuxième étage de cette +forêt ; de grands arbres, comme les _Eriodendron_, diverses espèces +appartenant aux familles des Mimosées, des Artocarpées, des +Euphorbiacées, etc., les dominent ; de leur côté, ils abritent un sous- +bois d’arbustes et de petits arbres. Les lianes qui s’épanouissent au +sommet des grands arbres enveloppent très rarement le tronc et les +branches des _Cola_ ; elles leur seraient nettement défavorables. Par +contre, de nombreux épiphytes vivent souvent sur le tronc et dans la +fourche des branches. + +Au pied des Kolatiers, si l’ombrage n’est pas trop épais, on trouve +souvent des Zingibéracées et les indigènes plantent parfois dans cette +station l’_Aframomum Melegueta_, qui y prospère. + +Dans les parties les plus profondes de la forêt, le sol est souvent nu ; +la demi obscurité qui s’étend sur le sol empêche le développement des +plantes à chlorophylle ; les feuilles et les brindilles mortes tombées à +la surface du sol sont clairsemées et promptement détruites par les +champignons saprophytes. + +Dans les clairières de la forêt, créées par les déboisement des +indigènes, le Kolatier ne reste vigoureux que s’il est bien abrité ; +enfin, il fait toujours défaut à travers les savanes, même si elles sont +très boisées. + +Quant aux parasites animaux ou végétaux, ils occasionnent des préjudices +surtout aux Kolatiers cultivés. Nous les passerons en revue dans les +chapitres relatifs à la culture. + + + =RAPPORTS DES KOLATIERS ENTRE EUX.= + + +_Les Races._ — Les quatre espèces de la section _Eucola_ actuellement +bien connues : _Cola nitida_, _C. acuminata_, _C. verticillata_, _C. +Ballayi_, constituent un ensemble homogène, une unité systématique de +valeur bien définie, dérivant de ce que HUGO DE VRIES appelle _un type +primitif_. Chacune forme une _espèce élémentaire_, nettement +caractérisée par un ensemble de différences dans la forme des différents +organes. Toutes les quatre présentent cependant un grand nombre de +caractères communs : même mode de vie, même forme générale des feuilles, +mêmes inflorescences, même périanthe. Toutes les quatre sont cultivées, +mais elles vivent aussi à l’état sauvage dans les forêts de l’Afrique +occidentale. + +Les plantes sauvages présentent pour une même espèce élémentaire de +Kolatier des variations profondes permettant de supposer que chacune est +formée d’un mélange de races différentes, mais l’étude de la flore +africaine n’est pas encore assez avancée pour qu’il soit possible de +distinguer toutes ces races ou _espèces jordaniennes_. C’est seulement +dans la _Cola nitida_ étudié par nous plus en détail qu’il a été +possible de caractériser les quatre formes décrites dans un chapitre +précédent. + +Deux de ces sous-espèces, _Cola pallida_ et _Cola rubra_, sont les +seules qui aient été rencontrées jusqu’à ce jour à l’état sauvage. + +Presque partout c’est le _Cola mixta_ à noix rouges et à noix blanches +qui est cultivé. Cette culture date de temps immémorial et à l’époque où +l’Islam pénétra dans les régions soudanaises, vers le XIe siècle, il est +probable qu’elle était déjà ancienne. + +Chose inattendue, ce n’est pas au milieu de la zône, où le _Cola nitida_ +est spontané, que sa culture s’est développée, mais à la lisière nord de +cette zône, sur les confins de la forêt et même en pleine zône des +savanes. Cette anomalie s’explique par le voisinage de la région +soudanaise. Les peuples de race soudanaise sont ceux qui apprécient +davantage les noix de Kola. + +La culture des Kolatiers n’étant pas possible dans leur pays ils sont +venus chercher les précieuses noix dans les pays producteurs les plus +rapprochés, c’est-à-dire à la limite nord de la forêt vierge et c’est +ainsi que la culture de l’arbre a pris naissance dans ces contrées. Il +n’y a pas eu de véritable culture à l’origine. Quand les peuplades +forestières ont abattu la forêt pour cultiver des ignames, des bananiers +ou du sorgho, ils ont respecté les arbres qui leur donnaient des +produits utilisables directement et dont ils pouvaient tirer parti par +des échanges commerciaux. Les graines abandonnées sur le sol +produisaient en outre des germinations qu’on conservait ainsi et qu’on a +fini par transporter dans des lieux plus appropriés. C’est à cela que se +réduit encore de nos jours la culture du Kolatier chez la plupart des +peuplades de la forêt. + +L’arbre ainsi transplanté, non sélectionné, privé des soins qu’on donne +habituellement aux arbres cultivés s’est très peu amélioré dans un sens +utile. Nous avons rencontré dans la forêt vierge du Pays Abé une forme +sauvage du _Cola rubra_, qui donne des amandes beaucoup plus grosses que +les Kolatiers cultivés. + +Cependant la culture a probablement fait naître, par mutation, des races +nombreuses qui ont été conservées sans discernement, alors qu’elle ne +constituaient pas toujours des variations intéressantes pour la +production des noix de Kola. + +Comme le fait remarquer un auteur cité dans un chapitre précédent, les +indigènes arrivent à reconnaître dans les noix de Kola des variétés +nombreuses, exactement comme nous reconnaissons des crûs très divers +dans nos vins. Les Kolas du Samo, des îles Scherbro, du pays Tôma, du +Kissi, de l’Achanti, de Labogie ne sont pas identiques par leur saveur +et leurs propriétés, au dire des indigènes, et cependant ils +appartiennent à la même espèce globale, de la même manière que tous les +pommiers cultivés qui produisent des fruits à saveur si variable +dérivent d’une seule espèce globale _Pyrus Malus_, qui comprend aussi, +comme le _Cola nitida_, un certain nombre d’espèces élémentaires. + +En résumé, comme chez la généralité des plantes cultivées et notamment +chez les arbres, l’espèce botanique serait un groupe d’espèces +_élémentaires_, pour la plupart déjà existantes dans la nature et que +l’homme a seulement sélectionnées. Cette interprétation des faits, +formulée par HUGO DE VRIES pour les arbres fruitiers des pays +tempérés[151], nous paraît s’appliquer aussi aux Kolatiers, cultivés +de temps immémorial en Afrique occidentale. + + +_La vie végétative._ — Les Kolatiers se comportent comme la plupart des +arbres des forêts tropicales à saisons sèches et à saisons pluvieuses +différenciées. Ils sont halophiles, c’est-à-dire qu’ils peuvent +supporter quelque temps un climat sec. Cependant leurs organes sont +adaptés surtout aux climats humides et s’accomodent mal des sécheresses +prolongées. + +Les feuilles sont coriaces et persistantes. Dans les endroits mal +abrités, elles peuvent tomber simultanément en saison sèche sur la +plupart des rameaux, mais cette défoliation est de très courte durée. + +Ces feuilles dans le jeune âge sont excessivement sensibles à la lumière +et nous avons décrit, dans un chapitre précédent, le mécanisme par +lequel le limbe s’incline plus ou moins, de manière à recevoir +l’éclairage optimum. + +Comme toutes les Sterculiacées, les espèces du genre _Cola_ présentent +dans leurs divers organes des canaux et des _cellules à mucilage_. Dès +qu’une blessure intéressant les tiges ou les racines découvre les tissus +sous-épidermiques, une quantité plus ou moins abondante de mucilage est +extravasée et en se solidifiant forme une masse gommeuse recouvrant la +plaie. Pendant ce temps la plante cicatrise la blessure, à moins qu’elle +ne soit trop profonde. C’est ce qui arrive pour les galeries creusées +par le _Phosphorus Jansoni_ dans les jeunes branches, qui ne tardent pas +à se dessécher malgré l’exsudation de mucilage. + + +_La fonction de reproduction._ — Les Kolatiers fleurissent pendant une +grande partie de l’année, mais surtout pendant les saisons sèches. Les +fleurs sont cachées sur les parties de l’arbre les moins éclairées et +dans les mêmes inflorescences elles ne s’épanouissent que lentement, les +unes après les autres. + +Ces fleurs présentent une remarquable particularité biologique. + +Le polymorphisme sexuel est des plus compliqués. + +Nous avons étudié ce polymorphisme chez les diverses races de _Cola +nitida_. Elles possèdent comme toutes les espèces du genre _Cola_ deux +sortes de fleurs : + +1o des fleurs exclusivement mâles avec un gynécée rudimentaire ; + +2o des fleurs hermaphrodites ou plus exactement d’_apparence_ +hermaphrodite, constituées par un gynécée normal, entouré à la base +d’une double couronne de 10 étamines (20 thèques au total) paraissant +normalement constituées et renfermant des grains de pollen. HECKEL +assure que ces anthères contiennent un pollen souvent avorté. TSCHIRCH +et ŒSTERLÉ sont moins affirmatifs. + +Pour être fixé, il faudrait faire des expériences de pollinisation qui +n’ont pas encore été tentées. Plusieurs raisons nous font cependant +supposer que l’autofécondation ne se produit pas : 1o dans les fleurs +d’apparence complète, les anthères sont disposées de telle sorte que les +grains de pollen peuvent parvenir difficilement aux stigmates ; 2o les +fleurs mâles sur un arbre normal sont 20 fois plus nombreuses que les +fleurs d’apparence complète et l’on ne comprendrait pas l’utilité de ces +fleurs si l’autofécondation était possible ; 3o au moment où la +déhiscence des sacs polliniques va s’opérer, un peu avant l’ouverture +des lobes du périanthe, les fleurs du Kolatier dégagent un parfum +spécial que l’on a comparé à l’odeur cadavérique ou à l’odeur +d’excréments et ce parfum doit attirer les insectes qui ont pour +fonction de transporter les grains de pollen d’une fleur à l’autre. +Effectivement dans les fleurs mâles de Kolatier non complètement +ouvertes on trouve habituellement nombre de petits insectes. + +Nous pensons donc que la fécondation croisée est la règle dans les +Kolatiers. Par fécondation croisée, il faut entendre l’apport du pollen +d’une fleur à une autre fleur qui peut néanmoins appartenir à un même +arbre. + +Nous avons dit plus haut que les fleurs mâles sont environ 20 fois plus +nombreuses que les fleurs d’apparence complète. Ces fleurs mâles sont +distribuées de différentes manières. + +D’abord il existe des Kolatiers qui produisent, au moins à un stade de +leur vie, exclusivement des fleurs mâles et c’est sans doute ce qui +explique cette affirmation des indigènes qu’il y a des Kolatiers +toujours stériles. + +Les noirs les conservent malheureusement dans leurs plantations, ce qui +peut amener la fixation de cette race à sexes séparés ou au moins +l’augmentation des individus mâles, à moins toutefois que les pieds +constituent un état physiologique spécial. Nous n’avons jamais séjourné +assez longtemps dans une région pour savoir si ces Kolatiers restaient +mâles et improductifs de graines tous les ans, ou si au contraire cette +unisexualité ne constitue qu’un stade dans la vie de l’arbre. Nous avons +observé pour la première fois des Kolatiers cultivés à fleurs toutes +mâles dans le Fouta-Djalon, au-dessus de 700 m. d’altitude, en 1905. Les +arbres étaient tout aussi vigoureux qu’aux bords de la mer, mais à cette +altitude, au dire des indigènes, ils sont souvent stériles et cela +tient, selon nos observations, à ce qu’ils ne produisent presque plus +que des fleurs mâles. + +En 1907, nous avons revu, dans la forêt de la Côte d’Ivoire, des +Kolatiers, ceux-là spontanés, ne produisant que des fleurs mâles. + +Le plus souvent, c’étaient de jeunes arbustes, poussant dans l’épaisseur +de la forêt. Les plantes s’étaient démesurément allongées alors que leur +tronc était resté très grèle. Grâce à cette élongation, la plante +condamnée à disparaître sous la voûte sombre de la forêt finit par +amener quelques rameaux feuillés à hauteur de cette voûte. A ce moment, +elle est sauvée et elle peut lutter contre les autres végétaux qui +vivent dans son voisinage. Or, la plupart des Kolatiers vivant dans ces +conditions ne portent que des fleurs mâles et souvent en très grande +abondance. Le périanthe des fleurs est aussi très réduit, ce qui nous +avait fait croire tout d’abord que nous nous trouvions en présence d’une +espèce distincte du _C. nitida_. + +Le plus souvent les _Cola_ sauvages ou cultivés portent au moins +quelques fleurs d’apparence complète (fleurs femelles). Sur ces arbres, +certains rameaux donnent exclusivement insertion à des inflorescences +mâles, puis quelques branches, cachées dans l’épaisseur de la ramure de +l’arbre, portent quelques inflorescences mixtes. + +Sans des études expérimentales, il est impossible d’expliquer cette +disjonction des sexes, tendant à la dioïcité. + +Si l’on multipliait par greffe ou bouture ces rameaux ne portant que des +fleurs mâles en obtiendrait-on un Kolatier mâle ? HUGO DE VRIES cite un +grand nombre d’arbres et d’arbustes cultivés dans les jardins, +constituant des variétés horticoles, qui dérivent ainsi d’un rameau +aberrant né sur une plante normale et multipliés ensuite par la culture. +Plus tard, les arbres ainsi sélectionnés produisent parfois un ou +plusieurs bourgeons qui donnent des rameaux ayant repris les caractères +de la plante normale d’où ils dérivent. C’est ce que HUGO DE VRIES nomme +des _bourgeons ataviques_. + +Nous pensons que nos Kolatiers à fleurs toutes mâles sont des anomalies +dont certains bourgeons font parfois retour au type d’origine en +produisant des inflorescences bisexuées. + +En général, on observe quelques fleurs femelles dans chaque +inflorescence mâle. Le plus souvent les choses se passent de la manière +suivante : sur un rameau florifère, issu d’un bourgeon, on observe +quelques racèmes de fleurs toutes femelles (ou complètes ?) à la base du +rameau. Plus haut se montrent des grappes de fleurs mâles qui portent à +leur extrémité quelques fleurs femelles, enfin l’extrémité du rameau ne +donne plus insertion qu’à des grappes de fleurs toutes mâles. + +Il est très rare de constater l’inverse, c’est-à-dire des grappes mâles +à la base et femelles au sommet. + +Cette production, par le même arbre, à des stades successifs, de fleurs +femelles et de fleurs mâles, a sans doute pour but d’empêcher +l’autofécondation. Lorsqu’un Kolatier épanouit ses grappes de fleurs +mâles, ordinairement les grappes de fleurs femelles ont leur pistil +fécondé depuis longtemps, de sorte que le pollen a dû être apporté +d’arbres voisins qui se trouvaient à un autre stade de végétation. + +Nous n’avons que très rarement observé des Kolatiers produisant des +fleurs femelles en plus grande quantité que des fleurs mâles. Enfin, +nous n’avons jamais vu ni dans les cultures, ni à l’état sauvage, des +Kolatiers produisant exclusivement des fleurs femelles ou plus +exactement des fleurs d’apparence hermaphrodite. + +Les faits que nous venons d’exposer montrent qu’il y aurait le plus +grand intérêt à greffer le Kolatier en prélevant des greffons sur des +arbres produisant beaucoup de fleurs femelles, puisque souvent la +stérilité provient vraisemblablement de l’absence ou de la rareté des +fleurs pistillées. + +On rencontre dans les régions tropicales un assez grand nombre de +végétaux dont le polymorphisme floral ressemble à celui des Kolatiers. +Nous avons déjà eu l’occasion de signaler le Palmier à huile (_Elæis +guineensis_) qui est dans ces conditions (_Végét. ut._, VII, p. 37). + +Si nous adoptons la terminologie admise par R. CHODAT, le Kolatier est +normalement _andromonoïque_, c’est-à-dire qu’à côté des fleurs +hermaphrodites, il y a aussi des fleurs mâles. + +Enfin, dans certains cas, il peut devenir _androdioïque_, c’est-à-dire +qu’à côté des individus monoïques, on en trouve d’autres exclusivement +mâles. Ce dernier cas constitue sans doute une anomalie. Des Kolatiers à +fleurs toutes mâles ne s’observent, comme nous l’avons dit, que dans les +parties très ombragées de la forêt ou sur les montagnes. CHODAT a déjà +observé, à propos d’autres plantes, que « les expériences de culture +montrent qu’on peut, par une diminution de la fertilité du sol ou une +luminosité amoindrie, augmenter considérablement la proportion de fleurs +unisexuées sur les andromonoïques »[152]. La prédominance des fleurs +mâles, ou même l’existence de ces fleurs, à l’exclusion des autres, +s’expliquerait donc par des conditions climatiques ou édaphiques +défavorables au Kolatier. + +Entre l’épanouissement des fleurs et la maturation des fruits des +Kolatiers, il s’écoule ordinairement 6 mois. Ainsi que nous l’avons +signalé, les fruits se développent ordinairement dans les parties les +plus touffues de l’arbre non exposées à la lumière et ils s’insèrent sur +des branches assez fortes. + +Dès le jeune âge, le petit embryon contenu dans le sac embryonnaire est +divisé en autant de cotylédons qu’il en aura à l’état adulte et il +possède déjà la coloration de la noix adulte : il est rouge si elle doit +être rouge, blanc ou rosé dans le cas contraire. + + +_Les races._ — Nous devons nous borner à signaler la présence de noix +rouges et de noix blanches sur les mêmes arbres et souvent dans les +mêmes follicules _chez la majorité des Kolatiers spontanés_ ou +_cultivés_ en Afrique occidentale, ainsi que l’hérédité constante de ce +caractère, mais nous n’avons pu trouver encore aucune explication de +cette curieuse particularité dont nous ne connaissons pas d’analogue +dans le règne végétal. + +C’est cette considération qui nous a amené à diviser le _Cola nitida_ en +4 sous-espèces, se différenciant par des caractères minimes ; mais, +d’après les indigènes, ces caractères seraient constants et +héréditaires. + +Une des sous-espèces, le _Cola pallida_, se différencie par des +caractères autres que la coloration des noix, mais les autres, _Cola +rubra_, _C. alba_, _C. mixta_, ne présentent pas de différence en dehors +de la coloration des noix ou des fleurs. + +Ces Kolatiers peuvent se grouper, ainsi que nous l’avons déjà dit, de la +manière suivante : + +1o Kolatiers produisant exclusivement des noix rouges : _C. rubra_, +(rares, sauf dans le pays Achanti) ; + +2o Kolatiers produisant exclusivement des noix blanches : _C. alba_ +(très rares) ; + +3o Kolatiers produisant des fruits dont les uns renferment seulement des +noix rouges et les autres exclusivement des noix blanches, ou arbres +produisant des follicules dans lesquelles les noix rouges et les noix +blanches sont en mélange : _C. mixta_. Les Kolatiers de cette 3e +catégorie forment les 99 % des plantations. + +Toujours les noix sont rouges, blanches ou rosées ; on trouve très +accidentellement des embryons ayant une coloration moitié rouge et +moitié blanche ou des marbrures des deux couleurs. + +Nous avions pensé tout d’abord que les noix blanches étaient simplement +un _lusus_, un de ces cas d’albinisme qui sont si fréquents dans la +nature et qui ne sont ordinairement pas héréditaires. Mais comme les +noix blanches se reproduisent tous les ans chez les mêmes arbres et en +assez grande proportion, dans plusieurs régions à la fois, nous avons +cherché une autre explication. + +On peut d’abord supposer que les deux sortes de graines sont destinées à +produire des arbres ayant des rôles physiologiques différents à remplir +au point de vue de la conservation de l’espèce : les unes, par exemple, +seraient destinées à la production du pollen fécond et les autres +destinées à produire plus particulièrement des arbres à fleurs femelles. +HUGO DE VRIES a cité des cas de différenciation sexuelle de ce genre. + +Ce serait un cas de dimorphisme sexuel où les sexes pourraient se +différencier dès l’embryon qui aurait une coloration différente suivant +qu’il serait destiné à produire l’un ou l’autre sexe. + +On peut aussi supposer que les Kolatiers produisant des noix blanches et +des noix rouges, sont des descendants de lignées d’origine hybride. On +ne connaît pas à l’état sauvage des Kolatiers à noix blanches, mais rien +ne s’oppose à ce qu’il en existe ou à ce qu’il en ait existé. Il a donc +pu se produire dans la nature ou dans les plantations des croisements +entre ces deux races. + +Le _Cola mixta_ serait le résultat de cette hybridation et sa propriété +curieuse de produire des noix rouges (dans la proportion moyenne de 66 à +75 %) ainsi que des noix blanches et parfois aussi quelques noix de +teinte intermédiaire, l’aurait fait multiplier par les indigènes, à +l’exclusion des parents dont il serait issu. + +Mais si ce _Cola_ a vraiment une origine hybride, on devrait, suivant la +loi de MENDEL, observer constamment dans les générations successives, le +retour partiel à l’un et l’autre des parents. + +Si la loi de MENDEL était applicable aux Kolatiers, les choses devraient +se passer de la manière suivante : + +La coloration rouge des noix étant sans aucun doute le _caractère +dominant_ par rapport à la coloration blanche, c’est ce caractère qui +persisterait au premier croisement, celui de l’autre sous-espèce serait +masqué ou _latent_. La première fécondation croisée donnerait donc +exclusivement des noix rouges. Dès la deuxième génération, suivant la +loi de MENDEL, notre hybride devrait fournir : + +1o 1/4 de noix blanches qui, ensemencées, donneraient des Kolatiers +produisant ainsi que tous leurs descendants, exclusivement des noix +blanches. + +2o environ 3/4 de noix rouges. Si on ensemence ces noix rouges et si on +empêche toute fécondation croisée, on devrait constater que les arbres +qui en proviendront renferment aussi 25 % d’arbres fournissant ainsi que +leurs descendants, exclusivement des noix rouges et 50 % conservant leur +nature hybride, c’est-à-dire produisant 1/4 de noix blanches et 3/4 de +noix rouges. + +Ces proportions se répètent pendant les générations successives, de +sorte qu’après un certain nombre de générations la plupart des lignées +seraient retournées à l’un ou à l’autre parent, si bien que les +Kolatiers à noix rouges et les Kolatiers à noix blanches seraient en +très grande prédominance par rapport aux Kolatiers produisant à la fois +des noix rouges et des noix blanches. + +Or, il n’en est pas ainsi dans la réalité. + +Les formes donnant à la fois des noix rouges et des noix blanches, +c’est-à-dire appartenant au _Cola mixta_, sont en très grande +prédominance. + +En Guinée française, on trouve à peine 1 % des arbres à noix toutes +rouges (_Cola rubra_). Quant aux arbres à noix toutes blanches (_Cola +alba_), ils font généralement défaut et même au Kissi il en existe à +peine 1 ‰. + +Du reste, dans cette dernière sous-espèce, il existe un second caractère +différentiel combiné avec l’albinisme des embryons, c’est l’albinisme +complet du périanthe. Certains hybrides : + + _Cola alba_ ♂ × _C. rubra_ ♀ ou _Cola rubra_ ♀ × _C. alba_ ♂ + +devraient aussi reproduire l’albinisme de la fleur, et nous n’avons +cependant jamais observé ce caractère quoique ayant examiné la fleur de +_Cola mixta_ sur des milliers d’arbres en chaque région où cette sous- +espèce existe. + +Si le _Cola mixta_ est le résultat d’une ancienne hybridation, on se +trouve donc en présence d’un cas qui fait exception à la loi de MENDEL. + +Ce n’est, en réalité, que par l’expérimentation qu’on arrivera à +élucider ces points qui ont un réel intérêt au point de vue de la +culture. + +Bien qu’il s’agisse de groupes morphologiques plus éloignés, +l’hybridation du _Cola nitida_ avec l’une des espèces à trois, quatre ou +cinq cotylédons, ne nous paraît pas impossible et c’est probablement ce +croisement qui expliquerait des faits signalés par JOHNSON, ancien +directeur du Jardin d’Aburi (Gold-Coast), à M. le Dr STAPF, de l’Herbier +de Kew (duquel nous les tenons in litt. ad auct.). Il s’agirait d’un +« Cola vrai » qui produirait 68 % de graines à deux cotylédons, les +autres graines 32 %, étant à plus de deux cotylédons. Pour notre part, +nous n’avons jamais rencontré dans tous nos voyages que des Kolatiers +produisant toujours soit exclusivement des noix à deux cotylédons, soit +exclusivement des noix à plus de deux cotylédons. Le fait qui nous est +signalé par M. STAPF s’explique d’autant mieux par l’hypothèse de +l’hybridation, que nous savons qu’il existe à la Gold Coast des +Kolatiers produisant des noix à deux cotylédons (Kola Achanti) et des +Kolatiers produisant des noix à plus de deux cotylédons. + +En résumé, les Kolatiers sont des arbres dont l’homme s’est occupé +probablement depuis des époques très reculées, mais qui n’ont pas été +améliorés avec autant d’habileté que les arbres fruitiers des pays +tempérés. La culture rationnelle appliquée à ces arbres pourrait donc +les transformer considérablement dans un sens avantageux. + +[Illustration : Aug. CHEVALIER et Ém. PERROT. + +=Les Kolatiers.= + +FIG. 35. — Philogénie des _Cola_ de la section _Eucola_.] + + +_Dissémination et multiplication._ — Les Kolatiers spontanés en forêt ne +produisent que rarement des fruits. A maturité, ceux-ci tombent, +entraînés par leur propre poids et les graines sont mises en liberté, +soit par suite de la déhiscence du follicule, soit par la destruction +lente du péricarpe. + +Les graines germent sur place, à moins qu’elles ne soient entraînées à +quelque distance, soit par le charriage des eaux, soit par les animaux. + +En diverses régions, les indigènes nous ont affirmé que toutes les noix, +même très fraîches, n’étaient pas susceptibles de germer. Par contre, +nous avons vu parfois des charges entières de Kolas renfermés dans des +couffins tenus trop humides, dont presque toutes les noix entraient +simultanément en germination. + +Dans les plantations indigènes on cueille presque toujours les cabosses +sur l’arbre avant complète maturité. Quelques fruits cachés dans les +feuilles échappent parfois aux récolteurs et les graines qu’ils +renferment, en se semant d’elles-mêmes, contribuent à l’extension de la +plantation. + + +_Philogénie des Kolatiers._ — Il est bien difficile dans l’état actuel +de la science, de présenter le phyllum des espèces du genre _Cola_ et +leurs rapports avec les Sterculiacées voisines. Le tableau ci-contre +(Fig. 35) est un essai dans ce sens. + +Il est assurément très hypothétique, mais il a l’avantage de résumer +sous forme de schéma, les faits présentés dans les chapitres précédents. + + * * * * * + + +[Note 150 : C. FLAHAULT. — Les progrès de la géogr. bot. depuis 1884, +_Progress. rei botan._, I, p. 244.] + +[Note 151 : HUGO DE VRIES (trad. L. BLARINGHEM). — Espèces et variétés, +leur naissance par mutation, p. 49.] + +[Note 152 : R. CHODAT. — Principes de Botanique, Genève, 1911, p. 659.] + + + + + TROISIÈME PARTIE. + + * * * * * + + =Étude chimique et pharmacologique de la noix de Kola= + + * * * * * + + CHAPITRE XI. + + * * * * * + + =Composition chimique des noix de Kola.= + + * * * * * + + +La noix de Kola ne fut vraiment utilisée d’une façon courante en +médecine européenne que depuis la communication de HECKEL et +SCHLAGDENHAUFFEN[153] en 1883. + +Les recherches chimiques concernant cette drogue sont donc relativement +récentes, quoique très nombreuses. Jusqu’à ces dernières années, la +composition du Kola fut l’objet de maintes dissertations scientifiques +et même de discussions qui attestaient que cette question restait somme +toute, fort mal connue. + +La faute initiale en revient entièrement à KNEBEL[154], qui en donnant +le nom de _Kolanine_ à un produit extractif, amorphe et nullement +défini, a faussé les connaissances de ses contemporains et paralysé +l’effort de ceux que l’attrait de la recherche des composés actifs du +Kola aurait poussés dans cette voie. Le travail si intéressant de KNOX +et PRESCOTT[155] n’est pas même arrivé à détruire, dans l’esprit des +pharmacologistes, l’impression causée par l’opinion si légèrement +avancée par le chimiste allemand[156]. Il importe donc d’exposer +rigoureusement l’histoire analytique des recherches chimiques publiées +par les divers auteurs. + + * + * * + +L’action physiologique de la noix de Kola, présentant quelques analogies +avec celle du thé et du café, amena F. DANIELL[157] à y rechercher la +caféine et, le premier, il y caractérisa la présence de ce composé +xanthique. Il put l’isoler par les procédés employés à cette époque, +c’est-à-dire par décoction, précipitation des composés tanniques par +l’acétate de plomb et élimination du plomb par l’hydrogène sulfuré. La +solution obtenue évaporée donna des cristaux de caféine dont la présence +fut confirmée peu après par LIEBIG[158]. + +DANIELL remit, pour recherches analytiques plus complètes, des matériaux +à J. ATTFIELD[159], qui fit une analyse détaillée (voir tableau) des +noix de Kola sèches, _tout en regrettant de ne pouvoir étudier les noix +fraiches dont la composition serait, dit-il, des plus intéressantes_. + +D’autres chimistes se sont également occupés de la composition +centésimale de la noix de Kola ; ce sont tout d’abord HECKEL et +SCHLAGDENHAUFFEN[160] (1884), puis LASCELLES-SCOTT[161] (1886), CHODAT +et CHUIT[162] (1888), UFFELMANN et BÖMER[163], KNOX et +SCHLOTTERBECK[164] (1895), KŒNIG[165] (1904). + +Mais ces recherches ont eu surtout pour objectif une détermination +_quantitative_ des divers éléments signalés dans la noix de Kola sèche +et malheureusement elles laissent beaucoup à désirer au point de vue de +la détermination de la nature chronique de ces divers principes. + +Par la seule inspection des tableaux ci-contre, on pourra se rendre +compte des différences énormes qui existent entre les dosages effectués +par les auteurs cités. C’est ainsi que des divergences très grandes +peuvent être constatées dans la proportion des substances classées sous +la rubrique _gomme, sucre_, etc. Il en est de même pour celles que ces +chimistes ont désignées sous le nom de _tanin, rouge de Kola, acide +kolatannique_. + +Peut-être eût-il été préférable d’effectuer seulement des analyses +_qualitatives_, qui eussent sans doute permis de connaître la nature +exacte des composés avant de les doser en bloc sous une dénomination +n’ayant aucune valeur scientifique. + +Ces tableaux analytiques ne peuvent donc pas en général servir à établir +des comparaisons réelles des résultats trouvés par les différents +auteurs. En un mot, ils doivent se lire de haut en bas et non +horizontalement, chaque analyse n’étant intéressante +qu’individuellement. MM. PERROT et GORIS ne les avaient groupées ainsi +que pour mieux faire ressortir la nécessité d’études nouvelles en vue +d’une meilleure connaissance des constituants chimiques complexes de la +noix de Kola fraîche. + + +---------------------+--------+---------------------+---------------+ + | SUBSTANCES |ATTFIELD|HECKEL et SCHLAGDENH.|LASCELLES-SCOTT| + | | (1864) | (1884) | (1886) | + +---------------------+--------+---------------------+---------------+ + |Eau | 13,65 | 11,919 } | 9,722 | + | | | } | | + |Cellulose | 20, » | 19,831 } | 27,395 | + | | | } | | + |Cendres | 3,20 | 3,395 } | 4,718 | + | | | } | | + |Amidon | 42,50 | 33,754 } | 28,990 | + | | | } | (amidon), | + | | | } Soluble | 2,130 (mat. | + | | | } dans | amylacée se | + | | | } l’eau. | colorant par | + | | | } | l’iode.) | + | | | } | | + |Gomme | » | 3,040 } | 4,876 | + | | | } | | + |Matières protéiques | 6,33 | 6,760 } | 8,642 | + | | | } | | + |Matières colorantes | » | 2,565 } | 3,670 | + | | | | | + |Glucose, gomme, | 10,65 | 2,875 } | 3,312 | + |sucre et autres | | } | | + |matières organiques | | } | | + | | | } | | + |Saccharose | » | » } Soluble | 0,612 | + | | | } dans | | + |Tanin | » | 1,620 } l’alcool.| 1,204 (ac. | + | | | } |kolatannique). | + | | | } | | + |Rouge de Kola | » | 1,290 } | » | + | | | | | + |Huile fixe | | 0,585 } | 0,734 | + | | | } | | + |Huile volatile | 1,52 | » } Soluble | 0,612 | + | | | } dans le | | + |Caféine | 2,13 | 2,346 } CHCI³ | 2,710 | + | | | } | | + |Théobromine | » | 0,023 } | 0,084 | + | | | | | + |Azote total | » | » | » | + | | | | | + |Matières extractives | » | » | » | + |sans azote | | | | + | | | | | + |Matières azotées | » | » | » | + +---------------------+--------+---------------------+---------------+ + + +---------------------------------+------+---------+--------+--------+ + | |CHODAT|UFFELMANN|KNOX et | KŒNIG | + | SUBSTANCES | et |et BÖMER |SHLOTTER| (1904) | + | |CHUIT | (1895) | (1904) | | + | |(1888)| | | | + +---------------------------------+------+---------+--------+--------+ + |Eau |11,59 | 13,35 | 6,30 | 12,22 | + | | | | | | + |Cellulose | 8,67 | 7,01 | » | 7,85 | + | | | | | | + |Cendres | 3,31 | 2,90 | 3,35 | 3,05 | + | | | | | | + |Amidon |46,73 | 45,44 | 35,26 | 43,83 | + | | | | | | + |Gomme | » | » | » | » | + | | | | | | + |Matières protéiques |10,12 | 5,91 | 7,225 | » | + | | | | | | + |Matières colorantes | » | » | » | » | + | | | | | | + |Glucose, gomme, sucre et autres | » | traces | 3,872 | 2,75 | + |matières organiques | | | | | + | | | | | | + |Saccharose | » | traces | | » | + | | | | | | + |Tanin | » | » | 3,15 | 3,42 | + | | | | | | + |Rouge de Kola | » | » | » | 1,25 | + | | | | | | + |Huile fixe | 0,17 | 1,35 | 0,735 | 1,35 | + | | |(extrait | |(extrait| + | | |éthéré). | |éthéré) | + | | | | | | + |Huile volatile | » | | 0,09 | | + | | | | | | + |Caféine | 1,69 } | 1,83 | 2,16 | + | |à 2,34} | | | + | | } 2,08 | | | + |Théobromine | » } | 0,0357 | 0,0503 | + | | | | | | + |Azote total | 2,19 | 1,53 | 1,675 | » | + | | | | | | + |Matières extractives sans azote | » | 18,21 | » | 15,06 | + | | | | | | + |Matières azotées | » | 9,56 | » | 9,22 | + +---------------------------------+------+---------+--------+--------+ + +L’examen de ces tableaux est très instructif, car les chiffres trouvés +par ces différents auteurs variant dans d’assez grandes proportions en +ce qui concerne les matières peu actives, telles que la cellulose, +l’amidon ; sont, en revanche, sensiblement d’accord quant à la teneur en +caféine et théobromine. Ces différences peuvent s’expliquer par l’emploi +de méthodes de dosage variant avec les auteurs. La teneur en caféine et +en théobromine ne varie jamais d’ailleurs dans de bien grandes limites, +ainsi que le prouve cette série d’analyses de J. JEAN[166] portant sur +des semences d’origines différentes : + + Caféine et Kolanine + théobromine de Knebel + + --- --- + + Noix de l’Inde 1,635 1,640 + + — du Congo 1,485 1,040 + + — du Congo A 1,170 1,250 + + — du Congo B 1,482 0,987 + + — fraîches (eau 57,35 %) 0,624 0,294 + + — séchées C 1,464 0,609 + + — — du Soudan 1,330 1,200 + + — — du Niger A 1,230 1,006 + + — — du Niger B 0,902 0,650 + + — — de Sierra-Léone A 2,273 1,175 + + — — de Sierra-Léone B 2,410 1,209 + + — avariées 2,170 0,435 + + — moisies 1,210 0,067 + + — moisies 2,029 0,131 + + — de la Côte d’Ivoire 1,864 1,300 + +DOHME et ENGELHART[167] trouvent des résultats identiques en s’adressant +à des noix de Kola d’Afrique et à des noix provenant d’arbres cultivés à +la Jamaïque : 2,04 et 2,25 de caféine pour les noix d’Afrique ; 1,75 et +1,95 pour celles de la Jamaïque. + +THOMSON[168], à son tour, donne les résultats suivants : + + ___ Caféine par ___ + / \ + H²O Tanin Cendres Chloro- Ether Méthode + forme Lloyd + + Noix sèche 7,55 1,87 3,19 1,22 1,62 » + + — sèche 6,95 1,86 3,20 1,84 1,96 1,73 + + — fraîche 56,65 2,85 3,66 0,59 0,80 » + + — en partie sèche 38,50 2,47 3,66 1,08 1,46 1,46 + +Il n’en est pas de même de BERNEGAU[169] dont les analyses accusent des +écarts assez forts : + + Caféine + --- + + Botika 1,374 + + Mayumba Uyanga 1,724 + + Togo 2,16 + + Gold-Coast 1,60 + + Cameroun 0,70 + +La dessiccation et même la torréfaction amènent peu de changement dans +la teneur en caféine, ainsi que le montre le tableau suivant extrait des +recherches de DIETERICH[170]. + + Fraiches Séchées Torréfiées + --- --- --- + + Caféine par éther 1,43 1,777 1,04 + + — chloroforme 1,15 1,76 1,35 + + Eau 57,29 13,86 4,42 + + Matières grasses 3,33 1,67 0,63 + + Cendres 1,56 2,50 3,86 + + Carbonate de potasse des cendres 47,55 % 45,55 % 49,16 % + +M. BALLAND[171], pharmacien principal de l’armée, dont les travaux +analytiques concernant de nombreuses denrées alimentaires sont bien +connus, donne aussi une analyse du Kola, effectuée sur des noix +provenant d’Alépé (Côte d’Ivoire) : + + Etat normal Etat sec + --- --- + + Eau 11,70 0,00 + + Matières azotées 10,25 11,61 + + — grasses 1,25 1,41 + + — amylacées 64,60 73,16 + + Cellulose 8,90 10,08 + + Cendres 3,30 3,74 + ------ ------ + 100, » 100, » + + Teneur en caféine 2,75 3,11 + +Cet auteur, avec MM. KNOX et PRESCOTT, comme on le verra plus loin, +signale une proportion de caféine considérable et dépassant de beaucoup +les chiffres obtenus par tous les chimistes qui se sont occupés de cette +question ; il est impossible de fournir une explication satisfaisante de +cette divergence. Nous nous contentons d’exposer les faits. + +Cette teneur en caféine, théobromine et tanin dans les diverses espèces +de Kola arrivant sur les marchés, _C. acuminata_ R. Br., et _C. Ballayi_ +Cornu[172], a été étudiée par O. TOPPING[173], qui résume ses recherches +dans le tableau suivant : + + Alcaloïde Caféine Théobromine Tanin + total + --- --- --- --- + + { 2 cotylédons 1,424 1,384 0,0354 1,226 + _C. acuminata_ { + { 2 cotylédons 1,123 1,094 0,02805 0,817 + + { 5 cotylédons 1,240 1,0208 0,0309 3,26 + { + _C. Ballayi_ { 5 cotylédons 0,841 0,8205 0,0209 4,07 + { + { 5 cotylédons 1,305 1,3508 0,0346 3,27 + +Des recherches identiques de KNOX et PRESCOTT[174] sur la teneur des +Kolas frais en caféine libre et combinée ont donné les résultats +suivants : + + Eau Alcaloïde Alcaloïde Total + libre combiné + --- --- --- --- + + Kola sec 6,16 1,84 1,82 3,66 + + Kolas frais, rouges et blancs 53,90 1,158 1,920 3,078 + + Kolas frais blancs 51,20 1,180 2,085 3,265 + + Kolas frais rouges 57,20 1,120 1,625 2,745 + + Kolas frais, blancs et rouges, 53,90 1,235 1,854 3,089 + mais moisis + +L’un de nous a également, depuis quelques années, effectué dans son +Laboratoire un certain nombre de dosages de caféine sur des échantillons +frais ou secs, d’origines les plus diverses ; en voici les principaux +résultats : + + + =Dosages de caféine dans les noix de Kola= + + (Laboratoire de Pharmacognosie de l’Ecole supérieure de Pharmacie). + + Caféine + p. + 100. + de + noix + sèche + --- + + {_Kola sauvage de la Côte d’Ivoire_ (_C.rubra_) 2,285 + { (Envoi Aug. CHEVALIER) + { + {_Kola rose du Sassandra_ (_C. { 1er échantillon 1,46 + {pallida_). { + { (Envoi SCHIFFER). { 2e — 1,53 + =Noix { + à deux {_Kola de Madagascar_ (en moyenne) 1,70 + cotylédons= { + (_C. { { 1er échantillon 1,70 + nitida_ et { { + variétés). {_Kola de Java_ { 2e — 1,55 + { { + { { 3e — 1,59 + { + {_Kola de la Guadeloupe_ 1,75 + { + {_Kola de la Jamaïque_ 1,58 + + {_Kola du Congo_ (Impfondo) (_C. { 1er échantillon 1,53 + {Ballayi_). { + { (Envoi BAUDON). { 2e — 1,21 + =Noix { + à plus {_Kola du Dahomey_ (_C. acuminata_) 1,42 + de deux { (Envoi du cap. COURTET). + cotylédons= { + {_Kola mucilagineux du Dahomey_ { 1er échantillon 1,10 + {(_C. verticillata_). { + { (Envois SAVARIAU et NOURY). { 2e — 1,13 + +Les cendres n’ont été analysées que par HECKEL et SCHLAGDENHAUFFEN[175] +et par CHODAT et CHUIT[176] ; les résultats sont peu concordants en ce +qui concerne la teneur en base alcaline et alcalino-terreuse. + + + Analyse des Cendres (HECKEL et SCHLAGDENHAUFFEN.) + + { Acide phosphorique 0,386 + { + { — sulfurique 0,175 + { + { Chlore 0,165 + { + _Cendres solubles_ : 2,720 { CO² 0,014 + { + { Potassium 0,008 + { + { Sodium 1,972 + { ----- + { Total 2,720 + + { Acide phosphorique 0,015 + { + { — sulfurique 0,002 + { + { Silice 0,004 + _Cendres insolubles_ : 0,605 { + { CO² 0,282 + { + { Calcium 0,302 + { ----- + Total : 3,325 Total 0,605 + +Ce qui fait en ramenant à 100 : + + Acide phosphorique 12,05 + + — sulfurique 5,30 + + Chlore 4,90 + + CO² 8,90 + + Potassium 0,24 + + Silice 0,12 + + Calcium 9,10 + + Sodium 59,40 + ------ + Total 100,01 + +Analyses de MM. CHODAT et CHUIT : + + Acide phosphorique 14,62 + + — sulfurique 8,50 + + Chlore 1,30 + + CO² 8,75 + + Potassium 54,96 + + Silice 1,07 + + Calcium traces + + Sodium 0 + + Magnésie 8,54 + + Oxyde de manganèse 1,29 + + Oxyde de fer 1,38 + ------ + Total 100,41 + +Dans la plupart des travaux, les auteurs ont eu surtout en vue la +composition centésimale de la noix de Kola, sans se préoccuper de la +recherche des principes actifs autres que les composés caféiniques. En +effet, alors que chacun de ces auteurs reconnaît que les noix fraîches +ont une activité physiologique différente de celle des noix sèches, +presque tous attribuent cette action à la Kolanine (rouge de Kola), qui +cependant est un principe, non défini, extrait des noix sèches. + +Dans les travaux de WAAGE[177], KILMER[178], POSKIN[179], +DIETERICH[180], O. SCHUMM[181], THOMS[182], SCHURMAYER[183], WARIN[184], +nous n’avons guère à relever de faits intéressant la composition +chimique du Kola. Notons cependant l’opinion de WAAGE, qui dit, sans le +prouver toutefois, que les noix cultivées seraient meilleures que les +noix sauvages, et celle de POSKIN prétendant que le goût des noix de +Kola fraîches est plus agréable lorsque les nègres les ont enterrées +trois semaines à la façon du cacao. + + * + * * + +Après avoir ainsi passé en revue tous les travaux analytiques concernant +la noix de Kola, examinons plus spécialement les recherches qui ont eu +pour but l’extraction des principes actifs de cette drogue. + +ATTFIELD fut donc le premier qui en isola la caféine ; HECKEL et +SCHLAGDENHAUFFEN, dans leur analyse centésimale, signalent la présence +de théobromine. Ce sont les deux seuls corps cristallisés dont la +présence fut affirmée jusqu’en 1906. + +Il est toutefois à noter que la présence des bases xanthiques a été +également signalée dans les feuilles par J. DEKKER[185], contrairement à +l’opinion émise par HECKEL et SCHLAGDENHAUFFEN (_loc. cit._, p. 294). Le +savant allemand trouve 0,049 % de caféine et 0,101 % de théobromine dans +les feuilles jeunes, c’est-à-dire une plus grande proportion de cette +dernière base que celle trouvée dans les cotylédons. + +Les feuilles âgées ne renferment que des traces de bases xanthiques. + +Au cours de leurs recherches, HECKEL et SCHLAGDENHAUFFEN ont également +fait mention d’un corps spécial qu’ils désignent sous le nom de _rouge +de Kola_. Il n’est pas inutile de reproduire _in extenso_ la partie de +ce travail consacrée à l’extraction de ce composé, à qui l’on attribua +pendant longtemps un rôle important dans l’action thérapeutique du Kola. + +« En épuisant la poudre de Kola par l’alcool à chaud, on obtient un +liquide qui ne fournit que 6 % d’extrait sec. Cet extrait est jaune- +clair et renferme une grande quantité de tanin ainsi que des matières +grasses et résineuses jaunes. Quand on reprend par l’eau cet extrait +alcoolique, on perçoit une odeur très agréable qui rappelle celle du +cacao ; la caféine se dissout, et le mélange des matières grasses et +résineuses surnage. En traitant ce résidu un grand nombre de fois par +l’eau bouillante et en le desséchant au bain-marie, il finit par se +réduire en une masse sèche et friable presque insoluble dans le +chloroforme, soluble entièrement dans l’alcool et la potasse, qu’elle +colore en rouge vif. Soumise à l’action de la chaleur, cette substance +laisse dégager des vapeurs empyreumatiques et fournit dans la partie +refroidie du tube dans lequel se fait l’essai une abondante +cristallisation d’aiguilles de caféine. D’un autre côté, en la traitant +par la potasse caustique, on obtient un liquide rouge intense comme avec +le tanin. On serait donc tenté de conclure à la présence de caféine, +mais il n’en est rien, car l’alcaloïde n’existe que dans la noix de Kola +à l’état de combinaison, ainsi que nous le verrons plus tard ; il s’y +trouve à l’état de liberté. De ce que les aiguilles de caféine se +subliment dans ces conditions, il faut en conclure que l’alcaloïde est +retenu mécaniquement par cette matière résineuse. Celle-ci, sans aucun +doute, n’est autre chose qu’un produit d’oxydation du tanin et présente +la plus grande analogie avec le rouge cinchonique ; nous donnons à ce +composé particulier le nom de _rouge de Kola_ et nous indiquons plus +loin en quelle proportion il existe dans la graine. » + +Plus loin, en effet, MM. HECKEL et SCHLAGDENHAUFFEN[186] reviennent sur +le mode de préparation. + +Ils épuisent tout d’abord la poudre par le chloroforme, puis après +s’être assurés que cette poudre ne cédait plus rien à ce dissolvant, ils +l’ont épuisée avec de l’alcool. + +La solution alcoolique obtenue est évaporée en consistance d’extrait et +reprise par l’eau bouillante qui la dissout presque en totalité, mais +abandonne par le refroidissement une grande quantité de flocons bruns +(qui constituent le rouge du Kola). La liqueur surnageante renferme du +glucose, une petite quantité de sels fixes et un tanin de nature +particulière dont l’auteur étudie l’action sur les réactifs des tanins. + +« Les flocons bruns qui se déposent par le refroidissement semblent être +un produit d’oxydation de tanin et présentent les plus grandes analogies +avec le rouge cinchonique. Cette poudre soumise à la dessiccation, se +présente sous la forme d’une masse brillante presque noire. Elle est +très soluble dans l’alcool, la potasse caustique, la soude caustique et +l’ammoniaque. Les solutions alcalines sont brun-rouge ; mais chauffées +au bain-marie, elles affectent une couleur rouge-sang. Leur solution +alcoolique n’agit pas sur les sels ferriques, mais elle est précipitée +en totalité par l’acétate de plomb. + +« Pour purifier la substance, nous la dissolvons dans la potasse et nous +la précipitons de nouveau par l’acide chlorhydrique faible. Préparée de +la sorte et chauffée dans un tube à essai, elle fournit une huile +empyreumatique qui se solidifie au bout d’un certain temps sous forme de +tables aplaties : _On ne reconnait pas trace de caféine dans le produit +de la sublimation, elle se comporte donc d’une manière différente de +celle du produit brut dont il a été question plus haut_. + +« Nous donnons à ce composé le nom de _Rouge de Kola_ pour le distinguer +de la matière colorante rouge qui est mélangée au ligneux et qu’on ne +parvient pas à extraire, même au bout de trois fois vingt-quatre heures, +à l’aide de l’alcool bouillant. Ce rouge de Kola renferme une petite +quantité de matières grasses que l’on peut enlever par le chloroforme, +l’éther ou le sulfure de carbone, après avoir préalablement desséché la +matière. L’extrait alcoolique réduit la liqueur cupro-potassique d’une +manière notable, « ce qui indique par conséquent la présence d’une +certaine quantité de glucose. » + +Il est bon de faire remarquer que MM. HECKEL et SCHLAGDENHAUFFEN +auraient dû pour cette recherche, déféquer la liqueur, car le rouge de +Kola, qui est du groupe des tanins, pouvait de lui-même réduire la +liqueur de Fehling. Or, en aucun endroit de cette partie de leur travail +consacré au rouge de Kola, ces deux savants ne font allusion à la +présence possible de caféine ; ils font même remarquer, au contraire, +que le composé obtenu est différent de celui qu’on isole par sublimation +et qui, dans leurs premiers essais leur avait donné de la caféïne. Nous +verrons tout à l’heure comment HECKEL est revenu sur son idée après le +travail de KNEBEL[187]. + +Quelques années plus tard, KNEBEL retira du Kola le même produit que +HECKEL[188] et SCHLAGDENHAUFFEN et le considéra comme un glucoside de la +caféïne. Voici textuellement sa méthode d’extraction : + +« La matière finement pulvérisée était d’abord complètement épuisée avec +de l’éther qui enlève la matière grasse, la caféine et la théobromine ; +on épuise ensuite avec de l’alcool ; la solution alcoolique filtrée est +distillée dans le vide jusqu’à siccité. Le produit ainsi obtenu, mélange +de rouge de Kola, d’acide tannique, de sucre et de sels, est dissous +dans de l’eau additionnée d’un peu de lessive de soude ; on filtre et on +précipite par l’acide chlorhydrique. Le précipité est recueilli après +filtration, redissous à nouveau dans l’eau alcaline et reprécipité à +nouveau. On le sèche finalement sur l’acide sulfurique. » + +Pour obtenir ce produit encore plus pur, KNEBEL emploie la méthode +suivante un peu différente : + +« La poudre de Kola est épuisée directement par de l’alcool. La solution +alcoolique est filtrée, puis distillée dans le vide et évaporée à +siccité, on épuise l’extrait par le chloroforme dans un appareil +SOXHLET. Le résidu ainsi débarrassé de la caféïne libre est mélangé avec +du sable et épuisé avec de l’eau jusqu’à ce que l’eau passe colorée, ce +qui a pour but d’enlever le tanin, les matières colorantes, le glucose, +les sels ; on épuise ensuite à l’alcool et on évapore à siccité ; on +obtient ainsi la Kolanine absolument pure, car dans le premier cas les +traitements à l’eau alcaline l’altèrent un peu » (KNEBEL). + +La matière ainsi obtenue (_rouge de Kola de Heckel_), analogue au rouge +cinchonique, est une poudre rouge-brune, amorphe, d’une saveur amère, à +peine soluble dans l’eau froide, très peu dans l’eau bouillante, et +s’agglomérant pour former une masse résineuse à cassure brillante. En la +chauffant fortement il se sublime de la caféine. KNEBEL admet que cette +_caféine n’est pas entrainée lors de la précipitation par l’eau, mais +forme un composé très stable_. Ce composé serait formé de caféïne, +glucose et rouge de Kola et constituerait un glucoside que KNEBEL +appelle _Kolanine_. Le dédoublement de ce composé serait très difficile, +on ne pourrait l’obtenir complètement ni par l’eau bouillante, ni par +les acides dilués même après plusieurs jours d’ébullition. Il n’y aurait +que l’acide sulfurique à 20 % qui puisse décomposer le glucoside après +quatre heures d’ébullition. Du produit de dédoublement, l’auteur a pu +séparer la caféine, puis le sucre sous forme de poudre blanche, en +l’extrayant au moyen de l’alcool méthylique et le précipitant par +l’éther. La poudre blanche ainsi obtenue était en faible quantité, mais +suffisante d’après KNEBEL, pour la caractériser comme du glucose. + +L’action du chlorure d’acétyle a pour effet de séparer la caféine du +rouge de Kola et de former avec ce dernier un dérivé pentacétylé non +cristallisé. + +Ce rouge de Kola provenant du dédoublement de la Kolanine aurait pour +formule C¹⁴H¹³(OH)⁵ ; fondu avec les alcalis, il donnerait de l’acide +protocatéchique. L’oxydation par le permanganate de potasse donne une +masse noirâtre qui n’a pas été examinée ; avec l’acide azotique, on +obtient de l’acide oxalique. + +Pour KNEBEL, l’identité chimique de la Kolanine ne fait aucun doute, +c’est un corps glucosidique se dédoublant d’après l’équation suivante : + + Kolanine (rouge de Kola de Heckel + H²O = caféine + glucose + rouge de + Kola). + +Un ferment existant dans la noix aurait la propriété de provoquer ce +dédoublement. Cette opinion est défendue par SCHWEITZER[189], qui montre +que les proportions de caféine et de glucose dans la Kolanine sont en +proportions simples et que pour une molécule de caféine et de rouge de +Kola, il y a trois molécules de glucose. Il donne à la Kolanine la +formule suivante : C⁴⁰H⁵⁶N⁴O²¹. + +se dédoublant comme suit : + + (C⁴⁰H⁵⁶N⁴O²¹ + 4H²O = 3C⁶H¹²O⁶ + C¹⁴H¹³ (OH)⁵ + C⁸H¹⁰N⁴O²). + +Aussitôt après l’apparition des travaux de KNEBEL, HECKEL reprit la +question et admit que la Kolanine de KNEBEL était bien son rouge de +Kola, et que le dédoublement lent par les acides, tels les acides du suc +gastrique, devait produire dans l’estomac une certaine quantité de +caféine à l’état naissant. Alors qu’il avait écrit quelques années +auparavant : « Ce rouge de Kola est un principe mal connu comme fonction +chimique, mais d’une préparation facile, il peut être rapproché du rouge +cinchonique... » ; il est grand dommage, d’après l’avis de MM. PERROT et +GORIS, — sans que cela constitue le moindre reproche pour le savant +professeur, — que HECKEL[190] n’ait pas soumis le travail de KNEBEL à un +examen plus approfondi. Le corps obtenu par KNEBEL _n’était pas +cristallisé, donc pas défini_ ; la présence de glucose, ainsi que l’a +fort bien établi CARLES[191], n’était pas suffisamment démontrée, et +HECKEL pouvait aussi bien conclure que le corps trouvé par KNEBEL +n’était en rien différent de son rouge de Kola. Il n’y avait entre les +deux travaux qu’une simple différence : HECKEL croyait la caféine +entraînée lors de la précipitation, tandis que KNEBEL affirmait qu’elle +existait sous forme de combinaison chimique. Dans la _Kolanine_ ou le +_rouge de Kola_, la caféine est fortement retenue, puisque, seule, +l’action prolongée des acides peut la séparer, mais de là à conclure à +la présence d’un composé chimique scientifiquement établi, il y a loin. +La dénomination _rouge de Kola_ donné par HECKEL, sans préjuger de rien, +était moins prétentieuse que celle de _Kolanine_, et, tout en exprimant +le même fait, la première au moins, n’avait pas l’inconvénient de faire +croire à l’existence d’un composé bien défini. + +Cette Kolanine de KNEBEL[192] a de suite été industrialisée et mise sous +forme de pastilles de 0 gr. 20 de kolanine, par la maison KREWEL et Cie, +de Cologne. + +G. FRANÇOIS, en 1897[193], montra que, contrairement à l’opinion de +KNEBEL, les noix séchées, c’est-à-dire oxydées, n’étaient pas plus +riches en principes actifs que les noix fraîches. D’un autre côté, +l’individualité chimique de la kolanine fut mise en doute par KNOX et +PRESCOTT[194], puis par DIETERICH[195], qui prétendit même que le +produit de KNEBEL n’était qu’un mélange des principes actifs de la noix +de Kola. Ces critiques obligèrent KREWEL et Cie[196] à défendre leur +produit ; mais cependant ils avouent : « _qu’à cause du dédoublement +facile de la kolanine, Knebel renonce à donner la description de la +kolanine pure et se contente d’obtenir par sa méthode, une kolanine +brute qui contient de 80 à 90 % de kolanine pure_ ». + +Une méthode de préparation de la kolanine a été également indiquée par +J. JEAN[197] ; c’est à elle que DIETERICH[198] et BERNEGAU[199] ont +recours pour le dosage de ce produit. « Après avoir épuisé par le +chloroforme le mélange de poudre de Kola et de chaux, dans le but +d’extraire la caféine et la théobromine, la poudre de Kola est épuisée +dans un appareil Soxhlet par l’alcool à 90°. L’alcool dissout la +totalité de la kolanine, le tanin et la matière colorante. Pour séparer +ces dernières matières de la kolanine, l’alcool est évaporé au bain- +marie et le résidu est repris par l’eau distillée bouillante, qui +dissout le tanin et la matière colorante. On filtre : la kolanine +insoluble reste sur le filtre ; on lave à l’eau chaude. Le filtre est +ensuite séché et pesé ». + +M. CARLES[200] donne un procédé un peu différent : « Pour doser la +kolanine dans une graine de Kola ou dans un extrait, on épuise cette +graine ou cet extrait par l’eau distillée froide et on continue +séparément avec de l’alcool à 70°. L’extrait alcoolique obtenu, lavé de +nouveau à l’eau froide, laissera la kolanine brute insoluble ; on devra +la dessécher à une douce chaleur jusqu’à poids constant avant de fixer +son poids, pour y doser les alcaloïdes, on pèse 1 gr. de chaux éteinte +et 3 gr. de carbonate de chaux, on triture avec une trace d’alcool, on +dessèche et on épuise au chloroforme alcoolisé d’après la méthode +indiquée par l’auteur ». + +La kolanine purifiée se présente sous l’aspect d’une substance d’un brun +noir amorphe, à reflets brillants, susceptible de fondre à 50°-60° quand +elle est humide. CARLES[201] se refuse à voir en cette substance un +glucoside, et, dit-il, « chaque fois que nous avons agi sur une kolanine +purifiée, renfermant de 14 à 20 % d’alcaloïdes, ces alcaloïdes ont bien +été séparés par les acides chlorhydrique et sulfurique étendus, avec une +merveilleuse blancheur, mais dans la liqueur saturée par la baryte et +déféquée par l’acétate basique de plomb, nous n’avons jamais pu déceler, +par les moyens ordinaires, _aucune trace de glucose_ ». + +La kolanine ne semblerait pas exister dans la noix fraîche et ne +prendrait naissance que par dessiccation, sous l’action d’un ferment +oxydant (koloxydase). + +Le produit comparable de la noix fraiche serait la _kolanine vraie_, ou +_rouge kolanique soluble_, qui, par oxydation se transformerait en un +produit insoluble (kolanine KNEBEL, rouge de Kola HECKEL), produit mort, +pathologique et inactif. Cette dernière hypothèse, émise par le +pharmacologiste bordelais, a le grand tort de ne pas s’appuyer sur des +expériences chimiques et physiologiques précises qui en augmenteraient +la valeur. + +Outre l’exploitation de la kolanine par la maison KREWEL de Cologne, +d’autres brevets concernant le rouge de Kola furent pris en Allemagne. +Citons celui-ci, pris en 1892, qui visait un procédé spécial +d’extraction des substances utiles de la noix de Kola[202]. Il consiste +dans les opérations suivantes : + +1o On broie à la meule, en évitant le contact des objets de fer, la noix +de Kola fraiche et triée, juteuse et colorée ; on obtient un suc rouge +trouble et une masse grossièrement concassée que l’on traite dans un +appareil à déplacement par l’alcool à 93 %. Après distillation du +solvant, il reste un extrait rouge foncé, d’où il se sépare par +refroidissement une masse résineuse qui constitue le rouge de Kola. On +le purifie par extraction successive au chloroforme, à l’éther, et enfin +à l’eau bouillante. Les extraits chloroformiques et éthérés sont traités +suivant le paragraphe 2. + +Le _rouge de Kola_ ainsi obtenu est exempt de caféine, de théobromine, +de tanin, de substances grasses ou cireuses, etc., il est insoluble dans +l’eau, l’éther et le chloroforme, neutre aux réactifs colorés, +indifférent aux acides étendus, et soluble dans l’alcool seulement en +une belle couleur rouge. + +2o Le suc obtenu lors du broyage est mis à digérer avec l’éther pendant +plusieurs jours ; on agite et on sépare l’éther que l’on distille. Il +abandonne une cire que l’on ajoute à celle obtenue par l’évaporation des +extraits chloroformiques et éthérés, et une matière colorante jaune que +l’on dissout dans l’eau. Elle possède l’odeur, la saveur et le bouquet +de la noix de Kola fraiche. + +3o L’extrait rouge foncé du paragraphe 1er, d’où s’est séparé le rouge +de Kola, est clarifié par filtration, puis évaporé en consistance +d’extrait. Il renferme la caféine et la théobromine. Le reste de ces +substances s’obtient en traitant par l’eau bouillante le résidu du +traitement à l’alcool du no 1. + +[Note : N.-B. — Nous devons également signaler les résultats obtenus au +moyen d’un procédé spécial, par M. le professeur A. GAUTIER, dans +l’analyse des noix de Kola fraiches qui lui avaient été remises par M. +G. LE BON. « Les noix de Kola ayant été transformées en extrait +concentré dans une atmosphère d’acide carbonique pour éviter l’action de +l’air, cet extrait précipité par le sulfate de magnésie, donna un +produit qui rougissait rapidement en s’oxydant au contact de l’air. Ce +produit se décomposerait en présence de l’eau et des acides étendus en +trois corps différents : une matière rouge et deux alcaloïdes qui ne +furent pas déterminés. L’un d’eux est probablement de la caféine, et je +ne serais pas étonné que l’autre fut de la théobromine ». (G. LE BON. — +Les recherches récentes sur la noix de Kola. _Rev. scient._, 1893, III, +pp. 527-551).] + +4o En distillant à la vapeur d’eau la noix de Kola fraiche, on obtient +une eau distillée, sur laquelle nage une mince couche huileuse, +l’essence de Kola. Cette huile essentielle rappelle par son odeur et son +goût l’odeur de l’essence de Sassafras. + +BERNEGAU[203], qui, à son tour industrialisa ses recherches, compléta +toutes ses publications par la prise d’un brevet pour l’obtention d’un +produit qui serait employé avec les aliments tels que le lait, les +jaunes d’œufs, le cacao à titre d’excitant et aussi comme médicament et +matière colorante. Il obtient ce produit « en traitant les noix de Kola +une heure à l’eau bouillante, séchant et pulvérisant le produit. Le +produit est épuisé à l’alcool à 90° jusqu’à épuisement complet. Le rouge +de Kola ainsi obtenu est sirupeux et de couleur rubis, soluble dans un +peu d’eau, d’alcool et la glycérine »[204]. + +Beaucoup d’auteurs, et en particulier SIEDLER[205], n’ont guère cru à +l’utilité et à l’emploi de la Kola BERNEGAU comme aliment. + +Toutes les recherches que nous venons de signaler ont été faites en +opérant sur la noix de Kola sèche, ou bien encore sur la noix fraiche, +sans tenir compte de l’action oxydante d’un ferment existant dans la +noix et agissant sur les composés chimiques qui y sont contenus. + +En 1896, BOURQUELOT[206] attirait incidemment l’attention sur l’action +de la Koloxydase et montrait qu’en opérant de façon à détruire celle-ci +par l’action de l’alcool bouillant on pouvait obtenir un extrait blanc +de Kola, que M. CHOAY prépara également plus tard, en s’inspirant des +mêmes principes. + +Cette diastase oxydante n’est d’ailleurs pas la seule dont on ait +signalé la présence dans la noix de Kola, car M. MASTBAUM[207] a trouvé +une enzyme dédoublant les graisses, qui se distingue des lipases +végétales décrites jusqu’ici, par ce fait, que les acides dilués et même +l’eau seule entravant considérablement son action en la détruisant +complètement. + +KNOX et PRESCOTT[208], l’année suivante, opéraient d’une façon +identique, employant l’alcool bouillant pour détruire l’oxydase, ce qui +permettait de traiter ensuite plus facilement la noix de Kola. Ils +retirèrent ainsi de la noix fraiche un composé tannique qu’ils +appelèrent _Kolatanin_. Leur mode d’extraction est le suivant : + +« Les noix de Kola fraiches sont coupées et jetées dans l’alcool +bouillant, où on les maintient pendant quelque temps. On sèche dans une +étuve et on pulvérise. On épuise ensuite avec de l’alcool à 50°. Les +liquides alcooliques sont distillés dans le vide pour chasser l’alcool ; +on filtre. + +« Le résidu insoluble est surtout constitué par du _kolatanate de +caféine_. La solution renferme : caféine, théobromine, kolatanin, +kolatanate de caféine, matières grasses, glucose et matières colorantes +provenant de la transformation du tanin pendant la distillation de +l’alcool. On ajoute du chlorure de sodium à saturation, ce qui fait +précipiter le kolatanate de caféine. Le résidu sirupeux rouge introduit +dans une ampoule est agité avec du chloroforme qui enlève caféine et +matières grasses ; on épuise ensuite à l’éther. Le kolatanin étant +insoluble dans le chloroforme et l’éther, il s’enlève peu de ce produit. +On agite enfin avec de l’éther acétique à de nombreuses reprises. On +réunit les liquides éthérés et on distille sous pression réduite. + +« Le tanin obtenu est poreux, blanc rosé, très friable et facilement +soluble dans l’eau. On y ajoute une solution de NaCl et on reprend par +l’éther acétique. On répète plusieurs fois ce traitement ; finalement +l’éther acétique étant distillé complètement, on reprend la masse de +kolatanin par l’éther et on le distille dans le vide. Le résidu est +séché dans le vide sulfurique ». + +Le kolatanin est une poudre crême légèrement rosée, complètement soluble +dans l’eau, l’alcool, l’acétone, l’éther acétique, légèrement soluble +dans l’éther, insoluble dans le chloroforme et la benzine. Il aurait +pour formule C¹⁶H²⁰O⁸. Il colore en vert l’acétate ferrique, précipite +en brun le bichromate de potasse, en blanc la quinine ; l’acétate de +plomb ne précipite ni l’émétique, ni l’albumine. Avec le chlore et le +brome, il donne des précipités blancs ou légèrement jaunes ; avec la +formaldéhyde, en présence d’acide chlorydrique comme agent de +condensation, il donne un précipité rose devenant rouge. Ces réactions +font que ce composé s’éloigne de l’acide gallotanique pour se rapprocher +plutôt du tanin de chêne. + +Par ébullition avec HCl ou SO⁴H² dilué, il se forme un précipité rouge +devenant peu à peu noir ; l’analyse montre qu’il ne se forme pas là un +composé défini ; il ne renferme pas de glucose. En chauffant le +kolatanin dans l’eau à des températures différentes et supérieures à +100°, on obtient une série d’anhydrides. + +MM. KNOX et PRESCOTT ont fait également avec ce corps une série de +composés de substitution, tels que les dérivés acétylés et bromés +nombreux, et des dérivés à la fois acétylés et bromés +(Pentacétylkolatanin, Hexabromokolatanin, Pentacétyl- +pentabromokolatanin, etc.). + +Fondu avec les alcalis, ce tanin donne de la phloroglucine et de l’acide +protocatéchique. + + +Pour expliquer ce dédoublement et ses nombreux composés, les auteurs +admettent la formule suivante : + +[Formule chimique] + +qui en ferait un dérivé hydro-benzénique : ce serait un éther de l’acide +monométhyltrihydroxydihydrobenzoïque, éthérifié avec un +monométhylméthoxydihydrotriphénol. + +Malheureusement, tous ces dérivés bromés, acétylés, ainsi que le +kolatanin lui-même, ne sont pas cristallisés, et sont d’un intérêt bien +limité. Les auteurs n’ont eu entre les mains qu’un mélange de composés +taniques, parmi lesquels se trouvait très probablement en grande +quantité le corps retiré en 1907, par A. GORIS[209], dans le laboratoire +de l’un de nous et nommé _Kolatine_. + +Enfin MM. CHEVROTIER et VIGNE, quelques mois après cette découverte, ont +prétendu avoir extrait de la noix de Kola, un tannoglucoside, au moyen +de l’éther acétique[210]. Ils avouent n’avoir pu retirer le corps +signalé par A. GORIS ; cependant l’étude faite par ce dernier du +tannoglucoside en question, ne permet pas de le considérer comme autre +chose qu’un extrait obtenu par une méthode spéciale et renfermant une +assez grande proportion de cette kolatine, dont il convient de rappeler +la préparation et les caractères chimiques. + + + =Extraction de la Kolatine= (GORIS). + + +1o _Préparation de la matière première._ — Au début de son travail, +l’auteur insiste sur ce point, qu’il est indispensable pour ces +recherches d’avoir constamment à sa disposition des noix fraîches ou +traitées de telle façon que le principe actif ne s’y trouve pas altéré. +Il a donc tout d’abord essayé de conserver les noix fraîches pendant un +certain laps de temps et de la façon suivante. + + +_Conservation._ — Les noix de Kola, exemptes de toutes traces +d’altération sont déposées par couches dans des boites en fer blanc de +la contenance de 500 à 1.000 gr. que l’on garde dans un endroit sec. Ces +graines peuvent ainsi se conserver un laps de temps variable (deux, +trois et même quatre mois), pendant lequel on vérifie leur état tous les +4 ou 5 semaines, en ayant soin d’enlever les noix qui commencent à se +tacher. + +Dans ces _conditions d’obscurité_, la graine continue à vivre ; elle +absorbe l’oxygène de l’air et _exhale de l’acide carbonique_ qui +s’accumule dans la boite et ralentit encore la vitalité de ces graines. + +_A la lumière_, dans des flacons de verre bouchés, par exemple, les +résultats sont moins bons. Il y a bien, comme précédemment, absorption +d’oxygène et mise en liberté d’acide carbonique, mais peu à peu le gaz +carbonique est absorbé, et les cotylédons ne tardent pas à verdir. + +Lorsque les graines ainsi conservées sont près de mourir, leur +transpiration est énorme et les parois des vases ruissellent d’eau ; la +mort arrive alors très rapidement, et avec elle apparaît immédiatement +la couleur rouge rouille caractéristique des noix de Kola sèches. + +Ce mode de conservation n’est pas sans présenter quelques aléas dans la +réussite ; de semblables recherches ne pouvaient être poursuivies avec +fruit qu’à la condition d’être sûr du réapprovisionnement en noix +fraîches, à moins de trouver un procédé amenant leur dessiccation sans +ce que ce phénomène fut accompagné d’aucune transformation chimique, ce +qui pouvait sans doute être obtenu en détruisant les ferments de la +graine. A cette époque, une seule méthode avait été préconisée qui +reposait sur l’emploi de l’alcool bouillant, décrite par BOURQUELOT, +puis KNOX et PRESCOTT. + + +_Procédé à l’alcool bouillant._ — Ce procédé bien connu consiste à +laisser tomber les noix de Kola coupées au fur et à mesure dans l’alcool +à 95° bouillant. + +Mais il n’est pas sans offrir dans la pratique divers inconvénients : + +1o la noix de Kola renfermant 50 à 60 % d’eau, le titre de l’alcool se +trouve très vite considérablement diminué et on ne saurait atteindre le +but poursuivi en opérant en milieu trop aqueux ; + +2o ce traitement préalable à l’alcool bouillant crée de nombreuses +difficultés quand on veut par la suite faire agir sur les noix de Kola +d’autres solvants tels que chloroforme, éther, acétone, éther acétique, +etc., car l’alcool a évidemment enlevé aux semences une partie des +principes qui y sont solubles. + +Il était donc absolument indispensable de trouver une autre méthode et +M. GORIS pensa dès lors au procédé classique de stérilisation. + + +_Stérilisation_ (Procédé GORIS et ARNOULD). — Le procédé consiste à +détruire, par la chaleur au moyen de l’autoclave, la koloxydase, aussi +bien d’ailleurs que les autres ferments qui peuvent exister dans la +noix. + +Pour cela, les noix de Kola entières et ouvertes (ce qui s’obtient +facilement, sans froisser les tissus, en introduisant un petit coin de +bois dans la fente cotylédonaire), sont disposées par couches de faible +épaisseur dans des paniers en fil métallique. On chauffe un autoclave à +100°, et on laisse fluer abondamment la vapeur. On y introduit alors les +paniers, et le couvercle étant revissé, on purge l’appareil d’air[211]. + +On élève la température à 110°, et, on la maintient pendant 5 à 10 +minutes, suivant la quantité de graines introduite. La stérilisation +terminée, on retire les noix, on les coupe en menus fragments, qu’il ne +reste plus qu’à faire sécher à l’air libre ou à l’étuve. Les noix +primitivement blanches gardent cette couleur ; leur surface externe +seule est devenue faiblement roussâtre, les noix rouges, au contraire, +changent de teinte et deviennent violettes. + +Il est indispensable d’effectuer ces opérations très rapidement et +d’introduire les noix de Kola dans l’autoclave préalablement chauffé à +100° ; Pour que l’oxydase ne puisse agir, il faut que la température des +noix _passe rapidement_ de la température ordinaire, à celle de 70° ; +quand la température est de 110° à la surface des graines, elle ne +dépasse probablement pas 70 à 80° à l’intérieur des cotylédons ; en tout +cas, les principes actifs de la noix de Kola fraîche ne se trouvent pas +altérés. C’est avec des noix ainsi stérilisées, que A. GORIS a pu +préparer, avec aussi bon rendement que par le procédé à l’alcool +bouillant, la _Kolatine_, principe cependant très altérable. + +A l’aide de ces noix stérilisées, on peut obtenir une _poudre +blanchâtre_ avec les noix blanches, ou rouge violacée avec les noix +rouges, mais de conservation indéfinie et constituant une matière +première toujours à la disposition du chimiste ou de l’industriel à +toute époque de l’année et qui de plus, possède l’avantage de présenter +une composition invariable, ce qui ne saurait être assuré par aucun +autre procédé de conservation. + + +_Extraction de la Kolatine._ — Cette substance fut tout d’abord obtenue +par GORIS, en traitant les noix de Kola fraîches par l’alcool bouillant, +mais l’auteur abandonna presque aussitôt ce procédé, pour des raisons +que nous venons d’exprimer et préféra se servir de la _poudre de Kola +frais stérilisé_. + +Celle-ci est épuisée par de l’alcool à 80° à chaud, ou mieux encore à +froid par lixiviation et, les solutions alcooliques filtrées, distillées +dans un courant d’Hydrogène jusqu’à consistance sirupeuse, _sans +addition de carbonate de chaux_ (les rendements étant meilleurs en +gardant l’acidité naturelle des liqueurs alcooliques) fournissent une +colature qu’on introduit alors dans une ampoule à décantation avec du +chloroforme. Ce solvant dissout la caféine à l’état libre et une +substance résineuse qui nuit à la cristallisation du corps que l’on veut +obtenir. On décante et on continue les épuisements jusqu’à ce que le +chloroforme ne se colore plus en jaune, ce qui demande trois ou quatre +opérations. Finalement on laisse un excès de chloroforme en contact avec +la colature et on abandonne le tout au frais. Au bout d’un nombre de +jours variable, des cristaux apparaissent dans le liquide sirupeux qui, +très rapidement alors, se prend en une masse blanchâtre cristalline. On +filtre à la trompe et on lave avec de l’eau légèrement alcoolisée. Le +gâteau blanchâtre de cristaux, après dessiccation dans le vide +sulfurique, et pulvérisation, épuisé à plusieurs reprises par le +chloroforme bouillant, qui enlève très peu de caféine. On le redissout +ensuite au bain-marie dans de l’alcool à 30° et on abandonne à la +cristallisation sous la cloche sulfurique. + +Ce corps blanc cristallisé est une _combinaison faible de caféine et de +kolatine_, désignée sous le nom de _kolatine-caféine_. Pour en extraire +la kolatine, on le dissout, à chaud, dans une petite quantité d’eau, et +on épuise ensuite en _milieu aqueux_ par du chloroforme jusqu’à ce que +ce dernier n’enlève plus trace de caféine. La solution aqueuse placée +dans le vide sulfurique, ne tarde pas à donner des cristaux de Kolatine. + + +_Purification._ — On traite la kolatine à purifier par de l’éther +rectifié du commerce, qui la dissout, et il reste, à l’état insoluble, +avec les impuretés, un autre corps cristallin. + +La solution éthérée de kolatine est distillée au Bain-Marie en ayant +soin de ne pas aller jusqu’à l’évaporation complète, qui est terminée à +l’air libre sans chauffer. On reprend le résidu éthéré par l’eau +faiblement alcoolisée et on abandonne à la cristallisation sous la +cloche à vide sulfurique. On obtient ainsi la kolatine très pure, que +l’on sépare et sèche dans le vide le plus rapidement possible, car +humide, elle s’oxyde assez facilement en donnant un rouge phlobaphémique +(rouge de Kola). + + + =Propriétés de la Kolatine.= + + +La Kolatine est un composé de formule C⁸H⁸O⁴, elle cristallise en +aiguilles prismatiques fragiles. Elle est assez peu soluble dans l’eau, +d’autant moins soluble qu’elle est plus pure. Très soluble dans les +alcools méthylique et éthylique, l’acide acétique, l’acétone, +extrêmement peu soluble dans l’éther, pratiquement insoluble dans la +benzine, le chloroforme, la ligroine. + +Elle fond à 148° (fusion instantanée au Bloc MAQUENNE) ; elle ne possède +pas de pouvoir rotatoire. Elle est très difficile à purifier, car aucun +dissolvant saturé à chaud ne donne la Kolatine par refroidissement et de +plus elle reste facilement en saturation. + +Par le perchlorure de fer, elle fournit une coloration vert émeraude +devenant rouge par l’ammoniaque ou la soude et violette par le carbonate +de soude ; cette coloration est identique à celle que donnent les +dérivés pyrocatéchiques. + +Ce corps n’est pas acide, il ne décompose pas le bicarbonate de potasse +en solution, et cependant sa solution aqueuse colore très faiblement le +papier bleu de tournesol. Il réduit à froid et complètement le nitrate +d’argent ammoniacal ; il réduit également la liqueur de Fehling à chaud. + +[Illustration : FIG. 36. — Cristaux de Kolatine (GORIS), d’apres une +microphotographie.] + +Pur, il précipite l’acétate de plomb, le bichromate de potasse, +l’acétate de cuivre ; sans réaction sur l’émétique ni l’albumine. Il +précipite la gélatine en solution concentrée, mais le précipité est +soluble à chaud ou par addition d’eau. La solution aqueuse absorbe +l’iode en le décolorant ; avec le brôme, elle donne un précipité +jaunâtre. Contrairement au Kolatanin de KNOX et PRESCOTT, il ne +précipite pas la quinine. La solution mère d’où est retirée la Kolatine +précipite au contraire abondamment cet alcaloïde. Ce fait permet +d’affirmer que le produit isolé par KNOX et PRESCOTT est un mélange de +composés tanniques renfermant ce composé. + +La solution aqueuse de Kolatine rougit peu à peu en présence des +alcalis, même d’une trace d’ammoniaque. + +On sait que la noix de Kola fraîche coupée et abandonnée à l’air ne +tarde pas à s’oxyder et à prendre une couleur rouille caractéristique ; +nous avons essayé de reproduire cette oxydation _in vitro_ sur la +kolatine. + +La solution de kolatine additionnée de suc de Russule (laccase et +tyrosinase) et de suc d’artichaut (cynarase) et abandonnée à l’air ne se +colore pas. La solution reste couleur jaune paille. + +Si avant d’ajouter les ferments oxydants, on prend soin d’additionner la +solution de kolatine d’un peu de CO³Ca et que l’on filtre, la solution +ne tarde pas à rougir et au bout d’un temps variable, quelque fois assez +long (plusieurs jours), il se forme un dépôt rougeâtre qui serait un +« rouge ». + +La formation de ce rouge est encore plus rapide si l’on fait bouillir la +solution de kolatine avec une goutte d’SO⁴H² ou HCl dilué avant +d’ajouter du carbonate de chaux et les sucs fermentaires. + +Cette différence dans les réactions ne pourra s’expliquer que lorsque +l’on connaîtra la constitution chimique de la kolatine. Or, jusqu’à +maintenant, les essais entrepris en vue de l’établissement de cette +constitution, n’ont donné aucun résultat appréciable. + +On peut seulement dire que la kolatine est un corps à fonction +phénolique, se rapprochant des tanins, et que les réactions données par +ce corps font envisager la possibilité de le ranger parmi les composés +ayant des relations chimiques avec les _catéchines_[212], dont la +formule n’a pas encore été établie d’une façon certaine. + +Tel était l’état de la question, il y a quelques semaines encore, +lorsque M. GORIS isola de la _noix fraîche_, un deuxième corps +cristallisé appartenant comme le premier au groupe des catéchines, la +_Kolatéine_[213]. C’est ce composé qui existait dans la Kolatine et qui +restait insoluble en traitant cette dernière par l’éther ; dans ses +publications sur la Kolatine, cet auteur avait déjà laissé entrevoir la +présence de cette substance qu’il put obtenir cristallisée de la manière +suivante : + +Dans les eaux-mères de cristallisation de Kolatine abandonnées au repos, +il remarqua qu’il se formait une certaine quantité de cristaux +volumineux, atteignant jusqu’à un centimètre de longueur et 2 à 5 +millimètres d’épaisseur. Ces cristaux groupés en masse volumineuse ont +été séparés à la main très facilement. Malheureusement, placés trop +précipitamment sous une cloche à acide sulfurique, ils ont effleuri et +sont tombés en poussière. + +Cette propriété a fait de suite supposer que l’on pouvait être en +présence de la _phloroglucine_, signalée par BERNEGAU, mais l’étude +poursuivie montre que les propriétés de ce corps l’éloignent +complètement de ce polyphénol. + +Les cristaux étant purifiés soit par cristallisations successives dans +l’eau après décoloration au noir animal, soit par dissolution dans +l’acétone absolu et addition ménagée de chloroforme, on obtient, dans le +premier cas, des cristaux aiguillés analogues à ceux de la Kolatine, +dans le second, des prismes assez volumineux. + +Ce corps brûle sans résidu, il ne dégage pas de CO² avec le bi-carbonate +de potasse, il précipite par l’acétate de plomb, se colore en vert par +le perchlorure de fer et la solution devient rouge violacé par addition +d’ammoniaque. + +Il est très soluble dans l’eau chaude, moins dans l’eau froide, soluble +dans l’alcool, l’acétone, l’alcool méthylique, insoluble dans l’éther, +le chloroforme, l’éther de pétrole, le xylol. Il cristallise à l’état +hydraté dans l’eau et à l’état anhydre dans l’acétone. + +Il se rapproche de la phloroglucine par sa propriété de perdre +facilement son eau de cristallisation. De plus, lorsqu’on évapore une +solution alcoolique de vanilline et de ce composé en présence d’HCl, le +résidu se colore en rouge intense, et enfin le réactif sulfo-vanillique +de RONCERAY le colore également en rouge comme la phloroglucine. + +Mais au contraire il diffère complètement de ce triphénol : 1o _par sa +saveur amère_, celle de la phloroglucine étant franchement sucrée, par +la coloration verte qu’il donne avec Fe²Cl⁶, le phloroglucine dans ces +conditions dans une coloration bleu violacé ; _par son point de fusion_, +car la phloroglucine fond nettement à 127°, et ce composé instantanément +au bloc Maquenne à 257°-258°. Quand on opère sur le corps hydraté, il +commence d’abord par perdre son eau de cristallisation, puis à 240° +semble s’altérer, car il se colore en rouge et ne fond instantanément +que 20° plus haut. Les deux produits provenant des deux traitements +signalés plus haut se sont comportés de la même façon. + +La trop petite quantité de produit a empêché M. GORIS de pousser plus +loin cette étude délicate et de déterminer quelle est la nature exacte +de ce composé chimique nouveau pour le Kola. Il n’existe aucun doute que +l’on ne se trouve encore en présence d’un corps du groupe des +catéchines, entrant dans la composition du _complexe actif de la noix de +Kola fraiche_. Quelles sont ses relations avec la caféine et la +kolatine ? C’est sans doute ce que les recherches en cours nous +apprendront un jour. En tous cas, la découverte de ces composés du +groupe des catéchines permet d’expliquer (ou tout au moins de concevoir) +les causes des divergences d’opinion de savants chimistes sur la +substance dénommée « _rouge de Kola_ ». Celle-ci ne saurait être autre +chose qu’un mélange des produits de dédoublement et d’oxydation de ceux- +là et, partant, sa composition et aussi son action, varient avec les +méthodes d’extractions et l’état de conservation des noix servant aux +expériences. + +[Illustration : FIG. 37. — Cristaux de Kolatéine (GORIS) d’après une +microphotographie.] + +Signalons enfin, pour terminer cet exposé de nos connaissances chimiques +sur la noix de Kola, que O. GÖRTE[214] y a signalé la présence de +_Bétaïne_ dans la proportion de 0,25 à 0,45 %, fait récemment confirmé +par POLSTORFF[215]. + +En résumé, on connaît maintenant un certain nombre de corps définis +entrant dans la composition de la noix de Kola. C’est d’abord la +_caféine_ en proportion variable, généralement de 0,80 à 2,40 %, et une +petite quantité de _théobromine_ ; ces deux bases xanthiques se +rencontrent dans différents végétaux tous utilisés comme aliments de +luxe ou comme médicaments (Café, Thé, Cacao, _Paullinia_, Maté) et sous +des combinaisons présentant les plus grandes analogies[216]. + +A ces deux corps, il faut ajouter les deux substances découvertes par A. +GORIS, appartenant au groupe des catéchines, dont le rôle est sans doute +de solubiliser la caféïne dans la graine fraîche. La _kolatine-caféine_ +se rapproche évidemment des corps étudiés par BRISSEMORET et tout +particulièrement de la combinaison de l’acide protocatéchique avec cette +même base. + +Ces recherches éclairent d’un jour nouveau la question de l’action +physiologique spéciale de la noix fraîche et nous aurons l’occasion de +revenir sur ce point important. Il n’est pas non plus jusqu’à la +présence de la _bétaïne_ qui ne puisse, sous ce rapport, entrer en ligne +de compte. + +Quant au _rouge de Kola_ et à la _Kolanine_ obtenue de la noix sèche, en +précipitant d’une façon générale par l’eau, l’extrait alcoolique, +débarrassé de caféine libre par le chloroforme, ce sont des poudres +amorphes formées de substances de la nature des _tanins_ dits +_phlobaphéniques_, insoluble dans l’eau et contenant encore de la +caféine combinée. Leur nature glucosidique est plus que douteuse, car il +n’est pas prouvé que les sucres réducteurs trouvés, après hydrolyse, par +M. BOURDET[217], dans la proportion de 3,25 %, proviennent du complexe +renfermant la caféine dans sa molécule. + +La nature du tanno-glucoside de MM. CHEVROTIER et VIGNE reste encore à +établir, et quant au _Kolatanin_ de KNOX et PRESCOTT, on peut le +considérer comme de la Kolatine impure, mélangée à d’autres composés +tanniques. Il est donc encore impossible d’établir, avec exactitude, la +composition chimique de la noix de Kola, on peut seulement résumer ce +que nous savons dans les chiffres suivants : + + POUR 100 + (rapportées à la + matière sèche) + --- + + Eau 50 à 60 gr. + + Cellulose 10 à 12 + + Cendres 1,5 à 2 + + Amidon 18 à 25 + + Sucre réducteur 0,74 (Bourdet) + + — (après hydrolyse) 3,25 (Bourdet) + + Matières tanniques 1,5 à 2 + + _Kolatine-Caféine_ 0,60 à 0,70 + + _Kolatéine_ ? ? + + Autres combinaisons de _Caféine_ 0,50 à 0,60 + + _Théobromine_ traces + + _Bétaïne_ 0,15 à 0,45 + + * * * * * + + +[Note 153 : HECKEL et Fr. SCHLAGDENHAUFFEN. — Des Kolas africains aux +points de vue botanique, chimique et thérapeutique. _J. Ph. et Ch._, 5e +série, 1883, VII, pp. 556-568 ; VIII, pp. 81-96, 177-208, 289-306.] + +[Note 154 : KNEBEL. — Die Bestandtheile der Kolanuss. _Inaug. Diss._ +Erlangen, 1892. — Zur chemischen Kenntniss der Kolanuss. _Apotek. +Zeit._, 1892, VII, p. 112.] + +[Note 155 : KNOX et PRESCOTT. — The Coffein compound of Kola. _Pharm. +Review_, 1897, XV, pp. 172-176, 191-195, 214-219 et _Journ. Am. Chem. +Soc._ 1907, XIX, pp. 63-90 ; 1908, XX, pp. 34-78.] + +[Note 156 : La mise au point de cette question a été faite récemment par +MM. PERROT et GORIS (_Bull. des Sc. pharmacologiques_, Paris, 1907, XIV, +pp. 576-593). Nous faisons ici à cette revue, les plus larges emprunts.] + +[Note 157 : F. DANIELL. — On the Kola-nut of tropical West-Africa (The +Guru-nut of Soudan), _Pharm. Journ._, 1864-65, VI, pp. 450-457.] + +[Note 158 : LIEBIG in ROHLFS G. — Reise durch nordafrika vom +mittellandischen Meere bis zum Busen von Guinea, 1865-1867, in KNEBEL, +_Inaug. Diss._, loc. cit., pp. 8.] + +[Note 159 : ATTFIELD. — On the food-value of the Kola-nut. A new source +of theine. _Pharm. Journ._, VI, 1864-65, p. 457-460.] + +[Note 160 : HECKEL et SCHLAGDENHAUFFEN. — Loc. cit., VIII, p. 188.] + +[Note 161 : LASCELLES-SCOTT. — New commercial plants, 1886. In HECKEL, +Kolas africains. _Ann. Inst. col._ Marseille, 1893, I. p. 169.] + +[Note 162 : CHODAT et CHUIT. — Etude sur les noix de Kola. _Arch. des +Sc. Phys. et nat._ Genève, 1888, XIX. p. 498-518.] + +[Note 163 : UFFELMANN et BÖMER. — Die chemische Zusammensetzung der +Colanus. _Zeitsch. f. angew-Chem._, VII, 1894, p. 710.] + +[Note 164 : KNOX et SCHLOTTERBECK. — Analyse von Kola. _Pharm. +Rundschau._ XIII, 1895, p. 204.] + +[Note 165 : KŒNIG. — Chemie der menschlichen Nahrungs und Genussmittel. +Berlin, Springer, 1903-04, I, p. 1041 ; II, p. 1120.] + +[Note 166 : J. JEAN. — Les préparations pharmaceutiques à base de noix +de Kola. _Répert. de pharm._, 1896, 3e série, VIII, p. 50.] + +[Note 167 : DOHME et ENGELHART. — Some observations regarding Kola-nuts. +_Amer. Journ. of pharm._, 1896, LXVIII, p. 5.] + +[Note 168 : THOMSON. — Estimation of tanin and Alkaloids of Kola. _Amer. +Journ. of pharm._, 1895, LXVII, p. 518.] + +[Note 169 : L. BERNEGAU. — Ueber Kolanüsse. _Apotek. Zeit._, 1898, XIII, +p. 680.] + +[Note 170 : DIETERICH. — Ueber die Bestandtheile des frischen, +getrockneten und gebrannten Kolanuss. _Pharm. Centralh._, 1896, XXXVII, +p. 544.] + +[Note 171 : A. BALLAND. — Les aliments, Paris, 1907, p. 115.] + +[Note 172 : _C. acuminata_ est le synonyme de _C. nitida_ et les noix +rapportées à _C. Ballayi_ appartiennent probablement au _C. acuminata_ +Schott et Endl.] + +[Note 173 : TOPPING. — Examination of Kola. _Proced. of the Amer. pharm. +Assoc._, 1894, XLII, p. 176.] + +[Note 174 : KNOX et PRESCOTT. — Loc. cit. _Journ. Amer. Soc._, XIX, p. +74.] + +[Note 175 : HECKEL. — Les Kolas africains. _Ann. Inst. col._, Marseille, +1893, I, p. 167.] + +[Note 176 : CHODAT et CHUIT. — _Loc. cit._, p. 514.] + +[Note 177 : WAAGE. — Ueber Verunreinigungen von Drogen. _Ber. d. d. +pharm. Gesells._, 1893, III, p. 167.] + +[Note 178 : KILMER. — Bissy nuts, the Kola of the West Indies. _Amer. +Drug. and pharm. Rec._, 1894, XXV, p. 356. + +— Kola and kolanin. _Amer. Drug. and pharm. Rec._, 1896, XXVIII, 88-92.] + +[Note 179 : POSKIN. — Das Rotten der Kolanusse. _Journ. der. pharm. von +Elsass-Lothringen_, 1895, XXV, p. 356.] + +[Note 180 : DIETERICH. — Ueber Kolanüsse. _Apotek. Zeit._, 1896, XI, p. +810. + +— Ueber Wertbestimmung der Kolanus und des Kolaextraktes. _Apotek. +Zeit._, 1897, XII, p. 638 ; _Pharm. Zeit._, 1897, XLII, p. 647.] + +[Note 181 : SCHUMM. — Ueber Prufung von Kolanussen und Kolanussextraken, +ihren Gehalt an Gesamtalkaloid. _Apotek. Zeit._, 1898, XIII ; et +_Naturf. Versamml._ Dusseldorf 1898.] + +[Note 182 : THOMS. — Untersuchung eines Bernegau’schen Kolapräparates. +_Ber. d. d. pharm. Gesells._, 1898, VIII, p. 125.] + +[Note 183 : SCHURMAYER. — Ueber die Vervendung frischer Kolanüsse. +_Apotek. Zeit._, 1898, XIII, p. 683.] + +[Note 184 : J. WARIN. — Dosage des alcaloïdes de la noix de Kola et de +son extrait fluide. _Journ. pharm. chim._, 6e série, 1902, XV, p. 373.] + +[Note 185 : J. DEKKER. — Untersuchung der Blätter von Theobroma Cacao +und Sterculia Cola auf darin enthaltene Xanthinbasen. _Schweiz. Woch. f. +Chem. u. Pharm._, 1902, XI, p. 159.] + +[Note 186 : HECKEL. — Kolas africains. _Loc. cit._, 159.] + +[Note 187 : HECKEL. — Kolas africains. _Loc. cit._, p. 163.] + +[Note 188 : KNEBEL. — _Inaug. Diss._, Loc. cit., p. 15.] + +[Note 189 : G. SCHWEITZER. — Zur Kenntniss der coffein und +theobrominhaltigen Glycoside in den Pflanzen. _Pharm. Zeit._, 1898, +XLIII, p. 380.] + +[Note 190 : E. HECKEL. — Sur la constitution chimique et l’action +physiologique du rouge de Kola ; comparaison avec la caféine. _Répert. +pharm._, 1892, 3e série, IV, p. 433-439.] + +[Note 191 : CARLES. — Pharmacologie des Kolas. Titrage des Kolas et +formes pharmaceutiques. _Bull. Soc. pharm. Bordeaux_, 1896, XXV, pp. +193-212.] + +[Note 192 : Kolanin KNEBEL. — _Apotek. Zeit._, 1897, XII, p. 500.] + +[Note 193 : G. FRANÇOIS. — De l’influence de la kolanine sur la richesse +en alcaloïde de la noix de Kola. _Journ. de Pharm. d’Anvers_, 1897, +LIII, pp. 445-46.] + +[Note 194 : KNOX et PRESCOTT. — _Pharm. Rev._, loc. cit., p. 215.] + +[Note 195 : DIETERICH. — _Pharm. Zeit._, loc. cit., p. 647.] + +[Note 196 : KREWEL. — Zur chemischen Characteristik des Kolanin KNEBEL. +_Pharm. Zeit._, 1897, XLII, p. 794.] + +[Note 197 : J. JEAN. — Les préparations pharmaceutiques à base de noix +de Kola. _Répert. de Pharm._, 1896, 3e série, VIII, pp. 49, 54, 99.] + +[Note 198 : DIETERICH. — _Pharm. Centralh._, loc. cit.] + +[Note 199 : BERNEGAU. — Die Kolanuss als Arznei und Genussmittel. +_Apotek. Zeit._, 1897, XII, pp. 404-406. Ueber kolanin. _Pharm. Zeit._, +1897, XLII, p. 803.] + +[Note 200 : CARLES. — Pharmacologie des Kolas. _Journ. Pharm. Chim._, +1896, 6e série, IV, p. 104.] + +[Note 201 : CARLES. — Pharmacologie des Kolas. _Bull. Soc. pharm. +Bordeaux_, loc. cit., p. 205.] + +[Note 202 : E. WILSDORFF. — Brev. allemand W. 8382, 1892. _Journ. Pharm. +Chim._, 5e série, XXVIII, 1893, p. 26.] + +[Note 203 : L. BERNEGAU. — Studien über die Kola. _Ber. d. d. pharm. +Gesells._, 1900, X, p. 80. — Mittheilungen über eine Reise nach West- +Africa. _Apotek. Zeit._, 1901, XVI, p. 725. — Ueber die Isolierung der +Alkaloïd aus der Kolanuss. _Ber. d. d. pharm. Gesells._, 1898, VIII, p. +403. — Die Bedeutung der Kolanuss als Futterstoff. _Jahrb. d. Pharm._, +1897, p. 221.] + +[Note 204 : L. BERNEGAU. — Ueber die Darstellung von Kolarot. Brev. +allemand, 137060, 1902. _Apotek. Zeit._, 1902, XVII, p. 841.] + +[Note 205 : SIEDLER. — Ueber die eingegangener Drogen. _Ber. d. a. +pharm. Gesells._, 1898, VIII, pp. 16-18.] + +[Note 206 : BOURQUELOT. — Ferments solubles oxydants et médicaments. +_Journ. Pharm. Chim._, 6e série, 1896, IV, p. 481.] + +[Note 207 : H. MASTBAUM. — _Chem. Rev. über d. Fett- u. Harzindustrie_ +1907, IV, p. 1 (d’après _Pharm. Centralh._ 1907, p. 704).] + +[Note 208 : KNOX et PRESCOTT. — _Pharm. Rev._, loc. cit., p. 172.] + +[Note 209 : A. GORIS. — Sur un nouveau principe retiré de la Kola +fraîche. _C. R. Ac. Sc._, Paris, 1907, CXLIV, p. 1162 et _Bull. Sc. +pharmacol._, 1907, XIV, p. 646.] + +[Note 210 : CHEVROTIER et VIGNE. — Sur la noix de Kola fraîche. _Bull. +Sc. pharmacol._, 1906, XIII, p. 620 et aussi : Notes pharmacologiques +sur la noix de Kola. _C. R. Ac. Sc._, 1907, CLIII, pp. 175-178.] + +[Note 211 : GORIS et ARNOULD. — Conservation et stérilisation des noix +de Kola fraîches. _Bull. Sc. pharmacol._, 1907, XIV, p. 159.] + +[Note 212 : GORIS et FLUTEAUX. — Etat actuel de nos connaissances sur +les plantes renfermant de la caféine. _Bull. Sc. pharmacol._, XVII, +1910, p. 606-609.] + +[Note 213 : A. GORIS. — Sur un second composé cristallisé de nature +phénolique retiré de la Kola fraîche ou stabilisée. _Bull. Sc. +pharmacol._, XVIII, 1911, p. 138.] + +[Note 214 : O. GÖRTE. — _Inaug. Diss._, Erlangen, 1902.] + +[Note 215 : POLSTORFF. — Ueber das Vorkommen von Betainen und von Cholin +in Coffein und Theobromin enthallenden Drogen. _Festsch._ OTTO WALLACH, +Göttingen, 1909, pp. 569-578.] + +[Note 216 : A. GORIS et FLUTEAUX. — Plantes renfermant de la caféine. +Loc. cit.] + +[Note 217 : P. BOURDET. — Les sucres de la noix de Kola fraîche. _Bull. +Sc. pharmacol._, XVI, 1906, p. 650.] + + + + + CHAPITRE XII. + + * * * * * + + =Action physiologique de la noix de Kola.= + + * * * * * + + +Les premières recherches sur l’action physiologique de la noix de Kola +ont été faites à l’instigation du Dr E. HECKEL qui fut, nous l’avons +dit, le véritable introducteur de cette drogue dans l’alimentation et la +thérapeutique européennes. De nombreuses controverses et parfois même +d’âpres discussions se sont élevées dès les premières publications de ce +savant, qui eurent un retentissement considérable, jusqu’au sein de +l’Académie de Médecine. + +Il serait fastidieux de reprendre ici l’historique complet de ces +discussions, exposées tout au long dans l’ouvrage du Dr HECKEL ; nous +les résumerons très brièvement et nous analyserons ensuite les +principaux travaux parus depuis cette époque. Hâtons-nous de dire que la +question de la pharmacodynamie du Kola doit aujourd’hui se diviser en +deux parties, suivant que l’on s’adresse à la noix fraîche ou au produit +sec qui, à cette époque, sauf de rares exceptions, parvenait seul sur +nos marchés. Ce que nous venons de dire sur les différences de +composition chimique, montre qu’il n’y a pas lieu de s’étonner des +variations constatées dans l’action de la drogue, et BINGER[218] avait +certes bien raison d’écrire : + +« Jusqu’à présent, les expériences faites en France sur l’emploi du Kola +ont donné peu de résultats. Cela tient à ce que l’on se sert du Kola +desséché. Il serait cependant bien facile d’en faire venir du frais en +se servant de l’emballage de feuilles ». + +Ce fut cependant beaucoup plus tard seulement que l’on devait +s’apercevoir de la véracité de cette assertion. + +Le premier travail d’ensemble sur cette question est dû au Dr +MONNET[219], élève de DUJARDIN-BEAUMETZ ; quelques années plus tard, +parut celui de PARISOT[220], élève de GERMAIN SÉE. Ces auteurs[221], +suivant la pensée de leurs maîtres, ne voyaient dans l’action du Kola +que le rôle joué par la caféine et c’est de cette époque que date la +principale discussion entre HECKEL et GERMAIN SÉE, au cours de laquelle +le premier dut s’élever avec la plus grande énergie contre les +conclusions trop excessives de l’autre. HECKEL attribuait au _rouge de +Kola_ une activité particulière qui devait s’ajouter à celle de la +caféine et les études récentes sur la composition chimique lui donnent +évidemment raison, puisque cette substance renferme sans doute encore +une petite quantité de caféine combinée au tanin, et que ce composé +tannique peut n’être pas sans influence sur l’organisme. + +De nombreux essais furent entrepris dès cette époque dans l’armée, dans +les clubs d’alpinistes, dans certaines sociétés sportives, et partout on +confirma l’action excitante du Kola, qui permet à l’organisme de +supporter pendant un temps relativement long des fatigues +supplémentaires. + +Aux conclusions de HECKEL[222], exposées dans différents mémoires, +vinrent s’ajouter celles de R. DUBOIS[223] qui attribuaient au _rouge de +Kola_ une action comparative à celle de la caféine, mais bien +supérieure, et cela fut encore confirmé par MM. MONNAVON et +PERROUD[224], et ensuite par le Docteur MARIE[225], médecin stagiaire au +Val de Grâce, et enfin le Dr KOTLAR[226], de Saint-Pétersbourg. + +Une note un peu discordante fut jetée dans le débat par M. le Dr +RODET[227], mais il ne semble pas que ses conclusions puissent +controuver les déductions tirées de ses belles expériences par le Dr +MARIE. + +Le lecteur intéressé trouvera tous détails qu’il serait superflu de +répéter ici, dans l’ouvrage de HECKEL. + +MOSSO, le célèbre physiologiste de Turin, prouve également que la noix +de Kola, dépouillée de sa caféine, conserve encore une activité +manifeste, mais il démontre que la Kolanine et le rouge de Kola sont +inactifs, ce qui controuve en partie les faits énoncés ci-dessus et rend +inexplicable cette action du Kola privé de sa caféine ; mais on sait +aujourd’hui qu’il doit y avoir là une erreur, à moins que MOSSO ne se +soit adressé à un rouge de Kola préparé de telle façon qu’il ne renferme +plus de traces de caféine, ce qui est très peu vraisemblable. + +En 1894, WALTER BARR[228], de Quincy (Illinois), publie à son tour une +magistrale étude sur l’action physiologique du Kola, dans laquelle, +influencé par les recherches chimiques de KNEBEL, il part de ce principe +que c’est de la kolanine que dépend l’action physiologique du Kola. +Mais, d’autre part, comme il croit aussi à la possibilité de l’action +d’autres substances, il emploie pour ses expériences à la fois des noix +fraîches ou leurs préparations et des noix sèches ou leurs préparations. + +L’action de ces dernières fut, dit-il, de même ordre que celle obtenue +des premières, mais cependant plus actives et ce n’est +qu’occasionnellement, d’après lui, que l’action bien connue de la +caféine s’ajouta à celle du principe actif du Kola. Comme le travail de +ce savant thérapeute est peu connu, il nous a paru utile d’y faire de +larges emprunts. + +W. BARR pense que les résultats contradictoires obtenus, jusque-là, par +les cliniciens ne sont en somme « qu’un tissu d’erreurs nettement +apparentes et provenant d’une généralisation trop hâtive. Ils confirment +cette évidence chimique que la noix de Kola est quelque chose de plus +que de la caféine pure et simple ». Mais ces contradictions rappellent à +l’auteur celles tout à fait comparables découlant des travaux sur les +_Pilocarpus_ avant la découverte de la jaborine, comme facteur de leur +pouvoir dynamique. + +« Les cliniciens, ajoute-t-il, ont bien noté les effets du Kola sur le +fonctionnement du cœur, sur les muscles, sur la tension artérielle, sur +son pouvoir de prévenir ou d’amoindrir pour une plus ou moins longue +durée, la fatigue, mais ils n’ont fait aucun travail sérieux touchant à +l’analyse de son action sur l’économie humaine et spécialement de son +effet sur le système nerveux. » + +Malgré les difficultés d’une pareille recherche, difficultés que WALTER +BARR n’ignorait point, il a établi pendant plusieurs années, dans ce +but, des séries d’expériences en prenant les plus grandes précautions +pour se mettre à l’abri de toute cause d’erreur. + +Après avoir choisi un nombre suffisant d’individus de différents types, +au physique et au moral, parfaitement éduqués pour servir de sujets +d’observation, on leur administra dans des conditions aussi semblables +que possible, la même dose et au même moment. + +Chaque expérience dura plus d’un mois et l’on s’appliqua spécialement à +varier les doses. Aucun sujet ne pouvait entrer en communication avec un +autre et chacun adressait à l’auteur un rapport écrit de ses +observations de chaque jour. Et, pour bien montrer la valeur de son +travail, celui-ci insiste particulièrement sur ce point, qu’il n’eut +jamais dans ces rapports à constater d’invraisemblances flagrantes. + + +_Action sur le système nerveux._ — « Quand l’expérience fut terminée, on +put constater que chaque variation d’effet provenait d’une variation +correspondante de dosage, d’une équation personnelle constante de +sensibilité, ou de variations de conditions ou de circonstances ». + +Un grand nombre d’observations du même genre furent également faites sur +des gens sans instruction, qui ignoraient ce qu’ils prenaient : les +indications ainsi fournies n’ont fait que confirmer les résultats des +expériences et l’on put ainsi établir l’action dynamique du Kola. + +Les doses moyennes amènent une stimulation de l’intelligence, légère en +ce qui concerne la rapidité et la clarté de la pensée, mais profonde si +l’on envisage la capacité de l’effort soutenu. A doses élevées, l’effet +est renversé ; on constate dans ce cas, de la fatigue mentale et un +malaise célébral, d’où résulte de la paresse mentale ayant un effet +frappant sur la mémoire. + +« Un sujet à table à qui l’on demandait de passer un plat, se trouvait +dans l’impossibilité de se rappeler quel objet on venait de lui +demander ; un autre faisait des efforts énormes pour se souvenir d’une +ligne lue dans un livre après avoir refermé ce dernier et, il n’y +pouvait parvenir ; etc. ». + +Mais on n’enregistra jamais de dépression consécutive. + +« Depuis quelques années, dit le distingué praticien, j’enseigne que le +mot « stimulation » doit être considéré comme exprimant deux idées +différentes : soit une suractivité, toujours suivie d’une dépression, +soit une action tonique qui accroît la puissance de rendement, mais qui +n’est jamais suivie de dépression. Au point de vue du cerveau, la +première classe de stimulants amène toujours une « accoutumance » ; la +seconde classe, jamais. Le Kola appartient au groupe des _toniques +cérébraux_ stimulants (un mot nouveau serait utile) et il n’y a +certainement pas trace d’accoutumance dans ses effets. + +« Les doses moyennes produisent l’insomnie, sans excitation, par manque +du besoin ou du désir apparent de sommeil, ressemblant à l’impossibilité +qu’on éprouverait de dormir le matin une heure après son réveil. + +« De fortes doses, au contraire, entraînent l’apparition de langueur +mentale, de tristesse, d’insomnie suivie d’un sommeil profond, qui n’est +pas du tout physiologique et qui dure 12 heures et plus, sans qu’on +éprouve ensuite la sensation de repos. Elles produisent également du +vertige, des lourdeurs de tête, des migraines, et cela est en rapport +constant avec l’importance de la dose ingérée ; bref, une suite de +symptômes qui rappellent l’intoxication par la valériane. + +« L’acétanilide reste sans effet sur cette douleur qui persiste jusqu’à +ce que le sommeil ou l’exercice en amènent la disparition. + +« Les réflexes et les désirs sexuels sont augmentés par de faibles +doses, mais diminués par de fortes doses ; le désir de fumer est en +général amoindri, mais sans répugnance pour le tabac et cela pour ainsi +dire sans s’en apercevoir. A doses fortes, le désir de fumer est plus +intense, dans le but qui n’est pas atteint, d’arrêter la dépression +mentale ou physique. + +« Logiquement la drogue agit sur les cellules du cerveau, car les effets +ne sont pas du tout proportionnés à ceux qu’on observe sur la +circulation et ils en diffèrent totalement. Le sommeil qui en résulte +est un coma provenant d’une paralysie succédant à l’excitation exagérée +« overstimulation paralysis », ce qui au point de vue thérapeutique est +plutôt nuisible. L’action stimulante constatée sur les réflexes et les +désirs sexuels est suivie d’une paresse de l’excitabilité et d’une +paralysie de certaines parties du système sympathique. + + +_Système digestif._ — Deux heures après son administration, le Kola +cause une accélération marquée des mouvements péristaltiques comme aussi +de la sécrétion ; des doses de plus en plus fortes peuvent amener +d’abord de l’effet laxatif, puis purgatif, et même une forte diarrhée +avec coliques. Les selles sont normales comme couleur, à la période +laxative, plus foncées pendant diarrhée ; la langue est chargée et les +symptômes d’une surproduction biliaire apparaissent. L’administration de +liqueurs alcooliques ou aromatiques atténue la douleur, mais non la +diarrhée. Les effets sont absolument identiques quand le Kola est +administré à un estomac vide ou à un estomac plein. Après les repas, +l’ingestion de Kola accroît le pouvoir digestif d’une façon manifeste, +aussi bien sur les graisses et les matières protéiques que sur les +hydrates de carbone. + +W. BARR conclut que le Kola affecte les nerfs sympathiques de l’assise +musculaire de l’appareil digestif et des glandes sécrétrices. Cette +action n’est pas une irritation locale, puisqu’elle ne débute que deux +heures après l’ingestion et qu’elle est indépendante de la quantité +d’aliments ingérés. C’est sans doute à cette augmentation du pouvoir +digestif qu’est due l’augmentation consécutive de l’appétit. + + +_Appareil circulatoire._ — Il est manifestement impossible, dit +l’auteur, de déterminer par expérience quels sont les effets de la +drogue sur les mouvements du cœur de l’être humain. La tension s’accroît +notablement ; il n’y a pas d’effet constant sur la température et l’on +constate seulement parfois une élévation en rapport direct avec +l’augmentation de l’activité cardiaque. + +On peut conclure que l’effet du Kola n’est pas centralisé sur le cœur, +car cet effet n’est pas proportionnel à l’accroissement cérébral de +l’activité fonctionnelle et dure plus longtemps que l’excitation +cérébrale. Au point de vue de la stimulation du sympathique, il est +probable que les ganglions cardiaques sont le siège de l’action sur le +cœur[229]. + + +_Système musculaire._ — Des doses moyennes amènent la diminution de la +fatigue, sans dépression consécutive. On ne constate pas cette +augmentation de la puissance que produisent les vrais stimulants, mais +seulement _une aptitude plus grande à l’activité. La quantité de force +par unité de temps n’est pas accrue[230], mais le temps est prolongé_. +Un fait important est dûment constaté : c’est que l’activité musculaire +est le plus grand antagoniste de l’action générale de la drogue. L’effet +dynamique est exactement en raison directe de la dose et en raison +inverse de la quantité d’activité musculaire dépensée pendant le temps +de l’action ; les effets toxiques de doses élevées, au début de leur +apparition, peuvent disparaître par un simple exercice violent. + +Le volume et la teneur en matières solides de l’urine diminuent et la +durée de l’action dynamique de la dose, quoique très variable, est +d’environ six heures. Une seconde dose administrée avant que les effets +de la première aient disparu, produit les mêmes manifestations qu’une +dose double. Plus la dose est forte, plus l’action dynamique dure +longtemps, les doses toxiques agissant pendant douze heures et même +plus. + +L’action du Kola commence environ trente minutes après l’absorption, +quand il s’agit de préparations liquides et l’action dynamique atteint à +peu près son maximum une heure et demie ou deux heures après. + + +_Doses de Kola à ingérer._ — W. BARR se garde bien de donner les poids +de Kola administrés ; car, dit-il, cela pourrait induire en erreur et +conduire à des expériences dangereuses. Une quantité relativement +faible, qui produit chez un individu des effets à peine sensibles, peut +provoquer des phénomènes pathologiques chez un autre. + +Chez sept personnes prenant la même dose dans les mêmes conditions et au +même moment, on a observé sept variations graduées dans l’intensité de +l’action. « _La dose de Kola pour chaque individu est la quantité +suffisante pour produire l’action désirée_ ; il est inutile d’en dire +plus », conclut l’auteur. + +Les variations dans l’action du Kola chez différents individus, les +conditions d’administration étant les mêmes, sont fréquentes, mais +« chacune de ces variations est due à une variabilité de l’intensité de +l’action sur une partie quelconque de l’appareil sympathique ». On peut +donc prévoir un grand nombre d’actions individuelles. + +Une chose importante encore constatée par W. BARR, c’est l’antagonisme +de la noix vomique ou de la strychnine[231] envers les effets toxiques +de fortes doses de Kola, et l’auteur résume ainsi ses expériences : + +« Le Kola a une action spéciale sur les systèmes cérébro-spinal et +sympathique, action qui n’est pas du tout celle de la caféine et est due +à un autre principe actif. L’action primitive est une augmentation du +pouvoir actif du système cérébro-spinal et une augmentation de +l’activité du système sympathique ; une hyperexcitabilité renverse +l’action, comme c’est la loi en physiologie, mais il n’y a pas de +dépression consécutive du système cérébro-spinal, ni du sympathique, +excepté lorsque la dose est forte et, dans ce cas, la dépression se +manifeste seulement dans la partie la plus sensible à l’action de la +drogue (certains réflexes et les désirs sexuels). + +« Le ralentissement de l’hyperexcitabilité du cerveau amène des effets +physiologiques marqués qui sont dangereux si l’intoxication continue. +L’action du Kola sur le système cérébro-spinal retentit nettement sur le +système musculaire. L’action sur le sympathique provoque une +accentuation des mouvements péristaltiques et une augmentation de +sécrétion, ainsi que la contraction des artérioles. L’élévation de la +tension sanguine que l’on constate, étant due en partie à cette vaso- +constriction périphérique comme aussi à l’augmentation de l’activité +cardiaque, qui est elle-même une manifestation de l’excitabilité des +ganglions sympathiques. + +« Il y a d’abord une augmentation des réflexes et du pouvoir vénérien +qui disparaît par suite d’une hyperexcitabilité de cette partie du +sympathique avant que les autres portions moins sensibles ne soient +déprimées. Il ne se produit aucune accoutumance ; l’euphorie (sensation +de bien-être psychique et physique) est marquée ; l’urine est moins +abondante et l’élimination de la drogue ne dure guère plus de six +heures ». + +« Les variations individuelles sont telles qu’aucune donnée posologique +n’a pas de valeur pour cette drogue qui doit être employée avec +circonspection et peut produire chez certains individus des effets +véritablement extraordinaires. + +« La mort peut survenir, mais il faut pour cela des doses très élevées +et elle provient probablement de la paralysie du cœur. + +« _Les noix sèches produisent sensiblement les mêmes effets que les +fraîches, mais il faut en absorber une plus grande quantité et les +effets particuliers de la caféine se manifestent en même temps que ceux +du principe actif particulier du Kola._ » + +Tels sont les résultats des remarquables expériences du docteur W. +BARR ; on nous pardonnera de les avoir rapportées en détail, car il +semble qu’elles aient, tout au moins en France, passé un peu inaperçues. + +Certes, on peut leur reprocher de n’être point rigoureusement +scientifiques en se plaçant au point de vue du physiologiste, mais il +n’en est pas moins vrai qu’elles présentent un très grand intérêt au +point de vue thérapeutique et cela nous suffit. + +Somme toute, dans l’étude des phénomènes physiologiques produits par +l’ingestion de la noix de Kola et surtout des préparations faites avec +la noix desséchée, on retrouve au moins dans l’ensemble, la plupart des +caractères pharmacodynamiques de la caféine, il importe donc de rappeler +ici brièvement ce que l’on sait de l’action particulière de cette +substance. + + +_Action pharmacodynamique de la Caféine._ — La caractéristique +pharmacodynamique de la Caféine consiste dans l’action toni-musculaire +et toni-nervine qu’elle exerce et dont la constatation empirique a été +la cause de l’emploi alimentaire des caféiques avant que ceux-ci ne +fussent utilisés en médecine. Tout le monde est d’accord sur un point : +la caféine facilite grandement le travail musculaire et, dans une mesure +également fort appréciable, le travail intellectuel ; elle augmente le +rendement énergétique de l’individu, permet la prolongation de l’effort +et retarde l’apparition de la fatigue et de l’essouflement ; mais, où +les interprétations diffèrent, c’est sur le mécanisme de la production +de cet état particulier et cela, parce que, comme toujours en +pharmacodynamie, certains expérimentateurs ne se sont pas attachés à +spécifier d’une manière assez précise les doses employées, d’autres +n’ont pas mis en évidence d’une manière assez nette que les effets +obtenus étaient totalement différents suivant qu’il s’agissait de doses +faibles ou, au contraire, de doses fortes et même parfois toxiques ; +d’autres, enfin, ont appliqué à l’homme des résultats expérimentaux +obtenus chez l’animal, dans des conditions tout à fait spéciales et ne +permettant pas cette comparaison. Enfin, des questions de théorie pure +sont venues se greffer sur cette question, si bien que, pour certains, +la caféine est surtout un toni-musculaire, alors qu’en réalité cette +action n’est que secondaire et sous la dépendance intime du système +nerveux central. + + +_Action de la caféine sur le système nerveux central._ — La caféine est +surtout un stimulant nervin dont le pouvoir excitant sur le cerveau est +surtout évident chez l’homme, alors qu’il est dominé par une exagération +du pouvoir excito-réflexe médullaire chez les animaux. + +Par suite de cette action cérébrale, la caféine se classe parmi les +modificateurs intellectuels et se rapproche de la morphine. + +Comme elle, elle est susceptible de déterminer de l’excitation cérébrale +suivie de dépression et même de narcose, mais elle s’en différencie +nettement par ce fait que l’excitation cérébrale de la caféine est +toujours secondaire et précédée d’une période de dépression que, d’autre +part, la période de narcose est inconstante et en tous cas toujours plus +fugace et moins intense que celle déterminée par la morphine. + +Dans la plupart des cas, avec des doses thérapeutiques, même fortes, ce +phénomène n’est pas obtenu et l’on n’observe qu’une exaltation de +l’excitabilité réflexe plus ou moins intense, ne se transformant en +tétanos que chez l’animal. + +L’effet des doses utiles de caféine se traduit simplement par +l’augmentation de l’excitabilité du système nerveux central retentissant +sur l’action musculaire. L’influx nerveux moteur part du cerveau avec +une plus grande énergie et vient agir sans résistance sur des centres +médullaires plus excitables ; or, en même temps, les muscles sont +disposés à passer plus facilement de l’état de relâchement à l’état de +contraction, il s’en suit que la caféine se conduit comme un sthénique +tout à fait remarquable. + + +_Action de la caféine sur le système musculaire._ — L’action musculaire +de la caféine est le phénomène qui attire le plus l’attention et qui a +été le plus étudié. Il semble qu’à l’heure actuelle le mécanisme de +l’augmentation du travail produit soit parfaitement élucidé. Les +dernières recherches de JOTEYKO sur la fatigue musculaire au moyen des +courbes ergographiques chez l’homme, montrent que l’action nerveuse est +surtout à considérer et qu’à doses modérées, physiologiques, l’action de +la caféine sur le muscle se limite à une simple augmentation de +l’énergie des contractions. Elle a surtout pour résultat de mettre les +muscles dans des conditions meilleures pour, sous l’influence du système +nerveux stimulé, passer facilement et rapidement de l’état de repos à +l’état d’activité. Elle permet, en outre, d’obtenir un rendement +meilleur, l’amélioration de la circulation locale du muscle en travail +favorisant à la fois une consommation plus considérable d’hydrocarbonés +et un enlèvement également plus rapide des matériaux de déchets, +produits de cette combustion. + +Si, au point de vue pratique, l’action nerveuse est surtout importante à +envisager, il n’en est pas moins vrai que la caféine possède réellement +une électivité musculaire très nette se traduisant par action locale par +les modifications histologiques de la fibre lisse ou striée et par les +phénomènes de rigidité et de contracture qui apparaissent sous +l’influence des doses fortes et qui, comme l’ont démontré PASCHKIS et +PAL constituent la caractéristique pharmacodynamique du noyau xanthique. + + +_Action de la caféine sur l’appareil circulatoire._ — L’action exercée +par la caféine sur la circulation n’est que la conséquence de ses +actions toni-nervine et musculaire. Elle se rapproche de celle de la +digitaline à l’intensité près, déterminant, à doses thérapeutiques : du +ralentissement du poids et de l’augmentation de l’énergie de contraction +cardiaque et une augmentation de la tension sanguine ; à doses fortes et +toxiques, au contraire, de l’accélération et de l’affaiblissement des +contractions cardiaques, de l’arythemie, de la chute de la tension +sanguine et finalement l’arrêt systolique brusque par contracture +myocardique. + +La caféine exerce à la fois une action excitante tonique sur le myocarde +et les appareils d’innervation centrale et périphérique du cœur, +prédominante surtout sur les appareils accélérateurs et à dose forte sur +les ganglions cardiaques. + +Les vaso-moteurs sont diversement influencés par la caféine suivant les +organes considérés et les doses employées. G. SÉE avait montré que des +doses thérapeutiques déterminent de la vaso-dilatation des vaisseaux du +cerveau ; PLUMIER constate le même phénomène pour les vaisseaux du rein, +mais l’effet inverse se produit pour la circulation périphérique +générale et la caféine détermine au contraire, sauf à doses toxiques, de +la vaso-constriction des vaisseaux des membres. + +L’action excito-sécrétoire de la caféine est essentiellement variable +suivant les individus. Son action diurétique provient certainement, +comme l’ont montré G. SÉE, SCHMIEDEBERG et ANTEN, de l’action directe de +la caféine sur les épithéliums des canalicules urinaires lors de son +élimination à l’état de monométhylxanthine par cette voie, mais elle est +favorisée également par l’augmentation de vitesse du sang et la vaso- +dilatation qui se produit dans cet organe. + + +_Action de la caféine sur l’appareil respiratoire._ — Les phénomènes +sont parallèles à ceux observés sur la circulation. Des doses +thérapeutiques de caféine déterminent du ralentissement et de la +régularisation des mouvements respiratoires dus surtout à l’action +bulbaire de la caféine. Cette influence est surtout nette sous +l’influence du travail, ou, comme l’avaient montré G. SÉE, LAPICQUE, +PARIZOT, l’essouflement ne se produit pas ou se produit plus tardivement +par suite de l’amélioration de l’hématose sous l’influence de +l’augmentation de la vitesse, du courant sanguin et de l’élévation de la +pression sanguine. + + +_Action de la caféine sur les échanges nutritifs._ — Depuis longtemps on +a reconnu que la caféine modifiait les échanges organiques, mais par +suite de la diversité des conditions expérimentales et des doses +employées, quelques pharmacologues se sont mépris sur le sens de cette +action et ont voulu la considérer comme un _aliment d’épargne_, +comprenant par là qu’elle avait le pouvoir de suppléer à une +alimentation insuffisante en modérant les dépenses organiques. Ils +avaient cru que, tout en possédant la propriété de stimuler l’organisme +et de faciliter le travail nerveux et musculaire, elle réduisait les +échanges nutritifs au point d’empêcher les effets fâcheux du jeûne. + +Cette contradiction si choquante avec les propriétés générales de la +caféine est à l’heure actuelle absolument abandonnée et l’on a reconnu, +au contraire, que si la caféine permet d’exécuter un travail plus +considérable et plus prolongé, augmentant la résistance à la fatigue, +c’est qu’elle permet à l’organisme de brûler plus facilement ses +réserves hydrocarbonées, économisant en partie ses albuminoïdes lorsque +l’individu est suffisamment alimenté. Dans le cas contraire, lorsque +l’albumine doit être consommée, elle lui permet encore de brûler ses +albuminoïdes de réserve et même tissulaires ; mais, dans ce dernier cas, +l’amaigrissement est rapide et la période de déchéance organique se +manifeste avec une intensité beaucoup plus grande qu’à l’état normal. +Loin d’être un aliment d’épargne, c’est donc un médicament qui facilite +la désassimilation. + +Les expériences très précises de RIBAUT ont, en effet, montré que, sous +l’influence de doses faibles, il se produit toujours une augmentation +dans la production de chaleur. + +Lorsque l’organisme ne doit pas faire face à ses dépenses uniquement au +moyen des albuminoïdes de ses tissus, la caféine abaisse le chiffre de +l’urée ; à doses fortes, elle l’augmente, au contraire. L’équilibre +azoté normal peut être rompu par la caféine et la durée de la période +d’établissement peut être modifié par elle ; le besoin absolu de +destruction de l’albumine à l’état normal peut être diminué. + +Les pertes en hydrates de carbone sont plus élevées et les pertes en +graisses plus faibles. Ces faits expliquent l’augmentation de la +production d’acide carbonique exhalé. + +En ce qui concerne les éléments minéraux : l’excrétion du phosphore est +augmenté par de fortes doses et diminué par des doses faibles ; la +quantité de chlorure diminué est généralement moindre[232]. + +Il faut donc se souvenir que, dans aucun cas, les caféiques ne réparent +les pertes de l’organisme ; ils permettent seulement l’utilisation de +réserves, lorsqu’on les emploie en temps voulu ; ils conservent +l’aptitude à la réintégration et à la reconstitution rapide des +réserves, mais cela à une condition indispensable, c’est que l’individu +soit suffisamment alimenté, car, dans l’hypothèse contraire, loin de +reconstituer ses réserves et de permettre de faire face à un travail +déterminé, la caféine amènera, après une phase d’énergie factice, une +véritable incapacité de travail, une impotence générale du sujet et en +même temps une véritable combustion de l’organisme. L’individu, non +alimenté, se consume, sous l’influence de la caféine, beaucoup plus +rapidement qu’il ne le ferait dans le cas d’inanition simple. + + * + * * + +Mais les recherches de GORIS ont montré que la caféine dans les noix +fraîches existait à l’état de combinaison avec des corps du groupe des +tanins et il a pu isoler deux de ces derniers, la Kolatine et la +Kolatéine, tous deux se rapprochant des Catéchines. Il était donc utile +de savoir si ces substances étaient douées d’une action +pharmacodynamique propre et l’étude en a été faite par l’auteur en +collaboration avec le Dr J. CHEVALIER au moins pour l’un des deux, la +kolatine. + +Le deuxième, isolé à l’état cristallisé, il y a quelques semaines à +peine, n’a pas été encore soumis à cette série d’investigations ; il +nous est donc impossible de rien préjuger, mais nous retiendrons +toutefois ce qui a été publié au sujet de la kolatine. + + +_Action physiologique de la Kolatine_[233]. — La kolatine est un corps +peu toxique, et elle peut être injectée par voie intraveineuse, à la +dose de 1 gr. par kilogr. d’animal, sans déterminer d’accidents graves. + +Contrairement à la caféine, son action est nulle sur la contractilité +musculaire, et la courbe de contraction n’est modifiée ni dans sa forme, +ni dans sa grandeur, sous l’influence de doses même fortes, susceptibles +de déterminer tardivement la mort de l’animal (injection de 0.02 gr. à +une grenouille de 20 gr.). + +[Illustration : FIG. 37 _bis_. — Grenouille 20 gr. Injection de 0,01 gr. +de kolatine sous la peau de la cuisse. Arrêt du cœur au bout de 17 +heures. Cardiographe Verdin-Vibert.] + +Chez les animaux à sang froid (grenouille), l’injection de la kolatine +dans les sacs lymphatiques dorsaux (0,01 gr. pour un animal de 15 gr.) +détermine rapidement une augmentation de l’énergie systolique et une +légère accélération des mouvements cardiaques ; puis, au bout de peu de +temps, l’énergie des contractions cardiaques augmente encore, mais leur +nombre diminue, la diastole se faisant d’ailleurs plus lente. +Ultérieurement surviennent des pauses diastoliques de plus en plus +prolongées et le cœur finit par s’arrêter sans avoir présenté +d’irrégularités de rythme, la systole s’effectuant avec une énergie +considérable jusqu’à la fin. + +Le cœur s’arrête en diastole, il est encore excitable, comme du reste +les autres muscles, mais, par contre, les nerfs sont complètement +paralysés et ne répondent plus aux excitations électriques. + +[Illustration : FIG. 38. — Chien 5 kg. chloralosé. Pression fémorale +avec le Kymographion de Ludwig. Injection intraveineuse d’une solution +de kolatine dans le sérum physiologique à 37°, 5 gr. de kolatine à +intervalle de 40 minutes. Survie du chien.] + +Chez les animaux à sang chaud, l’injection intraveineuse de la kolatine +détermine un léger ralentissement des contractions cardiaques, une +augmentation de leur énergie et une légère augmentation de la pression +sanguine. Ces divers phénomènes persistent plus ou moins longtemps +suivant la dose injectée et, sous l’influence de fortes doses (0,60 gr. +à 0,70 gr. par kilogramme d’animal), on voit se produire une chute +progressive de la pression sanguine ; le ralentissement des contractions +cardiaques s’accentue encore à cette période, mais l’énergie cardiaque +reste encore supérieure à la normale. + +Il est important de remarquer l’espèce d’antagonisme partiel qui existe +entre l’action de la caféine et celle de la kolatine, aussi bien sur les +muscles que sur le système nerveux central, antagonisme probablement +susceptible d’empêcher l’action contracturante des fortes doses de +caféine sur les muscles et, en particulier, sur le myocarde, qui +constitue l’une des principales contre-indications de son emploi en +thérapeutique. + +Cette étude montre donc que les composés taniques existant dans la noix +de Kola fraîche jouissent d’une activité physiologique réelle et +spéciale dont on n’a pas toujours assez tenu compte. Elle apporte aux +auteurs qui préconisent l’emploi de la noix fraîche, un précieux appoint +en faveur de leur manière de voir. + +L’usage qu’en font les nègres qui méprisent la noix sèche est donc tout +à fait rationnel au point de vue scientifique. + +Ajoutons, pour terminer que MM. J. CHEVALIER et ALQUIER[234] se sont +occupés de l’action du Kola frais sur le travail et leurs expériences +paraissent probantes. + +« Des observations empiriques, écrivent ces auteurs, avaient permis de +constater que, chez le cheval à l’entraînement, on pouvait sous +l’influence de la noix de Kola fraîche augmenter sensiblement le +rendement de l’animal et obtenir à la fois une accélération de la +vitesse et une augmentation de la résistance à la fatigue et à +l’essoufflement. Nous avons repris ces essais et pu constater que, sous +l’influence de 100 à 200 gr. de farine de noix de Kola fraîche (préparée +par le procédé de VIGNE et CHEVROTTIER) soit seule, soit additionnée +d’une certaine quantité de sucre, on obtenait une accélération de la +vitesse et par conséquent une augmentation du travail fourni dans +l’unité de temps sans voir se produire une augmentation proportionnelle +des mouvements respiratoires et des battements cardiaques : + + +« Chez un cheval nivernais, demi-sang, bon trotteur, attelé, à l’état +normal, on note au repos par minute 37 pulsations, 10 respirations et +une température de 37°,8. Après une course de 4 km. en 13 minutes (soit +333 m. à la minute, 20 km. à l’heure), on note à l’arrivée 87 +pulsations, 52 respirations et une température de 39°,2 ; 5 minutes +après, 70 pulsations et 40 respirations. + +« Deux jours après, le même parcours fut effectué après addition de 150 +gr. de farine de Kola à sa ration alimentaire. Les 4 km. furent couverts +en 11 minutes (soit 360 m. à la minute, 21 km. 500 à l’heure). On note à +l’arrivée 80 pulsations, 46 respirations et une température de 39°,4 ; 5 +minutes après, 60 pulsations, 35 respirations. Voulant nous rendre +compte nettement de l’augmentation du travail et des conditions dans +lesquelles elle s’obtient sous l’influence de cet aliment, nous avons +opéré sur des chevaux de trait léger, notablement déprimés, qui +exécutaient régulièrement, tous les jours, un travail auxquels ils +étaient habitués de longue date. Ils traînaient une certaine charge, au +trot, sans que le conducteur intervint pour exciter leur allure, +toujours sur la même piste, et pendant exactement 16 km. 500, avec un +arrêt de 3 heures environ à la moitié du parcours. + +« Ils reçurent durant les essais un mélange alimentaire homogène dont +ils consommaient ce qu’ils voulaient et auquel on ajouta à certaines +périodes par 24 heures tantôt 100 gr., tantôt 200 gr. de farine de noix +de Kola fraîche (2,57 pour 100 de caféine, 48,20 pour 100 d’amidon et de +glucose). Ces doses distribuées par moitié au cours de chacun des repas +précédant les deux séances quotidiennes de travail ont toujours été +intégralement absorbées. + + +Ces expériences amènent MM. J. CHEVALIER et ALQUIER à formuler les +conclusions suivantes : + + +« Sous la seule influence de la noix de Kola fraîche, le travail produit +dans l’unité de temps par le cheval, fatigué ou non, augmente, mais ce +surcroît de travail se produit aux dépens des réserves de l’organisme +(abaissement du poids vif et perte de poids plus élevée pendant le +travail lors du régime à la Kola). Cet aliment n’a aucune influence sur +la diminution classique d’appétit des organismes fatigués chez lesquels +l’apport alimentaire pris volontairement couvre rarement les dépenses +nécessitées par le travail produit ; par contre, il augmente la tonicité +intestinale. Les moteurs animés soumis au régime du kola travaillent en +outre d’une façon moins économique. Chez eux, l’accomplissement d’un +travail déterminé s’accompagne d’une plus forte production de chaleur et +d’une augmentation de l’évaporation d’eau cutanée et pulmonaire +(accroissement de la quantité d’eau de boisson) ; par conséquent, +l’énergie disponible de la ration alimentaire se transforme en travail +mécanique utile dans une plus faible proportion, et, pour obtenir des +résultats réellement utiles, la noix de Kola fraîche ne doit être +employée que sur les sujets ingérant une ration appropriée et +proportionnée au travail qu’ils effectuent et seulement pendant les +périodes courtes de travail forcé ». + +« De tous les caféiques, dit le Prof. POUCHET[235], celui qui +justifierait le mieux l’appellation d’_antidéperditeur_, c’est la _Noix +de Kola fraîche_. Sa composition chimique nous montre qu’elle renferme +plus de la moitié de son poids de matériaux nutritifs, dont la valeur +est d’autant moins négligeable qu’ils sont associés à la caféine et à la +théobromine. Chez les indigènes, la noix de Kola est regardée comme un +vivre de réserve, un excitant de la marche et un aliment permettant de +résister à la fatigue. Les graines fraîches mâchées préservent de la +faim et de la soif. On peut, grâce à leur emploi, utiliser les eaux +saumâtres pour la boisson. Elles permettent, sous l’influence de +l’alimentation et du repos, une prompte et facile réparation de +l’organisme ; de plus, tandis qu’un individu, à jeun depuis un certain +temps ne peut ingérer sans inconvénient qu’une faible quantité de +matières alimentaires, un sujet qui aura fait usage de noix de Kola +fraîches pendant la durée de son jeûne, pourra ingérer d’énormes +quantités d’aliments sans éprouver la moindre gêne. + +« Les expériences de HECKEL, R. DUBOIS et MARIE, de FÉRÉ, ont de plus +montré que le travail, sous l’influence du rouge de Kola et _bien plus +encore sous l’influence de la noix fraîche_, était augmenté dans une +proportion beaucoup plus considérable et d’une manière plus durable que +sous l’influence de la caféine seule, le dédoublement lent du tanno- +glucoside maintenant plus longtemps l’organisme sous l’influence de la +caféïne. + +« On constate également, avec la noix de Kola fraîche, que l’action +excitante commence à se faire sentir plus rapidement qu’avec les autres +préparations de caféïques. _En définitive_, au point de vue pratique, +_c’est le caféique de choix_ ». + +Sous la réserve d’une interprétation une peu différente en ce qui +concerne la composition chimique mieux connue aujourd’hui, nous ne +saurions mieux faire, en matière de conclusion, que de souscrire +entièrement aux déductions du savant professeur de la Faculté de +Médecine de Paris. + +Il en résulte que, si l’on veut obtenir la véritable action du Kola, +l’on devrait voir disparaître à jamais ou tout au moins restreindre de +plus en plus toutes les préparations à base de noix sèches. La +thérapeutique ne devrait employer que les noix fraîches ou les remplacer +par des noix fraîches stérilisées à l’aide des procédés antérieurement +indiqués, puis séchées ensuite convenablement. La preuve semble faite +par les études entreprises sur les Kolas frais stérilisés que ceux-ci +conservent à peu près intégralement les propriétés des noix fraîches. + + * * * * * + + +[Note 218 : BINGER. — Loc. cit.] + +[Note 219 : MONNET. — De la Kola, étude physiologique et thérapeutique. +_Thèse Fac. Méd._, Paris, 1885.] + +[Note 220 : PARISOT. — Etude de la Caféine sur les fonctions motrices. +_Th. Fac. méd._, Paris, 1890.] + +[Note 221 : DUJARDIN-BEAUMETZ, dans sa _Leçon d’introduction_ de 1886, +passant en revue les médicaments caféiques, signale plus spécialement le +Kola, qui renfermant de la caféine et de la théobromine, lui paraît +présenter de réels avantages. Ses essais ont été faits avec des _noix +fraîches_ envoyées de Dakar par le Dr GUILLET. C’est la première mention +médicale de l’emploi du Kola frais qui soit à notre connaissance.] + +[Note 222 : E. HECKEL. — Sur l’action du Kola à propos des effets de la +caféine. _Bull. gen. thérap._, 1890, CXVIII, p. 345. — Expériences +comparatives concernant l’action du Kola et de la caféine sur la fatigue +et l’essouflement déterminé par les grandes marches. _Marseille +médical_, 1890. — Voir aussi les communications à l’Ac. de Médecine, +séances des 8 et 22 avril 1890.] + +[Note 223 : R. DUBOIS. — Action physiologique comparée de la caféine, du +Kola et du _rouge de Kola_ sur la contraction musculaire. _Ass. Fr. pour +Av. Sc._, Marseille, 1891.] + +[Note 224 : MONNAVON et PERROUD. — Nouvelles expériences comparatives +entre la caféine, la poudre, le rouge et l’extrait complet de Kola. +_Lyon médical_, 1891.] + +[Note 225 : MARIE. — Etude expérimentale comparée du rouge de Kola, de +la caféine et de la poudre de Kola sur la contraction musculaire. _Th. +Fac. Méd._, Lyon, 1892.] + +[Note 226 : KOTLAR. — L’action physiologique de la noix de Kola. _Th. +Université, Saint-Pétersbourg_, 1891.] + +[Note 227 : P. RODET. — De l’action comparée du Kola et de la caféine. +_Soc. méd. pr._, Paris, 1891, pp. 468-478.] + +[Note 228 : G. WALTER BARR. — The physiological action of Kola. _Ther. +Gazette_, 1896, XX, p. 221.] + +[Note 229 : En réalité, l’influx nerveux moteur volontaire part du +cerveau avec une plus grande énergie et exerce son action maximum sur +les centres moteurs médullaires plus excitables.] + +[Note 230 : Les travaux récents semblent démontrer qu’il y a non +seulement une augmentation de résistance à la fatigue, mais également +une augmentation du travail produit dans l’unité de temps, ce qui n’est +pas tout à fait d’accord avec cette affirmation de W. BARR.] + +[Note 231 : Cela n’a rien d’étonnant étant donné que les phénomènes +toxiques déterminés par la noix de Kola se traduisent surtout par de la +paralysie bulbo-médullaire.] + +[Note 232 : POUCHET. — Précis de pharmacologie et de matière médicale, +Paris, 1907.] + +[Note 233 : J. CHEVALIER et A. GORIS. — Action pharmacologique de la +Kolatine. _C. R. Ac. Sc._, 1907, CXLV, p. 354 et _Bull. Sc. pharmacol._, +1907, XIV, p. 645.] + +[Note 234 : J. CHEVALIER et ALQUIER. — Action de la noix de Kola fraîche +sur le travail. _C. R. Ac. Sc._, 13 janvier 1908.] + +[Note 235 : _Loc. cit._, p. 389.] + + + + + CHAPITRE XIII. + + * * * * * + + =Usages du Kola. — Formes pharmaceutiques.= + + * * * * * + + +Connaissant maintenant quels effets physiologiques produit la noix de +Kola sur l’organisme ; il reste à passer en revue les emplois de la +drogue dans l’alimentation et la thérapeutique soit chez l’homme, soit +chez les animaux. + +Walter BARR, à la suite de son remarquable exposé clinique, n’a pas +négligé d’émettre son opinion sur l’usage thérapeutique qu’on en peut +faire. + +Ce n’est pas seulement, dit-il, un tonique musculaire ; le Kola peut +rendre des services dans de nombreux cas pathologiques. D’abord chez les +alcooliques, employé à dose normale, il fait disparaître les signes et +les symptômes de l’intoxication, et cela plus vite que tous les autres +agents préconisés jusqu’alors. + +Dans la dipsomanie (satisfaction d’une sensation anormale de soif), il +agit utilement par la sensation de bien-être qu’il procure, et aussi par +son action bienfaisante sur le pouvoir digestif. + +Contre l’abus du tabac, il sera prescrit avec chances de succès, grâce à +l’euphorie qui suit son ingestion et qui facilite au patient la perte de +sa fâcheuse habitude. + +Les crises, dans certains cas de folie, sont vaincues par +l’administration du Kola à haute dose qui paralyse les réflexes, mais +c’est surtout son action tonique sur le système nerveux qui fait dans ce +cas, la grande valeur de ce médicament. + +On en fera également usage avec succès dans le traitement de la +mélancolie, de la neurasthénie, contre les névralgies, pour combattre +les insomnies, en ayant soin de ne pas atteindre la dose qui produit le +sommeil comateux dont il a été question dans le chapitre précédent. + +Pendant la convalescence de maladies aiguës, l’emploi de la noix de Kola +est de réelle valeur, à doses convenables et surtout si on l’associe à +la strychnine. + +Dans la grippe, administrée avec précaution et en observant la +sensibilité du sujet à ce médicament, elle combat utilement la sensation +de faiblesse qui est un des symptômes constants de la maladie. + +Dans les cas de dyspepsie atonique, c’est, dit cet auteur, « la +meilleure drogue simple que l’on possède actuellement : elle accroît la +sécrétion et les mouvements péristaltiques, elle relâche l’intestin, +fortifie la couche nerveuse de l’appareil digestif ; bref, c’est un +médicament parfait ». + +Quand elle est bien administrée, la noix de Kola produit des effets des +plus heureux dans les cas de fatigue nerveuse profonde issue du +surmenage. Prise à petites doses pendant une ou deux semaines, elle fait +disparaître, avec tout symptôme nerveux, l’insomnie et l’irritabilité +auxquelles fait place une réelle sensation de bien-être en même temps +que l’aptitude au travail redevient normale, mais un léger excès ferait +du mal, et l’auteur conseille encore l’emploi simultané de la noix +vomique ou de la strychnine. + +Le savant américain ajoute à cette liste quelques cas dans lesquels +l’administration du Kola peut être conseillée avec chances de succès : +dans l’état asthénique de la pneumonie, contre certaines diarrhées ou +troubles digestifs et termine par quelques considérations sur l’usage +qui en est fait abusivement de temps à autre ou tout au moins +inconsidérément par les individus faisant profession de l’exercice de +sports athlétiques ; il rappelle que si l’usage bien compris du Kola +permet incontestablement un effort physique plus considérable, il ne +faut pas oublier que, pris inconsidérément, il peut en découler des +résultats inverses désastreux. + +On nous permettra de ne rien ajouter à cet exposé, tiré du travail de W. +BARR ; il ne nous appartient pas de discuter ou d’émettre +personnellement une opinion sur la valeur médicamenteuse de cette +drogue, ce qui serait d’ailleurs superflu, car à la suite de nombreuses +formes spécialisées de médicaments à base de Kola qui existent dans le +commerce pharmaceutique, l’usage s’en est répandu de plus en plus et +l’on peut dire qu’il est sorti du domaine purement médical pour prendre +place parmi ces substances comme le thé, le café, le maté, sortes +d’aliments de luxe, que le public consomme aujourd’hui couramment sans +aucune crainte ; c’est surtout à cause de ses qualités excitantes et +toniques qu’il est universellement apprécié. + + +_Modes d’emploi. — Formes pharmaceutiques._ On sait que les noirs +africains consommateurs de Kola n’emploient les fameuses noix que +fraîches, et en les mastiquant lentement, de façon à mettre peu à peu +les principes utiles ou actifs en liberté et à obtenir ainsi, la +sensation de bien-être et l’excitation physique qu’ils recherchent. Pour +eux surtout, le Kola est un aliment de luxe et dans certains cas +spéciaux un stimulant physique de premier ordre. + +La difficulté de se procurer, en France, des noix fraîches, autrefois +simple curiosité de laboratoire, entraîna les industriels à ne se +préoccuper uniquement que des noix sèches et celles-ci, venues du marché +africain qui ne savait les utiliser, ont trouvé en Europe un débouché +assez important. + +La plupart des formes pharmaceutiques actuelles sont donc obtenues à +l’aide de noix sèches. + +La fréquence et la rapidité des moyens de transport existant +actuellement entre la côte occidentale d’Afrique et les ports d’Europe, +permet aujourd’hui d’apporter facilement en Europe des Kolas frais en +prenant quelques soins dans l’emballage. On peut ainsi utiliser dans la +pharmacopée européenne, soit des noix fraîches, soit des extraits de +noix fraîches. + +Les récentes recherches que l’un de nous a particulièrement provoquées +dans son laboratoire montrent, comme il vient d’être établi +précédemment, que l’activité des noix fraîches, ne saurait être +entièrement comparée à celles des noix sèches ; aussi convient-il de +chercher maintenant à obtenir des préparations dont l’action puisse se +rapprocher le plus possible du produit frais et ce résultat est +actuellement atteint, grâce au procédé de stérilisation de GORIS et +ARNOULD qui a permis à l’industrie de fabriquer des produits nouveaux, +et d’un gros intérêt économique. + +L’industrie pharmaceutique utilise, pour ainsi dire, les amandes de +toutes les espèces de _Cola_ de la section _Eucola_, aussi bien les noix +à deux cotylédons (_C. nitida_), que l’on désigne, du moins en France, +sous le nom de Kola-demis, que celles qui présentent plus de deux +cotylédons (_C. acuminata_, _C. Ballayi_, _C. verticillata_) connues +sous la dénomination de Kola-quarts. + +La Pharmacopée officielle française décrit seulement la noix à deux +cotylédons, et ne la reconnait comme officinale que si elle renferme +1,25 gr. % de caféine[236]. + +Les préparations inscrites dans cette pharmacopée sont : l’extrait ferme +de Kola, l’extrait fluide, la teinture alcoolique, le vin et le +saccharure granulé, mais on peut en faire un grand nombre d’autres +suivant les usages particuliers auxquels on les destine. + + +_Extrait de Kola sec._ — La préparation de cet extrait, qu’on obtient en +épuisant la poudre de Kola par l’alcool à 60°, a donné lieu à de +nombreuses controverses dues à l’obligation officielle imposée par le +Codex, d’après laquelle l’extrait ferme de Kola doit renfermer 10 % de +caféine. + +Les études de MM. WARIN[237], JAVILLIER et GUÉRITHAULT[238], +ALLARD[239], ceux du Laboratoire de la maison BOULANGER-DAUSSE[240] à +Paris ont montré que, dans la préparation de cet extrait, une partie de +la caféine restait dans les résidus et qu’il était impossible d’obtenir, +en partant de la noix sèche, le titre exigé par la pharmacopée. + +Cela n’a rien qui doive surprendre, puisque l’on a vu que la caféine, +combinée à des tanins, se libérait au cours de la dessiccation, d’une +façon partielle : une quantité variable avec les conditions de cette +dessiccation restant toujours combinée au mélange dit « rouge de Kola », +complètement insoluble dans les véhicules employés. Peut-être aussi, +comme le pensent MM. BOULANGER-DAUSSE, le mucilage abondant chez +certaines sortes de Kolas empêche-t-il le contact intime de l’alcool +avec les éléments de la poudre employée. + +En tous cas, il faut éviter les filtrations destinées à rendre le +liquide alcoolique clair pendant l’épuisement, car la partie tanno- +résineuse en suspension renferme de la caféine. + + +_Extrait de Kola frais stérilisé._ — Industrialisant le procédé de +stérilisation décrit par GORIS et ARNOULD, MM. BOULANGER-DAUSSE ont +obtenu une forme extractive dite « intrait de Kola » qui renferme tous +les principes actifs de la noix et ce procédé permet seul d’extraire +intégralement toute la caféine des semences employées[241]. De plus, le +rendement total en extrait est environ d’un poids double. + +Il n’est donc pas téméraire de penser que la solution du problème +industriel est trouvée et qu’au point de vue pharmaceutique, on devra, +dans l’avenir, ne se servir exclusivement que de Kola frais stérilisé +par la vapeur d’eau sous pression ou par tout autre procédé pratique +arrivant au même résultat. + + +_Kola frais stérilisé._ — La stérilisation est, on le sait des plus +simples. Les noix stérilisées sont ensuite desséchées puis pulvérisées +et la poudre obtenue est de couleur grisâtre pâle si elle provient de +noix blanches, ou violacée si elle provient de noix rouges. En aucun +cas, la poudre obtenue ne présente la couleur rouge acajou si +caractéristique des noix desséchées spontanément à l’air. Cette couleur +acajou indique que des oxydations ont eu lieu, qui modifient la +composition chimique en mettant en liberté de la caféine, des tanins et +du rouge Kola. C’est la formation du rouge de Kola qui donne, dans ce +cas, la coloration rouge. + +La poudre de Kola frais stérilisé se conserve indéfiniment, si on la +place en un endroit sec et autant que possible à l’abri de la lumière ; +elle peut servir à tous usages et remplacer la noix fraîche, dont elle +possède l’activité physiologique. + +Dans les pays plus éloignés de l’Europe que la côte occidentale +d’Afrique où les Kolas provenant de plantations ne sont pas l’objet +d’une forte consommation locale, comme à Madagascar ou à la Jamaïque, +par exemple, il serait sans doute particulièrement avantageux de +stériliser les noix fraîches avant leur expédition sur le marché +européen. La drogue, ainsi préparée par le procédé simple que nous avons +indiqué, trouverait certainement un excellent débouché dans le commerce +de la droguerie pharmaceutique. + + +Passons maintenant en revue les diverses formules de préparations qui +peuvent être employées : + + +_Comprimés et tablettes de Kola frais stérilisé._ — A l’aide de la +poudre stérilisée, on peut faire, par exemple, des comprimés du poids de +0,25 à 0,50 cg., qui représentent 0,50 cg. à 1 gr. de substance fraîche. +Une noix de Kola pesant en moyenne 10 à 12 gr., il sera donc aisé de +prendre la dose qui conviendra le mieux. La poudre de Kola pourra +également être associée à du sucre, du cacao ou toute autre substance +que l’on voudra y incorporer et dès lors on pourra faire des tablettes +alimentaires au Kola de composition et de poids variables, suivant +l’effet recherché. + + +_Préparations alimentaires._ — Mais, si l’on veut obtenir un produit +alimentaire de luxe très actif, il sera préférable d’employer l’extrait +ordinaire ou mieux encore la forme extractive obtenue en partant du Kola +stérilisé qui sous un faible volume est extrêmement active. + +D’après MM. BOULANGER-DAUSSE, le Kola frais stérilisé et réduit en +poudre, donne environ 26 % de son poids d’extrait par l’alcool à 70° ; +26 gr. représentent donc physiologiquement 100 gr. de noix desséchée +après stérilisation, soit 200 gr. environ de substance fraîche, ou 17 à +18 noix. + +En résumé, 1 gr. 40 à 1 gr. 50 d’extrait physiologique préparé par la +méthode que l’un de nous a préconisée avec M. GORIS[242] représentent +une noix fraîche du poids moyen de 12 gr. Cet extrait pourra à son tour +servir à toutes les combinaisons médicinales ou alimentaires possibles. + +On a préparé ainsi, des _tablettes de chocolat au Kola_, représentant +chacune une demi-noix fraîche, des _biscuits_, des _dragées_ etc. + + +_Masticatoire au Kola._ — Mais nous donnerions volontiers la préférence +à la forme dite « masticatoire ». Rien n’est plus aisé, en effet, que +d’incorporer aux substances ordinairement employées dans la préparation +des « shevin gum » américains, par exemple, une dose de poudre ou mieux +d’extrait de Kola stérilisé. On se rapprocherait ainsi davantage de la +manière indigène en mettant lentement en contact avec la sécrétion +salivaire, les principes actifs du Kola qui abandonnent pour ainsi dire +leur caféine à l’état naissant, en même temps que la mastication +provoque une abondante salivation qui n’est pas sans action sur la +digestion. + + +_Granulé au Kola._ — Une des formes commerciales les plus courantes sous +laquelle on emploie le Kola en pharmacie est le saccharose granulé. + +Pour le préparer, on prend de l’extrait de Kola qu’on fait dissoudre +dans du sirop de sucre et auquel on ajoute du sucre pour faire une pâte +qu’on force ensuite à passer à travers les mailles d’un tamis. On +obtient ainsi des fragments cylindriques (vermiculés) qu’on dessèche et +conserve en flacons. On règle la dose de façon que le granulé obtenu +représente son poids de Kola sec. + +Là encore on substituera avec avantage l’extrait de Kola stérilisé, dont +l’activité est, on ne saurait trop le répéter, toujours plus grande et +différente du produit officinal. + + +_Vin de Kola._ — La préparation du vin de Kola est des plus simples. Le +Codex recommande de prendre 60 gr. de noix de Kola pulvérisée (demi- +fine) que l’on fait macérer 8 jours dans un litre de vin de Malaga ; il +suffit alors de filtrer. + +On pourrait également faire du vin de Kola non seulement en remplaçant +la poudre de noix desséchée du commerce, par le même produit préparé +avec des noix fraîches préalablement stérilisées, mais encore à l’aide +des noix fraîches elles-mêmes. + +Pour cela, on en prendra 80 à 100 gr. environ, soit 6-8 noix fraîches, +qu’on découpera en petits morceaux, placés immédiatement dans l’alcool à +60° ou dans du tafia, si l’on n’a que ce liquide alcoolique à sa +disposition, et en quantité juste suffisante pour que le Kola soit +imbibé ; on laissera ainsi 5 ou 6 jours et l’on versera sur le tout un +litre de vin. + +Dans ce cas, il sera inutile d’employer des vins à titre alcoolique +élevé, c’est-à-dire les vins de liqueurs et l’on s’adressera aux vins +ordinaires, l’alcool de macération relevant très largement le titre de +ces derniers. + + +_Extrait fluide de Kola._ — Les extraits fluides, fabriqués de façon à +représenter leur poids de plante employée, pénètrent chaque jour +davantage dans la pratique pharmaceutique et le Codex a donné la formule +d’un _extrait fluide de Kola_, au sujet duquel, nous ferons en ce qui +concerne la substitution du Kola frais stérilisé la même remarque que +pour l’extrait ferme ; 1 gr. d’un tel extrait fluide correspondra dès +lors à 2 gr. de drogue fraîche, et il en faudra de 5 à 6 grammes, soit +une cuillerée à café environ pour représenter une noix fraîche. + + * + * * + +Les préparations à base de Kola peuvent être multiples et ne sont pas +l’apanage exclusif du pharmacien. En effet, dans le Guide de +l’Inspecteur de pharmacies de MM. ROUX, chef du service de la répression +des fraudes et GUIGNARD, directeur honoraire de l’Ecole supérieure de +pharmacie de Paris[243], on lit : + +« Certaines préparations, telles que l’extrait de Café, de Kola ont +évidemment un caractère alimentaire et ne doivent pas être considérées +comme des préparations pharmaceutiques pas plus que le chocolat à la +Kola ou à l’extrait de Kola ». + +Mais il n’en sera pas de même des préparations dans lesquelles entreront +d’autres substances médicamenteuses ou toniques. Nombre de vins +médicinaux composés sont dans ce cas et, à fortiori, quand il s’agira +d’associer, comme on le fait, le Kola à la noix vomique ou à la +strychnine. + +On emploie le plus généralement dans ce cas, et _seulement sur +ordonnance médicale_, les mélanges suivants donnés ici à titre de simple +renseignement : + + Extrait fluide de Kola (Codex) ou de Kola frais stérilisé 60 gr. + + Teinture de noix vomique (Codex 1908) 5 — + +_Dose_ : 50 gouttes, de 3 à 5 fois par jour. + +ou bien encore : + + Extrait fluide de Kola 60 gr. + + Gouttes amères de Baumé (Codex 1908) 3 — + +Enfin on peut associer, dans le même but, à la poudre de noix de Kola +fraîche stérilisée, la poudre de noix vomique ou de Fèves de St-Ignace. + + Poudre de Kola frais stérilisé 60 gr. + + Poudre de noix vomique 1 — + +Diviser en cachets ou pastilles comprimées de 0,50 cg. + +_Dose moyenne_ : de 5 à 10 cachets par jour. + + +Pour rendre cette dernière préparation plus active, on peut remplacer un +tiers de la poudre par de l’extrait sec de Kola pur stérilisé et prendre +de 3 à 5 cachets en augmentant la teneur de poudre de Noix vomique qui +sera portée à 1 gr. 50 dans la formule ci-dessus. + +D’ailleurs le médecin reste seul juge des proportions, car on a vu +combien était variable l’action du Kola avec les individus. + + +On peut enfin fabriquer des élixirs de Kola, dont voici deux formules : + + 1o Extrait fluide de Kola 50 gr. + + Alcool à 60° 100 — + + Sirop simple 100 — + + Vin de Lunel 250 — + +On peut ici remplacer avantageusement, à notre avis, le sirop de sucre +par les sirops de groseilles, de cerises ou de framboises. + + 2o Extrait fluide de Kola 50 gr. + + Glycérine 60 — + + Alcool à 90° 60 — + + Vin de Malaga blanc 500 — + + Sirop de sucre 200 — + + Teinture de vanille 10 — + + Eau distillée, Q. S. pour 1000 — + +Cette dernière formule est celle du Formulaire des pharmaciens français. + + + =Emploi du Kola dans la ration alimentaire des animaux.= + + +Il est à peine besoin d’ajouter que tout ce qui vient d’être dit +concernant les usages thérapeutiques du Kola chez l’homme, peut +s’appliquer également à la médecine vétérinaire, mais il est nécessaire +d’insister sur quelques essais spéciaux intéressants. + +Si le Kola administré sagement est un excellent adjuvant pour obtenir un +rendement meilleur des forces humaines et permet un effort soutenu des +plus intéressants pour le soldat et tous ceux qui s’occupent des sports, +on conçoit qu’il ait été accueilli favorablement par les entraîneurs de +chevaux de course. + +Les expériences de J. CHEVALIER et ALQUIER rapportées dans le chapitre +précédent sont concluantes, et bien qu’il soit très difficile de se +documenter sur ce terrain spécial, nous savons que bon nombre +d’entraîneurs font usage depuis longtemps déjà de la poudre de Kola. Le +Kola frais est même employé et les produits obtenus de noix fraîches +stérilisées sont actuellement très en faveur dans certaines écuries. + +Des expériences ont également été faites en France et en Allemagne, sur +le cheval de guerre, et les résultats sont de même ordre physiologique +que ceux qui ont été constatés chez l’homme. + +Une autre application assez curieuse est à signaler encore, c’est celle +qui a trait à l’alimentation des vaches laitières. Ces expériences ont +été faites par M. MEINERT[244], fermier à Hammertrof, en Allemagne, avec +un fourrage préparé par la Société de produits alimentaires d’Altona et +ont été rapportées en France par le professeur GRANDEAU. Les résultats +paraissaient excellents, mais à notre connaissance ils n’ont pas été +contrôlés et confirmés dans ces dernières années. + + * * * * * + + +[Note 236 : _Codex medicamentarius gallicus_, Paris, 1908, p. 167.] + +[Note 237 : WARIN. — Note sur l’extrait de Cola (Codex 1908). _J. Ph. et +Ch._, 1910, [7], I, p. 543 et 1910, [7], II, p. 350.] + +[Note 238 : JAVILLIER et GUÉRITHAULT. — Sur la préparation de l’extrait +ferme de Cola. _Bull. Sc. pharmacol._, 1910, XVII, p. 337.] + +[Note 239 : ALLARD. — Teneur en caféine de l’extrait de Cola. _J. Ph. et +Ch._, 1910, [7], II, p. 122.] + +[Note 240 : BOULANGER-DAUSSE. — L’extrait de Kola. _Bull. Sc. +pharmacol._, 1910, XVII, pp. 639-645.] + +[Note 241 : On peut également préparer une forme extractive de Kola +stérilisé par le procédé BOURQUELOT à l’alcool bouillant, mais l’extrait +obtenu ne renferme pas non plus toute la caféine.] + +[Note 242 : PERROT et GORIS. — Le stérilisation des plantes médicinales +dans ses rapports avec leur activité physiologique. _C. R. Ac. +Médecine_, séance du 22 juin 1909 et _Bull. Sc. pharmacol._, 1909, XVI, +p. 384.] + +[Note 243 : E. ROUX et L. GUIGNARD. — Guide de l’Inspecteur des +Pharmacies, Paris, 1909, p. 65.] + +[Note 244 : _Deutsche Landw. Presse_, 1898, no 41.] + + + + + QUATRIÈME PARTIE. + + * * * * * + + =Le Kola et les Kolatiers au point de vue économique.= + + * * * * * + + CHAPITRE XIV. + + * * * * * + + =La Culture des Kolatiers.= + + * * * * * + + +Jusqu’à ces dernières années, la littérature coloniale est demeurée +excessivement pauvre en renseignements sur la culture des Kolatiers. +Dans sa Monographie, E. HECKEL dût passer ce chapitre presque sous +silence. O. WARBURG, dans le _Traité d’Agriculture tropicale_ de SEMLER +(2e édition)[245], réunit pour la première fois un faisceau +d’observations sur ce sujet, mais il constate combien sont rares encore +les indications précises et signale de nombreux problèmes à résoudre : + +« Ce qu’on sait aujourd’hui de la culture du Kolatier ne pèse pas lourd, +écrit-il. Il n’y a nulle part de grandes plantations... La culture en +grand n’existe pas encore, et cependant en présence de la consommation +toujours croissante, il aurait été tout indiqué, depuis longtemps déjà, +de s’en occuper très sérieusement ; il aurait fallu, pour le moins, +organiser de vastes cultures expérimentales afin de tirer au clair les +détails pratiques de la culture industrielle. Exemple : nous savons +qu’au Soudan les grandes transactions commerciales ne portent que sur +quelques sortes de Kola bien définies, et qui ne se rencontrent que dans +une région étroitement limitée. Serait-ce dû uniquement à des +circonstances climatériques ? N’y aurait-il pas là des variétés +botaniques distinctes, susceptibles de fournir, même sous un climat +identique, chacune un produit différent ? Les recherches de K. SCHUMANN +faites depuis, semblent donner raison à la dernière supposition. A +quelle variété appartiennent les Kolatiers des divers Jardins +botaniques ? C’est que chacun de ces individus conservés dans les +Jardins botaniques est susceptible de devenir le point de départ d’une +culture industrielle, le jour où on arrivera à en faire. Il faudrait +tout de même savoir ce que valent toutes ces espèces-là. Sont-elles +bonnes ? Ou bien n’exposent-elles pas plutôt à des déboires les +planteurs qui s’y fieraient ? + +« Voilà des questions qui demandent à être résolues par des stations +botaniques avant d’aborder la culture du Kolatier industriellement et en +grand. + +« Le plus simple et le plus sûr serait de créer une plantation d’essai +d’abord dans l’Afrique occidentale même : par exemple, dans l’hinterland +du Togo. Il faudrait absolument ne prendre pour cet essai que les noix +les meilleures en les faisant venir directement des centres de +production renommés ; il faudrait qu’elles soient toutes fraîches ; on +pourrait simultanément envoyer à la côte une partie de ces noix de +qualité supérieure, afin d’y faire des essais parallèles. + +« J’ai la ferme conviction qu’il est temps d’aborder d’une façon plus +sérieuse que cela n’a été fait, la culture industrielle du Kolatier dans +les colonies européennes de l’Ouest de l’Afrique. On prendrait pour +modèles la culture du Cacaoyer et celle du Caféier. + +« L’Afrique même offre pour le Kola un débouché sûr et de toute première +importance... + +« Une fois démontrée, la possibilité d’une culture industrielle, +d’importants centres nouveaux de production ne tarderaient pas à se +créer ; ils auraient sur ceux d’aujourd’hui (Achanti, Sources du Niger, +etc.), divers avantages, entre autres celui d’être bien plus facilement +accessibles à la côte. + +« D’ailleurs la consommation du Kola en Europe et en Amérique va, elle +aussi, en croissant. + +« Pour le marché européen et américain, il y aurait lieu peut-être un +jour de rechercher, par la sélection, la création de nouvelles variétés +qui n’aient pas cet arrière-goût de moisi qui nous est désagréable dans +la noix de Kola actuelle ; on aura avantage à créer d’autres variétés +qui soient particulièrement riches en principes actifs. + +« Il est vrai, la culture en vue de l’exportation en Europe de la noix +sèche ne deviendrait avantageuse que le jour où les prix seraient +montés ; mais il faut bien se dire que cela arrivera fatalement dans un +avenir assez rapproché, si la consommation européenne et américaine +continue à progresser dans les mêmes proportions que par le passé. + +« Le transport en Europe de la noix fraîche même est chose fort aisée +dès aujourd’hui ; les arrivages de noix de Kola fraîches à Marseille et +à Londres augmentent, en effet, d’année en année et sont déjà fort +appréciables. + +« Il est certain que les précieuses propriétés de la noix de Kola lui +frairont, le temps aidant, une large route ; la nation qui, la première, +aura abordé avec énergie et succès la culture du Kolatier, retirera +naturellement la plus grande part des profits de cette nouvelle branche +d’industrie agricole tropicale. + +« Lorsque des noirs plantent en terre, en quelque endroit propice, une +noix de Kola pour venir recueillir ensuite les fruits de l’arbre qui +aura poussé, cela ne mérite pas le nom de _culture_. + +« Pas davantage, d’ailleurs, que la pratique des propriétaires +d’esclaves en Amérique qui avaient coutume de planter un Kolatier dans +quelque coin de leur exploitation et le laissaient se débrouiller tout +seul sans y apporter guère plus de soins que les noirs en Afrique. + +« L’élevage de Kolatier dans une serre en Angleterre n’est toujours pas +encore de la « culture » dans le sens que nous entendons. + +« Nous proposons ci-dessous un petit questionnaire auquel on ne saura +donner des réponses qu’après que des blancs auront fait des cultures +d’essai sur une vaste échelle, et ceci pendant un certain temps : + +« Quels sont les sols et les expositions dans lesquels le Kolatier +pousse et ceux où il réussit le mieux ? + +« Sa végétation peut-elle être réglée au moyen de la taille ? Supporte- +t-il la forme naine comme c’est le cas du cacaoyer et du caféier ? Une +irrigation régulière lui serait-elle profitable ? + +« Quels perfectionnements pourrait-on utilement apporter aux procédés +actuels de préparation du fruit pour la consommation ? + +« Une fois ces principales questions résolues, ce sera le moment de +passer à l’amélioration de la noix par une sélection attentive de la +semence. Il n’y a pas lieu de douter de la possibilité d’un +anoblissement de la noix de Kola par une culture digne de ce nom ; ce +serait nier toute l’histoire de l’industrie agricole. + +« Pour ce qui est des conditions naturelles de la culture du Kolatier, +tout ce que nous savons pour le moment est que l’arbre réclame un climat +tropical et assez humide ; qu’il ne redoute d’ailleurs pas une période +de sécheresse retournant tous les ans, pourvu qu’elle ne soit pas très +longue ». + +WARBURG énumère ensuite tous les renseignements qu’il a pu recueillir +sur la culture du Kolatier. Ils sont peu nombreux et une partie ne sont +pas exacts. + +Depuis 1898, un très grand nombre de notes ont été publiées sur la +culture du Kolatier, mais elles laissent encore quantités de problèmes +dans l’ombre ; elles apprennent très peu de faits nouveaux et la plupart +des auteurs se sont copiés les uns les autres. Des plantations +expérimentales ont bien été entreprises dans quelques Jardins d’essais, +mais ces plantations ont été faites ou sur une très petite échelle ou +dans des conditions défavorables au point de vue des solutions à +attendre. D’autres ont été abandonnées presque aussitôt commencées et ne +peuvent donner de résultats intéressants. + +Il serait, croyons-nous, oiseux de reproduire dans ce chapitre tout ce +qui a été publié sur la culture du Kolatier. Beaucoup de renseignements +rapportés par divers auteurs ont été controuvés par nos propres +observations. + +Nous nous bornerons donc à signaler les constatations faites par l’un de +nous _de visu_ ainsi que les renseignements recueillis sur place au +cours de nos périgrinations en Afrique. Nous rappellerons seulement les +renseignements d’autres sources quand elles seront en concordance avec +nos propres observations. + +Nous voulons éliminer ainsi un grand nombre de faits inexacts déjà trop +souvent publiés. + + + =I. — PROCÉDÉS DE CULTURE INDIGÈNE.= + + +WARBURG se trompe en refusant l’épithète de _cultivés_ aux Kolatiers +appartenant aux indigènes. En certaines parties de l’Afrique +occidentale, ces arbres reçoivent de véritables soins. Mais, en beaucoup +de régions, le plus grand obstacle à l’extension des plantations, est +une croyance absurde. Les indigènes prétendent que quiconque plante un +Kolatier, doit mourir lorsque l’arbre commence à rapporter des fruits. +Cette légende est entretenue par les dioulas, dont l’intérêt est de +conserver le monopole du commerce des Kolas ; ils doivent par conséquent +empêcher la propagation de l’arbre producteur en dehors des régions +visitées par eux. + +Il est donc très rare que l’on sème des graines. + +Dans le sud du Soudan, par exemple, les quelques Kolatiers que l’on +rencontre, proviennent presque toujours de graines qui ayant été +perdues, se sont trouvées enterrées naturellement et ont produit des +germinations qui ont poussé sans l’intervention de l’homme. Dès que le +propriétaire de la case près de laquelle se développe ce Kolatier +découvre la jeune germination, il se contente de l’entourer d’un petit +enclos formé de bâtons pour empêcher les passants ou les animaux de +détruire la précieuse plante. + +Dans le sud de la forêt de la Côte d’Ivoire où on cultive réellement le +Kolatier sur des espaces restreints, autour des villages, les noirs +recueillent les graines tombées des arbres vivant à l’état sauvage dans +la forêt et ayant commencé à germer et ils transportent ces germinations +dans les cultures près de leurs habitations. On déterre même parfois les +jeunes Kolatiers qu’on rencontre à travers la forêt pour les +transplanter autour des villages ; mais, à notre connaissance, on fait +rarement des semis de graines. + +Cela se pratique dans certaines régions au cours de quelques cérémonies +rituelles. Ainsi on a raconté qu’à la naissance d’un enfant, au sud du +Soudan, on enterrait une noix à côté du cordon ombilical du nouveau-né. +L’arbre qui se développe et tous ceux issus de ses fruits tombés à terre +forment le patrimoine, tous les autres biens du père passent, après la +mort de ce dernier, à l’aîné des oncles. + +Si cet usage existe réellement, il est très local, car nous avons +parcouru les mêmes régions sans qu’il nous ait jamais été rapporté. + +Chez les Dans ou Dyolas, on ensemence réellement des Kolatiers, d’après +le capitaine LAURENT. Toutes les graines, écrit-il, ne sont pas propres +à la reproduction et aucun signe extérieur ne permet de reconnaître, +parmi les noix fraîches, celles qui germeront. Il faut, avant de les +planter, les laisser germer soit à l’air libre, soit enfouies à une +faible profondeur. Le plus souvent d’ailleurs, au lieu de les planter de +cette façon, les Dyolas repiquent les plants nés spontanément de graines +tombées. + +Les Bétés, d’après RIPERT, apportent aussi beaucoup d’attention à la +culture de leurs arbres. On sème parfois des amandes, mais plus souvent +on ramasse les graines germées à la surface du sol. + +Les branches retombantes sont soutenues à l’aide de perches ; on +n’enlève pas les épiphytes qui vivent sur les rameaux et sur le tronc. A +la base de celui-ci, on supprime la végétation et on remue un peu la +terre. + +Nulle part, il n’existe de grands vergers de Kolatiers. On trouve de +petits groupes de cette essence autour des villages, le long des +sentiers de forêt, spécialement aux carrefours, autour des cases de +culture et très souvent sur l’emplacement d’anciens villages détruits +depuis longtemps et réenvahis par la forêt. + +C’est également dans ces conditions que nous avons toujours rencontré +les Kolatiers cultivés dans les diverses régions forestières de la Côte +d’Ivoire. + +Aux environs de Diorodougou, chez les Tômas, avant de mettre la noix +germée en terre, on en retrancherait la partie inférieure opposée au +germe[246]. Nous ne voyons pas la raison de cette pratique, si toutefois +elle existe. Le même rapport renseigne sur les procédée de culture des +Bagas. Les amandes, bien mûres, sont disposées en pépinière à 8 ou 10 +cm. de profondeur, dans un coin du village ou en pleine brousse. La +germination se produit un mois après et la transplantation a lieu +l’année suivante en plein hivernage, au mois d’août. Les arbres, placés +sans ordre et toujours trop rapprochés (2 ou 3 m. d’écart seulement), +sont plantés dans des endroits légèrement humides et ombragés, parfois +même trop sombres et trop couverts, de sorte qu’un certain nombre en +souffrent et restent chétifs. Le même fait s’observe pour les plantes de +semis naturel. Les pieds isolés sont protégés contre l’ardeur du soleil +par des abris en feuilles de palmier portés sur quatre piquets. + +Au Fouta-Djalon, on fait aussi germer les noix de Kola dans une galerie +forestière, au bord d’un marigot et quand l’arbuste est âgé de 5 à 6 ans +on le transplante dans une _roundé_ (terrain cultivé sur l’emplacement +d’une ferme) ou dans une _margha_ (ferme habitée). + +Le document cité plus haut rapporte une opération de culture assez +curieuse, qui serait pratiquée par les indigènes du Samo[247] (Guinée +française). + +Dans cette province, lorsque les Kolatiers atteignent 2 ou 3 mètres de +hauteur, à l’âge de quatre ou cinq ans, on écorce la tige sur une +hauteur de 0 m. 20. La plaie est ensuite recouverte, jusqu’à +cicatrisation, d’un morceau de toile qu’on évite de trop serrer. On +arriverait ainsi à hâter la fructification et à la rendre plus +abondante[248]. Il serait nécessaire d’expérimenter cette méthode dans +les jardins d’essais, afin de déterminer si elle est réellement +efficace. + +A Sierra-Léone, les noirs cultivent assez méthodiquement le précieux +arbre. + +D’après les renseignements qu’a bien voulu nous envoyer le Gouvernement +de la colonie, il existerait environ 4.500 principaux villages à Kolas ; +cultivant en moyenne 50 arbres par village ; ceux-ci espacés de 20 pieds +les uns des autres, sont en moyenne au nombre de 109 par acre (ou 272 à +l’hectare) ; ils couvriraient donc une surface de 2.065 acres dans toute +la colonie : en général, la culture est confinée au bord des rivières. + +En Mellacorée, où il existe habituellement une douzaine de Kolatiers par +village de 30 cases, quelques indigènes ont assuré à E. BAILLAUD, que si +l’on plantait quelques touffes de _Sanseviera guineensis_ (plante +textile rarement utilisée par les indigènes, mais souvent considérée +comme fétiche), autour du précieux arbre, on le faisait prospérer. + +Le Kissi est un des rares pays où nous ayons vu les Kolatiers entourés +de très grands soins par les indigènes. Dans cette province, on +ensemence réellement l’arbre et on en plante régulièrement chaque année +au bord des sentiers aboutissant aux divers villages. + +On fait habituellement germer les noix d’une manière assez originale. + +Il existe dans chaque case d’habitation un grand récipient en terre plus +ou moins poreuse (_canari_), dans lequel les femmes apportent chaque +jour de l’eau pour les usages domestiques. Ce vase est entouré d’un lit +de sable humide qui le maintient droit. On dépose sur ce lit de sable +les noix dont on veut obtenir la germination. Dès que celle-ci s’opère, +c’est-à-dire, lorsque les cotylédons s’écartent et laissent poindre la +radicule, on transporte le jeune plant à son emplacement définitif qui +est toujours situé au bord d’un sentier dans l’îlot de forêt entourant +le village. + +On creuse préalablement un trou profond de 60 cm. ; on le remplit de +fumier, de cendres, et de cette terre noire très riche en matières +organiques, qui forme souvent de gros tas à l’entrée des villages. Au +fur et à mesure que le Kolatier grandit, on élève au pied un petit +monticule formé de détritus végétaux ou de balayures et de temps en +temps on remue la terre au pied des arbres. Les rameaux inclinés par le +poids des fruits sont étayés à l’aide de fourches en bois. + +L’habitant du Kissi et du Kouranko soigne ses Kolatiers presque avec +autant d’attention que le paysan français soigne ses vignes, ses +pommiers ou ses oliviers. Malheureusement le noir ne sait pas régler +l’éclairage des Kolatiers : l’ombrage modéré est bienfaisant pour ces +arbres, mais dès qu’il devient épais, il produit une demi-obscurité +favorable au développement des épiphytes. Les arbres d’essences diverses +environnant le précieux végétal ne sont jamais émondés, de sorte que +leurs branches s’enchevêtrent souvent dans celles du Kolatier, qui +devient dès lors presque stérile. Lui-même n’est jamais taillé, les +indigènes prétendent qu’un outil en fer ne doit jamais être mis en +contact d’une partie quelconque de l’arbre sacré. Aussi les branches +sont souvent étalées d’une manière très défectueuse. Certains Kolatiers +sont ramifiés au ras du sol et d’autres ont un tronc qui n’émet des +branches qu’à 6 ou 7 mètres de hauteur. + +M. l’administrateur BARTHÉLEMY nous a fourni des renseignements +démontrant que les Ngans du cercle de Dabakala (Côte d’Ivoire) se +livrent réellement aussi à la culture de l’essence qui nous intéresse. + +Les hommes ne s’occupent guère que des plantations de Kolatiers, tandis +que les femmes soignent les lougans d’ignames, de riz, de coton et de +tabac. Pour établir une plantation de Kolatiers, on débroussaille +entièrement un endroit de la forêt soigneusement choisi, toujours sur +une pente, afin que le drainage soit parfait ; tout est coupé, même les +arbres de haute futaie qu’on laisse habituellement dans les autres +lougans de riz ou d’ignames. Ce gros travail accompli, les Ngans +plantent d’abord des _Bans_ ou Palmiers d’eau (_Raphia_) et ensuite +seulement on ensemence les noix de Kola. Selon M. BARTHÉLEMY, les +_Raphia_[249] seraient destinés à protéger les Kolatiers contre les +dégâts des Rats palmistes (_Sciurus_) communs dans le pays. Les rats +palmistes sont très friands des fruits du Palmier et tant qu’ils ont ces +fruits à leur disposition, ils n’attaquent pas les graines du +_Kolatier_[250]. + +Dans les plantations de Kolatiers qui comprennent habituellement 250 à +300 arbres, plantés sans symétrie, les indigènes entretiennent aussi +habituellement une plante nommée _Béla_, à feuilles en forme de fer de +lance, destinées à faire les _froufrous_ dans lesquels on enferme les +noix de Kola. Cette plante est sans aucun doute une des Maratancées dont +il sera question dans un des prochains chapitres. Tous les arbustes et +les mauvaises herbes sont constamment arrachés. + +M. SAVARIAU a donné aussi des détails intéressants sur la manière dont +les indigènes cultivent le _Cola acuminata_ au Dahomey : + +« L’arbre à Kola, existant à l’état spontané au Dahomey, a été de tout +temps l’objet de quelques soins de la part des indigènes. Les plus +prévoyants de ces derniers font annuellement des semis de noix de Kola. +Ils choisissent les noix de Kola fraîches les plus belles, les sèment à +trois, quatre centimètres de profondeur dans un terrain léger, très +humifère et très humide, bien ombragé, au bord des lagunes de +préférence. Les noix quotidiennement arrosées germent au bout d’une +vingtaine de jours et les jeunes plants sont laissés en pépinière. On +les arrose fréquemment pendant cette période et on bine de temps à autre +la terre qui les porte. La transplantation est effectuée au début de la +saison pluvieuse dans les sous-bois humides et les indigènes ont bien +soin, pour mettre les Kolatiers en place, de faire des trous d’assez +grandes dimensions, qu’ils remplissent, en grattant la couche +superficielle avoisinante, évidemment plus riche en principes +fertilisants. + +« Malheureusement les indigènes n’ont aucune notion de la distance à +laisser entre les arbres. Ils les plantent toujours trop rapprochés ; +beaucoup sont à deux ou trois mètres les uns des autres et cela nuit +considérablement à leur développement. + +« Les soins donnés aux Kolatiers en croissance varient légèrement +suivant les régions. En certains points, on se contente de débrousser +sur un rayon de 1 m. 50 à 2 m. autour de chaque arbre ; on ne pratique +aucune taille, on ne coupe même pas les branches mortes ou brisées, on +laisse les arbres mourir de vétusté, parce que les croyances fétichistes +interdisent de faire subir le contact du fer aux Kolatiers. Dans les +régions où cette superstition n’existe point, les indigènes débarrassent +les arbres des branches mortes ou brisées afin d’empêcher celles-ci +d’endommager par leur chute les branches voisines »[251]. + + + =II. — BOUTURAGE.= + + +D’après de nombreux auteurs, les indigènes de l’Afrique tropicale +multiplient fréquemment le Kolatier par bouturage ou par marcottage. + +Cette pratique a été signalée pour la première fois par E. HECKEL en +1893, d’après les observations faites par le jardinier E. PIERRE, qui +dirigea le Jardin d’essai de Libreville de 1887 à 1892. + +Elle doit être pratiquée rarement en Afrique occidentale : nous ne +l’avons pas constatée, pour notre part, au cours de nos voyages. +Cependant M. Charles VAN CASSEL, membre de la mission WŒLFFEL (1899), +nous a assuré que « certains porteurs de la mission, dans le Pays des +Dans ou Dyolas, emportaient des boutures prélevées sur les arbres des +villages qu’ils traversaient, mais ils n’en prenaient pas sur les pieds +de leur propre village ». Le comte ZECH mentionne aussi ce procédé de +multiplication au Togo. « D’après mes renseignements et les observations +que j’ai pu faire, la propagation se fait aux environs de Tapa au moyen +des boutures »[252]. + +M. NICOLAS nous a assuré dans une communication verbale que dans le nord +de la Côte d’Ivoire les indigènes courbaient souvent les rameaux de +certains Kolatiers, de manière à en enterrer l’extrémité. Au bout de +quelque temps, des racines se forment et on n’a plus qu’à séparer et +transplanter le nouveau plant. + +Dans d’autres régions de la Côte d’Ivoire, on procède différemment. +D’après l’administrateur SALVAN, qui commandait le cercle de Koroko +(ancien territoire de Kong), en 1905-1906, « quand on désire établir une +plantation, on coupe une branche d’environ 1 m. 50 à un Kolatier voisin. +On la recourbe ensuite en forme d’arceau en enfonçant en terre les deux +extrémités. Lorsque l’on juge les racines assez profondes et +suffisamment fortes, l’on sépare l’arceau en deux par le milieu et l’on +obtient de cette manière deux Kolatiers au lieu d’un. » + +Enfin, E. BAILLAUD a observé en Mellacorée que les Kolatiers étaient +habituellement propagés par des drageons enlevés à la base des arbres +adultes. + +Si réellement les marcottes et les boutures de Kolatiers sont préférées +aux semis, c’est que les indigènes ont reconnu que ces procédés étaient +avantageux pour conserver les qualités acquises. + +A notre connaissance, aucun Jardin d’essais n’a encore tenté +d’expérience en vue de contrôler le degré de créance qu’il faut donner à +ces renseignements. Il serait pourtant du plus haut intérêt de +multiplier par bouturage les Kolatiers les plus productifs et donnant +les plus grosses noix. + + + =III. — RENSEIGNEMENTS FOURNIS PAR LES PLANTATIONS EUROPÉENNES.= + + +Diverses plantations de Kolatiers ont été entreprises par quelques +européens, surtout depuis une quinzaine d’années. La plupart ont été +abandonnées avant d’avoir donné aucun résultat. On en signale +actuellement seulement quatre ou cinq en Afrique occidentale et à +Madagascar, et elles comprennent chacune quelques milliers d’arbres au +plus. + +Peu de renseignements ont été publiés sur ces plantations et sur celles +des Jardins d’essais, de sorte qu’il est difficile d’en tirer des +données pratiques. + +Nous signalerons cependant les faits les plus importants mis en relief. + +Le document le plus ancien, et aujourd’hui encore des plus précis sur la +manière d’établir ces plantations, est dû à l’infortuné SAUSSINE[253], +qui résida longtemps aux Antilles comme professeur de chimie au lycée +St-Pierre et périt dans l’éruption de la montagne Pelée : + +« On trouve le Kolatier depuis le voisinage de la mer jusqu’à des +altitudes de 1.000 à 1.500 mètres ; mais les altitudes qui lui +conviennent le mieux sont comprises entre 300 et 600 mètres. Il lui faut +un climat chaud et humide ; il appartient à la même zône de culture que +la banane et le cacao. + +« Il semble s’accomoder de sols assez variés, redoute seulement les +terres marécageuses ou sujettes à des inondations. Le meilleur sol est +un sol profond, légèrement argileux et bien drainé. + + +« _Semis._ — On le propage à partir de graines, en choisissant les plus +grosses et les plus mûres. Le semis peut se faire soit en place, soit +sur bandes ; ce dernier procédé est toujours préférable. Les graines +doivent être semées fraîches ; si on doit les transporter au loin, on +les met dans des caisses à jour, après les avoir enveloppées de feuilles +fraîches qu’on humecte de temps en temps. + +« Les bandes seront établies autant que possible à l’ombre et près d’un +filet d’eau ; elles auront environ un mètre de largeur ; on y trace le +grand axe et les deux autres à 20 cm. des bords ; on y dépose les +graines à 30 cm. l’une de l’autre et on les recouvre de terre. On arrose +fréquemment et on tient la surface très propre. + + +« _Plantation._ — Les jeunes plantes apparaîtront au bout de trois à +cinq semaines ; on les laisse croître jusqu’à 30 cm. ; il faut alors +éclaircir les rangs en repiquant la moitié des plantes sur une nouvelle +bande jusqu’à ce qu’ils aient atteint près d’un mètre. + +« La plantation définitive qui a lieu au commencement de la saison des +pluies, se fait en trous carrés de 30 cm. de largeur et 50 à 60 cm. de +profondeur, à 7 m. 50 les uns des autres. La méthode est toujours la +même : préparer le trou un peu avant la plantation et le remplir de +terreau bien fait. Quand on y met le plant, on étale les racines avec +soin et on tasse la terre légèrement. Il est également nécessaire de +mettre un fort tuteur. + +« Comme les jeunes plants doivent pousser à l’ombre, il est nécessaire, +s’il n’existe pas déjà d’ombrage naturel, de planter des bananiers, +quelques mois auparavant. On a ainsi l’avantage d’avoir des récoltes +d’attente, mais les bananiers épuisent le sol. On les plante à 3 m. ou 3 +m. 50 l’un de l’autre en intercalant les Kolatiers entre eux. + +« Dans les endroits ombragés, on supprime les bananiers au centre de +chaque carré ; on les retire d’ailleurs graduellement à mesure que les +arbres poussent. + +« La plantation, une fois établie dure longtemps et peut même constituer +à son tour un ombrage pour d’autres cultures, en particulier certaines +cultures vivières. + +« Le Kolatier épuise peu le sol, mais les cultures intercalaires de +bananiers avant la plantation ou de légumes après, sont par elles-mêmes +assez épuisantes pour qu’il soit nécessaire de fumer de temps à autre. » + +A Madagascar, on recommande de procéder de la manière suivante : Le +semis en pépinière doit être fait sous ombrage, sur un sol bien défoncé, +bien fumé et fréquemment arrosé. La germination se produit au bout de 3 +à 5 semaines. + +La mise en place définitive se fait sous ombrage lorsque les plants +atteignent 40 cm. à 50 cm. de haut. Elle est très délicate et doit être +faite au moment des grandes pluies. L’écartement préconisé varie de 6 m. +à 7 m. 50. Il est inutile de faire plusieurs mois à l’avance des trous +mesurant au minimum 0 m. 70 de côté sur 0 m. 80 de profondeur. + + * + * * + +En Guinée française, il a été fait d’assez nombreux essais de +plantations, mais presque toutes ont été abandonnées. Dès 1897, un +colon, M. GÉNOT, recommandait de faire la transplantation deux ou trois +mois seulement après la germination, alors que la jeune plante n’a +encore que 0 m. 10 de hauteur au maximum. + +Un an plus tard, la racine longuement pivotante atteint déjà 1 m. ou 1 +m. 50 de longueur ; aussi l’arrachage est toujours défectueux et la +reprise des plants âgés se fait très mal[254]. + +En 1901, P. TEISSONNIER insiste encore sur les difficultés de la +transplantation. Malgré les soins apportés à l’arrachage des plants +restés un an en pépinière, il est impossible de conserver le pivot dans +toute sa longueur. La reprise se fait difficilement ; un grand nombre de +plants périssent pendant la saison sèche et ceux qui survivent restent +languissants. Certains arbustes ainsi transplantés atteignaient à peine +30 cm. à 40 cm. de hauteur, tandis que les Kolatiers plantés en +germination et provenant du même semis avaient une hauteur moyenne de 1 +m. 60 à leur deuxième année. C’est pourquoi le directeur du Jardin +d’essais de Camayenne recommande de procéder de la manière suivante : + +« Après avoir fait choix du terrain, on sème en planches en mettant +entre les rangs 0 m. 20 et en conservant une distance de 0 m. 10 sur le +rang. Les noix sont recouvertes de 2 cm. à 3 cm. de terre ; les planches +sont ombragées avec des feuilles de palmiers et arrosées chaque fois que +le besoin se fait sentir. La levée a lieu au bout de 50 ou 60 jours et +la mise en place doit se faire dès que la tige a 10 cm. à 12 cm. de +hauteur. + +« En semant fin février, les Kolatiers lèvent dans la deuxième quinzaine +d’avril et on peut procéder à la mise en place dans la première +quinzaine de mai. + +« Par cette méthode, il n’y aura aucun vide dans la plantation ; on +obtiendra dès la deuxième année des plantes de 1 m. 60 et la +fructification se trouvera avancée dans de notables proportions »[255]. + +En Guinée encore, un colon nommé VACHER, avait fait il y a quelques +années des plantations de Kolatiers assez étendues dans le Bramaya et +dans la Mellacorée. D’après les renseignements qu’il nous communiquait +en 1905, peu de temps avant sa mort, il faudrait : + +1o Clôturer les terrains où croissent les jeunes Kolatiers pour les +soustraire à la dent des animaux domestiques et des mammifères +sauvages ; + +2o En Guinée, on doit arroser les jeunes Kolatiers en saison sèche ; + +3o C’est en hivernage qu’il faut pratiquer la taille. + + +Dans la colonie allemande du Togo, des essais de culture ont été faits +par M. PLEHN et par le Dr GRÜNER. Ce dernier observateur insiste sur la +nécessité d’ombrager le Kolatier et de le planter dans des terrains non +pierreux. Dans les terrains pierreux, si l’on veut absolument créer une +plantation, il faudra priver, au moins jusqu’à un mètre de profondeur, +la terre de toutes les pierres qu’elle contient. Malgré ces conseils, il +ne semble pas que les tentatives faites au Togo aient donné de grands +résultats[256]. + +On planta en 1904, en deux endroits différents 100 Kolatiers, au Jardin +de Victoria au Cameroun. + +A l’un des endroits, le sol fut profondément creusé et l’on installa des +cultures intercalaires. Plus tard on fuma deux fois avec un compost. Les +arbres mesurent maintenant à un mètre au-dessus du sol 0 m. 50 à 0 m. 60 +de circonférence. + +Le diamètre moyen de la couronne des arbres varie de 3 à 4 m. 50, et ils +ont, déjà en 1907, porté des fruits. Cette année (1908), ces derniers +ont été abondants et ont atteint leur complète maturité. + +La deuxième plantation, abandonnée sans soins, n’a donné que des arbres +rabougris, atteignant à peine la hauteur de l’homme. + +La meilleure méthode consiste à placer les semences en plates-bandes +exposées au sec, mais arrosées matin et soir. Les plantules sont mises +en place trois mois après la germination à des distances de 6 mètres, en +les ombrageant à la façon des Cacaoyers et des _Funtumia_. + +40.000 à 50.000 Kolatiers sont ainsi plantés au Cameroun[257]. + +Dans les colonies anglaises de l’Ouest africain, les Jardins d’essais +officiels ont fait aussi des plantations expérimentales étendues +relatives aux Kolatiers, mais ces stations n’ont publié que des +renseignements succincts sur les résultats obtenus. A Sierra-Léone, on a +reconnu que l’arbre, planté en forêt, croît mieux que dans les terrains +déboisés ; il est bon de remuer le sol pour l’empêcher de durcir au- +dessus des racines qui seraient ainsi privées d’air. Le Kolatier +rapporte plus ou moins promptement, et cela dépend de la sélection des +graines ; quelques arbres, en effet, commencent à produire vers 7 ans et +pour d’autres il faut 25 ans[258]. + +A la Gold Coast, plus de 10.000 pieds de _Cola rubra_ avaient déjà été +plantés en 1905 dans le Jardin botanique d’Aburi et à la station de +Tarkwa. Une courte notice sans intérêt pour nous a été publiée par les +soins de l’Administration et est destinée à être distribuée aux +indigènes[259]. + +Dans le Nigéria du Sud, spécialement aux jardins d’Olokomeji, d’Ebute- +Metta, de Old-Calabar, un grand nombre de noix de Kola ont été +ensemencées antérieurement à 1905, mais nous ne connaissons point le +résultat des essais poursuivis. + +Nous ne sommes pas beaucoup plus renseignés sur les colonies françaises. +Dans le Jardin de Camayenne, nous avons observé une cinquantaine de +Kolatiers plantés, de 1898 à 1900, par TEISSONNIER. Quelques-uns avaient +déjà fructifié à l’âge de 7 ou 8 ans en 1907. Ce qui frappe dans ce +jardin, c’est l’irrégularité de développement de Kolatiers de même âge +et croissant dans le même terrain ; à côté des arbres bien développés, +il en existe de rabougris et qui demeureront probablement constamment +stériles. Il y aurait sûrement intérêt, dans les plantations de rapport, +à remplacer, dès les premières années, les arbres qui croissent mal, par +d’autres individus enterrés à un emplacement un peu différent. + +Nous avons observé au Bas-Dahomey, spécialement au Jardin d’essai de +Porto-Novo et aux stations d’essai de Sakété et de Brouadou, de nombreux +Kolatiers plantés sous la direction de SAVARIAU. Ces arbres ont pris un +développement normal, et beaucoup, à Porto-Novo, ont fleuri dès la 5me +année ; mais Noury a constaté que la plupart des plants appartenant au +_Cola nitida_ ont leurs rameaux creusés de galeries par les larves du +_Phosphorus Jansoni_, coléoptère sur lequel nous reviendrons dans un +prochain chapitre. + +Les plants de l’espèce _Cola acuminata_ sont ordinairement indemnes. Il +convient de signaler les méthodes de plantation pratiquées par le +Service d’Agriculture à Sakété et à Brouadou. En ces deux localités, +existent de petits bouquets de forêts où les indigènes ont l’habitude de +cultiver le _Cola acuminata_. On a ouvert, dans la forêt, des trouées +rectilignes distantes d’une quinzaine de mètres les uns des autres ; +chaque trouée est large de 3 ou 4 mètres et la végétation spontanée a +été enlevée sur toute la largeur. Les Kolatiers ont été plantés en +lignes droites au milieu de la tranchée et avec un écart de 6 m. à 8 m. +d’un pied à l’autre. Les jeunes arbustes, âgés de 2 ans environ, étaient +en bonne voie de croissance quand nous les avons vus en janvier 1910. + +Pour terminer, nous devons dire que nous avons vu à San-Thomé, à travers +les cacaoyères, des Kolatiers très beaux appartenant à l’espèce _Cola +acuminata_. Ils ne sont l’objet d’aucun soin, mais le sol volcanique de +San-Thomé est si riche et la surface de la terre est si bien entretenue +que la grande production de ces arbres ne saurait nous étonner. Les +terres noires profondes, au bord de la mer, dans les endroits bien +abrités, semblent très favorables. + +Au-dessus de 700 mètres d’altitude, le Kolatier, de même que le +Cacaoyer, réussit mal dans l’île. + + + =IV. — CULTURE RATIONNELLE.= + + +Il résulte donc, de ce qui a été dit, qu’aucune plantation européenne +n’est encore suffisamment étendue et assez ancienne pour que l’on puisse +en déduire des méthodes générales concernant les procédés de culture de +cet arbre intéressant. + +C’est donc d’après la manière dont se comporte l’arbre dans la forêt à +l’état spontané, en nous basant sur son mode de vie et ses affinités +botaniques, que nous allons chercher à déduire quelques principes de +culture rationnelle. + +Disons de suite que les diverses espèces de _Cola_ qui nous intéressent +s’accomodent très bien des terrains où prospèrent les Cacaoyers. C’est +aussi sous le climat approprié à ce végétal qu’elles trouvent pour leur +bon développement les conditions _optima_. + +Par suite, nous tiendrons compte également de l’expérience acquise dans +la culture du Cacaoyer pour formuler les conseils qui suivent. + + + =1o Choix des graines.= + + +Ce choix a une très grande importance. + +Le planteur fera bien de récolter lui-même les semences sur des +Kolatiers vigoureux produisant des amandes de réelle valeur et aussi +fertiles que possible. Il ne sera jamais certain d’obtenir des arbres +réunissant les qualités des portes-graines, mais malgré tout, en +procédant ainsi, il aura de plus sérieuses possibilités d’obtenir des +Kolatiers à grand rendement que s’il se contente de semer des amandes +quelconques achetées au marché. + +Sur les arbres ainsi choisis, on récoltera seulement les plus belles +cabosses, lorsqu’elles commenceront à brunir, mais, avant que les valves +commencent à s’entrouvrir si elles sont déhiscentes. On les mettra en +tas dans un endroit _ombragé, mais aéré et à l’abri de l’humidité_. On +ouvrira ces cabosses pour en retirer les graines seulement lorsqu’elles +seront parvenues à maturité très complète. + +On ne retiendra pour la semence que les plus belles amandes situées au +milieu de chaque cabosse. Les noix rouges étant les plus demandées par +les caravaniers, on sèmera exclusivement celles-ci, car en faisant une +sélection en sens opposé, on risquerait d’avoir plus tard des Kolatiers +produisant avec prédominance des noix blanches. + +On éliminera également les graines endommagées par le couteau en ouvrant +les cabosses ainsi que celles qui sont attaquées par les insectes. + +Les noix germent facilement, qu’elles soient nues ou entourées de la +membrane blanche qui les enveloppe dans la cabosse et qui n’est autre +que le tégument de la graine. Nous conseillons de laisser cette +membranne sur les graines destinées à la semence, car elle met l’embryon +à l’abri des intempéries et des insectes aussi longtemps que la +germination n’est pas effectuée. + +Dans le _Fasc. IV des Végétaux utiles_ (Chapitre VI, _Procédés de +culture du Cacaoyer à San-Thomé_), on trouvera beaucoup de +renseignements qui peuvent aussi s’appliquer aux Kolatiers. + +On peut semer les noix en place. On peut aussi les placer en pépinière ; +mais, dans ce cas, il faudra les transplanter très peu de temps après +leur germination, car la jeune plante acquiert très rapidement un long +pivot et le sectionnement de ce pivot entraine presque toujours la mort +des Kolatiers. + +Aussi, nous recommandons de semer les graines dans de petits paniers +tressés en feuilles de palmiers, paniers qu’on installe dans un endroit +ombragé et qu’on remplit de terre de première qualité. La +transplantation se fera en enterrant les paniers lorsque les arbustes +auront un centimètre ou deux de hauteur. + +Quelle que soit la méthode adoptée, on enterrera les graines à 2 ou 3 +centimètres de hauteur en les plaçant de telle sorte qu’elles soient +couchées sur le côté ou placées obliquement, les quatre lobules +cotylédonaires en bas. Le sol ainsi ensemencé sera maintenu constamment +ombragé et tenu toujours frais, sans exagérer toutefois les arrosages +qui pourraient entrainer la pourriture des noix enterrées. + +La germination se fait beaucoup plus lentement que celle des graines de +Cacaoyer. On compte ordinairement qu’il faut 50 à 60 jours pour que la +tigelle commence à pointer. Nous avons même vu des noix de Kola, placées +en terre depuis 5 ou 6 mois, restées parfaitement saines et qui +n’avaient pas encore commencé à germer. + +On a recommandé divers procédés pour activer la germination. Le meilleur +consiste à abandonner un lot de graines dans un endroit frais et ombragé +(par exemple dans une cave d’habitation), en les humectant de temps en +temps. Au bout de quelques semaines, les cotylédons commencent à +s’écarter et la radicule s’étale et se ramifie bientôt à +l’extérieur[260]. A ce moment, on enterre chaque noix en germination +dans un petit panier rempli de terreau, lequel sera lui-même transporté +à demeure lorsque la germination aura acquis quelques feuilles. + +On peut aussi stratifier les graines dans des caisses remplies de +terreau ou de sable légèrement frais et tenu à l’ombre dans un endroit +aéré. La germination pour certaines graines s’effectue parfois au bout +de 3 ou 4 semaines, mais on nous a signalé, à Conakry, des noix +enterrées depuis 1 an 1/2 restées parfaitement saines et qui n’avaient +pas encore germé. Les cotylédons avaient seulement verdi (ce +verdissement précède toujours la germination). Au dire des indigènes, +les noix qui ont pris cette teinte sont toxiques. + + + =2o Choix et préparation du terrain.= + + +La transplantation du jeune Kolatier se fera dans un endroit à _sol +profond, riche en humus_ et planté de quelques grands arbres donnant de +l’ombrage. La forêt équatoriale, là où elle offre des terrains riches en +humus, sans eau stagnante à la saison des pluies est évidemment le genre +de station le plus favorable. A défaut de forêt, on utilisera dans la +Guinée française, dans le nord de la Côte d’Ivoire et au Bas-Dahomey les +galeries forestières longeant les rivières et les bosquets forestiers +souvent assez importants qui avoisinent certains villages. + +La forêt où doit s’effectuer une plantation de Kolatiers sera en grande +partie déboisée. On abattra toutes les broussailles et essences +secondaires qui constituent le sous-bois, ainsi qu’un certain nombre +d’arbres formant le peuplement du massif, de façon à ne laisser que le +nombre strictement nécessaire pour former au sol un abri léger, tamisant +les rayons directs du soleil et donnant aux végétaux qui constituent la +plantation un ombrage approprié. + +On supprimera radicalement les arbres qui ont un feuillage trop épais et +des branches trop étendues pour laisser filtrer la lumière dans la +plantation ; on éliminera aussi ceux, comme les _Eriodendron_, les +_Mussanga_, les _Ficus_, qui ont des racines puissantes et épuisent +rapidement le sol. + +On conservera de préférence les arbres donnant des produits utiles. S’il +existe déjà dans la forêt des Kolatiers donnant des amandes à deux +cotylédons, on les gardera quand bien même ils détruiraient la symétrie +de la plantation. Par contre, on éliminera (au Gabon par exemple), tous +les Kolatiers des espèces à quatre ou cinq cotylédons qui pourraient +donner lieu plus tard à des mélanges de graines préjudiciables à la +vente. + +On pourrait, à la rigueur, conserver les jeunes plants de cette espèce +pour les greffer plus tard, mais nous ne le conseillons pas, car au bout +de quelque temps on pourrait confondre les arbustes appartenant à la +bonne espèce avec les autres. + +De même on gardera les palmiers à huile (_Elæis_), les Nsafou +(_Pachylobus edulis_), les Owala (_Pentaclethra macrophylla_), etc. Les +arbres-abris recommandés pour le cacaoyer conviennent aussi pour le +Kolatier, mais il faut les choisir de plus grande dimension, afin qu’ils +ne gênent pas le Kolatier, cette essence atteignant, comme l’on sait, +une taille double ou triple du cacaoyer. + +Par suite du grand développement que prend le Kolatier, nous estimons +qu’il faut planter les sujets avec un écart de 10 à 12 mètres en tous +sens. + +A l’inverse de ce qui se pratique généralement pour le cacaoyer, on ne +plantera jamais qu’une seule plante par fosse. Ces dernières auront au +moins 1 m. de dimension en largeur et en profondeur et on les remplira +de matières fertilisantes sur lesquelles nous reviendrons. + +L’écartement que nous préconisons est tel qu’on ne peut planter au +maximum que 80 à 100 Kolatiers à l’hectare. + +Nous devons faire remarquer que tous les agronomes ne sont pourtant pas +partisans de plantations aussi espacées. + +Ainsi, d’après SAUSSINE, aux Antilles, « la plantation définitive qui a +lieu au commencement de la saison des pluies, se fait en trous carrés de +30 cm. de largeur et 50 à 60 cm. de profondeur, à 7 m. 50 les uns des +autres. La méthode est toujours la même : préparer le trou un peu avant +la plantation et le remplir de terreau bien fait. Quand on y met les +jeunes plantes, on étale les racines avec soin et on tasse la terre +légèrement. Il est également nécessaire de mettre un fort tuteur. Comme +les jeunes plants doivent pousser à l’ombre, il est nécessaire, s’il +n’existe pas déjà d’ombrage naturel, de planter des bananiers quelques +mois auparavant. + +On a ainsi l’avantage d’avoir des récoltes d’attente, mais les bananiers +épuisent le sol. On les plante à 3 m. ou 3 m. 50 les uns des autres. +Dans les endroits ombragés on supprime les bananiers au centre de chaque +carré ; on les retire d’ailleurs graduellement à mesure que les arbres +poussent. »[261]. + +L’auteur anonyme du rapport sur le Kolatier en Guinée[262], signale bien +comment les indigènes font leurs plantations, mais il ne donne pas son +avis sur la meilleure méthode. + +TEISSONNIER n’indique pas l’écart à adopter pour les plantations +définitives. Il insiste seulement sur la nécessité de semer les noix en +place ou bien de les semer en pépinière et de les transplanter très +jeunes et au début de la saison des pluies. + +En Guinée française, en semant fin février, les Kolatiers lèvent dans la +deuxième quinzaine d’avril et on peut procéder à la mise en place dans +la première quinzaine de mai[263]. + +VUILLET donne les renseignements suivants qui concordent avec les +nôtres : + +La transplantation étant très délicate, on devra semer à demeure en une +place soigneusement ameublie et amendée, sur un mètre de diamètre et de +profondeur. + +« On pourra aussi le semer en pépinière ombragée et le transplanter en +grosses mottes au bout de quelques mois, avant que sa racine ait pu +prendre un développement important, dans des trous préparés dans les +mêmes conditions. + +« Il demande un ombrage modéré qu’on peut lui procurer facilement en +plantant avec lui des _Albizzia Lebbeck_ et des bananiers de la façon +suivante : les Kolatiers à 10 m. en tous sens, à raison de un _Albizzia_ +pour quatre Kolatiers, et les bananiers sur les lignes des Kolatiers à 1 +m. 50 environ des arbres qu’ils devront protéger. Les touffes de +bananiers devront être émondées soigneusement et souvent, pour permettre +aux Kolatiers de recevoir la lumière nécessaire : ils seront arrachés +complètement dès que l’ombrage des _Albizzia Lebbeck_ dont la croissance +est rapide sera suffisant. Les bananes seront un appoint sérieux pour la +nourriture des ouvriers[264] ». + +Au Togo, d’après BERNEGAU, les Kolatiers sont plantés dans la forêt dans +le but d’éviter les frais de déboisement. Cette forêt est plutôt +buissonnante ; on y trace tous les 7 m. des sortes de tranchées +parallèles de 1 m. de largeur. Dans ces tranchées, on fait tous les 7 m. +des trous dans lesquels la terre est enlevée sur 50 c. de largeur et de +profondeur. De cette façon, la plante a suffisamment d’ombre, et, au fur +et à mesure de sa croissance, on enlève d’autres arbres jusqu’à ce que +le fourré primitif soit remplacé par une forêt de Kolatiers. + +L’expérience a appris qu’il vaut mieux planter les arbres à une distance +de 30 pieds[265]. + +Plus loin, le même auteur conseille de faire des plantations +intercalaires entre les Kolatiers et il conseille de planter parmi les +Kolatiers, du coton, des ignames, du maïs, des patates douces, des +ananas et comme arbres d’ombrage des bananiers et des papayers. M. +BERNEGAU montre qu’il n’est ni biologiste ni agronome. Il est impossible +que toutes ces plantes vivent sous l’ombrage épais du Kolatier et si on +les plante pendant la jeunesse de l’arbre, il en est comme le coton, le +sésame, les ananas, qui gêneront sa croissance. + +Ce sont des cultures incompatibles. + +E. DE WILDEMAN pense aussi qu’on peut faire de la culture intercalaire +avec le Kolatier, « celle du caoutchoutier _Funtumia elastica_ est +particulièrement recommandable[266] ». + +Nous ne voyons pas bien l’utilité de l’association _Cola_ et _Funtumia_. +Ces deux arbres ont un port et une taille à peu près identiques. Si on +plante le _Funtumia_ entre deux plants de _Cola_ d’écartement normal, il +les gênera et pour éviter qu’il leur porte préjudice, il faudrait +écarter les _Cola_ de 20 ou 25 m. + +Il n’y a, croyons-nous, aucun intérêt à procéder ainsi et mieux vaut +cultiver les Kolatiers et les _Funtumia_ sur des emplacements distincts. + +WARBURG conseille l’emploi comme arbres d’ombrage des mêmes légumineuses +que pour le cacaoyer, c’est-à-dire les _Erythrina_ (Dadap ou +Immortelle), les _Inga_, les _Albizzia_[267]. + +On devra donc utiliser le sous-bois du Kolatier pour faire une culture, +et celle qui nous paraît la plus appropriée est la culture du Cacaoyer. +La plantation donnera ainsi deux produits qui ne se concurrenceront pas +et quand l’une des récoltes sera compromise, on pourra encore espérer +retirer de la seconde culture un rendement rémunérateur. + +Dans les plantations indigènes, nous conseillerons même l’apport d’une +troisième essence utile : le palmier _Elæis_, dont le rendement en +palmistes et huile de palme est des plus appréciables. La culture en +association de ces trois plantes : _Kolatier, Elæis, Cacaoyer_, se +recommande particulièrement à la Côte d’Ivoire. + +Enfin dans d’autres régions on pourrait essayer l’association : +_Kolatier, Caféier Libéria_ ou encore _Kolatier, Elæis, Caféier +Libéria_. + +Le revenu du terrain sera par conséquent relativement minime, si l’on +tient compte de l’amortissement du capital indispensable pour le +déboisement préliminaire et l’établissement de la plantation. Ce que +nous disions récemment pour le Cacaoyer dans nos colonies de l’Ouest +africain est vrai aussi pour la culture qui nous occupe : pour la mise +en valeur d’un terrain vierge, il n’est pas exagéré de compter l’emploi +d’un capital de 2.000 francs par hectare, avant que ce terrain soit en +état de rapporter si la plantation est faite par une entreprise +européenne[268]. + +Nous insistons sur la nécessité de donner aux Kolatiers un écartement de +10 m. au moins en disposant autant que possible les trous en quinconce. + +Que le semis se fasse à demeure ou qu’on effectue la transplantation au +début de l’hivernage, il faudra dans les deux cas avoir planté des +bananiers 6 mois à l’avance. + +Il est également indispensable dans tous les cas de creuser des fosses +ayant au minimum un mètre de diamètre dans tous les sens. Ces fosses +seront remplies de débris végétaux de toutes sortes, de terreau +rapporté, de cabosses de Kolatiers ou de Cacaoyers ; à la partie +supérieure de la fosse, où s’étaleront d’abord les racines du jeune +arbre, on fera bien de placer du fumier de ferme si on peut s’en +procurer. + +Les indigènes remplaceront cet engrais par les immondices de toutes +sortes accumulées autour des villages. Dans les pays où les noirs +pratiquent l’élevage, on leur conseillera aussi de recueillir les bouses +de vaches desséchées qui se perdent à travers la brousse. + +Le choix du terrain a aussi une grande importance. On doit rechercher +les sols présentant un couvert forestier imposant qui sont profonds, +perméables et recouverts d’une épaisse couche d’humus. + + + =3o Soins à donner aux Kolatiers pendant leur croissance.= + + +Dès les débuts de la plantation, il sera nécessaire, en Guinée française +notamment, d’arroser les Kolatiers pendant la saison sèche au moins une +fois par semaine. Si on dispose d’une rivière voisine, un filet d’eau +amené à travers la plantation serait de la plus grande utilité. + +On doit supprimer les troncs des bananiers à mesure qu’ils deviennent +gênants. Lorsqu’il aura une certaine taille, le Kolatier parviendra du +reste à les éliminer lui-même. + +On fera sarcler deux fois par an le terrain de la plantation et les +débris végétaux provenant de cette opération seront accumulés aux pieds +des jeunes arbres. + +A partir de 5 ou 6 ans, le Kolatier ne demande presque plus de soins. +Nous sommes toutefois convaincus qu’en bêchant la terre une fois par an +autour de l’arbre sur un rayon de un mètre et en accumulant, autour, des +brindilles de bois qui facilitent l’aération du sol, on n’aura pas à le +regretter. + +On aura soin de supprimer les épiphytes, les lianes qui pourraient +s’étaler sur l’arbre, enfin les _Loranthus_ et les _Balais de sorcières_ +qui apparaissent fréquemment sur les rameaux du Kolatier et dont il sera +question plus loin. + +Il est enfin deux opérations culturales sur lesquelles nous ne possédons +encore aucune donnée et qui pourraient cependant avoir la plus haute +importance pour accroître le rendement en fruits et la dimension des +noix. + +Nous voulons parler de la taille et du greffage. + +On ne doit pas hésiter à supprimer les gourmands qui se développent sur +le tronc ou au pied de l’arbre. + +On ne peut pas songer à tailler le Kolatier lorsqu’il est adulte, mais +quand il est jeune on peut fort bien diriger la formation de sa +ramification pour l’empêcher de s’élever trop haut ou pour l’amener à +avoir les branches principales suffisamment écartées les unes des +autres, afin que la lumière tamisée vienne baigner les petites branches +médiocrement feuillées situées en dedans de la voûte formée par les +rameaux terminaux. On sait que c’est sur ces branches enfouies dans +l’épaisseur des ramifications que se développent presque toujours les +fruits, souvent très loin les uns des autres. + + + =4o Problèmes à résoudre. — Rôle des Jardins d’essai.= + + +Nous montrerons, dans le prochain chapitre, qu’il n’est pas possible, +dans l’état actuel, à une entreprise européenne de trouver des bénéfices +dans la culture exclusive du Kolatier. Cet arbre n’ayant jamais été +soumis à une culture attentive et intensive ne produit qu’à un âge +avancé et d’une manière irrégulière. Aussi, les Jardins d’essais situés +dans la zône où prospère le Kolatier devraient-ils se mettre sans retard +à l’étude des problèmes nombreux de la solution desquels dépend le +perfectionnement de la culture du Kolatier, perfectionnement qui +permettra peut-être d’en faire un jour une culture rémunératrice pour +des Européens et dont les indigènes, en tout cas, tireront toujours +profit. Au milieu des milliers de Kolatiers existant dans les +plantations indigènes, on observe parfois quelques individus que +l’indigène ne songe pas à sélectionner, mais qui présentent des qualités +spéciales. Certains pieds produisent des noix beaucoup plus grosses ou +sont plus fertiles, ou mûrissent leurs fruits à des époques plus +favorables à la vente. Il en est qui donnent des noix plus recherchées +des indigènes par le goût ou par la couleur ou encore qui contiennent +plus de caféine. Il en existe aussi dont les noix ne sont presque jamais +attaquées par le ver du Kola, alors que d’autres ont leurs graines +envahies sur l’arbre même. Enfin, ainsi que nous l’avons vu, certains +pieds produisent quelques fruits dès la cinquième année, alors que +d’autres restent stériles jusqu’à la 25me année. Il est très +vraisemblable que toutes les bonnes sortes pourraient être multipliées +par la greffe, le bouturage ou le marcottage et elles conserveraient +ainsi, au moins en partie, les avantages acquis. Mais la greffe, le +bouturage et le marcottage sont-elles des opérations pratiques pour le +Kolatier ? Dans quelles conditions peut-on faire ces opérations pour +réussir ? Personne ne peut encore répondre à ces questions. + +Par des sélections de graines bien choisies sur les arbres bons +producteurs, par des hybridations artificielles faites avec méthode, on +pourrait aussi sans doute améliorer le Kolatier, mais dans cette voie +rien encore n’a été tenté. + +Qui peut dire aussi de quelle manière il faut tailler le Kolatier, à +quel âge il faut pratiquer cette opération, et si même elle est toujours +utile ? + +Nous ignorons enfin s’il faut pratiquer la fumure du précieux arbre et, +dans ce cas, les sortes et les proportions d’engrais qui conviennent. + +Des expériences de longue haleine, méthodiquement conduites, peuvent +seules résoudre tous ces problèmes. C’est le rôle des Jardins d’essais +de les entreprendre. + + * * * * * + + +[Note 245 : Article traduit en français : O. WARBURG. — La culture du +Kolatier, _Rev. Cult. col._, VI, 1900, 1er sem., p. 270.] + +[Note 246 : Rapport. _Agr. Pays Chauds_, 1907, 1er sem., p. 405.] + +[Note 247 : _Ibid._, p. 406.] + +[Note 248 : _Ibid._, p. 407.] + +[Note 249 : Appartenant probablement à l’espèce _R. sudanica_ A. Chev.] + +[Note 250 : L’abondance des _Raphia_ devrait alors amener le pullulement +des _Sciurus_ qui finiraient par attaquer les Kolas. Il est plus +probable que le _Raphia_ est cultivé pour le vin de palme qu’il fournit, +ainsi que pour les rachis de ses feuilles utilisés pour faire la +charpente des toitures de cases.] + +[Note 251 : SAVARIAU. — Le Kolatier au Dahomey. _Agr. Pays Chauds_, +1906, 2me sem., p. 211.] + +[Note 252 : ZECH. — _Rev. cult. col._, VIII, 1901, 1er sem., p. 367.] + +[Note 253 : G. SAUSSINE. — La culture du Kolatier dans les Antilles, +_Rev. cult. col._, II, 1898, 1er sem., p. 39-43.] + +[Note 254 : _Rev. cult. col._, I, 1897, p. 221.] + +[Note 255 : P. TEISSONNIER. — De la mise en place du Kolatier, _Rev. +cult. col._, VIII, 1901, 1er sem., p. 360.] + +[Note 256 : Dr GRÜNER. — Sur l’état des plantations de Kola et sur leur +dispersion dans le district de Misahöhe. _Rev. cult. col._, VIII, 1901. +1er sem., p. 214 (traduit de _Tropenpflanz._, 1901, no 1, p. 17).] + +[Note 257 : _Amtsblatt für das Schutzgebiet Kamerun_, analysé in +_Tropenpflanzer_ no 5, mai 1909, p. 230.] + +[Note 258 : D’après des renseignements inédits communiqués par +l’administration de la Colonie.] + +[Note 259 : A. E. EVANS. — Hints on the Cultivation and preparation of +Kola-Nuts. _Govern. Printing Press, Gold-Coast_, 1904.] + +[Note 260 : Il arrive souvent que les amandes transportées en ballots +par les caravaniers germent ainsi spontanément.] + +[Note 261 : _Revue cult. col._, t. II, 5 fév. 1898, p. 39-43.] + +[Note 262 : _Agr. prat. Pays chauds_, 1907, p. 405.] + +[Note 263 : TEISSONNIER. — _Rev. cult. col._, t. VIII, 1901, p. 361.] + +[Note 264 : J. VUILLET. — _Agr. prat. Pays chauds_, 1906, 1er sem., p. +135.] + +[Note 265 : BERNEGAU. — _Tropenpflanzer_, d’après E. DE WILDEMAN, l. c., +p. 290.] + +[Note 266 : E. DE WILDEMAN. — L. c., p. 293.] + +[Note 267 : O. WARBURG. — _Tropenpflanzer_, déc. 1902.] + +[Note 268 : _Végét. util._, fasc. IV, p. 234.] + + + + + CHAPITRE XV. + + * * * * * + + =Age de la production et rendement des Kolatiers.= + + * * * * * + + + =I. — DURÉE DE LA CROISSANCE ET AGE DE LA PREMIÈRE PRODUCTION.= + + +Il importe, tout d’abord, de détruire une légende au sujet de la +rapidité avec laquelle se développent les Kolatiers. Contrairement aux +assertions répandues dans la plupart des ouvrages relatifs à +l’agriculture tropicale, ces arbres croissent très lentement, quelles +que soient l’espèce botanique et la région où on les cultive. + +Même dans les forêts où il vit à l’état spontané, le Kolatier demeure +longtemps chétif et stérile dans les sous-bois où ses graines +parviennent fréquemment à germer. Il en est du reste de même de tous les +arbres à bois dur croissant à l’état sauvage dans ces forêts tropicales. + +Dans la forêt de la Côte d’Ivoire, d’après nos propres observations, un +Kolatier n’atteint son plein développement qu’à 25 ou 30 ans. + +Cultivé dans des terrains de bonne qualité et sous un ombrage approprié, +c’est-à-dire laissant passer la quantité optimum de lumière, il se +développe un peu plus vite et nous pouvons donner aussi des chiffres à +ce sujet. + +Aux environs de Conakry, dans un endroit où prospère cette culture, nous +avons vu de jeunes Kolatiers, âgés de deux ans, qui ne mesuraient encore +que 0m50 de hauteur ; c’est seulement vers la cinquième année que cette +plante prend l’aspect d’un arbuste de 2 m. environ de hauteur et se +ramifie en formant une tête arrondie. Jusqu’à cet âge, elle n’a produit +que de courts verticelles de 2 à 4 branches comme le Cacaoyer. Pour peu +que la pousse terminale soit détruite par un accident, ce qui est +fréquent, la croissance est encore retardée. + +A partir de 5 ans, l’arbuste se développe plus vite, mais il est rare, +en Guinée française, qu’il produise quelques fleurs avant l’âge de 8 ou +10 ans. + +A Faranna (Guinée française), quelques Kolatiers âgés de 6 ans, plantés +dans le Jardin du poste, exposés au soleil il est vrai, mais arrosés +tous les deux ou trois jours, ne s’élevaient encore qu’à 3 m. de hauteur +lors de notre passage. + +Des cinquante Kolatiers plantés en 1897 et en 1898 par M. TEISSONNIER, +la plupart, en 1907, c’est-à-dire à l’âge de neuf ou dix ans, n’avaient +pas encore fleuri ; quelques-uns seulement portaient des fleurs pour la +première fois. + +D’autre part, en 1905, nous avons vu, au Jardin d’Aburi, des Kolatiers +âgés de 15 ans qui atteignaient de 8 à 10 mètres de hauteur et les plus +gros mesuraient 0,25 cm. de diamètre à un mètre au-dessus du sol. Ils +portaient en moyenne, par arbre, une trentaine de fructifications +composées, chacune, de 5 cabosses, soit environ 750 noix. + +Dans le même jardin, existaient des Kolatiers âgés de 12 ans qui +n’avaient pas encore fleuri. + +De même, d’après les renseignements que nous avons recueillis sur place, +les Kolatiers du Kissi produisent rarement avant la dixième année et ne +donnent un rendement sérieux que vers la quinzième année. + +Chez les Dans ou Dyolas aussi, le Kolatier ne commence à produire que +vers la dixième année. Pour Touba, le capitaine LAURENT cite des +Kolatiers repiqués en 1897 et qui n’avaient pas encore produit de fruits +en 1907. + +Dans le Jardin de Mankono, nous avons vu en 1909 une quinzaine d’arbres +très vigoureux, plantés depuis 9 ans, s’élevant de 6 à 8 mètres de +hauteur. Quelques-uns avaient commencé, cette même année, à produire +quelques cabosses ; les autres étaient stériles. + +D’après une communication manuscrite de M. l’administrateur HAUET, +concernant le Cercle du Rio-Pongo, l’âge où un Kolatier commence à +rapporter dans cette région est très variable et dépend du terrain. La +moyenne est de 10 années, mais les uns rapportent vers 7 ans et les +autres vers 15. A la mission de Boffa, un Kolatier de 10 ans n’a pas +encore produit. + +Une communication du Gouvernement de Sierra-Léone nous apprend, enfin, +que certains Kolatiers produisent à partir de 7 ans, mais d’autres n’ont +pas encore fructifié à l’âge de 25 ans. + +Ces faits sont complètement en désaccord avec tous ceux qui ont été +publiés sur le Kolatier. + +Citons, par exemple, l’opinion de HECKEL[269] qui rapporte que « sur la +côte occidentale d’Afrique, le _Cola acuminata_ (lire _C. nitida_) +commence à donner une récolte vers l’âge de 4 à 5 ans, mais elle est peu +abondante ; c’est seulement vers 10 ans que l’arbre est en plein +rapport ». D’après FAMECHON, l’arbre commence seulement à rapporter à +huit ans. + +Au Dahomey, où vit _C. acuminata_, la première fructification, selon +SAVARIAU, aurait lieu au cours de la 6e et de la 7e année de végétation. + +WARBURG rapporte qu’à la Martinique quelques individus de 6 ans +atteignent 5 à 6 mètres de haut. La première floraison a lieu +généralement dans la 4e ou la 5e année ; toutefois, on a vu fructifier, +au Cameroun, des arbres qui n’avaient guère que 1 mètre à 1 m. 50 de +haut. + +« Il semble donc, ajoute WARBURG[270], qu’on ne doive compter sur une +production de plein rapport qu’à partir de la 10e année. Toutefois, il +est permis d’espérer qu’on arrivera à abaisser cet âge d’entrée en plein +rapport par une culture appropriée, peut-être aussi par le moyen de la +fumure ou encore par la taille qui sera probablement bien supportée ». + +Nous pensons nous-même que, comme il a été indiqué au chapitre +précédent, par une sélection judicieuse des graines destinées à +l’ensemencement et par une culture soignée, on obtiendra la +fructification des Kolatiers plus tôt que dans la nature, mais, dans +l’état actuel des choses, nous pouvons affirmer que les Kolatiers ne +produisent pas avant la dixième année et ce n’est que vers la 15e qu’ils +donnent un rendement déjà appréciable. + +L’arbre n’atteint la hauteur normale et son port définitif que de la 20e +à la 30e année. C’est ce qui explique que les indigènes le plantent si +rarement. + + + =II. — RENDEMENT.= + + +Les renseignements publiés sur le rendement du Kolatier sont aussi très +exagérés et la plupart sont en contradiction les uns avec les autres. + +Passons en revue les indications fournies par les divers auteurs et, +pour rendre comparables les chiffres donnés, ramenons toutes les +évaluations au nombre de graines, en estimant la valeur de 1 kg. de noix +fraîches à 1 fr. et en prenant pour poids moyen d’une noix 12 gr. 5 en +Guinée française et 25 gr. à la Côte d’Ivoire où les Kolas sont +ordinairement plus gros. + +Suivant HECKEL, le rendement annuel d’un pied, après la 10e année, +serait de 45 kg. dans les Rivières du Sud, soit 3.600 noix. D’après +FAMECHON[271], en Guinée française, « les noix produites par un arbre de +belle taille peuvent être vendues 30 fr. les mauvaises années et 60 fr. +les bonnes ». C’est donc un rendement moyen de 30 à 60 kg., soit 2.400 à +4.800 noix suivant les années. « Le poids moyen des graines, dit ce même +auteur, est de 80 au kg., soit 12 gr. 5 par unité. Leur valeur est de +250 à 400 pour 5 fr., à la côte, tandis qu’elle est déjà de 80 à 100 +pour la même somme de 5 fr. à Siguiri et que le prix augmente à mesure +que l’on s’élève dans le nord. + +« Je crois, ajoute-t-il qu’une plantation de Kolatiers serait d’un +rapport beaucoup plus sûr qu’une plantation de Caféiers, bien que les +arbres ne commencent à produire qu’à 8 ans ». + +D’après M. POBÉGUIN[272], le rapport pour un arbre de belle taille peut +être évalué à 20 fr. pour les mauvaises années et à 40 à 50 fr. pour les +bonnes ; le chiffre donné plus haut est ainsi un peu réduit. + +Plusieurs colons de Conakry nous ont raconté que les Kolatiers de la +région donnaient en moyenne une récolte de noix évaluée à 25 fr., soit +2.000 graines environ, et cela après la 15e année. Mais les indigènes +leur auraient assuré que les très gros arbres leur donnaient pour 60 fr. +de Kolas par an, soit 6.400 graines, et l’on montrait dans la ville de +Conakry, près des magasins du Service des Travaux publics, quelques +arbres qui, avant la fondation de la capitale de la Guinée, rapportaient +à l’heureux propriétaire la valeur d’un esclave, c’est-à-dire environ +150 fr. par an (12.000 graines, soit plus de 2.000 cabosses). + +A Sierra-Léone, le rendement serait de 50 fr. par an, soit de 4.000 +graines environ[273]. + +A la Côte d’Ivoire, d’après M. LAMBERT[274], un arbre peut donner 1.500 +à 1.800 Kolas par récolte, ce qui fait 3.000 à 4.000 graines par an ; le +même auteur rapporte que le capitaine CONRAD a signalé des sujets +donnant jusqu’à 6.000 Kolas par an dans le pays des Ngans et le +commandant CHASLE porte ce chiffre, d’après des renseignements +indigènes, à 10.000 pour le district de Kokumbo dans le Baoulé. + +D’après l’article déjà cité du Service de l’Agriculture de l’Afrique +occidentale, au Sankaran, on estime qu’un Kolatier donne trois ou quatre +charges de Kolas par an, ce qui, à 80 noix au kilogramme, représente de +7.000 à 10.000 noix, chiffre sans doute très exagéré. + +Au Sobaneh, les évaluations sont moins fortes ; d’après les indigènes +toujours, un arbre donnerait au minimum 4.000 noix par an et il n’est +pas rare d’en récolter 6.000. Les Mendengués regardent comme une année +tout à fait mauvaise, celle où un Kolatier ordinaire ne rapporte que 5 +francs ; en temps normal, il donne de 20 à 30 francs. Certains arbres +rapportent exceptionnellement jusqu’à 50 et 70 francs. + +Un rapport de M. l’Administrateur du cercle de Dubréka (Guinée) +s’exprime, au sujet du rendement, de la façon suivante : + +« Il est difficile de fixer d’une façon certaine le rendement annuel +d’un Kolatier, qui, pour diverses raisons échappant à l’observation, +soit en raison de son âge, soit en raison de la récolte, peut varier +d’une année à l’autre. Il est permis cependant de prendre comme +rendement moyen la somme de 50 fr. par arbre adulte, pour se maintenir +dans une juste limite et fournir un renseignement à peu près exact... ». + +M. HAUET, dans un rapport analogue concernant le cercle du Rio-Pongo +pense que le rendement annuel d’un arbre peut être évalué à 15 ou 20 +francs, « mais il est irrégulier : une année l’arbre produit beaucoup et +l’autre relativement peu ». + +D’après O. WARBURG (Traité d’Agriculture tropicale de SEMLER, 2e éd., +1897), à la Jamaïque on compte 500 à 600 fruits par cueillette et par +arbre, soit 45 à 50 kilogs de noix sèches ou environ le double comme +poids de noix fraîches. Dans le Moréah (Guinée française), ajoute le +même auteur, il y a des arbres qui produisent tous les ans jusqu’à 100 +kilog. de noix fraîches, ce qui représente une valeur d’environ 425 fr., +car cette noix est de qualité supérieure et se paie en conséquence[275]. + +Dans les Antilles, d’après SAUSSINE, on évalue le rendement, dans les +bonnes conditions, à 50 à 60 kilog. de noix sèches par arbre et par an, +ce qui correspond à 100 ou 150 kilog. de noix fraîches[276]. + +L’_Ombéné_ du Gabon produit, suivant BERTHELOT DU CHESNAY, 20 à 25 +kilog. de noix fraîches par an. + +Les mêmes assertions sont rapportées par DE WILDEMAN. SAUSSINE, WARBURG +et DE WILDEMAN ont vraisemblablement pris ces indications, sans citer la +source, dans HECKEL, auquel on doit en effet le renseignement suivant : + +« M. FAUWCET, parlant de ses observations à la Jamaïque, dit (_Indische +Mercuur_, Amsterdam, 29 nov., 1890) : + +« L’arbre à Kola se reproduit par les graines et commence à produire des +fruits à l’âge de 4 ou 5 ans. + +« Il y a des arbres de Kola dans le Jardin botanique de Castleton qui +sont plantés là il y a plus de 50 ans et qui portent régulièrement des +fruits. Ces arbres doivent être plantés à une distance de 20 pieds l’un +de l’autre, ce qui fait un nombre de 108 arbres par acre. Ces arbres +atteignent une hauteur d’environ 40 pieds. Ceux de Castleton produisent +à chaque récolte 500 à 600 gousses. Si chaque gousse, en calculant sans +exagération, contient 4 graines et nous calculons par « quart », un +arbre de 800 gousses produira alors 50 quarts de noix par récolte, ce +qui fait 100 quarts par arbre pendant une année. Un quart de noix sèches +aura à peu près un poids de 1/4 de livre, ce qui donne 125 livres par +arbre ». + +Et HECKEL ajoute : la production à la Jamaïque est donc comparable à +celle de la côte occidentale d’Afrique, ce qui n’a rien de surprenant, +les climats de ces deux régions étant comparables[277]. + +Nous ne sommes point surpris de voir quelques Kolatiers « âgés de plus +de 50 ans » et cultivés dans un Jardin botanique donner un rendement +aussi élevé, presque sextuple de ce que peut produire un Kolatier +normal. De tels faits s’observent pour les Cacaoyers plantés dans +certaines conditions, mais c’est à tort, croyons-nous, que HECKEL et +WARBURG ont généralisé ces observations. + +On pourrait citer encore quantité d’autres auteurs qui ont attribué au +Kolatier un rendement très exagéré. M. BERNEGAU rapporte qu’à Agege (au +Togo) un arbre de 7 ans donne annuellement 50 marks de rente, c’est-à- +dire 3.500 noix, tandis qu’un Cacaoyer du même âge, exigeant plus de +soins et par suite plus de frais, a rapporté un mark[278]. + +L’erreur est d’autant plus flagrante que les Kolatiers ne fleurissent +pas ordinairement avant la dixième année. + +Quant à l’évaluation du rendement du Cacaoyer, elle est au moins +risquée, puisque le Togo n’exportait pas encore de cacao dans ces +dernières années. + +SAVARIAU donne pour le Dahomey, qui confine au Togo, des renseignements +beaucoup plus vraisemblables. Un arbre d’une vingtaine d’années planté +en terrain riche et suffisamment humide, donnerait une trentaine de +fruits composés de cinq follicules contenant chacun six ou sept noix en +moyenne, soit une moyenne de mille noix. Avec beaucoup d’optimisme, +SAVARIAU évalue ces noix à 0 fr. 075 pièce, ce qui ferait un revenu de +75 fr. par an. C’est peut-être la valeur locale lorsque les Kolatiers +existent en petit nombre dans une région, mais s’ils étaient nombreux, +en prenant le dizième de ce chiffre comme valeur réelle, on serait plus +près de la vérité. + +Il ne faut pas oublier, en effet, qu’il s’agit du _C. acuminata_. + +Nulle part, au cours de nos voyages, nous n’avons constaté de rendements +aussi élevés et nous avons la conviction que tous ces auteurs se sont +influencés les uns les autres ou bien ont recueilli, sans les vérifier, +les assertions des indigènes, toujours sujets à caution en pareil cas. + +Le Kolatier, en réalité, produit peu et très irrégulièrement. S’il +donnait toujours des rendements élevés, les planteurs de San-Thomé ou de +la Jamaïque auraient cherché à en tirer un plus grand parti depuis +longtemps. + +Même en admettant que tout le Kola soit exporté à l’état de Kola sec qui +a beaucoup moins de valeur que la noix fraîche, un arbre fournissant 45 +kilos de Kolas frais, soit 20 kilogs de Kola sec, valant en moyenne 0 +fr. 30 à 0 fr. 40 la livre anglaise sur le marché de Liverpool, +rapporterait donc environ 12 à 15 francs par arbre. Or il faudrait 8 à +12 Cacaoyers pour fournir le même rendement annuel. + +La consommation de Kola sec est déjà assez étendue, puisque le port de +Liverpool en reçoit environ 300 tonnes par an, valant environ 150.000 ou +180.000 fr., qui trouvent leur utilisation dans la fabrication de +nombreux produits pharmaceutiques. Si le rendement de 45 kilos de noix +fraiches était exact, les planteurs de Cacaoyers auraient donc beaucoup +plus d’intérêt à cultiver le Kolatier. + +Cependant tous ceux que nous avons interrogés à San-Thomé sont unanimes +à déclarer qu’il n’en est rien et les faits que nous avons constatés +montrent qu’ils sont dans la vérité. + +Aussi résumerons-nous notre manière de voir de la façon suivante : + +1o Le rendement des Kolatiers est extrêmement irrégulier : + +_a_) Dans une localité, certains pieds demeurent toute leur vie +rachitiques et c’est à peine s’ils produisent quelques cabosses chaque +année. + +_b_) Certains arbres, mêmes vigoureux, sont constamment stériles. Ces +pieds produisent exclusivement des fleurs mâles. + +_c_) D’autres arbres adultes et parfaitement constitués donnent peu de +fruits, soit par suite de la rareté des fleurs femelles, soit pour toute +autre cause encore indéterminée. + +_d_) Enfin les pieds donnant une production normale se reposent +ordinairement une année sur deux : à une année pendant laquelle la +production a été élevée, succède souvent une année durant laquelle les +récoltes sont faibles. + +La culture intensive perfectionnée des Kolatiers (et notamment la +sélection des graines et le greffage), aurait sans doute pour résultat +d’accroître et de régulariser la production, mais comme nous l’avons vu, +rien n’a été encore tenté dans ce sens. + +2o Les cabosses étant répandues dans des parties de l’arbre, fort +éloignées les unes des autres, la cueillette est lente et difficile. De +plus, les fructifications arrivent successivement à maturité et souvent +à de longs intervalles. La cueillette de ces fruits serait donc des plus +dispendieuses si elle devait être faite par une main-d’œuvre aussi +coûteuse que celle qu’emploient les planteurs européens. + +Dans les plantations de Caféiers et de Cacaoyers à San-Thomé, il existe +çà et là des Kolatiers de l’espèce _C. acuminata_ ; les colons portugais +n’en tirent aucun parti et les statistiques de l’île accusent +ordinairement une exportation annuelle de Kola séché qui s’élève +seulement à quelques centaines de francs. + +A la Jamaïque, à Grenade et à la Trinidad, où les Kolatiers sont +également fréquents dans les plantations de Cacaoyers, les choses se +passent exactement de la même manière. + +Plusieurs planteurs de San-Thomé nous ont assuré que les Kolatiers les +plus vigoureux ne pouvaient donner que quelques kilos de noix sèches par +an et le temps qu’il faudrait passer à récolter et préparer ces noix +sera, selon eux, plus rénumérateur si on le consacre à la culture du +Cacaoyer. + +En Guinée française et à la Côte d’Ivoire, le problème se pose +différemment, le Kolatier appartenant à une autre espèce et ses noix +pouvant se vendre à l’état frais ; mais là encore, il ne faut pas +compter sur les rendements merveilleux rapportés par divers auteurs +cités plus haut. + +Il est possible que, certaines années, un Kolatier adulte et isolé, +cultivé au milieu d’un village, dans un terrain riche en humus, arrive à +produire quelques milliers de noix, mais de telles récoltes dans l’état +actuel nous semblent très exceptionnelles et si, dans une plantation +régulière, on arrive à récolter en moyenne 1.000 noix par arbre adulte +et par an, on devra s’estimer très heureux. + +Pour notre part, nous n’avons jamais compté plus de 50 fruits à la fois +sur un arbre et souvent il n’y avait que 10 à 20 fructifications +simultanément. + +En admettant que chaque fruit contienne en moyenne 3 follicules +renfermant chacun 5 graines, on arriverait pour un arbre portant 50 +fruits à un rendement de 750 noix par an dont le poids, à la Guinée, +équivaut à 9 k. 375 environ. + +Un rendement de 10 kilog. de noix fraîches nous paraît donc être le +maximum de ce que l’on peut obtenir en une année du _Cola nitida_, +_cultivé dans les meilleures conditions_[279]. Plus fréquemment la +récolte s’élèvera à la moitié de ce poids à peine. Les Kolatiers vivant +à l’état sauvage dans l’intérieur de la forêt de la Côte d’Ivoire +fournissent des rendements encore beaucoup plus faibles. + +Les constatations que nous avons faites au cours de nos voyages sont +donc en contradiction avec la plupart des indications rapportées plus +haut. Dans les pays où le climat est le plus approprié et dans la saison +la plus favorable, il est très rare de voir des Kolatiers _couverts de +fruits_ ; les arbres portant 20 à 50 groupes de carpelles sont les plus +communs ; enfin d’assez nombreux individus ne portent que quelques rares +fruits ou sont mêmes stériles. Nous ne pensons pas qu’on puisse compter +dans l’état actuel sur un rendement moyen par arbre et par an de plus de +30 groupes de carpelles comprenant chacun 3 à 4 cabosses de 5 noix, soit +600 noix par arbre adulte ou 5 à 8 kilog. de noix fraîches. + +C’est la proportion moyenne que nous avons observée à Conakry, à Grand- +Bassam et à Aburi. + +Au Kissi, on voit très exceptionnellement des Kolatiers donner certaines +années une charge, c’est-à-dire environ 2.000 noix de Kolas, mais +l’arbre se repose l’année suivante. J’ai eu dans cette région un +interprète intelligent et à la bonne foi duquel on pouvait se fier, près +duquel j’ai recueilli les indications suivantes : + +Il possédait à Kissidougou 5 Kolatiers lui appartenant personnellement +et qui lui avaient fourni au total, pour la récolte de 1908-1909, 850 +noix. + +L’année précédente, les mêmes arbres avaient produit 1.500 noix. Le même +interprète affirmait qu’un Kolatier adulte et en bon état, c’est-à-dire +âgé de 25 à 30 ans, produisait au Kissi environ 400 noix par an que l’on +pouvait vendre de 5 fr. à 10 fr., suivant la saison. + +Cependant il survient des années pendant lesquelles on ne récolte +presque pas de noix. Les années pluvieuses seraient les plus favorables, +surtout si les pluies sont précoces. + + + =III. — NOMBRE DES RÉCOLTES ANNUELLES.= + + +Mais, objectera-t-on, on peut faire plusieurs récoltes par an ? On +trouve en effet cette affirmation dans presque toutes les études +traitant du Kolatier, mais elle ne résiste pas à l’observation. Pour +cette question, comme pour le rendement, les auteurs se sont copiés les +uns les autres. + +On sait que, dans les régions où ils trouvent réalisés les conditions +climatériques qui leur conviennent, les Kolatiers sont en fleurs presque +toute l’année, mais, dans la zône tropicale nord, la floraison est +particulièrement abondante en mars, avril et mai, au début de la saison +des pluies. A cette floraison succède une fructification plus ou moins +riche. Pendant la saison des pluies, les jeunes fruits s’accroissent, +mais il est rare de trouver des follicules développés en cette saison ; +ils ne parviennent à complète maturité qu’après la mousson d’automne. + +Au Kissi, les arbres, fleurissant en mars et avril, ont leurs fruits +mûrs en novembre et décembre, c’est-à-dire 7 à 8 mois après la +floraison. La maturité de tous les fruits d’un arbre s’échelonne +ordinairement sur une période de 2 ou 3 mois, comme chez le Cacaoyer et, +en dehors de cette saison, il n’y a plus que de rares cabosses arrivant +à complet développement. + +A la Côte d’Ivoire, la principale période de maturation des fruits va du +15 octobre au 15 janvier. Quelques follicules mûrissent un peu avant et +un peu après, mais cela est toujours exceptionnel. De même, dans la +période allant de février à juin, le Kolatier ne fournit presque aucune +cabosse adulte, mais certaines fleurs femelles peuvent encore produire +quelques follicules qui mûrissent en juin et juillet. Toutefois, cette +récolte est généralement très maigre, ainsi que nous l’avons constaté à +la Côte d’Ivoire et, dans la plupart des régions de cette colonie, on ne +trouve que très peu de cabosses mûres à cette époque. + +Suivant HECKEL, en Guinée française « la floraison de juin porte ses +gousses en octobre et novembre, celle de novembre et décembre aux mois +de mai et juin »[280]. + +D’après l’auteur anonyme de l’étude sur le Kolatier en Guinée française, +que nous avons déjà plusieurs fois citée, « la récolte se fait +ordinairement à la fin de l’hivernage, de novembre à décembre ; elle est +surtout abondante pendant ce dernier mois. Les Kolas se vendent alors +sur toute la côte, à raison de 5 francs les 300 ou les 400 suivant la +grosseur et l’année ; le prix est le même en pays Tôma. En fin de +saison, au début de l’hivernage, on peut encore recueillir quelques +Kolas ; mais ils sont petits et, pour 5 francs, on n’en donne plus que +150 et même 100, en juillet et août[281]. + +Un rapport du 11 septembre 1907 de l’administrateur du Cercle de Dubréka +nous informe aussi que le Kolatier donne deux récoltes par an. La +première, généralement très belle et très abondante avec de grosses +noix, a lieu en décembre ; l’autre, très médiocre, donnant de petites +noix, a lieu en juillet. Un autre rapport officiel du Cercle de Beyla ne +mentionne qu’une seule récolte au commencement de la saison des pluies. + +Ces divers renseignements, concernant la Guinée française, sont donc +contradictoires. + +Au Dahomey, écrit SAVARIAU, « chaque arbre (il s’agit du _C. acuminata_ +à 3-5 cotylédons), donne deux récoltes par an ; la première a lieu de +mars à mai, la seconde de septembre à novembre. Les vieux arbres ne se +comportent plus de la même façon : d’après les indigènes, ils +donneraient une récolte seulement tous les deux ou trois ans. »[282]. + +BERNEGAU rapporte qu’à Agege (Togo) les arbres portent dès l’âge de six +à sept ans et donnent deux récoltes par an : la plus forte, de septembre +à janvier ; la seconde, plus faible, de mai à juillet. + +Dans les Cercles de Kouroussa et Kankan (Haute-Guinée), nous avons +remarqué des Kolatiers qui portaient des fruits mûrs en février et mars, +mais ils en restaient privés tout le reste de l’année. + +Dans la zone tropicale australe, les choses se passent différemment. + +A l’île de San-Thomé, les pieds de _Cola acuminata_, dispersés à travers +les plantations, donnent habituellement leurs fruits soit en août, soit +en janvier, mais nous avons vu certains individus qui portaient, en +septembre, des fruits complètement mûrs et qui n’en portaient même pas +d’autres. De même dans la forêt vierge qui se trouve au-dessus de Monte- +Café, nous avons vu, en août, le sol tout jonché de fruits là où vit +l’espèce sauvage _C. sphærocarpa_. Les mois d’août et septembre sont +donc l’époque de la pleine maturation. + +Pour le Gabon, HECKEL cite le renseignement de GOUJON, d’après lequel +« l’Ombéné (c’est aussi le _Cola acuminata_) mûrit ses fruits à +l’approche de la petite saison sèche (janvier-février). Sa principale +récolte dure 3 ou 4 mois, mais les indigènes en apportent à Libreville +toute l’année, par très petites quantités, il est vrai »[283]. + +D’après un autre observateur, le Kolatier fournit deux récoltes au +Gabon : l’une en février et l’autre en octobre. + +Sur les bords du fleuve Congo, près de l’Equateur, nous avons vu des +Kolatiers de l’espèce _C. Ballayi_ qui portaient beaucoup de fruits mûrs +au mois d’août. + +Il se produit, croyons-nous, pour le Kolatier, ce qui arrive pour la +plupart des essences forestières tropicales. La majorité des arbres +d’une même espèce fructifie une seule fois par an, en une saison bien +déterminée, mais certains individus de cette espèce, pour des causes +encore mal déterminées, entrent en végétation certaines années avant ou +après la période normale, de sorte que leur fructification est reportée +à une saison toute différente de celle où s’effectue habituellement la +maturation des fruits de cette espèce. De telles aberrations de +végétation sont extrêmement fréquentes chez les arbres qui peuplent la +forêt vierge tropicale. Nous avons constaté que cette anomalie s’observe +souvent chez le Kolatier ; mais, indépendamment, certaines espèces de la +section _Autocola_ peuvent arriver, comme le Cacaoyer, à mûrir quelques +fruits pendant toute l’année ; il n’en est pas moins vrai qu’il n’y a +qu’une seule saison par an, pour chaque région, pendant laquelle la +plupart des fruits arrivent à maturité. + + + =IV. — DURÉE DES KOLATIERS.= + + +Dans les terrains favorables, les Kolatiers peuvent vivre jusqu’à un âge +extrêmement avancé. + +D’après les renseignements recueillis par M. HAUET, dans le Rio-Pongo +les Kolatiers durent de 60 à 70 ans. Ils peuvent aussi atteindre 100 ans +et même un âge plus avancé. + +Dans le Haut-Cavally, suivant le capitaine LAURENT, l’arbre vit très +vieux, sans jamais atteindre une grande taille. + +Enfin, SAVARIAU rapporte que le _Cola acuminata_, au dire des indigènes +du Bas-Dahomey, vivrait à peu près autant que quatre générations +humaines, ce qui représenterait approximativement 120 ans. + +D’après ces indications, on peut penser que les Kolatiers sont en pleine +production de 25 à 75 ans. + + * * * * * + + +[Note 269 : HECKEL. — _Loc. cit._, 1893, p. 48.] + +[Note 270 : WARBURG. — _Rev. cult. col._, 1902, 1er sem., p. 272.] + +[Note 271 : FAMECHON. — Notice sur la Guinée française. _Exp. univ. +1900_, p. 100-102.] + +[Note 272 : POBÉGUIN. — Flore de la Guinée, p. 77.] + +[Note 273 : E. DE WILDEMAN. — Loc. cit., p. 287.] + +[Note 274 : LAMBERT. — La Côte d’Ivoire, 1906, p. 731.] + +[Note 275 : O. WARBURG. — L. c. et trad. _Rev. cult. colon._, I, 1897.] + +[Note 276 : SAUSSINE. — _Rev. cult. colon._, loc. cit.] + +[Note 277 : HECKEL. — L. c., 1893, p. 48.] + +[Note 278 : Voir E. DE WILDEMAN, l. c., p. 293.] + +[Note 279 : De telle sorte qu’en supposant une plantation de 100 pieds +environ à l’hectare, le rendement serait d’environ 1.000 kilogs en +moyenne, soit 1.000 francs par an, mais cela seulement à partir de la +15e ou de la 20e année. + +Le chiffre de 2 tonnes à l’acre (ou 5 tonnes à l’hectare), qui nous a +été donné par l’administration de Sierra-Léone, nous semble très +exagéré.] + +[Note 280 : HECKEL. — Loc. cit., p. 48.] + +[Note 281 : _Agr. Pays Chauds_, 1907, 1er sem., p. 407.] + +[Note 282 : SAVARIAU. — _Agr. pr. Pays Chauds_, 1906, 1er sem., p. 213.] + +[Note 283 : HECKEL. — Loc. cit., p. 37.] + + + + + CHAPITRE XVI. + + * * * * * + + =Ennemis et maladies du Kolatier et des noix de Kola.= + + * * * * * + + + =ANIMAUX.= + + +La jeune plante, aussitôt après sa germination, paraît avoir peu à +souffrir des insectes et des limaces. + +M. FAMECHON nous a fait connaître qu’à Conakry un ver (larve de quelque +insecte indéterminé) dévore souvent le bourgeon terminal des +germinations, parfois même avant que les premières feuilles soient +épanouies. De nouvelles pousses repartent ordinairement, mais la +croissance est retardée. + +Mais un autre grand danger menace les jeunes arbres : c’est la dent des +herbivores. En Guinée française et à la Côte d’Ivoire, les animaux +domestiques : bœufs, chèvres, moutons, broutent avec avidité les pousses +de la plante qui nous intéresse. Les cochons sauvages (phacochères) +déterrent même, dit-on, les racines du Kolatier jeune pour s’en nourrir. +Ailleurs, ce sont les antilopes du genre _Cephalophus_ qui dévorent les +parties aériennes des Kolatiers récemment semés. + +A un âge plus avancé, d’autres animaux s’attaquent à la précieuse +plante. + +Les Rats palmistes (_Sciurus_) sont friands des graines et en font une +grande consommation[284]. Les Singes, communs dans la forêt, n’y +touchent ordinairement pas. + +En 1905, à Faranna, les _sauterelles_ avaient dévoré les feuilles des +jeunes Kolatiers qui ne portaient plus qu’une dentelle de nervilles. + +Lorsque l’arbre fleurit, divers insectes s’attaquent aux organes de la +reproduction. L’arbre est d’autant plus visité que les moindres +accidents dans les tissus jeunes déterminent d’abondantes extravasions +de sève très chargée de substance mucilagineuse. + +A côté des insectes utiles qui facilitent la fécondation croisée[285] en +transportant le pollen d’un arbre à l’autre, il en est d’autres qui +interviennent pour commettre des déprédations dans les fleurs, notamment +plusieurs espèces de fourmis attirées peut-être par des pucerons vivant +souvent sur les axes des inflorescences. + +Les fourmis déterminent aussi des lésions à la surface des carpelles : +les unes sont attirées par les pucerons ou les coccides qui pullulent +parfois sur certains rameaux ou certains groupes de fruits et nuisent à +leur croissance ; les autres viennent pour se nourrir de mucilage et de +sucre qui existent dans la paroi carpellaire peu de temps avant la +maturation. Il n’est pas rare de voir les carpelles, parvenus à leur +maturité, percés ainsi d’un grand nombre de galeries qui pénètrent +jusqu’à la cavité ovarienne et d’où découle, à l’extérieur, un abondant +mucilage. Ces déprédations seraient sans importance, car les fourmis ne +s’attaquent jamais à l’amande du Kola ; mais c’est vraisemblablement par +les perforations ainsi pratiquées dans le péricarpe que s’introduit le +_Sangara_ dont nous parlerons plus loin. + +La fourmi rousse (_Œcophylla smaragdina_ Fab.) de l’Afrique tropicale +vit fréquemment sur les diverses espèces de Kolatiers ; elle se +construit un abri en agglutinant les bords des feuilles vivantes +rapprochées qui restent attachées sur leurs branches et continuent à +vivre. Nous ne pensons pas que cet insecte soit nuisible aux arbres sur +lesquels il habite. + +Les termites occasionnent, par contre, de grands ravages quand ils +s’attaquent aux jeunes sujets qu’ils peuvent faire mourir et dont ils +retardent au moins la croissance. Ils sont surtout redoutables pour les +plants transplantés en saison sèche. + + +_Borers._ — Les jeunes troncs et les rameaux des Kolatiers sont parfois +perforés par des larves d’insectes perceurs (_borers_ des colons +anglais). + +[Illustration : FIG. 39. — _Phosphorus Jansoni_ Thoms., var. du Dahomey. + +Grossi une fois et demie.] + +Tous les borers du Kolatier n’ont pas encore été étudiés. Ce sont +vraisemblablement, pour la plupart, des insectes appartenant à des +espèces identiques à celles qui attaquent les Cacaoyers dans l’Ouest +africain. Nous leur avons consacré un paragraphe dans le Fascicule IV, +p. 159, des _Végétaux utiles_, et nous avons indiqué les moyens +préconisés pour les détruire. + +Nous devons, toutefois, attirer l’attention sur l’un de ces insectes qui +n’avait pas encore été signalé comme commettant des déprédations dans +les plantations tropicales. + +En 1910, nous constations que la plupart des Kolatiers de l’espèce _Cola +nitida_, âgés de 5 ou 6 ans et cultivés dans le Jardin d’essai de Porto- +Novo (Dahomey), présentaient dans le tronc et dans certains rameaux +vivants des galeries larges et profondes. Beaucoup de branches ainsi +atteintes s’étaient complètement desséchées. M. C. NOURY, directeur du +Jardin, voulut bien rechercher l’insecte coupable, et nous communiqua un +exemplaire adulte. Cet insecte a été étudié par M. P. LESNE, assistant +au Muséum de Paris ; il se rapproche du _Phosphorus Jansoni_ Thomson et +n’en serait qu’une race dahoméenne (Fig. 39). C’est un Coléoptère de la +famille des Cérambycides et de la tribu des Lamiaires. + +L’espèce, connue depuis Sierra-Léone jusqu’au Cameroun, est polymorphe. +La forme du Dahomey présente, d’après M. P. LESNE, les caractères +suivants : + + +Longueur 28 mm. à 32 mm. Corps presque cylindrique, couvert d’une +pubescence d’un jaune terre de Sienne avec des reliefs d’un noir +brillant sur le prothorax, deux taches à la base de chaque élytre et une +autre tache de même couleur en forme de [Symbole : y] sur la partie +postérieure du disque de chaque élytre. Milieu des segments abdominaux +d’un noir brillant. Pattes et antennes cendrées. Ces dernières sont +minces et longues surtout chez le mâle où elles dépassent la longueur du +corps, tandis que, chez la femelle, elles n’atteignent pas l’extrémité +des élytres. + + +Les dégâts causés par le _Phosphorus Jansoni_ à Porto-Novo sont très +sérieux. Le seul moyen d’empêcher l’extension des ravages est de couper +et brûler les rameaux atteints. Les _Cola acuminata_ vivant dans les +environs sont beaucoup moins atteints. + +Le plus redoutable insecte pour les noix de Kola et celui qui cause les +plus grands préjudices aux dioulas transportant cette précieuse amande à +travers le Soudan est certainement le _Balanogastris Kolæ_ (Desbr.) +Faust = _Balaninus Kolæ_ Desbr., petit coléoptère de la famille des +Curculionides. + +C’est seulement en 1895 que cet insecte fut découvert par M. J. PEREZ, +professeur à la Faculté des sciences de Bordeaux, dans un lot de noix de +Kola importées de l’Afrique occidentale par un droguiste de Bordeaux +(Fig. 40). + +L’insecte adulte communiqué à M. J. DESBROCHERS DES LOGES, fut décrit la +même année dans le _Bulletin des séances de la Société entomologique de +France_, 1895, p. CLXXVI (Séance du 27 mars 1895). + + +Nous en reproduisons la description originale : + + +« =Balaninus kolæ=, n. sp. — Long. 4 mill. (rostro excluso) ; lat. 2 +mill. — _Ovatus, rufo-ferrugineus, squamulis paucis flavescentibus vage +variegatus, rostro valido, curvato, thorace vix longiore, concolore, +antennis articulis 2-primis parum elongatis, obconicis, cæteris +subtransversis, thorace subconico, creberrime fortiter punctato, medio +carinato, elytris punctato subselcatis, interstitiis planis, crebre +punctatis, femoribus omnibus valide dentatis, apice infuscatis, tibiis +latioribus compressis, curvatis._ — Sénégal. + +[Illustration : FIG. 40. — Le Charançon de la Noix de Kola +(_Balanogastris Kolæ_ Desbr.) + +Adulte vu de dos et de profil, grossi 6 fois.] + +« Coloration, taille et forme générale de _B. cerasorum_ Herbst et de +_B. rubidus_ Gyll. Le rostre est bien moins grêle et plus court que chez +le premier, la ponctuation du prothorax et des élytres plus forte que +chez les deux espèces, et la squamosité ne forme pas, sur les élytres, +de bandes ondulées. Les antennes, chez _B. cerasorum_ et _B. rubidus_, +ont les premiers articles du funicule très longs, les derniers même +aussi longs que larges. Le prothorax, chez _B. Kolæ_, est légèrement +sinué dans son milieu latéral. La dent des cuisses en triangle +subéquilatéral, à son côté interne aussi long que l’épaisseur du reste +de la cuisse. + +« Le mâle m’a semblé à peine différent de l’autre sexe, par le rostre un +peu moins long et par les strioles et la ponctuation du dessus plus +étendue postérieurement. + +« Cette espèce a été trouvée dans des noix de Kola, chez un droguiste de +Bordeaux, par M. J. PÉREZ, professeur à la Faculté des sciences de cette +ville, qui a bien voulu m’en communiquer plusieurs exemplaires ». + + +En même temps, M. J. PÉREZ publiait les renseignements suivants sur la +biologie de l’insecte[286] : + + +« — _Note sur un Curculionide_ (Balaninus Kolæ _Desbr._) _trouvé dans +des fruits de Kola_, par J. PÉREZ (de Bordeaux) : + +« Deux fruits de Kola seulement, sur un grand nombre qui furent +examinés, contenaient le Charançon dont M. DESBROCHERS DES LOGES a bien +voulu donner la diagnose. + +« On sait qu’un fruit de Kola se compose de quatre amandes +irrégulièrement pyramidales, à face extérieure convexe, les deux autres, +par lesquelles elles sont accolées, étant à peu près planes. + +[Illustration : FIG. 41. — Larve du _Balanogastris Kolæ_ Desbr. + +Vue de profil et de dessous, grossie 6 fois.] + +« C’est vers la partie centrale du fruit qu’étaient logés les +Curculionides, parfaitement développés, bien qu’un peu immatures, +quelques-uns du moins. Les cavités où ils s’étaient métamorphosés +n’étaient, en général, séparées de la surface des noix que par une mince +cloison ; un petit nombre seulement se trouvaient reculées dans une +partie plus ou moins profonde des galeries creusées par les larves, +élargies en ce point en une logette ovalaire. Toute le reste de la +galerie était obstrué par les déjections des larves fortement tassées. + +« En sculptant ces déjections fort dures, opération qu’un peu d’eau +rendait plus aisée, il était facile de dégager entièrement les galeries, +et l’on se rendait ainsi compte de leur forme et de leur parcours. La +partie la plus large, celle qui correspondait au dernier âge de la +larve, se trouvait non loin de l’arête axiale commune aux deux faces +planes de la noix. En se rétrécissant, la galerie mène à son origine, +sur la face convexe extérieure. Son trajet, tout à fait irrégulier et +sinueux, présente cependant ce caractère constant, que sa terminaison, +interne par rapport à l’axe du fruit, est toujours placée plus bas que +son origine extérieure. La larve, en creusant sa galerie, tend donc +toujours à avancer dans une direction générale, oblique de haut en bas +et de dehors en dedans. Souvent la galerie atteint la surface plane et +l’absorbe, entamant légèrement la face accolée de l’amande juxtaposée. +Je n’ai pas vu qu’elle passe d’une amande à l’autre. + +« L’origine de chaque galerie est une petite ponctuation de la surface +extérieure, large d’un demi-millimètre ou un peu plus, ombiliquée, +souvent creusée à son centre. C’est le trou par lequel fut introduit +l’œuf, et qu’avait pratiqué la mère à l’aide de son rostre, comme font +nos espèces européennes. + +« Ces trous de ponte sont assez nombreux à la surface convexe de la +noix, jusqu’à 10 à 12 parfois, distribués sans aucun ordre, du sommet +vers le milieu, qu’ils ne dépassent guère. Beaucoup d’œufs doivent +avorter, car, dans les noix examinées, le nombre des galeries était bien +loin de correspondre à celui des trous de ponte. + +« Le Charançon, pour éclore, a sans doute besoin d’attendre la +séparation naturelle des quatre amandes, puisque la cellule où on le +trouve n’est, en général, séparée de la surface plane que par une mince +épaisseur de la substance de l’amande respectée, soit par les déjections +entassées dans la galerie ». + + +[Illustration : FIG. 42. — Nymphe du _Balanogastris Kolæ_ Desbr. + +Vue de dessus, de profil et de dessous, grossie 6 fois.] + +En 1898, M. P. LESNE, assistant au Muséum, complétait les renseignements +fournis par M. J. DESBROCHERS DES LOGES, en décrivant avec beaucoup de +détails la larve (Fig. 41) et la nymphe (Fig. 42) du charançon de la +noix de Kola[287]. + +A la même époque, un entomologiste russe, M. J. FAUST, montrait que +l’insecte en question n’était pas un _Balaninus_ et il en faisait le +type du genre nouveau _Balanogastris_[288]. + +Les belles figures, qui accompagnent la note de M. LESNE et qu’il a bien +voulu nous autoriser à reproduire, nous dispenseront de nous étendre +longuement sur les descriptions. + +La larve mesure 6 mm. environ de longueur. Le corps présente l’aspect +habituel des larves de curculionides, épais, assez court, courbé en +croissant, atténué aux deux extrémités, blanchâtre, charnu, à +l’exception de la tête qui forme une capsule chitineuse testacée ; +mandibules brunes. Tête plus longue que large avec la région buccale en +saillie. Corps composé de 12 segments. + +Une grande partie de la surface du tégument est garnie de très petites +spinules chitineuses dirigées en arrière et destinées à fournir des +points d’appui pendant le forage et la progression. + +Des soies tactiles peu développées existent aussi sur les différentes +parties du corps. + +Quant à la nymphe, elle a le corps atténué en avant et en arrière, +blanchâtre, à tégument membraneux. + +Nous pouvons donner quelques renseignements complémentaires sur cet +insecte, renseignements recueillis au cours de nos voyages. + +Il vit dans les amandes des différentes espèces de _Cola_ de la section +_Eucola_. Il est commun sur le _Cola nitida_ en Guinée française. Chose +curieuse, il ne se trouve pas partout, mais par certains groupes de +villages formant des îlots et les indigènes le savent bien, car les +Kolas provenant des villages non contaminés sont cotés à un prix plus +élevé. Le ver devient plus fréquent en Guinée depuis quelques années, +les Kolas du Koba, jadis inattaqués, le sont aujourd’hui. M. BERNEGAU +l’a observé au Togo et au Cameroun, sur le _Cola acuminata_. Nous +l’avons rencontré nous-même à l’île de San-Thomé sur le _Cola +acuminata_. Il vit dans les fruits adhérents à l’arbre, non ouverts, +mais cependant presque mûrs. + +A l’intérieur de ces follicules on trouve parfois un grand nombre de +femelles adultes qui viennent y faire leurs pontes. + +Nous ne pensons pas que ces insectes puissent perforer le péricarpe +épais du fruit, mais ils pénètrent par les galeries que creusent +fréquemment les fourmis pour aller chercher le mucilage extravasé de la +paroi du fruit par les moindres lésions. + +La ponte s’effectue en dedans du tégument séminal, sur la paroi même de +l’embryon. Nous avons vu à San-Thomé des follicules non encore ouverts, +renfermant des noix dont les cotylédons étaient déjà creusées de +galeries profondes dans lesquelles on rencontrait des larves +complètement développées et même des nymphes. + +Le charançon de la noix de Kola est connu et redouté des indigènes. + +Les Soussous le nomment _Sangara_ ou _Sangaran_. D’après un +correspondant de M. HECKEL, on le nommerait _Tembouc_ en Mellacorée. +Enfin, d’après M. LAMBERT, les Dioulas de la Côte d’Ivoire le nomment +_Sambara_ et les Achantis _Koutia_. + +Dans les pays que nous avons visités, le ver en question porte les noms +suivants : + +_Sangara_ (en bambara), _Sangouara_ (en konianké), _Dérouda Kolo_ (en +kissien), _Kouakoua_ (en langue des Ngans). + +M. J. SURCOUF, en examinant de nombreuses larves vivantes dans des +amandes provenant de Guinée, en a observé qui étaient parasitées par un +très petit hyménoptère. « Il y a lieu d’espérer, ajoute cet +entomologiste, que ce parasite se développera à son tour et établira un +équilibre entre l’hôte et le parasite, comme cela se produit fréquemment +dans la nature. En outre, il serait bon de recueillir les premières noix +tombées et de les détruire ; ce sont celles qui contiennent les +parasites qui se reproduisent. Il y aurait lieu aussi de surveiller les +paniers de séchage pour s’assurer que les _Balanogastris Kolæ_ n’y +viennent pas pondre ; dans ce cas, il suffirait de recouvrir d’une gaze +quelconque les paniers pour les préserver de la contamination[289] ». + +Les noix attaquées sont irrémédiablement perdues. Le mieux est de les +trier soigneusement et de les brûler. M. P. LESNE et le regretté Joanny +MARTIN, préparateur au Muséum, avaient proposé de détruire les larves en +les asphyxiant par le gaz d’éclairage, mais, outre que ce procédé n’est +pas applicable aux colonies, il n’a pas sa raison d’être, puisque, nous +le répétons, les noix attaquées sont sans valeur. En outre, le gaz +d’éclairage ne tue sans doute pas les œufs et l’éclosion de ceux-ci peut +amener de nouvelles invasions dans les ballots de noix transportés par +les indigènes. Nous reproduisons cependant, à titre documentaire, +quelques passages de la note de P. LESNE et J. MARTIN. + + +P. LESNE et JOANNY MARTIN. — =Note sur quelques essais en vue de la +destruction du Charançon de la noix de Kola= (_Balanogastris Kolæ_ +Desbr.)[290]. + +« Les noix fraîches attaquées par le _Balanogastris_ sont généralement +très faciles à reconnaître. Presque toujours, en effet, les galeries +creusées par les larves dans l’épaisseur du parenchyme se rapprochent de +la surface de l’amande sur une portion plus ou moins étendue de leur +parcours. En cette portion superficielle, elles ne sont guère séparées +de l’extérieur que par le tégument de la graine qui se dessèche, durcit +et prend, en ces points, une coloration brune tranchant sur sa couleur +normale rose lie-de-vin ou blanc-jaunâtre[291]. La largeur de ces taches +brunes, plus ou moins allongées, sinueuses et souvent ramifiées, est +d’environ 2 millimètres. Elles sont quelquefois assez nombreuses, car il +arrive que deux ou trois larves cohabitent dans la même noix[292]. + +« Nous citerons très brièvement les premiers essais : séjour des noix +dans une atmosphère de vapeur de sulfure de carbone pendant deux ou +trois jours, traitement parfaitement efficace quant à la destruction des +insectes, mais altérant les noix, les durcissant en leur donnant une +teinte brun terreux sale. Mêmes résultats obtenus en un espace de temps +très court avec la vapeur de chloroforme. + +« Des essais plus intéressants furent ceux tentés en faisant agir le gaz +d’éclairage. + +« Des noix attaquées furent disposées sous une cloche dont l’atmosphère +pouvait être raréfiée à l’aide d’une trompe à eau. Un robinet à trois +voies permettait de la mettre en communication, soit avec le gaz, soit +avec la trompe... + +« Au sortir de la cloche, les noix traitées, bien que légèrement +brunies, avaient conservé leur fraîcheur et n’avaient pas ou à peine +durci. Leur saveur n’était pas altérée. Malheureusement nous ne +trouvâmes qu’une seule larve dans ces noix attaquées. Cette larve était +raidie et comme engourdie, et, le lendemain, elle entrait déjà en +décomposition. + +« Ce dernier essai, nous le répétons, n’est pas suffisamment concluant, +mais il montre la profonde différence qui existe entre l’action du gaz +d’éclairage et celle de la vapeur du sulfure de carbone ou de +chloroforme sur certaines graines vivantes. » + + +C’est sans doute en vue d’éliminer les noix déjà attaquées par le +_Sangara_ que les colporteurs indigènes ouvrent si fréquemment leurs +paniers de Kolas et en passent l’inspection. Il suffirait d’une noix +envahie pour perdre toute la charge, car l’insecte évolue très +rapidement, et plusieurs générations peuvent se succéder dans les mêmes +amandes. + +[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.= + +336 _bis_. + +FIG. 43. — =Un Orofira.= + +_Clinogyne Schweinfurthiana_ K. Schum.] + +Divers moyens préventifs sont usités par les indigènes pour soustraire +les Kolas aux ravages du _Balanogastris Kolæ_. Rappelons d’abord qu’au +dire des dioulas certaines variétés de noix ne sont jamais attaquées. Ce +serait, par exemple, le cas des graines provenant de certains villages +du Samo (Guinée française). Les coussins de feuilles formant des lits +épais soigneusement imbriqués les uns sur les autres servent non +seulement à empêcher la dessication des Kolas, mais ils ont aussi +probablement la propriété d’arrêter les _Balanogastris_ qui seraient +tentés de venir effectuer leurs pontes à l’intérieur des ballots. + +En Guinée française et dans la Haute Côte d’Ivoire, on lave toujours les +Kolas à l’eau de savon de Marseille avant de les emballer : ce lavage +aurait pour but de soustraire les noix ainsi traitées à l’invasion du +_Sangara_. + +Plusieurs dioulas nous ont assuré que ce moyen n’était pas suffisant, à +moins qu’on emploie, au lieu du savon des Blancs (savon de Marseille), +le savon indigène obtenu à l’aide de cendres et de graisse de Kobi +(diverses espèces du genre _Carapa_). + +On obtiendrait le même résultat en lavant les Kolas avec la macération +d’une plante encore inconnue. + +HECKEL cite, en effet, les renseignements obtenus par un administrateur +colonial qui rapporte que les indigènes du Samo lavent l’amande, au +moment où elle vient d’être cueillie, avec une eau chargée, par +macération, des principes d’une plante dont ils utilisent la racine +pilée fraîche. Les Kolas pourraient se conserver ensuite toute une +année[293]. + +Enfin, chez les Ngans de la Côte d’Ivoire, pour soustraire les noix de +Kola aux ravages du charançon, on attache les paquets de noix dans des +cases enfumées constamment. L’insecte ne vient point faire de pontes +dans ces ballots que l’on peut conserver ainsi un mois ou deux avant de +les transporter au Soudan. + +Au Gabon, on enterre parfois dans des termitières les grains du _Cola +Ballayi_ et du _C. acuminata_ et c’est sans doute aussi pour les +soustraire aux piqûres du _Balanogastris_. Il est certain qu’un +charençon qui s’aventurerait dans une termitière serait vite mis en +pièces. Mais ce moyen de conservation, qui peut à la rigueur être +employé sur place par les indigènes, ne saurait convenir pour la +conservation des Kolas destinés au commerce. Le jour où l’exportation +des Kolas frais vers l’Europe prendrait une grande extension, il serait +de toute nécessité de stériliser ces graines par un procédé aussi peu +onéreux que possible et qui n’altère pas les amandes. + +On a signalé aussi que M. BOUVIER, professeur au Muséum, avait constaté +que d’autres insectes appartenant au groupe des _teignes_ attaquaient +aussi les noix de Kola, mais à notre connaissance aucune étude n’a été +publiée à ce sujet[294]. + + + =VÉGÉTAUX.= + + +Plusieurs espèces de _Loranthus_ s’implantent fréquemment sur les +Kolatiers et à la longue ils épuisent les branches-support à la manière +du gui qui fait dépérir les pommiers. Ces _Loranthus_ ne sont pas +seulement communs dans la forêt, on les trouve aussi dans les +plantations autour des villages et les administrateurs de cercles +agiront sagement en les faisant détruire par les indigènes. + +Dans la forêt et même à sa lisière, les arbres sont aussi gênés par les +épiphytes. Au cours de sa mémorable expédition botanique, WELWITSCH +avait déjà noté que les troncs de Kolatiers sont fréquemment envahis par +des lichens, des mousses, des orchidées et même par une cactée épiphyte, +le _Rhipsalis Cassytha_ Gærtn. + +Dans la forêt de la Côte d’Ivoire, on trouve ces mêmes plantes, ainsi +que des aroïdées et de nombreuses fougères en plus. + +Ces plantes sont très nuisibles, cependant on ne les enlève jamais. + +Dans les parties boisées de la haute Guinée et de la haute Côte +d’Ivoire, on observe sur les Kolatiers, outre la chevelure épaisse des +mousses et des lichens, les touffes ou les rhizomes grimpants de +plusieurs espèces de fougères, principalement des _Asplenium_, des +Polypodiacées (_Polypodium lycopodioides_ L. _P. phymatodes_ L., _P. +irioides_ Lamk.). Les grosses mottes formées par les _Platycerium +Stemmaria_ (P. Beauv.) Desv. et _P. angolense_ Welw., pesant parfois +plus de 10 kilog. et servant de refuge à de nombreux insectes, sont +surtout dangereuses. + +De nombreuses orchidées épiphytes, notamment des _Angræcum_, des +_Listrostachys_, l’_Eulophia lurida_ Lindl., sont aussi au nombre des +espèces supportées par les Kolatiers en Afrique occidentale. Ajoutons +enfin à cette liste : un _Rhipsalis_, un _Peperomia_, assez fréquent au +Kissi, et de nombreuses espèces d’Aroïdées grimpantes. Enfin les +branches du Kolatier supportent parfois les rameaux de diverses lianes +croissant au voisinage dans la forêt. + +Il existe, sans nul doute, de nombreux champignons attaquant les +différentes parties du Kolatier, mais on n’en a pas encore signalé. + +Nous avons eu l’occasion d’observer en Guinée française une maladie +probablement causée par un champignon, qui occasionne de grands dégâts. +Quelques colons la désignent sous le nom de _chancre des Kolatiers_. +C’est en réalité une infection analogue aux _balais de sorcières_, qui +se développent sur nos cerisiers, en France ; elle rappelle aussi les +ramifications irrégulières qui se forment sur certains Cacaoyers à +Surinam et à la Trinidad, ramifications occasionnées par un champignon, +l’_Exoascus theobromæ_. + +Cette maladie sévit indistinctement sur les jeunes plantes s’élevant +seulement de quelques mètres, ou sur les arbres adultes atteignant 15 m. +à 20 m. de hauteur. Le Kolatier malade présente, sur quelques-unes de +ses branches ou sur tous les rameaux, des buissons très épais et très +ramifiés, arrondis, de 20 cm. à 40 cm. de diamètre, portant quelques +feuilles plus ou moins déformées et parfois de grandes fleurs +hypertrophiées. Si la maladie est ancienne, on observe en outre des +branches mortes ainsi que des buissons desséchés. + +En examinant de plus près chaque bouquet de rameaux malades, on constate +que la branche sur laquelle ils s’insèrent est hypertrophiée. Son +parenchyme cortical est très épaissi. + +L’épiderme et parfois l’écorce toute entière sont fortement fendillés. + +Dans ces fentes on observe fréquemment de petites coccides recouvertes +d’une matière cireuse blanche qui les fait ressembler à certaines +moisissures. Il s’agit vraisemblablement du _Pseudococcus citri_ Risso, +si commun sur les oranges et les citrons dans les pays chauds. + +Ces animaux ne sont certainement pas la cause de la maladie, mais ils +vivent en commensaux sur les branches malades et ils émettent un liquide +sucré sous forme de gouttelettes blondes, liquide qui attire un grand +nombre de petites fourmis appartenant à deux espèces, l’une à corps +noir, l’autre à corps roussâtre. + +Les rameaux malades formant le buisson sont épaissis et très rapprochés +par suite de la brièveté des entre-nœuds ; leur épiderme est crevassé. A +l’aisselle de chacune des nombreuses feuilles s’insère un gros bourgeon +(_gemmule_) qui produit très rapidement un rameau court chargé de +feuilles. + +Chaque rameau hypertrophié se termine par un grand nombre de bourgeons +très rapprochés produisant les uns des feuilles, les autres des fleurs, +et le plus souvent seulement des écailles recouvertes de poils bruns. + +Presque tous les buissons produisent des fleurs hypertrophiées stériles +dont le calice, très rapidement desséché, est persistant et d’une +longueur double de celle qu’il a dans les fleurs normales. + +L’hypertrophie du parenchyme cortical rempli de mucilage exsudant à la +moindre blessure, permet de supposer qu’un champignon habite dans les +tissus vivants de la plante qui réagissent en produisant un grand nombre +de bourgeons vite arrêtés dans leur développement. D’autre part, nous +avons recueilli au moins cinq espèces de petits animaux sur ces rameaux +malades : petits cocons indéterminables, _Pseudococcus_, pous de bois, +une araignée, un petit coléoptère. En outre, le bois vivant est souvent +aussi percé de galeries creusées par un coléoptère. + +Cette maladie est fréquente à Conakry et dans presque toute la Guinée ; +elle est beaucoup plus rare dans la forêt vierge de la Côte d’Ivoire. +Elle affaiblit les arbres qui en sont atteints et les rend moins +producteurs. Si elle envahit les principaux rameaux d’un arbre, elle +peut le tuer en quelques années. + +Pour arrêter sa propagation, il faut couper toutes les branches +atteintes et recouvrir ensuite la section de poix à greffer. Lorsqu’un +arbre est trop atteint, il est préférable de l’abattre et de le brider +pour l’empêcher de contaminer les pieds sains. + +Comme autre maladie parasitaire, nous devons signaler les moisissures +qui se mettent dans les noix fraîches et humides emballées dans des +paniers hermétiquement clos. Ces champignons ne tardent pas à détruire +le tissu de la noix. Ce dernier est à la longue remplacé par une masse +noire ou blanche remplie de spores. + +G. NACHTIGAL, l’illustre explorateur du Soudan central, a signalé depuis +longtemps, dans son ouvrage _Sahara et Soudan_, les maladies qui se +mettent dans les noix de Kola transportées par les caravanes au cœur de +l’Afrique[295] : + +« Si l’extérieur de la noix accuse des taches, des macules disposées +comme les signes de la variole, il est urgent d’enlever la noix pour la +sauver, elle et surtout ses voisines. + +« Quelquefois les taches sont d’un jaune-brunâtre : c’est la maladie +dite _hillé_, nom qui a pour origine le hennâ (_el hennâ_, Henné), qui +donne une coloration analogue. + +« Cette maladie rend l’intérieur de la noix blanc et pâle et +complètement insipide : elle perd toute valeur. Lorsque les noix sont +maintenues trop humides, la surface se pique de tache foncées, +l’intérieur se durcit, perd toute vie et toute sève ; les gens disent +alors : la noix est atteinte de _dasemsêra_. Une autre maladie encore, +dite _tûlo_, produit des taches noires qui s’étendent lentement et +convertissent l’intérieur de la noix en poussière noire-brunâtre. + +« Enfin il existe deux vers qui parfois se logent dans les noix et les +détruisent ; tous les deux sont désignés sous le nom commun de +_zankera_ ; l’un est blanc et allongé, l’autre est gris et plus court. » + +CHODAT et CHUIT ont étudié les causes de la maladie du _Hillé_ due à des +bactéries. Ces organismes détruisent tout d’abord la substance colorante +et le tanin qui imprègnent les parois cellulaires des cotylédons ; elles +deviennent alors blanches, mais si l’action des bactéries continue, la +paroi cellulaire est attaquée, détruite et l’amidon contenu dans la +cellule devient libre ; c’est alors seulement qu’il commence à être plus +ou moins corrodé. + +D’autre part, M. LUTZ, professeur agrégé à l’Ecole de Pharmacie, à qui +nous avions remis des noix de Kola arrivées en mauvais état en France, a +observé les moisissures banales des fruits décomposés. + +Enfin, il convient de citer comme autre champignon vivant sur le +Kolatier, un pyrénomycète, le _Micropeltis depressa_ Cooke et +Massee[296], observé sur des feuilles de _Cola acuminata_ provenant de +Fernando-Pô. + + * * * * * + + +[Note 284 : D’après un rapport communiqué par Son Excellence le +Gouverneur de Sierra-Léone, il existe dans cette colonie un petit +rongeur (probablement aussi un _Sciurus_) qui transporte les Kolas pour +manger le tégument sucré qui entoure les amandes ; il ne touche pas à +celles-ci et aide au contraire à leur dissémination.] + +[Note 285 : Il est rare que les fleurs mâles et les fleurs femelles d’un +Kolatier s’épanouissent en même temps. Il est donc nécessaire, pour que +la fécondation s’opère, que le pollen frais d’un arbre soit transporté +sur les stigmates de fleurs femelles d’un autre arbre épanouies au même +moment.] + +[Note 286 : _Bull. séances Soc. Entomol. France_, 1895, p. CLXXVII.] + +[Note 287 : Description de la larve et de la nymphe de Charançon de la +noix de Kola (_Balanogastris Kolæ_ Desbr.), _Bulletin Muséum_, 1898, p. +140.] + +[Note 288 : _Deutsche Entomologische Zeitschrift_, 1898, h. 1.] + +[Note 289 : J. SURCOUF. — Note sur le Charançon parasite de la noix de +Kola en Guinée. _Journ. Agr. trop._, 1908, p. 350.] + +[Note 290 : _Bull. Soc. Entomol. France_, 1898, p. 280-282.] + +[Note 291 : Il ne faut pas confondre ces taches avec la suture, brune, +des cotylédons.] + +[Note 292 : Nous ne pensons pas que les trous de ponte puissent servir à +reconnaître les noix attaquées, car ces blessures, peu caractéristiques, +ressemblent à celles que font les _Balanogastris_ lorsqu’ils veulent +consommer le parenchyme de la graine. Il semble en effet que, dans +certains cas, les Charençons percent l’amande uniquement pour satisfaire +leur faim (Note des auteurs cités).] + +[Note 293 : HECKEL. — Loc. cit., p. 54.] + +[Note 294 : A. MILNE EDWARDS. — Relations entre le Jardin des Plantes et +les colonies françaises. _Rev. cult. col._, IV, 1899, 1er sem., p. 11.] + +[Note 295 : G. NACHTIGAL, d’après WARBURG, l. c., _Rev. Cult. col._, VI, +1900, 1er sem., p. 274.] + +[Note 296 : _Grevillea_, XVII, p. 43.] + + + + + CHAPITRE XVII. + + * * * * * + + =Récolte, préparation et emballage des noix de Kola.= + + * * * * * + + + =I. — PROCÉDÉS DE RÉCOLTE.= + + +On n’attend ordinairement pas que les noix de Kola soient mûres pour +cueillir les fruits. On reconnaît que la cabosse est à point quand elle +a acquis une teinte d’un vert-brun avec de légères marbrures jaunâtres. +Dans le Kissi, on laisse les graines mûrir sur l’arbre ; aussi le Kola +du Kissi est plus ferme, moins aqueux et surtout moins amer et c’est ce +qui explique pourquoi il est si prisé sur les marchés. + +Au sud de Beyla, au contraire, on récolte les Kolas avant maturité, +quand la cabosse est encore toute verte. Le principal avantage est qu’on +évite la contamination par le _Sangara_ qui, comme nous l’avons vu, +attaque les Kolas pendant qu’ils sont encore sur l’arbre, mais ces noix +cueillies hâtivement sont âpres dans la bouche par suite de l’abondance +des tannoïdes. On éviterait ces inconvénients en cueillant les Kolas un +peu avant maturité et en laissant les graines quelques jours dans les +cabosses non ouvertes, celles-ci étant abritées dans des locaux protégés +par des toiles métalliques, pour empêcher les insectes adultes de venir +y faire leurs pontes. + +La cueillette des cabosses est faite à la main. On arrache les fruits en +tordant le pédoncule. Jamais celui-ci n’est sectionné au couteau. + +Pour enlever les fruits insérés hors de portée, les hommes grimpent sur +les arbres ou se servent de longues perches à l’aide desquelles ils +gaulent les cabosses. + +On pourrait utilement employer pour cette opération les outils servant à +la cueillette des cabosses de Cacaoyers. + + + =Extraction des noix.= + + +Aussitôt cueillies, ou quelques jours après, les cabosses sont ouvertes +pour en extraire les noix. + +Lorsque la maturité est déjà assez avancée, on peut briser le péricarpe +à la main ; dans le cas contraire, il faut se servir d’un couteau, en +prenant des précautions pour que les noix ne soient point entamées par +la lame. + +Ordinairement on laisse en tas quelques jours les graines extraites, +encore recouvertes de leur tégument d’un blanc de neige. Celui-ci brunit +peu à peu et ses tissus se décomposent. On lave les noix pour enlever +les restes du tégument et les Kolas peuvent dès lors être mis en vente. +On fait disparaitre plus rapidement le tégument en laissant trois jours +les semences plongées dans l’eau. + +Dans le Kissi, les graines aussitôt extraites, sont enveloppées dans des +feuilles spéciales (_Orofira_) ; au bout de 6 à 8 jours, on ouvre le +paquet. L’enveloppe blanche est devenue noire et est en partie détruite +par suite de la fermentation qui s’est opérée ; on lave ensuite les noix +dans une eau légèrement savonneuse et on les met sécher sur une +couverture à l’intérieur d’une case. On remet ensuite les noix nettoyées +dans des _Orofira_. + + + =Préparation des noix pour le transport.= + + +Nous avons dit, au chapitre précédent, que, pour soustraire les Kolas +aux ravages du _Sangara_, on les lavait parfois soit avec du savon +indigène, soit avec la macération de racines d’une plante encore +inconnue (D’après GODEN _in_ HECKEL). + +Dans la région de Beyla, on nous a assuré que le lavage au savon +indigène [confectionné avec la graine de _Kobi_ ou _Touloucouna_ +(_Carapa procera_) et le lessivage de certaines cendres], n’était pas +suffisant pour protéger les noix contre le _Sangara_. Il a seulement +pour but de donner un plus bel aspect aux noix rouges. Les noix blanches +ne peuvent, paraît-il, être soumises à ce traitement qui les +endommagerait. + +Au dire des dioulas, le seul moyen efficace de détruire les larves de +_Sangara_, quand elles existent déjà dans les noix, consiste à laver +celles-ci avec une mixture composée de vin de palme, additionné de jus +de citron et dans lequel on délaye du piment pilé (_Foronto_) et du +Poivre d’Ethiopie (_Kanifing_) également réduit en poudre[297]. Au +Kissi, on se contente de répandre dans les charges de Kola du _Foronto_ +et du Kanifing, pulvérisés à sec. + +[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.= + +344 _bis_. + +FIG. 44. — =Un Orofira.= + +_Clinogyne ramosissima_ (Benth.) K. Schum.] + +[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.= + +345 _bis_. + +FIG. 45. — =Un Orofira.= + +_Sarcophrynium brachystachyum_ (Kœrnicke) K. Schum.] + + + =Conservation des noix dans les pays de production.= + + +Au Gabon et dans quelques autres régions, les indigènes, d’après les +dires de divers voyageurs, enterrent les noix de Kola dans les +termitières pour les conserver plusieurs mois. + +Chez les Tômas et chez les Dyolas, on réunit les noix séparées par des +lits de feuilles dans des paniers que l’on enfouit dans le sol, ou qu’on +garde sous la vérandah des cases en les visitant souvent. On peut +conserver ainsi les noix pendant des mois et parfois d’une récolte à +l’autre. C’est ainsi que, chez les Dyolas, les premiers Kolas d’une +saison sont souvent vendus mélangés à ceux de l’année précédente. Les +indigènes prélèvent dans ces réserves ce qu’il leur faut pour leur +consommation et pour la vente au fur et à mesure de leurs besoins. + +Ces réserves sont toujours tenues soigneusement cachées. Chez les +Dyolas, elles se trouvent habituellement dans les cases de culture en +pleine forêt. + + + =Emballage pour le transport par caravanes.= + + +Le bon emballage pour le transport des Kolas à distance et leur +conservation est d’une importance capitale. + +Dans le Kissi, dans les pays du sud de Beyla et chez les Dyolas, les +noix sont placées dans des paniers à très larges mailles, tressées soit +avec les tiges flexibles du roting d’Afrique occidentale nommé _Timbi_ +en malinké (_Calamus Barteri_), soit avec les roseaux d’une marantacée +(_Hybophrynium Braunianum_ K. Schum.), ou avec les lanières d’écorce de +diverses espèces de _Costus_. + +Ces paniers allongés mesurent de 60 cm. à 80 cm. de longueur et environ +25 cm. de profondeur et de largeur ; en-dessus ils sont ouverts dans +toute leur longueur ; en-dessous et sur les côtés les baguettes sont +assemblées à l’aide de folioles de Palmier à huile. On garnit ces +paniers à l’intérieur d’_Orofira_, les feuilles formant plusieurs lits +et s’imbriquant les unes sur les autres. Chaque panier représente une +charge de 25 à 30 kilog. et est porté à tête d’homme. + +Parvenus dans les régions soudanaises, les dioulas confectionnent des +emballages plus sérieux. Aux paniers en rotin et en lanières de Palmier +à huile on substitue des couffins tressés avec les lanières de feuilles +de _Phœnix reclinata_, d’_Hyphæne thebaica_, ou de _Borassus_ à +l’intérieur. Les noix sont encore maintenues dans leur lit d’_Orofira_, +mais les diverses feuilles sont complètement desséchées. + + + =Principaux Orofira.= + + +On donne le nom d’_Orofira_ (mot à mot _Feuilles à Kola_ en langue +mandé) aux feuilles de certaines plantes employées pour l’emballage des +noix de Kola destinées à être transportées par les caravanes loin des +régions productrices. On n’emploie pour cet usage que les feuilles +d’espèces bien déterminées et ce sont toujours les mêmes qui sont +usitées dans les contrées les plus diverses. + +Ces feuilles, disposées en plusieurs couches, forment un revêtement +imperméable maintenant une humidité constante autour des noix. + +En tête des _Orofira_ il faut placer diverses espèces de _Marantacées_ +et surtout celles du genre _Clinogyne_ Benth. + +Le _Clinogyne Schweinfurthiana_ (O. Kze) K. Schum. = _Donax cuspidata_ +Baker, est le plus usité ; partout où il existe, il est employé à +l’exclusion de toutes les autres plantes. + +La photographie ci-contre (Fig. 43) nous dispense de nous étendre +longuement sur sa description. Il croît en grosses touffes dans les +sous-bois humides de la forêt vierge et des galeries forestières. + +Les feuilles s’élevant à une hauteur de 1 mètre à 1 mètre 50 sont +glabres, à l’exception de la partie supérieure du pétiole, légèrement +pubescente. + +Le limbe, employé pour l’emballage des Kolas, est membraneux, papyracé, +ovale-oblong, arrondi à la base, brusquement acuminé-subulé au sommet, +d’un beau vert brillant, avec reflets métalliques en dessus, d’un vert +pâle en-dessous ; sur l’un des bords il présente une marge plus lustrée +large de 2 cm. environ. Sur les beaux exemplaires il mesure 30 cm. à 40 +cm. de long sur 14 cm. à 16 cm. de large. L’inflorescence est un épis +grêle, dépassé par la feuille engainante, composé à la base, mais +contracté et non étalé en panicule. Les fleurs disposées par paires à +l’aisselle des bractées dressées, mesurent de 16 mm. à 18 mm. de long. +Les sépales ovales lancéolés sont longs de 9 mm. et larges de 5 mm. Les +pétales, d’un blanc rosé, ont leur extrémité libre ovale acuminée, +longue de 10 mm. Les staminodes sont pétaloïdes, obovales elliptiques et +d’un jaune vif. Fruit globuleux, pubescent dans le jeune âge, rouge- +clair à maturité, renfermant trois graines. + +L’espèce est très répandue depuis la Casamance jusqu’au centre de +l’Afrique (Haut-Chari, Haut-Oubangui, Haut-Nil). Elle croît à la fois +dans la zône des forêts et dans celle des galeries forestières, c’est-à- +dire partout où le Kolatier peut être cultivé. + +A la Côte d’Ivoire, la plante se nomme _Kra Bobo_ (en néyau). Aux +environs de Beyla, on la nomme _Nangouan boulo_ (malinké). + +Une deuxième espèce dont les feuilles sont aussi très employées est le +_Clinogyne ramosissima_ (Benth.) K. Schum. = _Phrynium ramosissimum_ +Baker (Fig. 44). + +La plante s’élève à 2 m. ou 2 m. 50 de hauteur et, à l’encontre de la +précédente, elle est très ramifiée ; le pétiole est entièrement glabre. +Le limbe ovale-oblong, arrondi à la base et brusquement acuminé au +sommet mesure habituellement 25 cm. à 30 cm. de long, sur 14 cm. à 16 +cm. de large, mais il atteint parfois des dimensions encore plus grandes +que dans _C. Schweinfurthiana_. Il est d’un vert brillant, sans reflets +métalliques en-dessus. Les inflorescences sont simples, plus souvent +très rameuses et dépassant longuement les feuilles. Le bractées étalées +normalement mesurent 3 cm. 5 de long ; les fleurs, longues de 12 mm. à +15 mm., sont entièrement d’un pourpre violacé. Les fruits sont roses et +restent pubescents jusqu’à maturité. + +Cette espèce vit dans les mêmes stations que la précédente, mais elle +monte plus au nord et on la trouve encore aux environs de Bamako. Ses +feuilles sont très reconnaissables par une marge de 2 cm. d’un vert plus +foncé, visible sur un des bords du limbe ainsi que le montre +l’exemplaire photographié. Elles sont aussi très recherchées par les +colporteurs de Kolas ; mais la plante étant en général clairsemée, elles +sont peu employées, sauf dans le nord. + +Le _Sarcophrynium brachystachyum_ (Kœrnicke) K. Schum. donne de grandes +feuilles assez semblables aux espèces précédentes, mais elles sont un +peu plus fermes et par suite moins appréciées. Cependant comme cette +espèce est très abondante dans la forêt vierge où on l’a constamment +sous la main, les dioulas en font aussi parfois usage. + +La plante entièrement glabre vit par touffes dans les sous-bois épais ; +la tige est réduite à un axe dans le prolongement duquel se trouve une +seule feuille portée sur un pédoncule de 20 cm. à 30 cm. de long. + +Le limbe est oblong ou oblong-lancéolé, arrondi ou cunéiforme à la base, +long de 30 cm. à 50 cm. sur 15 cm. à 25 cm. de large (Fig. 45). + +Les inflorescences forment un épi isolé ou une panicule de 2 ou 3 épis +insérés à la base de la feuille, sessiles ou subsessiles, longs de 2 cm. +à 5 cm., à bractées très rapprochées. Fleurs blanches plus ou moins +teintées de violet ou de rouge-vineux. Capsules globuleuses, charnues, +de 10 mm. à 15 mm. de diamètre, d’un rouge vif à maturité, glabres, même +dans le jeune âge. + +Cette Marantacée est bien connue dans tous les pays forestiers +africains, notamment à la Côte d’Ivoire. Les feuilles cousues les unes +aux autres forment de véritables tuiles végétales à l’aide desquelles on +couvre les cases. + +Nous devons enfin signaler une autre Marantacée dont les feuilles sont +aussi parfois employées et qui est particulièrement abondante dans les +régions forestières de la Côte d’Ivoire où vit le Kolatier. C’est le +_Thaumatococcus Danielli_ (Benn.) Benth. + +Ses caractères sont les suivants : + +Plante de 1 m. 50 à 3 m. 50 de haut, avec un long rhizome rampant près +de la surface du sol, émettant de 1 à 3 très grandes feuilles et un épi +florifère aphylle inséré près de l’une d’elles. Feuille à pétiole +cylindrique, long de 1 m. 50 à 3 m. 50, à calus de 14 cm. à 20 cm. de +long, glabre. Limbe papyracé ovale ou largement oblong, arrondi à la +base, brièvement apiculé au sommet, long de 35 cm. à 50 cm. sur 22 cm. à +36 cm. de large. Epis florifères simples ou rameux, courts, denses, +portés sur des pédoncules pubescents de 3 cm. à 4 cm. de long. Bractées +oblongues de 25 mm. de long, promptement caduques. Fleurs d’un blanc- +lilas, légèrement violacées ou pourprées, longues de 30 mm., insérées +par deux à l’aisselle de chaque bractée, à sépales oblongs libres +jusqu’à la base. Fruits insérés au ras du sol et parfois à demi +enterrés, trigones indéhiscents, de 4 cm. à 4 cm. 5 de diamètre, d’un +rouge-vif à maturité, à angles ailés. Graines subtriquètres, longues de +20 mm. à 22 mm., à tégument scléreux, noir, très dur, épais de 1 mm. 5, +complètement enveloppé par une arille blanche, translucide, ressemblant +à de la gélose. + +Plante excessivement commune dans la forêt vierge africaine, surtout sur +l’emplacement des anciennes plantations établies dans la forêt. Elle +est, en certains endroits caractéristiques des clairières, à la lisière +de la forêt et des sous-bois clairsemés. Son arille extrêmement sucrée +rappelle la saveur du réglisse ou de la saccharine. Cette saveur +persiste plusieurs heures dans la bouche et si l’on met seulement un +fragment sur la langue, tous les liquides que l’on boit et surtout l’eau +paraissent sucrés encore longtemps après. + +_Noms indigènes._ — _Urugua méremné_ (bakoué) ; _Bobo abi_ (néyau) ; +_Bogridjia_ ou _Bobruidja_ (bété). + +Les feuilles de Marantacées que nous venons de décrire sont de beaucoup +les plantes les plus recherchées pour l’emballage des Kolas, surtout +celles du _Clinogyne Schweinfurthiana_. Ces feuilles se vendent par +charges entières sur tous les marchés du Pays Dyola ou des environs de +Beyla. On n’a que la peine de les cueillir dans les bois environnants. A +Beyla même, on donne 50 feuilles de _Clinogyne_ pour une noix de Kola. A +Lola, Nzo, Oua, ce commerce est fait par les enfants qui circulent à +travers des groupes de vendeurs de Kolas, portant les bottes de feuilles +d’_Orofira_ à la main, et criant leur marchandise. + +D’autres confectionnent des emballages tout préparés avec plusieurs lits +de feuilles imbriquées les unes sur les autres. Ce travail est fait avec +une très grande dextérité. Dans les pays à Kolas, les feuilles sont +toujours employées à l’état frais ; celles qui ont servi à apporter les +noix au marché sont jetées et abandonnées sur la place du marché qui +finit par en être encombrée. Comme les plantes produisant ces feuilles +manquent dans le Nord, les dioulas conservent l’emballage d’_Orofira_ +pendant toute la durée de leur voyage. Lorsque les feuilles sont +devenues sèches et grisâtres, on se contente de les humecter chaque fois +qu’on ouvre la charge. + +Dans certaines régions, notamment à Beyla, on emballe aussi parfois les +Kolas qui ne doivent pas être exportés très loin avec les larges +feuilles de certains arbres répandus dans la forêt ou dans les galeries +forestières. + +Une des feuilles les plus employées pour cet usage est celle du +_Mitragyne macrophylla_ Hiern. = _Nauclea stipulosa_ DC., grand et bel +arbre de la famille des Rubiacées, s’élevant à 30 m. ou 35 m. de hauteur +et fournissant un bois utilisé dans l’ébénisterie sous le nom de _Bahia_ +ou _Tilleul d’Afrique_[298]. Les feuilles obovales, entières, fortement +nerviées et coriaces, atteignent de 30 cm. à 50 cm. de long sur 15 cm. à +30 cm. de large (Fig. 47) Les fleurs sont en petites boules pédonculées, +réunies en panicule terminale. + +La plante porte les noms suivants : _Popo_ (malinké), _Powo_ (Kissi), +_Poboï_ (toma), _Kwo-Kwo_ (baoulé), _Bahia_ (agni), _Sofo_ (attié). La +charge de ces feuilles se vend 0 fr. 30 au marché de Beyla. + +Parfois enfin, on garnit l’intérieur des paniers destinés au transport +des Kolas à l’aide des feuilles de plusieurs espèces d’_Anthocleista_, +plantes remarquables de la famille des Loganiacées, à rameaux étalés en +candélabre et terminés par des bouquets de feuilles qui peuvent dépasser +1 m. de longueur. + +D’autres végétaux ont encore été cités comme fournissant des feuilles +servant à l’emballage des Kolas ; mais, comme nous ne les avons jamais +vus employer, nous les passons sous silence. + + + =Soins à donner aux Kolas en cours de route.= + + +Les noix de Kola doivent être l’objet de soins attentifs pendant que +dure le transport par caravanes. Les paniers doivent être ouverts tous +les 5 ou 6 jours et humectés avec de l’eau que le dioula met dans la +bouche et pulvérise en projetant le jet sur les noix qu’on remue en même +temps. On les laisse un peu à l’air avant de fermer le panier. Les noix +avariées sont retirées et jetées ou vendues de suite. Celles qui se +fanent sont mises quelque temps dans l’eau où elles reprennent leur +turgescence primitive. + + + =Emballage pour les expéditions de Kolas frais en Europe.= + + +Les noix bien emballées, expédiées de la Côte Occidentale d’Afrique, +parviennent très fraîches en Europe, sans qu’il soit nécessaire de s’en +occuper pendant les 10 ou 15 jours que dure la traversée. A plus forte +raison, les noix expédiées par mer, de Sierra-Léone vers la Gambie ou le +Sénégal, y arrivent en bon état, de même que celles qui sont expédiées +de la Gold-Coast à Lagos. + +Pour les expéditions d’une colonie à l’autre, on se contente +ordinairement de garnir l’intérieur des paniers d’_Orofira_. Parfois, +cependant, on intercalle entre les lits de noix des lits de sable ou +d’_Orofira_. Les paniers employés pour l’emballage des noix de Sierra- +Léone sont ronds ou en forme de cigare et leur poids, quand ils sont +remplis, ne dépasse pas 80 kilogs (environ 186 livres net). Parfois +aussi, on emploie des paniers d’un quintal (112 livres). + +De la Gold-Coast pour Lagos, les expéditions se font dans de grands +paniers très solides, pesant 450 kilogs environ et munis à la partie +supérieure d’une oreille qui permet de les embarquer et de les débarquer +à l’aide d’une grue (Fig. 46). + +[Illustration : (Cliché communiqué par M. H. FILLOT). + +FIG. 46. — Grands couffins pour le transport des Kolas par mer.] + +Les petites quantités de noix fraîches arrivant chaque année en Europe y +parviennent différemment emballées. Souvent on se contente de mettre les +noix dans des paniers garnis d’_Orofira_ ou dans du sable. C’est ce qui +explique qu’elles arrivent parfois avec un goût de moisi ou même +qu’elles soient davantage avariées. Parfois les noix arrivent aussi en +Europe, enrobées dans la terre glaise (CHRISTY in HECKEL). + +Dans ces dernières années, on a importé des noix en Allemagne, emballées +dans la _Tourbe_. Elles sont toujours arrivées à Hambourg en parfait +état. C’est ce procédé d’emballage qu’il convient de recommander ; il +est très peu coûteux et protège en outre les noix contre la gelée si +l’importation se fait en hiver. + +On a aussi conseillé l’utilisation des glacières sur les paquebots, mais +nous pensons que les noix, ainsi conservées à l’état frais, ne +tarderaient pas à s’avarier dès qu’elles seraient ramenées à la +température ordinaire. + +[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.= + +352 _bis_. + +FIG. 47.— =Un Orofira= + +Feuille et rameau de _Mitragyne macrophylla_ Hiern.] + + + =Préparation du Kola séché.= + + +On sait qu’une grande partie du Kola expédié en Europe est préalablement +séché avant d’être emballé. Il en arrive ainsi environ 300 tonnes, +chaque année, par le port de Liverpool, provenant principalement de la +Nigéria, du Congo (autrefois, plus maintenant), de l’Angola, de Sierra- +Léone, de la Jamaïque. + +On emploie ordinairement pour cette préparation les amandes ayant 3 à 6 +cotylédons, fournies par le _C. acuminata_ et le _C. Ballayi_, beaucoup +moins appréciés des indigènes. + +Les amandes sont étendues sur des aires, au soleil. Les cotylédons se +séparent pendant que la dessication s’opère. Ordinairement, pour +faciliter celle-ci, on casse d’abord l’amande en petits morceaux qui +sèchent plus vite, ou plus simplement on les sépare de leurs cotylédons +qui se vendent alors sur le marché européen sous les dénominations de +Kolas-demis pour les sortes à deux cotylédons et Kolas-quarts pour les +sortes à 4-6 cotylédons. + +Il faut éviter, en tous cas, les moisissures, les Kolas moisis n’ayant +plus de valeur et pouvant contaminer les morceaux bien séchés dans les +sacs où on les emballe pour les transporter en Europe. + +Une certaine quantité de Kolas ainsi apportés en Europe ne sont autre +chose que des Kolas destinés primitivement à être vendus comme noix +fraîches et qu’on n’a pas su protéger contre la dessication. L’indigène +des régions côtières du golfe de Guinée apporte ces noix à la +factorerie. + +SAUSSINE recommande de faire sécher les noix au soleil ou dans une +sécheuse artificielle. « Certains auteurs, ajoute-t-il, recommandent de +couper les noix fraîches en cossettes minces et les sécher, à l’étuve, à +60°, en élevant progressivement la température de manière à finir vers +100°. »[299] + +Il est certain que ce procédé serait beaucoup plus rationnel, mais il ne +peut être pratiqué que dans des exploitations européennes, par exemple à +la Jamaïque et à La Trinidad, où des Kolatiers existent fréquemment dans +les Cacaoyers. + + * * * * * + + +[Note 297 : Le vin de palme est la sève fermentée soit de l’_Elæis +guineensis_, soit du _Raphia sudanica_ ou du _Borassus flabelliformis_ +var. _æthiopum_ Warb. Le citron des pays à Kola est un petit fruit très +acide fourni par une variété du _Citrus medica_, fréquemment cultivé par +les indigènes. Le _Foronto_ ou Piment enragé est le fruit du _Capsicum +frutescens_. Quant au Poivre d’Ethiopie, c’est le fruit de l’_Uvaria +æthiopica_ et en certaines régions celui de l’_U. Emini_ Engler.] + +[Note 298 : A. CHEVALIER. — Première étude sur les Bois de la Côte +d’Ivoire, _Végét. ut. Afr. trop._, V, 1909, p. 228.] + +[Note 299 : SAUSSINE. — Culture du Kolatier dans les Antilles. _Rev. +Cult. Colon._, II, 1898, 1er sem., p. 41.] + + + + + CHAPITRE XVIII. + + * * * * * + + =Le commerce et la Géographie commerciale des noix de Kola.= + + * * * * * + + +Dans une grande partie du Soudan, les noix de Kola constituaient déjà un +article commercial important au XIIe siècle de notre ère. C’est très +probablement le trafic de cette denrée qui attira vers le XIIIe siècle, +à l’époque de la prospérité de l’Empire de Mali, des commerçants mandés +vers les contrées méridionales du Soudan, à proximité des pays +producteurs de la précieuse noix[300]. Ces commerçants, originaires du +moyen Niger, ont fait souche dans les pays où ils avaient émigré. Ils +ont formé les colonies importantes de _dioulas_ des régions de Beyla, +Boola, Touba. Dans tous les pays compris entre le Ouorodougou et Séguéla +à l’ouest, entre Bobo-Dioulasso et Bondoukou à l’est, ils ont constitué +l’importante confédération des _Mandés-Dioulas_ qui vit encore +aujourd’hui en grande partie du commerce des Kolas. Plus à l’est encore, +au nord de l’Achanti, les traficants mandés forment, dans le Mossi, de +nombreux groupements, mais ils n’y seraient venus qu’au XVIIIe siècle. +On les nomme _Yarsés_ ; ils n’ont presque aucun contact avec les Mossis +et ils ont conservé encore l’usage de la langue Mandé. Enfin, au sud- +est, dans les contrées comprises entre le Pays Achanti et la Nigéria, +spécialement dans le nord du Togo et du Dahomey, de nombreux _Haoussas_ +venus de l’est, à une époque également reculée et pour y faire aussi le +commerce des Kolas, ont de leur côté constitué divers villages sur les +routes suivies par les caravanes allant à la Nigéria. Enfin, au cœur +même de l’Afrique, dans l’Adamaoua, les Haoussas et les Foulbés ont été +aussi depuis longtemps attirés par le commerce des Kolas. + +C’est par milliers que les caravanes, transportant parfois des centaines +de charges de Kolas, circulent chaque année sur les sentiers du Soudan. + +Ce commerce n’est pas resté localisé à l’Afrique occidentale. Chaque +année, les noix de _gouro_ sont encore apportées au centre de l’Afrique +centrale, dans les provinces du Baguirmi, de l’Ouadaï et du Darfour. A +l’heure actuelle, ce trafic est insignifiant dans ces Etats, mais il a +dû être très développé à l’époque de leur pleine prospérité. + +Les noix de Kola pénètrent encore dans les oasis sahariens, puis à +Tripoli et à Benghazi, enfin à l’oasis de Koufra, mais elles n’y +arrivent qu’à l’état de Kola sec. + +D’Afrique, le commerce est passé dans l’Amérique du sud. Les descendants +des esclaves importés au Nouveau-Monde, sont devenus friands de la +denrée prisée par leurs ancêtres. Vers 1850, d’après F. WELWITSCH, la +province d’Angola exportait une grande quantité de noix de Kolas au +Brésil. + +Enfin, vers le milieu du siècle dernier, les noix de Kola à l’état frais +et surtout à l’état sec ont commencé à être importées en Europe ; elles +ont trouvé des débouchés d’abord restreints pour certaines préparations +pharmaceutiques ; en 1895, l’usage en a été admis au _Codex français_ ; +puis l’utilisation de la noix pour la fabrication de certaines liqueurs +apéritives ou fortifiantes a permis, depuis une quinzaine d’années, +l’importation de quantités de plus en plus élevées et il n’est point +douteux que ce commerce ira en s’étendant d’année en année. + +Cependant c’est en Afrique tropicale, chez la plupart des peuples de +race noire, que la consommation des Kolas atteint depuis longtemps le +chiffre de beaucoup le plus élevé et elle est susceptible d’y prendre, +dans l’avenir, une extension presque illimitée. + +Déjà dans la plupart des colonies où les nations européennes ont apporté +la paix et la liberté commerciale et surtout là où elles ont amélioré +les voies de communication et accru les ressources indigènes, le +commerce dont il s’agit a pris un développement prodigieux ; la noix de +Kola est la denrée de luxe par excellence. Tout accroissement de +richesse chez le noir amène presque inévitablement l’accroissement de la +consommation des Kolas. + +M. H. FILLOT a donné pour l’année 1903, dans le tableau suivant, publié +en 1906, le montant de la valeur des Kolas consommés ou exportés par les +pays bordant le golfe de Guinée. + + + =Valeur en francs des Kolas produits par les divers pays de l’Ouest + africain= (d’après FILLOT). + + +------------------+---------+---------+---------+-----------+ + | | EXPORTÉS| EXPORTÉS|CONSOMMÉS| TOTAUX | + | | par mer |par terre|sur place| | + | +---------+---------+---------+-----------+ + |Guinée française | 50.000|1.000.000| 500.000| 1.550.000| + | | | | | | + |Sierra-Léone |1.954.000|1.000.000|1.000.000| 3.954.000| + | | | | | | + |Liberia | 225.000|1.000.000| 500.000| 1.725.000| + | | | | | | + |Côte d’Ivoire | 1.836|1.000.000|1.000.000| 2.001.836| + | | | | | | + |Gold-Coast |1.124.025|4.000.000|1.000.000| 6.124.025| + | | | | | | + |Togo | 181.000| 500.000| 200.000| 881.000| + | | | | | | + |Dahomey | 65.835| 116.610| 100.000| 292.445| + | | | | | | + |Nigeria | » | » | 500.000| 500.000| + | | | | | | + |Cameroun | 60.200| » | 100.000| 160.200| + | | | | | [301]| + | +---------+---------+---------+-----------+ + | Totaux |3.360.396|8.616.610|4.900.000|117.177.006| + +------------------+---------+---------+---------+-----------+ + +« On peut dire sans aucune exagération, ajoutait le même auteur, que +cette somme est doublée par les transactions successives survenant par +suite de ventes, c’est-à-dire qu’il se fait annuellement sur les Kolas, +en Afrique occidentale, un chiffre d’affaires de _plus de 34 millions de +francs_[302] ». + +Les chiffres donnés par M. H. FILLOT sont aujourd’hui au-dessous de la +réalité pour plusieurs colonies citées. + +Pour notre part, nous pensons que la production annuelle mondiale de +noix de Kola peut être évaluée actuellement à environ 20.000 tonnes, se +répartissant ainsi par pays : + + Guinée française 2.000 tonnes + + Sierra-Léone 2.000 + + Libéria 1.000 + + Côte d’Ivoire 3.000 + + Gold-Coast 5.000 + + Togo 100 + + Dahomey 500 + + Nigéria 2.000 + + Cameroun 1.400 + + Congo français 1.000 + + Colonies portugaises 1.000 + + Autres pays 1.000 + ------------- + Total 20.000 tonnes + +Nous mentionnons dans ce tableau les quantités de noix qui sont +consommées sur place ou qui donnent lieu à un trafic d’exportation. + +Quant à la provenance botanique de ces noix, elle se répartit ainsi : + + _Cola nitida_ 15.000 tonnes + + _Cola acuminata_ 4.000 + + _Colla Ballayi_ et divers 1.000 + +La consommation de nos colonies peut être ainsi évaluée : + + Sénégal et Mauritanie 1.000 tonnes + + Haut-Sénégal-Niger 2.500 + + Guinée française 1.500 + + Côte d’Ivoire 1.000 + + Dahomey 500 + + Afrique équatoriale et Tchad 500 + ------------ + Total 6.500 tonnes + +L’Afrique occidentale française doit importer chaque année environ 1.500 +tonnes de noix de Kola provenant de Sierra-Léone, de l’hinterland de +Libéria et de la Gold-Coast. + +D’après les statistiques publiées par le _Gouvernement général de +l’Afrique occidentale française_ pour 1908, les importations et +exportations de noix de Kola constatées officiellement, ont atteint les +chiffres suivants (valeur en francs) : + + Sénégal et Guinée Côte Dahomey Total + Ht-Sén. Nig. française d’Ivoire + + Importations 2.799.544 282.928 1.843 114.906 3.199.221 + + Exportations 5.724 64.008 2.748 65.052 137.352 + +Le commerce (importation) des Kolas en Afrique occidentale +représenterait 2,7 % de la valeur totale des importations et le commerce +(exportation) 0,2 % de la valeur des exportations. + + + =LE COMMERCE DES CARAVANES. LES DIOULAS.= + + +Nous devons consacrer un paragraphe spécial aux caravaniers qui +détiennent le monopole du commerce indigène en Afrique Occidentale et +Centrale, qu’il s’agisse de noix de Kola, du bétail ou de toute autre +marchandise. + +Ces commerçants ambulants sont aujourd’hui connus dans toute l’Afrique +occidentale sous le nom de _dioulas_. On donne au contraire le nom de +_traitants_ aux commerçants indigènes installés à poste fixe en certains +points importants et recevant leurs marchandises soit des dioulas, soit +des factoreries européennes. + +Le _dioula_ est l’âme du commerce soudanais ; c’est lui qui dissémine la +richesse à travers toutes nos possessions africaines. Sa vie se passe à +transporter des marchandises depuis les centres habités par les +Européens, jusqu’aux villages les plus éloignés dans la brousse ou dans +la forêt. + +La vie précaire menée par le _dioula_ a été décrite avec beaucoup de +précision par BINGER[303] et aujourd’hui encore il y a peu à modifier à +l’esquisse qu’il traçait en 1892. + +« Il faut envisager l’existence que mènent ces gens-là. Ils marchent +chargés chacun avec 30 ou 40 kilogrammes, et cela pendant la plus grande +partie de la journée. + +« Arrivés à l’étape, il faut piler et préparer les aliments, couper du +bois, chercher de l’eau souvent à plusieurs kilomètres de distance. S’il +y a un enfant dans le ménage, souvent la femme le porte sur le dos. Ils +vivent sans feu ni lieu. + +« Surpris par les pluies, ils voyagent quand même, supportant toutes les +intempéries sans se plaindre. + +« Quand le noir a travaillé avec sa femme pendant un an, il achète un +esclave ; c’est la meilleure acquisition qu’il puisse faire ; c’est un +auxiliaire de plus pour travailler ; il vivra de la même façon que ses +maîtres ; le bien-être des uns rejaillit sur les autres dans cette vie +en commun. + +« Quand le cas se présente où l’esclave se sauve, le maître n’en est pas +découragé pour cela. « C’est la volonté du Tout Puissant », dit-il avec +résignation. « Je vais aller chercher la fortune, _in chi Allaho_, « si +Dieu le veut ». Et il recommence. + +« Ne blâmons pas trop ce malheureux nègre. S’il y en a qui attendent +paisiblement allongés sur leur natte l’occasion d’agrandir leur famille +et d’augmenter leur bien-être par des rapines ou une guerre, il y en a +d’autres qui sont bien méritants, et ce ne sont pas les moins +nombreux. » + +On pouvait croire, il y a quelques années, que la création d’importants +moyens de transport modernes (chemins de fer et bateaux à vapeur) et la +suppression définitive de la traite des esclaves allaient désorganiser +cette intéressante corporation des dioulas et tuer le commerce des +caravanes. + +Il n’en a rien été heureusement. + +Avec une admirable souplesse, les caravaniers indigènes se sont adaptés +aux nouvelles conditions sociales et économiques que nous avons créées +en Afrique. Ils ont déserté les grandes routes, parcourues aujourd’hui +par les locomotives, où ils n’avaient plus rien à faire ; beaucoup ont +cessé de venir chercher à la côte les marchandises indispensables qu’ils +trouvent à bon compte dans les maisons européennes, installées dans +l’intérieur ou à l’extrémité actuelle des voies ferrées. + +Par contre, ils se sont répandus dans tous les points de l’immense +domaine que nous avons pacifié. Chez toutes le peuplades qui leur +fermaient autrefois leur territoire, ils viennent aujourd’hui apporter +leurs objets de pacotille et drainer les produits naturels +d’exportation. Ils pénètrent jusqu’au cœur de la forêt vierge, jusqu’au +sommet des falaises rocheuses des Habés de la Boucle du Niger, ou +jusqu’au haut des pitons granitiques difficilement accessibles, habités +par les Touras du Haut-Sassandra. + +S’ils n’ont plus la possibilité d’acheter de nouveaux esclaves, ils +trouvent, par contre, des hommes devenus libres ou des familles entières +qui consentent à associer leur fortune à des chefs de caravane, +moyennement une rénumération proportionnelle aux bénéfices réalisés en +commun. + +Sans ces caravaniers, une grande quantité de produits, comme le +caoutchouc, la gomme copal, le bétail, ne pourraient pas affluer vers la +côte. Ils sont aujourd’hui, comme autrefois, l’âme de la vie économique +du Soudan et ainsi que nous le constations au cours de notre récent +voyage, jamais leur nombre n’a été aussi grand et leur action aussi +féconde pour le grand commerce. + + + =LES TRANSPORTS PAR CARAVANES.= + + +Les transports de noix de Kolas se font presque toujours à tête d’homme. +Les noirs transportent de 25 à 35 kilog. et parcourent de 25 à 35 +kilomètres par jour ; en saison de pluies, ils font des étapes beaucoup +plus courtes ; pendant cette période employée à cultiver la terre, les +transactions sont fort ralenties et peu de caravaniers circulent à +travers la brousse. + +Ce sont presque toujours des jeunes hommes de 15 à 35 ans qui font les +transports ; la femme porte seulement les enfants et les ustensiles du +ménage. Cependant dans le moyen et le haut Dahomey, ainsi qu’à la Gold- +Coast et dans la forêt de la Côte d’Ivoire, les femmes portent aussi des +charges de Kolas. + +En beaucoup de régions de la Boucle du Niger, spécialement chez les +Mandé-Dioulas et au Pays Mossi, on emploie le bœuf comme animal porteur. +La charge d’un animal en bon état est de 150 kilogrammes ; ils +parcourent 30 kilomètres environ par jour. + +L’âne est aussi très employé comme animal de transport, spécialement au +Mossi. « Il ne va pas très vite (3 kilomètres à l’heure), mais il se +nourrit facilement et supporte bien la soif. Sa charge est de 70 à 80 +kilogrammes »[304]. + +« Le cheval sert à peu près uniquement de monture ; il n’y a guère +d’exception que pour les petits chevaux _Kotokoli_ du Dahomey (taille : +1 mètre), qui servent fréquemment au transport des Kolas dans cette +région ». + +Dans le nord de la boucle du Niger, on emploie aussi parfois au +transport des Kolas le chameau, mais cet animal ne rend véritablement de +services que dans le Sahara ; la limite extrême où il peut s’avancer +vers le sud en saison sèche est située entre Dori et Ouagadougou. Le +long du Niger, il vient parfois jusqu’à Say. + +CHUDEAU pense que l’on pourra un jour utiliser la voiture en Afrique +tropicale, pour effectuer les petits parcours à droite et à gauche des +voies ferrées. « L’expérience a déjà montré que l’on peut atteler les +bœufs du Soudan. La grosse difficulté provient de la rareté des routes. +La plupart des pistes sont encore inabordables même à des voitures +légères comme les _araba_ »[305]. + + + =LES TRANSPORTS PAR EAU.= + + +Les paquebots anglais, qui touchent fréquemment à Sierra-Léone et à la +Gold-Coast, transportent des noix de Kolas soit vers Lagos, soit vers la +Gambie et vers le Sénégal. + +Certaines grandes voies navigables sont aussi utilisées pour le +transport à l’intérieur du continent. Les Kolas destinés à la région de +Kayes et au Sahel, remontent le fleuve Sénégal depuis St-Louis, sur des +bateaux à vapeur. + +Les petits bateaux à vapeur et les chalands installés sur le moyen Niger +et sur ses principaux affluents, le Milo et le Bani, sont aussi parfois +utilisés pour effectuer des transports de Kolas dans le Soudan +occidental. + +Enfin un trafic indigène intense se fait par de grandes pirogues +indigènes pouvant porter plusieurs tonnes, circulent fréquemment sur le +Niger entre Koulicoro, Ségou, Djenné, Mopti, Tombouctou, Gao. + +Sur tous les autres fleuves de l’Afrique occidentale, on ne trouve que +de petites pirogues peu stables et peu étanches, rarement employées pour +convoyer les précieuses amandes. + + + =LES TRANSPORTS PAR CHEMINS DE FER.= + + +La construction des voies ferrées en Afrique tropicale, commencée depuis +1880, a doté le continent noir, dépourvu jusqu’alors de routes, de +moyens de transports perfectionnés. + +Aussi, dans tous les pays traversés par le rail, le commerce indigène a +pris rapidement un grand essor. Des maisons européennes se sont +installées à l’intérieur de l’Afrique. Le dioula y trouve les denrées +qu’il allait chercher autrefois à des milliers de kilomètres. Le bien- +être de l’indigène s’est aussi développé dans certains pays, de sorte +que la puissance d’achat des denrées de luxe et notamment des noix de +Kola s’est accrue beaucoup. + +Aujourd’hui les Pays produisant des noix de Kola ou en consommant sont +desservis par environ 6.000 kilomètres de voies ferrées. En Afrique +Occidentale française, il en existe plus de 2.000 kilomètres. Par ces +voies les Kolas sont transportés de la Côte jusqu’au cœur des pays de +consommation. Le chemin de fer de la Gold-Coast qui pénètre dans les +pays de production de l’Achanti, apporte les noix au port de Sekondee où +elles sont embarquées à destination de Lagos. + +Lorsque le chemin de fer de la Guinée sera prolongé dans la direction de +l’hinterland de Libéria, il drainera lui aussi vers le Soudan et vers le +Sénégal, les quelques milliers de tonnes de noix que produisent +actuellement la Haute-Côte d’Ivoire occidentale, le Haut-Libéria et le +territoire militaire de la Guinée française. + + + =MONNAIES EMPLOYÉES POUR LES ACHATS DE KOLAS.= + + +Les espèces monnayées d’Europe, les monnaies françaises en bronze et en +argent, dans nos colonies, tendent de plus en plus à remplacer même dans +les transactions entre indigènes, les objets qui servaient de monnaie +dans les diverses régions de l’Afrique tropicale avant l’occupation +européenne. + +Cependant, en plusieurs régions de l’Ouest africain, l’emploi de +certains de ces objets a encore persisté et ils servent en particulier à +acheter les noix de Kola sur les lieux de production. + +Les plus courantes de ces monnaies sont les _cauris_[306], les +_guenzés_, les _sombés_ et les _manilles_. + +On sait que les _cauris_ (_kourdi_ de la Nigéria) sont les coquilles +d’un petit mollusque gastéropode, le _Cypræa moneta_, que l’on +recueillait en grande quantité sur la côte de Zanzibar aux XVIIIe et au +XIXe siècles, pour les importer à la Côte occidentale d’Afrique comme +monnaie. Ce sont des grains blancs, de la taille d’une grosse noisette, +plans d’un côté, convexes de l’autre (Fig. 48, _3_, _3′_, _3″_). En +beaucoup de régions, notamment en Guinée française, au Dahomey, les +cauris ont perdu presque toute valeur marchande, mais ils ont encore +cours dans la Nigéria anglaise et en diverses parties de notre Soudan. +Le cours, très différent suivant les régions, varie de 800 à 2.000 +cauris pour un franc. En beaucoup d’endroits, ils ne s’emploient plus +que comme objets de parure. + +Le _guenzé_ est un morceau de fer grossièrement forgé, ayant la forme +d’une petite tige aplatie, courbée à l’extrémité et pesant 100 à 150 +grammes. Il vaut de 0 fr. 15 à 0 fr. 40 suivant les régions et les +cours. C’est la monnaie la plus courante depuis le sud du Kissi jusqu’au +cœur du Pays Dyola et c’est lui qu’on emploie comme moyen de transaction +dans tout l’hinterland de Libéria. + +Le _sombé_ (Fig. 48, _1_) n’est qu’une variété de guenzé. C’est une +petite barre de fer de 10 à 15 centimètres de longueur, d’une forme +particulière. Pour les gros achats on les emporte par paquets de 20 +pesant environ 2 kilogs. Les sombés se fabriquent dans la région de +Touba. Une somme de 15 ou 20 francs en sombés représente la charge d’un +homme. Cette monnaie a cours dans tout le Pays Bété et chez les Lôs ou +Gouros. + +Tout le long de la Côte d’Ivoire, jusqu’à 100 ou 150 kilomètres dans +l’intérieur, on se sert dans les transactions de _manilles_ (Fig. 48, +_2_), sortes de bracelets ouverts formés d’un alliage de cuivre et de +fer et qu’on peut passer autour du bras en guise de bracelets. + +[Illustration : FIG. 48. — Monnaies pour l’achat des Kolas (demi- +grandeur). 1, _Sombé_ ; 2, _Manille_ ; 3, 3′, 3″, _Cauris_.] + +La valeur des manilles est de 0 fr. 20 environ pièce ; on les transporte +par paquets de 20 et 40 francs de cette monnaie représentent la charge +d’un homme[307]. Dans certaines parties de l’Afrique équatoriale +française, on emploie comme monnaie des bracelets analogues connus sous +le nom de _barrettes_. + +Enfin, dans beaucoup de régions du même pays, ce sont des _verroteries, +perles bayakas_ ou autres, qui servent d’unité de monnaie. Dans la +Haute-Sangha, les Haoussas achètent les Kolas contre des _thalers_, +pièces de monnaie en argent, valant environ 3 francs, frappées à +l’effigie de Marie-Thérèse et ayant cours dans l’Afrique centrale et +orientale jusqu’à l’Abyssinie. + + +=DROITS DE DOUANE ET TAXES SUR LES KOLAS DANS LES COLONIES FRANÇAISES.= + + +Les droits de douane sur les Kolas entrant dans nos diverses colonies de +l’Afrique Occidentale sont loin d’être uniformes. + +Au Sénégal, les Kolas provenant des pays étrangers sont astreints à un +tarif d’importation de 0 fr. 75 par kilog. Il est fait exception pour +les Kolas entrant en Casamance, qui paient seulement un droit de 0 fr. +40 par kilog. + +Les Kolas destinés au Haut-Sénégal-Niger, ainsi que ceux entrant dans la +Guinée française, acquittent le même droit que ceux entrant au Sénégal. +Les noix provenant de l’hinterland de Libéria et pénétrant soit dans la +Guinée française, soit dans la Côte d’Ivoire, doivent acquitter le même +droit de 0 fr. 75 par kilog., bien que leur valeur dans ces régions soit +très inférieure par rapport à la valeur à la côte. Il en résulte que la +taxe s’élève parfois à plus de 100 % _ad valorem_. Les Kolas de +l’Achanti pénétrant dans le Haut-Sénégal-Niger par l’hinterland de la +Gold-Coast sont taxés à 10 % _ad valorem_, la taxe étant établie d’après +la valeur des noix à la frontière même (cette valeur est de 1 franc +environ par kilog. de noix). Les noix provenant de l’Achanti et +transitant dans l’hinterland du Dahomey, à destination de la Nigéria ne +paient pas de taxe. + +Le droit d’entrée dans les ports de la Côte d’Ivoire, colonie soumise à +la convention du 15 juin 1898, est de 0 fr. 50 par kilog. + +Enfin, au Dahomey, pays soumis à la même convention, les Kolas sont +exempts de droits à l’entrée. + +Les noix de Kola, produites par nos colonies de l’Ouest-Africain et +circulant dans ces colonies, sont exemptes de taxe. Il faut, toutefois, +faire une exception pour les noix produites par la Côte d’Ivoire. +Celles-ci étaient, jusqu’à ces dernières années, soumises à une taxe de +circulation de 0 fr. 50 par kilog., taxe prélevée en vertu d’un arrêté +du Gouverneur de la Côte d’Ivoire en date du 24 novembre 1906, arrêté +substitué à celui du 3 juin 1905, qui avait fixé un droit de +consommation de 10 % _ad valorem_ sur les Kolas récoltés et consommés. +En 1908, cette taxe a été abaissée au taux beaucoup plus rationel de 0 +fr. 25 par kilog. + +Dans les pages qui vont suivre, nous examinerons en détail les procédés +de commerce et l’importance des transactions en passant en revue d’abord +les pays producteurs de Kolas, ensuite les pays où s’en fait la plus +grande consommation. + + * * * * * + + + =I. — COLONIES FRANÇAISES.= + + + * * * * * + + _A. — Pays producteurs de Kolas._ + + * * * * * + + + =1o GUINÉE FRANÇAISE.= + + +La Guinée produit des Kolas pour l’exportation ; dans toute la zône +littorale, dans le Kouranko, dans le Kissi, enfin dans les pays Tômas et +Guerzés. Elle en importe sur tous les marchés de l’intérieur de la +colonie dans les régions qui n’en produisent pas, notamment dans le +Fouta-Djalon, dans les Cercles de Duinguiray, Siguiri, Kouroussa, +Kankan, Beyla. Ils proviennent du sud-est de la colonie ou de la région +côtière. Beaucoup de Kolas, provenant de Liberia ou de la Côte d’Ivoire, +transitent aussi à travers les Cercles précédents pour être acheminés +ensuite vers le Sénégal et le Soudan. Les statistiques douanières +n’enregistrent que les quantités qui sortent par mer, quantités +s’élevant à environ 50.000 kilogs par an, d’une valeur d’environ 100.000 +francs. + + +Le tableau suivant, communiqué par l’administration de l’Office +colonial, donne les chiffres pour les époques les plus récentes : + + Exportation totale en 1907 21.575 kilos + + — 1908 30.662 + + — 1909 59.932 valant 119.864 fr. + + 1er trimestre de 1910 50.953 101.906 fr. + + + _Exportations mensuelles de janvier 1909 à mars 1910._ + + 1909 Janvier 9.945 kilos 19.890 francs. + + Février 16.453 32.906 + + Mars 16.992 33.984 + + Avril 7.249 14.498 + + Mai 1.826 3.652 + + Juin 1.191 2.382 + + Juillet 1.307 2.614 + + Août » » + + Septembre 238 476 + + Octobre 47 94 + + Novembre 102 204 + + Décembre 4.932 9.864 + + 1910 Janvier 66.883[308] 133.766 + + Février 10.282 20.564 + + Mars 18.788 38.576 + ------ ------- + 95.953 192.906 + +D’après les renseignements compulsés par CHUDEAU dans le _Bulletin du +Comité de l’Afrique française_, la Guinée a importé en 1904 pour +2.007.793 francs de Kolas ; en 1905, seulement pour 772.000 francs ; en +1907, pour 544.000 francs. + +En 1908, l’importation n’a plus été que de 282.928 francs. + +Ces chiffres n’ont pas grand valeur ; ils ne correspondent qu’à une +estimation approximative des importations par la frontière du Libéria et +par la frontière intérieure de Sierra-Léone[309], puisqu’aucune +importation appréciable ne se fait par les ports. Or, comme nous le +verrons plus loin, une grande quantité de Kolas entre en fraude par la +frontière libérienne et d’autre part les noix qui acquittent la taxe +sont mercurialisées par la douane à un chiffre tout à fait arbitraire. + + +1o _Région littorale._ — Ainsi que nous l’avons déjà dit, les Kolatiers +sont communs autour des villages Soussous, dans les vallées chaudes et +humides de la région maritime, surtout dans les vallées du Rio-Pongo et +de la Mellacorée[310]. Ce sont ces régions qui fournissent à elles +seules les Kolas exportés par le port de Conakry et figurant dans la +liste précédente. Les exportations par mer atteignent 50 tonnes +environ ; les bonnes années ce chiffre est dépassé. + +Les noix les plus estimées et les plus grosses sont celles du Samo dans +la Mellacorée et celles du Kaloum. + +Les plus belles noix vendues à Conakry pèsent de 30 à 40 grammes. Les +noix rouges sont dans la proportion des 3/4 ou des 4/5. + +Celles du Koba sont plus petites et sujettes à être attaquées par le +_Sangara_. Il en est de même dans tout le Bramaya. Dans la Mellacorée, +les noix font l’objet d’un très grand commerce ; elles constituent +surtout un article d’échange. Achetées dans le bas pays au moment de la +récolte, au prix de 5 francs les 400 noix, elles sont revendues dans le +haut contre du caoutchouc à un prix élevé. Les noix du Rio-Pongo sont +assez petites et attaquées par le _Sangara_ dans certains villages. +D’après l’administrateur A. HAUET, les indigènes du Rio-Pongo, vendaient +autrefois toute leur production aux maisons de commerce de la région, +mais actuellement les dioulas viennent en chercher une grande partie +pour les transporter soit sur Conakry, soit surtout sur Boké. En 1908, +on payait les noix, à Boffa, 5 francs les 300, soit environ 1 franc le +kilog. Parvenues à Conakry, les noix sont embarquées soit à destination +du Sénégal, soit à destination de la Guinée portugaise. Une notable +quantité est aussi chargée sur le chemin de fer, à destination du Fouta- +Djalon ou même de Kouroussa. + +Le port de Conakry exporte chaque année 20 à 50 tonnes de noix de Kola, +estimées de 40.000 à 75.000 fr. + +En 1908, la Guinée a importé, par la frontière libérienne ou par celle +Sierra-Léone, pour 282.928 francs de Kolas, alors que la valeur de ses +exportations de noix pour cette même année n’atteignait que 64.008 +francs. + + +2o _Le Kissi._ — La production du Kissi, en y comprenant aussi le +Kouranko, qui lui est rattaché administrativement, est d’environ 400 +tonnes de noix par an. + +Les noix du Kissi sont très renommées dans tout le moyen Niger. + +D’après la coloration, on distingue sur les marchés : + + Noms français. Noms kissiens. Noms en kouranko. + --- --- --- + + Kola blanc. _Kolo oumbo._ _Oro gué._ + + Kola rouge. _Kolo sanga._ _Oro oulé._ + + Kola rosé. _Kolo Kalo._ _Oro saoura._ + +Les noix ne pèsent en moyenne que 8 à 15 grammes, mais les plus grosses +peuvent atteindre le poids de 40 grammes. + +Le village où les dioulas concentrent la plus grande partie de la +récolte avant de l’exporter vers le nord, est Kénéma ou Kissidougou. + +Après la cueillette, qui se fait habituellement en novembre, les noix +sont ordinairement triées ; celles qui sont déjà attaquées par le +_Sangara_ sont mises de côté et consommées par le producteur. + +L’autre lot est à son tour divisé en deux parts : l’une comprenant les +plus belles noix ; l’autre, celles de petite et de moyenne grosseur. +Celles-ci sont vendues à Kénéma et sur les marchés locaux aux dioulas et +aux habitants du pays. + +Le prix de vente est très variable suivant l’époque de l’année et +suivant que la récolte a été bonne ou mauvaise. Les années de fort +rendement, on cède, à Kénéma, 250 à 260 noix moyennes pour 5 fr. Les +années de faible récolte, le prix peut doubler : on n’obtient plus que +100 à 150 noix pour 5 fr. et même si les noix sont grosses, on n’en a +plus que 80. Parfois les dioulas arrivent en grand nombre au Kissi, ce +qui détermine une concurrence effrénée. Les transactions se font souvent +la nuit et le cultivateur en profite pour vendre les noix attaquées par +le _Sangara_ dont il dissimule les défauts. Par contre, à l’époque de la +rentrée de l’impôt, le marchand à son tour exploite le producteur. +L’indigène, toujours imprévoyant, n’a pas conservé d’argent pour +acquitter sa taxe ; pour s’en procurer, il a comme seule ressource la +vente des Kolas. A ce moment (c’est ordinairement pendant les premiers +mois de l’année et en quelques semaines que l’administration fait +rentrer tout l’impôt), le cours des noix devient très bas et on peut les +obtenir à raison de 300 ou 350 pour 5 fr. + +Quant aux plus grosses noix, le Kissien les conserve ordinairement +quelque temps dans sa case et à la morte saison il va les vendre lui- +même au marché de Bamako. Une charge, comprenant 1.500 à 2.000 noix +(très rarement 3.000), peut rapporter 100 à 150 fr. + +Les grosses noix se vendent en effet, à Bamako, 5 francs le lot de 50 +Kolas. + +Si les amandes sont très belles, elles s’écoulent très rapidement ; au +contraire, les noix de petite taille se vendent lentement, car à Bamako, +il en vient de toutes parts : de Conakry, de Beyla, du Ouorodougou, +rarement du Kissi. + +Les petites et les moyennes noix de cette province, ainsi que celles du +Kouranko, s’écoulent habituellement dans les cercles de Faranna, de +Kouroussa, de Kankan et jusqu’à Siguiri. Là elles se rencontrent avec +les noix apportées par le Sénégal et par le chemin de fer de Kayes au +Niger. + +Le Kissien qui porte de grosses noix à Bamako, s’il n’en a point donné +en cours de route et s’il n’en a pas perdu par le _Sangara_, peut +rapporter à son village 150 fr. par charge. Son voyage a duré 45 jours +(aller et retour). S’il avait vendu la même charge à un dioula au Kissi +même, il n’en eut retiré que 40 à 50 fr. + + +3o _Pays Tômas et Guerzés et Frontière libérienne._ — Dans tous les pays +compris dans les bassins supérieurs des rivières Makona, Loffa et St- +Paul (ou Diani), les noix de Kola donnent lieu à un commerce +considérable. + +Elles constituent l’unité de monnaie la plus courante et aussi bien pour +les plus menus achats que pour le gros trafic, c’est avec des noix qu’on +solde tous les comptes. Les Kolas mis en vente pèsent habituellement de +10 à 20 grammes ; dans la partie ouest, les noix blanches prédominent ; +à l’est, on trouve surtout des noix rouges. + +La principale cueillette se fait en octobre et novembre, mais quelques +noix mûrissent aussi tout au long de l’année. En outre les indigènes +conservent aussi dans des cachettes des noix cueillies depuis longtemps +et les vendent au fur et à mesure suivant leurs besoins. Elles sont +ordinairement apportées par des femmes sur les principaux grands +marchés. + +Certains de ces marchés ont eu, jusqu’à ces dernières années, une +importance prodigieuse. + +Les plus achalandés de la zone sud étaient ceux de : Kabaro, de Nsapa, +de Léné, de Boola, de Lola, de Nzo. + +Dans la zone nord, située à 100 ou 150 kilomètres des lieux de +production sont les importants centres de Bofosso, de Diorodougou et de +Beyla. + +En tous ces points, les marchés ont lieu à jour fixe, une fois par +semaine. Les marchés de la zône sud se tiennent habituellement sur une +place bien nettoyée située à l’entrée, mais en dehors du village et +ombragée par de grands arbres. Souvent cette place se trouve à la +lisière même de la forêt, et quelques sentiers seulement cachés sous les +arbres y aboutissent. Il y a peu d’années encore, les villages étaient +fortifiés par une enceinte en terre (_tata_) et les marchés se tenaient +toujours en dehors de l’enceinte. Ils sont fréquentés par tous les +habitants des petits villages voisins situés dans un rayon de 50 +kilomètres et parfois à plus grande distance ; aussi ce n’est qu’à +partir de 10 heures du matin qu’une certaine activité commence à régner +sur la place ; le trafic bat son plein entre midi et deux heures de +l’après-midi. Les gros traficants qui visitent périodiquement ce pays, +sont pour la plupart des Koniankés, des Malinkés et des Bambaras venus +des régions de Beyla, de Kerouané ou de Touba. + +Ils viennent du Nord, avec des marchandises européennes achetées à +Bamako, à Kankan ou à Beyla, parfois aussi à Conakry. + +Ce sont des cotonnades à bas prix, du tabac, du sel en barre, des outils +en fer (machètes, couteaux, rasoirs), des verroteries, de la poudre, des +capsules, des fusils, des bracelets en cuivre, en bronze, en étain, en +aluminium, voire même des petits flacons de parfums ou des bouteilles +d’absinthe de traite. D’assez nombreux traitants et dioulas d’origine +malinké se sont fixés dans le pays pour se livrer au commerce et ont +constitué quelques petits villages musulmans en plein pays Guerzé. + +Ils vivent en bonne intelligence avec les autochtones ; malgré l’état +d’insécurité du pays pour les étrangers des peuplades voisines qui s’y +aventureraient, les commerçants reçoivent toujours l’accueil le plus +loyal. Outre les noix de Kola, ils achètent aussi depuis quelques années +le caoutchouc. + +Le marché se tient le jeudi à Boola, le lundi à Lola, le jeudi à Nzo, le +samedi à Lané. Nous avons visité ces divers centres commerciaux. + +A Kabaro, chaque année, transitent environ 60 tonnes de Kolas. Leur +valeur est de 150 à 350 noix pour 5 fr. + +Ce marché est très fréquenté par les dioulas malinkés circulant à +travers la Guinée. Un rapport administratif explique ainsi le trafic +auquel se livrent ces commerçants : + +Après avoir vendu contre de l’argent ses marchandises apportées de +Conakry dans la région de Diorodougou, le dioula se rend à Kabaro et +obtient en moyenne 240 kolas pour 5 fr. Il en prend une ou plusieurs +charges et repart vers le nord jusqu’à ce qu’il trouve à les échanger +contre du caoutchouc, ce qui le mène dans la région de Kouroussa. Contre +120 Kolas on lui donnera là un kilogramme de caoutchouc[311], c’est avec +ce produit qu’il va prendre le chemin de Conakry pour y reconstituer sa +pacotille. « Connaissant le prix du caoutchouc, dit le rapport, on peut +aisément apprécier le bénéfice réalisé. + +« En prenant le cycle de ces diverses opérations, autrement dit en +ramenant notre homme au point où nous l’avons pris, on arrive aux +conclusions suivantes que l’on peut résumer graphiquement : + +Diorodougou : 5 francs (en espèces) ; + +Kabaro : 240 Kolas (valeur moyenne) ; + +Cercle de Kouroussa : 2 kilogs de caoutchouc ; + +Conakry : 18 francs en espèces échangés contre 6 pagnes à 3 francs ; + +Diorodougou : 6 pagnes vendus 5 fr., soit 30 fr. + +La mise de fonds aurait donc sextuplé. + +« Toutes ces données n’ont rien de rigoureux ; bien des circonstances +particulières peuvent les faire varier. Nous avons seulement considéré +le cas le plus général en prenant comme point de départ une somme de 5 +fr. pour plus de facilités. » + +Nous n’avons rapporté ces renseignements qu’à titre documentaire. Ils +sont manifestement inexacts. Le rapport ne tient compte ni des Kolas qui +s’avarient en cours de route, ni des dépenses de la caravane, ni des +aléas auxquels est exposé le dioula (marchandises volées, noyées au +passage des rivières, détériorées par les tornades ; fluctuations +fréquentes dans le cours du caoutchouc qui ont leur répercussion jusque +dans les villages producteurs). + +En réalité, comme nous l’avons dit plus haut, les opérations du dioula +sont beaucoup moins rémunératrices. + +Au marché de Lola, on vend surtout des Kolas rouges. Ce n’est pas le +producteur, mais un premier intermédiaire appartenant à la race des +_Manons_ qui les apporte au marché. Les noix sont étalées par petits +lots[312] et vendues contre marchandises, c’est donc d’abord un troc. +Les principaux articles utilisés pour ces échanges sont le fer, le sel, +la guinée, les bandes de toile indigène. + +Pour une petite barre de fer, sorte de lame aplatie longue de 35 cm. et +pesant 200 à 300 grammes, lame nommée _konkourou_ dans le pays, on +obtient 100 noix. Le _konkourou_ est estimé 0 fr. 50 par les dioulas. Le +_guenzé_, morceau de fer plus petit, est évalué 0 fr. 33 à Lola. + +Pour une pièce de Guinée estimée à Beyla 8 fr. à 9 fr., on obtient, au +moment de la récolte 1500 Kolas, soit 166 noix pour 1 fr. Les Kolas les +plus communs pèsent 10 gr. à 15 gr. D’après les pesées que nous avons +effectuées à Lola même, il en faut 75 pour faire un kilog.[313] ; dans +ce cas, les 166 noix payées 1 fr. (en Guinée) reviennent donc à 0 fr. 45 +le kilog. De même, si on achète contre du fer, on obtient 100 Kolas pour +un _konkourou_ de 0 fr. 50, de sorte que dans ce cas le kilog. revient à +0 fr. 37. Mais si on veut obtenir des Kolas contre des espèces +monnayées, il faut s’adresser aux dioulas Koniankés qui ont effectué le +troc et dès ce moment ils prélèvent dès Lola un bénéfice sérieux[314]. + +Pour 5 fr., on obtient 400 Kolas. Nous avons nous-même acheté 40 noix +pesant 536 gr. pour une pièce de 0 fr. 50. Dans ces conditions, le prix +de revient du kilog. est de 0 fr. 90. + +Le dioula a donc tout intérêt à venir à Lola effectuer ses achats contre +des marchandises. + +En résumé, les noix sont échangées par petits lots contre des objets de +traite variés ; les commerçants accumulent ainsi des stocks importants +de noix qu’ils transportent ensuite vers le nord ou qu’ils cèdent +aussitôt à d’autres dioulas contre des espèces. + +Le marché de Nzo se tient tous les jeudis, sur une place en dehors du +village. On y trouve des Guerzés, des Dans ou Dyolas, des Manons. En +1909, il était fréquenté par 2.000 personnes environ et on y apportait +100 à 150 charges de noix par marché, mises en vente par petits lots de +50 à 500 noix, rarement par lots plus forts. Les achats se font surtout +contre du sel, des bracelets, des bandes de toile indigène. Les +principaux acheteurs sont des traitants installés à demeure, tenant leur +étal sur des peaux de bête, à l’écart du marché. De temps en temps, +leurs employés apportent des charges de noix achetées au détail contre +marchandises et se réapprovisionnent en objets de pacotille. + +Ces noix de Kolas sont ensuite cédées contre argent (en mars 1909, 410 +Kolas pour 5 fr.) aux dioulas venus du sud avec des ânes et des bœufs +porteurs. Immédiatement, on en constitue des charges de 25 à 35 kilogs +et les noix sont de suite emballées après avoir été préalablement +comptées. + +Une très grande animation règne, sur le marché de Nzo, de 10 heures du +matin à 3 heures du soir. La précieuse noix est la base de toutes les +transactions : c’est avec les Kolas qu’on paie l’huile de palme, le riz +et les autres produits alimentaires. Les noix servant aux achats sont +toujours comptées. Des enfants parcourent le marché dans tous les sens, +poussant des cris pour offrir des bottes d’_Orofira_ ou des paniers +destinés à l’emballage de la précieuse denrée. On leur achète ces objets +contre quelques noix. A 4 heures, la place du marché est évacuée ; elle +est alors toute jonchée de vieilles feuilles d’_Orofira_ ayant servi à +apporter les noix vendues. Les dioulas rentrent dans leurs cases, +comptent et emballent leurs recettes. + +La plus grande partie des marchés dont nous venons de parler ont été +presque anéantis dans ces dernières années par l’installation de postes +douaniers prélevant des droits d’entrée disproportionnés à la valeur des +noix de Kola dans ces régions. + +C’est sous l’administration du général de TRENTINIAN qu’un premier poste +de douane, ou plus exactement d’_oussourou_[315], fut créé à Boola en +1899. + +A cette époque, la taxe sur les Kolas venant du Libéria était de 0 fr. +10 par kilog. Ce droit était en rapport avec la valeur réelle des Kolas. +Les colporteurs payaient, en outre, un droit de circulation de 0 fr. 10 +par kilog. de noix transportées. Le district de Boola ayant été rattaché +à la Guinée, le poste d’_oussourou_ fut supprimé à partir du 1er janvier +1900 ; mais, à la suite d’un voyage effectué dans ces régions par +l’inspecteur des douanes de la Guinée, une série de postes douaniers +furent installés, en 1903, non pas le long de la frontière du Libéria +qui n’existait pas, mais à côté de nos postes militaires les plus +avancés : les plus importants étaient ceux de Diorodougou, de Guéaso, de +Boola. En 1905, le gouverneur FRÉZOULS, considérant les postes douaniers +de la zône libérienne comme des entraves au commerce, en proposa la +suppression ; elle fut acceptée à la fin de 1905 ; mais, dès le milieu +de 1906, ces postes étaient de nouveau rétablis ; un arrêté de février +1909 les a maintenus en les reportant plus au sud. + +Nous avons sous les yeux les recettes effectuées par le poste de Boola, +de 1904 à 1908 : + + 1904 1905 1906 1907 + + 86.195 fr. 25 59.661 fr. 18 27.992 fr. 94 156.157 fr. 40 + +L’année 1907 a donné des recettes plus élevées, parce que le contrôle a +fonctionné constamment et, à cette époque, la plupart des caravanes +n’avaient pas encore détourné leur route pour éviter les taxes[316]. + +Dès le début de l’installation des postes douaniers, la fraude a +commencé à être pratiquée et elle a été en s’accroissant d’année en +année. + +Alors que les Kolas achetés contre des morceaux de fer valaient à Lola, +en avril 1909, 0 fr. 37 le kilog., le droit prélevé sur les Kolas, à +Boola, était de 0 fr. 75 par kilog., et cette anomalie était d’autant +plus étrange qu’elle était perçue en un point situé à l’intérieur de nos +territoires à plus de 50 kilomètres de la frontière. Les Kolas de la +zône française des hauts bassins libériens acquittaient donc la même +taxe que ceux qui provenaient de la zône qui n’était ni française ni +libérienne (l’administration du Libéria ne s’exerçant pas, comme on le +sait, sur l’hinterland). + +Cette taxe, extraordinairement prohibitive puisqu’elle s’élevait sur les +lieux de production à plus de 200 %, eut pour résultat de favoriser la +fraude dans des proportions inattendues. Les postes douaniers, réduits à +un préposé européen et à quelques gardes-frontière par poste, sont +demeurés impuisants à assurer la surveillance des routes et, en +définitive, une quantité énorme de Kolas de l’hinterland de Libéria +pénètre dans la Guinée sans acquitter de droits ; mais ces noix ne +passent plus par les grands marchés de notre territoire : ceux-ci sont +en partie anéantis. Ce n’est pas seulement le trafic des noix de Kola, +dans ces régions, qui a été atteint. On sait que les précieuses amandes, +dans tous les pays situés au sud de Beyla et de Touba, servent d’unité +de monnaie. Chaque semaine, de nombreuses femmes du Konian (environs de +Beyla) venaient à Boola et à Guéso pour y écouler les produits vivriers +de leurs plantations. Ces produits vivriers étaient échangés contre +diverses denrées, mais, en définitive, à la fin de la journée toute la +recette était réalisée en noix de Kola que les femmes rapportaient à +Beyla. Elles effectuaient ainsi un voyage de 3 ou 4 jours de marche +(aller et retour) pour rapporter seulement quelques centaines de noix à +chaque voyage. Tous les jeudis, outre de nombreuses charges de dioulas +pesant 35 à 40 kilog., il partait du Boola vers le nord une centaine de +petites charges de 15 à 20 kilog., transportées par des femmes qui les +revendaient ensuite à Beyla. + +Les postes douaniers prétendirent faire acquitter la taxe aux noix +achetées ainsi à Boola et transportées à Beyla. Mais la douane se trouva +en présence de la difficulté suivante : les femmes, qui se livraient à +ce petit trafic, ne se servaient pas d’espèces monnayées, il fallut donc +faire payer la taxe en nature, et comme les Kolas avaient parfois une +valeur moindre que la taxe exigible, les prélèvements se firent d’une +manière tout à fait arbitraire. Au début de 1909, à Guéaso, une femme +qui rapportait 200 Kolas comme produit de la vente de ses denrées, +devait en abandonner 150 au fisc pour avoir le droit d’en rapporter 50 à +Beyla. A Boola même, un préposé des douanes nous citait le cas suivant : +la femme d’un douanier indigène, qui avait acheté au marché de cette +localité 6 kilogs de Kolas pour 5 francs acquitta une taxe de 4 fr. 50 : +les Kolas valaient donc 9 fr. 50 ; mais ils se vendirent à Beyla, ville +située à 45 kilomètres plus loin, seulement 6 francs. La traficante, +outre son temps, avait donc perdu 3 fr. 50. + +Ces faits expliquent l’affaiblissement du commerce de ces régions. A +Boola, où se rencontraient à chaque marché, il y a peu d’années encore, +plusieurs milliers d’acheteurs, il n’en vient que quelques centaines +chaque jeudi[317]. + +A la fin de 1909, les postes douaniers ont été déplacés et portés plus +au sud, à la frontière même, aux villages de Lola, de Nzo et de Danané. +Ces centres, encore prospères en 1909, seront probablement atteints à +leur tour, malgré les efforts déployés par quelques administrateurs et +par quelques officiers pour concilier les droits du fisc et les intérêts +du commerce local. + +Nous pensons, pour notre part, qu’il faudrait abaisser la taxe sur les +Kolas importés par la frontière libérienne, à 0 fr. 20 par kilog. ou +même la supprimer complètement. En outre, si on la maintient en la +réduisant, il faudrait accorder la franchise aux lots inférieurs à 200 +noix ; ces petits lots constituent souvent exclusivement de la monnaie +pour les transactions locales. + +Nous reviendrons sur cette question dans nos conclusions. + +Avant de nous éloigner de ces régions, nous devons mentionner le marché +de Beyla, bien qu’il soit situé assez loin en dehors de la zône de +production. + +Ce marché, créé depuis quelques années seulement par l’autorité +militaire, se tient tous les dimanches sur une place de Diakolidougou, +faubourg commercial situé à environ un kilomètre de la résidence +administrative. C’est de 9 heures à midi que les transactions atteignent +toute leur intensité ; on compte alors, sur la place, 1.000 à 1.500 +personnes venues de tous les villages de la région avoisinante sur un +rayon de 3 journées de marche. Outre les Kolas, les principales denrées +mises en vente sont : de la viande de boucherie, de la viande boucanée, +du poisson sec, des crevettes fumées, des chenilles et des fourmis +blanches desséchées, de l’huile de palme, du riz, de nombreux autres +produits alimentaires : riz, mil, maïs, haricots, _soumbara_ (fromage de +graines de nété ou _Parkia biglobosa_), légumes indigènes, épices du +pays, sel en pierre, un peu de coton, de l’indigo brut, des bandes de +coton tissées, des peaux, etc. + +Les produits venus d’Europe : tissus, quincaillerie, verroterie, etc., +se vendent surtout dans les boutiques et aux étalages installés en +bordure du marché[318]. + +C’est également à ces comptoirs que l’indigène porte le caoutchouc et +les défenses d’ivoire, sans les exposer sur la place publique. + +Les achats se font, depuis longtemps déjà, contre de l’argent monnayé +français. Sur la place, c’est également contre de l’argent et de la +monnaie de billon que se traitent les petites affaires. Ce n’est que +pour de très faibles achats qu’on se sert des noix de Kola, dont le +cours varie souvent : au cours le plus normal, 20 noix équivalent à 0 +fr. 50. On achète une pincée de piment contre une noix, une petite +mesure de riz contre 5 noix, etc. + +Autrefois on se servait, comme monnaie divisionnaire, des _guenzés_, +morceaux de fer dont nous avons parlé précédemment, mais ils n’ont plus +cours aujourd’hui à Beyla, tandis qu’on s’en sert toujours à Nzo, à +Lola, à Lané. + +Les _cauris_, ces petits coquillages blancs dont il a été aussi +question, ne servent pas de monnaie dans la région de production des +Kolas. Les indigènes de ce pays les utilisent, en petite quantité, comme +objets d’ornement en les portant dans leur chevelure, en en faisant des +colliers ou en les fixant sur la crosse de leurs fusils. + +Les noix de Kolas mises en vente à Beyla, sont habituellement plus +grosses que celles du Kissi. Les noix vendues en mars pèsent en moyenne +de 15 à 18 grammes ; les plus belles atteignent le poids de 25 à 28 +grammes et les plus petites une dizaine de grammes. A la même époque, +les noix vendues au Kissi ne pèsent en moyenne que 8 à 12 grammes. Nous +avons déjà expliqué cette anomalie, en montrant que les plus belles noix +du Kissi étaient triées et exportées vers Bamako. + +Il faut de 55 à 65 Kolas de Beyla pour peser un kilog. ; à Kissidougou, +il en faut parfois une centaine. + +La charge de Kolas de Beyla renferme 1.500 à 2.000 noix, tandis que la +charge de petites noix du Kissi comprend jusqu’à 3.000 amandes. Malgré +la différence de taille, les noix du Kissi sont plus estimées que celles +de Beyla par les connaisseurs indigènes qui savent les différencier en +les dégustant. On assure que les noix vendues à Beyla ont été cueillies +avant maturation, ce qui les rendrait moins agréables au goût. Par +contre, elles sont moins exposées aux attaques du _Sangara_. + +Comme au Kissi, on trouve au marché de Beyla des noix de trois +colorations différentes : + + +1o _Kolas rouges_ (_Oro oulé_ des dioulas). — Leur coloration est d’un +rouge-brun, rappelant la couleur de certains vins épais. Ils forment au +moins les 2/3, et plus souvent les 3/4, des lots mis en vente (certains +lots ne renferment même que des Kolas rouges) ; les Kolas blancs et les +Kolas rosés entrent pour 1/3 ou pour 1/4 au maximum et sont mélangés. + + +2o _Kolas rosés._ — Dans une charge de Kolas de Beyla, on trouve +ordinairement toutes les gammes entre les Kolas franchement rouges et +les Kolas blancs. Les malinkés nomment ces Kolas de teinte intermédiaire +_Sa oura_. Il parait qu’il existe des arbres qui produisent +exclusivement cette sorte de coloration : nous n’en avons pas observé. +Parmi ces Kolas de teinte claire, la coloration la plus fréquente est +une teinte d’un rose très clair un peu lavée de blanc-jaunâtre. + + +3o _Kolas blancs_ (_Oro goué_ des dioulas). — Ne se rencontrent qu’en +très petite quantité à Beyla. La noix est d’un blanc de neige au sortir +du tégument ; mais, au bout de quelque temps, elle prend à l’air une +teinte blanc-jaunâtre ou jaune légèrement verdâtre. C’est cette dernière +teinte qu’elle a sur tous les marchés. + +Il est très difficile d’évaluer la quantité de Kolas apportés chaque +année au marché de Beyla. Les patentes de dioulas délivrées aux +caravaniers pourraient fournir des indications à ce sujet ; mais +l’administration, avec raison, laisse passer en franchise une grande +quantité de charges[319]. En 1908, le cercle de Beyla avait encaissé +seulement 4.000 francs de patentes, correspondant à 1.300 charges (de 30 +kilog.), circulant dans le pays. En réalité, il en circule beaucoup +plus. + +D’après M. LIURETTE, il passerait à Beyla, chaque année, environ 400 +tonnes de noix de Kola, soit 16.000 charges. + +Selon l’administrateur LEPRINCE, c’est à 12.000 charges qu’il faudrait +évaluer la quantité de Kolas produites par le cercle de Beyla ou +transitant sur son territoire. + +Il nous reste à dire quelques mots sur la valeur réelle des Kolas au +marché de Beyla. + +Au marché de Lola, comme nous l’avons vu, les dioulas les achètent +habituellement à raison de 500 Kolas pour 5 fr. ou 15 francs la charge +de 25 à 27 kilog. + +Rendus à Beyla, à 8 jours au N. de Lola, les Kolas ne valent encore que +25 fr. la charge de 1.500 noix ou 1 fr. 66 le cent en moyenne, soit 300 +noix pour 5 fr. Nous-même les avons payées, sur la place publique, le 7 +février 1909, c’est-à-dire à l’époque où ils sont déjà rares, sur le +pied de 250 à 270 noix pour 5 fr. + +Les gros Kolas rouges triés se vendaient à raison de 200 noix pour 5 fr. + +Pour que cette marchandise puisse se vendre à Beyla à un prix aussi +faible, il est nécessaire qu’elle n’ait point acquitté de droits +d’entrée, car, en ajoutant au prix d’achat à Lola la taxe de colportage +et le droit d’entrée de 0,75 par kilog., la charge à Lola même +reviendrait déjà à 36 fr. ; il serait donc tout à fait impossible +qu’elle se vende 25 fr. à Beyla. + +Ce seul fait montre sur quelle étendue se pratique aujourd’hui la +contrebande. + +Le colporteur indigène répugne à acquitter des taxes. Comme il est +presque toujours insolvable, en fraudant il s’expose seulement à voir +confisquer sa marchandise. Les postes de douane n’ayant qu’un personnel +très restreint, il est facile de passer sans être surpris. + +En 1909, le poste de douane qui a été installé à Danané dans la haute +Côte d’Ivoire, n’existait pas encore et il était très aisé d’éviter les +postes de la haute Guinée, en passant d’abord sur le territoire de la +Côte d’Ivoire. + +Les caravaniers se rendaient à Ouaninou, dans le cercle de Touba, puis +faisant un détour sur Kouroukoro et Maninian, ils venaient tomber à +Kankan. + +Ces colporteurs contrebandiers ont droit, selon nous, à de sérieuses +circonstances atténuantes, car le bénéfice qu’ils réalisent, même en +évitant la taxe, est très minime. + +Pour se rendre de Lola à Bamako ou à Banemba, où il écoule ses Kolas, le +dioula doit marcher environ 30 jours en faisant des étapes d’une +vingtaine de kilomètres par jour et en portant sur sa tête (à moins +qu’il n’ait quelques baudets, qui meurent fréquemment en route), une +lourde charge de 25 à 30 kilog. + +Parvenu à destination, il ne reste plus au dioula que 1.000 Kolas +environ. Il a dû en sacrifier environ 500 en cours de route : certaines +noix étaient avariées par le _Sangara_ ou germées et il a fallu les +jeter ; d’autres ont été distribuées aux hôtes et aux amis pour prix du +logement et de la nourriture. Les 1.000 Kolas qui restent sont mis en +vente sur le marché. Il faudra plusieurs jours pour les écouler. + +Supposons que les 3/5 de la charge comprennent de petites noix et les +2/5 des grosses noix. A Bamako, les premières se vendront 0 fr. 05 +pièce ; les 600 rapporteront 30 fr., les 400 autres pourront se vendre 0 +fr. 10 pièce et auront rapporté 40 fr. ; la charge aura donc été écoulée +à raison de 70 fr.[320], et comme elle a coûté environ 15 fr. à Lola, +elle aura procuré un bénéfice de 55 fr. au colporteur contrebandier ; si +toutes les taxes avaient été acquittées, le bénéfice serait de 35 fr. +seulement. + +Pour réaliser un bénéfice aussi maigre, 40 journées environ se sont +écoulées entre la date de l’achat et la date de la vente et le +caravanier a dû parcourir 600 kilomètres lourdement chargé et en menant +une existence de privations. + +Avec les 70 fr. retirés de la vente des Kolas, le dioula soudanais, +achetait autrefois à Banemba du sel de Taoudéni venu par Tombouctou et +Nioro. A Bamako, il faisait l’acquisition de tissus d’Europe. +Aujourd’hui il trouve ces marchandises à meilleur compte à Kankan où +existent une vingtaine de maisons européennes. Il peut s’y procurer non +seulement des étoffes, mais aussi du sel gemme en tables, provenant de +Roumanie, presque semblable à celui de Tombouctou, et se vendant +seulement 0 fr. 75 à Kankan, environ 1 fr. à Beyla. Sur ces marchandises +le dioula ne réalise que de maigres bénéfices. Seul le bétail donne +parfois d’assez belles recettes ; il est amené du cœur du Soudan et +vendu soit à Beyla, où de nombreux troupeaux se sont développés grâce à +ces introductions, soit même aux peuplades forestières chez lesquelles +on le débite comme viande de boucherie en l’échangeant contre du +caoutchouc. Mais le convoyage des troupeaux de Bamako vers Lola et Nzo +est lent, les maladies à trypanosomes sont fréquentes, de sorte qu’il y +a souvent des déchets nombreux. Aussi le pécule du dioula s’accroit +lentement. + + + =2o HAUTE COTE D’IVOIRE.= + + +Nous avons fait connaître dans un chapitre précédent l’importance de la +production des noix de Kola dans la partie N.-O. de la forêt de la Côte +d’Ivoire, spécialement chez les Dyolas ou Dans, chez les Bétés et chez +les Lôs ou Gouros. + +« Le commerce des Kolas, écrit le capitaine LAURENT, est le seul auquel +se livrent les Dyolas. Ils s’y sont adonnés de tout temps, car il est +leur seul moyen de se procurer tout ce qui leur manque. Le commerce se +fait soit isolément dans les villages, l’acheteur traitant directement +avec le récolteur, soit sur des marchés périodiques où colporteurs et +vendeurs se rendent en grand nombre. Les objets les plus divers tiennent +lieu de monnaie. Les plus appréciés sont le sel, les pagnes, la toile, +le cuivre en baguettes ou bracelets, les coupes-coupes, les instruments +de culture, les bœufs, les articles de verroterie. + +« Les marchés sont hebdomadaires et se font toujours aux mêmes endroits. +Les plus importants sont ceux de : + + Noms des marchés Jour Provenance des indigènes qui les + fréquentent + + Té » Cantons du N.-E. et Touras. + + Dioandougou » Cantons du S.-E. + + Togouapolé mardi Canton de Plépolé, Végoui, Nuanlé, Iésé. + + Oua mardi Canton de Gouro, Sé, Ouansoménou, Oua + nord. + + Flampleu dimanche Canton d’Oua (centre et sud), Doualé, + Koualeu, Iorolé, Gouané, Nuanlé et + divers groupements Guérés ; très + important. + + Bounda samedi Canton de Blossé, Lolé, Koulinlé, très + important. + + Fineu mardi Canton de Blossé, Iorolé, Koulinlé, Folé. + + Danané jeudi Canton de Houné. + +« Tous ces marchés sont fréquentés par les colporteurs mandingues de +Touba et Beyla et par des Guerzés. Ceux du bassin de la Nuon : Zoualé +(le jeudi), Gapleu (le mardi), ne reçoivent que de rares Guerzés. + +« Les étrangers venant acheter les Kolas sont toujours bien accueillis. + +« D’une façon générale, les trafics se font sans la moindre difficulté. +Les Dyolas sentent qu’ils ont besoin des étrangers et les ménagent. Ils +ne leur font pas payer le logement, mais simplement la nourriture et +encore les colporteurs s’en tirent-ils à bon compte s’ils savent s’y +prendre. Pour peu qu’ils soient habiles et beaux parleurs, ils +s’installent en maîtres et sont bien traités partout où ils passent ; +leurs conseils sont écoutés, généralement suivis, et leur influence est +grande. » + +Jusqu’à ces dernières années, les Dyolas vendaient leurs Kolas sur place +aux Mandés. Rares étaient ceux qui faisaient le colportage. + +Ils s’y mettent un peu maintenant que nous leur assurons la sécurité des +routes. Ils se risquent jusqu’à la lisière N. de la forêt, faisant le +petit commerce d’intermédiaires, aux marchés de Nzo, Oua, Gouro, Iuro, +Flampleu, Danané, Bounda, Fineu. Aux marchés importants de Bounda +(Blossé) et Flampleu (Oua), il se vend une moyenne de plus de 100.000 +noix par semaine. + +Les marchés se tiennent presque toujours en dehors du village, sur une +place bien nettoyée située dans la forêt, au point de rencontre de +plusieurs sentiers et souvent à quelques centaines de mètres de toute +habitation. + +« Ils durent, en général, écrit LAURENT, de 8 h. du matin à 2 h. de +l’après-midi. Ils commencent par le trafic des céréales, des poulets et +de menus objets entre indigènes du voisinage. Puis vers 10 heures, une +fois disparus les femmes et les enfants, le commerce des Kolas pratiqué +exclusivement par les hommes fait son début. + +« Les vendeurs s’installent pêle-mêle à l’ombre, exposent leurs fruits, +soigneusement enveloppés dans des feuilles et attendent. Les colporteurs +s’approchent tenant à la main un objet de troc quelconque et le +présentent à la ronde en criant « Eh ! Eh ! » Quand ils ont trouvé un +amateur, ils s’arrêtent et négocient. + +« Quand les deux parties sont d’accord, le colporteur dépose à terre +l’objet qu’il cède et se fait compter les Kolas dans un pagne. Il les +examine avec soin, présente ses observations, refuse ceux qui lui +paraissent suspects. Acheteur et vendeur ont jusqu’au dernier moment le +droit de se dédire. Les comptes terminés, ils se consultent une dernière +fois du regard et si l’accord persiste, le vendeur donne un Kola +supplémentaire qui est le signe de la conclusion définitive du marché. + +« L’acheteur, non plus que le vendeur, ne répond pas des vices cachés de +sa marchandise. C’est à la partie adverse à examiner sérieusement et à +ne pas s’engager à la légère. » + +LAURENT fournit la mercuriale des Kolas à Danané (pour 1907) : + + Un coupe-coupe (machète) = 200 Kolas. + + Un bracelet en cuivre = 30 à 40 + + Un pagne mandingue = 300 à 500 + + Un bila (petit pagne) = 100 + + Un collier de perles = 80 + + Un bœuf de belle taille = 9.000 à 10.000 + +La valeur de chaque noix pesant 12 à 15 grammes serait de 0 fr. 05. + +En avril 1909, au marché de Oua, le prix des Kolas était notablement +moins élevé et les pièces de monnaie commençaient à avoir cours. + +Les dioulas obtenaient pour 5 francs 320 à 350 noix. La valeur des Kolas +était donc d’environ un franc le kilog. Contre des marchandises, le prix +était encore moins élevé : pour un pagne valant deux francs à Touba on +obtenait 200 noix. + +Kahounien, par 6° 57′ de lat., est le marché limite des Kolas vers le +sud dans le bassin du Cavally ; les caravaniers du Nord s’y rencontrent +avec les Guerzés du Sud qui viennent aussi y acheter des Kolas, car eux- +mêmes n’en produisent pas. + +Plus à l’est, entre le cours du Sassandra, à partir de l’endroit où il +s’incurve vers le sud et le cours du Marahoué, affluent du Bandama, il +existe encore des marchés de Kolas très importants sur lesquels nous +reviendrons. + +Les Pays situés au sud de Man produisent aussi une assez grande quantité +de Kolas, principalement en pays Guéré. D’après les renseignements +inédits qu’a bien voulu nous communiquer le lieutenant RIPERT, on doit +distinguer dans ces régions deux lignes de marchés. + +La première ligne, située au N., comprend les marchés de Dioandougou +(Dioanpré), Té, Banankoro. + +La seconde ligne située au S., comprend les marchés de Man, Gouékangoui, +Tiéni (en pays Ouobé), Sépolé, Blo, Gouogouré (en pays Guéré), Sémien +(en pays Ouobé). + +A Man, on apporte par marché hebdomadaire, en mai, c’est-à-dire en +dehors de la grande récolte, 60 à 80 charges de 1.500 à 2.000 noix. A Té +et à Dioandougou, on apporte 100 à 150 charges par jour de marché en +mauvaise saison. + +A Gouékangoui, à Gouagouré et à Blo, on apporte 5.000 à 10.000 Kolas par +marché. + +La grande récolte des noix dans ces pays a lieu en octobre et novembre, +mais les marchés les mieux approvisionnés se tiennent en décembre, +janvier et février. + +Les dioulas du Soudan fréquentent seulement les marchés de la ligne N. ; +un assez grand nombre viennent aujourd’hui jusqu’à Man. Les marchés de +la ligne sud sont fréquentés par des Dyolas et des Ouobés, qui vont +vendre leurs acquisitions aux dioulas visitant les marchés du Nord. + +Après avoir franchi le Sassandra ou le Bafing, les dioulas soudanais +passent par le grand marché de Touna ou par celui de Ouaninou, puis ils +se dirigent sur Touba ou sur Beyla. + +Le capitaine SCHIFFER, qui a vécu dans les pays Bétés et Gouros de 1906 +à 1909, a fourni dans ses rapports inédits d’intéressants renseignements +sur la manière dont se fait le trafic des noix de Kola dans ces pays. + +« C’est, écrit-il, un commerce continu de tribu à tribu vers le Nord, +mais il n’existe pas de routes ou d’artères commerciales d’un long +parcours. Par exemple, les femmes du Bogué apportent leurs Kolas dans le +Balo, vont dans le Zéblé et chez les groupes où les attirent quelques +liens de parenté, mais elles s’arrêtent généralement à Daloa et depuis +la création d’un poste dans cette région à Idéblé ; les femmes du Zéblé +vont dans le Balogué et celles de ce groupe se rendent chez les Kouyas +qui transportent à leur tour les Kolas chez les Lôs ou Gouros du Nord. + +« De cette façon, les Kolas qui dans le Bogué et le Balo ont une valeur +approximative de cinq pour un sombé, soit environ un centime pièce, se +vendent déjà à Touna, Diorolé et Toubalo 5 centimes pièce ; il ne s’agit +naturellement que des plus belles noix. Celles-ci augmentent de prix +entre les deux récoltes de juin et novembre, même sur les lieux de +production où le prix monte alors : on n’obtient plus pour un sombé que +3 ou même 2 noix. Les marchandises les plus prisées par les Gouros, les +Kouyas et les Bétés en échange de leur Kolas, sont les pagnes, dits +Gouros, mais en réalité d’origine Mandé-dioula, le sel en barres, les +sombés (_rougou_ en Bété) et les bœufs. + +« Jusque chez les Ouayas et même dans les villages situés au nord du +Balogué, pénètrent les grands et beaux bœufs du Korodougou et du +Koyaradougou (Séguéla et Mankono), espèce sans bosse, intermédiaire +comme taille entre les grands bœufs du Soudan et les petits bœufs de la +forêt dense. + +« Grâce à la sécurité que va assurer aux colporteurs (_dioulas_) +l’intervention de nos armes en Pays Gouro et en Pays Bété, les Lôs et +Gouros ne pourront plus conserver le monopole d’intermédiaires et +empêcher comme ils le faisaient auparavant, les colporteurs Mandés- +Dioulas de venir s’approvisionner directement dans les pays de +production. Il nous appartiendra à ce moment de canaliser ce nouveau +courant et de l’attirer par la création de marchés vers nos postes de +Daloa et d’Issia. Les Kouyas et les Lôs seront alors obligés de récolter +le caoutchouc de la forêt pour assurer leur existence. » + +Nous avons signalé, dans un chapitre précédent, l’importance de la +production des Kolas dans le Pays Bété. Dans cette province, ainsi que +dans une partie du Pays Lô ou Gouro, les Kolas sont transportés sur les +marchés du N. où ils sont achetés par les indigènes de la région de +Séguéla ; mais le transport n’a lieu qu’à la suite d’achats successifs +de tribu à tribu. Ce sont les femmes qui transportent et vendent les +Kolas dans la tribu voisine d’où ils sont ensuite portés et vendus un +peu plus loin. Ces passages de tribu à tribu amènent une forte +majoration de prix. « C’est ainsi qu’une charge de 2.000 Kolas qui vaut +à Daloa 50 francs, atteint à Balogué 65 francs, 85 francs à Vavoua, 100 +francs au sud du Pays Nati et 120 francs sur l’important marché de +Ténéfero où s’approvisionne Séguéla. Or, Ténéfero se trouvant à 5 jours +seulement de Daloa vers le N., une charge de 2.000 Kolas achetée à +Daloa, transportée au tarif officiel, ne vaudrait que 55 francs à +Ténéfero[321] ». + +Le lieutenant RIPERT nous a communiqué des renseignements très +intéressants sur le commerce des Kolas dans les Pays Gouros ou Lôs et +Bétés qu’il a parcourus dans tous les sens. + +Ce sont généralement les femmes Lôs qui transportent les Kolas du Pays +des Bétés vers le N. Une partie des intermédiaires habitent les villages +bétés d’Ideblé, sur la frontière du Pays Gouro. Toutes les femmes Lôs +d’un village viennent en groupe sous la conduite de quelques hommes +armés et, parvenues sur les marchés de la zone sud, elles achètent les +Kolas aux Bétés et surtout aux Kouyas et aux Gouros qui sont déjà allés +s’approvisionner en plein pays Bété. + +D’Ideblé, les Kolas passent à Niabéloufra (Niabéloa), en pays Gouro. Ils +ont été achetés contre des sombés, des pagnes, quelques bœufs. Presque +toutes les noix remontent ensuite vers le Pays Ton (gouro) ou Tonfra. +Les Tons les revendent aux Mangouroufra ou aux Yansouas (gouros). C’est +là que commencent les grands marchés du Pays Lô où des Mandés-Dioulas +sont installés en permanence. On y trouve aussi des commerçants Lôs. + +Les principaux marchés du Pays Lô de l’est à l’ouest sont : + +Besiéka (Pays Yansoua), Govlégonoma (Bogolofié des Mandés), deux autres +marchés en Pays Niananfla (Niangoro), Bandiaï (Sasamba), Dananéï +(Danono), Gouétifla (Sokoulaso), Pays Gononfla (Gotono) ; Vavoua, en +Pays Ouaya ou Kouya, était aussi un marché jusqu’à ces derniers temps. +On cite encore comme marchés à Kolas importants du Pays Lô : Bébalo +(Toubalo), Dantero (Séguiri), Bologofia. + +Les points énumérés portent généralement deux noms, un nom Gouro et un +nom Mandé. + +A trois à cinq jours au N. des points qui viennent d’être énumérés, on +trouve quatre grands marchés situés loin en dehors de la zone +productrice des Kolas, mais fréquentés par de nombreux dioulas du Soudan +qui ne s’avancent pas plus loin vers le sud. + +Ces marchés sont ceux de Diorolé, de Touna (Gouaran), de Séguéla et de +Mankono. Ces marchés se tiennent à jour fixe, une fois par semaine, sur +une place au milieu du village. Diorolé est fréquenté par des Mandés- +Dioulas et par des Lôs. + +On y apporte principalement des Kolas blancs, très estimés et très +chers. On les achète à Diorolé jusqu’à 40 fr. à 60 fr. les 1.000 suivant +l’époque de l’année. + +800 à 1.000 charges sont mises en vente à chaque marché. + +Le marché de Touna que nous avons visité est situé près du confluent du +Sassandra et du Bafing. Outre les Mandé-Dioulas, des Lôs, des Ouobés et +des Touras le fréquentent. On y vend surtout des Kolas rouges ; 400 à +500 charges sont apportées à chaque marché. + +Séguéla est aussi un marché très important. En novembre 1908, on faisait +payer aux dioulas une taxe de circulation de 2 francs par 1.000 Kolas : +on encaissait ainsi 8.000 fr. par mois et beaucoup de charges passaient +cependant en fraude. + +Mankono, situé en plein pays soudanais, a une importance commerciale +comparable ; on y apporte surtout des Kolas blancs provenant du marché +Lô de Tubalo (Bébalo). + +En juin 1909, les grosses noix se vendaient à Mankono à raison de 200 +noix pour 5 fr., et les petites noix, 300 Kolas pour la même somme. Au +détail, on obtenait 25 noix mélangées pour 20 sombés et les sombés se +payaient alors à raison de 14 pour 0 fr. 50. Les caravaniers, qui vont +au pays Lô échanger des marchandises contre des Kolas, trouvent à +Sakala, à Kani, à Touna, à Séguéla, à Mankono, des tissus, des +verroteries, du sel, de la quincaillerie et d’autres produits européens +importés de Kankan et de Bamako par caravanes et vendus par les dioulas +à prix relativement bas. + +Dans son rapport, qui remonte déjà à 1901, le capitaine SCHIFFER a +exposé avec beaucoup de précision les changements survenus dans le +commerce des Kolas de cette région, depuis le voyage de BINGER. + +Les voies commerciales suivies le plus habituellement ne sont plus +transversales de l’est à l’ouest, sauf les routes de Kankan-Maninian et +Sakala-Kong. Le mouvement se fait maintenant presque tout entier du sud +au nord. Chaque canton Lô a désormais un marché, quelquefois deux s’il +est important. Ces marchés sont restés longtemps fermés aux étrangers et +ne sont encore visités que par les femmes Lôs d’autres cantons et les +femmes Mandé-Dioulas des régions de Séguéla et Mankona. Les femmes des +Mandés-Dioulas se livrent à ce commerce avec une activité inlassable. +Plusieurs fois par mois elles quittent leurs villages, vont chercher des +Kolas chez les Lôs et les rapportent sur les marchés de Touna, Kounana, +Séguéla, Diorolé, Magnani, Tubalo et Bimbalo. En ces points, elles +rencontrent des dioulas du Soudan auxquels elles cèdent leurs noix après +avoir prélevé un bénéfice élevé. Beaucoup, dit-on, font aussi trafic de +leurs charmes en accomplissant ce courtage qui est, en définitive, fort +rénumérateur et qui permet à l’époux de mener, dans le village de +culture ou dans les villes de Mankono, Seguéla, etc., une vie oisive. + +Les Kolas sont cédés par les producteurs ou par les courtiers contre de +l’argent monnayé ou contre certains articles d’échange. + +A hauteur de Touna, Séguéla, Mankono, les _cauris_ du Soudan n’ont plus +cours comme monnaie locale : ils sont remplacés par les _sombés_ +fabriqués dans les régions de Touna et de Sakala. Les marchandises de +traite les plus fréquemment apportés du Soudan sont : le bétail (bœuf et +moutons), les chevaux, quelques cotonnades et de la verroterie, enfin du +sel. + +Cette dernière denrée est apportée du Sahel en barres de 25 à 28 +kilog. : « ces barres mesurent un mètre de long sur 0 m. 40 de largeur +et 0 m. 05 ou 0 m. 06 d’épaisseur ; elles sont maintenues par des +baguettes longitudinales en bois et des cordes ou des lanières en peaux +de bœufs, et transportées à dos de bœufs porteurs ou d’ânes, plus +rarement à tête d’homme. + +« Malgré cet emballage primitif et peu soigné, ce sel résiste très bien +à la longueur des routes et ne craint ni la poussière, ni par suite de +sa grande densité les pluies légères. + +« Mais il revient très cher et les conditions mêmes dans lesquelles il +voyage en hivernage, en font une marchandise rare et souvent introuvable +dans la région. + +« Arrivés à Maninian, Odienné, Kani, Sakala, les dioulas débitent leurs +barres de sel en douze petites barres de trois à quatre doigts +d’épaisseur nommés « Kokotla » (de Koko sel et tla ou tala, partager) ou +_Kokoti_ (dans les régions de l’est). + +« Cette fraction de barre devient maintenant unité d’échange ; elle pèse +environ deux kilog. et atteint comme valeur en monnaie française 5 +francs, en saison sèche et 7, 8 et même 10 francs en hivernage ; par +suite aussi sa valeur en kolas se modifie profondément. Sur les marchés +de Touna, Séguéla, Mankono, les dioulas obtiennent des courtiers 400 ou +500 Kolas, ce qui met le cent à environ un franc ; en hivernage, c’est- +à-dire vers le mois d’octobre, ils obtiennent 700 à 800 Kolas pour la +même barre, ce qui réduit la valeur de 100 Kolas à 0,70 ou 0,80. + +« Enfin, sur les marchés de Toubalo et Bimbalo, la demande pendant +l’hivernage dépasse beaucoup l’offre ; une barre de sel arrive à valoir +1.000 à 1.200 Kolas, ce qui procure aux courtiers un gain immédiat de 25 +à 30 % » (SCHIFFER, _Mss._). + +Dans toute la première zône des marchés à Kolas signalés par BINGER, il +ne reste plus comme grand marché que Maninian. Encore ce point doit-il +être considéré comme un vaste entrepôt où viennent s’approvisionner les +marchands peu désireux de s’aventurer trop au sud ou dont les voyages +sont interrompus par l’hivernage. Il en est de même des importants +marchés de Tengréla, Tombougou, Odienné et Sambatiguila, qui ne sont que +des points d’entrepôt ou de passage, comme le sont devenus aussi les +marchés de la deuxième zône, Toté et Sakala ; celui de Siana a +complètement disparu au profit de Séguéla. + +Les véritables marchés pour le trafic des Kolas se trouvent reportés +aujourd’hui sur la ligne Touna, Séguéla, Mankono, Bouandougou, marchés +qui ne furent pas indiqués à BINGER et qui n’existaient peut-être pas +encore lors de son voyage. + +Notre occupation a enlevé aux habitants d’Odienné, Toté, Kani et Sakala +le monopole du courtage, de sorte que ce monopole s’est trouvé reporté +chez les peuplades vivant plus au sud ; c’est ainsi que s’est fait le +déplacement des marchés que nous avons signalé. Les centres de Kounana, +Bogolo, Diorolé, Dahantogo, Goaka et Toulé sont devenus à leur tour les +marchés terminus où s’arrêtent les dioulas venus du nord et que +fréquentent surtout les femmes Lôs et les femmes Mandé-Dioulas. + +Il est certain que ce recul des marchés à Kola vers le sud ne s’arrêtera +pas là et le jour prochain où la pacification des Pays Lôs et des Pays +Bétés sera complète, les dioulas soudanais viendront s’approvisionner +dans les pays de production. + +Aussi, à plusieurs reprises, les Lôs ont cherché à s’opposer à la +pénétration des européens et des soudanais, afin de conserver le +courtage des Kolas qui est leur principal négoce et leur assure, sans +grand effort, une source précieuse de bénéfices. + + * + * * + +La production des pays de la Côte d’Ivoire que nous venons de passer en +revue est considérable. Il est impossible de l’évaluer avec certitude et +nous ne pouvons donner que des indications. Nous pensons qu’elle atteint +2.000 tonnes par an. + +Le droit de circulation de 0 fr. 25 par kilog. n’est payé que par un +nombre infime de caravaniers, de sorte qu’on ne peut tabler sur les +recettes de cette taxe pour évaluer la production. + +En 1909, les recettes mensuelles de la région pour la taxe des Kolas +étaient les suivantes : + +Touba, 2.000 francs ; Séguéla, 1.500 francs ; Mankono, 500 francs, soit +au total 4.000 francs par mois ou 48.000 francs par an, somme +correspondant à 192 tonnes de noix ou 7.700 charges. + + * + * * + +Les autres régions de la Côte d’Ivoire desquelles il nous reste à parler +sont moins riches en Kolatiers, de sorte que le commerce des noix y est +plus restreint. + +Le seul canton donnant une production de quelque importance est le Pays +des Ngans, dans l’Anno. Il produit principalement de grosses noix +blanches du poids de 20 à 35 grammes et de petites noix roses pesant 8 à +15 grammes souvent vendues en mélange. La charge, comprenant 1.500 à +2.000 noix, est achetée sur place 15 francs à 30 francs par les dioulas, +suivant que la récolte a été bon ou mauvaise et aussi suivant la saison. +Cette même charge, transportée à Sikasso, y vaut 80 francs à 120 francs. +C’est surtout en novembre, décembre et janvier que se font les achats +sur place. La taxe de 0 fr. 25 par kilog. n’est perçue que sur une +partie minime de la production. M. l’administrateur BARTHÉLEMY a eu +l’obligeance de nous communiquer le relevé de fin 1908 et de 1909 +donnant la taxe payée au poste de Dabakala par les colporteurs +transportant les noix. + + MOIS Montant des taxes Poids des Kolas + sur les Kolas + --- --- --- + + Octobre 1908 245 fr. 75 983 kil. + + Novembre 1.175 25 4.701 + + Décembre 1.712 50 6.850 + + Janvier 1909 1.732 50 6.930 + + Février 30 » 120 + + Mars 675 » 2.700 + + Avril 491 25 1.965 + + Mai 90 » 360 + + Juin 37 50 150 + + Juillet » » » + + Août 7 50 30 + + Septembre 57 50 230 + + Octobre 142 5 570 + + Novembre 120 50 482 + + Décembre 102 » 408 + ------------ ----------- + Totaux pour 1909 3.486 fr. 25 13.945 kil. + +Soit 14 tonnes à peine, mais ce chiffre ne représente probablement pas +la dixième partie de ce qui sort par le cercle de Dabakala et comme des +sorties importantes se font aussi par Bondoukou et par le Baoulé, il +n’est pas exagéré d’évaluer la production de cette région à 300 tonnes +par an. Bondoukou est un marché de Kolas très important qui reçoit des +noix non seulement de l’Anno, mais aussi du Pays Achanti. + +Dans la Basse-Côte d’Ivoire, dans le sud-ouest du Baoulé, et dans la +partie traversée par le chemin de fer, les dioulas qui drainent le +caoutchouc de ces régions, achètent aussi aujourd’hui autant de charges +de noix de Kola qu’ils peuvent en trouver. Les indigènes de la forêt les +leur procurent à un prix infime mais ces noix sont revendues presque +aussitôt sur place de 1 fr. 50 à 2 fr. 50 le kilog. Les régions qui en +fournissent le plus aujourd’hui sont le pays de Kokoumbo, la région de +Sahoua dans le Morénou, quelques villages du pays Abé, enfin l’Attié. +Ces noix sont vendues au détail dans les centres de la colonie, à Grand- +Bassam et à Bingerville, à Abidjan, à Nziville, à Grand-Lahou, à +Tiassalé ; d’autres sont emportées par les caravaniers vers le nord. + +A travers le Baoulé, transitent les charges de Kolas achetées dans le +bas Bandama et le long de la voie ferrée. Des noix rouges et des noix +blanches (⅔ de rouges environ) sont apportées tous les mercredis à +Bouaké, mais il ne s’en vend pas plus d’une centaine de kilogs par +journée de marché. Ces noix sont consommées sur place par les Soudanais +ou exportées vers le Nord par Mankono. + +Nous évaluons la production actuelle de la Côte d’Ivoire à 3.000 tonnes, +se répartissant ainsi par régions : + + Noix sortant par le cercle de Touba 1.000 tonnes + + Sortant par le district de Séguéla 700 + + Sortant par Mankono 500 + + Production de l’Anno (Ngans) 300 + + Production du Baoulé, du Morenou, de l’Attié + et de la Basse Côte d’Ivoire 500 + +La production peut être considérablement développée dans cette colonie. + + + =3o BAS-DAHOMEY.= + + +Le Bas-Dahomey produit une assez grande quantité de noix de Kola à 4 ou +5 cotylédons, qui sont consommées sur place ou exportées à Lagos. De ce +point, arrivent par contre au Dahomey des Kolas à 2 cotylédons importés +de la Gold-Coast. + +Les importations de Kolas au Dahomey, par la lagune de Lagos, atteignent +quelques tonnes chaque année. + +Les exportations, en 1908, ont été de 32.536 kilog., estimés 65.052 +francs ; en 1909, 29.738 kilogs valant 59.476 francs. + +Les noix se vendent au détail sur tous les marchés de la côte : ceux de +Porto-Novo, Cotonou, Adjara, Abomey, en sont particulièrement bien +approvisionnés. + +Les noix du Bas-Dahomey ne dépassent pas Savé et Savalou, de sorte que +le Haut-Dahomey est approvisionné exclusivement de noix de la Gold-Coast +à deux cotylédons, venues par l’hinterland du Togo. + + + =4o AFRIQUE ÉQUATORIALE FRANÇAISE.= + + +Le bassin de la Haute-Sangha, habité par les Bayas, produit une certaine +quantité de noix de Kola que viennent acheter des caravaniers Foulbés et +Haoussas. Ces noix sont transportées dans l’Adamaoua. Il en parviendrait +même jusque dans la Nigéria du Nord. + +Nous ne possédons que des renseignements très incomplets sur ce +commerce. Seul, le lieutenant CHARREAU a fourni quelques indications : + +« Bien avant notre arrivée, les Foulbés et les Haoussas avaient établi +des marchés à Koundé... Les échanges commerciaux se faisaient en nature, +en cauris ou en esclaves... Pour 200 à 500 Kolas[322], ou 20.000 à +40.000 cauris, le Foulbé donnait un bœuf[323] ». Les caravaniers, après +avoir dépassé Koundé, se dirigent vers le sud en passant par Gaza (sur +la rivière Kadéï) ou par Bertoua, près de la Mambéré. « C’est avec les +Kolas venant de Nola, Bania, Cambé, que les Haoussas achètent à +Ngaoundéré leurs bestiaux, et ce trafic est tel que les Européens ont +songé à réclamer comme pour le caoutchouc le monopole de l’achat à +l’indigène, afin de revendre les Kolas aux Haoussas »[324]. Notre +administration s’est heureusement opposée aux prétentions des Sociétés +concessionnaires, prétentions qui non seulement auraient porté atteinte +aux droits des indigènes Bayas, puisqu’en général les Kolas sont des +produits de culture, mais elles risquaient aussi d’anéantir le commerce +local des Haoussas qui est des plus intéressants. + +« Le Haoussa, écrit CHARREAU, échange contre tout. Se rendant de +Ngaoundéré à Carnot, il transformera son pécule plusieurs fois en +traversant les divers villages. Partant avec des bœufs, il les échangera +contre du caoutchouc qu’il vendra ensuite à l’Européen pour de l’argent +ou pour des nattes et des perles troquées à Carnot contre des Kolas. De +retour à Ngaoundéré, il revendra ses noix au détail, achètera des bœufs +et entreprendra un nouveau voyage et la même série d’échanges. A chaque +transformation, son pécule augmente. Il n’est pas rare qu’un Haoussa se +dépouille de ses vêtements pour acheter un ou deux animaux et qu’il +revienne au voyage suivant avec un troupeau de quatre ou six +bœufs. »[325] + +Il a existé, jusqu’à ces dernières années, au Gabon, un intéressant +commerce de noix de Kola sèches qui étaient exportées en Europe et +notamment à Liverpool. D’après les statistiques officielles, les +dernières exportations furent les suivantes : + + + =Exportations de Kolas secs au Gabon.= + + Années Poids (kilos) Valeur (francs) + --- --- --- + + 1896 21.972 22.191 + + 1897 17.802 22.433 + + 1898 10.340 29.308 + + 1899 4.481 3.875 + + 1900 2.235 1.836 + + 1901 4.890 2.510 + + 1902 néant néant + +La disparition de ce commerce a coïncidé avec la substitution du régime +des grandes concessions au régime du commerce libre. Les Noirs du Gabon +avaient pris l’habitude de venir vendre aux factoreries, pour la plupart +anglaises et hollandaises, divers produits de cueillette : Kolas, +piassava, copal, noix palmistes. Le jour où les concessionnaires émirent +la prétention de payer ces produits au-dessous de leur valeur réelle, ou +contre des marchandises inusitées dans le pays, l’indigène renonça à +recueillir les produits qu’il exploitait depuis longtemps. + +Ce régime a eu pour résultat d’arrêter l’essor commercial d’une de nos +colonies les plus riches en ressources naturelles. De nouvelles mesures +administratives actuellement en voie d’application pourront seules la +tirer de sa stagnation. Là, comme dans tous les autres pays du monde, ce +n’est que le commerce libre avec le jeu de la concurrence qui peut +inciter l’indigène au travail et, partant, assurer la prospérité +économique de notre colonie. + + + =II. — PRINCIPAUX PAYS PRODUCTEURS ÉTRANGERS.= + + + * * * * * + + + =1o SIERRA-LÉONE.= + + +Nul, il y a une trentaine d’années, le commerce d’exportation des noix +de Kola par mer a pris un grand développement depuis une dizaine +d’années. + +Les colonies qui reçoivent la plus grande quantité des Kolas de Sierra- +Léone sont la Gambie (474 tonnes en 1909), le Sénégal (652 tonnes en +1909), la Guinée portugaise (314 tonnes en 1909). + +Nous avons pu nous procurer les chiffres suivants donnant l’exportation +totale par mer depuis 1895 : + + Quantités Valeur + (tonnes de 1016 (francs) + kilos) + + 1895 499 + + 1896 504 971.300 + + 1897 646 1.138.775 + + 1898 548 1.241.750 + + 1899 488 1.536.375 + + 1900 » 1.980.475 + + 1904 798 2.018.550 + + 1905 769 1.893.200 + + 1906 1.255 2.602.100 + + 1907 1.374 2.831.850 + + 1908 1.162 2.622.375 + + 1909 1.324 3.846.225 + +Suivant l’abondance des noix et les demandes dans les colonies qui font +l’importation par mer, les cours des noix subissent parfois des sauts +très brusques. + +Habituellement les noix se vendent 16 livres sterling (400 fr.) la tonne +(1016 kilogs), dans les villages producteurs et à Free-Town elles valent +déjà 1 fr. ou 1 fr. 25 le kilog. Toutefois ce prix est parfois dépassé +et en janvier 1910 la tonne se payait 64 livres sterling (1600 fr.). + +D’après le rapport commercial qu’a eu l’obligeance de nous communiquer +Son Excellence le Gouverneur de Sierra-Léone, les noix de Kola viennent +en deuxième ligne dans les exportations de la colonie et en 1907, elles +représentaient 16,83 % de la valeur totale des exportations de la +colonie. + +Les cantons de Mano, Salija et Sulima, du district de Sherbro, sont +particulièrement riches en Kolas et s’ils pouvaient être atteints par le +chemin de fer, une grande impulsion serait donnée au commerce de toute +la contrée. L’expédition des noix par des embarcations légères présente +des aléas, de sorte que les indigènes ne recueillent qu’une partie des +fruits. + +L’exploitation de cette denrée est faite exclusivement par les +commerçants indigènes qui circulent entre les ports du Nord et les +localités de l’intérieur. + +Depuis 1906, quelques maisons européennes tentent aussi de se livrer à +ce négoce. On estime que 5 % seulement de la population de Sierra-Léone +emploie le Kola comme article d’alimentation et qu’il n’en est pas +consommé plus de 10 tonnes par an dans toute la colonie. + +Durant les années favorables, la colonie peut produire actuellement +2.000 tonnes de noix (8 quintaux par acre), mais les plantations +indigènes sont en voie d’extension. Une grande quantité de Kola est +transportée par terre en Guinée française et ne se trouve pas comprise +dans les statistiques du Département des Douanes. + + + =2o GOLD-COAST.= + + +Les noix de Kola sont une des principales ressources de la Gold-Coast +qui en produit pour 5 ou 6 millions de francs par an. + +La plus grande partie des amandes exportées provient du Pays des +Achantis et de l’Akyem. Le _Cola rubra_ est la seule race cultivée dans +ces régions. + +Suivant un _Supplément de la Gazette du Gouvernement de la Gold-Coast_ +pour 1909, on estime que les 4/5 des importations dans le Pays des +Achantis, sont échangées contre des noix de Kola dont le prix serait +d’environ 10 livres sterling la tonne (soit 0 fr. 25 le kilog.). Or, la +valeur des exportations de ce produit pour l’Achanti atteignait, en +1908, 90.000 livres sterling ou 2.250.000 francs. Au prix de 0 fr. 25 le +kilog., cela correspondrait à 9.000 tonnes de Kolas, et sur cette +quantité il passerait vers le Nord pour 80.000 livres sterling de +Kolas[326]. Le chemin de fer de Coumassie en emporterait pour 250.000 +francs à Sekondee. Cette valeur correspond, d’après nos évaluations, à +environ 250 tonnes. + +[Illustration : (Cliché communiqué par H. FILLOT). + +FIG. 49. — Couffins de Kolas préparés pour l’embarquement à Sekondee +(Gold-Coast).] + +Ces 250 tonnes s’ajoutent aux quantités beaucoup plus élevées produites +par l’Akyem et par les régions avoisinant la mer et le tout est embarqué +principalement à destination de Lagos. + +Les marchés de Séhara et de Halata fournissent de grandes quantités +destinées à l’exportation par mer. + +Le commerce d’exportation des Kolas par mer a commencé il y a 30 ans +seulement. Les statistiques douanières signalent en 1899 une sortie +évaluée à 2.125 francs et en 1892 l’exportation n’était encore de 33.200 +francs. Nous publions, d’après _The Gold Coast Civil service List +1904-05_, le tableau des exportations de 1886 à 1903 inclus : + + + =Gold-Coast.= + + _Kolas frais exportés par mer._ + + Années Nombre de Valeur + Couffins en francs + + 1886 114 18.950 + + 1887 206 25.250 + + 1888 261 36.475 + + 1889 13 2.125 + + 1890 607 82.850 + + 1891 347 55.600 + + 1892 91 33.200 + + 1893 979 642.900 + + 1894 1.202 712.800 + + 1895 2.352 764.150 + + 1896 3.156 835.950 + + 1897 4.278 946.750 + + 1898 3.092 894.725 + + 1899 2.671 1.425.525 + + 1900 1.907 1.078.325 + + 1901 1.979 875.600 + + 1902 1.923 936.875 + + 1903 2.773 1.264.025 + +Pour les dernières années, M. Emile BAILLAUD nous a communiqué les +chiffres suivants : + + Années Quantités Valeur en francs + (couffins de + 450 kg. environ) + + 1905 » 1.502.775 + + 1906 4.703 1.840.800 + + 1907 6.278 1.972.525 + + 1908 4.484[327] 2.109.050 + +L’exportation actuelle par mer doit osciller entre 2.000 et 2.500 +tonnes. + +En 1903, l’exportation totale de 2.773 couffins par mer se répartissait +ainsi par les divers ports : + + Accra 1.571 couffins + + Cape Coast 849 + + Saltpond 147 + + Winneba 26 + -------------- + Total 2.773 couffins + +Depuis la construction du chemin de fer de Coumassie, de nombreux +ballots sont également embarqués à Sekondee. + + + =3o CAMEROUN.= + + +L’hinterland du Cameroun dans les parties boisées situées au sud du 6° +de lat. N. produit des noix de Kola que des Haoussas de l’Adamaoua +allemand et de la Nigéria du Nord viennent acheter. Elles se vendent +dans les pays producteurs en passant par Ngaoundéré et Tibati, centres +caravaniers importants. Nous n’avons aucun renseignement sur ce trafic. + +Les districts côtiers du Cameroun exportent aussi par mer de petites +quantités de noix de Kola embarquées à Douala et à Victoria et destinées +au Togo ou à la Nigéria anglaise. Ce commerce atteint quelques dizaines +de mille francs par an et il ne fera sans doute que se développer, +diverses plantations de Kolatiers ayant été faites dans ces dernières +années. + +En 1899, le Cameroun a exporté 25.111 kilog. de Kolas valant 9.286 +Mks. ; en 1900, 24.057 kilog. valant 6.994 Mks. ; en 1905, 62.789 kilog. +valant 34.564 Mks. ; en 1906, 37.068 kilog. valant 21.707 Mks. ; en +1907, 80.411 kilog. valant 21.997 Mks. et en 1908, 83.469 kilog. valant +34.265 Mks. Une grande partie de ces Kolas sont à l’état sec et destinés +au port de Hambourg. + + + =4o TOGO ALLEMAND.= + + +Le Togo produit de petites quantités de noix de Kola, notamment aux +environs de Tapa (_Cola nitida_) et de Misahöhe (_C. acuminata_), mais +la production ne suffit pas à la consommation. + +Dans le nord du Togo, le transit des Kolas, allant du Pays Achanti à la +Nigéria du Nord ou aux territoires français de la boucle du Niger, donne +lieu à un trafic très intense. Au poste de Kétékratyi, situé sur la +route des caravanes, pendant le premier semestre 1899, le Comte ZECH a +recensé 233 tonnes de Kola transitant. « Cette statistique, ajoute-t-il, +ne présente qu’une partie de la totalité du trafic ; il y a encore plus +d’une voie commerciale allant du Pays Achanti au Soudan. Le commerce du +Soudan se dirigera de plus en plus vers le pays produisant le plus de +bons Kolas, c’est-à-dire vers la Côte d’Or. Si le Togo veut participer +en une certaine mesure à ce commerce, il faudra qu’on y installe des +plantations d’une bonne espèce de _Cola_. Heureusement, ces cultures +sont commencées et déjà en bel état[328] ». Nous savons que les +résultats obtenus par la suite n’ont pas été en rapport avec l’optimisme +de l’ancien Gouverneur du Togo et nous pensons, pour notre part, que le +Togo privé de grandes forêts ne parviendra pas à concurrencer les pays +approvisionnant en Kolas le Soudan, c’est-à-dire la Côte d’Ivoire et la +Gold-Coast. + + + =5o SAN THOMÉ= + + +Ainsi que nous l’avons constaté, de nombreux Kolatiers sont disséminés à +travers les plantations de Cacaoyers de l’île portugaise, mais on n’en +tire presque aucun parti. + +Dans quelques _roças_ seulement, « les noix de Cola sont cassées en +morceaux et séchées au soleil[329] ». + +En 1898, il en a été exporté 374 kilog. valant 1.185 francs ; en 1899, +on en exporte encore pour 3.500 fr. En 1905, ces exportations avaient +cessé. + + Prix sur le marché de l’île : 0 fr. 30 le kilog. + + Droits à destination du Portugal 1 % _ad valorem_ + + — des pays étrangers 15 % — + +La culture du Cacaoyer est beaucoup plus rémunératrice que celle du +Kolatier. + +Dans la notice sur l’Exposition Coloniale de Paris de 1906[330] il est +dit à propos de la culture du Kolatier : « Il s’agit là d’une culture +qui rapporte peu, c’est vrai, mais qui, étant à la portée des indigènes +et des européens — vu le peu de soins qu’elle exige — a encore cet +avantage de ne causer aucun préjudice aux meilleures essences de l’île : +le Caféier et le Cacaoyer ». + + * * * * * + + + =III. — PRINCIPAUX PAYS CONSOMMATEURS. + + +COLONIES FRANÇAISES.= + + * * * * * + + + =1o SÉNÉGAL.= + + +Notre plus ancienne colonie africaine consomme des quantités de Kolas +qui vont en s’accroissant d’année en année, ainsi que le montrent les +chiffres suivants : + + + =Importations de Kolas au Sénégal (par mer).= + + Année Poids Valeur + (kilogs) (francs) + + 1889 108.797 543.984 + + 1890 149.860 699.522 + + 1891 170.165 596.342 + + 1892 335.360 1.998.229 + + 1893 176.361 528.784 + + 1894 274.609 768.732 + + 1895 231.469 906.459 + + 1896 284.301 1.388.004 + + 1897 304.090 1.580.457 + + 1898 232.375 1.163.625 + + 1899 177.274 1.418.194 + + 1900 195.187 1.544.316 + + 1901 442.911 3.521.894 + + 1902 426.879 3.396.896 + + 1903 311.632 4.065.736 + + 1904 489.905 3.882.099 + + 1905 453.222 2.380.104 + + 1906 510.478 2.041.914 + + 1907 646.773 2.535.480 + + 1908 666.590 2.799.544 + + 1909 779.683 3.118.735 + +Une grande partie de ces noix sont consommées au Sénégal même ; les +autres remontent le fleuve Sénégal et pénètrent dans la colonie du Haut +Sénégal-Niger pour alimenter les marchés approvisionnés par Kayes. + +La presque totalité des noix importées par mer au Sénégal proviennent de +Sierra-Léone. Pendant les dernières années, cette colonie anglaise a +envoyé aux divers ports du Sénégal les quantités suivantes (en tonnes) : + + + =Importations de Kolas de Sierra-Léone au Sénégal.= + + St-Louis Rufisque Dakar Gorée Pour + l’ensemble + + 1905 3 53 211 23 290 + + 1906 5 47 369 36 457 + + 1907 12 21 485 40 558 + + 1908 2 54 470 28 554 + + 1909 16 29 606 1 652 + +En 1906, le Sénégal a reçu de la Guinée française 16 tonnes 5 de Kolas ; +en 1907, il en a reçu 9 tonnes ; depuis, cette quantité a été en +diminuant par suite de la construction du chemin de fer de Conakry au +Niger, qui permet l’exportation plus rémunératrice vers l’intérieur du +Soudan. + +Comme le montre le tableau précédent, Dakar est le principal port +d’approvisionnement. Les noix y sont importées par quelques firmes +européennes, par des traitants indigènes et par des syriens ayant des +correspondants à Free-Town ou à Conakry. Elles arrivent dans des +paniers, 50 kilog. environ, emballées dans des feuilles ou séparées par +des lits de sable. + +Les mercuriales de la douane attribuaient aux Kolas rendus au Sénégal, +jusqu’à ces dernières années, une valeur de 8 francs le kilog. ; +actuellement encore, ils sont mercurialisés à 4 francs le kilog. Les +noix débarquées à Dakar ne valent en réalité que 2 fr. 50 le kilog. +après avoir acquitté la taxe de 0 fr. 75 par kilog. + +C’est surtout dans les villes, notamment à Dakar, à Saint-Louis, à +Rufisque, à Thiès, à Podor, que la consommation des Kolas prend de +l’extension. Outre l’apport par mer, d’assez nombreuses charges, +destinées aux régions de l’intérieur pénètrent aussi dans notre colonie +soit par la Gambie anglaise, soit par la frontière de la Guinée +française. Les villes de l’intérieur sont en outre approvisionnées par +des caravanes qui viennent faire leurs achats soit aux villes de la +côte, soit dans les escales du fleuve. + +Grâce au bien-être que nous leur avons apporté, les diverses peuplades +de la Sénégambie, et surtout les Wolofs et les Toucouleurs sont devenus, +en moins de 50 ans, de grands consommateurs. + +Une quantité considérable de noix se vend chaque jour au détail à Dakar. +Au tournant des rues et sur chaque place, on rencontre, depuis l’aube +jusqu’à une heure avancée de la nuit, le marchand de Kolas accroupi +devant son étal formé d’une peau tannée étendue sur le sol. Il offre, au +passant, ses noix blanches et ses noix rouges, constamment à deux +cotylédons. Elles sont présentées, habituellement, par petits tas de 4 à +5 noix, valant un _tanca_ (pièce de 0 fr. 50). On peut aussi acheter une +seule noix vendue de 0 fr. 05 à 0 fr. 20, parfois jusqu’à 0 fr. 30 si +elle est exceptionnellement grosse. Comme au Soudan, il n’y a point ici +de morte saison : le commerce est prospère d’un bout à l’autre de +l’année. + + + =2o HAUT-SÉNÉGAL ET NIGER.= + + +Bien que le _Tarick-es-Sudan_, la plus ancienne chronique relative à +l’histoire du Soudan, ne fasse pas mention des noix de Kola, nous savons +par LÉON L’AFRICAIN que le commerce de cette denrée existait déjà dans +la région du Niger au XVe siècle. + +CUNY rapporte qu’au XVIIIe siècle c’était un article d’échange courant. + +« Les marchands du Fezzan font avec ces peuples du Niger un commerce qui +consiste en couteaux, lames de sabre, tapis et corail ; en verroteries, +miroirs, musc et divers autres objets de quincaillerie. Les marchands +d’Agadez leur apportent du sel et reçoivent en échange de l’or, des +esclaves, des étoffes de coton, des peaux de chèvres peintes, des cuirs +de vaches et de buffles, et des _noix de Gonvan_[331] ; cette noix est +le fruit d’un arbre très élevé dont la feuille est large. Ces noix sont +au nombre de 7 à 9 dans une enveloppe de 18 pouces de long : leur +couleur est d’un jaune-verdâtre. Elles sont de la grosseur de la +châtaigne ; leur goût, quoiqu’un peu amer, n’est cependant pas +désagréable. On s’en sert pour corriger les eaux du pays qui sont +nauséabondes et malsaines[332] ». + +Ce n’est cependant qu’à la suite des grands voyages de Réné CAILLIÉ, de +BARTH et de BINGER, que l’importance des noix de Kola dans les +transactions soudanaises est révélée. + +En 1900, E. BAILLAUD publie la _Carte économique des Pays français du +Niger_[333], montrant le tracé des principales routes caravanières du +Soudan et leur importance relative. Jusqu’à nos jours, ces routes sont +restées ce qu’elles étaient du temps de BARTH. Seul, l’aménagement des +voies de communication rapides (chemins de fer et navigation à vapeur +sur le Sénégal et le Niger) en a modifié quelques-unes. + +Les Kolas qui circulent dans le Soudan nigérien sont de trois +provenances différentes. Ils arrivent : + +1o Par le fleuve Sénégal et le port de Dakar ; il en vient ainsi de +Sierra-Léone et de la Guinée française. + +2o Par Siguiri, Kankan (ou Kouroussa) et Beyla (ou Kissidougou) ; ils +proviennent de la Haute Guinée française, du Haut Libéria et de la Haute +Côte d’Ivoire occidentale. + +3o Par Bobo-Dioulasso, par Léo ou par Salaga ; ils proviennent du Pays +Achanti (Gold-Coast). + +La quantité de noix arrivant chaque année dans notre colonie n’est pas +inférieure à 2.500 tonnes. + +Les marchés de Kayes et Médine, de Banemba et de Nioro, ainsi que les +provinces qu’ils desservent sont presque exclusivement approvisionnés de +noix importées du Sénégal. Le chemin de fer de Kayes au Niger en +transporte aussi jusqu’à Bamako. Ce sont les bateaux des _Messageries +fluviales_ qui effectuent la montée des noix de Kola de St-Louis à +Kayes. Tout au long de l’année, les places que nous venons de citer sont +largement approvisionnées de la précieuse denrée. + +Les noix pesant de 10 à 20 grammes se vendent au détail 0 fr. 10 pièce, +parfois 2 noix pour 0 fr. 15 ; les très belles noix valent 0 fr. 15 et 0 +fr. 20 pièce. + +A Bamako, les noix ont sensiblement la même valeur. Ce grand centre +reçoit annuellement, par caravanes, environ 200 tonnes de noix provenant +de la haute Côte d’Ivoire et de la haute Guinée. + +Ségou en reçoit de Bamako et de Djenné (provenant du Pays Achanti). Nous +n’avons pu nous procurer les évaluations relatives à ce commerce pour +les dernières années, mais nous savons qu’en 1898 il arrivait déjà 3 +millions de noix à Ségou par an, soit environ 40 tonnes. + +A Sikasso, près de la limite du bassin du Niger et de la Comoé, il passe +aussi d’importantes caravanes de Kolas, spécialement de janvier à mai. +Ces noix proviennent soit du pays Lô, soit du pays Dyola et ont traversé +le Ouorodougou. Elles sont pour la plupart rouges et de belle taille. +Lors de notre passage dans cette ville, elles se vendaient 0 fr. 03 +pièce, soit de 1 fr. 75 à 2 fr. le kilog. + +Bobo-Dioulasso est aussi un marché important où les dioulas de la boucle +du Niger et même de la région de Tombouctou viennent se mettre en +rapports avec les Mandé-Dioulas et les Haoussas fréquentant les marchés +de la Gold-Coast et de Bondoukou (Côte d’Ivoire). + +D’autres Haoussas se rendent directement de la Nigéria dans l’Achanti y +faire des achats de Kola. La plupart retournent dans leur pays par le +Togo septentrional et par le N. du Dahomey ; un certain nombre passent +par le sud du Mossi et par le Gourma en traversant les villages Navaro +(Gold-Coast), Bittou, Tenkodogo, Koupéla ; de là, les uns vont sur +Niamey et d’autres traversent le Gourma en passant par Fada, Konkobiri, +Say ou Karimama. + +Le _Moniteur officiel du Commerce_, année 1907, après avoir rappelé +l’importance des noix de Kola au Soudan français, donne les +renseignements suivants : + + +« L’importation a atteint l’an dernier (soit en 1906), les chiffres +suivants : + + Kayes 30.301 fr. + + Région nord 181.724 + + Région nord-est 248.486 + + Bougouni 381.623 + + Région sud 507.462 + --------- + Total 1.349.596 fr. + +représentant 24 millions et demi de noix[334], d’un prix très variable à +l’entrée, mais ne dépassant pas 15 fr. le cent dans la région Nord où +elles valent le plus cher. A Bougouni au contraire, leur valeur ne +dépasse pas 2 fr. 50 le cent. + +A San, on les achète à raison de 7 ou 8 noix pour un franc ; pour la +même somme, on en obtient 6 à Djenné. + +Au cours de notre récent voyage en Afrique occidentale, nous avons +rassemblé des renseignements beaucoup plus nombreux sur le commerce des +noix de Kola dans la partie orientale de la boucle du Niger et +spécialement au Mossi. + +L’importance de cette province, peuplée de plus de 2 millions +d’habitants, a été révélée par BINGER, mais c’est seulement depuis 1900 +que les officiers et administrateurs qui y ont vécu ont mis en relief +son grand intérêt économique. L’élevage des bovins et des moutons est +pratiqué sur une très large échelle par les Peuls et par les Mossis ; +une belle race de chevaux y prospère également. + +Malgré l’irrégularité des pluies, les diverses céréales africaines et +spécialement le sorgho y donnent presque chaque année de bonnes récoltes +dans de vastes plaines transformées, sur de grandes étendues, en +terrains de culture : « Tout cela, plus tard, devra n’être qu’un immense +champ de coton », écrivait déjà il y a 10 ans, à la suite de son voyage +de 1899, Emile BAILLAUD[335]. Nous revenons aussi du Mossi avec la même +conviction. + +Le Mossi avait acquis il y a plusieurs siècles une grande renommée dans +tout l’Ouest africain. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, des +_Mandés-Dioulas_ de la région de Ségou vinrent s’établir dans le pays. +Ils ont formé la souche des _Yarsés_, disséminés dans tout le Mossi, +parlant encore la langue mandé et monopolisant le commerce de ces +régions. + +Le Mossi doit son importance commerciale actuelle au transit des noix de +Kola et à l’exportation du bétail vers le Gold-Coast. + +Peu de temps après l’occupation française, BAILLAUD put parcourir le +centre de la boucle du Niger et nous révéla ce remarquable trafic. + +...... « Jusqu’à ces derniers temps, c’était avec des captifs que les +Mossis se procuraient les Kolas sur les marchés en relation avec le pays +de production, parce que le sel de Taodéni était d’un prix trop élevé +pour pouvoir lutter sur ces marchés avec le sel marin qui venait de la +côte. + +« Dans ces dernières années, ce commerce s’est transformé. Depuis +l’établissement des Anglais dans l’arrière-pays de l’Achanti, ceux-ci +ont eu besoin pour leur alimentation d’un nombre assez considérable +d’animaux de boucherie. Les terres qu’ils occupaient ne pouvaient les +leur fournir. Les troupeaux du centre de la boucle ont trouvé là un +important débouché. + +« Les indigènes qui s’adonnent au commerce ont donc à traiter avec les +marchandises suivantes : sel, captifs, Kolas, animaux domestiques, +produits divers du Mossi, bandes de coton, fer. Ce commerce s’exerce du +nord au sud d’une façon très définie que l’on peut analyser +succinctement ainsi : + +« Les Mossis se rendent chargés de Kolas dans le nord, soit qu’ils +aillent jusqu’à Tombouctou, soit qu’ils s’arrêtent dans les différents +marchés de cette région situés entre Djibo, Hombori et le Niger. Là, ils +échangent leurs Kolas contre du sel et s’en reviennent dans leur pays. +Avec leur sel, ils se procuraient autrefois des captifs ; c’était le +seul article demandé sur les marchés de Kolas ; aujourd’hui, ils +achètent, en outre, des bestiaux ; ils les conduisent dans le sud, se +procurent de nouveaux Kolas et recommencent l’opération. + +« On peut aisément se rendre compte des bénéfices que ces commerçants +peuvent ainsi réaliser. Supposons qu’un Mossi prenne sur les marchés du +sud une charge de Kolas (2.500). Lors de notre passage à Ouagadougou, +les Kolas valaient en moyenne 0 fr. 10 pièce. On peut en déduire que les +marchands Mossis se procuraient sur les marchés de Kolas une charge pour +150 fr. Rendue à Tombouctou, cette charge augmente considérablement de +valeur. On peut fixer le prix moyen actuel des Kolas sur ce marché à 0 +fr. 25 la pièce. Parfois le prix subit une hausse extraordinaire : on +est allé jusqu’à les payer 1 fr. pièce ; mais ces prix-là ne profitent +qu’aux commerçants de Tombouctou ; ils sont simplement, en effet, de la +spéculation. + +« Sur une charge de Kolas, il n’y en a guère plus de deux mille qui +restent en bon état après un si long voyage. A raison de 0 fr. 25 la +pièce, c’est donc une somme de 500 fr. que le Mossi a réalisé après +avoir écoulé sa marchandise ; avec cela il achète du sel. La barre vaut +en moyenne 25 fr. ; il peut donc s’en procurer 20 barres. Rendues dans +le Mossi, ces barres valent à peu près 50 fr. chacune, soit 1.000 fr. +qu’ont rapporté les 150 fr. de première mise. + +« Avec ce sel, les commerçants se procuraient autrefois des captifs qui, +lors du voyage de M. BINGER, valaient de 70 à 80 fr. Ils ont beaucoup +augmenté de valeur depuis. Les commerçants achètent maintenant des +moutons, des bœufs. Dans le Mossi, un très beau mouton vaut 3 fr. et un +bœuf 40 à 50 fr. + +« Sur les marchés du sel, ces moutons valent 8 fr. en moyenne et les +bœufs de 80 à 100 fr. + +« Notre marchand liquide donc son opération en revendant ses bêtes près +de 2.500 fr. + +« Il faut déduire de cette somme les frais de route ; mais ils ne +dépassent guère 200 fr., même en tenant compte des animaux qui ont péri. + +« Nous faisons cette évaluation en francs et non en cauris, parce qu’il +nous faudrait entrer dans le détail des différentes valeurs de cette +monnaie. + +« On le voit, le bénéfice de l’opération ne laisse pas que d’être très +considérable ; aussi dans tous les villages du centre de la boucle du +Niger on s’est adonné à ce commerce[336]..... » + +Les officiers qui ont séjourné au Mossi ont complété ces informations et +nous avons eu la bonne fortune de pouvoir, en août 1910, dépouiller dans +les archives des postes de Ouagadougou et Ouahigouya, tous les documents +relatifs aux questions économiques du Mossi. + +En 1900, on achetait encore les Kolas à Salaga contre des bandes de +coton, des pagnes, des moutons, des bœufs, des ânes, du sel, du savon. +Un mouton de 5.000 cauris à Ouagadougou valait 1.000 Kolas ou 15.000 +cauris à Salaga. Un bœuf valant 30.000 cauris se vendait 100.000 à +120.000 cauris (soit 120 fr.) à Salaga. Tout le commerce du Mossi se +fait avec la Côte d’Or et spécialement avec les marchés de Oua, +Kintampo, Ouanki, Gambaka. Quelques dioulas, surtout ceux du Bousangsé, +vont parfois au marché allemand de Sansanné-Mango. + +L’officier, qui rapportait ces faits intéressants, ajoutait +judicieusement dans son rapport inédit de 1900 : + +« _Nous pourrons arriver un jour à détourner ce commerce de la Côte d’Or +au profit de la Côte d’Ivoire. Pour arriver à ce résultat, il +faudrait_ : 1o _Que les dioulas trouvent sur les marchés de l’hinterland +de la Côte d’Ivoire les marchandises qu’ils désirent et surtout les +Kolas ;_ 2o _qu’ils puissent passer en toute sécurité du Mossi et du +Gourounsi sur la rive droite de la Volta Noire et descendre dans le sud +sans courir le risque d’être dévalisés ;_ 3o _qu’ils n’aient que de +faibles droits à payer, comparables à ceux établis par les Anglais_ ». + +A une époque plus rapprochée de nous, le lieutenant MARC a publié des +renseignements très précis sur le trafic des Kolas dans le Mossi. Il +nous paraît utile de reproduire intégralement ses notes : + +« Nous avons dit ce qu’étaient les Yarsés et quelle était leur situation +dans le Mossi. Ce sont eux qui sont les plus nombreux à se livrer au +commerce dans la région qui nous occupe. + +« Il vient également des Haoussas, mais probablement depuis peu +d’années. Des Maures viennent parfois de Dori jusqu’à Ouagadougou. On ne +rencontre presque pas de Mandés-Dioulas. Quant aux Mossis purs, ce n’est +que depuis très peu de temps qu’ils se mettent, eux aussi, à suivre les +caravanes. Voici, en ce qui concerne le commerce des Kolas et du bétail, +ce que nous avons observé sur place : + +« Vers la fin de l’hivernage, en septembre ou en octobre, les Yarsés +commencent à rassembler le bétail pour partir vers le sud. Dans +certaines grandes places commerciales comme Kaya, Pouitenga, Rakay, on +trouve vers cette époque les propriétaires de bétail : chefs Mossis, +Peuls ou riches indigènes, disposés à vendre leurs animaux. + +« Ce sont les beaux bœufs à bosse du Yatenga et du Nord du Mossi qui +sont les plus demandés. On rassemble aussi des moutons de l’espèce du +Mossi qui est assez chétive. Les gros moutons à longue laine du Macina +ne s’exportent guère. + +« Une fois le bétail rassemblé, le chef de caravane doit également +s’approvisionner de toile en bandes. Cette étoffe indigène a été souvent +décrite ; elle est d’un usage courant sur les routes de caravanes pour +payer la nourriture des passagers[337]. + +« Avant notre occupation, les chefs de caravanes se groupaient de façon +à constituer une force suffisante pour être respectés et aussi pour +pouvoir garder le bétail pendant la nuit contre les voleurs et contre +les fauves. Maintenant les caravanes s’arrêtent dans les villages et +trouvent des parcs où elles mettent leur bétail en sûreté chaque nuit. + +« La vitesse de marche est d’une vingtaine de kilomètres par jour. Des +marchés du sud du Mossi aux marchés voisins de la forêt, on compte +environ vingt-cinq jours. + +« Le bétail, à son arrivée à destination, est acheté par des courtiers +interprètes, intermédiaires entre les bouchers et marchands de viande, à +qui les caravaniers sont en quelque sorte forcés de s’adresser. Ces +individus achètent aux indigènes de la forêt tout ce qu’ils apportent de +Kolas et ils sont les maîtres des cours sur le marché. + +« Jusqu’à ces dernières années, l’unité monétaire était le mille de +cauris et le prix des Kolas était invariablement fixé à 10.000 cauris le +mille. Actuellement le schelling et le franc commencent à servir +d’étalon et c’est le cours des cauris qui varie par rapport à la monnaie +d’argent. + +« Le prix du bétail est sujet à des fluctuations considérables. + +« D’après les renseignements qui nous ont été fournis par des officiers +anglais ayant administré à Kintampo et à Salaga et aussi par de nombreux +chefs de caravanes, il semble que ces courtiers interprètes spéculent +sur le bétail d’une façon extrêmement curieuse. Ils ont des pisteurs qui +vont au devant des caravanes quelquefois à deux jours de marche vers le +Nord. + +« Ceux-ci cherchent par des renseignements tendancieux à inquiéter les +propriétaires de bétail et à les amener à céder leur troupeau à vil +prix. Parfois, au plein de la saison des affaires, c’est-à-dire en +janvier et février, les fluctuations du cours du bétail, varient de cent +pour cent en quelques semaines. Les Mandés-Dioulas font assaut +d’éloquence, les Yarsés et les Mossis de politesse, les Haoussas de +bonhomie. En réalité, il y a, avec des méthodes exclusivement indigènes, +tout un embryon de place de commerce, une véritable Bourse. + +« Les Kolas ainsi achetés sont ramenés au Mossi, soit par porteurs, soit +sur des ânes. Ils sont concentrés sur les principales places +commerciales et y deviennent de nouveau une valeur de spéculation. + +« Une grande partie de ces Kolas sont consommés sur place, et cédés à +des revendeurs qui les font écouler sur les marchés par des femmes. Mais +le reste est destiné à l’exportation vers le Nord et depuis qu’ils n’ont +plus les captifs, les Yarsés ont beaucoup développé le commerce des +Kolas avec Tombouctou. Maintenant, c’est par rapport à la barre de sel +que sont évalués les Kolas et la spéculation se donne libre cours, soit +au Mossi, soit avec les commerçants qui reviennent du Nord, soit à +Tombouctou et à Saraféré, aux portes du pays du sel, où les Kolas +atteignent jusqu’à 0 fr. 20 la pièce. + +« Un bœuf acheté cinquante francs au Mossi peut se vendre le double à +Salaga et, avec les cent francs ainsi obtenus, on peut se procurer +10.000 Kolas qui valent au Mossi environ 500 francs. + +« Mais il y a des faux-frais considérables. 10.000 Kolas exigent deux +ânes ou quatre porteurs dont il faut payer la nourriture pendant près de +deux mois. Il y avait autrefois un certain nombre de coutumes indigènes +à payer, chaque fois que l’on traversait un nouveau pays. Il y a +maintenant les taxes sur les caravanes en Gold-Coast et en territoire +français. Il faut également payer le passeur qui fait franchir la Volta +au bétail. Il y a des risques, et, parfois, les bœufs fatigués par le +voyage, arrivent en si mauvais état qu’ils sont vendus moins cher qu’ils +n’ont coûté. + +« Enfin la réalisation des bénéfices est souvent malaisée, le cours des +Kolas étant, sur les places commerciales du Mossi, sujet à des +fluctuations considérables au moment du retour des caravanes. Nous avons +eu souvent l’occasion de séjourner dans un de ces grands marchés du +Mossi, celui de Rakay. L’aspect extérieur de ce village, qui a plusieurs +milliers d’habitants, n’a rien qui attire le regard et le passant n’y +voit qu’une grande plaine couverte à perte de vue de cases rondes à +toits pointus. En réalité, Rakay joue chez les Mossis un rôle tout à +fait comparable à celui d’un port de commerce. + +« L’envoi d’une caravane est une opération comparable à ce qu’était +autrefois l’armement d’un navire ; et le retour des marchands, lorsque +ceux-ci ont réussi dans leur entreprise, donne lieu à des manifestations +de joie qui rappellent les bordées de matelots rentrant de campagne. + +« Aussi Rakay est-il, en même temps qu’une grande place d’affaires, une +ville de plaisirs. On y trouve des changeurs, des courtiers, des loueurs +d’ânes, en même temps que des entrepreneurs de caravanes. On y trouve +aussi des musiciens, des chanteurs, et les plus belles danseuses de la +région. Et pendant toute la saison des caravanes, le marché est toujours +abondamment fourni de bière de mil[338]. » + +Au moment de notre passage à Ouagadougou (août 1910) les Kolas se +vendaient au marché 2 fr. 50 les 75. Les noix mises en vente sont de +gros Kolas rouges de l’Achanti. On n’observe pour ainsi dire jamais de +noix blanches. + +D’après les nombreuses pesées que nous avons effectuées, les noix +vendues en cette saison pèsent en moyenne 27 g. 20. Il faut donc 58 noix +pour faire un kilog. et la valeur du kilog. à Ouagadougou est de 1 fr. +93. + +Les noix se vendent en gros ordinairement contre argent, à raison de 20 +fr. à 30 fr. le 1.000 suivant la saison. Au moment de notre voyage, on +les échangeait aussi contre des cauris dont le cours était 5.500 à 6.000 +cauris correspondant à 5 fr. + +A cette époque, un bœuf moyen valait 30 fr. au centre du Mossi. + +On achète le bétail contre argent et on va le vendre à Salaga à raison +de 60 à 125 fr. par animal, ce prix étant payé en or anglais (livres +sterling). Les Anglais ne prélèvent pas de droit d’entrée, mais les +frais occasionnés par le péage et les droits de stationnement s’élèvent +à 5 fr. par animal. + +Pour aller chercher les Kolas, les caravaniers partant de Ouagadougou +passent habituellement par les villages de : + +Koïnda, Nahartenga, Pomdogo, Linangoin, Ouiya, Rapadama, Bagaré, Zorogo, +Zoungou, Sapara, Koupéla, Tenkodogo, Ningaré, Bana, Bilo, Badéma, +Pougounabili, Gambaka, Raboniri, Kortengua, Sacoya, Sarago, Salaga +(capitaine SCAR). + +D’autre part, d’après M. l’administrateur VIDAL, il existe trois routes +de retour pour les acheteurs de Kolas revenant de la Gold-Coast. + +La première part de Gambaka (Gold-Coast), passe par Bitou, Tenkodogo, +Koupéla, Dori et Niamey ; entre Tenkodogo et Koupéla, certains +caravaniers obliquent sur Fada-Ngourma, Say et Niamey ; d’autres, à +partir de Yaya, voisin du Liptako, se dirigent sur Niamey. + +Une seconde route part de Salaga et passe par Navaro (Gold-Coast), +Kombisiguiri, Kaya au N.-E. de Ouagadougou, enfin Ouagadougou. + +Une troisième part aussi de Salaga et se continue par Léo et Rakay sur +Ouagadougou. + +Un autre chemin caravanier part de Salaga, passe par Kalinda entre Léo +et la Volta Noire, puis, au lieu de venir aboutir à Ouagadougou, se +poursuit à l’ouest, sur Borromo, Kouri, Djenné et Sofara. + +Une partie des caravaniers parvenus à Ouagadougou s’y arrêtent peu de +temps ; ils poursuivent leur route vers le N. ou vers l’E. + +Trois routes commerciales s’offrent à eux. + +L’une se dirige sur Yako, Ouahigouya, Sofara ou Bandiagara et vient +aboutir à Mopti sur le Niger. Une seconde file sur Douentza, Saraféré ou +Tombouctou, enfin une troisième va à Dori et Niamey. + +Les Kolas forment les 4/5 des charges apportées de la Gold-Coast au +Mossi par les caravaniers, l’autre cinquième étant constitué par des +tissus, des verroteries, du cuivre, de la quincaillerie. + +L’_oussourou_ est le droit d’entrée sur les marchandises dû par les +caravanes venues des colonies étrangères par voie de terre. Il +correspond à la taxe douanière et est du dizième de la valeur des +marchandises _à leur entrée dans nos territoires_. Il n’y a pas de doute +que cette valeur doit être comprise à la frontière même et non sur les +grands marchés de l’intérieur du Soudan où l’_oussourou_ est perçu. +C’est ainsi qu’à Ouagadougou la taxe, avec juste raison, a été fixée à 1 +fr. pour 1.000 Kolas, alors que ces Kolas valent sur ce marché 25 à 30 +francs, mais on estime qu’ils ne valaient que 10 fr. à leur entrée au +Soudan. Par contre, en quelques points, la taxe est perçue sur un taux +exagéré. Il y a peu de temps encore, le poste de Boromo demandait aux +caravaniers 3 fr. et même 4 fr. par 1.000 Kolas. A notre avis, si l’on +veut encourager l’apport des Kolas de la Côte d’Ivoire au Mossi, il +faudra percevoir l’_oussourou_ à la frontière même et non sur les +marchés de l’intérieur, de manière que les Kolas de nos territoires +échappent à cette taxe. + +[Illustration : FIG. 50. — Carte des routes suivies par les caravanes +transportant les Kolas à travers le Soudan nigérien (échelle +1/16.000.000)] + +L’_oussourou_ est perçu au profit du Budget local du Haut-Sénégal-Niger. +Les _dioulas_ acquittaient, en outre, récemment encore une patente de 2 +francs par charge pour une durée de 3 mois. + +Nous avons déjà dit que cette patente avait été récemment supprimée par +le Gouvernement général de l’Afrique occidentale. + +Enfin, pour la vente au détail, les traficants paient un droit de place +de 0 fr. 20 par jour de marché[339]. + +Notre vieux Soudan, à l’encontre de la Guinée, a eu l’heureuse +inspiration d’appliquer aux Kolas venant de la Gold-Coast une taxe très +faible, qui n’a apporté aucune perturbation au commerce local[340]. De +son côté, l’administration de la Gold-Coast s’est abstenue de mettre des +droits sur l’entrée du bétail venant du Soudan français. Grâce à ces +méthodes de libre-échange, le commerce indigène a pris, depuis 10 ans, +une grande extension[341]. + +En 1903, on traitait à Ouahigouya 441.800 Kolas, et 929,820 transitaient +vers le nord. + +Ces chiffres se sont considérablement accrus, comme le montrent les +tableaux publiés plus loin. De même, le trafic du bétail vers la Gold- +Coast a pris aussi une grande extension et, chaque année, 20.000 bovins +du Mossi arrivent dans la colonie anglaise. + +Le grand marché de Ouagadougou a lieu tous les trois jours. + +Il est habituellement fréquenté par 1.800 à 2.000 personnes. + +Les noix de Kolas sont vendues sur la place publique et à l’entrée des +cases. + +L’administration nous a communiqué les statistiques suivantes relatives +au trafic des noix de Kola dans le Mossi : + + + =Kolas provenant de la Gold-Coast et entrant dans le cercle de + Ouagadougou.= + + Quantité Quantité Valeur Valeur Prix + de noix de noix par par du + par par trimestre semestre 1.000 + trimestre semestre + --- --- --- --- --- + + 3e trimestre 1909 1.292.000 38.760 30 fr. + + 4e — 1909 1.675.000 50.250 30 + --------- ------ + 2e semestre 1909 2.967.000 89.010 + + 1er trimestre 1910 2.876.000 86.280 + + 2e trimestre 1910 2.960.000 87.000 + --------- ------ + 1er semestre 1910 5.836.000 173.280 + + Totaux du 1er 8.803.000 noix 262.290 francs. + juillet 1909 au 30 valant + juin 1910 + + + =Kolas importés et consommés à Ouahigouya=[342]. + + Nombre de noix + --- + + 3e trimestre 1909 291.500 + + 4e — 1909 279.000 + + 1er — 1910 126.600 + + 2e — 1910 203.000 + ------- + Total 900.900 + + + =Kolas passant en transit à Ouahigouya.= + + 3e trimestre 1909 1.816.500 + + 4e — 1909 1.373.500 + + 1er — 1910 939.500 + + 2e — 1910 2.627.420 + --------- + Total 7.625.920 + +Soit en réunissant, la consommation et le transit, 8.526.820 noix. + +Mais la plus grande partie des noix arrivant à Ouahigouya ont déjà passé +par le cercle de Ouagadougou. + +Les charges sont de 2.000 Kolas environ et si l’on admet qu’il existe 60 +noix par kilogramme, 33 kilog. représentent le poids d’une charge. La +quantité apportée chaque année à Ouagadougou serait donc de 146.716 +kilog. ou 4.400 charges. En admettant que les arrivages se répartissent +régulièrement chaque année, la Gold-Coast enverrait au Mossi 366 charges +par mois. En réalité, ce chiffre est beaucoup trop faible. D’après M. +VIDAL, il ne représente que le tiers de ce qui passe. On peut admettre, +croyons-nous, qu’il entre dans le cercle de Ouagadougou 1.000 charges de +Kolas par mois, pendant 8 mois de l’année (de janvier à août inclus), +soit 8.000 charges par an ou environ 264 tonnes. + +Les Kolas de la Gold-Coast entrent aussi au Soudan français par les +cercles de Bobo-Dioulasso et de Fada-N’Gourma. Rappelons que, d’après +MARC, l’importation des Kolas au Mossi est d’au moins 500 tonnes par an +(ce chiffre comprenant ce qui est consommé sur place et ce qui transite +vers le N. et vers l’E.). + +La plus grande partie de noix transitant à Ouahigouya sont transportées +ensuite dans le N. ; les unes vont à Sofara, les autres à Saraféré. + +CHUDEAU a fourni récemment d’intéressants renseignements sur ces +marchés : + +« Au marché de Sofara[343] (sur le Bani, au Nord de Djenné), on +rencontre, au milieu des gens de la région qui vendent des produits +locaux (Sonr’aïs, Bambaras, Peuls, Habbés, etc...), des Maures venus du +Sahel et des habitants du Mossi et de Bobo-Dioulasso arrivés du Sud. +Malgré l’importance des transactions sur la place du marché qui, chaque +mardi, est aussi animé que celle d’un gros chef-lieu de canton de France +les jours de foire, le gros commerce a lieu dans les cases ; le Kola +craint le soleil et le sel, la pluie. D’après les chiffres qu’a bien +voulu me communiquer M. BARRIÉTY (en mai 1909), on recensait, à Sofara, +environ 1.000 barres de sel par mois, valant de 18 à 20 francs, et +environ 1 million de Kolas à 50 francs le mille. Pendant le premier +trimestre 1909, il avait été recensé un chiffre d’affaires de 180.000 +francs. + +« Sofara, déjà cité par BARTH, a pris un grand développement depuis une +quinzaine d’années ; il compte 2.500 habitants ; son prompt +développement tient à ce que, aussi bien situé que Djenné au point de +vue des communications par eau, il a l’avantage d’être constamment relié +par une route, praticable en toute saison, avec le Mossi et les régions +voisines. Avant que notre présence n’imposât la paix et la sécurité aux +pays noirs, cet avantage était un danger, et tout le commerce indigène +de cette région était centralisé à Djenné. + +« Par une route différente qui traverse le plateau de Bandiagara au col +de Douenza, les Mossis apportent sur leurs bœufs des Kolas à Saraféré, +sur le Niger ; de Saraféré à Tombouctou, ils louent des pirogues aux +indigènes. Saraféré est un gros village (3.000 habitants) peuplé de +Sonr’aïs, de Bambaras et de Peuls. Pendant le trimestre juillet-août- +septembre 1909, il y est passé 1.400.000 Kolas ; à ce moment, la barre +de sel y valait 12 francs (G. GIRAUD). + +« Il existe encore d’autres routes passant à Hombori et aboutissant à +Bamba. »[344]. + +Une partie des noix transitant par le Mossi parviennent à Tombouctou +environ 3 mois après avoir été achetées à la Gold-Coast. + +Selon BAILLAUD, d’avril 1895 à mai 1896, pour une importation totale de +un million de Kolas à Tombouctou, 800.000 venaient du Mossi et 200.000 +d’autres provenances[345]. + +En 1898, le commerce annuel des Kolas à Tombouctou se chiffrait à +400.000 francs. Ce trafic aurait périclité dans ces dernières années. +L’apport de sel de Taoudéni, qui servait de base aux transactions, a +beaucoup baissé, le sel de Roumanie étant venu le concurrencer sur les +marchés Soudanais. Il en est résulté une réduction dans la puissance +d’achat des Kolas à Tombouctou. + +D’après M. VIDAL, Tombouctou reçoit, aujourd’hui, à la fois des Kolas de +l’Achanti et des Kolas de la Haute-Guinée et de la Haute-Côte d’Ivoire, +venus par Bamako ; ces derniers sont beaucoup plus prisés et se vendent +plus cher. Les Kolas de l’Achanti se conservent au Soudan moins +longtemps que les autres ; ils sont fréquemment attaqués par le +_Sangara_, d’autres sont détruits par la _pourriture_. + +Les caravanes de Tombouctou n’emportent pour ainsi dire pas de Kolas +dans le désert. Ils viennent au Moyen Niger échanger leur sel contre des +grains, mais Tombouctou est la dernière ville vers le Nord où on fait +une grande consommation des précieuses noix. + +« On peut fixer le prix moyen actuel des Kolas sur ce marché à 0 fr. 25 +la pièce. Parfois, le prix subit une hausse extraordinaire : on est allé +jusqu’à les payer 1 franc pièce ; mais ces prix-là ne profitent qu’aux +commerçants de Tombouctou ; ils sont simplement un effet de la +spéculation »[346]. + +Actuellement, on peut se procurer, à Tombouctou, des Kolas pour 0 fr. 15 +et 0 fr. 20 pièce. + + + =3o HAUT-DAHOMEY.= + + +Les Pays Baribas et Dendis, situés dans la partie Nord du Dahomey +reçoivent les Kolas qu’ils consomment de l’hinterland de la Gold-Coast +et non de la région côtière du Dahomey. + +Djougou, au sud des monts Atacora, est le grand marché où sont apportés +les noix par les caravaniers. La quantité consommée dans le pays est +insignifiante, mais il s’opère par cette région un très gros transit de +noix apportées de la Gold-Coast et dirigées sur la Nigéria anglaise. Il +n’est point exagéré d’évaluer ce trafic à 800 tonnes par an. + +Nous devons à M. l’administrateur DEHNÉ la communication du tableau ci- +contre, mentionnant les charges de Kolas passant à Djougou chaque année +et contrôlées par l’administration : + + + =Tableau indiquant par mois le nombre de charges de Kolas venant de + l’ouest passant à Djougou (Dahomey).= + + +------+-----+-----+-----+-----+-----+------+---+ + |ANNÉES| JAN | FÉV | MAR | AVR | MAI | JUI |JUL| + +------+-----+-----+-----+-----+-----+------+---+ + | 1906 | » | » | » | » | » | » | » | + | | | | | | | | | + | 1907 | 752| 753|1.105|1.265| 111| 356|324| + | | | | | | | | | + | 1908 |1.041|1.415|2.105|1.745|1.034| 533|685| + | | | | | | | | | + | 1909 |1.230|1.442|2.005|1.720|1.585| 1.470|786| + | | | | | | | | | + | 1910 |1.123|2.082|3.144|2.726| | | | + +------+-----+-----+-----+-----+-----+------+---+ + + [Suite] + + +------+----+----+----+----+----+-------+-------------+ + |ANNÉES| AOÛ| SEP| OCT| NOV| DÉC|TOTAUX |OBSERVATIONS | + +------+----+----+----+----+----+-------+-------------+ + | 1906 | » | » | » | 477| 437| 914}Chiffres | + | | | | | | | }approximatifs| + | 1907 | 412| 202| 65| 265| 657| 6.116} | + | | | | | | | | | + | 1908 | 463| 120| 56| 235| 506| 10.089} | + | | | | | | | }Chiffres | + | 1909 | 645| 376| 178| 383| 718| 12.536}exacts | + | | | | | | | }déclarés | + | 1910 | | | | | | } | + +------+----+----+----+----+----+-------+-------------+ + +En 1910, notre administration a dû enregistrer environ 15.000 charges de +noix de Kolas arrivant à Djougou, soit 450 tonnes si on évalue chaque +charge à 30 kilog. + +Mais, d’après M. DEHNÉ, pour éviter de payer la taxe de colporteurs, +environ 15.000 charges diverses passent en contrebande, à travers les +sentiers des Monts Atacora et du Pays Somba. Sur ces 15.000 charges, les +⅘ sont constituées par des Kolas. Les Kolas arrivant à Djougou sont +toujours des noix rouges à deux cotylédons, pesant en moyenne de 12 à 18 +grammes. Le prix du kilog. au détail est de 1 fr. 75. + +Les caravaniers qui transportent les noix de Kola de Salaga (Gold-Coast) +dans la Nigéria du Nord sont presque tous des Haoussas du Sokoto. Ils +ont fondé des villages sur tout le parcours, notamment à Say, à Djougou, +à Sansanné-Mango, à Salaga. + +Ceux qui passent par Djougou suivent la voie : Samaré, Ouafilo, Bassari, +Zangiogo et Salaga. + +Ceux qui veulent se soustraire à la taxe évitent Djougou et passent par +Konkobiri, Maka, Tanguéta, Makoua ; ils entrent en territoire allemand +vers Sansanné-Mango. + +Leur trafic de transit comporte des dépenses assez élevées. A la Gold- +Coast, ils n’ont aucune taxe à acquitter, mais, pour la traversée de +Togo, ils doivent payer un droit de 3 marcks par charge ; au Dahomey, +ils étaient, jusqu’à ces derniers temps, munis d’une patente de 2 francs +par charge, valable trois mois, ne pouvant donc servir que pour un +voyage ; enfin, dans la Nigéria, ils doivent encore acquitter un droit +de 4 schellings par charge. + +Aussi, ce trafic des caravanes est appelé à diminuer d’année en année. +Beaucoup de Haoussas vont déjà faire leurs approvisionnements de Kolas +dans les grands centres sur le parcours de la voie ferrée de Lagos- +Nigéria, où les Kolas sont apportés par la mer et le chemin de fer. + +La colonie du Dahomey voudrait détourner les caravaniers de la voie +Djougou et les amener par Parakou et Savé, à l’extrémité du rail du +Dahomey, où les maisons européennes pourraient accumuler des provisions +de noix importées par mer. + +Nous pensons, pour notre part, que ce projet a peu de chances de se +réaliser. Les caravaniers qui renonceront à aller s’approvisionner en +Kolas dans le Pays Achanti, iront plutôt au chemin de fer du Lagos, plus +rapproché d’eux et où ils trouvent déjà des noix de Kola à très bon +compte. + +Conservons donc le marché de Djougou et cherchons à le développer en +assurant, aux dioulas de passage, le plus de bien-être possible. + + + =4o TERRITOIRE DU TCHAD.= + + +Il n’arrive plus que rarement des noix de Kola fraîches dans le bassin +du Tchad. En juillet 1903, pendant que nous nous trouvions à Corbol, +sous le 10me parallèle, à environ 300 kilomètres au sud du lac Tchad, il +en parvint quelques charges au Sultan de Baguirmi. C’étaient des Kolas +rouges à deux cotylédons, pesant 10 gr. à 20 gr. chacun et provenant du +Pays Achanti. Ils étaient emballés dans un panier rond, tressé en +lanières de feuilles de palmier Doum, panier nommé _Keskir_ en Kotoko. +Elles étaient encore très fraîches et on nous raconta qu’il en arrivait +parfois de plus loin. Peu de temps avant notre voyage, une caravane de +Bambaras, qui étaient venus par Siguiri et Bamako, en avait apporté +quelques charges à Tchecna, et des pèlerins du Soudan se rendant à la +Mecque en emportent parfois au-delà du Ouadaï comme denrée d’échange. +Ces pèlerins, à leur passage à Kousri ou à Fort-Lamy, écoulent +ordinairement les noix fraîches à raison de 10 pour un thaler, soit 0 +fr. 50 pièce. Si ces Kolas se dessèchent en cours de route, ils les +emportent parfois jusqu’au terme de leur voyage, ce qui explique qu’on +puisse se procurer à La Mecque même des noix de Kola desséchées. + + * * * * * + + + =IV. — PAYS CONSOMMATEURS ÉTRANGERS.= + + + * * * * * + + + =1o GAMBIE ANGLAISE.= + + +La Gambie importe chaque année de grandes quantités de noix de Kola +provenant surtout de Sierra-Léone et vendues aux comptoirs de Bathurst +et Mac-Carthy. + +Une partie est consommée dans le pays ; l’autre est emportée dans le +Soudan par les caravanes. + +Les chiffres d’importations pour les dernières années sont : + + + =Importations de Kola.= + + Années Poids (kilog.) Valeur (francs) + + 1902 » 714.425 + + 1903 » 820.500 + + 1907 460.009[347] 998.550 + + 1908 409.985 993.100 + +Par une autre source, nous savons que la colonie de Sierra-Léone aurait +expédié en Gambie : 335 tonnes en 1905, 456 en 1906, 515 en 1907, 433 en +1908, 474 en 1909. + + + =2o GUINÉE PORTUGAISE.= + + +La Guinée portugaise reçoit par ses ports de Bissao et Boulam les noix +de Kolas qu’elle importe de Guinée française et de Sierra-Léone. + +Cette dernière colonie, d’après les statistiques anglaises, aurait +expédié en Guinée portugaise les quantités suivantes de Kolas frais : + + 1905 122 tonnes + + 1906 216 + + 1907 256 + + 1908 140 + + 1909 314 + +En 1904, la Guinée française expédiait en Guinée portugaise 15 tonnes +706. + +Ce chiffre s’est abaissé dans les dernières années. + + + =3o NIGÉRIA ANGLAISE.= + + +La Nigéria anglaise est, avec notre Soudan, le pays qui consomme la plus +grande quantité de noix de Kola. + +Au sud, s’étend la Southern Nigéria qui en produit et en consomme ; au +nord, se trouve la Northern Nigéria qui en produit très peu, mais en +consomme de très grandes quantités. + +La Nigéria du sud possède presque exclusivement le _Cola acuminata_ ; le +_Cola nitida_ est d’introduction récente. Les noix à plus de deux +cotylédons produites dans tout le delta du Niger et sur une bande +littorale s’étendant à environ 100 kilomètres au N. de Lagos, ne +suffisent pas à la consommation locale des grands centres comme Lagos, +Abeokouta, Ibadan. Le bas Dahomey expédie à Lagos chaque année pour +environ soixante mille francs de noix de _Cola acuminata_. Mais ce sont +surtout les colonies anglaises de Sierra-Léone et de la Gold-Coast qui +envoient à Lagos des quantités considérables de Kolas, ceux-ci +appartenant à la bonne espèce _Cola nitida_. Nous manquons de +renseignements précis sur les chiffres de ces importations, mais ils +paraissent considérablement élevés. + +Mais c’est surtout la Nigéria du Nord, avec ses 10 millions d’habitants +et de grands centres comme Kano, Sokoto, Yola, qui absorbe une très +grande quantité d’amandes de Kola. La province de Noupé et peut-être le +sud de la province de Yola en produisent de petites quantités fournies +surtout par le _Cola acuminata_ (_Abata Kola_), mais la Northern Nigéria +s’approvisionne surtout par des importations de noix de la Gold Coast +(_Ganbja Kola_), arrivant par les voies les plus diverses. + +Chaque année, les caravanes haoussas vont s’approvisionner de Kolas au +Pays Achanti en suivant la route signalée autrefois par BARTH. La +plupart passent par le N. du Togo et du Dahomey et se dirigent ensuite +sur Kano. Nous avons déjà dit que 800 tonnes de Kolas pour cette +destination transitaient par la région de Djougou (Dahomey). D’autres +caravanes suivent des routes plus septentrionales ; elles traversent le +sud du Mossi et par la Gourma ou par la région de Dori, elles viennent +tomber au Niger et de là elles se dirigent soit sur Sokoto, soit sur +Kano. Enfin, d’autres caravaniers vont chercher des Kolas jusqu’en plein +cœur du Cameroun ou même dans la Haute-Sangha (Afrique équatoriale +française) ; ils traversent l’Adamaoua et reviennent à Yola. Des villes +que nous venons de citer, certaines charges de Kolas sont portées encore +bien plus à l’est, au cœur du Bornou, à Kouka et à Dikoua, ou même +jusque dans le Baguirmi et dans l’Ouadaï ; l’un de nous en a même vu en +1903, à Corbol, dans le moyen Chari où le sultan du Baguirmi était de +passage. + +Kano, « la grande cité haoussa, le plus grand foyer industriel et +commercial du centre africain »[348], ville comptant 70.000 âmes, chef- +lieu d’un Etat peuplé de 3 millions d’habitants, avait reçu jusqu’à ces +dernières années tous les Kolas qu’elle consommait par les caravanes +allant au pays Achanti. A l’époque du voyage de BARTH (1852), Kano +recevait par cette voie pour 100 millions de cauris[349] de noix, +chiffre correspondant à environ 40.000 fr. et vraisemblablement à +300.000 noix. Ce chiffre a été en s’accroissant d’année en année ; mais, +en même temps, de nouvelles voies de pénétration ont été créées. +Aujourd’hui la plus grande partie des noix destinées à l’Etat de Kano +sont importées par mer soit à Lagos, soit par le Bas Niger (viâ +Forcados, Bouroutou, Baro). + +Les premières prennent ensuite le chemin de fer Lagos-Ibadan-Ilorin et +le deuxième jour elles parviennent à Djebba, sur le Niger. + +Prochainement le railway arrivera à Kano et cette ville ne sera plus +qu’à quatre jours de Lagos. Les Kolas de l’Achanti ne seront plus qu’à +neuf jours de Kano, comme le montre le tableau suivant : + + Koumassie à Sekondee 2 jours (par chemin de fer). + + Sekondee à Lagos 3 jours (par mer). + + Lagos à Kano (viâ Djebba) 4 jours (par chemin de fer). + +Les caravaniers qui effectuent ce trajet par l’intérieur de l’Afrique +mettent environ 6 mois pour faire le voyage aller et retour. Aussi la +grande route de Kano-Djougou-Salaga est-elle appelée à être abandonnée +des caravanes. + +Les transports par animaux à travers la Nigéria se faisant à très bon +compte, beaucoup d’Haoussas renoncent cependant à employer le chemin de +fer et viennent chercher les Kolas et les autres marchandises dont ils +ont besoin à Lokodja ou à Lagos. + +En 1904, les importations, par mer, des Kolas dans la Nigéria du Sud +atteignent le total de 1.033 tonnes, évaluées 1.026.600 francs, et la +Gold-Coast, à elle seule, en avait fourni 1.024 tonnes. En 1905, les +importations de Kolas à Lagos s’élevaient à 1.139.175 francs. Les +importations par mer se font surtout de novembre à avril. Il n’est pas +fait mention des Kolas importés dans la Northern Nigéria en cette même +année. + +Pour la période 1906-1907, on estime les importations de cette dernière +colonie à 21.924 livres-sterling, soit 548.100 francs. Ce chiffre +représente sans doute les importations faites par Forcados-Bouroutou. +Les importations par mer de ces deux colonies réunies, en 1906, étaient +donc d’environ 1.600 tonnes. + +Il est bien certain qu’au fur et à mesure que se développera la +prospérité de la Nigéria, appelée à un très grand avenir, la +consommation des Kolas ira en s’accroissant, et la production de la +Gold-Coast ne suffira plus pour alimenter en Kolas les pays que nous +venons de passer en revue. + +La ville de Lagos est un des plus gros entrepôts de Kolas de toute +l’Afrique. On y trouve à la fois les petits Kolas indigènes à 4 ou 5 +cotylédons, et les gros Kolas rouges de l’Achanti importés par mer. +Ceux-ci se vendent à un prix très abordable. D’une valeur de 50 francs +les 50 kilog. à leur embarquement à Cape-Coast-Castle, la même charge +vendue à Lagos revient à 57 fr. 50, et le prix de vente en gros ne +dépasse guère 1 fr. 25 le kilog. Seuls, les Yorubas consomment encore +des Kolas indigènes. + + + =IMPORTATION ET CONSOMMATION DES KOLAS EN EUROPE.= + + +L’Europe ne reçoit encore presque exclusivement que des Kolas secs. On +les divise en _Kolas-demis_ ou Kolas à deux cotylédons produits par le +_Cola nitida_ et en _Kolas-quarts_ ou Kolas à quatre ou cinq cotylédons +produits par les autres espèces. Leur prix varie de 0 fr. 75 à 1 fr. 15 +le kilog. pour les noix à deux cotylédons et de 0 fr. 40 à 0 fr. 75 pour +les noix à quatre cotylédons. + +La première importation remonte à une époque très reculée, puisque, +d’après le Bulletin de Kew, 1880[350], les importations, en Angleterre, +étaient déjà : + + En 1860 environ 55.960 kil. + + En 1870 145.168 + + En 1879 378.625 + +Nous ne possédons que des renseignements très incomplets sur l’étendue +actuelle de ce commerce. + +Nous pensons, toutefois, que les importations de Kola sec en Europe et +aux Etats-Unis s’élèvent annuellement à environ 1.000 tonnes. + +Ces noix sont utilisées soit dans la droguerie pharmaceutique pour la +préparation d’extraits, soit en liquorerie dans la fabrication de vins +toniques, liqueurs variées, apéritifs spéciaux. Le commerce apprécie +surtout les noix faiblement mucilagineuses, donnant des extraits +homogènes et bien solubles. + +Les exigences de la Pharmacopée française ont entraîné les industriels à +acheter les Kolas sur leur teneur en caféine qui ne doit pas être +inférieure à 1,25 %, l’extrait obtenu devant, d’après le Codex 1908, +renfermer 10 % de caféine. + +La France, l’Angleterre, l’Allemagne, le Portugal sont les seuls pays +qui font l’importation directe. + +En France, ce produit entre par les ports de Marseille et du Hâvre, mais +comme il est exempt de droits de douane et qu’il ne figure pas sur les +statistiques, il est impossible d’évaluer les quantités introduites. + +En Angleterre, on n’est pas plus documenté. L’entrée dans les ports est +également libre. On l’annonce dans les listes de cargaisons, quelquefois +comme noix de Kola, quelquefois comme droguerie ou épicerie ; parfois on +indique le poids, parfois simplement la valeur. Certaines statistiques +annoncent qu’il entre environ 300 tonnes de Kola sec par an dans le port +de Liverpool ; par contre, les renseignements qui nous ont été +communiqués par la maison SUTELIFF et GOSDEN, de Londres, l’évaluent à +150 ou 200 tonnes par an pour toute la Grande-Bretagne, mais ils disent +que c’est seulement une estimation et il n’est pas tenu compte des +arrivages directs au consommateur. « En outre, ajoutent-ils, les +arrivages de Ceylan pèsent ordinairement 50 kilog. environ chacun, +tandis que les arrivages de Barbades, de Grenade, de la Jamaïque, pèsent +environ 87 à 100 kilog. chacun. On les déclare comme colis. Aussi, nos +renseignements auraient seulement pour résultat de dérouter, au lieu de +donner l’information qui pourrait être utile. » + +D’après une note manuscrite de M. DE LA VAISSIÈRE, l’importation des +noix fraîches à Liverpool ne doit pas dépasser une ou deux tonnes par +an ; elles proviennent de Sierra-Léone. Leur prix varie de 5 pence à 10 +pence par livre (453 grammes) suivant leur état, car la plupart du temps +les amandes arrivent avariées ou piquées. + +Pour les noix sèches, les paiements se font à la livraison de la +marchandise, avec escompte de 2,5 %. + +Suivant la même note, le marché de Hambourg offre d’assez grands +débouchés aux Kolas provenant de la Côte Occidentale d’Afrique, mais il +est absolument impossible d’évaluer la quantité exacte importée chaque +année, de même que les pays de provenance, les statistiques de Hambourg +ne contenant aucune rubrique spéciale pour cet article. Toutefois, on ne +pense pas qu’il soit exagéré de dire que la quantité importée chaque +année s’élève à plusieurs centaines de tonnes. + +Les cours varient, pour les Kolas secs, de 70 francs à 90 francs les 100 +kilog. franco Hambourg. Les ventes, en général, ont lieu aux 100 kilog. +net, paiement comptant moins 2 % d’escompte ou à 1 mois net. + +Les quantités de noix de Kola qui entrent en Belgique sont très minimes. +Il n’est pas possible d’évaluer les petits stocks qui entrent dans le +port d’Anvers, aucune spécification n’étant faite pour cet article dans +les documents statistiques des douanes belges. Cette importation est à +coup sûr sans importance, car une cote officieuse de tous les produits +africains est établie chaque jour, à Anvers, par les courtiers de la +Bourse, et la noix de Kola n’y est pas mentionnée. + +Au Portugal, Lisbonne reçoit quelques tonnes à peine, par an, de Kolas +secs provenant de l’Angola, du Congo portugais et de San-Thomé. + +Les arrivages de Kola sec dans la plupart des ports d’Europe paraissent +avoir plutôt tendance à diminuer. Par contre, les Kolas frais, en France +du moins, sont importés en plus grande quantité depuis quelques années. +Les arrivages se font par Marseille, par Bordeaux et par La Palice. + +Les principaux importateurs sont quelques Pharmacies et une ou deux +maisons spécialisées dans le commerce des fruits tropicaux. + +Grâce à leurs arrivages, on peut actuellement trouver à Paris, pendant +presque toute l’année, des Kolas frais vendus au détail de 0 fr. 10 à 0 +fr. 30 pièce, suivant la taille, soit de 8 francs à 20 francs le kilog. +Ce prix pourra être considérablement abaissé le jour où la consommation +des Kolas deviendra plus régulière, et où il y aura moins de déchets par +suite d’emballages mieux conditionnés. + +Nous avons vu, en effet, que le prix de revient des Kolas dans les ports +d’embarquement des pays producteurs, oscille entre 1 fr. 25 et 2 fr. 50 +le kilog., suivant les saisons et suivant les localités. + +Quand le grand public connaîtra mieux les propriétés remarquables de ce +produit, quand les médecins seront plus expérimentés dans son +application, enfin quand la noix sera à un prix plus abordable, ce qui +sera facile à obtenir en faisant des emballages soignés dans la tourbe, +on peut espérer que le Kola frais trouvera dans les pays civilisés, +sinon une vogue comparable à celle qu’il a dans le Soudan, au moins des +débouchés très étendus. + + * * * * * + + +[Note 300 : M. LIURETTE raconte, dans ces termes, l’origine des +peuplades habitant la région de Beyla : + +« Entre le VIIe et le XIe siècle de notre ère, la race _Sérère_ aurait +été disloquée et les _Tômas_ en seraient une fraction. + +« Quant aux _Mandés_ originaires du Niger, ils vinrent au XIIIe siècle +se fixer dans le pays des Kolas. Toumané Kouroula, originaire des pays +mandingues, quitta son village vers 1320, accompagné de ses deux frères. +Ils se livrèrent pendant deux années au commerce des Kolas, puis ils +s’installèrent dans un petit village abandonné qu’ils nommèrent +Tomandougou (village Tôma), où ils appelèrent d’autres compatriotes qui +vinrent grossir le village situé sur le versant ouest de la montagne +Tourou, près de la rivière Milo. Le plus jeune des trois frères fut +envoyé par son aîné à la recherche d’une nouvelle terre et fonda le +village de Tina, situé dans le Ouorodougou et dont Kérouané est la +capitale. + +« Un poste français fut installé à Kérouané en 1892 et devint chef-lieu +de ce Cercle. Le Cercle de Beyla fut créé en 1894, mais ce n’est qu’en +1898 que nos troupes, poursuivant les hordes de Samory, parvinrent sur +les confins Sud du Cercle, dans le pays produisant les Kolas. » + +(LIURETTE, Archives de Beyla. _Mss._, 1908).] + +[Note 301 : Ce chiffre ne comprend pas les Kolas du district de Tibati, +exportés dans l’Adamaoua. + +L’Afrique équatoriale française, qui exporte une assez grande quantité +de Kolas par la Haute-Sangha, n’est pas mentionnée dans ce tableau. +D’autre part, le Togo produit moins de Kolas que ne l’indique ce +tableau.] + +[Note 302 : Henry FILLOT. — La noix de Kola. _Bull. Soc. Acclim._, LIII, +1906, p. 257.] + +[Note 303 : BINGER. — L. c., I, p. 313.] + +[Note 304 : CHUDEAU. — Le grand commerce indigène de l’Afrique +occidentale. _Bull. Soc. Géogr. commerc._, XXXII, 1910, p. 404.] + +[Note 305 : CHUDEAU. — _L. c._, p. 412.] + +[Note 306 : Se nomment encore suivant les régions : Koris, Kouris, +Kourdis.] + +[Note 307 : Voir MARAVAL. — _La Géographie_, XXI, 1910, 1er sem., p. +209.] + +[Note 308 : Ce chiffre paraît anormal et excède les exportations +habituelles de la Guinée.] + +[Note 309 : Les statistiques officielles de la Guinée, pour 1909, +accusent une importation totale de 63.663 kilog. des provenances +suivantes : + +Libéria : 48.583 kilog., Sierra-Léone : 14.362 kilog. ; autres pays : +718 kilog.] + +[Note 310 : D’après FAMÉCHON, les populations Baga et Mandenyi, qui +habitaient la contrée avant l’invasion soussou, avaient probablement +répandu autrefois le Kolatier dans la région et elles devaient s’adonner +à sa culture, beaucoup plus activement que ne le font aujourd’hui les +Soussous.] + +[Note 311 : Ces renseignements remontent à 1906 ou 1907. La valeur du +caoutchouc sur place oscille aujourd’hui dans de larges limites, à +Kouroussa même, suivant les cours d’Europe.] + +[Note 312 : Le vendeur n’apporte ordinairement que 50 à 150 noix par +marché. Il est rare qu’il en apporte 200 ou 300 à la fois ; moins +fréquemment encore il met en vente des lots de 8 à 10 kilogs.] + +[Note 313 : A la fin de la saison sèche, les noix sont plus petites et +il en faut parfois jusqu’à 120 pour peser un kilog.] + +[Note 314 : En 1909, les autochtones de la forêt : Tômas, Guerzés, +Manons, commençaient à accepter les pièces françaises en argent avec +lesquelles ils faisaient ensuite des achats aux dioulas. + +Les Musulmans apportent aussi dans le pays des vaches et des moutons +qu’ils échangent contre des Kolas.] + +[Note 315 : On a conservé, dans le Soudan Nigérien, le nom d’_oussourou_ +pour désigner le droit de place que payaient les caravaniers arrivant +dans les centres importants, soit comme droit de transit, soit comme +droit de place.] + +[Note 316 : En admettant que ce chiffre de 156.157 fr. 40 ait été +prélevé exclusivement sur des Kolas, ce qui est peu éloigné de la +vérité, on aurait introduit cette année-là, par Boola, 208.210 kilog. de +Kolas, soit environ 8.328 charges ou 160 charges par semaine. Le produit +le plus important après les Kolas, importé du Libéria dans la Haute- +Guinée, est l’huile de palme qui acquitte une taxe de 0 fr. 04 par +litre. Cette taxe est normale, l’huile de palme valant, dans le pays, de +0 fr. 50 à 1 franc le litre. + +Nous avons le poids officiel des Kolas, entrés en Guinée par la +frontière libérienne en 1906 ; il est de 48.583 kilog. Une quantité au +moins dix fois plus élevée a dû passer en fraude.] + +[Note 317 : D’après ARCEN, il n’était pas rare de trouver au marché de +Boola, il y a quelques années, 3.000 à 4.000 indigènes par marché.] + +[Note 318 : Quatre grandes maisons françaises étaient installées à Beyla +en 1909. La plus ancienne, la maison Gobinet frères, y est depuis 1904.] + +[Note 319 : Jusqu’à ces derniers temps, les colporteurs indigènes +(dioulas) de l’Afrique Occidentale devaient acquitter une patente de 3 +fr. par charge, patente renouvelable tous les trois mois. + +Pour encourager le développement du commerce indigène, le Gouvernement +général de l’A. O. F. a supprimé récemment ces patentes.] + +[Note 320 : D’après M. LIURETTE, une charge complète de 30 kilog. de +noix de Kolas vendues au détail doit produire : 62 fr. à Beyla ; 110 fr. +à Kankan ; 150 fr. à Bamako ; 200 fr. à Médine ; 210 fr. à Kayes. Mais +M. LIURETTE suppose que les noix arrivent _toutes en bon état_ et se +vendent toutes au cours le plus élevé. En réalité, il n’en est jamais +ainsi.] + +[Note 321 : D’après le _Journal officiel de la Côte d’Ivoire_, 15 mai +1909, p. 229. + +Les chiffres donnés plus haut sont certainement très exagérés. La charge +de Kolas rendue à Séguéla vaut à peine 60 fr. Nous estimons que le prix +d’achat de la charge à Daloa doit être de 20 à 30 francs au maximum, et +beaucoup moins si les achats se font contre des sombés apportés de +Séguéla. A Daloa, un sombé vaut 0 fr. 05.] + +[Note 322 : Il doit y avoir un lapsus. Le prix d’un bœuf équivaut +vraisemblablement à 2.000 à 5.000 Kolas. A Ngaoundéré, un bœuf de +moyenne taille vaut 8 à 15 thalers (pièce d’argent à l’effigie de Marie- +Thérèse, valant environ 3 francs).] + +[Note 323 : P. CHARREAU. — Loc. cit., in _Mém. Soc. Sc. Cherbourg_, +XXXV, 1905-1906, p. 167.] + +[Note 324 : P. CHARREAU. — Loc. cit., p. 182.] + +[Note 325 : P. CHARREAU. — Loc. cit., p. 185.] + +[Note 326 : Il est possible que les Kolas exportés par le nord +représentent une valeur de 80.000 livres sterling ou 2 millions de +francs, mais en les estimant à 0 fr. 25 le kilog., on arrive à un poids +de 8.000 tonnes correspondant à plus de 300.000 charges. + +Ce chiffre doit être considérablement réduit. Nous ne pensons pas que +l’exportation par l’hinterland dépasse 2.000 tonnes, soit environ 70.000 +charges. + +La valeur des Kolas serait alors de 1 fr. le kilog. à la sortie, ce qui +correspond en effet à la réalité.] + +[Note 327 : Ce chiffre correspondrait à un poids de 4.420.815 livres +anglaises ou 2.002 tonnes 629. Les noix sont donc estimées à 1 fr. le +kilog. environ.] + +[Note 328 : Comte ZECH. — L. c. Voir _Revue Cult. col._, VIII, 1901, 1er +sem., p. 367.] + +[Note 329 : DE ALMADA NEGREIROS. — Ile de San Thomé, Paris 1900, p. 81.] + +[Note 330 : DE ALMADA NEGREIROS. — Les Colonies portugaises. Etudes +documentaires, produits d’exportation, 1907, p. 207.] + +[Note 331 : Gonvan est probablement un des noms de Kong, encore désigné +par les anciens auteurs sous les noms de Gonja (BEAUFOI), Gongé +(DELISLE), Conché (DANVILLE).] + +[Note 332 : CUNY. — Découvertes en Afrique, 1809, I, p. 204.] + +[Note 333 : _La Géographie_, II, 1900, 2e sem., p. 9, et : Sur les +routes du Soudan. Toulouse, 1902.] + +[Note 334 : Ce chiffre correspond à 300 ou 350 tonnes. Il est bien +certain que la quantité de noix de Kola importées chaque année au Haut +Sénégal et Niger est beaucoup plus considérable.] + +[Note 335 : E. BAILLAUD. — L. c., p. 260.] + +[Note 336 : E. BAILLAUD. — L. c., p. 240-242.] + +[Note 337 : Si l’on demande à un Yarsé à quoi lui serviront les gros +rouleaux de toile qu’il emporte, il répond invariablement : « C’est pour +manger ».] + +[Note 338 : MARC. — Le Pays Mossi, 1909, p. 170-175.] + +[Note 339 : Pour plus de renseignements sur ces points, consulter : W. +PONTY, _Instructions à l’usage des administrateurs du Haut-Sénégal- +Niger_, Imprimerie du Gouvernement, Kayes, 1906 : p, 86, oussourou ; p. +90, marchés ; p. 83, patentes de colportage.] + +[Note 340 : L’administration se montre en outre très tolérante pour la +perception de ces taxes. On estime que les 2/3 des Kolas passent sans +acquitter de droits.] + +[Note 341 : En 1900, le capitaine SCAR écrivait dans un rapport +officiel : « Il importe de ne pas se presser d’établir une taxe +douanière qui détournerait un mouvement commercial qui doit logiquement +passer par le Mossi ».] + +[Note 342 : Ouahigouya est le chef lieu du Yatenga, province rattachée +aussi au Mossi et en constituant la partie N.] + +[Note 343 : R. CHUDEAU. — Le marché indigène de Sofara, _Ann. de +Géograph._, XIX, no 103, 15 Janv. 1910, p. 47-48.] + +[Note 344 : CHUDEAU. — _Bull. Soc. géogr. commerc._, 1910, p. 407.] + +[Note 345 : E. BAILLAUD. — Loc. cit., p. 138.] + +[Note 346 : E. BAILLAUD. — Loc. cit., p. 241.] + +[Note 347 : Ce chiffre ne concorde pas avec celui fourni par les +statistiques de Sierra-Léone qui mentionnent, pour 1907, 515 tonnes de +Kolas destinées à la Gambie.] + +[Note 348 : J. MENIAUD. — _Dépêche coloniale illustrée_, IX, 15 sept. +1909, p. 217.] + +[Note 349 : H. BARTH. — Voyages et découvertes, _trad. franç._, II, +1860, p. 26.] + +[Note 350 : D’après HECKEL, Loc. cit., p. 67.] + + + + + CHAPITRE XIX. + + * * * * * + +=Amandes considérées à tort comme remplaçant les Kolas. — Substitutions + frauduleuses. — Succédanés.= + + * * * * * + + +Dans sa monographie, E. HECKEL cite un assez grand nombre de plantes +dont les graines seraient substituées dans diverses régions aux noix de +Kola. + +« Il est très probable, écrit cet auteur, si l’on s’en rapporte aux +données fournies sur les espèces connues par H. BAILLON, que les plantes +africaines, capables de donner des graines similaires de celles du vrai +Kola sont _Cola Duparquetiana_ Baillon, _Cola ficifolia_ Mast., _Cola +heterophylla_ Mast., _Cola cordifolia_ R. Br. et peut-être le _Sterculia +tomentosa_ Guil. et Perr.[351]. » + +Le _Cola Duparquetiana_ Bn. qui vit au Gabon ne nous est pas connu, mais +nous savons qu’il appartient à la section _Cheirocola_. Il se rapproche +beaucoup du _Cola Trillesii_ Pierre et du _Cola dasycarpa_ Pierre, +espèces non encore décrites de l’Herbier du Muséum. Le spécimen de _Cola +Trillesii_ de cet Herbier est accompagné d’une note manuscrite du P. +TRILLES, indiquant que les fruits insérés sur le tronc sont +comestibles[352], mais il nous parait probable que c’est le tégument +seul qui peut être mangé. + +Le _Cola ficifolia_ Mast., petit arbre de Fernando-Pô, appartient à la +section _Haplocola_. Il est fort douteux qu’il donne des graines +utilisables. + +Le _Cola heterophylla_ (P. Beauv.) Schott et Endl. est aussi un petit +arbre assez répandu depuis la Guinée française jusqu’au Delta du Niger. + +Nous avons eu fréquemment l’occasion de l’observer. Chaque follicule +renferme de 7 à 11 graines ovoïdes-polyédriques, de 20 à 26 mm. de long +sur 15 mm. à 18 mm. de large. L’amande n’est pas comestible, mais la +graine a un tégument qui comprend une couche externe, blanche-charnue, +sucrée, légèrement acidulée, que les enfants sucent parfois. + +De même, la graine de _Cola cordifolia_ R. Br. (nommé _Ntaba_ au +Soudan), que nous avons eu fréquemment l’occasion d’examiner, comprend +une amande rose de 20 mm. à 25 mm. de long sur 12 mm. à 15 mm. de large, +formée de 2 (parfois 3) cotylédons, bifides dans le quart inférieur, et +d’un blanc-rosé. On ne les mange pas, mais le tégument, épais de 3 mm. à +4 mm., devient à maturité très pulpeux et très sucré et les enfants en +sont friands. + +Enfin, le _Sterculia tomentosa_ Guil. et Perr., ainsi que nous avons eu +déjà l’occasion de le signaler, produit des graines tout à fait +inutilisables. + +Dans ces dernières années le _Bulletin de Kew_ a appelé l’attention sur +un autre _Sterculia_, le _S. rhinopetala_ K. Schum., connu au Lagos sous +les noms de _Orodu_ et _Oro_, d’après PUNCH, et dont les graines, +d’après ZENKER[353], seraient employées en guise de Kola à Yaunde au +Cameroun. K. SCHUMANN a montré combien une telle assertion était peu +vraisemblable, mais le _Bulletin de Kew_ rappelle que les _Sterculia +fœtida_, _S. guttata_, _S. urens_ de l’Inde produisent des graines qu’on +mange rôties comme des châtaignes et le Dr HOCHREUTINER a mangé à +Buitenzorg les fruits de plusieurs _Sterculia_ vrais et les a trouvés +excellents[354]. Nous croyons pour notre part que, quand bien même les +graines de _Sterculia rhinopetala_ K. Schum. seraient comestibles (ce +qui est douteux), il est très peu vraisemblable qu’elles aient des +propriétés analogues à la noix de Kola. + +E. HECKEL a appelé aussi l’attention sur diverses autres espèces de +_Cola_ du Gabon. + +L’une est vraisemblablement le _Cola gabonensis_ Masters et appartient à +la section _Haplocola_. Elle est connue au Gabon sous les noms d’_Ereré_ +ou d’_Orindé_ rouge[355]. Les follicules, d’un beau rouge à l’état +frais, renferment environ 6 à 8 graines ayant chacune deux cotylédons. + +Dépouillées de leur tégument et sèches, elles se réduisent à une petite +amande verdâtre rappelant celle du grain de café desséché ; elles ne +sont pas alimentaires ; la pulpe constituant le tégument est sucrée et +un peu acidulée et peut être consommée. Dans les amandes, HECKEL n’a pas +trouvé trace de caféine ou de théobromine[356]. + +Le produit employé comme aphrodisiaque serait l’écorce. + +Sous le nom de _Cola digitata_, E. HECKEL mentionne un arbre de la +section _Cheirocola_ nommée _Ombéné nipolo appopo_ (gros Kola blanc) par +les Gabonais. D’après A. JOLLY (in HECKEL), le fruit est d’un beau rouge +carmin velu. Les graines ont une amande d’une couleur rouge-amarante et +sont de très grosse taille, puisque, dépouillées du tégument, elles +pèsent 100 grammes en moyenne. + +Ces graines ne sont pas utilisables ; elles ne contiennent pas trace de +caféine. « La partie comestible du fruit est le testa très développé qui +enveloppe la graine ; il est de couleur blanche et un peu sucré ; les +indigènes seuls s’en nourrissent et encore rarement »[357]. La +description et les figures que HECKEL a publiées de cette espèce, montre +qu’il ne s’agit certainement pas du _Cola digitata_ Mast. ; celui-ci a +des fruits et des graines toutes différentes. Nous ne pensons pas +davantage que le gros Kola blanc des Gabonais soit le _Cola pachycarpa_ +K. Schum., ainsi que l’a supposé le savant botaniste berlinois. Au +contraire, la description des cotylédons dont la face interne « se fait +remarquer par le développement énorme de poils recouvrant sa surface +entière » nous fait supposer que la plante signalée par HECKEL est soit +_Cola Duparquetiana_ Bn., soit _Cola Trillesii_ Pierre ou _C. dasycarpa_ +Pierre. + +Ces trois espèces paraissent du reste extrêmement voisines et n’en +constituent probablement qu’une seule. + +E. HECKEL a signalé un autre _Cola_ provenant de Franceville (Gabon), +auquel il donne le nom de _Cola sphærosperma_ Heckel. Il est +malheureusement très incomplètement décrit, puisque la diagnose ne +comporte que la description des graines ; elle est accompagnée d’une +figure représentant une jeune plante à feuilles oblongues acuminées. + +K. SCHUMANN en a fait un _Haplocola_, mais n’a fourni aucun +renseignement nouveau à son sujet. La plante, du reste, n’a pas +d’intérêt économique, HECKEL n’ayant trouvé ni caféine, ni théobromine +dans les graines. Enfin, le même auteur signale un Kolatier de +Libreville appelé par les Mpongoués _Ombéné attèna-téna_, à petites +graines, « dont chacun des deux cotylédons est divisé en plusieurs lobes +(deux ou trois)[358] » + +Il a trouvé que les graines sèches renfermaient 0,263 de caféine. « De +plus, cette graine ne paraît renfermer ni théobromine, ni rouge de Kola. +C’est donc une qualité très inférieure, bien au-dessous du Kola, dit du +Gabon. Il faut en rejeter l’emploi soit médical, soit +bromatologique[359]. » + +L’un de nous a observé au cours de ses voyages une autre espèce de +_Cola_ dont les indigènes mangent réellement les graines, bien qu’elles +n’aient point les propriétés des amandes des _Eucola_ et qu’elles ne +puissent leur être substituées. + +Elle appartient à la section _Haplocola_ et constitue probablement une +espèce inédite. + +C’est un arbuste de 3 m. à 6 m. de haut, à feuilles oblongues acuminées, +obtuses au sommet, cunéiformes aiguës à la base, fortement réticulées en +dessous. Les fruits insérés à l’extrémité des branches comprennent 1 à 5 +carpelles (souvent 3), d’un beau rouge écarlate à maturité, ovoïdes, +longs de 4 cm. à 6 cm., terminés brusquement par un long bec obtus. +Chaque follicule renferme 3 à 6 graines ovoïdes-subsphériques de 15 mm. +à 18mm. de long sur 12 mm. à 15 mm. de diam. transversal. + +Les cotylédons, au nombre de deux, sont blancs, fendus à la base. Leur +saveur rappelle celle du gland et ils sont immangeables à l’état cru, +mais les indigènes de race Dan ou Dyola pilent ces graines après les +avoir dépouillées du tégument et la pulpe obtenue est ajoutée au riz que +l’on fait cuire. Nous pensons que c’est pour ses propriétés +mucilagineuses que cette graine est utilisée. Elle jouerait dans la +confection de la sauce le même rôle que le Gombo (_Hibiscus esculentus_ +L.). + +L’arbuste est commun dans la forêt de la Côte d’Ivoire et se nomme +_Séran_ en dyola. + + * + * * + +Il découle des pages précédentes qu’aucune espèce de Sterculiacée, en +dehors des _Eucola_, ne produit de graines pouvant être substituées aux +noix de Kola[360]. + +Quelques espèces de _Sterculia_ fournissent des graines dont les +propriétés alimentaires sont dues à leur richesse en amidon. Plusieurs +espèces de _Cola_ ont leurs graines recouvertes d’un tégument externe +(souvent pris pour une arille), charnu et sucré, de sorte qu’on peut le +manger. Une autre espèce produit des amandes que l’on peut utiliser dans +la préparation des aliments par suite de leur richesse en mucilage, mais +en dehors des quatre espèces _Cola nitida_, _C. acuminata_, _C. +Ballayi_, _C. verticillata_, on n’en connait aucune, d’une manière +certaine, produisant des amandes pouvant être employées comme noix de +Kola. + + * + * * + +D’après HECKEL, on trouvait parfois, il y a quelques années, dans les +lots de Kolas qui parvenaient en Europe, des graines d’_Heritiera +littoralis_ Ait., de _Pentadesma butyracea_ Don, (le _Lamy_, graine +oléagineuse de la Guinée française), de _Physostygma venenosum_ Balfour +(la Fève de Calabar), de jeunes fruits de _Coco_ ; enfin les graines de +_Napoleona imperialis_ P. Beauv. auraient parfois été considérées comme +un faux Kola médicinal. Et il besoin de faire remarquer que toutes ces +graines n’ont aucune des propriétés des noix de Kola. Elles sont du +reste tellement dissemblables que la fraude n’est pas possible +aujourd’hui. + + * + * * + +[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.= + +440 _bis_. + +FIG. 51. — =Garcinia Kola= Heckel] + +[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.= + +441 _bis_. + +FIG. 52. — =Garcinia antidysenterica= A. Chev.] + +Il nous reste à faire connaître deux plantes qui n’ont aucune analogie +avec les Kolatiers, mais qui fournissent chacune un produit dont les +Noirs, mangeurs de Kolas, sont très avides. Les indigènes de l’Afrique +occidentale n’attribuent nullement à ces produits, comme on l’a dit à +tort, pour l’une de ces plantes, des propriétés analogues aux noix de +Kola, mais ils les recherchent au contraire parce qu’ils leur permettent +de manger une plus grande quantité de la précieuse amande. + +Ces plantes appartiennent à la famille des Guttifères et au genre +_Garcinia_. + +L’une est le _Garcinia Kola_ Heckel, l’autre une espèce encore inédite +du même genre. + +_Garcinia Kola_ a été décrit par HECKEL en 1883 et 1884[361]. Julien +VESQUE, le monographe des Guttifères, l’a admis à son tour, mais les +fleurs n’ont jamais été décrites. Nous avons rencontré la plante en 1910 +dans le Bas Dahomey et nous complèterons les données acquises en +reprenant la description complète de cette espèce. + + +_Garcinia Kola_ Heckel (Fig. 51). — Petit arbre de 8 m. à 15 m. de haut. +Tronc de 3 m. à 5 m. de long et de 25 cm. à 50 cm. de diam., à écorce +brune s’enlevant par grosses écailles. Branches plus ou moins +fastigiées. Jeunes rameaux cylindriques, verts, un peu élargis aux +nœuds, glabres ou les plus jeunes parsemés d’une légère pubérulence +ferrugineuse, présentant à l’extrémité de chaque entre-nœud deux sillons +opposés. Feuilles opposées, entières, oblongues ou oblancéolées, +cunéiformes à la base, arrondies ou obtuses, parfois un peu émarginées +au sommet, toujours sans acumen, coriaces et fortement pliées en +gouttière suivant la nervure médiane, longues de 6 cm. à 15 cm. sur 2 +cm. 5 à 7 cm. de large. Surface supérieure vert-sombre et très luisante, +l’inférieure vert-jaunâtre. Nervure médiane déprimée en dessus, +saillante en dessous ; nervures secondaires 8 à 15 paires non +saillantes, à peine visibles, même par transparence ; nervilles très +fines, visibles seulement par transparence. Pétiole canaliculé en +dessus, convexe en dessous, long de 8 mm. à 15 mm., légèrement +pubérulent-ferrugineux. Fleurs dioïques, les femelles isolées, +terminales ou axillaires, de 8 mm. à 10 mm. de diamètre. Pédicelle +robuste, de 3 mm. à 10 mm. de long et de 3 mm. de diamètre, vert, +finement pubérulent, articulé à la base qui porte 4 petites bractées +lancéolées-linéaires. Calice à tube hémisphérique charnu ; lobes 4, +opposées deux à deux, verdâtres, finement pubescents à l’extérieur, les +externes en forme de croissant, beaucoup plus larges que longs (7 mm. de +large sur 3 mm. à 4 mm. de long), les internes suborbiculaires de 6 mm. +de diamètre. Pétales 4, d’un blanc-verdâtre, glabres ou finement +pubérulents, dépassant les sépales, suborbiculaires, concaves, jamais +étalés, longtemps persistants. Staminodes formant 4 phalanges de 5 +fausses-étamines chacune, à filets soudés dans presque toute leur +longueur, beaucoup plus courtes que l’ovaire. Phalanges séparées par 4 +masses glanduleuses, jaunâtres, pubescentes, de 3 mm. de diamètre +(disque tétra-lobé). Ovaire subsphérique, finement pubescent à +l’extérieur, divisé en quatre loges renfermant chacune un seul ovule. +Style très court ; stigmate légèrement divisé en 4 lobes plans. Fleurs +mâles et fruits inconnus. + +HECKEL attribue à son espèce des feuilles ovales avec un mucron très +accusé au sommet et mesurant jusqu’à 30 cm. de long. Malgré cette +différence, il nous paraît probable que notre plante et la sienne sont +identiques. D’après le même auteur, le fruit est une baie du volume +d’une petite pomme, à épiderme rugueux, recouvert complètement sur toute +sa surface de poils âpres et offrant 3 ou 4 loges contenant chacune une +graine volumineuse ovale, cunéiforme, à face externe arrondie et à face +interne anguleuse. Cette graine est recouverte d’une pulpe très +abondante, d’une couleur jaunâtre, de saveur aigrelette qui est une +véritable arille, très adhérente au péricarpe et au tégument de la +graine. Le fruit est entouré, à sa base, par le calice persistant et +pubescent ; la corolle est souvent aussi persistante[362]. + +Les graines que nous avons observées sur tous les marchés de l’Afrique +Occidentale, depuis St-Louis jusqu’à Lagos, se vendent toujours à l’état +frais et retirées du fruit. Elles sont ovoïdes-allongées, un peu +asymétriques, légèrement atténuées à une extrémité, longues de 3 cm. à 3 +cm. 5 et de 2 cm. à 2 cm. 5 de diamètre transversal. Leur couleur est +blanc-jaunâtre ; leur surface un peu rugueuse. L’amande est massive, +sans cotylédons différenciés ; son parenchyme est ferme et rempli de +poches à résine, dégageant un léger arôme. Elle est recouverte d’un +mince tégument rouge brique, facile à enlever. + +Ainsi que nous l’avons montré dans notre Historique, c’est le Dr BARTER +qui a, le premier, attiré l’attention sur le _Garcinia Kola_, en 1860. + +La plante a été signalée à Sierra-Léone (HECKEL), à Ouidah (Dahomey) +(d’après HECKEL), dans le Bas-Dahomey et au Lagos (SAVARIAU), à Onitscha +et à Fernando-Pô (BARTER). + +L’amande porte les noms suivants : _Bitter-Kola_ (english pigeon), Kola +mâle (colons). + +Dans le Bas-Dahomey, l’arbre croît dans les mêmes bouquets de forêts que +le _Cola acuminata_. Il est aussi fréquemment planté autour des +habitations. Il fleurit de janvier à mars ; les fruits mûrissent à la +fin de l’hivernage. L’amande donne lieu à un commerce assez important. +La production du Bas-Dahomey est loin de suffire à la consommation ; +d’après SAVARIAU, on en importe beaucoup de Lagos. Les femmes de race +Nago, qui font ce commerce, emportent du Dahomey des Kolas et du poisson +fumé qu’elles échangent dans la colonie anglaise contre des noix de +_Garcinia_. A Porto-Novo, ces dernières semences se vendent +habituellement à raison de 4 à 8 semences pour 0 fr. 05. Elles pèsent +habituellement de 3 à 6 grammes. + +Les noix de _Garcinia_ du Lagos et du delta du Niger pénètrent jusque +sur les marchés de la Nigéria du Nord. Les Haoussas en vendent de +petites quantités à Djougou et jusqu’au Mossi, mais les amandes de ces +marchés sont importées de la Nigéria, ce qui semble indiquer que l’arbre +n’existe pas dans le pays Achanti ; nous ne l’avons jamais rencontré +dans la forêt de la Côte d’Ivoire. + +Les graines mises en vente au Sénégal et en Guinée française proviennent +de Sierra-Léone ; elles valent de 0 fr. 10 à 0 fr. 20 pièce, par +conséquent plus cher que les noix de Kola. Il ne faut pas confondre ces +graines avec d’autres semences de forme analogue, mais se divisant +facilement en deux cotylédons, importées aussi sur les marchés du +Sénégal, de Sierra-Léone ou de la Basse-Guinée et connues des indigènes +sous le nom de Tola (soussou). Ce sont les graines d’un arbre de la +famille des Lauracées, le _Tylostemon Mannii_ Stapf. (= _Beilschmiedia +elata_ Scott Elliot). On les emploie comme condiment, dans les +préparations du couscous, après les avoir pilées. + +Les amandes de _Garcinia_ se mangent toujours à l’état crû. + +Ainsi que nous l’avons dit, les indigènes savent fort bien qu’elles +n’ont pas les propriétés des noix de Kola. Contrairement à ce que +pensait SAVARIAU, si ces graines sont consommées sur une grande échelle, +ce n’est pas parce qu’elles coûtent moins cher que les noix de Kola et +qu’elles donnent par leur amertume, au consommateur peu fortuné, +l’illusion de manger de vrais Kolas, mais c’est parce qu’on leur +attribue des propriétés très spéciales. D’après les Noirs, le _Bitter- +Kola_ facilite la dégustation des vrais Kolas et les fait trouver plus +agréables. Il arrête les coliques et il suffit de croquer une graine de +_Garcinia_ pour pouvoir manger une grande quantité de noix de Kola sans +être incommodé. Aussi, les amateurs de Kola de Dakar apprécient-ils +beaucoup cette semence et ils n’hésitent pas à l’acheter à un prix +double de la noix de Kola quand elle est rare sur le marché. D’autre +part, E. HECKEL rapporte que, d’après le Consul WOHSEN, il suffirait de +mâcher 4 ou 5 graines pour apaiser les rhumes. + +Des analyses de graines de _Kola-bitter_ ont été faites par HECKEL et +SCHLAGDENHAUFFEN, mais elles n’ont révélé la présence d’aucun principe +spécial[363]. + +Est-ce la résine contenue dans les poches sécrétrices qui agit ? On sait +que d’autres _Garcinia_, et notamment le _G. Hamburyi_ Hook., donnent +une gomme gutte qui est un purgatif drastique[364]. + +La seconde espèce de _Garcinia_, mentionnée plus haut, est encore +inédite. Nous l’avons rencontrée au cours de notre voyage de 1909, dans +la forêt vierge de la Côte d’Ivoire. Ce n’est plus la graine, mais la +racine, qui jouirait de propriétés merveilleuses, comparables mais non +identiques à celles de la noix de Kola. Les Mandés la nomment _Ko ouoro_ +(Kola d’eau), parce qu’au nord de la forêt l’arbre croît parfois dans +les galeries forestières, au bord des cours d’eau. + +Les porteurs de notre mission, emmenés de Beyla vers Danané, dans la +forêt, chaque fois qu’ils passaient sous un de ces arbres, déposaient +leurs fardeaux pour déterrer, souvent avec beaucoup de difficultés, les +précieuses racines. Ils en taillaient de petites baguettes longues de 10 +cm. environ et de la grosseur d’un doigt et ils mâchaient ces baguettes +tout le long de la route. A défaut de racines, ils utilisaient les +branches considérées comme ayant beaucoup moins de valeur. Les fruits de +l’arbre ne sont pas employés. Nous donnons ci-après la description de +cette intéressante espèce. + + +_Garcinia antidysenterica_ A. Chev. (_sp. nov._) (Fig. 52). — Groupe du +_G. punctata_ Oliv. Arbre de 10 m. à 30 m. de haut, dioïque, entièrement +glabre, à racines traçantes, rampant près de la surface du sol, +jaunâtres. Tronc cylindrique de 5 m. à 15 m. de long et de 20 cm. de +diam., à écorce grisâtre, un peu fendillée, laissant exsuder un peu +d’oléo-résine blanche, aqueuse. Jeunes rameaux grêles, flexibles, +alternes ou opposés, un peu comprimés ou subquadrangulaires. Feuilles +opposées, fermes-membraneuses, oblongues, ou oblongues-elliptiques, +cunéiformes ou parfois presque arrondies à la base, brusquement +acuminées, obtuses ou subaigues au sommet, longues de 6 cm. 5 à 12 cm., +sur 3 cm. à 5 cm. 5 de large, à bords parfois un peu ondulés ; surface +supérieure vert-sombre, l’inférieure vert-glauque. Nervure médiane non +visible en-dessus, saillante en-dessous ; nervures latérales non +apparentes, remplacées par de légères sinuosités visibles par +transparence. + +Pétiole de 6 mm. à 10 mm. de long. Inflorescence ♂ en petits fascicules +axillaires et terminaux, composés de 1 à 5 fleurs (dont l’une terminale +et les autres opposées 2 à 2) portées sur des pédicelles de 2 mm. à 3 +mm. de long insérés sur un pédoncule commun presque nul. Bractées +connées à leur base, arrondies, longues de 2/3 de mm. à peine. Fleurs +inodores, de 12 mm. à 15 mm. de diam. Sépales 4, opposés deux à deux, +jaune-verdâtres, suborbiculaires-concaves, souvent très inégaux, les +deux externes longs de 2 mm., larges de 2 mm. 5, les deux internes longs +de 4 mm. sur 6 mm. de large. Pétales 4, obovales-suborbiculaires, +rarement oblongs, entiers, ou retus, ou découpés au sommet, d’un blanc- +jaunâtre, longs de 6 mm. à 8 mm., sur 3 mm. à 6 mm. de large. Etamines +en 4 phalanges recourbées sur le disque, longues de 3 mm. ; filets de +chaque phalange connés dans toute leur longueur ; anthères 6 à 8 par +phalange, disposées en éventail sur le bord interne d’une dilation +subréniforme de la phalange large de 2 mm. 5, elliptiques, divisées +chacune en deux loges déhiscentes longitudinalement bien avant +l’ouverture de la fleur, dépourvues de septa transversaux. Disque +hémisphérique divisé en 4 lobes par les raquettes staminales qui +s’appliquent à sa surface, d’un jaune-safran, finement rugueux à sa +surface, très résinifère-glanduleux. Inflorescences ♀ à fleurs isolées +ou par faisceaux de 2 à 5, à l’aisselle des feuilles et des cicatrices +foliaires et parfois sur le bois âgé ; pédicelles plus longs que dans +les fleurs mâles, mesurant 8 mm. à 10 mm., articulés un peu au-dessus de +la base, présentant au-dessus de l’articulation deux petites bractées +opposées, largement deltoïdes-apiculées, longues de 1/2mm à peine. +Sépales souvent subégaux, de 3 mm. de diamètre. Pétales comme dans les +fleurs mâles. Etamines et staminodes nuls. Ovaire lisse, d’un vert-pâle, +subquadrangulaire, haut et large de 2 mm. 5, divisé en 4 loges contenant +chacune un ovule, surmonté d’un large stigmate glanduleux, jaunâtre, +sessile, suborbiculaire ou un peu rhomboïdal, légèrement déprimé au +centre. Jeune fruit ovoïde-subsphérique, tronqué et surmonté du stigmate +desséché, contenant une seul graine, les trois autres ovules étant +avortés. + + +_Distribution géographique._ — _Côte d’Ivoire_ : dans le N. de la forêt +vierge, entre Nzo et Danané. Entre le Morénou et l’Indénié, dans le +bassin du moyen Comoé. — _Haute-Guinée française_ : d’après des +renseignements indigènes existerait dans le Kissi, dans le Konian et +dans le Pays Tôma, le long des galeries forestières. + + +_Noms vernaculaires._ — _Ko ouoro_ (malinké) ; _Kollopello_ (kissien) ; +_Gon_ (dan ou dyola) ; _Harou Kouayo_ (agni). + + +_Usages._ — Les indigènes mâchent l’écorce amère, prétendant qu’elle a +des propriétés comparables à la noix de Kola. Elle guérirait aussi les +diarrhées les plus rebelles et la dysenterie. Pour l’administrer, on +enlève les lames d’écorce de la racine ; on les fait sécher au soleil ; +ensuite, on les broie au pilon, la poudre obtenue est mélangée avec des +piments également pulvérisés et le mélange est absorbé matin et soir. A +défaut des écorces de racines, on peut employer des feuilles de la même +plante, mais l’action est moins active. + + * + * * + +Les propriétés des _Garcinia Kola_ et _Garcinia antidysenterica_ sont +connues des peuplades vivant très loin les unes des autres et n’ayant +pas de rapports entre elles. Il est donc très probable que leur +efficacité est réelle. De nouvelles recherches chimiques sont donc +indispensables pour élucider ce problème d’un haut intérêt +pharmacologique. + + * * * * * + + +[Note 351 : HECKEL. — Les Kolas africains, p. 91. Toutefois M. HECKEL a +fait prudemment observer que ces graines ne renfermaient probablement +pas de caféine.] + +[Note 352 : Cette plante est très vraisemblablement le _Cola +Trillesiana_ que nous avons cité à la page 186 de cet ouvrage.] + +[Note 353 : K. SCHUMANN in ENGLER. — _Monogr. Afr. Pflanz._, V, 1901, p. +102.] + +[Note 354 : _Kew Bulletin_, 1907, p. 408-409.] + +[Note 355 : Les Gabonais donnent le nom d’_Orindé_ à diverses plantes +considérées par eux comme jouissant de propriétés aphrodisiaques. L’une +des plus réputées et des mieux étudiées est une apocynée, le +_Tabernanthe Iboga_ Bn. dont les racines renferment un alcaloïde +l’_ibogaïne_ (LANDRIN).] + +[Note 356 : E. HECKEL. — L. c., p. 148.] + +[Note 357 : E. HECKEL. — L. c., p. 138.] + +[Note 358 : HECKEL. — L. c., p. 150.] + +[Note 359 : HECKEL suppose que l’_Ombénè atténa-téna_ constitue une +variété de son _Cola Ballayi_ (qui renferme, comme nous l’avons montré, +le _Cola Ballayi_ vrai et le _Cola acuminata_ Schott et Endl.). Dans +aucune espèce de la section _Eucola_, les graines ne nous ont donné un +si faible rendement en caféine.] + +[Note 360 : On a cité aussi _Cola lepidota_ K. Schum., espèce du +Cameroun, appartenant à la section _Cheirocola_, comme pouvant donner +des noix utilisables. (Voir E. DE WILDEMAN. Plantes tropicales, I, p. +295). + +Il est fort douteux que ce renseignement soit exact.] + +[Note 361 : _Journ. Pharm. et Chim._, VII. p. 88 — et in HECKEL et +SCHLAGDENHAUFFEN, Les Kolas, 1884, p. 33.] + +[Note 362 : HECKEL. — Loc. cit., 1893, p. 108.] + +[Note 363 : HECKEL. — Loc. cit., 1893, p. 220.] + +[Note 364 : Les mangeurs de Kola de la Sénégambie et de la Guinée +française font aussi usage du _Gingembre_, nommé _Niamacou_ en Mandé, +_Guinyar_ ou _Guiyar_ en Wolof. On mâche les rhizomes après avoir mâché +la noix. Sa saveur, dit-on, fait apprécier davantage les qualités du +Kola et comme il passe pour aphrodisiaque, il stimulerait activement, +combiné avec le Kola, la fonction génésique. Il est cultivé en grand à +Sierra-Léone, dans certaines parties de la Guinée française (Rio-Pongo) +et en petite quantité dans le sud du Soudan. Les caravaniers, +transportant les noix de gouro, emportent avec eux, vers le nord, ce +Gingembre et, parvenus sur le Niger, vendent chaque griffe 0 fr. 10 ou 0 +fr. 05, c’est-à-dire aussi cher que l’amande de Kola.] + + + + + CHAPITRE XX. + + * * * * * + + =Rôle du Kola dans la vie des Indigènes.= + + * * * * * + + + =CROYANCES, RITES, SUPERSTITIONS, USAGES, RÉGIME DE LA PROPRIÉTÉ.= + + +Nous ne croyons pas qu’il existe, dans toute l’Afrique, un produit +végétal qui jouisse chez les noirs d’une réputation comparable à la noix +de Kola. Une grande partie des propriétés attribuées à cette amande sont +du reste fondées ainsi que l’ont établi les recherches de HECKEL et +SCHLAGDENHAUFFEN et comme l’ont confirmé encore les travaux exposés dans +la troisième partie de notre ouvrage. + +Les vertus merveilleuses des Kolas sont apparues aux peuples primitifs +comme une manifestation de la puissance divine. Les peuples primitifs +vénèrent toutes les forces de la nature ; n’est-ce pas par une de ces +forces qu’on obtient d’une graine de saveur peu agréable au premier +abord un état de bien-être absolument réel ? + +Les féticheurs ont entretenu soigneusement la croyance à l’origine +divine du Kola et la religion de Mahomet non seulement a laissé à la +précieuse noix le rôle social et religieux qu’elle avait avant les +conquêtes de l’Islam, mais elle lui a attribué des vertus encore plus +grandes. + +Aussi la semence du Kolatier tient une place immense dans les légendes, +dans les mythes, dans les cérémonies du culte et dans les cérémonies +profanes ; en un mot dans tous les actes importants de la vie des +populations soudanaises. + +Le Kola est l’excitant par excellence des noirs africains. Il tient chez +eux la place donnée au thé chez la race jaune ; au Soudan, il a une +importance comparable à celle qu’a aujourd’hui en Europe le café. + +Il convient d’ailleurs de remarquer que son emploi est d’autant plus +répandu et ses vertus appréciées, que les peuplades sont parvenues à un +degré de civilisation plus avancé. Chez les races du Sénégal et du +Soudan, converties depuis longtemps à l’Islam, il a acquis une notoriété +supérieure à celle de toutes les plantes dont le Prophète a recommandé +l’usage dans le Coran, et, selon un dicton répété par tous les marabouts +noirs, celui qui sera engraissé de noix de Kola ira droit au ciel. + +Il est regardé partout comme la source ou l’emblème de la vigueur et de +la puissance. C’est l’orgueil de beaucoup de chefs de ces pays d’avoir +fait leur alimentation exclusive de Kolas pendant des périodes +excessivement longues. + +L’usage de ce produit a pris une extension très grande depuis qu’a +commencé la pénétration européenne. La noix de Kola s’est en quelque +sorte démocratisée ; aussi on peut espérer qu’au fur et à mesure que les +diverses régions de l’Afrique tropicale s’ouvriront à la civilisation, +la consommation de la précieuse amande s’accroîtra encore dans des +proportions considérables. + + + =Propriétés réelles attribuées au Kola par les indigènes.= + + +_Comme excitant et tonique._ — Tous les Noirs, dans les régions où +existe le Kola connaissent ses propriétés stimulantes. + +Il supprime la fatigue résultant d’un effort prolongé et permet de +soutenir cet effort sans défaillance pendant des heures. + +Il permet de supporter longtemps la soif et la faim. + +Il procure un état de bien-être général. Il stimule l’activité des +traitants qui en font généralement une consommation abondante. Le Kola +possède toutes les vertus, au dire de tous les Soudanais et Sénégalais +avec lesquels nous avons vécu. + +« Il est pour nous ce qu’est pour vous le café », me disait un jour un +notable ayant vécu longtemps au contact des blancs. Nous trouvons, dans +une lettre du P. KLAINE au botaniste PIERRE, une expression populaire +heureuse pour caractériser les propriétés de la noix de Kola : « Les +vieux Gabonais, dit-il, aiment mâcher le Kola. Ils prétendent qu’il les +_ravigotte_ et qu’il donne plus de vigueur à leurs membres. » + +Chose très curieuse, toutes les peuplades forestières vivant dans les +régions où la noix est abondante, en font un usage très modéré et y +attachent peu d’importance. On sait que ces peuples sont parmi les plus +primitifs de l’Afrique. + +Au contraire, les peuples soudanais parvenus à une véritable +civilisation, s’en montrent extrêmement friands. A cause de la cherté de +la noix, la classe des notables est presque seule à en consommer, mais +dès qu’un Noir de condition modeste s’élève à une situation lui +permettant de satisfaire ses goûts, il devient un mangeur de Kolas. Nos +tirailleurs, nos miliciens, nos interprètes, nos boys même, s’ils sont +du Soudan, en consomment de grandes quantités. + +Demandez à un jeune Noir ce qu’il fera s’il devient riche un jour. S’il +est d’un centre européanisé depuis longtemps et s’il est franc, il +répondra — c’est probable — « qu’il voudrait vivre comme les blancs et +commander ou ne rien faire » ; mais s’il est Soudanais et s’il ne s’est +pas encore trop frotté à notre civilisation, vraisemblablement, il vous +dira : + +« J’achèterai beaucoup de femmes, j’aurai des chevaux et des _griots_ +(musiciens), et je mangerai beaucoup de noix de Kola. » + +Les populations de la grande forêt vierge, si elles font peu de cas de +la noix de Kola, en connaissent fort bien les propriétés, mais ils ne la +dégustent pas à la manière des Soudanais. + +Elle se mange ordinairement fraîche et saupoudrée de poivre et de sel. +On prétend qu’elle agit ainsi beaucoup plus énergiquement. + +Chez les Trépo de la Côte d’Ivoire, par exemple, l’absorption du Kola +sous cette forme est un fait courant. Les hommes se réunissent par +petits groupes pour l’absorption. La femme de l’un d’eux pile un mélange +de sel du commerce et de petits fruits de Piment enragé (_Capsicum +frutescens_). La poudre ainsi préparée est placée sur un fragment de +feuille de bananier au milieu du groupe des hommes réunis pour manger +les Kolas ensemble. Ils n’absorbent qu’une petite quantité de noix à la +fois, non point par privation, puisque ce produit est commun autour de +chaque village, mais pour la raison qu’il suffit d’un petit fragment +pour obtenir l’effet désiré. Habituellement, une belle noix suffit pour +5 ou 6 hommes qui s’accroupissent en cercle autour de la poudre de sel +et de piment. Un des hommes coupe la noix avec ses dents en autant de +parts qu’il y a d’assistants. Chacun plonge le morceau qu’il a en main +dans la poudre épicée, puis le grignotte en le plongeant plusieurs fois +dans le mélange de sel et de piment. Il est en outre recommandé pendant +qu’on se livre à ce festin, de boire une bouteille d’alcool de traite +(le _gin_ de la Côte occidentale d’Afrique), ce qui faciliterait +l’absorption du principe actif. Les hommes adultes seuls dégustent ainsi +le Kola en société, mais les jeunes gens et les femmes mariées ont aussi +la liberté d’en manger. + +Les Trépo n’attribuent point comme les Soudanais des propriétés +aphrodisiaques à ce produit, mais ils sont unanimes à le considérer +comme un aliment d’épargne qui stimule les forces lorsqu’il se présente +un travail pénible à accomplir ou une longue marche à effectuer. « Avec +des noix de Kola on peut rester des jours sans manger et on n’a jamais +faim », prétendent-ils, et les Soudanais sont tous aussi de cet avis. + +Au Gabon, suivant le P. KLAINE (_Lettre_ du 7 sept. 1898 à PIERRE), on +fait des Kolas deux sortes d’usages. « Quand un indigène a un long +voyage à effectuer, il ne se sert guère que des graines de _Cola_ qu’il +suce en mâchant et en alternant avec du Piment mélangé de sel[365]. Cela +lui permet d’empêcher la faim et de trouver l’eau agréable. Il a un +effet moins enivrant que l’Iboga ». + +Les mangeurs de Kola ne font ordinairement pas usage du tabac. L’usage +de ce dernier produit, vraisemblablement importé dans l’Afrique noire +depuis quelques siècles seulement, s’est généralisé jusqu’au centre de +l’Afrique et les régions où on fume le moins sont habituellement celles +où on consomme le plus de Kolas. + +Les fumeurs de chanvre de l’intérieur de la forêt congolaise se servent +à peine de la noix de Kola. + + +_Comme médicament._ — 1o La noix de Kola est fréquemment employée pour +combattre la diarrhée (DANIELL). + +2o On l’emploie parfois contre la fièvre paludéenne. Dans le Bas-Niger, +écrit le commandant MATTEI, « les rois, les grands chefs et les gens +riches, mâchent des Kolas toute la journée, n’avalent que le sucre du +fruit ; ils disent que c’est un fébrifuge »[366]. CHALOT a relaté ce +curieux procédé de traitement en usage dans le moyen Congo. « Le +féticheur-médecin (Nganga) fait une quantité de petites incisions sur le +front du fiévreux ; ensuite il mâche le Kola mélangé de piment indigène +à petit fruit ; quand le tout est bien malaxé, il le jette sur le front +du malade qui ensuite va se reposer ; c’est une sorte de cataplasme +composé de Kola et de Piment. Plusieurs tribus emploient cette méthode : +les Bakounis, Bakembas, Bakongos, Batékés..., déclarent que ce moyen est +infaillible »[367]. + +3o Les Abés de la forêt de la Côte d’Ivoire quand ils toussent mangent +des fragments de Kola avec du sel. Ils considèrent la noix comme un +médicament et non comme un excitant. Ils ne lui attribuent pas de +propriété aphrodisiaque. + +4o Au Soudan, beaucoup de Noirs croquent un fragment de noix de Kola +quand ils ont la migraine. + + +_Comme aphrodisiaque._ — Dans quelques régions du Soudan, le Kola est +considéré comme aphrodisiaque, mais, dans ces régions même il est loin +d’être regardé par les indigènes comme un vert-galant aussi merveilleux +que l’ont rapporté divers explorateurs. + +Par contre beaucoup d’indigènes disent qu’il n’a point d’action sur le +sens sexuel, mais _il rend heureux_ et c’est à ce titre qu’il prédispose +à la recherche du plaisir. + +Cependant, ainsi que nous l’avons montré dans le chapitre consacré à la +physiologie, la noix de Kola à faible dose serait plutôt un excitant du +sens génésique. + +Le Dr RANÇON est très affirmatif à ce sujet : « Les Noirs, dit-il, +regardent le Kola comme un puissant aphrodisiaque. On sait combien les +peuples primitifs tiennent à conserver le plus longtemps possible leur +vigueur génésique. Aussi les peuples du Soudan font-ils, dans ce but, +une ample consommation de Kolas. Jeunes, les hommes en mangent pour +augmenter leur virilité ; vieux pour la voir reparaître s’ils l’ont +perdue. Il donne surtout aux jeunes gens une excitation assez durable et +génésiquement utilisable si je puis parler ainsi. Je doute qu’il agisse +de même sur les vieillards épuisés ». + +A Djenné et à Tombouctou, les jeunes garçons et les femmes se +dissimulent pour manger les Kolas afin d’éviter les quolibets des +hommes. Certains dandys au contraire les mangent avec ostentation. Tout +jeune Wolof de marque en porte constamment avec lui pour en offrir à ses +amis de rencontre et il est de bon ton de garder la pulpe de Kola mâchée +aux commissures des lèvres pour indiquer qu’on en est repu. Cela est +considéré par les jeunes Noirs, comme aussi distingué que d’avoir à la +bouche une cigarette comme en fument les européens. Nous croyons +toutefois que beaucoup de Noirs mangent des Kolas en grande quantité +soit par vanité, soit par fanfaronnade. + +Pendant sa captivité à Kayes en 1898, Samory racontait volontiers qu’il +s’en était alimenté exclusivement pendant de longues périodes et un +autre jour un nègre bambara nous affirma être d’essence supérieure parce +que son père, pendant des mois entiers, en avait fait toute sa +nourriture. + +Le Kola est considéré, en beaucoup d’endroits, comme un produit si +précieux que les hommes libres seuls ont le droit d’en manger. Il nous +souvient qu’en 1899, alors que l’esclavage existait encore dans la +Boucle du Niger, les porteurs auxquels nous offrions parfois des noix de +Kola comme gratification, se cachaient ordinairement pour les croquer, +ce fruit divin n’étant permis qu’aux seuls hommes libres, « les fils +préférés du Prophète ». + + + =Les Kolas dans la vie sociale et domestique.= + + +Ce n’est pas seulement au point de vue médical que les Kolas jouent un +rôle important en Afrique occidentale. On les utilise dans presque +toutes les circonstances de la vie. + +« Ils sont tour à tour, écrivent J. et H. VUILLET : cadeau de +fiançailles ou de mariage, gage d’amitié ou d’amour, amulette, offrande +aux féticheurs, objet d’échange remplaçant la monnaie, tribut, surpaye, +fétiche d’épreuve que l’on mange en prêtant serment »[368]. + +Dans les Pays Bambaras et dans le Kissi, quand un homme veut demander +une jeune fille en mariage, il envoie au père un panier de Kolas +contenant à la fois des noix blanches et des noix rouges. Si la demande +est acceptée, le père garde les Kolas ; dans le cas contraire, il +retourne à l’envoyeur des Kolas rouges. De même si un jeune homme au +Kissi veut obtenir les faveurs d’une jeune fille, il lui envoie en +cadeau, sans autre explication, un lot de Kolas blancs. + +Si la jeune fille accepte une entrevue, elle garde les Kolas et n’envoie +rien en échange ; si, au contraire, l’offre n’est pas agréée, elle +conserve les Kolas blancs, mais envoie en échange des Kolas rouges. Le +don de noix blanches au jeune homme correspondrait à une insulte. + +Les Kolas blancs et les Kolas rouges se trouvant ordinairement réunis +dans les mêmes fruits, l’échange d’amandes de couleurs variées est +devenu le symbole du mariage ; mais, là comme en toutes choses, il y a +des usages à suivre qui varient d’un pays à l’autre. C’est ainsi qu’au +Fouta-Djalon et dans la Boucle du Niger, il est de bon goût d’offrir à +un étranger des Kolas blancs, et, si l’on n’en possède que des rouges, +en les offrant on ajoute ordinairement : « Si cela dépendait de moi, ils +seraient blancs ». + +« Lorsqu’un étranger de distinction, écrivait en 1890 le commandant +MATTEI, vient leur faire visite, les rois et les princes lui offrent une +poignée de Kolas en signe d’alliance et d’amitié »[369]. + +Les premiers explorateurs qui pénétrèrent au cœur du Soudan trouvèrent +en effet des provisions de Kolas frais chez tous les chefs. C’était le +plus agréable et le plus précieux des cadeaux. + +Dès qu’une caravane de dioulas en apportait dans un village éloigné, le +chef qui s’en rendait acquéreur distribuait cette friandise à ses amis +et à ses hôtes. + +Le Kola est, dans tout le Soudan, le symbole de l’amitié et comme il a +une grande valeur commerciale, il est aussi pour celui qui l’offre +l’expression de la richesse. + +Le Kola, aux yeux de tous les Soudanais, est un fruit noble. Le premier +devoir de l’hospitalité est d’en offrir à l’hôte qu’on reçoit. Lorsque +je rencontrai pour la première fois le sultan actuel du Baguirmi, +Gaourang, à Corbol, sur le moyen Chari, en plein cœur du Soudan, où il +était venu en expédition, il m’invita à boire du thé (du véritable thé +d’une marque anglaise apporté à travers le Sahara) et pendant qu’un +esclave versait le thé et du lait frais, un autre faisait circuler sur +un plateau en cuivre des Kolas rouges très frais, dont plusieurs charges +avaient été apportées quelques jours auparavant par une caravane de +Haoussas. Le sultan avait voulu me donner ainsi un témoignage d’amitié +sincère. + +Même quand on ne possède qu’une seule noix de Kola les lois de +l’hospitalité exigent, au Soudan, qu’on la brise avec les dents en +autant de morceaux qu’il y a d’amis présents. + +Manger des Kolas ensemble équivaut, chez les Soudanais, à l’échange du +sang chez d’autres peuplades. + +La plus grosse insulte, de la part d’un indigène, serait de refuser les +Kolas qu’on lui offre : le partage d’un Kola est un symbole de +confiance. + +C’est sur la précieuse noix que se scellent les amitiés, que se signent +les traités, que se prêtent les serments. Mangé en commun avec un homme, +il vous lie indéfiniment à lui. Même si par surprise vous avez été amené +à le partager avec un ennemi, vous devez rester réciproquement attachés +l’un à l’autre et vous n’avez plus le droit de vous combattre. + +Les Noirs oublient du reste fréquemment de telles obligations ; mais un +témoin pourra un jour venir rappeler aux deux adversaires qu’il les a +vus manger le Kola en commun, et ce simple souvenir sera souvent une +cause de réconciliation. + +Le Kola blanc jouit particulièrement d’un prestige considérable au +Soudan nigérien. « Il est d’usage, par exemple d’échanger des noix de +Kola blanches en guise de sympathie, d’en offrir aux personnes qui se +marient en signe d’amitié, d’en présenter aux parents d’un défunt en +signe de deuil, d’en donner à ceux qui ont fait preuve de courage ou de +force en telle circonstance »[370]. + + + =Rôle du Kola au point de vue religieux.= + + +Le Kola est considéré comme un produit sacré par tous les musulmans. Une +légende, répandue dans le Sokoto et dans le Pays Haoussa, dit « que le +Prophète s’est assis sous un Kolatier et qu’il a offert des noix à tous +ses disciples. Tous les musulmans du centre africain vénèrent donc cet +arbre à cause de la légende qui a traversé les siècles et qui est encore +aujourd’hui en honneur. »[371] + +Dans d’autres parties du Soudan, on raconte que celui qui mourra +engraissé de Kolas, ira tout droit au paradis d’Allah. + +Ce sont évidemment les traficants musulmans qui ont répandu ces légendes +d’autant plus absurdes que les Kolatiers n’ont jamais existé dans les +pays où vécut Mahomet. + +Les premiers musulmans du Soudan occidental (Soninkés et Mandés-Dioulas) +qui s’avancèrent au sud de la région nigérienne, répandirent dans toutes +les terres d’Islam de la zône soudanaise la précieuse noix qui, avec le +commerce des esclaves, celui de l’or et de l’ivoire, constituait le +principal trafic de ces contrées. + +Djenné était alors l’un des principaux centres où ces riches produits +étaient apportés, pour être ensuite dirigés dans toutes les contrées +converties à la religion du Prophète. + +« Cette ville Sonraï, peuplée fort peu de temps après sa conversion, en +1050, de tous les éléments musulmans du Nord et spécialement de _Mandé- +Sô_, devint la grande métropole musulmane en même temps que la ville +commerciale la plus fréquentée de l’Afrique Occidentale, et même une des +grandes places de commerce de l’Islam. »[372] + +La création de Tombouctou, quelques siècles plus tard, étendit la +réputation du fruit fameux plus loin vers le nord, et cette réputation +s’étendit, certainement, jusque dans l’antique Gaô (Gana), à Oualata et +jusque dans les oasis du Touat. + +Les approvisionneurs de ces marchés étaient installés dans le Haut- +Niger. Dès une époque très ancienne, ainsi que nous l’avons vu +précédemment, ils étaient déjà fixés non seulement au Bouré, mais aussi +à Kankan, Touba, Odienné, Beyla, Moussadougou, Sambatiguila, d’où des +colonnes partaient constamment vers le sud, soit pour y faire des +razzias d’esclaves, soit simplement pour s’y procurer, par voie +d’échange, des produits commerciaux. Ces musulmans étaient venus du +nord, dans ces régions, en marchands, « attirés, écrit ARCEN, par l’or +jaune du Bouré, par les bienfaisantes noix de Kola de la forêt, par la +robustesse des païens Bamana (Bambara), que les vainqueurs d’un jour +leur vendaient comme esclaves ». + +Dès cette époque, le Kolatier était sans doute comme aujourd’hui +domestiqué (au même titre que l’_Elæis_) sur les confins nord de la +forêt de l’Afrique Occidentale. Pour empêcher la propagation de cet +arbre vers le Nord, ce qui aurait rendu leurs expéditions inutiles et +par conséquent arrêté leur commerce, les Dioulas répandirent cette +légende, aujourd’hui ancrée chez toutes les populations soudanaises que +_quiconque plantait un Kolatier devait mourir lorsque cet arbre +commençait à rapporter_. + +Le commerce était très fructueux, car, pour transporter les ballots de +noix, on employait les esclaves, achetés aussi à la lisière de la forêt +pour un prix infime, souvent pour quelques morceaux de sel de +Tombouctou, et on n’avait pas à se préoccuper de leur nourriture en +route. Pour étendre leur trafic, les dioulas présentèrent le Kola comme +un fruit cher au Prophète : cela leur était d’autant plus facile qu’ils +étaient pour la plupart des sortes de missionnaires marabouts, analogues +à ces razzieurs d’esclaves qui, vers le milieu du XIXe siècle, avaient +porté leurs opérations jusque sur les confins du Nil, du Chari et même +de Haut-Oubangui et que nous avons vus nous-même, il y a très peu de +temps encore, dans le Haut-Chari, le Coran d’une main et le fusil de +l’autre faire la guerre sainte (le _djeha_) contre les païens ou +_Fertit_, en réalité cherchant à capturer des esclaves pour les vendre +et cachant sous un prétexte religieux la plus lâche et la plus brutale +vénalité. Revenus en terre d’Islam au milieu de leurs corréligionnaires, +ces razzieurs passaient pour des ouvriers de la sainte cause, pour des +_Ouali_ (saints), et leur parole était d’autant mieux accueillie qu’ils +circulaient souvent dans des pays nouvellement convertis à l’Islam. Ils +n’hésitèrent pas, pour écouler leur marchandise, à dire que les Kolas +étaient la nourriture la plus sacrée aux yeux de Mahomet, et c’est +certainement ainsi que naquirent les croyances rapportées plus haut. + +L’anecdote suivante montre en quel respect on tient les arbres +producteurs. Nous trouvant, en 1899, dans un petit village des environs +de Kankan où existait un superbe Kolatier en fleurs, nous fîmes demander +au chef du village l’autorisation d’en couper un rameau pour nos études. +Grand émoi ! Le chef ne voulait pas refuser, mais il n’osait pas +permettre ! Ne voulant pas se prononcer lui-même, il fit venir quelques +vieillards ainsi que les représentants de la famille à laquelle +appartenait l’arbre. Après un long palabre, on décida qu’en ma qualité +d’Européen je pouvais me permettre de prélever les spécimens demandés, +mais je dus les couper moi-même, personne n’ayant osé faire cette +opération, et tous les assistants jurèrent par Allah qu’ils n’étaient +pas responsables des malheurs qui allaient sans doute m’atteindre. + +Même dans les Pays fétichistes, les Kolas jouent un rôle important dans +les cérémonies religieuses. + +En Guinée française, « le Kola, écrit FAMECHON, était mêlé aux +cérémonies de la religion des esprits que pratiquaient les Noirs avant +d’être musulmans »[373]. + +Chez les Bagas, on plante un Kolatier pour commémorer la naissance de +chaque enfant ou tout évènement mémorable pour la famille. + +« Mélangée à du sang de poulet, la noix de Kola entre dans beaucoup de +sacrifices en usage chez les Kissiens : offrandes aux morts, offrandes +aux statuettes (_pombdo_) représentant l’image des défunts. Les +instruments de musique sont même imprégnés de ce bizarre mélange qui +éloignerait une foule d’esprits malfaisants »[374]. + +Dans la région de Diorodougou quand un chef fait la cérémonie du +_Baptême_ d’un de ses enfants (lui donne un nom), il plante ce jour-là +un Kolatier qui appartiendra plus tard à l’enfant. Dans ce pays aussi, +sur les tombeaux des chefs, à la tête on plante un Kolatier qui est la +propriété du fils aîné du mort. Les indigènes attribuent à l’arbre ainsi +planté une croissance plus rapide qu’aux autres. + +Enfin, pour communiquer avec les parents morts, on répand sur la tombe +de l’eau où ont séjourné des Kolas. + +D’autre part, au Dahomey, le Kola joue aussi le rôle d’offrande au +fétiche ou aux féticheuses. Pour rendre les dieux favorables, on mâche +une noix et on crache le produit de la mastication sur l’idole. « Dans +les cérémonies fétichistes, assure SAVARIAU, le Kola joue un certain +rôle. On en offre aux fétiches à l’occasion des fêtes funéraires, des +mariages, des naissances, etc. ; dans ces circonstances, on emploie +toujours le Kola blanc. On en offre au fétiche du tonnerre, à la fin de +la saison sèche, de façon à se le rendre favorable et à l’engager à +faire tomber beaucoup d’eau pour assurer le succès des récoltes »[375]. + +Les danseuses-féticheuses de ce pays (_Vodousi_) en ont constamment avec +elles ; ils proviennent d’offrandes et elles les offrent à leurs amis. + + + =Superstitions.= + + +Bien des croyances absurdes ont cours aussi au sujet des Kolatiers et +des noix de Kola. Nous en citerons seulement quelques-unes : + +Dans les régions sud du Soudan, d’après CAZALBOU, pour réussir les semis +de Kolatiers, il est nécessaire d’arroser le terrain ensemencé avec du +sang de mouton. Ensuite on place auprès de la noix germée quelques +graines de coton indigène et de fonio (_Paspalum exile_ Kit.)[376]. + +Pour jurer sur les Kolas, les Kissiens « fabriquent un médicament +(_Kamelila_ en malinké) composé d’une pâte de Kola râpé et d’un féculent +quelconque. La personne qui doit faire un serment avale cette pâte en +présence de témoins et si plus tard elle viole son serment, le pouvoir +du médicament agira aussitôt. Le parjure tombera malade pour mourir +ensuite. Heureusement qu’elle peut se délier de son serment en rejetant +le _Kamelila_ au moyen d’un vomitif. Encore faut-il, pour que ce +deuxième acte réussisse qu’il se passe devant les témoins du +premier »[377]. + +D’après le P. KLAINE, les vieux Gabonais ne laissent pas habituellement +les jeunes gens user du Kola « pour les empêcher d’être trop excités et +de devenir sorciers ». + +« Dans les endroits où on enterre le Kola pour le conserver, on prétend, +ajoute le P. KLAINE, que quand le tonnerre gronde, les noix recouvertes +de sable s’en dégagent et se mettent à sauter ». + + + =Formes sous lesquelles le Kola est consommé par les indigènes.= + + +C’est sous forme de Kola frais que les Noirs de la zône soudanaise et +des régions forestières consomment toujours le produit dont nous nous +occupons. Fréquemment ils mastiquent en même temps soit des rhizomes de +Gingembre, soit des amandes de _Garcinia Kola_. Nous avons vu +précédemment qu’en certaines régions on assaisonnait aussi les noix +crûes avec du sel, du piment et parfois avec du poivre. + +Au Kissi, d’après CASTÉRAN, « les vieillards qui n’ont plus les dents +solides absorbent les Kolas après les avoir râpés »[378]. + +Le rapport commercial de Sierra-Léone pour 1909, rapporte que, dans les +pays situés dans l’Hinterland de la Gambie, les noix fraîches sont +parfois écrasées, mélangées avec du miel et assaisonnées avec du +gingembre, du poivre et d’autres condiments. « On dit que cette +composition forme un aliment très complet et très nutritif ». + +Dans les parties du Soudan, les plus éloignées de la zône de production, +par exemple au Sokoto, au Bornou, au Baguirmi, une partie des noix ne +parvient qu’à l’état desséché. + +Elles sont considérées par les indigènes comme ayant beaucoup moins de +valeur sous cet état, mais les dioulas les mettent néanmoins en vente. + +Les noix sèches sont pilonnées par les indigènes et réduits en poudre +impalpable que l’on consomme en la délayant dans du lait ou en +l’ajoutant à du miel. + +A la Jamaïque, depuis longtemps, d’après le _Bulletin de Kew_[379], sur +les indications du Dr NEISH, on a essayé d’en faire « un breuvage +stimulant préférable au cacao, parce que la noix de Kola contient moins +d’amidon et moins de matière grasse et donnerait ainsi un produit plus +facile à digérer ». + +Enfin, en Europe, la préparation du Kola au lait dont font usage +quelques indigènes du Soudan, a été recommandée par le Dr SCHUMBURG +comme un produit alimentaire de première valeur. + +A titre documentaire ajoutons qu’en beaucoup de régions africaines, la +noix de Kola est employée pour fabriquer une teinture rouge[380]. + + + =Régime de la propriété des Kolatiers.= + + +Il existe chez divers peuples des usages particuliers au sujet de la +propriété des Kolatiers et de leur transmission par succession. + +Chez les peuplades des régions côtières, ils sont ordinairement en +propriété individuelle et ils se transmettent par héritage suivant les +mêmes règles que les autres biens. + +Il en est encore ainsi dans le Kissi. + +Dans les cercles de Kouroussa et de Kankan où ils sont souvent nés de +graines perdues, les Kolatiers appartiennent à celui qui les a semés ou +à celui près de l’habitation duquel ils sont apparus et qui les a +soignés pendant qu’ils étaient jeunes. Alors que les autres biens +passent par héritage aux collatéraux (frères ou neveux), les Kolatiers +appartiennent toujours au fils aîné ou à la fille aînée. + +Chez les Dans ou Dyolas, les chefs et certains notables peuvent +seulement posséder des Kolatiers. D’après le capitaine LAURENT, ces +arbres demeurent tant qu’ils durent, la propriété de celui qui les a +plantés. « Les femmes, écrit-il, peuvent posséder toutes sortes de +biens, excepté des Kolatiers. En cas de mort, le frère aîné du chef de +famille hérite des Kolatiers et de tous les autres biens, mais il doit à +chaque récolte répartir les fruits entre ses frères. » + +Chez les Bétés, les Kolatiers sont surtout la propriété des chefs. + +Même lorsqu’ils se rencontrent au loin dans la forêt, ils sont toujours +la propriété de familles déterminées et il est très rare que les fruits +existant sur ces arbres difficiles à surveiller, soient pillés par les +étrangers. Il est aussi très rare que des contestations surviennent au +sujet de la possession de cette essence précieuse, et ces contestations +n’entrainent jamais de guerre. + +Chez les Lôs, d’après le lieutenant BEIGBEDER, ces arbres seraient en +communauté. + +Dans l’ancien Dahomey, les rois étaient seuls possesseurs des bouquets +de forêts dans lesquels sont habituellement cultivés les Kolatiers. +Aujourd’hui ces arbres appartiennent à ceux qui les ont plantés. + +D’après SAVARIAU[381], beaucoup de Dahoméens ont pris l’habitude « de +planter, lorsqu’il leur naît un enfant, un ou plusieurs Kolatiers qui +deviennent la première propriété du nouveau-né. A la mort d’un chef de +famille qui possède des arbres à Kola, ceux-ci sont répartis également +entre tous les descendants, de sorte qu’un Kolatier a parfois plusieurs +propriétaires. » + +Tout en respectant les usages locaux, notre administration devra +s’efforcer dans les diverses colonies de l’Ouest africain, de développer +la propriété privée des Kolatiers. Les arbres ensemencés doivent +appartenir à celui qui les plante (à moins qu’il ne soit employé +rémunéré d’un autre Noir) et ils doivent être transmis par héritage +suivant les règles habituelles à chaque peuplade. + +C’est en répandant cette notion chez les tribus où elle n’existe pas +encore, que nous arriverons à développer la culture de l’essence +précieuse. + +Chez presque toutes les tribus primitives, le sentiment de la propriété +des Kolatiers existe réellement déjà. + +Ainsi dans tout le Pays Bakoué (Basse Côte d’Ivoire), bien que les Kolas +ne donnent lieu à aucun commerce, on trouve des Kolatiers plantés aux +abords de chaque village, mélangés aux orangers, aux corosoliers, aux +arbres à pain. On attache à ces arbres une sorte de culte ancestral. Il +en coûterait à un indigène d’être obligé de couper un de ces Kolatiers, +non point qu’on lui attache la moindre valeur pécuniaire, mais on +respecte l’arbre planté par quelque ascendant et qui perpétue le +souvenir de l’ancêtre disparu. L’emplacement des villages change +fréquemment dans la région forestière de la Côte d’Ivoire, mais à de +longs intervalles les diverses familles d’une tribu reviennent cependant +réhabiter au même endroit, à moins qu’elles n’aient été chassées au loin +par une guerre. Chaque chef de famille retrouve alors l’endroit où il +doit bâtir sa case, grâce aux arbres que ses aïeux ont planté autrefois. +Il n’y a presque jamais de contestation à ce sujet et c’est un fait +social bien remarquable que de retrouver chez ces peuples extrêmement +primitifs, le respect de ce qui vient des aïeux ; la notion de propriété +concerne seulement le produit de la culture et non la terre elle-même ; +celle-ci appartient à la collectivité du village, mais elle n’est ni +individuelle ni familiale. Quant à l’arbre planté par un ancêtre, il +constitue une propriété inaliénable, et c’est seulement en l’absence +d’héritiers qu’il échoit au chef du village, lequel en dispose à sa +guise. + + * * * * * + + +[Note 365 : Il est curieux de constater le même procédé de dégustation +dans des régions aussi éloignées que la Côte d’Ivoire et le Gabon.] + +[Note 366 : Bas-Niger Soudan, p. 102.] + +[Note 367 : CHALOT in HECKEL. — L. c., p. 283.] + +[Note 368 : J. et H. VUILLET. — Les Kolatiers et les Kolas. _Agr. Pays +Chauds_, 1906, 1er sem., p. 326.] + +[Note 369 : MATTEI. — L. c., p. 102.] + +[Note 370 : SAVARIAU. — L. c., p. 214.] + +[Note 371 : Commandant MATTEÏ. Bas-Niger, Bénoué, Dahomey, 1890, p. +101.] + +[Note 372 : A. ARCIN. — Guinée française, Paris, 1907, p. 485.] + +[Note 373 : FAMECHON. — La Guinée française. _Exposition de 1900_, p. +100.] + +[Note 374 : CASTÉRAN. — Les Kolatiers du Pays de Kissi. _Bull. Soc. +Acclim._, 1909, p. 277.] + +[Note 375 : SAVARIAU. — L. c., _Agr. Pays Chauds_, 1906, 2e sem., p. +213.] + +[Note 376 : CAZALBOU. — Les jardins d’essai au Soudan français. _Rev. +cult. col._, IV, 1899, 1er sem., p. 87.] + +[Note 377 : CASTÉRAN. — _Bull. Soc. Acclim._, 1909, p. 277.] + +[Note 378 : CASTÉRAN. — _Bull. Soc. Acclim._, 1909, p. 277.] + +[Note 379 : _Bull. of miscell. inform._, 1890, p. 253.] + +[Note 380 : BINGER. — L. c., I, p. 312.] + +[Note 381 : SAVARIAU. — L. c., p. 213.] + + + + + =CONCLUSIONS.= + + * * * * * + + +Nous nous bornerons à résumer ici les principaux faits nouveaux qui +découlent de l’étude précédente en nous étendant surtout sur les +conséquences pratiques qu’on peut en tirer. + + +I. — La noix de Kola est utilisée par les indigènes de l’Afrique +occidentale depuis une très haute antiquité. + +Léon l’AFRICAIN est le premier auteur qui en ait fait mention en 1556. +Le Portugais Edoardo LOPEZ et l’Italien PIGAFETTA signalent, en 1593, +les propriétés des noix rouges à quatre cotylédons. En 1605, CLUSIUS +indique la noix rouge à deux cotylédons comme venant de la région du +Cap-Vert. De nombreux voyageurs des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, dont +nous avons cité les textes, ont aussi appelé l’attention sur ce +produit ; mais, comme le remarquait LAMARCK, l’arbre producteur était +encore inconnu en 1789. + +En 1804, furent publiées les descriptions : 1o de l’un des arbres +donnant des noix à quatre cotylédons, par PALISOT DE BEAUVOIS ; 2o de +l’arbre donnant les noix à deux cotylédons, par VENTENAT, mais ce +dernier auteur ne soupçonna pas que la plante dont il donnait la +description succincte était la véritable source des bonnes noix de Kola. +Nous l’avons, pour la première fois, démontré au cours de cette étude en +examinant attentivement les types originaux conservés aux Herbiers de +Genève et de Paris. + +BARTER est le premier botaniste qui ait signalé d’une manière précise, +en 1860, qu’il existait une espèce de _Cola_ du Pays Achanti donnant des +noix à deux cotylédons et une autre espèce du delta du Niger et de +Fernando-Pô, donnant des noix à quatre cotylédons. Le premier aussi il +attira l’attention sur le _Bitter-Kola_, drogue employée comme succédané +du Kola et que les botanistes de Kew reconnurent, quelques années plus +tard, comme étant la graine d’un _Garcinia_. + + +II. — Il n’existe qu’un petit nombre d’espèces botaniques dans la +section _Eucola_, la seule section du genre _Cola_ produisant des +amandes utilisables. Faute de documents complets, tous les auteurs qui +se sont occupés de la systématique de ce groupe n’ont pas su les +différencier et ont créé un grand nombre de noms qui doivent tomber dans +le domaine de la synonymie. Les travaux récents de K. SCHUMANN, O. +WARBURG, W. BUSSE, loin de faire la lumière sur ce sujet, ont encore +accru la confusion. En reprenant l’étude en Afrique de nombreux +matériaux frais et à différents âges et en examinant en Europe les types +originaux des auteurs anciens, types conservés dans divers herbiers, +nous avons pu distinguer dans la section _Eucola_ cinq espèces +principales faciles à distinguer : + + +1o _Cola nitida_ (Vent.) A. Chev. — Synonyme de _Sterculia grandiflora_ +Vent. et de _Cola vera_ K. Schum. + + C’est l’espèce la plus généralement cultivée et celle qui donne + presque toutes les noix commerciales. Ses graines sont constamment à + deux cotylédons. Elle présente de nombreuses variations que nous avons + réunies en quatre groupes ou sous-espèces : + + _a_) _Cola rubra_ A. Chev. — Fournit exclusivement de grosses noix + rouges. + + _b_) _Cola alba_ A. Chev. — Fournit exclusivement de grosses noix + blanches. + + _c_) _Cola mixta_ A. Chev. — Fournit de noix rouges, des noix + blanches et parfois des noix rosées en mélange sur le même arbre. + C’est la forme la plus répandue à l’état cultivé. + + _d_) _Cola pallida_ A Chev. — Fournit des noix de petite taille, + souvent de coloration rosée. Vit dans la forêt de la Côte d’Ivoire. + + +2o _Cola acuminata_ (Pal. Beauv.). Schott et Endl. + + Cette espèce qui vit le long de la Côte de Guinée jusqu’à l’Angola, + donne constamment des noix à plus de deux cotylédons. Elles sont + mucilagineuses et moins estimées que celles de l’espèce précédente. + + +3o _Cola Ballayi_ Cornu. Synonyme de _Cola acuminata_ var. +_kamerunensis_ K. Schum. et de _Cola subverticillata_ De Wild. + + Espèce donnant, comme la précédente, des noix à quatre ou cinq + cotylédons, mais facile à distinguer par ses très grandes feuilles + groupées en faux verticilles. Elle vit principalement dans l’intérieur + de la grande forêt du Cameroun et du Congo et se rencontre encore au + centre de l’Afrique, le long du moyen Oubangui. + + +4o _Cola verticillata_ (Thonn. in Schum.) Stapf. + + Espèce facile à distinguer par ses feuilles verticillées par 3 ou par + 4, produisant des noix rouges très mucilagineuses à plus de deux + cotylédons. Elle vit à la Gold-Coast, au Dahomey, dans la Nigéria et + au Cameroun. Elle est rarement cultivée et ses noix de peu de valeur + sont généralement dédaignées par les indigènes. + + +5o _Cola sphærocarpa_ A. Chev. + + Espèce encore très incomplètement connue, donnant de grosses noix + blanches à plus de deux cotylédons qui ne sont probablement pas + comestibles. Elle vit sur le pic de San-Thomé. + + +Les deux cartes placées à la fin de cet ouvrage nous dispensent de nous +étendre sur la distribution géographique de _Cola nitida_ et de _Cola +acuminata_, les deux seules espèces offrant un grand intérêt économique. + +Pour la première fois sont exposées dans cet ouvrage les conditions +édaphiques et biologiques favorables à la vie des Kolatiers. Nous avons +aussi pour la première fois signalé le polymorphisme floral compliqué +des Kolatiers qui sont généralement andromonoïques, mais qui peuvent +devenir aussi androdioïques. Lorsque le _Cola nitida_ croît dans des +conditions défavorables, soit sous le couvert épais de la forêt, soit à +des altitudes dépassant 800 mètres au-dessus de la mer, il ne produit +plus que des fleurs mâles. + +Un tableau placé à la page 217, montre la philogénie présumée des +diverses espèces de la section _Eucola_. Les caractères morphologiques +de cette section ont été précisés. + +Nos recherches histologiques montrent l’intérêt qui s’attacherait à +l’étude comparée de toutes les espèces du genre _Cola_. Si l’anatomie de +la racine et de la tige est sensiblement normale, celle des diverses +régions du pétiole est des plus intéressantes. Les modifications de +structure constatées sont fonction de la physiologie spéciale de cet +organe, comme le montre en particulier l’examen des dessins schématiques +de la fig. 17 se rapportant exclusivement au renflement moteur. + +Quant à la valeur taxonomique des particularités histologiques +constatées, elle se dégagerait seulement d’une étude monographique. +Notons encore que le développement des téguments de la graine offre +aussi un certain intérêt. + + +III. — Au point de vue chimique, les faits nouveaux relatés éclairent la +question jusqu’alors passablement obscure. + +Les recherches de GORIS, entreprises sous les auspices de l’un de nous, +ont contribué à apporter un peu de précision dans nos connaissances sur +la composition de la noix fraîche. Si la caféine contenue dans l’amande +en est le principe chimique défini le plus important, il n’en reste pas +moins acquis que la forme sous laquelle ce produit xanthique entre en +combinaison dans la semence fraîche, doit être considérée comme ayant un +intérêt de premier ordre. + +On a désigné sous les noms de kolanine, de gluco-tanin du Kola, de rouge +de Kola, des corps non définis, ne représentant en réalité aucune entité +chimique réelle. + +On doit réserver la dénomination de _rouge de Kola_ aux produits +d’oxydation des combinaisons tannoïdes de la caféine qui existent dans +le Kola frais ; mais il est certain que, suivant les circonstances qui +ont présidé à ces oxydations, les produits obtenus, qui sont des _rouges +de Kola_, sont de constitution un peu différente. Il sera bon de ne pas +oublier que ces substances renferment toujours dans leurs molécules une +quantité, en général assez faible, de caféine. + +Cette caféine se trouve solubilisée dans la noix fraîche sous forme de +combinaison tannoïde et GORIS a pu, en prenant toutes précautions pour +éviter les oxydations, en isoler deux composés cristallisés nouveaux, +voisins des catéchines et qui ont reçu de leur auteur les noms de +_Kolatine_ et _Kolatéine_. Tous deux sont susceptibles de se combiner +avec la caféine en donnant des composés solubles, et ces découvertes +chimiques ont permis des observations physiologiques également nouvelles +et intéressantes. + +La dessiccation des noix entraînant, par suite de la deshydratation et +des actions diastasiques un changement considérable dans la composition +chimique, dont le plus important est la mise en liberté de la plus +grande partie de la caféine, on conçoit aisément qu’on ait attribué à +cette dernière substance l’action du Kola sur l’organisme. + +En effet, la majeure partie des expériences ont été faites sur des noix +desséchées, et cependant malgré cela il existe des différences +sensibles, qui s’accentuent encore si l’on s’adresse aux produits +frais ; c’est ce qui découle de l’exposé que nous avons fait dans le +Chapitre XII. + +Sans revenir sur ce qui a été dit, nous rappellerons seulement, sous +forme de conclusion, que la noix de Kola détermine une excitation +passagère agréable au début de son action, qui correspond à la période +de début de l’excitation nerveuse, ce qui ne se produit pas avec la +caféine ; l’action diurétique est plus faible qu’avec cette dernière et, +seule, la noix de Kola produit une action tonique intestinale. + +Enfin, le travail fourni sous l’influence du Kola est beaucoup plus +considérable que celui obtenu par l’usage de la quantité de caféine +correspondante ; de même l’action tonique est plus durable. + +Toutefois, si le Kola est l’aliment de luxe antidéperditeur par +excellence, il importe de se souvenir qu’on ne saurait faire abus de son +usage. + +L’un de nous a fréquemment fait usage du Kola frais au cours de ses +voyages dans l’intérieur de l’Afrique et en a toujours apprécié les +bienfaisants effets. + +Il permet d’accomplir sans fatigue des travaux pénibles et de supporter +des marches très longues. Il éloigne le sommeil et permet de consacrer +au travail les heures réservées habituellement au repos. Dans les pays +tropicaux, on éprouve fréquemment le besoin de faire la sieste après les +repas. En prenant avant le déjeuner, en même temps que la quinine, une +demi-noix de Kola, nous avons pu perdre très facilement cette habitude. +De même le soir, lorsque nous avions à veiller pour mettre des travaux +au point ou pour rédiger un courrier urgent, en mâchant une noix de Kola +nous parvenions non seulement à veiller facilement, mais l’activité +intellectuelle était stimulée et les pensées se précisaient au courant +de la plume. Le Kola nous procurait cette impression de bien-être que +VOLTAIRE appréciait tant quand il avait absorbé une tasse de café pour +se livrer à quelque travail intellectuel pénible. Le travail accompli, +nous nous endormions aussi facilement que d’habitude et nous ne +ressentions aucune dépression le lendemain. Nous avons constaté, comme +NACHTIGAL, qu’une demi-noix, une noix au maximum, devait suffire pour ne +pas amener une fatigue consécutive. + +Sous la réserve d’un usage modéré et non continu, le Kola est sans nul +doute l’excitant cérébral le meilleur à la disposition des +intellectuels, et c’est également un agent remarquable pour les hommes +de sport. + +Quant aux formes sous lesquelles il peut être consommé, il faut placer +en première ligne la noix fraîche elle-même mastiquée à la manière des +Noirs africains ; on pourra lui substituer pour des Européens les +diverses formes pharmaceutiques décrites dans cet ouvrage, en tenant +compte de ce fait que seules certaines préparations provenant des noix +fraîches stérilisées sont susceptibles de donner sinon d’une façon +totale, tout au moins d’une façon très approchée, la véritable action de +la drogue fraîche. + + +IV. — Quoiqu’il n’existe pas encore dans les colonies de plantations de +Kolatiers assez importantes et assez anciennes pour fournir des +renseignements précis sur les procédés de culture à pratiquer par les +Européens, on peut néanmoins profiter des expériences déjà réalisées +dans quelques Jardins pour orienter la culture pratiquée par les +indigènes, suivant des méthodes rationnelles. La zone où peuvent +prospérer ces arbres est bien délimitée et les soins qui leur +conviennent ont été précisés. Nous avons en outre signalé les races de +_Cola nitida_ qu’il convient d’ensemencer. + +Les rendements à attendre sont moins élevés que ceux indiqués par divers +auteurs. Il est rare qu’un Kolatier fleurisse avant la 7e ou la 8e +année. Il est rare aussi qu’il donne des rendements sérieux avant la +quinzième année. La production du même arbre est très variable d’une +année à l’autre. Un rendement de 10 kilog. de noix fraîches paraît être +le maximum de ce que l’on peut obtenir en une année du _Cola nitida_, +cultivé dans les meilleures conditions. Le rendement annuel moyen d’un +arbre adulte cultivé en terrain favorable ne doit pas s’éloigner +beaucoup de 600 noix fraîches pesant 5 à 8 kilog., de sorte que le +revenu d’une plantation comprenant 100 pieds à l’hectare, au prix de 1 +fr. le kilog. (valeur moyenne des noix fraîches sur place), serait de +500 à 800 francs et cela à partir seulement de la quinzième ou de la +vingtième année. Si les noix sont vendues à l’état sec, il faut réduire +ce chiffre de moitié. + +Il va sans dire que les arbres croissant près des habitations, dans des +terrains riches en humus et bien abrités, rapportent davantage, mais ce +sont des cas exceptionnels sur lesquels un planteur ne peut compter. + +Les Kolatiers ont à souffrir des déprédations d’ennemis nombreux, encore +incomplètement connus. Au Dahomey, des galeries profondes sont creusées +dans les branches et les troncs du _Cola nitida_ par un coléoptère, le +_Phosphorus Jansoni_. De tous les insectes qui attaquent les amandes des +Kolas, le plus connu et le plus dangereux est un curculionide, le +_Balaninus Kolæ_, sur lequel nous avons réuni des documents nombreux. +Nous avons en outre indiqué les méthodes de préservation usitées par les +indigènes. + +Enfin, pour la première fois, nous avons fait connaître une maladie +sévissant sur les Kolatiers de la Guinée française et se manifestant par +la production de _balais de sorcières_. Cette maladie qui cause des +dégâts parfois sérieux est vraisemblablement occasionnée par un +champignon non encore étudié. + +Pour être transportées à de grandes distances sans subir d’avaries +sérieuses, les noix de Kola doivent être emballées avec beaucoup de +soins. Nous avons fait connaître les principaux modes d’emballage. Les +caravaniers garnissent généralement l’intérieur des paniers avec les +feuilles de certaines marantacées, surtout celles de _Clinogyne +Schweinfurthiana_ K. Schum. et _C. ramosissima_ K. Schum. Quand les noix +ne doivent pas être conservées longtemps, on les enferme entre les +larges feuilles d’un arbre de la famille des _Rubiacées_, le _Mitragyne +stipulacea_ Hiern. + +Enfin, pour les transports en Europe, c’est l’emballage dans la _tourbe_ +qui est recommandé. + +En dehors des _Eucola_, il n’existe aucun arbre produisant des amandes +pouvant être substituées aux noix de Kola. Toutes les autres espèces de +_Cola_, les _Sterculia_ et divers autres végétaux signalés comme +produisant des graines pouvant jouer le rôle de succédanés du Kola sont +sans intérêt pour le sujet qui nous occupe. Au nombre de ces plantes est +le _Garcinia Kola_. Les indigènes attribuent à ces graines une grande +valeur, mais ils ne les considèrent nullement comme pouvant remplacer +les Kolas. Ils estiment, au contraire, que l’amande de _Garcinia_ ou +_Kola-bitter_ est un adjuvant du Kola : il permet aux mangeurs de Kola +d’absorber de grandes quantités de vraies noix sans être incommodés. Une +autre espèce de _Garcinia_, que nous avons décrit sous le nom de _G. +antidysenterica_, fournit des racines que les indigènes mâchent et +auxquelles ils attribuent des propriétés analogues, mais non identiques, +aux noix de Kola. + +Dans un dernier chapitre, nous avons groupé méthodiquement les coutumes +et les croyances des indigènes relativement aux noix de Kola, et nous +avons signalé les usages qui régissent la propriété des Kolatiers. Mais +c’est surtout au commerce et à la géographie commerciale des Kolas que +nous avons donné un très grand développement. Ce chapitre comprend 80 +pages et peut difficilement être résumé. + +La production mondiale des Kolas frais atteint actuellement environ +20.000 tonnes. L’Afrique Occidentale française, à elle seule, produit +4.500 tonnes ; elle consomme 6.000 tonnes ; elle doit donc importer +1.500 tonnes provenant de la Gold-Coast, de Sierra-Léone et de +l’hinterland de Libéria. En outre, environ 1.000 tonnes de noix fraîches +provenant de la Gold-Coast et destinées à la Nigéria du Nord transitent +à travers les possessions françaises de l’Afrique Occidentale, en +passant soit par le Haut-Sénégal-Niger (200 tonnes), soit par le Haut- +Dahomey (800 tonnes). C’est, en définitive, un total de 2.500 tonnes de +Kolas frais qui arrivent des possessions étrangères dans nos +territoires. + +Les importations de Kolas secs en Europe et aux Etats-Unis n’atteignent +encore que 1.000 tonnes par an. De très petites quantités de noix +fraîches arrivent depuis quelques années en France, en Angleterre et en +Allemagne. Ce commerce devra prendre une grande extension lorsque les +propriétés du Kola seront mieux connues en Europe. + +Mais c’est surtout en Afrique que la consommation des noix de Kola est +susceptible d’un très grand accroissement. + +Un Noir habitué à cette denrée consomme aisément 600 à 700 noix par an, +soit environ 10 kilog., et plus de la moitié des habitants de l’Afrique +Occidentale française, soit environ 5 millions d’individus, en sont déjà +très friands. La consommation est limitée par suite de la rareté et de +la cherté du produit. Au fur et à mesure que le bien-être des indigènes +se développera et que se multiplieront les voies de pénétration à +travers les régions soudanaises, il est certain que de nouveaux +débouchés s’ouvriront à ce commerce. Les moyens de communication +permettront de transporter rapidement et à bon compte la précieuse +amande. Elle pourra alors être vendue à bas prix et au lieu d’être, +comme aujourd’hui, une denrée de luxe réservée aux riches, elle se +trouvera mise à la portée de toutes les bourses. + +Ce qui entraîne la cherté des Kolas, ce n’est pas en effet leur prix de +revient sur place, mais c’est la distance des pays de consommation et la +difficulté des transports. Les noix ne valent parfois que 0 fr. 25 le +kilog. dans les villages de production. Parvenu à la Côte, le kilog. +atteint déjà le prix de 1 franc à 2 fr. 50. Plus loin encore, dans +l’intérieur de la Sénégambie ou du Soudan, il se vend au détail 4 fr., 6 +fr., et parfois jusqu’à 12 fr. + +La construction d’un réseau étendu de chemins de fer amènera donc un +grand accroissement dans la consommation des Kolas, et cet accroissement +ne pourra qu’être profitable à notre commerce. A ce propos, nous pensons +qu’il y aurait intérêt à exonérer de droits d’entrée les Kolas qui +pénètrent dans nos territoires par les frontières intérieures et surtout +par l’hinterland du Libéria. Outre que la surveillance de ces frontières +est très difficile, nous avons le plus grand intérêt à développer le +mouvement des caravanes disséminant les richesses de l’Afrique +Occidentale à travers nos diverses possessions. Les caravanes qui vont +chercher des Kolas au Sud y emportent en échange les produits de nos +possessions, principalement le bétail dont il existe déjà une +surproduction dans nos territoires. + +Du reste, une grande quantité de Kolas pénétrant dans nos possessions ne +font qu’y transiter et il est impossible de faire à la frontière la +démarcation entre ce qui sera consommé chez nous et ce qui ira dans +d’autres colonies. + +Nous serions aussi partisan de la suppression des taxes de circulation +sur les Kolas dans les colonies où ces taxes existent. Elles ne +procurent qu’un maigre revenu aux budgets locaux et les indigènes qui +veulent s’y soustraire éprouvent les plus grandes facilités. C’est un +encouragement à la fraude. + +Les droits de place pour la vente des Kolas sur les marchés des grands +centres, droits fixés à un taux modéré, pourraient remplacer +avantageusement ces taxes. Quant aux taxes douanières prélevées dans les +ports sur les Kolas importés par mer, elles ont leur raison d’être, mais +il serait désirable que ces taxes soient unifiées, dans la mesure du +possible, dans nos différentes colonies. + +Mais le premier de tous les desiderata à réaliser par nos colonies est +d’étendre la culture des Kolatiers par les indigènes dans tous les pays +où elle peut réussir, notamment dans les régions littorales de la Guinée +française, dans celles qui avoisinent l’hinterland de Libéria, enfin +dans la partie forestière de la Côte d’Ivoire. + +Nous savons que des efforts dans ce sens sont déjà tentés en différentes +régions et spécialement à la Côte d’Ivoire. + +Puisse notre ouvrage servir de guide à ceux qui s’efforcent d’accroître +la production dans nos colonies d’une des denrées les plus capables +d’enrichir le cultivateur indigène ! + + * * * * * + + + + + INDEX ALPHABÉTIQUE DES AUTEURS + et des Observateurs cités. + + * * * * * + + + =A.= + + ADANSON, 10. + + AFZELIUS, 114. + + ALLARD, 277. + + ALQUIER, 270, 271, 283. + + ANDERSON, 158. + + ARCIN (A.), 379, 456. + + ARNOULD, 244, 276, 278. + + ATTFIELD, 220, 222, 230. + + AUBRY-LECOMTE, 181. + + AUTRAN (V.), 183. + + =B.= + + BAILLAUD (E.), 292, 296, 402, 408, 411, 413, 424, 425. + + BAILLON (H.), 17, 32, 46, 49, 68, 70, 102, 109, 129, 436. + + BALLAND (A.), 225. + + BALLAY (Dr), 110. + + BARBOT, 8. + + BARR (Walter G.), 255, 256, 259, 260, 262, 274, 275. + + BARRIÉTY, 433. + + BARTER (Dr), 18, 19, 20, 114, 124, 134, 194, 198, 443, 467. + + BARTH, 20, 28, 408, 409, 424, 430, 431. + + BARTHÉLEMY (R.), 126, 174, 293, 394. + + BAUDIN, 100. + + BAUDON (A.), 141, 142, 182, 184, 227. + + BAUHIN (G.), 6, 13. + + BEAUFOI, 408. + + BEIGBEDER, 171, 462. + + BELLART, 10. + + BELLAY, 141. + + BENTHAM, 32. + + BERNEGAU (Dr), 30, 194, 196, 197, 225, 236, 239, 249, 308, 325, 334. + + BERTHELOT DU CHESNAY (G.), 181, 318. + + BINGER, 24, 26, 27, 28, 124, 125, 161, 171, 172, 173, 174, 253, 359, + 391, 393, 408, 413, 461. + + BLARINGHEM (L.), 208. + + BLONDIAUX, 29, 164. + + BOJER, 34. + + BÖMER, 221, 223. + + BOUGAINVILLE, 32. + + BOULANGER-DAUSSE, 277, 278. + + BOURDET, 251. + + BOURQUELOT, 239, 278. + + BOUVIER, 338. + + BRAZZA (Savorgnan de), 110. + + BRIÈRE, 148. + + BRISSEMORET, 251. + + BROWN (Rob.), 18, 32, 49, 110, 129. + + BRÜE (de), 7, 9, 10. + + BUCHET, 184, 196. + + BUSSE (W.), 49, 112, 114, 115, 118, 129, 134, 194, 468. + + BUSSEUIL (Dr), 18. + + =C.= + + CAILLIÉ (René), 14, 15, 28, 408. + + CAMBIER, 183. + + CANDOLLE (A. P. de), 41, 42, 48. + + CARLES, 235, 236, 237. + + CARLI (P.), 6. + + CASTÉRAN, 155, 459, 460. + + CAVANILLES, 48. + + CAZALBOU, 459, 460. + + CHALOT, 186, 201, 452. + + CHARREAU (P.), 187, 397, 398. + + CHEVALIER (Aug.), 33, 60, 153, 164, 176, 227, 350. + + CHEVALIER (J.), 267, 270, 271, 283. + + CHEVROTIER, 242, 251, 270. + + CHODAT, 23, 72, 212, 213, 221, 223, 228, 229, 342. + + CHRISTY, 353. + + CHUDEAU (R.), 362, 368, 423, 424. + + CHUIT, 23, 72, 221, 223, 228, 229, 342. + + CLUSIUS (C.), 4, 5, 467. + + COLLIN, 92. + + COMBES, 153. + + COMMERSON, 32, 33, 34, 102, 104. + + CONRAU, 138, 196. + + CORNU (Maxime), 23, 33, 98, 110, 111, 114, 139, 183, 226. + + COURTET, 227. + + CUMMINS, 117. + + CUNY, 408. + + =D.= + + DALECHAMPS, 3. + + DANIELL (F.), 220, 452. + + DANVILLE, 408. + + DAPPER, 7. + + DEHNÉ, 425, 427. + + DEKKER (J.), 230. + + DELAFOSSE, 166, 170, 172. + + DELESSERT, 41, 99, 106. + + DELEYRE, 6. + + DELISLE, 408. + + DESBROCHERS DES LOGES, 330, 332, 333. + + DIETERICH, 225, 229, 236. + + DOHME, 224. + + DON (G.), 14, 31, 42, 43, 44, 46, 98, 109, 129. + + DORVEAUX, 2. + + DOUSSOT (J.), 72. + + DUBOIS (R.), 255, 272. + + DUJARDIN-BEAUMETZ, 254. + + DUPARQUET, 181. + + DUPONT DE NEMOURS, 32. + + DURAND (T. et H.), 14, 197. + + DYBOWSKI, 183. + + =E.= + + ELLIOT (W.-R.), 195. + + ELOT, 200. + + ENDLICHER, 32, 46, 48, 49, 107. + + ENGELHART, 224. + + EVANS (A.-E.), 301. + + ESSEYRIC, 29, 164, 171. + + =F.= + + FAMECHON, 148, 149, 136, 327, 369, 458. + + FAUST (J.), 333. + + FAUWCET, 318. + + FÉRÉ (de), 272. + + FILLOT (H.), 352, 357, 358, 401. + + FLAHAULT (Ch.), 202. + + FLUCKIGER, 22. + + FLUTEAUX, 248, 251. + + FONDÈRE, 182. + + FONSSAGRIVES (J.), 178. + + FOUREAU, 183. + + FOURNEAU, 182. + + FRANÇOIS (G.), 235. + + FRÉZOULS, 377. + + FUICH, 7, 9. + + =G.= + + GAFFAREL (P.), 36. + + GAUTHIER (A.), 238. + + GAUVAIN, 158, 166, 167. + + GÉNOT, 299. + + GHAFFKI (El.), 3. + + GIRAUD (G.), 424. + + GOBINET, 380. + + GODEN, 344. + + GORETO (Jacob), 4. + + GORIS (A.), 220, 221, 235, 242, 244, 247, 248, 250, 251, 267, 276, + 278, 280, 470. + + GÖRTE (O.), 250. + + GOSDEN, 434. + + GOUJON (A.), 186, 187, 188, 325. + + GRANDEAU, 284. + + GRIFFON DU BELLAY, 68, 181. + + GRÜNER (Dr), 192, 194, 300. + + GUÉRITHAULT, 277. + + GUESDE, 68. + + GUIBOURT, 22. + + GUIGNARD, 99, 281. + + GUILLET (Dr), 254. + + =H.= + + HAECKEL (Ernst), 202. + + HANBURY, 22. + + HARRIS (W.), 200. + + HART, 201. + + HARTWICH, 72, 97. + + HAUET, 149, 314, 318, 326, 369. + + HECKEL (E.), 18, 22, 23, 68, 72, 110, 111, 114, 129, 179, 186, 187, + 200, 209, 219, 221, 222, 228, 230, 231, 232, 233, 235, 237, 253, 254, + 255, 272, 285, 295, 315, 316, 319, 324, 325, 335, 337, 344, 353, 433, + 436, 437, 438, 439, 440, 441, 443, 444, 448, 452. + + HEUDELOT, 17. + + HIERN (W.-P.), 41, 48, 199. + + HŒFER (Dr), 32. + + HOOKER (W.-J.), 18, 32. + + HOSTAINS, 29, 165. + + HUGO DE VRIES, 208, 211, 214. + + HUPFELD, 193. + + =I.= + + IBN-EL-BEITHAR, 3. + + =J.= + + JAVILLIER, 277. + + JEAN (J.), 224, 236. + + JOBSON, 7, 8. + + JOHNSON, 71, 108, 216. + + JOHNSTON (Harry), 166, 189. + + JOLLY (A.), 176, 438. + + JOTEYKO, 264. + + JOULIA, 29, 164. + + JUSSIEU (Laurent de), 31, 34, 35, 47, 98, 102, 108. + + =K.= + + KARSTEN, 46. + + KILMER, 229. + + KLAINE (P.), 136, 141, 181, 184, 449, 451, 460. + + KNEBEL, 219, 220, 233, 234, 235, 236, 237, 255. + + KNOX, 220, 221, 223, 226, 236, 240, 241, 243, 247, 252. + + KŒNIG, 221, 223. + + KREWEL (et Cie), 235, 236, 237. + + KUNTZE (Otto), 48. + + =L.= + + LABAT (P.), 9, 10. + + LALLEMANT, 14. + + LAMARCK (de), 2, 13, 31, 35, 98, 101, 102, 103, 104, 467. + + LAMBERT, 317, 335. + + LANDOLPHE, 36. + + LAPICQUE, 265. + + LASCELLES-SCOTT, 221, 222. + + LESÈGUE, 100. + + LAURENT, 29, 164, 166, 198, 290, 314, 326, 384, 386. + + LE BON (G.), 238. + + LECERF, 158. + + LECOMTE, 182, 201. + + LÉMERY, 9. + + LÉON L’AFRICAIN, 2, 3, 408, 467. + + LEPRINCE, 382. + + LESNE (P.), 330, 333, 336. + + LIEBIG, 220. + + LINNÉ, 31, 48. + + LIURETTE, 156, 158, 355, 382, 383. + + LOPEZ (Eduardo), 3, 4, 7, 467. + + LUNAN, 41. + + LUTZ, 342. + + =M.= + + MAC-LEOD (C.), 196. + + MAISTRE (Casimir), 182. + + MANGIN, 165. + + MANN, 117, 198. + + MARAVAL, 366. + + MARC, 414, 416, 423. + + MARIE (Dr), 255, 272. + + MARTIN (Joanny), 335, 336. + + MASTBAUM (H.), 239. + + MASTERS, 32, 49, 98, 438. + + MATTEI, 452, 454, 455. + + MATHEWS (J.), 10. + + MEINERT, 284. + + MENDEL, 127, 215, 216. + + MENIAUD, 431. + + MÉRAT (F.-W.), 18. + + MEROLLA, 7. + + MICHAUX, 35, 99, 100. + + MILNE-EDWARDS (E.), 338. + + MISCHLICH, 193. + + MITSCHERLICH, 97. + + MONNAVOND, 255. + + MONNET, 254. + + MOORE, 7. + + MOSSO, 255. + + MUNGO-PARK, 14. + + =N.= + + NACHTIGAL (G.), 341, 472. + + NEGREIROS (Almada de), 405. + + NEISH, 461. + + NICOLAS, 295. + + NOURY, 138, 179, 227, 302, 329. + + NUSSAC (de), 34. + + =O.= + + OESTERLÉ, 66, 72, 87, 93, 139, 209. + + OLLONE (d’), 29, 165, 167. + + =P.= + + PAL, 264. + + PALISOT DE BEAUVOIS, 12, 13, 18, 34, 36, 39, 40, 41, 44, 48, 98, 99, + 106, 107, 109, 117, 118, 129, 134, 178, 197, 467. + + PARIZOT, 265. + + PASCHKIS, 264. + + PEREZ (J.), 330, 331, 332. + + PERROT (Em.), 33, 79, 220, 221, 235, 280. + + PERROTTET, 200. + + PERROUD, 255. + + PIERRE, 56, 65, 98, 118, 129, 136, 176, 181, 184, 186, 295, 436, 449, + 451. + + PIGAFETTA (Fileppo), 3, 4, 6, 467. + + PLANCHON, 22, 92. + + PLEHN, 192, 193, 300. + + PLUMIER, 265. + + POBÉGUIN, 152, 316. + + POIRET (J.-L.-M.), 13, 33, 39, 41. + + POISSON (E.), 179. + + POITEAU, 200. + + POIVRE (Pierre), 32, 33. + + POLSTORFF, 251. + + PONTY (W.), 421. + + POSKIN, 229, 230. + + POUCHET, 267, 272. + + PRESCOTT, 220, 226, 236, 240, 241, 243, 247. + + PRÉVOST (l’abbé), 6. + + PRINS (P.), 187. + + PROCHE, 179. + + PUNCH, 437. + + =R.= + + RAFINESQUE, 41, 48. + + RANÇON, 29, 452. + + RENDLE, 109. + + RIBAUT, 266. + + RICHAUD, 154. + + RIPERT, 168, 169, 170, 171, 290. + + RODET (P.), 255. + + ROELSIUS, 4, 5, 7. + + ROHLFS (G.), 220. + + RONCERAY, 249. + + ROSSIGNOL, 154. + + ROUX (E.), 28. + + =S.= + + SALVAN, 296. + + SAVARIAU, 178, 179, 180, 227, 294, 295, 302, 315, 319, 320, 325, 326, + 443, 444, 455, 459, 462. + + SAUSSINE (G.), 297, 307, 318, 354. + + SCAR (capitaine), 417, 421. + + SCHEFFER, 2. + + SCHIFFER, 29, 169, 170, 171, 172, 227, 388, 391, 393. + + SCHLAGDENHAUFFEN, 22, 219, 221, 222, 228, 230, 231, 232, 233, 441, + 444, 448. + + SCHLOTTERBECK, 221, 223. + + SCHMIEDEBERG, 265. + + SCHOTT, 32, 46, 48, 49, 107. + + SCHUMACHER, 11, 18, 44, 45, 99, 107, 108. + + SCHUMANN (K.), 18, 22, 32, 41, 48, 49, 51, 65, 100, 109, 111, 112, + 113, 114, 117, 138, 192, 196, 198, 286, 437, 439, 468. + + SCHURMAYER, 229. + + SCHUMBURG, 461. + + SCHUMM (O.), 229. + + SCHWEINFURTH (G.), 21, 141, 188, 198. + + SCHWEITZER (G.), 234. + + SÉE (Germain), 254, 265. + + SEMLER, 30, 285, 318. + + SÉNAC, 165. + + SIEDLER, 239. + + SMITH (Christian), 197. + + SOLEREDER, 72. + + SOXHLET, 233. + + SPIRE (Dr), 182, 183. + + STANLEY, 141. + + STAPF, 41, 43, 98, 105, 106, 108, 109, 195, 216. + + STOKES, 48. + + SURCOUF (J.), 335. + + SUTELIFF, 434. + + =T.= + + TEISSONNIER (P.), 299, 301, 307, 314. + + TEMPORAL, 3. + + THOLLON, 141. + + THOMANN, 29, 169, 170. + + THOMPSON (H.-N.), 191. + + THOMS, 229. + + THOMSON, 224. + + THONNING, 11, 44, 45, 48, 107, 138. + + TOPPING (O.), 226. + + TRILLES (P.), 184, 186, 197, 436. + + TSCHIRCH, 72. + + =U.= + + UFFELMANN, 221, 223. + + =V.= + + VACHER, 299. + + VAHL, 108. + + VAISSIÈRE (de la), 434. + + VALENTIN, 153. + + VAN CASSEL (Ch.), 164, 295. + + VENTENAT, 12, 32, 34, 35, 36, 41, 44, 47, 48, 99, 100, 101, 103, 104, + 106, 467. + + VERMOND, 201. + + VIDAL, 417, 423. + + VIGNE, 242, 251, 270. + + VOULGRE, 182. + + VUILLET (J. et H.), 307, 308, 454. + + =Z.= + + ZECH (comte), 117, 134, 192, 193, 194, 195, 196, 197, 295, 404. + + ZENKER, 437. + + ZIMMERMANN (M.), 164. + + ZOHLENHOFER, 72, 92. + + =W.= + + WAAGE, 229, 230. + + WARBURG (O.), 30, 112, 117, 193, 194, 285, 288, 289, 309, 315, 318, + 319, 341, 468. + + WARIN (J.), 229, 277. + + WARMING (E.), 99, 202. + + WELWITSCH, 41, 134, 199, 338, 356. + + WILDEMAN (E. De), 30, 49, 111, 118, 197, 198, 309, 317, 318, 319, 440. + + WILSDORFF (E.), 237. + + WŒLFFEL, 29, 164, 295. + + WOHSEN, 444. + + * * * * * + + + + + INDEX ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES. + + * * * * * + + + =A.= + + _Abèl_, 185. + + _Abidan_, 138. + + Acide kolatanique, 221. + + Achanti, 124, 401. + + Action physiologique, 253. + + Afrique équator. franç., 180, 396. + + Angola, 199. + + Animaux nuisibles, 327. + + _Anomocola_, 51, 52. + + _Anthocleista_, 351. + + Antilles, 199, 200. + + Aphrodisiaque, 442. + + Attié, 175. + + _Autocola_, 51, 52. + + _Ayenia_, 50. + + =B.= + + Balais de sorcières, 339. + + _Balaninus Kolæ_, 330. + + Bakoués, 165. + + Baoulé, 162. + + Bétail, 411, 413, 417. + + Betaïne, 251. + + Bétés, 169. + + Beyla, 379. + + _Bichea_, 48. + + — _sulcata_, 118, 129. + + _Biguendé oro_, 173. + + _Blighia_, 163. + + Boola, 158, 376. + + Borers, 329. + + Bouturage, 295. + + =C.= + + Caféine, 224, 225, 227. + + Cameroun, 196, 403. + + Caractères généraux, 55. + + _Carapa procera_, 138. + + Caravanes, 361. + + Catéchine, 248. + + Cauris, 37, 38, 364, 380. + + Chancre, 339. + + _Cheirocola_, 51, 52. + + Chimie, 219. + + Climats, 202. + + _Clinogyne ramosissima_, 347. + + _Clinogyne Schweinfurthiana_, 347. + + _Clitandra_, 155. + + _Cola_ Schott et Endl. + + _Cola acuminata_, 53, 117, _129_. + + _C. acuminata_ Heckel, _120_. + + _C. acuminata_ var. _kamerunensis_, _139_. + + _C. alba_, _124_. + + _C. anomala_, 51, _136_. + + _C. astrophora_, 112, _120_, _129_. + + _C. Ballayi_, 110, 129, _139_, _183_. + + _C. caricifolia_, 50. + + _C. chlamydantha_, 50. + + _C. cordifolia_, 58, 437. + + _C. dasycarpa_, 436. + + _C. digitata_, 438. + + _C. Duparquetiana_, 436. + + _C. ficifolia_, 436. + + _C. gigantea_, 198. + + _C. heterophylla_, 437. + + _C. hypochrysea_, 53. + + _C. Johnsoni_, 136. + + _C. lateritia_, 53. + + _C. macrocarpa_, 109. + + _C. mixta_, _126_. + + _C. nitida_, _120_. + + _C. pachycarpa_, 438. + + _C. pallida_, 71, _128_. + + _C. proteiformis_, 60. + + _C. rubra_, _123_. + + _C. sphærocarpa_, 54, 69, _142_. + + _C. sublobata_, 112, 120, 129. + + _C. subverticillata_, 111, _139_. + + _C. Supfiana_, 114, _129_. + + _C. thomensis_, 4. + + _C. Trillesiana_, 186. + + _C. Trillesii_, 436. + + _C. vera_, 53, 113, 114, _120_. + + _C. verticillata_, _137_. + + _Coleus rotundifolius_, 33. + + Commerce, 355. + + Comprimés, 279. + + Congo belge, 197. + + Conservation, 345. + + Côte d’Ivoire, 159, 394. + + Croissance, 313. + + Croyances, 448. + + Culture, 285. + + — indigène, 289. + + =D.= + + Dahomey, 178, 396, 425. + + Dans, 164, 384. + + Diastase, 239. + + Dioulas, 359. + + Distribution géographique, 145. + + Djougou, 425. + + Doses, 260. + + Douane (droits de), 365. + + Durée, 313, 326. + + Dyolas, 164, 384. + + =E.= + + Ecologie, 202. + + _Edwardia lurida_, 41, 42. + + Emballage, 351, 345. + + _Eucola_, 53, 54. + + Extraction, 344. + + Extrait fluide, 281. + + — de Kola sec, 277. + + =F.= + + Fernando-Pô, 198. + + Feuilles, 56. + + Fleurs, 63. + + _Ficus_, 163. + + _Firmiana_, 217. + + Formes pharmacologiques, 274. + + Fouta-Djalon, 150. + + Fruits, 66. + + =G.= + + Gabon, 398. + + Gambie anglaise, 429. + + _Garcinia antidysenterica_, 345. + + _Garcinia Kola_, 441. + + Gbins, 166. + + Géographie commerciale, 355. + + Gemmules, 55, 56. + + Gold-Coast, 190, 400. + + Gouros, 166, 170. + + Graines, 70. + + Granulé au Kola, 280. + + Guenzés, 364. + + Guerrés, 165. + + Guerzés, 156, 372. + + Guinée française, 146, 367. + + Guinée portugaise, 429. + + Guyane, 189. + + =H.= + + Haïti, 201. + + _Haplocola_, 51, 52. + + Haut-Sénégal-Niger, 159, 408. + + _Hillé_, 341. + + Histologie, 72. + + Historique, 1, 12, 31. + + =I.= + + Importations en Europe, 433. + + Indo-Chine, 200. + + Inflorescences, 62. + + =J.= + + Jamaïque, 200. + + Java, 200. + + =K.= + + Kabaro, 373. + + Kokotla, 25, 392. + + Kola Bafio, 187. + + Kola frais stérilisé, 278. + + Kolanine, 219, 224, 234. + + Kolas rosés, 381. + + Kolatanate, 240. + + Kolatéine, 242, 245, 247. + + Kola vert, 173. + + Kissi, 153, 370. + + Kouranko, 151. + + Kouyas, 388. + + Kroumen, 176. + + =L.= + + Labogie, Laboshi, 195. + + _Landolphia_, 155. + + Libéria, 189. + + Limbe, 60. + + Loi de Mendel, 127, 215. + + Lola, 374. + + _Loranthus_, 338. + + Lôs, 166, 170. + + _Lunanea Bichy_, 41. + + =M.= + + _Macrocola_, 53, 54. + + Malvacées, 31. + + Mango, 172 + + Mandé-Dioulas, 355. + + Manilles, 364. + + Manons, 157, 165. + + Masticatoire au Kola, 280. + + Médecine, 253. + + _Micropeltis depressa_, 342. + + Milieu biologique, 205. + + Milieu édaphique, 204. + + _Mitragyne macrophylla_, 350. + + Modes d’emploi, 276. + + Monas, 166, 171. + + Monnaies, 363. + + Mossi, 411. + + Morénou, 175. + + =N.= + + _Napoleona imperialis_, 441. + + Ngans, 172, 394. + + Niger, 151. + + Nigeria, 194, 430. + + _Nkork_, 185. + + Nombre des récoltes, 323. + + Nomenclature, 49, 118. + + Nzô, 375. + + =O.= + + _Ombéné_, 185. + + Ombrage, 306. + + Organes floraux, 87. + + _Orofira_, 346. + + Oussourou, 376, 421. + + Ouorodougou, 161. + + =P.= + + Patentes, 382. + + _Pentadesma butyracea_, 404. + + Pétiole, 58. + + Philogénie, 217. + + Phloroglucine, 249. + + _Phosphorus Jansoni_, 329, 330. + + Physiologie, 253. + + Plantation, 297. + + Plantes nuisibles, 338. + + _Plectranthus Coppini_, 33. + + Port, 55. + + Préparations alimentaires, 279. + + Préparation de Kola sec, 353. + + Production mondiale, 358. + + _Protocola_, 50, 52. + + _Pterygota_, 217. + + =R.= + + Races, 206, 213. + + _Raphia_, 293, 294. + + Ration pour animaux, 283. + + Rat palmiste, 293, 327. + + Récolte, 343. + + Régime de la Propriété, 461. + + Rendement, 316. + + Renflement foliaire, 79. + + Reproduction, 209. + + Réunion (La), 200. + + _Rhipsalis Cassytha_, 177. + + Rites, 448. + + Rôle des Jardins d’essai, 311. + + Rôle religieux, 456. + + Rôle social, 453. + + Rouge de Kola, 221, 230, 238. + + =S.= + + _Sangara_, 335. + + Sankaran, 151. + + San-Thomé, 403. + + _Sarcophrynium brachystachyum_, 348. + + Sauterelles, 328. + + Sel, 25, 392. + + Sénégal, 405. + + Semis, 297. + + Sierra-Léone, 188, 399. + + _Siphoniopsis_, 46. + + _Siphoniopsis monoica_, 109. + + Sombés, 364. + + Soussous, 369. + + _Sterculia_, 31. + + _S. acuminata_, 44, 105, _129_. + + _S. fœtida_, 437. + + _S. grandiflora_, 35, 103, 120. + + _S. guttata_, 437. + + _S. longifolia_, 35. + + _S. nitida_, 34, 35, 99, _106_. + + _S. macrocarpa_, 42. + + _S. monosperma_, 34. + + _S. rhinopetala_, 437. + + _S. tomentosa_, 198, 437. + + _5. urens_, 437. + + _S. verticillata_, 45, 107, _136_. + + Sterculier, 13. + + Superstitions, 459. + + Systématique, 47. + + =T.= + + Tableau dichotomique, 119. + + Tablettes, 279. + + Tanins, 251. + + Taxes, 366. + + Tchad, 428. + + Teignes, 338. + + Terrain, 305. + + _Thaumatococcus Danielli_, 348. + + Théobromine, 224. + + Togo, 192, 404. + + Tômas, 156, 355, 372. + + Touras, 168. + + Tourbe, 353. + + Transports, 361. + + Trinidad, 200. + + Type de Cornu, 110. + + Type de Palisot, 105. + + Type de Thonning, 107. + + Types de Ventenat, 99. + + =U.= + + Usages, 274. + + =V.= + + Végétaux parasites, 338. + + Ver du Kola, 330. + + Vin de Kola, 280. + + * * * * * + + + + + ERRATA ET ADDENDA. + + * * * * * + + +Page 30, lignes 5 et 8, _lire_ : LAMARCK, _au lieu de_ LAMARK. + +Page 48, ligne 7, _ajouter_ : ainsi que le _S. heterophylla_ Pal. Beauv. + +Page 49, ligne 17, _lire_ : trois espèces, _au lieu de_ deux espèces. + +Page 49, ligne 27, _après_ W. BUSSE, _ajouter_ : par A. ENGLER. + +Page 55, ligne 3, _lire_ : _Section Eucola_, _au lieu de_ : _Section +Autocola_. + +Page 85, ligne 31, _lire_ : dans l’espèce sauvage de la Côte d’Ivoire et +dans le _C. Ballayi_, _au lieu de_ : dans l’espèce sauvage de la Côte +d’Ivoire, le _C. Ballayi_. + +Page 86, ligne 10, _lire_ : _C. acuminata_, _au lieu de_ : _C. +astrophora_. + +Page 95, ligne 11, _lire_ : + + _14_, _C. acuminata_, _au lieu de_ : _14_, _C. Ballayi_. + +Page 97, ligne 10, _après_ : chez le _C. Ballayi_, ajouter : ainsi que +chez _C. acuminata_ et _C. verticillata_. + +Page 129, à la liste des synonymes de _C. acuminata_, _ajouter_ : + + _C. thomensis_ A. Chev. in ALMADA NEGREIROS. Colonies portugaises, + études documentaires, Paris, 1906, p. 207. + +Page 226, ligne 29, renvoi (1), _lire_ : + + les noix rapportées à _C. Ballayi_ appartiennent probablement au _C. + acuminata_ Schott et Endl., _au lieu de_ : _C. Ballayi_ est le vrai + _C. acuminata_. + +Page 299, ligne 36, note (1), _lire_ : + + 1897, _au lieu de_ : 1907. + + * * * * * + +[Illustration : CARTE des possessions françaises de L’OUEST et du CENTRE +AFRICAIN — RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE =DES KOLATIERS=] + +[Illustration : DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE _du_ =Cola nitida= A. CHEV. en +Afrique Occidentale française + +Carte dresséé sous la direction de M. Aug. Chevalier _d’après les +documents de la mission scientifique permanente de l’Afrique Occidentale +et les Archives des Postes de l’Afrique Occidentale_] + +[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers. + +Pl. I + +_Sterculia nitida_ Vent. Type de Ventenat. + +(HERB. DELESSERT, GENÈVE). + +Phototypie Alary-Ruelle, Paris] + +[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers. + +Pl. II + +_Sterculia nitida_ Vent. + +Type de l’Herbier de Lamarck cité par Ventenat + +(HERB. MUS. PARIS). + +Phototypie Alary-Ruelle, Paris] + +[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers. + +Pl. III + +_Sterculia nitida_ Vent. Echantillon de Commerson. + +(HERB. MUS. PARIS). + +Phototypie Alary-Ruelle, Paris] + +[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers. + +Pl. IV + +_Sterculia grandiflora_ Vent. Type de l’Herbier de Jussieu. + +(HERB. MUS. PARIS). + +Phototypie Alary-Ruelle, Paris] + +[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers. + +Pl. V + +_Sterculia grandiflora_ Vent. Type de l’Herbier Lamarck. + +(HERB. MUS. PARIS). + +Phototypie Alary-Ruelle, Paris] + +[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers. + +Pl. VI + +_Sterculia acuminata_ Pal. Beauv. + +Type de l’Herbier de Palisot de Beauvois (HERB. DELESSERT, GENÈVE). + +Phototypie Alary-Ruelle, Paris] + +[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers. + +Pl. VII + +_Sterculia verticillata_ Thonn. Type de l’Herbier de Schumacher. + +(HERB. MUS. COPENHAGUE). + +Phototypie Alary-Ruelle, Paris] + +[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers. + +Pl. VIII + +_Cola Ballayi_ Cornu. Type vivant de Maxime Cornu. + +(SERRES MUS. PARIS). + +Phototypie Alary-Ruelle, Paris] + +[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers. + +Pl. IX + +_Cola astrophora_ Warb. (= _Cola acuminata_ Schott et Endl.). + +Type de Warburg. + +(HERB. MUS. BERLIN). + +Phototypie Alary-Ruelle, Paris] + +[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers. + +Pl. X + +_Cola nitida_ sub-sp. _C. rubra_ A. Chev. + +Forme sauvage de la forêt vierge de la Côte d’Ivoire. + +(HERB. AUG. CHEVALIER). + +Phototypie Alary-Ruelle, Paris] + +[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers. + +Pl. XI + +_Cola nitida_ (Vent.). A. Chev. Forme sauvage de la Côte d’Ivoire, à +grandes fleurs et à petites fleurs sur le même rameau. + +(HERB. AUG. CHEVALIER). + +Phototypie Alary-Ruelle, Paris] + +[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers. + +Pl. XII + +_Cola nitida_ sub-sp. _C. pallida_ A. Chev. Forme sauvage de la Côte +d’Ivoire. + +Rameau d’un arbre ne portant que des fleurs mâles. + +(HERB. AUG. CHEVALIER). + +Phototypie Alary-Ruelle, Paris] + +[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers. + +Pl. XIII + +_Cola nitida_ sub-sp. _C. mixta_ A. Chev. forma _latifolia_. + +Plante cultivée par les indigènes à Conakry, en Guinée française. + +(HERB. AUG. CHEVALIER). + +Phototypie Alary-Ruelle, Paris] + +[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers. + +Pl. XIV + +_Cola acuminata_ (Pal. Beauv.). Schott et Endl. + +Forme cultivée par les Kroumen, à Grabo dans la Côte d’Ivoire. + +(HERB. AUG. CHEVALIER). + +Phototypie Alary-Ruelle, Paris] + +[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers. + +Pl. XV + +_Cola nitida_ (Vent.) A. Chev. + +Différentes formes de follicules ouverts : _1_, follicule à cinq graines +encore enveloppées dans leur tégument avec le hile visible à la face +supérieure ; _2_, follicule avec une seule graine ; _3_, avec deux +graines ; _4_, avec quatre graines en partie débarrassées de leur +tégument. + +Phototypie Alary-Ruelle, Paris] + +[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers. + +Pl. XVI + +_Noix de Kola de différentes espèces._ + +_1_, _C. sphærocarpa_ ; _2_, _C. Ballayi_ ; _3_, _C. nitida_ s.-sp. _C. +mixta_ ; _4_, forme à petites graines du Soudan en voie de germination ; +_4_, _C. nitida_ sub-sp. _C. mixta_, noix blanche des îles Sherbro +(Sierra-Leone) ; _5_ et _6_, id., noix rouges de même provenance ; _7_, +id., noix blanches de Sekondee (Gold Coast) ; _8_ et _9_, id., noix +rouges de même provenance. + +Phototypie Alary-Ruelle, Paris] + + + + +Note du transcripteur : + + + Les changements dans l’ERRATA ont été aportés. + + Page VI, " K. Schumann, O. Waburg et W. Busse " a été remplacé par + " Warburg " + + Page 7, " voyageurs anté-térieurs ont dit sur " a été remplacé par + " antérieurs " + + Page 22, note 33, " HECKEL et SCHLADENHAUFFEN " a été remplacé par + " SCHLAGDENHAUFFEN " + + Page 23, " feuilles groupées en faux vertielle " a été remplacé par + " verticelle " + + Page 28, " marchés sont Gorée et et les " a été remplacé par " Gorée + et les " + + Page 29, " Niger et la Faldemé, les dioulas " a été remplacé par + " Falémé " + + Page 35, " _ureeolo subsessile_ (il s’agit " a été remplacé par + " _urceolo_ " + + Page 35, " serait pas encore déve-veloppé " a été remplacé par + " développé " + + Page 36, " Deux se rappor- bien à un vrai " a été remplacé par + " rapportent " + + Page 40, " voir une noix à deux colylédons " a été remplacé par + " cotylédons " + + Page 44, " décrit par PALISOT DE BFAUVOIS " a été remplacé par + " BEAUVOIS " + + Page 52, " au-dessus de l’autre sur deux raugs " a été remplacé par + " rangs " + + Page 63, " de la familles des Sterculiacées " a été remplacé par + " famille " + + Page 63, " n’est pas rare d’oberver certains " a été remplacé par + " d’observer " + + Page 70, note 76, " BAILLON. — Histoire des Plantes, IV, p. [blanc]. " + a été remplacé par " p. 111. " + + Page 78, " un épiderme assez fortement euticularisé " a été remplacé + par " cuticularisé " + + Page 85, " intéressantes tranformations histologiques " a été remplacé + par " transformations " + + Page 92, " _te, ti_, tégments externe " a été remplacé par + " téguments " + + Page 125, " au dessus et de profi " a été remplacé par " au dessus et + de profil ; " + + Page 127, " cercles de Faranna ! de Konroussa ! " a été remplacé par + " Kouroussa " + + Page 133, " à calice _plus ou moins companulé_ " a été remplacé par + " _campanulé_ " + + Page 134, " depuis longtemps on en voie de germination " a été + remplacé par " ou " + + Page 136, " à 8 m. de hauteur sans bran-bres " a été remplacé par + " branches " + + Page 140, " hermaphodites à calice ordinairement " a été remplacé par + " hermaphrodites " + + Page 151, " clairsemés, on en en trouve encore " a été remplacé par + " on en trouve " + + Page 156, " les doulas soudanais continuent " a été remplacé par + " dioulas " + + Page 157, " des groupements mportants " a été remplacé par + " importants " + + Page 158, " Kolas apportés au marché de Boola provenant " a été + remplacé par " proviennent " + + Page 158, " étendues dans les territpires situés " a été remplacé par + " territoires " + + Page 160, " sans intérêt est ne doivent être " a été remplacé par " et + ne " + + Page 172, " sur Kong et sur Bobo-Dioulosso " a été remplacé par + " Bobo-Dioulasso " + + Page 176, " le Kola porte les noms sui-sants " a été remplacé par + " suivants " + + Page 178, Réf. manquante à deuxième note (n. 116) ajoutée après + " empruntons à SAVARIAU " + + Page 181, Réf. manquante à deuxième note (n. 118) ajoutée après + " qu’il rapporte inexactement au _Cola Ballayi_ " + + Page 183, " non seulemedt dans les endroits humides " a été remplacé + par " seulement " + + Page 184, " limbe elleptique, arrondi " a été remplacé par + " elliptique " + + Page 185, Ajouté " « " avant " Les Fang lui donnent " et " De cet + _Abèl_ ". + + Page 195, " qui permirent à O. STAFF " a été remplacé par " STAPF " + + Page 208, " les arbres fruitiers des pays tempérérés " a été + remplacé par " tempérés " + + Page 209, " remarquable particularité biolo-logique " a été remplacé + par " biologique " + + Page 239, note 206, " 55e série, 1896, IV, p. 484. " a été remplacé + par " 6e série, 1896, IV, p. 481. " + + Page 239, note 207, " H. MATSBAUM " a été remplacé par " MASTBAUM " + + Page 241, " Pent cétylkolatanin " a été remplacé par + " Pentacétylkolatanin " + + Page 245, " la _Kotatine_, principe cependant " a été remplacé par + " _Kolatine_ " + + Page 257, " dans l’impossibilié de se rappeler quel " a été remplacé + par " l’impossibilité " + + Page 259, note 230, " augmentation du du travail produit " a été + remplacé par " augmentation du travail " + + Page 261, " vomique ou de la strychine " a été remplacé par + " strychnine " + + Page 271, " produit aux dépens des des réserves " a été remplacé par + " dépens des réserves " + + Page 291, Réf. manquante à troisième note (n. 248) ajoutée après " et + à la rendre plus abondante " + + Page 301, " d’Olokomeji, d’Ebute-Metta, de Old-Calabor " a été + remplacé par " Old-Calabar " + + Page 301, note 257, " Amtsblatt für den Schutzgebut Kamerun " a été + remplacé par " das Schutzgebiet " + + Page 309, " par conséquent relativemeni minime " a été remplacé par + " relativement " + + Page 325, note 283, manquante supposée être : " HECKEL. — Loc. cit., + p. 37. " + + Page 327, note 284, " le Gouverneneur de Sierra-Léone " a été remplacé + par " Gouverneur " + + Page 330, " certainement le _Balanagastris Kolæ_ " a été remplacé par + " _Balanogastris_ " + + Page 340, " tous les buissons produisant des " a été remplacé par + " produisent " + + Page 341, Réf. manquante à note 295 ajoutée après " caravanes au cœur + de l’Afrique " + + Page 346, " surtout cellles du genre _Clinogyne_ " a été remplacé par + " celles " + + Page 347, " large de 2 cm. envirsn " a été remplacé par " environ " + + Page 354, " les sécher, à l’étude, à 60° " a été remplacé par + " l’étuve " + + Page 392, " en accomplisssant ce courtage qui " a été remplacé par + " accomplissant " + + Page 399, " les chiffres suivants donnent " a été remplacé par + " donnant " + + Page 410, " dioulas de la boucle de Niger " a été remplacé par " du + Niger " + + Page 410, note 334, " chiffre corresdond à 300 ou " a été remplacé par + " correspond " + + Page 413, " au Mossi ont complété ces imformations " a été remplacé + par " informations " + + Page 416, Réf. manquante à note 338 ajoutée dans page suivant, après + " fourni de bière de mil " + + Page 417, " en même temps qu’une qu’une grande place d’affaires " a + été remplacé par " temps qu’une grande " + + Page 424, " L’apport de sel de Taoudéri " a été remplacé par + " Taoudéni " + + Page 431, " chiffre a a été en s’accroissant " a été remplacé par + " chiffre a été " + + Page 431, " le chemin de fer Lagos-Ibaban-Ilorin " a été remplacé par + " Lagos-Ibadan-Ilorin " + + Page 432, " dans la Nothern Nigéria en cette " a été remplacé par + " Northern " + + Page 433, note 350, " D’après HECKEL, Loc. cit., " a été remplacé par + " Loc. cit., p. 67. " + + Page 439, " à l’extrémité bes branches " a été remplacé par " des " + + Page 440, note 360, " a cité le aussi _Kola lapidota_ K. Schum., + espèce du Cameronn " a été remplacé par " a cité aussi _Cola lepidota_ + K. Schum., espèce du Cameroun " + + Fig. 51, " =Garcina Kola= Heckel " a été remplacé par " =Garcinia= " + + Page 444, " donnent par leur amertune " a été remplacé par + " amertume " + + Page 447, " stigmate glanduleux, jaudâtre, sessile " a été remplacé + par " jaunâtre " + + Page 455, " Il est d’usage, pas exemple " a été remplacé par " par " + + Page 456, " que Prophète s’est assis sous " a été remplacé par " que + le Prophète " + + Page 462, " certains notables peuvent seulent posséder " a été + remplacé par " seulement " + + Page 470, " Quant à la valeur taxinomique " a été remplacé par + " taxonomique " + + Page 478, " CÖRTE (O.), 250. " a été remplacé par " GÖRTE " + + Page 479, " LIANÉ, 31, 48. " a été remplacé par " LINNÉ " + + Page 479, " MATSBAUM (H.), 239. " a été remplacé par " MASTBAUM " + + Page 479, " POLSTORFE, 251. " a été remplacé par " POLSTORFF " + + Page 480, " TCHIRCH, 72. " a été remplacé par " TSCHIRCH " + + Page 480, " WOLSSEN, 444. " a été remplacé par " WOHSEN " + + Page 480, " ZERCK (comte) " a été remplacé par " ZECH " + + Page 482, " _Haphocola_ " a été remplacé par " _Haplocola_ " + + Page 482, " _Kkork_ " a été remplacé par " _Nkork_ " + + Page 482, " _Phosophorus Jansoni_ " a été remplacé par + " _Phosphorus_ " + + De plus, quelques changements mineurs de ponctuation et d’orthographe + ont été apportés. + +*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 79298 *** |
