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+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 77844 ***
+ _Haut-Sénégal-Niger
+ (Soudan Français)_
+
+[Décoration]
+
+ PREMIÈRE SÉRIE
+
+ * * * * *
+
+ TOME I
+
+
+~SOUS PRESSE :~
+
+ DEUXIÈME SÉRIE
+
+ _Géographie économique_
+
+(Voies de communication. — Faune sauvage. — Productions forestières. —
+Productions agricoles. — Elevage des bovidés et des ovidés. — Elevage
+des équidés. — Industries indigènes. — La question des mines d’or. —
+Commerce intérieur. — Commerce extérieur. — La politique économique à
+suivre).
+
+ Par JACQUES MENIAUD
+
+ _Ouvrage illustré de nombreuses photographies et de cartes
+ documentaires_
+
+[Décoration]
+
+
+~EN PRÉPARATION :~
+
+ TROISIÈME SÉRIE
+
+ _Le Territoire militaire du Niger_
+
+ Par JULES BRÉVIÉ
+
+
+
+
+ _Haut-Sénégal-Niger
+ (Soudan Français)_
+
+ Séries d’études publiées sous la direction
+ de M. le Gouverneur CLOZEL
+
+[Décoration]
+
+ PREMIÈRE SÉRIE
+
+ * * * * *
+
+ _Le Pays, les Peuples, les Langues,
+ l’Histoire, les Civilisations_
+
+ PAR
+ MAURICE DELAFOSSE
+ Administrateur de 1re classe des Colonies
+Chargé de cours à l’École Coloniale et à l’École des Langues Orientales
+
+ * * * * *
+
+ _Préface de M. le Gouverneur CLOZEL_
+
+[Décoration]
+
+ _80 illustrations photographiques, 22 cartes dont une carte d’ensemble
+ au 1 : 5.000.000.
+ Bibliographie et Index_
+
+[Décoration]
+
+ TOME I
+
+ Le Pays, les Peuples, les Langues
+
+[Décoration]
+
+ PARIS
+ ÉMILE LAROSE, LIBRAIRE-ÉDITEUR
+ 11, Rue Victor-Cousin, 11
+ * * * * *
+ 1912
+
+
+
+
+ _AVIS AU LECTEUR_
+
+
+_Durant l’impression du présent ouvrage, quelques modifications ont été
+apportées dans l’extension territoriale et l’organisation administrative
+de la colonie du Haut-Sénégal-Niger : un arrêté du Gouverneur général de
+l’A. O. F., en date du 21 juin 1911, a distrait le cercle de_ Gao _du
+Territoire militaire et l’a rattaché à la colonie proprement dite du
+Haut-Sénégal-Niger ; un décret du 7 septembre 1911 a placé le_
+Territoire militaire du Niger, _ainsi amputé du cercle de Gao, sous le
+commandement direct du Gouverneur général de l’A. O. F. ; enfin, pour
+des raisons d’hygiène, le chef-lieu du cercle de_ Koury _a été transféré
+à_ Dédougou, _à quelque distance au sud de Koury et sur la rive droite
+de la Volta Noire._
+
+_Il doit être bien entendu que les limites territoriales et les
+statistiques relatives à la population données dans le cours de ce
+volume s’appliquent au territoire de la colonie tel qu’il était
+constitué avant l’arrêté du 21 juin 1911._
+
+
+
+
+ ERRATA DU PREMIER VOLUME
+
+ * * * * *
+
+
+ Page 135, ligne 2, _au lieu de : Baoulo, lire : Gaoulo_.
+
+ Page 189, note 111, ligne 2, _au lieu de_ : Makhfar, _lire_ :
+ Maghfar.
+
+ Page 395, ligne 30, _au lieu de_ : pas d’adjectifs, _lire_ : peu
+ d’adjectifs.
+
+ Page 414, ligne 4, _au lieu de : mba, lire : ba_.
+
+
+
+
+ DELAFOSSE Planche I
+
+[Illustration : _Cliché Manuel_
+
+FIG. 1. — M. CLOZEL, Gouverneur du Haut-Sénégal-Niger.]
+
+
+ PRÉFACE
+
+
+Lorsque j’ai pris possession du Gouvernement du Haut-Sénégal-Niger au
+mois de mai 1908, parmi les documents que j’ai eu à consulter pour
+étudier la Colonie nouvelle dont j’étais chargé, figuraient des
+monographies de cercles établies par ordre de mon prédécesseur en 1903.
+Ces travaux, généralement intéressants, ne correspondaient cependant
+plus à la réalité ; les documents de ce genre vieillissent vite dans une
+colonie aussi jeune et aussi vivante que le Soudan. De là le projet de
+reprendre l’idée de mon prédécesseur et d’obtenir une situation du Haut-
+Sénégal-Niger en 1909 ; je la complétais par une enquête analogue à
+celle que j’avais entreprise à la Côte d’Ivoire en 1901 sur le droit
+coutumier des Indigènes. On trouvera plus loin les deux questionnaires
+qui ont servi de base et de cadre à cette consultation.
+
+Il convient tout d’abord de rendre justice à l’empressement et à la
+conscience, qu’à la presque unanimité, les commandants de Cercle, civils
+ou militaires, mirent à répondre au double questionnaire qui leur avait
+été adressé. Je suis heureux de pouvoir les en remercier une fois
+encore.
+
+En possession de cette masse vraiment considérable de documents de
+valeur un peu inégale, mais presque toujours intéressants, il m’apparut
+qu’il y avait mieux à faire que les garder dans nos archives pour les
+consulter en cas de besoin.
+
+Mais il ne fallait pas songer à une publication intégrale de tous ces
+rapports ; par leur nature même, leur juxtaposition eût abouti à une
+quantité de redites de double emploi, dans lesquelles le lecteur perdu
+et lassé aurait eu grand peine à trouver les renseignements essentiels
+et d’où il n’aurait pu dégager ni vues d’ensemble ni appréciations
+nettes. Un travail de refonte et de coordination s’imposait donc.
+
+Après avoir adopté le cadre qui me paraissait le plus convenable pour y
+faire entrer le tableau complet de notre Soudan, il restait à trouver
+des hommes joignant, au talent d’exposition nécessaire à cette tâche,
+une connaissance assez approfondie du pays et de ses habitants pour
+corriger les erreurs de détail, situer exactement les faits historiques,
+économiques, géographiques qui constituent la vie de peuples nombreux,
+en dégager les données générales et les caractéristiques essentielles.
+
+M. Delafosse, ses nombreux travaux antérieurs l’attestent, est de tous
+les Français, celui qui connaît le mieux les langues, les traditions,
+les coutumes et les mœurs des Indigènes de l’Afrique Occidentale. Si sa
+forte culture générale et ses études antérieures l’avaient mieux que
+beaucoup d’autres préparé à apprendre, ce n’est pas seulement dans les
+livres, mais par seize ans de vie africaine, en contact permanent avec
+les hommes et la nature, qu’il a acquis son érudition.
+
+L’Adjoint à l’Intendance Méniaud accomplit son troisième séjour au
+Soudan ; il en a dirigé les finances et en a soigneusement étudié les
+besoins et les ressources. Préparé par la haute culture que donne
+l’Ecole Polytechnique et par les études spéciales que nécessitait son
+admission dans l’Intendance, il a de plus, au cours de nombreuses
+missions, parcouru la Colonie entière du Sénégal au lac Tchad. Partout
+il a examiné sur place les produits du sol, les ressources de toutes
+natures, les moyens de transport, la vie économique du pays dans ses
+détails et dans son ensemble.
+
+M. Brévié est au Soudan depuis sa sortie de l’Ecole Coloniale ; après
+s’être initié à la vie et à l’administration du pays en servant dans les
+cercles les plus divers, il est depuis bientôt cinq ans placé à la tête
+du bureau politique du Gouvernement. Il y a fait preuve d’un talent
+d’exposition et de qualités que jusqu’à ce jour ses chefs hiérarchiques
+ont pu seuls apprécier et il y a surtout acquis les connaissances les
+plus complètes sur la vie politique et administrative de la Colonie.
+
+C’est à ces trois collaborateurs que reviendra tout le mérite de
+l’œuvre ; je ne réclame, en cas de succès, que celui de les avoir
+choisis.
+
+ *
+ * *
+
+La tâche était en effet assez vaste et assez complexe pour dépasser la
+compétence d’un seul. A la différence de la plupart des Colonies
+africaines, dont le passé, aussi vierge que leurs forêts, se réduit à
+l’historique de l’effort des Explorateurs Européens pour les pénétrer,
+le Soudan a une histoire. Histoire peu connue, imparfaitement
+documentée, mais réelle, et susceptible de prendre forme et de
+récompenser le labeur de celui qui en débrouillera les obscurités et les
+incertitudes.
+
+Aux temps de la Grèce, de Carthage, des anciennes dynasties Egyptiennes,
+le Soudan est en relations commerciales avec la Méditerranée, berceau
+des civilisations antiques. Ces caravanes d’autrefois avaient à
+traverser un Sahara très probablement moins stérile et moins
+inhospitalier que celui d’à présent.
+
+Le Soudan a été effleuré par la conquête arabe ; de ses confins
+mystérieux sont sortis les Almoravides qui ont conquis le Maghreb et
+l’Espagne ; il a vu se fonder et disparaître de grands empires noirs ;
+des armées marocaines ont envahi et dominé pendant plus d’un siècle
+certaines de ses provinces. Enfin le récit de la conquête française
+commencée en 1880, terminée d’hier, reste encore à faire. Il a manqué à
+cette épopée, mal connue et mal jugée parce que trop près de nous, son
+Bernal Diaz et son Heredia.
+
+On y admirerait tout d’abord la continuité des desseins et de l’effort,
+depuis les plans lointains tracés avec une si remarquable prévision par
+les Bouët-Willaumez et les Faidherbe, jusqu’à la série ininterrompue des
+expéditions militaires commencées par les Brière de l’Isle et les
+Borgnis-Desbordes, continuées par Frey, Galliéni, Humbert, Archinard,
+Combe, Audéoud, de Trentinian, Gouraud... j’en passe et des meilleurs.
+
+On y verrait les entreprises de la témérité la plus folle, conduites
+avec la plus froide intrépidité, justifier par leur succès les théories
+philosophiques les plus osées sur la force de la volonté. Le Général
+Combe dans les campagnes contre Samory, le Général Archinard à Nioro,
+Ouossébougou et Dienné, le Général Audéoud à Sikasso ont renouvelé les
+exploits des Cortez et des Pizarre, ceux plus récents d’autres Français,
+Francis Garnier et ses quelques compagnons lors de la première conquête
+du Tonkin.
+
+A côté des chefs et des combats les plus connus, que d’héroïsmes
+obscurs, que de fatigues et de souffrances : le climat, les fièvres, les
+privations, l’ennui des lointains exils, l’inaction déprimante pendant
+les saisons mauvaises ! La douleur paraît inséparable de tout
+enfantement humain ; ainsi se justifie une fois encore le vers du
+poète :
+
+ ... _Tantæ mollis erat romanam condere gentem_.
+
+De tous ces périls, les plus allègrement affrontés ont toujours été ceux
+des combats. Il semble que la guerre possède une vertu propre et
+singulière, au moins au point de vue esthétique et moral, puisque des
+hommes que j’ai connus d’ailleurs assez ordinaires, vulgaires parfois,
+nos simples soldats noirs eux-mêmes, lorsqu’ils succombent les armes à
+la main, savent mourir en beauté, avec une noblesse stoïque, une pureté
+d’attitude toutes classiques.
+
+ *
+ * *
+
+Parmi ces soldats, beaucoup furent des organisateurs et des
+administrateurs excellents. La Colonie se meut encore dans les cadres
+administratifs tracés par les Généraux Archinard et de Trentinian. Il
+serait injuste cependant d’oublier le Gouverneur Grodet, dont les
+circulaires et instructions, en matière financière surtout, n’ont rien
+perdu de leur valeur. Les polémiques, aujourd’hui oubliées, auxquelles
+avait donné lieu son passage au Gouvernement du Soudan ont fait trop
+négliger cette partie solide et inattaquable de son œuvre.
+
+De 1900 à 1908, mon prédécesseur immédiat, le Gouverneur Général Ponty,
+a travaillé avec l’esprit le plus averti, le sens pratique le plus
+juste, au développement de la jeune Colonie. De l’ensemble de son œuvre
+deux faits se détachent avec un relief tout particulier et perpétueront
+longtemps encore le souvenir de son Gouvernement : la libération des
+captifs et la création du centre administratif de Koulouba.
+
+Si tout le monde était d’accord pour la répression énergique de la
+traite, la suppression immédiate de la captivité faisait hésiter les
+meilleurs esprits. Toutes les sociétés indigènes dans toutes les
+Colonies du groupe admettaient l’esclavage ; son existence se trouvait
+ainsi intimement liée à la vie économique et sociale du pays tout
+entier. La suppression brusque d’un rouage aussi essentiel de
+l’existence de nos sujets païens ou musulmans pouvait à bon droit passer
+pour un saut dans l’inconnu comportant les plus fâcheuses conséquences
+pour la tranquillité et pour la prospérité de nos Colonies. On pouvait
+se trouver d’autant plus encouragé à procéder progressivement que la
+question d’humanité ne se posait généralement pas comme on le croyait en
+France. C’était en effet une grossière erreur que d’envisager la
+captivité africaine à travers les souvenirs du roman de Mrs Beecher
+Stowe. Les malheurs du vertueux oncle Tom n’avaient rien de commun avec
+la vie des captifs africains en Afrique. Celle-ci n’était vraiment pas
+très dure et leur condition n’était en général pas beaucoup plus pénible
+que celle des hommes libres. La traite rigoureusement supprimée, il
+paraissait plus sage de laisser agir le temps en procédant à des
+libérations partielles toutes les fois qu’un incident quelconque les
+aurait motivées.
+
+Le Gouverneur Ponty eut le mérite de n’admettre aucun de ces
+atermoiements. Dès que le Gouverneur Général Roume eut décidé la
+suppression complète et absolue de l’esclavage, il y procéda résolument.
+Et non seulement les troubles soulevés par cette libération de plus de
+300.000 captifs en moins de deux ans ont été tout à fait insignifiants,
+mais encore la prospérité du pays s’en est trouvée accrue. Les anciens
+maîtres, dépossédés de leurs esclaves, se sont mis eux-mêmes au travail,
+et les captifs libérés en ont fait autant de leur côté, et, sûrs de
+conserver désormais tout le fruit de leur labeur, ils ont déployé une
+activité beaucoup plus grande que par le passé. Ce succès d’une mesure
+si discutée et si discutable fait le plus grand honneur à M. le
+Gouverneur Général Ponty.
+
+L’idée d’installer le chef-lieu de la Colonie à Koulouba appartient à M.
+le Général de Trentinian. Cet homme d’un esprit si vif et si clairvoyant
+a eu assez souvent, pendant son passage au Gouvernement du Soudan, le
+tort d’avoir raison quelques années trop tôt. Beaucoup de ses projets
+repris par ses successeurs ont abouti ou sont en train d’aboutir
+actuellement ; d’autres attendent encore une réalisation qu’ils
+trouveront, sans doute, dans un avenir plus ou moins rapproché.
+
+Il était évident pour le Général de Trentinian et pour quiconque voulait
+bien se donner la peine d’étudier une carte du Soudan Français que
+Kayes, base d’opérations obligée lors de la conquête, ville du transit
+et port de la Colonie sur le Sénégal, était beaucoup trop excentrique
+pour en rester la capitale politique. La température y est en outre
+particulièrement chaude et pénible pendant presque toute l’année. Le
+haut Sénégal, dont Kayes et Médine sont les villes principales, est de
+plus un assez pauvre pays : des chaînes de collines rocheuses et
+stériles, des plateaux de latérite ne laissent de terres vraiment
+fertiles que dans les vallées assez étroites arrosées par les divers
+cours d’eau qui forment le bassin supérieur du Sénégal. La population
+n’y est ni très dense ni très riche. Enfin le décret du 17 octobre 1899
+qui rattachait à la Colonie du Sénégal le cercle de Bakel, à la Guinée
+les cercles du Haut-Niger les plus rapprochés de Kayes, accentuait
+encore la position excentrique de cette ville et reportait plus
+évidemment sur le Niger moyen l’axe de la Colonie.
+
+Le climat de la vallée du Niger beaucoup moins pénible pour les
+Européens que celui du Haut-Sénégal, le fleuve lui-même, voie d’accès
+naturelle vers Tombouctou et Niamey à laquelle venaient aboutir toutes
+les routes terrestres de l’immense plateau encerclé par la boucle du
+Niger, tout militait en faveur d’un transfert du chef-lieu. Le Général
+de Trentinian ébaucha le mouvement en installant sur les collines de
+Kati à 12 kilomètres de Bamako la portion principale des troupes. Déjà
+il indiquait comme emplacement de la capitale future le plateau de
+Koulouba (point « F »), qui domine de 161 mètres la plaine où sont
+construits le village et le poste de Bamako. Sur un plateau voisin d’une
+altitude un peu supérieure (point « G »), devait s’élever l’hôpital
+central de la Colonie. Avant de quitter le Soudan, le Général faisait
+bâtir à Koulouba une petite maison, modeste jalon de la cité future.
+
+En 1903, le Gouverneur Général Roume, se rendant à Tombouctou, visitait
+le point F et le point G ; séduit par la vue admirable que l’on avait du
+haut de ces plateaux rocheux, véritables falaises qui dominent le fleuve
+et la vallée du Niger, appréciant les avantages multiples qu’ils
+présentaient au point de vue de l’aération et de la salubrité, il
+sanctionnait de sa haute autorité les projets du Général de Trentinian.
+Libre d’agir, le Gouverneur Ponty, secondé par le Commandant Digue et le
+capitaine Lepoivre du corps du Génie, se mit immédiatement à l’œuvre. En
+moins de cinq ans il faisait édifier à Koulouba la plus belle et la plus
+réussie des capitales coloniales que l’on puisse trouver en Afrique
+Occidentale, aussi bien dans les Colonies étrangères, anglaises ou
+allemandes, que dans les Colonies françaises.
+
+Arrivé à Kayes le 10 mai 1908 lorsque les travaux étaient à peu près
+terminés, j’y transportais dix jours après le siège du Gouvernement.
+
+L’hôpital du point G est en construction depuis l’an dernier et pourra
+sans doute fonctionner dès les premiers jours de 1912.
+
+Des machines élévatoires et des conduites d’eau pourvoient sur ces deux
+points à toutes les nécessités de l’hygiène et du confort modernes ;
+Bamako-Koulouba et l’hôpital seront l’année prochaine éclairés à la
+lumière électrique. A Koulouba s’élèvent le Gouvernement, l’hôtel du
+Secrétaire Général, trois grands bâtiments affectés au Trésor, aux
+Archives et aux divers bureaux. Toutes ces constructions, d’un style
+hispano-mauresque un peu lourd mais admirablement approprié au climat,
+constituent un ensemble qui ne manque ni d’harmonie ni d’une certaine
+majesté. Vingt-cinq maisons, plus petites mais toutes bien aérées et
+pourvues de larges vérandahs, abritent l’imprimerie du Gouvernement et
+les fonctionnaires employés à l’administration centrale de la Colonie.
+C’est à Koulouba également que sont installés le chef du service des
+Travaux Publics avec ses bureaux, le directeur de l’Agriculture et le
+chef du Service Zootechnique.
+
+A Bamako sont venus s’établir, dans les bâtiments construits depuis
+1909, la direction du chemin de fer de Kayes au Niger, une justice de
+paix à compétence étendue, le service des Domaines, la direction des
+Postes et Télégraphes. Les deux villes, distantes de 1.500 mètres à vol
+d’oiseau, de 5 kilomètres par la route carrossable qui relie Bamako dans
+la plaine à Koulouba sur la montagne, sont destinées à se réunir dans un
+avenir assez rapproché, probablement lorsque le railway Thiès-Kayes
+achevé aura donné au Haut-Sénégal-Niger le débouché sûr et permanent sur
+la mer qui a manqué jusqu’à ce jour à son développement économique.
+
+L’organisation centrale qui fonctionne à Koulouba depuis deux ans est,
+ainsi que je l’ai dit, encore celle créée par les Généraux Archinard et
+de Trentinian. L’arrêté local du 19 juin 1908 dont on trouvera plus loin
+le texte a uniquement pour but de préciser et de mettre au point les
+attributions de chacun.
+
+Le Gouverneur, assisté de son Cabinet et de son bureau militaire, a sous
+sa direction immédiate les quatre bureaux du Gouvernement : Affaires
+Politiques, Affaires Economiques, Finances et Matériel. Le Secrétaire
+Général a dans ses attributions particulières le service de ces deux
+derniers bureaux ; c’est lui qui présente leur travail à la signature du
+Gouverneur, tandis que les chefs des premier et deuxième bureaux
+rapportent directement les affaires qui leur sont confiées. C’est là le
+travail quotidien. De plus les chefs des services techniques : Chemin de
+fer de Kayes au Niger et Navigation, Travaux Publics, Postes et
+Télégraphes, Agriculture etc., ont, chaque semaine, leur jour de
+conférence avec le chef de la Colonie.
+
+9.000 kilomètres de lignes télégraphiques mettent le chef-lieu en
+communication avec les vingt-neuf cercles de la Colonie. Ce sont :
+Kayes, Bafoulabé, Kita, Bamako, Nioro, Goumbou, Sokolo, la résidence de
+Kiffa, Satadougou, Bougouni, Sikasso, Bobo-Dioulasso, Gaoua, Ségou,
+Koutiala, San, Dienné, Mopti, l’Issa-Ber ou Niafounké, Bandiagara,
+Ouahigouya, Koury, Ouagadougou ou le Mossi, Dori, Fada-N’Gourma ;
+auxquels, depuis le 1er janvier 1911, sont venus s’ajouter l’ancienne
+région de Tombouctou et les pays de la rive droite du Niger détachés du
+Territoire Militaire pour être placés sous les ordres directs du
+Gouverneur, avec toutefois une organisation spéciale (arrêtés du 22 juin
+1910) que comportent encore les circonstances et formant les cercles de
+Tombouctou-sédentaires et de Tombouctou-nomades, du Gourma et de Say.
+
+Le Territoire Militaire, avec son budget spécial et son autonomie
+relative, s’étend désormais du Niger au lac Tchad et comprend une marche
+semi-saharienne longue d’environ 1.500 kilomètres et servant de trait
+d’union entre l’Afrique Equatoriale et l’Afrique Occidentale françaises.
+A cette même date du 1er janvier 1911 le chef-lieu en a été transporté
+de Niamey à Zinder, à peu près à son centre géographique, d’où le
+Colonel Commandant le territoire peut exercer une action plus efficace
+sur les sept cercles qui relèvent de son autorité : Gao, Niamey,
+Madaoua, Zinder, N’Guigmi, Agadez, Bilma. Une ligne télégraphique de 800
+kilomètres relie déjà Niamey à Zinder et se raccorde par Tombouctou-Gao
+et par Dori au réseau général de la Colonie. En 1911 elle sera continuée
+jusqu’à N’Guigmi, et, après entente avec le Gouverneur Général de
+l’Afrique Equatoriale Française, prolongée jusqu’à Mao, le poste le plus
+voisin de la Colonie congolaise.
+
+De par sa situation semi-désertique, ses obligations militaires de
+protection contre les nomades sahariens, les prix de transport
+considérables qui grèvent son administration, le Territoire Militaire du
+Niger ne peut vivre et s’organiser avec les 1.200.000 francs environ que
+lui rapportent ses taxes locales. Une subvention variable (elle est de
+300.000 francs en 1911), allouée par le budget du Haut-Sénégal-Niger,
+vient chaque année suppléer à l’insuffisance de ses ressources. Le
+Gouverneur de la Colonie dirige et contrôle l’administration du
+Territoire Militaire et y exerce son autorité par l’intermédiaire du
+Colonel Commandant.
+
+Telle est dans son ensemble l’organisation qui permet, avec à peine 500
+officiers ou fonctionnaires français et une force armée d’environ 4.500
+noirs tout compris, troupes régulières, milices et gardes-cercles, de
+faire régner l’ordre et la sécurité parmi 5.000.000 d’indigènes épars
+sur un territoire qui, de la Falémé au Tchad, mesure plus de 2.800
+kilomètres et qui, du Nord au Sud, en y comprenant la zone saharienne
+dont la police nous incombe, en a rarement moins de 1.300. Nous y
+percevons, en additionnant les trois budgets qui fonctionnent dans la
+Colonie, budget local, budget annexe du Territoire Militaire, budget
+annexe du chemin de fer, près de 12 millions de revenus, sans parler des
+recettes douanières qui appartiennent au budget général.
+
+Nous assurons, en dehors du maintien de l’ordre, condition nécessaire de
+tout progrès, l’exécution des travaux utiles au développement économique
+du pays, l’assistance médicale aux indigènes, la diffusion de
+l’instruction parmi les populations primitives dont la tutelle nous est
+confiée.
+
+On admettra, si l’on envisage l’étendue et la multiplicité de la tâche,
+que nous n’abusons pas du fonctionnarisme ; encore serait-il possible
+d’alléger sensiblement les effectifs employés au chef-lieu, si les
+bureaux de Dakar et de Paris, conformant un peu plus leurs actes aux
+beaux discours que l’on prononce périodiquement en France sur la
+décentralisation, voulaient bien faire leur tutelle moins étroite et
+exiger par suite un peu moins de papiers qui ne sont pas tous d’une
+utilité évidente. Mon expérience de Gouverneur Colonial n’est pas très
+vieille, mais elle me permet de constater que le nombre de rapports, de
+pièces comptables et de documents de toutes natures à fournir au
+Gouvernement Général ou au Ministère a triplé depuis moins de dix ans.
+Si le développement rapide de nos jeunes colonies d’Afrique peut dans
+une certaine mesure justifier partie de cet accroissement, il ne saurait
+être invoqué pour la totalité. Il est à craindre même que cet excès de
+sollicitude ne paralyse à la longue les progrès de nos possessions
+africaines ; il a déjà pour résultat de retarder de une ou plusieurs
+années la solution de nombre d’affaires, l’exécution de nombreux
+travaux, sans que les avantages de ce contrôle inquiet apparaissent bien
+clairement dans la plupart des cas. Mais ce n’est point ici la place
+d’étudier les réformes à apporter à notre administration coloniale.
+
+ *
+ * *
+
+La deuxième série de cette publication, consacrée à la situation
+économique de la Colonie, démontrera, je l’espère, que l’héroïsme de nos
+soldats, le labeur de nos fonctionnaires, l’effort de nos commerçants,
+n’ont pas été prodigués à une œuvre vaine.
+
+Le Soudan Français n’est certes point un Eldorado, s’il est encore des
+Eldorado de par le monde. Là comme ailleurs, si nous voulons récolter,
+il faut cultiver notre jardin. Mais si, en bien des points de cette
+vaste Colonie, la terre d’Afrique se montre hostile et ingrate, elle est
+déjà assez féconde pour nous permettre d’augurer un florissant avenir.
+
+Le nombre et la diversité des produits exploitables, conséquence de
+l’étendue du pays et de la variété de ses aspects, assurent à cette
+prospérité des bases solides. Je dis « exploitables » et non
+« exploités » ; jusqu’à ce jour, un seul, le caoutchouc, l’a été
+sérieusement ; deux ou trois autres (arachides, laines, coton, richesses
+minières, bétail) commencent à peine à l’être. Enfin nous avons le
+Niger.
+
+La vallée du Niger Moyen est, de tous les pays d’Afrique que je connais,
+celui dont l’avenir agricole me paraît le plus vaste et le plus certain.
+Lorsqu’il y a une quinzaine d’années, au lendemain de la conquête de
+Tombouctou, de jeunes officiers enthousiastes ont comparé le Niger au
+Nil, beaucoup, dont j’étais, ont souri de ce qui leur paraissait une
+exagération excusable mais tout de même un peu forte. Depuis j’ai vu et
+je crois, ou du moins je comprends.
+
+La vallée du Niger Moyen, de Sansanding à Tombouctou, avec ses vastes
+inondations périodiques, ses bras multiples, ses lacs formant
+réservoirs, est sans doute aussi fertile et certainement beaucoup plus
+étendue que le Delta du Nil. Seulement c’est un Nil tout neuf, auquel il
+manque 3.000 ou 4.000 ans de civilisation antique sans parler des
+travaux modernes. Qu’elle puisse devenir un des greniers du monde, c’est
+probable. Mais ce grenier est à 1.800 kilomètres du port le plus proche
+et il n’en peut pas sortir grand chose parce que les moyens de transport
+sont coûteux et encore bien imparfaits.
+
+Cependant la civilisation moderne dispose de moyens mécaniques qui
+manquaient au monde antique. Le chemin de fer de la Guinée est
+aujourd’hui achevé, le Thiès-Kayes le sera dans peu d’années. Ce jour-
+là, malgré l’élévation forcée des tarifs de nos railways africains, bien
+des choses deviendront possibles qui ne le sont pas aujourd’hui. Il ne
+faudra sans doute pas 3.000 ans à nos ingénieurs pour étudier les crues
+du Niger, les canaliser, les diriger et leur faire donner leur maximum
+de rendement utile. Mais les hommes ne manqueront-ils pas à cette
+tâche ? Et par là j’entends les indigènes formant le gros de la troupe
+industrielle et agricole dont nous fournirons les cadres, troupe
+indispensable à la mise en valeur de toutes ces richesses latentes. Au
+Soudan, sur les rives du fleuve surtout, la population est sans doute
+moins clairsemée que dans la plupart des autres régions de l’Afrique
+intertropicale ; mais combien insuffisante encore. Ce n’est pas
+impunément que ces pays ont traversé des siècles de guerres intestines
+et de barbarie. Et par là nous sommes ramenés à la question indigène qui
+domine toutes les autres. Je l’écrivais déjà en 1902 : « On ne saurait
+trop redire que, dans l’Afrique Occidentale Française, l’indigène est la
+base de toute prospérité, le pivot de tout progrès. »
+
+Au Soudan règne la paix française ; les guerres intestines, les
+pillages, les massacres ont définitivement cessé, mais l’œuvre
+d’assistance est à peine ébauchée ; nous faisons déjà plus de 100.000
+vaccinations par an, mais c’est 500.000 que nous devons faire pour
+lutter contre la variole. Et nous avons d’autres fléaux à combattre pour
+conserver à nos races indigènes toute leur vitalité et toute leur
+puissance d’accroissement. C’est là le devoir prescrit à l’heure
+présente plus encore par notre intérêt que par l’humanité. Les
+possibilités de richesses existent : plus nous aurons d’hommes pour les
+mettre en valeur, plus nous serons riches, et mieux nous aurons
+travaillé à la grandeur et à la force de la France.
+
+Koulouba, le 1er janvier 1911.
+
+ CLOZEL.
+
+
+
+
+ DOCUMENTS ANNEXES
+
+
+=I. — Arrêté du Lieutenant-Gouverneur fixant la répartition et les
+attributions des différents bureaux et services du Gouvernement du Haut-
+Sénégal-Niger.=
+
+
+ _Le Gouverneur des Colonies, lieutenant-gouverneur du Haut-Sénégal-
+ Niger, officier de la légion d’honneur,_
+
+Vu le décret du 18 octobre 1904, portant réorganisation du Gouvernement
+Général de l’Afrique occidentale française,
+
+Arrête :
+
+L’organisation des Services de Direction au Gouvernement du Haut-
+Sénégal-Niger comprend sous l’autorité directe du Gouverneur :
+
+Le Cabinet du Gouverneur,
+
+Le Bureau Militaire,
+
+Le Bureau des Affaires Politiques (1er bureau),
+
+Le Bureau des Affaires économiques (2e bureau),
+
+Le Secrétariat Général du Gouvernement.
+
+Il existe en outre un Secrétariat particulier auprès du Gouverneur.
+
+
+ =Attributions des différents bureaux.=
+
+
+ _Cabinet_
+
+Ouverture, enregistrement et répartition des dépêches et télégrammes
+entre les différents bureaux du Gouvernement.
+
+Enregistrement au départ des dépêches à destination du Gouverneur
+Général et du contrôle financier.
+
+Chiffre : établissement des chiffres, instructions relatives à leur
+emploi.
+
+Chiffrage et déchiffrage des télégrammes officiels.
+
+Personnel, tenue des dossiers du personnel, nominations, mutations.
+
+Mise en route du personnel civil.
+
+Bibliothèque, souscriptions.
+
+Archives. Classement et conservation des originaux des actes du
+Gouverneur Général et du Gouverneur de la Colonie.
+
+Classement et conservation de la correspondance avec le Gouverneur
+Général et le Directeur du Contrôle financier.
+
+Délivrance des états de service des anciens fonctionnaires et agents.
+
+Légalisation des actes établis dans la Colonie.
+
+Conseil d’administration et Conseil du Contentieux.
+
+Journal officiel de la Colonie.
+
+
+ _Bureau militaire._
+
+Administration du personnel hors cadres, désignations, mutations, mise
+en route, relève.
+
+Transmissions des rapports d’opérations militaires.
+
+Justice militaire, conseils de guerre.
+
+Officiers de réserve et réservistes européens.
+
+Réservistes indigènes.
+
+Administration des brigades de garde indigène et de la milice.
+Recrutement, habillement, armement, administration.
+
+Inspection des gardes.
+
+Recrutement et inspections des goums.
+
+Anciens tirailleurs et méharistes (masses, décorations, pensions).
+
+Service géographique, centralisation des rapports géographiques, cartes,
+levers et itinéraires de la Colonie.
+
+Etablissement des cartes d’ensemble de la Colonie.
+
+Observations astronomiques.
+
+Observations pluviométriques, étiage du Sénégal et du Niger.
+
+
+ _Bureau des affaires politiques._
+
+Affaires Politiques.
+
+Justice.
+
+Instruction publique.
+
+Postes et Télégraphes, circulaires et notifications relatives aux
+modifications des services maritimes postaux, approvisionnements en
+figurines, cartes, lettres et enveloppes. Communications avec le Bureau
+de Berne.
+
+Missions, centralisation des documents politiques, ethnographiques, etc.
+autres que les renseignements géographiques ou d’ordre économique et
+financier.
+
+Assistance médicale indigène et services d’hygiène.
+
+Successions vacantes, administration de la curatelle aux successions et
+biens vacants. Recherches dans l’intérêt des familles.
+
+Villages de refuge, secours aux indigents.
+
+Conventions écrites passées entre indigènes.
+
+Statistiques diverses autres que les statistiques douanières et celles
+ressortissant aux affaires commerciales.
+
+
+ _Bureau des affaires économiques._
+
+Affaires d’ordre économique et commercial.
+
+Affaires domaniales, application du régime foncier, concessions urbaines
+et rurales.
+
+Mines, questions d’ordre administratif et contentieux.
+
+Législation commerciale.
+
+Colonisation, main-d’œuvre, crédit.
+
+Centralisation de tous les renseignements agricoles et de la
+correspondance concernant le service de l’agriculture.
+
+Autrucheries, bergeries.
+
+Stations agronomiques et jardins d’essais, établissements hippiques,
+missions agricoles et économiques diverses.
+
+Relations avec l’Office Colonial. Participation aux expositions.
+
+Etudes avec le Secrétaire Général des questions relatives :
+
+1o Aux patentes, taxe de colportage, oussourou, droits de marché et
+taxes imposées au commerce, droits de bac, taxe des Decauville, etc.
+
+2o Aux tarifs du chemin de fer et de la navigation ;
+
+3o Aux poids et mesures, monnaies ;
+
+4o Aux relations avec les Chambres de commerce ;
+
+5o Aux questions douanières.
+
+
+ _Secrétariat Général._
+
+Le Secrétariat Général comprend, sous l’autorité directe du Secrétaire
+Général, deux bureaux :
+
+Bureau des finances ;
+
+Bureau du matériel.
+
+
+ =Attributions.=
+
+
+ _Bureau des finances._
+
+Administration du budget local et du budget annexe du Territoire
+Militaire du Niger.
+
+Centralisation de tous les renseignements et de la correspondance
+concernant la préparation, l’exécution et le contrôle des deux budgets.
+
+Contrôle de l’administration du chemin de fer de Kayes au Niger ;
+centralisation de tous les renseignements et de la correspondance
+concernant ce service.
+
+Administration des fonds d’emprunt et du budget général.
+
+Centralisation de tous les renseignements et de la correspondance
+concernant les travaux effectués sur les deux budgets.
+
+Contrôle financier des services d’exploitation ;
+
+Postes et Télégraphes ;
+
+Service de navigation du Niger ;
+
+Service de navigation sur le Sénégal ;
+
+Decauville de Kayes et Bamako ;
+
+Imprimerie.
+
+Centralisation des renseignements et de la correspondance concernant ces
+services.
+
+Contrôle des régies financières, Douanes, Enregistrement ; questions
+relatives à l’organisation et au fonctionnement du service du Trésor.
+
+Comptabilité des dépenses engagées, relations avec le Directeur du
+contrôle financier.
+
+
+ _Bureau du matériel._
+
+Réalisation des approvisionnements nécessaires aux différents services
+et postes de la Colonie.
+
+Préparation des marchés et commandes, recettes des fournitures.
+
+Comptabilité-matières, questions générales de comptabilité-matières ;
+préparation des instructions qui s’y rapportent, pour les différents
+postes et services.
+
+Vérification et centralisation de la comptabilité des mouvements des
+approvisionnements en magasin et de la comptabilité du matériel en
+service.
+
+Examen des procès-verbaux de recensement, de prise de service, de
+condamnation, de perte et tous autres documents produits à la charge ou
+à la décharge des gestionnaires et des dépositaires comptables.
+
+Etablissement des comptes généraux du matériel.
+
+Mouvements du matériel, expédition et réexpédition entre les différents
+postes et services, établissement des réquisitions, comptabilité du
+matériel en cours de transport.
+
+Liquidation des dépenses de fournitures, de transports (chemin de fer,
+navigation Niger et Sénégal), des cessions diverses et des baux.
+
+Toutes les commandes, projets de marchés doivent être revêtues du visa
+du bureau des Finances (comptabilité des dépenses engagées).
+
+Le Secrétaire Général, en outre de la Direction des bureaux des Finances
+et du Matériel, est chargé de la présentation au Conseil
+d’Administration des affaires de la Colonie. Le chef du bureau des
+affaires économiques doit étudier avec lui les questions de fiscalité et
+de tarification intéressant le commerce de la Colonie.
+
+La correspondance afférente à ces questions préparée par le 2e Bureau
+doit également porter le timbre du Secrétariat Général.
+
+Il peut être, par délégation du Gouverneur, chargé de l’ordonnancement
+et de la signature des pièces comptables.
+
+
+ _Inspections et services divers._
+
+A. — L’Inspecteur des écoles est le conseil technique du Gouverneur. Il
+peut être consulté sur toutes les questions d’organisation du service de
+l’Enseignement, il donne son avis sur les demandes et les rapports des
+Commandants de Cercle qui lui sont transmis, et propose au Gouverneur
+toutes mesures qu’il juge utiles pour le progrès de l’Enseignement dans
+la Colonie. Il procède, sur l’ordre et d’après les instructions du
+Gouverneur, à des inspections dans le but d’assurer le contrôle
+permanent du Gouvernement sur le fonctionnement du service de
+l’Enseignement dans la Colonie.
+
+B. — Le Chef du service de santé est le conseil technique du Gouverneur
+en ce qui touche à l’organisation et au fonctionnement de l’assistance
+médicale, du service des épidémies, de la vaccine, du laboratoire
+bactériologique.
+
+C. — Le Chef du service de l’Agriculture est le conseil technique du
+Gouverneur ; il peut être consulté sur toutes les questions
+d’organisation du service de l’Agriculture. Il donne son avis sur les
+demandes et les rapports des commandants de cercle qui lui sont transmis
+et propose au Gouverneur toutes mesures qu’il juge utiles pour le
+développement de l’agriculture dans la Colonie. Il procède, sur l’ordre
+et d’après les instructions du Gouverneur, à des inspections des
+stations agronomiques, jardins d’essais, bergeries, autrucheries, dans
+le but d’assurer le contrôle permanent du Gouvernement sur le
+fonctionnement du service de l’Agriculture dans la Colonie.
+
+D. — Un vétérinaire hors cadres est chargé, dans les mêmes conditions du
+Service Zootechnique de la Colonie.
+
+E. — Le Chef du service des Travaux Publics est chargé :
+
+1o De l’étude et de la direction des travaux publics entrepris sur les
+fonds du budget local. Il peut être appelé à étudier et diriger
+l’exécution des travaux publics entrepris dans la Colonie sur des
+ressources étrangères au budget local (budget général ou fonds
+d’emprunt).
+
+2o Du service des Mines (questions d’ordre technique). Il est en même
+temps le conseil technique du Gouverneur pour les différents services
+d’exploitation de la Colonie (Chemin de fer, Navigation) et en ce qui
+concerne particulièrement les approvisionnements et travaux.
+
+La correspondance et les rapports concernant les Inspections et Services
+divers sont centralisés par les Bureaux du Gouvernement :
+
+Inspection des Ecoles et Service de Santé : au 1er Bureau.
+
+Service de l’Agriculture et Service Zootechnique : au 2e Bureau.
+
+Service des Travaux Publics : au Secrétariat Général.
+
+ Bamako, le 19 juin 1908.
+
+ Signé : CLOZEL.
+
+
+ =II. — Circulaire relative à l’étude des coutumes indigènes=
+
+
+_Le Gouverneur des Colonies, Lieutenant-Gouverneur du Haut-Sénégal-
+Niger, à MM. les Administrateurs et Commandants de Cercles du Haut-
+Sénégal-Niger et à M. le Commandant du Territoire militaire du Niger._
+
+
+ Messieurs,
+
+Le décret du 10 novembre 1903, portant réorganisation du Service de la
+Justice dans les Colonies du Gouvernement général de l’Afrique
+occidentale française, a eu pour but essentiel d’unifier
+l’Administration de la Justice soumise autrefois à des régimes variant
+avec les divisions administratives de notre grande possession ouest-
+africaine et de garantir aux indigènes, sous notre contrôle et notre
+direction, en tout ce qui n’est pas contraire à nos principes essentiels
+d’humanité et de civilisation, le maintien de leurs coutumes, fondement
+d’un droit privé approprié à leur mentalité et à leur état social.
+
+Dans ses instructions du 25 avril 1905, relatives à l’application de
+l’article 75 de ce décret, qui synthétise en quelques lignes l’objectif
+dominant du législateur, M. le Gouverneur général Roume s’exprime ainsi
+qu’il suit :
+
+« J’appelle tout particulièrement votre attention sur les dispositions
+de l’article 75 aux termes desquelles la Justice indigène appliquera en
+toute matière les coutumes locales en tout ce qu’elles n’ont pas de
+contraire aux principes de la civilisation française.
+
+« Les tribunaux indigènes auront à juger soit suivant les règles plus ou
+moins modifiées par l’usage de la loi coranique, rite malékite, acceptée
+en fait dans une grande partie de nos territoires, soit d’après les
+traditions locales dans les régions qui n’ont point encore subi
+l’influence musulmane.
+
+« Nous ne pouvons, en effet, imposer à nos sujets les dispositions de
+notre droit français manifestement incompatibles avec leur état social.
+Mais nous ne saurions davantage tolérer le maintien, à l’abri de notre
+autorité, de certaines coutumes contraires à nos principes d’humanité et
+au droit naturel.
+
+« Dans les matières civiles, les coutumes ne sont pas les mêmes dans
+toute l’étendue de nos territoires. Variables suivant les régions, il
+arrive même qu’au sein de groupements indigènes, unis cependant par une
+communauté d’origine ou de langage, les coutumes changent de village à
+village. Il y aura donc lieu de veiller à ce que, à l’abri de cette trop
+grande diversité, quelquefois difficile à contrôler, les tribunaux
+indigènes ne se livrent point à l’arbitraire.
+
+« Notre ferme intention de respecter les coutumes ne saurait nous créer
+l’obligation de les soustraire à l’action du progrès, d’empêcher leur
+régularisation ou leur amélioration. Avec le concours des tribunaux
+indigènes eux-mêmes, il sera possible d’amener peu à peu une
+classification rationnelle, une généralisation des usages compatible
+avec la condition sociale des habitants et de rendre ces usages de plus
+en plus conformes, non point à nos doctrines juridiques métropolitaines
+qui peuvent être opposées, mais aux principes fondamentaux du droit
+naturel, source première de toutes les législations.
+
+« Vous devrez donc, dans l’exercice de vos attributions judiciaires,
+étudier avec la plus grande attention les cas d’application des coutumes
+indigènes.
+
+« Dans ce but, vous comparerez entre eux les usages divers qui, pour
+varier au premier coup d’œil dans leurs détails, n’en doivent pas moins
+présenter à l’examen réfléchi des points communs permettant de
+déterminer un caractère général.
+
+« Vous vous attacherez, par conséquent, à les grouper méthodiquement, à
+les formuler avec précision, à leur donner la clarté qui leur manque
+trop souvent. Ces travaux serviront plus tard à la rédaction d’un
+coutumier général qui deviendra la règle des tribunaux indigènes pour
+les matières civiles.
+
+« Un questionnaire détaillé vous sera ultérieurement adressé pour
+faciliter le classement méthodique et rationnel de vos observations. »
+
+Vous avez eu tout le temps nécessaire, durant les cinq années qui se
+sont écoulées depuis l’envoi de ces instructions, de vous familiariser
+avec les dispositions les plus communes des divers droits coutumiers
+dont l’application était soumise à votre contrôle, d’en noter les
+particularités propres à chaque groupement ethnique et de faire toutes
+remarques utiles de nature à vous faciliter le travail de classification
+et de coordination qui vous était demandé.
+
+Le moment me paraît venu de profiter des connaissances que vous avez pu
+ainsi acquérir et de l’expérience des questions indigènes que la
+majorité d’entre vous possède, pour réaliser l’œuvre de codification
+projetée par M. le Gouverneur général Roume et dont l’intérêt capital,
+tant au point de vue de la tâche des magistrats trop souvent
+inexpérimentés ou dépendants de certaines influences locales, que des
+garanties qui en résulteront pour les justiciables, ne saurait vous
+échapper.
+
+En vue de mener à bien une œuvre aussi complexe que délicate, j’ai
+décidé d’en confier la réalisation à une commission qui sera chargée de
+centraliser vos travaux, de les coordonner et par comparaison,
+rapprochement ou adaptation, d’élaborer pour chaque groupe indigène de
+la Colonie le coutumier qui devra lui être applicable.
+
+Cette commission, dont je désignerai ultérieurement les membres, se
+réunira aussitôt après la réception des rapports que vous aurez à
+établir en vous conformant aux indications tracées par le questionnaire
+que je joins à cette circulaire.
+
+Ce questionnaire qui comprend deux parties : _I. Droit civil._ — _II.
+Droit criminel_, vous indique les sujets essentiels que vous devrez vous
+attacher à exposer et au besoin à élucider.
+
+Mais votre contribution à l’œuvre dont je poursuis l’accomplissement
+n’est pas nécessairement limitée au développement des questions soumises
+à votre examen attentif. Si, au point de vue spécial qui va occuper
+votre activité, vous avez, en dehors des points précisés par le canevas
+ci-joint, des communications intéressantes à me faire sur les
+institutions et usages particuliers des indigènes habitant vos cercles
+respectifs, je les accueillerai volontiers.
+
+Je n’ai pas besoin de vous dire, Messieurs, que je compte entièrement
+sur le zèle et le dévouement qui vous sont habituels pour mener à bien
+l’œuvre entreprise, dont la réussite ne peut dépendre que du soin et de
+l’exactitude que vous aurez apportés dans vos travaux.
+
+J’ajoute, pour terminer, que je désire que vos rapports me parviennent
+avant le 1er juin prochain et que je ne manquerai pas, lors de
+l’établissement périodique des propositions pour l’avancement et autres
+récompenses, de me souvenir de ceux d’entre vous qui se seront le plus
+particulièrement distingués dans l’œuvre de progrès et d’amélioration
+sociale à laquelle je vous convie.
+
+ Bamako, le 12 janvier 1909.
+
+ CLOZEL.
+
+ * * * * *
+
+
+ QUESTIONNAIRE
+
+
+ PREMIÈRE PARTIE
+
+ =DROIT CIVIL=
+
+
+ SECTION I. — DE LA FAMILLE
+
+_Organisation de la famille._ — Cette organisation est-elle basée sur
+les principes admis par les peuples civilisés ? Définition de la
+parenté : s’établit-elle par tige paternelle, par tige maternelle ou par
+les deux ? De l’alliance. Des degrés de parenté et d’alliance au point
+de vue de leurs effets, notamment en ce qui concerne : 1o les droits de
+tutelle et en particulier les apports d’oncle à neveu ; 2o les
+empêchements au mariage.
+
+Note sur l’organisation de la tribu et sur ses rapports avec
+l’institution analogue qu’on remarque, à l’origine des civilisations
+(genos, gens, clan, horde, etc.). Eléments constitutifs de la tribu.
+Droits et devoirs de ses membres. Organisation politique et
+administrative des groupes indigènes avant notre occupation. Etat
+actuel. Evolution en cours. Modifications à apporter.
+
+
+ SECTION II. — DU MARIAGE
+
+_Monogamie ou polygamie ?_ — La polygamie a-t-elle le caractère légal
+qu’elle présente chez certains primitifs ? Conséquences de la polygamie
+relativement à la condition de la femme. Des fiançailles ou promesses de
+mariage : sont-elles réglementées et sanctionnées ? Conditions requises
+chez l’homme et la femme pour pouvoir contracter. La polyandrie existe-
+t-elle ?
+
+_Mariage._ — La distinction, établie par l’ensemble des législations
+positives, entre les empêchements absolus et les empêchements relatifs,
+se remarque-t-elle dans la coutume indigène ? Quid des empêchements
+résultant des différences de tribu entre conjoints ? A quelle catégorie
+de nullités se rattachent l’impuberté et le défaut de consentement de
+l’un des époux ? Enumérer les divers cas d’empêchements absolus ou
+relatifs.
+
+_Mode d’obtention de la femme._ — Le mariage a-t-il lieu par achat ou
+par enlèvement ? Dans quelles conditions ? Est-ce l’homme ou la femme
+qui apporte la dot ? Quel en est le montant ? Formalités de la
+célébration du mariage. Les présents donnent-ils lieu à une
+réglementation spéciale ? Qui prononce les unions ? Des droits et
+obligations nés du mariage : dettes alimentaires, devoirs de fidélité,
+secours et assistance. L’adultère de l’homme ou de la femme entraîne-t-
+il, en règle générale, la rupture de l’union ou se résout-il par une
+peine pécuniaire ? La pénalité infligée à l’adultère est-elle uniforme
+ou varie-t-elle suivant la condition des époux et du complice ? Dans le
+cas de peine pécuniaire, qui verse l’amende, qui l’inflige et quel en
+est le montant ? Des devoirs particuliers à chaque époux.
+
+_De la dissolution du mariage._ — Divorce, ses causes et ses effets.
+Juridiction qui le prononce. Quid du divorce par consentement mutuel ?
+Restitution de la dot et des présents. A qui sont confiés les enfants ?
+
+
+ SECTION III. — DE LA FILIATION
+
+_Des diverses sortes de filiation._ — La coutume indigène consacre-t-
+elle la distinction de notre droit civil entre la filiation légitime,
+naturelle simple, adultérine et incestueuse ? Des effets du lien de
+parenté, en ce qui regarde les droits et devoirs : 1o du père, 2o de la
+mère, 3o des enfants. Des droits de garde, de surveillance ou de
+correction. Le père ou la mère peut-il donner ses enfants en gage, en
+faire des captifs temporaires ? Dans quelles conditions et jusqu’à quel
+âge ? Déchéance de la puissance paternelle : ses causes et ses effets.
+
+_Existe-t-il une parenté artificielle ?_ — De l’adoption : ses
+conditions, ses formes et ses conséquences.
+
+
+ SECTION IV. — DE LA TUTELLE, DE L’ÉMANCIPATION ET DE L’INTERDICTION
+
+La législation française distingue quatre sortes de tutelle : 1o la
+tutelle des survivants des père et mère ; 2o la tutelle testamentaire,
+conférée par le dernier mourant des père et mère ; 3o la tutelle des
+ascendants attribuée à celui le plus proche ; 4o la tutelle dative
+déférée par le conseil de famille. Ces divers modes se retrouvent-ils
+dans la coutume indigène ? Des attributions du tuteur quant à la
+personne et quant aux biens de l’enfant. De la responsabilité civile du
+tuteur.
+
+De l’émancipation et de l’interdiction étudiées dans leurs causes et
+leurs résultats.
+
+
+ SECTION V. — DE LA PROPRIÉTÉ
+
+_Théorie générale de la propriété chez les indigènes._ — De l’origine du
+droit de propriété. La propriété est-elle collective ou privée, ou, à la
+fois, collective et privée selon la nature des biens ? Est-elle domaine
+éminent du chef, du souverain ? Y a-t-il une distinction entre les biens
+mobiliers et les biens immobiliers ? Le droit de propriété comporte-t-il
+les facultés d’user de la chose, d’en disposer, comme il les confère
+dans l’ancienne Rome et dans les législations actuelles ?
+
+_Des servitudes personnelles ou droits d’usufruit, d’usage et
+d’habitation._ — Comment et sur quels biens l’usufruit peut-il être
+établi ? Des droits et obligations de l’usufruitier et du nu-
+propriétaire. Comment l’usufruit prend fin ? De l’usage et de
+l’habitation : droits et devoirs de l’usager.
+
+_Des servitudes réelles ou services fonciers._ — Comment elles
+s’établissent, droits qu’elles donnent, causes d’extinction.
+
+_Note sur le domaine public._ — Quelles sont les conceptions des
+indigènes à cet égard ? Existe-t-il, chez eux, des biens appartenant en
+commun au village, à la tribu ou à des groupements plus importants ? Ces
+biens peuvent-ils être aliénés ? Par qui et dans quelle forme ? Des
+diverses dépendances du domaine public.
+
+
+ SECTION VI. — DES SUCCESSIONS, DONATIONS ET TESTAMENTS
+
+_De l’ouverture des successions et de la saisine ou investiture des
+biens héréditaires au profit de l’héritier._ — Des qualités requises
+pour succéder. Des divers ordres de succession. Qui hérite ? Sont-ce les
+enfants du défunt, ses ascendants ou ses frères et sœurs utérins ? Les
+femmes héritent-elles et, si oui, dans quelles conditions ? Quid des
+neveux du défunt ? Quid du conjoint ? Des droits de la collectivité,
+village ou tribu, sur les biens du défunt. Formes de l’acceptation et de
+la répudiation des successions. Conséquences de l’acceptation, notamment
+au point de vue des dettes. Conséquences de la renonciation. Du partage
+des successions. Des rapports : l’héritier peut-il cumuler sa part
+héréditaire avec le montant des donations reçues du _de cujus_ ?
+
+Note détaillée sur les us et coutumes qui touchent aux cérémonies
+accompagnant les décès (tams-tams, libations, inhumations, sacrifices,
+etc.) et sur l’époque où se produit la liquidation des successions. Du
+deuil.
+
+_Des donations entre-vifs et des testaments._ — Capacité de disposer ou
+de recevoir par donation ou par testament. La matière de la quotité
+disponible est-elle réglementée ? Formes et effets de la donation entre-
+vifs. Est-elle révocable ? Des règles de forme des testaments. Legs
+universel, legs à titre universel et legs particuliers. Des exécuteurs
+testamentaires. De la révocation et de la caducité des testaments.
+
+
+ SECTION VII. — DES CONTRATS
+
+_Quels sont ceux usités dans le pays ?_ — Comment naissent les
+contrats ? Sont-ils l’objet de formes solennelles spéciales ? Causes
+essentielles à leur validité. De l’effet des obligations. Comment elles
+s’éteignent. Modes de preuves.
+
+_De la vente, de l’échange et du louage._ — Nature et forme de la vente.
+Qui peut acheter ou vendre ? Quelles choses peuvent être vendues ? Des
+obligations du vendeur : délivrance et garantie. Des obligations de
+l’acheteur.
+
+La forme habituelle des transactions n’est-elle pas l’échange ? L’usage
+de la monnaie, intermédiaire des échanges, est-il connu ? Quelle est la
+monnaie usitée ?
+
+La coutume indigène admet-elle le louage des personnes comme celui des
+choses ? L’esclavage volontaire et l’esclavage pour dettes existent-ils
+encore ? Moyens d’assurer progressivement l’abandon de cette coutume ?
+Domestiques et diverses catégories de salariés.
+
+Des baux et, en particulier, du bail à cheptel.
+
+Du contrat de prêt : du commodat ou prêt à usage, du prêt de
+consommation ou simple prêt. Obligations respectives : 1o du commodant
+et du commodataire ; 2o du prêteur et de l’emprunteur. Les indigènes
+pratiquent ils le prêt à intérêt ? Si oui, quel en est le taux
+habituel ? Du contrat de mandat : sa nature et sa forme. Obligations du
+mandant. Obligations du mandataire. Comment finit le mandat.
+
+Du dépôt et des objets livrés en garanties de dettes. Règles générales
+et particulières régissant la matière.
+
+Sanction des obligations. La contrainte par corps est-elle en usage ?
+Quelles en sont la durée minima et la durée maxima ?
+
+
+ SECTION VIII. — DE LA PRESCRIPTION
+
+Connaît-on la prescription ? Quelle en est la durée ?
+
+ * * * * *
+
+
+ DEUXIÈME PARTIE
+
+ =DROIT CRIMINEL=
+
+
+ SECTION I. — DE L’INFRACTION
+
+_Les indigènes font-ils un classement des infractions ?_ — Admettent-ils
+des catégories analogues à celles des crimes, délits et contraventions ?
+Règles présidant aux distinctions qu’ils établissent.
+
+_Eléments constitutifs de l’infraction._ — La tentative est-elle punie
+comme le délit consommé ? De la responsabilité civile et criminelle : 1o
+des parents du délinquant ; 2o de son village ou de sa tribu. Le
+principe de l’irresponsabilité pénale est il en vigueur devant les
+juridictions répressives ? Quels sont les cas d’irresponsabilité et
+quels en sont les effets au point de vue de l’application de la
+coutume ? Quid des faits justificatifs, tels que la légitime défense ?
+
+Des principaux actes tombant sous l’application de la loi pénale.
+
+
+ SECTION II. — DES PEINES
+
+_Notions générales sur les peines._ — Est-ce sur l’idée du châtiment ou
+sur celle du dédommagement qu’elles sont fondées ? Du rachat de
+l’infraction commise ou système germanique des compositions pécuniaires.
+Principales peines appliquées : corporelles, privatives de la liberté,
+pécuniaires. Peines principales et peines accessoires. De l’application
+des peines : la coutume traite-t-elle de la matière des circonstances
+aggravantes et des circonstances atténuantes ? Le principe de la
+substitution des peines, de l’emprisonnement à la peine de mort ou de
+l’amende à l’emprisonnement, par exemple, est-il admis ? De la
+complicité : ses éléments constitutifs et les peines qu’elle provoque.
+De la pluralité d’infractions : en ce cas, est-ce le cumul ou le non
+cumul des peines qui est la règle ? L’état de récidive donne-t-il sujet
+à l’application de peines ou de mesures spéciales ?
+
+
+ SECTION III. — RÉFORMES
+
+Y a-t-il lieu de modifier certaines pénalités ? Faut-il introduire dans
+la coutume certaines infractions prévues par notre Code pénal ?
+
+
+ =III. — Circulaire relative à la mise à jour des monographies des
+ cercles.=
+
+
+_Le Gouverneur des Colonies, Lieutenant-Gouverneur du Haut-Sénégal-
+Niger, à Messieurs les Administrateurs et Commandants de Cercles du
+Haut-Sénégal-Niger et à Monsieur le Commandant du Territoire militaire
+du Niger._
+
+
+ Messieurs,
+
+Les monographies des cercles du Haut-Sénégal-Niger qui ont été établies
+au commencement de l’année 1904, sur l’ordre et d’après un plan tracé
+par M. le Gouverneur général _p. i._ Merlin, constituent encore à
+l’heure actuelle, et malgré les imperfections ou les lacunes de
+certaines d’entre elles, le recueil méthodique le plus complet que nous
+possédions des notions acquises à l’époque sur l’histoire, la
+géographie, l’ethnographie et la valeur économique de notre Colonie.
+
+Mais, depuis cinq ans, les études et travaux entrepris par quelques-uns
+d’entre vous, les investigations auxquelles se sont livrés certains
+officiers ou fonctionnaires chargés de mission, les recensements de plus
+en plus minutieux qui ont pu être effectués dans les cercles, ont
+singulièrement élargi le domaine de nos connaissances sur l’évolution
+historique des populations placées sous notre tutelle et notamment sur
+l’origine, la formation politique, la distribution géographique et
+l’importance des groupements ethniques qui constituent l’ensemble de ces
+populations.
+
+D’autre part, l’achèvement en 1905 du Chemin de fer de Kayes au Niger a
+eu pour effet d’accroître considérablement la richesse économique et les
+forces productives d’une grande partie des territoires de la Colonie qui
+jusque-là étaient restés improductifs.
+
+Il convient donc, afin de ne pas perdre le fruit du précieux labeur
+fourni en 1904 et de conserver une documentation complète et précise, au
+courant de tous les progrès accomplis dans l’œuvre de civilisation que
+nous poursuivons dans ces pays, de reprendre les travaux de vos
+prédécesseurs et de les compléter pour chacun de vos cercles respectifs
+par l’addition des renseignements de toute nature recueillis et
+l’enregistrement des faits nouveaux qui se sont produits pendant les
+cinq dernières années.
+
+La présente circulaire a pour but de vous inviter à cette tâche dont
+l’intérêt et l’utilité pratique ne peuvent vous échapper.
+
+Afin de faciliter votre travail et de donner aux rapports que vous aurez
+à établir et à m’adresser avant le 1er août prochain, le caractère
+d’uniformité qui leur est indispensable pour en rendre la lecture et la
+coordination plus aisées, j’ai fait dresser le canevas ci-joint qui
+reproduit dans ses dispositions essentielles le programme adopté
+primitivement pour l’établissement des premières monographies, tout en
+laissant de côté un certain nombre de questions ayant perdu leur raison
+d’être ou ne présentant plus qu’un intérêt relatif au point de vue
+particulier qui nous occupe.
+
+Je crois n’avoir aucune recommandation spéciale à vous faire touchant
+les matières qui doivent solliciter plus particulièrement votre
+attention et comporter des développements plus ou moins longs suivant
+l’importance qu’elles ont dans votre cercle. Il vous appartient de
+traiter chacune d’elles suivant l’intérêt qu’elle présente au point de
+vue local.
+
+Je sais que je puis compter sur tout votre dévouement et je ne doute pas
+que vous n’ayez à cœur d’apporter tous vos soins à l’établissement et à
+la rédaction du travail que je vous confie.
+
+Je ne manquerai pas, d’ailleurs, de tenir compte à ceux d’entre vous qui
+se seront particulièrement fait remarquer par la façon dont ils se
+seront acquittés de leur tâche.
+
+ Bamako, le 15 janvier 1909.
+
+ CLOZEL.
+
+ * * * * *
+
+
+ QUESTIONS A TRAITER
+
+
+ PREMIÈRE SECTION
+
+_Formation historique et ethnique des provinces qui constituent le
+cercle._ — Nomenclature des groupes ; leur origine ; leurs rapports ou
+leurs affinités avec les autres groupes de la Colonie.
+
+
+ DEUXIÈME SECTION
+
+Organisation politique, administrative et judiciaire indigène qui a
+précédé l’exercice de notre autorité.
+
+
+ TROISIÈME SECTION
+
+_Renseignements géographiques._ — Notes succintes sur les nouvelles
+constatations ou remarques qui auraient pu être faites depuis 1904
+concernant le climat, la nature du sol, la végétation (notamment les
+essences utiles) et la faune terrestre, aérienne ou aquatique.
+
+
+ QUATRIÈME SECTION
+
+_Renseignements économiques :_
+
+_a_) Principales cultures d’exportation (arachides, coton, indigo, riz,
+caoutchouc, sisal et autres textiles, etc.).
+
+_b_) Principales cultures indigènes ; leur avenir économique.
+
+_c_) Pâturages. Leur nature, leur superficie.
+
+_d_) Elevage du bétail d’alimentation. Nature des troupeaux, leur
+nombre, valeur des laines et peaux. Leur production, leur avenir
+économique.
+
+_e_) Elevage des bêtes de somme, chevaux, ânes, chameaux, bœufs
+porteurs ; principaux centres d’élevage.
+
+_f_) Carrières, mines, salines en exploitation.
+
+_g_) Industries indigènes. Progrès accomplis depuis 1904.
+
+_h_) Exploitations agricoles. Leur nombre, leur importance. Jardins
+d’essais et pépinières, etc.
+
+
+ CINQUIÈME SECTION
+
+_Main-d’œuvre._ — Son importance et sa nature. Taux des salaires.
+
+
+ SIXIÈME SECTION
+
+_Commerce._ — Indications générales sur la nature et l’importance du
+commerce. Chiffres globaux du mouvement commercial pendant les cinq
+dernières années. Principaux marchés. Principales maisons de commerce.
+Nature de leurs transactions. Colporteurs. Nature de leur trafic. Moyens
+de transport. Caravaniers maures ou autres.
+
+
+ SEPTIÈME SECTION
+
+_Religion._ — Progrès de l’islamisme et des sectes religieuses.
+Marabouts principaux. Etablissements religieux : leur nombre, leur
+importance.
+
+
+ HUITIÈME SECTION
+
+_Langues._ — Dialectes parlés. Nombre d’individus parlant chaque
+dialecte.
+
+
+ NEUVIÈME SECTION
+
+_Instruction publique._ — Ecoles publiques laïques ; écoles
+confessionnelles ; écoles coraniques. Leur nombre, leur importance, leur
+fonctionnement ; population scolaire.
+
+
+ DOCUMENTS A JOINDRE
+
+1o Carte au 1/200.000e indiquant les divisions du cercle par provinces
+ou cantons et par races (indiquer chaque race au moyen d’une combinaison
+de hachures séparées par de larges intervalles de manière à conserver à
+la carte toute sa clarté). Chef-lieu du cercle. Résidences. Principaux
+centres et marchés indigènes. Lignes et bureaux télégraphiques.
+Principales routes avec un tableau annexe pour leurs étapes ;
+
+2o Un état numérique des villages groupés par province ou par canton
+avec les noms des chefs de province ou de canton ; chiffre global de la
+population de chaque village ;
+
+3o Un état numérique de la population par province ou canton classée par
+race et religion ;
+
+4o Un état numérique des troupeaux par catégorie de bétail ;
+
+5o Un état numérique des animaux de transport ou de trait.
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+ HAUT-SÉNÉGAL-NIGER
+ (_Soudan Français_)
+
+ * * * * *
+
+ PREMIÈRE SÉRIE
+
+ * * * * *
+
+ TOME 1
+
+ _Les Pays — Les Peuples — Les Langues_
+
+ PAR
+ MAURICE DELAFOSSE
+ Administrateur de 1re classe des Colonies
+
+
+
+
+ AVANT-PROPOS
+
+
+Le travail dont m’avait chargé M. le Gouverneur Clozel et qui a fourni
+la matière du présent volume et du suivant n’a trait qu’à la partie de
+la colonie du Haut-Sénégal-Niger administrée directement par le
+Gouverneur, c’est-à-dire que je ne me suis pas occupé de la zone
+comprise entre le Bas-Niger et le lac Tchad, laquelle zone constitue
+actuellement le Territoire Militaire du Niger et forme l’objet de la
+troisième série de cette publication, rédigée par M. Brévié.
+
+J’ai divisé l’ouvrage en cinq parties.
+
+La première — _le pays_ — est une étude succincte de la géographie du
+Haut-Sénégal-Niger ; je n’ai pas cru devoir me livrer à des
+considérations de longue étendue sur un sujet qui sort de ma compétence
+particulière et qui, d’ailleurs, va être traité de façon remarquable par
+M. l’administrateur-adjoint Henry Hubert dans un livre reproduisant les
+résultats de sa grande mission géologique.
+
+La deuxième partie — _les peuples_ — renferme la nomenclature, la
+classification et la répartition des divers groupements ethniques qui
+composent la population indigène de la colonie, avec un coup d’œil sur
+les origines et la formation probables de chacun d’eux et une
+description de ses caractères ethnographiques les plus saillants.
+
+La troisième partie — _les langues_ — est une tentative de
+classification des nombreux idiomes parlés au Soudan Français, doublée
+d’un aperçu rapide de la physionomie propre à chaque famille de langues
+et d’une indication des principales publications relatives à ces
+langues.
+
+La quatrième partie — _l’histoire_ — est un essai de reconstitution de
+la vie des Etats indigènes qui se sont succédé ou ont coexisté depuis
+les temps les plus reculés jusqu’à la période contemporaine, essai basé
+à la fois sur les quelques documents écrits que nous ont légués les
+auteurs arabes et les voyageurs européens et sur les traditions orales
+recueillies de nos jours dans les différents cercles. J’y ai ajouté une
+sorte de tableau des explorations qui nous ont fait connaître les pays
+du Haut-Sénégal-Niger, une esquisse de l’occupation française depuis ses
+débuts jusqu’à l’époque actuelle et enfin un résumé synthétique groupant
+les principaux faits par ordre chronologique.
+
+La cinquième partie — _les civilisations_ — se compose d’une étude des
+coutumes constituant en quelque sorte le code civil indigène ; de
+l’organisation sociale et politique qui a précédé notre occupation du
+pays et a survécu, dans ses bases fondamentales, à cette occupation ; de
+l’organisation judiciaire indigène, telle qu’elle existait avant le
+décret de 1903 et telle qu’elle fonctionne depuis l’application de ce
+décret ; enfin des religions diverses que professent actuellement nos
+sujets indigènes et parmi lesquelles l’islamisme, bien que la mieux
+connue, est loin d’être la plus répandue.
+
+Pour traiter ces différentes matières, j’ai tout naturellement utilisé
+les monographies des cercles et les coutumiers établis en 1909
+conformément aux instructions de M. le Gouverneur Clozel, en groupant
+les indications qu’ils renferment et les coordonnant de façon méthodique
+et, au besoin, en les rectifiant.
+
+Mais je n’ai pas cru pouvoir borner ma documentation à ces travaux :
+quelque excellents que soient certains d’entre eux, quelque richesse
+d’information que la plupart renferment, ils ne m’ont pas semblé
+constituer à eux seuls une base suffisamment solide, principalement en
+ce qui concerne l’histoire des temps passés. Aussi ai-je eu recours à un
+certain nombre d’ouvrages, dont le dépouillement m’a permis plus d’une
+fois de compléter ou de préciser des points seulement effleurés dans les
+notices des commandants de cercle. Là aussi, j’ai cru ne pas devoir me
+borner à une simple compilation : je me suis permis de faire œuvre de
+critique, de rejeter certaines affirmations hasardées un peu à la
+légère, d’en interpréter d’autres à la lumière d’une méthode nouvelle,
+de comparer les documents écrits avec les traditions orales et de tirer
+de cette comparaison tout le bénéfice qu’on peut en attendre.
+
+ DELAFOSSE Planche II
+
+[Illustration : FIG. 2. — M. le Général ARCHINARD.]
+
+[Illustration : FIG. 3. — M. le Général de TRENTINIAN.]
+
+[Illustration : FIG. 4. — M. le Gouverneur Général PONTY.]
+
+Les relations historiques et géographiques des Arabes, notamment celles
+des auteurs réputés à bon droit les plus consciencieux, tels que Ibn
+Haoukal, Bekri, Ibn Saïd, Ibn Batouta, Ibn Khaldoun, Yakout, sans
+oublier Sa’di et son _Tarikh-es-Soudân_, m’ont été du plus grand
+secours. A vrai dire, leurs ouvrages avaient été mis déjà plus d’une
+fois à contribution en ce qui concerne l’histoire du Soudan, et il
+semblerait de prime abord que, après les commentaires qu’en ont donnés
+Ralfs, Barth, Basset, Binger et tant d’autres, il n’y eût plus beaucoup
+d’inédit à glaner dans cette source d’informations. Cependant j’ai cru
+m’apercevoir que, malgré la valeur incontestable des traductions que
+nous possédons de la plupart de ces auteurs, il y avait un intérêt
+majeur à ne pas s’en tenir uniquement à ces traductions et à recourir au
+texte arabe lui-même, en particulier lorsqu’il s’agit de lire ou
+d’identifier des noms de personnes ou de lieux étrangers à la langue et
+au pays arabes : les meilleurs traducteurs, peu familiarisés avec les
+langues et la géographie du Soudan et mal aidés par le système de
+transcription, souvent défectueux, des auteurs arabes, ont défiguré
+beaucoup de noms propres qu’il n’est en général possible de lire
+correctement qu’en ayant recours au texte original. De plus, quelques-
+uns de ces ouvrages relatifs à l’Afrique du Nord et, incidemment, au
+Soudan, n’ont encore été traduits dans aucune langue européenne,
+notamment le précieux dictionnaire géographique de Yakout, et, pour
+ceux-là, force m’a bien été de m’en tenir au texte arabe et de traduire
+moi-même les passages à utiliser.
+
+Enfin, il m’a paru nécessaire de tenir compte dans une certaine mesure,
+surtout en ce qui concerne l’ethnographie, la sociologie et la
+linguistique, de mes travaux personnels antérieurs et des notes et de
+l’expérience que j’ai été à même d’accumuler durant mes seize années de
+séjour en Afrique Occidentale, dont neuf ans passés dans la région
+soudanaise. J’ai cru devoir aussi faire état de renseignements qui m’ont
+été fournis gracieusement par des savants, des missionnaires, des
+officiers et des fonctionnaires tels que MM. Chudeau, Brun, Gaden,
+Figaret, Marc, Vidal, Henry Hubert, etc., auxquels leur compétence
+spéciale ou leurs études personnelles ont permis de me documenter de
+façon très précieuse sur quelques points de détail.
+
+Malgré tout, mon rôle dans la rédaction du présent volume a été surtout
+un rôle de compilateur, d’ordonnateur et de critique, et je tiens à
+laisser à tous les auteurs anciens et modernes, défunts et vivants, que
+j’ai mis à contribution, le mérite de leurs travaux.
+
+La _bibliographie_ qu’on trouvera à la suite de la cinquième partie
+mentionne d’ailleurs, — non pas la liste de tous les livres, mémoires et
+brochures relatifs au Soudan Français, car cette simple liste ferait
+presque un volume à elle seule, — mais le titre, le nom de l’auteur et
+les date et lieu de publication de chacun des ouvrages et documents que
+j’ai utilisés ou simplement consultés, ainsi que toutes les monographies
+et tous les coutumiers que M. le Gouverneur du Haut-Sénégal-Niger a mis
+à ma disposition.
+
+L’ouvrage se termine par un _index_ alphabétique des noms propres cités
+dans le texte et des sujets traités, avec renvoi aux pages à consulter.
+
+Pour faciliter la lecture de certains chapitres, je les ai accompagnés
+de cartes hors texte et de croquis établis chacun spécialement en vue
+des matières traitées dans le chapitre. Ces cartes et croquis ont été
+exécutés, sur mes indications, par M. Meunier, cartographe du Ministère
+des Colonies, lequel est également l’auteur de la carte d’ensemble
+placée à la fin du volume ; parmi les documents récents qui ont servi à
+l’établissement de cette carte d’ensemble, je dois signaler les cartes
+fournies en 1909 par les commandants de cercle en même temps que les
+monographies de leurs circonscriptions respectives.
+
+ Paris, le 1er janvier 1911,
+ M. DELAFOSSE,
+ Administrateur des Colonies.
+
+
+
+
+ PREMIÈRE PARTIE
+
+ _Le Pays_
+
+
+ CHAPITRE PREMIER[1]
+
+ =Limites=
+
+
+=Etendue et population.= — La colonie du Haut-Sénégal-Niger, Territoire
+Militaire compris, a comme limites politiques et administratives : au
+Nord, les territoires sahariens relevant du Gouvernement Général de
+l’Algérie ; à l’Est, le Territoire du Tchad, faisant partie du
+Gouvernement Général de l’Afrique Equatoriale Française ; au Sud, et de
+l’Est à l’Ouest, la colonie anglaise de la Northern Nigeria, la colonie
+française du Dahomey, la colonie allemande du Togo, la colonie anglaise
+de la Gold Coast, les colonies françaises de la Côte d’Ivoire et de la
+Guinée ; à l’Ouest les colonie et territoire français du Sénégal et de
+la Mauritanie.
+
+L’ensemble représente une superficie approximative de 3 millions de
+kilomètres carrés, peuplée de 5.600.000 habitants environ.
+
+Mais une portion notable de cette superficie, environ 1.200.000
+kilomètres carrés, se compose des terrains en partie arides et
+désertiques qui forment le Territoire Militaire du Niger, peuplé de
+800.000 habitants.
+
+Le territoire civil de la colonie, ou Haut-Sénégal-Niger proprement dit,
+a donc une superficie de 1.800.000 kilomètres carrés environ, soit plus
+du triple de la superficie de la France, et compte à peu près 4.800.000
+habitants, c’est-à-dire une moyenne de 2 habitants et demi (exactement
+2,66) par kilomètre carré.
+
+Ainsi réduite à la partie qui, seule, fait l’objet du présent volume, la
+colonie du Haut-Sénégal-Niger correspond à peu près à l’ensemble des
+territoires que, par suite d’une longue habitude, on appelle encore
+communément _le Soudan Français_.
+
+Ses limites géographiques restent imprécises du côté du Nord-Ouest, du
+Nord et du Nord-Est, en raison de la nature désertique de ces régions et
+de la vie plus ou moins nomade que mènent leurs habitants ; on peut
+toutefois assigner à ses marches sahariennes, comme confins extrêmes,
+les points de Tichit au Nord-Ouest, de Taodéni au Nord et de Tessalit
+(en face et à hauteur de Timiaouine) au Nord-Est : par le premier de ces
+points, le Haut-Sénégal-Niger touche à la zone d’influence de la
+Mauritanie, par le second à la zone de pénétration algérienne et par le
+troisième à la zone d’action saharienne du Territoire Militaire du
+Niger. Mais en réalité la zone d’administration directe de la colonie ne
+dépasse guère à l’Ouest le 17° parallèle de latitude nord, soit
+approximativement la ligne Kiffa-Oualata, tandis qu’à l’Est elle s’étend
+un peu au Nord du 19° parallèle, soit à la ligne Araouâne-Bou-Djebiha.
+Au Nord de cette ligne brisée Kiffa-Oualata-Araouâne-Bou-Djebiha, nous
+exerçons surtout un rôle de police et de surveillance et nous ne
+possédons pas de postes fixes ni d’établissements permanents.
+
+
+=Limite avec la Mauritanie.= — La limite entre le Haut-Sénégal-Niger et
+la Mauritanie, prise à hauteur de Tichit, est formée d’abord par
+l’extrême pointe que pousse, entre Tichit et Tidjikja, la région
+sablonneuse du Djouf, puis par une ligne suivant à peu près le bord
+oriental des hauteurs qui encerclent le plateau du Tagant, pour
+contourner ensuite vers l’Ouest la partie méridionale de ces hauteurs
+jusqu’aux monts Assaba, point de départ de la vallée du Gorgol-Noir.
+
+De ce point, la limite, tournant assez brusquement vers le Sud-Est, va
+rejoindre vers Fété-Dioullé, au Sud-Ouest de Kiffa, la vallée connue
+sous les noms de Tartafout, Bakhambora et Karakoro, et la suit depuis
+Fété-Dioullé jusqu’à son confluent avec le Sénégal, près et en amont du
+village de Kabou, entre Ambidédi et Bakel.
+
+La limite avec la Mauritanie est ensuite constituée par le Sénégal lui-
+même, depuis l’embouchure du Karakoro jusqu’à celle de la Falémé ; à
+partir de ce dernier point, le Sénégal abandonne complètement le Haut-
+Sénégal-Niger pour donner sa rive droite à la Mauritanie et sa rive
+gauche à la colonie du Sénégal.
+
+
+=Limite avec le Sénégal.= — La limite entre le Sénégal et le Haut-
+Sénégal-Niger est constituée par la Falémé[2], depuis son embouchure
+dans le Sénégal, jusqu’au point, situé un peu en amont de Satadougou, où
+cette rivière est formée par la réunion de la Balinko et de la Koundako.
+A partir de ce point, c’est la Guinée qui succède au Sénégal comme
+colonie limitrophe du Haut-Sénégal-Niger.
+
+
+=Limite avec la Guinée.= — La limite entre la Guinée et le Haut-Sénégal-
+Niger est constituée : d’abord par la Balinko ou haute Falémé
+occidentale, puis par son affluent la Kassaya jusqu’aux collines d’où
+sort cette dernière ; ensuite, se dirigeant d’une façon générale vers
+l’Est, par les collines en question, puis par la Dialako, qui en sort
+également, jusqu’à son confluent avec la Koundako ou haute Falémé
+orientale. La limite descend alors le cours de la Koundako jusqu’au
+point où cette rivière reçoit la Kolounko, puis elle remonte le cours de
+la Kolounko depuis son embouchure jusqu’au mont Sagou, où la Kolounko
+prend sa source ; la frontière franchit alors le mont Sagou, descend le
+ruisseau Koroko depuis le versant oriental de la montagne jusqu’au
+Bafing ou haut Sénégal occidental, descend le Bafing sur 26 kilomètres
+environ jusqu’au point où il reçoit la Fariko, puis quitte ce fleuve
+pour se diriger approximativement vers l’Est en décrivant une courbe
+infléchie vers le Sud qui sépare le cercle de Kita (H.-S.-N.) des
+cercles de Dinguiray et de Siguiri (Guinée) et qui aboutit au Bakhoy ou
+haut Sénégal oriental à peu près à hauteur et à l’Ouest de Niagassola.
+La limite descend le Bakhoy vers le Nord sur 30 à 40 kilomètres, puis le
+quitte pour se diriger vers l’Est et ensuite vers le Sud, de façon à
+décrire une sorte d’arc de cercle autour de Niagassola, pour se
+continuer dans une direction à peu près Sud-Sud-Est jusqu’à ce qu’elle
+atteigne le Niger à une cinquantaine de kilomètres en aval de Siguiri.
+La frontière traverse alors le Niger et se dirige vers le Sud-Est
+jusqu’à la rencontre de la Sankarani et remonte ensuite cet affluent du
+Niger, en se dirigeant vers le Sud-Sud-Ouest, sur 60 kilomètres
+environ ; puis elle quitte cette rivière pour se continuer par une ligne
+en zigzags d’une direction générale Sud-Est (Est-Nord-Est, puis Sud-Sud-
+Ouest, puis Sud-Est), jusqu’à ce qu’elle atteigne, sur le cours
+supérieur de la rivière Ouassouloubalé et à 15 kilomètres environ au
+Nord-Ouest de Maninian, le point de jonction des trois cercles de
+Bougouni (H.-S.-N.), Kankan (Guinée) et Touba (Côte d’Ivoire).
+
+
+=Limite avec la Côte d’Ivoire.= — La limite du Haut-Sénégal-Niger,
+partant du point précédemment défini, se dirige d’abord vers le Nord-Est
+jusqu’à la rencontre du Baoulé ou haut Bani occidental, le traverse,
+continue dans la direction de l’Est jusqu’au Dékou ou Dégou, franchit ce
+cours d’eau, se dirige vers le Sud-Est jusqu’à la rencontre du Banigbê
+(appelé aussi Banifing), traverse cette rivière, gagne vers l’Est le
+Bafing, descend vers le Nord le cours du Bafing pendant 15 kilomètres
+environ, puis le quitte pour se diriger sensiblement vers l’Est, en
+passant au Nord de Tengréla, jusqu’au Bagoé ou mieux Bagbê ou haut Bani
+oriental. Ensuite elle remonte le Bagbê vers le Sud pendant une
+quarantaine de kilomètres, le quitte pour se diriger sensiblement vers
+l’Est-Nord-Est, en passant au Nord de Tiorhotiéri et de Toungboro,
+jusqu’à la rencontre d’une rivière appelée Bani dont elle descend le
+cours jusqu’à son confluent avec la Léraba ou haute Comoé occidentale,
+puis descend la Léraba elle-même pendant une centaine de kilomètres
+jusqu’au parallèle 9° 25′ environ de latitude Nord, point le plus
+méridional de la colonie. Elle se dirige ensuite vers le Nord-Est, puis
+vers l’Est, jusqu’en un point situé entre Gagouli ou Galgouli au Nord et
+Yologo au Sud, point d’où, par une direction générale Sud-Est, elle
+gagne la Volta Noire entre Kpéré au Nord et Tantama au Sud, par 9° 30′
+environ de latitude Nord.
+
+
+=Limite avec la Gold Coast.= — A partir de ce point, la frontière
+devient commune au Haut-Sénégal-Niger et à la colonie anglaise de la
+Gold Coast. Elle remonte d’abord le thalweg de la Volta Noire vers le
+Nord jusqu’au 11° de latitude Nord, puis se dirige vers l’Est en suivant
+à peu près ce parallèle jusqu’à la rencontre de la Volta Rouge ; ensuite
+elle descend le thalweg de la Volta Rouge vers le Sud-Sud-Est pendant
+une dizaine de kilomètres pour se diriger après vers le Nord-Est jusqu’à
+la rencontre de la Volta Blanche ; puis elle descend ce dernier fleuve
+pendant quelques kilomètres pour remonter ensuite son affluent, la
+rivière de Tenkodogo, jusqu’à hauteur de Badima, au Sud-Sud-Est de
+Bitou, se diriger de là vers l’Est-Sud-Est sur une quinzaine de
+kilomètres et rencontrer alors le point où la frontière de la Gold Coast
+fait place à celle de la colonie allemande du Togo.
+
+
+=Limite avec le Togo.= — La limite entre le Haut-Sénégal-Niger et le
+Togo suit une direction approximativement Est-Sud-Est, sur une longueur
+de 125 kilomètres environ, et atteint le 11° de latitude Nord à 16
+kilomètres au Nord-Est du point où le Pendjari, en se réunissant avec le
+Pépiénou ou Yanga, forme l’Oti. De là, elle se dirige vers le Sud-Sud-
+Ouest jusqu’à la rencontre du ruisseau Nambi-Kouna, par 10° 48′ environ
+de latitude Nord.
+
+
+=Limite avec le Dahomey.= — C’est le Dahomey qui, à partir de ce point,
+devient limitrophe du Haut-Sénégal-Niger. La frontière se dirige d’abord
+vers le Sud-Est jusqu’au sommet sud des monts Pangou, puis de là vers
+l’Est-Nord-Est jusqu’au point où le ruisseau Bourpoudabonga sort du
+massif de l’Atakora, par 10° 40′ environ de latitude Nord. Ensuite elle
+longe ce très long massif presque rectiligne, dans une direction
+générale Nord-Est, jusqu’à la rencontre de l’affluent du Niger appelé
+Mékrou, qu’elle atteint par 11° 30′ environ de latitude Nord et à
+proximité du méridien de Paris ; puis elle descend le Mékrou, dans une
+direction générale Nord-Est, jusqu’à son embouchure dans le Niger.
+
+
+=Limite avec le Territoire Militaire du Niger.= — A partir de
+l’embouchure du Mékrou, qui se trouve à hauteur du village de Boumba, le
+Niger constitue la limite entre le Territoire Militaire et la colonie
+proprement dite du Haut-Sénégal-Niger, depuis le 1er janvier 1911. Cette
+limite remonte le thalweg du fleuve jusqu’en un point situé à peu près
+sur le 17° de latitude Nord et approximativement à moitié chemin entre
+Bourem et Bamba. En ce point, la limite quitte le Niger pour suivre une
+direction sensiblement Nord-Nord-Est jusqu’au 18° de latitude Nord, puis
+Nord-Est depuis ce parallèle jusqu’en un lieu sis entre Tessalit à
+l’Ouest et Timiaouine à l’Est par 20° 40′ environ de latitude Nord, de
+façon à laisser au Territoire Militaire la vallée du Tilemsi et l’Adrar
+des Iforhass et à la colonie civile le territoire des Kounta de Mabrouk.
+
+
+=Limite avec l’Algérie.= — A partir de la région de Tessalit-Timiaouine,
+c’est l’Algérie qui devient limitrophe du Haut-Sénégal-Niger. La limite,
+tout à fait approximative, passe entre le Tanezrouft au Nord et l’Adrar
+Timetrhine au Sud, puis entre l’Erg-ech-Châche au Nord et, au Sud, les
+hauteurs (Djebel-el-Haricha) qui dominent Taodéni, laissant au Haut-
+Sénégal-Niger ce dernier point (22° 40′ 19″ latitude Nord et 6° 12′ 49″
+longitude Ouest), ainsi que l’emplacement probable des anciennes mines
+de sel de Teghazza, situé à 120 kilomètres environ au Nord-Nord-Ouest de
+Taodéni. La limite se dirige ensuite vers le Nord-Ouest, dans la
+direction du Cap Noun, rencontrant en un point imprécis du Djouf, connu
+sous le nom d’Erg Moughtir, la limite de la zone d’extension de la
+Mauritanie.
+
+
+=Cercles frontières.= — Pour compléter cette description des limites du
+Haut-Sénégal-Niger, il me reste à donner la liste des cercles qui sont
+en bordure de cette vaste frontière. Ces cercles ou circonscriptions
+sont, en partant de Tichit et en suivant la même direction que ci-
+dessus : la résidence de Kiffa, limitrophe de la Mauritanie (cercles du
+Tagant et du Gorgol) ; le cercle de Kayes, limitrophe de la Mauritanie
+(cercle du Gorgol) et du Sénégal (cercles de Bakel et de Kédougou ou de
+la Haute-Gambie) ; le cercle de Bafoulabé, limitrophe du Sénégal (cercle
+de Kédougou) ; le cercle de Satadougou, limitrophe du Sénégal (cercle de
+Kédougou) et de la Guinée (cercles de Yambéring, Tougué et Dinguiray) ;
+les cercles de Kita et de Bamako, limitrophes de la Guinée (cercles de
+Dinguiray et de Siguiri) ; le cercle de Bougouni, limitrophe de la
+Guinée (cercles de Siguiri et de Kankan) et de la Côte d’Ivoire (cercles
+de Touba et de Korhogo) ; le cercle de Bobo-Dioulasso, limitrophe de la
+Côte d’Ivoire (cercles de Korhogo et de Kong) ; le cercle de Gaoua,
+limitrophe de la Côte d’Ivoire (cercle de Bondoukou) et de la Gold
+Coast ; le cercle de Ouagadougou, limitrophe de la Gold Coast et du
+Togo ; le cercle de Fada-n-Gourma, limitrophe du Togo et du Dahomey
+(cercles de Djougou-Kouandé et de Kandi) ; le cercle de Say, limitrophe
+du Dahomey (cercle de Kandi) et du Territoire Militaire (cercle de
+Niamey) ; les cercles de Dori, de Hombori ou du Gourma et de Tombouctou-
+nomades, limitrophes du Territoire Militaire (cercles de Niamey et de
+Gao) ; enfin les cercles de Tombouctou-nomades, de Niafounké ou de
+l’Issa-Ber, de Sokolo, de Goumbou et de Nioro ont vers le Nord une zone
+d’influence, d’action ou d’extension qui va rejoindre la limite de
+l’Algérie.
+
+Sur les 29 cercles ou circonscriptions de la colonie, 10 seulement ne se
+trouvent pas en bordure des frontières : Tombouctou-sédentaires[3],
+Mopti, Bandiagara, Dienné, Ouahigouya, Koury, San, Ségou, Koutiala et
+Sikasso[4].
+
+
+[Note 1 : Voir la carte 1, à la fin du chapitre III.]
+
+[Note 2 : Sur une faible portion de son cours inférieur, à hauteur de
+Sénoudébou et de Tamboura, la Falémé a ses deux rives dans la colonie du
+Sénégal.]
+
+[Note 3 : Les deux cercles de Tombouctou-nomades et de Tombouctou-
+sédentaires n’ont pas de limites respectives définies, mais, par suite
+de la façon dont se trouve répartie la population, Tombouctou-
+sédentaires se trouve de fait à peu près englobé dans Tombouctou-
+nomades.]
+
+[Note 4 : Le cercle de Sikasso touche en réalité à la frontière de la
+Côte d’Ivoire, mais par un point géométrique seulement, point situé sur
+le Bagbê ou Bagoé et où se rencontrent les cercles de Bougouni, Sikasso
+et Bobo-Dioulasso (Haul-Sénégal-Niger) et celui de Korhogo (Côte
+d’Ivoire).]
+
+
+
+
+ CHAPITRE II[5]
+
+ =Hydrographie.=
+
+
+=Hydrographie rétrospective.= — Avant de passer à l’étude du régime
+hydrographique du Haut-Sénégal-Niger, il peut être intéressant de voir
+ce que l’antiquité et le moyen-âge connaissaient ou croyaient connaître
+des fleuves soudanais et comment, de ces notions fausses ou imparfaites,
+on est arrivé — assez récemment — à une appréciation satisfaisante de la
+réalité. Ce coup d’œil rétrospectif aurait pu trouver sa place au
+chapitre de l’exploration du Soudan Français, mais, en raison de
+l’importance capitale, pour la connaissance géographique d’un pays, des
+données que l’on possède sur le régime des eaux de ce pays, j’ai trouvé
+préférable de placer ici cet aperçu.
+
+Il est vraisemblable que l’embouchure du Sénégal fut découverte dès le
+VIe siècle avant J.-C., vers 570, par le navigateur carthaginois Hannon,
+lorsque, ayant franchi le détroit de Gibraltar, il fit voile vers le Sud
+et s’avança jusqu’aux environs du Sierra-Leone actuel. Malheureusement
+l’original de son récit de voyage, qui aurait été rédigé par lui en
+langue punique et conservé à Carthage, ne nous est jamais parvenu ; nous
+ne le connaissons que par une traduction grecque qu’en auraient faite à
+Carthage des savants dont le nom ne nous a pas été révélé. C’est ainsi
+que les renseignements fournis par le plus ancien voyage accompli sur
+les côtes occidentales d’Afrique n’ont commencé à être utilisés que deux
+siècles environ après ce voyage lui-même[6] et que leur authenticité
+demeure forcément douteuse. Cependant, quelle que soit la limite extrême
+que l’on assigne à l’exploration maritime de Hannon, il est fort
+probable, si les documents utilisés par Ptolémée et les autres
+géographes grecs n’étaient pas apocryphes, que l’amiral carthaginois fit
+relâche à l’embouchure du Sénégal et que c’est ce fleuve auquel il donna
+le nom de _Chretes_ ou _Khritis_.
+
+Un peu plus tard, vers 550 avant J.-C., des Phéniciens, sur l’ordre du
+roi d’Egypte Néchao ou Néko II, s’embarquèrent sur la Mer Rouge, firent
+route vers le Sud, et, trois ans après leur départ, revinrent en Egypte
+par le détroit de Gibraltar et la Méditerranée : si ce premier périple
+de l’Afrique, que nous a fait connaître Hérodote, a été réellement
+exécuté, il est possible que les Phéniciens qui l’ont accompli aient,
+eux aussi, reconnu l’embouchure du Sénégal ; mais leur voyage en tout
+cas n’a pas laissé de traces dans les connaissances géographiques de
+leurs contemporains.
+
+L’historien grec Hérodote, qui vécut de 484 à 410 environ avant J.-C. et
+qui voyagea en Egypte, en Cyrénaïque et en Libye, nous parle aussi d’un
+autre voyage dont il aurait été le contemporain, puisqu’il aurait été
+exécuté sous Xerxès, lequel régna de 485 à 465 avant J.-C. Un parent de
+ce roi, nommé Sataspe, condamné à mort pour avoir violé une jeune fille,
+aurait obtenu sa grâce par l’intermédiaire de sa mère, sœur de Darius, à
+condition de faire le tour de l’Afrique. Il partit d’Egypte sur un
+vaisseau, franchit les colonnes d’Hercule (détroit de Gibraltar), puis
+fit route vers le Sud pendant plusieurs mois, vit un pays dont les
+habitants se vêtaient de feuilles de palmier et auxquels il enleva du
+bétail pour se ravitailler, puis, effrayé de la longueur du chemin qui
+lui restait à faire, il revint en Egypte par le même chemin qu’il avait
+suivi à l’aller. Xerxès, estimant qu’il n’avait pas rempli les
+conditions imposées, le fit crucifier[7]. La circonstance des feuilles
+de palmier est de nature à nous faire croire que ce Sataspe atteignit au
+moins le cap Vert, mais c’est là tout ce qu’il est permis de conjecturer
+de ce voyage.
+
+Hérodote d’ailleurs ne nous parle pas du Sénégal ; mais on a prétendu
+qu’il avait, le premier, révélé l’existence du Niger. A vrai dire, rien
+n’est plus douteux. Sans doute il est permis de supposer à la rigueur
+que c’est du Niger qu’il entend parler lorsqu’il décrit le _Cinyps_,
+« pays qui porte le même nom que le fleuve dont il est arrosé » et qui
+« peut entrer en parallèle avec les meilleures terres à blé : aussi —
+continue Hérodote — ne ressemble-t-il en rien au reste de la Libye.
+C’est une terre noire et arrosée de plusieurs sources : elle n’a rien à
+craindre de la sécheresse et, les pluies excessives ne faisant que
+l’abreuver, elle n’en souffre aucun dommage. Il pleut en effet dans
+cette partie de la Libye »[8]. Cette description pourrait assurément
+s’appliquer à la vallée du Niger, mais comme Hérodote ne nous donne
+aucune indication sur la situation du _Cinyps_, sinon qu’il faisait
+partie de la « Libye », et comme il donne ce nom de Libye à toute la
+région située à l’Ouest de la Cyrénaïque, depuis la Méditerranée
+jusqu’aux limites du monde alors connu, il est bien difficile d’affirmer
+que son _Cinyps_ doive être identifié avec notre Niger.
+
+Ailleurs[9] le même auteur raconte la fameuse équipée des Nasamons dans
+des termes qui ont fait supposer parfois que le Niger avait été le terme
+de ce singulier voyage. Voici cette histoire, telle qu’Hérodote l’apprit
+de quelques Cyrénéens qui, eux-mêmes, l’avaient entendu raconter par le
+roi Etéarque, lorsqu’ils étaient allés dans son pays pour consulter
+l’oracle d’Ammon. Cinq jeunes Nasamons[10] de bonne famille avaient fait
+le pari de traverser les déserts de Libye ; partis avec des provisions
+d’eau et de vivres, ils franchirent d’abord les pays habités de la Libye
+septentrionale, puis une région remplie de bêtes féroces, et ensuite, se
+dirigeant vers l’Ouest, des contrées désertes, sans eau et très
+sablonneuses. Après avoir marché longtemps, ils arrivèrent à une plaine
+où se trouvaient des arbres et apaisèrent leur faim et leur soif en
+dévorant les fruits de ces arbres. Des hommes noirs, d’une taille au-
+dessous de la moyenne, se montrèrent alors, se saisirent des Nasamons et
+les emmenèrent, à travers un pays marécageux, jusqu’à une ville dont
+tous les habitants étaient comme eux de couleur noire et de faible
+stature et que bordait une grande rivière coulant de l’Ouest à l’Est,
+infestée de crocodiles ; les Noirs ne comprenaient pas la langue des
+Nasamons et réciproquement. Sans doute ne se montrèrent-ils pas trop
+cruels pour les voyageurs méditerranéens, car ceux-ci purent revenir
+dans leur pays et raconter leurs aventures.
+
+A mon avis (et à supposer que les cinq jeunes Nasamons n’aient pas abusé
+de la crédulité de leurs compatriotes), la rivière dont il est parlé ne
+saurait être identifiée avec le Niger. S’il s’agissait de ce fleuve, les
+voyageurs l’auraient atteint au sommet de sa boucle, puisqu’ils
+trouvèrent la « grande rivière » immédiatement en sortant du désert, et
+il est peu vraisemblable qu’un peuple de nains ait jamais existé dans la
+région de Tombouctou à Gao. Il me paraîtrait plus logique d’adopter la
+conclusion d’Hérodote lui-même, d’après laquelle le fleuve visité par
+les Nasamons ne serait autre que le haut Nil ou tout au moins l’une de
+ses branches : le Bahr-el-Ghazal par exemple, au voisinage duquel la
+présence de marécages et de Noirs de petite taille serait très
+explicable. Il resterait, il est vrai, à démontrer comment les jeunes
+voyageurs auraient pu atteindre le Bahr-el-Ghazal en marchant « vers
+l’Ouest » ; mais il convient de se rappeler qu’Hérodote nous dit que les
+Nasamons étaient en relations fréquentes avec Aoudjila, d’où l’on peut
+déduire que les cinq jeunes gens, s’aventurant vers des pays inconnus,
+commencèrent par se rendre à cette oasis et continuèrent leur voyage
+dans la même direction, c’est-à-dire vers le Sud. Il ne faut pas oublier
+en effet que le récit n’est arrivé aux oreilles d’Hérodote que par une
+suite d’intermédiaires : les points relatifs aux nains et à la rivière,
+qui sont les points saillants de l’histoire, ont pu se transmettre sans
+altération, tandis qu’il est fort possible que la direction générale du
+voyage ait été modifiée par la tradition. D’autre part il est juste
+d’observer qu’Hérodote, supposant que le Nil traversait toute la Libye
+avant d’arroser l’Egypte, identifiait implicitement son cours supérieur
+avec notre Niger moyen.
+
+ DELAFOSSE Planche III
+
+[Illustration : FIG. 5. — Koulouba, le palais du Gouverneur (pendant la
+construction).]
+
+[Illustration : FIG. 6. — Vue générale actuelle du palais du Gouverneur,
+à Koulouba.]
+
+Et c’est là surtout ce qui est intéressant au point de vue de l’idée que
+pouvaient se faire les anciens du régime hydrographique du Soudan : pour
+Hérodote, le Sud de la Libye était traversé par un grand fleuve allant
+de l’Ouest à l’Est qui, arrivé en Nubie, devenait le Nil. Et c’est cette
+idée, plus ou moins modifiée, qui sera admise par tous les géographes,
+jusqu’à une époque relativement récente.
+
+Cependant le philosophe grec Aristote, qui vivait un siècle après
+Hérodote (384 à 322 avant J.-C.), adopte une autre théorie qui, elle
+aussi, aura plus tard de nombreux partisans, entre autres Léon
+l’Africain : pour lui, d’une source commune située quelque part au
+centre du Soudan, partaient deux grands fleuves ; l’un, se dirigeant
+vers l’Est, puis vers le Nord, pour se jeter dans la Méditerranée, était
+le Nil ; l’autre, coulant de l’Est à l’Ouest, allait se jeter dans
+l’Océan Atlantique, correspondant ainsi au Sénégal. Ce second fleuve est
+appelé _Krémétès_ par Aristote, et dans ce nom on pourrait à la rigueur
+retrouver le _Chrétès_ de Hannon. Du Niger ou d’un fleuve correspondant
+au Niger, il n’est pas question dans Aristote, qui le confondait par
+conséquent, soit avec le Nil, soit plutôt, renversant son cours, avec le
+_Krémétès_ ou Sénégal.
+
+L’historien grec Polybe exécuta vers 130 av. J.-C., sur l’ordre de
+Scipion Emilien, une reconnaissance nautique le long de la côte
+occidentale du Maghreb. Au-delà du fleuve _Darat_ (Oued Draa), il
+rencontra le cap _Barce_ (sans doute le cap Juby), puis plus au Sud le
+fleuve _Palsus_ (peut-être la Saguiet-el-Hamra) et, plus au sud encore,
+le fleuve _Bambotus_, qui abondait en crocodiles et en hippopotames et
+qu’on a cru pouvoir, à cause de cela, identifier avec le Sénégal.
+
+Vers 110 avant J.-C., un Grec, connu sous le nom d’Eudoxe de Cyzique,
+équipa trois vaisseaux et partit de la Méditerranée par Gadès et le
+détroit de Gibraltar, avec l’intention de renouveler, en sens inverse,
+le périple accompli sous Néko II. Mais, à quelque distance des colonnes
+d’Hercule, il perdit l’un de ses bâtiments et, devant les murmures de
+son équipage, dut revenir sur ses pas. Plus tard il organisa une seconde
+expédition qui fut sans doute aussi malheureuse mais dont, en tout cas,
+on a toujours ignoré le résultat. Nous devons la mention de ces
+tentatives à Strabon, à Pomponius Mela et à Pline l’Ancien.
+
+En somme, après Aristote, il nous faut arriver au naturaliste latin
+Pline l’Ancien (23 à 79 après J.-C.) pour trouver des informations
+nouvelles sur les fleuves du Soudan. Ces informations sont d’ailleurs
+peu explicites et assez confuses, mais elles sont cependant
+intéressantes parce que c’est à elles que le Niger doit son nom actuel.
+En effet, Pline situe dans le sud de la Libye un fleuve qu’il appelle
+_Nigris_ et qui, très probablement, correspondait dans son esprit avec
+notre Niger. Ailleurs, en racontant l’expédition de Suétonius Paullinus
+dans le sud marocain, laquelle eut lieu en 41 après J.-C., Pline nous
+dit qu’à quelques milles au Sud des monts _Dyrin_, c’est-à-dire de
+l’Atlas, dans un désert de sable noir, le général romain découvrit une
+rivière appelée _Ger_ (prononcez « Guer ») : cette rivière était très
+vraisemblablement le Guir de nos cartes, lequel sort de la région de
+Bou-Denib et se dirige vers le Touat sous les noms successifs de Saoura
+et Oued Messaoud ; mais Pline crut pouvoir identifier le _Ger_ découvert
+par Suétonius Paullinus avec un fleuve qu’il connaissait d’après ce
+qu’en avait dit peu avant lui le roi de Numidie Juba II, lequel vécut de
+25 avant J.-C. à 22 après J.-C. Les informateurs de Juba appelaient ce
+fleuve _Niger_ (prononcez « Niguer ») ; ils le faisaient sortir d’un lac
+appelé _Nilis_, situé non loin de l’Atlantique, d’où il coulait vers
+l’Est, pour se perdre ensuite sous terre et reparaître, très au delà,
+sortant d’une source appelée _Nigris_ ; ensuite, prenant le nom
+d’_Astapus_, constituait l’une des branches du Nil.
+
+Assurément, la rivière rencontrée par Suétonius Paullinus n’était pas
+notre Niger, ni, très probablement, le Niger de Juba. Mais la théorie de
+Pline devient facile à comprendre si l’on se reporte à celle développée
+plus tard par Ptolémée et si l’on conjecture que Pline identifiait le
+_Ger_ de Suétonius Paullinus avec un cours d’eau relativement voisin du
+Guir et de cours analogue, au moins à ses débuts, c’est-à-dire avec
+l’une des branches de l’Oued Ziz : actuellement, après avoir arrosé le
+Tafilelt, cette rivière semble aller se perdre au Sud de cette province,
+dans les sables de l’Erg Iguidi, à hauteur du Gourara ; mais elle a pu,
+autrefois, se continuer jusqu’à la dépression du Faguibine par une série
+d’oueds temporaires dont on retrouve aujourd’hui les traces, avec, il
+est vrai, de nombreuses solutions de continuité dues sans doute à
+l’envahissement sablonneux de l’Iguidi, du Moughtir et du Djouf. Il ne
+paraît pas absurde en tout cas de supposer qu’à une époque lointaine le
+Niger possédait une branche saharienne, d’une direction générale Nord-
+Sud, qui naissait dans l’Atlas au Nord du Tafilelt, non loin des sources
+du Guir, passait à l’Ouest de Taodéni et d’Araouâne et venait, aux
+environs de l’emplacement actuel de Tombouctou, mais plutôt à l’Ouest de
+cet emplacement, se joindre à la branche soudanaise venant des montagnes
+de Guinée[11]. Il est fort possible que ce soit le cours supérieur de
+cet hypothétique Niger saharien, quelque chose comme l’Oued Ziz actuel,
+que Pline ait confondu avec le _Ger_ de Suétonius Paullinus et qu’il ait
+cherché à identifier d’autre part avec le _Niger_ du roi berbère Juba.
+
+En ce qui concerne ce roi, il est permis de supposer que, par ses
+compatriotes sahariens, il avait une certaine connaissance du Niger
+proprement dit ou tout au moins de son existence ; les renseignements
+qu’il a donnés et qu’a utilisés Pline s’accordent avec les croyances
+anciennes sur le régime fluvial du Soudan : son lac _Nilis_ pouvait
+correspondre à la région lacustre allant du Débo au Faguibine, à partir
+de laquelle en effet le Niger coule vers l’Est ; le cours inférieur du
+fleuve étant sans doute totalement inconnu des Numides, Juba supposait
+que, à peu près vers le Gao actuel, les eaux du Niger se perdaient sous
+terre, hypothèse que justifiait la connaissance qu’il avait probablement
+de plusieurs oueds sahariens à cours souterrain, tels que l’Oued Rirh ;
+peut-être aussi avait-il une vague notion de l’existence du Tilemsi et
+le prenait-il pour un épanchement des eaux du Niger dans les terres. Son
+_Nigris_, point de réapparition superficielle du fleuve, pouvait
+correspondre au Tchad, d’où, suivant la croyance générale, il faisait
+sortir l’une des branches supérieures du Nil sous le nom d’_Astapus_.
+
+Ce qui en tout cas mérite d’être retenu des indications fournies par
+Pline et ce qui en effet a été retenu, c’est le nom de _Niger_ donné à
+un fleuve important et quelque peu mystérieux qui arrosait les terres
+inconnues situées au delà de la Libye désertique. Ce nom est parvenu
+jusqu’à nous et nous l’appliquons à un fleuve qui peut ne pas appartenir
+au bassin entrevu par Suétonius Paullinus ni à celui soupçonné par Juba,
+mais qui en tout cas est bien, par l’une au moins de ses parties, le
+fleuve qu’avait deviné Pline.
+
+Ce qu’il y a de plus remarquable dans toute cette affaire, c’est que
+cette appellation de « Niger » pouvait s’appliquer parfaitement à la
+rivière rencontrée près de l’Atlas par le général romain et qu’elle
+s’applique mieux encore au fleuve aujourd’hui bien connu qui passe près
+de Tombouctou et arrose Gao. En langue berbère en effet, la syllabe
+_gher_ ou _ghir_ est un radical exprimant l’idée d’« eau mouvante » et
+désignant soit la mer soit un fleuve, comme en arabe le mot _bahr_ :
+c’est ainsi que, actuellement encore, le nom de _Ghir_ (Guir) est donné
+à la rivière d’Igli et que les Oulmidden appellent le fleuve de Gao
+_egheriou-n-igheriouan_ ou _gher-n-igheren_, c’est-à-dire « le fleuve
+des fleuves », expression qui peut très bien, de la part d’un voyageur
+ignorant le berbère, être traduite par « le fleuve Niger ». Et, quel que
+soit le degré d’exactitude des informations recueillies par Pline, c’est
+bien là l’étymologie du nom du Niger, qui n’a aucun rapport avec la
+couleur de peau de ses riverains, de même que les dérivés _Nigrites_,
+_Nigritæ_ et _Nigritia_, qu’en ont tirés les Grecs et les Latins,
+voulaient dire simplement « les gens du Niger, la région du Niger » : ce
+n’est qu’à une époque récente (XVIe siècle) que l’ignorance de certains
+cartographes a fait de « Nigritie » le synonyme de « Soudan », c’est-à-
+dire de « pays des Nègres », et que des ethnologues aussi mal informés
+ont inventé une « race nigritique » opposable à la race blanche ; en
+réalité les _Nigrites_ des anciens étaient des « Nigériens », comprenant
+des Berbères blancs aussi bien que des Nègres, et « Nigritie » est
+l’équivalent absolu du nom de _Nigeria_ donné par les Anglais à leur
+colonie riveraine du Niger[12].
+
+Le mathématicien et géographe grec Ptolémée, qui vivait un siècle après
+Pline l’Ancien et qui composa sa géographie vers 150 après J.-C.,
+d’après des documents antérieurs et en particulier d’après ceux de Pline
+et de Martin de Tyr, nous a donné une description relativement étendue
+du cours du Niger. Il cite un certain nombre de villes voisines ou
+riveraines de ce fleuve et donne même la position astronomique de l’une
+d’elles, qu’il appelle _Thamondakana_. Malheureusement les latitudes et
+les longitudes de Ptolémée, obtenues à l’aide de l’évaluation des
+distances par journées de marche, sont rarement exactes, surtout
+lorsqu’il s’agit de pays éloignés de sa base d’opérations et sur
+lesquels il ne possédait que peu de renseignements, et c’était le cas
+des pays nigériens.
+
+Ptolémée distingue nettement le _Nigher_ ou _Nighir_ du _Gher_ ou
+_Ghir_, mais il semble bien que son Niger, au moins dans sa partie
+supérieure, était celui de Pline interprétant à sa manière Suétonius
+Paullinus, c’est-à-dire l’Oued Ziz : il fait en effet sortir l’une de
+ses branches septentrionales du mont _Sagapola_, d’où il fait naître
+également le _Subus_, c’est-à-dire le Sebou qui passe à Fez, et l’autre
+du mont _Usargala_, près duquel il place aussi la source du _Ghir_,
+lequel était sans doute le vrai _Ger_ de Suétonius Paullinus et très
+probablement notre Oued Guir actuel[13]. Ces deux branches
+septentrionales correspondraient bien avec les deux principales branches
+de l’Oued Ziz.
+
+D’autre part, il faisait sortir la branche maîtresse de son Niger du
+mont _Mandros_, qu’il donne également comme source au _Salathos_ qui
+représente probablement le Tensift ou fleuve de Marrakech et au _Massa_
+(_Masatat_ de Pline) qui sans doute est le Sous actuel. Cela laisserait
+supposer que le Niger de Ptolémée était formé par la réunion de l’Oued
+Ziz avec le Dadès, ou branche supérieure du Dara ou Oued Draa, ce qui
+est évidemment impossible. Mais il ne convient pas d’accorder une trop
+grande confiance aux renseignements de Ptolémée, même pour ce qui
+regarde la région voisine de la Méditerranée : ne fait-il pas en effet
+sortir du même mont _Usargala_ le _Nighir_ (admettons que ce _Nighir_
+soit l’Oued Ziz), le _Ghir_ et le _Bagradas_, alors que ce dernier
+fleuve est sans doute le Bedjerda ou Medjerda, qui se jette dans le
+golfe de Tunis et qui prend sa source dans l’Aurès à près de mille
+kilomètres de l’Atlas Marocain ? Ne nous dit-il pas d’autre part que le
+Dara ou Oued Draa de nos cartes, qu’il appelle _Daras_ ou _Darados_,
+sort d’un mont _Kaphas_ voisin de ses monts _Sagapola_ et _Usargala_ et
+situé comme eux dans l’Atlas Marocain, ce qui est exact, et ailleurs que
+le même fleuve est une émanation de son _Nighir_ ?
+
+Quoi qu’il en soit, ce _Nighir_ ou Niger, une fois formé par la réunion
+des trois branches sorties de l’Atlas Marocain, se dirigeait vers le
+Sud, dans la direction d’un mont _Thala_ (?) et allait aboutir à un _lac
+Nigritique_ qui pourrait très bien correspondre à la région lacustre
+actuelle de Tombouctou (le _Nilis_ de Pline) ; de là, il coulait vers
+l’Est pour aller former le _lac Libyque_ (sans doute le _Nigris_ de
+Pline, c’est-à-dire probablement le lac Tchad). Nous retrouvons encore
+ici la théorie faisant couler le Niger vers le Tchad, et ensuite vers le
+Nil.
+
+Quant aux villes de la vallée nigérienne citées par Ptolémée, il semble
+bien, comme l’a soutenu Vivien de Saint-Martin[14], qu’elles
+appartenaient pour la plupart, non pas au Soudan, mais au Sahara ou en
+tout cas au pays berbère. Berlioux[15] a voulu retrouver dans les noms
+donnés par Ptolémée des noms actuels de villes ou de pays soudanais,
+mais ses identifications me semblent bien hasardées, par exemple celle
+de _Velegia_ avec « Oulmidden » et celle de _Panagra_ avec
+« Demâgherim » ! Tout au plus peut-on rapprocher le _Tagama_ de
+Ptolémée, qui d’après lui était une ville située sur la rive nord du
+Niger, du nom des « Tagama » ou « Teggama », tribu berbère citée par les
+auteurs arabes et que nous retrouvons aujourd’hui, sous le double nom de
+« Tagama » et de « Kel-Haoussa », sur la rive gauche du Niger dans la
+région de Tombouctou.
+
+Quant à son _Thamondakana_, la longitude et la latitude qu’il en donne
+(17° de latitude nord et 23° de longitude est en partant des Canaries)
+correspondraient à peu près à celles de l’ancienne ville saharienne de
+Tadmekket ou Es-Souk, située au Nord de Gao ; mais nous avons vu avec
+quelle méfiance il convenait d’accepter les positions de Ptolémée.
+Qu’était sa _Nighira Metropolis_, située comme _Velegia_ et _Tagama_ sur
+la rive nord du _Nighir_ ? Il serait bien difficile de le déterminer, à
+moins qu’on veuille l’identifier avec l’antique Ghâna, dont nous
+parlerons plus loin et qui se trouvait dans les environs du Néma actuel,
+non loin de Oualata, et au Nord-Ouest de la région lacustre du Débo et
+du Faguibine ou lac Nigritique de Ptolémée.
+
+En ce qui concerne sa ville de _Panagra_, qu’il place aussi sur la rive
+nord du _Nighir_ (alors qu’il place _Thamondakana_ sur la rive sud),
+peut-être serait-il permis de la rapprocher du pays de _Ouangara_ dont
+nous ont parlé les auteurs arabes et qui représentait pour les plus
+anciens d’entre eux, très vraisemblablement, les régions comprises entre
+la Falémé et le Niger et dont les districts aurifères du Bambouk et du
+Bouré ont fait la célébrité. Nous retrouvons encore ce nom, sous les
+formes _Gbangara_, _Gouangara_, _Gangara_ et _Gangaran_, appliqué de nos
+jours à l’une des provinces de ce pays. Vers la fin du Moyen-Age, le nom
+fut donné indistinctement à tous les sujets de l’empire de Mali, lequel
+avait pris possession de ces mines d’or d’ailleurs voisines de son
+territoire primitif (le Manding actuel) ; plus tard encore, on s’en
+servit plus spécialement pour désigner ceux des sujets de l’empire qui
+habitaient son extrême nord, c’est-à-dire les Soninké, qui avaient plus
+de contact que les autres avec les voyageurs venus du Maghreb. Il n’est
+pas téméraire de supposer que Ptolémée avait eu connaissance des mines
+d’or du Ouangara, puisque, vers 80 après J.-C., Julius Maternus s’était
+avancé du Fezzan jusque dans l’Aïr, pour obéir à l’ordre que lui avait
+donné l’empereur Domitien de rechercher les mines d’or déjà fameuses du
+pays des Noirs. Il n’est pas invraisemblable non plus de penser que
+Ptolémée situait ces mines plus au nord qu’elles ne sont en réalité, les
+plaçant sur la rive septentrionale du Sénégal au lieu de les mettre sur
+la rive méridionale, et qu’il faisait du fleuve qui arrose le Ouangara
+(le Sénégal) une simple dérivation du Niger : la même théorie a été
+adoptée plus tard par les géographes arabes et européens. Mais ce n’est
+là qu’une hypothèse.
+
+L’ébauche rudimentaire de géographie soudanaise qu’avaient esquissée les
+savants grecs et latins demeura durant huit siècles en l’état où l’avait
+laissée Ptolémée, et il nous faut arriver aux Arabes pour la voir se
+développer et se préciser, dans des limites d’ailleurs restreintes. Au
+Xe siècle après J.-C., Ibn-Haoukal accomplit un voyage à la frontière
+septentrionale du pays des Noirs et vit une partie du cours moyen du
+Niger, qu’il baptisa du nom de _Nil_, supposant qu’il coulait vers l’Est
+jusqu’en Nubie et qu’il se confondait là avec le fleuve d’Egypte, ainsi
+que l’avaient supposé Pline et Ptolémée. Bekri, qui vivait au XIe siècle
+et qui, grâce sans doute à l’excellence des documents qu’il put
+utiliser, est certainement de tous les géographes arabes le meilleur et
+le plus exact en ce qui concerne le nord du Soudan, nous donne, le
+premier, des informations sur le cours du Sénégal et complète celles
+d’Ibn-Haoukal relatives au Niger ; malheureusement il confond ces deux
+fleuves sous le nom unique de _Nil_, bien qu’il les distingue cependant
+implicitement en faisant couler dans l’Atlantique le Nil de Tekrour et
+en faisant couler vers l’Est le Nil de Ras-el-Ma. Edrissi, qui vivait au
+siècle suivant, n’a guère fait que reproduire les indications de Bekri,
+avec beaucoup moins d’exactitude et de précision ; dans son ouvrage
+aussi il n’est question que du _Nil_, tantôt coulant de l’Est à l’Ouest
+dans la région de Tekrour et se jetant dans l’Atlantique (Sénégal),
+tantôt coulant de l’Ouest à l’Est dans la région de Gao (Niger), pour
+aller se confondre en Nubie avec le Nil d’Egypte.
+
+Le fameux géographe Yakout (XIIIe siècle) s’en tient également à
+l’appellation de Nil pour le Sénégal, le Niger et le vrai Nil ; mais il
+semble cependant avoir eu le pressentiment que le Nil de Gao (Niger)
+n’était pas le même fleuve que le Nil d’Egypte, qu’il fait sortir des
+« monts de la Lune ». Ibn-Saïd, qui mourut en 1286, fait délibérément un
+même bassin fluvial du Niger, du lac Tchad et du Nil, et englobe le tout
+sous le sempiternel nom de _Nil_ ; Aboulféda fait de même au début du
+XIVe siècle : ces deux géographes semblent avoir ignoré le Sénégal. Il
+en est de même du célèbre voyageur Ibn-Batouta qui, vers 1352, visita
+une partie du haut Niger un peu en amont de Ségou et décrivit le cours
+de ce fleuve en aval jusqu’au Noupé : pour lui aussi, ce fleuve était le
+Nil et, du Noupé, il le fait aller à Dongola.
+
+A l’époque où Ibn-Batouta accomplissait son voyage, des navigateurs
+normands, espagnols et italiens avaient commencé déjà à longer la côte
+occidentale d’Afrique et avaient redécouvert, environ deux mille ans
+après l’amiral carthaginois Hannon, l’embouchure du Sénégal : ce sont
+eux qui donnèrent à ce fleuve le nom qu’il porte encore. On dit
+communément que cette appellation lui vient de ce que les Berbères
+Zenaga ou Sanaga habitaient sa rive nord, mais il se pourrait fort bien
+que cette étymologie soit inexacte et que le Sénégal ait reçu son nom du
+pays que traverse son cours inférieur : ce pays est appelé _Senegana_ ou
+_Sangana_ par Bekri, qui semble appliquer ce terme à une région ou à une
+tribu occupant à peu près le territoire que se partagent aujourd’hui les
+Maures Trarza et les Ouolofs, c’est-à-dire à cheval sur le bas Sénégal.
+Ce nom de _Senegana_ n’a assurément rien à faire avec celui des Zenaga :
+d’abord parce que l’orthographe adoptée par Bekri pour les deux mots est
+complètement différente ; ensuite parce que les Maures ont conservé de
+nos jours encore ce terme, sous la forme _Isongân_, pour désigner la
+rive ouolove du bas Sénégal, et qu’ils prononcent et écrivent de façon
+très distincte ce dernier mot d’une part et le nom des Zenaga de
+l’autre ; enfin parce qu’il est plus que probable que, au temps de
+Bekri, les Zenaga venaient seulement de se porter jusqu’au Sénégal, que
+les Noirs étaient encore beaucoup plus nombreux que les Berbères sur la
+rive nord et que les _Senegana_ ou gens du _Senegana_ étaient — Bekri le
+dit explicitement — des Nègres et non pas des Berbères.
+
+Lors des voyages de navigation accomplis à hauteur du Cap Vert dans la
+première moitié du XIVe siècle, il est probable que les Zenaga étaient
+répandus déjà dans le pays actuel des Trarza, mais il devait y avoir
+encore beaucoup de Noirs au nord du Sénégal, et il n’est même pas
+invraisemblable de supposer que ces Noirs possédaient le territoire et
+peut-être exerçaient l’hégémonie politique. En tout cas le _Senegana_ ou
+_Isongân_ devait comprendre alors les deux rives du bas fleuve et c’est
+probablement le nom de ce pays qui fut donné par les premiers
+navigateurs européens au fleuve qui le traversait.
+
+Sur l’une des premières cartes que nous possédions de cette région, le
+portulan des Médicis de 1351, le fleuve Sénégal figure sous le nom de
+_Senegany_[16]. Les cartes postérieures adoptèrent en général
+l’orthographe _Senega_, _Sanaga_ ou _Çanaga_ ; ce n’est qu’au XVIIIe
+siècle, semble-t-il, que l’on commença à employer l’orthographe
+« Sénégal »[17]. Mais il est à remarquer que, jusqu’au XVIe siècle,
+presque toutes les cartes portent deux orthographes différentes pour le
+nom des Zenaga et celui du fleuve Sénégal : c’est ainsi que Denis
+Fernandez (1446) appelle les premiers _Assenages_ et le second _Sanaga_,
+que Cadamosto (1455) appelle les premiers _Azanaghes_ et le second
+_Senega_ et parle d’un royaume de _Senega_ qui était le Djolof, que la
+carte de Thevet (1575) porte un royaume des _Zanhaga_ à hauteur du cap
+Blanc et plus au sud un royaume de _Sénéga_ bordé au nord par un fleuve
+_Sénéga_ arrosant une ville de même nom, que la carte de _Livio Sanuto_
+(1588) indique les _Zanhagæ populi_ et le _Çanaga fluvius_. Marmol (fin
+du XVIe siècle) nous dit bien que l’on a appelé momentanément le fleuve
+arrosant le royaume de _Gualata_ (Oualata) « rivière des _Sénègues_ »
+(c’est-à-dire des Zenaga), mais il entendait sans doute par là le Niger
+et non le Sénégal ; en tout cas il nous apprend que le bas-fleuve — ici,
+c’est bien du Sénégal qu’il s’agit — était appelé _Senedec_ par les
+_Sénègues_ (Zenaga) et _Senega_ par les Portugais parce qu’un navigateur
+de cette nation — il s’agit de Lancelot du Lac, qui visita le Sénégal en
+1447 — avait donné au fleuve le nom d’un royaume avec le prince duquel
+il avait trafiqué tout d’abord[18] : les habitants de ce royaume, des
+Ouolofs sans doute, appelaient eux-mêmes ce fleuve _Ovidech_. Marmol
+ajoute que la langue des Ouolofs était le _zungay_ et Moore, dans ses
+_Travels in Africa_ (1737), appelle les Ouolofs _Zanguay_. Il semble
+permis de conclure de tout cela que le nom du Sénégal vient, plutôt que
+de celui des Zenaga, du mot _Senegana_ ou _Senegan_, qui désignait
+autrefois les Ouolofs et leur pays et qui désigne encore de nos jours,
+au moins parmi les Maures, la partie de la vallée du Sénégal habitée par
+les Ouolofs.
+
+Cadamosto, qui visita en 1455 et 1457 la côte du Sénégal, fait de ce
+fleuve, du Niger et du Nil un même cours d’eau sortant de l’intérieur du
+continent et envoyant une branche vers l’Egypte et une autre (le Niger)
+vers l’Atlantique, où elle se déversait par deux canaux, le Sénégal et
+la Gambie. Le voyageur arabe Hassan-ibn-Mohammed, plus connu sous le nom
+de Léon l’Africain, qui écrivit son récit vers 1520, partage à peu près
+la même opinion : il place la source du Niger dans un grand lac situé
+dans le désert de _Séou_ (probablement le Tchad, qui avoisine le pays
+des Arabes Shoa) et le fait couler vers l’Ouest jusqu’à ce qu’il
+atteigne l’Océan, le confondant ainsi avec le Sénégal ; il ajoute que ce
+fleuve dérive d’un bras du Nil qui, après avoir passé sous terre, est
+venu former le lac d’où sortirait le Niger. Ramusio (1550) établit,
+d’après les indications fournies par Léon, une carte sur laquelle le
+Niger, à hauteur de Tombouctou, commence à former un delta dont les bras
+principaux sont le Sénégal, la Gambie et le Rio-Grande. Joao de Barros
+(1552-53) continue la même tradition, réduisant seulement le delta au
+_Senega_ et à la _Gamber_. Forlani de Vérone (1562) et Ortelius (1570)
+adoptent à peu près le même système : la mappemonde d’Ortelius fait
+déverser le Niger dans l’Océan par le Sénégal et le Rio-Grande. Thevet
+(1575) reproduit sur sa _Table d’Afrique_ les indications de Ramusio et
+donne trois bouches au Niger : le Sénégal, la Gambie et le Rio-Grande ;
+la principale nouveauté de sa carte consiste dans la traduction naïve
+qu’il a faite du mot « Niger » : il inscrit délibérément _Noir Fl._
+Quant à Marmol, qui s’inspire surtout de Barros dans sa _Descripcion
+general de Africa_ parue de 1573 à 1599, il en tient pour le delta formé
+du Sénégal et de la Gambie ; il nous apprend d’autre part que son
+« Niger-Sénégal » porte, de Tombouctou à l’Océan, les noms successifs de
+_Oued-Nichar_ (rivière Niger) chez les Arabes, _Yça_ ou _Iza_ chez les
+gens de « Tombut », _Zimbala_ ou _Zimbale_ chez les gens habitant à
+l’Est du « Tocror », _Colle_ chez les « Saragoles », _Maye_ chez les
+« Turcorons » ou « Tucorons » ou « Tucorols », _Dengueh_ chez les
+« lalofes » ou « Gelofes » et _Senedec_ chez les « Sénègues »,
+l’appellation _Senega_ étant donnée par les Portugais à l’extrémité de
+son cours inférieur ; il ajoute que le confluent du « fleuve blanc »
+(Bakhoy) et du « fleuve rouge » (Baoulé) est appelé _Busitemba_ par les
+« Saragoles »[19].
+
+Livio Sanuto (1588) s’écarte de ses prédécesseurs en énumérant trois
+fleuves à peu près parallèles coulant de l’Est à l’Ouest et se jetant
+dans l’Atlantique, avec sources, cours et embouchures distincts ; ces
+fleuves sont, du Nord au Sud : le _Çanaga_, qui d’ailleurs représente à
+la fois le moyen Niger et le Sénégal, la _Gambia_ et enfin le _Niger_,
+qui en réalité correspond au Rio-Grande.
+
+A la fin du XVIIe siècle, le géographe hollandais Dapper confondait
+encore en un seul fleuve le Niger et le Sénégal et lui attribuait un
+cours Est-Ouest avec delta multiple. Il identifie à la légère le
+_Sanaga_ avec le _Daras_ de Ptolémée — lequel était le Dara ou Oued-
+Draa, comme je l’ai dit plus haut — et reproduit les indications de
+Marmol sur l’origine du nom donné au Sénégal par les Portugais, ainsi
+que sur les différentes appellations de ce fleuve et du Niger le long de
+leur parcours, ajoutant seulement que le mot _Zimbala_ est usité chez
+les _Baganes_, c’est-à-dire sans doute les Mandé du Bagana ou Baghena.
+
+Quatre ans après que l’ouvrage de Dapper avait été traduit en français,
+en 1690, le sieur La Courbe, inspecteur général de la Compagnie du
+Sénégal, poussait une reconnaissance jusqu’aux chûtes du Félou (près et
+en amont de Médine) et affirmait, le premier, que le Sénégal et le Niger
+ne pouvaient être un seul et même fleuve.
+
+Cependant les géographes furent quelque temps encore avant d’admettre la
+vérité : Guillaume Delisle partagea d’abord l’erreur ancienne et, dans
+ses cartes publiées de 1700 à 1707, confondit, lui aussi, le Sénégal
+avec le Niger ; mais en 1722, il attribua un bassin distinct à chacun
+des quatre fleuves auxquels il donna les noms de Sénégal, Gambie, Rio-
+Grande et Niger. Enfin d’Anville, dans la seconde moitié du XVIIIe
+siècle, revint à la théorie des grands géographes arabes et fit couler
+le Niger vers l’Est, réalisant d’ailleurs sur les arabes un réel
+progrès, puisqu’il distinguait nettement son bassin de celui du
+Sénégal ; mais il ignorait encore le cours inférieur du Niger et le
+faisait se terminer dans l’intérieur du Soudan.
+
+Ce n’est qu’en 1830 que le problème de l’embouchure du Niger fut
+définitivement résolu. Mungo-Park, lorsqu’il partit en 1795 pour son
+premier voyage, était persuadé que le Niger allait se jeter dans le
+Congo ; il ne put alors le descendre que jusqu’à quelque distance en
+aval de Sansanding et fit en 1805 une nouvelle tentative qui se termina,
+l’année suivante, par sa mort et celle de ses derniers compagnons dans
+les rapides de Boussa, en sorte que le bas Niger avait encore gardé son
+secret. D’autre part Mungo-Park, en accréditant, sur la foi de
+renseignements erronés, la légende des montagnes de Kong, contribua à
+perpétuer l’ignorance dans laquelle on était de l’hydrographie de la
+Boucle du Niger et en particulier du cours supérieur de la Volta,
+ignorance qui ne prit fin qu’en 1889 avec l’exploration de M. Binger.
+Cependant en 1817 James Riby, devançant les découvertes ultérieures,
+affirmait que le Niger, après avoir décrit l’arc de cercle que l’on
+connaissait déjà, venait se jeter dans le golfe de Guinée. L’année
+suivante Mollien, sans reconnaître précisément l’emplacement exact des
+sources du Sénégal et de la Gambie, donnait de bonnes indications sur la
+région d’où sortent les hauts affluents de ces deux fleuves et
+détruisait définitivement la légende des communications de ces fleuves
+entre eux ou de l’un d’eux avec le Niger. Quatre ans plus tard (1822),
+Gordon Laing indiquait la place approximative des sources du Niger. Peu
+après (1824), Denham, Clapperton et Oudney démontraient que le Niger et
+le Tchad constituaient deux bassins entièrement différents. Enfin, en
+1830, Richard Lander, ancien domestique de Clapperton, qui avait déjà
+atteint Boussa en 1826 avec son maître, peu avant la mort de ce dernier
+à Sokoto, gagnait le fleuve à ce même point de Boussa qui avait été le
+terminus malheureux du voyage de Mungo-Park, et le descendait en pirogue
+jusqu’au golfe de Bénin : le cours entier du grand fleuve soudanais, au
+moins dans ses grandes lignes, était définitivement connu, dix-huit
+siècles après que Pline en avait parlé pour la première fois. Il ne
+demeurait à déterminer que l’emplacement exact de ses sources, dont
+l’une des principales — celle du Tembiko — fut découverte le 30 octobre
+1879 par Zweifel et Moustier, agents de l’armateur C.-A. Verminck de
+Marseille.
+
+Restait la Volta, à laquelle, en raison de la croyance à la fameuse
+chaîne des montagnes de Kong, on n’accordait qu’une étendue fort
+restreinte. C’est seulement en 1889 que, revenant en France après sa
+superbe exploration, M. Binger révélait l’inexistence de cette chaîne et
+donnait, sur le cours supérieur et l’importance de la Volta, des
+indications très précises que les voyageurs qui le suivirent n’eurent
+qu’à compléter[20].
+
+
+=Bassin de la Comoé.= — Les cours d’eau qui arrosent le Haut-Sénégal-
+Niger appartiennent tous aux bassins de quatre fleuves, d’importance
+très diverse, qui sont, par ordre de longueur, le _Niger_, la _Volta_,
+le _Sénégal_ et la _Comoé_[21].
+
+La Comoé n’a, en ce qui concerne sa branche principale, qu’une longueur
+totale de 750 kilomètres environ ; ce fleuve n’intéresse que
+médiocrement le Haut-Sénégal-Niger, car il ne l’arrose que par la partie
+supérieure de ses branches extrêmes, la _Léraba_ (fleuve de Léra) ou
+haute Comoé occidentale et la _Komonoba_ (fleuve des Komono) ou haute
+Comoé orientale, et quelques-uns de leurs affluents ; ces branches ou
+affluents, souvent à sec ou presque durant une partie de l’année, ne
+sont jamais navigables, même pour des pirogues, et, loin de concourir à
+la fertilité du pays qu’ils arrosent, ils le rendent au contraire en
+partie inhabitable en raison des vastes marécages, inutilisables et
+malsains, dont ils se trouvent bordés à la saison des hautes eaux. On
+sait d’ailleurs que le cours inférieur de la Comoé est lui-même impropre
+à la navigation, étant coupé fréquemment, jusqu’à 60 kilomètres environ
+en amont de son embouchure, par des rapides que les plus petits vapeurs
+et souvent même les pirogues ne peuvent franchir, et se trouvant privé
+d’accès du côté de la mer par suite de la barre de Grand-Bassam.
+
+Notons, à titre documentaire, que la Léraba et la Komonoba ou Baoulé
+prennent toutes les deux leur source, à peu de distance l’une de
+l’autre, dans le pays des Tagba ou Tagoua (cercle de Bobo-Dioulasso),
+entre Sifarasso et Ouorodara, à peu près à hauteur de Bobo-Dioulasso et
+à l’Ouest de cette ville.
+
+
+=Bassin du Sénégal.= — Tout autre est le Sénégal : non seulement ce
+fleuve, depuis la plus reculée de ses sources — celle du Bafing —
+jusqu’à son embouchure, mesure environ 1.500 kilomètres de long, c’est-
+à-dire le double de la Comoé, mais sa largeur, son débit d’eau, sa
+profondeur relative même aux plus basses eaux dans la partie inférieure
+de son cours, ses rives nettement délimitées qui se prêtent peu aux
+débordements, la possibilité pour les navires — quoique non continue et
+souvent malaisée — de franchir la barre de Saint-Louis et de passer
+directement de l’Océan sur le fleuve, enfin et surtout les 700
+kilomètres de Saint-Louis à Kayes navigables en toute saison pour des
+chalands, cinq mois de l’année pour des vapeurs calant 1 m. 30 et deux à
+trois mois pour des navires de fort tonnage à 4 mètres de tirant d’eau,
+font du Sénégal une précieuse voie de transport pour la colonie du Haut-
+Sénégal-Niger. Bien que les irrégularités de la navigation ne donnent
+pas entière satisfaction et que l’on se trouve forcé de doubler, en
+quelque sorte, le Sénégal, par la voie ferrée en construction de Kayes à
+Thiès-Dakar, il n’en est pas moins vrai que le Sénégal a été jusqu’ici
+la seule voie d’accès vers le Soudan Français et qu’il demeurera
+toujours, même après l’achèvement du Thiès-Kayes, une excellente et
+économique voie de transport durant une partie de l’année.
+
+Le Sénégal proprement dit est formé à Bafoulabé (rencontre des deux
+fleuves) par la réunion du _Bafing_ (fleuve noir) et du _Bakhoy_ ou
+Badié ou encore Bagoué (fleuve blanc) ; ce dernier lui-même doit son
+importance à son affluent le _Baoulé_ (fleuve rouge), qu’il reçoit entre
+Toukoto et Badoumbé. Le Bafing prend sa source en Guinée, non loin de
+Timbo et du col de Koumi, dans le même massif d’où sort le Tinkisso,
+l’une des branches du haut Niger. Le Bakhoy naît également dans la
+Guinée, à quelque distance au Nord-Ouest de Siguiri. Quant au Baoulé,
+son bassin est tout entier compris dans le Haut-Sénégal-Niger : il est
+formé à l’origine par plusieurs ruisseaux qui prennent leur source dans
+les collines longeant le Niger entre Kangaba et Bamako et dont l’un sort
+de Kati, à douze kilomètres seulement du Niger, ce qui indique combien
+est étroite la zone séparant le haut bassin du Sénégal de la haute
+vallée du Niger.
+
+Le Sénégal ne devient navigable qu’en aval de Kayes, après avoir reçu
+sur sa rive droite un affluent assez important, le _Kolembiné_ (rivière
+noire), qui provient de la région des mares avoisinant Nioro. Un peu au-
+delà d’Ambidédi, un autre affluent vient aussi se jeter sur sa rive
+droite : c’est le marigot de _Karakoro_, qui sert de limite entre le
+Haut-Sénégal-Niger et la Mauritanie. Enfin, un peu avant d’arriver à
+Bakel et au moment où il quitte le Haut-Sénégal-Niger, le Sénégal
+reçoit, sur sa rive gauche cette fois, un très important affluent, la
+_Falémé_, qui prend sa source sur la frontière de la Guinée, non loin de
+la source de la Gambie, et sert de limite au Haut-Sénégal-Niger depuis
+son cours supérieur jusqu’à son embouchure, à l’exception d’une faible
+portion de son cours inférieur, à hauteur de Tamboura et de Sénoudébou,
+où ses deux rives appartiennent à la colonie du Sénégal.
+
+
+=Bassin de la Volta.= — La Volta est un peu plus longue que le Sénégal,
+puisqu’on compte plus de 1.600 kilomètres depuis la source extrême de la
+Volta Noire jusqu’à l’embouchure du fleuve dans le golfe de Guinée. Mais
+elle présente, en ce qui concerne le Haut-Sénégal-Niger, un intérêt bien
+moindre que le Sénégal : d’abord son embouchure est située dans une
+colonie anglaise (Gold-Coast) et son cours inférieur est tout entier en
+pays étranger, tantôt coulant à travers la colonie anglaise, tantôt
+servant de limite entre celle-ci et la colonie allemande du Togo ;
+ensuite son embouchure est à peu près dans la même situation que celle
+de la Comoé, c’est-à-dire obstruée par une barre infranchissable aux
+navires ; enfin le bief inférieur, où des embarcations d’un certain
+tonnage peuvent circuler, ne commence qu’après que le fleuve a pénétré
+en Gold-Coast, près du confluent de la Volta Noire et de la Volta
+Blanche. A la vérité, on peut utiliser une partie de la Volta Noire
+coulant en territoire français, depuis Koury jusqu’au confluent du
+Bougouriba et même à la rigueur jusqu’à la rencontre du 10° de latitude
+nord (environ 350 kilomètres), pour la navigation à l’aide de chalands
+plats de 2 à 5 tonnes ; mais ces transports, sans issue vers le Sud ni
+le Nord, ne peuvent présenter qu’un intérêt purement local et ils ne
+seraient appelés à quelque développement qu’au cas où la Volta Noire
+serait réunie, soit au Bani par une voie ferrée de Koury à San, soit au
+prolongement futur des chemins de fer de la Côte d’Ivoire, de la Guinée
+ou du Haut-Sénégal-Niger. De plus, s’il est en général aisé de descendre
+la Volta Noire en chaland, il est parfois très dur d’en remonter le
+courant. Enfin le manque de profondeur en amont de Koury, la fréquence
+des rapides en aval du 10° de latitude nord et la violence de ces
+rapides à partir du point où la Volta pénètre dans la Côte d’Ivoire
+restreignent par trop l’étendue de ce bief relativement navigable.
+
+Les branches et gros affluents de la haute Volta, comme ceux de la haute
+Comoé, ont des bords excessivement marécageux et inhabitables en général
+sur une largeur de 2 à 5 kilomètres sur chaque rive, tant à cause de la
+présence des mouches tsétsé qu’en raison de la nature argileuse du sol,
+qui se transforme en boue épaisse lors des inondations et se durcit
+quand les eaux se retirent. Ces inondations sont dues généralement, non
+pas au débordement des rivières — la Volta Noire en particulier a des
+berges très élevées —, mais au manque d’écoulement des eaux de pluie,
+qui s’accumulent le long du fleuve dans une sorte de cuvette plus basse
+que la berge et ne communiquant que de loin en loin avec la branche
+principale par des affluents qui d’ailleurs présentent la même
+disposition.
+
+La _Volta Noire_ ou occidentale est la plus longue et la plus importante
+des deux branches principales dont la réunion, près et à l’Ouest de
+Salaga, forme la Volta proprement dite. Elle prend sa source à
+Sifarasso, au Sud et près de la route de Sikasso à Bobo-Dioulasso, tout
+près des sources de la Comoé. Par suite d’un phénomène assez
+particulier, la Volta a un cours à peu près parallèle à celui du Niger,
+formant une boucle assurément beaucoup plus modeste que celle de ce
+dernier fleuve mais de courbe et de direction analogues : après avoir
+coulé vers le Nord-Est jusqu’à Koury — comme le Niger jusqu’à Tombouctou
+— elle s’infléchit ensuite vers l’Est, puis vers le Sud-Est, à peu près
+comme le Niger se comporte entre Tombouctou et le 11° de latitude Nord ;
+au delà du même parallèle, de même que le Niger se dirige nettement au
+Sud jusqu’à Djebba, pour couler ensuite vers l’Est-Sud-Est jusqu’au
+confluent de la Bénoué et reprendre enfin la direction du Sud jusqu’à
+son embouchure, de même la Volta fait du Sud pendant toute la partie de
+son cours qui sert de limite aux possessions françaises et anglaises,
+puis de l’Est-Sud-Est jusqu’au confluent de l’Oti et ensuite du Sud
+jusqu’à la mer.
+
+Les principaux affluents de la Volta Noire, dans la partie de son cours
+appartenant au Haut-Sénégal-Niger, sont : sur sa rive droite, le _Poni_
+ou Bammasso qui arrose Gaoua et le _Bougouriba_ qui arrose Diébougou ;
+sur sa rive gauche, le _Sourou_, qui naît non loin de Ouahigouya, décrit
+une boucle de sens opposé à celle de la Volta Noire et vient finir à
+Koury ; lorsque la crue se fait sentir dans la haute Volta Noire, les
+eaux de ce fleuve s’engouffrent dans le Sourou, qui semble alors
+remonter vers sa source ; lorsque le niveau baisse dans le Volta, les
+eaux du Sourou reprennent leur cours normal et viennent à leur tour
+alimenter le fleuve principal.
+
+La _Volta Blanche_ ou orientale naît, dans les cercles de Ouahigouya et
+de Dori, par deux branches prenant leur source au Sud-Ouest et à l’Est
+de Djibo ; elle a un cours sensiblement Nord-Sud. Elle reçoit dans la
+Gold-Coast, sur sa rive droite, un affluent de médiocre importance qu’on
+appelle la Volta Rouge et dont le cours commence près et à l’Ouest de
+Ouagadougou.
+
+La troisième branche de la Volta, l’_Oti_, est formée de la réunion du
+_Pépiénou_, qui prend sa source entre Koupéla et Fada-n-Gourma, et du
+_Pendjari_, qui naît au Dahomey et traverse, en faisant d’immenses
+détours, le cercle de Fada-n-Gourma.
+
+
+=Bassin du Niger.= — Avec le Niger, nous arrivons à un bassin
+hydrographique d’une bien autre importance. Depuis le Tembi-Kounda
+(frontière de la Guinée et du Sierra-Leone) jusqu’à Akassa (point
+central du delta du Niger), l’immense nappe d’eau n’a pas moins de 3.800
+kilomètres de long, soit presque exactement l’ensemble des longueurs
+totalisées de la Volta, du Sénégal et de la Comoé réunis.
+
+Après s’être grossi du Milo à l’Est et du Tinkisso à l’Ouest, le Niger
+pénètre dans le Haut-Sénégal-Niger en aval de Siguiri, reçoit encore,
+sur sa rive droite, en face de Kangaba, le _Sankarani_, puis coule
+jusqu’à Koulikoro dans une vallée rocheuse souvent très resserrée,
+barrée de forts rapides entre Bamako et Koulikoro : parmi ces rapides,
+il convient de citer ceux de _Sotuba_, près de Bamako, où le bras le
+plus important du fleuve n’a pas toujours trente mètres de large.
+
+En aval de Koulikoro, la vallée s’élargit ; les collines qui la forment
+s’abaissent et s’espacent peu à peu, les rochers font place aux bancs de
+sable, les berges s’aplatissent et le lit du fleuve se transforme petit
+à petit en une nappe dont la crue ou la décrue réglera seule l’étendue.
+A partir de Ségou, le Niger n’est plus un fleuve proprement dit, mais
+une vallée de faible déclivité au milieu de laquelle coule une grande
+masse d’eau. A hauteur de Dienné et en aval, des communications
+s’établissent entre le Niger et le Bâni.
+
+Ce _Bâni_ (petit fleuve, en langue mandé) ou _Mayèl-Balévèl_ (rivière
+noire, en langue peule) est en somme le seul affluent important du
+Niger, mais il constitue à lui seul un véritable fleuve dont la branche
+principale a plus de 900 kilomètres de long. Cette branche principale,
+appelée _Bâgbê_ ou Bagoé (fleuve blanc) dans son cours supérieur, prend
+sa source à la Côte d’Ivoire, au Sud de la route d’Odienné à Tombougou,
+pénètre dans le Haut-Sénégal-Niger entre Tengréla et Ngorho, se grossit
+successivement du _Bâfing_ (fleuve noir), du _Bânigbê_ (petit fleuve
+blanc) et du _Baoulé_ (fleuve rouge), qui tous les trois proviennent
+aussi de la Côte d’Ivoire, puis du _Bânifing_ (petit fleuve noir),
+devient le Bâni, passe à San et à Dienné, et se confond avec le Niger à
+Mopti.
+
+Comme je le disais plus haut, des communications se sont déjà établies
+entre le Niger et le Bâni, ou plutôt, comme ce n’est plus assez de deux
+vallées pour charrier l’énorme quantité d’eau qui arrive des deux côtés
+de Dienné, le Niger se transforme en un lacet de canaux auquel vont
+bientôt s’entremêler des lacs et qui va constituer un système
+excessivement curieux et intéressant depuis Dienné jusqu’à Tombouctou.
+Reconnaître, en cette région, où se trouve le lit propre du Niger est
+chose à peu près impossible.
+
+A Diafarabé, à l’Ouest-Nord-Ouest de Dienné, le fleuve forme un V dont
+l’un des bras se dirige vers Mopti (qui s’appelle en songaï _Issa-ka_,
+c’est-à-dire « arrivée du fleuve ») et l’autre, dit _Dia_ ou _Diaga_,
+vers le lac Débo. En aval de Mopti, nouvelle communication par un canal
+transversal entre les deux canaux principaux, qui se réunissent dans le
+_lac Débo_ après avoir donné naissance à un troisième canal, le
+_Kolikoli_, lequel se dirige vers Saraféré par le _lac Korienza_. A la
+sortie du Débo, l’un des deux canaux principaux, l’_Issa-Ber_ (grand
+fleuve, en songaï), se dirige vers Niafounké, tandis que l’autre, le
+_Bara-Issa_ (fleuve du Bara), va rejoindre à Saraféré le canal de
+Korienza. Les deux branches maîtresses se réunissent ensuite près d’El-
+Oualedji, à l’endroit appelé _Issa-feï_ (partage du fleuve), pour former
+peu après, en se séparant encore une fois, l’_île de Koura_, un peu en
+aval de Tombouctou.
+
+Entre Niafounké et El-Oualedji, la branche occidentale dessert plusieurs
+lacs, dont les principaux sont le _lac Horo_ et le _lac Fati_ et ceux de
+moindre importance les lacs _Tenda_, _Kabara_, _Soumpi_, _Takadyi_ et
+_Gaouati_ ; entre El-Oualedji et Koura, elle dessert encore les grands
+lacs de Goundam et de _Ras-el-Ma_ ou _Hari-bongo_ ou encore _Issa-bongo_
+(mots qui veulent dire, le premier en arabe et les deux autres en
+songaï, « tête de l’eau » ou « tête du fleuve ») : lacs _Télé_,
+_Faguibine_ ou Fangabina, _Daouna-keïna_ et _Daouna-ber_, tandis que la
+branche orientale dessert les lacs _Haribongo_, _Garou_, _Dô_, _Nangaï_,
+_Hagoundou_, _Koratou_, etc.
+
+Toute cette partie de la vallée du moyen Niger, comprise, d’une façon
+générale, entre Sansanding et Tombouctou, est une véritable région
+lacustre, dont l’aspect se modifie étrangement selon les saisons et où,
+indépendamment des bras et lacs principaux qui viennent d’être énumérés,
+existent de nombreux canaux de dérivation et lacs ou mares temporaires :
+cette région constitue la zone d’inondation du Niger, zone qui, aux
+périodes de grande crue, couvre en largeur une étendue de 150 à 200
+kilomètres d’où n’émergent plus que les mamelons où sont construits les
+villages.
+
+Il est facile de conclure de ce qui précède quelle est l’importance du
+Niger au double point de vue de l’agriculture et des facilités de
+transport. Les terres de la vallée nigérienne, dont la nature argileuse
+est tempérée par une quantité suffisante de sable, ne deviennent pas
+dures et cassantes, comme celles du bassin de la Volta, lorsque les eaux
+d’inondation se retirent : elles deviennent au contraire un sol
+merveilleusement fécond et propice à la culture, comme à la croissance
+d’herbes de pâturage, et il n’est pas téméraire de penser que,
+maintenant que la sécurité assurée aux indigènes leur permet de
+s’attacher davantage à leur sol, la région du moyen Niger deviendra
+rapidement la plus riche de tout le Soudan.
+
+D’autre part les produits qui y seront récoltés trouveront dans le Niger
+lui-même une voie de transport économique et relativement constante :
+des vapeurs à faible tirant d’eau peuvent en effet circuler durant six
+mois de l’année entre Koulikoro et Gao, et le reste du temps des
+chalands peuvent être utilisés dans des conditions satisfaisantes. Ces
+chalands peuvent même, en janvier et février, continuer au-delà de Gao
+jusqu’à Niamey. La faible portion du fleuve où les rapides s’opposent à
+la navigation, entre Koulikoro et Bamako, a été doublée d’une voie
+ferrée : en sorte que, grâce à l’utilisation successive des chemins de
+fer et des fleuves, on a actuellement une voie de transport à peu près
+satisfaisante depuis le port de Dakar jusqu’à Gao, voie qui sera
+améliorée encore par l’achèvement de la ligne directe de Dakar à
+Koulikoro par Thiès, Diourbel et Kayes.
+
+Le bief supérieur du Niger est lui aussi navigable une bonne partie de
+l’année, quoique dans des conditions moins bonnes, entre Bamako et
+Kouroussa, où aboutit depuis quelques mois la voie ferrée partant du
+port de Conakry. On peut également remonter en chaland plusieurs des
+affluents du haut Niger et se rendre ainsi de Bamako et Siguiri à Kankan
+par le Milo et de Bamako à 75 kilomètres d’Odienné par le Sankarani et
+son affluent le Gouanhala, au moins à l’époque des hautes eaux. Le Bâni
+permet d’assurer les transports entre Mopti et la région de Sikasso par
+Dienné et San.
+
+Tout cela constitue un réseau navigable assurément imparfait, en raison
+de la différence des niveaux selon les saisons, mais qui a déjà été
+perfectionné et pourra l’être encore par l’exécution de quelques travaux
+et qui, tel qu’il existe, est fort appréciable en un pays où les cours
+d’eau se prêtent si rarement à la navigation et où les voies et moyens
+de transport sont en général embryonnaires et coûteux.
+
+En aval de Tombouctou, quoique parsemé d’îles et d’îlots, le Niger forme
+un fleuve beaucoup plus régulier qu’en amont. Après avoir traversé la
+région sablonneuse qui s’étend de Tombouctou à Bourem, son lit redevient
+rocheux aux approches de Gao et il est coupé çà et là de rapides dont
+les principaux sont ceux d’Ayorou et de Labezenga, mais dont aucun ne
+constitue d’obstacle vraiment sérieux à la navigation, au moins à la
+période des hautes eaux. C’est seulement après sa sortie du territoire
+français que le Niger présente des seuils infranchissables (région de
+Boussa), qui séparent nettement le long bief moyen du bief maritime.
+
+La rive droite du Niger, ou plus exactement toute la région située sur
+la rive droite, entre le lac Débo et Say, porte en songaï le nom de
+_Gourma_ ou celui de _Hari-banda_ (que nous avons orthographié
+_Aribinda_) ; les pays de la rive gauche sont compris sous la
+dénomination de _Haoussa_ ou _Aoussa_, aussi bien à hauteur du Débo qu’à
+hauteur de Bamba, de Gao et de Say[22]. Ces appellations sont souvent
+employées comme termes d’orientation, mais il est facile de voir
+qu’elles revêtent alors des acceptions multiples et fort diverses, selon
+le lieu où l’on se trouve : ainsi, du Débo à Tombouctou, Gourma désigne
+l’Est et Haoussa l’Ouest ; de Tombouctou à Bourem, Gourma désigne le Sud
+et Haoussa le Nord ; enfin, en aval de Bourem, Gourma voudra dire
+l’Ouest et Haoussa l’Est. Il est également facile de comprendre combien
+est peu exacte l’application que nous avons faite de certains de ces
+termes à telle ou telle région localisée de la Boucle du Niger, en
+appelant par exemple Gourma le cercle de Hombori et celui de Fada-n-
+Gourma et Aribinda le pays situé au Sud de Tombouctou et celui situé à
+l’Ouest de Dori : en réalité tout l’intérieur de la Boucle du Niger
+mérite ces deux noms de Gourma ou Aribinda.
+
+Il n’est peut-être pas inutile de parler ici des ports de Tombouctou. Le
+principal, en ce sens qu’il est le plus constant, est _Korioumé_, situé
+sur le Niger même. Mais à Korioumé, un canal se détache du Niger et
+vient atteindre _Daï_, à 10 kilomètres de Tombouctou, pour rejoindre le
+fleuve principal en aval. De plus, un canal qu’on dit artificiel, dont
+on attribue la création ou tout au moins l’aménagement à un roi de Gao
+et qui fut élargi au début du XIXe siècle par le roi du Massina Sékou
+Amadou, amène l’eau de Daï à _Kabara_, à 7 kilomètres de Tombouctou.
+Enfin, lors des grandes crues, le courant se fraie un passage, dans
+l’Est de Kabara, jusqu’à 300 mètres de la ville même de
+_Tombouctou_[23].
+
+Tombouctou possède donc en réalité quatre ports : Korioumé, utilisable
+toute l’année et en tout temps ; Daï, qui ne l’est guère que de
+septembre à avril ; Kabara, qui le devient de novembre à avril ; et
+enfin l’un des faubourgs de Tombouctou, mais l’accès de ce dernier port
+n’est possible que dans les années de grande crue (tous les trois ans
+environ) et seulement au mois de janvier.
+
+Le plus ou moins d’abondance des pluies dans la région soudanaise a en
+effet une influence considérable, non seulement sur le plus ou moins
+d’extension de la zone inondée, mais aussi sur la limite atteinte par
+les eaux dans les lacs, dépressions et canaux issus du Niger. Tous ces
+lacs et canaux en effet ne sont que des déversoirs : ils n’alimentent
+pas le Niger, mais sont alimentés par lui. Lorsque la crue a été
+exceptionnellement forte dans le haut fleuve, le Faguibine est rempli
+jusqu’à Ras-el-Ma, les Daouna se transforment en lacs et l’eau reflue
+vers le Nord dans les canaux de dérivation sahéliens et sahariens, qui
+sont eux aussi des déversoirs plutôt que des affluents, comme le marigot
+de Niamina, les parties basses des vallées du Tilemsi, de l’Azaouag,
+etc., et les maigres rivières, telles que le Gorouol et la Sirba, qui
+traversent la région de mares temporaires séparant, du côté de Dori, le
+bassin de la Volta du bas Niger. Lorsqu’au contraire la crue a été
+faible, l’eau ne se répand que peu en dehors du fleuve lui-même et de
+ses bras principaux, les lacs ne sont plus que des étangs et beaucoup de
+mares ou de vallées demeurent sèches pendant une ou plusieurs années.
+
+Dans une communication récente[24], le lieutenant Salvy constate que, au
+cours des quinze dernières années, il y a eu diminution progressive du
+lac Faguibine et assèchement des Daouna : l’eau, qui arrivait à Ras-el-
+Ma lors des crues de 1894, n’arrivait plus l’an dernier qu’à une
+quarantaine de kilomètres à l’Est de ce point. Il suppose que,
+indépendamment de causes climatériques passagères, ce dessèchement
+serait dû à une cause générale et constante qui affecterait tout le Nord
+du Soudan. Je ne crois pas devoir partager son opinion : au XIe siècle,
+selon le témoignage de Bekri, le point de Ras-el-Ma (tête de l’eau)
+méritait déjà son nom par sa position à la limite extrême des crues ; il
+serait singulier que, si une cause constante de dessèchement existait
+réellement, la limite des crues fût demeurée identique pendant neuf
+siècles au moins pour reculer brusquement ensuite. Il est beaucoup plus
+probable que cette limite varie et a toujours varié selon les années ou
+plutôt selon des périodes de plusieurs années chacune,
+proportionnellement avec les quantités d’eau tombées, et que, si le
+maximum a toujours été à Ras-el-Ma — au moins depuis les débuts de la
+période historique —, le minimum a varié et variera encore d’époque en
+époque ; il est vraisemblable qu’avant 1894 la limite extrême des crues
+avait déjà reculé bien des fois jusqu’au minimum constaté en 1910 et
+peut-être plus loin encore et que, après une suite d’années pluvieuses,
+Ras-el-Ma redeviendra de nouveau la « tête de l’eau ».
+
+[Illustration : CARTE 1. — Limites, hydrographie et orographie.]
+
+
+[Note 5 : Voir la carte 1 à la fin du chapitre III et la carte
+d’ensemble à la fin de l’ouvrage.]
+
+[Note 6 : Il semble que c’est Aristote qui, le premier, ait cité le
+voyage de Hannon, dont nous ont parlé ensuite Eratosthène, Strabon,
+Pline et Ptolémée.]
+
+[Note 7 : Hérodote, livre IV, XLIII.]
+
+[Note 8 : Hérodote, livre IV, CXCVIII.]
+
+[Note 9 : Livre II, XXXII à XXXIV.]
+
+[Note 10 : Les Nasamons étaient des Berbères habitant la province de la
+Cyrénaïque appelée aujourd’hui Barka, à l’Est de la Tripolitaine.]
+
+[Note 11 : Une autre branche saharienne du Niger, représentée
+aujourd’hui par l’Azaouag, qui sort des montagnes du Sahara Central pour
+aboutir sur le bas Niger en aval de Niamey, a été reconnue par les
+derniers explorateurs du Sahara, et notamment par le capitaine Cortier.
+On y a trouvé des crocodiles, ce qui tendrait à prouver que cet oued a
+eu autrefois une importance plus considérable et des relations
+aquatiques avec le Niger plus réelles que de nos jours.]
+
+[Note 12 : Pline dit expressément que les _Ethiopiens Nigrites_ sont
+appelés ainsi du nom du fleuve qui arrose leur pays.]
+
+[Note 13 : Ptolémée supposait d’ailleurs que le _Ghir_, coulant vers
+l’Est, passait au travers des « gorges garamantiques » (montagnes du
+Fezzan) et, après avoir disparu sous terre, réapparaissait dans le
+marais ou lac _Nuba_, sans doute pour y former une branche supérieure du
+Nil.]
+
+[Note 14 : _Le Nord de l’Afrique dans l’antiquité grecque et romaine_,
+1863.]
+
+[Note 15 : _Doctrina Ptolemæi ab injuria recentiorum vindicata_, 1874.]
+
+[Note 16 : Cultru, _Histoire du Sénégal_, page 25.]
+
+[Note 17 : A titre d’information, il convient de noter que le mot
+_asenghêl_, en berbère, signifie « inondation ». Dans un manuscrit arabe
+encore inédit, rapporté de Tombouctou par M. Bonnel de Mézières et
+datant, semble-t-il, du XVIIe siècle, le pays situé entre le Fouta et
+l’Atlantique est désigné sous le nom de _Sénékal_ ou _Sénégal_.]
+
+[Note 18 : Le moine franciscain Gaby, qui écrivit en 1689 une relation
+de son voyage au Sénégal (_Relation de la Nigritie_), nie l’existence,
+au moins à cette époque, d’un royaume du nom de _Senega_, royaume dont
+l’existence avait été affirmée quelques années auparavant par Moreri
+dans son dictionnaire (édition de Lyon, 1683). Il n’y a pas à tenir
+compte de la documentation du Père Gaby, qui faisait sortir d’une même
+source, située à quelque distance à l’est du Khasso, le Sénégal, le
+Niger et le Joto (?), moins d’un an avant la reconnaissance de La Courbe
+au Khasso et aux chûtes du Félou.]
+
+[Note 19 : Dans ces noms on retrouve, à peine déformés, ceux par
+lesquels les peuples riverains du Niger et du Sénégal traduisent le mot
+« fleuve » et désignent la rivière principale, quelle qu’elle soit,
+traversant leur pays : en songaï _issa_, en soninké ou sarakollé _kollé_
+ou _kholé_, en peul ou toucouleur _mâyo_, en ouolof _dêkh_ ou _dêh_ et
+au cas déterminé _dêkh-gui_ ou _dêh gui_ (comparez l’_Ovidech_ de
+Lancelot du Lac et le _Senedec_ des « Sénègues » de Marmol). _Zimbala_
+n’est autre que le mot mandé _dyimbala_, qui signifie « lieu de la
+grande eau » et qui est donné de nos jours à une partie de la zone
+d’inondation du Niger. Quant à _Busitemba_, on peut rapprocher ce terme
+de _Badoumbé_, qui veut dire « fleuve rouge » en soninké.]
+
+[Note 20 : La Volta doit son nom, soit aux sinuosités de son cours
+inférieur, qui l’auraient fait appeler ainsi par les Portugais, soit au
+nom que donnent les indigènes à son embouchure et qui, d’après ce qu’on
+m’a affirmé, serait _Folita_. Comme tous les grands fleuves africains,
+elle ne porte pas, dans les langues locales, de nom spécial, et chaque
+tribu riveraine la désigne par un mot qui, dans son idiome, ne signifie
+pas autre chose que « le fleuve » (_Mâné_ chez les Dagari, _Mîro_ chez
+les Lobi, _Môrhe_ chez les Nounouma, etc.). Il en est de même du Sénégal
+et du Niger, comme l’avaient déjà observé Marmol et Dapper. Cependant
+les peuples de langue mandé désignent souvent le Niger — en outre du mot
+_bâ_ qui veut dire simplement « fleuve » — par l’appellation plus
+particulière de _Bâba_ (le fleuve grand) ou celle de _Diêlibâ_,
+orthographiée souvent à tort « Dioliba », qui veut dire « le fleuve des
+Diêli », c’est-à-dire des « griots » ou chanteurs et musiciens
+professionnels ; de même les Haoussa l’appellent tantôt _Baba-n-goulbi_
+(le grand fleuve), tantôt _Kouara_, mot dont j’ignore l’étymologie.]
+
+[Note 21 : Contrairement aux indications données par certaines cartes,
+le bassin du Bandama est entièrement en dehors du Haut-Sénégal-Niger :
+les cours d’eau naissant près de Ngorho (cercle de Bobo-Dioulasso) et
+donnés parfois comme des affluents supérieurs du Bandama sont en
+réalité, les uns des affluents du Bagbê (bassin du Niger), les autres
+des affluents de la Léraba (bassin de la Comoé). Les reconnaissances
+exécutées dans le cercle de Korhogo de 1904 à 1907, notamment celles de
+M. Terrasson de Fougères, ont démontré que le Bandama prenait sa source
+au Sud de la route de Korhogo à Tombougou, traversait cette route et
+contournait Korhogo au Nord pour se diriger ensuite vers le Sud.]
+
+[Note 22 : Peut-être y a-t-il quelque rapport entre ce terme et le nom
+des Haoussa, dont le pays est en effet à l’Est de la rive gauche du
+Niger au moins pour la partie du fleuve en aval de Gao.]
+
+[Note 23 : On prétend qu’autrefois c’était à l’Ouest de Kabara que l’eau
+se frayait un passage et que, comme elle venait inonder de temps à autre
+un quartier de Tombouctou — le _Tarikh-es-Soudân_ relate plusieurs de
+ces inondations — les habitants comblèrent ce passage à l’endroit où se
+trouve aujourd’hui la dune Amadia, forçant ainsi les eaux à refluer vers
+l’Est.]
+
+[Note 24 : Dans _la Géographie_, décembre 1910.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE III[25]
+
+ =Orographie=
+
+
+A qui rechercherait les altitudes élevées, le système orographique du
+Haut-Sénégal-Niger se présenterait comme plutôt maigre : il ne semble
+pas en effet que l’on rencontre dans la colonie des sommets dépassant
+mille mètres, et encore le nombre de ceux qui atteignent cette altitude
+est-il fort restreint. On les trouve dans la région de Hombori (boucle
+du Niger) et peut-être dans le cercle de Satadougou, près des sources de
+la Falémé, au point d’aboutissement vers le Nord du massif dit du Fouta-
+Diallon.
+
+Ce dernier massif s’étend en réalité depuis les sources du Bandama et du
+Bâgbê (Côte d’Ivoire) jusqu’à celles de la Gambie (Guinée), suivant une
+direction générale Sud-Est Nord-Ouest ; il donne naissance d’une part à
+tous les petits fleuves côtiers qui se jettent à la mer entre Grand-
+Lahou et Bathurst (Bandama, Sassandra, Cavally, Nuon ou Cestos, Saint-
+Jean, Saint-Paul, Makona, Sherbro, Roquelle, Grande et Petite Scarcies,
+Konkouré, Rio-Grande, Gambie) et, d’autre part, aux branches principales
+du Niger et du Sénégal (Bâgbê, Baoulé, Sankarani, Milo, Tembiko,
+Tinkisso pour le Bâni et le Niger, Bafing et Falémé pour le Sénégal).
+Les plus hauts sommets de ce massif sont situés dans la région où se
+touchent la Guinée, le Libéria et la Côte d’Ivoire (Nimba ou Nuonfa
+1.644 m., Momy 1.400 m., Dou 1.339 m., Soulou 1.121 m., Gouékouma 1.026
+m., d’après les observations barométriques de M. Aug. Chevalier en
+1909). Le massif semble s’abaisser en se dirigeant vers le Nord-Ouest et
+ce sont ses derniers contreforts dans cette direction qui, seuls,
+touchent à la colonie du Haut-Sénégal-Niger dans les cercles de
+Satadougou, de Kita et de Bamako.
+
+Là ils se soudent, pour ainsi dire, à un autre système, beaucoup moins
+important comme altitude et comme étendue, qui sépare la haute vallée du
+Niger du bassin du Sénégal. Ce système est constitué par une sorte de
+crête irrégulière tombant par pentes abruptes et étagées du côté du
+Niger, à très peu de distance du fleuve, parfois même bordant le fleuve
+lui-même, comme à Koulikoro, d’une haute falaise rocheuse, et se
+prolongeant, sur le versant d’où sortent le Bakhoy, le Baoulé et leurs
+affluents, en une série de collines tantôt isolées et tantôt groupées ou
+ramifiées qui s’étendent vers l’Ouest de façon à déterminer les vallées
+très resserrées de ces branches du Sénégal et ensuite du Sénégal lui-
+même jusqu’à Kayes.
+
+Ce système prend fin vers le Nord à partir de l’endroit où le Niger
+s’élargit et s’étale avant de pénétrer dans la région lacustre, c’est-à-
+dire à hauteur de Ségou environ. On ne rencontre plus ensuite qu’une
+succession de mamelons très peu élevés et de plateaux bas, d’où émergent
+parfois quelques collines isolées qui, en raison même de leur isolement,
+ont au premier abord des aspects de montagne que leur altitude est loin
+de justifier.
+
+Sur la rive droite du Niger, entre ce fleuve et le Bâni, apparaît un
+troisième système qui se soude vers le Sud, du côté d’Odienné (Côte
+d’Ivoire), avec les dernières ramifications orientales du massif dit du
+Fouta-Diallon et qui suit la direction du Niger, venant clore son
+étroite vallée du côté de l’Est à peu près comme le système précédemment
+décrit la clot du côté de l’Ouest, quoique avec un relief moins
+considérable. Comme il arrive aussi pour la chaîne de la rive gauche,
+celle de la rive droite est moins abrupte sur le versant qui ne regarde
+pas le fleuve et se prolonge de ce côté par des ramifications qui
+déterminent les vallées des hautes branches du Bâni (Baoulé et Bâgbê),
+pour mourir peu à peu en arrivant près de la région des canaux et des
+inondations.
+
+Le quatrième système, plus original peut-être, commence au delà du Bâni
+et enserre tout le bassin supérieur de la Volta, qu’il sépare du bassin
+du Niger : c’est ce système que l’on a appelé tantôt le plateau central
+nigérien et tantôt le plateau de la Volta. Nous avons vu que le cours de
+la branche principale de la Volta est sensiblement parallèle au cours du
+Niger et forme une boucle inscrite à l’intérieur de la boucle de ce
+dernier fleuve : il résulte de ce phénomène que le système orographique
+qui nous occupe en ce moment se présente, d’une façon générale, sous la
+forme d’un arc de cercle parallèle lui aussi à la vallée du Niger, avec
+cette restriction qu’il épouse plus volontiers les contours du bassin de
+la Volta que ceux du Niger. Ce système a encore ceci d’analogue avec les
+précédents que son versant le plus abrupt et le plus accentué est en
+général celui qui regarde le Niger.
+
+Il commence à la Côte d’Ivoire par les massifs de collines séparant la
+haute Comoé du Bandama vers l’Ouest (monts du Niarhafolo) et de la Volta
+vers l’Est (monts de Kinnta) : ces deux branches initiales se soudent au
+Sud-Ouest de Bobo-Dioulasso, entre Sikasso et Gaoua, pour former le
+massif d’où sortent la Comoé, le Bougouriba, la Volta Noire et quelques
+affluents du Bâni ; ce massif s’allonge ensuite pour suivre la rive
+gauche de la haute Volta Noire, puis se redresse entre Koury et
+Bandiagara pour former des sortes de falaises qui, par Douentza et
+Hombori, ferment, depuis le Bâni jusqu’à ce dernier point, la vallée du
+Niger[26], présentant vers Hombori leurs altitudes culminantes et se
+dirigeant ensuite, par des courbes irrégulières, vers le Sud-Sud-Est
+jusqu’à la route de Djibo à Dori. Cette sorte de demi-cercle de
+falaises, qui d’ailleurs offre un certain nombre de solutions de
+continuité, pousse vers le Sud des ramifications à pentes plus douces
+qui s’insinuent entre les différentes branches supérieures de la Volta
+et finissent par ne plus constituer que des mamelons bas ou des pitons
+isolés. Entre Dori et le Dahomey, la falaise regardant le Niger
+s’atténue d’abord et se ramifie, pour contourner les quelques affluents
+du bas Niger qui traversent le cercle de Fada-n-Gourma, puis se reforme
+pour constituer le long massif de l’Atakora, qui court presque en ligne
+droite le long de la limite Sud-Est de ce cercle, isolant le bassin du
+Pendjari (ou haut Oti) du bassin du Niger et allant se souder vers le
+Sud au massif d’où sortira l’Ouémé.
+
+Ces quatre grands systèmes montagneux n’ont pas tous la même structure
+géologique et chacun d’eux se présente sous des aspects qui varient plus
+ou moins d’une région à une autre : en général le granit domine dans le
+Sud, avec des traces variables de quartz, tandis que le grès devient
+plus abondant dans le centre et que le calcaire ne se montre que dans le
+nord, à partir de la latitude de Koury. La latérite ferrugineuse domine
+à peu près partout sur les plateaux et les mamelons ou crêtes de faible
+hauteur. Aussi bien la géologie du Haut-Sénégal-Niger n’a été étudiée
+d’une façon scientifique et rationnelle que tout récemment, au Nord par
+M. Chudeau, au Sud par M. Henry Hubert, aux travaux desquels je crois
+préférable de renvoyer directement le lecteur.
+
+
+[Note 25 : Voir la carte 1 à la fin du présent chapitre.]
+
+[Note 26 : Cette ligne de falaises porte en songaï le même nom (_Hari-
+bongo_ « tête de l’eau ») que la pointe occidentale du lac Faguibine.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE IV[27]
+
+ =Régions naturelles=
+
+
+Au point de vue de l’aspect du pays, de la constitution du sol, de la
+flore et de la faune, le Haut-Sénégal-Niger peut être divisé en trois
+grandes régions naturelles. Ces régions ou zones ne sont d’ailleurs pas
+nettement délimitées : elles se pénètrent l’une l’autre en bien des
+points et les indications qui vont suivre ne doivent être acceptées qu’à
+un point de vue tout à fait général et approximatif.
+
+
+_Région soudanaise._ — La partie Sud du Haut-Sénégal-Niger appartient à
+la zone africaine que l’on appelle communément la « région soudanaise »,
+quelque impropre que soit cette dénomination au point de vue
+étymologique, le mot « Soudan » provenant de l’expression arabe _Blâd-
+es-Soudân_, qui signifie « pays des Nègres » et devant par suite
+s’appliquer logiquement à toute la partie du continent africain située
+au Sud du Sahara.
+
+Cette zone commence là où finissent les dernières ramifications de la
+grande forêt dense du golfe de Guinée et s’étend au Nord, très
+approximativement du reste, jusqu’un peu au delà du parallèle de Bamako.
+Il convient d’y ranger, dans le bassin du Sénégal, les pays situés sur
+la rive gauche de ce fleuve lui-même ou arrosés par ses branches
+principales, le Bafing, le Bakhoy et le Baoulé, et, dans les bassins du
+Niger et de la Volta, les pays situés au Sud d’une ligne passant à peu
+près par Koulikoro, Ségou, San, Koury, Ouahigouya et Fada-n-Gourma.
+
+Cette région est, d’une façon générale, celle où le terrain est le plus
+mouvementé ; elle est arrosée, en dehors des fleuves proprement dits qui
+la traversent et de leurs affluents principaux, par de nombreux
+ruisseaux dont les uns ont une source permanente et dont les autres ne
+sont alimentés que par les pluies et peuvent se tarir complètement lors
+de la saison sèche. Bien que la forêt dense, telle qu’elle se présente à
+la basse Côte d’Ivoire par exemple, soit absente de cette région, il
+n’en faudrait pas conclure qu’il ne s’y rencontre pas de forêts : il
+s’en rencontre au contraire beaucoup et parfois d’assez étendues, tout
+au moins là où la densité de la population n’a pas contraint les
+habitants à les détruire pour se livrer sur leur emplacement à des
+cultures vivrières. Ces forêts se présentent sous deux aspects
+principaux : le long des rives de certains cours d’eau même temporaires,
+on a une bande souvent très étroite mais généralement très dense de
+végétation qui, tant par sa tenue que par les espèces la composant
+(palmiers à huile, raphias, lianes diverses, etc.), rappelle beaucoup la
+forêt dense de la Côte d’Ivoire ; en dehors de cette circonstance
+spéciale, il existe un peu partout des bois plus ou moins étendus,
+possédant de très beaux arbres et des bosquets touffus, mais offrant
+cette caractéristique qu’il pousse de l’herbe sous les arbres et entre
+les bosquets, chose absolument inconnue dans la forêt dense du golfe de
+Guinée lorsqu’elle n’a pas été modifiée par l’œuvre de l’homme. Les
+plateaux latéritiques, bien que souvent la couche de terre qui les
+recouvre n’ait qu’une épaisseur de quelques millimètres, ne sont pas les
+endroits les plus pauvres en végétation arborescente : tout au contraire
+on y rencontre de vraies forêts, dont les arbres vont puiser l’humidité
+qui leur est nécessaire en insinuant leurs racines dans les fissures des
+roches. Ces forêts à sol pierreux sont les plus riches en lianes à
+caoutchouc.
+
+Les terrains trop argileux ou trop sablonneux, et aussi beaucoup de
+terrains dont le sol n’est pas mauvais pour la culture, constituent des
+savanes où les hautes herbes forment la presque totalité de la
+végétation, mais d’où émergent de place en place des arbustes et même
+des arbres de très belle venue, tels que des caïlcédras, des karités,
+des nérés, des fromagers, des baobabs, etc. Il convient de dire que
+beaucoup de ces savanes étaient autrefois des forêts et que, si la
+nature de la végétation s’y est transformée, cela est dû non pas tant
+aux incendies de brousse qu’on accuse trop à la légère d’un déboisement
+auquel ils sont à peu près étrangers, qu’à un défrichement fait
+autrefois dans un but agricole : les arbres ayant été abattus et leurs
+souches enlevées, lorsque le terrain est rendu à lui-même, c’est de
+l’herbe qui les remplace.
+
+Tels sont les aspects sous lesquels se présente le plus communément la
+flore naturelle de la région dite soudanaise : bien entendu, je ne parle
+que des parties où la nature est abandonnée à elle-même et non de celles
+que le travail de l’homme a métamorphosées.
+
+La faune de cette région est assez riche, quoique le nombre des
+individus — non des espèces — y soit beaucoup plus restreint qu’on n’est
+souvent porté à le croire. On y rencontre comme mammifères l’éléphant
+(très rare sauf dans les districts les plus méridionaux), le buffle, de
+nombreuses espèces d’antilopes, la panthère et d’autres félins de plus
+petite taille, l’hyène, le phacochère et le potamochère, le fourmilier
+et le pangolin, le lièvre et de nombreux rongeurs, le cynocéphale, le
+singe vert et d’autres espèces de guenons, etc. Le lion est très rare.
+Je ne parle pas ici de la faune aquatique qui, elle, est à peu près la
+même sur toute l’étendue du Niger et comprend, comme mammifères,
+l’hippopotame et le lamentin.
+
+
+_Région sahélienne._ — Au nord de la région communément appelée
+« soudanaise » est la région dite « sahélienne ». Le mot _sahel_, qui en
+arabe signifie « littoral »[28], est appliqué par les Maures du Haut-
+Sénégal-Niger à la zone qui borde au Sud le Sahara et qui forme comme le
+« rivage » du désert. Il est appliqué également au rivage de
+l’Atlantique par les Maures de l’Adrar Mauritanien, en sorte que ce même
+terme désigne l’Ouest dans l’Adrar, le Nord-Ouest ou le Nord-Est au
+Fouta, le Nord à Kayes et le Sud à Tichit. Dans la pratique, les
+Européens appellent communément Sahel la région comprenant l’ensemble
+des cercles de Nioro, Goumbou et Sokolo ; mais, entendue comme
+désignation géographique et climatologique, cette expression a un sens
+beaucoup plus large. En réalité le Sahel commence à quelque distance de
+la rive nord du Sénégal et du coude du Baoulé et, dans les bassins du
+Niger et de la Volta, aux environs de la ligne citée plus haut.
+
+Mais l’aspect du Sahel se modifie peu à peu à mesure que l’on avance
+vers le Nord : d’abord peu différent du Soudan propre, il accentue son
+caractère spécial à hauteur de Sokolo et de Bandiagara pour s’identifier
+de plus en plus avec le désert jusqu’à ce que l’on arrive au Sahara
+soudanais. La limite entre le Sahel et le Sahara soudanais peut être
+représentée par une ligne passant à une cinquantaine de kilomètres au
+Nord de Nioro et Goumbou, s’avançant jusque près de Bassikounou,
+atteignant le Niger à Mopti, gagnant de là Hombori en passant au Nord de
+Bandiagara et de Douentza, descendant ensuite vers le Sud jusqu’aux
+environs de Djibo, pour prendre alors une direction Est et rejoindre le
+Niger vers Niamey par Dori.
+
+Il ne serait pas exact de dire que le Sahel soit aride : la végétation y
+est même parfois plus dense qu’au Soudan, mais en général les arbres de
+belle venue y sont plus rares et surtout les arbustes épineux s’y
+montrent en quantité beaucoup plus considérable, dépassant les autres
+espèces en nombre à mesure qu’on s’avance vers le Nord, jusqu’à devenir
+à peu près les seuls représentants de la végétation arborescente
+lorsqu’on arrive au Sahara Soudanais. Il existe aussi des savanes, mais
+les herbes y sont plus maigres et de moins haute taille que dans les
+savanes du Soudan et paraissent d’ailleurs constituer de bien meilleurs
+pâturages.
+
+En dehors du cours inférieur de la Kolembiné dans le bassin du Sénégal
+et, dans le bassin du Niger, du fleuve lui-même et de ses canaux, il
+n’existe à peu près aucun cours d’eau au Sahel ressemblant à une rivière
+ou à un ruisseau : tout au plus rencontre-t-on des lits de dérivation où
+les eaux se déversent au moment des pluies et qui constituent une sorte
+d’intermédiaire entre les oueds sahariens et les cours d’eau temporaires
+de la région soudanaise. Mais en général l’eau n’apparaît que sous forme
+de mares ou étangs plus ou moins étendus qui se remplissent à la saison
+des pluies et dont plusieurs du reste ne se tarissent jamais
+complètement. La plupart des villages ne sont alimentés en eau que par
+ces mares ou par des puits.
+
+Quant aux roches qui constituent le terrain, elles se différencient de
+celles de la région soudanaise particulièrement en ceci que le calcaire
+se rencontre au Sahel, alors qu’il fait défaut plus au Sud. Par contre,
+la latérite soudanaise abonde encore au Sahel, tandis qu’elle fait
+défaut au Sahara. A ce point de vue comme à beaucoup d’autres, le Sahel
+représente la zone de transition entre la région soudanaise et le Sahara
+soudanais.
+
+En ce qui concerne la faune, on rencontre au Sahel à peu près les mêmes
+espèces qu’au Soudan, avec l’éléphant en moins, la girafe et l’autruche
+en plus ; le lion y est aussi plus commun. Mais surtout, probablement en
+raison des plus grands espaces inhabités et aussi du nombre restreint
+des points d’eau, dont chacun devient en quelque sorte un rendez-vous
+forcé pour les bêtes sauvages, on voit beaucoup plus de gibier au Sahel
+qu’au Soudan et les chasses y sont bien plus fructueuses.
+
+Pour ce qui est des habitants humains, tandis qu’au Soudan les
+autochtones sont, à l’exception des tribus commerçantes et des castes
+d’artisans et de pêcheurs, presque exclusivement agriculteurs et
+appartiennent uniquement à la race noire, on rencontre au Sahel une très
+notable proportion de pasteurs semi-nomades de race blanche plus ou
+moins métissée (Maures et Peuls).
+
+
+_Sahara soudanais._ — La troisième région naturelle du Haut-Sénégal-
+Niger peut être dénommée « Sahara soudanais » ; elle est appelée par les
+indigènes _Hodh_ ou _Haoudh_ dans sa partie occidentale, entre le Tagant
+et la région lacustre de Tombouctou, et _Azaouad_ dans sa partie
+orientale, c’est-à-dire à l’intérieur de la Boucle du Niger entre
+Tombouctou et Tillabéry et au Nord de la Boucle jusqu’à Tessalit et
+Timiaouine environ[29]. Le Sahara soudanais est limité au Nord-Est par
+le Tanezrouft et au Nord-Ouest par le Djouf, qui appartiennent l’un et
+l’autre au Sahara proprement dit.
+
+La différence d’aspect et de climat entre ces deux parties du désert a
+été très nettement indiquée par MM. Gautier et Chudeau : alors qu’à
+partir de la région de Timiaouine et d’In-Ouzel, en allant vers le Nord,
+la végétation fait défaut en dehors des vallées des oueds et des
+dépressions qu’a favorisées une pluie occasionnelle d’ailleurs fort
+rare, le Sahara soudanais, où il pleut à peu près partout régulièrement
+tous les ans, renferme, sauf dans les régions particulièrement
+pierreuses, une végétation assurément fort maigre mais cependant
+visible. Il convient tout d’abord de mettre à part la zone d’inondation
+du Niger, entre Mopti et Tombouctou, qui participe plutôt du Sahel que
+du Sahara. En dehors de cette zone spécialement favorisée, on rencontre
+des arbres — des gommiers et autres mimosées principalement — dans le
+Hodh et l’Azaouad, à peu près jusqu’à hauteur de Bou-Djebiha, et ensuite
+des steppes et de maigres pâturages jusqu’à Timiaouine. A vrai dire, les
+arbres s’espacent et diminuent de hauteur à mesure qu’on va vers le Nord
+et de même les pâturages s’atrophient à mesure que l’on s’approche du
+Sahara proprement dit : mais il n’en demeure pas moins vrai que l’aspect
+du Sahara soudanais, dans son ensemble, est bien moins désolé que celui
+du Sahara algérien au sud des Oasis.
+
+Cette troisième région ne renferme des sédentaires proprement dits que
+dans la zone d’inondation de Mopti à Tombouctou, sur les rives mêmes du
+Niger en aval de Tombouctou, dans les rares villages permanents du Hodh
+(Kiffa, Tichit, Oualata, Néma, Bassikounou, etc.) et dans ceux plus
+rares encore et souvent insignifiants de l’Azaouad Nord (Mabrouk, Bou-
+Djebiha, Araouâne, etc.), ainsi que dans le centre salin de Taodéni.
+Cette population sédentaire se compose de Noirs agriculteurs et pêcheurs
+dans la vallée du Niger, de Noirs agriculteurs ou sauniers dans les
+villages du Hodh et à Taodéni, et de quelques Arabes, Berbères ou métis
+d’Arabes et de Berbères, commerçants ou religieux, dans les mêmes
+villages et dans ceux, beaucoup moins populeux, de l’Azaouad Nord. Le
+reste du Sahara soudanais, c’est-à-dire la presque totalité de cette
+région, est habité ou parcouru par des nomades ou des semi-nomades,
+pasteurs de moutons et de chameaux, commerçants, caravaniers, guides et
+religieux. Les uns, dans le Hodh et l’Azaouad Nord, sont surtout des
+Maures d’origine arabe plus ou moins métissée, accompagnés de vassaux
+d’origine berbère et de _Harrâtîn_ ou serfs d’origine nègre : tous, en
+dehors bien entendu des quelques habitants sédentaires des _ksour_ ou
+villages, vivent sous la tente et peuvent être considérés comme de
+véritables nomades, transportant leurs campements, selon les années et
+les saisons, à des distances souvent considérables. Les autres, sur les
+deux rives du Niger et dans l’intérieur de la Boucle, sont
+principalement des Touareg, avec quelques Peuls qui ne dépassent guère
+les abords immédiats de la limite Nord du Sahel, accompagnés les uns et
+les autres de serfs d’origine nègre (_Bella_ chez les Touareg, _Rimaïbé_
+chez les Peuls) : ceux-là vivent dans des huttes plutôt que sous des
+tentes, Touareg aussi bien que Peuls, et possèdent de véritables
+villages, temporaires il est vrai, mais ne se déplaçant en général que
+dans une aire de rayon restreint.
+
+Le Sahara soudanais renferme un nombre appréciable de puits, créés et
+entretenus par les indigènes ; en dehors de ces puits, du Niger et des
+lacs et mares alimentés par le fleuve, il n’existe pas de points d’eau
+permanents. Quelques vallées médiocres recueillent temporairement l’eau
+des pluies dans la partie située à l’Ouest d’Araouâne, où devait se
+trouver probablement autrefois une sorte de branche saharienne du Niger.
+Dans la partie montagneuse située entre Bou-Djebiha et Timiaouine (Adrar
+Timetrhine), et qui n’est que le prolongement occidental de l’Adrar des
+Iforhass[30], des vallées plus larges et plus profondes existent, qui se
+dirigent vers le Tilemsi.
+
+Si la région saharienne du Haut-Sénégal-Niger est pauvre en eau, elle
+est par contre assez riche en sel : c’est elle surtout qui a alimenté le
+pays des Noirs de ce précieux aliment jusqu’au jour où le
+perfectionnement de nos moyens de transport nous a permis d’amener sur
+les marchés du Soudan du sel des îles du Cap Vert ou d’Europe en état de
+concurrencer le sel saharien. Ce dernier provenait autrefois surtout des
+salines d’Aoulîl, situées dans le Trarza actuel, près du rivage de
+l’Atlantique, au Nord de Biakh, et des mines de Teghazza, ces dernières
+situées à 120 kilomètres environ au Nord-Nord-Ouest de Taodéni ; le sel
+d’Aoulîl était apporté, moitié par bateaux remontant le cours du
+Sénégal, moitié par des caravanes qui gagnaient le Sahel en traversant
+le Tagant. De nos jours, le sel vient surtout au Soudan des carrières de
+Taodéni, qui ont remplacé celles de Teghazza, par la voie d’Araouâne, et
+des salines d’Idjil, situées au Nord de l’Adrar Mauritanien, par la voie
+de Tichit ; on importe aussi, mais en quantités bien moins
+considérables, du sel récolté dans un certain nombre de mares du Hodh,
+dont l’une des plus importantes se trouve près de Tichit même.
+
+On a souvent prétendu que le Sahara soudanais était autrefois mieux
+arrosé et par suite plus fertile qu’il ne l’est à l’heure actuelle :
+cette hypothèse n’est pas invraisemblable, surtout si l’on admet que le
+Niger de Pline et de Ptolémée tirait réellement de l’Atlas marocain une
+partie appréciable de ses eaux, ce qui d’ailleurs est loin d’être
+démontré. Mais il est fort probable que depuis fort longtemps, depuis
+sans doute le commencement de notre ère et peut-être beaucoup plus tôt,
+l’aspect général du Sahara ne s’est pas modifié d’une façon sensible. Au
+temps d’Hérodote, c’est-à-dire plus de quatre siècles avant J.-C., cette
+partie de l’Afrique brillait déjà par l’absence d’eau et de végétation,
+puisque cet auteur nous dit qu’au Sud des côtes maritimes de Libye « on
+rencontre la Libye peuplée de bêtes féroces, au delà de laquelle est une
+élévation sablonneuse qui s’étend depuis Thèbes en Egypte jusqu’aux
+colonnes d’Hercule. On trouve dans ce pays sablonneux, environ de dix
+journées en dix journées, de gros quartiers de sel sur des
+collines[31] ; du haut de chacune de ces collines, on voit jaillir, au
+milieu du sel, une eau fraîche et douce. Autour de cette eau, on trouve
+des habitants, qui sont les derniers du côté des déserts »[32]. Il
+convient de noter d’ailleurs qu’il ne s’agit dans ce passage que du Nord
+du Sahara, puisque Hérodote y place Aoudjila, Djerma (pays des
+Garamantes, Fezzan) et Ghadamès (pays des Atarantes). Quant au Sahara
+proprement dit, voici ce qu’en dit notre auteur : « Au dessus de cette
+élévation sablonneuse, vers le midi et l’intérieur de la Libye, on ne
+trouve qu’un affreux désert, où il n’y a ni eau, ni bois, ni bêtes
+sauvages ; _on n’y trouve aucune humidité_ »[33].
+
+La description d’Hérodote pourrait s’appliquer parfaitement à la partie
+du Sahara comprise entre les dernières oasis du Touat et Timiaouine,
+telle qu’elle se présente aujourd’hui à nos regards : si cette portion
+du désert n’a pas varié depuis plus de 2.300 ans, il n’y a guère de
+chance pour que la portion méridionale, celle que nous appelons le
+Sahara soudanais, ait varié de façon appréciable durant le même laps de
+temps. Quelques vallées ont pu être comblées par le sable, mais le
+régime des pluies doit être tel aujourd’hui qu’il a toujours été, et il
+me semblerait bien téméraire d’avancer que le Sahara soudanais possédait
+autrefois des rivières proprement dites et des forêts que les feux de
+brousse auraient fait disparaître.
+
+Dans le Sahel même, la situation se présentait au temps de Yakout,
+c’est-à-dire il y a 700 ans, exactement telle qu’elle se présente
+aujourd’hui : cet auteur nous parle en effet de _déserts sans eau_ qui
+s’étendaient entre la latitude de Oualata environ et les régions
+avoisinant le Sénégal où l’on allait acheter la poudre d’or récoltée
+dans le Bambouk, désert où la sécheresse était telle que l’eau
+s’évaporait dans les outres et qu’on ne pouvait vaincre la soif qu’en
+gavant de liquide, au départ, des chameaux haut-le-pied que l’on
+abattait ensuite pour boire l’eau infecte conservée dans leur
+estomac[34]. Je ferai même observer que les géographes arabes du Moyen-
+Age — notamment Bekri (XIe siècle) — nous signalent la présence du
+chameau notablement plus au Sud qu’on ne le rencontre de nos jours.
+
+Que certaines régions du Sahara méridional, notamment dans le Tagant et
+le Hodh, aient été autrefois abondamment peuplées de Noirs sédentaires
+et agriculteurs qui avaient su, à force de travail, mettre ces régions
+en valeur, tandis que leurs successeurs, Berbères et Arabes, pasteurs ou
+pillards, les ont laissées retomber en friche, cela paraît
+incontestable ; que quelques provinces, à la suite d’une série d’années
+particulièrement sèches, aient été abandonnées par leurs habitants, cela
+est établi par de nombreuses traditions indigènes. Mais que la
+physionomie générale du pays ait sensiblement changé, quant à la rareté
+de l’eau et au peu d’exubérance de la végétation spontanée, depuis le
+temps de Yakout et même depuis celui d’Hérodote, cela me semble bien
+difficile à admettre.
+
+Il est bien certain que des régions autrefois couvertes de forêts sont
+aujourd’hui dénudées : ce changement s’est produit en France, depuis le
+temps des Gaulois, et il continue à s’accentuer de plus en plus ; les
+mêmes raisons qui l’ont causé en France l’ont causé au Soudan. Ces
+raisons se ramènent à deux qui sont d’ailleurs connexes :
+l’accroissement de la population et le passage progressif de la vie
+sauvage des chasseurs à la vie plus civilisée des agriculteurs ; chaque
+fois qu’une fraction de population a dû, pour assurer sa subsistance,
+mettre en valeur des terrains fertiles mais encore vierges, elle a
+détruit la forêt. Les fameux incendies de brousse, qui ont été l’objet
+de tant d’anathèmes malgré leur utilité certaine, n’ont constitué à
+toutes les époques que l’une des manifestations du défrichement et l’une
+des plus inoffensives vis-à-vis de la végétation arborescente : la hache
+et la houe, en procédant au dessouchement des racines et à la mise à nu
+des roches et argiles improductives, ont eu un résultat autrement
+appréciable, et cependant nous ne saurions raisonnablement faire un
+crime aux Soudanais d’avoir transformé en champs producteurs les forêts
+stériles où leurs ancêtres menaient la vie sauvage et précaire des
+primitifs les plus lointains. Nous serions d’ailleurs mal venus à
+reprocher aux indigènes d’avoir déboisé pour vivre une partie du Soudan,
+nous qui, dans des proportions bien plus considérables mais heureusement
+dans des zones restreintes, avons déboisé en quelques années les rives
+du Sénégal et du Niger pour chauffer nos bateaux à vapeur, ainsi que le
+voisinage des voies ferrées et des villes créées par nous, pour
+construire nos établissements, fabriquer nos meubles et entretenir nos
+feux de cuisine.
+
+
+[Note 27 : Voir la carte 2 à la fin du chapitre VI.]
+
+[Note 28 : Il existe en arabe deux mots différents, ayant chacun une
+orthographe spéciale, mais que l’on transcrit vulgairement en français
+par la même forme _sahel_ : l’un signifie « littoral » et l’autre
+« plaine » ; si nous nous reportons à la manière dont les Maures
+orthographient le mot dont il est question ici, nous voyons qu’il s’agit
+bien de _sâhel_ signifiant « littoral ».]
+
+[Note 29 : Pour la région au Nord d’Araouâne, voir la carte no 1.]
+
+[Note 30 : Le mot _adrar_, pluriel _idraren_, signifie « montagne » en
+berbère ; ne pas le confondre avec le mot _adrharh_ ou _adghagh_, qui
+signifie « pierre », ni avec le mot _adar_, qui veut dire « cuvette ».]
+
+[Note 31 : Ailleurs Hérodote parle de maisons construites en blocs de
+sel ; M. Gautier, en signalant que, dans les oasis du Touat, les
+murettes des jardins sont souvent faites de blocs de sel, fait remarquer
+que ce mode de construction serait incompatible avec un régime pluvieux
+(_La conquête du Sahara_, page 227).]
+
+[Note 32 : Livre IV, CLXXXI.]
+
+[Note 33 : Livre IV, CLXXXV.]
+
+[Note 34 : Voir l’article _et-tibr_ (la poudre d’or) dans le
+_Dictionnaire Géographique_ de Yakout. Cette singulière méthode
+appliquée au transport de l’eau est encore en usage de nos jours : « Il
+arrive qu’un chamelier mourant de soif, abatte une bête pour lui prendre
+sa provision d’eau. Il y faut, avec quelque cruauté, un réel courage ;
+le liquide est verdâtre et nauséabond : mais le fait, souvent cité,
+n’est pas légendaire ». (Gautier, _Conquête du Sahara_, page 90).]
+
+
+
+
+ CHAPITRE V[35]
+
+ =Climatologie=
+
+
+_Régions climatériques._ — Les régions climatériques du Haut-Sénégal-
+Niger correspondent assez exactement aux régions naturelles dont je
+viens de donner une description rapide et approximative. Sans parler du
+Sahara pour le moment, il est incontestable que le climat de la région
+sahélienne diffère assez notablement de celui de la région soudanaise.
+D’une façon plus générale, on pourrait dire que le climat du Haut-
+Sénégal-Niger diffère à mesure qu’on s’éloigne davantage de l’équateur.
+
+Dans le Sud de la colonie, les pluies sont plus nombreuses et plus
+abondantes et la saison des pluies dure plus longtemps ; comme
+conséquence de ce régime et du nombre plus grand des cours d’eau, l’air
+est en général plus chargé d’humidité, même lorsqu’il n’a pas plu depuis
+longtemps. D’autre part la température est plus constante d’un bout de
+l’année à l’autre et les écarts du thermomètre dans une même journée
+sont moins considérables. Les sautes barométriques sont par contre plus
+fréquentes et la moyenne des pressions est un peu plus faible ; les
+orages sont plus nombreux et plus violents, de même que les tornades
+accompagnées de pluie, tandis que les tornades sèches, ou ouragans de
+poussière, sont plus rares et plus bénignes.
+
+Dans la région sahélienne, la saison des pluies est plus courte, les
+heures de pluie sont moins nombreuses et la quantité d’eau tombée dans
+un temps donné est moindre en moyenne : l’air est donc plus sec, les
+glandes sudoripares fonctionnent plus facilement et la chaleur se
+supporte plus aisément. Il y a plus d’écarts de température, surtout
+durant la saison sèche, pendant laquelle le thermomètre atteint des
+maxima et des minima inconnus ou tout au moins exceptionnels dans le
+Sud ; d’autre part la moyenne thermométrique est plus élevée durant la
+saison des pluies.
+
+Au Sahara, même là où existent des pluies annuelles, la période de pluie
+est d’une durée très faible — quelques jours seulement —, et, quelle que
+soit la quantité d’eau tombée, on peut dire que la sécheresse de l’air
+est extrême durant toute l’année. Les températures estivales sont fort
+élevées, mais par contre il existe un hiver appréciable et la pression
+barométrique est généralement constante.
+
+
+_Saisons._ — La division de l’année en périodes climatériques est
+partout la même au Soudan et au Sahel, en ce sens que les mêmes périodes
+se succèdent dans le même ordre au Nord comme au Sud ; mais les dates
+auxquelles commence et finit généralement chaque période ne sont pas
+exactement les mêmes.
+
+Ces périodes ou saisons sont au nombre de quatre : la saison froide ou
+saison sèche proprement dite, la saison chaude, la saison des pluies ou
+« hivernage » et la saison intermédiaire entre les pluies et le froid.
+
+La saison froide dure à peu près trois mois : dans la région soudanaise,
+elle commence vers le 1er décembre pour se terminer à la fin de février.
+Le nom de « saison froide » appliqué à cette période n’est juste qu’en
+partie : c’est en effet l’époque de l’année où le thermomètre descend le
+plus bas (8°, 5° et même 2° centigrades au-dessus de zéro, selon les
+années et les régions), mais, sans atteindre les maxima de la saison
+suivante, il monte durant la saison dite « froide », même dans l’extrême
+Sud de la colonie, jusqu’à 30° et 35°. C’est pendant cette période que
+souffle l’harmattan, vent du Nord-Est venant du Sahara, qui est par
+excellence un vent desséchant, faisant jaunir et tomber les feuilles,
+écaillant la peau et gerçant les lèvres. En raison du rayonnement
+considérable causé par ce vent durant la nuit, la température est
+réellement froide le matin au lever du soleil ; mais elle s’élève
+rapidement et il n’est pas rare de constater un écart d’une trentaine de
+degrés centigrades entre 5 heures du matin et 2 heures de l’après-midi.
+Il serait par suite plus exact d’appeler cette période la « saison des
+nuits froides ».
+
+La saison chaude qui la suit mérite complètement son nom : c’est, en
+effet, l’époque de l’année où le thermomètre descend le moins bas et où
+il monte le plus haut, en sorte que la moyenne de la température est
+plus élevée durant cette saison que pendant tout le reste de l’année. Il
+est rare que l’on constate moins de 18° lors de cette période à Bamako
+et on y lit souvent à la même époque des températures de 40° à 45°. Les
+maxima observés à Kayes et à Ségou sont plus considérables encore. En
+général cette saison est plus supportable dans l’extrême Sud du Soudan
+que dans la région sahélienne, mais elle est désagréable partout. Elle
+commence à peu près avec le mois de mars pour finir vers le 15 juin. Au
+début, elle se rattache encore à la saison sèche, mais le vent est
+presque nul et il ne se produit pour ainsi dire pas de rayonnement
+nocturne ; la température ne commence à s’abaisser un peu que vers
+minuit pour remonter dès 8 heures du matin et devenir accablante dans
+l’après-midi. Parfois, alors que l’atmosphère est la plus étouffante, le
+vent se met à souffler brusquement, venant de l’Est avec une extrême
+rapidité et une grande violence et des tourbillons de poussière rouge se
+précipitent en cyclone : ce sont les tornades sèches. Vers la fin de la
+saison chaude, ces tornades sèches sont en général suivies d’un violent
+orage et d’une pluie diluvienne mais de peu de durée, après laquelle il
+semble faire plus chaud encore qu’auparavant.
+
+La saison des pluies ou « hivernage » commence en général dans la région
+soudanaise vers la mi-juin pour durer jusqu’à la fin d’octobre, avec une
+petite accalmie dans la seconde quinzaine d’août ; mais au Sahel elle se
+précise un peu plus tard et prend fin un peu plus tôt. Elle débute par
+des tornades pluvieuses amenées par le vent d’Est comme durant la saison
+précédente, mais qui ne sont pas toujours précédées de tornades sèches
+et qui se terminent par une pluie ordinaire, à la suite d’une saute de
+vent. A partir de juillet, on a des pluies de durée plus longue, par
+vent du Sud-Ouest, très souvent accompagnées de violents orages, surtout
+du 15 juillet au 15 août. Les pluies de septembre et octobre sont en
+général plus espacées, mais souvent plus fortes. C’est la saison durant
+laquelle les écarts de température sont le moins prononcés ; la moyenne
+thermométrique se tient en général aux environs de 22° ou 23°, avec 15°
+comme minimum et 30° comme maximum ; il arrive assez souvent que la
+température moyenne est un peu moins élevée au Soudan qu’en France
+durant les mois de juillet et août. Malgré cela, cette période est en
+général moins appréciée des Européens que la saison des nuits froides,
+en raison de l’état d’humidité de l’atmosphère, mais elle est
+certainement moins désagréable que la saison chaude de mars-avril-mai.
+Les indigènes au contraire redoutent la saison froide, pendant laquelle,
+faute de savoir se prémunir contre la fraîcheur des nuits, ils
+contractent fréquemment des affections de la gorge ou des poumons ; il
+convient aussi de noter que c’est durant la saison sèche que les
+maladies contagieuses, la variole principalement, exercent surtout leurs
+ravages, par suite de la plus grande facilité de propagation des germes
+morbides causée par la siccité de l’atmosphère.
+
+Malgré la virulence des pluies qui tombent de fin juin à fin octobre, le
+Haut-Sénégal-Niger, même dans sa partie Sud, est loin d’être un pays à
+chaleur humide comme beaucoup de pays tropicaux : les pluies, en effet,
+durent rarement plus de quelques heures et il ne pleut pas tous les
+jours, même au cœur de l’hivernage. La chute d’eau annuelle oscille
+autour de 1 m. 50 à Bamako, 0 m. 75 à Nioro et 0 m. 50 à Niafounké.
+
+La quatrième saison, très courte, dure environ un mois : novembre ;
+c’est une sorte de répit entre les dernières pluies et l’époque où
+souffle l’harmattan. Elle présente à peu près les mêmes inconvénients
+que la saison chaude : à vrai dire, la température est moins élevée,
+mais le vent est généralement faible ou absent, l’air encore humide ne
+se dessèche que lentement et la pluie ne vient plus rafraîchir
+l’atmosphère.
+
+Au point de vue des aspects divers que revêt la nature selon les
+saisons, on peut observer entre le Soudan et notre pays une
+correspondance relative. Bien qu’on donne vulgairement le nom
+d’« hivernage » à la saison des pluies, cette dernière période n’a rien
+qui rappelle notre hiver ; au contraire la saison froide, dont la durée
+correspond à peu près à notre hiver, présente avec ce dernier de
+nombreuses analogies : arrêt de la végétation, chûte des feuilles,
+durcissement de la croûte terrestre, etc. Dès les premières tornades de
+la saison chaude se manifestent, vers la même époque que chez nous, les
+phénomènes qui caractérisent le printemps : les arbres se revêtent de
+feuilles nouvelles, l’herbe repousse et possède une belle couleur verte,
+les premières fleurs apparaissent. La saison des pluies est, comme notre
+été, la période de la maturité des grains et des fruits et celle des
+moissons, au moins pour une partie des céréales, tandis que la saison
+intermédiaire de novembre, marquant l’épuisement de la nature,
+correspond en partie avec notre automne.
+
+
+_Conditions générales du climat._ — On a cru pendant longtemps que le
+climat soudanien devait être plus agréable et plus sain aux altitudes
+élevées que dans les régions basses ; il est possible en effet qu’il en
+soit ainsi en théorie, mais dans la pratique, si les sommets —
+d’ailleurs modestes — du Soudan sont dans de meilleures conditions
+d’aération, il s’ensuit d’abord qu’ils sont plus exposés aux tornades,
+et il arrive ensuite que ces sommets, toujours dénudés et composés de
+rochers, constituent pour la plupart de véritables réservoirs de
+chaleur, en sorte que les nuits y sont fréquemment moins fraîches que
+dans les plaines environnantes[36]. De plus, lorsque ces sommets sont
+formés d’assises de latérite, comme c’est le cas général, l’eau de pluie
+séjourne dans les anfractuosités, qui deviennent ainsi d’excellents
+milieux de culture pour les larves de moustiques.
+
+Somme toute, le climat du Haut-Sénégal-Niger dans son ensemble est
+certainement parmi les plus sains de l’Afrique Occidentale et les plus
+faciles à supporter pour des Européens. Assurément le paludisme y règne,
+comme dans tous les pays tropicaux, mais il y exerce beaucoup moins de
+ravages que dans les colonies côtières du golfe de Guinée ; la fièvre
+bilieuse hémoglobinurique, si fréquente dans ces dernières colonies, est
+rare au Soudan et à peu près inconnue dans la région sahélienne.
+
+Quant au Sahara soudanais, malgré les inconvénients multiples que
+présente la vie en ce pays déshérité, il est, de l’aveu de tous ceux qui
+l’ont parcouru ou y ont résidé, la plus saine de toutes les régions du
+Haut-Sénégal-Niger pour les Européens.
+
+
+[Note 35 : Voir la carte 2 à la fin du chapitre VI.]
+
+[Note 36 : Le capitaine Cortier fit au cours de son dernier voyage
+l’ascension du mont Tozat, situé au Sahara dans le Tassili des Azguer ;
+cette montagne mesure 2.020 mètres d’altitude d’après les calculs du
+même officier. Ce dernier, ayant passé une nuit au sommet de la
+montagne, constata que le froid y était notablement moins vif que dans
+la vallée.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE VI[37]
+
+ =Répartition de la population=
+
+
+Nous avons vu plus haut que la densité moyenne de la population était
+d’environ 2,66 habitants par kilomètre carré pour l’ensemble de la
+colonie civile du Haut-Sénégal-Niger. Mais cette densité varie
+énormément suivant les régions.
+
+Cela tient à des causes diverses, dont la nature du sol et sa fertilité
+relative ne sont que l’un des facteurs. Les bouleversements amenés par
+les guerres qui se sont succédé pendant un si long temps avant notre
+occupation du pays, les migrations qui en ont été le résultat et les
+razzias qui en furent la rançon, ont influé énormément sur la
+répartition actuelle de la population indigène. Maintenant que la
+sécurité est rétablie partout, il est fort probable que des régions,
+fertiles mais dépeuplées ou abandonnées, se repeupleront au détriment
+d’autres moins avantageuses et qui n’ont été occupées par leurs
+habitants actuels ou leurs ancêtres que parce qu’ils ne pouvaient aller
+ailleurs : nous en avons un exemple dans le cercle de Bougouni qui,
+presque complètement désert au moment où nous y avons donné la chasse
+aux bandes dévastatrices de Samori, occupe actuellement le 13e rang,
+parmi les 29 circonscriptions administratives de la colonie, au point de
+vue de la densité de la population. Il est fort possible d’autre part
+que telle contrée, quoique déshéritée par la nature, devienne un jour
+populeuse parce qu’on y aura créé une industrie nouvelle ou qu’une voie
+ferrée, en la traversant, en aura modifié profondément les conditions
+économiques.
+
+ DELAFOSSE Planche IV
+
+[Illustration : FIG. 7. — L’Hôtel du Secrétaire Général, à Koulouba.]
+
+[Illustration : FIG. 8. — Bamako et la vallée du Niger, vue prise de
+Koulouba.]
+
+Nous ne pouvons faire à ce sujet aucune prévision présentant quelques
+chances de certitude et nous devons nous contenter de constater quelle
+est actuellement la répartition de la population.
+
+La région où la densité du peuplement est la plus considérable est —
+avec les environs de la ville de San — le Mossi, ou plus exactement le
+cercle de Ouagadougou, qui renferme à lui seul le quart de la population
+totale de la colonie, bien qu’on n’y compte aucune ville digne de ce nom
+et que les agglomérations importantes n’y soient composées en général
+que d’un nombre plus ou moins grand de hameaux dispersés au milieu des
+cultures. La densité de cette population presque exclusivement agricole
+et paysanne peut être évaluée à 16 habitants par kilomètre carré pour
+l’ensemble du cercle et s’élève à 35 dans le Mossi propre.
+
+Le reste du pays compris dans l’Ouest et le Sud de la Boucle du Niger
+vient immédiatement après, avec le bassin de la Volta au premier rang ;
+ici, on rencontre un certain nombre de villes, habitées surtout par des
+commerçants et des artisans, au milieu d’une population autochtone
+essentiellement agricole et paysanne et dispersée comme celle du Mossi,
+avec parfois des solutions de continuité assez considérables. La densité
+moyenne y varie de 13 à 7 habitants par kilomètre carré.
+
+Les vallées du haut Niger et du Bâni ne viennent qu’en troisième lieu,
+avec une population de cultivateurs moins dispersée que celle du bassin
+de la Volta, une population citadine composée de pêcheurs, de
+commerçants et d’artisans et une population errante de pasteurs nomades
+ou plutôt semi-nomades. Densité moyenne : 8 à 4 habitants par kilomètre
+carré, avec une moyenne exceptionnelle de 17 habitants au kilomètre
+carré pour la circonscription de San.
+
+Le bassin du Sénégal vient en quatrième ligne, avec de petits villages
+de cultivateurs et de chasseurs séparés par de grandes étendues
+inhabitées et une population citadine de formation récente à peu près
+localisée d’ailleurs à la ville de Kayes. Densité moyenne : 4 à 1,5
+habitants par kilomètre carré.
+
+En cinquième lieu viennent se ranger les cercles du Sahel, à l’exception
+de ceux qui se trouvent dans la zone des inondations du Niger et que
+j’ai compris dans la troisième catégorie et en y ajoutant la partie du
+Sahara soudanais située à l’intérieur de la Boucle du Niger ou
+limitrophe de la rive nord de ce fleuve. Cette région ainsi définie
+renferme des îlots de population agricole relativement dense, disséminés
+au milieu de vastes étendues souvent inhabitées ou bien habitées par des
+semi-nomades ou même seulement parcourues temporairement par des
+nomades. Densité moyenne : 3,5 à 1 habitants par kilomètre carré.
+
+Au Nord de cette cinquième région, la population sédentaire fait presque
+complètement défaut et la densité du peuplement devient infime : 0,16
+habitant par kilomètre carré.
+
+Les villes les plus peuplées de la colonie sont : _Bobo-Dioulasso_ 7.788
+habitants, _Bamako_ 6.539 habitants, _Ségou_ 6.255 habitants, _Kayes_
+5.932 habitants, _Tombouctou_ 5.797 habitants, et _Dienné_ 4.527
+habitants, banlieues non comprises.
+
+La population européenne, concentrée principalement à Kayes, Bamako-
+Koulouba, Kati, Koulikoro, Mopti, Sikasso et Tombouctou, se compose d’un
+millier de personnes environ.
+
+Quant à la population indigène, qui est de 4.800.000 habitants, elle se
+répartit ainsi entre les 29 circonscriptions administratives de la
+colonie, la zone saharienne qui constitue l’aire d’extension et de
+surveillance des cercles du Nord ayant été comptée à part et formant une
+trentième circonscription de peuplement[38] :
+
+ 1o Cercle de Ouagadougou 1.457.326 habitants.
+
+ 2o — Bobo-Dioulasso 282.935 —
+
+ 3o — Koury 280.558 —
+
+ 4o — Ouahigouya 249.452 —
+
+ 5o — Bamako 191.936 —
+
+ 6o — Fada-n-Gourma 189.846 —
+
+ 7o — Sikasso 185.502 —
+
+ 8o — Gaoua 175.350 —
+
+ 9o — Koutiala 162.357 —
+
+ 10o — Bougouni 157.435 —
+
+ 11o — Ségou 155.406 —
+
+ 12o — Bandiagara 150.000 —
+
+ 13o — Niafounké 115.941 —
+
+ 14o — Nioro 113.236 —
+
+ 15o Circonscription de San 110.670 —
+
+ 16o Cercle de Dori 110.000 —
+
+ 17o et 18o Cercles réunis de
+ Tombouctou-sédentaires et
+ Tombouctou-nomades 93.894 —
+
+ 19o Cercle de Dienné 82.857 —
+
+ 20o — Kayes 69.633 —
+
+ 21o — Goumbou 66.515 —
+
+ 22o — Mopti 60.000 —
+
+ 23o — Bafoulabé 59.570 —
+
+ 24o — Kita 58.493 —
+
+ 25o — Satadougou 38.835 —
+
+ 26o — Sokolo 36.306 —
+
+ 27o — Hombori 25.000 —
+
+ 28o — Say 25.000 —
+
+ 29o Résidence de Kiffa 20.000 —
+
+ 30o Zone saharienne 84.000 —
+
+Si maintenant nous rangeons les mêmes circonscriptions d’après la
+densité moyenne respective de leur population, nous obtenons l’ordre
+suivant :
+
+ 1o Circonscription de San 17 habitants par kilom. carré.
+
+ 2o Cercle de Ouagadougou 16 — —
+
+ 3o — Gaoua 14 — —
+
+ 4o — Ouahigouya 13 — —
+
+ 5o — Sikasso 10 — —
+
+ 6o — Koury 8 — —
+
+ 7o — Niafounké 8 — —
+
+ 8o — Dienné 7 1/2 — —
+
+ 9o — Koutiala 7 1/2 — —
+
+ 10o — Mopti 7 — —
+
+ 11o — Bobo-Dioulasso 7 — —
+
+ 12o — Bamako 5 1/2 — —
+
+ 13o — Bougouni 4 1/2 — —
+
+ 14o — Fada-n-Gourma 4 1/2 — —
+
+ 15o — Ségou 4 — —
+
+ 16o — Satadougou 4 — —
+
+ 17o — Bandiagara 3 1/2 — —
+
+ 18o — Kayes 3 1/2 — —
+
+ 19o — Bafoulabé 2 1/2 — —
+
+ 20o — Goumbou 2 1/2 — —
+
+ 21o — Nioro 2 1/2 — —
+
+ 22o — Kita 1 1/2 — —
+
+ 23o — Dori 1 1/2 — —
+
+ 24o et 25o Cercles réunis de
+ Tombouctou-sédentaires et
+ Tombouctou-nomades 1 1/2 — —
+
+ 26o Cercle de Say 1 1/2 — —
+
+ 27o — Sokolo 1 — —
+
+ 28o — Hombori 1 — —
+
+ 29o Résidence de Kiffa 1 — —
+
+ 30o Zone saharienne 0,16 — —
+
+[Illustration : Carte 2. — Régions naturelles, climatologie et
+répartition de la population.]
+
+
+[Note 37 : Voir la carte 2 à la fin du présent chapitre.]
+
+[Note 38 : Les chiffres mis à ma disposition sont ceux du recensement de
+1909. Comme ils étaient naturellement antérieurs aux arrêtés du 22 juin
+1910 qui ont créé les nouveaux cercles de Mopti, de Hombori (Gourma) et
+de Say et agrandi le cercle de Dori, au moyen de régions enlevées au
+cercle de Bandiagara et aux anciens cercles militaires de Gao, de
+Tillabéry et du Djerma, je ne possède que des renseignements
+approximatifs en ce qui concerne les cercles actuels de Mopti, de
+Hombori, de Bandiagara et de Say. Il en est de même, pour d’autres
+raisons, en ce qui regarde la résidence de Kiffa et la zone d’influence
+saharienne. — Le total de la population indigène de la colonie varie de
+4.809.053 à 4.799.703 habitants selon les divers documents officiels mis
+à ma disposition : l’écart entre ces deux extrêmes est négligeable et
+doit tenir à une erreur de calcul.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE VII
+
+ =Géographie administrative=
+
+
+J’ai déjà eu plusieurs fois l’occasion de citer les noms et la situation
+des 29 circonscriptions administratives actuelles de la colonie civile
+du Haut-Sénégal-Niger. Je les donne ci-après de nouveau, avec
+l’indication des postes ou résidences secondaires dépendant de chacune
+de celles qui en possèdent.
+
+Je note pour mémoire que, pour plus de commodité, on a donné à chaque
+cercle le nom de son chef-lieu ; cependant le cercle de Niafounké est
+appelé souvent cercle de l’_Issa-Ber_, celui de Gaoua cercle du _Lobi_,
+celui de Ouagadougou cercle du _Mossi_, celui de Ouahigouya cercle du
+_Yatenga_, celui de Hombori cercle du _Gourma_, nom qui est donné
+parfois également au cercle de Fada-n-Gourma.
+
+La liste qui suit est conçue dans l’ordre géographique, en commençant
+par le Nord-Ouest (frontière de Mauritanie) pour aller de l’Ouest à
+l’Est, revenir ensuite de l’Est à l’Ouest, retourner de l’Ouest à l’Est
+et revenir une dernière fois de l’Est à l’Ouest.
+
+La mention PT indique un bureau de poste et une station télégraphique,
+la mention F une station de chemin de fer, la mention J une Justice de
+paix à compétence étendue.
+
+ 1o Résidence de _Kiffa_ : sans poste secondaire.
+
+ 2o Cercle de _Nioro_ (PT) : poste à _Yélimané_.
+
+ 3o — _Goumbou_ (PT) : sans poste secondaire.
+
+ 4o — _Sokolo_ (PT) : sans poste secondaire.
+
+ 5o — _Niafounké_ (PT) : poste à _Saraféré_.
+
+ 6o — _Tombouctou-sédentaires_ (PT-J) : postes à
+ _Goundam_ (PT) et _Bamba_ (PT).
+
+ 7o — _Tombouctou-nomades_ : postes à _Ras-el-Ma_ et
+ _Bou-Djebiha_.
+
+ 8o — _Hombori_ : sans poste secondaire.
+
+ 9o — _Dori_ (PT) : poste à _Djibo_ (PT).
+
+ 10o — _Bandiagara_ (PT) : postes à _Douentza_ et _Sangha_.
+
+ 11o — _Mopti_ (PT-J) : poste à _Sofara_ (PT).
+
+ 12o — _Dienné_ (PT) : sans poste secondaire.
+
+ 13o — _Ségou_ (PT) : poste à _Sansanding_.
+
+ 14o — _Bamako_ (PT-F-J) : postes à _Kati_ (PT-F),
+ _Koulikoro_ (PT-F) et _Banamba_. (Le cercle de
+ Bamako renferme en outre _Koulouba_ (PT), le
+ chef-lieu de la colonie, sur la hauteur qui domine
+ au Nord-Ouest la ville de Bamako).
+
+ 15o — _Kita_ (PT-F) : sans poste secondaire.
+
+ 16o — _Bafoulabé_ (PT-F) : sans poste secondaire.
+
+ 17o — _Kayes_ (PT-F-J) : poste à _Médine_ (PT-F).
+
+ 18o — _Satadougou_ : sans poste secondaire.
+
+ 19o — _Bougouni_ (PT) : sans poste secondaire.
+
+ 20o — _Sikasso_ (PT) : sans poste secondaire.
+
+ 21o — _Koutiala_ : sans poste secondaire.
+
+ 22o Circonscription de _San_ (PT) : sans poste secondaire.
+
+ 23o Cercle de _Koury_ (PT) : poste à _Boromo_.
+
+ 24o — _Ouahigouya_ : sans poste secondaire.
+
+ 25o — _Ouagadougou_ (PT) : postes à _Léo_ et _Tenkodogo_.
+
+ 26o — _Fada-n-Gourma_ (PT) : poste à _Diapaga_ (PT).
+
+ 27o — _Say_ (PT) : sans poste secondaire.
+
+ 28o — _Gaoua_ (PT) : poste à _Diébougou_ (PT).
+
+ 29o — _Bobo-Dioulasso_ (PT) : poste à _Banfora_.
+
+[Illustration : Carte 3. — Circonscriptions administratives.]
+
+
+
+
+ DEUXIÈME PARTIE
+
+ _Les peuples_
+
+
+ CHAPITRE PREMIER[39]
+
+ =Classification et répartition géographique actuelle des divers
+ groupements ethniques=
+
+
+=Difficultés d’une bonne classification.= — Une classification précise
+et exacte des divers groupements ethniques existant à l’heure actuelle
+dans le Haut-Sénégal-Niger est chose fort difficile. Bien des bases
+peuvent servir de point de départ à une classification des peuples, mais
+aucune méthode n’est exempte d’inconvénients sérieux.
+
+La méthode anthropologique, reposant sur l’étude comparative des
+caractères physiques des individus et sur les mensurations des vivants
+ou des squelettes, est malaisément applicable dans les pays qui nous
+occupent ; en admettant qu’on puisse un jour réunir un nombre suffisant
+d’observations et de mensurations pour avoir des moyennes satisfaisantes
+— et ce jour n’est pas venu encore —, la classification ainsi obtenue
+serait purement artificielle, chacun des groupements étant composé
+d’éléments fort divers quant à leur origine, en raison des migrations,
+des conquêtes, des unions entre individus de peuples divers, du grand
+nombre d’esclaves importés de pays lointains, etc. Si les résultats de
+la méthode anthropologique présentent quelque intérêt en ce qui concerne
+les populations des campagnes, chez lesquelles les mélanges sont moins
+considérables, ils semblent à peu près nuls au point de vue pratique en
+ce qui regarde la population des villes.
+
+La méthode généalogique, s’appuyant sur les origines et l’ascendance des
+familles actuelles, est d’une réalisation à peu près impossible : les
+mélanges de sang dûs aux causes mentionnées plus haut rendraient vains
+les résultats des recherches les plus scrupuleuses et, d’autre part, il
+y aurait lieu de tenir compte de deux coefficients d’erreur bien
+difficiles à déterminer exactement, à savoir l’ignorance de la plupart
+des indigènes en ce qui concerne les générations qui ont précédé
+l’époque actuelle et la tendance de tous les musulmans à s’attribuer une
+origine chérifienne ou tout au moins arabe, tendance qui a été signalée
+de tout temps chez les Berbères et que l’on retrouve même chez les
+peuples les plus franchement nègres, tels que les Mandingues. Ajoutons à
+cela qu’un individu interrogé sur les origines de son peuple ou de sa
+tribu répond presque toujours en donnant ce qu’il croit ou veut faire
+croire être sa propre généalogie à lui, l’ascendance de sa petite
+famille, et non pas celle du groupe ethnique auquel appartient cette
+famille.
+
+La méthode ethnographique, basée sur les analogies et les différences
+des civilisations matérielles et sociales, est assurément bien meilleure
+et bien plus féconde que les deux précédentes, mais elle ne suffit pas à
+elle seule à donner des résultats entièrement satisfaisants : l’analogie
+de deux civilisations peut en effet provenir d’une communauté d’origine
+entre les deux peuples considérés, mais elle peut provenir aussi, soit
+de ce que ces deux peuples ont été influencés par un milieu identique,
+soit de ce que l’un d’eux, soumis au joug de l’autre ou au contraire
+l’ayant conquis et s’étant laissé ensuite assimiler par lui, a adopté
+les mœurs de cet autre peuple et les a substituées aux siennes propres.
+On a signalé bien souvent déjà les erreurs où l’on est destiné à tomber
+lorsqu’on prend comme base de classification soit les tatouages par
+scarifications soit les _diamou_ ou noms de clan : telle tribu vivant au
+contact d’une autre adopte le tatouage ethnique de cette autre ; les
+esclaves prennent le _diamou_ de leur maître et les indigènes auxquels
+nous nous adressons dans une langue qui n’est pas la leur traduisent
+leurs _diamou_ dans cette langue étrangère ; par exemple, nombre de
+Dioula portent les scarifications de leurs voisins sénoufo, et un
+Sénoufo _Soroo_, interrogé par l’intermédiaire d’un interprète mandé,
+dira que son nom de clan est _Kouloubali_, etc.
+
+La méthode linguistique enfin, qui ne tient compte que du degré ou de
+l’absence de parenté des langues parlées par les divers groupements, a
+un avantage incontestable : celui d’être basée sur des données
+actuellement exactes, faciles à contrôler et ne laissant, une fois
+établies, place à aucune discussion. Bien que l’inventaire linguistique
+du Haut-Sénégal-Niger soit loin d’être achevé et qu’on ne l’ait pas fait
+en général d’une façon vraiment scientifique ni suffisamment précise, la
+classification des peuples de cette colonie d’après leurs idiomes est
+certainement celle qui offre le plus de garanties et qui est la plus
+pratiquement utilisable. Toutefois elle ne peut donner, au point de vue
+ethnique, toute la satisfaction désirable : bien des peuples en effet,
+pour des raisons diverses (conquête, contact géographique, etc.), ont
+adopté la langue d’autres peuples dont l’origine est fort différente de
+la leur, sans d’ailleurs adopter leurs mœurs ni leur caractère, tandis
+que, par contre et pour des raisons inverses, deux fractions d’un même
+peuple peuvent parler deux idiomes complètement distincts. Les exemples
+de ce double phénomène sont nombreux en Afrique Occidentale : je me
+contenterai pour l’instant de citer, d’une part celui des Peuls parlant
+la même langue que les Toucouleurs, et, d’autre part, celui des Soninké
+ou Marka de la Boucle du Niger parlant en général, non pas la langue de
+leurs congénères du Sénégal, mais celle des Dioula, et celui des Soninké
+de Dienné parlant la langue des Songaï.
+
+
+=Méthode de classification adoptée.= — Je n’ai aucunement la prétention
+d’opposer un système nouveau aux méthodes scientifiques de
+classification dont je viens d’exposer les difficultés et les
+inconvénients ; j’ai tâché simplement de faire appel au concours
+simultané de ces diverses méthodes et de classer les groupements
+ethniques du Haut-Sénégal-Niger, tels qu’ils se présentent actuellement
+à notre observation, en tenant compte à la fois des données
+anthropologiques manifestement certaines, des traditions les plus
+probables relatives à l’origine des différents groupements, des
+analogies constatées dans les civilisations matérielles, l’état social
+et le caractère intellectuel et moral, et enfin, dans une mesure
+raisonnée, des affinités linguistiques.
+
+Cette méthode n’a peut-être pas une base scientifique bien profonde,
+mais peut-être a-t-elle le mérite d’amener à un résultat s’approchant le
+plus possible de la réalité pratique, étant donné l’état de nos
+connaissances actuelles. J’ai d’ailleurs parfaitement conscience des
+lacunes et des défauts de cette classification, que je ne considère que
+comme provisoire et qui devra être sérieusement remaniée, surtout en ce
+qui concerne les populations de la Boucle, lorsque nous serons en
+possession d’une documentation plus précise et plus abondante.
+
+Je dois définir tout d’abord la valeur et la portée des termes que
+j’emploie pour désigner chacune des catégories et des unités envisagées.
+
+Je réserve le nom de _race_ aux grandes divisions de l’espèce humaine,
+telles qu’on les entend communément, c’est-à-dire qu’en l’espèce il ne
+s’agira que de deux races : la race blanche et la race noire. Ce terme,
+appliqué à des catégories plus restreintes, me paraît inadéquat à la
+signification qu’on voudrait lui donner et il me semble tout à fait
+impropre de parler de « race peule », de « race mandé », de « race
+mossi », etc.
+
+J’appellerai _famille_ un ensemble de peuples procédant, d’une façon
+générale, de la même origine, présentant les mêmes grands caractères
+anthropologiques et ethnographiques et parlant tous, sauf exceptions,
+des langues qui se rattachent à la même famille linguistique.
+
+Une famille ainsi comprise peut se subdiviser en plusieurs fractions
+auxquelles je donne le nom de _groupes_ et dont chacune est caractérisée
+par une modalité spéciale de l’ensemble des caractères communs à tous
+les groupes de la famille.
+
+La division venant immédiatement après le groupe est le _peuple_ :
+j’appellerai « peuple » un groupement ethnique caractérisé par des
+origines et une histoire communes et parlant — le plus généralement — un
+idiome commun qui se différencie suffisamment des idiomes voisins pour
+mériter le nom de « langue ». Il peut arriver qu’un peuple constitue à
+lui seul un groupe ou tout au moins qu’un groupe donné ne soit
+représenté dans la région qui nous occupe que par un peuple unique. De
+même une famille peut ne renfermer qu’un seul groupe.
+
+ DELAFOSSE Planche V
+
+[Illustration : _Cliché Froment_
+
+FIG. 9. — Sur les bords du Sénégal.]
+
+[Illustration : _Cliché Froment_
+
+FIG. 10. — La Volta Noire, à Koury.]
+
+Chaque peuple à son tour se subdivise le plus souvent en _tribus_, dont
+chacune présente des caractères secondaires spéciaux et parle en général
+un « dialecte » spécial de la langue commune à tout le peuple, ou bien
+s’est simplement différenciée par suite de l’écart de sa position
+géographique.
+
+Enfin une tribu peut comprendre plusieurs _sous-tribus_, sans parler des
+subdivisions sociales telles que les castes, les classes, les clans,
+dont il ne convient pas de tenir compte dans une classification purement
+ethnique mais qu’il y a lieu cependant de mentionner lorsqu’elles nous
+sont connues.
+
+Le système adopté ici ayant été ainsi exposé, je puis maintenant passer
+à la nomenclature des divers groupements ethniques, nomenclature qui —
+on s’en apercevra — ne correspond pas absolument au tableau de
+classement des langues qui sera donné plus loin dans la troisième partie
+de cet ouvrage.
+
+
+=Nomenclature des familles, groupes et peuples du Haut-Sénégal-Niger.= —
+Les peuples habitant actuellement les territoires d’administration
+civile du Haut-Sénégal-Niger sont au nombre de quarante, sans tenir
+compte des quelques colonies d’étrangers établies parmi eux (Ouolofs et
+Haoussa principalement). Ils appartiennent à deux races (race blanche et
+race noire) et se répartissent en _sept familles_, dont deux de race
+blanche plus ou moins mélangée (la famille _sémitique_ et la famille
+_hamitique_ ou chamitique) et cinq de race noire (les familles
+_tekrourienne_ ou toucouleure, _songaï_, _mandé_, _sénoufo_ et
+_voltaïque_).
+
+Quatre peuples seulement, sur les quarante précités, sont à ranger dans
+les deux familles de _race blanche_, sous cette réserve d’ailleurs que
+chacun d’eux renferme en son sein des éléments plus ou moins nombreux
+appartenant à la race noire. Ces peuples sont :
+
+1o Les _Maures de l’Azaouad_, de famille sémitique (groupe arabe) à peu
+près pure[40], comprenant deux tribus, les _Bérabich_ et les _Kounta_ ;
+
+2o Les _Maures du Hodh_, appartenant aux deux familles sémitique (groupe
+arabe) et hamitique (groupe berbère) tantôt mélangées et tantôt
+simplement juxtaposées, et comprenant, en ce qui concerne le Haut-
+Sénégal-Niger, sept tribus principales ; les _Regueïbât_, les _Idao-
+Aïch_ (vulgairement Douaïch), les _Ahl-Tichit_, les _Oulad-Mbarek_ (ou
+Gassouch), les _Oulad Nasser_ (ou Mozara ou Asrach), les _Mejdouf_ et
+les _Oulad-Delim_, plus des _Chorfa_ ;
+
+3o Les _Touareg_, de famille hamitique (groupe berbère), se partageant
+en trois grandes tribus (en ce qui concerne les territoires civils du
+Haut-Sénégal-Niger), celle des _Iguellad_, celle des _Kel-Tadmekket_ et
+celle des _Oulmidden_ ou Ioulmidden (sing. Aoulmid) : la première de ces
+tribus se rattache à la même origine que les Zenaga du Hodh et de la
+Mauritanie (Goddala et Lemtouna) ; la seconde et la troisième se
+rattachent à une origine commune (Lemta) ;
+
+4o Les _Foulbé_ ou _Peuls_ proprement dits, appartenant probablement au
+groupe judéo-syrien de la famille sémitique, avec un mélange très
+prononcé d’éléments hamitiques (berbères) et d’éléments nègres divers,
+et comprenant, en ce qui concerne le Haut-Sénégal-Niger, quatre
+fractions principales qui sont des subdivisions géographiques plutôt que
+des tribus proprement dites : les Peuls du Sahel, les Peuls du Massina
+(Massinankobé ou Massinanké), les Peuls du Gourma et les Peuls de la
+Volta.
+
+Les trente-six autres peuples se répartissent comme il suit entre les
+cinq familles de _race noire_ :
+
+=I. — Famille tekrourienne= : un seul peuple, celui des _Toucouleurs_ ou
+Foutanké.
+
+=II. — Famille songaï= : un seul peuple, celui des _Songaï_, comprenant
+deux fractions géographiques plutôt que deux tribus, les Songaï du Nord-
+Ouest et les Songaï du Sud-Est ou _Djerma_, qui comprennent les
+_Dendi_ ; parmi les Songaï se trouve la caste des _Sorko_ ou _Kourteï_.
+
+=III. — Famille mandé= (trois groupes).
+
+1o _Groupe du Nord_ : trois peuples, les _Bozo_, les _Soninké_ (ou
+Sarakolé ou Marka, comprenant la caste ou le clan des Diawara) et les
+_Dioula_[41] ;
+
+2o _Groupe du Centre_ : cinq peuples, les _Kâgoro_, les _Banmana_ (ou
+Bambara, comprenant la caste des Somono), les _Khassonkè_, les _Malinké_
+(ou Mandingues) et les _Foulanké_ ;
+
+3o _Groupe du Sud_ : quatre peuples (en ce qui concerne le Haut-Sénégal-
+Niger), les _Diallonké_, les _Samo_, les _Samorho_ et les _Sia_ (ou
+Bobo-Dioula), plus quatre petites tribus de classification douteuse (les
+_Blé_, les _Natioro_, les _Ouara_ et les _Sembla_)[42].
+
+=IV. — Famille sènoufo= : un seul peuple, celui des _Sénoufo_,
+comprenant dans le Haut-Sénégal-Niger dix tribus, les _Bamâna_ (ou
+Minianka), les _Siénérhè_, les _Tagba_ (ou Tagoua), les _Mbouin_ (ou
+Gouin), les _Karaboro_[43], les _Komono_, les _Nanergué_, les _Folo_ (ou
+Foro ou Pomporon), les _Tourka_ et les _Sémou_.
+
+=V. — Famille voltaïque= (sept groupes).
+
+1o _Groupe tombo_ : trois peuples, les _Tombo_ (ou Habé), les _Dogom_ et
+les _Déforo_ ;
+
+2o _Groupe mossi_ : six peuples (en ce qui concerne le Haut-Sénégal-
+Niger), les _Mossi_, les _Yansi_, les _Nankana_, les _Gourmantché_ (ou
+Bimba), les _Dagari_ et les _Birifo_ (ou Bérifon) ;
+
+3o _Groupe gourounsi_ : quatre peuples (en ce qui concerne le Haut-
+Sénégal-Niger), les _Nioniossé_ (ou Lilsé), les _Nounouma_[44], les
+_Sissala_ et les _Boussansé_ ;
+
+4o _Groupe bobo_ : un seul peuple, celui des _Bobo_, comprenant quatre
+tribus, les _Kian_ (ou Bobo-Gbê), les _Tara_ (ou Bobo-Oulé), les _Boua_
+(ou Bobo-Fing) et les _Niénigué_ ;
+
+5o _Groupe lobi_ : quatre peuples, les _Lobi_, les _Pougouli_ (ou
+Bougouri), les _Dian_ (ou Dian-né) et les _Gan_ (ou Gan-né) ;
+
+6o _Groupe koulango_ : un seul peuple, celui des _Koulango_ (ou
+Pakhalla), représenté au Haut-Sénégal-Niger par la tribu des _Lorho_ ;
+
+7o _Groupe Bariba_ : deux peuples (en ce qui concerne le Haut-Sénégal-
+Niger), les _Bariba_ et les _Soumba_ (tribu des _Takamba_).
+
+A cette nomenclature, il convient d’ajouter une tribu du cercle de Gaoua
+et quatre tribus du cercle de Bobo-Dioulasso que l’état actuel de nos
+connaissances ne permet pas de rattacher de façon définitive à l’une des
+familles énumérées ci-dessus, mais qui appartiennent très probablement
+soit à la famille voltaïque soit à la famille sénoufo. Ces cinq tribus
+sont celles des _Padorho_, des _Dorhossié_, des _Tiéfo_, des _Toussia_
+et des _Vigué_.
+
+Enfin, comme je le disais plus haut, on rencontre dans quelques gros
+centres des colonies d’étrangers venus surtout du Sénégal (_Ouolofs_) ou
+de la Nigeria (_Haoussa_) et qui ne rentrent dans aucune des sept
+familles précitées, à moins que l’on veuille rattacher les Ouolofs à la
+famille tekrourienne, ce qui ne pourrait se faire qu’avec quelque
+témérité.
+
+
+=Différentes appellations données aux peuples du Haut-Sénégal-Niger.= —
+Les familles et groupes ethniques de l’Afrique Occidentale ne se
+connaissent pas de noms génériques et souvent les divers peuples qui
+composent chaque famille ne se doutent même pas des liens de parenté qui
+les unissent. La plupart des peuples se désignent eux-mêmes chacun par
+un nom spécial ; il arrive cependant que certains peuples (les Sénoufo
+par exemple) ne font pas usage d’un terme correspondant à l’ensemble du
+peuple et que, seules, les tribus se désignent chacune par un terme
+distinct. D’autre part il n’est pas rare qu’un peuple étranger use d’un
+terme spécial pour désigner toute une famille ou tout un groupe qui, en
+ce qui le concerne, ne possède pas dans sa langue le mot correspondant.
+Enfin les divers groupements ethniques nous sont connus sous des
+appellations très différentes selon que nous avons été mis en relation
+avec eux par tel ou tel autre groupement. Aussi il m’a paru nécessaire
+d’indiquer et au besoin d’expliquer les appellations diverses qui sont
+données à chacun des groupements.
+
+Les termes de _sémitique_ et _hamitique_, empruntés à la terminologie
+biblique des enfants de Noé, sont suffisamment connus, ainsi que les
+expressions de « groupe arabe » et de « groupe berbère » — ou libyco-
+berbère —, pour que je n’aie pas à m’étendre à leur sujet.
+
+Le nom de _Maures_, que nous donnons aux populations arabes et arabo-
+berbères de l’Azaouad et du Hodh, a été emprunté par nous aux Latins,
+qui le tenaient eux-mêmes des Grecs, lesquels l’avaient formé du mot
+punique _Mahourim_ (ou Maouharîn) qui signifie « les Occidentaux » et
+est l’équivalent exact de l’arabe _Maghrebiyyîn_, en sorte que
+« Mauritanie » est tout simplement synonyme de « Maghreb ». Les Maures
+se désignent entre eux par les noms de leurs différentes tribus ;
+cependant les Maures du Hodh qui revendiquent une origine arabe se
+donnent à eux-mêmes l’appellation générique de _Beni-Hassân_ ou
+simplement _Hassân_ (au singulier _Hassâni_), tandis qu’ils désignent
+ceux d’entre eux dont l’origine berbère est incontestable par le terme
+de _Zenaga_ (sing. _Zenagui_, en berbère _Iznaguen_ sing. _Aznag_, en
+peul _Sénagabé_ sing. _Tiénagadio_) ; il convient d’ajouter que le mot
+Zenaga, dans la bouche d’un Hassâni, renferme une signification quelque
+peu méprisante et est presque devenu synonyme de « tributaires », bien
+qu’étant le nom de l’une des plus glorieuses fractions de l’ancienne
+nation berbère, de celle qui donna naissance à plusieurs empires fameux
+et notamment à celui des Almoravides. Les _Berabich_ (sing. _Berbouchi_)
+et les _Kounta_ ou _Kenata_ (sing. _Kounti_) ne se connaissent pas
+d’autre appellation générique que celle de chacune de ces deux tribus.
+Les Maures, dans leur ensemble, sont appelés par les Peuls et les
+Toucouleurs _Safalbé_ (sing. _Tiapado_ ou _Tiapato_), par les Songaï
+_Sourkou_ ou _Sourgou_ et par les Mandé _Soura-ka_, _Soula-ka_, _Soulaa-
+ka_, _Soularha-ka_ ou _Soularha_. Les Maures ont auprès d’eux des serfs
+nègres qu’ils appellent _Harrâtîn_ (sing. _Hartâni_) et que les Ouolofs
+désignent par l’expression de _Pourogne_.
+
+Les _Touareg_ doivent ce nom, par lequel nous les désignons d’ordinaire,
+à l’appellation que leur donnent les Arabes : _Taouâreg_ (sing.
+_Targui_) ; les Arabes, grands amateurs d’étymologies compliquées et
+tirées toujours de leur propre langue, ont attribué à ce mot la
+signification de « renégats » (du verbe arabe _taraka_ « abandonner »),
+sous prétexte que les Touareg auraient renié douze fois la religion
+musulmane avant de l’embrasser définitivement ; certains auteurs
+européens ont voulu traduire Touareg par « voleurs de grand chemin » ou
+plus simplement « chemineaux » (du mot arabe _tharîq_ « chemin »),
+étymologie qui d’ailleurs ne concorderait pas avec l’orthographe usitée
+par les Arabes pour écrire le nom des Touareg : mais il est beaucoup
+plus vraisemblable de supposer que _Targui_ (dont on a fait le pluriel
+_Taouâreg_) est tout uniment la forme du singulier de l’ethnique
+_Targa_, nom donné autrefois à l’une des tribus du Sahara, peut-être
+celle des Hoggar ou celle des Oulmidden, et ensuite, par extension, à
+tous les représentants du même peuple[45]. Les Touareg ne se désignent
+eux-mêmes que par les noms de leurs diverses tribus ou sous-tribus,
+mais, dans chaque tribu, ils se distinguent en deux classes, celles des
+_Imocharhen_ (sing. _Amocharh_) ou « nobles » et celle des _Imraden_
+(sing. _Amrad_) ou « vassaux ». Les Songaï nomment les Touareg _Sourkou_
+ou _Sourgou_, comme les Maures, désignant plus spécialement les
+Imocharhen par le terme de _Bourdâm_ ou _Berdâm_[46] et les Imraden par
+celui de _Daga_. — Les Touareg ont auprès d’eux des serfs nègres
+désignés généralement sous le nom de _Bella_ et qui correspondent aux
+Harrâtîn des Maures.
+
+Les _Peuls_ se dénomment eux-mêmes _Foulbé_ (sing. _Poullo_), mot qui,
+dans leur langue, signifierait « les dispersés, les éparpillés »,
+d’après M. le commandant Gaden. C’est le radical de ce mot, prononcé
+_Peul_ par les Ouolofs, que nous avons adopté le plus généralement en
+France pour désigner ce peuple. Il est appelé _Foullânia_ ou
+_Foullâniyîn_ (sing. _Foullâni_) par les Maures, _Ifoulân_ ou _Ifellân_
+(sing. _Afouli_) par les Touareg, _Foulani_ ou _Foulaoua_ (sing.
+_Bafilatché_) par les Haoussa, _Fellata_ ou _Filata_ par les Kanouri du
+Mounio et du Bornou, et enfin par les Mandé _Foula_ ou _Fila_ ou encore
+_Foulanka_, bien que ce dernier terme s’applique plus spécialement aux
+Mandé d’origine peule parlant le malinké et que nous appelons
+communément Foulanké. Les Mossi désignent les Peuls par le nom de
+_Silmissé_ (sing. _Silmiga_). Parmi les Peuls existent des castes
+spéciales, notamment celles des _Diawambé_ (sing. _Diawando_) et des
+_Laobé_ (sing. _Labbo_), auxquelles les Peuls propres n’étendent pas
+l’appellation générique de « Foulbé ». De plus, ils ont auprès d’eux,
+comme les Maures et les Touareg, des serfs nègres qu’ils appellent
+_Rimaïbë_ (sing. _Dimadio_) : ce mot signifie à peu près « ceux qui vont
+devenir libres », par allusion à la coutume d’après laquelle les
+descendants d’esclaves, qui à l’origine ont constitué les Rimaïbé,
+devenaient libres au bout de quelques générations ; ces Rimaïbé sont
+appelés _Komongallou_ par les Soninké.
+
+Les _Toucouleurs_ se désignent entre eux par le terme de _Halpoularen_
+(sing. _Halpoular_), « ceux qui parlent le _poular_ »[47], ou par celui
+de _Foutankobé_ ou _Foutanké_ (sing. _Foutanko_ ou _Foutankédio_),
+c’est-à-dire « ceux du Fouta », ou encore par les noms de leurs
+différentes tribus ou fractions. Les Maures les appellent _Tekarir_
+(sing. _Tekrouri_) et les Zenaga parlant berbère _Itkariren_ (sing.
+_Etkarir_), tous mots dérivant du nom de l’ancienne ville ou de l’ancien
+pays de _Tekrour_, pays qui correspondait à peu près au Fouta sénégalais
+actuel et où se constitua le peuple _toucouleur_. Cette dernière
+appellation, que les Français ont adoptée, vient tout simplement de la
+façon dont les Ouolofs prononcent le nom du Tekrour et de ses
+habitants : _Tokoror_, _Tokorogne_ ou _Tokolor_. Les Mandé donnent aux
+Toucouleurs l’appellation de _Foutanka_ (gens du Fouta).
+
+Les _Songaï_ se dénomment eux-mêmes _Songaï_, _Sonrhaï_ ou _Songoï_. Ils
+se divisent en plusieurs classes dont la plus noble, celle des _Arma_
+(appelés aussi _Darbout_ et _Haïdara_), prétend descendre des soldats
+marocains (Berbères, Arabes et surtout renégats andalous) qui, de 1590 à
+1650 environ, participèrent à la conquête de la ville de Tombouctou et
+de l’empire de Gao ; ces Arma font venir leur nom du mot arabe _râmi_
+« lanceur de projectiles » et expliquent cette étymologie en disant que
+leurs ancêtres marocains auraient été les premiers à se servir de fusils
+dans la région du Niger[48]. Les Arma donnent à la classe inférieure,
+ouvrière et surtout agricole, qui constitue du reste l’immense majorité
+du peuple songaï, le nom de _Gabibi_ qui signifie « corps noir », c’est-
+à-dire « nègres », voulant marquer par là que les gens de cette classe
+ne peuvent prétendre à une ascendance blanche. Une partie de la
+population songaï, composée principalement de pêcheurs et de bateliers,
+est désignée sous les termes spéciaux de _Sorko_ et de _Kourteï_. Les
+Touareg appellent les Songaï _Ihattân_ (sing. _Ahatti_) et les Peuls
+_Diermabé_ (sing. _Diermadio_) ; c’est ce dernier mot que nous
+appliquons principalement, sous la forme _Djerma_, aux Songaï de la
+région de Dosso et Niamey, sur la rive gauche du Niger, région qu’on
+appelle également _Saberma_ ou _Zaberma_, tandis qu’on appelle _Dendi_
+la région correspondante sur la rive droite du fleuve et les Songaï qui
+l’habitent.
+
+Le nom de _Mandé_ que nous donnons, faute d’appellation indigène, à
+l’ensemble de la famille ethnique comprenant, entre autres peuples, les
+Soninké, les Malinké et les Diallonké, n’est pas autre chose que le nom
+de la mère-patrie de l’un de ces peuples, celui des Malinké ou
+Mandingues, et de ce peuple lui-même. A proprement parler, ce nom de
+Mandé ne convient pas plus aux Soninké, aux Diallonké et même aux Dioula
+et Banmana, que le nom d’Anglais ne convient aux Ecossais et aux
+Irlandais ; mais, puisqu’il faut bien donner un nom à chaque famille
+ethnique, il n’y a en somme aucun inconvénient à se conformer à un usage
+aujourd’hui admis.
+
+Le pays d’origine des Malinké a en effet porté de tout temps le nom
+qu’il porte encore actuellement : _Mandé_ ou _Mandeng_, _Mandi_ ou
+_Manding_, selon que les prononciations dialectales ferment moins ou
+plus la voyelle finale et selon qu’elles en éludent ou en exagèrent la
+nasalisation. Ce nom est prononcé souvent _Mané_ ou _Mani_ par les gens
+du Ouassoulou, _Malé_ ou _Mali_ par les Soninké, _Mallé_ ou _Malli_,
+_Mellé_ ou _Melli_ par les Peuls : cette dernière prononciation a été
+adoptée par plusieurs auteurs arabes et par des auteurs européens qui
+les ont mis à contribution, tandis que d’autres adoptaient l’orthographe
+Mali ou l’orthographe Mandé ou Manding ; mais toutes ces formes ne sont
+que des variantes d’un même mot, variantes parfaitement conformes aux
+lois de la phonétique soudanaise. On a voulu trouver à ce mot une
+étymologie totémique et on a traduit _Mali_ par « hippopotame » et
+_Mandé_ par « petit lamentin » : ces deux étymologies sont rejetées par
+les indigènes du pays, c’est-à-dire les Malinké, qui déclarent que
+_Mandé_ ou _Mali_ est simplement le nom de leur patrie et qu’ils n’en
+connaissent pas la signification[49] et qui, au surplus, n’ont aucun
+totem de peuple, pas plus le lamentin que l’hippopotame : un de leurs
+clans seulement a pour _tana_ ou « tabou » l’hippopotame et il n’en
+porte pas le nom (clan des Keïta).
+
+_Soninké_ est l’appellation par laquelle le peuple des Soninké se
+désigne lui-même. On a prétendu que ce mot voulait dire « les gens ou
+les partisans du _Sonni_ » et avait été appliqué à ceux qui, lors de la
+conquête de l’empire de Gao par Ali Kolon, fondateur de la dynastie des
+Sonni (en 1331), auraient embrassé le parti de ce dernier ; cette
+étymologie me paraît inacceptable pour plusieurs raisons : d’abord les
+Soninké existaient comme peuple et avaient même joué un rôle très
+considérable dans l’histoire du Soudan bien avant le début de la
+dynastie des Sonni ; de plus, ils semblent n’avoir eu que peu de
+relations avec l’empire de Gao, au moins avant les dernières années de
+la dynastie des Sonni, et il serait étrange que le peuple entier dût son
+nom au fait — d’ailleurs hypothétique — que quelques-uns de ses membres
+auraient pris parti pour le fondateur de cette dynastie. Il est probable
+d’ailleurs que ce mot — dont j’avoue ignorer complètement l’étymologie —
+n’est pas formé d’un élément _sonni_ ou _soni_ suivi du suffixe _ké_
+qui, en peul du reste plutôt qu’en mandé[50], est le suffixe de
+nationalité : au contraire de ce qui existe dans les mots Malinké,
+Foulanké, etc., la syllabe _ké_ fait sans doute, dans Soninké, partie du
+radical du mot ; j’en trouve une preuve dans le fait que le _k_ a été
+conservé par les Maures Bérabich dans la forme qu’ils ont donnée à ce
+nom : _Assouanik_. On a voulu aussi[51] identifier le nom des Soninké
+avec celui des _Zenaga_, écrit _Sanhadja_ par les auteurs arabes ; cette
+identification me semble bien malaisée à établir : d’abord il serait
+assez étonnant que, si les deux noms étaient identiques, les Maures
+eussent conservé la forme _Zenaga_ pour désigner les Berbères vivant à
+côté d’eux et adopté une autre forme — _Assouanik_ — pour désigner les
+Soninké ; ensuite il y a, entre les deux noms, des différences
+phonétiques réelles, particulièrement en ce qui concerne leur première
+voyelle, laquelle a toujours été écrite _a_ et prononcée _a_ ou _e_ par
+les Arabes dans le nom des Zenaga (Sanhadja, Sanaga, Zenaga) tandis
+qu’elle est nettement prononcée _o_ ou _ou_ dans le nom des Soninké ;
+enfin il est bien difficile de supposer que les Soninké, nègres parfois
+métissés, mais incontestablement nègres, soient issus d’une fraction des
+Berbères Zenaga. Ce qui avait conduit M. Ch. Monteil à cette
+identification est un passage du _Tarikh-es-Soudân_ où Sa’di donne le
+nom de « Sanhadja » aux « Nono porteurs de tresses », lesquels étaient
+presque indubitablement une fraction du peuple soninké : à mon avis, il
+y a eu là, de la part de Sa’di, soit une erreur d’information lui ayant
+fait prendre ces Nono pour des Berbères, soit plutôt une erreur
+orthographique inconsciente lui ayant fait transcrire par la forme
+« Sanhadja », bien connue de lui, une forme « Soninké » qu’il pouvait
+avoir mal entendue, qui, en tout cas, ne lui était pas familière et qui
+a, du reste, une certaine analogie avec la forme « Sanhadja » prononcée
+« Senaga ».
+
+Quoi qu’il en soit de l’origine du mot _Soninké_, c’est, de l’aveu des
+Soninké eux-mêmes, leur véritable nom. Comme je le disais plus haut, les
+Bérabich ont transformé ce mot en _Assouanik_ (sing. _Souananki_)[52].
+Les Maures donnent aussi aux Soninké le nom d’_Azer_ ou _Adjer_. Les
+Ouolofs les appellent _Sarakhoullé_ ou _Séréwoullé_, mot qui a été
+adopté sous la forme _Sarakolé_ par les premiers voyageurs européens
+pour désigner le peuple qui nous occupe actuellement. Les Peuls les
+appellent _Sébé_ (sing. _Tiédo_), ou parfois _Nononkobé_ (sing.
+_Nononko_), _Sillabé_ (sing. _Silladio_), _Sossobé_ ou _Sossébé_ (sing.
+_Tiotiodo_ ou _Tiotiédo_) ou encore _Ouangarbé_ (sing. _Gangardo_) ; le
+premier de ces termes s’applique à l’ensemble du peuple soninké ; celui
+de _Nononkobé_ ne s’applique en réalité qu’à la tribu qui fonda la ville
+de Dienné[53], celui de Sillabé à la tribu ou plutôt au clan des Silla,
+celui de _Sossobé_ ou _Sossébé_ aux Soninké du Sénégal et de la Gambie
+et particulièrement à ceux demeurés païens et mélangés de Malinké[54] ;
+enfin le terme de _Ouangarbé_ est usité principalement dans la Boucle du
+Niger pour désigner à la fois les Soninké et les Dioula, c’est-à-dire
+les Mandé musulmans d’une façon générale. Les Songaï usent aussi, pour
+désigner non seulement les Soninké, mais également les Dioula, de
+l’expression _Ouankoreï_ ou _Ouankoré_ qui, comme Ouangarbé, provient de
+_Ouangara_, nom donné par les Soudanais du Nord et par les géographes et
+voyageurs anciens aux régions aurifères du bassin du Sénégal et à
+l’ensemble de la famille mandé[55]. Les Haoussa se servent, avec la même
+acception, du mot _Ouangaraoua_. Les Foulanké appellent les Soninké
+_Diaganka_ (les gens du Diagha ou Diaka, terme analogue au « diamou »
+soninké Diaghaté, Diakaté ou Niakaté). Enfin les Malinké, les Banmana et
+les Dioula les appellent _Marka_, _Maraka_, _Malarhaka_ ou simplement
+_Malarha_ et les Mossi _Marassé_ (sing. _Maraga_).
+
+Le mot _Dioula_ — forme universellement adoptée aujourd’hui par les
+Français — est prononcé plutôt par les Dioula eux-mêmes _Giula_ (par _g_
+dur et _u_ français) ou _Diula_, tandis que les Banmana le prononcent
+_Diôra_ et les Malinké _Dioula_ ou _Dioulanka_, dont les Peuls ont fait
+_Dioulankobé_ ou _Dioulanké_ (sing. _Dioulanko_ ou _Dioulankédio_). On a
+dit souvent que ce mot n’était pas un nom de peuple ni de tribu et qu’il
+signifiait « commerçant » et surtout « commerçant ambulant,
+colporteur » : c’est assurément inexact ; « commerçant » se dit en mandé
+_diagolila_ ou _diaolila_ ou de plusieurs autres manières qui toutes
+sont des dérivés du verbe _diago_ ou _diao_ « commercer », mais le mot
+_dioula_ ne possède le sens de « commerçant » ou « colporteur » dans
+aucun dialecte mandé. Seulement, comme les Dioula exercent surtout, et
+plus que les autres peuples, le métier de colporteur, leur nom est
+devenu synonyme de « commerçant ambulant » dans la majeure partie de
+l’Afrique Occidentale, absolument de la même façon que le nom des
+Auvergnats a été longtemps chez nous synonyme de « porteur d’eau » et
+celui des Savoyards synonyme de « ramoneur », et sans plus d’exactitude.
+D’ailleurs les Dioula eux-mêmes sont très affirmatifs sur ce point et
+revendiquent ce mot de _Diula_ ou _Dioula_ comme l’appellation propre de
+leur peuple ou tribu, ajoutant qu’il signifie « du fond, de la souche »,
+c’est-à-dire « ceux qui sont de noble origine, qui n’ont pas été altérés
+par des immixtions de sang étranger ». Les Dioula et les Soninké se
+confondant souvent ensemble dans la Boucle du Niger par la religion (les
+uns et les autres sont en majorité musulmans), par le métier
+(commerçants, tisserands, teinturiers) et par l’emploi de la même langue
+(le dialecte dioula), on les confond souvent aussi sous les mêmes
+appellations de _Ouangarbé_ chez les Peuls, _Ouangaraoua_ chez les
+Haoussa, _Ouankoreï_ chez les Songaï, _Yarhsé_ (sing. _Yarhga_) chez les
+Mossi de Ouagadougou, _Kambossé_ (sing. _Kamboga_) chez les Mossi du
+Yatenga, _Sahersé_ (sing. _Saherga_) chez les Nankana, _Yourou_ chez les
+Samo, _Sorho_ chez les Koulango, _Tiorho_ chez les Sénoufo, _Nzoko_ chez
+les Agni, etc. Les Dioula eux-mêmes donnent souvent le nom de
+_Dafing_[56] à ceux d’entre eux et aux Soninké qui habitent dans la
+région de Koury ou _Dafina_ (chez les Dafing).
+
+Les _Banmana_ sont communément appelés _Bambara_, non seulement par les
+Européens, mais encore par la plupart des peuples du Soudan qui les
+environnent et c’est sous cette dernière forme que leur nom se trouve
+orthographié dans le _Tarikh-es-Soudân_ ; il est fort possible que
+_Bambara_ ne soit pas autre chose qu’une altération de la prononciation
+indigène _Banmana_, il est possible aussi que le mot ait une autre
+origine ; quoi qu’il en soit, il est absolument certain que, pour les
+musulmans du Soudan en général et de la Boucle du Niger en particulier,
+le mot _Bambara_ désigne, non pas un peuple déterminé ni une tribu
+spéciale, mais l’ensemble de tous les Soudanais vivant au milieu ou à
+côté de musulmans et étant demeurés fidèles à la religion indigène :
+c’est ainsi que les Dioula de Sikasso et de la région de Kong appellent
+« Bambara » les Sénoufo, que les Dioula et Soninké d’Odienné appellent
+« Bambara » les Malinké non-musulmans qui les entourent, que les Dioula
+des pays de la Volta appellent « Bambara » les Gbanian et les Dagari,
+etc. ; c’est ainsi encore qu’à Sikasso l’expression _bambara-kan_
+signifie, non pas la langue mandé ni le dialecte mandé des Banmana, mais
+bien la langue sénoufo. Par suite, l’emploi du mot _Bambara_, fait sans
+discernement, a amené des résultats fâcheux ; il a conduit par exemple à
+faire croire que les Bambara-Minianka du cercle de Koutiala formaient un
+même peuple avec les Bambara de Ségou et de Bamako, alors que les
+premiers sont des Sénoufo et les seconds des Mandé. Aussi je préfère
+m’abstenir complètement de cette expression à valeur amphibologique et
+je désignerai toujours le peuple de Ségou, du Bélédougou, etc. comme il
+se désigne lui-même, c’est-à-dire par le mot _Banmana_[57].
+
+Les _Khassonkè_, comme ils se dénomment eux-mêmes, ou _Kassonké_, comme
+prononcent les Peuls, tirent leur nom de celui de leur pays d’origine,
+le Khasso ou Khasson (région de Kayes). Ils partagent souvent avec les
+Soninké mêlés de Malinké du Sénégal et de la Gambie l’appellation de
+_Sossé_.
+
+Les _Malinké_ se dénomment eux-mêmes _Mandenka_, _Mandenga_, _Mandinga_
+ou _Maninga_ selon les prononciations régionales ; les Dioula disent
+plutôt _Manenga_ ou _Mandenga_ et les Banmana _Maninka_ ; les Peuls les
+appellent _Mandinké_, _Malinké_, _Mellinké_, ou _Mellenké_ (sing.
+_Mandinkédio_, _Malinkédio_, etc.) ou encore _Mandinkobé_, _Malinkobé_,
+etc. (sing. _Mandinko_, _Malinko_, etc.), et les Touareg _Imalan_ (sing.
+_Amali_) : toutes ces expressions ont la même valeur, celle de « gens du
+Mandé, Manding, Mali, Melli, etc. », c’est-à-dire du pays qui est porté
+sur nos cartes sous le nom de « Manding », au Sud de Kita et au Sud-
+Ouest de Bamako, et qui fut en effet le pays d’origine de ceux que nous
+appelons nous-mêmes _Mandingues_ ou _Malinké_. Les géographes arabes
+leur ont souvent donné le nom de _Ouangara_ qui, aujourd’hui, est
+surtout appliqué aux Soninké et aux Dioula, ainsi que je l’ai mentionné
+tout à l’heure.
+
+Le mot _Foulanké_ (en peul) ou _Foulanka_ (en mandé), parfois employé
+pour désigner les Peuls ou les Toucouleurs, s’applique en réalité à des
+populations qu’on peut considérer actuellement comme incorporées à la
+famille mandé et qui ne parlent que le mandé (dialecte malinké), bien
+qu’elles soient certainement d’origine peule, en partie tout au moins ;
+on les rencontre dans plusieurs provinces, toutes appelées en mandé
+Fouladougou ou Fouladou (pays du Foula ou des Foulanka).
+
+Les _Diallonké_ ou _Diallonka_ sont, comme leur nom l’indique, les
+autochtones du Diallon ou Fouta-Diallon et des régions avoisinantes ;
+ils revendiquent eux-mêmes le nom de _Soussou_, que nous donnons de
+préférence à ceux d’entre eux qui se sont avancés vers l’Atlantique.
+
+Les _Sia_ sont appelés communément _Bobo-Dioula_, bien que l’expression
+soit doublement impropre puisqu’ils ne sont ni Bobo ni Dioula ; elle
+vient de ce que certaines de leurs coutumes se rapprochent de celles des
+Bobo, tandis que leur façon de s’habiller les fait ressembler aux
+Dioula, dont ils ont en partie d’ailleurs adopté le dialecte, tout en
+conservant leur langue propre.
+
+Je ne vois pas d’observations à faire sur le nom des autres peuples ou
+tribus de la famille mandé (Bozo, Kâgoro, Samo, Samorho, etc.), sinon
+qu’il y a de fortes présomptions pour que Samo et Samorho ne soient
+qu’un seul et même vocable, la première forme représentant la
+prononciation banmana et la seconde la prononciation dioula.
+
+Les _Sénoufo_ ne se désignent la plupart du temps que par les noms de
+leurs diverses tribus (_Bamâna_ que les Mandé appellent _Minianka_ et
+qu’il convient de ne pas confondre avec les Banmana, _Siénérhè_,
+_Tagba_, etc.). Cependant ils possèdent un terme pour désigner leur
+peuple tout entier, bien qu’ils en fassent très rarement usage et qu’il
+ne soit pas connu de toutes les tribus : ce terme est _Siéné_ ou
+_Siéna_[58] (au pluriel _Siénamana_). Par contre les Malinké et les
+Banmana, qui connaissent ce mot, s’en servent pour les désigner, sous
+les formes _Siénéfo_, _Sénéfo_, _Sénofo_, _Sénoufo_, « (ceux qui)
+parlent _siéné_ », et c’est la dernière de ces formes que les Européens
+emploient le plus souvent. Les Dioula appellent couramment les Sénoufo
+_Bambara_ (voir plus haut) et parfois _Nafana_ (du nom d’une de leurs
+tribus de la Côte d’Ivoire) ou encore _Pomporon_ (terme qui semble être
+un surnom donné surtout à la tribu des Folo et à quelques fractions des
+Siénérhè). Les Samorho les appellent _Sopi_ ; les Koulango les appellent
+_Gan_[59], et les Agni _Kanga_, mot qui dans leur langue est devenu
+presque synonyme d’« esclave » ; les Abron et Assanti ou Achanti les
+nomment _Pantara_ ou _Ouandara_.
+
+J’ai donné le nom de _voltaïque_ à la très importante famille ethnique
+dont les membres forment presque la moitié de la population totale du
+Haut-Sénégal-Niger ; ce nom m’a paru justifié par le fait que le domaine
+de cette famille est sensiblement localisé au bassin de la Volta. Pour
+faciliter la nomenclature, j’ai attribué à chacun de ses sept groupes le
+nom du peuple principal ou du peuple le plus connu de ce groupe, sans
+prétendre faire par là de ce peuple celui dont les autres seraient
+issus.
+
+Les trois peuples du groupe tombo (_Tombo_ proprement dits, _Dogom_ et
+_Déforo_) sont communément désignés par les Français du Soudan sous le
+terme générique de _Habé_ ou _Habbé_ ou encore par celui de _Kado_ ou
+_Kaddo_ : ces deux termes ne sont pas autre chose que le pluriel et le
+singulier d’un mot peul qui s’applique à toutes les populations qui ne
+sont ni arabes, ni berbères ni peules, c’est-à-dire à tous les Nègres ;
+c’est ainsi que les Peuls de la Nigeria appellent les Haoussa _Habé_
+comme les Peuls du Massina appellent _Habé_ les montagnards de la
+falaise de Bandiagara. Ce terme (_Habé_ ou _Kado_) est donc encore plus
+vague et plus impropre que le terme Bambara et doit être rejeté. Il
+semble bien — sans que je puisse l’affirmer cependant — que les
+montagnards dont je viens de parler se désignent eux-mêmes par le mot
+_Tombo_, tandis que les deux autres peuples du même groupe se dénomment
+l’un _Dogom_ ou _Dom_ et l’autre _Déforo_. Les Peuls appellent
+_Houmbébé_ ou _Hombobé_ (sing. _Koumbédio_ ou _Kombodo_)[60] les Tombo
+et une partie au moins des Dogom, et _Déforobé_ les Déforo. Les Mossi
+appelleraient _Kibsé_ (sing. _Kibga_) les Tombo proprement dits et
+donneraient le nom de _Suida_ à l’ensemble du groupe tombo, mais je
+n’ose me prononcer à cet égard.
+
+Les _Mossi_ s’appellent eux mêmes _Mô-sé_ ou plus rarement _Mô-si_
+(sing. _Mô-rha_ ou _Mô-ga_) et appellent leur pays _Mô-rho_ et leur
+langue _Mô-rhé_. Tous les noms de peuples ou de tribus terminés par le
+suffixe _sé_ ou _si_ au pluriel et _rha_ ou _ga_ au singulier sont
+empruntés à la langue des Mossi ou à une langue du même groupe. — Les
+_Yansi_ (sing. _Yanga_), ainsi appelés par les Mossi, se dénommeraient
+eux-mêmes _Kôssé_, mais je n’affirme rien à cet égard[61]. — Les
+_Gourmantché_ (sing. _Gourmanga_), c’est-à-dire « ceux du Gourma, de la
+rive droite du Niger », s’appelleraient eux-mêmes _Bimba_.
+
+Par le terme un peu méprisant de _Gourounsi_ ou _Gouressi_ (sing.
+_Gourounga_ ou _Gouréga_), qui voudrait dire « incirconcis », les Mossi
+— et les Européens d’après eux — désignent un ensemble de peuples qui ne
+se connaissent pas eux-mêmes d’appellation générique et qui constituent
+une notable partie d’un groupe que j’appelle, pour cette raison,
+« groupe gourounsi ». Deux de ces peuples nous sont connus par leur
+véritable nom — au moins je le pense — : les _Nounouma_ ou _Nourouma_ et
+les _Sissala_, ces derniers comprenant les _Kiâlo_ de Léo. Les
+_Boussansé_ (sing. _Boussanga_) ont reçu ce nom des Mossi. Quant aux
+_Nioniossé_ (sing. _Nioniorha_), ils sont appelés ainsi par les Mossi du
+Yatenga ; les Mossi de Ouagadougou les appelleraient _Kassomsé_ (sing.
+_Kassomga_) ; dans d’autres régions de langue mossi ou de langue parente
+du mossi, on les appelle des noms divers de _Foulsé_, _Youlsé_, _Lilsé_,
+_Nimsé_, _Kipirsi_, etc., sans que je puisse dire si ces différents noms
+s’appliquent à l’ensemble du peuple ou seulement à certaines de ses
+tribus ; enfin les Peuls les appellent _Kouroumankobé_ (ceux du
+Kourouma)[62] : j’ignore quel est leur nom véritable.
+
+Le nom de _Bobo_ (« bègue » en mandé) est un terme de mépris appliqué
+par les Dioula et les Banmana à quatre tribus qui forment un seul peuple
+mais ne se connaissent pas, je crois, d’appellation générique en dehors
+de leurs noms de tribus : _Kian_ ou _Tian_, _Tara_, _Boua_ et
+_Niénigué_. Les Dioula distinguent les trois premières tribus par des
+épithètes différentes, appelant les Kian _Bobo-Gbê_ (Bobo blancs), les
+Tara _Bobo-Oulé_ (Bobo rouges) et les Boua _Bobo-Fing_ (Bobo noirs),
+sans que ces épithètes soient motivées par la couleur de peau de ceux
+qui les ont reçues, pas plus que par la couleur de leurs vêtements,
+lesquels brillent du reste en général par leur absence. Les Mossi
+distinguent aussi ces trois mêmes tribus par les noms de _Tiansé_
+(Kian), _Talessé_ ou _Talassé_ (Tara) et _Boulsé_ (Boua).
+
+_Koulango_ est le nom indigène du peuple formant le sixième groupe de la
+famille voltaïque, mais nos cartes portent souvent ce peuple sous le nom
+de _Pakhalla_, qui est une orthographe défectueuse de l’appellation que
+lui donnent les Dioula : _Kparhala_ ou _Kpagala_[63].
+
+Les _Soumba_ sont appelés également _Taberma_ ; les musulmans qui les
+avoisinent les nomment _Kafiri_ (païens).
+
+Je n’ai pas, pour l’instant, d’observations à faire sur les appellations
+des autres peuples de la famille voltaïque représentés au Haut-Sénégal-
+Niger (Nankana, Dagari, Birifo ou Bérifon ; Lobi, Pougouli ou Bougouri,
+Dian ou Dian-né, Gan ou Gan-né ; Bariba), non plus que sur celles des
+tribus dont le rattachement ne peut être encore prononcé (Padorho,
+Dorhossié, Tiéfo, Toussia, Vigué).
+
+
+=Composition de chaque peuple.=
+
+
+1o _Maures de l’Azaouad._ — J’ai dit plus haut que les Maures de
+l’Azaouad se divisaient en deux tribus : _Bérabich_ et _Kounta_.
+
+A la première de ces tribus se rattachent les _Oulad-Slimân_, les
+_Oulad-Abderrahmân_ et les _Oulad-Ameur_ et, au moins au point de vue
+ethnique, les sous-tribus des _Tormoz_ (ou Tourmous), des _Ousra_, des
+_Borrada_, des _Oulad-Noumou_, des _Oulad-el-hadj-el-Hassân_, des _Idao-
+Yata_ (ou Doyata), etc.
+
+Parmi les Kounta, on range les _Regaguida_ du Nord de Bamba, les _Ahl-
+cheikh-sidi-el-Mokhtar_ ou _Bekkaï_ de la région de Tombouctou et les
+_Oulad-el-Ouafi_ de la région de Mabrouk, ainsi que des _Chorfa_ (sing.
+_Cherif_), descendants ou prétendus tels de la famille du Prophète, plus
+des vassaux d’origine berbère (les _Zakhoura_).
+
+De plus, il convient de ne pas oublier que, quelque illogique que cela
+puisse paraître lorsqu’il s’agit d’une classification ethnique, il nous
+est impossible de séparer des Maures les _Harrâtîn_ d’origines nègres
+diverses qui leur sont pour ainsi dire incorporés ; en sorte que,
+indépendamment d’individus chez lesquels le sang sémitique a été
+profondément altéré par un long atavisme d’alliances avec des Berbères
+et des Nègres, il existe chez les Maures de l’Azaouad de véritables
+Nègres de pure race noire.
+
+2o _Maures du Hodh._ — Les Maures du Hodh comprennent, je l’ai dit déjà,
+deux éléments ethniques bien différents, qui sont juxtaposés le plus
+souvent mais parfois aussi mélangés : un élément arabe représenté par
+les _Beni-Hassân_ et un élément berbère, très vraisemblablement plus
+considérable que le premier, représenté par les _Zenaga_ et par des
+familles qui se disent hassânides mais qui sont cependant d’origine
+berbère ; il convient de noter que les familles maraboutiques, qui se
+désignent elles-mêmes sous le nom générique de _Zaouiya_ (les gens
+vivant en _zaouïa_ ou couvents), sont pour la plupart d’origine berbère
+ou tout au moins issues d’un mélange de Zenaga et de Beni-Hassân,
+mélange auquel n’ont pas échappé d’ailleurs beaucoup de Beni-Hassân
+parmi ceux qui se prétendent de pure origine sémitique.
+
+Chacune des sept grandes tribus énumérées plus haut comprend plusieurs
+sous-tribus dont les unes sont considérées comme nobles et se composent
+principalement de Beni-Hassân, dont les autres sont regardées comme
+vassales et se composent surtout de Zenaga et dont d’autres enfin
+renferment les familles maraboutiques. On a ainsi des divisions
+politiques et sociales qui ne sont pas toujours des groupements
+ethniques. Les sous-tribus les plus importantes du Hodh sont :
+
+Chez les _Idao-Aïch_ ou Douaïch, celles des _Ahl-Amar_ (Arabes et
+Berbères, séparés en _Abakak_ et en _Chrattit_), des _Tadjakant_ (Arabes
+et Berbères), des _Ligouatit_ et des _Louata_ (Berbères), des _Laghlal_
+(Arabes), des _Ahl-Mokhtar_ et des _Ahl-Soueïd_ (Arabes et Berbères),
+des _Idao-Ali_ (marabouts) et des _Ahl-sidi-Mahmoud_ ou Oulad-sidi-
+Mahmoud (marabouts, se rattachant aux Idao-el-hadj ou Darmankor de
+l’Adrar Mauritanien) ;
+
+Chez les _Oulad-Mbarek_ ou Gassouch, celles des _Ahl-ould-Amar_ ou
+Loudamar des anciens voyageurs (Arabes), des _Askeur_ (Arabes), des
+_Oulad-Mahmoud_ ou Ladoum (Berbères et Arabes) et des _Tanoazit_
+(Berbères) ;
+
+Chez les _Mejdouf_, celles des _Ahl-Sidi_, des _Choamât_ et des
+_Hammounât_ (Arabes), des _Tâleb-Mokhtar_ ou Oulad-cheikh-el-Adrami
+(marabouts) et des _Nimadi_[64] ;
+
+Chez les _Oulad-Delim_, celles des _Oulad-Daoud_ et des _Deïlouba_
+(Arabes) et des _Allouch_ ou Oulad-Allouch (Arabes mélangés de Berbères
+et de Peuls).
+
+Je ne possède pas de renseignements précis sur les sous-tribus des
+_Regueïbât_, des _Ahl-Tichit_ et des _Oulad-Nasser_.
+
+Aux éléments arabes et berbères, il faut signaler un élément nègre,
+introduit chez les Maures du Hodh comme chez ceux de l’Azaouad par des
+unions avec des Noirs et par la présence de nombreux _Harrâtîn_[65].
+
+De plus, certains Maures du Hodh sont issus d’un mélange très ancien de
+Berbères avec des Peuls ou Proto-Peuls : on les appelle _Massîn_ ou
+_Ahl-Massina_ ou encore _Guirganké_ et on les divise au Sahel en
+« Guirganké blancs » et en « Guirganké noirs », sans que cette
+distinction soit plus justifiable que celle des Bobo en blancs, rouges
+et noirs.
+
+3o _Touareg._ — Les Touareg des familles nobles (_Imocharhen_) sont,
+semble-t-il, de sang berbère à peu près pur, tandis que beaucoup de ceux
+des familles vassales (_Imraden_) sont plus ou moins métissés par suite
+d’unions avec des Nègres ou des Peuls. Chez les Touareg comme chez les
+Maures du Hodh, il existe des familles maraboutiques qui se sont alliées
+souvent avec des Arabes. Enfin, comme chez les Maures aussi, il faut
+noter la présence de nombreux serfs nègres (les _Bella_), qui sont si
+bien incorporés aujourd’hui avec leurs maîtres qu’il est difficile de
+les en séparer, même dans une classification ethnique.
+
+Chaque tribu touareg comprend plusieurs sous-tribus, les unes nobles,
+les autres vassales, les autres maraboutiques. Les principales de ces
+sous-tribus, dans les territoires civils du Haut-Sénégal-Niger, sont :
+
+Chez les _Iguellad_, celles des _Tagama_ ou Kel-Haoussa (nobles), des
+_Kel-Antassar_[66], _Kel-Nkounder_ et _Kel-Ncheria_ (marabouts), des
+_Kel-Tounboukouri_, _Inataben_, _Kel-Taberint_, _Kel-Dokoré_, _Kel-
+Rezzaf_, _Kel-Tinakaouat_, _Kel-Ouorodjel_, _Kel-Teguiaït_ et _Kel-
+Tountoun_ (vassaux) ;
+
+Chez les _Kel-Tadmekket_, celles des _Tenguéréguif_, des _Igouadaren_,
+des _Kel-Temoulaï_ et des _Irréganaten_ (nobles), des _Chorfiga_ ou
+_Icherifen_, des _Zimmaten_, des _Ahl-sidi-Ali_ et des _Kel-es-souk_
+(marabouts), des _Imededrhen_ et des _Idnân_ (vassaux) ;
+
+Chez les _Oulmidden_, celles des _Kel-Gheress_, des _Oudalen_ et des
+_Tenguéréguédech_ (nobles), des _Kel-Oulli_ et _Kel-Gossi_ (vassaux).
+
+Il convient d’ajouter à cette liste les sous-tribus vassales suivantes,
+dont le rattachement à telle ou telle tribu ne m’est pas connu : _Kel-
+Guerisouân_, _Kel-Tigouelt_, _Imakelkellen_, _Ibourliten_, _Imetchas_,
+_Kel-Rila_, _Déguésellen_, _Chemenama_, _Damossân_ et _Missiguender_.
+
+4o _Peuls_ ou _Foulbé_. — Nous verrons plus loin combien d’éléments
+divers entrent dans la composition du peuple peul actuel, éléments parmi
+lesquels la race noire tient une place indéniable. En outre, nous sommes
+obligés de considérer comme faisant partie de ce peuple les castes
+spéciales des _Laobé_ (sing. _Labbo_, artisans en bois et bûcherons),
+des _Abarbé_ (sing. _Gabardo_, bijoutiers et cordonniers), des
+_Ouaïloubé_ (sing. _Baïlo_, forgerons et potiers), des _Mabbé_ (sing.
+_Mabo_, griots et tisserands), des _Ouambabé_ (sing. _Bambado_,
+musiciens et griots), des _Ouaouloubé_ (sing. _Gaoulo_, mendiants), des
+_Soubalbé_ (sing. _Tiouballo_, pêcheurs et bateliers), des _Diawambé_
+(sing. _Diawando_, courtiers et tisserands) ; il nous faut aussi ranger
+parmi les Peuls certaines fractions fort mélangées, telles que celle des
+_Silmimossi_, issus d’alliances entre Peuls et Mossi, et même des
+groupements d’origine nègre pure mais incorporés aux Peuls : les
+_Rimaïbé_, qui correspondent aux Harrâtîn des Maures et aux Bella des
+Touareg.
+
+Les Peuls, en dehors de leur répartition en tribus ou fractions
+géographiques, se divisent encore en un certain nombre de clans, dont
+chacun peut être représenté dans plusieurs tribus à la fois, et dont les
+plus répandus au Haut-Sénégal-Niger sont ceux des _Ourourbé_ (sing.
+_Bourourdo_ ou _Bolardo_ ou _Boli_), des _Tôrobé_ (sing. _Tôrodo_)[67],
+des _Dialloubé_ (sing. _Diallo_), des _Yalabé_ ou _Alaïbé_ (sing.
+_Galadio_), des _Irlabé_ (sing. _Guerladio_), des _Oualarbé_ (sing.
+_Balardo_), des _Salsalbé_ (sing. _Tialtiallo_), des _Fitobe_ (sing.
+_Pitodo_), des _Daébé_ (sing. _Daédio_), des _Férèbé_ ou _Férobé_ (sing.
+_Pérèdio_), des _Sitigabé_ (sing. _Tyitigadio_), etc. D’autres noms de
+clan, empruntés aux Toucouleurs ou aux Mandé, revêtent la même forme aux
+deux nombres ; tels sont _Bâ_ ou _Diakité_ (même clan que les Ourourbé),
+_Soumontara_ (même clan que les Dialloubé), _Bari_ ou _Sangaré_ (même
+clan que les Daébé), _Sô_ ou _Sidibé_ (même clan que les Férobé), etc.
+Enfin il convient de noter que beaucoup d’individus portent, comme nom
+de clan, le nom même du peuple peul (_Poullo_) ou celui de la caste à
+laquelle ils appartiennent (_Labbo_, _Diawando_, etc.).
+
+5o _Toucouleurs._ — Les Toucouleurs ou Foutanké, peu nombreux du reste
+dans le Haut-Sénégal-Niger, se répartissent en quatre fractions selon
+qu’ils sont originaires du _Dimar_ (ouest du Toro), du _Toro_ (province
+de Podor, les _Toronké_ ou _Toronâbé_), du _Fouta_ proprement dit
+(province de Saldé, les _Foutanké_ propres, comprenant les Foutanké du
+Lao, les Foutanké Irlâbé, les Bosséâbé, les Ebiâbé et les Koliâbé) ou du
+_Damga_ (province de Matam, comprenant les Dénianké, les Toucouleurs du
+Ganar et les Aéranké).
+
+En outre, comme les Peuls, ils se divisent en un certain nombre de clans
+dont les principaux sont ceux des _Ba_ ou _Boli_, des _Ka_, des _Si_ ou
+_Bari_, des _Sô_[68], des _Li_, des _Fal_, des _Tal_, des _Sal_, des
+_Diao_, des _Kane_, des _Diko_, etc.[69].
+
+6o _Songaï._ — Le peuple songaï, tel qu’il se présente aujourd’hui,
+comprend les _Arma_, les _Gabibi_ et les _Sorko_ ou _Kourteï_, classes
+ou castes dont nous avons vu plus haut la composition. J’ai dit
+également qu’il convenait d’y rattacher les fractions du Sud-Est connues
+sous les noms de _Dendi_, _Djerma_ et _Zaberma_. A Tombouctou, on range
+habituellement parmi les Songaï la classe des _alfa_ ou docteurs
+musulmans (_alfa_ serait l’abréviation de l’arabe _al-faqih_ « le
+jurisconsulte ») : en réalité ces _alfa_ sont d’origines multiples et se
+composent de gens appartenant à des peuples très divers.
+
+Les Songaï se divisent en clans, comme les Peuls, les Toucouleurs et
+tous les peuples du Soudan (Maures et Touareg exceptés), mais je ne
+possède que fort peu d’informations sur leurs noms de clan ; je sais
+seulement qu’on rencontre chez eux les clans des _Meïga_ et des
+_Haïdara_, ce dernier comprenant les Arma qui revendiquent une origine
+chérifienne, et que la caste des Sorko se répartit entre deux grands
+clans, celui des _Faran_ ou _Faram_ et celui des _Fono_.
+
+7o _Bozo._ — On a parfois identifié les Bozo avec les Sorko d’une part
+et les Somono de l’autre : c’est une erreur au point de vue ethnique. Il
+existe bien à la vérité un trait commun entre ces trois groupements :
+tous les trois se livrent à la pêche et à la navigation. Mais les Sorko
+et les Somono ne se livrent qu’à ce double métier, ou plutôt ce métier
+est, en quelque sorte, le privilège de leur caste : ils forment, les
+premiers chez les Songaï, les seconds chez les Banmana, une caste
+analogue à celle des Soubalbé chez les Peuls, caste de pêcheurs et de
+bateliers. Les Bozo, au contraire, ne constituent pas une caste, au
+moins à l’heure actuelle, et ne sont pas exclusivement pêcheurs et
+bateliers ; certains habitent des villages assez éloignés du fleuve et
+s’y livrent à l’agriculture. Les Sorko sont des Songaï, les Somono sont
+des Banmana ; les Bozo forment un peuple à part. Je n’ai pas de
+renseignements sur les noms de clan portés par les Bozo, sauf sur ceux
+des clans _Diennépo_, _Sétao_ et _Karapata_, cités par M. Ch. Monteil.
+
+8o _Soninké._ — Je range dans le peuple soninké, au moins au point de
+vue ethnique, la tribu des _Nono_ et ceux de ses représentants actuels
+qu’on appelle communément les _Diennenké_ parce qu’ils constituent la
+presque totalité de la population de Dienné. J’y range aussi les
+_Diawara_ (_Sagoné_ ou _Sahonéra_ et _Dabo_), groupement hybride
+participant à la fois de la tribu, de la caste et du clan, et qui paraît
+correspondre chez les Soninké au groupement des Diawambé chez les Peuls.
+
+Les clans proprement dits sont nombreux chez les Soninké. Les plus
+répandus dans le Haut-Sénégal-Niger sont ceux des _Diakaté_, _Diakhaté_,
+_Diaghaté_ ou _Niakaté_, des _Sissé_, des _Silla_, des _Diâbi_ ou
+_Diâbira_, des _Sakho_, des _Tounkara_[70], des _Daramé_, des _Kamara_,
+des _Sissokho_, _Soussokho_ ou _Sossé_, des _Niarè_, des _Touré_ (dont
+font partie les _Daraoué_), des _Doukouré_, des _Diarisso_ ou
+_Diaressi_, des _Koromakha_ ou _Koromaga_, des _Soumaré_, des _Souaré_,
+des _Sibi_, des _Bakili_ ou _Simbara_ ou _Sempré_, des _Gourseï_, des
+_Kounaté_ ou _Kounaré_, des _Taraoré_, des _Diabouraga_, des _Gaoudéra_,
+des _Kanndé_ ou _Kannté_, des _Koumma_ ou _Koumba_, des _Kaba_, des
+_Fofana_, des _Ouagui_, des _Dikéné_, des _Bérété_, des _Diagouraga_,
+des _Soma_, des _Koné_, des _Séméga_, des _Maréga_, des _Mokhossiré_,
+des _Tiléra_, des _Gakou_, des _Sarambounou_, des _Yatéra_ ou _Yaté_,
+des _Timéra_ ou _Timété_, des _Fadé_, des _Nambounou_, des _Goundiémou_,
+des _Galadyi_, des _Baradyi_, des _Soudouré_, des _Kalé_, des _Mana_,
+des _Koussata_, des _Samoura_, des _Mangara_, etc. Les Soninké qui se
+prétendent d’origine chérifienne se donnent le nom de _Sirifé_ ou, dans
+la région de Dienné-Tombouctou, celui de _Haïdara_.
+
+Au point de vue ethnique, je considère comme Soninké tous les _Marka_ de
+la Boucle du Niger et des pays banmana et malinké, bien que la plupart
+ne fassent plus usage de leur langue et aient adopté le parler des
+Dioula, celui des Banmana ou celui des Malinké selon les régions, comme
+les Soninké de Dienné ont adopté la langue songaï. On donne souvent
+comme Marka, c’est-à-dire Soninké, les _Dafing_ ou musulmans du Dafina :
+en réalité les Dafing se composent, au point de vue de leur origine, en
+partie de Soninké et en partie de Dioula.
+
+9o _Dioula._ — Les Dioula ne se répartissent pas en tribus ; peut-être
+même serait-il plus exact de les considérer comme une tribu que comme un
+peuple, au moins au point de vue linguistique. Mais ils se divisent en
+clans, dont les principaux sont ceux des _Ouatara_, des _Konaté_ ou
+_Kounaté_, des _Sissé_, des _Konndé_ ou _Koné_, des _Kouloubali_ ou
+_Kouroubari_, des _Sarhandorho_ ou _Sarhanorho_, des _Kamara_ ou
+_Kamaya_, des _Sinngaré_ ou _Sinnari_, des _Diâbi_, des _Fofana_, des
+_Touré_, des _Dao_, des _Dagnorho_, des _Dosso_, des _Barho_, des
+_Timété_, des _Kangoté_, des _Garamvoté_, des _Tondossama_ ou
+_Samatondo_, des _Siya_, des _Nanaya_, des _Dérébo_, des _Daramé_, des
+_Karidioula_, des _Sissouma_, des _Bérété_, des _Sorhoba_, des
+_Dembélé_, des _Koïta_, des _Somarha_, des _Koro_, des _Taraoré_, des
+_Bamba_, des _Kérou_, des _Sarha_, des _Sânou_, etc. On rencontre aussi
+des _Sirifé_, qui se prétendent d’origine chérifienne.
+
+J’ai cru devoir rattacher aux Dioula la petite tribu des _Boron_ ou
+_Bolon_, qui a des représentants dans les cercles de Bobo-Dioulasso
+(8.000) et de Koury (450).
+
+10o _Kâgoro._ — Le peuple — ou la tribu si l’on préfère — des Kâgoro a
+comme clans principaux ceux des _Kâgorota_, des _Fofana_, des _Kané_,
+des _Tounkara_, des _Magaza_ ou _Makassa_, des _Konaté_, des _Touré_.
+
+11o _Banmana._ — Les Banmana, comme les Dioula, les Kâgoro, les
+Khassonké, les Malinké et les Foulanké, pourraient être considérés,
+surtout au point de vue linguistique, comme ne formant qu’une tribu,
+plutôt qu’un peuple. Ils se divisent en plusieurs fractions politiques
+et géographiques (Kaartanka, Bélédougouka, Ségouka, Baninkoka, etc.).
+Leurs clans principaux sont ceux des _Kouloubali_ (dont font partie les
+_Massassi_)[71], des _Taraoré_ ou _Travélé_ (dont font partie les
+_Dembélé_ ou _Dambélé_), des _Doumouya_ ou _Doumbouya_ (dont font partie
+les _Kourouma_), des _Diara_ (dont font partie les _Konnté_ ou _Koné_ et
+les _Sinngaré_), des _Fofana_, des _Konaté_ ou _Kounari_, des
+_Koussata_, des _Tangara_, des _Kanté_ ou _Kané_, des _Niarè_, des
+_Touré_, des _Dansira_[72], des _Mariko_, des _Sanorho_, des _Sissé_,
+des _Samakè_, des _Kamara_, des _Bouaré_, etc.
+
+Ainsi que je l’ai dit plus haut, je rattache aux Banmana la caste des
+_Somono_ (pêcheurs et bateliers). D’autres castes existent encore chez
+les Banmana : celles des _Noumou_ (forgerons et potiers), des _Lorho_
+(bijoutiers en cuivre), des _Koulè_ (artisans en bois), des _Diêli_
+(griots), des _Founè_ ou _Founérhè_ (griots religieux et magiciens), des
+_Donso_ ou _Lonzo_ (chasseurs) ; ces différentes castes ne sont pas
+spéciales au peuple banmana : on les retrouve sous les mêmes noms chez
+les autres peuples mandé et, sous d’autres noms, chez la plupart des
+peuples du Soudan. Dans chaque peuple donné, les membres de ces castes
+ne sont pas désignés par les indigènes sous le nom du peuple, mais sous
+le nom de leurs castes respectives ; cependant, au point de vue
+ethnique, il convient de les incorporer dans l’ensemble du peuple.
+
+12o _Khassonkè._ — Les Khassonkè, fort peu nombreux, renferment les
+clans des _Sissokho_ ou _Soussokho_ ou _Sossé_, des _Séga_, des
+_Sambala_, des _Diala_, des _Fali_, des _Diakité_ ou _Diakhaté_, des
+_Sangaré_, des _Sidibé_, des _Diallo_, etc.
+
+13o _Malinké_ ou Mandingues. — Le peuple — ou la tribu — mandingue se
+divise en plusieurs sous-tribus qui sont surtout des fractions
+géographiques et qui, en ce qui concerne le Haut-Sénégal-Niger, sont
+celles du _Manding_ proprement dit, du _Bambougou_ ou Bambouk, du
+_Gangaran_, du _Ouassoulou_, etc.
+
+Les clans principaux sont ceux des _Keïta_ (dont font partie les
+_Mansaré_[73], les _Kanessi_ et les _Batassi_), des _Diara_ (dont font
+partie les _Konnté_ ou _Koné_), des _Kouloubali_ (dont font partie les
+_Bamba_), des _Taraoré_ (dont font partie les _Dembélé_), des _Doumouya_
+(dont font partie les _Kourouma_), des _Diarassouba_, des _Kamissorho_,
+des _Sissé_, des _Sarhanorho_, des _Kamara_ ou _Kamaaté_, des _Diabaaté_
+ou _Diawaté_, des _Konaté_ ou _Koyaté_, des _Kannté_, des _Tounkara_,
+des _Fané_ ou _Fani_, des _Samakè_, des _Fofana_, des _Diomansi_ ou
+_Diomandé_, des _Sissoko_ (comprenant les _Maga_ et les _Koromaga_), des
+_Barhayorho_, des _Mariko_, des _Doukouré_, des _Béré_ ou _Béréya_ ou
+_Bérété_, des _Mété_ ou _Mérité_, des _Souko_, des _Demba_, des
+_Sakiliba_[74], etc. Il faut y ajouter quelques _Sirifé_ de prétendue
+origine chérifienne.
+
+14o _Foulanké._ — Les Foulanké sont, comme je l’ai dit plus haut, des
+descendants de Peuls très fortement métissés de sang mandingue et qui,
+par leurs mœurs et leur langage, ne se distinguent guère aujourd’hui des
+Malinké proprement dits. On les reconnaît surtout grâce à leurs noms de
+clan, qui sont presque exclusivement _Diakité_, _Sankaré_ ou _Sangaré_,
+_Sidibé_ et _Diallo_.
+
+15o _Diallonké._ — Les clans principaux des Diallonké du Haut-Sénégal-
+Niger sont ceux des _Monékata_, des _Kessékho_, des _Dagnokho_, des
+_Dao_, des _Kontaga_, des _Touré_, des _Diatara_, des _Dansoko_, des
+_Bamba_ ou _Bambaya_, des _Siré_ ou _Siréya_, des _Kelléma_, etc.
+
+16o, 17o et 18o _Samo_, _Samorho_ et _Sia_. — Je ne possède pas de
+renseignements suffisamment certains sur les clans de ces trois peuples,
+pas plus que sur ceux des tribus de classification douteuse qui les
+avoisinent (_Blé_, _Natioro_, _Ouara_ et _Sembla_). La plupart des
+individus appartenant à ces peuples ou tribus, lorsqu’on les interroge
+sur leur clan, répondent par un _diamou_ (nom de clan) dioula (ou mossi
+s’il s’agit des Samo), mais il est fort probable que ce _diamou_ dioula
+ou mossi n’est qu’une sorte de traduction de leur _diamou_ national.
+
+19o _Sénoufo._ — J’ai donné plus haut la liste de dix tribus sénoufo
+dont la présence a été constatée dans le Haut-Sénégal-Niger. Je dois
+ajouter qu’à la tribu des _Siénérhè_ se rattache la sous-tribu des
+_Niéné_, qui a des représentants dans le cercle de Bougouni. Je ne
+connais que cinq clans sénoufo, ceux des _Soroo_, des _Yéo_, des
+_Siluè_, des _Tuô_ et des _Sékongo_, mais il en existe probablement
+d’autres : c’est ainsi qu’on signale, chez les Sénoufo du cercle de
+Koutiala, les clans des _Malé_, des _Péné_ et des _Ounogo_. Comme les
+Samorho et les Sia, les Sénoufo s’attribuent fréquemment des noms de
+clan dioula, banmana ou malinké (Kouloubali, Ouatara, Koné, Diarassouba,
+Touré, Dagnorho, Kamara, Sânou, Dembélé, Fofana, etc.).
+
+Les mêmes castes existent chez les Sénoufo que chez les Mandé et les
+Peuls ; je ne connais pas les noms que revêtent ces castes chez les
+Sénoufo, sauf celui de la caste des _Sono_ ou _Sonon_, qui correspond à
+peu près à celle des Founè chez les Mandé (griots religieux et
+magiciens).
+
+20o à 40o _Famille voltaïque._ — Nous ne possédons encore que des
+renseignements fort incomplets sur la composition des 21 peuples de
+famille voltaïque que l’on rencontre dans le Haut-Sénégal-Niger, en ce
+qui concerne leurs tribus, sous-tribus, castes et clans.
+
+Je puis dire seulement que les _Dagari_ se divisent en deux grandes
+tribus : celle des _Dagari_ proprement dits, appelés par les Dioula
+_Dagari-Fing_ (Dagari noirs), et celle des _Oulé_ ou _Oulé-Oulé_,
+appelés par les Dioula _Dagari-Oulé_ (Dagari rouges). La première
+comprend de nombreuses sous-tribus, dont les principales portent, en
+territoire français, les noms de _Dakpélé_ ou _Dafiélé_, _Gban-né_,
+_Zéghè_, _Gbolé_, etc.
+
+Je sais aussi que tous les peuples de la famille voltaïque se
+répartissent en clans, mais nous ne connaissons la plupart du temps que
+l’équivalent mandé de leurs _diamou_ ou _sondré_ nationaux. Toutefois,
+le capitaine Dominé nous a révélé les principaux noms de clan des
+_Lobi_ : ce sont _Da_, _Héna_, _Noufi_, _Kambou_ ou _Kambiri_,
+_Dioloumpo_, _Pala_, _Somé_. J’ajouterai que, chez les Mossi, l’un des
+clans les plus répandus est, d’après le Père Brun, celui des _Pima_[75].
+
+
+=Répartition numérique des peuples du Haut-Sénégal-Niger par races,
+familles et religions.= — La _race blanche_, en y comprenant — quelque
+illogique que ce soit — non seulement les Maures, les Touareg et les
+Peuls les plus métissés de sang nègre, mais encore les Nègres purs qui
+vivent avec eux (Harrâtîn, Bella et Rimaïbé), renferme, dans les
+territoires civils actuels du Haut-Sénégal-Niger, 566.175 représentants,
+tous musulmans à l’exception de 35.646 Peuls animistes[76]. La
+répartition de ces 566.175 indigènes entre les deux familles sémitique
+et hamitique serait fort malaisée.
+
+Le reste des 4.800.000 habitants de la colonie[77], soit 4.233.528 —
+l’immense majorité en un mot —, appartient à la _race noire_ et renferme
+608.642 musulmans seulement, au grand maximum, contre 3.624.886
+animistes. La répartition des indigènes de race noire entre les cinq
+familles est la suivante :
+
+ famille voltaïque 2.292.088 indigènes, dont 26.209 musulmans ;
+
+ — mandé 1.435.001 — , dont 440.851 — ;
+
+ — sénoufo 343.470 — , dont 0 — ;
+
+ — songaï 101.582 — , dont 101.582 — ;
+ (totalité)
+
+ — tekrourienne 38.256 — , dont 36.706 — ;
+
+ tribus non classées 19.035 — , dont 0 — ;
+
+ étrangers divers 4.096 — , dont 3.294 — ;
+ --------- -------
+ Total: 4.233.528 — , dont 608.642 — .
+
+La famille voltaïque renferme à elle seule, comme on le voit, plus de la
+moitié de la population de race noire et près de la moitié de la
+population totale de la colonie, et la famille mandé renferme à peu près
+le tiers de la population de race noire et le quart de la population
+totale.
+
+Les musulmans ne forment que le septième de la population de race noire
+et un peu moins du quart de la population totale.
+
+
+=Répartition numérique par subdivisions ethniques et par zones
+géographiques et administratives.=
+
+1o _Maures de l’Azaouad_ (y compris les Harrâtîn).
+
+ Zone saharienne 26.000
+
+ Cercles de Tombouctou 5.715
+
+ Cercle de Niafounké 300
+ ------
+ Total 32.015 (tous musulmans).
+
+Les _Bérabich_ habitent principalement la région d’Araouân et sont
+maîtres de la route conduisant de Tombouctou à Taodéni. Leurs sous-
+tribus se rencontrent : les _Tormoz_, entre Bassikounou et Ras-el-Ma ;
+les _Ousra_ et les _Borrada_, entre Ras-el-Ma et Araouân ; les _Oulad-
+Noumou_, _Oulad-el-hadj-el-Hassân_ et _Idao-Yata_ (ces derniers
+sédentaires), dans la vallée du Niger en aval de Niafounké.
+
+Les _Kounta_ du Haut-Sénégal-Niger habitent près et au Nord-Est de
+Tombouctou, à Araouân, dans la région de Mabrouk et au Sud du Niger,
+répandus parmi les Touareg. Les Chorfa de Tombouctou se rattachent aux
+Kounta. Il convient de noter qu’on rencontre aussi dans le Hodh quelques
+familles de Kounta (Oulad-sidi-Boubakar, Oulad-Bousseïf et Oulad-sidi-
+Haïballah) que j’ai comptées avec les Maures du Hodh.
+
+
+2o _Maures du Hodh_ (y compris les Zenaga, les Guirganké et les
+Harrâtîn).
+
+ Zone saharienne 40.000
+
+ Résidence de Kiffa 20.000
+
+ Cercle de Goumbou 4.557
+
+ — Kayes 4.260
+
+ — Sokolo 1.830
+
+ — Nioro 1.776
+ ------
+ Total 72.423 (tous musulmans).
+
+Les _Regueïbât_ habitent principalement dans la résidence de Kiffa ; les
+_Idao-Aïch_ dans cette même résidence, dans le cercle de Nioro
+(Bakounou-sud) et dans le cercle de Kayes (Ahl-sidi-Mahmoud), ainsi
+qu’entre Kiffa et Tichit et au Nord-Est du cercle de Nioro (Laghlal) ;
+les _Ahl-Tichit_ se rencontrent dans la région de Tichit et dans les
+cercles de Nioro (Kingui) et de Goumbou (Mourdia) ; les _Oulad-Mbarek_
+se trouvent surtout dans la province de Nioro (Kingui), dans le cercle
+de Goumbou et au Nord de ce cercle, ainsi que dans le cercle de Kayes et
+dans l’Est de Kiffa (Askeur et Tanoazit) et au Nord de Goumbou et de
+Sokolo (Oulad-Mahmoud) ; les _Mejdouf_, avec les Tâleb-Mokhtar, habitent
+entre Goumbou et Oualata et entre Sokolo et Ras-el-Ma ; les _Oulad-
+Delim_ (Oulad-Daoud, Deïlouba et Allouch) se rencontrent dans la région
+comprise entre Bassikounou, Soumpi et Ras-el-Ma, les Oulad-Daoud
+proprement dits étant surtout sédentaires ; les _Oulad-Nasser_ habitent
+au Sud-Ouest de Oualata, au Nord des Oulad-Mbarek ; les _Chorfa_, très
+mélangés de Soninké, habitent principalement les villes de Tichit,
+Oualata et Néma, où ils se livrent au commerce et au travail des cuirs,
+tout en s’occupant de religion ; enfin les _Guirganké_, Maures demi-
+sédentaires métissés de Peuls, se trouvent surtout dans le cercle de
+Goumbou (Bakounou-Nord, Kolon, Ouagadou, Ouaharo), et (sous le nom de
+_Massîn_ ou _Ahl-Massina_) dans les villes de Tichit, Néma, Oualata,
+etc.
+
+
+3o _Touareg_ (y compris les Bella).
+
+ Zone saharienne 8.000
+
+ Cercles de Tombouctou 28.019
+
+ Cercle de Dori 12.000
+
+ — Hombori 8.000
+
+ — Niafounké 1.000
+ ------
+ Total 57.019 (tous musulmans).
+
+Les habitats respectifs des _Iguellad_ et des _Kel-Tadmekket_ sont
+aujourd’hui assez mêlés, quoique, d’une façon générale, les premiers se
+rencontrent surtout dans la région de Tombouctou et les seconds dans
+l’Est de la Boucle du Niger.
+
+Les _Iguellad_ sont principalement nombreux du côté de Ras-el-Ma, de
+Goundam et de Tombouctou ; les Tagama se rencontrent près du lac Fati et
+dans l’Est de Tombouctou, les Kel-Nkounder et Kel-Ncheria dans la
+province de Goundam, les Kel-Antassar près des lacs de la rive gauche et
+au Nord-Est de Tombouctou.
+
+Les _Kel-Tadmekket_ sont dispersés de Tombouctou à Gao, à l’intérieur de
+la Boucle du Niger, mais possèdent aussi des fractions sur la rive
+gauche du fleuve : les Tenguéréguif se rencontrent dans la région des
+lacs, les Igouadaren du côté de Bamba (rive Nord et rive Sud), les Kel-
+Temoulaï sur la rive droite du Niger à l’Est de Tombouctou, les
+Irréganaten au Sud-Ouest de Bamba, les Chorfiga près du lac Fati, dans
+le Kili et le Kissou et dans le cercle de Hombori, les Kel-es-souk dans
+l’Est du cercle de Hombori, les Imededrhen dans l’Azaouad-Nord, les
+Idnân à l’Est de Mabrouk.
+
+Les _Oulmidden_, qui forment la plus nombreuse des grandes tribus
+touareg, habitent surtout dans le Territoire Militaire, à l’Est et au
+Nord-Est de Gao ; cependant on en rencontre aussi sur la rive droite du
+Niger à hauteur de Gao ainsi qu’en plusieurs points du fleuve (Kel-
+Oulli), autour des mares de Gossi et dans le cercle de Hombori (Kel-
+Gossi), au Sud de Bamba et de Bourem (Kel-Gheress), à cheval sur les
+cercles de Hombori et de Dori (Oudalen) et dans le cercle de Dori
+(Tenguéréguédech).
+
+Quant aux sous-tribus de rattachement incertain, on les trouve dans le
+district de Bamba (Kel-Guerisouân, Kel-Tigouelt, Imakelkellen,
+Ibourliten, Imetchas, Kel-Rila), dans le cercle de Hombori (Déguésellen
+et Chemenama) et dans le cercle de Dori (Damossân et Missiguender).
+
+
+4o _Peuls_ (y compris les Silmimossi et les Rimaïbé).
+
+ Cercle de Niafounké 74.832 (dont 14.832 animistes).
+
+ — Ouagadougou 48.753 (tous musulmans).
+
+ — Dori 42.791 —
+
+ — Dienné 38.944 —
+
+ — Mopti 35.278 —
+
+ — Ouahigouya 27.435 (dont 10.549 animistes).
+
+ — Koury 27.179 (tous musulmans).
+
+ — Ségou 20.968 (dont 1.230 animistes).
+
+ — Nioro 19.753 (tous musulmans).
+
+ — Bandiagara 15.231 (dont 3.068 animistes).
+
+ — Goumbou 12.697 (tous musulmans)[78].
+
+ — Fada-n-Gourma 9.752 —
+
+ Circonscription de San 9.243 (dont 3.800 animistes).
+
+ Cercle de Sokolo 6.230 (tous musulmans).
+
+ — Say 5.000 —
+
+ — Hombori 3.937 —
+
+ — Bobo-Dioulasso 2.130 (dont 1.930 animistes).
+
+ — Koutiala 1.750 (tous musulmans).
+
+ — Satadougou 1.078 —
+
+ — Bafoulabé 1.000 —
+
+ — Bamako 737 (dont 237 animistes).
+ -------
+ Total 404.718 (dont 35.646 animistes et
+ 369.072 musulmans).
+
+On voit par ce tableau que les Peuls se rencontrent dans 21 des 29
+circonscriptions administratives de la colonie : seuls, les districts
+purement sahariens (Kiffa et les deux cercles de Tombouctou), le cercle
+de Kayes et quatre cercles du Sud (Kita, Bougouni, Sikasso, Gaoua) en
+sont totalement dépourvus. Mais on remarquera aussi que les Peuls sont
+surtout nombreux le long de la lisière sud du Sahara, particulièrement
+dans la partie qui avoisine la zone des inondations (Massina) et au Sud
+de l’Azaouad ; ils diminuent à mesure que l’on s’avance vers le Sud de
+la colonie.
+
+
+5o _Toucouleurs_.
+
+ Cercle de Nioro 18.706 (tous musulmans)
+
+ — Ségou 7.000 —
+
+ — Kayes 5.050 (dont 1.550 animistes).
+
+ — Satadougou 3.000 (tous musulmans).
+
+ — Bandiagara 1.500 —
+
+ — Bafoulabé 1.000 —
+
+ — Say 1.000 —
+
+ — Kita 500 —
+
+ — Mopti 500 —
+ ------
+ Total 38.256 (dont 1.550 animistes et 36.706
+ musulmans).
+
+Les Toucouleurs ne sont en somme représentés dans le Haut-Sénégal-Niger
+que par quelques colonies peu nombreuses, dont les plus importantes —
+celles des cercles de Nioro et de Ségou — proviennent des immigrations
+qui se produisirent à l’occasion des conquêtes d’El-hadj-Omar. Le gros
+de la population toucouleure habite la colonie du Sénégal.
+
+
+6o _Songaï_.
+
+ Cercles de Tombouctou 60.058
+
+ Cercle de Hombori 12.063
+
+ — Niafounké 10.809
+
+ — Say 10.000
+
+ — Dori 3.029
+
+ — Mopti 2.317
+
+ — Ouahigouya 2.206
+
+ — Bandiagara 1.000
+
+ — Dienné 100
+ -------
+ Total 101.582
+
+Les Songaï ne forment pas un peuple bien nombreux et les territoires
+civils du Haut-Sénégal-Niger n’en renferment qu’une partie, le reste
+habitant la rive gauche du Niger de Bourem à Niamey ainsi que la région
+de Dosso. Ceux de la colonie civile sont répandus surtout le long des
+deux rives du Niger depuis Mopti jusqu’à Bamba et ensuite le long de la
+rive droite ; on en rencontre très peu lorsqu’on s’éloigne du fleuve ou
+de ses lacs et canaux. Ils disparaissent vers Mopti, lorsqu’on remonte
+le Niger : Dienné, qui passe bien à tort pour être une ville songaï, ne
+renferme que trois familles ayant des ascendants songaï, et l’immense
+majorité de ses habitants est d’origine soninké ; il est vrai que ces
+Soninké parlent aujourd’hui le songaï, mais c’est là un phénomène dû à
+des raisons politiques et économiques dont nous parlerons plus loin, et
+qui n’a rien à voir avec l’origine des Diennenké. Lors donc que l’on
+s’est appuyé sur les caractères physiques des gens de Dienné pour
+démontrer la soi-disant origine égyptienne ou libyque des Songaï[79], on
+a commis la même erreur de principe qu’en s’appuyant, pour prouver la
+même origine, sur le type architectural des maisons de Dienné, lequel
+type ne représente en rien l’architecture songaï et est d’ailleurs
+d’importation marocaine et non pas égyptienne.
+
+
+7o _Famille mandé_ (1.435.001 représentants).
+
+ Groupe Groupe du Groupe Totaux par
+ du Nord Centre du Sud cercles
+ --- --- --- ---
+ Cercle de Bamako 10.070 180.272 » 190.342
+
+ — Bougouni 4.645 148.701 » 153.346
+
+ — Ségou 17.680 109.758 » 127.438
+
+ — Koury 73.527 » 43.470 116.997
+
+ — Sikasso 27.302 59.878 20.705 107.885
+
+ — Ouagadougou 84.869 » » 84.869
+
+ — Nioro 58.893 13.054 » 71.947
+
+ — Bobo-Dioulasso 40.815 » 27.780 68.595
+
+ — Kayes 24.100 34.897 » 58.997
+
+ — Kita » 54.926 3.067 57.993
+
+ — Goumbou 25.819 24.442 » 49.261
+
+ — Bafoulabé » 47.870 » 47.870
+
+ — Dienné 24.947 17.247 » 43.194
+
+ — Ouahigouya 19.764 » 21.939 41.703
+
+ — Koutiala 11.380 30.055 » 41.435
+
+ Circonscription de San 20.860 20.103 » 40.963
+
+ Cercle de Satadougou » 28.000 6.757 34.757
+
+ — Niafounké 13.000 16.000 » 29.000
+
+ — Sokolo 8.250 19.996 » 28.246
+
+ — Mopti 7.930 7.277 » 15.207
+
+ — Bandiagara 2.405 928 9.823 13.156
+
+ Zone saharienne 10.000 » » 10.000
+
+ Cercle de Gaoua 1.800 » » 1.800
+ ------- ------- ------- ---------
+ Totaux 488.056 813.404 133.541 1.435.001
+ [80] [81] [82] [83]
+
+
+A. — Groupe du Nord (488.056 représentants).
+
+ Totaux
+ Bozo Soninké Dioula par
+ cercles
+ --- --- --- ---
+ Cercles de
+
+ Ouagadougou » 425 84.444 84.869
+
+ Koury » 30.000 (dont 43.527 (dont 73.527
+ 5.000 an.) 18.037 an.)[84]
+
+ Nioro » 58.893[85] » 58.893
+
+ Bobo-Dioulasso » 1.600 39.215 (dont 40.815
+ 34.965 an.)[86]
+
+ Sikasso » » 27.302 (dont 27.302
+ 24.556 an.)
+
+ Dienné 12.079 13.868[87] » 25.947
+
+ Goumbou » 24.819 » 24.819
+
+ Kayes » 24.100 (dont » 24.100
+ 6.100 an.)
+
+ Circonscription 312 16.112 4.436 20.860
+ de San
+
+ Cercles de
+
+ Ouahigouya » » 19.764 19.764
+
+ Ségou » 17.680 » 17.680
+
+ Niafounké » 13.000 » 13.000
+
+ Koutiala » 7.098 4.282 (dont 11.380
+ 1.838 an.)
+
+ Bamako » 10.070 (dont » 10.070
+ 2.380 an.)
+
+ Zone saharienne » 10.000 » 10.000
+
+ Cercles de
+
+ Sokolo » 8.250 » 8.250
+
+ Mopti 1.826 6.104 » 7.930
+
+ Bougouni » 2.145 (dont 2.500 (dont 4.645
+ 1.110 an.) 88 an.)
+
+ Bandiagara 1.177 1.228 (dont » 2.405
+ 324 an.)
+
+ Gaoua » » 1.800 1.800
+ ------ -------- ------- -------
+ Totaux 15.394 245.392 227.270 488.056
+
+ (tous (dont 13.814 (dont 79.484
+ musulmans) an.) an.)
+
+On voit par le tableau qui précède que les _Bozo_ (15.394, tous
+musulmans) sont localisés dans les cercles de Dienné, Mopti et
+Bandiagara, avec quelques représentants à San ; que les Soninké
+(245.392, dont 231.578 musulmans et 13.814 animistes) sont représentés
+surtout dans le Sahel (cercles de Kayes, Nioro, Goumbou, Sokolo,
+Niafounké, Mopti, Dienné) et dans la partie de la région soudanaise qui
+touche au Sahel (Nord du cercle de Bamako, Nord du cercle de Ségou,
+circonscription de San, Nord du cercle de Koury), avec quelques colonies
+dans les villes sahariennes (Tichit, Taodéni, Oualata, Néma, etc.), le
+reste du Haut-Sénégal-Niger n’en renfermant qu’un nombre infime ;
+qu’enfin les _Dioula_ (227.270 dont 147.786 musulmans et 79.484
+animistes) se trouvent tous dans le Sud et le Sud-Ouest de la Boucle du
+Niger (cercles de Ouagadougou, de Ouahigouya, de Koury, de Bobo-
+Dioulasso, de Sikasso, principalement). Comme nous le verrons plus loin,
+presque tous les Soninké habitant la Boucle du Niger ont abandonné leur
+langue pour adopter le parler des Dioula.
+
+
+B. — Groupe du Centre (813.404 représentants).
+
+ [Khass. : Khassonkè ; C. : Cercle de ; Circns. : Circonscription]
+
+ Totaux
+ Kâgoro Banmana Khass. Malinké Foulanké par
+ cercles
+ --- --- --- --- --- ---
+ C. Bamako 1.850 146.966 » 31.456 » 180.272
+
+ — Bougouni » 104.216 » 3.297 41.188 148.701
+
+ — Ségou » 109.758 » » » 109.758
+
+ — Sikasso » 30.000 » » 29.878 59.878
+
+ — Kita 6.368 2.339 » 26.219 20.000 54.926
+
+ — Bafoulabé » 2.100 » 30.770 15.000 47.870
+
+ — Kayes » » 7.906 26.991 » 34.897
+
+ — Koutiala » 30.055 » » » 30.055
+
+ — Satadougou » » » 28.000 » 28.000
+
+ — Goumbou 2.332 22.110 » » » 24.442
+
+ Circns. de San » 20.103 » » » 20.103
+
+ C. Sokolo » 19.996 » » » 19.996
+
+ — Dienné » 17.247 » » » 17.247
+
+ — Niafounké » 16.000 » » » 16.000
+
+ — Nioro 414 9.355 3.285 » » 13.054
+
+ — Mopti » 7.277 » » » 7.277
+
+ — Bandiagara » 928 » » » 928
+ ------ ------- ------ ------- ------- -------
+ Totaux 10.964 538.450 11.191 146.733 106.066 813.404
+
+Sur les 813.404 représentants du groupe des Mandé du Centre dans le
+Haut-Sénégal-Niger, on compte 767.511 animistes et seulement 45.893
+musulmans, qui se répartissent en 29.639 Banmana (dont les Somono
+forment le plus grand nombre), 4.285 Khassonkè, 3.380 Malinké et 8.589
+Foulanké. Les Kâgoro sont tous animistes.
+
+Les _Kâgoro_ ne forment que de petits groupes disséminés pour la plupart
+dans le Sud du Sahel occidental. Les _Banmana_, qui constituent l’un des
+peuples les plus nombreux du Haut-Sénégal-Niger et forment à eux seuls
+les deux tiers environ des Mandé du Centre et près de la moitié de tous
+les Mandé des trois groupes réunis, se présentent sous l’aspect d’une
+masse compacte à cheval sur le Niger (cercles de Bamako, Ségou et
+Bougouni) avec des colonies fort importantes dans le Sahel d’une part et
+à l’Est du Bani d’autre part. Les _Khassonkè_, fort peu nombreux,
+peuplent le Khasso et ses dépendances (cercle de Kayes) et une portion
+du Sanga (cercle de Nioro). Les _Malinké_ sont, de tous les Mandé du
+Haut-Sénégal-Niger, ceux dont l’habitat est le plus compact et présente
+le moins de solutions de continuité ; d’une façon générale, cet habitat
+s’étend au Sud du Sénégal de la Falémé au Bakhoy (Bambouk et Gangaran),
+puis au Sud du chemin de fer du Bakhoy au Niger (Manding), enfin, à
+l’Est du Niger, au Sud du pays banmana (Ouassoulou oriental)[88]. Les
+_Foulanké_, au contraire, se trouvent éparpillés dans le Ganadougou
+(cercle de Sikasso), dans le Birgo (cercle de Kita) et dans les divers
+Fouladougou (cercles de Bougouni, Kita et Bafoulabé).
+
+
+C. — Groupe du Sud (133.541 représentants).
+
+ Totaux
+ Diallonké Samo Samorho Sia Tribus par
+ diverses cercles
+ --- --- --- --- --- ---
+ Cercles de :
+
+ Koury » 43.470 » » » 43.470
+
+ Bobo-Dioulasso » » 3.000 6.000 18.780 27.780
+
+ Ouahigouya » 21.939 » » » 21.939
+
+ Sikasso » » 20.705 » » 20.705
+
+ Bandiagara » 9.823 » » » 9.823
+
+ Satadougou 6.757 » » » » 6.757
+
+ Kita 3.067 » » » » 3.067
+ ----- ------ ------ ----- ------ -------
+ Totaux 9.824 75.232 23.705 6.000 18.780 133.541
+
+Sur les 133.541 Mandé du Sud, on ne compte que 200 musulmans, lesquels
+sont des _Sia_ de Bobo-Dioulasso. — Les 18.780 indigènes de tribus
+diverses se répartissent en 8.000 _Sembla_, 7.000 _Ouara_, 2.745
+_Natioro_ et 1.035 _Blé_, tous habitant dans le cercle de Bobo-
+Dioulasso. — Les _Diallonké_ du Haut-Sénégal-Niger habitent l’extrême
+Sud des cercles de Satadougou et de Kita. — Les _Samo_ sont surtout
+répandus dans le triangle Koury-Ouahigouya-Bandiagara. — Les _Samorho_
+habitent le Nord du cercle de Sikasso et entre cette ville et Bobo-
+Dioulasso.
+
+
+8o _Sénoufo._
+
+ Cercle de Bobo-Dioulasso 132.885
+
+ — Koutiala 108.427
+
+ — Sikasso 77.184
+
+ Circonscription de San 20.885
+
+ Cercle de Bougouni 4.089
+ -------
+ Total 343.470 (tous animistes).
+
+Ce total se décompose comme suit entre les dix tribus sénoufo
+représentées dans le Haut-Sénégal-Niger :
+
+_Bamâna_ ou _Minianka_ 129.312 (dont 108.427 dans le cercle de Koutiala
+et 20.885 dans la circonscription de San) ;
+
+_Siénérhè_ 81.273 (dont 77.184 dans le cercle de Sikasso et 4.089 dans
+le Niénédougou, cercle de Bougouni) ;
+
+Les représentants des huit autres tribus se trouvent tous dans le cercle
+de Bobo-Dioulasso : _Mbouin_ 31.875, _Folo_ 23.790, _Tourka_ 21.205,
+_Karaboro_ 18.535, _Tagba_ 17.170, _Nanergué_ 11.260, _Komono_ 5.605 et
+_Sémou_ 3.445.
+
+On remarquera que la famille sénoufo est groupée dans un territoire
+assez nettement délimité par le Bani puis le Bagbê à l’Ouest et le
+bassin supérieur de la Volta Noire à l’Est. Ce territoire se prolonge à
+la Côte d’Ivoire dans les bassins supérieurs du Bandama et de la Comoé.
+
+
+9o _Famille voltaïque_ (2.292.088 représentants).
+
+ Gr. Tombo Gr. Mossi Gr. Gourounsi Gr. Bobo
+ --- --- --- ---
+ Cercles de :
+
+ Ouagadougou » 1.116.504 205.499 1.612
+
+ Fada-n-Gourma » 175.057 » »
+
+ Ouahigouya 2.684 141.999 33.425 »
+
+ Gaoua » 93.600 » 1.600
+
+ Koury 500 2.600 25.465 107.817
+
+ Bandiagara 117.744 » » 1.369
+
+ Bobo-Dioulasso. » » » 61.105
+
+ Dori 12.000 40.180 » »
+
+ Circonscription 1.587 » » 37.992
+ de San
+
+ Cercles de :
+
+ Koutiala » » » 10.745
+
+ Say » 9.000 » »
+
+ Mopti 2.020 » » 4.678
+
+ Hombori 1.000 » » »
+
+ Dienné » » » 619
+ ------- --------- ------- --------
+ Totaux 137.535 1.578.940 264.389 227.537
+
+ [Suite]
+
+ Gr. Lobi Gr. Koulango Gr. Bariba Totaux par
+ cercles
+ --- --- --- ---
+ Cercles de :
+
+ Ouagadougou » » » 1.323.615
+
+ Fada-n-Gourma » » 5.037 180.094
+
+ Ouahigouya » » » 178.108
+
+ Gaoua 74.650 4.000 » 173.850
+
+ Koury » » » 136.382
+
+ Bandiagara » » » 119.113
+
+ Bobo-Dioulasso. » » » 61.105
+
+ Dori » » » 52.180
+
+ Circonscription » » » 39.579
+ de San
+
+ Cercles de :
+
+ Koutiala » » » 10.745
+
+ Say » » » 9.000
+
+ Mopti » » » 6.698
+
+ Hombori » » » 1.000
+
+ Dienné » » » 619
+ ------ ----- ----- ---------
+ Totaux 74.650 4.000 5.037 2.292.088
+
+Le groupe mossi compte 25.209 musulmans (24.209 Mossi et 1.000 Dagari)
+et le groupe lobi en compte 1.000 (des Dian) ; les autres groupes sont
+entièrement animistes : soit 26.209 musulmans seulement pour toute la
+famille voltaïque, contre 2.265.879 animistes.
+
+Le tableau qui précède montre que la famille voltaïque est nettement
+groupée sur le bassin de la Volta et les hauteurs qui le
+circonscrivent ; son territoire n’est occupé que par elle seule, à
+l’exception d’un certain nombre de Peuls disséminés çà et là et de
+colonies principalement urbaines peuplées de Mandé du Nord (Soninké et
+Dioula). Ce territoire s’étend au Sud sur une notable partie de la Côte
+d’Ivoire, de la Gold Coast, du Togo et du Dahomey.
+
+
+A. — Groupe tombo (137.535 représentants).
+
+ Tombo Dogom Déforo Totaux par cercles
+ --- --- --- ---
+ Cercle de Bandiagara 115.208 2.536 » 117.744
+
+ — Dori » » 12.000 12.000
+
+ — Ouahigouya » 2.684 » 2.684
+
+ — Mopti 2.020 » » 2.020
+
+ Circonscription de San 1.587 » » 1.587
+
+ Cercle de Hombori 500 500 » 1.000
+
+ — Koury 500 » » 500
+ ------- ----- ------ -------
+ Totaux 119.815 5.720 12.000 137.535
+ (tous animistes.)
+
+Les _Tombo_ habitent de préférence les sommets ou les flancs des
+falaises dites de Bandiagara, de Douentza, de Hombori, etc. Les _Dogom_
+se rencontrent à peu près dans les mêmes régions, mais ils vivent plutôt
+dans la plaine ou sur la lisière des montagnes. Quant aux _Déforo_, ils
+sont répandus surtout dans la région d’Aribinda (entre Djibo et Dori).
+
+
+B. — Groupe mossi (1.578.940 représentants).
+
+ [Nan. : Nankana ; Gour. : Gourmantché]
+
+ Totaux
+ Mossi Yansi Nan. Gour. Dagari Birifo par
+ cercle
+ --- --- --- --- --- --- ---
+ Cercles de :
+
+ Ouagadougou 1.076.434 13.214 19.836 » 7.020 » 1.116.504
+ [89] [90]
+
+ Fada-n-Gourma 21.014 25.493 » 128.550 » » 175.057
+
+ Ouahigouya 141.999 » » » » » 141.999
+ [91]
+
+ Gaoua » » » » 53.239 40.361 93.600
+ [92]
+
+ Dori 20.180 10.000 » 10.000 » » 40.180
+
+ Say » » » 9.000 » » 9.000
+
+ Koury 2.600 » » » » » 2.600
+ [93]
+ --------- ------ ------ ------- ------ ------ ---------
+ Totaux 1.262.227 48.707 19.836 147.550 60.259 40.361 1.578.940
+ [94] [95] [96]
+
+Les _Mossi_ habitent principalement les provinces du Yatenga (cercle de
+Ouahigouya), celles de Yâko, Boussouma, Béloussa, Koupéla, Ouagadougou,
+etc. (cercle de Ouagadougou), et poussent des pointes à l’Ouest vers
+Koury, au Nord-Est vers Djibo et Dori et à l’Est vers le Nord du cercle
+de Fada-n-Gourma. Les _Yansi_ se rencontrent surtout au Nord-Est du
+territoire des Mossi. Les _Nankana_ vivent près de la Volta Rouge, à
+cheval sur la frontière franco-anglaise. Les _Gourmantché_ remplissent
+la plus grande partie du cercle de Fada-n-Gourma, ainsi que l’extrême
+Sud du cercle de Dori et la pointe du cercle de Say s’avançant entre les
+deux cercles précités. Les _Dagari_ et les _Birifo_ sont, à l’exception
+d’une fraction dagari située au Nord de la frontière anglaise entre la
+Volta Noire et Léo, localisés dans le cercle de Gaoua, surtout le long
+de la Volta, bien que les Birifo s’avancent un peu plus loin du fleuve
+vers l’Ouest que les Dagari.
+
+
+C. — Groupe gourounsi (264.389 représentants).
+
+ Nioniossé Nounouma Sissala Boussansé Totaux par
+ cercles
+ --- --- --- --- ---
+ Cercles de :
+
+ Ouagadougou 34.626 58.277 7.283 105.313 205.499
+
+ Ouahigouya 33.425 » » » 33.425
+
+ Koury 10.335 15.130 » » 25.465
+ ------ ------ ----- ------- -------
+ Totaux 78.386 73.407 7.283 105.313 264.389[97]
+
+Les _Nioniossé_ se rencontrent, à côté ou au milieu des Mossi, dans les
+régions du Yatenga, de Yâko et de Ouagadougou, et en groupes plus
+compacts dans le Kipirsi (triangle Koury-Boromo-Yâko). Les _Nounouma_
+habitent à l’Ouest de la Volta Noire à hauteur de Boromo (au Nord des
+Oulé) et à l’Est du même fleuve au Sud des Nionossé et au Nord des
+Dagari propres. Les _Sissala_ vivent à l’Est des Nounouma et à l’Ouest
+des Nankana, le point de jonction des Nounouma et des Sissala coïncidant
+avec la ville de Léo. Les _Boussansé_ se trouvent entre la Volta Blanche
+et le cercle de Fada-n-Gourma, à partir de Tenkodogo en allant vers le
+Sud.
+
+
+D. — Groupe ou peuple bobo (227.537 représentants).
+
+ Kian Tara Boua Niénigué Totaux par
+ cercles
+ --- --- --- --- ---
+ Cercle de Koury » 96.227 11.590 » 107.817
+
+ Cercle de » » 39.500 21.605 61.105
+ Bobo-Dioulasso
+
+ Circonscription 30.000 6.530 1.462 » 37.992
+ de San
+
+ Cercle de Koutiala » » 10.745 » 10.745
+
+ — Mopti 4.678 » » » 4.678
+
+ — Ouagadougou » » » 1.612 1.612
+
+ — Gaoua » » » 1.600 1.600
+
+ — Bandiagara 1.369 » » » 1.369
+
+ — Dienné 619 » » » 619
+ ------ ------- ------ ------ -------
+ Totaux 36.666 102.757 63.297 24.817 227.537[98]
+
+Les _Kian_ sont les plus occidentaux des Bobo et se trouvent répandus
+non loin de la rive droite du Bani, entre Mopti et San, mais sont
+surtout nombreux aux environs de cette dernière ville. Les _Tara_ leur
+font suite vers l’Est, entre San et Koury. Les _Boua_ habitent au Sud
+des Kian et des Tara. Les _Niénigué_ se rencontrent à l’Est des Boua,
+entre ceux-ci d’une part et les Dagari-Oulé et Nounouma d’autre part.
+
+E. — Groube lobi (74.650 représentants).
+
+Ce groupe est localisé dans le cercle de Gaoua, au moins en ce qui
+concerne le Haut-Sénégal-Niger, car il a quelques représentants à la
+Côte d’Ivoire (district de Bouna). Il comprend, dans le Haut-Sénégal-
+Niger : 62.050 _Lobi_ proprement dits, habitant surtout la région de
+Gaoua et l’Ouest de ce poste ; 5.950 _Dian_, formant la majeure partie
+de la population de Diébougou et de ses environs ; 5.550 _Pougouli_,
+répandus principalement le long du Pougouliba ou Bougouriba — qui leur
+doit son nom — en amont de Diébougou ; enfin 1.100 _Gan_, vivant à
+Lorhosso dans le Sud-Ouest du cercle.
+
+Tous sont animistes, à l’exception de 1.000 Dian musulmans de la ville
+de Diébougou.
+
+F. — Groupe koulango (4.000 représentants).
+
+Ce groupe, assez nombreux à la Côte d’Ivoire, ne renferme au Haut-
+Sénégal-Niger que 4.000 individus de la tribu des _Lorho_, tous
+animistes, habitant à côté des Gan dans la région de Lorhosso, à
+laquelle ils ont autrefois donné leur nom (cercle de Gaoua)[99].
+
+G. — Groupe bariba (5.037 représentants).
+
+Ce groupe, fort important au Dahomey, n’est représenté dans le Haut-
+Sénégal-Niger que par 4.497 _Bariba_ proprement dits et 540 _Soumba_ de
+la tribu des Takamba, tous animistes, et habitant le Sud du cercle de
+Fada-n-Gourma, dans l’Atakora.
+
+
+10o _Tribus de classification douteuse_ (19.035 représentants).
+
+Ces tribus, qui, sans doute, se rattachent soit à la famille sénoufo
+soit à la famille voltaïque, forment un total de 19.035 indigènes, tous
+animistes, dont 500 appartiennent au cercle de Gaoua (_Padorho_) et
+18.535 au cercle de Bobo-Dioulasso (à savoir 10.045 _Toussia_, 3.700
+_Dorhossié_, 2.790 _Vigué_ et 2.000 _Tiéfo_).
+
+
+11o _Etrangers divers_ (4.096 représentants).
+
+Les principales colonies étrangères sont composées de _Ouolofs_ (3.205,
+tous musulmans sauf quelques chrétiens, dont 1.116 dans le cercle de
+Kayes, 1.054 dans le cercle de Nioro, 500 dans le cercle de Bamako, 433
+dans le cercle de Sikasso et 102 à Tombouctou). On compte aussi 802
+étrangers non-musulmans d’origines diverses (445 à Kayes et 357 à
+Bamako) et 89 _Haoussa_ musulmans dans le cercle de Ouagadougou ; en
+réalité le nombre des Haoussa établis dans les territoires civils du
+Haut-Sénégal-Niger et particulièrement dans le Mossi et l’Est de la
+Boucle du Niger est certainement plus considérable, mais la plupart ont
+été englobés, lors des recensements, avec les Soninké ou les Dioula, à
+cause de la similitude de leurs occupations et de leur religion.
+
+
+ =Composition de la population de chacune des circonscriptions
+ administratives.=
+
+1o _Zone saharienne._
+
+ Maures de l’Azaouad 26.000 }
+ }
+ — du Hodh 40.000 } familles sémitique
+ } et hamitique : 74.000
+ Touareg 8.000 }
+
+ Soninké 10.000 (famille mandé)
+ ------
+ Total 84.000 (environ), tous musulmans.
+
+Les Maures de l’Azaouad de la zone saharienne sont les Bérabich et les
+Kounta des régions de Taodéni, Araouân et Mabrouk ; les Maures du Hodh
+de la même zone sont ceux qui sont répandus au Nord de la région
+d’administration directe de la résidence de Kiffa et des cercles de
+Nioro, Goumbou et Sokolo (Regueïbât, Idao-Aïch, Ahl-Tichit, Oulad-
+Mbarek, Oulad-Nasser, Mejdouf, Oulad-Delim) ; les Touareg appartiennent
+aux quelques fractions (Imededrhen et Idnân principalement) répandues
+dans les environs de l’Adrar Timetrhine ; les Soninké sont les Azer de
+Tichit, Oualata, Néma, Araouân, Taodéni, etc.
+
+
+2o _Résidence de Kiffa._
+
+Maures du Hodh : 20.000 (familles sémitique et hamitique, tous
+musulmans).
+
+
+3o _Cercle de Nioro._
+
+ Maures du Hodh 1.776 } familles sémitique et hamitique : 21.529
+ } (tous musulmans).
+ Peuls 19.753 }
+
+ Toucouleurs 18.706 (famille tekrourienne, tous musulmans).
+
+ Soninké 58.893 }
+ }
+ Kâgoro 414 }
+ } famille mandé : 71.947 (dont
+ Banmana 9.355 } 4.031 animistes).
+ }
+ Khassonkè 3.285 }
+
+ Etrangers 1.054 (Ouolofs, tous musulmans).
+ -------
+ Total 113.236 (dont 4.031 animistes : 414 Kâgoro et
+ 3.617 Banmana).
+
+Les Maures se rencontrent dans le Kingui et le Bakounou-Sud. — Les Peuls
+sont surtout nombreux dans le Kingui, le Sanga ou Lankamané, le Digna ou
+Ouossébougou. — Les Toucouleurs habitent dans le Kéniarémé et le Kingui.
+— Les Soninké sont répandus dans le Diafounou, le Kéniarémé, le
+Guidioumé, une partie du Kingui, du Sanga, du Diangounté, du Dianghirté
+ou Komintara, du Bakounou-Sud et du Digna. — Les Kâgoro se trouvent dans
+le Kingui, le Sanga, le Diangounté, le Digna. — Les Banmana habitent
+dans le Kingui, le Diangounté, le Dianghirté et le Digna. — Les
+Khassonkè sont à peu près localisés au Sanga.
+
+
+4o _Cercle de Goumbou._
+
+ Maures du Hodh 4.557 } familles sémitique et hamitique : 17.254
+ } (tous musulmans)[100].
+ Peuls 12.697 }
+
+ Soninké 24.819 }
+ } famille mandé : 49.261 (dont 24.442
+ Kâgoro 2.332 } animistes).
+ }
+ Banmana 22.110 }
+ ------
+ Total 66.515 (dont 2.332 Kâgoro et 22.110 Banmana
+ animistes).
+
+Les Maures sont répandus dans le Bakounou-Nord, le Kolon, le Ouagadou,
+le Kaniaga (Ouaharo) et le Niamala (Mourdia) ; les Peuls dans le Kolon
+et le Kaniaga (Damfa) ; les Soninké dans le Bakounou-Nord, le Kolon, le
+Ouagadou, le Niamala et le Kaniaga (Damfa) ; les Kâgoro dans le Bakounou
+et le Kaniaga ; les Banmana dans le Kolon, le Niamala et le Kaniaga.
+
+
+5o _Cercle de Sokolo._
+
+ Maures du Hodh 1.830 } familles sémitique et hamitique :
+ } 8.060 (tous musulmans).
+ Peuls 6.230 }
+
+ Soninké 8.250 } famille mandé : 28.246 (dont
+ } 19.996 animistes)
+ Banmana 19.996 }
+ ------
+ Total 36.306 (dont 19.996 Banmana animistes).
+
+Les Maures se rencontrent dans les cantons d’Akor, Sokolo, Nampala,
+Néré ; les Peuls dans ceux d’Akor, Sokolo, Nampala et Dia ; les Soninké
+dans ceux d’Akor, Sokolo et Dia ; les Banmana dans ceux de Ségala,
+Sokolo et Monempé.
+
+
+6o _Cercle de Niafounké._
+
+ Maures de l’Azaouad 300 }
+ }
+ Touareg 1.000 } familles sémitique et hamitique :
+ } 76.132 (dont 14.832 Peuls animistes).
+ Peuls 74.832 }
+
+ Songaï 10.809 (famille songaï, tous musulm.)
+
+ Soninké 13.000 } famille mandé : 29.000 (dont 8.000
+ } Banmana animistes).
+ Banmana 16.000 }
+ -------
+ Total 115.941 (dont 22.832 animistes).
+
+Les Maures se rencontrent entre Soumpi et le lac Horo ; les Touareg
+entre le lac Horo et le lac Nangaï ; les Peuls dans le Farimaké, la
+région de Soumpi, le Guimbala ou Djimbala et le Fitouka ; les Songaï
+dans le Dirma (Tendirma à Saraféré), le Fitouka, le Bara et le Guimbala,
+les Sorko étant disséminés partout où il y a de l’eau à partir du lac
+Débo en allant vers le Nord. Les Soninké sont répandus sur les deux
+rives de l’Issa-Ber, ainsi que les Banmana, qu’on rencontre aussi dans
+le Farimaké.
+
+
+7o et 8o _Cercles de Tombouctou._
+
+ Maures de l’Azaouad 5.715 }
+ } familles sémitique et hamitique : 33.734
+ Touareg 28.019 }
+
+ Songaï 60.058 (famille songaï).
+
+ Etrangers 102
+ ------
+ Total 93.894 (tous musulmans).
+
+Sur ce total, on compte 19.612 indigènes pour l’ancien secteur de
+Goundam et 22.051 pour l’ancien cercle de Bamba.
+
+Les Touareg sont : dans le district de Goundam, des Imededrhen, des Kel-
+Nkounder, des Kel-Ncheria, des Tagama, des Chorfiga ; dans le district
+de Ras-el-Ma, des Kel-Antassar et des Zimmaten ; dans le district de
+Tombouctou, des Tenguéréguif, des Kel-Temoulaï, des Igouadaren, des
+Irréganaten, des Kel-Nkounder, des Kel-Ncheria, des Imededrhen, des Ahl-
+sidi-Ali ; dans le district de Bamba, des Kel-Antassar, des Kel-Oulli,
+des Idnân, des Kel-Guerisouân, des Kel-Tigouelt, des Imakelkellen, des
+Iguellad, des Igouadaren, des Imededrhen, des Kel-es-souk, des Kel-
+Gossi, des Chorfiga, des Ibourliten, des Imetchas, des Kel-Rila, des
+Kel-Gheress.
+
+Les Songaï sont concentrés près du fleuve et des lacs.
+
+
+9o _Cercle de Hombori._
+
+ Touareg 8.000 } familles hamitique et sémitique :
+ } 11.937 (tous musulmans).
+ Peuls 3.937 }
+
+ Songaï 12.063 (famille songaï, tous musulmans).
+
+ Tombo 500 } famille voltaïque (groupe tombo) :
+ } 1.000 (tous animistes).
+ Dogom 500 }
+ ------
+ Total 25.000 (dont 1.000 Tombo et Dogom animistes).
+
+Les Touareg du Cercle sont surtout des Kel-es-Souk, des Kel-Gossi, des
+Déguisellen, des Kel-Gheress, des Chorfiga, des Chemenama, des
+Imededrhen, des Irréganaten et des Oudalen. Les Peuls sont surtout
+nombreux dans l’Ouest du Cercle, au pied des falaises de Hombori. Les
+Songaï sont surtout riverains du Niger. Les Tombo habitent la falaise et
+les Dogom le pied de la falaise de Hombori.
+
+ DELAFOSSE Planche VI
+
+[Illustration : _Cliché Froment_
+
+FIG. 11. — Le Niger près de Ségou.]
+
+[Illustration : _Cliché Froment_
+
+FIG. 12. — Sur le Niger, à hauteur de Tillabéry.]
+
+
+10o _Cercle de Dori._
+
+ Touareg 12.000 } familles hamitique et sémitique :
+ } 54.791 (tous musulmans).
+ Peuls 42.791 }
+
+ Songaï 3.029 (famille songaï, tous musulmans).
+
+ Déforo 12.000 }
+ } famille voltaïque : 52.180 (tous animistes)
+ Mossi 20.180 } (dont 12.000 (Déforo) du groupe tombo
+ } et 40.180 (Mossi, Yansi et Gourmantché)
+ Yansi 10.000 } du groupe mossi).
+ }
+ Gourmantché 10.000 }
+ -------
+ Total 110.000 (dont 57.820 musulmans).
+
+Les Touareg du Cercle sont surtout des Oudalen, des Damossân, des
+Missiguender et des Tenguéréguédech. Les Peuls sont répandus surtout
+dans les régions de Djibo et de Dori, les Songaï près du Niger, les
+Déforo dans la province d’Aribinda (entre Djibo et Dori), les Mossi dans
+le Sud-Ouest du cercle, les Yansi et les Gourmantché dans le Sud.
+
+
+11o _Cercle de Bandiagara._
+
+ Peuls 15.231 (dont 3.068 animistes).
+
+ Toucouleurs 1.500 (tous musulmans).
+
+ Songaï 1.000 —
+
+ Bozo 1.177 }
+ }
+ Soninké 1.228 } famille mandé : 13.156 (dont 11.075
+ } animistes : 324 Soninké, 928 Banmana
+ Banmana 928 } et 9.823 Samo).
+ }
+ Samo 9.823 }
+
+ Tombo 115.208 }
+ } famille voltaïque : 119.113 (tous animistes)
+ Dogom 2.536 } (dont 117.744 (Tombo et Dogom) du groupe tombo
+ } et 1.369 (Kian) du groupe bobo).
+ Kian 1.369 }
+ -------
+ Total 150.000 (dont 17.744 musulmans).
+
+Les Peuls sont dispersés un peu partout, surtout dans l’Est du cercle ;
+les Toucouleurs se trouvent à Bandiagara et aux environs ; les Songaï
+dans la région des lacs ; les Bozo dans l’Ouest du cercle ; les Soninké
+et les Banmana dans le Sud ; les Samo près du haut Sourou (région de
+Louta) ; les Tombo dans toute la région montagneuse (Sangha, Bankassi,
+Bandiagara, Douentza, etc.) ; les Dogom dans la plaine à l’Est des
+falaises ; les Kian ou Bobo-Gbê dans le Sud du Cercle.
+
+
+12o _Cercle de Mopti._
+
+ Peuls 35.278 (tous musulmans).
+
+ Toucouleurs 500 —
+
+ Songaï 2.317 —
+
+ Bozo 1.826 }
+ }
+ Soninké 6.104 } famille mandé : 15.207 (dont 4.529 Banmana
+ } animistes)
+ Banmana 7.277 }
+
+ Tombo 2.020 }
+ } famille voltaïque : 6.698 (tous animistes).
+ Kian (Bobo-Gbê) 4.678 }
+ ------
+ Total 60.000 (dont 48.773 musulmans).
+
+Les Peuls se rencontrent un peu partout, surtout dans le Kounari et le
+Pignari ; les Songaï (Sorko surtout) le long du Bani en aval de Mopti ;
+les Bozo à Mopti et en amont ; les Soninké à Mopti et dans le district
+de Sofara ; les Banmana surtout dans le sud du cercle ; les Tombo dans
+l’Est et les Kian dans le Sud-Est.
+
+
+13o _Cercle de Dienné._
+
+ Peuls 38.944 (tous musulmans).
+
+ Songaï 100 —
+
+ Bozo 12.079 }
+ }
+ Soninké 13.868 } famille mandé : 43.194 (dont 12.220
+ } Banmana animistes).
+ Banmana 17.247 }
+
+ Kian 619 (famille voltaïque, groupe bobo, tous animistes).
+ ------
+ Total 82.857 (dont 70.018 musulmans).
+
+Les Peuls habitent la partie du cercle qui forme le Massina proprement
+dit (contrée à l’Ouest du marigot de Diaka et pays compris entre ce
+marigot et le Niger), ainsi que le Diennéri et le Sébéra. Les Songaï ne
+comprennent guère que quelques familles sorko de la pointe Sud du lac
+Débo. Les Bozo sont répandus le long du Niger, du Bani et du marigot de
+Diaka. Les Soninké peuplent le Sébéra, le Diennéri (pays de Dienné) et
+le Pondori. Les Banmana sont surtout nombreux entre le Niger et le Bani
+(Kaladougou, Say, Saro, Séladougou). On trouve des Bobo-Gbê dans le Sud-
+Est du Séladougou.
+
+
+14o _Cercle de Ségou._
+
+ Peuls 20.968 (dont 1.230 animistes).
+
+ Toucouleurs 7.000 (tous musulmans).
+
+ Soninké 17.680 } famille mandé : 127.438 (dont 104.500 Banmana
+ } animistes).
+ Banmana 109.758 }
+ -------
+ Total 155.406 (dont 49.636 musulmans).
+
+Les Peuls sont répandus surtout au Nord et au Nord-Ouest de Sansanding
+et entre le Niger et le Bani ; les Toucouleurs se rencontrent
+principalement à Ségou et aux environs ; les Soninké à Sansanding, à
+Ségou et le long du Niger. Les Banmana peuplent l’immense majorité des
+cantons du cercle.
+
+
+15o _Cercle de Bamako._
+
+ Peuls 737 (dont 237 animistes).
+
+ Soninké 10.070 }
+ }
+ Kâgoro 1.850 } famille mandé : 190.342 (dont 180.757 animistes,
+ } comprenant 2.380 Soninké, 1.850 Kâgoro, 145.621
+ Banmana 146.966 } Banmana et 30.906 Malinké).
+ }
+ Malinké 31.456 }
+
+ Etrangers 857 (dont 357 animistes).
+ -------
+ Total 191.936 (dont 10.585 musulmans).
+
+Les Peuls sont bergers au service des Banmana ; les Soninké habitent
+surtout les cinq villes de Banamba, Touba, Kiba, Kérouané et Niamina ;
+les Kâgoro se rencontrent dans le Nord-Ouest du cercle ; les Banmana
+peuplent le Fadougou, le Bélédougou, le Messékélé, le Méguétana, le
+Djitoumou, etc. ; les Malinké les cantons du Manding sur la rive gauche
+du Niger et le canton de Samaya sur la rive droite.
+
+
+16o _Cercle de Kita._
+
+ Toucouleurs 500 (tous musulmans).
+
+ Kâgoro 6.368 }
+ }
+ Banmana 2.339 }
+ } famille mandé : 57.993 (tous animistes
+ Malinké 26.219 } sauf 130 malinké musulmans).
+ }
+ Foulanké 20.000 }
+ }
+ Diallonké 3.067 }
+ ------
+ Total 58.493 (dont 630 musulmans).
+
+Les Toucouleurs sont fixés à Kita et aux environs ; les Kâgoro et les
+Banmana se rencontrent au Kaarta ; les Malinké habitent la région de
+Kita et les pays entre le Bakhoy et le Bafing (Gangaran, Baniakadougou,
+Gadougou) ; les Foulanké peuplent les deux Fouladougou de la boucle du
+Baoulé (Saboula et Arbala) et le Birgo (Mourgoula) ; les Diallonké se
+trouvent dans le Sud du cercle (Kolou, Boké, Kankoumakania).
+
+
+17o _Cercle de Bafoulabé._
+
+ Peuls 1.000 (tous musulmans).
+
+ Toucouleurs 1.000 —
+
+ Soninké 9.700 }
+ }
+ Banmana 2.100 }
+ } famille mandé : 57.570 (tous animistes sauf
+ Malinké 30.770 } les 9.700 Soninké).
+ }
+ Foulanké 15.000 }
+ ------
+ Total 59.570 (dont 11.700 musulmans).
+
+Les Peuls et Soninké sont surtout répandus dans l’extrême Nord du
+cercle ; les Toucouleurs et les Banmana ne forment que de petites
+colonies dispersées ; les Malinké habitent surtout le Bambougou ou
+Bambouk (Ouest du Bafing, y compris Koundian), le Gangaran (entre le
+Sénégal et le Bafing) et le Kontella (rive Nord du Sénégal) ; les
+Foulanké peuplent le Fouladougou, au Nord du Kontella.
+
+
+18o _Cercle de Kayes._
+
+ Maures du Hodh 4.260 (tous musulmans).
+
+ Toucouleurs 5.050 (dont 1.550 animistes).
+
+ Soninké 24.100 }
+ } famille mandé : 58.997 (dont 39.997
+ Khassonkè 7.906 } animistes, comprenant 6.100 Soninké, 6.906
+ } Khassonkè et 26.491 Malinké).
+ Malinké 26.991 }
+
+ Etrangers 1.561 (dont 1.116 Ouolofs musulmans et 445
+ non-musulmans).
+ ------
+ Total 69.868 (dont 27.876 musulmans).
+
+Les Maures se trouvent dans le Guidimakha, le Séro et le Nord du Cercle
+(Ahl-sidi-Mahmoud et Askeur). Les Toucouleurs se rencontrent dans le
+Diomboko, le Khasso et le Séro ; les Soninké habitent le Kaméra ou
+province orientale du Gadiaga ou Galam (rive Sud du Sénégal), le
+Guidimakha (au Nord du Sénégal) et une partie du Bambouk ; les Khassonkè
+peuplent le Logo, le Natiaga et une partie du Khasso et du Diomboko ;
+les Malinké se trouvent dans le Bambouk (Tambaoura, Niagala et Kamana) ;
+les étrangers sont établis à Kayes et à Médine.
+
+
+19o _Cercle de Satadougou._
+
+ Peuls 1.078 (tous musulmans).
+
+ Toucouleurs 3.000 —
+
+ Malinké 28.000 } famille mandé : 34.757 (tous animistes, sauf
+ } 2.000 Malinké musulmans).
+ Diallonké 6.757 }
+ ------
+ Total 38.835 (dont 6.078 musulmans).
+
+Les Peuls sont répandus un peu partout. Les Toucouleurs sont surtout
+nombreux dans la province de Satadougou. Les Malinké habitent la majeure
+partie de cette province, le Konkodougou, le Sintédougou et une partie
+du Mérétembaya. Les Diallonké peuplent le reste de ce dernier canton et
+le Fontofa.
+
+
+20o _Cercle de Bougouni._
+
+ Soninké 2.145 }
+ }
+ Dioula 2.500 }
+ } famille mandé : 153.346 (dont 13.710 musulmans
+ Banmana 104.216 } seulement, à savoir 1.035 Soninké, 2.412 Dioula,
+ } 1.474 Banmana, 200 Malinké et 8.589 Foulanké).
+ Malinké 3.297 }
+ }
+ Foulanké 41.188 }
+
+ Sénoufo 4.089 (tous animistes).
+ -------
+ Total 157.435 (dont 13.710 musulmans).
+
+Les Soninké et les Dioula forment des colonies éparses. Les Banmana
+occupent la majeure partie du cercle. Les Malinké habitent les cantons
+du Baya et du Siankadougou ; les Foulanké ceux du Gouanan, du
+Gouandiaka, etc. (Fouladougou). Enfin les Sénoufo (sous-tribu des Niéné)
+se rencontrent dans le Niénédougou.
+
+
+21o _Cercle de Sikasso._
+
+ Dioula 27.302 }
+ }
+ Banmana 30.000 }
+ } famille mandé : 107.885 (tous animistes sauf
+ Foulanké 29.878 } 2.746 Dioula musulmans).
+ }
+ Samorho 20.705 }
+
+ Sénoufo 77.184 (tribu des Siénérhè, tous animistes).
+
+ Etrangers 433 (Ouolofs, tous musulmans).
+ -------
+ Total 185.502 (dont 3.179 musulmans).
+
+Les Dioula occupent l’Est du Cercle (Sonondougou, Bougoula et Kaboïla)
+et forment une bonne partie de la population de la ville de Sikasso. Les
+Banmana se rencontrent surtout dans le Nord (Dolindougou, Diédougou,
+Ntolondougou, Ganadougou-Nord). Les Foulanké du cercle, appelés souvent
+_Gana_, habitent les deux Ganadougou (Nord et Sud). Les Samorho se
+trouvent dans les cantons de Bougoula, Kaboïla et Fourou. Les Sénoufo
+peuplent le Centre et le Sud du cercle (Kapolondougou, Fama,
+Sonondougou, Natiè, Bougoula, Kaboïla, Fourou, Nienguélédougou, Molasso,
+Kouoro et Sikasso).
+
+
+22o _Cercle de Koutiala._
+
+ Peuls 1.750 (tous musulmans).
+
+ Soninké 7.098 }
+ } famille mandé : 41.435 (dont 9.631 musulmans, à
+ Dioula 4.282 } savoir les 7.098 Soninké, 2.444 Dioula et 89
+ } Banmana).
+ Banmana 30.055 }
+
+ Sénoufo 108.427 (tribu des Bamâna ou Minianka, tous animistes).
+
+ Boua 10.745 (famille voltaïque, groupe bobo ; tous animistes).
+ -------
+ Total 162.357 (dont 11.381 musulmans).
+
+Les Peuls sont disséminés dans le Nord du Cercle. Les Soninké habitent
+surtout dans le Nord-Est, les Dioula dans le Sud. Les Banmana se
+rencontrent principalement sur la rive droite du Bani, dans le Nord-
+Ouest du cercle (Dionkadougou, Fadougou, Sadougou). Les Sénoufo occupent
+le centre et le Sud. On trouve les Boua ou Bobo-Fing dans l’Est.
+
+
+23o _Circonscription de San._
+
+ Peuls 9.243 (dont 3.800 animistes).
+
+ Bozo 312 }
+ }
+ Soninké 16.112 } famille mandé : 40.963 (dont 20.103
+ } Banmana animistes).
+ Dioula 4.436 }
+ }
+ Banmana 20.103 }
+
+ Sénoufo 20.885 (tribu des Bamâna ou Minianka,
+ tous animistes).
+
+ Tombo 1.587 }
+ }
+ Kian (Bobo-Gbê) 30.000 } famille voltaïque : 39.579, tous animistes
+ } (dont 1.587 du groupe tombo et 37.992
+ Tara (Bobo-Oulé) 6.530 } du groupe bobo).
+ }
+ Boua (Bobo-Fing) 1.462 }
+ -------
+ Total 110.670 (dont 26.303 musulmans).
+
+Les Peuls sont éparpillés un peu partout ; les Bozo se trouvent près du
+Bani ; les Soninké et les Dioula sont surtout nombreux à San et dans la
+province de San ; les Banmana occupent principalement le Bendougou ; les
+Sénoufo se rencontrent dans le Sud de la circonscription, les Tombo dans
+le Nord-Est, les Bobo dans la direction de San à Koury et dans le Sud-
+Est de la circonscription.
+
+
+24o _Cercle de Koury._
+
+ Peuls 27.179 (tous musulmans).
+
+ Soninké 30.000 }
+ } famille mandé : 116.997 (dont 66.507
+ Dioula 43.527 } animistes, savoir 5.000 Soninké, 18.037
+ } Dioula et les 43.470 Samo).
+ Samo 43.470 }
+
+ Tombo 500 }
+ }
+ Mossi 2.600 }
+ } famille voltaïque : 136.382, tous
+ Nioniossé 10.335 } animistes sauf les 2.600 mossi (dont 500
+ } du groupe tombo, 2.600 du groupe mossi,
+ Nounouma 15.130 } 25.465 du groupe gourounsi (Nioniossé et
+ } Nounouma) et 107.817 du groupe bobo (Tara
+ Tara (Bobo-Oulé) 96.277 } et Boua).
+ }
+ Boua (Bobo-Fing) 11.590 }
+ -------
+ Total 280.558 (dont 80.269 musulmans).
+
+Les Peuls sont dispersés dans toute l’étendue du cercle (Barani, Dokuy,
+Koury, Tissé, Boromo, Tchériba, Safané). Les Soninké habitent surtout le
+Kombori et le Dafina (cantons de Koury, Safané, Tounou, Ouahabou), ainsi
+que les Dioula ; les Samo se rencontrent entre Koury et Ouahigouya. Les
+Tombo sont localisés dans le Kombori, les Mossi du côté de Yaba. Les
+Nioniossé sont surtout nombreux dans le canton d’Ouri ; les Nounouma
+dans les cantons de Boromo, Tissé et Tchériba ; les Bobo-Oulé dans
+l’Ouest du cercle (Barani, Dokuy, etc.) et les Bobo-Fing dans les
+cantons de Ouarkoy, Ouakara et Ouahabou. Les Dafing sont répartis entre
+Soninké et Dioula ; parmi ces derniers sont compris les Boron.
+
+
+25o _Cercle de Ouahigouya._
+
+ Peuls 27.435 (dont 10.549 animistes).
+
+ Songaï 2.206 (tous musulmans).
+
+ Dioula 19.764 } famille mandé : 41.703 (dont 21.939 Samo
+ } animistes).
+ Samo 21.939 }
+
+ Dogom 2.684 }
+ } famille voltaïque : 178.108 (tous animistes
+ Mossi 141.999 } sauf 552 mossi musulmans) ; détail : 2.684 du
+ } groupe tombo (Dogom), 141.999 du groupe mossi
+ Nioniossé 33.425 } et 33.425 du groupe gourounsi (Nioniossé).
+ -------
+ Total 249.452 (dont 39.408 musulmans).
+
+Les Peuls sont répandus surtout dans le Nord du cercle (région de Bané)
+et dans le Nord-Est, les Silmimossi se trouvant mêlés aux Mossi. Les
+Songaï sont fixés en quelques points du Yatenga et les Dioula surtout en
+pays samo, c’est-à-dire dans le Sud-Ouest du Yatenga. Les Dogom se
+rencontrent dans le Nord du cercle, les Mossi dans tout le Yatenga, les
+Nioniossé dans la majeure partie du Yatenga au milieu des Mossi.
+
+
+26o _Cercle de Ouagadougou._
+
+ Peuls 48.753 (tous musulmans).
+
+ Soninké 425 }
+ } famille mandé : 84.869 (tous musulmans).
+ Dioula 84.444 }
+
+ Mossi 1.076.434 } }
+ } }
+ Yansi 13.214 } groupe mossi : 1.116.504 (tous }
+ } animistes, sauf 21.057 Mossi }
+ Nankana 19.836 } et 1.000 Dagari) }
+ } }
+ Dagari 7.020 } } famille
+ } voltaïque :
+ Nioniossé 34.626 } } 1.323.615
+ } }
+ Nounouma 58.277 } groupe gourounsi : 205.499 }
+ } (tous animistes) }
+ Sissala 7.283 } }
+ } }
+ Boussansé 105.313 } }
+ }
+ Niénigué 1.612 (gr. bobo, tous animistes) }
+
+ Etrangers 89 (Haoussa, tous musulmans).
+ ---------
+ Total 1.457.326 (dont 155.768 musulmans).
+
+Les Peuls et les Dioula sont répandus à peu près sur toute l’étendue du
+cercle. Les Mossi peuplent le Nord, le Centre et l’Est (Yâko, Baloum,
+Lallé, Ouagadougou, Mani, Boussouma, Béloussa, Koupéla, etc.) ; les
+Yansi sont répandus surtout dans le Nord-Est (Ponsa, Béloussa), les
+Nankana près de la Volta Rouge le long de la frontière anglaise, les
+Dagari près de la jonction de la Volta Noire avec cette frontière, les
+Nioniossé dans le Kipirsi, les Nounouma entre la Volta Noire et Léo, les
+Sissala entre Léo et les Nankana, les Boussansé au Sud de Tenkodogo
+(Bitou), les Niénigué près de la Volta Noire.
+
+
+27o _Cercle de Fada-n-Gourma._
+
+ Peuls 9.752 (tous musulmans).
+
+ Mossi 21.014 } }
+ } }
+ Yansi 25.493 } groupe mossi : }
+ } 175.057 } famille voltaïque :
+ Gourmantché 128.550 } } 180.094
+ } (tous animistes)
+ Bariba 4.497 } groupe bariba : }
+ } 5.037 }
+ Soumba 540 } }
+ -------
+ Total 189.846 (dont 9.752 musulmans).
+
+Les Peuls sont surtout nombreux dans le Nord du Cercle, les Mossi dans
+l’Ouest, les Yansi dans le Nord-Ouest ; les Gourmantché en habitent la
+majeure partie ; les Bariba et les Soumba (tribu des Takamba) se
+rencontrent dans la région montagneuse du Sud (Atakora).
+
+
+28o _Cercle de Say._
+
+ Peuls 5.000 (tous musulmans).
+
+ Toucouleurs 1.000 —
+
+ Songaï 10.000 —
+
+ Gourmantché 9.000 (famille voltaïque, groupe mossi ;
+ tous animistes).
+ ------
+ Total 25.000 (dont 16.000 musulmans).
+
+Les Peuls sont surtout répandus dans le Torodi, les Toucouleurs à Say,
+les Songaï tout le long du Niger, les Gourmantché dans le Torodi et la
+province de Botou.
+
+
+29o _Cercle de Gaoua._
+
+ Dioula 1.800 (famille mandé, tous musulmans).
+
+ Dagari 53.239 } }
+ } groupe mossi : 93.600 }
+ Birifo 40.361 } }
+ }
+ Niénigué 1.600 (gr. bobo : 1.600) }
+ } famille voltaïque :
+ Lobi 62.050 } } 173.850
+ } } (tous animistes sauf
+ Dian 5.950 } } 1.000 Dian musulmans).
+ } groupe lobi : 74.650 }
+ Pougouli 5.550 } }
+ } }
+ Gan 1.100 } }
+ }
+ Lorho 4.000 (gr. koulango : 4.000) }
+
+ Padorho 500 (tribu non classée, tous animistes).
+ -------
+ Total 176.150 (dont 2.800 musulmans).
+
+Les Dioula habitent à Diébougou et à Lorhosso. Les Dagari propres
+(32.654) sont répandus le long de la Volta Noire depuis Dioumbalé
+jusqu’au 11° de latitude Nord ; les Oulé (20.585) leur font suite dans
+la direction du Nord ; les Birifo se rencontrent au Sud et à l’Ouest des
+Dagari ; les Niénigué ne font qu’effleurer le Nord du cercle ; les Lobi
+se sont infiltrés au milieu des Birifo et habitent surtout l’Ouest de
+Gaoua ; les Dian peuplent Diébougou et ses environs, et les Pougouli les
+bords du Bougouriba en amont de Diébougou ; les Gan sont à Lorhosso, les
+Lorho dans la province de Lorhosso et les Padorho dans l’Ouest du
+Cercle.
+
+
+30o _Cercle de Bobo-Dioulasso._
+
+ Peuls 2.130 (dont 1.930 animistes).
+
+ Soninké 1.600 }
+ }
+ Dioula 39.215 }
+ } famille mandé : 68.595 (dont 6.050
+ Samorho 3.000 } musulmans, savoir : les 1.600 Soninké,
+ } 4.250 Dioula et 200 Sia).
+ Sia (Bobo-Dioula) 6.000 }
+ }
+ Tribus diverses 18.780 }
+
+ Sénoufo 132.885 (tous animistes).
+
+ Boua (Bobo-Fing) 39.500 } famille voltaïque, groupe bobo : 61.105
+ } (tous animistes).
+ Niénigué 21.605 }
+
+ Tribus non classées 18.535 (tous animistes).
+ -------
+ Total 282.250 (dont 6.250 musulmans).
+
+Les _Boron_ sont comptés avec les Dioula. — Les tribus diverses de
+famille mandé (groupe du Sud), de rattachement d’ailleurs incertain,
+sont celles des _Blé_ 1.035, des _Natioro_ 2.745, des _Ouara_ 7.000 et
+des _Sembla_ 8.000. — Les Sénoufo se partagent en 31.875 _Mbouin_,
+23.790 _Folo_, 21.205 _Tourka_, 18.535 _Karaboro_, 17.170 _Tagba_,
+11.260 _Nanergué_, 5.605 _Komono_ et 3.445 _Sémou_. — Les tribus non
+classées sont celles des _Toussia_ (10.045), des _Dorhossié_ (3.700),
+des _Vigué_ (2.790) et des _Tiéfo_ (2.000).
+
+Les Peuls sont disséminés dans le Nord-Est du cercle. Les Soninké se
+rencontrent surtout dans le pays des Niénigué ; les Dioula sont
+installés à Bobo-Dioulasso et aux environs ; les Boron chez les
+Nanergué ; les Samorho entre Bobo-Dioulasso et Sikasso ; les Sia à Bobo-
+Dioulasso ; les Sénoufo dans le Nord du cercle (Tagba), dans le Centre
+et dans le Sud ; les Bobo dans le Nord et la plupart des tribus non
+classées dans la circonscription de Banfora.
+
+[Illustration : Carte 4. — Répartition des groupements ethniques.]
+
+
+[Note 39 : Voir la carte 4 à la fin du présent chapitre.]
+
+[Note 40 : Cependant quelques Berbères Zenaga vivent, en qualité de
+vassaux, auprès des Kounta : on les appelle _Zakhoura_.]
+
+[Note 41 : En réalité les Dioula devraient, au double point de vue
+géographique et linguistique, être rattachés plutôt au groupe du centre.
+C’est à cause de leurs origines (voir au Chap. II) et de leur caractère
+que je les range dans le groupe du Nord.]
+
+[Note 42 : Le rattachement de ces divers peuples ou tribus — les
+Diallonké exceptés — au groupe mandé du Sud et, plus généralement
+parlant, à la famille mandé n’est pas encore bien démontré et je ne
+l’indique qu’à titre provisoire. Il est possible d’autre part que les
+Samo et les Samorho ne forment qu’un même peuple.]
+
+[Note 43 : Il n’est pas absolument certain que les Karaboro soient des
+Sénoufo ; il se pourrait qu’on dût les rattacher à la famille
+voltaïque.]
+
+[Note 44 : Peut-être pourrait-on faire un seul peuple des Nioniossé et
+des Nounouma, peuple qui comprendrait plusieurs tribus (Nioniossé ou
+Kassomsé, Lilsé ou Youlsé, Nounouma proprement dits, etc).]
+
+[Note 45 : Voir notamment Léon l’Africain.]
+
+[Note 46 : On retrouve le mot _Berdâm_ chez les géographes arabes sous
+la forme _Berdâma_.]
+
+[Note 47 : Le _poular_ est la langue des Toucouleurs, adoptée par les
+Peuls comme je tâcherai de l’expliquer plus loin.]
+
+[Note 48 : Cette étymologie peut à bon droit paraître douteuse, aussi
+bien d’ailleurs que l’origine exclusivement marocaine des Arma. Le mot
+arabe _râmi_ ne désigne pas nécessairement un « fusilier », il désigne
+même plutôt un « archer » : or les archers formaient précisément le
+gros, non pas de l’armée marocaine, mais de l’armée indigène qui chercha
+à repousser les Marocains. Quant aux Arma eux mêmes, ils méritent,
+actuellement au moins, le nom de « nègres » aussi bien que les Gabibi et
+ne se distinguent de ces derniers ni par la couleur ni surtout par la
+langue. Il est probable qu’ils descendent surtout des nobles songaï qui,
+bien avant la conquête marocaine, détenaient le pouvoir et constituaient
+l’aristocratie indigène ; plus tard lorsque, la domination marocaine
+s’affaiblissant, ils reprirent leur rang de maîtres, ils voulurent sans
+doute, pour justifier leur substitution aux caïds marocains, se
+constituer une généalogie qui les fît descendre des conquérants ; il est
+fort vraisemblable d’ailleurs que leur prétention était en partie
+justifiée, car c’est assurément dans les familles nobles que les
+Marocains prirent femme le plus volontiers.]
+
+[Note 49 : Si d’ailleurs la forme _mali_ peut signifier « hippopotame »
+dans certains dialectes, ce sens ne peut en aucune façon s’appliquer à
+la forme _mandé_ ; par contre, si l’on peut traduire _mandé_, _mané_,
+_mani_, etc., par « petit lamentin », il serait bien difficile de donner
+la même traduction aux formes _mali_, _mallé_, etc. ; on pourrait encore
+proposer l’étymologie de « fils de maître », mais elle serait également
+fort douteuse.]
+
+[Note 50 : La prononciation mandé du suffixe de nationalité est _ka_,
+parfois _kè_, mais non _ké_.]
+
+[Note 51 : Ch. Monteil, dans sa remarquable _Monographie de Djenné_.]
+
+[Note 52 : D’après M. Binger, qui donne à Soninké la signification de
+« partisans du Sonni », Assouanik ne viendrait pas du mot Soninké mais
+de _Assouanka_ (gens de l’Assoua, en mandé) et _Assoua_ serait le nom
+d’un pays situé au Sud-Ouest de Tombouctou : je n’ai pu retrouver de
+pays de ce nom, à moins qu’il ne s’agisse de l’_Aoussa_ ou du _Haoussa_,
+c’est-à-dire de tous les pays de la rive gauche du Niger, selon le terme
+employé pour les désigner dans la région de Tombouctou-Gao ; mais alors
+la forme _Assouanik_ serait incorrecte, et de plus il serait étrange que
+des Maures eussent emprunté un mot à désinence mandé — mot d’ailleurs
+inusité et dont le radical serait étranger au mandé — pour désigner un
+peuple qui n’a jamais habité du reste qu’une très faible portion du
+Haoussa, à savoir, au Sud et surtout au Sud-Ouest du Débo la province de
+Dia ou Diaka ou Diagha, pays d’origine des Soninké, province qui se
+trouve précisément en dehors de la zone à laquelle les Songaï donnent le
+nom de Haoussa.]
+
+[Note 53 : Les Songaï appellent _Dakouraré_ les Soninké Nono ou
+Nononkobé, lesquels aujourd’hui parlent songaï et non plus soninké.]
+
+[Note 54 : On se sert également chez les Maures du mot _Sossé_ pour
+désigner les Mandé en général et surtout les Soninké. (Voir notamment
+_un mandement de Saad Bouh à Ma el-Aïnîn_, dans le no de novembre 1909
+des _Renseignements coloniaux_ du Comité de l’Afrique Française).]
+
+[Note 55 : Voir Ire partie, ch. II, p. 55.]
+
+[Note 56 : C’est-à-dire « bouche noire » ou plutôt « bouche bleue », à
+cause de l’habitude qu’ont les indigènes de cette fraction de se bleuir
+les lèvres.]
+
+[Note 57 : Certains font dériver _Bambara_ du mot mandé _bamba_ ou
+_bamma_ « crocodile » et donnent à ce terme la signification de « (ceux)
+du crocodile », par allusion au fait que le crocodile est un emblème
+religieux fort répandu chez tous les peuples que les musulmans englobent
+sous le sobriquet de « Bambara ». Quant au mot _Banmana_, il
+signifierait, d’après les Banmana eux-mêmes, « refus au maître » (_ban-
+ma-na_), par allusion à la légende d’après laquelle les Banmana auraient
+quitté leur pays d’origine (Ouassoulou) pour échapper au joug de
+conquérants Malinké.]
+
+[Note 58 : Ce mot se retrouve dans le nom de tribu des _Siénérhè_.]
+
+[Note 59 : Ne pas confondre avec les _Gan_ de famille voltaïque ni avec
+les _Ngan_ du groupe mandé-sud qui habitent dans le Diammala et le Mango
+(Côte d’Ivoire).]
+
+[Note 60 : De là les mots Kombori (Nord-Ouest du cercle de Koury) et
+Hombori, qui en peul signifient l’un et autre « pays des Tombo ».]
+
+[Note 61 : Il se pourrait que ce terme de Kôssé dût s’appliquer plutôt à
+une fraction des Nioniossé ou à une fraction des Bobo.]
+
+[Note 62 : Je ne suis pas certain que le nom de _Kouroumankobé_, qui a
+peut-être la même origine que _Gourmantché_ (ceux du Gourma, c’est-à-
+dire de l’intérieur de la Boucle du Niger), s’applique exclusivement aux
+Nioniossé.]
+
+[Note 63 : Ne pas confondre les _Kparhala_ ou Koulango avec les
+_Kpalarha_, _Pallaka_ ou _Pala_ du cercle de Korhogo (Côte d’Ivoire),
+qui sont des Sénoufo. Il convient également de ne pas confondre les
+_Gan_ ou _Gan-né_ de Lorhosso (groupe lobi de la famille voltaïque) avec
+les _Ngan_ ou _Ngan-né_ du Diammala et du Mango (Côte d’Ivoire), qui
+sont des Mandé du Sud ; ni les _Sia_ ou Bobo-Dioula de Bobo-Dioulasso
+(groupe mandé du Sud) avec les _Sia_ du cercle de Mankono (Côte
+d’Ivoire), qui sont un mélange de Mandé du Centre et de Mandé du Sud ;
+ni les _Dioula_ de la Boucle du Niger (groupe mandé du Nord) avec les
+_Dan_ ou _Mêbé_, dits « Dioula anthropophages », du cercle du Haut-
+Cavally (Côte d’Ivoire), qui sont des Mandé du Sud, ou avec les _Diola_
+de la Casamance, qui appartiennent à une famille ethnique spéciale
+(famille côtière), n’ayant aucun représentant dans la colonie du Haut-
+Sénégal-Niger.]
+
+[Note 64 : Les Nimadi seraient, dit-on, d’origine juive et ne
+professeraient pas l’islamisme ; on en rencontre dans la région de
+Oualata.]
+
+[Note 65 : D’après M. Gautier (_La conquête du Sahara_), le mot Harrâtîn
+signifierait « laboureurs » (du verbe _haratsa_, bien que l’orthographe
+usuelle comporte un _tha_ et non un _tsa_) et ne désignerait pas
+nécessairement des Nègres ni même des gens de condition servile. Mais
+dans la pratique ce mot s’applique aux Nègres qui descendent d’anciens
+esclaves et qui sont devenus les serfs des Maures ; il ne s’applique pas
+aux Nègres des villes sahariennes dont les ancêtres occupaient le pays
+avant la domination berbère, c’est-à-dire aux Azer ou Soninké de Tichit,
+Oualata, etc.]
+
+[Note 66 : On a voulu rattacher le nom des Kel-Antassar à celui des
+_Ansâr_ ou premiers partisans de Mahomet, mais l’orthographe donnée par
+les meilleurs auteurs arabes au nom des Kel-Antassar (par un _sin_ et
+non par un _sad_) doit faire rejeter cette étymologie.]
+
+[Note 67 : Le mot _Tôrobé_ ne signifie pas, comme on le croit
+généralement, « les gens originaires du Toro », expression qui se dit en
+peul _Toronké_ ou _Toronkobé_ ou encore _Toronâbé_ (sing. _Toronkédio_,
+_Toronko_ ou _Toronâdio_) ; d’après M. le commandant Gaden, _Tôrobé_ ou
+mieux _Tôrodbê_ ou _Tôrobbé_ (sing. _Tôrodo_) veut dire « ceux qui
+supplient ensemble » : c’est le nom d’un clan qui pourrait aussi bien
+être considéré comme une caste. Ce clan a d’ailleurs de nombreux
+représentants au Toro, mais pas plus là qu’ailleurs, et il ne paraît pas
+qu’il y ait plus de rapports entre le Toro et le clan des Tôrobé
+qu’entre le Diallon ou Fouta-Diallon et le clan des Dialloubé.]
+
+[Note 68 : Barth dit que le nom de l’ensemble des gens de langue peule
+lui a paru être _So_ : peut-être a-t-il fait confusion avec le clan
+toucouleur des _Sô_, fort répandu chez les familles princières de
+l’empire de Sokoto au moment de son voyage.]
+
+[Note 69 : Beaucoup de Toucouleurs portent aussi des noms de clan à
+singulier et à pluriel, identiques à ceux des Peuls ; le clan des Tôrobé
+en particulier compte de nombreux représentants chez les Toucouleurs.
+Enfin on rencontre chez ces derniers les mêmes castes que chez les
+Peuls, avec les mêmes noms.]
+
+[Note 70 : Les _Tounkara_ se donnent comme étant de souche royale et
+font venir leur nom de _tounka_ « roi ».]
+
+[Note 71 : Les _Massassi_ (de _massa_ « roi » et _si_ « descendance »)
+sont les Kouloubali de la branche aînée.]
+
+[Note 72 : D’après le Père Brun, le nom de _Dansira_ serait donné aux
+femmes du clan des Dembélé ; sans vouloir contredire ce missionnaire
+très bien informé, je dois dire que j’ai connu des hommes portant ce nom
+et le donnant comme celui d’un clan spécial.]
+
+[Note 73 : _Mansaré_ veut dire, comme _Massassi_, « de souche royale ».]
+
+[Note 74 : D’après le Père Brun, _Souko_ serait le nom donné aux femmes
+du clan des Keïta, _Demba_ celui donné aux femmes du clan des Sissoko et
+_Sakiliba_ celui donné aux femmes du clan des Doumouya.]
+
+[Note 75 : Pour compléter cette nomenclature, d’ailleurs très
+imparfaite, des noms de clan du Haut-Sénégal-Niger, je donne ci-après
+les _diamou_ ou _santa_ les plus fréquemment portés par les Ouolofs
+installés dans cette colonie : _Ndiaye_, _Diop_, _Diouf_, _Tiam_,
+_Diang_, _Sar_, _Tièp_, _Niang_, _Ngom_, _Diao_, _Boye_, etc.]
+
+[Note 76 : J’appelle _animisme_ l’ensemble des croyances communes à
+toutes les populations non-musulmanes de l’Afrique Occidentale,
+croyances qui comportent un mélange de monothéisme, de dynamisme et
+d’animisme proprement dit, mais qui se manifestent par un culte presque
+exclusivement animiste. J’expliquerai plus loin (Ve partie) pourquoi
+j’ai adopté ce terme et pourquoi j’ai rejeté les expressions tout à fait
+impropres — quoique usuellement employées — de « paganisme » et de
+« fétichisme ».]
+
+[Note 77 : 4.809.053 ou 4.799.703, selon les divers tableaux de
+recensement qui m’ont été fournis.]
+
+[Note 78 : D’après certaines informations, un nombre assez considérable
+de Peuls non-musulmans existerait dans le cercle de Goumbou.]
+
+[Note 79 : Dans _Tombouctou la mystérieuse_, par Félix Dubois.]
+
+[Note 80 : Dont 93.298 animistes.]
+
+[Note 81 : Dont 767.511 animistes.]
+
+[Note 82 : Tous animistes.]
+
+[Note 83 : Dont 994.140 animistes.]
+
+[Note 84 : Y compris 450 Boron ou Bolon.]
+
+[Note 85 : Dont 19.170 Diawara.]
+
+[Note 86 : Y compris 8.000 Boron ou Bolon.]
+
+[Note 87 : Dont 3.000 Diennenké ou habitants de la ville de Dienné.]
+
+[Note 88 : Il est à remarquer que le Haut-Sénégal-Niger ne renferme
+qu’une assez faible fraction du peuple malinké, lequel est répandu dans
+une notable partie de la Côte d’Ivoire, de la Guinée et du Sénégal,
+ainsi que dans le Libéria, le Sierra-Leone, la Guinée portugaise et la
+Gambie. Dans leur ensemble, les Malinké sont certainement plus nombreux
+que les Banmana et forment l’élément le plus fort de toute la famille
+mandé : il est donc assez juste qu’ils aient donné à cette famille leur
+nom ou tout au moins celui de leur pays d’origine.]
+
+[Note 89 : Dont 21.057 musulmans.]
+
+[Note 90 : Dont 1.000 musulmans.]
+
+[Note 91 : Dont 552 musulmans.]
+
+[Note 92 : Dont 20.585 Oulé.]
+
+[Note 93 : Passant tous pour musulmans.]
+
+[Note 94 : Dont 24.209 musulmans au total contre 1.238.018 animistes.]
+
+[Note 95 : Dont 1.000 musulmans seulement.]
+
+[Note 96 : Dont 25.209 musulmans au total contre 1.628.963 animistes.]
+
+[Note 97 : Tous animistes.]
+
+[Note 98 : Tous animistes.]
+
+[Note 99 : Beaucoup de ces Lorho sont bijoutiers en cuivre : il est
+probable qu’ils constituent chez les Koulango une caste analogue à celle
+qu’on appelle Lorho chez les Mandé et que ce sont ces derniers qui leur
+ont, en raison de ce fait, donné le nom sous lequel nous les
+connaissons.]
+
+[Note 100 : D’après le commandant de Lartigue, un grand nombre des Peuls
+Ourourbé dits Sambourou ne professeraient pas l’islamisme.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE II[101]
+
+ =Origines et formation des groupements ethniques actuels=
+
+
+=Généralités.= — Si la nomenclature et la classification des groupements
+ethniques actuels présente de nombreuses difficultés, il est plus
+malaisé encore de fixer leurs origines et d’expliquer leur formation. Il
+ne suffit plus en effet de se documenter sur des faits qui tombent sous
+le sens de l’observateur ; il devient nécessaire de démêler les
+écheveaux toujours embrouillés d’un passé nuageux que les quelques
+historiens du Soudan ont souvent embrumé plus qu’ils ne l’ont éclairci.
+
+Nos sources d’information sont maigres et leur valeur est fréquemment
+médiocre.
+
+J’ai dit plus haut combien étaient précaires les données que nous
+peuvent fournir, dans l’état actuel de nos connaissances,
+l’anthropologie, l’ethnographie et la linguistique. L’histoire n’est pas
+plus féconde en ce qui concerne l’objet de ce chapitre. Les auteurs
+arabes du Moyen-Age ne nous ont guère renseignés que sur l’origine des
+peuples avec lesquels ils se trouvaient en contact immédiat, c’est-à-
+dire — en ce qui a trait à notre sujet — sur l’origine des Berbères, et
+leurs contradictions comme leurs fantaisies imaginatives laissent
+perplexe le lecteur qui les consulte. Il est rare qu’ils nous aient
+transmis des faits précis concernant les origines des peuples plus
+éloignés et, lorsqu’ils l’ont fait, ils ne tenaient leurs renseignements
+en général que de deuxième ou troisième main ; le problème d’ailleurs
+est encore compliqué par la difficulté que nous éprouvons à identifier
+les noms des peuples soudanais cités par les Arabes.
+
+Les dires des indigènes, recueillis sur place par les voyageurs anciens
+et modernes, sont rarement nets et explicites. La plupart du temps,
+ainsi que je le faisais observer plus haut, le Noir que l’on interroge
+sur les origines de son peuple répond en donnant simplement l’origine de
+sa famille ou de son village, ou celle de la famille régnante[102], et
+encore ne la donne-t-il avec quelque précision qu’en ce qui concerne les
+deux ou trois générations qui l’ont précédé lui-même. Pour les temps
+plus reculés et pour l’origine des groupements de quelque importance, il
+n’existe en réalité qu’une source d’information : je veux parler des
+légendes historiques et épiques qui constituent l’une des formes les
+plus curieuses de la littérature populaire au Soudan, légendes que l’on
+se transmet oralement de père en fils et qui sont ainsi parvenues
+jusqu’à nous.
+
+Malheureusement, comme toutes les légendes, ces traditions purement
+orales sont sujettes à des remaniements et à des interpolations que les
+conteurs successifs ne se font pas faute d’introduire dans le récit qui
+leur a été légué. Il faut de plus tenir compte du côté merveilleux de
+nombre de ces histoires, non pas pour le rejeter comme un hors d’œuvre
+inutile, mais pour en extraire le symbole qu’il renferme le plus souvent
+et le traduire de façon rationnelle. Il convient d’autre part de se
+montrer très circonspect chaque fois que la légende tend à donner au
+peuple qu’elle concerne une origine particulièrement noble et à
+attribuer sa naissance à une migration venue d’Asie ou d’Egypte : il
+n’est pas, je crois, une seule tribu soudanaise quelque peu frottée
+d’islamisme, même parmi les plus manifestement nègres, qui ne prétende
+descendre d’Abraham ou de Himyar et qui ne s’attribue comme berceau le
+Hidjaz ou le Yémen, à moins que ce ne soit l’Egypte, la Tunisie ou le
+Maroc ; le Yémen est l’objet d’une préférence marquée, préférence qui se
+traduit par le nombre considérable de localités appelées _Yamina_ ou
+_Niamina_, prononciation soudanaise du nom du Yémen.
+
+ DELAFOSSE Planche VII
+
+[Illustration : _Cliché Paulin_
+
+FIG. 13. — Chameaux au pâturage, auprès de Tombouctou.]
+
+[Illustration : _Cliché Paulin_
+
+FIG. 14. — Maures nomades et leurs chameaux, aux environs de
+Tombouctou.]
+
+Là encore cependant, sans prendre les légendes au pied de la lettre, on
+peut y découvrir un symbole qu’il suffit d’interpréter avec bon sens.
+Tout le monde sait qu’au Soudan — comme en beaucoup d’autres contrées du
+reste — on use fréquemment de noms de pays pour exprimer les points
+cardinaux ; c’est ainsi que, du côté de Bamako, le Sud est appelé
+_Ouorodougou_, du nom donné par les Mandé à la région d’où viennent les
+colas, région qui se trouve effectivement dans le midi par rapport à
+Bamako ; _Sourakadougou_ (pays des Maures) y est employé de même pour
+désigner le Nord, _Bâkô_ (l’au-delà du fleuve) pour désigner l’Est ;
+j’ai dit plus haut que _Sahel_, _Haoussa_, _Gourma_, mots qui
+représentent en réalité des pays — le Sahel étant la lisière Sud du
+Sahara, le Haoussa la rive gauche du Moyen-Niger et le Gourma sa rive
+droite —, servent couramment à exprimer des directions d’orientation.
+Tout me porte à croire qu’il en est de même du _Yémen_ pour les
+musulmans du Soudan et qu’en traduisant ce mot par « Est » dans les
+légendes qui l’indiquent comme pays d’origine d’une tribu ou d’un
+fondateur d’empire, on a de grandes chances de ne pas commettre
+d’erreur[103].
+
+De tout ce qui précède il résulte que, si nous ne manquons pas
+totalement de documents en ce qui concerne les origines des peuples
+soudanais, si nous possédons en plus quelques données d’histoire qui
+jettent une certaine lueur sur les phases principales de leur formation,
+nous ne pouvons pas en déduire des affirmations positives : tout au plus
+avons-nous le droit d’en bâtir des hypothèses vraisemblables, en
+n’opérant d’ailleurs qu’avec la plus grande circonspection et en nous
+gardant de l’esprit de système et de généralisation. C’est ce que j’ai
+tenté de faire dans les pages suivantes, non pas avec la prétention
+d’exposer des vérités, mais seulement avec l’espoir de signaler des
+probabilités qui pourront peut-être servir de base aux recherches
+futures.
+
+Parmi ces probabilités, il en est une qu’il convient de noter dès
+maintenant, avant de passer à l’étude de chacun des peuples dont nous
+avons à parler. Des sept familles ethniques représentées actuellement
+dans le Haut-Sénégal-Niger, quatre semblent être venues du dehors, par
+des immigrations successives dont certaines remontent d’ailleurs à une
+haute antiquité : ce sont les familles _sémitique_, _hamitique_,
+_tekrourienne_ et _songaï_.
+
+La chose est indubitable en ce qui concerne la famille sémitique. Pour
+ce qui regarde les familles hamitique et songaï, il est possible que,
+dès les temps les plus reculés, des tribus appartenant à chacune de ces
+deux familles aient été domiciliées sur une petite portion des
+territoires qui forment aujourd’hui la colonie civile du Haut-Sénégal-
+Niger, mais elles ne pouvaient l’être en tout cas que sur les extrêmes
+confins de ces territoires, tandis que maintenant ces deux familles sont
+implantées au cœur même de la colonie : on peut par suite les considérer
+comme immigrées. Quant à la famille tekrourienne, il est possible au
+contraire que son domaine primitif se soit étendu plus à l’Est — de même
+qu’il est à peu près certain qu’il s’étendait bien au Nord de son
+domaine actuel, — et que, en conséquence, une fraction tout au moins de
+cette famille ait été autochtone d’une partie du Haut-Sénégal-Niger
+actuel ; mais, comme nous ne possédons à ce sujet aucun indice certain
+et que, aussi loin que s’étend notre documentation, le domaine de la
+famille tekrourienne nous apparaît localisé au delà des frontières de la
+colonie, nous devons considérer aussi comme des immigrés les
+représentants de cette famille que nous rencontrons aujourd’hui dans les
+bassins du Haut-Sénégal et du Niger.
+
+Les trois autres familles ethniques — _mandé_, _sénoufo_ et _voltaïque_
+— sont au contraire autochtones, mais à des titres divers. Il paraît
+bien certain que le groupe septentrional de la famille mandé a eu son
+berceau dans le Massina occidental ou Diagha (ou Diaga),en plein Centre
+de la colonie ; le principal des peuples du groupe central, le peuple
+mandingue, semble bien être également originaire du Haut-Sénégal-Niger,
+son pays d’origine correspondant au Mandé ou Manding actuel ; quant à
+l’autre des deux grands peuples du même groupe, le peuple banmana, il
+est peut-être originaire d’une province de la Côte d’Ivoire (le Toron),
+mais, cette province étant située sur la lisière même du Haut-Sénégal-
+Niger, on peut aussi regarder ce peuple comme autochtone ; le groupe
+méridional, lui, a eu vraisemblablement son berceau au Fouta-Diallon,
+dont l’une des provinces extrêmes seulement appartient au Haut-Sénégal-
+Niger (Sud du cercle de Satadougou et Sud-Ouest du cercle de Kita). Quoi
+qu’il en soit, la famille mandé, dans son ensemble, peut être dite
+autochtone dans la colonie ; mais il s’en faut de beaucoup qu’elle le
+soit dans une grande partie des contrées du Haut-Sénégal-Niger où elle
+est représentée actuellement : il serait inexact de parler d’immigration
+mandé, mais il nous faudra parler assez longuement des « migrations »
+mandé, qui furent considérables et fort importantes au point de vue
+historique. De ces trois petits pays — Diaga, Mandé, Toron — les Mandé
+se sont répandus à travers le Nord-Ouest, l’Ouest, le Centre et le Sud-
+Ouest de la colonie, entamant même l’Est et le Sud-Est, sans parler de
+leurs poussées dans les colonies du Sénégal, de la Guinée et de la Côte
+d’Ivoire.
+
+La famille sénoufo semble avoir occupé de tout temps les territoires
+qu’elle occupe encore actuellement : j’ignore si son berceau primitif
+doit être placé à la Côte d’Ivoire ou au Haut-Sénégal-Niger, mais en
+tout cas son domaine ne paraît pas avoir jamais subi de modifications
+bien sensibles et, si elle a effectué des migrations, nous n’en pouvons
+découvrir aucune trace sérieuse.
+
+La famille voltaïque enfin est vraisemblablement autochtone aussi dans
+son territoire actuel : tout au plus peut-on supposer que ce territoire
+s’étendait autrefois davantage vers le Nord et le Nord-Ouest, qu’il a
+subi des reculs dans ces deux directions sous la poussée des Berbères,
+des Songaï et des Mandé et que, par contre, il a gagné un peu de terrain
+vers le Sud-Ouest aux dépens des Sénoufo. D’autre part, plusieurs des
+peuples qui composent cette famille n’ont pas occupé de tout temps les
+régions où on les trouve aujourd’hui ; l’origine des Mossi en
+particulier remonte à une migration importante du Sud vers le Nord et le
+Nord-Ouest : mais cette migration et d’autres moins considérables n’ont
+pas dépassé les limites du territoire de la famille, en sorte que, comme
+les Sénoufo, les Voltaïques sont strictement autochtones.
+
+Bien entendu, lorsque je parle de familles autochtones, je ne remonte
+pas au delà de la période historique. Comment le Soudan était-il peuplé
+avant cette période ? je laisse à de plus savants le soin de le
+déterminer. Qu’une certaine école prétende trouver dans l’Inde ou dans
+l’Océanie le berceau de la race nègre, c’est son droit. Je préfère,
+quant à moi, prendre comme point de départ une époque à laquelle les
+Nègres se trouvaient déjà indubitablement là où ils se trouvent
+actuellement, au moins d’une façon générale, et je crois que, si je
+pouvais retracer seulement jusqu’au début de notre ère les origines
+probables des peuples du Haut-Sénégal-Niger, j’en aurais fait assez pour
+ma part.
+
+
+=I. Maures de l’Azaouad.=
+
+1o _Bérabich._ — Les Bérabich ont dû faire leur première apparition du
+côté de Taodéni et d’Araouân vers la fin du VIIIe siècle de notre ère.
+Ils venaient du _Dara_ ou Draa, province méridionale du Maroc située
+entre le Tafilelt et le Noul ou Noun et qui a donné son nom à l’oued
+Dara ou Draa qui l’arrose. Ces Bérabich étaient, croit-on, des Arabes
+originaires du Yémen, venus d’Arabie dans le Maghreb sous le règne du
+troisième _tobba_ ou roi himyarite du Yémen, Ifrîkos ou Africus, vers
+l’époque de la naissance de J.-C., c’est-à-dire bien avant Mahomet[104].
+Au moment de leur départ pour le Sahara Soudanais, ils occupaient le
+Dara depuis plusieurs siècles et y voisinaient avec des Berbères de
+tribus diverses (Messoufa et Lemta entre autres). Il est probable qu’ils
+s’étaient plus ou moins « berbérisés » au contact de ces derniers ; on
+peut néanmoins leur reconnaître une origine arabe.
+
+Ce furent sans doute les premières expéditions musulmanes dans le Sud
+marocain ou les bouleversements amenés par la fondation de la dynastie
+des Idrissides (788) qui incitèrent les Bérabich à aller chercher plus
+au Sud des territoires où ils pussent conserver leur indépendance. Ils
+quittèrent le Dara en deux groupes conduits l’un par Inis-ben-Yaïs et
+l’autre par Yaïch ; plus tard ils furent rejoints par deux autres
+familles arabes du Dara, les Oulad-Abderrahmân et les Oulad-Ameur. Ils
+n’étaient pas encore musulmans à cette époque, selon toute
+vraisemblance, et ne furent convertis que vers le début du XVIIe siècle
+par des marabouts Kounta, après la prise de Tombouctou par les
+Marocains.
+
+L’attrait des profits qu’ils pouvaient retirer de l’exploitation des
+mines de sel de Teghazza ne fut pas étranger probablement à leur exode
+et de fait ils se rendirent maîtres de ces mines, possédées auparavant
+par des Berbères Messoufa et, tout en en abandonnant l’exploitation
+proprement dite aux Soninké qui y étaient établis déjà et dont ils
+firent leurs vassaux, ils s’instituèrent guides et convoyeurs des
+caravanes du Soudan qui venaient chercher le sel à Teghazza ainsi que
+des caravanes marocaines qui, passant par ce même point, allaient dans
+la région de Oualata-Tombouctou chercher des esclaves et de la poudre
+d’or. C’est ainsi que leurs terrains de parcours s’étendirent peu à peu
+jusqu’au Niger et à Ras-el-ma ; Araouân, qui n’aurait pris toute son
+importance que vers 1690, devint à partir du XVIIIe siècle leur centre
+géographique et leur principal point d’attache. Lorsque Taodéni remplaça
+Teghazza en 1596, les Bérabich conservèrent leur monopole et ils l’ont
+gardé jusqu’à nos jours.
+
+Lors de leur arrivée dans le Sahara Soudanais, ils y avaient trouvé —
+comme je viens de le mentionner — des Berbères Messoufa et des Nègres
+Soninké ; il semble bien certain que des unions se formèrent entre ces
+deux éléments et les Bérabich et que les produits de ces unions durent
+altérer singulièrement le type arabe déjà mitigé des envahisseurs.
+Nombreux sont actuellement les Bérabich métissés de sang noir et, si les
+métissages de sang berbère sont plus difficiles à constater, ils n’en
+sont pas moins infiniment probables. Toutefois, par la langue, les mœurs
+et les traditions, les Bérabich sont demeurés surtout arabes.
+
+Les sous-tribus connues sous les noms d’_Ousra_ et de _Tormoz_ se sont
+séparées politiquement du reste de la tribu vers 1875 et se sont
+écartées de la ligne Taodéni-Tombouctou pour émigrer vers le Sud-Ouest,
+dans la direction de Ras-el-ma et de Bassikounou, faisant cause commune
+avec les Maures Oulad-Delim contre le gros des Bérabich. Toutefois, au
+point de vue de l’origine, les Ousra et les Tormoz ne sont, semble-t-il,
+qu’une simple fraction des Bérabich.
+
+2o _Kounta._ — Les Kounta eux aussi sont d’origine sémitique. Ils font
+remonter la généalogie de leur tribu — ou tout au moins des familles
+nobles de leur tribu — au conquérant Okba-ben-Nafi qui, nommé en 670
+gouverneur de l’Ifrikia (Tripolitaine et Tunisie) par le premier khalife
+omeyyade Moaouiya (661-680), guerroya en Tunisie contre les Romains et
+les Berbères, construisit Kaïrouân, pénétra au Maroc et jusqu’au Dara et
+fut tué près de Biskra en 681 par des partisans du chef berbère
+Kosseïla. Les compagnons et les descendants de Okba, musulmans
+naturellement, s’essaimèrent de la Tunisie au Touat, et ce serait l’un
+d’eux[105] qui, vers le XVe siècle, serait venu du Touat s’établir avec
+sa famille dans la région de Mabrouk[106], au Nord-Est d’Araouân, au
+moment où le chef touareg Akil régnait sur Tombouctou. Il y aurait été
+rejoint par des parents et des amis de même descendance arabe que lui-
+même et aussi, très probablement, par des membres de la colonie juive
+jusque là toute puissante au Touat, mais qui venait d’être persécutée et
+pourchassée en 1492 par le réformateur musulman El-Merhili.
+
+C’est du mélange de ces Arabes descendants de Okba et de ces Juifs du
+Touat, islamisés par la suite, que serait sortie la tribu des Kounta. A
+ces deux éléments sémitiques primitifs, il convient cependant d’en
+ajouter deux autres : l’un, hamitique, provenant de quelques tribus
+berbères de l’Azaouad qui acceptèrent la domination des Kounta et
+s’incorporèrent à eux — les _Zakhoura_ en particulier — et aussi
+d’unions fréquentes avec les tribus maraboutiques touareg[107] ;
+l’autre, nègre, provenant d’unions avec des Songaï ou des Soninké et
+avec des esclaves ou des serfs également d’origine noire.
+
+Ces mélanges devinrent surtout fréquents lorsque, ayant quitté en partie
+leur foyer primitif de Mabrouk pour se répandre dans la région de
+Tombouctou sur les deux rives du Niger et pour se rendre, à travers le
+Hodh, dans le Tagant et l’Adrar mauritanien, les Kounta multiplièrent
+les occasions de contact avec des Berbères et des Nègres. Néanmoins,
+comme chez les Bérabich, c’est le type et le sang arabes — ou tout au
+moins sémitiques — qui semblent, encore aujourd’hui, dominer chez les
+Kounta.
+
+
+=II. Maures du Hodh.=
+
+1o _Elément berbère._ — Il paraît difficile de savoir si le Hodh était
+peuplé par des Nègres avant que les Berbères y eussent fait leur
+première apparition. Il est certain que les Soninké y possédaient des
+colonies bien avant le mouvement almoravide, c’est-à-dire bien avant le
+XIe siècle de notre ère, mais il n’est pas moins certain qu’avant cette
+date les Berbères de l’Adrar et du Tagant et particulièrement ceux de
+l’empire lemtouna d’Aoudaghost — dont nous parlerons dans la partie
+historique de cet ouvrage — s’étaient déjà répandus jusque dans la
+région où se trouve aujourd’hui Oualata et y avaient exercé au moins à
+un moment donné une sorte d’hégémonie politique. Il est probable même
+qu’à une époque plus reculée, lorsque se produisit — sans doute durant
+les deux premiers siècles de l’ère chrétienne — l’immigration judéo-
+syrienne dont il sera question à propos des origines du peuple peul, des
+Berbères se trouvaient déjà dans la région, en même temps que des
+Soninké. J’inclinerais toutefois à penser que ces derniers furent les
+premiers colonisateurs du Hodh et qu’ils avaient fondé déjà Néma et
+Ghana — ou d’autres villes que celles-ci remplacèrent par la suite —
+avant l’apparition des premiers Berbères : si l’exactitude de cette
+hypothèse vient à être démontrée, il faudrait placer la première
+immigration berbère dans le Haut-Sénégal-Niger — en l’espèce dans le
+Hodh — quelques siècles avant J.-C., mais postérieurement au grand
+mouvement de migration soninké que je tenterai de retracer plus loin.
+
+Quoi qu’il en soit, ces Berbères — cela paraît bien établi —
+appartenaient à la grande fraction des _Zenaga_, notamment aux tribus
+_Goddala_, _Lemtouna_ et _Messoufa_, et venaient de l’Adrar mauritanien
+par le Tagant (Goddala et Lemtouna), ainsi que du Sud marocain par
+Taodéni (Lemtouna et Messoufa). Depuis fort longtemps sans doute les
+Lemtouna occupaient l’Adrar, ayant les Goddala entre eux et l’Océan et
+les Messoufa au Nord et au Nord-Est. Ils s’étaient installés là en
+venant du Maroc. Rechercher plus loin leur point de départ primitif
+serait fort malaisé : cela reviendrait à trancher la question de
+l’origine des Berbères, qui a été résolue, il est vrai, mais de diverses
+manières souvent contradictoires.
+
+Ce groupe de la famille hamitique est-il autochtone dans l’Afrique du
+Nord ou y est il venu de la péninsule arabique ? je ne vois pas la
+nécessité de répondre ici à cette question, qui dépasse les limites de
+ma faible compétence et nous entraînerait trop loin de notre sujet.
+Qu’il me suffise de rappeler que la présence des Libyens, manifestement
+identiques aux Berbères, dans la Cyrénaïque, la Tunisie actuelle et le
+Maghreb a été signalée dès le Ve siècle avant J.-C. par Hérodote, qui
+semblait les considérer comme les plus anciens et les seuls habitants de
+la presque totalité de ces contrées. Les Berbères ne sont autres en
+effet que les Libyens, les Gétules et les Numides de l’antiquité
+classique, auxquels les Latins donnèrent, parce qu’ils se montraient
+rebelles à la civilisation romaine, le surnom de _Barbari_ (du grec
+_Barbaroï_ « étrangers, barbares »), que les Arabes ont transformé en
+_Berber_ tout en le faisant dériver d’un mot arabe signifiant
+« murmurer, parler d’une façon incompréhensible », selon leur habitude
+de trouver à tous les noms de lieux et de peuples une étymologie dans la
+langue de Mahomet[108].
+
+Nous savons que les Berbères étaient partagés autrefois en plusieurs
+grandes fractions dont les deux plus importantes étaient appelées
+_Zenata_ et _Zenaga_. Les Zenata sont en général demeurés dans l’Afrique
+du Nord, tandis que les Zenaga, tout en laissant au Maghreb de très
+nombreux représentants, essaimèrent, dès une époque fort lointaine,
+quelques-unes de leurs sous-tribus dans le Sahara et la Mauritanie
+actuelle : les _Messoufa_, les Djedala ou _Goddala_, les _Lemtouna_, les
+_Maddassa_ et les _Ouareth_ furent les principales de ces sous-tribus
+zenaga du désert ; les _Hoouara_, les _Lemta_ et les _Guezoula_,
+apparentés de près aux Zenaga, sinon Zenaga eux-mêmes, participèrent au
+même mouvement. Tous se distinguèrent de bonne heure de leurs frères
+demeurés dans le bassin méditerranéen en adoptant le voile qui leur
+valut plus tard le surnom arabe de _Molettsemîn_ (les voilés) et qui,
+aujourd’hui, n’est plus porté que par ceux d’entre eux qui ont échappé à
+la conquête arabe et sont devenus les Touareg.
+
+Les Lemta et les Hoouara se portèrent principalement dans le Sahara
+central, où on les retrouve sous les noms à peine transformés
+d’Oulmidden (Lemta) et de Hoggar ou Ihaggaren (Hoouara). Les Messoufa
+restèrent longtemps cantonnés au Sud du Maroc dans la région de Tindouf,
+puis s’avancèrent du côté de Taodéni et de l’Azaouad. Les Maddassa se
+dirigèrent également vers le cours septentrional du Niger. Quant aux
+Lemtouna et aux Goddala, accompagnés de quelques familles des Guezoula
+et des Ouareth, ils allèrent s’installer dans l’Adrar mauritanien et
+dans le Tirs ou Tiris, puis dans le Tagant, vivant généralement côte à
+côte, quoique les Goddala se soient plus tard portés davantage vers le
+Sud-Ouest et le cours du bas Sénégal.
+
+Il est probable, comme je le disais plus haut, que, depuis les derniers
+siècles qui ont précédé notre ère jusqu’au VIIe siècle environ après
+Jésus-Christ, des Lemtouna de l’Adrar, traversant le Tagant, firent des
+randonnées dans le Hodh, allant sans doute demander ou prendre aux
+cultivateurs soninké et ensuite aux pasteurs judéo-syriens les vivres
+qui leur manquaient. A partir du VIIIe siècle, ils commencèrent à se
+répandre en nombre plus considérable dans les pays dépendant aujourd’hui
+du Haut-Sénégal-Niger et y eurent même peut-être, aux IXe et Xe siècles,
+leur capitale _Aoudaghost_, qui devait se trouver non loin de Kiffa et
+qui tout au moins était située dans la partie du Tagant oriental
+avoisinant Kiffa, probablement un peu au Nord de cette dernière
+localité[109]. Tantôt suzerains des Noirs du pays, tantôt leur payant
+tribut, les Berbères durent, dès cette époque, se métisser assez
+fortement de sang nègre, surtout les sédentaires.
+
+Selon toute vraisemblance, ils étaient chrétiens[110] au moment où prit
+naissance parmi eux la secte des Almoravides (1052), ou tout au moins
+ils l’étaient en majorité, puisque le but principal de la fondation de
+cette secte fut la conversion des Lemtouna et Goddala infidèles ou
+mauvais musulmans. Beaucoup d’entre eux n’acceptèrent la religion de
+Mahomet que contraints et forcés, et après avoir été vaincus par les
+sectateurs d’Abdallah-ben-Yassîn ; beaucoup aussi, trouvant exagérés le
+puritanisme et l’autoritarisme du réformateur, émigrèrent vers l’Est et
+vinrent s’établir dans l’Azaouad auprès des Messoufa et des Maddassa.
+
+D’une façon générale, les Lemtouna demeurèrent dans le Hodh et ce sont
+eux qui, plus ou moins métissés de sang noir, ont donné naissance à
+l’élément berbère qui, aujourd’hui encore, entre en majorité dans la
+composition des familles zénaga et même de beaucoup de familles
+prétendues arabes des diverses tribus des Maures du Hodh. Parmi les
+Goddala, les uns se fixèrent également dans le Hodh, mais les autres,
+plus nombreux, poussèrent jusque sur le Niger et au delà ; rejoints dans
+la région lacustre de Tombouctou par quelques familles lemtouna, ils
+donnèrent naissance à la tribu touareg des Iguellad ou tout au moins
+contribuèrent puissamment à sa formation, comme nous le verrons plus
+loin en parlant des Touareg. Il me faut ajouter que, parmi les Maures du
+Hodh oriental (Mejdouf et Allouch), on retrouve des traces de
+l’immigration Messoufa dont j’ai dit un mot déjà et dont je reparlerai à
+propos de la formation des Touareg.
+
+2o _Elément arabe._ — L’élément arabe, en ce qui concerne les Maures du
+Hodh, a été fourni à peu près exclusivement par les _Beni-Hassân_ : son
+introduction est relativement récente.
+
+Les Beni Hassân, qui se disent descendants de la famille de Koreïch, à
+laquelle appartenait Mahomet, proviennent de la plus importante des
+immigrations arabes qui se soient accomplies dans l’Afrique du Nord,
+celle que l’on appelle l’invasion hilalienne. Les Arabes Hilaliens,
+descendants d’Adnân et rangés par Ibn-Khaldoun dans les Arabes
+« barbarisants », c’est-à-dire mélangés, passèrent en Afrique vers le
+début du XIe siècle ; c’étaient surtout des nomades. En réalité les
+Beni-Hassân (_alias_ Idao-Hassân ou Doui-Hassân) n’étaient pas des
+Hilaliens ; ils appartenaient à un groupe issu de Makil, lequel
+prétendait descendre de Djâfer, fils d’Abou-Taleb, fils de Hachem,
+bisaïeul de Mahomet, mais, d’après Ibn Khaldoun, descendait plutôt des
+Arabes du Yémen issus de Kodâa, petit-fils de Himyar.
+
+Quoi qu’il en soit, les Beni-Hassân suivirent les Hilaliens dans leur
+migration et, après avoir traversé toute l’Afrique du Nord, s’établirent
+avec eux dans le Sous, le Noul ou Noun et le Dara ou Draa, entre
+l’Atlantique et le Tafilelt, vers la fin du XIIIe siècle, envoyant
+paître leurs troupeaux jusqu’aux régions sahariennes habitées par les
+Messoufa, les Lemtouna et les Goddala.
+
+Ils comprenaient plusieurs fractions : celle des _Beni-Hassân_
+proprement dits ou descendants de Hassân fils de Mokhtar fils de
+Mohammed fils de Makil ; celle des _Chebanât_ ou descendants de Chebana,
+frère de Hassân (comprenant les Beni-Tâbet ou Idao-Aïch, descendants de
+Aïch-ben-Talha, et les Ahl-Ali ou Idao-Ali) ; enfin celle très
+importante des _Oulad-Delim_ qui, en réalité, formait une sous-tribu
+distincte des Beni-Hassân proprement dits.
+
+Dès le XIVe siècle, selon le témoignage d’Ibn-Khaldoun, le territoire
+des Beni-Hassân s’étendait depuis le Sous jusqu’à la frontière du pays
+des Noirs, c’est-à-dire jusqu’à l’Adrar mauritanien tout au moins. Vers
+la fin du XVIe siècle, un grand nombre de Beni-Hassân, après avoir
+conquis définitivement l’Adrar, se répandirent de là sur les bords du
+Sénégal, puis dans le Tagant et enfin dans le Hodh[111], subjuguant les
+Berbères, les convertissant définitivement à l’islamisme et en faisant
+leurs vassaux. Les Beni-Hassân proprement dits et les Chebanât
+constituèrent l’élément arabe et en même temps guerrier chez les
+Regueïbât, les Idao-Aïch, les Ahl-Tichit, les Oulad-Mbarek, les Oulad-
+Nasser et les Mejdouf ; les Oulad-Delim, poussant davantage vers l’Est,
+contribuèrent à former les sous-tribus des Oulad-Daoud, des Oulad-
+Allouch, etc.
+
+Les Maures actuels du Hodh sont donc, en somme, des Berbères arabisés
+plutôt que des Arabes. Il est bien certain en tout cas que l’élément
+arabe fut, dans leur formation, très inférieur en nombre à l’élément
+berbère. Tout d’abord il importe de considérer que, lors de leur départ
+du Maroc pour la Mauritanie, les Beni-Hassân n’étaient plus des Arabes
+bien purs : Ibn-Khaldoun nous apprend en effet que, lors de leur premier
+établissement entre la Moulouya et le Tafilelt, les Beni-Makil (Beni-
+Hassân et Beni-Soleïm) s’étaient unis aux Berbères Zenata, installés
+avant eux dans cette région, et que, lorsqu’ils se portèrent vers le Sud
+après la conquête de Maghreb central par les Zenata, les Beni-Hassân
+soumirent les Berbères Guezoula de Taroudant et les Berbères Masmouda,
+Zenaga et Lemta du Sous, du Dara et du Tafilelt, et se les incorporèrent
+au moins en partie. Ensuite, il convient de remarquer que certaines
+sous-tribus actuelles du Hodh ne renferment que des gens d’origine
+berbère et ont gardé le qualificatif ethnique de Zenaga. D’autres, qui
+se prétendent d’origine arabe, sont beaucoup plus berbères qu’arabes :
+c’est en particulier le cas chez nombre d’Idao-Aïch. Enfin les familles
+maraboutiques se trouvent être presque toujours — quelles que soient les
+généalogies qu’elles se sont fabriquées après coup — ou uniquement
+berbères ou du moins surtout berbères quant à leur origine.
+
+Si l’on ajoute à cela les infiltrations de sang noir qui se sont
+produites constamment chez les Berbères d’abord et chez les Beni-Hassân
+ensuite et les mélanges parfois considérables dûs à des unions avec des
+Peuls (chez les Guirganké[112] notamment et chez les Allouch), on
+comprendra combien il serait inexact de dire que les Maures du Hodh sont
+d’origine arabe.
+
+D’autre part, s’ils ne sont d’origine arabe qu’à un degré infime, ils
+méritent cependant, dans leur ensemble, le qualificatif d’Arabes au même
+titre que les soi-disant Arabes de l’Algérie et du Maroc. Si en effet
+l’on en excepte les rares familles qui ont conservé l’usage de la langue
+berbère[113], les Maures du Hodh ont presque tout pris aux Arabes : la
+langue, la religion et même le costume ; c’est en effet depuis
+l’immigration des Beni-Hassân que les Berbères de la Mauritanie et du
+Hodh ont cessé de porter le voile, tandis que leurs congénères non
+arabisés de l’Azaouad et du Sahara central l’ont conservé. Tout au plus,
+dans certaines des coutumes des Maures du Hodh, peut-on retrouver des
+survivances berbères encore très nettes, ainsi que dans la désignation
+des noms de lieux et dans les termes géographiques en usage[114].
+
+
+=III. Touareg.=
+
+Les Touareg des territoires civils du Haut-Sénégal-Niger se répartissent
+aujourd’hui, comme nous l’avons vu, en trois grandes tribus ou
+fractions. Dans l’ensemble, ils ont été formés par cinq grands courants
+d’immigration berbère, auxquels il faut ajouter quelques mélanges
+d’origine arabe, peul et songaï. Les cinq grandes immigrations berbères
+qui ont contribué à leur formation sont, par ordre probable de dates,
+celles des Lemta et Hoouara de Tripolitaine, des Messoufa, des Saghmâra
+ou Kel-Tadmekket, des Goddala et Lemtouna et des Oulmidden. D’une façon
+générale, de la première et de la dernière sont issues les sous-tribus
+oulmidden actuelles, de la troisième la tribu des Kel-Tadmekket et de la
+deuxième et de la quatrième la tribu des Iguellad et les sous-tribus qui
+s’y rattachent.
+
+1o _Immigration lemta et hoouara._ — Ainsi que je le disais plus haut,
+lors de l’époque reculée où les Berbères commencèrent à s’enfoncer dans
+le Sahara, les Lemta allèrent s’établir à l’Ouest de l’Aïr, où nous les
+retrouvons encore de nos jours sous le nom d’Oulmidden qui semble bien
+provenir du même radical que le mot _Lemta_ employé par les auteurs
+arabes. Ces Lemta provenaient au moins en partie de la Tripolitaine
+actuelle, où ils avaient laissé nombre de leurs compatriotes ainsi qu’au
+Touat et dans le Sud marocain. Une fraction des Lemta demeurés dans le
+Nord, de religion chrétienne très probablement, fuyant la première
+conquête arabe de l’Ifrîkia, quitta vers 670 la Tripolitaine avec un
+grand nombre de Hoouara (autre tribu berbère à demi christianisée et
+établie alors dans les mêmes parages). Les Hoouara s’installèrent
+principalement dans la région montagneuse du Sahara central et devinrent
+les Hoggar. Quant aux Lemta, accompagnés sans doute de quelques familles
+hoouara, ils allèrent rejoindre les membres de leur tribu déjà installés
+plus au Sud.
+
+Ceux-ci, qui très probablement étaient demeurés fidèles à l’ancienne
+religion libyenne, regardèrent d’un assez mauvais œil ces nouveaux
+arrivants chrétiens, craignant surtout d’ailleurs de se voir disputer
+par eux la maigre chère qu’ils arrivaient péniblement à se procurer. Les
+derniers immigrés, ainsi mal reçus par leurs compatriotes, continuèrent
+leur mouvement plus avant et arrivèrent enfin, dans un état assez
+misérable, sur les rives du Niger, dans le lieu où s’élevait alors le
+village songaï de _Gounguia_ ou _Koukia_, peuplé surtout de Sorko
+pêcheurs. Ce village — je le crois du moins — devait être situé dans
+l’île aujourd’hui connue sous le nom de Bentia, entre Gao et
+Tillabéry[115].
+
+Mieux accueillis par les Sorko qu’ils ne l’avaient été par leurs propres
+compatriotes, les Lemta de Tripolitaine parvinrent même à s’imposer aux
+indigènes riverains du Niger et — non sans luttes, comme nous le verrons
+plus loin — à fonder, vers la fin du VIIe siècle, un empire qui devait
+plus tard devenir puissant et dont ils demeurèrent les maîtres jusque
+vers la fin du XVe siècle[116]. Tout naturellement, ils ne demeurèrent
+pas fixés à Koukia et, tout en y maintenant au moins provisoirement la
+capitale de leur empire, ils se répandirent dans l’Est de la Boucle du
+Niger, où ils demeurèrent lorsque la suprématie leur fut enlevée par les
+Noirs (Songaï dirigés par des Soninké) en 1493 et que, de suzerains de
+ces derniers, ils devinrent leurs vassaux. Encore chrétiens au moment de
+leur arrivée à Koukia, ils commencèrent à embrasser l’islamisme vers
+l’an 1009 de notre ère, sous le règne de leur quinzième empereur, Dia
+Kossoï.
+
+2o _Immigration messoufa._ — Vers le début du VIIIe siècle, à la suite
+sans doute des premières conquêtes arabes dans le Maghreb, des Messoufa
+établis au Sud du Maroc dans la région de Tindouf se portèrent vers le
+midi et s’emparèrent des mines de sel de Teghazza. Dépossédés vers le
+IXe siècle par les Bérabich, comme nous l’avons vu précédemment, ils
+devinrent les vassaux de ces derniers ; les uns demeurèrent à Teghazza,
+d’autres accompagnèrent les Bérabich dans leurs randonnées à travers le
+désert ou se firent comme eux convoyeurs de caravanes. Il est possible
+que les Messoufa n’aient pas attendu la venue des Bérabich pour pousser
+jusque dans la région de Tombouctou ; en tout cas, les Berbères
+_Maddassa_, signalés au XIe siècle par Bekri comme habitant la rive Nord
+du lac Faguibine et du Niger, et qui étaient déjà musulmans à cette
+époque, étaient très vraisemblablement une fraction des Messoufa.
+
+3o _Immigration saghmâra ou des Kel-Tadmekket._ — Dans la vallée du
+Tilemsi, à 300 kilomètres environ au Nord-Nord-Est de Gao, les Berbères
+émigrés les premiers dans le Sahara avaient fondé, sans doute avant la
+naissance de J.-C., une ville qu’ils appelaient _Tadmekket_[117] et que,
+bien plus tard, les Arabes dénommèrent _Es-souk_ (le marché) parce
+qu’elle était le seul centre commercial de tout le Sahara central et le
+rendez-vous des caravanes allant de la Tripolitaine et du Touat vers les
+pays nigériens. Ce point semble avoir été florissant, si toutefois une
+telle épithète a jamais pu s’appliquer à une ville saharienne ; mais
+tout est relatif et ce qui serait une vulgaire bourgade en un pays
+fertile et peuplé revêt facilement au désert les allures d’une brillante
+métropole. Il est possible d’ailleurs que les premiers colons berbères
+du Tilemsi aient su mettre à profit les terres de cette vallée et que
+Tadmekket ait été autrefois une oasis prospère.
+
+Quoi qu’il en soit, elle eut un grand renom et, dès les premiers siècles
+de l’hégire, elle attira des musulmans de l’Ifrîkia[118], berbères sans
+doute comme ses fondateurs, qui vinrent y prêcher l’islam et
+constituèrent la fraction maraboutique connue aujourd’hui sous le nom
+d’_Iforhass_, tandis que l’ensemble des populations berbères gravitant
+autour de Tadmekket portait le nom de _Saghmâra_.
+
+Les Oulmidden nomades, qui plantaient leurs tentes entre Tadmekket et
+l’Aïr et qui devaient avoir la même origine première que les Saghmâra —
+les uns et les autres étaient vraisemblablement des Lemta, au moins en
+majorité —, attaquèrent à maintes reprises les populations de Tadmekket,
+pour des raisons qui ne nous apparaissent pas très clairement, mais dont
+la principale fut sans doute la cupidité. Dès le Xe siècle au moins, ils
+avaient contraint une partie des familles maraboutiques à se retrancher
+dans la région de collines pierreuses que nous appelons l’Adrar des
+Iforhass et une partie des Saghmâra à descendre la vallée du Tilemsi,
+avec l’espoir de retrouver sur les bords du Niger d’autres terres
+favorables. Les Saghmâra, se heurtant du côté de Bourem aux Oulmidden de
+la région de Gao, obliquèrent vers l’Ouest, atteignirent le fleuve près
+de Bamba et se répandirent sur ses deux rives, occupant surtout la rive
+droite depuis la hauteur de Bamba jusqu’aux lacs situés au Sud de
+Tombouctou. Les Touareg Iguellad, quand ils vinrent se fixer dans cette
+région, leur donnèrent le nom de _Kel-Tadmekket_ (gens de Tadmekket) en
+raison de leur origine ; on les appela aussi _Kel-es-souk_, ce qui
+revient au même, mais on réserva de préférence cette dernière
+appellation à la fraction maraboutique qui avait suivi l’exode des
+Saghmâra au lieu de s’établir avec les autres familles religieuses dans
+l’Adrar des Iforhass.
+
+Bekri signale au XIe siècle la présence de Kel-Tadmekket (sous le nom de
+Saghmâra) sur la rive droite du Niger, en face de Gao : leur exode fut
+donc bien antérieur à la destruction de la ville de Tadmekket par les
+Oulmidden, destruction qui aurait eu lieu vers 1640. Mais il semble
+établi d’autre part que la ruine finale de Tadmekket eut comme
+conséquence une nouvelle immigration saghmâra sur les rives du Niger,
+vers le milieu du XVIIe siècle.
+
+
+4o _Immigration goddala et lemtouna._ — J’ai dit tout à l’heure, en
+retraçant les origines des Maures du Hodh, comment, vers le XIe siècle,
+un certain nombre de Lemtouna et surtout de Goddala, venant de l’Adrar
+Mauritanien, s’étaient avancés jusque vers Tombouctou. Ils échappèrent
+là à la conquête arabe des Beni-Hassân qui, vers la fin du XVIe siècle,
+subjugua leurs compatriotes demeurés dans le Hodh. Ils furent bien
+rejoints à la fin du XIe siècle par l’immigration arabe des Bérabich et
+au XVe par celle des Kounta et il y eut alors entre eux et les Arabes
+des mélanges dont le résultat est sensible encore, dans la tribu
+maraboutique des Kel-Antassar[119] principalement. Mais il n’y eut pas
+là, comme dans le Hodh, conquête de la part des Arabes ; les Goddala et
+les Lemtouna des lacs et de l’Azaouad, devenus les Iguellad, ne furent
+pas arabisés et conservèrent leur langue et leur voile, adoptant
+seulement la religion musulmane que leur prêchèrent les Kel-Tadmekket et
+plus tard les Kounta.
+
+
+5o _Immigration oulmidden._ — C’est aux Lemta établis au Sahara avant
+l’arrivée de ceux qui, après les avoir rejoints, poussèrent jusqu’à
+Koukia que je donne de préférence ici, pour les distinguer de ces
+derniers, le nom d’Oulmidden.
+
+On peut supposer que, lorsqu’ils eurent constaté le degré de prospérité
+des Lemta de Gounguia ou Koukia, les Oulmidden demeurés au Sahara
+cherchèrent à renouer avec eux des relations. Les rôles étaient
+changés : d’hôtes encombrants et de bouches inutiles, les anciens
+immigrés de Tripolitaine étaient devenus des puissants dont la force
+était à craindre et l’alliance à rechercher. Aussi les Oulmidden ne se
+firent-ils pas faute sans doute d’aller les saluer et même de
+reconnaître leur suzeraineté, moyennant quoi ils obtinrent le droit de
+prélever leur part des moissons que faisaient pousser les Songaï le long
+du Niger. Mais il ne semble pas qu’ils aient franchi le fleuve ni
+pénétré dans les territoires relevant actuellement de la colonie civile
+du Haut-Sénégal-Niger durant l’époque de l’hégémonie berbère en pays
+songaï.
+
+C’est seulement à la fin du XVe siècle, lorsque l’empire lemta de
+Gounguia puis de Gao fut remplacé par l’empire soninké-songaï de Gao et
+que cette dernière ville fut devenue à la fois un grand marché et un
+centre musulman important, que les Oulmidden, attirés davantage encore
+vers le Niger, commencèrent à franchir le fleuve et à se fixer en partie
+à l’intérieur de la Boucle, dans la direction de Gao à Hombori, auprès
+des familles venues précédemment de Gounguia. C’est à cette époque
+également que les Oulmidden de la région de Gao durent embrasser
+l’islamisme, déjà professé par les autres Touareg de la vallée
+nigérienne.
+
+
+6o _Eléments divers._ — Tels sont les éléments principaux, tous
+berbères, qui contribuèrent à former la partie du peuple touareg
+occupant de nos jours le Nord de la Boucle du Niger et la rive gauche de
+ce fleuve dans la région comprise entre Ras-el-ma et Bourem. En outre
+existent quelques éléments secondaires, dont l’importance du reste ne
+paraît pas très considérable et qui n’ont pas modifié profondément le
+type berbère initial.
+
+Tout d’abord il semble probable que le pays actuel des Touareg du Haut-
+Sénégal-Niger, si l’on en excepte les rives mêmes du fleuve, était à peu
+près inhabité lorsque s’y montrèrent les premières immigrations
+berbères. Même sur le Niger, les Songaï ne devaient pas alors s’avancer
+bien en amont de Gao ; peut-être ne dépassaient-ils pas Bourem ;
+cependant il est hors de doute que, vassaux des Lemta d’abord, suzerains
+ensuite de tous les Touareg nigériens, ils ont dû se mêler à eux dans
+d’assez fortes proportions. Plus tard, les Peuls qui vinrent se fixer
+dans les régions de Hombori et de Dori apportèrent, au moins sur la
+lisière de leurs établissements, un élément de métissage qu’on aurait
+tort de négliger. Dans la région de Tombouctou, des unions eurent lieu
+certainement entre Arabes et Touareg, mais, les Arabes étant les moins
+nombreux, ce sont eux qui durent être le plus influencés par ces unions.
+Quant aux Marocains qui conquirent Tombouctou à la fin du XVIe siècle,
+c’est surtout sur les Songaï que leur influence se fit sentir, comme
+nous le verrons dans un instant[120].
+
+
+=IV. Peuls.=
+
+1o _Le problème de l’origine des Peuls._
+
+La question de l’origine des Peuls a fourni matière à d’amples
+discussions et cependant elle est loin d’être résolue. Il y a là un
+problème à plusieurs faces qui demande, pour être traité avec quelque
+précision, d’être examiné à la fois sous ses divers aspects. Personne ne
+conteste qu’une bonne partie tout au moins du peuple peul actuel
+n’appartient pas originairement à la race noire : il suffit pour en être
+convaincu d’observer les Peuls pasteurs que l’on rencontre un peu
+partout dans le Soudan et chez lesquels, à côté d’individus
+manifestement métissés de sang nègre, on remarque des gens dont la
+couleur et le facies rappellent absolument la couleur et le facies des
+Bédouins de l’Egypte et surtout de la Palestine. A côté de cela, la
+langue peule est parlée par un nombre considérable d’individus qui sont,
+tout aussi incontestablement, des Nègres bien caractérisés.
+
+De là les deux théories dont l’une fait des Peuls un peuple de métis,
+tandis que l’autre en fait un ensemble de gens, les uns de race blanche,
+les autres de race noire, n’ayant de commun que la langue. Mais ici
+encore, il y a divergence d’opinion : les uns veulent que la langue
+peule ait été la langue originelle de l’élément de race blanche, les
+autres pensent que ce dernier l’a au contraire empruntée à l’élément de
+race noire.
+
+Je dirai tout de suite que mon opinion, motivée par de longues et
+patientes recherches, penche vers la dernière hypothèse : à mon avis, la
+langue dite peule est une langue nègre, parlée à l’origine par un peuple
+nègre complètement différent des Peuls, peuple dont les représentants
+actuels ne sont autres que les Toucouleurs, et cette langue a été
+adoptée, à la suite de circonstances que je vais retracer, par un peuple
+de race blanche et d’origine judéo-syrienne dont les représentants
+actuels sont les Foulbé ou Peuls proprement dits.
+
+Pour être complet, il me faut ajouter qu’une longue cohabitation a
+produit entre les Toucouleurs et les Peuls des mélanges facilement
+perceptibles, de même que l’éparpillement des Peuls à travers d’immenses
+territoires peuplés de Nègres divers a profondément altéré le type
+sémitique originel des Foulbé. Enfin il ne faut pas oublier que ces
+derniers ont auprès d’eux de nombreux serfs nègres, les Rimaïbé, qui
+parlent comme leurs maîtres peuls la langue des Toucouleurs, sans être
+pour cela ni des Toucouleurs ni des Peuls.
+
+Avant d’exposer les faits qui rendent mon hypothèse vraisemblable, il me
+paraît opportun de résumer et de discuter brièvement les principales des
+nombreuses théories émises par mes devanciers.
+
+
+2o _Théories diverses relatives à l’origine des Peuls._
+
+Si l’on identifie les Peuls avec la tribu de _Fouth_ ou _Foudh_
+mentionnée dans le Pentateuque et dans les écrits de plusieurs prophètes
+bibliques (Ezéchiel, Jérémie, Isaïe, Nahoum), tribu dont le nom est
+d’ailleurs écrit _Foul_ par Isaïe [121], on doit reconnaître que ce
+peuple a été mentionné dès la plus haute antiquité. Je ne prétends pas
+que cette identification puisse être présentée comme une certitude, mais
+en tout cas elle n’est pas absurde. Si on l’admet, cela conduirait,
+semble-t-il, à attribuer aux Peuls une origine hamitique, puisque
+_Fouth_ ou _Foudh_ est donné comme l’un des fils de Ham, avec Chous
+(père des Ethiopiens Kouchites), Mesraïm (père des Egyptiens) et Chanaan
+(père des Libyens ou Berbères)[122] ; mais il n’y a pas à s’appesantir
+sur cette indication, la Bible — comme les auteurs arabes — confondant
+souvent les descendants de Ham avec ceux de Sem[123].
+
+Quoi qu’il en soit, les Prophètes Bibliques représentent constamment la
+tribu de Fouth, Foudh ou Foul comme voisinant avec les Ethiopiens, les
+Egyptiens et les Berbères. Ezéchiel dit que des Loudim (fraction issue
+des Mesraïm ou Egyptiens) et des Fouth servaient dans l’armée de Tyr
+(XXVII, 10) ; que la ruine de l’Egypte par Nabuchodonosor, roi de
+Babylone (588 av. J.-C.), entraînera celle de l’Ethiopie, du Fouth, du
+Loud, etc. (XXX, 5) ; que l’armée de « Gog » — sans doute Alexandre —
+renferme des Ethiopiens et des Fouth (XXXVIII, 5). Jérémie, parlant
+aussi de la défaite du pharaon Néchao (Néko I) par Nabuchodonosor,
+signale parmi les troupes égyptiennes des Ethiopiens, des Fouth armés de
+boucliers et des archers Loudim (XLVI, 9). Isaïe mentionne le peuple des
+Foul parmi les nations éloignées du côté du Sud et de l’Occident (LXVI,
+19). Enfin Nahoum, dans sa prophétie contre Ninive (III, 9), demande à
+cette ville si elle se croit plus forte qu’Alexandrie, que n’a pas
+réussi à protéger l’appui des Ethiopiens, des Egyptiens, des Fouth et
+des Loubim (Libyens).
+
+On pourrait conclure de là, sans trop de témérité, que les Hébreux
+considéraient les Fouth, Foudh ou Foul comme un peuple originaire de la
+Mésopotamie, de la Syrie ou de la Palestine, mais qui, après un long
+contact avec les Egyptiens et les Ethiopiens, avait élu domicile en
+Afrique vers le VIe siècle au moins avant J.-C., dans le voisinage de
+l’Egypte et non loin de la mer — puisqu’il fournissait des contingents
+aux armées de Tyr et à celle d’Alexandre —, probablement dans la
+Cyrénaïque.
+
+Si maintenant nous recherchons la trace des Peuls sous leur nom actuel
+(_Foulbé_, _Foulâni_, etc.), nous ne la trouvons — je le crois du moins
+— qu’à partir du XIVe siècle de notre ère. Makrizi (1364-1442) parle
+d’une ambassade envoyée vers l’an 1300 par l’empereur de Mali à celui du
+Bornou et qui comprenait deux personnages parlant le peul (_foulânia_).
+Un peu plus tard, vers le milieu du XVe siècle, Cadamosto mentionne la
+présence d’un roi des Peuls (_rey dos Fullos_) sur le Sénégal. Au siècle
+suivant, Joao de Barros nous parle également des Peuls, mais pas plus
+que Makrizi ni Cadamosto, il ne nous renseigne sur leur origine.
+
+Le premier ouvrage qui parle un peu longuement des Peuls et dise au
+moins quelques mots de leur origine est, il me semble, le _Tarikh-es-
+Soudân_, qui fut écrit durant la première moitié du XVIIe siècle ; son
+auteur, Abderrahmân-es-Sa’di ou Saïdi, avait lui-même un peu de sang
+peul dans son ascendance, puisqu’il nous dit que son arrière-grand’mère
+s’appelait Aïchat-el-Foulânia et appartenait au clan peul des
+_Sonfontir_, qui doit vraisemblablement être identifié avec celui des
+Soumontara ou Dialloubé[124]. Il ne s’étend guère sur l’histoire des
+Peuls, sauf en ce qui concerne la famille régnante du Massina, qu’il
+fait venir du Sénégal, mais il semble les apparenter aux Ouolofs, disant
+que ces derniers sont bien supérieurs, par leur caractère et leurs
+mœurs, « aux autres Foulâni ». Sans doute il faut entendre simplement
+par là qu’il considérait les Ouolofs et les Peuls comme formant une
+seule nation, parce qu’il savait que les Peuls du Massina venaient du
+Fouta et que le Fouta touchait au pays des Ouolofs et avait fait partie
+de l’empire du Diolof.
+
+Dans les premières années du XIXe siècle, Grey Jackson, consul anglais à
+Modagor, apprit des Marocains du Sous qu’une tribu d’Israélites habitait
+dans le Melli ou pays des Mandé. Bien que Jackson ne mentionne pas le
+nom de cette tribu, il semble bien que ses informateurs entendaient
+parler des Peuls[125].
+
+Le sultan de Sokoto Mohammed-Bello-ben-Osmân, dans le manuscrit qu’il
+remit en 1824 à l’explorateur Clapperton et dont il était l’auteur[126],
+signale les Peuls comme répandus dans le Songaï et le Mali et dit que le
+Toro et le Fouta sont peuplés d’autochtones (Toucouleurs) et de
+Sarankoli (Sarakolé, Soninké). D’après lui, les Peuls — ou tout au moins
+ceux du clan Tôrodo, auquel il appartenait lui-même, — descendent des
+Juifs, bien que certains les rattachent aux Chrétiens et d’autres aux
+Bambara. A mon avis, il conviendrait de traduire ici « Bambara » par
+« païens » : sans doute Bello a voulu dire que les Peuls descendent soit
+des Juifs, soit tout au moins d’une population étrangère au domaine de
+l’islam.
+
+G. d’Eichthal[127] avait pensé trouver dans la Malaisie ou la Polynésie
+le berceau des Peuls, en se basant sur des affinités qu’il avait cru
+découvrir entre leur langue et le malais. Si je ne me trompe pas en
+supposant que la langue parlée aujourd’hui par les Peuls existait au
+Soudan avant qu’ils y aient fait leur première apparition, comme
+j’essaierai de le démontrer plus loin, la théorie de d’Eichthal ne
+prouverait plus rien quant à l’origine des Foulbé, en admettant même que
+des affinités existassent réellement entre la langue actuelle des Peuls
+et le malais : elle prouverait seulement l’origine océanienne de
+certaines langues nègres. Mais ces affinités elles-mêmes ne sont
+qu’apparentes : d’Eichthal s’est contenté de comparer quelques vocables,
+qu’il a souvent mal analysés, prenant des radicaux pour des affixes et
+_vice versa_. Si l’on étudie méthodiquement les mots peuls qu’il cite,
+on n’en trouvera pas vingt dont la racine se rapproche réellement d’une
+racine malaise ou polynésienne correspondante ; la morphologie et la
+syntaxe des deux langues étant par ailleurs complètement différentes, on
+peut hardiment avancer qu’il s’agit là de pures coïncidences
+phonétiques, telles qu’on en pourrait trouver entre deux langues
+quelconques, prises au hasard parmi les plus dissemblables.
+
+Barth semble supposer que les Peuls seraient venus du Sud marocain et du
+Touat vers Ghana et de là se seraient répandus au Soudan. Sa théorie se
+trouve à première vue confirmée par une légende recueillie en 1857 par
+C.-J. Reichardt et d’après laquelle les Peuls du Fouta-Diallon
+proviendraient de familles arabes venues de Fez[128] dans le Diaka ou
+Diaga (Massina), sous la conduite de deux chefs nommés Sidi et Séri ;
+ceux-ci auraient été accueillis dans le Diaka par un saint personnage
+nommé El-hadj Salihou Souaré, chef d’une tribu mandingue (ou plus
+exactement soninké, d’après son nom de clan : Souaré), lequel les aurait
+dirigés vers le Fouta-Diallon, où ils devinrent les ancêtres des deux
+familles des Sidianké et des Sérianké. Tout n’est pas à rejeter dans
+cette légende : l’arrivée des ancêtres des Peuls dans le Diaga déjà
+occupé par des Soninké, puis leur migration vers le Fouta Sénégalais et
+de là vers le Fouta-Diallon et ailleurs, sont des faits qui me
+paraissent bien près d’être historiquement établis. Mais en ce qui
+concerne l’origine marocaine et surtout l’origine arabe de ces ancêtres
+des Peuls, je ne puis que la considérer comme fort douteuse ; il n’est
+pas impossible que quelques familles dont sont issus des Peuls soient
+venues à Ghana du Maroc et il semble bien prouvé qu’il en est venu du
+Touat ; mais, à mon avis, ces familles n’étaient pas arabes et le Touat
+ne fut que l’une des étapes intermédiaires où s’arrêta momentanément une
+fraction détachée du grand mouvement d’immigration, lequel eut très
+probablement son point de départ en Syrie ou en Palestine[129].
+
+Parmi les théories sur l’origine des Peuls citées par le Dr Bérenger-
+Féraud, il me faut rappeler celle les faisant descendre des anciens
+Egyptiens, non pas tant à cause d’affinités anthropologiques qui restent
+d’ailleurs à démontrer, qu’à cause de la ressemblance de leur nom
+(Foulbé, Foulani, Foula, Fellata, etc., selon les idiomes) avec celui
+des _Fellah_ de la moderne Egypte ; on sait que _fellah_ en arabe veut
+dire « laboureur » et que ce terme est appliqué, par les citadins, dans
+tous les pays de langue arabe — mais pas plus en Egypte qu’en Algérie ou
+en Arabie —, aux gens que nous appellerions en français des
+« paysans »[130] : je n’ai pas besoin de souligner l’absurdité du
+rapprochement d’un nom de peuple soudanais avec le nom arabe d’une
+profession qui n’a rien de particulièrement égyptien et qui n’est
+aucunement une appellation ethnique, mais il me faut bien avouer que ce
+calembour inconscient a plus fait pour asseoir la théorie de l’origine
+égyptienne des Peuls que les travaux des anthropologistes.
+
+Il faut ranger dans la même catégorie — la catégorie gaie — l’étymologie
+donnée par Bérenger-Féraud du mot _Toucouleur_, qu’il fait dériver sans
+hésitation de l’anglais _two colours_, sous prétexte que les Foutanké
+seraient issus d’un mélange de peuples de deux couleurs, de Blancs et de
+Noirs[131].
+
+Bérenger-Féraud cite encore — sans la partager d’ailleurs — l’opinion du
+Dr Thaly, d’après lequel les Peuls seraient des Indo-Européens ayant la
+même origine que nos Bohémiens ou Gipsies et qui, chassés de leur pays
+au XVe siècle par les Mongols, auraient pris la route de l’Egypte par la
+Syrie pour s’enfoncer plus tard dans le centre de l’Afrique :
+malheureusement pour cette théorie, la présence des Peuls au Soudan dès
+le début du XIVe siècle nous est affirmée par Makrizi et, dès le milieu
+du XVe, Cadamosto les a rencontrés solidement et depuis longtemps
+établis dans le bassin du Sénégal. Je crois pour ma part qu’il y avait
+déjà des Peuls sur le bas Sénégal vers le XIe siècle de notre ère au
+moins et peut-être auparavant ; en tout cas la langue qu’ils parlent
+actuellement, et que le Dr Thaly rapproche de la langue des Romanichels,
+était déjà parlée au Sénégal, par les Toucouleurs tout au moins, dès le
+XIe siècle, ainsi que le prouve un passage de Bekri nous décrivant les
+hippopotames de la région de Bakel sous le nom de _gabou_, donné, dit-
+il, à ces animaux par les indigènes du pays[132].
+
+Le général Faidherbe s’est prononcé pour la théorie faisant venir les
+Peuls de l’Orient et amenant avec eux en Afrique le bœuf à bosse
+d’origine asiatique, mais en même temps il a signalé les affinités que
+présente leur langue avec plusieurs idiomes de l’extrême Ouest-africain
+et en particulier avec le sérère. Je crois que là, comme en beaucoup
+d’autres occasions, le général Faidherbe avait vu juste, et, s’il avait
+eu le temps ou les moyens d’approfondir davantage la question, il
+l’aurait sans doute résolue de la bonne manière. Sa théorie, si elle est
+incomplète, me paraît exacte, les Peuls provenant d’une immigration
+asiatique qui, parvenue au Fouta Sénégalais, y prit la langue des
+Toucouleurs autochtones et la transporta ensuite, lors de sa contre-
+migration de l’Ouest vers l’Est, depuis le bas Sénégal jusqu’au bassin
+du haut Nil.
+
+Grimal de Guiraudon s’est rendu ridicule par sa prétention, ses
+bizarreries et la grossièreté avec laquelle il a traité ses devanciers,
+même les plus illustres ; mais, sous ces dehors un peu fantasques, il
+n’en a pas moins été le premier qui ait vu clair dans la langue peule :
+son système est parfois mal étayé, il est incomplet, il renferme des
+inexactitudes, mais nous devons reconnaître toutefois que de Guiraudon a
+eu, à l’établir, un mérite incontestable. En ce qui concerne l’origine
+des Peuls, et bien qu’il se soit fondé sur des faits dont plusieurs sont
+erronés, il me paraît actuellement[133] avoir donné la bonne solution en
+penchant pour leur rattachement au peuple juif et leur immigration de la
+Palestine au Soudan par l’Egypte, et surtout en affirmant que les gens
+de langue peule ne forment pas un peuple de métis mais sont constitués
+par deux groupements ethniques bien distincts, l’un de race blanche (les
+Peuls proprement dits) et l’autre de race noire (les Toucouleurs).
+
+Le professeur Verneau a attribué aux Peuls une origine sémitique ou
+hamito-sémitique ; sa conviction provient de la comparaison de quelques
+crânes peuls — dont l’origine d’ailleurs n’était que médiocrement sûre,
+au point de vue de l’ascendance de leurs propriétaires — avec des crânes
+éthiopiens.
+
+Le Dr Lasnet, lui aussi, est partisan de l’origine sémitique des Peuls,
+et de même M. E.-D. Morel[134], qui combat la théorie les rattachant aux
+Berbères ; il les fait descendre des Hyksos, cette nation de pasteurs
+venue d’Asie en Egypte et fortement « judaïsée », si elle n’était elle-
+même de souche israélite.
+
+Pour compléter cette sorte de résumé des théories relatives à l’origine
+des Peuls, je dois dire un mot de l’opinion émise par divers auteurs —
+Barth entre autres —, d’après laquelle les Peuls seraient les
+_Leucæthiopes_ ou Ethiopiens Blancs de Pline et de Ptolémée. Ce dernier
+les place, d’après Hannon, auprès du fleuve _Stachir_, qu’on a voulu
+identifier avec la Gambie, comme on a voulu identifier le Darados avec
+le Sénégal ; on a été conduit ainsi à supposer que, dès le VIe siècle
+avant J.-C. (époque probable du périple de Hannon), des Peuls de couleur
+claire — ou tout au moins des ancêtres des Peuls — se trouvaient déjà à
+proximité des régions du Ferlo, où ils sont encore nombreux de nos
+jours. Mais il convient de remarquer que, de même que le Darados de
+Ptolémée correspond vraisemblablement au Dara ou Draa et non au Sénégal,
+le Stachir doit correspondre à la Saguiet-el-Hamra ou à quelque rivière
+voisine du cap Bojador bien plutôt qu’à la Gambie. C’est d’ailleurs en
+plein Sahara, entre les Libyo-Egyptiens et les Ethiopiens Nigrites
+riverains du Nigris ou Niger, que Pline situe les _Leucæthiopes_ ; le
+même auteur place à l’Ouest des Gétules _Darates_ ou Gétules du Dara des
+tribus qu’il appelle _Pharusii_ et _Perorsi_ (peut-être les _Phetrusim_
+de la Genèse, ancêtres des Philistins), qu’il donne aussi comme
+« Ethiopiens » et qui étaient évidemment des Berbères et non des Peuls.
+Les anciens donnaient le nom d’Ethiopiens à tous les habitants du Sud de
+la Libye, aux nomades du Sahara méridional aussi bien qu’aux Nègres :
+seulement ils distinguaient les premiers des seconds par les épithètes
+de « blancs » et de « noirs ».
+
+
+3o _Les immigrations judéo-syriennes en Afrique._
+
+A différentes époques, et depuis une antiquité fort reculée, il s’est
+produit de très importants mouvements d’émigration provenant de la Syrie
+et de la Palestine vers l’Egypte et les contrées africaines voisines.
+Les populations sémitiques qui se sont ainsi transportées de l’Asie
+antérieure vers l’Afrique du Nord étaient en majorité de descendance
+israélite, mais non pas en totalité ; les Israélites eux-mêmes, si nous
+en croyons les traditions rapportées par le Pentateuque, étaient
+primitivement originaires de la partie de la Syrie voisine de
+l’Euphrate, patrie d’Abraham, de Rébecca mère d’Israël et des épouses de
+ce dernier, et ce ne serait qu’au retour de l’Egypte que les Hébreux se
+seraient définitivement établis dans la Palestine, après en avoir vaincu
+et chassé les premiers occupants ou Philistins, peuple hamitique issu de
+Chanaan dont les descendants émigrés au Maghreb seraient devenus les
+Libyens ou Berbères. C’est pour ces raisons que je préfère donner à ces
+diverses immigrations sémitiques, antérieures aux immigrations et
+invasions arabes du Yémen et du Hidjaz, l’épithète de « judéo-
+syriennes » plutôt que celle de « juives », laquelle serait de
+signification trop restreinte.
+
+La première de ces immigrations judéo-syriennes dont le souvenir nous
+ait été transmis semble s’être accomplie durant le troisième millénaire
+avant Jésus-Christ. Certains égyptologues la placent aux environs de
+l’an 3000, d’autres la croient beaucoup plus récente et la placent
+seulement vers l’an 2000 avant Jésus-Christ. Cette dernière estimation
+est la plus généralement adoptée.
+
+La Genèse nous apprend que Joseph, l’un des fils d’Israël ou Jacob,
+ayant été vendu par ses frères à des marchands arabes, fut emmené par
+ceux-ci en Egypte[135] et revendu à Putiphar, qui commandait l’armée du
+pharaon. Devenu par la suite le confident et le ministre tout puissant
+du roi d’Egypte, Joseph fit venir auprès de lui son père, qui se rendit
+en Egypte avec ses autres fils, « toute sa race »[136] et tous ses
+troupeaux. Au bout de quelques générations, les Israélites émigrés en
+Egypte étaient devenus fort nombreux ; une nouvelle dynastie ayant
+remplacé sur le trône des pharaons celle qui s’était montrée favorable à
+Joseph et à sa famille, les Egyptiens persécutèrent les Hébreux qui,
+sous la conduite de Moïse et 430 ans après la venue d’Israël[137] — soit
+vers 2570 ou 1570 selon la date que l’on adopte pour l’histoire de
+Joseph —, passèrent dans le Sinaï au nombre de plus de 600.000[138] sans
+compter les enfants ni le menu peuple et avec de nombreux
+troupeaux[139], et, de là, se rendirent en Palestine. La Bible ne
+mentionne pas que d’autres immigrés hébreux aient pris une autre
+direction ou soient demeurés en Egypte, mais il est vraisemblable que,
+si tel était leur nombre, Moïse ne dut pas pouvoir emmener avec lui tous
+les Israélites ; l’Exode l’insinue d’ailleurs en insistant sur les
+précautions qu’il dut prendre pour empêcher nombre d’Hébreux de demeurer
+ou de retourner en Egypte ; enfin on connaît la tradition relative aux
+« tribus égarées » d’Israël.
+
+Quelle que soit la part de vérité que l’on doive accorder aux récits
+quelque peu merveilleux et légendaires de la Genèse et de l’Exode, il
+semble bien certain qu’il y eut à une époque fort ancienne une très
+considérable immigration judéo-syrienne en Egypte, que les Judéo-Syriens
+firent en ce pays un séjour prolongé, y acquirent une grande influence
+et finalement en furent expulsés à la faveur d’un réveil du sentiment
+nationaliste. Mais il semble difficile d’admettre que tous aient repris
+le chemin par lequel étaient venus leurs ancêtres et il est au contraire
+vraisemblable qu’un nombre appréciable d’entre eux se dispersa soit vers
+le Sud, du côté de l’Ethiopie, soit vers l’Ouest, du côté de la
+Cyrénaïque. Ces Judéo-Syriens demeurés en Afrique, n’ayant pas reçu les
+enseignements de Moïse, devaient pratiquer la religion d’Abraham,
+fortement imprégnée sans doute de croyances et de rites empruntés à la
+religion égyptienne.
+
+Telles sont les indications que nous pouvons raisonnablement déduire des
+traditions juives. Les traditions égyptiennes nous en fournissent
+d’autres dont le parallélisme étroit avec les premières ne fait que
+confirmer celles-ci : je veux parler des renseignements relatifs aux
+Hyksos. Presque tous les savants qui se sont occupés de la question des
+Hyksos penchent pour l’identification de leur invasion en Egypte avec
+l’immigration israélite, ou tout au moins pensent que cette dernière
+s’est produite à la faveur de l’arrivée au pouvoir des Hyksos, venus eux
+aussi de la Mésopotamie, de la Syrie et de la Palestine ; en sorte que
+l’immigration israélite et l’exode de Moïse ne seraient que des épisodes
+de l’invasion des Hyksos et de leur dispersion.
+
+Les Hyksos envahirent l’Egypte vers la fin de la XIVe dynastie, c’est-à-
+dire vers la fin du premier empire thébain. S’étant emparés du pouvoir,
+ils formèrent les XVe, XVIe et XVIIe dynasties, et furent expulsés par
+la XVIIIe dynastie, qui constitua le second empire thébain. Lepsius
+donne comme dates probables de leur arrivée et de leur départ 2136 et
+1626 avant Jésus-Christ ; d’autres reportent ces dates de mille ans en
+arrière : de toutes façons, ces dates correspondent singulièrement avec
+celles données par les commentateurs de la Bible pour l’arrivée d’Israël
+et le départ de Moïse (2000 et 1570 selon les uns, 3000 et 2570 selon
+les autres).
+
+D’après l’historien égyptien Manéthon, les Hyksos — qui étaient, comme
+les Israélites, des pasteurs — seraient retournés en Asie, leur pays
+d’origine, lors de leur départ de l’Egypte. Mais, de même qu’il est
+permis de supposer qu’une partie des Israélites ne suivit pas Moïse, il
+est loisible également de penser que les Hyksos, d’abord persécutés par
+leurs vainqueurs thébains, puis laissés libres d’effectuer paisiblement
+leur retraite — d’après le témoignage de Manéthon —, ne prirent pas tous
+la même route, et que beaucoup se dispersèrent du côté de la Cyrénaïque
+ou de la haute Egypte.
+
+Plus tard des Juifs de religion mosaïque auraient émigré au Yémen et de
+là en Abyssinie, sous le règne de Salomon (Xe siècle av. J.-C.) et
+auraient été les ancêtres des Falacha. Mais il ne semble pas que cette
+immigration se soit répandue à l’Ouest du Nil et elle n’offre que peu
+d’intérêt pour la question qui nous occupe. Il en est de même des
+immigrations phéniciennes qui se produisirent dans l’Afrique du Nord à
+partir du XIIe siècle avant J.-C. et qui donnèrent naissance aux
+colonies puniques de la Tunisie (Sousse, Utique, Tunis, Carthage,
+Bizerte).
+
+Mais vers 320 avant J.-C., à la suite de la prise de Jérusalem par
+Ptolémée Soter, de nombreux Juifs furent déportés en Cyrénaïque. Sans
+doute ils y trouvèrent, plus ou moins mélangés d’éléments berbères, les
+descendants, devenus nombreux et puissants, des fractions israélites ou
+hyksos venues d’Egypte longtemps auparavant, et il se forma là une
+population fort importante, d’origine judéo-syrienne dans son ensemble
+et pratiquant des religions diverses qui, toutes, devaient dériver plus
+ou moins du culte des Hébreux primitifs ou culte d’Abraham.
+
+C’est à cette population que je crois pouvoir faire remonter l’origine
+ethnique des Peuls ou du moins de celles de leurs fractions qui n’ont
+pas été trop transformées par des unions avec des Noirs.
+
+Avant de rechercher comment les Judéo-Syriens de la Cyrénaïque ont pu
+devenir les Peuls, je voudrais rapporter quelques traditions légendaires
+qui ont cours chez les Peuls eux-mêmes et qui viennent en partie
+légitimer mon hypothèse.
+
+D’après toutes les traditions recueillies à diverses époques chez les
+Peuls des différentes régions du Soudan, les tribus foulbé échelonnées
+depuis le bas Sénégal et le Fouta-Diallon à l’Ouest jusqu’aux pays entre
+Tchad et Nil à l’Est déclarent à l’unanimité être venues du Fouta
+Sénégalais ou du Mali, c’est-à-dire des contrées situées entre
+l’Atlantique et le Haut-Niger. Mais toutes aussi prétendent que leurs
+ancêtres de l’Ouest provenaient eux-mêmes d’ancêtres antérieurs venus du
+Nord ou de l’Est et surtout du Nord-Est. L’immense majorité de ces
+traditions assigne à ces ancêtres primitifs, comme patrie d’origine, le
+pays de _Sâm_ ou _Châm_, c’est-à-dire la Syrie considérée dans son
+acception la plus large[140]. De là, toujours d’après les traditions
+indigènes, ils seraient venus d’abord dans le pays de _Tôr_ (presqu’île
+du Sinaï)[141], puis du pays de Tôr dans celui de _Missira_ (Egypte) et
+de l’Egypte dans le pays de _Soritou_ (sans doute Sort ou Syrte,
+Cyrénaïque), d’où ils auraient, longtemps après, gagné le pays de
+_Diaka_, Diaga ou Dia (Massina occidental), où nous les retrouverons un
+peu plus loin.
+
+Ceux des Peuls qui ont été profondément islamisés ont amalgamé à leurs
+traditions nationales des souvenirs provenant de l’histoire de
+l’islamisme. C’est ainsi que beaucoup prétendent que leurs premiers
+ancêtres se trouvaient encore au Sinaï après la mort de Mahomet lorsque,
+en 639, le khalife Omar-ben-el-Khattâb (634-644) envoya du Hidjaz, par
+la mer Rouge, une armée commandée par Amrou-ben-el-Assi, dans le but de
+convertir les Juifs et les infidèles du Sinaï et de l’Egypte. Amrou
+aurait débarqué au pays de Tôr (Sinaï) une partie de ses troupes,
+dirigée par un nommé Okba-ben-Yâsser ; ce dernier aurait converti à
+l’islamisme la majeure partie des Juifs du Sinaï, tandis que ceux qui
+refusèrent d’abjurer le mosaïsme auraient été massacrés. Lorsque Amrou,
+en revenant de son expédition en Egypte, s’arrêta au Sinaï pour se
+rendre compte des résultats obtenus par Okba, le roi de Tôr pria le
+général arabe de laisser dans le pays quelqu’un capable de compléter
+l’instruction religieuse des nouveaux convertis ; Amrou laissa donc Okba
+au Sinaï et reprit sa route vers Médine, où résidait le khalife Omar.
+Okba, demeuré ainsi dans le Sinaï, y épousa Tadiouma, fille du roi de
+Tôr, qui lui donna quatre enfants : trois filles (Daa ou Daadou, Ouoï et
+Noussou) et un garçon (Raabou ou Raarabou). De Daa serait issu le clan
+des Dialloubé, de Ouoï celui des Bari ou Daébé, de Noussou celui des Sô
+ou Férobé et de Raabou celui des Ba ou Ourourbé. C’est ainsi que,
+d’après les traditions islamisées, les quatre principaux clans peuls
+descendraient d’une juive du Sinaï et de Okba fils de Yâsser fils de
+Maadj fils de Maghits fils d’un Foulâni (c’est-à-dire d’un Peul ou
+Proto-peul) fils de Selîm fils de Saïd fils de Maad fils de Adnân,
+lequel était issu d’Abraham par Ismaël et qui, par un autre de ses
+petits-fils (Nizar, frère de Saïd), fut l’ancêtre de Koreïch et de
+Mahomet[142].
+
+L’interpolation d’origine islamique est visible : les Peuls musulmans
+ont voulu à toute force rattacher la généalogie de leurs ancêtres à la
+famille du Prophète et il a fallu pour cela supposer que ces ancêtres
+étaient encore au Sinaï postérieurement à l’hégire et qu’une de leurs
+filles y épousa un Arabe dans l’ascendance duquel on a d’ailleurs
+introduit un _Foulâni_, afin sans doute de rendre plus certaine la
+parenté des Peuls avec les Koreïchites. Mais il est bien probable que,
+lors de l’expédition de Amrou, les ancêtres Judéo-Syriens des Peuls
+étaient déjà bien loin du Sinaï et devaient être sur le point d’arriver
+au Fouta Sénégalais, où dut effectivement se produire, un peu plus tard,
+la naissance des tribus, clans et castes qui existent encore
+aujourd’hui.
+
+Mais, chez ceux des Peuls qui n’ont été que peu touchés par l’influence
+islamique et surtout chez ceux qui lui ont totalement échappé, la
+légende nationale se présente sous un autre aspect et doit s’éloigner
+moins de la vérité. En voici un échantillon, qui résume diverses
+traditions recueillies auprès de Peuls du Sahel.
+
+Les premiers ancêtres des Peuls auraient été _Yakouba_ (Jacob), fils
+d’_Issiraïla_ (Israël)[143] fils d’_Issihaka_ (Isaac) fils d’_Ibrahima_
+(Abraham), et un nommé _Souleïman_. Le premier, parti du pays de
+_Kénana_ (Chanaan), serait venu par le _Tôr_ (Sinaï) dans le pays de
+_Missira_ (Egypte), où régnait alors son fils _Youssoufou_ (Joseph) ;
+celui-ci, venu précédemment en Egypte, avait épousé la fille du roi du
+pays et lui avait succédé sur le trône. Le second ancêtre, Souleïmân,
+était venu du pays de _Sâm_ (Syrie) en même temps que Joseph et s’était
+établi auprès de lui.
+
+Les enfants de Jacob, ainsi que ceux de Souleïmân, auraient formé la
+souche d’où devait sortir plus tard le peuple peul. On confondit les uns
+et les autres sous le nom de _Banissiraïla_ (Béni-Israël, Israélites).
+Après la mort de Joseph[144], les Egyptiens voulurent secouer le joug
+des _Banissiraïla_ et confièrent le sceptre à un homme du pays nommé
+_Firaouma_ (Pharaon). Ce dernier, jaloux du nombre, de la puissance et
+de la richesse en troupeaux des _Banissiraïla_, les accabla d’impôts de
+toutes sortes ; les Israélites — ou plutôt les Judéo-Syriens —
+s’enfuirent alors de l’Egypte. Une partie d’entre eux regagna le Kénana
+(Chanaan, Palestine) et le Sâm (Syrie) sous la conduite d’un chef nommé
+Moussa (Moïse). Les autres franchirent le Nil sous la conduite d’un
+descendant de Joseph et d’un descendant de Souleïmân, se dirigeant vers
+le soleil couchant. Firaouma les poursuivit, mais, comme il traversait
+le Nil, la pirogue qui le portait chavira et il se noya ; ses guerriers
+abandonnèrent alors la poursuite des Judéo-Syriens qui, avec leurs
+troupeaux, vinrent se fixer dans le pays de _Soritou_ (Cyrénaïque)[145]
+et prirent dès ce moment, « en souvenir de leur fuite », le nom de
+_Foudh_ ou _Fouth_[146].
+
+Plus tard, une fraction d’entre eux, prenant la route du Sud-Ouest, se
+rendit au _Touat_ ; mais une autre fraction se dirigea vers le Sud et
+gagna le _Bornou_ (ou plutôt l’Aïr, comme nous le verrons plus loin),
+sous la conduite de deux chefs nommés _Gadia_ et _Gaye_, descendant le
+premier d’Israël et le second de Souleïmân. _Kara_ ou _Karaké_, fils et
+successeur de Gadia, et _Gama_, fils et successeur de Gaye, menèrent
+leurs compatriotes du Bornou au _Diaga_ ou Massina, où ils furent
+accueillis favorablement par les _Sébé_ (Soninké)[147].
+
+
+4o _Formation du peuple peul._
+
+Nous avons vu comment des colonies judéo-syriennes fort importantes
+s’étaient formées en Cyrénaïque, tant lors de la période de Moïse et des
+Hyksos — les _Foudh_, parlant vraisemblablement la langue égyptienne ou
+tout au moins une langue sémitique fortement imprégnée d’égyptien[148] —
+que vers la fin du IVe siècle avant J.-C. Cette population professait
+sans doute en partie la religion d’Abraham et en partie la foi mosaïque.
+
+L’an 40 de notre ère, saint Marc, qui était lui-même un Juif de
+Cyrénaïque, vint évangéliser sa patrie et fut le premier à prêcher le
+christianisme en Afrique. Il fit un certain nombre de prosélytes parmi
+ses compatriotes ; mais par contre, au contact de la nouvelle doctrine,
+la ferveur religieuse redoubla chez les Juifs demeurés fidèles à la
+religion de leurs ancêtres et de vieilles haines, jusque-là assoupies,
+se réveillèrent entre pré-mosaïstes, mosaïstes et orthodoxes. Des
+prêtres juifs imaginèrent d’unifier les différents cultes et prêchèrent
+une sorte de réforme du judaïsme, cherchant à le ramener à sa pureté
+primitive. Des guerres intestines s’ensuivirent ; Rome, que le
+christianisme n’effrayait pas encore, prit ombrage des Juifs réformés
+et, tant en raison des persécutions dont ils eurent à souffrir de la
+part des autorités impériales que de l’espèce de réprobation dont ils
+furent l’objet de la part de leurs compatriotes, ces partisans d’un
+retour aux anciennes doctrines — qui n’étaient autres sans doute que les
+_Foudh_ pré-mosaïstes venus d’Egypte lors de la dispersion des Hyksos —
+commencèrent vers l’an 80 à émigrer vers le Sud.
+
+A cette époque, un officier romain, Julius Maternus, sur l’ordre de
+l’empereur Domitien, partait à la recherche des fameuses mines d’or du
+Soudan ; guidé par des Berbères du Djerma ou Fezzân (Garamantes), que
+Cornélius Balbus avait soumis soixante ans auparavant, il s’enfonça au
+Sud de la Tripolitaine ; après un voyage fort long et fort pénible, et
+sans avoir rien rencontré qui ressemblât à une mine d’or, il atteignit
+un pays où il vit des rhinocéros et dont le nom nous a été transmis par
+les historiens latins sous la forme _Agisymba_, puis il revint à la
+côte. On a pensé, non sans raison, que ce pays devait être l’Aïr et
+qu’Agisymba correspondait à Asben ou à Agadès.
+
+Selon toute vraisemblance, c’est cette route que suivirent les _Foudh_
+ou Judéo-Syriens pré-mosaïstes, soit que leur exode ait devancé de
+quelques mois l’expédition de Julius Maternus et que ce dernier ait
+marché sur leurs traces, soit que, l’ayant rencontrée dans la Phazanie,
+ils aient profité de l’appareil guerrier de cette expédition pour
+accomplir leur migration en toute sécurité. Quoi qu’il en soit, ils
+atteignirent sûrement l’Aïr, mais il est peu probable qu’ils aient
+poussé plus au Sud, et c’est sans doute l’Aïr qui est désigné sous le
+nom de Bornou dans la légende que j’ai rapportée plus haut[149]. Dans
+l’Aïr, où ils durent séjourner un certain temps, ils recueillirent sur
+l’emplacement des fameuses mines d’or du Soudan, ou tout au moins sur
+les pays où en parvenait le produit, des renseignements plus précis que
+ceux que possédait Julius Maternus, et continuant, peut-être
+inconsciemment, la route que celui-ci n’avait fait qu’ébaucher, ils
+arrivèrent, par Takedda et Tadmekket, aux bords du Niger, dans la région
+comprise entre Tombouctou — qui n’existait pas encore — et Dia ou Diaga
+— qui existait déjà au moins en tant que province.
+
+Sans doute ils étaient demeurés par dessus tout les pasteurs par
+excellence qu’avaient été leurs ancêtres Israélites et traînaient avec
+eux des troupeaux ; après avoir traversé le Sahara, ils ne pouvaient
+manquer d’être frappés de l’abondance des pâturages du Massina et,
+considérant cette région comme la terre éternellement promise à leur
+mysticisme traditionaliste, ils s’y installèrent. Le pays était habité
+par des agriculteurs soninké et des pêcheurs bozo, mais le bétail devait
+y être rare, et les autochtones durent, au moins tout d’abord, faire bon
+visage à ces pasteurs blancs, d’origine mystérieuse, qui vivaient
+surtout de laitage, ne semblaient pas nourrir des desseins de conquête
+et apportaient avec eux un élément de richesse considérable.
+
+L’histoire de Joseph en Egypte recommença sur les bords du Niger, dans
+de moindres proportions il est vrai. Au bout de peu de temps, les Judéo-
+Syriens devinrent les conseillers, puis les maîtres des Soninké du
+Massina, jusqu’à ce que ces derniers, fatigués d’une tutelle qui, à la
+longue, leur semblait lourde, voulurent prendre leur revanche en
+dépossédant ces étrangers devenus plus riches que les autochtones, sans
+s’apercevoir qu’en faisant cela ils tuaient la poule aux œufs d’or. Ce
+qui était arrivé au temps de Moïse arriva de nouveau : les Judéo-
+Syriens, qui n’en étaient pas à un exode près, s’éloignèrent des bords
+du Niger, protégés dans leur migration par un patriarche soninké qui est
+devenu, dans les légendes modernisées, le religieux musulman El-hadj
+Salihou Souaré. Gagnant des régions plus désertes mais qui leur devaient
+être par cela même moins inhospitalières, ils se dirigèrent vers
+l’extrémité septentrionale du Bagana, du côté de Néma, où sans doute des
+Soninké avaient fait depuis longtemps déjà des essais clairsemés de
+colonisation, et s’établirent dans l’Aoukar, vers le milieu du IIe
+siècle de notre ère. Des Berbères devaient nomadiser dès cette époque
+dans la région, mais sans doute leur point d’attache était plus à
+l’Ouest — au Nord-Ouest plutôt —, dans l’Adrar Mauritanien.
+
+Les _Foudh_ devaient être rejoints bientôt dans le Nord du Bagana par un
+autre groupe de Judéo-Syriens de la Cyrénaïque, venu par une route
+différente. Le départ des pré-mosaïstes n’avait pas en effet apporté une
+solution suffisante à la question religieuse ; si le christianisme ne
+faisait encore que des progrès assez lents en Cyrénaïque et ne se
+montrait pas hostile aux pouvoirs établis, il n’en était pas de même des
+différentes sectes judaïques. Celles-ci finirent par mettre un terme à
+leurs querelles intestines et à s’unir dans une commune haine des
+Romains. En l’an 115 une révolte générale de toutes les communautés
+judéo-syriennes menaça gravement l’autorité romaine en Cyrénaïque ; les
+représentants de l’empereur durent mobiliser toutes leurs troupes et
+faire appel aux populations berbères pour combattre la rébellion, qui
+dura deux années entières. Enfin en 117 les Judéo-Syriens,
+définitivement vaincus par les Romains, émigrèrent en masse, cette fois,
+au nombre de plusieurs milliers.
+
+Parvenus dans le Sud de la Tripolitaine, ils ne prirent pas comme leurs
+devanciers la route de l’Aïr, mais, longeant la lisière nord du Sahara,
+ils se portèrent vers les oasis du Touat. Un grand nombre d’entre eux y
+demeura[150]. D’autres poussèrent plus loin vers l’Ouest et allèrent
+fonder, dans le Sud du Maroc, des colonies qui subsistent encore de nos
+jours. D’autres enfin, et non des moins nombreux, s’en furent rejoindre
+dans l’Aoukar leurs compatriotes venus là par l’Aïr et le Massina. Ceux-
+ci oublièrent facilement les querelles religieuses de jadis dans la joie
+de voir leur arriver ce nouvel élément de force et de richesse ; les
+nouveaux-venus s’incorporèrent à la fraction déjà installée et tous
+ensemble formèrent une communauté unique.
+
+Et c’est ainsi, je crois, que, vers la fin du IIe siècle de notre ère,
+se constitua dans l’Aoukar, au Nord du Bagana, une colonie surtout
+pastorale de _Foudh_ ou Judéo-Syriens, de religion hébraïque au sens
+large du mot, d’où devait sortir, un siècle plus tard environ, l’empire
+de Ghana.
+
+Vers la fin du VIIIe siècle, les Soninké du Diaga ou Massina, attirés
+par la prospérité qu’avaient acquises leurs colonies de l’Aoukar et
+notamment Ghana, sous la suzeraineté des Judéo-Syriens, s’y portèrent en
+masse et dépossédèrent ces derniers de la suprématie politique. Ce fut
+pour les _Foudh_ le signal d’une nouvelle dispersion et d’un nouvel
+exode.
+
+Certains d’entre eux, cependant, acceptèrent la domination soninké et
+demeurèrent dans le pays ; ceux-ci appartenaient surtout à des familles
+provenant de la première immigration ; ils s’étaient unis à des Soninké
+durant leur séjour dans le Massina et aussi depuis leur installation
+dans l’Aoukar et il était assez naturel qu’ils tinssent à demeurer
+auprès de leurs parents par alliance. Ce sont les descendants de ces
+Judéo-Syriens, plus ou moins métissés de Soninké, que l’on appela les
+_Massîn_ ou _Ahl-Massina_, en souvenir de leur séjour au Massina avant
+leur arrivée à Ghana ; on les rencontre encore aujourd’hui à Oualata et
+à Néma ; ils ont adopté la langue arabe et, à cause de cela, on les
+rattache aux Maures.
+
+Quelques familles de Judéo-Syriens _Massîn_, accompagnées de Soninké de
+Ghana, se portèrent vers l’Ouest et allèrent fonder _Chétou_, dont le
+nom fut transformé plus tard en _Tichit_ par les Berbères. La tradition
+rapporte que leur chef était un vieillard aveugle ; Dieu lui avait
+promis en songe de le conduire dans un pays qu’il lui destinait comme
+nouvelle patrie et que le vieillard reconnaîtrait à une odeur spéciale
+émanant du sol ; tous les jours, en arrivant à l’étape, l’aveugle se
+faisait apporter une poignée de sable et l’approchait de ses narines ;
+enfin, arrivé à l’endroit où se trouve aujourd’hui Tichit, il reconnut
+le parfum indicateur et choisit ce lieu pour y installer sa résidence et
+celle de ses compagnons. Plus tard, des Massîn de Tichit émigrèrent dans
+le Tagant ; attaqués là par des Berbères, ils furent en partie
+massacrés ; les survivants se réfugièrent à Diara, près de Nioro, et
+enfin à Akor, près de Goumbou, et devinrent les _Guirganké_ actuels, qui
+ont adopté la langue arabe — comme d’ailleurs les Massîn demeurés à
+Tichit — et qu’on range pour cela parmi les Maures.
+
+Quant aux Judéo-Syriens qui s’étaient conservés à peu près purs de tout
+mélange avec les Soninké, ils ne consentirent pas à accepter le joug de
+ces derniers. Les uns émigrèrent vers l’Ouest et, devançant sans doute
+la fondation de Tichit par leurs cousins les Massîn, se portèrent dans
+le Tagant et dans l’Adrar Mauritanien[151]. D’autres demeurèrent dans
+l’Aoukar, mais sans se mêler aux Soninké, et constituèrent une petite
+peuplade indépendante que Bekri nous a signalée au XIe siècle sous le
+nom de _Honeïhîn_ ou _Nehîn_ ou _Honimîn_[152] et qui se rencontre
+encore dans la région de Oualata et en quelques autres points sous le
+nom de _Nimadi_[153].
+
+Enfin le plus grand nombre des Judéo-Syriens de Ghana, emmenant avec eux
+leurs troupeaux de bœufs à bosse, de moutons et de chèvres, se portèrent
+sur la rive Nord du Sénégal, dans la province de Mauritanie qui
+constitue aujourd’hui le cercle du Gorgol et qui alors — fin du VIIIe
+siècle — formait une dépendance de l’empire toucouleur de Tekrour. Cette
+importante migration n’eut pas lieu sans doute d’un seul coup et l’exode
+des Judéo-Syriens dut s’accomplir selon plusieurs itinéraires :
+certaines familles paraissent être arrivées au Gorgol en passant par le
+Tagant, d’autres s’y rendirent par le Bakounou[154], le Diafounou, le
+Diomboko et le Guidimaka[155].
+
+Ce second groupe, arrivé dans le Diomboko ou sur la lisière du Diomboko
+et du Guidimaka (au Nord et non loin de Kayes), s’arrêta et demeura là
+un certain temps. Mais il y fut attaqué par l’armée d’un chef mandingue
+qui voulait s’emparer des troupeaux des émigrants ; un grand nombre de
+ceux-ci périrent dans la bataille et le chef de l’émigration fut parmi
+les morts. Lorsque les Mandingues se furent retirés avec leur butin, les
+Judéo-Syriens ne purent s’entendre pour l’élection d’un nouveau chef et
+se séparèrent en deux fractions. L’une d’elles demeura dans le Diomboko.
+L’autre fraction, commandée par un chef que la tradition appelle
+_Mahmoud_, traversa le Guidimaka et alla dans le Gorgol se mettre sous
+la protection du groupe principal d’émigrants, à la tête duquel se
+trouvait un chef nommé _Ismaïl_[156].
+
+Celui-ci avait su gagner les bonnes grâces de l’empereur de Tekrour, qui
+résidait alors à _Guédé_, sur le marigot de Doué, un peu au Sud-Est de
+Podor, dans le Fouta Toro. Cet empereur appartenait au clan toucouleur
+des _Sal_.
+
+Il invita Ismaïl et Mahmoud à venir s’installer auprès de lui, sur la
+rive Sud du Sénégal, avec leurs compagnons et leurs troupeaux. Cette
+arrivée des Judéo-Syriens au Fouta Toro dut s’accomplir vers le début du
+IXe siècle ou la fin du VIIIe.
+
+Une fois de plus, nous allons voir se dérouler au Fouta, sous une forme
+et avec des conséquences nouvelles, l’éternelle histoire des Juifs
+d’Egypte. Ismaïl, devenu le confident et le ministre de l’empereur de
+Tekrour, épousa sa fille _Diouma Sal_[157] et, à la mort de son beau-
+père, il fut choisi comme souverain par les Toucouleurs. A sa mort, il
+fut remplacé par Mahmoud, et le trône du Tekrour fut ainsi occupé
+désormais par des membres des deux principales familles judéo-syriennes.
+Au bout de quelques générations, les immigrants sémites venus de Ghana
+s’étaient multipliés, sans cependant égaler en nombre les Toucouleurs
+autochtones, avec lesquels sans doute ils avaient contracté de
+fréquentes et fécondes unions. Aussi ne tardèrent-ils pas à abandonner
+leur langue — qui sans doute était, comme nous l’avons vu, soit
+l’égyptien soit plutôt un mélange d’égyptien et d’araméen ou de quelque
+dialecte hébraïco-syriaque soit encore le berbère — pour adopter la
+langue du Fouta, le _poular_[158]. Peut-être aussi leur religion se
+modifia-t-elle assez profondément, bien que ce soit moins sûr. D’autre
+part, ils restèrent fidèles à leurs mœurs et surtout à leur vie
+pastorale. Cependant, au contact et à l’imitation des Toucouleurs, ils
+adoptèrent certaines institutions sociales de ces derniers, en
+particulier celle des clans et celle des castes ; et c’est
+vraisemblablement au Fouta Toro, alors qu’ils parlaient déjà la langue
+_poular_, qu’apparurent pour la première fois, chez les descendants des
+Judéo-Syriens de Cyrénaïque, ces quatre clans principaux dont la légende
+islamisée[159] place l’origine dans le Sinaï, au temps des premiers
+khalifes arabes. Ces clans furent calqués sur les clans toucouleurs qui
+avaient alors la prééminence : Sal — clan royal — devint Diallo, Ba
+devint Boli ou Bourouro (ou Bourourdo), Sô devint Pérédio, Bari devint
+Daédio[160]. Les artisans d’origine judéo-syrienne se partagèrent en
+castes à l’imitation des artisans toucouleurs et prirent les mêmes
+appellations : Laobé, Diawambé, etc.[161].
+
+Les pasteurs venus de Ghana durent conserver le pouvoir au Tekrour
+jusque vers le début du XIe siècle, c’est-à-dire pendant 200 ans
+environ. Depuis longtemps, les Toucouleurs commençaient à supporter de
+mauvaise grâce la suzeraineté de ces étrangers et il dut y avoir plus
+d’une tentative de complot dirigée contre le souverain. La tradition
+nous rapporte comment les choses finirent par se gâter complètement.
+
+ DELAFOSSE Planche VIII
+
+[Illustration : _Cliché Fortier_
+
+FIG. 15. — Une famille Peule.]
+
+[Illustration : _Cliché Froment_
+
+FIG. 16. — Groupe de femmes Peules et Silmimossi.]
+
+Le trône était occupé, vers le début du XIe siècle, par un descendant du
+Mahmoud venu au Fouta avec Ismaïl, descendant qui portait le même nom
+que son ancêtre ; ce Mahmoud II, ayant découvert un complot tramé par
+des Toucouleurs contre sa vie, convoqua les chefs de toutes les familles
+indigènes du Toro et exigea que chacun lui remit en otage un de ses
+enfants mâles. Puis il confia ces enfants à la garde de l’un de ses
+frères, qui se trouvait être son héritier présomptif. Un devin dit à ce
+dernier que, si Mahmoud, touché par les plaintes des parents, leur
+rendait un jour les otages, lui, son frère, ne monterait jamais sur le
+trône. Pour empêcher Mahmoud de rendre les enfants à leurs parents, son
+frère usa d’un procédé aussi radical que barbare : il les fit tuer tous
+durant la nuit. Lorsque le jour parut, les pères des otages — ignorant
+encore ce qui s’était passé — allèrent trouver Mahmoud et le supplièrent
+de leur rendre leurs enfants, jurant que sa mansuétude lui porterait
+bonheur ; Mahmoud, se laissant apitoyer, envoya un messager à son frère
+pour lui réclamer les otages. Son frère lui fit répondre qu’il venait de
+les mettre à mort. Lorsque la nouvelle fut connue des chefs toucouleurs,
+ceux-ci la répandirent aussitôt dans le pays, en réclamant une vengeance
+sanglante : tous les indigènes du Fouta prirent les armes et coururent
+sus aux pasteurs judéo-syriens dispersés parmi eux, massacrant ceux
+qu’ils pouvaient atteindre et mettant les autres en fuite. Un Toucouleur
+nommé _Ouâr Diabi_, _Ouâr Diâdié_ ou _Ouâr Ndiaye_ s’empara du pouvoir.
+Mahmoud et tous les membres de sa famille furent tués. Ses serviteurs
+tentèrent de s’emparer du sabre qu’il portait et qui était l’insigne du
+commandement des souverains du Tekrour ; mais la famille de Ouar Diâbi
+le leur arracha et eut ainsi désormais le privilège de fournir
+l’empereur : ce fut le clan toucouleur des _Koliabé_. Quant au fourreau,
+il resta entre les mains d’un autre clan toucouleur qui devait plus tard
+s’emparer du pouvoir, celui des _Dénianké_.
+
+Quant aux Judéo-Syriens qui échappèrent au massacre — et qui d’ailleurs
+étaient certainement très nombreux —, ils furent obligés de quitter le
+Toro et, ne pouvant s’entendre pour le choix d’un chef unique en
+remplacement de Mahmoud, ils s’éparpillèrent dans toutes les provinces
+du Tekrour, sous la conduite de divers _ardo_ ou chefs de migration.
+Leur ancien nom de _Foudh_, soumis aux règles de la langue _poular_
+qu’ils avaient adoptée, devint — selon les lois phonétiques et
+morphologiques de cette langue — _Poullo_ au singulier et _Foulbé_ au
+pluriel et prit la signification d’« éparpillés », son étymologie
+première étant inconnue des Toucouleurs ; le _poular_ parlé par les
+Foulbé devint, conformément aux mêmes lois, le _foulfouldé_.
+
+Les Judéo-Syriens étaient devenus les Peuls.
+
+La fin de leur suprématie au Fouta et leur éparpillement durent avoir
+lieu vers le début du XIe siècle, puisque Bekri nous apprend que Ouâr
+Diâbi mourut en 1040. Un peu plus tard se fondait, non loin du Toro, sur
+le bas Sénégal, la secte berbère des Almoravides. Tout en admettant
+comme vraisemblable le récit légendaire que je viens de rapporter, je ne
+serais pas éloigné de croire que la conversion des Toucouleurs à
+l’islamisme, commencée par Ouâr Diâbi — d’après Bekri — et achevée par
+les Almoravides, ne fut pas étrangère au revers de fortune des Peuls :
+ceux-ci durent en effet se montrer dès lors rebelles à l’islamisation
+puisque, de nos jours encore, un nombre appréciable d’entre eux sont
+encore infidèles — au sens musulman du mot —, même parmi les fractions
+demeurées dans le voisinage du Fouta (au Ferlo notamment) et
+principalement parmi les familles chez lesquelles le type sémitique
+original est demeuré le plus pur et qui sont les moins métissées de sang
+nègre.
+
+
+5o _Les migrations peules._
+
+Dès les premières années qui suivirent la mort de Mahmoud II, l’immense
+majorité des Peuls du Fouta Toro se porta vraisemblablement vers le Sud,
+dans la région alors inhabitée mais favorable à l’élevage qui est connue
+aujourd’hui sous le nom de Ferlo et qui devait alors dépendre, plus ou
+moins théoriquement, de l’empire de Tekrour. Un parti assez considérable
+continua ensuite son exode vers l’Est, s’établissant non loin de la rive
+gauche du Sénégal, entre Bakel et Kayes, dans le Nord du Boundou et du
+Bambouk, c’est-à-dire dans le pays de Galam ou Gadiaga, à cheval sur la
+basse Falémé. Ce pays était alors (deuxième moitié du XIe siècle) une
+dépendance du Tekrour, d’après le témoignage de Bekri, et les Soninké
+qui y possédaient déjà des colonies devaient être vassaux des
+Toucouleurs. Quelques familles peules durent, dès cette époque, passer
+sur la rive droite du Sénégal aux environs de Kayes et rejoindre dans le
+Diomboko les descendants des Judéo-Syriens qui y étaient demeurés en
+venant de Ghana.
+
+C’est cette colonie peule du Galam, du Khasso et du Diomboko que, très
+probablement, Bekri nous signale sous le nom d’_Al-Fâmân_ — on pourrait
+lire à la rigueur _Al-Fellân_ sur l’un des manuscrits — et qu’il
+localise au Sud-Est du pays des _Toronka_ (Toucouleurs du Toro), dans la
+région de _Silla_[162], ajoutant que ces Al-Fâmân appartiennent à la
+même race que les Honeïhîn de Ghana. Certaines familles de cette colonie
+s’unirent plus tard à des Mandé (Soninké et Kâgoro principalement) et
+donnèrent naissance aux _Khassonkè_ actuels.
+
+D’après les traditions indigènes, cette colonie peule du Galam se
+choisit dans le clan Diallo un roi dont le titre nous a été transmis
+sous les formes diverses de _saltigué_, _silatigui_, _fondokoï_ et
+_ardo_[163]. Lorsque les Soninké de Ghana, vaincus et pourchassés par
+les Berbères Lemtouna à la faveur du mouvement almoravide, commencèrent
+à venir s’établir en nombre dans le Guidimaka et le Gadiaga ou Galam
+(fin du XIe siècle), les Peuls, sous la conduite de leur _ardo_,
+quittèrent en majorité ces régions et s’avancèrent vers l’Est à travers
+le Diomboko et le Kaarta, laissant à chacune de leurs étapes des
+familles qui, en s’unissant à des Mandingues, donnèrent naissance aux
+_Foulanké_ des cercles de Bafoulabé et de Kita.
+
+Arrivé au Kaniaga[164], province méridionale du Bagana, le gros de la
+migration y demeura plus longtemps que dans ses lieux d’arrêt
+précédents. Il semble que, partis du Galam vers la fin du XIe siècle ou
+le commencement du XIIe, les Peuls n’avaient pas sensiblement dépassé le
+Kaniaga à la fin du XIVe ; sans doute les efforts des Soninké Sossé ou
+Sosso pour conquérir Ghana sur les Sissé, ensuite leurs luttes avec les
+Mandingues et les razzias qui suivirent la victoire finale de ces
+derniers, avaient entretenu le long de la rive gauche du haut Niger un
+état d’insécurité qui ne favorisait pas les migrations vers l’Est. Au
+début du XIVe siècle pourtant, des Peuls Diawambé s’étaient portés dans
+le Kingui et avaient fondé Nioro.
+
+Mais, au début du XVe siècle, l’exode des Peuls reprit son essor d’une
+manière décisive, à la suite de circonstances que les traditions
+indigènes relatent de la manière suivante. Un _silatigui_ ou _ardo_
+nommé _Yogo_, fils de Sadio ou Sadia Diallo, résidant à Kouma ou Toï
+dans le Kaniaga, mourut vers 1400 en laissant une veuve et deux frères,
+dont l’aîné s’appelait _Diâdié_ et le plus jeune _Maga_ (ou Maghan) ou
+Atiba. Diâdié voulut épouser la veuve de Yogo, mais celle-ci refusa ses
+avances ; Maga se rendit auprès d’elle pour l’engager à accepter la main
+de son frère : cependant la femme persista dans son refus, et des
+ennemis de Maga présentèrent à Diâdié la démarche de son frère sous un
+mauvais jour, prétendant que c’était Maga qui avait poussé la veuve de
+Yogo à rejeter les propositions de Diâdié dans le but de l’épouser lui-
+même. Une querelle s’ensuivit entre les deux frères qui, après avoir
+échangé des paroles blessantes, se séparèrent.
+
+Maga Diallo (ou Maga Sal) quitta le Kaniaga avec ses partisans, marchant
+droit devant lui dans la direction du Nord. Parvenu dans le centre du
+Bagana, du côté de Kala (Sokolo), il rencontra un troupeau de bœufs
+égarés et, le poussant devant lui dans la direction de l’Est, il parvint
+dans le Diaga ou Massina, auprès d’une mare qui avoisinait un village de
+Soninké Nono. Maga leur demanda l’hospitalité et établit son campement
+près de leur village ; il alla ensuite saluer le fonctionnaire qui
+gouvernait le Bagana au nom de l’empereur de Mali et reçut de lui
+l’investiture officielle de chef (_ardo_) des familles peules qui
+l’avaient suivi, avec l’autorisation de résider dans le Massina. Plus
+tard, d’autres Peuls du Kaniaga, appartenant au clan Daédio ou Bari,
+vinrent rejoindre Maga, ainsi que des gens appartenant aux castes des
+Mabbé ou Maboubé et des Diawambé ; des serfs Rimaïbé[165], issus
+d’esclaves noirs acquis par les Peuls durant leur traversée du bassin du
+Sénégal, vinrent encore grossir ce noyau, qui donna naissance au très
+important groupe des Peuls du Massina et aux fractions secondaires qui
+en sont issues par la suite.
+
+Quant aux partisans de Diâdié, certains se mêlèrent aux Foulanké du Nord
+de Kita et de Bafoulabé et aux Khassonkè de la région de Kayes, adoptant
+peu à peu la langue mandé et transformant leurs noms de clan : Ourourbé
+en _Diakaté_ ou _Diakité_ (les gens originaires du Diaka ou Diaga),
+Daébé en _Sangaré_, Férôbé en _Sidibé_ ; seul, le clan des Dialloubé
+conserva son nom sous la forme du singulier (_Diallo_).
+
+Diâdié lui-même s’était dirigé vers le Nord-Ouest et était allé se fixer
+dans le Bakounou, entre Goumbou et Nioro, avec plusieurs familles
+appartenant aux clans des _Irlâbé_, des _Yalâbé_ (ou Alaïbé), des
+_Oualarbé_, des _Férôbé_ et des _Ourourbé_ (ou Boli)[166].
+
+Du Massina, les Peuls ne tardèrent pas à se répandre a travers la Boucle
+du Niger et au delà, bien que le gros de leur nation soit encore
+aujourd’hui établi dans la région dont le marigot de Dia ou Diaka forme
+comme le centre. Dès le XVe siècle, des Oualarbé, des Ourourbé, des
+Salsalbé et des Tôrobé se portèrent vers le Nord, dans le cercle actuel
+de Niafounké, avec un grand nombre de Diawambé. D’autres franchirent le
+Niger et le Bani et, s’infiltrant au travers des Tombo et des Mossi,
+gagnèrent le Liptako (région de Dori), où ils fondèrent une colonie
+prospère qui put presque rivaliser avec celle du Massina. Ici encore,
+nous avons de nombreuses traditions indigènes relatives aux différents
+exodes dont l’ensemble constitua cette importante migration.
+
+Le clan peul des _Tôrobé_ — car il y a des Tôrobé peuls et des Tôrobé
+toucouleurs —, à la suite de la grande migration du Fouta vers le
+Massina, s’était installé surtout au Nord du lac Débo, entre Niafounké
+et Saraféré. La légende dit que l’exode des Tôrobé avait été dirigé par
+trois frères nommés Sambo, Paté et Yoro. Une partie d’entre eux,
+quittant la région de Saraféré, s’en alla camper à Gorou, au Nord de
+Douentza. Là, ils furent rejoints par quatre membres de leur clan
+(Hamadi, Dembo, Dello et Diobo), tous les quatre descendants d’un nommé
+Siré qui aurait été le père de Sambo, Paté et Yoro et qui serait demeuré
+au Fouta avec une partie de sa famille lors de l’exode de ces trois
+derniers. Les quatre émissaires venaient du Fouta dans le but d’engager
+leurs compatriotes à retourner au Sénégal. Non seulement ils échouèrent
+dans leur mission, mais ils demeurèrent avec les Tôrobé de Gorou et
+devinrent eux-mêmes des chefs de migration : Dello, avec Dembo et ses
+fils, conduisit une partie de la tribu au Liptako ; Dembo s’arrêta dans
+le Djilgodi (région de Djibo), d’où ses descendants pénétrèrent dans le
+Nord-Est du Mossi (canton de Boussouma) ; la plupart des fils de Dembo
+demeurèrent au Liptako, mais Dello, allant coloniser le Torodi (pays des
+Tôrobé) et traversant le Niger près de Say, poussa jusqu’à Sokoto ;
+Hamadi, lui, conduisit dans le Yatenga une autre bande dont le chef
+actuel, Abdoullahi, prétend descendre de Sambo et de son père Siré, le
+premier ancêtre des Peuls Tôrobé. Enfin Diobo, qui avait accompagné
+Hamadi au Yatenga, alla ensuite au Djilgodi rejoindre Dembo, y laissa
+son fils Pélouna, traversa le Liptako et le Torodi, gagna Sokoto et se
+porta de là dans l’Adamaoua.
+
+Ila Galâdio, ancêtre du clan des _Yalâbé_ ou Alaïbé, aurait fait partie
+de la migration qui demeura longtemps du côté de Kayes et qui aurait, en
+partie, donné naissance aux Khassonkè. Beaucoup de ses descendants
+cependant avaient suivi le grand mouvement vers le Kaniaga et le
+Massina, et s’étaient établis, sous la conduite d’un nommé Dama ou
+Demba, dans le Sébéra, entre Dienné et Sofara. Gao, fils de Dama, poussa
+vers le Nord jusqu’à Gouméouel, dans le Fitouka, entre Niafounké et
+Saraféré. La fraction des Yalâbé qui s’établit là aurait pris le nom de
+_Fitôbé_ ou _Fitoubé_ (du nom du Fitouka). Plus tard, Diâdié, fils de
+Gao, conduisit les Fitôbé à Sari, sur la route de Bandiagara à Dori, au
+Nord de Ouahigouya. Moussa, fils de Diâdié, qui vivait vers le milieu du
+XVIIIe siècle[167], aurait conclu une alliance avec les Tombo de la
+région pour chasser de Bané (entre Sari et Ouahigouya) les Nioniossé et
+les Soninké de langue songaï qui s’y trouvaient alors et s’installer à
+leur place, poussant ainsi vers le Sud. Goré, l’un des compagnons de
+Moussa, se fixa plus au Sud encore, à Sittiga, dans le Yatenga. Demba,
+le chef actuel des Fitôbé du Yatenga, dit descendre de Moussa par les
+nommés Hamadou, Sidiki, Tana et Hamat.
+
+Ce dernier — Hamat —, fils et successeur de Moussa, vivait aux environs
+de 1780. Un Peul de sa tribu, nommé Paté, se transporta avec ses
+troupeaux à Téma, dans le Mossi, et y épousa une nommée Siboudou, fille
+du chef mossi de Téma. Il en eut cinq fils (Mali, Koumbassé, Faéni,
+Garba et Sambo) et une fille (Sadia). Cette dernière demeura à Téma et
+s’y maria avec un Mossi ; les cinq fils vinrent s’établir à Kalsaka,
+dans le Yatenga, et s’y marièrent avec des femmes mossi : ce sont les
+descendants de ces unions de Peuls avec des Mossi qui sont appelés par
+les Mossi _Silmimossi_, tandis que les Peuls purs sont appelés Silmissi.
+Ces Silmimossi sont rattachés aux Peuls plutôt qu’aux Mossi, mais en
+réalité ils participent des deux peuples : ils parlent en même temps le
+peul et le mossi et sont à la fois pasteurs et agriculteurs ; mais ce
+sont les hommes, chez eux, qui traient les vaches, et non pas les femmes
+comme chez les vrais Peuls.
+
+Les _Dialloubé_ ont également fourni un assez fort contingent aux
+migrations peules qui se sont répandues dans la Boucle du Niger. Un de
+leurs chefs, Hamân, partit du Massina au XVIIe siècle et vint s’établir
+à Gomboro, dans l’Ouest du Yatenga, en pays samo. Guibril, chef actuel
+des Dialloubé du Yatenga, serait le quatorzième successeur de Hamân,
+dont le sépareraient neuf générations.
+
+Revenons maintenant au Ferlo, qui avait été, comme nous l’avons vu, le
+refuge de la majorité des Peuls chassés du Fouta Toro par les
+Toucouleurs. Tandis que s’organisaient les grands exodes qui, du Ferlo,
+devaient aboutir au Massina et au Torodi, une autre migration moins
+importante prenait la route du Sud et, laissant plusieurs colonies dans
+le Boundou, allait se fixer dans le Fouta Diallon. Cette migration eut
+lieu aussi, vraisemblablement, du XIe au XIVe siècles, bien avant la
+conquête du Fouta Diallon par les Toucouleurs Dénianké, que l’on place
+généralement vers 1720[168].
+
+Lorsque précisément les Toucouleurs arrivèrent au Fouta Diallon et
+surtout lorsqu’ils voulurent convertir à l’islamisme les Diallonké et
+les Peuls, le plus grand nombre de ces derniers émigrèrent vers l’Est,
+se portant dans le Sangaran et le Ouassoulou, où ils s’unirent à des
+Mandingues et grossirent le nombre des Foulanké ; d’autres, demeurés à
+peu près purs, poussèrent plus loin encore et arrivèrent près de la
+haute Volta Noire, dans le quadrilatère compris entre Sikasso, Koutiala,
+Koury et Bobo-Dioulasso, s’avançant même jusqu’à Barani, entre Koury et
+San. Beaucoup de ceux-là, bien qu’ayant conservé l’usage de la langue
+peule, avaient adopté, durant leur passage dans le Ouassoulou, la forme
+foulanké des noms de clan (Diallo, Sangaré, Diakité, Sidibé). L’un
+d’eux, Ouidi Sidibé, fonda à Barani une sorte de royaume éphémère d’où
+sont parties quelques petites migrations récentes (XIXe siècle), telles
+que celle de Daba Sangaré du côté de Koutiala, celle d’Ali-Bouri du côté
+de San, etc. D’autres migrations, anonymes celles-là, traversant vers la
+fin du XVIIIe siècle le Dafina, le Mossi et une partie du Gourma,
+rejoignirent au Torodi le grand courant venu du Massina par le Liptako
+et suivirent la route qu’il avait tracée déjà vers les pays haoussa,
+l’Adamaoua, le Baguirmi et le Ouadaï.
+
+
+6o _Conclusions._ — Résumons en quelques lignes les conclusions à tirer
+de tout ce qui précède, au sujet des origines et de la formation du
+peuple peul.
+
+A une époque fort ancienne, nous trouvons une population sémitique,
+d’origine judéo-syrienne, de langue égypto-araméenne ou bien berbère, de
+religion pré-mosaïque ou mosaïque, qui, venue de la Cyrénaïque par l’Aïr
+et par le Touat, s’établit à l’Ouest de Tombouctou, puis émigre en
+grande partie dans le Fouta Sénégalais. Elle trouve là une population
+nègre, parlant une langue nègre que nous appelons aujourd’hui le peul,
+et, sans se mélanger intimement avec cette population nègre, elle en
+subit cependant l’influence, en adopte la langue à la suite d’un long
+contact et devient le peuple peul primitif. Par suite de circonstances
+diverses, ce peuple quitte en majorité le Fouta pour se diriger vers
+l’Est, avec l’intention, dit la légende, de regagner l’Asie, son pays
+d’origine ; mais, pour de multiples raisons, il ne va pas aussi loin et
+se contente de pousser jusqu’au Darfour, faisant donner par les auteurs
+arabes le nom de Tekrour, par suite d’une extension de sens facile à
+comprendre, à toute cette vaste région où il avait introduit avec lui la
+langue tekrourienne. Tout le long de cet immense itinéraire, des groupes
+de Peuls s’établissent comme bergers au milieu des Noirs ; certains
+perdent complètement leur type primitif pour devenir des Nègres, tandis
+que d’autres, s’étant installés dans des pays peu habités, conservent
+plus pur leur type sémitique original tout en continuant à parler la
+langue nègre qu’ils tiennent des Toucouleurs. Parfois dominateurs et
+puissants, ils acceptent le plus souvent la loi des pays qui veulent
+bien les accueillir et vivent à l’état de demi-vassaux, quelquefois à
+l’état de parias, au milieu des Noirs. Il semble que leur conversion à
+l’islamisme est assez récente et ne remonte guère, pour la plupart
+d’entre eux, au delà des conquêtes toucouleures des XVIIIe et XIXe
+siècles ; beaucoup d’ailleurs, surtout parmi ceux qui ont conservé le
+plus purement les caractéristiques de la race blanche, pratiquent
+aujourd’hui encore une religion qui ne semble pas s’éloigner énormément
+de ce qui dut être la religion de leurs ancêtres primitifs et conservent
+pieusement des traditions qui ont une étonnante analogie avec les plus
+vieilles traditions juives.
+
+
+=V. Toucouleurs.=
+
+L’ampleur que j’ai cru devoir donner à la question de l’origine des
+Peuls me permettra d’être bref en ce qui concerne celle des Toucouleurs,
+puisque j’ai déjà exposé que ces derniers, bien que parlant la même
+langue que les Peuls, ne peuvent à aucun titre leur être rattachés.
+
+Si les Peuls sont incontestablement issus d’une population de race
+blanche, les Toucouleurs appartiennent tout aussi incontestablement à la
+race noire. A mon avis, ils sont autochtones de la région qu’ils
+habitent encore de nos jours — le Fouta Sénégalais, — mais leur pays
+primitif, lorsqu’il portait encore le nom de _Tekrour_[169], devait
+chevaucher sur les deux rives du Sénégal[170] et renfermer, non
+seulement les ancêtres des Toucouleurs actuels, mais aussi ceux des
+Sérères. La poussée des Berbères vers le Sud dut contraindre les
+Sérères, du XIe au XIVe siècles, à s’enfoncer dans le pays des Ouolofs
+d’abord et ensuite dans le Sine, au Sud de ces derniers ; mais la langue
+qu’ils parlent encore est une preuve vivante de leur très ancien et très
+intime contact avec les Toucouleurs.
+
+L’arrivée des Berbères sur la rive droite du Sénégal contraignit
+également les Toucouleurs à se localiser sur la rive gauche ; les
+conquêtes des Ouolofs à l’Ouest, celles des Soninké à l’Est,
+restreignirent encore l’ancien territoire du Tekrour. Mais il semble
+bien que, si leur domaine diminua petit à petit depuis le XIe siècle
+environ jusqu’au XVIe, ils ne commencèrent à en sortir pour se répandre
+au dehors qu’à partir du XVIIIe siècle, durant lequel la conquête les
+porta au Fouta-Diallon et au Boundou. Au début du XIXe siècle, ils
+secondèrent puissamment la révolte des Peuls du Gober contre les Haoussa
+et fournirent, semble-t-il, un contingent fort appréciable au conquérant
+Osmân-dan-Fodio, fondateur de l’empire de Sokoto. Enfin, dans la seconde
+moitié du même siècle, sous la conduite d’El-Hadj-Omar, ils se
+répandirent, toujours par la conquête à main armée, dans les quelques
+régions du Haut-Sénégal-Niger où l’on en trouve aujourd’hui.
+
+Mais, s’ils constituèrent de tout temps une nation forte et puissante,
+s’ils sont devenus à une époque récente des conquérants remarquables,
+ils n’ont jamais été un peuple migrateur et ils n’ont pas eu d’influence
+sensible sur la formation des groupements ethniques de l’Afrique
+Occidentale.
+
+N’oublions pas d’autre part que leur influence linguistique et
+religieuse fut la plus considérable qu’il nous soit permis d’enregistrer
+dans l’histoire du Soudan Français, puisque d’une part ils ont réussi à
+faire adopter leur langue par un peuple — le peuple peul — qui l’a
+répandue ensuite de l’Atlantique jusqu’au delà du Tchad et que, d’autre
+part, convertis à l’islamisme dès le XIe siècle, avant les autres
+peuples noirs, avant une bonne partie des Berbères et bien avant les
+Peuls, ils ont contribué plus que toute autre nation africaine à
+l’islamisation des Ouolofs, de certaines fractions mandingues, des
+Soussou, des Peuls, des Haoussa, etc., les Soninké ayant fait le reste
+sous ce rapport.
+
+Si les Toucouleurs ne sont pas des Peuls, il est infiniment probable
+néanmoins que, après le départ de ces derniers du Fouta Sénégalais, des
+relations subsistèrent entre les uns et les autres. Lorsque, beaucoup
+plus tard, les Toucouleurs commencèrent leurs conquêtes, il est
+remarquable qu’ils se portèrent toujours vers des contrées où ils
+savaient trouver des Peuls, pensant sans doute rencontrer en ces
+derniers, qui parlaient leur langue et sortaient de leur pays, des
+alliés naturels : les faits du reste ne justifièrent pas toujours leur
+espérance, notamment au Massina, où les Toucouleurs n’eurent pas
+d’ennemis plus acharnés que les Peuls.
+
+Le type primitif des Toucouleurs a été certainement très altéré par des
+mélanges successifs, d’abord et surtout avec les Judéo-Syriens ou Proto-
+Peuls lors de leur installation au Tekrour, ensuite avec les Peuls
+proprement dits venus au XVIe siècle sous la conduite de Koli, bien que
+le résultat des mélanges ait dû être plus sensible chez les Peuls qu’il
+ne l’a été chez les Toucouleurs.
+
+Un autre élément d’altération, peut-être plus considérable, fut apporté
+par les Soninké Sossé et par les Ouolofs : non seulement ces derniers
+ont conquis et gouverné le Tekrour durant une assez longue période, mais
+ils y ont laissé un grand nombre de familles dont les descendants
+portent encore aujourd’hui des noms de clan ouolofs (Ndiaye entre
+autres). Du côté de l’Est, il s’est produit parmi les Toucouleurs des
+infiltrations soninké qui ne sont pas négligeables ; le contact avec les
+Berbères et les Arabes de la rive droite du fleuve n’est pas sans avoir
+exercé également une influence sérieuse. Enfin, les étrangers venus se
+faire instruire par les marabouts du Fouta — et ils furent nombreux de
+tout temps — ont été, par le fait même de leur séjour au Fouta et de
+l’instruction religieuse qu’ils y avaient reçue, naturalisés Tôrobé, en
+sorte que ce clan renferme une grande quantité de familles qui n’ont
+avec les Toucouleurs que des liens de parenté tout à fait artificiels.
+
+
+=VI. — Songaï.=
+
+Jusque vers la fin du siècle dernier, on avait toujours considéré les
+Songaï comme des nègres authentiques. Mais un ouvrage qui eut un certain
+retentissement[171], tant en raison du moment où il parut que de la
+valeur littéraire de son auteur et de l’agrément de son style, vint
+modifier les idées de plusieurs ethnologues de bonne volonté ; on alla
+chercher en Egypte, ou tout au moins en Nubie, le berceau des Songaï et
+il fut beaucoup question de l’empire songaï, de l’époque songaï, de la
+civilisation songaï, etc. C’était, je crois, faire un peu trop d’honneur
+à cette population de paysans et de pêcheurs que de lui chercher un
+passé si éloigné et si glorieux : les malheureux Songaï ont certainement
+fourni plus d’esclaves que de princes, leur influence sur le
+développement du Soudan a toujours été de second ordre et leur
+civilisation n’a eu de relativement brillant que ce qui lui a été
+apporté de l’extérieur par les Berbères d’abord, les Mandé ensuite et
+les Marocains en dernier lieu. Quant à l’apport de l’Egypte, il paraît
+avoir été à peu près nul, au moins en tant qu’apport direct.
+
+Sur quoi s’est-on basé pour attribuer aux Songaï une origine
+égyptienne ? sur leur type physique affiné, leur degré de culture et le
+style architectural de leurs constructions. Or, chose au moins
+singulière, aucun de ces caractères ne se rencontre chez les Songaï,
+sauf chez ceux de la classe supérieure, et cette classe précisément
+n’est songaï qu’à moitié. Aucun de ces caractères, de plus, n’est
+attribuable à une origine ni à une influence égyptiennes, mais bien à
+une influence maghrébine et surtout marocaine, ainsi que l’histoire et
+un examen impartial des faits nous le démontrent surabondamment.
+
+D’où vient donc l’erreur commise ? simplement de ce que M. Félix Dubois,
+d’une part a attribué gratuitement à l’Egypte des influences qui
+proviennent d’ailleurs et que, d’autre part, il a pris comme champ
+d’observation la ville de Dienné, laquelle précisément ne renferme pas
+de Songaï ou en renferme si peu qu’il est en tout cas aussi inexact de
+la considérer comme un produit de la civilisation songaï qu’il serait
+inexact de prendre la colonie peule du Liptako comme type de la
+civilisation toucouleure. M. Ch. Monteil[172] a parfaitement démontré
+qu’il n’existait à Dienné, au temps où il y résidait, c’est-à-dire il y
+a environ huit ans, que trois familles ayant, parmi leurs ascendants,
+quelques individualités d’origine songaï. La langue de Dienné est la
+langue songaï, il est vrai, comme la langue du Liptako est la langue
+toucouleure, comme la langue des Marka ou Soninké de Banamba est le
+banmana : mais c’est là un phénomène dû à des raisons politiques et
+économiques, et qui n’a rien à voir avec l’origine ethnique des
+Diennéens.
+
+La population songaï, dans son ensemble, est manifestement une
+population de race nègre, à laquelle des éléments berbères d’abord,
+arabes, juifs et peuls ensuite et enfin et surtout marocains sont venus
+se surajouter, en modifiant assez profondément le type d’un certain
+nombre de familles ; ces familles d’ailleurs, si leur influence
+politique et sociale a été et est encore considérable, ne constituent au
+point de vue numérique qu’une fraction infime de la population ; le
+peuple, dans son ensemble, est demeuré franchement nègre.
+
+Tout me porte à croire que les Songaï primitifs étaient des autochtones
+de la basse vallée nigérienne. Je placerais volontiers le berceau de
+leur peuple sur la rive gauche du bas Niger, dans les régions
+généralement désignées sous les noms de Kebbi, de Maouri et de Zaberma,
+entre le Goulbi-n-Kebbi ou Goulbi-n-Sokoto au Sud et le Dallol-Dosso au
+Nord, le Dallol-Maouri et la frontière franco-anglaise formant à peu
+près le centre de ce domaine.
+
+L’avancée des Haoussa de Katséna dans le Kebbi[173] dut, dès une époque
+reculée, inciter une partie des Songaï à traverser le Niger et à
+s’installer dans le Dendi, sur la limite actuelle de la colonie du
+Dahomey et du cercle de Say, tandis que d’autres se portaient vers le
+Nord et occupaient, à l’Est de Niamey et de Tillabéry, la contrée connue
+sous le nom de Djerma-ganda (pays des Djerma ou Songaï).
+
+Il est probable que, avant le VIIe siècle de notre ère, les Songaï ne
+dépassaient pas au Nord la latitude approximative de Tillabéry et
+n’avaient pas encore pénétré sur la rive droite du Niger, sauf toutefois
+dans le Dendi. Le long du fleuve lui-même, ils avaient dû remonter un
+peu plus haut, sans doute jusqu’à Bentia. Une partie de la population se
+consacrait presque exclusivement à la pêche et occupait les rives du
+fleuve et surtout les îles : c’étaient les _Sorko_ ou _Kourteï_, appelés
+actuellement _Kourtibé_ par les Peuls. Grâce à la facilité de
+communications que leur donnaient leurs pirogues, ils avaient acquis une
+sorte de prééminence politique dont ils usaient au détriment des Songaï
+agriculteurs, les _Gabibi_ de nos jours. Ne cultivant pas la terre eux-
+mêmes, ils allaient, après la récolte, surprendre les villages voisins
+du Niger, pillaient les greniers et rapportaient les grains volés dans
+leurs repaires des îles, s’approvisionnant ainsi à peu de frais. Les
+paisibles agriculteurs les détestaient et les redoutaient, mais ne
+pouvaient rien contre eux.
+
+Lorsque les Lemta venus de la Tripolitaine firent leur première
+apparition vers _Gounguia_ ou _Koukia_, qui devait se trouver, comme je
+l’ai dit plus haut, dans l’île de Bentia[174], les Songaï agriculteurs
+les accueillirent avec joie. Leur attribuant une origine quasi-divine,
+que les nouveaux arrivants firent tout pour accréditer, ils pensaient
+trouver en eux des alliés qui les protégeraient contre les rapines des
+Sorko.
+
+Le chef de l’immigration lemta en effet, connu sous le nom de _Dia
+Aliamen_, livra bataille aux Sorko de l’île de Gounguia, les chassa de
+la contrée et s’installa à leur place, à Gounguia, avec ses compagnons
+(fin du VIIe siècle environ). Les Songaï agriculteurs des bords du
+Niger, en reconnaissance, firent de Dia Aliamen leur roi et lui
+prêtèrent serment d’obéissance, et bientôt son autorité s’étendit sur
+tous les Songaï habitant depuis Bentia jusqu’au Kebbi.
+
+ DELAFOSSE Planche IX
+
+[Illustration : _Cliché Fortier_
+
+FIG. 17. — Jeune fille Peule.]
+
+[Illustration : _Cliché Fortier_
+
+FIG. 18. — Femme Malinké.]
+
+Une légende rapportée par Sa’di raconte que, lors de l’arrivée de Dia
+Aliamen à Koukia, les indigènes subissaient le joug d’un poisson qui, un
+anneau passé dans les narines, apparaissait au dessus des eaux du fleuve
+à certaines époques de l’année et dictait au peuple des ordres et des
+défenses ; Dia Aliamen aurait tué ce poisson d’un coup de harpon et
+délivré ainsi les habitants de cette tyrannie bizarre. L’auteur du
+_Tarikh_ essaie d’expliquer cette légende en disant que sans doute Dia
+Aliamen était musulman et que sa foi religieuse le conduisit à détruire
+l’idole personnifiée dans cet étrange poisson ; mais il a senti la
+faiblesse de son explication et a dû émettre la conjecture que,
+postérieurement, les successeurs de Dia Aliamen auraient abjuré
+l’islamisme. En réalité, Dia Aliamen et ses compagnons devaient être,
+non pas musulmans, mais chrétiens, et on pourrait supposer qu’un motif
+religieux les porta en effet à détruire l’idole des indigènes. Mais il
+me paraît plus rationnel de penser que la légende a simplement
+symbolisé, sous la forme d’un poisson tyran, la caste pillarde des
+pêcheurs Sorko, qui pouvaient très bien porter un anneau dans le nez —
+coutume fréquente chez les peuples de la vallée nigérienne — et qui en
+effet apparaissaient en maîtres à l’époque de la moisson, ainsi que je
+le disais plus haut.
+
+Quoiqu’il en soit, une importante fraction des Sorko remonta vers cette
+époque le Niger et alla fonder _Gao_, où un pêcheur nommé _Faram-Ber_
+(Faran-le-Grand) créa une sorte de royaume indépendant. Cette fraction
+des Sorko comprenait deux clans principaux : celui des _Faran_, qui
+avait la prééminence et qui s’installa à Gao, et celui des _Fono_, qui
+alla s’établir du côté de Bamba, portant ainsi le peuple songaï en amont
+du coude de Bourem.
+
+Les successeurs de Faram-Ber furent presque continuellement en lutte
+avec les Lemta de Gounguia ; l’un d’eux, _Kobé-Taka_, trouva la mort
+dans une bataille qu’il leur livra sur la rive droite du Niger. _Faran-
+Nabo_ ou _Nabonké_, son fils et successeur, voulut aller venger la mort
+de son père, mais, après quelques victoires heureuses sur les Lemta, —
+victoires qui étendirent momentanément son autorité au Sud de Gao, — il
+fut repoussé et vaincu et dut quitter Gao, cédant la place aux
+successeurs de Dia Aliamen (IXe ou Xe siècle probablement). C’est alors
+que les Songaï agriculteurs, fidèles sujets des Lemta, s’avancèrent
+jusqu’à Gao : un peu plus tard, sans doute au début du XIe siècle, sous
+le règne de Dia Kossoï, la capitale de l’Empire lemta-songaï fut
+transférée de Gounguia à Gao[175].
+
+Cependant les Sorko, continuant à tracer en éclaireurs le mouvement
+d’avancée des Songaï le long du Niger, ne tardèrent pas à atteindre le
+lac Débo.
+
+Les Faran chassés de Gao arrivèrent à Bamba et, en leur qualité de clan
+royal, s’attribuèrent les meilleurs emplacements de pêche au détriment
+des Fono. Ceux-ci ne voulurent pas se laisser déposséder ainsi et
+livrèrent bataille aux Faran ; vaincus, ils remontèrent le fleuve et
+parvinrent dans la région des lacs, où les Soninké et les Bozo formaient
+alors le fond de la population. Les Fono furent autorisés par les chefs
+du pays à s’établir dans l’île de Koura, un peu en amont de Tombouctou,
+ainsi qu’à Gourao, sur la rive nord du lac Débo.
+
+Ils furent rejoints dans cette région par un autre clan songaï, celui
+des _Goou_ ou Gow, composé principalement de chasseurs, et qui avait dû
+émigrer du Djerma-ganda à la suite de difficultés avec les Lemta. Ces
+Goou s’installèrent dans le Bara, sur la rive droite du Bara-Issa, à mi-
+chemin à peu près entre le Débo et Niafounké.
+
+Cependant les Bozo, jusqu’alors maîtres de la navigation sur le Débo et
+les canaux du Niger, ne voyaient pas d’un œil favorable la concurrence
+que commençaient à leur faire les Sorko Fono. Ceux-ci ayant créé un
+service de transports entre Mopti et Koura par Gourao, les Bozo
+cherchèrent à ruiner l’entreprise et construisirent près de Kouna, entre
+Mopti et le Débo, avec les herbes aquatiques connues sous le nom de
+_borgou_, des sortes de barrages qui arrêtaient les embarcations des
+Fono[176]. Ces derniers, unis aux marchands soninké de Mopti,
+organisèrent contre les Bozo une expédition qui demeura infructueuse.
+Ils songèrent alors à appeler à leur aide leurs cousins les Faran,
+demeurés à Bamba, et leur envoyèrent par eau des messagers pour réclamer
+leur concours.
+
+A cette époque (fin du XIIe siècle ou commencement du XIIIe), l’autorité
+des empereurs de Gao s’était notablement accrue et leur territoire,
+gagnant du terrain vers le Nord, avait atteint Bamba. Les Sorko Faran,
+irréconciliables ennemis des Lemta, supportaient malaisément le
+voisinage de ces derniers et ils saisirent avec empressement l’occasion
+qui s’offrait à eux d’émigrer vers de nouvelles contrées. Ils
+répondirent donc à l’appel des Fono et partirent tous pour la région des
+lacs, formant une véritable flottille de pirogues. Lorsqu’ils arrivèrent
+à proximité du confluent de l’Issa-Ber et du Bara-Issa, en amont de
+Koura, ils se heurtèrent à une troupe armée composée surtout de
+Soninké[177], qui voulut s’opposer à leur passage. Les Faran
+triomphèrent facilement de cet obstacle et ne tardèrent pas à être les
+maîtres du fleuve. Ils fondèrent leur principal établissement près du
+pays des Goou, au confluent du Bara-Issa et du Koli, et y construisirent
+un village qu’ils appelèrent en songaï _Faran-Koïra_ (village des
+Faran). Les Peuls ont traduit cette expression par _Saré-Faran_, qui a
+dans leur langue la même signification et dont nous avons fait à notre
+tout _Saraféré_[178].
+
+Une fois solidement établi à Saraféré, le chef des Faran réunit sous son
+autorité tous les Songaï de la région des lacs, c’est-à-dire les Fono de
+Koura et de Gourao et les Goou du Bara, et il organisa avec eux une
+expédition contre les Bozo du lac Débo. Il n’obtint d’abord qu’un succès
+contestable, mais, au cours d’une deuxième expédition, il défit
+complètement les Bozo, qu’il obligea à se retirer au Sud du Débo et à
+respecter la liberté de la navigation sur le Bani.
+
+Donc, vers la fin du XIIIe siècle, au moment où avait commencé l’apogée
+de l’empire mandingue de Mali au détriment de l’empire soninké des
+Sossé, d’abord, et de l’empire lemta-songaï de Gao ensuite, la situation
+des Songaï était la suivante : dans l’Est, sous la domination des
+Berbères Lemta, ils étaient répandus tout le long du Niger depuis le
+Dallol-Maouri environ jusqu’à Bamba et occupaient, sur la rive gauche du
+fleuve, le Zaberma et le Djerma-ganda, et, sur la rive droite, le
+Dendi ; à l’Ouest, à peu près indépendants mais placés sous la
+suzeraineté au moins nominale de l’empereur de Mali, ils s’étaient
+échelonnés le long du Niger et de ses bras principaux depuis Tombouctou
+jusqu’au lac Débo. La première fraction comprenait des agriculteurs et
+des pêcheurs (Gabibi et Kourteï) ; la seconde se composait presque
+exclusivement de pêcheurs (Sorko), avec un petit groupe de chasseurs
+(Goou).
+
+Vers 1325, Kankan-Moussa, empereur de Mali, établissait sa suzeraineté
+sur Gao, Tombouctou, le Massina, et englobait par conséquent sous son
+autorité tous les Songaï. Près d’un siècle et demi plus tard, Sonni Ali-
+Ber (Ali-le-Grand), l’avant-dernier prince lemta de Gao,
+s’affranchissait de la tutelle des Mandingues et, poussant les limites
+de son empire bien au-delà de Bamba, s’emparait de Tombouctou, du Bara
+et de Dienné (1465 à 1492). Un an après sa mort, un Soninké du clan-
+tribu des Silla, nommé Mohammed, fils de Aboubakari Touré, arrivait à se
+faire proclamer empereur de Gao, substituait une dynastie nègre — celle
+des _askia_ — à la deuxième dynastie berbère des Lemta — celle des
+_sonni_, qui avait succédé vers 1335 à celle des _dia_ — et donnait une
+extension plus considérable encore à l’empire de Gao.
+
+C’est assurément à partir de Sonni Ali-Ber et d’Askia Mohammed Ier,
+c’est-à-dire à partir des dernières années du XVe siècle, que les Songaï
+commencèrent à se répandre en plus grand nombre dans la région de
+Tombouctou et des lacs. Bien que ne formant qu’une minorité dans
+l’ensemble des peuples soumis à l’empereur de Gao, bien que cet empereur
+lui-même et ses principaux ministres et officiers ne fussent pas des
+Songaï en général, ces derniers durent fournir un contingent notable aux
+armées de Sonni Ali-Ber et des askia. Sa’di nous apprend que, lors d’une
+expédition que fit Mohammed Ier contre les Bariba, un grand nombre de
+Songaï du Zaberbanda[179] trouvèrent la mort et que parmi eux étaient
+les meilleurs soldats de l’armée impériale ; nous savons d’autre part,
+grâce au même auteur, que l’un des principaux éléments de la puissance
+des askia fut leur flottille, dont les équipages étaient assurément
+composés en majorité de Sorko.
+
+Cependant, si l’influence politique de l’empire de Gao fut considérable
+et si, à la faveur de sa puissance et de son extension, la langue songaï
+— qui était pour ainsi dire la langue officielle de l’empire, même du
+temps des Lemta — arriva à se répandre jusqu’à Dienné et à détrôner, là
+comme en beaucoup d’autres points, les langues indigènes, les Songaï
+eux-mêmes ne durent pas constituer, en dehors des rives mêmes du Niger,
+des colonies numériquement importantes ; en tout cas ces colonies ne
+dépassèrent pas le Débo en remontant le fleuve. Les seules régions où
+l’immigration songaï en amont de Bamba ait laissé des traces
+considérables sont celles de Tombouctou, de Koura, du Kissou[180], de
+Goundam, du Dirma (ou de Tendirma), de Niafounké, du Bara et de Gourao.
+
+Presque exactement un siècle après l’avènement du premier askia, le 30
+mars 1591, l’armée marocaine du pacha Djouder, expédiée par le sultan
+saadien Moulaï Ahmed-ed-Dehebi et comprenant trois mille guerriers,
+atteignait le Niger à Karabara, un peu à l’Ouest de Bamba. Le 12 avril
+suivant, l’armée de l’askia Issihak II, forte de 42.500 hommes, était
+mise en déroute en un clin d’œil, grâce aux mousquets des Marocains,
+près de Tondibi (la pierre noire), à 50 kilomètres en amont de Gao, sur
+la rive gauche du fleuve. La domination marocaine sur l’ancien empire de
+Gao — à l’exception du Dendi qui demeura indépendant — devait durer
+jusque vers la fin du XVIIe siècle, époque à laquelle les derniers
+pachas de Tombouctou virent le peu d’autorité qui leur restait passer
+aux mains des Touareg dans l’Est et le Nord et aux mains des Peuls et
+des Banmana dans l’Ouest[181]. Mais, dès 1612, c’est-à-dire vingt ans
+environ après la victoire de Djouder sur Issihak II, le gouvernement
+marocain avait cessé de désigner les pachas et n’avait plus exercé
+aucune action directe sur les pays soudanais[182]. A partir de cette
+date, les pachas de Tombouctou et leurs caïds furent recrutés sur place,
+parmi les officiers venus du Maroc avec Djouder et ses premiers
+successeurs, tant qu’il en resta, puis parmi les descendants de ces
+officiers. Ces descendants n’étaient plus des Marocains à proprement
+parler : les caïds et les soldats venus de Fez et de Marrakech avaient
+pris femme sur les bords du Niger, les uns parmi les Maures, les Touareg
+ou les Peuls, les autres parmi les Songaï, les Soninké et d’autres
+populations noires. A mesure que l’on s’éloignait de la date d’arrivée
+des premiers Marocains, l’élément nègre devenait prépondérant chez ces
+métis, qui avaient d’ailleurs adopté la langue songaï et qui
+constituèrent peu à peu la classe noble et dirigeante du peuple songaï,
+celle des _Arma_ : c’est ainsi que cette classe vint se surajouter au
+fond primitif purement nègre, constitué par les Gabibi, les Sorko et les
+Goou.
+
+D’après Ahmed Baba, qui le tenait de Moulaï Zidân, fils du sultan Ahmed-
+ed-Dehebi, il fut expédié du Maroc au Soudan, depuis le pacha Djouder
+jusqu’au pacha Slimân, c’est-à-dire de 1590 à 1600, vingt-trois mille
+soldats, dont la plupart périrent de blessures et surtout de maladies.
+Parmi les survivants, 500 revinrent à Marrakech et les autres se
+fixèrent au Soudan. Mahmoud Lonko, qui succéda à Slimân et fut le
+dernier pacha envoyé du Maroc à Tombouctou, avait amené 300 soldats avec
+lui : ce furent les derniers renforts expédiés du Maroc.
+
+Cependant un nouvel élément de population marocaine serait arrivé à
+Tombouctou vers la fin du XVIIe siècle. Vers 1670, Er-Rachid, le premier
+sultan filalien ou hassanide de Fez, au cours d’une expédition dans le
+Sous, mit le siège devant la zaouïa d’un religieux musulman nommé _Ali-
+ben-Haïdar_, lequel s’enfuit au Soudan et alla se mettre sous la
+protection de l’empereur banmana de Ségou, Biton Kouloubali, dont
+l’autorité commençait à s’étendre jusqu’à Tombouctou. Ali offrit à Biton
+deux belles captives d’origine espagnole ou portugaise qu’il avait
+amenées avec lui ; le prince banmana, amadoué par ce présent, autorisa
+Ali à s’établir à Tombouctou avec sa famille et ses disciples et lui
+promit son assistance. En effet, le sultan Er-Rachid, parti à la
+poursuite de Ali, se heurta entre Tombouctou et Dienné, dans le Nord du
+Massina, à l’armée de Ségou et, devant le refus bien net de Biton de lui
+livrer le fugitif, s’en retourna au Maroc.
+
+Ali-ben-Haïdar résida plusieurs mois à Tombouctou ; il y aurait laissé
+des descendants, qui seraient les ancêtres du clan arma des _Haïdara_.
+La tradition raconte qu’il quitta Tombouctou pour regagner le Sous à la
+tête d’une armée de plusieurs milliers de Noirs, à l’aide de laquelle il
+voulait tirer vengeance du sultan Er-Rachid. Mais, lorsqu’il arriva au
+Maroc, ce dernier venait de mourir à Marrakech (1672). En apprenant
+cette nouvelle, Ali renvoya sa troupe devenue inutile. Mais le nouveau
+sultan Ismaïl, frère et successeur d’Er-Rachid, la fit rassembler et en
+fit le noyau de la fameuse armée noire qui fut le principal soutien de
+la dynastie hassanide à ses débuts[183].
+
+Dans le dessein d’augmenter l’effectif de cette armée, Ismaïl envoya son
+neveu Ahmed au Soudan pour y recruter d’autres guerriers. Ahmed se
+rendit donc à Tombouctou, qu’il occupa au nom du sultan de Fez, à la
+grande joie — dit-on — des habitants : ceux-ci en effet espéraient que
+le prince marocain pourrait, mieux que l’empereur de Ségou, les défendre
+contre les déprédations et les exigences des Bérabich. Après un séjour
+de plusieurs années à Tombouctou, Ahmed retourna au Maroc. Dès qu’il fut
+parti, Tombouctou cessa de reconnaître la suzeraineté — bien éphémère —
+du sultan de Fez et la garnison laissée par Ahmed se dispersa parmi les
+indigènes et se mélangea avec eux[184].
+
+Tout compte fait, le nombre des Marocains qui se fixèrent dans la région
+de Tombouctou aux XVIe et XVIIe siècles et qui y firent souche ne dut
+pas être très considérable, car Sa’di insiste à plusieurs reprises sur
+la mortalité excessive qui décima, avant même qu’ils fussent parvenus au
+Niger, les contingents amenés par les premiers pachas. Comme d’autre
+part les Songaï eux-mêmes n’étaient pas fort nombreux dans cette région,
+il est certain que leur type primitif a dû être assez profondément
+modifié par leur mélange avec les Marocains. Mais cette modification
+n’atteignit guère que les familles nobles et dans les villes seulement :
+à Gao, Bamba, Koura, Tendirma, Kouna, et surtout à Tombouctou. Les
+familles soninké de Dienné subirent d’ailleurs, et par le fait d’un
+mélange analogue, des modifications identiques. Ce sont les résultats de
+cette infusion de sang blanc, très visibles encore, qui ont pu faire
+naître chez quelques voyageurs l’idée d’attribuer aux _Arma_ une origine
+égyptienne.
+
+Mais d’abord beaucoup de ces métis de Blancs et de Nègres ne sont pas
+rattachables aux Songaï, et c’est en particulier le cas de ceux de
+Dienné. Ensuite il ne faut pas oublier que, chez les Songaï, les _Arma_
+ne forment qu’une partie infime de la population, quelque importance
+politique et sociale qu’ils puissent détenir dans les villes où on les
+rencontre : la masse du peuple, composée des Gabibi et des Sorko de la
+région des lacs et surtout de l’ensemble des habitants du Djerma, du
+Zaberma et du Dendi, est demeurée nègre, les influences berbères et
+peules mises à part. Enfin, comme nous l’avons vu, l’élément blanc qui a
+affecté quelques familles songaï et a produit les Arma venait, non pas
+de l’Egypte, mais du Maghreb ; il est d’importation récente et
+postérieur à la période durant laquelle la soi-disant civilisation
+songaï a atteint son apogée[185].
+
+Il en est de l’architecture comme du métissage : le style dit « de
+Dienné » n’est en rien spécial aux Songaï et il est d’importation
+maghrébine et relativement récente. Nous savons par Ibn-Khaldoun et par
+le _Tarikh-es-Soudân_ que les premières constructions de ce type furent
+bâties à Gao (une mosquée) et à Tombouctou (un palais et une mosquée)
+vers 1325, sous le règne et sur l’ordre de l’empereur mandingue Kankan-
+Moussa, par un poète de Grenade qui s’improvisa architecte, Abou-Ishak-
+es-Sahéli, lequel mourut à Tombouctou et y fut enterré. Avant cette
+époque, il n’y avait au Soudan que des huttes cylindriques couvertes en
+paille ou des abris rappelant les gourbis des Bédouins ou ceux des
+Touareg ; les « palais » même des empereurs n’étaient pas plus
+confortables ni plus remarquables que les « cases » de leurs sujets ;
+peut-être même les maisons à terrasse du type le plus primitif étaient-
+elles inconnues, car les auteurs arabes antérieurs au XIVe siècle (Ibn-
+Haoukal — qui avait voyagé au Soudan, — Bekri, Edrissi, Yakout) ne
+mentionnent pas d’autres habitations que les huttes à toit conique des
+Malinké et des Mossi d’aujourd’hui.
+
+Ce fut vraisemblablement l’espagnol Abou-Ishak qui fut le premier
+inspirateur au Soudan occidental de ces maisons à portiques trapézoïdaux
+et de ces mosquées coiffées de pyramides dont l’aspect fait songer, en
+effet, mais d’assez loin, à des monuments de l’ancienne Egypte, mais que
+l’on rencontre partout, de l’Algérie et du Maroc à travers tout le
+Sahara, jusqu’à la lisière de la forêt tropicale. Cette architecture,
+motivée par les nécessités du climat et la rareté de certains matériaux
+ou l’ignorance de certaines techniques, est essentiellement maghrébine
+et non pas égyptienne[186]. Elle fut propagée au Soudan, non pas par les
+Songaï, — qui sont loin de l’avoir tous adoptée et qui habitent souvent
+des abris hémisphériques en nattes copiés sur ceux des Touareg, — mais
+bien par les Marocains de Tombouctou d’une part et d’autre part par les
+Soninké de Dienné et leurs cousins-germains les Dioula. Les Diennéens
+sont passés maîtres en l’art de l’architecture soudanaise, cela n’est
+pas niable : mais ils ont été initiés à cet art par des Marocains et non
+par des Songaï et ils n’ont pas été chercher leurs modèles en Egypte.
+
+La conclusion de ce qui précède peut se résumer ainsi : les Songaï
+actuels — surtout ceux des territoires civils du Haut-Sénégal-Niger —
+forment un peuple très mélangé, dont le fond primitif et l’élément
+principal sont constitués par une population nègre originaire sans doute
+de la région de Tillabéry-Niamey-Dosso, sur la rive gauche du bas
+Niger ; ils comprennent une caste de pêcheurs — les Sorko —, une caste
+de chasseurs — les Goou — et une classe ouvrière et paysanne — les
+Gabibi — qui, toutes les trois, sont demeurées à peu près vierges de
+tout élément de race blanche, mais dans lesquelles le type primitif a
+été plus ou moins modifié, chez les Sorko par des mélanges avec les
+Bozo, chez les Goou par des mélanges avec les Banmana et chez les Gabibi
+par des mélanges avec les Haoussa, les Gourmantché, les Mossi, les
+Tombo, les Soninké et les Banmana, selon les régions ; il y a lieu
+également, en ce qui concerne les Gabibi, de tenir compte de mélanges
+avec les Touareg et avec les Peuls qui ont parfois altéré le type nègre
+primitif ; ils comprennent enfin une classe noble — les Arma — dans la
+composition de laquelle l’élément de race blanche entre pour une part
+assez considérable : cet élément a été fourni principalement par des
+Européens de la péninsule ibérique et des Arabo-berbères du Maroc et,
+dans une proportion moindre, par des Touareg, des Maures et des Peuls.
+Quant à la classe des lettrés musulmans — les Alfa —, elle se recrute
+parmi tous les peuples du Soudan et du Sahara, mais les Songaï y sont en
+infime minorité[187].
+
+Je n’ai parlé, dans les pages qui précèdent, que des grands mouvements
+de migration ou de conquête qui ont porté les Songaï jusqu’au lac Débo.
+Il s’est produit en outre un certain nombre de mouvements secondaires en
+sens divers, dûs à différentes causes : c’est ainsi qu’après la prise de
+Gao par les Oulmidden en 1770, un certain nombre de Songaï émigrèrent de
+la région de Gao au Djerma-Ganda et du côté de Niamey (tradition
+recueillie par M. le Commandant Gaden) ; c’est ainsi encore que, d’après
+Barth, beaucoup de Songaï de la région de Bourem émigrèrent vers 1843 du
+côté de Goundam. D’autre part les Songaï ont fourni de tout temps un
+très fort contingent aux approvisionnements en esclaves du Sahara et du
+Maghreb : une bonne partie des Bella des Touareg et des Harrâtîn des
+Maures Kounta et Bérabich sont d’origine songaï ; on trouve des
+descendants d’esclaves de même provenance en beaucoup de points du Sud
+algérien et du Sud marocain : le lieutenant Cancel, ayant étudié
+récemment le langage des Balbali ou habitants de Tebalbalet, a découvert
+que ce langage est un dialecte à la fois songaï, arabe et berbère, mais
+avec prédominance marquée de mots songaï dans le vocabulaire et avec
+introduction des principales règles de la syntaxe songaï (_Revue
+africaine_, 1908).
+
+
+=VII. Mandé du Nord.=
+
+Il semble bien que la famille mandé, dans son ensemble, est autochtone
+du Soudan Occidental. Son domaine primitif devait s’étendre le long du
+Niger, et principalement sur la rive gauche, depuis le lac Débo environ
+au Nord jusque vers les sources du Tinkisso au Sud. Le _Diagha_, Diaga
+ou Diaka[188] (du Débo à Sansanding) fut le berceau des Mandé du Nord,
+le _Mandé_ ou Manding ou Mali (haut Niger à hauteur de Bamako et haut
+Bakhoy) fut celui des Mandé du Centre et le _Diallon_ ou Fouta-Diallon
+(du haut Tinkisso à la haute Falémé) fut celui des Mandé du Sud.
+
+Bien avant le début de notre ère, la famille mandé devait être répandue
+dans toutes ces régions et en former la population à peu près exclusive.
+
+1o _Bozo._
+
+Les Bozo devaient, au début, constituer chez les Mandé du Nord une caste
+de pêcheurs et de navigateurs absolument analogue à celle des Sorko chez
+les Songaï et à celle des Somono chez les Mandé du Centre. Ils
+habitaient principalement le lac Débo et le bras du Niger connu sous le
+nom de marigot de Dia ou Diaka. Ils durent à un moment donné se répandre
+un peu plus loin vers le Nord et vers le Sud et atteindre le Bani vers
+l’Est du côté de Mopti et de Dienné. Mais la poussée des Sorko par le
+Nord du XIIe au XIIIe siècles et celle des Somono par le Sud vers la
+même époque amenèrent la concentration des Bozo dans la région de leur
+berceau primitif, dont ils ne sont jamais sortis depuis qu’isolément et
+où ils sont encore considérés de nos jours comme propriétaires du sol et
+des eaux.
+
+Tandis qu’ils demeuraient ainsi fixés dans leur patrie d’origine, les
+populations agricoles de même famille qui les entouraient se
+dispersaient au contraire dans tout le Soudan, sous le nom de Soninké,
+et arrivaient, par suite de cette dispersion et de leur mélange avec des
+peuples très divers, à se différencier assez notablement de leurs
+congénères pêcheurs que leur métier avait attachés aux rives du fleuve.
+C’est ainsi qu’aujourd’hui, par le type, les mœurs et la langue, les
+Soninké se distinguent des Bozo, quoique d’ailleurs les ressemblances
+entre les deux peuples soient également considérables. Mais leur
+communauté d’origine ne semble pas douteuse.
+
+Ajoutons à cela que des unions se sont produites depuis des siècles
+entre les Bozo primitifs et des familles appartenant aux castes de
+pêcheurs d’autres nationalités, telles que la caste songaï des Sorko, la
+caste banmana des Somono et la caste peule des Soubalbé. Ces unions
+eurent comme résultat d’altérer quelque peu le type initial des Bozo et
+de modifier considérablement sans doute leur parler primitif.
+
+Les Bozo sont actuellement tous musulmans : ils le sont probablement
+depuis le XIVe siècle, ayant dû se convertir à la même époque que les
+gens de Dienné.
+
+2o _Soninké._
+
+Ainsi que je viens de le dire, les Soninké ont eu, comme les Bozo, pour
+habitat primitif le Diaga ou Massina[189] et, comme les Bozo aussi, ils
+formaient à l’origine une population exclusivement nègre et bien plus
+rapprochée des Mandé du Centre qu’elle ne l’est actuellement[190].
+
+Dès une époque fort ancienne, vers 200 avant J.-C. au plus tard, des
+Soninké partis du Diaga s’avancèrent vers le Nord-Ouest et allèrent
+fonder des colonies agricoles dans les régions où se trouvent
+aujourd’hui Bassikounou, Néma et Oualata. Peut-être même la fondation de
+_Néma_ remonte-t-elle à cette période lointaine, ainsi que celle de
+_Ghana_, qui devait être très voisine de Néma et de l’emplacement où
+s’éleva plus tard[191] Birou ou Oualata.
+
+Lorsque, au début du IIe siècle de notre ère, les Judéo-Syriens venant
+de la Cyrénaïque par l’Aïr s’installèrent au Diaga, les Soninké subirent
+quelque peu leur ascendant et, dès ce moment, des éléments de race
+blanche commencèrent à s’introduire parmi eux. Nous avons vu comment,
+vers le milieu du même siècle, ils obligèrent les Judéo-Syriens à
+quitter le Diaga et comment ces derniers, suivant la même voie
+qu’avaient tracée les Soninké longtemps auparavant, allèrent se fixer
+dans l’Aoukar, à côté des colonies soninké de Néma et de Ghana. Quelque
+cinquante ans plus tard, les Judéo-Syriens du Touat venaient les y
+rejoindre et vers la fin du IIIe siècle se constituait à Ghana un état
+assez puissant dont les maîtres étaient ces Judéo-Syriens ou Proto-
+Peuls.
+
+A ce moment, un certain nombre de Soninké de l’Aoukar, fuyant le joug de
+ces étrangers, continuèrent leur migration vers le Nord-Ouest et se
+portèrent jusque dans le Tagant et dans l’Adrar mauritanien, que les
+Berbères n’occupaient encore qu’incomplètement. Les _Azer_ actuels de
+Oualata[192], de Tichit, de Chinguetti[193], etc. ne sont que les
+descendants, sans doute métissés de Berbères, de ces Soninké des
+premières migrations. Un nouvel élément de même souche leur fut apporté
+d’ailleurs vers la fin du VIIIe siècle par les Soninké accompagnant les
+Ahl-Massina d’origine judéo-syrienne qui, venant de Ghana, fondèrent
+Tichit et gagnèrent l’Adrar.
+
+Cependant le gros de la population soninké était demeuré au Diaga. Vers
+la fin du VIIe siècle, pour des raisons ignorées, un groupe assez
+considérable quitta ce pays, tenta un premier essai de colonisation du
+côté de Dienné[194], puis, rebroussant chemin vers l’Ouest, se porta par
+le Kaniaga jusqu’au _Kingui_ et au _Diafounou_, laissant probablement
+des fractions colonisatrices le long de son itinéraire. Vers 750, la
+majeure partie des émigrants, quittant le Kingui pour retourner presque
+sur leurs pas, arrivèrent au _Ouagadou_, où ils fondèrent, sous la
+direction de _Maghan-Diabé Sissé_, le premier état soninké sur lequel
+les traditions nous aient quelque peu renseignés.
+
+Une légende, encore très vivante chez tous les Soninké du Sahel et
+rapportée plus d’une fois déjà par des Européens[195], raconte, en
+l’agrémentant de détails qui tiennent du merveilleux, le récit de cette
+migration du Diaga au Ouagadou par le Kaniaga et le Kingui. D’après
+cette légende, le chef de la migration aurait été un nommé _Digna_ ou
+_Dinga_, fils de Kiridion-Tagamanké fils de Yougou-Doumbessé (lequel
+descendait de Job fils de Salomon fils de David !) ; ce Digna, ancêtre
+du clan royal soninké des _Sempré_, Soumpara ou Simbara, avait quitté le
+Diaga avec une bande de 300 hommes armés, accompagné de prêtres, devins
+et sorciers dont le chef s’appelait _Garabara-Diané_ ou _Diadiané_ et
+aurait été l’ancêtre du clan des Soudouré. Digna s’arrêta d’abord dans
+la contrée de Dienné et y épousa une femme nommée Satakoullé Dafé ;
+étant demeuré là 17 ans[196] sans que cette femme lui eût donné de
+postérité, il la répudia, quitta le pays de Dienné et revint au Diaga,
+où il épousa Assakoullé Soudouré. Celle-ci enfanta trois jumeaux, dont
+l’un mourut à sa naissance ; le second, _Dia-Founè_, ancêtre du clan des
+Dikéné ou Dyikéné, alla s’établir dans le pays qui fut appelé à cause de
+lui _Diafounou_ et le colonisa ; le troisième, _Diagabâ-Founè_[197],
+père du clan des Souaré, demeura dans le Diaga.
+
+Lorsque ses deux fils furent devenus des hommes, Digna, — dont la
+longévité est comparable à celle des patriarches bibliques, — poussa
+jusqu’au Kingui (province de Nioro) et se fixa à Daraga, près de la mare
+de Dioka (sur la route de Nioro à Kayes). Arrivé là, il envoya des gens
+puiser de l’eau ; ces gens aperçurent un génie assis au bord du puits et
+revinrent en toute hâte prévenir Digna. Celui-ci se rendit au puits et,
+grâce aux sortilèges dont disposaient ses prêtres, rendit le génie
+aveugle, sourd et paralytique, ce qui n’empêcha pas toutefois le génie
+d’en faire autant à Digna. Alors intervint Garabara, le chef des
+sorciers, dont les procédés magiques rendirent à Digna l’usage de ses
+sens, tandis que le génie demeurait privé de la vue, de l’ouïe et du
+mouvement. Sans doute il avait conservé la faculté de parler, car il
+offrit à Digna, si ce dernier le guérissait, de devenir son allié et de
+lui donner ses trois filles en mariage ; Digna accepta et rendit au
+génie le libre usage de ses sens et de ses mouvements. Après quoi il
+épousa les trois filles du génie.
+
+De la première, nommée Diangana Boro, il eut cinq fils et un serpent,
+lequel fut appelé _Ouagadou Bida_ et s’enfuit dès qu’il fut sorti du
+sein de sa mère, sans que l’on sût où il était allé. Nous le
+retrouverons tout à l’heure. Les cinq fils furent : Téré-Kiné, père des
+Soma ou Sokhona ; Téré-Kalé, père des Kalé[198] ; Lampakhé-Boundayoré,
+père des Bérété ; Kara-Guidé, père des Séméga, et Toungamari-Kabida,
+père des Diâbi ou Diâbira. De la deuxième fille du génie, nommée Katana
+Boro, il eut aussi cinq fils, pères du clan des _Sissé_, issu lui-même,
+comme on le voit, de celui des Sempré : _Maghan-Diabé_, qui fut le
+premier roi du Ouagadou ainsi que nous l’allons voir, Maghan-Tané,
+Maghan-Tané-Fankanté, Maghan-Mamari et _Maghan-Kaya_[199], qui devait
+être plus tard le fondateur de l’empire soninké de Ghana. Enfin, de la
+troisième fille du génie, nommée Sinanguillé Gounékousso, il eut quatre
+fils : Mamari, père des Touré et des Diabéra ; Fassiré, père des Koumma
+ou Koumba ; Matam, qui n’eut pas de descendants, et Douissé ou Dowissé,
+que la légende donne comme ancêtre aux Harrâtîn soninké qui vivent avec
+les Idao-Aïch de la sous-tribu des Ahl-Soueïd.
+
+Cependant Digna, parvenu à un âge très avancé, était devenu aveugle. Un
+jour, il dit à Téré-Kiné, l’aîné de ses fils présents au Kingui, d’aller
+lui tuer du gibier, lui promettant, s’il lui en rapportait, de lui
+conférer l’insigne du pouvoir royal. Garabara-Diané, chef des sorciers,
+avait eu à se plaindre de Téré-Kiné et avait au contraire une grande
+affection pour Maghan-Diabé, l’aîné des enfants de la seconde femme de
+Digna. Or Téré-Kiné était particulièrement velu. Garabara prit donc une
+peau de bélier, en revêtit Maghan-Diabé, mit une chèvre entre les mains
+de ce dernier et l’amena auprès du vieillard, disant : « Voici Téré-Kiné
+qui revient de la chasse et t’apporte une antilope. » Digna demanda à
+Maghan-Diabé : « Est-ce bien toi Téré-Kiné ? — C’est bien moi »,
+répondit Maghan-Diabé. L’aveugle passa sa main sur la toison du bélier
+et dit : « Mon fils, ta voix ressemble à celle de Maghan-Diabé, mais ta
+peau velue est bien celle de Téré-Kiné. D’ailleurs n’êtes-vous pas tous
+mes enfants ? » Puis il remit à Maghan-Diabé la chaîne qui était
+l’insigne de son pouvoir[200].
+
+Sur ces entrefaites, Téré-Kiné revint de la chasse avec un buffle qu’il
+avait tué et, apprenant la supercherie dont avait usé son frère, il
+entra dans une violente colère et voulut tuer Maghan-Diabé. Digna
+l’apaisa en lui donnant un talisman qui assurait à Téré-Kiné et à ses
+descendants la faculté de faire tomber la pluie à volonté, pouvoir qui
+est encore attribué de nos jours aux membres du clan des Sokhona.
+
+Peu après, Digna mourut. Garabara, ayant consulté les présages, prédit à
+Maghan-Diabé qu’il régnerait un jour en un endroit du Sahel appelé
+_Koumbi_ et situé dans l’Est. En conséquence, laissant au Kingui Téré-
+Kiné et tous les enfants de la première et de la troisième femme de son
+père, Maghan-Diabé quitta Daraga avec ses propres frères utérins (les
+_Sissé_), Garabara et quarante cavaliers. La petite troupe, marchant
+vers l’Est, arriva en un pays habité par des hyènes dont le chef
+s’appelait Tourougoulé Fadiga ; Maghan-Diabé demanda à ce dernier de lui
+indiquer le chemin de Koumbi : le chef des hyènes lui dit de continuer
+vers l’Est. Un peu plus loin, la troupe arriva au pays des vautours dont
+le chef, Douga, exigea quarante cadavres de chevaux pour montrer la
+route de Koumbi. Maghan-Diabé sacrifia donc ses quarante montures, dont
+les vautours se régalèrent. Puis Douga se mit à voler en avant de la
+troupe, pour lui montrer le chemin, et, s’arrêtant enfin sur un arbre,
+près de l’endroit où se trouve aujourd’hui Goumbou, dit : « C’est ici
+Koumbi. »
+
+Maghan-Diabé fit abattre cet arbre. L’arbre, en tombant à terre,
+découvrit l’orifice d’un puits au-dessus duquel il avait poussé et de ce
+puits sortit un serpent qui dit à Maghan-Diabé : « Je suis Ouagadou
+Bida, ton frère et le frère de Téré-Kiné dont tu as usurpé le rang ; en
+sortant du ventre de ma mère, je suis venu résider dans ce puits, et la
+terre qui entoure ce puits, et qui s’appelle _Ouagadou_ à cause de moi,
+est ma terre. Je ne veux pas que tu viennes m’y déranger. » Cependant,
+Maghan-Diabé ayant proposé une transaction au serpent, celui-ci déclara
+qu’il consentait à laisser son frère s’établir dans le pays et à
+demeurer lui-même dans son puits sans en jamais sortir, à condition
+qu’on lui donnât en pâture cent vierges par an. Maghan trouva cette
+exigence inacceptable et offrit de lui donner seulement, chaque fois
+qu’aurait lieu la fête annuelle des cultures, la plus jolie fille qui se
+trouverait à ce moment là dans le pays. Le serpent accepta cet
+arrangement et rentra dans son puits[201].
+
+De l’arbre qui avait été abattu sortit alors un tambour qui se mit à
+jouer tout seul ; à l’appel de ce tambour magique, des hommes
+accoururent, venant de toutes les directions : ils étaient 9.999, tous
+montés sur des chevaux bais, et divisés en quatre compagnies dont
+chacune avait un chef. Ces chefs étaient : Ouagané Sakho, père du clan
+des _Sakho_ ; Diaméra Sogona, père des _Diagouraga_ (fraction des
+Diawara) ; Makhan Doumbé, père des _Silla_, et Goumaté Fadé, père des
+_Yaressi_ (ou Diaressi ou Diarisso).
+
+Lorsque toute cette foule fut réunie, sur le conseil de Garabara, on
+décida d’élire comme roi celui dont le bras aurait exactement la même
+longueur que le tambour[202]. Tous les chefs enfoncèrent successivement
+leur bras à l’intérieur du tambour, mais seul Maghan-Diabé put le
+remplir exactement avec son bras et, en conséquence, il fut reconnu roi
+par toute l’assemblée.
+
+Devenu ainsi le souverain du Ouagadou, Maghan-Diabé s’installa à Koumbi
+et partagea son royaume en cinq provinces, gardant pour lui le Ouagadou
+proprement dit, et donnant le commandement des quatre autres aux quatre
+chefs de cavaliers accourus à l’appel du tambour magique : Ouagané Sakho
+reçut le Nord-Ouest et se fixa à _Diara_ (près et au Nord-Est de
+Nioro) ; Diaméra Sogona eut l’Est et se fixa à _Guesséné_ dans le Sud du
+Kaniaga (tout près de Sosso) ; Makhan Doumbé eut le Sud-Ouest et se fixa
+à _Kamatingué_ (entre Goumbou et Nioro), d’où il se rendit ensuite dans
+le _Kaarta_ ; enfin Goumaté Fadé reçut le Sud-Est en partage et alla
+demeurer au _Bélédougou_ (vers l’an 750 environ).
+
+Chaque année, à la fête des cultures qui se célèbre lors des premières
+pluies, les quatre chefs de province venaient saluer le roi du Ouagadou
+à Koumbi et une vierge était sacrifiée au serpent.
+
+Lorsque Maghan-Diabé mourut, son frère Maghan-Tané lui succéda ; ensuite
+régna Maghan-Tané-Fankanté, puis Maghan-Mamari et enfin Maghan-Kaya ou
+_Kaya-Maghan Sissé_, le dernier des cinq fils de Katana Boro, sous le
+règne duquel eut lieu la ruine du Ouagadou et la dispersion de ses
+habitants (fin du VIIIe siècle).
+
+Voici comment la tradition rapporte le motif et les circonstances de cet
+événement mémorable. Un nommé Mamari-Sité Dorhoté, originaire du
+Kaniaga, sorte de magicien remarquable par son caractère silencieux — il
+ne parlait que deux fois par an —, était venu résider à Diara auprès de
+Ouagané Sakho, au clan duquel il s’était affilié, changeant son nom
+primitif en celui de Mamari Sakho. Il était amoureux d’une jeune fille
+nommée Sia Yatébari qui, cette année-là, fut choisie en raison de sa
+beauté pour être offerte au serpent. Lorsque le jour du sacrifice fut
+arrivé, Mamari Sakho se rendit à Koumbi, armé d’un sabre soigneusement
+aiguisé, et, se glissant parmi la foule, se plaça près du puits sacré.
+Le serpent, selon la coutume, sortit deux fois sa tête pour regarder la
+vierge qu’on lui destinait ; au moment où il la dressait une troisième
+fois et se préparait à s’emparer de Sia, Mamari se précipita sur lui et
+lui frappa sept fois le cou avec son sabre : au septième coup, la tête
+du serpent se détacha, mais, au lieu de tomber, elle s’éleva dans les
+airs en disant : « Mamari Sakho, tu as détruit le Ouagadou ; pendant
+sept ans, il ne pleuvra plus dans ce pays, car la pluie que je faisais
+tomber sera désormais transformée en or et le Ouagadou n’en profitera
+plus. » Et en effet la tête du serpent s’en alla tomber au Sud du Mandé,
+dans le Bouré, qui devint la contrée du Soudan la plus riche en or.
+
+Les assistants voulurent faire un mauvais parti à Mamari, mais ce
+dernier, sautant sur son cheval, réussit à s’enfuir ; Ouagané Sakho le
+rejoignit, mais, parce qu’il appartenait au même clan que lui, il n’osa
+pas le tuer et le laissa aller.
+
+Cependant les menaces du serpent se réalisèrent ; pas une goutte d’eau
+ne tomba au Ouagadou durant sept années consécutives ; une grande
+disette s’ensuivit et les Soninké quittèrent ce pays maudit pour se
+disperser de tous côtés, à la recherche de régions plus fertiles.
+
+Les uns, sous la conduite d’_Alikassa Sempré_, fils de Maghan Diabé, se
+portèrent vers le Tekrour, au Guidimaka et au Galam qu’ils appelèrent
+Gadiaga ; ils fondèrent là les premières colonies soninké, celles de
+_Yaressi_ et de _Silla_, ainsi nommées des clans issus de Goumaté Fadé
+et de Makhan Doumbé qui les créèrent ; les membres du clan royal des
+Sempré qui faisaient partie de la même migration fondèrent
+_Galambou_[203]. Une tradition recueillie par Mage raconte qu’Alikassa,
+s’étant baigné un jour dans un affluent de la Falémé appelé _Bakili_ que
+les autochtones considéraient comme un cours d’eau sacré, et n’ayant
+éprouvé aucune conséquence fâcheuse de son imprudence, fut regardé comme
+un grand sorcier par les indigènes et devint roi du Galam. En souvenir
+de cette circonstance, ses descendants changèrent leur nom de Sempré en
+Bakili. Le royaume du _Galam_ ou Gadiaga eut pour capitale Galambou,
+appelée aussi Kounguel ; il comprenait le Goye, le Kaméra et le
+Guidimaka.
+
+D’autres s’arrêtèrent dans le Bakounou, le Kingui, le Guidioumé et le
+Diafounou, où ils possédaient déjà des compatriotes. D’autres émigrèrent
+du côté de Kala (Sokolo) ou retournèrent au Kaniaga et se mêlèrent aux
+compagnons de Goumaté Fadé établis dans le Nord du Bélédougou, donnant
+ainsi naissance à ce qui fut plus tard l’empire soninké des _Sossé_ ou
+du _Kaniaga_.
+
+D’autres encore, du clan des _Kounaté_ ou Konaté (originaires de Kouna
+ou Kona, dans l’Est du Massina, au Sud et près du Débo), rebroussèrent
+chemin jusqu’au Diaga, traversèrent le Niger et allèrent, vers l’an 800,
+fonder _Dienné_, ou tout au moins fonder une colonie soninké à l’endroit
+où devait s’élever plus tard la ville de Dienné proprement dite. D’après
+la tradition[204], des Bobo étaient alors installés à Kanafa, sur le
+plateau où se trouve aujourd’hui la ville, et des Bozo demeuraient au
+Sud du même plateau, en un lieu appelé Dioboro, près du village actuel
+de Pérou. Les Soninké, commandés par un nommé Adyini Kounaté, se
+seraient fixés auprès des Bozo de Dioboro et les Bobo, gênés par ce
+voisinage, auraient peu après émigré du côté de Bandiagara.
+
+Mais le plus grand nombre des Soninké du Ouagadou, sous le commandement
+de _Kaya-Maghan_ ou Maghan-Kaya, qui régnait au moment de la dispersion,
+se porta vers le Nord et alla rejoindre les premiers colons soninké de
+la région de _Ghana_, dont la prospérité et la richesse attirait les
+affamés du Ouagadou en excitant leur convoitise. Beaucoup de Soninké
+demeurés au Diaga lors de la migration de Digna étaient venus depuis
+directement dans l’Aoukar, en sorte que le nombre total des Soninké
+répandus à Ghana et dans les environs devait être considérable à la fin
+du VIIIe siècle. Kaya-Maghan en profita pour renverser la dynastie des
+Judéo-Syriens, s’emparer du pouvoir et établir la suprématie soninké sur
+l’empire de Ghana : ce fut, comme nous l’avons vu, le signal de l’exode
+des Proto-Peuls vers le Fouta-Toro[205].
+
+L’Aoukar et sa capitale Ghana durent constituer le centre principal des
+Soninké, au moins au point de vue politique, depuis les premières années
+du IXe siècle jusque vers la fin du XIe. Tour à tour rivaux et suzerains
+des Berbères Lemtouna d’Aoudaghost, les Soninké de Ghana établirent à la
+fin du Xe siècle leur suprématie sur tout le Hodh et une partie au moins
+du Tagant, sur le Massina et le Bagana et sur tous les pays compris
+entre le Niger et le Tekrour où leurs compatriotes avaient fondé déjà
+des colonies. Ce fut le moment brillant de leur histoire. Ce fut aussi
+celui où s’acheva leur formation ethnique, par des mélanges nombreux et
+répétés avec des Berbères dans le Nord et avec des Toucouleurs dans le
+Sud-Ouest, mélanges venant s’ajouter à ceux déjà subis du fait du
+contact avec les Judéo-Syriens dans le Diaga et l’Aoukar : c’est à ces
+mélanges, où l’élément de race blanche entra pour une part fort
+appréciable, que les Soninké doivent leurs caractères physiques et
+moraux actuels, et que leur langue doit également les particularités qui
+la distinguent nettement des dialectes mandé du Centre.
+
+Mais les migrations et contre-migrations des Soninké étaient loin
+d’avoir pris fin et leur dispersion à travers tout le Soudan Occidental
+n’en était encore qu’à ses débuts. En 1076 les Lemtouna, entraînés à la
+guerre sainte par Abdallah-ben-Yassine, s’emparaient de Ghana, pillaient
+la ville, massacraient une partie des habitants et convertissaient à
+l’islamisme ceux qui préférèrent la religion nouvelle à la mort ou à la
+fuite. Beaucoup de Soninké demeurèrent dans l’Aoukar où, devenus
+musulmans, ils subirent jusque vers 1090 le joug des Berbères, puis
+recouvrèrent leur indépendance. Mais beaucoup aussi émigrèrent de Ghana
+vers le Sud, le Sud-Ouest et le Sud-Est à la fin du XIe siècle, achevant
+de constituer les états soninké déjà ébauchés dans le Kaniaga, le
+Bakounou, le Kingui, le Galam, et ramenant au Diaga un nouveau flot de
+population.
+
+D’après une tradition, les familles soninké qui s’enfuirent de Ghana
+lors de la conquête almoravide descendaient principalement des premiers
+colons demeurés dans l’Aoukar au temps de la domination judéo-syrienne
+et appartenaient surtout aux clans suivants : les _Doukouré_,
+descendants d’un nommé Bentigui, qui était au service d’un ministre du
+dernier empereur judéo-syrien de Ghana et dont le fils aurait assassiné
+cet empereur, sans doute au moment de l’arrivée de Kaya-Maghan Sissé
+dans l’Aoukar ; les _Soumaré_, descendants d’un autre familier du même
+ministre ; les _Diakaté_ ou _Niakaté_ et les _Diarisso_, ainsi que les
+_Mangara_, les _Samoura_ et les _Koussata_, descendants de vassaux des
+empereurs judéo-syriens eux-mêmes ; enfin les _Tounkara_ qui, eux, se
+composaient des derniers débris de la famille impériale soninké des
+Sissé, c’est-à-dire des descendants de Kaya-Maghan.
+
+Les _Diarisso_ fondèrent un royaume au Kaniaga, où ils retrouvèrent des
+gens de leur clan en la personne des descendants de Goumaté-Fadé : ce
+fut l’origine du fameux empire de _Sosso_ ou des _Sossé_, qui devait
+devenir célèbre quelque cent ans plus tard avec la dynastie des
+_Kannté_.
+
+Les _Doukouré_ fondèrent au Bakounou d’abord, puis à Goumbou, un royaume
+qui, en quelque sorte, correspondait à l’ancien royaume du Ouagadou.
+Leur chef Maré-Diago Doukouré, en quittant Ghana, se porta d’abord dans
+le Guimbala, sur la rive nord du Débo, alla de là à Dienné, puis à
+Diongoï dans le Sud du Bakounou, où il se fixa et mourut. Ouari
+Doukouré, son successeur, transporta sa résidence à Tanganaga, près et à
+l’Ouest-Nord-Ouest de Goumbou, tandis qu’un de ses frères allait
+s’installer dans le Diafounou. Toumané Doukouré ayant succédé à Ouari,
+un berger lui signala un emplacement bien préférable à Tanganaga :
+c’était _Goumbou_. Toumané et son frère cadet Boubou, accompagnés de
+tous les notables du royaume, partirent à cheval pour aller reconnaître
+l’endroit ; mais un devin avait prédit que le premier des deux frères
+qui mettrait pied à terre mourrait aussitôt ; aussi, lorsqu’on fut
+arrivé à Goumbou, Toumané invita Boubou à descendre de cheval le
+premier. Boubou, pour ne pas désobéir à son aîné, accepta de faire le
+sacrifice de sa vie ; mais, avant de mettre pied à terre, il fit
+disposer d’un côté le trésor de la famille royale et fit ranger d’un
+autre côté les notables du pays, puis il dit à Toumané : « Choisis entre
+ces deux trésors, les biens ou les hommes ; mes enfants, après ma mort,
+auront ce que tu auras dédaigné. » Toumané choisit les biens. Boubou,
+ayant recommandé ses enfants aux notables, descendit alors de cheval et
+mourut incontinent. Les notables déclarèrent à Toumané que, puisqu’il
+leur avait préféré la richesse, ils ne dépendaient plus de lui
+désormais, mais bien du fils aîné de Boubou, _Bouyagui-Toumbéli_, qui
+n’était encore qu’un enfant mais auquel échut néanmoins le commandement
+du royaume. Un vieillard, Diéroumfa Doukouré, fut nommé tuteur du jeune
+roi ; au bout de sept ans, Bouyagui-Toumbéli Doukouré prit en mains les
+rênes de l’Etat (fin du XIIe siècle ou commencement du XIIIe). Depuis
+cette époque jusqu’à présent, les descendants de Boubou Doukouré ont
+conservé le commandement politique à Goumbou[206], tandis que ceux de
+Toumané n’ont pas cessé d’être considérés comme les maîtres du sol.
+
+Les _Niakaté_ ou Diakaté s’établirent à _Diara_, dans le Kingui, et y
+fondèrent, à la fin du XIe ou au commencement du XIIe siècle, un royaume
+qui dura environ un siècle et demi et fut renversé par les Diawara vers
+1270. Les légendes que j’ai eues à ma disposition ne racontent rien des
+débuts de ce modeste Etat : seul, son dernier roi, qui vécut
+probablement entre 1200 et 1250, est mentionné. Ce roi s’appelait _Mana-
+Maghan_ ; il s’enrichit par le commerce qu’il faisait avec le Tekrour
+d’une part et le Tagant de l’autre et, grâce à sa fortune, put équiper
+des bandes nombreuses de guerriers et devenir un chef redoutable[207].
+Les Peuls Diawambé alors répandus au Kaarta étaient constamment pillés
+et rançonnés par les bandes des premiers empereurs mandingues[208] ; ils
+firent appel à Mana-Maghan Niakaté, qui alla attaquer les Mandingues
+dans le Kaarta mais qui, trop faible pour s’y maintenir, dut revenir au
+Kingui, ramenant avec lui un grand nombre de Diawambé qu’il installa
+auprès de Diara et qui, un peu plus tard, devaient fonder Nioro. Mana-
+Maghan et sa famille eurent une destinée tragique : lui disparut dans
+des circonstances mystérieuses que je relaterai un peu plus loin, en
+parlant des Diawara ; de ses deux fils, l’un, Bemba, fut tué par des
+Peuls dont il cherchait à dérober le troupeau et l’autre, Mana, se noya
+dans le Niger — ou dans le Sénégal — au cours d’une razzia dirigée
+également contre des Peuls. Après la disparition de Mana-Maghan et
+l’installation des Diawara à Diara (1270), les Niakaté émigrèrent en
+grand nombre dans le Guidioumé, où ils sont encore.
+
+Parmi les autres familles soninké qui avaient fui Ghana en 1076, les
+unes allèrent s’installer dans le Guidimaka et le Galam auprès des
+Yaressi, des Silla et des Bakili, les autres se fixèrent dans le Diaga,
+leur ancienne patrie. Ces dernières, comprenant principalement des
+Sissé-Tounkara, des Koussata, des Koumma ou Koumba, des Bérété, des
+Diâbi et des Koné, passèrent par Bassikounou et Dioura et vinrent
+s’établir dans la province méridionale du Diaga connue sous le nom de
+_Mîma_ ou Méma, à Dia, à Diakolo et surtout à _Nono_, ce qui leur valut
+le surnom de Soninké-Nono ou, chez les Peuls, de Nononkobé[209].
+
+Passons maintenant aux premières années du XIIIe siècle : en 1203,
+_Soumangourou_ (ou Soumahoro) Kannté, alors souverain de l’empire
+soninké des Sossé qui avait sa capitale à Sosso[210] dans le Kaniaga,
+fait la conquête de Ghana et étend son autorité sur tout le Bagana, sur
+le Diaga, sur Ségou et sur une partie au moins du Bélédougou et du
+Kaarta. Onze ans après la prise de Ghana par Soumangourou, en 1224, des
+Soninké de cette ville, qui sans doute avaient pris parti contre les
+Sossé et avaient dû fuir la colère du vainqueur, fondèrent dans la même
+région un modeste village qu’ils appelèrent _Birou_ (les tentes) et qui
+devait devenir célèbre sous son nom berbère de _Oualata_ ou Ioualaten
+lorsque, quelque vingt ans plus tard, il allait succéder comme métropole
+de l’Aoukar à Ghana détruite par Soundiata.
+
+Ce _Soundiata_ était empereur des Mandingues lorsque la puissance des
+Sossé avait atteint son apogée. En 1235, il réussit à vaincre
+Soumangourou entre Koulikoro et Niamina[211] et à s’emparer de tous ses
+Etats. Un grand nombre de Sossé émigrèrent alors vers le Tekrour, le bas
+Sénégal et la Gambie, où on retrouve encore de nos jours leurs
+descendants, plus ou moins mélangés aux Toucouleurs, aux Ouolofs, aux
+Sérères et aux Malinké.
+
+En 1240, Soundiata détruisait définitivement Ghana, établissait sa
+résidence près de Niamina, fondait là une ville à laquelle on donna le
+nom de son pays d’origine (Mandé ou Mali) et devenait le maître de tout
+le haut Niger, depuis ses sources jusqu’à la région des lacs. Les
+Soninké du Diaga acceptèrent assez malaisément la domination mandingue
+et ceux de Nono en particulier cherchèrent à s’y soustraire par
+l’émigration. Certains descendirent la rive gauche du Niger et allèrent
+fonder, entre Niafounké et Bassikounou, une colonie qui prit aussi le
+nom de Nono (ou Nounou) et qui a subsisté jusqu’à nos jours ; cette
+colonie est citée par le _Tarikh-es-Soudân_, qui y fait régner une femme
+nommée Bikoun-Kabi et qui parle de la conquête de ce pays par Sonni Ali-
+Ber vers 1473 ; aujourd’hui, les descendants de ces Soninké-Nono — que
+Sa’di appelle par erreur « Sanhadja Nono » — parlent songaï et sont
+appelés _Dakouraré_ ; ils habitent Nounou (près de Niafounké, au Sud du
+lac Gaouati) et quelques villages voisins de Soumpi aux environs de la
+route de Niafounké à Bassikounou.
+
+D’autres Soninké du Diaga (les Komma ou Koumba) remontèrent la rive
+gauche du fleuve et allèrent fonder _Sansanding_.
+
+Mais le plus grand nombre des Soninké-Nono, traversant le Niger à
+Diafarabé, occupèrent entre ce fleuve et le Bani le pays compris, d’une
+façon générale, de Diafarabé à Mopti et à San et choisirent comme centre
+de leur nouvelle colonie le point de _Dienné_, où des Soninké s’étaient
+établis déjà depuis le début du IXe siècle, mais dont la fondation
+véritable peut être placée à cette époque (1250 environ). Les nouveaux
+arrivants — qui appartenaient aux clans des Mana, des Sissé, des Touré
+et des Diâbi — s’établirent d’abord auprès des Kounaté, dans le village
+bozo de Dioboro ; mais ils étaient nombreux et il devint bientôt
+manifeste que l’emplacement était trop étroit pour contenir tout le
+monde. Les Soninké-Nono demandèrent donc aux Bozo, les plus anciens
+occupants du pays, de leur désigner un autre emplacement, et les Bozo
+leur indiquèrent le plateau de Kanafa, qu’avaient habité autrefois des
+Bobo. Les Soninké-Nono s’y transportèrent, comblèrent les mares qui s’y
+trouvaient et construisirent un village auquel ils donnèrent le nom de
+Dienné[212]. Les génies du lieu exigèrent, pour assurer la prospérité
+future du nouveau village, qu’on leur sacrifiât une vierge en
+holocauste ; une jeune fille fut donc procurée par les Bozo de Dioboro
+au patriarche des Mana, chef des Soninké-Nono, qui la fit murer vive
+dans l’enceinte en construction, près de la porte dite aujourd’hui porte
+de Kanafa. Avant que la jeune fille eut rendu le dernier soupir, on
+l’entendit, à travers l’argile encore molle dont on venait de la
+recouvrir, recommander aux Soninké de se souvenir toujours que c’était
+aux Bozo qu’ils devraient la prospérité de leur ville[213]. Les Soninké
+de Dienné furent surtout des commerçants : leurs rapports continuels
+avec Tombouctou et leurs voyages sur le fleuve en aval de Mopti leur
+firent adopter la langue songaï, à partir du XVIe siècle probablement,
+au détriment de leur langue propre. Leurs descendants actuels parlent
+tous le songaï, mais ceux qui habitent le Pondori, entre Dienné et
+Diafarabé, et qui se livrent surtout à l’agriculture, ont conservé
+l’usage de la langue soninké. Peu après l’établissement définitif des
+Soninké à Dienné, vers 1300, Koumboro Mana, vingt-sixième chef de la
+colonie depuis sa fondation première par les Kounaté, se convertit à
+l’islamisme ; à partir de cette époque, les Diennenké furent toujours de
+fervents musulmans.
+
+Vers 1270, c’est-à-dire une trentaine d’années après la construction de
+Dienné sur son emplacement actuel, une nouvelle fraction du peuple
+soninké se constituait au Kingui, celle des _Diawara_, qui prenait à
+Diara la place de la dynastie Niakaté. L’ancêtre des Diawara aurait été
+un chasseur d’origine inconnue, _Daman-Guilé_, fils d’un certain Modi-
+Moussa Moumini et venu de la direction du Hidjaz — c’est-à-dire du Nord-
+Est — dans le Manding, en compagnie des nommés Ségui-Khèri, Dimbané et
+Niagué-Maghan, ce dernier ancêtre du clan des Kamara. Daman-Guilé serait
+arrivé au Manding à l’époque où régnait Soundiata Keïta, c’est-à-dire
+dans le deuxième quart du XIIIe siècle. Un homme de la caste des Garankè
+(cordonniers), nommé Kaké-Kanédyi[214], qui vivait auprès de Soundiata,
+étant allé dans la brousse afin de chercher de l’écorce de mimosa pour
+tanner ses cuirs, rencontra Daman et ses compagnons. Il leur demanda qui
+ils étaient et d’où ils venaient. Daman se contenta de répondre : « Nous
+sommes des chasseurs venus de l’Est », et pria Kaké d’aller avertir
+l’empereur de leur arrivée. Soundiata, averti par Kaké, convoqua Daman-
+Guilé et ses compagnons ; comme il leur demandait quel était leur
+_diamou_ (nom de clan), Daman répondit : « _Dia wara_ », ce qui, dans la
+langue de son pays — rapporte la légende —, voulait dire : « Il n’y a
+pas de clans chez nous »[215]. Mais on prit cette réponse pour
+l’énonciation de leur nom de clan, et on les appela _Diawara_, nom qui
+leur resta. Comme ils avaient été présentés à l’empereur par un
+cordonnier, on prétendit plus tard que les Diawara étaient des esclaves
+de cordonniers.
+
+Soundiata autorisa Daman et les siens à résider avec Kaké dans le
+quartier des cordonniers. Daman se livrait à la chasse ; chaque fois
+qu’il rapportait du gibier, il en offrait à l’empereur, dont il gagna
+ainsi l’amitié.
+
+Un jour que Daman était à l’affût, embusqué dans une cachette, un
+marabout passa, se dirigeant vers l’Est, et vint se reposer près de lui
+sans le voir. Lorsque cet homme se leva pour reprendre sa route, il
+oublia à terre un sachet rempli de poudre d’or. Daman, étant sorti de sa
+cachette, vit ce sachet, le ramassa et le plaça dans le creux d’un arbre
+dont il boucha avec soin l’ouverture. L’année suivante, le propriétaire
+de l’or étant repassé dans le pays, Daman le mena à l’arbre, en sortit
+le sachet d’or et le rendit au marabout, qui lui demanda ce qu’il
+pouvait faire qui lui fût agréable. Daman lui dit : « Quand tu iras à La
+Mecque en pèlerinage, demande au grand chérif qu’il te donne pour moi un
+sabre avec lequel je puisse trancher la tête aux buffles que je
+rencontrerai à la chasse. » Le marabout alla en effet à La Mecque ; il
+allait quitter la ville sainte en oubliant la commission dont l’avait
+chargé Daman — ce marabout avait le caractère oublieux —, lorsque le
+grand chérif, qui devinait les choses cachées, le fit appeler et lui
+dit : « Quelqu’un ne t’avait-il pas donné une commission pour moi ? » Le
+marabout se rappela alors la recommandation de Daman et raconta
+l’histoire au chérif, qui lui remit pour le chasseur un sabre court doué
+de vertus merveilleuses. Lorsque le pèlerin fut de retour au Manding,
+les courtisans de Soundiata lui représentèrent que ce sabre était trop
+précieux pour un simple esclave de cordonnier et, se laissant faire, il
+donna l’arme magique à l’empereur, comme un présent du grand chérif de
+La Mecque.
+
+Quelque temps après, Soundiata voulut récompenser Daman du zèle
+qu’apportait ce dernier à le fournir de gibier et lui demanda ce qu’il
+désirait : « Un sabre, répondit Daman, avec lequel je puisse trancher le
+cou des buffles. » Soundiata dit alors à l’une de ses femmes, nommée
+Niagalé-Messéni, d’aller prendre un sabre dans son armurerie et de le
+lui apporter ; la femme alla et revint avec le sabre du grand chérif :
+« Pas celui-là ! s’écria l’empereur, remporte-le et apportes-en un
+autre. » Niagalé retourna au magasin d’armes, replaça le sabre du chérif
+et voulut en prendre un autre, mais, malgré elle, sa main alla se poser
+de nouveau sur le glaive magique, et il en fut ainsi par trois fois.
+Soundiata dit alors à Daman : « C’est Dieu qui l’a voulu : prends ce
+sabre qui t’appartient, mais sors de mes Etats, car le possesseur de
+cette arme sera un roi puissant que je ne désire pas avoir pour
+voisin. »
+
+Daman-Guilé, devenu ainsi maître du sabre merveilleux qui devait devenir
+l’insigne du pouvoir royal chez les Diawara[216], rassembla donc ses
+compagnons et se rendit près de Ségou, à Nionko, où il se livra de
+nouveau à son métier de chasseur ; il y eut un fils qu’il appela _Diara-
+Mamadi_. Dans ce temps-là, le pays de Ségou était gouverné par un
+lieutenant de Soundiata nommé Silla-Makamba Keïta, qui résidait sur la
+rive droite du Niger, en aval de Ségou, à l’endroit où est aujourd’hui
+le village de Markadougouba. Daman lui apportait constamment du gibier,
+en sorte que le gouverneur de Ségou prit le chasseur en affection et
+qu’un jour il lui dit : « J’ai une fille, nommé Koria Keïta, que je ne
+veux donner en mariage à aucun de mes sujets, parce que des devins m’ont
+prédit qu’elle enfanterait un grand roi plus puissant que moi ; je te la
+donne pour que tu l’épouses : mais tu quitteras le pays sans que
+personne le sache, car beaucoup de gens ici briguent la main de ma fille
+dans l’espoir d’enfanter un roi. »
+
+Daman accepta et quitta le pays de Ségou à l’insu de tout le monde avec
+sa femme Koria. Guidé par Dieu, il arriva dans le Kingui, nourrissant
+les siens tout le long du voyage à l’aide des produits de sa chasse ; en
+route, il avait laissé au Kaniaga son fils Diara-Mamadi, qui, devenu
+grand, fonda Mourdia, au Sud de Goumbou, dans le Niamala.
+
+Le roi du Kingui était alors Mana-Maghan Niakaté, qui résidait à Diara.
+Daman alla le saluer et obtint de lui l’autorisation de s’installer à
+Toundoungoumé ou Touroungoumbé, tout près et à l’Est de Diara. Comme au
+Manding et à Ségou, Daman approvisionna le roi de gibier et devint son
+ami, si bien que Mana-Maghan lui donna en mariage sa fille Assakandé
+Niakaté. Daman en eut un fils qu’il appela _Niagué-Maghan Diawara_ ; le
+jour même de la naissance de cet enfant, Koria Keïta lui donnait
+également un fils qui fut appelé _Fié-Mamoudou Diawara_.
+
+Lorsque ce dernier fut devenu un garçonnet, il allait souvent à Diara et
+jouait avec un fils du roi nommé Bemba Niakaté, qui avait à peu près le
+même âge. Bemba était d’un caractère violent et cherchait constamment
+dispute à Fié-Mamoudou ; au cours d’une querelle, celui-ci frappa Bemba
+si violemment sur la mâchoire qu’il lui cassa une dent. Lorsque le roi
+en fut informé, il envoya dire à Daman que son fils, s’étant mal
+conduit, devait quitter le pays. Daman fit donc partir Fié-Mamoudou ; il
+le confia à la garde de trois hommes, appelés Fadé Kanédyi, Hamadi et
+Bougari Kamissokho, qui le conduisirent dans le Nord jusqu’à un endroit
+appelé Diagouraga[217], où ils demeurèrent avec lui.
+
+Cependant Daman avait conservé la confiance de Mana-Maghan et était même
+devenu son ministre de la guerre. Il leva une colonne dont il confia le
+commandement à son autre fils Niagué-Maghan et l’envoya piller Dienné ;
+une autre colonne fut dirigée par lui sur Sansanding et une autre encore
+sur Ségou : toutes furent couronnées de succès et rapportèrent à Mana-
+Maghan un immense butin[218]. Après la troisième colonne, Daman mourut.
+
+On alla prévenir Fié-Mamoudou, qui était devenu un homme, et qui,
+apprenant le décès de son père, revint à Toundoungoumé pour recueillir
+la succession. Un homme de Diara, nommé Fassakoré Bagaka, s’entremit
+alors pour faire obtenir le pouvoir royal à Fié-Mamoudou, auquel
+l’unissaient les liens de gratitude qu’il avait contractés envers Daman.
+Ce Fassakoré en effet, avait été, plusieurs années auparavant, blessé
+d’une flèche empoisonnée par Bemba Niakaté et était tombé gravement
+malade ; son père l’avait fait soigner par Daman, qui l’avait
+complètement guéri. Lorsque Daman fut mort et que Fié-Mamoudou fut
+revenu à Toundoungoumé, Fassakoré alla trouver ce dernier et lui dit :
+« Nous ne pouvons plus supporter les Niakaté, qui abusent de leur
+autorité et maltraitent leurs sujets ; Bemba, le fils du roi, ouvre le
+ventre des femmes enceintes sous prétexte de constater le sexe de
+l’enfant qu’elles portent et il met le feu aux meules de mil sous
+prétexte de se chauffer. Nous ne voulons plus de cette famille à notre
+tête. Or je sais un talisman qui peut atteindre la puissance des hommes,
+et je vais t’en indiquer la composition : on l’obtient en mélangeant des
+larmes humaines avec les os pilés d’un crâne de cheval ; qu’un homme
+robuste étende cette mixture sur sa paume droite et vienne saluer Mana-
+Maghan en lui serrant la main, et le pouvoir des Niakaté sera anéanti. »
+
+Une fois muni de ces précieuses indications, Fié-Mamoudou en fit part à
+son frère Niagué-Maghan et tous deux se pressèrent les yeux jusqu’à en
+faire sortir des larmes, qu’ils recueillirent dans une calebasse ; puis
+Niagué-Maghan alla dérober un cheval à Diara, dans les écuries du roi :
+ils tuèrent ce cheval, exposèrent sa tête au soleil jusqu’à ce qu’elle
+fût complètement desséchée, broyèrent les os et préparèrent le talisman.
+Fassakoré ayant demandé : « Où est la main de l’homme robuste ? », Fié-
+Mamoudou présenta sa propre main, et, Fassakoré lui ayant enduit la
+paume avec la pâte magique, il s’en fut à Diara, se prosterna devant le
+roi pour le saluer, prit la main de Mana-Maghan dans les siennes et s’en
+retourna. Aussitôt le roi sortit de chez lui comme un fou, sella sa
+jument, partit au galop et ne reparut plus : personne n’a jamais su ce
+qu’il était devenu. Tous les membres de sa famille se sauvèrent et
+disparurent également, à l’exception d’un nommé Sodoga qui dormait à ce
+moment-là et qui devint plus tard l’ancêtre des griots du clan des
+Daramé, qu’on appela à cause de lui Sodogalé.
+
+Fié-Mamoudou prit alors le commandement du Kingui et fonda à Diara la
+dynastie des Diawara (1270), dans des circonstances qui seront relatées
+plus loin[219].
+
+Ces Diawara, dont l’ancêtre, d’origine inconnue, était peut-être un
+Peul, étaient en tout cas formés d’éléments très divers ; mais il semble
+que, depuis leur installation au Kingui, c’est l’élément soninké qui a
+dominé dans leur composition définitive et aujourd’hui, quoique regardés
+par les Soninké propres comme formant un groupe à part — pour des
+raisons sans doute purement historiques —, les Diawara doivent être
+considérés comme une fraction du peuple soninké.
+
+A la fin du XIIIe siècle, les Soninké étaient donc déjà dispersés et
+établis dans la plupart des provinces du Soudan Occidental où on les
+trouve aujourd’hui : cependant ce peuple essentiellement mobile,
+voyageur, migrateur et insinuant, n’avait pas encore terminé ses
+mouvements secondaires, qu’il n’a d’ailleurs probablement pas terminés
+complètement à notre époque. Mais, comme il était arrivé à Dienné,
+presque toutes les colonies soninké qui allèrent s’établir à l’Est du
+Diaga ou au Sud du Kaniaga et du Gadiaga perdirent peu à peu une partie
+de leur nationalité et abandonnèrent leur langue pour adopter celles des
+peuples ou des pays au sein desquels elles se constituèrent : le songaï
+dans le Diennéri, le dioula dans la Boucle du Niger, le banmana du côté
+de Ségou et de Bamako, le malinké dans le Ouassoulou, etc.
+
+C’est ainsi que, du XIVe au XIXe siècles, des Soninké venus du Diaga, de
+Dienné et de Sansanding se répandirent à San et dans les environs, puis
+de là au Yatenga d’une part et au Dafina de l’autre, essaimant des
+colonies éparses jusque du côté de Gao et de Say vers l’Est et dans la
+haute Côte d’Ivoire (Samatiguila et Odienné notamment) vers le Sud[220].
+C’est d’une de ces colonies, composée de Silla et de Touré, que devait
+sortir à la fin du XVe siècle la dynastie des _askia_ de Gao. Au XVIIe
+siècle, sous le règne de Nabasséré, souverain du Yatenga, trois Soninké
+de langue songaï, nommés Sana, Sidiki et Marhan, vinrent de Saraféré à
+Bissigué, près de Ouahigouya, pour s’y livrer à la culture de l’indigo ;
+leurs descendants s’installèrent en différents points du Yatenga et du
+Mossi, où ils sont teinturiers et commerçants et sont aujourd’hui
+considérés comme des Songaï. Dans le Dafina, les Soninké acquirent, vers
+la fin du XVIIIe et le commencement du XIXe siècles, une importance
+politique assez considérable, qui favorisa leur rayonnement dans la
+Boucle de la Volta Noire, et particulièrement dans le pays des Bobo-
+Niénigué. Tous ces Soninké de la Boucle du Niger sont plus généralement
+désignés aujourd’hui sous le nom de _Marka_ (Marassé chez les Mossi).
+
+A l’Ouest du haut Niger, une famille soninké du Galam, appartenant au
+clan royal des Sempré (Soumpara ou Simbara), quitta les rives du Sénégal
+vers le milieu du XVe siècle pour retourner au Bagana et, s’étant
+installée à mi-chemin entre Ségala et Bassikounou, y fonda le village de
+Kala, qui fut plus tard appelé Sokolo. Environ quatre siècles plus tard
+— vers 1832 d’après Tautain — un certain nombre de Soninké de Sokolo
+vinrent dans le Nord du Bélédougou, s’y installèrent avec l’autorisation
+du chef banmana de Toubakoro, qui dépendait lui-même du chef banmana de
+Gana (près Banamba), et fondèrent là les colonies marka de Touba-koura
+ou Touba, de Banamba, de Kiba, de Kérouané, de Médina ; quelques-uns
+allèrent jusqu’au bord même du Niger, à Niamina, où ils se mêlèrent à
+des Soninké Koumba venus de Sansanding, qui avaient déjà fondé cette
+ville de Niamina depuis un certain temps, près du lieu où se trouvait
+autrefois la capitale du Mali.
+
+D’autres familles soninké du Galam (Sakho et Silla notamment) avaient
+quitté aussi le Sénégal vers le milieu du XVIe siècle (1534 d’après
+Barros), à la suite d’une guerre avec les Toucouleurs du Fouta dans
+laquelle ces derniers, sous le commandement de l’empereur de la dynastie
+peule fondée par Koli Galadio, firent de grands massacres de Soninké et
+de Mandingues dans le Gadiaga et le Boundou. Ces familles s’enfoncèrent
+dans le Sud du Boundou et du Bambouk et gagnèrent la haute Gambie, le
+Fouta-Diallon et le Ouassoulou.
+
+Si nous jetons maintenant un coup d’œil rétrospectif sur les
+circonstances — un peu embrouillées parfois — qui motivèrent ou
+accompagnèrent les différentes migrations et la formation du peuple
+soninké, nous nous apercevrons que ce peuple, dans son état actuel, est
+l’un des plus mélangés du Soudan Français. Sans doute fort peu
+différents au début de leurs congénères les Mandé du Centre, ils s’en
+distinguent aujourd’hui de façon notable par le caractère moral, par le
+physique et par la langue. Leur long et intime contact avec les Judéo-
+Syriens, les Berbères, les Peuls et — plus récemment — les Maures Beni-
+Hassân, a eu suffisamment d’influence sur eux — au moins sur la fraction
+de leur peuple demeurée au Sahel — pour que Léon l’Africain ait pu les
+considérer comme se rattachant aux Libyens et pour que Sa’di ait pu
+confondre certaines de leurs tribus avec les Zenaga. D’autre part, ceux
+qui ont subi, dans le Diennéri et la région des lacs, l’influence
+songaï, ont pu être pris pour des Songaï, de même qu’il est assez
+difficile à première vue de distinguer les Marka de la Boucle des
+Dioula, ceux du haut Niger des Banmana, ceux du Ouassoulou des Malinké
+ou des Foulanké. Cependant, même là où ils ont abandonné leur langue,
+ils forment encore une unité ethnique distincte, où domine le type mandé
+primitif, mais où l’élément de race blanche (et particulièrement
+l’élément sémitique) a laissé une trace fortement marquée au moral peut-
+être plus qu’au physique[221].
+
+
+3o _Dioula._
+
+Les Dioula proviennent assurément de la même souche que les Soninké,
+mais ils se sont séparés d’eux avant que ces derniers aient été modifiés
+par leur contact dans le Nord du Sahel avec les Judéo-Syriens et les
+Maures, et c’est pour cela qu’ils ont mieux conservé le type mandé
+primitif et que leur langue ne se différencie que très peu de celle des
+Malinké et est en tout cas beaucoup plus voisine des dialectes mandé du
+centre qu’elle ne l’est du soninké. Ils l’affirment eux-mêmes
+implicitement en disant que leur nom, _Dioula_, signifie « du fond, de
+la souche primitive ». Mais, au point de vue de leur origine, c’est aux
+Mandé du Nord qu’il convient de les rattacher, ainsi que l’a très bien
+démontré celui qui les a étudiés le premier et qui les connaît le mieux,
+M. Binger.
+
+Sans doute la formation du peuple dioula doit remonter aux premières
+migrations soninké qui se portèrent vers le Diennéri avant même la
+fondation de l’éphémère royaume du Ouagadou, migrations dont nous avons
+relevé la trace dans la légende de Digna, au début du VIIIe siècle. Les
+Kounaté qui se fixèrent à Dioboro vers la fin du même siècle ou le début
+du IXe, après la dispersion du Ouagadou, fournirent sans doute un
+deuxième élément aux origines des Dioula. En tout cas ces derniers, que
+toutes leurs traditions font venir de Dienné, étaient déjà répandus dans
+toute la Boucle du Niger et jusque sur la basse Volta avant la fondation
+définitive de Dienné par les Soninké-Nono en 1240, puisque nous les
+trouvons fortement installés à Bégho[222], près du coude Sud de la Volta
+Noire et de la lisière septentrionale de la grande forêt, dès le XIe
+siècle ; ils étaient même déjà en partie musulmans à cette époque,
+d’après la tradition, alors que les Berbères soudanais ne l’étaient
+encore qu’en minorité et que les Soninké de Dienné et du Diaga ne
+devaient se convertir en masse que vers le début du XIVe siècle.
+
+Grands voyageurs et habiles commerçants plus encore que leurs cousins
+soninké, les Dioula sont peut-être, de tous les Mandé, ceux qui ont
+fourni le plus grand nombre de pèlerins ayant visité La Mecque : ce fait
+peut expliquer leur islamisation ancienne et rapide, islamisation qui
+s’est ralentie d’ailleurs durant les derniers siècles. Il faut tenir
+compte aussi d’un autre phénomène : à part de rares exceptions, les
+Dioula n’ont jamais habité que des villes, isolées au milieu de
+populations autochtones agricoles et de religion animiste ; cela leur a
+permis de se sentir davantage les coudes et d’organiser des foyers
+religieux et économiques qui sont devenus d’autant plus forts qu’ils
+étaient plus isolés et ne pouvaient se maintenir que par le prestige
+moral qu’exerçaient les Dioula sur les indigènes les entourant.
+
+A une époque plus récente — à partir des XVe et XVIe siècles sans doute
+et jusqu’à nos jours — des Soninké de Sansanding, de San et de Ségou
+vinrent grossir les colonies dioula de la Boucle, qui étaient nombreuses
+déjà dans le Mossi, le Dafina, les pays bobo et sénoufo et le Nord de la
+Côte d’Ivoire (Mankono, Kadioha, Bong, Kong, etc.). La plupart des
+Dioula du pays samo y seraient venus de Ségou vers 1760, sous le règne
+du _nâba_ Kango ; le chef de cette migration, nommé Mamourou, serait
+parti de Toubara (cercle actuel de Ségou) pour aller à Louta (cercle
+actuel de Bandiagara), où il serait mort. Ses quatre fils (Mohammadou,
+Abdoulkadari, Bakari et Kiba) émigrèrent de Louta à Gomboro (cercle
+actuel de Ouahigouya), où ils se livrèrent au commerce et vécurent en
+bonne intelligence avec les Samo ; ceux-ci les protégèrent même contre
+l’empereur de Ségou Ngolo Diara qui, vers 1780, fit une expédition au
+Yatenga dans le but de ramener les Dioula à Ségou, but qui ne fut pas
+atteint.
+
+Vers la fin du XIXe siècle, Kong était une ville de plus de 15.000 âmes,
+devenue le centre principal des Dioula et la capitale d’un véritable
+Etat fédéral habité par des populations fort diverses mais dont les
+Dioula détenaient le gouvernement. La destruction complète de cette
+ville par Samori en avril 1895 détermina l’exode de la plupart des
+Dioula, sous la conduite de leurs chefs du clan Ouatara, vers Bobo-
+Dioulasso, qui était une dépendance de Kong depuis Farama-Oulé (1860) ;
+ils fondèrent près de Bobo-Dioulasso plusieurs gros villages, entre
+autres celui de Dassalami ou Dar-es-salam, qui devinrent rapidement
+florissants. Après l’occupation de la région de Kong par les Français en
+1898 et la pacification du pays, quelques familles dioula revinrent
+s’établir sur les ruines de leur ancienne capitale avec Yamoriba
+Ouatara, mais la plupart demeurèrent autour de Bobo-Dioulasso avec
+Pinntièba Ouatara.
+
+Malgré la cohésion de leurs petits groupements et de leurs
+agglomérations urbaines, les Dioula ne purent manquer d’introduire parmi
+eux nombre d’étrangers, surtout lorsque, devenus riches, ils acquirent
+beaucoup d’esclaves. Aussi actuellement les Dioula sont-ils fortement
+mélangés d’éléments voltaïques au Mossi et d’éléments sénoufo dans les
+régions de Bobo-Dioulasso et de Sikasso. Cependant certaines familles
+semblent s’être conservées à peu près pures : ce sont en général celles
+qui sont entièrement musulmanes et qui n’ont pas adopté la coutume des
+scarifications du visage ; les autres, plus ou moins métissées
+d’autochtones, d’un islamisme assez tiède et souvent même professant la
+religion locale, sont désignées par les Dioula purs sous le nom de
+_Sonongui_ ou _Sorongui_, que les interprètes traduisent souvent par
+« musulmans buveurs de _dolo_ »[223] mais dont l’étymologie exacte ne
+m’est pas connue.
+
+Les _Boron_, _Bolon_ ou _Blon_, qu’on rencontre en certaines régions du
+Sud-Ouest de la Boucle et qu’on apparente aux Dioula, seraient des
+descendants d’une caste de chasseurs qui aurait accompagné la plus
+ancienne migration dioula. Ils n’ont pas en général embrassé l’islamisme
+et n’ont pas atteint le degré de civilisation auquel sont parvenus les
+autres Dioula.
+
+
+=VIII. Mandé du Centre.=
+
+
+1o _Kâgoro._ — Dans les temps primitifs, les Kâgoro devaient être les
+autochtones du Bagana : il est fort probable que les sauvages
+_Bagama_[224] signalés par Bekri au Sud-Ouest de Ghana et les _Baganes_
+des premiers voyageurs portugais n’étaient autres que des Kâgoro. Leur
+domaine devait s’étendre à l’Ouest et au Sud-Ouest du Diagha ou Diaga,
+séparant le berceau des Soninké de celui des Malinké. Leur pays fut
+envahi à de nombreuses reprises par les migrations soninké, il fut le
+théâtre des luttes que se livrèrent les Soninké Sossé et les Malinké,
+enfin il devint l’un des centres les plus actifs de la colonisation
+banmana : tout cela expliquerait pourquoi les Kâgoro actuels, tout en
+ayant fidèlement conservé le type physique et moral des agriculteurs
+mandé primitifs et ressemblant par là étroitement aux Banmana, parlent
+un dialecte qui présente des affinités indéniables avec la langue
+soninké.
+
+Le plus grand nombre des Kâgoro primitifs s’est d’ailleurs fondu dans le
+sein des Soninké, des Banmana, des Malinké et des Foulanké, et ceux qui
+ont gardé leur individualité ethnique ne constituent qu’un groupe fort
+restreint, éparpillé aujourd’hui dans le Bakounou, le Kaniaga, le Kaarta
+et le Bélédougou. Mais, précisément parce qu’il a pu conserver son type
+original et se constituer un dialecte spécial, ce petit groupe n’en est
+que plus intéressant.
+
+Les légendes racontent qu’à une époque fort reculée, sans doute au
+moment de la première colonisation du Kaniaga par des Soninké (VIIIe
+siècle), un grand nombre de Kâgoro avaient émigré au Fouta-Diallon : ce
+serait leur présence dans ce pays qui aurait, en modifiant le parler des
+Diallonké, donné à ce dernier et à la langue soussou actuelle les
+affinités qui s’y rencontrent — principalement au point de vue
+phonétique — avec les dialectes mandé du Nord et particulièrement le
+Soninké.
+
+Au XIIIe siècle, _Alidiou Makassa_ ou Magassa, chef des Kâgoro du Fouta-
+Diallon, eut des démêlés avec Soundiata, empereur du Manding, et lui
+déclara la guerre ; vaincu et obligé de céder la place aux bandes de son
+vainqueur, Alidiou Makassa voulut regagner la patrie de ses ancêtres et
+s’établit dans le Kaarta ; il y fonda un petit Etat qui fut gouverné
+après sa mort par son fils Maka Makassa, puis par Fioté fils de Maka et
+par Fodé fils de Fioté. Fodé mourut au commencement du XIVe siècle,
+laissant deux fils dont l’un, Kossa, demeura au Kaarta, tandis que
+l’autre, Amadi, émigrait à Ouaharo (Kaniaga). Un descendant de Kossa,
+nommé Séguéba Makassa, aurait réuni les deux fractions sous son
+commandement au XVIIIe siècle. Le chef actuel des Kâgoro du cercle de
+Goumbou, Diara Makassa, serait le neuvième successeur de ce
+Séguéba[225].
+
+
+2o _Banmana._ — Une tradition maintes fois rapportée fait venir les
+Banmana du _Toron_, province orientale du Ouassoulou située dans la
+colonie actuelle de la Côte d’Ivoire, sur la route d’Odienné à Sikasso
+et non loin de la première de ces deux villes. Il semble en effet que
+l’habitat primitif des Banmana devait former l’extrême Sud-Est du
+berceau de la famille mandé et devait s’étendre de la rive droite du
+haut Niger, à hauteur de Siguiri environ, jusqu’à la rive gauche du haut
+Bagbê ou Bagoé, où il confinait au territoire des Sénoufo. Les premières
+conquêtes des empereurs du Manding, dès le début du XIIIe siècle, en
+installant les Malinké sur la rive droite du haut Niger, durent forcer
+les Banmana à se cantonner entre le haut Baoulé et le haut Bagbê, là où
+se trouve précisément le Toron. Leur caractère très marqué
+d’indépendance en effet et leur attachement à la religion ancestrale ne
+les disposaient pas à accepter le joug des Mandingues, dont l’empereur
+et les grands chefs professaient alors l’islamisme, et ce serait à cette
+circonstance qu’ils devraient leur nom, comme je l’ai dit déjà (_ban-ma-
+na_, refus au maître).
+
+Quelques-uns cependant se portèrent sans doute dès le XIIIe siècle le
+long de la rive droite du Niger jusqu’à Ségou, car les légendes
+relatives à Soundiata nous parlent de Banmana habitant déjà les bords du
+fleuve du côté de Koulikoro entre 1225 et 1250. Très probablement ces
+précurseurs des grandes migrations banmana devaient appartenir à la
+caste des pêcheurs _Somono_, qui n’aurait pu, dans le Toron, trouver
+suffisamment l’emploi de ses aptitudes spéciales et qui préféra accepter
+le joug des Malinké et embrasser l’islamisme.
+
+La fraction agricole du peuple banmana ne devait pas tarder d’ailleurs à
+se diriger aussi vers le Nord : elle était déjà fort nombreuse en effet
+et ne tarda pas à se trouver à l’étroit dans le Toron. On place
+généralement au XVIIe siècle la migration d’où devait sortir l’empire
+des Kouloubali, mais cette migration avait en réalité commencé bien
+auparavant et l’installation de Kaladian Kouloubali près de Ségou en
+1600 ne constitue que l’aboutissement de l’un de ses épisodes les plus
+récents. En fait, depuis la fin du XIIIe siècle au moins et, semble-t-
+il, sans discontinuité, un flot toujours grossissant de Banmana
+descendit les vallées du haut Bani, s’avançant progressivement depuis le
+Toron jusqu’aux environs de Dienné, en peuplant successivement la région
+de Bougouni, la contrée située entre le Baoulé[226] et Bamako, le
+Bendougou (sur la rive droite du Bani) et tout le territoire compris
+entre Dienné et Ségou de la rive gauche du Bani à la rive droite du
+Niger.
+
+Comme je le disais à l’instant, ce n’est qu’à partir du XVIIe siècle que
+les légendes se précisent relativement à la poussée des migrations
+banmana, lesquelles vers cette époque vont prendre une nouvelle
+direction et, traversant le Niger, se diriger vers l’Ouest et le Nord-
+Ouest, pour atteindre enfin Nioro en 1754.
+
+Voyons maintenant le détail des principales de ces légendes.
+
+A une époque fort reculée et très vraisemblablement bien antérieure au
+XVIIe siècle, deux frères banmana nommés l’un _Niangolo_ et l’autre
+_Baramangolo_, formant sans doute une fraction égarée d’une grosse
+migration, arrivèrent sur la rive droite du Baoulé, au Sud de Barouéli
+(près du confluent du Baoulé avec le Bagbê), fuyant des ennemis qui les
+poursuivaient en les chassant vers le Nord-Ouest. Ils voulurent
+traverser la rivière pour échapper à ces ennemis, mais ne purent trouver
+de pirogues : c’est en souvenir de ce fait que leurs descendants prirent
+le nom de _Kouloubali_, mot qui en banmana signifie en effet « sans
+pirogue » (_koulou_ pirogue, _bali_ suffixe privatif). Un poisson à
+grosse tête aplatie, de l’espèce appelée _mpolio_ en banmana, eut pitié
+de leur embarras et leur offrit de leur faire traverser le Baoulé sur
+son dos ; il passa d’abord le cadet, Baramangolo, qui lui déconseilla de
+rendre le même service à son frère aîné Niangolo, ce dernier étant
+ingrat et cruel. Néanmoins le _mpolio_ retourna sur la rive droite, prit
+Niangolo sur son dos, lui fit passer le fleuve et le déposa sur la rive
+gauche à côté de son frère. Aussitôt Niangolo saisit le _mpolio_, le tua
+et, le coupant en deux tronçons, offrit l’un d’eux à Baramangolo ; mais
+ce dernier refusa de manger la viande d’un animal qui lui avait sauvé la
+vie et prononça l’anathème contre tous ceux de ses descendants qui
+toucheraient à la chair d’un _mpolio_[227].
+
+Cependant les deux frères s’établirent dans le pays compris entre le
+Bani et le Niger et ils y eurent des enfants : telle serait l’origine du
+clan banmana des Kouloubali. L’un des descendants de Baramangolo, nommé
+_Kaladian Kouloubali_, s’était installé vers 1600 environ sur la rive
+droite du Niger, un peu en aval de Ségou, à Markadougouba, village où
+des lieutenants des empereurs du Mali avaient résidé jusque vers la fin
+du XVe siècle et qui, depuis, avait été placé sous la suzeraineté au
+moins nominale de l’empereur de Gao d’abord, du caïd marocain de Dienné
+ensuite. Son fils _Danfassari_, quittant Markadougouba où Notémé, autre
+fils de Kaladian, avait succédé à son père, alla vers 1620 se fixer plus
+en amont, dans un village qui avait été fondé précédemment par un
+musulman, soninké probablement, qu’on nommait _Siékou_ ou _Sékou_ (le
+cheikh) : ce village avait été appelé _Ségou_ du nom de son
+fondateur[228]. Nous verrons dans la quatrième partie de cet ouvrage
+comment le petit-fils de Danfassari, Fotigué dit _Biton_, construisit là
+une forteresse et en fit vers 1670 le siège de l’empire banmana de
+Ségou, empire qui ne devait pas tarder à étendre sa suprématie sur tout
+le cours du Niger de Bamako à Tombouctou inclus et à favoriser ainsi le
+mouvement de migration des Banmana vers le Nord ainsi que sur la rive
+droite du Bani.
+
+Cependant des mésintelligences avaient éclaté entre les Kouloubali issus
+de Baramangolo, auxquels appartenaient Kaladian et ses descendants, et
+ceux issus de son aîné Niangolo : ces derniers, qui avaient pris
+l’épithète de _Massassi_ (descendance de roi) parce qu’ils
+représentaient la branche aînée, s’étaient vus écarter du pouvoir par la
+branche cadette et supportaient malaisément cette déchéance. Traités
+plus durement encore par l’empereur Biton que par ses prédécesseurs, ils
+franchirent le Niger vers 1670 — c’est-à-dire peu après l’avènement de
+Biton — sous la conduite de _Zié Kouloubali-Massassi_ ou, selon d’autres
+traditions, sous celle de _Sounsa_ ou _Sarhaba_ son frère, et allèrent
+s’installer dans le Bélédougou et le Kaarta, fondant, à _Sountian_ près
+de Mourdia (Kaarta), un second empire banmana qui fut en continuelle
+rivalité avec l’empire de Ségou.
+
+De nombreuses familles banmana appartenant à d’autres clans (Taraoré,
+Diara, etc.) quittèrent également la rive droite du Niger sous le règne
+de Biton, fuyant le joug de ce despote et allant chercher des pays
+encore inhabités pour s’y livrer à la chasse et y satisfaire leur besoin
+d’indépendance. C’est ainsi que le Nord du Bélédougou, alors désert, fut
+colonisé vers le début du XVIIIe siècle par un chasseur nommé _Bakoro
+Taraoré_ qui avait fui la cour de l’empereur Biton ; ce Bakoro se fixa à
+quelques kilomètres au Sud-Est du poste actuel de Banamba, dans une
+forêt inhabitée qu’il fut le premier à défricher et où il fonda le petit
+village de _Gana_. Plus tard, d’autres émigrants banmana, venus aussi de
+la rive droite du Niger, fondèrent dans la même région le village de
+_Touba_ (la grande forêt)[229], avec l’autorisation de Bakoro Taraoré
+auquel ses droits de premier occupant conféraient la propriété du sol.
+Monson ou Mosson Diara, qui régna à Ségou de 1792 à 1808[230], vint
+razzier ces villages, captura un grand nombre de leurs habitants et les
+emmena à Ségou. Cependant les colonies banmana de Gana et de Touba
+parvinrent à se reconstituer et contribuèrent, durant toute la première
+moitié du XIXe siècle, au peuplement du nord du Bélédougou. Lors des
+guerres d’El-Hadj Omar (1860), beaucoup de Banmana de la région de
+Merkoya et de Gana émigrèrent dans le Sud, vers Sanankoro[231], pour
+revenir ensuite chez eux à partir de 1885 et reconstruire leurs foyers
+détruits[232].
+
+Dans la région comprise entre le Niger et le Bani, région dont ils
+semblent avoir été presque les seuls occupants depuis leur première
+installation, les Banmana se sont conservés à peu près purs de tout
+mélange ; il n’en est pas de même sur la rive droite du Bani, où ils ont
+accru leur domaine aux dépens de celui des Bobo et des Sénoufo, ni sur
+la rive gauche du Niger ainsi que dans le Sahel et le Massina, où ils
+ont cohabité avec des Malinké, des Kâgoro, des Soninké, des Bozo et des
+Peuls. Assurément, même dans ces dernières régions, les Banmana des
+petits villages campagnards doivent être encore très rapprochés du type
+primitif de leurs ancêtres, mais il n’en est pas de même de ceux qui
+habitent les villes. Beaucoup de ces derniers ne sont banmana que par la
+langue qu’ils parlent et par des coutumes qu’ils n’ont adoptées — en les
+modifiant d’ailleurs — qu’à une date assez récente.
+
+J’en prendrai comme exemple les habitants de Banamba et les Banmana de
+Bamako. Les premiers sont encore considérés aujourd’hui comme Soninké,
+mais il est fort possible que, dans une cinquantaine d’années, on les
+range parmi les Banmana, attendu que pas un d’eux alors ne parlera le
+soninké, qui n’est plus compris déjà que par quelques vieillards : et
+cependant leur établissement en pays banmana ne date que de 1832[233] !
+Quant aux principales familles banmana de Bamako, celle des Niarè, à
+laquelle appartient le chef actuel de la ville, et celle des Touré, à
+laquelle appartiennent les musulmans non Somono, voici leur histoire. A
+une époque relativement récente et qui, en tout cas, ne peut remonter au
+delà de la seconde moitié du XVIIe siècle, puisque les Massassi
+régnaient au Kaarta, un Soninké musulman originaire de Diara près Nioro
+et nommé _Sériba Niarè_[234], ayant quitté sa ville natale à la suite
+d’une querelle de famille, demanda à l’empereur massassi du Kaarta un
+terrain pour s’y établir ; le souverain le fit conduire vers le Niger, à
+Moribadougou, à 10 kilomètres environ en aval de Bamako, où habitait
+alors la famille d’un autre Soninké nommé Bamba ou Bamma Sakho. Sériba
+s’installa auprès de Bamba, épousa une de ses filles et en eut un fils,
+_Dia-Moussa_, qui devint un grand chasseur ; ce Dia-Moussa acquit un
+renom extraordinaire d’agilité et de souplesse : il sautait le Niger à
+pieds-joints par dessus les rapides de Sotuba. Un jour, en allant à la
+chasse, il visita l’emplacement actuel de Bamako, alors désert, le
+trouva à sa convenance et y fit venir ses parents. Il épousa, ainsi que
+son père, des femmes banmana de la rive droite, et ils en eurent des
+descendants qui, ayant adopté la langue, la religion et les coutumes des
+Banmana, sont devenus les _Niarè_ actuels de Bamako[235]. Quant aux
+_Touré_, qui n’arrivèrent à Bamako qu’au début du XIXe siècle, ils
+proviendraient de la fusion de deux familles : l’une, celle des
+_Touêté_, descendrait d’un forgeron juif originaire du Touat, venu se
+fixer à Bamako, où il se serait marié à des femmes de la caste des
+forgerons (Noumou) et de celle des pêcheurs (Somono) ; l’autre, celle
+des _Daraoué_, descendrait d’un Arabe musulman originaire du Dara (sud
+marocain) et marié à Bamako à une femme soninké.
+
+ DELAFOSSE Planche X
+
+[Illustration : _Cliché Fortier_
+
+FIG. 19. — Femmes et enfants Malinké.]
+
+[Illustration : _Cliché Fortier_
+
+FIG. 20. — Femme Somono des bords du Niger.]
+
+
+3o _Khassonkè._
+
+Nous avons vu, en parlant des migrations peules, comment le peuple
+khassonkè avait pris naissance, vers la fin du XIe siècle, par suite du
+mélange de certaines fractions peules avec des autochtones du haut
+Sénégal. Ces autochtones étaient vraisemblablement des Kâgoro, sur la
+rive Nord du fleuve, et des Malinké, sur la rive Sud ; les Soninké du
+Guidimaka et du Galam durent aussi fournir un élément appréciable à la
+formation des Khassonkè, ainsi que, plus tard, les Maures du Sahel.
+
+D’après les traditions qui ont cours à Kayes, les ancêtres des Khassonkè
+auraient été un berger peul nommé Amadou Haoua et une femme banmana
+appartenant à une famille dont Amadou Haoua gardait les troupeaux. Comme
+l’origine des Khassonkè remonte vraisemblablement au XIe ou XIIe siècle
+et qu’à cette époque les Banmana ne devaient pas avoir atteint encore la
+région de Kayes, je remplacerais assez volontiers dans cette légende le
+mot « banmana » par le mot « kâgoro » ; on arriverait ainsi à une
+explication s’approchant beaucoup de la vérité, ainsi que le prouve
+l’examen du dialecte parlé actuellement par les Khassonkè : c’est un
+dialecte mandé se rapprochant du kâgoro au point de vue phonétique et
+renfermant un assez grand nombre de radicaux peuls dans son vocabulaire.
+
+Sega Déoua, l’un des descendants d’Amadou Haoua, alla s’établir dans le
+Diomboko et y bâtit Koniakari ; l’un de ses frères se fixa à Séro, au
+Nord de Koniakari, et y fonda un petit royaume rival dont le souverain
+portait le titre de _sila-tigui_ comme l’empereur du Tekrour. Vers la
+fin du XVIIIe siècle, un conflit éclata entre le silatigui de Séro et le
+roi de Koniakari, qui s’appelait alors Demba Séga ; après une série de
+luttes sans grande portée, le silatigui, aidé par les Banmana Massassi
+du Kingui, eut le dessus et, vers 1810, força Demba Séga à évacuer le
+Diomboko et à se réfugier dans le Logo, entre Kayes et Bafoulabé. Après
+une fugue du côté du Boundou, Demba Séga s’établit définitivement près
+et en amont de Kayes, à Médine, qui devint la capitale des Khassonkè du
+Sud et de la province du Khasso ou Khasson, dont l’ancêtre Amadou Haoua
+était d’ailleurs originaire.
+
+L’élément peul qui, au début, contribua à la formation des Khassonkè
+s’est tellement atténué qu’on peut, sans aucun inconvénient, rattacher
+aujourd’hui ces derniers à la famille mandé.
+
+
+4o _Malinké ou Mandingues._
+
+Les Malinké, Mandenga ou Mandingues (gens du Mali ou Mandé) ont eu, très
+vraisemblablement, comme berceau primitif le pays encore appelé de nos
+jours _Mandé_ ou _Manding_ par eux-mêmes, _Mali_ par les Soninké et
+_Melli_ ou _Mellé_ par les Peuls du Massina, c’est-à-dire la région
+comprenant le haut bassin du Bakhoy et le district situé entre le haut
+Bakhoy et le Niger, au Sud de Kita et au Sud-Ouest de Bamako. Leur
+première capitale dut être _Kangaba_, village situé à peu de distance de
+la rive gauche du Niger, en amont de Bamako, à une cinquantaine de
+kilomètres du point où la frontière du Haut-Sénégal-Niger traverse le
+fleuve.
+
+On place généralement en 1213 la fondation de l’empire de Mali ou des
+Malinké ou Mandingues. En réalité cette date a été conservée par les
+traditions musulmanes comme étant celle d’un pèlerinage accompli à La
+Mecque par l’empereur _Allakoï Keïta_, mais il est bien probable que de
+nombreux souverains musulmans et infidèles s’étaient succédé déjà avant
+Allakoï sur le trône du Mandé. En tout cas il semble que, au début du
+XIIIe siècle, les Malinké étaient déjà répandus, en dehors du Manding
+proprement dit, dans le Bouré, le Sangaran et le Gangaran, qu’ils
+formaient la population totale de ces diverses provinces et qu’ils
+avaient déjà fondé quelques colonies sur la rive droite du haut Niger
+(dans le Ouassoulou actuel), ainsi que dans le Nord du Fouta-Diallon, le
+Bambouk, la région de Kita et la partie de la vallée nigérienne comprise
+entre Bamako et Ségou. C’est l’ensemble de ce domaine primitif des
+Mandingues qui était connu dans le Nord du Soudan sous le nom de
+_Gangara_ ou _Ouangara_ et qui était universellement célèbre en raison
+des mines d’or qu’il renfermait, dans le Bouré et le Bambouk
+principalement.
+
+Mais c’est à partir de 1230 environ que les conquêtes des Mandingues
+commencèrent à reculer considérablement les limites de leur territoire
+vers le Sud, l’Ouest et le Nord et à faire du modeste royaume de Kangaba
+le point de départ d’un empire véritable. Le fameux _Soundiata Keïta_,
+connu des auteurs arabes sous le nom de _Mari-Diata_[236], soit
+directement soit par l’intermédiaire de ses fils et de ses lieutenants,
+étendait vers cette époque son autorité sur les petits royaumes
+mandingues avoisinant le sien : le Bouré, le Sangaran, le Labé (Fouta
+Diallon), le Bélédougou. Accompagné d’un Soninké nommé Diouna,
+originaire du Ouagadou, il passait le Niger vers Siguiri et, repoussant
+les Banmana au delà du Baoulé dans le Toron, établissait des colonies
+malinké dans les cantons du Baya et du Siankadougou (cercle actuel de
+Bougouni). De retour à Kangaba, il récompensa les services que lui avait
+rendus _Diouna_ en lui donnant le gouvernement des cantons mandingues de
+la région de Kita ; Diouna se fixa près de la montagne de Kita, où il
+fonda les deux villages de Sédioussaba (le Kita actuel) et de Linguékoto
+(le Tounkaréla actuel) et épousa la fille de Siéma Toulaba, chef de la
+colonie malinké du pays, qui résidait à Tatafing (le Boudofo actuel).
+Deux fils de Soundiata, Makan et Siétigui, s’établirent dans la même
+région, le premier à Kayaba et le second à Boko près de Kouroukoto ;
+Siétigui épousa également une fille de Siéma Toulaba et en eut trois
+fils : Dando, qui alla prendre le commandement du Birgo (canton de
+Mourgoula, entre Kita et le Manding propre) ; Massiré et Kouakourou, qui
+furent se fixer au Nord-Est de Kita, vers la rive gauche du haut Baoulé,
+dans la région qu’on appela plus tard le Fouladougou-Arbala.
+
+Un des principaux lieutenants de Soundiata, nommé _Amari-Sonko_,
+annexait le Gangaran à l’empire de son maître, en laissait le
+commandement à l’un de ses serviteurs nommé Sané-Nianga Taraoré,
+s’emparait des mines d’or du Bambouk et poussait ses conquêtes, doublées
+d’une forte immigration mandingue, à travers le Boundou jusqu’au Niani-
+Ouli (vallée de la Gambie).
+
+Un peu plus tard, Soundiata battait à Kirina l’empereur sossé
+Soumangourou (1235), s’emparait du Kaniaga, du Diaga et de tout le
+Bagana, s’avançait jusque dans la région de Oualata où il prenait et
+détruisait Ghana (1240) et, trouvant la position de Kangaba trop
+excentrique par rapport à ses nouvelles conquêtes, venait fonder non
+loin de Niamina sa nouvelle capitale, à laquelle on donna le nom de
+_Mali_ ou _Mandé_, en souvenir du pays d’origine de son fondateur.
+
+A la mort de Soundiata, c’est-à-dire vers le milieu du XIIIe siècle, un
+de ses meilleurs généraux, _Moussa-Son-Koroma Sissoko_, venait s’établir
+à l’Ouest du Bafing, à Koundian (Sud-Est du Bambouk), avec un grand
+nombre de guerriers et de partisans, et fondait le royaume malinké du
+_Bambougou_ ou Bambouk qui, d’abord vassal de l’empereur de Mali, se
+rendit plus tard indépendant.
+
+Vers la même époque, un autre ancien général de Soundiata et parent de
+l’empereur lui-même, _Siriman Keïta_, passant au Sud de Koundian, alla
+se fixer à Dékou, dans les montagnes du Konkodougou. Ce pays était
+encore occupé alors par les Diallonké, mais il s’y trouvait aussi des
+colonies mandingues originaires du Bouré et du Sangaran, composées
+surtout de chercheurs d’or qu’avaient amenés des chefs de migration
+nommés Kilia-Moussa Sissoko, Tira-Makan Taraoré et Sori Doumbouya, et
+qui avaient fondé les villages de Dindéra et de Sintédougou. Avec l’aide
+de ces colonies mandingues, Siriman Keïta conquit le _Konkodougou_ sur
+les Diallonké et en fit un royaume qui fut, lui aussi, vassal de
+l’empire de Mali.
+
+C’est au XIVe siècle, avec l’empereur _Kankan-Moussa_, que l’empire
+mandingue atteignit son apogée ; monté sur le trône en 1307, Kankan-
+Moussa s’emparait en 1325 de Gao et de Tombouctou et étendait son
+autorité jusqu’aux confins de l’Algérie actuelle. Ses successeurs
+entraient en relations amicales avec les sultans du Maroc et avec les
+rois du Portugal (XIVe et XVe siècles). Jamais empire indigène en
+Afrique Occidentale n’obtint pareil renom ni pareille puissance.
+
+Cette fortune singulière devait être d’assez faible durée : dès 1468,
+l’empereur de Gao Ali-Ber affranchissait la majeure partie de ses états
+de la suzeraineté mandingue, et l’autorité des empereurs de Mali, déjà
+amoindrie, devait être réduite à néant vers la fin du XVIIe siècle par
+les conquêtes des Banmana et la révolte des royaumes vassaux. Il n’en
+est pas moins vrai que, pendant près de cinq cents ans, les Malinké
+firent la loi dans la majeure partie des pays situés entre le haut Niger
+et l’Atlantique.
+
+Nous ne devons donc pas nous étonner de voir qu’ils ont réussi à former
+l’un des peuples les plus nombreux et les plus fortement caractérisés de
+toute l’Afrique Occidentale et que ce peuple s’est assimilé quantité de
+tribus diverses d’une manière si profonde qu’il n’est pas possible
+aujourd’hui de discerner leurs origines premières ; l’empreinte qu’il a
+marquée sur nombre de descendants de Peuls a été si forte qu’on ne
+saurait à l’heure actuelle considérer les Foulanké autrement que comme
+des Mandingues ; enfin nous constatons que l’ancienne petite tribu du
+Mandé peuple aujourd’hui, en dehors des pays du Haut-Sénégal-Niger où
+nous avons signalé sa présence, de vastes régions dans la Côte d’Ivoire
+(cercles de Touba et de Mankono), dans la Guinée Française (cercles de
+Siguiri, Dinguiray, Kouroussa, Kankan, Beyla, Farana, Kindia, Timbo,
+Labé, Kadé), dans le Sénégal (cercles de Bakel, de Kédougou, du Niani-
+Ouli, du Sine-Saloum, de la Casamance) et enfin dans le Libéria, le
+Sierra-Leone, la Guinée Portugaise et la Gambie Anglaise.
+
+
+5o _Foulanké._
+
+J’ai suffisamment relaté, en parlant des migrations peules, comment
+s’étaient formés les divers groupements foulanké pour me permettre
+d’être bref à leur sujet. Je viens de dire également qu’il était
+impossible aujourd’hui de ne pas considérer les Foulanké comme des
+Mandé, bien que l’importance de l’élément peul qui a contribué à leur
+formation ait été considérable et se fasse sentir de nos jours encore
+dans leurs _diamou_ spéciaux comme aussi dans certains caractères
+secondaires de leur type physique et de leurs mœurs.
+
+On attribue aux Foulanké qui habitent le _Ganadougou_, dans le cercle de
+Sikasso, une origine un peu spéciale qui remonterait à une date assez
+éloignée : on prétend que, lorsque les Soninké, avec Kaya-Maghan,
+s’emparèrent du pouvoir à Ghana (fin du VIIIe siècle), quelques familles
+judéo-syriennes, se séparant du mouvement qui entraîna leurs congénères
+vers le Fouta, auraient gagné le Massina, refaisant en sens inverse la
+route qui les avait amenées à Ghana six siècles auparavant ; sans
+s’arrêter bien longtemps au Massina, elles auraient franchi le Niger,
+puis remonté la rive droite du Bani jusque dans la région où se trouve
+aujourd’hui Sikasso ; des Soninké-Nono et des Dioula y auraient rejoint
+leurs descendants du XIe au XIVe siècles. Plus tard, au début du XVIIe
+siècle, des Peuls du Massina conduits par Ménédian Diallo seraient venus
+se fixer d’abord à Ntina (cercle de Bougouni), puis, franchissant le
+Bagbê, auraient chassé de Kobougoula les Sénoufo, commandés par Mamourou
+Diarassouba, et se seraient installés à leur place, se mélangeant aux
+descendants des Judéo-Syriens, des Soninké et des Dioula, adoptant comme
+eux la langue mandingue et se livrant surtout à l’élevage. Ce serait du
+mélange de ces trois immigrations que seraient sortis les Foulanké
+actuels du cercle de Sikasso, qu’on appelle encore _Ganaka_ (gens de
+Gana), en souvenir de Ghana, ancienne patrie des premiers venus d’entre
+eux.
+
+Si nous laissons de côté ces derniers, nous voyons que, parmi les autres
+Foulanké du Haut-Sénégal-Niger, les premiers en date furent ceux des
+cercles actuels de Bafoulabé et de Kita, dont l’origine remonte à la fin
+du XIe siècle ou au début du XIIe, tandis que ceux du Ouassoulou, que
+l’on rencontre dans le cercle de Bougouni, sont de formation beaucoup
+plus récente (XVIIIe siècle). Cependant le mouvement d’émigration des
+Peuls du Fouta-Diallon, qui donna naissance aux Foulanké du Ouassoulou,
+amena un très fort regain d’activité dans les colonies foulanké de la
+région de Kita et détermina leur constitution définitive. Les traditions
+recueillies en ce dernier point nous apprennent en effet qu’un nommé
+Sandoufing Diakité, originaire du Fouta-Diallon, s’étant établi dans le
+Fouladougou du cercle de Bougouni et ayant conquis cette province sur
+les Banmana, laissa onze fils dont deux, se dirigeant vers le Nord-
+Ouest, traversèrent le Manding et vinrent se fixer au Nord de Kita,
+auprès des Foulanké issus des premières migrations peules. L’un d’eux,
+nommé Sabou, s’établit dans l’Ouest de la boucle du Baoulé et donna son
+nom au Fouladougou-Saboula ; l’autre, nommé Ouaraba, s’établit dans
+l’Est de la même boucle et donna son nom au Fouladougou-Ouarabala ou
+Arbala. Sabou et Ouaraba soumirent à leur autorité les cantons
+mandingues voisins (Gadougou, Gangaran, Kita et Baniakadougou) et
+essayèrent même de conquérir le Kaarta sur les Banmana, mais sans
+pouvoir y parvenir. Un de leurs descendants, Yoro-Dian, vint fonder
+Kitaba au pied de la montagne de Kita.
+
+Un peu plus tard, une bande de Peuls du Fouta-Diallon, conduite par un
+nommé Koli Sangaré, traversa le Bouré, passa sur la rive droite du Niger
+dans le Sendougou (extrême Sud-Est du cercle de Bamako), mit en fuite
+Tiamakan Taraoré, chef mandingue du Sendougou, puis franchit de nouveau
+le Niger en sens inverse, traversa le Manding et s’établit au Sud de
+Kita dans le Birgo, donnant ainsi naissance aux Foulanké du Birgo.
+
+
+=IX. Mandé du Sud.=
+
+
+1o _Diallonké._
+
+Ainsi que je l’ai dit déjà, le Fouta-Diallon ou plutôt le _Diallon_[237]
+semble bien avoir été le berceau primitif des Mandé du Sud. Mais, alors
+que les Diallonké constituaient l’unique population de ce pays, il
+s’étendait sans doute bien davantage vers le Nord et englobait
+probablement toute la région comprise entre le bas Bafing, le Sénégal et
+la Falémé, touchant à l’Est au territoire propre des Mandingues et au
+Nord à celui des Kâgoro.
+
+Le premier établissement des Soninké dans le Gadiaga vers la fin du
+VIIIe siècle et l’invasion du Khasso par les Peuls au XIe siècle
+déterminèrent un recul des Diallonké vers le Sud. Mais c’est surtout au
+XIIIe siècle, à la suite de la conquête du Gangaran, du Bambouk, du
+Konkodougou et du Labé par les Mandingues, que se dessina le gros
+mouvement de migration des Diallonké : ce mouvement les porta dès cette
+époque jusque sur les bords de l’Atlantique, du côté de Conakry, au
+travers des populations côtières (Baga, Landouman, etc.) qu’ils
+commencèrent à absorber en partie, devenant les Soussou de la basse
+Guinée. Mais il s’en faut de beaucoup que tous les Diallonké ou Soussou
+primitifs aient été refoulés par les Malinké au Sud-Ouest du Fouta-
+Diallon : s’ils évacuèrent à peu près complètement le Gangaran, le
+Bambouk et le Nord du Konkodougou ou du moins y perdirent leur
+nationalité pour devenir des Malinké, si beaucoup de familles
+s’avancèrent du côté de la mer, le gros du peuple demeura dans le centre
+du Fouta-Diallon jusqu’à la conquête toucouleure du XVIIIe siècle et
+même certains cantons du Nord ont conservé jusqu’à nos jours leur
+population diallonké, que nous retrouvons dans le Kolou, le Boké et le
+Kankoumakania (cercle de Kita), dans le Fontofa et le Mérétembaya
+(cercle de Satadougou).
+
+D’autre part, les conquêtes des Malinké et notamment celles de Soundiata
+et de ses lieutenants déterminèrent un grand nombre de Diallonké des
+régions de Labé et Timbo à émigrer directement vers le Sud et à
+s’infiltrer entre les Mandingues du haut Niger et les populations
+forestières de la Côte : ceux-là étaient surtout des cultivateurs de
+cola et, obligés de quitter leur pays, ils recherchèrent tout
+naturellement une région où ils pussent continuer à se livrer à leur
+industrie. C’est ainsi, à mon avis, que se dessina cette très curieuse
+migration qui a porté les Mandé méridionaux du Fouta-Diallon jusque dans
+le centre de la colonie actuelle de la Côte d’Ivoire, tout le long de la
+limite Nord de la forêt dense ; au cours de cette migration, qui dut
+s’accomplir du XIIIe au XVe siècles environ, les Diallonké perdirent en
+grande partie leur caractère national en se mêlant aux autochtones de la
+forêt qui leur donnèrent asile, et ainsi se constituèrent sans doute les
+peuplades des Mendé, des Toma, des Guerzé, des Dan, des Toura, des Lo ou
+Gouro, des Mona, des Ngan, etc., qui sont toutes caractérisées par ce
+fait qu’elles se livrent à la culture des colatiers et par cet autre que
+leurs langues, malgré la diversité des vocabulaires, se rattachent
+grammaticalement à la famille des langues mandé.
+
+Après avoir fait du Sud d’abord, puis de l’Est sur une longueur
+considérable, ce courant migrateur refit ensuite du Nord, et donna
+naissance aux groupements isolés dans le Sud-Ouest de la Boucle du Niger
+que nous allons retrouver tout à l’heure.
+
+
+2o _Samo._
+
+D’après les traditions recueillies à Ouahigouya et ailleurs, les Samo
+seraient d’origine mandé et auraient été formés par le mélange de
+plusieurs éléments, dont l’un appartenait au groupe des Mandé du Centre
+et un autre au groupe des Mandé du Sud.
+
+Le premier aurait été fourni principalement par des Banmana de la région
+de Ségou ; ceux-ci auraient été chassés de leur pays par les Malinké,
+très vraisemblablement au XIVe siècle, après l’arrivée des premières
+migrations banmana entre Bani et Niger, mais avant la constitution de
+l’empire de Ségou ; sous la conduite d’un chef nommé Diyé, ils
+franchirent le Bani et s’installèrent sur la rive droite de ce cours
+d’eau, à Ninkiessa, entre San et Dienné. De là, sous les ordres de
+Diougouri, fils de Diyé, ils gagnèrent Toéré, entre Koury et Ouahigouya,
+où ils furent rejoints vers le XVIe siècle par des Samorho provenant du
+courant de migration mandé-sud originaire du Fouta-Diallon ; ces Samorho
+s’étaient mélangés d’ailleurs à des Sénoufo et à des Bobo en se rendant
+de la région de Sikasso dans celle de Koury. Du mélange des Banmana et
+des Samorho seraient sortis les _Samo_.
+
+Une partie d’entre eux demeura dans le voisinage du coude nord de la
+Volta Noire (Samo du cercle de Koury) ; les autres gagnèrent le Sud-
+Ouest du Yatenga, où ils furent rejoints, sous le règne du _nâba_ Kango
+(vers 1770), par quelques familles d’origine banmana qui, lors de la
+migration de Diyé, avaient poussé jusqu’à Kaka, près de Sofara, et y
+étaient restées.
+
+Depuis cette époque les Samo ont été assez profondément influencés par
+le voisinage des Mossi et des Bobo et, bien qu’ils aient toujours vécu à
+peu près indépendants, la trace de leurs origines mandé n’est plus très
+perceptible. Quant à leur langue actuelle, autant que les très médiocres
+renseignements que nous possédons nous permettent d’en juger, il semble
+qu’elle appartient, au moins en partie, à la famille des langues
+voltaïques.
+
+
+3o _Samorho._
+
+Lorsque, vers le XVIe siècle, le courant de migration des Mandé du Sud
+arriva près de la haute Volta, il s’y heurta contre des autochtones
+sénoufo et bobo et aussi contre des Dioula et Soninké venus du Nord : le
+résultat de ce contact multiple aurait donné naissance aux _Samorho_,
+qui reçurent ce nom des Dioula en raison de leurs aptitudes
+agricoles[238].
+
+Une partie d’entre eux s’établit à demeure au Nord de la route de Bobo-
+Dioulasso à Sikasso ; d’autres poussèrent plus au Nord et allèrent se
+fixer entre Koutiala et Koury : une fraction de ces derniers, en se
+mélangeant à des Banmana, donna naissance aux Samo, comme nous venons de
+le voir ; le reste, ayant eu des difficultés avec les Peuls, retourna
+dans la région de Sikasso.
+
+Actuellement les Samorho ont adopté la religion et la plupart des
+coutumes des Sénoufo, mais ils parlent une langue que l’on s’accorde à
+apparenter aux langues mandé.
+
+
+4o _Sia et tribus diverses._
+
+Les Mandé du Sud, venant de la région de Kong après avoir donné
+naissance aux Lo du Bandama vers l’Ouest et aux Ngan de la Comoé vers
+l’Est, se dirigèrent vers le Nord et atteignirent la région de
+Diébougou. Repoussés par les Bobo, ils se seraient rabattus ensuite vers
+le Sud jusqu’à Lorhosso, pour se porter enfin vers le Nord-Ouest et
+atteindre l’emplacement actuel de Bobo-Dioulasso (XVIe siècle
+vraisemblablement). Tandis que certains d’entre eux continuaient vers
+l’Ouest et contribuaient à la formation des Samorho, les autres, se
+fixant à Bobo-Dioulasso — ou plutôt à _Sia_, qui est le vrai nom de
+cette ville — et, s’y mêlant à des Bobo, donnèrent naissance aux _Sia_.
+D’abord indépendants, ceux-ci ne tardèrent pas à être islamisés et
+conquis par les Dioula de Kong, dont ils adoptèrent en partie le costume
+et les mœurs, tout en conservant l’usage d’un dialecte spécial qui,
+malgré des influences diverses et notamment bobo, semble bien devoir
+être rattaché à la famille mandé. De là vient le surnom de _Bobo-Dioula_
+qui a été donné aux Sia, comme celui de Bobo-Dioulasso (village des
+Bobo-Dioula) donné à leur centre principal.
+
+Les Sia ont laissé peu de vestiges de leur passage au travers du cercle
+actuel de Gahoua, sauf peut-être à Diébougou et à Lorhosso ; mais, une
+fois installés à Bobo-Dioulasso, ils avaient conservé des relations avec
+ces deux dernières villes ; aussi les Dioula de Kong, lorsqu’ils eurent
+assis leur domination sur Bobo-Dioulasso, s’occupèrent des affaires
+intéressant les familles d’origine sia demeurées à Lorhosso et à
+Diébougou et s’emparèrent de l’autorité sur les Gan et les Dian, fondant
+parmi eux des colonies musulmanes mélangées de Sia et de Dioula
+auxquelles on a donné le surnom de Bobo-Dioula comme aux Sia musulmans
+de Bobo-Dioulasso.
+
+Il est probable que les _Blé_, les _Natioro_, les _Ouara_ et les
+_Sembla_ du cercle de Bobo-Dioulasso, sur lesquels nous n’avons aucun
+renseignement précis mais qui parleraient des dialectes apparentés à la
+famille mandé, doivent avoir une origine analogue à celle des Sia.
+
+
+=X. Sénoufo.=
+
+Les Sénoufo semblent bien être autochtones dans tous les pays où on les
+rencontre aujourd’hui, tant au Haut-Sénégal-Niger qu’à la Côte
+d’Ivoire : toutes les traditions recueillies s’accordent pour faire
+d’eux les plus anciens habitants connus de leur territoire actuel.
+
+Tout au plus est-il permis de supposer que ce territoire s’étendait
+davantage autrefois dans la direction de l’Ouest et que l’invasion des
+Banmana de la rive droite du haut Niger dans le Toron et les pays entre
+Baoulé et Bagbê, sous la poussée des premières conquêtes mandingues, a
+forcé les Sénoufo qui habitaient alors ces régions à émigrer sur la rive
+droite du Bagbê et à rejoindre ceux de leurs compatriotes qui s’y
+trouvaient déjà. Une tradition s’est conservée à Sikasso relatant que
+des Sénoufo, pour la plupart chasseurs d’éléphants, auraient habité
+autrefois la province de Massigui, dans le cercle actuel de Bougouni,
+et, en ayant été chassés par la surpopulation due à l’invasion banmana,
+se seraient transportés, en quête de nouveaux territoires de chasse, les
+uns vers Sikasso, les autres vers Tengréla et le Nord de la Côte
+d’Ivoire. D’autres furent plus ou moins absorbés par les Banmana, tels
+ceux qui peuplaient autrefois le Sud-Est du cercle de Bougouni et dont,
+seuls, quelques habitants du Niénédougou ont conservé les mœurs
+spéciales, l’aspect et la langue du peuple Sénoufo.
+
+Dans le cercle de Koutiala et la circonscription de San au contraire,
+malgré la forte proportion des immigrants banmana, les Sénoufo appelés
+_Minianka_[239] par ces derniers ont conservé très nettement leur type
+primitif, et c’est seulement l’appellation de _Bambara_ que leur donnent
+les musulmans et celle de _Bamâna_ qu’ils se donnent eux-mêmes qui ont
+pu conduire certains voyageurs à les confondre avec les Banmana.
+
+Les Sénoufo passent, auprès des populations mandé qui les avoisinent,
+pour avoir été anthropophages dans les temps passés ou tout au moins
+pour avoir pratiqué une sorte de cannibalisme rituel : on prétend qu’ils
+sacrifiaient leurs prisonniers de guerre dans les bois sacrés et se
+repaissaient de leur chair ; aujourd’hui des sacrifices analogues ont
+lieu, suivis également de la manducation des victimes, mais celles-ci
+sont simplement des chiens. Je ne sais quel crédit il convient
+d’accorder à ces accusations rétrospectives d’anthropophagie, qui sont
+fréquentes en Afrique Occidentale de la part des peuples de civilisation
+supérieure vis-à-vis de leurs voisins plus arriérés ; il se peut fort
+bien d’ailleurs qu’elles soient fondées en ce qui concerne les
+Sénoufo[240], mais je ne serais pas éloigné d’admettre qu’elles le
+seraient aussi bien en ce qui regarde les Banmana, les Diallonké et les
+Bobo et Gourounsi du temps jadis : cela expliquerait pourquoi tous les
+auteurs arabes du moyen Age s’accordent pour taxer d’anthropophagie les
+populations vivant de leur temps dans le Sud du Ouangara et du Mossi,
+c’est-à-dire, d’une façon générale, toutes celles habitant la partie
+méridionale du Haut-Sénégal-Niger ; les mêmes auteurs englobaient tous
+ces cannibales ou soi-disant tels sous l’appellation générique de
+_Lemlem_ ou _Demdem_, sans distinction de province ni de nationalité, et
+les représentaient comme constituant une mine vivante où
+s’approvisionnaient d’esclaves les populations du Nord. Il semble bien
+que les Sénoufo ont été l’une des fractions de ces Lemlem, mais ils
+devaient partager cette qualité avec les ancêtres des Diallonké et des
+Banmana actuels, peut-être même avec ceux des Kâgoro, d’une partie des
+Malinké, des Bobo, des Gourounsi et d’autres peuplades encore[241].
+
+
+=XI. Peuples voltaïques.=
+
+Comme les Sénoufo, les peuples dont l’ensemble constitue la famille
+voltaïque paraissent être, dans leur ensemble, les plus anciens
+habitants connus du vaste territoire qu’ils occupent actuellement et qui
+comprend, d’une manière générale, toutes les régions appartenant au
+bassin de la Volta, depuis les montagnes de Hombori au Nord jusqu’aux
+approches de la zone forestière au Sud.
+
+Mais il ne serait pas exact de dire que chacun de ces peuples a toujours
+habité le pays qu’il habite aujourd’hui : certains semblent n’avoir pas
+sensiblement changé de place depuis les temps les plus reculés, comme
+les Tombo et les Bobo ; d’autres au contraire, quoique ayant pris
+naissance dans le territoire actuel de la famille voltaïque, doivent
+leur formation à des migrations parfois prolongées et à des mélanges
+quelquefois multipliés, comme les Mossi par exemple. Nous allons donc
+passer en revue les peuples principaux de cette famille, en relatant ce
+que la tradition nous apprend sur chacun d’eux.
+
+
+1o _Groupe tombo (Tombo, Dogom et Déforo)._
+
+Les Tombo et les Dogom semblent avoir habité de tout temps leur pays
+actuel, que les auteurs arabes appellent tantôt _El-hadjar_ (le pays des
+pierres, en arabe) et tantôt _Tombola_ (le pays des Tombo, en mandé) ou
+encore _Hombori_ (qui a la même signification en peul). Ils ne
+paraissent pas d’autre part avoir subi de grandes modifications depuis
+leur origine première, en raison de la nature spéciale de leur habitat
+géographique, qui les a défendus, mieux encore que leur valeur
+guerrière, contre les invasions des peuples étrangers et les tentatives
+de conquête des souverains de Mali, de Gao, du Yatenga, de Ouagadougou,
+du Massina, et des pachas de Tombouctou. Tout au plus est-il permis de
+penser que les Dogom de la plaine ont été, dans certaines régions, plus
+ou moins absorbés par les populations envahissantes et que ceux qui
+habitaient autrefois dans une partie du Yatenga et du Mossi ont dû se
+replier vers le Nord sous la poussée de la conquête mossi.
+
+Certaines traditions semblent attribuer aux Tombo une origine mandé ou
+tout au moins semblent dire que les Tombo — ou une partie d’entre eux —
+seraient venus des pays mandé et se seraient réfugiés dans les falaises
+de la Boucle. Je crois que ces traditions ne concernent qu’une faible
+fraction des Tombo actuels, celle qui habite du côté de Bandiagara et de
+San entre la montagne et le Bani, et qu’il faut les interpréter en
+disant que cette fraction est issue d’un mélange de Tombo proprement
+dits, autochtones de la montagne, avec des Bozo venus, eux, du pays
+mandé. Une légende rapporte en effet que les Tombo de la falaise de
+Bandiagara, ayant eu à souffrir de la disette, envoyèrent aux Bozo de
+Mopti une députation pour implorer leur secours ; les Bozo partirent
+tous à la pêche, hommes et femmes, dans le but de fournir de poisson les
+Tombo, laissant leurs enfants à la garde des envoyés de ces derniers.
+Pendant l’absence des Bozo, un de leurs enfants se plaignit de la faim ;
+les envoyés tombo n’ayant absolument aucun aliment à leur disposition,
+leur chef se coupa un morceau de chair et le donna à l’enfant, mais il
+mourut victime de son dévouement. A la suite de cet événement, les Bozo
+décidèrent qu’eux-mêmes et les Tombo seraient désormais considérés comme
+des frères et que, comme conséquence de cette fraternité, ils ne se
+marieraient pas entre eux. Il est difficile de savoir si cette
+interdiction de mariages entre Tombo et Bozo fut scrupuleusement
+observée, mais il semble bien certain que des rapports amicaux
+s’établirent entre les deux peuples, qu’un certain nombre de Bozo,
+s’éloignant des rives du fleuve, cohabitèrent avec des Tombo descendus
+de la montagne et qu’il se forma ainsi une population spéciale,
+notablement différente des Tombo propres et dont le dialecte actuel
+semble résulter d’un mélange de la langue tombo avec la langue bozo,
+mélange accru de l’introduction d’un grand nombre de vocables soninké et
+banmana. Mais s’il est permis par suite d’attribuer — au moins en partie
+— une origine mandé aux Tombo et aux Dogom qui avoisinent le Bani, il
+semble bien difficile d’en faire autant pour l’immense majorité de la
+population tombo et dogom.
+
+Un manuscrit arabe récolté à Sokoto par Clapperton en 1827, au cours de
+son second voyage, dit que le « pays des pierres » qui avoisine le
+Djilgodi est habité dans les vallées par des Peuls et dans les montagnes
+par des _Beni-Ham_ de la tribu des _Sokaï_. Plus loin le même manuscrit
+dit que le chef de Hombori, qu’il appelle _Nouhou Galou_ et auquel il
+donne le titre de _fama_ (« roi » en mandé) est un _Sokaï_. Enfin,
+parlant à nouveau des Beni-Ham, il dit que ces derniers habitent, non
+seulement les montagnes de la Boucle, mais aussi la rive gauche du Niger
+du côté de Gao, auprès des Touareg. Il semble bien évident que, par
+« Beni-Ham » — c’est-à-dire « Hamites » —, l’auteur du manuscrit
+entendait tout simplement les Nègres, par opposition aux Peuls, aux
+Arabes et aux Touareg auxquels il attribuait collectivement une origine
+sémitique : ses Beni-Ham des montagnes de la Boucle étaient évidemment
+des Tombo, tandis que ses Beni-Ham de la rive gauche étaient des Songaï.
+Quant au mot que Salame, dans sa traduction, a transcrit par _Sokaï_,
+l’absence du texte arabe rend difficile son identification ; peut-être
+résulte-t-il d’une confusion des Tombo avec les Songaï, ce qui paraît
+invraisemblable, vu que le nom de ces derniers est écrit différemment
+dans la traduction du même texte ; peut-être s’agit-il d’un terme usité
+à Sokoto pour désigner plus spécialement les Tombo.
+
+ DELAFOSSE Planche XI
+
+[Illustration : FIG. 21. — Groupe de Ouolofs, à Kayes.]
+
+[Illustration : _Cliché Delafosse_
+
+FIG. 22. — Groupe de Haoussa de la boucle du Niger.]
+
+Quant aux _Déforo_, on a voulu parfois les rattacher aux
+Gourmantché[242] : si j’en juge d’après le court vocabulaire de leur
+langue que je dois à l’obligeance de M. le lieutenant Marc, ce
+rattachement me paraît bien improbable, au moins au point de vue
+linguistique. Mais il serait possible que les Déforo actuels dussent
+leur origine à des Dogom répandus autrefois dans le Nord, non seulement
+du pays Gourmantché, mais aussi du Mossi propre et du Yatenga ; ces
+Dogom, qui peut-être sont les mêmes que les _Suida_ dont parlent les
+traditions historiques de Ouagadougou, repoussés vers le Nord par
+l’invasion mossi, auraient émigré du côté d’Aribinda, entre le Liptako
+et le Djilgodi, et y seraient devenus les Déforo.
+
+
+2o _Groupe mossi (Mossi, Yansi, Nankana, Gourmantché, Dagari et
+Birifo)._
+
+Le groupe que j’ai appelé mossi renferme un certain nombre de peuples
+qui ont entre eux des affinités très étroites au point de vue du type
+physique et de la langue, mais dont les civilisations respectives
+offrent des différences assez notables selon qu’elles ont subi plus ou
+moins l’influence politique de l’empire de Ouagadougou ou qu’elles y ont
+totalement échappé. Je n’ai mentionné dans la nomenclature des peuples
+de ce groupe que ceux qui habitent le Haut-Sénégal-Niger en totalité
+(Mossi, Yansi, Gourmantché et Birifo) ou en partie (Nankana et Dagari) ;
+mais le groupe mossi renferme encore quatre autres peuples dont
+l’habitat appartient à la colonie anglaise de la Gold Coast : les
+_Gbanian_ ou Gondja ou Nta (région de Bôlé), les _Dagomba_ ou Dagboma
+(région de Salaga), les _Boura_ ou Frafra et les _Mampoursi_ (région de
+Gambaga), ces deux derniers peuples se rattachant d’ailleurs de très
+près aux Nankana.
+
+C’est le territoire de cette fraction du groupe mossi cantonnée dans la
+Gold Coast, semble-t-il, — c’est-à-dire le bassin central de la Volta et
+principalement la vallée de la basse Volta Blanche — qui a dû constituer
+le berceau primitif du groupe tout entier ; celui-ci ne devait pas
+s’étendre anciennement bien au Nord du 11e parallèle, les Nankana
+devaient représenter sa fraction la plus septentrionale, et, entre lui
+et le groupe tombo, un peu plus avancé vers le Sud qu’il ne l’est
+aujourd’hui, devait s’intercaler un groupe gourounsi plus étendu, plus
+compact et plus continu qu’il ne l’est de nos jours.
+
+Si cette hypothèse paraît un peu osée, il est en tout cas à peu près
+certain que le pays des Dagomba et des Mampoursi fut le point de départ
+d’invasions qui se portèrent vers le Nord-Est, le Nord, le Nord-Ouest et
+l’Ouest, constituant des états puissants à Fada-n-Gourma, Ouagadougou et
+Ouahigouya, et qui, grâce à leurs conquêtes, favorisèrent grandement
+l’extension du groupe mossi dans la Boucle du Niger et la formation du
+peuple mossi proprement dit et des peuples gourmantché, yansi, dagari et
+birifo.
+
+D’après plusieurs traditions recueillies à Ouahigouya, à Ouagadougou et
+à Tenkodogo, traditions qui présentent entre elles des concordances très
+remarquables, la plus ancienne invasion dont le souvenir ait été
+conservé se serait produite au début du XIe siècle de notre ère ; ces
+traditions en effet comptent toutes 22 générations[243] depuis cette
+invasion jusqu’à l’époque actuelle : en estimant à quarante ans la durée
+moyenne de chaque génération, on obtient la date de 1030 pour le premier
+événement mentionné. Je ne m’illusionne aucunement sur ce que cette
+supputation peut avoir de chimérique, mais je la tiens néanmoins pour
+vraisemblable[244].
+
+Donc, tout au début du XIe siècle probablement, régnait à Gambaga un
+chef dagomba nommé _Nédéga_, qui avait réuni sous son sceptre les
+Dagomba, les Mampoursi et les Nankana. L’une de ses filles, appelée par
+les uns _Yennenga_ et _Poko_ par les autres, était une guerrière
+remarquable et conduisait au pillage les soldats de son père. Ce
+dernier, la considérant comme un homme plutôt que comme une femme et
+estimant d’ailleurs que, si elle devenait mère, elle ne pourrait plus
+marcher à la tête des armées, ne voulait pas la marier, ce qui ne
+faisait pas l’affaire de la jeune fille. Un jour que celle-ci avait
+opéré une razzia chez les Boussansé, entre Bitou et Tenkodogo, son
+cheval s’emballa et l’emporta loin de ses troupes ; ayant pénétré dans
+une forêt épaisse, l’animal fut obligé de modérer son allure et finit
+par s’arrêter devant une hutte de chasseur qui se trouvait là. Cette
+hutte était habitée par un nommé _Riâlé_ ou Riâré, fils d’un chef
+malinké, dit la légende ; frustré par son frère de la succession
+paternelle, ce Riâlé se serait jeté tout seul dans la brousse, à la
+recherche des éléphants, et, marchant toujours vers l’Est, serait arrivé
+dans les environs de Bitou, où il s’était fixé provisoirement. Attiré
+par le galop et les hennissements du cheval de Yennenga, il sortit de sa
+hutte, maintint l’animal, aida la princesse à mettre pied à terre et lui
+offrit l’hospitalité dans sa cabane. Yennenga s’éprit des charmes du
+chasseur, se donna à lui et ne voulut plus le quitter.
+
+Ils eurent un fils ; en souvenir de l’aventure hippique à laquelle elle
+était redevable de sa maternité, Yennenga appela son enfant
+_Ouidiraogo_, c’est-à-dire, en dagomba et en mossi, « cheval mâle ».
+Lorsque Ouidiraogo fut devenu un jeune homme, Yennenga dépêcha un
+messager à Gambaga pour aviser Nédéga qu’il était devenu grand-père.
+Nédéga, en entendant cette nouvelle et en apprenant en même temps que sa
+fille préférée, qu’il avait vainement fait chercher depuis de longues
+années et qu’il croyait morte, était encore vivante, pardonna sa fugue à
+Yennenga et lui fit dire de venir lui présenter son mari et son fils.
+Yennenga s’en fut donc à Gambaga avec Riâlé et Ouidiraogo ; Nédéga reçut
+fort bien sa fille, son gendre et son petit-fils et voulut les garder
+auprès de lui, mais Riâlé refusa, disant qu’il mourrait s’il vivait
+ailleurs que dans la forêt. Nédéga le laissa partir à regret, avec
+Yennenga et Ouidiraogo, tout en lui faisant cadeau de quatre chevaux et
+de cinquante bœufs et en confiant au jeune Ouidiraogo une nombreuse
+armée de soldats dagomba pour qu’il pût marcher dignement sur les traces
+de sa mère et de son grand-père.
+
+Riâlé s’en retourna dans la forêt voisine de Bitou, où il continua à
+partager sa vie entre la chasse à l’éléphant et les plaisirs conjugaux.
+Après de longues années, Yennenga mourut : son corps fut transporté à
+Gambaga, où on l’enterra. Sa tombe devint l’objet d’une grande
+vénération et fut un but de pèlerinage pour les souverains du Mossi
+jusqu’à une époque récente ; au décès de chaque _nâba_ de Ouagadougou,
+on envoyait à Gambaga un de ses chevaux et une de ses femmes pour être
+sacrifiés aux mânes de Yennenga[245].
+
+Quant à Ouidiraogo, à la tête de son armée, il s’empara du pays sur les
+Boussansé et établit sa résidence en un lieu qu’il appela _Tankourou_ et
+qui est devenu le _Tenkodogo_ actuel. Des Dagomba, attirés par sa jeune
+renommée, venaient sans cesse grossir le nombre de ses partisans et
+accroître la force de ses troupes ; les populations autochtones, peu
+denses et très divisées, reconnurent bientôt son autorité. Il eut
+plusieurs fils, dont trois nous sont connus : _Zoungourana_, _Raoua_ et
+_Diaba_. Il confia à chacun d’eux le commandement de l’une des provinces
+de son empire naissant : Zoungourana reçut le gouvernement de l’Ouest,
+Raoua celui du Nord et Diaba celui de l’Est, et ce fut là l’origine des
+trois états de Ouagadougou, de Ouahigouya et de Fada-n-Gourma.
+
+Toutes ces régions, beaucoup moins peuplées qu’aujourd’hui, étaient
+occupées surtout par des Gourounsi (Boussansé dans la région de
+Tenkodogo, Nounouma et Nioniossé du côté de Ouagadougou, Nioniossé du
+côté de Ouahigouya), des Dogom (régions de Ouahigouya, Ponsa et Fada-n-
+Gourma) et quelques Bariba dans le Sud-Est du cercle actuel de Fada-n-
+Gourma. Toutes ces populations vivaient à l’état anarchique, séparées en
+villages ou petits cantons qui se faisaient continuellement la guerre
+les uns aux autres.
+
+Le chef d’un canton nioniossé situé non loin de Ouagadougou (canton
+actuel d’Oubritenga), ayant maille à partir avec un chef voisin, envoya
+une députation à Ouidiraogo pour lui offrir une de ses filles en
+mariage, afin de gagner son alliance. Ouidiraogo agréa la jeune fille,
+non pour lui-même, mais pour son fils Zoungourana qui, de cette femme,
+eut lui-même un fils nommé _Oubri_. Lors de la naissance d’Oubri, le
+chef nioniossé allié de Ouidiraogo vint faire hommage de son pays à ce
+dernier, en l’invitant à venir l’aider dans sa lutte contre son voisin.
+Ouidiraogo partit dans cette intention, mais mourut à Larabtenga, au
+cours du voyage, vers l’année 1050.
+
+Zoungourana lui succéda à Tenkodogo et confia à son fils Oubri, encore
+tout jeune, le commandement des provinces de l’Ouest. Oubri alla
+s’installer dans le pays du chef nioniossé son beau-père, dans un
+village qui reçut de lui le nom d’_Oubritenga_[246]. Devenu homme, il
+commença une série de conquêtes dont il sera question dans la IVe partie
+de cet ouvrage, à propos de l’empire de Ouagadougou. Qu’il me suffise de
+dire ici que les Nounouma et les Nioniossé qui refusèrent d’accepter son
+autorité durent émigrer sur la Volta Noire et dans le Kipirsi, là où
+nous les retrouvons actuellement ; les autres furent absorbés par le
+flot envahisseur venu du Dagomba, adoptèrent la langue des conquérants,
+et, s’identifiant peu à peu avec ces derniers, formèrent avec eux un
+seul peuple, celui des _Mossi_[247].
+
+Pareille chose se passa du côté de Ouahigouya : Raoua, second fils de
+Ouidiraogo, s’était avancé dans la direction du Nord-Ouest jusqu’à
+Zandoma, où il avait fixé sa résidence. Il s’y tailla un royaume aux
+dépens des Nioniossé et des Dogom : les premiers acceptèrent sa
+domination, comme ils acceptèrent plus tard celle de _Ya-Diga_, petit-
+fils d’Oubri et fondateur de l’empire du Yatenga ; les uns conservèrent
+jusqu’à nos jours leur nationalité et leur langue sous le joug des
+envahisseurs, les autres furent absorbés par ceux-ci et, de leur mélange
+avec les conquérants dagomba, naquirent les Mossi du cercle actuel de
+Ouahigouya. Quant aux Dogom, lors des conquêtes de Raoua, ils se
+réfugièrent les uns du côté de Bandiagara, les autres du côté du
+Djilgodi, sous la protection de leurs cousins, les Tombo des montagnes.
+Un peu plus tard, _Ouamtanango_, petit-fils d’Oubri, les poursuivit
+jusque dans la région des falaises : la légende rapporte même qu’une
+montagne gênant son passage, il la fit scier en deux par des forgerons
+nioniossé qui accompagnaient son armée et formaient un corps de
+sapeurs ; ce Ouamtanango fut d’ailleurs assassiné au cours de cette
+expédition à Bankasso (cercle actuel de Bandiagara).
+
+Cependant, comme nous l’avons vu, Zoungourana, fils aîné de Ouidiraogo,
+était demeuré à Tenkodogo, qui fut au début le siège d’un empire dont
+les provinces d’Oubritenga, de Zandoma et de Fada-n-Gourma formaient les
+royaumes vassaux : au bout de quelque temps, la province d’Oubritenga
+devint l’empire mossi de Ouagadougou et se rendit indépendante ; un
+petit-fils d’Oubri, Ya-Diga, fonda au Yatenga, comme je viens de le
+dire, un autre empire mossi indépendant qui ne tarda pas à absorber
+Zandoma ; enfin Fada-n-Gourma devint la capitale d’un troisième empire,
+celui des Gourmantché, comme nous l’allons voir dans un instant. Séré,
+fils de Zoungourana, ses successeurs et leurs guerriers dagomba durent
+se contenter du pays des Boussansé et même quitter Tenkodogo pour aller
+s’établir à Boussouma sous la protection des _nâba_ de Ouagadougou : en
+se mélangeant avec les Boussansé, ils avaient donné naissance au peuple
+des _Yansi_ qui, d’une façon générale, suivit la fortune politique de
+l’empire de Ouagadougou et s’identifia presque avec les Mossi, tandis
+que les Boussansé habitant au Sud de Tenkodogo, échappant assez vite à
+la tutelle des conquérants dagomba dont le plus grand nombre s’était
+porté au Nord-Ouest, au Nord et à l’Est, purent conserver leur
+nationalité et leur langue jusqu’à l’époque actuelle.
+
+Revenons à Diaba, le troisième fils de Ouidiraogo, que son père avait
+installé à Fada-n-Gourma ou plutôt à _Youngou_ ou _Younga_, car ce sont
+les Haoussa qui donnèrent plus tard à ce village le nom de _Fada-n-
+Gourma_, c’est-à-dire dans leur langue « capitale du Gourma ». Des
+traditions ayant cours chez les Gourmantché prétendent que Diaba, dit
+_Diaba Lompo_, descendit du ciel à une époque où la croûte terrestre
+n’était pas encore solidifiée et que, vêtu de blanc, il prit terre sur
+un bloc de grès situé près de Tambarga, avec sa femme : on montre même
+sur ce rocher les empreintes des pieds de Diaba et de sa femme, qui ne
+sont autres que ces sortes de cavités oblongues creusées par l’eau des
+pluies dans les roches en état de formation ; Diaba Lompo eut ensuite
+des enfants, répartit entre eux la terre et la leur fit cultiver. Cette
+légende, dans laquelle on reconnaît aisément celle du déluge, répandue
+chez la plupart des populations africaines, n’est pas inconciliable avec
+la tradition faisant naître Diaba du fils de la princesse dagomba
+Yennenga : Bantchandé, souverain actuel de Fada-n-Gourma, prétend être
+le 23e successeur de Diaba Lompo et ce nombre de 22 souverains entre
+Diaba et Bantchandé s’accorde exactement avec les 22 générations que la
+tradition mossi place entre Yennenga et l’époque actuelle ; il en faut
+donc conclure que l’époque de Diaba Lompo correspond à celle de
+l’invasion dagomba, c’est-à-dire au XIe siècle. Seulement, comme le nom
+de ce héros légendaire est le plus ancien qu’ait conservé la tradition,
+on en a fait tout naturellement celui du premier homme qui soit apparu
+sur la terre habitable.
+
+Lorsque Diaba prit possession de la province de Fada-n-Gourma, elle
+était vraisemblablement très peu habitée : cependant des Dogom devaient
+être répandus dans le Nord et des Bariba dans l’Est et le Sud-Est ; les
+premiers furent chassés en grande partie du côté d’Aribinda et devinrent
+les Déforo, comme nous l’avons vu précédemment ; les autres furent en
+partie repoussés vers le Sud mais en partie aussi absorbés par les
+envahisseurs dagomba et de leur mélange avec ces derniers sortit le
+peuple des Bimba ou _Gourmantché_.
+
+Le peuple des _Nankana_, qui formait la pointe avancée du groupe
+antérieurement à l’invasion dagomba, ne semble pas avoir changé
+considérablement de physionomie depuis les temps anciens.
+
+Quant aux _Birifo_ et aux _Dagari_, ils sont le produit d’une autre
+poussée des Dagomba, mais dans la direction de l’Ouest cette fois-ci,
+poussée sans doute bien postérieure à celle dont sortirent les Mossi,
+les Yansi et les Gourmantché : d’après les traditions recueillies dans
+le cercle de Gaoua, ce serait seulement au début du XIXe siècle que les
+Birifo et les Dagari auraient achevé d’occuper leur territoire actuel.
+
+Les _Birifo_ seraient issus du mélange d’une invasion dagomba avec les
+Lobi, ce qui expliquerait qu’ils se rapprochent étroitement de ces
+derniers au point de vue du caractère et des mœurs tandis qu’ils parlent
+une langue presque identique à la langue dagomba et très différente de
+la langue lobi. Cette invasion dagomba aurait eu sans doute son point de
+départ sur les bords de la Volta Blanche, dans le Nord de la Gold
+Coast : arrivant sur la Volta Noire et l’ayant traversée — peut-être
+vers la fin du XVIIe siècle —, elle s’infiltra au travers des Pougouli
+et des Dian, dépossédant ces derniers d’une partie de leurs domaines,
+s’attaquant même aux Dioula installés à Loto (province de Diébougou), et
+ensuite se dirigea vers le Sud à travers le pays des Lobi et s’établit
+principalement entre ceux-ci et la rive occidentale de la Volta Noire,
+poussant une pointe dans le Sud jusque près de Bouna (limite du Haut-
+Sénégal-Niger et de la Côte d’Ivoire). Des Birifo issus de cette
+invasion dagomba étaient demeurés sur la rive orientale de la Volta
+Noire, où on les retrouve encore, mélangés de Dagari : les Anglais les
+appellent, assez improprement, _Lobi-Dagarti_.
+
+Les _Dagari_ n’apparurent qu’après les Birifo à l’Ouest de la Volta
+Noire, mais ils devaient exister depuis longtemps déjà à l’Est du même
+fleuve et provenaient sans doute d’une migration gbanian plutôt que
+dagomba, migration due précisément aux conquêtes effectuées par les
+Dagomba dans l’Est du territoire gbanian. L’invasion dagari en effet ne
+présenta pas le caractère guerrier et conquérant des diverses invasions
+dagomba auxquelles nous devons les Mossi, les Yansi, les Gourmantché et
+les Birifo, et le type actuel des Dagari est remarquablement voisin du
+type gbanian ; quant à leur langue, elle se distingue à peine du gbanian
+qui d’ailleurs est lui-même très analogue au dagomba. Quoiqu’il en soit,
+l’immigration dagari à l’Ouest de la Volta Noire fut pacifique et lente,
+mais irrésistible ; elle commença sans doute au XVIIIe siècle et elle
+continue encore de nos jours : se faufilant au travers des Birifo, les
+Dagari s’établirent partout où ils trouvèrent une place libre, sans
+cependant s’éloigner beaucoup de la Volta, à l’Est de laquelle est
+demeuré le gros de leur peuple. Mais une de leurs fractions, celle des
+_Oulé_, de caractère plus guerrier que les autres, s’avança à l’Ouest
+jusque dans la circonscription de Diébougou, repoussant les Pougouli
+vers le Nord-Ouest, et pénétra même dans les cercles de Koury et de
+Ouagadougou jusqu’à la rencontre des Nounouma et des Soninké du Dafina.
+Plus récemment, vers 1850, quelques familles oulé appelées par des
+Dagari du Sud pour les soutenir contre les Birifo, ont poussé une pointe
+au Sud le long de la Volta, s’établissant à Goumparé (à hauteur de
+Gaoua) et dans les environs.
+
+
+3o _Groupe gourounsi (Nioniossé, Nounouma, Sissala et Boussansé)._
+
+Ainsi que nous l’avons vu tout à l’heure, il semble que, antérieurement
+au XIe siècle, les peuples formant le groupe gourounsi occupaient à peu
+près tout le territoire compris entre celui des Tombo et Dogom au Nord
+et celui du groupe dagomba (futur groupe mossi) au Sud ; les invasions
+guerrières venues du Dagomba et la constitution des peuples mossi, yansi
+et gourmantché, qui en fut la conséquence, restreignirent singulièrement
+l’étendue du groupe gourounsi et le morcelèrent. Ce morcellement, comme
+l’absorption par les envahisseurs d’un grand nombre de fractions
+gourounsi, fut d’autant plus facile que les peuples gourounsi manquaient
+de cohésion, vivaient en petites tribus dispersées et livrées à
+l’anarchie et ne présentaient par suite aucune force de résistance.
+
+Les _Nioniossé_ (ou Lilsé, Youlsé, Nimsé, etc.) habitaient le Nord du
+cercle actuel de Ouagadougou et la majeure partie du cercle actuel de
+Ouahigouya, ayant comme voisins au Nord les Dogom et au Sud les
+Nounouma, les Sissala et les Boussansé, trois peuples très voisins du
+leur. Ils semblent avoir été les premiers habitants du triangle compris
+entre Koury, Ouagadougou et Ouahigouya. Dès une époque très reculée, ils
+s’avancèrent en dehors de ce triangle (ancien Kipirsi) vers le Nord-
+Est : bien avant le XIe siècle, quelques familles nioniossé, sous la
+conduite d’un chef nommé _Ouéto_, étaient allées se fixer dans le
+Djilgodi à Loroum (près Pobé) ; elles n’y demeurèrent pas longtemps et
+Ouéto vint bientôt s’installer à Bougouré (cercle actuel de Ouahigouya),
+tandis que son frère Ziguiri s’installait à Gambo et l’un de ses fils à
+Rounga ou Ronga (au Nord-Est et à l’Est de Ouahigouya). Ces familles,
+qui étaient les plus septentrionales du peuple nioniossé, s’établirent
+pacifiquement auprès des Dogom, qui leur donnèrent des terrains et
+vécurent avec elles en bonne intelligence. C’est ainsi que, peu à peu,
+les Nioniossé occupèrent la majeure partie du pays que l’on appela plus
+tard le Yatenga. Nous avons vu que, lors de la constitution des empires
+mossi, certaines fractions des Nioniossé acceptèrent la domination des
+envahisseurs tout en conservant leur langue et leur nationalité, que
+d’autres se mélangèrent avec eux jusqu’à devenir des Mossi et que
+d’autres enfin, ayant voulu leur résister, furent refoulées dans le
+Kipirsi actuel, c’est-à-dire dans la partie la plus méridionale de leur
+domaine. C’est ainsi qu’aujourd’hui on rencontre des Nioniossé
+éparpillés au milieu des Mossi depuis le Yatenga jusqu’au Kipirsi.
+
+Les _Nounouma_, avant l’invasion dagomba, s’avançaient probablement plus
+vers le Nord et vers l’Est que de nos jours : un grand nombre d’entre
+eux furent absorbés par les conquérants et fournirent leur contingent à
+la constitution du peuple mossi ; les autres, refoulés ou maintenus dans
+leur pays actuel, sur les bords de la Volta Noire en aval de Koury, se
+sont conservés à peu près intacts.
+
+Les _Sissala_, petit peuple sans grande importance, devaient autrefois
+rejoindre les Boussansé vers l’Est : une poussée des Nankana vers le
+Nord, consécutive à l’extension des Dagomba, les a séparés des Boussansé
+et a restreint leur territoire à une toute petite province.
+
+Enfin les _Boussansé_, nous l’avons vu, se laissèrent conquérir et
+assimiler par les envahisseurs dagomba au Nord de Tenkodogo (régions de
+Koupéla, Béloussa, Boussouma, etc.) pour former les Yansi, tandis qu’au
+Sud du même point ils réussirent à conserver leur nationalité.
+
+Mais beaucoup de familles nioniossé ou nounouma ne voulurent ni accepter
+la suzeraineté des Mossi ni se cantonner dans le petit territoire du
+Kipirsi, qui était trop étroit sans doute pour contenir tous les émigrés
+venus du Nord : aussi se produisit-il des exodes dont les plus
+importants donnèrent naissance, comme nous le verrons dans un instant,
+au groupe lobi et au peuple koulango et dont d’autres, moins
+considérables, amenèrent la formation de petites tribus isolées,
+d’origine gourounsi, qu’on rencontre à la Côte d’Ivoire : celle des
+_Siti_, entre Bouna et la Volta Noire, et celle des _Dégha_ (ou Mô ou
+Diammou), entre Bondoukou et la frontière anglaise.
+
+
+4o _Groupe ou peuple bobo._
+
+Les Bobo ont occupé de tout temps, semble-t-il, leur territoire actuel,
+mais ils s’avançaient autrefois davantage vers le Nord-Ouest, puisque la
+tradition rapporte qu’ils occupaient avant les Bozo l’emplacement actuel
+de Dienné. Les immigrations soninké et banmana les éloignèrent peu à peu
+des rives du Bani et restreignirent leur domaine, mais sans modifier
+sensiblement leur type primitif et sans les entamer sérieusement.
+D’autre part, les Bobo-Niénigué, vers le XVIe siècle, auraient agrandi
+leur territoire du côté du Sud, ce qui aurait contribué à diriger
+l’immigration sia de Diébougou vers Lorhosso d’abord, puis vers Bobo-
+Dioulasso.
+
+
+5o _Groupe lobi (Pougouli, Dian, Gan et Lobi)._
+
+Les _Pougouli_ disent être venus du Kipirsi. Leurs traditions rapportent
+qu’ils appartenaient primitivement au même groupe que les Nounouma,
+c’est-à-dire au groupe gourounsi, et qu’ils auraient émigré du Kipirsi
+lorsque ce refuge des Gourounsi indépendants devint trop étroit pour les
+contenir tous, mais postérieurement à l’émigration qui donna naissance
+aux Koulango (voir plus loin), c’est à dire au plus tôt vers la fin du
+XIIe siècle. Traversant la Volta Noire près du confluent du Manouan-mâné
+(fleuve de Manouan), qui fut appelé à cause d’eux par les Dioula
+Pougouliba ou Bougouriba, ils s’établirent le long des rives de ce cours
+d’eau. Au XVIIIe siècle, sous la poussée des Dagari et surtout des Oulé,
+ils remontèrent plus haut et s’éloignèrent de la Volta.
+
+Les _Dian_, qu’on ne rencontre plus guère aujourd’hui qu’à Diébougou et
+aux environs de cette ville, vinrent du Kipirsi comme les Pougouli mais
+postérieurement à ces derniers, sans doute vers la fin du XIIIe siècle.
+Ils se seraient établis d’abord dans la région de Djifango, puis, sous
+la conduite d’un chef nommé Konkouné, dans la région de Loto, qu’ils
+occupent encore ; ils en auraient chassé les _Padorho_, dont on ne
+rencontre plus aujourd’hui que quelques représentants dans l’Ouest du
+cercle de Gaoua et qui étaient peut-être les autochtones du pays[248].
+Inquiétés au XVIIIe siècle par l’invasion des Oulé, les Dian firent
+appel aux Dioula de Bobo-Dioulasso qui leur envoyèrent une petite armée
+commandée par Bé-Bakari Ouatara ; ce dernier occupa Loto ; des Dioula y
+demeurèrent, firent souche et introduisirent l’islamisme parmi les
+Dian ; mais leur suzeraineté ne fut effective dans la région que
+lorsqu’une colonne venait de Bobo-Dioulasso pour razzier le pays. Vers
+1820, une famille dian qui était demeurée sur la rive gauche de la
+Volta, à Lorha, eut à se plaindre des Dagari et vint se réfugier auprès
+de ses compatriotes de Loto : c’est cette famille qui fonda le Diébougou
+actuel.
+
+Les _Gan_ auraient fait partie de la même migration que les Dian et se
+seraient établis au Sud des Pougouli, dans le centre du cercle actuel de
+Gaoua. L’un de leurs villages principaux était précisément Gaoua, que
+les indigènes appellent encore aujourd’hui _Gan-oura_, ce qui
+signifierait « les Gan sont ici ». Ils furent supplantés dans cette
+région par les Lobi, à une date qu’il est difficile de préciser, mais
+qui est certainement postérieure au XIIIe siècle (date probable de
+l’immigration dian et gan) et antérieure à la formation du peuple birifo
+(XVIIe siècle) ; ainsi repoussés vers le Sud par les Lobi, les Gan se
+portèrent vers Lorhosso, qu’ils occupèrent sur les Lorho, ancêtres des
+Koulango. Ces événements durent se passer au XIVe siècle : cette date
+concorderait avec les traditions que M. l’administrateur Benquey et moi-
+même avons recueillies à Bondoukou (Côte d’Ivoire) sur la fondation d’un
+quartier de cette ville par des Lorho fuyant les Gan, antérieurement à
+l’arrivée des Dioula de Bégho, laquelle se produisit au XVe siècle.
+Actuellement le territoire des Gan se réduit à peu près à la ville et au
+canton de Lorhosso et leur type primitif a été fortement altéré, comme
+celui des Dian, par des mélanges avec les Dioula de Bobo-Dioulasso.
+
+Les _Lobi_, comme je viens de le dire, firent sans doute au XIVe siècle
+leur première apparition dans leur pays actuel, venant, eux aussi, du
+Kipirsi. D’un caractère plus guerrier que les Pougouli, les Dian et les
+Gan, c’est à main armée qu’ils occupèrent les régions montagneuses et
+aurifères qui avoisinent Gaoua. De là, toujours en conquérants, ils se
+portèrent vers l’Ouest et vers le Sud, débordant jusque dans le Nord de
+la Côte d’Ivoire à l’Ouest de Bouna. Une fois maîtres de leur
+territoire, ils s’y sont fortement maintenus, résistant victorieusement
+aux tentatives dirigées par les Dioula de Bobo-Dioulasso et, plus
+récemment, aux bandes de Samori.
+
+
+6o _Groupe ou peuple koulango._
+
+C’est la première des migrations gourounsi venues du Kipirsi qui, vers
+la fin de XIe siècle, donna naissance aux _Lorho_ et par suite au peuple
+koulango ou pakhalla. Traversant le cercle actuel de Gaoua, les Lorho se
+seraient dirigés vers le Sud-Ouest de ce cercle et se seraient établis
+en un point qui reçut d’eux le nom de _Lorhosso_. Lorsque l’invasion
+lobi repoussa les Gan vers ce point au XIVe siècle, la plupart des Lorho
+émigrèrent au Sud et allèrent fonder Bouna et Bondoukou, se répandant
+dans le Nord-Est de la Côte d’Ivoire depuis la Volta Noire jusqu’à Kong
+et au Sud jusqu’à la lisière de la forêt dense, s’enfonçant même en
+certains endroits dans la forêt et constituant le peuple des _Koulango_.
+Quelques Lorho cependant sont demeurés dans le Haut-Sénégal-Niger,
+notamment à Lorhopéni, près et à l’Est de Lorhosso.
+
+
+7o _Groupe bariba._
+
+Ce groupe, qui intéresse surtout le Dahomey, possède cependant quelques
+représentants dans le cercle de Fada-n-Gourma, représentants qui
+appartiennent à deux peuples différents : les _Bariba_ proprement dits
+et les _Soumba_ ; ces derniers sont d’ailleurs fort peu nombreux dans le
+Haut-Sénégal-Niger.
+
+Il semble que les Bariba étaient les anciens autochtones, non seulement
+de leur pays actuel, mais aussi d’une bonne partie du cercle actuel de
+Fada-n-Gourma : beaucoup se sont fondus avec les envahisseurs dagomba
+pour former le peuple gourmantché ; les autres se sont reportés plus au
+Sud et ont conservé à peu près leur type primitif, bien que l’influence
+du groupe mossi sur leur civilisation soit assez perceptible.
+
+Les Soumba au contraire semblent n’avoir été touchés par aucune
+influence étrangère : aussi, bien qu’appartenant vraisemblablement au
+même groupe ethnique que les Bariba, ils se distinguent nettement de
+ceux-ci à l’heure actuelle.
+
+
+ TABLEAU CHRONOLOGIQUE
+
+_donnant les dates approximatives des principaux événements relatifs aux
+origines et aux migrations des peuples du Haut-Sénégal-Niger._
+
+
+? 200 av. J.-C. — Fondation de Néma et Ghana par des Soninké du Diagha.
+
+? 100 av. J.-C. — Premières immigrations berbères dans le Hodh.
+
+80 à 90 après J.-C. — Départ de Cyrénaïque de la première migration
+judéo-syrienne (vers l’Aïr et le Massina).
+
+117. — Départ de la deuxième migration judéo-syrienne (vers le Touat).
+
+? 150. — Arrivée à Ghana des Judéo-Syriens du Massina.
+
+? 200. — Arrivée à Ghana des Judéo-Syriens du Touat.
+
+? 300. — Fondation de l’empire judéo-syrien de Ghana.
+
+? 600. — Installation des Songaï à Gounguia ou Koukia.
+
+670. — Départ des Lemta et Hoouara de la Tripolitaine vers le Niger.
+
+? 690. — Fondation de l’empire lemta à Gounguia (dynastie des Dia). —
+Les Songaï (Sorko) à Gao. — Premières migrations des Soninké du Diagha
+vers Dienné et vers le Diafounou et le Kingui.
+
+? 700. — Arrivée des Messoufa à Teghazza. — Nouvelles immigrations
+berbères dans le Hodh.
+
+? 750. — Maghan-Diabé Sissé fonde le royaume soninké du Ouagadou.
+
+? 790 à 800. — Arrivée des Bérabich à Teghazza. — Dispersion des Soninké
+du Ouagadou : Kaya-Maghan Sissé fonde l’empire soninké de Ghana. —
+Fondation de Tichit. — Arrivée des Judéo-Syriens au Gorgol. — Les
+Soninké au Galam.
+
+? 800. — Les Bérabich maîtres de Teghazza. — Installation des Soninké
+dans la région de Dienné. — Arrivée des Judéo-Syriens au Fouta-Toro. —
+Les Lemtouna à Aoudaghost.
+
+? 890. — Les Lemta à Gao ; les Songaï (Sorko) à Bamba.
+
+? 900. — Les Saghmara (Kel-Tadmekket) au Niger.
+
+930. — Les Lemtouna luttent avec les Soninké de Ghana.
+
+? 990. — Les Soninké de Ghana suzerains des Lemtouna d’Aoudaghost.
+
+? 1000. — Formation des Peuls dans le Fouta et leur dispersion. — Ouâr
+Diâbi fonde l’empire toucouleur du Tekrour et islamise les Toucouleurs.
+— Les Peuls au Ferlo. — Les Dioula dans la Boucle du Niger.
+
+1009. — Dia Kossoï se convertit à l’islamisme et transporte la capitale
+des Lemta de Gounguia à Gao.
+
+? 1030. — Début des invasions dagomba et de la formation des empires
+mossi et gourmantché.
+
+1042. — Début de l’organisation de la secte berbère des Almoravides.
+
+? 1060. — Les Peuls au Galam.
+
+1076. — Prise de Ghana par les Almoravides et dispersion des Soninké de
+Ghana. — Première islamisation des Berbères du Hodh. — Arrivée des
+Goddala dans la région de Tombouctou. — Fondation de l’empire soninké
+des Sossé au Kaniaga, du royaume soninké des Niakaté au Kingui et du
+royaume soninké des Doukouré au Bakounou. — Arrivée des Soninké à Nono.
+
+? 1090. — Migration des Peuls du Galam vers le Kaniaga et des Peuls du
+Ferlo vers le Fouta-Diallon. — Première migration gourounsi du Kipirsi
+vers la région de Gaoua (Lorho ou Koulango). — Les Soninké de Ghana
+reconquièrent leur indépendance.
+
+? 1100. — Les Peuls au Kaniaga. — Premières habitations construites sur
+l’emplacement de Tombouctou.
+
+? 1190. — Les Songaï (Sorko) à Gourao. — Bouyagui-Toumbéli roi de
+Goumbou. — Formation des Pougouli.
+
+? 1200. — Les Lemta à Bamba. — Les Songaï (Faran) à Saraféré.
+
+1203. — Prise de Ghana sur les Sissé par les Soninké Sossé.
+
+1213. — Fondation de l’empire mandingue par Allakoï Keïta.
+
+? 1220. — Les Banmana se concentrent dans le Toron.
+
+1224. — Fondation de Oualata. — Les Somono dans la région de Bamako-
+Ségou.
+
+1235. — Soundiata Keïta bat Soumangourou Kannté à Kirina et renverse
+l’empire sossé du Kaniaga.
+
+1240. — Soundiata prend et détruit Ghana et transporte la capitale de
+l’empire mandingue de Kangaba à Mali.
+
+1250. — Les Soninké-Nono fondent la ville de Dienné. — Commencement de
+la migration des Mandé du Sud du Fouta-Diallon vers la Côte d’Ivoire. —
+Les Sossé s’emparent du Tekrour sur les Toucouleurs.
+
+1270. — Mamoudou Diawara renverse la dynastie des Niakaté et fonde celle
+des Diawara au Kingui.
+
+? 1290. — Formation des Dian et des Gan.
+
+? 1300. — Développement de Tombouctou et de Dienné. — Fondation de Nioro
+par des Diawambé. — Conversion de Dienné à l’islamisme.
+
+1307. — Avènement de Kankan-Moussa à Mali.
+
+1325. — Kankan-Moussa s’empare de Gao et de Tombouctou. — Construction
+des premières maisons à terrasse à Gao, Tombouctou et Dienné.
+
+1333. — Les Mossi prennent et pillent Tombouctou.
+
+1335. — Ali-Kolen fonde la deuxième dynastie des Lemta à Gao (dynastie
+des Sonni).
+
+? 1350. — Les Ouolofs s’emparent du Tekrour. — Arrivée des Berbères sur
+la rive Nord du Sénégal ; migration des Sérères dans le Sine. — Invasion
+des Lobi à Gaoua ; les Gan à Lorhosso ; les Koulango fondent Bouna et se
+portent à Bondoukou. — Formation première des Samo.
+
+? 1400. — Migrations des Peuls du Kaniaga au Massina et au Bakounou.
+
+1433. — Les Touareg s’emparent de Tombouctou sur les Mandingues.
+
+1450. — Arrivée des Kounta dans l’Azaouad. — Luttes des Sagoné contre
+les Dabo au Kingui. — Fondation de Sokolo.
+
+1464-65. — Avènement de Sonni Ali-Ber.
+
+1468 à 1473. — Ali-Ber conquiert Tombouctou et Dienné et affranchit
+l’empire de Gao de la suzeraineté mandingue.
+
+1480. — Pillage de Oualata par les Mossi.
+
+1492. — Mort de Sonni Ali-Ber. — Expulsion des Juifs du Touat.
+
+1493. — Le Soninké Mohammed Touré fonde à Gao la dynastie des Askia. —
+Arrivée des Oulmidden à Gao et dans la Boucle ; leur conversion à
+l’islamisme.
+
+? 1495. — Commencement des migrations peules dans la Boucle du Niger.
+
+1512. — Mort de Tindo Galadio au Kingui. Son fils Koli va au Fouta-Toro,
+qu’il affranchit de la suzeraineté des Ouolofs et où il fonde une
+dynastie peule.
+
+1534. — Victoires des Peuls et Toucouleurs du Fouta sur les Soninké du
+Galam et les Mandingues du Boundou.
+
+1585. — Fondation de Taodéni.
+
+1591. — Prise de Gao et de Tombouctou par le pacha marocain Djouder.
+
+1596. — Taodéni remplace Teghazza. — Conquête du Hodh par les Beni-
+Hassân et islamisation définitive des Berbères du Hodh. — Formation des
+Sia et des Samorho. — Formation définitive des Samo.
+
+? 1600. — Islamisation des Bérabich par les Kounta. — Formation des
+Foulanké du Ganadougou. — Installation des Banmana de Kaladian
+Kouloubali dans la région de Ségou.
+
+1612. — Les pachas de Tombouctou cessent d’être désignés par le sultan
+du Maroc.
+
+1620. — Danfassari Kouloubali s’installe à Ségou-koro.
+
+1640. — Destruction de Tadmekket par les Oulmidden. — Deuxième
+immigration des Kel-Tadmekket sur le Niger.
+
+1660. — On cesse à Tombouctou de dire le prône au nom du sultan du
+Maroc.
+
+1670. — Biton Kouloubali fonde l’empire banmana de Ségou et étend sa
+domination jusqu’à Tombouctou. — Zié et Sounsa fondent l’empire banmana
+du Kaarta.
+
+1671. — Expédition du sultan Er-Rachid au Soudan.
+
+1672. — Expédition du marocain Ahmed à Tombouctou.
+
+1680. — Prise de Gao par les Touareg.
+
+? 1690. — Invasion des Birifo dans la région de Gaoua.
+
+? 1700. — Les Peuls sont répandus dans toute la Boucle du Niger et au-
+delà. — Islamisation des Peuls. — Arrivée des Dagari sur la rive droite
+de la Volta. — Prise de Lorhosso et de Loto par les Dioula de Bobo-
+Dioulasso.
+
+1720. — Conquête du Fouta-Diallon par les Toucouleurs. — Migration des
+Peuls du Fouta-Diallon au Ouassoulou et vers la Boucle du Niger. —
+Formation définitive des Foulanké.
+
+1754. — Avènement de Ngolo Diara à Ségou et de Sébé Kouloubali à Nioro.
+
+1802. — Conquête du Haoussa par les Peuls.
+
+1810. — Les Peuls du Massina se rendent indépendants de Ségou.
+
+1820. — Fondation de Diébougou.
+
+1826. — Prise de Tombouctou par les Peuls du Massina.
+
+1832. — Les Soninké à Banamba.
+
+1861. — Prise de Ségou par El-hadj-Omar.
+
+ * * * * *
+
+[Illustration : Carte 5. — Migrations ethniques.]
+
+
+[Note 101 : Voir la carte 5 à la fin du chapitre.]
+
+[Note 102 : Ainsi, au cas où les successeurs d’El-hadj Omar se seraient
+maintenus à Ségou, on nous dirait très probablement aujourd’hui que les
+gens de Ségou viennent du Fouta Sénégalais.]
+
+[Note 103 : Le mot _yemen_ en arabe signifie proprement « la droite ».
+Comme beaucoup d’Orientaux et comme aussi la plupart des Nègres, les
+Arabes s’orientent en faisant face au soleil levant : par suite
+« droite » devient pour eux synonyme de « Sud » et c’est ainsi que les
+gens du Hidjaz ont donné le nom de Yémen au pays situé au Sud du leur.
+De même que Gourma désigne le Sud à Bamba et l’Est à Niafounké, de même
+Yémen — devenu nom de pays après avoir été un simple nom de direction —
+désigne le Sud à La Mecque et l’Est ou le Nord-Est au Soudan.]
+
+[Note 104 : L’immigration arabe dont ils faisaient partie comprenait
+surtout des _Oulad-Slimân_, qui forment encore la fraction principale
+des Bérabich ; une partie de ces Oulad-Slimân s’établit dans la
+Tripolitaine et, de là, se répandit plus tard vers le Tchad.]
+
+[Note 105 : Sidi Mohammed-el-Kounti (père du premier El-Bekkaï) d’après
+les uns, mais plutôt Yahia-ben-Osmân-ben-Yassen (grand père de Mohammed-
+el-Kounti) d’après de plus nombreux témoignages.]
+
+[Note 106 : Le village même de Mabrouk serait beaucoup plus récent et
+n’aurait été fondé qu’en 1808 par la sous-tribu kounta des Oulad-el-
+Ouafi.]
+
+[Note 107 : Voir à ce sujet le tableau généalogique des Bekkaï dans
+_Littérature arabe saharienne_ par Ismaël Hamet (_Revue du monde
+musulman_, octobre 1910).]
+
+[Note 108 : On retrouve chez les auteurs grecs et latins des noms de
+tribus berbères qui subsistent encore de nos jours : c’est ainsi qu’on a
+pu identifier les _Libyens_ proprement dits (_Loubim_ de la Bible,
+_Lebataï_ de Procope) avec les _Lewwata_ ou _Louata_, les _Gétules_ avec
+les _Goddala_ ou _Djedala_ ou avec les _Guezoula_, les _Serangaï_ de
+Ptolémée (placés par lui dans le Sous) avec les _Zenaga_, les _Maxyes_
+d’Hérodote (_Mazikes_, _Masices_, _Mazices_ et _Mazax_ de Lucrèce,
+Suétone, Ptolémée, Ammien Marcellin, Corippus et Cassien) avec les
+_Imazirhen_ ou _Imocharhen_, c’est-à-dire avec les Berbères de souche
+noble. — Voici maintenant un résumé des principales théories arabes
+concernant l’origine des Berbères. Yakout (XIIe-XIIIe siècles) nous dit
+que _Berber_ est le nom de nombreuses tribus habitant les montagnes du
+Maghreb depuis Barka jusqu’à l’Atlantique et s’étendant au Sud jusqu’au
+pays des Noirs ; il ajoute que les Berbères font en général remonter
+leur origine à Sem et prétendent que leurs ancêtres auraient émigré
+d’Arabie en Afrique ; leur langue primitive — qui aurait été une langue
+sémitique — se serait corrompue au contact de la langue des autochtones
+du Maghreb — (qui étaient ces autochtones ? Yakout ne nous le dit pas) —
+et serait devenue le berbère. Certains, précise Yakout, disent que le
+roi himyarite Ifrîkos, étant venu du Yémen faire une expédition en
+Ifrîkia (Tunisie), aurait fondé là un établissement de Yéménites dont
+les descendants seraient les Berbères. Dans sa nomenclature des
+principales tribus berbères, Yakout en cite plusieurs dont les noms sont
+portés encore par des sous-tribus maures du Hodh et de l’Azaouad (par
+exemple les Louata, qu’on rencontre chez les Idao-Aïch, et les Sakhoura,
+sans doute les mêmes que les Zakhoura vassaux des Kounta). D’après Ibn-
+Khaldoun (XIVe siècle), qui paraît mieux informé que Yakout et qui
+surtout est doué d’un véritable esprit critique manquant au précédent,
+les Berbères descendraient de Ham ou Cham par Chanaan, Mazigh (d’où le
+nom d’Imazirhen porté de nos jours encore par les familles nobles) et un
+nommé Berr, dont l’un des fils, Madghis, serait l’ancêtre des Zenata et
+de leurs cousins les Louata, les Zouaoua, les Maghraoua, etc., et dont
+l’autre fils, Bernès, serait l’ancêtre des Zenaga (enfants de Zenag,
+fils de Bernès, comprenant les Messoufa, les Goddala, les Lemtouna, les
+Maddassa, les Ouareth, etc.) et de leurs cousins les Lemta, les Hoouara,
+les Guezoula, les Masmouda, les Ketama, les Mesrata, etc. Il ajoute
+d’ailleurs que beaucoup, principalement parmi les Berbères eux-mêmes,
+attribuent à cette nation une origine sémitique, dans le but évident de
+la rattacher à la même souche que les Arabes : c’est ainsi que les uns
+les font descendre d’un fils d’Abraham nommé Yaksân, d’autres des
+Amalécites issus d’Esaü, d’autres des Syriens et Yéménites venus en
+Afrique avec Ifrîkos, d’autres des Egyptiens, etc. Après avoir dit que
+l’opinion la plus répandue en fait des Hamites ayant vécu longtemps au
+contact des Sémites (des Israélites surtout), puis ayant été chassés
+d’Asie par les Juifs et ayant passé en Egypte et de là en Ifrîkia et au
+Maghreb, à une époque fort reculée et certainement bien avant Ifrîkos,
+Ibn-Khaldoun conclut fort sagement : « Une nation comme celle des
+Berbères, formée d’une foule de peuples et remplissant une partie
+considérable de la terre, n’a pas pu y être transportée d’un autre
+endroit et surtout d’une région très bornée. Depuis une longue suite de
+siècles avant l’islamisme, les Berbères ont été connus comme habitants
+du pays et des régions qui leur appartiennent de nos jours. » (_Histoire
+des Berbères_, traduction de Slane, 1er vol., page 183). Procope (VIe
+siècle) avait soutenu déjà la théorie faisant remonter les Berbères aux
+Hamites issus de Chanaan qui furent chassés de Palestine par les
+Hébreux, lorsque ces derniers s’y installèrent en revenant d’Egypte.]
+
+[Note 109 : Le géographe arabe Ibn-Saïd (XIIIe siècle) place Aoudaghost
+par 17° de latitude Nord et à une dizaine de degrés de longitude
+planimétrique à l’Est de l’embouchure du Sénégal, ce qui correspondrait
+approximativement à 13° de longitude Ouest de Paris et situerait
+Aoudaghost à une soixantaine de kilomètres au Nord-Est de Kiffa.]
+
+[Note 110 : Cela résulte tout au moins du témoignage de l’écrivain arabe
+Zohri (XIIe siècle), d’après lequel les Berbères du Soudan n’auraient
+abjuré le christianisme et embrassé l’islamisme que vers l’année 1075.]
+
+[Note 111 : Le chef de la conquête s’appelait, dit la légende, Osmân-
+ould-Barkani ould Maghfar : son fils Terrouz aurait donné son nom aux
+Trarza, son frère Haroun ould-Barkani le nom de son père aux Brakna et
+son autre frère Mbarek son propre nom aux Oulad-Mbarek.]
+
+[Note 112 : Les ancêtres sémitiques des Guirganké seraient des Judéo-
+Syriens ou Proto-Peuls, métissés de Soninké, qui auraient fondé Tichit,
+auraient émigré ensuite dans le Tagant et plus tard, à la suite de
+luttes sanglantes avec les Zénaga, se seraient refugiés à Diara, non
+loin de Nioro, auprès des Oulad-Mbarek et se seraient alliés là à des
+Beni-Hassân. Nous en reparlerons lorsqu’il sera question de la formation
+des Peuls. Au moment de la conquête de Nioro par El-hadj-Omar, la
+plupart des Guirganké se réfugièrent dans la région d’Akor, du côté de
+Goumbou.]
+
+[Note 113 : Relativement nombreux en Mauritanie, les Maures parlant le
+zenaga sont excessivement rares dans le Hodh.]
+
+[Note 114 : En outre des Beni-Hassân, quelques autres familles arabes
+ont contribué à renforcer l’élément sémitique dans le Hodh : c’est ainsi
+que des Kounta venus de l’Azaouad s’établirent en plusieurs endroits de
+cette contrée et notamment à Tichit, lors de leur mouvement vers le
+Tagant et l’Adrar ; à différentes époques, des Arabes ou Berbères
+arabisés vinrent du Maroc dans les mêmes régions : c’est le cas des
+Taleb-Mokhtar, dont les ancêtres, chassés du Sud-marocain à la suite
+d’événements obscurs, seraient venus s’établir au Massina, d’où, fuyant
+devant la conquête d’El-hadj-Omar, ils auraient, conduits par Mohammed-
+Fadel, émigré vers Goumbou et Oualata auprès des Mejdouf, tandis que
+d’autres fractions de leur famille poussaient jusqu’en Mauritanie avec
+Saad-Bou et plus tard dans la Saguiet-el-hamra avec Mâ-el-Aïnîn.]
+
+[Note 115 : On a cru parfois pouvoir identifier Koukia avec Gao, mais,
+comme nous le verrons dans la IVe partie de cet ouvrage en traitant de
+l’histoire de l’empire de Gao, une telle identification est
+matériellement impossible. Je ferai observer que _goungui_ signifie
+« île » en songaï ; dans la même langue _goungui-yo_ signifierait « les
+îles », _goungui yé_ « les sept îles » et _goungui yaha_ « les huit
+îles ».]
+
+[Note 116 : Voir IVe partie. Je tiens à faire observer que cette théorie
+de l’origine berbère des fondateurs de l’empire dit « songaï », rejetée
+par M. René Basset, avait été soutenue par Barth.]
+
+[Note 117 : Les géographes arabes, amoureux d’étymologies savantes,
+traduisent Tadmekket par « qui ressemble à La Mecque » et disent que ce
+nom, qui pourtant semble bien être antérieur à l’islam, aurait été donné
+à la ville parce qu’elle était, comme La Mecque, située entre deux
+collines.]
+
+[Note 118 : On sait que les Arabes ont donné le nom d’_Ifrîkia_ à la
+région correspondant à peu près à l’ancienne province d’_Afrique_ des
+Romains, région constituée principalement par la Tunisie actuelle, tout
+en faisant venir ce nom de la soi-disant colonie fondée dans ces parages
+par le fameux roi himyarite Ifrîkos.]
+
+[Note 119 : Les Kel-Antassar sont déjà signalés au XIe siècle par Bekri
+sous le nom de _Beni-Intasser_ ; mais ils habitaient alors entre le
+Tagant et Oualata, c’est-à-dire dans le Hodh, et n’avaient pas encore
+gagné leur pays actuel.]
+
+[Note 120 : A titre purement documentaire, je crois bon de donner ici la
+théorie de l’auteur du _Houlel el-mouwachia fi dikr el-akhbâr el-
+marrâkochiya_ sur l’origine des Touareg. Ils seraient, d’après lui, des
+Messoufa apparentés aux Zenaga issus de Himyar ; ils ne descendraient
+des Berbères que par les femmes et seraient originaires du Yémen. Un roi
+de ce pays (sans doute Harits-er-Raïch, le premier tobba ou roi
+himyarite, qui vivait un peu avant notre ère) avait eu, à la suite
+d’enseignements reçus d’un rabbin, la divination de la venue d’un Messie
+(soit Mahomet, soit plutôt Jésus-Christ) et il invita ses sujets à
+adopter ses croyances. Après sa mort, ceux qui avaient partagé sa foi
+furent persécutés et chassés ; ils se voilèrent le visage pour ne pas
+être reconnus de leurs ennemis et (sans doute sous le règne d’Ifrîkos,
+le troisième tobba, vers le début de notre ère), ils quittèrent le Yémen
+et gagnèrent le pays des Berbères, où ils se marièrent et s’installèrent
+comme dans une nouvelle patrie. Leur voile les ayant protégés contre
+leurs persécuteurs, ils le conservèrent pieusement sans jamais s’en
+séparer. Ils oublièrent leur langue (l’arabe) par suite de leur
+incorporation aux Berbères et adoptèrent celle de ces derniers. Les
+Touareg seraient les descendants de ces Zenaga voilés, qui auraient été
+chassés dans le désert par une fraction d’entre eux, celle des
+Almoravides. Il est à remarquer que la plupart des auteurs arabes
+attribuent cette origine mi-yéménite mi-berbère à tous les Zenaga et à
+quelques tribus qui leur sont apparentées de près, les Lemta entre
+autres.]
+
+[Note 121 : Le mot _Fouth_, dans les rédactions de la Bible en langues
+sémitiques, se termine par un _t emphatique_ ou _th_ (_thav_ des
+Hébreux, _tha_ des Arabes), lettre qui se rend en peul par un d spécial
+ou _dh_ se changeant fréquemment en _l_, en sorte que le _Fouth_ de la
+Bible peut parfaitement être considéré comme provenant d’une racine
+identique à celle de la syllabe _foul_, qui est le radical du nom des
+Peuls. Au contraire le nom du _Fouta_ s’écrit en arabe par un _t_
+ordinaire et semble provenir d’un radical différent. — Ce terme de Fouth
+ou Foul, dans les traductions européennes de la Bible, a été remplacé
+souvent par « Afrique » ou par « Libye », mais sans aucune raison.]
+
+[Note 122 : Genèse, X, 6. L’auteur de la Genèse indique la descendance
+des trois autres fils de Ham, mais ne donne pas celle de Fouth.]
+
+[Note 123 : C’est ainsi que les Sabéens ou Yéménites sont donnés tantôt
+comme descendant de Sem par Heber et Yektân et tantôt comme descendant
+de Ham par Chous.]
+
+[Note 124 : Cette femme avait été capturée au cours d’une razzia par
+Sonni Ali (1464-1492) et donnée par ce prince en mariage à Abdallah-el-
+Balbali, arrière-grand-père de Sa’di.]
+
+[Note 125 : _An account of the empire of Marocco_, 1810, page 212.]
+
+[Note 126 : Ce manuscrit renfermait un court extrait d’un ouvrage
+intitulé _El-enfak el-maïsour fi tarikh belad et-Tekrour_ (exposé
+facilitant l’étude de l’histoire du pays de Tekrour). Clapperton n’en a
+pas publié le texte et n’en a donné qu’une traduction de A. Salame, qui
+figure à l’appendice de sa relation de voyage (appendix no XII, pages
+158-167, dans l’édition anglaise) ; une carte, dessinée par le sultan
+Bello, est reproduite dans la IIe partie du volume, face à la page 109.
+— Par Tekrour, Bello comprend tout le Soudan, depuis le Darfour jusqu’au
+Fouta ; sa carte place ce dernier pays à l’extrême Ouest. — D’autres
+manuscrits remis à Clapperton lors de son second voyage à Sokoto (1827)
+et rapportés par Lander sont plus explicites et accordent aux Peuls une
+origine nettement judéo-syrienne. (Voir l’appendice de _Clapperton’s
+journal of a second expedition into the interior of Africa_, 1829).]
+
+[Note 127 : _Histoire et origine des Foulahs ou Fellans_, 1841.]
+
+[Note 128 : Et non du Fezzan, comme l’écrit de Guiraudon, qui a
+reproduit cette légende en introduisant dans le texte original un
+certain nombre de rectifications pour la plupart malheureuses.]
+
+[Note 129 : D’ailleurs la légende recueillie par Reichardt renferme des
+inexactitudes flagrantes : Sidi et Séri étaient, non pas les chefs de
+l’immigration peule au Massina, mais les chefs de la conquête du Fouta-
+Diallon par les Toucouleurs du Fouta Sénégalais.]
+
+[Note 130 : Il est à remarquer de plus que le _h_ final de _fellah_ fait
+partie de la racine du mot, alors que cette lettre — en dépit de
+l’orthographe anglaise _Fulah_ adoptée par beaucoup de Français — est
+totalement absente de la racine _foul_, d’où vient le nom des Peuls.]
+
+[Note 131 : La manie étymologique, forme d’aspect savant du calembour
+par à peu près, a trouvé d’ailleurs ample matière à s’exercer aux dépens
+des Peuls. Le capitaine Figeac ne les fait il pas descendre d’Apollon
+par l’intermédiaire des Pélasges, parce qu’il a constaté que les trois
+noms provenaient d’une racine phonétiquement identique ? Et le général
+Frey, qui rattache les Peuls aux Annamites, tout en les apparentant aux
+Bretons et en attribuant à leur nom une origine provençale, ne nous a-t-
+il pas révélé que le _Canada_ était une colonie peule fondée par des
+Foulbé de _Gana_ ou Ghana ? (Je n’invente rien : voir page 81 de
+l’_Annamite mère des langues_, Paris, 1892, in-8). Passons sous silence
+les élucubrations d’un disciple des deux auteurs précités, qui a trouvé
+le moyen de surpasser ses maîtres.]
+
+[Note 132 : En réalité Bekri écrit _gafou_ : mais, comme il substitue
+plus d’une fois _f_ à _b_ dans la transcription des mots soudanais
+(mettant par exemple _safongo_ pour _sa-bongo_ ou _issa-bongo_,
+l’équivalent songaï de Ras-el-ma), on peut sans hésitation reconnaître
+dans son _gafou_ le mot peul ou toucouleur _gabou_. Aucune des autres
+langues du Sénégal ou du Soudan ne possède de mot analogue pour désigner
+l’hippopotame : cet animal est appelé _zamouli_ par les Maures Beni-
+Hassân, _neberh_ par les Berbères Zenaga, _lébeur_ par les Ouolofs,
+_langbâr_ par les Sérères, _ékav_ par les Diola, _khoungamé_ par les
+Soninké, _mèri_ ou _mali_ par les Mandé, _banga_ par les Songaï,
+_dorina_ par les Haoussa, etc.]
+
+[Note 133 : Je dis « actuellement », car j’ai combattu, il y a huit ans
+environ, les conclusions de Grimal de Guiraudon ; je croyais alors que
+les Peuls avaient apporté avec eux en Afrique la langue qu’ils parlent
+actuellement : constatant l’impossibilité matérielle de rattacher cette
+langue aux idiomes sémitiques ou hamitiques, je leur cherchais — bien
+vainement d’ailleurs — une origine hindoue. Une étude plus approfondie
+de la langue actuelle des Peuls et des autres langues de l’Ouest
+africain m’a fait revenir de mon erreur première. Je la confesse ici en
+toute sincérité, invitant à me lapider ceux qui n’ont jamais erré en
+matière d’ethnologie et de linguistique africaines.]
+
+[Note 134 : _Affairs of West Africa_, chap. XV à XVII.]
+
+[Note 135 : Avant la venue de Joseph en Egypte, il y avait eu déjà des
+relations entre ses ancêtres et les Egyptiens, puisque Abraham aurait
+accompli un voyage en Egypte entre ses deux séjours au pays des
+Chananéens (Genèse, XII).]
+
+[Note 136 : Genèse, XLVI, 6.]
+
+[Note 137 : Exode, XII, 40.]
+
+[Note 138 : 603.550 sans compter les Lévites (Nombres, I, 46 et 47).]
+
+[Note 139 : Exode, XII, 37 et 38.]
+
+[Note 140 : Un manuscrit arabe encore inédit, recueilli au Sénégal par
+M. le chef de bataillon Gaden qui me l’a communiqué, localise la patrie
+de l’ancêtre des Peuls à _Akka_, c’est-à-dire à Saint-Jean-d’Acre, sur
+la côte de Galilée, au Sud de Tyr et non loin de Nazareth, au point de
+jonction de la Palestine, de la Phénicie ou Syrie occidentale (Sour) et
+de la Syrie orientale (Châm). — Une tradition écrite recueillie à Sokoto
+en 1827 par Clapperton fait venir les Peuls de la Mésopotamie dans le
+pays des Juifs, puis de là dans le Sinaï (Tôr) et dans l’Egypte
+(Missira).]
+
+[Note 141 : C’est en souvenir de ce passage à travers le Tôr, disent les
+légendes peules, que le nom de Toro aurait été donné à la province du
+Fouta où se termina le mouvement d’avancée vers le Sud-Ouest des Judéo-
+Syriens. Bien entendu cette étymologie ne saurait être acceptée que sous
+les plus expresses réserves.]
+
+[Note 142 : Cf. les légendes sur l’origine des Peuls recueillies au
+Fouta-Diallon par M. Guebhard (_Revue des études ethnographiques et
+sociologiques_, avril-juin 1909), dans l’Adamaoua par C. Vicars Boyle
+(_Journal of the African Society_, octobre 1910), au Caire, auprès d’un
+cheikh du Baguirmi, par le comte d’Escayrac de Lauture (_Mémoire sur le
+Soudan_, Paris, 1855-56, pages 60 à 62) et à Sokoto par Clapperton
+(_Journal of a second expedition_, etc., 1829, pages 399 et suivantes).
+Le premier de ces travaux renferme deux documents en langue arabe dont
+le texte, pourtant fort clair, a été complètement déformé par
+l’interprétation incomplète et souvent erronée qui fut fournie à M.
+Guebhard : les noms propres en particulier ont été fort mal lus par le
+traducteur, qui a confondu le Tôr ou Sinaï avec le Fouta Toro, a pris
+des mots arabes pour des noms de pays soudanais et a commis de
+nombreuses omissions. Dans la légende recueillie par C. Vicars Boyle, le
+nom de Okba est devenu _Oukouba_ ; dans le récit de l’informateur du
+comte de Lauture, il s’est transformé en _Yakoub_ — ce qui pourrait
+expliquer comment l’ancêtre hébreu Jacob a pu devenir, dans les légendes
+islamisées, l’ancêtre arabe Okba-ben-Yâsser — et Tadiouma, fille du roi
+de Tôr, est devenue une femelle de caméléon (_dioundougal_). Dans une
+des légendes écrites remises à Clapperton, Okba est appelé _Okba-ben-
+Amir_, la fille du roi de Tôr est nommée _Gadiouma_ et les quatre
+enfants qu’elle eut de Okba portent les noms de _Dita_, _Ouaya_,
+_Nasser_ et _Rarabi_ : la concordance est tout au moins remarquable
+entre ces traditions recueillies, l’une à Sokoto et l’autre au Fouta-
+Diallon, à près d’un siècle d’intervalle. Dans une autre légende
+recueillie par l’administrateur Logeay auprès des Peuls du cercle de
+Goumbou. Okba est appelé _Ougoubata_ et le Tôr ou Sinaï a été confondu
+avec le Fouta Toro, comme dans la traduction donnée par M. Guebhard.
+Dans d’autres légendes enfin, Okba est donné comme le neveu de Amrou et
+porte le nom de _Okba-ben-Amir_, qui est en effet le nom de l’un des
+lieutenants de Amrou, mais on le confond avec Okba-ben-Nafi et on le
+fait aller, sur l’ordre du khalife Moaouiya, non seulement en Egypte et
+au Sous, mais jusqu’au Tekrour et à Ghana.]
+
+[Note 143 : Jacob et Israël, dans la Bible, ne forment qu’un seul et
+même personnage.]
+
+[Note 144 : Sans doute plusieurs générations après cette mort.]
+
+[Note 145 : Une légende dit « dans le pays de _Barga_ », ce qui revient
+au même (Barga = Barka).]
+
+[Note 146 : La racine _foudh_, avec le sens de « s’enfuir », se retrouve
+en égyptien démotique sous la forme _pout_ (avec un _t_ prononcé _d_) et
+en copte sous la forme _fôt_ (avec un _t_ prononcé _d_ au Sud du Delta).
+Dans les langues sémitiques, on ne rencontre aucune racine analogue
+ayant le sens de « s’enfuir ». Cela laisserait croire que, durant leur
+séjour en Egypte, les Judéo-Syriens auraient adopté la langue égyptienne
+ou tout au moins que leur langue primitive — l’araméen probablement —
+aurait été fortement influencée par l’égyptien, ce qui n’a rien
+d’invraisemblable. De même, plus tard, ils devaient, durant leur séjour
+au Fouta, adopter la langue des Toucouleurs. Quant aux Hébreux qui
+suivirent Moïse, ils pouvaient très bien aussi parler l’égyptien lors de
+leur sortie de l’Égypte, mais, revenus en pays sémitique, ils durent
+reprendre assez vite la langue de leurs ancêtres.]
+
+[Note 147 : Je ne continue pas plus loin la légende, car, à partir de
+l’arrivée des Judéo-Syriens au Massina, nous entrons presque dans le
+domaine de l’histoire ; nous verrons dans la IVe partie de cet ouvrage
+ce qu’il advint de Kara et de Gama. Je dois faire observer que les
+Soninké du Sahel se sont approprié cette tradition et la donnent comme
+expliquant leur propre origine ; ils y ont même introduit des noms de
+clan à eux, pour rendre la chose plus vraisemblable. Mais, à mon avis,
+la légende est bien une tradition peule et les Soninké ne peuvent la
+revendiquer que comme donnant l’origine partielle de celles de leurs
+familles qui sont issues du mélange des immigrants judéo-syriens avec
+les autochtones primitifs du Massina.]
+
+[Note 148 : Bekri, parlant des gens de Sort en Cyrénaïque tels qu’ils
+étaient de son temps (XIe siècle), dit qu’ils parlent « une espèce de
+jargon qui n’est ni arabe, ni persan, ni berbère, ni copte, et que
+personne ne peut comprendre en dehors d’eux-mêmes ». Il serait
+intéressant de savoir quel était ce « jargon » ; cela pourrait peut-être
+jeter une lueur nouvelle sur la question traitée ici.]
+
+[Note 149 : L’Aïr fut à un moment donné une dépendance politique du
+Bornou, ou tout au moins du Kânem au temps où ce dernier empire
+englobait le Bornou.]
+
+[Note 150 : La colonie juive du Touat fut longtemps florissante. En
+1492, elle se démembra à la suite des persécutions du réformateur
+musulman El-Merhili ; un grand nombre de Juifs furent alors massacrés,
+d’autres se dispersèrent en plusieurs points de l’Algérie, d’autres se
+réfugièrent auprès des Kounta, du côté de Tombouctou et de Gao. On a
+trouvé au Touat des inscriptions en caractères hébraïques, dont une
+datant de 1329. Nous savons par Ibn-Meriem que, vers 1502, El-Merhili se
+rendit du Touat à Gao, par l’Aïr, Takedda, Kano et Katséna, et chercha à
+déterminer l’empereur ou _askia_ El-Hadj Mohammed à ordonner le massacre
+des Juifs réfugiés à Gao ; il semble d’ailleurs que ses conseils
+demeurèrent sans effet.]
+
+[Note 151 : D’après les traditions locales, les juifs étaient nombreux
+dans l’Adrar au XIe siècle ; convertis à l’islamisme par les
+Almoravides, il se seraient en partie mêlés à ces derniers.]
+
+[Note 152 : L’orthographe varie selon les manuscrits. Bekri dit que
+cette peuplade a le teint blanc et une belle figure, qu’elle professait
+de son temps (XIe siècle) la même religion que les Noirs de Ghana —
+lesquels n’étaient pas musulmans —, mais ne contractait jamais de
+mariage avec eux. Il suppose qu’elle a pour ancêtres les soldats « que
+les Oméïades envoyèrent contre Ghana dans les premiers temps de
+l’islam », faisant évidemment allusion aux expéditions de Okba-ben-Nafi
+dans le Maghreb de 570 à 681 ; mais, quoi qu’on en ait dit, les armées
+de Okba ne dépassèrent jamais l’extrême limite septentrionale du Sahara
+et il n’est guère admissible qu’une fraction de cette armée ait pu
+donner naissance à la tribu dont a parlé Bekri. Peut-être ce dernier,
+ayant entendu conter la légende relative à Okba-ben-Yâsser que j’ai
+rapportée plus haut, a-t-il fait une confusion entre les deux généraux :
+cette hypothèse du reste me paraît peu probable, car je crois la légende
+de Okba-ben-Yâsser bien postérieure à Bekri, étant donné qu’elle n’a pu
+prendre naissance chez les Peuls qu’après leur islamisation, qui est
+récente, comme nous le verrons plus loin.]
+
+[Note 153 : Les Nimadi passent pour être des sauvages vêtus de peaux de
+bêtes, ayant la chasse comme principal moyen de subsistance et
+professant une religion qui aurait des rapports avec le judaïsme pré-
+mosaïque.]
+
+[Note 154 : On a souvent confondu le Bakounou avec le Bagana : c’est à
+tort, selon moi. Le Bakounou, qui d’ailleurs a dû faire partie à un
+moment donné du Bagana, politiquement parlant, est une petite province
+située entre Nioro et Goumbou ; le Bagana, beaucoup plus vaste, se
+trouve entre Goumbou et Sokolo, et s’étend depuis le Nord du Kaarta et
+du Bélédougou jusqu’à la région de Oualata. On y a même parfois compris
+le Diaga.]
+
+[Note 155 : La tradition rapportée par M. Guebhard les fait, en parlant
+de Ghana, passer par le pays des Diawara, le Kaarta et le Manding ; cet
+itinéraire ne diffère pas sensiblement de celui que je rapporte ici :
+les Diawara occupent actuellement un pays contigu à l’Ouest du Bakounou,
+le Kaarta est limité au Nord-Ouest et à l’Ouest par le Bakounou, le
+Diafounou et le Diomboko, et ce dernier pays fut longtemps une
+dépendance politique de l’empire mandingue, qui n’en était séparé
+géographiquement que par le Sénégal.]
+
+[Note 156 : Cet Ismaïl, dans les légendes islamisées, est devenu le
+sultan hassanide du Maroc Moulaï Ismaïl, qui cependant ne vécut que huit
+siècles plus tard, puisqu’il régna de 1672 à 1727. Ces légendes
+n’hésitent pas à dire que Mahmoud se rendit à Marrakech pour demander
+aide et protection à Moulai Ismaïl et que ce dernier lui confia une
+armée à l’aide de laquelle Mahmoud s’empara du Fouta.]
+
+[Note 157 : Cf. _Tadiouma_ ou _Gadiouma_, fille du roi de Tôr, dans les
+légendes islamisées.]
+
+[Note 158 : Voir dans la IIIe partie de cet ouvrage comment il est,
+sinon certain, du moins très probable que la langue parlée aujourd’hui
+par les Peuls et les Toucouleurs n’est chez les premiers qu’une langue
+d’emprunt tandis qu’elle est la langue nationale des seconds. Dans la
+légende recueillie par Clapperton en 1827, il est dit que les enfants de
+Okba et de Gadiouma parlèrent une langue différente de celle de leur
+père, qui était l’arabe, et aussi de celle de leur mère, qui était la
+langue _ouangara_.]
+
+[Note 159 : Voir page 212 et page 213.]
+
+[Note 160 : Je n’entends pas dire que Diallo soit la traduction de Sal,
+ni Boli celle de Ba, etc., ni que les termes de la seconde série soient
+dérivés des termes de la première ; il s’agit de mots différents,
+d’origines assurément distinctes, appartenant d’ailleurs à une même
+langue, mais dont les uns sont surtout employés par les Toucouleurs et
+les autres par les Peuls.]
+
+[Note 161 : D’après une légende, Diouma Sal aurait eu d’Ismaïl quatre
+enfants qui auraient été les ancêtres des quatre principaux clans peuls
+(Dialloubé, Ourourbé, Férôbé et Daébé) — comme les enfants de Tadiouma
+et de Okba dans la légende islamisée — et, après la mort de son mari,
+elle aurait eu, d’un esclave de ce dernier, un cinquième enfant qui
+aurait été l’ancêtre des Diawambé. D’après une autre légende, rapportée
+par le Dr Lasnet, l’ancêtre des Peuls eut trois fils : l’un hérita du
+troupeau, ce fut le père des Foulbé ou Peuls propres ; le second inventa
+la calebasse servant à traire le lait, ce fut le père des Laobé ; le
+troisième réjouit ses deux frères en fabriquant une guitare à l’aide de
+la calebasse et de poils pris à la queue d’une vache, ce fut le père des
+Ouambâbé (musiciens).]
+
+[Note 162 : Silla, d’après les géographes arabes du Moyen Age, se
+trouvait sur le Sénégal, entre Tekrour — qui devait correspondre
+approximativement à Podor — et _Galambou_ (chef-lieu du Galam), qui
+devait être situé à peu près au confluent de la Falémé et du Sénégal :
+Silla était beaucoup plus près de Galambou que de Tekrour, puisque Bekri
+nous dit qu’il n’y avait qu’une journée de marche (ou de navigation)
+entre Silla et Galambou, en sorte que cette ville (Silla) devait se
+trouver très près de notre poste actuel de Bakel.]
+
+[Note 163 : Il s’agit bien d’un titre et non pas d’un nom : en ouolof et
+en sérère, _saltigué_ désigne un chef de bande ; _silatigui_, en mandé,
+veut dire un guide ou un chef de migration (le maître de la route) :
+c’est le correspondant de _fondokoï_ en songaï et — au moins pour le
+sens — de _ardo_ en peul (qui veut dire « conducteur »). Les anciens
+voyageurs européens désignent tous l’empereur de Tekrour par le titre de
+_silatigui_, _siratiki_ ou _siratique_.]
+
+[Note 164 : _Kaniaga_ est le même mot que _Gadiaga_ ; il n’y a entre les
+deux vocables qu’une différence locale de prononciation identique à
+celle existant entre Diakaté et Niakaté. Il est probable que ces deux
+pays tirent leur nom de celui du Diaga, origine première des colons du
+Gadiaga comme de ceux du Kaniaga.]
+
+[Note 165 : Les familles mabbé furent appelées _Dyiba_ par les Soninké
+et les familles diawambé _Bokoum_. Quant aux Rimaïbé, les Soninké les
+appelèrent _Komongallou_ ; ils comprenaient surtout des gens d’origine
+kâgoro ou banmana, qui formèrent, les premiers, le clan des _Kelli_ et,
+les seconds, le clan des _Tammoura_ ou _Tamboura_.]
+
+[Note 166 : Environ un siècle plus tard, vers 1510, un descendant de
+Diâdié nommé _Tindo-Galâdio_, chef des Yalâbé, prêcha la révolte au
+Bakounou contre l’empereur de Gao El-Hadj Mohammed (le premier askia),
+qui était devenu maître de la majeure partie des anciennes dépendances
+du Mali. El-Hadj Mohammed entreprit en 1511-1512 une expédition contre
+Tindo, qu’il défit et tua à Diara, près et au Nord-Est de Nioro. _Koli_,
+fils de Tindo, prit alors le commandement des Peuls du Bakounou
+réfractaires au souverain de Gao et, accompagné de Goro ou Gara, chef
+des Oualarbé, de Diko, chef des Férôbé, et de Nima, chef des Ourourbé,
+il émigra au Fouta Toro qui, ainsi que tout l’ancien Tekrour, obéissait
+alors à l’empereur du Diolof. Ce Koli, aidé par les Sérères et par le
+clan toucouleur des Dénianké, aurait réussi à tuer l’empereur du Diolof,
+à affranchir les Toucouleurs de la suzeraineté des Ouolofs et à fonder
+au Tekrour un nouvel empire indépendant dont il fut le premier
+souverain. Ses descendants régnaient encore au Fouta vers le milieu du
+XVIIe siècle, d’après le témoignage de Sa’di.]
+
+[Note 167 : Il ne faut pas toujours prendre au pied de la lettre le mot
+« fils » dans toutes ces légendes : la plupart du temps, il y a plutôt
+la signification de « descendant » : il est fort probable qu’il s’est
+écoulé plus de deux générations entre celle de Dama — qui vivait
+vraisemblablement au XVe ou XVIe siècle — et celle de Moussa.]
+
+[Note 168 : Les Dénianké étaient ces Toucouleurs qui avaient aidé le
+Peul Koli Galadio à s’emparer du Tekrour au début du XVIe siècle (voir
+plus haut, page 229, note [166]). Leur clan était demeuré virtuellement
+au pouvoir sous les descendants de Koli, et, comme ce dernier, ils
+étaient restés rebelles à l’islamisme. Au début du XVIIIe siècle, un
+marabout toucouleur nommé Abdoulkader Tôrodo prêcha la guerre sainte
+contre les infidèles et renversa la dynastie peule des descendants de
+Koli ; le pouvoir passa ainsi aux Tôrobé, tous musulmans ; les Dénianké,
+bien que s’étant alors convertis à l’islamisme, perdirent toute
+influence au Fouta Toro et ils émigrèrent en partie pour aller, sous la
+conduite de deux chefs nommés Sidi et Séri (ancêtres des Sidianké et des
+Sérianké), s’établir au Fouta Diallon auprès des Peuls qui s’y
+trouvaient depuis plusieurs siècles. Un de leurs marabouts nommé Sori
+commença peu après, sous prétexte de guerre sainte, la conquête du pays
+aux dépens des Soussou ou Diallonké autochtones. Actuellement encore, on
+distingue les Peuls des Toucouleurs au Fouta-Diallon en donnant aux
+premiers — très peu nombreux — le nom de _Poulli_ et aux seconds — qui
+sont fortement mélangés de Mandé — le nom de _Foula_.]
+
+[Note 169 : Ce nom, qui pourrait bien être d’origine berbère, était
+donné à la fois à l’empire des Toucouleurs et à sa capitale, laquelle,
+comme je l’ai avancé plus haut, devait correspondre à peu près à
+l’emplacement actuel de Podor. Ibn-Saïd (XIIIe siècle) place la ville de
+Tekrour sur le Sénégal (Nil) par 5° de longitude planimétrique à l’Ouest
+d’Aoudaghost, ce qui répond très exactement à la position de Podor. Pour
+Mohammed Bello, Tekrour désigne l’ensemble du Soudan musulman et plus
+particulièrement les pays soumis à des rois de langue _tekrouria_
+(c’est-à-dire de langue peule-toucouleure) ; il y englobe le Darfour, le
+Ouadaï, le Baguirmi, le Haoussa, etc. Cette acception du mot Tekrour est
+fréquente chez les Arabes qui ne se sont pas occupés spécialement de
+l’Afrique occidentale. Le lieutenant Desplagnes a cru pouvoir identifier
+Tekrour avec une île du marigot de Dia (Massina) qu’il appelle Tekrour-
+Rundee mais que les cartes désignent en général sous le nom de Togoro-
+Koumbé : son hypothèse n’est appuyée que sur une vague ressemblance
+phonétique.]
+
+[Note 170 : Aboulféda (mort en 1331) nous dit que la plus grande partie
+du Tekrour se trouve au Nord du Sénégal (Nil), la partie au Sud du
+fleuve étant bien moins étendue (trad. Reinaud et de Slane, tome II,
+page 220). Le même auteur avait parfaitement saisi la différence entre
+les Toucouleurs et les Peuls, puisqu’il divise les peuples du Tekrour en
+deux fractions : l’une sédentaire et l’autre nomade (_Ibid._, p. 208).]
+
+[Note 171 : _Tombouctou la mystérieuse_, par Félix Dubois, Paris, 1897.]
+
+[Note 172 : _Monographie de Djenné_, Tulle 1903.]
+
+[Note 173 : D’après Mohamed Bello, les habitants actuels du Kebbi
+descendraient d’une mère haoussa (de Katséna) et d’un père songaï.]
+
+[Note 174 : Sa’di fait remonter la fondation de Gounguia à une époque
+très reculée et prétend même que c’est de là que le pharaon contemporain
+de Moïse fit venir les magiciens à l’aide desquels il chercha à
+confondre le législateur des Hébreux. Bien entendu, je lui laisse la
+responsabilité de cette légende ; le fait qu’elle avait cours à
+Tombouctou au XVIIe siècle prouverait tout au moins que Gounguia
+existait alors depuis fort longtemps.]
+
+[Note 175 : Au temps de Bekri (2e moitié du XIe siècle), l’empereur
+résidait à Gao : il était musulman, mais ses sujets ne l’étaient pas
+encore, à l’exception d’étrangers qui habitaient un quartier spécial.
+D’après le même auteur, les Arabes donnaient aux habitants de Gao le nom
+de _Bezerkâni_ ou _Bediergâni_.]
+
+[Note 176 : Cf. la _légende des Faran_, recueillie par M. Dupuis-
+Yakouba, dans l’ouvrage du lieutenant Desplagnes intitulé « le Plateau
+central nigérien », Paris 1907. Cette légende a symbolisé les Bozo et
+leurs barrages mobiles sous la forme d’une « anguille » (_gondo_).]
+
+[Note 177 : Les Soninké venaient à ce moment de perdre leur hégémonie
+dans le Sahel, après avoir été vaincus par les Malinké.]
+
+[Note 178 : La légende recueillie par M. Dupuis attribue à Faran-Nabo la
+fondation de Saraféré ; en réalité, Faran-Nabo était mort depuis
+longtemps à cette époque, mais on a dû lui faire honneur de tous les
+actes mémorables accomplis par ses descendants. Il se peut aussi que
+_nabo_ ou _nabonké_ soit une sorte de titre et que _Faran-Nabo_ signifie
+simplement « le chef des Faran », sans désigner un individu en
+particulier.]
+
+[Note 179 : Sans doute le Zaberma, à moins que ce ne soit le Haribanda
+ou Aribinda : _zaberma_ signifie « le pays proche du grand fleuve »,
+_zaberbanda_ « le pays au-delà du grand fleuve » et _haribanda_ « le
+pays au-delà de l’eau ».]
+
+[Note 180 : La langue songaï est encore appelée de nos jours _kouria_
+(langue de Koura) par les Arabes du Touat. René Caillié nous a parlé de
+cet idiome sous le nom de _kissour_, sans doute pour _Kissouri_, nom
+peul du « pays du Kissou ».]
+
+[Note 181 : En réalité Tombouctou continua à avoir des pachas soi-disant
+marocains jusque dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, mais leur
+autorité purement nominale et éphémère ne dépassait plus guère alors les
+environs immédiats de la ville.]
+
+[Note 182 : Le pacha Ammar fut bien envoyé de Marrakech à Tombouctou —
+pour la deuxième fois — en 1618, mais sans troupes ; il retourna
+d’ailleurs au Maroc moins de trois mois après son arrivée au Soudan.]
+
+[Note 183 : Par la suite, cette armée noire fit et défit les sultans du
+Maroc et entretint un état d’anarchie qui ne prit fin que vers le milieu
+du XVIIIe siècle.]
+
+[Note 184 : Cf. _An account of the empire of Marocco_, par Jackson, déjà
+cité. Cette expédition à Tombouctou d’Ahmed, neveu du sultan Ismaïl, est
+à rapprocher de la légende attribuant au même sultan une intervention
+armée en faveur de l’établissement des Judéo-Syriens au Fouta et
+explique la confusion faite par les auteurs de cette légende (voir page
+222, note [156]). Le _Tedzkiret-en-Nisiân_ rapporte que, le 16 septembre
+1671, arriva à Tombouctou un envoyé du sultan Er-Rachid et que les
+troupes du pacha lui prêtèrent serment de fidélité : sans doute cet
+envoyé venait de la part de son maître engager Ali-ben-Haïdar à
+retourner au Maroc, à moins que ce ne soit Ali lui-même dont le
+_Tedzkiret_ ait voulu parler. En tout cas cet ouvrage ne mentionne pas
+le nom de Ali-ben-Haïdar et est muet sur l’arrivée et le séjour à
+Tombouctou de la troupe envoyée par le sultan Ismaïl, sauf que (page 119
+de la traduction) il signale — de façon très sommaire d’ailleurs — la
+présence à Tombouctou en 1741 des restes de cette troupe ; il dit même
+qu’ils furent attaqués, sans succès du reste, par des Peuls du Massina.]
+
+[Note 185 : Sa’di et l’auteur du _Tedzkiret-en-Nisiân_ nous fournissent
+des renseignements curieux sur l’origine ethnique des « Marocains » que
+les _Arma_ peuvent revendiquer comme leurs ancêtres : les éléments arabe
+et berbère n’y apparaissent que comme secondaires ; la plupart des
+soldats « marocains » qui résistèrent à la traversée du Sahara et au
+climat du Soudan, comme aussi la plupart des pachas qui se distinguèrent
+par leurs capacités militaires et administratives, étaient des renégats,
+originaires d’Espagne en majorité, c’est-à-dire des Européens capturés
+par les pirates barbaresques, islamisés par leurs maîtres marocains et
+passés ensuite au service du sultan de Marrakech. Le pacha Djouder lui-
+même, le conquérant de Gao et de Tombouctou, « petit homme aux yeux
+bleus », était un chrétien converti.]
+
+[Note 186 : Il est possible d’ailleurs que l’art égyptien n’ait pas été
+sans influencer l’art maghrébin et que Abou-Ishak lui-même ait puisé
+quelques inspirations en Egypte, lorsqu’il la traversa en revenant de La
+Mecque avec Kankan-Moussa. Mais, au point de vue qui nous occupe, cela
+n’aurait absolument aucune importance. Si une influence égyptienne
+existe, ce qui n’est pas prouvé, c’est par le Maroc ou plus généralement
+par le Maghreb qu’elle est parvenue au Niger.]
+
+[Note 187 : Dans la liste des docteurs de Tombouctou cités par le
+_Tarikh_, on trouve des Berbères, des Arabes, des Mandé, des Peuls, mais
+pas un seul Songaï.]
+
+[Note 188 : Ce mot figure sur nos cartes sous les formes _Diaka_ (bras
+du Niger allant de Diafarabé au Débo) et _Dia_ (village situé sur ce
+bras entre Diafarabé et Ténenkou) : _Diafarabé_ signifie en banmana « la
+rencontre du partage de Dia », c’est-à-dire l’endroit où le Niger se
+divise pour donner naissance au Dia ou marigot de Diaka. Les
+prononciations _Diarha_, _Diagha_, _Diaga_, _Diaka_, _Diakha_, _Dia_ et
+_Niarha_, _Niagha_, _Niaga_, _Niaka_, _Niakha_, _Nia_ ne représentent
+qu’un seul et même mot, dont elles ne sont que les variantes
+dialectales ; la prononciation la plus répandue au Soudan est _Diaga_,
+avec un _g_ légèrement grasseyé ; les Songaï prononcent souvent _Zaga_,
+surtout ceux du Sud-Est, et c’est cette orthographe qui a été adoptée
+par la plupart des écrivains arabes. Beaucoup de noms de pays, de
+villages ou de clans dérivent du nom de cette contrée célèbre entre
+toutes dans le Soudan Occidental : tels sont les noms du _Kaniaga_ (Sud
+du Bagana) et du _Gadiaga_ ou Galam (entre Bakel et Kayes) — noms qui
+viendraient de la phrase _an kâ niaga fo_ ou _an gâ diaga fo_
+« appelons-le Diaga » —, du village de _Diara_ (près de Nioro), des
+clans _Diara_, _Diakaté_ ou _Niakaté_, _Diakité_, etc. (ceux du Dia ou
+Diaga, originaires du Diaga).]
+
+[Note 189 : On donne souvent le nom de _Massina_ à la région de
+Bandiagara, mais c’est par erreur ou plutôt cette région n’est que
+l’extrême limite orientale du Massina ; à l’origine ce nom ne
+s’appliquait qu’au Diaga proprement dit, c’est-à-dire à la rive gauche
+du marigot de Dia (Massina occidental ou vrai Massina) ; plus tard le
+nom a été étendu aussi au pays compris entre le marigot de Dia d’une
+part et Mopti et Dienné d’autre part (Massina central) ; plus tard
+encore, on a englobé dans le Massina la région située entre Mopti et
+Bandiagara (Massina oriental).]
+
+[Note 190 : Dans les manuscrits rapportés de Sokoto par Clapperton, les
+Soninké (appelés _Sarankoli_ ou _Sarakolé_) sont donnés comme d’anciens
+« Persans » : sans doute il faut entendre par là qu’ils pratiquaient
+autrefois une religion quelque peu analogue à celle des anciens Persans
+ou magisme ; les auteurs arabes traitent souvent de _madjous_ les Noirs
+non musulmans.]
+
+[Note 191 : Vers 1224 d’après un manuscrit inédit du cheikh Saad Bou.]
+
+[Note 192 : Marmol appelle _Benay_ les Noirs de Oualata et dit qu’ils
+parlent le _zungay_ ; j’ignore d’où vient cette appellation de Benay,
+qui est peut-être d’origine arabe ; quant à _zungay_, on peut supposer
+que c’est une altération de « soninké », mais on peut aussi identifier
+ce mot avec _songaï_, les relations entre Tombouctou et Oualata ayant
+certainement introduit dans cette dernière ville l’usage de la langue
+songaï au moins dès le début du XVIe siècle. En tout cas nous savons par
+Barth et par des informateurs plus récents que les Noirs indigènes de
+Oualata sont des Soninké et parlent le soninké, ainsi que ceux de
+Tichit.]
+
+[Note 193 : Sa’di rapporte que Chinguetti fut fondée par des _Adjer_
+(assurément les Azer de Barth), Tichit par des Ahl-Massina et Birou
+(Oualata) par des Ahl-Tafrasset ou Taghrasset ; nous avons vu que les
+Ahl-Massina étaient des Judéo-Syriens mélangés de Soninké ; je ne sais
+ce qu’il faut entendre par _Tafrasset_ : le mot est évidemment berbère,
+mais rien n’empêche de supposer que les Soninké fondateurs de Oualata
+soient venus d’un lieu connu en berbère sous le nom de Tafrasset.]
+
+[Note 194 : La ville proprement dite de Dienné ne devait cependant être
+fondée qu’un siècle plus tard, vers 800 environ.]
+
+[Note 195 : Bérenger-Féraud, Tautain, Adam, etc. M. Chartier,
+administrateur-adjoint des colonies, m’a communiqué un texte en langue
+banmana de la même légende, recueilli par lui à Nioro de la bouche des
+indigènes, en même temps que d’autres traditions relatives à l’empereur
+du Mali Soundiata, aux Sossé et aux Diawara. J’ai utilisé ces textes,
+qui sont généralement plus complets et plus précis que les légendes
+traduites par les interprètes.]
+
+[Note 196 : D’autres légendes disent 27 ans.]
+
+[Note 197 : Ces noms ont évidemment un rapport avec celui du Dia ou
+Diaga : le premier signifie « Founè de Dia » et le second « Founè du
+fleuve de Diaga ».]
+
+[Note 198 : D’autres légendes disent que Téré-Kalé n’eut pas de
+descendants.]
+
+[Note 199 : Certaines traditions renversent l’ordre de tous ces noms,
+mettant Maghan en second lieu : c’est ainsi que le dernier est donné
+souvent sous la forme _Kaya-Maghan_, qu’a adoptée Sa’di dans le _Tarikh-
+es-Soudân_.]
+
+[Note 200 : Cf. la légende biblique de Jacob et d’Esaü.]
+
+[Note 201 : La légende ajoute qu’une fois ce pacte conclu, une pluie
+d’or tomba durant quinze jours : chacun put en ramasser autant qu’il
+voulut.]
+
+[Note 202 : Ou dont la grosseur correspondrait exactement au calibre du
+tambour, selon les traducteurs. Il s’agit de l’un de ces tambours longs,
+creusés dans un tronc d’arbre, dont l’une des extrémités seulement est
+revêtue d’une peau.]
+
+[Note 203 : Ces trois villes de Silla, Galambou et Yaressi sont
+mentionnées par Bekri (XIe siècle) sur le Sénégal, dans la région
+comprise entre Matam et Kayes : Silla devait se trouver dans le Goye, un
+peu à l’Ouest de l’emplacement actuel de Bakel, Galambou dans le Kaméra,
+très près de l’embouchure de la Falémé, et Yaressi — dont le nom est
+écrit Barissa dans certains manuscrits — devait être située dans le
+Guidimaka, sur la rive Nord du Sénégal, à peu près en face d’Ambidédi.]
+
+[Note 204 : Cf. la _Monographie de Djenné_, par Ch. Monteil.]
+
+[Note 205 : C’est pourquoi les traditions soninké, en racontant cet
+événement, disent que ce fut un roi du Ouagadou qui, le premier des
+Nègres, remporta une victoire sur des Blancs. Je dois faire remarquer
+que beaucoup de traditions placent la dispersion des Soninké du Ouagadou
+au XIVe siècle seulement : cela vient de ce que la plupart des légendes
+transmises oralement ne conservent le souvenir que des événements
+principaux et les placent tous les uns à la suite des autres, dans un
+ordre chronologique exact, mais sans se préoccuper des périodes
+dépourvues d’histoire — quoique souvent très longues — qui se sont
+déroulées entre deux faits retenus par la tradition. C’est ainsi que, de
+la ruine du Ouagadou — qu’il faut assurément placer dès la fin du VIIIe
+siècle puisqu’elle précéda la conquête de Ghana par les Soninké et en
+fut l’occasion —, les légendes passent directement aux conquêtes de
+Soundiata (XIIIe siècle) et à la fondation de Nioro par des Peuls
+Diawambé (commencement du XIVe). — Le Dr Tautain, en relatant la légende
+du serpent, a cru pouvoir identifier le Ouagadou avec Ghana, sans
+d’ailleurs en donner les raisons : en réalité, l’histoire du serpent du
+Ouagadou fut simplement le point de départ de la main-mise des Soninké
+sur Ghana.]
+
+[Note 206 : Moussa-Mohamadou Doukouré, chef actuel de Goumbou, serait le
+28e successeur de Bouyagui-Toumbéli et le 31e successeur de Maré-Diago :
+si l’on fait émigrer ce dernier de Ghana en 1076, cela ferait une durée
+moyenne de 26 ans pour chacun des règnes, ce qui peut paraître
+excessif ; mais il est fort possible que plusieurs rois aient été
+oubliés, surtout parmi les premiers.]
+
+[Note 207 : Une légende recueillie à Nioro dit qu’il avait armé ses
+bandes de fusils achetés au Sénégal ; je n’ai pas besoin de faire
+observer l’anachronisme un peu trop audacieux de ce détail concernant un
+personnage qui vivait au XIIIe siècle.]
+
+[Note 208 : La fondation de l’empire du Mandé ou des Mandingues date de
+1213 environ.]
+
+[Note 209 : Il s’agit ici du village de Nono situé près et à l’Ouest de
+Dia et non d’un autre village du même nom mais appelé aussi Nounou et
+situé à 15 kilomètres à l’Ouest de Niafounké : ce dernier village fut
+fondé probablement par des Soninké venant de Nono près Dia, après la
+destruction de l’empire sossé (vers 1240).]
+
+[Note 210 : De là le nom de _Sosso_ que donne Ibn-Khaldoun aux sujets de
+Soumangourou et qui, pendant trop longtemps, a conduit nombre d’auteurs
+à faire intervenir les _Soussou_ du Fouta-Diallon et de la basse Guinée
+dans des événements auxquels ils demeurèrent très probablement
+étrangers. En réalité les sujets de Soumangourou, ou tout au moins ceux
+de ses sujets qui appartenaient à sa famille et comprenaient ses
+principaux chefs de bande, étaient des Soninké des clans Diarisso et
+Kannté qui, par suite des relations de quelqu’un de leurs ancêtres avec
+des Toucouleurs ou des Peuls du clan des _Sô_, avaient pris le nom de
+_Sôssé_ (postérité des Sô) et avaient donné à leur ville principale
+celui de _Sôsso_ (village des Sô) ; les Peuls les ont appelés _Sossobé_
+et leurs descendants sont encore connus sous le nom de _Sossé_ au
+Sénégal et dans la Gambie et la Casamance ; le clan actuel des Soussokho
+ou Sissokho, chez les Soninké, semble se rattacher aux Sossé du XIIIe
+siècle.]
+
+[Note 211 : D’autres disent près et au Nord de Goumbou.]
+
+[Note 212 : D’après M. Ch. Monteil, le nom primitif de la ville aurait
+été _Diané_ (le petit Dia) : ce ne serait que plus tard, lors de
+l’avancée des Songaï, que le nom se serait corrompu en _Dienné_ et que
+les musulmans auraient inventé l’étymologie arabe _djenna_ « paradis ».
+On pourrait également supposer que ce nom ait pu venir de Adyini ou
+Dyiné Kounaté, qui s’établit vers 800 à Dioboro, comme nous l’avons vu
+précédemment.]
+
+[Note 213 : La famille bozo à laquelle appartenait la jeune fille porte
+encore, en souvenir de cet événement, le nom de _Diennépo_, ce qui veut
+dire en bozo « cadavre de Dienné » : c’est également en mémoire de ce
+fait qu’on donna le nom de Dioboro ou Zoboro à l’un des quartiers de
+Dienné (Ch. Monteil, _op. cit._).]
+
+[Note 214 : Une légende fait de ce Kaké-Kanédyi un Soninké, ancêtre du
+clan des Kanédyi ou Kannté : je ferai seulement observer que ce clan
+était déjà représenté, à la même époque, par la famille régnante de
+Sosso, dans le Kaniaga.]
+
+[Note 215 : _Dia_ ou mieux _dian_ veut dire en mandé — entre autres
+significations — « compagnie, association, clan » et _wala_ en peul est
+le verbe négatif : on pourrait donc à la rigueur supposer que Daman
+s’exprimait en peul et disait « il n’y a pas de _dia_ » ; de _dia wala_,
+les Mandingues auraient fait _diawara_, ce qui n’a rien d’impossible.
+Quelle que soit la valeur de cette étymologie, il y a lieu de remarquer
+que les noms _Diawara_ en mandé et _Diawambé_ en peul semblent procéder
+d’un radical identique qui serait _diawa_ ou _diaw_, et que les Diawara
+forment, chez les Soninké, un groupe tenant à la fois de la tribu, de la
+caste et du clan, très analogue à celui que forment les Diawambé chez
+les Peuls. Il ne serait donc pas absurde de supposer que les uns et les
+autres ont, sinon au point de vue ethnique, au moins au point de vue
+social, une origine identique.]
+
+[Note 216 : Ce sabre reçut le nom de _ouali_, c’est-à-dire en arabe
+« protecteur ».]
+
+[Note 217 : Le Diougouraguiet de nos cartes, au Nord-Est de Nioro, sur
+la route conduisant de cette ville à Oualata.]
+
+[Note 218 : Il s’agit vraisemblablement de simples razzias, qui
+n’atteignirent très probablement pas les points éloignés cités par la
+légende.]
+
+[Note 219 : Voir IVe partie : royaume de Diara.]
+
+[Note 220 : Des Soninké musulmans se transportèrent même, dans la
+seconde moitié du XIVe siècle, jusqu’au cœur du pays haoussa et
+fondèrent à l’Est de Kano une colonie qui subsiste encore sous le nom de
+Ouangara, mais dont les habitants actuels parlent la langue haoussa
+(Migeod, _Languages of West Africa_, page 33).]
+
+[Note 221 : Rien absolument n’autorise à identifier les Soninké avec les
+Songaï, comme avait cru pouvoir le faire le Dr Quintin : ce dernier se
+basait sur le simple argument du mot _soninké_, qu’il faisait dériver de
+_sonni_ et prétendait avoir été donné comme appellation aux Songaï
+partisans de Sonni Ali-Ber qui, après l’avènement du premier _askia_,
+auraient été chassés vers l’Ouest par les partisans de ce dernier. Nous
+avons vu précédemment que : 1o le mot _soninké_ semble être bien
+antérieur à la dynastie des Sonni et n’avoir rien de commun avec le
+titre de ceux-ci ; 2o les Soninké étaient établis à l’Ouest du Niger et
+y avaient joué un rôle très considérable bien avant l’époque des Sonni
+de Gao ; 3o toutes les traditions leur donnent le Massina comme pays
+d’origine ; 4o Ali-Ber, comme les autres Sonni, était d’origine berbère
+et non songaï ; 5o enfin le fondateur de la dynastie des Askia était
+précisément un Soninké et les Songaï n’ont joué en somme qu’un rôle
+passif dans toute cette période de leur histoire.]
+
+[Note 222 : Bégho, dont on montre encore les ruines ou tout au moins
+l’emplacement entre Banda et Fougoula, dans la colonie anglaise actuelle
+de la Gold Coast, était situé à l’Est-Nord-Est de Bondoukou, près de la
+rive Sud de la Volta Noire, en amont de Kintampo ; cette ville aurait
+été détruite à la suite d’une guerre civile vers la fin du XIVe siècle
+et les Dioula qui l’habitaient seraient allés fonder définitivement
+Bondoukou (ou Gottogo) et Kong, au début du XVe siècle. A Kong on
+prétend que les familles Ouatara, Dao, Barho, Kérou et Touré seraient
+venues directement de Dienné, tandis que les Sissé, Sarha, Kamara ou
+Kamaya, Dagnorho, Kouroubari, Timité et Taraoré seraient venus plus tard
+de Bégho ; on donne souvent à cette dernière ville le nom de Ouorodougou
+(pays des colas), parce qu’elle était située en effet au seuil de l’une
+des principales régions productrices de cola, mais il faut se garder de
+la confondre avec le Ouorodougou de Mankono et Séguéla (Ouest de la Côte
+d’Ivoire).]
+
+[Note 223 : Le _dolo_ est une boisson fermentée fabriquée avec du mil ou
+du maïs.]
+
+[Note 224 : Ne pas confondre ces _Bagama_, nègres sauvages, avec les
+Berbères _Beggama_ mentionnés par plusieurs géographes arabes dans
+l’Azaouad et qui étaient, eux, des Touareg.]
+
+[Note 225 : D’après une tradition recueillie à Kita, les Kâgoro seraient
+issus du mélange qui se produisit entre les Malinké et les Soninké, à
+l’époque où les premiers conquirent le Kaarta et le Kaniaga sur les
+Soninké Sossé (1235) ; cette tradition, qui s’accorderait malaisément
+avec celles recueillies auprès des Kâgoro eux-mêmes et des Soninké du
+cercle de Goumbou, me semble fort sujette à caution.]
+
+[Note 226 : J’entends naturellement le Baoulé qui forme la branche
+occidentale du haut Bani et non le Baoulé affluent du Sénégal.]
+
+[Note 227 : C’est ainsi que le _mpolio_ est aujourd’hui encore le _téné_
+ou _tana_ (animal sacré et prohibé) des Kouloubali qui descendent de
+Baramangolo, tandis que les Kouloubali qui descendent de Niangolo ont un
+_téné_ différent (lion ou hippopotame).]
+
+[Note 228 : Ce village n’était pas le chef-lieu du cercle actuel de
+Ségou (Ségou-Sikoro), mais bien _Ségou-koro_ (le vieux Ségou), situé un
+peu en amont.]
+
+[Note 229 : Il s’agit de _Touba-koro_ (le vieux Touba) ; en 1832, des
+Soninké venus de Sokolo fondèrent à côté _Touba-koura_ (le nouveau
+Touba), qui est devenu beaucoup plus important et que l’on appelle
+aujourd’hui Touba tout court.]
+
+[Note 230 : Mosson Diara régnait au moment des deux voyages de Mungo-
+Park.]
+
+[Note 231 : Ce Sanankoro (ou Sananko) est situé au Nord de la ligne du
+chemin de fer, entre cette ligne et Daba (cercle de Bamako).]
+
+[Note 232 : C’est ainsi que Niamando Taraoré, descendant de Bakoro
+Taraoré et chef actuel de Gana, revenant en 1886 sur l’emplacement de
+son village détruit par El-Hadj Omar, le reconstruisit à quelques
+centaines de mètres plus loin ; c’est dans les restes modestes et
+récents de l’ancien hameau de Gana — hameau fondé dans le nord du
+Bélédougou au début du XVIIIe siècle et détruit en 1860 — que le
+lieutenant Desplagnes avait cru reconnaître les ruines de l’antique
+Ghana, fondée dans l’Aoukar peut-être avant le début de notre ère et
+détruite par Soundiata vers 1240, c’est-à-dire près de cinq siècles
+avant la fondation du Gana du Bélédougou.]
+
+[Note 233 : Ceci est un exemple frappant de la facilité avec laquelle
+les fractions isolées d’un peuple oublient leur langue maternelle pour
+adopter celle qui se parle dans le pays où ces fractions s’établissent ;
+c’est également un exemple du danger qu’il y a à se baser sur la langue
+parlée par une peuplade pour décider de son rattachement ethnique.]
+
+[Note 234 : Il descendait de l’ancienne famille royale des Niakaté.]
+
+[Note 235 : Le nom de Bamako (Bammako) fut donné au village fondé par
+Dia-Moussa soit en souvenir de Bamma Sakho (_Bamma-ko_, derrière Bamma,
+au delà du village de Bamma) soit à cause de la coutume du lieu
+consistant à offrir chaque année, au début de la saison des pluies, une
+victime aux caïmans du Niger (_bamma-ko_, l’affaire du caïman).
+L’étymologie _bamma-ko_ « rivière du caïman », quelquefois proposée,
+doit être rejetée en raison de la prononciation très fermée de l’_o_
+final de Bamako (presque _ou_), tandis que l’_o_ de _ko_ signifiant
+« rivière » est au contraire très ouvert.]
+
+[Note 236 : Il se pourrait que la syllabe _soun_, placée devant le nom
+du célèbre empereur malinké, fût un titre analogue à celui de _sonni_,
+_soun_, _sin_ ou _tchin_ donné plus tard aux empereurs de Gao de la
+deuxième dynastie ; on retrouve cette syllabe dans le nom de Sounsa
+Kouloubali — _alias_ Sarhaba ou Sa-Massa Kouloubali —, fondateur de
+l’empire banmana du Kaarta.]
+
+[Note 237 : L’expression « Fouta-Diallon » est récente ; elle a été
+imaginée par les Toucouleurs venus du Fouta Sénégalais qui, en souvenir
+de leur patrie, ont donné au Diallon cette appellation de « Fouta du
+Diallon » par opposition au « Fouta du Toro » ou vrai Fouta.]
+
+[Note 238 : _Samorho_ ou mieux _San-morho_ veut dire en effet « hommes
+du ciel, de la pluie, cultivateurs », et non pas « hommes du serpent »
+comme on l’a prétendu à tort.]
+
+[Note 239 : On prétend que ce mot signifierait « les gens du python
+(_minian_) », à cause de la fréquence, chez les Sénoufo de cette région,
+d’un emblème religieux représentant un gros serpent roulé sur lui-même.
+Sans nier cette étymologie, je me permets d’observer que le suffixe de
+nationalité _ka_ s’ajoute plutôt à un nom de pays qu’à un mot désignant
+un animal ou un objet.]
+
+[Note 240 : Les Sénoufo de notre époque ne sont nulle part
+anthropophages, mais on rencontre des cannibales dont le territoire est
+très voisin de celui des Sénoufo du Sud-Ouest : je veux parler des Ouobé
+et des Dan du haut Sassandra et du haut Cavally, dont les premiers
+appartiennent à la famille des Kroomen et les seconds au groupe des
+Mandé du Sud.]
+
+[Note 241 : Bekri (deuxième moitié du XIe siècle) dit que, si l’on part
+du pays de Gao en suivant le « bord occidental du fleuve » — c’est-à-
+dire la rive droite du Niger — et en s’éloignant ensuite vers
+l’intérieur des terres, « on arrive au royaume appelé le _Demdem_, dont
+les habitants mangent tous ceux qui leur tombent entre les mains ; ils
+ont un grand roi, qui a des vice-rois sous ses ordres ; on voit dans
+leur pays une énorme forteresse sur laquelle est placée une idole ayant
+la forme d’une femme ; les Demdem adorent cette idole et vont la visiter
+en pèlerinage ». On a pensé que ces Demdem de Bekri pouvaient être les
+Tombo de Hombori, mais peut-être étaient-ils plutôt les Mossi, dont
+l’empire venait de débuter à cette époque à Tenkodogo et qui rapportent
+leur origine à une princesse fameuse, enterrée à Gambaga : la tombe de
+cette femme fut longtemps un but de pèlerinage (voir plus loin).]
+
+[Note 242 : Cette théorie provient peut-être de l’appellation de
+Kourouman kobé que les Peuls de la Boucle, selon les régions, appliquent
+tantôt aux Nioniossé, tantôt aux Dogom, tantôt aux Gourmantché et tantôt
+aux Déforo.]
+
+[Note 243 : On compte 33 souverains qui se seraient succédé sur le trône
+du Mossi depuis Oubri, fondateur de la dynastie et arrière-petit-fils de
+la princesse dagomba dont cette dynastie descend ; mais, si l’on tient
+compte de ce que plusieurs empereurs étaient frères les uns des autres,
+on obtient le chiffre de 22 générations depuis cette princesse jusqu’au
+_nâba_ actuel de Ouagadougou.]
+
+[Note 244 : Il semble bien certain en tout cas que l’empire du Mossi
+était déjà assez fortement constitué au XIVe siècle puisqu’il fut alors
+de taille à résister à l’empire de Mali parvenu à son apogée et à
+envoyer une armée piller Tombouctou en 1333, huit ans seulement après la
+conquête de cette ville par Kankan Moussa.]
+
+[Note 245 : Si c’est à cette coutume qu’a fait allusion Bekri dans le
+passage cité plus haut (page 302, note [241]), il est bien évident qu’il
+faut nécessairement placer l’époque de Yennenga et la fondation de
+l’empire de Ouagadougou au plus tard au début du XIe siècle.]
+
+[Note 246 : C’est-à-dire « terre d’Oubri » : _tenga_ est l’équivalent
+mossi du _dougou_ mandé, qui signifie proprement « terre, sol » et, par
+spécialisation de sens, « pays » ou « village ».]
+
+[Note 247 : Le lieutenant Marc semble vouloir attribuer aux Mossi une
+origine orientale ; à l’appui de son hypothèse, il dit que
+l’organisation de la cour des _Morho-nâba_ (empereurs du Mossi) est
+unique en Afrique Occidentale tandis qu’elle a des équivalents au
+Haoussa, au Bornou, etc. Je me permettrai de faire observer que cet
+argument a peu de valeur, précisément parce que, contrairement à ce
+qu’avance le lieutenant Marc, on retrouve dans tous les anciens états de
+l’Afrique Occidentale (Ghana, Mali, Tekrour, Gao, Ségou, Dahomey, Bénin
+etc.) une organisation absolument analogue à celle de la cour du Mossi.
+(Voir la IVe partie de cet ouvrage et se reporter aux récits des
+géographes arabes et des vieux voyageurs européens).]
+
+[Note 248 : L’identification des Padorho n’a pu être faite encore : on
+les rattache généralement aux Dorhossié ; certains en font des Sénoufo,
+d’autres les considèrent comme des Bobo.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE III
+
+ =Ethnographie descriptive.=
+
+
+Je me propose, dans ce chapitre, de traiter sommairement des principaux
+caractères extérieurs et moraux des divers peuples du Haut-Sénégal-
+Niger, sans avoir aucunement l’intention ni d’épuiser la question ni
+même d’entrer dans les détails, ce qui demanderait pour chaque peuple
+une longue monographie. Je voudrais seulement tâcher d’esquisser à
+grands traits la physionomie spéciale à chaque peuple et les aspects
+communs à plusieurs, au triple point de vue de l’apparence physique, de
+l’habitation et du costume et enfin de la mentalité et du genre de vie.
+Je ne parlerai pas ici des coutumes, qui font l’objet de la cinquième
+partie de cet ouvrage : « les civilisations ».
+
+
+ =I. — Caractères physiques.=
+
+
+1o _La coloration de la peau._ — La couleur de peau des indigènes du
+Haut-Sénégal-Niger est excessivement variable, même dans un peuple
+donné, et ne peut guère fournir d’indications utiles quant au
+rattachement ethnique des individus. Assurément la coloration blanche ou
+soi-disant telle ne se rencontre que chez les peuples de race blanche,
+c’est-à-dire chez les Maures de l’Azaouad et du Hodh, les Touareg et les
+Peuls, mais il est rare, même chez les individus purs de tout croisement
+avec des Nègres, que cette coloration présente le même aspect que chez
+les Européens, ou au moins que chez les Européens du Nord et même du
+Centre : à part quelques familles maraboutiques qui vivent à l’état
+sédentaire et habitent des maisons dont elles sortent rarement, les
+Maures et les Touareg de pure origine arabe ou berbère sont tous plus ou
+moins basanés, pas plus pourtant que beaucoup de paysans des pays
+méditerranéens ; mais il est à remarquer que la teinte relativement
+foncée de leur peau est due surtout à l’action du soleil et du grand
+air, car les parties de leur corps habituellement recouvertes par des
+vêtements sont notablement plus claires que celles généralement
+découvertes. Chez les Peuls que leur pauvreté a empêchés de se procurer
+des esclaves noires et a préservés ainsi du métissage, la teinte est un
+peu plus foncée peut-être que chez les Maures et les Touareg de race
+pure, mais cependant cette teinte ne diffère pas sensiblement de celle
+de beaucoup d’Italiens du Sud.
+
+Mais le nombre des métis est naturellement considérable chez ces divers
+peuples, surtout chez les Maures et chez les Peuls, sans parler des
+Harrâtîn, Bella et Rimaïbé d’origine purement nègre qui vivent au milieu
+d’eux, en sorte que toutes les colorations se rencontrent, depuis les
+plus claires jusqu’aux plus foncées, et que beaucoup de Maures, Touareg,
+Peuls ou soi-disant tels sont aussi noirs que des Banmana ou des Mossi.
+
+Chez les peuples de race nègre, les albinos mis à part comme
+représentant un cas purement pathologique, la coloration de la peau est
+également fort variée. Tout d’abord il convient, chez eux comme chez les
+peuples de race blanche, de tenir compte du métissage : certains Arma de
+Tombouctou, certains Soninké et Toucouleurs doivent à des ascendants
+marocains, maures ou peuls une teinte relativement claire qui leur fait
+donner le même nom d’« hommes rouges » que les indigènes du Soudan
+appliquent en général aux Maures et même aux Européens. Mais, en dehors
+de cette circonstance spéciale, la coloration des groupements purement
+nègres est loin d’être homogène. D’une façon générale, les Nègres du
+Sahel et de la zone soudanaise, lorsqu’ils n’ont pas été influencés par
+des populations blanches, sont d’un teint notablement plus foncé que
+ceux de la zone forestière ; il ne serait pas impossible que cette
+différence fût due à l’action du soleil, qui doit naturellement se faire
+plus sentir dans les régions découvertes que sous les ombrages de la
+forêt dense. Je dois ajouter que, dans la même tribu et souvent dans la
+même famille, on rencontre des hommes dont la couleur diffère tellement
+que les épithètes de « blanc », de « rouge » et de « noir » sont
+couramment employées par les indigènes de l’Afrique Occidentale pour
+donner le signalement des individus.
+
+Les peuples du Haut-Sénégal-Niger dont la coloration est la plus foncée,
+les exceptions individuelles et celles dues au métissage mises à part,
+sont les Songaï demeurés purs, les Kâgoro, les Banmana, les Tombo, les
+Birifo, la plupart des peuples du groupe gourounsi et ceux du groupe
+lobi ; on rencontre aussi des pigmentations très accentuées chez les
+Toucouleurs, les Soninké, les Bozo et les Dioula. Mais il est rare que
+le degré de coloration atteigne le noir presque pur que l’on constate
+chez les Ouolofs et l’expression de « brun foncé » est celle qui
+conviendrait le mieux pour caractériser la teinte la plus répandue chez
+les peuples que je viens d’énumérer.
+
+Chez les autres, la couleur varie du brun foncé au brun clair : certains
+Malinké, certains Sénoufo, certains Gourmantché, en général ceux des
+districts les plus méridionaux, ont parfois le teint simplement bronzé
+que l’on remarque chez beaucoup de populations du golfe de Guinée et
+notamment chez les Kroomen de Sassandra.
+
+
+2o _Le facies._ — Les Maures, les Touareg et les Peuls proprement dits
+sont franchement orthognates ; tous ont le nez droit, mais les narines
+sont souvent plus ouvertes chez les Maures que chez les Touareg et
+surtout que chez les Peuls ; ces derniers ont aussi les lèvres plus
+minces que la plupart des Maures. D’une façon générale le facies diffère
+peu du facies méditerranéen chez les individus de ces trois peuples qui
+ne sont pas métissés de sang nègre.
+
+Quant aux peuples de race noire, ils ont tous les narines largement
+ouvertes et les lèvres épaisses qui caractérisent leur race, mais à des
+degrés très divers. Il en est de même du prognatisme qui, très accentué
+chez certains (Kâgoro, Banmana, Tombo, Gourmantché, Dagari), est bien
+moins sensible chez les autres. Il ne semble pas y avoir de relation
+appréciable entre la coloration de la peau et le degré de prognatisme
+et, là encore, les différences individuelles sont souvent plus marquées
+que les différences nationales.
+
+
+3o _Les cheveux._ — Les Maures, les Touareg et les Peuls non métissés
+ont les cheveux lisses, les autres peuples du Haut-Sénégal-Niger ont
+tous les cheveux crépus : ici la distinction entre populations de race
+blanche et populations de race noire est très nette, beaucoup plus nette
+que celle résultant de la pigmentation ou du facies. Je crois que, si
+l’on rencontre un Noir dont les cheveux sont lisses ou presque lisses,
+on peut affirmer à coup sûr qu’il a eu des ascendants de race blanche,
+et qu’inversement tout Blanc ayant les cheveux quelque peu crépus a eu
+des ascendants de race noire.
+
+C’est surtout dans la façon de porter les cheveux que l’on peut noter
+des différences, non plus naturelles, mais acquises, entre les divers
+peuples ou groupements ethniques. En ce qui concerne les hommes, on
+trouve en général les cheveux rasés ou portés courts chez les Maures de
+l’Azaouad, les Touareg, les Toucouleurs, les Songaï, les Bozo, les
+Soninké, les Khassonkè, les Mossi, les Yansi ; les Maures du Hodh — sauf
+dans quelques familles maraboutiques — portent les cheveux longs et
+touffus ; les Peuls se nattent en général la chevelure, ainsi que les
+Malinké et les Foulanké ; parmi les autres peuples du Haut-Sénégal-
+Niger, les uns (Dioula, Kâgoro, Banmana, Diallonké, Samo, Samorho, Sia)
+se rasent habituellement le crâne mais souvent aussi portent les cheveux
+nattés, les autres (Sénoufo, Tombo, Dogom, Déforo, Bobo) tantôt se
+rasent et tantôt portent les cheveux longs soit libres soit nattés ou
+tressés en cimier, d’autres encore se les rasent en conservant une
+touffe au sommet de la tête (Nankana, Gourmantché, Dagari) ou bien se
+les nattent en tresses minces ou en sillons parallèles adhérents au
+crâne (Birifo, Gourounsi, Lobi).
+
+Les femmes portent le plus souvent les cheveux longs chez les Maures et
+les Touareg ; elles se les nattent ou les coiffent en cimier (tantôt
+allant d’une oreille à l’autre, tantôt et le plus souvent allant de la
+nuque au front) chez les Peuls, les Songaï, les Dioula, les Malinké, les
+Foulanké, les Tombo ; elles adoptent presque exclusivement le cimier
+chez les Toucouleurs, les Bozo, les Soninké, et l’agrémentent de
+cadenettes ou nattes retombant sur les oreilles chez les Banmana et les
+Khassonkè ; elles portent en général les cheveux courts chez les
+Sénoufo, les Mossi, les Gourmantché, les Birifo, les Dagari, les
+Gourounsi, les Bobo, les Lobi, etc., conservant souvent une touffe plus
+épaisse et plus longue au sommet de la tête.
+
+Il s’en faut d’ailleurs que la même mode soit observée par tous les
+individus d’un peuple donné : une grande diversité règne en particulier
+dans les villes et le long des frontières communes à plusieurs
+groupements.
+
+
+4o _Mutilations._ — L’_excision_ du clytoris chez les femmes est, je
+crois, absolument universelle dans toutes les populations blanches et
+noires du Haut-Sénégal-Niger, sauf peut-être chez les Touareg, sur
+lesquels je ne possède pas de renseignements précis à cet égard, et
+aussi chez quelques rares fractions peules. L’époque à laquelle elle est
+pratiquée varie selon les peuples : les filles sont opérées chez les
+Maures le septième jour après leur naissance, elles le sont vers l’âge
+de trois ans chez les Peuls et les Soninké, un peu plus tard (vers
+quatre ans) chez les Toucouleurs et généralement au moment de la puberté
+(vers dix ou douze ans), ou même seulement au moment de leur mariage,
+chez les autres peuples.
+
+La _circoncision_ des garçons, quoique très largement répandue, n’est
+pas universelle comme l’excision des filles ; elle se pratique chez les
+Maures et les Touareg vers 7 ans ; chez les Peuls, les Soninké, les
+Toucouleurs, les Songaï, les Bozo, les Dioula, les Kâgoro, les Banmana,
+les Khassonkè, les Malinké, les Foulanké, les Diallonké, les Samo, les
+Samorho, les Sia, les Tombo, les Dogom, les Déforo, les Mossi, les
+Yansi, les Gourmantché, on la pratique entre 8 et 12 ans, à peu près à
+l’époque de la puberté. Chez les Sénoufo, les Nankana, les Dagari, les
+Bariba et les Soumba, la circoncision existe mais n’est pas pratiquée
+dans toutes les tribus ; elle n’est pas du tout en usage chez les Birifo
+ni chez les peuples des groupes gourounsi, bobo et lobi, à de rares
+exceptions près concernant les Dian qui professent l’islamisme.
+
+Les tatouages de la face par _scarifications_ sont d’une pratique très
+répandue au Haut-Sénégal-Niger mais ne se rencontrent pas partout.
+Certains peuples rejettent complètement ces mutilations : les Maures,
+les Touareg, les Peuls, les Toucouleurs, les Bozo, les Malinké, les
+Foulanké, les Birifo, les Lobi, les Pougouli. Chez d’autres, les
+scarifications n’existent que dans une partie de la population ou dans
+certaines familles : ainsi, bien que les Songaï en général ne soient pas
+tatoués, certains portent trois longues cicatrices verticales sur chaque
+tempe ou bien sur le front une longue incision verticale entourée d’une
+ligne de points à droite et à gauche ; les Soninké ne sont pas tatoués,
+à l’exception des Diawara, qui portent trois petites incisions entre les
+deux sourcils ; les Dioula de pure origine mandé ne sont pas tatoués,
+mais ceux qui se sont alliés aux Sénoufo portent en général sur chaque
+joue trois larges cicatrices en éventail partant de la commissure des
+lèvres ; chez les Kâgoro, la majorité des individus ne porte aucune
+scarification, mais certains ont adopté le tatouage banmana (trois
+cicatrices verticales parallèles allant de la tempe au menton) ; les
+Dagari, ou bien ne sont pas tatoués, ou bien portent sur chaque joue un
+double éventail de dessin varié ; les Dian et les Gan ont parfois adopté
+des tatouages bobo ou sénoufo. Les indigènes appartenant aux autres
+populations du Haut-Sénégal-Niger portent presque tous des
+scarifications ethniques dont suit le détail ; mais je dois faire
+observer qu’il n’est pas rare cependant, même chez ces dernières
+populations, de rencontrer des individus non tatoués et de plus que la
+marque d’un peuple ou d’une tribu a souvent été adoptée par des membres
+d’un autre peuple ou d’une autre tribu, ou imposée à des esclaves
+d’origine étrangère, en sorte que le tatouage d’un individu n’est pas
+une indication absolument certaine du groupe ethnique auquel il
+appartient.
+
+Banmana : trois longues cicatrices verticales ou obliques sur chaque
+côté de la figure ; — Khassonkè : trois petites incisions entre les deux
+sourcils et sur chaque tempe ; — Diallonké : trois petites incisions au
+dessous de chaque œil ; — Samorho : trois ou quatre cicatrices
+verticales sur chaque tempe ; — Samo : deux incisions partant des deux
+côtés du nez pour se réunir sous la lèvre inférieure par une série de
+petits points ; — Sia : trois cicatrices formant éventail sur chaque
+joue ; — Sénoufo : tatouages variés, dont les plus fréquents sont trois
+cicatrices en éventail ou bien trois longues incisions verticales ou
+même les deux systèmes réunis, et souvent en plus des entailles de
+chaque côté du nez ou des yeux ; — Tombo et Dogom : trois petites
+incisions colorées en bleu entre les deux sourcils, répétées sur chaque
+tempe ; — Déforo : tatouages divers ; — Mossi et Yansi : trois ou quatre
+longues cicatrices verticales sur chaque joue, souvent barrées par une
+incision oblique ; — Nankana : une cicatrice verticale allant du front
+jusqu’au milieu du nez et une incision oblique commençant au dessous de
+chaque œil pour se terminer sur la pommette ; — Gourmantché : quatre
+longues cicatrices verticales sur chaque joue ; — Nioniossé : une, deux
+ou trois incisions allant de la commissure des lèvres au dessous de
+chaque pommette, augmentées souvent d’une cicatrice oblique partant de
+l’angle supérieur du nez ; — Nounouma : trois cicatrices horizontales ou
+verticales sur chaque joue, plus une virgule sous chaque œil ; —
+Sissala : deux cicatrices horizontales, barrées par une incision
+verticale, sur chaque joue ; — Boussansé : tatouages divers, comportant
+presque toujours une incision oblique sous chaque œil ; — Bobo :
+cicatrices horizontales, obliques et verticales disposées de manières
+diverses et couvrant souvent tout le visage ; — Lorho : une virgule sous
+chaque œil et, chez les femmes, deux cercles concentriques sur chaque
+joue ; — Bariba : cicatrices linéaires multiples, de dispositions
+variées ; — Soumba : hachures obliques très serrées sur chaque joue.
+
+
+ =II. — Habitation, vêtement, parure et armement.=
+
+
+1o _Habitation._ — Les divers aspects sous lesquels se présente
+l’habitation indigène dans le Haut-Sénégal-Niger peuvent se ramener à
+sept types principaux, que j’appellerai : la tente, la hutte
+hémisphérique, la hutte cylindrique à toit conique, la hutte
+bicylindrique à toit ovoïde, la maison rectangulaire à toit plat, la
+maison ordinaire à terrasse et le château-fort.
+
+La _tente_, en laine ou en cotonnade, parfois en peaux, est utilisée
+seulement par les Maures et parfois par les Touareg, mais ces derniers
+ne l’emploient guère que lorsqu’ils voyagent, comme gîte d’étape.
+
+La _hutte hémisphérique_, qui n’est qu’un intermédiaire entre la tente
+et la maison proprement dite, se rencontre chez les Touareg, les Peuls
+et les Songaï. Chez les premiers, elle est construite à l’aide de peaux
+ou de nattes reposant sur une armature en branchages ; chez les seconds,
+elle est faite d’herbes ou de nattes maintenues aussi par des
+branchages ; chez les troisièmes, elle est faite surtout de nattes,
+parfois recouvertes de paille à la partie supérieure. Les Peuls tout à
+fait sédentaires font également usage de huttes cylindriques à toit
+conique, ainsi que certains Songaï ; la classe noble des villes, chez
+ces derniers, habite généralement des maisons à terrasse. Il convient
+d’observer également que la hutte hémisphérique en paille, souvent en
+forme de ruche, est employée par toutes les populations du Soudan pour
+construire les villages provisoires édifiés au milieu des plantations
+lors de la saison des cultures, ainsi que pour servir d’abri aux
+chasseurs, charbonniers, passeurs, etc. Elle a partout le caractère
+d’une habitation provisoire. Dans les pays où se trouvent des roniers,
+la paille est souvent remplacée par des palmes.
+
+La _hutte cylindrique_, bâtie en argile soit brute soit façonnée en
+briquettes grossières et coiffée d’une toiture conique en paille à
+armature de bois, de bambou ou de nervures de raphia, est certainement
+le type d’habitation le plus répandu dans tout le Soudan Occidental.
+Elle est adoptée, de façon à peu près exclusive, par les Toucouleurs,
+les Kâgoro, les Khassonkè, les Malinké, les Foulanké, les Diallonké, les
+Mossi, les Yansi, les Gourmantché, les Dian, les Gan, les Lorho, et on
+la rencontre aussi très fréquemment, à côté d’autres modes de
+construction, chez les Peuls sédentaires, chez certains Songaï, chez
+beaucoup de Bozo, de Soninké, de Dioula et de Banmana, chez une partie
+des Samo, des Samorho, des Sia, des Sénoufo, des Nankana, des Bobo.
+Presque partout où existe la hutte cylindrique, les diverses huttes
+appartenant à la même famille sont réunies entre elles par des barrières
+en bois ou en nattes ou par de petits murs en pisé, de façon à former un
+enclos circulaire à l’intérieur duquel s’ouvrent les portes des huttes.
+
+La _hutte bicylindrique_ à toit ovoïde, composée en réalité de deux
+huttes cylindriques accolées par leur milieu, ne se rencontre, je crois,
+que chez les Sénoufo : très fréquente dans la partie de ce peuple qui
+habite la Côte d’Ivoire, elle est plus rare chez les Sénoufo du Haut-
+Sénégal-Niger, qui lui préfèrent en général soit la hutte cylindrique
+ordinaire, soit la maison à terrasse ou la maison rectangulaire à toit
+plat.
+
+La _maison rectangulaire à toit plat_ se distingue de la maison à
+terrasse en ce que sa toiture, très souvent légèrement bombée, n’est pas
+destinée à servir de lieu de résidence même momentanée, quoiqu’elle se
+compose parfois d’une véritable terrasse supportée par une armature de
+rondins de bois. Ce type d’habitation varie d’ailleurs énormément selon
+les lieux et les peuples. On rencontre cette maison chez les Tombo des
+montagnes, où elle est généralement construite en pierres sèches,
+supporte souvent un étage, s’orne de portes et fenêtres sculptées et
+utilise fréquemment une grotte naturelle ou un pan de falaise pour
+constituer une ou plusieurs de ses faces et parfois sa toiture, ainsi
+que la chose se pratique chez nous dans certaines régions de la
+Touraine ; on la rencontre aussi : chez les Dogom, avec des murs faits
+surtout de briques rectangulaires ; chez les Déforo, dont les villages
+sont perchés sur des rochers ou des monticules, avec une toiture
+légèrement bombée ; chez les Bobo et une partie des Sénoufo, avec une
+toiture composée d’une couche de bois, d’une couche de paille et d’une
+couche d’argile superposées et avec une sorte de vérandah sur l’une des
+faces ; chez les Dian, avec une toiture en paille qui parfois n’est plus
+plate mais présente deux pans.
+
+La _maison à terrasse_ ordinaire, très vraisemblablement d’origine
+marocaine, se présente sous des aspects très divers quant à sa forme
+générale, à sa disposition intérieure et à son ornementation ; elle peut
+avoir, comme à Dienné et en beaucoup d’autres villes, un certain air de
+palais, comme elle peut aussi n’être qu’un abri misérable et
+inconfortable. Les murs sont construits en briques séchées au soleil et
+plus ou moins grossières, parfois en briques demi-cuites, et reposent
+très fréquemment sur un soubassement en pierres ; la toiture est faite
+de rondins de bois supportant une épaisse couche d’argile durcie et
+forme une terrasse que borde de tous côtés un parapet assez bas,
+indépendamment de clochetons ou ornements éventuels de forme
+généralement pyramidale. Bien qu’en général on ne vive pas sur la
+terrasse de ces maisons comme on vit sur la terrasse des châteaux-forts
+dont il sera question tout à l’heure, on y couche souvent durant la
+belle saison et on s’y porte lorsque quelque scène curieuse se déroule
+dans les rues. Ces maisons à terrasse forment le type à peu près
+exclusif des habitations dans les quelques villes ou villages du Hodh et
+de l’Azaouad et dans les grandes villes voisines du Niger des régions
+saharienne et sahélienne, quelle que soit la composition de leur
+population (Tombouctou, Dienné, etc.) ; elles sont en général plus
+confortables et plus élégantes dans ces dernières villes que dans le
+Hodh et l’Azaouad et supportent assez souvent un étage. Elles sont
+également très fréquentes dans toutes les villes, même modestes,
+habitées par des Bozo, des Soninké ou des Dioula, et ont été adoptées
+souvent par les Samorho, les Sia et les Sénoufo ; enfin elles
+constituent, concurremment avec les huttes cylindriques, le type
+d’habitation le plus répandu chez les Banmana.
+
+Le _château-fort_ est aussi une construction à terrasse, mais de
+proportions généralement plus considérables et disposée d’une manière
+spéciale : tandis que la maison ordinaire à terrasse n’abrite qu’une
+famille réduite ou même souvent quelques membres seulement d’une
+famille, le château-fort renferme quelquefois toute la population d’un
+village ordinaire ; de fait, chaque château-fort, isolé au milieu des
+champs, forme à lui seul en quelque sorte un village ; même dans les
+régions où un certain nombre de ces constructions sont groupées
+ensemble, chacune d’elles se trouve toujours séparée des plus voisines
+par un espace assez considérable. La maison proprement dite est
+généralement basse, parfois le sol se trouve au-dessous du niveau du
+terrain environnant ; elle sert surtout de magasin à vivres, d’étable,
+de refuge en cas de pluie ou en cas de danger ; la terrasse, souvent
+pourvue de tourelles à un ou deux étages et protégée par un rempart
+assez haut, est le lieu où se tiennent d’ordinaire les habitants. Très
+souvent, le château-fort ne possède qu’une seule porte d’accès, laquelle
+sert surtout au passage du bétail et est barricadée durant la nuit ; les
+gens de la maison pénètrent chez eux au moyen d’échelles grossières qui
+les conduisent de l’extérieur sur la terrasse et ensuite au moyen
+d’autres échelles grâce auxquelles, à travers des ouvertures étroites
+pratiquées dans la toiture, ils descendent dans l’intérieur de
+l’habitation. Certains de ces châteaux-forts se composent de plusieurs
+corps de bâtiment séparés les uns des autres par des cours intérieures
+et couvrent une superficie considérable. Ce mode de construction semble
+localisé chez une partie des peuples de la famille voltaïque,
+principalement dans les groupes gourounsi (Nioniossé, Nounouma, Sissala
+et Boussansé), bobo (concurremment avec des huttes cylindriques et des
+maisons rectangulaires), lobi (Lobi et Pougouli) et bariba (Bariba et
+Soumba), ainsi que chez certains peuples du groupe mossi (Nankana,
+Dagari et Birifo). On le rencontre aussi chez les Samo et les Samorho,
+concurremment avec la hutte cylindrique ou la maison ordinaire à
+terrasse.
+
+
+2o _Vêtement._ — Une grande tendance se manifeste au Haut-Sénégal-Niger
+vers l’unification du vêtement : la nudité complète chez les jeunes
+enfants des deux sexes, la bande d’étoffe passée entre les jambes et
+cachant les parties sexuelles chez les jeunes garçons et les petites
+filles après la circoncision ou l’excision, la culotte courte et large
+et la petite blouse à manches courtes chez les hommes adultes, le pagne
+ceint autour des reins chez les femmes, l’ample et longue chemise ou
+_boubou_ de coupes variées chez les gens de qualité de l’un et l’autre
+sexe, le bonnet de cotonnade sur la tête des hommes et le chapeau de
+paille indigène pour aller en voyage ou aux champs, des sandales aux
+pieds pour les marches longues, voilà ce que l’on aperçoit le plus
+souvent au Soudan, chez les populations les plus diverses. Cependant
+quelques peuples ont conservé des façons de se vêtir qui leur sont
+spéciales et qui permettent souvent de reconnaître à première vue le
+pays d’origine de beaucoup d’indigènes. Nous allons passer rapidement en
+revue les modes de vêtement les plus caractéristiques.
+
+Les Maures de l’Azaouad sont en général reconnaissables à ce qu’ils se
+couvrent la tête d’une pièce d’étoffe roulée en turban, tandis que les
+Maures du Hodh vont presque toujours tête nue, à l’exception de certains
+marabouts ; les uns et les autres, au moins lorsqu’ils voyagent, sont
+habituellement vêtus d’un boubou assez court, souvent serré à la taille
+par une ceinture, réduit fréquemment à une simple blouse sans manches,
+et ne portent pas en général de culotte. — Les Touareg sont caractérisés
+par le voile que portent les hommes et qui ne laisse apercevoir que les
+yeux et une partie du nez, et par leur pantalon long se terminant aux
+chevilles. — Les Peuls portent en général une blouse serrée à la taille,
+avec ou sans culotte, ou un simple pagne dont un pan est rejeté sur
+l’épaule gauche ; ils vont tête nue ou sont coiffés d’un bonnet
+tronconique en cotonnade blanche ; leurs femmes portent le pagne ceint
+autour des reins. — Les Toucouleurs sont en général très habillés :
+grand boubou et culotte, bonnet tronconique de couleur blanche ; leurs
+femmes portent le pagne et en plus une blouse très ample. — Les Songaï
+portent généralement la culotte et la blouse, et souvent le turban et le
+voile touareg ; leurs femmes, au moins dans les classes pauvre et
+moyenne, n’ont que le pagne. — Les Bozo et les Soninké se vêtent à peu
+près comme les Toucouleurs. — Les Dioula portent la blouse courte ou le
+boubou, en plus de la culotte ; leur bonnet a généralement la forme d’un
+bonnet napolitain et leur chapeau a le fond tantôt conique et tantôt
+hémisphérique ; leurs femmes portent le pagne. — Les Kâgoro, les
+Banmana, les Khassonkè, les Malinké, les Foulanké, les Diallonké, les
+Samo, les Samorho et les Sia ont en général la blouse courte, la culotte
+et le bonnet surmonté ou non d’un chapeau de paille à fond conique ;
+souvent ils n’ont pas d’autre costume que le _bila_ (pièce d’étoffe
+passée entre les jambes) ; le bonnet a, tantôt la forme tronconique,
+tantôt — surtout chez les Banmana — la forme dite « à gueule de
+caïman » ; les femmes sont vêtues d’un pagne. — Les Sénoufo ont à peu
+près le même costume que les Banmana, mais se contentent plus
+fréquemment que ces derniers d’un simple _bila_ ou d’une culotte sans
+blouse ; leurs femmes portent généralement le pagne, mais n’ont souvent
+qu’une sorte de mouchoir cachant leur nudité, ou des franges de cuir, ou
+un paquet de feuilles. — Les Tombo, Dogom, Déforo, Mossi, Yansi,
+Gourmantché portent la culotte, la blouse et le bonnet, avec ou sans
+chapeau de paille à fond conique, parfois un simple pagne dont une
+extrémité est rejetée sur l’épaule ; leurs femmes ont le pagne ceint
+autour des reins. — Les Nankana et les Dagari sont complètement nus ou
+portent un petit tablier en cotonnade ou en peau ; leurs femmes ont une
+ceinture faite de cordons de cuir et ornée de franges qui pendent par
+devant, ou bien portent le pagne. — Les Birifo tantôt sont complètement
+nus, maintenant leur verge relevée au moyen d’une ficelle passée autour
+de la taille, tantôt usent d’une sorte de doigt de gant en cotonnade
+dans lequel est inséré le membre viril ; ils portent comme coiffure un
+chapeau de paille à fond conique et à bords plats ou bien une
+calebasse ; les notables ont une peau de bête suspendue au cou et
+rejetée sur le dos ; les femmes cachent leur nudité au moyen de deux
+paquets de feuilles retombant l’un par devant et l’autre par derrière. —
+Ce costume sommaire est à peu près celui de tous les Gourounsi
+(Nioniossé, Nounouma, Sissala, Boussansé), sauf que le doigt de gant est
+en général remplacé par un petit tablier de peau et que beaucoup de
+notables ont adopté la blouse. — Les Bobo ont, soit le doigt de gant,
+soit le tablier de peau ou de cotonnade. — Les Lobi et les Pougouli ont
+le même costume que les Birifo. — Les Dian ont en général adopté la
+blouse et la culotte. — Les Gan sont nus ou portent un _bila_. — Les
+Lorho portent une sorte de tablier très spécial, dit « tablier
+pakhalla », et leurs femmes portent le pagne. — Les Bariba ont le doigt
+de gant ou le tablier de peau et les Soumba sont complètement nus ; les
+femmes des uns et des autres portent des paquets de feuilles.
+
+
+3o _Parure._ — La parure, surtout chez les femmes, est plus variée que
+le vêtement et se spécialise davantage aussi selon les pays et les
+tribus. Mais le cadre de cet ouvrage ne me permet pas de traiter à fond
+ce sujet et je dois me contenter de signaler certains usages
+particulièrement caractéristiques, et relatifs à des tatouages ou
+mutilations plutôt ornementaux qu’ethniques.
+
+Chez les peuples du Nord (Maures, Touareg, Peuls, Toucouleurs, Songaï,
+Bozo, Soninké), ainsi que chez les Dioula, les femmes se bleuissent très
+fréquemment les lèvres et les paupières avec de l’antimoine. — Chez les
+Songaï, beaucoup d’hommes et de femmes portent des anneaux aux oreilles
+et à la cloison du nez. — Chez les Banmana, un grand nombre de femmes
+ont un anneau de cuivre ou d’argent passé dans la cloison du nez, et
+beaucoup d’hommes ont une oreille percée. — Les mêmes modes existent
+chez les Sénoufo ; de plus, chez ces derniers, les femmes portent
+fréquemment dans les oreilles tantôt un simple cordonnet de cuir orné de
+cauries tantôt toute une série de petits anneaux en cuivre recouvrant
+tout l’ourlet et le lobe ; souvent aussi elles ont dans chaque narine
+une petite boucle de cuivre et dans la lèvre inférieure un cône de
+quartz, enchâssé la pointe en bas. — Chez les Dagari, les femmes
+s’enfoncent dans la lèvre supérieure et parfois dans les deux un
+bâtonnet ou un simple brin de paille ; il en est de même chez les
+Nounouma, les Sissala et la plupart des Bobo. — Chez les Birifo et les
+Lobi, c’est un disque d’ivoire ou de pierre que les femmes se logent
+dans chaque lèvre.
+
+Il me faut ajouter que, indépendamment des scarifications de la face
+dont j’ai parlé plus haut et même chez les peuples qui n’en portent pas,
+il est excessivement fréquent de rencontrer, sur les individus des deux
+sexes, de petites cicatrices en forme de points en relief qui décorent
+soit la nuque, soit la poitrine, soit le ventre, soit les reins, soit
+les bras ou les cuisses. Certaines femmes surtout ont le corps presque
+entier couvert de cicatrices de cette sorte, représentant les dessins
+géométriques les plus variés. Le buste des femmes sénoufo et des femmes
+nounouma est remarquable à cet égard, mais beaucoup de femmes songaï,
+soninké et malinké n’ont que peu à leur envier sous ce rapport.
+
+
+4o _Armement._ — Le fusil à pierre a été importé en de telles quantités
+dans l’Afrique Occidentale depuis le XVIIe siècle, soit par le Maroc
+soit par les côtes, qu’il est actuellement répandu à peu près partout.
+Les fusils à piston, plus rares, sont cependant en assez grand nombre.
+Malgré cela, beaucoup de populations, surtout dans la Boucle du Niger,
+sont demeurées fidèles aux armes de leurs ancêtres. Ces armes sont : la
+lance, répandue aujourd’hui encore chez les Touareg, les Peuls, les
+Songaï, les Bariba, et aussi parmi nombre d’autres peuples chez lesquels
+elle n’est plus guère qu’une parure ou un insigne de commandement ;
+l’arc et les flèches à pointe de bois dur ou de fer, empoisonnées ou
+non, encore en usage chez les Banmana, les Sénoufo et les Mossi, mais
+surtout chez les Samo, les Dagari, les Birifo, les divers peuples
+gourounsi, les Bobo, les Lobi, les Bariba et les Soumba ; le casse-tête,
+en usage surtout chez les Sénoufo et les peuples de famille voltaïque ;
+le couteau de jet en bois, qu’on ne rencontre guère — je le crois du
+moins — que chez certains Sénoufo du cercle de Bobo-Dioulasso (et du
+cercle de Korhogo à la Côte d’Ivoire) et des couteaux de jet en fer
+encore en usage chez les Bariba. Quant aux épées et aux sabres, ils
+existent à peu près partout, mais ne constituent guère des armes
+véritables qu’entre les mains des Touareg : chez les autres peuples du
+Haut-Sénégal-Niger, ils sont surtout des objets de parade, bien qu’un
+certain nombre de meurtres soient commis à l’aide du sabre, comme aussi
+d’ailleurs à l’aide de la hache des bûcherons ou de la simple houe des
+cultivateurs.
+
+
+ =III. — Mentalité et genre de vie.=
+
+
+Bien des caractères intellectuels et moraux, de même que bien des
+caractères physiques et bien des phénomènes extérieurs de la
+civilisation, sont communs à tous les peuples du Haut-Sénégal-Niger,
+sans distinction de race ni de pays. Mais beaucoup aussi portent
+l’empreinte de l’origine ethnique de chaque peuple ou du milieu
+géographique, économique, politique, social et religieux dans lequel il
+a évolué et qui a contribué puissamment à sa formation. Et ceci présente
+une importance considérable, notamment pour ceux qui sont appelés à
+administrer ces divers peuples.
+
+Je chercherai, dans les lignes qui vont suivre, à résumer en quelques
+mots les caractères les plus saillants de chacun des groupes ou peuples
+du Haut-Sénégal-Niger, au double point de vue intellectuel et moral, en
+indiquant de plus son genre de vie et ses aptitudes spéciales. Je ne me
+fais aucune illusion sur ce que cette esquisse peut présenter de
+défectueux et d’incomplet, mais je ne crois pas cependant m’éloigner
+beaucoup de la vérité dans l’ensemble. Il demeure bien entendu que mes
+observations ne s’appliquent qu’à la masse de chaque groupe ou peuple et
+qu’il convient de tenir compte, là comme ailleurs, des exceptions
+locales, tribales et individuelles.
+
+Les _Maures de l’Azaouad_, plus nettement sémites que ceux du Hodh, sont
+aussi plus exclusivement nomades ; surtout pasteurs et marabouts s’il
+s’agit des Kounta, principalement guides et convoyeurs de caravanes ou
+marchands de sel s’il s’agit des Bérabich, ils se transforment
+facilement en guerriers ou en coupeurs de routes lorsque leurs besoins
+ou les circonstances l’exigent. Les Bérabich, qui passent pour avoir
+parmi tous les instincts les plus pillards, sont peut-être cependant
+plus facilement disciplinables et se métamorphoseront plus aisément en
+gendarmes, au jour prochain où ils y trouveront leur compte, tandis que
+les Kounta, qui n’ont jamais cessé d’avoir des visées politiques,
+accepteront plus difficilement de ne plus jouer un rôle actif dans les
+destinées de la région de Tombouctou.
+
+Les _Maures du Hodh_ forment un amalgame aussi bigarré au point de vue
+moral qu’au point de vue physique : l’élément arabe, représenté par les
+Beni-Hassân, semble n’avoir d’autre but que la guerre, guerre sainte
+contre les infidèles ou simple razzia faite en vue de s’approprier les
+moissons des sédentaires ou les troupeaux des pasteurs ; l’élément
+berbère, assurément plus nombreux mais réduit en général à un état plus
+ou moins accentué de vasselage, se livre surtout à l’élevage et au
+commerce ; l’élément mixte enfin qui constitue les familles
+maraboutiques, d’une culture intellectuelle plus élevée souvent qu’on ne
+serait porté à le croire, s’appuie tantôt sur les guerriers et tantôt
+sur les pasteurs, selon l’intérêt du moment, contribuant d’ailleurs à la
+richesse générale par ses nombreux serfs, cultivateurs et artisans.
+Fervents musulmans pour la plupart, les Maures du Hodh sont cependant en
+général monogames, par tradition plutôt que par nécessité.
+
+D’un islamisme très mitigé, sauf dans les familles ou sous-tribus
+maraboutiques, les _Touareg_ se caractérisent surtout par un esprit
+d’indépendance et d’ombrageuse fierté devenu légendaire ; plus
+exclusivement monogames encore que les Maures, ils ont pour la femme une
+déférence dont le résultat est de donner à celle-ci une importance
+sociale très considérable ; de là sans doute leur réputation de peuple
+chevaleresque, réputation qui, sous d’autres rapports, ne s’est pas
+toujours vérifiée dans la pratique. Les Touareg ne sont, semble-t-il,
+nomades que par nécessité et non par instinct atavique ; il est permis
+de supposer que, les événements politiques entraînant une modification
+des conditions économiques, un grand nombre d’entre eux reviendront, dès
+qu’ils le pourront, à la vie mi-pastorale et mi-agricole qu’ont menée
+autrefois leurs ancêtres dans le Nord de l’Afrique et qu’y mènent encore
+leurs cousins de l’Atlas algérien et marocain.
+
+Les _Peuls_ sont également remarquables par leur caractère indépendant,
+mais leur fierté n’est pas telle qu’elle ne se soit pliée maintes fois
+jusqu’à leur faire accepter auprès des Nègres une vie de domestiques et
+presque de parias ; il semble que, pourvu qu’on les laisse vivre à leur
+guise et qu’on n’intervienne pas dans leurs affaires intérieures, les
+Peuls acceptent n’importe quelle situation sociale ou politique ; les
+meilleurs musulmans d’entre eux n’éprouvent aucune répugnance à se louer
+comme bergers au service d’un propriétaire infidèle ni même à fournir
+des contingents guerriers à un prince païen contre un prince mahométan,
+ainsi que le fait s’est produit lors des luttes des Banmana de Ségou
+contre les Toucouleurs. En dehors des castes spéciales qui les entourent
+sans se mêler réellement à eux, et bien que se livrant volontiers à la
+chasse, les Peuls sont avant tout et essentiellement pasteurs ; ils le
+sont plus et mieux certainement que les Maures et les Touareg et ont
+pour leurs troupeaux des soins et une affection qu’on ne rencontre chez
+aucune autre population de l’Afrique Occidentale. Quoique admettant la
+polygamie en principe lorsqu’ils sont musulmans, ils pratiquent surtout
+en fait la monogamie ; les femmes peules qui, comme les femmes touareg,
+jouissent d’une très grosse influence sociale, se montrent d’ailleurs
+hostiles à la polygamie, contrairement à ce qui a lieu chez les Nègres ;
+il est constant d’autre part que les Peuls attachent à la fidélité de
+leurs épouses une importance que les Noirs oublient volontiers en
+échange d’une indemnité pécuniaire ; à noter en passant que, chez les
+Peuls, ce sont les femmes qui traient les vaches, tandis que chez les
+Noirs ce soin est dévolu aux hommes.
+
+Les _Toucouleurs_, dont on a souvent méconnu le caractère nègre —
+pourtant très net — en en faisant des métis de Peuls, se distinguent de
+ces derniers au moral autant qu’au physique. Polygames comme tous les
+Noirs de l’Afrique Occidentale quelle que soit leur religion, alors que,
+quelle que soit également leur religion, les peuples de race blanche de
+la même région ont tous une tendance marquée vers la monogamie, les
+Toucouleurs sont sédentaires au même titre que leurs voisins mandé ;
+quoique certains se livrent à l’élevage, ils n’ont pas pour leurs
+troupeaux le culte que les Peuls ont pour les leurs, et leur occupation
+principale est l’agriculture, que dédaignent au contraire les Peuls. Ils
+ont été guerriers et le seraient encore à l’occasion ; de tout temps ils
+ont été animés de l’esprit de conquête et de domination et, s’ils ont pu
+être gouvernés momentanément par des dynasties étrangères — peules,
+sossé et ouoloves —, ce fut parce que certaines de leurs familles
+avaient trouvé, dans le fait d’attirer des étrangers au Tekrour et de
+leur confier le sceptre, un moyen détourné de s’emparer pratiquement
+elles-mêmes du pouvoir. Plus intelligents que les Peuls relativement aux
+questions matérielles, ils ont par contre le cerveau beaucoup moins
+développé en ce qui concerne la conception des idées abstraites et ils
+ne pourraient ni élaborer ni peut-être comprendre certaines rêveries
+poétiques dont les Peuls sont coutumiers. Indépendants, eux aussi, ils
+ont de plus un orgueil qui leur est très particulier : ils font
+d’excellents gradés dans nos troupes soudanaises, mais de déplorables
+soldats s’ils sont placés sous les ordres de gradés appartenant à un
+autre peuple que le leur. Presque tous sont musulmans, professent le
+plus grand mépris pour les « païens » et comptent parmi les plus
+fanatiques des Noirs islamisés.
+
+Les _Songaï_, par l’aspect sous lequel ils se présentent aujourd’hui,
+démentent le rôle brillant que d’aucuns leur ont attribué dans
+l’histoire du Soudan. A vrai dire cette histoire s’est déroulée chez eux
+mais presque en dehors d’eux : ils ont peu contribué à la faire et n’y
+ont guère joué qu’un rôle passif. Si l’on excepte la caste des Sorko et
+celle, peu nombreuse d’ailleurs, des chasseurs, qui ont toujours eu
+l’une et l’autre des instincts pillards et conquérants et ont fourni
+d’utiles contingents aux empereurs de Gao, les Songaï n’ont jamais
+constitué un peuple guerrier ni dominateur : le soi-disant empire songaï
+fut tour à tour gouverné par des princes berbères et des princes
+soninké, sans parler des époques où il paya tribut ou rançon aux
+Mandingues, aux Mossi et aux Touareg ; les rares souverains puissants
+qui ont donné quelque prestige à cet empire devaient leur force à une
+armée recrutée un peu partout, même parmi les Songaï, mais
+principalement parmi des captifs d’origine mossi, bariba et banmana ; il
+suffit au pacha Djouder de se présenter avec quelques centaines de
+mousquets pour voir ce fameux empire songaï se dissiper en fumée, alors
+que, plus tard, le sultan Er-Rachid n’osa même pas se mesurer avec
+l’armée de l’empire banmana naissant. La masse du peuple songaï,
+composée d’agriculteurs sans défense et de médiocre valeur
+intellectuelle, fut sans cesse le jouet malheureux des invasions, des
+razzias et des révolutions de palais qui désolèrent les rives du bas et
+du moyen Niger jusqu’à l’époque de l’intervention européenne ; le nombre
+des esclaves d’origine songaï qui ont alimenté la population noire du
+Sahara central et de l’Algérie témoigne de la misérable existence qui
+fut celle de ce peuple depuis sans doute les débuts de sa formation. Le
+fait que leur langue est devenue la langue commerciale du moyen Niger,
+la langue de Tombouctou et de Dienné, n’est aucunement dû à un caractère
+dominateur ou civilisateur qui ne fut jamais celui des Songaï ; il est
+dû surtout à l’extraordinaire simplicité de cette langue et aussi à ce
+qu’elle était l’idiome des bateliers entre les mains desquels devaient
+nécessairement passer toutes les transactions commerciales de la région.
+
+Les _Mandé du Nord_ forment, au point de vue mental et social, un groupe
+à peu près homogène, dans lequel les _Bozo_ constituent une fraction
+spéciale, de peu d’importance numérique d’ailleurs, fraction devenue
+peuple mais qui n’était sans doute au début qu’une sorte de caste de
+navigateurs et de pêcheurs analogue à celle des Somono chez les Mandé du
+Centre. Les caractères généraux des _Soninké_ et des _Dioula_ sont
+sensiblement les mêmes : intelligents, actifs, s’assimilant facilement
+les civilisations et les langues étrangères ainsi que les techniques des
+divers métiers et professions, doués du génie commercial et du goût des
+voyages, presque tous musulmans, dévots et même fanatiques lorsque leur
+intérêt l’exige mais pratiquant au contraire la plus large tolérance
+lorsque c’est nécessaire, guerriers et conquérants à l’occasion quoique
+d’un caractère plutôt pacifique et ne s’attaquant jamais qu’à plus
+faible qu’eux-mêmes, établissant du reste plus généralement leur
+domination par la diplomatie que par la force, moins attachés à leur sol
+que la généralité des Nègres et s’expatriant avec la plus grande
+facilité, pratiquant l’agriculture surtout par l’intermédiaire de leurs
+esclaves et de leurs serfs ou vassaux mais se livrant de préférence eux-
+mêmes au négoce ou à l’industrie (tissage, teinture, etc.), de caractère
+assez versatile quoique fier et orgueilleux, naturellement attirés vers
+les progrès extérieurs de la civilisation et désireux d’acquérir une
+richesse qui leur permette de tenir un rang brillant dans la société,
+les Soninké et les Dioula sont appelés plus que d’autres à contribuer à
+la diffusion des idées nouvelles et, par là même, ils peuvent nous être
+ou utiles ou nuisibles, selon la nature du courant qu’ils croiront avoir
+intérêt à répandre.
+
+C’est avec eux que se termine la liste des peuples du Haut-Sénégal-Niger
+gagnés par l’influence islamique, liste qui ne comprend en réalité que
+les Maures, les Touareg, les Toucouleurs, les Songaï et la majorité des
+Peuls et des Mandé du Nord. On rencontre bien encore quelques musulmans
+chez les Mandé du Centre et, par ci par là, chez les autres populations,
+mais il ne s’agit plus que d’infimes groupements ou même d’exceptions
+individuelles et l’on peut dire, d’une façon générale, que la
+civilisation musulmane n’a jamais touché profondément les peuples que
+nous allons maintenant passer en revue et que, la plupart du temps, elle
+ne les a même pas effleurés. Ils représentent donc davantage le type
+soudanais primitif, au moral comme au physique.
+
+Les _Mandé du Centre_ offrent dans leur ensemble une homogénéité moins
+parfaite que les Mandé du Nord, peut-être simplement parce qu’ils sont
+beaucoup plus nombreux et ont dû se séparer, dès les débuts de la
+période historique, en des courants divers de développement politique et
+social. Tous cependant ont en commun, avec tous les autres Noirs du
+Soudan non islamisés d’ailleurs, un très profond attachement au sol
+natal et, quelles que soient leurs différences de caractère, tous sont
+avant tout et par dessus tout agriculteurs ; ceux demeurés les plus
+primitifs et les plus individualistes, comme certains Malinké, sont
+également chasseurs ; le commerce semble peu en honneur chez eux et ne
+dépasse pas en général les limites d’échanges purement locaux,
+nécessités par les besoins journaliers de l’alimentation ; par contre
+les professions manuelles, soit qu’elles demeurent le privilège de
+castes spéciales, soit qu’elles soient ouvertes à tous, absorbent une
+part notable de leur activité. Les _Kâgoro_ et les _Banmana_ se montrent
+entre tous énergiques et travailleurs ; les _Malinké_ et les _Foulanké_,
+plus intelligents peut-être et moins têtus, sont aussi de caractère plus
+guerrier, quoique les Banmana aient prouvé, dans le passé comme dans le
+présent, qu’ils peuvent devenir aussi bien que les Malinké, sinon aussi
+vite, les meilleurs soldats du monde ; le petit peuple des Khassonkè
+semble être, de tous les Mandé du Centre, le moins doué d’énergie, le
+plus mou, mais aussi le plus malléable.
+
+Chez les _Mandé du Sud_, par contre, — au moins chez ceux du Haut-
+Sénégal-Niger — nous rencontrons la plus grande diversité, ce qui ne
+doit point nous étonner si nous réfléchissons à la façon dont se sont
+constituées les petites fractions dispersées de ce groupe mal défini.
+Les _Diallonké_ ne diffèrent pas très sensiblement des Malinké qui les
+avoisinent ; les _Samo_, cultivateurs et chasseurs, rappellent par
+beaucoup de côtés les Banmana auxquels ils rattachent en partie leur
+origine, bien que le voisinage des populations voltaïques ait eu sur eux
+une influence considérable ; de même, les _Samorho_ ne se distinguent
+pas toujours très aisément des Sénoufo et des Bobo qui les entourent et
+les _Sia_ se sont souvent presque identifiés avec les Dioula.
+
+Les _Sénoufo_ sont par excellence des hommes de la glèbe ; ils
+rappellent beaucoup les Banmana, mais apparaissent comme des Banmana
+demeurés très primitifs. Profondément attachés au sol, travailleurs
+patients et méthodiques, de goûts simples et frustes, résignés avec
+fatalisme, se soumettant facilement aux ordres de l’autorité comme aux
+coups du sort quand ils ne peuvent faire autrement mais s’y soustrayant
+par la fuite ou la force d’inertie lorsqu’ils en ont la faculté, sujets
+à des accès de colère sauvage comme il arrive aux gens habituellement
+froids et calmes, d’une intelligence généralement au-dessous de la
+moyenne mais cultivable et capable de progresser au contact d’un milieu
+favorable, très arriérés quant à la civilisation extérieure mais adroits
+de leurs mains et aptes aux travaux industriels comme aux travaux
+agricoles, peu idoines par contre aux opérations commerciales, par
+dessus tout calmes et patients, ils constituent un peuple éminemment
+propre à fournir la main-d’œuvre sans initiative mais facilement
+dirigeable dont le développement d’un pays neuf a surtout besoin.
+
+Beaucoup des traits du caractère sénoufo se retrouvent chez les peuples
+de la _famille voltaïque_, notamment l’attachement au sol et les
+aptitudes agricoles et industrielles, mais l’étendue considérable du
+domaine de cette famille et les conditions d’existence variées qui se
+présentent sur les différentes parties de ce domaine ont amené des
+spécialisations dans le caractère moral des divers groupes comme dans
+les manifestations extérieures de leur civilisation. — Le _groupe tombo_
+se distingue entre tous par son amour farouche de l’indépendance, les
+qualités qu’il a montrées durant des siècles pour la conserver et le
+succès qui a couronné ses efforts ; on pourrait presque résumer sa
+politique nationale dans cette phrase : « Nous n’allons pas chez les
+autres, les autres ne viendront pas chez nous. » — Les peuples du
+_groupe mossi_ sont loin de présenter tous les mêmes caractères : les
+_Mossi_ proprement dits, les _Yansi_ et les _Gourmantché_ montrent une
+énergie guerrière et une faculté dominatrice qui semble manquer souvent
+aux _Nankana_ et aux _Dagari_, en même temps qu’ils sont notablement
+plus avancés en civilisation que ces derniers ; quant aux _Birifo_,
+leurs caractères moraux comme leurs caractères physiques sont si
+analogues à ceux des Lobi qu’on les distinguerait difficilement de ceux-
+ci, n’était qu’ils parlent la même langue que les Dagari. — Le _groupe
+gourounsi_ au contraire présente une certaine homogénéité ; plus
+farouches et plus primitifs que les Mossi, plus jaloux de se garder de
+tout contact étranger, plus individualistes aussi, les peuples de ce
+groupe manifestent les mêmes aptitudes agricoles et la même énergie
+guerrière ; s’ils n’ont pu réussir comme les Mossi à constituer des
+états forts et puissants et s’ils ont eu souvent à pâtir des razzias de
+leurs voisins, cela tient, non pas à une apathie individuelle
+inexistante, mais au contraire à un sentiment d’individualisme trop
+marqué qui les a toujours empêchés de s’unir en vue de résister à un
+ennemi commun. — Le _groupe bobo_ présente des analogies morales très
+étroites avec le peuple sénoufo, mais fait preuve d’une tendance plus
+accentuée vers l’individualisme et l’isolement. — Les _Lobi_, comme les
+Birifo, sont des paysans guerriers : agriculteurs remarquables et
+chasseurs habiles, ils ne vont aux champs qu’armés de leurs flèches
+aussi bien que de leurs instruments de labour ; en fait, on ne les
+conçoit pas sans leurs armes : non contents de vider par la guerre les
+petites querelles de tribu à tribu ou de village à village, ils en
+arrivent à s’attaquer de maison à maison et leur vie se passe sur un
+perpétuel qui-vive ; si étrange que cela puisse paraître, ces conditions
+d’existence ne semblent pas influer de manière notable sur leur calme
+insouciance habituelle non plus que sur la prospérité relative de leur
+pays, qui renferme des champs aussi bien tenus que ceux des Sénoufo.
+Comme les Mossi et les Dagari, les Lobi possèdent d’assez jolis
+troupeaux, mais, pas plus que les Mossi ni les Dagari, ils ne peuvent
+être considérés comme des éleveurs. Les _Pougouli_, les _Dian_ et les
+_Gan_ semblent d’un naturel plus paisible que les Lobi et les premiers
+se livrent volontiers au commerce. — Les _Lorho_ sont trop peu nombreux
+pour avoir conservé une individualité nationale bien marquée. — Les
+_Bariba_ allient à l’énergie physique et guerrière des Mossi et des Lobi
+le caractère individualiste des Gourounsi, moins nettement prononcé
+peut-être chez eux que chez les _Soumba_.
+
+Pour nous résumer, nous pouvons dire que la population du Haut-Sénégal-
+Niger se partage en deux grandes fractions, numériquement très inégales.
+Dans le Nord, d’une façon générale, habitent des peuples appartenant à
+la race blanche ou ayant subi plus ou moins l’influence des familles de
+race blanche, musulmans pour la plupart, les uns nomades ou semi-
+nomades, les autres sédentaires mais se déplaçant sans difficulté et
+voyageant beaucoup, adonnés à l’élevage ou au commerce plutôt qu’à
+l’agriculture, d’un niveau intellectuel relativement élevé et d’une
+civilisation extérieure relativement avancée ; ces peuples (Maures,
+Touareg, Peuls, Toucouleurs, Songaï, Mandé du Nord) forment ensemble le
+quart environ de la population totale de la colonie. Les trois autres
+quarts, professant à peu près exclusivement la religion animiste et
+appartenant tous uniquement à la race noire, peuplent d’une manière
+générale le Sud de la colonie et la plupart des régions où la densité de
+la population est la plus considérable ; tous agriculteurs et
+sédentaires, souvent chasseurs, ils ne s’éloignent pas volontiers de
+leur sol natal, ont peu de contact avec les populations voisines, ne se
+sont guère laissé pénétrer par elles et sont par suite demeurés plus
+proches de l’état primitif de la race nègre : ce sont les Mandé du
+Centre et du Sud, les Sénoufo et les nombreux peuples de la grande
+famille voltaïque.
+
+ * * * * *
+
+ DELAFOSSE Planche XII
+
+[Illustration : _Cliché Froment_
+
+FIG. 23. — Groupe de femmes Mossi.]
+
+[Illustration : _Cliché Bouchot_
+
+FIG. 24. — Guerriers Nankana.]
+
+
+
+
+ TROISIÈME PARTIE
+
+ _Les langues._
+
+[Illustration : Carte 6. — Familles linguistiques du Haut-Sénégal-
+Niger.]
+
+
+ CHAPITRE PREMIER
+
+ =Classification et répartition des langues du Haut-Sénégal-Niger=
+
+ * * * * *
+
+
+ =I. — Nomenclature et classification.=
+
+
+J’ai parlé suffisamment, je crois, de la formation historique des
+diverses langues du Haut-Sénégal-Niger, en traitant des origines des
+peuples, pour n’avoir pas à y revenir ici et je me contenterai pour
+l’instant d’examiner ces idiomes, tels qu’ils existent actuellement, et
+de rechercher comment il convient de les classer.
+
+Ainsi que j’ai eu l’occasion de le dire plus haut, une classification
+linguistique est beaucoup plus aisée à établir qu’une classification
+ethnique ; si celle que je vais proposer en ce qui concerne le Haut-
+Sénégal-Niger ne peut être considérée que comme une ébauche provisoire,
+cela tient seulement à l’état encore trop rudimentaire de notre
+documentation à l’égard d’un certain nombre de langues et dialectes.
+
+J’ai cru devoir adopter une terminologie qui corresponde, au moins pour
+la généralité des cas, à celle employée dans ma classification ethnique.
+J’ai donc réparti les idiomes divers entre plusieurs _familles
+linguistiques_ qui peuvent se subdiviser en _groupes_, ces derniers se
+composant de _langues_ qui, à leur tour, comprennent des _dialectes_ et
+des _sous-dialectes_.
+
+J’entends par « famille linguistique » un ensemble de langues qui,
+quoique souvent très différentes les unes des autres au point de vue
+grammatical et surtout à celui du vocabulaire, peuvent cependant être
+rapportées toutes à une origine commune et présentent entre elles des
+analogies de principe nettement définies. Il peut se faire qu’une
+famille n’ait pas cessé de conserver une parfaite homogénéité ; il peut
+se faire aussi que, dans le cours des âges, soit par suite des
+différences des milieux dans lesquels ont évolué ses diverses fractions,
+soit en raison d’influences étrangères qui se sont exercées plus ou
+moins selon les endroits, divers courants se soient formés dans une même
+famille, dont les aboutissements constituent ce que j’appelle des
+« groupes » : l’origine initiale des divers groupes d’une famille est
+commune, mais la formation de chacun s’est accomplie selon un processus
+spécial.
+
+J’appelle « langue » un idiome qui a des caractéristiques suffisantes
+pour vivre son existence propre au milieu des langues voisines et former
+une unité à part ; les différentes langues d’un même groupe, et même
+celles de deux groupes d’une même famille, sont évidemment parentes,
+tant par leur vocabulaire que par leur syntaxe et leur morphologie, mais
+elles constituent cependant des idiomes distincts, à tel point qu’un
+individu parlant l’une de ces langues ne comprendra pas, à moins
+d’études spéciales ou d’un contact prolongé, les gens parlant l’une des
+autres. Mais deux idiomes ne présentant entre eux que des différences
+toutes superficielles, différences consistant en expressions ou
+locutions d’une spécialisation toute locale et surtout en variantes
+phonétiques, ne constituent pas deux langues distinctes : ce ne sont
+plus que des « dialectes » d’une même langue ; deux individus parlant
+chacun l’un de ces dialectes pourront, avec plus ou moins de facilité,
+se comprendre entre eux, au moins en gros, dès leur premier contact.
+Enfin des différences encore moins profondes, encore plus localisées,
+n’arrivent à constituer que de simples « sous-dialectes ».
+
+D’une façon générale mais non absolue, une famille linguistique
+correspond le plus souvent à une famille ethnique, un groupe
+linguistique à un groupe ethnique, une langue à un peuple, un dialecte à
+une tribu ou à une fraction géographique d’un peuple, un sous-dialecte à
+une sous-tribu ou sous-fraction. Mais je ne saurais trop insister sur ce
+point qu’une telle correspondance est sujette en l’état actuel à de
+nombreuses exceptions : tel peuple en effet ou telle fraction de peuple,
+appartenant dans son ensemble à une famille ethnique donnée, peut
+parfaitement avoir abandonné sa langue propre pour adopter celle d’un
+peuple appartenant à une autre famille : je citerai seulement deux cas
+typiques, celui des Peuls d’origine sémitique parlant aujourd’hui une
+langue nègre et celui des Soninké de Dienné qui ne parlent plus que le
+songaï. D’autre part, un peuple originellement unique peut s’être
+subdivisé en plusieurs peuples aujourd’hui distincts, sans pour cela que
+la langue mère se soit subdivisée en autre chose que de simples
+dialectes : c’est le cas des Banmana, des Malinké et des Dioula, dont
+l’ensemble constitue trois peuples différents au point de vue ethnique,
+bien que les idiomes parlés par eux ne soient que des dialectes d’une
+même langue. Enfin il peut arriver que deux tribus n’appartenant pas au
+même peuple parlent deux sous-dialectes d’un même dialecte, tandis que
+deux tribus d’un même peuple peuvent parler deux dialectes si différents
+qu’ils mériteraient presque d’être considérés comme deux langues
+distinctes : certains Malinké du Ouassoulou par exemple parlent, avec
+des différences à peine perceptibles, le même dialecte que les Dioula,
+tandis que certains Malinké de la Gambie parlent un dialecte nettement
+distinct du malinké du haut Niger. Il y a là toute une série de
+phénomènes assez complexes dans lesquels les raisons d’ordre historique,
+géographique et surtout économique ont joué un rôle bien plus
+considérable que les causes d’ordre purement ethnique.
+
+Il me faut rappeler en outre qu’une famille linguistique, comme une
+famille ethnique, peut très bien ne se composer que d’un groupe unique ;
+parfois même elle ne comprend qu’une seule langue. D’autres fois, nous
+rencontrerons des familles qui, quoique riches en groupes et en langues,
+ne sont représentées dans la région qui nous occupe que par l’un
+seulement de leurs groupes ou par une de leurs langues.
+
+Divers essais de classification des langues de l’Afrique Occidentale ont
+été tentés ; jusqu’à ces derniers temps, ils n’étaient guère basés que
+sur des comparaisons de mots et étaient souvent, ou arbitraires, ou
+purement géographiques. Tout récemment l’école allemande, représentée
+notamment par Hartmann, Lippert, Meinhof, Struck et Westermann pour le
+domaine des langues africaines, a jeté les bases d’une classification
+plus rationnelle[249]. Les derniers travaux de quelques maîtres de cette
+école répartissent les langues de l’Afrique — Madagascar et les parlers
+créoles non compris — en cinq familles : sémitique, hamitique (à
+laquelle sont rattachées les langues hottentotes), bantoue, soudanaise
+et buschmann. En ce qui concerne les langues du Haut-Sénégal-Niger, la
+même école les classe dans les trois familles sémitique, hamitique et
+soudanaise, en rattachant le peul, comme le touareg, à la famille
+hamitique. Il y a là un point qui me semble absolument inadmissible, je
+veux parler du rattachement à la famille hamitique de la langue peule,
+qui ne présente à peu près aucune des caractéristiques des langues
+hamitiques et dont au contraire toutes les caractéristiques principales
+se retrouvent dans les langues proprement nègres, soit soudanaises soit
+bantoues[250].
+
+D’autre part il me paraît un peu prématuré de ranger dans une famille
+unique des langues telles que le ouolof, le songaï, le mandingue et le
+mossi, pour ne parler que de celles se rattachant au sujet du présent
+ouvrage : assurément ces diverses langues, comme le peul d’ailleurs,
+offrent ensemble bien des points communs, mais le plus souvent elles
+n’en offrent pas plus les unes vis-à-vis des autres que chacune d’elles
+n’en présente vis-à-vis des langues bantoues ; toutes sont des langues
+nègres, mais c’est là leur seul trait d’union. Si l’on veut tenir compte
+de ce trait d’union, il faudrait adopter une « famille nègre », dans
+laquelle le bantou ne constituerait qu’un seul groupe, au même titre que
+le mandé par exemple. Mais je préfère subdiviser la « famille
+soudanaise » de MM. Struck et Westermann, qui n’est en somme qu’un
+groupement surtout géographique, en un certain nombre de familles
+linguistiques réelles, dont chacune mérite à mon sens ce nom de
+« famille », au même titre que la famille bantoue ou, dans un autre
+domaine, la famille sémitique.
+
+Certains membres de l’école allemande ont cru aussi devoir rattacher le
+haoussa à la famille hamitique : je me permettrai, là encore, de ne pas
+partager leur manière de voir ; je ne nie aucunement l’empreinte
+considérable exercée par les langues hamitiques sur le haoussa,
+empreinte que j’ai signalée moi-même à diverses reprises ; mais je
+considère le haoussa, non pas comme une langue hamitique influencée par
+des langues soudanaises — théorie de M. Meinhof —, mais comme une langue
+nègre influencée par le voisinage des langues hamitiques, ce qui est
+assez différent.
+
+Quoi qu’il en soit, mes études personnelles m’ont amené à répartir entre
+sept familles linguistiques distinctes les langues parlées actuellement
+par les indigènes de la colonie civile du Haut-Sénégal-Niger. Si nous y
+ajoutons les langues les plus importantes parlées par les étrangers
+(ouolof et haoussa), nous arrivons au total de _neuf familles
+linguistiques_ pour un pays peuplé de moins de cinq millions
+d’habitants : ce total peut paraître énorme, mais il n’étonnera pas ceux
+qui ont étudié la question sur place et qui savent quelle tour de Babel
+est l’Afrique Occidentale. Encore la colonie du Haut-Sénégal-Niger est-
+elle relativement moins richement partagée, sous le rapport de la
+diversité des langues, que certaines autres colonies voisines ; la Côte
+d’Ivoire en particulier, à laquelle on n’attribue guère plus de deux
+millions d’habitants, abrite à elle seule six familles linguistiques
+distinctes, sans compter les langues étrangères.
+
+Les neuf familles linguistiques du Haut-Sénégal-Niger sont :
+
+1o la _famille sémitique_, représentée par une seule de ses langues,
+l’_arabe_ ;
+
+2o la _famille hamitique_, représentée par deux langues du _groupe
+berbère_ : le _zenaga_ et le _tamacheq_ ou langue des Touareg ;
+
+3o la _famille tekrourienne_, qui ne renferme à ma connaissance qu’une
+seule langue : le _foulfouldé_ ou _poular_, ou langue des Peuls et des
+Toucouleurs ;
+
+4o la _famille songaï_, qui ne renferme elle aussi qu’une seule langue :
+le _songaï_ ;
+
+5o la _famille mandé_, représentée par ses trois groupes[251] :
+
+ A. _groupe mandé-tamou_ (deux langues : _bozo_ et _soninké_) ;
+
+ B. _groupe mandé-tan_ (deux langues : _kâgoro_[252] et mandé
+ proprement dit ou _mandingue_, avec ses quatre dialectes _banmana_,
+ _khassonkè_, _malinké_ et _dioula_)[253] ;
+
+ C. _groupe mandé-fou_ (trois langues : _soussou_ ou diallonké,
+ _samorho_ et _sia_, et quatre dialectes mal définis : le _blé_, le
+ _natioro_, le _ouara_ et le _sembla_)[254] ;
+
+6o la _famille sénoufo_, qui ne renferme qu’une seule langue, le
+_sénoufo_, possédant de nombreux dialectes dont dix au moins parlés au
+Haut-Sénégal-Niger (le _bamâna_ ou dialecte des Minianka, le _siénérhè_,
+le _tagba_, le _mbouin_, le _karaboro_, le _komono_, le _nanergué_, le
+_folo_, le _tourka_ et le _sémou_)[255] ;
+
+7o la _famille voltaïque_, représentée par ses sept groupes :
+
+ A. _groupe tombo_ (trois langues : _tombo_, _dogom_ et _déforo_) ;
+
+ B. _groupe mossi_ (quatre langues parlées au Haut-Sénégal-Niger : le
+ _môrhé_ ou _mossi_ (auquel se rattachent le dialecte mossi parlé par
+ les _Samo_ et le dialecte des _Yansi_), le _gourmantché_, le _nankana_
+ et le _dagari_ (auquel se rattache le dialecte _birifo_)[256] ;
+
+ C. _groupe gourounsi_ (trois langues parlées au Haut-Sénégal-Niger :
+ le _nounouma_ (auquel se rattache sans doute le dialecte des
+ _Nioniossé_), le _sissala_ et le _boussansé_)[257] ;
+
+ D. _groupe bobo_, ne renfermant qu’une seule langue, le _bobo_ (quatre
+ dialectes : _kian_, _tara_, _boua_ et _niénigué_) ;
+
+ E. _groupe lobi_ : deux langues, le _lobi_ et le _dian_, plus deux
+ dialectes, le _gan_ et le _pougouli_, qui se rattachent
+ vraisemblablement à la langue dian ;
+
+ F. _groupe koulango_ : une seule langue, le koulango, représentée au
+ Haut-Sénégal-Niger par le dialecte _lorho_ ;
+
+ G. _groupe bariba_ : deux langues parlées au Haut-Sénégal-Niger, le
+ _bariba_ et le soumba, ce dernier représenté par le dialecte
+ _takamba_[258].
+
+8o la _famille sénégalaise_, représentée par l’un de ses groupes, le
+_groupe ouolof_, qui ne comprend lui-même qu’une langue, le _ouolof_,
+parlée au Haut-Sénégal-Niger par des colonies ouoloves assez
+nombreuses[259] ;
+
+9o la _famille nigéro-logonaise_[260], représentée par la principale de
+ses langues, le _haoussa_, parlée par quelques colonies haoussa et de
+nombreux voyageurs et commerçants.
+
+Il y a lieu d’ajouter à cette liste les cinq dialectes parlés par les
+_Padorho_, les _Dorhossié_, les _Tiéfo_, les _Toussia_ et les _Vigué_,
+dialectes qui sont à rattacher probablement soit à la famille sénoufo
+soit à la famille voltaïque.
+
+Cela porte le nombre des idiomes parlés dans le Haut-Sénégal-Niger à _31
+langues_ et à _30 dialectes_ connus, sans compter les dialectes qui
+restent à découvrir et les nombreux sous-dialectes locaux.
+
+
+ =II. — Répartition géographique, ethnique et numérique[261].=
+
+
+Nous allons examiner maintenant de quels groupements ethniques les
+langues et dialectes énumérés ci-dessus sont les idiomes nationaux et en
+même temps quel est le domaine géographique propre de chaque famille ou
+groupe linguistique ; nous chercherons aussi à définir le domaine réel
+de certaines langues qui sont parlées par d’autres indigènes que ceux
+dont elles constituent l’idiome maternel.
+
+
+1o _Famille sémitique (arabe)._ — L’arabe est parlé dans l’Azaouad, le
+Hodh et le Nord du Sahel : il y est la langue maternelle, non seulement
+des Maures d’origine arabe (Kounta, Bérabich et Beni-Hassân), mais aussi
+de la presque totalité des Maures d’origine berbère, qui ont depuis
+longtemps abandonné l’usage du zenaga, ainsi que de tous les Harrâtîn.
+De plus l’arabe est parlé, en outre de leur langue propre, par les
+Soninké Azer habitant les localités sahariennes et par beaucoup de
+Songaï et de Touareg de Tombouctou et des environs de cette ville ; il
+est compris en outre par un certain nombre de Songaï, de Soninké, de
+Peuls, etc., habitant dans le voisinage des Maures et entretenant avec
+eux des relations commerciales. Toutefois le domaine de l’arabe, en tant
+que langue parlée tout au moins, est fort restreint dans le Haut-
+Sénégal-Niger ; si son aire géographique est étendue, il ne faut pas
+oublier qu’elle couvre surtout des régions à peu près inhabitées, et il
+convient de se souvenir qu’il est rare de trouver au Soudan des gens
+parlant l’arabe en dehors des Maures. On peut estimer à 120.000 au
+maximum le nombre des indigènes de la colonie parlant l’arabe, dont
+104.000 Maures et Harrâtîn dont il est la langue maternelle, 10.000
+Soninké de la zone saharienne et 6.000 individus de familles ethniques
+diverses. — Il est à noter que les Maures du Hodh donnent à la langue
+qu’ils parlent le nom de _hassânia_ ou _hassâni_ (langue des Beni-
+Hassân) et non pas le nom de _arabia_ (langue arabe) ; ils réservent
+cette dernière expression pour l’arabe littéral.
+
+
+2o _Famille hamitique (groupe berbère)._ — Le _zenaga_ est encore parlé
+par quelques fractions des Maures de la Mauritanie, notamment dans les
+sous-tribus maraboutiques des Oulad-Daïmân et des Idao-el-hadj, mais,
+dans la partie du Hodh dépendant du Haut-Sénégal-Niger, bien rares sont
+les familles ayant conservé l’usage du berbère. Il s’en rencontre
+cependant quelques-unes chez les Idao-Aïch et peut-être chez d’autres
+tribus, sans que le nombre des gens parlant le zenaga dans le Haut-
+Sénégal-Niger dépasse vraisemblablement 3 à 4.000 individus au grand
+maximum. Mais, si le zenaga a à peu près disparu du Sahara Soudanais en
+tant que langue vivante, son empreinte y est demeurée profonde : on la
+retrouve dans les noms de lieux, presque tous berbères, et dans les
+termes nombreux qu’elle a fait passer dans l’arabe hassânia, ainsi que,
+bien qu’à un degré moindre, dans quelques langues nègres (le soninké
+notamment).
+
+Le _tamacheq_ ou _tamacherht_ au contraire n’a pas disparu : il est
+encore parlé par tous les Touareg et leurs Iklân ou Bella. En dehors des
+gens dont il constitue la langue maternelle, il semble n’être compris
+que de très rares individus. On peut donc estimer à 60.000 au maximum
+(dont 57.000 Touareg et Bella) le nombre des indigènes du Haut-Sénégal-
+Niger parlant le tamacheq.
+
+
+3o _Famille tekrourienne (peul)._ — Le peul, qu’il serait peut-être plus
+logique d’appeler le toucouleur, est parlé à la fois par les quelque
+38.000 Toucouleurs qui se sont installés dans le Haut-Sénégal-Niger et
+par les 404.700 Peuls, Rimaïbé et Silmimossi. Le domaine de cette langue
+est géographiquement très étendu en raison de l’éparpillement des Peuls
+à travers le Soudan, mais il est, comme le domaine de ce peuple lui-
+même, excessivement morcelé. De plus, il est assez rare que le Peul soit
+compris par des gens dont il n’est pas la langue maternelle : c’est une
+langue répandue en beaucoup de régions du Soudan parce qu’on rencontre
+des Peuls un peu partout, mais ce n’est pas une langue d’échange. On
+peut estimer à 450.000 environ le nombre des individus parlant le peul
+dans le Haut-Sénégal-Niger, dont 443.000 pour lesquels il constitue la
+langue maternelle.
+
+Bien que la langue peule soit une, elle renferme, en raison même de la
+dispersion des gens qui la parlent, un nombre assez considérable de
+dialectes : le plus pur de tous semble être celui parlé par les
+Toucouleurs, qui observent beaucoup plus scrupuleusement que la
+généralité des Peuls les règles morphologiques et syntaxiques les plus
+caractéristiques de la langue ; parmi les dialectes spéciaux qui se sont
+créés chez les Peuls du Haut-Sénégal-Niger, on peut citer ceux du Sahel,
+du Massina, de la haute Volta Noire, des pays mossi, du Liptako, etc.
+Enfin il convient de mentionner une sorte de dialecte banal, participant
+un peu de tous les autres, employé par les Peuls et Toucouleurs qui
+voyagent beaucoup ; ce dialecte banal leur permet de se faire comprendre
+aisément dans les diverses régions qu’ils traversent.
+
+
+4o _Famille songaï (langue songaï)._ — Le songaï se présente sous un
+tout autre aspect que celui du peul : les Songaï proprement dits (Arma,
+Sorko et Gabibi) ne dépassent guère le nombre de 100.000 au Haut-
+Sénégal-Niger (101.582 d’après les recensements de 1909). Mais je ne
+crois pas m’avancer trop en disant qu’ils forment à peine le quart de la
+population parlant leur langue. Tout d’abord le songaï est devenu la
+langue maternelle d’un nombre appréciable de Soninké à Dienné et dans la
+région du Massina ; de plus il est parlé et compris, en outre de leurs
+langues propres, par presque tous les indigènes habitant à proximité du
+Niger depuis Mopti jusqu’à Say : Bozo, Soninké, Banmana, Tombo, Peuls,
+Touareg, etc. Il constitue dans toute cette région une véritable langue
+internationale, la _koïra-kiné_ ou « langue du pays », dont on use pour
+toutes les relations commerciales ou politiques. Je croirais volontiers
+que plus de 400.000 indigènes du Haut-Sénégal-Niger comprennent
+couramment le songaï.
+
+
+5o _Famille mandé._ — Le _bozo_ n’est sans doute guère parlé que par les
+Bozo eux-mêmes, c’est-à-dire par 15.000 individus environ. Il se divise
+cependant en plusieurs dialectes, notamment ceux de Dia, du Massina et
+du Pondori, plus un dialecte mélangé de banmana et de songaï qui est
+parlé dans la région du Bara et près de Niafounké.
+
+Le _soninké_, non seulement n’est pour ainsi dire pas parlé en dehors
+des Soninké, mais n’est même pas parlé par tous les Soninké : sur les
+245.392 individus représentant ce peuple dans le Haut-Sénégal-Niger,
+plus de 40.000 ont abandonné leur langue pour le dioula (ceux de la
+Boucle du Niger et notamment du Dafina), 10.000 au moins l’ont
+abandonnée pour le songaï (cercles de Dienné, Mopti, Niafounké), plus de
+30.000 pour le banmana (cercles de Koutiala, San, Ségou, Bamako, etc.)
+et environ 10.000 pour le malinké (Sud du cercle de Kayes notamment) ;
+en sorte qu’il n’en demeure guère que 135.000 ayant conservé l’usage de
+leur langue. Chose digne de remarque, ceux qui se trouvent isolés parmi
+les Maures sont restés plus fidèles à leur idiome national que ceux qui
+se sont répandus dans le Sud et l’Est du Soudan.
+
+Le _kâgoro_ n’est plus parlé aujourd’hui que par une dizaine de milliers
+d’individus au maximum ; la plupart des Kâgoro d’ailleurs parlent le
+dialecte banmana (Kaarta et Kaniaga), et quelques-uns le soninké
+(Bakounou), en outre de leur langue.
+
+Quant au _mandingue_, comprenant les quatre dialectes khassonkè,
+banmana, malinké et dioula, il est la langue maternelle d’environ
+1.070.000 indigènes du Haut-Sénégal-Niger : 11.191 Khassonkè, 538.450
+Banmana, 146.733 Malinké, 106.066 Foulanké parlant le dialecte malinké,
+218.820 Dioula, 8.450 Boron et plus de 40.000 Soninké parlant le
+dialecte dioula. Mais ce n’est pas tout : dans toutes les régions où les
+Mandé du Centre ou les Dioula forment la majorité de la population,
+c’est-à-dire dans les cercles de Sokolo, Ségou, Bamako, Kita, Bafoulabé,
+Kayes, Satadougou, Bougouni, Sikasso, la langue mandingue s’est propagée
+avec une telle force qu’elle est comprise et parlée par l’immense
+majorité, sinon la totalité, des autres habitants, en outre de leurs
+idiomes respectifs (arabe, peul, soninké, kâgoro, soussou, samorho,
+sénoufo) ; de plus, le banmana s’est répandu dans de nombreux districts
+du Sahel et de la rive droite du Bani où cependant les Banmana ne sont
+qu’en nombre relativement restreint ; le dioula est devenu la langue
+commerciale de presque toute la moitié occidentale de la Boucle du
+Niger, au Sud du domaine du songaï ; enfin il s’est constitué dans le
+Sud-Ouest de la Boucle et dans la vallée du haut Niger une sorte de
+dialecte banal qu’on appelle _kan-gbê_ « la langue blanche, la bonne
+langue », sorte de synthèse de la langue mandingue que parlent tous les
+voyageurs et que tout le monde comprend plus ou moins le long des
+grandes voies commerciales. Aussi je crois demeurer encore au-dessous de
+la vérité en estimant à 1.500.000 au minimum le nombre des indigènes du
+Haut-Sénégal-Niger possédant l’usage de la langue mandingue, c’est-à-
+dire presque au tiers de la population totale de la colonie.
+
+Le _soussou_ n’est parlé que par les 9.824 Diallonké des cercles de
+Satadougou et de Kita, le _samorho_ par les 23.705 Samorho des cercles
+de Sikasso et de Bobo-Dioulasso, le _sia_ par 6.000 individus, le _blé_
+par 1.035, le _natioro_ par 2.745, le _ouara_ par 7.000 et le _sembla_
+par 8.000 ; ces cinq derniers idiomes sont localisés dans le cercle de
+Bobo-Dioulasso.
+
+
+6o _Famille sénoufo (langue sénoufo)._ — Le sénoufo est une de ces
+langues qui ne se sont pas répandues en dehors de leur domaine
+national ; il n’est parlé au Haut-Sénégal-Niger que par les Sénoufo eux-
+mêmes, mais, ces derniers atteignant le chiffre de 343.470, il s’ensuit
+que leur langue est encore l’une des plus parlées de la colonie. Au
+point de vue de leur importance numérique, les dialectes sénoufo
+viennent dans l’ordre suivant : bamâna ou minianka 129.312, siénérhè
+81.273, mbouin 31.875, folo 23.790, tourka 21.205, karaboro 18.535,
+tagba, 17.170, nanergué 11.260, komono 5.605 et sémou 3.445.
+
+ DELAFOSSE Planche XIII
+
+[Illustration : _Cliché Delafosse_
+
+FIG. 25. — Groupe de Dioula.]
+
+[Illustration : FIG. 26. — Un Khassonkè.]
+
+
+7o _Famille voltaïque._ — Les langues du groupe tombo sont, semble-t-il,
+strictement limitées au domaine propre des peuples du groupe ethnique
+correspondant, c’est-à-dire à la région montagneuse du Nord-Ouest de la
+Boucle et aux plaines qui l’avoisinent immédiatement. Le _tombo_ y est
+parlé par 120.000 individus environ, le _dogom_ par 5 à 6.000 et le
+_déforo_ par 12.000.
+
+Parmi les langues du groupe mossi, le _môrhé_, ou langue mossi
+proprement dite, s’est répandu non seulement parmi les 1.262.277
+indigènes qui constituent aujourd’hui le peuple mossi, mais encore, avec
+des variantes dialectales assez peu sensibles, parmi les 48.707 Yansi et
+le plus grand nombre des 75.232 Samo[262] : il est donc actuellement la
+langue maternelle de plus de 1.387.000 individus. De plus, il sert de
+langue courante dans tous les pays où s’est portée l’influence politique
+des empires du Yatenga et de Ouagadougou et est parlé, en outre de leur
+langue maternelle, par la presque totalité des Dioula des cercles de
+Ouahigouya et Ouagadougou (105.000 environ), par les Silmimossi (15.000
+au minimum), par un grand nombre de Peuls et de Rimaïbé (20.000
+environ), de Nioniossé (20.000 environ) et de Boussansé (25.000
+environ). En dehors des zones habitées ou gouvernées par les Mossi eux-
+mêmes, leur langue est comprise encore par beaucoup de commerçants
+soninké, dioula et haoussa, et par beaucoup d’indigènes dont les idiomes
+nationaux sont très voisins du mossi (Gourmantché, Nankana, Dagari). On
+peut donc évaluer à 1.600.000 environ le nombre des habitants de la
+colonie parlant le mossi, ce qui place cet idiome, par ordre
+d’importance numérique, au même rang que le mandingue et même un peu au-
+dessus de cette dernière langue. Toutefois, au point de vue de l’aire
+géographique d’extension et de l’importance en tant que langue d’échange
+international, le mandingue vient incontestablement au premier rang. —
+Le _gourmantché_ est parlé par 150.000 individus environ, le _nankana_
+par 20.000 et le _dagari_, en y comprenant le dialecte birifo, par plus
+de 105.000.
+
+Les différents dialectes qui se rattachent à la langue _nounouma_
+(dialectes des Nioniossé, des Kipirsi, des Nounouma proprement dits,
+etc.) sont parlés, à titre de langue nationale, par plus de 150.000
+individus et, de plus, en outre de leur langue propre, par un certain
+nombre de Dagari et de Pougouli : on peut chiffrer à 160.000 le nombre
+des indigènes parlant cette langue. Le _boussansé_ est la langue
+maternelle de plus de 105.000 individus ; le _sissala_ n’est guère
+compris que par 7 à 8.000 indigènes.
+
+Le _bobo_ ne s’est pas répandu beaucoup en dehors des Bobo eux-mêmes ;
+on peut donc évaluer à 228.000 environ le nombre des individus parlant
+cette langue. Le dialecte _tara_ vient en tête, parlé par plus de
+102.000 Bobo-Oulé ; le _boua_ vient ensuite avec plus de 62.000 Bobo-
+Fing, puis le _kian_ avec 36.666 Bobo-Gbê et enfin le _niénigué_ avec
+24.817 Bobo-Niénigué.
+
+Les langues et les dialectes du groupe lobi ne sont guère compris que
+des peuples ou tribus dont ils constituent les idiomes nationaux, soit
+62.050 individus pour le _lobi_, 5.950 pour le _dian_ proprement dit,
+5.550 pour le _pougouli_ et 1.100 seulement pour le _gan_ (cercle de
+Gaoua).
+
+Le dialecte _lorho_ de la langue koulango n’est représenté que par les
+4.000 Lorho du cercle de Gaoua.
+
+Les langues du groupe bariba ne sont parlées au Haut-Sénégal-Niger que
+par 5.000 indigènes environ, dont 4.497 _Bariba_, et 540 _Takamba_ de
+langue soumba.
+
+Les dialectes des tribus non classées des cercles de Bobo-Dioulasso et
+Gaoua n’ont qu’une assez médiocre importance : le _toussia_ est parlé
+par 10.045 individus, le _dorhossié_ par 3.700, le _vigué_ par 2.790, le
+_tiéfo_ par 2.000 et le _padorho_ par 500.
+
+
+8o _Famille sénégalaise (ouolof)._ — La langue ouolove n’a qu’une
+extension très restreinte dans le Haut-Sénégal-Niger : en dehors des
+3.205 Ouolofs établis à demeure en divers points de la colonie, elle est
+comprise par quelques autres étrangers originaires du Sénégal et par un
+certain nombre de Toucouleurs et Soninké du cercle de Kayes ; elle est
+surtout en usage parmi les bateliers qui font le service de la
+navigation entre Kayes et Saint-Louis. Au total, je ne crois pas qu’elle
+soit comprise par plus de 6 à 7.000 indigènes du Haut-Sénégal-Niger.
+
+
+9o _Famille nigéro-logonaise (haoussa)._ — Il en est tout autrement du
+haoussa : les Haoussa établis à demeure dans la colonie ne sont pas
+nombreux, mais ceux qui y voyagent pour affaires et qu’on appelle
+généralement _Maraba_ dans la Boucle du Niger le sont bien davantage,
+qu’ils viennent du Haoussa propre en traversant le Niger du côté de Say
+ou de leurs très importantes colonies de la Côte d’Or et du haut Togo.
+Leur langue en tout cas s’est largement répandue dans le Sud-Est de la
+Boucle, où elle fait suite au mandingue comme langue d’échange, la
+limite entre les deux zones d’extension passant à peu près par le
+méridien de Ouagadougou. Le haoussa est la langue des marchés et
+l’idiome des voyageurs dans une partie du Gourounsi, dans l’Est du Mossi
+et surtout chez les Boussansé et dans les cercles de Fada-n-Gourma et de
+Say. L’évaluation du nombre des indigènes du Haut-Sénégal-Niger
+comprenant le haoussa est assez difficile ; je crois pourtant pouvoir
+estimer ce nombre à une centaine de milliers d’individus au minimum.
+
+
+_Statistiques comparées._ — Si nous voulons maintenant résumer en
+quelques tableaux comparatifs les données qui viennent d’être exposées,
+nous trouverons que les neuf familles linguistiques se présentent au
+Haut-Sénégal-Niger, par rang d’importance, dans l’ordre suivant, en ne
+tenant compte que des individus, tribus ou peuples dont la langue
+maternelle appartient à chacune des familles indiquées :
+
+ 1o famille voltaïque, avec environ 2.385.000 ressortissants.
+
+ 2o — mandé, — 1.290.000 —
+
+ 3o — tekrourienne, — 443.000 —
+
+ 4o — sénoufo, — 344.000 —
+
+ 5o — songaï, — 111.000 —
+
+ 6o — sémitique, — 105.000 —
+
+ 7o — hamitique, — 60.000 —
+
+ 8o — sénégalaise, — 4.000 —
+
+ 9o — nigéro-logonaise, — 2.000 —
+
+Si maintenant l’on tient compte du nombre total des gens comprenant
+chaque idiome, que celui-ci soit ou non leur parler maternel, les 31
+langues en usage au Haut-Sénégal-Niger se classent comme suit :
+
+ 1o mossi 1.600.000 (dont 1.262.277 Mossi propres).
+
+ 2o mandingue 1.500.000 (dont 1.029.710 Mandé du Centre et
+ Dioula).
+
+ 3o peul 450.000
+
+ 4o songaï 400.000 (dont 101.582 Songaï seulement).
+
+ 5o sénoufo 344.000
+
+ 6o bobo 228.000
+
+ 7o nounouma 160.000
+
+ 8o gourmantché 150.000
+
+ 9o soninké 135.000 (sur 245.392 Soninké).
+
+ 10o arabe 120.000
+
+ 11o tombo 119.000
+
+ 12o dagari 106.000
+
+ 13o boussansé 105.000
+
+ 14o haoussa 100.000 (dont à peine un millier de
+ Haoussa propres).
+
+ 15o lobi 62.000
+
+ 16o tamacheq 60.000
+
+ 17o sia 25.000 (en y comprenant les dialectes
+ connexes).
+
+ 18o samorho 24.000
+
+ 19o nankana 20.000
+
+ 20o bozo 15.000
+
+ 21o dian 12.500 (en y comprenant les dialectes
+ connexes).
+
+ 22o déforo 12.000
+
+ 23o kâgoro 10.000
+
+ 24o soussou 10.000 (dialecte des Diallonké).
+
+ 25o sissala 8.000
+
+ 26o ouolof 7.000
+
+ 27o dogom 6.000
+
+ 28o bariba 4.500
+
+ 29o koulango 4.000 (dialecte lorho).
+
+ 30o zenaga 3.500
+
+ 31o soumba 500 (dialecte takamba).
+
+ Dialectes non classés 19.000
+
+Enfin il peut être intéressant de connaître quelles sont les langues
+dominantes dans chacune des circonscriptions administratives. A cet
+égard, nous constatons que : l’arabe domine dans la zone saharienne et
+la résidence de Kiffa ; le soninké et le peul dans le cercle de Nioro,
+avec une tendance du mandingue vers la prédominance ; le mandingue et le
+soninké dans le cercle de Goumbou, où le peul tient aussi une place
+importante ; le mandingue dans le cercle de Sokolo ; le peul dans le
+cercle de Niafounké, le mandingue et le songaï lui disputant la
+prééminence ; le songaï dans les cercles de Tombouctou et de Hombori, où
+le tamacheq tient une place importante ; le peul dans le cercle de Dori,
+avec le mossi, le tamacheq et le déforo comme langues secondaires ; le
+tombo dans le cercle de Bandiagara, où le peul tient une place assez
+importante ; le peul dans les cercles de Mopti et de Dienné, avec le
+mandingue et le songaï comme langues secondaires ; le mandingue dans les
+cercles de Ségou, Bamako, Kita, Bafoulabé, Kayes, Satadougou et
+Bougouni ; le mandingue aussi dans le cercle de Sikasso, avec le sénoufo
+et le samorho comme langues secondaires ; le sénoufo dans le cercle de
+Koutiala, avec le mandingue comme langue secondaire ; le bobo dans la
+circonscription de San, avec le mandingue et le sénoufo comme langues
+secondaires ; le bobo et le mandingue dans le cercle de Koury, avec le
+peul et le nounouma comme langues secondaires ; le mossi dans les
+cercles de Ouahigouya et Ouagadougou, avec le mandingue, le peul et le
+nounouma comme langues secondaires pour les deux cercles et, en plus, le
+boussansé, le nankana et le haoussa pour le cercle de Ouagadougou ; le
+gourmantché dans le cercle de Fada-n-Gourma, avec le mossi et le haoussa
+comme langues secondaires ; le dagari et le lobi dans le cercle de
+Gaoua, avec plusieurs langues ou dialectes secondaires ; le sénoufo dans
+le cercle de Bobo-Dioulasso, avec le mandingue, le bobo et de nombreux
+idiomes comme langues secondaires.
+
+
+ =III. — Langues écrites et langues parlées.=
+
+
+1o _L’arabe écrit._ — Des 31 langues en usage dans le Haut-Sénégal-
+Niger, une seule mérite le titre de langue écrite : c’est l’arabe. Et
+encore il serait peut-être plus exact de dire, quelque paradoxal que
+cela puisse paraître, qu’aucune des 31 langues parlées dans le Haut-
+Sénégal-Niger, y compris l’arabe, ne mérite le titre de langue écrite,
+mais que, en plus et en dehors de ces langues, il en existe une 31e qui
+s’écrit et ne se parle pas : l’arabe écrit. En effet il serait difficile
+de prétendre que l’arabe hassânia, que parlent les Maures, s’écrive ; au
+Soudan comme au Maghreb et ailleurs, il existe en réalité deux types de
+langue arabe : la langue parlée, qui diffère assez notablement selon les
+régions, tant au point de vue du vocabulaire qu’au point de vue de la
+phonétique, et que l’on ne peut rendre par l’écriture, et la langue
+écrite qui, elle, est la même partout, à quelques idiotismes locaux
+près, et qui n’est jamais parlée, sauf par quelques docteurs prétentieux
+dans les leçons qu’ils donnent à leurs disciples. On sait que l’arabe
+parlé élude presque toutes les voyelles brèves, supprime la plupart des
+flexions désinencielles et par suite les déclinaisons et presque tous
+les temps et modes des verbes et n’emploie qu’un nombre restreint de
+vocables et de formes dérivées, tandis que l’arabe écrit, même sous la
+plume du vulgaire, demeure fidèle à la plupart des règles morphologiques
+et syntaxiques de la langue littérale. Au Soudan peut-être plus
+qu’ailleurs, la différence est profonde entre les deux langues, non
+seulement au point de vue de la grammaire et de la lexicologie, mais
+aussi relativement à l’usage spécial qui est fait de chacune d’elles.
+
+Les Maures, les Harrâtîn et les quelques milliers de Soninké que j’ai
+signalés plus haut comme parlant l’arabe ne font usage dans leur
+conversation que du _hassânia_, c’est-à-dire d’un dialecte parlé assez
+impur, fortement mélangé de vocables berbères, mais ne s’éloignant pas
+énormément par ailleurs du dialecte en usage dans le sud-oranais. Le
+plus grand nombre d’entre eux ne savent ni lire ni écrire et l’arabe
+n’existe pour ceux-là qu’en tant que langue parlée. Quant aux docteurs,
+aux marabouts et à leurs disciples, ils parlent le même _hassânia_ que
+les autres, mais ils se servent pour écrire de l’arabe correct, auquel
+ils réservent, comme je l’ai dit précédemment, le nom de _arabia_. Il
+n’est pas rare d’entendre un Maure dire en excellent arabe parlé : _La
+’âref el-’arâbia_ « je ne sais pas l’arabe », ce qui dans sa pensée veut
+dire : « Je ne sais pas écrire l’arabe » ou « je serais incapable de
+comprendre de l’arabe écrit ».
+
+Quant aux Noirs musulmans répandus un peu partout dans la colonie du
+Haut-Sénégal-Niger, il en est fort peu parmi eux qui soient capables de
+soutenir une conversation en arabe, alors qu’un très grand nombre lisent
+avec facilité l’arabe écrit et écrivent eux-mêmes couramment et
+correctement ; je ne serais même pas étonné que le nombre des lettrés
+fût, proportionnellement, plus élevé chez les musulmans noirs — les
+Soninké et les Dioula en particulier — que chez les Maures. Ceux de ces
+lettrés noirs qui ont acquis une grande pratique de l’arabe écrit et se
+sont assimilé un nombre assez considérable de mots et de formes, — et
+ceux-là, je le répète, sont beaucoup plus nombreux qu’on ne le croit
+couramment, — arrivent à parler arabe, avec quelque difficulté, il est
+vrai, mais en disant ce qu’ils veulent dire ; seulement l’arabe qu’ils
+parlent est l’arabe écrit et les gens de langue arabe — les Maures dans
+l’espèce — ne les comprennent pas, à moins qu’ils ne soient eux-mêmes
+des lettrés de profession.
+
+Tandis que l’arabe parlé est localisé à peu près au pays des Maures et
+n’occupe que le dixième rang sur l’échelle de répartition numérique des
+langues du Haut-Sénégal-Niger, l’arabe écrit possède au contraire une
+importance considérable : connu et pratiqué par les lettrés musulmans de
+toutes races, il est la véritable et la seule langue littéraire du
+Soudan ; sa connaissance permet à des quantités d’indigènes vivant dans
+un milieu d’ignorance d’acquérir un degré d’instruction relatif mais
+fort appréciable ; elle développe d’autant mieux leur mentalité que,
+pour être acquise, elle a nécessité une gymnastique considérable de
+l’esprit et des efforts prodigieux de mémoire et d’application : il ne
+faut pas oublier en effet que les étudiants soudanais ne disposent
+d’aucun dictionnaire ni d’aucune grammaire et que c’est à force de
+lectures et d’exercices qu’ils arrivent à amasser leur bagage de
+connaissances littéraires ; si mince que soit ce bagage, je ne puis pour
+ma part m’empêcher d’admirer les efforts qui ont dû être déployés pour
+son acquisition. Il est regrettable seulement que les bibliothèques des
+lettrés soudanais ne renferment guère que des traités d’exégèse
+religieuse ou des ouvrages relatifs à des formules de prière, des récits
+de miracles ou des discussions sur des points insignifiants de droit
+canonique ; l’histoire n’y occupe qu’une place très secondaire, les
+sciences et la littérature proprement dite en sont complètement exclues.
+
+Au point de vue pratique, la connaissance de l’arabe écrit permet aux
+lettrés de langues différentes de correspondre facilement entre eux et
+de se recommander les uns aux autres, par des sortes de sauf-conduits,
+ceux de leurs amis qui vont voyager dans des pays lointains. Cette
+facilité de correspondre entre eux est certainement l’une des
+principales forces des musulmans du Soudan, vis-à-vis des animistes
+privés de ce moyen de communication comme aussi vis-à-vis de l’autorité
+européenne. Il paraît bien établi d’autre part que tous les bienfaits
+d’ordre intellectuel et moral que l’on attribue parfois à l’influence de
+la religion musulmane sont dûs, non pas à cette religion en elle-même,
+mais uniquement au fait qu’elle a été l’occasion de la diffusion parmi
+les Noirs de la connaissance et de l’usage d’une langue littéraire.
+
+Il ne faudrait pas cependant s’exagérer le nombre des Soudanais sachant
+lire et écrire l’arabe, j’entends de ceux capables de comprendre ce
+qu’ils lisent et écrivent et de composer quelque chose d’original, ne
+fût-ce qu’une simple missive, en arabe. Aucune statistique n’a été faite
+encore à cet égard, mais je crois que, le jour où il sera possible d’en
+faire une, on s’apercevra que sur les 1.139.000 et quelques musulmans du
+Haut-Sénégal-Niger, il n’y a guère plus de 20 à 25.000 individus en état
+d’écrire une lettre renfermant autre chose que des souhaits et des
+formules de politesse. Je crois également que les deux tiers au moins de
+ces lettrés appartiennent à la race noire, l’autre tiers étant fourni
+par les familles maraboutiques du Hodh et de l’Azaouad.
+
+2o _Existe-t-il au Haut-Sénégal-Niger des langues écrites en dehors de
+l’arabe ?_ — J’ai par avance répondu négativement à cette question.
+Cependant il serait inexact de dire que l’arabe soit la seule langue du
+Haut-Sénégal-Niger qui s’écrive : j’ai dit seulement et je maintiens que
+l’arabe est la seule langue de la colonie méritant le titre de « langue
+écrite ». On rencontre bien quelques spécimens écrits de quatre autres
+langues — le tamacheq, le zenaga, le peul et le haoussa —, mais ils sont
+en trop petit nombre et d’un caractère trop spécial pour que ces langues
+puissent revendiquer l’appellation de langues écrites, au moins en ce
+qui concerne le Haut-Sénégal-Niger.
+
+Le _tamacheq_ possède un alphabet spécial, aujourd’hui bien connu, dont
+les caractères de forme géométrique (cercles, rectangles, lignes droites
+et points) portent le nom de _tifinarh_. La connaissance de ces
+caractères n’est que très peu généralisée chez les Touareg en général et
+elle est excessivement rare chez les Touareg du Soudan et du Sahara
+Soudanais. Quelques femmes seulement en détiennent l’usage et s’en
+servent pour tracer des devises sur des tambours, des boucliers de cuir
+ou autres objets ; on rencontre parfois sur des rochers des inscriptions
+en _tifinarh_, mais les descendants de ceux qui les ont tracées sont
+incapables de les lire. Cet alphabet, qui ne possède aucun moyen de
+rendre la plupart des voyelles et se montre inférieur sous ce rapport à
+l’alphabet arabe lui-même, est par ailleurs excessivement défectueux.
+S’il existe quelques lettrés chez les Touareg, au moins dans les
+familles maraboutiques, ils se servent pour écrire de la langue et de
+l’alphabet arabes.
+
+Les Maures qui font encore usage du _zenaga_ ont désappris complètement
+le maniement des caractères libyco-berbères qu’emploient encore, quoique
+d’une manière restreinte, les Touareg ; comme les tribus de langue
+berbère d’Algérie et du Maroc, c’est des caractères arabes qu’ils se
+servent pour transcrire leur langue, mais ce procédé lui-même est à peu
+près inusité au Haut-Sénégal-Niger. Les quelques Maures parlant le
+zenaga que l’on rencontre en cette colonie, ou bien sont complètement
+illettrés, ou bien connaissent l’arabe écrit, et alors c’est de cette
+dernière langue qu’ils usent lorsqu’ils veulent confier quelque chose au
+papier.
+
+Quant au _peul_ et au _haoussa_, il arrive que des lettrés musulmans
+parlant ces langues les écrivent au moyen de l’alphabet arabe, en
+donnant à certains caractères de cet alphabet une valeur conventionnelle
+spéciale ou en modifiant la valeur de tel ou tel caractère au moyen de
+points diacritiques supplémentaires, de façon à adapter à peu près
+l’alphabet arabe à la phonétique de ces langues. Ils ont même inventé un
+signe spécial — un point épais placé au dessous de la ligne d’écriture —
+pour représenter la voyelle _é_, qui n’a pas de signe correspondant en
+arabe et qui est d’un usage fréquent en peul et en haoussa. Mais, même
+ainsi modifié, l’alphabet arabe est encore bien défectueux pour rendre
+les sons de langues aussi différentes des langues sémitiques que le sont
+le peul, le haoussa et toutes les langues nègres d’ailleurs ; la
+fréquence des voyelles, leur variété, leur importance morphologique, la
+quantité et la valeur des nasalisations constituent des obstacles qu’il
+est bien difficile de surmonter avec un instrument aussi peu approprié à
+l’expression des phonèmes vocaliques et nasaux que le système graphique
+des Arabes. De plus, il n’existe entre les lettrés peuls ou haoussa des
+diverses régions du Soudan aucune entente ni aucune possibilité
+d’entente sur les moyens à employer pour remédier aux inconvénients du
+système ; en sorte que, à part quelques pratiques qui se sont
+généralisées à peu près partout — comme la représentation de la voyelle
+_é_ par un point épais et celle du _d_ spécial des Peuls par un _thâ_ —,
+les procédés diffèrent selon les pays et même, dans un pays donné, selon
+les individus, et il n’est pas rare qu’une page écrite en peul ou en
+haoussa soit à peu près inintelligible pour tout autre que celui qui l’a
+écrite. Comme d’autre part il est pratiquement nécessaire, pour être
+capable de transcrire du peul ou du haoussa en caractères arabes, de
+connaître au préalable l’arabe écrit lui-même, la plupart des lettrés
+préfèrent se servir tout bonnement de cette dernière langue ; ils y sont
+d’autant plus portés que, s’ils ont à écrire à un correspondant parlant
+une autre langue que la leur, la lettre écrite en peul ou en haoussa ne
+serait pas comprise de ce correspondant tandis que la lettre écrite en
+arabe le sera toujours. Cependant, comme je le disais, on rencontre
+quelques spécimens de peul et de haoussa transcrits en caractères
+arabes : ce sont pour la plupart de petits poèmes imités ou traduits de
+l’arabe ; ce sont parfois aussi des lettres échangées entre deux Peuls
+ou deux Haoussa dont l’un réside en un pays où sa langue n’est pas
+comprise et qui peuvent, en usant de ce système, préserver mieux le
+secret de leur correspondance qu’en se servant de la langue arabe.
+
+Aucune des autres langues du Haut-Sénégal-Niger, à ma connaissance,
+n’est écrite même occasionnellement[263]. Ce n’est pas à dire qu’il
+n’existe pas de lettrés chez les Songaï, les Mandé, les Ouolofs, etc. ;
+mais, lorsque ces lettrés veulent confier quelque chose au papier, c’est
+toujours de la langue arabe qu’ils se servent et non pas de leur langue
+propre. Tout au plus transcrivent-ils, dans le cours d’une lettre
+rédigée en arabe et au moyen de caractères arabes parfois modifiés à la
+façon des Peuls et des Haoussa, des mots de leur langue maternelle dont
+ils ignorent l’équivalent arabe ou encore des titres ou des noms
+propres. Parfois aussi les instituteurs musulmans, pour se rappeler le
+sens d’une expression arabe peu usuelle qu’ils auront à expliquer à
+leurs élèves, transcrivent en marge du texte arabe, ou dans
+l’interligne, la traduction de cette expression en langue indigène. Mais
+cela ne peut à aucun titre constituer une littérature.
+
+Les missionnaires chrétiens ont enseigné quelquefois à leurs néophytes
+un procédé de transcription de leur langue au moyen des caractères de
+l’alphabet latin : il ne semble pas que l’emploi de ce système ait
+dépassé les murs des écoles confessionnelles, sauf peut-être en ce qui
+concerne certains Ouolofs du Sénégal, convertis au christianisme depuis
+plusieurs générations. Les rares indigènes christianisés que j’ai
+rencontrés, lorsqu’ils avaient conservé quelque trace de l’instruction
+que leur avaient donnée les missionnaires, se servaient pour écrire, non
+pas de leur propre langue, mais de la langue française ; je dois ajouter
+qu’ils m’ont tous paru avoir besoin d’un effort moindre pour écrire en
+français que pour transcrire les mots de leur langue maternelle en
+caractères français.
+
+3o _Littérature orale._ — Si aucune langue du Soudan en dehors de
+l’arabe ne mérite l’appellation de « langue écrite », si la littérature
+arabe soudanaise elle-même n’a guère produit — sauf de trop rares
+exceptions[264] — d’œuvres vraiment originales en dehors de quelques
+diaires et obituaires et de correspondances sans grand intérêt, il n’en
+faudrait pas conclure qu’il n’existe au Soudan aucune littérature. Il
+existe au contraire en cette partie de l’Afrique une littérature
+populaire d’une extraordinaire richesse, mais elle est uniquement orale.
+
+Cette littérature n’est pas seulement riche ; elle est variée et aborde
+tous les sujets. L’histoire et l’épopée y sont représentées par de très
+curieuses traditions relatives à l’origine des peuples et des tribus,
+aux faits et gestes des héros ou des guerriers célèbres : les légendes
+reproduites ou simplement résumées dans la seconde partie du présent
+ouvrage peuvent donner une idée du genre et de la large part qui y est
+faite au symbolisme et au merveilleux. Les fables sont légion au
+Soudan : on en pourrait faire de volumineux recueils qui rappelleraient
+à la fois nos vieux fabliaux, notre Roman de Renard et le bonhomme La
+Fontaine ; c’est en général le lièvre qui est le héros de ces fables et
+qui joue aux autres animaux, à l’hyène notamment, les bons tours qui
+chez nous sont la spécialité du renard ; la moralité des fables
+soudanaises n’est pas plus morale que celle des nôtres, mais elle exalte
+le plus souvent la finesse et la ruse aux dépens de la force. A côté des
+fables existent des proverbes, plus réellement moraux en général et
+fréquemment pétris du plus merveilleux bon sens, et aussi des énigmes
+qui servent à passer les soirées et qui aiguisent l’esprit. La poésie
+proprement dite est largement représentée, soit par d’interminables
+chansons épiques, soit par des chansons satiriques ou licencieuses, soit
+par de simples chansons d’amour : ces dernières sont les plus répandues
+parmi le commun du peuple et sont chantées surtout par les femmes au
+cours de leurs danses, tandis que les chansons épiques et satiriques
+sont plutôt récitées par ces professionnels que nous appelons les
+griots[265]. Il faudrait encore, pour être complet, ajouter à cette
+énumération une sorte de littérature religieuse, comprenant des chants
+liturgiques, des formules de sacrifice, d’incantation et d’initiation,
+des légendes relatives aux génies et à leur action sur le monde, etc.
+
+Tous les peuples du Soudan ne brillent pas de même au point de vue
+littéraire. Les Mandé, supérieurs par ailleurs, ne détiennent sous ce
+rapport qu’un rang assez médiocre et sortent rarement de la banalité
+ordinaire ; le côté poétique en tout cas leur fait généralement défaut.
+Les Sénoufo montrent peut-être un peu plus d’imagination, mais ils
+possèdent mal l’art de la composition. Les peuples voltaïques et
+notamment les Mossi semblent beaucoup mieux doués[266], ainsi que les
+Songaï. Mais ce sont surtout les Peuls qui se distinguent par l’allure
+poétique de leurs chansons. Je me permets, pour en donner quelque idée,
+de traduire ici deux chansons peules recueillies dans la Boucle du Niger
+par M. le capitaine Figaret, de l’artillerie coloniale, qui m’en a très
+obligeamment communiqué le texte. Comme la traduction ne peut leur
+conserver l’allure élégante et harmonieuse que leur prêtent les
+assonances de la langue peule, je reproduis ci-dessous le texte lui-
+même, en le transcrivant de mon mieux selon les lois ordinaires de la
+prononciation française.
+
+
+ Chanson d’amour
+ (recueillie chez les Peuls Bari de Boromo, cercle de Koury).
+
+
+ _Kâmou balni balnougol bouguêdyi,_
+
+ _Misso missi missougol birâdam ;_[267]
+
+ _Fowrou oulli, diko laddé dyaboké..._
+
+ _Ndên é danêdyo wéli goundidâdé._
+
+
+ Le ciel s’assombrit du bleu sombre des guinées[268],
+
+ Le brouillard laisse égoutter une rosée de lait frais[269] ;
+
+ L’hyène rugit, l’aîné de la brousse répond...[270].
+
+ C’est alors qu’avec un ami au teint clair il fait bon chuchoter.
+
+
+ Chanson guerrière
+ (recueillie chez les Peuls du Djilgodi).[271]
+
+
+ _Dyibo ouendou :_
+
+ _Ardi dyam yara loto, ardi boné yara dyidyam._
+
+ _Ndou filirâma kaï goudyi :_
+
+ _Alla doma fa ouéta, gaoué doma fa hîra._
+
+ _Lîlêté ndou dyadyâdi, ndou lîlatâké goudé rèoubé._
+
+ _Ouendou paté filâma ;_
+
+ _Gaoué bonndé ndèr ouendou, dyoga dyokâdyi ndèr ouendou ;_
+
+ _Talmêté ndou kôé maïbé, ndou talmatâké dèn talbé._
+
+ _Boukari Koutou fîli èn,_
+
+ _Filiri èn oudyouné gou, namtorîma lotyi goursi..._
+
+ _Méti ngardo kala dilla !_
+
+ _Yoppa tyoppi ouendou ndèr ouendou !_
+
+ _Kyendé-kyendé, bi-ngal Mossi-nké !_
+
+ _Kyendé-kyendé mèn bowâ, milla-milla mèn bowi._
+
+
+ A Djibo est un étang :
+
+ Celui qui apporte le bien peut s’y désaltérer et s’y baigner, celui
+ qui apporte le mal s’y abreuvera de sang.
+
+ Il a été entouré d’étalons[272] :
+
+ Dieu veille du soir au matin et les lances veillent du matin au soir.
+
+ Ses rives seront couvertes d’entrailles, elles ne seront plus
+ couvertes de pagnes de femmes[273].
+
+ Autour de l’étang des haies de mimosa épineux ont été disposées ;
+
+ Des lances perfides sont dans l’étang, il y a des armes dans l’étang ;
+
+ Il sera planté de têtes de morts, il ne sera plus planté de nénuphars.
+
+ Boukari Koutou nous a entourés,
+
+ Il nous a entourés de milliers d’étalons, il a disposé en cercle des
+ pirogues remplies de fusils...[274]
+
+ Que tout homme venu ici avec la colère s’en aille !
+
+ Qu’il laisse les oiseaux de l’étang dans l’étang !
+
+ _Kyendé-kyendé_[275], grand fils des Mossi !
+
+ Ce n’est pas _kyendé-kyendé_ que nous voulons, c’est _milla-
+ milla_[276] qui nous fait plaisir.
+
+
+ * * * * *
+
+[Illustration : Carte 7. — Zones d’extension des langues principales.]
+
+
+[Note 249 : Voir en particulier : _Die Sudansprachen, eine
+sprachvergleichende Studie_, par Diedrich Westermann (Hamburg, 1911, gr.
+in-8) et la carte linguistique de Bernhard Struck.]
+
+[Note 250 : Voir plus loin les tableaux comparatifs du chapitre II.]
+
+[Note 251 : J’ai distingué les trois groupes de la famille mandé en
+donnant à chacun comme nom le mot employé le plus généralement dans les
+langues du groupe pour exprimer le nombre « dix » ; je ne prétends pas
+du tout indiquer par là que ces diverses manières de rendre le nombre
+« dix » soient la caractéristique des différences séparant les trois
+groupes : il s’agit simplement d’appellations qui m’ont paru commodes et
+de nature à représenter objectivement la chose qu’elles sont chargées de
+représenter, de la même manière que les appellations de « langues d’oc »
+et « langues d’oïl » sont employées chez nous.]
+
+[Note 252 : Le _kâgoro_ pourrait à la rigueur être considéré comme un
+simple dialecte intermédiaire entre le soninké et le mandingue ; on ne
+possède d’ailleurs que fort peu de renseignements sur cet idiome.]
+
+[Note 253 : Le groupe mandé-tan possède deux autres langues, non
+représentées au Haut-Sénégal-Niger : le _ligbi_ (dialectes _ligbi_,
+_huéla_ et _noumou_), parlé à la Côte d’Ivoire et à la Côte d’Or, et le
+_vaï_, parlé au Libéria.]
+
+[Note 254 : Le rattachement des langues _samorho_ et _sia_ est encore
+douteux, ainsi que celui des quatre dialectes mal définis. Le groupe
+mandé-fou possède beaucoup d’autres langues et dialectes non représentés
+au Haut-Sénégal-Niger : le _mendé_ et le _landorho_ (Sierra-Leone), le
+_toma_ et le _guerzé_ (Guinée), le _dan_, le _toura_, le _lo_ ou gouro,
+le _mona_, le _nouan_, le _ngan_ et le _gbin_ (Côte d’Ivoire).]
+
+[Note 255 : De nombreux dialectes de la langue sénoufo sont en outre
+parlés à la Côte d’Ivoire.]
+
+[Note 256 : En dehors du Haut-Sénégal-Niger, le groupe mossi possède à
+la Côte d’Or le _dagomba_, le _gbanian_, le _boura_ ou frafra et le
+_mampoursi_ ; il est probable que les deux premiers de ces quatre
+idiomes sont des dialectes appartenant à la même langue que le dagari et
+que les deux autres sont des dialectes appartenant à la même langue que
+le nankana — J’ai des raisons de croire que les _Samo_, en outre d’un
+dialecte de la langue mossi, possèdent un idiome spécial qu’il faudrait
+peut-être rattacher à la famille mandé.]
+
+[Note 257 : Appartiennent au même groupe le _siti_ et le _dégha_ de la
+Côte d’Ivoire.]
+
+[Note 258 : Ce groupe est surtout représenté au Dahomey et au Togo, tant
+par le bariba et le soumba que par d’autres langues ou dialectes
+(_kaouri_ ou kabré, _kotokoli_, _pila-pila_, _ouindji-ouindji_, etc.).]
+
+[Note 259 : L’autre groupe ou _groupe sérère_ comprend le _kéguem_ ou
+sérère proprement dit et le _none_, parlés uniquement au Sénégal.]
+
+[Note 260 : Je lui donne ce nom parce que son domaine s’étend, d’une
+manière générale, du bas Niger au Logone, affluent du Tchad.]
+
+[Note 261 : Voir les cartes 6 et 7, pages 355 et 385.]
+
+[Note 262 : Sous réserve du fait probable, mais non démontré encore, que
+les Samo feraient usage d’une langue nationale d’origine mandé et ne
+parleraient le mossi qu’à titre de langue secondaire.]
+
+[Note 263 : L’une des langues mandé du groupe mandé-tan, le vaï, est une
+langue écrite et possède même un alphabet original, du type syllabique,
+qui lui est propre et a été créé de toutes pièces par les Vaï eux-mêmes.
+C’est probablement la seule langue nègre qui possède un système
+graphique non emprunté au dehors et qui en fasse couramment usage, bien
+qu’on ait signalé récemment un autre exemple de ce phénomène au
+Cameroun. Je ne cite ce cas que pour mémoire, la langue et l’alphabet
+vaï étant localisés à une province du Libéria et à une toute petite
+fraction de la colonie anglaise de Sierra-Leone.]
+
+[Note 264 : Il convient en particulier de faire état, parmi ces
+exceptions, d’ouvrages d’histoire tels que le _Tarikh-es-Soudân_, le
+_Tedzkiret-en-Nisiân_ et d’autres non publiés encore.]
+
+[Note 265 : M. Dupuis-Yakouba, adjoint principal des affaires indigènes
+à Tombouctou, vient de publier chez l’éditeur Leroux le texte et la
+traduction d’un véritable poème épique songaï célébrant les hauts faits
+des premiers Gow, qui constituèrent chez les Songaï la caste des
+chasseurs. Par son sujet, sa manière et ses dimensions, ce spécimen de
+la littérature orale du Soudan est tout à fait remarquable.]
+
+[Note 266 : Voir les spécimens de littérature mossi publiés et traduits
+par M. Froger, adjoint des affaires indigènes, dans son _Etude de la
+langue des Mossi_.]
+
+[Note 267 : Variante : _Bâdé sokki tyokkougol birâdam_, la brume laisse
+filer un filet de lait frais.]
+
+[Note 268 : Il s’agit de ces cotonnades d’un bleu sombre tirant sur le
+noir, analogue à la teinte que prend le firmament à la tombée de la
+nuit.]
+
+[Note 269 : Allusion à la rosée du soir qui prend souvent, à l’obscurité
+naissante, une teinte laiteuse.]
+
+[Note 270 : L’aîné de la brousse est l’un des surnoms du lion.]
+
+[Note 271 : Relative à une incursion que fit Boukari Koutou, empereur
+mossi de Ouagadougou, dans le Djilgodi vers 1890, incursion au cours de
+laquelle il fut repoussé par les Peuls près de la mare de Djibo.]
+
+[Note 272 : Allusion à la cavalerie peule envoyée pour soutenir le choc
+de l’armée mossi.]
+
+[Note 273 : D’habitude les rives de l’étang sont couvertes des pagnes
+que les femmes y ont lavés et qu’elles étendent sur le sable pour les
+faire sécher.]
+
+[Note 274 : Allusion aux dispositions stratégiques prises par Boukari
+Koutou, qui avait envoyé sa cavalerie des deux côtés de l’étang pour
+faire un mouvement tournant et l’avait appuyée par un demi-cercle de
+fusilliers garnissant la rive sud.]
+
+[Note 275 : Formule de salutation en usage chez les Mossi.]
+
+[Note 276 : Formule de salutation en usage chez les Peuls.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE II
+
+ =Linguistique comparée=
+
+
+Le cadre et le caractère général de cet ouvrage ne me permettent pas de
+tenter ici une étude comparative détaillée des nombreuses langues en
+usage dans le Haut-Sénégal-Niger. Il me serait d’ailleurs difficile de
+mener à bien une pareille étude, vu l’état encore bien précaire des
+connaissances aujourd’hui acquises sur beaucoup de ces langues. Je
+voudrais essayer seulement d’esquisser à grands traits, sous une forme
+brève et précise, les caractéristiques principales de chaque famille
+linguistique, en m’en tenant aux généralités. J’ai disposé ces
+indications par tableaux successifs, afin de faciliter les comparaisons
+et de permettre de voir, d’un seul coup d’œil, par où les diverses
+familles diffèrent les unes des autres et par où au contraire certaines
+ont entre elles des points de contact et des affinités.
+
+Pour les familles sémitique, hamitique, nigéro-logonaise et sénégalaise,
+j’ai pris comme types de comparaison les seules langues de ces familles
+représentées au Haut-Sénégal-Niger, c’est-à-dire l’arabe, le tamacheq,
+le haoussa et le ouolof. Les familles tekrourienne, songaï et sénoufo ne
+possédant chacune qu’une langue unique, c’est tout naturellement cette
+langue qui a été prise comme terme de comparaison. En ce qui concerne
+les familles mandé et voltaïque, les observations s’appliquent à
+l’ensemble des langues de chacune de ces deux familles.
+
+
+ =I. — Composition et formation des mots.=
+
+
+ 1o _Composition habituelle des racines_ (pronoms et particules mis à
+ part).
+
+_Arabe_ : trois consonnes sans voyelle ; quelquefois quatre consonnes.
+
+_Tamacheq_ : une consonne ; deux consonnes ; deux consonnes avec une
+voyelle intercalée ; quelques racines sont terminées par une voyelle.
+
+_Haoussa_ : une consonne suivie d’une voyelle ; deux consonnes avec une
+voyelle intercalée ; une consonne suivie d’une voyelle puis de deux
+consonnes.
+
+_Ouolof_ : deux consonnes avec une voyelle intercalée (la deuxième
+consonne pouvant n’être qu’une semi-voyelle) ; parfois une consonne
+suivie d’une voyelle puis de deux consonnes.
+
+_Peul_ : deux consonnes avec une voyelle intercalée ; une consonne
+suivie d’une voyelle puis de deux consonnes.
+
+_Songaï_ : une consonne suivie d’une voyelle ; deux consonnes avec une
+voyelle intercalée ; une consonne suivie d’une voyelle puis de deux
+consonnes ; peut-être aussi une consonne, une voyelle, une consonne, une
+voyelle (douteux).
+
+_Mandé_ : une consonne suivie d’une voyelle ; une voyelle entre deux
+consonnes (rare) ; peut-être aussi une consonne, une voyelle, une
+consonne, une voyelle (douteux).
+
+_Sénoufo_ : une consonne suivie d’une voyelle ; une voyelle entre deux
+consonnes (rare) ; peut-être aussi une consonne, une voyelle, une
+consonne, une voyelle (douteux).
+
+_Voltaïque_ : une voyelle entre deux consonnes ; une voyelle précédée
+d’une consonne et suivie de deux consonnes ; aussi une consonne suivie
+d’une voyelle.
+
+
+ 2o _Emploi des racines isolées._
+
+_Arabe_ : la racine ne peut s’employer seule (certains pronoms et
+particules mis à part).
+
+_Tamacheq_ : certaines racines peuvent s’employer seules.
+
+_Haoussa_ : la plupart des racines peuvent s’employer seules.
+
+_Ouolof_ : la racine peut s’employer seule.
+
+_Peul_ : la racine ne peut s’employer seule (exception faite de certains
+pronoms et particules, ainsi que des impératifs et de quelques
+abréviations usuelles).
+
+_Songaï_ : la racine peut s’employer seule.
+
+_Mandé_ : la racine peut s’employer seule.
+
+_Sénoufo_ : certaines racines peuvent s’employer seules, d’autres ne le
+peuvent pas.
+
+_Voltaïque_ : les racines ne peuvent s’employer seules que dans certains
+cas déterminés et seulement lorsqu’elles sont à terminaison vocalique
+(sauf quelques exceptions d’ailleurs douteuses).
+
+
+ 3o _Mode de formation des mots._
+
+_Arabe_ : flexion interne et désinencielle ; agglutinisme par préfixes,
+infixes et suffixes.
+
+_Tamacheq_ : flexion interne et désinencielle ; agglutinisme par
+préfixes, infixes et suffixes.
+
+_Haoussa_ : flexion interne et désinencielle ; agglutinisme par préfixes
+et suffixes.
+
+_Ouolof_ : pas de flexion ; agglutinisme par suffixes seulement.
+
+_Peul_ : pas de flexion ; agglutinisme par suffixes seulement.
+
+_Songaï_ : pas de flexion ; agglutinisme par suffixes (avec un exemple
+unique de préfixe : _i_ devant l’adjectif attribut) ; juxtaposition de
+racines ou de radicaux.
+
+_Mandé_ : pas de flexion ; agglutinisme par suffixes et très rarement
+par préfixes (pour former des verbes causatifs ou factitifs) ;
+juxtaposition de racines ou de radicaux.
+
+_Sénoufo_ : pas de flexion ; agglutinisme par suffixes seulement ;
+juxtaposition de racines pures placées devant d’autres racines ou des
+radicaux.
+
+_Voltaïque_ : mêmes modes de formation que pour le sénoufo.
+
+
+4o _Modifications morphologiques des consonnes radicales_ (modifications
+ dialectales ou euphoniques mises à part).
+
+_Arabe_ : aucune modification, sauf par redoublement.
+
+_Tamacheq_ : aucune modification, sauf par redoublement.
+
+_Haoussa_ : aucune modification, sauf par redoublement.
+
+_Ouolof_ : très nombreux cas de modification morphologique de certaines
+consonnes radicales.
+
+_Peul_ : modification morphologique et syntaxique régulière de certaines
+consonnes radicales.
+
+_Songaï_ : aucune modification.
+
+_Mandé_ : aucune modification (sauf quelques cas dans le groupe mandé-
+tamou).
+
+_Sénoufo_ : quelques cas de modification morphologique des consonnes
+radicales.
+
+_Voltaïque_ : cas nombreux de modification morphologique de certaines
+consonnes radicales.
+
+
+ =II. — Morphologie et syntaxe.=
+
+
+ 1o _Genres et classes._
+
+_Arabe_ : deux genres distingués aux deux nombres dans les pronoms, les
+noms, les adjectifs, les participes et les verbes (au moyen de suffixes
+ou flexions désinencielles dans les noms, adjectifs et participes, de
+préfixes et de suffixes dans les verbes).
+
+_Tamacheq_ : deux genres distingués aux deux nombres dans les pronoms,
+les noms, les participes et les verbes (au moyen de préfixes et de
+suffixes dans les noms et les participes comme dans les verbes).
+
+_Haoussa_ : deux genres distingués au singulier seulement dans les
+pronoms, les noms, les adjectifs et les participes, mais non dans les
+verbes, à l’exception d’une forme verbale féminine pour le verbe
+« être » : _tché_ (au moyen de flexions désinencielles dans les noms et
+les participes, de flexions désinencielles ou de préfixes dans les
+adjectifs).
+
+_Ouolof_ : pas de genres, mais un grand nombre de classes de noms
+distinguées par des articles spéciaux ou particules de détermination
+suffixées.
+
+_Peul_ : pas de genres, mais un grand nombre de classes de noms et de
+participes distinguées par des suffixes spéciaux, par l’emploi de
+pronoms différents et par la modification de certaines consonnes
+radicales.
+
+_Songaï_ : ni genres ni classes.
+
+_Mandé_ : ni genres ni classes.
+
+_Sénoufo_ : pas de genres, mais des classes de noms distinguées par des
+suffixes spéciaux.
+
+_Voltaïque_ : pas de genres, mais des classes de noms distinguées par
+des suffixes spéciaux.
+
+
+ 2o _Nombres._
+
+_Arabe_ : trois nombres distingués dans les pronoms, les noms, les
+adjectifs, les participes et les verbes (au moyen de flexions, d’infixes
+et de suffixes dans les noms, les adjectifs et les participes, et de
+préfixes et suffixes dans les verbes).
+
+_Tamacheq_ : deux nombres distingués dans les pronoms, les noms, les
+participes et les verbes (au moyen de flexions, de préfixes et de
+suffixes dans les noms et les participes, et de préfixes et suffixes
+dans les verbes).
+
+_Haoussa_ : deux nombres distingués dans les pronoms, les noms, les
+adjectifs et les participes, mais non dans les verbes (au moyen de
+flexions internes ou désinencielles dans les noms et les participes, de
+flexions ou préfixes dans les adjectifs).
+
+_Ouolof_ : deux nombres distingués seulement dans les pronoms et dans
+les articles ou particules de détermination du nom, par des formes
+spéciales pour chaque nombre.
+
+_Peul_ : deux nombres distingués dans les pronoms, les noms, les
+participes et certains verbes (dans les noms et les participes au moyen
+de suffixes spéciaux à chaque nombre et par la modification de certaines
+consonnes radicales, dans les verbes par une modification analogue et —
+dans quelques cas — par des suffixes spéciaux).
+
+_Songaï_ : deux nombres distingués dans les pronoms et les noms
+seulement (dans les noms par l’addition d’un suffixe à la forme du
+singulier).
+
+_Mandé_ : comme en songaï, avec cette différence que, dans certaines
+langues ou certains dialectes, le suffixe indiquant le pluriel peut se
+substituer à la voyelle terminale de la forme du singulier et que, dans
+le groupe mandé-tamou, on rencontre des cas de modification de la
+première consonne radicale.
+
+_Sénoufo_ : deux nombres distingués dans les pronoms et les noms (dans
+les noms par addition d’un suffixe à la forme du singulier ou au moyen
+de suffixes spéciaux à chaque nombre, et parfois au moyen de la
+modification de certaines consonnes radicales).
+
+_Voltaïque_ : deux nombres distingués dans les pronoms et les noms (dans
+les noms au moyen de suffixes spéciaux à chaque nombre et parfois au
+moyen de la modification de certaines consonnes radicales).
+
+Remarque. — Dans les langues arabe, tamacheq, haoussa, peule et
+voltaïques, les noms prennent toujours la marque du pluriel, même si la
+pluralité est indiquée d’autre part à l’aide d’un nom de nombre ou d’un
+déterminatif ou qualificatif de quantité ; au contraire dans les
+familles songaï et mandé, la marque du pluriel disparaît si la pluralité
+est indiquée d’autre part, ne serait-ce que par le contexte ; en
+sénoufo, les deux phénomènes se rencontrent concurremment.
+
+
+ 3o _Modifications de l’idée verbale_ (personnes, temps, modes, voix,
+ formes).
+
+_Arabe_ : personnes, temps, modes, voix passive, formes dérivées
+indiqués par flexions, préfixes, infixes et suffixes.
+
+_Tamacheq_ : personnes, temps ou modes, formes dérivées indiqués par
+préfixes, infixes et suffixes ; une seule voix.
+
+_Haoussa_ : personnes indiquées par les pronoms sujets ; temps ou modes
+indiqués par particules ou auxiliaires préfixés et parfois par suffixes
+ou flexions désinencielles, ou encore par l’emploi de pronoms sujets
+spéciaux ; voix passive indiquée par un préfixe (_a_) et par l’inversion
+du pronom sujet : assez nombreuses formes dérivées indiquées par
+suffixes ou flexions désinencielles.
+
+_Ouolof_ : personnes indiquées par les pronoms sujets ; temps ou modes
+indiqués par suffixes ou par auxiliaires préfixés ou parfois par la
+place du pronom sujet par rapport au verbe ; une seule voix ; formes
+dérivées nombreuses, indiquées par des suffixes.
+
+_Peul_ : personnes indiquées par les pronoms sujets et parfois, à
+l’impératif, par des suffixes ; temps ou modes indiqués par des suffixes
+et quelquefois par des auxiliaires préfixés ; trois voix (active,
+passive et moyenne ou réfléchie), indiquées par des suffixes spéciaux ;
+très nombreuses formes dérivées, indiquées par des suffixes.
+
+_Songaï_ : personnes indiquées par les pronoms sujets ; temps ou modes
+indiqués par particules ou auxiliaires préfixés ; une seule voix ; deux
+formes dérivées (l’intensive marquée par simple redoublement, la
+factitive ou causative indiquée par un suffixe).
+
+_Mandé_ : personnes indiquées par les pronoms sujets ; temps ou modes
+indiqués par particules ou auxiliaires préfixés ou suffixés ; voix
+passive indiquée par une particule suffixée ou simplement par l’absence
+de régime direct ; quelques formes dérivées indiquées par préfixes ou
+suffixes.
+
+_Sénoufo_ : personnes indiquées par les pronoms sujets ; temps ou modes
+indiqués par particules ou auxiliaires préfixés (peut-être aussi
+quelquefois par particules suffixées) ; voix (?) ; formes (?).
+
+_Voltaïque_ : personnes indiquées par les pronoms sujets ; temps ou
+modes indiqués par suffixes et par particules ou auxiliaires préfixés ;
+une seule voix (?) ; formes dérivées indiquées par suffixes.
+
+
+ 4o _Négation._
+
+_Arabe_ : indiquée par une particule préfixée au verbe (particules
+diverses selon les temps : _lâ_, _mâ_, _lam_).
+
+_Tamacheq_ : même système (une seule particule : _our_ ou _ou_).
+
+_Haoussa_ : indiquée par la particule _ba_ placée au commencement et à
+la fin de la proposition (à l’impératif par la particule _kada_ au début
+de la proposition).
+
+_Ouolof_ : indiquée par un suffixe qui se place entre le radical du
+verbe et le suffixe de conjugaison ou bien par un auxiliaire négatif
+préfixé au verbe.
+
+_Peul_ : indiquée par des suffixes de conjugaison spéciaux et, à
+l’impératif, par un auxiliaire négatif ou une particule négative
+préfixés au verbe.
+
+_Songaï_ : indiquée par une particule préfixée au verbe (_na_ pour le
+passé, _si_ pour le futur).
+
+_Mandé_ : indiquée par une particule ou un auxiliaire négatif préfixés
+au verbe (particules et auxiliaires divers selon les temps, modes ou
+voix : en mandingue _tè_ pour le présent, _ti_ pour le futur, _kana_
+pour l’injonctif, _ma_ pour le passé et le passif).
+
+_Sénoufo_ : indiquée par une particule préfixée au verbe (particules
+diverses selon les temps ou modes) et souvent précisée par l’addition
+d’une autre particule suffixée au verbe.
+
+_Voltaïque_ : indiquée par une particule préfixée au verbe ou à
+l’auxiliaire de conjugaison (particules diverses selon les temps ou
+modes) et souvent précisée par l’addition d’une autre particule suffixée
+au verbe.
+
+
+5o _Interrogation_ (en dehors des cas où la proposition renferme un
+pronom ou adverbe marquant par lui-même l’interrogation, comme « qui ?
+quoi ? quand ? où ? comment ? etc. »).
+
+_Arabe_ : particule interrogative au début de la proposition ou (dans la
+langue vulgaire) mot interrogatif suffixé au verbe, ou encore particule
+signifiant « ou bien non » (_aou-lâ_) placée à la fin de la proposition.
+
+_Tamacheq_ : particule interrogative signifiant « ou bien » (_mirh_)
+placée à la fin de la proposition.
+
+_Haoussa_ : particule ou formule interrogative signifiant « ou bien »
+(_ko_) ou encore « ou bien pas ainsi » (_ko ba hakka ba_) placée à la
+fin de la proposition ; emploi de formes spéciales du verbe « être »,
+selon son sens, dans les phrases interrogatives.
+
+_Ouolof_ : particule interrogative au début de la proposition.
+
+_Peul_ : particule interrogative au début de la proposition (_yalla_) ou
+plus fréquemment particule interrogative à la fin de la proposition
+(_nâ_) ou les deux employées simultanément, ou encore emploi de
+l’inversion (le sujet se plaçant après le verbe, avec modification
+morphologique de l’un et de l’autre dans certains cas).
+
+_Songaï_ : particule interrogative signifiant « ou bien » (_ouala_)
+placée à la fin de la proposition.
+
+_Mandé_ : même système (particule _ouala_ ou _ouâ_ ou _â_ en mandingue).
+
+_Sénoufo_ : même système.
+
+_Voltaïque_ : même système.
+
+Remarque. — Dans toutes les familles linguistiques, l’intonation seule,
+sans emploi d’aucune particule spéciale, peut suffire à exprimer
+l’interrogation.
+
+
+ 6o _Adjectif._
+
+_Arabe_ : des adjectifs proprement dits existent en dehors des
+participes.
+
+_Tamacheq_ : pas d’adjectifs ; les participes et les verbes
+qualificatifs en tiennent lieu.
+
+_Haoussa_ : adjectifs propres, adjectifs composés d’un substantif ou
+d’un verbe précédé d’un préfixe, participes et infinitifs passifs
+employés adjectivement.
+
+_Ouolof_ : pas d’adjectifs ni de participes ; les verbes qualificatifs
+en tiennent lieu, soit conjugués soit précédés d’une sorte de pronom
+relatif qui n’est en somme qu’une particule spéciale de détermination
+suffixée au substantif.
+
+_Peul_ : peu d’adjectifs, mais des participes qui en tiennent lieu,
+ainsi que des verbes qualificatifs soit conjugués soit précédés d’une
+sorte de démonstratif jouant le rôle de pronom relatif.
+
+_Songaï_ : adjectifs propres et adjectifs-participes formés d’un verbe
+par l’addition d’un suffixe.
+
+_Mandé_ : pas d’adjectifs propres, mais des verbes qualificatifs en
+tenant lieu, soit conjugués, soit employés adjectivement à l’infinitif ;
+il existe de plus des adjectifs-participes formés d’un verbe par
+l’addition de divers suffixes ; enfin beaucoup de noms sont employés
+adjectivement.
+
+_Sénoufo_ : adjectifs propres et verbes qualificatifs en tenant lieu,
+soit conjugués soit employés adjectivement à l’infinitif.
+
+_Voltaïque_ : adjectifs propres, adjectifs-participes formés d’un verbe
+par l’addition de divers suffixes, noms employés adjectivement, verbes
+qualificatifs conjugués.
+
+
+ 7o _Place du régime du nom._
+
+_Arabe_ : régime du nom après ce nom sans particule d’union (le nom
+déterminé par son régime perd l’article).
+
+_Tamacheq_ : régime du nom après ce nom, avec particule d’union (_n_ ou
+_en_) intercalée entre les deux.
+
+_Haoussa_ : régime du nom après ce nom, avec particule d’union (_n_ pour
+les deux genres ou bien _na_ pour le masculin et _ta_ pour le féminin)
+intercalée entre les deux.
+
+_Ouolof_ : régime du nom après ce nom sans particule d’union (le nom
+déterminé par son régime conserve généralement sa particule de
+détermination).
+
+_Peul_ : régime du nom après ce nom sans particule d’union (le nom
+déterminé par son régime conserve son suffixe de classe, sauf dans
+certaines locutions très usuelles jouant le rôle de noms composés).
+
+_Songaï_ : régime du nom avant ce nom sans particule d’union (en général
+le régime seul peut prendre la particule de détermination)[277].
+
+_Mandé_ : régime du nom avant ce nom sans particule d’union ou avec
+particule d’union indiquant soit la possession soit la localisation.
+
+_Sénoufo_ : régime du nom avant ce nom sans particule d’union (le nom
+régime perd fréquemment son suffixe de classe).
+
+_Voltaïque_ : régime du nom avant ce nom sans particule d’union (le nom
+régime perd le plus généralement son suffixe de classe : _ten-ga_
+« pays », _sô-ba_ « maître », _ten-sô-ba_ « le chef du pays » en mossi).
+
+
+ 8o _Place des régimes du verbe._
+
+_Arabe_ : tous les régimes après le verbe, le régime direct se plaçant
+en général le premier et le régime indirect le second, (toutefois le
+régime indirect pronominal se place avant le régime direct nominal).
+
+_Tamacheq_ : tous les régimes après le verbe, le régime indirect se
+plaçant en général avant le régime direct (sauf si ce dernier est
+pronominal) et parfois même avant le verbe.
+
+_Haoussa_ : tous les régimes après le verbe, le régime indirect
+précédant en général le régime direct.
+
+_Ouolof_ : le régime direct suit en général le verbe ; toutefois si ce
+régime est un pronom et que le pronom sujet soit placé avant le verbe,
+le pronom régime direct s’intercale entre le pronom sujet et le verbe ;
+le régime indirect se place toujours après le verbe, tantôt après tantôt
+avant le régime direct.
+
+_Peul_ : tous les régimes après le verbe, le régime indirect non
+accompagné d’une préposition précédant toujours le régime direct ;
+toutefois le régime sur lequel on veut insister se place au début de la
+proposition et alors le sujet se place après le verbe.
+
+_Songaï_ : tous les régimes après le verbe, le régime indirect précédant
+en général le régime direct.
+
+_Mandé_ : le régime direct se place toujours immédiatement avant le
+verbe, entre l’auxiliaire de conjugaison — s’il existe — et le verbe
+lui-même ; le régime indirect au contraire suit toujours le verbe.
+
+_Sénoufo_ : même règle qu’en mandé.
+
+_Voltaïque_ : le régime direct et le régime indirect suivent en général
+le verbe, le régime direct se plaçant le plus souvent le premier,
+parfois intercalé entre le verbe lui-même et la particule de conjugaison
+suffixée, mais suivant d’ordinaire cette particule ; toutefois le régime
+direct se place quelquefois avant le verbe, surtout dans les phrases
+négatives ou interrogatives ; d’autre part le régime indirect pronominal
+précède le régime direct et parfois même se place avant le verbe ; enfin
+le régime sur lequel on veut insister se place au début de la
+proposition, sans amener de modification dans la place du sujet par
+rapport au verbe.
+
+
+ 9o _Possessifs._
+
+_Arabe_ : les adjectifs possessifs sont rendus au moyen de suffixes
+pronominaux qui sont en réalité des pronoms personnels régimes du nom et
+se plaçant après lui selon la règle générale ; le nom ne prend pas
+l’article.
+
+_Tamacheq_ : même système, mais avec emploi ordinaire de la particule
+d’union _n_ ou _en_ entre le nom et le pronom.
+
+_Haoussa_ : même système, avec emploi de la particule d’union _n_.
+
+_Ouolof_ : pour les première et deuxième personnes du singulier et du
+pluriel et la troisième personne du pluriel, on a de véritables
+adjectifs possessifs (formés d’une racine _s_ indiquant la possession et
+suivie du pronom), qui se placent avant le nom ; (au singulier, le nom
+ne prend pas de particule de détermination ; au pluriel, la particule de
+détermination se place soit après le possessif soit après le nom ; le
+possessif déterminant un nom régime d’un autre nom se place avant celui-
+ci : les pieds de ton cheval, _sa tank-i fas_ « ton pieds cheval » ;)
+pour la troisième personne du singulier toujours et exceptionnellement
+pour les autres personnes, l’adjectif possessif se rend simplement par
+le pronom suffixé au nom.
+
+_Peul_ : nos adjectifs possessifs sont rendus au moyen du pronom suffixe
+au nom, avec intercalement entre les deux (sauf à la première personne
+du singulier) d’une particule _ma’_ ou _m_ indiquant la possession.
+
+_Songaï_ : nos adjectifs possessifs sont rendus au moyen du pronom
+préfixé au nom dont il est le régime ; ce nom conserve en général la
+particule de détermination après lui.
+
+_Mandé_ : nos adjectifs possessifs sont rendus au moyen du pronom
+préfixé au nom, avec ou sans intercalement d’une particule indiquant la
+possession.
+
+_Sénoufo_ : nos adjectifs possessifs sont rendus au moyen du pronom
+préfixé au nom, sans intercalement d’aucune particule.
+
+_Voltaïque_ : même système qu’en sénoufo.
+
+
+ 10o _Relatif._
+
+_Arabe_ : le relatif existe après un nom déterminé et suit immédiatement
+son antécédent ; si le relatif est régime, un pronom régime
+correspondant, dit « de rappel », est exprimé après le verbe ; pas de
+relatif après un nom indéterminé : on y supplée par le pronom personnel.
+
+_Tamacheq_ : pas de relatif ; on y supplée par le démonstratif, avec
+emploi fréquent d’un pronom de rappel en cas de relatif régime.
+
+_Haoussa_ : il existe un relatif (_nda_ ou _da_), qui suit immédiatement
+son antécédent ; qu’il soit sujet ou régime, il nécessite un pronom de
+rappel.
+
+_Ouolof_ : pas de relatif ; on y supplée par la particule de
+détermination du nom, augmentée le cas échéant d’un démonstratif.
+
+_Peul_ : pas de relatif à proprement parler ; on y supplée par une sorte
+de démonstratif invariable (_ko_ ou _no_) ou, le plus souvent, par le
+pronom personnel.
+
+_Songaï_ : il existe un relatif (_ka_, pluriel _ka-yo_ ou _ki_), qui
+suit son antécédent soit immédiatement soit avec intercalement de la
+particule de détermination ; lorsque le relatif est régime l’emploi du
+pronom de rappel est nécessaire.
+
+_Mandé_ : pas de relatif ; un démonstratif en tient lieu généralement
+(_mi_ ou _min_ en mandingue), avec emploi du pronom de rappel si l’on a
+affaire à un relatif régime.
+
+_Sénoufo_ : ?
+
+_Voltaïque_ : il existe un relatif (au moins en mossi) ; sujet, il suit
+immédiatement son antécédent ; régime, il se place entre le sujet et le
+verbe de la proposition relative et exige généralement un pronom de
+rappel après le verbe.
+
+
+ 11o _Infinitif suivant un verbe._
+
+_Arabe_ : pas d’infinitif ; les deux verbes se mettent à un mode
+personnel.
+
+_Tamacheq_ : pas d’infinitif ; les deux verbes se mettent à un mode
+personnel.
+
+_Haoussa_ : l’infinitif suit immédiatement le verbe dont il est le
+régime ou bien il est remplacé par un mode personnel.
+
+_Ouolof_ : l’infinitif suit le verbe avec intercalement entre les deux
+d’une particule de liaison (_a_).
+
+_Peul_ : l’infinitif peul est un nom et peut, comme tout nom, être
+régime d’un verbe et le suivre directement ; s’il n’est pas absolument
+régime du verbe, on le remplace par un mode personnel.
+
+_Songaï_ : l’infinitif suit le verbe, avec intercalement entre les deux
+d’une particule de liaison (_ka_) ; mais si le sujet logique de
+l’infinitif n’est pas le même que celui du verbe précédent, on remplace
+l’infinitif par un mode personnel.
+
+_Mandé_ : mêmes règles qu’en songaï (la particule de liaison varie selon
+les langues, elle est _ka_ en mandingue).
+
+_Sénoufo_ : mêmes règles qu’en songaï et en mandé (la particule de
+liaison est _sa_ en général).
+
+_Voltaïque_ : mêmes règles qu’en songaï, mandé et sénoufo (la particule
+de liaison varie selon les langues, elle est _n_ en mossi).
+
+Remarque. — En mandé et en sénoufo, l’infinitif employé substantivement
+précède le verbe dont il est le régime direct, selon la règle générale.
+
+
+ 12o _Régime des particules remplaçant nos prépositions._
+
+_Arabe_ : régime après la particule.
+
+_Tamacheq_ : régime après la particule.
+
+_Haoussa_ : régime après la particule.
+
+_Ouolof_ : régime après la particule.
+
+_Peul_ : régime après la particule.
+
+_Songaï_ : régime avant la particule.
+
+_Mandé_ : régime avant la particule.
+
+_Sénoufo_ : régime avant la particule.
+
+_Voltaïque_ : régime avant la particule.
+
+
+ 13o _Place du sujet._
+
+_Arabe_ : avant ou après le verbe.
+
+_Tamacheq_ : avant ou après le verbe.
+
+_Haoussa_ : avant le verbe ; si le sujet est un nom, on le fait suivre
+généralement d’un pronom de rappel.
+
+_Ouolof_ : avant le verbe si c’est un nom ; après le verbe, sauf à
+certains temps, si c’est un pronom.
+
+_Peul_ : avant le verbe en général ; toutefois, dans certaines
+expressions usuelles, en poésie, dans certaines phrases interrogatives
+et quand on a voulu attirer l’attention sur le régime en le plaçant au
+début de la proposition, le sujet suit le verbe : à la 1re et à la 2e
+personnes, le pronom sujet revêt alors une forme spéciale ou s’amalgame
+avec le suffixe de conjugaison du verbe et ce dernier se comporte, même
+au singulier, comme s’il était au pluriel.
+
+_Songaï_ : sujet avant le verbe.
+
+_Mandé_ : sujet avant le verbe.
+
+_Sénoufo_ : sujet avant le verbe.
+
+_Voltaïque_ : sujet avant le verbe.
+
+
+ 14o _Place de l’attribut._
+
+_Arabe_ : après le sujet ou l’expression qui tient lieu du verbe
+« être », le verbe copulatif n’existant pas.
+
+_Tamacheq_ : le substantif attribut se place après le verbe « être » ou
+avant le sujet du verbe « être » ; l’adjectif attribut se traduit en
+général par un participe suivant directement le sujet, sans exprimer le
+verbe « être ».
+
+_Haoussa_ : l’attribut se place entre le sujet et le verbe _né_ (féminin
+_tché_) ou avant le sujet si l’on emploie le verbe _ké_ ; il peut aussi
+suivre le sujet sans que le verbe « être » soit exprimé.
+
+_Ouolof_ : l’attribut se place entre le sujet et le verbe-particule _la_
+ou après le verbe _di_.
+
+_Peul_ : l’attribut suit directement le sujet, le verbe copulatif
+n’existant pas ; en général on emploie un verbe qualificatif ou
+attributif qui tient lieu à la fois du verbe « être » et de l’attribut.
+
+_Songaï_ : l’attribut se place après le verbe copulatif _tyi_.
+
+_Mandé_ : l’attribut se place après ou avant le verbe copulatif, selon
+les cas ; (en mandingue, l’attribut substantif se place soit après le
+verbe _bè_ soit plutôt avant le verbe _lo_ ou _do_, et l’attribut
+adjectif après ou avant les verbes _bè_ ou _yé_, selon la nature
+morphologique de l’adjectif ;) le plus souvent le verbe « être » suivi
+d’un attribut adjectif se tourne par un verbe qualificatif.
+
+_Sénoufo_ : l’attribut se place après le verbe copulatif ou entre le
+sujet et ce verbe, selon les cas.
+
+_Voltaïque_ : comme en sénoufo.
+
+
+ 15o _Place des adjectifs déterminatifs_ (possessifs exceptés) _et des
+ qualificatifs._
+
+_Arabe_ : les déterminatifs précèdent le nom en général, les
+qualificatifs le suivent.
+
+_Tamacheq_ : les déterminatifs (sauf _ak_ « chaque ») suivent le nom,
+ainsi que les participes qualificatifs.
+
+_Haoussa_ : certains déterminatifs précèdent le nom, les autres le
+suivent ; les qualificatifs le suivent ou bien le précèdent, mais alors
+ils sont séparés du nom par la particule _n_.
+
+_Ouolof_, _peul_, _songaï_, _mandé_, _sénoufo_, _voltaïque_ : tous les
+déterminatifs et qualificatifs suivent le nom ; (les quelques exceptions
+à cette règle, notamment en ce qui concerne les démonstratifs, ne sont
+qu’apparentes et tiennent à ce que le démonstratif est souvent un
+pronom ; ainsi en songaï « cet homme » se dit tantôt _har ouo_ et tantôt
+_ouo har_, mais en réalité _ouo har_ signifie « l’homme de ceci » ou
+« l’homme d’ici » ; de même en mandingue _o mousso_ « cette femme »
+signifie littéralement « la femme de ceci, la femme que voici »).
+
+
+ 16o _Articles._
+
+_Arabe_ : un article défini invariable (_el_) précède le nom ; pas
+d’article indéfini.
+
+_Tamacheq_ : aucun article, mais le démonstratif peut jouer le rôle
+d’article déterminatif et le numéral peut servir d’article indéfini.
+
+_Haoussa_ : pas d’article défini ; un adjectif spécial joue le rôle
+d’article indéfini et précède le nom.
+
+_Ouolof_ : pas d’article à proprement parler, mais des particules de
+détermination variées en jouent le rôle et se placent après le nom :
+elles se composent toutes d’une consonne ou d’une semi-voyelle suivie
+d’une voyelle ; la consonne varie selon la classe ou selon la consonne
+initiale du nom, la voyelle varie selon la nature de la détermination.
+
+_Peul_ : pas d’article ; les pronoms personnels de la troisième
+personne, employés comme démonstratifs après le nom, ont souvent une
+valeur analogue à celle de notre article défini ; un participe rendant
+le nom de nombre « un » joue le rôle d’article indéfini et suit le nom.
+
+_Songaï_ : une particule de détermination (_di_) suffixée au nom joue
+exactement le rôle de notre article défini ; le numéral peut jouer le
+rôle d’article indéfini.
+
+_Mandé_ : pas d’article défini ; un article indéfini existe, distinct du
+nombre « un » (_do_ en mandingue).
+
+_Sénoufo_ : aucun article.
+
+_Voltaïque_ : aucun article.
+
+
+ 17o _Verbe de non-existence._
+
+_Arabe_ : il existe plusieurs verbes de non-existence, mais, dans la
+langue parlée, le verbe d’existence employé négativement est plus
+fréquent.
+
+_Tamacheq_ : l’idée de non-existence est rendue par la négation du verbe
+d’existence.
+
+_Haoussa_ : l’idée de non-existence est rendue par la négation du verbe
+_ké_ ou par une simple négation sans verbe.
+
+_Ouolof_ : le verbe d’existence _di_ a une forme négative _dou_.
+
+_Peul_ : il existe plusieurs verbes de non-existence, dont un surtout
+est d’un emploi fréquent (_al-dé_ ou _oual-dé_) ; on peut aussi employer
+négativement le verbe d’existence (_on-dé_ ou _ouon-dé_).
+
+_Songaï_ : pas de verbe de non-existence.
+
+_Mandé_ : il existe un verbe de non-existence (_tè_ en mandingue) ; le
+verbe d’existence (_bè_ en mandingue) ne s’emploie jamais négativement.
+
+_Sénoufo_ : même chose qu’en mandé.
+
+_Voltaïque_ : même chose qu’en mandé et en sénoufo.
+
+
+ 18o _Numération._
+
+_Arabe_ : décimale ; le nom de nombre précède le nom, lequel reste au
+singulier à partir de 11.
+
+_Tamacheq_ : même système et mêmes règles.
+
+_Haoussa_ : décimale ; le nom de nombre suit le nom, lequel peut se
+mettre au pluriel à partir de 2 ou rester au singulier.
+
+_Ouolof_ : quinaire ; le nom de nombre précède le nom mais prend après
+lui la particule de détermination du pluriel (_i_ ou _yi_) à partir de
+2, tandis que le nom demeure invariable et ne prend aucune particule de
+détermination.
+
+_Peul_ : quinaire ; le nom de nombre suit le nom, qui se met au pluriel.
+
+_Songaï_ : décimale ; le nom de nombre suit le nom, qui reste au
+singulier.
+
+_Mandé_ : décimale ou quinaire, selon les langues ; le nom de nombre
+suit le nom, qui reste au singulier.
+
+_Sénoufo_ : quinaire ; le nom de nombre suit le nom, qui reste au
+singulier.
+
+_Voltaïque_ : décimale ou quinaire, selon les langues ; le nom de nombre
+suit le nom, qui peut se mettre au pluriel ou rester au singulier.
+
+
+ =III. — Phonétique.=
+
+
+ 1o _Voyelles_ (semi-voyelles _w_ et _y_ non comprises, étant rangées
+ parmi les consonnes).
+
+_Arabe_ : voyelles pures seulement (dans la langue parlée tout au
+moins).
+
+_Tamacheq_ : voyelles pures et voyelles nasalisées[278].
+
+_Haoussa_ : voyelles pures et voyelles nasalisées.
+
+_Ouolof_ : voyelles pures (dont la voyelles _eu_), voyelles nasalisées
+et quelques voyelles nasales[279].
+
+_Peul_ : voyelles pures seulement.
+
+_Songaï_ : voyelles pures et voyelles nasalisées ; quelques voyelles
+nasales, mais pas très nettes.
+
+_Mandé_ : voyelles pures (dont l’_u_ français, assez rare d’ailleurs) ;
+voyelles nasalisées et nombreuses voyelles nasales.
+
+_Sénoufo_ : voyelles pures (dont _eu_ et _u_) et voyelles nasales.
+
+_Voltaïque_ : voyelles pures (dont _eu_ et _u_), voyelles nasalisées et
+voyelles nasales.
+
+
+ 2o _Consonnes_ (présence ou absence de certaines consonnes spéciales).
+
+_Arabe_ : possède les semi-voyelles _w_ et _y_, le _hamza_ (hiatus), le
+_’aïn_, deux sortes de _h_, le _kh_ (ou _jota_), le _rh_ ou _gh_ (r
+gras), des chuintantes (_ch_ et _j_), des zézayantes (_th_ dur et doux
+de l’anglais), et de plus un _d_, un _t_, un _s_, un _z_ et un _k_
+spéciaux (emphatiques ou claquants) ; pas de v ni de ñ (gn français dans
+« dignité »).
+
+_Tamacheq_ : possède les semi-voyelles _w_ et _y_, le _rh_ ou _gh_, des
+chuintantes (_ch_ et _j_), des zézayantes (_th_ dur et doux), un _d_, un
+_t_ et un _k_ spéciaux ; (pas de hamza, de ’aïn, de kh, de v, ni de ñ).
+
+_Haoussa_ : possède les semi-voyelles _w_ et _y_, des demi-chuintantes
+(_sh_ et _zh_), le _ñ_ ; (pas de hamza, de ’aïn, de kh, de rh, de
+zézayantes, de v ni de lettres emphatiques ou claquantes).
+
+_Ouolof_ : possède les semi-voyelles _w_ et _y_, le _kh_, le _ñ_, le
+_v_, un _p_ et un _k_ spéciaux ; (pas de hamza, de ’aïn, de rh, de
+chuintantes, de zézayantes ni de z).
+
+_Peul_ : possède les semi-voyelles _w_ et _y_, le _hamza_, le _ñ_, l’_n
+vélaire_, un _b_ et un _d_ spéciaux ; (pas de ’aïn, de kh, de rh, de
+chuintantes, de zézayantes ni de z ; le _v_ est rare et seulement
+dialectal, remplaçant la semi-voyelle _w_, laquelle est parfois aussi
+remplacée par une semi-voyelle _u_).
+
+_Songaï_ : possède les semi-voyelles _w_ et _y_ et le _ñ_ ; (pas de
+hamza, de ’aïn, de kh, de rh, de chuintantes — sauf un _sh_ très rare et
+ne se rencontrant que dans quelques mots étrangers —, de zézayantes, de
+lettres emphatiques ou claquantes ni de v).
+
+_Mandé_ : possède les semi-voyelles _w_, _u_ et _y_, le _kh_
+(dialectal), le _rh_ ou _gh_, le _ñ_, l’_n vélaire_ (rare), le _v_, la
+demi-chuintante _sh_ (rare et dialectale), des labiales gutturalisées
+(_gb_ et _kp_) ; (pas de hamza, de ’aïn, de chuintantes vraies, de
+zézayantes ni de lettres emphatiques ou claquantes).
+
+_Sénoufo_ : possède les semi-voyelles _w_, _u_ et _y_, le _’aïn_, le
+_rh_ ou _gh_, le _ñ_, le _v_, des demi-chuintantes (_sh_ et _zh_), des
+labiales gutturalisées ; (pas de hamza, de kh, de chuintantes vraies, de
+zézayantes ni de lettres emphatiques ou claquantes).
+
+_Voltaïque_ : possède les semi-voyelles _w_, _u_ et _y_, le _rh_ ou
+_gh_, le _ñ_, le _v_, des consonnes emphatiques ou claquantes (_b_, _p_,
+_d_ et _g_ spéciaux), plus des consonnes aspirées ; (pas de hamza, de
+’aïn, de kh, de chuintantes ni de zézayantes).
+
+Remarque. — Les langues arabe, tamacheq et haoussa ne possèdent à
+proprement parler ni consonnes nasalisées ni consonnes yodisées ; toutes
+les autres langues du Haut-Sénégal-Niger font au contraire un usage
+fréquent des consonnes nasalisées (_mb_, _nd_, _ñg_, en particulier) et
+des consonnes yodisées (_dy_ ou _gy_, _ty_ ou _ky_, en particulier).
+
+
+ 3o _Syllabes terminales des mots._
+
+_Arabe_ : terminaisons vocaliques et consonantiques (terminaisons
+consonantiques plus fréquentes).
+
+_Tamacheq_ : terminaisons vocaliques et consonantiques (terminaisons
+consonantiques plus fréquentes).
+
+_Haoussa_ : les terminaisons vocaliques sont les plus fréquentes ; les
+terminaisons consonantiques sont plus rares et ne se présentent que par
+une dentale (_t_, _d_, _s_, _z_, _r_, _l_) ou une nasale (_n_, _ñ_) ou
+encore une semi-voyelle.
+
+_Ouolof_ : terminaisons vocaliques et consonantiques.
+
+_Peul_ : terminaisons vocaliques et consonantiques ; en dehors des cas
+où la racine s’emploie seule, on ne trouve de terminaisons
+consonantiques que par _l_, _m_, _n_, _ñ_, ou la semi-voyelle _y_.
+
+_Songaï_ : terminaisons vocaliques et consonantiques ; ces dernières,
+moins fréquentes que les premières, ne se présentent que par _l_, _m_,
+_n_, _ñ_, _r_, _s_ ou une semi-voyelle.
+
+_Mandé_ : terminaisons uniquement vocaliques (par voyelles pures ou
+nasales).
+
+_Sénoufo_ : terminaisons uniquement vocaliques (sauf les cas où la
+racine s’emploie seule et alors cette racine ne forme en réalité que la
+première partie d’un mot composé).
+
+_Voltaïque_ : terminaisons vocaliques et consonantiques ; ces dernières,
+moins fréquentes, ne se présentent que par une labiale ou une dentale
+(sauf les cas cités pour le sénoufo).
+
+ * * * * *
+
+
+[Note 277 : Exemple : _boro_ « homme », _bongo_ « tête », _boro di_
+« l’homme », _boro di bongo_ « la tête de l’homme », _boro bongo_ « une
+tête d’homme ».]
+
+[Note 278 : J’appelle « voyelles nasalisées » des voyelles pures suivies
+d’un _n_ sonore ; on donne aussi à ces phonèmes le nom de « nasales-
+voyelles ».]
+
+[Note 279 : J’appelle « voyelles nasales » des voyelles terminées par un
+_n_ non sonore, comme les groupes « on, en » dans les mots français
+« bon, mien » ; certains donnent à ces phonèmes le nom de voyelles
+nasalisées, qui me semble moins logique.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE III
+
+ =Caractères généraux de chacune des quatre langues principales.=
+
+
+1o _Mossi._ — Ma compétence est fort médiocre en ce qui concerne la
+langue mossi et, bien qu’elle soit la plus importante de toutes celles
+parlées au Soudan Français par le nombre des individus qui en font
+usage, je serai nécessairement fort bref à son sujet. Je ne me serais
+même pas permis d’en parler ici, si le beau travail de M. Froger, paru
+l’an dernier, n’était venu à point pour me fournir les indications qui
+me manquaient.
+
+Il suffit de parcourir son ouvrage pour se convaincre que la langue
+mossi est remarquablement riche, tant en vocables qu’en formes, et
+qu’elle est parfaitement adaptée aux besoins de la civilisation
+soudanaise actuelle et même à ceux d’une civilisation plus développée
+dont il est permis de prévoir l’avènement. Cependant je doute que cette
+langue soit appelée à une extension bien considérable et je crois que, à
+mesure que le centre de la Boucle du Niger s’éloignera davantage de
+l’état d’isolement où il s’est confiné jusqu’ici, le mandingue, le
+songaï et le haoussa s’y répandront de plus en plus, tandis que le mossi
+demeurera à peu près localisé aux pays où il est parlé actuellement et
+perdra même du terrain au lieu d’en gagner. C’est qu’en effet cette
+langue présente d’assez grandes difficultés, surtout au point de vue
+phonétique, pour les étrangers qui seraient tentés de se l’assimiler :
+si elle est parlée par un aussi grand nombre de gens, cela tient
+uniquement à la densité de population des pays mossi et à l’hégémonie
+politique exercée depuis des siècles sur une région vaste et bien
+peuplée par les _nâba_ de Ouagadougou et du Yatenga. Mais il est facile
+de constater qu’elle ne s’est pas étendue d’une manière appréciable en
+dehors de l’habitat propre des Mossi ou des tribus que les Mossi se sont
+assimilées.
+
+La fréquence des consonnes, qui se suivent souvent à deux ou trois ou
+même davantage sans voyelle d’appui bien nette, rend très malaisée la
+prononciation de beaucoup de mots et nécessite une oreille
+particulièrement exercée pour les entendre et les comprendre ; je me
+contenterai de citer, à titre d’exemples, des mots comme _pabrhdba_,
+_sikkdba_, et des membres de phrase comme _t f kyi, t b yell t b wa t b
+leb, t m gnangh fo_, etc.
+
+La difficulté de donner à une racine le suffixe qui convient selon la
+classe et le nombre des noms est également un obstacle, très surmontable
+assurément, mais un peu déroutant et de nature à rendre l’étude du mossi
+plus malaisée que celle de langues à règles très peu nombreuses et à
+exceptions plus rares encore, telles que le songaï et le mandingue.
+
+2o _Mandingue._ — Cette dernière langue se présente sous un aspect bien
+différent de celui du mossi : aucun phonème difficile à articuler, rien
+que des syllabes à terminaison vocalique, rarement deux consonnes se
+suivant sans voyelle intercalée (lorsque le cas se présente, la seconde
+consonne est presque toujours une liquide ou une semi-voyelle ou bien la
+première est une nasale) ; une morphologie d’une simplicité extrême,
+consistant simplement dans l’emploi judicieux d’un nombre limité de
+suffixes et de particules — une vingtaine — qui servent à former les
+noms composés, les diminutifs, les augmentatifs, les adjectifs, les
+participes et substantifs dérivés du verbe, le pluriel dans les noms, le
+temps ou le mode et la voix dans les verbes, sans qu’aucune modification
+intervienne jamais dans le radical du mot ; enfin une syntaxe se
+réduisant à peu près à deux règles : le régime d’un mot se place
+toujours avant ce mot, l’adjectif se place toujours après le substantif.
+L’exposé complet de la grammaire mandingue peut tenir en une vingtaine
+de pages.
+
+Le vocabulaire par contre est d’une richesse généralement insoupçonnée,
+tant à cause du nombre relativement considérable des racines qu’en
+raison de la quantité de dérivés qui peuvent être obtenus de chacune par
+le jeu des suffixes et de deux ou trois mots jouant le rôle de préfixes.
+La faculté, très généralisée, d’employer le même radical comme
+substantif, comme adjectif et comme verbe vient encore en aide aux
+étrangers qui ne possèdent qu’une partie restreinte du vocabulaire.
+
+Tout cela explique suffisamment la force d’extension de cette langue et
+fait comprendre comment elle tend à se répandre de plus en plus en
+dehors de son domaine propre, jusqu’à devenir presque, dans le Soudan
+Occidental, la langue indigène officielle, celle à laquelle on a recours
+tout d’abord lorsqu’on se trouve en présence d’un individu dont on
+ignore l’origine.
+
+Pour être impartial, je dois dire cependant que le mandingue présente
+quelques difficultés. La principale provient du nombre considérable des
+homonymes et des paronymes : dans une langue où la majorité des racines
+se composent d’une seule consonne suivie d’une seule voyelle, il n’est
+pas étonnant que beaucoup de ces racines se ressemblent phonétiquement
+ou même soient complètement identiques, et ce phénomène ne contribue pas
+peu à rendre obscures certaines propositions qui, grammaticalement, sont
+d’ailleurs d’une simplicité limpide. On cite souvent cette phrase _a ko
+a bè fani ko ko ko_ « elle dit qu’elle lave le linge de l’autre côté de
+la rivière », dans laquelle la syllabe _ko_ représente quatre mots très
+différents : dire, laver, rivière, derrière. A vrai dire, lorsque _ko_
+signifie « rivière », il se prononce avec un _o_ ouvert, tandis que
+l’_o_ est fermé dans _ko_ signifiant « dire » et dans _ko_ signifiant
+« derrière » et à la fois fermé et allongé dans _ko_ signifiant
+« laver ». Mais combien de sons exactement semblables représentent des
+significations très distinctes ! Par exemple _kan_ qui veut dire « être
+égal, cou, langage et dessus », _di_ qui veut dire « donner, être
+agréable, comment ? et miel », _bon_ qui veut dire « être grand,
+répandre et maison », _sama_ qui veut dire « tirer, présenter et
+éléphant », _kono_ ou _konon_ qui veut dire « attendre, ventre, oiseau
+et perle », etc.
+
+Une autre difficulté consiste dans le nombre relativement considérable
+des dialectes et sous-dialectes ; assurément les différences entre les
+divers dialectes, à part de rares exceptions, sont surtout d’ordre
+phonétique, mais elles sont suffisamment accentuées souvent pour qu’il
+soit difficile au non initié de reconnaître le même mot sous ses divers
+aspects dialectaux. Ainsi « main » se dira _bourou_ en dioula, _boulou_
+en malinké, _bolo_ ou _blo_ en banmana ; « soleil » se dira _téré_ en
+dioula, _télé_ en malinké, _tlé_ ou _klé_ en banmana ; « nom » se dira
+_torho_ en dioula, _torho_ ou _togo_ en malinké, _tokho_ en khassonkè et
+_toua_ en banmana ; « semblable » se dira _nyorhon_ en dioula, _nyorhon_
+ou _nyohon_ en malinké et _nyouan_ en banmana ; « un » se dira _kélé_ en
+dioula, _kélé_ ou _kélen_ en malinké et en banmana, _khélé_ en
+khassonkè ; _koro_ « auprès » deviendra _koto_ en malinké et _sorho_
+« viande » deviendra _soubo_ ; « blanc » se dira _gbê_ en dioula, _gouè_
+ou _guè_ en malinké, _dyè_ en banmana, etc. Certaines modifications
+dialectales portent aussi sur l’emploi ou la valeur de quelques
+particules de conjugaison, _ka_ par exemple marquant le passé en dioula
+et l’injonctif en banmana, etc.
+
+Mais il convient d’observer qu’avec un peu d’étude et d’expérience, on
+arrive très vite à posséder la clef de ces modifications, qui
+s’accomplissent en général selon des procédés très réguliers et
+constants. D’autre part il est très rare que, parmi les différentes
+formes que revêt un mot donné selon les régions, il ne s’en trouve pas
+une dont l’emploi se soit généralisé au point qu’elle soit comprise même
+dans les pays où on ne l’emploie pas d’habitude ; ainsi, bien que
+« nom » se traduise usuellement par _toua_ en banmana, je crois que neuf
+Banmana sur dix comprendront sans hésitation celui qui leur dira : _i
+torho bè di ?_ « quel est ton nom ? » Même pour les formes
+grammaticales, lorsqu’elles diffèrent selon les dialectes, il est rare
+que l’une d’elles au moins ne soit pas comprise partout : ainsi les
+Banmana emploient _yé_ comme particule du passé, certains Malinké
+emploient de préférence _li_ dans le même cas, tandis que d’autres
+Malinké et tous les Dioula se servent généralement de _ka_ ; cependant
+la phrase _a ka sô san kounou_ sera entendue partout avec le sens de
+« il a acheté un cheval hier ». C’est de cette façon que s’est formée
+cette « langue blanche », ce _kan gbê_, qui est le mandingue de tout le
+monde et que tout le monde comprend sans difficulté, sauf dans les
+petits villages éloignés des grandes voies de communication et qui sont
+pour ainsi dire isolés du reste du monde mandingue ; ce dialecte en
+quelque sorte international a puisé çà et là dans chacun des dialectes
+proprement dits, adoptant les formes les plus répandues et les faisant
+siennes ; aussi est-ce celui-là qui tend à se généraliser et qui
+arrivera un jour à unifier les dialectes régionaux en les remplaçant peu
+à peu. Actuellement déjà, le _kan gbê_ règne en maître chez les Dioula
+et les Malinké du Haut-Sénégal-Niger, de la Côte d’Ivoire et de la
+Guinée Française ; seul, le dialecte banmana, avec ses élisions de
+voyelles, ses tendances à l’apocope et son emploi abusif d’un passif
+incomplet, garde une physionomie à part et un peu rébarbative.
+
+
+3o _Peul._ — Le peul a acquis une réputation de langue harmonieuse qui
+n’est assurément pas surfaite : on l’a appelé « un langage d’oiseaux,
+l’italien d’Afrique, etc. » et ce n’est pas sans raison. L’absence de
+tout son rauque, l’extrême abondance des dentales et surtout des
+liquides douces, la fréquence des voyelles _i_ et _é_, comme aussi
+l’intonation musicale si particulière à cette langue, la rendent
+agréable à entendre, même lorsqu’on ne la comprend pas, surtout si elle
+est parlée par des femmes.
+
+Quoique sa morphologie et sa syntaxe reposent sur des principes très
+simples, le nombre considérable de ses suffixes et la délicatesse des
+modifications que chacun apporte à la valeur d’un radical donné font du
+peul l’une des langues africaines les plus difficiles à bien posséder et
+à manier avec précision. Les mêmes causes d’autre part lui assurent une
+indiscutable supériorité sur les idiomes qui se parlent autour de lui :
+je ne crois pas qu’il existe une nuance de pensée qui ne puisse être
+rendue avec exactitude par la langue peule.
+
+Son vocabulaire est l’un des plus riches que je connaisse. Le nombre des
+racines est d’une abondance extraordinaire et, si l’on songe que, de
+chaque racine ou presque, on peut tirer de six à dix verbes dérivés, que
+chacun de ces verbes dérivés peut s’employer à trois voix différentes
+(active, passive et moyenne ou réfléchie), que chaque voix de chaque
+verbe peut donner naissance à trois participes au moins de sens
+différents et à une quantité presque illimitée de substantifs, tout cela
+d’ailleurs par la simple addition à la racine de suffixes dont chacun a
+sa valeur propre, on ne sera pas étonné de la faveur en laquelle je
+tiens cette langue.
+
+L’une des caractéristiques les plus spéciales du peul réside dans le
+phénomène des classes entre lesquelles sont répartis les substantifs.
+Elles sont au nombre de onze pour le singulier — ou de dix-sept si l’on
+tient compte des sous-classes — et de cinq pour le pluriel. Chaque
+classe ou sous-classe possède un pronom spécial pour représenter les
+substantifs qu’elle renferme et chacune est caractérisée
+morphologiquement par un suffixe identique à ce pronom ou dérivant de
+lui. De plus certaines consonnes radicales subissent, dans certaines
+classes, une modification ou transformation très spéciale : c’est ainsi
+que la racine _rèw_ devient _dèbb_ dans six classes du singulier et dans
+trois du pluriel, tandis qu’elle conserve la forme _rèw_ dans les autres
+classes. Au point de vue des catégories des êtres ou objets selon les
+classes, il y a moins de précision ; certaines classes ont une
+catégorisation très nette : ainsi la classe du singulier à pronom _o_ et
+la classe du pluriel à pronom _bé_ ne renferment que des noms d’êtres
+humains[280], la classe du singulier à pronom _ngèl_ (par _g_ dur) et la
+classe du pluriel à pronom _koñ_ (prononcez comme l’impératif français
+« cogne ») ne renferment que des noms de diminutifs (diminutifs d’êtres
+humains, d’animaux ou d’objets quelconques), la classe du singulier à
+pronom _dam_ ne renferme que des noms de liquides ou de corps facilement
+liquéfiables, la sous-classe du singulier à pronom _ba_ (_nga_ dans les
+dialectes parlés à l’est du bas Niger) ne renferme que des noms
+d’animaux se nourrissant de végétaux ; mais, pour chacune des autres
+classes et sous-classes, il existe en général un nombre plus ou moins
+grand de catégories diverses : la classe du singulier à pronom _ngal_
+renferme des augmentatifs, des noms d’instruments, des noms d’oiseaux ;
+la classe du singulier à pronom _ngol_ renferme des noms d’objets
+allongés, des noms abstraits, etc. Toutefois, même lorsque la
+spécialisation des catégories n’est pas absolument nette, elle existe
+cependant.
+
+Le fait que chaque classe ou sous-classe possède son pronom spécial et
+ses désinences spéciales et que les adjectifs (ou participes qualifiant
+des substantifs) prennent une désinence analogue à celle de la classe à
+laquelle appartient le substantif qualifié, le traitement que subissent
+certaines consonnes radicales selon la classe du mot, donnent à la
+langue peule une physionomie très particulière qui n’a pas toujours été
+comprise mais qui a été remarquée par tout le monde.
+
+Ces diverses particularités du peul, en même temps qu’elles en font une
+langue intéressante, harmonieuse, riche et puissante, en font aussi une
+langue dont l’assimilation est malaisée. Aussi est-il fort rare de
+l’entendre parler par d’autres indigènes que ceux dont elle est la
+langue maternelle et elle n’a aucune chance de devenir une langue
+d’échange. Par un phénomène inverse, les Peuls qui se trouvent en petit
+nombre au sein d’une population autre que la leur se voient forcés
+d’apprendre la langue que l’on parle autour d’eux, et c’est ainsi que
+l’on rencontre un nombre considérable de Peuls parlant le soninké, le
+mandingue, le songaï, le mossi, le haoussa, etc., tandis qu’il est
+excessivement rare de trouver des Mandé, des Songaï, des Mossi, des
+Haoussa parlant le peul.
+
+Ceux d’ailleurs qui, à la suite de circonstances spéciales, ont réussi à
+apprendre le peul le parlent en général fort mal. Les Rimaïbé, bien
+qu’ils ne connaissent souvent pas d’autre langue que le peul, qui est
+l’idiome de leurs maîtres, ne le parlent que d’une façon incorrecte. La
+même remarque a été faite en ce qui concerne les gens appartenant aux
+castes spéciales, et particulièrement les Laobé. Les Peuls proprement
+dits eux-mêmes sont loin d’observer toujours toutes les règles de la
+langue et en prennent à leur aise notamment dans l’application des
+principes relatifs à la distinction des classes et aux modifications des
+consonnes radicales. Seuls, parmi tous les gens de langue peule, les
+Toucouleurs parlent d’une façon tout à fait correcte.
+
+Ce fait n’est pas l’un des moindres arguments militant en faveur de la
+théorie que j’ai soutenue plus haut, théorie d’après laquelle les
+ancêtres des Peuls auraient, lors de leur séjour au Fouta-Toro du VIIIe
+au XIe siècles, abandonné leur langue d’origine asiatique ou nord-
+africaine pour emprunter aux Nègres du Tekrour la langue toucouleure,
+que nous appelons aujourd’hui la langue peule[281]. Nous avons vu que
+toutes les traditions indigènes s’accordent pour donner le Fouta-Toro
+comme point de départ aux diverses migrations qui ont porté les Peuls
+vers l’Est jusque dans le bassin du Nil ; or il est facile de constater
+que, à mesure qu’on s’éloigne du Fouta-Toro dans la direction de l’Est,
+la langue parlée par les Peuls s’écarte de plus en plus des règles
+fondamentales qui lui donnent sa physionomie propre, tandis que les
+Toucouleurs, même établis à demeure très loin de leur pays d’origine —
+par exemple ceux de Ségou, de Bandiagara, de Say — continuent à
+appliquer scrupuleusement ces mêmes règles. Tout cela tend bien à
+prouver, il me semble, que le peul n’est vraiment la langue nationale
+que des seuls Toucouleurs et que sa véritable patrie d’origine doit être
+placée dans l’ancien Tekrour, c’est-à-dire dans le Fouta Sénégalais.
+
+Un autre phénomène encore vient à l’appui de mon hypothèse. Un examen,
+même superficiel, de la langue sérère montre qu’un nombre considérable
+de radicaux de cette langue, et notamment ceux qui expriment les idées
+les plus communes, comme « laisser, accepter, acheter, vendre, allumer,
+apporter, avoir, battre, être beau, être blanc, être noir, être brave,
+cuire, dormir, boire, manger, demander, envoyer, marcher, pouvoir, rire,
+tomber, tuer, voler, etc. », sont identiques ou analogues aux radicaux
+peuls correspondants, tandis que l’allure générale de la langue sérère
+est très différente de l’allure générale de la langue peule et se
+rapproche plutôt de la physionomie du ouolof. D’autre part on rencontre
+dans le sérère et — quoique sur une échelle beaucoup plus restreinte —
+dans le ouolof, des phénomènes de modifications de consonnes radicales
+et des éléments de dérivation qui rappellent singulièrement les
+phénomènes et éléments correspondants du peul. Et pourtant le sérère par
+sa morphologie générale, le ouolof surtout par son vocabulaire et sa
+grammaire, s’éloignent assez considérablement du peul. On sait que les
+Sérères n’ont pas toujours habité leur pays actuel, qu’ils étaient
+autrefois établis plus à l’Est et au Nord et qu’ils ont, durant des
+siècles, voisiné avec les habitants du Tekrour et fait partie de leur
+empire ; on sait aussi que les Ouolofs ont été tour à tour sujets et
+suzerains du même empire : il n’est donc pas étonnant que des emprunts
+aient été faits par les Sérères et les Ouolofs à la langue du Tekrour et
+que la trace de ces emprunts soit encore visible aujourd’hui. On
+pourrait même prétendre, quoique ce soit plus téméraire, que ce serait
+le sérère qui aurait influencé la langue du Tekrour, ou encore, ce qui
+serait peut-être plus près de la vérité, qu’une langue du bas Sénégal,
+aujourd’hui disparue, a contribué à la formation de la langue
+toucouleure, de la langue sérère, et, pour une part moindre, de la
+langue ouolove. Quoi qu’il en soit, comme les analogies constatées entre
+le peul d’une part et d’autre part le sérère et — à un bien moindre
+degré — le ouolof sont tout aussi visibles dans le dialecte des Peuls du
+Baguirmi que dans celui des Toucouleurs du Fouta-Toro, il faut bien
+admettre que les Peuls du Baguirmi et d’ailleurs ont pris leur langue
+dans le bas Sénégal, étant donné que l’influence des Sérères ne s’est
+jamais, que je sache, portée jusqu’au lac Tchad. C’est donc là un
+premier point qui me paraît définitivement acquis : la langue actuelle
+des Peuls était parlée au Tekrour avant l’époque des premières
+migrations peules vers le Sud et vers l’Est.
+
+ DELAFOSSE Planche XIV
+
+[Illustration : _Cliché Fortier_
+
+FIG. 27. — Pêcheurs du Niger.]
+
+[Illustration : _Cliché Fortier_
+
+FIG. 28. — Une flottille de pêche sur le Niger.]
+
+Mais, pourrait-on dire, cela n’empêcherait pas que les Peuls eussent
+apporté leur langue actuelle de l’Asie ou du Nord-Est de l’Afrique : ils
+l’auraient introduite avec eux au Tekrour, où elle aurait passé au
+sérère une partie de ses radicaux et serait devenue la langue des
+Toucouleurs, et ensuite ils l’auraient transportée dans tout le Soudan
+occidental et central.
+
+Assurément une telle hypothèse n’est pas absurde matériellement et elle
+demeurera même historiquement soutenable tant que nous ne posséderons
+aucun document nous permettant de savoir quelle langue était parlée au
+Tekrour avant l’arrivée des Peuls dans ce pays : or il est vraisemblable
+que nous ne disposerons jamais d’un document de cette nature.
+
+Nous avons bien le nom des « gorilles » : lorsque le navigateur
+carthaginois Hannon arriva aux côtes de Guinée, il aperçut des sauvages
+velus qui ne lui paraissaient pas avoir figure humaine et que ses
+interprètes lui désignèrent d’un nom qui, passé dans notre langue à
+travers la traduction grecque du texte punique, est devenu « gorille ».
+Comme il est vraisemblable, d’après le récit de Hannon, que ses
+interprètes avaient été embarqués à l’embouchure du Sénégal, on pourrait
+rapprocher le mot « gorille » de l’expression ouolove _gôr yi_ « ce sont
+des hommes », ce qui permettrait de supposer que, dès le VIe siècle
+avant J.-C., on parlait déjà ouolof à l’embouchure du Sénégal et que le
+nom servant à désigner les hommes en ouolof appartenait déjà à une
+racine qui, précisément, sert aussi à les désigner en peul (_gôr-ko_,
+racine _gôr_ ou _wôr_ selon les cas). Mais je ne veux assurément pas
+faire état d’un argument basé sur un mot unique, transmis par
+l’intermédiaire d’un texte punique que nous ne possédons pas.
+
+L’argument tiré du fait que le peul est parlé plus correctement par les
+Toucouleurs que par les Peuls me semble avoir une bien autre valeur. Il
+en existe d’autres encore à l’appui de ma thèse. Les Peuls ou Proto-
+Peuls n’ont pas séjourné qu’au Fouta : avant d’y arriver ils ont bien
+été forcés de passer quelque part et ils ne se sont pas transportés des
+bords de la Méditerranée aux rives du Sénégal comme un bolide. Si l’on
+fait quelque crédit aux traditions indigènes, il faut admettre qu’ils
+ont habité la région de Oualata pendant au moins cinq siècles, c’est-à-
+dire plus longtemps que n’a duré leur séjour au Tekrour ; lorsque le
+gros de leur peuple s’est porté au Fouta, un certain nombre d’entre eux
+sont demeurés dans le Hodh, sont allés fonder Tichit et ont donné
+naissance aux Guirganké ; d’autres peut-être sont devenus les Nimadi. Il
+serait très intéressant de savoir si ces derniers, sur lesquels on n’a
+que de très vagues renseignements, ne possèdent pas un idiome spécial et
+quel est cet idiome. Mais en tout cas ni à Oualata, ni a Tichit ni chez
+les Guirganké on ne trouve trace d’une langue ressemblant au peul ; si
+la langue des Proto-Peuls de Ghana avait été le peul actuel ou quelque
+chose y ressemblant, il serait bien étonnant que cette langue n’ait pas
+laissé de traces dans le Hodh alors qu’elle aurait eu assez de force
+pour s’imposer à toute la population du Fouta, pour influencer si
+fortement le sérère et pour se perpétuer durant plus de mille ans à
+travers tout le Soudan. En d’autres termes, comment expliquer que cette
+langue ne se retrouve nulle part au-delà du Fouta, lorsqu’on suit en
+sens inverse l’itinéraire le plus probable de l’immigration proto-peule,
+à moins d’admettre qu’elle est née au Fouta même et que les Proto-Peuls
+l’y ont trouvée lorsqu’ils y sont arrivés pour la première fois ?
+
+Si nous quittons le domaine de l’histoire pour aborder celui de la
+linguistique pure, la chose paraîtra plus certaine encore : la langue
+peule, par son type purement agglutinatif, par ses classes de noms, par
+ses suffixes de conjugaison, par sa phonétique, par la nature même de
+ses radicaux et par la forme de ses racines, présente tous les
+caractères fondamentaux des langues nègres ; elle constitue dans
+l’Afrique Noire une famille à part, c’est vrai, mais cette famille est à
+grouper avec les autres familles soudanaises et avec la famille bantoue,
+dont elle se rapproche à certains égards, tandis que les différences qui
+séparent le peul des langues sémitiques et hamitiques sont telles que je
+ne puis arriver à concevoir comment on a pu, même un instant, songer à
+le rattacher à la famille sémitique ou à la famille hamitique.
+
+Un linguiste anglais très autorisé en matière d’idiomes africains, M.
+Migeod, a opposé une seule objection à ma théorie : « Comment admettre,
+m’a-t-il dit, qu’un peuple de race blanche et de mentalité supérieure
+aurait pu abandonner sa langue pour adopter une langue nègre ? » Cette
+objection n’est pas de nature à m’effrayer. Tout d’abord il n’est pas
+démontré que la mentalité des Judéo-Syriens et leur civilisation, au
+moment de leur arrivée au Fouta, fût notablement supérieure à celle des
+Noirs du Tekrour ; ensuite il est fort probable, comme je l’ai laissé
+entrevoir, que la langue qu’ils parlaient alors n’était pas _leur_
+langue propre, mais bien une langue d’emprunt récoltée en Egypte ou en
+Cyrénaïque, peut-être un égyptien bâtard, peut-être tout simplement le
+berbère : depuis leur départ de Syrie ils avaient sans doute changé de
+langue plus d’une fois et ils ne devaient pas tenir outre mesure à celle
+qu’ils parlaient au moment de leur venue sur les rives du Sénégal et qui
+ne cadrait pas plus avec leur génie national que la langue des
+Toucouleurs. Enfin, le fait d’un groupement de race blanche adoptant une
+langue nègre ne me paraît pas autrement surprenant : les raisons tirées
+de l’orgueil de race n’ont rien à voir avec le développement des
+langues ; les Touareg Kel-Oui ont à peu près abandonné le tamacheq pour
+ne plus parler que le haoussa et cependant ce sont leurs serfs, les
+Bougadié, qui le leur ont appris ; les descendants des conquérants
+marocains de Tombouctou ne parlent pas d’autre langue que celle des
+Nègres Songaï, que leurs ancêtres avaient asservis et regardaient comme
+une race d’esclaves.
+
+
+4o _Songaï._ — Je place la langue songaï après la langue peule en raison
+de sa légère infériorité au point de vue du nombre de ses
+ressortissants, mais il serait plus logique, dans cette esquisse des
+caractères généraux des principales langues du Soudan Français, de la
+placer à côté du mandingue. Elle en a la simplicité et la force
+d’expansion, en raison précisément de cette simplicité.
+
+Je dirai même que le songaï est plus facile encore à parler que le
+mandingue : sa prononciation est plus aisée encore, car il n’a ni le rh
+guttural ni les voyelles nasales un peu spéciales du mandingue ; sa
+morphologie, très analogue à celle de cette dernière langue quant aux
+principes appliqués, est plus rudimentaire encore ; quant à sa syntaxe,
+elle est presque inexistante. Si la grammaire mandingue peut tenir en
+vingt pages, dix pages suffiraient largement à la grammaire songaï : la
+partie grammaticale du manuel Hacquard et Dupuis, qui est, je crois,
+complète, renferme quarante pages, dont plus des trois quarts sont
+remplis par des exemples. D’autre part les homonymes ne sont qu’en
+nombre restreint et leur présence n’offre pas la difficulté réelle
+qu’elle entraîne en mandingue. Les variations dialectales paraissent
+insignifiantes, si l’on en excepte la différence de prononciation du _d
+mouillé_ ou yodisé qui distingue le parler de Tombouctou et de Dienné de
+celui du Djerma ; dans ce dernier pays on le prononce _z_, on dirait par
+exemple _zenné_ au lieu de Dienné.
+
+Si le songaï est une langue facile, il est par ailleurs une langue
+pauvre : son vocabulaire est beaucoup plus restreint que celui du
+mandingue et le nombre des dérivés que l’on peut former d’un radical
+donné n’est pas considérable. Aussi a-t-il fait de copieux emprunts aux
+langues étrangères, à l’arabe, au tamacheq, et surtout au peul et au
+mandingue. Ces emprunts d’ailleurs ne comportent que des mots, que le
+songaï a adoptés tels quels, sans se préoccuper de leur formation. Tout
+naturellement, les mots étrangers ne sont souvent que d’un emploi
+local : beaucoup d’expressions arabes, couramment usitées à Tombouctou,
+sont à peu près inconnues à Say ; de nombreux mots mandingues ont cours
+à Dienné qui ne sont pas compris à Gao ; mais beaucoup aussi ont acquis
+définitivement et partout droit de cité et font partie aujourd’hui du
+vocabulaire songaï, dont ils constituent presque le quart.
+
+
+[Note 280 : De là les appellations de « genre hominin » et de « genre
+commun » (commun aux deux sexes) données respectivement à l’ensemble de
+ces deux classes par le général Faidherbe et par de Guiraudon. Ces mêmes
+auteurs rangeaient tous les autres mots dans une seule classe que le
+premier appelait « genre brute » et le second « genre neutre ». Une
+telle division est tout à fait défectueuse, car il n’existe aucune
+raison de réunir ensemble des classes dont chacune est aussi distincte
+des autres que toutes ensemble sont distinctes de la classe à pronom
+_o_. Faidherbe et de Guiraudon prétendaient aussi que les modifications
+de consonnes radicales se faisaient en sens inverse selon que le mot
+appartenait au genre hominin ou commun ou au genre brute ou neutre ;
+cette affirmation n’est pas exacte et beaucoup de noms ne désignant pas
+des êtres humains subissent, au moins au singulier, les mêmes
+modifications que les noms d’être humains : il y a là une question de
+classes multiples et non pas une question de double genre humain et non-
+humain.]
+
+[Note 281 : Les indigènes de langue peule font une distinction entre le
+parler des Toucouleurs et celui des Peuls proprement dits : les premiers
+appellent leur langue _poular_, tandis que les seconds donnent à la même
+langue, telle qu’ils la parlent eux-mêmes, le nom de _foulfouldé_.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE IV
+
+ =Bibliographie linguistique.=
+
+
+Je n’ai pas l’intention d’établir ici une liste complète des
+publications relatives aux langues soudanaises : une telle
+bibliographie, bien peu fournie en ce qui concerne certains idiomes,
+serait au contraire fort étendue pour ce qui regarde le mandingue, le
+peul et surtout le haoussa. Mais parmi tout ce qui a été publié sur ces
+langues et sur d’autres, beaucoup d’ouvrages ou de mémoires ne
+présentent plus guère d’intérêt aujourd’hui que pour les collectionneurs
+et les érudits.
+
+Je voudrais donner seulement l’indication des ouvrages les plus récents
+et de ceux qui offrent le plus de garanties et de facilités pour l’étude
+des langues parlées dans le Haut-Sénégal-Niger. Je crois en effet ce
+renseignement fort utile, si j’en juge par le grand nombre de personnes
+qui se sont adressées à moi pour savoir où elles pourraient étudier
+telle ou telle langue de la colonie.
+
+
+_Etudes générales de linguistique soudanaise._
+
+ F. W. H. MIGEOD. — _The languages of West-Africa_, vol. I. — London
+ (Kegan-Paul), 1911, in-8, 374 pages.
+
+ M. DELAFOSSE. — _Vocabulaires comparatifs de plus de 60 langues ou
+ dialectes_ parlés à la Côte d’Ivoire et dans les régions limitrophes.
+ — Paris (Leroux), 1904, gr. in-8, 284 pages.
+
+
+_Arabe._
+
+ O. HOUDAS. — _Précis de grammaire arabe_ (langue écrite et langue
+ parlée). — Paris (André), 1897, in-8, 264 pages.
+
+ R. BASSET. — _Notes sur le hassânia._ — Paris, 1910, in-8 (fasc. 2 du
+ tome XXXIX des Publications de la Faculté des Lettres d’Alger).
+
+ A. de BIBERSTEIN-KASIMIRSKI. — _Dictionnaire arabe-français._ — Paris,
+ 1860, 2 vol. gr. in-8.
+
+ E. GASSELIN. — _Dictionnaire français-arabe_ (arabe vulgaire et arabe
+ grammatical). — Paris (Leroux), 1880-86, 2 vol. gr. in-4, 974 et 860
+ pages.
+
+ Père J. B. BELOT. — _Vocabulaire arabe-français à l’usage des
+ étudiants._ — Beyrouth, 1898, in-8, 1000 pages (nombreuses éditions).
+
+ Remarque. — Ces trois dictionnaires s’adressent surtout à ceux qui
+ voudraient étudier l’arabe écrit ; le troisième, assurément moins
+ complet, mais plus portatif et d’un prix plus abordable, peut suffire
+ dans la plupart des cas.
+
+
+_Zenaga._
+
+ Général FAIDHERBE. — _Le Zenaga des tribus sénégalaises._ — Paris
+ (Leroux), 1877, in-8, 96 pages.
+
+ R. BASSET. — _Etude sur le dialecte zenaga._ — Paris, 1910, in-8
+ (fasc. 1 du tome XXXIX des Publications de la Faculté des Lettres
+ d’Alger).
+
+
+_Tamacheq._
+
+ Général HANOTEAU. — _Essai de grammaire de la langue tamachek_, 2e
+ édit. — Alger (Jourdan), 1896, in-8, 300 pages.
+
+ H. BARTH. — _Travels and discoveries in Northern and Central Africa._
+ — London, 1858, 5 vol. in-8 (renferme un vocabulaire et une grammaire
+ du dialecte des Oulmidden).
+
+ CID KAOUI. — _Dictionnaire pratique tamâheq-français._ — Alger
+ (Jourdan), 1900, gr. in-4, 444 pages.
+
+ A. de MOTYLINSKI. — _Grammaire et dictionnaire français-touareg._ —
+ Alger (Jourdan), 1908, in-8, 330 pages.
+
+
+_Haoussa._
+
+ M. DELAFOSSE. — _Manuel de langue haoussa._ — Paris (Maisonneuve),
+ 1901, in-18, 136 pages.
+
+ M. LANDEROIN et J. TILHO. — _Grammaire et contes haoussas._ — Paris
+ (E. Larose), 1909, in-18, 292 pages.
+
+ Les mêmes. — _Dictionnaire haoussa comprenant haoussa-français et
+ français-haoussa._ — Paris (E. Larose), 1910, in-18, 172 et 164 pages.
+
+
+_Ouolof._
+
+ Mgr A. KOBÈS. — _Grammaire de la langue wolofe._ — Saint-Joseph de
+ Ngazobil, 1869, in-8.
+
+ J. B. RAMBAUD. — _La langue wolof._ — Paris (Leroux), 1903, pet. in-8,
+ 106 pages.
+
+ Mgr A. KOBÈS. — _Dictionnaire français-wolof._ — Dakar, 1855, in-8.
+
+ Le même. — _Dictionnaire wolof-français_, nouv. édit. — Saint-Joseph
+ de Ngazobil, 1875, in-8.
+
+ P. H. GREFFIER. — _Guide de la conversation français-volof._ — Saint-
+ Joseph de Ngazobil, 1907, in-32.
+
+
+_Peul._
+
+ Dr TAUTAIN. — _Contribution à l’étude de la langue foule_ (Revue de
+ linguistique et de philologie comparées, Paris, 1889-90, 82 pages).
+
+ T. G. de GUIRAUDON. — _Manuel de la langue foule._ Paris (Welter),
+ 1894, in-18, 144 pages.
+
+ H. GADEN. — _Note sur le dialecte foul parlé par les Foulbé du
+ Baguirmi_ (Journal asiatique, Paris, janv.-févr. 1908, 70 pages).
+
+ D. WESTERMANN. — _Handbuch der Ful-Sprache._ — Berlin, 1909, in-8, 274
+ pages.
+
+
+_Songaï._
+
+ A. HACQUARD et A. DUPUIS. — _Manuel de la langue songay._ — Paris
+ (Maisonneuve), 1897, in-18, 254 pages.
+
+ A. DUPUIS-YAKOUBA. — _Les Gow, chasseurs du Niger_ (texte songaï et
+ traduction française). — Paris (Leroux), 1911, in-8, 300 pages
+ environ.
+
+
+_Langues mandé : étude générale._
+
+ H. STEINTHAL. — _Die Mande-Neger-Sprachen._ — Berlin, 1867, in-8, 344
+ pages.
+
+ M. DELAFOSSE. — _Essai de manuel pratique de la langue mandé_ (IVe
+ partie). — Paris (Leroux), 1901, gr. in-8, 304 pages.
+
+
+_Bozo._
+
+ M. DELAFOSSE. — _Vocabulaires comparatifs_ (le chap. IV renferme un
+ court vocabulaire bozo et quelques notes de grammaire). — Rien autre
+ n’a été publié à ma connaissance sur la langue bozo.
+
+
+_Soninké_ (aucune étude complète de la langue soninké n’a paru jusqu’à
+présent).
+
+ Général FAIDHERBE. — _Langues sénégalaises._ — Paris (Leroux), 1887,
+ in-18, 266 pages (renferme une courte notice grammaticale et un
+ vocabulaire).
+
+ Dr TAUTAIN. — _Note sur les trois langues soninké, banmana et
+ mallinké_ (Revue de linguistique et de philologie comparées, Paris,
+ 1887).
+
+ G. BASTARD. — _Essai de lexique pour les idiomes soudanais_ (Revue
+ Coloniale, Paris, mai 1900. — Renferme un vocabulaire soninké).
+
+ M. DELAFOSSE. — _Essai de manuel pratique de la langue mandé_ (IVe
+ partie, chap. VIII).
+
+ Le même. — _Vocabulaires comparatifs_ (chap. IV).
+
+
+_Kâgoro_ : néant.
+
+
+_Mandingue (dialecte banmana)._
+
+ F. S. (Père Sauvant). — _Manuel de la langue bambara._ — Maison-
+ Carrée, 1905, in-8, 154 pages.
+
+ Mgr H. BAZIN. — _Dictionnaire bambara-français._ — Paris, 1906, gr.
+ in-8, 694 pages.
+
+ MOUSSA TRAVÉLÉ. — _Petit manuel français-bambara._ — Paris (Geuthner),
+ 1910, in-8, 68 pages.
+
+
+_Mandingue (dialecte khassonkè)._
+
+ G. BASTARD. — _Essai de lexique_ (renferme un vocabulaire khassonkè).
+
+ M. DELAFOSSE. — _Essai de manuel pratique de la langue mandé_ (IVe
+ partie, chap. V).
+
+
+_Mandingue (dialecte malinké)._
+
+ J. B. RAMBAUD. — _La langue mandé._ — Paris (Bouillon), 1896, in-8,
+ 132 pages.
+
+ Père ABIVEN. — _Grammaire malinké._ — Paris, 1900, in-8.
+
+ Le même. — _Dictionnaire malinké-français._ — Paris, 1900, in-8.
+
+ Le même. — _Dictionnaire français-malinké._ — Paris, 1900, in-8.
+
+ Missionnaires du Saint-Esprit. — _Dictionnaire français-malinké et
+ malinké-français._ — Conakry, 1906, in-18, 176 pages.
+
+
+_Mandingue (dialecte dioula)._
+
+ M. DELAFOSSE. — _Essai de manuel pratique de la langue mandé_ (les
+ trois premières parties concernent spécialement le dialecte dioula).
+
+
+_Soussou_ (diallonké).
+
+ J. H. DUPONT. — _Outline of a grammar of the Susu language._ — London,
+ 1882, in-12.
+
+ J. B. RAIMBAULT. — _Dictionnaire français-soso et soso-français._ —
+ Rio-Pongo, 1885, in-18, 164 pages.
+
+
+_Samorho_ : néant.
+
+
+_Sia._
+
+ M. DELAFOSSE. — _Vocabulaires comparatifs_ (le chap. IV renferme un
+ court vocabulaire sia et des notes grammaticales). — Rien autre n’a
+ été publié à ma connaissance sur la langue sia.
+
+
+_Sénoufo._
+
+ M. DELAFOSSE. — _Vocabulaires comparatifs_ (chap. V : dialectes des
+ Minianka, des Folo et de plusieurs tribus de la Côte d’Ivoire). — Rien
+ autre n’a été publié à ma connaissance sur la langue sénoufo.
+
+
+_Langues voltaïques : étude générale._
+
+ M. DELAFOSSE. — _Les langues voltaïques_ (Boucle du Niger). (Mémoires
+ de la Société de Linguistique de Paris, tome XVI, fasc. 6, Paris,
+ 1911).
+
+
+_Tombo, Dogom et Déforo_ : néant.
+
+
+_Mossi._
+
+ F. FROGER. — _Etude de la langue des Mossi_, suivie d’un vocabulaire
+ et de textes. — Paris (Leroux), 1910, gr. in-8, 260 pages.
+
+
+_Gourmantché._
+
+ F. DUBOIS. — _Vocabulaire gourma_ (Bulletin du Comité de l’Afrique
+ Française, Paris, juillet 1898). — Rien autre.
+
+
+_Nankana_ : néant.
+
+
+_Dagari et Birifo._
+
+ M. DELAFOSSE. — _Vocabulaires comparatifs_ (chap. VII). — Rien autre.
+
+
+_Nounouma._
+
+ M. DELAFOSSE. — _Vocabulaires comparatifs_ (chap. VII, gouressi). —
+ Rien autre.
+
+
+_Sissala._
+
+ F. W. H. MIGEOD. — _The languages of West-Africa_ (numération page 144
+ et quelques phrases page 284 en _isala_ et _ajolo_).
+
+
+_Boussansé_ : néant.
+
+
+_Lobi, Dian, Pougouli et Gan._
+
+ M. DELAFOSSE. — _Vocabulaires comparatifs_ (chap. VII). — Rien autre.
+
+
+_Bobo._
+
+ M. DELAFOSSE. — _Vocabulaires comparatifs_ (chap. VII, vocabulaires
+ des dialectes kian et tara et notes grammaticales). — Rien autre.
+
+
+_Koulango._
+
+ M. DELAFOSSE. — _Vocabulaires comparatifs_ (chap. VII). — Rien autre.
+
+
+_Bariba._
+
+ S. W. KOELLE. — _Polyglotta africana._ — London, 1854, gr. in-fol.
+ (renferme un vocabulaire _barba_). — Rien autre.
+
+
+_Soumba_ : néant.
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+ TABLE DES MATIÈRES
+ CONTENUES DANS LE PREMIER VOLUME
+
+ * * * * *
+
+
+ Pages
+
+ Préface par M. le gouverneur Clozel 1
+
+ Documents annexes 13
+
+ Avant-propos 31
+
+ PREMIÈRE PARTIE : LE PAYS 35
+
+ _Chapitre premier : limites_ 37
+
+ _Chapitre II : hydrographie_ 45
+
+ Hydrographie rétrospective 45
+
+ Bassin de la Comoé 63
+
+ Bassin du Sénégal 64
+
+ Bassin de la Volta 66
+
+ Bassin du Niger 68
+
+ _Chapitre III : orographie_ 75
+
+ _Chapitre IV : régions naturelles_ 79
+
+ _Chapitre V : climatologie_ 90
+
+ _Chapitre VI : répartition de la population_ 96
+
+ _Chapitre VII : géographie administrative_ 103
+
+ DEUXIÈME PARTIE : LES PEUPLES 107
+
+ _Chapitre premier : classification et répartition géographique 109
+ actuelle des divers groupements ethniques_
+
+ Nomenclature des familles, groupes et peuples 113
+
+ Différentes appellations données aux peuples 116
+
+ Composition de chaque peuple 131
+
+ Répartition numérique des peuples 142
+
+ Population de chacune des circonscriptions administratives 157
+
+ _Chapitre II : origine et formation des groupements ethniques 175
+ actuels_
+
+ Généralités 175
+
+ Maures de l’Azaouad 180
+
+ Maures du Hodh 183
+
+ Touareg 191
+
+ Peuls 198
+
+ Toucouleurs 235
+
+ Songaï 238
+
+ Mandé du Nord 252
+
+ Mandé du Centre 282
+
+ Mandé du Sud 296
+
+ Sénoufo 300
+
+ Peuples voltaïques 302
+
+ Tableau chronologique 319
+
+ _Chapitre III : ethnographie descriptive_ 327
+
+ Caractères physiques 327
+
+ Habitation, vêtement, parure et armement 333
+
+ Mentalité et genre de vie 341
+
+ TROISIÈME PARTIE : LES LANGUES 353
+
+ _Chapitre premier : classification et répartition des langues du 357
+ Haut-Sénégal-Niger_
+
+ Nomenclature et classification 357
+
+ Répartition géographique, ethnique et numérique 364
+
+ Langues écrites et langues parlées 374
+
+ _Chapitre II : linguistique comparée_ 387
+
+ Composition et formation des mots 387
+
+ Morphologie et syntaxe 390
+
+ Phonétique 404
+
+ _Chapitre III : Caractères généraux de chacune des quatre 408
+ langues principales_
+
+ Mossi 408
+
+ Mandingue 409
+
+ Peul 412
+
+ Songaï 419
+
+ _Chapitre IV : bibliographie linguistique_ 421
+
+
+ * * * * *
+ LAVAL. — IMPRIMERIE L. BARNÉOUD ET Cie.
+
+
+
+
+Note du transcripteur :
+
+
+ Les changements dans l’ERRATA ont été aportés.
+
+ Page 12, " intestines et de bararie " a été remplacé par " barbarie "
+
+ Page 15, " Colonisatien, main-d’œuvre, crédit " a été remplacé par
+ " Colonisation "
+
+ Page 53, " que peu de renseigements " a été remplacé par
+ " renseignements "
+
+ Page 58, " et n n pas des Berbères " a été remplacé par " et non pas "
+
+ Page 130, note 62, " du la Boucle de Niger " a été remplacé par
+ " de la Boucle du Niger "
+
+ Page 137, " au m ins à l’heure actuelle " a été remplacé par
+ " au moins "
+
+ Page 138, " cercles de Bolo-Dioulasso " a été remplacé par
+ " Bobo-Dioulasso "
+
+ Page 148, " du Niger de Bourem a Niamey " a été remplacé par
+ " Bourem à Niamey "
+
+ Page 162, " les Tombo dans l’ést " a été remplacé par " l’Est "
+
+ Page 165, " Dioula, 1.474 Bannama " a été remplacé par " Banmana "
+
+ Page 179, " du cercle de Satagoudou " a été remplacé par
+ " Satadougou "
+
+ Page 185, note 108, " mieux imformé que Yakout " a été remplacé par
+ " informé "
+
+ Page 239, " Soninké de Banamba est le bannama " a été remplacé par
+ " banmana "
+
+ Page 245, " les meillleurs soldats de l’armée " a été remplacé par
+ " meilleurs "
+
+ Page 247, " se mettre sous la protetcion " a été remplacé par
+ " protection "
+
+ Page 264, " pris fin et leur dipersion " a été remplacé par
+ " dispersion "
+
+ Page 276, " desquels elles se contituèrent " a été remplacé par
+ " constituèrent "
+
+ Page 284, " trouver a l’étroit dans " a été remplacé par " à "
+
+ Page 289, " vraisembleblement des Kâgoro " a été remplacé par
+ " vraisemblablement "
+
+ Page 321, " maisons à terasse à Gao " a été remplacé par " terrasse "
+
+ Page 338, " sont en général reconnaisables " a été remplacé par
+ " reconnaissables "
+
+ Page 346, " devaient nécesrairement passer toutes " a été remplacé
+ par " nécessairement "
+
+ Page 412, " abusif d’un passif imcomplet " a été remplacé par
+ " incomplet "
+
+ Page 415, " dans l’applica-cation des principes " a été remplacé par
+ " l’application "
+
+ De plus, quelques changements mineurs de ponctuation et d’orthographe
+ ont été apportés.
+
+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 77844 ***
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+<title>Haut-Sénégal-Niger (Soudan français), Tome 1 (de 3): le
+pays, les peuples, les langues | Project Gutenberg</title>
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+</style>
+</head>
+<body>
+<div style='text-align:center'>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 77844 ***</div>
+<div class="margins">
+<div class="transnote x-ebookmaker-drop">
+<p class="center less">On peut cliquer sur les cartes pour les
+agrandir.</p>
+
+<p class="center less spaced15"><a class="crosslink" href=
+"https://www.gutenberg.org/files/77845/77845-h/77845-h.htm">Tome
+II</a> — <a class="crosslink" href=
+"https://www.gutenberg.org/files/77846/77846-h/77846-h.htm">Tome
+III</a><br>
+<a href="#toc">Matières</a> — <a class="crosslink" href=
+"https://www.gutenberg.org/files/77846/77846-h/77846-h.htm#tom">Cartes</a>
+— <a class="crosslink" href=
+"https://www.gutenberg.org/files/77846/77846-h/77846-h.htm#toi">Illustrations</a>
+— <a class="crosslink" href=
+"https://www.gutenberg.org/files/77846/77846-h/77846-h.htm#ind">Index</a></p>
+</div>
+
+<p class="x-ebookmaker-drop space-above2">
+</p>
+
+<div class="page">
+<p class="center spaced2"><span class=
+"xxlarge bold letter-spaced"><em>Haut-Sénégal-Niger</em></span><br>
+<span class="large">(<em>Soudan Français</em>)</span>
+</p>
+
+<div class="figdecor iwdecor1">
+<figure><img src='images/decor1.jpg' alt='[Décoration]'>
+</figure>
+</div>
+
+<p class="center space-above1 letter-spaced">PREMIÈRE SÉRIE</p>
+
+<hr class="decor width1 spaced2">
+
+<p class="center less letter-spaced"><span class="sc">Tome</span>
+I</p>
+</div>
+
+<p class="x-ebookmaker-drop space-above2">
+</p>
+
+<div class="page">
+<div class="container40">
+<p class="pad4 sserif less underline">SOUS PRESSE&nbsp;:</p>
+
+<p class="center spaced2 space-above1"><span class="med">DEUXIÈME
+SÉRIE</span><br>
+<span class="large letter-spaced"><em>Géographie
+économique</em></span>
+</p>
+
+<p class="hang1">(Voies de communication. — Faune sauvage. —
+Productions forestières. — Productions agricoles. — Elevage des
+bovidés et des ovidés. — Elevage des équidés. — Industries
+indigènes. — La question des mines d’or. — Commerce intérieur. —
+Commerce extérieur. — La politique économique à suivre).</p>
+
+<p class="center space-above15">Par <span class="sc">Jacques</span>
+MENIAUD</p>
+
+<p class="center space-above15"><em>Ouvrage illustré de nombreuses
+photographies et de cartes documentaires</em>
+</p>
+
+<div class="figdecor iwdecor2">
+<figure><img src='images/decor2.jpg' alt='[Décoration]'>
+</figure>
+</div>
+
+<p class="pad4 sserif less underline">EN PRÉPARATION&nbsp;:</p>
+
+<p class="center spaced2 space-above1"><span class="med">TROISIÈME
+SÉRIE</span><br>
+<span class="large letter-spaced"><em>Le Territoire militaire du
+Niger</em></span><br>
+Par <span class="sc">Jules</span> BRÉVIÉ</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<div class="titlepage">
+<h1><span class=
+"xxxlarge bold letter-spaced"><em>Haut-Sénégal-Niger</em></span><br>
+
+<span class="xlarge">(<em>Soudan Français</em>)</span>
+</h1>
+
+<p class="center spaced15">Séries d’études publiées sous la
+direction<br>
+de M. le Gouverneur CLOZEL</p>
+
+<div class="figdecor iwdecor3">
+<figure><img src='images/decor3.jpg' alt='[Décoration]'>
+</figure>
+</div>
+
+<p class="center less space-above1">PREMIÈRE SÉRIE</p>
+
+<hr class="decor width4">
+
+<p class="center xlarge spaced15"><em>Le Pays, les Peuples, les
+Langues,<br>
+l’Histoire, les Civilisations</em>
+</p>
+
+<p class="center spaced15"><span class="small">PAR</span><br>
+<span class="sc">Maurice</span> DELAFOSSE</p>
+
+<p class="center"><span class="med">Administrateur de
+1<sup>re</sup> classe des Colonies<br>
+Chargé de cours à l’École Coloniale et à l’École des Langues
+Orientales</span>
+</p>
+
+<hr class="decor width4">
+
+<p class="center med spaced2"><em>Préface de M. le Gouverneur
+CLOZEL</em>
+</p>
+
+<div class="figdecor iwdecor3">
+<figure><img src='images/decor4.jpg' alt='[Décoration]'>
+</figure>
+</div>
+
+<p class="center small"><em>80 illustrations photographiques, 22
+cartes dont une carte d’ensemble au 1&nbsp;: 5.000.000.<br>
+Bibliographie et Index</em>
+</p>
+
+<div class="figdecor iwdecor3">
+<figure><img src='images/decor4.jpg' alt='[Décoration]'>
+</figure>
+</div>
+
+<p class="center spaced15 space-below15"><span class=
+"sc">Tome</span> I<br>
+<span class="large letter-spaced">Le Pays, les Peuples, les
+Langues</span></p>
+
+<div class="figdecor iwdecor4">
+<figure><img src='images/logo.jpg' alt='[Décoration]'>
+</figure>
+</div>
+
+<p class="publisher"><span class="large"><span class=
+"letter-spaced01">PARIS</span></span><br>
+<span class="letter-spaced">ÉMILE LAROSE,
+LIBRAIRE-ÉDITEUR</span><br>
+<span class="med">11, Rue Victor-Cousin, 11</span>
+</p>
+
+<hr class="decor width1">
+
+<p class="center">1912</p>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h2 class="large letter-spaced01"><a id="avi"></a><em>AVIS AU
+LECTEUR</em>
+</h2>
+
+<p><em>Durant l’impression du présent ouvrage, quelques
+modifications ont été apportées dans l’extension territoriale et
+l’organisation administrative de la colonie du
+Haut-Sénégal-Niger&nbsp;: un arrêté du Gouverneur général de l’A.
+O. F., en date du 21 juin 1911, a distrait le cercle de</em> Gao
+<em>du Territoire militaire et l’a rattaché à la colonie proprement
+dite du Haut-Sénégal-Niger&nbsp;; un décret du 7 septembre 1911 a
+placé le</em> Territoire militaire du Niger, <em>ainsi amputé du
+cercle de Gao, sous le commandement direct du Gouverneur général de
+l’A. O. F.&nbsp;; enfin, pour des raisons d’hygiène, le chef-lieu
+du cercle de</em> Koury <em>a été transféré à</em> Dédougou, <em>à
+quelque distance au sud de Koury et sur la rive droite de la Volta
+Noire.</em></p>
+
+<p><em>Il doit être bien entendu que les limites territoriales et
+les statistiques relatives à la population données dans le cours de
+ce volume s’appliquent au territoire de la colonie tel qu’il était
+constitué avant l’arrêté du 21 juin 1911.</em>
+</p>
+
+<hr class="chap">
+
+<h2><a id="err"></a>ERRATA DU PREMIER VOLUME</h2>
+
+<hr class="decor width3 spaced2">
+
+<ul class="simple1">
+<li>Page <a href="#Page_135">135</a>, ligne 2, <em>au lieu
+de&nbsp;: Baoulo, lire&nbsp;: Gaoulo</em>.</li>
+
+<li>Page 189, note <a href="#Footnote_111">111</a>, ligne 2, <em>au
+lieu de</em>&nbsp;: Makhfar, <em>lire</em>&nbsp;: Maghfar.</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_395">395</a>, ligne 30, <em>au lieu
+de</em>&nbsp;: pas d’adjectifs, <em>lire</em>&nbsp;: peu
+d’adjectifs.</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_414">414</a>, ligne 4, <em>au lieu
+de&nbsp;: mba, lire&nbsp;: ba</em>.</li>
+</ul>
+
+<hr class="chap">
+
+<div class="plate" id="pl01">
+<table class="width-full">
+<tr>
+<td class="tdl ipub"><span class="sc">Delafosse</span>
+</td>
+<td class="tdr ipub">Planche I</td>
+</tr>
+</table>
+
+<div class="figcenter iw3">
+<figure id="i01"><img src='images/i01.jpg' alt=''>
+<p class="ipubr"><em>Cliché Manuel</em>
+</p>
+
+<p class="cp1"><span class="sc">Fig.</span> 1. — M. <span class=
+"sc">Clozel</span>, Gouverneur du Haut-Sénégal-Niger.</p>
+</figure>
+</div>
+</div>
+
+<h2><span class="pagenum" id="Page_1">[1]</span><a id=
+"pref"></a>PRÉFACE</h2>
+
+<p>Lorsque j’ai pris possession du Gouvernement du
+Haut-Sénégal-Niger au mois de mai 1908, parmi les documents que
+j’ai eu à consulter pour étudier la Colonie nouvelle dont j’étais
+chargé, figuraient des monographies de cercles établies par ordre
+de mon prédécesseur en 1903. Ces travaux, généralement
+intéressants, ne correspondaient cependant plus à la réalité&nbsp;;
+les documents de ce genre vieillissent vite dans une colonie aussi
+jeune et aussi vivante que le Soudan. De là le projet de reprendre
+l’idée de mon prédécesseur et d’obtenir une situation du
+Haut-Sénégal-Niger en 1909&nbsp;; je la complétais par une enquête
+analogue à celle que j’avais entreprise à la Côte d’Ivoire en 1901
+sur le droit coutumier des Indigènes. On trouvera plus loin les
+deux questionnaires qui ont servi de base et de cadre à cette
+consultation.</p>
+
+<p>Il convient tout d’abord de rendre justice à l’empressement et à
+la conscience, qu’à la presque unanimité, les commandants de
+Cercle, civils ou militaires, mirent à répondre au double
+questionnaire qui leur avait été adressé. Je suis heureux de
+pouvoir les en remercier une fois encore.</p>
+
+<p>En possession de cette masse vraiment considérable de documents
+de valeur un peu inégale, mais presque toujours intéressants, il
+m’apparut qu’il y avait mieux à faire que les garder dans nos
+archives pour les consulter en cas de besoin.</p>
+
+<p>Mais il ne fallait pas songer à une publication intégrale de
+tous ces rapports&nbsp;; par leur nature même, leur juxtaposition
+eût abouti à une quantité de redites de double emploi, dans
+lesquelles le lecteur perdu et lassé aurait eu grand peine à
+trouver les renseignements essentiels et d’où il n’aurait pu
+dégager ni<span class="pagenum" id="Page_2">[2]</span> vues
+d’ensemble ni appréciations nettes. Un travail de refonte et de
+coordination s’imposait donc.</p>
+
+<p>Après avoir adopté le cadre qui me paraissait le plus convenable
+pour y faire entrer le tableau complet de notre Soudan, il restait
+à trouver des hommes joignant, au talent d’exposition nécessaire à
+cette tâche, une connaissance assez approfondie du pays et de ses
+habitants pour corriger les erreurs de détail, situer exactement
+les faits historiques, économiques, géographiques qui constituent
+la vie de peuples nombreux, en dégager les données générales et les
+caractéristiques essentielles.</p>
+
+<p>M. Delafosse, ses nombreux travaux antérieurs l’attestent, est
+de tous les Français, celui qui connaît le mieux les langues, les
+traditions, les coutumes et les mœurs des Indigènes de l’Afrique
+Occidentale. Si sa forte culture générale et ses études antérieures
+l’avaient mieux que beaucoup d’autres préparé à apprendre, ce n’est
+pas seulement dans les livres, mais par seize ans de vie africaine,
+en contact permanent avec les hommes et la nature, qu’il a acquis
+son érudition.</p>
+
+<p>L’Adjoint à l’Intendance Méniaud accomplit son troisième séjour
+au Soudan&nbsp;; il en a dirigé les finances et en a soigneusement
+étudié les besoins et les ressources. Préparé par la haute culture
+que donne l’Ecole Polytechnique et par les études spéciales que
+nécessitait son admission dans l’Intendance, il a de plus, au cours
+de nombreuses missions, parcouru la Colonie entière du Sénégal au
+lac Tchad. Partout il a examiné sur place les produits du sol, les
+ressources de toutes natures, les moyens de transport, la vie
+économique du pays dans ses détails et dans son ensemble.</p>
+
+<p>M. Brévié est au Soudan depuis sa sortie de l’Ecole
+Coloniale&nbsp;; après s’être initié à la vie et à l’administration
+du pays en servant dans les cercles les plus divers, il est depuis
+bientôt cinq ans placé à la tête du bureau politique du
+Gouvernement. Il y a fait preuve d’un talent d’exposition et de
+qualités que jusqu’à ce jour ses chefs hiérarchiques ont pu seuls
+apprécier et il y a surtout acquis les connaissances les plus
+complètes sur la vie politique et administrative de la Colonie.</p>
+
+<p>C’est à ces trois collaborateurs que reviendra tout le
+mérite<span class="pagenum" id="Page_3">[3]</span> de
+l’œuvre&nbsp;; je ne réclame, en cas de succès, que celui de les
+avoir choisis.</p>
+
+<p class="tb">*<br>
+* *</p>
+
+<p>La tâche était en effet assez vaste et assez complexe pour
+dépasser la compétence d’un seul. A la différence de la plupart des
+Colonies africaines, dont le passé, aussi vierge que leurs forêts,
+se réduit à l’historique de l’effort des Explorateurs Européens
+pour les pénétrer, le Soudan a une histoire. Histoire peu connue,
+imparfaitement documentée, mais réelle, et susceptible de prendre
+forme et de récompenser le labeur de celui qui en débrouillera les
+obscurités et les incertitudes.</p>
+
+<p>Aux temps de la Grèce, de Carthage, des anciennes dynasties
+Egyptiennes, le Soudan est en relations commerciales avec la
+Méditerranée, berceau des civilisations antiques. Ces caravanes
+d’autrefois avaient à traverser un Sahara très probablement moins
+stérile et moins inhospitalier que celui d’à présent.</p>
+
+<p>Le Soudan a été effleuré par la conquête arabe&nbsp;; de ses
+confins mystérieux sont sortis les Almoravides qui ont conquis le
+Maghreb et l’Espagne&nbsp;; il a vu se fonder et disparaître de
+grands empires noirs&nbsp;; des armées marocaines ont envahi et
+dominé pendant plus d’un siècle certaines de ses provinces. Enfin
+le récit de la conquête française commencée en 1880, terminée
+d’hier, reste encore à faire. Il a manqué à cette épopée, mal
+connue et mal jugée parce que trop près de nous, son Bernal Diaz et
+son Heredia.</p>
+
+<p>On y admirerait tout d’abord la continuité des desseins et de
+l’effort, depuis les plans lointains tracés avec une si remarquable
+prévision par les Bouët-Willaumez et les Faidherbe, jusqu’à la
+série ininterrompue des expéditions militaires commencées par les
+Brière de l’Isle et les Borgnis-Desbordes, continuées par Frey,
+Galliéni, Humbert, Archinard, Combe, Audéoud, de Trentinian,
+Gouraud... j’en passe et des meilleurs.</p>
+
+<p>On y verrait les entreprises de la témérité la plus folle,
+conduites avec la plus froide intrépidité, justifier par leur
+succès les théories philosophiques les plus osées sur la force de
+la volonté. Le Général Combe dans les campagnes contre
+Samory,<span class="pagenum" id="Page_4">[4]</span> le Général
+Archinard à Nioro, Ouossébougou et Dienné, le Général Audéoud à
+Sikasso ont renouvelé les exploits des Cortez et des Pizarre, ceux
+plus récents d’autres Français, Francis Garnier et ses quelques
+compagnons lors de la première conquête du Tonkin.</p>
+
+<p>A côté des chefs et des combats les plus connus, que d’héroïsmes
+obscurs, que de fatigues et de souffrances&nbsp;: le climat, les
+fièvres, les privations, l’ennui des lointains exils, l’inaction
+déprimante pendant les saisons mauvaises&nbsp;! La douleur paraît
+inséparable de tout enfantement humain&nbsp;; ainsi se justifie une
+fois encore le vers du poète&nbsp;:</p>
+
+<p class="center">... <em>Tantæ mollis erat romanam condere
+gentem</em>.</p>
+
+<p>De tous ces périls, les plus allègrement affrontés ont toujours
+été ceux des combats. Il semble que la guerre possède une vertu
+propre et singulière, au moins au point de vue esthétique et moral,
+puisque des hommes que j’ai connus d’ailleurs assez ordinaires,
+vulgaires parfois, nos simples soldats noirs eux-mêmes, lorsqu’ils
+succombent les armes à la main, savent mourir en beauté, avec une
+noblesse stoïque, une pureté d’attitude toutes classiques.</p>
+
+<p class="tb">*<br>
+* *</p>
+
+<p>Parmi ces soldats, beaucoup furent des organisateurs et des
+administrateurs excellents. La Colonie se meut encore dans les
+cadres administratifs tracés par les Généraux Archinard et de
+Trentinian. Il serait injuste cependant d’oublier le Gouverneur
+Grodet, dont les circulaires et instructions, en matière financière
+surtout, n’ont rien perdu de leur valeur. Les polémiques,
+aujourd’hui oubliées, auxquelles avait donné lieu son passage au
+Gouvernement du Soudan ont fait trop négliger cette partie solide
+et inattaquable de son œuvre.</p>
+
+<p>De 1900 à 1908, mon prédécesseur immédiat, le Gouverneur Général
+Ponty, a travaillé avec l’esprit le plus averti, le sens pratique
+le plus juste, au développement de la jeune Colonie. De l’ensemble
+de son œuvre deux faits se détachent avec un relief tout
+particulier et perpétueront longtemps encore le
+souvenir<span class="pagenum" id="Page_5">[5]</span> de son
+Gouvernement&nbsp;: la libération des captifs et la création du
+centre administratif de Koulouba.</p>
+
+<p>Si tout le monde était d’accord pour la répression énergique de
+la traite, la suppression immédiate de la captivité faisait hésiter
+les meilleurs esprits. Toutes les sociétés indigènes dans toutes
+les Colonies du groupe admettaient l’esclavage&nbsp;; son existence
+se trouvait ainsi intimement liée à la vie économique et sociale du
+pays tout entier. La suppression brusque d’un rouage aussi
+essentiel de l’existence de nos sujets païens ou musulmans pouvait
+à bon droit passer pour un saut dans l’inconnu comportant les plus
+fâcheuses conséquences pour la tranquillité et pour la prospérité
+de nos Colonies. On pouvait se trouver d’autant plus encouragé à
+procéder progressivement que la question d’humanité ne se posait
+généralement pas comme on le croyait en France. C’était en effet
+une grossière erreur que d’envisager la captivité africaine à
+travers les souvenirs du roman de Mrs Beecher Stowe. Les malheurs
+du vertueux oncle Tom n’avaient rien de commun avec la vie des
+captifs africains en Afrique. Celle-ci n’était vraiment pas très
+dure et leur condition n’était en général pas beaucoup plus pénible
+que celle des hommes libres. La traite rigoureusement supprimée, il
+paraissait plus sage de laisser agir le temps en procédant à des
+libérations partielles toutes les fois qu’un incident quelconque
+les aurait motivées.</p>
+
+<p>Le Gouverneur Ponty eut le mérite de n’admettre aucun de ces
+atermoiements. Dès que le Gouverneur Général Roume eut décidé la
+suppression complète et absolue de l’esclavage, il y procéda
+résolument. Et non seulement les troubles soulevés par cette
+libération de plus de 300.000 captifs en moins de deux ans ont été
+tout à fait insignifiants, mais encore la prospérité du pays s’en
+est trouvée accrue. Les anciens maîtres, dépossédés de leurs
+esclaves, se sont mis eux-mêmes au travail, et les captifs libérés
+en ont fait autant de leur côté, et, sûrs de conserver désormais
+tout le fruit de leur labeur, ils ont déployé une activité beaucoup
+plus grande que par le passé. Ce succès d’une mesure si discutée et
+si discutable fait le plus grand honneur à M. le Gouverneur Général
+Ponty.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_6">[6]</span>L’idée d’installer
+le chef-lieu de la Colonie à Koulouba appartient à M. le Général de
+Trentinian. Cet homme d’un esprit si vif et si clairvoyant a eu
+assez souvent, pendant son passage au Gouvernement du Soudan, le
+tort d’avoir raison quelques années trop tôt. Beaucoup de ses
+projets repris par ses successeurs ont abouti ou sont en train
+d’aboutir actuellement&nbsp;; d’autres attendent encore une
+réalisation qu’ils trouveront, sans doute, dans un avenir plus ou
+moins rapproché.</p>
+
+<p>Il était évident pour le Général de Trentinian et pour quiconque
+voulait bien se donner la peine d’étudier une carte du Soudan
+Français que Kayes, base d’opérations obligée lors de la conquête,
+ville du transit et port de la Colonie sur le Sénégal, était
+beaucoup trop excentrique pour en rester la capitale politique. La
+température y est en outre particulièrement chaude et pénible
+pendant presque toute l’année. Le haut Sénégal, dont Kayes et
+Médine sont les villes principales, est de plus un assez pauvre
+pays&nbsp;: des chaînes de collines rocheuses et stériles, des
+plateaux de latérite ne laissent de terres vraiment fertiles que
+dans les vallées assez étroites arrosées par les divers cours d’eau
+qui forment le bassin supérieur du Sénégal. La population n’y est
+ni très dense ni très riche. Enfin le décret du 17 octobre 1899 qui
+rattachait à la Colonie du Sénégal le cercle de Bakel, à la Guinée
+les cercles du Haut-Niger les plus rapprochés de Kayes, accentuait
+encore la position excentrique de cette ville et reportait plus
+évidemment sur le Niger moyen l’axe de la Colonie.</p>
+
+<p>Le climat de la vallée du Niger beaucoup moins pénible pour les
+Européens que celui du Haut-Sénégal, le fleuve lui-même, voie
+d’accès naturelle vers Tombouctou et Niamey à laquelle venaient
+aboutir toutes les routes terrestres de l’immense plateau encerclé
+par la boucle du Niger, tout militait en faveur d’un transfert du
+chef-lieu. Le Général de Trentinian ébaucha le mouvement en
+installant sur les collines de Kati à 12 kilomètres de Bamako la
+portion principale des troupes. Déjà il indiquait comme emplacement
+de la capitale future le plateau de Koulouba (point
+«&nbsp;F&nbsp;»), qui domine de 161 mètres la plaine où sont
+construits le village et le poste de Bamako. Sur un
+plateau<span class="pagenum" id="Page_7">[7]</span> voisin d’une
+altitude un peu supérieure (point «&nbsp;G&nbsp;»), devait s’élever
+l’hôpital central de la Colonie. Avant de quitter le Soudan, le
+Général faisait bâtir à Koulouba une petite maison, modeste jalon
+de la cité future.</p>
+
+<p>En 1903, le Gouverneur Général Roume, se rendant à Tombouctou,
+visitait le point F et le point G&nbsp;; séduit par la vue
+admirable que l’on avait du haut de ces plateaux rocheux,
+véritables falaises qui dominent le fleuve et la vallée du Niger,
+appréciant les avantages multiples qu’ils présentaient au point de
+vue de l’aération et de la salubrité, il sanctionnait de sa haute
+autorité les projets du Général de Trentinian. Libre d’agir, le
+Gouverneur Ponty, secondé par le Commandant Digue et le capitaine
+Lepoivre du corps du Génie, se mit immédiatement à l’œuvre. En
+moins de cinq ans il faisait édifier à Koulouba la plus belle et la
+plus réussie des capitales coloniales que l’on puisse trouver en
+Afrique Occidentale, aussi bien dans les Colonies étrangères,
+anglaises ou allemandes, que dans les Colonies françaises.</p>
+
+<p>Arrivé à Kayes le 10 mai 1908 lorsque les travaux étaient à peu
+près terminés, j’y transportais dix jours après le siège du
+Gouvernement.</p>
+
+<p>L’hôpital du point G est en construction depuis l’an dernier et
+pourra sans doute fonctionner dès les premiers jours de 1912.</p>
+
+<p>Des machines élévatoires et des conduites d’eau pourvoient sur
+ces deux points à toutes les nécessités de l’hygiène et du confort
+modernes&nbsp;; Bamako-Koulouba et l’hôpital seront l’année
+prochaine éclairés à la lumière électrique. A Koulouba s’élèvent le
+Gouvernement, l’hôtel du Secrétaire Général, trois grands bâtiments
+affectés au Trésor, aux Archives et aux divers bureaux. Toutes ces
+constructions, d’un style hispano-mauresque un peu lourd mais
+admirablement approprié au climat, constituent un ensemble qui ne
+manque ni d’harmonie ni d’une certaine majesté. Vingt-cinq maisons,
+plus petites mais toutes bien aérées et pourvues de larges
+vérandahs, abritent l’imprimerie du Gouvernement et les
+fonctionnaires employés à l’administration centrale de la Colonie.
+C’est à Koulouba également que sont installés le chef du service
+des Travaux Publics avec ses<span class="pagenum" id=
+"Page_8">[8]</span> bureaux, le directeur de l’Agriculture et le
+chef du Service Zootechnique.</p>
+
+<p>A Bamako sont venus s’établir, dans les bâtiments construits
+depuis 1909, la direction du chemin de fer de Kayes au Niger, une
+justice de paix à compétence étendue, le service des Domaines, la
+direction des Postes et Télégraphes. Les deux villes, distantes de
+1.500 mètres à vol d’oiseau, de 5 kilomètres par la route
+carrossable qui relie Bamako dans la plaine à Koulouba sur la
+montagne, sont destinées à se réunir dans un avenir assez
+rapproché, probablement lorsque le railway Thiès-Kayes achevé aura
+donné au Haut-Sénégal-Niger le débouché sûr et permanent sur la mer
+qui a manqué jusqu’à ce jour à son développement économique.</p>
+
+<p>L’organisation centrale qui fonctionne à Koulouba depuis deux
+ans est, ainsi que je l’ai dit, encore celle créée par les Généraux
+Archinard et de Trentinian. L’arrêté local du 19 juin 1908 dont on
+trouvera plus loin le texte a uniquement pour but de préciser et de
+mettre au point les attributions de chacun.</p>
+
+<p>Le Gouverneur, assisté de son Cabinet et de son bureau
+militaire, a sous sa direction immédiate les quatre bureaux du
+Gouvernement&nbsp;: Affaires Politiques, Affaires Economiques,
+Finances et Matériel. Le Secrétaire Général a dans ses attributions
+particulières le service de ces deux derniers bureaux&nbsp;; c’est
+lui qui présente leur travail à la signature du Gouverneur, tandis
+que les chefs des premier et deuxième bureaux rapportent
+directement les affaires qui leur sont confiées. C’est là le
+travail quotidien. De plus les chefs des services techniques&nbsp;:
+Chemin de fer de Kayes au Niger et Navigation, Travaux Publics,
+Postes et Télégraphes, Agriculture etc., ont, chaque semaine, leur
+jour de conférence avec le chef de la Colonie.</p>
+
+<p>9.000 kilomètres de lignes télégraphiques mettent le chef-lieu
+en communication avec les vingt-neuf cercles de la Colonie. Ce
+sont&nbsp;: Kayes, Bafoulabé, Kita, Bamako, Nioro, Goumbou, Sokolo,
+la résidence de Kiffa, Satadougou, Bougouni, Sikasso,
+Bobo-Dioulasso, Gaoua, Ségou, Koutiala, San, Dienné, Mopti,
+l’Issa-Ber ou Niafounké, Bandiagara, Ouahigouya, Koury, Ouagadougou
+ou le Mossi, Dori, Fada-N’Gourma&nbsp;; auxquels,
+depuis<span class="pagenum" id="Page_9">[9]</span> le
+1<sup>er</sup> janvier 1911, sont venus s’ajouter l’ancienne région
+de Tombouctou et les pays de la rive droite du Niger détachés du
+Territoire Militaire pour être placés sous les ordres directs du
+Gouverneur, avec toutefois une organisation spéciale (arrêtés du 22
+juin 1910) que comportent encore les circonstances et formant les
+cercles de Tombouctou-sédentaires et de Tombouctou-nomades, du
+Gourma et de Say.</p>
+
+<p>Le Territoire Militaire, avec son budget spécial et son
+autonomie relative, s’étend désormais du Niger au lac Tchad et
+comprend une marche semi-saharienne longue d’environ 1.500
+kilomètres et servant de trait d’union entre l’Afrique Equatoriale
+et l’Afrique Occidentale françaises. A cette même date du
+1<sup>er</sup> janvier 1911 le chef-lieu en a été transporté de
+Niamey à Zinder, à peu près à son centre géographique, d’où le
+Colonel Commandant le territoire peut exercer une action plus
+efficace sur les sept cercles qui relèvent de son autorité&nbsp;:
+Gao, Niamey, Madaoua, Zinder, N’Guigmi, Agadez, Bilma. Une ligne
+télégraphique de 800 kilomètres relie déjà Niamey à Zinder et se
+raccorde par Tombouctou-Gao et par Dori au réseau général de la
+Colonie. En 1911 elle sera continuée jusqu’à N’Guigmi, et, après
+entente avec le Gouverneur Général de l’Afrique Equatoriale
+Française, prolongée jusqu’à Mao, le poste le plus voisin de la
+Colonie congolaise.</p>
+
+<p>De par sa situation semi-désertique, ses obligations militaires
+de protection contre les nomades sahariens, les prix de transport
+considérables qui grèvent son administration, le Territoire
+Militaire du Niger ne peut vivre et s’organiser avec les 1.200.000
+francs environ que lui rapportent ses taxes locales. Une subvention
+variable (elle est de 300.000 francs en 1911), allouée par le
+budget du Haut-Sénégal-Niger, vient chaque année suppléer à
+l’insuffisance de ses ressources. Le Gouverneur de la Colonie
+dirige et contrôle l’administration du Territoire Militaire et y
+exerce son autorité par l’intermédiaire du Colonel Commandant.</p>
+
+<p>Telle est dans son ensemble l’organisation qui permet, avec à
+peine 500 officiers ou fonctionnaires français et une force armée
+d’environ 4.500 noirs tout compris, troupes régulières,<span class=
+"pagenum" id="Page_10">[10]</span> milices et gardes-cercles, de
+faire régner l’ordre et la sécurité parmi 5.000.000 d’indigènes
+épars sur un territoire qui, de la Falémé au Tchad, mesure plus de
+2.800 kilomètres et qui, du Nord au Sud, en y comprenant la zone
+saharienne dont la police nous incombe, en a rarement moins de
+1.300. Nous y percevons, en additionnant les trois budgets qui
+fonctionnent dans la Colonie, budget local, budget annexe du
+Territoire Militaire, budget annexe du chemin de fer, près de 12
+millions de revenus, sans parler des recettes douanières qui
+appartiennent au budget général.</p>
+
+<p>Nous assurons, en dehors du maintien de l’ordre, condition
+nécessaire de tout progrès, l’exécution des travaux utiles au
+développement économique du pays, l’assistance médicale aux
+indigènes, la diffusion de l’instruction parmi les populations
+primitives dont la tutelle nous est confiée.</p>
+
+<p>On admettra, si l’on envisage l’étendue et la multiplicité de la
+tâche, que nous n’abusons pas du fonctionnarisme&nbsp;; encore
+serait-il possible d’alléger sensiblement les effectifs employés au
+chef-lieu, si les bureaux de Dakar et de Paris, conformant un peu
+plus leurs actes aux beaux discours que l’on prononce
+périodiquement en France sur la décentralisation, voulaient bien
+faire leur tutelle moins étroite et exiger par suite un peu moins
+de papiers qui ne sont pas tous d’une utilité évidente. Mon
+expérience de Gouverneur Colonial n’est pas très vieille, mais elle
+me permet de constater que le nombre de rapports, de pièces
+comptables et de documents de toutes natures à fournir au
+Gouvernement Général ou au Ministère a triplé depuis moins de dix
+ans. Si le développement rapide de nos jeunes colonies d’Afrique
+peut dans une certaine mesure justifier partie de cet
+accroissement, il ne saurait être invoqué pour la totalité. Il est
+à craindre même que cet excès de sollicitude ne paralyse à la
+longue les progrès de nos possessions africaines&nbsp;; il a déjà
+pour résultat de retarder de une ou plusieurs années la solution de
+nombre d’affaires, l’exécution de nombreux travaux, sans que les
+avantages de ce contrôle inquiet apparaissent bien clairement dans
+la plupart des cas. Mais ce<span class="pagenum" id=
+"Page_11">[11]</span> n’est point ici la place d’étudier les
+réformes à apporter à notre administration coloniale.</p>
+
+<p class="tb">*<br>
+* *</p>
+
+<p>La deuxième série de cette publication, consacrée à la situation
+économique de la Colonie, démontrera, je l’espère, que l’héroïsme
+de nos soldats, le labeur de nos fonctionnaires, l’effort de nos
+commerçants, n’ont pas été prodigués à une œuvre vaine.</p>
+
+<p>Le Soudan Français n’est certes point un Eldorado, s’il est
+encore des Eldorado de par le monde. Là comme ailleurs, si nous
+voulons récolter, il faut cultiver notre jardin. Mais si, en bien
+des points de cette vaste Colonie, la terre d’Afrique se montre
+hostile et ingrate, elle est déjà assez féconde pour nous permettre
+d’augurer un florissant avenir.</p>
+
+<p>Le nombre et la diversité des produits exploitables, conséquence
+de l’étendue du pays et de la variété de ses aspects, assurent à
+cette prospérité des bases solides. Je dis
+«&nbsp;exploitables&nbsp;» et non «&nbsp;exploités&nbsp;»&nbsp;;
+jusqu’à ce jour, un seul, le caoutchouc, l’a été
+sérieusement&nbsp;; deux ou trois autres (arachides, laines, coton,
+richesses minières, bétail) commencent à peine à l’être. Enfin nous
+avons le Niger.</p>
+
+<p>La vallée du Niger Moyen est, de tous les pays d’Afrique que je
+connais, celui dont l’avenir agricole me paraît le plus vaste et le
+plus certain. Lorsqu’il y a une quinzaine d’années, au lendemain de
+la conquête de Tombouctou, de jeunes officiers enthousiastes ont
+comparé le Niger au Nil, beaucoup, dont j’étais, ont souri de ce
+qui leur paraissait une exagération excusable mais tout de même un
+peu forte. Depuis j’ai vu et je crois, ou du moins je
+comprends.</p>
+
+<p>La vallée du Niger Moyen, de Sansanding à Tombouctou, avec ses
+vastes inondations périodiques, ses bras multiples, ses lacs
+formant réservoirs, est sans doute aussi fertile et certainement
+beaucoup plus étendue que le Delta du Nil. Seulement c’est un Nil
+tout neuf, auquel il manque 3.000 ou 4.000 ans de civilisation
+antique sans parler des travaux modernes. Qu’elle puisse devenir un
+des greniers du monde, c’est probable. Mais<span class="pagenum"
+id="Page_12">[12]</span> ce grenier est à 1.800 kilomètres du port
+le plus proche et il n’en peut pas sortir grand chose parce que les
+moyens de transport sont coûteux et encore bien imparfaits.</p>
+
+<p>Cependant la civilisation moderne dispose de moyens mécaniques
+qui manquaient au monde antique. Le chemin de fer de la Guinée est
+aujourd’hui achevé, le Thiès-Kayes le sera dans peu d’années. Ce
+jour-là, malgré l’élévation forcée des tarifs de nos railways
+africains, bien des choses deviendront possibles qui ne le sont pas
+aujourd’hui. Il ne faudra sans doute pas 3.000 ans à nos ingénieurs
+pour étudier les crues du Niger, les canaliser, les diriger et leur
+faire donner leur maximum de rendement utile. Mais les hommes ne
+manqueront-ils pas à cette tâche&nbsp;? Et par là j’entends les
+indigènes formant le gros de la troupe industrielle et agricole
+dont nous fournirons les cadres, troupe indispensable à la mise en
+valeur de toutes ces richesses latentes. Au Soudan, sur les rives
+du fleuve surtout, la population est sans doute moins clairsemée
+que dans la plupart des autres régions de l’Afrique
+intertropicale&nbsp;; mais combien insuffisante encore. Ce n’est
+pas impunément que ces pays ont traversé des siècles de guerres
+intestines et de barbarie. Et par là nous sommes ramenés à la
+question indigène qui domine toutes les autres. Je l’écrivais déjà
+en 1902&nbsp;: «&nbsp;On ne saurait trop redire que, dans l’Afrique
+Occidentale Française, l’indigène est la base de toute prospérité,
+le pivot de tout progrès.&nbsp;»</p>
+
+<p>Au Soudan règne la paix française&nbsp;; les guerres intestines,
+les pillages, les massacres ont définitivement cessé, mais l’œuvre
+d’assistance est à peine ébauchée&nbsp;; nous faisons déjà plus de
+100.000 vaccinations par an, mais c’est 500.000 que nous devons
+faire pour lutter contre la variole. Et nous avons d’autres fléaux
+à combattre pour conserver à nos races indigènes toute leur
+vitalité et toute leur puissance d’accroissement. C’est là le
+devoir prescrit à l’heure présente plus encore par notre intérêt
+que par l’humanité. Les possibilités de richesses existent&nbsp;:
+plus nous aurons d’hommes pour les mettre en valeur, plus nous
+serons riches, et mieux nous aurons travaillé à la grandeur et à la
+force de la France.</p>
+
+<p>Koulouba, le 1<sup>er</sup> janvier 1911.</p>
+
+<p class="right pad-right4"><span class="sc">Clozel</span>.</p>
+
+<hr class="chap">
+
+<h2><span class="pagenum" id="Page_13">[13]</span><a id=
+"ann"></a>DOCUMENTS ANNEXES</h2>
+
+<h3 class="bold hang1">I. — Arrêté du Lieutenant-Gouverneur fixant
+la répartition et les attributions des différents bureaux et
+services du Gouvernement du Haut-Sénégal-Niger.</h3>
+
+<p class="center sect"><em>Le Gouverneur des Colonies,
+lieutenant-gouverneur du Haut-Sénégal-Niger, officier de la légion
+d’honneur,</em>
+</p>
+
+<p>Vu le décret du 18 octobre 1904, portant réorganisation du
+Gouvernement Général de l’Afrique occidentale française,</p>
+
+<p>Arrête&nbsp;:</p>
+
+<p>L’organisation des Services de Direction au Gouvernement du
+Haut-Sénégal-Niger comprend sous l’autorité directe du
+Gouverneur&nbsp;:</p>
+
+<p>Le Cabinet du Gouverneur,</p>
+
+<p>Le Bureau Militaire,</p>
+
+<p>Le Bureau des Affaires Politiques (1<sup>er</sup> bureau),</p>
+
+<p>Le Bureau des Affaires économiques (2<sup>e</sup> bureau),</p>
+
+<p>Le Secrétariat Général du Gouvernement.</p>
+
+<p>Il existe en outre un Secrétariat particulier auprès du
+Gouverneur.</p>
+
+<h4 class="bold">Attributions des différents bureaux.</h4>
+
+<p class="center sect"><em>Cabinet</em>
+</p>
+
+<p>Ouverture, enregistrement et répartition des dépêches et
+télégrammes entre les différents bureaux du Gouvernement.</p>
+
+<p>Enregistrement au départ des dépêches à destination du
+Gouverneur Général et du contrôle financier.</p>
+
+<p>Chiffre&nbsp;: établissement des chiffres, instructions
+relatives à leur emploi.</p>
+
+<p>Chiffrage et déchiffrage des télégrammes officiels.</p>
+
+<p>Personnel, tenue des dossiers du personnel, nominations,
+mutations.</p>
+
+<p>Mise en route du personnel civil.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_14">[14]</span>Bibliothèque,
+souscriptions.</p>
+
+<p>Archives. Classement et conservation des originaux des actes du
+Gouverneur Général et du Gouverneur de la Colonie.</p>
+
+<p>Classement et conservation de la correspondance avec le
+Gouverneur Général et le Directeur du Contrôle financier.</p>
+
+<p>Délivrance des états de service des anciens fonctionnaires et
+agents.</p>
+
+<p>Légalisation des actes établis dans la Colonie.</p>
+
+<p>Conseil d’administration et Conseil du Contentieux.</p>
+
+<p>Journal officiel de la Colonie.</p>
+
+<p class="center sect"><em>Bureau militaire.</em>
+</p>
+
+<p>Administration du personnel hors cadres, désignations,
+mutations, mise en route, relève.</p>
+
+<p>Transmissions des rapports d’opérations militaires.</p>
+
+<p>Justice militaire, conseils de guerre.</p>
+
+<p>Officiers de réserve et réservistes européens.</p>
+
+<p>Réservistes indigènes.</p>
+
+<p>Administration des brigades de garde indigène et de la milice.
+Recrutement, habillement, armement, administration.</p>
+
+<p>Inspection des gardes.</p>
+
+<p>Recrutement et inspections des goums.</p>
+
+<p>Anciens tirailleurs et méharistes (masses, décorations,
+pensions).</p>
+
+<p>Service géographique, centralisation des rapports géographiques,
+cartes, levers et itinéraires de la Colonie.</p>
+
+<p>Etablissement des cartes d’ensemble de la Colonie.</p>
+
+<p>Observations astronomiques.</p>
+
+<p>Observations pluviométriques, étiage du Sénégal et du Niger.</p>
+
+<p class="center sect"><em>Bureau des affaires politiques.</em>
+</p>
+
+<p>Affaires Politiques.</p>
+
+<p>Justice.</p>
+
+<p>Instruction publique.</p>
+
+<p>Postes et Télégraphes, circulaires et notifications relatives
+aux modifications des services maritimes postaux,
+approvisionnements en figurines, cartes, lettres et enveloppes.
+Communications avec le Bureau de Berne.</p>
+
+<p>Missions, centralisation des documents politiques,
+ethnographiques, etc. autres que les renseignements géographiques
+ou d’ordre économique et financier.</p>
+
+<p>Assistance médicale indigène et services d’hygiène.</p>
+
+<p>Successions vacantes, administration de la curatelle aux
+successions et biens vacants. Recherches dans l’intérêt des
+familles.</p>
+
+<p>Villages de refuge, secours aux indigents.</p>
+
+<p>Conventions écrites passées entre indigènes.</p>
+
+<p>Statistiques diverses autres que les statistiques douanières et
+celles ressortissant aux affaires commerciales.</p>
+
+<p class="center sect"><span class="pagenum" id=
+"Page_15">[15]</span><em>Bureau des affaires économiques.</em>
+</p>
+
+<p>Affaires d’ordre économique et commercial.</p>
+
+<p>Affaires domaniales, application du régime foncier, concessions
+urbaines et rurales.</p>
+
+<p>Mines, questions d’ordre administratif et contentieux.</p>
+
+<p>Législation commerciale.</p>
+
+<p>Colonisation, main-d’œuvre, crédit.</p>
+
+<p>Centralisation de tous les renseignements agricoles et de la
+correspondance concernant le service de l’agriculture.</p>
+
+<p>Autrucheries, bergeries.</p>
+
+<p>Stations agronomiques et jardins d’essais, établissements
+hippiques, missions agricoles et économiques diverses.</p>
+
+<p>Relations avec l’Office Colonial. Participation aux
+expositions.</p>
+
+<p>Etudes avec le Secrétaire Général des questions
+relatives&nbsp;:</p>
+
+<p>1<sup>o</sup> Aux patentes, taxe de colportage, oussourou,
+droits de marché et taxes imposées au commerce, droits de bac, taxe
+des Decauville, etc.</p>
+
+<p>2<sup>o</sup> Aux tarifs du chemin de fer et de la
+navigation&nbsp;;</p>
+
+<p>3<sup>o</sup> Aux poids et mesures, monnaies&nbsp;;</p>
+
+<p>4<sup>o</sup> Aux relations avec les Chambres de
+commerce&nbsp;;</p>
+
+<p>5<sup>o</sup> Aux questions douanières.</p>
+
+<p class="center sect"><em>Secrétariat Général.</em>
+</p>
+
+<p>Le Secrétariat Général comprend, sous l’autorité directe du
+Secrétaire Général, deux bureaux&nbsp;:</p>
+
+<p>Bureau des finances&nbsp;;</p>
+
+<p>Bureau du matériel.</p>
+
+<h4 class="bold">Attributions.</h4>
+
+<p class="center sect"><em>Bureau des finances.</em>
+</p>
+
+<p>Administration du budget local et du budget annexe du Territoire
+Militaire du Niger.</p>
+
+<p>Centralisation de tous les renseignements et de la
+correspondance concernant la préparation, l’exécution et le
+contrôle des deux budgets.</p>
+
+<p>Contrôle de l’administration du chemin de fer de Kayes au
+Niger&nbsp;; centralisation de tous les renseignements et de la
+correspondance concernant ce service.</p>
+
+<p>Administration des fonds d’emprunt et du budget général.</p>
+
+<p>Centralisation de tous les renseignements et de la
+correspondance concernant les travaux effectués sur les deux
+budgets.</p>
+
+<p>Contrôle financier des services d’exploitation&nbsp;;</p>
+
+<p>Postes et Télégraphes&nbsp;;</p>
+
+<p>Service de navigation du Niger&nbsp;;</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_16">[16]</span>Service de
+navigation sur le Sénégal&nbsp;;</p>
+
+<p>Decauville de Kayes et Bamako&nbsp;;</p>
+
+<p>Imprimerie.</p>
+
+<p>Centralisation des renseignements et de la correspondance
+concernant ces services.</p>
+
+<p>Contrôle des régies financières, Douanes, Enregistrement&nbsp;;
+questions relatives à l’organisation et au fonctionnement du
+service du Trésor.</p>
+
+<p>Comptabilité des dépenses engagées, relations avec le Directeur
+du contrôle financier.</p>
+
+<p class="center sect"><em>Bureau du matériel.</em>
+</p>
+
+<p>Réalisation des approvisionnements nécessaires aux différents
+services et postes de la Colonie.</p>
+
+<p>Préparation des marchés et commandes, recettes des
+fournitures.</p>
+
+<p>Comptabilité-matières, questions générales de
+comptabilité-matières&nbsp;; préparation des instructions qui s’y
+rapportent, pour les différents postes et services.</p>
+
+<p>Vérification et centralisation de la comptabilité des mouvements
+des approvisionnements en magasin et de la comptabilité du matériel
+en service.</p>
+
+<p>Examen des procès-verbaux de recensement, de prise de service,
+de condamnation, de perte et tous autres documents produits à la
+charge ou à la décharge des gestionnaires et des dépositaires
+comptables.</p>
+
+<p>Etablissement des comptes généraux du matériel.</p>
+
+<p>Mouvements du matériel, expédition et réexpédition entre les
+différents postes et services, établissement des réquisitions,
+comptabilité du matériel en cours de transport.</p>
+
+<p>Liquidation des dépenses de fournitures, de transports (chemin
+de fer, navigation Niger et Sénégal), des cessions diverses et des
+baux.</p>
+
+<p>Toutes les commandes, projets de marchés doivent être revêtues
+du visa du bureau des Finances (comptabilité des dépenses
+engagées).</p>
+
+<p>Le Secrétaire Général, en outre de la Direction des bureaux des
+Finances et du Matériel, est chargé de la présentation au Conseil
+d’Administration des affaires de la Colonie. Le chef du bureau des
+affaires économiques doit étudier avec lui les questions de
+fiscalité et de tarification intéressant le commerce de la
+Colonie.</p>
+
+<p>La correspondance afférente à ces questions préparée par le
+2<sup>e</sup> Bureau doit également porter le timbre du Secrétariat
+Général.</p>
+
+<p>Il peut être, par délégation du Gouverneur, chargé de
+l’ordonnancement et de la signature des pièces comptables.</p>
+
+<p class="center sect"><em>Inspections et services divers.</em>
+</p>
+
+<p>A. — L’Inspecteur des écoles est le conseil technique du
+Gouverneur. Il peut être consulté sur toutes les questions
+d’organisation du service de l’Enseignement, il donne son avis sur
+les demandes et les rapports des<span class="pagenum" id=
+"Page_17">[17]</span> Commandants de Cercle qui lui sont transmis,
+et propose au Gouverneur toutes mesures qu’il juge utiles pour le
+progrès de l’Enseignement dans la Colonie. Il procède, sur l’ordre
+et d’après les instructions du Gouverneur, à des inspections dans
+le but d’assurer le contrôle permanent du Gouvernement sur le
+fonctionnement du service de l’Enseignement dans la Colonie.</p>
+
+<p>B. — Le Chef du service de santé est le conseil technique du
+Gouverneur en ce qui touche à l’organisation et au fonctionnement
+de l’assistance médicale, du service des épidémies, de la vaccine,
+du laboratoire bactériologique.</p>
+
+<p>C. — Le Chef du service de l’Agriculture est le conseil
+technique du Gouverneur&nbsp;; il peut être consulté sur toutes les
+questions d’organisation du service de l’Agriculture. Il donne son
+avis sur les demandes et les rapports des commandants de cercle qui
+lui sont transmis et propose au Gouverneur toutes mesures qu’il
+juge utiles pour le développement de l’agriculture dans la Colonie.
+Il procède, sur l’ordre et d’après les instructions du Gouverneur,
+à des inspections des stations agronomiques, jardins d’essais,
+bergeries, autrucheries, dans le but d’assurer le contrôle
+permanent du Gouvernement sur le fonctionnement du service de
+l’Agriculture dans la Colonie.</p>
+
+<p>D. — Un vétérinaire hors cadres est chargé, dans les mêmes
+conditions du Service Zootechnique de la Colonie.</p>
+
+<p>E. — Le Chef du service des Travaux Publics est
+chargé&nbsp;:</p>
+
+<p>1<sup>o</sup> De l’étude et de la direction des travaux publics
+entrepris sur les fonds du budget local. Il peut être appelé à
+étudier et diriger l’exécution des travaux publics entrepris dans
+la Colonie sur des ressources étrangères au budget local (budget
+général ou fonds d’emprunt).</p>
+
+<p>2<sup>o</sup> Du service des Mines (questions d’ordre
+technique). Il est en même temps le conseil technique du Gouverneur
+pour les différents services d’exploitation de la Colonie (Chemin
+de fer, Navigation) et en ce qui concerne particulièrement les
+approvisionnements et travaux.</p>
+
+<p>La correspondance et les rapports concernant les Inspections et
+Services divers sont centralisés par les Bureaux du
+Gouvernement&nbsp;:</p>
+
+<p>Inspection des Ecoles et Service de Santé&nbsp;: au
+1<sup>er</sup> Bureau.</p>
+
+<p>Service de l’Agriculture et Service Zootechnique&nbsp;: au
+2<sup>e</sup> Bureau.</p>
+
+<p>Service des Travaux Publics&nbsp;: au Secrétariat Général.</p>
+
+<p class="nind pad4">Bamako, le 19 juin 1908.</p>
+
+<p class="right pad-right4">Signé&nbsp;: <span class=
+"sc">Clozel</span>.</p>
+
+<h3 class="bold"><span class="pagenum" id="Page_18">[18]</span>II.
+— Circulaire relative à l’étude des coutumes indigènes</h3>
+
+<p class="hang1 sect"><em>Le Gouverneur des Colonies,
+Lieutenant-Gouverneur du Haut-Sénégal-Niger, à MM. les
+Administrateurs et Commandants de Cercles du Haut-Sénégal-Niger et
+à M. le Commandant du Territoire militaire du Niger.</em>
+</p>
+
+<p class="nind pad4">Messieurs,</p>
+
+<p>Le décret du 10 novembre 1903, portant réorganisation du Service
+de la Justice dans les Colonies du Gouvernement général de
+l’Afrique occidentale française, a eu pour but essentiel d’unifier
+l’Administration de la Justice soumise autrefois à des régimes
+variant avec les divisions administratives de notre grande
+possession ouest-africaine et de garantir aux indigènes, sous notre
+contrôle et notre direction, en tout ce qui n’est pas contraire à
+nos principes essentiels d’humanité et de civilisation, le maintien
+de leurs coutumes, fondement d’un droit privé approprié à leur
+mentalité et à leur état social.</p>
+
+<p>Dans ses instructions du 25 avril 1905, relatives à
+l’application de l’article 75 de ce décret, qui synthétise en
+quelques lignes l’objectif dominant du législateur, M. le
+Gouverneur général Roume s’exprime ainsi qu’il suit&nbsp;:</p>
+
+<p>«&nbsp;J’appelle tout particulièrement votre attention sur les
+dispositions de l’article 75 aux termes desquelles la Justice
+indigène appliquera en toute matière les coutumes locales en tout
+ce qu’elles n’ont pas de contraire aux principes de la civilisation
+française.</p>
+
+<p>«&nbsp;Les tribunaux indigènes auront à juger soit suivant les
+règles plus ou moins modifiées par l’usage de la loi coranique,
+rite malékite, acceptée en fait dans une grande partie de nos
+territoires, soit d’après les traditions locales dans les régions
+qui n’ont point encore subi l’influence musulmane.</p>
+
+<p>«&nbsp;Nous ne pouvons, en effet, imposer à nos sujets les
+dispositions de notre droit français manifestement incompatibles
+avec leur état social. Mais nous ne saurions davantage tolérer le
+maintien, à l’abri de notre autorité, de certaines coutumes
+contraires à nos principes d’humanité et au droit naturel.</p>
+
+<p>«&nbsp;Dans les matières civiles, les coutumes ne sont pas les
+mêmes dans toute l’étendue de nos territoires. Variables suivant
+les régions, il arrive même qu’au sein de groupements indigènes,
+unis cependant par une communauté d’origine ou de langage, les
+coutumes changent de village à village. Il y aura donc lieu de
+veiller à ce que, à l’abri de cette trop grande diversité,
+quelquefois difficile à contrôler, les tribunaux indigènes ne se
+livrent point à l’arbitraire.</p>
+
+<p>«&nbsp;Notre ferme intention de respecter les coutumes ne
+saurait nous créer l’obligation de les soustraire à l’action du
+progrès, d’empêcher leur régularisation ou leur amélioration. Avec
+le concours des tribunaux indigènes eux-mêmes, il sera possible
+d’amener peu à peu une classification<span class="pagenum" id=
+"Page_19">[19]</span> rationnelle, une généralisation des usages
+compatible avec la condition sociale des habitants et de rendre ces
+usages de plus en plus conformes, non point à nos doctrines
+juridiques métropolitaines qui peuvent être opposées, mais aux
+principes fondamentaux du droit naturel, source première de toutes
+les législations.</p>
+
+<p>«&nbsp;Vous devrez donc, dans l’exercice de vos attributions
+judiciaires, étudier avec la plus grande attention les cas
+d’application des coutumes indigènes.</p>
+
+<p>«&nbsp;Dans ce but, vous comparerez entre eux les usages divers
+qui, pour varier au premier coup d’œil dans leurs détails, n’en
+doivent pas moins présenter à l’examen réfléchi des points communs
+permettant de déterminer un caractère général.</p>
+
+<p>«&nbsp;Vous vous attacherez, par conséquent, à les grouper
+méthodiquement, à les formuler avec précision, à leur donner la
+clarté qui leur manque trop souvent. Ces travaux serviront plus
+tard à la rédaction d’un coutumier général qui deviendra la règle
+des tribunaux indigènes pour les matières civiles.</p>
+
+<p>«&nbsp;Un questionnaire détaillé vous sera ultérieurement
+adressé pour faciliter le classement méthodique et rationnel de vos
+observations.&nbsp;»</p>
+
+<p>Vous avez eu tout le temps nécessaire, durant les cinq années
+qui se sont écoulées depuis l’envoi de ces instructions, de vous
+familiariser avec les dispositions les plus communes des divers
+droits coutumiers dont l’application était soumise à votre
+contrôle, d’en noter les particularités propres à chaque groupement
+ethnique et de faire toutes remarques utiles de nature à vous
+faciliter le travail de classification et de coordination qui vous
+était demandé.</p>
+
+<p>Le moment me paraît venu de profiter des connaissances que vous
+avez pu ainsi acquérir et de l’expérience des questions indigènes
+que la majorité d’entre vous possède, pour réaliser l’œuvre de
+codification projetée par M. le Gouverneur général Roume et dont
+l’intérêt capital, tant au point de vue de la tâche des magistrats
+trop souvent inexpérimentés ou dépendants de certaines influences
+locales, que des garanties qui en résulteront pour les
+justiciables, ne saurait vous échapper.</p>
+
+<p>En vue de mener à bien une œuvre aussi complexe que délicate,
+j’ai décidé d’en confier la réalisation à une commission qui sera
+chargée de centraliser vos travaux, de les coordonner et par
+comparaison, rapprochement ou adaptation, d’élaborer pour chaque
+groupe indigène de la Colonie le coutumier qui devra lui être
+applicable.</p>
+
+<p>Cette commission, dont je désignerai ultérieurement les membres,
+se réunira aussitôt après la réception des rapports que vous aurez
+à établir en vous conformant aux indications tracées par le
+questionnaire que je joins à cette circulaire.</p>
+
+<p>Ce questionnaire qui comprend deux parties&nbsp;: <em>I. Droit
+civil.</em> — <em>II. Droit criminel</em>, vous indique les sujets
+essentiels que vous devrez vous attacher à exposer et au besoin à
+élucider.</p>
+
+<p>Mais votre contribution à l’œuvre dont je poursuis
+l’accomplissement n’est pas nécessairement limitée au développement
+des questions soumises à votre examen attentif. Si, au point de vue
+spécial qui va occuper votre<span class="pagenum" id=
+"Page_20">[20]</span> activité, vous avez, en dehors des points
+précisés par le canevas ci-joint, des communications intéressantes
+à me faire sur les institutions et usages particuliers des
+indigènes habitant vos cercles respectifs, je les accueillerai
+volontiers.</p>
+
+<p>Je n’ai pas besoin de vous dire, Messieurs, que je compte
+entièrement sur le zèle et le dévouement qui vous sont habituels
+pour mener à bien l’œuvre entreprise, dont la réussite ne peut
+dépendre que du soin et de l’exactitude que vous aurez apportés
+dans vos travaux.</p>
+
+<p>J’ajoute, pour terminer, que je désire que vos rapports me
+parviennent avant le 1<sup>er</sup> juin prochain et que je ne
+manquerai pas, lors de l’établissement périodique des propositions
+pour l’avancement et autres récompenses, de me souvenir de ceux
+d’entre vous qui se seront le plus particulièrement distingués dans
+l’œuvre de progrès et d’amélioration sociale à laquelle je vous
+convie.</p>
+
+<p class="right pad-right4">Bamako, le 12 janvier 1909.</p>
+
+<p class="right pad-right8">CLOZEL.</p>
+
+<hr class="decor width8">
+
+<h3 class="large">QUESTIONNAIRE</h3>
+
+<h4 class="spaced2">PREMIÈRE PARTIE<br>
+<span class="bold">DROIT CIVIL</span></h4>
+
+<p class="center sect"><span class="less">SECTION I.</span> —
+<span class="med">DE LA FAMILLE</span></p>
+
+<p><em>Organisation de la famille.</em> — Cette organisation
+est-elle basée sur les principes admis par les peuples
+civilisés&nbsp;? Définition de la parenté&nbsp;: s’établit-elle par
+tige paternelle, par tige maternelle ou par les deux&nbsp;? De
+l’alliance. Des degrés de parenté et d’alliance au point de vue de
+leurs effets, notamment en ce qui concerne&nbsp;: 1<sup>o</sup> les
+droits de tutelle et en particulier les apports d’oncle à
+neveu&nbsp;; 2<sup>o</sup> les empêchements au mariage.</p>
+
+<p>Note sur l’organisation de la tribu et sur ses rapports avec
+l’institution analogue qu’on remarque, à l’origine des
+civilisations (genos, gens, clan, horde, etc.). Eléments
+constitutifs de la tribu. Droits et devoirs de ses membres.
+Organisation politique et administrative des groupes indigènes
+avant notre occupation. Etat actuel. Evolution en cours.
+Modifications à apporter.</p>
+
+<p class="center sect"><span class="less">SECTION II.</span> —
+<span class="med">DU MARIAGE</span></p>
+
+<p><em>Monogamie ou polygamie&nbsp;?</em> — La polygamie a-t-elle
+le caractère légal qu’elle présente chez certains primitifs&nbsp;?
+Conséquences de la polygamie<span class="pagenum" id=
+"Page_21">[21]</span> relativement à la condition de la femme. Des
+fiançailles ou promesses de mariage&nbsp;: sont-elles réglementées
+et sanctionnées&nbsp;? Conditions requises chez l’homme et la femme
+pour pouvoir contracter. La polyandrie existe-t-elle&nbsp;?</p>
+
+<p><em>Mariage.</em> — La distinction, établie par l’ensemble des
+législations positives, entre les empêchements absolus et les
+empêchements relatifs, se remarque-t-elle dans la coutume
+indigène&nbsp;? Quid des empêchements résultant des différences de
+tribu entre conjoints&nbsp;? A quelle catégorie de nullités se
+rattachent l’impuberté et le défaut de consentement de l’un des
+époux&nbsp;? Enumérer les divers cas d’empêchements absolus ou
+relatifs.</p>
+
+<p><em>Mode d’obtention de la femme.</em> — Le mariage a-t-il lieu
+par achat ou par enlèvement&nbsp;? Dans quelles conditions&nbsp;?
+Est-ce l’homme ou la femme qui apporte la dot&nbsp;? Quel en est le
+montant&nbsp;? Formalités de la célébration du mariage. Les
+présents donnent-ils lieu à une réglementation spéciale&nbsp;? Qui
+prononce les unions&nbsp;? Des droits et obligations nés du
+mariage&nbsp;: dettes alimentaires, devoirs de fidélité, secours et
+assistance. L’adultère de l’homme ou de la femme entraîne-t-il, en
+règle générale, la rupture de l’union ou se résout-il par une peine
+pécuniaire&nbsp;? La pénalité infligée à l’adultère est-elle
+uniforme ou varie-t-elle suivant la condition des époux et du
+complice&nbsp;? Dans le cas de peine pécuniaire, qui verse
+l’amende, qui l’inflige et quel en est le montant&nbsp;? Des
+devoirs particuliers à chaque époux.</p>
+
+<p><em>De la dissolution du mariage.</em> — Divorce, ses causes et
+ses effets. Juridiction qui le prononce. Quid du divorce par
+consentement mutuel&nbsp;? Restitution de la dot et des présents. A
+qui sont confiés les enfants&nbsp;?</p>
+
+<p class="center sect"><span class="less">SECTION III.</span> —
+<span class="med">DE LA FILIATION</span></p>
+
+<p><em>Des diverses sortes de filiation.</em> — La coutume indigène
+consacre-t-elle la distinction de notre droit civil entre la
+filiation légitime, naturelle simple, adultérine et
+incestueuse&nbsp;? Des effets du lien de parenté, en ce qui regarde
+les droits et devoirs&nbsp;: 1<sup>o</sup> du père, 2<sup>o</sup>
+de la mère, 3<sup>o</sup> des enfants. Des droits de garde, de
+surveillance ou de correction. Le père ou la mère peut-il donner
+ses enfants en gage, en faire des captifs temporaires&nbsp;? Dans
+quelles conditions et jusqu’à quel âge&nbsp;? Déchéance de la
+puissance paternelle&nbsp;: ses causes et ses effets.</p>
+
+<p><em>Existe-t-il une parenté artificielle&nbsp;?</em> — De
+l’adoption&nbsp;: ses conditions, ses formes et ses
+conséquences.</p>
+
+<p class="center sect"><span class="less">SECTION IV.</span> —
+<span class="med">DE LA TUTELLE, DE L’ÉMANCIPATION ET DE
+L’INTERDICTION</span></p>
+
+<p>La législation française distingue quatre sortes de
+tutelle&nbsp;: 1<sup>o</sup> la tutelle des survivants des père et
+mère&nbsp;; 2<sup>o</sup> la tutelle testamentaire, conférée par le
+dernier mourant des père et mère&nbsp;; 3<sup>o</sup> la tutelle
+des ascendants attribuée à celui le plus proche&nbsp;;
+4<sup>o</sup> la tutelle dative déférée par le conseil de famille.
+Ces divers modes se retrouvent-ils dans la coutume indigène&nbsp;?
+Des attributions<span class="pagenum" id="Page_22">[22]</span> du
+tuteur quant à la personne et quant aux biens de l’enfant. De la
+responsabilité civile du tuteur.</p>
+
+<p>De l’émancipation et de l’interdiction étudiées dans leurs
+causes et leurs résultats.</p>
+
+<p class="center sect"><span class="less">SECTION V.</span> —
+<span class="med">DE LA PROPRIÉTÉ</span></p>
+
+<p><em>Théorie générale de la propriété chez les indigènes.</em> —
+De l’origine du droit de propriété. La propriété est-elle
+collective ou privée, ou, à la fois, collective et privée selon la
+nature des biens&nbsp;? Est-elle domaine éminent du chef, du
+souverain&nbsp;? Y a-t-il une distinction entre les biens mobiliers
+et les biens immobiliers&nbsp;? Le droit de propriété comporte-t-il
+les facultés d’user de la chose, d’en disposer, comme il les
+confère dans l’ancienne Rome et dans les législations
+actuelles&nbsp;?</p>
+
+<p><em>Des servitudes personnelles ou droits d’usufruit, d’usage et
+d’habitation.</em> — Comment et sur quels biens l’usufruit peut-il
+être établi&nbsp;? Des droits et obligations de l’usufruitier et du
+nu-propriétaire. Comment l’usufruit prend fin&nbsp;? De l’usage et
+de l’habitation&nbsp;: droits et devoirs de l’usager.</p>
+
+<p><em>Des servitudes réelles ou services fonciers.</em> — Comment
+elles s’établissent, droits qu’elles donnent, causes
+d’extinction.</p>
+
+<p><em>Note sur le domaine public.</em> — Quelles sont les
+conceptions des indigènes à cet égard&nbsp;? Existe-t-il, chez eux,
+des biens appartenant en commun au village, à la tribu ou à des
+groupements plus importants&nbsp;? Ces biens peuvent-ils être
+aliénés&nbsp;? Par qui et dans quelle forme&nbsp;? Des diverses
+dépendances du domaine public.</p>
+
+<p class="center sect"><span class="less">SECTION VI.</span> —
+<span class="med">DES SUCCESSIONS, DONATIONS ET
+TESTAMENTS</span></p>
+
+<p><em>De l’ouverture des successions et de la saisine ou
+investiture des biens héréditaires au profit de l’héritier.</em> —
+Des qualités requises pour succéder. Des divers ordres de
+succession. Qui hérite&nbsp;? Sont-ce les enfants du défunt, ses
+ascendants ou ses frères et sœurs utérins&nbsp;? Les femmes
+héritent-elles et, si oui, dans quelles conditions&nbsp;? Quid des
+neveux du défunt&nbsp;? Quid du conjoint&nbsp;? Des droits de la
+collectivité, village ou tribu, sur les biens du défunt. Formes de
+l’acceptation et de la répudiation des successions. Conséquences de
+l’acceptation, notamment au point de vue des dettes. Conséquences
+de la renonciation. Du partage des successions. Des rapports&nbsp;:
+l’héritier peut-il cumuler sa part héréditaire avec le montant des
+donations reçues du <em>de cujus</em>&nbsp;?</p>
+
+<p>Note détaillée sur les us et coutumes qui touchent aux
+cérémonies accompagnant les décès (tams-tams, libations,
+inhumations, sacrifices, etc.) et sur l’époque où se produit la
+liquidation des successions. Du deuil.</p>
+
+<p><em>Des donations entre-vifs et des testaments.</em> — Capacité
+de disposer ou de recevoir par donation ou par testament. La
+matière de la quotité disponible est-elle réglementée&nbsp;? Formes
+et effets de la donation entre-vifs. Est-elle révocable&nbsp;? Des
+règles de forme des testaments. Legs<span class="pagenum" id=
+"Page_23">[23]</span> universel, legs à titre universel et legs
+particuliers. Des exécuteurs testamentaires. De la révocation et de
+la caducité des testaments.</p>
+
+<p class="center sect"><span class="less">SECTION VII.</span> —
+<span class="med">DES CONTRATS</span></p>
+
+<p><em>Quels sont ceux usités dans le pays&nbsp;?</em> — Comment
+naissent les contrats&nbsp;? Sont-ils l’objet de formes solennelles
+spéciales&nbsp;? Causes essentielles à leur validité. De l’effet
+des obligations. Comment elles s’éteignent. Modes de preuves.</p>
+
+<p><em>De la vente, de l’échange et du louage.</em> — Nature et
+forme de la vente. Qui peut acheter ou vendre&nbsp;? Quelles choses
+peuvent être vendues&nbsp;? Des obligations du vendeur&nbsp;:
+délivrance et garantie. Des obligations de l’acheteur.</p>
+
+<p>La forme habituelle des transactions n’est-elle pas
+l’échange&nbsp;? L’usage de la monnaie, intermédiaire des échanges,
+est-il connu&nbsp;? Quelle est la monnaie usitée&nbsp;?</p>
+
+<p>La coutume indigène admet-elle le louage des personnes comme
+celui des choses&nbsp;? L’esclavage volontaire et l’esclavage pour
+dettes existent-ils encore&nbsp;? Moyens d’assurer progressivement
+l’abandon de cette coutume&nbsp;? Domestiques et diverses
+catégories de salariés.</p>
+
+<p>Des baux et, en particulier, du bail à cheptel.</p>
+
+<p>Du contrat de prêt&nbsp;: du commodat ou prêt à usage, du prêt
+de consommation ou simple prêt. Obligations respectives&nbsp;:
+1<sup>o</sup> du commodant et du commodataire&nbsp;; 2<sup>o</sup>
+du prêteur et de l’emprunteur. Les indigènes pratiquent ils le prêt
+à intérêt&nbsp;? Si oui, quel en est le taux habituel&nbsp;? Du
+contrat de mandat&nbsp;: sa nature et sa forme. Obligations du
+mandant. Obligations du mandataire. Comment finit le mandat.</p>
+
+<p>Du dépôt et des objets livrés en garanties de dettes. Règles
+générales et particulières régissant la matière.</p>
+
+<p>Sanction des obligations. La contrainte par corps est-elle en
+usage&nbsp;? Quelles en sont la durée minima et la durée
+maxima&nbsp;?</p>
+
+<p class="center sect"><span class="less">SECTION VIII.</span> —
+<span class="med">DE LA PRESCRIPTION</span></p>
+
+<p>Connaît-on la prescription&nbsp;? Quelle en est la
+durée&nbsp;?</p>
+
+<hr class="decor width8">
+
+<h4 class="spaced2">DEUXIÈME PARTIE<br>
+<span class="bold">DROIT CRIMINEL</span></h4>
+
+<p class="center sect"><span class="less">SECTION I.</span> —
+<span class="med">DE L’INFRACTION</span></p>
+
+<p><em>Les indigènes font-ils un classement des
+infractions&nbsp;?</em> — Admettent-ils des catégories analogues à
+celles des crimes, délits et contraventions&nbsp;? Règles présidant
+aux distinctions qu’ils établissent.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_24">[24]</span><em>Eléments
+constitutifs de l’infraction.</em> — La tentative est-elle punie
+comme le délit consommé&nbsp;? De la responsabilité civile et
+criminelle&nbsp;: 1<sup>o</sup> des parents du délinquant&nbsp;;
+2<sup>o</sup> de son village ou de sa tribu. Le principe de
+l’irresponsabilité pénale est il en vigueur devant les juridictions
+répressives&nbsp;? Quels sont les cas d’irresponsabilité et quels
+en sont les effets au point de vue de l’application de la
+coutume&nbsp;? Quid des faits justificatifs, tels que la légitime
+défense&nbsp;?</p>
+
+<p>Des principaux actes tombant sous l’application de la loi
+pénale.</p>
+
+<p class="center sect"><span class="less">SECTION II.</span> —
+<span class="med">DES PEINES</span></p>
+
+<p><em>Notions générales sur les peines.</em> — Est-ce sur l’idée
+du châtiment ou sur celle du dédommagement qu’elles sont
+fondées&nbsp;? Du rachat de l’infraction commise ou système
+germanique des compositions pécuniaires. Principales peines
+appliquées&nbsp;: corporelles, privatives de la liberté,
+pécuniaires. Peines principales et peines accessoires. De
+l’application des peines&nbsp;: la coutume traite-t-elle de la
+matière des circonstances aggravantes et des circonstances
+atténuantes&nbsp;? Le principe de la substitution des peines, de
+l’emprisonnement à la peine de mort ou de l’amende à
+l’emprisonnement, par exemple, est-il admis&nbsp;? De la
+complicité&nbsp;: ses éléments constitutifs et les peines qu’elle
+provoque. De la pluralité d’infractions&nbsp;: en ce cas, est-ce le
+cumul ou le non cumul des peines qui est la règle&nbsp;? L’état de
+récidive donne-t-il sujet à l’application de peines ou de mesures
+spéciales&nbsp;?</p>
+
+<p class="center sect"><span class="less">SECTION III.</span> —
+<span class="med">RÉFORMES</span></p>
+
+<p>Y a-t-il lieu de modifier certaines pénalités&nbsp;? Faut-il
+introduire dans la coutume certaines infractions prévues par notre
+Code pénal&nbsp;?</p>
+
+<h3 class="bold">III. — Circulaire relative à la mise à jour des
+monographies des cercles.</h3>
+
+<p class="hang1 sect"><em>Le Gouverneur des Colonies,
+Lieutenant-Gouverneur du Haut-Sénégal-Niger, à Messieurs les
+Administrateurs et Commandants de Cercles du Haut-Sénégal-Niger et
+à Monsieur le Commandant du Territoire militaire du Niger.</em>
+</p>
+
+<p class="nind pad4">Messieurs,</p>
+
+<p>Les monographies des cercles du Haut-Sénégal-Niger qui ont été
+établies au commencement de l’année 1904, sur l’ordre et d’après un
+plan tracé par M. le Gouverneur général <em>p. i.</em> Merlin,
+constituent encore à l’heure actuelle, et malgré les imperfections
+ou les lacunes de certaines d’entre elles, le recueil méthodique le
+plus complet que nous possédions<span class="pagenum" id=
+"Page_25">[25]</span> des notions acquises à l’époque sur
+l’histoire, la géographie, l’ethnographie et la valeur économique
+de notre Colonie.</p>
+
+<p>Mais, depuis cinq ans, les études et travaux entrepris par
+quelques-uns d’entre vous, les investigations auxquelles se sont
+livrés certains officiers ou fonctionnaires chargés de mission, les
+recensements de plus en plus minutieux qui ont pu être effectués
+dans les cercles, ont singulièrement élargi le domaine de nos
+connaissances sur l’évolution historique des populations placées
+sous notre tutelle et notamment sur l’origine, la formation
+politique, la distribution géographique et l’importance des
+groupements ethniques qui constituent l’ensemble de ces
+populations.</p>
+
+<p>D’autre part, l’achèvement en 1905 du Chemin de fer de Kayes au
+Niger a eu pour effet d’accroître considérablement la richesse
+économique et les forces productives d’une grande partie des
+territoires de la Colonie qui jusque-là étaient restés
+improductifs.</p>
+
+<p>Il convient donc, afin de ne pas perdre le fruit du précieux
+labeur fourni en 1904 et de conserver une documentation complète et
+précise, au courant de tous les progrès accomplis dans l’œuvre de
+civilisation que nous poursuivons dans ces pays, de reprendre les
+travaux de vos prédécesseurs et de les compléter pour chacun de vos
+cercles respectifs par l’addition des renseignements de toute
+nature recueillis et l’enregistrement des faits nouveaux qui se
+sont produits pendant les cinq dernières années.</p>
+
+<p>La présente circulaire a pour but de vous inviter à cette tâche
+dont l’intérêt et l’utilité pratique ne peuvent vous échapper.</p>
+
+<p>Afin de faciliter votre travail et de donner aux rapports que
+vous aurez à établir et à m’adresser avant le 1<sup>er</sup> août
+prochain, le caractère d’uniformité qui leur est indispensable pour
+en rendre la lecture et la coordination plus aisées, j’ai fait
+dresser le canevas ci-joint qui reproduit dans ses dispositions
+essentielles le programme adopté primitivement pour l’établissement
+des premières monographies, tout en laissant de côté un certain
+nombre de questions ayant perdu leur raison d’être ou ne présentant
+plus qu’un intérêt relatif au point de vue particulier qui nous
+occupe.</p>
+
+<p>Je crois n’avoir aucune recommandation spéciale à vous faire
+touchant les matières qui doivent solliciter plus particulièrement
+votre attention et comporter des développements plus ou moins longs
+suivant l’importance qu’elles ont dans votre cercle. Il vous
+appartient de traiter chacune d’elles suivant l’intérêt qu’elle
+présente au point de vue local.</p>
+
+<p>Je sais que je puis compter sur tout votre dévouement et je ne
+doute pas que vous n’ayez à cœur d’apporter tous vos soins à
+l’établissement et à la rédaction du travail que je vous
+confie.</p>
+
+<p>Je ne manquerai pas, d’ailleurs, de tenir compte à ceux d’entre
+vous qui se seront particulièrement fait remarquer par la façon
+dont ils se seront acquittés de leur tâche.</p>
+
+<p class="nind pad4">Bamako, le 15 janvier 1909.</p>
+
+<p class="right pad-right10"><span class="sc">Clozel</span>.</p>
+
+<hr class="decor width8">
+
+<h4 class="large"><span class="pagenum" id=
+"Page_26">[26]</span>QUESTIONS A TRAITER</h4>
+
+<p class="center sect less">PREMIÈRE SECTION</p>
+
+<p><em>Formation historique et ethnique des provinces qui
+constituent le cercle.</em> — Nomenclature des groupes&nbsp;; leur
+origine&nbsp;; leurs rapports ou leurs affinités avec les autres
+groupes de la Colonie.</p>
+
+<p class="center sect less">DEUXIÈME SECTION</p>
+
+<p>Organisation politique, administrative et judiciaire indigène
+qui a précédé l’exercice de notre autorité.</p>
+
+<p class="center sect less">TROISIÈME SECTION</p>
+
+<p><em>Renseignements géographiques.</em> — Notes succintes sur les
+nouvelles constatations ou remarques qui auraient pu être faites
+depuis 1904 concernant le climat, la nature du sol, la végétation
+(notamment les essences utiles) et la faune terrestre, aérienne ou
+aquatique.</p>
+
+<p class="center sect less">QUATRIÈME SECTION</p>
+
+<p><em>Renseignements économiques&nbsp;:</em>
+</p>
+
+<p><em>a</em>) Principales cultures d’exportation (arachides,
+coton, indigo, riz, caoutchouc, sisal et autres textiles,
+etc.).</p>
+
+<p><em>b</em>) Principales cultures indigènes&nbsp;; leur avenir
+économique.</p>
+
+<p><em>c</em>) Pâturages. Leur nature, leur superficie.</p>
+
+<p><em>d</em>) Elevage du bétail d’alimentation. Nature des
+troupeaux, leur nombre, valeur des laines et peaux. Leur
+production, leur avenir économique.</p>
+
+<p><em>e</em>) Elevage des bêtes de somme, chevaux, ânes, chameaux,
+bœufs porteurs&nbsp;; principaux centres d’élevage.</p>
+
+<p><em>f</em>) Carrières, mines, salines en exploitation.</p>
+
+<p><em>g</em>) Industries indigènes. Progrès accomplis depuis
+1904.</p>
+
+<p><em>h</em>) Exploitations agricoles. Leur nombre, leur
+importance. Jardins d’essais et pépinières, etc.</p>
+
+<p class="center sect less">CINQUIÈME SECTION</p>
+
+<p><em>Main-d’œuvre.</em> — Son importance et sa nature. Taux des
+salaires.</p>
+
+<p class="center sect less">SIXIÈME SECTION</p>
+
+<p><em>Commerce.</em> — Indications générales sur la nature et
+l’importance du<span class="pagenum" id="Page_27">[27]</span>
+commerce. Chiffres globaux du mouvement commercial pendant les cinq
+dernières années. Principaux marchés. Principales maisons de
+commerce. Nature de leurs transactions. Colporteurs. Nature de leur
+trafic. Moyens de transport. Caravaniers maures ou autres.</p>
+
+<p class="center sect less">SEPTIÈME SECTION</p>
+
+<p><em>Religion.</em> — Progrès de l’islamisme et des sectes
+religieuses. Marabouts principaux. Etablissements religieux&nbsp;:
+leur nombre, leur importance.</p>
+
+<p class="center sect less">HUITIÈME SECTION</p>
+
+<p><em>Langues.</em> — Dialectes parlés. Nombre d’individus parlant
+chaque dialecte.</p>
+
+<p class="center sect less">NEUVIÈME SECTION</p>
+
+<p><em>Instruction publique.</em> — Ecoles publiques laïques&nbsp;;
+écoles confessionnelles&nbsp;; écoles coraniques. Leur nombre, leur
+importance, leur fonctionnement&nbsp;; population scolaire.</p>
+
+<p class="center sect">DOCUMENTS A JOINDRE</p>
+
+<p>1<sup>o</sup> Carte au 1/200.000<sup>e</sup> indiquant les
+divisions du cercle par provinces ou cantons et par races (indiquer
+chaque race au moyen d’une combinaison de hachures séparées par de
+larges intervalles de manière à conserver à la carte toute sa
+clarté). Chef-lieu du cercle. Résidences. Principaux centres et
+marchés indigènes. Lignes et bureaux télégraphiques. Principales
+routes avec un tableau annexe pour leurs étapes&nbsp;;</p>
+
+<p>2<sup>o</sup> Un état numérique des villages groupés par
+province ou par canton avec les noms des chefs de province ou de
+canton&nbsp;; chiffre global de la population de chaque
+village&nbsp;;</p>
+
+<p>3<sup>o</sup> Un état numérique de la population par province ou
+canton classée par race et religion&nbsp;;</p>
+
+<p>4<sup>o</sup> Un état numérique des troupeaux par catégorie de
+bétail&nbsp;;</p>
+
+<p>5<sup>o</sup> Un état numérique des animaux de transport ou de
+trait.</p>
+
+<hr class="decor width8">
+
+<hr class="chap">
+
+<div class="page">
+<p class="center spaced2"><span class="pagenum" id=
+"Page_29">[29]</span><span class=
+"xlarge letter-spaced">HAUT-SÉNÉGAL-NIGER</span><br>
+<span class="less">(<em>Soudan Français</em>)</span>
+</p>
+
+<hr class="decor width3">
+
+<p class="center large spaced2">PREMIÈRE SÉRIE<br></p>
+
+<hr class="decor width5">
+
+<p class="center spaced2"><span class="less">TOME 1</span><br>
+<span class="xlarge"><em>Les Pays — Les Peuples — Les
+Langues</em></span>
+</p>
+
+<p class="center med">PAR</p>
+
+<p class="center spaced15"><span class="sc">Maurice</span>
+DELAFOSSE<br>
+<span class="small">Administrateur de 1<sup>re</sup> classe des
+Colonies</span></p>
+</div>
+
+<p class="space-above x-ebookmaker-drop">
+</p>
+
+<h2><span class="pagenum" id="Page_31">[31]</span><a id=
+"ava"></a>AVANT-PROPOS</h2>
+
+<p class="space-above15">Le travail dont m’avait chargé M. le
+Gouverneur Clozel et qui a fourni la matière du présent volume et
+du suivant n’a trait qu’à la partie de la colonie du
+Haut-Sénégal-Niger administrée directement par le Gouverneur,
+c’est-à-dire que je ne me suis pas occupé de la zone comprise entre
+le Bas-Niger et le lac Tchad, laquelle zone constitue actuellement
+le Territoire Militaire du Niger et forme l’objet de la troisième
+série de cette publication, rédigée par M. Brévié.</p>
+
+<p>J’ai divisé l’ouvrage en cinq parties.</p>
+
+<p>La première — <em>le pays</em> — est une étude succincte de la
+géographie du Haut-Sénégal-Niger&nbsp;; je n’ai pas cru devoir me
+livrer à des considérations de longue étendue sur un sujet qui sort
+de ma compétence particulière et qui, d’ailleurs, va être traité de
+façon remarquable par M. l’administrateur-adjoint Henry Hubert dans
+un livre reproduisant les résultats de sa grande mission
+géologique.</p>
+
+<p>La deuxième partie — <em>les peuples</em> — renferme la
+nomenclature, la classification et la répartition des divers
+groupements ethniques qui composent la population indigène de la
+colonie, avec un coup d’œil sur les origines et la formation
+probables de chacun d’eux et une description de ses caractères
+ethnographiques les plus saillants.</p>
+
+<p>La troisième partie — <em>les langues</em> — est une tentative
+de classification des nombreux idiomes parlés au Soudan Français,
+doublée d’un aperçu rapide de la physionomie propre à chaque
+famille de langues et d’une indication des principales publications
+relatives à ces langues.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_32">[32]</span>La quatrième
+partie — <em>l’histoire</em> — est un essai de reconstitution de la
+vie des Etats indigènes qui se sont succédé ou ont coexisté depuis
+les temps les plus reculés jusqu’à la période contemporaine, essai
+basé à la fois sur les quelques documents écrits que nous ont
+légués les auteurs arabes et les voyageurs européens et sur les
+traditions orales recueillies de nos jours dans les différents
+cercles. J’y ai ajouté une sorte de tableau des explorations qui
+nous ont fait connaître les pays du Haut-Sénégal-Niger, une
+esquisse de l’occupation française depuis ses débuts jusqu’à
+l’époque actuelle et enfin un résumé synthétique groupant les
+principaux faits par ordre chronologique.</p>
+
+<p>La cinquième partie — <em>les civilisations</em> — se compose
+d’une étude des coutumes constituant en quelque sorte le code civil
+indigène&nbsp;; de l’organisation sociale et politique qui a
+précédé notre occupation du pays et a survécu, dans ses bases
+fondamentales, à cette occupation&nbsp;; de l’organisation
+judiciaire indigène, telle qu’elle existait avant le décret de 1903
+et telle qu’elle fonctionne depuis l’application de ce
+décret&nbsp;; enfin des religions diverses que professent
+actuellement nos sujets indigènes et parmi lesquelles l’islamisme,
+bien que la mieux connue, est loin d’être la plus répandue.</p>
+
+<p>Pour traiter ces différentes matières, j’ai tout naturellement
+utilisé les monographies des cercles et les coutumiers établis en
+1909 conformément aux instructions de M. le Gouverneur Clozel, en
+groupant les indications qu’ils renferment et les coordonnant de
+façon méthodique et, au besoin, en les rectifiant.</p>
+
+<p>Mais je n’ai pas cru pouvoir borner ma documentation à ces
+travaux&nbsp;: quelque excellents que soient certains d’entre eux,
+quelque richesse d’information que la plupart renferment, ils ne
+m’ont pas semblé constituer à eux seuls une base suffisamment
+solide, principalement en ce qui concerne l’histoire des temps
+passés. Aussi ai-je eu recours à un certain nombre d’ouvrages, dont
+le dépouillement m’a permis plus d’une fois de compléter ou de
+préciser des points seulement effleurés dans les notices des
+commandants de cercle. Là aussi, j’ai cru ne pas devoir me borner à
+une simple compilation&nbsp;: je me suis permis de faire œuvre de
+critique, de rejeter certaines affirmations hasardées<span class=
+"pagenum" id="Page_33">[33]</span> un peu à la légère, d’en
+interpréter d’autres à la lumière d’une méthode nouvelle, de
+comparer les documents écrits avec les traditions orales et de
+tirer de cette comparaison tout le bénéfice qu’on peut en
+attendre.</p>
+
+<div class="plate" id="pl02">
+<table class="width-full">
+<tr>
+<td class="tdl ipub sc">Delafosse</td>
+<td class="tdr ipub">Planche II</td>
+</tr>
+</table>
+
+<div class="igrp">
+<div class="figcenter iw9 float-left">
+<figure id="i02"><img src='images/i02.jpg' alt=''>
+<p class="cp1"><span class="sc">Fig.</span> 2. — M. le Général
+<span class="sc">Archinard</span>.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw8 float-right">
+<figure id="i03"><img src='images/i03.jpg' alt=''>
+<p class="cp1"><span class="sc">Fig.</span> 3. — M. le Général de
+<span class="sc">Trentinian</span>.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p class="clear">
+</p>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw7">
+<figure id="i04"><img src='images/i04.jpg' alt=''>
+<p class="cp1"><span class="sc">Fig.</span> 4. — M. le Gouverneur
+Général <span class="sc">Ponty</span>.</p>
+</figure>
+</div>
+</div>
+
+<p>Les relations historiques et géographiques des Arabes, notamment
+celles des auteurs réputés à bon droit les plus consciencieux, tels
+que Ibn Haoukal, Bekri, Ibn Saïd, Ibn Batouta, Ibn Khaldoun,
+Yakout, sans oublier Sa’di et son <em>Tarikh-es-Soudân</em>, m’ont
+été du plus grand secours. A vrai dire, leurs ouvrages avaient été
+mis déjà plus d’une fois à contribution en ce qui concerne
+l’histoire du Soudan, et il semblerait de prime abord que, après
+les commentaires qu’en ont donnés Ralfs, Barth, Basset, Binger et
+tant d’autres, il n’y eût plus beaucoup d’inédit à glaner dans
+cette source d’informations. Cependant j’ai cru m’apercevoir que,
+malgré la valeur incontestable des traductions que nous possédons
+de la plupart de ces auteurs, il y avait un intérêt majeur à ne pas
+s’en tenir uniquement à ces traductions et à recourir au texte
+arabe lui-même, en particulier lorsqu’il s’agit de lire ou
+d’identifier des noms de personnes ou de lieux étrangers à la
+langue et au pays arabes&nbsp;: les meilleurs traducteurs, peu
+familiarisés avec les langues et la géographie du Soudan et mal
+aidés par le système de transcription, souvent défectueux, des
+auteurs arabes, ont défiguré beaucoup de noms propres qu’il n’est
+en général possible de lire correctement qu’en ayant recours au
+texte original. De plus, quelques-uns de ces ouvrages relatifs à
+l’Afrique du Nord et, incidemment, au Soudan, n’ont encore été
+traduits dans aucune langue européenne, notamment le précieux
+dictionnaire géographique de Yakout, et, pour ceux-là, force m’a
+bien été de m’en tenir au texte arabe et de traduire moi-même les
+passages à utiliser.</p>
+
+<p>Enfin, il m’a paru nécessaire de tenir compte dans une certaine
+mesure, surtout en ce qui concerne l’ethnographie, la sociologie et
+la linguistique, de mes travaux personnels antérieurs et des notes
+et de l’expérience que j’ai été à même d’accumuler durant mes seize
+années de séjour en Afrique Occidentale, dont neuf ans passés dans
+la région soudanaise. J’ai cru devoir aussi faire état de
+renseignements qui m’ont été fournis<span class="pagenum" id=
+"Page_34">[34]</span> gracieusement par des savants, des
+missionnaires, des officiers et des fonctionnaires tels que MM.
+Chudeau, Brun, Gaden, Figaret, Marc, Vidal, Henry Hubert, etc.,
+auxquels leur compétence spéciale ou leurs études personnelles ont
+permis de me documenter de façon très précieuse sur quelques points
+de détail.</p>
+
+<p>Malgré tout, mon rôle dans la rédaction du présent volume a été
+surtout un rôle de compilateur, d’ordonnateur et de critique, et je
+tiens à laisser à tous les auteurs anciens et modernes, défunts et
+vivants, que j’ai mis à contribution, le mérite de leurs
+travaux.</p>
+
+<p>La <em>bibliographie</em> qu’on trouvera à la suite de la
+cinquième partie mentionne d’ailleurs, — non pas la liste de tous
+les livres, mémoires et brochures relatifs au Soudan Français, car
+cette simple liste ferait presque un volume à elle seule, — mais le
+titre, le nom de l’auteur et les date et lieu de publication de
+chacun des ouvrages et documents que j’ai utilisés ou simplement
+consultés, ainsi que toutes les monographies et tous les coutumiers
+que M. le Gouverneur du Haut-Sénégal-Niger a mis à ma
+disposition.</p>
+
+<p>L’ouvrage se termine par un <em>index</em> alphabétique des noms
+propres cités dans le texte et des sujets traités, avec renvoi aux
+pages à consulter.</p>
+
+<p>Pour faciliter la lecture de certains chapitres, je les ai
+accompagnés de cartes hors texte et de croquis établis chacun
+spécialement en vue des matières traitées dans le chapitre. Ces
+cartes et croquis ont été exécutés, sur mes indications, par M.
+Meunier, cartographe du Ministère des Colonies, lequel est
+également l’auteur de la carte d’ensemble placée à la fin du
+volume&nbsp;; parmi les documents récents qui ont servi à
+l’établissement de cette carte d’ensemble, je dois signaler les
+cartes fournies en 1909 par les commandants de cercle en même temps
+que les monographies de leurs circonscriptions respectives.</p>
+
+<div class="sign1">
+<p>Paris, le 1<sup>er</sup> janvier 1911,<br>
+M. <span class="sc">Delafosse</span>,<br>
+<span class="less">Administrateur des Colonies.</span></p>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h2 class="spaced2"><span class="pagenum" id=
+"Page_35">[35]</span><a id="p1"></a><span class="large">PREMIÈRE
+PARTIE</span><br>
+<span class="xlarge"><em>Le Pays</em></span>
+</h2>
+
+<h3 class="pb"><span class="pagenum" id="Page_37">[37]</span><a id=
+"p1c01"></a>CHAPITRE PREMIER<a id="FNanchor_1"></a><a href=
+"#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a></h3>
+
+<p class="sch1">Limites</p>
+
+<p><span class="bold">Etendue et population.</span> — La colonie du
+Haut-Sénégal-Niger, Territoire Militaire compris, a comme limites
+politiques et administratives&nbsp;: au Nord, les territoires
+sahariens relevant du Gouvernement Général de l’Algérie&nbsp;; à
+l’Est, le Territoire du Tchad, faisant partie du Gouvernement
+Général de l’Afrique Equatoriale Française&nbsp;; au Sud, et de
+l’Est à l’Ouest, la colonie anglaise de la Northern Nigeria, la
+colonie française du Dahomey, la colonie allemande du Togo, la
+colonie anglaise de la Gold Coast, les colonies françaises de la
+Côte d’Ivoire et de la Guinée&nbsp;; à l’Ouest les colonie et
+territoire français du Sénégal et de la Mauritanie.</p>
+
+<p>L’ensemble représente une superficie approximative de 3 millions
+de kilomètres carrés, peuplée de 5.600.000 habitants environ.</p>
+
+<p>Mais une portion notable de cette superficie, environ 1.200.000
+kilomètres carrés, se compose des terrains en partie arides et
+désertiques qui forment le Territoire Militaire du Niger, peuplé de
+800.000 habitants.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_38">[38]</span>Le territoire
+civil de la colonie, ou Haut-Sénégal-Niger proprement dit, a donc
+une superficie de 1.800.000 kilomètres carrés environ, soit plus du
+triple de la superficie de la France, et compte à peu près
+4.800.000 habitants, c’est-à-dire une moyenne de 2 habitants et
+demi (exactement 2,66) par kilomètre carré.</p>
+
+<p>Ainsi réduite à la partie qui, seule, fait l’objet du présent
+volume, la colonie du Haut-Sénégal-Niger correspond à peu près à
+l’ensemble des territoires que, par suite d’une longue habitude, on
+appelle encore communément <em>le Soudan Français</em>.</p>
+
+<p>Ses limites géographiques restent imprécises du côté du
+Nord-Ouest, du Nord et du Nord-Est, en raison de la nature
+désertique de ces régions et de la vie plus ou moins nomade que
+mènent leurs habitants&nbsp;; on peut toutefois assigner à ses
+marches sahariennes, comme confins extrêmes, les points de Tichit
+au Nord-Ouest, de Taodéni au Nord et de Tessalit (en face et à
+hauteur de Timiaouine) au Nord-Est&nbsp;: par le premier de ces
+points, le Haut-Sénégal-Niger touche à la zone d’influence de la
+Mauritanie, par le second à la zone de pénétration algérienne et
+par le troisième à la zone d’action saharienne du Territoire
+Militaire du Niger. Mais en réalité la zone d’administration
+directe de la colonie ne dépasse guère à l’Ouest le 17° parallèle
+de latitude nord, soit approximativement la ligne Kiffa-Oualata,
+tandis qu’à l’Est elle s’étend un peu au Nord du 19° parallèle,
+soit à la ligne Araouâne-Bou-Djebiha. Au Nord de cette ligne brisée
+Kiffa-Oualata-Araouâne-Bou-Djebiha, nous exerçons surtout un rôle
+de police et de surveillance et nous ne possédons pas de postes
+fixes ni d’établissements permanents.</p>
+
+<p class="space-above15"><span class="bold">Limite avec la
+Mauritanie.</span> — La limite entre le Haut-Sénégal-Niger et la
+Mauritanie, prise à hauteur de Tichit, est formée d’abord par
+l’extrême pointe que pousse, entre Tichit et Tidjikja, la région
+sablonneuse du Djouf, puis par une ligne suivant à peu près le bord
+oriental des hauteurs qui encerclent le plateau du Tagant, pour
+contourner ensuite vers l’Ouest la partie méridionale de ces
+hauteurs jusqu’aux monts Assaba, point de départ de la vallée du
+Gorgol-Noir.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_39">[39]</span>De ce point, la
+limite, tournant assez brusquement vers le Sud-Est, va rejoindre
+vers Fété-Dioullé, au Sud-Ouest de Kiffa, la vallée connue sous les
+noms de Tartafout, Bakhambora et Karakoro, et la suit depuis
+Fété-Dioullé jusqu’à son confluent avec le Sénégal, près et en
+amont du village de Kabou, entre Ambidédi et Bakel.</p>
+
+<p>La limite avec la Mauritanie est ensuite constituée par le
+Sénégal lui-même, depuis l’embouchure du Karakoro jusqu’à celle de
+la Falémé&nbsp;; à partir de ce dernier point, le Sénégal abandonne
+complètement le Haut-Sénégal-Niger pour donner sa rive droite à la
+Mauritanie et sa rive gauche à la colonie du Sénégal.</p>
+
+<p class="space-above15"><span class="bold">Limite avec le
+Sénégal.</span> — La limite entre le Sénégal et le
+Haut-Sénégal-Niger est constituée par la Falémé<a id=
+"FNanchor_2"></a><a href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a>,
+depuis son embouchure dans le Sénégal, jusqu’au point, situé un peu
+en amont de Satadougou, où cette rivière est formée par la réunion
+de la Balinko et de la Koundako. A partir de ce point, c’est la
+Guinée qui succède au Sénégal comme colonie limitrophe du
+Haut-Sénégal-Niger.</p>
+
+<p class="space-above15"><span class="bold">Limite avec la
+Guinée.</span> — La limite entre la Guinée et le Haut-Sénégal-Niger
+est constituée&nbsp;: d’abord par la Balinko ou haute Falémé
+occidentale, puis par son affluent la Kassaya jusqu’aux collines
+d’où sort cette dernière&nbsp;; ensuite, se dirigeant d’une façon
+générale vers l’Est, par les collines en question, puis par la
+Dialako, qui en sort également, jusqu’à son confluent avec la
+Koundako ou haute Falémé orientale. La limite descend alors le
+cours de la Koundako jusqu’au point où cette rivière reçoit la
+Kolounko, puis elle remonte le cours de la Kolounko depuis son
+embouchure jusqu’au mont Sagou, où la Kolounko prend sa
+source&nbsp;; la frontière franchit alors le mont Sagou, descend le
+ruisseau Koroko depuis le versant oriental de la
+montagne<span class="pagenum" id="Page_40">[40]</span> jusqu’au
+Bafing ou haut Sénégal occidental, descend le Bafing sur 26
+kilomètres environ jusqu’au point où il reçoit la Fariko, puis
+quitte ce fleuve pour se diriger approximativement vers l’Est en
+décrivant une courbe infléchie vers le Sud qui sépare le cercle de
+Kita (H.-S.-N.) des cercles de Dinguiray et de Siguiri (Guinée) et
+qui aboutit au Bakhoy ou haut Sénégal oriental à peu près à hauteur
+et à l’Ouest de Niagassola. La limite descend le Bakhoy vers le
+Nord sur 30 à 40 kilomètres, puis le quitte pour se diriger vers
+l’Est et ensuite vers le Sud, de façon à décrire une sorte d’arc de
+cercle autour de Niagassola, pour se continuer dans une direction à
+peu près Sud-Sud-Est jusqu’à ce qu’elle atteigne le Niger à une
+cinquantaine de kilomètres en aval de Siguiri. La frontière
+traverse alors le Niger et se dirige vers le Sud-Est jusqu’à la
+rencontre de la Sankarani et remonte ensuite cet affluent du Niger,
+en se dirigeant vers le Sud-Sud-Ouest, sur 60 kilomètres
+environ&nbsp;; puis elle quitte cette rivière pour se continuer par
+une ligne en zigzags d’une direction générale Sud-Est
+(Est-Nord-Est, puis Sud-Sud-Ouest, puis Sud-Est), jusqu’à ce
+qu’elle atteigne, sur le cours supérieur de la rivière
+Ouassouloubalé et à 15 kilomètres environ au Nord-Ouest de
+Maninian, le point de jonction des trois cercles de Bougouni
+(H.-S.-N.), Kankan (Guinée) et Touba (Côte d’Ivoire).</p>
+
+<p class="space-above15"><span class="bold">Limite avec la Côte
+d’Ivoire.</span> — La limite du Haut-Sénégal-Niger, partant du
+point précédemment défini, se dirige d’abord vers le Nord-Est
+jusqu’à la rencontre du Baoulé ou haut Bani occidental, le
+traverse, continue dans la direction de l’Est jusqu’au Dékou ou
+Dégou, franchit ce cours d’eau, se dirige vers le Sud-Est jusqu’à
+la rencontre du Banigbê (appelé aussi Banifing), traverse cette
+rivière, gagne vers l’Est le Bafing, descend vers le Nord le cours
+du Bafing pendant 15 kilomètres environ, puis le quitte pour se
+diriger sensiblement vers l’Est, en passant au Nord de Tengréla,
+jusqu’au Bagoé ou mieux Bagbê ou haut Bani oriental. Ensuite elle
+remonte le Bagbê vers le Sud pendant une quarantaine de kilomètres,
+le quitte pour se diriger sensiblement vers l’Est-Nord-Est, en
+passant au Nord de Tiorhotiéri<span class="pagenum" id=
+"Page_41">[41]</span> et de Toungboro, jusqu’à la rencontre d’une
+rivière appelée Bani dont elle descend le cours jusqu’à son
+confluent avec la Léraba ou haute Comoé occidentale, puis descend
+la Léraba elle-même pendant une centaine de kilomètres jusqu’au
+parallèle 9° 25′ environ de latitude Nord, point le plus méridional
+de la colonie. Elle se dirige ensuite vers le Nord-Est, puis vers
+l’Est, jusqu’en un point situé entre Gagouli ou Galgouli au Nord et
+Yologo au Sud, point d’où, par une direction générale Sud-Est, elle
+gagne la Volta Noire entre Kpéré au Nord et Tantama au Sud, par 9°
+30′ environ de latitude Nord.</p>
+
+<p class="space-above15"><span class="bold">Limite avec la Gold
+Coast.</span> — A partir de ce point, la frontière devient commune
+au Haut-Sénégal-Niger et à la colonie anglaise de la Gold Coast.
+Elle remonte d’abord le thalweg de la Volta Noire vers le Nord
+jusqu’au 11° de latitude Nord, puis se dirige vers l’Est en suivant
+à peu près ce parallèle jusqu’à la rencontre de la Volta
+Rouge&nbsp;; ensuite elle descend le thalweg de la Volta Rouge vers
+le Sud-Sud-Est pendant une dizaine de kilomètres pour se diriger
+après vers le Nord-Est jusqu’à la rencontre de la Volta
+Blanche&nbsp;; puis elle descend ce dernier fleuve pendant quelques
+kilomètres pour remonter ensuite son affluent, la rivière de
+Tenkodogo, jusqu’à hauteur de Badima, au Sud-Sud-Est de Bitou, se
+diriger de là vers l’Est-Sud-Est sur une quinzaine de kilomètres et
+rencontrer alors le point où la frontière de la Gold Coast fait
+place à celle de la colonie allemande du Togo.</p>
+
+<p class="space-above15"><span class="bold">Limite avec le
+Togo.</span> — La limite entre le Haut-Sénégal-Niger et le Togo
+suit une direction approximativement Est-Sud-Est, sur une longueur
+de 125 kilomètres environ, et atteint le 11° de latitude Nord à 16
+kilomètres au Nord-Est du point où le Pendjari, en se réunissant
+avec le Pépiénou ou Yanga, forme l’Oti. De là, elle se dirige vers
+le Sud-Sud-Ouest jusqu’à la rencontre du ruisseau Nambi-Kouna, par
+10° 48′ environ de latitude Nord.</p>
+
+<p class="space-above15"><span class="bold">Limite avec le
+Dahomey.</span> — C’est le Dahomey qui, à partir<span class=
+"pagenum" id="Page_42">[42]</span> de ce point, devient limitrophe
+du Haut-Sénégal-Niger. La frontière se dirige d’abord vers le
+Sud-Est jusqu’au sommet sud des monts Pangou, puis de là vers
+l’Est-Nord-Est jusqu’au point où le ruisseau Bourpoudabonga sort du
+massif de l’Atakora, par 10° 40′ environ de latitude Nord. Ensuite
+elle longe ce très long massif presque rectiligne, dans une
+direction générale Nord-Est, jusqu’à la rencontre de l’affluent du
+Niger appelé Mékrou, qu’elle atteint par 11° 30′ environ de
+latitude Nord et à proximité du méridien de Paris&nbsp;; puis elle
+descend le Mékrou, dans une direction générale Nord-Est, jusqu’à
+son embouchure dans le Niger.</p>
+
+<p class="space-above15"><span class="bold">Limite avec le
+Territoire Militaire du Niger.</span> — A partir de l’embouchure du
+Mékrou, qui se trouve à hauteur du village de Boumba, le Niger
+constitue la limite entre le Territoire Militaire et la colonie
+proprement dite du Haut-Sénégal-Niger, depuis le 1<sup>er</sup>
+janvier 1911. Cette limite remonte le thalweg du fleuve jusqu’en un
+point situé à peu près sur le 17° de latitude Nord et
+approximativement à moitié chemin entre Bourem et Bamba. En ce
+point, la limite quitte le Niger pour suivre une direction
+sensiblement Nord-Nord-Est jusqu’au 18° de latitude Nord, puis
+Nord-Est depuis ce parallèle jusqu’en un lieu sis entre Tessalit à
+l’Ouest et Timiaouine à l’Est par 20° 40′ environ de latitude Nord,
+de façon à laisser au Territoire Militaire la vallée du Tilemsi et
+l’Adrar des Iforhass et à la colonie civile le territoire des
+Kounta de Mabrouk.</p>
+
+<p class="space-above15"><span class="bold">Limite avec
+l’Algérie.</span> — A partir de la région de Tessalit-Timiaouine,
+c’est l’Algérie qui devient limitrophe du Haut-Sénégal-Niger. La
+limite, tout à fait approximative, passe entre le Tanezrouft au
+Nord et l’Adrar Timetrhine au Sud, puis entre l’Erg-ech-Châche au
+Nord et, au Sud, les hauteurs (Djebel-el-Haricha) qui dominent
+Taodéni, laissant au Haut-Sénégal-Niger ce dernier point (22° 40′
+19″ latitude Nord et 6° 12′ 49″ longitude Ouest), ainsi que
+l’emplacement probable des anciennes mines de sel de Teghazza,
+situé à 120 kilomètres environ au Nord-Nord-Ouest de Taodéni. La
+limite se dirige ensuite vers le Nord-Ouest,<span class="pagenum"
+id="Page_43">[43]</span> dans la direction du Cap Noun, rencontrant
+en un point imprécis du Djouf, connu sous le nom d’Erg Moughtir, la
+limite de la zone d’extension de la Mauritanie.</p>
+
+<p class="space-above15"><span class="bold">Cercles
+frontières.</span> — Pour compléter cette description des limites
+du Haut-Sénégal-Niger, il me reste à donner la liste des cercles
+qui sont en bordure de cette vaste frontière. Ces cercles ou
+circonscriptions sont, en partant de Tichit et en suivant la même
+direction que ci-dessus&nbsp;: la résidence de Kiffa, limitrophe de
+la Mauritanie (cercles du Tagant et du Gorgol)&nbsp;; le cercle de
+Kayes, limitrophe de la Mauritanie (cercle du Gorgol) et du Sénégal
+(cercles de Bakel et de Kédougou ou de la Haute-Gambie)&nbsp;; le
+cercle de Bafoulabé, limitrophe du Sénégal (cercle de
+Kédougou)&nbsp;; le cercle de Satadougou, limitrophe du Sénégal
+(cercle de Kédougou) et de la Guinée (cercles de Yambéring, Tougué
+et Dinguiray)&nbsp;; les cercles de Kita et de Bamako, limitrophes
+de la Guinée (cercles de Dinguiray et de Siguiri)&nbsp;; le cercle
+de Bougouni, limitrophe de la Guinée (cercles de Siguiri et de
+Kankan) et de la Côte d’Ivoire (cercles de Touba et de
+Korhogo)&nbsp;; le cercle de Bobo-Dioulasso, limitrophe de la Côte
+d’Ivoire (cercles de Korhogo et de Kong)&nbsp;; le cercle de Gaoua,
+limitrophe de la Côte d’Ivoire (cercle de Bondoukou) et de la Gold
+Coast&nbsp;; le cercle de Ouagadougou, limitrophe de la Gold Coast
+et du Togo&nbsp;; le cercle de Fada-n-Gourma, limitrophe du Togo et
+du Dahomey (cercles de Djougou-Kouandé et de Kandi)&nbsp;; le
+cercle de Say, limitrophe du Dahomey (cercle de Kandi) et du
+Territoire Militaire (cercle de Niamey)&nbsp;; les cercles de Dori,
+de Hombori ou du Gourma et de Tombouctou-nomades, limitrophes du
+Territoire Militaire (cercles de Niamey et de Gao)&nbsp;; enfin les
+cercles de Tombouctou-nomades, de Niafounké ou de l’Issa-Ber, de
+Sokolo, de Goumbou et de Nioro ont vers le Nord une zone
+d’influence, d’action ou d’extension qui va rejoindre la limite de
+l’Algérie.</p>
+
+<p>Sur les 29 cercles ou circonscriptions de la colonie, 10
+seulement ne se trouvent pas en bordure des frontières&nbsp;:
+Tombouctou-sédentaires<a id="FNanchor_3"></a><a href="#Footnote_3"
+class="fnanchor">[3]</a>,<span class="pagenum" id=
+"Page_44">[44]</span> Mopti, Bandiagara, Dienné, Ouahigouya, Koury,
+San, Ségou, Koutiala et Sikasso<a id="FNanchor_4"></a><a href=
+"#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a>.</p>
+
+<div class="footnotes" id="ftp1c01">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_1"></a><a href="#FNanchor_1"><span class=
+"label">[1]</span></a>Voir la <a href="#map01">carte 1,</a> à la
+fin du chapitre III.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_2"></a><a href="#FNanchor_2"><span class=
+"label">[2]</span></a>Sur une faible portion de son cours
+inférieur, à hauteur de Sénoudébou et de Tamboura, la Falémé a ses
+deux rives dans la colonie du Sénégal.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_3"></a><a href="#FNanchor_3"><span class=
+"label">[3]</span></a>Les deux cercles de Tombouctou-nomades et de
+Tombouctou-sédentaires n’ont pas de limites respectives définies,
+mais, par suite de la façon dont se trouve répartie la population,
+Tombouctou-sédentaires se trouve de fait à peu près englobé dans
+Tombouctou-nomades.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_4"></a><a href="#FNanchor_4"><span class=
+"label">[4]</span></a>Le cercle de Sikasso touche en réalité à la
+frontière de la Côte d’Ivoire, mais par un point géométrique
+seulement, point situé sur le Bagbê ou Bagoé et où se rencontrent
+les cercles de Bougouni, Sikasso et Bobo-Dioulasso
+(Haul-Sénégal-Niger) et celui de Korhogo (Côte d’Ivoire).</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3 class="pb"><span class="pagenum" id="Page_45">[45]</span><a id=
+"p1c02"></a>CHAPITRE II<a id="FNanchor_5"></a><a href="#Footnote_5"
+class="fnanchor">[5]</a></h3>
+
+<p class="sch1">Hydrographie.</p>
+
+<p><a id="p1c02s1"></a><span class="bold">Hydrographie
+rétrospective.</span> — Avant de passer à l’étude du régime
+hydrographique du Haut-Sénégal-Niger, il peut être intéressant de
+voir ce que l’antiquité et le moyen-âge connaissaient ou croyaient
+connaître des fleuves soudanais et comment, de ces notions fausses
+ou imparfaites, on est arrivé — assez récemment — à une
+appréciation satisfaisante de la réalité. Ce coup d’œil
+rétrospectif aurait pu trouver sa place au chapitre de
+l’exploration du Soudan Français, mais, en raison de l’importance
+capitale, pour la connaissance géographique d’un pays, des données
+que l’on possède sur le régime des eaux de ce pays, j’ai trouvé
+préférable de placer ici cet aperçu.</p>
+
+<p>Il est vraisemblable que l’embouchure du Sénégal fut découverte
+dès le <span class="sc2">VI</span><sup>e</sup> siècle avant J.-C.,
+vers 570, par le navigateur carthaginois Hannon, lorsque, ayant
+franchi le détroit de Gibraltar, il fit voile vers le Sud et
+s’avança jusqu’aux environs du Sierra-Leone actuel. Malheureusement
+l’original de son récit de voyage, qui aurait été rédigé par lui en
+langue punique et conservé à Carthage, ne nous est jamais
+parvenu&nbsp;; nous ne le connaissons que par une traduction
+grecque qu’en auraient faite à Carthage des savants dont le nom ne
+nous a pas été révélé. C’est ainsi que les renseignements fournis
+par le plus ancien voyage accompli sur les côtes occidentales
+d’Afrique n’ont commencé à être utilisés que deux siècles environ
+après<span class="pagenum" id="Page_46">[46]</span> ce voyage
+lui-même<a id="FNanchor_6"></a><a href="#Footnote_6" class=
+"fnanchor">[6]</a> et que leur authenticité demeure forcément
+douteuse. Cependant, quelle que soit la limite extrême que l’on
+assigne à l’exploration maritime de Hannon, il est fort probable,
+si les documents utilisés par Ptolémée et les autres géographes
+grecs n’étaient pas apocryphes, que l’amiral carthaginois fit
+relâche à l’embouchure du Sénégal et que c’est ce fleuve auquel il
+donna le nom de <em>Chretes</em> ou <em>Khritis</em>.</p>
+
+<p>Un peu plus tard, vers 550 avant J.-C., des Phéniciens, sur
+l’ordre du roi d’Egypte Néchao ou Néko II, s’embarquèrent sur la
+Mer Rouge, firent route vers le Sud, et, trois ans après leur
+départ, revinrent en Egypte par le détroit de Gibraltar et la
+Méditerranée&nbsp;: si ce premier périple de l’Afrique, que nous a
+fait connaître Hérodote, a été réellement exécuté, il est possible
+que les Phéniciens qui l’ont accompli aient, eux aussi, reconnu
+l’embouchure du Sénégal&nbsp;; mais leur voyage en tout cas n’a pas
+laissé de traces dans les connaissances géographiques de leurs
+contemporains.</p>
+
+<p>L’historien grec Hérodote, qui vécut de 484 à 410 environ avant
+J.-C. et qui voyagea en Egypte, en Cyrénaïque et en Libye, nous
+parle aussi d’un autre voyage dont il aurait été le contemporain,
+puisqu’il aurait été exécuté sous Xerxès, lequel régna de 485 à 465
+avant J.-C. Un parent de ce roi, nommé Sataspe, condamné à mort
+pour avoir violé une jeune fille, aurait obtenu sa grâce par
+l’intermédiaire de sa mère, sœur de Darius, à condition de faire le
+tour de l’Afrique. Il partit d’Egypte sur un vaisseau, franchit les
+colonnes d’Hercule (détroit de Gibraltar), puis fit route vers le
+Sud pendant plusieurs mois, vit un pays dont les habitants se
+vêtaient de feuilles de palmier et auxquels il enleva du bétail
+pour se ravitailler, puis, effrayé de la longueur du chemin qui lui
+restait à faire, il revint en Egypte par le même chemin qu’il avait
+suivi à l’aller. Xerxès, estimant qu’il n’avait pas rempli les
+conditions imposées, le fit crucifier<a id=
+"FNanchor_7"></a><a href="#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a>. La
+circonstance des feuilles de palmier est de nature à nous faire
+croire que ce Sataspe atteignit au<span class="pagenum" id=
+"Page_47">[47]</span> moins le cap Vert, mais c’est là tout ce
+qu’il est permis de conjecturer de ce voyage.</p>
+
+<p>Hérodote d’ailleurs ne nous parle pas du Sénégal&nbsp;; mais on
+a prétendu qu’il avait, le premier, révélé l’existence du Niger. A
+vrai dire, rien n’est plus douteux. Sans doute il est permis de
+supposer à la rigueur que c’est du Niger qu’il entend parler
+lorsqu’il décrit le <em>Cinyps</em>, «&nbsp;pays qui porte le même
+nom que le fleuve dont il est arrosé&nbsp;» et qui «&nbsp;peut
+entrer en parallèle avec les meilleures terres à blé&nbsp;: aussi —
+continue Hérodote — ne ressemble-t-il en rien au reste de la Libye.
+C’est une terre noire et arrosée de plusieurs sources&nbsp;: elle
+n’a rien à craindre de la sécheresse et, les pluies excessives ne
+faisant que l’abreuver, elle n’en souffre aucun dommage. Il pleut
+en effet dans cette partie de la Libye&nbsp;»<a id=
+"FNanchor_8"></a><a href="#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a>.
+Cette description pourrait assurément s’appliquer à la vallée du
+Niger, mais comme Hérodote ne nous donne aucune indication sur la
+situation du <em>Cinyps</em>, sinon qu’il faisait partie de la
+«&nbsp;Libye&nbsp;», et comme il donne ce nom de Libye à toute la
+région située à l’Ouest de la Cyrénaïque, depuis la Méditerranée
+jusqu’aux limites du monde alors connu, il est bien difficile
+d’affirmer que son <em>Cinyps</em> doive être identifié avec notre
+Niger.</p>
+
+<p>Ailleurs<a id="FNanchor_9"></a><a href="#Footnote_9" class=
+"fnanchor">[9]</a> le même auteur raconte la fameuse équipée des
+Nasamons dans des termes qui ont fait supposer parfois que le Niger
+avait été le terme de ce singulier voyage. Voici cette histoire,
+telle qu’Hérodote l’apprit de quelques Cyrénéens qui, eux-mêmes,
+l’avaient entendu raconter par le roi Etéarque, lorsqu’ils étaient
+allés dans son pays pour consulter l’oracle d’Ammon. Cinq jeunes
+Nasamons<a id="FNanchor_10"></a><a href="#Footnote_10" class=
+"fnanchor">[10]</a> de bonne famille avaient fait le pari de
+traverser les déserts de Libye&nbsp;; partis avec des provisions
+d’eau et de vivres, ils franchirent d’abord les pays habités de la
+Libye septentrionale, puis une région remplie de bêtes féroces, et
+ensuite, se dirigeant vers l’Ouest, des contrées désertes, sans eau
+et très sablonneuses. Après avoir marché<span class="pagenum" id=
+"Page_48">[48]</span> longtemps, ils arrivèrent à une plaine où se
+trouvaient des arbres et apaisèrent leur faim et leur soif en
+dévorant les fruits de ces arbres. Des hommes noirs, d’une taille
+au-dessous de la moyenne, se montrèrent alors, se saisirent des
+Nasamons et les emmenèrent, à travers un pays marécageux, jusqu’à
+une ville dont tous les habitants étaient comme eux de couleur
+noire et de faible stature et que bordait une grande rivière
+coulant de l’Ouest à l’Est, infestée de crocodiles&nbsp;; les Noirs
+ne comprenaient pas la langue des Nasamons et réciproquement. Sans
+doute ne se montrèrent-ils pas trop cruels pour les voyageurs
+méditerranéens, car ceux-ci purent revenir dans leur pays et
+raconter leurs aventures.</p>
+
+<p>A mon avis (et à supposer que les cinq jeunes Nasamons n’aient
+pas abusé de la crédulité de leurs compatriotes), la rivière dont
+il est parlé ne saurait être identifiée avec le Niger. S’il
+s’agissait de ce fleuve, les voyageurs l’auraient atteint au sommet
+de sa boucle, puisqu’ils trouvèrent la «&nbsp;grande rivière&nbsp;»
+immédiatement en sortant du désert, et il est peu vraisemblable
+qu’un peuple de nains ait jamais existé dans la région de
+Tombouctou à Gao. Il me paraîtrait plus logique d’adopter la
+conclusion d’Hérodote lui-même, d’après laquelle le fleuve visité
+par les Nasamons ne serait autre que le haut Nil ou tout au moins
+l’une de ses branches&nbsp;: le Bahr-el-Ghazal par exemple, au
+voisinage duquel la présence de marécages et de Noirs de petite
+taille serait très explicable. Il resterait, il est vrai, à
+démontrer comment les jeunes voyageurs auraient pu atteindre le
+Bahr-el-Ghazal en marchant «&nbsp;vers l’Ouest&nbsp;»&nbsp;; mais
+il convient de se rappeler qu’Hérodote nous dit que les Nasamons
+étaient en relations fréquentes avec Aoudjila, d’où l’on peut
+déduire que les cinq jeunes gens, s’aventurant vers des pays
+inconnus, commencèrent par se rendre à cette oasis et continuèrent
+leur voyage dans la même direction, c’est-à-dire vers le Sud. Il ne
+faut pas oublier en effet que le récit n’est arrivé aux oreilles
+d’Hérodote que par une suite d’intermédiaires&nbsp;: les points
+relatifs aux nains et à la rivière, qui sont les points saillants
+de l’histoire, ont pu se transmettre sans altération, tandis qu’il
+est fort possible que la direction générale du voyage
+ait<span class="pagenum" id="Page_49">[49]</span> été modifiée par
+la tradition. D’autre part il est juste d’observer qu’Hérodote,
+supposant que le Nil traversait toute la Libye avant d’arroser
+l’Egypte, identifiait implicitement son cours supérieur avec notre
+Niger moyen.</p>
+
+<div class="plate" id="pl03">
+<table class="width-full">
+<tr>
+<td class="tdl ipub sc">Delafosse</td>
+<td class="tdr ipub">Planche III</td>
+</tr>
+</table>
+
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="i05"><img src='images/i05.jpg' alt=''>
+<p class="cp1"><span class="sc">Fig.</span> 5. — Koulouba, le
+palais du Gouverneur (pendant la construction).</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="i06"><img src='images/i06.jpg' alt=''>
+<p class="cp1"><span class="sc">Fig.</span> 6. — Vue générale
+actuelle du palais du Gouverneur, à Koulouba.</p>
+</figure>
+</div>
+</div>
+
+<p>Et c’est là surtout ce qui est intéressant au point de vue de
+l’idée que pouvaient se faire les anciens du régime hydrographique
+du Soudan&nbsp;: pour Hérodote, le Sud de la Libye était traversé
+par un grand fleuve allant de l’Ouest à l’Est qui, arrivé en Nubie,
+devenait le Nil. Et c’est cette idée, plus ou moins modifiée, qui
+sera admise par tous les géographes, jusqu’à une époque
+relativement récente.</p>
+
+<p>Cependant le philosophe grec Aristote, qui vivait un siècle
+après Hérodote (384 à 322 avant J.-C.), adopte une autre théorie
+qui, elle aussi, aura plus tard de nombreux partisans, entre autres
+Léon l’Africain&nbsp;: pour lui, d’une source commune située
+quelque part au centre du Soudan, partaient deux grands
+fleuves&nbsp;; l’un, se dirigeant vers l’Est, puis vers le Nord,
+pour se jeter dans la Méditerranée, était le Nil&nbsp;; l’autre,
+coulant de l’Est à l’Ouest, allait se jeter dans l’Océan
+Atlantique, correspondant ainsi au Sénégal. Ce second fleuve est
+appelé <em>Krémétès</em> par Aristote, et dans ce nom on pourrait à
+la rigueur retrouver le <em>Chrétès</em> de Hannon. Du Niger ou
+d’un fleuve correspondant au Niger, il n’est pas question dans
+Aristote, qui le confondait par conséquent, soit avec le Nil, soit
+plutôt, renversant son cours, avec le <em>Krémétès</em> ou
+Sénégal.</p>
+
+<p>L’historien grec Polybe exécuta vers 130 av. J.-C., sur l’ordre
+de Scipion Emilien, une reconnaissance nautique le long de la côte
+occidentale du Maghreb. Au-delà du fleuve <em>Darat</em> (Oued
+Draa), il rencontra le cap <em>Barce</em> (sans doute le cap Juby),
+puis plus au Sud le fleuve <em>Palsus</em> (peut-être la
+Saguiet-el-Hamra) et, plus au sud encore, le fleuve
+<em>Bambotus</em>, qui abondait en crocodiles et en hippopotames et
+qu’on a cru pouvoir, à cause de cela, identifier avec le
+Sénégal.</p>
+
+<p>Vers 110 avant J.-C., un Grec, connu sous le nom d’Eudoxe de
+Cyzique, équipa trois vaisseaux et partit de la Méditerranée par
+Gadès et le détroit de Gibraltar, avec l’intention de renouveler,
+en sens inverse, le périple accompli sous Néko II. Mais, à
+quelque<span class="pagenum" id="Page_50">[50]</span> distance des
+colonnes d’Hercule, il perdit l’un de ses bâtiments et, devant les
+murmures de son équipage, dut revenir sur ses pas. Plus tard il
+organisa une seconde expédition qui fut sans doute aussi
+malheureuse mais dont, en tout cas, on a toujours ignoré le
+résultat. Nous devons la mention de ces tentatives à Strabon, à
+Pomponius Mela et à Pline l’Ancien.</p>
+
+<p>En somme, après Aristote, il nous faut arriver au naturaliste
+latin Pline l’Ancien (23 à 79 après J.-C.) pour trouver des
+informations nouvelles sur les fleuves du Soudan. Ces informations
+sont d’ailleurs peu explicites et assez confuses, mais elles sont
+cependant intéressantes parce que c’est à elles que le Niger doit
+son nom actuel. En effet, Pline situe dans le sud de la Libye un
+fleuve qu’il appelle <em>Nigris</em> et qui, très probablement,
+correspondait dans son esprit avec notre Niger. Ailleurs, en
+racontant l’expédition de Suétonius Paullinus dans le sud marocain,
+laquelle eut lieu en 41 après J.-C., Pline nous dit qu’à quelques
+milles au Sud des monts <em>Dyrin</em>, c’est-à-dire de l’Atlas,
+dans un désert de sable noir, le général romain découvrit une
+rivière appelée <em>Ger</em> (prononcez «&nbsp;Guer&nbsp;»)&nbsp;:
+cette rivière était très vraisemblablement le Guir de nos cartes,
+lequel sort de la région de Bou-Denib et se dirige vers le Touat
+sous les noms successifs de Saoura et Oued Messaoud&nbsp;; mais
+Pline crut pouvoir identifier le <em>Ger</em> découvert par
+Suétonius Paullinus avec un fleuve qu’il connaissait d’après ce
+qu’en avait dit peu avant lui le roi de Numidie Juba II, lequel
+vécut de 25 avant J.-C. à 22 après J.-C. Les informateurs de Juba
+appelaient ce fleuve <em>Niger</em> (prononcez
+«&nbsp;Niguer&nbsp;»)&nbsp;; ils le faisaient sortir d’un lac
+appelé <em>Nilis</em>, situé non loin de l’Atlantique, d’où il
+coulait vers l’Est, pour se perdre ensuite sous terre et
+reparaître, très au delà, sortant d’une source appelée
+<em>Nigris</em>&nbsp;; ensuite, prenant le nom d’<em>Astapus</em>,
+constituait l’une des branches du Nil.</p>
+
+<p>Assurément, la rivière rencontrée par Suétonius Paullinus
+n’était pas notre Niger, ni, très probablement, le Niger de Juba.
+Mais la théorie de Pline devient facile à comprendre si l’on se
+reporte à celle développée plus tard par Ptolémée et si l’on
+conjecture que Pline identifiait le <em>Ger</em> de Suétonius
+Paullinus avec un cours d’eau relativement voisin du Guir et de
+cours<span class="pagenum" id="Page_51">[51]</span> analogue, au
+moins à ses débuts, c’est-à-dire avec l’une des branches de l’Oued
+Ziz&nbsp;: actuellement, après avoir arrosé le Tafilelt, cette
+rivière semble aller se perdre au Sud de cette province, dans les
+sables de l’Erg Iguidi, à hauteur du Gourara&nbsp;; mais elle a pu,
+autrefois, se continuer jusqu’à la dépression du Faguibine par une
+série d’oueds temporaires dont on retrouve aujourd’hui les traces,
+avec, il est vrai, de nombreuses solutions de continuité dues sans
+doute à l’envahissement sablonneux de l’Iguidi, du Moughtir et du
+Djouf. Il ne paraît pas absurde en tout cas de supposer qu’à une
+époque lointaine le Niger possédait une branche saharienne, d’une
+direction générale Nord-Sud, qui naissait dans l’Atlas au Nord du
+Tafilelt, non loin des sources du Guir, passait à l’Ouest de
+Taodéni et d’Araouâne et venait, aux environs de l’emplacement
+actuel de Tombouctou, mais plutôt à l’Ouest de cet emplacement, se
+joindre à la branche soudanaise venant des montagnes de
+Guinée<a id="FNanchor_11"></a><a href="#Footnote_11" class=
+"fnanchor">[11]</a>. Il est fort possible que ce soit le cours
+supérieur de cet hypothétique Niger saharien, quelque chose comme
+l’Oued Ziz actuel, que Pline ait confondu avec le <em>Ger</em> de
+Suétonius Paullinus et qu’il ait cherché à identifier d’autre part
+avec le <em>Niger</em> du roi berbère Juba.</p>
+
+<p>En ce qui concerne ce roi, il est permis de supposer que, par
+ses compatriotes sahariens, il avait une certaine connaissance du
+Niger proprement dit ou tout au moins de son existence&nbsp;; les
+renseignements qu’il a donnés et qu’a utilisés Pline s’accordent
+avec les croyances anciennes sur le régime fluvial du Soudan&nbsp;:
+son lac <em>Nilis</em> pouvait correspondre à la région lacustre
+allant du Débo au Faguibine, à partir de laquelle en effet le Niger
+coule vers l’Est&nbsp;; le cours inférieur du fleuve étant sans
+doute totalement inconnu des Numides, Juba supposait que, à
+peu<span class="pagenum" id="Page_52">[52]</span> près vers le Gao
+actuel, les eaux du Niger se perdaient sous terre, hypothèse que
+justifiait la connaissance qu’il avait probablement de plusieurs
+oueds sahariens à cours souterrain, tels que l’Oued Rirh&nbsp;;
+peut-être aussi avait-il une vague notion de l’existence du Tilemsi
+et le prenait-il pour un épanchement des eaux du Niger dans les
+terres. Son <em>Nigris</em>, point de réapparition superficielle du
+fleuve, pouvait correspondre au Tchad, d’où, suivant la croyance
+générale, il faisait sortir l’une des branches supérieures du Nil
+sous le nom d’<em>Astapus</em>.</p>
+
+<p>Ce qui en tout cas mérite d’être retenu des indications fournies
+par Pline et ce qui en effet a été retenu, c’est le nom de
+<em>Niger</em> donné à un fleuve important et quelque peu
+mystérieux qui arrosait les terres inconnues situées au delà de la
+Libye désertique. Ce nom est parvenu jusqu’à nous et nous
+l’appliquons à un fleuve qui peut ne pas appartenir au bassin
+entrevu par Suétonius Paullinus ni à celui soupçonné par Juba, mais
+qui en tout cas est bien, par l’une au moins de ses parties, le
+fleuve qu’avait deviné Pline.</p>
+
+<p>Ce qu’il y a de plus remarquable dans toute cette affaire, c’est
+que cette appellation de «&nbsp;Niger&nbsp;» pouvait s’appliquer
+parfaitement à la rivière rencontrée près de l’Atlas par le général
+romain et qu’elle s’applique mieux encore au fleuve aujourd’hui
+bien connu qui passe près de Tombouctou et arrose Gao. En langue
+berbère en effet, la syllabe <em>gher</em> ou <em>ghir</em> est un
+radical exprimant l’idée d’«&nbsp;eau mouvante&nbsp;» et désignant
+soit la mer soit un fleuve, comme en arabe le mot
+<em>bahr</em>&nbsp;: c’est ainsi que, actuellement encore, le nom
+de <em>Ghir</em> (Guir) est donné à la rivière d’Igli et que les
+Oulmidden appellent le fleuve de Gao <em>egheriou-n-igheriouan</em>
+ou <em>gher-n-igheren</em>, c’est-à-dire «&nbsp;le fleuve des
+fleuves&nbsp;», expression qui peut très bien, de la part d’un
+voyageur ignorant le berbère, être traduite par «&nbsp;le fleuve
+Niger&nbsp;». Et, quel que soit le degré d’exactitude des
+informations recueillies par Pline, c’est bien là l’étymologie du
+nom du Niger, qui n’a aucun rapport avec la couleur de peau de ses
+riverains, de même que les dérivés <em>Nigrites</em>,
+<em>Nigritæ</em> et <em>Nigritia</em>, qu’en ont tirés les Grecs et
+les Latins, voulaient dire simplement «&nbsp;les gens du Niger, la
+région du Niger&nbsp;»&nbsp;: ce n’est qu’à<span class="pagenum"
+id="Page_53">[53]</span> une époque récente (<span class=
+"sc2">XVI</span><sup>e</sup> siècle) que l’ignorance de certains
+cartographes a fait de «&nbsp;Nigritie&nbsp;» le synonyme de
+«&nbsp;Soudan&nbsp;», c’est-à-dire de «&nbsp;pays des
+Nègres&nbsp;», et que des ethnologues aussi mal informés ont
+inventé une «&nbsp;race nigritique&nbsp;» opposable à la race
+blanche&nbsp;; en réalité les <em>Nigrites</em> des anciens étaient
+des «&nbsp;Nigériens&nbsp;», comprenant des Berbères blancs aussi
+bien que des Nègres, et «&nbsp;Nigritie&nbsp;» est l’équivalent
+absolu du nom de <em>Nigeria</em> donné par les Anglais à leur
+colonie riveraine du Niger<a id="FNanchor_12"></a><a href=
+"#Footnote_12" class="fnanchor">[12]</a>.</p>
+
+<p>Le mathématicien et géographe grec Ptolémée, qui vivait un
+siècle après Pline l’Ancien et qui composa sa géographie vers 150
+après J.-C., d’après des documents antérieurs et en particulier
+d’après ceux de Pline et de Martin de Tyr, nous a donné une
+description relativement étendue du cours du Niger. Il cite un
+certain nombre de villes voisines ou riveraines de ce fleuve et
+donne même la position astronomique de l’une d’elles, qu’il appelle
+<em>Thamondakana</em>. Malheureusement les latitudes et les
+longitudes de Ptolémée, obtenues à l’aide de l’évaluation des
+distances par journées de marche, sont rarement exactes, surtout
+lorsqu’il s’agit de pays éloignés de sa base d’opérations et sur
+lesquels il ne possédait que peu de renseignements, et c’était le
+cas des pays nigériens.</p>
+
+<p>Ptolémée distingue nettement le <em>Nigher</em> ou
+<em>Nighir</em> du <em>Gher</em> ou <em>Ghir</em>, mais il semble
+bien que son Niger, au moins dans sa partie supérieure, était celui
+de Pline interprétant à sa manière Suétonius Paullinus,
+c’est-à-dire l’Oued Ziz&nbsp;: il fait en effet sortir l’une de ses
+branches septentrionales du mont <em>Sagapola</em>, d’où il fait
+naître également le <em>Subus</em>, c’est-à-dire le Sebou qui passe
+à Fez, et l’autre du mont <em>Usargala</em>, près duquel il place
+aussi la source du <em>Ghir</em>, lequel était sans doute le vrai
+<em>Ger</em> de Suétonius Paullinus et très probablement notre Oued
+Guir actuel<a id="FNanchor_13"></a><a href="#Footnote_13" class=
+"fnanchor">[13]</a>.<span class="pagenum" id="Page_54">[54]</span>
+Ces deux branches septentrionales correspondraient bien avec les
+deux principales branches de l’Oued Ziz.</p>
+
+<p>D’autre part, il faisait sortir la branche maîtresse de son
+Niger du mont <em>Mandros</em>, qu’il donne également comme source
+au <em>Salathos</em> qui représente probablement le Tensift ou
+fleuve de Marrakech et au <em>Massa</em> (<em>Masatat</em> de
+Pline) qui sans doute est le Sous actuel. Cela laisserait supposer
+que le Niger de Ptolémée était formé par la réunion de l’Oued Ziz
+avec le Dadès, ou branche supérieure du Dara ou Oued Draa, ce qui
+est évidemment impossible. Mais il ne convient pas d’accorder une
+trop grande confiance aux renseignements de Ptolémée, même pour ce
+qui regarde la région voisine de la Méditerranée&nbsp;: ne fait-il
+pas en effet sortir du même mont <em>Usargala</em> le
+<em>Nighir</em> (admettons que ce <em>Nighir</em> soit l’Oued Ziz),
+le <em>Ghir</em> et le <em>Bagradas</em>, alors que ce dernier
+fleuve est sans doute le Bedjerda ou Medjerda, qui se jette dans le
+golfe de Tunis et qui prend sa source dans l’Aurès à près de mille
+kilomètres de l’Atlas Marocain&nbsp;? Ne nous dit-il pas d’autre
+part que le Dara ou Oued Draa de nos cartes, qu’il appelle
+<em>Daras</em> ou <em>Darados</em>, sort d’un mont <em>Kaphas</em>
+voisin de ses monts <em>Sagapola</em> et <em>Usargala</em> et situé
+comme eux dans l’Atlas Marocain, ce qui est exact, et ailleurs que
+le même fleuve est une émanation de son <em>Nighir</em>&nbsp;?</p>
+
+<p>Quoi qu’il en soit, ce <em>Nighir</em> ou Niger, une fois formé
+par la réunion des trois branches sorties de l’Atlas Marocain, se
+dirigeait vers le Sud, dans la direction d’un mont <em>Thala</em>
+(?) et allait aboutir à un <em>lac Nigritique</em> qui pourrait
+très bien correspondre à la région lacustre actuelle de Tombouctou
+(le <em>Nilis</em> de Pline)&nbsp;; de là, il coulait vers l’Est
+pour aller former le <em>lac Libyque</em> (sans doute le
+<em>Nigris</em> de Pline, c’est-à-dire probablement le lac Tchad).
+Nous retrouvons encore ici la théorie faisant couler le Niger vers
+le Tchad, et ensuite vers le Nil.</p>
+
+<p>Quant aux villes de la vallée nigérienne citées par Ptolémée, il
+semble bien, comme l’a soutenu Vivien de Saint-Martin<a id=
+"FNanchor_14"></a><a href="#Footnote_14" class="fnanchor">[14]</a>,
+qu’elles appartenaient pour la plupart, non pas au Soudan, mais au
+Sahara ou en tout cas au pays berbère. Berlioux<a id=
+"FNanchor_15"></a><a href="#Footnote_15" class="fnanchor">[15]</a>
+a<span class="pagenum" id="Page_55">[55]</span> voulu retrouver
+dans les noms donnés par Ptolémée des noms actuels de villes ou de
+pays soudanais, mais ses identifications me semblent bien
+hasardées, par exemple celle de <em>Velegia</em> avec
+«&nbsp;Oulmidden&nbsp;» et celle de <em>Panagra</em> avec
+«&nbsp;Demâgherim&nbsp;»&nbsp;! Tout au plus peut-on rapprocher le
+<em>Tagama</em> de Ptolémée, qui d’après lui était une ville située
+sur la rive nord du Niger, du nom des «&nbsp;Tagama&nbsp;» ou
+«&nbsp;Teggama&nbsp;», tribu berbère citée par les auteurs arabes
+et que nous retrouvons aujourd’hui, sous le double nom de
+«&nbsp;Tagama&nbsp;» et de «&nbsp;Kel-Haoussa&nbsp;», sur la rive
+gauche du Niger dans la région de Tombouctou.</p>
+
+<p>Quant à son <em>Thamondakana</em>, la longitude et la latitude
+qu’il en donne (17° de latitude nord et 23° de longitude est en
+partant des Canaries) correspondraient à peu près à celles de
+l’ancienne ville saharienne de Tadmekket ou Es-Souk, située au Nord
+de Gao&nbsp;; mais nous avons vu avec quelle méfiance il convenait
+d’accepter les positions de Ptolémée. Qu’était sa <em>Nighira
+Metropolis</em>, située comme <em>Velegia</em> et <em>Tagama</em>
+sur la rive nord du <em>Nighir</em>&nbsp;? Il serait bien difficile
+de le déterminer, à moins qu’on veuille l’identifier avec l’antique
+Ghâna, dont nous parlerons plus loin et qui se trouvait dans les
+environs du Néma actuel, non loin de Oualata, et au Nord-Ouest de
+la région lacustre du Débo et du Faguibine ou lac Nigritique de
+Ptolémée.</p>
+
+<p>En ce qui concerne sa ville de <em>Panagra</em>, qu’il place
+aussi sur la rive nord du <em>Nighir</em> (alors qu’il place
+<em>Thamondakana</em> sur la rive sud), peut-être serait-il permis
+de la rapprocher du pays de <em>Ouangara</em> dont nous ont parlé
+les auteurs arabes et qui représentait pour les plus anciens
+d’entre eux, très vraisemblablement, les régions comprises entre la
+Falémé et le Niger et dont les districts aurifères du Bambouk et du
+Bouré ont fait la célébrité. Nous retrouvons encore ce nom, sous
+les formes <em>Gbangara</em>, <em>Gouangara</em>, <em>Gangara</em>
+et <em>Gangaran</em>, appliqué de nos jours à l’une des provinces
+de ce pays. Vers la fin du Moyen-Age, le nom fut donné
+indistinctement à tous les sujets de l’empire de Mali, lequel avait
+pris possession de ces mines d’or d’ailleurs voisines de son
+territoire primitif (le Manding actuel)&nbsp;; plus tard encore, on
+s’en servit plus spécialement pour désigner ceux des sujets de
+l’empire qui habitaient son extrême nord,<span class="pagenum" id=
+"Page_56">[56]</span> c’est-à-dire les Soninké, qui avaient plus de
+contact que les autres avec les voyageurs venus du Maghreb. Il
+n’est pas téméraire de supposer que Ptolémée avait eu connaissance
+des mines d’or du Ouangara, puisque, vers 80 après J.-C., Julius
+Maternus s’était avancé du Fezzan jusque dans l’Aïr, pour obéir à
+l’ordre que lui avait donné l’empereur Domitien de rechercher les
+mines d’or déjà fameuses du pays des Noirs. Il n’est pas
+invraisemblable non plus de penser que Ptolémée situait ces mines
+plus au nord qu’elles ne sont en réalité, les plaçant sur la rive
+septentrionale du Sénégal au lieu de les mettre sur la rive
+méridionale, et qu’il faisait du fleuve qui arrose le Ouangara (le
+Sénégal) une simple dérivation du Niger&nbsp;: la même théorie a
+été adoptée plus tard par les géographes arabes et européens. Mais
+ce n’est là qu’une hypothèse.</p>
+
+<p>L’ébauche rudimentaire de géographie soudanaise qu’avaient
+esquissée les savants grecs et latins demeura durant huit siècles
+en l’état où l’avait laissée Ptolémée, et il nous faut arriver aux
+Arabes pour la voir se développer et se préciser, dans des limites
+d’ailleurs restreintes. Au <span class="sc2">X</span><sup>e</sup>
+siècle après J.-C., Ibn-Haoukal accomplit un voyage à la frontière
+septentrionale du pays des Noirs et vit une partie du cours moyen
+du Niger, qu’il baptisa du nom de <em>Nil</em>, supposant qu’il
+coulait vers l’Est jusqu’en Nubie et qu’il se confondait là avec le
+fleuve d’Egypte, ainsi que l’avaient supposé Pline et Ptolémée.
+Bekri, qui vivait au <span class="sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle
+et qui, grâce sans doute à l’excellence des documents qu’il put
+utiliser, est certainement de tous les géographes arabes le
+meilleur et le plus exact en ce qui concerne le nord du Soudan,
+nous donne, le premier, des informations sur le cours du Sénégal et
+complète celles d’Ibn-Haoukal relatives au Niger&nbsp;;
+malheureusement il confond ces deux fleuves sous le nom unique de
+<em>Nil</em>, bien qu’il les distingue cependant implicitement en
+faisant couler dans l’Atlantique le Nil de Tekrour et en faisant
+couler vers l’Est le Nil de Ras-el-Ma. Edrissi, qui vivait au
+siècle suivant, n’a guère fait que reproduire les indications de
+Bekri, avec beaucoup moins d’exactitude et de précision&nbsp;; dans
+son ouvrage aussi il n’est question que du <em>Nil</em>, tantôt
+coulant de l’Est à l’Ouest dans la région de Tekrour et se
+jetant<span class="pagenum" id="Page_57">[57]</span> dans
+l’Atlantique (Sénégal), tantôt coulant de l’Ouest à l’Est dans la
+région de Gao (Niger), pour aller se confondre en Nubie avec le Nil
+d’Egypte.</p>
+
+<p>Le fameux géographe Yakout (<span class=
+"sc2">XIII</span><sup>e</sup> siècle) s’en tient également à
+l’appellation de Nil pour le Sénégal, le Niger et le vrai
+Nil&nbsp;; mais il semble cependant avoir eu le pressentiment que
+le Nil de Gao (Niger) n’était pas le même fleuve que le Nil
+d’Egypte, qu’il fait sortir des «&nbsp;monts de la Lune&nbsp;».
+Ibn-Saïd, qui mourut en 1286, fait délibérément un même bassin
+fluvial du Niger, du lac Tchad et du Nil, et englobe le tout sous
+le sempiternel nom de <em>Nil</em>&nbsp;; Aboulféda fait de même au
+début du <span class="sc2">XIV</span><sup>e</sup> siècle&nbsp;: ces
+deux géographes semblent avoir ignoré le Sénégal. Il en est de même
+du célèbre voyageur Ibn-Batouta qui, vers 1352, visita une partie
+du haut Niger un peu en amont de Ségou et décrivit le cours de ce
+fleuve en aval jusqu’au Noupé&nbsp;: pour lui aussi, ce fleuve
+était le Nil et, du Noupé, il le fait aller à Dongola.</p>
+
+<p>A l’époque où Ibn-Batouta accomplissait son voyage, des
+navigateurs normands, espagnols et italiens avaient commencé déjà à
+longer la côte occidentale d’Afrique et avaient redécouvert,
+environ deux mille ans après l’amiral carthaginois Hannon,
+l’embouchure du Sénégal&nbsp;: ce sont eux qui donnèrent à ce
+fleuve le nom qu’il porte encore. On dit communément que cette
+appellation lui vient de ce que les Berbères Zenaga ou Sanaga
+habitaient sa rive nord, mais il se pourrait fort bien que cette
+étymologie soit inexacte et que le Sénégal ait reçu son nom du pays
+que traverse son cours inférieur&nbsp;: ce pays est appelé
+<em>Senegana</em> ou <em>Sangana</em> par Bekri, qui semble
+appliquer ce terme à une région ou à une tribu occupant à peu près
+le territoire que se partagent aujourd’hui les Maures Trarza et les
+Ouolofs, c’est-à-dire à cheval sur le bas Sénégal. Ce nom de
+<em>Senegana</em> n’a assurément rien à faire avec celui des
+Zenaga&nbsp;: d’abord parce que l’orthographe adoptée par Bekri
+pour les deux mots est complètement différente&nbsp;; ensuite parce
+que les Maures ont conservé de nos jours encore ce terme, sous la
+forme <em>Isongân</em>, pour désigner la rive ouolove du bas
+Sénégal, et qu’ils prononcent et écrivent de façon très distincte
+ce dernier mot d’une<span class="pagenum" id="Page_58">[58]</span>
+part et le nom des Zenaga de l’autre&nbsp;; enfin parce qu’il est
+plus que probable que, au temps de Bekri, les Zenaga venaient
+seulement de se porter jusqu’au Sénégal, que les Noirs étaient
+encore beaucoup plus nombreux que les Berbères sur la rive nord et
+que les <em>Senegana</em> ou gens du <em>Senegana</em> étaient —
+Bekri le dit explicitement — des Nègres et non pas des
+Berbères.</p>
+
+<p>Lors des voyages de navigation accomplis à hauteur du Cap Vert
+dans la première moitié du <span class="sc2">XIV</span><sup>e</sup>
+siècle, il est probable que les Zenaga étaient répandus déjà dans
+le pays actuel des Trarza, mais il devait y avoir encore beaucoup
+de Noirs au nord du Sénégal, et il n’est même pas invraisemblable
+de supposer que ces Noirs possédaient le territoire et peut-être
+exerçaient l’hégémonie politique. En tout cas le <em>Senegana</em>
+ou <em>Isongân</em> devait comprendre alors les deux rives du bas
+fleuve et c’est probablement le nom de ce pays qui fut donné par
+les premiers navigateurs européens au fleuve qui le traversait.</p>
+
+<p>Sur l’une des premières cartes que nous possédions de cette
+région, le portulan des Médicis de 1351, le fleuve Sénégal figure
+sous le nom de <em>Senegany</em><a id="FNanchor_16"></a><a href=
+"#Footnote_16" class="fnanchor">[16]</a>. Les cartes postérieures
+adoptèrent en général l’orthographe <em>Senega</em>,
+<em>Sanaga</em> ou <em>Çanaga</em>&nbsp;; ce n’est qu’au
+<span class="sc2">XVIII</span><sup>e</sup> siècle, semble-t-il, que
+l’on commença à employer l’orthographe «&nbsp;Sénégal&nbsp;»<a id=
+"FNanchor_17"></a><a href="#Footnote_17" class="fnanchor">[17]</a>.
+Mais il est à remarquer que, jusqu’au <span class=
+"sc2">XVI</span><sup>e</sup> siècle, presque toutes les cartes
+portent deux orthographes différentes pour le nom des Zenaga et
+celui du fleuve Sénégal&nbsp;: c’est ainsi que Denis Fernandez
+(1446) appelle les premiers <em>Assenages</em> et le second
+<em>Sanaga</em>, que Cadamosto (1455) appelle les premiers
+<em>Azanaghes</em> et le second <em>Senega</em> et parle d’un
+royaume de <em>Senega</em> qui était le Djolof, que la carte de
+Thevet (1575) porte un royaume des <em>Zanhaga</em> à hauteur du
+cap Blanc et plus au sud un royaume de <em>Sénéga</em> bordé au
+nord par un fleuve <em>Sénéga</em> arrosant une ville de
+même<span class="pagenum" id="Page_59">[59]</span> nom, que la
+carte de <em>Livio Sanuto</em> (1588) indique les <em>Zanhagæ
+populi</em> et le <em>Çanaga fluvius</em>. Marmol (fin du
+<span class="sc2">XVI</span><sup>e</sup> siècle) nous dit bien que
+l’on a appelé momentanément le fleuve arrosant le royaume de
+<em>Gualata</em> (Oualata) «&nbsp;rivière des
+<em>Sénègues</em>&nbsp;» (c’est-à-dire des Zenaga), mais il
+entendait sans doute par là le Niger et non le Sénégal&nbsp;; en
+tout cas il nous apprend que le bas-fleuve — ici, c’est bien du
+Sénégal qu’il s’agit — était appelé <em>Senedec</em> par les
+<em>Sénègues</em> (Zenaga) et <em>Senega</em> par les Portugais
+parce qu’un navigateur de cette nation — il s’agit de Lancelot du
+Lac, qui visita le Sénégal en 1447 — avait donné au fleuve le nom
+d’un royaume avec le prince duquel il avait trafiqué tout
+d’abord<a id="FNanchor_18"></a><a href="#Footnote_18" class=
+"fnanchor">[18]</a>&nbsp;: les habitants de ce royaume, des Ouolofs
+sans doute, appelaient eux-mêmes ce fleuve <em>Ovidech</em>. Marmol
+ajoute que la langue des Ouolofs était le <em>zungay</em> et Moore,
+dans ses <em>Travels in Africa</em> (1737), appelle les Ouolofs
+<em>Zanguay</em>. Il semble permis de conclure de tout cela que le
+nom du Sénégal vient, plutôt que de celui des Zenaga, du mot
+<em>Senegana</em> ou <em>Senegan</em>, qui désignait autrefois les
+Ouolofs et leur pays et qui désigne encore de nos jours, au moins
+parmi les Maures, la partie de la vallée du Sénégal habitée par les
+Ouolofs.</p>
+
+<p>Cadamosto, qui visita en 1455 et 1457 la côte du Sénégal, fait
+de ce fleuve, du Niger et du Nil un même cours d’eau sortant de
+l’intérieur du continent et envoyant une branche vers l’Egypte et
+une autre (le Niger) vers l’Atlantique, où elle se déversait par
+deux canaux, le Sénégal et la Gambie. Le voyageur arabe
+Hassan-ibn-Mohammed, plus connu sous le nom de Léon l’Africain, qui
+écrivit son récit vers 1520, partage à peu près la même
+opinion&nbsp;: il place la source du Niger dans un grand lac situé
+dans le désert de <em>Séou</em> (probablement le Tchad,<span class=
+"pagenum" id="Page_60">[60]</span> qui avoisine le pays des Arabes
+Shoa) et le fait couler vers l’Ouest jusqu’à ce qu’il atteigne
+l’Océan, le confondant ainsi avec le Sénégal&nbsp;; il ajoute que
+ce fleuve dérive d’un bras du Nil qui, après avoir passé sous
+terre, est venu former le lac d’où sortirait le Niger. Ramusio
+(1550) établit, d’après les indications fournies par Léon, une
+carte sur laquelle le Niger, à hauteur de Tombouctou, commence à
+former un delta dont les bras principaux sont le Sénégal, la Gambie
+et le Rio-Grande. Joao de Barros (1552-53) continue la même
+tradition, réduisant seulement le delta au <em>Senega</em> et à la
+<em>Gamber</em>. Forlani de Vérone (1562) et Ortelius (1570)
+adoptent à peu près le même système&nbsp;: la mappemonde d’Ortelius
+fait déverser le Niger dans l’Océan par le Sénégal et le
+Rio-Grande. Thevet (1575) reproduit sur sa <em>Table d’Afrique</em>
+les indications de Ramusio et donne trois bouches au Niger&nbsp;:
+le Sénégal, la Gambie et le Rio-Grande&nbsp;; la principale
+nouveauté de sa carte consiste dans la traduction naïve qu’il a
+faite du mot «&nbsp;Niger&nbsp;»&nbsp;: il inscrit délibérément
+<em>Noir Fl.</em> Quant à Marmol, qui s’inspire surtout de Barros
+dans sa <em>Descripcion general de Africa</em> parue de 1573 à
+1599, il en tient pour le delta formé du Sénégal et de la
+Gambie&nbsp;; il nous apprend d’autre part que son
+«&nbsp;Niger-Sénégal&nbsp;» porte, de Tombouctou à l’Océan, les
+noms successifs de <em>Oued-Nichar</em> (rivière Niger) chez les
+Arabes, <em>Yça</em> ou <em>Iza</em> chez les gens de
+«&nbsp;Tombut&nbsp;», <em>Zimbala</em> ou <em>Zimbale</em> chez les
+gens habitant à l’Est du «&nbsp;Tocror&nbsp;», <em>Colle</em> chez
+les «&nbsp;Saragoles&nbsp;», <em>Maye</em> chez les
+«&nbsp;Turcorons&nbsp;» ou «&nbsp;Tucorons&nbsp;» ou
+«&nbsp;Tucorols&nbsp;», <em>Dengueh</em> chez les
+«&nbsp;lalofes&nbsp;» ou «&nbsp;Gelofes&nbsp;» et <em>Senedec</em>
+chez les «&nbsp;Sénègues&nbsp;», l’appellation <em>Senega</em>
+étant donnée par les Portugais à l’extrémité de son cours
+inférieur&nbsp;; il ajoute que le confluent du «&nbsp;fleuve
+blanc&nbsp;» (Bakhoy) et du «&nbsp;fleuve rouge&nbsp;» (Baoulé) est
+appelé <em>Busitemba</em> par les «&nbsp;Saragoles&nbsp;»<a id=
+"FNanchor_19"></a><a href="#Footnote_19" class=
+"fnanchor">[19]</a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_61">[61]</span>Livio Sanuto
+(1588) s’écarte de ses prédécesseurs en énumérant trois fleuves à
+peu près parallèles coulant de l’Est à l’Ouest et se jetant dans
+l’Atlantique, avec sources, cours et embouchures distincts&nbsp;;
+ces fleuves sont, du Nord au Sud&nbsp;: le <em>Çanaga</em>, qui
+d’ailleurs représente à la fois le moyen Niger et le Sénégal, la
+<em>Gambia</em> et enfin le <em>Niger</em>, qui en réalité
+correspond au Rio-Grande.</p>
+
+<p>A la fin du <span class="sc2">XVII</span><sup>e</sup> siècle, le
+géographe hollandais Dapper confondait encore en un seul fleuve le
+Niger et le Sénégal et lui attribuait un cours Est-Ouest avec delta
+multiple. Il identifie à la légère le <em>Sanaga</em> avec le
+<em>Daras</em> de Ptolémée — lequel était le Dara ou Oued-Draa,
+comme je l’ai dit plus haut — et reproduit les indications de
+Marmol sur l’origine du nom donné au Sénégal par les Portugais,
+ainsi que sur les différentes appellations de ce fleuve et du Niger
+le long de leur parcours, ajoutant seulement que le mot
+<em>Zimbala</em> est usité chez les <em>Baganes</em>, c’est-à-dire
+sans doute les Mandé du Bagana ou Baghena.</p>
+
+<p>Quatre ans après que l’ouvrage de Dapper avait été traduit en
+français, en 1690, le sieur La Courbe, inspecteur général de la
+Compagnie du Sénégal, poussait une reconnaissance jusqu’aux chûtes
+du Félou (près et en amont de Médine) et affirmait, le premier, que
+le Sénégal et le Niger ne pouvaient être un seul et même
+fleuve.</p>
+
+<p>Cependant les géographes furent quelque temps encore avant
+d’admettre la vérité&nbsp;: Guillaume Delisle partagea d’abord
+l’erreur ancienne et, dans ses cartes publiées de 1700 à 1707,
+confondit, lui aussi, le Sénégal avec le Niger&nbsp;; mais en 1722,
+il attribua un bassin distinct à chacun des quatre fleuves auxquels
+il donna les noms de Sénégal, Gambie, Rio-Grande et Niger. Enfin
+d’Anville, dans la seconde moitié du <span class=
+"sc2">XVIII</span><sup>e</sup> siècle, revint à la théorie des
+grands géographes arabes et fit couler le Niger vers l’Est,
+réalisant d’ailleurs sur les arabes un réel progrès, puisqu’il
+distinguait nettement son bassin de celui du
+Sénégal&nbsp;;<span class="pagenum" id="Page_62">[62]</span> mais
+il ignorait encore le cours inférieur du Niger et le faisait se
+terminer dans l’intérieur du Soudan.</p>
+
+<p>Ce n’est qu’en 1830 que le problème de l’embouchure du Niger fut
+définitivement résolu. Mungo-Park, lorsqu’il partit en 1795 pour
+son premier voyage, était persuadé que le Niger allait se jeter
+dans le Congo&nbsp;; il ne put alors le descendre que jusqu’à
+quelque distance en aval de Sansanding et fit en 1805 une nouvelle
+tentative qui se termina, l’année suivante, par sa mort et celle de
+ses derniers compagnons dans les rapides de Boussa, en sorte que le
+bas Niger avait encore gardé son secret. D’autre part Mungo-Park,
+en accréditant, sur la foi de renseignements erronés, la légende
+des montagnes de Kong, contribua à perpétuer l’ignorance dans
+laquelle on était de l’hydrographie de la Boucle du Niger et en
+particulier du cours supérieur de la Volta, ignorance qui ne prit
+fin qu’en 1889 avec l’exploration de M. Binger. Cependant en 1817
+James Riby, devançant les découvertes ultérieures, affirmait que le
+Niger, après avoir décrit l’arc de cercle que l’on connaissait
+déjà, venait se jeter dans le golfe de Guinée. L’année suivante
+Mollien, sans reconnaître précisément l’emplacement exact des
+sources du Sénégal et de la Gambie, donnait de bonnes indications
+sur la région d’où sortent les hauts affluents de ces deux fleuves
+et détruisait définitivement la légende des communications de ces
+fleuves entre eux ou de l’un d’eux avec le Niger. Quatre ans plus
+tard (1822), Gordon Laing indiquait la place approximative des
+sources du Niger. Peu après (1824), Denham, Clapperton et Oudney
+démontraient que le Niger et le Tchad constituaient deux bassins
+entièrement différents. Enfin, en 1830, Richard Lander, ancien
+domestique de Clapperton, qui avait déjà atteint Boussa en 1826
+avec son maître, peu avant la mort de ce dernier à Sokoto, gagnait
+le fleuve à ce même point de Boussa qui avait été le terminus
+malheureux du voyage de Mungo-Park, et le descendait en pirogue
+jusqu’au golfe de Bénin&nbsp;: le cours entier du grand fleuve
+soudanais, au moins dans ses grandes lignes, était définitivement
+connu, dix-huit siècles après que Pline en avait parlé pour la
+première fois. Il ne demeurait à déterminer que l’emplacement exact
+de ses sources, dont l’une des principales<span class="pagenum" id=
+"Page_63">[63]</span> — celle du Tembiko — fut découverte le 30
+octobre 1879 par Zweifel et Moustier, agents de l’armateur C.-A.
+Verminck de Marseille.</p>
+
+<p>Restait la Volta, à laquelle, en raison de la croyance à la
+fameuse chaîne des montagnes de Kong, on n’accordait qu’une étendue
+fort restreinte. C’est seulement en 1889 que, revenant en France
+après sa superbe exploration, M. Binger révélait l’inexistence de
+cette chaîne et donnait, sur le cours supérieur et l’importance de
+la Volta, des indications très précises que les voyageurs qui le
+suivirent n’eurent qu’à compléter<a id="FNanchor_20"></a><a href=
+"#Footnote_20" class="fnanchor">[20]</a>.</p>
+
+<p class="space-above15"><a id="p1c02s2"></a><span class=
+"bold">Bassin de la Comoé.</span> — Les cours d’eau qui arrosent le
+Haut-Sénégal-Niger appartiennent tous aux bassins de quatre
+fleuves, d’importance très diverse, qui sont, par ordre de
+longueur, le <em>Niger</em>, la <em>Volta</em>, le <em>Sénégal</em>
+et la <em>Comoé</em><a id="FNanchor_21"></a><a href="#Footnote_21"
+class="fnanchor">[21]</a>.</p>
+
+<p>La Comoé n’a, en ce qui concerne sa branche principale, qu’une
+longueur totale de 750 kilomètres environ&nbsp;; ce
+fleuve<span class="pagenum" id="Page_64">[64]</span> n’intéresse
+que médiocrement le Haut-Sénégal-Niger, car il ne l’arrose que par
+la partie supérieure de ses branches extrêmes, la <em>Léraba</em>
+(fleuve de Léra) ou haute Comoé occidentale et la <em>Komonoba</em>
+(fleuve des Komono) ou haute Comoé orientale, et quelques-uns de
+leurs affluents&nbsp;; ces branches ou affluents, souvent à sec ou
+presque durant une partie de l’année, ne sont jamais navigables,
+même pour des pirogues, et, loin de concourir à la fertilité du
+pays qu’ils arrosent, ils le rendent au contraire en partie
+inhabitable en raison des vastes marécages, inutilisables et
+malsains, dont ils se trouvent bordés à la saison des hautes eaux.
+On sait d’ailleurs que le cours inférieur de la Comoé est lui-même
+impropre à la navigation, étant coupé fréquemment, jusqu’à 60
+kilomètres environ en amont de son embouchure, par des rapides que
+les plus petits vapeurs et souvent même les pirogues ne peuvent
+franchir, et se trouvant privé d’accès du côté de la mer par suite
+de la barre de Grand-Bassam.</p>
+
+<p>Notons, à titre documentaire, que la Léraba et la Komonoba ou
+Baoulé prennent toutes les deux leur source, à peu de distance
+l’une de l’autre, dans le pays des Tagba ou Tagoua (cercle de
+Bobo-Dioulasso), entre Sifarasso et Ouorodara, à peu près à hauteur
+de Bobo-Dioulasso et à l’Ouest de cette ville.</p>
+
+<p class="space-above15"><a id="p1c02s3"></a><span class=
+"bold">Bassin du Sénégal.</span> — Tout autre est le Sénégal&nbsp;:
+non seulement ce fleuve, depuis la plus reculée de ses sources —
+celle du Bafing — jusqu’à son embouchure, mesure environ 1.500
+kilomètres de long, c’est-à-dire le double de la Comoé, mais sa
+largeur, son débit d’eau, sa profondeur relative même aux plus
+basses eaux dans la partie inférieure de son cours, ses rives
+nettement délimitées qui se prêtent peu aux débordements, la
+possibilité pour les navires — quoique non continue et souvent
+malaisée — de franchir la barre de Saint-Louis et de passer
+directement de l’Océan sur le fleuve, enfin et surtout les 700
+kilomètres de Saint-Louis à Kayes navigables en toute saison pour
+des chalands, cinq mois de l’année pour des vapeurs calant 1 m. 30
+et deux à trois mois pour des navires de fort tonnage à 4 mètres de
+tirant d’eau, font du Sénégal une précieuse voie de transport pour
+la colonie du Haut-Sénégal-Niger.<span class="pagenum" id=
+"Page_65">[65]</span> Bien que les irrégularités de la navigation
+ne donnent pas entière satisfaction et que l’on se trouve forcé de
+doubler, en quelque sorte, le Sénégal, par la voie ferrée en
+construction de Kayes à Thiès-Dakar, il n’en est pas moins vrai que
+le Sénégal a été jusqu’ici la seule voie d’accès vers le Soudan
+Français et qu’il demeurera toujours, même après l’achèvement du
+Thiès-Kayes, une excellente et économique voie de transport durant
+une partie de l’année.</p>
+
+<p>Le Sénégal proprement dit est formé à Bafoulabé (rencontre des
+deux fleuves) par la réunion du <em>Bafing</em> (fleuve noir) et du
+<em>Bakhoy</em> ou Badié ou encore Bagoué (fleuve blanc)&nbsp;; ce
+dernier lui-même doit son importance à son affluent le
+<em>Baoulé</em> (fleuve rouge), qu’il reçoit entre Toukoto et
+Badoumbé. Le Bafing prend sa source en Guinée, non loin de Timbo et
+du col de Koumi, dans le même massif d’où sort le Tinkisso, l’une
+des branches du haut Niger. Le Bakhoy naît également dans la
+Guinée, à quelque distance au Nord-Ouest de Siguiri. Quant au
+Baoulé, son bassin est tout entier compris dans le
+Haut-Sénégal-Niger&nbsp;: il est formé à l’origine par plusieurs
+ruisseaux qui prennent leur source dans les collines longeant le
+Niger entre Kangaba et Bamako et dont l’un sort de Kati, à douze
+kilomètres seulement du Niger, ce qui indique combien est étroite
+la zone séparant le haut bassin du Sénégal de la haute vallée du
+Niger.</p>
+
+<p>Le Sénégal ne devient navigable qu’en aval de Kayes, après avoir
+reçu sur sa rive droite un affluent assez important, le
+<em>Kolembiné</em> (rivière noire), qui provient de la région des
+mares avoisinant Nioro. Un peu au-delà d’Ambidédi, un autre
+affluent vient aussi se jeter sur sa rive droite&nbsp;: c’est le
+marigot de <em>Karakoro</em>, qui sert de limite entre le
+Haut-Sénégal-Niger et la Mauritanie. Enfin, un peu avant d’arriver
+à Bakel et au moment où il quitte le Haut-Sénégal-Niger, le Sénégal
+reçoit, sur sa rive gauche cette fois, un très important affluent,
+la <em>Falémé</em>, qui prend sa source sur la frontière de la
+Guinée, non loin de la source de la Gambie, et sert de limite au
+Haut-Sénégal-Niger depuis son cours supérieur jusqu’à son
+embouchure, à l’exception d’une faible portion de son cours
+inférieur, à hauteur de<span class="pagenum" id=
+"Page_66">[66]</span> Tamboura et de Sénoudébou, où ses deux rives
+appartiennent à la colonie du Sénégal.</p>
+
+<p class="space-above15"><a id="p1c02s4"></a><span class=
+"bold">Bassin de la Volta.</span> — La Volta est un peu plus longue
+que le Sénégal, puisqu’on compte plus de 1.600 kilomètres depuis la
+source extrême de la Volta Noire jusqu’à l’embouchure du fleuve
+dans le golfe de Guinée. Mais elle présente, en ce qui concerne le
+Haut-Sénégal-Niger, un intérêt bien moindre que le Sénégal&nbsp;:
+d’abord son embouchure est située dans une colonie anglaise
+(Gold-Coast) et son cours inférieur est tout entier en pays
+étranger, tantôt coulant à travers la colonie anglaise, tantôt
+servant de limite entre celle-ci et la colonie allemande du
+Togo&nbsp;; ensuite son embouchure est à peu près dans la même
+situation que celle de la Comoé, c’est-à-dire obstruée par une
+barre infranchissable aux navires&nbsp;; enfin le bief inférieur,
+où des embarcations d’un certain tonnage peuvent circuler, ne
+commence qu’après que le fleuve a pénétré en Gold-Coast, près du
+confluent de la Volta Noire et de la Volta Blanche. A la vérité, on
+peut utiliser une partie de la Volta Noire coulant en territoire
+français, depuis Koury jusqu’au confluent du Bougouriba et même à
+la rigueur jusqu’à la rencontre du 10° de latitude nord (environ
+350 kilomètres), pour la navigation à l’aide de chalands plats de 2
+à 5 tonnes&nbsp;; mais ces transports, sans issue vers le Sud ni le
+Nord, ne peuvent présenter qu’un intérêt purement local et ils ne
+seraient appelés à quelque développement qu’au cas où la Volta
+Noire serait réunie, soit au Bani par une voie ferrée de Koury à
+San, soit au prolongement futur des chemins de fer de la Côte
+d’Ivoire, de la Guinée ou du Haut-Sénégal-Niger. De plus, s’il est
+en général aisé de descendre la Volta Noire en chaland, il est
+parfois très dur d’en remonter le courant. Enfin le manque de
+profondeur en amont de Koury, la fréquence des rapides en aval du
+10° de latitude nord et la violence de ces rapides à partir du
+point où la Volta pénètre dans la Côte d’Ivoire restreignent par
+trop l’étendue de ce bief relativement navigable.</p>
+
+<p>Les branches et gros affluents de la haute Volta, comme ceux de
+la haute Comoé, ont des bords excessivement marécageux
+et<span class="pagenum" id="Page_67">[67]</span> inhabitables en
+général sur une largeur de 2 à 5 kilomètres sur chaque rive, tant à
+cause de la présence des mouches tsétsé qu’en raison de la nature
+argileuse du sol, qui se transforme en boue épaisse lors des
+inondations et se durcit quand les eaux se retirent. Ces
+inondations sont dues généralement, non pas au débordement des
+rivières — la Volta Noire en particulier a des berges très élevées
+—, mais au manque d’écoulement des eaux de pluie, qui s’accumulent
+le long du fleuve dans une sorte de cuvette plus basse que la berge
+et ne communiquant que de loin en loin avec la branche principale
+par des affluents qui d’ailleurs présentent la même
+disposition.</p>
+
+<p>La <em>Volta Noire</em> ou occidentale est la plus longue et la
+plus importante des deux branches principales dont la réunion, près
+et à l’Ouest de Salaga, forme la Volta proprement dite. Elle prend
+sa source à Sifarasso, au Sud et près de la route de Sikasso à
+Bobo-Dioulasso, tout près des sources de la Comoé. Par suite d’un
+phénomène assez particulier, la Volta a un cours à peu près
+parallèle à celui du Niger, formant une boucle assurément beaucoup
+plus modeste que celle de ce dernier fleuve mais de courbe et de
+direction analogues&nbsp;: après avoir coulé vers le Nord-Est
+jusqu’à Koury — comme le Niger jusqu’à Tombouctou — elle
+s’infléchit ensuite vers l’Est, puis vers le Sud-Est, à peu près
+comme le Niger se comporte entre Tombouctou et le 11° de latitude
+Nord&nbsp;; au delà du même parallèle, de même que le Niger se
+dirige nettement au Sud jusqu’à Djebba, pour couler ensuite vers
+l’Est-Sud-Est jusqu’au confluent de la Bénoué et reprendre enfin la
+direction du Sud jusqu’à son embouchure, de même la Volta fait du
+Sud pendant toute la partie de son cours qui sert de limite aux
+possessions françaises et anglaises, puis de l’Est-Sud-Est jusqu’au
+confluent de l’Oti et ensuite du Sud jusqu’à la mer.</p>
+
+<p>Les principaux affluents de la Volta Noire, dans la partie de
+son cours appartenant au Haut-Sénégal-Niger, sont&nbsp;: sur sa
+rive droite, le <em>Poni</em> ou Bammasso qui arrose Gaoua et le
+<em>Bougouriba</em> qui arrose Diébougou&nbsp;; sur sa rive gauche,
+le <em>Sourou</em>, qui naît non loin de Ouahigouya, décrit une
+boucle de sens opposé à celle de la Volta Noire et vient finir à
+Koury&nbsp;; lorsque la crue se fait<span class="pagenum" id=
+"Page_68">[68]</span> sentir dans la haute Volta Noire, les eaux de
+ce fleuve s’engouffrent dans le Sourou, qui semble alors remonter
+vers sa source&nbsp;; lorsque le niveau baisse dans le Volta, les
+eaux du Sourou reprennent leur cours normal et viennent à leur tour
+alimenter le fleuve principal.</p>
+
+<p>La <em>Volta Blanche</em> ou orientale naît, dans les cercles de
+Ouahigouya et de Dori, par deux branches prenant leur source au
+Sud-Ouest et à l’Est de Djibo&nbsp;; elle a un cours sensiblement
+Nord-Sud. Elle reçoit dans la Gold-Coast, sur sa rive droite, un
+affluent de médiocre importance qu’on appelle la Volta Rouge et
+dont le cours commence près et à l’Ouest de Ouagadougou.</p>
+
+<p>La troisième branche de la Volta, l’<em>Oti</em>, est formée de
+la réunion du <em>Pépiénou</em>, qui prend sa source entre Koupéla
+et Fada-n-Gourma, et du <em>Pendjari</em>, qui naît au Dahomey et
+traverse, en faisant d’immenses détours, le cercle de
+Fada-n-Gourma.</p>
+
+<p class="space-above15"><a id="p1c02s5"></a><span class=
+"bold">Bassin du Niger.</span> — Avec le Niger, nous arrivons à un
+bassin hydrographique d’une bien autre importance. Depuis le
+Tembi-Kounda (frontière de la Guinée et du Sierra-Leone) jusqu’à
+Akassa (point central du delta du Niger), l’immense nappe d’eau n’a
+pas moins de 3.800 kilomètres de long, soit presque exactement
+l’ensemble des longueurs totalisées de la Volta, du Sénégal et de
+la Comoé réunis.</p>
+
+<p>Après s’être grossi du Milo à l’Est et du Tinkisso à l’Ouest, le
+Niger pénètre dans le Haut-Sénégal-Niger en aval de Siguiri, reçoit
+encore, sur sa rive droite, en face de Kangaba, le
+<em>Sankarani</em>, puis coule jusqu’à Koulikoro dans une vallée
+rocheuse souvent très resserrée, barrée de forts rapides entre
+Bamako et Koulikoro&nbsp;: parmi ces rapides, il convient de citer
+ceux de <em>Sotuba</em>, près de Bamako, où le bras le plus
+important du fleuve n’a pas toujours trente mètres de large.</p>
+
+<p>En aval de Koulikoro, la vallée s’élargit&nbsp;; les collines
+qui la forment s’abaissent et s’espacent peu à peu, les rochers
+font place aux bancs de sable, les berges s’aplatissent et le lit
+du fleuve se transforme petit à petit en une nappe dont la crue ou
+la décrue réglera seule l’étendue. A partir de Ségou, le Niger
+n’est plus un fleuve proprement dit, mais une vallée de
+faible<span class="pagenum" id="Page_69">[69]</span> déclivité au
+milieu de laquelle coule une grande masse d’eau. A hauteur de
+Dienné et en aval, des communications s’établissent entre le Niger
+et le Bâni.</p>
+
+<p>Ce <em>Bâni</em> (petit fleuve, en langue mandé) ou
+<em>Mayèl-Balévèl</em> (rivière noire, en langue peule) est en
+somme le seul affluent important du Niger, mais il constitue à lui
+seul un véritable fleuve dont la branche principale a plus de 900
+kilomètres de long. Cette branche principale, appelée
+<em>Bâgbê</em> ou Bagoé (fleuve blanc) dans son cours supérieur,
+prend sa source à la Côte d’Ivoire, au Sud de la route d’Odienné à
+Tombougou, pénètre dans le Haut-Sénégal-Niger entre Tengréla et
+Ngorho, se grossit successivement du <em>Bâfing</em> (fleuve noir),
+du <em>Bânigbê</em> (petit fleuve blanc) et du <em>Baoulé</em>
+(fleuve rouge), qui tous les trois proviennent aussi de la Côte
+d’Ivoire, puis du <em>Bânifing</em> (petit fleuve noir), devient le
+Bâni, passe à San et à Dienné, et se confond avec le Niger à
+Mopti.</p>
+
+<p>Comme je le disais plus haut, des communications se sont déjà
+établies entre le Niger et le Bâni, ou plutôt, comme ce n’est plus
+assez de deux vallées pour charrier l’énorme quantité d’eau qui
+arrive des deux côtés de Dienné, le Niger se transforme en un lacet
+de canaux auquel vont bientôt s’entremêler des lacs et qui va
+constituer un système excessivement curieux et intéressant depuis
+Dienné jusqu’à Tombouctou. Reconnaître, en cette région, où se
+trouve le lit propre du Niger est chose à peu près impossible.</p>
+
+<p>A Diafarabé, à l’Ouest-Nord-Ouest de Dienné, le fleuve forme un
+V dont l’un des bras se dirige vers Mopti (qui s’appelle en songaï
+<em>Issa-ka</em>, c’est-à-dire «&nbsp;arrivée du fleuve&nbsp;») et
+l’autre, dit <em>Dia</em> ou <em>Diaga</em>, vers le lac Débo. En
+aval de Mopti, nouvelle communication par un canal transversal
+entre les deux canaux principaux, qui se réunissent dans le <em>lac
+Débo</em> après avoir donné naissance à un troisième canal, le
+<em>Kolikoli</em>, lequel se dirige vers Saraféré par le <em>lac
+Korienza</em>. A la sortie du Débo, l’un des deux canaux
+principaux, l’<em>Issa-Ber</em> (grand fleuve, en songaï), se
+dirige vers Niafounké, tandis que l’autre, le <em>Bara-Issa</em>
+(fleuve du Bara), va rejoindre à Saraféré le canal de Korienza. Les
+deux branches maîtresses se réunissent ensuite près
+d’El-Oualedji,<span class="pagenum" id="Page_70">[70]</span> à
+l’endroit appelé <em>Issa-feï</em> (partage du fleuve), pour former
+peu après, en se séparant encore une fois, l’<em>île de Koura</em>,
+un peu en aval de Tombouctou.</p>
+
+<p>Entre Niafounké et El-Oualedji, la branche occidentale dessert
+plusieurs lacs, dont les principaux sont le <em>lac Horo</em> et le
+<em>lac Fati</em> et ceux de moindre importance les lacs
+<em>Tenda</em>, <em>Kabara</em>, <em>Soumpi</em>, <em>Takadyi</em>
+et <em>Gaouati</em>&nbsp;; entre El-Oualedji et Koura, elle dessert
+encore les grands lacs de Goundam et de <em>Ras-el-Ma</em> ou
+<em>Hari-bongo</em> ou encore <em>Issa-bongo</em> (mots qui veulent
+dire, le premier en arabe et les deux autres en songaï, «&nbsp;tête
+de l’eau&nbsp;» ou «&nbsp;tête du fleuve&nbsp;»)&nbsp;: lacs
+<em>Télé</em>, <em>Faguibine</em> ou Fangabina,
+<em>Daouna-keïna</em> et <em>Daouna-ber</em>, tandis que la branche
+orientale dessert les lacs <em>Haribongo</em>, <em>Garou</em>,
+<em>Dô</em>, <em>Nangaï</em>, <em>Hagoundou</em>, <em>Koratou</em>,
+etc.</p>
+
+<p>Toute cette partie de la vallée du moyen Niger, comprise, d’une
+façon générale, entre Sansanding et Tombouctou, est une véritable
+région lacustre, dont l’aspect se modifie étrangement selon les
+saisons et où, indépendamment des bras et lacs principaux qui
+viennent d’être énumérés, existent de nombreux canaux de dérivation
+et lacs ou mares temporaires&nbsp;: cette région constitue la zone
+d’inondation du Niger, zone qui, aux périodes de grande crue,
+couvre en largeur une étendue de 150 à 200 kilomètres d’où
+n’émergent plus que les mamelons où sont construits les
+villages.</p>
+
+<p>Il est facile de conclure de ce qui précède quelle est
+l’importance du Niger au double point de vue de l’agriculture et
+des facilités de transport. Les terres de la vallée nigérienne,
+dont la nature argileuse est tempérée par une quantité suffisante
+de sable, ne deviennent pas dures et cassantes, comme celles du
+bassin de la Volta, lorsque les eaux d’inondation se
+retirent&nbsp;: elles deviennent au contraire un sol
+merveilleusement fécond et propice à la culture, comme à la
+croissance d’herbes de pâturage, et il n’est pas téméraire de
+penser que, maintenant que la sécurité assurée aux indigènes leur
+permet de s’attacher davantage à leur sol, la région du moyen Niger
+deviendra rapidement la plus riche de tout le Soudan.</p>
+
+<p>D’autre part les produits qui y seront récoltés
+trouveront<span class="pagenum" id="Page_71">[71]</span> dans le
+Niger lui-même une voie de transport économique et relativement
+constante&nbsp;: des vapeurs à faible tirant d’eau peuvent en effet
+circuler durant six mois de l’année entre Koulikoro et Gao, et le
+reste du temps des chalands peuvent être utilisés dans des
+conditions satisfaisantes. Ces chalands peuvent même, en janvier et
+février, continuer au-delà de Gao jusqu’à Niamey. La faible portion
+du fleuve où les rapides s’opposent à la navigation, entre
+Koulikoro et Bamako, a été doublée d’une voie ferrée&nbsp;: en
+sorte que, grâce à l’utilisation successive des chemins de fer et
+des fleuves, on a actuellement une voie de transport à peu près
+satisfaisante depuis le port de Dakar jusqu’à Gao, voie qui sera
+améliorée encore par l’achèvement de la ligne directe de Dakar à
+Koulikoro par Thiès, Diourbel et Kayes.</p>
+
+<p>Le bief supérieur du Niger est lui aussi navigable une bonne
+partie de l’année, quoique dans des conditions moins bonnes, entre
+Bamako et Kouroussa, où aboutit depuis quelques mois la voie ferrée
+partant du port de Conakry. On peut également remonter en chaland
+plusieurs des affluents du haut Niger et se rendre ainsi de Bamako
+et Siguiri à Kankan par le Milo et de Bamako à 75 kilomètres
+d’Odienné par le Sankarani et son affluent le Gouanhala, au moins à
+l’époque des hautes eaux. Le Bâni permet d’assurer les transports
+entre Mopti et la région de Sikasso par Dienné et San.</p>
+
+<p>Tout cela constitue un réseau navigable assurément imparfait, en
+raison de la différence des niveaux selon les saisons, mais qui a
+déjà été perfectionné et pourra l’être encore par l’exécution de
+quelques travaux et qui, tel qu’il existe, est fort appréciable en
+un pays où les cours d’eau se prêtent si rarement à la navigation
+et où les voies et moyens de transport sont en général
+embryonnaires et coûteux.</p>
+
+<p>En aval de Tombouctou, quoique parsemé d’îles et d’îlots, le
+Niger forme un fleuve beaucoup plus régulier qu’en amont. Après
+avoir traversé la région sablonneuse qui s’étend de Tombouctou à
+Bourem, son lit redevient rocheux aux approches de Gao et il est
+coupé çà et là de rapides dont les principaux sont ceux d’Ayorou et
+de Labezenga, mais dont aucun ne constitue<span class="pagenum" id=
+"Page_72">[72]</span> d’obstacle vraiment sérieux à la navigation,
+au moins à la période des hautes eaux. C’est seulement après sa
+sortie du territoire français que le Niger présente des seuils
+infranchissables (région de Boussa), qui séparent nettement le long
+bief moyen du bief maritime.</p>
+
+<p>La rive droite du Niger, ou plus exactement toute la région
+située sur la rive droite, entre le lac Débo et Say, porte en
+songaï le nom de <em>Gourma</em> ou celui de <em>Hari-banda</em>
+(que nous avons orthographié <em>Aribinda</em>)&nbsp;; les pays de
+la rive gauche sont compris sous la dénomination de
+<em>Haoussa</em> ou <em>Aoussa</em>, aussi bien à hauteur du Débo
+qu’à hauteur de Bamba, de Gao et de Say<a id=
+"FNanchor_22"></a><a href="#Footnote_22" class="fnanchor">[22]</a>.
+Ces appellations sont souvent employées comme termes d’orientation,
+mais il est facile de voir qu’elles revêtent alors des acceptions
+multiples et fort diverses, selon le lieu où l’on se trouve&nbsp;:
+ainsi, du Débo à Tombouctou, Gourma désigne l’Est et Haoussa
+l’Ouest&nbsp;; de Tombouctou à Bourem, Gourma désigne le Sud et
+Haoussa le Nord&nbsp;; enfin, en aval de Bourem, Gourma voudra dire
+l’Ouest et Haoussa l’Est. Il est également facile de comprendre
+combien est peu exacte l’application que nous avons faite de
+certains de ces termes à telle ou telle région localisée de la
+Boucle du Niger, en appelant par exemple Gourma le cercle de
+Hombori et celui de Fada-n-Gourma et Aribinda le pays situé au Sud
+de Tombouctou et celui situé à l’Ouest de Dori&nbsp;: en réalité
+tout l’intérieur de la Boucle du Niger mérite ces deux noms de
+Gourma ou Aribinda.</p>
+
+<p>Il n’est peut-être pas inutile de parler ici des ports de
+Tombouctou. Le principal, en ce sens qu’il est le plus constant,
+est <em>Korioumé</em>, situé sur le Niger même. Mais à Korioumé, un
+canal se détache du Niger et vient atteindre <em>Daï</em>, à 10
+kilomètres de Tombouctou, pour rejoindre le fleuve principal en
+aval. De plus, un canal qu’on dit artificiel, dont on attribue la
+création ou tout au moins l’aménagement à un roi de Gao et qui fut
+élargi au début du <span class="sc2">XIX</span><sup>e</sup> siècle
+par le roi du Massina Sékou Amadou, amène l’eau de Daï à
+<em>Kabara</em>, à 7 kilomètres de Tombouctou.<span class="pagenum"
+id="Page_73">[73]</span> Enfin, lors des grandes crues, le courant
+se fraie un passage, dans l’Est de Kabara, jusqu’à 300 mètres de la
+ville même de <em>Tombouctou</em><a id="FNanchor_23"></a><a href=
+"#Footnote_23" class="fnanchor">[23]</a>.</p>
+
+<p>Tombouctou possède donc en réalité quatre ports&nbsp;: Korioumé,
+utilisable toute l’année et en tout temps&nbsp;; Daï, qui ne l’est
+guère que de septembre à avril&nbsp;; Kabara, qui le devient de
+novembre à avril&nbsp;; et enfin l’un des faubourgs de Tombouctou,
+mais l’accès de ce dernier port n’est possible que dans les années
+de grande crue (tous les trois ans environ) et seulement au mois de
+janvier.</p>
+
+<p>Le plus ou moins d’abondance des pluies dans la région
+soudanaise a en effet une influence considérable, non seulement sur
+le plus ou moins d’extension de la zone inondée, mais aussi sur la
+limite atteinte par les eaux dans les lacs, dépressions et canaux
+issus du Niger. Tous ces lacs et canaux en effet ne sont que des
+déversoirs&nbsp;: ils n’alimentent pas le Niger, mais sont
+alimentés par lui. Lorsque la crue a été exceptionnellement forte
+dans le haut fleuve, le Faguibine est rempli jusqu’à Ras-el-Ma, les
+Daouna se transforment en lacs et l’eau reflue vers le Nord dans
+les canaux de dérivation sahéliens et sahariens, qui sont eux aussi
+des déversoirs plutôt que des affluents, comme le marigot de
+Niamina, les parties basses des vallées du Tilemsi, de l’Azaouag,
+etc., et les maigres rivières, telles que le Gorouol et la Sirba,
+qui traversent la région de mares temporaires séparant, du côté de
+Dori, le bassin de la Volta du bas Niger. Lorsqu’au contraire la
+crue a été faible, l’eau ne se répand que peu en dehors du fleuve
+lui-même et de ses bras principaux, les lacs ne sont plus que des
+étangs et beaucoup de mares ou de vallées demeurent sèches pendant
+une ou plusieurs années.</p>
+
+<p>Dans une communication récente<a id="FNanchor_24"></a><a href=
+"#Footnote_24" class="fnanchor">[24]</a>, le lieutenant
+Salvy<span class="pagenum" id="Page_74">[74]</span> constate que,
+au cours des quinze dernières années, il y a eu diminution
+progressive du lac Faguibine et assèchement des Daouna&nbsp;:
+l’eau, qui arrivait à Ras-el-Ma lors des crues de 1894, n’arrivait
+plus l’an dernier qu’à une quarantaine de kilomètres à l’Est de ce
+point. Il suppose que, indépendamment de causes climatériques
+passagères, ce dessèchement serait dû à une cause générale et
+constante qui affecterait tout le Nord du Soudan. Je ne crois pas
+devoir partager son opinion&nbsp;: au <span class=
+"sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle, selon le témoignage de Bekri,
+le point de Ras-el-Ma (tête de l’eau) méritait déjà son nom par sa
+position à la limite extrême des crues&nbsp;; il serait singulier
+que, si une cause constante de dessèchement existait réellement, la
+limite des crues fût demeurée identique pendant neuf siècles au
+moins pour reculer brusquement ensuite. Il est beaucoup plus
+probable que cette limite varie et a toujours varié selon les
+années ou plutôt selon des périodes de plusieurs années chacune,
+proportionnellement avec les quantités d’eau tombées, et que, si le
+maximum a toujours été à Ras-el-Ma — au moins depuis les débuts de
+la période historique —, le minimum a varié et variera encore
+d’époque en époque&nbsp;; il est vraisemblable qu’avant 1894 la
+limite extrême des crues avait déjà reculé bien des fois jusqu’au
+minimum constaté en 1910 et peut-être plus loin encore et que,
+après une suite d’années pluvieuses, Ras-el-Ma redeviendra de
+nouveau la «&nbsp;tête de l’eau&nbsp;».</p>
+
+<div class="plate">
+<div class="figcenter iw3">
+<figure id="map01"><a href="images/map01_large.jpg"><img src=
+'images/map01.jpg' alt=''></a>
+<p class="cp1">CARTE 1. — Limites, hydrographie et orographie.</p>
+</figure>
+</div>
+</div>
+
+<div class="footnotes" id="ftp1c02">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_5"></a><a href="#FNanchor_5"><span class=
+"label">[5]</span></a>Voir la <a href="#map01">carte 1</a> à la fin
+du chapitre III et la <a href=
+"https://www.gutenberg.org/files/77846/77846-h/77846-h.htm#map22">carte
+d’ensemble</a> à la fin de l’ouvrage.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_6"></a><a href="#FNanchor_6"><span class=
+"label">[6]</span></a>Il semble que c’est Aristote qui, le premier,
+ait cité le voyage de Hannon, dont nous ont parlé ensuite
+Eratosthène, Strabon, Pline et Ptolémée.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_7"></a><a href="#FNanchor_7"><span class=
+"label">[7]</span></a>Hérodote, livre IV, XLIII.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_8"></a><a href="#FNanchor_8"><span class=
+"label">[8]</span></a>Hérodote, livre IV, CXCVIII.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_9"></a><a href="#FNanchor_9"><span class=
+"label">[9]</span></a>Livre II, XXXII à XXXIV.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_10"></a><a href="#FNanchor_10"><span class=
+"label">[10]</span></a>Les Nasamons étaient des Berbères habitant
+la province de la Cyrénaïque appelée aujourd’hui Barka, à l’Est de
+la Tripolitaine.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_11"></a><a href="#FNanchor_11"><span class=
+"label">[11]</span></a>Une autre branche saharienne du Niger,
+représentée aujourd’hui par l’Azaouag, qui sort des montagnes du
+Sahara Central pour aboutir sur le bas Niger en aval de Niamey, a
+été reconnue par les derniers explorateurs du Sahara, et notamment
+par le capitaine Cortier. On y a trouvé des crocodiles, ce qui
+tendrait à prouver que cet oued a eu autrefois une importance plus
+considérable et des relations aquatiques avec le Niger plus réelles
+que de nos jours.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_12"></a><a href="#FNanchor_12"><span class=
+"label">[12]</span></a>Pline dit expressément que les
+<em>Ethiopiens Nigrites</em> sont appelés ainsi du nom du fleuve
+qui arrose leur pays.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_13"></a><a href="#FNanchor_13"><span class=
+"label">[13]</span></a>Ptolémée supposait d’ailleurs que le
+<em>Ghir</em>, coulant vers l’Est, passait au travers des
+«&nbsp;gorges garamantiques&nbsp;» (montagnes du Fezzan) et, après
+avoir disparu sous terre, réapparaissait dans le marais ou lac
+<em>Nuba</em>, sans doute pour y former une branche supérieure du
+Nil.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_14"></a><a href="#FNanchor_14"><span class=
+"label">[14]</span></a><em>Le Nord de l’Afrique dans l’antiquité
+grecque et romaine</em>, 1863.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_15"></a><a href="#FNanchor_15"><span class=
+"label">[15]</span></a><em>Doctrina Ptolemæi ab injuria recentiorum
+vindicata</em>, 1874.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_16"></a><a href="#FNanchor_16"><span class=
+"label">[16]</span></a>Cultru, <em>Histoire du Sénégal</em>, page
+25.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_17"></a><a href="#FNanchor_17"><span class=
+"label">[17]</span></a>A titre d’information, il convient de noter
+que le mot <em>asenghêl</em>, en berbère, signifie
+«&nbsp;inondation&nbsp;». Dans un manuscrit arabe encore inédit,
+rapporté de Tombouctou par M. Bonnel de Mézières et datant,
+semble-t-il, du <span class="sc2">XVII</span><sup>e</sup> siècle,
+le pays situé entre le Fouta et l’Atlantique est désigné sous le
+nom de <em>Sénékal</em> ou <em>Sénégal</em>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_18"></a><a href="#FNanchor_18"><span class=
+"label">[18]</span></a>Le moine franciscain Gaby, qui écrivit en
+1689 une relation de son voyage au Sénégal (<em>Relation de la
+Nigritie</em>), nie l’existence, au moins à cette époque, d’un
+royaume du nom de <em>Senega</em>, royaume dont l’existence avait
+été affirmée quelques années auparavant par Moreri dans son
+dictionnaire (édition de Lyon, 1683). Il n’y a pas à tenir compte
+de la documentation du Père Gaby, qui faisait sortir d’une même
+source, située à quelque distance à l’est du Khasso, le Sénégal, le
+Niger et le Joto (?), moins d’un an avant la reconnaissance de La
+Courbe au Khasso et aux chûtes du Félou.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_19"></a><a href="#FNanchor_19"><span class=
+"label">[19]</span></a>Dans ces noms on retrouve, à peine déformés,
+ceux par lesquels les peuples riverains du Niger et du Sénégal
+traduisent le mot «&nbsp;fleuve&nbsp;» et désignent la rivière
+principale, quelle qu’elle soit, traversant leur pays&nbsp;: en
+songaï <em>issa</em>, en soninké ou sarakollé <em>kollé</em> ou
+<em>kholé</em>, en peul ou toucouleur <em>mâyo</em>, en ouolof
+<em>dêkh</em> ou <em>dêh</em> et au cas déterminé <em>dêkh-gui</em>
+ou <em>dêh gui</em> (comparez l’<em>Ovidech</em> de Lancelot du Lac
+et le <em>Senedec</em> des «&nbsp;Sénègues&nbsp;» de Marmol).
+<em>Zimbala</em> n’est autre que le mot mandé <em>dyimbala</em>,
+qui signifie «&nbsp;lieu de la grande eau&nbsp;» et qui est donné
+de nos jours à une partie de la zone d’inondation du Niger. Quant à
+<em>Busitemba</em>, on peut rapprocher ce terme de
+<em>Badoumbé</em>, qui veut dire «&nbsp;fleuve rouge&nbsp;» en
+soninké.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_20"></a><a href="#FNanchor_20"><span class=
+"label">[20]</span></a>La Volta doit son nom, soit aux sinuosités
+de son cours inférieur, qui l’auraient fait appeler ainsi par les
+Portugais, soit au nom que donnent les indigènes à son embouchure
+et qui, d’après ce qu’on m’a affirmé, serait <em>Folita</em>. Comme
+tous les grands fleuves africains, elle ne porte pas, dans les
+langues locales, de nom spécial, et chaque tribu riveraine la
+désigne par un mot qui, dans son idiome, ne signifie pas autre
+chose que «&nbsp;le fleuve&nbsp;» (<em>Mâné</em> chez les Dagari,
+<em>Mîro</em> chez les Lobi, <em>Môrhe</em> chez les Nounouma,
+etc.). Il en est de même du Sénégal et du Niger, comme l’avaient
+déjà observé Marmol et Dapper. Cependant les peuples de langue
+mandé désignent souvent le Niger — en outre du mot <em>bâ</em> qui
+veut dire simplement «&nbsp;fleuve&nbsp;» — par l’appellation plus
+particulière de <em>Bâba</em> (le fleuve grand) ou celle de
+<em>Diêlibâ</em>, orthographiée souvent à tort
+«&nbsp;Dioliba&nbsp;», qui veut dire «&nbsp;le fleuve des
+Diêli&nbsp;», c’est-à-dire des «&nbsp;griots&nbsp;» ou chanteurs et
+musiciens professionnels&nbsp;; de même les Haoussa l’appellent
+tantôt <em>Baba-n-goulbi</em> (le grand fleuve), tantôt
+<em>Kouara</em>, mot dont j’ignore l’étymologie.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_21"></a><a href="#FNanchor_21"><span class=
+"label">[21]</span></a>Contrairement aux indications données par
+certaines cartes, le bassin du Bandama est entièrement en dehors du
+Haut-Sénégal-Niger&nbsp;: les cours d’eau naissant près de Ngorho
+(cercle de Bobo-Dioulasso) et donnés parfois comme des affluents
+supérieurs du Bandama sont en réalité, les uns des affluents du
+Bagbê (bassin du Niger), les autres des affluents de la Léraba
+(bassin de la Comoé). Les reconnaissances exécutées dans le cercle
+de Korhogo de 1904 à 1907, notamment celles de M. Terrasson de
+Fougères, ont démontré que le Bandama prenait sa source au Sud de
+la route de Korhogo à Tombougou, traversait cette route et
+contournait Korhogo au Nord pour se diriger ensuite vers le
+Sud.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_22"></a><a href="#FNanchor_22"><span class=
+"label">[22]</span></a>Peut-être y a-t-il quelque rapport entre ce
+terme et le nom des Haoussa, dont le pays est en effet à l’Est de
+la rive gauche du Niger au moins pour la partie du fleuve en aval
+de Gao.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_23"></a><a href="#FNanchor_23"><span class=
+"label">[23]</span></a>On prétend qu’autrefois c’était à l’Ouest de
+Kabara que l’eau se frayait un passage et que, comme elle venait
+inonder de temps à autre un quartier de Tombouctou — le
+<em>Tarikh-es-Soudân</em> relate plusieurs de ces inondations — les
+habitants comblèrent ce passage à l’endroit où se trouve
+aujourd’hui la dune Amadia, forçant ainsi les eaux à refluer vers
+l’Est.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_24"></a><a href="#FNanchor_24"><span class=
+"label">[24]</span></a>Dans <em>la Géographie</em>, décembre
+1910.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3 class="pb"><span class="pagenum" id="Page_75">[75]</span><a id=
+"p1c03"></a>CHAPITRE III<a id="FNanchor_25"></a><a href=
+"#Footnote_25" class="fnanchor">[25]</a></h3>
+
+<p class="sch1">Orographie</p>
+
+<p>A qui rechercherait les altitudes élevées, le système
+orographique du Haut-Sénégal-Niger se présenterait comme plutôt
+maigre&nbsp;: il ne semble pas en effet que l’on rencontre dans la
+colonie des sommets dépassant mille mètres, et encore le nombre de
+ceux qui atteignent cette altitude est-il fort restreint. On les
+trouve dans la région de Hombori (boucle du Niger) et peut-être
+dans le cercle de Satadougou, près des sources de la Falémé, au
+point d’aboutissement vers le Nord du massif dit du
+Fouta-Diallon.</p>
+
+<p>Ce dernier massif s’étend en réalité depuis les sources du
+Bandama et du Bâgbê (Côte d’Ivoire) jusqu’à celles de la Gambie
+(Guinée), suivant une direction générale Sud-Est Nord-Ouest&nbsp;;
+il donne naissance d’une part à tous les petits fleuves côtiers qui
+se jettent à la mer entre Grand-Lahou et Bathurst (Bandama,
+Sassandra, Cavally, Nuon ou Cestos, Saint-Jean, Saint-Paul, Makona,
+Sherbro, Roquelle, Grande et Petite Scarcies, Konkouré, Rio-Grande,
+Gambie) et, d’autre part, aux branches principales du Niger et du
+Sénégal (Bâgbê, Baoulé, Sankarani, Milo, Tembiko, Tinkisso pour le
+Bâni et le Niger, Bafing et Falémé pour le Sénégal). Les plus hauts
+sommets de ce massif sont situés dans la région où se touchent la
+Guinée, le Libéria et la Côte d’Ivoire (Nimba ou Nuonfa 1.644 m.,
+Momy 1.400 m., Dou 1.339 m., Soulou 1.121 m., Gouékouma 1.026 m.,
+d’après les observations barométriques de M. Aug. Chevalier en
+1909). Le massif semble s’abaisser en se dirigeant vers le
+Nord-Ouest et ce sont ses derniers contreforts dans
+cette<span class="pagenum" id="Page_76">[76]</span> direction qui,
+seuls, touchent à la colonie du Haut-Sénégal-Niger dans les cercles
+de Satadougou, de Kita et de Bamako.</p>
+
+<p>Là ils se soudent, pour ainsi dire, à un autre système, beaucoup
+moins important comme altitude et comme étendue, qui sépare la
+haute vallée du Niger du bassin du Sénégal. Ce système est
+constitué par une sorte de crête irrégulière tombant par pentes
+abruptes et étagées du côté du Niger, à très peu de distance du
+fleuve, parfois même bordant le fleuve lui-même, comme à Koulikoro,
+d’une haute falaise rocheuse, et se prolongeant, sur le versant
+d’où sortent le Bakhoy, le Baoulé et leurs affluents, en une série
+de collines tantôt isolées et tantôt groupées ou ramifiées qui
+s’étendent vers l’Ouest de façon à déterminer les vallées très
+resserrées de ces branches du Sénégal et ensuite du Sénégal
+lui-même jusqu’à Kayes.</p>
+
+<p>Ce système prend fin vers le Nord à partir de l’endroit où le
+Niger s’élargit et s’étale avant de pénétrer dans la région
+lacustre, c’est-à-dire à hauteur de Ségou environ. On ne rencontre
+plus ensuite qu’une succession de mamelons très peu élevés et de
+plateaux bas, d’où émergent parfois quelques collines isolées qui,
+en raison même de leur isolement, ont au premier abord des aspects
+de montagne que leur altitude est loin de justifier.</p>
+
+<p>Sur la rive droite du Niger, entre ce fleuve et le Bâni,
+apparaît un troisième système qui se soude vers le Sud, du côté
+d’Odienné (Côte d’Ivoire), avec les dernières ramifications
+orientales du massif dit du Fouta-Diallon et qui suit la direction
+du Niger, venant clore son étroite vallée du côté de l’Est à peu
+près comme le système précédemment décrit la clot du côté de
+l’Ouest, quoique avec un relief moins considérable. Comme il arrive
+aussi pour la chaîne de la rive gauche, celle de la rive droite est
+moins abrupte sur le versant qui ne regarde pas le fleuve et se
+prolonge de ce côté par des ramifications qui déterminent les
+vallées des hautes branches du Bâni (Baoulé et Bâgbê), pour mourir
+peu à peu en arrivant près de la région des canaux et des
+inondations.</p>
+
+<p>Le quatrième système, plus original peut-être, commence au delà
+du Bâni et enserre tout le bassin supérieur de la
+Volta,<span class="pagenum" id="Page_77">[77]</span> qu’il sépare
+du bassin du Niger&nbsp;: c’est ce système que l’on a appelé tantôt
+le plateau central nigérien et tantôt le plateau de la Volta. Nous
+avons vu que le cours de la branche principale de la Volta est
+sensiblement parallèle au cours du Niger et forme une boucle
+inscrite à l’intérieur de la boucle de ce dernier fleuve&nbsp;: il
+résulte de ce phénomène que le système orographique qui nous occupe
+en ce moment se présente, d’une façon générale, sous la forme d’un
+arc de cercle parallèle lui aussi à la vallée du Niger, avec cette
+restriction qu’il épouse plus volontiers les contours du bassin de
+la Volta que ceux du Niger. Ce système a encore ceci d’analogue
+avec les précédents que son versant le plus abrupt et le plus
+accentué est en général celui qui regarde le Niger.</p>
+
+<p>Il commence à la Côte d’Ivoire par les massifs de collines
+séparant la haute Comoé du Bandama vers l’Ouest (monts du
+Niarhafolo) et de la Volta vers l’Est (monts de Kinnta)&nbsp;: ces
+deux branches initiales se soudent au Sud-Ouest de Bobo-Dioulasso,
+entre Sikasso et Gaoua, pour former le massif d’où sortent la
+Comoé, le Bougouriba, la Volta Noire et quelques affluents du
+Bâni&nbsp;; ce massif s’allonge ensuite pour suivre la rive gauche
+de la haute Volta Noire, puis se redresse entre Koury et Bandiagara
+pour former des sortes de falaises qui, par Douentza et Hombori,
+ferment, depuis le Bâni jusqu’à ce dernier point, la vallée du
+Niger<a id="FNanchor_26"></a><a href="#Footnote_26" class=
+"fnanchor">[26]</a>, présentant vers Hombori leurs altitudes
+culminantes et se dirigeant ensuite, par des courbes irrégulières,
+vers le Sud-Sud-Est jusqu’à la route de Djibo à Dori. Cette sorte
+de demi-cercle de falaises, qui d’ailleurs offre un certain nombre
+de solutions de continuité, pousse vers le Sud des ramifications à
+pentes plus douces qui s’insinuent entre les différentes branches
+supérieures de la Volta et finissent par ne plus constituer que des
+mamelons bas ou des pitons isolés. Entre Dori et le Dahomey, la
+falaise regardant le Niger s’atténue d’abord et se ramifie, pour
+contourner les quelques affluents du bas Niger qui traversent le
+cercle de Fada-n-Gourma, puis se reforme pour<span class="pagenum"
+id="Page_78">[78]</span> constituer le long massif de l’Atakora,
+qui court presque en ligne droite le long de la limite Sud-Est de
+ce cercle, isolant le bassin du Pendjari (ou haut Oti) du bassin du
+Niger et allant se souder vers le Sud au massif d’où sortira
+l’Ouémé.</p>
+
+<p>Ces quatre grands systèmes montagneux n’ont pas tous la même
+structure géologique et chacun d’eux se présente sous des aspects
+qui varient plus ou moins d’une région à une autre&nbsp;: en
+général le granit domine dans le Sud, avec des traces variables de
+quartz, tandis que le grès devient plus abondant dans le centre et
+que le calcaire ne se montre que dans le nord, à partir de la
+latitude de Koury. La latérite ferrugineuse domine à peu près
+partout sur les plateaux et les mamelons ou crêtes de faible
+hauteur. Aussi bien la géologie du Haut-Sénégal-Niger n’a été
+étudiée d’une façon scientifique et rationnelle que tout récemment,
+au Nord par M. Chudeau, au Sud par M. Henry Hubert, aux travaux
+desquels je crois préférable de renvoyer directement le
+lecteur.</p>
+
+<div class="footnotes" id="ftp1c03">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_25"></a><a href="#FNanchor_25"><span class=
+"label">[25]</span></a>Voir la <a href="#map01">carte 1</a> à la
+fin du présent chapitre.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_26"></a><a href="#FNanchor_26"><span class=
+"label">[26]</span></a>Cette ligne de falaises porte en songaï le
+même nom (<em>Hari-bongo</em> «&nbsp;tête de l’eau&nbsp;») que la
+pointe occidentale du lac Faguibine.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3 class="pb"><span class="pagenum" id="Page_79">[79]</span><a id=
+"p1c04"></a>CHAPITRE IV<a id="FNanchor_27"></a><a href=
+"#Footnote_27" class="fnanchor">[27]</a></h3>
+
+<p class="sch1">Régions naturelles</p>
+
+<p>Au point de vue de l’aspect du pays, de la constitution du sol,
+de la flore et de la faune, le Haut-Sénégal-Niger peut être divisé
+en trois grandes régions naturelles. Ces régions ou zones ne sont
+d’ailleurs pas nettement délimitées&nbsp;: elles se pénètrent l’une
+l’autre en bien des points et les indications qui vont suivre ne
+doivent être acceptées qu’à un point de vue tout à fait général et
+approximatif.</p>
+
+<p class="space-above15"><em>Région soudanaise.</em> — La partie
+Sud du Haut-Sénégal-Niger appartient à la zone africaine que l’on
+appelle communément la «&nbsp;région soudanaise&nbsp;», quelque
+impropre que soit cette dénomination au point de vue étymologique,
+le mot «&nbsp;Soudan&nbsp;» provenant de l’expression arabe
+<em>Blâd-es-Soudân</em>, qui signifie «&nbsp;pays des Nègres&nbsp;»
+et devant par suite s’appliquer logiquement à toute la partie du
+continent africain située au Sud du Sahara.</p>
+
+<p>Cette zone commence là où finissent les dernières ramifications
+de la grande forêt dense du golfe de Guinée et s’étend au Nord,
+très approximativement du reste, jusqu’un peu au delà du parallèle
+de Bamako. Il convient d’y ranger, dans le bassin du Sénégal, les
+pays situés sur la rive gauche de ce fleuve lui-même ou arrosés par
+ses branches principales, le Bafing, le Bakhoy et le Baoulé, et,
+dans les bassins du Niger et de la Volta, les pays situés au Sud
+d’une ligne passant à peu près par Koulikoro, Ségou, San, Koury,
+Ouahigouya et Fada-n-Gourma.</p>
+
+<p>Cette région est, d’une façon générale, celle où le terrain
+est<span class="pagenum" id="Page_80">[80]</span> le plus
+mouvementé&nbsp;; elle est arrosée, en dehors des fleuves
+proprement dits qui la traversent et de leurs affluents principaux,
+par de nombreux ruisseaux dont les uns ont une source permanente et
+dont les autres ne sont alimentés que par les pluies et peuvent se
+tarir complètement lors de la saison sèche. Bien que la forêt
+dense, telle qu’elle se présente à la basse Côte d’Ivoire par
+exemple, soit absente de cette région, il n’en faudrait pas
+conclure qu’il ne s’y rencontre pas de forêts&nbsp;: il s’en
+rencontre au contraire beaucoup et parfois d’assez étendues, tout
+au moins là où la densité de la population n’a pas contraint les
+habitants à les détruire pour se livrer sur leur emplacement à des
+cultures vivrières. Ces forêts se présentent sous deux aspects
+principaux&nbsp;: le long des rives de certains cours d’eau même
+temporaires, on a une bande souvent très étroite mais généralement
+très dense de végétation qui, tant par sa tenue que par les espèces
+la composant (palmiers à huile, raphias, lianes diverses, etc.),
+rappelle beaucoup la forêt dense de la Côte d’Ivoire&nbsp;; en
+dehors de cette circonstance spéciale, il existe un peu partout des
+bois plus ou moins étendus, possédant de très beaux arbres et des
+bosquets touffus, mais offrant cette caractéristique qu’il pousse
+de l’herbe sous les arbres et entre les bosquets, chose absolument
+inconnue dans la forêt dense du golfe de Guinée lorsqu’elle n’a pas
+été modifiée par l’œuvre de l’homme. Les plateaux latéritiques,
+bien que souvent la couche de terre qui les recouvre n’ait qu’une
+épaisseur de quelques millimètres, ne sont pas les endroits les
+plus pauvres en végétation arborescente&nbsp;: tout au contraire on
+y rencontre de vraies forêts, dont les arbres vont puiser
+l’humidité qui leur est nécessaire en insinuant leurs racines dans
+les fissures des roches. Ces forêts à sol pierreux sont les plus
+riches en lianes à caoutchouc.</p>
+
+<p>Les terrains trop argileux ou trop sablonneux, et aussi beaucoup
+de terrains dont le sol n’est pas mauvais pour la culture,
+constituent des savanes où les hautes herbes forment la presque
+totalité de la végétation, mais d’où émergent de place en place des
+arbustes et même des arbres de très belle venue, tels que des
+caïlcédras, des karités, des nérés, des fromagers,<span class=
+"pagenum" id="Page_81">[81]</span> des baobabs, etc. Il convient de
+dire que beaucoup de ces savanes étaient autrefois des forêts et
+que, si la nature de la végétation s’y est transformée, cela est dû
+non pas tant aux incendies de brousse qu’on accuse trop à la légère
+d’un déboisement auquel ils sont à peu près étrangers, qu’à un
+défrichement fait autrefois dans un but agricole&nbsp;: les arbres
+ayant été abattus et leurs souches enlevées, lorsque le terrain est
+rendu à lui-même, c’est de l’herbe qui les remplace.</p>
+
+<p>Tels sont les aspects sous lesquels se présente le plus
+communément la flore naturelle de la région dite soudanaise&nbsp;:
+bien entendu, je ne parle que des parties où la nature est
+abandonnée à elle-même et non de celles que le travail de l’homme a
+métamorphosées.</p>
+
+<p>La faune de cette région est assez riche, quoique le nombre des
+individus — non des espèces — y soit beaucoup plus restreint qu’on
+n’est souvent porté à le croire. On y rencontre comme mammifères
+l’éléphant (très rare sauf dans les districts les plus
+méridionaux), le buffle, de nombreuses espèces d’antilopes, la
+panthère et d’autres félins de plus petite taille, l’hyène, le
+phacochère et le potamochère, le fourmilier et le pangolin, le
+lièvre et de nombreux rongeurs, le cynocéphale, le singe vert et
+d’autres espèces de guenons, etc. Le lion est très rare. Je ne
+parle pas ici de la faune aquatique qui, elle, est à peu près la
+même sur toute l’étendue du Niger et comprend, comme mammifères,
+l’hippopotame et le lamentin.</p>
+
+<p class="space-above15"><em>Région sahélienne.</em> — Au nord de
+la région communément appelée «&nbsp;soudanaise&nbsp;» est la
+région dite «&nbsp;sahélienne&nbsp;». Le mot <em>sahel</em>, qui en
+arabe signifie «&nbsp;littoral&nbsp;»<a id=
+"FNanchor_28"></a><a href="#Footnote_28" class="fnanchor">[28]</a>,
+est appliqué par les Maures du Haut-Sénégal-Niger à la zone qui
+borde au Sud le Sahara et qui forme comme le «&nbsp;rivage&nbsp;»
+du désert. Il est appliqué également au rivage de l’Atlantique par
+les Maures de<span class="pagenum" id="Page_82">[82]</span> l’Adrar
+Mauritanien, en sorte que ce même terme désigne l’Ouest dans
+l’Adrar, le Nord-Ouest ou le Nord-Est au Fouta, le Nord à Kayes et
+le Sud à Tichit. Dans la pratique, les Européens appellent
+communément Sahel la région comprenant l’ensemble des cercles de
+Nioro, Goumbou et Sokolo&nbsp;; mais, entendue comme désignation
+géographique et climatologique, cette expression a un sens beaucoup
+plus large. En réalité le Sahel commence à quelque distance de la
+rive nord du Sénégal et du coude du Baoulé et, dans les bassins du
+Niger et de la Volta, aux environs de la ligne citée plus haut.</p>
+
+<p>Mais l’aspect du Sahel se modifie peu à peu à mesure que l’on
+avance vers le Nord&nbsp;: d’abord peu différent du Soudan propre,
+il accentue son caractère spécial à hauteur de Sokolo et de
+Bandiagara pour s’identifier de plus en plus avec le désert jusqu’à
+ce que l’on arrive au Sahara soudanais. La limite entre le Sahel et
+le Sahara soudanais peut être représentée par une ligne passant à
+une cinquantaine de kilomètres au Nord de Nioro et Goumbou,
+s’avançant jusque près de Bassikounou, atteignant le Niger à Mopti,
+gagnant de là Hombori en passant au Nord de Bandiagara et de
+Douentza, descendant ensuite vers le Sud jusqu’aux environs de
+Djibo, pour prendre alors une direction Est et rejoindre le Niger
+vers Niamey par Dori.</p>
+
+<p>Il ne serait pas exact de dire que le Sahel soit aride&nbsp;: la
+végétation y est même parfois plus dense qu’au Soudan, mais en
+général les arbres de belle venue y sont plus rares et surtout les
+arbustes épineux s’y montrent en quantité beaucoup plus
+considérable, dépassant les autres espèces en nombre à mesure qu’on
+s’avance vers le Nord, jusqu’à devenir à peu près les seuls
+représentants de la végétation arborescente lorsqu’on arrive au
+Sahara Soudanais. Il existe aussi des savanes, mais les herbes y
+sont plus maigres et de moins haute taille que dans les savanes du
+Soudan et paraissent d’ailleurs constituer de bien meilleurs
+pâturages.</p>
+
+<p>En dehors du cours inférieur de la Kolembiné dans le bassin du
+Sénégal et, dans le bassin du Niger, du fleuve lui-même et de ses
+canaux, il n’existe à peu près aucun cours d’eau au Sahel
+ressemblant à une rivière ou à un ruisseau&nbsp;: tout au plus
+rencontre-t-on<span class="pagenum" id="Page_83">[83]</span> des
+lits de dérivation où les eaux se déversent au moment des pluies et
+qui constituent une sorte d’intermédiaire entre les oueds sahariens
+et les cours d’eau temporaires de la région soudanaise. Mais en
+général l’eau n’apparaît que sous forme de mares ou étangs plus ou
+moins étendus qui se remplissent à la saison des pluies et dont
+plusieurs du reste ne se tarissent jamais complètement. La plupart
+des villages ne sont alimentés en eau que par ces mares ou par des
+puits.</p>
+
+<p>Quant aux roches qui constituent le terrain, elles se
+différencient de celles de la région soudanaise particulièrement en
+ceci que le calcaire se rencontre au Sahel, alors qu’il fait défaut
+plus au Sud. Par contre, la latérite soudanaise abonde encore au
+Sahel, tandis qu’elle fait défaut au Sahara. A ce point de vue
+comme à beaucoup d’autres, le Sahel représente la zone de
+transition entre la région soudanaise et le Sahara soudanais.</p>
+
+<p>En ce qui concerne la faune, on rencontre au Sahel à peu près
+les mêmes espèces qu’au Soudan, avec l’éléphant en moins, la girafe
+et l’autruche en plus&nbsp;; le lion y est aussi plus commun. Mais
+surtout, probablement en raison des plus grands espaces inhabités
+et aussi du nombre restreint des points d’eau, dont chacun devient
+en quelque sorte un rendez-vous forcé pour les bêtes sauvages, on
+voit beaucoup plus de gibier au Sahel qu’au Soudan et les chasses y
+sont bien plus fructueuses.</p>
+
+<p>Pour ce qui est des habitants humains, tandis qu’au Soudan les
+autochtones sont, à l’exception des tribus commerçantes et des
+castes d’artisans et de pêcheurs, presque exclusivement
+agriculteurs et appartiennent uniquement à la race noire, on
+rencontre au Sahel une très notable proportion de pasteurs
+semi-nomades de race blanche plus ou moins métissée (Maures et
+Peuls).</p>
+
+<p class="space-above15"><em>Sahara soudanais.</em> — La troisième
+région naturelle du Haut-Sénégal-Niger peut être dénommée
+«&nbsp;Sahara soudanais&nbsp;»&nbsp;; elle est appelée par les
+indigènes <em>Hodh</em> ou <em>Haoudh</em> dans sa partie
+occidentale, entre le Tagant et la région lacustre de Tombouctou,
+et <em>Azaouad</em> dans sa partie orientale, c’est-à-dire à
+l’intérieur de la Boucle du Niger entre Tombouctou et Tillabéry et
+au Nord<span class="pagenum" id="Page_84">[84]</span> de la Boucle
+jusqu’à Tessalit et Timiaouine environ<a id=
+"FNanchor_29"></a><a href="#Footnote_29" class="fnanchor">[29]</a>.
+Le Sahara soudanais est limité au Nord-Est par le Tanezrouft et au
+Nord-Ouest par le Djouf, qui appartiennent l’un et l’autre au
+Sahara proprement dit.</p>
+
+<p>La différence d’aspect et de climat entre ces deux parties du
+désert a été très nettement indiquée par MM. Gautier et
+Chudeau&nbsp;: alors qu’à partir de la région de Timiaouine et
+d’In-Ouzel, en allant vers le Nord, la végétation fait défaut en
+dehors des vallées des oueds et des dépressions qu’a favorisées une
+pluie occasionnelle d’ailleurs fort rare, le Sahara soudanais, où
+il pleut à peu près partout régulièrement tous les ans, renferme,
+sauf dans les régions particulièrement pierreuses, une végétation
+assurément fort maigre mais cependant visible. Il convient tout
+d’abord de mettre à part la zone d’inondation du Niger, entre Mopti
+et Tombouctou, qui participe plutôt du Sahel que du Sahara. En
+dehors de cette zone spécialement favorisée, on rencontre des
+arbres — des gommiers et autres mimosées principalement — dans le
+Hodh et l’Azaouad, à peu près jusqu’à hauteur de Bou-Djebiha, et
+ensuite des steppes et de maigres pâturages jusqu’à Timiaouine. A
+vrai dire, les arbres s’espacent et diminuent de hauteur à mesure
+qu’on va vers le Nord et de même les pâturages s’atrophient à
+mesure que l’on s’approche du Sahara proprement dit&nbsp;: mais il
+n’en demeure pas moins vrai que l’aspect du Sahara soudanais, dans
+son ensemble, est bien moins désolé que celui du Sahara algérien au
+sud des Oasis.</p>
+
+<p>Cette troisième région ne renferme des sédentaires proprement
+dits que dans la zone d’inondation de Mopti à Tombouctou, sur les
+rives mêmes du Niger en aval de Tombouctou, dans les rares villages
+permanents du Hodh (Kiffa, Tichit, Oualata, Néma, Bassikounou,
+etc.) et dans ceux plus rares encore et souvent insignifiants de
+l’Azaouad Nord (Mabrouk, Bou-Djebiha, Araouâne, etc.), ainsi que
+dans le centre salin de Taodéni. Cette population sédentaire se
+compose de Noirs agriculteurs et pêcheurs dans la vallée du Niger,
+de Noirs agriculteurs ou sauniers<span class="pagenum" id=
+"Page_85">[85]</span> dans les villages du Hodh et à Taodéni, et de
+quelques Arabes, Berbères ou métis d’Arabes et de Berbères,
+commerçants ou religieux, dans les mêmes villages et dans ceux,
+beaucoup moins populeux, de l’Azaouad Nord. Le reste du Sahara
+soudanais, c’est-à-dire la presque totalité de cette région, est
+habité ou parcouru par des nomades ou des semi-nomades, pasteurs de
+moutons et de chameaux, commerçants, caravaniers, guides et
+religieux. Les uns, dans le Hodh et l’Azaouad Nord, sont surtout
+des Maures d’origine arabe plus ou moins métissée, accompagnés de
+vassaux d’origine berbère et de <em>Harrâtîn</em> ou serfs
+d’origine nègre&nbsp;: tous, en dehors bien entendu des quelques
+habitants sédentaires des <em>ksour</em> ou villages, vivent sous
+la tente et peuvent être considérés comme de véritables nomades,
+transportant leurs campements, selon les années et les saisons, à
+des distances souvent considérables. Les autres, sur les deux rives
+du Niger et dans l’intérieur de la Boucle, sont principalement des
+Touareg, avec quelques Peuls qui ne dépassent guère les abords
+immédiats de la limite Nord du Sahel, accompagnés les uns et les
+autres de serfs d’origine nègre (<em>Bella</em> chez les Touareg,
+<em>Rimaïbé</em> chez les Peuls)&nbsp;: ceux-là vivent dans des
+huttes plutôt que sous des tentes, Touareg aussi bien que Peuls, et
+possèdent de véritables villages, temporaires il est vrai, mais ne
+se déplaçant en général que dans une aire de rayon restreint.</p>
+
+<p>Le Sahara soudanais renferme un nombre appréciable de puits,
+créés et entretenus par les indigènes&nbsp;; en dehors de ces
+puits, du Niger et des lacs et mares alimentés par le fleuve, il
+n’existe pas de points d’eau permanents. Quelques vallées médiocres
+recueillent temporairement l’eau des pluies dans la partie située à
+l’Ouest d’Araouâne, où devait se trouver probablement autrefois une
+sorte de branche saharienne du Niger. Dans la partie montagneuse
+située entre Bou-Djebiha et Timiaouine (Adrar Timetrhine), et qui
+n’est que le prolongement occidental de l’Adrar des Iforhass<a id=
+"FNanchor_30"></a><a href="#Footnote_30" class="fnanchor">[30]</a>,
+des vallées plus<span class="pagenum" id="Page_86">[86]</span>
+larges et plus profondes existent, qui se dirigent vers le
+Tilemsi.</p>
+
+<p>Si la région saharienne du Haut-Sénégal-Niger est pauvre en eau,
+elle est par contre assez riche en sel&nbsp;: c’est elle surtout
+qui a alimenté le pays des Noirs de ce précieux aliment jusqu’au
+jour où le perfectionnement de nos moyens de transport nous a
+permis d’amener sur les marchés du Soudan du sel des îles du Cap
+Vert ou d’Europe en état de concurrencer le sel saharien. Ce
+dernier provenait autrefois surtout des salines d’Aoulîl, situées
+dans le Trarza actuel, près du rivage de l’Atlantique, au Nord de
+Biakh, et des mines de Teghazza, ces dernières situées à 120
+kilomètres environ au Nord-Nord-Ouest de Taodéni&nbsp;; le sel
+d’Aoulîl était apporté, moitié par bateaux remontant le cours du
+Sénégal, moitié par des caravanes qui gagnaient le Sahel en
+traversant le Tagant. De nos jours, le sel vient surtout au Soudan
+des carrières de Taodéni, qui ont remplacé celles de Teghazza, par
+la voie d’Araouâne, et des salines d’Idjil, situées au Nord de
+l’Adrar Mauritanien, par la voie de Tichit&nbsp;; on importe aussi,
+mais en quantités bien moins considérables, du sel récolté dans un
+certain nombre de mares du Hodh, dont l’une des plus importantes se
+trouve près de Tichit même.</p>
+
+<p>On a souvent prétendu que le Sahara soudanais était autrefois
+mieux arrosé et par suite plus fertile qu’il ne l’est à l’heure
+actuelle&nbsp;: cette hypothèse n’est pas invraisemblable, surtout
+si l’on admet que le Niger de Pline et de Ptolémée tirait
+réellement de l’Atlas marocain une partie appréciable de ses eaux,
+ce qui d’ailleurs est loin d’être démontré. Mais il est fort
+probable que depuis fort longtemps, depuis sans doute le
+commencement de notre ère et peut-être beaucoup plus tôt, l’aspect
+général du Sahara ne s’est pas modifié d’une façon sensible. Au
+temps d’Hérodote, c’est-à-dire plus de quatre siècles avant J.-C.,
+cette partie de l’Afrique brillait déjà par l’absence d’eau et de
+végétation, puisque cet auteur nous dit qu’au Sud des côtes
+maritimes de Libye «&nbsp;on rencontre la Libye peuplée de bêtes
+féroces, au delà de laquelle est une élévation sablonneuse qui
+s’étend depuis Thèbes en Egypte jusqu’aux colonnes d’Hercule. On
+trouve dans ce pays sablonneux, environ de dix journées
+en<span class="pagenum" id="Page_87">[87]</span> dix journées, de
+gros quartiers de sel sur des collines<a id=
+"FNanchor_31"></a><a href="#Footnote_31" class=
+"fnanchor">[31]</a>&nbsp;; du haut de chacune de ces collines, on
+voit jaillir, au milieu du sel, une eau fraîche et douce. Autour de
+cette eau, on trouve des habitants, qui sont les derniers du côté
+des déserts&nbsp;»<a id="FNanchor_32"></a><a href="#Footnote_32"
+class="fnanchor">[32]</a>. Il convient de noter d’ailleurs qu’il ne
+s’agit dans ce passage que du Nord du Sahara, puisque Hérodote y
+place Aoudjila, Djerma (pays des Garamantes, Fezzan) et Ghadamès
+(pays des Atarantes). Quant au Sahara proprement dit, voici ce
+qu’en dit notre auteur&nbsp;: «&nbsp;Au dessus de cette élévation
+sablonneuse, vers le midi et l’intérieur de la Libye, on ne trouve
+qu’un affreux désert, où il n’y a ni eau, ni bois, ni bêtes
+sauvages&nbsp;; <em>on n’y trouve aucune humidité</em>&nbsp;»<a id=
+"FNanchor_33"></a><a href="#Footnote_33" class=
+"fnanchor">[33]</a>.</p>
+
+<p>La description d’Hérodote pourrait s’appliquer parfaitement à la
+partie du Sahara comprise entre les dernières oasis du Touat et
+Timiaouine, telle qu’elle se présente aujourd’hui à nos
+regards&nbsp;: si cette portion du désert n’a pas varié depuis plus
+de 2.300 ans, il n’y a guère de chance pour que la portion
+méridionale, celle que nous appelons le Sahara soudanais, ait varié
+de façon appréciable durant le même laps de temps. Quelques vallées
+ont pu être comblées par le sable, mais le régime des pluies doit
+être tel aujourd’hui qu’il a toujours été, et il me semblerait bien
+téméraire d’avancer que le Sahara soudanais possédait autrefois des
+rivières proprement dites et des forêts que les feux de brousse
+auraient fait disparaître.</p>
+
+<p>Dans le Sahel même, la situation se présentait au temps de
+Yakout, c’est-à-dire il y a 700 ans, exactement telle qu’elle se
+présente aujourd’hui&nbsp;: cet auteur nous parle en effet de
+<em>déserts sans eau</em> qui s’étendaient entre la latitude de
+Oualata environ et les régions avoisinant le Sénégal où l’on allait
+acheter la poudre d’or récoltée dans le Bambouk, désert où la
+sécheresse était<span class="pagenum" id="Page_88">[88]</span>
+telle que l’eau s’évaporait dans les outres et qu’on ne pouvait
+vaincre la soif qu’en gavant de liquide, au départ, des chameaux
+haut-le-pied que l’on abattait ensuite pour boire l’eau infecte
+conservée dans leur estomac<a id="FNanchor_34"></a><a href=
+"#Footnote_34" class="fnanchor">[34]</a>. Je ferai même observer
+que les géographes arabes du Moyen-Age — notamment Bekri
+(<span class="sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle) — nous signalent
+la présence du chameau notablement plus au Sud qu’on ne le
+rencontre de nos jours.</p>
+
+<p>Que certaines régions du Sahara méridional, notamment dans le
+Tagant et le Hodh, aient été autrefois abondamment peuplées de
+Noirs sédentaires et agriculteurs qui avaient su, à force de
+travail, mettre ces régions en valeur, tandis que leurs
+successeurs, Berbères et Arabes, pasteurs ou pillards, les ont
+laissées retomber en friche, cela paraît incontestable&nbsp;; que
+quelques provinces, à la suite d’une série d’années
+particulièrement sèches, aient été abandonnées par leurs habitants,
+cela est établi par de nombreuses traditions indigènes. Mais que la
+physionomie générale du pays ait sensiblement changé, quant à la
+rareté de l’eau et au peu d’exubérance de la végétation spontanée,
+depuis le temps de Yakout et même depuis celui d’Hérodote, cela me
+semble bien difficile à admettre.</p>
+
+<p>Il est bien certain que des régions autrefois couvertes de
+forêts sont aujourd’hui dénudées&nbsp;: ce changement s’est produit
+en France, depuis le temps des Gaulois, et il continue à
+s’accentuer de plus en plus&nbsp;; les mêmes raisons qui l’ont
+causé en France l’ont causé au Soudan. Ces raisons se ramènent à
+deux qui sont d’ailleurs connexes&nbsp;: l’accroissement de la
+population et le passage progressif de la vie sauvage des chasseurs
+à la vie plus civilisée des agriculteurs&nbsp;; chaque fois qu’une
+fraction de population a dû, pour assurer sa subsistance, mettre en
+valeur des terrains fertiles mais encore vierges, elle a détruit la
+forêt. Les fameux incendies de brousse, qui ont été l’objet de tant
+d’anathèmes<span class="pagenum" id="Page_89">[89]</span> malgré
+leur utilité certaine, n’ont constitué à toutes les époques que
+l’une des manifestations du défrichement et l’une des plus
+inoffensives vis-à-vis de la végétation arborescente&nbsp;: la
+hache et la houe, en procédant au dessouchement des racines et à la
+mise à nu des roches et argiles improductives, ont eu un résultat
+autrement appréciable, et cependant nous ne saurions
+raisonnablement faire un crime aux Soudanais d’avoir transformé en
+champs producteurs les forêts stériles où leurs ancêtres menaient
+la vie sauvage et précaire des primitifs les plus lointains. Nous
+serions d’ailleurs mal venus à reprocher aux indigènes d’avoir
+déboisé pour vivre une partie du Soudan, nous qui, dans des
+proportions bien plus considérables mais heureusement dans des
+zones restreintes, avons déboisé en quelques années les rives du
+Sénégal et du Niger pour chauffer nos bateaux à vapeur, ainsi que
+le voisinage des voies ferrées et des villes créées par nous, pour
+construire nos établissements, fabriquer nos meubles et entretenir
+nos feux de cuisine.</p>
+
+<div class="footnotes" id="ftp1c04">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_27"></a><a href="#FNanchor_27"><span class=
+"label">[27]</span></a>Voir la <a href="#map02">carte 2</a> à la
+fin du chapitre VI.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_28"></a><a href="#FNanchor_28"><span class=
+"label">[28]</span></a>Il existe en arabe deux mots différents,
+ayant chacun une orthographe spéciale, mais que l’on transcrit
+vulgairement en français par la même forme <em>sahel</em>&nbsp;:
+l’un signifie «&nbsp;littoral&nbsp;» et l’autre
+«&nbsp;plaine&nbsp;»&nbsp;; si nous nous reportons à la manière
+dont les Maures orthographient le mot dont il est question ici,
+nous voyons qu’il s’agit bien de <em>sâhel</em> signifiant
+«&nbsp;littoral&nbsp;».</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_29"></a><a href="#FNanchor_29"><span class=
+"label">[29]</span></a>Pour la région au Nord d’Araouâne, voir la
+<a href="#map01">carte n<sup>o</sup> 1.</a></p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_30"></a><a href="#FNanchor_30"><span class=
+"label">[30]</span></a>Le mot <em>adrar</em>, pluriel
+<em>idraren</em>, signifie «&nbsp;montagne&nbsp;» en berbère&nbsp;;
+ne pas le confondre avec le mot <em>adrharh</em> ou
+<em>adghagh</em>, qui signifie «&nbsp;pierre&nbsp;», ni avec le mot
+<em>adar</em>, qui veut dire «&nbsp;cuvette&nbsp;».</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_31"></a><a href="#FNanchor_31"><span class=
+"label">[31]</span></a>Ailleurs Hérodote parle de maisons
+construites en blocs de sel&nbsp;; M. Gautier, en signalant que,
+dans les oasis du Touat, les murettes des jardins sont souvent
+faites de blocs de sel, fait remarquer que ce mode de construction
+serait incompatible avec un régime pluvieux (<em>La conquête du
+Sahara</em>, page 227).</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_32"></a><a href="#FNanchor_32"><span class=
+"label">[32]</span></a>Livre IV, CLXXXI.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_33"></a><a href="#FNanchor_33"><span class=
+"label">[33]</span></a>Livre IV, CLXXXV.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_34"></a><a href="#FNanchor_34"><span class=
+"label">[34]</span></a>Voir l’article <em>et-tibr</em> (la poudre
+d’or) dans le <em>Dictionnaire Géographique</em> de Yakout. Cette
+singulière méthode appliquée au transport de l’eau est encore en
+usage de nos jours&nbsp;: «&nbsp;Il arrive qu’un chamelier mourant
+de soif, abatte une bête pour lui prendre sa provision d’eau. Il y
+faut, avec quelque cruauté, un réel courage&nbsp;; le liquide est
+verdâtre et nauséabond&nbsp;: mais le fait, souvent cité, n’est pas
+légendaire&nbsp;». (Gautier, <em>Conquête du Sahara</em>, page
+90).</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3 class="pb"><span class="pagenum" id="Page_90">[90]</span><a id=
+"p1c05"></a>CHAPITRE V<a id="FNanchor_35"></a><a href=
+"#Footnote_35" class="fnanchor">[35]</a></h3>
+
+<p class="sch1">Climatologie</p>
+
+<p><em>Régions climatériques.</em> — Les régions climatériques du
+Haut-Sénégal-Niger correspondent assez exactement aux régions
+naturelles dont je viens de donner une description rapide et
+approximative. Sans parler du Sahara pour le moment, il est
+incontestable que le climat de la région sahélienne diffère assez
+notablement de celui de la région soudanaise. D’une façon plus
+générale, on pourrait dire que le climat du Haut-Sénégal-Niger
+diffère à mesure qu’on s’éloigne davantage de l’équateur.</p>
+
+<p>Dans le Sud de la colonie, les pluies sont plus nombreuses et
+plus abondantes et la saison des pluies dure plus longtemps&nbsp;;
+comme conséquence de ce régime et du nombre plus grand des cours
+d’eau, l’air est en général plus chargé d’humidité, même lorsqu’il
+n’a pas plu depuis longtemps. D’autre part la température est plus
+constante d’un bout de l’année à l’autre et les écarts du
+thermomètre dans une même journée sont moins considérables. Les
+sautes barométriques sont par contre plus fréquentes et la moyenne
+des pressions est un peu plus faible&nbsp;; les orages sont plus
+nombreux et plus violents, de même que les tornades accompagnées de
+pluie, tandis que les tornades sèches, ou ouragans de poussière,
+sont plus rares et plus bénignes.</p>
+
+<p>Dans la région sahélienne, la saison des pluies est plus courte,
+les heures de pluie sont moins nombreuses et la quantité d’eau
+tombée dans un temps donné est moindre en moyenne&nbsp;:
+l’air<span class="pagenum" id="Page_91">[91]</span> est donc plus
+sec, les glandes sudoripares fonctionnent plus facilement et la
+chaleur se supporte plus aisément. Il y a plus d’écarts de
+température, surtout durant la saison sèche, pendant laquelle le
+thermomètre atteint des maxima et des minima inconnus ou tout au
+moins exceptionnels dans le Sud&nbsp;; d’autre part la moyenne
+thermométrique est plus élevée durant la saison des pluies.</p>
+
+<p>Au Sahara, même là où existent des pluies annuelles, la période
+de pluie est d’une durée très faible — quelques jours seulement —,
+et, quelle que soit la quantité d’eau tombée, on peut dire que la
+sécheresse de l’air est extrême durant toute l’année. Les
+températures estivales sont fort élevées, mais par contre il existe
+un hiver appréciable et la pression barométrique est généralement
+constante.</p>
+
+<p class="space-above15"><em>Saisons.</em> — La division de l’année
+en périodes climatériques est partout la même au Soudan et au
+Sahel, en ce sens que les mêmes périodes se succèdent dans le même
+ordre au Nord comme au Sud&nbsp;; mais les dates auxquelles
+commence et finit généralement chaque période ne sont pas
+exactement les mêmes.</p>
+
+<p>Ces périodes ou saisons sont au nombre de quatre&nbsp;: la
+saison froide ou saison sèche proprement dite, la saison chaude, la
+saison des pluies ou «&nbsp;hivernage&nbsp;» et la saison
+intermédiaire entre les pluies et le froid.</p>
+
+<p>La saison froide dure à peu près trois mois&nbsp;: dans la
+région soudanaise, elle commence vers le 1<sup>er</sup> décembre
+pour se terminer à la fin de février. Le nom de «&nbsp;saison
+froide&nbsp;» appliqué à cette période n’est juste qu’en
+partie&nbsp;: c’est en effet l’époque de l’année où le thermomètre
+descend le plus bas (8°, 5° et même 2° centigrades au-dessus de
+zéro, selon les années et les régions), mais, sans atteindre les
+maxima de la saison suivante, il monte durant la saison dite
+«&nbsp;froide&nbsp;», même dans l’extrême Sud de la colonie,
+jusqu’à 30° et 35°. C’est pendant cette période que souffle
+l’harmattan, vent du Nord-Est venant du Sahara, qui est par
+excellence un vent desséchant, faisant jaunir et tomber les
+feuilles, écaillant la peau et gerçant les lèvres. En
+raison<span class="pagenum" id="Page_92">[92]</span> du rayonnement
+considérable causé par ce vent durant la nuit, la température est
+réellement froide le matin au lever du soleil&nbsp;; mais elle
+s’élève rapidement et il n’est pas rare de constater un écart d’une
+trentaine de degrés centigrades entre 5 heures du matin et 2 heures
+de l’après-midi. Il serait par suite plus exact d’appeler cette
+période la «&nbsp;saison des nuits froides&nbsp;».</p>
+
+<p>La saison chaude qui la suit mérite complètement son nom&nbsp;:
+c’est, en effet, l’époque de l’année où le thermomètre descend le
+moins bas et où il monte le plus haut, en sorte que la moyenne de
+la température est plus élevée durant cette saison que pendant tout
+le reste de l’année. Il est rare que l’on constate moins de 18°
+lors de cette période à Bamako et on y lit souvent à la même époque
+des températures de 40° à 45°. Les maxima observés à Kayes et à
+Ségou sont plus considérables encore. En général cette saison est
+plus supportable dans l’extrême Sud du Soudan que dans la région
+sahélienne, mais elle est désagréable partout. Elle commence à peu
+près avec le mois de mars pour finir vers le 15 juin. Au début,
+elle se rattache encore à la saison sèche, mais le vent est presque
+nul et il ne se produit pour ainsi dire pas de rayonnement
+nocturne&nbsp;; la température ne commence à s’abaisser un peu que
+vers minuit pour remonter dès 8 heures du matin et devenir
+accablante dans l’après-midi. Parfois, alors que l’atmosphère est
+la plus étouffante, le vent se met à souffler brusquement, venant
+de l’Est avec une extrême rapidité et une grande violence et des
+tourbillons de poussière rouge se précipitent en cyclone&nbsp;: ce
+sont les tornades sèches. Vers la fin de la saison chaude, ces
+tornades sèches sont en général suivies d’un violent orage et d’une
+pluie diluvienne mais de peu de durée, après laquelle il semble
+faire plus chaud encore qu’auparavant.</p>
+
+<p>La saison des pluies ou «&nbsp;hivernage&nbsp;» commence en
+général dans la région soudanaise vers la mi-juin pour durer
+jusqu’à la fin d’octobre, avec une petite accalmie dans la seconde
+quinzaine d’août&nbsp;; mais au Sahel elle se précise un peu plus
+tard et prend fin un peu plus tôt. Elle débute par des tornades
+pluvieuses amenées par le vent d’Est comme durant la saison
+précédente,<span class="pagenum" id="Page_93">[93]</span> mais qui
+ne sont pas toujours précédées de tornades sèches et qui se
+terminent par une pluie ordinaire, à la suite d’une saute de vent.
+A partir de juillet, on a des pluies de durée plus longue, par vent
+du Sud-Ouest, très souvent accompagnées de violents orages, surtout
+du 15 juillet au 15 août. Les pluies de septembre et octobre sont
+en général plus espacées, mais souvent plus fortes. C’est la saison
+durant laquelle les écarts de température sont le moins
+prononcés&nbsp;; la moyenne thermométrique se tient en général aux
+environs de 22° ou 23°, avec 15° comme minimum et 30° comme
+maximum&nbsp;; il arrive assez souvent que la température moyenne
+est un peu moins élevée au Soudan qu’en France durant les mois de
+juillet et août. Malgré cela, cette période est en général moins
+appréciée des Européens que la saison des nuits froides, en raison
+de l’état d’humidité de l’atmosphère, mais elle est certainement
+moins désagréable que la saison chaude de mars-avril-mai. Les
+indigènes au contraire redoutent la saison froide, pendant
+laquelle, faute de savoir se prémunir contre la fraîcheur des
+nuits, ils contractent fréquemment des affections de la gorge ou
+des poumons&nbsp;; il convient aussi de noter que c’est durant la
+saison sèche que les maladies contagieuses, la variole
+principalement, exercent surtout leurs ravages, par suite de la
+plus grande facilité de propagation des germes morbides causée par
+la siccité de l’atmosphère.</p>
+
+<p>Malgré la virulence des pluies qui tombent de fin juin à fin
+octobre, le Haut-Sénégal-Niger, même dans sa partie Sud, est loin
+d’être un pays à chaleur humide comme beaucoup de pays
+tropicaux&nbsp;: les pluies, en effet, durent rarement plus de
+quelques heures et il ne pleut pas tous les jours, même au cœur de
+l’hivernage. La chute d’eau annuelle oscille autour de 1 m. 50 à
+Bamako, 0 m. 75 à Nioro et 0 m. 50 à Niafounké.</p>
+
+<p>La quatrième saison, très courte, dure environ un mois&nbsp;:
+novembre&nbsp;; c’est une sorte de répit entre les dernières pluies
+et l’époque où souffle l’harmattan. Elle présente à peu près les
+mêmes inconvénients que la saison chaude&nbsp;: à vrai dire, la
+température est moins élevée, mais le vent est généralement
+faible<span class="pagenum" id="Page_94">[94]</span> ou absent,
+l’air encore humide ne se dessèche que lentement et la pluie ne
+vient plus rafraîchir l’atmosphère.</p>
+
+<p>Au point de vue des aspects divers que revêt la nature selon les
+saisons, on peut observer entre le Soudan et notre pays une
+correspondance relative. Bien qu’on donne vulgairement le nom
+d’«&nbsp;hivernage&nbsp;» à la saison des pluies, cette dernière
+période n’a rien qui rappelle notre hiver&nbsp;; au contraire la
+saison froide, dont la durée correspond à peu près à notre hiver,
+présente avec ce dernier de nombreuses analogies&nbsp;: arrêt de la
+végétation, chûte des feuilles, durcissement de la croûte
+terrestre, etc. Dès les premières tornades de la saison chaude se
+manifestent, vers la même époque que chez nous, les phénomènes qui
+caractérisent le printemps&nbsp;: les arbres se revêtent de
+feuilles nouvelles, l’herbe repousse et possède une belle couleur
+verte, les premières fleurs apparaissent. La saison des pluies est,
+comme notre été, la période de la maturité des grains et des fruits
+et celle des moissons, au moins pour une partie des céréales,
+tandis que la saison intermédiaire de novembre, marquant
+l’épuisement de la nature, correspond en partie avec notre
+automne.</p>
+
+<p class="space-above15"><em>Conditions générales du climat.</em> —
+On a cru pendant longtemps que le climat soudanien devait être plus
+agréable et plus sain aux altitudes élevées que dans les régions
+basses&nbsp;; il est possible en effet qu’il en soit ainsi en
+théorie, mais dans la pratique, si les sommets — d’ailleurs
+modestes — du Soudan sont dans de meilleures conditions d’aération,
+il s’ensuit d’abord qu’ils sont plus exposés aux tornades, et il
+arrive ensuite que ces sommets, toujours dénudés et composés de
+rochers, constituent pour la plupart de véritables réservoirs de
+chaleur, en sorte que les nuits y sont fréquemment moins fraîches
+que dans les plaines environnantes<a id="FNanchor_36"></a><a href=
+"#Footnote_36" class="fnanchor">[36]</a>. De plus, lorsque ces
+sommets sont<span class="pagenum" id="Page_95">[95]</span> formés
+d’assises de latérite, comme c’est le cas général, l’eau de pluie
+séjourne dans les anfractuosités, qui deviennent ainsi d’excellents
+milieux de culture pour les larves de moustiques.</p>
+
+<p>Somme toute, le climat du Haut-Sénégal-Niger dans son ensemble
+est certainement parmi les plus sains de l’Afrique Occidentale et
+les plus faciles à supporter pour des Européens. Assurément le
+paludisme y règne, comme dans tous les pays tropicaux, mais il y
+exerce beaucoup moins de ravages que dans les colonies côtières du
+golfe de Guinée&nbsp;; la fièvre bilieuse hémoglobinurique, si
+fréquente dans ces dernières colonies, est rare au Soudan et à peu
+près inconnue dans la région sahélienne.</p>
+
+<p>Quant au Sahara soudanais, malgré les inconvénients multiples
+que présente la vie en ce pays déshérité, il est, de l’aveu de tous
+ceux qui l’ont parcouru ou y ont résidé, la plus saine de toutes
+les régions du Haut-Sénégal-Niger pour les Européens.</p>
+
+<div class="footnotes" id="ftp1c05">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_35"></a><a href="#FNanchor_35"><span class=
+"label">[35]</span></a>Voir la <a href="#map02">carte 2</a> à la
+fin du chapitre VI.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_36"></a><a href="#FNanchor_36"><span class=
+"label">[36]</span></a>Le capitaine Cortier fit au cours de son
+dernier voyage l’ascension du mont Tozat, situé au Sahara dans le
+Tassili des Azguer&nbsp;; cette montagne mesure 2.020 mètres
+d’altitude d’après les calculs du même officier. Ce dernier, ayant
+passé une nuit au sommet de la montagne, constata que le froid y
+était notablement moins vif que dans la vallée.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3 class="pb"><span class="pagenum" id="Page_96">[96]</span><a id=
+"p1c06"></a>CHAPITRE VI<a id="FNanchor_37"></a><a href=
+"#Footnote_37" class="fnanchor">[37]</a></h3>
+
+<p class="sch1">Répartition de la population</p>
+
+<p>Nous avons vu plus haut que la densité moyenne de la population
+était d’environ 2,66 habitants par kilomètre carré pour l’ensemble
+de la colonie civile du Haut-Sénégal-Niger. Mais cette densité
+varie énormément suivant les régions.</p>
+
+<p>Cela tient à des causes diverses, dont la nature du sol et sa
+fertilité relative ne sont que l’un des facteurs. Les
+bouleversements amenés par les guerres qui se sont succédé pendant
+un si long temps avant notre occupation du pays, les migrations qui
+en ont été le résultat et les razzias qui en furent la rançon, ont
+influé énormément sur la répartition actuelle de la population
+indigène. Maintenant que la sécurité est rétablie partout, il est
+fort probable que des régions, fertiles mais dépeuplées ou
+abandonnées, se repeupleront au détriment d’autres moins
+avantageuses et qui n’ont été occupées par leurs habitants actuels
+ou leurs ancêtres que parce qu’ils ne pouvaient aller
+ailleurs&nbsp;: nous en avons un exemple dans le cercle de Bougouni
+qui, presque complètement désert au moment où nous y avons donné la
+chasse aux bandes dévastatrices de Samori, occupe actuellement le
+13<sup>e</sup> rang, parmi les 29 circonscriptions administratives
+de la colonie, au point de vue de la densité de la population. Il
+est fort possible d’autre part que telle contrée, quoique
+déshéritée par la nature, devienne un jour populeuse parce qu’on y
+aura créé une industrie nouvelle ou qu’une voie ferrée, en la
+traversant, en aura modifié profondément les conditions
+économiques.</p>
+
+<div class="plate" id="pl04">
+<table class="width-full">
+<tr>
+<td class="tdl ipub sc">Delafosse</td>
+<td class="tdr ipub">Planche IV</td>
+</tr>
+</table>
+
+<div class="figcenter iw3">
+<figure id="i07"><img src='images/i07.jpg' alt=''>
+<p class="cp1"><span class="sc">Fig.</span> 7. — L’Hôtel du
+Secrétaire Général, à Koulouba.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="i08"><img src='images/i08.jpg' alt=''>
+<p class="cp1"><span class="sc">Fig.</span> 8. — Bamako et la
+vallée du Niger, vue prise de Koulouba.</p>
+</figure>
+</div>
+</div>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_97">[97]</span>Nous ne pouvons
+faire à ce sujet aucune prévision présentant quelques chances de
+certitude et nous devons nous contenter de constater quelle est
+actuellement la répartition de la population.</p>
+
+<p>La région où la densité du peuplement est la plus considérable
+est — avec les environs de la ville de San — le Mossi, ou plus
+exactement le cercle de Ouagadougou, qui renferme à lui seul le
+quart de la population totale de la colonie, bien qu’on n’y compte
+aucune ville digne de ce nom et que les agglomérations importantes
+n’y soient composées en général que d’un nombre plus ou moins grand
+de hameaux dispersés au milieu des cultures. La densité de cette
+population presque exclusivement agricole et paysanne peut être
+évaluée à 16 habitants par kilomètre carré pour l’ensemble du
+cercle et s’élève à 35 dans le Mossi propre.</p>
+
+<p>Le reste du pays compris dans l’Ouest et le Sud de la Boucle du
+Niger vient immédiatement après, avec le bassin de la Volta au
+premier rang&nbsp;; ici, on rencontre un certain nombre de villes,
+habitées surtout par des commerçants et des artisans, au milieu
+d’une population autochtone essentiellement agricole et paysanne et
+dispersée comme celle du Mossi, avec parfois des solutions de
+continuité assez considérables. La densité moyenne y varie de 13 à
+7 habitants par kilomètre carré.</p>
+
+<p>Les vallées du haut Niger et du Bâni ne viennent qu’en troisième
+lieu, avec une population de cultivateurs moins dispersée que celle
+du bassin de la Volta, une population citadine composée de
+pêcheurs, de commerçants et d’artisans et une population errante de
+pasteurs nomades ou plutôt semi-nomades. Densité moyenne&nbsp;: 8 à
+4 habitants par kilomètre carré, avec une moyenne exceptionnelle de
+17 habitants au kilomètre carré pour la circonscription de San.</p>
+
+<p>Le bassin du Sénégal vient en quatrième ligne, avec de petits
+villages de cultivateurs et de chasseurs séparés par de grandes
+étendues inhabitées et une population citadine de formation récente
+à peu près localisée d’ailleurs à la ville de Kayes. Densité
+moyenne&nbsp;: 4 à 1,5 habitants par kilomètre carré.</p>
+
+<p>En cinquième lieu viennent se ranger les cercles du Sahel,
+à<span class="pagenum" id="Page_98">[98]</span> l’exception de ceux
+qui se trouvent dans la zone des inondations du Niger et que j’ai
+compris dans la troisième catégorie et en y ajoutant la partie du
+Sahara soudanais située à l’intérieur de la Boucle du Niger ou
+limitrophe de la rive nord de ce fleuve. Cette région ainsi définie
+renferme des îlots de population agricole relativement dense,
+disséminés au milieu de vastes étendues souvent inhabitées ou bien
+habitées par des semi-nomades ou même seulement parcourues
+temporairement par des nomades. Densité moyenne&nbsp;: 3,5 à 1
+habitants par kilomètre carré.</p>
+
+<p>Au Nord de cette cinquième région, la population sédentaire fait
+presque complètement défaut et la densité du peuplement devient
+infime&nbsp;: 0,16 habitant par kilomètre carré.</p>
+
+<p>Les villes les plus peuplées de la colonie sont&nbsp;:
+<em>Bobo-Dioulasso</em> 7.788 habitants, <em>Bamako</em> 6.539
+habitants, <em>Ségou</em> 6.255 habitants, <em>Kayes</em> 5.932
+habitants, <em>Tombouctou</em> 5.797 habitants, et <em>Dienné</em>
+4.527 habitants, banlieues non comprises.</p>
+
+<p>La population européenne, concentrée principalement à Kayes,
+Bamako-Koulouba, Kati, Koulikoro, Mopti, Sikasso et Tombouctou, se
+compose d’un millier de personnes environ.</p>
+
+<p>Quant à la population indigène, qui est de 4.800.000 habitants,
+elle se répartit ainsi entre les 29 circonscriptions
+administratives de la colonie, la zone saharienne qui constitue
+l’aire d’extension et de surveillance des cercles du Nord ayant été
+comptée à part et formant une trentième circonscription de
+peuplement<a id="FNanchor_38"></a><a href="#Footnote_38" class=
+"fnanchor">[38]</a>&nbsp;:</p>
+
+<table id="t099a">
+<tr>
+<td class="tdr width1"><span class="pagenum" id=
+"Page_99">[99]</span>1<sup>o</sup></td>
+<td class="width6 tdc">Cercle de</td>
+<td>Ouagadougou</td>
+<td class="tdr">1.457.326</td>
+<td>habitants.</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">2<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Bobo-Dioulasso</td>
+<td class="tdr">282.935</td>
+<td class="tdc">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">3<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Koury</td>
+<td class="tdr">280.558</td>
+<td class="tdc">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">4<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Ouahigouya</td>
+<td class="tdr">249.452</td>
+<td class="tdc">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">5<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Bamako</td>
+<td class="tdr">191.936</td>
+<td class="tdc">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">6<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Fada-n-Gourma</td>
+<td class="tdr">189.846</td>
+<td class="tdc">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">7<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Sikasso</td>
+<td class="tdr">185.502</td>
+<td class="tdc">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">8<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Gaoua</td>
+<td class="tdr">175.350</td>
+<td class="tdc">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">9<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Koutiala</td>
+<td class="tdr">162.357</td>
+<td class="tdc">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">10<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Bougouni</td>
+<td class="tdr">157.435</td>
+<td class="tdc">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">11<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Ségou</td>
+<td class="tdr">155.406</td>
+<td class="tdc">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">12<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Bandiagara</td>
+<td class="tdr">150.000</td>
+<td class="tdc">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">13<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Niafounké</td>
+<td class="tdr">115.941</td>
+<td class="tdc">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">14<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Nioro</td>
+<td class="tdr">113.236</td>
+<td class="tdc">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">15<sup>o</sup></td>
+<td colspan="2">Circonscription de San</td>
+<td class="tdr">110.670</td>
+<td class="tdc">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">16<sup>o</sup></td>
+<td colspan="2">Cercle de Dori</td>
+<td class="tdr">110.000</td>
+<td class="tdc">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="3" class="tdl hang1">17<sup>o</sup> et 18<sup>o</sup>
+Cercles réunis de Tombouctou-sédentaires et Tombouctou-nomades</td>
+<td class="tdr-bot">93.894</td>
+<td class="tdc-bot">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">19<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">Cercle de</td>
+<td>Dienné</td>
+<td class="tdr">82.857</td>
+<td class="tdc">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">20<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Kayes</td>
+<td class="tdr">69.633</td>
+<td class="tdc">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">21<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Goumbou</td>
+<td class="tdr">66.515</td>
+<td class="tdc">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">22<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Mopti</td>
+<td class="tdr">60.000</td>
+<td class="tdc">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">23<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Bafoulabé</td>
+<td class="tdr">59.570</td>
+<td class="tdc">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">24<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Kita</td>
+<td class="tdr">58.493</td>
+<td class="tdc">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">25<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Satadougou</td>
+<td class="tdr">38.835</td>
+<td class="tdc">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">26<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Sokolo</td>
+<td class="tdr">36.306</td>
+<td class="tdc">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">27<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Hombori</td>
+<td class="tdr">25.000</td>
+<td class="tdc">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">28<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Say</td>
+<td class="tdr">25.000</td>
+<td class="tdc">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">29<sup>o</sup></td>
+<td colspan="2">Résidence de Kiffa</td>
+<td class="tdr">20.000</td>
+<td class="tdc">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">30<sup>o</sup></td>
+<td colspan="2">Zone saharienne</td>
+<td class="tdr">84.000</td>
+<td class="tdc">—</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Si maintenant nous rangeons les mêmes circonscriptions d’après
+la densité moyenne respective de leur population, nous obtenons
+l’ordre suivant&nbsp;:</p>
+
+<table id="t099b">
+<tr>
+<td class="tdr width1">1<sup>o</sup></td>
+<td colspan="2">Circonscription de San</td>
+<td>17</td>
+<td>habitants par kilom. carré.</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">2<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc width6">Cercle de</td>
+<td>Ouagadougou</td>
+<td>16</td>
+<td class="tdc word-spaced16">— —</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr"><span class="pagenum" id=
+"Page_100">[100]</span>3<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Gaoua</td>
+<td>14</td>
+<td class="tdc word-spaced16">— —</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">4<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Ouahigouya</td>
+<td>13</td>
+<td class="tdc word-spaced16">— —</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">5<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Sikasso</td>
+<td>10</td>
+<td class="tdc word-spaced16">— —</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">6<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Koury</td>
+<td>8</td>
+<td class="tdc word-spaced16">— —</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">7<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Niafounké</td>
+<td>8</td>
+<td class="tdc word-spaced16">— —</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">8<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Dienné</td>
+<td>7 1/2</td>
+<td class="tdc word-spaced16">— —</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">9<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Koutiala</td>
+<td>7 1/2</td>
+<td class="tdc word-spaced16">— —</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">10<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Mopti</td>
+<td>7</td>
+<td class="tdc word-spaced16">— —</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">11<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Bobo-Dioulasso</td>
+<td>7</td>
+<td class="tdc word-spaced16">— —</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">12<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Bamako</td>
+<td>5 1/2</td>
+<td class="tdc word-spaced16">— —</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">13<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Bougouni</td>
+<td>4 1/2</td>
+<td class="tdc word-spaced16">— —</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">14<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Fada-n-Gourma</td>
+<td>4 1/2</td>
+<td class="tdc word-spaced16">— —</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">15<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Ségou</td>
+<td>4</td>
+<td class="tdc word-spaced16">— —</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">16<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Satadougou</td>
+<td>4</td>
+<td class="tdc word-spaced16">— —</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">17<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Bandiagara</td>
+<td>3 1/2</td>
+<td class="tdc word-spaced16">— —</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">18<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Kayes</td>
+<td>3 1/2</td>
+<td class="tdc word-spaced16">— —</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">19<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Bafoulabé</td>
+<td>2 1/2</td>
+<td class="tdc word-spaced16">— —</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">20<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Goumbou</td>
+<td>2 1/2</td>
+<td class="tdc word-spaced16">— —</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">21<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Nioro</td>
+<td>2 1/2</td>
+<td class="tdc word-spaced16">— —</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">22<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Kita</td>
+<td>1 1/2</td>
+<td class="tdc word-spaced16">— —</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">23<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Dori</td>
+<td>1 1/2</td>
+<td class="tdc word-spaced16">— —</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="3" class="tdl hang1">24<sup>o</sup> et 25<sup>o</sup>
+Cercles réunis de Tombouctou-sédentaires et Tombouctou-nomades</td>
+<td>1 1/2</td>
+<td class="tdc word-spaced16">— —</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">26<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">Cercle de</td>
+<td>Say</td>
+<td>1 1/2</td>
+<td class="tdc word-spaced16">— —</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">27<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Sokolo</td>
+<td>1</td>
+<td class="tdc word-spaced16">— —</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">28<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Hombori</td>
+<td>1</td>
+<td class="tdc word-spaced16">— —</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">29<sup>o</sup></td>
+<td colspan="2">Résidence de Kiffa</td>
+<td>1</td>
+<td class="tdc word-spaced16">— —</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr">30<sup>o</sup></td>
+<td colspan="2">Zone saharienne</td>
+<td>0,16</td>
+<td class="tdc word-spaced16">— —</td>
+</tr>
+</table>
+
+<div class="plate"><span class="pagenum" id="Page_101">[101]</span>
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="map02"><a href="images/map02_large.jpg"><img src=
+'images/map02.jpg' alt=''></a>
+<p class="cp1">Carte 2. — Régions naturelles, climatologie et
+répartition de la population.</p>
+</figure>
+</div>
+</div>
+
+<div class="footnotes" id="ftp1c06">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_37"></a><a href="#FNanchor_37"><span class=
+"label">[37]</span></a>Voir la <a href="#map02">carte 2</a> à la
+fin du présent chapitre.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_38"></a><a href="#FNanchor_38"><span class=
+"label">[38]</span></a>Les chiffres mis à ma disposition sont ceux
+du recensement de 1909. Comme ils étaient naturellement antérieurs
+aux arrêtés du 22 juin 1910 qui ont créé les nouveaux cercles de
+Mopti, de Hombori (Gourma) et de Say et agrandi le cercle de Dori,
+au moyen de régions enlevées au cercle de Bandiagara et aux anciens
+cercles militaires de Gao, de Tillabéry et du Djerma, je ne possède
+que des renseignements approximatifs en ce qui concerne les cercles
+actuels de Mopti, de Hombori, de Bandiagara et de Say. Il en est de
+même, pour d’autres raisons, en ce qui regarde la résidence de
+Kiffa et la zone d’influence saharienne. — Le total de la
+population indigène de la colonie varie de 4.809.053 à 4.799.703
+habitants selon les divers documents officiels mis à ma
+disposition&nbsp;: l’écart entre ces deux extrêmes est négligeable
+et doit tenir à une erreur de calcul.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3 class="pb"><span class="pagenum" id=
+"Page_103">[103]</span><a id="p1c07"></a>CHAPITRE VII</h3>
+
+<p class="sch1">Géographie administrative</p>
+
+<p>J’ai déjà eu plusieurs fois l’occasion de citer les noms et la
+situation des 29 circonscriptions administratives actuelles de la
+colonie civile du Haut-Sénégal-Niger. Je les donne ci-après de
+nouveau, avec l’indication des postes ou résidences secondaires
+dépendant de chacune de celles qui en possèdent.</p>
+
+<p>Je note pour mémoire que, pour plus de commodité, on a donné à
+chaque cercle le nom de son chef-lieu&nbsp;; cependant le cercle de
+Niafounké est appelé souvent cercle de l’<em>Issa-Ber</em>, celui
+de Gaoua cercle du <em>Lobi</em>, celui de Ouagadougou cercle du
+<em>Mossi</em>, celui de Ouahigouya cercle du <em>Yatenga</em>,
+celui de Hombori cercle du <em>Gourma</em>, nom qui est donné
+parfois également au cercle de Fada-n-Gourma.</p>
+
+<p>La liste qui suit est conçue dans l’ordre géographique, en
+commençant par le Nord-Ouest (frontière de Mauritanie) pour aller
+de l’Ouest à l’Est, revenir ensuite de l’Est à l’Ouest, retourner
+de l’Ouest à l’Est et revenir une dernière fois de l’Est à
+l’Ouest.</p>
+
+<p>La mention PT indique un bureau de poste et une station
+télégraphique, la mention F une station de chemin de fer, la
+mention J une Justice de paix à compétence étendue.</p>
+
+<table id="t103">
+<tr>
+<td class="tdr-top">1<sup>o</sup></td>
+<td colspan="2">Résidence de <em>Kiffa</em>&nbsp;: sans poste
+secondaire.</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">2<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc no-wrap">Cercle de</td>
+<td><em>Nioro</em> (PT)&nbsp;: poste à <em>Yélimané</em>.</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">3<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td><em>Goumbou</em> (PT)&nbsp;: sans poste secondaire.</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">4<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td><em>Sokolo</em> (PT)&nbsp;: sans poste secondaire.</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">5<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td><em>Niafounké</em> (PT)&nbsp;: poste à <em>Saraféré</em>.</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top"><span class="pagenum" id=
+"Page_104">[104]</span>6<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td><em>Tombouctou-sédentaires</em> (PT-J)&nbsp;: postes à
+<em>Goundam</em> (PT) et <em>Bamba</em> (PT).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">7<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td><em>Tombouctou-nomades</em>&nbsp;: postes à <em>Ras-el-Ma</em>
+et <em>Bou-Djebiha</em>.</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">8<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td><em>Hombori</em>&nbsp;: sans poste secondaire.</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">9<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td><em>Dori</em> (PT)&nbsp;: poste à <em>Djibo</em> (PT).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">10<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td><em>Bandiagara</em> (PT)&nbsp;: postes à <em>Douentza</em> et
+<em>Sangha</em>.</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">11<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td><em>Mopti</em> (PT-J)&nbsp;: poste à <em>Sofara</em> (PT).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">12<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td><em>Dienné</em> (PT)&nbsp;: sans poste secondaire.</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">13<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td><em>Ségou</em> (PT)&nbsp;: poste à <em>Sansanding</em>.</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">14<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td><em>Bamako</em> (PT-F-J)&nbsp;: postes à <em>Kati</em> (PT-F),
+<em>Koulikoro</em> (PT-F) et <em>Banamba</em>. (Le cercle de Bamako
+renferme en outre <em>Koulouba</em> (PT), le chef-lieu de la
+colonie, sur la hauteur qui domine au Nord-Ouest la ville de
+Bamako).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">15<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td><em>Kita</em> (PT-F)&nbsp;: sans poste secondaire.</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">16<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td><em>Bafoulabé</em> (PT-F)&nbsp;: sans poste secondaire.</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">17<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td><em>Kayes</em> (PT-F-J)&nbsp;: poste à <em>Médine</em>
+(PT-F).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">18<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td><em>Satadougou</em>&nbsp;: sans poste secondaire.</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">19<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td><em>Bougouni</em> (PT)&nbsp;: sans poste secondaire.</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">20<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td><em>Sikasso</em> (PT)&nbsp;: sans poste secondaire.</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">21<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td><em>Koutiala</em>&nbsp;: sans poste secondaire.</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">22<sup>o</sup></td>
+<td colspan="2">Circonscription de <em>San</em> (PT)&nbsp;: sans
+poste secondaire.</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">23<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc no-wrap">Cercle de</td>
+<td><em>Koury</em> (PT)&nbsp;: poste à <em>Boromo</em>.</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">24<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td><em>Ouahigouya</em>&nbsp;: sans poste secondaire.</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">25<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td><em>Ouagadougou</em> (PT)&nbsp;: postes à <em>Léo</em> et
+<em>Tenkodogo</em>.</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">26<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td><em>Fada-n-Gourma</em> (PT)&nbsp;: poste à <em>Diapaga</em>
+(PT).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">27<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td><em>Say</em> (PT)&nbsp;: sans poste secondaire.</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">28<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td><em>Gaoua</em> (PT)&nbsp;: poste à <em>Diébougou</em>
+(PT).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">29<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td><em>Bobo-Dioulasso</em> (PT)&nbsp;: poste à
+<em>Banfora</em>.</td>
+</tr>
+</table>
+
+<div class="plate"><span class="pagenum" id="Page_105">[105]</span>
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="map03"><a href="images/map03_large.jpg"><img src=
+'images/map03.jpg' alt=''></a>
+<p class="cp1">Carte 3. — Circonscriptions administratives.</p>
+</figure>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h2 class="spaced2"><span class="pagenum" id=
+"Page_107">[107]</span><a id="p2"></a><span class="large">DEUXIÈME
+PARTIE</span><br>
+<span class="xlarge"><em>Les peuples</em></span>
+</h2>
+
+<h3 class="pb"><span class="pagenum" id=
+"Page_109">[109]</span><a id="p2c01"></a>CHAPITRE PREMIER<a id=
+"FNanchor_39"></a><a href="#Footnote_39" class=
+"fnanchor">[39]</a></h3>
+
+<p class="sch1">Classification et répartition géographique actuelle
+des divers groupements ethniques</p>
+
+<p><span class="bold">Difficultés d’une bonne
+classification.</span> — Une classification précise et exacte des
+divers groupements ethniques existant à l’heure actuelle dans le
+Haut-Sénégal-Niger est chose fort difficile. Bien des bases peuvent
+servir de point de départ à une classification des peuples, mais
+aucune méthode n’est exempte d’inconvénients sérieux.</p>
+
+<p>La méthode anthropologique, reposant sur l’étude comparative des
+caractères physiques des individus et sur les mensurations des
+vivants ou des squelettes, est malaisément applicable dans les pays
+qui nous occupent&nbsp;; en admettant qu’on puisse un jour réunir
+un nombre suffisant d’observations et de mensurations pour avoir
+des moyennes satisfaisantes — et ce jour n’est pas venu encore —,
+la classification ainsi obtenue serait purement artificielle,
+chacun des groupements étant composé d’éléments fort divers quant à
+leur origine, en raison des migrations, des conquêtes, des unions
+entre individus de peuples divers, du grand nombre d’esclaves
+importés de pays lointains, etc. Si les résultats de la méthode
+anthropologique présentent quelque intérêt en ce qui concerne les
+populations des campagnes, chez lesquelles les mélanges sont moins
+considérables, ils semblent à peu près nuls au point de vue
+pratique en ce qui regarde la population des villes.</p>
+
+<p>La méthode généalogique, s’appuyant sur les origines et
+l’ascendance des familles actuelles, est d’une réalisation à peu
+près<span class="pagenum" id="Page_110">[110]</span>
+impossible&nbsp;: les mélanges de sang dûs aux causes mentionnées
+plus haut rendraient vains les résultats des recherches les plus
+scrupuleuses et, d’autre part, il y aurait lieu de tenir compte de
+deux coefficients d’erreur bien difficiles à déterminer exactement,
+à savoir l’ignorance de la plupart des indigènes en ce qui concerne
+les générations qui ont précédé l’époque actuelle et la tendance de
+tous les musulmans à s’attribuer une origine chérifienne ou tout au
+moins arabe, tendance qui a été signalée de tout temps chez les
+Berbères et que l’on retrouve même chez les peuples les plus
+franchement nègres, tels que les Mandingues. Ajoutons à cela qu’un
+individu interrogé sur les origines de son peuple ou de sa tribu
+répond presque toujours en donnant ce qu’il croit ou veut faire
+croire être sa propre généalogie à lui, l’ascendance de sa petite
+famille, et non pas celle du groupe ethnique auquel appartient
+cette famille.</p>
+
+<p>La méthode ethnographique, basée sur les analogies et les
+différences des civilisations matérielles et sociales, est
+assurément bien meilleure et bien plus féconde que les deux
+précédentes, mais elle ne suffit pas à elle seule à donner des
+résultats entièrement satisfaisants&nbsp;: l’analogie de deux
+civilisations peut en effet provenir d’une communauté d’origine
+entre les deux peuples considérés, mais elle peut provenir aussi,
+soit de ce que ces deux peuples ont été influencés par un milieu
+identique, soit de ce que l’un d’eux, soumis au joug de l’autre ou
+au contraire l’ayant conquis et s’étant laissé ensuite assimiler
+par lui, a adopté les mœurs de cet autre peuple et les a
+substituées aux siennes propres. On a signalé bien souvent déjà les
+erreurs où l’on est destiné à tomber lorsqu’on prend comme base de
+classification soit les tatouages par scarifications soit les
+<em>diamou</em> ou noms de clan&nbsp;: telle tribu vivant au
+contact d’une autre adopte le tatouage ethnique de cette
+autre&nbsp;; les esclaves prennent le <em>diamou</em> de leur
+maître et les indigènes auxquels nous nous adressons dans une
+langue qui n’est pas la leur traduisent leurs <em>diamou</em> dans
+cette langue étrangère&nbsp;; par exemple, nombre de Dioula portent
+les scarifications de leurs voisins sénoufo, et un Sénoufo
+<em>Soroo</em>, interrogé par l’intermédiaire d’un interprète
+mandé, dira que son nom de clan est <em>Kouloubali</em>, etc.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_111">[111]</span>La méthode
+linguistique enfin, qui ne tient compte que du degré ou de
+l’absence de parenté des langues parlées par les divers
+groupements, a un avantage incontestable&nbsp;: celui d’être basée
+sur des données actuellement exactes, faciles à contrôler et ne
+laissant, une fois établies, place à aucune discussion. Bien que
+l’inventaire linguistique du Haut-Sénégal-Niger soit loin d’être
+achevé et qu’on ne l’ait pas fait en général d’une façon vraiment
+scientifique ni suffisamment précise, la classification des peuples
+de cette colonie d’après leurs idiomes est certainement celle qui
+offre le plus de garanties et qui est la plus pratiquement
+utilisable. Toutefois elle ne peut donner, au point de vue
+ethnique, toute la satisfaction désirable&nbsp;: bien des peuples
+en effet, pour des raisons diverses (conquête, contact
+géographique, etc.), ont adopté la langue d’autres peuples dont
+l’origine est fort différente de la leur, sans d’ailleurs adopter
+leurs mœurs ni leur caractère, tandis que, par contre et pour des
+raisons inverses, deux fractions d’un même peuple peuvent parler
+deux idiomes complètement distincts. Les exemples de ce double
+phénomène sont nombreux en Afrique Occidentale&nbsp;: je me
+contenterai pour l’instant de citer, d’une part celui des Peuls
+parlant la même langue que les Toucouleurs, et, d’autre part, celui
+des Soninké ou Marka de la Boucle du Niger parlant en général, non
+pas la langue de leurs congénères du Sénégal, mais celle des
+Dioula, et celui des Soninké de Dienné parlant la langue des
+Songaï.</p>
+
+<p class="space-above15"><span class="bold">Méthode de
+classification adoptée.</span> — Je n’ai aucunement la prétention
+d’opposer un système nouveau aux méthodes scientifiques de
+classification dont je viens d’exposer les difficultés et les
+inconvénients&nbsp;; j’ai tâché simplement de faire appel au
+concours simultané de ces diverses méthodes et de classer les
+groupements ethniques du Haut-Sénégal-Niger, tels qu’ils se
+présentent actuellement à notre observation, en tenant compte à la
+fois des données anthropologiques manifestement certaines, des
+traditions les plus probables relatives à l’origine des différents
+groupements, des analogies constatées dans les civilisations
+matérielles, l’état social et le caractère intellectuel
+et<span class="pagenum" id="Page_112">[112]</span> moral, et enfin,
+dans une mesure raisonnée, des affinités linguistiques.</p>
+
+<p>Cette méthode n’a peut-être pas une base scientifique bien
+profonde, mais peut-être a-t-elle le mérite d’amener à un résultat
+s’approchant le plus possible de la réalité pratique, étant donné
+l’état de nos connaissances actuelles. J’ai d’ailleurs parfaitement
+conscience des lacunes et des défauts de cette classification, que
+je ne considère que comme provisoire et qui devra être sérieusement
+remaniée, surtout en ce qui concerne les populations de la Boucle,
+lorsque nous serons en possession d’une documentation plus précise
+et plus abondante.</p>
+
+<p>Je dois définir tout d’abord la valeur et la portée des termes
+que j’emploie pour désigner chacune des catégories et des unités
+envisagées.</p>
+
+<p>Je réserve le nom de <em>race</em> aux grandes divisions de
+l’espèce humaine, telles qu’on les entend communément, c’est-à-dire
+qu’en l’espèce il ne s’agira que de deux races&nbsp;: la race
+blanche et la race noire. Ce terme, appliqué à des catégories plus
+restreintes, me paraît inadéquat à la signification qu’on voudrait
+lui donner et il me semble tout à fait impropre de parler de
+«&nbsp;race peule&nbsp;», de «&nbsp;race mandé&nbsp;», de
+«&nbsp;race mossi&nbsp;», etc.</p>
+
+<p>J’appellerai <em>famille</em> un ensemble de peuples procédant,
+d’une façon générale, de la même origine, présentant les mêmes
+grands caractères anthropologiques et ethnographiques et parlant
+tous, sauf exceptions, des langues qui se rattachent à la même
+famille linguistique.</p>
+
+<p>Une famille ainsi comprise peut se subdiviser en plusieurs
+fractions auxquelles je donne le nom de <em>groupes</em> et dont
+chacune est caractérisée par une modalité spéciale de l’ensemble
+des caractères communs à tous les groupes de la famille.</p>
+
+<p>La division venant immédiatement après le groupe est le
+<em>peuple</em>&nbsp;: j’appellerai «&nbsp;peuple&nbsp;» un
+groupement ethnique caractérisé par des origines et une histoire
+communes et parlant — le plus généralement — un idiome commun qui
+se différencie suffisamment des idiomes voisins pour mériter le nom
+de «&nbsp;langue&nbsp;». Il peut arriver qu’un peuple constitue à
+lui seul un groupe ou tout au moins qu’un groupe donné ne soit
+représenté<span class="pagenum" id="Page_113">[113]</span> dans la
+région qui nous occupe que par un peuple unique. De même une
+famille peut ne renfermer qu’un seul groupe.</p>
+
+<div class="plate" id="pl05">
+<table class="width-full">
+<tr>
+<td class="tdl ipub sc">Delafosse</td>
+<td class="tdr ipub">Planche V</td>
+</tr>
+</table>
+
+<div class="figcenter iw4">
+<figure id="i09"><img src='images/i09.jpg' alt=''>
+<p class="ipubr"><em>Cliché Froment</em>
+</p>
+
+<p class="cp1"><span class="sc">Fig.</span> 9. — Sur les bords du
+Sénégal.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw4">
+<figure id="i10"><img src='images/i10.jpg' alt=''>
+<p class="ipubr"><em>Cliché Froment</em>
+</p>
+
+<p class="cp1"><span class="sc">Fig.</span> 10. — La Volta Noire, à
+Koury.</p>
+</figure>
+</div>
+</div>
+
+<p>Chaque peuple à son tour se subdivise le plus souvent en
+<em>tribus</em>, dont chacune présente des caractères secondaires
+spéciaux et parle en général un «&nbsp;dialecte&nbsp;» spécial de
+la langue commune à tout le peuple, ou bien s’est simplement
+différenciée par suite de l’écart de sa position géographique.</p>
+
+<p>Enfin une tribu peut comprendre plusieurs <em>sous-tribus</em>,
+sans parler des subdivisions sociales telles que les castes, les
+classes, les clans, dont il ne convient pas de tenir compte dans
+une classification purement ethnique mais qu’il y a lieu cependant
+de mentionner lorsqu’elles nous sont connues.</p>
+
+<p>Le système adopté ici ayant été ainsi exposé, je puis maintenant
+passer à la nomenclature des divers groupements ethniques,
+nomenclature qui — on s’en apercevra — ne correspond pas absolument
+au tableau de classement des langues qui sera donné plus loin dans
+la troisième partie de cet ouvrage.</p>
+
+<p class="space-above15"><a id="p2c01s1"></a><span class=
+"bold">Nomenclature des familles, groupes et peuples du
+Haut-Sénégal-Niger.</span> — Les peuples habitant actuellement les
+territoires d’administration civile du Haut-Sénégal-Niger sont au
+nombre de quarante, sans tenir compte des quelques colonies
+d’étrangers établies parmi eux (Ouolofs et Haoussa principalement).
+Ils appartiennent à deux races (race blanche et race noire) et se
+répartissent en <em>sept familles</em>, dont deux de race blanche
+plus ou moins mélangée (la famille <em>sémitique</em> et la famille
+<em>hamitique</em> ou chamitique) et cinq de race noire (les
+familles <em>tekrourienne</em> ou toucouleure, <em>songaï</em>,
+<em>mandé</em>, <em>sénoufo</em> et <em>voltaïque</em>).</p>
+
+<p>Quatre peuples seulement, sur les quarante précités, sont à
+ranger dans les deux familles de <em>race blanche</em>, sous cette
+réserve d’ailleurs que chacun d’eux renferme en son sein des
+éléments plus ou moins nombreux appartenant à la race noire. Ces
+peuples sont&nbsp;:</p>
+
+<p>1<sup>o</sup> Les <em>Maures de l’Azaouad</em>, de famille
+sémitique (groupe arabe) à peu près pure<a id=
+"FNanchor_40"></a><a href="#Footnote_40" class="fnanchor">[40]</a>,
+comprenant deux tribus, les <em>Bérabich</em> et les
+<em>Kounta</em>&nbsp;;</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_114">[114]</span>2<sup>o</sup>
+Les <em>Maures du Hodh</em>, appartenant aux deux familles
+sémitique (groupe arabe) et hamitique (groupe berbère) tantôt
+mélangées et tantôt simplement juxtaposées, et comprenant, en ce
+qui concerne le Haut-Sénégal-Niger, sept tribus principales&nbsp;;
+les <em>Regueïbât</em>, les <em>Idao-Aïch</em> (vulgairement
+Douaïch), les <em>Ahl-Tichit</em>, les <em>Oulad-Mbarek</em> (ou
+Gassouch), les <em>Oulad Nasser</em> (ou Mozara ou Asrach), les
+<em>Mejdouf</em> et les <em>Oulad-Delim</em>, plus des
+<em>Chorfa</em>&nbsp;;</p>
+
+<p>3<sup>o</sup> Les <em>Touareg</em>, de famille hamitique (groupe
+berbère), se partageant en trois grandes tribus (en ce qui concerne
+les territoires civils du Haut-Sénégal-Niger), celle des
+<em>Iguellad</em>, celle des <em>Kel-Tadmekket</em> et celle des
+<em>Oulmidden</em> ou Ioulmidden (sing. Aoulmid)&nbsp;: la première
+de ces tribus se rattache à la même origine que les Zenaga du Hodh
+et de la Mauritanie (Goddala et Lemtouna)&nbsp;; la seconde et la
+troisième se rattachent à une origine commune (Lemta)&nbsp;;</p>
+
+<p>4<sup>o</sup> Les <em>Foulbé</em> ou <em>Peuls</em> proprement
+dits, appartenant probablement au groupe judéo-syrien de la famille
+sémitique, avec un mélange très prononcé d’éléments hamitiques
+(berbères) et d’éléments nègres divers, et comprenant, en ce qui
+concerne le Haut-Sénégal-Niger, quatre fractions principales qui
+sont des subdivisions géographiques plutôt que des tribus
+proprement dites&nbsp;: les Peuls du Sahel, les Peuls du Massina
+(Massinankobé ou Massinanké), les Peuls du Gourma et les Peuls de
+la Volta.</p>
+
+<p>Les trente-six autres peuples se répartissent comme il suit
+entre les cinq familles de <em>race noire</em>&nbsp;:</p>
+
+<p><span class="bold">I. — Famille tekrourienne</span>&nbsp;: un
+seul peuple, celui des <em>Toucouleurs</em> ou Foutanké.</p>
+
+<p><span class="bold">II. — Famille songaï</span>&nbsp;: un seul
+peuple, celui des <em>Songaï</em>, comprenant deux fractions
+géographiques plutôt que deux tribus, les Songaï du Nord-Ouest et
+les Songaï du Sud-Est ou <em>Djerma</em>, qui comprennent les
+<em>Dendi</em>&nbsp;; parmi les Songaï se trouve la caste des
+<em>Sorko</em> ou <em>Kourteï</em>.</p>
+
+<p><span class="bold">III. — Famille mandé</span> (trois
+groupes).</p>
+
+<p>1<sup>o</sup> <em>Groupe du Nord</em>&nbsp;: trois peuples, les
+<em>Bozo</em>, les <em>Soninké</em> (ou<span class="pagenum" id=
+"Page_115">[115]</span> Sarakolé ou Marka, comprenant la caste ou
+le clan des Diawara) et les <em>Dioula</em><a id=
+"FNanchor_41"></a><a href="#Footnote_41" class=
+"fnanchor">[41]</a>&nbsp;;</p>
+
+<p>2<sup>o</sup> <em>Groupe du Centre</em>&nbsp;: cinq peuples, les
+<em>Kâgoro</em>, les <em>Banmana</em> (ou Bambara, comprenant la
+caste des Somono), les <em>Khassonkè</em>, les <em>Malinké</em> (ou
+Mandingues) et les <em>Foulanké</em>&nbsp;;</p>
+
+<p>3<sup>o</sup> <em>Groupe du Sud</em>&nbsp;: quatre peuples (en
+ce qui concerne le Haut-Sénégal-Niger), les <em>Diallonké</em>, les
+<em>Samo</em>, les <em>Samorho</em> et les <em>Sia</em> (ou
+Bobo-Dioula), plus quatre petites tribus de classification douteuse
+(les <em>Blé</em>, les <em>Natioro</em>, les <em>Ouara</em> et les
+<em>Sembla</em>)<a id="FNanchor_42"></a><a href="#Footnote_42"
+class="fnanchor">[42]</a>.</p>
+
+<p><span class="bold">IV. — Famille sènoufo</span>&nbsp;: un seul
+peuple, celui des <em>Sénoufo</em>, comprenant dans le
+Haut-Sénégal-Niger dix tribus, les <em>Bamâna</em> (ou Minianka),
+les <em>Siénérhè</em>, les <em>Tagba</em> (ou Tagoua), les
+<em>Mbouin</em> (ou Gouin), les <em>Karaboro</em><a id=
+"FNanchor_43"></a><a href="#Footnote_43" class="fnanchor">[43]</a>,
+les <em>Komono</em>, les <em>Nanergué</em>, les <em>Folo</em> (ou
+Foro ou Pomporon), les <em>Tourka</em> et les <em>Sémou</em>.</p>
+
+<p><span class="bold">V. — Famille voltaïque</span> (sept
+groupes).</p>
+
+<p>1<sup>o</sup> <em>Groupe tombo</em>&nbsp;: trois peuples, les
+<em>Tombo</em> (ou Habé), les <em>Dogom</em> et les
+<em>Déforo</em>&nbsp;;</p>
+
+<p>2<sup>o</sup> <em>Groupe mossi</em>&nbsp;: six peuples (en ce
+qui concerne le Haut-Sénégal-Niger), les <em>Mossi</em>, les
+<em>Yansi</em>, les <em>Nankana</em>, les <em>Gourmantché</em> (ou
+Bimba), les <em>Dagari</em> et les <em>Birifo</em> (ou
+Bérifon)&nbsp;;</p>
+
+<p>3<sup>o</sup> <em>Groupe gourounsi</em>&nbsp;: quatre peuples
+(en ce qui concerne le Haut-Sénégal-Niger), les <em>Nioniossé</em>
+(ou Lilsé), les <em>Nounouma</em><a id="FNanchor_44"></a><a href=
+"#Footnote_44" class="fnanchor">[44]</a>, les <em>Sissala</em> et
+les <em>Boussansé</em>&nbsp;;</p>
+
+<p>4<sup>o</sup> <em>Groupe bobo</em>&nbsp;: un seul peuple, celui
+des <em>Bobo</em>, comprenant<span class="pagenum" id=
+"Page_116">[116]</span> quatre tribus, les <em>Kian</em> (ou
+Bobo-Gbê), les <em>Tara</em> (ou Bobo-Oulé), les <em>Boua</em> (ou
+Bobo-Fing) et les <em>Niénigué</em>&nbsp;;</p>
+
+<p>5<sup>o</sup> <em>Groupe lobi</em>&nbsp;: quatre peuples, les
+<em>Lobi</em>, les <em>Pougouli</em> (ou Bougouri), les
+<em>Dian</em> (ou Dian-né) et les <em>Gan</em> (ou
+Gan-né)&nbsp;;</p>
+
+<p>6<sup>o</sup> <em>Groupe koulango</em>&nbsp;: un seul peuple,
+celui des <em>Koulango</em> (ou Pakhalla), représenté au
+Haut-Sénégal-Niger par la tribu des <em>Lorho</em>&nbsp;;</p>
+
+<p>7<sup>o</sup> <em>Groupe Bariba</em>&nbsp;: deux peuples (en ce
+qui concerne le Haut-Sénégal-Niger), les <em>Bariba</em> et les
+<em>Soumba</em> (tribu des <em>Takamba</em>).</p>
+
+<p>A cette nomenclature, il convient d’ajouter une tribu du cercle
+de Gaoua et quatre tribus du cercle de Bobo-Dioulasso que l’état
+actuel de nos connaissances ne permet pas de rattacher de façon
+définitive à l’une des familles énumérées ci-dessus, mais qui
+appartiennent très probablement soit à la famille voltaïque soit à
+la famille sénoufo. Ces cinq tribus sont celles des
+<em>Padorho</em>, des <em>Dorhossié</em>, des <em>Tiéfo</em>, des
+<em>Toussia</em> et des <em>Vigué</em>.</p>
+
+<p>Enfin, comme je le disais plus haut, on rencontre dans quelques
+gros centres des colonies d’étrangers venus surtout du Sénégal
+(<em>Ouolofs</em>) ou de la Nigeria (<em>Haoussa</em>) et qui ne
+rentrent dans aucune des sept familles précitées, à moins que l’on
+veuille rattacher les Ouolofs à la famille tekrourienne, ce qui ne
+pourrait se faire qu’avec quelque témérité.</p>
+
+<p class="space-above15"><a id="p2c01s2"></a><span class=
+"bold">Différentes appellations données aux peuples du
+Haut-Sénégal-Niger.</span> — Les familles et groupes ethniques de
+l’Afrique Occidentale ne se connaissent pas de noms génériques et
+souvent les divers peuples qui composent chaque famille ne se
+doutent même pas des liens de parenté qui les unissent. La plupart
+des peuples se désignent eux-mêmes chacun par un nom spécial&nbsp;;
+il arrive cependant que certains peuples (les Sénoufo par exemple)
+ne font pas usage d’un terme correspondant à l’ensemble du peuple
+et que, seules, les tribus se désignent chacune par un terme
+distinct. D’autre part il n’est pas rare qu’un peuple étranger use
+d’un terme spécial pour désigner toute une famille ou tout un
+groupe qui, en ce qui le concerne, ne possède pas dans sa langue le
+mot correspondant. Enfin les divers groupements ethniques nous sont
+connus sous des appellations très différentes<span class="pagenum"
+id="Page_117">[117]</span> selon que nous avons été mis en relation
+avec eux par tel ou tel autre groupement. Aussi il m’a paru
+nécessaire d’indiquer et au besoin d’expliquer les appellations
+diverses qui sont données à chacun des groupements.</p>
+
+<p>Les termes de <em>sémitique</em> et <em>hamitique</em>,
+empruntés à la terminologie biblique des enfants de Noé, sont
+suffisamment connus, ainsi que les expressions de «&nbsp;groupe
+arabe&nbsp;» et de «&nbsp;groupe berbère&nbsp;» — ou libyco-berbère
+—, pour que je n’aie pas à m’étendre à leur sujet.</p>
+
+<p>Le nom de <em>Maures</em>, que nous donnons aux populations
+arabes et arabo-berbères de l’Azaouad et du Hodh, a été emprunté
+par nous aux Latins, qui le tenaient eux-mêmes des Grecs, lesquels
+l’avaient formé du mot punique <em>Mahourim</em> (ou Maouharîn) qui
+signifie «&nbsp;les Occidentaux&nbsp;» et est l’équivalent exact de
+l’arabe <em>Maghrebiyyîn</em>, en sorte que
+«&nbsp;Mauritanie&nbsp;» est tout simplement synonyme de
+«&nbsp;Maghreb&nbsp;». Les Maures se désignent entre eux par les
+noms de leurs différentes tribus&nbsp;; cependant les Maures du
+Hodh qui revendiquent une origine arabe se donnent à eux-mêmes
+l’appellation générique de <em>Beni-Hassân</em> ou simplement
+<em>Hassân</em> (au singulier <em>Hassâni</em>), tandis qu’ils
+désignent ceux d’entre eux dont l’origine berbère est incontestable
+par le terme de <em>Zenaga</em> (sing. <em>Zenagui</em>, en berbère
+<em>Iznaguen</em> sing. <em>Aznag</em>, en peul <em>Sénagabé</em>
+sing. <em>Tiénagadio</em>)&nbsp;; il convient d’ajouter que le mot
+Zenaga, dans la bouche d’un Hassâni, renferme une signification
+quelque peu méprisante et est presque devenu synonyme de
+«&nbsp;tributaires&nbsp;», bien qu’étant le nom de l’une des plus
+glorieuses fractions de l’ancienne nation berbère, de celle qui
+donna naissance à plusieurs empires fameux et notamment à celui des
+Almoravides. Les <em>Berabich</em> (sing. <em>Berbouchi</em>) et
+les <em>Kounta</em> ou <em>Kenata</em> (sing. <em>Kounti</em>) ne
+se connaissent pas d’autre appellation générique que celle de
+chacune de ces deux tribus. Les Maures, dans leur ensemble, sont
+appelés par les Peuls et les Toucouleurs <em>Safalbé</em> (sing.
+<em>Tiapado</em> ou <em>Tiapato</em>), par les Songaï
+<em>Sourkou</em> ou <em>Sourgou</em> et par les Mandé
+<em>Soura-ka</em>, <em>Soula-ka</em>, <em>Soulaa-ka</em>,
+<em>Soularha-ka</em> ou <em>Soularha</em>. Les Maures ont auprès
+d’eux des serfs nègres qu’ils appellent
+<em>Harrâtîn</em><span class="pagenum" id="Page_118">[118]</span>
+(sing. <em>Hartâni</em>) et que les Ouolofs désignent par
+l’expression de <em>Pourogne</em>.</p>
+
+<p>Les <em>Touareg</em> doivent ce nom, par lequel nous les
+désignons d’ordinaire, à l’appellation que leur donnent les
+Arabes&nbsp;: <em>Taouâreg</em> (sing. <em>Targui</em>)&nbsp;; les
+Arabes, grands amateurs d’étymologies compliquées et tirées
+toujours de leur propre langue, ont attribué à ce mot la
+signification de «&nbsp;renégats&nbsp;» (du verbe arabe
+<em>taraka</em> «&nbsp;abandonner&nbsp;»), sous prétexte que les
+Touareg auraient renié douze fois la religion musulmane avant de
+l’embrasser définitivement&nbsp;; certains auteurs européens ont
+voulu traduire Touareg par «&nbsp;voleurs de grand chemin&nbsp;» ou
+plus simplement «&nbsp;chemineaux&nbsp;» (du mot arabe
+<em>tharîq</em> «&nbsp;chemin&nbsp;»), étymologie qui d’ailleurs ne
+concorderait pas avec l’orthographe usitée par les Arabes pour
+écrire le nom des Touareg&nbsp;: mais il est beaucoup plus
+vraisemblable de supposer que <em>Targui</em> (dont on a fait le
+pluriel <em>Taouâreg</em>) est tout uniment la forme du singulier
+de l’ethnique <em>Targa</em>, nom donné autrefois à l’une des
+tribus du Sahara, peut-être celle des Hoggar ou celle des
+Oulmidden, et ensuite, par extension, à tous les représentants du
+même peuple<a id="FNanchor_45"></a><a href="#Footnote_45" class=
+"fnanchor">[45]</a>. Les Touareg ne se désignent eux-mêmes que par
+les noms de leurs diverses tribus ou sous-tribus, mais, dans chaque
+tribu, ils se distinguent en deux classes, celles des
+<em>Imocharhen</em> (sing. <em>Amocharh</em>) ou
+«&nbsp;nobles&nbsp;» et celle des <em>Imraden</em> (sing.
+<em>Amrad</em>) ou «&nbsp;vassaux&nbsp;». Les Songaï nomment les
+Touareg <em>Sourkou</em> ou <em>Sourgou</em>, comme les Maures,
+désignant plus spécialement les Imocharhen par le terme de
+<em>Bourdâm</em> ou <em>Berdâm</em><a id="FNanchor_46"></a><a href=
+"#Footnote_46" class="fnanchor">[46]</a> et les Imraden par celui
+de <em>Daga</em>. — Les Touareg ont auprès d’eux des serfs nègres
+désignés généralement sous le nom de <em>Bella</em> et qui
+correspondent aux Harrâtîn des Maures.</p>
+
+<p>Les <em>Peuls</em> se dénomment eux-mêmes <em>Foulbé</em> (sing.
+<em>Poullo</em>), mot qui, dans leur langue, signifierait
+«&nbsp;les dispersés, les éparpillés&nbsp;», d’après M. le
+commandant Gaden. C’est le radical de ce mot, prononcé
+<em>Peul</em> par les Ouolofs, que nous avons adopté le plus
+généralement en France pour désigner ce peuple. Il est<span class=
+"pagenum" id="Page_119">[119]</span> appelé <em>Foullânia</em> ou
+<em>Foullâniyîn</em> (sing. <em>Foullâni</em>) par les Maures,
+<em>Ifoulân</em> ou <em>Ifellân</em> (sing. <em>Afouli</em>) par
+les Touareg, <em>Foulani</em> ou <em>Foulaoua</em> (sing.
+<em>Bafilatché</em>) par les Haoussa, <em>Fellata</em> ou
+<em>Filata</em> par les Kanouri du Mounio et du Bornou, et enfin
+par les Mandé <em>Foula</em> ou <em>Fila</em> ou encore
+<em>Foulanka</em>, bien que ce dernier terme s’applique plus
+spécialement aux Mandé d’origine peule parlant le malinké et que
+nous appelons communément Foulanké. Les Mossi désignent les Peuls
+par le nom de <em>Silmissé</em> (sing. <em>Silmiga</em>). Parmi les
+Peuls existent des castes spéciales, notamment celles des
+<em>Diawambé</em> (sing. <em>Diawando</em>) et des <em>Laobé</em>
+(sing. <em>Labbo</em>), auxquelles les Peuls propres n’étendent pas
+l’appellation générique de «&nbsp;Foulbé&nbsp;». De plus, ils ont
+auprès d’eux, comme les Maures et les Touareg, des serfs nègres
+qu’ils appellent <em>Rimaïbë</em> (sing. <em>Dimadio</em>)&nbsp;:
+ce mot signifie à peu près «&nbsp;ceux qui vont devenir
+libres&nbsp;», par allusion à la coutume d’après laquelle les
+descendants d’esclaves, qui à l’origine ont constitué les Rimaïbé,
+devenaient libres au bout de quelques générations&nbsp;; ces
+Rimaïbé sont appelés <em>Komongallou</em> par les Soninké.</p>
+
+<p>Les <em>Toucouleurs</em> se désignent entre eux par le terme de
+<em>Halpoularen</em> (sing. <em>Halpoular</em>), «&nbsp;ceux qui
+parlent le <em>poular</em>&nbsp;»<a id="FNanchor_47"></a><a href=
+"#Footnote_47" class="fnanchor">[47]</a>, ou par celui de
+<em>Foutankobé</em> ou <em>Foutanké</em> (sing. <em>Foutanko</em>
+ou <em>Foutankédio</em>), c’est-à-dire «&nbsp;ceux du Fouta&nbsp;»,
+ou encore par les noms de leurs différentes tribus ou fractions.
+Les Maures les appellent <em>Tekarir</em> (sing. <em>Tekrouri</em>)
+et les Zenaga parlant berbère <em>Itkariren</em> (sing.
+<em>Etkarir</em>), tous mots dérivant du nom de l’ancienne ville ou
+de l’ancien pays de <em>Tekrour</em>, pays qui correspondait à peu
+près au Fouta sénégalais actuel et où se constitua le peuple
+<em>toucouleur</em>. Cette dernière appellation, que les Français
+ont adoptée, vient tout simplement de la façon dont les Ouolofs
+prononcent le nom du Tekrour et de ses habitants&nbsp;:
+<em>Tokoror</em>, <em>Tokorogne</em> ou <em>Tokolor</em>. Les Mandé
+donnent aux Toucouleurs l’appellation de <em>Foutanka</em> (gens du
+Fouta).</p>
+
+<p>Les <em>Songaï</em> se dénomment eux-mêmes <em>Songaï</em>,
+<em>Sonrhaï</em> ou<span class="pagenum" id="Page_120">[120]</span>
+<em>Songoï</em>. Ils se divisent en plusieurs classes dont la plus
+noble, celle des <em>Arma</em> (appelés aussi <em>Darbout</em> et
+<em>Haïdara</em>), prétend descendre des soldats marocains
+(Berbères, Arabes et surtout renégats andalous) qui, de 1590 à 1650
+environ, participèrent à la conquête de la ville de Tombouctou et
+de l’empire de Gao&nbsp;; ces Arma font venir leur nom du mot arabe
+<em>râmi</em> «&nbsp;lanceur de projectiles&nbsp;» et expliquent
+cette étymologie en disant que leurs ancêtres marocains auraient
+été les premiers à se servir de fusils dans la région du
+Niger<a id="FNanchor_48"></a><a href="#Footnote_48" class=
+"fnanchor">[48]</a>. Les Arma donnent à la classe inférieure,
+ouvrière et surtout agricole, qui constitue du reste l’immense
+majorité du peuple songaï, le nom de <em>Gabibi</em> qui signifie
+«&nbsp;corps noir&nbsp;», c’est-à-dire «&nbsp;nègres&nbsp;»,
+voulant marquer par là que les gens de cette classe ne peuvent
+prétendre à une ascendance blanche. Une partie de la population
+songaï, composée principalement de pêcheurs et de bateliers, est
+désignée sous les termes spéciaux de <em>Sorko</em> et de
+<em>Kourteï</em>. Les Touareg appellent les Songaï <em>Ihattân</em>
+(sing. <em>Ahatti</em>) et les Peuls <em>Diermabé</em> (sing.
+<em>Diermadio</em>)&nbsp;; c’est ce dernier mot que nous appliquons
+principalement, sous la forme <em>Djerma</em>, aux Songaï de la
+région de Dosso et Niamey, sur la rive gauche du Niger, région
+qu’on appelle également <em>Saberma</em> ou <em>Zaberma</em>,
+tandis qu’on appelle <em>Dendi</em> la région correspondante sur la
+rive droite du fleuve et les Songaï qui l’habitent.</p>
+
+<p>Le nom de <em>Mandé</em> que nous donnons, faute
+d’appellation<span class="pagenum" id="Page_121">[121]</span>
+indigène, à l’ensemble de la famille ethnique comprenant, entre
+autres peuples, les Soninké, les Malinké et les Diallonké, n’est
+pas autre chose que le nom de la mère-patrie de l’un de ces
+peuples, celui des Malinké ou Mandingues, et de ce peuple lui-même.
+A proprement parler, ce nom de Mandé ne convient pas plus aux
+Soninké, aux Diallonké et même aux Dioula et Banmana, que le nom
+d’Anglais ne convient aux Ecossais et aux Irlandais&nbsp;; mais,
+puisqu’il faut bien donner un nom à chaque famille ethnique, il n’y
+a en somme aucun inconvénient à se conformer à un usage aujourd’hui
+admis.</p>
+
+<p>Le pays d’origine des Malinké a en effet porté de tout temps le
+nom qu’il porte encore actuellement&nbsp;: <em>Mandé</em> ou
+<em>Mandeng</em>, <em>Mandi</em> ou <em>Manding</em>, selon que les
+prononciations dialectales ferment moins ou plus la voyelle finale
+et selon qu’elles en éludent ou en exagèrent la nasalisation. Ce
+nom est prononcé souvent <em>Mané</em> ou <em>Mani</em> par les
+gens du Ouassoulou, <em>Malé</em> ou <em>Mali</em> par les Soninké,
+<em>Mallé</em> ou <em>Malli</em>, <em>Mellé</em> ou <em>Melli</em>
+par les Peuls&nbsp;: cette dernière prononciation a été adoptée par
+plusieurs auteurs arabes et par des auteurs européens qui les ont
+mis à contribution, tandis que d’autres adoptaient l’orthographe
+Mali ou l’orthographe Mandé ou Manding&nbsp;; mais toutes ces
+formes ne sont que des variantes d’un même mot, variantes
+parfaitement conformes aux lois de la phonétique soudanaise. On a
+voulu trouver à ce mot une étymologie totémique et on a traduit
+<em>Mali</em> par «&nbsp;hippopotame&nbsp;» et <em>Mandé</em> par
+«&nbsp;petit lamentin&nbsp;»&nbsp;: ces deux étymologies sont
+rejetées par les indigènes du pays, c’est-à-dire les Malinké, qui
+déclarent que <em>Mandé</em> ou <em>Mali</em> est simplement le nom
+de leur patrie et qu’ils n’en connaissent pas la
+signification<a id="FNanchor_49"></a><a href="#Footnote_49" class=
+"fnanchor">[49]</a> et qui, au surplus, n’ont aucun totem de
+peuple, pas plus le lamentin que l’hippopotame&nbsp;: un de leurs
+clans seulement<span class="pagenum" id="Page_122">[122]</span> a
+pour <em>tana</em> ou «&nbsp;tabou&nbsp;» l’hippopotame et il n’en
+porte pas le nom (clan des Keïta).</p>
+
+<p><em>Soninké</em> est l’appellation par laquelle le peuple des
+Soninké se désigne lui-même. On a prétendu que ce mot voulait dire
+«&nbsp;les gens ou les partisans du <em>Sonni</em>&nbsp;» et avait
+été appliqué à ceux qui, lors de la conquête de l’empire de Gao par
+Ali Kolon, fondateur de la dynastie des Sonni (en 1331), auraient
+embrassé le parti de ce dernier&nbsp;; cette étymologie me paraît
+inacceptable pour plusieurs raisons&nbsp;: d’abord les Soninké
+existaient comme peuple et avaient même joué un rôle très
+considérable dans l’histoire du Soudan bien avant le début de la
+dynastie des Sonni&nbsp;; de plus, ils semblent n’avoir eu que peu
+de relations avec l’empire de Gao, au moins avant les dernières
+années de la dynastie des Sonni, et il serait étrange que le peuple
+entier dût son nom au fait — d’ailleurs hypothétique — que
+quelques-uns de ses membres auraient pris parti pour le fondateur
+de cette dynastie. Il est probable d’ailleurs que ce mot — dont
+j’avoue ignorer complètement l’étymologie — n’est pas formé d’un
+élément <em>sonni</em> ou <em>soni</em> suivi du suffixe
+<em>ké</em> qui, en peul du reste plutôt qu’en mandé<a id=
+"FNanchor_50"></a><a href="#Footnote_50" class="fnanchor">[50]</a>,
+est le suffixe de nationalité&nbsp;: au contraire de ce qui existe
+dans les mots Malinké, Foulanké, etc., la syllabe <em>ké</em> fait
+sans doute, dans Soninké, partie du radical du mot&nbsp;; j’en
+trouve une preuve dans le fait que le <em>k</em> a été conservé par
+les Maures Bérabich dans la forme qu’ils ont donnée à ce nom&nbsp;:
+<em>Assouanik</em>. On a voulu aussi<a id=
+"FNanchor_51"></a><a href="#Footnote_51" class="fnanchor">[51]</a>
+identifier le nom des Soninké avec celui des <em>Zenaga</em>, écrit
+<em>Sanhadja</em> par les auteurs arabes&nbsp;; cette
+identification me semble bien malaisée à établir&nbsp;: d’abord il
+serait assez étonnant que, si les deux noms étaient identiques, les
+Maures eussent conservé la forme <em>Zenaga</em> pour désigner les
+Berbères vivant à côté d’eux et adopté une autre forme —
+<em>Assouanik</em> — pour désigner les Soninké&nbsp;; ensuite il y
+a, entre les deux noms, des différences phonétiques réelles,
+particulièrement en ce qui concerne leur première
+voyelle,<span class="pagenum" id="Page_123">[123]</span> laquelle a
+toujours été écrite <em>a</em> et prononcée <em>a</em> ou
+<em>e</em> par les Arabes dans le nom des Zenaga (Sanhadja, Sanaga,
+Zenaga) tandis qu’elle est nettement prononcée <em>o</em> ou
+<em>ou</em> dans le nom des Soninké&nbsp;; enfin il est bien
+difficile de supposer que les Soninké, nègres parfois métissés,
+mais incontestablement nègres, soient issus d’une fraction des
+Berbères Zenaga. Ce qui avait conduit M. Ch. Monteil à cette
+identification est un passage du <em>Tarikh-es-Soudân</em> où Sa’di
+donne le nom de «&nbsp;Sanhadja&nbsp;» aux «&nbsp;Nono porteurs de
+tresses&nbsp;», lesquels étaient presque indubitablement une
+fraction du peuple soninké&nbsp;: à mon avis, il y a eu là, de la
+part de Sa’di, soit une erreur d’information lui ayant fait prendre
+ces Nono pour des Berbères, soit plutôt une erreur orthographique
+inconsciente lui ayant fait transcrire par la forme
+«&nbsp;Sanhadja&nbsp;», bien connue de lui, une forme
+«&nbsp;Soninké&nbsp;» qu’il pouvait avoir mal entendue, qui, en
+tout cas, ne lui était pas familière et qui a, du reste, une
+certaine analogie avec la forme «&nbsp;Sanhadja&nbsp;» prononcée
+«&nbsp;Senaga&nbsp;».</p>
+
+<p>Quoi qu’il en soit de l’origine du mot <em>Soninké</em>, c’est,
+de l’aveu des Soninké eux-mêmes, leur véritable nom. Comme je le
+disais plus haut, les Bérabich ont transformé ce mot en
+<em>Assouanik</em> (sing. <em>Souananki</em>)<a id=
+"FNanchor_52"></a><a href="#Footnote_52" class="fnanchor">[52]</a>.
+Les Maures donnent aussi aux Soninké le nom d’<em>Azer</em> ou
+<em>Adjer</em>. Les Ouolofs les appellent <em>Sarakhoullé</em> ou
+<em>Séréwoullé</em>, mot qui a été adopté sous la forme
+<em>Sarakolé</em> par les premiers voyageurs européens pour
+désigner le peuple qui nous occupe actuellement. Les Peuls les
+appellent <em>Sébé</em> (sing. <em>Tiédo</em>),<span class=
+"pagenum" id="Page_124">[124]</span> ou parfois <em>Nononkobé</em>
+(sing. <em>Nononko</em>), <em>Sillabé</em> (sing.
+<em>Silladio</em>), <em>Sossobé</em> ou <em>Sossébé</em> (sing.
+<em>Tiotiodo</em> ou <em>Tiotiédo</em>) ou encore
+<em>Ouangarbé</em> (sing. <em>Gangardo</em>)&nbsp;; le premier de
+ces termes s’applique à l’ensemble du peuple soninké&nbsp;; celui
+de <em>Nononkobé</em> ne s’applique en réalité qu’à la tribu qui
+fonda la ville de Dienné<a id="FNanchor_53"></a><a href=
+"#Footnote_53" class="fnanchor">[53]</a>, celui de Sillabé à la
+tribu ou plutôt au clan des Silla, celui de <em>Sossobé</em> ou
+<em>Sossébé</em> aux Soninké du Sénégal et de la Gambie et
+particulièrement à ceux demeurés païens et mélangés de
+Malinké<a id="FNanchor_54"></a><a href="#Footnote_54" class=
+"fnanchor">[54]</a>&nbsp;; enfin le terme de <em>Ouangarbé</em> est
+usité principalement dans la Boucle du Niger pour désigner à la
+fois les Soninké et les Dioula, c’est-à-dire les Mandé musulmans
+d’une façon générale. Les Songaï usent aussi, pour désigner non
+seulement les Soninké, mais également les Dioula, de l’expression
+<em>Ouankoreï</em> ou <em>Ouankoré</em> qui, comme Ouangarbé,
+provient de <em>Ouangara</em>, nom donné par les Soudanais du Nord
+et par les géographes et voyageurs anciens aux régions aurifères du
+bassin du Sénégal et à l’ensemble de la famille mandé<a id=
+"FNanchor_55"></a><a href="#Footnote_55" class="fnanchor">[55]</a>.
+Les Haoussa se servent, avec la même acception, du mot
+<em>Ouangaraoua</em>. Les Foulanké appellent les Soninké
+<em>Diaganka</em> (les gens du Diagha ou Diaka, terme analogue au
+«&nbsp;diamou&nbsp;» soninké Diaghaté, Diakaté ou Niakaté). Enfin
+les Malinké, les Banmana et les Dioula les appellent
+<em>Marka</em>, <em>Maraka</em>, <em>Malarhaka</em> ou simplement
+<em>Malarha</em> et les Mossi <em>Marassé</em> (sing.
+<em>Maraga</em>).</p>
+
+<p>Le mot <em>Dioula</em> — forme universellement adoptée
+aujourd’hui par les Français — est prononcé plutôt par les Dioula
+eux-mêmes <em>Giula</em> (par <em>g</em> dur et <em>u</em>
+français) ou <em>Diula</em>, tandis que les Banmana le prononcent
+<em>Diôra</em> et les Malinké <em>Dioula</em> ou
+<em>Dioulanka</em>, dont les Peuls ont fait <em>Dioulankobé</em> ou
+<em>Dioulanké</em> (sing. <em>Dioulanko</em> ou
+<em>Dioulankédio</em>). On a dit souvent que ce mot n’était pas un
+nom de peuple ni de tribu et qu’il signifiait
+«&nbsp;commerçant&nbsp;»<span class="pagenum" id=
+"Page_125">[125]</span> et surtout «&nbsp;commerçant ambulant,
+colporteur&nbsp;»&nbsp;: c’est assurément inexact&nbsp;;
+«&nbsp;commerçant&nbsp;» se dit en mandé <em>diagolila</em> ou
+<em>diaolila</em> ou de plusieurs autres manières qui toutes sont
+des dérivés du verbe <em>diago</em> ou <em>diao</em>
+«&nbsp;commercer&nbsp;», mais le mot <em>dioula</em> ne possède le
+sens de «&nbsp;commerçant&nbsp;» ou «&nbsp;colporteur&nbsp;» dans
+aucun dialecte mandé. Seulement, comme les Dioula exercent surtout,
+et plus que les autres peuples, le métier de colporteur, leur nom
+est devenu synonyme de «&nbsp;commerçant ambulant&nbsp;» dans la
+majeure partie de l’Afrique Occidentale, absolument de la même
+façon que le nom des Auvergnats a été longtemps chez nous synonyme
+de «&nbsp;porteur d’eau&nbsp;» et celui des Savoyards synonyme de
+«&nbsp;ramoneur&nbsp;», et sans plus d’exactitude. D’ailleurs les
+Dioula eux-mêmes sont très affirmatifs sur ce point et revendiquent
+ce mot de <em>Diula</em> ou <em>Dioula</em> comme l’appellation
+propre de leur peuple ou tribu, ajoutant qu’il signifie «&nbsp;du
+fond, de la souche&nbsp;», c’est-à-dire «&nbsp;ceux qui sont de
+noble origine, qui n’ont pas été altérés par des immixtions de sang
+étranger&nbsp;». Les Dioula et les Soninké se confondant souvent
+ensemble dans la Boucle du Niger par la religion (les uns et les
+autres sont en majorité musulmans), par le métier (commerçants,
+tisserands, teinturiers) et par l’emploi de la même langue (le
+dialecte dioula), on les confond souvent aussi sous les mêmes
+appellations de <em>Ouangarbé</em> chez les Peuls,
+<em>Ouangaraoua</em> chez les Haoussa, <em>Ouankoreï</em> chez les
+Songaï, <em>Yarhsé</em> (sing. <em>Yarhga</em>) chez les Mossi de
+Ouagadougou, <em>Kambossé</em> (sing. <em>Kamboga</em>) chez les
+Mossi du Yatenga, <em>Sahersé</em> (sing. <em>Saherga</em>) chez
+les Nankana, <em>Yourou</em> chez les Samo, <em>Sorho</em> chez les
+Koulango, <em>Tiorho</em> chez les Sénoufo, <em>Nzoko</em> chez les
+Agni, etc. Les Dioula eux-mêmes donnent souvent le nom de
+<em>Dafing</em><a id="FNanchor_56"></a><a href="#Footnote_56"
+class="fnanchor">[56]</a> à ceux d’entre eux et aux Soninké qui
+habitent dans la région de Koury ou <em>Dafina</em> (chez les
+Dafing).</p>
+
+<p>Les <em>Banmana</em> sont communément appelés <em>Bambara</em>,
+non seulement par les Européens, mais encore par la plupart des
+peuples du Soudan qui les environnent et c’est sous cette dernière
+forme que leur nom se trouve orthographié dans le<span class=
+"pagenum" id="Page_126">[126]</span>
+<em>Tarikh-es-Soudân</em>&nbsp;; il est fort possible que
+<em>Bambara</em> ne soit pas autre chose qu’une altération de la
+prononciation indigène <em>Banmana</em>, il est possible aussi que
+le mot ait une autre origine&nbsp;; quoi qu’il en soit, il est
+absolument certain que, pour les musulmans du Soudan en général et
+de la Boucle du Niger en particulier, le mot <em>Bambara</em>
+désigne, non pas un peuple déterminé ni une tribu spéciale, mais
+l’ensemble de tous les Soudanais vivant au milieu ou à côté de
+musulmans et étant demeurés fidèles à la religion indigène&nbsp;:
+c’est ainsi que les Dioula de Sikasso et de la région de Kong
+appellent «&nbsp;Bambara&nbsp;» les Sénoufo, que les Dioula et
+Soninké d’Odienné appellent «&nbsp;Bambara&nbsp;» les Malinké
+non-musulmans qui les entourent, que les Dioula des pays de la
+Volta appellent «&nbsp;Bambara&nbsp;» les Gbanian et les Dagari,
+etc.&nbsp;; c’est ainsi encore qu’à Sikasso l’expression
+<em>bambara-kan</em> signifie, non pas la langue mandé ni le
+dialecte mandé des Banmana, mais bien la langue sénoufo. Par suite,
+l’emploi du mot <em>Bambara</em>, fait sans discernement, a amené
+des résultats fâcheux&nbsp;; il a conduit par exemple à faire
+croire que les Bambara-Minianka du cercle de Koutiala formaient un
+même peuple avec les Bambara de Ségou et de Bamako, alors que les
+premiers sont des Sénoufo et les seconds des Mandé. Aussi je
+préfère m’abstenir complètement de cette expression à valeur
+amphibologique et je désignerai toujours le peuple de Ségou, du
+Bélédougou, etc. comme il se désigne lui-même, c’est-à-dire par le
+mot <em>Banmana</em><a id="FNanchor_57"></a><a href="#Footnote_57"
+class="fnanchor">[57]</a>.</p>
+
+<p>Les <em>Khassonkè</em>, comme ils se dénomment eux-mêmes, ou
+<em>Kassonké</em>, comme prononcent les Peuls, tirent leur nom de
+celui de leur pays d’origine, le Khasso ou Khasson (région de
+Kayes). Ils partagent souvent avec les Soninké mêlés de Malinké du
+Sénégal et de la Gambie l’appellation de <em>Sossé</em>.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_127">[127]</span>Les
+<em>Malinké</em> se dénomment eux-mêmes <em>Mandenka</em>,
+<em>Mandenga</em>, <em>Mandinga</em> ou <em>Maninga</em> selon les
+prononciations régionales&nbsp;; les Dioula disent plutôt
+<em>Manenga</em> ou <em>Mandenga</em> et les Banmana
+<em>Maninka</em>&nbsp;; les Peuls les appellent <em>Mandinké</em>,
+<em>Malinké</em>, <em>Mellinké</em>, ou <em>Mellenké</em> (sing.
+<em>Mandinkédio</em>, <em>Malinkédio</em>, etc.) ou encore
+<em>Mandinkobé</em>, <em>Malinkobé</em>, etc. (sing.
+<em>Mandinko</em>, <em>Malinko</em>, etc.), et les Touareg
+<em>Imalan</em> (sing. <em>Amali</em>)&nbsp;: toutes ces
+expressions ont la même valeur, celle de «&nbsp;gens du Mandé,
+Manding, Mali, Melli, etc.&nbsp;», c’est-à-dire du pays qui est
+porté sur nos cartes sous le nom de «&nbsp;Manding&nbsp;», au Sud
+de Kita et au Sud-Ouest de Bamako, et qui fut en effet le pays
+d’origine de ceux que nous appelons nous-mêmes <em>Mandingues</em>
+ou <em>Malinké</em>. Les géographes arabes leur ont souvent donné
+le nom de <em>Ouangara</em> qui, aujourd’hui, est surtout appliqué
+aux Soninké et aux Dioula, ainsi que je l’ai mentionné tout à
+l’heure.</p>
+
+<p>Le mot <em>Foulanké</em> (en peul) ou <em>Foulanka</em> (en
+mandé), parfois employé pour désigner les Peuls ou les Toucouleurs,
+s’applique en réalité à des populations qu’on peut considérer
+actuellement comme incorporées à la famille mandé et qui ne parlent
+que le mandé (dialecte malinké), bien qu’elles soient certainement
+d’origine peule, en partie tout au moins&nbsp;; on les rencontre
+dans plusieurs provinces, toutes appelées en mandé Fouladougou ou
+Fouladou (pays du Foula ou des Foulanka).</p>
+
+<p>Les <em>Diallonké</em> ou <em>Diallonka</em> sont, comme leur
+nom l’indique, les autochtones du Diallon ou Fouta-Diallon et des
+régions avoisinantes&nbsp;; ils revendiquent eux-mêmes le nom de
+<em>Soussou</em>, que nous donnons de préférence à ceux d’entre eux
+qui se sont avancés vers l’Atlantique.</p>
+
+<p>Les <em>Sia</em> sont appelés communément <em>Bobo-Dioula</em>,
+bien que l’expression soit doublement impropre puisqu’ils ne sont
+ni Bobo ni Dioula&nbsp;; elle vient de ce que certaines de leurs
+coutumes se rapprochent de celles des Bobo, tandis que leur façon
+de s’habiller les fait ressembler aux Dioula, dont ils ont en
+partie d’ailleurs adopté le dialecte, tout en conservant leur
+langue propre.</p>
+
+<p>Je ne vois pas d’observations à faire sur le nom des autres
+peuples ou tribus de la famille mandé (Bozo, Kâgoro,
+Samo,<span class="pagenum" id="Page_128">[128]</span> Samorho,
+etc.), sinon qu’il y a de fortes présomptions pour que Samo et
+Samorho ne soient qu’un seul et même vocable, la première forme
+représentant la prononciation banmana et la seconde la
+prononciation dioula.</p>
+
+<p>Les <em>Sénoufo</em> ne se désignent la plupart du temps que par
+les noms de leurs diverses tribus (<em>Bamâna</em> que les Mandé
+appellent <em>Minianka</em> et qu’il convient de ne pas confondre
+avec les Banmana, <em>Siénérhè</em>, <em>Tagba</em>, etc.).
+Cependant ils possèdent un terme pour désigner leur peuple tout
+entier, bien qu’ils en fassent très rarement usage et qu’il ne soit
+pas connu de toutes les tribus&nbsp;: ce terme est <em>Siéné</em>
+ou <em>Siéna</em><a id="FNanchor_58"></a><a href="#Footnote_58"
+class="fnanchor">[58]</a> (au pluriel <em>Siénamana</em>). Par
+contre les Malinké et les Banmana, qui connaissent ce mot, s’en
+servent pour les désigner, sous les formes <em>Siénéfo</em>,
+<em>Sénéfo</em>, <em>Sénofo</em>, <em>Sénoufo</em>, «&nbsp;(ceux
+qui) parlent <em>siéné</em>&nbsp;», et c’est la dernière de ces
+formes que les Européens emploient le plus souvent. Les Dioula
+appellent couramment les Sénoufo <em>Bambara</em> (voir plus haut)
+et parfois <em>Nafana</em> (du nom d’une de leurs tribus de la Côte
+d’Ivoire) ou encore <em>Pomporon</em> (terme qui semble être un
+surnom donné surtout à la tribu des Folo et à quelques fractions
+des Siénérhè). Les Samorho les appellent <em>Sopi</em>&nbsp;; les
+Koulango les appellent <em>Gan</em><a id="FNanchor_59"></a><a href=
+"#Footnote_59" class="fnanchor">[59]</a>, et les Agni
+<em>Kanga</em>, mot qui dans leur langue est devenu presque
+synonyme d’«&nbsp;esclave&nbsp;»&nbsp;; les Abron et Assanti ou
+Achanti les nomment <em>Pantara</em> ou <em>Ouandara</em>.</p>
+
+<p>J’ai donné le nom de <em>voltaïque</em> à la très importante
+famille ethnique dont les membres forment presque la moitié de la
+population totale du Haut-Sénégal-Niger&nbsp;; ce nom m’a paru
+justifié par le fait que le domaine de cette famille est
+sensiblement localisé au bassin de la Volta. Pour faciliter la
+nomenclature, j’ai attribué à chacun de ses sept groupes le nom du
+peuple principal ou du peuple le plus connu de ce groupe, sans
+prétendre faire par là de ce peuple celui dont les autres seraient
+issus.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_129">[129]</span>Les trois
+peuples du groupe tombo (<em>Tombo</em> proprement dits,
+<em>Dogom</em> et <em>Déforo</em>) sont communément désignés par
+les Français du Soudan sous le terme générique de <em>Habé</em> ou
+<em>Habbé</em> ou encore par celui de <em>Kado</em> ou
+<em>Kaddo</em>&nbsp;: ces deux termes ne sont pas autre chose que
+le pluriel et le singulier d’un mot peul qui s’applique à toutes
+les populations qui ne sont ni arabes, ni berbères ni peules,
+c’est-à-dire à tous les Nègres&nbsp;; c’est ainsi que les Peuls de
+la Nigeria appellent les Haoussa <em>Habé</em> comme les Peuls du
+Massina appellent <em>Habé</em> les montagnards de la falaise de
+Bandiagara. Ce terme (<em>Habé</em> ou <em>Kado</em>) est donc
+encore plus vague et plus impropre que le terme Bambara et doit
+être rejeté. Il semble bien — sans que je puisse l’affirmer
+cependant — que les montagnards dont je viens de parler se
+désignent eux-mêmes par le mot <em>Tombo</em>, tandis que les deux
+autres peuples du même groupe se dénomment l’un <em>Dogom</em> ou
+<em>Dom</em> et l’autre <em>Déforo</em>. Les Peuls appellent
+<em>Houmbébé</em> ou <em>Hombobé</em> (sing. <em>Koumbédio</em> ou
+<em>Kombodo</em>)<a id="FNanchor_60"></a><a href="#Footnote_60"
+class="fnanchor">[60]</a> les Tombo et une partie au moins des
+Dogom, et <em>Déforobé</em> les Déforo. Les Mossi appelleraient
+<em>Kibsé</em> (sing. <em>Kibga</em>) les Tombo proprement dits et
+donneraient le nom de <em>Suida</em> à l’ensemble du groupe tombo,
+mais je n’ose me prononcer à cet égard.</p>
+
+<p>Les <em>Mossi</em> s’appellent eux mêmes <em>Mô-sé</em> ou plus
+rarement <em>Mô-si</em> (sing. <em>Mô-rha</em> ou <em>Mô-ga</em>)
+et appellent leur pays <em>Mô-rho</em> et leur langue
+<em>Mô-rhé</em>. Tous les noms de peuples ou de tribus terminés par
+le suffixe <em>sé</em> ou <em>si</em> au pluriel et <em>rha</em> ou
+<em>ga</em> au singulier sont empruntés à la langue des Mossi ou à
+une langue du même groupe. — Les <em>Yansi</em> (sing.
+<em>Yanga</em>), ainsi appelés par les Mossi, se dénommeraient
+eux-mêmes <em>Kôssé</em>, mais je n’affirme rien à cet égard<a id=
+"FNanchor_61"></a><a href="#Footnote_61" class="fnanchor">[61]</a>.
+— Les <em>Gourmantché</em> (sing. <em>Gourmanga</em>), c’est-à-dire
+«&nbsp;ceux du Gourma, de la rive droite du Niger&nbsp;»,
+s’appelleraient eux-mêmes <em>Bimba</em>.</p>
+
+<p>Par le terme un peu méprisant de <em>Gourounsi</em> ou
+<em>Gouressi</em> (sing. <em>Gourounga</em> ou <em>Gouréga</em>),
+qui voudrait dire «&nbsp;incirconcis&nbsp;»,<span class="pagenum"
+id="Page_130">[130]</span> les Mossi — et les Européens d’après eux
+— désignent un ensemble de peuples qui ne se connaissent pas
+eux-mêmes d’appellation générique et qui constituent une notable
+partie d’un groupe que j’appelle, pour cette raison, «&nbsp;groupe
+gourounsi&nbsp;». Deux de ces peuples nous sont connus par leur
+véritable nom — au moins je le pense —&nbsp;: les <em>Nounouma</em>
+ou <em>Nourouma</em> et les <em>Sissala</em>, ces derniers
+comprenant les <em>Kiâlo</em> de Léo. Les <em>Boussansé</em> (sing.
+<em>Boussanga</em>) ont reçu ce nom des Mossi. Quant aux
+<em>Nioniossé</em> (sing. <em>Nioniorha</em>), ils sont appelés
+ainsi par les Mossi du Yatenga&nbsp;; les Mossi de Ouagadougou les
+appelleraient <em>Kassomsé</em> (sing. <em>Kassomga</em>)&nbsp;;
+dans d’autres régions de langue mossi ou de langue parente du
+mossi, on les appelle des noms divers de <em>Foulsé</em>,
+<em>Youlsé</em>, <em>Lilsé</em>, <em>Nimsé</em>, <em>Kipirsi</em>,
+etc., sans que je puisse dire si ces différents noms s’appliquent à
+l’ensemble du peuple ou seulement à certaines de ses tribus&nbsp;;
+enfin les Peuls les appellent <em>Kouroumankobé</em> (ceux du
+Kourouma)<a id="FNanchor_62"></a><a href="#Footnote_62" class=
+"fnanchor">[62]</a>&nbsp;: j’ignore quel est leur nom
+véritable.</p>
+
+<p>Le nom de <em>Bobo</em> («&nbsp;bègue&nbsp;» en mandé) est un
+terme de mépris appliqué par les Dioula et les Banmana à quatre
+tribus qui forment un seul peuple mais ne se connaissent pas, je
+crois, d’appellation générique en dehors de leurs noms de
+tribus&nbsp;: <em>Kian</em> ou <em>Tian</em>, <em>Tara</em>,
+<em>Boua</em> et <em>Niénigué</em>. Les Dioula distinguent les
+trois premières tribus par des épithètes différentes, appelant les
+Kian <em>Bobo-Gbê</em> (Bobo blancs), les Tara <em>Bobo-Oulé</em>
+(Bobo rouges) et les Boua <em>Bobo-Fing</em> (Bobo noirs), sans que
+ces épithètes soient motivées par la couleur de peau de ceux qui
+les ont reçues, pas plus que par la couleur de leurs vêtements,
+lesquels brillent du reste en général par leur absence. Les Mossi
+distinguent aussi ces trois mêmes tribus par les noms de
+<em>Tiansé</em> (Kian), <em>Talessé</em> ou <em>Talassé</em> (Tara)
+et <em>Boulsé</em> (Boua).</p>
+
+<p><em>Koulango</em> est le nom indigène du peuple formant le
+sixième groupe de la famille voltaïque, mais nos cartes portent
+souvent ce peuple sous le nom de <em>Pakhalla</em>, qui est une
+orthographe<span class="pagenum" id="Page_131">[131]</span>
+défectueuse de l’appellation que lui donnent les Dioula&nbsp;:
+<em>Kparhala</em> ou <em>Kpagala</em><a id=
+"FNanchor_63"></a><a href="#Footnote_63" class=
+"fnanchor">[63]</a>.</p>
+
+<p>Les <em>Soumba</em> sont appelés également
+<em>Taberma</em>&nbsp;; les musulmans qui les avoisinent les
+nomment <em>Kafiri</em> (païens).</p>
+
+<p>Je n’ai pas, pour l’instant, d’observations à faire sur les
+appellations des autres peuples de la famille voltaïque représentés
+au Haut-Sénégal-Niger (Nankana, Dagari, Birifo ou Bérifon&nbsp;;
+Lobi, Pougouli ou Bougouri, Dian ou Dian-né, Gan ou Gan-né&nbsp;;
+Bariba), non plus que sur celles des tribus dont le rattachement ne
+peut être encore prononcé (Padorho, Dorhossié, Tiéfo, Toussia,
+Vigué).</p>
+
+<p class="space-above15"><a id="p2c01s3"></a><span class=
+"bold">Composition de chaque peuple.</span>
+</p>
+
+<p class="space-above15">1<sup>o</sup> <em>Maures de
+l’Azaouad.</em> — J’ai dit plus haut que les Maures de l’Azaouad se
+divisaient en deux tribus&nbsp;: <em>Bérabich</em> et
+<em>Kounta</em>.</p>
+
+<p>A la première de ces tribus se rattachent les
+<em>Oulad-Slimân</em>, les <em>Oulad-Abderrahmân</em> et les
+<em>Oulad-Ameur</em> et, au moins au point de vue ethnique, les
+sous-tribus des <em>Tormoz</em> (ou Tourmous), des <em>Ousra</em>,
+des <em>Borrada</em>, des <em>Oulad-Noumou</em>, des
+<em>Oulad-el-hadj-el-Hassân</em>, des <em>Idao-Yata</em> (ou
+Doyata), etc.</p>
+
+<p>Parmi les Kounta, on range les <em>Regaguida</em> du Nord de
+Bamba, les <em>Ahl-cheikh-sidi-el-Mokhtar</em> ou <em>Bekkaï</em>
+de la région de Tombouctou et les <em>Oulad-el-Ouafi</em> de la
+région de Mabrouk, ainsi que des <em>Chorfa</em> (sing.
+<em>Cherif</em>), descendants ou prétendus tels de la famille du
+Prophète, plus des vassaux d’origine berbère (les
+<em>Zakhoura</em>).</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_132">[132]</span>De plus, il
+convient de ne pas oublier que, quelque illogique que cela puisse
+paraître lorsqu’il s’agit d’une classification ethnique, il nous
+est impossible de séparer des Maures les <em>Harrâtîn</em>
+d’origines nègres diverses qui leur sont pour ainsi dire
+incorporés&nbsp;; en sorte que, indépendamment d’individus chez
+lesquels le sang sémitique a été profondément altéré par un long
+atavisme d’alliances avec des Berbères et des Nègres, il existe
+chez les Maures de l’Azaouad de véritables Nègres de pure race
+noire.</p>
+
+<p>2<sup>o</sup> <em>Maures du Hodh.</em> — Les Maures du Hodh
+comprennent, je l’ai dit déjà, deux éléments ethniques bien
+différents, qui sont juxtaposés le plus souvent mais parfois aussi
+mélangés&nbsp;: un élément arabe représenté par les
+<em>Beni-Hassân</em> et un élément berbère, très vraisemblablement
+plus considérable que le premier, représenté par les
+<em>Zenaga</em> et par des familles qui se disent hassânides mais
+qui sont cependant d’origine berbère&nbsp;; il convient de noter
+que les familles maraboutiques, qui se désignent elles-mêmes sous
+le nom générique de <em>Zaouiya</em> (les gens vivant en
+<em>zaouïa</em> ou couvents), sont pour la plupart d’origine
+berbère ou tout au moins issues d’un mélange de Zenaga et de
+Beni-Hassân, mélange auquel n’ont pas échappé d’ailleurs beaucoup
+de Beni-Hassân parmi ceux qui se prétendent de pure origine
+sémitique.</p>
+
+<p>Chacune des sept grandes tribus énumérées plus haut comprend
+plusieurs sous-tribus dont les unes sont considérées comme nobles
+et se composent principalement de Beni-Hassân, dont les autres sont
+regardées comme vassales et se composent surtout de Zenaga et dont
+d’autres enfin renferment les familles maraboutiques. On a ainsi
+des divisions politiques et sociales qui ne sont pas toujours des
+groupements ethniques. Les sous-tribus les plus importantes du Hodh
+sont&nbsp;:</p>
+
+<p>Chez les <em>Idao-Aïch</em> ou Douaïch, celles des
+<em>Ahl-Amar</em> (Arabes et Berbères, séparés en <em>Abakak</em>
+et en <em>Chrattit</em>), des <em>Tadjakant</em> (Arabes et
+Berbères), des <em>Ligouatit</em> et des <em>Louata</em>
+(Berbères), des <em>Laghlal</em> (Arabes), des <em>Ahl-Mokhtar</em>
+et des <em>Ahl-Soueïd</em> (Arabes et Berbères), des
+<em>Idao-Ali</em> (marabouts) et des <em>Ahl-sidi-Mahmoud</em> ou
+Oulad-sidi-Mahmoud (marabouts, se rattachant aux Idao-el-hadj ou
+Darmankor de l’Adrar Mauritanien)&nbsp;;</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_133">[133]</span>Chez les
+<em>Oulad-Mbarek</em> ou Gassouch, celles des
+<em>Ahl-ould-Amar</em> ou Loudamar des anciens voyageurs (Arabes),
+des <em>Askeur</em> (Arabes), des <em>Oulad-Mahmoud</em> ou Ladoum
+(Berbères et Arabes) et des <em>Tanoazit</em> (Berbères)&nbsp;;</p>
+
+<p>Chez les <em>Mejdouf</em>, celles des <em>Ahl-Sidi</em>, des
+<em>Choamât</em> et des <em>Hammounât</em> (Arabes), des
+<em>Tâleb-Mokhtar</em> ou Oulad-cheikh-el-Adrami (marabouts) et des
+<em>Nimadi</em><a id="FNanchor_64"></a><a href="#Footnote_64"
+class="fnanchor">[64]</a>&nbsp;;</p>
+
+<p>Chez les <em>Oulad-Delim</em>, celles des <em>Oulad-Daoud</em>
+et des <em>Deïlouba</em> (Arabes) et des <em>Allouch</em> ou
+Oulad-Allouch (Arabes mélangés de Berbères et de Peuls).</p>
+
+<p>Je ne possède pas de renseignements précis sur les sous-tribus
+des <em>Regueïbât</em>, des <em>Ahl-Tichit</em> et des
+<em>Oulad-Nasser</em>.</p>
+
+<p>Aux éléments arabes et berbères, il faut signaler un élément
+nègre, introduit chez les Maures du Hodh comme chez ceux de
+l’Azaouad par des unions avec des Noirs et par la présence de
+nombreux <em>Harrâtîn</em><a id="FNanchor_65"></a><a href=
+"#Footnote_65" class="fnanchor">[65]</a>.</p>
+
+<p>De plus, certains Maures du Hodh sont issus d’un mélange très
+ancien de Berbères avec des Peuls ou Proto-Peuls&nbsp;: on les
+appelle <em>Massîn</em> ou <em>Ahl-Massina</em> ou encore
+<em>Guirganké</em> et on les divise au Sahel en «&nbsp;Guirganké
+blancs&nbsp;» et en «&nbsp;Guirganké noirs&nbsp;», sans que cette
+distinction soit plus justifiable que celle des Bobo en blancs,
+rouges et noirs.</p>
+
+<p>3<sup>o</sup> <em>Touareg.</em> — Les Touareg des familles
+nobles (<em>Imocharhen</em>) sont, semble-t-il, de sang berbère à
+peu près pur, tandis que beaucoup de ceux des familles vassales
+(<em>Imraden</em>) sont plus ou moins métissés par suite d’unions
+avec des Nègres ou des Peuls. Chez les Touareg comme chez les
+Maures du Hodh, il existe des familles maraboutiques qui se sont
+alliées souvent avec des<span class="pagenum" id=
+"Page_134">[134]</span> Arabes. Enfin, comme chez les Maures aussi,
+il faut noter la présence de nombreux serfs nègres (les
+<em>Bella</em>), qui sont si bien incorporés aujourd’hui avec leurs
+maîtres qu’il est difficile de les en séparer, même dans une
+classification ethnique.</p>
+
+<p>Chaque tribu touareg comprend plusieurs sous-tribus, les unes
+nobles, les autres vassales, les autres maraboutiques. Les
+principales de ces sous-tribus, dans les territoires civils du
+Haut-Sénégal-Niger, sont&nbsp;:</p>
+
+<p>Chez les <em>Iguellad</em>, celles des <em>Tagama</em> ou
+Kel-Haoussa (nobles), des <em>Kel-Antassar</em><a id=
+"FNanchor_66"></a><a href="#Footnote_66" class="fnanchor">[66]</a>,
+<em>Kel-Nkounder</em> et <em>Kel-Ncheria</em> (marabouts), des
+<em>Kel-Tounboukouri</em>, <em>Inataben</em>,
+<em>Kel-Taberint</em>, <em>Kel-Dokoré</em>, <em>Kel-Rezzaf</em>,
+<em>Kel-Tinakaouat</em>, <em>Kel-Ouorodjel</em>,
+<em>Kel-Teguiaït</em> et <em>Kel-Tountoun</em> (vassaux)&nbsp;;</p>
+
+<p>Chez les <em>Kel-Tadmekket</em>, celles des
+<em>Tenguéréguif</em>, des <em>Igouadaren</em>, des
+<em>Kel-Temoulaï</em> et des <em>Irréganaten</em> (nobles), des
+<em>Chorfiga</em> ou <em>Icherifen</em>, des <em>Zimmaten</em>, des
+<em>Ahl-sidi-Ali</em> et des <em>Kel-es-souk</em> (marabouts), des
+<em>Imededrhen</em> et des <em>Idnân</em> (vassaux)&nbsp;;</p>
+
+<p>Chez les <em>Oulmidden</em>, celles des <em>Kel-Gheress</em>,
+des <em>Oudalen</em> et des <em>Tenguéréguédech</em> (nobles), des
+<em>Kel-Oulli</em> et <em>Kel-Gossi</em> (vassaux).</p>
+
+<p>Il convient d’ajouter à cette liste les sous-tribus vassales
+suivantes, dont le rattachement à telle ou telle tribu ne m’est pas
+connu&nbsp;: <em>Kel-Guerisouân</em>, <em>Kel-Tigouelt</em>,
+<em>Imakelkellen</em>, <em>Ibourliten</em>, <em>Imetchas</em>,
+<em>Kel-Rila</em>, <em>Déguésellen</em>, <em>Chemenama</em>,
+<em>Damossân</em> et <em>Missiguender</em>.</p>
+
+<p>4<sup>o</sup> <em>Peuls</em> ou <em>Foulbé</em>. — Nous verrons
+plus loin combien d’éléments divers entrent dans la composition du
+peuple peul actuel, éléments parmi lesquels la race noire tient une
+place indéniable. En outre, nous sommes obligés de considérer comme
+faisant partie de ce peuple les castes spéciales des <em>Laobé</em>
+(sing. <em>Labbo</em>, artisans en bois et bûcherons), des
+<em>Abarbé</em> (sing. <em>Gabardo</em>, bijoutiers et
+cordonniers), des <em>Ouaïloubé</em> (sing. <em>Baïlo</em>,
+forgerons et potiers), des <em>Mabbé</em> (sing. <em>Mabo</em>,
+griots et tisserands),<span class="pagenum" id=
+"Page_135">[135]</span> des <em>Ouambabé</em> (sing.
+<em>Bambado</em>, musiciens et griots), des <em>Ouaouloubé</em>
+(sing. <em>Gaoulo</em>, mendiants), des <em>Soubalbé</em> (sing.
+<em>Tiouballo</em>, pêcheurs et bateliers), des <em>Diawambé</em>
+(sing. <em>Diawando</em>, courtiers et tisserands)&nbsp;; il nous
+faut aussi ranger parmi les Peuls certaines fractions fort
+mélangées, telles que celle des <em>Silmimossi</em>, issus
+d’alliances entre Peuls et Mossi, et même des groupements d’origine
+nègre pure mais incorporés aux Peuls&nbsp;: les <em>Rimaïbé</em>,
+qui correspondent aux Harrâtîn des Maures et aux Bella des
+Touareg.</p>
+
+<p>Les Peuls, en dehors de leur répartition en tribus ou fractions
+géographiques, se divisent encore en un certain nombre de clans,
+dont chacun peut être représenté dans plusieurs tribus à la fois,
+et dont les plus répandus au Haut-Sénégal-Niger sont ceux des
+<em>Ourourbé</em> (sing. <em>Bourourdo</em> ou <em>Bolardo</em> ou
+<em>Boli</em>), des <em>Tôrobé</em> (sing. <em>Tôrodo</em>)<a id=
+"FNanchor_67"></a><a href="#Footnote_67" class="fnanchor">[67]</a>,
+des <em>Dialloubé</em> (sing. <em>Diallo</em>), des <em>Yalabé</em>
+ou <em>Alaïbé</em> (sing. <em>Galadio</em>), des <em>Irlabé</em>
+(sing. <em>Guerladio</em>), des <em>Oualarbé</em> (sing.
+<em>Balardo</em>), des <em>Salsalbé</em> (sing.
+<em>Tialtiallo</em>), des <em>Fitobe</em> (sing. <em>Pitodo</em>),
+des <em>Daébé</em> (sing. <em>Daédio</em>), des <em>Férèbé</em> ou
+<em>Férobé</em> (sing. <em>Pérèdio</em>), des <em>Sitigabé</em>
+(sing. <em>Tyitigadio</em>), etc. D’autres noms de clan, empruntés
+aux Toucouleurs ou aux Mandé, revêtent la même forme aux deux
+nombres&nbsp;; tels sont <em>Bâ</em> ou <em>Diakité</em> (même clan
+que les Ourourbé), <em>Soumontara</em> (même clan que les
+Dialloubé), <em>Bari</em> ou <em>Sangaré</em> (même clan que les
+Daébé), <em>Sô</em> ou <em>Sidibé</em> (même clan que les Férobé),
+etc. Enfin il convient de noter que beaucoup d’individus portent,
+comme nom de clan, le nom même du peuple peul (<em>Poullo</em>) ou
+celui de la caste à laquelle ils appartiennent (<em>Labbo</em>,
+<em>Diawando</em>, etc.).</p>
+
+<p>5<sup>o</sup> <em>Toucouleurs.</em> — Les Toucouleurs ou
+Foutanké, peu nombreux<span class="pagenum" id=
+"Page_136">[136]</span> du reste dans le Haut-Sénégal-Niger, se
+répartissent en quatre fractions selon qu’ils sont originaires du
+<em>Dimar</em> (ouest du Toro), du <em>Toro</em> (province de
+Podor, les <em>Toronké</em> ou <em>Toronâbé</em>), du
+<em>Fouta</em> proprement dit (province de Saldé, les
+<em>Foutanké</em> propres, comprenant les Foutanké du Lao, les
+Foutanké Irlâbé, les Bosséâbé, les Ebiâbé et les Koliâbé) ou du
+<em>Damga</em> (province de Matam, comprenant les Dénianké, les
+Toucouleurs du Ganar et les Aéranké).</p>
+
+<p>En outre, comme les Peuls, ils se divisent en un certain nombre
+de clans dont les principaux sont ceux des <em>Ba</em> ou
+<em>Boli</em>, des <em>Ka</em>, des <em>Si</em> ou <em>Bari</em>,
+des <em>Sô</em><a id="FNanchor_68"></a><a href="#Footnote_68"
+class="fnanchor">[68]</a>, des <em>Li</em>, des <em>Fal</em>, des
+<em>Tal</em>, des <em>Sal</em>, des <em>Diao</em>, des
+<em>Kane</em>, des <em>Diko</em>, etc.<a id=
+"FNanchor_69"></a><a href="#Footnote_69" class=
+"fnanchor">[69]</a>.</p>
+
+<p>6<sup>o</sup> <em>Songaï.</em> — Le peuple songaï, tel qu’il se
+présente aujourd’hui, comprend les <em>Arma</em>, les
+<em>Gabibi</em> et les <em>Sorko</em> ou <em>Kourteï</em>, classes
+ou castes dont nous avons vu plus haut la composition. J’ai dit
+également qu’il convenait d’y rattacher les fractions du Sud-Est
+connues sous les noms de <em>Dendi</em>, <em>Djerma</em> et
+<em>Zaberma</em>. A Tombouctou, on range habituellement parmi les
+Songaï la classe des <em>alfa</em> ou docteurs musulmans
+(<em>alfa</em> serait l’abréviation de l’arabe <em>al-faqih</em>
+«&nbsp;le jurisconsulte&nbsp;»)&nbsp;: en réalité ces <em>alfa</em>
+sont d’origines multiples et se composent de gens appartenant à des
+peuples très divers.</p>
+
+<p>Les Songaï se divisent en clans, comme les Peuls, les
+Toucouleurs et tous les peuples du Soudan (Maures et Touareg
+exceptés), mais je ne possède que fort peu d’informations sur leurs
+noms de clan&nbsp;; je sais seulement qu’on rencontre chez eux les
+clans des <em>Meïga</em> et des <em>Haïdara</em>, ce dernier
+comprenant les Arma qui revendiquent une origine chérifienne, et
+que la caste des Sorko se répartit entre deux grands clans, celui
+des <em>Faran</em> ou <em>Faram</em> et celui des
+<em>Fono</em>.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_137">[137]</span>7<sup>o</sup>
+<em>Bozo.</em> — On a parfois identifié les Bozo avec les Sorko
+d’une part et les Somono de l’autre&nbsp;: c’est une erreur au
+point de vue ethnique. Il existe bien à la vérité un trait commun
+entre ces trois groupements&nbsp;: tous les trois se livrent à la
+pêche et à la navigation. Mais les Sorko et les Somono ne se
+livrent qu’à ce double métier, ou plutôt ce métier est, en quelque
+sorte, le privilège de leur caste&nbsp;: ils forment, les premiers
+chez les Songaï, les seconds chez les Banmana, une caste analogue à
+celle des Soubalbé chez les Peuls, caste de pêcheurs et de
+bateliers. Les Bozo, au contraire, ne constituent pas une caste, au
+moins à l’heure actuelle, et ne sont pas exclusivement pêcheurs et
+bateliers&nbsp;; certains habitent des villages assez éloignés du
+fleuve et s’y livrent à l’agriculture. Les Sorko sont des Songaï,
+les Somono sont des Banmana&nbsp;; les Bozo forment un peuple à
+part. Je n’ai pas de renseignements sur les noms de clan portés par
+les Bozo, sauf sur ceux des clans <em>Diennépo</em>, <em>Sétao</em>
+et <em>Karapata</em>, cités par M. Ch. Monteil.</p>
+
+<p>8<sup>o</sup> <em>Soninké.</em> — Je range dans le peuple
+soninké, au moins au point de vue ethnique, la tribu des
+<em>Nono</em> et ceux de ses représentants actuels qu’on appelle
+communément les <em>Diennenké</em> parce qu’ils constituent la
+presque totalité de la population de Dienné. J’y range aussi les
+<em>Diawara</em> (<em>Sagoné</em> ou <em>Sahonéra</em> et
+<em>Dabo</em>), groupement hybride participant à la fois de la
+tribu, de la caste et du clan, et qui paraît correspondre chez les
+Soninké au groupement des Diawambé chez les Peuls.</p>
+
+<p>Les clans proprement dits sont nombreux chez les Soninké. Les
+plus répandus dans le Haut-Sénégal-Niger sont ceux des
+<em>Diakaté</em>, <em>Diakhaté</em>, <em>Diaghaté</em> ou
+<em>Niakaté</em>, des <em>Sissé</em>, des <em>Silla</em>, des
+<em>Diâbi</em> ou <em>Diâbira</em>, des <em>Sakho</em>, des
+<em>Tounkara</em><a id="FNanchor_70"></a><a href="#Footnote_70"
+class="fnanchor">[70]</a>, des <em>Daramé</em>, des
+<em>Kamara</em>, des <em>Sissokho</em>, <em>Soussokho</em> ou
+<em>Sossé</em>, des <em>Niarè</em>, des <em>Touré</em> (dont font
+partie les <em>Daraoué</em>), des <em>Doukouré</em>, des
+<em>Diarisso</em> ou <em>Diaressi</em>, des <em>Koromakha</em> ou
+<em>Koromaga</em>, des <em>Soumaré</em>, des <em>Souaré</em>, des
+<em>Sibi</em>, des <em>Bakili</em> ou <em>Simbara</em> ou
+<em>Sempré</em>, des <em>Gourseï</em>, des <em>Kounaté</em> ou
+<em>Kounaré</em>, des <em>Taraoré</em>, des <em>Diabouraga</em>,
+des <em>Gaoudéra</em>, des <em>Kanndé</em> ou <em>Kannté</em>, des
+<em>Koumma</em> ou <em>Koumba</em>, des<span class="pagenum" id=
+"Page_138">[138]</span> <em>Kaba</em>, des <em>Fofana</em>, des
+<em>Ouagui</em>, des <em>Dikéné</em>, des <em>Bérété</em>, des
+<em>Diagouraga</em>, des <em>Soma</em>, des <em>Koné</em>, des
+<em>Séméga</em>, des <em>Maréga</em>, des <em>Mokhossiré</em>, des
+<em>Tiléra</em>, des <em>Gakou</em>, des <em>Sarambounou</em>, des
+<em>Yatéra</em> ou <em>Yaté</em>, des <em>Timéra</em> ou
+<em>Timété</em>, des <em>Fadé</em>, des <em>Nambounou</em>, des
+<em>Goundiémou</em>, des <em>Galadyi</em>, des <em>Baradyi</em>,
+des <em>Soudouré</em>, des <em>Kalé</em>, des <em>Mana</em>, des
+<em>Koussata</em>, des <em>Samoura</em>, des <em>Mangara</em>, etc.
+Les Soninké qui se prétendent d’origine chérifienne se donnent le
+nom de <em>Sirifé</em> ou, dans la région de Dienné-Tombouctou,
+celui de <em>Haïdara</em>.</p>
+
+<p>Au point de vue ethnique, je considère comme Soninké tous les
+<em>Marka</em> de la Boucle du Niger et des pays banmana et
+malinké, bien que la plupart ne fassent plus usage de leur langue
+et aient adopté le parler des Dioula, celui des Banmana ou celui
+des Malinké selon les régions, comme les Soninké de Dienné ont
+adopté la langue songaï. On donne souvent comme Marka, c’est-à-dire
+Soninké, les <em>Dafing</em> ou musulmans du Dafina&nbsp;: en
+réalité les Dafing se composent, au point de vue de leur origine,
+en partie de Soninké et en partie de Dioula.</p>
+
+<p>9<sup>o</sup> <em>Dioula.</em> — Les Dioula ne se répartissent
+pas en tribus&nbsp;; peut-être même serait-il plus exact de les
+considérer comme une tribu que comme un peuple, au moins au point
+de vue linguistique. Mais ils se divisent en clans, dont les
+principaux sont ceux des <em>Ouatara</em>, des <em>Konaté</em> ou
+<em>Kounaté</em>, des <em>Sissé</em>, des <em>Konndé</em> ou
+<em>Koné</em>, des <em>Kouloubali</em> ou <em>Kouroubari</em>, des
+<em>Sarhandorho</em> ou <em>Sarhanorho</em>, des <em>Kamara</em> ou
+<em>Kamaya</em>, des <em>Sinngaré</em> ou <em>Sinnari</em>, des
+<em>Diâbi</em>, des <em>Fofana</em>, des <em>Touré</em>, des
+<em>Dao</em>, des <em>Dagnorho</em>, des <em>Dosso</em>, des
+<em>Barho</em>, des <em>Timété</em>, des <em>Kangoté</em>, des
+<em>Garamvoté</em>, des <em>Tondossama</em> ou <em>Samatondo</em>,
+des <em>Siya</em>, des <em>Nanaya</em>, des <em>Dérébo</em>, des
+<em>Daramé</em>, des <em>Karidioula</em>, des <em>Sissouma</em>,
+des <em>Bérété</em>, des <em>Sorhoba</em>, des <em>Dembélé</em>,
+des <em>Koïta</em>, des <em>Somarha</em>, des <em>Koro</em>, des
+<em>Taraoré</em>, des <em>Bamba</em>, des <em>Kérou</em>, des
+<em>Sarha</em>, des <em>Sânou</em>, etc. On rencontre aussi des
+<em>Sirifé</em>, qui se prétendent d’origine chérifienne.</p>
+
+<p>J’ai cru devoir rattacher aux Dioula la petite tribu des
+<em>Boron</em> ou <em>Bolon</em>, qui a des représentants dans les
+cercles de Bobo-Dioulasso (8.000) et de Koury (450).</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_139">[139]</span>10<sup>o</sup>
+<em>Kâgoro.</em> — Le peuple — ou la tribu si l’on préfère — des
+Kâgoro a comme clans principaux ceux des <em>Kâgorota</em>, des
+<em>Fofana</em>, des <em>Kané</em>, des <em>Tounkara</em>, des
+<em>Magaza</em> ou <em>Makassa</em>, des <em>Konaté</em>, des
+<em>Touré</em>.</p>
+
+<p>11<sup>o</sup> <em>Banmana.</em> — Les Banmana, comme les
+Dioula, les Kâgoro, les Khassonké, les Malinké et les Foulanké,
+pourraient être considérés, surtout au point de vue linguistique,
+comme ne formant qu’une tribu, plutôt qu’un peuple. Ils se divisent
+en plusieurs fractions politiques et géographiques (Kaartanka,
+Bélédougouka, Ségouka, Baninkoka, etc.). Leurs clans principaux
+sont ceux des <em>Kouloubali</em> (dont font partie les
+<em>Massassi</em>)<a id="FNanchor_71"></a><a href="#Footnote_71"
+class="fnanchor">[71]</a>, des <em>Taraoré</em> ou <em>Travélé</em>
+(dont font partie les <em>Dembélé</em> ou <em>Dambélé</em>), des
+<em>Doumouya</em> ou <em>Doumbouya</em> (dont font partie les
+<em>Kourouma</em>), des <em>Diara</em> (dont font partie les
+<em>Konnté</em> ou <em>Koné</em> et les <em>Sinngaré</em>), des
+<em>Fofana</em>, des <em>Konaté</em> ou <em>Kounari</em>, des
+<em>Koussata</em>, des <em>Tangara</em>, des <em>Kanté</em> ou
+<em>Kané</em>, des <em>Niarè</em>, des <em>Touré</em>, des
+<em>Dansira</em><a id="FNanchor_72"></a><a href="#Footnote_72"
+class="fnanchor">[72]</a>, des <em>Mariko</em>, des
+<em>Sanorho</em>, des <em>Sissé</em>, des <em>Samakè</em>, des
+<em>Kamara</em>, des <em>Bouaré</em>, etc.</p>
+
+<p>Ainsi que je l’ai dit plus haut, je rattache aux Banmana la
+caste des <em>Somono</em> (pêcheurs et bateliers). D’autres castes
+existent encore chez les Banmana&nbsp;: celles des <em>Noumou</em>
+(forgerons et potiers), des <em>Lorho</em> (bijoutiers en cuivre),
+des <em>Koulè</em> (artisans en bois), des <em>Diêli</em> (griots),
+des <em>Founè</em> ou <em>Founérhè</em> (griots religieux et
+magiciens), des <em>Donso</em> ou <em>Lonzo</em> (chasseurs)&nbsp;;
+ces différentes castes ne sont pas spéciales au peuple
+banmana&nbsp;: on les retrouve sous les mêmes noms chez les autres
+peuples mandé et, sous d’autres noms, chez la plupart des peuples
+du Soudan. Dans chaque peuple donné, les membres de ces castes ne
+sont pas désignés par les indigènes sous le nom du peuple, mais
+sous le nom de leurs castes respectives&nbsp;; cependant, au point
+de vue ethnique, il convient de les incorporer dans l’ensemble du
+peuple.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_140">[140]</span>12<sup>o</sup>
+<em>Khassonkè.</em> — Les Khassonkè, fort peu nombreux, renferment
+les clans des <em>Sissokho</em> ou <em>Soussokho</em> ou
+<em>Sossé</em>, des <em>Séga</em>, des <em>Sambala</em>, des
+<em>Diala</em>, des <em>Fali</em>, des <em>Diakité</em> ou
+<em>Diakhaté</em>, des <em>Sangaré</em>, des <em>Sidibé</em>, des
+<em>Diallo</em>, etc.</p>
+
+<p>13<sup>o</sup> <em>Malinké</em> ou Mandingues. — Le peuple — ou
+la tribu — mandingue se divise en plusieurs sous-tribus qui sont
+surtout des fractions géographiques et qui, en ce qui concerne le
+Haut-Sénégal-Niger, sont celles du <em>Manding</em> proprement dit,
+du <em>Bambougou</em> ou Bambouk, du <em>Gangaran</em>, du
+<em>Ouassoulou</em>, etc.</p>
+
+<p>Les clans principaux sont ceux des <em>Keïta</em> (dont font
+partie les <em>Mansaré</em><a id="FNanchor_73"></a><a href=
+"#Footnote_73" class="fnanchor">[73]</a>, les <em>Kanessi</em> et
+les <em>Batassi</em>), des <em>Diara</em> (dont font partie les
+<em>Konnté</em> ou <em>Koné</em>), des <em>Kouloubali</em> (dont
+font partie les <em>Bamba</em>), des <em>Taraoré</em> (dont font
+partie les <em>Dembélé</em>), des <em>Doumouya</em> (dont font
+partie les <em>Kourouma</em>), des <em>Diarassouba</em>, des
+<em>Kamissorho</em>, des <em>Sissé</em>, des <em>Sarhanorho</em>,
+des <em>Kamara</em> ou <em>Kamaaté</em>, des <em>Diabaaté</em> ou
+<em>Diawaté</em>, des <em>Konaté</em> ou <em>Koyaté</em>, des
+<em>Kannté</em>, des <em>Tounkara</em>, des <em>Fané</em> ou
+<em>Fani</em>, des <em>Samakè</em>, des <em>Fofana</em>, des
+<em>Diomansi</em> ou <em>Diomandé</em>, des <em>Sissoko</em>
+(comprenant les <em>Maga</em> et les <em>Koromaga</em>), des
+<em>Barhayorho</em>, des <em>Mariko</em>, des <em>Doukouré</em>,
+des <em>Béré</em> ou <em>Béréya</em> ou <em>Bérété</em>, des
+<em>Mété</em> ou <em>Mérité</em>, des <em>Souko</em>, des
+<em>Demba</em>, des <em>Sakiliba</em><a id=
+"FNanchor_74"></a><a href="#Footnote_74" class="fnanchor">[74]</a>,
+etc. Il faut y ajouter quelques <em>Sirifé</em> de prétendue
+origine chérifienne.</p>
+
+<p>14<sup>o</sup> <em>Foulanké.</em> — Les Foulanké sont, comme je
+l’ai dit plus haut, des descendants de Peuls très fortement
+métissés de sang mandingue et qui, par leurs mœurs et leur langage,
+ne se distinguent guère aujourd’hui des Malinké proprement dits. On
+les reconnaît surtout grâce à leurs noms de clan, qui sont presque
+exclusivement <em>Diakité</em>, <em>Sankaré</em> ou
+<em>Sangaré</em>, <em>Sidibé</em> et <em>Diallo</em>.</p>
+
+<p>15<sup>o</sup> <em>Diallonké.</em> — Les clans principaux des
+Diallonké du Haut-Sénégal-Niger sont ceux des <em>Monékata</em>,
+des <em>Kessékho</em>, des <em>Dagnokho</em>, des <em>Dao</em>, des
+<em>Kontaga</em>, des <em>Touré</em>, des <em>Diatara</em>, des
+<em>Dansoko</em>, des <em>Bamba</em> ou <em>Bambaya</em>, des
+<em>Siré</em> ou <em>Siréya</em>, des <em>Kelléma</em>, etc.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_141">[141]</span>16<sup>o</sup>,
+17<sup>o</sup> et 18<sup>o</sup> <em>Samo</em>, <em>Samorho</em> et
+<em>Sia</em>. — Je ne possède pas de renseignements suffisamment
+certains sur les clans de ces trois peuples, pas plus que sur ceux
+des tribus de classification douteuse qui les avoisinent
+(<em>Blé</em>, <em>Natioro</em>, <em>Ouara</em> et
+<em>Sembla</em>). La plupart des individus appartenant à ces
+peuples ou tribus, lorsqu’on les interroge sur leur clan, répondent
+par un <em>diamou</em> (nom de clan) dioula (ou mossi s’il s’agit
+des Samo), mais il est fort probable que ce <em>diamou</em> dioula
+ou mossi n’est qu’une sorte de traduction de leur <em>diamou</em>
+national.</p>
+
+<p>19<sup>o</sup> <em>Sénoufo.</em> — J’ai donné plus haut la liste
+de dix tribus sénoufo dont la présence a été constatée dans le
+Haut-Sénégal-Niger. Je dois ajouter qu’à la tribu des
+<em>Siénérhè</em> se rattache la sous-tribu des <em>Niéné</em>, qui
+a des représentants dans le cercle de Bougouni. Je ne connais que
+cinq clans sénoufo, ceux des <em>Soroo</em>, des <em>Yéo</em>, des
+<em>Siluè</em>, des <em>Tuô</em> et des <em>Sékongo</em>, mais il
+en existe probablement d’autres&nbsp;: c’est ainsi qu’on signale,
+chez les Sénoufo du cercle de Koutiala, les clans des
+<em>Malé</em>, des <em>Péné</em> et des <em>Ounogo</em>. Comme les
+Samorho et les Sia, les Sénoufo s’attribuent fréquemment des noms
+de clan dioula, banmana ou malinké (Kouloubali, Ouatara, Koné,
+Diarassouba, Touré, Dagnorho, Kamara, Sânou, Dembélé, Fofana,
+etc.).</p>
+
+<p>Les mêmes castes existent chez les Sénoufo que chez les Mandé et
+les Peuls&nbsp;; je ne connais pas les noms que revêtent ces castes
+chez les Sénoufo, sauf celui de la caste des <em>Sono</em> ou
+<em>Sonon</em>, qui correspond à peu près à celle des Founè chez
+les Mandé (griots religieux et magiciens).</p>
+
+<p>20<sup>o</sup> à 40<sup>o</sup> <em>Famille voltaïque.</em> —
+Nous ne possédons encore que des renseignements fort incomplets sur
+la composition des 21 peuples de famille voltaïque que l’on
+rencontre dans le Haut-Sénégal-Niger, en ce qui concerne leurs
+tribus, sous-tribus, castes et clans.</p>
+
+<p>Je puis dire seulement que les <em>Dagari</em> se divisent en
+deux grandes tribus&nbsp;: celle des <em>Dagari</em> proprement
+dits, appelés par les Dioula <em>Dagari-Fing</em> (Dagari noirs),
+et celle des <em>Oulé</em> ou <em>Oulé-Oulé</em>, appelés par les
+Dioula <em>Dagari-Oulé</em> (Dagari rouges). La première comprend
+de nombreuses sous-tribus, dont les<span class="pagenum" id=
+"Page_142">[142]</span> principales portent, en territoire
+français, les noms de <em>Dakpélé</em> ou <em>Dafiélé</em>,
+<em>Gban-né</em>, <em>Zéghè</em>, <em>Gbolé</em>, etc.</p>
+
+<p>Je sais aussi que tous les peuples de la famille voltaïque se
+répartissent en clans, mais nous ne connaissons la plupart du temps
+que l’équivalent mandé de leurs <em>diamou</em> ou <em>sondré</em>
+nationaux. Toutefois, le capitaine Dominé nous a révélé les
+principaux noms de clan des <em>Lobi</em>&nbsp;: ce sont
+<em>Da</em>, <em>Héna</em>, <em>Noufi</em>, <em>Kambou</em> ou
+<em>Kambiri</em>, <em>Dioloumpo</em>, <em>Pala</em>, <em>Somé</em>.
+J’ajouterai que, chez les Mossi, l’un des clans les plus répandus
+est, d’après le Père Brun, celui des <em>Pima</em><a id=
+"FNanchor_75"></a><a href="#Footnote_75" class=
+"fnanchor">[75]</a>.</p>
+
+<p class="space-above15"><a id="p2c01s4"></a><span class=
+"bold">Répartition numérique des peuples du Haut-Sénégal-Niger par
+races, familles et religions.</span> — La <em>race blanche</em>, en
+y comprenant — quelque illogique que ce soit — non seulement les
+Maures, les Touareg et les Peuls les plus métissés de sang nègre,
+mais encore les Nègres purs qui vivent avec eux (Harrâtîn, Bella et
+Rimaïbé), renferme, dans les territoires civils actuels du
+Haut-Sénégal-Niger, 566.175 représentants, tous musulmans à
+l’exception de 35.646 Peuls animistes<a id=
+"FNanchor_76"></a><a href="#Footnote_76" class="fnanchor">[76]</a>.
+La répartition de ces 566.175 indigènes entre les deux familles
+sémitique et hamitique serait fort malaisée.</p>
+
+<p>Le reste des 4.800.000 habitants de la colonie<a id=
+"FNanchor_77"></a><a href="#Footnote_77" class="fnanchor">[77]</a>,
+soit 4.233.528 — l’immense majorité en un mot —, appartient à la
+<em>race noire</em> et renferme 608.642 musulmans seulement, au
+grand maximum, contre 3.624.886 animistes. La répartition des
+indigènes de race noire entre les cinq familles est la
+suivante&nbsp;:</p>
+
+<table class="tmed" id="t143a">
+<tr>
+<td><span class="pagenum" id="Page_143">[143]</span>famille</td>
+<td>voltaïque</td>
+<td class="tdr">2.292.088</td>
+<td>indigènes,</td>
+<td>dont</td>
+<td class="tdr">26.209</td>
+<td>musulmans&nbsp;;</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>mandé</td>
+<td class="tdr">1.435.001</td>
+<td class="tdc word-spaced10">&nbsp;—&nbsp;,</td>
+<td>dont</td>
+<td class="tdr">440.851</td>
+<td class="tdc word-spaced10">&nbsp;—&nbsp;;</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>sénoufo</td>
+<td class="tdr">343.470</td>
+<td class="tdc word-spaced10">&nbsp;—&nbsp;,</td>
+<td>dont</td>
+<td class="tdr">0</td>
+<td class="tdc word-spaced10">&nbsp;—&nbsp;;</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>songaï</td>
+<td class="tdr">101.582</td>
+<td class="tdc word-spaced10">&nbsp;—&nbsp;,</td>
+<td>dont</td>
+<td class="tdr">101.582</td>
+<td class="tdc word-spaced10">&nbsp;—&nbsp;;<br>
+(totalité)</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>tekrourienne</td>
+<td class="tdr">38.256</td>
+<td class="tdc word-spaced10">&nbsp;—&nbsp;,</td>
+<td>dont</td>
+<td class="tdr">36.706</td>
+<td class="tdc word-spaced10">&nbsp;—&nbsp;;</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="2">tribus non classées</td>
+<td class="tdr">19.035</td>
+<td class="tdc word-spaced10">&nbsp;—&nbsp;,</td>
+<td>dont</td>
+<td class="tdr">0</td>
+<td class="tdc word-spaced10">&nbsp;—&nbsp;;</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="2">étrangers divers</td>
+<td class="tdr">4.096</td>
+<td class="tdc word-spaced10">&nbsp;—&nbsp;,</td>
+<td>dont</td>
+<td class="tdr">3.294</td>
+<td class="tdc word-spaced10">&nbsp;—&nbsp;;</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td>Total:</td>
+<td class="tdr bt">4.233.528</td>
+<td class="tdc word-spaced10">&nbsp;—&nbsp;,</td>
+<td>dont</td>
+<td class="tdr bt">608.642</td>
+<td class="tdc word-spaced10">&nbsp;—&nbsp;.</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>La famille voltaïque renferme à elle seule, comme on le voit,
+plus de la moitié de la population de race noire et près de la
+moitié de la population totale de la colonie, et la famille mandé
+renferme à peu près le tiers de la population de race noire et le
+quart de la population totale.</p>
+
+<p>Les musulmans ne forment que le septième de la population de
+race noire et un peu moins du quart de la population totale.</p>
+
+<p class="space-above15"><span class="bold">Répartition numérique
+par subdivisions ethniques et par zones géographiques et
+administratives.</span>
+</p>
+
+<p>1<sup>o</sup> <em>Maures de l’Azaouad</em> (y compris les
+Harrâtîn).</p>
+
+<table class="padded1" id="t143b">
+<tr>
+<td>Zone saharienne</td>
+<td class="tdr">26.000</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Cercles de Tombouctou</td>
+<td class="tdr">5.715</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Cercle de Niafounké</td>
+<td class="tdr">300</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">Total</td>
+<td class="tdr bt">32.015</td>
+<td>(tous musulmans).</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Les <em>Bérabich</em> habitent principalement la région
+d’Araouân et sont maîtres de la route conduisant de Tombouctou à
+Taodéni. Leurs sous-tribus se rencontrent&nbsp;: les
+<em>Tormoz</em>, entre Bassikounou et Ras-el-Ma&nbsp;; les
+<em>Ousra</em> et les <em>Borrada</em>, entre Ras-el-Ma et
+Araouân&nbsp;; les <em>Oulad-Noumou</em>,
+<em>Oulad-el-hadj-el-Hassân</em> et <em>Idao-Yata</em> (ces
+derniers sédentaires), dans la vallée du Niger en aval de
+Niafounké.</p>
+
+<p>Les <em>Kounta</em> du Haut-Sénégal-Niger habitent près et au
+Nord-Est de Tombouctou, à Araouân, dans la région de Mabrouk et au
+Sud du Niger, répandus parmi les Touareg. Les Chorfa de Tombouctou
+se rattachent aux Kounta. Il convient de noter qu’on rencontre
+aussi dans le Hodh quelques familles de<span class="pagenum" id=
+"Page_144">[144]</span> Kounta (Oulad-sidi-Boubakar, Oulad-Bousseïf
+et Oulad-sidi-Haïballah) que j’ai comptées avec les Maures du
+Hodh.</p>
+
+<p class="space-above15">2<sup>o</sup> <em>Maures du Hodh</em> (y
+compris les Zenaga, les Guirganké et les Harrâtîn).</p>
+
+<table id="t144">
+<tr>
+<td colspan="2" class="pad-right2">Zone saharienne</td>
+<td class="tdr">40.000</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="2" class="pad-right2">Résidence de Kiffa</td>
+<td class="tdr">20.000</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Cercle de</td>
+<td class="pad-right2">Goumbou</td>
+<td class="tdr">4.557</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td class="pad-right2">Kayes</td>
+<td class="tdr">4.260</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td class="pad-right2">Sokolo</td>
+<td class="tdr">1.830</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td class="pad-right2">Nioro</td>
+<td class="tdr">1.776</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc pad-right2">Total</td>
+<td class="tdr bt">72.423</td>
+<td>(tous musulmans).</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Les <em>Regueïbât</em> habitent principalement dans la résidence
+de Kiffa&nbsp;; les <em>Idao-Aïch</em> dans cette même résidence,
+dans le cercle de Nioro (Bakounou-sud) et dans le cercle de Kayes
+(Ahl-sidi-Mahmoud), ainsi qu’entre Kiffa et Tichit et au Nord-Est
+du cercle de Nioro (Laghlal)&nbsp;; les <em>Ahl-Tichit</em> se
+rencontrent dans la région de Tichit et dans les cercles de Nioro
+(Kingui) et de Goumbou (Mourdia)&nbsp;; les <em>Oulad-Mbarek</em>
+se trouvent surtout dans la province de Nioro (Kingui), dans le
+cercle de Goumbou et au Nord de ce cercle, ainsi que dans le cercle
+de Kayes et dans l’Est de Kiffa (Askeur et Tanoazit) et au Nord de
+Goumbou et de Sokolo (Oulad-Mahmoud)&nbsp;; les <em>Mejdouf</em>,
+avec les Tâleb-Mokhtar, habitent entre Goumbou et Oualata et entre
+Sokolo et Ras-el-Ma&nbsp;; les <em>Oulad-Delim</em> (Oulad-Daoud,
+Deïlouba et Allouch) se rencontrent dans la région comprise entre
+Bassikounou, Soumpi et Ras-el-Ma, les Oulad-Daoud proprement dits
+étant surtout sédentaires&nbsp;; les <em>Oulad-Nasser</em> habitent
+au Sud-Ouest de Oualata, au Nord des Oulad-Mbarek&nbsp;; les
+<em>Chorfa</em>, très mélangés de Soninké, habitent principalement
+les villes de Tichit, Oualata et Néma, où ils se livrent au
+commerce et au travail des cuirs, tout en s’occupant de
+religion&nbsp;; enfin les <em>Guirganké</em>, Maures
+demi-sédentaires métissés de Peuls, se trouvent surtout dans le
+cercle de Goumbou (Bakounou-Nord, Kolon, Ouagadou, Ouaharo), et
+(sous le nom de <em>Massîn</em> ou <em>Ahl-Massina</em>) dans les
+villes de Tichit, Néma, Oualata, etc.</p>
+
+<p class="space-above15"><span class="pagenum" id=
+"Page_145">[145]</span>3<sup>o</sup> <em>Touareg</em> (y compris
+les Bella).</p>
+
+<table id="t145">
+<tr>
+<td colspan="2" class="pad-right2">Zone saharienne</td>
+<td class="tdr">8.000</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="2" class="pad-right2">Cercles de Tombouctou</td>
+<td class="tdr">28.019</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Cercle de</td>
+<td class="pad-right2">Dori</td>
+<td class="tdr">12.000</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td class="pad-right2">Hombori</td>
+<td class="tdr">8.000</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td class="pad-right2">Niafounké</td>
+<td class="tdr">1.000</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc pad-right2">Total</td>
+<td class="tdr bt">57.019</td>
+<td>(tous musulmans).</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Les habitats respectifs des <em>Iguellad</em> et des
+<em>Kel-Tadmekket</em> sont aujourd’hui assez mêlés, quoique, d’une
+façon générale, les premiers se rencontrent surtout dans la région
+de Tombouctou et les seconds dans l’Est de la Boucle du Niger.</p>
+
+<p>Les <em>Iguellad</em> sont principalement nombreux du côté de
+Ras-el-Ma, de Goundam et de Tombouctou&nbsp;; les Tagama se
+rencontrent près du lac Fati et dans l’Est de Tombouctou, les
+Kel-Nkounder et Kel-Ncheria dans la province de Goundam, les
+Kel-Antassar près des lacs de la rive gauche et au Nord-Est de
+Tombouctou.</p>
+
+<p>Les <em>Kel-Tadmekket</em> sont dispersés de Tombouctou à Gao, à
+l’intérieur de la Boucle du Niger, mais possèdent aussi des
+fractions sur la rive gauche du fleuve&nbsp;: les Tenguéréguif se
+rencontrent dans la région des lacs, les Igouadaren du côté de
+Bamba (rive Nord et rive Sud), les Kel-Temoulaï sur la rive droite
+du Niger à l’Est de Tombouctou, les Irréganaten au Sud-Ouest de
+Bamba, les Chorfiga près du lac Fati, dans le Kili et le Kissou et
+dans le cercle de Hombori, les Kel-es-souk dans l’Est du cercle de
+Hombori, les Imededrhen dans l’Azaouad-Nord, les Idnân à l’Est de
+Mabrouk.</p>
+
+<p>Les <em>Oulmidden</em>, qui forment la plus nombreuse des
+grandes tribus touareg, habitent surtout dans le Territoire
+Militaire, à l’Est et au Nord-Est de Gao&nbsp;; cependant on en
+rencontre aussi sur la rive droite du Niger à hauteur de Gao ainsi
+qu’en plusieurs points du fleuve (Kel-Oulli), autour des mares de
+Gossi et dans le cercle de Hombori (Kel-Gossi), au Sud de Bamba et
+de Bourem (Kel-Gheress), à cheval sur les cercles de Hombori et de
+Dori (Oudalen) et dans le cercle de Dori (Tenguéréguédech).</p>
+
+<p>Quant aux sous-tribus de rattachement incertain, on les trouve
+dans le district de Bamba (Kel-Guerisouân,
+Kel-Tigouelt,<span class="pagenum" id="Page_146">[146]</span>
+Imakelkellen, Ibourliten, Imetchas, Kel-Rila), dans le cercle de
+Hombori (Déguésellen et Chemenama) et dans le cercle de Dori
+(Damossân et Missiguender).</p>
+
+<p class="space-above15">4<sup>o</sup> <em>Peuls</em> (y compris
+les Silmimossi et les Rimaïbé).</p>
+
+<table id="t146">
+<tr>
+<td>Cercle de</td>
+<td>Niafounké</td>
+<td class="tdr">74.832</td>
+<td>(dont 14.832 animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Ouagadougou</td>
+<td class="tdr">48.753</td>
+<td>(tous musulmans).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Dori</td>
+<td class="tdr">42.791</td>
+<td class="pad4">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Dienné</td>
+<td class="tdr">38.944</td>
+<td class="pad4">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Mopti</td>
+<td class="tdr">35.278</td>
+<td class="pad4">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Ouahigouya</td>
+<td class="tdr">27.435</td>
+<td>(dont 10.549 animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Koury</td>
+<td class="tdr">27.179</td>
+<td>(tous musulmans).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Ségou</td>
+<td class="tdr">20.968</td>
+<td>(dont 1.230 animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Nioro</td>
+<td class="tdr">19.753</td>
+<td>(tous musulmans).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Bandiagara</td>
+<td class="tdr">15.231</td>
+<td>(dont 3.068 animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Goumbou</td>
+<td class="tdr">12.697</td>
+<td>(tous musulmans)<a id="FNanchor_78"></a><a href="#Footnote_78"
+class="fnanchor">[78]</a>.</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Fada-n-Gourma</td>
+<td class="tdr">9.752</td>
+<td class="pad4">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="2">Circonscription de San</td>
+<td class="tdr">9.243</td>
+<td>(dont 3.800 animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Cercle de</td>
+<td>Sokolo</td>
+<td class="tdr">6.230</td>
+<td>(tous musulmans).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Say</td>
+<td class="tdr">5.000</td>
+<td class="pad4">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Hombori</td>
+<td class="tdr">3.937</td>
+<td class="pad4">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Bobo-Dioulasso</td>
+<td class="tdr">2.130</td>
+<td>(dont 1.930 animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Koutiala</td>
+<td class="tdr">1.750</td>
+<td>(tous musulmans).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Satadougou</td>
+<td class="tdr">1.078</td>
+<td class="pad4">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Bafoulabé</td>
+<td class="tdr">1.000</td>
+<td class="pad4">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Bamako</td>
+<td class="tdr">737</td>
+<td>(dont 237 animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">Total</td>
+<td class="tdr bt">404.718</td>
+<td>(dont 35.646 animistes et 369.072 musulmans).</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>On voit par ce tableau que les Peuls se rencontrent dans 21 des
+29 circonscriptions administratives de la colonie&nbsp;: seuls, les
+districts purement sahariens (Kiffa et les deux cercles de
+Tombouctou), le cercle de Kayes et quatre cercles du Sud (Kita,
+Bougouni, Sikasso, Gaoua) en sont totalement dépourvus. Mais on
+remarquera aussi que les Peuls sont surtout nombreux le<span class=
+"pagenum" id="Page_147">[147]</span> long de la lisière sud du
+Sahara, particulièrement dans la partie qui avoisine la zone des
+inondations (Massina) et au Sud de l’Azaouad&nbsp;; ils diminuent à
+mesure que l’on s’avance vers le Sud de la colonie.</p>
+
+<p class="space-above15">5<sup>o</sup> <em>Toucouleurs</em>.</p>
+
+<table id="t147a">
+<tr>
+<td>Cercle de</td>
+<td>Nioro</td>
+<td class="tdr">18.706</td>
+<td>(tous musulmans)</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Ségou</td>
+<td class="tdr">7.000</td>
+<td class="pad4">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Kayes</td>
+<td class="tdr">5.050</td>
+<td>(dont 1.550 animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Satadougou</td>
+<td class="tdr">3.000</td>
+<td>(tous musulmans).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Bandiagara</td>
+<td class="tdr">1.500</td>
+<td class="pad4">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Bafoulabé</td>
+<td class="tdr">1.000</td>
+<td class="pad4">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Say</td>
+<td class="tdr">1.000</td>
+<td class="pad4">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Kita</td>
+<td class="tdr">500</td>
+<td class="pad4">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Mopti</td>
+<td class="tdr">500</td>
+<td class="pad4">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">Total</td>
+<td class="tdr bt">38.256</td>
+<td>(dont 1.550 animistes et 36.706 musulmans).</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Les Toucouleurs ne sont en somme représentés dans le
+Haut-Sénégal-Niger que par quelques colonies peu nombreuses, dont
+les plus importantes — celles des cercles de Nioro et de Ségou —
+proviennent des immigrations qui se produisirent à l’occasion des
+conquêtes d’El-hadj-Omar. Le gros de la population toucouleure
+habite la colonie du Sénégal.</p>
+
+<p class="space-above15">6<sup>o</sup> <em>Songaï</em>.</p>
+
+<table id="t147b">
+<tr>
+<td colspan="2">Cercles de Tombouctou</td>
+<td class="tdr">60.058</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Cercle de</td>
+<td>Hombori</td>
+<td class="tdr">12.063</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Niafounké</td>
+<td class="tdr">10.809</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Say</td>
+<td class="tdr">10.000</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Dori</td>
+<td class="tdr">3.029</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Mopti</td>
+<td class="tdr">2.317</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Ouahigouya</td>
+<td class="tdr">2.206</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Bandiagara</td>
+<td class="tdr">1.000</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Dienné</td>
+<td class="tdr">100</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">Total</td>
+<td class="tdr bt">101.582</td>
+<td>(tous musulmans).</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Les Songaï ne forment pas un peuple bien nombreux et
+les<span class="pagenum" id="Page_148">[148]</span> territoires
+civils du Haut-Sénégal-Niger n’en renferment qu’une partie, le
+reste habitant la rive gauche du Niger de Bourem à Niamey ainsi que
+la région de Dosso. Ceux de la colonie civile sont répandus surtout
+le long des deux rives du Niger depuis Mopti jusqu’à Bamba et
+ensuite le long de la rive droite&nbsp;; on en rencontre très peu
+lorsqu’on s’éloigne du fleuve ou de ses lacs et canaux. Ils
+disparaissent vers Mopti, lorsqu’on remonte le Niger&nbsp;: Dienné,
+qui passe bien à tort pour être une ville songaï, ne renferme que
+trois familles ayant des ascendants songaï, et l’immense majorité
+de ses habitants est d’origine soninké&nbsp;; il est vrai que ces
+Soninké parlent aujourd’hui le songaï, mais c’est là un phénomène
+dû à des raisons politiques et économiques dont nous parlerons plus
+loin, et qui n’a rien à voir avec l’origine des Diennenké. Lors
+donc que l’on s’est appuyé sur les caractères physiques des gens de
+Dienné pour démontrer la soi-disant origine égyptienne ou libyque
+des Songaï<a id="FNanchor_79"></a><a href="#Footnote_79" class=
+"fnanchor">[79]</a>, on a commis la même erreur de principe qu’en
+s’appuyant, pour prouver la même origine, sur le type architectural
+des maisons de Dienné, lequel type ne représente en rien
+l’architecture songaï et est d’ailleurs d’importation marocaine et
+non pas égyptienne.</p>
+
+<p class="space-above15">7<sup>o</sup> <em>Famille mandé</em>
+(1.435.001 représentants).</p>
+
+<table class="tmed" id="t148">
+<tr>
+<th>
+</th>
+<th>
+</th>
+<th>Groupe<br>
+du Nord</th>
+<th>
+</th>
+<th>Groupe<br>
+du Centre</th>
+<th>
+</th>
+<th>Groupe<br>
+du Sud</th>
+<th>
+</th>
+<th>Totaux<br>
+par cercles</th>
+<th>
+</th>
+</tr>
+
+<tr>
+<th>
+</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Cercle de</td>
+<td>Bamako</td>
+<td class="tdr">10.070</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">180.272</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">190.342</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Bougouni</td>
+<td class="tdr">4.645</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">148.701</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">153.346</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Ségou</td>
+<td class="tdr">17.680</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">109.758</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">127.438</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Koury</td>
+<td class="tdr">73.527</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">43.470</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">116.997</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Sikasso</td>
+<td class="tdr">27.302</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">59.878</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">20.705</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">107.885</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Ouagadougou</td>
+<td class="tdr">84.869</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">84.869</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Nioro</td>
+<td class="tdr">58.893</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">13.054</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">71.947</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Bobo-Dioulasso</td>
+<td class="tdr">40.815</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">27.780</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">68.595</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Kayes</td>
+<td class="tdr">24.100</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">34.897</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">58.997</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Kita</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">54.926</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">3.067</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">57.993</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Goumbou</td>
+<td class="tdr">25.819</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">24.442</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">49.261</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Bafoulabé</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">47.870</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">47.870</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Dienné</td>
+<td class="tdr">24.947</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">17.247</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">43.194</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc"><span class="pagenum" id=
+"Page_149">[149]</span>—</td>
+<td>Ouahigouya</td>
+<td class="tdr">19.764</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">21.939</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">41.703</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Koutiala</td>
+<td class="tdr">11.380</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">30.055</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">41.435</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="2">Circonscription de San</td>
+<td class="tdr">20.860</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">20.103</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">40.963</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Cercle de</td>
+<td>Satadougou</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">28.000</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">6.757</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">34.757</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Niafounké</td>
+<td class="tdr">13.000</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">16.000</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">29.000</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Sokolo</td>
+<td class="tdr">8.250</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">19.996</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">28.246</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Mopti</td>
+<td class="tdr">7.930</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">7.277</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">15.207</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Bandiagara</td>
+<td class="tdr">2.405</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">928</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">9.823</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">13.156</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="2">Zone saharienne</td>
+<td class="tdr">10.000</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">10.000</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="2">Cercle de Gaoua</td>
+<td class="tdr">1.800</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">1.800</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td>Totaux</td>
+<td class="tdr bt">488.056</td>
+<td><a id="FNanchor_80"></a><a href="#Footnote_80" class=
+"fnanchor">[80]</a>
+</td>
+<td class="tdr bt">813.404</td>
+<td><a id="FNanchor_81"></a><a href="#Footnote_81" class=
+"fnanchor">[81]</a>
+</td>
+<td class="tdr bt">133.541</td>
+<td><a id="FNanchor_82"></a><a href="#Footnote_82" class=
+"fnanchor">[82]</a>
+</td>
+<td class="tdr bt">1.435.001</td>
+<td><a id="FNanchor_83"></a><a href="#Footnote_83" class=
+"fnanchor">[83]</a>
+</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p class="space-above15">A. — Groupe du Nord (488.056
+représentants).</p>
+
+<table class="tmed" id="t149">
+<tr>
+<th>
+</th>
+<th>Bozo</th>
+<th>
+</th>
+<th>Soninké</th>
+<th>
+</th>
+<th>Dioula</th>
+<th>
+</th>
+<th>Totaux par<br>
+cercles</th>
+</tr>
+
+<tr>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc less">Cercles de</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Ouagadougou</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td class="width4">
+</td>
+<td class="tdr">425</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">84.444</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">84.869</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Koury</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">30.000</td>
+<td>(dont 5.000 an.)</td>
+<td class="tdr">43.527</td>
+<td>(dont 18.037 an.)<a id="FNanchor_84"></a><a href="#Footnote_84"
+class="fnanchor">[84]</a></td>
+<td class="tdr">73.527</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Nioro</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">58.893</td>
+<td><a id="FNanchor_85"></a><a href="#Footnote_85" class=
+"fnanchor">[85]</a>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">58.893</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Bobo-Dioulasso</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">1.600</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">39.215</td>
+<td>(dont 34.965 an.)<a id="FNanchor_86"></a><a href="#Footnote_86"
+class="fnanchor">[86]</a></td>
+<td class="tdr">40.815</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Sikasso</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">27.302</td>
+<td>(dont 24.556 an.)</td>
+<td class="tdr">27.302</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Dienné</td>
+<td class="tdr">12.079</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">13.868</td>
+<td><a id="FNanchor_87"></a><a href="#Footnote_87" class=
+"fnanchor">[87]</a>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">25.947</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Goumbou</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">24.819</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">24.819</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Kayes</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">24.100</td>
+<td>(dont 6.100 an.)</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">24.100</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Circonscription de San</td>
+<td class="tdr">312</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">16.112</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">4.436</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">20.860</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc less">Cercles de</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Ouahigouya</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">19.764</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">19.764</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Ségou</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">17.680</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">17.680</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Niafounké</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">13.000</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">13.000</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Koutiala</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">7.098</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">4.282</td>
+<td>(dont 1.838 an.)</td>
+<td class="tdr">11.380</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Bamako</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">10.070</td>
+<td>(dont 2.380 an.)</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">10.070</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Zone saharienne</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">10.000</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">10.000</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc less">Cercles de</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Sokolo</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">8.250</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">8.250</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Mopti</td>
+<td class="tdr">1.826</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">6.104</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">7.930</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Bougouni</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">2.145</td>
+<td>(dont 1.110 an.)</td>
+<td class="tdr">2.500</td>
+<td>(dont 88 an.)</td>
+<td class="tdr">4.645</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Bandiagara</td>
+<td class="tdr">1.177</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">1.228</td>
+<td>(dont 324 an.)</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">2.405</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Gaoua</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">1.800</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">1.800</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">Totaux</td>
+<td class="tdr bt">15.394</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr bt">245.392</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr bt">227.270</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr bt">488.056</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="3" class="tdr pad-right1">(tous musulmans)</td>
+<td colspan="2">(dont 13.814 an.)</td>
+<td colspan="2">(dont 79.484 an.)</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_150">[150]</span>On voit par le
+tableau qui précède que les <em>Bozo</em> (15.394, tous musulmans)
+sont localisés dans les cercles de Dienné, Mopti et Bandiagara,
+avec quelques représentants à San&nbsp;; que les Soninké (245.392,
+dont 231.578 musulmans et 13.814 animistes) sont représentés
+surtout dans le Sahel (cercles de Kayes, Nioro, Goumbou, Sokolo,
+Niafounké, Mopti, Dienné) et dans la partie de la région soudanaise
+qui touche au Sahel (Nord du cercle de Bamako, Nord du cercle de
+Ségou, circonscription de San, Nord du cercle de Koury), avec
+quelques colonies dans les villes sahariennes (Tichit, Taodéni,
+Oualata, Néma, etc.), le reste du Haut-Sénégal-Niger n’en
+renfermant qu’un nombre infime&nbsp;; qu’enfin les <em>Dioula</em>
+(227.270 dont 147.786 musulmans et 79.484 animistes) se trouvent
+tous dans le Sud et le Sud-Ouest de la Boucle du Niger (cercles de
+Ouagadougou, de Ouahigouya, de Koury, de Bobo-Dioulasso, de
+Sikasso, principalement). Comme nous le verrons plus loin, presque
+tous les Soninké habitant la Boucle du Niger ont abandonné leur
+langue pour adopter le parler des Dioula.</p>
+
+<p class="space-above15">B. — Groupe du Centre (813.404
+représentants).</p>
+
+<table class="tmed" id="t150">
+<tr>
+<th>
+</th>
+<th>
+</th>
+<th>Kâgoro</th>
+<th>
+</th>
+<th>Banmana</th>
+<th>
+</th>
+<th>Khassonkè</th>
+<th>
+</th>
+<th>Malinké</th>
+<th>
+</th>
+<th>Foulanké</th>
+<th>
+</th>
+<th>Totaux par<br>
+cercles</th>
+</tr>
+
+<tr>
+<th>
+</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Cercle de</td>
+<td>Bamako</td>
+<td class="tdr">1.850</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">146.966</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">31.456</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">180.272</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Bougouni</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">104.216</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">3.297</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">41.188</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">148.701</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Ségou</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">109.758</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">109.758</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Sikasso</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">30.000</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">29.878</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">59.878</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Kita</td>
+<td class="tdr">6.368</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">2.339</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">26.219</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">20.000</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">54.926</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Bafoulabé</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">2.100</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">30.770</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">15.000</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">47.870</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Kayes</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">7.906</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">26.991</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">34.897</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Koutiala</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">30.055</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">30.055</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Satadougou</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">28.000</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">28.000</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Goumbou</td>
+<td class="tdr">2.332</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">22.110</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">24.442</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="2">Circonscription de San</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">20.103</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">20.103</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Cercle de</td>
+<td>Sokolo</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">19.996</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">19.996</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Dienné</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">17.247</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">17.247</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Niafounké</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">16.000</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">16.000</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Nioro</td>
+<td class="tdr">414</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">9.355</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">3.285</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">13.054</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Mopti</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">7.277</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">7.277</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Bandiagara</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">928</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">928</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">Totaux</td>
+<td class="tdr bt">10.964</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr bt">538.450</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr bt">11.191</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr bt">146.733</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr bt">106.066</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr bt">813.404</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Sur les 813.404 représentants du groupe des Mandé du Centre dans
+le Haut-Sénégal-Niger, on compte 767.511 animistes et seulement
+45.893 musulmans, qui se répartissent en 29.639<span class=
+"pagenum" id="Page_151">[151]</span> Banmana (dont les Somono
+forment le plus grand nombre), 4.285 Khassonkè, 3.380 Malinké et
+8.589 Foulanké. Les Kâgoro sont tous animistes.</p>
+
+<p>Les <em>Kâgoro</em> ne forment que de petits groupes disséminés
+pour la plupart dans le Sud du Sahel occidental. Les
+<em>Banmana</em>, qui constituent l’un des peuples les plus
+nombreux du Haut-Sénégal-Niger et forment à eux seuls les deux
+tiers environ des Mandé du Centre et près de la moitié de tous les
+Mandé des trois groupes réunis, se présentent sous l’aspect d’une
+masse compacte à cheval sur le Niger (cercles de Bamako, Ségou et
+Bougouni) avec des colonies fort importantes dans le Sahel d’une
+part et à l’Est du Bani d’autre part. Les <em>Khassonkè</em>, fort
+peu nombreux, peuplent le Khasso et ses dépendances (cercle de
+Kayes) et une portion du Sanga (cercle de Nioro). Les
+<em>Malinké</em> sont, de tous les Mandé du Haut-Sénégal-Niger,
+ceux dont l’habitat est le plus compact et présente le moins de
+solutions de continuité&nbsp;; d’une façon générale, cet habitat
+s’étend au Sud du Sénégal de la Falémé au Bakhoy (Bambouk et
+Gangaran), puis au Sud du chemin de fer du Bakhoy au Niger
+(Manding), enfin, à l’Est du Niger, au Sud du pays banmana
+(Ouassoulou oriental)<a id="FNanchor_88"></a><a href="#Footnote_88"
+class="fnanchor">[88]</a>. Les <em>Foulanké</em>, au contraire, se
+trouvent éparpillés dans le Ganadougou (cercle de Sikasso), dans le
+Birgo (cercle de Kita) et dans les divers Fouladougou (cercles de
+Bougouni, Kita et Bafoulabé).</p>
+
+<p class="space-above15">C. — Groupe du Sud (133.541
+représentants).</p>
+
+<table class="tmed" id="t151">
+<tr>
+<th>
+</th>
+<th>Diallonké</th>
+<th>
+</th>
+<th>Samo</th>
+<th>
+</th>
+<th>Samorho</th>
+<th>
+</th>
+<th>Sia</th>
+<th>
+</th>
+<th>Tribus<br>
+diverses</th>
+<th>
+</th>
+<th>Totaux<br>
+par cercles</th>
+</tr>
+
+<tr>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Cercles de&nbsp;:</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Koury</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">43.470</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">43.470</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Bobo-Dioulasso</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">3.000</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">6.000</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">18.780</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">27.780</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Ouahigouya</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">21.939</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">21.939</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Sikasso</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">20.705</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">20.705</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Bandiagara</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">9.823</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">9.823</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Satadougou</td>
+<td class="tdr">6.757</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">6.757</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Kita</td>
+<td class="tdr">3.067</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">3.067</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">Totaux</td>
+<td class="tdr bt">9.824</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr bt">75.232</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr bt">23.705</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr bt">6.000</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr bt">18.780</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr bt">133.541</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_152">[152]</span>Sur les 133.541
+Mandé du Sud, on ne compte que 200 musulmans, lesquels sont des
+<em>Sia</em> de Bobo-Dioulasso. — Les 18.780 indigènes de tribus
+diverses se répartissent en 8.000 <em>Sembla</em>, 7.000
+<em>Ouara</em>, 2.745 <em>Natioro</em> et 1.035 <em>Blé</em>, tous
+habitant dans le cercle de Bobo-Dioulasso. — Les <em>Diallonké</em>
+du Haut-Sénégal-Niger habitent l’extrême Sud des cercles de
+Satadougou et de Kita. — Les <em>Samo</em> sont surtout répandus
+dans le triangle Koury-Ouahigouya-Bandiagara. — Les
+<em>Samorho</em> habitent le Nord du cercle de Sikasso et entre
+cette ville et Bobo-Dioulasso.</p>
+
+<p class="space-above15">8<sup>o</sup> <em>Sénoufo.</em></p>
+
+<table id="t152">
+<tr>
+<td>Cercle de</td>
+<td class="pad-right1">Bobo-Dioulasso</td>
+<td class="tdr">132.885</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Koutiala</td>
+<td class="tdr">108.427</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Sikasso</td>
+<td class="tdr">77.184</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="2">Circonscription de San</td>
+<td class="tdr">20.885</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="2">Cercle de Bougouni</td>
+<td class="tdr">4.089</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">Total</td>
+<td class="tdr bt">343.470</td>
+<td>(tous animistes).</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Ce total se décompose comme suit entre les dix tribus sénoufo
+représentées dans le Haut-Sénégal-Niger&nbsp;:</p>
+
+<p><em>Bamâna</em> ou <em>Minianka</em> 129.312 (dont 108.427 dans
+le cercle de Koutiala et 20.885 dans la circonscription de
+San)&nbsp;;</p>
+
+<p><em>Siénérhè</em> 81.273 (dont 77.184 dans le cercle de Sikasso
+et 4.089 dans le Niénédougou, cercle de Bougouni)&nbsp;;</p>
+
+<p>Les représentants des huit autres tribus se trouvent tous dans
+le cercle de Bobo-Dioulasso&nbsp;: <em>Mbouin</em> 31.875,
+<em>Folo</em> 23.790, <em>Tourka</em> 21.205, <em>Karaboro</em>
+18.535, <em>Tagba</em> 17.170, <em>Nanergué</em> 11.260,
+<em>Komono</em> 5.605 et <em>Sémou</em> 3.445.</p>
+
+<p>On remarquera que la famille sénoufo est groupée dans un
+territoire assez nettement délimité par le Bani puis le Bagbê à
+l’Ouest et le bassin supérieur de la Volta Noire à l’Est. Ce
+territoire se prolonge à la Côte d’Ivoire dans les bassins
+supérieurs du Bandama et de la Comoé.</p>
+
+<p class="space-above15"><span class="pagenum" id=
+"Page_153">[153]</span>9<sup>o</sup> <em>Famille voltaïque</em>
+(2.292.088 représentants).</p>
+
+<table class="tsmall" id="t153a">
+<tr>
+<th>
+</th>
+<th>Gr.<br>
+Tombo</th>
+<th>
+</th>
+<th>Gr.<br>
+Mossi</th>
+<th>
+</th>
+<th>Gr.<br>
+Gourounsi</th>
+<th>
+</th>
+<th>Gr.<br>
+Bobo</th>
+<th>
+</th>
+<th>Gr.<br>
+Lobi</th>
+<th>
+</th>
+<th>Gr.<br>
+Koulango</th>
+<th>
+</th>
+<th>Gr.<br>
+Bariba</th>
+<th>
+</th>
+<th>Totaux<br>
+par<br>
+cercles</th>
+</tr>
+
+<tr>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc less">Cercles de&nbsp;:</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Ouagadougou</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">1.116.504</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">205.499</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">1.612</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">1.323.615</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Fada-n-Gourma</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">175.057</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">5.037</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">180.094</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Ouahigouya</td>
+<td class="tdr">2.684</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">141.999</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">33.425</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">178.108</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Gaoua</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">93.600</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">1.600</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">74.650</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">4.000</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">173.850</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Koury</td>
+<td class="tdr">500</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">2.600</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">25.465</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">107.817</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">136.382</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Bandiagara</td>
+<td class="tdr">117.744</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">1.369</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">119.113</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Bobo-Dioulasso.</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">61.105</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">61.105</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Dori</td>
+<td class="tdr">12.000</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">40.180</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">52.180</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Circonscription de San</td>
+<td class="tdr">1.587</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">37.992</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">39.579</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc less">Cercles de&nbsp;:</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Koutiala</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">10.745</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">10.745</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Say</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">9.000</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">9.000</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Mopti</td>
+<td class="tdr">2.020</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">4.678</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">6.698</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Hombori</td>
+<td class="tdr">1.000</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">1.000</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Dienné</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">619</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">619</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">Totaux</td>
+<td class="tdr bt">137.535</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr bt">1.578.940</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr bt">264.389</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr bt">227.537</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr bt">74.650</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr bt">4.000</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr bt">5.037</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr bt">2.292.088</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Le groupe mossi compte 25.209 musulmans (24.209 Mossi et 1.000
+Dagari) et le groupe lobi en compte 1.000 (des Dian)&nbsp;; les
+autres groupes sont entièrement animistes&nbsp;: soit 26.209
+musulmans seulement pour toute la famille voltaïque, contre
+2.265.879 animistes.</p>
+
+<p>Le tableau qui précède montre que la famille voltaïque est
+nettement groupée sur le bassin de la Volta et les hauteurs qui le
+circonscrivent&nbsp;; son territoire n’est occupé que par elle
+seule, à l’exception d’un certain nombre de Peuls disséminés çà et
+là et de colonies principalement urbaines peuplées de Mandé du Nord
+(Soninké et Dioula). Ce territoire s’étend au Sud sur une notable
+partie de la Côte d’Ivoire, de la Gold Coast, du Togo et du
+Dahomey.</p>
+
+<p class="space-above15">A. — Groupe tombo (137.535
+représentants).</p>
+
+<table class="tmed" id="t153b">
+<tr>
+<th>
+</th>
+<th>
+</th>
+<th>Tombo</th>
+<th>
+</th>
+<th>Dogom</th>
+<th>
+</th>
+<th>Déforo</th>
+<th>
+</th>
+<th>Totaux<br>
+par cercles</th>
+</tr>
+
+<tr>
+<th>
+</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Cercle de</td>
+<td>Bandiagara</td>
+<td class="tdr">115.208</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">2.536</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">117.744</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Dori</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">12.000</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">12.000</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Ouahigouya</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">2.684</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">2.684</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Mopti</td>
+<td class="tdr">2.020</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">2.020</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="2"><span class="pagenum" id=
+"Page_154">[154]</span>Circonscription de San</td>
+<td class="tdr">1.587</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">1.587</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Cercle de</td>
+<td>Hombori</td>
+<td class="tdr">500</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">500</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">1.000</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Koury</td>
+<td class="tdr">500</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">500</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">Totaux</td>
+<td class="tdr bt">119.815</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr bt">5.720</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr bt">12.000</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr bt">137.535</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td colspan="3">(tous animistes.)</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Les <em>Tombo</em> habitent de préférence les sommets ou les
+flancs des falaises dites de Bandiagara, de Douentza, de Hombori,
+etc. Les <em>Dogom</em> se rencontrent à peu près dans les mêmes
+régions, mais ils vivent plutôt dans la plaine ou sur la lisière
+des montagnes. Quant aux <em>Déforo</em>, ils sont répandus surtout
+dans la région d’Aribinda (entre Djibo et Dori).</p>
+
+<p class="space-above15">B. — Groupe mossi (1.578.940
+représentants).</p>
+
+<table class="tsmall" id="t154">
+<tr>
+<th>
+</th>
+<th>Mossi</th>
+<th>
+</th>
+<th>Yansi</th>
+<th>
+</th>
+<th>Nankana</th>
+<th>
+</th>
+<th>Gourmantché</th>
+<th>
+</th>
+<th>Dagari</th>
+<th>
+</th>
+<th>Birifo</th>
+<th>
+</th>
+<th>Totaux<br>
+par cercle</th>
+<th>
+</th>
+</tr>
+
+<tr>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Cercles de&nbsp;:</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Ouagadougou</td>
+<td class="tdr">1.076.434</td>
+<td class="pad-right05"><a id="FNanchor_89"></a><a href=
+"#Footnote_89" class="fnanchor">[89]</a>
+</td>
+<td class="tdr">13.214</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">19.836</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">7.020</td>
+<td class="pad-right05"><a id="FNanchor_90"></a><a href=
+"#Footnote_90" class="fnanchor">[90]</a>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">1.116.504</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Fada-n-Gourma</td>
+<td class="tdr">21.014</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">25.493</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">128.550</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">175.057</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Ouahigouya</td>
+<td class="tdr">141.999</td>
+<td><a id="FNanchor_91"></a><a href="#Footnote_91" class=
+"fnanchor">[91]</a>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">141.999</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Gaoua</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">53.239</td>
+<td><a id="FNanchor_92"></a><a href="#Footnote_92" class=
+"fnanchor">[92]</a>
+</td>
+<td class="tdr">40.361</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">93.600</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Dori</td>
+<td class="tdr">20.180</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">10.000</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">10.000</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">40.180</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Say</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">9.000</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">9.000</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Koury</td>
+<td class="tdr">2.600</td>
+<td><a id="FNanchor_93"></a><a href="#Footnote_93" class=
+"fnanchor">[93]</a>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">2.600</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">Totaux</td>
+<td class="tdr bt">1.262.227</td>
+<td><a id="FNanchor_94"></a><a href="#Footnote_94" class=
+"fnanchor">[94]</a>
+</td>
+<td class="tdr bt">48.707</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr bt">19.836</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr bt">147.550</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr bt">60.259</td>
+<td><a id="FNanchor_95"></a><a href="#Footnote_95" class=
+"fnanchor">[95]</a>
+</td>
+<td class="tdr bt">40.361</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr bt">1.578.940</td>
+<td><a id="FNanchor_96"></a><a href="#Footnote_96" class=
+"fnanchor">[96]</a>
+</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Les <em>Mossi</em> habitent principalement les provinces du
+Yatenga (cercle de Ouahigouya), celles de Yâko, Boussouma,
+Béloussa, Koupéla, Ouagadougou, etc. (cercle de Ouagadougou), et
+poussent des pointes à l’Ouest vers Koury, au Nord-Est vers Djibo
+et Dori et à l’Est vers le Nord du cercle de Fada-n-Gourma. Les
+<em>Yansi</em> se rencontrent surtout au Nord-Est du territoire
+des<span class="pagenum" id="Page_155">[155]</span> Mossi. Les
+<em>Nankana</em> vivent près de la Volta Rouge, à cheval sur la
+frontière franco-anglaise. Les <em>Gourmantché</em> remplissent la
+plus grande partie du cercle de Fada-n-Gourma, ainsi que l’extrême
+Sud du cercle de Dori et la pointe du cercle de Say s’avançant
+entre les deux cercles précités. Les <em>Dagari</em> et les
+<em>Birifo</em> sont, à l’exception d’une fraction dagari située au
+Nord de la frontière anglaise entre la Volta Noire et Léo,
+localisés dans le cercle de Gaoua, surtout le long de la Volta,
+bien que les Birifo s’avancent un peu plus loin du fleuve vers
+l’Ouest que les Dagari.</p>
+
+<p class="space-above15">C. — Groupe gourounsi (264.389
+représentants).</p>
+
+<table class="tmed" id="t155a">
+<tr>
+<th>
+</th>
+<th>Nioniossé</th>
+<th>
+</th>
+<th>Nounouma</th>
+<th>
+</th>
+<th>Sissala</th>
+<th>
+</th>
+<th>Boussansé</th>
+<th>
+</th>
+<th>Totaux<br>
+par cercles</th>
+<th>
+</th>
+</tr>
+
+<tr>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Cercles de&nbsp;:</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Ouagadougou</td>
+<td class="tdr">34.626</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">58.277</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">7.283</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">105.313</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">205.499</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Ouahigouya</td>
+<td class="tdr">33.425</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">33.425</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Koury</td>
+<td class="tdr">10.335</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">15.130</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">25.465</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">Totaux</td>
+<td class="tdr bt">78.386</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr bt">73.407</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr bt">7.283</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr bt">105.313</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr bt">264.389</td>
+<td><a id="FNanchor_97"></a><a href="#Footnote_97" class=
+"fnanchor">[97]</a>
+</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Les <em>Nioniossé</em> se rencontrent, à côté ou au milieu des
+Mossi, dans les régions du Yatenga, de Yâko et de Ouagadougou, et
+en groupes plus compacts dans le Kipirsi (triangle
+Koury-Boromo-Yâko). Les <em>Nounouma</em> habitent à l’Ouest de la
+Volta Noire à hauteur de Boromo (au Nord des Oulé) et à l’Est du
+même fleuve au Sud des Nionossé et au Nord des Dagari propres. Les
+<em>Sissala</em> vivent à l’Est des Nounouma et à l’Ouest des
+Nankana, le point de jonction des Nounouma et des Sissala
+coïncidant avec la ville de Léo. Les <em>Boussansé</em> se trouvent
+entre la Volta Blanche et le cercle de Fada-n-Gourma, à partir de
+Tenkodogo en allant vers le Sud.</p>
+
+<p class="space-above15">D. — Groupe ou peuple bobo (227.537
+représentants).</p>
+
+<table class="tmed" id="t155b">
+<tr>
+<th>
+</th>
+<th>
+</th>
+<th>Kian</th>
+<th>
+</th>
+<th>Tara</th>
+<th>
+</th>
+<th>Boua</th>
+<th>
+</th>
+<th>Niénigué</th>
+<th>
+</th>
+<th>Totaux<br>
+par cercles</th>
+<th>
+</th>
+</tr>
+
+<tr>
+<th>
+</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+<th class="strike word-spaced5">&nbsp;</th>
+<th>
+</th>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="2">Cercle de Koury</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">96.227</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">11.590</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">107.817</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="2">Cercle de Bobo-Dioulasso</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">39.500</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">21.605</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">61.105</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="2">Circonscription de San</td>
+<td class="tdr">30.000</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">6.530</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">1.462</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">37.992</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Cercle de</td>
+<td>Koutiala</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">10.745</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">10.745</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Mopti</td>
+<td class="tdr">4.678</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">4.678</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Ouagadougou</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">1.612</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">1.612</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Gaoua</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">1.600</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">1.600</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Bandiagara</td>
+<td class="tdr">1.369</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">1.369</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>Dienné</td>
+<td class="tdr">619</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">»</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr">619</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td class="tdc">Totaux</td>
+<td class="tdr bt">36.666</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr bt">102.757</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr bt">63.297</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr bt">24.817</td>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr bt">227.537</td>
+<td><a id="FNanchor_98"></a><a href="#Footnote_98" class=
+"fnanchor">[98]</a>
+</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_156">[156]</span>Les
+<em>Kian</em> sont les plus occidentaux des Bobo et se trouvent
+répandus non loin de la rive droite du Bani, entre Mopti et San,
+mais sont surtout nombreux aux environs de cette dernière ville.
+Les <em>Tara</em> leur font suite vers l’Est, entre San et Koury.
+Les <em>Boua</em> habitent au Sud des Kian et des Tara. Les
+<em>Niénigué</em> se rencontrent à l’Est des Boua, entre ceux-ci
+d’une part et les Dagari-Oulé et Nounouma d’autre part.</p>
+
+<p>E. — Groube lobi (74.650 représentants).</p>
+
+<p>Ce groupe est localisé dans le cercle de Gaoua, au moins en ce
+qui concerne le Haut-Sénégal-Niger, car il a quelques représentants
+à la Côte d’Ivoire (district de Bouna). Il comprend, dans le
+Haut-Sénégal-Niger&nbsp;: 62.050 <em>Lobi</em> proprement dits,
+habitant surtout la région de Gaoua et l’Ouest de ce poste&nbsp;;
+5.950 <em>Dian</em>, formant la majeure partie de la population de
+Diébougou et de ses environs&nbsp;; 5.550 <em>Pougouli</em>,
+répandus principalement le long du Pougouliba ou Bougouriba — qui
+leur doit son nom — en amont de Diébougou&nbsp;; enfin 1.100
+<em>Gan</em>, vivant à Lorhosso dans le Sud-Ouest du cercle.</p>
+
+<p>Tous sont animistes, à l’exception de 1.000 Dian musulmans de la
+ville de Diébougou.</p>
+
+<p>F. — Groupe koulango (4.000 représentants).</p>
+
+<p>Ce groupe, assez nombreux à la Côte d’Ivoire, ne renferme au
+Haut-Sénégal-Niger que 4.000 individus de la tribu des
+<em>Lorho</em>, tous animistes, habitant à côté des Gan dans la
+région de Lorhosso, à laquelle ils ont autrefois donné leur nom
+(cercle de Gaoua)<a id="FNanchor_99"></a><a href="#Footnote_99"
+class="fnanchor">[99]</a>.</p>
+
+<p>G. — Groupe bariba (5.037 représentants).</p>
+
+<p>Ce groupe, fort important au Dahomey, n’est représenté dans le
+Haut-Sénégal-Niger que par 4.497 <em>Bariba</em> proprement dits et
+540 <em>Soumba</em> de la tribu des Takamba, tous animistes, et
+habitant le Sud du cercle de Fada-n-Gourma, dans l’Atakora.</p>
+
+<p class="space-above15">10<sup>o</sup> <em>Tribus de
+classification douteuse</em> (19.035 représentants).</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_157">[157]</span>Ces tribus, qui,
+sans doute, se rattachent soit à la famille sénoufo soit à la
+famille voltaïque, forment un total de 19.035 indigènes, tous
+animistes, dont 500 appartiennent au cercle de Gaoua
+(<em>Padorho</em>) et 18.535 au cercle de Bobo-Dioulasso (à savoir
+10.045 <em>Toussia</em>, 3.700 <em>Dorhossié</em>, 2.790
+<em>Vigué</em> et 2.000 <em>Tiéfo</em>).</p>
+
+<p class="space-above15">11<sup>o</sup> <em>Etrangers divers</em>
+(4.096 représentants).</p>
+
+<p>Les principales colonies étrangères sont composées de
+<em>Ouolofs</em> (3.205, tous musulmans sauf quelques chrétiens,
+dont 1.116 dans le cercle de Kayes, 1.054 dans le cercle de Nioro,
+500 dans le cercle de Bamako, 433 dans le cercle de Sikasso et 102
+à Tombouctou). On compte aussi 802 étrangers non-musulmans
+d’origines diverses (445 à Kayes et 357 à Bamako) et 89
+<em>Haoussa</em> musulmans dans le cercle de Ouagadougou&nbsp;; en
+réalité le nombre des Haoussa établis dans les territoires civils
+du Haut-Sénégal-Niger et particulièrement dans le Mossi et l’Est de
+la Boucle du Niger est certainement plus considérable, mais la
+plupart ont été englobés, lors des recensements, avec les Soninké
+ou les Dioula, à cause de la similitude de leurs occupations et de
+leur religion.</p>
+
+<p class="center sect"><a id="p2c01s5"></a><span class=
+"bold">Composition de la population de chacune des circonscriptions
+administratives.</span>
+</p>
+
+<p>1<sup>o</sup> <em>Zone saharienne.</em></p>
+
+<table class="tpop1" id="t157">
+<tr>
+<td class="pad-right1">Maures de l’Azaouad</td>
+<td class="tdr">26.000</td>
+<td class="brt width-brace1">
+</td>
+<td rowspan="3">familles sémitique et hamitique&nbsp;: 74.000</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td><span class="word-spaced6">&nbsp;—&nbsp;</span> du Hodh</td>
+<td class="tdr">40.000</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Touareg</td>
+<td class="tdr">8.000</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Soninké</td>
+<td class="tdr">10.000</td>
+<td>
+</td>
+<td>(famille mandé)</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">Total</td>
+<td class="tdr bt">84.000</td>
+<td>
+</td>
+<td>(environ), tous musulmans.</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Les Maures de l’Azaouad de la zone saharienne sont les Bérabich
+et les Kounta des régions de Taodéni, Araouân et Mabrouk&nbsp;; les
+Maures du Hodh de la même zone sont ceux qui sont répandus au Nord
+de la région d’administration directe de la résidence de Kiffa et
+des cercles de Nioro, Goumbou et Sokolo (Regueïbât, Idao-Aïch,
+Ahl-Tichit, Oulad-Mbarek, Oulad-Nasser, Mejdouf,
+Oulad-Delim)&nbsp;; les Touareg appartiennent aux quelques
+fractions (Imededrhen et Idnân principalement) répandues dans les
+environs de l’Adrar Timetrhine&nbsp;; les Soninké sont les Azer de
+Tichit, Oualata, Néma, Araouân, Taodéni, etc.</p>
+
+<p class="space-above15"><span class="pagenum" id=
+"Page_158">[158]</span>2<sup>o</sup> <em>Résidence de
+Kiffa.</em></p>
+
+<p>Maures du Hodh&nbsp;: 20.000 (familles sémitique et hamitique,
+tous musulmans).</p>
+
+<p class="space-above15">3<sup>o</sup> <em>Cercle de
+Nioro.</em></p>
+
+<table class="tpop1" id="t158a">
+<tr>
+<td class="pad-right1">Maures du Hodh</td>
+<td class="tdr">1.776</td>
+<td class="brt width-brace1">
+</td>
+<td rowspan="2">familles sémitique et hamitique&nbsp;: 21.529 (tous
+musulmans).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Peuls</td>
+<td class="tdr">19.753</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Toucouleurs</td>
+<td class="tdr">18.706</td>
+<td>
+</td>
+<td>(famille tekrourienne, tous musulmans).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Soninké</td>
+<td class="tdr">58.893</td>
+<td class="brt">
+</td>
+<td rowspan="4">famille mandé&nbsp;: 71.947 (dont 4.031
+animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Kâgoro</td>
+<td class="tdr">414</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Banmana</td>
+<td class="tdr">9.355</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Khassonkè</td>
+<td class="tdr">3.285</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Etrangers</td>
+<td class="tdr">1.054</td>
+<td>
+</td>
+<td>(Ouolofs, tous musulmans).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">Total</td>
+<td class="tdr bt">113.236</td>
+<td>
+</td>
+<td>(dont 4.031 animistes&nbsp;: 414 Kâgoro et 3.617 Banmana).</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Les Maures se rencontrent dans le Kingui et le Bakounou-Sud. —
+Les Peuls sont surtout nombreux dans le Kingui, le Sanga ou
+Lankamané, le Digna ou Ouossébougou. — Les Toucouleurs habitent
+dans le Kéniarémé et le Kingui. — Les Soninké sont répandus dans le
+Diafounou, le Kéniarémé, le Guidioumé, une partie du Kingui, du
+Sanga, du Diangounté, du Dianghirté ou Komintara, du Bakounou-Sud
+et du Digna. — Les Kâgoro se trouvent dans le Kingui, le Sanga, le
+Diangounté, le Digna. — Les Banmana habitent dans le Kingui, le
+Diangounté, le Dianghirté et le Digna. — Les Khassonkè sont à peu
+près localisés au Sanga.</p>
+
+<p class="space-above15">4<sup>o</sup> <em>Cercle de
+Goumbou.</em></p>
+
+<table class="tpop1" id="t158b">
+<tr>
+<td class="pad-right1">Maures du Hodh</td>
+<td class="tdr">4.557</td>
+<td class="brt width-brace1">
+</td>
+<td rowspan="2">familles sémitique et hamitique&nbsp;: 17.254 (tous
+musulmans)<a id="FNanchor_100"></a><a href="#Footnote_100" class=
+"fnanchor">[100]</a>.</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Peuls</td>
+<td class="tdr">12.697</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Soninké</td>
+<td class="tdr">24.819</td>
+<td class="brt">
+</td>
+<td rowspan="3">famille mandé&nbsp;: 49.261 (dont 24.442
+animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Kâgoro</td>
+<td class="tdr">2.332</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Banmana</td>
+<td class="tdr">22.110</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">Total</td>
+<td class="tdr bt">66.515</td>
+<td>
+</td>
+<td>(dont 2.332 Kâgoro et 22.110 Banmana animistes).</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_159">[159]</span>Les Maures sont
+répandus dans le Bakounou-Nord, le Kolon, le Ouagadou, le Kaniaga
+(Ouaharo) et le Niamala (Mourdia)&nbsp;; les Peuls dans le Kolon et
+le Kaniaga (Damfa)&nbsp;; les Soninké dans le Bakounou-Nord, le
+Kolon, le Ouagadou, le Niamala et le Kaniaga (Damfa)&nbsp;; les
+Kâgoro dans le Bakounou et le Kaniaga&nbsp;; les Banmana dans le
+Kolon, le Niamala et le Kaniaga.</p>
+
+<p class="space-above15">5<sup>o</sup> <em>Cercle de
+Sokolo.</em></p>
+
+<table class="tpop1" id="t159a">
+<tr>
+<td class="pad-right1">Maures du Hodh</td>
+<td class="tdr">1.830</td>
+<td class="brt width-brace1">
+</td>
+<td rowspan="2">familles sémitique et hamitique&nbsp;: 8.060 (tous
+musulmans).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Peuls</td>
+<td class="tdr">6.230</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Soninké</td>
+<td class="tdr">8.250</td>
+<td class="brt">
+</td>
+<td rowspan="2">famille mandé&nbsp;: 28.246 (dont 19.996
+animistes)</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Banmana</td>
+<td class="tdr">19.996</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">Total</td>
+<td class="tdr bt">36.306</td>
+<td>
+</td>
+<td>(dont 19.996 Banmana animistes).</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Les Maures se rencontrent dans les cantons d’Akor, Sokolo,
+Nampala, Néré&nbsp;; les Peuls dans ceux d’Akor, Sokolo, Nampala et
+Dia&nbsp;; les Soninké dans ceux d’Akor, Sokolo et Dia&nbsp;; les
+Banmana dans ceux de Ségala, Sokolo et Monempé.</p>
+
+<p class="space-above15">6<sup>o</sup> <em>Cercle de
+Niafounké.</em></p>
+
+<table class="tpop1" id="t159b">
+<tr>
+<td>Maures de l’Azaouad</td>
+<td class="tdr">300</td>
+<td class="brt width-brace1">
+</td>
+<td rowspan="3">familles sémitique et hamitique&nbsp;: 76.132 (dont
+14.832 Peuls animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Touareg</td>
+<td class="tdr">1.000</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Peuls</td>
+<td class="tdr">74.832</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Songaï</td>
+<td class="tdr">10.809</td>
+<td>
+</td>
+<td>(famille songaï, tous musulm.)</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Soninké</td>
+<td class="tdr">13.000</td>
+<td class="brt">
+</td>
+<td rowspan="2">famille mandé&nbsp;: 29.000 (dont 8.000 Banmana
+animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Banmana</td>
+<td class="tdr">16.000</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">Total</td>
+<td class="tdr bt">115.941</td>
+<td>
+</td>
+<td>(dont 22.832 animistes).</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Les Maures se rencontrent entre Soumpi et le lac Horo&nbsp;; les
+Touareg entre le lac Horo et le lac Nangaï&nbsp;; les Peuls dans le
+Farimaké, la région de Soumpi, le Guimbala ou Djimbala et le
+Fitouka&nbsp;; les Songaï dans le Dirma (Tendirma à Saraféré), le
+Fitouka, le Bara et le Guimbala, les Sorko étant disséminés partout
+où il y a de l’eau à partir du lac Débo en allant vers le Nord. Les
+Soninké sont répandus sur les deux rives de l’Issa-Ber, ainsi que
+les Banmana, qu’on rencontre aussi dans le Farimaké.</p>
+
+<p class="space-above15"><span class="pagenum" id=
+"Page_160">[160]</span>7<sup>o</sup> et 8<sup>o</sup> <em>Cercles
+de Tombouctou.</em></p>
+
+<table class="tpop1" id="t160a">
+<tr>
+<td class="pad-right1">Maures de l’Azaouad</td>
+<td class="tdr">5.715</td>
+<td class="brt width-brace1">
+</td>
+<td rowspan="2">familles sémitique et hamitique&nbsp;: 33.734</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Touareg</td>
+<td class="tdr">28.019</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Songaï</td>
+<td class="tdr">60.058</td>
+<td>
+</td>
+<td>(famille songaï).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Etrangers</td>
+<td class="tdr">102</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">Total</td>
+<td class="tdr bt">93.894</td>
+<td>
+</td>
+<td>(tous musulmans).</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Sur ce total, on compte 19.612 indigènes pour l’ancien secteur
+de Goundam et 22.051 pour l’ancien cercle de Bamba.</p>
+
+<p>Les Touareg sont&nbsp;: dans le district de Goundam, des
+Imededrhen, des Kel-Nkounder, des Kel-Ncheria, des Tagama, des
+Chorfiga&nbsp;; dans le district de Ras-el-Ma, des Kel-Antassar et
+des Zimmaten&nbsp;; dans le district de Tombouctou, des
+Tenguéréguif, des Kel-Temoulaï, des Igouadaren, des Irréganaten,
+des Kel-Nkounder, des Kel-Ncheria, des Imededrhen, des
+Ahl-sidi-Ali&nbsp;; dans le district de Bamba, des Kel-Antassar,
+des Kel-Oulli, des Idnân, des Kel-Guerisouân, des Kel-Tigouelt, des
+Imakelkellen, des Iguellad, des Igouadaren, des Imededrhen, des
+Kel-es-souk, des Kel-Gossi, des Chorfiga, des Ibourliten, des
+Imetchas, des Kel-Rila, des Kel-Gheress.</p>
+
+<p>Les Songaï sont concentrés près du fleuve et des lacs.</p>
+
+<p class="space-above15">9<sup>o</sup> <em>Cercle de
+Hombori.</em></p>
+
+<table class="tpop1" id="t160b">
+<tr>
+<td class="pad-right1">Touareg</td>
+<td class="tdr">8.000</td>
+<td class="brt width-brace1">
+</td>
+<td rowspan="2">familles hamitique et sémitique&nbsp;: 11.937 (tous
+musulmans).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Peuls</td>
+<td class="tdr">3.937</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Songaï</td>
+<td class="tdr">12.063</td>
+<td>
+</td>
+<td>(famille songaï, tous musulmans).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Tombo</td>
+<td class="tdr">500</td>
+<td class="brt">
+</td>
+<td rowspan="2">famille voltaïque (groupe tombo)&nbsp;: 1.000 (tous
+animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Dogom</td>
+<td class="tdr">500</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">Total</td>
+<td class="tdr bt">25.000</td>
+<td>
+</td>
+<td>(dont 1.000 Tombo et Dogom animistes).</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Les Touareg du Cercle sont surtout des Kel-es-Souk, des
+Kel-Gossi, des Déguisellen, des Kel-Gheress, des Chorfiga, des
+Chemenama, des Imededrhen, des Irréganaten et des Oudalen. Les
+Peuls sont surtout nombreux dans l’Ouest du Cercle, au pied des
+falaises de Hombori. Les Songaï sont surtout riverains du Niger.
+Les Tombo habitent la falaise et les Dogom le pied de la falaise de
+Hombori.</p>
+
+<div class="plate" id="pl06">
+<table class="width-full">
+<tr>
+<td class="tdl ipub sc">Delafosse</td>
+<td class="tdr ipub">Planche VI</td>
+</tr>
+</table>
+
+<div class="figcenter iw4">
+<figure id="i11"><img src='images/i11.jpg' alt=''>
+<p class="ipubr"><em>Cliché Froment</em>
+</p>
+
+<p class="cp1"><span class="sc">Fig.</span> 11. — Le Niger près de
+Ségou.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw4">
+<figure id="i12"><img src='images/i12.jpg' alt=''>
+<p class="ipubr"><em>Cliché Froment</em>
+</p>
+
+<p class="cp1"><span class="sc">Fig.</span> 12. — Sur le Niger, à
+hauteur de Tillabéry.</p>
+</figure>
+</div>
+</div>
+
+<p class="space-above15"><span class="pagenum" id=
+"Page_161">[161]</span>10<sup>o</sup> <em>Cercle de Dori.</em></p>
+
+<table class="tpop1 padded1" id="t161a">
+<tr>
+<td>Touareg</td>
+<td class="tdr">12.000</td>
+<td class="brt width-brace1">
+</td>
+<td rowspan="2">familles hamitique et sémitique&nbsp;: 54.791 (tous
+musulmans).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Peuls</td>
+<td class="tdr">42.791</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Songaï</td>
+<td class="tdr">3.029</td>
+<td>
+</td>
+<td>(famille songaï, tous musulmans).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Déforo</td>
+<td class="tdr">12.000</td>
+<td class="brt">
+</td>
+<td rowspan="4">famille voltaïque&nbsp;: 52.180 (tous animistes)
+(dont 12.000 (Déforo) du groupe tombo et 40.180 (Mossi, Yansi et
+Gourmantché) du groupe mossi).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Mossi</td>
+<td class="tdr">20.180</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Yansi</td>
+<td class="tdr">10.000</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Gourmantché</td>
+<td class="tdr">10.000</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">Total</td>
+<td class="tdr bt">110.000</td>
+<td>
+</td>
+<td>(dont 57.820 musulmans).</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Les Touareg du Cercle sont surtout des Oudalen, des Damossân,
+des Missiguender et des Tenguéréguédech. Les Peuls sont répandus
+surtout dans les régions de Djibo et de Dori, les Songaï près du
+Niger, les Déforo dans la province d’Aribinda (entre Djibo et
+Dori), les Mossi dans le Sud-Ouest du cercle, les Yansi et les
+Gourmantché dans le Sud.</p>
+
+<p class="space-above15">11<sup>o</sup> <em>Cercle de
+Bandiagara.</em></p>
+
+<table class="tpop1 padded1" id="t161b">
+<tr>
+<td>Peuls</td>
+<td class="tdr">15.231</td>
+<td>
+</td>
+<td>(dont 3.068 animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Toucouleurs</td>
+<td class="tdr">1.500</td>
+<td>
+</td>
+<td>(tous musulmans).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Songaï</td>
+<td class="tdr">1.000</td>
+<td>
+</td>
+<td class="pad4">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Bozo</td>
+<td class="tdr">1.177</td>
+<td class="brt width-brace1">
+</td>
+<td rowspan="4">famille mandé&nbsp;: 13.156 (dont 11.075
+animistes&nbsp;: 324 Soninké, 928 Banmana et 9.823 Samo).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Soninké</td>
+<td class="tdr">1.228</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Banmana</td>
+<td class="tdr">928</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Samo</td>
+<td class="tdr">9.823</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Tombo</td>
+<td class="tdr">115.208</td>
+<td class="brt">
+</td>
+<td rowspan="3">famille voltaïque&nbsp;: 119.113 (tous animistes)
+(dont 117.744 (Tombo et Dogom) du groupe tombo et 1.369 (Kian) du
+groupe bobo).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Dogom</td>
+<td class="tdr">2.536</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Kian</td>
+<td class="tdr">1.369</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">Total</td>
+<td class="tdr bt">150.000</td>
+<td>
+</td>
+<td>(dont 17.744 musulmans).</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Les Peuls sont dispersés un peu partout, surtout dans l’Est du
+cercle&nbsp;; les Toucouleurs se trouvent à Bandiagara et aux
+environs&nbsp;; les Songaï dans la région des lacs&nbsp;; les Bozo
+dans l’Ouest du cercle&nbsp;; les Soninké et les Banmana dans le
+Sud&nbsp;; les Samo près du haut Sourou (région de Louta)&nbsp;;
+les Tombo dans toute la région montagneuse (Sangha, Bankassi,
+Bandiagara,<span class="pagenum" id="Page_162">[162]</span>
+Douentza, etc.)&nbsp;; les Dogom dans la plaine à l’Est des
+falaises&nbsp;; les Kian ou Bobo-Gbê dans le Sud du Cercle.</p>
+
+<p class="space-above15">12<sup>o</sup> <em>Cercle de
+Mopti.</em></p>
+
+<table class="tpop1" id="t162a">
+<tr>
+<td>Peuls</td>
+<td class="tdr">35.278</td>
+<td>
+</td>
+<td>(tous musulmans).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Toucouleurs</td>
+<td class="tdr">500</td>
+<td>
+</td>
+<td class="pad3">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Songaï</td>
+<td class="tdr">2.317</td>
+<td>
+</td>
+<td class="pad3">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Bozo</td>
+<td class="tdr">1.826</td>
+<td class="brt width-brace1">
+</td>
+<td rowspan="3">famille mandé&nbsp;: 15.207 (dont 4.529 Banmana
+animistes)</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Soninké</td>
+<td class="tdr">6.104</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Banmana</td>
+<td class="tdr">7.277</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Tombo</td>
+<td class="tdr">2.020</td>
+<td class="brt">
+</td>
+<td rowspan="2">famille voltaïque&nbsp;: 6.698 (tous
+animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Kian (Bobo-Gbê)</td>
+<td class="tdr">4.678</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">Total</td>
+<td class="tdr bt">60.000</td>
+<td>
+</td>
+<td>(dont 48.773 musulmans).</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Les Peuls se rencontrent un peu partout, surtout dans le Kounari
+et le Pignari&nbsp;; les Songaï (Sorko surtout) le long du Bani en
+aval de Mopti&nbsp;; les Bozo à Mopti et en amont&nbsp;; les
+Soninké à Mopti et dans le district de Sofara&nbsp;; les Banmana
+surtout dans le sud du cercle&nbsp;; les Tombo dans l’Est et les
+Kian dans le Sud-Est.</p>
+
+<p class="space-above15">13<sup>o</sup> <em>Cercle de
+Dienné.</em></p>
+
+<table class="tpop1 padded1" id="t162b">
+<tr>
+<td>Peuls</td>
+<td class="tdr">38.944</td>
+<td>
+</td>
+<td>(tous musulmans).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Songaï</td>
+<td class="tdr">100</td>
+<td>
+</td>
+<td class="pad3">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Bozo</td>
+<td class="tdr">12.079</td>
+<td class="brt width-brace1">
+</td>
+<td rowspan="3">famille mandé&nbsp;: 43.194 (dont 12.220 Banmana
+animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Soninké</td>
+<td class="tdr">13.868</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Banmana</td>
+<td class="tdr">17.247</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Kian</td>
+<td class="tdr">619</td>
+<td>
+</td>
+<td>(famille voltaïque, groupe bobo, tous animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">Total</td>
+<td class="tdr bt">82.857</td>
+<td>
+</td>
+<td>(dont 70.018 musulmans).</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Les Peuls habitent la partie du cercle qui forme le Massina
+proprement dit (contrée à l’Ouest du marigot de Diaka et pays
+compris entre ce marigot et le Niger), ainsi que le Diennéri et le
+Sébéra. Les Songaï ne comprennent guère que quelques familles sorko
+de la pointe Sud du lac Débo. Les Bozo sont répandus le long du
+Niger, du Bani et du marigot de Diaka. Les Soninké peuplent le
+Sébéra, le Diennéri (pays de Dienné) et le Pondori. Les Banmana
+sont surtout nombreux entre le Niger et le<span class="pagenum" id=
+"Page_163">[163]</span> Bani (Kaladougou, Say, Saro, Séladougou).
+On trouve des Bobo-Gbê dans le Sud-Est du Séladougou.</p>
+
+<p class="space-above15">14<sup>o</sup> <em>Cercle de
+Ségou.</em></p>
+
+<table class="tpop1" id="t163a">
+<tr>
+<td>Peuls</td>
+<td class="tdr">20.968</td>
+<td>
+</td>
+<td>(dont 1.230 animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Toucouleurs</td>
+<td class="tdr">7.000</td>
+<td>
+</td>
+<td>(tous musulmans).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Soninké</td>
+<td class="tdr">17.680</td>
+<td class="brt width-brace1">
+</td>
+<td rowspan="2">famille mandé&nbsp;: 127.438 (dont 104.500 Banmana
+animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Banmana</td>
+<td class="tdr">109.758</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">Total</td>
+<td class="tdr bt">155.406</td>
+<td>
+</td>
+<td>(dont 49.636 musulmans).</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Les Peuls sont répandus surtout au Nord et au Nord-Ouest de
+Sansanding et entre le Niger et le Bani&nbsp;; les Toucouleurs se
+rencontrent principalement à Ségou et aux environs&nbsp;; les
+Soninké à Sansanding, à Ségou et le long du Niger. Les Banmana
+peuplent l’immense majorité des cantons du cercle.</p>
+
+<p class="space-above15">15<sup>o</sup> <em>Cercle de
+Bamako.</em></p>
+
+<table class="tpop1 padded1" id="t163b">
+<tr>
+<td>Peuls</td>
+<td class="tdr">737</td>
+<td>
+</td>
+<td>(dont 237 animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Soninké</td>
+<td class="tdr">10.070</td>
+<td class="brt width-brace1">
+</td>
+<td rowspan="4">famille mandé&nbsp;: 190.342 (dont 180.757
+animistes, comprenant 2.380 Soninké, 1.850 Kâgoro, 145.621 Banmana
+et 30.906 Malinké).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Kâgoro</td>
+<td class="tdr">1.850</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Banmana</td>
+<td class="tdr">146.966</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Malinké</td>
+<td class="tdr">31.456</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Etrangers</td>
+<td class="tdr">857</td>
+<td>
+</td>
+<td>(dont 357 animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">Total</td>
+<td class="tdr bt">191.936</td>
+<td>
+</td>
+<td>(dont 10.585 musulmans).</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Les Peuls sont bergers au service des Banmana&nbsp;; les Soninké
+habitent surtout les cinq villes de Banamba, Touba, Kiba, Kérouané
+et Niamina&nbsp;; les Kâgoro se rencontrent dans le Nord-Ouest du
+cercle&nbsp;; les Banmana peuplent le Fadougou, le Bélédougou, le
+Messékélé, le Méguétana, le Djitoumou, etc.&nbsp;; les Malinké les
+cantons du Manding sur la rive gauche du Niger et le canton de
+Samaya sur la rive droite.</p>
+
+<p class="space-above15">16<sup>o</sup> <em>Cercle de
+Kita.</em></p>
+
+<table class="tpop1" id="t163c">
+<tr>
+<td>Toucouleurs</td>
+<td class="tdr">500</td>
+<td>
+</td>
+<td>(tous musulmans).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Kâgoro</td>
+<td class="tdr">6.368</td>
+<td class="brt width-brace1">
+</td>
+<td rowspan="5">famille mandé&nbsp;: 57.993 (tous animistes sauf
+130 malinké musulmans).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Banmana</td>
+<td class="tdr">2.339</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Malinké</td>
+<td class="tdr">26.219</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Foulanké</td>
+<td class="tdr">20.000</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Diallonké</td>
+<td class="tdr">3.067</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">Total</td>
+<td class="tdr bt">58.493</td>
+<td>
+</td>
+<td>(dont 630 musulmans).</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_164">[164]</span>Les Toucouleurs
+sont fixés à Kita et aux environs&nbsp;; les Kâgoro et les Banmana
+se rencontrent au Kaarta&nbsp;; les Malinké habitent la région de
+Kita et les pays entre le Bakhoy et le Bafing (Gangaran,
+Baniakadougou, Gadougou)&nbsp;; les Foulanké peuplent les deux
+Fouladougou de la boucle du Baoulé (Saboula et Arbala) et le Birgo
+(Mourgoula)&nbsp;; les Diallonké se trouvent dans le Sud du cercle
+(Kolou, Boké, Kankoumakania).</p>
+
+<p class="space-above15">17<sup>o</sup> <em>Cercle de
+Bafoulabé.</em></p>
+
+<table class="tpop1" id="t164a">
+<tr>
+<td>Peuls</td>
+<td class="tdr">1.000</td>
+<td>
+</td>
+<td>(tous musulmans).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Toucouleurs</td>
+<td class="tdr">1.000</td>
+<td>
+</td>
+<td class="pad3">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Soninké</td>
+<td class="tdr">9.700</td>
+<td class="brt width-brace1">
+</td>
+<td rowspan="4">famille mandé&nbsp;: 57.570 (tous animistes sauf
+les 9.700 Soninké).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Banmana</td>
+<td class="tdr">2.100</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Malinké</td>
+<td class="tdr">30.770</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Foulanké</td>
+<td class="tdr">15.000</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">Total</td>
+<td class="tdr bt">59.570</td>
+<td>
+</td>
+<td>(dont 11.700 musulmans).</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Les Peuls et Soninké sont surtout répandus dans l’extrême Nord
+du cercle&nbsp;; les Toucouleurs et les Banmana ne forment que de
+petites colonies dispersées&nbsp;; les Malinké habitent surtout le
+Bambougou ou Bambouk (Ouest du Bafing, y compris Koundian), le
+Gangaran (entre le Sénégal et le Bafing) et le Kontella (rive Nord
+du Sénégal)&nbsp;; les Foulanké peuplent le Fouladougou, au Nord du
+Kontella.</p>
+
+<p class="space-above15">18<sup>o</sup> <em>Cercle de
+Kayes.</em></p>
+
+<table class="tpop1" id="t164b">
+<tr>
+<td>Maures du Hodh</td>
+<td class="tdr">4.260</td>
+<td>
+</td>
+<td>(tous musulmans).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Toucouleurs</td>
+<td class="tdr">5.050</td>
+<td>
+</td>
+<td>(dont 1.550 animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Soninké</td>
+<td class="tdr">24.100</td>
+<td class="brt width-brace1">
+</td>
+<td rowspan="3">famille mandé&nbsp;: 58.997 (dont 39.997 animistes,
+comprenant 6.100 Soninké, 6.906 Khassonkè et 26.491 Malinké).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Khassonkè</td>
+<td class="tdr">7.906</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Malinké</td>
+<td class="tdr">26.991</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Etrangers</td>
+<td class="tdr">1.561</td>
+<td>
+</td>
+<td>(dont 1.116 Ouolofs musulmans et 445 non-musulmans).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">Total</td>
+<td class="tdr bt">69.868</td>
+<td>
+</td>
+<td>(dont 27.876 musulmans).</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Les Maures se trouvent dans le Guidimakha, le Séro et le Nord du
+Cercle (Ahl-sidi-Mahmoud et Askeur). Les Toucouleurs se<span class=
+"pagenum" id="Page_165">[165]</span> rencontrent dans le Diomboko,
+le Khasso et le Séro&nbsp;; les Soninké habitent le Kaméra ou
+province orientale du Gadiaga ou Galam (rive Sud du Sénégal), le
+Guidimakha (au Nord du Sénégal) et une partie du Bambouk&nbsp;; les
+Khassonkè peuplent le Logo, le Natiaga et une partie du Khasso et
+du Diomboko&nbsp;; les Malinké se trouvent dans le Bambouk
+(Tambaoura, Niagala et Kamana)&nbsp;; les étrangers sont établis à
+Kayes et à Médine.</p>
+
+<p class="space-above15">19<sup>o</sup> <em>Cercle de
+Satadougou.</em></p>
+
+<table class="tpop1 padded1" id="t165a">
+<tr>
+<td>Peuls</td>
+<td class="tdr">1.078</td>
+<td>
+</td>
+<td>(tous musulmans).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Toucouleurs</td>
+<td class="tdr">3.000</td>
+<td>
+</td>
+<td class="pad4">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Malinké</td>
+<td class="tdr">28.000</td>
+<td class="brt width-brace1">
+</td>
+<td rowspan="2">famille mandé&nbsp;: 34.757 (tous animistes, sauf
+2.000 Malinké musulmans).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Diallonké</td>
+<td class="tdr">6.757</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">Total</td>
+<td class="tdr bt">38.835</td>
+<td>
+</td>
+<td>(dont 6.078 musulmans).</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Les Peuls sont répandus un peu partout. Les Toucouleurs sont
+surtout nombreux dans la province de Satadougou. Les Malinké
+habitent la majeure partie de cette province, le Konkodougou, le
+Sintédougou et une partie du Mérétembaya. Les Diallonké peuplent le
+reste de ce dernier canton et le Fontofa.</p>
+
+<p class="space-above15">20<sup>o</sup> <em>Cercle de
+Bougouni.</em></p>
+
+<table class="tpop1 padded1" id="t165b">
+<tr>
+<td>Soninké</td>
+<td class="tdr">2.145</td>
+<td class="brt width-brace1">
+</td>
+<td rowspan="5">famille mandé&nbsp;: 153.346 (dont 13.710 musulmans
+seulement, à savoir 1.035 Soninké, 2.412 Dioula, 1.474 Banmana, 200
+Malinké et 8.589 Foulanké).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Dioula</td>
+<td class="tdr">2.500</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Banmana</td>
+<td class="tdr">104.216</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Malinké</td>
+<td class="tdr">3.297</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Foulanké</td>
+<td class="tdr">41.188</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Sénoufo</td>
+<td class="tdr">4.089</td>
+<td>
+</td>
+<td>(tous animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">Total</td>
+<td class="tdr bt">157.435</td>
+<td>
+</td>
+<td>(dont 13.710 musulmans).</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Les Soninké et les Dioula forment des colonies éparses. Les
+Banmana occupent la majeure partie du cercle. Les Malinké habitent
+les cantons du Baya et du Siankadougou&nbsp;; les Foulanké ceux du
+Gouanan, du Gouandiaka, etc. (Fouladougou). Enfin les Sénoufo
+(sous-tribu des Niéné) se rencontrent dans le Niénédougou.</p>
+
+<p class="space-above15"><span class="pagenum" id=
+"Page_166">[166]</span>21<sup>o</sup> <em>Cercle de
+Sikasso.</em></p>
+
+<table class="tpop1 padded1" id="t166a">
+<tr>
+<td>Dioula</td>
+<td class="tdr">27.302</td>
+<td class="brt width-brace1">
+</td>
+<td rowspan="4">famille mandé&nbsp;: 107.885 (tous animistes sauf
+2.746 Dioula musulmans).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Banmana</td>
+<td class="tdr">30.000</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Foulanké</td>
+<td class="tdr">29.878</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Samorho</td>
+<td class="tdr">20.705</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Sénoufo</td>
+<td class="tdr">77.184</td>
+<td>
+</td>
+<td>(tribu des Siénérhè, tous animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Etrangers</td>
+<td class="tdr">433</td>
+<td>
+</td>
+<td>(Ouolofs, tous musulmans).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">Total</td>
+<td class="tdr bt">185.502</td>
+<td>
+</td>
+<td>(dont 3.179 musulmans).</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Les Dioula occupent l’Est du Cercle (Sonondougou, Bougoula et
+Kaboïla) et forment une bonne partie de la population de la ville
+de Sikasso. Les Banmana se rencontrent surtout dans le Nord
+(Dolindougou, Diédougou, Ntolondougou, Ganadougou-Nord). Les
+Foulanké du cercle, appelés souvent <em>Gana</em>, habitent les
+deux Ganadougou (Nord et Sud). Les Samorho se trouvent dans les
+cantons de Bougoula, Kaboïla et Fourou. Les Sénoufo peuplent le
+Centre et le Sud du cercle (Kapolondougou, Fama, Sonondougou,
+Natiè, Bougoula, Kaboïla, Fourou, Nienguélédougou, Molasso, Kouoro
+et Sikasso).</p>
+
+<p class="space-above15">22<sup>o</sup> <em>Cercle de
+Koutiala.</em></p>
+
+<table class="tpop1 padded1" id="t166b">
+<tr>
+<td>Peuls</td>
+<td class="tdr">1.750</td>
+<td>
+</td>
+<td>(tous musulmans).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Soninké</td>
+<td class="tdr">7.098</td>
+<td class="brt width-brace1">
+</td>
+<td rowspan="3">famille mandé&nbsp;: 41.435 (dont 9.631 musulmans,
+à savoir les 7.098 Soninké, 2.444 Dioula et 89 Banmana).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Dioula</td>
+<td class="tdr">4.282</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Banmana</td>
+<td class="tdr">30.055</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Sénoufo</td>
+<td class="tdr">108.427</td>
+<td>
+</td>
+<td>(tribu des Bamâna ou Minianka, tous animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Boua</td>
+<td class="tdr">10.745</td>
+<td>
+</td>
+<td>(famille voltaïque, groupe bobo&nbsp;; tous animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">Total</td>
+<td class="tdr bt">162.357</td>
+<td>
+</td>
+<td>(dont 11.381 musulmans).</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Les Peuls sont disséminés dans le Nord du Cercle. Les Soninké
+habitent surtout dans le Nord-Est, les Dioula dans le Sud. Les
+Banmana se rencontrent principalement sur la rive droite du Bani,
+dans le Nord-Ouest du cercle (Dionkadougou, Fadougou, Sadougou).
+Les Sénoufo occupent le centre et le Sud. On trouve les Boua ou
+Bobo-Fing dans l’Est.</p>
+
+<p class="space-above15"><span class="pagenum" id=
+"Page_167">[167]</span>23<sup>o</sup> <em>Circonscription de
+San.</em></p>
+
+<table class="tpop1" id="t167a">
+<tr>
+<td>Peuls</td>
+<td class="tdr">9.243</td>
+<td>
+</td>
+<td>(dont 3.800 animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Bozo</td>
+<td class="tdr">312</td>
+<td class="brt width-brace1">
+</td>
+<td rowspan="4">famille mandé&nbsp;: 40.963 (dont 20.103 Banmana
+animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Soninké</td>
+<td class="tdr">16.112</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Dioula</td>
+<td class="tdr">4.436</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Banmana</td>
+<td class="tdr">20.103</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Sénoufo</td>
+<td class="tdr">20.885</td>
+<td>
+</td>
+<td>(tribu des Bamâna ou Minianka, tous animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Tombo</td>
+<td class="tdr">1.587</td>
+<td class="brt">
+</td>
+<td rowspan="4">famille voltaïque&nbsp;: 39.579, tous animistes
+(dont 1.587 du groupe tombo et 37.992 du groupe bobo).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Kian (Bobo-Gbê)</td>
+<td class="tdr">30.000</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Tara (Bobo-Oulé)</td>
+<td class="tdr">6.530</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Boua (Bobo-Fing)</td>
+<td class="tdr">1.462</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">Total</td>
+<td class="tdr bt">110.670</td>
+<td>
+</td>
+<td>(dont 26.303 musulmans).</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Les Peuls sont éparpillés un peu partout&nbsp;; les Bozo se
+trouvent près du Bani&nbsp;; les Soninké et les Dioula sont surtout
+nombreux à San et dans la province de San&nbsp;; les Banmana
+occupent principalement le Bendougou&nbsp;; les Sénoufo se
+rencontrent dans le Sud de la circonscription, les Tombo dans le
+Nord-Est, les Bobo dans la direction de San à Koury et dans le
+Sud-Est de la circonscription.</p>
+
+<p class="space-above15">24<sup>o</sup> <em>Cercle de
+Koury.</em></p>
+
+<table class="tpop1" id="t167b">
+<tr>
+<td>Peuls</td>
+<td class="tdr">27.179</td>
+<td>
+</td>
+<td>(tous musulmans).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Soninké</td>
+<td class="tdr">30.000</td>
+<td class="brt width-brace1">
+</td>
+<td rowspan="3">famille mandé&nbsp;: 116.997 (dont 66.507
+animistes, savoir 5.000 Soninké, 18.037 Dioula et les 43.470
+Samo).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Dioula</td>
+<td class="tdr">43.527</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Samo</td>
+<td class="tdr">43.470</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Tombo</td>
+<td class="tdr">500</td>
+<td class="brt">
+</td>
+<td rowspan="6">famille voltaïque&nbsp;: 136.382, tous animistes
+sauf les 2.600 mossi (dont 500 du groupe tombo, 2.600 du groupe
+mossi, 25.465 du groupe gourounsi (Nioniossé et Nounouma) et
+107.817 du groupe bobo (Tara et Boua).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Mossi</td>
+<td class="tdr">2.600</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Nioniossé</td>
+<td class="tdr">10.335</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Nounouma</td>
+<td class="tdr">15.130</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Tara (Bobo-Oulé)</td>
+<td class="tdr">96.277</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Boua (Bobo-Fing)</td>
+<td class="tdr">11.590</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Total</td>
+<td class="tdr bt">280.558</td>
+<td>
+</td>
+<td>(dont 80.269 musulmans).</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_168">[168]</span>Les Peuls sont
+dispersés dans toute l’étendue du cercle (Barani, Dokuy, Koury,
+Tissé, Boromo, Tchériba, Safané). Les Soninké habitent surtout le
+Kombori et le Dafina (cantons de Koury, Safané, Tounou, Ouahabou),
+ainsi que les Dioula&nbsp;; les Samo se rencontrent entre Koury et
+Ouahigouya. Les Tombo sont localisés dans le Kombori, les Mossi du
+côté de Yaba. Les Nioniossé sont surtout nombreux dans le canton
+d’Ouri&nbsp;; les Nounouma dans les cantons de Boromo, Tissé et
+Tchériba&nbsp;; les Bobo-Oulé dans l’Ouest du cercle (Barani,
+Dokuy, etc.) et les Bobo-Fing dans les cantons de Ouarkoy, Ouakara
+et Ouahabou. Les Dafing sont répartis entre Soninké et
+Dioula&nbsp;; parmi ces derniers sont compris les Boron.</p>
+
+<p class="space-above15">25<sup>o</sup> <em>Cercle de
+Ouahigouya.</em></p>
+
+<table class="tpop1 padded1" id="t168">
+<tr>
+<td>Peuls</td>
+<td class="tdr">27.435</td>
+<td>
+</td>
+<td>(dont 10.549 animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Songaï</td>
+<td class="tdr">2.206</td>
+<td>
+</td>
+<td>(tous musulmans).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Dioula</td>
+<td class="tdr">19.764</td>
+<td class="brt width-brace1">
+</td>
+<td rowspan="2">famille mandé&nbsp;: 41.703 (dont 21.939 Samo
+animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Samo</td>
+<td class="tdr">21.939</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Dogom</td>
+<td class="tdr">2.684</td>
+<td class="brt">
+</td>
+<td rowspan="3">famille voltaïque&nbsp;: 178.108 (tous animistes
+sauf 552 mossi musulmans)&nbsp;; détail&nbsp;: 2.684 du groupe
+tombo (Dogom), 141.999 du groupe mossi et 33.425 du groupe
+gourounsi (Nioniossé).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Mossi</td>
+<td class="tdr">141.999</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Nioniossé</td>
+<td class="tdr">33.425</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">Total</td>
+<td class="tdr bt">249.452</td>
+<td>
+</td>
+<td>(dont 39.408 musulmans).</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Les Peuls sont répandus surtout dans le Nord du cercle (région
+de Bané) et dans le Nord-Est, les Silmimossi se trouvant mêlés aux
+Mossi. Les Songaï sont fixés en quelques points du Yatenga et les
+Dioula surtout en pays samo, c’est-à-dire dans le Sud-Ouest du
+Yatenga. Les Dogom se rencontrent dans le Nord du cercle, les Mossi
+dans tout le Yatenga, les Nioniossé dans la majeure partie du
+Yatenga au milieu des Mossi.</p>
+
+<p class="space-above15"><span class="pagenum" id=
+"Page_169">[169]</span>26<sup>o</sup> <em>Cercle de
+Ouagadougou.</em></p>
+
+<table class="tpop1" id="t169a">
+<tr>
+<td>Peuls</td>
+<td class="tdr">48.753</td>
+<td>
+</td>
+<td>(tous musulmans).</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Soninké</td>
+<td class="tdr">425</td>
+<td class="brt width-brace1">
+</td>
+<td rowspan="2" colspan="3">famille mandé&nbsp;: 84.869 (tous
+musulmans).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Dioula</td>
+<td class="tdr">84.444</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Mossi</td>
+<td class="tdr">1.076.434</td>
+<td class="brt">
+</td>
+<td rowspan="4">groupe mossi&nbsp;: 1.116.504 (tous animistes, sauf
+21.057 Mossi et 1.000 Dagari)</td>
+<td class="brt width-brace1">
+</td>
+<td rowspan="10">famille voltaïque&nbsp;: 1.323.615</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Yansi</td>
+<td class="tdr">13.214</td>
+<td class="liner">
+</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Nankana</td>
+<td class="tdr">19.836</td>
+<td class="liner">
+</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Dagari</td>
+<td class="tdr">7.020</td>
+<td class="brb">
+</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Nioniossé</td>
+<td class="tdr">34.626</td>
+<td class="brt">
+</td>
+<td rowspan="4">groupe gourounsi&nbsp;: 205.499 (tous
+animistes)</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Nounouma</td>
+<td class="tdr">58.277</td>
+<td class="liner">
+</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Sissala</td>
+<td class="tdr">7.283</td>
+<td class="liner">
+</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Boussansé</td>
+<td class="tdr">105.313</td>
+<td class="brb">
+</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Niénigué</td>
+<td class="tdr">1.612</td>
+<td>
+</td>
+<td>(gr. bobo, tous animistes)</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Etrangers</td>
+<td class="tdr">89</td>
+<td>
+</td>
+<td>(Haoussa, tous musulmans).</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">Total</td>
+<td class="tdr bt">1.457.326</td>
+<td>
+</td>
+<td>(dont 155.768 musulmans).</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Les Peuls et les Dioula sont répandus à peu près sur toute
+l’étendue du cercle. Les Mossi peuplent le Nord, le Centre et l’Est
+(Yâko, Baloum, Lallé, Ouagadougou, Mani, Boussouma, Béloussa,
+Koupéla, etc.)&nbsp;; les Yansi sont répandus surtout dans le
+Nord-Est (Ponsa, Béloussa), les Nankana près de la Volta Rouge le
+long de la frontière anglaise, les Dagari près de la jonction de la
+Volta Noire avec cette frontière, les Nioniossé dans le Kipirsi,
+les Nounouma entre la Volta Noire et Léo, les Sissala entre Léo et
+les Nankana, les Boussansé au Sud de Tenkodogo (Bitou), les
+Niénigué près de la Volta Noire.</p>
+
+<p class="space-above15">27<sup>o</sup> <em>Cercle de
+Fada-n-Gourma.</em></p>
+
+<table class="tpop1 padded1" id="t169b">
+<tr>
+<td>Peuls</td>
+<td class="tdr">9.752</td>
+<td>
+</td>
+<td colspan="2">(tous musulmans).</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Mossi</td>
+<td class="tdr">21.014</td>
+<td class="brt width-brace1">
+</td>
+<td rowspan="3">groupe mossi&nbsp;: 175.057</td>
+<td class="brt width-brace1">
+</td>
+<td rowspan="6">famille voltaïque&nbsp;: 180.094 (tous
+animistes)</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Yansi</td>
+<td class="tdr">25.493</td>
+<td class="liner">
+</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Gourmantché</td>
+<td class="tdr">128.550</td>
+<td class="brb">
+</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Bariba</td>
+<td class="tdr">4.497</td>
+<td class="brt">
+</td>
+<td rowspan="2">groupe bariba&nbsp;: 5.037</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Soumba</td>
+<td class="tdr">540</td>
+<td class="brb">
+</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">Total</td>
+<td class="tdr bt">189.846</td>
+<td>
+</td>
+<td colspan="2">(dont 9.752 musulmans).</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_170">[170]</span>Les Peuls sont
+surtout nombreux dans le Nord du Cercle, les Mossi dans l’Ouest,
+les Yansi dans le Nord-Ouest&nbsp;; les Gourmantché en habitent la
+majeure partie&nbsp;; les Bariba et les Soumba (tribu des Takamba)
+se rencontrent dans la région montagneuse du Sud (Atakora).</p>
+
+<p class="space-above15">28<sup>o</sup> <em>Cercle de Say.</em></p>
+
+<table class="tpop1 padded1" id="t170a">
+<tr>
+<td>Peuls</td>
+<td class="tdr">5.000</td>
+<td>(tous musulmans).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Toucouleurs</td>
+<td class="tdr">1.000</td>
+<td class="pad3">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Songaï</td>
+<td class="tdr">10.000</td>
+<td class="pad3">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Gourmantché</td>
+<td class="tdr">9.000</td>
+<td>(famille voltaïque, groupe mossi&nbsp;; tous animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">Total</td>
+<td class="tdr bt">25.000</td>
+<td>(dont 16.000 musulmans).</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Les Peuls sont surtout répandus dans le Torodi, les Toucouleurs
+à Say, les Songaï tout le long du Niger, les Gourmantché dans le
+Torodi et la province de Botou.</p>
+
+<p class="space-above15">29<sup>o</sup> <em>Cercle de
+Gaoua.</em></p>
+
+<table class="tpop1" id="t170b">
+<tr>
+<td>Dioula</td>
+<td class="tdr">1.800</td>
+<td>
+</td>
+<td colspan="3">(famille mandé, tous musulmans).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Dagari</td>
+<td class="tdr">53.239</td>
+<td class="brt width-brace1">
+</td>
+<td rowspan="2">groupe mossi&nbsp;: 93.600</td>
+<td class="brt width-brace1">
+</td>
+<td rowspan="8">famille voltaïque&nbsp;: 173.850 (tous animistes
+sauf 1.000 Dian musulmans).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Birifo</td>
+<td class="tdr">40.361</td>
+<td class="brb">
+</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Niénigué</td>
+<td class="tdr">1.600</td>
+<td>
+</td>
+<td>(gr. bobo&nbsp;: 1.600)</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Lobi</td>
+<td class="tdr">62.050</td>
+<td class="brt">
+</td>
+<td rowspan="4">groupe lobi&nbsp;: 74.650</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Dian</td>
+<td class="tdr">5.950</td>
+<td class="liner">
+</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Pougouli</td>
+<td class="tdr">5.550</td>
+<td class="liner">
+</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Gan</td>
+<td class="tdr">1.100</td>
+<td class="brb">
+</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Lorho</td>
+<td class="tdr">4.000</td>
+<td>
+</td>
+<td>(gr. koulango&nbsp;: 4.000)</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Padorho</td>
+<td class="tdr">500</td>
+<td>
+</td>
+<td colspan="3">(tribu non classée, tous animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">Total</td>
+<td class="tdr bt">176.150</td>
+<td>
+</td>
+<td colspan="3">(dont 2.800 musulmans).</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Les Dioula habitent à Diébougou et à Lorhosso. Les Dagari
+propres (32.654) sont répandus le long de la Volta Noire depuis
+Dioumbalé jusqu’au 11° de latitude Nord&nbsp;; les Oulé
+(20.585)<span class="pagenum" id="Page_171">[171]</span> leur font
+suite dans la direction du Nord&nbsp;; les Birifo se rencontrent au
+Sud et à l’Ouest des Dagari&nbsp;; les Niénigué ne font
+qu’effleurer le Nord du cercle&nbsp;; les Lobi se sont infiltrés au
+milieu des Birifo et habitent surtout l’Ouest de Gaoua&nbsp;; les
+Dian peuplent Diébougou et ses environs, et les Pougouli les bords
+du Bougouriba en amont de Diébougou&nbsp;; les Gan sont à Lorhosso,
+les Lorho dans la province de Lorhosso et les Padorho dans l’Ouest
+du Cercle.</p>
+
+<p class="space-above15">30<sup>o</sup> <em>Cercle de
+Bobo-Dioulasso.</em></p>
+
+<table class="tpop1 padded1" id="t171">
+<tr>
+<td>Peuls</td>
+<td class="tdr">2.130</td>
+<td>
+</td>
+<td>(dont 1.930 animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Soninké</td>
+<td class="tdr">1.600</td>
+<td class="brt width-brace1">
+</td>
+<td rowspan="5">famille mandé&nbsp;: 68.595 (dont 6.050 musulmans,
+savoir&nbsp;: les 1.600 Soninké, 4.250 Dioula et 200 Sia).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Dioula</td>
+<td class="tdr">39.215</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Samorho</td>
+<td class="tdr">3.000</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Sia (Bobo-Dioula)</td>
+<td class="tdr">6.000</td>
+<td class="liner">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Tribus diverses</td>
+<td class="tdr">18.780</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Sénoufo</td>
+<td class="tdr">132.885</td>
+<td>
+</td>
+<td>(tous animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Boua (Bobo-Fing)</td>
+<td class="tdr">39.500</td>
+<td class="brt">
+</td>
+<td rowspan="2">famille voltaïque, groupe bobo&nbsp;: 61.105 (tous
+animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Niénigué</td>
+<td class="tdr">21.605</td>
+<td class="brb">
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Tribus non classées</td>
+<td class="tdr">18.535</td>
+<td>
+</td>
+<td>(tous animistes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdc">Total</td>
+<td class="tdr bt">282.250</td>
+<td>
+</td>
+<td>(dont 6.250 musulmans).</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Les <em>Boron</em> sont comptés avec les Dioula. — Les tribus
+diverses de famille mandé (groupe du Sud), de rattachement
+d’ailleurs incertain, sont celles des <em>Blé</em> 1.035, des
+<em>Natioro</em> 2.745, des <em>Ouara</em> 7.000 et des
+<em>Sembla</em> 8.000. — Les Sénoufo se partagent en 31.875
+<em>Mbouin</em>, 23.790 <em>Folo</em>, 21.205 <em>Tourka</em>,
+18.535 <em>Karaboro</em>, 17.170 <em>Tagba</em>, 11.260
+<em>Nanergué</em>, 5.605 <em>Komono</em> et 3.445 <em>Sémou</em>. —
+Les tribus non classées sont celles des <em>Toussia</em> (10.045),
+des <em>Dorhossié</em> (3.700), des <em>Vigué</em> (2.790) et des
+<em>Tiéfo</em> (2.000).</p>
+
+<p>Les Peuls sont disséminés dans le Nord-Est du cercle. Les
+Soninké se rencontrent surtout dans le pays des Niénigué&nbsp;; les
+Dioula sont installés à Bobo-Dioulasso et aux environs&nbsp;; les
+Boron chez les Nanergué&nbsp;; les Samorho entre Bobo-Dioulasso
+et<span class="pagenum" id="Page_172">[172]</span> Sikasso&nbsp;;
+les Sia à Bobo-Dioulasso&nbsp;; les Sénoufo dans le Nord du cercle
+(Tagba), dans le Centre et dans le Sud&nbsp;; les Bobo dans le Nord
+et la plupart des tribus non classées dans la circonscription de
+Banfora.</p>
+
+<div class="plate"><span class="pagenum" id="Page_173">[173]</span>
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="map04"><a href="images/map04_large.jpg"><img src=
+'images/map04.jpg' alt=''></a>
+<p class="cp1">Carte 4. — Répartition des groupements
+ethniques.</p>
+</figure>
+</div>
+</div>
+
+<div class="footnotes" id="ftp2c01">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_39"></a><a href="#FNanchor_39"><span class=
+"label">[39]</span></a>Voir la <a href="#map04">carte 4</a> à la
+fin du présent chapitre.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_40"></a><a href="#FNanchor_40"><span class=
+"label">[40]</span></a>Cependant quelques Berbères Zenaga vivent,
+en qualité de vassaux, auprès des Kounta&nbsp;: on les appelle
+<em>Zakhoura</em>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_41"></a><a href="#FNanchor_41"><span class=
+"label">[41]</span></a>En réalité les Dioula devraient, au double
+point de vue géographique et linguistique, être rattachés plutôt au
+groupe du centre. C’est à cause de leurs origines (voir au <a href=
+"#p2c02">Chap. II</a>) et de leur caractère que je les range dans
+le groupe du Nord.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_42"></a><a href="#FNanchor_42"><span class=
+"label">[42]</span></a>Le rattachement de ces divers peuples ou
+tribus — les Diallonké exceptés — au groupe mandé du Sud et, plus
+généralement parlant, à la famille mandé n’est pas encore bien
+démontré et je ne l’indique qu’à titre provisoire. Il est possible
+d’autre part que les Samo et les Samorho ne forment qu’un même
+peuple.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_43"></a><a href="#FNanchor_43"><span class=
+"label">[43]</span></a>Il n’est pas absolument certain que les
+Karaboro soient des Sénoufo&nbsp;; il se pourrait qu’on dût les
+rattacher à la famille voltaïque.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_44"></a><a href="#FNanchor_44"><span class=
+"label">[44]</span></a>Peut-être pourrait-on faire un seul peuple
+des Nioniossé et des Nounouma, peuple qui comprendrait plusieurs
+tribus (Nioniossé ou Kassomsé, Lilsé ou Youlsé, Nounouma proprement
+dits, etc).</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_45"></a><a href="#FNanchor_45"><span class=
+"label">[45]</span></a>Voir notamment Léon l’Africain.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_46"></a><a href="#FNanchor_46"><span class=
+"label">[46]</span></a>On retrouve le mot <em>Berdâm</em> chez les
+géographes arabes sous la forme <em>Berdâma</em>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_47"></a><a href="#FNanchor_47"><span class=
+"label">[47]</span></a>Le <em>poular</em> est la langue des
+Toucouleurs, adoptée par les Peuls comme je tâcherai de l’expliquer
+plus loin.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_48"></a><a href="#FNanchor_48"><span class=
+"label">[48]</span></a>Cette étymologie peut à bon droit paraître
+douteuse, aussi bien d’ailleurs que l’origine exclusivement
+marocaine des Arma. Le mot arabe <em>râmi</em> ne désigne pas
+nécessairement un «&nbsp;fusilier&nbsp;», il désigne même plutôt un
+«&nbsp;archer&nbsp;»&nbsp;: or les archers formaient précisément le
+gros, non pas de l’armée marocaine, mais de l’armée indigène qui
+chercha à repousser les Marocains. Quant aux Arma eux mêmes, ils
+méritent, actuellement au moins, le nom de «&nbsp;nègres&nbsp;»
+aussi bien que les Gabibi et ne se distinguent de ces derniers ni
+par la couleur ni surtout par la langue. Il est probable qu’ils
+descendent surtout des nobles songaï qui, bien avant la conquête
+marocaine, détenaient le pouvoir et constituaient l’aristocratie
+indigène&nbsp;; plus tard lorsque, la domination marocaine
+s’affaiblissant, ils reprirent leur rang de maîtres, ils voulurent
+sans doute, pour justifier leur substitution aux caïds marocains,
+se constituer une généalogie qui les fît descendre des
+conquérants&nbsp;; il est fort vraisemblable d’ailleurs que leur
+prétention était en partie justifiée, car c’est assurément dans les
+familles nobles que les Marocains prirent femme le plus
+volontiers.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_49"></a><a href="#FNanchor_49"><span class=
+"label">[49]</span></a>Si d’ailleurs la forme <em>mali</em> peut
+signifier «&nbsp;hippopotame&nbsp;» dans certains dialectes, ce
+sens ne peut en aucune façon s’appliquer à la forme
+<em>mandé</em>&nbsp;; par contre, si l’on peut traduire
+<em>mandé</em>, <em>mané</em>, <em>mani</em>, etc., par
+«&nbsp;petit lamentin&nbsp;», il serait bien difficile de donner la
+même traduction aux formes <em>mali</em>, <em>mallé</em>,
+etc.&nbsp;; on pourrait encore proposer l’étymologie de «&nbsp;fils
+de maître&nbsp;», mais elle serait également fort douteuse.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_50"></a><a href="#FNanchor_50"><span class=
+"label">[50]</span></a>La prononciation mandé du suffixe de
+nationalité est <em>ka</em>, parfois <em>kè</em>, mais non
+<em>ké</em>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_51"></a><a href="#FNanchor_51"><span class=
+"label">[51]</span></a>Ch. Monteil, dans sa remarquable
+<em>Monographie de Djenné</em>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_52"></a><a href="#FNanchor_52"><span class=
+"label">[52]</span></a>D’après M. Binger, qui donne à Soninké la
+signification de «&nbsp;partisans du Sonni&nbsp;», Assouanik ne
+viendrait pas du mot Soninké mais de <em>Assouanka</em> (gens de
+l’Assoua, en mandé) et <em>Assoua</em> serait le nom d’un pays
+situé au Sud-Ouest de Tombouctou&nbsp;: je n’ai pu retrouver de
+pays de ce nom, à moins qu’il ne s’agisse de l’<em>Aoussa</em> ou
+du <em>Haoussa</em>, c’est-à-dire de tous les pays de la rive
+gauche du Niger, selon le terme employé pour les désigner dans la
+région de Tombouctou-Gao&nbsp;; mais alors la forme
+<em>Assouanik</em> serait incorrecte, et de plus il serait étrange
+que des Maures eussent emprunté un mot à désinence mandé — mot
+d’ailleurs inusité et dont le radical serait étranger au mandé —
+pour désigner un peuple qui n’a jamais habité du reste qu’une très
+faible portion du Haoussa, à savoir, au Sud et surtout au Sud-Ouest
+du Débo la province de Dia ou Diaka ou Diagha, pays d’origine des
+Soninké, province qui se trouve précisément en dehors de la zone à
+laquelle les Songaï donnent le nom de Haoussa.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_53"></a><a href="#FNanchor_53"><span class=
+"label">[53]</span></a>Les Songaï appellent <em>Dakouraré</em> les
+Soninké Nono ou Nononkobé, lesquels aujourd’hui parlent songaï et
+non plus soninké.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_54"></a><a href="#FNanchor_54"><span class=
+"label">[54]</span></a>On se sert également chez les Maures du mot
+<em>Sossé</em> pour désigner les Mandé en général et surtout les
+Soninké. (Voir notamment <em>un mandement de Saad Bouh à Ma
+el-Aïnîn</em>, dans le n<sup>o</sup> de novembre 1909 des
+<em>Renseignements coloniaux</em> du Comité de l’Afrique
+Française).</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_55"></a><a href="#FNanchor_55"><span class=
+"label">[55]</span></a>Voir I<sup>re</sup> partie, ch. II, <a href=
+"#Page_55">p. 55.</a></p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_56"></a><a href="#FNanchor_56"><span class=
+"label">[56]</span></a>C’est-à-dire «&nbsp;bouche noire&nbsp;» ou
+plutôt «&nbsp;bouche bleue&nbsp;», à cause de l’habitude qu’ont les
+indigènes de cette fraction de se bleuir les lèvres.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_57"></a><a href="#FNanchor_57"><span class=
+"label">[57]</span></a>Certains font dériver <em>Bambara</em> du
+mot mandé <em>bamba</em> ou <em>bamma</em> «&nbsp;crocodile&nbsp;»
+et donnent à ce terme la signification de «&nbsp;(ceux) du
+crocodile&nbsp;», par allusion au fait que le crocodile est un
+emblème religieux fort répandu chez tous les peuples que les
+musulmans englobent sous le sobriquet de «&nbsp;Bambara&nbsp;».
+Quant au mot <em>Banmana</em>, il signifierait, d’après les Banmana
+eux-mêmes, «&nbsp;refus au maître&nbsp;» (<em>ban-ma-na</em>), par
+allusion à la légende d’après laquelle les Banmana auraient quitté
+leur pays d’origine (Ouassoulou) pour échapper au joug de
+conquérants Malinké.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_58"></a><a href="#FNanchor_58"><span class=
+"label">[58]</span></a>Ce mot se retrouve dans le nom de tribu des
+<em>Siénérhè</em>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_59"></a><a href="#FNanchor_59"><span class=
+"label">[59]</span></a>Ne pas confondre avec les <em>Gan</em> de
+famille voltaïque ni avec les <em>Ngan</em> du groupe mandé-sud qui
+habitent dans le Diammala et le Mango (Côte d’Ivoire).</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_60"></a><a href="#FNanchor_60"><span class=
+"label">[60]</span></a>De là les mots Kombori (Nord-Ouest du cercle
+de Koury) et Hombori, qui en peul signifient l’un et autre
+«&nbsp;pays des Tombo&nbsp;».</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_61"></a><a href="#FNanchor_61"><span class=
+"label">[61]</span></a>Il se pourrait que ce terme de Kôssé dût
+s’appliquer plutôt à une fraction des Nioniossé ou à une fraction
+des Bobo.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_62"></a><a href="#FNanchor_62"><span class=
+"label">[62]</span></a>Je ne suis pas certain que le nom de
+<em>Kouroumankobé</em>, qui a peut-être la même origine que
+<em>Gourmantché</em> (ceux du Gourma, c’est-à-dire de l’intérieur
+de la Boucle du Niger), s’applique exclusivement aux Nioniossé.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_63"></a><a href="#FNanchor_63"><span class=
+"label">[63]</span></a>Ne pas confondre les <em>Kparhala</em> ou
+Koulango avec les <em>Kpalarha</em>, <em>Pallaka</em> ou
+<em>Pala</em> du cercle de Korhogo (Côte d’Ivoire), qui sont des
+Sénoufo. Il convient également de ne pas confondre les <em>Gan</em>
+ou <em>Gan-né</em> de Lorhosso (groupe lobi de la famille
+voltaïque) avec les <em>Ngan</em> ou <em>Ngan-né</em> du Diammala
+et du Mango (Côte d’Ivoire), qui sont des Mandé du Sud&nbsp;; ni
+les <em>Sia</em> ou Bobo-Dioula de Bobo-Dioulasso (groupe mandé du
+Sud) avec les <em>Sia</em> du cercle de Mankono (Côte d’Ivoire),
+qui sont un mélange de Mandé du Centre et de Mandé du Sud&nbsp;; ni
+les <em>Dioula</em> de la Boucle du Niger (groupe mandé du Nord)
+avec les <em>Dan</em> ou <em>Mêbé</em>, dits «&nbsp;Dioula
+anthropophages&nbsp;», du cercle du Haut-Cavally (Côte d’Ivoire),
+qui sont des Mandé du Sud, ou avec les <em>Diola</em> de la
+Casamance, qui appartiennent à une famille ethnique spéciale
+(famille côtière), n’ayant aucun représentant dans la colonie du
+Haut-Sénégal-Niger.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_64"></a><a href="#FNanchor_64"><span class=
+"label">[64]</span></a>Les Nimadi seraient, dit-on, d’origine juive
+et ne professeraient pas l’islamisme&nbsp;; on en rencontre dans la
+région de Oualata.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_65"></a><a href="#FNanchor_65"><span class=
+"label">[65]</span></a>D’après M. Gautier (<em>La conquête du
+Sahara</em>), le mot Harrâtîn signifierait «&nbsp;laboureurs&nbsp;»
+(du verbe <em>haratsa</em>, bien que l’orthographe usuelle comporte
+un <em>tha</em> et non un <em>tsa</em>) et ne désignerait pas
+nécessairement des Nègres ni même des gens de condition servile.
+Mais dans la pratique ce mot s’applique aux Nègres qui descendent
+d’anciens esclaves et qui sont devenus les serfs des Maures&nbsp;;
+il ne s’applique pas aux Nègres des villes sahariennes dont les
+ancêtres occupaient le pays avant la domination berbère,
+c’est-à-dire aux Azer ou Soninké de Tichit, Oualata, etc.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_66"></a><a href="#FNanchor_66"><span class=
+"label">[66]</span></a>On a voulu rattacher le nom des Kel-Antassar
+à celui des <em>Ansâr</em> ou premiers partisans de Mahomet, mais
+l’orthographe donnée par les meilleurs auteurs arabes au nom des
+Kel-Antassar (par un <em>sin</em> et non par un <em>sad</em>) doit
+faire rejeter cette étymologie.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_67"></a><a href="#FNanchor_67"><span class=
+"label">[67]</span></a>Le mot <em>Tôrobé</em> ne signifie pas,
+comme on le croit généralement, «&nbsp;les gens originaires du
+Toro&nbsp;», expression qui se dit en peul <em>Toronké</em> ou
+<em>Toronkobé</em> ou encore <em>Toronâbé</em> (sing.
+<em>Toronkédio</em>, <em>Toronko</em> ou <em>Toronâdio</em>)&nbsp;;
+d’après M. le commandant Gaden, <em>Tôrobé</em> ou mieux
+<em>Tôrodbê</em> ou <em>Tôrobbé</em> (sing. <em>Tôrodo</em>) veut
+dire «&nbsp;ceux qui supplient ensemble&nbsp;»&nbsp;: c’est le nom
+d’un clan qui pourrait aussi bien être considéré comme une caste.
+Ce clan a d’ailleurs de nombreux représentants au Toro, mais pas
+plus là qu’ailleurs, et il ne paraît pas qu’il y ait plus de
+rapports entre le Toro et le clan des Tôrobé qu’entre le Diallon ou
+Fouta-Diallon et le clan des Dialloubé.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_68"></a><a href="#FNanchor_68"><span class=
+"label">[68]</span></a>Barth dit que le nom de l’ensemble des gens
+de langue peule lui a paru être <em>So</em>&nbsp;: peut-être a-t-il
+fait confusion avec le clan toucouleur des <em>Sô</em>, fort
+répandu chez les familles princières de l’empire de Sokoto au
+moment de son voyage.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_69"></a><a href="#FNanchor_69"><span class=
+"label">[69]</span></a>Beaucoup de Toucouleurs portent aussi des
+noms de clan à singulier et à pluriel, identiques à ceux des
+Peuls&nbsp;; le clan des Tôrobé en particulier compte de nombreux
+représentants chez les Toucouleurs. Enfin on rencontre chez ces
+derniers les mêmes castes que chez les Peuls, avec les mêmes
+noms.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_70"></a><a href="#FNanchor_70"><span class=
+"label">[70]</span></a>Les <em>Tounkara</em> se donnent comme étant
+de souche royale et font venir leur nom de <em>tounka</em>
+«&nbsp;roi&nbsp;».</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_71"></a><a href="#FNanchor_71"><span class=
+"label">[71]</span></a>Les <em>Massassi</em> (de <em>massa</em>
+«&nbsp;roi&nbsp;» et <em>si</em> «&nbsp;descendance&nbsp;») sont
+les Kouloubali de la branche aînée.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_72"></a><a href="#FNanchor_72"><span class=
+"label">[72]</span></a>D’après le Père Brun, le nom de
+<em>Dansira</em> serait donné aux femmes du clan des Dembélé&nbsp;;
+sans vouloir contredire ce missionnaire très bien informé, je dois
+dire que j’ai connu des hommes portant ce nom et le donnant comme
+celui d’un clan spécial.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_73"></a><a href="#FNanchor_73"><span class=
+"label">[73]</span></a><em>Mansaré</em> veut dire, comme
+<em>Massassi</em>, «&nbsp;de souche royale&nbsp;».</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_74"></a><a href="#FNanchor_74"><span class=
+"label">[74]</span></a>D’après le Père Brun, <em>Souko</em> serait
+le nom donné aux femmes du clan des Keïta, <em>Demba</em> celui
+donné aux femmes du clan des Sissoko et <em>Sakiliba</em> celui
+donné aux femmes du clan des Doumouya.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_75"></a><a href="#FNanchor_75"><span class=
+"label">[75]</span></a>Pour compléter cette nomenclature,
+d’ailleurs très imparfaite, des noms de clan du Haut-Sénégal-Niger,
+je donne ci-après les <em>diamou</em> ou <em>santa</em> les plus
+fréquemment portés par les Ouolofs installés dans cette
+colonie&nbsp;: <em>Ndiaye</em>, <em>Diop</em>, <em>Diouf</em>,
+<em>Tiam</em>, <em>Diang</em>, <em>Sar</em>, <em>Tièp</em>,
+<em>Niang</em>, <em>Ngom</em>, <em>Diao</em>, <em>Boye</em>,
+etc.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_76"></a><a href="#FNanchor_76"><span class=
+"label">[76]</span></a>J’appelle <em>animisme</em> l’ensemble des
+croyances communes à toutes les populations non-musulmanes de
+l’Afrique Occidentale, croyances qui comportent un mélange de
+monothéisme, de dynamisme et d’animisme proprement dit, mais qui se
+manifestent par un culte presque exclusivement animiste.
+J’expliquerai plus loin (<a href=
+"https://www.gutenberg.org/files/77846/77846-h/77846-h.htm#p5c07s2">V<sup>e</sup>
+partie</a>) pourquoi j’ai adopté ce terme et pourquoi j’ai rejeté
+les expressions tout à fait impropres — quoique usuellement
+employées — de «&nbsp;paganisme&nbsp;» et de
+«&nbsp;fétichisme&nbsp;».</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_77"></a><a href="#FNanchor_77"><span class=
+"label">[77]</span></a>4.809.053 ou 4.799.703, selon les divers
+tableaux de recensement qui m’ont été fournis.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_78"></a><a href="#FNanchor_78"><span class=
+"label">[78]</span></a>D’après certaines informations, un nombre
+assez considérable de Peuls non-musulmans existerait dans le cercle
+de Goumbou.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_79"></a><a href="#FNanchor_79"><span class=
+"label">[79]</span></a>Dans <em>Tombouctou la mystérieuse</em>, par
+Félix Dubois.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_80"></a><a href="#FNanchor_80"><span class=
+"label">[80]</span></a>Dont 93.298 animistes.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_81"></a><a href="#FNanchor_81"><span class=
+"label">[81]</span></a>Dont 767.511 animistes.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_82"></a><a href="#FNanchor_82"><span class=
+"label">[82]</span></a>Tous animistes.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_83"></a><a href="#FNanchor_83"><span class=
+"label">[83]</span></a>Dont 994.140 animistes.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_84"></a><a href="#FNanchor_84"><span class=
+"label">[84]</span></a>Y compris 450 Boron ou Bolon.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_85"></a><a href="#FNanchor_85"><span class=
+"label">[85]</span></a>Dont 19.170 Diawara.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_86"></a><a href="#FNanchor_86"><span class=
+"label">[86]</span></a>Y compris 8.000 Boron ou Bolon.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_87"></a><a href="#FNanchor_87"><span class=
+"label">[87]</span></a>Dont 3.000 Diennenké ou habitants de la
+ville de Dienné.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_88"></a><a href="#FNanchor_88"><span class=
+"label">[88]</span></a>Il est à remarquer que le Haut-Sénégal-Niger
+ne renferme qu’une assez faible fraction du peuple malinké, lequel
+est répandu dans une notable partie de la Côte d’Ivoire, de la
+Guinée et du Sénégal, ainsi que dans le Libéria, le Sierra-Leone,
+la Guinée portugaise et la Gambie. Dans leur ensemble, les Malinké
+sont certainement plus nombreux que les Banmana et forment
+l’élément le plus fort de toute la famille mandé&nbsp;: il est donc
+assez juste qu’ils aient donné à cette famille leur nom ou tout au
+moins celui de leur pays d’origine.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_89"></a><a href="#FNanchor_89"><span class=
+"label">[89]</span></a>Dont 21.057 musulmans.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_90"></a><a href="#FNanchor_90"><span class=
+"label">[90]</span></a>Dont 1.000 musulmans.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_91"></a><a href="#FNanchor_91"><span class=
+"label">[91]</span></a>Dont 552 musulmans.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_92"></a><a href="#FNanchor_92"><span class=
+"label">[92]</span></a>Dont 20.585 Oulé.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_93"></a><a href="#FNanchor_93"><span class=
+"label">[93]</span></a>Passant tous pour musulmans.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_94"></a><a href="#FNanchor_94"><span class=
+"label">[94]</span></a>Dont 24.209 musulmans au total contre
+1.238.018 animistes.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_95"></a><a href="#FNanchor_95"><span class=
+"label">[95]</span></a>Dont 1.000 musulmans seulement.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_96"></a><a href="#FNanchor_96"><span class=
+"label">[96]</span></a>Dont 25.209 musulmans au total contre
+1.628.963 animistes.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_97"></a><a href="#FNanchor_97"><span class=
+"label">[97]</span></a>Tous animistes.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_98"></a><a href="#FNanchor_98"><span class=
+"label">[98]</span></a>Tous animistes.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_99"></a><a href="#FNanchor_99"><span class=
+"label">[99]</span></a>Beaucoup de ces Lorho sont bijoutiers en
+cuivre&nbsp;: il est probable qu’ils constituent chez les Koulango
+une caste analogue à celle qu’on appelle Lorho chez les Mandé et
+que ce sont ces derniers qui leur ont, en raison de ce fait, donné
+le nom sous lequel nous les connaissons.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_100"></a><a href="#FNanchor_100"><span class=
+"label">[100]</span></a>D’après le commandant de Lartigue, un grand
+nombre des Peuls Ourourbé dits Sambourou ne professeraient pas
+l’islamisme.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3 class="pb"><span class="pagenum" id=
+"Page_175">[175]</span><a id="p2c02"></a>CHAPITRE II<a id=
+"FNanchor_101"></a><a href="#Footnote_101" class=
+"fnanchor">[101]</a></h3>
+
+<p class="sch1">Origines et formation des groupements ethniques
+actuels</p>
+
+<p><span class="bold">Généralités.</span> — Si la nomenclature et
+la classification des groupements ethniques actuels présente de
+nombreuses difficultés, il est plus malaisé encore de fixer leurs
+origines et d’expliquer leur formation. Il ne suffit plus en effet
+de se documenter sur des faits qui tombent sous le sens de
+l’observateur&nbsp;; il devient nécessaire de démêler les écheveaux
+toujours embrouillés d’un passé nuageux que les quelques historiens
+du Soudan ont souvent embrumé plus qu’ils ne l’ont éclairci.</p>
+
+<p>Nos sources d’information sont maigres et leur valeur est
+fréquemment médiocre.</p>
+
+<p>J’ai dit plus haut combien étaient précaires les données que
+nous peuvent fournir, dans l’état actuel de nos connaissances,
+l’anthropologie, l’ethnographie et la linguistique. L’histoire
+n’est pas plus féconde en ce qui concerne l’objet de ce chapitre.
+Les auteurs arabes du Moyen-Age ne nous ont guère renseignés que
+sur l’origine des peuples avec lesquels ils se trouvaient en
+contact immédiat, c’est-à-dire — en ce qui a trait à notre sujet —
+sur l’origine des Berbères, et leurs contradictions comme leurs
+fantaisies imaginatives laissent perplexe le lecteur qui les
+consulte. Il est rare qu’ils nous aient transmis des faits précis
+concernant les origines des peuples plus éloignés et, lorsqu’ils
+l’ont fait, ils ne tenaient leurs renseignements en général que de
+deuxième ou troisième main&nbsp;; le problème d’ailleurs
+est<span class="pagenum" id="Page_176">[176]</span> encore
+compliqué par la difficulté que nous éprouvons à identifier les
+noms des peuples soudanais cités par les Arabes.</p>
+
+<p>Les dires des indigènes, recueillis sur place par les voyageurs
+anciens et modernes, sont rarement nets et explicites. La plupart
+du temps, ainsi que je le faisais observer plus haut, le Noir que
+l’on interroge sur les origines de son peuple répond en donnant
+simplement l’origine de sa famille ou de son village, ou celle de
+la famille régnante<a id="FNanchor_102"></a><a href="#Footnote_102"
+class="fnanchor">[102]</a>, et encore ne la donne-t-il avec quelque
+précision qu’en ce qui concerne les deux ou trois générations qui
+l’ont précédé lui-même. Pour les temps plus reculés et pour
+l’origine des groupements de quelque importance, il n’existe en
+réalité qu’une source d’information&nbsp;: je veux parler des
+légendes historiques et épiques qui constituent l’une des formes
+les plus curieuses de la littérature populaire au Soudan, légendes
+que l’on se transmet oralement de père en fils et qui sont ainsi
+parvenues jusqu’à nous.</p>
+
+<p>Malheureusement, comme toutes les légendes, ces traditions
+purement orales sont sujettes à des remaniements et à des
+interpolations que les conteurs successifs ne se font pas faute
+d’introduire dans le récit qui leur a été légué. Il faut de plus
+tenir compte du côté merveilleux de nombre de ces histoires, non
+pas pour le rejeter comme un hors d’œuvre inutile, mais pour en
+extraire le symbole qu’il renferme le plus souvent et le traduire
+de façon rationnelle. Il convient d’autre part de se montrer très
+circonspect chaque fois que la légende tend à donner au peuple
+qu’elle concerne une origine particulièrement noble et à attribuer
+sa naissance à une migration venue d’Asie ou d’Egypte&nbsp;: il
+n’est pas, je crois, une seule tribu soudanaise quelque peu frottée
+d’islamisme, même parmi les plus manifestement nègres, qui ne
+prétende descendre d’Abraham ou de Himyar et qui ne s’attribue
+comme berceau le Hidjaz ou le Yémen, à moins que ce ne soit
+l’Egypte, la Tunisie ou le Maroc&nbsp;; le Yémen est l’objet d’une
+préférence marquée, préférence qui<span class="pagenum" id=
+"Page_177">[177]</span> se traduit par le nombre considérable de
+localités appelées <em>Yamina</em> ou <em>Niamina</em>,
+prononciation soudanaise du nom du Yémen.</p>
+
+<div class="plate" id="pl07">
+<table class="width-full">
+<tr>
+<td class="tdl ipub sc">Delafosse</td>
+<td class="tdr ipub">Planche VII</td>
+</tr>
+</table>
+
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="i13"><img src='images/i13.jpg' alt=''>
+<p class="ipubr"><em>Cliché Paulin</em>
+</p>
+
+<p class="cp1"><span class="sc">Fig.</span> 13. — Chameaux au
+pâturage, auprès de Tombouctou.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="i14"><img src='images/i14.jpg' alt=''>
+<p class="ipubr"><em>Cliché Paulin</em>
+</p>
+
+<p class="cp1"><span class="sc">Fig.</span> 14. — Maures nomades et
+leurs chameaux, aux environs de Tombouctou.</p>
+</figure>
+</div>
+</div>
+
+<p>Là encore cependant, sans prendre les légendes au pied de la
+lettre, on peut y découvrir un symbole qu’il suffit d’interpréter
+avec bon sens. Tout le monde sait qu’au Soudan — comme en beaucoup
+d’autres contrées du reste — on use fréquemment de noms de pays
+pour exprimer les points cardinaux&nbsp;; c’est ainsi que, du côté
+de Bamako, le Sud est appelé <em>Ouorodougou</em>, du nom donné par
+les Mandé à la région d’où viennent les colas, région qui se trouve
+effectivement dans le midi par rapport à Bamako&nbsp;;
+<em>Sourakadougou</em> (pays des Maures) y est employé de même pour
+désigner le Nord, <em>Bâkô</em> (l’au-delà du fleuve) pour désigner
+l’Est&nbsp;; j’ai dit plus haut que <em>Sahel</em>,
+<em>Haoussa</em>, <em>Gourma</em>, mots qui représentent en réalité
+des pays — le Sahel étant la lisière Sud du Sahara, le Haoussa la
+rive gauche du Moyen-Niger et le Gourma sa rive droite —, servent
+couramment à exprimer des directions d’orientation. Tout me porte à
+croire qu’il en est de même du <em>Yémen</em> pour les musulmans du
+Soudan et qu’en traduisant ce mot par «&nbsp;Est&nbsp;» dans les
+légendes qui l’indiquent comme pays d’origine d’une tribu ou d’un
+fondateur d’empire, on a de grandes chances de ne pas commettre
+d’erreur<a id="FNanchor_103"></a><a href="#Footnote_103" class=
+"fnanchor">[103]</a>.</p>
+
+<p>De tout ce qui précède il résulte que, si nous ne manquons pas
+totalement de documents en ce qui concerne les origines des peuples
+soudanais, si nous possédons en plus quelques données d’histoire
+qui jettent une certaine lueur sur les phases principales de leur
+formation, nous ne pouvons pas en déduire des affirmations
+positives&nbsp;: tout au plus avons-nous le droit d’en bâtir des
+hypothèses vraisemblables, en n’opérant d’ailleurs qu’avec la plus
+grande circonspection et en nous gardant de<span class="pagenum"
+id="Page_178">[178]</span> l’esprit de système et de
+généralisation. C’est ce que j’ai tenté de faire dans les pages
+suivantes, non pas avec la prétention d’exposer des vérités, mais
+seulement avec l’espoir de signaler des probabilités qui pourront
+peut-être servir de base aux recherches futures.</p>
+
+<p>Parmi ces probabilités, il en est une qu’il convient de noter
+dès maintenant, avant de passer à l’étude de chacun des peuples
+dont nous avons à parler. Des sept familles ethniques représentées
+actuellement dans le Haut-Sénégal-Niger, quatre semblent être
+venues du dehors, par des immigrations successives dont certaines
+remontent d’ailleurs à une haute antiquité&nbsp;: ce sont les
+familles <em>sémitique</em>, <em>hamitique</em>,
+<em>tekrourienne</em> et <em>songaï</em>.</p>
+
+<p>La chose est indubitable en ce qui concerne la famille
+sémitique. Pour ce qui regarde les familles hamitique et songaï, il
+est possible que, dès les temps les plus reculés, des tribus
+appartenant à chacune de ces deux familles aient été domiciliées
+sur une petite portion des territoires qui forment aujourd’hui la
+colonie civile du Haut-Sénégal-Niger, mais elles ne pouvaient
+l’être en tout cas que sur les extrêmes confins de ces territoires,
+tandis que maintenant ces deux familles sont implantées au cœur
+même de la colonie&nbsp;: on peut par suite les considérer comme
+immigrées. Quant à la famille tekrourienne, il est possible au
+contraire que son domaine primitif se soit étendu plus à l’Est — de
+même qu’il est à peu près certain qu’il s’étendait bien au Nord de
+son domaine actuel, — et que, en conséquence, une fraction tout au
+moins de cette famille ait été autochtone d’une partie du
+Haut-Sénégal-Niger actuel&nbsp;; mais, comme nous ne possédons à ce
+sujet aucun indice certain et que, aussi loin que s’étend notre
+documentation, le domaine de la famille tekrourienne nous apparaît
+localisé au delà des frontières de la colonie, nous devons
+considérer aussi comme des immigrés les représentants de cette
+famille que nous rencontrons aujourd’hui dans les bassins du
+Haut-Sénégal et du Niger.</p>
+
+<p>Les trois autres familles ethniques — <em>mandé</em>,
+<em>sénoufo</em> et <em>voltaïque</em> — sont au contraire
+autochtones, mais à des titres divers. Il paraît bien certain que
+le groupe septentrional de la famille mandé a eu son berceau dans
+le Massina occidental ou Diagha<span class="pagenum" id=
+"Page_179">[179]</span> (ou Diaga),en plein Centre de la
+colonie&nbsp;; le principal des peuples du groupe central, le
+peuple mandingue, semble bien être également originaire du
+Haut-Sénégal-Niger, son pays d’origine correspondant au Mandé ou
+Manding actuel&nbsp;; quant à l’autre des deux grands peuples du
+même groupe, le peuple banmana, il est peut-être originaire d’une
+province de la Côte d’Ivoire (le Toron), mais, cette province étant
+située sur la lisière même du Haut-Sénégal-Niger, on peut aussi
+regarder ce peuple comme autochtone&nbsp;; le groupe méridional,
+lui, a eu vraisemblablement son berceau au Fouta-Diallon, dont
+l’une des provinces extrêmes seulement appartient au
+Haut-Sénégal-Niger (Sud du cercle de Satadougou et Sud-Ouest du
+cercle de Kita). Quoi qu’il en soit, la famille mandé, dans son
+ensemble, peut être dite autochtone dans la colonie&nbsp;; mais il
+s’en faut de beaucoup qu’elle le soit dans une grande partie des
+contrées du Haut-Sénégal-Niger où elle est représentée
+actuellement&nbsp;: il serait inexact de parler d’immigration
+mandé, mais il nous faudra parler assez longuement des
+«&nbsp;migrations&nbsp;» mandé, qui furent considérables et fort
+importantes au point de vue historique. De ces trois petits pays —
+Diaga, Mandé, Toron — les Mandé se sont répandus à travers le
+Nord-Ouest, l’Ouest, le Centre et le Sud-Ouest de la colonie,
+entamant même l’Est et le Sud-Est, sans parler de leurs poussées
+dans les colonies du Sénégal, de la Guinée et de la Côte
+d’Ivoire.</p>
+
+<p>La famille sénoufo semble avoir occupé de tout temps les
+territoires qu’elle occupe encore actuellement&nbsp;: j’ignore si
+son berceau primitif doit être placé à la Côte d’Ivoire ou au
+Haut-Sénégal-Niger, mais en tout cas son domaine ne paraît pas
+avoir jamais subi de modifications bien sensibles et, si elle a
+effectué des migrations, nous n’en pouvons découvrir aucune trace
+sérieuse.</p>
+
+<p>La famille voltaïque enfin est vraisemblablement autochtone
+aussi dans son territoire actuel&nbsp;: tout au plus peut-on
+supposer que ce territoire s’étendait autrefois davantage vers le
+Nord et le Nord-Ouest, qu’il a subi des reculs dans ces deux
+directions sous la poussée des Berbères, des Songaï et des Mandé et
+que, par contre, il a gagné un peu de terrain vers le Sud-Ouest
+aux<span class="pagenum" id="Page_180">[180]</span> dépens des
+Sénoufo. D’autre part, plusieurs des peuples qui composent cette
+famille n’ont pas occupé de tout temps les régions où on les trouve
+aujourd’hui&nbsp;; l’origine des Mossi en particulier remonte à une
+migration importante du Sud vers le Nord et le Nord-Ouest&nbsp;:
+mais cette migration et d’autres moins considérables n’ont pas
+dépassé les limites du territoire de la famille, en sorte que,
+comme les Sénoufo, les Voltaïques sont strictement autochtones.</p>
+
+<p>Bien entendu, lorsque je parle de familles autochtones, je ne
+remonte pas au delà de la période historique. Comment le Soudan
+était-il peuplé avant cette période&nbsp;? je laisse à de plus
+savants le soin de le déterminer. Qu’une certaine école prétende
+trouver dans l’Inde ou dans l’Océanie le berceau de la race nègre,
+c’est son droit. Je préfère, quant à moi, prendre comme point de
+départ une époque à laquelle les Nègres se trouvaient déjà
+indubitablement là où ils se trouvent actuellement, au moins d’une
+façon générale, et je crois que, si je pouvais retracer seulement
+jusqu’au début de notre ère les origines probables des peuples du
+Haut-Sénégal-Niger, j’en aurais fait assez pour ma part.</p>
+
+<p class="space-above15"><a id="p2c02s01"></a><span class="bold">I.
+Maures de l’Azaouad.</span>
+</p>
+
+<p>1<sup>o</sup> <em>Bérabich.</em> — Les Bérabich ont dû faire
+leur première apparition du côté de Taodéni et d’Araouân vers la
+fin du <span class="sc2">VIII</span><sup>e</sup> siècle de notre
+ère. Ils venaient du <em>Dara</em> ou Draa, province méridionale du
+Maroc située entre le Tafilelt et le Noul ou Noun et qui a donné
+son nom à l’oued Dara ou Draa qui l’arrose. Ces Bérabich étaient,
+croit-on, des Arabes originaires du Yémen, venus d’Arabie dans le
+Maghreb sous le règne du troisième <em>tobba</em> ou roi himyarite
+du Yémen, Ifrîkos ou Africus, vers l’époque de la naissance de
+J.-C., c’est-à-dire bien avant Mahomet<a id=
+"FNanchor_104"></a><a href="#Footnote_104" class=
+"fnanchor">[104]</a>. Au moment de leur départ pour le Sahara
+Soudanais, ils occupaient le Dara depuis plusieurs siècles et y
+voisinaient avec des<span class="pagenum" id=
+"Page_181">[181]</span> Berbères de tribus diverses (Messoufa et
+Lemta entre autres). Il est probable qu’ils s’étaient plus ou moins
+«&nbsp;berbérisés&nbsp;» au contact de ces derniers&nbsp;; on peut
+néanmoins leur reconnaître une origine arabe.</p>
+
+<p>Ce furent sans doute les premières expéditions musulmanes dans
+le Sud marocain ou les bouleversements amenés par la fondation de
+la dynastie des Idrissides (788) qui incitèrent les Bérabich à
+aller chercher plus au Sud des territoires où ils pussent conserver
+leur indépendance. Ils quittèrent le Dara en deux groupes conduits
+l’un par Inis-ben-Yaïs et l’autre par Yaïch&nbsp;; plus tard ils
+furent rejoints par deux autres familles arabes du Dara, les
+Oulad-Abderrahmân et les Oulad-Ameur. Ils n’étaient pas encore
+musulmans à cette époque, selon toute vraisemblance, et ne furent
+convertis que vers le début du <span class=
+"sc2">XVII</span><sup>e</sup> siècle par des marabouts Kounta,
+après la prise de Tombouctou par les Marocains.</p>
+
+<p>L’attrait des profits qu’ils pouvaient retirer de l’exploitation
+des mines de sel de Teghazza ne fut pas étranger probablement à
+leur exode et de fait ils se rendirent maîtres de ces mines,
+possédées auparavant par des Berbères Messoufa et, tout en en
+abandonnant l’exploitation proprement dite aux Soninké qui y
+étaient établis déjà et dont ils firent leurs vassaux, ils
+s’instituèrent guides et convoyeurs des caravanes du Soudan qui
+venaient chercher le sel à Teghazza ainsi que des caravanes
+marocaines qui, passant par ce même point, allaient dans la région
+de Oualata-Tombouctou chercher des esclaves et de la poudre d’or.
+C’est ainsi que leurs terrains de parcours s’étendirent peu à peu
+jusqu’au Niger et à Ras-el-ma&nbsp;; Araouân, qui n’aurait pris
+toute son importance que vers 1690, devint à partir du <span class=
+"sc2">XVIII</span><sup>e</sup> siècle leur centre géographique et
+leur principal point d’attache. Lorsque Taodéni remplaça Teghazza
+en 1596, les Bérabich conservèrent leur monopole et ils l’ont gardé
+jusqu’à nos jours.</p>
+
+<p>Lors de leur arrivée dans le Sahara Soudanais, ils y avaient
+trouvé — comme je viens de le mentionner — des Berbères Messoufa et
+des Nègres Soninké&nbsp;; il semble bien certain que des unions se
+formèrent entre ces deux éléments et les Bérabich<span class=
+"pagenum" id="Page_182">[182]</span> et que les produits de ces
+unions durent altérer singulièrement le type arabe déjà mitigé des
+envahisseurs. Nombreux sont actuellement les Bérabich métissés de
+sang noir et, si les métissages de sang berbère sont plus
+difficiles à constater, ils n’en sont pas moins infiniment
+probables. Toutefois, par la langue, les mœurs et les traditions,
+les Bérabich sont demeurés surtout arabes.</p>
+
+<p>Les sous-tribus connues sous les noms d’<em>Ousra</em> et de
+<em>Tormoz</em> se sont séparées politiquement du reste de la tribu
+vers 1875 et se sont écartées de la ligne Taodéni-Tombouctou pour
+émigrer vers le Sud-Ouest, dans la direction de Ras-el-ma et de
+Bassikounou, faisant cause commune avec les Maures Oulad-Delim
+contre le gros des Bérabich. Toutefois, au point de vue de
+l’origine, les Ousra et les Tormoz ne sont, semble-t-il, qu’une
+simple fraction des Bérabich.</p>
+
+<p>2<sup>o</sup> <em>Kounta.</em> — Les Kounta eux aussi sont
+d’origine sémitique. Ils font remonter la généalogie de leur tribu
+— ou tout au moins des familles nobles de leur tribu — au
+conquérant Okba-ben-Nafi qui, nommé en 670 gouverneur de l’Ifrikia
+(Tripolitaine et Tunisie) par le premier khalife omeyyade Moaouiya
+(661-680), guerroya en Tunisie contre les Romains et les Berbères,
+construisit Kaïrouân, pénétra au Maroc et jusqu’au Dara et fut tué
+près de Biskra en 681 par des partisans du chef berbère Kosseïla.
+Les compagnons et les descendants de Okba, musulmans naturellement,
+s’essaimèrent de la Tunisie au Touat, et ce serait l’un d’eux<a id=
+"FNanchor_105"></a><a href="#Footnote_105" class=
+"fnanchor">[105]</a> qui, vers le <span class=
+"sc2">XV</span><sup>e</sup> siècle, serait venu du Touat s’établir
+avec sa famille dans la région de Mabrouk<a id=
+"FNanchor_106"></a><a href="#Footnote_106" class=
+"fnanchor">[106]</a>, au Nord-Est d’Araouân, au moment où le chef
+touareg Akil régnait sur Tombouctou. Il y aurait été rejoint par
+des parents et des amis de même descendance arabe que lui-même et
+aussi, très probablement, par des membres de la colonie juive
+jusque là toute puissante au Touat, mais qui<span class="pagenum"
+id="Page_183">[183]</span> venait d’être persécutée et pourchassée
+en 1492 par le réformateur musulman El-Merhili.</p>
+
+<p>C’est du mélange de ces Arabes descendants de Okba et de ces
+Juifs du Touat, islamisés par la suite, que serait sortie la tribu
+des Kounta. A ces deux éléments sémitiques primitifs, il convient
+cependant d’en ajouter deux autres&nbsp;: l’un, hamitique,
+provenant de quelques tribus berbères de l’Azaouad qui acceptèrent
+la domination des Kounta et s’incorporèrent à eux — les
+<em>Zakhoura</em> en particulier — et aussi d’unions fréquentes
+avec les tribus maraboutiques touareg<a id=
+"FNanchor_107"></a><a href="#Footnote_107" class=
+"fnanchor">[107]</a>&nbsp;; l’autre, nègre, provenant d’unions avec
+des Songaï ou des Soninké et avec des esclaves ou des serfs
+également d’origine noire.</p>
+
+<p>Ces mélanges devinrent surtout fréquents lorsque, ayant quitté
+en partie leur foyer primitif de Mabrouk pour se répandre dans la
+région de Tombouctou sur les deux rives du Niger et pour se rendre,
+à travers le Hodh, dans le Tagant et l’Adrar mauritanien, les
+Kounta multiplièrent les occasions de contact avec des Berbères et
+des Nègres. Néanmoins, comme chez les Bérabich, c’est le type et le
+sang arabes — ou tout au moins sémitiques — qui semblent, encore
+aujourd’hui, dominer chez les Kounta.</p>
+
+<p class="space-above15"><a id="p2c02s02"></a><span class=
+"bold">II. Maures du Hodh.</span>
+</p>
+
+<p>1<sup>o</sup> <em>Elément berbère.</em> — Il paraît difficile de
+savoir si le Hodh était peuplé par des Nègres avant que les
+Berbères y eussent fait leur première apparition. Il est certain
+que les Soninké y possédaient des colonies bien avant le mouvement
+almoravide, c’est-à-dire bien avant le <span class=
+"sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle de notre ère, mais il n’est pas
+moins certain qu’avant cette date les Berbères de l’Adrar et du
+Tagant et particulièrement ceux de l’empire lemtouna d’Aoudaghost —
+dont nous parlerons dans la partie historique de cet ouvrage —
+s’étaient déjà répandus jusque dans la région où se trouve
+aujourd’hui Oualata et y avaient exercé au moins à<span class=
+"pagenum" id="Page_184">[184]</span> un moment donné une sorte
+d’hégémonie politique. Il est probable même qu’à une époque plus
+reculée, lorsque se produisit — sans doute durant les deux premiers
+siècles de l’ère chrétienne — l’immigration judéo-syrienne dont il
+sera question à propos des origines du peuple peul, des Berbères se
+trouvaient déjà dans la région, en même temps que des Soninké.
+J’inclinerais toutefois à penser que ces derniers furent les
+premiers colonisateurs du Hodh et qu’ils avaient fondé déjà Néma et
+Ghana — ou d’autres villes que celles-ci remplacèrent par la suite
+— avant l’apparition des premiers Berbères&nbsp;: si l’exactitude
+de cette hypothèse vient à être démontrée, il faudrait placer la
+première immigration berbère dans le Haut-Sénégal-Niger — en
+l’espèce dans le Hodh — quelques siècles avant J.-C., mais
+postérieurement au grand mouvement de migration soninké que je
+tenterai de retracer plus loin.</p>
+
+<p>Quoi qu’il en soit, ces Berbères — cela paraît bien établi —
+appartenaient à la grande fraction des <em>Zenaga</em>, notamment
+aux tribus <em>Goddala</em>, <em>Lemtouna</em> et
+<em>Messoufa</em>, et venaient de l’Adrar mauritanien par le Tagant
+(Goddala et Lemtouna), ainsi que du Sud marocain par Taodéni
+(Lemtouna et Messoufa). Depuis fort longtemps sans doute les
+Lemtouna occupaient l’Adrar, ayant les Goddala entre eux et l’Océan
+et les Messoufa au Nord et au Nord-Est. Ils s’étaient installés là
+en venant du Maroc. Rechercher plus loin leur point de départ
+primitif serait fort malaisé&nbsp;: cela reviendrait à trancher la
+question de l’origine des Berbères, qui a été résolue, il est vrai,
+mais de diverses manières souvent contradictoires.</p>
+
+<p>Ce groupe de la famille hamitique est-il autochtone dans
+l’Afrique du Nord ou y est il venu de la péninsule arabique&nbsp;?
+je ne vois pas la nécessité de répondre ici à cette question, qui
+dépasse les limites de ma faible compétence et nous entraînerait
+trop loin de notre sujet. Qu’il me suffise de rappeler que la
+présence des Libyens, manifestement identiques aux Berbères, dans
+la Cyrénaïque, la Tunisie actuelle et le Maghreb a été signalée dès
+le <span class="sc2">V</span><sup>e</sup> siècle avant J.-C. par
+Hérodote, qui semblait les considérer comme les plus anciens et les
+seuls habitants de la presque totalité de ces contrées. Les
+Berbères ne sont autres<span class="pagenum" id=
+"Page_185">[185]</span> en effet que les Libyens, les Gétules et
+les Numides de l’antiquité classique, auxquels les Latins
+donnèrent, parce qu’ils se montraient rebelles à la civilisation
+romaine, le surnom de <em>Barbari</em> (du grec <em>Barbaroï</em>
+«&nbsp;étrangers, barbares&nbsp;»), que les Arabes ont transformé
+en <em>Berber</em> tout en le faisant dériver d’un mot arabe
+signifiant «&nbsp;murmurer, parler d’une façon
+incompréhensible&nbsp;», selon leur habitude de trouver à tous les
+noms de lieux et de peuples une étymologie dans la langue de
+Mahomet<a id="FNanchor_108"></a><a href="#Footnote_108" class=
+"fnanchor">[108]</a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_186">[186]</span>Nous savons que
+les Berbères étaient partagés autrefois en plusieurs grandes
+fractions dont les deux plus importantes étaient appelées
+<em>Zenata</em> et <em>Zenaga</em>. Les Zenata sont en général
+demeurés dans l’Afrique du Nord, tandis que les Zenaga, tout en
+laissant au Maghreb de très nombreux représentants, essaimèrent,
+dès une époque fort lointaine, quelques-unes de leurs sous-tribus
+dans le Sahara et la Mauritanie actuelle&nbsp;: les
+<em>Messoufa</em>, les Djedala ou <em>Goddala</em>, les
+<em>Lemtouna</em>, les <em>Maddassa</em> et les <em>Ouareth</em>
+furent les principales de ces sous-tribus zenaga du désert&nbsp;;
+les <em>Hoouara</em>, les <em>Lemta</em> et les <em>Guezoula</em>,
+apparentés de près aux Zenaga, sinon Zenaga eux-mêmes,
+participèrent au même mouvement. Tous se distinguèrent de bonne
+heure de leurs frères demeurés dans le bassin méditerranéen en
+adoptant le voile qui leur valut plus tard le surnom arabe de
+<em>Molettsemîn</em> (les voilés) et qui, aujourd’hui, n’est plus
+porté que par ceux d’entre eux qui ont échappé à la conquête arabe
+et sont devenus les Touareg.</p>
+
+<p>Les Lemta et les Hoouara se portèrent principalement dans le
+Sahara central, où on les retrouve sous les noms à peine
+transformés d’Oulmidden (Lemta) et de Hoggar ou
+Ihaggaren<span class="pagenum" id="Page_187">[187]</span>
+(Hoouara). Les Messoufa restèrent longtemps cantonnés au Sud du
+Maroc dans la région de Tindouf, puis s’avancèrent du côté de
+Taodéni et de l’Azaouad. Les Maddassa se dirigèrent également vers
+le cours septentrional du Niger. Quant aux Lemtouna et aux Goddala,
+accompagnés de quelques familles des Guezoula et des Ouareth, ils
+allèrent s’installer dans l’Adrar mauritanien et dans le Tirs ou
+Tiris, puis dans le Tagant, vivant généralement côte à côte,
+quoique les Goddala se soient plus tard portés davantage vers le
+Sud-Ouest et le cours du bas Sénégal.</p>
+
+<p>Il est probable, comme je le disais plus haut, que, depuis les
+derniers siècles qui ont précédé notre ère jusqu’au <span class=
+"sc2">VII</span><sup>e</sup> siècle environ après Jésus-Christ, des
+Lemtouna de l’Adrar, traversant le Tagant, firent des randonnées
+dans le Hodh, allant sans doute demander ou prendre aux
+cultivateurs soninké et ensuite aux pasteurs judéo-syriens les
+vivres qui leur manquaient. A partir du <span class=
+"sc2">VIII</span><sup>e</sup> siècle, ils commencèrent à se
+répandre en nombre plus considérable dans les pays dépendant
+aujourd’hui du Haut-Sénégal-Niger et y eurent même peut-être, aux
+<span class="sc2">IX</span><sup>e</sup> et <span class=
+"sc2">X</span><sup>e</sup> siècles, leur capitale
+<em>Aoudaghost</em>, qui devait se trouver non loin de Kiffa et qui
+tout au moins était située dans la partie du Tagant oriental
+avoisinant Kiffa, probablement un peu au Nord de cette dernière
+localité<a id="FNanchor_109"></a><a href="#Footnote_109" class=
+"fnanchor">[109]</a>. Tantôt suzerains des Noirs du pays, tantôt
+leur payant tribut, les Berbères durent, dès cette époque, se
+métisser assez fortement de sang nègre, surtout les
+sédentaires.</p>
+
+<p>Selon toute vraisemblance, ils étaient chrétiens<a id=
+"FNanchor_110"></a><a href="#Footnote_110" class=
+"fnanchor">[110]</a> au moment où prit naissance parmi eux la secte
+des Almoravides (1052), ou tout au moins ils l’étaient en majorité,
+puisque le but principal de la fondation de cette secte fut la
+conversion<span class="pagenum" id="Page_188">[188]</span> des
+Lemtouna et Goddala infidèles ou mauvais musulmans. Beaucoup
+d’entre eux n’acceptèrent la religion de Mahomet que contraints et
+forcés, et après avoir été vaincus par les sectateurs
+d’Abdallah-ben-Yassîn&nbsp;; beaucoup aussi, trouvant exagérés le
+puritanisme et l’autoritarisme du réformateur, émigrèrent vers
+l’Est et vinrent s’établir dans l’Azaouad auprès des Messoufa et
+des Maddassa.</p>
+
+<p>D’une façon générale, les Lemtouna demeurèrent dans le Hodh et
+ce sont eux qui, plus ou moins métissés de sang noir, ont donné
+naissance à l’élément berbère qui, aujourd’hui encore, entre en
+majorité dans la composition des familles zénaga et même de
+beaucoup de familles prétendues arabes des diverses tribus des
+Maures du Hodh. Parmi les Goddala, les uns se fixèrent également
+dans le Hodh, mais les autres, plus nombreux, poussèrent jusque sur
+le Niger et au delà&nbsp;; rejoints dans la région lacustre de
+Tombouctou par quelques familles lemtouna, ils donnèrent naissance
+à la tribu touareg des Iguellad ou tout au moins contribuèrent
+puissamment à sa formation, comme nous le verrons plus loin en
+parlant des Touareg. Il me faut ajouter que, parmi les Maures du
+Hodh oriental (Mejdouf et Allouch), on retrouve des traces de
+l’immigration Messoufa dont j’ai dit un mot déjà et dont je
+reparlerai à propos de la formation des Touareg.</p>
+
+<p>2<sup>o</sup> <em>Elément arabe.</em> — L’élément arabe, en ce
+qui concerne les Maures du Hodh, a été fourni à peu près
+exclusivement par les <em>Beni-Hassân</em>&nbsp;: son introduction
+est relativement récente.</p>
+
+<p>Les Beni Hassân, qui se disent descendants de la famille de
+Koreïch, à laquelle appartenait Mahomet, proviennent de la plus
+importante des immigrations arabes qui se soient accomplies dans
+l’Afrique du Nord, celle que l’on appelle l’invasion hilalienne.
+Les Arabes Hilaliens, descendants d’Adnân et rangés par
+Ibn-Khaldoun dans les Arabes «&nbsp;barbarisants&nbsp;»,
+c’est-à-dire mélangés, passèrent en Afrique vers le début du
+<span class="sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle&nbsp;; c’étaient
+surtout des nomades. En réalité les Beni-Hassân (<em>alias</em>
+Idao-Hassân ou Doui-Hassân) n’étaient pas des Hilaliens&nbsp;; ils
+appartenaient à un groupe issu de Makil, lequel prétendait
+descendre de Djâfer, fils d’Abou-Taleb, fils de Hachem,
+bisaïeul<span class="pagenum" id="Page_189">[189]</span> de
+Mahomet, mais, d’après Ibn Khaldoun, descendait plutôt des Arabes
+du Yémen issus de Kodâa, petit-fils de Himyar.</p>
+
+<p>Quoi qu’il en soit, les Beni-Hassân suivirent les Hilaliens dans
+leur migration et, après avoir traversé toute l’Afrique du Nord,
+s’établirent avec eux dans le Sous, le Noul ou Noun et le Dara ou
+Draa, entre l’Atlantique et le Tafilelt, vers la fin du
+<span class="sc2">XIII</span><sup>e</sup> siècle, envoyant paître
+leurs troupeaux jusqu’aux régions sahariennes habitées par les
+Messoufa, les Lemtouna et les Goddala.</p>
+
+<p>Ils comprenaient plusieurs fractions&nbsp;: celle des
+<em>Beni-Hassân</em> proprement dits ou descendants de Hassân fils
+de Mokhtar fils de Mohammed fils de Makil&nbsp;; celle des
+<em>Chebanât</em> ou descendants de Chebana, frère de Hassân
+(comprenant les Beni-Tâbet ou Idao-Aïch, descendants de
+Aïch-ben-Talha, et les Ahl-Ali ou Idao-Ali)&nbsp;; enfin celle très
+importante des <em>Oulad-Delim</em> qui, en réalité, formait une
+sous-tribu distincte des Beni-Hassân proprement dits.</p>
+
+<p>Dès le <span class="sc2">XIV</span><sup>e</sup> siècle, selon le
+témoignage d’Ibn-Khaldoun, le territoire des Beni-Hassân s’étendait
+depuis le Sous jusqu’à la frontière du pays des Noirs, c’est-à-dire
+jusqu’à l’Adrar mauritanien tout au moins. Vers la fin du
+<span class="sc2">XVI</span><sup>e</sup> siècle, un grand nombre de
+Beni-Hassân, après avoir conquis définitivement l’Adrar, se
+répandirent de là sur les bords du Sénégal, puis dans le Tagant et
+enfin dans le Hodh<a id="FNanchor_111"></a><a href="#Footnote_111"
+class="fnanchor">[111]</a>, subjuguant les Berbères, les
+convertissant définitivement à l’islamisme et en faisant leurs
+vassaux. Les Beni-Hassân proprement dits et les Chebanât
+constituèrent l’élément arabe et en même temps guerrier chez les
+Regueïbât, les Idao-Aïch, les Ahl-Tichit, les Oulad-Mbarek, les
+Oulad-Nasser et les Mejdouf&nbsp;; les Oulad-Delim, poussant
+davantage vers l’Est, contribuèrent à former les sous-tribus des
+Oulad-Daoud, des Oulad-Allouch, etc.</p>
+
+<p>Les Maures actuels du Hodh sont donc, en somme, des Berbères
+arabisés plutôt que des Arabes. Il est bien certain en tout cas que
+l’élément arabe fut, dans leur formation, très
+inférieur<span class="pagenum" id="Page_190">[190]</span> en nombre
+à l’élément berbère. Tout d’abord il importe de considérer que,
+lors de leur départ du Maroc pour la Mauritanie, les Beni-Hassân
+n’étaient plus des Arabes bien purs&nbsp;: Ibn-Khaldoun nous
+apprend en effet que, lors de leur premier établissement entre la
+Moulouya et le Tafilelt, les Beni-Makil (Beni-Hassân et
+Beni-Soleïm) s’étaient unis aux Berbères Zenata, installés avant
+eux dans cette région, et que, lorsqu’ils se portèrent vers le Sud
+après la conquête de Maghreb central par les Zenata, les
+Beni-Hassân soumirent les Berbères Guezoula de Taroudant et les
+Berbères Masmouda, Zenaga et Lemta du Sous, du Dara et du Tafilelt,
+et se les incorporèrent au moins en partie. Ensuite, il convient de
+remarquer que certaines sous-tribus actuelles du Hodh ne renferment
+que des gens d’origine berbère et ont gardé le qualificatif
+ethnique de Zenaga. D’autres, qui se prétendent d’origine arabe,
+sont beaucoup plus berbères qu’arabes&nbsp;: c’est en particulier
+le cas chez nombre d’Idao-Aïch. Enfin les familles maraboutiques se
+trouvent être presque toujours — quelles que soient les généalogies
+qu’elles se sont fabriquées après coup — ou uniquement berbères ou
+du moins surtout berbères quant à leur origine.</p>
+
+<p>Si l’on ajoute à cela les infiltrations de sang noir qui se sont
+produites constamment chez les Berbères d’abord et chez les
+Beni-Hassân ensuite et les mélanges parfois considérables dûs à des
+unions avec des Peuls (chez les Guirganké<a id=
+"FNanchor_112"></a><a href="#Footnote_112" class=
+"fnanchor">[112]</a> notamment et chez les Allouch), on comprendra
+combien il serait inexact de dire que les Maures du Hodh sont
+d’origine arabe.</p>
+
+<p>D’autre part, s’ils ne sont d’origine arabe qu’à un degré
+infime, ils méritent cependant, dans leur ensemble, le qualificatif
+d’Arabes au même titre que les soi-disant Arabes de l’Algérie et du
+Maroc. Si en effet l’on en excepte les rares familles qui ont
+conservé<span class="pagenum" id="Page_191">[191]</span> l’usage de
+la langue berbère<a id="FNanchor_113"></a><a href="#Footnote_113"
+class="fnanchor">[113]</a>, les Maures du Hodh ont presque tout
+pris aux Arabes&nbsp;: la langue, la religion et même le
+costume&nbsp;; c’est en effet depuis l’immigration des Beni-Hassân
+que les Berbères de la Mauritanie et du Hodh ont cessé de porter le
+voile, tandis que leurs congénères non arabisés de l’Azaouad et du
+Sahara central l’ont conservé. Tout au plus, dans certaines des
+coutumes des Maures du Hodh, peut-on retrouver des survivances
+berbères encore très nettes, ainsi que dans la désignation des noms
+de lieux et dans les termes géographiques en usage<a id=
+"FNanchor_114"></a><a href="#Footnote_114" class=
+"fnanchor">[114]</a>.</p>
+
+<p class="space-above15"><a id="p2c02s03"></a><span class=
+"bold">III. Touareg.</span>
+</p>
+
+<p>Les Touareg des territoires civils du Haut-Sénégal-Niger se
+répartissent aujourd’hui, comme nous l’avons vu, en trois grandes
+tribus ou fractions. Dans l’ensemble, ils ont été formés par cinq
+grands courants d’immigration berbère, auxquels il faut ajouter
+quelques mélanges d’origine arabe, peul et songaï. Les cinq grandes
+immigrations berbères qui ont contribué à leur formation sont, par
+ordre probable de dates, celles des Lemta et Hoouara de
+Tripolitaine, des Messoufa, des Saghmâra ou Kel-Tadmekket, des
+Goddala et Lemtouna et des Oulmidden. D’une façon générale, de la
+première et de la dernière sont issues les sous-tribus oulmidden
+actuelles, de la troisième la tribu des Kel-Tadmekket et de la
+deuxième et de la quatrième la tribu des Iguellad et les
+sous-tribus qui s’y rattachent.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_192">[192]</span>1<sup>o</sup>
+<em>Immigration lemta et hoouara.</em> — Ainsi que je le disais
+plus haut, lors de l’époque reculée où les Berbères commencèrent à
+s’enfoncer dans le Sahara, les Lemta allèrent s’établir à l’Ouest
+de l’Aïr, où nous les retrouvons encore de nos jours sous le nom
+d’Oulmidden qui semble bien provenir du même radical que le mot
+<em>Lemta</em> employé par les auteurs arabes. Ces Lemta
+provenaient au moins en partie de la Tripolitaine actuelle, où ils
+avaient laissé nombre de leurs compatriotes ainsi qu’au Touat et
+dans le Sud marocain. Une fraction des Lemta demeurés dans le Nord,
+de religion chrétienne très probablement, fuyant la première
+conquête arabe de l’Ifrîkia, quitta vers 670 la Tripolitaine avec
+un grand nombre de Hoouara (autre tribu berbère à demi
+christianisée et établie alors dans les mêmes parages). Les Hoouara
+s’installèrent principalement dans la région montagneuse du Sahara
+central et devinrent les Hoggar. Quant aux Lemta, accompagnés sans
+doute de quelques familles hoouara, ils allèrent rejoindre les
+membres de leur tribu déjà installés plus au Sud.</p>
+
+<p>Ceux-ci, qui très probablement étaient demeurés fidèles à
+l’ancienne religion libyenne, regardèrent d’un assez mauvais œil
+ces nouveaux arrivants chrétiens, craignant surtout d’ailleurs de
+se voir disputer par eux la maigre chère qu’ils arrivaient
+péniblement à se procurer. Les derniers immigrés, ainsi mal reçus
+par leurs compatriotes, continuèrent leur mouvement plus avant et
+arrivèrent enfin, dans un état assez misérable, sur les rives du
+Niger, dans le lieu où s’élevait alors le village songaï de
+<em>Gounguia</em> ou <em>Koukia</em>, peuplé surtout de Sorko
+pêcheurs. Ce village — je le crois du moins — devait être situé
+dans l’île aujourd’hui connue sous le nom de Bentia, entre Gao et
+Tillabéry<a id="FNanchor_115"></a><a href="#Footnote_115" class=
+"fnanchor">[115]</a>.</p>
+
+<p>Mieux accueillis par les Sorko qu’ils ne l’avaient été par leurs
+propres compatriotes, les Lemta de Tripolitaine
+parvinrent<span class="pagenum" id="Page_193">[193]</span> même à
+s’imposer aux indigènes riverains du Niger et — non sans luttes,
+comme nous le verrons plus loin — à fonder, vers la fin du
+<span class="sc2">VII</span><sup>e</sup> siècle, un empire qui
+devait plus tard devenir puissant et dont ils demeurèrent les
+maîtres jusque vers la fin du <span class=
+"sc2">XV</span><sup>e</sup> siècle<a id="FNanchor_116"></a><a href=
+"#Footnote_116" class="fnanchor">[116]</a>. Tout naturellement, ils
+ne demeurèrent pas fixés à Koukia et, tout en y maintenant au moins
+provisoirement la capitale de leur empire, ils se répandirent dans
+l’Est de la Boucle du Niger, où ils demeurèrent lorsque la
+suprématie leur fut enlevée par les Noirs (Songaï dirigés par des
+Soninké) en 1493 et que, de suzerains de ces derniers, ils
+devinrent leurs vassaux. Encore chrétiens au moment de leur arrivée
+à Koukia, ils commencèrent à embrasser l’islamisme vers l’an 1009
+de notre ère, sous le règne de leur quinzième empereur, Dia
+Kossoï.</p>
+
+<p>2<sup>o</sup> <em>Immigration messoufa.</em> — Vers le début du
+<span class="sc2">VIII</span><sup>e</sup> siècle, à la suite sans
+doute des premières conquêtes arabes dans le Maghreb, des Messoufa
+établis au Sud du Maroc dans la région de Tindouf se portèrent vers
+le midi et s’emparèrent des mines de sel de Teghazza. Dépossédés
+vers le <span class="sc2">IX</span><sup>e</sup> siècle par les
+Bérabich, comme nous l’avons vu précédemment, ils devinrent les
+vassaux de ces derniers&nbsp;; les uns demeurèrent à Teghazza,
+d’autres accompagnèrent les Bérabich dans leurs randonnées à
+travers le désert ou se firent comme eux convoyeurs de caravanes.
+Il est possible que les Messoufa n’aient pas attendu la venue des
+Bérabich pour pousser jusque dans la région de Tombouctou&nbsp;; en
+tout cas, les Berbères <em>Maddassa</em>, signalés au <span class=
+"sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle par Bekri comme habitant la rive
+Nord du lac Faguibine et du Niger, et qui étaient déjà musulmans à
+cette époque, étaient très vraisemblablement une fraction des
+Messoufa.</p>
+
+<p>3<sup>o</sup> <em>Immigration saghmâra ou des
+Kel-Tadmekket.</em> — Dans la vallée du Tilemsi, à 300 kilomètres
+environ au Nord-Nord-Est de Gao, les Berbères émigrés les premiers
+dans le Sahara avaient fondé, sans doute avant la naissance de
+J.-C., une ville<span class="pagenum" id="Page_194">[194]</span>
+qu’ils appelaient <em>Tadmekket</em><a id=
+"FNanchor_117"></a><a href="#Footnote_117" class=
+"fnanchor">[117]</a> et que, bien plus tard, les Arabes dénommèrent
+<em>Es-souk</em> (le marché) parce qu’elle était le seul centre
+commercial de tout le Sahara central et le rendez-vous des
+caravanes allant de la Tripolitaine et du Touat vers les pays
+nigériens. Ce point semble avoir été florissant, si toutefois une
+telle épithète a jamais pu s’appliquer à une ville
+saharienne&nbsp;; mais tout est relatif et ce qui serait une
+vulgaire bourgade en un pays fertile et peuplé revêt facilement au
+désert les allures d’une brillante métropole. Il est possible
+d’ailleurs que les premiers colons berbères du Tilemsi aient su
+mettre à profit les terres de cette vallée et que Tadmekket ait été
+autrefois une oasis prospère.</p>
+
+<p>Quoi qu’il en soit, elle eut un grand renom et, dès les premiers
+siècles de l’hégire, elle attira des musulmans de l’Ifrîkia<a id=
+"FNanchor_118"></a><a href="#Footnote_118" class=
+"fnanchor">[118]</a>, berbères sans doute comme ses fondateurs, qui
+vinrent y prêcher l’islam et constituèrent la fraction maraboutique
+connue aujourd’hui sous le nom d’<em>Iforhass</em>, tandis que
+l’ensemble des populations berbères gravitant autour de Tadmekket
+portait le nom de <em>Saghmâra</em>.</p>
+
+<p>Les Oulmidden nomades, qui plantaient leurs tentes entre
+Tadmekket et l’Aïr et qui devaient avoir la même origine première
+que les Saghmâra — les uns et les autres étaient vraisemblablement
+des Lemta, au moins en majorité —, attaquèrent à maintes reprises
+les populations de Tadmekket, pour des raisons qui ne nous
+apparaissent pas très clairement, mais dont la principale fut sans
+doute la cupidité. Dès le <span class="sc2">X</span><sup>e</sup>
+siècle au moins, ils avaient contraint une partie des familles
+maraboutiques à se retrancher dans la région de collines pierreuses
+que nous appelons l’Adrar des Iforhass et une partie
+des<span class="pagenum" id="Page_195">[195]</span> Saghmâra à
+descendre la vallée du Tilemsi, avec l’espoir de retrouver sur les
+bords du Niger d’autres terres favorables. Les Saghmâra, se
+heurtant du côté de Bourem aux Oulmidden de la région de Gao,
+obliquèrent vers l’Ouest, atteignirent le fleuve près de Bamba et
+se répandirent sur ses deux rives, occupant surtout la rive droite
+depuis la hauteur de Bamba jusqu’aux lacs situés au Sud de
+Tombouctou. Les Touareg Iguellad, quand ils vinrent se fixer dans
+cette région, leur donnèrent le nom de <em>Kel-Tadmekket</em> (gens
+de Tadmekket) en raison de leur origine&nbsp;; on les appela aussi
+<em>Kel-es-souk</em>, ce qui revient au même, mais on réserva de
+préférence cette dernière appellation à la fraction maraboutique
+qui avait suivi l’exode des Saghmâra au lieu de s’établir avec les
+autres familles religieuses dans l’Adrar des Iforhass.</p>
+
+<p>Bekri signale au <span class="sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle
+la présence de Kel-Tadmekket (sous le nom de Saghmâra) sur la rive
+droite du Niger, en face de Gao&nbsp;: leur exode fut donc bien
+antérieur à la destruction de la ville de Tadmekket par les
+Oulmidden, destruction qui aurait eu lieu vers 1640. Mais il semble
+établi d’autre part que la ruine finale de Tadmekket eut comme
+conséquence une nouvelle immigration saghmâra sur les rives du
+Niger, vers le milieu du <span class="sc2">XVII</span><sup>e</sup>
+siècle.</p>
+
+<p class="space-above15">4<sup>o</sup> <em>Immigration goddala et
+lemtouna.</em> — J’ai dit tout à l’heure, en retraçant les origines
+des Maures du Hodh, comment, vers le <span class=
+"sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle, un certain nombre de Lemtouna
+et surtout de Goddala, venant de l’Adrar Mauritanien, s’étaient
+avancés jusque vers Tombouctou. Ils échappèrent là à la conquête
+arabe des Beni-Hassân qui, vers la fin du <span class=
+"sc2">XVI</span><sup>e</sup> siècle, subjugua leurs compatriotes
+demeurés dans le Hodh. Ils furent bien rejoints à la fin du
+<span class="sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle par l’immigration
+arabe des Bérabich et au <span class="sc2">XV</span><sup>e</sup>
+par celle des Kounta et il y eut alors entre eux et les Arabes des
+mélanges dont le résultat est sensible encore, dans la tribu
+maraboutique des Kel-Antassar<a id="FNanchor_119"></a><a href=
+"#Footnote_119" class="fnanchor">[119]</a> principalement.
+Mais<span class="pagenum" id="Page_196">[196]</span> il n’y eut pas
+là, comme dans le Hodh, conquête de la part des Arabes&nbsp;; les
+Goddala et les Lemtouna des lacs et de l’Azaouad, devenus les
+Iguellad, ne furent pas arabisés et conservèrent leur langue et
+leur voile, adoptant seulement la religion musulmane que leur
+prêchèrent les Kel-Tadmekket et plus tard les Kounta.</p>
+
+<p class="space-above15">5<sup>o</sup> <em>Immigration
+oulmidden.</em> — C’est aux Lemta établis au Sahara avant l’arrivée
+de ceux qui, après les avoir rejoints, poussèrent jusqu’à Koukia
+que je donne de préférence ici, pour les distinguer de ces
+derniers, le nom d’Oulmidden.</p>
+
+<p>On peut supposer que, lorsqu’ils eurent constaté le degré de
+prospérité des Lemta de Gounguia ou Koukia, les Oulmidden demeurés
+au Sahara cherchèrent à renouer avec eux des relations. Les rôles
+étaient changés&nbsp;: d’hôtes encombrants et de bouches inutiles,
+les anciens immigrés de Tripolitaine étaient devenus des puissants
+dont la force était à craindre et l’alliance à rechercher. Aussi
+les Oulmidden ne se firent-ils pas faute sans doute d’aller les
+saluer et même de reconnaître leur suzeraineté, moyennant quoi ils
+obtinrent le droit de prélever leur part des moissons que faisaient
+pousser les Songaï le long du Niger. Mais il ne semble pas qu’ils
+aient franchi le fleuve ni pénétré dans les territoires relevant
+actuellement de la colonie civile du Haut-Sénégal-Niger durant
+l’époque de l’hégémonie berbère en pays songaï.</p>
+
+<p>C’est seulement à la fin du <span class=
+"sc2">XV</span><sup>e</sup> siècle, lorsque l’empire lemta de
+Gounguia puis de Gao fut remplacé par l’empire soninké-songaï de
+Gao et que cette dernière ville fut devenue à la fois un grand
+marché et un centre musulman important, que les Oulmidden, attirés
+davantage encore vers le Niger, commencèrent à franchir le fleuve
+et à se fixer en partie à l’intérieur de la Boucle, dans la
+direction de Gao à Hombori, auprès des familles venues précédemment
+de Gounguia. C’est à cette époque également que les Oulmidden de la
+région de Gao durent embrasser l’islamisme, déjà professé par les
+autres Touareg de la vallée nigérienne.</p>
+
+<p class="space-above15">6<sup>o</sup> <em>Eléments divers.</em> —
+Tels sont les éléments principaux,<span class="pagenum" id=
+"Page_197">[197]</span> tous berbères, qui contribuèrent à former
+la partie du peuple touareg occupant de nos jours le Nord de la
+Boucle du Niger et la rive gauche de ce fleuve dans la région
+comprise entre Ras-el-ma et Bourem. En outre existent quelques
+éléments secondaires, dont l’importance du reste ne paraît pas très
+considérable et qui n’ont pas modifié profondément le type berbère
+initial.</p>
+
+<p>Tout d’abord il semble probable que le pays actuel des Touareg
+du Haut-Sénégal-Niger, si l’on en excepte les rives mêmes du
+fleuve, était à peu près inhabité lorsque s’y montrèrent les
+premières immigrations berbères. Même sur le Niger, les Songaï ne
+devaient pas alors s’avancer bien en amont de Gao&nbsp;; peut-être
+ne dépassaient-ils pas Bourem&nbsp;; cependant il est hors de doute
+que, vassaux des Lemta d’abord, suzerains ensuite de tous les
+Touareg nigériens, ils ont dû se mêler à eux dans d’assez fortes
+proportions. Plus tard, les Peuls qui vinrent se fixer dans les
+régions de Hombori et de Dori apportèrent, au moins sur la lisière
+de leurs établissements, un élément de métissage qu’on aurait tort
+de négliger. Dans la région de Tombouctou, des unions eurent lieu
+certainement entre Arabes et Touareg, mais, les Arabes étant les
+moins nombreux, ce sont eux qui durent être le plus influencés par
+ces unions. Quant aux Marocains qui conquirent Tombouctou à la fin
+du <span class="sc2">XVI</span><sup>e</sup> siècle, c’est surtout
+sur les Songaï que leur influence se fit sentir, comme nous le
+verrons dans un instant<a id="FNanchor_120"></a><a href=
+"#Footnote_120" class="fnanchor">[120]</a>.</p>
+
+<p class="space-above15"><span class="pagenum" id=
+"Page_198">[198]</span><a id="p2c02s04"></a><span class="bold">IV.
+Peuls.</span>
+</p>
+
+<p>1<sup>o</sup> <em>Le problème de l’origine des Peuls.</em></p>
+
+<p>La question de l’origine des Peuls a fourni matière à d’amples
+discussions et cependant elle est loin d’être résolue. Il y a là un
+problème à plusieurs faces qui demande, pour être traité avec
+quelque précision, d’être examiné à la fois sous ses divers
+aspects. Personne ne conteste qu’une bonne partie tout au moins du
+peuple peul actuel n’appartient pas originairement à la race
+noire&nbsp;: il suffit pour en être convaincu d’observer les Peuls
+pasteurs que l’on rencontre un peu partout dans le Soudan et chez
+lesquels, à côté d’individus manifestement métissés de sang nègre,
+on remarque des gens dont la couleur et le facies rappellent
+absolument la couleur et le facies des Bédouins de l’Egypte et
+surtout de la Palestine. A côté de cela, la langue peule est parlée
+par un nombre considérable d’individus qui sont, tout aussi
+incontestablement, des Nègres bien caractérisés.</p>
+
+<p>De là les deux théories dont l’une fait des Peuls un peuple de
+métis, tandis que l’autre en fait un ensemble de gens, les uns de
+race blanche, les autres de race noire, n’ayant de commun que la
+langue. Mais ici encore, il y a divergence d’opinion&nbsp;: les uns
+veulent que la langue peule ait été la langue originelle de
+l’élément de race blanche, les autres pensent que ce dernier l’a au
+contraire empruntée à l’élément de race noire.</p>
+
+<p>Je dirai tout de suite que mon opinion, motivée par de longues
+et patientes recherches, penche vers la dernière hypothèse&nbsp;: à
+mon avis, la langue dite peule est une langue nègre, parlée à
+l’origine par un peuple nègre complètement différent des Peuls,
+peuple dont les représentants actuels ne sont autres que les
+Toucouleurs, et cette langue a été adoptée, à la suite de
+circonstances que je vais retracer, par un peuple de
+race<span class="pagenum" id="Page_199">[199]</span> blanche et
+d’origine judéo-syrienne dont les représentants actuels sont les
+Foulbé ou Peuls proprement dits.</p>
+
+<p>Pour être complet, il me faut ajouter qu’une longue cohabitation
+a produit entre les Toucouleurs et les Peuls des mélanges
+facilement perceptibles, de même que l’éparpillement des Peuls à
+travers d’immenses territoires peuplés de Nègres divers a
+profondément altéré le type sémitique originel des Foulbé. Enfin il
+ne faut pas oublier que ces derniers ont auprès d’eux de nombreux
+serfs nègres, les Rimaïbé, qui parlent comme leurs maîtres peuls la
+langue des Toucouleurs, sans être pour cela ni des Toucouleurs ni
+des Peuls.</p>
+
+<p>Avant d’exposer les faits qui rendent mon hypothèse
+vraisemblable, il me paraît opportun de résumer et de discuter
+brièvement les principales des nombreuses théories émises par mes
+devanciers.</p>
+
+<p class="space-above15">2<sup>o</sup> <em>Théories diverses
+relatives à l’origine des Peuls.</em></p>
+
+<p>Si l’on identifie les Peuls avec la tribu de <em>Fouth</em> ou
+<em>Foudh</em> mentionnée dans le Pentateuque et dans les écrits de
+plusieurs prophètes bibliques (Ezéchiel, Jérémie, Isaïe, Nahoum),
+tribu dont le nom est d’ailleurs écrit <em>Foul</em> par Isaïe
+<a id="FNanchor_121"></a><a href="#Footnote_121" class=
+"fnanchor">[121]</a>, on doit reconnaître que ce peuple a été
+mentionné dès la plus haute antiquité. Je ne prétends pas que cette
+identification puisse être présentée comme une certitude, mais en
+tout cas elle n’est pas absurde. Si on l’admet, cela conduirait,
+semble-t-il, à attribuer aux Peuls une origine hamitique, puisque
+<em>Fouth</em> ou <em>Foudh</em> est donné comme l’un des fils de
+Ham, avec Chous (père des Ethiopiens Kouchites), Mesraïm (père des
+Egyptiens) et Chanaan<span class="pagenum" id=
+"Page_200">[200]</span> (père des Libyens ou Berbères)<a id=
+"FNanchor_122"></a><a href="#Footnote_122" class=
+"fnanchor">[122]</a>&nbsp;; mais il n’y a pas à s’appesantir sur
+cette indication, la Bible — comme les auteurs arabes — confondant
+souvent les descendants de Ham avec ceux de Sem<a id=
+"FNanchor_123"></a><a href="#Footnote_123" class=
+"fnanchor">[123]</a>.</p>
+
+<p>Quoi qu’il en soit, les Prophètes Bibliques représentent
+constamment la tribu de Fouth, Foudh ou Foul comme voisinant avec
+les Ethiopiens, les Egyptiens et les Berbères. Ezéchiel dit que des
+Loudim (fraction issue des Mesraïm ou Egyptiens) et des Fouth
+servaient dans l’armée de Tyr (XXVII, 10)&nbsp;; que la ruine de
+l’Egypte par Nabuchodonosor, roi de Babylone (588 av. J.-C.),
+entraînera celle de l’Ethiopie, du Fouth, du Loud, etc. (XXX,
+5)&nbsp;; que l’armée de «&nbsp;Gog&nbsp;» — sans doute Alexandre —
+renferme des Ethiopiens et des Fouth (XXXVIII, 5). Jérémie, parlant
+aussi de la défaite du pharaon Néchao (Néko I) par Nabuchodonosor,
+signale parmi les troupes égyptiennes des Ethiopiens, des Fouth
+armés de boucliers et des archers Loudim (XLVI, 9). Isaïe mentionne
+le peuple des Foul parmi les nations éloignées du côté du Sud et de
+l’Occident (LXVI, 19). Enfin Nahoum, dans sa prophétie contre
+Ninive (III, 9), demande à cette ville si elle se croit plus forte
+qu’Alexandrie, que n’a pas réussi à protéger l’appui des
+Ethiopiens, des Egyptiens, des Fouth et des Loubim (Libyens).</p>
+
+<p>On pourrait conclure de là, sans trop de témérité, que les
+Hébreux considéraient les Fouth, Foudh ou Foul comme un peuple
+originaire de la Mésopotamie, de la Syrie ou de la Palestine, mais
+qui, après un long contact avec les Egyptiens et les Ethiopiens,
+avait élu domicile en Afrique vers le <span class=
+"sc2">VI</span><sup>e</sup> siècle au moins avant J.-C., dans le
+voisinage de l’Egypte et non loin de la mer — puisqu’il fournissait
+des contingents aux armées de Tyr et à celle d’Alexandre —,
+probablement dans la Cyrénaïque.</p>
+
+<p>Si maintenant nous recherchons la trace des Peuls sous leur nom
+actuel (<em>Foulbé</em>, <em>Foulâni</em>, etc.), nous ne la
+trouvons — je le<span class="pagenum" id="Page_201">[201]</span>
+crois du moins — qu’à partir du <span class=
+"sc2">XIV</span><sup>e</sup> siècle de notre ère. Makrizi
+(1364-1442) parle d’une ambassade envoyée vers l’an 1300 par
+l’empereur de Mali à celui du Bornou et qui comprenait deux
+personnages parlant le peul (<em>foulânia</em>). Un peu plus tard,
+vers le milieu du <span class="sc2">XV</span><sup>e</sup> siècle,
+Cadamosto mentionne la présence d’un roi des Peuls (<em>rey dos
+Fullos</em>) sur le Sénégal. Au siècle suivant, Joao de Barros nous
+parle également des Peuls, mais pas plus que Makrizi ni Cadamosto,
+il ne nous renseigne sur leur origine.</p>
+
+<p>Le premier ouvrage qui parle un peu longuement des Peuls et dise
+au moins quelques mots de leur origine est, il me semble, le
+<em>Tarikh-es-Soudân</em>, qui fut écrit durant la première moitié
+du <span class="sc2">XVII</span><sup>e</sup> siècle&nbsp;; son
+auteur, Abderrahmân-es-Sa’di ou Saïdi, avait lui-même un peu de
+sang peul dans son ascendance, puisqu’il nous dit que son
+arrière-grand’mère s’appelait Aïchat-el-Foulânia et appartenait au
+clan peul des <em>Sonfontir</em>, qui doit vraisemblablement être
+identifié avec celui des Soumontara ou Dialloubé<a id=
+"FNanchor_124"></a><a href="#Footnote_124" class=
+"fnanchor">[124]</a>. Il ne s’étend guère sur l’histoire des Peuls,
+sauf en ce qui concerne la famille régnante du Massina, qu’il fait
+venir du Sénégal, mais il semble les apparenter aux Ouolofs, disant
+que ces derniers sont bien supérieurs, par leur caractère et leurs
+mœurs, «&nbsp;aux autres Foulâni&nbsp;». Sans doute il faut
+entendre simplement par là qu’il considérait les Ouolofs et les
+Peuls comme formant une seule nation, parce qu’il savait que les
+Peuls du Massina venaient du Fouta et que le Fouta touchait au pays
+des Ouolofs et avait fait partie de l’empire du Diolof.</p>
+
+<p>Dans les premières années du <span class=
+"sc2">XIX</span><sup>e</sup> siècle, Grey Jackson, consul anglais à
+Modagor, apprit des Marocains du Sous qu’une tribu d’Israélites
+habitait dans le Melli ou pays des Mandé. Bien que Jackson ne
+mentionne pas le nom de cette tribu, il semble bien que ses
+informateurs entendaient parler des Peuls<a id=
+"FNanchor_125"></a><a href="#Footnote_125" class=
+"fnanchor">[125]</a>.</p>
+
+<p>Le sultan de Sokoto Mohammed-Bello-ben-Osmân, dans
+le<span class="pagenum" id="Page_202">[202]</span> manuscrit qu’il
+remit en 1824 à l’explorateur Clapperton et dont il était
+l’auteur<a id="FNanchor_126"></a><a href="#Footnote_126" class=
+"fnanchor">[126]</a>, signale les Peuls comme répandus dans le
+Songaï et le Mali et dit que le Toro et le Fouta sont peuplés
+d’autochtones (Toucouleurs) et de Sarankoli (Sarakolé, Soninké).
+D’après lui, les Peuls — ou tout au moins ceux du clan Tôrodo,
+auquel il appartenait lui-même, — descendent des Juifs, bien que
+certains les rattachent aux Chrétiens et d’autres aux Bambara. A
+mon avis, il conviendrait de traduire ici «&nbsp;Bambara&nbsp;» par
+«&nbsp;païens&nbsp;»&nbsp;: sans doute Bello a voulu dire que les
+Peuls descendent soit des Juifs, soit tout au moins d’une
+population étrangère au domaine de l’islam.</p>
+
+<p>G. d’Eichthal<a id="FNanchor_127"></a><a href="#Footnote_127"
+class="fnanchor">[127]</a> avait pensé trouver dans la Malaisie ou
+la Polynésie le berceau des Peuls, en se basant sur des affinités
+qu’il avait cru découvrir entre leur langue et le malais. Si je ne
+me trompe pas en supposant que la langue parlée aujourd’hui par les
+Peuls existait au Soudan avant qu’ils y aient fait leur première
+apparition, comme j’essaierai de le démontrer plus loin, la théorie
+de d’Eichthal ne prouverait plus rien quant à l’origine des Foulbé,
+en admettant même que des affinités existassent réellement entre la
+langue actuelle des Peuls et le malais&nbsp;: elle prouverait
+seulement l’origine océanienne de certaines langues nègres. Mais
+ces affinités elles-mêmes ne sont qu’apparentes&nbsp;: d’Eichthal
+s’est contenté de comparer quelques vocables, qu’il a souvent mal
+analysés, prenant des radicaux pour des affixes et <em>vice
+versa</em>. Si l’on étudie méthodiquement les<span class="pagenum"
+id="Page_203">[203]</span> mots peuls qu’il cite, on n’en trouvera
+pas vingt dont la racine se rapproche réellement d’une racine
+malaise ou polynésienne correspondante&nbsp;; la morphologie et la
+syntaxe des deux langues étant par ailleurs complètement
+différentes, on peut hardiment avancer qu’il s’agit là de pures
+coïncidences phonétiques, telles qu’on en pourrait trouver entre
+deux langues quelconques, prises au hasard parmi les plus
+dissemblables.</p>
+
+<p>Barth semble supposer que les Peuls seraient venus du Sud
+marocain et du Touat vers Ghana et de là se seraient répandus au
+Soudan. Sa théorie se trouve à première vue confirmée par une
+légende recueillie en 1857 par C.-J. Reichardt et d’après laquelle
+les Peuls du Fouta-Diallon proviendraient de familles arabes venues
+de Fez<a id="FNanchor_128"></a><a href="#Footnote_128" class=
+"fnanchor">[128]</a> dans le Diaka ou Diaga (Massina), sous la
+conduite de deux chefs nommés Sidi et Séri&nbsp;; ceux-ci auraient
+été accueillis dans le Diaka par un saint personnage nommé El-hadj
+Salihou Souaré, chef d’une tribu mandingue (ou plus exactement
+soninké, d’après son nom de clan&nbsp;: Souaré), lequel les aurait
+dirigés vers le Fouta-Diallon, où ils devinrent les ancêtres des
+deux familles des Sidianké et des Sérianké. Tout n’est pas à
+rejeter dans cette légende&nbsp;: l’arrivée des ancêtres des Peuls
+dans le Diaga déjà occupé par des Soninké, puis leur migration vers
+le Fouta Sénégalais et de là vers le Fouta-Diallon et ailleurs,
+sont des faits qui me paraissent bien près d’être historiquement
+établis. Mais en ce qui concerne l’origine marocaine et surtout
+l’origine arabe de ces ancêtres des Peuls, je ne puis que la
+considérer comme fort douteuse&nbsp;; il n’est pas impossible que
+quelques familles dont sont issus des Peuls soient venues à Ghana
+du Maroc et il semble bien prouvé qu’il en est venu du Touat&nbsp;;
+mais, à mon avis, ces familles n’étaient pas arabes et le Touat ne
+fut que l’une des étapes intermédiaires où s’arrêta momentanément
+une fraction détachée du grand mouvement d’immigration, lequel eut
+très probablement son point de départ en Syrie ou en
+Palestine<a id="FNanchor_129"></a><a href="#Footnote_129" class=
+"fnanchor">[129]</a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_204">[204]</span>Parmi les
+théories sur l’origine des Peuls citées par le D<sup>r</sup>
+Bérenger-Féraud, il me faut rappeler celle les faisant descendre
+des anciens Egyptiens, non pas tant à cause d’affinités
+anthropologiques qui restent d’ailleurs à démontrer, qu’à cause de
+la ressemblance de leur nom (Foulbé, Foulani, Foula, Fellata, etc.,
+selon les idiomes) avec celui des <em>Fellah</em> de la moderne
+Egypte&nbsp;; on sait que <em>fellah</em> en arabe veut dire
+«&nbsp;laboureur&nbsp;» et que ce terme est appliqué, par les
+citadins, dans tous les pays de langue arabe — mais pas plus en
+Egypte qu’en Algérie ou en Arabie —, aux gens que nous appellerions
+en français des «&nbsp;paysans&nbsp;»<a id=
+"FNanchor_130"></a><a href="#Footnote_130" class=
+"fnanchor">[130]</a>&nbsp;: je n’ai pas besoin de souligner
+l’absurdité du rapprochement d’un nom de peuple soudanais avec le
+nom arabe d’une profession qui n’a rien de particulièrement
+égyptien et qui n’est aucunement une appellation ethnique, mais il
+me faut bien avouer que ce calembour inconscient a plus fait pour
+asseoir la théorie de l’origine égyptienne des Peuls que les
+travaux des anthropologistes.</p>
+
+<p>Il faut ranger dans la même catégorie — la catégorie gaie —
+l’étymologie donnée par Bérenger-Féraud du mot <em>Toucouleur</em>,
+qu’il fait dériver sans hésitation de l’anglais <em>two
+colours</em>, sous prétexte que les Foutanké seraient issus d’un
+mélange de peuples de deux couleurs, de Blancs et de Noirs<a id=
+"FNanchor_131"></a><a href="#Footnote_131" class=
+"fnanchor">[131]</a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_205">[205]</span>Bérenger-Féraud
+cite encore — sans la partager d’ailleurs — l’opinion du
+D<sup>r</sup> Thaly, d’après lequel les Peuls seraient des
+Indo-Européens ayant la même origine que nos Bohémiens ou Gipsies
+et qui, chassés de leur pays au <span class=
+"sc2">XV</span><sup>e</sup> siècle par les Mongols, auraient pris
+la route de l’Egypte par la Syrie pour s’enfoncer plus tard dans le
+centre de l’Afrique&nbsp;: malheureusement pour cette théorie, la
+présence des Peuls au Soudan dès le début du <span class=
+"sc2">XIV</span><sup>e</sup> siècle nous est affirmée par Makrizi
+et, dès le milieu du <span class="sc2">XV</span><sup>e</sup>,
+Cadamosto les a rencontrés solidement et depuis longtemps établis
+dans le bassin du Sénégal. Je crois pour ma part qu’il y avait déjà
+des Peuls sur le bas Sénégal vers le <span class=
+"sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle de notre ère au moins et
+peut-être auparavant&nbsp;; en tout cas la langue qu’ils parlent
+actuellement, et que le D<sup>r</sup> Thaly rapproche de la langue
+des Romanichels, était déjà parlée au Sénégal, par les Toucouleurs
+tout au moins, dès le <span class="sc2">XI</span><sup>e</sup>
+siècle, ainsi que le prouve un passage de Bekri nous décrivant les
+hippopotames de la région de Bakel sous le nom de <em>gabou</em>,
+donné, dit-il, à ces animaux par les indigènes du pays<a id=
+"FNanchor_132"></a><a href="#Footnote_132" class=
+"fnanchor">[132]</a>.</p>
+
+<p>Le général Faidherbe s’est prononcé pour la théorie faisant
+venir les Peuls de l’Orient et amenant avec eux en Afrique le bœuf
+à bosse d’origine asiatique, mais en même temps il a signalé les
+affinités que présente leur langue avec plusieurs idiomes de
+l’extrême Ouest-africain et en particulier avec le sérère. Je crois
+que là, comme en beaucoup d’autres occasions, le général Faidherbe
+avait vu juste, et, s’il avait eu le temps ou les moyens
+d’approfondir davantage la question, il l’aurait sans doute résolue
+de la bonne manière. Sa théorie, si elle est incomplète, me paraît
+exacte, les Peuls provenant d’une immigration<span class="pagenum"
+id="Page_206">[206]</span> asiatique qui, parvenue au Fouta
+Sénégalais, y prit la langue des Toucouleurs autochtones et la
+transporta ensuite, lors de sa contre-migration de l’Ouest vers
+l’Est, depuis le bas Sénégal jusqu’au bassin du haut Nil.</p>
+
+<p>Grimal de Guiraudon s’est rendu ridicule par sa prétention, ses
+bizarreries et la grossièreté avec laquelle il a traité ses
+devanciers, même les plus illustres&nbsp;; mais, sous ces dehors un
+peu fantasques, il n’en a pas moins été le premier qui ait vu clair
+dans la langue peule&nbsp;: son système est parfois mal étayé, il
+est incomplet, il renferme des inexactitudes, mais nous devons
+reconnaître toutefois que de Guiraudon a eu, à l’établir, un mérite
+incontestable. En ce qui concerne l’origine des Peuls, et bien
+qu’il se soit fondé sur des faits dont plusieurs sont erronés, il
+me paraît actuellement<a id="FNanchor_133"></a><a href=
+"#Footnote_133" class="fnanchor">[133]</a> avoir donné la bonne
+solution en penchant pour leur rattachement au peuple juif et leur
+immigration de la Palestine au Soudan par l’Egypte, et surtout en
+affirmant que les gens de langue peule ne forment pas un peuple de
+métis mais sont constitués par deux groupements ethniques bien
+distincts, l’un de race blanche (les Peuls proprement dits) et
+l’autre de race noire (les Toucouleurs).</p>
+
+<p>Le professeur Verneau a attribué aux Peuls une origine sémitique
+ou hamito-sémitique&nbsp;; sa conviction provient de la comparaison
+de quelques crânes peuls — dont l’origine d’ailleurs n’était que
+médiocrement sûre, au point de vue de l’ascendance de leurs
+propriétaires — avec des crânes éthiopiens.</p>
+
+<p>Le D<sup>r</sup> Lasnet, lui aussi, est partisan de l’origine
+sémitique des Peuls, et de même M. E.-D. Morel<a id=
+"FNanchor_134"></a><a href="#Footnote_134" class=
+"fnanchor">[134]</a>, qui combat la théorie<span class="pagenum"
+id="Page_207">[207]</span> les rattachant aux Berbères&nbsp;; il
+les fait descendre des Hyksos, cette nation de pasteurs venue
+d’Asie en Egypte et fortement «&nbsp;judaïsée&nbsp;», si elle
+n’était elle-même de souche israélite.</p>
+
+<p>Pour compléter cette sorte de résumé des théories relatives à
+l’origine des Peuls, je dois dire un mot de l’opinion émise par
+divers auteurs — Barth entre autres —, d’après laquelle les Peuls
+seraient les <em>Leucæthiopes</em> ou Ethiopiens Blancs de Pline et
+de Ptolémée. Ce dernier les place, d’après Hannon, auprès du fleuve
+<em>Stachir</em>, qu’on a voulu identifier avec la Gambie, comme on
+a voulu identifier le Darados avec le Sénégal&nbsp;; on a été
+conduit ainsi à supposer que, dès le <span class=
+"sc2">VI</span><sup>e</sup> siècle avant J.-C. (époque probable du
+périple de Hannon), des Peuls de couleur claire — ou tout au moins
+des ancêtres des Peuls — se trouvaient déjà à proximité des régions
+du Ferlo, où ils sont encore nombreux de nos jours. Mais il
+convient de remarquer que, de même que le Darados de Ptolémée
+correspond vraisemblablement au Dara ou Draa et non au Sénégal, le
+Stachir doit correspondre à la Saguiet-el-Hamra ou à quelque
+rivière voisine du cap Bojador bien plutôt qu’à la Gambie. C’est
+d’ailleurs en plein Sahara, entre les Libyo-Egyptiens et les
+Ethiopiens Nigrites riverains du Nigris ou Niger, que Pline situe
+les <em>Leucæthiopes</em>&nbsp;; le même auteur place à l’Ouest des
+Gétules <em>Darates</em> ou Gétules du Dara des tribus qu’il
+appelle <em>Pharusii</em> et <em>Perorsi</em> (peut-être les
+<em>Phetrusim</em> de la Genèse, ancêtres des Philistins), qu’il
+donne aussi comme «&nbsp;Ethiopiens&nbsp;» et qui étaient
+évidemment des Berbères et non des Peuls. Les anciens donnaient le
+nom d’Ethiopiens à tous les habitants du Sud de la Libye, aux
+nomades du Sahara méridional aussi bien qu’aux Nègres&nbsp;:
+seulement ils distinguaient les premiers des seconds par les
+épithètes de «&nbsp;blancs&nbsp;» et de «&nbsp;noirs&nbsp;».</p>
+
+<p class="space-above15">3<sup>o</sup> <em>Les immigrations
+judéo-syriennes en Afrique.</em></p>
+
+<p>A différentes époques, et depuis une antiquité fort reculée, il
+s’est produit de très importants mouvements d’émigration provenant
+de la Syrie et de la Palestine vers l’Egypte et les contrées
+africaines voisines. Les populations sémitiques qui se<span class=
+"pagenum" id="Page_208">[208]</span> sont ainsi transportées de
+l’Asie antérieure vers l’Afrique du Nord étaient en majorité de
+descendance israélite, mais non pas en totalité&nbsp;; les
+Israélites eux-mêmes, si nous en croyons les traditions rapportées
+par le Pentateuque, étaient primitivement originaires de la partie
+de la Syrie voisine de l’Euphrate, patrie d’Abraham, de Rébecca
+mère d’Israël et des épouses de ce dernier, et ce ne serait qu’au
+retour de l’Egypte que les Hébreux se seraient définitivement
+établis dans la Palestine, après en avoir vaincu et chassé les
+premiers occupants ou Philistins, peuple hamitique issu de Chanaan
+dont les descendants émigrés au Maghreb seraient devenus les
+Libyens ou Berbères. C’est pour ces raisons que je préfère donner à
+ces diverses immigrations sémitiques, antérieures aux immigrations
+et invasions arabes du Yémen et du Hidjaz, l’épithète de
+«&nbsp;judéo-syriennes&nbsp;» plutôt que celle de
+«&nbsp;juives&nbsp;», laquelle serait de signification trop
+restreinte.</p>
+
+<p>La première de ces immigrations judéo-syriennes dont le souvenir
+nous ait été transmis semble s’être accomplie durant le troisième
+millénaire avant Jésus-Christ. Certains égyptologues la placent aux
+environs de l’an 3000, d’autres la croient beaucoup plus récente et
+la placent seulement vers l’an 2000 avant Jésus-Christ. Cette
+dernière estimation est la plus généralement adoptée.</p>
+
+<p>La Genèse nous apprend que Joseph, l’un des fils d’Israël ou
+Jacob, ayant été vendu par ses frères à des marchands arabes, fut
+emmené par ceux-ci en Egypte<a id="FNanchor_135"></a><a href=
+"#Footnote_135" class="fnanchor">[135]</a> et revendu à Putiphar,
+qui commandait l’armée du pharaon. Devenu par la suite le confident
+et le ministre tout puissant du roi d’Egypte, Joseph fit venir
+auprès de lui son père, qui se rendit en Egypte avec ses autres
+fils, «&nbsp;toute sa race&nbsp;»<a id="FNanchor_136"></a><a href=
+"#Footnote_136" class="fnanchor">[136]</a> et tous ses troupeaux.
+Au bout de quelques générations, les Israélites émigrés en
+Egypte<span class="pagenum" id="Page_209">[209]</span> étaient
+devenus fort nombreux&nbsp;; une nouvelle dynastie ayant remplacé
+sur le trône des pharaons celle qui s’était montrée favorable à
+Joseph et à sa famille, les Egyptiens persécutèrent les Hébreux
+qui, sous la conduite de Moïse et 430 ans après la venue
+d’Israël<a id="FNanchor_137"></a><a href="#Footnote_137" class=
+"fnanchor">[137]</a> — soit vers 2570 ou 1570 selon la date que
+l’on adopte pour l’histoire de Joseph —, passèrent dans le Sinaï au
+nombre de plus de 600.000<a id="FNanchor_138"></a><a href=
+"#Footnote_138" class="fnanchor">[138]</a> sans compter les enfants
+ni le menu peuple et avec de nombreux troupeaux<a id=
+"FNanchor_139"></a><a href="#Footnote_139" class=
+"fnanchor">[139]</a>, et, de là, se rendirent en Palestine. La
+Bible ne mentionne pas que d’autres immigrés hébreux aient pris une
+autre direction ou soient demeurés en Egypte, mais il est
+vraisemblable que, si tel était leur nombre, Moïse ne dut pas
+pouvoir emmener avec lui tous les Israélites&nbsp;; l’Exode
+l’insinue d’ailleurs en insistant sur les précautions qu’il dut
+prendre pour empêcher nombre d’Hébreux de demeurer ou de retourner
+en Egypte&nbsp;; enfin on connaît la tradition relative aux
+«&nbsp;tribus égarées&nbsp;» d’Israël.</p>
+
+<p>Quelle que soit la part de vérité que l’on doive accorder aux
+récits quelque peu merveilleux et légendaires de la Genèse et de
+l’Exode, il semble bien certain qu’il y eut à une époque fort
+ancienne une très considérable immigration judéo-syrienne en
+Egypte, que les Judéo-Syriens firent en ce pays un séjour prolongé,
+y acquirent une grande influence et finalement en furent expulsés à
+la faveur d’un réveil du sentiment nationaliste. Mais il semble
+difficile d’admettre que tous aient repris le chemin par lequel
+étaient venus leurs ancêtres et il est au contraire vraisemblable
+qu’un nombre appréciable d’entre eux se dispersa soit vers le Sud,
+du côté de l’Ethiopie, soit vers l’Ouest, du côté de la Cyrénaïque.
+Ces Judéo-Syriens demeurés en Afrique, n’ayant pas reçu les
+enseignements de Moïse, devaient pratiquer la religion d’Abraham,
+fortement imprégnée sans doute de croyances et de rites empruntés à
+la religion égyptienne.</p>
+
+<p>Telles sont les indications que nous pouvons raisonnablement
+déduire des traditions juives. Les traditions égyptiennes
+nous<span class="pagenum" id="Page_210">[210]</span> en fournissent
+d’autres dont le parallélisme étroit avec les premières ne fait que
+confirmer celles-ci&nbsp;: je veux parler des renseignements
+relatifs aux Hyksos. Presque tous les savants qui se sont occupés
+de la question des Hyksos penchent pour l’identification de leur
+invasion en Egypte avec l’immigration israélite, ou tout au moins
+pensent que cette dernière s’est produite à la faveur de l’arrivée
+au pouvoir des Hyksos, venus eux aussi de la Mésopotamie, de la
+Syrie et de la Palestine&nbsp;; en sorte que l’immigration
+israélite et l’exode de Moïse ne seraient que des épisodes de
+l’invasion des Hyksos et de leur dispersion.</p>
+
+<p>Les Hyksos envahirent l’Egypte vers la fin de la XIV<sup>e</sup>
+dynastie, c’est-à-dire vers la fin du premier empire thébain.
+S’étant emparés du pouvoir, ils formèrent les XV<sup>e</sup>,
+XVI<sup>e</sup> et XVII<sup>e</sup> dynasties, et furent expulsés
+par la XVIII<sup>e</sup> dynastie, qui constitua le second empire
+thébain. Lepsius donne comme dates probables de leur arrivée et de
+leur départ 2136 et 1626 avant Jésus-Christ&nbsp;; d’autres
+reportent ces dates de mille ans en arrière&nbsp;: de toutes
+façons, ces dates correspondent singulièrement avec celles données
+par les commentateurs de la Bible pour l’arrivée d’Israël et le
+départ de Moïse (2000 et 1570 selon les uns, 3000 et 2570 selon les
+autres).</p>
+
+<p>D’après l’historien égyptien Manéthon, les Hyksos — qui étaient,
+comme les Israélites, des pasteurs — seraient retournés en Asie,
+leur pays d’origine, lors de leur départ de l’Egypte. Mais, de même
+qu’il est permis de supposer qu’une partie des Israélites ne suivit
+pas Moïse, il est loisible également de penser que les Hyksos,
+d’abord persécutés par leurs vainqueurs thébains, puis laissés
+libres d’effectuer paisiblement leur retraite — d’après le
+témoignage de Manéthon —, ne prirent pas tous la même route, et que
+beaucoup se dispersèrent du côté de la Cyrénaïque ou de la haute
+Egypte.</p>
+
+<p>Plus tard des Juifs de religion mosaïque auraient émigré au
+Yémen et de là en Abyssinie, sous le règne de Salomon (<span class=
+"sc2">X</span><sup>e</sup> siècle av. J.-C.) et auraient été les
+ancêtres des Falacha. Mais il ne semble pas que cette immigration
+se soit répandue à l’Ouest du Nil et elle n’offre que peu d’intérêt
+pour la question qui nous occupe. Il en est de même des
+immigrations phéniciennes qui<span class="pagenum" id=
+"Page_211">[211]</span> se produisirent dans l’Afrique du Nord à
+partir du <span class="sc2">XII</span><sup>e</sup> siècle avant
+J.-C. et qui donnèrent naissance aux colonies puniques de la
+Tunisie (Sousse, Utique, Tunis, Carthage, Bizerte).</p>
+
+<p>Mais vers 320 avant J.-C., à la suite de la prise de Jérusalem
+par Ptolémée Soter, de nombreux Juifs furent déportés en
+Cyrénaïque. Sans doute ils y trouvèrent, plus ou moins mélangés
+d’éléments berbères, les descendants, devenus nombreux et
+puissants, des fractions israélites ou hyksos venues d’Egypte
+longtemps auparavant, et il se forma là une population fort
+importante, d’origine judéo-syrienne dans son ensemble et
+pratiquant des religions diverses qui, toutes, devaient dériver
+plus ou moins du culte des Hébreux primitifs ou culte
+d’Abraham.</p>
+
+<p>C’est à cette population que je crois pouvoir faire remonter
+l’origine ethnique des Peuls ou du moins de celles de leurs
+fractions qui n’ont pas été trop transformées par des unions avec
+des Noirs.</p>
+
+<p>Avant de rechercher comment les Judéo-Syriens de la Cyrénaïque
+ont pu devenir les Peuls, je voudrais rapporter quelques traditions
+légendaires qui ont cours chez les Peuls eux-mêmes et qui viennent
+en partie légitimer mon hypothèse.</p>
+
+<p>D’après toutes les traditions recueillies à diverses époques
+chez les Peuls des différentes régions du Soudan, les tribus foulbé
+échelonnées depuis le bas Sénégal et le Fouta-Diallon à l’Ouest
+jusqu’aux pays entre Tchad et Nil à l’Est déclarent à l’unanimité
+être venues du Fouta Sénégalais ou du Mali, c’est-à-dire des
+contrées situées entre l’Atlantique et le Haut-Niger. Mais toutes
+aussi prétendent que leurs ancêtres de l’Ouest provenaient
+eux-mêmes d’ancêtres antérieurs venus du Nord ou de l’Est et
+surtout du Nord-Est. L’immense majorité de ces traditions assigne à
+ces ancêtres primitifs, comme patrie d’origine, le pays de
+<em>Sâm</em> ou <em>Châm</em>, c’est-à-dire la Syrie considérée
+dans son acception la plus large<a id="FNanchor_140"></a><a href=
+"#Footnote_140" class="fnanchor">[140]</a>. De là, toujours d’après
+les traditions<span class="pagenum" id="Page_212">[212]</span>
+indigènes, ils seraient venus d’abord dans le pays de <em>Tôr</em>
+(presqu’île du Sinaï)<a id="FNanchor_141"></a><a href=
+"#Footnote_141" class="fnanchor">[141]</a>, puis du pays de Tôr
+dans celui de <em>Missira</em> (Egypte) et de l’Egypte dans le pays
+de <em>Soritou</em> (sans doute Sort ou Syrte, Cyrénaïque), d’où
+ils auraient, longtemps après, gagné le pays de <em>Diaka</em>,
+Diaga ou Dia (Massina occidental), où nous les retrouverons un peu
+plus loin.</p>
+
+<p>Ceux des Peuls qui ont été profondément islamisés ont amalgamé à
+leurs traditions nationales des souvenirs provenant de l’histoire
+de l’islamisme. C’est ainsi que beaucoup prétendent que leurs
+premiers ancêtres se trouvaient encore au Sinaï après la mort de
+Mahomet lorsque, en 639, le khalife Omar-ben-el-Khattâb (634-644)
+envoya du Hidjaz, par la mer Rouge, une armée commandée par
+Amrou-ben-el-Assi, dans le but de convertir les Juifs et les
+infidèles du Sinaï et de l’Egypte. Amrou aurait débarqué au pays de
+Tôr (Sinaï) une partie de ses troupes, dirigée par un nommé
+Okba-ben-Yâsser&nbsp;; ce dernier aurait converti à l’islamisme la
+majeure partie des Juifs du Sinaï, tandis que ceux qui refusèrent
+d’abjurer le mosaïsme auraient été massacrés. Lorsque Amrou, en
+revenant de son expédition en Egypte, s’arrêta au Sinaï pour se
+rendre compte des résultats obtenus par Okba, le roi de Tôr pria le
+général arabe de laisser dans le pays quelqu’un capable de
+compléter l’instruction religieuse des nouveaux convertis&nbsp;;
+Amrou laissa donc Okba au Sinaï et reprit sa route vers Médine, où
+résidait le khalife Omar. Okba, demeuré ainsi dans le Sinaï, y
+épousa Tadiouma, fille du roi de Tôr, qui lui donna quatre
+enfants&nbsp;: trois filles (Daa ou Daadou, Ouoï et Noussou) et un
+garçon (Raabou ou Raarabou). De Daa serait issu le clan des
+Dialloubé, de Ouoï celui<span class="pagenum" id=
+"Page_213">[213]</span> des Bari ou Daébé, de Noussou celui des Sô
+ou Férobé et de Raabou celui des Ba ou Ourourbé. C’est ainsi que,
+d’après les traditions islamisées, les quatre principaux clans
+peuls descendraient d’une juive du Sinaï et de Okba fils de Yâsser
+fils de Maadj fils de Maghits fils d’un Foulâni (c’est-à-dire d’un
+Peul ou Proto-peul) fils de Selîm fils de Saïd fils de Maad fils de
+Adnân, lequel était issu d’Abraham par Ismaël et qui, par un autre
+de ses petits-fils (Nizar, frère de Saïd), fut l’ancêtre de Koreïch
+et de Mahomet<a id="FNanchor_142"></a><a href="#Footnote_142"
+class="fnanchor">[142]</a>.</p>
+
+<p>L’interpolation d’origine islamique est visible&nbsp;: les Peuls
+musulmans ont voulu à toute force rattacher la généalogie
+de<span class="pagenum" id="Page_214">[214]</span> leurs ancêtres à
+la famille du Prophète et il a fallu pour cela supposer que ces
+ancêtres étaient encore au Sinaï postérieurement à l’hégire et
+qu’une de leurs filles y épousa un Arabe dans l’ascendance duquel
+on a d’ailleurs introduit un <em>Foulâni</em>, afin sans doute de
+rendre plus certaine la parenté des Peuls avec les Koreïchites.
+Mais il est bien probable que, lors de l’expédition de Amrou, les
+ancêtres Judéo-Syriens des Peuls étaient déjà bien loin du Sinaï et
+devaient être sur le point d’arriver au Fouta Sénégalais, où dut
+effectivement se produire, un peu plus tard, la naissance des
+tribus, clans et castes qui existent encore aujourd’hui.</p>
+
+<p>Mais, chez ceux des Peuls qui n’ont été que peu touchés par
+l’influence islamique et surtout chez ceux qui lui ont totalement
+échappé, la légende nationale se présente sous un autre aspect et
+doit s’éloigner moins de la vérité. En voici un échantillon, qui
+résume diverses traditions recueillies auprès de Peuls du
+Sahel.</p>
+
+<p>Les premiers ancêtres des Peuls auraient été <em>Yakouba</em>
+(Jacob), fils d’<em>Issiraïla</em> (Israël)<a id=
+"FNanchor_143"></a><a href="#Footnote_143" class=
+"fnanchor">[143]</a> fils d’<em>Issihaka</em> (Isaac) fils
+d’<em>Ibrahima</em> (Abraham), et un nommé <em>Souleïman</em>. Le
+premier, parti du pays de <em>Kénana</em> (Chanaan), serait venu
+par le <em>Tôr</em> (Sinaï) dans le pays de <em>Missira</em>
+(Egypte), où régnait alors son fils <em>Youssoufou</em>
+(Joseph)&nbsp;; celui-ci, venu précédemment en Egypte, avait épousé
+la fille du roi du pays et lui avait succédé sur le trône. Le
+second ancêtre, Souleïmân, était venu du pays de <em>Sâm</em>
+(Syrie) en même temps que Joseph et s’était établi auprès de
+lui.</p>
+
+<p>Les enfants de Jacob, ainsi que ceux de Souleïmân, auraient
+formé la souche d’où devait sortir plus tard le peuple peul. On
+confondit les uns et les autres sous le nom de
+<em>Banissiraïla</em> (Béni-Israël, Israélites). Après la mort de
+Joseph<a id="FNanchor_144"></a><a href="#Footnote_144" class=
+"fnanchor">[144]</a>, les Egyptiens voulurent secouer le joug des
+<em>Banissiraïla</em> et confièrent le sceptre à un homme du pays
+nommé <em>Firaouma</em> (Pharaon).<span class="pagenum" id=
+"Page_215">[215]</span> Ce dernier, jaloux du nombre, de la
+puissance et de la richesse en troupeaux des <em>Banissiraïla</em>,
+les accabla d’impôts de toutes sortes&nbsp;; les Israélites — ou
+plutôt les Judéo-Syriens — s’enfuirent alors de l’Egypte. Une
+partie d’entre eux regagna le Kénana (Chanaan, Palestine) et le Sâm
+(Syrie) sous la conduite d’un chef nommé Moussa (Moïse). Les autres
+franchirent le Nil sous la conduite d’un descendant de Joseph et
+d’un descendant de Souleïmân, se dirigeant vers le soleil couchant.
+Firaouma les poursuivit, mais, comme il traversait le Nil, la
+pirogue qui le portait chavira et il se noya&nbsp;; ses guerriers
+abandonnèrent alors la poursuite des Judéo-Syriens qui, avec leurs
+troupeaux, vinrent se fixer dans le pays de <em>Soritou</em>
+(Cyrénaïque)<a id="FNanchor_145"></a><a href="#Footnote_145" class=
+"fnanchor">[145]</a> et prirent dès ce moment, «&nbsp;en souvenir
+de leur fuite&nbsp;», le nom de <em>Foudh</em> ou
+<em>Fouth</em><a id="FNanchor_146"></a><a href="#Footnote_146"
+class="fnanchor">[146]</a>.</p>
+
+<p>Plus tard, une fraction d’entre eux, prenant la route du
+Sud-Ouest, se rendit au <em>Touat</em>&nbsp;; mais une autre
+fraction se dirigea vers le Sud et gagna le <em>Bornou</em> (ou
+plutôt l’Aïr, comme nous le verrons plus loin), sous la conduite de
+deux chefs nommés <em>Gadia</em> et <em>Gaye</em>, descendant le
+premier d’Israël et le second de Souleïmân. <em>Kara</em> ou
+<em>Karaké</em>, fils et successeur de Gadia, et <em>Gama</em>,
+fils et successeur de Gaye, menèrent leurs compatriotes du Bornou
+au <em>Diaga</em> ou Massina, où ils furent accueillis
+favorablement par les <em>Sébé</em> (Soninké)<a id=
+"FNanchor_147"></a><a href="#Footnote_147" class=
+"fnanchor">[147]</a>.</p>
+
+<p class="space-above15"><span class="pagenum" id=
+"Page_216">[216]</span>4<sup>o</sup> <em>Formation du peuple
+peul.</em></p>
+
+<p>Nous avons vu comment des colonies judéo-syriennes fort
+importantes s’étaient formées en Cyrénaïque, tant lors de la
+période de Moïse et des Hyksos — les <em>Foudh</em>, parlant
+vraisemblablement la langue égyptienne ou tout au moins une langue
+sémitique fortement imprégnée d’égyptien<a id=
+"FNanchor_148"></a><a href="#Footnote_148" class=
+"fnanchor">[148]</a> — que vers la fin du <span class=
+"sc2">IV</span><sup>e</sup> siècle avant J.-C. Cette population
+professait sans doute en partie la religion d’Abraham et en partie
+la foi mosaïque.</p>
+
+<p>L’an 40 de notre ère, saint Marc, qui était lui-même un Juif de
+Cyrénaïque, vint évangéliser sa patrie et fut le premier à prêcher
+le christianisme en Afrique. Il fit un certain nombre de prosélytes
+parmi ses compatriotes&nbsp;; mais par contre, au contact de la
+nouvelle doctrine, la ferveur religieuse redoubla chez les Juifs
+demeurés fidèles à la religion de leurs ancêtres et de vieilles
+haines, jusque-là assoupies, se réveillèrent entre pré-mosaïstes,
+mosaïstes et orthodoxes. Des prêtres juifs imaginèrent d’unifier
+les différents cultes et prêchèrent une sorte de réforme du
+judaïsme, cherchant à le ramener à sa pureté primitive. Des guerres
+intestines s’ensuivirent&nbsp;; Rome, que le christianisme
+n’effrayait pas encore, prit ombrage des Juifs réformés et, tant en
+raison des persécutions dont ils eurent à souffrir de la part des
+autorités impériales que de l’espèce de réprobation dont ils furent
+l’objet de la part de leurs compatriotes, ces partisans d’un retour
+aux anciennes doctrines — qui n’étaient autres sans<span class=
+"pagenum" id="Page_217">[217]</span> doute que les <em>Foudh</em>
+pré-mosaïstes venus d’Egypte lors de la dispersion des Hyksos —
+commencèrent vers l’an 80 à émigrer vers le Sud.</p>
+
+<p>A cette époque, un officier romain, Julius Maternus, sur l’ordre
+de l’empereur Domitien, partait à la recherche des fameuses mines
+d’or du Soudan&nbsp;; guidé par des Berbères du Djerma ou Fezzân
+(Garamantes), que Cornélius Balbus avait soumis soixante ans
+auparavant, il s’enfonça au Sud de la Tripolitaine&nbsp;; après un
+voyage fort long et fort pénible, et sans avoir rien rencontré qui
+ressemblât à une mine d’or, il atteignit un pays où il vit des
+rhinocéros et dont le nom nous a été transmis par les historiens
+latins sous la forme <em>Agisymba</em>, puis il revint à la côte.
+On a pensé, non sans raison, que ce pays devait être l’Aïr et
+qu’Agisymba correspondait à Asben ou à Agadès.</p>
+
+<p>Selon toute vraisemblance, c’est cette route que suivirent les
+<em>Foudh</em> ou Judéo-Syriens pré-mosaïstes, soit que leur exode
+ait devancé de quelques mois l’expédition de Julius Maternus et que
+ce dernier ait marché sur leurs traces, soit que, l’ayant
+rencontrée dans la Phazanie, ils aient profité de l’appareil
+guerrier de cette expédition pour accomplir leur migration en toute
+sécurité. Quoi qu’il en soit, ils atteignirent sûrement l’Aïr, mais
+il est peu probable qu’ils aient poussé plus au Sud, et c’est sans
+doute l’Aïr qui est désigné sous le nom de Bornou dans la légende
+que j’ai rapportée plus haut<a id="FNanchor_149"></a><a href=
+"#Footnote_149" class="fnanchor">[149]</a>. Dans l’Aïr, où ils
+durent séjourner un certain temps, ils recueillirent sur
+l’emplacement des fameuses mines d’or du Soudan, ou tout au moins
+sur les pays où en parvenait le produit, des renseignements plus
+précis que ceux que possédait Julius Maternus, et continuant,
+peut-être inconsciemment, la route que celui-ci n’avait fait
+qu’ébaucher, ils arrivèrent, par Takedda et Tadmekket, aux bords du
+Niger, dans la région comprise entre Tombouctou — qui n’existait
+pas encore — et Dia ou Diaga — qui existait déjà au moins en tant
+que province.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_218">[218]</span>Sans doute ils
+étaient demeurés par dessus tout les pasteurs par excellence
+qu’avaient été leurs ancêtres Israélites et traînaient avec eux des
+troupeaux&nbsp;; après avoir traversé le Sahara, ils ne pouvaient
+manquer d’être frappés de l’abondance des pâturages du Massina et,
+considérant cette région comme la terre éternellement promise à
+leur mysticisme traditionaliste, ils s’y installèrent. Le pays
+était habité par des agriculteurs soninké et des pêcheurs bozo,
+mais le bétail devait y être rare, et les autochtones durent, au
+moins tout d’abord, faire bon visage à ces pasteurs blancs,
+d’origine mystérieuse, qui vivaient surtout de laitage, ne
+semblaient pas nourrir des desseins de conquête et apportaient avec
+eux un élément de richesse considérable.</p>
+
+<p>L’histoire de Joseph en Egypte recommença sur les bords du
+Niger, dans de moindres proportions il est vrai. Au bout de peu de
+temps, les Judéo-Syriens devinrent les conseillers, puis les
+maîtres des Soninké du Massina, jusqu’à ce que ces derniers,
+fatigués d’une tutelle qui, à la longue, leur semblait lourde,
+voulurent prendre leur revanche en dépossédant ces étrangers
+devenus plus riches que les autochtones, sans s’apercevoir qu’en
+faisant cela ils tuaient la poule aux œufs d’or. Ce qui était
+arrivé au temps de Moïse arriva de nouveau&nbsp;: les
+Judéo-Syriens, qui n’en étaient pas à un exode près, s’éloignèrent
+des bords du Niger, protégés dans leur migration par un patriarche
+soninké qui est devenu, dans les légendes modernisées, le religieux
+musulman El-hadj Salihou Souaré. Gagnant des régions plus désertes
+mais qui leur devaient être par cela même moins inhospitalières,
+ils se dirigèrent vers l’extrémité septentrionale du Bagana, du
+côté de Néma, où sans doute des Soninké avaient fait depuis
+longtemps déjà des essais clairsemés de colonisation, et
+s’établirent dans l’Aoukar, vers le milieu du <span class=
+"sc2">II</span><sup>e</sup> siècle de notre ère. Des Berbères
+devaient nomadiser dès cette époque dans la région, mais sans doute
+leur point d’attache était plus à l’Ouest — au Nord-Ouest plutôt —,
+dans l’Adrar Mauritanien.</p>
+
+<p>Les <em>Foudh</em> devaient être rejoints bientôt dans le Nord
+du Bagana par un autre groupe de Judéo-Syriens de la Cyrénaïque,
+venu par une route différente. Le départ des pré-mosaïstes n’avait
+pas en effet apporté une solution suffisante à la
+question<span class="pagenum" id="Page_219">[219]</span>
+religieuse&nbsp;; si le christianisme ne faisait encore que des
+progrès assez lents en Cyrénaïque et ne se montrait pas hostile aux
+pouvoirs établis, il n’en était pas de même des différentes sectes
+judaïques. Celles-ci finirent par mettre un terme à leurs querelles
+intestines et à s’unir dans une commune haine des Romains. En l’an
+115 une révolte générale de toutes les communautés judéo-syriennes
+menaça gravement l’autorité romaine en Cyrénaïque&nbsp;; les
+représentants de l’empereur durent mobiliser toutes leurs troupes
+et faire appel aux populations berbères pour combattre la
+rébellion, qui dura deux années entières. Enfin en 117 les
+Judéo-Syriens, définitivement vaincus par les Romains, émigrèrent
+en masse, cette fois, au nombre de plusieurs milliers.</p>
+
+<p>Parvenus dans le Sud de la Tripolitaine, ils ne prirent pas
+comme leurs devanciers la route de l’Aïr, mais, longeant la lisière
+nord du Sahara, ils se portèrent vers les oasis du Touat. Un grand
+nombre d’entre eux y demeura<a id="FNanchor_150"></a><a href=
+"#Footnote_150" class="fnanchor">[150]</a>. D’autres poussèrent
+plus loin vers l’Ouest et allèrent fonder, dans le Sud du Maroc,
+des colonies qui subsistent encore de nos jours. D’autres enfin, et
+non des moins nombreux, s’en furent rejoindre dans l’Aoukar leurs
+compatriotes venus là par l’Aïr et le Massina. Ceux-ci oublièrent
+facilement les querelles religieuses de jadis dans la joie de voir
+leur arriver ce nouvel élément de force et de richesse&nbsp;; les
+nouveaux-venus s’incorporèrent à la fraction déjà installée et tous
+ensemble formèrent une communauté unique.</p>
+
+<p>Et c’est ainsi, je crois, que, vers la fin du <span class=
+"sc2">II</span><sup>e</sup> siècle de notre<span class="pagenum"
+id="Page_220">[220]</span> ère, se constitua dans l’Aoukar, au Nord
+du Bagana, une colonie surtout pastorale de <em>Foudh</em> ou
+Judéo-Syriens, de religion hébraïque au sens large du mot, d’où
+devait sortir, un siècle plus tard environ, l’empire de Ghana.</p>
+
+<p>Vers la fin du <span class="sc2">VIII</span><sup>e</sup> siècle,
+les Soninké du Diaga ou Massina, attirés par la prospérité
+qu’avaient acquises leurs colonies de l’Aoukar et notamment Ghana,
+sous la suzeraineté des Judéo-Syriens, s’y portèrent en masse et
+dépossédèrent ces derniers de la suprématie politique. Ce fut pour
+les <em>Foudh</em> le signal d’une nouvelle dispersion et d’un
+nouvel exode.</p>
+
+<p>Certains d’entre eux, cependant, acceptèrent la domination
+soninké et demeurèrent dans le pays&nbsp;; ceux-ci appartenaient
+surtout à des familles provenant de la première immigration&nbsp;;
+ils s’étaient unis à des Soninké durant leur séjour dans le Massina
+et aussi depuis leur installation dans l’Aoukar et il était assez
+naturel qu’ils tinssent à demeurer auprès de leurs parents par
+alliance. Ce sont les descendants de ces Judéo-Syriens, plus ou
+moins métissés de Soninké, que l’on appela les <em>Massîn</em> ou
+<em>Ahl-Massina</em>, en souvenir de leur séjour au Massina avant
+leur arrivée à Ghana&nbsp;; on les rencontre encore aujourd’hui à
+Oualata et à Néma&nbsp;; ils ont adopté la langue arabe et, à cause
+de cela, on les rattache aux Maures.</p>
+
+<p>Quelques familles de Judéo-Syriens <em>Massîn</em>, accompagnées
+de Soninké de Ghana, se portèrent vers l’Ouest et allèrent fonder
+<em>Chétou</em>, dont le nom fut transformé plus tard en
+<em>Tichit</em> par les Berbères. La tradition rapporte que leur
+chef était un vieillard aveugle&nbsp;; Dieu lui avait promis en
+songe de le conduire dans un pays qu’il lui destinait comme
+nouvelle patrie et que le vieillard reconnaîtrait à une odeur
+spéciale émanant du sol&nbsp;; tous les jours, en arrivant à
+l’étape, l’aveugle se faisait apporter une poignée de sable et
+l’approchait de ses narines&nbsp;; enfin, arrivé à l’endroit où se
+trouve aujourd’hui Tichit, il reconnut le parfum indicateur et
+choisit ce lieu pour y installer sa résidence et celle de ses
+compagnons. Plus tard, des Massîn de Tichit émigrèrent dans le
+Tagant&nbsp;; attaqués là par des Berbères, ils furent en partie
+massacrés&nbsp;; les survivants se réfugièrent à Diara, près de
+Nioro, et enfin à Akor, près de Goumbou,<span class="pagenum" id=
+"Page_221">[221]</span> et devinrent les <em>Guirganké</em>
+actuels, qui ont adopté la langue arabe — comme d’ailleurs les
+Massîn demeurés à Tichit — et qu’on range pour cela parmi les
+Maures.</p>
+
+<p>Quant aux Judéo-Syriens qui s’étaient conservés à peu près purs
+de tout mélange avec les Soninké, ils ne consentirent pas à
+accepter le joug de ces derniers. Les uns émigrèrent vers l’Ouest
+et, devançant sans doute la fondation de Tichit par leurs cousins
+les Massîn, se portèrent dans le Tagant et dans l’Adrar
+Mauritanien<a id="FNanchor_151"></a><a href="#Footnote_151" class=
+"fnanchor">[151]</a>. D’autres demeurèrent dans l’Aoukar, mais sans
+se mêler aux Soninké, et constituèrent une petite peuplade
+indépendante que Bekri nous a signalée au <span class=
+"sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle sous le nom de <em>Honeïhîn</em>
+ou <em>Nehîn</em> ou <em>Honimîn</em><a id=
+"FNanchor_152"></a><a href="#Footnote_152" class=
+"fnanchor">[152]</a> et qui se rencontre encore dans la région de
+Oualata et en quelques autres points sous le nom de
+<em>Nimadi</em><a id="FNanchor_153"></a><a href="#Footnote_153"
+class="fnanchor">[153]</a>.</p>
+
+<p>Enfin le plus grand nombre des Judéo-Syriens de Ghana, emmenant
+avec eux leurs troupeaux de bœufs à bosse, de moutons et de
+chèvres, se portèrent sur la rive Nord du Sénégal, dans la province
+de Mauritanie qui constitue aujourd’hui le cercle du Gorgol et qui
+alors — fin du <span class="sc2">VIII</span><sup>e</sup> siècle —
+formait une<span class="pagenum" id="Page_222">[222]</span>
+dépendance de l’empire toucouleur de Tekrour. Cette importante
+migration n’eut pas lieu sans doute d’un seul coup et l’exode des
+Judéo-Syriens dut s’accomplir selon plusieurs itinéraires&nbsp;:
+certaines familles paraissent être arrivées au Gorgol en passant
+par le Tagant, d’autres s’y rendirent par le Bakounou<a id=
+"FNanchor_154"></a><a href="#Footnote_154" class=
+"fnanchor">[154]</a>, le Diafounou, le Diomboko et le
+Guidimaka<a id="FNanchor_155"></a><a href="#Footnote_155" class=
+"fnanchor">[155]</a>.</p>
+
+<p>Ce second groupe, arrivé dans le Diomboko ou sur la lisière du
+Diomboko et du Guidimaka (au Nord et non loin de Kayes), s’arrêta
+et demeura là un certain temps. Mais il y fut attaqué par l’armée
+d’un chef mandingue qui voulait s’emparer des troupeaux des
+émigrants&nbsp;; un grand nombre de ceux-ci périrent dans la
+bataille et le chef de l’émigration fut parmi les morts. Lorsque
+les Mandingues se furent retirés avec leur butin, les Judéo-Syriens
+ne purent s’entendre pour l’élection d’un nouveau chef et se
+séparèrent en deux fractions. L’une d’elles demeura dans le
+Diomboko. L’autre fraction, commandée par un chef que la tradition
+appelle <em>Mahmoud</em>, traversa le Guidimaka et alla dans le
+Gorgol se mettre sous la protection du groupe principal
+d’émigrants, à la tête duquel se trouvait un chef nommé
+<em>Ismaïl</em><a id="FNanchor_156"></a><a href="#Footnote_156"
+class="fnanchor">[156]</a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_223">[223]</span>Celui-ci avait
+su gagner les bonnes grâces de l’empereur de Tekrour, qui résidait
+alors à <em>Guédé</em>, sur le marigot de Doué, un peu au Sud-Est
+de Podor, dans le Fouta Toro. Cet empereur appartenait au clan
+toucouleur des <em>Sal</em>.</p>
+
+<p>Il invita Ismaïl et Mahmoud à venir s’installer auprès de lui,
+sur la rive Sud du Sénégal, avec leurs compagnons et leurs
+troupeaux. Cette arrivée des Judéo-Syriens au Fouta Toro dut
+s’accomplir vers le début du <span class=
+"sc2">IX</span><sup>e</sup> siècle ou la fin du <span class=
+"sc2">VIII</span><sup>e</sup>.</p>
+
+<p>Une fois de plus, nous allons voir se dérouler au Fouta, sous
+une forme et avec des conséquences nouvelles, l’éternelle histoire
+des Juifs d’Egypte. Ismaïl, devenu le confident et le ministre de
+l’empereur de Tekrour, épousa sa fille <em>Diouma Sal</em><a id=
+"FNanchor_157"></a><a href="#Footnote_157" class=
+"fnanchor">[157]</a> et, à la mort de son beau-père, il fut choisi
+comme souverain par les Toucouleurs. A sa mort, il fut remplacé par
+Mahmoud, et le trône du Tekrour fut ainsi occupé désormais par des
+membres des deux principales familles judéo-syriennes. Au bout de
+quelques générations, les immigrants sémites venus de Ghana
+s’étaient multipliés, sans cependant égaler en nombre les
+Toucouleurs autochtones, avec lesquels sans doute ils avaient
+contracté de fréquentes et fécondes unions. Aussi ne tardèrent-ils
+pas à abandonner leur langue — qui sans doute était, comme nous
+l’avons vu, soit l’égyptien soit plutôt un mélange d’égyptien et
+d’araméen ou de quelque dialecte hébraïco-syriaque soit encore le
+berbère — pour adopter la langue du Fouta, le <em>poular</em><a id=
+"FNanchor_158"></a><a href="#Footnote_158" class=
+"fnanchor">[158]</a>. Peut-être aussi leur religion se
+modifia-t-elle assez profondément, bien que ce soit moins sûr.
+D’autre part, ils restèrent fidèles à leurs mœurs et surtout à leur
+vie pastorale. Cependant, au contact et à l’imitation des
+Toucouleurs, ils<span class="pagenum" id="Page_224">[224]</span>
+adoptèrent certaines institutions sociales de ces derniers, en
+particulier celle des clans et celle des castes&nbsp;; et c’est
+vraisemblablement au Fouta Toro, alors qu’ils parlaient déjà la
+langue <em>poular</em>, qu’apparurent pour la première fois, chez
+les descendants des Judéo-Syriens de Cyrénaïque, ces quatre clans
+principaux dont la légende islamisée<a id=
+"FNanchor_159"></a><a href="#Footnote_159" class=
+"fnanchor">[159]</a> place l’origine dans le Sinaï, au temps des
+premiers khalifes arabes. Ces clans furent calqués sur les clans
+toucouleurs qui avaient alors la prééminence&nbsp;: Sal — clan
+royal — devint Diallo, Ba devint Boli ou Bourouro (ou Bourourdo),
+Sô devint Pérédio, Bari devint Daédio<a id=
+"FNanchor_160"></a><a href="#Footnote_160" class=
+"fnanchor">[160]</a>. Les artisans d’origine judéo-syrienne se
+partagèrent en castes à l’imitation des artisans toucouleurs et
+prirent les mêmes appellations&nbsp;: Laobé, Diawambé, etc.<a id=
+"FNanchor_161"></a><a href="#Footnote_161" class=
+"fnanchor">[161]</a>.</p>
+
+<p>Les pasteurs venus de Ghana durent conserver le pouvoir au
+Tekrour jusque vers le début du <span class=
+"sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle, c’est-à-dire pendant 200 ans
+environ. Depuis longtemps, les Toucouleurs commençaient à supporter
+de mauvaise grâce la suzeraineté de ces étrangers et il dut y avoir
+plus d’une tentative de complot dirigée contre le souverain. La
+tradition nous rapporte comment les choses finirent par se gâter
+complètement.</p>
+
+<div class="plate" id="pl08">
+<table class="width-full">
+<tr>
+<td class="tdl ipub sc">Delafosse</td>
+<td class="tdr ipub">Planche VIII</td>
+</tr>
+</table>
+
+<div class="figcenter iw6">
+<figure id="i15"><img src='images/i15.jpg' alt=''>
+<p class="ipubr"><em>Cliché Fortier</em>
+</p>
+
+<p class="cp1"><span class="sc">Fig.</span> 15. — Une famille
+Peule.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw4">
+<figure id="i16"><img src='images/i16.jpg' alt=''>
+<p class="ipubr"><em>Cliché Froment</em>
+</p>
+
+<p class="cp1"><span class="sc">Fig.</span> 16. — Groupe de femmes
+Peules et Silmimossi.</p>
+</figure>
+</div>
+</div>
+
+<p>Le trône était occupé, vers le début du <span class=
+"sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle, par un descendant du Mahmoud
+venu au Fouta avec Ismaïl, descendant<span class="pagenum" id=
+"Page_225">[225]</span> qui portait le même nom que son
+ancêtre&nbsp;; ce Mahmoud II, ayant découvert un complot tramé par
+des Toucouleurs contre sa vie, convoqua les chefs de toutes les
+familles indigènes du Toro et exigea que chacun lui remit en otage
+un de ses enfants mâles. Puis il confia ces enfants à la garde de
+l’un de ses frères, qui se trouvait être son héritier présomptif.
+Un devin dit à ce dernier que, si Mahmoud, touché par les plaintes
+des parents, leur rendait un jour les otages, lui, son frère, ne
+monterait jamais sur le trône. Pour empêcher Mahmoud de rendre les
+enfants à leurs parents, son frère usa d’un procédé aussi radical
+que barbare&nbsp;: il les fit tuer tous durant la nuit. Lorsque le
+jour parut, les pères des otages — ignorant encore ce qui s’était
+passé — allèrent trouver Mahmoud et le supplièrent de leur rendre
+leurs enfants, jurant que sa mansuétude lui porterait
+bonheur&nbsp;; Mahmoud, se laissant apitoyer, envoya un messager à
+son frère pour lui réclamer les otages. Son frère lui fit répondre
+qu’il venait de les mettre à mort. Lorsque la nouvelle fut connue
+des chefs toucouleurs, ceux-ci la répandirent aussitôt dans le
+pays, en réclamant une vengeance sanglante&nbsp;: tous les
+indigènes du Fouta prirent les armes et coururent sus aux pasteurs
+judéo-syriens dispersés parmi eux, massacrant ceux qu’ils pouvaient
+atteindre et mettant les autres en fuite. Un Toucouleur nommé
+<em>Ouâr Diabi</em>, <em>Ouâr Diâdié</em> ou <em>Ouâr Ndiaye</em>
+s’empara du pouvoir. Mahmoud et tous les membres de sa famille
+furent tués. Ses serviteurs tentèrent de s’emparer du sabre qu’il
+portait et qui était l’insigne du commandement des souverains du
+Tekrour&nbsp;; mais la famille de Ouar Diâbi le leur arracha et eut
+ainsi désormais le privilège de fournir l’empereur&nbsp;: ce fut le
+clan toucouleur des <em>Koliabé</em>. Quant au fourreau, il resta
+entre les mains d’un autre clan toucouleur qui devait plus tard
+s’emparer du pouvoir, celui des <em>Dénianké</em>.</p>
+
+<p>Quant aux Judéo-Syriens qui échappèrent au massacre — et qui
+d’ailleurs étaient certainement très nombreux —, ils furent obligés
+de quitter le Toro et, ne pouvant s’entendre pour le choix d’un
+chef unique en remplacement de Mahmoud, ils s’éparpillèrent dans
+toutes les provinces du Tekrour, sous la conduite de divers
+<em>ardo</em> ou chefs de migration. Leur ancien nom<span class=
+"pagenum" id="Page_226">[226]</span> de <em>Foudh</em>, soumis aux
+règles de la langue <em>poular</em> qu’ils avaient adoptée, devint
+— selon les lois phonétiques et morphologiques de cette langue —
+<em>Poullo</em> au singulier et <em>Foulbé</em> au pluriel et prit
+la signification d’«&nbsp;éparpillés&nbsp;», son étymologie
+première étant inconnue des Toucouleurs&nbsp;; le <em>poular</em>
+parlé par les Foulbé devint, conformément aux mêmes lois, le
+<em>foulfouldé</em>.</p>
+
+<p>Les Judéo-Syriens étaient devenus les Peuls.</p>
+
+<p>La fin de leur suprématie au Fouta et leur éparpillement durent
+avoir lieu vers le début du <span class="sc2">XI</span><sup>e</sup>
+siècle, puisque Bekri nous apprend que Ouâr Diâbi mourut en 1040.
+Un peu plus tard se fondait, non loin du Toro, sur le bas Sénégal,
+la secte berbère des Almoravides. Tout en admettant comme
+vraisemblable le récit légendaire que je viens de rapporter, je ne
+serais pas éloigné de croire que la conversion des Toucouleurs à
+l’islamisme, commencée par Ouâr Diâbi — d’après Bekri — et achevée
+par les Almoravides, ne fut pas étrangère au revers de fortune des
+Peuls&nbsp;: ceux-ci durent en effet se montrer dès lors rebelles à
+l’islamisation puisque, de nos jours encore, un nombre appréciable
+d’entre eux sont encore infidèles — au sens musulman du mot —, même
+parmi les fractions demeurées dans le voisinage du Fouta (au Ferlo
+notamment) et principalement parmi les familles chez lesquelles le
+type sémitique original est demeuré le plus pur et qui sont les
+moins métissées de sang nègre.</p>
+
+<p class="space-above15">5<sup>o</sup> <em>Les migrations
+peules.</em></p>
+
+<p>Dès les premières années qui suivirent la mort de Mahmoud II,
+l’immense majorité des Peuls du Fouta Toro se porta
+vraisemblablement vers le Sud, dans la région alors inhabitée mais
+favorable à l’élevage qui est connue aujourd’hui sous le nom de
+Ferlo et qui devait alors dépendre, plus ou moins théoriquement, de
+l’empire de Tekrour. Un parti assez considérable continua ensuite
+son exode vers l’Est, s’établissant non loin de la rive gauche du
+Sénégal, entre Bakel et Kayes, dans le Nord du Boundou et du
+Bambouk, c’est-à-dire dans le pays de Galam ou Gadiaga, à cheval
+sur la basse Falémé. Ce pays était alors (deuxième moitié du
+<span class="sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle) une dépendance
+du<span class="pagenum" id="Page_227">[227]</span> Tekrour, d’après
+le témoignage de Bekri, et les Soninké qui y possédaient déjà des
+colonies devaient être vassaux des Toucouleurs. Quelques familles
+peules durent, dès cette époque, passer sur la rive droite du
+Sénégal aux environs de Kayes et rejoindre dans le Diomboko les
+descendants des Judéo-Syriens qui y étaient demeurés en venant de
+Ghana.</p>
+
+<p>C’est cette colonie peule du Galam, du Khasso et du Diomboko
+que, très probablement, Bekri nous signale sous le nom
+d’<em>Al-Fâmân</em> — on pourrait lire à la rigueur
+<em>Al-Fellân</em> sur l’un des manuscrits — et qu’il localise au
+Sud-Est du pays des <em>Toronka</em> (Toucouleurs du Toro), dans la
+région de <em>Silla</em><a id="FNanchor_162"></a><a href=
+"#Footnote_162" class="fnanchor">[162]</a>, ajoutant que ces
+Al-Fâmân appartiennent à la même race que les Honeïhîn de Ghana.
+Certaines familles de cette colonie s’unirent plus tard à des Mandé
+(Soninké et Kâgoro principalement) et donnèrent naissance aux
+<em>Khassonkè</em> actuels.</p>
+
+<p>D’après les traditions indigènes, cette colonie peule du Galam
+se choisit dans le clan Diallo un roi dont le titre nous a été
+transmis sous les formes diverses de <em>saltigué</em>,
+<em>silatigui</em>, <em>fondokoï</em> et <em>ardo</em><a id=
+"FNanchor_163"></a><a href="#Footnote_163" class=
+"fnanchor">[163]</a>. Lorsque les Soninké de Ghana, vaincus et
+pourchassés par les Berbères Lemtouna à la faveur du mouvement
+almoravide, commencèrent à venir s’établir en nombre dans le
+Guidimaka et le Gadiaga ou Galam (fin du <span class=
+"sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle), les Peuls, sous la conduite de
+leur <em>ardo</em>, quittèrent en majorité ces régions et
+s’avancèrent vers l’Est à travers le Diomboko et le Kaarta,
+laissant à chacune de leurs étapes des familles qui, en
+s’unissant<span class="pagenum" id="Page_228">[228]</span> à des
+Mandingues, donnèrent naissance aux <em>Foulanké</em> des cercles
+de Bafoulabé et de Kita.</p>
+
+<p>Arrivé au Kaniaga<a id="FNanchor_164"></a><a href=
+"#Footnote_164" class="fnanchor">[164]</a>, province méridionale du
+Bagana, le gros de la migration y demeura plus longtemps que dans
+ses lieux d’arrêt précédents. Il semble que, partis du Galam vers
+la fin du <span class="sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle ou le
+commencement du <span class="sc2">XII</span><sup>e</sup>, les Peuls
+n’avaient pas sensiblement dépassé le Kaniaga à la fin du
+<span class="sc2">XIV</span><sup>e</sup>&nbsp;; sans doute les
+efforts des Soninké Sossé ou Sosso pour conquérir Ghana sur les
+Sissé, ensuite leurs luttes avec les Mandingues et les razzias qui
+suivirent la victoire finale de ces derniers, avaient entretenu le
+long de la rive gauche du haut Niger un état d’insécurité qui ne
+favorisait pas les migrations vers l’Est. Au début du <span class=
+"sc2">XIV</span><sup>e</sup> siècle pourtant, des Peuls Diawambé
+s’étaient portés dans le Kingui et avaient fondé Nioro.</p>
+
+<p>Mais, au début du <span class="sc2">XV</span><sup>e</sup>
+siècle, l’exode des Peuls reprit son essor d’une manière décisive,
+à la suite de circonstances que les traditions indigènes relatent
+de la manière suivante. Un <em>silatigui</em> ou <em>ardo</em>
+nommé <em>Yogo</em>, fils de Sadio ou Sadia Diallo, résidant à
+Kouma ou Toï dans le Kaniaga, mourut vers 1400 en laissant une
+veuve et deux frères, dont l’aîné s’appelait <em>Diâdié</em> et le
+plus jeune <em>Maga</em> (ou Maghan) ou Atiba. Diâdié voulut
+épouser la veuve de Yogo, mais celle-ci refusa ses avances&nbsp;;
+Maga se rendit auprès d’elle pour l’engager à accepter la main de
+son frère&nbsp;: cependant la femme persista dans son refus, et des
+ennemis de Maga présentèrent à Diâdié la démarche de son frère sous
+un mauvais jour, prétendant que c’était Maga qui avait poussé la
+veuve de Yogo à rejeter les propositions de Diâdié dans le but de
+l’épouser lui-même. Une querelle s’ensuivit entre les deux frères
+qui, après avoir échangé des paroles blessantes, se séparèrent.</p>
+
+<p>Maga Diallo (ou Maga Sal) quitta le Kaniaga avec ses
+partisans,<span class="pagenum" id="Page_229">[229]</span> marchant
+droit devant lui dans la direction du Nord. Parvenu dans le centre
+du Bagana, du côté de Kala (Sokolo), il rencontra un troupeau de
+bœufs égarés et, le poussant devant lui dans la direction de l’Est,
+il parvint dans le Diaga ou Massina, auprès d’une mare qui
+avoisinait un village de Soninké Nono. Maga leur demanda
+l’hospitalité et établit son campement près de leur village&nbsp;;
+il alla ensuite saluer le fonctionnaire qui gouvernait le Bagana au
+nom de l’empereur de Mali et reçut de lui l’investiture officielle
+de chef (<em>ardo</em>) des familles peules qui l’avaient suivi,
+avec l’autorisation de résider dans le Massina. Plus tard, d’autres
+Peuls du Kaniaga, appartenant au clan Daédio ou Bari, vinrent
+rejoindre Maga, ainsi que des gens appartenant aux castes des Mabbé
+ou Maboubé et des Diawambé&nbsp;; des serfs Rimaïbé<a id=
+"FNanchor_165"></a><a href="#Footnote_165" class=
+"fnanchor">[165]</a>, issus d’esclaves noirs acquis par les Peuls
+durant leur traversée du bassin du Sénégal, vinrent encore grossir
+ce noyau, qui donna naissance au très important groupe des Peuls du
+Massina et aux fractions secondaires qui en sont issues par la
+suite.</p>
+
+<p>Quant aux partisans de Diâdié, certains se mêlèrent aux Foulanké
+du Nord de Kita et de Bafoulabé et aux Khassonkè de la région de
+Kayes, adoptant peu à peu la langue mandé et transformant leurs
+noms de clan&nbsp;: Ourourbé en <em>Diakaté</em> ou
+<em>Diakité</em> (les gens originaires du Diaka ou Diaga), Daébé en
+<em>Sangaré</em>, Férôbé en <em>Sidibé</em>&nbsp;; seul, le clan
+des Dialloubé conserva son nom sous la forme du singulier
+(<em>Diallo</em>).</p>
+
+<p>Diâdié lui-même s’était dirigé vers le Nord-Ouest et était allé
+se fixer dans le Bakounou, entre Goumbou et Nioro, avec plusieurs
+familles appartenant aux clans des <em>Irlâbé</em>, des
+<em>Yalâbé</em> (ou Alaïbé), des <em>Oualarbé</em>, des
+<em>Férôbé</em> et des <em>Ourourbé</em> (ou Boli)<a id=
+"FNanchor_166"></a><a href="#Footnote_166" class=
+"fnanchor">[166]</a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_230">[230]</span>Du Massina, les
+Peuls ne tardèrent pas à se répandre a travers la Boucle du Niger
+et au delà, bien que le gros de leur nation soit encore aujourd’hui
+établi dans la région dont le marigot de Dia ou Diaka forme comme
+le centre. Dès le <span class="sc2">XV</span><sup>e</sup> siècle,
+des Oualarbé, des Ourourbé, des Salsalbé et des Tôrobé se portèrent
+vers le Nord, dans le cercle actuel de Niafounké, avec un grand
+nombre de Diawambé. D’autres franchirent le Niger et le Bani et,
+s’infiltrant au travers des Tombo et des Mossi, gagnèrent le
+Liptako (région de Dori), où ils fondèrent une colonie prospère qui
+put presque rivaliser avec celle du Massina. Ici encore, nous avons
+de nombreuses traditions indigènes relatives aux différents exodes
+dont l’ensemble constitua cette importante migration.</p>
+
+<p>Le clan peul des <em>Tôrobé</em> — car il y a des Tôrobé peuls
+et des Tôrobé toucouleurs —, à la suite de la grande migration du
+Fouta vers le Massina, s’était installé surtout au Nord du lac
+Débo, entre Niafounké et Saraféré. La légende dit que l’exode des
+Tôrobé avait été dirigé par trois frères nommés Sambo, Paté et
+Yoro. Une partie d’entre eux, quittant la région de Saraféré, s’en
+alla camper à Gorou, au Nord de Douentza. Là, ils furent rejoints
+par quatre membres de leur clan (Hamadi, Dembo, Dello et Diobo),
+tous les quatre descendants d’un nommé Siré qui aurait été le père
+de Sambo, Paté et Yoro et qui serait demeuré au Fouta avec une
+partie de sa famille lors de l’exode de ces trois derniers. Les
+quatre émissaires venaient du Fouta dans le<span class="pagenum"
+id="Page_231">[231]</span> but d’engager leurs compatriotes à
+retourner au Sénégal. Non seulement ils échouèrent dans leur
+mission, mais ils demeurèrent avec les Tôrobé de Gorou et devinrent
+eux-mêmes des chefs de migration&nbsp;: Dello, avec Dembo et ses
+fils, conduisit une partie de la tribu au Liptako&nbsp;; Dembo
+s’arrêta dans le Djilgodi (région de Djibo), d’où ses descendants
+pénétrèrent dans le Nord-Est du Mossi (canton de Boussouma)&nbsp;;
+la plupart des fils de Dembo demeurèrent au Liptako, mais Dello,
+allant coloniser le Torodi (pays des Tôrobé) et traversant le Niger
+près de Say, poussa jusqu’à Sokoto&nbsp;; Hamadi, lui, conduisit
+dans le Yatenga une autre bande dont le chef actuel, Abdoullahi,
+prétend descendre de Sambo et de son père Siré, le premier ancêtre
+des Peuls Tôrobé. Enfin Diobo, qui avait accompagné Hamadi au
+Yatenga, alla ensuite au Djilgodi rejoindre Dembo, y laissa son
+fils Pélouna, traversa le Liptako et le Torodi, gagna Sokoto et se
+porta de là dans l’Adamaoua.</p>
+
+<p>Ila Galâdio, ancêtre du clan des <em>Yalâbé</em> ou Alaïbé,
+aurait fait partie de la migration qui demeura longtemps du côté de
+Kayes et qui aurait, en partie, donné naissance aux Khassonkè.
+Beaucoup de ses descendants cependant avaient suivi le grand
+mouvement vers le Kaniaga et le Massina, et s’étaient établis, sous
+la conduite d’un nommé Dama ou Demba, dans le Sébéra, entre Dienné
+et Sofara. Gao, fils de Dama, poussa vers le Nord jusqu’à
+Gouméouel, dans le Fitouka, entre Niafounké et Saraféré. La
+fraction des Yalâbé qui s’établit là aurait pris le nom de
+<em>Fitôbé</em> ou <em>Fitoubé</em> (du nom du Fitouka). Plus tard,
+Diâdié, fils de Gao, conduisit les Fitôbé à Sari, sur la route de
+Bandiagara à Dori, au Nord de Ouahigouya. Moussa, fils de Diâdié,
+qui vivait vers le milieu du <span class=
+"sc2">XVIII</span><sup>e</sup> siècle<a id=
+"FNanchor_167"></a><a href="#Footnote_167" class=
+"fnanchor">[167]</a>, aurait conclu une alliance avec les Tombo de
+la région pour chasser de Bané (entre Sari et Ouahigouya) les
+Nioniossé et les Soninké de langue songaï qui s’y trouvaient alors
+et s’installer à leur place,<span class="pagenum" id=
+"Page_232">[232]</span> poussant ainsi vers le Sud. Goré, l’un des
+compagnons de Moussa, se fixa plus au Sud encore, à Sittiga, dans
+le Yatenga. Demba, le chef actuel des Fitôbé du Yatenga, dit
+descendre de Moussa par les nommés Hamadou, Sidiki, Tana et
+Hamat.</p>
+
+<p>Ce dernier — Hamat —, fils et successeur de Moussa, vivait aux
+environs de 1780. Un Peul de sa tribu, nommé Paté, se transporta
+avec ses troupeaux à Téma, dans le Mossi, et y épousa une nommée
+Siboudou, fille du chef mossi de Téma. Il en eut cinq fils (Mali,
+Koumbassé, Faéni, Garba et Sambo) et une fille (Sadia). Cette
+dernière demeura à Téma et s’y maria avec un Mossi&nbsp;; les cinq
+fils vinrent s’établir à Kalsaka, dans le Yatenga, et s’y marièrent
+avec des femmes mossi&nbsp;: ce sont les descendants de ces unions
+de Peuls avec des Mossi qui sont appelés par les Mossi
+<em>Silmimossi</em>, tandis que les Peuls purs sont appelés
+Silmissi. Ces Silmimossi sont rattachés aux Peuls plutôt qu’aux
+Mossi, mais en réalité ils participent des deux peuples&nbsp;: ils
+parlent en même temps le peul et le mossi et sont à la fois
+pasteurs et agriculteurs&nbsp;; mais ce sont les hommes, chez eux,
+qui traient les vaches, et non pas les femmes comme chez les vrais
+Peuls.</p>
+
+<p>Les <em>Dialloubé</em> ont également fourni un assez fort
+contingent aux migrations peules qui se sont répandues dans la
+Boucle du Niger. Un de leurs chefs, Hamân, partit du Massina au
+<span class="sc2">XVII</span><sup>e</sup> siècle et vint s’établir
+à Gomboro, dans l’Ouest du Yatenga, en pays samo. Guibril, chef
+actuel des Dialloubé du Yatenga, serait le quatorzième successeur
+de Hamân, dont le sépareraient neuf générations.</p>
+
+<p>Revenons maintenant au Ferlo, qui avait été, comme nous l’avons
+vu, le refuge de la majorité des Peuls chassés du Fouta Toro par
+les Toucouleurs. Tandis que s’organisaient les grands exodes qui,
+du Ferlo, devaient aboutir au Massina et au Torodi, une autre
+migration moins importante prenait la route du Sud et, laissant
+plusieurs colonies dans le Boundou, allait se fixer dans le Fouta
+Diallon. Cette migration eut lieu aussi, vraisemblablement, du
+<span class="sc2">XI</span><sup>e</sup> au <span class=
+"sc2">XIV</span><sup>e</sup> siècles, bien avant la conquête
+du<span class="pagenum" id="Page_233">[233]</span> Fouta Diallon
+par les Toucouleurs Dénianké, que l’on place généralement vers
+1720<a id="FNanchor_168"></a><a href="#Footnote_168" class=
+"fnanchor">[168]</a>.</p>
+
+<p>Lorsque précisément les Toucouleurs arrivèrent au Fouta Diallon
+et surtout lorsqu’ils voulurent convertir à l’islamisme les
+Diallonké et les Peuls, le plus grand nombre de ces derniers
+émigrèrent vers l’Est, se portant dans le Sangaran et le
+Ouassoulou, où ils s’unirent à des Mandingues et grossirent le
+nombre des Foulanké&nbsp;; d’autres, demeurés à peu près purs,
+poussèrent plus loin encore et arrivèrent près de la haute Volta
+Noire, dans le quadrilatère compris entre Sikasso, Koutiala, Koury
+et Bobo-Dioulasso, s’avançant même jusqu’à Barani, entre Koury et
+San. Beaucoup de ceux-là, bien qu’ayant conservé l’usage de la
+langue peule, avaient adopté, durant leur passage dans le
+Ouassoulou, la forme foulanké des noms de clan (Diallo, Sangaré,
+Diakité, Sidibé). L’un d’eux, Ouidi Sidibé, fonda à Barani une
+sorte de royaume éphémère d’où sont parties quelques petites
+migrations récentes (<span class="sc2">XIX</span><sup>e</sup>
+siècle), telles que celle de Daba Sangaré du côté de Koutiala,
+celle d’Ali-Bouri du côté de San, etc. D’autres migrations,
+anonymes celles-là, traversant vers la fin du <span class=
+"sc2">XVIII</span><sup>e</sup> siècle le Dafina, le Mossi et une
+partie du Gourma, rejoignirent au Torodi le grand courant venu du
+Massina par le Liptako et suivirent la route qu’il
+avait<span class="pagenum" id="Page_234">[234]</span> tracée déjà
+vers les pays haoussa, l’Adamaoua, le Baguirmi et le Ouadaï.</p>
+
+<p class="space-above15">6<sup>o</sup> <em>Conclusions.</em> —
+Résumons en quelques lignes les conclusions à tirer de tout ce qui
+précède, au sujet des origines et de la formation du peuple
+peul.</p>
+
+<p>A une époque fort ancienne, nous trouvons une population
+sémitique, d’origine judéo-syrienne, de langue égypto-araméenne ou
+bien berbère, de religion pré-mosaïque ou mosaïque, qui, venue de
+la Cyrénaïque par l’Aïr et par le Touat, s’établit à l’Ouest de
+Tombouctou, puis émigre en grande partie dans le Fouta Sénégalais.
+Elle trouve là une population nègre, parlant une langue nègre que
+nous appelons aujourd’hui le peul, et, sans se mélanger intimement
+avec cette population nègre, elle en subit cependant l’influence,
+en adopte la langue à la suite d’un long contact et devient le
+peuple peul primitif. Par suite de circonstances diverses, ce
+peuple quitte en majorité le Fouta pour se diriger vers l’Est, avec
+l’intention, dit la légende, de regagner l’Asie, son pays
+d’origine&nbsp;; mais, pour de multiples raisons, il ne va pas
+aussi loin et se contente de pousser jusqu’au Darfour, faisant
+donner par les auteurs arabes le nom de Tekrour, par suite d’une
+extension de sens facile à comprendre, à toute cette vaste région
+où il avait introduit avec lui la langue tekrourienne. Tout le long
+de cet immense itinéraire, des groupes de Peuls s’établissent comme
+bergers au milieu des Noirs&nbsp;; certains perdent complètement
+leur type primitif pour devenir des Nègres, tandis que d’autres,
+s’étant installés dans des pays peu habités, conservent plus pur
+leur type sémitique original tout en continuant à parler la langue
+nègre qu’ils tiennent des Toucouleurs. Parfois dominateurs et
+puissants, ils acceptent le plus souvent la loi des pays qui
+veulent bien les accueillir et vivent à l’état de demi-vassaux,
+quelquefois à l’état de parias, au milieu des Noirs. Il semble que
+leur conversion à l’islamisme est assez récente et ne remonte
+guère, pour la plupart d’entre eux, au delà des conquêtes
+toucouleures des <span class="sc2">XVIII</span><sup>e</sup> et
+<span class="sc2">XIX</span><sup>e</sup> siècles&nbsp;; beaucoup
+d’ailleurs, surtout parmi ceux qui ont conservé le plus purement
+les caractéristiques de la race<span class="pagenum" id=
+"Page_235">[235]</span> blanche, pratiquent aujourd’hui encore une
+religion qui ne semble pas s’éloigner énormément de ce qui dut être
+la religion de leurs ancêtres primitifs et conservent pieusement
+des traditions qui ont une étonnante analogie avec les plus
+vieilles traditions juives.</p>
+
+<p class="space-above15"><a id="p2c02s05"></a><span class="bold">V.
+Toucouleurs.</span>
+</p>
+
+<p>L’ampleur que j’ai cru devoir donner à la question de l’origine
+des Peuls me permettra d’être bref en ce qui concerne celle des
+Toucouleurs, puisque j’ai déjà exposé que ces derniers, bien que
+parlant la même langue que les Peuls, ne peuvent à aucun titre leur
+être rattachés.</p>
+
+<p>Si les Peuls sont incontestablement issus d’une population de
+race blanche, les Toucouleurs appartiennent tout aussi
+incontestablement à la race noire. A mon avis, ils sont autochtones
+de la région qu’ils habitent encore de nos jours — le Fouta
+Sénégalais, — mais leur pays primitif, lorsqu’il portait encore le
+nom de <em>Tekrour</em><a id="FNanchor_169"></a><a href=
+"#Footnote_169" class="fnanchor">[169]</a>, devait chevaucher sur
+les deux rives du Sénégal<a id="FNanchor_170"></a><a href=
+"#Footnote_170" class="fnanchor">[170]</a> et renfermer, non
+seulement les ancêtres des Toucouleurs<span class="pagenum" id=
+"Page_236">[236]</span> actuels, mais aussi ceux des Sérères. La
+poussée des Berbères vers le Sud dut contraindre les Sérères, du
+<span class="sc2">XI</span><sup>e</sup> au <span class=
+"sc2">XIV</span><sup>e</sup> siècles, à s’enfoncer dans le pays des
+Ouolofs d’abord et ensuite dans le Sine, au Sud de ces
+derniers&nbsp;; mais la langue qu’ils parlent encore est une preuve
+vivante de leur très ancien et très intime contact avec les
+Toucouleurs.</p>
+
+<p>L’arrivée des Berbères sur la rive droite du Sénégal contraignit
+également les Toucouleurs à se localiser sur la rive gauche&nbsp;;
+les conquêtes des Ouolofs à l’Ouest, celles des Soninké à l’Est,
+restreignirent encore l’ancien territoire du Tekrour. Mais il
+semble bien que, si leur domaine diminua petit à petit depuis le
+<span class="sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle environ jusqu’au
+<span class="sc2">XVI</span><sup>e</sup>, ils ne commencèrent à en
+sortir pour se répandre au dehors qu’à partir du <span class=
+"sc2">XVIII</span><sup>e</sup> siècle, durant lequel la conquête
+les porta au Fouta-Diallon et au Boundou. Au début du <span class=
+"sc2">XIX</span><sup>e</sup> siècle, ils secondèrent puissamment la
+révolte des Peuls du Gober contre les Haoussa et fournirent,
+semble-t-il, un contingent fort appréciable au conquérant
+Osmân-dan-Fodio, fondateur de l’empire de Sokoto. Enfin, dans la
+seconde moitié du même siècle, sous la conduite d’El-Hadj-Omar, ils
+se répandirent, toujours par la conquête à main armée, dans les
+quelques régions du Haut-Sénégal-Niger où l’on en trouve
+aujourd’hui.</p>
+
+<p>Mais, s’ils constituèrent de tout temps une nation forte et
+puissante, s’ils sont devenus à une époque récente des conquérants
+remarquables, ils n’ont jamais été un peuple migrateur et ils n’ont
+pas eu d’influence sensible sur la formation des groupements
+ethniques de l’Afrique Occidentale.</p>
+
+<p>N’oublions pas d’autre part que leur influence linguistique et
+religieuse fut la plus considérable qu’il nous soit permis
+d’enregistrer dans l’histoire du Soudan Français, puisque d’une
+part ils ont réussi à faire adopter leur langue par un peuple — le
+peuple peul — qui l’a répandue ensuite de l’Atlantique jusqu’au
+delà du Tchad et que, d’autre part, convertis à l’islamisme dès le
+<span class="sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle, avant les autres
+peuples noirs, avant une bonne partie des Berbères et bien avant
+les Peuls, ils ont contribué plus que toute autre nation africaine
+à l’islamisation des Ouolofs, de certaines fractions mandingues,
+des Soussou,<span class="pagenum" id="Page_237">[237]</span> des
+Peuls, des Haoussa, etc., les Soninké ayant fait le reste sous ce
+rapport.</p>
+
+<p>Si les Toucouleurs ne sont pas des Peuls, il est infiniment
+probable néanmoins que, après le départ de ces derniers du Fouta
+Sénégalais, des relations subsistèrent entre les uns et les autres.
+Lorsque, beaucoup plus tard, les Toucouleurs commencèrent leurs
+conquêtes, il est remarquable qu’ils se portèrent toujours vers des
+contrées où ils savaient trouver des Peuls, pensant sans doute
+rencontrer en ces derniers, qui parlaient leur langue et sortaient
+de leur pays, des alliés naturels&nbsp;: les faits du reste ne
+justifièrent pas toujours leur espérance, notamment au Massina, où
+les Toucouleurs n’eurent pas d’ennemis plus acharnés que les
+Peuls.</p>
+
+<p>Le type primitif des Toucouleurs a été certainement très altéré
+par des mélanges successifs, d’abord et surtout avec les
+Judéo-Syriens ou Proto-Peuls lors de leur installation au Tekrour,
+ensuite avec les Peuls proprement dits venus au <span class=
+"sc2">XVI</span><sup>e</sup> siècle sous la conduite de Koli, bien
+que le résultat des mélanges ait dû être plus sensible chez les
+Peuls qu’il ne l’a été chez les Toucouleurs.</p>
+
+<p>Un autre élément d’altération, peut-être plus considérable, fut
+apporté par les Soninké Sossé et par les Ouolofs&nbsp;: non
+seulement ces derniers ont conquis et gouverné le Tekrour durant
+une assez longue période, mais ils y ont laissé un grand nombre de
+familles dont les descendants portent encore aujourd’hui des noms
+de clan ouolofs (Ndiaye entre autres). Du côté de l’Est, il s’est
+produit parmi les Toucouleurs des infiltrations soninké qui ne sont
+pas négligeables&nbsp;; le contact avec les Berbères et les Arabes
+de la rive droite du fleuve n’est pas sans avoir exercé également
+une influence sérieuse. Enfin, les étrangers venus se faire
+instruire par les marabouts du Fouta — et ils furent nombreux de
+tout temps — ont été, par le fait même de leur séjour au Fouta et
+de l’instruction religieuse qu’ils y avaient reçue, naturalisés
+Tôrobé, en sorte que ce clan renferme une grande quantité de
+familles qui n’ont avec les Toucouleurs que des liens de parenté
+tout à fait artificiels.</p>
+
+<p class="space-above15"><span class="pagenum" id=
+"Page_238">[238]</span><a id="p2c02s06"></a><span class="bold">VI.
+— Songaï.</span>
+</p>
+
+<p>Jusque vers la fin du siècle dernier, on avait toujours
+considéré les Songaï comme des nègres authentiques. Mais un ouvrage
+qui eut un certain retentissement<a id="FNanchor_171"></a><a href=
+"#Footnote_171" class="fnanchor">[171]</a>, tant en raison du
+moment où il parut que de la valeur littéraire de son auteur et de
+l’agrément de son style, vint modifier les idées de plusieurs
+ethnologues de bonne volonté&nbsp;; on alla chercher en Egypte, ou
+tout au moins en Nubie, le berceau des Songaï et il fut beaucoup
+question de l’empire songaï, de l’époque songaï, de la civilisation
+songaï, etc. C’était, je crois, faire un peu trop d’honneur à cette
+population de paysans et de pêcheurs que de lui chercher un passé
+si éloigné et si glorieux&nbsp;: les malheureux Songaï ont
+certainement fourni plus d’esclaves que de princes, leur influence
+sur le développement du Soudan a toujours été de second ordre et
+leur civilisation n’a eu de relativement brillant que ce qui lui a
+été apporté de l’extérieur par les Berbères d’abord, les Mandé
+ensuite et les Marocains en dernier lieu. Quant à l’apport de
+l’Egypte, il paraît avoir été à peu près nul, au moins en tant
+qu’apport direct.</p>
+
+<p>Sur quoi s’est-on basé pour attribuer aux Songaï une origine
+égyptienne&nbsp;? sur leur type physique affiné, leur degré de
+culture et le style architectural de leurs constructions. Or, chose
+au moins singulière, aucun de ces caractères ne se rencontre chez
+les Songaï, sauf chez ceux de la classe supérieure, et cette classe
+précisément n’est songaï qu’à moitié. Aucun de ces caractères, de
+plus, n’est attribuable à une origine ni à une influence
+égyptiennes, mais bien à une influence maghrébine et surtout
+marocaine, ainsi que l’histoire et un examen impartial des faits
+nous le démontrent surabondamment.</p>
+
+<p>D’où vient donc l’erreur commise&nbsp;? simplement de ce que M.
+Félix Dubois, d’une part a attribué gratuitement à l’Egypte des
+influences qui proviennent d’ailleurs et que, d’autre part, il a
+pris comme champ d’observation la ville de Dienné, laquelle
+précisément ne renferme pas de Songaï ou en renferme si peu qu’il
+est en tout cas aussi inexact de la considérer<span class="pagenum"
+id="Page_239">[239]</span> comme un produit de la civilisation
+songaï qu’il serait inexact de prendre la colonie peule du Liptako
+comme type de la civilisation toucouleure. M. Ch. Monteil<a id=
+"FNanchor_172"></a><a href="#Footnote_172" class=
+"fnanchor">[172]</a> a parfaitement démontré qu’il n’existait à
+Dienné, au temps où il y résidait, c’est-à-dire il y a environ huit
+ans, que trois familles ayant, parmi leurs ascendants, quelques
+individualités d’origine songaï. La langue de Dienné est la langue
+songaï, il est vrai, comme la langue du Liptako est la langue
+toucouleure, comme la langue des Marka ou Soninké de Banamba est le
+banmana&nbsp;: mais c’est là un phénomène dû à des raisons
+politiques et économiques, et qui n’a rien à voir avec l’origine
+ethnique des Diennéens.</p>
+
+<p>La population songaï, dans son ensemble, est manifestement une
+population de race nègre, à laquelle des éléments berbères d’abord,
+arabes, juifs et peuls ensuite et enfin et surtout marocains sont
+venus se surajouter, en modifiant assez profondément le type d’un
+certain nombre de familles&nbsp;; ces familles d’ailleurs, si leur
+influence politique et sociale a été et est encore considérable, ne
+constituent au point de vue numérique qu’une fraction infime de la
+population&nbsp;; le peuple, dans son ensemble, est demeuré
+franchement nègre.</p>
+
+<p>Tout me porte à croire que les Songaï primitifs étaient des
+autochtones de la basse vallée nigérienne. Je placerais volontiers
+le berceau de leur peuple sur la rive gauche du bas Niger, dans les
+régions généralement désignées sous les noms de Kebbi, de Maouri et
+de Zaberma, entre le Goulbi-n-Kebbi ou Goulbi-n-Sokoto au Sud et le
+Dallol-Dosso au Nord, le Dallol-Maouri et la frontière
+franco-anglaise formant à peu près le centre de ce domaine.</p>
+
+<p>L’avancée des Haoussa de Katséna dans le Kebbi<a id=
+"FNanchor_173"></a><a href="#Footnote_173" class=
+"fnanchor">[173]</a> dut, dès une époque reculée, inciter une
+partie des Songaï à traverser le Niger et à s’installer dans le
+Dendi, sur la limite actuelle de la colonie du Dahomey et du cercle
+de Say, tandis que d’autres se portaient vers le Nord et
+occupaient, à l’Est de Niamey<span class="pagenum" id=
+"Page_240">[240]</span> et de Tillabéry, la contrée connue sous le
+nom de Djerma-ganda (pays des Djerma ou Songaï).</p>
+
+<p>Il est probable que, avant le <span class=
+"sc2">VII</span><sup>e</sup> siècle de notre ère, les Songaï ne
+dépassaient pas au Nord la latitude approximative de Tillabéry et
+n’avaient pas encore pénétré sur la rive droite du Niger, sauf
+toutefois dans le Dendi. Le long du fleuve lui-même, ils avaient dû
+remonter un peu plus haut, sans doute jusqu’à Bentia. Une partie de
+la population se consacrait presque exclusivement à la pêche et
+occupait les rives du fleuve et surtout les îles&nbsp;: c’étaient
+les <em>Sorko</em> ou <em>Kourteï</em>, appelés actuellement
+<em>Kourtibé</em> par les Peuls. Grâce à la facilité de
+communications que leur donnaient leurs pirogues, ils avaient
+acquis une sorte de prééminence politique dont ils usaient au
+détriment des Songaï agriculteurs, les <em>Gabibi</em> de nos
+jours. Ne cultivant pas la terre eux-mêmes, ils allaient, après la
+récolte, surprendre les villages voisins du Niger, pillaient les
+greniers et rapportaient les grains volés dans leurs repaires des
+îles, s’approvisionnant ainsi à peu de frais. Les paisibles
+agriculteurs les détestaient et les redoutaient, mais ne pouvaient
+rien contre eux.</p>
+
+<p>Lorsque les Lemta venus de la Tripolitaine firent leur première
+apparition vers <em>Gounguia</em> ou <em>Koukia</em>, qui devait se
+trouver, comme je l’ai dit plus haut, dans l’île de Bentia<a id=
+"FNanchor_174"></a><a href="#Footnote_174" class=
+"fnanchor">[174]</a>, les Songaï agriculteurs les accueillirent
+avec joie. Leur attribuant une origine quasi-divine, que les
+nouveaux arrivants firent tout pour accréditer, ils pensaient
+trouver en eux des alliés qui les protégeraient contre les rapines
+des Sorko.</p>
+
+<p>Le chef de l’immigration lemta en effet, connu sous le nom de
+<em>Dia Aliamen</em>, livra bataille aux Sorko de l’île de
+Gounguia, les chassa de la contrée et s’installa à leur place, à
+Gounguia,<span class="pagenum" id="Page_241">[241]</span> avec ses
+compagnons (fin du <span class="sc2">VII</span><sup>e</sup> siècle
+environ). Les Songaï agriculteurs des bords du Niger, en
+reconnaissance, firent de Dia Aliamen leur roi et lui prêtèrent
+serment d’obéissance, et bientôt son autorité s’étendit sur tous
+les Songaï habitant depuis Bentia jusqu’au Kebbi.</p>
+
+<div class="plate" id="pl09">
+<table class="width-full">
+<tr>
+<td class="tdl ipub sc">Delafosse</td>
+<td class="tdr ipub">Planche IX</td>
+</tr>
+</table>
+
+<div class="igrp">
+<div class="figcenter iw6 float-left">
+<figure id="i17"><img src='images/i17.jpg' alt=''>
+<p class="ipubr"><em>Cliché Fortier</em>
+</p>
+
+<p class="cp1"><span class="sc">Fig.</span> 17. — Jeune fille
+Peule.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw6 float-right">
+<figure id="i18"><img src='images/i18.jpg' alt=''>
+<p class="ipubr"><em>Cliché Fortier</em>
+</p>
+
+<p class="cp1"><span class="sc">Fig.</span> 18. — Femme
+Malinké.</p>
+</figure>
+</div>
+</div>
+</div>
+
+<p class="clear">Une légende rapportée par Sa’di raconte que, lors
+de l’arrivée de Dia Aliamen à Koukia, les indigènes subissaient le
+joug d’un poisson qui, un anneau passé dans les narines,
+apparaissait au dessus des eaux du fleuve à certaines époques de
+l’année et dictait au peuple des ordres et des défenses&nbsp;; Dia
+Aliamen aurait tué ce poisson d’un coup de harpon et délivré ainsi
+les habitants de cette tyrannie bizarre. L’auteur du
+<em>Tarikh</em> essaie d’expliquer cette légende en disant que sans
+doute Dia Aliamen était musulman et que sa foi religieuse le
+conduisit à détruire l’idole personnifiée dans cet étrange
+poisson&nbsp;; mais il a senti la faiblesse de son explication et a
+dû émettre la conjecture que, postérieurement, les successeurs de
+Dia Aliamen auraient abjuré l’islamisme. En réalité, Dia Aliamen et
+ses compagnons devaient être, non pas musulmans, mais chrétiens, et
+on pourrait supposer qu’un motif religieux les porta en effet à
+détruire l’idole des indigènes. Mais il me paraît plus rationnel de
+penser que la légende a simplement symbolisé, sous la forme d’un
+poisson tyran, la caste pillarde des pêcheurs Sorko, qui pouvaient
+très bien porter un anneau dans le nez — coutume fréquente chez les
+peuples de la vallée nigérienne — et qui en effet apparaissaient en
+maîtres à l’époque de la moisson, ainsi que je le disais plus
+haut.</p>
+
+<p>Quoiqu’il en soit, une importante fraction des Sorko remonta
+vers cette époque le Niger et alla fonder <em>Gao</em>, où un
+pêcheur nommé <em>Faram-Ber</em> (Faran-le-Grand) créa une sorte de
+royaume indépendant. Cette fraction des Sorko comprenait deux clans
+principaux&nbsp;: celui des <em>Faran</em>, qui avait la
+prééminence et qui s’installa à Gao, et celui des <em>Fono</em>,
+qui alla s’établir du côté de Bamba, portant ainsi le peuple songaï
+en amont du coude de Bourem.</p>
+
+<p>Les successeurs de Faram-Ber furent presque continuellement en
+lutte avec les Lemta de Gounguia&nbsp;; l’un d’eux,
+<em>Kobé-Taka</em>,<span class="pagenum" id="Page_242">[242]</span>
+trouva la mort dans une bataille qu’il leur livra sur la rive
+droite du Niger. <em>Faran-Nabo</em> ou <em>Nabonké</em>, son fils
+et successeur, voulut aller venger la mort de son père, mais, après
+quelques victoires heureuses sur les Lemta, — victoires qui
+étendirent momentanément son autorité au Sud de Gao, — il fut
+repoussé et vaincu et dut quitter Gao, cédant la place aux
+successeurs de Dia Aliamen (<span class="sc2">IX</span><sup>e</sup>
+ou <span class="sc2">X</span><sup>e</sup> siècle probablement).
+C’est alors que les Songaï agriculteurs, fidèles sujets des Lemta,
+s’avancèrent jusqu’à Gao&nbsp;: un peu plus tard, sans doute au
+début du <span class="sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle, sous le
+règne de Dia Kossoï, la capitale de l’Empire lemta-songaï fut
+transférée de Gounguia à Gao<a id="FNanchor_175"></a><a href=
+"#Footnote_175" class="fnanchor">[175]</a>.</p>
+
+<p>Cependant les Sorko, continuant à tracer en éclaireurs le
+mouvement d’avancée des Songaï le long du Niger, ne tardèrent pas à
+atteindre le lac Débo.</p>
+
+<p>Les Faran chassés de Gao arrivèrent à Bamba et, en leur qualité
+de clan royal, s’attribuèrent les meilleurs emplacements de pêche
+au détriment des Fono. Ceux-ci ne voulurent pas se laisser
+déposséder ainsi et livrèrent bataille aux Faran&nbsp;; vaincus,
+ils remontèrent le fleuve et parvinrent dans la région des lacs, où
+les Soninké et les Bozo formaient alors le fond de la population.
+Les Fono furent autorisés par les chefs du pays à s’établir dans
+l’île de Koura, un peu en amont de Tombouctou, ainsi qu’à Gourao,
+sur la rive nord du lac Débo.</p>
+
+<p>Ils furent rejoints dans cette région par un autre clan songaï,
+celui des <em>Goou</em> ou Gow, composé principalement de
+chasseurs, et qui avait dû émigrer du Djerma-ganda à la suite de
+difficultés avec les Lemta. Ces Goou s’installèrent dans le Bara,
+sur la rive droite du Bara-Issa, à mi-chemin à peu près entre le
+Débo et Niafounké.</p>
+
+<p>Cependant les Bozo, jusqu’alors maîtres de la navigation sur le
+Débo et les canaux du Niger, ne voyaient pas d’un œil favorable la
+concurrence que commençaient à leur faire les Sorko<span class=
+"pagenum" id="Page_243">[243]</span> Fono. Ceux-ci ayant créé un
+service de transports entre Mopti et Koura par Gourao, les Bozo
+cherchèrent à ruiner l’entreprise et construisirent près de Kouna,
+entre Mopti et le Débo, avec les herbes aquatiques connues sous le
+nom de <em>borgou</em>, des sortes de barrages qui arrêtaient les
+embarcations des Fono<a id="FNanchor_176"></a><a href=
+"#Footnote_176" class="fnanchor">[176]</a>. Ces derniers, unis aux
+marchands soninké de Mopti, organisèrent contre les Bozo une
+expédition qui demeura infructueuse. Ils songèrent alors à appeler
+à leur aide leurs cousins les Faran, demeurés à Bamba, et leur
+envoyèrent par eau des messagers pour réclamer leur concours.</p>
+
+<p>A cette époque (fin du <span class="sc2">XII</span><sup>e</sup>
+siècle ou commencement du <span class=
+"sc2">XIII</span><sup>e</sup>), l’autorité des empereurs de Gao
+s’était notablement accrue et leur territoire, gagnant du terrain
+vers le Nord, avait atteint Bamba. Les Sorko Faran,
+irréconciliables ennemis des Lemta, supportaient malaisément le
+voisinage de ces derniers et ils saisirent avec empressement
+l’occasion qui s’offrait à eux d’émigrer vers de nouvelles
+contrées. Ils répondirent donc à l’appel des Fono et partirent tous
+pour la région des lacs, formant une véritable flottille de
+pirogues. Lorsqu’ils arrivèrent à proximité du confluent de
+l’Issa-Ber et du Bara-Issa, en amont de Koura, ils se heurtèrent à
+une troupe armée composée surtout de Soninké<a id=
+"FNanchor_177"></a><a href="#Footnote_177" class=
+"fnanchor">[177]</a>, qui voulut s’opposer à leur passage. Les
+Faran triomphèrent facilement de cet obstacle et ne tardèrent pas à
+être les maîtres du fleuve. Ils fondèrent leur principal
+établissement près du pays des Goou, au confluent du Bara-Issa et
+du Koli, et y construisirent un village qu’ils appelèrent en songaï
+<em>Faran-Koïra</em> (village des Faran). Les Peuls ont traduit
+cette expression par <em>Saré-Faran</em>, qui a dans leur langue la
+même signification et dont nous avons fait à notre tout
+<em>Saraféré</em><a id="FNanchor_178"></a><a href="#Footnote_178"
+class="fnanchor">[178]</a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_244">[244]</span>Une fois
+solidement établi à Saraféré, le chef des Faran réunit sous son
+autorité tous les Songaï de la région des lacs, c’est-à-dire les
+Fono de Koura et de Gourao et les Goou du Bara, et il organisa avec
+eux une expédition contre les Bozo du lac Débo. Il n’obtint d’abord
+qu’un succès contestable, mais, au cours d’une deuxième expédition,
+il défit complètement les Bozo, qu’il obligea à se retirer au Sud
+du Débo et à respecter la liberté de la navigation sur le Bani.</p>
+
+<p>Donc, vers la fin du <span class="sc2">XIII</span><sup>e</sup>
+siècle, au moment où avait commencé l’apogée de l’empire mandingue
+de Mali au détriment de l’empire soninké des Sossé, d’abord, et de
+l’empire lemta-songaï de Gao ensuite, la situation des Songaï était
+la suivante&nbsp;: dans l’Est, sous la domination des Berbères
+Lemta, ils étaient répandus tout le long du Niger depuis le
+Dallol-Maouri environ jusqu’à Bamba et occupaient, sur la rive
+gauche du fleuve, le Zaberma et le Djerma-ganda, et, sur la rive
+droite, le Dendi&nbsp;; à l’Ouest, à peu près indépendants mais
+placés sous la suzeraineté au moins nominale de l’empereur de Mali,
+ils s’étaient échelonnés le long du Niger et de ses bras principaux
+depuis Tombouctou jusqu’au lac Débo. La première fraction
+comprenait des agriculteurs et des pêcheurs (Gabibi et
+Kourteï)&nbsp;; la seconde se composait presque exclusivement de
+pêcheurs (Sorko), avec un petit groupe de chasseurs (Goou).</p>
+
+<p>Vers 1325, Kankan-Moussa, empereur de Mali, établissait sa
+suzeraineté sur Gao, Tombouctou, le Massina, et englobait par
+conséquent sous son autorité tous les Songaï. Près d’un siècle et
+demi plus tard, Sonni Ali-Ber (Ali-le-Grand), l’avant-dernier
+prince lemta de Gao, s’affranchissait de la tutelle des Mandingues
+et, poussant les limites de son empire bien au-delà de Bamba,
+s’emparait de Tombouctou, du Bara et de Dienné (1465 à 1492). Un an
+après sa mort, un Soninké du clan-tribu des Silla, nommé Mohammed,
+fils de Aboubakari Touré, arrivait<span class="pagenum" id=
+"Page_245">[245]</span> à se faire proclamer empereur de Gao,
+substituait une dynastie nègre — celle des <em>askia</em> — à la
+deuxième dynastie berbère des Lemta — celle des <em>sonni</em>, qui
+avait succédé vers 1335 à celle des <em>dia</em> — et donnait une
+extension plus considérable encore à l’empire de Gao.</p>
+
+<p>C’est assurément à partir de Sonni Ali-Ber et d’Askia Mohammed
+I<sup>er</sup>, c’est-à-dire à partir des dernières années du
+<span class="sc2">XV</span><sup>e</sup> siècle, que les Songaï
+commencèrent à se répandre en plus grand nombre dans la région de
+Tombouctou et des lacs. Bien que ne formant qu’une minorité dans
+l’ensemble des peuples soumis à l’empereur de Gao, bien que cet
+empereur lui-même et ses principaux ministres et officiers ne
+fussent pas des Songaï en général, ces derniers durent fournir un
+contingent notable aux armées de Sonni Ali-Ber et des askia. Sa’di
+nous apprend que, lors d’une expédition que fit Mohammed
+I<sup>er</sup> contre les Bariba, un grand nombre de Songaï du
+Zaberbanda<a id="FNanchor_179"></a><a href="#Footnote_179" class=
+"fnanchor">[179]</a> trouvèrent la mort et que parmi eux étaient
+les meilleurs soldats de l’armée impériale&nbsp;; nous savons
+d’autre part, grâce au même auteur, que l’un des principaux
+éléments de la puissance des askia fut leur flottille, dont les
+équipages étaient assurément composés en majorité de Sorko.</p>
+
+<p>Cependant, si l’influence politique de l’empire de Gao fut
+considérable et si, à la faveur de sa puissance et de son
+extension, la langue songaï — qui était pour ainsi dire la langue
+officielle de l’empire, même du temps des Lemta — arriva à se
+répandre jusqu’à Dienné et à détrôner, là comme en beaucoup
+d’autres points, les langues indigènes, les Songaï eux-mêmes ne
+durent pas constituer, en dehors des rives mêmes du Niger, des
+colonies numériquement importantes&nbsp;; en tout cas ces colonies
+ne dépassèrent pas le Débo en remontant le fleuve. Les seules
+régions où l’immigration songaï en amont de Bamba ait laissé des
+traces considérables sont celles de Tombouctou, de<span class=
+"pagenum" id="Page_246">[246]</span> Koura, du Kissou<a id=
+"FNanchor_180"></a><a href="#Footnote_180" class=
+"fnanchor">[180]</a>, de Goundam, du Dirma (ou de Tendirma), de
+Niafounké, du Bara et de Gourao.</p>
+
+<p>Presque exactement un siècle après l’avènement du premier askia,
+le 30 mars 1591, l’armée marocaine du pacha Djouder, expédiée par
+le sultan saadien Moulaï Ahmed-ed-Dehebi et comprenant trois mille
+guerriers, atteignait le Niger à Karabara, un peu à l’Ouest de
+Bamba. Le 12 avril suivant, l’armée de l’askia Issihak II, forte de
+42.500 hommes, était mise en déroute en un clin d’œil, grâce aux
+mousquets des Marocains, près de Tondibi (la pierre noire), à 50
+kilomètres en amont de Gao, sur la rive gauche du fleuve. La
+domination marocaine sur l’ancien empire de Gao — à l’exception du
+Dendi qui demeura indépendant — devait durer jusque vers la fin du
+<span class="sc2">XVII</span><sup>e</sup> siècle, époque à laquelle
+les derniers pachas de Tombouctou virent le peu d’autorité qui leur
+restait passer aux mains des Touareg dans l’Est et le Nord et aux
+mains des Peuls et des Banmana dans l’Ouest<a id=
+"FNanchor_181"></a><a href="#Footnote_181" class=
+"fnanchor">[181]</a>. Mais, dès 1612, c’est-à-dire vingt ans
+environ après la victoire de Djouder sur Issihak II, le
+gouvernement marocain avait cessé de désigner les pachas et n’avait
+plus exercé aucune action directe sur les pays soudanais<a id=
+"FNanchor_182"></a><a href="#Footnote_182" class=
+"fnanchor">[182]</a>. A partir de cette date, les pachas de
+Tombouctou et leurs caïds furent recrutés sur place, parmi les
+officiers venus du Maroc avec Djouder et ses premiers successeurs,
+tant qu’il en resta, puis parmi les descendants de ces officiers.
+Ces descendants n’étaient plus des Marocains à proprement
+parler&nbsp;: les caïds et les soldats venus de Fez et de Marrakech
+avaient pris femme sur les bords du Niger, les uns parmi les
+Maures, les Touareg<span class="pagenum" id="Page_247">[247]</span>
+ou les Peuls, les autres parmi les Songaï, les Soninké et d’autres
+populations noires. A mesure que l’on s’éloignait de la date
+d’arrivée des premiers Marocains, l’élément nègre devenait
+prépondérant chez ces métis, qui avaient d’ailleurs adopté la
+langue songaï et qui constituèrent peu à peu la classe noble et
+dirigeante du peuple songaï, celle des <em>Arma</em>&nbsp;: c’est
+ainsi que cette classe vint se surajouter au fond primitif purement
+nègre, constitué par les Gabibi, les Sorko et les Goou.</p>
+
+<p>D’après Ahmed Baba, qui le tenait de Moulaï Zidân, fils du
+sultan Ahmed-ed-Dehebi, il fut expédié du Maroc au Soudan, depuis
+le pacha Djouder jusqu’au pacha Slimân, c’est-à-dire de 1590 à
+1600, vingt-trois mille soldats, dont la plupart périrent de
+blessures et surtout de maladies. Parmi les survivants, 500
+revinrent à Marrakech et les autres se fixèrent au Soudan. Mahmoud
+Lonko, qui succéda à Slimân et fut le dernier pacha envoyé du Maroc
+à Tombouctou, avait amené 300 soldats avec lui&nbsp;: ce furent les
+derniers renforts expédiés du Maroc.</p>
+
+<p>Cependant un nouvel élément de population marocaine serait
+arrivé à Tombouctou vers la fin du <span class=
+"sc2">XVII</span><sup>e</sup> siècle. Vers 1670, Er-Rachid, le
+premier sultan filalien ou hassanide de Fez, au cours d’une
+expédition dans le Sous, mit le siège devant la zaouïa d’un
+religieux musulman nommé <em>Ali-ben-Haïdar</em>, lequel s’enfuit
+au Soudan et alla se mettre sous la protection de l’empereur
+banmana de Ségou, Biton Kouloubali, dont l’autorité commençait à
+s’étendre jusqu’à Tombouctou. Ali offrit à Biton deux belles
+captives d’origine espagnole ou portugaise qu’il avait amenées avec
+lui&nbsp;; le prince banmana, amadoué par ce présent, autorisa Ali
+à s’établir à Tombouctou avec sa famille et ses disciples et lui
+promit son assistance. En effet, le sultan Er-Rachid, parti à la
+poursuite de Ali, se heurta entre Tombouctou et Dienné, dans le
+Nord du Massina, à l’armée de Ségou et, devant le refus bien net de
+Biton de lui livrer le fugitif, s’en retourna au Maroc.</p>
+
+<p>Ali-ben-Haïdar résida plusieurs mois à Tombouctou&nbsp;; il y
+aurait laissé des descendants, qui seraient les ancêtres du clan
+arma des <em>Haïdara</em>. La tradition raconte qu’il quitta
+Tombouctou<span class="pagenum" id="Page_248">[248]</span> pour
+regagner le Sous à la tête d’une armée de plusieurs milliers de
+Noirs, à l’aide de laquelle il voulait tirer vengeance du sultan
+Er-Rachid. Mais, lorsqu’il arriva au Maroc, ce dernier venait de
+mourir à Marrakech (1672). En apprenant cette nouvelle, Ali renvoya
+sa troupe devenue inutile. Mais le nouveau sultan Ismaïl, frère et
+successeur d’Er-Rachid, la fit rassembler et en fit le noyau de la
+fameuse armée noire qui fut le principal soutien de la dynastie
+hassanide à ses débuts<a id="FNanchor_183"></a><a href=
+"#Footnote_183" class="fnanchor">[183]</a>.</p>
+
+<p>Dans le dessein d’augmenter l’effectif de cette armée, Ismaïl
+envoya son neveu Ahmed au Soudan pour y recruter d’autres
+guerriers. Ahmed se rendit donc à Tombouctou, qu’il occupa au nom
+du sultan de Fez, à la grande joie — dit-on — des habitants&nbsp;:
+ceux-ci en effet espéraient que le prince marocain pourrait, mieux
+que l’empereur de Ségou, les défendre contre les déprédations et
+les exigences des Bérabich. Après un séjour de plusieurs années à
+Tombouctou, Ahmed retourna au Maroc. Dès qu’il fut parti,
+Tombouctou cessa de reconnaître la suzeraineté — bien éphémère — du
+sultan de Fez et la garnison laissée par Ahmed se dispersa parmi
+les indigènes et se mélangea avec eux<a id=
+"FNanchor_184"></a><a href="#Footnote_184" class=
+"fnanchor">[184]</a>.</p>
+
+<p>Tout compte fait, le nombre des Marocains qui se
+fixèrent<span class="pagenum" id="Page_249">[249]</span> dans la
+région de Tombouctou aux <span class="sc2">XVI</span><sup>e</sup>
+et <span class="sc2">XVII</span><sup>e</sup> siècles et qui y
+firent souche ne dut pas être très considérable, car Sa’di insiste
+à plusieurs reprises sur la mortalité excessive qui décima, avant
+même qu’ils fussent parvenus au Niger, les contingents amenés par
+les premiers pachas. Comme d’autre part les Songaï eux-mêmes
+n’étaient pas fort nombreux dans cette région, il est certain que
+leur type primitif a dû être assez profondément modifié par leur
+mélange avec les Marocains. Mais cette modification n’atteignit
+guère que les familles nobles et dans les villes seulement&nbsp;: à
+Gao, Bamba, Koura, Tendirma, Kouna, et surtout à Tombouctou. Les
+familles soninké de Dienné subirent d’ailleurs, et par le fait d’un
+mélange analogue, des modifications identiques. Ce sont les
+résultats de cette infusion de sang blanc, très visibles encore,
+qui ont pu faire naître chez quelques voyageurs l’idée d’attribuer
+aux <em>Arma</em> une origine égyptienne.</p>
+
+<p>Mais d’abord beaucoup de ces métis de Blancs et de Nègres ne
+sont pas rattachables aux Songaï, et c’est en particulier le cas de
+ceux de Dienné. Ensuite il ne faut pas oublier que, chez les
+Songaï, les <em>Arma</em> ne forment qu’une partie infime de la
+population, quelque importance politique et sociale qu’ils puissent
+détenir dans les villes où on les rencontre&nbsp;: la masse du
+peuple, composée des Gabibi et des Sorko de la région des lacs et
+surtout de l’ensemble des habitants du Djerma, du Zaberma et du
+Dendi, est demeurée nègre, les influences berbères et peules mises
+à part. Enfin, comme nous l’avons vu, l’élément blanc qui a affecté
+quelques familles songaï et a produit les Arma venait, non pas de
+l’Egypte, mais du Maghreb&nbsp;; il est d’importation récente et
+postérieur à la période durant laquelle la soi-disant civilisation
+songaï a atteint son apogée<a id="FNanchor_185"></a><a href=
+"#Footnote_185" class="fnanchor">[185]</a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_250">[250]</span>Il en est de
+l’architecture comme du métissage&nbsp;: le style dit «&nbsp;de
+Dienné&nbsp;» n’est en rien spécial aux Songaï et il est
+d’importation maghrébine et relativement récente. Nous savons par
+Ibn-Khaldoun et par le <em>Tarikh-es-Soudân</em> que les premières
+constructions de ce type furent bâties à Gao (une mosquée) et à
+Tombouctou (un palais et une mosquée) vers 1325, sous le règne et
+sur l’ordre de l’empereur mandingue Kankan-Moussa, par un poète de
+Grenade qui s’improvisa architecte, Abou-Ishak-es-Sahéli, lequel
+mourut à Tombouctou et y fut enterré. Avant cette époque, il n’y
+avait au Soudan que des huttes cylindriques couvertes en paille ou
+des abris rappelant les gourbis des Bédouins ou ceux des
+Touareg&nbsp;; les «&nbsp;palais&nbsp;» même des empereurs
+n’étaient pas plus confortables ni plus remarquables que les
+«&nbsp;cases&nbsp;» de leurs sujets&nbsp;; peut-être même les
+maisons à terrasse du type le plus primitif étaient-elles
+inconnues, car les auteurs arabes antérieurs au <span class=
+"sc2">XIV</span><sup>e</sup> siècle (Ibn-Haoukal — qui avait voyagé
+au Soudan, — Bekri, Edrissi, Yakout) ne mentionnent pas d’autres
+habitations que les huttes à toit conique des Malinké et des Mossi
+d’aujourd’hui.</p>
+
+<p>Ce fut vraisemblablement l’espagnol Abou-Ishak qui fut le
+premier inspirateur au Soudan occidental de ces maisons à portiques
+trapézoïdaux et de ces mosquées coiffées de pyramides dont l’aspect
+fait songer, en effet, mais d’assez loin, à des monuments de
+l’ancienne Egypte, mais que l’on rencontre partout, de l’Algérie et
+du Maroc à travers tout le Sahara, jusqu’à la lisière de la forêt
+tropicale. Cette architecture, motivée par les nécessités du climat
+et la rareté de certains matériaux ou l’ignorance de certaines
+techniques, est essentiellement maghrébine et non pas
+égyptienne<a id="FNanchor_186"></a><a href="#Footnote_186" class=
+"fnanchor">[186]</a>. Elle fut propagée au Soudan, non<span class=
+"pagenum" id="Page_251">[251]</span> pas par les Songaï, — qui sont
+loin de l’avoir tous adoptée et qui habitent souvent des abris
+hémisphériques en nattes copiés sur ceux des Touareg, — mais bien
+par les Marocains de Tombouctou d’une part et d’autre part par les
+Soninké de Dienné et leurs cousins-germains les Dioula. Les
+Diennéens sont passés maîtres en l’art de l’architecture
+soudanaise, cela n’est pas niable&nbsp;: mais ils ont été initiés à
+cet art par des Marocains et non par des Songaï et ils n’ont pas
+été chercher leurs modèles en Egypte.</p>
+
+<p>La conclusion de ce qui précède peut se résumer ainsi&nbsp;: les
+Songaï actuels — surtout ceux des territoires civils du
+Haut-Sénégal-Niger — forment un peuple très mélangé, dont le fond
+primitif et l’élément principal sont constitués par une population
+nègre originaire sans doute de la région de Tillabéry-Niamey-Dosso,
+sur la rive gauche du bas Niger&nbsp;; ils comprennent une caste de
+pêcheurs — les Sorko —, une caste de chasseurs — les Goou — et une
+classe ouvrière et paysanne — les Gabibi — qui, toutes les trois,
+sont demeurées à peu près vierges de tout élément de race blanche,
+mais dans lesquelles le type primitif a été plus ou moins modifié,
+chez les Sorko par des mélanges avec les Bozo, chez les Goou par
+des mélanges avec les Banmana et chez les Gabibi par des mélanges
+avec les Haoussa, les Gourmantché, les Mossi, les Tombo, les
+Soninké et les Banmana, selon les régions&nbsp;; il y a lieu
+également, en ce qui concerne les Gabibi, de tenir compte de
+mélanges avec les Touareg et avec les Peuls qui ont parfois altéré
+le type nègre primitif&nbsp;; ils comprennent enfin une classe
+noble — les Arma — dans la composition de laquelle l’élément de
+race blanche entre pour une part assez considérable&nbsp;: cet
+élément a été fourni principalement par des Européens de la
+péninsule ibérique et des Arabo-berbères du Maroc et, dans une
+proportion moindre, par des Touareg, des Maures et des Peuls. Quant
+à la classe des lettrés musulmans — les Alfa —, elle se recrute
+parmi tous les peuples du Soudan<span class="pagenum" id=
+"Page_252">[252]</span> et du Sahara, mais les Songaï y sont en
+infime minorité<a id="FNanchor_187"></a><a href="#Footnote_187"
+class="fnanchor">[187]</a>.</p>
+
+<p>Je n’ai parlé, dans les pages qui précèdent, que des grands
+mouvements de migration ou de conquête qui ont porté les Songaï
+jusqu’au lac Débo. Il s’est produit en outre un certain nombre de
+mouvements secondaires en sens divers, dûs à différentes
+causes&nbsp;: c’est ainsi qu’après la prise de Gao par les
+Oulmidden en 1770, un certain nombre de Songaï émigrèrent de la
+région de Gao au Djerma-Ganda et du côté de Niamey (tradition
+recueillie par M. le Commandant Gaden)&nbsp;; c’est ainsi encore
+que, d’après Barth, beaucoup de Songaï de la région de Bourem
+émigrèrent vers 1843 du côté de Goundam. D’autre part les Songaï
+ont fourni de tout temps un très fort contingent aux
+approvisionnements en esclaves du Sahara et du Maghreb&nbsp;: une
+bonne partie des Bella des Touareg et des Harrâtîn des Maures
+Kounta et Bérabich sont d’origine songaï&nbsp;; on trouve des
+descendants d’esclaves de même provenance en beaucoup de points du
+Sud algérien et du Sud marocain&nbsp;: le lieutenant Cancel, ayant
+étudié récemment le langage des Balbali ou habitants de Tebalbalet,
+a découvert que ce langage est un dialecte à la fois songaï, arabe
+et berbère, mais avec prédominance marquée de mots songaï dans le
+vocabulaire et avec introduction des principales règles de la
+syntaxe songaï (<em>Revue africaine</em>, 1908).</p>
+
+<p class="space-above15"><a id="p2c02s07"></a><span class=
+"bold">VII. Mandé du Nord.</span>
+</p>
+
+<p>Il semble bien que la famille mandé, dans son ensemble, est
+autochtone du Soudan Occidental. Son domaine primitif devait
+s’étendre le long du Niger, et principalement sur la rive gauche,
+depuis le lac Débo environ au Nord jusque vers les sources du
+Tinkisso au Sud. Le <em>Diagha</em>, Diaga ou Diaka<a id=
+"FNanchor_188"></a><a href="#Footnote_188" class=
+"fnanchor">[188]</a> (du Débo à<span class="pagenum" id=
+"Page_253">[253]</span> Sansanding) fut le berceau des Mandé du
+Nord, le <em>Mandé</em> ou Manding ou Mali (haut Niger à hauteur de
+Bamako et haut Bakhoy) fut celui des Mandé du Centre et le
+<em>Diallon</em> ou Fouta-Diallon (du haut Tinkisso à la haute
+Falémé) fut celui des Mandé du Sud.</p>
+
+<p>Bien avant le début de notre ère, la famille mandé devait être
+répandue dans toutes ces régions et en former la population à peu
+près exclusive.</p>
+
+<p>1<sup>o</sup> <em>Bozo.</em></p>
+
+<p>Les Bozo devaient, au début, constituer chez les Mandé du Nord
+une caste de pêcheurs et de navigateurs absolument analogue à celle
+des Sorko chez les Songaï et à celle des Somono chez les Mandé du
+Centre. Ils habitaient principalement le lac Débo et le bras du
+Niger connu sous le nom de marigot de Dia ou Diaka. Ils durent à un
+moment donné se répandre un peu plus loin vers le Nord et vers le
+Sud et atteindre le Bani vers l’Est du côté de Mopti et de Dienné.
+Mais la poussée des Sorko par le Nord du <span class=
+"sc2">XII</span><sup>e</sup> au <span class=
+"sc2">XIII</span><sup>e</sup> siècles et celle des Somono par le
+Sud vers la même époque amenèrent la concentration des Bozo dans la
+région de leur berceau primitif, dont ils ne sont jamais sortis
+depuis qu’isolément et où ils sont encore considérés de nos jours
+comme propriétaires du sol et des eaux.</p>
+
+<p>Tandis qu’ils demeuraient ainsi fixés dans leur patrie
+d’origine, les populations agricoles de même famille qui les
+entouraient se dispersaient au contraire dans tout le Soudan, sous
+le<span class="pagenum" id="Page_254">[254]</span> nom de Soninké,
+et arrivaient, par suite de cette dispersion et de leur mélange
+avec des peuples très divers, à se différencier assez notablement
+de leurs congénères pêcheurs que leur métier avait attachés aux
+rives du fleuve. C’est ainsi qu’aujourd’hui, par le type, les mœurs
+et la langue, les Soninké se distinguent des Bozo, quoique
+d’ailleurs les ressemblances entre les deux peuples soient
+également considérables. Mais leur communauté d’origine ne semble
+pas douteuse.</p>
+
+<p>Ajoutons à cela que des unions se sont produites depuis des
+siècles entre les Bozo primitifs et des familles appartenant aux
+castes de pêcheurs d’autres nationalités, telles que la caste
+songaï des Sorko, la caste banmana des Somono et la caste peule des
+Soubalbé. Ces unions eurent comme résultat d’altérer quelque peu le
+type initial des Bozo et de modifier considérablement sans doute
+leur parler primitif.</p>
+
+<p>Les Bozo sont actuellement tous musulmans&nbsp;: ils le sont
+probablement depuis le <span class="sc2">XIV</span><sup>e</sup>
+siècle, ayant dû se convertir à la même époque que les gens de
+Dienné.</p>
+
+<p>2<sup>o</sup> <em>Soninké.</em></p>
+
+<p>Ainsi que je viens de le dire, les Soninké ont eu, comme les
+Bozo, pour habitat primitif le Diaga ou Massina<a id=
+"FNanchor_189"></a><a href="#Footnote_189" class=
+"fnanchor">[189]</a> et, comme les Bozo aussi, ils formaient à
+l’origine une population exclusivement nègre et bien plus
+rapprochée des Mandé du Centre qu’elle ne l’est actuellement<a id=
+"FNanchor_190"></a><a href="#Footnote_190" class=
+"fnanchor">[190]</a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_255">[255]</span>Dès une époque
+fort ancienne, vers 200 avant J.-C. au plus tard, des Soninké
+partis du Diaga s’avancèrent vers le Nord-Ouest et allèrent fonder
+des colonies agricoles dans les régions où se trouvent aujourd’hui
+Bassikounou, Néma et Oualata. Peut-être même la fondation de
+<em>Néma</em> remonte-t-elle à cette période lointaine, ainsi que
+celle de <em>Ghana</em>, qui devait être très voisine de Néma et de
+l’emplacement où s’éleva plus tard<a id="FNanchor_191"></a><a href=
+"#Footnote_191" class="fnanchor">[191]</a> Birou ou Oualata.</p>
+
+<p>Lorsque, au début du <span class="sc2">II</span><sup>e</sup>
+siècle de notre ère, les Judéo-Syriens venant de la Cyrénaïque par
+l’Aïr s’installèrent au Diaga, les Soninké subirent quelque peu
+leur ascendant et, dès ce moment, des éléments de race blanche
+commencèrent à s’introduire parmi eux. Nous avons vu comment, vers
+le milieu du même siècle, ils obligèrent les Judéo-Syriens à
+quitter le Diaga et comment ces derniers, suivant la même voie
+qu’avaient tracée les Soninké longtemps auparavant, allèrent se
+fixer dans l’Aoukar, à côté des colonies soninké de Néma et de
+Ghana. Quelque cinquante ans plus tard, les Judéo-Syriens du Touat
+venaient les y rejoindre et vers la fin du <span class=
+"sc2">III</span><sup>e</sup> siècle se constituait à Ghana un état
+assez puissant dont les maîtres étaient ces Judéo-Syriens ou
+Proto-Peuls.</p>
+
+<p>A ce moment, un certain nombre de Soninké de l’Aoukar, fuyant le
+joug de ces étrangers, continuèrent leur migration vers le
+Nord-Ouest et se portèrent jusque dans le Tagant et dans l’Adrar
+mauritanien, que les Berbères n’occupaient encore
+qu’incomplètement. Les <em>Azer</em> actuels de Oualata<a id=
+"FNanchor_192"></a><a href="#Footnote_192" class=
+"fnanchor">[192]</a>, de Tichit, de Chinguetti<a id=
+"FNanchor_193"></a><a href="#Footnote_193" class=
+"fnanchor">[193]</a>, etc. ne sont que les descendants,
+sans<span class="pagenum" id="Page_256">[256]</span> doute métissés
+de Berbères, de ces Soninké des premières migrations. Un nouvel
+élément de même souche leur fut apporté d’ailleurs vers la fin du
+<span class="sc2">VIII</span><sup>e</sup> siècle par les Soninké
+accompagnant les Ahl-Massina d’origine judéo-syrienne qui, venant
+de Ghana, fondèrent Tichit et gagnèrent l’Adrar.</p>
+
+<p>Cependant le gros de la population soninké était demeuré au
+Diaga. Vers la fin du <span class="sc2">VII</span><sup>e</sup>
+siècle, pour des raisons ignorées, un groupe assez considérable
+quitta ce pays, tenta un premier essai de colonisation du côté de
+Dienné<a id="FNanchor_194"></a><a href="#Footnote_194" class=
+"fnanchor">[194]</a>, puis, rebroussant chemin vers l’Ouest, se
+porta par le Kaniaga jusqu’au <em>Kingui</em> et au
+<em>Diafounou</em>, laissant probablement des fractions
+colonisatrices le long de son itinéraire. Vers 750, la majeure
+partie des émigrants, quittant le Kingui pour retourner presque sur
+leurs pas, arrivèrent au <em>Ouagadou</em>, où ils fondèrent, sous
+la direction de <em>Maghan-Diabé Sissé</em>, le premier état
+soninké sur lequel les traditions nous aient quelque peu
+renseignés.</p>
+
+<p>Une légende, encore très vivante chez tous les Soninké du Sahel
+et rapportée plus d’une fois déjà par des Européens<a id=
+"FNanchor_195"></a><a href="#Footnote_195" class=
+"fnanchor">[195]</a>, raconte, en l’agrémentant de détails qui
+tiennent du merveilleux, le récit de cette migration du Diaga au
+Ouagadou par le Kaniaga et le Kingui. D’après cette légende, le
+chef de la migration aurait été un nommé <em>Digna</em> ou
+<em>Dinga</em>, fils de Kiridion-Tagamanké fils de Yougou-Doumbessé
+(lequel descendait de Job fils de Salomon fils de
+David&nbsp;!)&nbsp;; ce Digna, ancêtre du clan royal soninké des
+<em>Sempré</em>, Soumpara ou Simbara, avait<span class="pagenum"
+id="Page_257">[257]</span> quitté le Diaga avec une bande de 300
+hommes armés, accompagné de prêtres, devins et sorciers dont le
+chef s’appelait <em>Garabara-Diané</em> ou <em>Diadiané</em> et
+aurait été l’ancêtre du clan des Soudouré. Digna s’arrêta d’abord
+dans la contrée de Dienné et y épousa une femme nommée Satakoullé
+Dafé&nbsp;; étant demeuré là 17 ans<a id=
+"FNanchor_196"></a><a href="#Footnote_196" class=
+"fnanchor">[196]</a> sans que cette femme lui eût donné de
+postérité, il la répudia, quitta le pays de Dienné et revint au
+Diaga, où il épousa Assakoullé Soudouré. Celle-ci enfanta trois
+jumeaux, dont l’un mourut à sa naissance&nbsp;; le second,
+<em>Dia-Founè</em>, ancêtre du clan des Dikéné ou Dyikéné, alla
+s’établir dans le pays qui fut appelé à cause de lui
+<em>Diafounou</em> et le colonisa&nbsp;; le troisième,
+<em>Diagabâ-Founè</em><a id="FNanchor_197"></a><a href=
+"#Footnote_197" class="fnanchor">[197]</a>, père du clan des
+Souaré, demeura dans le Diaga.</p>
+
+<p>Lorsque ses deux fils furent devenus des hommes, Digna, — dont
+la longévité est comparable à celle des patriarches bibliques, —
+poussa jusqu’au Kingui (province de Nioro) et se fixa à Daraga,
+près de la mare de Dioka (sur la route de Nioro à Kayes). Arrivé
+là, il envoya des gens puiser de l’eau&nbsp;; ces gens aperçurent
+un génie assis au bord du puits et revinrent en toute hâte prévenir
+Digna. Celui-ci se rendit au puits et, grâce aux sortilèges dont
+disposaient ses prêtres, rendit le génie aveugle, sourd et
+paralytique, ce qui n’empêcha pas toutefois le génie d’en faire
+autant à Digna. Alors intervint Garabara, le chef des sorciers,
+dont les procédés magiques rendirent à Digna l’usage de ses sens,
+tandis que le génie demeurait privé de la vue, de l’ouïe et du
+mouvement. Sans doute il avait conservé la faculté de parler, car
+il offrit à Digna, si ce dernier le guérissait, de devenir son
+allié et de lui donner ses trois filles en mariage&nbsp;; Digna
+accepta et rendit au génie le libre usage de ses sens et de ses
+mouvements. Après quoi il épousa les trois filles du génie.</p>
+
+<p>De la première, nommée Diangana Boro, il eut cinq fils et un
+serpent, lequel fut appelé <em>Ouagadou Bida</em> et s’enfuit dès
+qu’il<span class="pagenum" id="Page_258">[258]</span> fut sorti du
+sein de sa mère, sans que l’on sût où il était allé. Nous le
+retrouverons tout à l’heure. Les cinq fils furent&nbsp;: Téré-Kiné,
+père des Soma ou Sokhona&nbsp;; Téré-Kalé, père des Kalé<a id=
+"FNanchor_198"></a><a href="#Footnote_198" class=
+"fnanchor">[198]</a>&nbsp;; Lampakhé-Boundayoré, père des
+Bérété&nbsp;; Kara-Guidé, père des Séméga, et Toungamari-Kabida,
+père des Diâbi ou Diâbira. De la deuxième fille du génie, nommée
+Katana Boro, il eut aussi cinq fils, pères du clan des
+<em>Sissé</em>, issu lui-même, comme on le voit, de celui des
+Sempré&nbsp;: <em>Maghan-Diabé</em>, qui fut le premier roi du
+Ouagadou ainsi que nous l’allons voir, Maghan-Tané,
+Maghan-Tané-Fankanté, Maghan-Mamari et <em>Maghan-Kaya</em><a id=
+"FNanchor_199"></a><a href="#Footnote_199" class=
+"fnanchor">[199]</a>, qui devait être plus tard le fondateur de
+l’empire soninké de Ghana. Enfin, de la troisième fille du génie,
+nommée Sinanguillé Gounékousso, il eut quatre fils&nbsp;: Mamari,
+père des Touré et des Diabéra&nbsp;; Fassiré, père des Koumma ou
+Koumba&nbsp;; Matam, qui n’eut pas de descendants, et Douissé ou
+Dowissé, que la légende donne comme ancêtre aux Harrâtîn soninké
+qui vivent avec les Idao-Aïch de la sous-tribu des Ahl-Soueïd.</p>
+
+<p>Cependant Digna, parvenu à un âge très avancé, était devenu
+aveugle. Un jour, il dit à Téré-Kiné, l’aîné de ses fils présents
+au Kingui, d’aller lui tuer du gibier, lui promettant, s’il lui en
+rapportait, de lui conférer l’insigne du pouvoir royal.
+Garabara-Diané, chef des sorciers, avait eu à se plaindre de
+Téré-Kiné et avait au contraire une grande affection pour
+Maghan-Diabé, l’aîné des enfants de la seconde femme de Digna. Or
+Téré-Kiné était particulièrement velu. Garabara prit donc une peau
+de bélier, en revêtit Maghan-Diabé, mit une chèvre entre les mains
+de ce dernier et l’amena auprès du vieillard, disant&nbsp;:
+«&nbsp;Voici Téré-Kiné qui revient de la chasse et t’apporte une
+antilope.&nbsp;» Digna demanda à Maghan-Diabé&nbsp;: «&nbsp;Est-ce
+bien toi Téré-Kiné&nbsp;? — C’est bien moi&nbsp;», répondit
+Maghan-Diabé. L’aveugle passa sa main sur la toison du bélier et
+dit&nbsp;: «&nbsp;Mon fils, ta voix ressemble à celle de
+Maghan-Diabé, mais ta peau velue est bien<span class="pagenum" id=
+"Page_259">[259]</span> celle de Téré-Kiné. D’ailleurs n’êtes-vous
+pas tous mes enfants&nbsp;?&nbsp;» Puis il remit à Maghan-Diabé la
+chaîne qui était l’insigne de son pouvoir<a id=
+"FNanchor_200"></a><a href="#Footnote_200" class=
+"fnanchor">[200]</a>.</p>
+
+<p>Sur ces entrefaites, Téré-Kiné revint de la chasse avec un
+buffle qu’il avait tué et, apprenant la supercherie dont avait usé
+son frère, il entra dans une violente colère et voulut tuer
+Maghan-Diabé. Digna l’apaisa en lui donnant un talisman qui
+assurait à Téré-Kiné et à ses descendants la faculté de faire
+tomber la pluie à volonté, pouvoir qui est encore attribué de nos
+jours aux membres du clan des Sokhona.</p>
+
+<p>Peu après, Digna mourut. Garabara, ayant consulté les présages,
+prédit à Maghan-Diabé qu’il régnerait un jour en un endroit du
+Sahel appelé <em>Koumbi</em> et situé dans l’Est. En conséquence,
+laissant au Kingui Téré-Kiné et tous les enfants de la première et
+de la troisième femme de son père, Maghan-Diabé quitta Daraga avec
+ses propres frères utérins (les <em>Sissé</em>), Garabara et
+quarante cavaliers. La petite troupe, marchant vers l’Est, arriva
+en un pays habité par des hyènes dont le chef s’appelait
+Tourougoulé Fadiga&nbsp;; Maghan-Diabé demanda à ce dernier de lui
+indiquer le chemin de Koumbi&nbsp;: le chef des hyènes lui dit de
+continuer vers l’Est. Un peu plus loin, la troupe arriva au pays
+des vautours dont le chef, Douga, exigea quarante cadavres de
+chevaux pour montrer la route de Koumbi. Maghan-Diabé sacrifia donc
+ses quarante montures, dont les vautours se régalèrent. Puis Douga
+se mit à voler en avant de la troupe, pour lui montrer le chemin,
+et, s’arrêtant enfin sur un arbre, près de l’endroit où se trouve
+aujourd’hui Goumbou, dit&nbsp;: «&nbsp;C’est ici Koumbi.&nbsp;»</p>
+
+<p>Maghan-Diabé fit abattre cet arbre. L’arbre, en tombant à terre,
+découvrit l’orifice d’un puits au-dessus duquel il avait poussé et
+de ce puits sortit un serpent qui dit à Maghan-Diabé&nbsp;:
+«&nbsp;Je suis Ouagadou Bida, ton frère et le frère de Téré-Kiné
+dont tu as usurpé le rang&nbsp;; en sortant du ventre de ma mère,
+je suis venu résider dans ce puits, et la terre qui entoure ce
+puits, et qui s’appelle <em>Ouagadou</em> à cause de moi, est ma
+terre. Je ne<span class="pagenum" id="Page_260">[260]</span> veux
+pas que tu viennes m’y déranger.&nbsp;» Cependant, Maghan-Diabé
+ayant proposé une transaction au serpent, celui-ci déclara qu’il
+consentait à laisser son frère s’établir dans le pays et à demeurer
+lui-même dans son puits sans en jamais sortir, à condition qu’on
+lui donnât en pâture cent vierges par an. Maghan trouva cette
+exigence inacceptable et offrit de lui donner seulement, chaque
+fois qu’aurait lieu la fête annuelle des cultures, la plus jolie
+fille qui se trouverait à ce moment là dans le pays. Le serpent
+accepta cet arrangement et rentra dans son puits<a id=
+"FNanchor_201"></a><a href="#Footnote_201" class=
+"fnanchor">[201]</a>.</p>
+
+<p>De l’arbre qui avait été abattu sortit alors un tambour qui se
+mit à jouer tout seul&nbsp;; à l’appel de ce tambour magique, des
+hommes accoururent, venant de toutes les directions&nbsp;: ils
+étaient 9.999, tous montés sur des chevaux bais, et divisés en
+quatre compagnies dont chacune avait un chef. Ces chefs
+étaient&nbsp;: Ouagané Sakho, père du clan des
+<em>Sakho</em>&nbsp;; Diaméra Sogona, père des <em>Diagouraga</em>
+(fraction des Diawara)&nbsp;; Makhan Doumbé, père des
+<em>Silla</em>, et Goumaté Fadé, père des <em>Yaressi</em> (ou
+Diaressi ou Diarisso).</p>
+
+<p>Lorsque toute cette foule fut réunie, sur le conseil de
+Garabara, on décida d’élire comme roi celui dont le bras aurait
+exactement la même longueur que le tambour<a id=
+"FNanchor_202"></a><a href="#Footnote_202" class=
+"fnanchor">[202]</a>. Tous les chefs enfoncèrent successivement
+leur bras à l’intérieur du tambour, mais seul Maghan-Diabé put le
+remplir exactement avec son bras et, en conséquence, il fut reconnu
+roi par toute l’assemblée.</p>
+
+<p>Devenu ainsi le souverain du Ouagadou, Maghan-Diabé s’installa à
+Koumbi et partagea son royaume en cinq provinces, gardant pour lui
+le Ouagadou proprement dit, et donnant le commandement des quatre
+autres aux quatre chefs de cavaliers accourus à l’appel du tambour
+magique&nbsp;: Ouagané Sakho reçut<span class="pagenum" id=
+"Page_261">[261]</span> le Nord-Ouest et se fixa à <em>Diara</em>
+(près et au Nord-Est de Nioro)&nbsp;; Diaméra Sogona eut l’Est et
+se fixa à <em>Guesséné</em> dans le Sud du Kaniaga (tout près de
+Sosso)&nbsp;; Makhan Doumbé eut le Sud-Ouest et se fixa à
+<em>Kamatingué</em> (entre Goumbou et Nioro), d’où il se rendit
+ensuite dans le <em>Kaarta</em>&nbsp;; enfin Goumaté Fadé reçut le
+Sud-Est en partage et alla demeurer au <em>Bélédougou</em> (vers
+l’an 750 environ).</p>
+
+<p>Chaque année, à la fête des cultures qui se célèbre lors des
+premières pluies, les quatre chefs de province venaient saluer le
+roi du Ouagadou à Koumbi et une vierge était sacrifiée au
+serpent.</p>
+
+<p>Lorsque Maghan-Diabé mourut, son frère Maghan-Tané lui
+succéda&nbsp;; ensuite régna Maghan-Tané-Fankanté, puis
+Maghan-Mamari et enfin Maghan-Kaya ou <em>Kaya-Maghan Sissé</em>,
+le dernier des cinq fils de Katana Boro, sous le règne duquel eut
+lieu la ruine du Ouagadou et la dispersion de ses habitants (fin du
+<span class="sc2">VIII</span><sup>e</sup> siècle).</p>
+
+<p>Voici comment la tradition rapporte le motif et les
+circonstances de cet événement mémorable. Un nommé Mamari-Sité
+Dorhoté, originaire du Kaniaga, sorte de magicien remarquable par
+son caractère silencieux — il ne parlait que deux fois par an —,
+était venu résider à Diara auprès de Ouagané Sakho, au clan duquel
+il s’était affilié, changeant son nom primitif en celui de Mamari
+Sakho. Il était amoureux d’une jeune fille nommée Sia Yatébari qui,
+cette année-là, fut choisie en raison de sa beauté pour être
+offerte au serpent. Lorsque le jour du sacrifice fut arrivé, Mamari
+Sakho se rendit à Koumbi, armé d’un sabre soigneusement aiguisé,
+et, se glissant parmi la foule, se plaça près du puits sacré. Le
+serpent, selon la coutume, sortit deux fois sa tête pour regarder
+la vierge qu’on lui destinait&nbsp;; au moment où il la dressait
+une troisième fois et se préparait à s’emparer de Sia, Mamari se
+précipita sur lui et lui frappa sept fois le cou avec son
+sabre&nbsp;: au septième coup, la tête du serpent se détacha, mais,
+au lieu de tomber, elle s’éleva dans les airs en disant&nbsp;:
+«&nbsp;Mamari Sakho, tu as détruit le Ouagadou&nbsp;; pendant sept
+ans, il ne pleuvra plus dans ce pays, car la pluie que je faisais
+tomber sera désormais transformée en or et le<span class="pagenum"
+id="Page_262">[262]</span> Ouagadou n’en profitera plus.&nbsp;» Et
+en effet la tête du serpent s’en alla tomber au Sud du Mandé, dans
+le Bouré, qui devint la contrée du Soudan la plus riche en or.</p>
+
+<p>Les assistants voulurent faire un mauvais parti à Mamari, mais
+ce dernier, sautant sur son cheval, réussit à s’enfuir&nbsp;;
+Ouagané Sakho le rejoignit, mais, parce qu’il appartenait au même
+clan que lui, il n’osa pas le tuer et le laissa aller.</p>
+
+<p>Cependant les menaces du serpent se réalisèrent&nbsp;; pas une
+goutte d’eau ne tomba au Ouagadou durant sept années
+consécutives&nbsp;; une grande disette s’ensuivit et les Soninké
+quittèrent ce pays maudit pour se disperser de tous côtés, à la
+recherche de régions plus fertiles.</p>
+
+<p>Les uns, sous la conduite d’<em>Alikassa Sempré</em>, fils de
+Maghan Diabé, se portèrent vers le Tekrour, au Guidimaka et au
+Galam qu’ils appelèrent Gadiaga&nbsp;; ils fondèrent là les
+premières colonies soninké, celles de <em>Yaressi</em> et de
+<em>Silla</em>, ainsi nommées des clans issus de Goumaté Fadé et de
+Makhan Doumbé qui les créèrent&nbsp;; les membres du clan royal des
+Sempré qui faisaient partie de la même migration fondèrent
+<em>Galambou</em><a id="FNanchor_203"></a><a href="#Footnote_203"
+class="fnanchor">[203]</a>. Une tradition recueillie par Mage
+raconte qu’Alikassa, s’étant baigné un jour dans un affluent de la
+Falémé appelé <em>Bakili</em> que les autochtones considéraient
+comme un cours d’eau sacré, et n’ayant éprouvé aucune conséquence
+fâcheuse de son imprudence, fut regardé comme un grand sorcier par
+les indigènes et devint roi du Galam. En souvenir de cette
+circonstance, ses descendants changèrent leur nom de Sempré en
+Bakili. Le royaume du <em>Galam</em> ou Gadiaga eut pour capitale
+Galambou, appelée aussi Kounguel&nbsp;; il comprenait le Goye, le
+Kaméra et le Guidimaka.</p>
+
+<p>D’autres s’arrêtèrent dans le Bakounou, le Kingui, le
+Guidioumé<span class="pagenum" id="Page_263">[263]</span> et le
+Diafounou, où ils possédaient déjà des compatriotes. D’autres
+émigrèrent du côté de Kala (Sokolo) ou retournèrent au Kaniaga et
+se mêlèrent aux compagnons de Goumaté Fadé établis dans le Nord du
+Bélédougou, donnant ainsi naissance à ce qui fut plus tard l’empire
+soninké des <em>Sossé</em> ou du <em>Kaniaga</em>.</p>
+
+<p>D’autres encore, du clan des <em>Kounaté</em> ou Konaté
+(originaires de Kouna ou Kona, dans l’Est du Massina, au Sud et
+près du Débo), rebroussèrent chemin jusqu’au Diaga, traversèrent le
+Niger et allèrent, vers l’an 800, fonder <em>Dienné</em>, ou tout
+au moins fonder une colonie soninké à l’endroit où devait s’élever
+plus tard la ville de Dienné proprement dite. D’après la
+tradition<a id="FNanchor_204"></a><a href="#Footnote_204" class=
+"fnanchor">[204]</a>, des Bobo étaient alors installés à Kanafa,
+sur le plateau où se trouve aujourd’hui la ville, et des Bozo
+demeuraient au Sud du même plateau, en un lieu appelé Dioboro, près
+du village actuel de Pérou. Les Soninké, commandés par un nommé
+Adyini Kounaté, se seraient fixés auprès des Bozo de Dioboro et les
+Bobo, gênés par ce voisinage, auraient peu après émigré du côté de
+Bandiagara.</p>
+
+<p>Mais le plus grand nombre des Soninké du Ouagadou, sous le
+commandement de <em>Kaya-Maghan</em> ou Maghan-Kaya, qui régnait au
+moment de la dispersion, se porta vers le Nord et alla rejoindre
+les premiers colons soninké de la région de <em>Ghana</em>, dont la
+prospérité et la richesse attirait les affamés du Ouagadou en
+excitant leur convoitise. Beaucoup de Soninké demeurés au Diaga
+lors de la migration de Digna étaient venus depuis directement dans
+l’Aoukar, en sorte que le nombre total des Soninké répandus à Ghana
+et dans les environs devait être considérable à la fin du
+<span class="sc2">VIII</span><sup>e</sup> siècle. Kaya-Maghan en
+profita pour renverser la dynastie des Judéo-Syriens, s’emparer du
+pouvoir et établir la suprématie soninké sur l’empire de
+Ghana&nbsp;: ce fut, comme nous l’avons vu, le signal de l’exode
+des Proto-Peuls vers le Fouta-Toro<a id="FNanchor_205"></a><a href=
+"#Footnote_205" class="fnanchor">[205]</a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_264">[264]</span>L’Aoukar et sa
+capitale Ghana durent constituer le centre principal des Soninké,
+au moins au point de vue politique, depuis les premières années du
+<span class="sc2">IX</span><sup>e</sup> siècle jusque vers la fin
+du <span class="sc2">XI</span><sup>e</sup>. Tour à tour rivaux et
+suzerains des Berbères Lemtouna d’Aoudaghost, les Soninké de Ghana
+établirent à la fin du <span class="sc2">X</span><sup>e</sup>
+siècle leur suprématie sur tout le Hodh et une partie au moins du
+Tagant, sur le Massina et le Bagana et sur tous les pays compris
+entre le Niger et le Tekrour où leurs compatriotes avaient fondé
+déjà des colonies. Ce fut le moment brillant de leur histoire. Ce
+fut aussi celui où s’acheva leur formation ethnique, par des
+mélanges nombreux et répétés avec des Berbères dans le Nord et avec
+des Toucouleurs dans le Sud-Ouest, mélanges venant s’ajouter à ceux
+déjà subis du fait du contact avec les Judéo-Syriens dans le Diaga
+et l’Aoukar&nbsp;: c’est à ces mélanges, où l’élément de race
+blanche entra pour une part fort appréciable, que les Soninké
+doivent leurs caractères physiques et moraux actuels, et que leur
+langue doit également les particularités qui la distinguent
+nettement des dialectes mandé du Centre.</p>
+
+<p>Mais les migrations et contre-migrations des Soninké étaient
+loin d’avoir pris fin et leur dispersion à travers tout le Soudan
+Occidental n’en était encore qu’à ses débuts. En 1076 les Lemtouna,
+entraînés à la guerre sainte par Abdallah-ben-Yassine,<span class=
+"pagenum" id="Page_265">[265]</span> s’emparaient de Ghana,
+pillaient la ville, massacraient une partie des habitants et
+convertissaient à l’islamisme ceux qui préférèrent la religion
+nouvelle à la mort ou à la fuite. Beaucoup de Soninké demeurèrent
+dans l’Aoukar où, devenus musulmans, ils subirent jusque vers 1090
+le joug des Berbères, puis recouvrèrent leur indépendance. Mais
+beaucoup aussi émigrèrent de Ghana vers le Sud, le Sud-Ouest et le
+Sud-Est à la fin du <span class="sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle,
+achevant de constituer les états soninké déjà ébauchés dans le
+Kaniaga, le Bakounou, le Kingui, le Galam, et ramenant au Diaga un
+nouveau flot de population.</p>
+
+<p>D’après une tradition, les familles soninké qui s’enfuirent de
+Ghana lors de la conquête almoravide descendaient principalement
+des premiers colons demeurés dans l’Aoukar au temps de la
+domination judéo-syrienne et appartenaient surtout aux clans
+suivants&nbsp;: les <em>Doukouré</em>, descendants d’un nommé
+Bentigui, qui était au service d’un ministre du dernier empereur
+judéo-syrien de Ghana et dont le fils aurait assassiné cet
+empereur, sans doute au moment de l’arrivée de Kaya-Maghan Sissé
+dans l’Aoukar&nbsp;; les <em>Soumaré</em>, descendants d’un autre
+familier du même ministre&nbsp;; les <em>Diakaté</em> ou
+<em>Niakaté</em> et les <em>Diarisso</em>, ainsi que les
+<em>Mangara</em>, les <em>Samoura</em> et les <em>Koussata</em>,
+descendants de vassaux des empereurs judéo-syriens eux-mêmes&nbsp;;
+enfin les <em>Tounkara</em> qui, eux, se composaient des derniers
+débris de la famille impériale soninké des Sissé, c’est-à-dire des
+descendants de Kaya-Maghan.</p>
+
+<p>Les <em>Diarisso</em> fondèrent un royaume au Kaniaga, où ils
+retrouvèrent des gens de leur clan en la personne des descendants
+de Goumaté-Fadé&nbsp;: ce fut l’origine du fameux empire de
+<em>Sosso</em> ou des <em>Sossé</em>, qui devait devenir célèbre
+quelque cent ans plus tard avec la dynastie des
+<em>Kannté</em>.</p>
+
+<p>Les <em>Doukouré</em> fondèrent au Bakounou d’abord, puis à
+Goumbou, un royaume qui, en quelque sorte, correspondait à l’ancien
+royaume du Ouagadou. Leur chef Maré-Diago Doukouré, en quittant
+Ghana, se porta d’abord dans le Guimbala, sur la rive nord du Débo,
+alla de là à Dienné, puis à Diongoï dans le Sud du Bakounou, où il
+se fixa et mourut. Ouari Doukouré, son successeur, transporta sa
+résidence à Tanganaga, près et à l’Ouest-Nord-Ouest<span class=
+"pagenum" id="Page_266">[266]</span> de Goumbou, tandis qu’un de
+ses frères allait s’installer dans le Diafounou. Toumané Doukouré
+ayant succédé à Ouari, un berger lui signala un emplacement bien
+préférable à Tanganaga&nbsp;: c’était <em>Goumbou</em>. Toumané et
+son frère cadet Boubou, accompagnés de tous les notables du
+royaume, partirent à cheval pour aller reconnaître l’endroit&nbsp;;
+mais un devin avait prédit que le premier des deux frères qui
+mettrait pied à terre mourrait aussitôt&nbsp;; aussi, lorsqu’on fut
+arrivé à Goumbou, Toumané invita Boubou à descendre de cheval le
+premier. Boubou, pour ne pas désobéir à son aîné, accepta de faire
+le sacrifice de sa vie&nbsp;; mais, avant de mettre pied à terre,
+il fit disposer d’un côté le trésor de la famille royale et fit
+ranger d’un autre côté les notables du pays, puis il dit à
+Toumané&nbsp;: «&nbsp;Choisis entre ces deux trésors, les biens ou
+les hommes&nbsp;; mes enfants, après ma mort, auront ce que tu
+auras dédaigné.&nbsp;» Toumané choisit les biens. Boubou, ayant
+recommandé ses enfants aux notables, descendit alors de cheval et
+mourut incontinent. Les notables déclarèrent à Toumané que,
+puisqu’il leur avait préféré la richesse, ils ne dépendaient plus
+de lui désormais, mais bien du fils aîné de Boubou,
+<em>Bouyagui-Toumbéli</em>, qui n’était encore qu’un enfant mais
+auquel échut néanmoins le commandement du royaume. Un vieillard,
+Diéroumfa Doukouré, fut nommé tuteur du jeune roi&nbsp;; au bout de
+sept ans, Bouyagui-Toumbéli Doukouré prit en mains les rênes de
+l’Etat (fin du <span class="sc2">XII</span><sup>e</sup> siècle ou
+commencement du <span class="sc2">XIII</span><sup>e</sup>). Depuis
+cette époque jusqu’à présent, les descendants de Boubou Doukouré
+ont conservé le commandement politique à Goumbou<a id=
+"FNanchor_206"></a><a href="#Footnote_206" class=
+"fnanchor">[206]</a>, tandis que ceux de Toumané n’ont pas cessé
+d’être considérés comme les maîtres du sol.</p>
+
+<p>Les <em>Niakaté</em> ou Diakaté s’établirent à <em>Diara</em>,
+dans le Kingui, et y fondèrent, à la fin du <span class=
+"sc2">XI</span><sup>e</sup> ou au commencement du <span class=
+"sc2">XII</span><sup>e</sup> siècle, un royaume qui dura environ un
+siècle et demi et fut renversé<span class="pagenum" id=
+"Page_267">[267]</span> par les Diawara vers 1270. Les légendes que
+j’ai eues à ma disposition ne racontent rien des débuts de ce
+modeste Etat&nbsp;: seul, son dernier roi, qui vécut probablement
+entre 1200 et 1250, est mentionné. Ce roi s’appelait
+<em>Mana-Maghan</em>&nbsp;; il s’enrichit par le commerce qu’il
+faisait avec le Tekrour d’une part et le Tagant de l’autre et,
+grâce à sa fortune, put équiper des bandes nombreuses de guerriers
+et devenir un chef redoutable<a id="FNanchor_207"></a><a href=
+"#Footnote_207" class="fnanchor">[207]</a>. Les Peuls Diawambé
+alors répandus au Kaarta étaient constamment pillés et rançonnés
+par les bandes des premiers empereurs mandingues<a id=
+"FNanchor_208"></a><a href="#Footnote_208" class=
+"fnanchor">[208]</a>&nbsp;; ils firent appel à Mana-Maghan Niakaté,
+qui alla attaquer les Mandingues dans le Kaarta mais qui, trop
+faible pour s’y maintenir, dut revenir au Kingui, ramenant avec lui
+un grand nombre de Diawambé qu’il installa auprès de Diara et qui,
+un peu plus tard, devaient fonder Nioro. Mana-Maghan et sa famille
+eurent une destinée tragique&nbsp;: lui disparut dans des
+circonstances mystérieuses que je relaterai un peu plus loin, en
+parlant des Diawara&nbsp;; de ses deux fils, l’un, Bemba, fut tué
+par des Peuls dont il cherchait à dérober le troupeau et l’autre,
+Mana, se noya dans le Niger — ou dans le Sénégal — au cours d’une
+razzia dirigée également contre des Peuls. Après la disparition de
+Mana-Maghan et l’installation des Diawara à Diara (1270), les
+Niakaté émigrèrent en grand nombre dans le Guidioumé, où ils sont
+encore.</p>
+
+<p>Parmi les autres familles soninké qui avaient fui Ghana en 1076,
+les unes allèrent s’installer dans le Guidimaka et le Galam auprès
+des Yaressi, des Silla et des Bakili, les autres se fixèrent dans
+le Diaga, leur ancienne patrie. Ces dernières, comprenant
+principalement des Sissé-Tounkara, des Koussata, des Koumma ou
+Koumba, des Bérété, des Diâbi et des Koné, passèrent par
+Bassikounou et Dioura et vinrent s’établir dans la province
+méridionale du Diaga connue sous le nom de <em>Mîma</em> ou Méma,
+à<span class="pagenum" id="Page_268">[268]</span> Dia, à Diakolo et
+surtout à <em>Nono</em>, ce qui leur valut le surnom de
+Soninké-Nono ou, chez les Peuls, de Nononkobé<a id=
+"FNanchor_209"></a><a href="#Footnote_209" class=
+"fnanchor">[209]</a>.</p>
+
+<p>Passons maintenant aux premières années du <span class=
+"sc2">XIII</span><sup>e</sup> siècle&nbsp;: en 1203,
+<em>Soumangourou</em> (ou Soumahoro) Kannté, alors souverain de
+l’empire soninké des Sossé qui avait sa capitale à Sosso<a id=
+"FNanchor_210"></a><a href="#Footnote_210" class=
+"fnanchor">[210]</a> dans le Kaniaga, fait la conquête de Ghana et
+étend son autorité sur tout le Bagana, sur le Diaga, sur Ségou et
+sur une partie au moins du Bélédougou et du Kaarta. Onze ans après
+la prise de Ghana par Soumangourou, en 1224, des Soninké de cette
+ville, qui sans doute avaient pris parti contre les Sossé et
+avaient dû fuir la colère du vainqueur, fondèrent dans la même
+région un modeste village qu’ils appelèrent <em>Birou</em> (les
+tentes) et qui devait devenir célèbre sous son nom berbère de
+<em>Oualata</em> ou Ioualaten lorsque, quelque vingt ans plus tard,
+il allait succéder comme métropole de l’Aoukar à Ghana détruite par
+Soundiata.</p>
+
+<p>Ce <em>Soundiata</em> était empereur des Mandingues lorsque la
+puissance des Sossé avait atteint son apogée. En 1235, il réussit à
+vaincre Soumangourou entre Koulikoro et Niamina<a id=
+"FNanchor_211"></a><a href="#Footnote_211" class=
+"fnanchor">[211]</a> et à s’emparer de tous ses Etats. Un grand
+nombre de Sossé émigrèrent<span class="pagenum" id=
+"Page_269">[269]</span> alors vers le Tekrour, le bas Sénégal et la
+Gambie, où on retrouve encore de nos jours leurs descendants, plus
+ou moins mélangés aux Toucouleurs, aux Ouolofs, aux Sérères et aux
+Malinké.</p>
+
+<p>En 1240, Soundiata détruisait définitivement Ghana, établissait
+sa résidence près de Niamina, fondait là une ville à laquelle on
+donna le nom de son pays d’origine (Mandé ou Mali) et devenait le
+maître de tout le haut Niger, depuis ses sources jusqu’à la région
+des lacs. Les Soninké du Diaga acceptèrent assez malaisément la
+domination mandingue et ceux de Nono en particulier cherchèrent à
+s’y soustraire par l’émigration. Certains descendirent la rive
+gauche du Niger et allèrent fonder, entre Niafounké et Bassikounou,
+une colonie qui prit aussi le nom de Nono (ou Nounou) et qui a
+subsisté jusqu’à nos jours&nbsp;; cette colonie est citée par le
+<em>Tarikh-es-Soudân</em>, qui y fait régner une femme nommée
+Bikoun-Kabi et qui parle de la conquête de ce pays par Sonni
+Ali-Ber vers 1473&nbsp;; aujourd’hui, les descendants de ces
+Soninké-Nono — que Sa’di appelle par erreur «&nbsp;Sanhadja
+Nono&nbsp;» — parlent songaï et sont appelés
+<em>Dakouraré</em>&nbsp;; ils habitent Nounou (près de Niafounké,
+au Sud du lac Gaouati) et quelques villages voisins de Soumpi aux
+environs de la route de Niafounké à Bassikounou.</p>
+
+<p>D’autres Soninké du Diaga (les Komma ou Koumba) remontèrent la
+rive gauche du fleuve et allèrent fonder <em>Sansanding</em>.</p>
+
+<p>Mais le plus grand nombre des Soninké-Nono, traversant le Niger
+à Diafarabé, occupèrent entre ce fleuve et le Bani le pays compris,
+d’une façon générale, de Diafarabé à Mopti et à San et choisirent
+comme centre de leur nouvelle colonie le point de <em>Dienné</em>,
+où des Soninké s’étaient établis déjà depuis le début du
+<span class="sc2">IX</span><sup>e</sup> siècle, mais dont la
+fondation véritable peut être placée à cette époque (1250 environ).
+Les nouveaux arrivants — qui appartenaient aux clans des Mana, des
+Sissé, des Touré et des Diâbi — s’établirent d’abord auprès des
+Kounaté, dans le village bozo de Dioboro&nbsp;; mais ils étaient
+nombreux et il devint bientôt manifeste que l’emplacement était
+trop étroit pour contenir tout le monde. Les Soninké-Nono
+demandèrent donc aux Bozo, les<span class="pagenum" id=
+"Page_270">[270]</span> plus anciens occupants du pays, de leur
+désigner un autre emplacement, et les Bozo leur indiquèrent le
+plateau de Kanafa, qu’avaient habité autrefois des Bobo. Les
+Soninké-Nono s’y transportèrent, comblèrent les mares qui s’y
+trouvaient et construisirent un village auquel ils donnèrent le nom
+de Dienné<a id="FNanchor_212"></a><a href="#Footnote_212" class=
+"fnanchor">[212]</a>. Les génies du lieu exigèrent, pour assurer la
+prospérité future du nouveau village, qu’on leur sacrifiât une
+vierge en holocauste&nbsp;; une jeune fille fut donc procurée par
+les Bozo de Dioboro au patriarche des Mana, chef des Soninké-Nono,
+qui la fit murer vive dans l’enceinte en construction, près de la
+porte dite aujourd’hui porte de Kanafa. Avant que la jeune fille
+eut rendu le dernier soupir, on l’entendit, à travers l’argile
+encore molle dont on venait de la recouvrir, recommander aux
+Soninké de se souvenir toujours que c’était aux Bozo qu’ils
+devraient la prospérité de leur ville<a id=
+"FNanchor_213"></a><a href="#Footnote_213" class=
+"fnanchor">[213]</a>. Les Soninké de Dienné furent surtout des
+commerçants&nbsp;: leurs rapports continuels avec Tombouctou et
+leurs voyages sur le fleuve en aval de Mopti leur firent adopter la
+langue songaï, à partir du <span class="sc2">XVI</span><sup>e</sup>
+siècle probablement, au détriment de leur langue propre. Leurs
+descendants actuels parlent tous le songaï, mais ceux qui habitent
+le Pondori, entre Dienné et Diafarabé, et qui se livrent surtout à
+l’agriculture, ont conservé l’usage de la langue soninké. Peu après
+l’établissement définitif des Soninké à Dienné, vers 1300, Koumboro
+Mana, vingt-sixième chef de la colonie depuis sa fondation première
+par les Kounaté, se convertit à l’islamisme&nbsp;; à partir de
+cette époque, les Diennenké furent toujours de fervents
+musulmans.</p>
+
+<p>Vers 1270, c’est-à-dire une trentaine d’années après la
+construction<span class="pagenum" id="Page_271">[271]</span> de
+Dienné sur son emplacement actuel, une nouvelle fraction du peuple
+soninké se constituait au Kingui, celle des <em>Diawara</em>, qui
+prenait à Diara la place de la dynastie Niakaté. L’ancêtre des
+Diawara aurait été un chasseur d’origine inconnue,
+<em>Daman-Guilé</em>, fils d’un certain Modi-Moussa Moumini et venu
+de la direction du Hidjaz — c’est-à-dire du Nord-Est — dans le
+Manding, en compagnie des nommés Ségui-Khèri, Dimbané et
+Niagué-Maghan, ce dernier ancêtre du clan des Kamara. Daman-Guilé
+serait arrivé au Manding à l’époque où régnait Soundiata Keïta,
+c’est-à-dire dans le deuxième quart du <span class=
+"sc2">XIII</span><sup>e</sup> siècle. Un homme de la caste des
+Garankè (cordonniers), nommé Kaké-Kanédyi<a id=
+"FNanchor_214"></a><a href="#Footnote_214" class=
+"fnanchor">[214]</a>, qui vivait auprès de Soundiata, étant allé
+dans la brousse afin de chercher de l’écorce de mimosa pour tanner
+ses cuirs, rencontra Daman et ses compagnons. Il leur demanda qui
+ils étaient et d’où ils venaient. Daman se contenta de
+répondre&nbsp;: «&nbsp;Nous sommes des chasseurs venus de
+l’Est&nbsp;», et pria Kaké d’aller avertir l’empereur de leur
+arrivée. Soundiata, averti par Kaké, convoqua Daman-Guilé et ses
+compagnons&nbsp;; comme il leur demandait quel était leur
+<em>diamou</em> (nom de clan), Daman répondit&nbsp;: «&nbsp;<em>Dia
+wara</em>&nbsp;», ce qui, dans la langue de son pays — rapporte la
+légende —, voulait dire&nbsp;: «&nbsp;Il n’y a pas de clans chez
+nous&nbsp;»<a id="FNanchor_215"></a><a href="#Footnote_215" class=
+"fnanchor">[215]</a>. Mais on prit cette réponse pour l’énonciation
+de leur nom de clan, et on les appela <em>Diawara</em>,<span class=
+"pagenum" id="Page_272">[272]</span> nom qui leur resta. Comme ils
+avaient été présentés à l’empereur par un cordonnier, on prétendit
+plus tard que les Diawara étaient des esclaves de cordonniers.</p>
+
+<p>Soundiata autorisa Daman et les siens à résider avec Kaké dans
+le quartier des cordonniers. Daman se livrait à la chasse&nbsp;;
+chaque fois qu’il rapportait du gibier, il en offrait à l’empereur,
+dont il gagna ainsi l’amitié.</p>
+
+<p>Un jour que Daman était à l’affût, embusqué dans une cachette,
+un marabout passa, se dirigeant vers l’Est, et vint se reposer près
+de lui sans le voir. Lorsque cet homme se leva pour reprendre sa
+route, il oublia à terre un sachet rempli de poudre d’or. Daman,
+étant sorti de sa cachette, vit ce sachet, le ramassa et le plaça
+dans le creux d’un arbre dont il boucha avec soin l’ouverture.
+L’année suivante, le propriétaire de l’or étant repassé dans le
+pays, Daman le mena à l’arbre, en sortit le sachet d’or et le
+rendit au marabout, qui lui demanda ce qu’il pouvait faire qui lui
+fût agréable. Daman lui dit&nbsp;: «&nbsp;Quand tu iras à La Mecque
+en pèlerinage, demande au grand chérif qu’il te donne pour moi un
+sabre avec lequel je puisse trancher la tête aux buffles que je
+rencontrerai à la chasse.&nbsp;» Le marabout alla en effet à La
+Mecque&nbsp;; il allait quitter la ville sainte en oubliant la
+commission dont l’avait chargé Daman — ce marabout avait le
+caractère oublieux —, lorsque le grand chérif, qui devinait les
+choses cachées, le fit appeler et lui dit&nbsp;: «&nbsp;Quelqu’un
+ne t’avait-il pas donné une commission pour moi&nbsp;?&nbsp;» Le
+marabout se rappela alors la recommandation de Daman et raconta
+l’histoire au chérif, qui lui remit pour le chasseur un sabre court
+doué de vertus merveilleuses. Lorsque le pèlerin fut de retour au
+Manding, les courtisans de Soundiata lui représentèrent que ce
+sabre était trop précieux pour un simple esclave de cordonnier et,
+se laissant faire, il donna l’arme magique à l’empereur, comme un
+présent du grand chérif de La Mecque.</p>
+
+<p>Quelque temps après, Soundiata voulut récompenser Daman du zèle
+qu’apportait ce dernier à le fournir de gibier et lui demanda ce
+qu’il désirait&nbsp;: «&nbsp;Un sabre, répondit Daman, avec lequel
+je puisse trancher le cou des buffles.&nbsp;» Soundiata dit alors à
+l’une de ses femmes, nommée Niagalé-Messéni, d’aller<span class=
+"pagenum" id="Page_273">[273]</span> prendre un sabre dans son
+armurerie et de le lui apporter&nbsp;; la femme alla et revint avec
+le sabre du grand chérif&nbsp;: «&nbsp;Pas celui-là&nbsp;! s’écria
+l’empereur, remporte-le et apportes-en un autre.&nbsp;» Niagalé
+retourna au magasin d’armes, replaça le sabre du chérif et voulut
+en prendre un autre, mais, malgré elle, sa main alla se poser de
+nouveau sur le glaive magique, et il en fut ainsi par trois fois.
+Soundiata dit alors à Daman&nbsp;: «&nbsp;C’est Dieu qui l’a
+voulu&nbsp;: prends ce sabre qui t’appartient, mais sors de mes
+Etats, car le possesseur de cette arme sera un roi puissant que je
+ne désire pas avoir pour voisin.&nbsp;»</p>
+
+<p>Daman-Guilé, devenu ainsi maître du sabre merveilleux qui devait
+devenir l’insigne du pouvoir royal chez les Diawara<a id=
+"FNanchor_216"></a><a href="#Footnote_216" class=
+"fnanchor">[216]</a>, rassembla donc ses compagnons et se rendit
+près de Ségou, à Nionko, où il se livra de nouveau à son métier de
+chasseur&nbsp;; il y eut un fils qu’il appela
+<em>Diara-Mamadi</em>. Dans ce temps-là, le pays de Ségou était
+gouverné par un lieutenant de Soundiata nommé Silla-Makamba Keïta,
+qui résidait sur la rive droite du Niger, en aval de Ségou, à
+l’endroit où est aujourd’hui le village de Markadougouba. Daman lui
+apportait constamment du gibier, en sorte que le gouverneur de
+Ségou prit le chasseur en affection et qu’un jour il lui dit&nbsp;:
+«&nbsp;J’ai une fille, nommé Koria Keïta, que je ne veux donner en
+mariage à aucun de mes sujets, parce que des devins m’ont prédit
+qu’elle enfanterait un grand roi plus puissant que moi&nbsp;; je te
+la donne pour que tu l’épouses&nbsp;: mais tu quitteras le pays
+sans que personne le sache, car beaucoup de gens ici briguent la
+main de ma fille dans l’espoir d’enfanter un roi.&nbsp;»</p>
+
+<p>Daman accepta et quitta le pays de Ségou à l’insu de tout le
+monde avec sa femme Koria. Guidé par Dieu, il arriva dans le
+Kingui, nourrissant les siens tout le long du voyage à l’aide des
+produits de sa chasse&nbsp;; en route, il avait laissé au Kaniaga
+son fils Diara-Mamadi, qui, devenu grand, fonda Mourdia, au Sud de
+Goumbou, dans le Niamala.</p>
+
+<p>Le roi du Kingui était alors Mana-Maghan Niakaté, qui résidait à
+Diara. Daman alla le saluer et obtint de lui
+l’autorisation<span class="pagenum" id="Page_274">[274]</span> de
+s’installer à Toundoungoumé ou Touroungoumbé, tout près et à l’Est
+de Diara. Comme au Manding et à Ségou, Daman approvisionna le roi
+de gibier et devint son ami, si bien que Mana-Maghan lui donna en
+mariage sa fille Assakandé Niakaté. Daman en eut un fils qu’il
+appela <em>Niagué-Maghan Diawara</em>&nbsp;; le jour même de la
+naissance de cet enfant, Koria Keïta lui donnait également un fils
+qui fut appelé <em>Fié-Mamoudou Diawara</em>.</p>
+
+<p>Lorsque ce dernier fut devenu un garçonnet, il allait souvent à
+Diara et jouait avec un fils du roi nommé Bemba Niakaté, qui avait
+à peu près le même âge. Bemba était d’un caractère violent et
+cherchait constamment dispute à Fié-Mamoudou&nbsp;; au cours d’une
+querelle, celui-ci frappa Bemba si violemment sur la mâchoire qu’il
+lui cassa une dent. Lorsque le roi en fut informé, il envoya dire à
+Daman que son fils, s’étant mal conduit, devait quitter le pays.
+Daman fit donc partir Fié-Mamoudou&nbsp;; il le confia à la garde
+de trois hommes, appelés Fadé Kanédyi, Hamadi et Bougari
+Kamissokho, qui le conduisirent dans le Nord jusqu’à un endroit
+appelé Diagouraga<a id="FNanchor_217"></a><a href="#Footnote_217"
+class="fnanchor">[217]</a>, où ils demeurèrent avec lui.</p>
+
+<p>Cependant Daman avait conservé la confiance de Mana-Maghan et
+était même devenu son ministre de la guerre. Il leva une colonne
+dont il confia le commandement à son autre fils Niagué-Maghan et
+l’envoya piller Dienné&nbsp;; une autre colonne fut dirigée par lui
+sur Sansanding et une autre encore sur Ségou&nbsp;: toutes furent
+couronnées de succès et rapportèrent à Mana-Maghan un immense
+butin<a id="FNanchor_218"></a><a href="#Footnote_218" class=
+"fnanchor">[218]</a>. Après la troisième colonne, Daman mourut.</p>
+
+<p>On alla prévenir Fié-Mamoudou, qui était devenu un homme, et
+qui, apprenant le décès de son père, revint à Toundoungoumé pour
+recueillir la succession. Un homme de Diara, nommé Fassakoré
+Bagaka, s’entremit alors pour faire obtenir le pouvoir royal à
+Fié-Mamoudou, auquel l’unissaient les liens de gratitude qu’il
+avait contractés envers Daman. Ce Fassakoré<span class="pagenum"
+id="Page_275">[275]</span> en effet, avait été, plusieurs années
+auparavant, blessé d’une flèche empoisonnée par Bemba Niakaté et
+était tombé gravement malade&nbsp;; son père l’avait fait soigner
+par Daman, qui l’avait complètement guéri. Lorsque Daman fut mort
+et que Fié-Mamoudou fut revenu à Toundoungoumé, Fassakoré alla
+trouver ce dernier et lui dit&nbsp;: «&nbsp;Nous ne pouvons plus
+supporter les Niakaté, qui abusent de leur autorité et maltraitent
+leurs sujets&nbsp;; Bemba, le fils du roi, ouvre le ventre des
+femmes enceintes sous prétexte de constater le sexe de l’enfant
+qu’elles portent et il met le feu aux meules de mil sous prétexte
+de se chauffer. Nous ne voulons plus de cette famille à notre tête.
+Or je sais un talisman qui peut atteindre la puissance des hommes,
+et je vais t’en indiquer la composition&nbsp;: on l’obtient en
+mélangeant des larmes humaines avec les os pilés d’un crâne de
+cheval&nbsp;; qu’un homme robuste étende cette mixture sur sa paume
+droite et vienne saluer Mana-Maghan en lui serrant la main, et le
+pouvoir des Niakaté sera anéanti.&nbsp;»</p>
+
+<p>Une fois muni de ces précieuses indications, Fié-Mamoudou en fit
+part à son frère Niagué-Maghan et tous deux se pressèrent les yeux
+jusqu’à en faire sortir des larmes, qu’ils recueillirent dans une
+calebasse&nbsp;; puis Niagué-Maghan alla dérober un cheval à Diara,
+dans les écuries du roi&nbsp;: ils tuèrent ce cheval, exposèrent sa
+tête au soleil jusqu’à ce qu’elle fût complètement desséchée,
+broyèrent les os et préparèrent le talisman. Fassakoré ayant
+demandé&nbsp;: «&nbsp;Où est la main de l’homme
+robuste&nbsp;?&nbsp;», Fié-Mamoudou présenta sa propre main, et,
+Fassakoré lui ayant enduit la paume avec la pâte magique, il s’en
+fut à Diara, se prosterna devant le roi pour le saluer, prit la
+main de Mana-Maghan dans les siennes et s’en retourna. Aussitôt le
+roi sortit de chez lui comme un fou, sella sa jument, partit au
+galop et ne reparut plus&nbsp;: personne n’a jamais su ce qu’il
+était devenu. Tous les membres de sa famille se sauvèrent et
+disparurent également, à l’exception d’un nommé Sodoga qui dormait
+à ce moment-là et qui devint plus tard l’ancêtre des griots du clan
+des Daramé, qu’on appela à cause de lui Sodogalé.</p>
+
+<p>Fié-Mamoudou prit alors le commandement du Kingui et<span class=
+"pagenum" id="Page_276">[276]</span> fonda à Diara la dynastie des
+Diawara (1270), dans des circonstances qui seront relatées plus
+loin<a id="FNanchor_219"></a><a href="#Footnote_219" class=
+"fnanchor">[219]</a>.</p>
+
+<p>Ces Diawara, dont l’ancêtre, d’origine inconnue, était peut-être
+un Peul, étaient en tout cas formés d’éléments très divers&nbsp;;
+mais il semble que, depuis leur installation au Kingui, c’est
+l’élément soninké qui a dominé dans leur composition définitive et
+aujourd’hui, quoique regardés par les Soninké propres comme formant
+un groupe à part — pour des raisons sans doute purement historiques
+—, les Diawara doivent être considérés comme une fraction du peuple
+soninké.</p>
+
+<p>A la fin du <span class="sc2">XIII</span><sup>e</sup> siècle,
+les Soninké étaient donc déjà dispersés et établis dans la plupart
+des provinces du Soudan Occidental où on les trouve
+aujourd’hui&nbsp;: cependant ce peuple essentiellement mobile,
+voyageur, migrateur et insinuant, n’avait pas encore terminé ses
+mouvements secondaires, qu’il n’a d’ailleurs probablement pas
+terminés complètement à notre époque. Mais, comme il était arrivé à
+Dienné, presque toutes les colonies soninké qui allèrent s’établir
+à l’Est du Diaga ou au Sud du Kaniaga et du Gadiaga perdirent peu à
+peu une partie de leur nationalité et abandonnèrent leur langue
+pour adopter celles des peuples ou des pays au sein desquels elles
+se constituèrent&nbsp;: le songaï dans le Diennéri, le dioula dans
+la Boucle du Niger, le banmana du côté de Ségou et de Bamako, le
+malinké dans le Ouassoulou, etc.</p>
+
+<p>C’est ainsi que, du <span class="sc2">XIV</span><sup>e</sup> au
+<span class="sc2">XIX</span><sup>e</sup> siècles, des Soninké venus
+du Diaga, de Dienné et de Sansanding se répandirent à San et dans
+les environs, puis de là au Yatenga d’une part et au Dafina de
+l’autre, essaimant des colonies éparses jusque du côté de Gao et de
+Say vers l’Est et dans la haute Côte d’Ivoire (Samatiguila et
+Odienné notamment) vers le Sud<a id="FNanchor_220"></a><a href=
+"#Footnote_220" class="fnanchor">[220]</a>. C’est d’une de ces
+colonies, composée de Silla et de Touré, que devait sortir à la
+fin<span class="pagenum" id="Page_277">[277]</span> du <span class=
+"sc2">XV</span><sup>e</sup> siècle la dynastie des <em>askia</em>
+de Gao. Au <span class="sc2">XVII</span><sup>e</sup> siècle, sous
+le règne de Nabasséré, souverain du Yatenga, trois Soninké de
+langue songaï, nommés Sana, Sidiki et Marhan, vinrent de Saraféré à
+Bissigué, près de Ouahigouya, pour s’y livrer à la culture de
+l’indigo&nbsp;; leurs descendants s’installèrent en différents
+points du Yatenga et du Mossi, où ils sont teinturiers et
+commerçants et sont aujourd’hui considérés comme des Songaï. Dans
+le Dafina, les Soninké acquirent, vers la fin du <span class=
+"sc2">XVIII</span><sup>e</sup> et le commencement du <span class=
+"sc2">XIX</span><sup>e</sup> siècles, une importance politique
+assez considérable, qui favorisa leur rayonnement dans la Boucle de
+la Volta Noire, et particulièrement dans le pays des Bobo-Niénigué.
+Tous ces Soninké de la Boucle du Niger sont plus généralement
+désignés aujourd’hui sous le nom de <em>Marka</em> (Marassé chez
+les Mossi).</p>
+
+<p>A l’Ouest du haut Niger, une famille soninké du Galam,
+appartenant au clan royal des Sempré (Soumpara ou Simbara), quitta
+les rives du Sénégal vers le milieu du <span class=
+"sc2">XV</span><sup>e</sup> siècle pour retourner au Bagana et,
+s’étant installée à mi-chemin entre Ségala et Bassikounou, y fonda
+le village de Kala, qui fut plus tard appelé Sokolo. Environ quatre
+siècles plus tard — vers 1832 d’après Tautain — un certain nombre
+de Soninké de Sokolo vinrent dans le Nord du Bélédougou, s’y
+installèrent avec l’autorisation du chef banmana de Toubakoro, qui
+dépendait lui-même du chef banmana de Gana (près Banamba), et
+fondèrent là les colonies marka de Touba-koura ou Touba, de
+Banamba, de Kiba, de Kérouané, de Médina&nbsp;; quelques-uns
+allèrent jusqu’au bord même du Niger, à Niamina, où ils se mêlèrent
+à des Soninké Koumba venus de Sansanding, qui avaient déjà fondé
+cette ville de Niamina depuis un certain temps, près du lieu où se
+trouvait autrefois la capitale du Mali.</p>
+
+<p>D’autres familles soninké du Galam (Sakho et Silla notamment)
+avaient quitté aussi le Sénégal vers le milieu du <span class=
+"sc2">XVI</span><sup>e</sup> siècle (1534 d’après Barros), à la
+suite d’une guerre avec les Toucouleurs du Fouta dans laquelle ces
+derniers, sous le commandement de l’empereur de la dynastie peule
+fondée par Koli Galadio, firent de grands massacres de Soninké et
+de Mandingues dans le Gadiaga et le Boundou. Ces familles
+s’enfoncèrent<span class="pagenum" id="Page_278">[278]</span> dans
+le Sud du Boundou et du Bambouk et gagnèrent la haute Gambie, le
+Fouta-Diallon et le Ouassoulou.</p>
+
+<p>Si nous jetons maintenant un coup d’œil rétrospectif sur les
+circonstances — un peu embrouillées parfois — qui motivèrent ou
+accompagnèrent les différentes migrations et la formation du peuple
+soninké, nous nous apercevrons que ce peuple, dans son état actuel,
+est l’un des plus mélangés du Soudan Français. Sans doute fort peu
+différents au début de leurs congénères les Mandé du Centre, ils
+s’en distinguent aujourd’hui de façon notable par le caractère
+moral, par le physique et par la langue. Leur long et intime
+contact avec les Judéo-Syriens, les Berbères, les Peuls et — plus
+récemment — les Maures Beni-Hassân, a eu suffisamment d’influence
+sur eux — au moins sur la fraction de leur peuple demeurée au Sahel
+— pour que Léon l’Africain ait pu les considérer comme se
+rattachant aux Libyens et pour que Sa’di ait pu confondre certaines
+de leurs tribus avec les Zenaga. D’autre part, ceux qui ont subi,
+dans le Diennéri et la région des lacs, l’influence songaï, ont pu
+être pris pour des Songaï, de même qu’il est assez difficile à
+première vue de distinguer les Marka de la Boucle des Dioula, ceux
+du haut Niger des Banmana, ceux du Ouassoulou des Malinké ou des
+Foulanké. Cependant, même là où ils ont abandonné leur langue, ils
+forment encore une unité ethnique distincte, où domine le type
+mandé primitif, mais où l’élément de race blanche (et
+particulièrement l’élément sémitique) a laissé une trace fortement
+marquée au moral peut-être plus qu’au physique<a id=
+"FNanchor_221"></a><a href="#Footnote_221" class=
+"fnanchor">[221]</a>.</p>
+
+<p class="space-above15"><span class="pagenum" id=
+"Page_279">[279]</span>3<sup>o</sup> <em>Dioula.</em></p>
+
+<p>Les Dioula proviennent assurément de la même souche que les
+Soninké, mais ils se sont séparés d’eux avant que ces derniers
+aient été modifiés par leur contact dans le Nord du Sahel avec les
+Judéo-Syriens et les Maures, et c’est pour cela qu’ils ont mieux
+conservé le type mandé primitif et que leur langue ne se
+différencie que très peu de celle des Malinké et est en tout cas
+beaucoup plus voisine des dialectes mandé du centre qu’elle ne
+l’est du soninké. Ils l’affirment eux-mêmes implicitement en disant
+que leur nom, <em>Dioula</em>, signifie «&nbsp;du fond, de la
+souche primitive&nbsp;». Mais, au point de vue de leur origine,
+c’est aux Mandé du Nord qu’il convient de les rattacher, ainsi que
+l’a très bien démontré celui qui les a étudiés le premier et qui
+les connaît le mieux, M. Binger.</p>
+
+<p>Sans doute la formation du peuple dioula doit remonter aux
+premières migrations soninké qui se portèrent vers le Diennéri
+avant même la fondation de l’éphémère royaume du Ouagadou,
+migrations dont nous avons relevé la trace dans la légende de
+Digna, au début du <span class="sc2">VIII</span><sup>e</sup>
+siècle. Les Kounaté qui se fixèrent à Dioboro vers la fin du même
+siècle ou le début du <span class="sc2">IX</span><sup>e</sup>,
+après la dispersion du Ouagadou, fournirent sans doute un deuxième
+élément aux origines des Dioula. En tout cas ces derniers, que
+toutes leurs traditions font venir de Dienné, étaient déjà répandus
+dans toute la Boucle du Niger et jusque sur la basse Volta avant la
+fondation définitive de Dienné par les Soninké-Nono en 1240,
+puisque nous les trouvons fortement installés à Bégho<a id=
+"FNanchor_222"></a><a href="#Footnote_222" class=
+"fnanchor">[222]</a>, près du coude Sud de la Volta Noire et de la
+lisière<span class="pagenum" id="Page_280">[280]</span>
+septentrionale de la grande forêt, dès le <span class=
+"sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle&nbsp;; ils étaient même déjà en
+partie musulmans à cette époque, d’après la tradition, alors que
+les Berbères soudanais ne l’étaient encore qu’en minorité et que
+les Soninké de Dienné et du Diaga ne devaient se convertir en masse
+que vers le début du <span class="sc2">XIV</span><sup>e</sup>
+siècle.</p>
+
+<p>Grands voyageurs et habiles commerçants plus encore que leurs
+cousins soninké, les Dioula sont peut-être, de tous les Mandé, ceux
+qui ont fourni le plus grand nombre de pèlerins ayant visité La
+Mecque&nbsp;: ce fait peut expliquer leur islamisation ancienne et
+rapide, islamisation qui s’est ralentie d’ailleurs durant les
+derniers siècles. Il faut tenir compte aussi d’un autre
+phénomène&nbsp;: à part de rares exceptions, les Dioula n’ont
+jamais habité que des villes, isolées au milieu de populations
+autochtones agricoles et de religion animiste&nbsp;; cela leur a
+permis de se sentir davantage les coudes et d’organiser des foyers
+religieux et économiques qui sont devenus d’autant plus forts
+qu’ils étaient plus isolés et ne pouvaient se maintenir que par le
+prestige moral qu’exerçaient les Dioula sur les indigènes les
+entourant.</p>
+
+<p>A une époque plus récente — à partir des <span class=
+"sc2">XV</span><sup>e</sup> et <span class=
+"sc2">XVI</span><sup>e</sup> siècles sans doute et jusqu’à nos
+jours — des Soninké de Sansanding, de San et de Ségou vinrent
+grossir les colonies dioula de la Boucle, qui étaient nombreuses
+déjà dans le Mossi, le Dafina, les pays bobo et sénoufo et le Nord
+de la Côte d’Ivoire (Mankono, Kadioha, Bong, Kong, etc.). La
+plupart des Dioula du pays samo y seraient venus de Ségou vers
+1760, sous le règne du <em>nâba</em> Kango&nbsp;; le chef de cette
+migration, nommé Mamourou, serait parti de Toubara (cercle actuel
+de Ségou) pour aller à Louta (cercle actuel de Bandiagara), où il
+serait mort. Ses quatre fils (Mohammadou, Abdoulkadari, Bakari et
+Kiba) émigrèrent de Louta à Gomboro (cercle actuel de Ouahigouya),
+où ils se livrèrent au commerce et vécurent en bonne intelligence
+avec les<span class="pagenum" id="Page_281">[281]</span>
+Samo&nbsp;; ceux-ci les protégèrent même contre l’empereur de Ségou
+Ngolo Diara qui, vers 1780, fit une expédition au Yatenga dans le
+but de ramener les Dioula à Ségou, but qui ne fut pas atteint.</p>
+
+<p>Vers la fin du <span class="sc2">XIX</span><sup>e</sup> siècle,
+Kong était une ville de plus de 15.000 âmes, devenue le centre
+principal des Dioula et la capitale d’un véritable Etat fédéral
+habité par des populations fort diverses mais dont les Dioula
+détenaient le gouvernement. La destruction complète de cette ville
+par Samori en avril 1895 détermina l’exode de la plupart des
+Dioula, sous la conduite de leurs chefs du clan Ouatara, vers
+Bobo-Dioulasso, qui était une dépendance de Kong depuis Farama-Oulé
+(1860)&nbsp;; ils fondèrent près de Bobo-Dioulasso plusieurs gros
+villages, entre autres celui de Dassalami ou Dar-es-salam, qui
+devinrent rapidement florissants. Après l’occupation de la région
+de Kong par les Français en 1898 et la pacification du pays,
+quelques familles dioula revinrent s’établir sur les ruines de leur
+ancienne capitale avec Yamoriba Ouatara, mais la plupart
+demeurèrent autour de Bobo-Dioulasso avec Pinntièba Ouatara.</p>
+
+<p>Malgré la cohésion de leurs petits groupements et de leurs
+agglomérations urbaines, les Dioula ne purent manquer d’introduire
+parmi eux nombre d’étrangers, surtout lorsque, devenus riches, ils
+acquirent beaucoup d’esclaves. Aussi actuellement les Dioula
+sont-ils fortement mélangés d’éléments voltaïques au Mossi et
+d’éléments sénoufo dans les régions de Bobo-Dioulasso et de
+Sikasso. Cependant certaines familles semblent s’être conservées à
+peu près pures&nbsp;: ce sont en général celles qui sont
+entièrement musulmanes et qui n’ont pas adopté la coutume des
+scarifications du visage&nbsp;; les autres, plus ou moins métissées
+d’autochtones, d’un islamisme assez tiède et souvent même
+professant la religion locale, sont désignées par les Dioula purs
+sous le nom de <em>Sonongui</em> ou <em>Sorongui</em>, que les
+interprètes traduisent souvent par «&nbsp;musulmans buveurs de
+<em>dolo</em>&nbsp;»<a id="FNanchor_223"></a><a href=
+"#Footnote_223" class="fnanchor">[223]</a> mais dont l’étymologie
+exacte ne m’est pas connue.</p>
+
+<p>Les <em>Boron</em>, <em>Bolon</em> ou <em>Blon</em>, qu’on
+rencontre en certaines<span class="pagenum" id=
+"Page_282">[282]</span> régions du Sud-Ouest de la Boucle et qu’on
+apparente aux Dioula, seraient des descendants d’une caste de
+chasseurs qui aurait accompagné la plus ancienne migration dioula.
+Ils n’ont pas en général embrassé l’islamisme et n’ont pas atteint
+le degré de civilisation auquel sont parvenus les autres
+Dioula.</p>
+
+<p class="space-above15"><a id="p2c02s08"></a><span class=
+"bold">VIII. Mandé du Centre.</span>
+</p>
+
+<p class="space-above15">1<sup>o</sup> <em>Kâgoro.</em> — Dans les
+temps primitifs, les Kâgoro devaient être les autochtones du
+Bagana&nbsp;: il est fort probable que les sauvages
+<em>Bagama</em><a id="FNanchor_224"></a><a href="#Footnote_224"
+class="fnanchor">[224]</a> signalés par Bekri au Sud-Ouest de Ghana
+et les <em>Baganes</em> des premiers voyageurs portugais n’étaient
+autres que des Kâgoro. Leur domaine devait s’étendre à l’Ouest et
+au Sud-Ouest du Diagha ou Diaga, séparant le berceau des Soninké de
+celui des Malinké. Leur pays fut envahi à de nombreuses reprises
+par les migrations soninké, il fut le théâtre des luttes que se
+livrèrent les Soninké Sossé et les Malinké, enfin il devint l’un
+des centres les plus actifs de la colonisation banmana&nbsp;: tout
+cela expliquerait pourquoi les Kâgoro actuels, tout en ayant
+fidèlement conservé le type physique et moral des agriculteurs
+mandé primitifs et ressemblant par là étroitement aux Banmana,
+parlent un dialecte qui présente des affinités indéniables avec la
+langue soninké.</p>
+
+<p>Le plus grand nombre des Kâgoro primitifs s’est d’ailleurs fondu
+dans le sein des Soninké, des Banmana, des Malinké et des Foulanké,
+et ceux qui ont gardé leur individualité ethnique ne constituent
+qu’un groupe fort restreint, éparpillé aujourd’hui dans le
+Bakounou, le Kaniaga, le Kaarta et le Bélédougou. Mais, précisément
+parce qu’il a pu conserver son type original et se constituer un
+dialecte spécial, ce petit groupe n’en est que plus
+intéressant.</p>
+
+<p>Les légendes racontent qu’à une époque fort reculée, sans doute
+au moment de la première colonisation du Kaniaga par<span class=
+"pagenum" id="Page_283">[283]</span> des Soninké (<span class=
+"sc2">VIII</span><sup>e</sup> siècle), un grand nombre de Kâgoro
+avaient émigré au Fouta-Diallon&nbsp;: ce serait leur présence dans
+ce pays qui aurait, en modifiant le parler des Diallonké, donné à
+ce dernier et à la langue soussou actuelle les affinités qui s’y
+rencontrent — principalement au point de vue phonétique — avec les
+dialectes mandé du Nord et particulièrement le Soninké.</p>
+
+<p>Au <span class="sc2">XIII</span><sup>e</sup> siècle, <em>Alidiou
+Makassa</em> ou Magassa, chef des Kâgoro du Fouta-Diallon, eut des
+démêlés avec Soundiata, empereur du Manding, et lui déclara la
+guerre&nbsp;; vaincu et obligé de céder la place aux bandes de son
+vainqueur, Alidiou Makassa voulut regagner la patrie de ses
+ancêtres et s’établit dans le Kaarta&nbsp;; il y fonda un petit
+Etat qui fut gouverné après sa mort par son fils Maka Makassa, puis
+par Fioté fils de Maka et par Fodé fils de Fioté. Fodé mourut au
+commencement du <span class="sc2">XIV</span><sup>e</sup> siècle,
+laissant deux fils dont l’un, Kossa, demeura au Kaarta, tandis que
+l’autre, Amadi, émigrait à Ouaharo (Kaniaga). Un descendant de
+Kossa, nommé Séguéba Makassa, aurait réuni les deux fractions sous
+son commandement au <span class="sc2">XVIII</span><sup>e</sup>
+siècle. Le chef actuel des Kâgoro du cercle de Goumbou, Diara
+Makassa, serait le neuvième successeur de ce Séguéba<a id=
+"FNanchor_225"></a><a href="#Footnote_225" class=
+"fnanchor">[225]</a>.</p>
+
+<p class="space-above15">2<sup>o</sup> <em>Banmana.</em> — Une
+tradition maintes fois rapportée fait venir les Banmana du
+<em>Toron</em>, province orientale du Ouassoulou située dans la
+colonie actuelle de la Côte d’Ivoire, sur la route d’Odienné à
+Sikasso et non loin de la première de ces deux villes. Il semble en
+effet que l’habitat primitif des Banmana devait former l’extrême
+Sud-Est du berceau de la famille mandé et devait s’étendre de la
+rive droite du haut Niger, à hauteur de Siguiri environ, jusqu’à la
+rive gauche du haut Bagbê ou Bagoé, où il confinait au territoire
+des Sénoufo. Les premières<span class="pagenum" id=
+"Page_284">[284]</span> conquêtes des empereurs du Manding, dès le
+début du <span class="sc2">XIII</span><sup>e</sup> siècle, en
+installant les Malinké sur la rive droite du haut Niger, durent
+forcer les Banmana à se cantonner entre le haut Baoulé et le haut
+Bagbê, là où se trouve précisément le Toron. Leur caractère très
+marqué d’indépendance en effet et leur attachement à la religion
+ancestrale ne les disposaient pas à accepter le joug des
+Mandingues, dont l’empereur et les grands chefs professaient alors
+l’islamisme, et ce serait à cette circonstance qu’ils devraient
+leur nom, comme je l’ai dit déjà (<em>ban-ma-na</em>, refus au
+maître).</p>
+
+<p>Quelques-uns cependant se portèrent sans doute dès le
+<span class="sc2">XIII</span><sup>e</sup> siècle le long de la rive
+droite du Niger jusqu’à Ségou, car les légendes relatives à
+Soundiata nous parlent de Banmana habitant déjà les bords du fleuve
+du côté de Koulikoro entre 1225 et 1250. Très probablement ces
+précurseurs des grandes migrations banmana devaient appartenir à la
+caste des pêcheurs <em>Somono</em>, qui n’aurait pu, dans le Toron,
+trouver suffisamment l’emploi de ses aptitudes spéciales et qui
+préféra accepter le joug des Malinké et embrasser l’islamisme.</p>
+
+<p>La fraction agricole du peuple banmana ne devait pas tarder
+d’ailleurs à se diriger aussi vers le Nord&nbsp;: elle était déjà
+fort nombreuse en effet et ne tarda pas à se trouver à l’étroit
+dans le Toron. On place généralement au <span class=
+"sc2">XVII</span><sup>e</sup> siècle la migration d’où devait
+sortir l’empire des Kouloubali, mais cette migration avait en
+réalité commencé bien auparavant et l’installation de Kaladian
+Kouloubali près de Ségou en 1600 ne constitue que l’aboutissement
+de l’un de ses épisodes les plus récents. En fait, depuis la fin du
+<span class="sc2">XIII</span><sup>e</sup> siècle au moins et,
+semble-t-il, sans discontinuité, un flot toujours grossissant de
+Banmana descendit les vallées du haut Bani, s’avançant
+progressivement depuis le Toron jusqu’aux environs de Dienné, en
+peuplant successivement la région de Bougouni, la contrée située
+entre le Baoulé<a id="FNanchor_226"></a><a href="#Footnote_226"
+class="fnanchor">[226]</a> et Bamako, le Bendougou (sur la rive
+droite du Bani) et tout le territoire compris entre Dienné et Ségou
+de la rive gauche du Bani à la rive droite du Niger.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_285">[285]</span>Comme je le
+disais à l’instant, ce n’est qu’à partir du <span class=
+"sc2">XVII</span><sup>e</sup> siècle que les légendes se précisent
+relativement à la poussée des migrations banmana, lesquelles vers
+cette époque vont prendre une nouvelle direction et, traversant le
+Niger, se diriger vers l’Ouest et le Nord-Ouest, pour atteindre
+enfin Nioro en 1754.</p>
+
+<p>Voyons maintenant le détail des principales de ces légendes.</p>
+
+<p>A une époque fort reculée et très vraisemblablement bien
+antérieure au <span class="sc2">XVII</span><sup>e</sup> siècle,
+deux frères banmana nommés l’un <em>Niangolo</em> et l’autre
+<em>Baramangolo</em>, formant sans doute une fraction égarée d’une
+grosse migration, arrivèrent sur la rive droite du Baoulé, au Sud
+de Barouéli (près du confluent du Baoulé avec le Bagbê), fuyant des
+ennemis qui les poursuivaient en les chassant vers le Nord-Ouest.
+Ils voulurent traverser la rivière pour échapper à ces ennemis,
+mais ne purent trouver de pirogues&nbsp;: c’est en souvenir de ce
+fait que leurs descendants prirent le nom de <em>Kouloubali</em>,
+mot qui en banmana signifie en effet «&nbsp;sans pirogue&nbsp;»
+(<em>koulou</em> pirogue, <em>bali</em> suffixe privatif). Un
+poisson à grosse tête aplatie, de l’espèce appelée <em>mpolio</em>
+en banmana, eut pitié de leur embarras et leur offrit de leur faire
+traverser le Baoulé sur son dos&nbsp;; il passa d’abord le cadet,
+Baramangolo, qui lui déconseilla de rendre le même service à son
+frère aîné Niangolo, ce dernier étant ingrat et cruel. Néanmoins le
+<em>mpolio</em> retourna sur la rive droite, prit Niangolo sur son
+dos, lui fit passer le fleuve et le déposa sur la rive gauche à
+côté de son frère. Aussitôt Niangolo saisit le <em>mpolio</em>, le
+tua et, le coupant en deux tronçons, offrit l’un d’eux à
+Baramangolo&nbsp;; mais ce dernier refusa de manger la viande d’un
+animal qui lui avait sauvé la vie et prononça l’anathème contre
+tous ceux de ses descendants qui toucheraient à la chair d’un
+<em>mpolio</em><a id="FNanchor_227"></a><a href="#Footnote_227"
+class="fnanchor">[227]</a>.</p>
+
+<p>Cependant les deux frères s’établirent dans le pays compris
+entre le Bani et le Niger et ils y eurent des enfants&nbsp;: telle
+serait<span class="pagenum" id="Page_286">[286]</span> l’origine du
+clan banmana des Kouloubali. L’un des descendants de Baramangolo,
+nommé <em>Kaladian Kouloubali</em>, s’était installé vers 1600
+environ sur la rive droite du Niger, un peu en aval de Ségou, à
+Markadougouba, village où des lieutenants des empereurs du Mali
+avaient résidé jusque vers la fin du <span class=
+"sc2">XV</span><sup>e</sup> siècle et qui, depuis, avait été placé
+sous la suzeraineté au moins nominale de l’empereur de Gao d’abord,
+du caïd marocain de Dienné ensuite. Son fils <em>Danfassari</em>,
+quittant Markadougouba où Notémé, autre fils de Kaladian, avait
+succédé à son père, alla vers 1620 se fixer plus en amont, dans un
+village qui avait été fondé précédemment par un musulman, soninké
+probablement, qu’on nommait <em>Siékou</em> ou <em>Sékou</em> (le
+cheikh)&nbsp;: ce village avait été appelé <em>Ségou</em> du nom de
+son fondateur<a id="FNanchor_228"></a><a href="#Footnote_228"
+class="fnanchor">[228]</a>. Nous verrons dans la quatrième partie
+de cet ouvrage comment le petit-fils de Danfassari, Fotigué dit
+<em>Biton</em>, construisit là une forteresse et en fit vers 1670
+le siège de l’empire banmana de Ségou, empire qui ne devait pas
+tarder à étendre sa suprématie sur tout le cours du Niger de Bamako
+à Tombouctou inclus et à favoriser ainsi le mouvement de migration
+des Banmana vers le Nord ainsi que sur la rive droite du Bani.</p>
+
+<p>Cependant des mésintelligences avaient éclaté entre les
+Kouloubali issus de Baramangolo, auxquels appartenaient Kaladian et
+ses descendants, et ceux issus de son aîné Niangolo&nbsp;: ces
+derniers, qui avaient pris l’épithète de <em>Massassi</em>
+(descendance de roi) parce qu’ils représentaient la branche aînée,
+s’étaient vus écarter du pouvoir par la branche cadette et
+supportaient malaisément cette déchéance. Traités plus durement
+encore par l’empereur Biton que par ses prédécesseurs, ils
+franchirent le Niger vers 1670 — c’est-à-dire peu après l’avènement
+de Biton — sous la conduite de <em>Zié Kouloubali-Massassi</em> ou,
+selon d’autres traditions, sous celle de <em>Sounsa</em> ou
+<em>Sarhaba</em> son frère, et allèrent s’installer dans le
+Bélédougou et le Kaarta, fondant, à <em>Sountian</em> près de
+Mourdia (Kaarta), un second empire banmana qui fut en continuelle
+rivalité avec l’empire de Ségou.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_287">[287]</span>De nombreuses
+familles banmana appartenant à d’autres clans (Taraoré, Diara,
+etc.) quittèrent également la rive droite du Niger sous le règne de
+Biton, fuyant le joug de ce despote et allant chercher des pays
+encore inhabités pour s’y livrer à la chasse et y satisfaire leur
+besoin d’indépendance. C’est ainsi que le Nord du Bélédougou, alors
+désert, fut colonisé vers le début du <span class=
+"sc2">XVIII</span><sup>e</sup> siècle par un chasseur nommé
+<em>Bakoro Taraoré</em> qui avait fui la cour de l’empereur
+Biton&nbsp;; ce Bakoro se fixa à quelques kilomètres au Sud-Est du
+poste actuel de Banamba, dans une forêt inhabitée qu’il fut le
+premier à défricher et où il fonda le petit village de
+<em>Gana</em>. Plus tard, d’autres émigrants banmana, venus aussi
+de la rive droite du Niger, fondèrent dans la même région le
+village de <em>Touba</em> (la grande forêt)<a id=
+"FNanchor_229"></a><a href="#Footnote_229" class=
+"fnanchor">[229]</a>, avec l’autorisation de Bakoro Taraoré auquel
+ses droits de premier occupant conféraient la propriété du sol.
+Monson ou Mosson Diara, qui régna à Ségou de 1792 à 1808<a id=
+"FNanchor_230"></a><a href="#Footnote_230" class=
+"fnanchor">[230]</a>, vint razzier ces villages, captura un grand
+nombre de leurs habitants et les emmena à Ségou. Cependant les
+colonies banmana de Gana et de Touba parvinrent à se reconstituer
+et contribuèrent, durant toute la première moitié du <span class=
+"sc2">XIX</span><sup>e</sup> siècle, au peuplement du nord du
+Bélédougou. Lors des guerres d’El-Hadj Omar (1860), beaucoup de
+Banmana de la région de Merkoya et de Gana émigrèrent dans le Sud,
+vers Sanankoro<a id="FNanchor_231"></a><a href="#Footnote_231"
+class="fnanchor">[231]</a>, pour revenir ensuite chez eux à partir
+de 1885 et reconstruire leurs foyers détruits<a id=
+"FNanchor_232"></a><a href="#Footnote_232" class=
+"fnanchor">[232]</a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_288">[288]</span>Dans la région
+comprise entre le Niger et le Bani, région dont ils semblent avoir
+été presque les seuls occupants depuis leur première installation,
+les Banmana se sont conservés à peu près purs de tout
+mélange&nbsp;; il n’en est pas de même sur la rive droite du Bani,
+où ils ont accru leur domaine aux dépens de celui des Bobo et des
+Sénoufo, ni sur la rive gauche du Niger ainsi que dans le Sahel et
+le Massina, où ils ont cohabité avec des Malinké, des Kâgoro, des
+Soninké, des Bozo et des Peuls. Assurément, même dans ces dernières
+régions, les Banmana des petits villages campagnards doivent être
+encore très rapprochés du type primitif de leurs ancêtres, mais il
+n’en est pas de même de ceux qui habitent les villes. Beaucoup de
+ces derniers ne sont banmana que par la langue qu’ils parlent et
+par des coutumes qu’ils n’ont adoptées — en les modifiant
+d’ailleurs — qu’à une date assez récente.</p>
+
+<p>J’en prendrai comme exemple les habitants de Banamba et les
+Banmana de Bamako. Les premiers sont encore considérés aujourd’hui
+comme Soninké, mais il est fort possible que, dans une cinquantaine
+d’années, on les range parmi les Banmana, attendu que pas un d’eux
+alors ne parlera le soninké, qui n’est plus compris déjà que par
+quelques vieillards&nbsp;: et cependant leur établissement en pays
+banmana ne date que de 1832<a id="FNanchor_233"></a><a href=
+"#Footnote_233" class="fnanchor">[233]</a>&nbsp;! Quant aux
+principales familles banmana de Bamako, celle des Niarè, à laquelle
+appartient le chef actuel de la ville, et celle des Touré, à
+laquelle appartiennent les musulmans non Somono, voici leur
+histoire. A une époque relativement récente et qui, en tout cas, ne
+peut remonter au delà de la seconde moitié du <span class=
+"sc2">XVII</span><sup>e</sup> siècle, puisque les Massassi
+régnaient au Kaarta, un Soninké musulman originaire de Diara près
+Nioro et nommé <em>Sériba Niarè</em><a id=
+"FNanchor_234"></a><a href="#Footnote_234" class=
+"fnanchor">[234]</a>, ayant quitté sa ville natale à la suite d’une
+querelle de famille, demanda à l’empereur massassi du
+Kaarta<span class="pagenum" id="Page_289">[289]</span> un terrain
+pour s’y établir&nbsp;; le souverain le fit conduire vers le Niger,
+à Moribadougou, à 10 kilomètres environ en aval de Bamako, où
+habitait alors la famille d’un autre Soninké nommé Bamba ou Bamma
+Sakho. Sériba s’installa auprès de Bamba, épousa une de ses filles
+et en eut un fils, <em>Dia-Moussa</em>, qui devint un grand
+chasseur&nbsp;; ce Dia-Moussa acquit un renom extraordinaire
+d’agilité et de souplesse&nbsp;: il sautait le Niger à pieds-joints
+par dessus les rapides de Sotuba. Un jour, en allant à la chasse,
+il visita l’emplacement actuel de Bamako, alors désert, le trouva à
+sa convenance et y fit venir ses parents. Il épousa, ainsi que son
+père, des femmes banmana de la rive droite, et ils en eurent des
+descendants qui, ayant adopté la langue, la religion et les
+coutumes des Banmana, sont devenus les <em>Niarè</em> actuels de
+Bamako<a id="FNanchor_235"></a><a href="#Footnote_235" class=
+"fnanchor">[235]</a>. Quant aux <em>Touré</em>, qui n’arrivèrent à
+Bamako qu’au début du <span class="sc2">XIX</span><sup>e</sup>
+siècle, ils proviendraient de la fusion de deux familles&nbsp;:
+l’une, celle des <em>Touêté</em>, descendrait d’un forgeron juif
+originaire du Touat, venu se fixer à Bamako, où il se serait marié
+à des femmes de la caste des forgerons (Noumou) et de celle des
+pêcheurs (Somono)&nbsp;; l’autre, celle des <em>Daraoué</em>,
+descendrait d’un Arabe musulman originaire du Dara (sud marocain)
+et marié à Bamako à une femme soninké.</p>
+
+<div class="plate" id="pl10">
+<table class="width-full">
+<tr>
+<td class="tdl ipub sc">Delafosse</td>
+<td class="tdr ipub">Planche X</td>
+</tr>
+</table>
+
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="i19"><img src='images/i19.jpg' alt=''>
+<p class="ipubr"><em>Cliché Fortier</em>
+</p>
+
+<p class="cp1"><span class="sc">Fig.</span> 19. — Femmes et enfants
+Malinké.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw6">
+<figure id="i20"><img src='images/i20.jpg' alt=''>
+<p class="ipubr"><em>Cliché Fortier</em>
+</p>
+
+<p class="cp1"><span class="sc">Fig.</span> 20. — Femme Somono des
+bords du Niger.</p>
+</figure>
+</div>
+</div>
+
+<p class="space-above15">3<sup>o</sup> <em>Khassonkè.</em></p>
+
+<p>Nous avons vu, en parlant des migrations peules, comment le
+peuple khassonkè avait pris naissance, vers la fin du <span class=
+"sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle, par suite du mélange de
+certaines fractions peules avec des autochtones du haut Sénégal.
+Ces autochtones étaient vraisemblablement des Kâgoro, sur la rive
+Nord du fleuve, et des Malinké, sur la rive Sud&nbsp;; les Soninké
+du Guidimaka et du Galam durent aussi fournir un élément
+appréciable à la formation des Khassonkè, ainsi que, plus tard, les
+Maures du Sahel.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_290">[290]</span>D’après les
+traditions qui ont cours à Kayes, les ancêtres des Khassonkè
+auraient été un berger peul nommé Amadou Haoua et une femme banmana
+appartenant à une famille dont Amadou Haoua gardait les troupeaux.
+Comme l’origine des Khassonkè remonte vraisemblablement au
+<span class="sc2">XI</span><sup>e</sup> ou <span class=
+"sc2">XII</span><sup>e</sup> siècle et qu’à cette époque les
+Banmana ne devaient pas avoir atteint encore la région de Kayes, je
+remplacerais assez volontiers dans cette légende le mot
+«&nbsp;banmana&nbsp;» par le mot «&nbsp;kâgoro&nbsp;»&nbsp;; on
+arriverait ainsi à une explication s’approchant beaucoup de la
+vérité, ainsi que le prouve l’examen du dialecte parlé actuellement
+par les Khassonkè&nbsp;: c’est un dialecte mandé se rapprochant du
+kâgoro au point de vue phonétique et renfermant un assez grand
+nombre de radicaux peuls dans son vocabulaire.</p>
+
+<p>Sega Déoua, l’un des descendants d’Amadou Haoua, alla s’établir
+dans le Diomboko et y bâtit Koniakari&nbsp;; l’un de ses frères se
+fixa à Séro, au Nord de Koniakari, et y fonda un petit royaume
+rival dont le souverain portait le titre de <em>sila-tigui</em>
+comme l’empereur du Tekrour. Vers la fin du <span class=
+"sc2">XVIII</span><sup>e</sup> siècle, un conflit éclata entre le
+silatigui de Séro et le roi de Koniakari, qui s’appelait alors
+Demba Séga&nbsp;; après une série de luttes sans grande portée, le
+silatigui, aidé par les Banmana Massassi du Kingui, eut le dessus
+et, vers 1810, força Demba Séga à évacuer le Diomboko et à se
+réfugier dans le Logo, entre Kayes et Bafoulabé. Après une fugue du
+côté du Boundou, Demba Séga s’établit définitivement près et en
+amont de Kayes, à Médine, qui devint la capitale des Khassonkè du
+Sud et de la province du Khasso ou Khasson, dont l’ancêtre Amadou
+Haoua était d’ailleurs originaire.</p>
+
+<p>L’élément peul qui, au début, contribua à la formation des
+Khassonkè s’est tellement atténué qu’on peut, sans aucun
+inconvénient, rattacher aujourd’hui ces derniers à la famille
+mandé.</p>
+
+<p class="space-above15">4<sup>o</sup> <em>Malinké ou
+Mandingues.</em></p>
+
+<p>Les Malinké, Mandenga ou Mandingues (gens du Mali ou Mandé) ont
+eu, très vraisemblablement, comme berceau primitif le pays encore
+appelé de nos jours <em>Mandé</em> ou <em>Manding</em> par
+eux-mêmes, <em>Mali</em> par les Soninké et <em>Melli</em> ou
+<em>Mellé</em> par les<span class="pagenum" id=
+"Page_291">[291]</span> Peuls du Massina, c’est-à-dire la région
+comprenant le haut bassin du Bakhoy et le district situé entre le
+haut Bakhoy et le Niger, au Sud de Kita et au Sud-Ouest de Bamako.
+Leur première capitale dut être <em>Kangaba</em>, village situé à
+peu de distance de la rive gauche du Niger, en amont de Bamako, à
+une cinquantaine de kilomètres du point où la frontière du
+Haut-Sénégal-Niger traverse le fleuve.</p>
+
+<p>On place généralement en 1213 la fondation de l’empire de Mali
+ou des Malinké ou Mandingues. En réalité cette date a été conservée
+par les traditions musulmanes comme étant celle d’un pèlerinage
+accompli à La Mecque par l’empereur <em>Allakoï Keïta</em>, mais il
+est bien probable que de nombreux souverains musulmans et infidèles
+s’étaient succédé déjà avant Allakoï sur le trône du Mandé. En tout
+cas il semble que, au début du <span class=
+"sc2">XIII</span><sup>e</sup> siècle, les Malinké étaient déjà
+répandus, en dehors du Manding proprement dit, dans le Bouré, le
+Sangaran et le Gangaran, qu’ils formaient la population totale de
+ces diverses provinces et qu’ils avaient déjà fondé quelques
+colonies sur la rive droite du haut Niger (dans le Ouassoulou
+actuel), ainsi que dans le Nord du Fouta-Diallon, le Bambouk, la
+région de Kita et la partie de la vallée nigérienne comprise entre
+Bamako et Ségou. C’est l’ensemble de ce domaine primitif des
+Mandingues qui était connu dans le Nord du Soudan sous le nom de
+<em>Gangara</em> ou <em>Ouangara</em> et qui était universellement
+célèbre en raison des mines d’or qu’il renfermait, dans le Bouré et
+le Bambouk principalement.</p>
+
+<p>Mais c’est à partir de 1230 environ que les conquêtes des
+Mandingues commencèrent à reculer considérablement les limites de
+leur territoire vers le Sud, l’Ouest et le Nord et à faire du
+modeste royaume de Kangaba le point de départ d’un empire
+véritable. Le fameux <em>Soundiata Keïta</em>, connu des auteurs
+arabes sous le nom de <em>Mari-Diata</em><a id=
+"FNanchor_236"></a><a href="#Footnote_236" class=
+"fnanchor">[236]</a>, soit directement<span class="pagenum" id=
+"Page_292">[292]</span> soit par l’intermédiaire de ses fils et de
+ses lieutenants, étendait vers cette époque son autorité sur les
+petits royaumes mandingues avoisinant le sien&nbsp;: le Bouré, le
+Sangaran, le Labé (Fouta Diallon), le Bélédougou. Accompagné d’un
+Soninké nommé Diouna, originaire du Ouagadou, il passait le Niger
+vers Siguiri et, repoussant les Banmana au delà du Baoulé dans le
+Toron, établissait des colonies malinké dans les cantons du Baya et
+du Siankadougou (cercle actuel de Bougouni). De retour à Kangaba,
+il récompensa les services que lui avait rendus <em>Diouna</em> en
+lui donnant le gouvernement des cantons mandingues de la région de
+Kita&nbsp;; Diouna se fixa près de la montagne de Kita, où il fonda
+les deux villages de Sédioussaba (le Kita actuel) et de Linguékoto
+(le Tounkaréla actuel) et épousa la fille de Siéma Toulaba, chef de
+la colonie malinké du pays, qui résidait à Tatafing (le Boudofo
+actuel). Deux fils de Soundiata, Makan et Siétigui, s’établirent
+dans la même région, le premier à Kayaba et le second à Boko près
+de Kouroukoto&nbsp;; Siétigui épousa également une fille de Siéma
+Toulaba et en eut trois fils&nbsp;: Dando, qui alla prendre le
+commandement du Birgo (canton de Mourgoula, entre Kita et le
+Manding propre)&nbsp;; Massiré et Kouakourou, qui furent se fixer
+au Nord-Est de Kita, vers la rive gauche du haut Baoulé, dans la
+région qu’on appela plus tard le Fouladougou-Arbala.</p>
+
+<p>Un des principaux lieutenants de Soundiata, nommé
+<em>Amari-Sonko</em>, annexait le Gangaran à l’empire de son
+maître, en laissait le commandement à l’un de ses serviteurs nommé
+Sané-Nianga Taraoré, s’emparait des mines d’or du Bambouk et
+poussait ses conquêtes, doublées d’une forte immigration mandingue,
+à travers le Boundou jusqu’au Niani-Ouli (vallée de la Gambie).</p>
+
+<p>Un peu plus tard, Soundiata battait à Kirina l’empereur sossé
+Soumangourou (1235), s’emparait du Kaniaga, du Diaga et de tout le
+Bagana, s’avançait jusque dans la région de Oualata où il prenait
+et détruisait Ghana (1240) et, trouvant la position de Kangaba trop
+excentrique par rapport à ses nouvelles conquêtes, venait fonder
+non loin de Niamina sa nouvelle capitale, à laquelle on donna le
+nom de <em>Mali</em> ou <em>Mandé</em>, en souvenir du pays
+d’origine de son fondateur.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_293">[293]</span>A la mort de
+Soundiata, c’est-à-dire vers le milieu du <span class=
+"sc2">XIII</span><sup>e</sup> siècle, un de ses meilleurs généraux,
+<em>Moussa-Son-Koroma Sissoko</em>, venait s’établir à l’Ouest du
+Bafing, à Koundian (Sud-Est du Bambouk), avec un grand nombre de
+guerriers et de partisans, et fondait le royaume malinké du
+<em>Bambougou</em> ou Bambouk qui, d’abord vassal de l’empereur de
+Mali, se rendit plus tard indépendant.</p>
+
+<p>Vers la même époque, un autre ancien général de Soundiata et
+parent de l’empereur lui-même, <em>Siriman Keïta</em>, passant au
+Sud de Koundian, alla se fixer à Dékou, dans les montagnes du
+Konkodougou. Ce pays était encore occupé alors par les Diallonké,
+mais il s’y trouvait aussi des colonies mandingues originaires du
+Bouré et du Sangaran, composées surtout de chercheurs d’or
+qu’avaient amenés des chefs de migration nommés Kilia-Moussa
+Sissoko, Tira-Makan Taraoré et Sori Doumbouya, et qui avaient fondé
+les villages de Dindéra et de Sintédougou. Avec l’aide de ces
+colonies mandingues, Siriman Keïta conquit le <em>Konkodougou</em>
+sur les Diallonké et en fit un royaume qui fut, lui aussi, vassal
+de l’empire de Mali.</p>
+
+<p>C’est au <span class="sc2">XIV</span><sup>e</sup> siècle, avec
+l’empereur <em>Kankan-Moussa</em>, que l’empire mandingue atteignit
+son apogée&nbsp;; monté sur le trône en 1307, Kankan-Moussa
+s’emparait en 1325 de Gao et de Tombouctou et étendait son autorité
+jusqu’aux confins de l’Algérie actuelle. Ses successeurs entraient
+en relations amicales avec les sultans du Maroc et avec les rois du
+Portugal (<span class="sc2">XIV</span><sup>e</sup> et <span class=
+"sc2">XV</span><sup>e</sup> siècles). Jamais empire indigène en
+Afrique Occidentale n’obtint pareil renom ni pareille
+puissance.</p>
+
+<p>Cette fortune singulière devait être d’assez faible durée&nbsp;:
+dès 1468, l’empereur de Gao Ali-Ber affranchissait la majeure
+partie de ses états de la suzeraineté mandingue, et l’autorité des
+empereurs de Mali, déjà amoindrie, devait être réduite à néant vers
+la fin du <span class="sc2">XVII</span><sup>e</sup> siècle par les
+conquêtes des Banmana et la révolte des royaumes vassaux. Il n’en
+est pas moins vrai que, pendant près de cinq cents ans, les Malinké
+firent la loi dans la majeure partie des pays situés entre le haut
+Niger et l’Atlantique.</p>
+
+<p>Nous ne devons donc pas nous étonner de voir qu’ils
+ont<span class="pagenum" id="Page_294">[294]</span> réussi à former
+l’un des peuples les plus nombreux et les plus fortement
+caractérisés de toute l’Afrique Occidentale et que ce peuple s’est
+assimilé quantité de tribus diverses d’une manière si profonde
+qu’il n’est pas possible aujourd’hui de discerner leurs origines
+premières&nbsp;; l’empreinte qu’il a marquée sur nombre de
+descendants de Peuls a été si forte qu’on ne saurait à l’heure
+actuelle considérer les Foulanké autrement que comme des
+Mandingues&nbsp;; enfin nous constatons que l’ancienne petite tribu
+du Mandé peuple aujourd’hui, en dehors des pays du
+Haut-Sénégal-Niger où nous avons signalé sa présence, de vastes
+régions dans la Côte d’Ivoire (cercles de Touba et de Mankono),
+dans la Guinée Française (cercles de Siguiri, Dinguiray, Kouroussa,
+Kankan, Beyla, Farana, Kindia, Timbo, Labé, Kadé), dans le Sénégal
+(cercles de Bakel, de Kédougou, du Niani-Ouli, du Sine-Saloum, de
+la Casamance) et enfin dans le Libéria, le Sierra-Leone, la Guinée
+Portugaise et la Gambie Anglaise.</p>
+
+<p class="space-above15">5<sup>o</sup> <em>Foulanké.</em></p>
+
+<p>J’ai suffisamment relaté, en parlant des migrations peules,
+comment s’étaient formés les divers groupements foulanké pour me
+permettre d’être bref à leur sujet. Je viens de dire également
+qu’il était impossible aujourd’hui de ne pas considérer les
+Foulanké comme des Mandé, bien que l’importance de l’élément peul
+qui a contribué à leur formation ait été considérable et se fasse
+sentir de nos jours encore dans leurs <em>diamou</em> spéciaux
+comme aussi dans certains caractères secondaires de leur type
+physique et de leurs mœurs.</p>
+
+<p>On attribue aux Foulanké qui habitent le <em>Ganadougou</em>,
+dans le cercle de Sikasso, une origine un peu spéciale qui
+remonterait à une date assez éloignée&nbsp;: on prétend que,
+lorsque les Soninké, avec Kaya-Maghan, s’emparèrent du pouvoir à
+Ghana (fin du <span class="sc2">VIII</span><sup>e</sup> siècle),
+quelques familles judéo-syriennes, se séparant du mouvement qui
+entraîna leurs congénères vers le Fouta, auraient gagné le Massina,
+refaisant en sens inverse la route qui les avait amenées à Ghana
+six siècles auparavant&nbsp;; sans s’arrêter bien longtemps au
+Massina, elles auraient franchi le Niger,<span class="pagenum" id=
+"Page_295">[295]</span> puis remonté la rive droite du Bani jusque
+dans la région où se trouve aujourd’hui Sikasso&nbsp;; des
+Soninké-Nono et des Dioula y auraient rejoint leurs descendants du
+<span class="sc2">XI</span><sup>e</sup> au <span class=
+"sc2">XIV</span><sup>e</sup> siècles. Plus tard, au début du
+<span class="sc2">XVII</span><sup>e</sup> siècle, des Peuls du
+Massina conduits par Ménédian Diallo seraient venus se fixer
+d’abord à Ntina (cercle de Bougouni), puis, franchissant le Bagbê,
+auraient chassé de Kobougoula les Sénoufo, commandés par Mamourou
+Diarassouba, et se seraient installés à leur place, se mélangeant
+aux descendants des Judéo-Syriens, des Soninké et des Dioula,
+adoptant comme eux la langue mandingue et se livrant surtout à
+l’élevage. Ce serait du mélange de ces trois immigrations que
+seraient sortis les Foulanké actuels du cercle de Sikasso, qu’on
+appelle encore <em>Ganaka</em> (gens de Gana), en souvenir de
+Ghana, ancienne patrie des premiers venus d’entre eux.</p>
+
+<p>Si nous laissons de côté ces derniers, nous voyons que, parmi
+les autres Foulanké du Haut-Sénégal-Niger, les premiers en date
+furent ceux des cercles actuels de Bafoulabé et de Kita, dont
+l’origine remonte à la fin du <span class=
+"sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle ou au début du <span class=
+"sc2">XII</span><sup>e</sup>, tandis que ceux du Ouassoulou, que
+l’on rencontre dans le cercle de Bougouni, sont de formation
+beaucoup plus récente (<span class="sc2">XVIII</span><sup>e</sup>
+siècle). Cependant le mouvement d’émigration des Peuls du
+Fouta-Diallon, qui donna naissance aux Foulanké du Ouassoulou,
+amena un très fort regain d’activité dans les colonies foulanké de
+la région de Kita et détermina leur constitution définitive. Les
+traditions recueillies en ce dernier point nous apprennent en effet
+qu’un nommé Sandoufing Diakité, originaire du Fouta-Diallon,
+s’étant établi dans le Fouladougou du cercle de Bougouni et ayant
+conquis cette province sur les Banmana, laissa onze fils dont deux,
+se dirigeant vers le Nord-Ouest, traversèrent le Manding et vinrent
+se fixer au Nord de Kita, auprès des Foulanké issus des premières
+migrations peules. L’un d’eux, nommé Sabou, s’établit dans l’Ouest
+de la boucle du Baoulé et donna son nom au
+Fouladougou-Saboula&nbsp;; l’autre, nommé Ouaraba, s’établit dans
+l’Est de la même boucle et donna son nom au Fouladougou-Ouarabala
+ou Arbala. Sabou et Ouaraba soumirent à leur autorité les cantons
+mandingues voisins (Gadougou, Gangaran, Kita et Baniakadougou) et
+essayèrent même de conquérir le Kaarta sur<span class="pagenum" id=
+"Page_296">[296]</span> les Banmana, mais sans pouvoir y parvenir.
+Un de leurs descendants, Yoro-Dian, vint fonder Kitaba au pied de
+la montagne de Kita.</p>
+
+<p>Un peu plus tard, une bande de Peuls du Fouta-Diallon, conduite
+par un nommé Koli Sangaré, traversa le Bouré, passa sur la rive
+droite du Niger dans le Sendougou (extrême Sud-Est du cercle de
+Bamako), mit en fuite Tiamakan Taraoré, chef mandingue du
+Sendougou, puis franchit de nouveau le Niger en sens inverse,
+traversa le Manding et s’établit au Sud de Kita dans le Birgo,
+donnant ainsi naissance aux Foulanké du Birgo.</p>
+
+<p class="space-above15"><a id="p2c02s09"></a><span class=
+"bold">IX. Mandé du Sud.</span>
+</p>
+
+<p class="space-above15">1<sup>o</sup> <em>Diallonké.</em></p>
+
+<p>Ainsi que je l’ai dit déjà, le Fouta-Diallon ou plutôt le
+<em>Diallon</em><a id="FNanchor_237"></a><a href="#Footnote_237"
+class="fnanchor">[237]</a> semble bien avoir été le berceau
+primitif des Mandé du Sud. Mais, alors que les Diallonké
+constituaient l’unique population de ce pays, il s’étendait sans
+doute bien davantage vers le Nord et englobait probablement toute
+la région comprise entre le bas Bafing, le Sénégal et la Falémé,
+touchant à l’Est au territoire propre des Mandingues et au Nord à
+celui des Kâgoro.</p>
+
+<p>Le premier établissement des Soninké dans le Gadiaga vers la fin
+du <span class="sc2">VIII</span><sup>e</sup> siècle et l’invasion
+du Khasso par les Peuls au <span class="sc2">XI</span><sup>e</sup>
+siècle déterminèrent un recul des Diallonké vers le Sud. Mais c’est
+surtout au <span class="sc2">XIII</span><sup>e</sup> siècle, à la
+suite de la conquête du Gangaran, du Bambouk, du Konkodougou et du
+Labé par les Mandingues, que se dessina le gros mouvement de
+migration des Diallonké&nbsp;: ce mouvement les porta dès cette
+époque jusque sur les bords de l’Atlantique, du côté de Conakry, au
+travers des populations côtières (Baga, Landouman, etc.) qu’ils
+commencèrent à absorber en partie, devenant les Soussou de la basse
+Guinée. Mais il s’en faut de beaucoup que tous les Diallonké ou
+Soussou primitifs aient été refoulés par les Malinké au Sud-Ouest
+du Fouta-Diallon&nbsp;: s’ils évacuèrent à peu près<span class=
+"pagenum" id="Page_297">[297]</span> complètement le Gangaran, le
+Bambouk et le Nord du Konkodougou ou du moins y perdirent leur
+nationalité pour devenir des Malinké, si beaucoup de familles
+s’avancèrent du côté de la mer, le gros du peuple demeura dans le
+centre du Fouta-Diallon jusqu’à la conquête toucouleure du
+<span class="sc2">XVIII</span><sup>e</sup> siècle et même certains
+cantons du Nord ont conservé jusqu’à nos jours leur population
+diallonké, que nous retrouvons dans le Kolou, le Boké et le
+Kankoumakania (cercle de Kita), dans le Fontofa et le Mérétembaya
+(cercle de Satadougou).</p>
+
+<p>D’autre part, les conquêtes des Malinké et notamment celles de
+Soundiata et de ses lieutenants déterminèrent un grand nombre de
+Diallonké des régions de Labé et Timbo à émigrer directement vers
+le Sud et à s’infiltrer entre les Mandingues du haut Niger et les
+populations forestières de la Côte&nbsp;: ceux-là étaient surtout
+des cultivateurs de cola et, obligés de quitter leur pays, ils
+recherchèrent tout naturellement une région où ils pussent
+continuer à se livrer à leur industrie. C’est ainsi, à mon avis,
+que se dessina cette très curieuse migration qui a porté les Mandé
+méridionaux du Fouta-Diallon jusque dans le centre de la colonie
+actuelle de la Côte d’Ivoire, tout le long de la limite Nord de la
+forêt dense&nbsp;; au cours de cette migration, qui dut s’accomplir
+du <span class="sc2">XIII</span><sup>e</sup> au <span class=
+"sc2">XV</span><sup>e</sup> siècles environ, les Diallonké
+perdirent en grande partie leur caractère national en se mêlant aux
+autochtones de la forêt qui leur donnèrent asile, et ainsi se
+constituèrent sans doute les peuplades des Mendé, des Toma, des
+Guerzé, des Dan, des Toura, des Lo ou Gouro, des Mona, des Ngan,
+etc., qui sont toutes caractérisées par ce fait qu’elles se livrent
+à la culture des colatiers et par cet autre que leurs langues,
+malgré la diversité des vocabulaires, se rattachent
+grammaticalement à la famille des langues mandé.</p>
+
+<p>Après avoir fait du Sud d’abord, puis de l’Est sur une longueur
+considérable, ce courant migrateur refit ensuite du Nord, et donna
+naissance aux groupements isolés dans le Sud-Ouest de la Boucle du
+Niger que nous allons retrouver tout à l’heure.</p>
+
+<p class="space-above15">2<sup>o</sup> <em>Samo.</em></p>
+
+<p>D’après les traditions recueillies à Ouahigouya et ailleurs,
+les<span class="pagenum" id="Page_298">[298]</span> Samo seraient
+d’origine mandé et auraient été formés par le mélange de plusieurs
+éléments, dont l’un appartenait au groupe des Mandé du Centre et un
+autre au groupe des Mandé du Sud.</p>
+
+<p>Le premier aurait été fourni principalement par des Banmana de
+la région de Ségou&nbsp;; ceux-ci auraient été chassés de leur pays
+par les Malinké, très vraisemblablement au <span class=
+"sc2">XIV</span><sup>e</sup> siècle, après l’arrivée des premières
+migrations banmana entre Bani et Niger, mais avant la constitution
+de l’empire de Ségou&nbsp;; sous la conduite d’un chef nommé Diyé,
+ils franchirent le Bani et s’installèrent sur la rive droite de ce
+cours d’eau, à Ninkiessa, entre San et Dienné. De là, sous les
+ordres de Diougouri, fils de Diyé, ils gagnèrent Toéré, entre Koury
+et Ouahigouya, où ils furent rejoints vers le <span class=
+"sc2">XVI</span><sup>e</sup> siècle par des Samorho provenant du
+courant de migration mandé-sud originaire du Fouta-Diallon&nbsp;;
+ces Samorho s’étaient mélangés d’ailleurs à des Sénoufo et à des
+Bobo en se rendant de la région de Sikasso dans celle de Koury. Du
+mélange des Banmana et des Samorho seraient sortis les
+<em>Samo</em>.</p>
+
+<p>Une partie d’entre eux demeura dans le voisinage du coude nord
+de la Volta Noire (Samo du cercle de Koury)&nbsp;; les autres
+gagnèrent le Sud-Ouest du Yatenga, où ils furent rejoints, sous le
+règne du <em>nâba</em> Kango (vers 1770), par quelques familles
+d’origine banmana qui, lors de la migration de Diyé, avaient poussé
+jusqu’à Kaka, près de Sofara, et y étaient restées.</p>
+
+<p>Depuis cette époque les Samo ont été assez profondément
+influencés par le voisinage des Mossi et des Bobo et, bien qu’ils
+aient toujours vécu à peu près indépendants, la trace de leurs
+origines mandé n’est plus très perceptible. Quant à leur langue
+actuelle, autant que les très médiocres renseignements que nous
+possédons nous permettent d’en juger, il semble qu’elle appartient,
+au moins en partie, à la famille des langues voltaïques.</p>
+
+<p class="space-above15">3<sup>o</sup> <em>Samorho.</em></p>
+
+<p>Lorsque, vers le <span class="sc2">XVI</span><sup>e</sup>
+siècle, le courant de migration des Mandé du Sud arriva près de la
+haute Volta, il s’y heurta contre des autochtones sénoufo et bobo
+et aussi contre des Dioula et Soninké venus du Nord&nbsp;: le
+résultat de ce contact multiple aurait donné<span class="pagenum"
+id="Page_299">[299]</span> naissance aux <em>Samorho</em>, qui
+reçurent ce nom des Dioula en raison de leurs aptitudes
+agricoles<a id="FNanchor_238"></a><a href="#Footnote_238" class=
+"fnanchor">[238]</a>.</p>
+
+<p>Une partie d’entre eux s’établit à demeure au Nord de la route
+de Bobo-Dioulasso à Sikasso&nbsp;; d’autres poussèrent plus au Nord
+et allèrent se fixer entre Koutiala et Koury&nbsp;: une fraction de
+ces derniers, en se mélangeant à des Banmana, donna naissance aux
+Samo, comme nous venons de le voir&nbsp;; le reste, ayant eu des
+difficultés avec les Peuls, retourna dans la région de Sikasso.</p>
+
+<p>Actuellement les Samorho ont adopté la religion et la plupart
+des coutumes des Sénoufo, mais ils parlent une langue que l’on
+s’accorde à apparenter aux langues mandé.</p>
+
+<p class="space-above15">4<sup>o</sup> <em>Sia et tribus
+diverses.</em></p>
+
+<p>Les Mandé du Sud, venant de la région de Kong après avoir donné
+naissance aux Lo du Bandama vers l’Ouest et aux Ngan de la Comoé
+vers l’Est, se dirigèrent vers le Nord et atteignirent la région de
+Diébougou. Repoussés par les Bobo, ils se seraient rabattus ensuite
+vers le Sud jusqu’à Lorhosso, pour se porter enfin vers le
+Nord-Ouest et atteindre l’emplacement actuel de Bobo-Dioulasso
+(<span class="sc2">XVI</span><sup>e</sup> siècle
+vraisemblablement). Tandis que certains d’entre eux continuaient
+vers l’Ouest et contribuaient à la formation des Samorho, les
+autres, se fixant à Bobo-Dioulasso — ou plutôt à <em>Sia</em>, qui
+est le vrai nom de cette ville — et, s’y mêlant à des Bobo,
+donnèrent naissance aux <em>Sia</em>. D’abord indépendants, ceux-ci
+ne tardèrent pas à être islamisés et conquis par les Dioula de
+Kong, dont ils adoptèrent en partie le costume et les mœurs, tout
+en conservant l’usage d’un dialecte spécial qui, malgré des
+influences diverses et notamment bobo, semble bien devoir être
+rattaché à la famille mandé. De là vient le surnom de
+<em>Bobo-Dioula</em> qui a été donné aux Sia, comme celui de
+Bobo-Dioulasso (village des Bobo-Dioula) donné à leur centre
+principal.</p>
+
+<p>Les Sia ont laissé peu de vestiges de leur passage au travers du
+cercle actuel de Gahoua, sauf peut-être à Diébougou et à
+Lorhosso&nbsp;; mais, une fois installés à Bobo-Dioulasso, ils
+avaient<span class="pagenum" id="Page_300">[300]</span> conservé
+des relations avec ces deux dernières villes&nbsp;; aussi les
+Dioula de Kong, lorsqu’ils eurent assis leur domination sur
+Bobo-Dioulasso, s’occupèrent des affaires intéressant les familles
+d’origine sia demeurées à Lorhosso et à Diébougou et s’emparèrent
+de l’autorité sur les Gan et les Dian, fondant parmi eux des
+colonies musulmanes mélangées de Sia et de Dioula auxquelles on a
+donné le surnom de Bobo-Dioula comme aux Sia musulmans de
+Bobo-Dioulasso.</p>
+
+<p>Il est probable que les <em>Blé</em>, les <em>Natioro</em>, les
+<em>Ouara</em> et les <em>Sembla</em> du cercle de Bobo-Dioulasso,
+sur lesquels nous n’avons aucun renseignement précis mais qui
+parleraient des dialectes apparentés à la famille mandé, doivent
+avoir une origine analogue à celle des Sia.</p>
+
+<p class="space-above15"><a id="p2c02s10"></a><span class="bold">X.
+Sénoufo.</span>
+</p>
+
+<p>Les Sénoufo semblent bien être autochtones dans tous les pays où
+on les rencontre aujourd’hui, tant au Haut-Sénégal-Niger qu’à la
+Côte d’Ivoire&nbsp;: toutes les traditions recueillies s’accordent
+pour faire d’eux les plus anciens habitants connus de leur
+territoire actuel.</p>
+
+<p>Tout au plus est-il permis de supposer que ce territoire
+s’étendait davantage autrefois dans la direction de l’Ouest et que
+l’invasion des Banmana de la rive droite du haut Niger dans le
+Toron et les pays entre Baoulé et Bagbê, sous la poussée des
+premières conquêtes mandingues, a forcé les Sénoufo qui habitaient
+alors ces régions à émigrer sur la rive droite du Bagbê et à
+rejoindre ceux de leurs compatriotes qui s’y trouvaient déjà. Une
+tradition s’est conservée à Sikasso relatant que des Sénoufo, pour
+la plupart chasseurs d’éléphants, auraient habité autrefois la
+province de Massigui, dans le cercle actuel de Bougouni, et, en
+ayant été chassés par la surpopulation due à l’invasion banmana, se
+seraient transportés, en quête de nouveaux territoires de chasse,
+les uns vers Sikasso, les autres vers Tengréla et le Nord de la
+Côte d’Ivoire. D’autres furent plus ou moins absorbés par les
+Banmana, tels ceux qui peuplaient autrefois le Sud-Est du cercle de
+Bougouni et dont, seuls, quelques habitants du
+Niénédougou<span class="pagenum" id="Page_301">[301]</span> ont
+conservé les mœurs spéciales, l’aspect et la langue du peuple
+Sénoufo.</p>
+
+<p>Dans le cercle de Koutiala et la circonscription de San au
+contraire, malgré la forte proportion des immigrants banmana, les
+Sénoufo appelés <em>Minianka</em><a id="FNanchor_239"></a><a href=
+"#Footnote_239" class="fnanchor">[239]</a> par ces derniers ont
+conservé très nettement leur type primitif, et c’est seulement
+l’appellation de <em>Bambara</em> que leur donnent les musulmans et
+celle de <em>Bamâna</em> qu’ils se donnent eux-mêmes qui ont pu
+conduire certains voyageurs à les confondre avec les Banmana.</p>
+
+<p>Les Sénoufo passent, auprès des populations mandé qui les
+avoisinent, pour avoir été anthropophages dans les temps passés ou
+tout au moins pour avoir pratiqué une sorte de cannibalisme
+rituel&nbsp;: on prétend qu’ils sacrifiaient leurs prisonniers de
+guerre dans les bois sacrés et se repaissaient de leur chair&nbsp;;
+aujourd’hui des sacrifices analogues ont lieu, suivis également de
+la manducation des victimes, mais celles-ci sont simplement des
+chiens. Je ne sais quel crédit il convient d’accorder à ces
+accusations rétrospectives d’anthropophagie, qui sont fréquentes en
+Afrique Occidentale de la part des peuples de civilisation
+supérieure vis-à-vis de leurs voisins plus arriérés&nbsp;; il se
+peut fort bien d’ailleurs qu’elles soient fondées en ce qui
+concerne les Sénoufo<a id="FNanchor_240"></a><a href=
+"#Footnote_240" class="fnanchor">[240]</a>, mais je ne serais pas
+éloigné d’admettre qu’elles le seraient aussi bien en ce qui
+regarde les Banmana, les Diallonké et les Bobo et Gourounsi du
+temps jadis&nbsp;: cela expliquerait pourquoi tous les auteurs
+arabes du moyen Age s’accordent pour taxer d’anthropophagie les
+populations vivant de leur temps dans le Sud du Ouangara et du
+Mossi, c’est-à-dire, d’une façon générale, toutes<span class=
+"pagenum" id="Page_302">[302]</span> celles habitant la partie
+méridionale du Haut-Sénégal-Niger&nbsp;; les mêmes auteurs
+englobaient tous ces cannibales ou soi-disant tels sous
+l’appellation générique de <em>Lemlem</em> ou <em>Demdem</em>, sans
+distinction de province ni de nationalité, et les représentaient
+comme constituant une mine vivante où s’approvisionnaient
+d’esclaves les populations du Nord. Il semble bien que les Sénoufo
+ont été l’une des fractions de ces Lemlem, mais ils devaient
+partager cette qualité avec les ancêtres des Diallonké et des
+Banmana actuels, peut-être même avec ceux des Kâgoro, d’une partie
+des Malinké, des Bobo, des Gourounsi et d’autres peuplades
+encore<a id="FNanchor_241"></a><a href="#Footnote_241" class=
+"fnanchor">[241]</a>.</p>
+
+<p class="space-above15"><a id="p2c02s11"></a><span class=
+"bold">XI. Peuples voltaïques.</span>
+</p>
+
+<p>Comme les Sénoufo, les peuples dont l’ensemble constitue la
+famille voltaïque paraissent être, dans leur ensemble, les plus
+anciens habitants connus du vaste territoire qu’ils occupent
+actuellement et qui comprend, d’une manière générale, toutes les
+régions appartenant au bassin de la Volta, depuis les montagnes de
+Hombori au Nord jusqu’aux approches de la zone forestière au
+Sud.</p>
+
+<p>Mais il ne serait pas exact de dire que chacun de ces peuples a
+toujours habité le pays qu’il habite aujourd’hui&nbsp;: certains
+semblent n’avoir pas sensiblement changé de place depuis les temps
+les plus reculés, comme les Tombo et les Bobo&nbsp;; d’autres au
+contraire, quoique ayant pris naissance dans le territoire actuel
+de la famille voltaïque, doivent leur formation à des migrations
+parfois prolongées et à des mélanges quelquefois multipliés,
+comme<span class="pagenum" id="Page_303">[303]</span> les Mossi par
+exemple. Nous allons donc passer en revue les peuples principaux de
+cette famille, en relatant ce que la tradition nous apprend sur
+chacun d’eux.</p>
+
+<p class="space-above15">1<sup>o</sup> <em>Groupe tombo (Tombo,
+Dogom et Déforo).</em></p>
+
+<p>Les Tombo et les Dogom semblent avoir habité de tout temps leur
+pays actuel, que les auteurs arabes appellent tantôt
+<em>El-hadjar</em> (le pays des pierres, en arabe) et tantôt
+<em>Tombola</em> (le pays des Tombo, en mandé) ou encore
+<em>Hombori</em> (qui a la même signification en peul). Ils ne
+paraissent pas d’autre part avoir subi de grandes modifications
+depuis leur origine première, en raison de la nature spéciale de
+leur habitat géographique, qui les a défendus, mieux encore que
+leur valeur guerrière, contre les invasions des peuples étrangers
+et les tentatives de conquête des souverains de Mali, de Gao, du
+Yatenga, de Ouagadougou, du Massina, et des pachas de Tombouctou.
+Tout au plus est-il permis de penser que les Dogom de la plaine ont
+été, dans certaines régions, plus ou moins absorbés par les
+populations envahissantes et que ceux qui habitaient autrefois dans
+une partie du Yatenga et du Mossi ont dû se replier vers le Nord
+sous la poussée de la conquête mossi.</p>
+
+<p>Certaines traditions semblent attribuer aux Tombo une origine
+mandé ou tout au moins semblent dire que les Tombo — ou une partie
+d’entre eux — seraient venus des pays mandé et se seraient réfugiés
+dans les falaises de la Boucle. Je crois que ces traditions ne
+concernent qu’une faible fraction des Tombo actuels, celle qui
+habite du côté de Bandiagara et de San entre la montagne et le
+Bani, et qu’il faut les interpréter en disant que cette fraction
+est issue d’un mélange de Tombo proprement dits, autochtones de la
+montagne, avec des Bozo venus, eux, du pays mandé. Une légende
+rapporte en effet que les Tombo de la falaise de Bandiagara, ayant
+eu à souffrir de la disette, envoyèrent aux Bozo de Mopti une
+députation pour implorer leur secours&nbsp;; les Bozo partirent
+tous à la pêche, hommes et femmes, dans le but de fournir de
+poisson les Tombo, laissant leurs enfants à la garde des envoyés de
+ces derniers. Pendant l’absence des Bozo, un de leurs enfants se
+plaignit de la faim&nbsp;; les envoyés<span class="pagenum" id=
+"Page_304">[304]</span> tombo n’ayant absolument aucun aliment à
+leur disposition, leur chef se coupa un morceau de chair et le
+donna à l’enfant, mais il mourut victime de son dévouement. A la
+suite de cet événement, les Bozo décidèrent qu’eux-mêmes et les
+Tombo seraient désormais considérés comme des frères et que, comme
+conséquence de cette fraternité, ils ne se marieraient pas entre
+eux. Il est difficile de savoir si cette interdiction de mariages
+entre Tombo et Bozo fut scrupuleusement observée, mais il semble
+bien certain que des rapports amicaux s’établirent entre les deux
+peuples, qu’un certain nombre de Bozo, s’éloignant des rives du
+fleuve, cohabitèrent avec des Tombo descendus de la montagne et
+qu’il se forma ainsi une population spéciale, notablement
+différente des Tombo propres et dont le dialecte actuel semble
+résulter d’un mélange de la langue tombo avec la langue bozo,
+mélange accru de l’introduction d’un grand nombre de vocables
+soninké et banmana. Mais s’il est permis par suite d’attribuer — au
+moins en partie — une origine mandé aux Tombo et aux Dogom qui
+avoisinent le Bani, il semble bien difficile d’en faire autant pour
+l’immense majorité de la population tombo et dogom.</p>
+
+<p>Un manuscrit arabe récolté à Sokoto par Clapperton en 1827, au
+cours de son second voyage, dit que le «&nbsp;pays des
+pierres&nbsp;» qui avoisine le Djilgodi est habité dans les vallées
+par des Peuls et dans les montagnes par des <em>Beni-Ham</em> de la
+tribu des <em>Sokaï</em>. Plus loin le même manuscrit dit que le
+chef de Hombori, qu’il appelle <em>Nouhou Galou</em> et auquel il
+donne le titre de <em>fama</em> («&nbsp;roi&nbsp;» en mandé) est un
+<em>Sokaï</em>. Enfin, parlant à nouveau des Beni-Ham, il dit que
+ces derniers habitent, non seulement les montagnes de la Boucle,
+mais aussi la rive gauche du Niger du côté de Gao, auprès des
+Touareg. Il semble bien évident que, par «&nbsp;Beni-Ham&nbsp;» —
+c’est-à-dire «&nbsp;Hamites&nbsp;» —, l’auteur du manuscrit
+entendait tout simplement les Nègres, par opposition aux Peuls, aux
+Arabes et aux Touareg auxquels il attribuait collectivement une
+origine sémitique&nbsp;: ses Beni-Ham des montagnes de la Boucle
+étaient évidemment des Tombo, tandis que ses Beni-Ham de la rive
+gauche étaient des Songaï. Quant au mot que Salame, dans sa
+traduction, a transcrit par<span class="pagenum" id=
+"Page_305">[305]</span> <em>Sokaï</em>, l’absence du texte arabe
+rend difficile son identification&nbsp;; peut-être résulte-t-il
+d’une confusion des Tombo avec les Songaï, ce qui paraît
+invraisemblable, vu que le nom de ces derniers est écrit
+différemment dans la traduction du même texte&nbsp;; peut-être
+s’agit-il d’un terme usité à Sokoto pour désigner plus spécialement
+les Tombo.</p>
+
+<div class="plate" id="pl11">
+<table class="width-full">
+<tr>
+<td class="tdl ipub sc">Delafosse</td>
+<td class="tdr ipub">Planche XI</td>
+</tr>
+</table>
+
+<div class="figcenter iw5">
+<figure id="i21"><img src='images/i21.jpg' alt=''>
+<p class="cp1"><span class="sc">Fig.</span> 21. — Groupe de
+Ouolofs, à Kayes.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw3">
+<figure id="i22"><img src='images/i22.jpg' alt=''>
+<p class="ipubr"><em>Cliché Delafosse</em>
+</p>
+
+<p class="cp1"><span class="sc">Fig.</span> 22. — Groupe de Haoussa
+de la boucle du Niger.</p>
+</figure>
+</div>
+</div>
+
+<p>Quant aux <em>Déforo</em>, on a voulu parfois les rattacher aux
+Gourmantché<a id="FNanchor_242"></a><a href="#Footnote_242" class=
+"fnanchor">[242]</a>&nbsp;: si j’en juge d’après le court
+vocabulaire de leur langue que je dois à l’obligeance de M. le
+lieutenant Marc, ce rattachement me paraît bien improbable, au
+moins au point de vue linguistique. Mais il serait possible que les
+Déforo actuels dussent leur origine à des Dogom répandus autrefois
+dans le Nord, non seulement du pays Gourmantché, mais aussi du
+Mossi propre et du Yatenga&nbsp;; ces Dogom, qui peut-être sont les
+mêmes que les <em>Suida</em> dont parlent les traditions
+historiques de Ouagadougou, repoussés vers le Nord par l’invasion
+mossi, auraient émigré du côté d’Aribinda, entre le Liptako et le
+Djilgodi, et y seraient devenus les Déforo.</p>
+
+<p class="space-above15">2<sup>o</sup> <em>Groupe mossi (Mossi,
+Yansi, Nankana, Gourmantché, Dagari et Birifo).</em></p>
+
+<p>Le groupe que j’ai appelé mossi renferme un certain nombre de
+peuples qui ont entre eux des affinités très étroites au point de
+vue du type physique et de la langue, mais dont les civilisations
+respectives offrent des différences assez notables selon qu’elles
+ont subi plus ou moins l’influence politique de l’empire de
+Ouagadougou ou qu’elles y ont totalement échappé. Je n’ai mentionné
+dans la nomenclature des peuples de ce groupe que ceux qui habitent
+le Haut-Sénégal-Niger en totalité (Mossi, Yansi, Gourmantché et
+Birifo) ou en partie (Nankana et Dagari)&nbsp;; mais le groupe
+mossi renferme encore quatre autres peuples dont l’habitat
+appartient à la colonie anglaise de la Gold Coast&nbsp;: les
+<em>Gbanian</em> ou Gondja ou Nta (région de Bôlé), les
+<em>Dagomba</em> ou Dagboma<span class="pagenum" id=
+"Page_306">[306]</span> (région de Salaga), les <em>Boura</em> ou
+Frafra et les <em>Mampoursi</em> (région de Gambaga), ces deux
+derniers peuples se rattachant d’ailleurs de très près aux
+Nankana.</p>
+
+<p>C’est le territoire de cette fraction du groupe mossi cantonnée
+dans la Gold Coast, semble-t-il, — c’est-à-dire le bassin central
+de la Volta et principalement la vallée de la basse Volta Blanche —
+qui a dû constituer le berceau primitif du groupe tout
+entier&nbsp;; celui-ci ne devait pas s’étendre anciennement bien au
+Nord du 11<sup>e</sup> parallèle, les Nankana devaient représenter
+sa fraction la plus septentrionale, et, entre lui et le groupe
+tombo, un peu plus avancé vers le Sud qu’il ne l’est aujourd’hui,
+devait s’intercaler un groupe gourounsi plus étendu, plus compact
+et plus continu qu’il ne l’est de nos jours.</p>
+
+<p>Si cette hypothèse paraît un peu osée, il est en tout cas à peu
+près certain que le pays des Dagomba et des Mampoursi fut le point
+de départ d’invasions qui se portèrent vers le Nord-Est, le Nord,
+le Nord-Ouest et l’Ouest, constituant des états puissants à
+Fada-n-Gourma, Ouagadougou et Ouahigouya, et qui, grâce à leurs
+conquêtes, favorisèrent grandement l’extension du groupe mossi dans
+la Boucle du Niger et la formation du peuple mossi proprement dit
+et des peuples gourmantché, yansi, dagari et birifo.</p>
+
+<p>D’après plusieurs traditions recueillies à Ouahigouya, à
+Ouagadougou et à Tenkodogo, traditions qui présentent entre elles
+des concordances très remarquables, la plus ancienne invasion dont
+le souvenir ait été conservé se serait produite au début du
+<span class="sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle de notre ère&nbsp;;
+ces traditions en effet comptent toutes 22 générations<a id=
+"FNanchor_243"></a><a href="#Footnote_243" class=
+"fnanchor">[243]</a> depuis cette invasion jusqu’à l’époque
+actuelle&nbsp;: en estimant à quarante ans la durée moyenne de
+chaque génération, on obtient la date de 1030 pour le premier
+événement mentionné. Je ne m’illusionne aucunement sur ce que cette
+supputation<span class="pagenum" id="Page_307">[307]</span> peut
+avoir de chimérique, mais je la tiens néanmoins pour
+vraisemblable<a id="FNanchor_244"></a><a href="#Footnote_244"
+class="fnanchor">[244]</a>.</p>
+
+<p>Donc, tout au début du <span class="sc2">XI</span><sup>e</sup>
+siècle probablement, régnait à Gambaga un chef dagomba nommé
+<em>Nédéga</em>, qui avait réuni sous son sceptre les Dagomba, les
+Mampoursi et les Nankana. L’une de ses filles, appelée par les uns
+<em>Yennenga</em> et <em>Poko</em> par les autres, était une
+guerrière remarquable et conduisait au pillage les soldats de son
+père. Ce dernier, la considérant comme un homme plutôt que comme
+une femme et estimant d’ailleurs que, si elle devenait mère, elle
+ne pourrait plus marcher à la tête des armées, ne voulait pas la
+marier, ce qui ne faisait pas l’affaire de la jeune fille. Un jour
+que celle-ci avait opéré une razzia chez les Boussansé, entre Bitou
+et Tenkodogo, son cheval s’emballa et l’emporta loin de ses
+troupes&nbsp;; ayant pénétré dans une forêt épaisse, l’animal fut
+obligé de modérer son allure et finit par s’arrêter devant une
+hutte de chasseur qui se trouvait là. Cette hutte était habitée par
+un nommé <em>Riâlé</em> ou Riâré, fils d’un chef malinké, dit la
+légende&nbsp;; frustré par son frère de la succession paternelle,
+ce Riâlé se serait jeté tout seul dans la brousse, à la recherche
+des éléphants, et, marchant toujours vers l’Est, serait arrivé dans
+les environs de Bitou, où il s’était fixé provisoirement. Attiré
+par le galop et les hennissements du cheval de Yennenga, il sortit
+de sa hutte, maintint l’animal, aida la princesse à mettre pied à
+terre et lui offrit l’hospitalité dans sa cabane. Yennenga s’éprit
+des charmes du chasseur, se donna à lui et ne voulut plus le
+quitter.</p>
+
+<p>Ils eurent un fils&nbsp;; en souvenir de l’aventure hippique à
+laquelle elle était redevable de sa maternité, Yennenga appela son
+enfant <em>Ouidiraogo</em>, c’est-à-dire, en dagomba et en mossi,
+«&nbsp;cheval mâle&nbsp;». Lorsque Ouidiraogo fut devenu un jeune
+homme, Yennenga dépêcha un messager à Gambaga pour aviser Nédéga
+qu’il était devenu grand-père. Nédéga, en entendant cette
+nouvelle<span class="pagenum" id="Page_308">[308]</span> et en
+apprenant en même temps que sa fille préférée, qu’il avait
+vainement fait chercher depuis de longues années et qu’il croyait
+morte, était encore vivante, pardonna sa fugue à Yennenga et lui
+fit dire de venir lui présenter son mari et son fils. Yennenga s’en
+fut donc à Gambaga avec Riâlé et Ouidiraogo&nbsp;; Nédéga reçut
+fort bien sa fille, son gendre et son petit-fils et voulut les
+garder auprès de lui, mais Riâlé refusa, disant qu’il mourrait s’il
+vivait ailleurs que dans la forêt. Nédéga le laissa partir à
+regret, avec Yennenga et Ouidiraogo, tout en lui faisant cadeau de
+quatre chevaux et de cinquante bœufs et en confiant au jeune
+Ouidiraogo une nombreuse armée de soldats dagomba pour qu’il pût
+marcher dignement sur les traces de sa mère et de son
+grand-père.</p>
+
+<p>Riâlé s’en retourna dans la forêt voisine de Bitou, où il
+continua à partager sa vie entre la chasse à l’éléphant et les
+plaisirs conjugaux. Après de longues années, Yennenga mourut&nbsp;:
+son corps fut transporté à Gambaga, où on l’enterra. Sa tombe
+devint l’objet d’une grande vénération et fut un but de pèlerinage
+pour les souverains du Mossi jusqu’à une époque récente&nbsp;; au
+décès de chaque <em>nâba</em> de Ouagadougou, on envoyait à Gambaga
+un de ses chevaux et une de ses femmes pour être sacrifiés aux
+mânes de Yennenga<a id="FNanchor_245"></a><a href="#Footnote_245"
+class="fnanchor">[245]</a>.</p>
+
+<p>Quant à Ouidiraogo, à la tête de son armée, il s’empara du pays
+sur les Boussansé et établit sa résidence en un lieu qu’il appela
+<em>Tankourou</em> et qui est devenu le <em>Tenkodogo</em> actuel.
+Des Dagomba, attirés par sa jeune renommée, venaient sans cesse
+grossir le nombre de ses partisans et accroître la force de ses
+troupes&nbsp;; les populations autochtones, peu denses et très
+divisées, reconnurent bientôt son autorité. Il eut plusieurs fils,
+dont trois nous sont connus&nbsp;: <em>Zoungourana</em>,
+<em>Raoua</em> et <em>Diaba</em>. Il confia à chacun d’eux le
+commandement de l’une des provinces de son empire naissant&nbsp;:
+Zoungourana reçut le gouvernement de l’Ouest, Raoua celui du Nord
+et Diaba celui de l’Est, et ce fut là l’origine des<span class=
+"pagenum" id="Page_309">[309]</span> trois états de Ouagadougou, de
+Ouahigouya et de Fada-n-Gourma.</p>
+
+<p>Toutes ces régions, beaucoup moins peuplées qu’aujourd’hui,
+étaient occupées surtout par des Gourounsi (Boussansé dans la
+région de Tenkodogo, Nounouma et Nioniossé du côté de Ouagadougou,
+Nioniossé du côté de Ouahigouya), des Dogom (régions de Ouahigouya,
+Ponsa et Fada-n-Gourma) et quelques Bariba dans le Sud-Est du
+cercle actuel de Fada-n-Gourma. Toutes ces populations vivaient à
+l’état anarchique, séparées en villages ou petits cantons qui se
+faisaient continuellement la guerre les uns aux autres.</p>
+
+<p>Le chef d’un canton nioniossé situé non loin de Ouagadougou
+(canton actuel d’Oubritenga), ayant maille à partir avec un chef
+voisin, envoya une députation à Ouidiraogo pour lui offrir une de
+ses filles en mariage, afin de gagner son alliance. Ouidiraogo
+agréa la jeune fille, non pour lui-même, mais pour son fils
+Zoungourana qui, de cette femme, eut lui-même un fils nommé
+<em>Oubri</em>. Lors de la naissance d’Oubri, le chef nioniossé
+allié de Ouidiraogo vint faire hommage de son pays à ce dernier, en
+l’invitant à venir l’aider dans sa lutte contre son voisin.
+Ouidiraogo partit dans cette intention, mais mourut à Larabtenga,
+au cours du voyage, vers l’année 1050.</p>
+
+<p>Zoungourana lui succéda à Tenkodogo et confia à son fils Oubri,
+encore tout jeune, le commandement des provinces de l’Ouest. Oubri
+alla s’installer dans le pays du chef nioniossé son beau-père, dans
+un village qui reçut de lui le nom d’<em>Oubritenga</em><a id=
+"FNanchor_246"></a><a href="#Footnote_246" class=
+"fnanchor">[246]</a>. Devenu homme, il commença une série de
+conquêtes dont il sera question dans la IV<sup>e</sup> partie de
+cet ouvrage, à propos de l’empire de Ouagadougou. Qu’il me suffise
+de dire ici que les Nounouma et les Nioniossé qui refusèrent
+d’accepter son autorité durent émigrer sur la Volta Noire et dans
+le Kipirsi, là où nous les retrouvons actuellement&nbsp;; les
+autres furent absorbés par le flot envahisseur venu du Dagomba,
+adoptèrent la langue des conquérants, et, s’identifiant peu à peu
+avec<span class="pagenum" id="Page_310">[310]</span> ces derniers,
+formèrent avec eux un seul peuple, celui des <em>Mossi</em><a id=
+"FNanchor_247"></a><a href="#Footnote_247" class=
+"fnanchor">[247]</a>.</p>
+
+<p>Pareille chose se passa du côté de Ouahigouya&nbsp;: Raoua,
+second fils de Ouidiraogo, s’était avancé dans la direction du
+Nord-Ouest jusqu’à Zandoma, où il avait fixé sa résidence. Il s’y
+tailla un royaume aux dépens des Nioniossé et des Dogom&nbsp;: les
+premiers acceptèrent sa domination, comme ils acceptèrent plus tard
+celle de <em>Ya-Diga</em>, petit-fils d’Oubri et fondateur de
+l’empire du Yatenga&nbsp;; les uns conservèrent jusqu’à nos jours
+leur nationalité et leur langue sous le joug des envahisseurs, les
+autres furent absorbés par ceux-ci et, de leur mélange avec les
+conquérants dagomba, naquirent les Mossi du cercle actuel de
+Ouahigouya. Quant aux Dogom, lors des conquêtes de Raoua, ils se
+réfugièrent les uns du côté de Bandiagara, les autres du côté du
+Djilgodi, sous la protection de leurs cousins, les Tombo des
+montagnes. Un peu plus tard, <em>Ouamtanango</em>, petit-fils
+d’Oubri, les poursuivit jusque dans la région des falaises&nbsp;:
+la légende rapporte même qu’une montagne gênant son passage, il la
+fit scier en deux par des forgerons nioniossé qui accompagnaient
+son armée et formaient un corps de sapeurs&nbsp;; ce Ouamtanango
+fut d’ailleurs assassiné au cours de cette expédition à Bankasso
+(cercle actuel de Bandiagara).</p>
+
+<p>Cependant, comme nous l’avons vu, Zoungourana, fils aîné de
+Ouidiraogo, était demeuré à Tenkodogo, qui fut au début le siège
+d’un empire dont les provinces d’Oubritenga, de Zandoma et de
+Fada-n-Gourma formaient les royaumes vassaux&nbsp;: au bout de
+quelque temps, la province d’Oubritenga devint l’empire
+mossi<span class="pagenum" id="Page_311">[311]</span> de
+Ouagadougou et se rendit indépendante&nbsp;; un petit-fils d’Oubri,
+Ya-Diga, fonda au Yatenga, comme je viens de le dire, un autre
+empire mossi indépendant qui ne tarda pas à absorber Zandoma&nbsp;;
+enfin Fada-n-Gourma devint la capitale d’un troisième empire, celui
+des Gourmantché, comme nous l’allons voir dans un instant. Séré,
+fils de Zoungourana, ses successeurs et leurs guerriers dagomba
+durent se contenter du pays des Boussansé et même quitter Tenkodogo
+pour aller s’établir à Boussouma sous la protection des
+<em>nâba</em> de Ouagadougou&nbsp;: en se mélangeant avec les
+Boussansé, ils avaient donné naissance au peuple des <em>Yansi</em>
+qui, d’une façon générale, suivit la fortune politique de l’empire
+de Ouagadougou et s’identifia presque avec les Mossi, tandis que
+les Boussansé habitant au Sud de Tenkodogo, échappant assez vite à
+la tutelle des conquérants dagomba dont le plus grand nombre
+s’était porté au Nord-Ouest, au Nord et à l’Est, purent conserver
+leur nationalité et leur langue jusqu’à l’époque actuelle.</p>
+
+<p>Revenons à Diaba, le troisième fils de Ouidiraogo, que son père
+avait installé à Fada-n-Gourma ou plutôt à <em>Youngou</em> ou
+<em>Younga</em>, car ce sont les Haoussa qui donnèrent plus tard à
+ce village le nom de <em>Fada-n-Gourma</em>, c’est-à-dire dans leur
+langue «&nbsp;capitale du Gourma&nbsp;». Des traditions ayant cours
+chez les Gourmantché prétendent que Diaba, dit <em>Diaba
+Lompo</em>, descendit du ciel à une époque où la croûte terrestre
+n’était pas encore solidifiée et que, vêtu de blanc, il prit terre
+sur un bloc de grès situé près de Tambarga, avec sa femme&nbsp;: on
+montre même sur ce rocher les empreintes des pieds de Diaba et de
+sa femme, qui ne sont autres que ces sortes de cavités oblongues
+creusées par l’eau des pluies dans les roches en état de
+formation&nbsp;; Diaba Lompo eut ensuite des enfants, répartit
+entre eux la terre et la leur fit cultiver. Cette légende, dans
+laquelle on reconnaît aisément celle du déluge, répandue chez la
+plupart des populations africaines, n’est pas inconciliable avec la
+tradition faisant naître Diaba du fils de la princesse dagomba
+Yennenga&nbsp;: Bantchandé, souverain actuel de Fada-n-Gourma,
+prétend être le 23<sup>e</sup> successeur de Diaba Lompo et ce
+nombre de 22 souverains entre Diaba et Bantchandé s’accorde
+exactement avec les<span class="pagenum" id="Page_312">[312]</span>
+22 générations que la tradition mossi place entre Yennenga et
+l’époque actuelle&nbsp;; il en faut donc conclure que l’époque de
+Diaba Lompo correspond à celle de l’invasion dagomba, c’est-à-dire
+au <span class="sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle. Seulement, comme
+le nom de ce héros légendaire est le plus ancien qu’ait conservé la
+tradition, on en a fait tout naturellement celui du premier homme
+qui soit apparu sur la terre habitable.</p>
+
+<p>Lorsque Diaba prit possession de la province de Fada-n-Gourma,
+elle était vraisemblablement très peu habitée&nbsp;: cependant des
+Dogom devaient être répandus dans le Nord et des Bariba dans l’Est
+et le Sud-Est&nbsp;; les premiers furent chassés en grande partie
+du côté d’Aribinda et devinrent les Déforo, comme nous l’avons vu
+précédemment&nbsp;; les autres furent en partie repoussés vers le
+Sud mais en partie aussi absorbés par les envahisseurs dagomba et
+de leur mélange avec ces derniers sortit le peuple des Bimba ou
+<em>Gourmantché</em>.</p>
+
+<p>Le peuple des <em>Nankana</em>, qui formait la pointe avancée du
+groupe antérieurement à l’invasion dagomba, ne semble pas avoir
+changé considérablement de physionomie depuis les temps
+anciens.</p>
+
+<p>Quant aux <em>Birifo</em> et aux <em>Dagari</em>, ils sont le
+produit d’une autre poussée des Dagomba, mais dans la direction de
+l’Ouest cette fois-ci, poussée sans doute bien postérieure à celle
+dont sortirent les Mossi, les Yansi et les Gourmantché&nbsp;:
+d’après les traditions recueillies dans le cercle de Gaoua, ce
+serait seulement au début du <span class=
+"sc2">XIX</span><sup>e</sup> siècle que les Birifo et les Dagari
+auraient achevé d’occuper leur territoire actuel.</p>
+
+<p>Les <em>Birifo</em> seraient issus du mélange d’une invasion
+dagomba avec les Lobi, ce qui expliquerait qu’ils se rapprochent
+étroitement de ces derniers au point de vue du caractère et des
+mœurs tandis qu’ils parlent une langue presque identique à la
+langue dagomba et très différente de la langue lobi. Cette invasion
+dagomba aurait eu sans doute son point de départ sur les bords de
+la Volta Blanche, dans le Nord de la Gold Coast&nbsp;: arrivant sur
+la Volta Noire et l’ayant traversée — peut-être vers la fin du
+<span class="sc2">XVII</span><sup>e</sup> siècle —, elle s’infiltra
+au travers des Pougouli et des Dian, dépossédant ces derniers d’une
+partie de leurs<span class="pagenum" id="Page_313">[313]</span>
+domaines, s’attaquant même aux Dioula installés à Loto (province de
+Diébougou), et ensuite se dirigea vers le Sud à travers le pays des
+Lobi et s’établit principalement entre ceux-ci et la rive
+occidentale de la Volta Noire, poussant une pointe dans le Sud
+jusque près de Bouna (limite du Haut-Sénégal-Niger et de la Côte
+d’Ivoire). Des Birifo issus de cette invasion dagomba étaient
+demeurés sur la rive orientale de la Volta Noire, où on les
+retrouve encore, mélangés de Dagari&nbsp;: les Anglais les
+appellent, assez improprement, <em>Lobi-Dagarti</em>.</p>
+
+<p>Les <em>Dagari</em> n’apparurent qu’après les Birifo à l’Ouest
+de la Volta Noire, mais ils devaient exister depuis longtemps déjà
+à l’Est du même fleuve et provenaient sans doute d’une migration
+gbanian plutôt que dagomba, migration due précisément aux conquêtes
+effectuées par les Dagomba dans l’Est du territoire gbanian.
+L’invasion dagari en effet ne présenta pas le caractère guerrier et
+conquérant des diverses invasions dagomba auxquelles nous devons
+les Mossi, les Yansi, les Gourmantché et les Birifo, et le type
+actuel des Dagari est remarquablement voisin du type gbanian&nbsp;;
+quant à leur langue, elle se distingue à peine du gbanian qui
+d’ailleurs est lui-même très analogue au dagomba. Quoiqu’il en
+soit, l’immigration dagari à l’Ouest de la Volta Noire fut
+pacifique et lente, mais irrésistible&nbsp;; elle commença sans
+doute au <span class="sc2">XVIII</span><sup>e</sup> siècle et elle
+continue encore de nos jours&nbsp;: se faufilant au travers des
+Birifo, les Dagari s’établirent partout où ils trouvèrent une place
+libre, sans cependant s’éloigner beaucoup de la Volta, à l’Est de
+laquelle est demeuré le gros de leur peuple. Mais une de leurs
+fractions, celle des <em>Oulé</em>, de caractère plus guerrier que
+les autres, s’avança à l’Ouest jusque dans la circonscription de
+Diébougou, repoussant les Pougouli vers le Nord-Ouest, et pénétra
+même dans les cercles de Koury et de Ouagadougou jusqu’à la
+rencontre des Nounouma et des Soninké du Dafina. Plus récemment,
+vers 1850, quelques familles oulé appelées par des Dagari du Sud
+pour les soutenir contre les Birifo, ont poussé une pointe au Sud
+le long de la Volta, s’établissant à Goumparé (à hauteur de Gaoua)
+et dans les environs.</p>
+
+<p class="space-above15"><span class="pagenum" id=
+"Page_314">[314]</span>3<sup>o</sup> <em>Groupe gourounsi
+(Nioniossé, Nounouma, Sissala et Boussansé).</em></p>
+
+<p>Ainsi que nous l’avons vu tout à l’heure, il semble que,
+antérieurement au <span class="sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle,
+les peuples formant le groupe gourounsi occupaient à peu près tout
+le territoire compris entre celui des Tombo et Dogom au Nord et
+celui du groupe dagomba (futur groupe mossi) au Sud&nbsp;; les
+invasions guerrières venues du Dagomba et la constitution des
+peuples mossi, yansi et gourmantché, qui en fut la conséquence,
+restreignirent singulièrement l’étendue du groupe gourounsi et le
+morcelèrent. Ce morcellement, comme l’absorption par les
+envahisseurs d’un grand nombre de fractions gourounsi, fut d’autant
+plus facile que les peuples gourounsi manquaient de cohésion,
+vivaient en petites tribus dispersées et livrées à l’anarchie et ne
+présentaient par suite aucune force de résistance.</p>
+
+<p>Les <em>Nioniossé</em> (ou Lilsé, Youlsé, Nimsé, etc.)
+habitaient le Nord du cercle actuel de Ouagadougou et la majeure
+partie du cercle actuel de Ouahigouya, ayant comme voisins au Nord
+les Dogom et au Sud les Nounouma, les Sissala et les Boussansé,
+trois peuples très voisins du leur. Ils semblent avoir été les
+premiers habitants du triangle compris entre Koury, Ouagadougou et
+Ouahigouya. Dès une époque très reculée, ils s’avancèrent en dehors
+de ce triangle (ancien Kipirsi) vers le Nord-Est&nbsp;: bien avant
+le <span class="sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle, quelques
+familles nioniossé, sous la conduite d’un chef nommé
+<em>Ouéto</em>, étaient allées se fixer dans le Djilgodi à Loroum
+(près Pobé)&nbsp;; elles n’y demeurèrent pas longtemps et Ouéto
+vint bientôt s’installer à Bougouré (cercle actuel de Ouahigouya),
+tandis que son frère Ziguiri s’installait à Gambo et l’un de ses
+fils à Rounga ou Ronga (au Nord-Est et à l’Est de Ouahigouya). Ces
+familles, qui étaient les plus septentrionales du peuple nioniossé,
+s’établirent pacifiquement auprès des Dogom, qui leur donnèrent des
+terrains et vécurent avec elles en bonne intelligence. C’est ainsi
+que, peu à peu, les Nioniossé occupèrent la majeure partie du pays
+que l’on appela plus tard le Yatenga. Nous avons vu que, lors de la
+constitution des empires mossi, certaines fractions des Nioniossé
+acceptèrent la domination des envahisseurs tout en conservant leur
+langue et leur<span class="pagenum" id="Page_315">[315]</span>
+nationalité, que d’autres se mélangèrent avec eux jusqu’à devenir
+des Mossi et que d’autres enfin, ayant voulu leur résister, furent
+refoulées dans le Kipirsi actuel, c’est-à-dire dans la partie la
+plus méridionale de leur domaine. C’est ainsi qu’aujourd’hui on
+rencontre des Nioniossé éparpillés au milieu des Mossi depuis le
+Yatenga jusqu’au Kipirsi.</p>
+
+<p>Les <em>Nounouma</em>, avant l’invasion dagomba, s’avançaient
+probablement plus vers le Nord et vers l’Est que de nos
+jours&nbsp;: un grand nombre d’entre eux furent absorbés par les
+conquérants et fournirent leur contingent à la constitution du
+peuple mossi&nbsp;; les autres, refoulés ou maintenus dans leur
+pays actuel, sur les bords de la Volta Noire en aval de Koury, se
+sont conservés à peu près intacts.</p>
+
+<p>Les <em>Sissala</em>, petit peuple sans grande importance,
+devaient autrefois rejoindre les Boussansé vers l’Est&nbsp;: une
+poussée des Nankana vers le Nord, consécutive à l’extension des
+Dagomba, les a séparés des Boussansé et a restreint leur territoire
+à une toute petite province.</p>
+
+<p>Enfin les <em>Boussansé</em>, nous l’avons vu, se laissèrent
+conquérir et assimiler par les envahisseurs dagomba au Nord de
+Tenkodogo (régions de Koupéla, Béloussa, Boussouma, etc.) pour
+former les Yansi, tandis qu’au Sud du même point ils réussirent à
+conserver leur nationalité.</p>
+
+<p>Mais beaucoup de familles nioniossé ou nounouma ne voulurent ni
+accepter la suzeraineté des Mossi ni se cantonner dans le petit
+territoire du Kipirsi, qui était trop étroit sans doute pour
+contenir tous les émigrés venus du Nord&nbsp;: aussi se
+produisit-il des exodes dont les plus importants donnèrent
+naissance, comme nous le verrons dans un instant, au groupe lobi et
+au peuple koulango et dont d’autres, moins considérables, amenèrent
+la formation de petites tribus isolées, d’origine gourounsi, qu’on
+rencontre à la Côte d’Ivoire&nbsp;: celle des <em>Siti</em>, entre
+Bouna et la Volta Noire, et celle des <em>Dégha</em> (ou Mô ou
+Diammou), entre Bondoukou et la frontière anglaise.</p>
+
+<p class="space-above15">4<sup>o</sup> <em>Groupe ou peuple
+bobo.</em></p>
+
+<p>Les Bobo ont occupé de tout temps, semble-t-il, leur
+territoire<span class="pagenum" id="Page_316">[316]</span> actuel,
+mais ils s’avançaient autrefois davantage vers le Nord-Ouest,
+puisque la tradition rapporte qu’ils occupaient avant les Bozo
+l’emplacement actuel de Dienné. Les immigrations soninké et banmana
+les éloignèrent peu à peu des rives du Bani et restreignirent leur
+domaine, mais sans modifier sensiblement leur type primitif et sans
+les entamer sérieusement. D’autre part, les Bobo-Niénigué, vers le
+<span class="sc2">XVI</span><sup>e</sup> siècle, auraient agrandi
+leur territoire du côté du Sud, ce qui aurait contribué à diriger
+l’immigration sia de Diébougou vers Lorhosso d’abord, puis vers
+Bobo-Dioulasso.</p>
+
+<p class="space-above15">5<sup>o</sup> <em>Groupe lobi (Pougouli,
+Dian, Gan et Lobi).</em></p>
+
+<p>Les <em>Pougouli</em> disent être venus du Kipirsi. Leurs
+traditions rapportent qu’ils appartenaient primitivement au même
+groupe que les Nounouma, c’est-à-dire au groupe gourounsi, et
+qu’ils auraient émigré du Kipirsi lorsque ce refuge des Gourounsi
+indépendants devint trop étroit pour les contenir tous, mais
+postérieurement à l’émigration qui donna naissance aux Koulango
+(voir plus loin), c’est à dire au plus tôt vers la fin du
+<span class="sc2">XII</span><sup>e</sup> siècle. Traversant la
+Volta Noire près du confluent du Manouan-mâné (fleuve de Manouan),
+qui fut appelé à cause d’eux par les Dioula Pougouliba ou
+Bougouriba, ils s’établirent le long des rives de ce cours d’eau.
+Au <span class="sc2">XVIII</span><sup>e</sup> siècle, sous la
+poussée des Dagari et surtout des Oulé, ils remontèrent plus haut
+et s’éloignèrent de la Volta.</p>
+
+<p>Les <em>Dian</em>, qu’on ne rencontre plus guère aujourd’hui
+qu’à Diébougou et aux environs de cette ville, vinrent du Kipirsi
+comme les Pougouli mais postérieurement à ces derniers, sans doute
+vers la fin du <span class="sc2">XIII</span><sup>e</sup> siècle.
+Ils se seraient établis d’abord dans la région de Djifango, puis,
+sous la conduite d’un chef nommé Konkouné, dans la région de Loto,
+qu’ils occupent encore&nbsp;; ils en auraient chassé les
+<em>Padorho</em>, dont on ne rencontre plus aujourd’hui que
+quelques représentants dans l’Ouest du cercle de Gaoua et qui
+étaient peut-être les autochtones du pays<a id=
+"FNanchor_248"></a><a href="#Footnote_248" class=
+"fnanchor">[248]</a>.<span class="pagenum" id=
+"Page_317">[317]</span> Inquiétés au <span class=
+"sc2">XVIII</span><sup>e</sup> siècle par l’invasion des Oulé, les
+Dian firent appel aux Dioula de Bobo-Dioulasso qui leur envoyèrent
+une petite armée commandée par Bé-Bakari Ouatara&nbsp;; ce dernier
+occupa Loto&nbsp;; des Dioula y demeurèrent, firent souche et
+introduisirent l’islamisme parmi les Dian&nbsp;; mais leur
+suzeraineté ne fut effective dans la région que lorsqu’une colonne
+venait de Bobo-Dioulasso pour razzier le pays. Vers 1820, une
+famille dian qui était demeurée sur la rive gauche de la Volta, à
+Lorha, eut à se plaindre des Dagari et vint se réfugier auprès de
+ses compatriotes de Loto&nbsp;: c’est cette famille qui fonda le
+Diébougou actuel.</p>
+
+<p>Les <em>Gan</em> auraient fait partie de la même migration que
+les Dian et se seraient établis au Sud des Pougouli, dans le centre
+du cercle actuel de Gaoua. L’un de leurs villages principaux était
+précisément Gaoua, que les indigènes appellent encore aujourd’hui
+<em>Gan-oura</em>, ce qui signifierait «&nbsp;les Gan sont
+ici&nbsp;». Ils furent supplantés dans cette région par les Lobi, à
+une date qu’il est difficile de préciser, mais qui est certainement
+postérieure au <span class="sc2">XIII</span><sup>e</sup> siècle
+(date probable de l’immigration dian et gan) et antérieure à la
+formation du peuple birifo (<span class=
+"sc2">XVII</span><sup>e</sup> siècle)&nbsp;; ainsi repoussés vers
+le Sud par les Lobi, les Gan se portèrent vers Lorhosso, qu’ils
+occupèrent sur les Lorho, ancêtres des Koulango. Ces événements
+durent se passer au <span class="sc2">XIV</span><sup>e</sup>
+siècle&nbsp;: cette date concorderait avec les traditions que M.
+l’administrateur Benquey et moi-même avons recueillies à Bondoukou
+(Côte d’Ivoire) sur la fondation d’un quartier de cette ville par
+des Lorho fuyant les Gan, antérieurement à l’arrivée des Dioula de
+Bégho, laquelle se produisit au <span class=
+"sc2">XV</span><sup>e</sup> siècle. Actuellement le territoire des
+Gan se réduit à peu près à la ville et au canton de Lorhosso et
+leur type primitif a été fortement altéré, comme celui des Dian,
+par des mélanges avec les Dioula de Bobo-Dioulasso.</p>
+
+<p>Les <em>Lobi</em>, comme je viens de le dire, firent sans doute
+au <span class="sc2">XIV</span><sup>e</sup> siècle leur première
+apparition dans leur pays actuel, venant, eux aussi, du Kipirsi.
+D’un caractère plus guerrier que les Pougouli, les Dian et les Gan,
+c’est à main armée qu’ils occupèrent les régions montagneuses et
+aurifères qui avoisinent<span class="pagenum" id=
+"Page_318">[318]</span> Gaoua. De là, toujours en conquérants, ils
+se portèrent vers l’Ouest et vers le Sud, débordant jusque dans le
+Nord de la Côte d’Ivoire à l’Ouest de Bouna. Une fois maîtres de
+leur territoire, ils s’y sont fortement maintenus, résistant
+victorieusement aux tentatives dirigées par les Dioula de
+Bobo-Dioulasso et, plus récemment, aux bandes de Samori.</p>
+
+<p class="space-above15">6<sup>o</sup> <em>Groupe ou peuple
+koulango.</em></p>
+
+<p>C’est la première des migrations gourounsi venues du Kipirsi
+qui, vers la fin de <span class="sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle,
+donna naissance aux <em>Lorho</em> et par suite au peuple koulango
+ou pakhalla. Traversant le cercle actuel de Gaoua, les Lorho se
+seraient dirigés vers le Sud-Ouest de ce cercle et se seraient
+établis en un point qui reçut d’eux le nom de <em>Lorhosso</em>.
+Lorsque l’invasion lobi repoussa les Gan vers ce point au
+<span class="sc2">XIV</span><sup>e</sup> siècle, la plupart des
+Lorho émigrèrent au Sud et allèrent fonder Bouna et Bondoukou, se
+répandant dans le Nord-Est de la Côte d’Ivoire depuis la Volta
+Noire jusqu’à Kong et au Sud jusqu’à la lisière de la forêt dense,
+s’enfonçant même en certains endroits dans la forêt et constituant
+le peuple des <em>Koulango</em>. Quelques Lorho cependant sont
+demeurés dans le Haut-Sénégal-Niger, notamment à Lorhopéni, près et
+à l’Est de Lorhosso.</p>
+
+<p class="space-above15">7<sup>o</sup> <em>Groupe bariba.</em></p>
+
+<p>Ce groupe, qui intéresse surtout le Dahomey, possède cependant
+quelques représentants dans le cercle de Fada-n-Gourma,
+représentants qui appartiennent à deux peuples différents&nbsp;:
+les <em>Bariba</em> proprement dits et les <em>Soumba</em>&nbsp;;
+ces derniers sont d’ailleurs fort peu nombreux dans le
+Haut-Sénégal-Niger.</p>
+
+<p>Il semble que les Bariba étaient les anciens autochtones, non
+seulement de leur pays actuel, mais aussi d’une bonne partie du
+cercle actuel de Fada-n-Gourma&nbsp;: beaucoup se sont fondus avec
+les envahisseurs dagomba pour former le peuple gourmantché&nbsp;;
+les autres se sont reportés plus au Sud et ont conservé à peu près
+leur type primitif, bien que l’influence du groupe mossi sur leur
+civilisation soit assez perceptible.</p>
+
+<p>Les Soumba au contraire semblent n’avoir été touchés
+par<span class="pagenum" id="Page_319">[319]</span> aucune
+influence étrangère&nbsp;: aussi, bien qu’appartenant
+vraisemblablement au même groupe ethnique que les Bariba, ils se
+distinguent nettement de ceux-ci à l’heure actuelle.</p>
+
+<p class="center space-above15"><a id="p2c02s12"></a><span class=
+"sc">Tableau chronologique</span>
+</p>
+
+<p class="sch2"><em>donnant les dates approximatives des principaux
+événements relatifs aux origines et aux migrations des peuples du
+Haut-Sénégal-Niger.</em>
+</p>
+
+<p class="hang1">? 200 av. J.-C. — Fondation de Néma et Ghana par
+des Soninké du Diagha.</p>
+
+<p class="hang1">? 100 av. J.-C. — Premières immigrations berbères
+dans le Hodh.</p>
+
+<p class="hang1">80 à 90 après J.-C. — Départ de Cyrénaïque de la
+première migration judéo-syrienne (vers l’Aïr et le Massina).</p>
+
+<p class="hang1">117. — Départ de la deuxième migration
+judéo-syrienne (vers le Touat).</p>
+
+<p class="hang1">? 150. — Arrivée à Ghana des Judéo-Syriens du
+Massina.</p>
+
+<p class="hang1">? 200. — Arrivée à Ghana des Judéo-Syriens du
+Touat.</p>
+
+<p class="hang1">? 300. — Fondation de l’empire judéo-syrien de
+Ghana.</p>
+
+<p class="hang1">? 600. — Installation des Songaï à Gounguia ou
+Koukia.</p>
+
+<p class="hang1">670. — Départ des Lemta et Hoouara de la
+Tripolitaine vers le Niger.</p>
+
+<p class="hang1">? 690. — Fondation de l’empire lemta à Gounguia
+(dynastie des Dia). — Les Songaï (Sorko) à Gao. — Premières
+migrations des Soninké du Diagha vers Dienné et vers le Diafounou
+et le Kingui.</p>
+
+<p class="hang1">? 700. — Arrivée des Messoufa à Teghazza. —
+Nouvelles immigrations berbères dans le Hodh.</p>
+
+<p class="hang1">? 750. — Maghan-Diabé Sissé fonde le royaume
+soninké du Ouagadou.</p>
+
+<p class="hang1">? 790 à 800. — Arrivée des Bérabich à Teghazza. —
+Dispersion des Soninké du Ouagadou&nbsp;: Kaya-Maghan Sissé fonde
+l’empire soninké de Ghana. — Fondation de Tichit. — Arrivée des
+Judéo-Syriens au Gorgol. — Les Soninké au Galam.</p>
+
+<p class="hang1"><span class="pagenum" id="Page_320">[320]</span>?
+800. — Les Bérabich maîtres de Teghazza. — Installation des Soninké
+dans la région de Dienné. — Arrivée des Judéo-Syriens au
+Fouta-Toro. — Les Lemtouna à Aoudaghost.</p>
+
+<p class="hang1">? 890. — Les Lemta à Gao&nbsp;; les Songaï (Sorko)
+à Bamba.</p>
+
+<p class="hang1">? 900. — Les Saghmara (Kel-Tadmekket) au
+Niger.</p>
+
+<p class="hang1">930. — Les Lemtouna luttent avec les Soninké de
+Ghana.</p>
+
+<p class="hang1">? 990. — Les Soninké de Ghana suzerains des
+Lemtouna d’Aoudaghost.</p>
+
+<p class="hang1">? 1000. — Formation des Peuls dans le Fouta et
+leur dispersion. — Ouâr Diâbi fonde l’empire toucouleur du Tekrour
+et islamise les Toucouleurs. — Les Peuls au Ferlo. — Les Dioula
+dans la Boucle du Niger.</p>
+
+<p class="hang1">1009. — Dia Kossoï se convertit à l’islamisme et
+transporte la capitale des Lemta de Gounguia à Gao.</p>
+
+<p class="hang1">? 1030. — Début des invasions dagomba et de la
+formation des empires mossi et gourmantché.</p>
+
+<p class="hang1">1042. — Début de l’organisation de la secte
+berbère des Almoravides.</p>
+
+<p class="hang1">? 1060. — Les Peuls au Galam.</p>
+
+<p class="hang1">1076. — Prise de Ghana par les Almoravides et
+dispersion des Soninké de Ghana. — Première islamisation des
+Berbères du Hodh. — Arrivée des Goddala dans la région de
+Tombouctou. — Fondation de l’empire soninké des Sossé au Kaniaga,
+du royaume soninké des Niakaté au Kingui et du royaume soninké des
+Doukouré au Bakounou. — Arrivée des Soninké à Nono.</p>
+
+<p class="hang1">? 1090. — Migration des Peuls du Galam vers le
+Kaniaga et des Peuls du Ferlo vers le Fouta-Diallon. — Première
+migration gourounsi du Kipirsi vers la région de Gaoua (Lorho ou
+Koulango). — Les Soninké de Ghana reconquièrent leur
+indépendance.</p>
+
+<p class="hang1">? 1100. — Les Peuls au Kaniaga. — Premières
+habitations construites sur l’emplacement de Tombouctou.</p>
+
+<p class="hang1">? 1190. — Les Songaï (Sorko) à Gourao. —
+Bouyagui-Toumbéli roi de Goumbou. — Formation des Pougouli.</p>
+
+<p class="hang1">? 1200. — Les Lemta à Bamba. — Les Songaï (Faran)
+à Saraféré.</p>
+
+<p class="hang1">1203. — Prise de Ghana sur les Sissé par les
+Soninké Sossé.</p>
+
+<p class="hang1"><span class="pagenum" id=
+"Page_321">[321]</span>1213. — Fondation de l’empire mandingue par
+Allakoï Keïta.</p>
+
+<p class="hang1">? 1220. — Les Banmana se concentrent dans le
+Toron.</p>
+
+<p class="hang1">1224. — Fondation de Oualata. — Les Somono dans la
+région de Bamako-Ségou.</p>
+
+<p class="hang1">1235. — Soundiata Keïta bat Soumangourou Kannté à
+Kirina et renverse l’empire sossé du Kaniaga.</p>
+
+<p class="hang1">1240. — Soundiata prend et détruit Ghana et
+transporte la capitale de l’empire mandingue de Kangaba à Mali.</p>
+
+<p class="hang1">1250. — Les Soninké-Nono fondent la ville de
+Dienné. — Commencement de la migration des Mandé du Sud du
+Fouta-Diallon vers la Côte d’Ivoire. — Les Sossé s’emparent du
+Tekrour sur les Toucouleurs.</p>
+
+<p class="hang1">1270. — Mamoudou Diawara renverse la dynastie des
+Niakaté et fonde celle des Diawara au Kingui.</p>
+
+<p class="hang1">? 1290. — Formation des Dian et des Gan.</p>
+
+<p class="hang1">? 1300. — Développement de Tombouctou et de
+Dienné. — Fondation de Nioro par des Diawambé. — Conversion de
+Dienné à l’islamisme.</p>
+
+<p class="hang1">1307. — Avènement de Kankan-Moussa à Mali.</p>
+
+<p class="hang1">1325. — Kankan-Moussa s’empare de Gao et de
+Tombouctou. — Construction des premières maisons à terrasse à Gao,
+Tombouctou et Dienné.</p>
+
+<p class="hang1">1333. — Les Mossi prennent et pillent
+Tombouctou.</p>
+
+<p class="hang1">1335. — Ali-Kolen fonde la deuxième dynastie des
+Lemta à Gao (dynastie des Sonni).</p>
+
+<p class="hang1">? 1350. — Les Ouolofs s’emparent du Tekrour. —
+Arrivée des Berbères sur la rive Nord du Sénégal&nbsp;; migration
+des Sérères dans le Sine. — Invasion des Lobi à Gaoua&nbsp;; les
+Gan à Lorhosso&nbsp;; les Koulango fondent Bouna et se portent à
+Bondoukou. — Formation première des Samo.</p>
+
+<p class="hang1">? 1400. — Migrations des Peuls du Kaniaga au
+Massina et au Bakounou.</p>
+
+<p class="hang1">1433. — Les Touareg s’emparent de Tombouctou sur
+les Mandingues.</p>
+
+<p class="hang1">1450. — Arrivée des Kounta dans l’Azaouad. —
+Luttes des Sagoné contre les Dabo au Kingui. — Fondation de
+Sokolo.</p>
+
+<p class="hang1">1464-65. — Avènement de Sonni Ali-Ber.</p>
+
+<p class="hang1"><span class="pagenum" id=
+"Page_322">[322]</span>1468 à 1473. — Ali-Ber conquiert Tombouctou
+et Dienné et affranchit l’empire de Gao de la suzeraineté
+mandingue.</p>
+
+<p class="hang1">1480. — Pillage de Oualata par les Mossi.</p>
+
+<p class="hang1">1492. — Mort de Sonni Ali-Ber. — Expulsion des
+Juifs du Touat.</p>
+
+<p class="hang1">1493. — Le Soninké Mohammed Touré fonde à Gao la
+dynastie des Askia. — Arrivée des Oulmidden à Gao et dans la
+Boucle&nbsp;; leur conversion à l’islamisme.</p>
+
+<p class="hang1">? 1495. — Commencement des migrations peules dans
+la Boucle du Niger.</p>
+
+<p class="hang1">1512. — Mort de Tindo Galadio au Kingui. Son fils
+Koli va au Fouta-Toro, qu’il affranchit de la suzeraineté des
+Ouolofs et où il fonde une dynastie peule.</p>
+
+<p class="hang1">1534. — Victoires des Peuls et Toucouleurs du
+Fouta sur les Soninké du Galam et les Mandingues du Boundou.</p>
+
+<p class="hang1">1585. — Fondation de Taodéni.</p>
+
+<p class="hang1">1591. — Prise de Gao et de Tombouctou par le pacha
+marocain Djouder.</p>
+
+<p class="hang1">1596. — Taodéni remplace Teghazza. — Conquête du
+Hodh par les Beni-Hassân et islamisation définitive des Berbères du
+Hodh. — Formation des Sia et des Samorho. — Formation définitive
+des Samo.</p>
+
+<p class="hang1">? 1600. — Islamisation des Bérabich par les
+Kounta. — Formation des Foulanké du Ganadougou. — Installation des
+Banmana de Kaladian Kouloubali dans la région de Ségou.</p>
+
+<p class="hang1">1612. — Les pachas de Tombouctou cessent d’être
+désignés par le sultan du Maroc.</p>
+
+<p class="hang1">1620. — Danfassari Kouloubali s’installe à
+Ségou-koro.</p>
+
+<p class="hang1">1640. — Destruction de Tadmekket par les
+Oulmidden. — Deuxième immigration des Kel-Tadmekket sur le
+Niger.</p>
+
+<p class="hang1">1660. — On cesse à Tombouctou de dire le prône au
+nom du sultan du Maroc.</p>
+
+<p class="hang1">1670. — Biton Kouloubali fonde l’empire banmana de
+Ségou et étend sa domination jusqu’à Tombouctou. — Zié et Sounsa
+fondent l’empire banmana du Kaarta.</p>
+
+<p class="hang1">1671. — Expédition du sultan Er-Rachid au
+Soudan.</p>
+
+<p class="hang1">1672. — Expédition du marocain Ahmed à
+Tombouctou.</p>
+
+<p class="hang1">1680. — Prise de Gao par les Touareg.</p>
+
+<p class="hang1"><span class="pagenum" id="Page_323">[323]</span>?
+1690. — Invasion des Birifo dans la région de Gaoua.</p>
+
+<p class="hang1">? 1700. — Les Peuls sont répandus dans toute la
+Boucle du Niger et au-delà. — Islamisation des Peuls. — Arrivée des
+Dagari sur la rive droite de la Volta. — Prise de Lorhosso et de
+Loto par les Dioula de Bobo-Dioulasso.</p>
+
+<p class="hang1">1720. — Conquête du Fouta-Diallon par les
+Toucouleurs. — Migration des Peuls du Fouta-Diallon au Ouassoulou
+et vers la Boucle du Niger. — Formation définitive des
+Foulanké.</p>
+
+<p class="hang1">1754. — Avènement de Ngolo Diara à Ségou et de
+Sébé Kouloubali à Nioro.</p>
+
+<p class="hang1">1802. — Conquête du Haoussa par les Peuls.</p>
+
+<p class="hang1">1810. — Les Peuls du Massina se rendent
+indépendants de Ségou.</p>
+
+<p class="hang1">1820. — Fondation de Diébougou.</p>
+
+<p class="hang1">1826. — Prise de Tombouctou par les Peuls du
+Massina.</p>
+
+<p class="hang1">1832. — Les Soninké à Banamba.</p>
+
+<p class="hang1">1861. — Prise de Ségou par El-hadj-Omar.</p>
+
+<hr class="decor width8">
+
+<div class="plate"><span class="pagenum" id="Page_325">[325]</span>
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="map05"><a href="images/map05_large.jpg"><img src=
+'images/map05.jpg' alt=''></a>
+<p class="cp1">Carte 5. — Migrations ethniques.</p>
+</figure>
+</div>
+</div>
+
+<div class="footnotes" id="ftp2c02">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_101"></a><a href="#FNanchor_101"><span class=
+"label">[101]</span></a>Voir la <a href="#map05">carte 5</a> à la
+fin du chapitre.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_102"></a><a href="#FNanchor_102"><span class=
+"label">[102]</span></a>Ainsi, au cas où les successeurs d’El-hadj
+Omar se seraient maintenus à Ségou, on nous dirait très
+probablement aujourd’hui que les gens de Ségou viennent du Fouta
+Sénégalais.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_103"></a><a href="#FNanchor_103"><span class=
+"label">[103]</span></a>Le mot <em>yemen</em> en arabe signifie
+proprement «&nbsp;la droite&nbsp;». Comme beaucoup d’Orientaux et
+comme aussi la plupart des Nègres, les Arabes s’orientent en
+faisant face au soleil levant&nbsp;: par suite «&nbsp;droite&nbsp;»
+devient pour eux synonyme de «&nbsp;Sud&nbsp;» et c’est ainsi que
+les gens du Hidjaz ont donné le nom de Yémen au pays situé au Sud
+du leur. De même que Gourma désigne le Sud à Bamba et l’Est à
+Niafounké, de même Yémen — devenu nom de pays après avoir été un
+simple nom de direction — désigne le Sud à La Mecque et l’Est ou le
+Nord-Est au Soudan.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_104"></a><a href="#FNanchor_104"><span class=
+"label">[104]</span></a>L’immigration arabe dont ils faisaient
+partie comprenait surtout des <em>Oulad-Slimân</em>, qui forment
+encore la fraction principale des Bérabich&nbsp;; une partie de ces
+Oulad-Slimân s’établit dans la Tripolitaine et, de là, se répandit
+plus tard vers le Tchad.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_105"></a><a href="#FNanchor_105"><span class=
+"label">[105]</span></a>Sidi Mohammed-el-Kounti (père du premier
+El-Bekkaï) d’après les uns, mais plutôt Yahia-ben-Osmân-ben-Yassen
+(grand père de Mohammed-el-Kounti) d’après de plus nombreux
+témoignages.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_106"></a><a href="#FNanchor_106"><span class=
+"label">[106]</span></a>Le village même de Mabrouk serait beaucoup
+plus récent et n’aurait été fondé qu’en 1808 par la sous-tribu
+kounta des Oulad-el-Ouafi.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_107"></a><a href="#FNanchor_107"><span class=
+"label">[107]</span></a>Voir à ce sujet le tableau généalogique des
+Bekkaï dans <em>Littérature arabe saharienne</em> par Ismaël Hamet
+(<em>Revue du monde musulman</em>, octobre 1910).</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_108"></a><a href="#FNanchor_108"><span class=
+"label">[108]</span></a>On retrouve chez les auteurs grecs et
+latins des noms de tribus berbères qui subsistent encore de nos
+jours&nbsp;: c’est ainsi qu’on a pu identifier les <em>Libyens</em>
+proprement dits (<em>Loubim</em> de la Bible, <em>Lebataï</em> de
+Procope) avec les <em>Lewwata</em> ou <em>Louata</em>, les
+<em>Gétules</em> avec les <em>Goddala</em> ou <em>Djedala</em> ou
+avec les <em>Guezoula</em>, les <em>Serangaï</em> de Ptolémée
+(placés par lui dans le Sous) avec les <em>Zenaga</em>, les
+<em>Maxyes</em> d’Hérodote (<em>Mazikes</em>, <em>Masices</em>,
+<em>Mazices</em> et <em>Mazax</em> de Lucrèce, Suétone, Ptolémée,
+Ammien Marcellin, Corippus et Cassien) avec les <em>Imazirhen</em>
+ou <em>Imocharhen</em>, c’est-à-dire avec les Berbères de souche
+noble. — Voici maintenant un résumé des principales théories arabes
+concernant l’origine des Berbères. Yakout (<span class=
+"sc2">XII</span><sup>e</sup>-<span class=
+"sc2">XIII</span><sup>e</sup> siècles) nous dit que <em>Berber</em>
+est le nom de nombreuses tribus habitant les montagnes du Maghreb
+depuis Barka jusqu’à l’Atlantique et s’étendant au Sud jusqu’au
+pays des Noirs&nbsp;; il ajoute que les Berbères font en général
+remonter leur origine à Sem et prétendent que leurs ancêtres
+auraient émigré d’Arabie en Afrique&nbsp;; leur langue primitive —
+qui aurait été une langue sémitique — se serait corrompue au
+contact de la langue des autochtones du Maghreb — (qui étaient ces
+autochtones&nbsp;? Yakout ne nous le dit pas) — et serait devenue
+le berbère. Certains, précise Yakout, disent que le roi himyarite
+Ifrîkos, étant venu du Yémen faire une expédition en Ifrîkia
+(Tunisie), aurait fondé là un établissement de Yéménites dont les
+descendants seraient les Berbères. Dans sa nomenclature des
+principales tribus berbères, Yakout en cite plusieurs dont les noms
+sont portés encore par des sous-tribus maures du Hodh et de
+l’Azaouad (par exemple les Louata, qu’on rencontre chez les
+Idao-Aïch, et les Sakhoura, sans doute les mêmes que les Zakhoura
+vassaux des Kounta). D’après Ibn-Khaldoun (<span class=
+"sc2">XIV</span><sup>e</sup> siècle), qui paraît mieux informé que
+Yakout et qui surtout est doué d’un véritable esprit critique
+manquant au précédent, les Berbères descendraient de Ham ou Cham
+par Chanaan, Mazigh (d’où le nom d’Imazirhen porté de nos jours
+encore par les familles nobles) et un nommé Berr, dont l’un des
+fils, Madghis, serait l’ancêtre des Zenata et de leurs cousins les
+Louata, les Zouaoua, les Maghraoua, etc., et dont l’autre fils,
+Bernès, serait l’ancêtre des Zenaga (enfants de Zenag, fils de
+Bernès, comprenant les Messoufa, les Goddala, les Lemtouna, les
+Maddassa, les Ouareth, etc.) et de leurs cousins les Lemta, les
+Hoouara, les Guezoula, les Masmouda, les Ketama, les Mesrata, etc.
+Il ajoute d’ailleurs que beaucoup, principalement parmi les
+Berbères eux-mêmes, attribuent à cette nation une origine
+sémitique, dans le but évident de la rattacher à la même souche que
+les Arabes&nbsp;: c’est ainsi que les uns les font descendre d’un
+fils d’Abraham nommé Yaksân, d’autres des Amalécites issus d’Esaü,
+d’autres des Syriens et Yéménites venus en Afrique avec Ifrîkos,
+d’autres des Egyptiens, etc. Après avoir dit que l’opinion la plus
+répandue en fait des Hamites ayant vécu longtemps au contact des
+Sémites (des Israélites surtout), puis ayant été chassés d’Asie par
+les Juifs et ayant passé en Egypte et de là en Ifrîkia et au
+Maghreb, à une époque fort reculée et certainement bien avant
+Ifrîkos, Ibn-Khaldoun conclut fort sagement&nbsp;: «&nbsp;Une
+nation comme celle des Berbères, formée d’une foule de peuples et
+remplissant une partie considérable de la terre, n’a pas pu y être
+transportée d’un autre endroit et surtout d’une région très bornée.
+Depuis une longue suite de siècles avant l’islamisme, les Berbères
+ont été connus comme habitants du pays et des régions qui leur
+appartiennent de nos jours.&nbsp;» (<em>Histoire des Berbères</em>,
+traduction de Slane, 1<sup>er</sup> vol., page 183). Procope
+(<span class="sc2">VI</span><sup>e</sup> siècle) avait soutenu déjà
+la théorie faisant remonter les Berbères aux Hamites issus de
+Chanaan qui furent chassés de Palestine par les Hébreux, lorsque
+ces derniers s’y installèrent en revenant d’Egypte.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_109"></a><a href="#FNanchor_109"><span class=
+"label">[109]</span></a>Le géographe arabe Ibn-Saïd (<span class=
+"sc2">XIII</span><sup>e</sup> siècle) place Aoudaghost par 17° de
+latitude Nord et à une dizaine de degrés de longitude planimétrique
+à l’Est de l’embouchure du Sénégal, ce qui correspondrait
+approximativement à 13° de longitude Ouest de Paris et situerait
+Aoudaghost à une soixantaine de kilomètres au Nord-Est de
+Kiffa.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_110"></a><a href="#FNanchor_110"><span class=
+"label">[110]</span></a>Cela résulte tout au moins du témoignage de
+l’écrivain arabe Zohri (<span class="sc2">XII</span><sup>e</sup>
+siècle), d’après lequel les Berbères du Soudan n’auraient abjuré le
+christianisme et embrassé l’islamisme que vers l’année 1075.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_111"></a><a href="#FNanchor_111"><span class=
+"label">[111]</span></a>Le chef de la conquête s’appelait, dit la
+légende, Osmân-ould-Barkani ould Maghfar&nbsp;: son fils Terrouz
+aurait donné son nom aux Trarza, son frère Haroun ould-Barkani le
+nom de son père aux Brakna et son autre frère Mbarek son propre nom
+aux Oulad-Mbarek.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_112"></a><a href="#FNanchor_112"><span class=
+"label">[112]</span></a>Les ancêtres sémitiques des Guirganké
+seraient des Judéo-Syriens ou Proto-Peuls, métissés de Soninké, qui
+auraient fondé Tichit, auraient émigré ensuite dans le Tagant et
+plus tard, à la suite de luttes sanglantes avec les Zénaga, se
+seraient refugiés à Diara, non loin de Nioro, auprès des
+Oulad-Mbarek et se seraient alliés là à des Beni-Hassân. Nous en
+reparlerons lorsqu’il sera question de la formation des Peuls. Au
+moment de la conquête de Nioro par El-hadj-Omar, la plupart des
+Guirganké se réfugièrent dans la région d’Akor, du côté de
+Goumbou.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_113"></a><a href="#FNanchor_113"><span class=
+"label">[113]</span></a>Relativement nombreux en Mauritanie, les
+Maures parlant le zenaga sont excessivement rares dans le Hodh.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_114"></a><a href="#FNanchor_114"><span class=
+"label">[114]</span></a>En outre des Beni-Hassân, quelques autres
+familles arabes ont contribué à renforcer l’élément sémitique dans
+le Hodh&nbsp;: c’est ainsi que des Kounta venus de l’Azaouad
+s’établirent en plusieurs endroits de cette contrée et notamment à
+Tichit, lors de leur mouvement vers le Tagant et l’Adrar&nbsp;; à
+différentes époques, des Arabes ou Berbères arabisés vinrent du
+Maroc dans les mêmes régions&nbsp;: c’est le cas des Taleb-Mokhtar,
+dont les ancêtres, chassés du Sud-marocain à la suite d’événements
+obscurs, seraient venus s’établir au Massina, d’où, fuyant devant
+la conquête d’El-hadj-Omar, ils auraient, conduits par
+Mohammed-Fadel, émigré vers Goumbou et Oualata auprès des Mejdouf,
+tandis que d’autres fractions de leur famille poussaient jusqu’en
+Mauritanie avec Saad-Bou et plus tard dans la Saguiet-el-hamra avec
+Mâ-el-Aïnîn.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_115"></a><a href="#FNanchor_115"><span class=
+"label">[115]</span></a>On a cru parfois pouvoir identifier Koukia
+avec Gao, mais, comme nous le verrons dans la IV<sup>e</sup> partie
+de cet ouvrage en traitant de l’histoire de l’empire de Gao, une
+telle identification est matériellement impossible. Je ferai
+observer que <em>goungui</em> signifie «&nbsp;île&nbsp;» en
+songaï&nbsp;; dans la même langue <em>goungui-yo</em> signifierait
+«&nbsp;les îles&nbsp;», <em>goungui yé</em> «&nbsp;les sept
+îles&nbsp;» et <em>goungui yaha</em> «&nbsp;les huit
+îles&nbsp;».</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_116"></a><a href="#FNanchor_116"><span class=
+"label">[116]</span></a>Voir IV<sup>e</sup> partie. Je tiens à
+faire observer que cette théorie de l’origine berbère des
+fondateurs de l’empire dit «&nbsp;songaï&nbsp;», rejetée par M.
+René Basset, avait été soutenue par Barth.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_117"></a><a href="#FNanchor_117"><span class=
+"label">[117]</span></a>Les géographes arabes, amoureux
+d’étymologies savantes, traduisent Tadmekket par «&nbsp;qui
+ressemble à La Mecque&nbsp;» et disent que ce nom, qui pourtant
+semble bien être antérieur à l’islam, aurait été donné à la ville
+parce qu’elle était, comme La Mecque, située entre deux
+collines.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_118"></a><a href="#FNanchor_118"><span class=
+"label">[118]</span></a>On sait que les Arabes ont donné le nom
+d’<em>Ifrîkia</em> à la région correspondant à peu près à
+l’ancienne province d’<em>Afrique</em> des Romains, région
+constituée principalement par la Tunisie actuelle, tout en faisant
+venir ce nom de la soi-disant colonie fondée dans ces parages par
+le fameux roi himyarite Ifrîkos.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_119"></a><a href="#FNanchor_119"><span class=
+"label">[119]</span></a>Les Kel-Antassar sont déjà signalés au
+<span class="sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle par Bekri sous le
+nom de <em>Beni-Intasser</em>&nbsp;; mais ils habitaient alors
+entre le Tagant et Oualata, c’est-à-dire dans le Hodh, et n’avaient
+pas encore gagné leur pays actuel.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_120"></a><a href="#FNanchor_120"><span class=
+"label">[120]</span></a>A titre purement documentaire, je crois bon
+de donner ici la théorie de l’auteur du <em>Houlel el-mouwachia fi
+dikr el-akhbâr el-marrâkochiya</em> sur l’origine des Touareg. Ils
+seraient, d’après lui, des Messoufa apparentés aux Zenaga issus de
+Himyar&nbsp;; ils ne descendraient des Berbères que par les femmes
+et seraient originaires du Yémen. Un roi de ce pays (sans doute
+Harits-er-Raïch, le premier tobba ou roi himyarite, qui vivait un
+peu avant notre ère) avait eu, à la suite d’enseignements reçus
+d’un rabbin, la divination de la venue d’un Messie (soit Mahomet,
+soit plutôt Jésus-Christ) et il invita ses sujets à adopter ses
+croyances. Après sa mort, ceux qui avaient partagé sa foi furent
+persécutés et chassés&nbsp;; ils se voilèrent le visage pour ne pas
+être reconnus de leurs ennemis et (sans doute sous le règne
+d’Ifrîkos, le troisième tobba, vers le début de notre ère), ils
+quittèrent le Yémen et gagnèrent le pays des Berbères, où ils se
+marièrent et s’installèrent comme dans une nouvelle patrie. Leur
+voile les ayant protégés contre leurs persécuteurs, ils le
+conservèrent pieusement sans jamais s’en séparer. Ils oublièrent
+leur langue (l’arabe) par suite de leur incorporation aux Berbères
+et adoptèrent celle de ces derniers. Les Touareg seraient les
+descendants de ces Zenaga voilés, qui auraient été chassés dans le
+désert par une fraction d’entre eux, celle des Almoravides. Il est
+à remarquer que la plupart des auteurs arabes attribuent cette
+origine mi-yéménite mi-berbère à tous les Zenaga et à quelques
+tribus qui leur sont apparentées de près, les Lemta entre
+autres.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_121"></a><a href="#FNanchor_121"><span class=
+"label">[121]</span></a>Le mot <em>Fouth</em>, dans les rédactions
+de la Bible en langues sémitiques, se termine par un <em>t
+emphatique</em> ou <em>th</em> (<em>thav</em> des Hébreux,
+<em>tha</em> des Arabes), lettre qui se rend en peul par un d
+spécial ou <em>dh</em> se changeant fréquemment en <em>l</em>, en
+sorte que le <em>Fouth</em> de la Bible peut parfaitement être
+considéré comme provenant d’une racine identique à celle de la
+syllabe <em>foul</em>, qui est le radical du nom des Peuls. Au
+contraire le nom du <em>Fouta</em> s’écrit en arabe par un
+<em>t</em> ordinaire et semble provenir d’un radical différent. —
+Ce terme de Fouth ou Foul, dans les traductions européennes de la
+Bible, a été remplacé souvent par «&nbsp;Afrique&nbsp;» ou par
+«&nbsp;Libye&nbsp;», mais sans aucune raison.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_122"></a><a href="#FNanchor_122"><span class=
+"label">[122]</span></a>Genèse, X, 6. L’auteur de la Genèse indique
+la descendance des trois autres fils de Ham, mais ne donne pas
+celle de Fouth.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_123"></a><a href="#FNanchor_123"><span class=
+"label">[123]</span></a>C’est ainsi que les Sabéens ou Yéménites
+sont donnés tantôt comme descendant de Sem par Heber et Yektân et
+tantôt comme descendant de Ham par Chous.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_124"></a><a href="#FNanchor_124"><span class=
+"label">[124]</span></a>Cette femme avait été capturée au cours
+d’une razzia par Sonni Ali (1464-1492) et donnée par ce prince en
+mariage à Abdallah-el-Balbali, arrière-grand-père de Sa’di.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_125"></a><a href="#FNanchor_125"><span class=
+"label">[125]</span></a><em>An account of the empire of
+Marocco</em>, 1810, page 212.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_126"></a><a href="#FNanchor_126"><span class=
+"label">[126]</span></a>Ce manuscrit renfermait un court extrait
+d’un ouvrage intitulé <em>El-enfak el-maïsour fi tarikh belad
+et-Tekrour</em> (exposé facilitant l’étude de l’histoire du pays de
+Tekrour). Clapperton n’en a pas publié le texte et n’en a donné
+qu’une traduction de A. Salame, qui figure à l’appendice de sa
+relation de voyage (appendix n<sup>o</sup> XII, pages 158-167, dans
+l’édition anglaise)&nbsp;; une carte, dessinée par le sultan Bello,
+est reproduite dans la II<sup>e</sup> partie du volume, face à la
+page 109. — Par Tekrour, Bello comprend tout le Soudan, depuis le
+Darfour jusqu’au Fouta&nbsp;; sa carte place ce dernier pays à
+l’extrême Ouest. — D’autres manuscrits remis à Clapperton lors de
+son second voyage à Sokoto (1827) et rapportés par Lander sont plus
+explicites et accordent aux Peuls une origine nettement
+judéo-syrienne. (Voir l’appendice de <em>Clapperton’s journal of a
+second expedition into the interior of Africa</em>, 1829).</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_127"></a><a href="#FNanchor_127"><span class=
+"label">[127]</span></a><em>Histoire et origine des Foulahs ou
+Fellans</em>, 1841.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_128"></a><a href="#FNanchor_128"><span class=
+"label">[128]</span></a>Et non du Fezzan, comme l’écrit de
+Guiraudon, qui a reproduit cette légende en introduisant dans le
+texte original un certain nombre de rectifications pour la plupart
+malheureuses.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_129"></a><a href="#FNanchor_129"><span class=
+"label">[129]</span></a>D’ailleurs la légende recueillie par
+Reichardt renferme des inexactitudes flagrantes&nbsp;: Sidi et Séri
+étaient, non pas les chefs de l’immigration peule au Massina, mais
+les chefs de la conquête du Fouta-Diallon par les Toucouleurs du
+Fouta Sénégalais.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_130"></a><a href="#FNanchor_130"><span class=
+"label">[130]</span></a>Il est à remarquer de plus que le
+<em>h</em> final de <em>fellah</em> fait partie de la racine du
+mot, alors que cette lettre — en dépit de l’orthographe anglaise
+<em>Fulah</em> adoptée par beaucoup de Français — est totalement
+absente de la racine <em>foul</em>, d’où vient le nom des
+Peuls.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_131"></a><a href="#FNanchor_131"><span class=
+"label">[131]</span></a>La manie étymologique, forme d’aspect
+savant du calembour par à peu près, a trouvé d’ailleurs ample
+matière à s’exercer aux dépens des Peuls. Le capitaine Figeac ne
+les fait il pas descendre d’Apollon par l’intermédiaire des
+Pélasges, parce qu’il a constaté que les trois noms provenaient
+d’une racine phonétiquement identique&nbsp;? Et le général Frey,
+qui rattache les Peuls aux Annamites, tout en les apparentant aux
+Bretons et en attribuant à leur nom une origine provençale, ne nous
+a-t-il pas révélé que le <em>Canada</em> était une colonie peule
+fondée par des Foulbé de <em>Gana</em> ou Ghana&nbsp;? (Je
+n’invente rien&nbsp;: voir page 81 de l’<em>Annamite mère des
+langues</em>, Paris, 1892, in-8). Passons sous silence les
+élucubrations d’un disciple des deux auteurs précités, qui a trouvé
+le moyen de surpasser ses maîtres.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_132"></a><a href="#FNanchor_132"><span class=
+"label">[132]</span></a>En réalité Bekri écrit
+<em>gafou</em>&nbsp;: mais, comme il substitue plus d’une fois
+<em>f</em> à <em>b</em> dans la transcription des mots soudanais
+(mettant par exemple <em>safongo</em> pour <em>sa-bongo</em> ou
+<em>issa-bongo</em>, l’équivalent songaï de Ras-el-ma), on peut
+sans hésitation reconnaître dans son <em>gafou</em> le mot peul ou
+toucouleur <em>gabou</em>. Aucune des autres langues du Sénégal ou
+du Soudan ne possède de mot analogue pour désigner
+l’hippopotame&nbsp;: cet animal est appelé <em>zamouli</em> par les
+Maures Beni-Hassân, <em>neberh</em> par les Berbères Zenaga,
+<em>lébeur</em> par les Ouolofs, <em>langbâr</em> par les Sérères,
+<em>ékav</em> par les Diola, <em>khoungamé</em> par les Soninké,
+<em>mèri</em> ou <em>mali</em> par les Mandé, <em>banga</em> par
+les Songaï, <em>dorina</em> par les Haoussa, etc.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_133"></a><a href="#FNanchor_133"><span class=
+"label">[133]</span></a>Je dis «&nbsp;actuellement&nbsp;», car j’ai
+combattu, il y a huit ans environ, les conclusions de Grimal de
+Guiraudon&nbsp;; je croyais alors que les Peuls avaient apporté
+avec eux en Afrique la langue qu’ils parlent actuellement&nbsp;:
+constatant l’impossibilité matérielle de rattacher cette langue aux
+idiomes sémitiques ou hamitiques, je leur cherchais — bien
+vainement d’ailleurs — une origine hindoue. Une étude plus
+approfondie de la langue actuelle des Peuls et des autres langues
+de l’Ouest africain m’a fait revenir de mon erreur première. Je la
+confesse ici en toute sincérité, invitant à me lapider ceux qui
+n’ont jamais erré en matière d’ethnologie et de linguistique
+africaines.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_134"></a><a href="#FNanchor_134"><span class=
+"label">[134]</span></a><em>Affairs of West Africa</em>, chap. XV à
+XVII.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_135"></a><a href="#FNanchor_135"><span class=
+"label">[135]</span></a>Avant la venue de Joseph en Egypte, il y
+avait eu déjà des relations entre ses ancêtres et les Egyptiens,
+puisque Abraham aurait accompli un voyage en Egypte entre ses deux
+séjours au pays des Chananéens (Genèse, XII).</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_136"></a><a href="#FNanchor_136"><span class=
+"label">[136]</span></a>Genèse, XLVI, 6.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_137"></a><a href="#FNanchor_137"><span class=
+"label">[137]</span></a>Exode, XII, 40.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_138"></a><a href="#FNanchor_138"><span class=
+"label">[138]</span></a>603.550 sans compter les Lévites (Nombres,
+I, 46 et 47).</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_139"></a><a href="#FNanchor_139"><span class=
+"label">[139]</span></a>Exode, XII, 37 et 38.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_140"></a><a href="#FNanchor_140"><span class=
+"label">[140]</span></a>Un manuscrit arabe encore inédit, recueilli
+au Sénégal par M. le chef de bataillon Gaden qui me l’a communiqué,
+localise la patrie de l’ancêtre des Peuls à <em>Akka</em>,
+c’est-à-dire à Saint-Jean-d’Acre, sur la côte de Galilée, au Sud de
+Tyr et non loin de Nazareth, au point de jonction de la Palestine,
+de la Phénicie ou Syrie occidentale (Sour) et de la Syrie orientale
+(Châm). — Une tradition écrite recueillie à Sokoto en 1827 par
+Clapperton fait venir les Peuls de la Mésopotamie dans le pays des
+Juifs, puis de là dans le Sinaï (Tôr) et dans l’Egypte
+(Missira).</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_141"></a><a href="#FNanchor_141"><span class=
+"label">[141]</span></a>C’est en souvenir de ce passage à travers
+le Tôr, disent les légendes peules, que le nom de Toro aurait été
+donné à la province du Fouta où se termina le mouvement d’avancée
+vers le Sud-Ouest des Judéo-Syriens. Bien entendu cette étymologie
+ne saurait être acceptée que sous les plus expresses réserves.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_142"></a><a href="#FNanchor_142"><span class=
+"label">[142]</span></a>Cf. les légendes sur l’origine des Peuls
+recueillies au Fouta-Diallon par M. Guebhard (<em>Revue des études
+ethnographiques et sociologiques</em>, avril-juin 1909), dans
+l’Adamaoua par C. Vicars Boyle (<em>Journal of the African
+Society</em>, octobre 1910), au Caire, auprès d’un cheikh du
+Baguirmi, par le comte d’Escayrac de Lauture (<em>Mémoire sur le
+Soudan</em>, Paris, 1855-56, pages 60 à 62) et à Sokoto par
+Clapperton (<em>Journal of a second expedition</em>, etc., 1829,
+pages 399 et suivantes). Le premier de ces travaux renferme deux
+documents en langue arabe dont le texte, pourtant fort clair, a été
+complètement déformé par l’interprétation incomplète et souvent
+erronée qui fut fournie à M. Guebhard&nbsp;: les noms propres en
+particulier ont été fort mal lus par le traducteur, qui a confondu
+le Tôr ou Sinaï avec le Fouta Toro, a pris des mots arabes pour des
+noms de pays soudanais et a commis de nombreuses omissions. Dans la
+légende recueillie par C. Vicars Boyle, le nom de Okba est devenu
+<em>Oukouba</em>&nbsp;; dans le récit de l’informateur du comte de
+Lauture, il s’est transformé en <em>Yakoub</em> — ce qui pourrait
+expliquer comment l’ancêtre hébreu Jacob a pu devenir, dans les
+légendes islamisées, l’ancêtre arabe Okba-ben-Yâsser — et Tadiouma,
+fille du roi de Tôr, est devenue une femelle de caméléon
+(<em>dioundougal</em>). Dans une des légendes écrites remises à
+Clapperton, Okba est appelé <em>Okba-ben-Amir</em>, la fille du roi
+de Tôr est nommée <em>Gadiouma</em> et les quatre enfants qu’elle
+eut de Okba portent les noms de <em>Dita</em>, <em>Ouaya</em>,
+<em>Nasser</em> et <em>Rarabi</em>&nbsp;: la concordance est tout
+au moins remarquable entre ces traditions recueillies, l’une à
+Sokoto et l’autre au Fouta-Diallon, à près d’un siècle
+d’intervalle. Dans une autre légende recueillie par
+l’administrateur Logeay auprès des Peuls du cercle de Goumbou. Okba
+est appelé <em>Ougoubata</em> et le Tôr ou Sinaï a été confondu
+avec le Fouta Toro, comme dans la traduction donnée par M.
+Guebhard. Dans d’autres légendes enfin, Okba est donné comme le
+neveu de Amrou et porte le nom de <em>Okba-ben-Amir</em>, qui est
+en effet le nom de l’un des lieutenants de Amrou, mais on le
+confond avec Okba-ben-Nafi et on le fait aller, sur l’ordre du
+khalife Moaouiya, non seulement en Egypte et au Sous, mais jusqu’au
+Tekrour et à Ghana.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_143"></a><a href="#FNanchor_143"><span class=
+"label">[143]</span></a>Jacob et Israël, dans la Bible, ne forment
+qu’un seul et même personnage.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_144"></a><a href="#FNanchor_144"><span class=
+"label">[144]</span></a>Sans doute plusieurs générations après
+cette mort.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_145"></a><a href="#FNanchor_145"><span class=
+"label">[145]</span></a>Une légende dit «&nbsp;dans le pays de
+<em>Barga</em>&nbsp;», ce qui revient au même (Barga = Barka).</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_146"></a><a href="#FNanchor_146"><span class=
+"label">[146]</span></a>La racine <em>foudh</em>, avec le sens de
+«&nbsp;s’enfuir&nbsp;», se retrouve en égyptien démotique sous la
+forme <em>pout</em> (avec un <em>t</em> prononcé <em>d</em>) et en
+copte sous la forme <em>fôt</em> (avec un <em>t</em> prononcé
+<em>d</em> au Sud du Delta). Dans les langues sémitiques, on ne
+rencontre aucune racine analogue ayant le sens de
+«&nbsp;s’enfuir&nbsp;». Cela laisserait croire que, durant leur
+séjour en Egypte, les Judéo-Syriens auraient adopté la langue
+égyptienne ou tout au moins que leur langue primitive — l’araméen
+probablement — aurait été fortement influencée par l’égyptien, ce
+qui n’a rien d’invraisemblable. De même, plus tard, ils devaient,
+durant leur séjour au Fouta, adopter la langue des Toucouleurs.
+Quant aux Hébreux qui suivirent Moïse, ils pouvaient très bien
+aussi parler l’égyptien lors de leur sortie de l’Égypte, mais,
+revenus en pays sémitique, ils durent reprendre assez vite la
+langue de leurs ancêtres.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_147"></a><a href="#FNanchor_147"><span class=
+"label">[147]</span></a>Je ne continue pas plus loin la légende,
+car, à partir de l’arrivée des Judéo-Syriens au Massina, nous
+entrons presque dans le domaine de l’histoire&nbsp;; nous verrons
+dans la IV<sup>e</sup> partie de cet ouvrage ce qu’il advint de
+Kara et de Gama. Je dois faire observer que les Soninké du Sahel se
+sont approprié cette tradition et la donnent comme expliquant leur
+propre origine&nbsp;; ils y ont même introduit des noms de clan à
+eux, pour rendre la chose plus vraisemblable. Mais, à mon avis, la
+légende est bien une tradition peule et les Soninké ne peuvent la
+revendiquer que comme donnant l’origine partielle de celles de
+leurs familles qui sont issues du mélange des immigrants
+judéo-syriens avec les autochtones primitifs du Massina.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_148"></a><a href="#FNanchor_148"><span class=
+"label">[148]</span></a>Bekri, parlant des gens de Sort en
+Cyrénaïque tels qu’ils étaient de son temps (<span class=
+"sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle), dit qu’ils parlent «&nbsp;une
+espèce de jargon qui n’est ni arabe, ni persan, ni berbère, ni
+copte, et que personne ne peut comprendre en dehors
+d’eux-mêmes&nbsp;». Il serait intéressant de savoir quel était ce
+«&nbsp;jargon&nbsp;»&nbsp;; cela pourrait peut-être jeter une lueur
+nouvelle sur la question traitée ici.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_149"></a><a href="#FNanchor_149"><span class=
+"label">[149]</span></a>L’Aïr fut à un moment donné une dépendance
+politique du Bornou, ou tout au moins du Kânem au temps où ce
+dernier empire englobait le Bornou.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_150"></a><a href="#FNanchor_150"><span class=
+"label">[150]</span></a>La colonie juive du Touat fut longtemps
+florissante. En 1492, elle se démembra à la suite des persécutions
+du réformateur musulman El-Merhili&nbsp;; un grand nombre de Juifs
+furent alors massacrés, d’autres se dispersèrent en plusieurs
+points de l’Algérie, d’autres se réfugièrent auprès des Kounta, du
+côté de Tombouctou et de Gao. On a trouvé au Touat des inscriptions
+en caractères hébraïques, dont une datant de 1329. Nous savons par
+Ibn-Meriem que, vers 1502, El-Merhili se rendit du Touat à Gao, par
+l’Aïr, Takedda, Kano et Katséna, et chercha à déterminer l’empereur
+ou <em>askia</em> El-Hadj Mohammed à ordonner le massacre des Juifs
+réfugiés à Gao&nbsp;; il semble d’ailleurs que ses conseils
+demeurèrent sans effet.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_151"></a><a href="#FNanchor_151"><span class=
+"label">[151]</span></a>D’après les traditions locales, les juifs
+étaient nombreux dans l’Adrar au <span class=
+"sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle&nbsp;; convertis à l’islamisme
+par les Almoravides, il se seraient en partie mêlés à ces
+derniers.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_152"></a><a href="#FNanchor_152"><span class=
+"label">[152]</span></a>L’orthographe varie selon les manuscrits.
+Bekri dit que cette peuplade a le teint blanc et une belle figure,
+qu’elle professait de son temps (<span class=
+"sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle) la même religion que les Noirs
+de Ghana — lesquels n’étaient pas musulmans —, mais ne contractait
+jamais de mariage avec eux. Il suppose qu’elle a pour ancêtres les
+soldats «&nbsp;que les Oméïades envoyèrent contre Ghana dans les
+premiers temps de l’islam&nbsp;», faisant évidemment allusion aux
+expéditions de Okba-ben-Nafi dans le Maghreb de 570 à 681&nbsp;;
+mais, quoi qu’on en ait dit, les armées de Okba ne dépassèrent
+jamais l’extrême limite septentrionale du Sahara et il n’est guère
+admissible qu’une fraction de cette armée ait pu donner naissance à
+la tribu dont a parlé Bekri. Peut-être ce dernier, ayant entendu
+conter la légende relative à Okba-ben-Yâsser que j’ai rapportée
+plus haut, a-t-il fait une confusion entre les deux généraux&nbsp;:
+cette hypothèse du reste me paraît peu probable, car je crois la
+légende de Okba-ben-Yâsser bien postérieure à Bekri, étant donné
+qu’elle n’a pu prendre naissance chez les Peuls qu’après leur
+islamisation, qui est récente, comme nous le verrons plus loin.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_153"></a><a href="#FNanchor_153"><span class=
+"label">[153]</span></a>Les Nimadi passent pour être des sauvages
+vêtus de peaux de bêtes, ayant la chasse comme principal moyen de
+subsistance et professant une religion qui aurait des rapports avec
+le judaïsme pré-mosaïque.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_154"></a><a href="#FNanchor_154"><span class=
+"label">[154]</span></a>On a souvent confondu le Bakounou avec le
+Bagana&nbsp;: c’est à tort, selon moi. Le Bakounou, qui d’ailleurs
+a dû faire partie à un moment donné du Bagana, politiquement
+parlant, est une petite province située entre Nioro et
+Goumbou&nbsp;; le Bagana, beaucoup plus vaste, se trouve entre
+Goumbou et Sokolo, et s’étend depuis le Nord du Kaarta et du
+Bélédougou jusqu’à la région de Oualata. On y a même parfois
+compris le Diaga.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_155"></a><a href="#FNanchor_155"><span class=
+"label">[155]</span></a>La tradition rapportée par M. Guebhard les
+fait, en parlant de Ghana, passer par le pays des Diawara, le
+Kaarta et le Manding&nbsp;; cet itinéraire ne diffère pas
+sensiblement de celui que je rapporte ici&nbsp;: les Diawara
+occupent actuellement un pays contigu à l’Ouest du Bakounou, le
+Kaarta est limité au Nord-Ouest et à l’Ouest par le Bakounou, le
+Diafounou et le Diomboko, et ce dernier pays fut longtemps une
+dépendance politique de l’empire mandingue, qui n’en était séparé
+géographiquement que par le Sénégal.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_156"></a><a href="#FNanchor_156"><span class=
+"label">[156]</span></a>Cet Ismaïl, dans les légendes islamisées,
+est devenu le sultan hassanide du Maroc Moulaï Ismaïl, qui
+cependant ne vécut que huit siècles plus tard, puisqu’il régna de
+1672 à 1727. Ces légendes n’hésitent pas à dire que Mahmoud se
+rendit à Marrakech pour demander aide et protection à Moulai Ismaïl
+et que ce dernier lui confia une armée à l’aide de laquelle Mahmoud
+s’empara du Fouta.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_157"></a><a href="#FNanchor_157"><span class=
+"label">[157]</span></a>Cf. <em>Tadiouma</em> ou <em>Gadiouma</em>,
+fille du roi de Tôr, dans les légendes islamisées.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_158"></a><a href="#FNanchor_158"><span class=
+"label">[158]</span></a>Voir dans la <a href=
+"#Page_412">III<sup>e</sup> partie</a> de cet ouvrage comment il
+est, sinon certain, du moins très probable que la langue parlée
+aujourd’hui par les Peuls et les Toucouleurs n’est chez les
+premiers qu’une langue d’emprunt tandis qu’elle est la langue
+nationale des seconds. Dans la légende recueillie par Clapperton en
+1827, il est dit que les enfants de Okba et de Gadiouma parlèrent
+une langue différente de celle de leur père, qui était l’arabe, et
+aussi de celle de leur mère, qui était la langue
+<em>ouangara</em>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_159"></a><a href="#FNanchor_159"><span class=
+"label">[159]</span></a>Voir <a href="#Page_212">page 212</a> et
+<a href="#Page_213">page 213.</a></p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_160"></a><a href="#FNanchor_160"><span class=
+"label">[160]</span></a>Je n’entends pas dire que Diallo soit la
+traduction de Sal, ni Boli celle de Ba, etc., ni que les termes de
+la seconde série soient dérivés des termes de la première&nbsp;; il
+s’agit de mots différents, d’origines assurément distinctes,
+appartenant d’ailleurs à une même langue, mais dont les uns sont
+surtout employés par les Toucouleurs et les autres par les
+Peuls.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_161"></a><a href="#FNanchor_161"><span class=
+"label">[161]</span></a>D’après une légende, Diouma Sal aurait eu
+d’Ismaïl quatre enfants qui auraient été les ancêtres des quatre
+principaux clans peuls (Dialloubé, Ourourbé, Férôbé et Daébé) —
+comme les enfants de Tadiouma et de Okba dans la légende islamisée
+— et, après la mort de son mari, elle aurait eu, d’un esclave de ce
+dernier, un cinquième enfant qui aurait été l’ancêtre des Diawambé.
+D’après une autre légende, rapportée par le D<sup>r</sup> Lasnet,
+l’ancêtre des Peuls eut trois fils&nbsp;: l’un hérita du troupeau,
+ce fut le père des Foulbé ou Peuls propres&nbsp;; le second inventa
+la calebasse servant à traire le lait, ce fut le père des
+Laobé&nbsp;; le troisième réjouit ses deux frères en fabriquant une
+guitare à l’aide de la calebasse et de poils pris à la queue d’une
+vache, ce fut le père des Ouambâbé (musiciens).</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_162"></a><a href="#FNanchor_162"><span class=
+"label">[162]</span></a>Silla, d’après les géographes arabes du
+Moyen Age, se trouvait sur le Sénégal, entre Tekrour — qui devait
+correspondre approximativement à Podor — et <em>Galambou</em>
+(chef-lieu du Galam), qui devait être situé à peu près au confluent
+de la Falémé et du Sénégal&nbsp;: Silla était beaucoup plus près de
+Galambou que de Tekrour, puisque Bekri nous dit qu’il n’y avait
+qu’une journée de marche (ou de navigation) entre Silla et
+Galambou, en sorte que cette ville (Silla) devait se trouver très
+près de notre poste actuel de Bakel.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_163"></a><a href="#FNanchor_163"><span class=
+"label">[163]</span></a>Il s’agit bien d’un titre et non pas d’un
+nom&nbsp;: en ouolof et en sérère, <em>saltigué</em> désigne un
+chef de bande&nbsp;; <em>silatigui</em>, en mandé, veut dire un
+guide ou un chef de migration (le maître de la route)&nbsp;: c’est
+le correspondant de <em>fondokoï</em> en songaï et — au moins pour
+le sens — de <em>ardo</em> en peul (qui veut dire
+«&nbsp;conducteur&nbsp;»). Les anciens voyageurs européens
+désignent tous l’empereur de Tekrour par le titre de
+<em>silatigui</em>, <em>siratiki</em> ou <em>siratique</em>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_164"></a><a href="#FNanchor_164"><span class=
+"label">[164]</span></a><em>Kaniaga</em> est le même mot que
+<em>Gadiaga</em>&nbsp;; il n’y a entre les deux vocables qu’une
+différence locale de prononciation identique à celle existant entre
+Diakaté et Niakaté. Il est probable que ces deux pays tirent leur
+nom de celui du Diaga, origine première des colons du Gadiaga comme
+de ceux du Kaniaga.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_165"></a><a href="#FNanchor_165"><span class=
+"label">[165]</span></a>Les familles mabbé furent appelées
+<em>Dyiba</em> par les Soninké et les familles diawambé
+<em>Bokoum</em>. Quant aux Rimaïbé, les Soninké les appelèrent
+<em>Komongallou</em>&nbsp;; ils comprenaient surtout des gens
+d’origine kâgoro ou banmana, qui formèrent, les premiers, le clan
+des <em>Kelli</em> et, les seconds, le clan des <em>Tammoura</em>
+ou <em>Tamboura</em>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_166"></a><a href="#FNanchor_166"><span class=
+"label">[166]</span></a>Environ un siècle plus tard, vers 1510, un
+descendant de Diâdié nommé <em>Tindo-Galâdio</em>, chef des Yalâbé,
+prêcha la révolte au Bakounou contre l’empereur de Gao El-Hadj
+Mohammed (le premier askia), qui était devenu maître de la majeure
+partie des anciennes dépendances du Mali. El-Hadj Mohammed
+entreprit en 1511-1512 une expédition contre Tindo, qu’il défit et
+tua à Diara, près et au Nord-Est de Nioro. <em>Koli</em>, fils de
+Tindo, prit alors le commandement des Peuls du Bakounou
+réfractaires au souverain de Gao et, accompagné de Goro ou Gara,
+chef des Oualarbé, de Diko, chef des Férôbé, et de Nima, chef des
+Ourourbé, il émigra au Fouta Toro qui, ainsi que tout l’ancien
+Tekrour, obéissait alors à l’empereur du Diolof. Ce Koli, aidé par
+les Sérères et par le clan toucouleur des Dénianké, aurait réussi à
+tuer l’empereur du Diolof, à affranchir les Toucouleurs de la
+suzeraineté des Ouolofs et à fonder au Tekrour un nouvel empire
+indépendant dont il fut le premier souverain. Ses descendants
+régnaient encore au Fouta vers le milieu du <span class=
+"sc2">XVII</span><sup>e</sup> siècle, d’après le témoignage de
+Sa’di.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_167"></a><a href="#FNanchor_167"><span class=
+"label">[167]</span></a>Il ne faut pas toujours prendre au pied de
+la lettre le mot «&nbsp;fils&nbsp;» dans toutes ces légendes&nbsp;:
+la plupart du temps, il y a plutôt la signification de
+«&nbsp;descendant&nbsp;»&nbsp;: il est fort probable qu’il s’est
+écoulé plus de deux générations entre celle de Dama — qui vivait
+vraisemblablement au <span class="sc2">XV</span><sup>e</sup> ou
+<span class="sc2">XVI</span><sup>e</sup> siècle — et celle de
+Moussa.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_168"></a><a href="#FNanchor_168"><span class=
+"label">[168]</span></a>Les Dénianké étaient ces Toucouleurs qui
+avaient aidé le Peul Koli Galadio à s’emparer du Tekrour au début
+du <span class="sc2">XVI</span><sup>e</sup> siècle (voir plus haut,
+page 229, note <a href="#Footnote_166" class="fnanchor">[166]</a>).
+Leur clan était demeuré virtuellement au pouvoir sous les
+descendants de Koli, et, comme ce dernier, ils étaient restés
+rebelles à l’islamisme. Au début du <span class=
+"sc2">XVIII</span><sup>e</sup> siècle, un marabout toucouleur nommé
+Abdoulkader Tôrodo prêcha la guerre sainte contre les infidèles et
+renversa la dynastie peule des descendants de Koli&nbsp;; le
+pouvoir passa ainsi aux Tôrobé, tous musulmans&nbsp;; les Dénianké,
+bien que s’étant alors convertis à l’islamisme, perdirent toute
+influence au Fouta Toro et ils émigrèrent en partie pour aller,
+sous la conduite de deux chefs nommés Sidi et Séri (ancêtres des
+Sidianké et des Sérianké), s’établir au Fouta Diallon auprès des
+Peuls qui s’y trouvaient depuis plusieurs siècles. Un de leurs
+marabouts nommé Sori commença peu après, sous prétexte de guerre
+sainte, la conquête du pays aux dépens des Soussou ou Diallonké
+autochtones. Actuellement encore, on distingue les Peuls des
+Toucouleurs au Fouta-Diallon en donnant aux premiers — très peu
+nombreux — le nom de <em>Poulli</em> et aux seconds — qui sont
+fortement mélangés de Mandé — le nom de <em>Foula</em>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_169"></a><a href="#FNanchor_169"><span class=
+"label">[169]</span></a>Ce nom, qui pourrait bien être d’origine
+berbère, était donné à la fois à l’empire des Toucouleurs et à sa
+capitale, laquelle, comme je l’ai avancé plus haut, devait
+correspondre à peu près à l’emplacement actuel de Podor. Ibn-Saïd
+(<span class="sc2">XIII</span><sup>e</sup> siècle) place la ville
+de Tekrour sur le Sénégal (Nil) par 5° de longitude planimétrique à
+l’Ouest d’Aoudaghost, ce qui répond très exactement à la position
+de Podor. Pour Mohammed Bello, Tekrour désigne l’ensemble du Soudan
+musulman et plus particulièrement les pays soumis à des rois de
+langue <em>tekrouria</em> (c’est-à-dire de langue
+peule-toucouleure)&nbsp;; il y englobe le Darfour, le Ouadaï, le
+Baguirmi, le Haoussa, etc. Cette acception du mot Tekrour est
+fréquente chez les Arabes qui ne se sont pas occupés spécialement
+de l’Afrique occidentale. Le lieutenant Desplagnes a cru pouvoir
+identifier Tekrour avec une île du marigot de Dia (Massina) qu’il
+appelle Tekrour-Rundee mais que les cartes désignent en général
+sous le nom de Togoro-Koumbé&nbsp;: son hypothèse n’est appuyée que
+sur une vague ressemblance phonétique.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_170"></a><a href="#FNanchor_170"><span class=
+"label">[170]</span></a>Aboulféda (mort en 1331) nous dit que la
+plus grande partie du Tekrour se trouve au Nord du Sénégal (Nil),
+la partie au Sud du fleuve étant bien moins étendue (trad. Reinaud
+et de Slane, tome II, page 220). Le même auteur avait parfaitement
+saisi la différence entre les Toucouleurs et les Peuls, puisqu’il
+divise les peuples du Tekrour en deux fractions&nbsp;: l’une
+sédentaire et l’autre nomade (<em>Ibid.</em>, p. 208).</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_171"></a><a href="#FNanchor_171"><span class=
+"label">[171]</span></a><em>Tombouctou la mystérieuse</em>, par
+Félix Dubois, Paris, 1897.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_172"></a><a href="#FNanchor_172"><span class=
+"label">[172]</span></a><em>Monographie de Djenné</em>, Tulle
+1903.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_173"></a><a href="#FNanchor_173"><span class=
+"label">[173]</span></a>D’après Mohamed Bello, les habitants
+actuels du Kebbi descendraient d’une mère haoussa (de Katséna) et
+d’un père songaï.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_174"></a><a href="#FNanchor_174"><span class=
+"label">[174]</span></a>Sa’di fait remonter la fondation de
+Gounguia à une époque très reculée et prétend même que c’est de là
+que le pharaon contemporain de Moïse fit venir les magiciens à
+l’aide desquels il chercha à confondre le législateur des Hébreux.
+Bien entendu, je lui laisse la responsabilité de cette
+légende&nbsp;; le fait qu’elle avait cours à Tombouctou au
+<span class="sc2">XVII</span><sup>e</sup> siècle prouverait tout au
+moins que Gounguia existait alors depuis fort longtemps.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_175"></a><a href="#FNanchor_175"><span class=
+"label">[175]</span></a>Au temps de Bekri (2<sup>e</sup> moitié du
+<span class="sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle), l’empereur
+résidait à Gao&nbsp;: il était musulman, mais ses sujets ne
+l’étaient pas encore, à l’exception d’étrangers qui habitaient un
+quartier spécial. D’après le même auteur, les Arabes donnaient aux
+habitants de Gao le nom de <em>Bezerkâni</em> ou
+<em>Bediergâni</em>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_176"></a><a href="#FNanchor_176"><span class=
+"label">[176]</span></a>Cf. la <em>légende des Faran</em>,
+recueillie par M. Dupuis-Yakouba, dans l’ouvrage du lieutenant
+Desplagnes intitulé «&nbsp;le Plateau central nigérien&nbsp;»,
+Paris 1907. Cette légende a symbolisé les Bozo et leurs barrages
+mobiles sous la forme d’une «&nbsp;anguille&nbsp;»
+(<em>gondo</em>).</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_177"></a><a href="#FNanchor_177"><span class=
+"label">[177]</span></a>Les Soninké venaient à ce moment de perdre
+leur hégémonie dans le Sahel, après avoir été vaincus par les
+Malinké.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_178"></a><a href="#FNanchor_178"><span class=
+"label">[178]</span></a>La légende recueillie par M. Dupuis
+attribue à Faran-Nabo la fondation de Saraféré&nbsp;; en réalité,
+Faran-Nabo était mort depuis longtemps à cette époque, mais on a dû
+lui faire honneur de tous les actes mémorables accomplis par ses
+descendants. Il se peut aussi que <em>nabo</em> ou <em>nabonké</em>
+soit une sorte de titre et que <em>Faran-Nabo</em> signifie
+simplement «&nbsp;le chef des Faran&nbsp;», sans désigner un
+individu en particulier.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_179"></a><a href="#FNanchor_179"><span class=
+"label">[179]</span></a>Sans doute le Zaberma, à moins que ce ne
+soit le Haribanda ou Aribinda&nbsp;: <em>zaberma</em> signifie
+«&nbsp;le pays proche du grand fleuve&nbsp;», <em>zaberbanda</em>
+«&nbsp;le pays au-delà du grand fleuve&nbsp;» et <em>haribanda</em>
+«&nbsp;le pays au-delà de l’eau&nbsp;».</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_180"></a><a href="#FNanchor_180"><span class=
+"label">[180]</span></a>La langue songaï est encore appelée de nos
+jours <em>kouria</em> (langue de Koura) par les Arabes du Touat.
+René Caillié nous a parlé de cet idiome sous le nom de
+<em>kissour</em>, sans doute pour <em>Kissouri</em>, nom peul du
+«&nbsp;pays du Kissou&nbsp;».</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_181"></a><a href="#FNanchor_181"><span class=
+"label">[181]</span></a>En réalité Tombouctou continua à avoir des
+pachas soi-disant marocains jusque dans la seconde moitié du
+<span class="sc2">XVIII</span><sup>e</sup> siècle, mais leur
+autorité purement nominale et éphémère ne dépassait plus guère
+alors les environs immédiats de la ville.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_182"></a><a href="#FNanchor_182"><span class=
+"label">[182]</span></a>Le pacha Ammar fut bien envoyé de Marrakech
+à Tombouctou — pour la deuxième fois — en 1618, mais sans
+troupes&nbsp;; il retourna d’ailleurs au Maroc moins de trois mois
+après son arrivée au Soudan.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_183"></a><a href="#FNanchor_183"><span class=
+"label">[183]</span></a>Par la suite, cette armée noire fit et
+défit les sultans du Maroc et entretint un état d’anarchie qui ne
+prit fin que vers le milieu du <span class=
+"sc2">XVIII</span><sup>e</sup> siècle.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_184"></a><a href="#FNanchor_184"><span class=
+"label">[184]</span></a>Cf. <em>An account of the empire of
+Marocco</em>, par Jackson, déjà cité. Cette expédition à Tombouctou
+d’Ahmed, neveu du sultan Ismaïl, est à rapprocher de la légende
+attribuant au même sultan une intervention armée en faveur de
+l’établissement des Judéo-Syriens au Fouta et explique la confusion
+faite par les auteurs de cette légende (voir page 222, note
+<a href="#Footnote_156" class="fnanchor">[156]</a>). Le
+<em>Tedzkiret-en-Nisiân</em> rapporte que, le 16 septembre 1671,
+arriva à Tombouctou un envoyé du sultan Er-Rachid et que les
+troupes du pacha lui prêtèrent serment de fidélité&nbsp;: sans
+doute cet envoyé venait de la part de son maître engager
+Ali-ben-Haïdar à retourner au Maroc, à moins que ce ne soit Ali
+lui-même dont le <em>Tedzkiret</em> ait voulu parler. En tout cas
+cet ouvrage ne mentionne pas le nom de Ali-ben-Haïdar et est muet
+sur l’arrivée et le séjour à Tombouctou de la troupe envoyée par le
+sultan Ismaïl, sauf que (page 119 de la traduction) il signale — de
+façon très sommaire d’ailleurs — la présence à Tombouctou en 1741
+des restes de cette troupe&nbsp;; il dit même qu’ils furent
+attaqués, sans succès du reste, par des Peuls du Massina.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_185"></a><a href="#FNanchor_185"><span class=
+"label">[185]</span></a>Sa’di et l’auteur du
+<em>Tedzkiret-en-Nisiân</em> nous fournissent des renseignements
+curieux sur l’origine ethnique des «&nbsp;Marocains&nbsp;» que les
+<em>Arma</em> peuvent revendiquer comme leurs ancêtres&nbsp;: les
+éléments arabe et berbère n’y apparaissent que comme
+secondaires&nbsp;; la plupart des soldats «&nbsp;marocains&nbsp;»
+qui résistèrent à la traversée du Sahara et au climat du Soudan,
+comme aussi la plupart des pachas qui se distinguèrent par leurs
+capacités militaires et administratives, étaient des renégats,
+originaires d’Espagne en majorité, c’est-à-dire des Européens
+capturés par les pirates barbaresques, islamisés par leurs maîtres
+marocains et passés ensuite au service du sultan de Marrakech. Le
+pacha Djouder lui-même, le conquérant de Gao et de Tombouctou,
+«&nbsp;petit homme aux yeux bleus&nbsp;», était un chrétien
+converti.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_186"></a><a href="#FNanchor_186"><span class=
+"label">[186]</span></a>Il est possible d’ailleurs que l’art
+égyptien n’ait pas été sans influencer l’art maghrébin et que
+Abou-Ishak lui-même ait puisé quelques inspirations en Egypte,
+lorsqu’il la traversa en revenant de La Mecque avec Kankan-Moussa.
+Mais, au point de vue qui nous occupe, cela n’aurait absolument
+aucune importance. Si une influence égyptienne existe, ce qui n’est
+pas prouvé, c’est par le Maroc ou plus généralement par le Maghreb
+qu’elle est parvenue au Niger.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_187"></a><a href="#FNanchor_187"><span class=
+"label">[187]</span></a>Dans la liste des docteurs de Tombouctou
+cités par le <em>Tarikh</em>, on trouve des Berbères, des Arabes,
+des Mandé, des Peuls, mais pas un seul Songaï.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_188"></a><a href="#FNanchor_188"><span class=
+"label">[188]</span></a>Ce mot figure sur nos cartes sous les
+formes <em>Diaka</em> (bras du Niger allant de Diafarabé au Débo)
+et <em>Dia</em> (village situé sur ce bras entre Diafarabé et
+Ténenkou)&nbsp;: <em>Diafarabé</em> signifie en banmana «&nbsp;la
+rencontre du partage de Dia&nbsp;», c’est-à-dire l’endroit où le
+Niger se divise pour donner naissance au Dia ou marigot de Diaka.
+Les prononciations <em>Diarha</em>, <em>Diagha</em>,
+<em>Diaga</em>, <em>Diaka</em>, <em>Diakha</em>, <em>Dia</em> et
+<em>Niarha</em>, <em>Niagha</em>, <em>Niaga</em>, <em>Niaka</em>,
+<em>Niakha</em>, <em>Nia</em> ne représentent qu’un seul et même
+mot, dont elles ne sont que les variantes dialectales&nbsp;; la
+prononciation la plus répandue au Soudan est <em>Diaga</em>, avec
+un <em>g</em> légèrement grasseyé&nbsp;; les Songaï prononcent
+souvent <em>Zaga</em>, surtout ceux du Sud-Est, et c’est cette
+orthographe qui a été adoptée par la plupart des écrivains arabes.
+Beaucoup de noms de pays, de villages ou de clans dérivent du nom
+de cette contrée célèbre entre toutes dans le Soudan
+Occidental&nbsp;: tels sont les noms du <em>Kaniaga</em> (Sud du
+Bagana) et du <em>Gadiaga</em> ou Galam (entre Bakel et Kayes) —
+noms qui viendraient de la phrase <em>an kâ niaga fo</em> ou <em>an
+gâ diaga fo</em> «&nbsp;appelons-le Diaga&nbsp;» —, du village de
+<em>Diara</em> (près de Nioro), des clans <em>Diara</em>,
+<em>Diakaté</em> ou <em>Niakaté</em>, <em>Diakité</em>, etc. (ceux
+du Dia ou Diaga, originaires du Diaga).</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_189"></a><a href="#FNanchor_189"><span class=
+"label">[189]</span></a>On donne souvent le nom de <em>Massina</em>
+à la région de Bandiagara, mais c’est par erreur ou plutôt cette
+région n’est que l’extrême limite orientale du Massina&nbsp;; à
+l’origine ce nom ne s’appliquait qu’au Diaga proprement dit,
+c’est-à-dire à la rive gauche du marigot de Dia (Massina occidental
+ou vrai Massina)&nbsp;; plus tard le nom a été étendu aussi au pays
+compris entre le marigot de Dia d’une part et Mopti et Dienné
+d’autre part (Massina central)&nbsp;; plus tard encore, on a
+englobé dans le Massina la région située entre Mopti et Bandiagara
+(Massina oriental).</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_190"></a><a href="#FNanchor_190"><span class=
+"label">[190]</span></a>Dans les manuscrits rapportés de Sokoto par
+Clapperton, les Soninké (appelés <em>Sarankoli</em> ou
+<em>Sarakolé</em>) sont donnés comme d’anciens
+«&nbsp;Persans&nbsp;»&nbsp;: sans doute il faut entendre par là
+qu’ils pratiquaient autrefois une religion quelque peu analogue à
+celle des anciens Persans ou magisme&nbsp;; les auteurs arabes
+traitent souvent de <em>madjous</em> les Noirs non musulmans.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_191"></a><a href="#FNanchor_191"><span class=
+"label">[191]</span></a>Vers 1224 d’après un manuscrit inédit du
+cheikh Saad Bou.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_192"></a><a href="#FNanchor_192"><span class=
+"label">[192]</span></a>Marmol appelle <em>Benay</em> les Noirs de
+Oualata et dit qu’ils parlent le <em>zungay</em>&nbsp;; j’ignore
+d’où vient cette appellation de Benay, qui est peut-être d’origine
+arabe&nbsp;; quant à <em>zungay</em>, on peut supposer que c’est
+une altération de «&nbsp;soninké&nbsp;», mais on peut aussi
+identifier ce mot avec <em>songaï</em>, les relations entre
+Tombouctou et Oualata ayant certainement introduit dans cette
+dernière ville l’usage de la langue songaï au moins dès le début du
+<span class="sc2">XVI</span><sup>e</sup> siècle. En tout cas nous
+savons par Barth et par des informateurs plus récents que les Noirs
+indigènes de Oualata sont des Soninké et parlent le soninké, ainsi
+que ceux de Tichit.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_193"></a><a href="#FNanchor_193"><span class=
+"label">[193]</span></a>Sa’di rapporte que Chinguetti fut fondée
+par des <em>Adjer</em> (assurément les Azer de Barth), Tichit par
+des Ahl-Massina et Birou (Oualata) par des Ahl-Tafrasset ou
+Taghrasset&nbsp;; nous avons vu que les Ahl-Massina étaient des
+Judéo-Syriens mélangés de Soninké&nbsp;; je ne sais ce qu’il faut
+entendre par <em>Tafrasset</em>&nbsp;: le mot est évidemment
+berbère, mais rien n’empêche de supposer que les Soninké fondateurs
+de Oualata soient venus d’un lieu connu en berbère sous le nom de
+Tafrasset.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_194"></a><a href="#FNanchor_194"><span class=
+"label">[194]</span></a>La ville proprement dite de Dienné ne
+devait cependant être fondée qu’un siècle plus tard, vers 800
+environ.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_195"></a><a href="#FNanchor_195"><span class=
+"label">[195]</span></a>Bérenger-Féraud, Tautain, Adam, etc. M.
+Chartier, administrateur-adjoint des colonies, m’a communiqué un
+texte en langue banmana de la même légende, recueilli par lui à
+Nioro de la bouche des indigènes, en même temps que d’autres
+traditions relatives à l’empereur du Mali Soundiata, aux Sossé et
+aux Diawara. J’ai utilisé ces textes, qui sont généralement plus
+complets et plus précis que les légendes traduites par les
+interprètes.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_196"></a><a href="#FNanchor_196"><span class=
+"label">[196]</span></a>D’autres légendes disent 27 ans.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_197"></a><a href="#FNanchor_197"><span class=
+"label">[197]</span></a>Ces noms ont évidemment un rapport avec
+celui du Dia ou Diaga&nbsp;: le premier signifie «&nbsp;Founè de
+Dia&nbsp;» et le second «&nbsp;Founè du fleuve de Diaga&nbsp;».</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_198"></a><a href="#FNanchor_198"><span class=
+"label">[198]</span></a>D’autres légendes disent que Téré-Kalé
+n’eut pas de descendants.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_199"></a><a href="#FNanchor_199"><span class=
+"label">[199]</span></a>Certaines traditions renversent l’ordre de
+tous ces noms, mettant Maghan en second lieu&nbsp;: c’est ainsi que
+le dernier est donné souvent sous la forme <em>Kaya-Maghan</em>,
+qu’a adoptée Sa’di dans le <em>Tarikh-es-Soudân</em>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_200"></a><a href="#FNanchor_200"><span class=
+"label">[200]</span></a>Cf. la légende biblique de Jacob et
+d’Esaü.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_201"></a><a href="#FNanchor_201"><span class=
+"label">[201]</span></a>La légende ajoute qu’une fois ce pacte
+conclu, une pluie d’or tomba durant quinze jours&nbsp;: chacun put
+en ramasser autant qu’il voulut.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_202"></a><a href="#FNanchor_202"><span class=
+"label">[202]</span></a>Ou dont la grosseur correspondrait
+exactement au calibre du tambour, selon les traducteurs. Il s’agit
+de l’un de ces tambours longs, creusés dans un tronc d’arbre, dont
+l’une des extrémités seulement est revêtue d’une peau.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_203"></a><a href="#FNanchor_203"><span class=
+"label">[203]</span></a>Ces trois villes de Silla, Galambou et
+Yaressi sont mentionnées par Bekri (<span class=
+"sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle) sur le Sénégal, dans la région
+comprise entre Matam et Kayes&nbsp;: Silla devait se trouver dans
+le Goye, un peu à l’Ouest de l’emplacement actuel de Bakel,
+Galambou dans le Kaméra, très près de l’embouchure de la Falémé, et
+Yaressi — dont le nom est écrit Barissa dans certains manuscrits —
+devait être située dans le Guidimaka, sur la rive Nord du Sénégal,
+à peu près en face d’Ambidédi.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_204"></a><a href="#FNanchor_204"><span class=
+"label">[204]</span></a>Cf. la <em>Monographie de Djenné</em>, par
+Ch. Monteil.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_205"></a><a href="#FNanchor_205"><span class=
+"label">[205]</span></a>C’est pourquoi les traditions soninké, en
+racontant cet événement, disent que ce fut un roi du Ouagadou qui,
+le premier des Nègres, remporta une victoire sur des Blancs. Je
+dois faire remarquer que beaucoup de traditions placent la
+dispersion des Soninké du Ouagadou au <span class=
+"sc2">XIV</span><sup>e</sup> siècle seulement&nbsp;: cela vient de
+ce que la plupart des légendes transmises oralement ne conservent
+le souvenir que des événements principaux et les placent tous les
+uns à la suite des autres, dans un ordre chronologique exact, mais
+sans se préoccuper des périodes dépourvues d’histoire — quoique
+souvent très longues — qui se sont déroulées entre deux faits
+retenus par la tradition. C’est ainsi que, de la ruine du Ouagadou
+— qu’il faut assurément placer dès la fin du <span class=
+"sc2">VIII</span><sup>e</sup> siècle puisqu’elle précéda la
+conquête de Ghana par les Soninké et en fut l’occasion —, les
+légendes passent directement aux conquêtes de Soundiata
+(<span class="sc2">XIII</span><sup>e</sup> siècle) et à la
+fondation de Nioro par des Peuls Diawambé (commencement du
+<span class="sc2">XIV</span><sup>e</sup>). — Le D<sup>r</sup>
+Tautain, en relatant la légende du serpent, a cru pouvoir
+identifier le Ouagadou avec Ghana, sans d’ailleurs en donner les
+raisons&nbsp;: en réalité, l’histoire du serpent du Ouagadou fut
+simplement le point de départ de la main-mise des Soninké sur
+Ghana.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_206"></a><a href="#FNanchor_206"><span class=
+"label">[206]</span></a>Moussa-Mohamadou Doukouré, chef actuel de
+Goumbou, serait le 28<sup>e</sup> successeur de Bouyagui-Toumbéli
+et le 31<sup>e</sup> successeur de Maré-Diago&nbsp;: si l’on fait
+émigrer ce dernier de Ghana en 1076, cela ferait une durée moyenne
+de 26 ans pour chacun des règnes, ce qui peut paraître
+excessif&nbsp;; mais il est fort possible que plusieurs rois aient
+été oubliés, surtout parmi les premiers.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_207"></a><a href="#FNanchor_207"><span class=
+"label">[207]</span></a>Une légende recueillie à Nioro dit qu’il
+avait armé ses bandes de fusils achetés au Sénégal&nbsp;; je n’ai
+pas besoin de faire observer l’anachronisme un peu trop audacieux
+de ce détail concernant un personnage qui vivait au <span class=
+"sc2">XIII</span><sup>e</sup> siècle.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_208"></a><a href="#FNanchor_208"><span class=
+"label">[208]</span></a>La fondation de l’empire du Mandé ou des
+Mandingues date de 1213 environ.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_209"></a><a href="#FNanchor_209"><span class=
+"label">[209]</span></a>Il s’agit ici du village de Nono situé près
+et à l’Ouest de Dia et non d’un autre village du même nom mais
+appelé aussi Nounou et situé à 15 kilomètres à l’Ouest de
+Niafounké&nbsp;: ce dernier village fut fondé probablement par des
+Soninké venant de Nono près Dia, après la destruction de l’empire
+sossé (vers 1240).</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_210"></a><a href="#FNanchor_210"><span class=
+"label">[210]</span></a>De là le nom de <em>Sosso</em> que donne
+Ibn-Khaldoun aux sujets de Soumangourou et qui, pendant trop
+longtemps, a conduit nombre d’auteurs à faire intervenir les
+<em>Soussou</em> du Fouta-Diallon et de la basse Guinée dans des
+événements auxquels ils demeurèrent très probablement étrangers. En
+réalité les sujets de Soumangourou, ou tout au moins ceux de ses
+sujets qui appartenaient à sa famille et comprenaient ses
+principaux chefs de bande, étaient des Soninké des clans Diarisso
+et Kannté qui, par suite des relations de quelqu’un de leurs
+ancêtres avec des Toucouleurs ou des Peuls du clan des <em>Sô</em>,
+avaient pris le nom de <em>Sôssé</em> (postérité des Sô) et avaient
+donné à leur ville principale celui de <em>Sôsso</em> (village des
+Sô)&nbsp;; les Peuls les ont appelés <em>Sossobé</em> et leurs
+descendants sont encore connus sous le nom de <em>Sossé</em> au
+Sénégal et dans la Gambie et la Casamance&nbsp;; le clan actuel des
+Soussokho ou Sissokho, chez les Soninké, semble se rattacher aux
+Sossé du <span class="sc2">XIII</span><sup>e</sup> siècle.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_211"></a><a href="#FNanchor_211"><span class=
+"label">[211]</span></a>D’autres disent près et au Nord de
+Goumbou.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_212"></a><a href="#FNanchor_212"><span class=
+"label">[212]</span></a>D’après M. Ch. Monteil, le nom primitif de
+la ville aurait été <em>Diané</em> (le petit Dia)&nbsp;: ce ne
+serait que plus tard, lors de l’avancée des Songaï, que le nom se
+serait corrompu en <em>Dienné</em> et que les musulmans auraient
+inventé l’étymologie arabe <em>djenna</em> «&nbsp;paradis&nbsp;».
+On pourrait également supposer que ce nom ait pu venir de Adyini ou
+Dyiné Kounaté, qui s’établit vers 800 à Dioboro, comme nous l’avons
+vu précédemment.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_213"></a><a href="#FNanchor_213"><span class=
+"label">[213]</span></a>La famille bozo à laquelle appartenait la
+jeune fille porte encore, en souvenir de cet événement, le nom de
+<em>Diennépo</em>, ce qui veut dire en bozo «&nbsp;cadavre de
+Dienné&nbsp;»&nbsp;: c’est également en mémoire de ce fait qu’on
+donna le nom de Dioboro ou Zoboro à l’un des quartiers de Dienné
+(Ch. Monteil, <em>op. cit.</em>).</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_214"></a><a href="#FNanchor_214"><span class=
+"label">[214]</span></a>Une légende fait de ce Kaké-Kanédyi un
+Soninké, ancêtre du clan des Kanédyi ou Kannté&nbsp;: je ferai
+seulement observer que ce clan était déjà représenté, à la même
+époque, par la famille régnante de Sosso, dans le Kaniaga.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_215"></a><a href="#FNanchor_215"><span class=
+"label">[215]</span></a><em>Dia</em> ou mieux <em>dian</em> veut
+dire en mandé — entre autres significations — «&nbsp;compagnie,
+association, clan&nbsp;» et <em>wala</em> en peul est le verbe
+négatif&nbsp;: on pourrait donc à la rigueur supposer que Daman
+s’exprimait en peul et disait «&nbsp;il n’y a pas de
+<em>dia</em>&nbsp;»&nbsp;; de <em>dia wala</em>, les Mandingues
+auraient fait <em>diawara</em>, ce qui n’a rien d’impossible.
+Quelle que soit la valeur de cette étymologie, il y a lieu de
+remarquer que les noms <em>Diawara</em> en mandé et
+<em>Diawambé</em> en peul semblent procéder d’un radical identique
+qui serait <em>diawa</em> ou <em>diaw</em>, et que les Diawara
+forment, chez les Soninké, un groupe tenant à la fois de la tribu,
+de la caste et du clan, très analogue à celui que forment les
+Diawambé chez les Peuls. Il ne serait donc pas absurde de supposer
+que les uns et les autres ont, sinon au point de vue ethnique, au
+moins au point de vue social, une origine identique.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_216"></a><a href="#FNanchor_216"><span class=
+"label">[216]</span></a>Ce sabre reçut le nom de <em>ouali</em>,
+c’est-à-dire en arabe «&nbsp;protecteur&nbsp;».</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_217"></a><a href="#FNanchor_217"><span class=
+"label">[217]</span></a>Le Diougouraguiet de nos cartes, au
+Nord-Est de Nioro, sur la route conduisant de cette ville à
+Oualata.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_218"></a><a href="#FNanchor_218"><span class=
+"label">[218]</span></a>Il s’agit vraisemblablement de simples
+razzias, qui n’atteignirent très probablement pas les points
+éloignés cités par la légende.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_219"></a><a href="#FNanchor_219"><span class=
+"label">[219]</span></a>Voir IV<sup>e</sup> partie&nbsp;: royaume
+de <a href=
+"https://www.gutenberg.org/files/77845/77845-h/77845-h.htm#p4c05">Diara.</a></p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_220"></a><a href="#FNanchor_220"><span class=
+"label">[220]</span></a>Des Soninké musulmans se transportèrent
+même, dans la seconde moitié du <span class=
+"sc2">XIV</span><sup>e</sup> siècle, jusqu’au cœur du pays haoussa
+et fondèrent à l’Est de Kano une colonie qui subsiste encore sous
+le nom de Ouangara, mais dont les habitants actuels parlent la
+langue haoussa (Migeod, <em>Languages of West Africa</em>, page
+33).</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_221"></a><a href="#FNanchor_221"><span class=
+"label">[221]</span></a>Rien absolument n’autorise à identifier les
+Soninké avec les Songaï, comme avait cru pouvoir le faire le
+D<sup>r</sup> Quintin&nbsp;: ce dernier se basait sur le simple
+argument du mot <em>soninké</em>, qu’il faisait dériver de
+<em>sonni</em> et prétendait avoir été donné comme appellation aux
+Songaï partisans de Sonni Ali-Ber qui, après l’avènement du premier
+<em>askia</em>, auraient été chassés vers l’Ouest par les partisans
+de ce dernier. Nous avons vu précédemment que&nbsp;: 1<sup>o</sup>
+le mot <em>soninké</em> semble être bien antérieur à la dynastie
+des Sonni et n’avoir rien de commun avec le titre de ceux-ci&nbsp;;
+2<sup>o</sup> les Soninké étaient établis à l’Ouest du Niger et y
+avaient joué un rôle très considérable bien avant l’époque des
+Sonni de Gao&nbsp;; 3<sup>o</sup> toutes les traditions leur
+donnent le Massina comme pays d’origine&nbsp;; 4<sup>o</sup>
+Ali-Ber, comme les autres Sonni, était d’origine berbère et non
+songaï&nbsp;; 5<sup>o</sup> enfin le fondateur de la dynastie des
+Askia était précisément un Soninké et les Songaï n’ont joué en
+somme qu’un rôle passif dans toute cette période de leur
+histoire.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_222"></a><a href="#FNanchor_222"><span class=
+"label">[222]</span></a>Bégho, dont on montre encore les ruines ou
+tout au moins l’emplacement entre Banda et Fougoula, dans la
+colonie anglaise actuelle de la Gold Coast, était situé à
+l’Est-Nord-Est de Bondoukou, près de la rive Sud de la Volta Noire,
+en amont de Kintampo&nbsp;; cette ville aurait été détruite à la
+suite d’une guerre civile vers la fin du <span class=
+"sc2">XIV</span><sup>e</sup> siècle et les Dioula qui l’habitaient
+seraient allés fonder définitivement Bondoukou (ou Gottogo) et
+Kong, au début du <span class="sc2">XV</span><sup>e</sup> siècle. A
+Kong on prétend que les familles Ouatara, Dao, Barho, Kérou et
+Touré seraient venues directement de Dienné, tandis que les Sissé,
+Sarha, Kamara ou Kamaya, Dagnorho, Kouroubari, Timité et Taraoré
+seraient venus plus tard de Bégho&nbsp;; on donne souvent à cette
+dernière ville le nom de Ouorodougou (pays des colas), parce
+qu’elle était située en effet au seuil de l’une des principales
+régions productrices de cola, mais il faut se garder de la
+confondre avec le Ouorodougou de Mankono et Séguéla (Ouest de la
+Côte d’Ivoire).</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_223"></a><a href="#FNanchor_223"><span class=
+"label">[223]</span></a>Le <em>dolo</em> est une boisson fermentée
+fabriquée avec du mil ou du maïs.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_224"></a><a href="#FNanchor_224"><span class=
+"label">[224]</span></a>Ne pas confondre ces <em>Bagama</em>,
+nègres sauvages, avec les Berbères <em>Beggama</em> mentionnés par
+plusieurs géographes arabes dans l’Azaouad et qui étaient, eux, des
+Touareg.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_225"></a><a href="#FNanchor_225"><span class=
+"label">[225]</span></a>D’après une tradition recueillie à Kita,
+les Kâgoro seraient issus du mélange qui se produisit entre les
+Malinké et les Soninké, à l’époque où les premiers conquirent le
+Kaarta et le Kaniaga sur les Soninké Sossé (1235)&nbsp;; cette
+tradition, qui s’accorderait malaisément avec celles recueillies
+auprès des Kâgoro eux-mêmes et des Soninké du cercle de Goumbou, me
+semble fort sujette à caution.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_226"></a><a href="#FNanchor_226"><span class=
+"label">[226]</span></a>J’entends naturellement le Baoulé qui forme
+la branche occidentale du haut Bani et non le Baoulé affluent du
+Sénégal.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_227"></a><a href="#FNanchor_227"><span class=
+"label">[227]</span></a>C’est ainsi que le <em>mpolio</em> est
+aujourd’hui encore le <em>téné</em> ou <em>tana</em> (animal sacré
+et prohibé) des Kouloubali qui descendent de Baramangolo, tandis
+que les Kouloubali qui descendent de Niangolo ont un <em>téné</em>
+différent (lion ou hippopotame).</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_228"></a><a href="#FNanchor_228"><span class=
+"label">[228]</span></a>Ce village n’était pas le chef-lieu du
+cercle actuel de Ségou (Ségou-Sikoro), mais bien
+<em>Ségou-koro</em> (le vieux Ségou), situé un peu en amont.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_229"></a><a href="#FNanchor_229"><span class=
+"label">[229]</span></a>Il s’agit de <em>Touba-koro</em> (le vieux
+Touba)&nbsp;; en 1832, des Soninké venus de Sokolo fondèrent à côté
+<em>Touba-koura</em> (le nouveau Touba), qui est devenu beaucoup
+plus important et que l’on appelle aujourd’hui Touba tout
+court.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_230"></a><a href="#FNanchor_230"><span class=
+"label">[230]</span></a>Mosson Diara régnait au moment des deux
+voyages de Mungo-Park.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_231"></a><a href="#FNanchor_231"><span class=
+"label">[231]</span></a>Ce Sanankoro (ou Sananko) est situé au Nord
+de la ligne du chemin de fer, entre cette ligne et Daba (cercle de
+Bamako).</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_232"></a><a href="#FNanchor_232"><span class=
+"label">[232]</span></a>C’est ainsi que Niamando Taraoré,
+descendant de Bakoro Taraoré et chef actuel de Gana, revenant en
+1886 sur l’emplacement de son village détruit par El-Hadj Omar, le
+reconstruisit à quelques centaines de mètres plus loin&nbsp;; c’est
+dans les restes modestes et récents de l’ancien hameau de Gana —
+hameau fondé dans le nord du Bélédougou au début du <span class=
+"sc2">XVIII</span><sup>e</sup> siècle et détruit en 1860 — que le
+lieutenant Desplagnes avait cru reconnaître les ruines de l’antique
+Ghana, fondée dans l’Aoukar peut-être avant le début de notre ère
+et détruite par Soundiata vers 1240, c’est-à-dire près de cinq
+siècles avant la fondation du Gana du Bélédougou.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_233"></a><a href="#FNanchor_233"><span class=
+"label">[233]</span></a>Ceci est un exemple frappant de la facilité
+avec laquelle les fractions isolées d’un peuple oublient leur
+langue maternelle pour adopter celle qui se parle dans le pays où
+ces fractions s’établissent&nbsp;; c’est également un exemple du
+danger qu’il y a à se baser sur la langue parlée par une peuplade
+pour décider de son rattachement ethnique.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_234"></a><a href="#FNanchor_234"><span class=
+"label">[234]</span></a>Il descendait de l’ancienne famille royale
+des Niakaté.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_235"></a><a href="#FNanchor_235"><span class=
+"label">[235]</span></a>Le nom de Bamako (Bammako) fut donné au
+village fondé par Dia-Moussa soit en souvenir de Bamma Sakho
+(<em>Bamma-ko</em>, derrière Bamma, au delà du village de Bamma)
+soit à cause de la coutume du lieu consistant à offrir chaque
+année, au début de la saison des pluies, une victime aux caïmans du
+Niger (<em>bamma-ko</em>, l’affaire du caïman). L’étymologie
+<em>bamma-ko</em> «&nbsp;rivière du caïman&nbsp;», quelquefois
+proposée, doit être rejetée en raison de la prononciation très
+fermée de l’<em>o</em> final de Bamako (presque <em>ou</em>),
+tandis que l’<em>o</em> de <em>ko</em> signifiant
+«&nbsp;rivière&nbsp;» est au contraire très ouvert.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_236"></a><a href="#FNanchor_236"><span class=
+"label">[236]</span></a>Il se pourrait que la syllabe
+<em>soun</em>, placée devant le nom du célèbre empereur malinké,
+fût un titre analogue à celui de <em>sonni</em>, <em>soun</em>,
+<em>sin</em> ou <em>tchin</em> donné plus tard aux empereurs de Gao
+de la deuxième dynastie&nbsp;; on retrouve cette syllabe dans le
+nom de Sounsa Kouloubali — <em>alias</em> Sarhaba ou Sa-Massa
+Kouloubali —, fondateur de l’empire banmana du Kaarta.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_237"></a><a href="#FNanchor_237"><span class=
+"label">[237]</span></a>L’expression «&nbsp;Fouta-Diallon&nbsp;»
+est récente&nbsp;; elle a été imaginée par les Toucouleurs venus du
+Fouta Sénégalais qui, en souvenir de leur patrie, ont donné au
+Diallon cette appellation de «&nbsp;Fouta du Diallon&nbsp;» par
+opposition au «&nbsp;Fouta du Toro&nbsp;» ou vrai Fouta.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_238"></a><a href="#FNanchor_238"><span class=
+"label">[238]</span></a><em>Samorho</em> ou mieux
+<em>San-morho</em> veut dire en effet «&nbsp;hommes du ciel, de la
+pluie, cultivateurs&nbsp;», et non pas «&nbsp;hommes du
+serpent&nbsp;» comme on l’a prétendu à tort.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_239"></a><a href="#FNanchor_239"><span class=
+"label">[239]</span></a>On prétend que ce mot signifierait
+«&nbsp;les gens du python (<em>minian</em>)&nbsp;», à cause de la
+fréquence, chez les Sénoufo de cette région, d’un emblème religieux
+représentant un gros serpent roulé sur lui-même. Sans nier cette
+étymologie, je me permets d’observer que le suffixe de nationalité
+<em>ka</em> s’ajoute plutôt à un nom de pays qu’à un mot désignant
+un animal ou un objet.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_240"></a><a href="#FNanchor_240"><span class=
+"label">[240]</span></a>Les Sénoufo de notre époque ne sont nulle
+part anthropophages, mais on rencontre des cannibales dont le
+territoire est très voisin de celui des Sénoufo du Sud-Ouest&nbsp;:
+je veux parler des Ouobé et des Dan du haut Sassandra et du haut
+Cavally, dont les premiers appartiennent à la famille des Kroomen
+et les seconds au groupe des Mandé du Sud.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_241"></a><a href="#FNanchor_241"><span class=
+"label">[241]</span></a>Bekri (deuxième moitié du <span class=
+"sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle) dit que, si l’on part du pays
+de Gao en suivant le «&nbsp;bord occidental du fleuve&nbsp;» —
+c’est-à-dire la rive droite du Niger — et en s’éloignant ensuite
+vers l’intérieur des terres, «&nbsp;on arrive au royaume appelé le
+<em>Demdem</em>, dont les habitants mangent tous ceux qui leur
+tombent entre les mains&nbsp;; ils ont un grand roi, qui a des
+vice-rois sous ses ordres&nbsp;; on voit dans leur pays une énorme
+forteresse sur laquelle est placée une idole ayant la forme d’une
+femme&nbsp;; les Demdem adorent cette idole et vont la visiter en
+pèlerinage&nbsp;». On a pensé que ces Demdem de Bekri pouvaient
+être les Tombo de Hombori, mais peut-être étaient-ils plutôt les
+Mossi, dont l’empire venait de débuter à cette époque à Tenkodogo
+et qui rapportent leur origine à une princesse fameuse, enterrée à
+Gambaga&nbsp;: la tombe de cette femme fut longtemps un but de
+pèlerinage (voir plus loin).</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_242"></a><a href="#FNanchor_242"><span class=
+"label">[242]</span></a>Cette théorie provient peut-être de
+l’appellation de Kourouman kobé que les Peuls de la Boucle, selon
+les régions, appliquent tantôt aux Nioniossé, tantôt aux Dogom,
+tantôt aux Gourmantché et tantôt aux Déforo.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_243"></a><a href="#FNanchor_243"><span class=
+"label">[243]</span></a>On compte 33 souverains qui se seraient
+succédé sur le trône du Mossi depuis Oubri, fondateur de la
+dynastie et arrière-petit-fils de la princesse dagomba dont cette
+dynastie descend&nbsp;; mais, si l’on tient compte de ce que
+plusieurs empereurs étaient frères les uns des autres, on obtient
+le chiffre de 22 générations depuis cette princesse jusqu’au
+<em>nâba</em> actuel de Ouagadougou.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_244"></a><a href="#FNanchor_244"><span class=
+"label">[244]</span></a>Il semble bien certain en tout cas que
+l’empire du Mossi était déjà assez fortement constitué au
+<span class="sc2">XIV</span><sup>e</sup> siècle puisqu’il fut alors
+de taille à résister à l’empire de Mali parvenu à son apogée et à
+envoyer une armée piller Tombouctou en 1333, huit ans seulement
+après la conquête de cette ville par Kankan Moussa.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_245"></a><a href="#FNanchor_245"><span class=
+"label">[245]</span></a>Si c’est à cette coutume qu’a fait allusion
+Bekri dans le passage cité plus haut (page 302, note <a href=
+"#Footnote_241" class="fnanchor">[241]</a>), il est bien évident
+qu’il faut nécessairement placer l’époque de Yennenga et la
+fondation de l’empire de Ouagadougou au plus tard au début du
+<span class="sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_246"></a><a href="#FNanchor_246"><span class=
+"label">[246]</span></a>C’est-à-dire «&nbsp;terre
+d’Oubri&nbsp;»&nbsp;: <em>tenga</em> est l’équivalent mossi du
+<em>dougou</em> mandé, qui signifie proprement «&nbsp;terre,
+sol&nbsp;» et, par spécialisation de sens, «&nbsp;pays&nbsp;» ou
+«&nbsp;village&nbsp;».</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_247"></a><a href="#FNanchor_247"><span class=
+"label">[247]</span></a>Le lieutenant Marc semble vouloir attribuer
+aux Mossi une origine orientale&nbsp;; à l’appui de son hypothèse,
+il dit que l’organisation de la cour des <em>Morho-nâba</em>
+(empereurs du Mossi) est unique en Afrique Occidentale tandis
+qu’elle a des équivalents au Haoussa, au Bornou, etc. Je me
+permettrai de faire observer que cet argument a peu de valeur,
+précisément parce que, contrairement à ce qu’avance le lieutenant
+Marc, on retrouve dans tous les anciens états de l’Afrique
+Occidentale (Ghana, Mali, Tekrour, Gao, Ségou, Dahomey, Bénin etc.)
+une organisation absolument analogue à celle de la cour du Mossi.
+(Voir la IV<sup>e</sup> partie de cet ouvrage et se reporter aux
+récits des géographes arabes et des vieux voyageurs européens).</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_248"></a><a href="#FNanchor_248"><span class=
+"label">[248]</span></a>L’identification des Padorho n’a pu être
+faite encore&nbsp;: on les rattache généralement aux
+Dorhossié&nbsp;; certains en font des Sénoufo, d’autres les
+considèrent comme des Bobo.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3 class="pb"><span class="pagenum" id=
+"Page_327">[327]</span><a id="p2c03"></a>CHAPITRE III</h3>
+
+<p class="sch1">Ethnographie descriptive.</p>
+
+<p>Je me propose, dans ce chapitre, de traiter sommairement des
+principaux caractères extérieurs et moraux des divers peuples du
+Haut-Sénégal-Niger, sans avoir aucunement l’intention ni d’épuiser
+la question ni même d’entrer dans les détails, ce qui demanderait
+pour chaque peuple une longue monographie. Je voudrais seulement
+tâcher d’esquisser à grands traits la physionomie spéciale à chaque
+peuple et les aspects communs à plusieurs, au triple point de vue
+de l’apparence physique, de l’habitation et du costume et enfin de
+la mentalité et du genre de vie. Je ne parlerai pas ici des
+coutumes, qui font l’objet de la cinquième partie de cet
+ouvrage&nbsp;: «&nbsp;les civilisations&nbsp;».</p>
+
+<h4 class="bold"><a id="p2c03s1"></a>I. — Caractères
+physiques.</h4>
+
+<p>1<sup>o</sup> <em>La coloration de la peau.</em> — La couleur de
+peau des indigènes du Haut-Sénégal-Niger est excessivement
+variable, même dans un peuple donné, et ne peut guère fournir
+d’indications utiles quant au rattachement ethnique des individus.
+Assurément la coloration blanche ou soi-disant telle ne se
+rencontre que chez les peuples de race blanche, c’est-à-dire chez
+les Maures de l’Azaouad et du Hodh, les Touareg et les Peuls, mais
+il est rare, même chez les individus purs de tout croisement avec
+des Nègres, que cette coloration présente le même aspect que chez
+les Européens, ou au moins que chez les Européens du Nord et même
+du Centre&nbsp;: à part quelques familles maraboutiques<span class=
+"pagenum" id="Page_328">[328]</span> qui vivent à l’état sédentaire
+et habitent des maisons dont elles sortent rarement, les Maures et
+les Touareg de pure origine arabe ou berbère sont tous plus ou
+moins basanés, pas plus pourtant que beaucoup de paysans des pays
+méditerranéens&nbsp;; mais il est à remarquer que la teinte
+relativement foncée de leur peau est due surtout à l’action du
+soleil et du grand air, car les parties de leur corps
+habituellement recouvertes par des vêtements sont notablement plus
+claires que celles généralement découvertes. Chez les Peuls que
+leur pauvreté a empêchés de se procurer des esclaves noires et a
+préservés ainsi du métissage, la teinte est un peu plus foncée
+peut-être que chez les Maures et les Touareg de race pure, mais
+cependant cette teinte ne diffère pas sensiblement de celle de
+beaucoup d’Italiens du Sud.</p>
+
+<p>Mais le nombre des métis est naturellement considérable chez ces
+divers peuples, surtout chez les Maures et chez les Peuls, sans
+parler des Harrâtîn, Bella et Rimaïbé d’origine purement nègre qui
+vivent au milieu d’eux, en sorte que toutes les colorations se
+rencontrent, depuis les plus claires jusqu’aux plus foncées, et que
+beaucoup de Maures, Touareg, Peuls ou soi-disant tels sont aussi
+noirs que des Banmana ou des Mossi.</p>
+
+<p>Chez les peuples de race nègre, les albinos mis à part comme
+représentant un cas purement pathologique, la coloration de la peau
+est également fort variée. Tout d’abord il convient, chez eux comme
+chez les peuples de race blanche, de tenir compte du
+métissage&nbsp;: certains Arma de Tombouctou, certains Soninké et
+Toucouleurs doivent à des ascendants marocains, maures ou peuls une
+teinte relativement claire qui leur fait donner le même nom
+d’«&nbsp;hommes rouges&nbsp;» que les indigènes du Soudan
+appliquent en général aux Maures et même aux Européens. Mais, en
+dehors de cette circonstance spéciale, la coloration des
+groupements purement nègres est loin d’être homogène. D’une façon
+générale, les Nègres du Sahel et de la zone soudanaise, lorsqu’ils
+n’ont pas été influencés par des populations blanches, sont d’un
+teint notablement plus foncé que ceux de la zone forestière&nbsp;;
+il ne serait pas impossible que cette différence fût due à l’action
+du soleil, qui doit naturellement se faire plus<span class=
+"pagenum" id="Page_329">[329]</span> sentir dans les régions
+découvertes que sous les ombrages de la forêt dense. Je dois
+ajouter que, dans la même tribu et souvent dans la même famille, on
+rencontre des hommes dont la couleur diffère tellement que les
+épithètes de «&nbsp;blanc&nbsp;», de «&nbsp;rouge&nbsp;» et de
+«&nbsp;noir&nbsp;» sont couramment employées par les indigènes de
+l’Afrique Occidentale pour donner le signalement des individus.</p>
+
+<p>Les peuples du Haut-Sénégal-Niger dont la coloration est la plus
+foncée, les exceptions individuelles et celles dues au métissage
+mises à part, sont les Songaï demeurés purs, les Kâgoro, les
+Banmana, les Tombo, les Birifo, la plupart des peuples du groupe
+gourounsi et ceux du groupe lobi&nbsp;; on rencontre aussi des
+pigmentations très accentuées chez les Toucouleurs, les Soninké,
+les Bozo et les Dioula. Mais il est rare que le degré de coloration
+atteigne le noir presque pur que l’on constate chez les Ouolofs et
+l’expression de «&nbsp;brun foncé&nbsp;» est celle qui conviendrait
+le mieux pour caractériser la teinte la plus répandue chez les
+peuples que je viens d’énumérer.</p>
+
+<p>Chez les autres, la couleur varie du brun foncé au brun
+clair&nbsp;: certains Malinké, certains Sénoufo, certains
+Gourmantché, en général ceux des districts les plus méridionaux,
+ont parfois le teint simplement bronzé que l’on remarque chez
+beaucoup de populations du golfe de Guinée et notamment chez les
+Kroomen de Sassandra.</p>
+
+<p class="space-above15">2<sup>o</sup> <em>Le facies.</em> — Les
+Maures, les Touareg et les Peuls proprement dits sont franchement
+orthognates&nbsp;; tous ont le nez droit, mais les narines sont
+souvent plus ouvertes chez les Maures que chez les Touareg et
+surtout que chez les Peuls&nbsp;; ces derniers ont aussi les lèvres
+plus minces que la plupart des Maures. D’une façon générale le
+facies diffère peu du facies méditerranéen chez les individus de
+ces trois peuples qui ne sont pas métissés de sang nègre.</p>
+
+<p>Quant aux peuples de race noire, ils ont tous les narines
+largement ouvertes et les lèvres épaisses qui caractérisent leur
+race, mais à des degrés très divers. Il en est de même du
+prognatisme qui, très accentué chez certains (Kâgoro,
+Banmana,<span class="pagenum" id="Page_330">[330]</span> Tombo,
+Gourmantché, Dagari), est bien moins sensible chez les autres. Il
+ne semble pas y avoir de relation appréciable entre la coloration
+de la peau et le degré de prognatisme et, là encore, les
+différences individuelles sont souvent plus marquées que les
+différences nationales.</p>
+
+<p class="space-above15">3<sup>o</sup> <em>Les cheveux.</em> — Les
+Maures, les Touareg et les Peuls non métissés ont les cheveux
+lisses, les autres peuples du Haut-Sénégal-Niger ont tous les
+cheveux crépus&nbsp;: ici la distinction entre populations de race
+blanche et populations de race noire est très nette, beaucoup plus
+nette que celle résultant de la pigmentation ou du facies. Je crois
+que, si l’on rencontre un Noir dont les cheveux sont lisses ou
+presque lisses, on peut affirmer à coup sûr qu’il a eu des
+ascendants de race blanche, et qu’inversement tout Blanc ayant les
+cheveux quelque peu crépus a eu des ascendants de race noire.</p>
+
+<p>C’est surtout dans la façon de porter les cheveux que l’on peut
+noter des différences, non plus naturelles, mais acquises, entre
+les divers peuples ou groupements ethniques. En ce qui concerne les
+hommes, on trouve en général les cheveux rasés ou portés courts
+chez les Maures de l’Azaouad, les Touareg, les Toucouleurs, les
+Songaï, les Bozo, les Soninké, les Khassonkè, les Mossi, les
+Yansi&nbsp;; les Maures du Hodh — sauf dans quelques familles
+maraboutiques — portent les cheveux longs et touffus&nbsp;; les
+Peuls se nattent en général la chevelure, ainsi que les Malinké et
+les Foulanké&nbsp;; parmi les autres peuples du Haut-Sénégal-Niger,
+les uns (Dioula, Kâgoro, Banmana, Diallonké, Samo, Samorho, Sia) se
+rasent habituellement le crâne mais souvent aussi portent les
+cheveux nattés, les autres (Sénoufo, Tombo, Dogom, Déforo, Bobo)
+tantôt se rasent et tantôt portent les cheveux longs soit libres
+soit nattés ou tressés en cimier, d’autres encore se les rasent en
+conservant une touffe au sommet de la tête (Nankana, Gourmantché,
+Dagari) ou bien se les nattent en tresses minces ou en sillons
+parallèles adhérents au crâne (Birifo, Gourounsi, Lobi).</p>
+
+<p>Les femmes portent le plus souvent les cheveux longs chez les
+Maures et les Touareg&nbsp;; elles se les nattent ou les
+coiffent<span class="pagenum" id="Page_331">[331]</span> en cimier
+(tantôt allant d’une oreille à l’autre, tantôt et le plus souvent
+allant de la nuque au front) chez les Peuls, les Songaï, les
+Dioula, les Malinké, les Foulanké, les Tombo&nbsp;; elles adoptent
+presque exclusivement le cimier chez les Toucouleurs, les Bozo, les
+Soninké, et l’agrémentent de cadenettes ou nattes retombant sur les
+oreilles chez les Banmana et les Khassonkè&nbsp;; elles portent en
+général les cheveux courts chez les Sénoufo, les Mossi, les
+Gourmantché, les Birifo, les Dagari, les Gourounsi, les Bobo, les
+Lobi, etc., conservant souvent une touffe plus épaisse et plus
+longue au sommet de la tête.</p>
+
+<p>Il s’en faut d’ailleurs que la même mode soit observée par tous
+les individus d’un peuple donné&nbsp;: une grande diversité règne
+en particulier dans les villes et le long des frontières communes à
+plusieurs groupements.</p>
+
+<p class="space-above15">4<sup>o</sup> <em>Mutilations.</em> —
+L’<em>excision</em> du clytoris chez les femmes est, je crois,
+absolument universelle dans toutes les populations blanches et
+noires du Haut-Sénégal-Niger, sauf peut-être chez les Touareg, sur
+lesquels je ne possède pas de renseignements précis à cet égard, et
+aussi chez quelques rares fractions peules. L’époque à laquelle
+elle est pratiquée varie selon les peuples&nbsp;: les filles sont
+opérées chez les Maures le septième jour après leur naissance,
+elles le sont vers l’âge de trois ans chez les Peuls et les
+Soninké, un peu plus tard (vers quatre ans) chez les Toucouleurs et
+généralement au moment de la puberté (vers dix ou douze ans), ou
+même seulement au moment de leur mariage, chez les autres
+peuples.</p>
+
+<p>La <em>circoncision</em> des garçons, quoique très largement
+répandue, n’est pas universelle comme l’excision des filles&nbsp;;
+elle se pratique chez les Maures et les Touareg vers 7 ans&nbsp;;
+chez les Peuls, les Soninké, les Toucouleurs, les Songaï, les Bozo,
+les Dioula, les Kâgoro, les Banmana, les Khassonkè, les Malinké,
+les Foulanké, les Diallonké, les Samo, les Samorho, les Sia, les
+Tombo, les Dogom, les Déforo, les Mossi, les Yansi, les
+Gourmantché, on la pratique entre 8 et 12 ans, à peu près à
+l’époque de la puberté. Chez les Sénoufo, les Nankana, les Dagari,
+les Bariba et les Soumba, la circoncision existe mais n’est
+pas<span class="pagenum" id="Page_332">[332]</span> pratiquée dans
+toutes les tribus&nbsp;; elle n’est pas du tout en usage chez les
+Birifo ni chez les peuples des groupes gourounsi, bobo et lobi, à
+de rares exceptions près concernant les Dian qui professent
+l’islamisme.</p>
+
+<p>Les tatouages de la face par <em>scarifications</em> sont d’une
+pratique très répandue au Haut-Sénégal-Niger mais ne se rencontrent
+pas partout. Certains peuples rejettent complètement ces
+mutilations&nbsp;: les Maures, les Touareg, les Peuls, les
+Toucouleurs, les Bozo, les Malinké, les Foulanké, les Birifo, les
+Lobi, les Pougouli. Chez d’autres, les scarifications n’existent
+que dans une partie de la population ou dans certaines
+familles&nbsp;: ainsi, bien que les Songaï en général ne soient pas
+tatoués, certains portent trois longues cicatrices verticales sur
+chaque tempe ou bien sur le front une longue incision verticale
+entourée d’une ligne de points à droite et à gauche&nbsp;; les
+Soninké ne sont pas tatoués, à l’exception des Diawara, qui portent
+trois petites incisions entre les deux sourcils&nbsp;; les Dioula
+de pure origine mandé ne sont pas tatoués, mais ceux qui se sont
+alliés aux Sénoufo portent en général sur chaque joue trois larges
+cicatrices en éventail partant de la commissure des lèvres&nbsp;;
+chez les Kâgoro, la majorité des individus ne porte aucune
+scarification, mais certains ont adopté le tatouage banmana (trois
+cicatrices verticales parallèles allant de la tempe au
+menton)&nbsp;; les Dagari, ou bien ne sont pas tatoués, ou bien
+portent sur chaque joue un double éventail de dessin varié&nbsp;;
+les Dian et les Gan ont parfois adopté des tatouages bobo ou
+sénoufo. Les indigènes appartenant aux autres populations du
+Haut-Sénégal-Niger portent presque tous des scarifications
+ethniques dont suit le détail&nbsp;; mais je dois faire observer
+qu’il n’est pas rare cependant, même chez ces dernières
+populations, de rencontrer des individus non tatoués et de plus que
+la marque d’un peuple ou d’une tribu a souvent été adoptée par des
+membres d’un autre peuple ou d’une autre tribu, ou imposée à des
+esclaves d’origine étrangère, en sorte que le tatouage d’un
+individu n’est pas une indication absolument certaine du groupe
+ethnique auquel il appartient.</p>
+
+<p>Banmana&nbsp;: trois longues cicatrices verticales ou obliques
+sur chaque côté de la figure&nbsp;; — Khassonkè&nbsp;: trois
+petites incisions<span class="pagenum" id="Page_333">[333]</span>
+entre les deux sourcils et sur chaque tempe&nbsp;; —
+Diallonké&nbsp;: trois petites incisions au dessous de chaque
+œil&nbsp;; — Samorho&nbsp;: trois ou quatre cicatrices verticales
+sur chaque tempe&nbsp;; — Samo&nbsp;: deux incisions partant des
+deux côtés du nez pour se réunir sous la lèvre inférieure par une
+série de petits points&nbsp;; — Sia&nbsp;: trois cicatrices formant
+éventail sur chaque joue&nbsp;; — Sénoufo&nbsp;: tatouages variés,
+dont les plus fréquents sont trois cicatrices en éventail ou bien
+trois longues incisions verticales ou même les deux systèmes
+réunis, et souvent en plus des entailles de chaque côté du nez ou
+des yeux&nbsp;; — Tombo et Dogom&nbsp;: trois petites incisions
+colorées en bleu entre les deux sourcils, répétées sur chaque
+tempe&nbsp;; — Déforo&nbsp;: tatouages divers&nbsp;; — Mossi et
+Yansi&nbsp;: trois ou quatre longues cicatrices verticales sur
+chaque joue, souvent barrées par une incision oblique&nbsp;; —
+Nankana&nbsp;: une cicatrice verticale allant du front jusqu’au
+milieu du nez et une incision oblique commençant au dessous de
+chaque œil pour se terminer sur la pommette&nbsp;; —
+Gourmantché&nbsp;: quatre longues cicatrices verticales sur chaque
+joue&nbsp;; — Nioniossé&nbsp;: une, deux ou trois incisions allant
+de la commissure des lèvres au dessous de chaque pommette,
+augmentées souvent d’une cicatrice oblique partant de l’angle
+supérieur du nez&nbsp;; — Nounouma&nbsp;: trois cicatrices
+horizontales ou verticales sur chaque joue, plus une virgule sous
+chaque œil&nbsp;; — Sissala&nbsp;: deux cicatrices horizontales,
+barrées par une incision verticale, sur chaque joue&nbsp;; —
+Boussansé&nbsp;: tatouages divers, comportant presque toujours une
+incision oblique sous chaque œil&nbsp;; — Bobo&nbsp;: cicatrices
+horizontales, obliques et verticales disposées de manières diverses
+et couvrant souvent tout le visage&nbsp;; — Lorho&nbsp;: une
+virgule sous chaque œil et, chez les femmes, deux cercles
+concentriques sur chaque joue&nbsp;; — Bariba&nbsp;: cicatrices
+linéaires multiples, de dispositions variées&nbsp;; — Soumba&nbsp;:
+hachures obliques très serrées sur chaque joue.</p>
+
+<h4 class="bold"><a id="p2c03s2"></a>II. — Habitation, vêtement,
+parure et armement.</h4>
+
+<p>1<sup>o</sup> <em>Habitation.</em> — Les divers aspects sous
+lesquels se présente l’habitation indigène dans le
+Haut-Sénégal-Niger peuvent se<span class="pagenum" id=
+"Page_334">[334]</span> ramener à sept types principaux, que
+j’appellerai&nbsp;: la tente, la hutte hémisphérique, la hutte
+cylindrique à toit conique, la hutte bicylindrique à toit ovoïde,
+la maison rectangulaire à toit plat, la maison ordinaire à terrasse
+et le château-fort.</p>
+
+<p>La <em>tente</em>, en laine ou en cotonnade, parfois en peaux,
+est utilisée seulement par les Maures et parfois par les Touareg,
+mais ces derniers ne l’emploient guère que lorsqu’ils voyagent,
+comme gîte d’étape.</p>
+
+<p>La <em>hutte hémisphérique</em>, qui n’est qu’un intermédiaire
+entre la tente et la maison proprement dite, se rencontre chez les
+Touareg, les Peuls et les Songaï. Chez les premiers, elle est
+construite à l’aide de peaux ou de nattes reposant sur une armature
+en branchages&nbsp;; chez les seconds, elle est faite d’herbes ou
+de nattes maintenues aussi par des branchages&nbsp;; chez les
+troisièmes, elle est faite surtout de nattes, parfois recouvertes
+de paille à la partie supérieure. Les Peuls tout à fait sédentaires
+font également usage de huttes cylindriques à toit conique, ainsi
+que certains Songaï&nbsp;; la classe noble des villes, chez ces
+derniers, habite généralement des maisons à terrasse. Il convient
+d’observer également que la hutte hémisphérique en paille, souvent
+en forme de ruche, est employée par toutes les populations du
+Soudan pour construire les villages provisoires édifiés au milieu
+des plantations lors de la saison des cultures, ainsi que pour
+servir d’abri aux chasseurs, charbonniers, passeurs, etc. Elle a
+partout le caractère d’une habitation provisoire. Dans les pays où
+se trouvent des roniers, la paille est souvent remplacée par des
+palmes.</p>
+
+<p>La <em>hutte cylindrique</em>, bâtie en argile soit brute soit
+façonnée en briquettes grossières et coiffée d’une toiture conique
+en paille à armature de bois, de bambou ou de nervures de raphia,
+est certainement le type d’habitation le plus répandu dans tout le
+Soudan Occidental. Elle est adoptée, de façon à peu près exclusive,
+par les Toucouleurs, les Kâgoro, les Khassonkè, les Malinké, les
+Foulanké, les Diallonké, les Mossi, les Yansi, les Gourmantché, les
+Dian, les Gan, les Lorho, et on la rencontre aussi très
+fréquemment, à côté d’autres modes de construction, chez les Peuls
+sédentaires, chez certains Songaï, chez beaucoup<span class=
+"pagenum" id="Page_335">[335]</span> de Bozo, de Soninké, de Dioula
+et de Banmana, chez une partie des Samo, des Samorho, des Sia, des
+Sénoufo, des Nankana, des Bobo. Presque partout où existe la hutte
+cylindrique, les diverses huttes appartenant à la même famille sont
+réunies entre elles par des barrières en bois ou en nattes ou par
+de petits murs en pisé, de façon à former un enclos circulaire à
+l’intérieur duquel s’ouvrent les portes des huttes.</p>
+
+<p>La <em>hutte bicylindrique</em> à toit ovoïde, composée en
+réalité de deux huttes cylindriques accolées par leur milieu, ne se
+rencontre, je crois, que chez les Sénoufo&nbsp;: très fréquente
+dans la partie de ce peuple qui habite la Côte d’Ivoire, elle est
+plus rare chez les Sénoufo du Haut-Sénégal-Niger, qui lui préfèrent
+en général soit la hutte cylindrique ordinaire, soit la maison à
+terrasse ou la maison rectangulaire à toit plat.</p>
+
+<p>La <em>maison rectangulaire à toit plat</em> se distingue de la
+maison à terrasse en ce que sa toiture, très souvent légèrement
+bombée, n’est pas destinée à servir de lieu de résidence même
+momentanée, quoiqu’elle se compose parfois d’une véritable terrasse
+supportée par une armature de rondins de bois. Ce type d’habitation
+varie d’ailleurs énormément selon les lieux et les peuples. On
+rencontre cette maison chez les Tombo des montagnes, où elle est
+généralement construite en pierres sèches, supporte souvent un
+étage, s’orne de portes et fenêtres sculptées et utilise
+fréquemment une grotte naturelle ou un pan de falaise pour
+constituer une ou plusieurs de ses faces et parfois sa toiture,
+ainsi que la chose se pratique chez nous dans certaines régions de
+la Touraine&nbsp;; on la rencontre aussi&nbsp;: chez les Dogom,
+avec des murs faits surtout de briques rectangulaires&nbsp;; chez
+les Déforo, dont les villages sont perchés sur des rochers ou des
+monticules, avec une toiture légèrement bombée&nbsp;; chez les Bobo
+et une partie des Sénoufo, avec une toiture composée d’une couche
+de bois, d’une couche de paille et d’une couche d’argile
+superposées et avec une sorte de vérandah sur l’une des
+faces&nbsp;; chez les Dian, avec une toiture en paille qui parfois
+n’est plus plate mais présente deux pans.</p>
+
+<p>La <em>maison à terrasse</em> ordinaire, très vraisemblablement
+d’origine marocaine, se présente sous des aspects très divers quant
+à<span class="pagenum" id="Page_336">[336]</span> sa forme
+générale, à sa disposition intérieure et à son ornementation&nbsp;;
+elle peut avoir, comme à Dienné et en beaucoup d’autres villes, un
+certain air de palais, comme elle peut aussi n’être qu’un abri
+misérable et inconfortable. Les murs sont construits en briques
+séchées au soleil et plus ou moins grossières, parfois en briques
+demi-cuites, et reposent très fréquemment sur un soubassement en
+pierres&nbsp;; la toiture est faite de rondins de bois supportant
+une épaisse couche d’argile durcie et forme une terrasse que borde
+de tous côtés un parapet assez bas, indépendamment de clochetons ou
+ornements éventuels de forme généralement pyramidale. Bien qu’en
+général on ne vive pas sur la terrasse de ces maisons comme on vit
+sur la terrasse des châteaux-forts dont il sera question tout à
+l’heure, on y couche souvent durant la belle saison et on s’y porte
+lorsque quelque scène curieuse se déroule dans les rues. Ces
+maisons à terrasse forment le type à peu près exclusif des
+habitations dans les quelques villes ou villages du Hodh et de
+l’Azaouad et dans les grandes villes voisines du Niger des régions
+saharienne et sahélienne, quelle que soit la composition de leur
+population (Tombouctou, Dienné, etc.)&nbsp;; elles sont en général
+plus confortables et plus élégantes dans ces dernières villes que
+dans le Hodh et l’Azaouad et supportent assez souvent un étage.
+Elles sont également très fréquentes dans toutes les villes, même
+modestes, habitées par des Bozo, des Soninké ou des Dioula, et ont
+été adoptées souvent par les Samorho, les Sia et les Sénoufo&nbsp;;
+enfin elles constituent, concurremment avec les huttes
+cylindriques, le type d’habitation le plus répandu chez les
+Banmana.</p>
+
+<p>Le <em>château-fort</em> est aussi une construction à terrasse,
+mais de proportions généralement plus considérables et disposée
+d’une manière spéciale&nbsp;: tandis que la maison ordinaire à
+terrasse n’abrite qu’une famille réduite ou même souvent quelques
+membres seulement d’une famille, le château-fort renferme
+quelquefois toute la population d’un village ordinaire&nbsp;; de
+fait, chaque château-fort, isolé au milieu des champs, forme à lui
+seul en quelque sorte un village&nbsp;; même dans les régions où un
+certain nombre de ces constructions sont groupées ensemble,
+chacune<span class="pagenum" id="Page_337">[337]</span> d’elles se
+trouve toujours séparée des plus voisines par un espace assez
+considérable. La maison proprement dite est généralement basse,
+parfois le sol se trouve au-dessous du niveau du terrain
+environnant&nbsp;; elle sert surtout de magasin à vivres, d’étable,
+de refuge en cas de pluie ou en cas de danger&nbsp;; la terrasse,
+souvent pourvue de tourelles à un ou deux étages et protégée par un
+rempart assez haut, est le lieu où se tiennent d’ordinaire les
+habitants. Très souvent, le château-fort ne possède qu’une seule
+porte d’accès, laquelle sert surtout au passage du bétail et est
+barricadée durant la nuit&nbsp;; les gens de la maison pénètrent
+chez eux au moyen d’échelles grossières qui les conduisent de
+l’extérieur sur la terrasse et ensuite au moyen d’autres échelles
+grâce auxquelles, à travers des ouvertures étroites pratiquées dans
+la toiture, ils descendent dans l’intérieur de l’habitation.
+Certains de ces châteaux-forts se composent de plusieurs corps de
+bâtiment séparés les uns des autres par des cours intérieures et
+couvrent une superficie considérable. Ce mode de construction
+semble localisé chez une partie des peuples de la famille
+voltaïque, principalement dans les groupes gourounsi (Nioniossé,
+Nounouma, Sissala et Boussansé), bobo (concurremment avec des
+huttes cylindriques et des maisons rectangulaires), lobi (Lobi et
+Pougouli) et bariba (Bariba et Soumba), ainsi que chez certains
+peuples du groupe mossi (Nankana, Dagari et Birifo). On le
+rencontre aussi chez les Samo et les Samorho, concurremment avec la
+hutte cylindrique ou la maison ordinaire à terrasse.</p>
+
+<p class="space-above15">2<sup>o</sup> <em>Vêtement.</em> — Une
+grande tendance se manifeste au Haut-Sénégal-Niger vers
+l’unification du vêtement&nbsp;: la nudité complète chez les jeunes
+enfants des deux sexes, la bande d’étoffe passée entre les jambes
+et cachant les parties sexuelles chez les jeunes garçons et les
+petites filles après la circoncision ou l’excision, la culotte
+courte et large et la petite blouse à manches courtes chez les
+hommes adultes, le pagne ceint autour des reins chez les femmes,
+l’ample et longue chemise ou <em>boubou</em> de coupes variées chez
+les gens de qualité de l’un et l’autre sexe, le bonnet de cotonnade
+sur la tête des hommes et le chapeau de paille indigène<span class=
+"pagenum" id="Page_338">[338]</span> pour aller en voyage ou aux
+champs, des sandales aux pieds pour les marches longues, voilà ce
+que l’on aperçoit le plus souvent au Soudan, chez les populations
+les plus diverses. Cependant quelques peuples ont conservé des
+façons de se vêtir qui leur sont spéciales et qui permettent
+souvent de reconnaître à première vue le pays d’origine de beaucoup
+d’indigènes. Nous allons passer rapidement en revue les modes de
+vêtement les plus caractéristiques.</p>
+
+<p>Les Maures de l’Azaouad sont en général reconnaissables à ce
+qu’ils se couvrent la tête d’une pièce d’étoffe roulée en turban,
+tandis que les Maures du Hodh vont presque toujours tête nue, à
+l’exception de certains marabouts&nbsp;; les uns et les autres, au
+moins lorsqu’ils voyagent, sont habituellement vêtus d’un boubou
+assez court, souvent serré à la taille par une ceinture, réduit
+fréquemment à une simple blouse sans manches, et ne portent pas en
+général de culotte. — Les Touareg sont caractérisés par le voile
+que portent les hommes et qui ne laisse apercevoir que les yeux et
+une partie du nez, et par leur pantalon long se terminant aux
+chevilles. — Les Peuls portent en général une blouse serrée à la
+taille, avec ou sans culotte, ou un simple pagne dont un pan est
+rejeté sur l’épaule gauche&nbsp;; ils vont tête nue ou sont coiffés
+d’un bonnet tronconique en cotonnade blanche&nbsp;; leurs femmes
+portent le pagne ceint autour des reins. — Les Toucouleurs sont en
+général très habillés&nbsp;: grand boubou et culotte, bonnet
+tronconique de couleur blanche&nbsp;; leurs femmes portent le pagne
+et en plus une blouse très ample. — Les Songaï portent généralement
+la culotte et la blouse, et souvent le turban et le voile
+touareg&nbsp;; leurs femmes, au moins dans les classes pauvre et
+moyenne, n’ont que le pagne. — Les Bozo et les Soninké se vêtent à
+peu près comme les Toucouleurs. — Les Dioula portent la blouse
+courte ou le boubou, en plus de la culotte&nbsp;; leur bonnet a
+généralement la forme d’un bonnet napolitain et leur chapeau a le
+fond tantôt conique et tantôt hémisphérique&nbsp;; leurs femmes
+portent le pagne. — Les Kâgoro, les Banmana, les Khassonkè, les
+Malinké, les Foulanké, les Diallonké, les Samo, les Samorho et les
+Sia ont en général la blouse courte, la culotte et le bonnet
+surmonté ou non d’un<span class="pagenum" id=
+"Page_339">[339]</span> chapeau de paille à fond conique&nbsp;;
+souvent ils n’ont pas d’autre costume que le <em>bila</em> (pièce
+d’étoffe passée entre les jambes)&nbsp;; le bonnet a, tantôt la
+forme tronconique, tantôt — surtout chez les Banmana — la forme
+dite «&nbsp;à gueule de caïman&nbsp;»&nbsp;; les femmes sont vêtues
+d’un pagne. — Les Sénoufo ont à peu près le même costume que les
+Banmana, mais se contentent plus fréquemment que ces derniers d’un
+simple <em>bila</em> ou d’une culotte sans blouse&nbsp;; leurs
+femmes portent généralement le pagne, mais n’ont souvent qu’une
+sorte de mouchoir cachant leur nudité, ou des franges de cuir, ou
+un paquet de feuilles. — Les Tombo, Dogom, Déforo, Mossi, Yansi,
+Gourmantché portent la culotte, la blouse et le bonnet, avec ou
+sans chapeau de paille à fond conique, parfois un simple pagne dont
+une extrémité est rejetée sur l’épaule&nbsp;; leurs femmes ont le
+pagne ceint autour des reins. — Les Nankana et les Dagari sont
+complètement nus ou portent un petit tablier en cotonnade ou en
+peau&nbsp;; leurs femmes ont une ceinture faite de cordons de cuir
+et ornée de franges qui pendent par devant, ou bien portent le
+pagne. — Les Birifo tantôt sont complètement nus, maintenant leur
+verge relevée au moyen d’une ficelle passée autour de la taille,
+tantôt usent d’une sorte de doigt de gant en cotonnade dans lequel
+est inséré le membre viril&nbsp;; ils portent comme coiffure un
+chapeau de paille à fond conique et à bords plats ou bien une
+calebasse&nbsp;; les notables ont une peau de bête suspendue au cou
+et rejetée sur le dos&nbsp;; les femmes cachent leur nudité au
+moyen de deux paquets de feuilles retombant l’un par devant et
+l’autre par derrière. — Ce costume sommaire est à peu près celui de
+tous les Gourounsi (Nioniossé, Nounouma, Sissala, Boussansé), sauf
+que le doigt de gant est en général remplacé par un petit tablier
+de peau et que beaucoup de notables ont adopté la blouse. — Les
+Bobo ont, soit le doigt de gant, soit le tablier de peau ou de
+cotonnade. — Les Lobi et les Pougouli ont le même costume que les
+Birifo. — Les Dian ont en général adopté la blouse et la culotte. —
+Les Gan sont nus ou portent un <em>bila</em>. — Les Lorho portent
+une sorte de tablier très spécial, dit «&nbsp;tablier
+pakhalla&nbsp;», et leurs femmes portent le pagne. — Les Bariba ont
+le doigt de gant ou le tablier de peau et les Soumba<span class=
+"pagenum" id="Page_340">[340]</span> sont complètement nus&nbsp;;
+les femmes des uns et des autres portent des paquets de
+feuilles.</p>
+
+<p class="space-above15">3<sup>o</sup> <em>Parure.</em> — La
+parure, surtout chez les femmes, est plus variée que le vêtement et
+se spécialise davantage aussi selon les pays et les tribus. Mais le
+cadre de cet ouvrage ne me permet pas de traiter à fond ce sujet et
+je dois me contenter de signaler certains usages particulièrement
+caractéristiques, et relatifs à des tatouages ou mutilations plutôt
+ornementaux qu’ethniques.</p>
+
+<p>Chez les peuples du Nord (Maures, Touareg, Peuls, Toucouleurs,
+Songaï, Bozo, Soninké), ainsi que chez les Dioula, les femmes se
+bleuissent très fréquemment les lèvres et les paupières avec de
+l’antimoine. — Chez les Songaï, beaucoup d’hommes et de femmes
+portent des anneaux aux oreilles et à la cloison du nez. — Chez les
+Banmana, un grand nombre de femmes ont un anneau de cuivre ou
+d’argent passé dans la cloison du nez, et beaucoup d’hommes ont une
+oreille percée. — Les mêmes modes existent chez les Sénoufo&nbsp;;
+de plus, chez ces derniers, les femmes portent fréquemment dans les
+oreilles tantôt un simple cordonnet de cuir orné de cauries tantôt
+toute une série de petits anneaux en cuivre recouvrant tout
+l’ourlet et le lobe&nbsp;; souvent aussi elles ont dans chaque
+narine une petite boucle de cuivre et dans la lèvre inférieure un
+cône de quartz, enchâssé la pointe en bas. — Chez les Dagari, les
+femmes s’enfoncent dans la lèvre supérieure et parfois dans les
+deux un bâtonnet ou un simple brin de paille&nbsp;; il en est de
+même chez les Nounouma, les Sissala et la plupart des Bobo. — Chez
+les Birifo et les Lobi, c’est un disque d’ivoire ou de pierre que
+les femmes se logent dans chaque lèvre.</p>
+
+<p>Il me faut ajouter que, indépendamment des scarifications de la
+face dont j’ai parlé plus haut et même chez les peuples qui n’en
+portent pas, il est excessivement fréquent de rencontrer, sur les
+individus des deux sexes, de petites cicatrices en forme de points
+en relief qui décorent soit la nuque, soit la poitrine, soit le
+ventre, soit les reins, soit les bras ou les cuisses. Certaines
+femmes surtout ont le corps presque entier couvert de<span class=
+"pagenum" id="Page_341">[341]</span> cicatrices de cette sorte,
+représentant les dessins géométriques les plus variés. Le buste des
+femmes sénoufo et des femmes nounouma est remarquable à cet égard,
+mais beaucoup de femmes songaï, soninké et malinké n’ont que peu à
+leur envier sous ce rapport.</p>
+
+<p class="space-above15">4<sup>o</sup> <em>Armement.</em> — Le
+fusil à pierre a été importé en de telles quantités dans l’Afrique
+Occidentale depuis le <span class="sc2">XVII</span><sup>e</sup>
+siècle, soit par le Maroc soit par les côtes, qu’il est
+actuellement répandu à peu près partout. Les fusils à piston, plus
+rares, sont cependant en assez grand nombre. Malgré cela, beaucoup
+de populations, surtout dans la Boucle du Niger, sont demeurées
+fidèles aux armes de leurs ancêtres. Ces armes sont&nbsp;: la
+lance, répandue aujourd’hui encore chez les Touareg, les Peuls, les
+Songaï, les Bariba, et aussi parmi nombre d’autres peuples chez
+lesquels elle n’est plus guère qu’une parure ou un insigne de
+commandement&nbsp;; l’arc et les flèches à pointe de bois dur ou de
+fer, empoisonnées ou non, encore en usage chez les Banmana, les
+Sénoufo et les Mossi, mais surtout chez les Samo, les Dagari, les
+Birifo, les divers peuples gourounsi, les Bobo, les Lobi, les
+Bariba et les Soumba&nbsp;; le casse-tête, en usage surtout chez
+les Sénoufo et les peuples de famille voltaïque&nbsp;; le couteau
+de jet en bois, qu’on ne rencontre guère — je le crois du moins —
+que chez certains Sénoufo du cercle de Bobo-Dioulasso (et du cercle
+de Korhogo à la Côte d’Ivoire) et des couteaux de jet en fer encore
+en usage chez les Bariba. Quant aux épées et aux sabres, ils
+existent à peu près partout, mais ne constituent guère des armes
+véritables qu’entre les mains des Touareg&nbsp;: chez les autres
+peuples du Haut-Sénégal-Niger, ils sont surtout des objets de
+parade, bien qu’un certain nombre de meurtres soient commis à
+l’aide du sabre, comme aussi d’ailleurs à l’aide de la hache des
+bûcherons ou de la simple houe des cultivateurs.</p>
+
+<h4 class="bold"><a id="p2c03s3"></a>III. — Mentalité et genre de
+vie.</h4>
+
+<p>Bien des caractères intellectuels et moraux, de même que bien
+des caractères physiques et bien des phénomènes
+extérieurs<span class="pagenum" id="Page_342">[342]</span> de la
+civilisation, sont communs à tous les peuples du
+Haut-Sénégal-Niger, sans distinction de race ni de pays. Mais
+beaucoup aussi portent l’empreinte de l’origine ethnique de chaque
+peuple ou du milieu géographique, économique, politique, social et
+religieux dans lequel il a évolué et qui a contribué puissamment à
+sa formation. Et ceci présente une importance considérable,
+notamment pour ceux qui sont appelés à administrer ces divers
+peuples.</p>
+
+<p>Je chercherai, dans les lignes qui vont suivre, à résumer en
+quelques mots les caractères les plus saillants de chacun des
+groupes ou peuples du Haut-Sénégal-Niger, au double point de vue
+intellectuel et moral, en indiquant de plus son genre de vie et ses
+aptitudes spéciales. Je ne me fais aucune illusion sur ce que cette
+esquisse peut présenter de défectueux et d’incomplet, mais je ne
+crois pas cependant m’éloigner beaucoup de la vérité dans
+l’ensemble. Il demeure bien entendu que mes observations ne
+s’appliquent qu’à la masse de chaque groupe ou peuple et qu’il
+convient de tenir compte, là comme ailleurs, des exceptions
+locales, tribales et individuelles.</p>
+
+<p>Les <em>Maures de l’Azaouad</em>, plus nettement sémites que
+ceux du Hodh, sont aussi plus exclusivement nomades&nbsp;; surtout
+pasteurs et marabouts s’il s’agit des Kounta, principalement guides
+et convoyeurs de caravanes ou marchands de sel s’il s’agit des
+Bérabich, ils se transforment facilement en guerriers ou en
+coupeurs de routes lorsque leurs besoins ou les circonstances
+l’exigent. Les Bérabich, qui passent pour avoir parmi tous les
+instincts les plus pillards, sont peut-être cependant plus
+facilement disciplinables et se métamorphoseront plus aisément en
+gendarmes, au jour prochain où ils y trouveront leur compte, tandis
+que les Kounta, qui n’ont jamais cessé d’avoir des visées
+politiques, accepteront plus difficilement de ne plus jouer un rôle
+actif dans les destinées de la région de Tombouctou.</p>
+
+<p>Les <em>Maures du Hodh</em> forment un amalgame aussi bigarré au
+point de vue moral qu’au point de vue physique&nbsp;: l’élément
+arabe, représenté par les Beni-Hassân, semble n’avoir d’autre but
+que la guerre, guerre sainte contre les infidèles ou simple razzia
+faite en vue de s’approprier les moissons des sédentaires ou les
+troupeaux<span class="pagenum" id="Page_343">[343]</span> des
+pasteurs&nbsp;; l’élément berbère, assurément plus nombreux mais
+réduit en général à un état plus ou moins accentué de vasselage, se
+livre surtout à l’élevage et au commerce&nbsp;; l’élément mixte
+enfin qui constitue les familles maraboutiques, d’une culture
+intellectuelle plus élevée souvent qu’on ne serait porté à le
+croire, s’appuie tantôt sur les guerriers et tantôt sur les
+pasteurs, selon l’intérêt du moment, contribuant d’ailleurs à la
+richesse générale par ses nombreux serfs, cultivateurs et artisans.
+Fervents musulmans pour la plupart, les Maures du Hodh sont
+cependant en général monogames, par tradition plutôt que par
+nécessité.</p>
+
+<p>D’un islamisme très mitigé, sauf dans les familles ou
+sous-tribus maraboutiques, les <em>Touareg</em> se caractérisent
+surtout par un esprit d’indépendance et d’ombrageuse fierté devenu
+légendaire&nbsp;; plus exclusivement monogames encore que les
+Maures, ils ont pour la femme une déférence dont le résultat est de
+donner à celle-ci une importance sociale très considérable&nbsp;;
+de là sans doute leur réputation de peuple chevaleresque,
+réputation qui, sous d’autres rapports, ne s’est pas toujours
+vérifiée dans la pratique. Les Touareg ne sont, semble-t-il,
+nomades que par nécessité et non par instinct atavique&nbsp;; il
+est permis de supposer que, les événements politiques entraînant
+une modification des conditions économiques, un grand nombre
+d’entre eux reviendront, dès qu’ils le pourront, à la vie
+mi-pastorale et mi-agricole qu’ont menée autrefois leurs ancêtres
+dans le Nord de l’Afrique et qu’y mènent encore leurs cousins de
+l’Atlas algérien et marocain.</p>
+
+<p>Les <em>Peuls</em> sont également remarquables par leur
+caractère indépendant, mais leur fierté n’est pas telle qu’elle ne
+se soit pliée maintes fois jusqu’à leur faire accepter auprès des
+Nègres une vie de domestiques et presque de parias&nbsp;; il semble
+que, pourvu qu’on les laisse vivre à leur guise et qu’on
+n’intervienne pas dans leurs affaires intérieures, les Peuls
+acceptent n’importe quelle situation sociale ou politique&nbsp;;
+les meilleurs musulmans d’entre eux n’éprouvent aucune répugnance à
+se louer comme bergers au service d’un propriétaire infidèle ni
+même à fournir des contingents guerriers à un prince
+païen<span class="pagenum" id="Page_344">[344]</span> contre un
+prince mahométan, ainsi que le fait s’est produit lors des luttes
+des Banmana de Ségou contre les Toucouleurs. En dehors des castes
+spéciales qui les entourent sans se mêler réellement à eux, et bien
+que se livrant volontiers à la chasse, les Peuls sont avant tout et
+essentiellement pasteurs&nbsp;; ils le sont plus et mieux
+certainement que les Maures et les Touareg et ont pour leurs
+troupeaux des soins et une affection qu’on ne rencontre chez aucune
+autre population de l’Afrique Occidentale. Quoique admettant la
+polygamie en principe lorsqu’ils sont musulmans, ils pratiquent
+surtout en fait la monogamie&nbsp;; les femmes peules qui, comme
+les femmes touareg, jouissent d’une très grosse influence sociale,
+se montrent d’ailleurs hostiles à la polygamie, contrairement à ce
+qui a lieu chez les Nègres&nbsp;; il est constant d’autre part que
+les Peuls attachent à la fidélité de leurs épouses une importance
+que les Noirs oublient volontiers en échange d’une indemnité
+pécuniaire&nbsp;; à noter en passant que, chez les Peuls, ce sont
+les femmes qui traient les vaches, tandis que chez les Noirs ce
+soin est dévolu aux hommes.</p>
+
+<p>Les <em>Toucouleurs</em>, dont on a souvent méconnu le caractère
+nègre — pourtant très net — en en faisant des métis de Peuls, se
+distinguent de ces derniers au moral autant qu’au physique.
+Polygames comme tous les Noirs de l’Afrique Occidentale quelle que
+soit leur religion, alors que, quelle que soit également leur
+religion, les peuples de race blanche de la même région ont tous
+une tendance marquée vers la monogamie, les Toucouleurs sont
+sédentaires au même titre que leurs voisins mandé&nbsp;; quoique
+certains se livrent à l’élevage, ils n’ont pas pour leurs troupeaux
+le culte que les Peuls ont pour les leurs, et leur occupation
+principale est l’agriculture, que dédaignent au contraire les
+Peuls. Ils ont été guerriers et le seraient encore à
+l’occasion&nbsp;; de tout temps ils ont été animés de l’esprit de
+conquête et de domination et, s’ils ont pu être gouvernés
+momentanément par des dynasties étrangères — peules, sossé et
+ouoloves —, ce fut parce que certaines de leurs familles avaient
+trouvé, dans le fait d’attirer des étrangers au Tekrour et de leur
+confier le sceptre, un moyen détourné de s’emparer<span class=
+"pagenum" id="Page_345">[345]</span> pratiquement elles-mêmes du
+pouvoir. Plus intelligents que les Peuls relativement aux questions
+matérielles, ils ont par contre le cerveau beaucoup moins développé
+en ce qui concerne la conception des idées abstraites et ils ne
+pourraient ni élaborer ni peut-être comprendre certaines rêveries
+poétiques dont les Peuls sont coutumiers. Indépendants, eux aussi,
+ils ont de plus un orgueil qui leur est très particulier&nbsp;: ils
+font d’excellents gradés dans nos troupes soudanaises, mais de
+déplorables soldats s’ils sont placés sous les ordres de gradés
+appartenant à un autre peuple que le leur. Presque tous sont
+musulmans, professent le plus grand mépris pour les
+«&nbsp;païens&nbsp;» et comptent parmi les plus fanatiques des
+Noirs islamisés.</p>
+
+<p>Les <em>Songaï</em>, par l’aspect sous lequel ils se présentent
+aujourd’hui, démentent le rôle brillant que d’aucuns leur ont
+attribué dans l’histoire du Soudan. A vrai dire cette histoire
+s’est déroulée chez eux mais presque en dehors d’eux&nbsp;: ils ont
+peu contribué à la faire et n’y ont guère joué qu’un rôle passif.
+Si l’on excepte la caste des Sorko et celle, peu nombreuse
+d’ailleurs, des chasseurs, qui ont toujours eu l’une et l’autre des
+instincts pillards et conquérants et ont fourni d’utiles
+contingents aux empereurs de Gao, les Songaï n’ont jamais constitué
+un peuple guerrier ni dominateur&nbsp;: le soi-disant empire songaï
+fut tour à tour gouverné par des princes berbères et des princes
+soninké, sans parler des époques où il paya tribut ou rançon aux
+Mandingues, aux Mossi et aux Touareg&nbsp;; les rares souverains
+puissants qui ont donné quelque prestige à cet empire devaient leur
+force à une armée recrutée un peu partout, même parmi les Songaï,
+mais principalement parmi des captifs d’origine mossi, bariba et
+banmana&nbsp;; il suffit au pacha Djouder de se présenter avec
+quelques centaines de mousquets pour voir ce fameux empire songaï
+se dissiper en fumée, alors que, plus tard, le sultan Er-Rachid
+n’osa même pas se mesurer avec l’armée de l’empire banmana
+naissant. La masse du peuple songaï, composée d’agriculteurs sans
+défense et de médiocre valeur intellectuelle, fut sans cesse le
+jouet malheureux des invasions, des razzias et des révolutions de
+palais qui désolèrent les rives du bas et du moyen Niger
+jusqu’à<span class="pagenum" id="Page_346">[346]</span> l’époque de
+l’intervention européenne&nbsp;; le nombre des esclaves d’origine
+songaï qui ont alimenté la population noire du Sahara central et de
+l’Algérie témoigne de la misérable existence qui fut celle de ce
+peuple depuis sans doute les débuts de sa formation. Le fait que
+leur langue est devenue la langue commerciale du moyen Niger, la
+langue de Tombouctou et de Dienné, n’est aucunement dû à un
+caractère dominateur ou civilisateur qui ne fut jamais celui des
+Songaï&nbsp;; il est dû surtout à l’extraordinaire simplicité de
+cette langue et aussi à ce qu’elle était l’idiome des bateliers
+entre les mains desquels devaient nécessairement passer toutes les
+transactions commerciales de la région.</p>
+
+<p>Les <em>Mandé du Nord</em> forment, au point de vue mental et
+social, un groupe à peu près homogène, dans lequel les
+<em>Bozo</em> constituent une fraction spéciale, de peu
+d’importance numérique d’ailleurs, fraction devenue peuple mais qui
+n’était sans doute au début qu’une sorte de caste de navigateurs et
+de pêcheurs analogue à celle des Somono chez les Mandé du Centre.
+Les caractères généraux des <em>Soninké</em> et des <em>Dioula</em>
+sont sensiblement les mêmes&nbsp;: intelligents, actifs,
+s’assimilant facilement les civilisations et les langues étrangères
+ainsi que les techniques des divers métiers et professions, doués
+du génie commercial et du goût des voyages, presque tous musulmans,
+dévots et même fanatiques lorsque leur intérêt l’exige mais
+pratiquant au contraire la plus large tolérance lorsque c’est
+nécessaire, guerriers et conquérants à l’occasion quoique d’un
+caractère plutôt pacifique et ne s’attaquant jamais qu’à plus
+faible qu’eux-mêmes, établissant du reste plus généralement leur
+domination par la diplomatie que par la force, moins attachés à
+leur sol que la généralité des Nègres et s’expatriant avec la plus
+grande facilité, pratiquant l’agriculture surtout par
+l’intermédiaire de leurs esclaves et de leurs serfs ou vassaux mais
+se livrant de préférence eux-mêmes au négoce ou à l’industrie
+(tissage, teinture, etc.), de caractère assez versatile quoique
+fier et orgueilleux, naturellement attirés vers les progrès
+extérieurs de la civilisation et désireux d’acquérir une richesse
+qui leur permette de tenir un rang brillant dans la société,
+les<span class="pagenum" id="Page_347">[347]</span> Soninké et les
+Dioula sont appelés plus que d’autres à contribuer à la diffusion
+des idées nouvelles et, par là même, ils peuvent nous être ou
+utiles ou nuisibles, selon la nature du courant qu’ils croiront
+avoir intérêt à répandre.</p>
+
+<p>C’est avec eux que se termine la liste des peuples du
+Haut-Sénégal-Niger gagnés par l’influence islamique, liste qui ne
+comprend en réalité que les Maures, les Touareg, les Toucouleurs,
+les Songaï et la majorité des Peuls et des Mandé du Nord. On
+rencontre bien encore quelques musulmans chez les Mandé du Centre
+et, par ci par là, chez les autres populations, mais il ne s’agit
+plus que d’infimes groupements ou même d’exceptions individuelles
+et l’on peut dire, d’une façon générale, que la civilisation
+musulmane n’a jamais touché profondément les peuples que nous
+allons maintenant passer en revue et que, la plupart du temps, elle
+ne les a même pas effleurés. Ils représentent donc davantage le
+type soudanais primitif, au moral comme au physique.</p>
+
+<p>Les <em>Mandé du Centre</em> offrent dans leur ensemble une
+homogénéité moins parfaite que les Mandé du Nord, peut-être
+simplement parce qu’ils sont beaucoup plus nombreux et ont dû se
+séparer, dès les débuts de la période historique, en des courants
+divers de développement politique et social. Tous cependant ont en
+commun, avec tous les autres Noirs du Soudan non islamisés
+d’ailleurs, un très profond attachement au sol natal et, quelles
+que soient leurs différences de caractère, tous sont avant tout et
+par dessus tout agriculteurs&nbsp;; ceux demeurés les plus
+primitifs et les plus individualistes, comme certains Malinké, sont
+également chasseurs&nbsp;; le commerce semble peu en honneur chez
+eux et ne dépasse pas en général les limites d’échanges purement
+locaux, nécessités par les besoins journaliers de
+l’alimentation&nbsp;; par contre les professions manuelles, soit
+qu’elles demeurent le privilège de castes spéciales, soit qu’elles
+soient ouvertes à tous, absorbent une part notable de leur
+activité. Les <em>Kâgoro</em> et les <em>Banmana</em> se montrent
+entre tous énergiques et travailleurs&nbsp;; les <em>Malinké</em>
+et les <em>Foulanké</em>, plus intelligents peut-être et moins
+têtus, sont aussi de caractère plus guerrier, quoique les Banmana
+aient prouvé, dans le passé<span class="pagenum" id=
+"Page_348">[348]</span> comme dans le présent, qu’ils peuvent
+devenir aussi bien que les Malinké, sinon aussi vite, les meilleurs
+soldats du monde&nbsp;; le petit peuple des Khassonkè semble être,
+de tous les Mandé du Centre, le moins doué d’énergie, le plus mou,
+mais aussi le plus malléable.</p>
+
+<p>Chez les <em>Mandé du Sud</em>, par contre, — au moins chez ceux
+du Haut-Sénégal-Niger — nous rencontrons la plus grande diversité,
+ce qui ne doit point nous étonner si nous réfléchissons à la façon
+dont se sont constituées les petites fractions dispersées de ce
+groupe mal défini. Les <em>Diallonké</em> ne diffèrent pas très
+sensiblement des Malinké qui les avoisinent&nbsp;; les
+<em>Samo</em>, cultivateurs et chasseurs, rappellent par beaucoup
+de côtés les Banmana auxquels ils rattachent en partie leur
+origine, bien que le voisinage des populations voltaïques ait eu
+sur eux une influence considérable&nbsp;; de même, les
+<em>Samorho</em> ne se distinguent pas toujours très aisément des
+Sénoufo et des Bobo qui les entourent et les <em>Sia</em> se sont
+souvent presque identifiés avec les Dioula.</p>
+
+<p>Les <em>Sénoufo</em> sont par excellence des hommes de la
+glèbe&nbsp;; ils rappellent beaucoup les Banmana, mais apparaissent
+comme des Banmana demeurés très primitifs. Profondément attachés au
+sol, travailleurs patients et méthodiques, de goûts simples et
+frustes, résignés avec fatalisme, se soumettant facilement aux
+ordres de l’autorité comme aux coups du sort quand ils ne peuvent
+faire autrement mais s’y soustrayant par la fuite ou la force
+d’inertie lorsqu’ils en ont la faculté, sujets à des accès de
+colère sauvage comme il arrive aux gens habituellement froids et
+calmes, d’une intelligence généralement au-dessous de la moyenne
+mais cultivable et capable de progresser au contact d’un milieu
+favorable, très arriérés quant à la civilisation extérieure mais
+adroits de leurs mains et aptes aux travaux industriels comme aux
+travaux agricoles, peu idoines par contre aux opérations
+commerciales, par dessus tout calmes et patients, ils constituent
+un peuple éminemment propre à fournir la main-d’œuvre sans
+initiative mais facilement dirigeable dont le développement d’un
+pays neuf a surtout besoin.</p>
+
+<p>Beaucoup des traits du caractère sénoufo se retrouvent
+chez<span class="pagenum" id="Page_349">[349]</span> les peuples de
+la <em>famille voltaïque</em>, notamment l’attachement au sol et
+les aptitudes agricoles et industrielles, mais l’étendue
+considérable du domaine de cette famille et les conditions
+d’existence variées qui se présentent sur les différentes parties
+de ce domaine ont amené des spécialisations dans le caractère moral
+des divers groupes comme dans les manifestations extérieures de
+leur civilisation. — Le <em>groupe tombo</em> se distingue entre
+tous par son amour farouche de l’indépendance, les qualités qu’il a
+montrées durant des siècles pour la conserver et le succès qui a
+couronné ses efforts&nbsp;; on pourrait presque résumer sa
+politique nationale dans cette phrase&nbsp;: «&nbsp;Nous n’allons
+pas chez les autres, les autres ne viendront pas chez nous.&nbsp;»
+— Les peuples du <em>groupe mossi</em> sont loin de présenter tous
+les mêmes caractères&nbsp;: les <em>Mossi</em> proprement dits, les
+<em>Yansi</em> et les <em>Gourmantché</em> montrent une énergie
+guerrière et une faculté dominatrice qui semble manquer souvent aux
+<em>Nankana</em> et aux <em>Dagari</em>, en même temps qu’ils sont
+notablement plus avancés en civilisation que ces derniers&nbsp;;
+quant aux <em>Birifo</em>, leurs caractères moraux comme leurs
+caractères physiques sont si analogues à ceux des Lobi qu’on les
+distinguerait difficilement de ceux-ci, n’était qu’ils parlent la
+même langue que les Dagari. — Le <em>groupe gourounsi</em> au
+contraire présente une certaine homogénéité&nbsp;; plus farouches
+et plus primitifs que les Mossi, plus jaloux de se garder de tout
+contact étranger, plus individualistes aussi, les peuples de ce
+groupe manifestent les mêmes aptitudes agricoles et la même énergie
+guerrière&nbsp;; s’ils n’ont pu réussir comme les Mossi à
+constituer des états forts et puissants et s’ils ont eu souvent à
+pâtir des razzias de leurs voisins, cela tient, non pas à une
+apathie individuelle inexistante, mais au contraire à un sentiment
+d’individualisme trop marqué qui les a toujours empêchés de s’unir
+en vue de résister à un ennemi commun. — Le <em>groupe bobo</em>
+présente des analogies morales très étroites avec le peuple
+sénoufo, mais fait preuve d’une tendance plus accentuée vers
+l’individualisme et l’isolement. — Les <em>Lobi</em>, comme les
+Birifo, sont des paysans guerriers&nbsp;: agriculteurs remarquables
+et chasseurs habiles, ils ne vont aux champs qu’armés de leurs
+flèches aussi bien que<span class="pagenum" id=
+"Page_350">[350]</span> de leurs instruments de labour&nbsp;; en
+fait, on ne les conçoit pas sans leurs armes&nbsp;: non contents de
+vider par la guerre les petites querelles de tribu à tribu ou de
+village à village, ils en arrivent à s’attaquer de maison à maison
+et leur vie se passe sur un perpétuel qui-vive&nbsp;; si étrange
+que cela puisse paraître, ces conditions d’existence ne semblent
+pas influer de manière notable sur leur calme insouciance
+habituelle non plus que sur la prospérité relative de leur pays,
+qui renferme des champs aussi bien tenus que ceux des Sénoufo.
+Comme les Mossi et les Dagari, les Lobi possèdent d’assez jolis
+troupeaux, mais, pas plus que les Mossi ni les Dagari, ils ne
+peuvent être considérés comme des éleveurs. Les <em>Pougouli</em>,
+les <em>Dian</em> et les <em>Gan</em> semblent d’un naturel plus
+paisible que les Lobi et les premiers se livrent volontiers au
+commerce. — Les <em>Lorho</em> sont trop peu nombreux pour avoir
+conservé une individualité nationale bien marquée. — Les
+<em>Bariba</em> allient à l’énergie physique et guerrière des Mossi
+et des Lobi le caractère individualiste des Gourounsi, moins
+nettement prononcé peut-être chez eux que chez les
+<em>Soumba</em>.</p>
+
+<p>Pour nous résumer, nous pouvons dire que la population du
+Haut-Sénégal-Niger se partage en deux grandes fractions,
+numériquement très inégales. Dans le Nord, d’une façon générale,
+habitent des peuples appartenant à la race blanche ou ayant subi
+plus ou moins l’influence des familles de race blanche, musulmans
+pour la plupart, les uns nomades ou semi-nomades, les autres
+sédentaires mais se déplaçant sans difficulté et voyageant
+beaucoup, adonnés à l’élevage ou au commerce plutôt qu’à
+l’agriculture, d’un niveau intellectuel relativement élevé et d’une
+civilisation extérieure relativement avancée&nbsp;; ces peuples
+(Maures, Touareg, Peuls, Toucouleurs, Songaï, Mandé du Nord)
+forment ensemble le quart environ de la population totale de la
+colonie. Les trois autres quarts, professant à peu près
+exclusivement la religion animiste et appartenant tous uniquement à
+la race noire, peuplent d’une manière générale le Sud de la colonie
+et la plupart des régions où la densité de la population est la
+plus considérable&nbsp;; tous agriculteurs et sédentaires, souvent
+chasseurs, ils ne s’éloignent pas<span class="pagenum" id=
+"Page_351">[351]</span> volontiers de leur sol natal, ont peu de
+contact avec les populations voisines, ne se sont guère laissé
+pénétrer par elles et sont par suite demeurés plus proches de
+l’état primitif de la race nègre&nbsp;: ce sont les Mandé du Centre
+et du Sud, les Sénoufo et les nombreux peuples de la grande famille
+voltaïque.</p>
+
+<hr class="decor width8">
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_352">[352]</span>
+</p>
+
+<div class="plate" id="pl12">
+<table class="width-full">
+<tr>
+<td class="tdl ipub sc">Delafosse</td>
+<td class="tdr ipub">Planche XII</td>
+</tr>
+</table>
+
+<div class="figcenter iw4">
+<figure id="i23"><img src='images/i23.jpg' alt=''>
+<p class="ipubr"><em>Cliché Froment</em>
+</p>
+
+<p class="cp1"><span class="sc">Fig.</span> 23. — Groupe de femmes
+Mossi.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw4">
+<figure id="i24"><img src='images/i24.jpg' alt=''>
+<p class="ipubr"><em>Cliché Bouchot</em>
+</p>
+
+<p class="cp1"><span class="sc">Fig.</span> 24. — Guerriers
+Nankana.</p>
+</figure>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h2 class="spaced2"><span class="pagenum" id=
+"Page_353">[353]</span><a id="p3"></a><span class="large">TROISIÈME
+PARTIE</span><br>
+<span class="xlarge"><em>Les langues.</em></span>
+</h2>
+
+<div class="plate"><span class="pagenum" id="Page_355">[355]</span>
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="map06"><a href="images/map06_large.jpg"><img src=
+'images/map06.jpg' alt=''></a>
+<p class="cp1">Carte 6. — Familles linguistiques du
+Haut-Sénégal-Niger.</p>
+</figure>
+</div>
+</div>
+
+<h3 class="pb"><span class="pagenum" id=
+"Page_357">[357]</span><a id="p3c01"></a>CHAPITRE PREMIER</h3>
+
+<p class="sch1">Classification et répartition des langues du
+Haut-Sénégal-Niger</p>
+
+<hr class="decor width8">
+
+<h4 class="bold"><a id="p3c01s1"></a>I. — Nomenclature et
+classification.</h4>
+
+<p>J’ai parlé suffisamment, je crois, de la formation historique
+des diverses langues du Haut-Sénégal-Niger, en traitant des
+origines des peuples, pour n’avoir pas à y revenir ici et je me
+contenterai pour l’instant d’examiner ces idiomes, tels qu’ils
+existent actuellement, et de rechercher comment il convient de les
+classer.</p>
+
+<p>Ainsi que j’ai eu l’occasion de le dire plus haut, une
+classification linguistique est beaucoup plus aisée à établir
+qu’une classification ethnique&nbsp;; si celle que je vais proposer
+en ce qui concerne le Haut-Sénégal-Niger ne peut être considérée
+que comme une ébauche provisoire, cela tient seulement à l’état
+encore trop rudimentaire de notre documentation à l’égard d’un
+certain nombre de langues et dialectes.</p>
+
+<p>J’ai cru devoir adopter une terminologie qui corresponde, au
+moins pour la généralité des cas, à celle employée dans ma
+classification ethnique. J’ai donc réparti les idiomes divers entre
+plusieurs <em>familles linguistiques</em> qui peuvent se subdiviser
+en <em>groupes</em>, ces derniers se composant de <em>langues</em>
+qui, à leur tour, comprennent des <em>dialectes</em> et des
+<em>sous-dialectes</em>.</p>
+
+<p>J’entends par «&nbsp;famille linguistique&nbsp;» un ensemble de
+langues<span class="pagenum" id="Page_358">[358]</span> qui,
+quoique souvent très différentes les unes des autres au point de
+vue grammatical et surtout à celui du vocabulaire, peuvent
+cependant être rapportées toutes à une origine commune et
+présentent entre elles des analogies de principe nettement
+définies. Il peut se faire qu’une famille n’ait pas cessé de
+conserver une parfaite homogénéité&nbsp;; il peut se faire aussi
+que, dans le cours des âges, soit par suite des différences des
+milieux dans lesquels ont évolué ses diverses fractions, soit en
+raison d’influences étrangères qui se sont exercées plus ou moins
+selon les endroits, divers courants se soient formés dans une même
+famille, dont les aboutissements constituent ce que j’appelle des
+«&nbsp;groupes&nbsp;»&nbsp;: l’origine initiale des divers groupes
+d’une famille est commune, mais la formation de chacun s’est
+accomplie selon un processus spécial.</p>
+
+<p>J’appelle «&nbsp;langue&nbsp;» un idiome qui a des
+caractéristiques suffisantes pour vivre son existence propre au
+milieu des langues voisines et former une unité à part&nbsp;; les
+différentes langues d’un même groupe, et même celles de deux
+groupes d’une même famille, sont évidemment parentes, tant par leur
+vocabulaire que par leur syntaxe et leur morphologie, mais elles
+constituent cependant des idiomes distincts, à tel point qu’un
+individu parlant l’une de ces langues ne comprendra pas, à moins
+d’études spéciales ou d’un contact prolongé, les gens parlant l’une
+des autres. Mais deux idiomes ne présentant entre eux que des
+différences toutes superficielles, différences consistant en
+expressions ou locutions d’une spécialisation toute locale et
+surtout en variantes phonétiques, ne constituent pas deux langues
+distinctes&nbsp;: ce ne sont plus que des «&nbsp;dialectes&nbsp;»
+d’une même langue&nbsp;; deux individus parlant chacun l’un de ces
+dialectes pourront, avec plus ou moins de facilité, se comprendre
+entre eux, au moins en gros, dès leur premier contact. Enfin des
+différences encore moins profondes, encore plus localisées,
+n’arrivent à constituer que de simples
+«&nbsp;sous-dialectes&nbsp;».</p>
+
+<p>D’une façon générale mais non absolue, une famille linguistique
+correspond le plus souvent à une famille ethnique, un groupe
+linguistique à un groupe ethnique, une langue à un peuple, un
+dialecte à une tribu ou à une fraction géographique<span class=
+"pagenum" id="Page_359">[359]</span> d’un peuple, un sous-dialecte
+à une sous-tribu ou sous-fraction. Mais je ne saurais trop insister
+sur ce point qu’une telle correspondance est sujette en l’état
+actuel à de nombreuses exceptions&nbsp;: tel peuple en effet ou
+telle fraction de peuple, appartenant dans son ensemble à une
+famille ethnique donnée, peut parfaitement avoir abandonné sa
+langue propre pour adopter celle d’un peuple appartenant à une
+autre famille&nbsp;: je citerai seulement deux cas typiques, celui
+des Peuls d’origine sémitique parlant aujourd’hui une langue nègre
+et celui des Soninké de Dienné qui ne parlent plus que le songaï.
+D’autre part, un peuple originellement unique peut s’être subdivisé
+en plusieurs peuples aujourd’hui distincts, sans pour cela que la
+langue mère se soit subdivisée en autre chose que de simples
+dialectes&nbsp;: c’est le cas des Banmana, des Malinké et des
+Dioula, dont l’ensemble constitue trois peuples différents au point
+de vue ethnique, bien que les idiomes parlés par eux ne soient que
+des dialectes d’une même langue. Enfin il peut arriver que deux
+tribus n’appartenant pas au même peuple parlent deux sous-dialectes
+d’un même dialecte, tandis que deux tribus d’un même peuple peuvent
+parler deux dialectes si différents qu’ils mériteraient presque
+d’être considérés comme deux langues distinctes&nbsp;: certains
+Malinké du Ouassoulou par exemple parlent, avec des différences à
+peine perceptibles, le même dialecte que les Dioula, tandis que
+certains Malinké de la Gambie parlent un dialecte nettement
+distinct du malinké du haut Niger. Il y a là toute une série de
+phénomènes assez complexes dans lesquels les raisons d’ordre
+historique, géographique et surtout économique ont joué un rôle
+bien plus considérable que les causes d’ordre purement
+ethnique.</p>
+
+<p>Il me faut rappeler en outre qu’une famille linguistique, comme
+une famille ethnique, peut très bien ne se composer que d’un groupe
+unique&nbsp;; parfois même elle ne comprend qu’une seule langue.
+D’autres fois, nous rencontrerons des familles qui, quoique riches
+en groupes et en langues, ne sont représentées dans la région qui
+nous occupe que par l’un seulement de leurs groupes ou par une de
+leurs langues.</p>
+
+<p>Divers essais de classification des langues de l’Afrique
+Occidentale<span class="pagenum" id="Page_360">[360]</span> ont été
+tentés&nbsp;; jusqu’à ces derniers temps, ils n’étaient guère basés
+que sur des comparaisons de mots et étaient souvent, ou
+arbitraires, ou purement géographiques. Tout récemment l’école
+allemande, représentée notamment par Hartmann, Lippert, Meinhof,
+Struck et Westermann pour le domaine des langues africaines, a jeté
+les bases d’une classification plus rationnelle<a id=
+"FNanchor_249"></a><a href="#Footnote_249" class=
+"fnanchor">[249]</a>. Les derniers travaux de quelques maîtres de
+cette école répartissent les langues de l’Afrique — Madagascar et
+les parlers créoles non compris — en cinq familles&nbsp;:
+sémitique, hamitique (à laquelle sont rattachées les langues
+hottentotes), bantoue, soudanaise et buschmann. En ce qui concerne
+les langues du Haut-Sénégal-Niger, la même école les classe dans
+les trois familles sémitique, hamitique et soudanaise, en
+rattachant le peul, comme le touareg, à la famille hamitique. Il y
+a là un point qui me semble absolument inadmissible, je veux parler
+du rattachement à la famille hamitique de la langue peule, qui ne
+présente à peu près aucune des caractéristiques des langues
+hamitiques et dont au contraire toutes les caractéristiques
+principales se retrouvent dans les langues proprement nègres, soit
+soudanaises soit bantoues<a id="FNanchor_250"></a><a href=
+"#Footnote_250" class="fnanchor">[250]</a>.</p>
+
+<p>D’autre part il me paraît un peu prématuré de ranger dans une
+famille unique des langues telles que le ouolof, le songaï, le
+mandingue et le mossi, pour ne parler que de celles se rattachant
+au sujet du présent ouvrage&nbsp;: assurément ces diverses langues,
+comme le peul d’ailleurs, offrent ensemble bien des points communs,
+mais le plus souvent elles n’en offrent pas plus les unes vis-à-vis
+des autres que chacune d’elles n’en présente vis-à-vis des langues
+bantoues&nbsp;; toutes sont des langues nègres, mais c’est là leur
+seul trait d’union. Si l’on veut tenir compte de ce trait d’union,
+il faudrait adopter une «&nbsp;famille nègre&nbsp;», dans laquelle
+le bantou ne constituerait qu’un seul groupe, au même titre que le
+mandé par exemple. Mais je préfère subdiviser la «&nbsp;famille
+soudanaise&nbsp;» de MM. Struck et Westermann,<span class="pagenum"
+id="Page_361">[361]</span> qui n’est en somme qu’un groupement
+surtout géographique, en un certain nombre de familles
+linguistiques réelles, dont chacune mérite à mon sens ce nom de
+«&nbsp;famille&nbsp;», au même titre que la famille bantoue ou,
+dans un autre domaine, la famille sémitique.</p>
+
+<p>Certains membres de l’école allemande ont cru aussi devoir
+rattacher le haoussa à la famille hamitique&nbsp;: je me
+permettrai, là encore, de ne pas partager leur manière de
+voir&nbsp;; je ne nie aucunement l’empreinte considérable exercée
+par les langues hamitiques sur le haoussa, empreinte que j’ai
+signalée moi-même à diverses reprises&nbsp;; mais je considère le
+haoussa, non pas comme une langue hamitique influencée par des
+langues soudanaises — théorie de M. Meinhof —, mais comme une
+langue nègre influencée par le voisinage des langues hamitiques, ce
+qui est assez différent.</p>
+
+<p>Quoi qu’il en soit, mes études personnelles m’ont amené à
+répartir entre sept familles linguistiques distinctes les langues
+parlées actuellement par les indigènes de la colonie civile du
+Haut-Sénégal-Niger. Si nous y ajoutons les langues les plus
+importantes parlées par les étrangers (ouolof et haoussa), nous
+arrivons au total de <em>neuf familles linguistiques</em> pour un
+pays peuplé de moins de cinq millions d’habitants&nbsp;: ce total
+peut paraître énorme, mais il n’étonnera pas ceux qui ont étudié la
+question sur place et qui savent quelle tour de Babel est l’Afrique
+Occidentale. Encore la colonie du Haut-Sénégal-Niger est-elle
+relativement moins richement partagée, sous le rapport de la
+diversité des langues, que certaines autres colonies
+voisines&nbsp;; la Côte d’Ivoire en particulier, à laquelle on
+n’attribue guère plus de deux millions d’habitants, abrite à elle
+seule six familles linguistiques distinctes, sans compter les
+langues étrangères.</p>
+
+<p>Les neuf familles linguistiques du Haut-Sénégal-Niger
+sont&nbsp;:</p>
+
+<p class="hang1">1<sup>o</sup> la <em>famille sémitique</em>,
+représentée par une seule de ses langues,
+l’<em>arabe</em>&nbsp;;</p>
+
+<p class="hang1">2<sup>o</sup> la <em>famille hamitique</em>,
+représentée par deux langues du <em>groupe berbère</em>&nbsp;: le
+<em>zenaga</em> et le <em>tamacheq</em> ou langue des
+Touareg&nbsp;;</p>
+
+<p class="hang1">3<sup>o</sup> la <em>famille tekrourienne</em>,
+qui ne renferme à ma connaissance<span class="pagenum" id=
+"Page_362">[362]</span> qu’une seule langue&nbsp;: le
+<em>foulfouldé</em> ou <em>poular</em>, ou langue des Peuls et des
+Toucouleurs&nbsp;;</p>
+
+<p class="hang1">4<sup>o</sup> la <em>famille songaï</em>, qui ne
+renferme elle aussi qu’une seule langue&nbsp;: le
+<em>songaï</em>&nbsp;;</p>
+
+<p class="hang1">5<sup>o</sup> la <em>famille mandé</em>,
+représentée par ses trois groupes<a id="FNanchor_251"></a><a href=
+"#Footnote_251" class="fnanchor">[251]</a>&nbsp;:</p>
+
+<p class="hang2">A. <em>groupe mandé-tamou</em> (deux
+langues&nbsp;: <em>bozo</em> et <em>soninké</em>)&nbsp;;</p>
+
+<p class="hang2">B. <em>groupe mandé-tan</em> (deux langues&nbsp;:
+<em>kâgoro</em><a id="FNanchor_252"></a><a href="#Footnote_252"
+class="fnanchor">[252]</a> et mandé proprement dit ou
+<em>mandingue</em>, avec ses quatre dialectes <em>banmana</em>,
+<em>khassonkè</em>, <em>malinké</em> et <em>dioula</em>)<a id=
+"FNanchor_253"></a><a href="#Footnote_253" class=
+"fnanchor">[253]</a>&nbsp;;</p>
+
+<p class="hang2">C. <em>groupe mandé-fou</em> (trois langues&nbsp;:
+<em>soussou</em> ou diallonké, <em>samorho</em> et <em>sia</em>, et
+quatre dialectes mal définis&nbsp;: le <em>blé</em>, le
+<em>natioro</em>, le <em>ouara</em> et le <em>sembla</em>)<a id=
+"FNanchor_254"></a><a href="#Footnote_254" class=
+"fnanchor">[254]</a>&nbsp;;</p>
+
+<p class="hang1">6<sup>o</sup> la <em>famille sénoufo</em>, qui ne
+renferme qu’une seule langue, le <em>sénoufo</em>, possédant de
+nombreux dialectes dont dix au moins parlés au Haut-Sénégal-Niger
+(le <em>bamâna</em> ou dialecte des Minianka, le <em>siénérhè</em>,
+le <em>tagba</em>, le <em>mbouin</em>, le <em>karaboro</em>, le
+<em>komono</em>, le <em>nanergué</em>, le <em>folo</em>, le
+<em>tourka</em> et le <em>sémou</em>)<a id=
+"FNanchor_255"></a><a href="#Footnote_255" class=
+"fnanchor">[255]</a>&nbsp;;</p>
+
+<p class="hang1">7<sup>o</sup> la <em>famille voltaïque</em>,
+représentée par ses sept groupes&nbsp;:</p>
+
+<p class="hang2"><span class="pagenum" id="Page_363">[363]</span>A.
+<em>groupe tombo</em> (trois langues&nbsp;: <em>tombo</em>,
+<em>dogom</em> et <em>déforo</em>)&nbsp;;</p>
+
+<p class="hang2">B. <em>groupe mossi</em> (quatre langues parlées
+au Haut-Sénégal-Niger&nbsp;: le <em>môrhé</em> ou <em>mossi</em>
+(auquel se rattachent le dialecte mossi parlé par les <em>Samo</em>
+et le dialecte des <em>Yansi</em>), le <em>gourmantché</em>, le
+<em>nankana</em> et le <em>dagari</em> (auquel se rattache le
+dialecte <em>birifo</em>)<a id="FNanchor_256"></a><a href=
+"#Footnote_256" class="fnanchor">[256]</a>&nbsp;;</p>
+
+<p class="hang2">C. <em>groupe gourounsi</em> (trois langues
+parlées au Haut-Sénégal-Niger&nbsp;: le <em>nounouma</em> (auquel
+se rattache sans doute le dialecte des <em>Nioniossé</em>), le
+<em>sissala</em> et le <em>boussansé</em>)<a id=
+"FNanchor_257"></a><a href="#Footnote_257" class=
+"fnanchor">[257]</a>&nbsp;;</p>
+
+<p class="hang2">D. <em>groupe bobo</em>, ne renfermant qu’une
+seule langue, le <em>bobo</em> (quatre dialectes&nbsp;:
+<em>kian</em>, <em>tara</em>, <em>boua</em> et
+<em>niénigué</em>)&nbsp;;</p>
+
+<p class="hang2">E. <em>groupe lobi</em>&nbsp;: deux langues, le
+<em>lobi</em> et le <em>dian</em>, plus deux dialectes, le
+<em>gan</em> et le <em>pougouli</em>, qui se rattachent
+vraisemblablement à la langue dian&nbsp;;</p>
+
+<p class="hang2">F. <em>groupe koulango</em>&nbsp;: une seule
+langue, le koulango, représentée au Haut-Sénégal-Niger par le
+dialecte <em>lorho</em>&nbsp;;</p>
+
+<p class="hang2">G. <em>groupe bariba</em>&nbsp;: deux langues
+parlées au Haut-Sénégal-Niger, le <em>bariba</em> et le soumba, ce
+dernier représenté par le dialecte <em>takamba</em><a id=
+"FNanchor_258"></a><a href="#Footnote_258" class=
+"fnanchor">[258]</a>.</p>
+
+<p class="hang1">8<sup>o</sup> la <em>famille sénégalaise</em>,
+représentée par l’un de ses groupes, le <em>groupe ouolof</em>, qui
+ne comprend lui-même qu’une langue, le <em>ouolof</em>, parlée au
+Haut-Sénégal-Niger par des colonies ouoloves assez nombreuses<a id=
+"FNanchor_259"></a><a href="#Footnote_259" class=
+"fnanchor">[259]</a>&nbsp;;</p>
+
+<p class="hang1">9<sup>o</sup> la <em>famille
+nigéro-logonaise</em><a id="FNanchor_260"></a><a href=
+"#Footnote_260" class="fnanchor">[260]</a>, représentée par la
+principale<span class="pagenum" id="Page_364">[364]</span> de ses
+langues, le <em>haoussa</em>, parlée par quelques colonies haoussa
+et de nombreux voyageurs et commerçants.</p>
+
+<p>Il y a lieu d’ajouter à cette liste les cinq dialectes parlés
+par les <em>Padorho</em>, les <em>Dorhossié</em>, les
+<em>Tiéfo</em>, les <em>Toussia</em> et les <em>Vigué</em>,
+dialectes qui sont à rattacher probablement soit à la famille
+sénoufo soit à la famille voltaïque.</p>
+
+<p>Cela porte le nombre des idiomes parlés dans le
+Haut-Sénégal-Niger à <em>31 langues</em> et à <em>30 dialectes</em>
+connus, sans compter les dialectes qui restent à découvrir et les
+nombreux sous-dialectes locaux.</p>
+
+<h4 class="bold"><a id="p3c01s2"></a>II. — Répartition
+géographique, ethnique et numérique<a id=
+"FNanchor_261"></a><a href="#Footnote_261" class=
+"fnanchor">[261]</a>.</h4>
+
+<p>Nous allons examiner maintenant de quels groupements ethniques
+les langues et dialectes énumérés ci-dessus sont les idiomes
+nationaux et en même temps quel est le domaine géographique propre
+de chaque famille ou groupe linguistique&nbsp;; nous chercherons
+aussi à définir le domaine réel de certaines langues qui sont
+parlées par d’autres indigènes que ceux dont elles constituent
+l’idiome maternel.</p>
+
+<p class="space-above15">1<sup>o</sup> <em>Famille sémitique
+(arabe).</em> — L’arabe est parlé dans l’Azaouad, le Hodh et le
+Nord du Sahel&nbsp;: il y est la langue maternelle, non seulement
+des Maures d’origine arabe (Kounta, Bérabich et Beni-Hassân), mais
+aussi de la presque totalité des Maures d’origine berbère, qui ont
+depuis longtemps abandonné l’usage du zenaga, ainsi que de tous les
+Harrâtîn. De plus l’arabe est parlé, en outre de leur langue
+propre, par les Soninké Azer habitant les localités sahariennes et
+par beaucoup de Songaï et de Touareg de Tombouctou et des environs
+de cette ville&nbsp;; il est compris en outre par un certain nombre
+de Songaï, de Soninké, de Peuls, etc., habitant dans le voisinage
+des Maures et entretenant avec eux des relations commerciales.
+Toutefois le domaine de l’arabe, en tant que langue parlée tout au
+moins, est fort restreint dans le Haut-Sénégal-Niger&nbsp;; si
+son<span class="pagenum" id="Page_365">[365]</span> aire
+géographique est étendue, il ne faut pas oublier qu’elle couvre
+surtout des régions à peu près inhabitées, et il convient de se
+souvenir qu’il est rare de trouver au Soudan des gens parlant
+l’arabe en dehors des Maures. On peut estimer à 120.000 au maximum
+le nombre des indigènes de la colonie parlant l’arabe, dont 104.000
+Maures et Harrâtîn dont il est la langue maternelle, 10.000 Soninké
+de la zone saharienne et 6.000 individus de familles ethniques
+diverses. — Il est à noter que les Maures du Hodh donnent à la
+langue qu’ils parlent le nom de <em>hassânia</em> ou
+<em>hassâni</em> (langue des Beni-Hassân) et non pas le nom de
+<em>arabia</em> (langue arabe)&nbsp;; ils réservent cette dernière
+expression pour l’arabe littéral.</p>
+
+<p class="space-above15">2<sup>o</sup> <em>Famille hamitique
+(groupe berbère).</em> — Le <em>zenaga</em> est encore parlé par
+quelques fractions des Maures de la Mauritanie, notamment dans les
+sous-tribus maraboutiques des Oulad-Daïmân et des Idao-el-hadj,
+mais, dans la partie du Hodh dépendant du Haut-Sénégal-Niger, bien
+rares sont les familles ayant conservé l’usage du berbère. Il s’en
+rencontre cependant quelques-unes chez les Idao-Aïch et peut-être
+chez d’autres tribus, sans que le nombre des gens parlant le zenaga
+dans le Haut-Sénégal-Niger dépasse vraisemblablement 3 à 4.000
+individus au grand maximum. Mais, si le zenaga a à peu près disparu
+du Sahara Soudanais en tant que langue vivante, son empreinte y est
+demeurée profonde&nbsp;: on la retrouve dans les noms de lieux,
+presque tous berbères, et dans les termes nombreux qu’elle a fait
+passer dans l’arabe hassânia, ainsi que, bien qu’à un degré
+moindre, dans quelques langues nègres (le soninké notamment).</p>
+
+<p>Le <em>tamacheq</em> ou <em>tamacherht</em> au contraire n’a pas
+disparu&nbsp;: il est encore parlé par tous les Touareg et leurs
+Iklân ou Bella. En dehors des gens dont il constitue la langue
+maternelle, il semble n’être compris que de très rares individus.
+On peut donc estimer à 60.000 au maximum (dont 57.000 Touareg et
+Bella) le nombre des indigènes du Haut-Sénégal-Niger parlant le
+tamacheq.</p>
+
+<p class="space-above15">3<sup>o</sup> <em>Famille tekrourienne
+(peul).</em> — Le peul, qu’il serait peut-être plus logique
+d’appeler le toucouleur, est parlé à la fois par<span class=
+"pagenum" id="Page_366">[366]</span> les quelque 38.000 Toucouleurs
+qui se sont installés dans le Haut-Sénégal-Niger et par les 404.700
+Peuls, Rimaïbé et Silmimossi. Le domaine de cette langue est
+géographiquement très étendu en raison de l’éparpillement des Peuls
+à travers le Soudan, mais il est, comme le domaine de ce peuple
+lui-même, excessivement morcelé. De plus, il est assez rare que le
+Peul soit compris par des gens dont il n’est pas la langue
+maternelle&nbsp;: c’est une langue répandue en beaucoup de régions
+du Soudan parce qu’on rencontre des Peuls un peu partout, mais ce
+n’est pas une langue d’échange. On peut estimer à 450.000 environ
+le nombre des individus parlant le peul dans le Haut-Sénégal-Niger,
+dont 443.000 pour lesquels il constitue la langue maternelle.</p>
+
+<p>Bien que la langue peule soit une, elle renferme, en raison même
+de la dispersion des gens qui la parlent, un nombre assez
+considérable de dialectes&nbsp;: le plus pur de tous semble être
+celui parlé par les Toucouleurs, qui observent beaucoup plus
+scrupuleusement que la généralité des Peuls les règles
+morphologiques et syntaxiques les plus caractéristiques de la
+langue&nbsp;; parmi les dialectes spéciaux qui se sont créés chez
+les Peuls du Haut-Sénégal-Niger, on peut citer ceux du Sahel, du
+Massina, de la haute Volta Noire, des pays mossi, du Liptako, etc.
+Enfin il convient de mentionner une sorte de dialecte banal,
+participant un peu de tous les autres, employé par les Peuls et
+Toucouleurs qui voyagent beaucoup&nbsp;; ce dialecte banal leur
+permet de se faire comprendre aisément dans les diverses régions
+qu’ils traversent.</p>
+
+<p class="space-above15">4<sup>o</sup> <em>Famille songaï (langue
+songaï).</em> — Le songaï se présente sous un tout autre aspect que
+celui du peul&nbsp;: les Songaï proprement dits (Arma, Sorko et
+Gabibi) ne dépassent guère le nombre de 100.000 au
+Haut-Sénégal-Niger (101.582 d’après les recensements de 1909). Mais
+je ne crois pas m’avancer trop en disant qu’ils forment à peine le
+quart de la population parlant leur langue. Tout d’abord le songaï
+est devenu la langue maternelle d’un nombre appréciable de Soninké
+à Dienné et dans la région du Massina&nbsp;; de plus il est parlé
+et compris, en outre de leurs<span class="pagenum" id=
+"Page_367">[367]</span> langues propres, par presque tous les
+indigènes habitant à proximité du Niger depuis Mopti jusqu’à
+Say&nbsp;: Bozo, Soninké, Banmana, Tombo, Peuls, Touareg, etc. Il
+constitue dans toute cette région une véritable langue
+internationale, la <em>koïra-kiné</em> ou «&nbsp;langue du
+pays&nbsp;», dont on use pour toutes les relations commerciales ou
+politiques. Je croirais volontiers que plus de 400.000 indigènes du
+Haut-Sénégal-Niger comprennent couramment le songaï.</p>
+
+<p class="space-above15">5<sup>o</sup> <em>Famille mandé.</em> — Le
+<em>bozo</em> n’est sans doute guère parlé que par les Bozo
+eux-mêmes, c’est-à-dire par 15.000 individus environ. Il se divise
+cependant en plusieurs dialectes, notamment ceux de Dia, du Massina
+et du Pondori, plus un dialecte mélangé de banmana et de songaï qui
+est parlé dans la région du Bara et près de Niafounké.</p>
+
+<p>Le <em>soninké</em>, non seulement n’est pour ainsi dire pas
+parlé en dehors des Soninké, mais n’est même pas parlé par tous les
+Soninké&nbsp;: sur les 245.392 individus représentant ce peuple
+dans le Haut-Sénégal-Niger, plus de 40.000 ont abandonné leur
+langue pour le dioula (ceux de la Boucle du Niger et notamment du
+Dafina), 10.000 au moins l’ont abandonnée pour le songaï (cercles
+de Dienné, Mopti, Niafounké), plus de 30.000 pour le banmana
+(cercles de Koutiala, San, Ségou, Bamako, etc.) et environ 10.000
+pour le malinké (Sud du cercle de Kayes notamment)&nbsp;; en sorte
+qu’il n’en demeure guère que 135.000 ayant conservé l’usage de leur
+langue. Chose digne de remarque, ceux qui se trouvent isolés parmi
+les Maures sont restés plus fidèles à leur idiome national que ceux
+qui se sont répandus dans le Sud et l’Est du Soudan.</p>
+
+<p>Le <em>kâgoro</em> n’est plus parlé aujourd’hui que par une
+dizaine de milliers d’individus au maximum&nbsp;; la plupart des
+Kâgoro d’ailleurs parlent le dialecte banmana (Kaarta et Kaniaga),
+et quelques-uns le soninké (Bakounou), en outre de leur langue.</p>
+
+<p>Quant au <em>mandingue</em>, comprenant les quatre dialectes
+khassonkè, banmana, malinké et dioula, il est la langue maternelle
+d’environ 1.070.000 indigènes du Haut-Sénégal-Niger&nbsp;: 11.191
+Khassonkè, 538.450 Banmana, 146.733 Malinké, 106.066
+Foulanké<span class="pagenum" id="Page_368">[368]</span> parlant le
+dialecte malinké, 218.820 Dioula, 8.450 Boron et plus de 40.000
+Soninké parlant le dialecte dioula. Mais ce n’est pas tout&nbsp;:
+dans toutes les régions où les Mandé du Centre ou les Dioula
+forment la majorité de la population, c’est-à-dire dans les cercles
+de Sokolo, Ségou, Bamako, Kita, Bafoulabé, Kayes, Satadougou,
+Bougouni, Sikasso, la langue mandingue s’est propagée avec une
+telle force qu’elle est comprise et parlée par l’immense majorité,
+sinon la totalité, des autres habitants, en outre de leurs idiomes
+respectifs (arabe, peul, soninké, kâgoro, soussou, samorho,
+sénoufo)&nbsp;; de plus, le banmana s’est répandu dans de nombreux
+districts du Sahel et de la rive droite du Bani où cependant les
+Banmana ne sont qu’en nombre relativement restreint&nbsp;; le
+dioula est devenu la langue commerciale de presque toute la moitié
+occidentale de la Boucle du Niger, au Sud du domaine du
+songaï&nbsp;; enfin il s’est constitué dans le Sud-Ouest de la
+Boucle et dans la vallée du haut Niger une sorte de dialecte banal
+qu’on appelle <em>kan-gbê</em> «&nbsp;la langue blanche, la bonne
+langue&nbsp;», sorte de synthèse de la langue mandingue que parlent
+tous les voyageurs et que tout le monde comprend plus ou moins le
+long des grandes voies commerciales. Aussi je crois demeurer encore
+au-dessous de la vérité en estimant à 1.500.000 au minimum le
+nombre des indigènes du Haut-Sénégal-Niger possédant l’usage de la
+langue mandingue, c’est-à-dire presque au tiers de la population
+totale de la colonie.</p>
+
+<p>Le <em>soussou</em> n’est parlé que par les 9.824 Diallonké des
+cercles de Satadougou et de Kita, le <em>samorho</em> par les
+23.705 Samorho des cercles de Sikasso et de Bobo-Dioulasso, le
+<em>sia</em> par 6.000 individus, le <em>blé</em> par 1.035, le
+<em>natioro</em> par 2.745, le <em>ouara</em> par 7.000 et le
+<em>sembla</em> par 8.000&nbsp;; ces cinq derniers idiomes sont
+localisés dans le cercle de Bobo-Dioulasso.</p>
+
+<p class="space-above15">6<sup>o</sup> <em>Famille sénoufo (langue
+sénoufo).</em> — Le sénoufo est une de ces langues qui ne se sont
+pas répandues en dehors de leur domaine national&nbsp;; il n’est
+parlé au Haut-Sénégal-Niger que par les Sénoufo eux-mêmes, mais,
+ces derniers atteignant le chiffre de 343.470, il s’ensuit que leur
+langue est encore l’une des<span class="pagenum" id=
+"Page_369">[369]</span> plus parlées de la colonie. Au point de vue
+de leur importance numérique, les dialectes sénoufo viennent dans
+l’ordre suivant&nbsp;: bamâna ou minianka 129.312, siénérhè 81.273,
+mbouin 31.875, folo 23.790, tourka 21.205, karaboro 18.535, tagba,
+17.170, nanergué 11.260, komono 5.605 et sémou 3.445.</p>
+
+<div class="plate" id="pl13">
+<table class="width-full">
+<tr>
+<td class="tdl ipub sc">Delafosse</td>
+<td class="tdr ipub">Planche XIII</td>
+</tr>
+</table>
+
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="i25"><img src='images/i25.jpg' alt=''>
+<p class="ipubr"><em>Cliché Delafosse</em>
+</p>
+
+<p class="cp1"><span class="sc">Fig.</span> 25. — Groupe de
+Dioula.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw7">
+<figure id="i26"><img src='images/i26.jpg' alt=''>
+<p class="cp1"><span class="sc">Fig.</span> 26. — Un Khassonkè.</p>
+</figure>
+</div>
+</div>
+
+<p class="space-above15">7<sup>o</sup> <em>Famille voltaïque.</em>
+— Les langues du groupe tombo sont, semble-t-il, strictement
+limitées au domaine propre des peuples du groupe ethnique
+correspondant, c’est-à-dire à la région montagneuse du Nord-Ouest
+de la Boucle et aux plaines qui l’avoisinent immédiatement. Le
+<em>tombo</em> y est parlé par 120.000 individus environ, le
+<em>dogom</em> par 5 à 6.000 et le <em>déforo</em> par 12.000.</p>
+
+<p>Parmi les langues du groupe mossi, le <em>môrhé</em>, ou langue
+mossi proprement dite, s’est répandu non seulement parmi les
+1.262.277 indigènes qui constituent aujourd’hui le peuple mossi,
+mais encore, avec des variantes dialectales assez peu sensibles,
+parmi les 48.707 Yansi et le plus grand nombre des 75.232
+Samo<a id="FNanchor_262"></a><a href="#Footnote_262" class=
+"fnanchor">[262]</a>&nbsp;: il est donc actuellement la langue
+maternelle de plus de 1.387.000 individus. De plus, il sert de
+langue courante dans tous les pays où s’est portée l’influence
+politique des empires du Yatenga et de Ouagadougou et est parlé, en
+outre de leur langue maternelle, par la presque totalité des Dioula
+des cercles de Ouahigouya et Ouagadougou (105.000 environ), par les
+Silmimossi (15.000 au minimum), par un grand nombre de Peuls et de
+Rimaïbé (20.000 environ), de Nioniossé (20.000 environ) et de
+Boussansé (25.000 environ). En dehors des zones habitées ou
+gouvernées par les Mossi eux-mêmes, leur langue est comprise encore
+par beaucoup de commerçants soninké, dioula et haoussa, et par
+beaucoup d’indigènes dont les idiomes nationaux sont très voisins
+du mossi (Gourmantché, Nankana, Dagari). On peut donc évaluer à
+1.600.000 environ le nombre des habitants de la colonie parlant le
+mossi, ce qui place cet idiome, par ordre d’importance numérique,
+au même rang que le mandingue et même un peu au-dessus de cette
+dernière<span class="pagenum" id="Page_370">[370]</span> langue.
+Toutefois, au point de vue de l’aire géographique d’extension et de
+l’importance en tant que langue d’échange international, le
+mandingue vient incontestablement au premier rang. — Le
+<em>gourmantché</em> est parlé par 150.000 individus environ, le
+<em>nankana</em> par 20.000 et le <em>dagari</em>, en y comprenant
+le dialecte birifo, par plus de 105.000.</p>
+
+<p>Les différents dialectes qui se rattachent à la langue
+<em>nounouma</em> (dialectes des Nioniossé, des Kipirsi, des
+Nounouma proprement dits, etc.) sont parlés, à titre de langue
+nationale, par plus de 150.000 individus et, de plus, en outre de
+leur langue propre, par un certain nombre de Dagari et de
+Pougouli&nbsp;: on peut chiffrer à 160.000 le nombre des indigènes
+parlant cette langue. Le <em>boussansé</em> est la langue
+maternelle de plus de 105.000 individus&nbsp;; le <em>sissala</em>
+n’est guère compris que par 7 à 8.000 indigènes.</p>
+
+<p>Le <em>bobo</em> ne s’est pas répandu beaucoup en dehors des
+Bobo eux-mêmes&nbsp;; on peut donc évaluer à 228.000 environ le
+nombre des individus parlant cette langue. Le dialecte
+<em>tara</em> vient en tête, parlé par plus de 102.000
+Bobo-Oulé&nbsp;; le <em>boua</em> vient ensuite avec plus de 62.000
+Bobo-Fing, puis le <em>kian</em> avec 36.666 Bobo-Gbê et enfin le
+<em>niénigué</em> avec 24.817 Bobo-Niénigué.</p>
+
+<p>Les langues et les dialectes du groupe lobi ne sont guère
+compris que des peuples ou tribus dont ils constituent les idiomes
+nationaux, soit 62.050 individus pour le <em>lobi</em>, 5.950 pour
+le <em>dian</em> proprement dit, 5.550 pour le <em>pougouli</em> et
+1.100 seulement pour le <em>gan</em> (cercle de Gaoua).</p>
+
+<p>Le dialecte <em>lorho</em> de la langue koulango n’est
+représenté que par les 4.000 Lorho du cercle de Gaoua.</p>
+
+<p>Les langues du groupe bariba ne sont parlées au
+Haut-Sénégal-Niger que par 5.000 indigènes environ, dont 4.497
+<em>Bariba</em>, et 540 <em>Takamba</em> de langue soumba.</p>
+
+<p>Les dialectes des tribus non classées des cercles de
+Bobo-Dioulasso et Gaoua n’ont qu’une assez médiocre
+importance&nbsp;: le <em>toussia</em> est parlé par 10.045
+individus, le <em>dorhossié</em> par 3.700, le <em>vigué</em> par
+2.790, le <em>tiéfo</em> par 2.000 et le <em>padorho</em> par
+500.</p>
+
+<p class="space-above15">8<sup>o</sup> <em>Famille sénégalaise
+(ouolof).</em> — La langue ouolove n’a<span class="pagenum" id=
+"Page_371">[371]</span> qu’une extension très restreinte dans le
+Haut-Sénégal-Niger&nbsp;: en dehors des 3.205 Ouolofs établis à
+demeure en divers points de la colonie, elle est comprise par
+quelques autres étrangers originaires du Sénégal et par un certain
+nombre de Toucouleurs et Soninké du cercle de Kayes&nbsp;; elle est
+surtout en usage parmi les bateliers qui font le service de la
+navigation entre Kayes et Saint-Louis. Au total, je ne crois pas
+qu’elle soit comprise par plus de 6 à 7.000 indigènes du
+Haut-Sénégal-Niger.</p>
+
+<p class="space-above15">9<sup>o</sup> <em>Famille nigéro-logonaise
+(haoussa).</em> — Il en est tout autrement du haoussa&nbsp;: les
+Haoussa établis à demeure dans la colonie ne sont pas nombreux,
+mais ceux qui y voyagent pour affaires et qu’on appelle
+généralement <em>Maraba</em> dans la Boucle du Niger le sont bien
+davantage, qu’ils viennent du Haoussa propre en traversant le Niger
+du côté de Say ou de leurs très importantes colonies de la Côte
+d’Or et du haut Togo. Leur langue en tout cas s’est largement
+répandue dans le Sud-Est de la Boucle, où elle fait suite au
+mandingue comme langue d’échange, la limite entre les deux zones
+d’extension passant à peu près par le méridien de Ouagadougou. Le
+haoussa est la langue des marchés et l’idiome des voyageurs dans
+une partie du Gourounsi, dans l’Est du Mossi et surtout chez les
+Boussansé et dans les cercles de Fada-n-Gourma et de Say.
+L’évaluation du nombre des indigènes du Haut-Sénégal-Niger
+comprenant le haoussa est assez difficile&nbsp;; je crois pourtant
+pouvoir estimer ce nombre à une centaine de milliers d’individus au
+minimum.</p>
+
+<p class="space-above15"><em>Statistiques comparées.</em> — Si nous
+voulons maintenant résumer en quelques tableaux comparatifs les
+données qui viennent d’être exposées, nous trouverons que les neuf
+familles linguistiques se présentent au Haut-Sénégal-Niger, par
+rang d’importance, dans l’ordre suivant, en ne tenant compte que
+des individus, tribus ou peuples dont la langue maternelle
+appartient à chacune des familles indiquées&nbsp;:</p>
+
+<table id="t371">
+<tr>
+<td>1<sup>o</sup></td>
+<td>famille</td>
+<td>voltaïque,</td>
+<td>avec environ</td>
+<td class="tdr">2.385.000</td>
+<td>ressortissants.</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>2<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>mandé,</td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td class="tdr">1.290.000</td>
+<td class="tdc">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>3<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>tekrourienne,</td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td class="tdr">443.000</td>
+<td class="tdc">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td><span class="pagenum" id=
+"Page_372">[372]</span>4<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>sénoufo,</td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td class="tdr">344.000</td>
+<td class="tdc">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>5<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>songaï,</td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td class="tdr">111.000</td>
+<td class="tdc">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>6<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>sémitique,</td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td class="tdr">105.000</td>
+<td class="tdc">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>7<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>hamitique,</td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td class="tdr">60.000</td>
+<td class="tdc">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>8<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>sénégalaise,</td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td class="tdr">4.000</td>
+<td class="tdc">—</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>9<sup>o</sup></td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td>nigéro-logonaise,</td>
+<td class="tdc">—</td>
+<td class="tdr">2.000</td>
+<td class="tdc">—</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Si maintenant l’on tient compte du nombre total des gens
+comprenant chaque idiome, que celui-ci soit ou non leur parler
+maternel, les 31 langues en usage au Haut-Sénégal-Niger se classent
+comme suit&nbsp;:</p>
+
+<table id="t372">
+<tr>
+<td class="tdr-top">1<sup>o</sup></td>
+<td class="tdl-top">mossi</td>
+<td class="tdr-top">1.600.000</td>
+<td>(dont 1.262.277 Mossi propres).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">2<sup>o</sup></td>
+<td class="tdl-top">mandingue</td>
+<td class="tdr-top">1.500.000</td>
+<td>(dont 1.029.710 Mandé du Centre et Dioula).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">3<sup>o</sup></td>
+<td class="tdl-top">peul</td>
+<td class="tdr-top">450.000</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">4<sup>o</sup></td>
+<td class="tdl-top">songaï</td>
+<td class="tdr-top">400.000</td>
+<td>(dont 101.582 Songaï seulement).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">5<sup>o</sup></td>
+<td class="tdl-top">sénoufo</td>
+<td class="tdr-top">344.000</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">6<sup>o</sup></td>
+<td class="tdl-top">bobo</td>
+<td class="tdr-top">228.000</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">7<sup>o</sup></td>
+<td class="tdl-top">nounouma</td>
+<td class="tdr-top">160.000</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">8<sup>o</sup></td>
+<td class="tdl-top">gourmantché</td>
+<td class="tdr-top">150.000</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">9<sup>o</sup></td>
+<td class="tdl-top">soninké</td>
+<td class="tdr-top">135.000</td>
+<td>(sur 245.392 Soninké).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">10<sup>o</sup></td>
+<td class="tdl-top">arabe</td>
+<td class="tdr-top">120.000</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">11<sup>o</sup></td>
+<td class="tdl-top">tombo</td>
+<td class="tdr-top">119.000</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">12<sup>o</sup></td>
+<td class="tdl-top">dagari</td>
+<td class="tdr-top">106.000</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">13<sup>o</sup></td>
+<td class="tdl-top">boussansé</td>
+<td class="tdr-top">105.000</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">14<sup>o</sup></td>
+<td class="tdl-top">haoussa</td>
+<td class="tdr-top">100.000</td>
+<td>(dont à peine un millier de Haoussa propres).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">15<sup>o</sup></td>
+<td class="tdl-top">lobi</td>
+<td class="tdr-top">62.000</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">16<sup>o</sup></td>
+<td class="tdl-top">tamacheq</td>
+<td class="tdr-top">60.000</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">17<sup>o</sup></td>
+<td class="tdl-top">sia</td>
+<td class="tdr-top">25.000</td>
+<td>(en y comprenant les dialectes connexes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">18<sup>o</sup></td>
+<td class="tdl-top">samorho</td>
+<td class="tdr-top">24.000</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">19<sup>o</sup></td>
+<td class="tdl-top">nankana</td>
+<td class="tdr-top">20.000</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">20<sup>o</sup></td>
+<td class="tdl-top">bozo</td>
+<td class="tdr-top">15.000</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top"><span class="pagenum" id=
+"Page_373">[373]</span>21<sup>o</sup></td>
+<td class="tdl-top">dian</td>
+<td class="tdr-top">12.500</td>
+<td>(en y comprenant les dialectes connexes).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">22<sup>o</sup></td>
+<td class="tdl-top">déforo</td>
+<td class="tdr-top">12.000</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">23<sup>o</sup></td>
+<td class="tdl-top">kâgoro</td>
+<td class="tdr-top">10.000</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">24<sup>o</sup></td>
+<td class="tdl-top">soussou</td>
+<td class="tdr-top">10.000</td>
+<td>(dialecte des Diallonké).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">25<sup>o</sup></td>
+<td class="tdl-top">sissala</td>
+<td class="tdr-top">8.000</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">26<sup>o</sup></td>
+<td class="tdl-top">ouolof</td>
+<td class="tdr-top">7.000</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">27<sup>o</sup></td>
+<td class="tdl-top">dogom</td>
+<td class="tdr-top">6.000</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">28<sup>o</sup></td>
+<td class="tdl-top">bariba</td>
+<td class="tdr-top">4.500</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">29<sup>o</sup></td>
+<td class="tdl-top">koulango</td>
+<td class="tdr-top">4.000</td>
+<td>(dialecte lorho).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">30<sup>o</sup></td>
+<td class="tdl-top">zenaga</td>
+<td class="tdr-top">3.500</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdr-top">31<sup>o</sup></td>
+<td class="tdl-top">soumba</td>
+<td class="tdr-top">500</td>
+<td>(dialecte takamba).</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="2">Dialectes non classés</td>
+<td class="tdr-top">19.000</td>
+<td>
+</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Enfin il peut être intéressant de connaître quelles sont les
+langues dominantes dans chacune des circonscriptions
+administratives. A cet égard, nous constatons que&nbsp;: l’arabe
+domine dans la zone saharienne et la résidence de Kiffa&nbsp;; le
+soninké et le peul dans le cercle de Nioro, avec une tendance du
+mandingue vers la prédominance&nbsp;; le mandingue et le soninké
+dans le cercle de Goumbou, où le peul tient aussi une place
+importante&nbsp;; le mandingue dans le cercle de Sokolo&nbsp;; le
+peul dans le cercle de Niafounké, le mandingue et le songaï lui
+disputant la prééminence&nbsp;; le songaï dans les cercles de
+Tombouctou et de Hombori, où le tamacheq tient une place
+importante&nbsp;; le peul dans le cercle de Dori, avec le mossi, le
+tamacheq et le déforo comme langues secondaires&nbsp;; le tombo
+dans le cercle de Bandiagara, où le peul tient une place assez
+importante&nbsp;; le peul dans les cercles de Mopti et de Dienné,
+avec le mandingue et le songaï comme langues secondaires&nbsp;; le
+mandingue dans les cercles de Ségou, Bamako, Kita, Bafoulabé,
+Kayes, Satadougou et Bougouni&nbsp;; le mandingue aussi dans le
+cercle de Sikasso, avec le sénoufo et le samorho comme langues
+secondaires&nbsp;; le sénoufo dans le cercle de Koutiala, avec le
+mandingue comme langue secondaire&nbsp;; le bobo dans la
+circonscription de San, avec le mandingue et le sénoufo comme
+langues secondaires&nbsp;; le bobo et le mandingue dans le cercle
+de Koury, avec le peul et le nounouma<span class="pagenum" id=
+"Page_374">[374]</span> comme langues secondaires&nbsp;; le mossi
+dans les cercles de Ouahigouya et Ouagadougou, avec le mandingue,
+le peul et le nounouma comme langues secondaires pour les deux
+cercles et, en plus, le boussansé, le nankana et le haoussa pour le
+cercle de Ouagadougou&nbsp;; le gourmantché dans le cercle de
+Fada-n-Gourma, avec le mossi et le haoussa comme langues
+secondaires&nbsp;; le dagari et le lobi dans le cercle de Gaoua,
+avec plusieurs langues ou dialectes secondaires&nbsp;; le sénoufo
+dans le cercle de Bobo-Dioulasso, avec le mandingue, le bobo et de
+nombreux idiomes comme langues secondaires.</p>
+
+<h4 class="bold"><a id="p3c01s3"></a>III. — Langues écrites et
+langues parlées.</h4>
+
+<p>1<sup>o</sup> <em>L’arabe écrit.</em> — Des 31 langues en usage
+dans le Haut-Sénégal-Niger, une seule mérite le titre de langue
+écrite&nbsp;: c’est l’arabe. Et encore il serait peut-être plus
+exact de dire, quelque paradoxal que cela puisse paraître,
+qu’aucune des 31 langues parlées dans le Haut-Sénégal-Niger, y
+compris l’arabe, ne mérite le titre de langue écrite, mais que, en
+plus et en dehors de ces langues, il en existe une 31<sup>e</sup>
+qui s’écrit et ne se parle pas&nbsp;: l’arabe écrit. En effet il
+serait difficile de prétendre que l’arabe hassânia, que parlent les
+Maures, s’écrive&nbsp;; au Soudan comme au Maghreb et ailleurs, il
+existe en réalité deux types de langue arabe&nbsp;: la langue
+parlée, qui diffère assez notablement selon les régions, tant au
+point de vue du vocabulaire qu’au point de vue de la phonétique, et
+que l’on ne peut rendre par l’écriture, et la langue écrite qui,
+elle, est la même partout, à quelques idiotismes locaux près, et
+qui n’est jamais parlée, sauf par quelques docteurs prétentieux
+dans les leçons qu’ils donnent à leurs disciples. On sait que
+l’arabe parlé élude presque toutes les voyelles brèves, supprime la
+plupart des flexions désinencielles et par suite les déclinaisons
+et presque tous les temps et modes des verbes et n’emploie qu’un
+nombre restreint de vocables et de formes dérivées, tandis que
+l’arabe écrit, même sous la plume du vulgaire, demeure fidèle à la
+plupart des règles morphologiques et syntaxiques de la langue
+littérale. Au Soudan peut-être plus qu’ailleurs, la
+différence<span class="pagenum" id="Page_375">[375]</span> est
+profonde entre les deux langues, non seulement au point de vue de
+la grammaire et de la lexicologie, mais aussi relativement à
+l’usage spécial qui est fait de chacune d’elles.</p>
+
+<p>Les Maures, les Harrâtîn et les quelques milliers de Soninké que
+j’ai signalés plus haut comme parlant l’arabe ne font usage dans
+leur conversation que du <em>hassânia</em>, c’est-à-dire d’un
+dialecte parlé assez impur, fortement mélangé de vocables berbères,
+mais ne s’éloignant pas énormément par ailleurs du dialecte en
+usage dans le sud-oranais. Le plus grand nombre d’entre eux ne
+savent ni lire ni écrire et l’arabe n’existe pour ceux-là qu’en
+tant que langue parlée. Quant aux docteurs, aux marabouts et à
+leurs disciples, ils parlent le même <em>hassânia</em> que les
+autres, mais ils se servent pour écrire de l’arabe correct, auquel
+ils réservent, comme je l’ai dit précédemment, le nom de
+<em>arabia</em>. Il n’est pas rare d’entendre un Maure dire en
+excellent arabe parlé&nbsp;: <em>La ’âref el-’arâbia</em> «&nbsp;je
+ne sais pas l’arabe&nbsp;», ce qui dans sa pensée veut dire&nbsp;:
+«&nbsp;Je ne sais pas écrire l’arabe&nbsp;» ou «&nbsp;je serais
+incapable de comprendre de l’arabe écrit&nbsp;».</p>
+
+<p>Quant aux Noirs musulmans répandus un peu partout dans la
+colonie du Haut-Sénégal-Niger, il en est fort peu parmi eux qui
+soient capables de soutenir une conversation en arabe, alors qu’un
+très grand nombre lisent avec facilité l’arabe écrit et écrivent
+eux-mêmes couramment et correctement&nbsp;; je ne serais même pas
+étonné que le nombre des lettrés fût, proportionnellement, plus
+élevé chez les musulmans noirs — les Soninké et les Dioula en
+particulier — que chez les Maures. Ceux de ces lettrés noirs qui
+ont acquis une grande pratique de l’arabe écrit et se sont assimilé
+un nombre assez considérable de mots et de formes, — et ceux-là, je
+le répète, sont beaucoup plus nombreux qu’on ne le croit
+couramment, — arrivent à parler arabe, avec quelque difficulté, il
+est vrai, mais en disant ce qu’ils veulent dire&nbsp;; seulement
+l’arabe qu’ils parlent est l’arabe écrit et les gens de langue
+arabe — les Maures dans l’espèce — ne les comprennent pas, à moins
+qu’ils ne soient eux-mêmes des lettrés de profession.</p>
+
+<p>Tandis que l’arabe parlé est localisé à peu près au pays des
+Maures et n’occupe que le dixième rang sur l’échelle de
+répartition<span class="pagenum" id="Page_376">[376]</span>
+numérique des langues du Haut-Sénégal-Niger, l’arabe écrit possède
+au contraire une importance considérable&nbsp;: connu et pratiqué
+par les lettrés musulmans de toutes races, il est la véritable et
+la seule langue littéraire du Soudan&nbsp;; sa connaissance permet
+à des quantités d’indigènes vivant dans un milieu d’ignorance
+d’acquérir un degré d’instruction relatif mais fort
+appréciable&nbsp;; elle développe d’autant mieux leur mentalité
+que, pour être acquise, elle a nécessité une gymnastique
+considérable de l’esprit et des efforts prodigieux de mémoire et
+d’application&nbsp;: il ne faut pas oublier en effet que les
+étudiants soudanais ne disposent d’aucun dictionnaire ni d’aucune
+grammaire et que c’est à force de lectures et d’exercices qu’ils
+arrivent à amasser leur bagage de connaissances littéraires&nbsp;;
+si mince que soit ce bagage, je ne puis pour ma part m’empêcher
+d’admirer les efforts qui ont dû être déployés pour son
+acquisition. Il est regrettable seulement que les bibliothèques des
+lettrés soudanais ne renferment guère que des traités d’exégèse
+religieuse ou des ouvrages relatifs à des formules de prière, des
+récits de miracles ou des discussions sur des points insignifiants
+de droit canonique&nbsp;; l’histoire n’y occupe qu’une place très
+secondaire, les sciences et la littérature proprement dite en sont
+complètement exclues.</p>
+
+<p>Au point de vue pratique, la connaissance de l’arabe écrit
+permet aux lettrés de langues différentes de correspondre
+facilement entre eux et de se recommander les uns aux autres, par
+des sortes de sauf-conduits, ceux de leurs amis qui vont voyager
+dans des pays lointains. Cette facilité de correspondre entre eux
+est certainement l’une des principales forces des musulmans du
+Soudan, vis-à-vis des animistes privés de ce moyen de communication
+comme aussi vis-à-vis de l’autorité européenne. Il paraît bien
+établi d’autre part que tous les bienfaits d’ordre intellectuel et
+moral que l’on attribue parfois à l’influence de la religion
+musulmane sont dûs, non pas à cette religion en elle-même, mais
+uniquement au fait qu’elle a été l’occasion de la diffusion parmi
+les Noirs de la connaissance et de l’usage d’une langue
+littéraire.</p>
+
+<p>Il ne faudrait pas cependant s’exagérer le nombre des
+Soudanais<span class="pagenum" id="Page_377">[377]</span> sachant
+lire et écrire l’arabe, j’entends de ceux capables de comprendre ce
+qu’ils lisent et écrivent et de composer quelque chose d’original,
+ne fût-ce qu’une simple missive, en arabe. Aucune statistique n’a
+été faite encore à cet égard, mais je crois que, le jour où il sera
+possible d’en faire une, on s’apercevra que sur les 1.139.000 et
+quelques musulmans du Haut-Sénégal-Niger, il n’y a guère plus de 20
+à 25.000 individus en état d’écrire une lettre renfermant autre
+chose que des souhaits et des formules de politesse. Je crois
+également que les deux tiers au moins de ces lettrés appartiennent
+à la race noire, l’autre tiers étant fourni par les familles
+maraboutiques du Hodh et de l’Azaouad.</p>
+
+<p>2<sup>o</sup> <em>Existe-t-il au Haut-Sénégal-Niger des langues
+écrites en dehors de l’arabe&nbsp;?</em> — J’ai par avance répondu
+négativement à cette question. Cependant il serait inexact de dire
+que l’arabe soit la seule langue du Haut-Sénégal-Niger qui
+s’écrive&nbsp;: j’ai dit seulement et je maintiens que l’arabe est
+la seule langue de la colonie méritant le titre de «&nbsp;langue
+écrite&nbsp;». On rencontre bien quelques spécimens écrits de
+quatre autres langues — le tamacheq, le zenaga, le peul et le
+haoussa —, mais ils sont en trop petit nombre et d’un caractère
+trop spécial pour que ces langues puissent revendiquer
+l’appellation de langues écrites, au moins en ce qui concerne le
+Haut-Sénégal-Niger.</p>
+
+<p>Le <em>tamacheq</em> possède un alphabet spécial, aujourd’hui
+bien connu, dont les caractères de forme géométrique (cercles,
+rectangles, lignes droites et points) portent le nom de
+<em>tifinarh</em>. La connaissance de ces caractères n’est que très
+peu généralisée chez les Touareg en général et elle est
+excessivement rare chez les Touareg du Soudan et du Sahara
+Soudanais. Quelques femmes seulement en détiennent l’usage et s’en
+servent pour tracer des devises sur des tambours, des boucliers de
+cuir ou autres objets&nbsp;; on rencontre parfois sur des rochers
+des inscriptions en <em>tifinarh</em>, mais les descendants de ceux
+qui les ont tracées sont incapables de les lire. Cet alphabet, qui
+ne possède aucun moyen de rendre la plupart des voyelles et se
+montre inférieur sous ce rapport à l’alphabet arabe lui-même, est
+par ailleurs excessivement défectueux. S’il existe quelques
+lettrés<span class="pagenum" id="Page_378">[378]</span> chez les
+Touareg, au moins dans les familles maraboutiques, ils se servent
+pour écrire de la langue et de l’alphabet arabes.</p>
+
+<p>Les Maures qui font encore usage du <em>zenaga</em> ont
+désappris complètement le maniement des caractères libyco-berbères
+qu’emploient encore, quoique d’une manière restreinte, les
+Touareg&nbsp;; comme les tribus de langue berbère d’Algérie et du
+Maroc, c’est des caractères arabes qu’ils se servent pour
+transcrire leur langue, mais ce procédé lui-même est à peu près
+inusité au Haut-Sénégal-Niger. Les quelques Maures parlant le
+zenaga que l’on rencontre en cette colonie, ou bien sont
+complètement illettrés, ou bien connaissent l’arabe écrit, et alors
+c’est de cette dernière langue qu’ils usent lorsqu’ils veulent
+confier quelque chose au papier.</p>
+
+<p>Quant au <em>peul</em> et au <em>haoussa</em>, il arrive que des
+lettrés musulmans parlant ces langues les écrivent au moyen de
+l’alphabet arabe, en donnant à certains caractères de cet alphabet
+une valeur conventionnelle spéciale ou en modifiant la valeur de
+tel ou tel caractère au moyen de points diacritiques
+supplémentaires, de façon à adapter à peu près l’alphabet arabe à
+la phonétique de ces langues. Ils ont même inventé un signe spécial
+— un point épais placé au dessous de la ligne d’écriture — pour
+représenter la voyelle <em>é</em>, qui n’a pas de signe
+correspondant en arabe et qui est d’un usage fréquent en peul et en
+haoussa. Mais, même ainsi modifié, l’alphabet arabe est encore bien
+défectueux pour rendre les sons de langues aussi différentes des
+langues sémitiques que le sont le peul, le haoussa et toutes les
+langues nègres d’ailleurs&nbsp;; la fréquence des voyelles, leur
+variété, leur importance morphologique, la quantité et la valeur
+des nasalisations constituent des obstacles qu’il est bien
+difficile de surmonter avec un instrument aussi peu approprié à
+l’expression des phonèmes vocaliques et nasaux que le système
+graphique des Arabes. De plus, il n’existe entre les lettrés peuls
+ou haoussa des diverses régions du Soudan aucune entente ni aucune
+possibilité d’entente sur les moyens à employer pour remédier aux
+inconvénients du système&nbsp;; en sorte que, à part quelques
+pratiques qui se sont généralisées à peu près partout — comme la
+représentation de la voyelle <em>é</em> par un point épais et celle
+du <em>d</em> spécial<span class="pagenum" id=
+"Page_379">[379]</span> des Peuls par un <em>thâ</em> —, les
+procédés diffèrent selon les pays et même, dans un pays donné,
+selon les individus, et il n’est pas rare qu’une page écrite en
+peul ou en haoussa soit à peu près inintelligible pour tout autre
+que celui qui l’a écrite. Comme d’autre part il est pratiquement
+nécessaire, pour être capable de transcrire du peul ou du haoussa
+en caractères arabes, de connaître au préalable l’arabe écrit
+lui-même, la plupart des lettrés préfèrent se servir tout bonnement
+de cette dernière langue&nbsp;; ils y sont d’autant plus portés
+que, s’ils ont à écrire à un correspondant parlant une autre langue
+que la leur, la lettre écrite en peul ou en haoussa ne serait pas
+comprise de ce correspondant tandis que la lettre écrite en arabe
+le sera toujours. Cependant, comme je le disais, on rencontre
+quelques spécimens de peul et de haoussa transcrits en caractères
+arabes&nbsp;: ce sont pour la plupart de petits poèmes imités ou
+traduits de l’arabe&nbsp;; ce sont parfois aussi des lettres
+échangées entre deux Peuls ou deux Haoussa dont l’un réside en un
+pays où sa langue n’est pas comprise et qui peuvent, en usant de ce
+système, préserver mieux le secret de leur correspondance qu’en se
+servant de la langue arabe.</p>
+
+<p>Aucune des autres langues du Haut-Sénégal-Niger, à ma
+connaissance, n’est écrite même occasionnellement<a id=
+"FNanchor_263"></a><a href="#Footnote_263" class=
+"fnanchor">[263]</a>. Ce n’est pas à dire qu’il n’existe pas de
+lettrés chez les Songaï, les Mandé, les Ouolofs, etc.&nbsp;; mais,
+lorsque ces lettrés veulent confier quelque chose au papier, c’est
+toujours de la langue arabe qu’ils se servent et non pas de leur
+langue propre. Tout au plus transcrivent-ils, dans le cours d’une
+lettre rédigée en arabe et au moyen de caractères arabes parfois
+modifiés à la façon des Peuls et des Haoussa, des mots de leur
+langue maternelle<span class="pagenum" id="Page_380">[380]</span>
+dont ils ignorent l’équivalent arabe ou encore des titres ou des
+noms propres. Parfois aussi les instituteurs musulmans, pour se
+rappeler le sens d’une expression arabe peu usuelle qu’ils auront à
+expliquer à leurs élèves, transcrivent en marge du texte arabe, ou
+dans l’interligne, la traduction de cette expression en langue
+indigène. Mais cela ne peut à aucun titre constituer une
+littérature.</p>
+
+<p>Les missionnaires chrétiens ont enseigné quelquefois à leurs
+néophytes un procédé de transcription de leur langue au moyen des
+caractères de l’alphabet latin&nbsp;: il ne semble pas que l’emploi
+de ce système ait dépassé les murs des écoles confessionnelles,
+sauf peut-être en ce qui concerne certains Ouolofs du Sénégal,
+convertis au christianisme depuis plusieurs générations. Les rares
+indigènes christianisés que j’ai rencontrés, lorsqu’ils avaient
+conservé quelque trace de l’instruction que leur avaient donnée les
+missionnaires, se servaient pour écrire, non pas de leur propre
+langue, mais de la langue française&nbsp;; je dois ajouter qu’ils
+m’ont tous paru avoir besoin d’un effort moindre pour écrire en
+français que pour transcrire les mots de leur langue maternelle en
+caractères français.</p>
+
+<p>3<sup>o</sup> <em>Littérature orale.</em> — Si aucune langue du
+Soudan en dehors de l’arabe ne mérite l’appellation de
+«&nbsp;langue écrite&nbsp;», si la littérature arabe soudanaise
+elle-même n’a guère produit — sauf de trop rares exceptions<a id=
+"FNanchor_264"></a><a href="#Footnote_264" class=
+"fnanchor">[264]</a> — d’œuvres vraiment originales en dehors de
+quelques diaires et obituaires et de correspondances sans grand
+intérêt, il n’en faudrait pas conclure qu’il n’existe au Soudan
+aucune littérature. Il existe au contraire en cette partie de
+l’Afrique une littérature populaire d’une extraordinaire richesse,
+mais elle est uniquement orale.</p>
+
+<p>Cette littérature n’est pas seulement riche&nbsp;; elle est
+variée et aborde tous les sujets. L’histoire et l’épopée y sont
+représentées par de très curieuses traditions relatives à l’origine
+des peuples et des tribus, aux faits et gestes des héros ou des
+guerriers célèbres&nbsp;: les légendes reproduites ou simplement
+résumées<span class="pagenum" id="Page_381">[381]</span> dans la
+seconde partie du présent ouvrage peuvent donner une idée du genre
+et de la large part qui y est faite au symbolisme et au
+merveilleux. Les fables sont légion au Soudan&nbsp;: on en pourrait
+faire de volumineux recueils qui rappelleraient à la fois nos vieux
+fabliaux, notre Roman de Renard et le bonhomme La Fontaine&nbsp;;
+c’est en général le lièvre qui est le héros de ces fables et qui
+joue aux autres animaux, à l’hyène notamment, les bons tours qui
+chez nous sont la spécialité du renard&nbsp;; la moralité des
+fables soudanaises n’est pas plus morale que celle des nôtres, mais
+elle exalte le plus souvent la finesse et la ruse aux dépens de la
+force. A côté des fables existent des proverbes, plus réellement
+moraux en général et fréquemment pétris du plus merveilleux bon
+sens, et aussi des énigmes qui servent à passer les soirées et qui
+aiguisent l’esprit. La poésie proprement dite est largement
+représentée, soit par d’interminables chansons épiques, soit par
+des chansons satiriques ou licencieuses, soit par de simples
+chansons d’amour&nbsp;: ces dernières sont les plus répandues parmi
+le commun du peuple et sont chantées surtout par les femmes au
+cours de leurs danses, tandis que les chansons épiques et
+satiriques sont plutôt récitées par ces professionnels que nous
+appelons les griots<a id="FNanchor_265"></a><a href="#Footnote_265"
+class="fnanchor">[265]</a>. Il faudrait encore, pour être complet,
+ajouter à cette énumération une sorte de littérature religieuse,
+comprenant des chants liturgiques, des formules de sacrifice,
+d’incantation et d’initiation, des légendes relatives aux génies et
+à leur action sur le monde, etc.</p>
+
+<p>Tous les peuples du Soudan ne brillent pas de même au point de
+vue littéraire. Les Mandé, supérieurs par ailleurs, ne détiennent
+sous ce rapport qu’un rang assez médiocre et sortent rarement de la
+banalité ordinaire&nbsp;; le côté poétique en tout cas leur fait
+généralement défaut. Les Sénoufo montrent<span class="pagenum" id=
+"Page_382">[382]</span> peut-être un peu plus d’imagination, mais
+ils possèdent mal l’art de la composition. Les peuples voltaïques
+et notamment les Mossi semblent beaucoup mieux doués<a id=
+"FNanchor_266"></a><a href="#Footnote_266" class=
+"fnanchor">[266]</a>, ainsi que les Songaï. Mais ce sont surtout
+les Peuls qui se distinguent par l’allure poétique de leurs
+chansons. Je me permets, pour en donner quelque idée, de traduire
+ici deux chansons peules recueillies dans la Boucle du Niger par M.
+le capitaine Figaret, de l’artillerie coloniale, qui m’en a très
+obligeamment communiqué le texte. Comme la traduction ne peut leur
+conserver l’allure élégante et harmonieuse que leur prêtent les
+assonances de la langue peule, je reproduis ci-dessous le texte
+lui-même, en le transcrivant de mon mieux selon les lois ordinaires
+de la prononciation française.</p>
+
+<p class="center space-above15">Chanson d’amour</p>
+
+<p class="center">(recueillie chez les Peuls Bari de Boromo, cercle
+de Koury).</p>
+
+<div class="linegrp-container">
+<div class="linegrp">
+<div class="group">
+<div class="line indent0"><em>Kâmou balni balnougol bouguêdyi,</em>
+</div>
+
+<div class="line indent0"><em>Misso missi missougol
+birâdam&nbsp;;</em><a id="FNanchor_267"></a><a href="#Footnote_267"
+class="fnanchor">[267]</a>
+</div>
+
+<div class="line indent0"><em>Fowrou oulli, diko laddé
+dyaboké...</em>
+</div>
+
+<div class="line indent0"><em>Ndên é danêdyo wéli goundidâdé.</em>
+</div>
+</div>
+
+<div class="group">
+<div class="line indent0">Le ciel s’assombrit du bleu sombre des
+guinées<a id="FNanchor_268"></a><a href="#Footnote_268" class=
+"fnanchor">[268]</a>,</div>
+
+<div class="line indent0">Le brouillard laisse égoutter une rosée
+de lait frais<a id="FNanchor_269"></a><a href="#Footnote_269"
+class="fnanchor">[269]</a>&nbsp;;</div>
+
+<div class="line indent0">L’hyène rugit, l’aîné de la brousse
+répond...<a id="FNanchor_270"></a><a href="#Footnote_270" class=
+"fnanchor">[270]</a>.</div>
+
+<div class="line indent0">C’est alors qu’avec un ami au teint clair
+il fait bon chuchoter.</div>
+</div>
+</div>
+</div>
+
+<p class="center space-above15"><span class="pagenum" id=
+"Page_383">[383]</span>Chanson guerrière</p>
+
+<p class="center">(recueillie chez les Peuls du Djilgodi).<a id=
+"FNanchor_271"></a><a href="#Footnote_271" class=
+"fnanchor">[271]</a></p>
+
+<div class="linegrp-container">
+<div class="linegrp">
+<div class="group">
+<div class="line indent4"><em>Dyibo ouendou&nbsp;:</em>
+</div>
+
+<div class="line indent0"><em>Ardi dyam yara loto, ardi boné yara
+dyidyam.</em>
+</div>
+
+<div class="line indent4"><em>Ndou filirâma kaï goudyi&nbsp;:</em>
+</div>
+
+<div class="line indent0"><em>Alla doma fa ouéta, gaoué doma fa
+hîra.</em>
+</div>
+
+<div class="line indent0"><em>Lîlêté ndou dyadyâdi, ndou lîlatâké
+goudé rèoubé.</em>
+</div>
+
+<div class="line indent4"><em>Ouendou paté filâma&nbsp;;</em>
+</div>
+
+<div class="line indent0"><em>Gaoué bonndé ndèr ouendou, dyoga
+dyokâdyi ndèr ouendou&nbsp;;</em>
+</div>
+
+<div class="line indent0"><em>Talmêté ndou kôé maïbé, ndou
+talmatâké dèn talbé.</em>
+</div>
+
+<div class="line indent4"><em>Boukari Koutou fîli èn,</em>
+</div>
+
+<div class="line indent0"><em>Filiri èn oudyouné gou, namtorîma
+lotyi goursi...</em>
+</div>
+
+<div class="line indent4"><em>Méti ngardo kala dilla&nbsp;!</em>
+</div>
+
+<div class="line indent0"><em>Yoppa tyoppi ouendou ndèr
+ouendou&nbsp;!</em>
+</div>
+
+<div class="line indent0"><em>Kyendé-kyendé, bi-ngal
+Mossi-nké&nbsp;!</em>
+</div>
+
+<div class="line indent0"><em>Kyendé-kyendé mèn bowâ, milla-milla
+mèn bowi.</em>
+</div>
+</div>
+
+<div class="group">
+<div class="line indent4">A Djibo est un étang&nbsp;:</div>
+
+<div class="line indent0">Celui qui apporte le bien peut s’y
+désaltérer et s’y baigner, celui qui apporte le mal s’y abreuvera
+de sang.</div>
+
+<div class="line indent4">Il a été entouré d’étalons<a id=
+"FNanchor_272"></a><a href="#Footnote_272" class=
+"fnanchor">[272]</a>&nbsp;:</div>
+
+<div class="line indent0">Dieu veille du soir au matin et les
+lances veillent du matin au soir.</div>
+
+<div class="line indent0">Ses rives seront couvertes d’entrailles,
+elles ne seront plus couvertes de pagnes de femmes<a id=
+"FNanchor_273"></a><a href="#Footnote_273" class=
+"fnanchor">[273]</a>.</div>
+
+<div class="line indent0">Autour de l’étang des haies de mimosa
+épineux ont été disposées&nbsp;;</div>
+
+<div class="line indent0">Des lances perfides sont dans l’étang, il
+y a des armes dans l’étang&nbsp;;</div>
+
+<div class="line indent0">Il sera planté de têtes de morts, il ne
+sera plus planté de nénuphars.</div>
+
+<div class="line indent4"><span class="pagenum" id=
+"Page_384">[384]</span>Boukari Koutou nous a entourés,</div>
+
+<div class="line indent0">Il nous a entourés de milliers d’étalons,
+il a disposé en cercle des pirogues remplies de fusils...<a id=
+"FNanchor_274"></a><a href="#Footnote_274" class=
+"fnanchor">[274]</a></div>
+
+<div class="line indent0">Que tout homme venu ici avec la colère
+s’en aille&nbsp;!</div>
+
+<div class="line indent0">Qu’il laisse les oiseaux de l’étang dans
+l’étang&nbsp;!</div>
+
+<div class="line indent0"><em>Kyendé-kyendé</em><a id=
+"FNanchor_275"></a><a href="#Footnote_275" class=
+"fnanchor">[275]</a>, grand fils des Mossi&nbsp;!</div>
+
+<div class="line indent0">Ce n’est pas <em>kyendé-kyendé</em> que
+nous voulons, c’est <em>milla-milla</em><a id=
+"FNanchor_276"></a><a href="#Footnote_276" class=
+"fnanchor">[276]</a> qui nous fait plaisir.</div>
+</div>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="decor width8">
+
+<div class="plate"><span class="pagenum" id="Page_385">[385]</span>
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="map07"><a href="images/map07_large.jpg"><img src=
+'images/map07.jpg' alt=''></a>
+<p class="cp1">Carte 7. — Zones d’extension des langues
+principales.</p>
+</figure>
+</div>
+</div>
+
+<div class="footnotes" id="ftp3c01">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_249"></a><a href="#FNanchor_249"><span class=
+"label">[249]</span></a>Voir en particulier&nbsp;: <em>Die
+Sudansprachen, eine sprachvergleichende Studie</em>, par Diedrich
+Westermann (Hamburg, 1911, gr. in-8) et la carte linguistique de
+Bernhard Struck.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_250"></a><a href="#FNanchor_250"><span class=
+"label">[250]</span></a>Voir plus loin les <a href=
+"#p3c02">tableaux comparatifs</a> du chapitre II.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_251"></a><a href="#FNanchor_251"><span class=
+"label">[251]</span></a>J’ai distingué les trois groupes de la
+famille mandé en donnant à chacun comme nom le mot employé le plus
+généralement dans les langues du groupe pour exprimer le nombre
+«&nbsp;dix&nbsp;»&nbsp;; je ne prétends pas du tout indiquer par là
+que ces diverses manières de rendre le nombre «&nbsp;dix&nbsp;»
+soient la caractéristique des différences séparant les trois
+groupes&nbsp;: il s’agit simplement d’appellations qui m’ont paru
+commodes et de nature à représenter objectivement la chose qu’elles
+sont chargées de représenter, de la même manière que les
+appellations de «&nbsp;langues d’oc&nbsp;» et «&nbsp;langues
+d’oïl&nbsp;» sont employées chez nous.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_252"></a><a href="#FNanchor_252"><span class=
+"label">[252]</span></a>Le <em>kâgoro</em> pourrait à la rigueur
+être considéré comme un simple dialecte intermédiaire entre le
+soninké et le mandingue&nbsp;; on ne possède d’ailleurs que fort
+peu de renseignements sur cet idiome.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_253"></a><a href="#FNanchor_253"><span class=
+"label">[253]</span></a>Le groupe mandé-tan possède deux autres
+langues, non représentées au Haut-Sénégal-Niger&nbsp;: le
+<em>ligbi</em> (dialectes <em>ligbi</em>, <em>huéla</em> et
+<em>noumou</em>), parlé à la Côte d’Ivoire et à la Côte d’Or, et le
+<em>vaï</em>, parlé au Libéria.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_254"></a><a href="#FNanchor_254"><span class=
+"label">[254]</span></a>Le rattachement des langues
+<em>samorho</em> et <em>sia</em> est encore douteux, ainsi que
+celui des quatre dialectes mal définis. Le groupe mandé-fou possède
+beaucoup d’autres langues et dialectes non représentés au
+Haut-Sénégal-Niger&nbsp;: le <em>mendé</em> et le <em>landorho</em>
+(Sierra-Leone), le <em>toma</em> et le <em>guerzé</em> (Guinée), le
+<em>dan</em>, le <em>toura</em>, le <em>lo</em> ou gouro, le
+<em>mona</em>, le <em>nouan</em>, le <em>ngan</em> et le
+<em>gbin</em> (Côte d’Ivoire).</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_255"></a><a href="#FNanchor_255"><span class=
+"label">[255]</span></a>De nombreux dialectes de la langue sénoufo
+sont en outre parlés à la Côte d’Ivoire.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_256"></a><a href="#FNanchor_256"><span class=
+"label">[256]</span></a>En dehors du Haut-Sénégal-Niger, le groupe
+mossi possède à la Côte d’Or le <em>dagomba</em>, le
+<em>gbanian</em>, le <em>boura</em> ou frafra et le
+<em>mampoursi</em>&nbsp;; il est probable que les deux premiers de
+ces quatre idiomes sont des dialectes appartenant à la même langue
+que le dagari et que les deux autres sont des dialectes appartenant
+à la même langue que le nankana — J’ai des raisons de croire que
+les <em>Samo</em>, en outre d’un dialecte de la langue mossi,
+possèdent un idiome spécial qu’il faudrait peut-être rattacher à la
+famille mandé.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_257"></a><a href="#FNanchor_257"><span class=
+"label">[257]</span></a>Appartiennent au même groupe le
+<em>siti</em> et le <em>dégha</em> de la Côte d’Ivoire.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_258"></a><a href="#FNanchor_258"><span class=
+"label">[258]</span></a>Ce groupe est surtout représenté au Dahomey
+et au Togo, tant par le bariba et le soumba que par d’autres
+langues ou dialectes (<em>kaouri</em> ou kabré, <em>kotokoli</em>,
+<em>pila-pila</em>, <em>ouindji-ouindji</em>, etc.).</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_259"></a><a href="#FNanchor_259"><span class=
+"label">[259]</span></a>L’autre groupe ou <em>groupe sérère</em>
+comprend le <em>kéguem</em> ou sérère proprement dit et le
+<em>none</em>, parlés uniquement au Sénégal.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_260"></a><a href="#FNanchor_260"><span class=
+"label">[260]</span></a>Je lui donne ce nom parce que son domaine
+s’étend, d’une manière générale, du bas Niger au Logone, affluent
+du Tchad.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_261"></a><a href="#FNanchor_261"><span class=
+"label">[261]</span></a>Voir les <a href="#map06">cartes 6</a> et
+<a href="#map07">7,</a> pages 355 et 385.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_262"></a><a href="#FNanchor_262"><span class=
+"label">[262]</span></a>Sous réserve du fait probable, mais non
+démontré encore, que les Samo feraient usage d’une langue nationale
+d’origine mandé et ne parleraient le mossi qu’à titre de langue
+secondaire.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_263"></a><a href="#FNanchor_263"><span class=
+"label">[263]</span></a>L’une des langues mandé du groupe
+mandé-tan, le vaï, est une langue écrite et possède même un
+alphabet original, du type syllabique, qui lui est propre et a été
+créé de toutes pièces par les Vaï eux-mêmes. C’est probablement la
+seule langue nègre qui possède un système graphique non emprunté au
+dehors et qui en fasse couramment usage, bien qu’on ait signalé
+récemment un autre exemple de ce phénomène au Cameroun. Je ne cite
+ce cas que pour mémoire, la langue et l’alphabet vaï étant
+localisés à une province du Libéria et à une toute petite fraction
+de la colonie anglaise de Sierra-Leone.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_264"></a><a href="#FNanchor_264"><span class=
+"label">[264]</span></a>Il convient en particulier de faire état,
+parmi ces exceptions, d’ouvrages d’histoire tels que le
+<em>Tarikh-es-Soudân</em>, le <em>Tedzkiret-en-Nisiân</em> et
+d’autres non publiés encore.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_265"></a><a href="#FNanchor_265"><span class=
+"label">[265]</span></a>M. Dupuis-Yakouba, adjoint principal des
+affaires indigènes à Tombouctou, vient de publier chez l’éditeur
+Leroux le texte et la traduction d’un véritable poème épique songaï
+célébrant les hauts faits des premiers Gow, qui constituèrent chez
+les Songaï la caste des chasseurs. Par son sujet, sa manière et ses
+dimensions, ce spécimen de la littérature orale du Soudan est tout
+à fait remarquable.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_266"></a><a href="#FNanchor_266"><span class=
+"label">[266]</span></a>Voir les spécimens de littérature mossi
+publiés et traduits par M. Froger, adjoint des affaires indigènes,
+dans son <em>Etude de la langue des Mossi</em>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_267"></a><a href="#FNanchor_267"><span class=
+"label">[267]</span></a>Variante&nbsp;: <em>Bâdé sokki tyokkougol
+birâdam</em>, la brume laisse filer un filet de lait frais.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_268"></a><a href="#FNanchor_268"><span class=
+"label">[268]</span></a>Il s’agit de ces cotonnades d’un bleu
+sombre tirant sur le noir, analogue à la teinte que prend le
+firmament à la tombée de la nuit.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_269"></a><a href="#FNanchor_269"><span class=
+"label">[269]</span></a>Allusion à la rosée du soir qui prend
+souvent, à l’obscurité naissante, une teinte laiteuse.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_270"></a><a href="#FNanchor_270"><span class=
+"label">[270]</span></a>L’aîné de la brousse est l’un des surnoms
+du lion.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_271"></a><a href="#FNanchor_271"><span class=
+"label">[271]</span></a>Relative à une incursion que fit Boukari
+Koutou, empereur mossi de Ouagadougou, dans le Djilgodi vers 1890,
+incursion au cours de laquelle il fut repoussé par les Peuls près
+de la mare de Djibo.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_272"></a><a href="#FNanchor_272"><span class=
+"label">[272]</span></a>Allusion à la cavalerie peule envoyée pour
+soutenir le choc de l’armée mossi.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_273"></a><a href="#FNanchor_273"><span class=
+"label">[273]</span></a>D’habitude les rives de l’étang sont
+couvertes des pagnes que les femmes y ont lavés et qu’elles
+étendent sur le sable pour les faire sécher.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_274"></a><a href="#FNanchor_274"><span class=
+"label">[274]</span></a>Allusion aux dispositions stratégiques
+prises par Boukari Koutou, qui avait envoyé sa cavalerie des deux
+côtés de l’étang pour faire un mouvement tournant et l’avait
+appuyée par un demi-cercle de fusilliers garnissant la rive
+sud.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_275"></a><a href="#FNanchor_275"><span class=
+"label">[275]</span></a>Formule de salutation en usage chez les
+Mossi.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_276"></a><a href="#FNanchor_276"><span class=
+"label">[276]</span></a>Formule de salutation en usage chez les
+Peuls.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3 class="pb"><span class="pagenum" id=
+"Page_387">[387]</span><a id="p3c02"></a>CHAPITRE II</h3>
+
+<p class="sch1">Linguistique comparée</p>
+
+<p>Le cadre et le caractère général de cet ouvrage ne me permettent
+pas de tenter ici une étude comparative détaillée des nombreuses
+langues en usage dans le Haut-Sénégal-Niger. Il me serait
+d’ailleurs difficile de mener à bien une pareille étude, vu l’état
+encore bien précaire des connaissances aujourd’hui acquises sur
+beaucoup de ces langues. Je voudrais essayer seulement d’esquisser
+à grands traits, sous une forme brève et précise, les
+caractéristiques principales de chaque famille linguistique, en
+m’en tenant aux généralités. J’ai disposé ces indications par
+tableaux successifs, afin de faciliter les comparaisons et de
+permettre de voir, d’un seul coup d’œil, par où les diverses
+familles diffèrent les unes des autres et par où au contraire
+certaines ont entre elles des points de contact et des
+affinités.</p>
+
+<p>Pour les familles sémitique, hamitique, nigéro-logonaise et
+sénégalaise, j’ai pris comme types de comparaison les seules
+langues de ces familles représentées au Haut-Sénégal-Niger,
+c’est-à-dire l’arabe, le tamacheq, le haoussa et le ouolof. Les
+familles tekrourienne, songaï et sénoufo ne possédant chacune
+qu’une langue unique, c’est tout naturellement cette langue qui a
+été prise comme terme de comparaison. En ce qui concerne les
+familles mandé et voltaïque, les observations s’appliquent à
+l’ensemble des langues de chacune de ces deux familles.</p>
+
+<h4 class="bold"><span class="pagenum" id=
+"Page_388">[388]</span><a id="p3c02s1"></a>I. — Composition et
+formation des mots.</h4>
+
+<p class="center sect">1<sup>o</sup> <em>Composition habituelle des
+racines</em> (pronoms et particules mis à part).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Arabe</em>&nbsp;: trois consonnes sans
+voyelle&nbsp;; quelquefois quatre consonnes.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Tamacheq</em>&nbsp;: une consonne&nbsp;; deux
+consonnes&nbsp;; deux consonnes avec une voyelle intercalée&nbsp;;
+quelques racines sont terminées par une voyelle.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Haoussa</em>&nbsp;: une consonne suivie d’une
+voyelle&nbsp;; deux consonnes avec une voyelle intercalée&nbsp;;
+une consonne suivie d’une voyelle puis de deux consonnes.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Ouolof</em>&nbsp;: deux consonnes avec une
+voyelle intercalée (la deuxième consonne pouvant n’être qu’une
+semi-voyelle)&nbsp;; parfois une consonne suivie d’une voyelle puis
+de deux consonnes.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Peul</em>&nbsp;: deux consonnes avec une
+voyelle intercalée&nbsp;; une consonne suivie d’une voyelle puis de
+deux consonnes.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Songaï</em>&nbsp;: une consonne suivie d’une
+voyelle&nbsp;; deux consonnes avec une voyelle intercalée&nbsp;;
+une consonne suivie d’une voyelle puis de deux consonnes&nbsp;;
+peut-être aussi une consonne, une voyelle, une consonne, une
+voyelle (douteux).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Mandé</em>&nbsp;: une consonne suivie d’une
+voyelle&nbsp;; une voyelle entre deux consonnes (rare)&nbsp;;
+peut-être aussi une consonne, une voyelle, une consonne, une
+voyelle (douteux).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Sénoufo</em>&nbsp;: une consonne suivie d’une
+voyelle&nbsp;; une voyelle entre deux consonnes (rare)&nbsp;;
+peut-être aussi une consonne, une voyelle, une consonne, une
+voyelle (douteux).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Voltaïque</em>&nbsp;: une voyelle entre deux
+consonnes&nbsp;; une voyelle précédée d’une consonne et suivie de
+deux consonnes&nbsp;; aussi une consonne suivie d’une voyelle.</p>
+
+<p class="center sect">2<sup>o</sup> <em>Emploi des racines
+isolées.</em></p>
+
+<p class="hang1"><em>Arabe</em>&nbsp;: la racine ne peut s’employer
+seule (certains pronoms et particules mis à part).</p>
+
+<p class="hang1"><span class="pagenum" id=
+"Page_389">[389]</span><em>Tamacheq</em>&nbsp;: certaines racines
+peuvent s’employer seules.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Haoussa</em>&nbsp;: la plupart des racines
+peuvent s’employer seules.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Ouolof</em>&nbsp;: la racine peut s’employer
+seule.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Peul</em>&nbsp;: la racine ne peut s’employer
+seule (exception faite de certains pronoms et particules, ainsi que
+des impératifs et de quelques abréviations usuelles).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Songaï</em>&nbsp;: la racine peut s’employer
+seule.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Mandé</em>&nbsp;: la racine peut s’employer
+seule.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Sénoufo</em>&nbsp;: certaines racines peuvent
+s’employer seules, d’autres ne le peuvent pas.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Voltaïque</em>&nbsp;: les racines ne peuvent
+s’employer seules que dans certains cas déterminés et seulement
+lorsqu’elles sont à terminaison vocalique (sauf quelques exceptions
+d’ailleurs douteuses).</p>
+
+<p class="center sect">3<sup>o</sup> <em>Mode de formation des
+mots.</em></p>
+
+<p class="hang1"><em>Arabe</em>&nbsp;: flexion interne et
+désinencielle&nbsp;; agglutinisme par préfixes, infixes et
+suffixes.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Tamacheq</em>&nbsp;: flexion interne et
+désinencielle&nbsp;; agglutinisme par préfixes, infixes et
+suffixes.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Haoussa</em>&nbsp;: flexion interne et
+désinencielle&nbsp;; agglutinisme par préfixes et suffixes.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Ouolof</em>&nbsp;: pas de flexion&nbsp;;
+agglutinisme par suffixes seulement.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Peul</em>&nbsp;: pas de flexion&nbsp;;
+agglutinisme par suffixes seulement.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Songaï</em>&nbsp;: pas de flexion&nbsp;;
+agglutinisme par suffixes (avec un exemple unique de préfixe&nbsp;:
+<em>i</em> devant l’adjectif attribut)&nbsp;; juxtaposition de
+racines ou de radicaux.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Mandé</em>&nbsp;: pas de flexion&nbsp;;
+agglutinisme par suffixes et très rarement par préfixes (pour
+former des verbes causatifs ou factitifs)&nbsp;; juxtaposition de
+racines ou de radicaux.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Sénoufo</em>&nbsp;: pas de flexion&nbsp;;
+agglutinisme par suffixes seulement&nbsp;; juxtaposition de racines
+pures placées devant d’autres racines ou des radicaux.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Voltaïque</em>&nbsp;: mêmes modes de formation
+que pour le sénoufo.</p>
+
+<p class="center sect"><span class="pagenum" id=
+"Page_390">[390]</span>4<sup>o</sup> <em>Modifications
+morphologiques des consonnes radicales</em><br>
+(modifications dialectales ou euphoniques mises à part).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Arabe</em>&nbsp;: aucune modification, sauf
+par redoublement.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Tamacheq</em>&nbsp;: aucune modification, sauf
+par redoublement.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Haoussa</em>&nbsp;: aucune modification, sauf
+par redoublement.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Ouolof</em>&nbsp;: très nombreux cas de
+modification morphologique de certaines consonnes radicales.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Peul</em>&nbsp;: modification morphologique et
+syntaxique régulière de certaines consonnes radicales.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Songaï</em>&nbsp;: aucune modification.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Mandé</em>&nbsp;: aucune modification (sauf
+quelques cas dans le groupe mandé-tamou).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Sénoufo</em>&nbsp;: quelques cas de
+modification morphologique des consonnes radicales.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Voltaïque</em>&nbsp;: cas nombreux de
+modification morphologique de certaines consonnes radicales.</p>
+
+<h4 class="bold"><a id="p3c02s2"></a>II. — Morphologie et
+syntaxe.</h4>
+
+<p class="center sect">1<sup>o</sup> <em>Genres et
+classes.</em></p>
+
+<p class="hang1"><em>Arabe</em>&nbsp;: deux genres distingués aux
+deux nombres dans les pronoms, les noms, les adjectifs, les
+participes et les verbes (au moyen de suffixes ou flexions
+désinencielles dans les noms, adjectifs et participes, de préfixes
+et de suffixes dans les verbes).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Tamacheq</em>&nbsp;: deux genres distingués
+aux deux nombres dans les pronoms, les noms, les participes et les
+verbes (au moyen de préfixes et de suffixes dans les noms et les
+participes comme dans les verbes).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Haoussa</em>&nbsp;: deux genres distingués au
+singulier seulement dans les pronoms, les noms, les adjectifs et
+les participes, mais non dans les verbes, à l’exception d’une forme
+verbale féminine pour le verbe «&nbsp;être&nbsp;»&nbsp;:
+<em>tché</em> (au moyen de flexions désinencielles dans les noms et
+les participes, de flexions désinencielles ou de préfixes dans les
+adjectifs).</p>
+
+<p class="hang1"><span class="pagenum" id=
+"Page_391">[391]</span><em>Ouolof</em>&nbsp;: pas de genres, mais
+un grand nombre de classes de noms distinguées par des articles
+spéciaux ou particules de détermination suffixées.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Peul</em>&nbsp;: pas de genres, mais un grand
+nombre de classes de noms et de participes distinguées par des
+suffixes spéciaux, par l’emploi de pronoms différents et par la
+modification de certaines consonnes radicales.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Songaï</em>&nbsp;: ni genres ni classes.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Mandé</em>&nbsp;: ni genres ni classes.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Sénoufo</em>&nbsp;: pas de genres, mais des
+classes de noms distinguées par des suffixes spéciaux.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Voltaïque</em>&nbsp;: pas de genres, mais des
+classes de noms distinguées par des suffixes spéciaux.</p>
+
+<p class="center sect">2<sup>o</sup> <em>Nombres.</em></p>
+
+<p class="hang1"><em>Arabe</em>&nbsp;: trois nombres distingués
+dans les pronoms, les noms, les adjectifs, les participes et les
+verbes (au moyen de flexions, d’infixes et de suffixes dans les
+noms, les adjectifs et les participes, et de préfixes et suffixes
+dans les verbes).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Tamacheq</em>&nbsp;: deux nombres distingués
+dans les pronoms, les noms, les participes et les verbes (au moyen
+de flexions, de préfixes et de suffixes dans les noms et les
+participes, et de préfixes et suffixes dans les verbes).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Haoussa</em>&nbsp;: deux nombres distingués
+dans les pronoms, les noms, les adjectifs et les participes, mais
+non dans les verbes (au moyen de flexions internes ou
+désinencielles dans les noms et les participes, de flexions ou
+préfixes dans les adjectifs).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Ouolof</em>&nbsp;: deux nombres distingués
+seulement dans les pronoms et dans les articles ou particules de
+détermination du nom, par des formes spéciales pour chaque
+nombre.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Peul</em>&nbsp;: deux nombres distingués dans
+les pronoms, les noms, les participes et certains verbes (dans les
+noms et les participes au moyen de suffixes spéciaux à chaque
+nombre et par la modification de certaines consonnes radicales,
+dans les verbes par une modification analogue et — dans quelques
+cas — par des suffixes spéciaux).</p>
+
+<p class="hang1"><span class="pagenum" id=
+"Page_392">[392]</span><em>Songaï</em>&nbsp;: deux nombres
+distingués dans les pronoms et les noms seulement (dans les noms
+par l’addition d’un suffixe à la forme du singulier).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Mandé</em>&nbsp;: comme en songaï, avec cette
+différence que, dans certaines langues ou certains dialectes, le
+suffixe indiquant le pluriel peut se substituer à la voyelle
+terminale de la forme du singulier et que, dans le groupe
+mandé-tamou, on rencontre des cas de modification de la première
+consonne radicale.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Sénoufo</em>&nbsp;: deux nombres distingués
+dans les pronoms et les noms (dans les noms par addition d’un
+suffixe à la forme du singulier ou au moyen de suffixes spéciaux à
+chaque nombre, et parfois au moyen de la modification de certaines
+consonnes radicales).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Voltaïque</em>&nbsp;: deux nombres distingués
+dans les pronoms et les noms (dans les noms au moyen de suffixes
+spéciaux à chaque nombre et parfois au moyen de la modification de
+certaines consonnes radicales).</p>
+
+<p class="hang1">Remarque. — Dans les langues arabe, tamacheq,
+haoussa, peule et voltaïques, les noms prennent toujours la marque
+du pluriel, même si la pluralité est indiquée d’autre part à l’aide
+d’un nom de nombre ou d’un déterminatif ou qualificatif de
+quantité&nbsp;; au contraire dans les familles songaï et mandé, la
+marque du pluriel disparaît si la pluralité est indiquée d’autre
+part, ne serait-ce que par le contexte&nbsp;; en sénoufo, les deux
+phénomènes se rencontrent concurremment.</p>
+
+<p class="center sect">3<sup>o</sup> <em>Modifications de l’idée
+verbale</em> (personnes, temps, modes, voix, formes).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Arabe</em>&nbsp;: personnes, temps, modes,
+voix passive, formes dérivées indiqués par flexions, préfixes,
+infixes et suffixes.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Tamacheq</em>&nbsp;: personnes, temps ou
+modes, formes dérivées indiqués par préfixes, infixes et
+suffixes&nbsp;; une seule voix.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Haoussa</em>&nbsp;: personnes indiquées par
+les pronoms sujets&nbsp;; temps ou modes indiqués par particules ou
+auxiliaires préfixés et parfois par suffixes ou flexions
+désinencielles, ou encore par l’emploi de pronoms sujets
+spéciaux&nbsp;; voix passive indiquée<span class="pagenum" id=
+"Page_393">[393]</span> par un préfixe (<em>a</em>) et par
+l’inversion du pronom sujet&nbsp;: assez nombreuses formes dérivées
+indiquées par suffixes ou flexions désinencielles.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Ouolof</em>&nbsp;: personnes indiquées par les
+pronoms sujets&nbsp;; temps ou modes indiqués par suffixes ou par
+auxiliaires préfixés ou parfois par la place du pronom sujet par
+rapport au verbe&nbsp;; une seule voix&nbsp;; formes dérivées
+nombreuses, indiquées par des suffixes.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Peul</em>&nbsp;: personnes indiquées par les
+pronoms sujets et parfois, à l’impératif, par des suffixes&nbsp;;
+temps ou modes indiqués par des suffixes et quelquefois par des
+auxiliaires préfixés&nbsp;; trois voix (active, passive et moyenne
+ou réfléchie), indiquées par des suffixes spéciaux&nbsp;; très
+nombreuses formes dérivées, indiquées par des suffixes.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Songaï</em>&nbsp;: personnes indiquées par les
+pronoms sujets&nbsp;; temps ou modes indiqués par particules ou
+auxiliaires préfixés&nbsp;; une seule voix&nbsp;; deux formes
+dérivées (l’intensive marquée par simple redoublement, la factitive
+ou causative indiquée par un suffixe).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Mandé</em>&nbsp;: personnes indiquées par les
+pronoms sujets&nbsp;; temps ou modes indiqués par particules ou
+auxiliaires préfixés ou suffixés&nbsp;; voix passive indiquée par
+une particule suffixée ou simplement par l’absence de régime
+direct&nbsp;; quelques formes dérivées indiquées par préfixes ou
+suffixes.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Sénoufo</em>&nbsp;: personnes indiquées par
+les pronoms sujets&nbsp;; temps ou modes indiqués par particules ou
+auxiliaires préfixés (peut-être aussi quelquefois par particules
+suffixées)&nbsp;; voix (?)&nbsp;; formes (?).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Voltaïque</em>&nbsp;: personnes indiquées par
+les pronoms sujets&nbsp;; temps ou modes indiqués par suffixes et
+par particules ou auxiliaires préfixés&nbsp;; une seule voix
+(?)&nbsp;; formes dérivées indiquées par suffixes.</p>
+
+<p class="center sect">4<sup>o</sup> <em>Négation.</em></p>
+
+<p class="hang1"><em>Arabe</em>&nbsp;: indiquée par une particule
+préfixée au verbe (particules diverses selon les temps&nbsp;:
+<em>lâ</em>, <em>mâ</em>, <em>lam</em>).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Tamacheq</em>&nbsp;: même système (une seule
+particule&nbsp;: <em>our</em> ou <em>ou</em>).</p>
+
+<p class="hang1"><span class="pagenum" id=
+"Page_394">[394]</span><em>Haoussa</em>&nbsp;: indiquée par la
+particule <em>ba</em> placée au commencement et à la fin de la
+proposition (à l’impératif par la particule <em>kada</em> au début
+de la proposition).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Ouolof</em>&nbsp;: indiquée par un suffixe qui
+se place entre le radical du verbe et le suffixe de conjugaison ou
+bien par un auxiliaire négatif préfixé au verbe.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Peul</em>&nbsp;: indiquée par des suffixes de
+conjugaison spéciaux et, à l’impératif, par un auxiliaire négatif
+ou une particule négative préfixés au verbe.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Songaï</em>&nbsp;: indiquée par une particule
+préfixée au verbe (<em>na</em> pour le passé, <em>si</em> pour le
+futur).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Mandé</em>&nbsp;: indiquée par une particule
+ou un auxiliaire négatif préfixés au verbe (particules et
+auxiliaires divers selon les temps, modes ou voix&nbsp;: en
+mandingue <em>tè</em> pour le présent, <em>ti</em> pour le futur,
+<em>kana</em> pour l’injonctif, <em>ma</em> pour le passé et le
+passif).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Sénoufo</em>&nbsp;: indiquée par une particule
+préfixée au verbe (particules diverses selon les temps ou modes) et
+souvent précisée par l’addition d’une autre particule suffixée au
+verbe.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Voltaïque</em>&nbsp;: indiquée par une
+particule préfixée au verbe ou à l’auxiliaire de conjugaison
+(particules diverses selon les temps ou modes) et souvent précisée
+par l’addition d’une autre particule suffixée au verbe.</p>
+
+<p class="hang1 sect">5<sup>o</sup> <em>Interrogation</em> (en
+dehors des cas où la proposition renferme un pronom ou adverbe
+marquant par lui-même l’interrogation, comme «&nbsp;qui&nbsp;?
+quoi&nbsp;? quand&nbsp;? où&nbsp;? comment&nbsp;? etc.&nbsp;»).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Arabe</em>&nbsp;: particule interrogative au
+début de la proposition ou (dans la langue vulgaire) mot
+interrogatif suffixé au verbe, ou encore particule signifiant
+«&nbsp;ou bien non&nbsp;» (<em>aou-lâ</em>) placée à la fin de la
+proposition.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Tamacheq</em>&nbsp;: particule interrogative
+signifiant «&nbsp;ou bien&nbsp;» (<em>mirh</em>) placée à la fin de
+la proposition.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Haoussa</em>&nbsp;: particule ou formule
+interrogative signifiant «&nbsp;ou bien&nbsp;» (<em>ko</em>) ou
+encore «&nbsp;ou bien pas ainsi&nbsp;» (<em>ko ba hakka ba</em>)
+placée à la fin de la proposition&nbsp;; emploi de formes spéciales
+du verbe<span class="pagenum" id="Page_395">[395]</span>
+«&nbsp;être&nbsp;», selon son sens, dans les phrases
+interrogatives.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Ouolof</em>&nbsp;: particule interrogative au
+début de la proposition.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Peul</em>&nbsp;: particule interrogative au
+début de la proposition (<em>yalla</em>) ou plus fréquemment
+particule interrogative à la fin de la proposition (<em>nâ</em>) ou
+les deux employées simultanément, ou encore emploi de l’inversion
+(le sujet se plaçant après le verbe, avec modification
+morphologique de l’un et de l’autre dans certains cas).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Songaï</em>&nbsp;: particule interrogative
+signifiant «&nbsp;ou bien&nbsp;» (<em>ouala</em>) placée à la fin
+de la proposition.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Mandé</em>&nbsp;: même système (particule
+<em>ouala</em> ou <em>ouâ</em> ou <em>â</em> en mandingue).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Sénoufo</em>&nbsp;: même système.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Voltaïque</em>&nbsp;: même système.</p>
+
+<p class="hang1">Remarque. — Dans toutes les familles
+linguistiques, l’intonation seule, sans emploi d’aucune particule
+spéciale, peut suffire à exprimer l’interrogation.</p>
+
+<p class="center sect">6<sup>o</sup> <em>Adjectif.</em></p>
+
+<p class="hang1"><em>Arabe</em>&nbsp;: des adjectifs proprement
+dits existent en dehors des participes.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Tamacheq</em>&nbsp;: pas d’adjectifs&nbsp;;
+les participes et les verbes qualificatifs en tiennent lieu.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Haoussa</em>&nbsp;: adjectifs propres,
+adjectifs composés d’un substantif ou d’un verbe précédé d’un
+préfixe, participes et infinitifs passifs employés
+adjectivement.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Ouolof</em>&nbsp;: pas d’adjectifs ni de
+participes&nbsp;; les verbes qualificatifs en tiennent lieu, soit
+conjugués soit précédés d’une sorte de pronom relatif qui n’est en
+somme qu’une particule spéciale de détermination suffixée au
+substantif.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Peul</em>&nbsp;: peu d’adjectifs, mais des
+participes qui en tiennent lieu, ainsi que des verbes qualificatifs
+soit conjugués soit précédés d’une sorte de démonstratif jouant le
+rôle de pronom relatif.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Songaï</em>&nbsp;: adjectifs propres et
+adjectifs-participes formés d’un verbe par l’addition d’un
+suffixe.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Mandé</em>&nbsp;: pas d’adjectifs propres,
+mais des verbes qualificatifs<span class="pagenum" id=
+"Page_396">[396]</span> en tenant lieu, soit conjugués, soit
+employés adjectivement à l’infinitif&nbsp;; il existe de plus des
+adjectifs-participes formés d’un verbe par l’addition de divers
+suffixes&nbsp;; enfin beaucoup de noms sont employés
+adjectivement.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Sénoufo</em>&nbsp;: adjectifs propres et
+verbes qualificatifs en tenant lieu, soit conjugués soit employés
+adjectivement à l’infinitif.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Voltaïque</em>&nbsp;: adjectifs propres,
+adjectifs-participes formés d’un verbe par l’addition de divers
+suffixes, noms employés adjectivement, verbes qualificatifs
+conjugués.</p>
+
+<p class="center sect">7<sup>o</sup> <em>Place du régime du
+nom.</em></p>
+
+<p class="hang1"><em>Arabe</em>&nbsp;: régime du nom après ce nom
+sans particule d’union (le nom déterminé par son régime perd
+l’article).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Tamacheq</em>&nbsp;: régime du nom après ce
+nom, avec particule d’union (<em>n</em> ou <em>en</em>) intercalée
+entre les deux.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Haoussa</em>&nbsp;: régime du nom après ce
+nom, avec particule d’union (<em>n</em> pour les deux genres ou
+bien <em>na</em> pour le masculin et <em>ta</em> pour le féminin)
+intercalée entre les deux.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Ouolof</em>&nbsp;: régime du nom après ce nom
+sans particule d’union (le nom déterminé par son régime conserve
+généralement sa particule de détermination).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Peul</em>&nbsp;: régime du nom après ce nom
+sans particule d’union (le nom déterminé par son régime conserve
+son suffixe de classe, sauf dans certaines locutions très usuelles
+jouant le rôle de noms composés).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Songaï</em>&nbsp;: régime du nom avant ce nom
+sans particule d’union (en général le régime seul peut prendre la
+particule de détermination)<a id="FNanchor_277"></a><a href=
+"#Footnote_277" class="fnanchor">[277]</a>.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Mandé</em>&nbsp;: régime du nom avant ce nom
+sans particule d’union ou avec particule d’union indiquant soit la
+possession soit la localisation.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Sénoufo</em>&nbsp;: régime du nom avant ce nom
+sans particule d’union (le nom régime perd fréquemment son suffixe
+de classe).</p>
+
+<p class="hang1"><span class="pagenum" id=
+"Page_397">[397]</span><em>Voltaïque</em>&nbsp;: régime du nom
+avant ce nom sans particule d’union (le nom régime perd le plus
+généralement son suffixe de classe&nbsp;: <em>ten-ga</em>
+«&nbsp;pays&nbsp;», <em>sô-ba</em> «&nbsp;maître&nbsp;»,
+<em>ten-sô-ba</em> «&nbsp;le chef du pays&nbsp;» en mossi).</p>
+
+<p class="center sect">8<sup>o</sup> <em>Place des régimes du
+verbe.</em></p>
+
+<p class="hang1"><em>Arabe</em>&nbsp;: tous les régimes après le
+verbe, le régime direct se plaçant en général le premier et le
+régime indirect le second, (toutefois le régime indirect pronominal
+se place avant le régime direct nominal).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Tamacheq</em>&nbsp;: tous les régimes après le
+verbe, le régime indirect se plaçant en général avant le régime
+direct (sauf si ce dernier est pronominal) et parfois même avant le
+verbe.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Haoussa</em>&nbsp;: tous les régimes après le
+verbe, le régime indirect précédant en général le régime
+direct.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Ouolof</em>&nbsp;: le régime direct suit en
+général le verbe&nbsp;; toutefois si ce régime est un pronom et que
+le pronom sujet soit placé avant le verbe, le pronom régime direct
+s’intercale entre le pronom sujet et le verbe&nbsp;; le régime
+indirect se place toujours après le verbe, tantôt après tantôt
+avant le régime direct.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Peul</em>&nbsp;: tous les régimes après le
+verbe, le régime indirect non accompagné d’une préposition
+précédant toujours le régime direct&nbsp;; toutefois le régime sur
+lequel on veut insister se place au début de la proposition et
+alors le sujet se place après le verbe.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Songaï</em>&nbsp;: tous les régimes après le
+verbe, le régime indirect précédant en général le régime
+direct.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Mandé</em>&nbsp;: le régime direct se place
+toujours immédiatement avant le verbe, entre l’auxiliaire de
+conjugaison — s’il existe — et le verbe lui-même&nbsp;; le régime
+indirect au contraire suit toujours le verbe.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Sénoufo</em>&nbsp;: même règle qu’en
+mandé.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Voltaïque</em>&nbsp;: le régime direct et le
+régime indirect suivent en général le verbe, le régime direct se
+plaçant le plus souvent le premier, parfois intercalé entre le
+verbe lui-même et la<span class="pagenum" id=
+"Page_398">[398]</span> particule de conjugaison suffixée, mais
+suivant d’ordinaire cette particule&nbsp;; toutefois le régime
+direct se place quelquefois avant le verbe, surtout dans les
+phrases négatives ou interrogatives&nbsp;; d’autre part le régime
+indirect pronominal précède le régime direct et parfois même se
+place avant le verbe&nbsp;; enfin le régime sur lequel on veut
+insister se place au début de la proposition, sans amener de
+modification dans la place du sujet par rapport au verbe.</p>
+
+<p class="center sect">9<sup>o</sup> <em>Possessifs.</em></p>
+
+<p class="hang1"><em>Arabe</em>&nbsp;: les adjectifs possessifs
+sont rendus au moyen de suffixes pronominaux qui sont en réalité
+des pronoms personnels régimes du nom et se plaçant après lui selon
+la règle générale&nbsp;; le nom ne prend pas l’article.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Tamacheq</em>&nbsp;: même système, mais avec
+emploi ordinaire de la particule d’union <em>n</em> ou <em>en</em>
+entre le nom et le pronom.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Haoussa</em>&nbsp;: même système, avec emploi
+de la particule d’union <em>n</em>.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Ouolof</em>&nbsp;: pour les première et
+deuxième personnes du singulier et du pluriel et la troisième
+personne du pluriel, on a de véritables adjectifs possessifs
+(formés d’une racine <em>s</em> indiquant la possession et suivie
+du pronom), qui se placent avant le nom&nbsp;; (au singulier, le
+nom ne prend pas de particule de détermination&nbsp;; au pluriel,
+la particule de détermination se place soit après le possessif soit
+après le nom&nbsp;; le possessif déterminant un nom régime d’un
+autre nom se place avant celui-ci&nbsp;: les pieds de ton cheval,
+<em>sa tank-i fas</em> «&nbsp;ton pieds cheval&nbsp;»&nbsp;;) pour
+la troisième personne du singulier toujours et exceptionnellement
+pour les autres personnes, l’adjectif possessif se rend simplement
+par le pronom suffixé au nom.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Peul</em>&nbsp;: nos adjectifs possessifs sont
+rendus au moyen du pronom suffixe au nom, avec intercalement entre
+les deux (sauf à la première personne du singulier) d’une particule
+<em>ma’</em> ou <em>m</em> indiquant la possession.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Songaï</em>&nbsp;: nos adjectifs possessifs
+sont rendus au moyen du pronom<span class="pagenum" id=
+"Page_399">[399]</span> préfixé au nom dont il est le régime&nbsp;;
+ce nom conserve en général la particule de détermination après
+lui.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Mandé</em>&nbsp;: nos adjectifs possessifs
+sont rendus au moyen du pronom préfixé au nom, avec ou sans
+intercalement d’une particule indiquant la possession.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Sénoufo</em>&nbsp;: nos adjectifs possessifs
+sont rendus au moyen du pronom préfixé au nom, sans intercalement
+d’aucune particule.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Voltaïque</em>&nbsp;: même système qu’en
+sénoufo.</p>
+
+<p class="center sect">10<sup>o</sup> <em>Relatif.</em></p>
+
+<p class="hang1"><em>Arabe</em>&nbsp;: le relatif existe après un
+nom déterminé et suit immédiatement son antécédent&nbsp;; si le
+relatif est régime, un pronom régime correspondant, dit «&nbsp;de
+rappel&nbsp;», est exprimé après le verbe&nbsp;; pas de relatif
+après un nom indéterminé&nbsp;: on y supplée par le pronom
+personnel.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Tamacheq</em>&nbsp;: pas de relatif&nbsp;; on
+y supplée par le démonstratif, avec emploi fréquent d’un pronom de
+rappel en cas de relatif régime.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Haoussa</em>&nbsp;: il existe un relatif
+(<em>nda</em> ou <em>da</em>), qui suit immédiatement son
+antécédent&nbsp;; qu’il soit sujet ou régime, il nécessite un
+pronom de rappel.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Ouolof</em>&nbsp;: pas de relatif&nbsp;; on y
+supplée par la particule de détermination du nom, augmentée le cas
+échéant d’un démonstratif.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Peul</em>&nbsp;: pas de relatif à proprement
+parler&nbsp;; on y supplée par une sorte de démonstratif invariable
+(<em>ko</em> ou <em>no</em>) ou, le plus souvent, par le pronom
+personnel.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Songaï</em>&nbsp;: il existe un relatif
+(<em>ka</em>, pluriel <em>ka-yo</em> ou <em>ki</em>), qui suit son
+antécédent soit immédiatement soit avec intercalement de la
+particule de détermination&nbsp;; lorsque le relatif est régime
+l’emploi du pronom de rappel est nécessaire.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Mandé</em>&nbsp;: pas de relatif&nbsp;; un
+démonstratif en tient lieu généralement (<em>mi</em> ou
+<em>min</em> en mandingue), avec emploi du pronom de rappel si l’on
+a affaire à un relatif régime.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Sénoufo</em>&nbsp;:&nbsp;?</p>
+
+<p class="hang1"><span class="pagenum" id=
+"Page_400">[400]</span><em>Voltaïque</em>&nbsp;: il existe un
+relatif (au moins en mossi)&nbsp;; sujet, il suit immédiatement son
+antécédent&nbsp;; régime, il se place entre le sujet et le verbe de
+la proposition relative et exige généralement un pronom de rappel
+après le verbe.</p>
+
+<p class="center sect">11<sup>o</sup> <em>Infinitif suivant un
+verbe.</em></p>
+
+<p class="hang1"><em>Arabe</em>&nbsp;: pas d’infinitif&nbsp;; les
+deux verbes se mettent à un mode personnel.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Tamacheq</em>&nbsp;: pas d’infinitif&nbsp;;
+les deux verbes se mettent à un mode personnel.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Haoussa</em>&nbsp;: l’infinitif suit
+immédiatement le verbe dont il est le régime ou bien il est
+remplacé par un mode personnel.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Ouolof</em>&nbsp;: l’infinitif suit le verbe
+avec intercalement entre les deux d’une particule de liaison
+(<em>a</em>).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Peul</em>&nbsp;: l’infinitif peul est un nom
+et peut, comme tout nom, être régime d’un verbe et le suivre
+directement&nbsp;; s’il n’est pas absolument régime du verbe, on le
+remplace par un mode personnel.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Songaï</em>&nbsp;: l’infinitif suit le verbe,
+avec intercalement entre les deux d’une particule de liaison
+(<em>ka</em>)&nbsp;; mais si le sujet logique de l’infinitif n’est
+pas le même que celui du verbe précédent, on remplace l’infinitif
+par un mode personnel.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Mandé</em>&nbsp;: mêmes règles qu’en songaï
+(la particule de liaison varie selon les langues, elle est
+<em>ka</em> en mandingue).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Sénoufo</em>&nbsp;: mêmes règles qu’en songaï
+et en mandé (la particule de liaison est <em>sa</em> en
+général).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Voltaïque</em>&nbsp;: mêmes règles qu’en
+songaï, mandé et sénoufo (la particule de liaison varie selon les
+langues, elle est <em>n</em> en mossi).</p>
+
+<p class="hang1">Remarque. — En mandé et en sénoufo, l’infinitif
+employé substantivement précède le verbe dont il est le régime
+direct, selon la règle générale.</p>
+
+<p class="center sect">12<sup>o</sup> <em>Régime des particules
+remplaçant nos prépositions.</em></p>
+
+<p class="hang1"><em>Arabe</em>&nbsp;: régime après la
+particule.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Tamacheq</em>&nbsp;: régime après la
+particule.</p>
+
+<p class="hang1"><span class="pagenum" id=
+"Page_401">[401]</span><em>Haoussa</em>&nbsp;: régime après la
+particule.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Ouolof</em>&nbsp;: régime après la
+particule.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Peul</em>&nbsp;: régime après la
+particule.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Songaï</em>&nbsp;: régime avant la
+particule.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Mandé</em>&nbsp;: régime avant la
+particule.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Sénoufo</em>&nbsp;: régime avant la
+particule.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Voltaïque</em>&nbsp;: régime avant la
+particule.</p>
+
+<p class="center sect">13<sup>o</sup> <em>Place du sujet.</em></p>
+
+<p class="hang1"><em>Arabe</em>&nbsp;: avant ou après le verbe.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Tamacheq</em>&nbsp;: avant ou après le
+verbe.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Haoussa</em>&nbsp;: avant le verbe&nbsp;; si
+le sujet est un nom, on le fait suivre généralement d’un pronom de
+rappel.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Ouolof</em>&nbsp;: avant le verbe si c’est un
+nom&nbsp;; après le verbe, sauf à certains temps, si c’est un
+pronom.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Peul</em>&nbsp;: avant le verbe en
+général&nbsp;; toutefois, dans certaines expressions usuelles, en
+poésie, dans certaines phrases interrogatives et quand on a voulu
+attirer l’attention sur le régime en le plaçant au début de la
+proposition, le sujet suit le verbe&nbsp;: à la 1<sup>re</sup> et à
+la 2<sup>e</sup> personnes, le pronom sujet revêt alors une forme
+spéciale ou s’amalgame avec le suffixe de conjugaison du verbe et
+ce dernier se comporte, même au singulier, comme s’il était au
+pluriel.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Songaï</em>&nbsp;: sujet avant le verbe.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Mandé</em>&nbsp;: sujet avant le verbe.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Sénoufo</em>&nbsp;: sujet avant le verbe.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Voltaïque</em>&nbsp;: sujet avant le
+verbe.</p>
+
+<p class="center sect">14<sup>o</sup> <em>Place de
+l’attribut.</em></p>
+
+<p class="hang1"><em>Arabe</em>&nbsp;: après le sujet ou
+l’expression qui tient lieu du verbe «&nbsp;être&nbsp;», le verbe
+copulatif n’existant pas.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Tamacheq</em>&nbsp;: le substantif attribut se
+place après le verbe «&nbsp;être&nbsp;» ou avant le sujet du verbe
+«&nbsp;être&nbsp;»&nbsp;; l’adjectif attribut se traduit en général
+par un participe suivant directement le sujet, sans exprimer le
+verbe «&nbsp;être&nbsp;».</p>
+
+<p class="hang1"><em>Haoussa</em>&nbsp;: l’attribut se place entre
+le sujet et le verbe <em>né</em> (féminin<span class="pagenum" id=
+"Page_402">[402]</span> <em>tché</em>) ou avant le sujet si l’on
+emploie le verbe <em>ké</em>&nbsp;; il peut aussi suivre le sujet
+sans que le verbe «&nbsp;être&nbsp;» soit exprimé.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Ouolof</em>&nbsp;: l’attribut se place entre
+le sujet et le verbe-particule <em>la</em> ou après le verbe
+<em>di</em>.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Peul</em>&nbsp;: l’attribut suit directement
+le sujet, le verbe copulatif n’existant pas&nbsp;; en général on
+emploie un verbe qualificatif ou attributif qui tient lieu à la
+fois du verbe «&nbsp;être&nbsp;» et de l’attribut.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Songaï</em>&nbsp;: l’attribut se place après
+le verbe copulatif <em>tyi</em>.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Mandé</em>&nbsp;: l’attribut se place après ou
+avant le verbe copulatif, selon les cas&nbsp;; (en mandingue,
+l’attribut substantif se place soit après le verbe <em>bè</em> soit
+plutôt avant le verbe <em>lo</em> ou <em>do</em>, et l’attribut
+adjectif après ou avant les verbes <em>bè</em> ou <em>yé</em>,
+selon la nature morphologique de l’adjectif&nbsp;;) le plus souvent
+le verbe «&nbsp;être&nbsp;» suivi d’un attribut adjectif se tourne
+par un verbe qualificatif.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Sénoufo</em>&nbsp;: l’attribut se place après
+le verbe copulatif ou entre le sujet et ce verbe, selon les
+cas.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Voltaïque</em>&nbsp;: comme en sénoufo.</p>
+
+<p class="center sect">15<sup>o</sup> <em>Place des adjectifs
+déterminatifs</em> (possessifs exceptés) <em>et des
+qualificatifs.</em></p>
+
+<p class="hang1"><em>Arabe</em>&nbsp;: les déterminatifs précèdent
+le nom en général, les qualificatifs le suivent.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Tamacheq</em>&nbsp;: les déterminatifs (sauf
+<em>ak</em> «&nbsp;chaque&nbsp;») suivent le nom, ainsi que les
+participes qualificatifs.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Haoussa</em>&nbsp;: certains déterminatifs
+précèdent le nom, les autres le suivent&nbsp;; les qualificatifs le
+suivent ou bien le précèdent, mais alors ils sont séparés du nom
+par la particule <em>n</em>.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Ouolof</em>, <em>peul</em>, <em>songaï</em>,
+<em>mandé</em>, <em>sénoufo</em>, <em>voltaïque</em>&nbsp;: tous
+les déterminatifs et qualificatifs suivent le nom&nbsp;; (les
+quelques exceptions à cette règle, notamment en ce qui concerne les
+démonstratifs, ne sont qu’apparentes et tiennent à ce que le
+démonstratif est souvent un pronom&nbsp;; ainsi en songaï
+«&nbsp;cet homme&nbsp;» se dit tantôt <em>har ouo</em> et tantôt
+<em>ouo har</em>, mais en réalité <em>ouo har</em> signifie
+«&nbsp;l’homme de ceci&nbsp;» ou «&nbsp;l’homme d’ici&nbsp;»&nbsp;;
+de même en mandingue<span class="pagenum" id=
+"Page_403">[403]</span> <em>o mousso</em> «&nbsp;cette femme&nbsp;»
+signifie littéralement «&nbsp;la femme de ceci, la femme que
+voici&nbsp;»).</p>
+
+<p class="center sect">16<sup>o</sup> <em>Articles.</em></p>
+
+<p class="hang1"><em>Arabe</em>&nbsp;: un article défini invariable
+(<em>el</em>) précède le nom&nbsp;; pas d’article indéfini.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Tamacheq</em>&nbsp;: aucun article, mais le
+démonstratif peut jouer le rôle d’article déterminatif et le
+numéral peut servir d’article indéfini.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Haoussa</em>&nbsp;: pas d’article
+défini&nbsp;; un adjectif spécial joue le rôle d’article indéfini
+et précède le nom.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Ouolof</em>&nbsp;: pas d’article à proprement
+parler, mais des particules de détermination variées en jouent le
+rôle et se placent après le nom&nbsp;: elles se composent toutes
+d’une consonne ou d’une semi-voyelle suivie d’une voyelle&nbsp;; la
+consonne varie selon la classe ou selon la consonne initiale du
+nom, la voyelle varie selon la nature de la détermination.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Peul</em>&nbsp;: pas d’article&nbsp;; les
+pronoms personnels de la troisième personne, employés comme
+démonstratifs après le nom, ont souvent une valeur analogue à celle
+de notre article défini&nbsp;; un participe rendant le nom de
+nombre «&nbsp;un&nbsp;» joue le rôle d’article indéfini et suit le
+nom.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Songaï</em>&nbsp;: une particule de
+détermination (<em>di</em>) suffixée au nom joue exactement le rôle
+de notre article défini&nbsp;; le numéral peut jouer le rôle
+d’article indéfini.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Mandé</em>&nbsp;: pas d’article défini&nbsp;;
+un article indéfini existe, distinct du nombre «&nbsp;un&nbsp;»
+(<em>do</em> en mandingue).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Sénoufo</em>&nbsp;: aucun article.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Voltaïque</em>&nbsp;: aucun article.</p>
+
+<p class="center sect">17<sup>o</sup> <em>Verbe de
+non-existence.</em></p>
+
+<p class="hang1"><em>Arabe</em>&nbsp;: il existe plusieurs verbes
+de non-existence, mais, dans la langue parlée, le verbe d’existence
+employé négativement est plus fréquent.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Tamacheq</em>&nbsp;: l’idée de non-existence
+est rendue par la négation du verbe d’existence.</p>
+
+<p class="hang1"><span class="pagenum" id=
+"Page_404">[404]</span><em>Haoussa</em>&nbsp;: l’idée de
+non-existence est rendue par la négation du verbe <em>ké</em> ou
+par une simple négation sans verbe.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Ouolof</em>&nbsp;: le verbe d’existence
+<em>di</em> a une forme négative <em>dou</em>.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Peul</em>&nbsp;: il existe plusieurs verbes de
+non-existence, dont un surtout est d’un emploi fréquent
+(<em>al-dé</em> ou <em>oual-dé</em>)&nbsp;; on peut aussi employer
+négativement le verbe d’existence (<em>on-dé</em> ou
+<em>ouon-dé</em>).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Songaï</em>&nbsp;: pas de verbe de
+non-existence.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Mandé</em>&nbsp;: il existe un verbe de
+non-existence (<em>tè</em> en mandingue)&nbsp;; le verbe
+d’existence (<em>bè</em> en mandingue) ne s’emploie jamais
+négativement.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Sénoufo</em>&nbsp;: même chose qu’en
+mandé.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Voltaïque</em>&nbsp;: même chose qu’en mandé
+et en sénoufo.</p>
+
+<p class="center sect">18<sup>o</sup> <em>Numération.</em></p>
+
+<p class="hang1"><em>Arabe</em>&nbsp;: décimale&nbsp;; le nom de
+nombre précède le nom, lequel reste au singulier à partir de
+11.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Tamacheq</em>&nbsp;: même système et mêmes
+règles.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Haoussa</em>&nbsp;: décimale&nbsp;; le nom de
+nombre suit le nom, lequel peut se mettre au pluriel à partir de 2
+ou rester au singulier.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Ouolof</em>&nbsp;: quinaire&nbsp;; le nom de
+nombre précède le nom mais prend après lui la particule de
+détermination du pluriel (<em>i</em> ou <em>yi</em>) à partir de 2,
+tandis que le nom demeure invariable et ne prend aucune particule
+de détermination.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Peul</em>&nbsp;: quinaire&nbsp;; le nom de
+nombre suit le nom, qui se met au pluriel.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Songaï</em>&nbsp;: décimale&nbsp;; le nom de
+nombre suit le nom, qui reste au singulier.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Mandé</em>&nbsp;: décimale ou quinaire, selon
+les langues&nbsp;; le nom de nombre suit le nom, qui reste au
+singulier.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Sénoufo</em>&nbsp;: quinaire&nbsp;; le nom de
+nombre suit le nom, qui reste au singulier.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Voltaïque</em>&nbsp;: décimale ou quinaire,
+selon les langues&nbsp;; le nom de nombre suit le nom, qui peut se
+mettre au pluriel ou rester au singulier.</p>
+
+<h4 class="bold"><span class="pagenum" id=
+"Page_405">[405]</span><a id="p3c02s3"></a>III. — Phonétique.</h4>
+
+<p class="center sect">1<sup>o</sup> <em>Voyelles</em>
+(semi-voyelles <em>w</em> et <em>y</em> non comprises, étant
+rangées parmi les consonnes).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Arabe</em>&nbsp;: voyelles pures seulement
+(dans la langue parlée tout au moins).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Tamacheq</em>&nbsp;: voyelles pures et
+voyelles nasalisées<a id="FNanchor_278"></a><a href="#Footnote_278"
+class="fnanchor">[278]</a>.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Haoussa</em>&nbsp;: voyelles pures et voyelles
+nasalisées.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Ouolof</em>&nbsp;: voyelles pures (dont la
+voyelles <em>eu</em>), voyelles nasalisées et quelques voyelles
+nasales<a id="FNanchor_279"></a><a href="#Footnote_279" class=
+"fnanchor">[279]</a>.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Peul</em>&nbsp;: voyelles pures seulement.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Songaï</em>&nbsp;: voyelles pures et voyelles
+nasalisées&nbsp;; quelques voyelles nasales, mais pas très
+nettes.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Mandé</em>&nbsp;: voyelles pures (dont
+l’<em>u</em> français, assez rare d’ailleurs)&nbsp;; voyelles
+nasalisées et nombreuses voyelles nasales.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Sénoufo</em>&nbsp;: voyelles pures (dont
+<em>eu</em> et <em>u</em>) et voyelles nasales.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Voltaïque</em>&nbsp;: voyelles pures (dont
+<em>eu</em> et <em>u</em>), voyelles nasalisées et voyelles
+nasales.</p>
+
+<p class="center sect">2<sup>o</sup> <em>Consonnes</em> (présence
+ou absence de certaines consonnes spéciales).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Arabe</em>&nbsp;: possède les semi-voyelles
+<em>w</em> et <em>y</em>, le <em>hamza</em> (hiatus), le
+<em>’aïn</em>, deux sortes de <em>h</em>, le <em>kh</em> (ou
+<em>jota</em>), le <em>rh</em> ou <em>gh</em> (r gras), des
+chuintantes (<em>ch</em> et <em>j</em>), des zézayantes
+(<em>th</em> dur et doux de l’anglais), et de plus un <em>d</em>,
+un <em>t</em>, un <em>s</em>, un <em>z</em> et un <em>k</em>
+spéciaux (emphatiques ou claquants)&nbsp;; pas de v ni de ñ (gn
+français dans «&nbsp;dignité&nbsp;»).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Tamacheq</em>&nbsp;: possède les semi-voyelles
+<em>w</em> et <em>y</em>, le <em>rh</em> ou <em>gh</em>, des
+chuintantes (<em>ch</em> et <em>j</em>), des zézayantes
+(<em>th</em> dur et doux), un <em>d</em>,<span class="pagenum" id=
+"Page_406">[406]</span> un <em>t</em> et un <em>k</em>
+spéciaux&nbsp;; (pas de hamza, de ’aïn, de kh, de v, ni de ñ).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Haoussa</em>&nbsp;: possède les semi-voyelles
+<em>w</em> et <em>y</em>, des demi-chuintantes (<em>sh</em> et
+<em>zh</em>), le <em>ñ</em>&nbsp;; (pas de hamza, de ’aïn, de kh,
+de rh, de zézayantes, de v ni de lettres emphatiques ou
+claquantes).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Ouolof</em>&nbsp;: possède les semi-voyelles
+<em>w</em> et <em>y</em>, le <em>kh</em>, le <em>ñ</em>, le
+<em>v</em>, un <em>p</em> et un <em>k</em> spéciaux&nbsp;; (pas de
+hamza, de ’aïn, de rh, de chuintantes, de zézayantes ni de z).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Peul</em>&nbsp;: possède les semi-voyelles
+<em>w</em> et <em>y</em>, le <em>hamza</em>, le <em>ñ</em>, l’<em>n
+vélaire</em>, un <em>b</em> et un <em>d</em> spéciaux&nbsp;; (pas
+de ’aïn, de kh, de rh, de chuintantes, de zézayantes ni de z&nbsp;;
+le <em>v</em> est rare et seulement dialectal, remplaçant la
+semi-voyelle <em>w</em>, laquelle est parfois aussi remplacée par
+une semi-voyelle <em>u</em>).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Songaï</em>&nbsp;: possède les semi-voyelles
+<em>w</em> et <em>y</em> et le <em>ñ</em>&nbsp;; (pas de hamza, de
+’aïn, de kh, de rh, de chuintantes — sauf un <em>sh</em> très rare
+et ne se rencontrant que dans quelques mots étrangers —, de
+zézayantes, de lettres emphatiques ou claquantes ni de v).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Mandé</em>&nbsp;: possède les semi-voyelles
+<em>w</em>, <em>u</em> et <em>y</em>, le <em>kh</em> (dialectal),
+le <em>rh</em> ou <em>gh</em>, le <em>ñ</em>, l’<em>n vélaire</em>
+(rare), le <em>v</em>, la demi-chuintante <em>sh</em> (rare et
+dialectale), des labiales gutturalisées (<em>gb</em> et
+<em>kp</em>)&nbsp;; (pas de hamza, de ’aïn, de chuintantes vraies,
+de zézayantes ni de lettres emphatiques ou claquantes).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Sénoufo</em>&nbsp;: possède les semi-voyelles
+<em>w</em>, <em>u</em> et <em>y</em>, le <em>’aïn</em>, le
+<em>rh</em> ou <em>gh</em>, le <em>ñ</em>, le <em>v</em>, des
+demi-chuintantes (<em>sh</em> et <em>zh</em>), des labiales
+gutturalisées&nbsp;; (pas de hamza, de kh, de chuintantes vraies,
+de zézayantes ni de lettres emphatiques ou claquantes).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Voltaïque</em>&nbsp;: possède les
+semi-voyelles <em>w</em>, <em>u</em> et <em>y</em>, le <em>rh</em>
+ou <em>gh</em>, le <em>ñ</em>, le <em>v</em>, des consonnes
+emphatiques ou claquantes (<em>b</em>, <em>p</em>, <em>d</em> et
+<em>g</em> spéciaux), plus des consonnes aspirées&nbsp;; (pas de
+hamza, de ’aïn, de kh, de chuintantes ni de zézayantes).</p>
+
+<p class="hang1">Remarque. — Les langues arabe, tamacheq et haoussa
+ne possèdent à proprement parler ni consonnes nasalisées ni
+consonnes yodisées&nbsp;; toutes les autres langues du
+Haut-Sénégal-Niger font au contraire un usage fréquent des
+consonnes nasalisées (<em>mb</em>, <em>nd</em>, <em>ñg</em>, en
+particulier) et des consonnes yodisées (<em>dy</em> ou <em>gy</em>,
+<em>ty</em> ou <em>ky</em>, en particulier).</p>
+
+<p class="center sect"><span class="pagenum" id=
+"Page_407">[407]</span>3<sup>o</sup> <em>Syllabes terminales des
+mots.</em></p>
+
+<p class="hang1"><em>Arabe</em>&nbsp;: terminaisons vocaliques et
+consonantiques (terminaisons consonantiques plus fréquentes).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Tamacheq</em>&nbsp;: terminaisons vocaliques
+et consonantiques (terminaisons consonantiques plus
+fréquentes).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Haoussa</em>&nbsp;: les terminaisons
+vocaliques sont les plus fréquentes&nbsp;; les terminaisons
+consonantiques sont plus rares et ne se présentent que par une
+dentale (<em>t</em>, <em>d</em>, <em>s</em>, <em>z</em>,
+<em>r</em>, <em>l</em>) ou une nasale (<em>n</em>, <em>ñ</em>) ou
+encore une semi-voyelle.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Ouolof</em>&nbsp;: terminaisons vocaliques et
+consonantiques.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Peul</em>&nbsp;: terminaisons vocaliques et
+consonantiques&nbsp;; en dehors des cas où la racine s’emploie
+seule, on ne trouve de terminaisons consonantiques que par
+<em>l</em>, <em>m</em>, <em>n</em>, <em>ñ</em>, ou la semi-voyelle
+<em>y</em>.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Songaï</em>&nbsp;: terminaisons vocaliques et
+consonantiques&nbsp;; ces dernières, moins fréquentes que les
+premières, ne se présentent que par <em>l</em>, <em>m</em>,
+<em>n</em>, <em>ñ</em>, <em>r</em>, <em>s</em> ou une
+semi-voyelle.</p>
+
+<p class="hang1"><em>Mandé</em>&nbsp;: terminaisons uniquement
+vocaliques (par voyelles pures ou nasales).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Sénoufo</em>&nbsp;: terminaisons uniquement
+vocaliques (sauf les cas où la racine s’emploie seule et alors
+cette racine ne forme en réalité que la première partie d’un mot
+composé).</p>
+
+<p class="hang1"><em>Voltaïque</em>&nbsp;: terminaisons vocaliques
+et consonantiques&nbsp;; ces dernières, moins fréquentes, ne se
+présentent que par une labiale ou une dentale (sauf les cas cités
+pour le sénoufo).</p>
+
+<hr class="decor width8">
+
+<div class="footnotes" id="ftp3c02">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_277"></a><a href="#FNanchor_277"><span class=
+"label">[277]</span></a>Exemple&nbsp;: <em>boro</em>
+«&nbsp;homme&nbsp;», <em>bongo</em> «&nbsp;tête&nbsp;», <em>boro
+di</em> «&nbsp;l’homme&nbsp;», <em>boro di bongo</em> «&nbsp;la
+tête de l’homme&nbsp;», <em>boro bongo</em> «&nbsp;une tête
+d’homme&nbsp;».</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_278"></a><a href="#FNanchor_278"><span class=
+"label">[278]</span></a>J’appelle «&nbsp;voyelles nasalisées&nbsp;»
+des voyelles pures suivies d’un <em>n</em> sonore&nbsp;; on donne
+aussi à ces phonèmes le nom de «&nbsp;nasales-voyelles&nbsp;».</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_279"></a><a href="#FNanchor_279"><span class=
+"label">[279]</span></a>J’appelle «&nbsp;voyelles nasales&nbsp;»
+des voyelles terminées par un <em>n</em> non sonore, comme les
+groupes «&nbsp;on, en&nbsp;» dans les mots français «&nbsp;bon,
+mien&nbsp;»&nbsp;; certains donnent à ces phonèmes le nom de
+voyelles nasalisées, qui me semble moins logique.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3 class="pb"><span class="pagenum" id=
+"Page_408">[408]</span><a id="p3c03"></a>CHAPITRE III</h3>
+
+<p class="sch1">Caractères généraux de chacune des quatre langues
+principales.</p>
+
+<p><a id="p3c03s1"></a>1<sup>o</sup> <em>Mossi.</em> — Ma
+compétence est fort médiocre en ce qui concerne la langue mossi et,
+bien qu’elle soit la plus importante de toutes celles parlées au
+Soudan Français par le nombre des individus qui en font usage, je
+serai nécessairement fort bref à son sujet. Je ne me serais même
+pas permis d’en parler ici, si le beau travail de M. Froger, paru
+l’an dernier, n’était venu à point pour me fournir les indications
+qui me manquaient.</p>
+
+<p>Il suffit de parcourir son ouvrage pour se convaincre que la
+langue mossi est remarquablement riche, tant en vocables qu’en
+formes, et qu’elle est parfaitement adaptée aux besoins de la
+civilisation soudanaise actuelle et même à ceux d’une civilisation
+plus développée dont il est permis de prévoir l’avènement.
+Cependant je doute que cette langue soit appelée à une extension
+bien considérable et je crois que, à mesure que le centre de la
+Boucle du Niger s’éloignera davantage de l’état d’isolement où il
+s’est confiné jusqu’ici, le mandingue, le songaï et le haoussa s’y
+répandront de plus en plus, tandis que le mossi demeurera à peu
+près localisé aux pays où il est parlé actuellement et perdra même
+du terrain au lieu d’en gagner. C’est qu’en effet cette langue
+présente d’assez grandes difficultés, surtout au point de vue
+phonétique, pour les étrangers qui seraient tentés de se
+l’assimiler&nbsp;: si elle est parlée par un aussi grand nombre de
+gens, cela tient uniquement à la densité de population des pays
+mossi et à l’hégémonie politique exercée<span class="pagenum" id=
+"Page_409">[409]</span> depuis des siècles sur une région vaste et
+bien peuplée par les <em>nâba</em> de Ouagadougou et du Yatenga.
+Mais il est facile de constater qu’elle ne s’est pas étendue d’une
+manière appréciable en dehors de l’habitat propre des Mossi ou des
+tribus que les Mossi se sont assimilées.</p>
+
+<p>La fréquence des consonnes, qui se suivent souvent à deux ou
+trois ou même davantage sans voyelle d’appui bien nette, rend très
+malaisée la prononciation de beaucoup de mots et nécessite une
+oreille particulièrement exercée pour les entendre et les
+comprendre&nbsp;; je me contenterai de citer, à titre d’exemples,
+des mots comme <em>pabrhdba</em>, <em>sikkdba</em>, et des membres
+de phrase comme <em>t f kyi, t b yell t b wa t b leb, t m gnangh
+fo</em>, etc.</p>
+
+<p>La difficulté de donner à une racine le suffixe qui convient
+selon la classe et le nombre des noms est également un obstacle,
+très surmontable assurément, mais un peu déroutant et de nature à
+rendre l’étude du mossi plus malaisée que celle de langues à règles
+très peu nombreuses et à exceptions plus rares encore, telles que
+le songaï et le mandingue.</p>
+
+<p><a id="p3c03s2"></a>2<sup>o</sup> <em>Mandingue.</em> — Cette
+dernière langue se présente sous un aspect bien différent de celui
+du mossi&nbsp;: aucun phonème difficile à articuler, rien que des
+syllabes à terminaison vocalique, rarement deux consonnes se
+suivant sans voyelle intercalée (lorsque le cas se présente, la
+seconde consonne est presque toujours une liquide ou une
+semi-voyelle ou bien la première est une nasale)&nbsp;; une
+morphologie d’une simplicité extrême, consistant simplement dans
+l’emploi judicieux d’un nombre limité de suffixes et de particules
+— une vingtaine — qui servent à former les noms composés, les
+diminutifs, les augmentatifs, les adjectifs, les participes et
+substantifs dérivés du verbe, le pluriel dans les noms, le temps ou
+le mode et la voix dans les verbes, sans qu’aucune modification
+intervienne jamais dans le radical du mot&nbsp;; enfin une syntaxe
+se réduisant à peu près à deux règles&nbsp;: le régime d’un mot se
+place toujours avant ce mot, l’adjectif se place toujours après le
+substantif. L’exposé complet de la grammaire mandingue peut tenir
+en une vingtaine de pages.</p>
+
+<p>Le vocabulaire par contre est d’une richesse
+généralement<span class="pagenum" id="Page_410">[410]</span>
+insoupçonnée, tant à cause du nombre relativement considérable des
+racines qu’en raison de la quantité de dérivés qui peuvent être
+obtenus de chacune par le jeu des suffixes et de deux ou trois mots
+jouant le rôle de préfixes. La faculté, très généralisée,
+d’employer le même radical comme substantif, comme adjectif et
+comme verbe vient encore en aide aux étrangers qui ne possèdent
+qu’une partie restreinte du vocabulaire.</p>
+
+<p>Tout cela explique suffisamment la force d’extension de cette
+langue et fait comprendre comment elle tend à se répandre de plus
+en plus en dehors de son domaine propre, jusqu’à devenir presque,
+dans le Soudan Occidental, la langue indigène officielle, celle à
+laquelle on a recours tout d’abord lorsqu’on se trouve en présence
+d’un individu dont on ignore l’origine.</p>
+
+<p>Pour être impartial, je dois dire cependant que le mandingue
+présente quelques difficultés. La principale provient du nombre
+considérable des homonymes et des paronymes&nbsp;: dans une langue
+où la majorité des racines se composent d’une seule consonne suivie
+d’une seule voyelle, il n’est pas étonnant que beaucoup de ces
+racines se ressemblent phonétiquement ou même soient complètement
+identiques, et ce phénomène ne contribue pas peu à rendre obscures
+certaines propositions qui, grammaticalement, sont d’ailleurs d’une
+simplicité limpide. On cite souvent cette phrase <em>a ko a bè fani
+ko ko ko</em> «&nbsp;elle dit qu’elle lave le linge de l’autre côté
+de la rivière&nbsp;», dans laquelle la syllabe <em>ko</em>
+représente quatre mots très différents&nbsp;: dire, laver, rivière,
+derrière. A vrai dire, lorsque <em>ko</em> signifie
+«&nbsp;rivière&nbsp;», il se prononce avec un <em>o</em> ouvert,
+tandis que l’<em>o</em> est fermé dans <em>ko</em> signifiant
+«&nbsp;dire&nbsp;» et dans <em>ko</em> signifiant
+«&nbsp;derrière&nbsp;» et à la fois fermé et allongé dans
+<em>ko</em> signifiant «&nbsp;laver&nbsp;». Mais combien de sons
+exactement semblables représentent des significations très
+distinctes&nbsp;! Par exemple <em>kan</em> qui veut dire
+«&nbsp;être égal, cou, langage et dessus&nbsp;», <em>di</em> qui
+veut dire «&nbsp;donner, être agréable, comment&nbsp;? et
+miel&nbsp;», <em>bon</em> qui veut dire «&nbsp;être grand, répandre
+et maison&nbsp;», <em>sama</em> qui veut dire «&nbsp;tirer,
+présenter et éléphant&nbsp;», <em>kono</em> ou <em>konon</em> qui
+veut dire «&nbsp;attendre, ventre, oiseau et perle&nbsp;», etc.</p>
+
+<p>Une autre difficulté consiste dans le nombre relativement
+considérable des dialectes et sous-dialectes&nbsp;; assurément les
+différences<span class="pagenum" id="Page_411">[411]</span> entre
+les divers dialectes, à part de rares exceptions, sont surtout
+d’ordre phonétique, mais elles sont suffisamment accentuées souvent
+pour qu’il soit difficile au non initié de reconnaître le même mot
+sous ses divers aspects dialectaux. Ainsi «&nbsp;main&nbsp;» se
+dira <em>bourou</em> en dioula, <em>boulou</em> en malinké,
+<em>bolo</em> ou <em>blo</em> en banmana&nbsp;;
+«&nbsp;soleil&nbsp;» se dira <em>téré</em> en dioula, <em>télé</em>
+en malinké, <em>tlé</em> ou <em>klé</em> en banmana&nbsp;;
+«&nbsp;nom&nbsp;» se dira <em>torho</em> en dioula, <em>torho</em>
+ou <em>togo</em> en malinké, <em>tokho</em> en khassonkè et
+<em>toua</em> en banmana&nbsp;; «&nbsp;semblable&nbsp;» se dira
+<em>nyorhon</em> en dioula, <em>nyorhon</em> ou <em>nyohon</em> en
+malinké et <em>nyouan</em> en banmana&nbsp;; «&nbsp;un&nbsp;» se
+dira <em>kélé</em> en dioula, <em>kélé</em> ou <em>kélen</em> en
+malinké et en banmana, <em>khélé</em> en khassonkè&nbsp;;
+<em>koro</em> «&nbsp;auprès&nbsp;» deviendra <em>koto</em> en
+malinké et <em>sorho</em> «&nbsp;viande&nbsp;» deviendra
+<em>soubo</em>&nbsp;; «&nbsp;blanc&nbsp;» se dira <em>gbê</em> en
+dioula, <em>gouè</em> ou <em>guè</em> en malinké, <em>dyè</em> en
+banmana, etc. Certaines modifications dialectales portent aussi sur
+l’emploi ou la valeur de quelques particules de conjugaison,
+<em>ka</em> par exemple marquant le passé en dioula et l’injonctif
+en banmana, etc.</p>
+
+<p>Mais il convient d’observer qu’avec un peu d’étude et
+d’expérience, on arrive très vite à posséder la clef de ces
+modifications, qui s’accomplissent en général selon des procédés
+très réguliers et constants. D’autre part il est très rare que,
+parmi les différentes formes que revêt un mot donné selon les
+régions, il ne s’en trouve pas une dont l’emploi se soit généralisé
+au point qu’elle soit comprise même dans les pays où on ne
+l’emploie pas d’habitude&nbsp;; ainsi, bien que «&nbsp;nom&nbsp;»
+se traduise usuellement par <em>toua</em> en banmana, je crois que
+neuf Banmana sur dix comprendront sans hésitation celui qui leur
+dira&nbsp;: <em>i torho bè di&nbsp;?</em> «&nbsp;quel est ton
+nom&nbsp;?&nbsp;» Même pour les formes grammaticales, lorsqu’elles
+diffèrent selon les dialectes, il est rare que l’une d’elles au
+moins ne soit pas comprise partout&nbsp;: ainsi les Banmana
+emploient <em>yé</em> comme particule du passé, certains Malinké
+emploient de préférence <em>li</em> dans le même cas, tandis que
+d’autres Malinké et tous les Dioula se servent généralement de
+<em>ka</em>&nbsp;; cependant la phrase <em>a ka sô san kounou</em>
+sera entendue partout avec le sens de «&nbsp;il a acheté un cheval
+hier&nbsp;». C’est de cette façon que s’est formée cette
+«&nbsp;langue blanche&nbsp;», ce <em>kan gbê</em>, qui est le
+mandingue de tout le monde et que tout<span class="pagenum" id=
+"Page_412">[412]</span> le monde comprend sans difficulté, sauf
+dans les petits villages éloignés des grandes voies de
+communication et qui sont pour ainsi dire isolés du reste du monde
+mandingue&nbsp;; ce dialecte en quelque sorte international a puisé
+çà et là dans chacun des dialectes proprement dits, adoptant les
+formes les plus répandues et les faisant siennes&nbsp;; aussi
+est-ce celui-là qui tend à se généraliser et qui arrivera un jour à
+unifier les dialectes régionaux en les remplaçant peu à peu.
+Actuellement déjà, le <em>kan gbê</em> règne en maître chez les
+Dioula et les Malinké du Haut-Sénégal-Niger, de la Côte d’Ivoire et
+de la Guinée Française&nbsp;; seul, le dialecte banmana, avec ses
+élisions de voyelles, ses tendances à l’apocope et son emploi
+abusif d’un passif incomplet, garde une physionomie à part et un
+peu rébarbative.</p>
+
+<p class="space-above15"><a id="p3c03s3"></a>3<sup>o</sup>
+<em>Peul.</em> — Le peul a acquis une réputation de langue
+harmonieuse qui n’est assurément pas surfaite&nbsp;: on l’a appelé
+«&nbsp;un langage d’oiseaux, l’italien d’Afrique, etc.&nbsp;» et ce
+n’est pas sans raison. L’absence de tout son rauque, l’extrême
+abondance des dentales et surtout des liquides douces, la fréquence
+des voyelles <em>i</em> et <em>é</em>, comme aussi l’intonation
+musicale si particulière à cette langue, la rendent agréable à
+entendre, même lorsqu’on ne la comprend pas, surtout si elle est
+parlée par des femmes.</p>
+
+<p>Quoique sa morphologie et sa syntaxe reposent sur des principes
+très simples, le nombre considérable de ses suffixes et la
+délicatesse des modifications que chacun apporte à la valeur d’un
+radical donné font du peul l’une des langues africaines les plus
+difficiles à bien posséder et à manier avec précision. Les mêmes
+causes d’autre part lui assurent une indiscutable supériorité sur
+les idiomes qui se parlent autour de lui&nbsp;: je ne crois pas
+qu’il existe une nuance de pensée qui ne puisse être rendue avec
+exactitude par la langue peule.</p>
+
+<p>Son vocabulaire est l’un des plus riches que je connaisse. Le
+nombre des racines est d’une abondance extraordinaire et, si l’on
+songe que, de chaque racine ou presque, on peut tirer de six à dix
+verbes dérivés, que chacun de ces verbes dérivés peut s’employer à
+trois voix différentes (active, passive et moyenne ou réfléchie),
+que chaque voix de chaque verbe peut donner<span class="pagenum"
+id="Page_413">[413]</span> naissance à trois participes au moins de
+sens différents et à une quantité presque illimitée de substantifs,
+tout cela d’ailleurs par la simple addition à la racine de suffixes
+dont chacun a sa valeur propre, on ne sera pas étonné de la faveur
+en laquelle je tiens cette langue.</p>
+
+<p>L’une des caractéristiques les plus spéciales du peul réside
+dans le phénomène des classes entre lesquelles sont répartis les
+substantifs. Elles sont au nombre de onze pour le singulier — ou de
+dix-sept si l’on tient compte des sous-classes — et de cinq pour le
+pluriel. Chaque classe ou sous-classe possède un pronom spécial
+pour représenter les substantifs qu’elle renferme et chacune est
+caractérisée morphologiquement par un suffixe identique à ce pronom
+ou dérivant de lui. De plus certaines consonnes radicales
+subissent, dans certaines classes, une modification ou
+transformation très spéciale&nbsp;: c’est ainsi que la racine
+<em>rèw</em> devient <em>dèbb</em> dans six classes du singulier et
+dans trois du pluriel, tandis qu’elle conserve la forme
+<em>rèw</em> dans les autres classes. Au point de vue des
+catégories des êtres ou objets selon les classes, il y a moins de
+précision&nbsp;; certaines classes ont une catégorisation très
+nette&nbsp;: ainsi la classe du singulier à pronom <em>o</em> et la
+classe du pluriel à pronom <em>bé</em> ne renferment que des noms
+d’êtres humains<a id="FNanchor_280"></a><a href="#Footnote_280"
+class="fnanchor">[280]</a>, la classe du singulier à pronom
+<em>ngèl</em> (par <em>g</em> dur) et la classe du pluriel à pronom
+<em>koñ</em> (prononcez comme l’impératif français
+«&nbsp;cogne&nbsp;») ne renferment que des<span class="pagenum" id=
+"Page_414">[414]</span> noms de diminutifs (diminutifs d’êtres
+humains, d’animaux ou d’objets quelconques), la classe du singulier
+à pronom <em>dam</em> ne renferme que des noms de liquides ou de
+corps facilement liquéfiables, la sous-classe du singulier à pronom
+<em>ba</em> (<em>nga</em> dans les dialectes parlés à l’est du bas
+Niger) ne renferme que des noms d’animaux se nourrissant de
+végétaux&nbsp;; mais, pour chacune des autres classes et
+sous-classes, il existe en général un nombre plus ou moins grand de
+catégories diverses&nbsp;: la classe du singulier à pronom
+<em>ngal</em> renferme des augmentatifs, des noms d’instruments,
+des noms d’oiseaux&nbsp;; la classe du singulier à pronom
+<em>ngol</em> renferme des noms d’objets allongés, des noms
+abstraits, etc. Toutefois, même lorsque la spécialisation des
+catégories n’est pas absolument nette, elle existe cependant.</p>
+
+<p>Le fait que chaque classe ou sous-classe possède son pronom
+spécial et ses désinences spéciales et que les adjectifs (ou
+participes qualifiant des substantifs) prennent une désinence
+analogue à celle de la classe à laquelle appartient le substantif
+qualifié, le traitement que subissent certaines consonnes radicales
+selon la classe du mot, donnent à la langue peule une physionomie
+très particulière qui n’a pas toujours été comprise mais qui a été
+remarquée par tout le monde.</p>
+
+<p>Ces diverses particularités du peul, en même temps qu’elles en
+font une langue intéressante, harmonieuse, riche et puissante, en
+font aussi une langue dont l’assimilation est malaisée. Aussi
+est-il fort rare de l’entendre parler par d’autres indigènes que
+ceux dont elle est la langue maternelle et elle n’a aucune chance
+de devenir une langue d’échange. Par un phénomène inverse, les
+Peuls qui se trouvent en petit nombre au sein d’une population
+autre que la leur se voient forcés d’apprendre la langue que l’on
+parle autour d’eux, et c’est ainsi que l’on rencontre un nombre
+considérable de Peuls parlant le soninké, le mandingue, le songaï,
+le mossi, le haoussa, etc., tandis qu’il est excessivement rare de
+trouver des Mandé, des Songaï, des Mossi, des Haoussa parlant le
+peul.</p>
+
+<p>Ceux d’ailleurs qui, à la suite de circonstances spéciales, ont
+réussi à apprendre le peul le parlent en général fort mal. Les
+Rimaïbé, bien qu’ils ne connaissent souvent pas d’autre
+langue<span class="pagenum" id="Page_415">[415]</span> que le peul,
+qui est l’idiome de leurs maîtres, ne le parlent que d’une façon
+incorrecte. La même remarque a été faite en ce qui concerne les
+gens appartenant aux castes spéciales, et particulièrement les
+Laobé. Les Peuls proprement dits eux-mêmes sont loin d’observer
+toujours toutes les règles de la langue et en prennent à leur aise
+notamment dans l’application des principes relatifs à la
+distinction des classes et aux modifications des consonnes
+radicales. Seuls, parmi tous les gens de langue peule, les
+Toucouleurs parlent d’une façon tout à fait correcte.</p>
+
+<p>Ce fait n’est pas l’un des moindres arguments militant en faveur
+de la théorie que j’ai soutenue plus haut, théorie d’après laquelle
+les ancêtres des Peuls auraient, lors de leur séjour au Fouta-Toro
+du <span class="sc2">VIII</span><sup>e</sup> au <span class=
+"sc2">XI</span><sup>e</sup> siècles, abandonné leur langue
+d’origine asiatique ou nord-africaine pour emprunter aux Nègres du
+Tekrour la langue toucouleure, que nous appelons aujourd’hui la
+langue peule<a id="FNanchor_281"></a><a href="#Footnote_281" class=
+"fnanchor">[281]</a>. Nous avons vu que toutes les traditions
+indigènes s’accordent pour donner le Fouta-Toro comme point de
+départ aux diverses migrations qui ont porté les Peuls vers l’Est
+jusque dans le bassin du Nil&nbsp;; or il est facile de constater
+que, à mesure qu’on s’éloigne du Fouta-Toro dans la direction de
+l’Est, la langue parlée par les Peuls s’écarte de plus en plus des
+règles fondamentales qui lui donnent sa physionomie propre, tandis
+que les Toucouleurs, même établis à demeure très loin de leur pays
+d’origine — par exemple ceux de Ségou, de Bandiagara, de Say —
+continuent à appliquer scrupuleusement ces mêmes règles. Tout cela
+tend bien à prouver, il me semble, que le peul n’est vraiment la
+langue nationale que des seuls Toucouleurs et que sa véritable
+patrie d’origine doit être placée dans l’ancien Tekrour,
+c’est-à-dire dans le Fouta Sénégalais.</p>
+
+<p>Un autre phénomène encore vient à l’appui de mon hypothèse. Un
+examen, même superficiel, de la langue sérère montre qu’un nombre
+considérable de radicaux de cette langue, et<span class="pagenum"
+id="Page_416">[416]</span> notamment ceux qui expriment les idées
+les plus communes, comme «&nbsp;laisser, accepter, acheter, vendre,
+allumer, apporter, avoir, battre, être beau, être blanc, être noir,
+être brave, cuire, dormir, boire, manger, demander, envoyer,
+marcher, pouvoir, rire, tomber, tuer, voler, etc.&nbsp;», sont
+identiques ou analogues aux radicaux peuls correspondants, tandis
+que l’allure générale de la langue sérère est très différente de
+l’allure générale de la langue peule et se rapproche plutôt de la
+physionomie du ouolof. D’autre part on rencontre dans le sérère et
+— quoique sur une échelle beaucoup plus restreinte — dans le
+ouolof, des phénomènes de modifications de consonnes radicales et
+des éléments de dérivation qui rappellent singulièrement les
+phénomènes et éléments correspondants du peul. Et pourtant le
+sérère par sa morphologie générale, le ouolof surtout par son
+vocabulaire et sa grammaire, s’éloignent assez considérablement du
+peul. On sait que les Sérères n’ont pas toujours habité leur pays
+actuel, qu’ils étaient autrefois établis plus à l’Est et au Nord et
+qu’ils ont, durant des siècles, voisiné avec les habitants du
+Tekrour et fait partie de leur empire&nbsp;; on sait aussi que les
+Ouolofs ont été tour à tour sujets et suzerains du même
+empire&nbsp;: il n’est donc pas étonnant que des emprunts aient été
+faits par les Sérères et les Ouolofs à la langue du Tekrour et que
+la trace de ces emprunts soit encore visible aujourd’hui. On
+pourrait même prétendre, quoique ce soit plus téméraire, que ce
+serait le sérère qui aurait influencé la langue du Tekrour, ou
+encore, ce qui serait peut-être plus près de la vérité, qu’une
+langue du bas Sénégal, aujourd’hui disparue, a contribué à la
+formation de la langue toucouleure, de la langue sérère, et, pour
+une part moindre, de la langue ouolove. Quoi qu’il en soit, comme
+les analogies constatées entre le peul d’une part et d’autre part
+le sérère et — à un bien moindre degré — le ouolof sont tout aussi
+visibles dans le dialecte des Peuls du Baguirmi que dans celui des
+Toucouleurs du Fouta-Toro, il faut bien admettre que les Peuls du
+Baguirmi et d’ailleurs ont pris leur langue dans le bas Sénégal,
+étant donné que l’influence des Sérères ne s’est jamais, que je
+sache, portée jusqu’au lac Tchad. C’est donc là un premier point
+qui me paraît définitivement acquis&nbsp;:<span class="pagenum" id=
+"Page_417">[417]</span> la langue actuelle des Peuls était parlée
+au Tekrour avant l’époque des premières migrations peules vers le
+Sud et vers l’Est.</p>
+
+<div class="plate" id="pl14">
+<table class="width-full">
+<tr>
+<td class="tdl ipub sc">Delafosse</td>
+<td class="tdr ipub">Planche XIV</td>
+</tr>
+</table>
+
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="i27"><img src='images/i27.jpg' alt=''>
+<p class="ipubr"><em>Cliché Fortier</em>
+</p>
+
+<p class="cp1"><span class="sc">Fig.</span> 27. — Pêcheurs du
+Niger.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="i28"><img src='images/i28.jpg' alt=''>
+<p class="ipubr"><em>Cliché Fortier</em>
+</p>
+
+<p class="cp1"><span class="sc">Fig.</span> 28. — Une flottille de
+pêche sur le Niger.</p>
+</figure>
+</div>
+</div>
+
+<p>Mais, pourrait-on dire, cela n’empêcherait pas que les Peuls
+eussent apporté leur langue actuelle de l’Asie ou du Nord-Est de
+l’Afrique&nbsp;: ils l’auraient introduite avec eux au Tekrour, où
+elle aurait passé au sérère une partie de ses radicaux et serait
+devenue la langue des Toucouleurs, et ensuite ils l’auraient
+transportée dans tout le Soudan occidental et central.</p>
+
+<p>Assurément une telle hypothèse n’est pas absurde matériellement
+et elle demeurera même historiquement soutenable tant que nous ne
+posséderons aucun document nous permettant de savoir quelle langue
+était parlée au Tekrour avant l’arrivée des Peuls dans ce
+pays&nbsp;: or il est vraisemblable que nous ne disposerons jamais
+d’un document de cette nature.</p>
+
+<p>Nous avons bien le nom des «&nbsp;gorilles&nbsp;»&nbsp;: lorsque
+le navigateur carthaginois Hannon arriva aux côtes de Guinée, il
+aperçut des sauvages velus qui ne lui paraissaient pas avoir figure
+humaine et que ses interprètes lui désignèrent d’un nom qui, passé
+dans notre langue à travers la traduction grecque du texte punique,
+est devenu «&nbsp;gorille&nbsp;». Comme il est vraisemblable,
+d’après le récit de Hannon, que ses interprètes avaient été
+embarqués à l’embouchure du Sénégal, on pourrait rapprocher le mot
+«&nbsp;gorille&nbsp;» de l’expression ouolove <em>gôr yi</em>
+«&nbsp;ce sont des hommes&nbsp;», ce qui permettrait de supposer
+que, dès le <span class="sc2">VI</span><sup>e</sup> siècle avant
+J.-C., on parlait déjà ouolof à l’embouchure du Sénégal et que le
+nom servant à désigner les hommes en ouolof appartenait déjà à une
+racine qui, précisément, sert aussi à les désigner en peul
+(<em>gôr-ko</em>, racine <em>gôr</em> ou <em>wôr</em> selon les
+cas). Mais je ne veux assurément pas faire état d’un argument basé
+sur un mot unique, transmis par l’intermédiaire d’un texte punique
+que nous ne possédons pas.</p>
+
+<p>L’argument tiré du fait que le peul est parlé plus correctement
+par les Toucouleurs que par les Peuls me semble avoir une bien
+autre valeur. Il en existe d’autres encore à l’appui de ma thèse.
+Les Peuls ou Proto-Peuls n’ont pas séjourné qu’au Fouta&nbsp;:
+avant d’y arriver ils ont bien été forcés de passer
+quelque<span class="pagenum" id="Page_418">[418]</span> part et ils
+ne se sont pas transportés des bords de la Méditerranée aux rives
+du Sénégal comme un bolide. Si l’on fait quelque crédit aux
+traditions indigènes, il faut admettre qu’ils ont habité la région
+de Oualata pendant au moins cinq siècles, c’est-à-dire plus
+longtemps que n’a duré leur séjour au Tekrour&nbsp;; lorsque le
+gros de leur peuple s’est porté au Fouta, un certain nombre d’entre
+eux sont demeurés dans le Hodh, sont allés fonder Tichit et ont
+donné naissance aux Guirganké&nbsp;; d’autres peut-être sont
+devenus les Nimadi. Il serait très intéressant de savoir si ces
+derniers, sur lesquels on n’a que de très vagues renseignements, ne
+possèdent pas un idiome spécial et quel est cet idiome. Mais en
+tout cas ni à Oualata, ni a Tichit ni chez les Guirganké on ne
+trouve trace d’une langue ressemblant au peul&nbsp;; si la langue
+des Proto-Peuls de Ghana avait été le peul actuel ou quelque chose
+y ressemblant, il serait bien étonnant que cette langue n’ait pas
+laissé de traces dans le Hodh alors qu’elle aurait eu assez de
+force pour s’imposer à toute la population du Fouta, pour
+influencer si fortement le sérère et pour se perpétuer durant plus
+de mille ans à travers tout le Soudan. En d’autres termes, comment
+expliquer que cette langue ne se retrouve nulle part au-delà du
+Fouta, lorsqu’on suit en sens inverse l’itinéraire le plus probable
+de l’immigration proto-peule, à moins d’admettre qu’elle est née au
+Fouta même et que les Proto-Peuls l’y ont trouvée lorsqu’ils y sont
+arrivés pour la première fois&nbsp;?</p>
+
+<p>Si nous quittons le domaine de l’histoire pour aborder celui de
+la linguistique pure, la chose paraîtra plus certaine encore&nbsp;:
+la langue peule, par son type purement agglutinatif, par ses
+classes de noms, par ses suffixes de conjugaison, par sa
+phonétique, par la nature même de ses radicaux et par la forme de
+ses racines, présente tous les caractères fondamentaux des langues
+nègres&nbsp;; elle constitue dans l’Afrique Noire une famille à
+part, c’est vrai, mais cette famille est à grouper avec les autres
+familles soudanaises et avec la famille bantoue, dont elle se
+rapproche à certains égards, tandis que les différences qui
+séparent le peul des langues sémitiques et hamitiques sont telles
+que je ne puis arriver à concevoir comment on a pu, même
+un<span class="pagenum" id="Page_419">[419]</span> instant, songer
+à le rattacher à la famille sémitique ou à la famille
+hamitique.</p>
+
+<p>Un linguiste anglais très autorisé en matière d’idiomes
+africains, M. Migeod, a opposé une seule objection à ma
+théorie&nbsp;: «&nbsp;Comment admettre, m’a-t-il dit, qu’un peuple
+de race blanche et de mentalité supérieure aurait pu abandonner sa
+langue pour adopter une langue nègre&nbsp;?&nbsp;» Cette objection
+n’est pas de nature à m’effrayer. Tout d’abord il n’est pas
+démontré que la mentalité des Judéo-Syriens et leur civilisation,
+au moment de leur arrivée au Fouta, fût notablement supérieure à
+celle des Noirs du Tekrour&nbsp;; ensuite il est fort probable,
+comme je l’ai laissé entrevoir, que la langue qu’ils parlaient
+alors n’était pas <em>leur</em> langue propre, mais bien une langue
+d’emprunt récoltée en Egypte ou en Cyrénaïque, peut-être un
+égyptien bâtard, peut-être tout simplement le berbère&nbsp;: depuis
+leur départ de Syrie ils avaient sans doute changé de langue plus
+d’une fois et ils ne devaient pas tenir outre mesure à celle qu’ils
+parlaient au moment de leur venue sur les rives du Sénégal et qui
+ne cadrait pas plus avec leur génie national que la langue des
+Toucouleurs. Enfin, le fait d’un groupement de race blanche
+adoptant une langue nègre ne me paraît pas autrement
+surprenant&nbsp;: les raisons tirées de l’orgueil de race n’ont
+rien à voir avec le développement des langues&nbsp;; les Touareg
+Kel-Oui ont à peu près abandonné le tamacheq pour ne plus parler
+que le haoussa et cependant ce sont leurs serfs, les Bougadié, qui
+le leur ont appris&nbsp;; les descendants des conquérants marocains
+de Tombouctou ne parlent pas d’autre langue que celle des Nègres
+Songaï, que leurs ancêtres avaient asservis et regardaient comme
+une race d’esclaves.</p>
+
+<p class="space-above15"><a id="p3c03s4"></a>4<sup>o</sup>
+<em>Songaï.</em> — Je place la langue songaï après la langue peule
+en raison de sa légère infériorité au point de vue du nombre de ses
+ressortissants, mais il serait plus logique, dans cette esquisse
+des caractères généraux des principales langues du Soudan Français,
+de la placer à côté du mandingue. Elle en a la simplicité et la
+force d’expansion, en raison précisément de cette simplicité.</p>
+
+<p>Je dirai même que le songaï est plus facile encore à
+parler<span class="pagenum" id="Page_420">[420]</span> que le
+mandingue&nbsp;: sa prononciation est plus aisée encore, car il n’a
+ni le rh guttural ni les voyelles nasales un peu spéciales du
+mandingue&nbsp;; sa morphologie, très analogue à celle de cette
+dernière langue quant aux principes appliqués, est plus
+rudimentaire encore&nbsp;; quant à sa syntaxe, elle est presque
+inexistante. Si la grammaire mandingue peut tenir en vingt pages,
+dix pages suffiraient largement à la grammaire songaï&nbsp;: la
+partie grammaticale du manuel Hacquard et Dupuis, qui est, je
+crois, complète, renferme quarante pages, dont plus des trois
+quarts sont remplis par des exemples. D’autre part les homonymes ne
+sont qu’en nombre restreint et leur présence n’offre pas la
+difficulté réelle qu’elle entraîne en mandingue. Les variations
+dialectales paraissent insignifiantes, si l’on en excepte la
+différence de prononciation du <em>d mouillé</em> ou yodisé qui
+distingue le parler de Tombouctou et de Dienné de celui du
+Djerma&nbsp;; dans ce dernier pays on le prononce <em>z</em>, on
+dirait par exemple <em>zenné</em> au lieu de Dienné.</p>
+
+<p>Si le songaï est une langue facile, il est par ailleurs une
+langue pauvre&nbsp;: son vocabulaire est beaucoup plus restreint
+que celui du mandingue et le nombre des dérivés que l’on peut
+former d’un radical donné n’est pas considérable. Aussi a-t-il fait
+de copieux emprunts aux langues étrangères, à l’arabe, au tamacheq,
+et surtout au peul et au mandingue. Ces emprunts d’ailleurs ne
+comportent que des mots, que le songaï a adoptés tels quels, sans
+se préoccuper de leur formation. Tout naturellement, les mots
+étrangers ne sont souvent que d’un emploi local&nbsp;: beaucoup
+d’expressions arabes, couramment usitées à Tombouctou, sont à peu
+près inconnues à Say&nbsp;; de nombreux mots mandingues ont cours à
+Dienné qui ne sont pas compris à Gao&nbsp;; mais beaucoup aussi ont
+acquis définitivement et partout droit de cité et font partie
+aujourd’hui du vocabulaire songaï, dont ils constituent presque le
+quart.</p>
+
+<div class="footnotes" id="ftp3c03">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_280"></a><a href="#FNanchor_280"><span class=
+"label">[280]</span></a>De là les appellations de «&nbsp;genre
+hominin&nbsp;» et de «&nbsp;genre commun&nbsp;» (commun aux deux
+sexes) données respectivement à l’ensemble de ces deux classes par
+le général Faidherbe et par de Guiraudon. Ces mêmes auteurs
+rangeaient tous les autres mots dans une seule classe que le
+premier appelait «&nbsp;genre brute&nbsp;» et le second
+«&nbsp;genre neutre&nbsp;». Une telle division est tout à fait
+défectueuse, car il n’existe aucune raison de réunir ensemble des
+classes dont chacune est aussi distincte des autres que toutes
+ensemble sont distinctes de la classe à pronom <em>o</em>.
+Faidherbe et de Guiraudon prétendaient aussi que les modifications
+de consonnes radicales se faisaient en sens inverse selon que le
+mot appartenait au genre hominin ou commun ou au genre brute ou
+neutre&nbsp;; cette affirmation n’est pas exacte et beaucoup de
+noms ne désignant pas des êtres humains subissent, au moins au
+singulier, les mêmes modifications que les noms d’être
+humains&nbsp;: il y a là une question de classes multiples et non
+pas une question de double genre humain et non-humain.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_281"></a><a href="#FNanchor_281"><span class=
+"label">[281]</span></a>Les indigènes de langue peule font une
+distinction entre le parler des Toucouleurs et celui des Peuls
+proprement dits&nbsp;: les premiers appellent leur langue
+<em>poular</em>, tandis que les seconds donnent à la même langue,
+telle qu’ils la parlent eux-mêmes, le nom de
+<em>foulfouldé</em>.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3 class="pb"><span class="pagenum" id=
+"Page_421">[421]</span><a id="p3c04"></a>CHAPITRE IV</h3>
+
+<p class="sch1">Bibliographie linguistique.</p>
+
+<p>Je n’ai pas l’intention d’établir ici une liste complète des
+publications relatives aux langues soudanaises&nbsp;: une telle
+bibliographie, bien peu fournie en ce qui concerne certains
+idiomes, serait au contraire fort étendue pour ce qui regarde le
+mandingue, le peul et surtout le haoussa. Mais parmi tout ce qui a
+été publié sur ces langues et sur d’autres, beaucoup d’ouvrages ou
+de mémoires ne présentent plus guère d’intérêt aujourd’hui que pour
+les collectionneurs et les érudits.</p>
+
+<p>Je voudrais donner seulement l’indication des ouvrages les plus
+récents et de ceux qui offrent le plus de garanties et de facilités
+pour l’étude des langues parlées dans le Haut-Sénégal-Niger. Je
+crois en effet ce renseignement fort utile, si j’en juge par le
+grand nombre de personnes qui se sont adressées à moi pour savoir
+où elles pourraient étudier telle ou telle langue de la
+colonie.</p>
+
+<p class="nind space-above15"><em>Etudes générales de linguistique
+soudanaise.</em>
+</p>
+
+<p class="hang2">F. W. H. <span class="sc">Migeod</span>. — <em>The
+languages of West-Africa</em>, vol. I. — London (Kegan-Paul), 1911,
+in-8, 374 pages.</p>
+
+<p class="hang2">M. <span class="sc">Delafosse</span>. —
+<em>Vocabulaires comparatifs de plus de 60 langues ou
+dialectes</em> parlés à la Côte d’Ivoire et dans les régions
+limitrophes. — Paris (Leroux), 1904, gr. in-8, 284 pages.</p>
+
+<p class="nind space-above15"><em>Arabe.</em>
+</p>
+
+<p class="hang2">O. <span class="sc">Houdas</span>. — <em>Précis de
+grammaire arabe</em> (langue écrite et langue parlée). — Paris
+(André), 1897, in-8, 264 pages.</p>
+
+<p class="hang2"><span class="pagenum" id="Page_422">[422]</span>R.
+<span class="sc">Basset</span>. — <em>Notes sur le hassânia.</em> —
+Paris, 1910, in-8 (fasc. 2 du tome XXXIX des Publications de la
+Faculté des Lettres d’Alger).</p>
+
+<p class="hang2">A. de <span class=
+"sc">Biberstein-Kasimirski</span>. — <em>Dictionnaire
+arabe-français.</em> — Paris, 1860, 2 vol. gr. in-8.</p>
+
+<p class="hang2">E. <span class="sc">Gasselin</span>. —
+<em>Dictionnaire français-arabe</em> (arabe vulgaire et arabe
+grammatical). — Paris (Leroux), 1880-86, 2 vol. gr. in-4, 974 et
+860 pages.</p>
+
+<p class="hang2">Père J. B. <span class="sc">Belot</span>. —
+<em>Vocabulaire arabe-français à l’usage des étudiants.</em> —
+Beyrouth, 1898, in-8, 1000 pages (nombreuses éditions).</p>
+
+<p class="hang2">Remarque. — Ces trois dictionnaires s’adressent
+surtout à ceux qui voudraient étudier l’arabe écrit&nbsp;; le
+troisième, assurément moins complet, mais plus portatif et d’un
+prix plus abordable, peut suffire dans la plupart des cas.</p>
+
+<p class="nind space-above15"><em>Zenaga.</em>
+</p>
+
+<p class="hang2">Général <span class="sc">Faidherbe</span>. —
+<em>Le Zenaga des tribus sénégalaises.</em> — Paris (Leroux), 1877,
+in-8, 96 pages.</p>
+
+<p class="hang2">R. <span class="sc">Basset</span>. — <em>Etude sur
+le dialecte zenaga.</em> — Paris, 1910, in-8 (fasc. 1 du tome XXXIX
+des Publications de la Faculté des Lettres d’Alger).</p>
+
+<p class="nind space-above15"><em>Tamacheq.</em>
+</p>
+
+<p class="hang2">Général <span class="sc">Hanoteau</span>. —
+<em>Essai de grammaire de la langue tamachek</em>, 2<sup>e</sup>
+édit. — Alger (Jourdan), 1896, in-8, 300 pages.</p>
+
+<p class="hang2">H. <span class="sc">Barth</span>. — <em>Travels
+and discoveries in Northern and Central Africa.</em> — London,
+1858, 5 vol. in-8 (renferme un vocabulaire et une grammaire du
+dialecte des Oulmidden).</p>
+
+<p class="hang2"><span class="sc">Cid Kaoui</span>. —
+<em>Dictionnaire pratique tamâheq-français.</em> — Alger (Jourdan),
+1900, gr. in-4, 444 pages.</p>
+
+<p class="hang2">A. de <span class="sc">Motylinski</span>. —
+<em>Grammaire et dictionnaire français-touareg.</em> — Alger
+(Jourdan), 1908, in-8, 330 pages.</p>
+
+<p class="nind space-above15"><em>Haoussa.</em>
+</p>
+
+<p class="hang2">M. <span class="sc">Delafosse</span>. — <em>Manuel
+de langue haoussa.</em> — Paris (Maisonneuve), 1901, in-18, 136
+pages.</p>
+
+<p class="hang2">M. <span class="sc">Landeroin</span> et J.
+<span class="sc">Tilho</span>. — <em>Grammaire et contes
+haoussas.</em> — Paris (E. Larose), 1909, in-18, 292 pages.</p>
+
+<p class="hang2">Les mêmes. — <em>Dictionnaire haoussa comprenant
+haoussa-français et français-haoussa.</em> — Paris (E. Larose),
+1910, in-18, 172 et 164 pages.</p>
+
+<p class="nind space-above15"><em>Ouolof.</em>
+</p>
+
+<p class="hang2">Mgr A. <span class="sc">Kobès</span>. —
+<em>Grammaire de la langue wolofe.</em> — Saint-Joseph de Ngazobil,
+1869, in-8.</p>
+
+<p class="hang2"><span class="pagenum" id="Page_423">[423]</span>J.
+B. <span class="sc">Rambaud</span>. — <em>La langue wolof.</em> —
+Paris (Leroux), 1903, pet. in-8, 106 pages.</p>
+
+<p class="hang2">Mgr A. <span class="sc">Kobès</span>. —
+<em>Dictionnaire français-wolof.</em> — Dakar, 1855, in-8.</p>
+
+<p class="hang2">Le même. — <em>Dictionnaire wolof-français</em>,
+nouv. édit. — Saint-Joseph de Ngazobil, 1875, in-8.</p>
+
+<p class="hang2">P. H. <span class="sc">Greffier</span>. —
+<em>Guide de la conversation français-volof.</em> — Saint-Joseph de
+Ngazobil, 1907, in-32.</p>
+
+<p class="nind space-above15"><em>Peul.</em>
+</p>
+
+<p class="hang2">D<sup>r</sup> <span class="sc">Tautain</span>. —
+<em>Contribution à l’étude de la langue foule</em> (Revue de
+linguistique et de philologie comparées, Paris, 1889-90, 82
+pages).</p>
+
+<p class="hang2">T. G. de <span class="sc">Guiraudon</span>. —
+<em>Manuel de la langue foule.</em> Paris (Welter), 1894, in-18,
+144 pages.</p>
+
+<p class="hang2">H. <span class="sc">Gaden</span>. — <em>Note sur
+le dialecte foul parlé par les Foulbé du Baguirmi</em> (Journal
+asiatique, Paris, janv.-févr. 1908, 70 pages).</p>
+
+<p class="hang2">D. <span class="sc">Westermann</span>. —
+<em>Handbuch der Ful-Sprache.</em> — Berlin, 1909, in-8, 274
+pages.</p>
+
+<p class="nind space-above15"><em>Songaï.</em>
+</p>
+
+<p class="hang2">A. <span class="sc">Hacquard</span> et A.
+<span class="sc">Dupuis</span>. — <em>Manuel de la langue
+songay.</em> — Paris (Maisonneuve), 1897, in-18, 254 pages.</p>
+
+<p class="hang2">A. <span class="sc">Dupuis-Yakouba</span>. —
+<em>Les Gow, chasseurs du Niger</em> (texte songaï et traduction
+française). — Paris (Leroux), 1911, in-8, 300 pages environ.</p>
+
+<p class="nind space-above15"><em>Langues mandé&nbsp;: étude
+générale.</em>
+</p>
+
+<p class="hang2">H. <span class="sc">Steinthal</span>. — <em>Die
+Mande-Neger-Sprachen.</em> — Berlin, 1867, in-8, 344 pages.</p>
+
+<p class="hang2">M. <span class="sc">Delafosse</span>. — <em>Essai
+de manuel pratique de la langue mandé</em> (IV<sup>e</sup> partie).
+— Paris (Leroux), 1901, gr. in-8, 304 pages.</p>
+
+<p class="nind space-above15"><em>Bozo.</em>
+</p>
+
+<p class="hang2">M. <span class="sc">Delafosse</span>. —
+<em>Vocabulaires comparatifs</em> (le chap. IV renferme un court
+vocabulaire bozo et quelques notes de grammaire). — Rien autre n’a
+été publié à ma connaissance sur la langue bozo.</p>
+
+<p class="nind space-above15"><em>Soninké</em> (aucune étude
+complète de la langue soninké n’a paru jusqu’à présent).</p>
+
+<p class="hang2">Général <span class="sc">Faidherbe</span>. —
+<em>Langues sénégalaises.</em> — Paris (Leroux), 1887, in-18, 266
+pages (renferme une courte notice grammaticale et un
+vocabulaire).</p>
+
+<p class="hang2">D<sup>r</sup> <span class="sc">Tautain</span>. —
+<em>Note sur les trois langues soninké, banmana et mallinké</em>
+(Revue de linguistique et de philologie comparées, Paris,
+1887).</p>
+
+<p class="hang2"><span class="pagenum" id="Page_424">[424]</span>G.
+<span class="sc">Bastard</span>. — <em>Essai de lexique pour les
+idiomes soudanais</em> (Revue Coloniale, Paris, mai 1900. —
+Renferme un vocabulaire soninké).</p>
+
+<p class="hang2">M. <span class="sc">Delafosse</span>. — <em>Essai
+de manuel pratique de la langue mandé</em> (IV<sup>e</sup> partie,
+chap. VIII).</p>
+
+<p class="hang2">Le même. — <em>Vocabulaires comparatifs</em>
+(chap. IV).</p>
+
+<p class="nind space-above15"><em>Kâgoro</em>&nbsp;: néant.</p>
+
+<p class="nind space-above15"><em>Mandingue (dialecte
+banmana).</em>
+</p>
+
+<p class="hang2">F. S. (Père Sauvant). — <em>Manuel de la langue
+bambara.</em> — Maison-Carrée, 1905, in-8, 154 pages.</p>
+
+<p class="hang2">Mgr H. <span class="sc">Bazin</span>. —
+<em>Dictionnaire bambara-français.</em> — Paris, 1906, gr. in-8,
+694 pages.</p>
+
+<p class="hang2"><span class="sc">Moussa Travélé</span>. —
+<em>Petit manuel français-bambara.</em> — Paris (Geuthner), 1910,
+in-8, 68 pages.</p>
+
+<p class="nind space-above15"><em>Mandingue (dialecte
+khassonkè).</em>
+</p>
+
+<p class="hang2">G. <span class="sc">Bastard</span>. — <em>Essai de
+lexique</em> (renferme un vocabulaire khassonkè).</p>
+
+<p class="hang2">M. <span class="sc">Delafosse</span>. — <em>Essai
+de manuel pratique de la langue mandé</em> (IV<sup>e</sup> partie,
+chap. V).</p>
+
+<p class="nind space-above15"><em>Mandingue (dialecte
+malinké).</em>
+</p>
+
+<p class="hang2">J. B. <span class="sc">Rambaud</span>. — <em>La
+langue mandé.</em> — Paris (Bouillon), 1896, in-8, 132 pages.</p>
+
+<p class="hang2">Père <span class="sc">Abiven</span>. —
+<em>Grammaire malinké.</em> — Paris, 1900, in-8.</p>
+
+<p class="hang2">Le même. — <em>Dictionnaire malinké-français.</em>
+— Paris, 1900, in-8.</p>
+
+<p class="hang2">Le même. — <em>Dictionnaire français-malinké.</em>
+— Paris, 1900, in-8.</p>
+
+<p class="hang2">Missionnaires du Saint-Esprit. — <em>Dictionnaire
+français-malinké et malinké-français.</em> — Conakry, 1906, in-18,
+176 pages.</p>
+
+<p class="nind space-above15"><em>Mandingue (dialecte dioula).</em>
+</p>
+
+<p class="hang2">M. <span class="sc">Delafosse</span>. — <em>Essai
+de manuel pratique de la langue mandé</em> (les trois premières
+parties concernent spécialement le dialecte dioula).</p>
+
+<p class="nind space-above15"><em>Soussou</em> (diallonké).</p>
+
+<p class="hang2">J. H. <span class="sc">Dupont</span>. —
+<em>Outline of a grammar of the Susu language.</em> — London, 1882,
+in-12.</p>
+
+<p class="hang2">J. B. <span class="sc">Raimbault</span>. —
+<em>Dictionnaire français-soso et soso-français.</em> — Rio-Pongo,
+1885, in-18, 164 pages.</p>
+
+<p class="nind space-above15"><em>Samorho</em>&nbsp;: néant.</p>
+
+<p class="nind space-above15"><em>Sia.</em>
+</p>
+
+<p class="hang2">M. <span class="sc">Delafosse</span>. —
+<em>Vocabulaires comparatifs</em> (le chap. IV renferme un court
+vocabulaire sia et des notes grammaticales). — Rien autre n’a été
+publié à ma connaissance sur la langue sia.</p>
+
+<p class="nind space-above15"><span class="pagenum" id=
+"Page_425">[425]</span><em>Sénoufo.</em>
+</p>
+
+<p class="hang2">M. <span class="sc">Delafosse</span>. —
+<em>Vocabulaires comparatifs</em> (chap. V&nbsp;: dialectes des
+Minianka, des Folo et de plusieurs tribus de la Côte d’Ivoire). —
+Rien autre n’a été publié à ma connaissance sur la langue
+sénoufo.</p>
+
+<p class="nind space-above15"><em>Langues voltaïques&nbsp;: étude
+générale.</em>
+</p>
+
+<p class="hang2">M. <span class="sc">Delafosse</span>. — <em>Les
+langues voltaïques</em> (Boucle du Niger). (Mémoires de la Société
+de Linguistique de Paris, tome XVI, fasc. 6, Paris, 1911).</p>
+
+<p class="nind space-above15"><em>Tombo, Dogom et
+Déforo</em>&nbsp;: néant.</p>
+
+<p class="nind space-above15"><em>Mossi.</em>
+</p>
+
+<p class="hang2">F. <span class="sc">Froger</span>. — <em>Etude de
+la langue des Mossi</em>, suivie d’un vocabulaire et de textes. —
+Paris (Leroux), 1910, gr. in-8, 260 pages.</p>
+
+<p class="nind space-above15"><em>Gourmantché.</em>
+</p>
+
+<p class="hang2">F. <span class="sc">Dubois</span>. —
+<em>Vocabulaire gourma</em> (Bulletin du Comité de l’Afrique
+Française, Paris, juillet 1898). — Rien autre.</p>
+
+<p class="nind space-above15"><em>Nankana</em>&nbsp;: néant.</p>
+
+<p class="nind space-above15"><em>Dagari et Birifo.</em>
+</p>
+
+<p class="hang2">M. <span class="sc">Delafosse</span>. —
+<em>Vocabulaires comparatifs</em> (chap. VII). — Rien autre.</p>
+
+<p class="nind space-above15"><em>Nounouma.</em>
+</p>
+
+<p class="hang2">M. <span class="sc">Delafosse</span>. —
+<em>Vocabulaires comparatifs</em> (chap. VII, gouressi). — Rien
+autre.</p>
+
+<p class="nind space-above15"><em>Sissala.</em>
+</p>
+
+<p class="hang2">F. W. H. <span class="sc">Migeod</span>. — <em>The
+languages of West-Africa</em> (numération page 144 et quelques
+phrases page 284 en <em>isala</em> et <em>ajolo</em>).</p>
+
+<p class="nind space-above15"><em>Boussansé</em>&nbsp;: néant.</p>
+
+<p class="nind space-above15"><em>Lobi, Dian, Pougouli et Gan.</em>
+</p>
+
+<p class="hang2">M. <span class="sc">Delafosse</span>. —
+<em>Vocabulaires comparatifs</em> (chap. VII). — Rien autre.</p>
+
+<p class="nind space-above15"><em>Bobo.</em>
+</p>
+
+<p class="hang2">M. <span class="sc">Delafosse</span>. —
+<em>Vocabulaires comparatifs</em> (chap. VII, vocabulaires des
+dialectes kian et tara et notes grammaticales). — Rien autre.</p>
+
+<p class="nind space-above15"><em>Koulango.</em>
+</p>
+
+<p class="hang2">M. <span class="sc">Delafosse</span>. —
+<em>Vocabulaires comparatifs</em> (chap. VII). — Rien autre.</p>
+
+<p class="nind space-above15"><span class="pagenum" id=
+"Page_426">[426]</span><em>Bariba.</em>
+</p>
+
+<p class="hang2">S. W. <span class="sc">Koelle</span>. —
+<em>Polyglotta africana.</em> — London, 1854, gr. in-fol. (renferme
+un vocabulaire <em>barba</em>). — Rien autre.</p>
+
+<p class="nind space-above15"><em>Soumba</em>&nbsp;: néant.</p>
+
+<hr class="decor width8">
+
+<hr class="chap">
+
+<h2 class="spaced2"><span class="pagenum" id=
+"Page_427">[427]</span><a id="toc"></a><span class="large">TABLE
+DES MATIÈRES</span><br>
+<span class="less">CONTENUES DANS LE PREMIER VOLUME</span>
+</h2>
+
+<hr class="decor width8">
+
+<table class="toc">
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr med">Pages</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1">Préface par M. le gouverneur Clozel</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#pref">1</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1">Documents annexes</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#ann">13</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1">Avant-propos</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#ava">31</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1 sc">Première partie&nbsp;: le pays</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p1">35</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre premier&nbsp;: limites</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p1c01">37</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre II&nbsp;: hydrographie</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p1c02">45</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Hydrographie rétrospective</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p1c02s1">45</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Bassin de la Comoé</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p1c02s2">63</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Bassin du Sénégal</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p1c02s3">64</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Bassin de la Volta</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p1c02s4">66</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Bassin du Niger</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p1c02s5">68</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre III&nbsp;: orographie</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p1c03">75</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre IV&nbsp;: régions
+naturelles</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p1c04">79</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre V&nbsp;: climatologie</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p1c05">90</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre VI&nbsp;: répartition de la
+population</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p1c06">96</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre VII&nbsp;: géographie
+administrative</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p1c07">103</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1 sc">Deuxième partie&nbsp;: les
+peuples</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p2">107</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre premier&nbsp;:
+classification et répartition géographique actuelle des divers
+groupements ethniques</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p2c01">109</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Nomenclature des familles, groupes et
+peuples</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p2c01s1">113</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Différentes appellations données aux
+peuples</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p2c01s2">116</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Composition de chaque peuple</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p2c01s3">131</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Répartition numérique des peuples</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p2c01s4">142</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Population de chacune des circonscriptions
+administratives</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p2c01s5">157</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre II&nbsp;: origine et
+formation des groupements ethniques actuels</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p2c02">175</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Généralités</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p2c02">175</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4"><span class="pagenum" id=
+"Page_428">[428]</span>Maures de l’Azaouad</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p2c02s01">180</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Maures du Hodh</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p2c02s02">183</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Touareg</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p2c02s03">191</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Peuls</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p2c02s04">198</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Toucouleurs</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p2c02s05">235</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Songaï</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p2c02s06">238</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Mandé du Nord</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p2c02s07">252</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Mandé du Centre</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p2c02s08">282</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Mandé du Sud</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p2c02s09">296</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Sénoufo</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p2c02s10">300</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Peuples voltaïques</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p2c02s11">302</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Tableau chronologique</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p2c02s12">319</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre III&nbsp;: ethnographie
+descriptive</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p2c03">327</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Caractères physiques</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p2c03s1">327</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Habitation, vêtement, parure et
+armement</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p2c03s2">333</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Mentalité et genre de vie</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p2c03s3">341</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1 sc">Troisième partie&nbsp;: les
+langues</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p3">353</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre premier&nbsp;:
+classification et répartition des langues du
+Haut-Sénégal-Niger</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p3c01">357</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Nomenclature et classification</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p3c01s1">357</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Répartition géographique, ethnique et
+numérique</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p3c01s2">364</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Langues écrites et langues parlées</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p3c01s3">374</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre II&nbsp;: linguistique
+comparée</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p3c02">387</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Composition et formation des mots</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p3c02s1">387</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Morphologie et syntaxe</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p3c02s2">390</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Phonétique</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p3c02s3">404</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre III&nbsp;: Caractères
+généraux de chacune des quatre langues principales</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p3c03">408</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Mossi</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p3c03s1">408</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Mandingue</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p3c03s2">409</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Peul</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p3c03s3">412</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Songaï</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p3c03s4">419</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre IV&nbsp;: bibliographie
+linguistique</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#p3c04">421</a>
+</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p class="space-above2">
+</p>
+
+<hr class="decor width20">
+
+<p class="center med">LAVAL. — IMPRIMERIE L. BARNÉOUD ET
+C<sup>ie</sup>.</p>
+
+<p class="x-ebookmaker-drop space-above2">
+</p>
+
+<div class="transnote">
+<h2>Note du transcripteur&nbsp;:</h2>
+
+<ul>
+<li>Les changements dans <a href="#err">l’ERRATA</a> ont été
+aportés.</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_12">12</a>, "&nbsp;intestines et de
+bararie&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;barbarie&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_15">15</a>, "&nbsp;Colonisatien,
+main-d’œuvre, crédit&nbsp;" a été remplacé par
+"&nbsp;Colonisation&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_53">53</a>, "&nbsp;que peu de
+renseigements&nbsp;" a été remplacé par
+"&nbsp;renseignements&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_58">58</a>, "&nbsp;et n n pas des
+Berbères&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;et non pas&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_130">130</a>, note <a href=
+"#Footnote_62">62</a>, "&nbsp;du la Boucle de Niger&nbsp;" a été
+remplacé par "&nbsp;de la Boucle du Niger&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_137">137</a>, "&nbsp;au m ins à l’heure
+actuelle&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;au moins&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_138">138</a>, "&nbsp;cercles de
+Bolo-Dioulasso&nbsp;" a été remplacé par
+"&nbsp;Bobo-Dioulasso&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_148">148</a>, "&nbsp;du Niger de Bourem a
+Niamey&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;Bourem à Niamey&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_162">162</a>, "&nbsp;les Tombo dans
+l’ést&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;l’Est&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_165">165</a>, "&nbsp;Dioula, 1.474
+Bannama&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;Banmana&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_179">179</a>, "&nbsp;du cercle de
+Satagoudou&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;Satadougou&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_185">185</a>, note <a href=
+"#Footnote_108">108</a>, "&nbsp;mieux imformé que Yakout&nbsp;" a
+été remplacé par "&nbsp;informé&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_239">239</a>, "&nbsp;Soninké de Banamba est
+le bannama&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;banmana&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_245">245</a>, "&nbsp;les meillleurs soldats
+de l’armée&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;meilleurs&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_247">247</a>, "&nbsp;se mettre sous la
+protetcion&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;protection&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_264">264</a>, "&nbsp;pris fin et leur
+dipersion&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;dispersion&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_276">276</a>, "&nbsp;desquels elles se
+contituèrent&nbsp;" a été remplacé par
+"&nbsp;constituèrent&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_284">284</a>, "&nbsp;trouver a l’étroit
+dans&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;à&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_289">289</a>, "&nbsp;vraisembleblement des
+Kâgoro&nbsp;" a été remplacé par
+"&nbsp;vraisemblablement&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_321">321</a>, "&nbsp;maisons à terasse à
+Gao&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;terrasse&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_338">338</a>, "&nbsp;sont en général
+reconnaisables&nbsp;" a été remplacé par
+"&nbsp;reconnaissables&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_346">346</a>, "&nbsp;devaient
+nécesrairement passer toutes&nbsp;" a été remplacé par
+"&nbsp;nécessairement&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_412">412</a>, "&nbsp;abusif d’un passif
+imcomplet&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;incomplet&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_415">415</a>, "&nbsp;dans l’applica-cation
+des principes&nbsp;" a été remplacé par
+"&nbsp;l’application&nbsp;"</li>
+
+<li>De plus, quelques changements mineurs de ponctuation et
+d’orthographe ont été apportés.</li>
+</ul>
+</div>
+</div>
+<div style='text-align:center'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 77844 ***</div>
+</body>
+</html>
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+This book, including all associated images, markup, improvements,
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+Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for eBook #77844
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