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+
+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 76587 ***
+
+ EXPLORATION DU SAHARA
+
+ * * * * *
+
+ LES TOUAREG
+ DU NORD
+
+ PAR
+ Henri DUVEYRIER
+
+ Membre honoraire de la Société de géographie de Paris
+
+ Membre étranger de la Société royale de géographie de Berlin
+
+ Membre correspondant honoraire de la Société royale de géographie de
+ Londres
+
+ Membre correspondant de la Société archéologique de Constantine
+
+ Chevalier de l’ordre impérial de la Légion d’honneur.
+
+ * * * * *
+ AVEC 31 PLANCHES ET UNE CARTE
+ * * * * *
+
+ OUVRAGE QUI A VALU A L’AUTEUR LA GRANDE MÉDAILLE D’OR DE LA SOCIÉTÉ DE
+ GÉOGRAPHIE DE PARIS, EN 1864
+
+[Décoration]
+
+ PARIS
+ CHALLAMEL AINÉ, LIBRAIRE-ÉDITEUR
+ COMMISSIONNAIRE POUR L’ALGÉRIE ET L’ÉTRANGER
+ 30, RUE DES BOULANGERS
+
+
+ EXPLORATION DU SAHARA
+ * * * * *
+ TOME PREMIER
+
+
+ PARIS. — IMPRIMERIE DE J. CLAYE,
+ RUE SAINT-BENOIT, 7.
+
+
+Pl. I. Fig. 1.
+
+[Illustration : HENRI DUVEYRIER.
+
+NÉ A PARIS, LE 28 FÉVRIER 1840.
+
+D’après une photographie de M. Bertall.]
+
+
+ EXPLORATION DU SAHARA
+
+ * * * * *
+
+ LES TOUAREG
+ DU NORD
+
+ PAR
+ HENRI DUVEYRIER
+
+ CHEVALIER DE L’ORDRE IMPÉRIAL DE LA LÉGION D’HONNEUR
+
+ MEMBRE ÉTRANGER DE LA SOCIÉTÉ ROYALE
+
+ DE GÉOGRAPHIE DE BERLIN
+
+[Décoration]
+
+ PARIS
+ CHALLAMEL AINÉ, LIBRAIRE-ÉDITEUR
+ COMMISSIONNAIRE POUR L’ALGÉRIE ET L’ÉTRANGER
+ 30, RUE DES BOULANGERS
+ * * * * *
+ 1864
+
+ Tous droits réservés.
+
+
+
+
+ A LA MÉMOIRE
+ DE MA MÈRE,
+ MADAME C. DUVEYRIER, NÉE CLAIRE DENIE,
+ HOMMAGE DE PIÉTÉ FILIALE ET D’ÉTERNEL SOUVENIR
+ DES SOINS DONT TU AS ENTOURÉ MON ENFANCE.
+
+ * * * * *
+
+ A MON PÈRE,
+ CHARLES DUVEYRIER.
+
+Que la publication des travaux de mon exploration soit la récompense de
+la sollicitude que tu as eue pour moi pendant toute sa durée, et des
+soucis qu’une séparation prématurée, un voyage lointain, les dangers
+d’une maladie mortelle, ont pu te causer.
+
+ * * * * *
+
+ A M. LE DOCTEUR
+ AUGUSTE WARNIER,
+
+ OFFICIER DE LA LÉGION d’HONNEUR, MÉDECIN MILITAIRE EN RETRAITE,
+
+ ANCIEN MEMBRE DE LA COMMISSION SCIENTIFIQUE DE L’ALGÉRIE,
+
+ ANCIEN DIRECTEUR DES AFFAIRES CIVILES DE LA PROVINCE D’ORAN,
+
+ ANCIEN MEMBRE DU CONSEIL DU GOUVERNEMENT DE L’ALGÉRIE.
+
+Vous avez guidé et protégé, à distance, mon exploration du Sahara,
+pendant les vingt-neuf mois de sa durée ;
+
+Vous avez eu pour moi les soins attentifs d’une mère dans la cruelle
+maladie qui m’a atteint au retour de mon voyage ;
+
+Depuis, pendant que vous suiviez, comme médecin, les progrès de ma
+longue convalescence, vous avez consacré près de deux années au
+dépouillement de mes Notes et Journaux de voyage, ainsi qu’à la
+rédaction d’un premier volume : _Les Touâreg du Nord_, et d’un second :
+_Le Commerce du Sahara et de l’Afrique centrale_.
+
+Acceptez, avec ceux qui me sont le plus chers au monde, la dédicace de
+ces deux volumes.
+
+Je ne puis les placer sous un patronage plus dévoué.
+
+ HENRI DUVEYRIER.
+
+
+
+
+ AVANT-PROPOS
+
+
+Le voyage d’exploration que j’ai accompli entre El-Golêa’a à l’Ouest,
+Zouîla à l’Est, Biskra au Nord et Rhât au Sud, avait le triple but de
+recueillir sur le Sahara des données géographiques qui manquaient à nos
+connaissances ; d’ouvrir avec les peuplades de cette région
+intermédiaire des rapports indispensables avant de nouer des relations
+politiques et commerciales entre l’Algérie et l’Afrique centrale ;
+enfin, de me préparer moi-même, par une longue épreuve de la vie
+africaine, par l’étude des hommes, des mœurs et des dialectes, à un
+second voyage ayant pour objet plus spécial l’exploration des régions
+soudaniennes.
+
+J’ai voulu avancer avec lenteur, afin d’opérer plus sûrement ; je n’ai
+pas craint de séjourner sur les points où je le jugeais nécessaire pour
+assurer le succès de mon entreprise, et je me suis toujours efforcé
+d’élargir ma zone d’action, en visitant les pays situés à l’Est et à
+l’Ouest de la ligne embrassée par mes études. Avant de pénétrer plus
+dans le Sud, j’ai donné à mes travaux une base large et solide, par une
+reconnaissance nouvelle du Sahara algérien, tunisien et tripolitain.
+
+
+Commencée dans les limites modestes d’un voyage privé, avec des
+ressources dues à la libéralité de mon père, de M. Arlès-Dufour et de M.
+Isaac Pereire, mon exploration n’a pu prendre le caractère étendu
+qu’elle devait avoir, pour donner des résultats utiles, qu’à l’aide du
+bienveillant et généreux appui du gouvernement.
+
+Sous le puissant patronage de Son Excellence M. le maréchal duc de
+Malakoff, si bien secondé, dans sa sollicitude, par M. le général sous-
+gouverneur de Martimprey, ma mission fut entourée d’une protection et
+d’encouragements qui ont rendu tout facile et qui me feraient craindre
+d’être resté au-dessous de la responsabilité que j’ai acceptée, si je
+n’avais l’avenir devant moi pour répondre aux espérances du
+gouvernement.
+
+Sa Majesté l’Empereur Napoléon III, souverain éclairé et jaloux de
+l’extension de l’influence civilisatrice de la France, a voulu que les
+subsides accordés fussent à la hauteur des besoins.
+
+Mes très-humbles et très-respectueux remerciements Lui sont tout d’abord
+acquis.
+
+Je ne dois pas oublier, dans les témoignages de ma gratitude, Leurs
+Excellences M. le maréchal Vaillant, M. le maréchal comte Randon, M.
+Rouher, M. le comte de Chasseloup-Laubat, M. Thouvenel, ministres de Sa
+Majesté l’Empereur, qui, tous, dans la limite de leurs attributions, ont
+prêté à ma mission le concours le plus efficace.
+
+M. le général Desvaux, commandant supérieur de la province de
+Constantine, a droit aussi à toute ma reconnaissance, car c’est à lui
+que je dois le précieux appui du marabout Sîdi-Mohammed-el-’Aïd, chef de
+la confrérie religieuse des Tedjâdjna, qui compte tant d’affiliés dans
+le Sud.
+
+Aux postes officiels dont ma mission relevait, j’ai eu le bonheur de
+rencontrer partout des homme de cœur :
+
+A Tripoli de Barbarie, M. P. E. Botta, consul général de France, et ses
+collaborateurs, MM. Gauthier et Lequeux ;
+
+En Algérie, MM. les colonels Séroka, Lallemand, Wolf, Marguerite, le
+commandant de Forgemol, le lieutenant Auer, commandant la garnison de
+Tougourt, qui, tous, m’ont honoré de la même bienveillance affectueuse
+et ont aplani, autant qu’il dépendait d’eux, les difficultés de mon
+entreprise.
+
+Des savants français et étrangers, les uns, dans la phase préparatoire
+de mon exploration, les autres dans la partie active, ont éclairé ma
+jeunesse des lumières de leur science : les docteurs H. Barth et A.
+Petermann ; les professeurs Fleischer, A. Duméril et Cherbonneau ; MM.
+Renou, Yvon-Villarceau, Malte-Brun et O. Mac-Carthy.
+
+Je dois à M. le docteur Millon, l’un des chefs du service de santé de
+l’armée d’Afrique, un protectorat plus personnel.
+
+Plusieurs chefs indigènes m’ont également secondé de tout leur pouvoir :
+Sîdi-Hamza, khalîfa du Sud de la province d’Oran ; Sîdi-Mohammed-
+el-’Aïd, grand maître de la confrérie des Tedjâdjna ; le marabout
+Si-’Othmân-ben-el-Hâdj-el-Bekri, chef de la tribu des Ifôghas ; l’émîr
+El-Hâdj-Mohammed-Ikhenoûkhen, chef des Touâreg Azdjer ; le marabout
+Sîdi-el-Bakkây, cousin du célèbre cheïkh de Timbouktou ; Si-Selimân-
+el-’Azzâbi, moûdîr de Faççâto, dans le Djebel-tripolitain.
+
+Que tous reçoivent, ici, mes sincères remerciements.
+
+Qu’il me soit aussi permis de donner un témoignage public de
+l’inaltérable dévouement d’Ahmed-ben-Zerma, du Soûf, homme droit,
+intelligent, énergique, qui fut mon compagnon pendant la partie la plus
+difficile de mon voyage.
+
+Parti de la province de Constantine, en mai 1859, je me dirigeai d’abord
+sur le pays des Benî-Mezâb, dans l’espoir de trouver chez les Cha’anba
+des guides pour aller au Touât.
+
+L’état politique du pays, la présence du chérîf Mohammed-ben-’Abd-Allah
+à In-Sâlah ne me permirent pas de réaliser ce projet.
+
+Après plusieurs mois consacrés à l’étude de l’intéressante contrée
+qu’habite la confédération Mezâbite, je risquai, muni d’une lettre de
+recommandation impérative du khalîfa Sîdi-Hamza, une reconnaissance
+aventureuse sur El-Golêa’a, ville dans laquelle aucun autre Européen n’a
+encore pénétré.
+
+J’y fus très-mal accueilli, mais probablement un voyageur qui s’y
+rendrait aujourd’hui serait mieux reçu. Désormais nous connaissons les
+deux routes qui y conduisent de Methlîli.
+
+Le reste de l’année 1859 fut consacré à des reconnaissances dans les
+différentes parties du Sahara dépendant des provinces d’Alger et de
+Constantine, de Laghouât au Soûf, et de Biskra à Ouarglâ.
+
+La sécurité dont jouit le voyageur, même le voyageur privé, européen ou
+indigène, dans ces contrées gouvernées, à de grandes distances, par
+l’autorité française, est digne de remarque et fait un contraste
+frappant avec la situation qui a précédé leur soumission.
+
+Les six premiers mois de l’année 1860 furent employés à explorer le
+Sahara tunisien : le Djérîd, le Nefzâoua jusqu’à Gâbès sur la petite
+Syrte. Protégé par des _amer_ du Bey Sîdi-Sâdoq, obtenus par la
+bienveillante entremise de M. F. de Lesseps et de M. Léon Roches, consul
+général de France à Tunis, je fus toléré partout ; mais je dois à la
+vérité de constater les préventions et la fierté blessante dont les
+sujets algériens sont victimes dans le Sud de la Tunisie.
+
+En juin, j’étais de retour à Biskra. C’est là que je reçus des
+instructions et des subsides du gouvernement, ainsi que de nouveaux
+instruments, pour entreprendre l’exploration du pays des Touâreg. La
+saison des plus grandes chaleurs était arrivée ; elle rendait pénible la
+traversée d’El-Ouâd à Ghadâmès, mais l’expérience du marabout târgui
+Si-’Othmân et des guides Souâfa me fit surmonter cette difficulté, non
+sans fatigues, car j’étais à peine convalescent de fièvres contractées
+dans l’Ouâd-Rîgh.
+
+A Ghadâmès, je reconnus bientôt la nécessité de m’appuyer sur l’autorité
+et le crédit dont jouit dans toute la Tripolitaine le consul général, M.
+P. E. Botta, et, après une courte station dans l’antique Cydamus, je me
+rendis sur le littoral, en prenant, à l’aller et au retour, des routes
+différentes, notamment celle, jusqu’alors inexplorée, qui longe le
+Djebel-Nefoûsa.
+
+Sur la demande de M. Botta, Son Excellence Mahmoud Pacha, gouverneur de
+la Tripolitaine, voulut bien me délivrer un _bouyourouldi_, ou ordre
+général à tous les fonctionnaires relevant de son autorité de me
+protéger et de me donner l’hospitalité.
+
+Cet appui inespéré me fut très-utile dans la suite de mon voyage.
+
+Rentré à Ghadâmès, je dus bientôt partir pour Rhât, avec l’émîr
+Ikhenoûkhen, qui regagnait sa tribu. Ayant rencontré les campements des
+Orâghen dans l’Ouâdi-Tikhâmmalt, au milieu de bons pâturages, nous y
+séjournâmes pour refaire les chameaux ; aussi, les premiers jours de
+1861 nous trouvèrent-ils à l’entrée du pays habité par les Touâreg.
+Après bien des retards, dus à différentes causes, mais très-précieux
+pour mes études, je pus atteindre Rhât, où je ne séjournai que quinze
+jours, _extra muros_.
+
+A Rhât, je me trouvais au foyer des ardentes rivalités d’intérêt qui
+divisent les commerçants de ce grand marché et les Touâreg maîtres des
+routes qui y aboutissent ; je crus prudent de ne pas m’immiscer à leurs
+querelles, et je m’empressai de continuer à explorer le Nord du pays des
+Azdjer.
+
+Diverses raisons m’engagèrent à aller à Mourzouk, siége d’un kâïmakâmlik
+turc, d’où je pouvais me mettre plus facilement en relation avec le
+consulat général de France, à Tripoli ; je déterminai Ikhenoûkhen à m’y
+accompagner. Ce n’était pas chose facile. Le chef târgui n’avait pas mis
+les pieds dans cette ville depuis l’occupation du Fezzân par les Turcs.
+
+Nous fîmes le voyage de Rhât à Mourzouk très-lentement, ce qui me permit
+d’aller visiter les lacs si curieux de Mandara, Gabra’oûn et autres.
+
+Une réception très-honorable nous fut faite à Mourzouk par l’autorité
+politique de cette ville.
+
+Je venais de passer plus de six mois sous la tente ; je pris, dans la
+capitale du Fezzân, un repos devenu nécessaire ; malheureusement, je
+n’avais pas le choix d’un lieu plus salubre.
+
+Pour m’accompagner, Ikhenoûkhen avait négligé ses intérêts ; d’ailleurs,
+dans l’Ouest, Mohammed-ben-’Abd-Allah, aujourd’hui interné à Bône,
+préparait une nouvelle attaque contre le Sahara algérien ; le chef
+târgui sentait la nécessité de se rapprocher du centre des intrigues,
+pour préserver ses sujets de la contagion. Nous nous séparâmes.
+
+Je crois que mon voyage à Mourzouk, en compagnie d’Ikhenoûkhen, servit
+notre influence et nos intérêts, plus que tout ce que j’avais pu faire
+jusque-là.
+
+Bientôt, je fis une nouvelle excursion dans l’Est, vers Zouîla, petite
+ville de chorfâ, marabouts très-fanatiques.
+
+Enfin, je revins à Tripoli par la longue route de Sôkna.
+
+
+Les difficultés qui se sont présentées à moi sont de deux ordres : les
+unes tiennent à la nature des lieux parcourus ; les autres, au caractère
+particulier des hommes avec lesquels je me suis trouvé en contact.
+
+Les premières, inhérentes au climat, au manque d’eau, à la stérilité du
+sol, aux fatigues et aux privations du voyage, sont de beaucoup les plus
+faciles à surmonter, avec de la prévoyance et une bonne santé.
+
+Les secondes, de natures essentiellement variables, sont dues à des
+circonstances que le voyageur doit préalablement connaître et apprécier,
+pour ne pas les voir se transformer en insurmontables écueils. Ici, ce
+sont des zâouiya, communautés religieuses, les unes passives, les autres
+militantes. Là, principalement dans les centres commerciaux, on a à
+lutter contre des intérêts mal compris, placés entre les mains de gens
+méfiants et égoïstes, qui trouvent un point d’appui dans l’intolérance
+religieuse.
+
+Tous ces obstacles, il faut l’espérer, disparaîtront graduellement avec
+l’élément indispensable du temps et la puissance de la vérité.
+
+Dans cette dernière voie, je crois avoir avancé l’état des choses, en
+procédant à des levés topographiques qui permettent de donner plus
+d’exactitude au tracé des routes ; en appuyant sur mes propres travaux
+de nombreux renseignements oraux, recueillis avec le soin le plus
+scrupuleux ; en étudiant la nature des lieux, le caractère des hommes ;
+en affermissant des relations déjà préparées ou en en créant de
+nouvelles ; enfin, en faisant partout une étude spéciale du commerce et
+des moyens d’échange.
+
+
+A mon retour à Alger, après un voyage qui avait duré près de trois ans,
+j’allais rentrer en France pour me mettre en mesure d’utiliser les
+bonnes dispositions de Sîdi-Mohammed-el-Bakkây et aller avec lui à
+Timbouktou.
+
+Mais le gouvernement de l’Algérie m’avait demandé auparavant de
+m’occuper, à Alger, de l’impression d’un rapport sommaire, avec une
+Carte à l’appui, sur les résultats de mon voyage.
+
+Déjà la Carte était gravée et mon manuscrit en partie imprimé, lorsque
+tout à coup je tombai gravement malade, atteint d’une fièvre typhoïde
+compliquée d’accidents pernicieux.
+
+Dans mon malheur, j’avais heureusement trouvé l’hospitalité chez un
+second père, M. Warnier, lequel, assisté du concours dévoué de MM. les
+docteurs Léonard et Dru et de tous les membres de la bonne et excellente
+famille Bougenier, parvint à m’arracher à la mort.
+
+Que tous, y compris les _Sœurs de l’Espérance_, qui veillèrent au chevet
+de mon lit, reçoivent ici le témoignage de ma plus affectueuse
+reconnaissance.
+
+Après trois mois de maladie et de traitement j’étais sauvé, grâces à
+Dieu, mais je n’étais que convalescent et j’avais le plus grand besoin
+d’être en parfaite santé, car un Traité de Commerce allait être conclu
+avec les Touâreg, un appel était fait à toutes les Chambres de commerce
+de France, en vue de l’organisation de caravanes d’essai à expédier dans
+l’intérieur de l’Afrique, et la publication des études faites pendant
+mon exploration était considérée par le gouvernement comme urgente.
+
+La Providence, qui m’avait fait arriver à Alger pour y trouver les soins
+que ma santé allait réclamer, permit qu’après ma guérison M. le docteur
+A. Warnier pût mettre à ma disposition, avec le temps nécessaire pour la
+rédaction de deux volumes, l’expérience spéciale qu’il avait acquise en
+Algérie par vingt-huit années de séjour et d’études.
+
+Grâces à ce concours, je pus faire marcher de front la partie littéraire
+avec la partie graphique de mon œuvre.
+
+Mais mon exploration embrassait une contrée presque inconnue, et toutes
+les collections que je rapportais ne pouvaient être classées avec
+précision et certitude que par les maîtres de la science ; de même
+toutes mes observations, soit astronomiques, soit météorologiques,
+avaient besoin d’être comparées aux observations correspondantes faites
+dans d’autres contrées.
+
+A l’honneur des savants de notre pays, je dois le déclarer hautement,
+tous ceux dont j’invoquai l’expérience répondirent avec une
+bienveillance extrême à mes demandes.
+
+MM. Des Cloizeaux, de Verneuil, Deshayes, le docteur Marès, pour la
+géologie ; Berthelot, pour la minéralogie ; Renou, pour la
+météorologie ; le docteur Cosson, Kralik, pour la botanique ; A.
+Duméril, pour l’ichthyologie et l’erpétologie ; Léon Rénier, pour
+l’archéologie ; H. Zotenberg, pour la linguistique ; Vivien de Saint-
+Martin, pour la géographie ancienne ; Radau, pour les calculs de
+quelques positions astronomiques, furent assez bons pour m’éclairer ou
+me guider, chacun dans leur spécialité, et chaque fois que j’eus recours
+à l’autorité que leur donne leur haute position dans le monde savant.
+
+Pour la réduction de mes itinéraires et le dressement de mes cartes,
+deux habiles dessinateurs, MM. E. Dubuisson et Picard, ont bien voulu me
+prêter leur concours, le premier pour la _Carte du pays des Touâreg_ qui
+accompagne ce volume ; le second pour la _Carte commerciale du Sahara et
+de l’Afrique centrale_ destinée au volume relatif au commerce.
+
+Enfin, aujourd’hui, je puis répondre à tant de sollicitude, en livrant
+au public le premier résultat de mes travaux.
+
+Puisse-t-il l’accueillir avec indulgence et bienveillance, en raison des
+difficultés de l’entreprise !
+
+Peut-être ai-je trop présumé de mes forces en abordant des questions
+dont la solution eût demandé plus d’expérience. Le désir d’être utile
+sera mon excuse.
+
+ HENRI DUVEYRIER.
+
+
+
+
+ INTRODUCTION
+
+
+L’étude complète de toute société humaine est inséparable de celle du
+milieu habité, car souvent les conditions de l’existence, la raison des
+mœurs, sont fatalement subordonnées à la loi des nécessités de la
+nature.
+
+Quand le milieu est une contrée exceptionnelle, comme le plateau central
+du Sahara, inhospitalière, même pour la plupart des végétaux et des
+animaux, réputée avec raison inhabitable pour l’homme, il devient
+indispensable de faire préalablement connaissance intime avec elle,
+avant de parler des peuplades qui, après de nombreuses migrations, l’ont
+adoptée pour patrie et s’y trouvent tellement heureuses, dans une
+indépendance à l’abri de toute convoitise, que, pour rien au monde,
+elles n’échangeraient leur sort contre celui de tout autre peuple.
+
+
+Ces quelques lignes suffisent à l’exposé des motifs de la division de
+cet ouvrage :
+
+Un premier Livre fait connaître le milieu habité : terre et ciel,
+géographie physique, hydrographie, géologie, météorologie, positions
+astronomiques ;
+
+Un second donne l’inventaire de la production dans les trois règnes de
+la nature : minéral, végétal et animal ;
+
+Un troisième Livre, intermédiaire entre les précédents et le suivant,
+consacré aux centres de rayonnement, autour desquels gravite toute
+société nomade, ajoute un complément à l’influence du milieu matériel,
+celui de deux attractions sociales : les centres commerciaux et les
+centres religieux ;
+
+Enfin un quatrième et dernier Livre, exclusivement consacré aux Touâreg
+du Nord, traite en autant de Chapitres particuliers de leur origine, de
+leur division en tribus, de leur constitution sociale, de l’historique
+des tribus, de leurs caractères distinctifs, de leur vie intérieure et
+extérieure.
+
+Un Appendice très-succinct, sous forme de _simples notes_, répond à un
+des vœux de l’Académie des inscriptions et belles-lettres : rapprocher
+et comparer les connaissances des anciens avec celles que les
+explorations modernes ajoutent aux notions, de plus en plus positives,
+sur la géographie du Nord de l’Afrique.
+
+J’espère que cet ordre logique obtiendra l’approbation du lecteur, car
+il procède du connu à l’inconnu.
+
+
+Contrairement à l’usage généralement adopté par les voyageurs, de
+publier d’abord les résultats de leurs explorations sous forme de
+_Journal de voyage_, j’ai préféré l’ordre méthodique des matières, pour
+ne pas compliquer un sujet, déjà abstrait par lui-même, de questions qui
+lui sont étrangères, bien qu’elles ajoutent souvent beaucoup d’intérêt
+au récit.
+
+Si les circonstances le permettent, je publierai ultérieurement ce
+_Journal_ ; mais, avant, j’ai à donner satisfaction aux besoins du
+gouvernement.
+
+
+La question commerciale du Sahara et de l’Afrique centrale n’est pas
+traitée dans cette première partie. Elle forme la matière d’un second
+volume, qui paraîtra prochainement.
+
+
+La transcription, en caractères romains, des lettres ou des sons des
+langues sémitiques et africaines est un point qui embarrasse toujours
+les travailleurs consciencieux. Plusieurs systèmes ont été adoptés ; je
+ne citerai que celui de la Commission scientifique de l’Algérie et ceux
+des diverses Sociétés asiatiques de l’Europe.
+
+Malheureusement, tous ont le défaut de n’être pas applicables à l’usage
+général, à cause des caractères spéciaux, pointés ou accentués, que les
+imprimeries ne possèdent pas. D’un autre côté, les accents employés dans
+les transcriptions ont le défaut de dérouter le plus grand nombre des
+lecteurs, qui ne tiennent pas à une accentuation aussi scrupuleuse.
+
+
+Voici à quoi je me suis borné :
+
+Les voyelles longues ont été distinguées par un accent circonflexe ;
+
+Le ث arabe est rendu par _th_ qui a le son de la même lettre en
+anglais ;
+
+Le ح et l’ه sont rendus par l’_h_ ;
+
+Le خ par _kh_ ;
+
+Le ط et le ت par _t_ ;
+
+Le ظ, le ض et le ذ par _dh_ ;
+
+Le ص presque toujours par _ç_ ;
+
+Le ع par _’a_, _’e_, _’i_, _’o_ ;
+
+Le غ tantôt par _rh_, tantôt par _gh_, selon que la prononciation se
+rapproche plus de l’_r_ ou du _g_, ce qui varie suivant les dialectes ;
+
+Le ڧ par _q_ ;
+
+Le و par le _w_ anglais, quand la prononciation oblige à lui garder sa
+valeur comme consonne ;
+
+Le ي tantôt par _y_, tantôt par _ï_.
+
+Provisoirement, j’ai transcrit les noms de la langue temâhaq comme s’ils
+étaient écrits en arabe.
+
+
+Pour les noms de lieux, d’hommes et de choses, dont l’orthographe, en
+français, est consacrée par un long usage, j’ai respecté, dans le texte,
+le fait accompli, mais, dans l’_Erratum_, je restitue à chacun de ces
+noms sa véritable orthographe.
+
+De même, pour les noms de la nomenclature géographique, soit arabes,
+soit berbères, je les ai écrits tels qu’ils sont en usage dans les
+contrées dont je parle. Ainsi, j’ai appelé, en arabe, les rivières
+tantôt _ouâd_, tantôt _ouâdi_, et, en berbère, les montagnes _adghagh_
+et _adrâr_, suivant que les indigènes se servent eux-mêmes de ces
+différentes expressions.
+
+Les gravures qui accompagnent cet ouvrage ont été dessinées par M.
+Bertall, soit d’après des photographies[1], soit d’après des croquis
+pris sur les lieux, souvent à la hâte et sans aucune prétention
+artistique. Dans la reproduction des types originaux par la gravure,
+j’ai tenu essentiellement à ce que l’art ne pût pas les modifier,
+quoique je reconnaisse mon infériorité comme dessinateur.
+
+
+La Carte que je livre à la publicité comprend une partie positive et une
+partie hypothétique.
+
+La partie positive est la réduction de mes itinéraires, avec tous les
+détails que la vue peut embrasser à droite et à gauche des lignes
+parcourues. Ces lignes sont indiquées. Les routes des autres voyageurs
+ont été fidèlement tracées.
+
+La partie hypothétique est basée sur de nombreux itinéraires recueillis
+à diverses sources. Pour me guider au milieu de renseignements qui ne
+concordaient pas toujours entre eux, j’ai été assez heureux pour obtenir
+du Cheïkh-’Othmân qu’il me fît, sur le sable, le plan en relief des
+parties du territoire des Touâreg que je ne pouvais explorer, et quand
+j’étais bien d’accord avec mon informateur sur l’ensemble et les détails
+de sa composition, je la dessinais et j’en faisais ensuite la critique
+avec lui.
+
+Cette manière de procéder m’a permis de contrôler d’une manière plus
+certaine les divergences de mes itinéraires par renseignements.
+
+Pour la construction des routes que j’ai levées, chemin faisant, j’ai
+souvent vérifié les distances parcourues. J’y suis arrivé en mesurant la
+longueur moyenne du pas de chaque monture, et la moyenne du nombre de
+pas faits en une minute. Une réduction était faite ensuite pour les
+petits détours de la ligne droite et pour les facilités ou les
+difficultés de la marche, d’après la nature des terrains, dont il est
+impossible de tenir compte avec la boussole.
+
+La moyenne des distances, entre une observation et une autre, est de
+2,000 mètres ; dans les terrains accidentés, elles ont été multipliées,
+quelquefois, de 200 en 200 mètres.
+
+Pour les itinéraires par renseignements, les distances générales sont
+prises par journées de marche de caravane, estimées suivant la nature
+des lieux, entre 24 et 32 kilomètres et subdivisées, autant que je l’ai
+pu, en demies et en quarts de journée. Souvent, j’ai été assez heureux
+pour obtenir de mes informateurs des détails de 4 en 4 kilomètres.
+
+Je ne publie pas ces itinéraires, mais la Carte en donne le tracé
+fidèle, avec les corrections qu’un contrôle sévère a dû faire subir à
+chacun d’eux.
+
+Partout où j’ai pu appuyer mes renseignements sur des itinéraires
+relevés par mes devanciers, je l’ai fait, en donnant toujours
+religieusement la préférence à leurs indications, sur celles fournies
+par les renseignements des indigènes, si précis qu’ils aient été.
+
+Ces itinéraires sont également indiqués sur la Carte avec les noms de
+leurs auteurs.
+
+
+Tous les travaux graphiques préparatoires de la Carte sont mon œuvre,
+mais le dessin définitif a été confié à M. E. Dubuisson, dont la
+réputation, comme cartographe, est faite depuis longtemps. L’ouvrage
+tout entier a été rédigé sur cette base fondamentale.
+
+La Carte a été gravée après l’impression du texte, afin qu’il y eût
+harmonie parfaite dans les deux ordres de travaux.
+
+
+En résumé, en publiant les nombreux matériaux recueillis pendant la
+durée de mon exploration, j’ai compris que le sujet était neuf pour
+beaucoup de personnes, et, tout en restant dans les limites d’une
+exposition scientifique, j’ai fait mes efforts en vue d’être clair et
+intelligible pour le plus grand nombre.
+
+Puissé-je avoir atteint le but proposé !
+
+ * * * * *
+
+
+[Note 1 : Quelques-unes des photographies dont je me suis servi ont été
+prises dans le Sahara algérien par M. Puig, pharmacien militaire.
+Quelques autres ont été exécutées à Paris par divers artistes, quand les
+marabouts Touâreg y sont venus ; enfin, d’autres ont été prises par moi,
+sur les lieux, malgré la difficulté de modifier l’instrument suivant
+l’intensité de la lumière. La plupart de mes épreuves sont brûlées, mais
+lisibles cependant.]
+
+
+
+
+ RAPPORT
+ SUR LE
+ PRIX ANNUEL POUR LA DÉCOUVERTE LA PLUS IMPORTANTE
+ EN GÉOGRAPHIE
+ AU NOM D’UNE COMMISSION DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE DE PARIS
+ et composée de
+ MM. D’AVEZAC, J. DUVAL, V. MALTE-BRUN, QUATREFAGES,
+ et VIVIEN DE SAINT-MARTIN, Rapporteur.
+
+[Décoration]
+
+
+ MESSIEURS,
+
+Le 8 mai 1859, un jeune voyageur, un Français, débarquait à
+Philippeville, cette antique station maritime de l’Algérie orientale,
+qui est redevenue, sous son nom moderne, le port de Constantine.
+
+Ce voyageur était M. Henri Duveyrier.
+
+A l’âge où, parmi ceux que la fortune n’a pas astreints aux rudes
+nécessités du labeur quotidien, tant d’autres préludent par une oisiveté
+périlleuse aux devoirs sérieux de la vie, M. Henri Duveyrier avait conçu
+le projet d’une grande et difficile entreprise. Il voulait pénétrer dans
+les contrées, peu et mal connues, qui bordent au Midi nos trois
+provinces algériennes ; il voulait étudier, sous la tente, au milieu de
+leurs habitudes à demi nomades, les populations indépendantes de ces
+contrées incultes qui ne sont pas encore le Désert, mais qui déjà en
+offrent l’image ; il voulait, en poussant, aussi loin que possible, dans
+toutes les directions, rattacher par une série d’observations physiques
+et astronomiques ces plaines du Sahara algérien et leurs nombreuses
+Oasis aux positions extrêmes où s’arrêtait alors l’action politique et
+militaire de l’autorité française ; il voulait étendre par les conquêtes
+de la science les conquêtes du drapeau.
+
+Telle était la tâche que le jeune voyageur n’avait pas craint de se
+proposer.
+
+Il ne s’en dissimulait ni les difficultés, ni les dangers ; mais pour
+ceux dont une éducation virile a développé de bonne heure les forces
+morales, les difficultés et les dangers deviennent un stimulant de plus,
+quand il s’agit d’atteindre un but utile ou d’accomplir un devoir.
+
+M. Duveyrier, d’ailleurs, s’y était fortement préparé. Il possédait les
+connaissances qui permettent d’étudier utilement le sol et ses
+productions naturelles ; il s’était rendu familier l’usage des
+instruments qui déterminent avec précision les phénomènes physiques et
+les conditions climatologiques, ou qui fixent par l’observation des
+astres les positions terrestres ; il avait acquis la pratique de la
+langue arabe ; il s’était rompu, en un mot, à ces études préalables sans
+lesquelles on a des touristes, mais qui, seules, font l’observateur
+exact, le véritable voyageur.
+
+Il n’a pas été donné à M. Duveyrier d’accomplir, dans son immense
+étendue, le plan qu’il s’était tracé. L’état du pays ne lui a pas permis
+de pénétrer dans les parties du Sahara algérien qui prolongent au Sud
+notre province d’Oran[2], encore moins d’arriver jusqu’au Sahara
+marocain, qui jusqu’à présent est resté fermé aux chrétiens. Il n’a
+guère dépassé, à l’Ouest, le prolongement du méridien d’Alger. Mais s’il
+a dû laisser en dehors de ses courses (et peut-être faut-il nous en
+féliciter) une partie de son plan, la moitié occidentale, l’autre
+moitié, la partie orientale, celle qui embrassait les contrées situées
+au Sud de nos provinces d’Alger et de Constantine, en poussant plus à
+l’Est encore, jusqu’au Sahara tunisien et tripolitain ainsi qu’au
+Fezzân, toute cette partie orientale, dis-je, a été admirablement
+remplie, avec une intelligence, une intrépidité, une persévérance, et
+aussi avec un succès qui font de ce voyage une des plus belles et des
+plus fructueuses explorations du continent africain.
+
+M. Duveyrier avait donc pris pied à Philippeville au mois de mai 1859.
+Il se dirige immédiatement au Sud, pour atteindre au plus vite le champ
+projeté de ses opérations. Il traverse Constantine, coupe le plateau,
+touche aux ruines de Lambèse que nos archéologues ont si heureusement
+explorées, traverse les gorges du mont Aurès, qui domine de son massif
+élevé toute l’Algérie orientale, et de là descend à Biskra, qui est, de
+ce côté, la porte du Désert. C’est là que commence pour notre voyageur
+le travail topographique. A partir de ce point, toutes les routes
+parcourues sont relevées à la boussole, les détails en sont fixés comme
+sur nos reconnaissances militaires, les positions sont fréquemment
+corrigées par des hauteurs méridiennes, et, toutes les fois que cela est
+possible, par des observations de longitude. Et ainsi se forme, d’heure
+en heure, jour par jour, presque sans interruption, pendant vingt-neuf
+mois, un large réseau de lignes bien étudiées, à travers des pays dont
+une partie considérable n’avait été vue jusque-là par aucun Européen, et
+dont la carte nous est maintenant parfaitement connue, au moins dans ses
+traits essentiels.
+
+Je ne veux ni ne puis suivre ici M. Duveyrier dans ses courses
+multipliées. Il nous faudrait sillonner, à diverses reprises, une vaste
+étendue de plaines arides, semées d’Oasis et coupées d’Ouâdi, en nous
+portant alternativement : de Biskra sur El-Golêa’a par El-Guerâra et
+Ghardâya, en remontant de là sur Laghouât ; puis, de nouveau, de Biskra
+sur Ouarglâ par Tougourt ; sur Ghadâmès, par la dépression marécageuse
+du Melghîgh ; sur Gâbès, en Tunisie, par la longue ligne de Sebkha ou
+lacs temporaires que l’antiquité a connus sous le nom de lac Triton. Il
+nous faudrait, en outre, rayonner de tous les points principaux sur les
+positions intermédiaires ; il nous faudrait enfin suivre, plus à
+l’Orient, les longues lignes qui relient entre elles les positions de
+Tripoli et de Ghadâmès, de Ghadâmès et de Rhât, de Rhât et de Mourzouk,
+de Mourzouk et de Tripoli. C’est sur la Carte qu’il faut étudier ce
+vaste réseau, dont les points extrêmes laissent entre eux un intervalle
+de plus de deux cent cinquante lieues, soit qu’on le mesure de l’Ouest à
+l’Est, soit qu’on se porte du Nord au Sud. Ajoutons que, dans ce réseau,
+une dizaine de points des plus importants, et, parmi ceux-là, El-
+Golêa’a, Ghardâya, El-Ouâd et Ghadâmès, sont fixés par des observations
+directes de latitude et de longitude ; et que, pour une trentaine
+d’autres points au moins, notamment pour Ouarglâ, Tougourt, Tôzer et
+Rhât, le voyageur a rapporté de bonnes latitudes. Quelques-unes de ces
+positions, Ghadâmès, par exemple, et celles qui se rapprochent de nos
+frontières, ainsi que les points principaux de la grande ligne du Fezzân
+parcourue par la mémorable expédition de 1849, étaient déjà connus d’une
+manière exacte ou très-approximative ; mais d’autres, particulièrement
+dans l’Ouest, éprouvent un déplacement considérable. Et d’ailleurs, des
+observations répétées, dans une géographie qui, comme celle-ci, est
+encore en voie de formation, sont toujours extrêmement utiles, ne
+serait-ce qu’à titre de contrôle et de vérification. En résumé, les
+tracés de routes de M. Duveyrier constituent une véritable triangulation
+qui couvre de ses lignes croisées toute la partie orientale du Sahara
+algérien, triangulation dont la base, dans le sens des parallèles,
+s’étend de Ghardâya à Ghadâmès, et qui se prolonge au Sud jusqu’aux
+oasis d’El-Golêa’a et d’Ouarglâ, en se rattachant, vers l’Est, aux
+positions déjà fixées de Ghadâmès, de Mourzouk et de Tripoli.
+
+Les détails topographiques de cette vaste reconnaissance, je veux dire
+les itinéraires du voyageur, relevés à la boussole et au chronomètre, et
+rectifiés fréquemment par des observations astronomiques dont les
+éléments et le calcul ont été soigneusement vérifiés, ces détails, dis-
+je, sont contenus dans une longue suite de feuilles tracées jour par
+jour sur le terrain, dont elles expriment tous les accidents. Le nombre
+de ces feuilles, y compris les études par renseignements qui s’y
+rattachent, ne s’élève pas à moins de 74. Ce sont ces minutes, ces
+feuilles de détail, remises à Paris entre les mains d’un habile
+dessinateur, qui ont servi à la construction de la Carte définitive où
+vient se résumer la partie la plus importante des travaux de M. Henri
+Duveyrier.
+
+Le temps n’a pas permis encore d’achever la gravure de cette grande et
+belle Carte ; mais le dessin terminé a été communiqué à votre
+commission, qui a pu en apprécier la construction selon la nature des
+matériaux sur lesquels elle repose dans ses diverses parties.
+
+M. Duveyrier, se prêtant au désir que nous lui avons exprimé, a mis
+aujourd’hui ce beau dessin à notre disposition, pour le placer ici même
+sous les yeux de l’assemblée.
+
+Il faut y distinguer deux ordres de matériaux différents : ceux qui
+proviennent des reconnaissances directes et personnelles du voyageur, et
+ceux qui proviennent, soit de reconnaissances européennes antérieures,
+soit de renseignements reçus des indigènes.
+
+Ces différentes sources de documents n’ont pas, on le conçoit, une
+valeur égale au point de vue de l’exactitude absolue. L’immense Ouâdi
+qui s’étend de Tougourt à Rhât sur une longueur de près de trois cents
+lieues, et que les Touâreg désignent sous le nom d’Igharghar (ou
+Igharghâren à la forme plurielle, et qui signifie _les Rivières_), cet
+Ouâdi qui, à certains moments, offre dans quelques parties l’aspect d’un
+grand fleuve, avec ses débordements, a été tracé, partie d’après les
+relevés de M. Boû-Derba en 1858, document précieux, bien qu’il n’ait pas
+la précision rigoureuse des levés de M. Duveyrier, partie d’après une
+reconnaissance personnelle de ce dernier voyageur, dans une exploration
+spéciale de la vallée basse, entre El-Ouâd et Ouarglâ. A l’Ouest et au
+Sud de l’Igharghar, à l’exception des lignes parcourues par M. Boû-
+Derba, M. Colonieu[3] et M. Henri Duveyrier, tout repose sur les
+informations indigènes. Je n’ai pas besoin d’insister sur l’importance
+de cette distinction.
+
+Cette réserve faite, embrassons d’un coup d’œil l’ensemble de la Carte
+de M. Henri Duveyrier.
+
+Ce qui nous frappe tout d’abord, c’est l’aspect du pays.
+
+Voici une vaste région, une région presque égale en étendue à la France
+ou à l’Espagne, et qui était, il y a cinq ans à peine, absolument en
+blanc sur nos cartes ; aujourd’hui, non-seulement elle nous apparaît
+couverte d’une multitude de noms et de détails, mais ces détails
+renversent toutes les idées que l’on se formait naguère de ce qu’on
+nomme, d’un terme générique, le Sahara. Il n’y a pas longtemps, nous
+étions encore, sur l’intérieur du Nord de l’Afrique, à la notion des
+anciens poétiquement exprimée par un de leurs géographes : une plaine
+toujours unie, partout sablonneuse, « dont les vents du Midi fouillent
+et tourmentent les flots arides pareils aux vagues de la mer[4]. » Nos
+idées se sont déjà bien modifiées. Le Sahara est toujours un immense
+désert, sans doute, et il reste comme le type et le point de départ, à
+la fois, de la longue zone de pays incultes qui court à travers l’ancien
+continent, depuis l’Atlantique jusqu’au fond de la Tartarie ; mais ce
+n’est plus le désert monotone et nu que notre imagination se
+représentait avec terreur. Déjà, l’expédition anglo-allemande de 1849,
+par la découverte de la vaste oasis d’Aïr que le docteur Barth décrit
+comme une véritable Suisse, entre le Fezzân et la Nigritie, aussi bien
+que les explorations de plusieurs de nos officiers dans le pays des
+Maures, entre le bas Sénégal et le Maroc, nous avaient pu donner une
+première impression de la diversité qui se rencontre au sein de ces
+solitudes africaines ; cette notion est singulièrement agrandie par les
+informations de M. Duveyrier, et enfin par la Carte qui les résume. Là
+où nous n’imaginions que des sables éternellement arides, nous avons
+sous les yeux d’innombrables Ouâdi ou cours d’eau temporaires, et parmi
+ces Ouâdi, nous l’avons déjà vu, le lit tantôt à sec, tantôt rempli,
+d’un fleuve de trois cents lieues ; bien plus, nous voyons là des lacs
+nombreux, des sources et de véritables rivières, des rivières
+permanentes avec de vraies cascades, au rapport des indigènes, et, à
+l’origine de ces rivières, des massifs élevés, des groupes de hautes
+montagnes surmontées de pics sourcilleux, et, sur plusieurs de ces pics,
+des neiges qui se maintiennent durant plusieurs mois de l’année, tout
+comme dans les gorges de l’Aurès. Des lacs, des neiges et des rivières
+dans le Sahara ! il était impossible de nous apporter un tableau plus
+inattendu. Là où se présente cette nature alpestre, la vie est répandue
+à profusion. La flore et la faune ont fourni au voyageur les éléments
+d’une longue nomenclature, et encore n’en a-t-il pas vu les centres les
+plus actifs. L’observation personnelle de M. Duveyrier a confirmé ce que
+d’autres témoignages avaient déjà fait connaître. « J’ai vu, nous dit-
+il, au moment où des pluies abondantes venaient d’arroser la terre, se
+produire sous mes yeux le miracle de vastes espaces, nus la veille,
+transformés instantanément en pacages de la plus belle verdure. Sept
+jours suffisent pour que l’herbe nouvelle puisse nourrir les
+troupeaux. »
+
+Le noyau principal, le centre où vient aboutir cette configuration si
+remarquable du Sahara intérieur, et qui la détermine en quelque sorte,
+est un massif situé à environ quinze journées vers l’Ouest de Rhât. Les
+informations de M. Duveyrier le représentent comme un plateau échelonné,
+coupé de nombreuses vallées, hérissé de sommets élevés, et d’où
+rayonnent, en diverses directions, de vastes Ouâdi dont le lit large et
+profond se remplit à certaines époques de l’année d’un volume d’eau
+considérable. Le principal de ces Ouâdi, ou du moins le mieux connu, est
+celui qui se porte droit au Nord sur Tougourt : c’est l’Igharghar que
+nous avons déjà nommé et dont une branche considérable vient de Rhât.
+Les informateurs de M. Duveyrier (car il n’a pu pénétrer jusque-là) lui
+désignèrent cette région montagneuse sous le nom d’Ahaggâr. Elle avait
+été déjà signalée par le docteur Barth, mais d’une manière moins
+circonstanciée, d’après ce qu’il en avait appris à Rhât et à Timbouktou.
+Le nom, chez M. Barth, est écrit Hogâr ou Hâgara ; mais ces formes, dit-
+il, sont des formes arabes, et le véritable nom indigène, c’est-à-dire
+le nom berbère, sera Atakôr[5]. C’est le siége d’une des quatre grandes
+divisions entre lesquelles se partage la nation des Touâreg. M. Barth
+ajoute : « Mon intelligent ami, le Cheïkh-Sîdi-Ahmed-el-Bakkây de
+Timbouktou, qui avait vécu quelque temps chez les Hogâr, ainsi que chez
+les tribus du pays d’Aïr, m’assura de la manière la plus positive que ce
+groupe de montagnes, et en particulier une longue chaîne qui en fait
+partie, est beaucoup plus élevé que les montagnes d’Aïr, et que les
+rochers, dont la couleur est rougeâtre, en sont très-escarpés. On voit,
+dans l’intérieur de ces montagnes, de très-belles vallées et des gorges
+pittoresques, et quelques-unes de ces vallées, où il y a de belles eaux
+courantes qui ne tarissent jamais, produisent des figues et du
+raisin[6]. »
+
+Ces informations, on le voit, viennent complétement à l’appui de celles
+qu’a recueillies M. Duveyrier ; seulement ces dernières sont infiniment
+plus détaillées. Elles mettent hors de doute qu’au centre même du Grand
+Désert, sous le méridien de Sétif et vers le 25e degré de latitude,
+c’est-à-dire à mi-distance environ entre l’Algérie orientale et le grand
+fleuve de Timbouktou, il existe une région montagneuse très-abrupte,
+très-variée, très-pittoresque et d’une étendue considérable ; que dans
+cette région, habitée par une forte et belliqueuse fraction de Touâreg,
+il y a des montagnes assez hautes pour y conserver de la neige durant
+trois mois de l’année ; qu’on voit là, comme dans l’oasis d’Aïr décrite
+par le docteur Barth, de belles et fraîches vallées avec des sources
+vives et des eaux courantes ; et qu’enfin des Ouâdi larges et profonds,
+qui seraient de grandes rivières, si les pluies, dont le Désert est
+privé, leur apportaient des eaux permanentes, divergent de ce noyau
+montagneux en se portant vers tous les points de l’horizon, au Nord
+(c’est l’Igharghar), à l’Ouest et au Sud. Tel est, dans son expression
+générale, le résumé des informations recueillies par M. Duveyrier, et
+qui sont parfaitement d’accord avec celles du docteur Barth.
+
+Si M. Duveyrier avait pu s’avancer jusque-là ; s’il avait pu examiner de
+près et de ses propres yeux cette curieuse région, en étudier la
+structure géologique et la conformation extérieure, se rendre
+précisément compte, par des observations directes, des conditions
+climatologiques particulières au pays, du régime de ses eaux permanentes
+et de la direction de ses vallées sèches ; si M. Duveyrier, disons-nous,
+avait pu faire cela, il aurait ajouté une conquête bien précieuse à
+toutes celles qu’il a rapportées de son beau voyage. Ce n’est pas faute
+d’y avoir aspiré assurément, et d’y avoir fait tous ses efforts ; c’est
+une tâche dont lui-même ne se tient pas quitte envers la science, car
+son plus vif désir est de retourner promptement sur le théâtre de ses
+premiers travaux, et d’y poursuivre ses explorations si bien commencées.
+En attendant, il a étudié et combiné avec une profonde attention la
+masse considérable de renseignements qu’il a pu recueillir de la bouche
+des Arabes et des Touâreg, et en les rapprochant du précieux itinéraire
+de M. Boû-Derba, il en a tiré toute la partie inférieure de sa Carte à
+l’Ouest de Rhât. C’est une acquisition déjà fort importante, quoique
+provisoire, pour cette région intérieure du Sahara. Si votre commission,
+messieurs, avait à faire une observation sur cette partie de la Carte
+qui repose, non sur les reconnaissances personnelles de M. Henri
+Duveyrier, mais sur la combinaison de renseignements, cette observation
+porterait seulement sur l’aspect net et précis que le dessin leur donne.
+Peut-être y pourrait-on désirer, dans l’intérêt de la vérité rigoureuse,
+un aspect et des contours moins arrêtés. Ce qui appartient en propre au
+voyageur se distinguerait mieux de ce qui n’a qu’une valeur de
+combinaison. Quand on sait à quel point les renseignements indigènes les
+plus dignes de confiance se sont, pour la plupart, profondément modifiés
+lorsqu’ils ont subi le contrôle direct de l’observation européenne, on
+éprouve le besoin d’apporter une grande réserve dans l’emploi de cette
+nature de documents. Notre remarque, au surplus, ne porte en aucune
+façon sur la valeur spéciale des informations réunies par M. Duveyrier,
+ni sur l’application générale qu’il en a faite : c’est une question de
+mesure dans l’expression du dessin, rien de plus.
+
+En définitive, il y a un grand fait qui ressort de la vue de cette
+Carte, au total si remarquable, aussi bien que de l’ensemble des
+informations déjà nombreuses que les observateurs européens nous ont
+apportées dans ces derniers temps sur les diverses régions du Grand
+Désert : c’est la diversité d’accidents et de configuration que présente
+sa surface dans toutes les parties jusqu’à présent visitées. Une carte
+qui représenterait, dès à présent, ce qu’on en connaît au Centre, au
+Nord et à l’Ouest, une carte surtout, telle que la marche aujourd’hui si
+active des explorations permettra de la construire d’ici à moins de dix
+ans peut-être, présenterait, au lieu de cette immense étendue de plaines
+uniformes qui occupe la moitié du Nord de l’Afrique sur nos cartes
+actuelles, presque autant de particularités de configuration, sauf
+l’absence des villes et de rivières permanentes, qu’une région
+quelconque de l’Asie et de l’Europe. La nature ne fait rien d’inutile,
+rien qui n’ait sa cause. Ces Ouâdi sans nombre, ces rivières sans eau
+qui sillonnent le Désert comme les rivières et les ruisseaux sillonnent
+nos campagnes, indiquent évidemment, dans le passé sinon dans le
+présent, un état de choses que la pensée a peine à concilier avec la
+privation presque absolue d’eaux courantes qui caractérise le Désert.
+C’est là un sujet d’études déjà plus d’une fois touché sans doute, mais
+qui appellera de plus en plus l’attention des voyageurs instruits et des
+géologues.
+
+De tous ces grands Ouâdi intérieurs, le plus étendu et maintenant le
+plus accessible, l’Igharghar, devra être, dans son immense
+développement, l’objet d’une investigation et d’une étude toutes
+spéciales. Il y aura là, sans aucun doute, des questions du plus haut
+intérêt à examiner et à résoudre. Cet objet seul justifierait et
+récompenserait pleinement une expédition spéciale.
+
+Au point de vue physique, cette immense vallée de l’Igharghar, presque
+partout à sec ou qui n’a que des eaux temporaires, mais qui présente,
+selon l’expression de M. Duveyrier, l’aspect du lit d’un grand fleuve,
+offre un curieux phénomène. Partant de la région élevée de Rhât et de
+l’Ahaggâr, et recevant de droite et de gauche, à mesure qu’elle avance
+dans le Nord, un grand nombre d’Ouâdi secondaires pareils aux affluents
+de nos fleuves, elle vient enfin se perdre, au Nord de Tougourt, dans
+une large dépression marécageuse qu’on appelle le Chott-Melghîgh, où
+vient aussi aboutir un grand courant, une véritable rivière, le Djedî,
+qui a ses sources à l’Ouest, dans le Djebel-’Amoûr, et longe, depuis
+Laghouât, le pied des montagnes. Les premiers observateurs qui de
+l’Algérie descendirent au Melghîgh, il y a une dizaine d’années,
+reconnurent avec étonnement, aux indications concordantes de leur
+baromètre, que le sol où reposent ces vastes lagunes s’enfonce au-
+dessous du niveau de la mer. M. Paul Marès a trouvé une altitude de − 13
+mètres pour le fond du Chott dans sa partie Nord-Ouest. Ces observations
+seront-elles confirmées par celles de M. Duveyrier[7] ? Si l’Igharghar
+fut autrefois un véritable fleuve, il n’a donc pu, comme le pense M.
+Duveyrier, aller déboucher dans le fond de la petite Syrte par le fleuve
+Triton, à moins d’un changement complet dans la configuration et le
+niveau du pays, changement qui, dans tous les cas, serait antérieur aux
+temps historiques.
+
+Cette condition physique, particulière à la région orientale du Sahara
+algérien, de deux longues vallées parties des deux points opposés, l’une
+de l’Ouest, celle du Djedî, l’autre du Sud, celle de l’Igharghar, et
+venant l’une et l’autre aboutir à la même dépression du sol, le
+Melghîgh, cette particularité physique, dis-je, nous fournit
+l’explication d’un ancien texte géographique dont la rédaction avait dû
+jusqu’à présent paraître assez bizarre. Je veux parler de la description
+du cours du _Gir_ dans Ptolémée. Le _Gir_, ou, comme le nomment les
+auteurs latins, le _Niger_, a été longtemps une pierre d’achoppement
+pour les critiques. Trompés par les énormes aberrations des latitudes du
+géographe alexandrin, on voulait retrouver très-loin dans le Sud une
+rivière qui appartient à la région de l’Atlas ; on allait la chercher
+jusque dans le Soûdân, où les anciens n’ont jamais pénétré. C’est de là
+qu’est venue l’application que l’on fait encore tous les jours du nom de
+_Niger_ au Dhioliba ou Kouâra, c’est-à-dire au grand fleuve de
+Timbouktou, application qui se perpétue même après que l’erreur est
+reconnue ; car, en géographie, comme en bien d’autres choses, rien n’est
+plus difficile à déraciner qu’un abus. Habituellement, il y a dans une
+rivière deux choses assez distinctes, une source et une embouchure ;
+dans Ptolémée, le _Gir_ n’a pas de débouché, et il a deux sources
+opposées, deux sources placées aux deux extrémités du fleuve, l’un au
+Nord-Ouest dans l’Atlas, l’autre au Sud-Est dans une vallée nommée la
+_Gorge garamantique_, c’est-à-dire au voisinage du Fezzân qui est le
+pays des Garamantes. Rapproché des notions actuelles, des notions
+fournies par M. Boû-Derba et complétées par M. Duveyrier, tout cet
+agencement devient parfaitement clair, et, qui plus est, parfaitement
+exact ; ce qui nous montre une fois de plus qu’en bien des cas le
+progrès de nos propres découvertes confirme, en les appliquant, celle
+des anciens. L’identité du _Niger_ avec les deux vallées confluentes du
+Djedî et de l’Igharghar, identité que votre rapporteur a le premier
+nettement affirmée, même avant le voyage de M. Duveyrier, est désormais
+un fait hors de discussion.
+
+Ce n’est pas seulement dans sa Carte que M. Duveyrier a condensé les
+résultats physiques et mathématiques de ses vingt-neuf mois
+d’explorations, il les a développés dans un volume d’une étendue
+considérable auquel s’ajoutera plus tard un complément qui sera consacré
+à la partie commerciale du voyage. Ce premier volume se compose tout
+entier de faits et d’observations. L’hydrographie, la géologie, la
+climatologie, les déterminations astronomiques, l’hypsométrie,
+l’histoire naturelle et l’ethnographie, y sont l’objet d’une suite de
+chapitres d’un grand intérêt scientifique, sans préjudice de
+l’archéologie monumentale et épigraphique, sans oublier non plus les
+informations utiles au commerce. Une notice très-détaillée sur les
+Touâreg ajoute bien des particularités importantes, bien des faits
+nouveaux, à ceux que d’autres investigateurs, M. Carette, M. Daumas, M.
+Devaux, le docteur Barth, M. Hanoteau, nous avaient déjà donnés sur ce
+peuple remarquable, qui garde au cœur du Sahara, où l’invasion arabe du
+XIe siècle l’a repoussé, la pureté du sang berbère et l’idiome inaltéré
+de sa race.
+
+Dans cet aperçu encore bien restreint, malgré son étendue, du caractère
+de cette exploration et de l’importance extrême de ses résultats, j’ai
+eu surtout pour objet, messieurs, comme organe de votre commission,
+d’exposer les raisons qui, d’une voix unanime, nous ont fait décerner à
+M. Henri Duveyrier la grande médaille d’or que la Société a jusqu’à
+présent consacrée chaque année à la découverte la plus importante en
+géographie. Nous n’avons pas oublié non plus, messieurs, que les longues
+investigations de M. Duveyrier, en même temps qu’elles ont puissamment
+servi la science, ont eu aussi des résultats fort importants pour
+l’extension de nos rapports avec les tribus intérieures. Servir à la
+fois l’honneur scientifique et les intérêts de son pays est un double
+titre que réunit M. Duveyrier.
+
+Je n’aurai pas à m’étendre beaucoup, messieurs, sur les voyages qui
+auraient pu, en dehors de celui de M. Duveyrier, balancer les suffrages
+de votre commission. Il est une classe de travaux et d’explorations
+d’une nature tellement spéciale, tellement circonscrite dans leur
+nationalité et dans les intérêts qu’ils représentent, les explorations
+australiennes, par exemple, et celles des Russes dans l’Asie centrale,
+qu’elles restent nécessairement en dehors de nos concours. Parmi les
+explorations d’un caractère plus général qui auraient pu entrer cette
+année en balance avec celles de notre jeune compatriote, il n’en est
+qu’une, une seule, sur laquelle a dû se porter l’attention de votre
+commission : c’est le voyage si important du capitaine Speke et de son
+compagnon le capitaine Grant à travers la région des sources du Nil. Les
+capitaines Speke et Grant ont été les intrépides pionniers de cette
+difficile exploration de l’Afrique équatoriale, qui attend maintenant
+des investigations plus approfondies. Ils ont, pour la première fois,
+traversé la zone inexplorée où se trouvent les sources encore inconnues
+du fleuve d’Égypte ; leur voyage restera toujours comme une des
+entreprises mémorables de notre époque, comme un des faits importants de
+l’histoire des découvertes. Mais, d’une part, les droits de M. Henri
+Duveyrier avaient été réservés l’année dernière ; d’autre part, c’est un
+devoir pour votre Société d’attendre, avant de prononcer ses jugements,
+qu’une lumière complète se soit faite sur les questions. Il est
+d’ailleurs permis d’espérer que les deux voyageurs anglais ne
+s’arrêteront pas en si brillant chemin, et qu’ils auront quelque jour de
+nouveaux titres à ajouter à celui que nous avons cru devoir ajourner
+pour cette fois.
+
+Déterminée par ces considérations, messieurs, votre commission décerne
+sa grande médaille d’or de 1864 à M. Henri Duveyrier, pour ses
+explorations du Sahara algérien, tunisien et tripolitain, ainsi que du
+pays des Touâreg. Nous honorons ainsi tout à la fois et l’importance des
+résultats obtenus, et la rare énergie en même temps que les hautes
+qualités scientifiques dont le voyageur a fait preuve, à un âge où il
+est si rare de trouver de tels mérites développés à ce point. En
+décernant ce prix si bien acquis, votre commission, messieurs, a obéi à
+une double pensée : c’est une récompense pour le passé ; c’est une
+espérance pour l’avenir.
+
+[Décoration]
+
+
+[Note 2 : El-Golêa’a, Methlîli, le pays des Cha’anba explorés d’abord
+par M. Duveyrier, relèvent, il est vrai, de la province d’Oran.]
+
+[Note 3 : M. le commandant Colonieu a bien voulu communiquer à M.
+Duveyrier la carte itinéraire inédite de son voyage de Géryville aux
+oasis septentrionales du Touât ; les renseignements fournis par les
+indigènes sur les contrées à l’Ouest de l’Igharghar, s’appuyent donc sur
+trois reconnaissances levées avec soin : par M. Boû-Derba, entre Ouarglâ
+et El-Beyyodh ; par M. Colonieu, entre Géryville et le Bâten du
+Tâdemâyt ; par M. Duveyrier, entre Methlîli et El-Golêa’a.]
+
+[Note 4 : « Auster immodicus exsurgit, arenasque quasi maria agens,
+siccis sævit fluctibus. » (_Mela_, I, 8).]
+
+[Note 5 : _Atakôr_ signifie _faîte_. Atakôr-n-Ahaggâr, _faîte du
+Ahaggâr_.]
+
+[Note 6 : Dr Barth, _Travels in Central Africa_, I, 567.]
+
+[Note 7 : Les observations barométriques publiées par M. Duveyrier pour
+déterminer les altitudes des points de son exploration du pays des
+Touâreg du Nord, commencent à El-Ouâd. Celles faites dans l’Ouâd-Righ,
+sur les bords du Chott-Melghîgh, et dans le Nefzâoua, c’est-à-dire entre
+le point où l’Igharghar se perd dans les lagunes et le golfe de Gâbès,
+seront publiées ultérieurement dès que le voyageur pourra les calculer
+au moyen des observations correspondantes faites sur le littoral, à
+Alger, par M. O. Mac-Carthy.]
+
+
+
+
+ TECHNOLOGIE INDIGÈNE
+ ARABE OU BERBÈRE
+ DONT IL EST FAIT USAGE
+ DANS CET OUVRAGE ET SUR LA CARTE QUI L’ACCOMPAGNE
+
+[Décoration]
+
+
+ SOL.
+
+
+ Outa, Ouotia ; plaine.
+
+ Reg ; plaine aride et déserte.
+
+ Hofra ; dépression.
+
+ Hamâda, pl. Hamâd ; plateau, plaine unie.
+
+ _Tasîli_[8] ; plateau.
+
+ Bâten (litt. _ventre_) ; montagne ou colline allongée.
+
+ Koudîya ; mamelon isolé (montagne, dans l’Ouest).
+
+ Toûmia, pl. Toûmiât (litt. _jumeaux_) ; mamelons doubles.
+
+ Dra’ (litt. _bras_) ; coteau, colline allongée.
+
+ Râs (litt. _tête_) ; cap.
+
+ Khechem (litt. _nez_) ; pointe de rochers, cap dans le Désert.
+
+ Châreb (litt. _lèvre_) ; crête.
+
+ Kâf ; rocher.
+
+ Djebel ; montagne.
+
+ Djebîl ; petite montagne.
+
+ _Adrâr, Adghâgh_ ; montagne.
+
+ _Tadrârt_ ; petite montagne.
+
+ Gâra, gâret, pl. Goûr ; élévation isolée, témoin géologique du sol
+ primitif.
+
+ Fedjdj ; col.
+
+ Thenîya ; col.
+
+ _Téhé_ ; col.
+
+ Khenga, Kheneg ; défilé, passage étroit.
+
+ Khoneïg ; petit défilé.
+
+ _Aghelâd_ ; défilé, passage étroit.
+
+ ’Aqba ; montée.
+
+ Menzel ; descente.
+
+
+ SABLES.
+
+
+ Remel, Ramla ; sable, plaine de sable.
+
+ Ghoûrd, pl. Aghrâd ; haute dune ou montagne de sable.
+
+ Zemla, pl. Zemoûl ; dune allongée.
+
+ Sîf (litt. _sabre_) ; dune allongée à pente roide.
+
+ Guelb, pl. Goloûb ; dune en forme de cœur.
+
+ Guelîb ; petite dune en forme de cœur.
+
+ ’Erg, ’Areg ; collection de dunes, région des dunes.
+
+ ’Arîg ; petite collection de dunes.
+
+ _Adehî_, pl. _Édeyen_ ; sables, collection de dunes.
+
+ _Iguîdi_[9], _Idjîdi_ ; collection de dunes.
+
+ Kheït (litt. _cordon_) ; cordon de dunes.
+
+ Dourîya ; passage tournant autour d’une dune.
+
+ Sahan ; dépression plate.
+
+ Haoudh ; bassin entre des dunes.
+
+ Hafîr ; dépression.
+
+
+ EAUX.
+
+ Bîr, pl. Abiâr (mot oriental) ; puits, puits profond.
+
+ Bouîr, pl. Bouîrât ; puits petit.
+
+ Mouï, Mouïa (litt. _eau_) ; puits.
+
+ Hâssi (mot occidental) ; puits, puits profond.
+
+ Hessî ; puisard.
+
+ ’Ogla (dans l’Ouest) ; puits. (Dans l’Est) ; puits avec un camp
+ permanent, et silos à provisions.
+
+ Guettâr, Guettâra ; puits alimenté par des suintements.
+
+ Sânia ; puits à bascule souvent entouré d’un jardin ; jardin.
+
+ Souinîya ; petit puits à bascule.
+
+ Themed ; puisard, puits qui se dessèche.
+
+ _Anou_ ; puits.
+
+ _Tânoût_, _Tânit_ ; puits, petite source.
+
+ _Mâssîn_ ; puits qui donne peu d’eau.
+
+ Fogâra ; puits à galeries d’écoulement horizontales.
+
+ Sâguia ; canal d’écoulement des eaux.
+
+ ’Aïn (litt. _œil_), pl. ’Aioûn ; source.
+
+ ’Aouîna, pl. ’Aouînât ; petite source.
+
+ _Tâla_ ; source.
+
+ _Tit_, pl. _Tittaouîn_ (litt. _œil_) ; source.
+
+ _Temâssint_ ; petite source.
+
+ Rhedîr ; flaque d’eau persistante.
+
+ _Abankôr_ ; flaque d’eau persistante.
+
+ Bahar (litt. _mer_) ; lac permanent.
+
+ _Adjelmam_ ; lac.
+
+ Chott (litt. _rive, rivage_) ; lac salin desséché.
+
+ Sebkha ; lac salin desséché, quelquefois submergé en hiver.
+
+ Dhâya ; grande mare d’eau douce desséchée.
+
+ Guera’a ; grande mare d’eau douce desséchée.
+
+ Guerâra, pl. Guerâir ; bas-fond dans lequel se perd un Ouâd.
+
+ Guereyyir ; petit bas-fond dans lequel se perd un Ouâd.
+
+ Ouâdi, Ouâd, pl. Ouidiân ; rivière, lit de rivière.
+
+ _Aghahar_ ; rivière, lit de rivière (mot ancien).
+
+ _Aghezer_ ; rivière, lit de rivière (mot moderne.)
+
+ Cha’aba, pl. Cha’ab ; ravin.
+
+ _Tâlat_ ; ravin.
+
+ Menkeba ; point où cesse un ravin.
+
+ Defa’a ; point où se perd un ravin.
+
+
+ HABITANTS.
+
+
+ Ouled, pl. Oulâd ; fils.
+
+ _Ou_, pl. _Aït_, _At_ ; fils.
+
+ Ould-Sîdi, Oulâd-Sîdi ; fils de monseigneur.
+
+ _Ou-Sîdi_ ; fils de monseigneur.
+
+ Hâdj, Hadjdji, pl. Hadjâdj ; pélerin, celui qui a fait le pèlerinage
+ de la Mekke.
+
+ Ben, pl. Benî ; fils, descendants de.
+
+ Ahel ; gens.
+
+ _Kêl_ ; gens.
+
+ _Tédjéhé_ ; confédération.
+
+ Merâbot, pl. Merâbotîn ; marabout, marabouts.
+
+ Cheïkh, pl. Chioûkh ; vénérable, chef.
+
+
+ HABITATIONS.
+
+
+ Dâr, pl. Diâr ; maison.
+
+ Haouch ; ferme, maison.
+
+ Zerîba, pl. Zerâïb ; cabane en branchages.
+
+ Kheïma ; tente.
+
+ _Ehen_ ; tente.
+
+ Hoûma ; quartier, village. (Mot de l’île de Djerba.)
+
+ Bordj ; fort, château.
+
+ Qaçar, pl. Qeçoûr ; village fortifié.
+
+ Qaçba ; citadelle.
+
+ Zâouiya ; couvent musulman, école, ville religieuse.
+
+ Belâd ; ville, village, pays.
+
+ Kherba, pl. Khoroûb ; ruine.
+
+ Kantara ; pont.
+
+
+ DIVERS.
+
+
+ Ghâba ; verger de dattiers, forêt, oasis.
+
+ Ghoût ; petite oasis.
+
+ Soûk ; marché.
+
+ Mersa, Mers ; port.
+
+ Mi’aâd ; lieu de réunion.
+
+ Hammâm ; bains d’eaux thermales.
+
+ Cherg ; Est.
+
+ Chergui, Cherguîya ; oriental.
+
+ Gharb, Ouest.
+
+ Gharbi, Gharbîya ; occidental.
+
+ Guebla ; Sud.
+
+ Guebli, Gueblîya ; méridional.
+
+ Dahra ; Nord.
+
+ Dahrâni, Dahrânîya ; septentrional.
+
+ Lefa’âya ; séjour des vipères cérastes.
+
+ Boû (litt. _père_) ; possesseur de.
+
+ Oumm, pl. Oummât (litt. _mère_) ; possesseur de.
+
+ Gober, pl. Gueboûr ; tombeau, cimetière.
+
+ Moqsem ; partage d’eaux.
+
+ _Dan_ : fils de, issu de.
+
+ _In_, _En_, _Wân_, _Ouân_, _Ouen_ ; celui de, c’est-à-dire, endroit
+ de.
+
+ _Tîn_, _Tân_ ; celle de, localité de.
+
+ _El_, _Ed_, _Edh_, _Et_, _Eth_, _Es_, _En_, _Ez_, représentent
+ l’article : le, la, les, du, au, des, aux.
+
+ _D_, _Ed_ ; et.
+
+
+ PRINCIPAUX ADJECTIFS QUALIFICATIFS
+
+
+ Djedîd, Djedîda ; nouveau, nouvelle.
+
+ Qedîm, Qedîma ; ancien, ancienne.
+
+ Ahmar, Hamrâ ; rouge.
+
+ Abiodh, Beïdha ; blanc, blanche.
+
+ _Mellen_, _Mellet_ ; blanc, blanche.
+
+ Kahal, Kâhela ; noir, noire.
+
+ Asoued, Soûda, Sôda ; noir, noire.
+
+ Azreg, Zerga ; bleu, bleue.
+
+ Kebîr, Kebîra ; grand, grande.
+
+ Seghîr, Seghîra ; petit, petite.
+
+ Touîl, Touîla ; long, longue, profonde.
+
+ Asfer ; jaune.
+
+ * * * * *
+
+
+[Note 8 : Les noms écrits en lettres _italiques_ appartiennent à la
+nomenclature berbère.]
+
+[Note 9 : Mot des Berâber du Maroc.]
+
+
+
+
+ ERRATA.
+
+ * * * * *
+
+
+ CORRECTIONS GÉNÉRALES.
+
+
+_Au lieu de_ : ’Abd-el-Kader, Adrar, Afahlehlé, Azel, Cheikh, Chorfa,
+Fez, Golea’, In-Ezzan, In-Sâlah, Ismayl, Kadhi, Kasba, Mehyaf, Sahara,
+Sanhâdja, Soudan, Targui, Tittaouin, Tlemsen.
+
+_Lire_ : ’Abd-el-Qâder, Adrâr, Afahlêhlé, Azhel, Cheïkh, Chorfâ, Fâs,
+Golêa’a, In-Ezzân, In-Çâlah, Isma’yl, Qâdhi, Qaçba, Mehyâf, Çahara,
+Çanhâdja, Soûdân, Târgui, Tittaouîn, Tlemsân.
+
+
+ CORRECTIONS PARTICULIÈRES.
+
+
+ PAGES. _Au lieu de_ : _Lire_ :
+
+ III Milon, Millon.
+
+ 6 Caillé, Caillié.
+
+ 6 à 87 Marrès, Marès.
+
+ 40 il y a retrouvé les il y a retrouvé quelques
+ infusoires, infusoires.
+
+ 43 pyrogénique, pyrogène.
+
+ 58 redhîr, rhedîr.
+
+ 75 Massif de Hâroûdj, Massif du Hâroûdj.
+
+ 76 Freudenbourgh, Frendenburgh.
+
+ 80 Gharbia, Gharbîya.
+
+ 111 2 décembre, 20 décembre.
+
+ 112 il y en a 325, il y en a 335.
+
+ 149 Kerchoud, Kerchoûd.
+
+ 161 CROTULARIA SAHARÆ, CROTALARIA SAHARÆ.
+
+ 166 au Sud de Maroc, au Sud du Maroc.
+
+ 183 1 mètre, 1/2 mètre.
+
+ 190 _Var_, _var_.
+
+ 191 ÆRVA, AERVA.
+
+ 191 Abesgui, Abezgui.
+
+ 192 Ouâdi-Sa’adan, Ouâdi-Sa’adâna.
+
+ 194 Tîn-Fedjacuîn, Tîn-Fedjaouîn.
+
+ 203 Comme le dîs du Tell, Comme le gueçob du Tell.
+
+ 225 _begueur_, _beguer_.
+
+ 225 _ihinkad_, _ihinkâd_.
+
+ 226 _meçîci_, _meçîçi_.
+
+ 227 _arhâtâ_, _arhâta_.
+
+ 255 Abou l’’Abbâs, Aboû’l ’Abbâs.
+
+ 262 (voir la planche ci-contre), (voir la pl. XI, fig. 1, page
+ 252).
+
+ 277 voi, voit.
+
+ 290 ouasis, oasis.
+
+ 339 du ménage, elle, du ménage, si elle.
+
+ 388 (Pl. XXI), _iod_, _tegherit_, _iod_, _tegherît_, _iar_.
+ _iar_,
+
+ 390 (Pl. XXII), no , no 30.
+
+ 403 _temankart_, _temankaït_.
+
+ 404 _taftak_, _taftaq_.
+
+ 405 _takkaouit_, _takhaouit_.
+
+ 405 _îméki_, _îmekî_.
+
+ 408 _tâserhmâlt_, _tâserhâlt_.
+
+ 427 _tekhôrmit_, _tekôrmit_.
+
+ 440 _amadjedol_, _amadjedâl_.
+
+ 448 _amârhelaî_, _amârhelâi_.
+
+ 458 passait par Telizzarhên, Anaï, passait par Anaï.
+
+ 458 et conduit par, et conduits par.
+
+ 463 Aiele, Alele.
+
+ 496 Taibu des Ibôguelân, Tribu des Ibôguelân.
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+ ADDITIONS.
+
+ * * * * *
+
+
+Page 45 PLANORBIS DUVEYRIERI. Voir au supplément : _Mollusques
+ fossiles_, page 25.
+
+ 69 Douêssa est un point à l’Ouest de la route de M. le docteur
+ Barth, entre El-Hesî et l’Ouâdi-ech-Chiâti, au Sud de la
+ Hamâda-el-Homrâ, dans la Tripolitaine.
+
+ 150 DIPLOTAXIS DUVEYRIERANA. Voir sa description au supplément :
+ _Plantes nouvelles_, page 31.
+
+ 161 CROTALARIA SAHARÆ. Voir sa description au supplément :
+ _Plantes nouvelles_, page 33.
+
+ 182 HYOSCYAMUS FALEZLEZ. Voir sa description au supplément :
+ _Plantes nouvelles_, page 35.
+
+ 229 Mollusques vivants déterminés après l’impression des
+ _Touâreg du Nord_. Voir leur description au supplément, page 1
+ et suivantes.
+
+ 458 La route garamantique qui passait par Telizzarhên était une
+ autre voie que celle passant par Anaï.
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+ TOUAREG DU NORD
+
+ * * * * *
+
+ LIVRE PREMIER.
+
+ DIVISIONS NATURELLES ET POLITIQUES.
+ GÉOGRAPHIE PHYSIQUE. — SOL ET CLIMAT.
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+ CHAPITRE PREMIER.
+
+ DIVISIONS ET LIMITES GÉNÉRALES DES CONFÉDÉRATIONS TOUÂREG.
+
+
+Cette étude est restreinte aux Touâreg du Nord ; mais, pour la
+circonscrire dans les limites que je lui assigne, quelques lignes sur
+l’ensemble de la nationalité târguie[10], sur ses divisions
+territoriales et politiques, semblent un préliminaire indispensable.
+
+Sous le nom général de Touâreg, nom d’origine arabe et adopté par les
+Européens, quoiqu’il soit repoussé par ceux auxquels il s’applique, on
+comprend quatre grandes divisions politiques correspondant à quatre
+grandes divisions territoriales, savoir :
+
+La confédération des AZDJER ou Kêl-Azdjer[11], au _Nord-Est_, avec le
+plateau du _Tasîli du Nord_ et dépendances, pour patrie ;
+
+La confédération des AHAGGÂR ou Kêl-Ahaggâr, au _Nord-Ouest_, dans le
+mont _Ahaggâr_ ou _Hoggâr_ des Arabes ;
+
+La confédération d’AÏR ou Kêl-Aïr, plus généralement connue sous le nom
+de KÊL-OUÏ, au _Sud-Est_, dans le massif d’_Aïr_, également appelé
+_Azben_ ;
+
+La confédération des AOUÉLIMMIDEN, au _Sud-Ouest_, dont le territoire
+comprend une portion montagneuse, l’_Adghagh_[12], et une portion plane,
+l’_Ahâouagh_.
+
+Les Azdjer et les Ahaggâr constituent les Touâreg du Nord, comme les Aïr
+et Aouélimmiden ceux du Sud.
+
+Ces derniers ayant été visités et étudiés avec beaucoup de soin par mon
+savant ami et protecteur, M. le Dr Barth[13], je n’ai pas à m’en
+occuper, estimant assez belle la part qui m’est dévolue, si je parviens
+à combler la lacune de l’exploration de mon illustre devancier.
+
+Quoi qu’il en soit, je constate d’abord un caractère commun aux quatre
+confédérations des Touâreg ; c’est que chacune d’elles a adopté comme
+centre de sa vie politique un système isolé de montagnes, refuge de son
+indépendance et foyer de ses libertés.
+
+Deux de ces massifs isolés, ceux occupés par les Touâreg du Nord,
+embrassent les points culminants du plateau central du Sahara et les
+points de partage des eaux entre le bassin de la Méditerranée et le
+bassin de l’Océan Atlantique ; les deux autres, à un gradin inférieur du
+plateau, appartiennent au bassin du Niger.
+
+Entre les quatre massifs, s’étendent de vastes plaines, véritables
+déserts arides, tantôt sablonneuses, tantôt rocheuses, tantôt à sol
+crayeux, parfois affectant la formation alluvionnaire des bassins salins
+des _Sebkha_, le plus souvent se présentant sous la forme d’un sol
+caillouteux, très-dur, d’où le nom arabe de _Sahara_ qui signifie _terre
+dure_.
+
+S’il est permis d’assigner à chaque confédération, comme étant son
+patrimoine propre, le massif de montagnes qu’elle occupe, il devient
+impossible d’indiquer, dans les plaines, là où commence, là où finit le
+territoire de chacune d’elles et de préciser les limites qui les
+séparent de leurs voisins non Touâreg.
+
+Le droit de premier occupant, le seul à invoquer dans ces immenses
+terres de parcours, n’a de valeur sérieuse que s’il est appuyé sur une
+force capable de le faire respecter. Néanmoins, sous la réserve
+d’éventualités qui souvent substituent le fait brutal de l’invasion à la
+pratique pacifique d’usages consacrés par le temps, on peut assigner
+comme limites générales aux territoires occupés par les quatre
+confédérations Touâreg, savoir :
+
+_Au Nord_, 1o une ligne droite partant d’El-Hesî dans le Hamâda-el-Homra
+de la Tripolitaine et allant à Ghadâmès ; 2o une ligne, également
+droite, partant de Ghadâmès et aboutissant à la limite Nord de la
+confédération indépendante du Touât ;
+
+_A l’Ouest_, les rebords oriental et méridional du plateau de Tâdemâyt
+et la route des caravanes d’Aqabli à Timbouktou ;
+
+_Au Sud_, une ligne partant de Timbouktou et aboutissant à Oungoua-
+Tsammit, au Nord de Zinder ;
+
+_A l’Est_, d’abord une ligne parallèle à la route de Koûka à Mourzouk,
+mais d’un quart de degré à l’occident, puis la route directe de Mourzouk
+à Tripoli jusqu’à El-Hesî, où nous retrouvons le point de départ.
+
+La limite septentrionale, sur laquelle je devrai revenir, sépare les
+Touâreg du Nord des tribus algériennes, les Souâfa, les Rouâgha et les
+Chaánba, avec lesquelles ils sont aujourd’hui en bonnes relations après
+de longues luttes que l’administration française a fait cesser.
+
+La limite occidentale sépare d’abord les Ahaggâr des oasis du Touât
+ainsi que des tribus nomades qui en dépendent, entre autres les Oulâd-
+Bâ-Hammou ; puis elle place d’immenses déserts entre les Ahaggâr, les
+Aouélimmiden et les tribus nomades, arabes et berbères des rives de
+l’Océan Atlantique. Malgré la barrière d’affreuses solitudes que la
+Providence a placées entre des ennemis irréconciliables, ils parviennent
+néanmoins à se rencontrer quelquefois les armes à la main.
+
+La limite méridionale, telle que je l’ai indiquée, est celle qui
+séparait autrefois les Touâreg du Sud de l’ancien empire de Zonghay ;
+mais, depuis quelques années, les Aouélimmiden ayant reconquis sur les
+Fellâta les deux rives du Niger, jadis occupées par les Zonghay, la
+limite doit être reportée plus au Sud.
+
+La limite orientale sépare les Touâreg d’Aïr du peuple Teboû, et les
+Azdjer du Pachalik du Fezzân. En cette dernière partie, les Azdjer
+occupent des territoires appartenant à la Turquie, mais sans subir sa
+domination.
+
+Dans ces limites, l’ensemble des territoires des quatre grandes
+divisions du peuple târgui forme, entre l’Afrique septentrionale et
+l’Afrique centrale, un immense quadrilatère que le tropique du Cancer
+partage en deux moitiés à peu près égales, et que les géographes
+connaissent sous le nom de plateau central du Sahara.
+
+Les Touâreg donnent à leur pays le nom général d’_Adjema_, synonyme de
+Sahara.
+
+D’après eux, les points de Timissao sur l’Ouâdi-Tarhît, d’Asiou et d’In-
+Guezzam sur l’Ouâdi-Tâfasâsset sépareraient les Touâreg du Nord de ceux
+du Sud et les deux grandes gouttières d’écoulement des eaux de leur
+pays, l’Ouâdi-Igharghar et l’Ouâdi-Tâfasâsset, l’une au Nord, l’autre au
+Sud, seraient généralement acceptées, mais non sans quelques exceptions
+particulières, comme lignes de démarcation entre les confédérations
+orientales et les confédérations occidentales.
+
+Ces divisions générales posées, je rentre dans l’objet spécial de ce
+travail : _les Touâreg du Nord_.
+
+
+[Note 10 : _Touâreg_, au singulier _Târgui_, au féminin _târguia_, en
+français _târguie_.]
+
+[Note 11 : _Kêl_ signifie _gens de_ ; souvent, dans le discours, on dit
+Azdjer, Ahaggâr, Aïr, pour dire gens d’Azdjer, gens d’Ahaggâr, gens
+d’Aïr. Pour simplifier, j’imiterai l’exemple des indigènes.]
+
+[Note 12 : Forme emphatique du mot _adrâr_, montagne.]
+
+[Note 13 : Voir le grand ouvrage de M. le docteur Barth, tomes I, IV et
+V des éditions anglaise et allemande.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE II.
+
+ GÉOGRAPHIE PHYSIQUE.
+
+
+La géographie physique du grand plateau central du Sahara offre à
+l’observation deux phénomènes caractéristiques qui appellent au même
+degré l’attention du voyageur et l’obligent, à son insu, à rechercher la
+cause d’exceptions aussi considérables : d’un côté, d’immenses plateaux
+dénudés, où la roche, continuellement balayée par les vents, n’est
+recouverte de terre végétale que dans les parties abritées ; d’un autre
+côté, d’immenses bas-fonds, envahis par les sables, de manière à faire
+disparaître le sol primitif et dans lesquels s’amoncellent, en
+véritables montagnes, des dunes de 100 mètres et plus de hauteur.
+
+Quoique les dunes occupent peu d’espace dans les territoires parcourus
+par les Touâreg du Nord, je ne crois pas pouvoir m’abstenir, avant de
+pénétrer dans les régions élevées du plateau central du Sahara, de
+chercher à donner une idée, aussi nette que possible, de la zone
+qu’elles forment entre la chaîne atlantique et les massifs de
+l’intérieur.
+
+Ce chapitre comprendra donc deux paragraphes : l’un spécial à la zone
+des dunes, l’autre exclusivement consacré aux parties surélevées des
+plateaux, dont les détritus jouent un si grand rôle dans la géographie
+physique du Sahara.
+
+
+ § Ier. — ZONE DES DUNES.
+
+
+Les noms suivants ont été donnés aux diverses parties de cette zone par
+les populations qui la traversent :
+
+
+_’Erg_, _’Arg_, _’Areg_ (veines), par les Arabes[14] ;
+
+_Adehî_, au plur. _Edeyen_ (dunes), par les Touâreg ;
+
+_Iguîdi_, _Igdia_, _El-Guédéa_ (dunes), par les Berbères marocains et
+sénégaliens.
+
+
+Cette zone a été reconnue ou traversée, par des voyageurs européens, sur
+différents points de son immense étendue, savoir :
+
+_Au Sud de l’Ouâd-Noûn_, entre le Sénégal et le Maroc, du 22° au 23°
+latitude N. par M. Panet, en 1850 ; par M. le capitaine Vincent, en
+1860 ;
+
+_Au Sud du Maroc_, par René Caillié, en 1828, du 22° au 28° latitude
+N. ;
+
+_Au Sud de l’Algérie_, entre les montagnes des Oulâd-Sîdi-Cheïkh et le
+Touât, par MM. de Colomb, Colonieu et Marès ; entre El-Golêa’a et le
+plateau de Tâdemâyt, par moi, en 1859 ; entre Ouarglâ et la Zaouiya de
+Timâssanîn, par M. Isma’yl-Boû-Derba, en 1858 ; entre El-Ouâd et
+Ouarglâ, par moi, en 1860 ;
+
+_Au Sud de la Tunisie_, entre El-Ouâd et Nafta, par moi, en 1860 ; entre
+El-Ouâd et Ghadâmès, par M. le capitaine de Bonnemain, en 1858 ; par
+moi, en 1860 ; par la mission placée sous la direction de M. le
+lieutenant-colonel Mircher, en 1862 ;
+
+_Dans la partie Sud de la Tripolitaine_, entre El-Hesî et l’Ouâdi-el-
+Gharbi, par M. le docteur Barth, en 1850 ; entre le plateau de Tînghert
+et la vallée des Igharghâren, par moi, en 1860 ; entre l’Ouâdi-el-Gharbi
+et les lacs du Fezzân, par moi, en 1861.
+
+De plus, j’ai recueilli, par renseignements, de nombreux itinéraires
+traversant l’’Erg dans toutes les directions : trente-trois, pour la
+zone comprise entre Ouarglâ, Gâbès, Ghadâmès et Timâssanîn ; trois entre
+El-Golêa’a et le Touât ; quatre entre le Beni-Mezâb et le Maroc ; trois
+entre Géryville et le Gourâra ; enfin des détails très-circonstanciés
+sur la limite des dunes au Nord et à l’Ouest des montagnes des Touâreg.
+
+Avec ces éléments, complétant ceux fournis par les autres voyageurs, on
+peut aujourd’hui estimer, au moins approximativement, l’étendue et la
+direction générales de la zone des dunes, entre la Méditerranée et
+l’Océan Atlantique.
+
+Si je ne me trompe, cette zone s’étendrait, avec ou sans interruptions,
+du Nord-Est au Sud-Ouest, sur une longueur de 240 myriamètres environ,
+du golfe de Gâbès, dans la Méditerranée, au cap Barbas, sur l’Océan
+Atlantique, en suivant une direction qui semble commandée par la
+disposition réciproque de la chaîne atlantique et du massif des
+montagnes des Touâreg. Le plus grande largeur de cette zone serait de 50
+myriamètres ; la plus petite, de 5.
+
+Les causes constitutives d’un phénomène géologique aussi étendu seront
+étudiées ultérieurement ; pour le moment je me borne à constater ce que
+j’ai vu et ce que j’ai appris.
+
+Les indigènes distinguent quatre variétés de formes de dunes :
+
+La _Gâra_ (plur. _Goûr_), sorte de _témoin_, rocheux ou terreux, qui
+marque l’ancien niveau du sol primitif :
+
+Le _Ghourd_, vraie montagne de sable qui atteint parfois les dimensions
+des montagnes ordinaires ;
+
+La _Zemla_, dune allongée, régulière, affectant la forme d’un dos d’âne,
+avec pente normale sur ses deux principales faces ;
+
+Le _Sîf_, dune comparée à la lame d’un _sabre_, semblable à la
+précédente, mais en différant par la paroi verticale de l’une de ses
+faces.
+
+La Gâra n’est pas une dune proprement dite, car sa base est la roche ou
+une terre compacte ; le Ghourd, la Zemla, le Sîf ne sont que des masses
+de sables.
+
+Ces différentes formes de dunes sont séparées entre elles par des
+dépressions parmi lesquelles les indigènes distinguent aussi quatre
+variétés : le _Thenîya_, l’_Ouâd_, le _Haoudh_, le _Sahan_.
+
+Le Thenîya est un col oblong, étroit, resserré entre deux dunes, servant
+généralement de passage aux caravanes, mais dont la traversée ne s’opère
+pas toujours sans difficulté, car, en raison de leur étroitesse, ces
+défilés sont souvent barrés par des amas de sable provenant
+d’éboulements ou accumulés par les vents. Alors on doit parfois s’ouvrir
+un sentier à lacets en pratiquant à la main un plan incliné qui permette
+aux chameaux de prendre pied.
+
+L’Ouâd est une vallée, plus large que le Thenîya, toujours ouverte dans
+la direction des vents régnants et formée par eux. Son bas-fond sert de
+réservoir aux eaux pluviales, d’où lui a été donné le nom d’_Ouâd_ (lit
+de rivière).
+
+Le Thenîya et l’Ouâd prennent le nom de _Dourîya_ (tournant), quand une
+dune circulaire oblige la dépression à prendre la forme d’un labyrinthe.
+
+Le Haoudh est un bassin d’une certaine étendue qui laisse quelquefois
+plusieurs kilomètres d’intervalle entre une dune et une autre ;
+
+Le Sahan est une dépression plate, dont le palier est généralement
+composé de sable en mélange avec du plâtre cristallisé.
+
+C’est dans les bas-fonds des Thenîya, des Ouâd, des Dourîya, des Haoudh,
+des Sahan, comparés par les Arabes à un réseau de veines, (’Erg, ’Areg)
+que se trouvent les chemins et les puits sans lesquels les dunes
+seraient infranchissables.
+
+On aura une idée approximative de l’aspect général des dunes en se
+figurant une mer en courroux qu’un miracle aurait instantanément
+solidifiée. Les Goûr seraient les pointes de rochers montrant leurs
+têtes au milieu des eaux ; les Ghourd, les Zemla et les Sîf, les vagues
+que les vents auraient soulevées et dressées au-dessus du niveau
+général ; les Thenîya, les Ouâd, les Dourîya, les Haoudh et les Sahan,
+les dépressions houleuses séparant les vagues.
+
+Mais quelle que soit la puissance de l’imagination de l’homme, elle ne
+peut pas plus se figurer l’émouvant spectacle du chaos des dunes que
+celui des mers de glaces à leur dégel. Il faut avoir vu, et, quand on a
+vu, renoncer à reproduire ses impressions.
+
+Plus de détails sont nécessaires sur les dunes, les chemins et les puits
+de l’’Erg.
+
+Si la pente de quelque Zemla est assez douce pour qu’un homme, s’aidant
+de ses mains et de ses pieds, puisse, à la rigueur, la gravir, on peut
+affirmer que, ni homme ni animal d’aucune espèce, n’a pu lutter contre
+les pentes de quelques Ghourd.
+
+La hauteur des dunes, comme leurs formes, varie à l’infini, depuis celle
+d’un petit tertre de 1 à 3 mètres, jusqu’à celle du pic s’élevant à 150
+et même 200 mètres.
+
+Ici, la base d’une dune présentera un développement de 4 à 6
+kilomètres ; là, elle n’aura pas une centaine de mètres.
+
+Dans les parties de l’’Erg que j’ai parcourues, il n’y a pas une dune
+importante qui n’ait un nom propre que tous les bons guides connaissent.
+
+Bien que les vents régnants déplacent continuellement les sables à la
+superficie des dunes et en modifient nécessairement la forme, les
+proportions, par rapport à la masse, dans lesquelles ont lieu ces
+changements sont tellement minimes et inappréciables à l’œil, qu’il faut
+la vie d’un homme pour constater quelque différence sensible. Cela se
+comprend : le vent opposé remet en place, le lendemain, le grain de
+sable déplacé la veille. Cependant, il est incontestable que les dunes
+marchent dans la direction des vents alizés, du N.-E. au S.-O.
+
+Il est plus facile de constater le déplacement continuel des sables sur
+le terre-plein du sol. En marche, par exemple, lorsque le vent souffle,
+un voyageur ne peut suivre la trace des pas de son compagnon, si ce
+dernier le devance de quelques mètres seulement. Comme le navire à la
+mer qui ne laisse de trace de son sillage que par les résidus de
+l’office surnageant à la surface des eaux, de même la caravane ne marque
+souvent son passage sur les sables que par les crottins de ses chameaux.
+
+L’absence de tracé de route, l’obligation de cheminer dans des
+dépressions sans horizons, le changement d’aspect des lieux, font que
+les voyages à travers l’’Erg présentent toujours des difficultés
+sérieuses.
+
+Avant d’entrer dans l’’Erg, le Cheïkh-’Othmân, chargé de me conduire
+chez les Touâreg, me fit quatre recommandations :
+
+« M’armer de beaucoup de patience et de résignation ;
+
+« Ne pas intervenir dans les discussions des guides ou _khebîr_,
+relativement à la marche de la route ;
+
+« Faire provision de beaucoup d’eau ;
+
+« Être libéral envers les guides, envers mes serviteurs et mes
+compagnons de voyage. »
+
+L’expérience avait dicté ces conseils à la sagesse du Cheïkh-’Othmân.
+
+Mes compagnons de voyage, connaissant les dangers de la traversée,
+recommandèrent leur âme à Dieu, au prophète, à tous les marabouts, en
+réclamant leur puissante intervention pour les faire sortir sains et
+saufs d’un pays qu’ils qualifiaient de _champ de la mort_.
+
+Des guides sont indispensables pour voyager dans l’’Erg ; quand je
+quittai El-Ouâd, l’autorité locale exigea que j’en eusse deux, comme
+garantie de sécurité.
+
+La profession de guide est héréditaire dans certaines familles et elle
+constitue chez elles une sorte de sacerdoce, car de l’expérience du
+guide dépend souvent le salut ou la perte d’une caravane. On juge de
+l’importance de cette profession par le respect dont tous les khebîr
+sont entourés et par les honneurs qui leur sont rendus au départ et à
+l’arrivée de chaque caravane.
+
+La marche à travers les sables n’est pas sans difficultés pour les
+chameaux eux-mêmes, et, pour les surmonter, il faut qu’ils y soient
+habitués dès leur enfance, si la distance à parcourir est un peu
+considérable. L’habitude des sables donne aux pieds de l’animal une
+conformation appropriée aux besoins : élargissement de la surface
+plantaire, à la façon des palmipèdes, pour ne pas enfoncer ; ongles
+aigus et longs, pour éviter les glissements aux montées et aux
+descentes.
+
+Quoique les sables soient des éponges qui absorbent les eaux pluviales
+et les conservent à l’abri de l’action solaire, la question des puits a
+une importance réelle par la profondeur à atteindre pour trouver l’eau,
+par la nécessité de les coffrer dans la partie sablonneuse et mouvante
+des terrains traversés, par l’obligation d’entretenir ces coffrages et
+de couvrir les orifices, si l’on veut prévenir les éboulements et les
+ensablements, qui transforment les puits _vivants_ en puits _morts_,
+pour me servir de l’expression caractéristique des indigènes.
+
+Entre El-Ouâd et Ghadâmès, j’ai mesuré la profondeur des puits des
+stations de ma route ; elle s’élève successivement de 8m 55 à 22m 30,
+dernière limite que les indigènes, avec les moyens dont ils disposent,
+puissent atteindre.
+
+Le coffrage est fait au moyen de poutrelles de palmier et de fascines en
+branchages.
+
+Généralement, on trouve l’eau dès que la pioche du puisatier a traversé
+la couche de sable qui recouvre le sol primitif, et généralement aussi
+elle est de bonne qualité. Cependant il y a quelques puits dont l’eau
+est saumâtre.
+
+L’absence de seuil à l’orifice des puits, malgré le soin de les couvrir,
+fait que les vents y amoncellent des sables et des crottins de chameau
+qui les comblent ou altèrent la qualité de leurs eaux. Quelquefois
+l’abondance des matières étrangères est assez considérable pour qu’à
+l’arrivée des caravanes il faille les nettoyer avant d’avoir de l’eau
+potable ; pour éviter ce travail très-fatigant et très-pénible, les
+khebîr ont toujours le soin d’ordonner de recouvrir les puits d’une
+couche de branchages ; mais jamais ce travail n’est fait avec assez de
+soin pour empêcher les sables d’y pénétrer. Comment le pourrait-on,
+quand on ne peut éviter leur introduction dans les chronomètres les
+mieux fermés ?
+
+Le fascinage qui couvre l’ouverture des puits n’est réellement efficace
+que pour prévenir les chutes d’hommes ou d’animaux.
+
+Pour abreuver les chameaux, on a des auges en terre argileuse pratiquées
+dans les déblais qui ont été tassés à cet effet au moment de l’ouverture
+des puits.
+
+Dans toute la région de l’’Erg, le maximum de profondeur des puits
+paraît être de 22 à 25 mètres. Quand il y a lieu à creuser plus
+profondément, on s’abstient, sans doute à cause des difficultés de
+forage et de coffrage ; aussi, dans les parties que j’ai parcourues, les
+puits sont limités à la zone la plus rapprochée des lignes de fond des
+oasis algériennes. Le reste est complétement dépourvu d’eau.
+
+Sur la carte qui accompagne ce travail, je comprends la presque totalité
+de la partie orientale de l’’Erg dans les limites frontières de
+l’Algérie. Voici les raisons sur lesquelles s’appuie cette délimitation
+nouvelle :
+
+Tous les puits de cette partie de l’’Erg ont été creusés et sont
+entretenus par les Souâfa, les Rouâgha et les Chaánba, tribus soumises
+au gouvernement de l’Algérie.
+
+Ces tribus sont les seules dont les chameaux aient la pratique de
+l’’Erg ; enfin, elles sont les seules chez lesquelles on trouve des
+khebîr pour guider les voyageurs.
+
+Les puits de Berreçof, de Bîr-Ghardâya et de Bîr-Djedîd, ainsi que les
+territoires de parcours qui en dépendent, appartiennent
+incontestablement aux Souâfa, à l’exclusion de tous autres, car toujours
+les bergers et les chasseurs de cette tribu y ont leurs campements.
+
+Ces faits, dont l’authenticité est irrécusable, portent dans l’Est la
+limite méridionale de l’Algérie, au delà du Sahara tunisien, jusqu’aux
+territoires de la Tripolitaine et des Touâreg.
+
+Le nom d’un de ces puits rappelle celui d’un gouverneur de Constantine,
+Sâlah-Bey, dont le règne a laissé dans toute la province, par des
+institutions et des travaux remarquables, les traces évidentes d’un
+grand génie.
+
+Au Sud de Methlîli, sur la ligne que j’ai reconnue en 1859, la limite
+est celle des terres de parcours de Chaánba d’El-Golêa’a, limite qui, à
+peu de distance au Sud de cette ville, vient se confondre avec celle des
+terres de parcours des Touâreg et des Oulâd-Bâ-Hammou, arabes nomades de
+la confédération indépendante du Touât.
+
+Les chefs Touâreg, dont j’ai pris l’avis, assignent à leur territoire,
+comme limite Nord, les points suivants :
+
+TIN-YAGGUIN, sur la route de Ghadâmès à In-Sâlah, par la voie d’El-
+Beyyodh ;
+
+’AÏN-ET-TAÏBA, sur la route d’Ouarglâ à Timâssanîn ;
+
+HAMÂD-EL-’ATCHÂN[15], sur l’Ouâd-Mîya, entre les Touâreg et les Chaánba
+d’El-Golêa’a.
+
+La localité de Tigmi, disent-ils, est aux Touâreg.
+
+A moins d’admettre qu’entre ces points et ceux occupés par nos tribus,
+il y ait une zone n’appartenant à personne, la presque totalité de
+l’’Erg au Sud et au Sud-Est de nos possessions fait partie de l’Algérie.
+
+D’ailleurs, dès que les Touâreg veulent généraliser leurs
+déterminations, ils disent : « Les Dunes (El-’Erg) sont aux Souâfa et
+aux Chaánba, et les Plateaux au Sud (Hamâd) aux Touâreg. »
+
+Ces derniers revendiquent, comme leur appartenant, le plateau de
+Tâdemâyt, quoique les arabes d’In-Sâlah et d’El-Golêa’a y mènent paître
+leurs troupeaux.
+
+J’aurai, dans la suite de ce travail, l’occasion d’apporter un nouveau
+témoignage à l’appui de celui des Touâreg, en constatant que Ghadâmès
+faisait partie de la Numidie et que sa garnison lui était fournie par la
+IIIe Légion Auguste, dont le dépôt était à Lambèse.
+
+A l’époque romaine, comme aujourd’hui, la propriété des puits entraînait
+celle de la contrée qu’ils pourvoyaient d’eau.
+
+Je terminerai ce que j’ai à dire de la zone de l’’Erg en signalant au
+Sud-Est d’Ouarglâ et à l’Ouest de Ghadâmès les ruines d’El-Menzeha et
+d’Es-Sohoûd, sur l’emplacement d’une ville fort ancienne, qui, d’après
+la tradition, aurait eu jadis une certaine importance, mais dont les
+chroniques arabes ne font aucune mention.
+
+J’ignore en quoi consistent ces ruines, à quelle civilisation elles
+appartiennent ; je sais seulement qu’elles sont au milieu des dunes et
+que l’abandon de la ville est attribué à l’invasion des sables.
+
+
+ § II. — MASSIF TOUÂREG.
+
+
+Vu de haut et d’ensemble, le massif Touâreg offre une série de plateaux
+superposés, s’élevant graduellement, par étages, de hauteurs de 500 à
+600 mètres au-dessus du niveau de la mer jusqu’à 2,000 mètres environ
+d’altitude.
+
+Le Ahaggâr est le point culminant ; viennent ensuite, en contre-bas, le
+Tasîli[16] du Nord et la chaîne d’Anhef qui atteignent des altitudes de
+1,500 à 1,800 mètres ; sur la circonférence de ces trois points
+surélevés on trouve, à un gradin inférieur, le plateau d’Eguéré, la
+chaîne de l’Akâkoûs, la chaîne de l’Amsâk, la Hamâda de Mourzouk, la
+Hamâda-el-Homra, la Hamâda de Tînghert, le plateau de Tâdemâyt, celui du
+Mouydîr, le Bâten Ahenet, le Tasîli du Sud et une Hamâda innomée, à
+l’Est du Tâfasâsset, séparative du pays des Touâreg du Nord de celui des
+Teboû.
+
+Tout ce pâté constitue, sinon en totalité, du moins en partie, ce qu’on
+appelle, en géographie, le plateau central du Sahara.
+
+Dans son ensemble, il présente trois versants qui forment trois grands
+bassins, vallées ou gouttières d’écoulement des eaux pluviales vers la
+mer : un versant méditerranéen qui embrasse toutes les têtes de l’Ouâdi-
+Igharghar ; un versant nigritien, à l’opposite du précédent, dont toutes
+les eaux se réunissent dans l’Ouâdi-Tâfasâsset, affluent du Niger ;
+enfin un versant occidental que j’appellerai atlantique, parce que,
+malgré l’obstacle des dunes d’Iguîdi, ses eaux doivent aboutir à l’Océan
+Atlantique par l’Ouâdi-Dráa.
+
+Quelques lignes sur les principaux reliefs de ce pâté doivent compléter
+cette énumération.
+
+_Ahaggâr_ : Le Ahaggâr est le point le plus élevé du plateau central du
+Sahara, dont il forme la tête occidentale. D’après un plan en relief
+dressé dans le sable par le Cheïkh-’Othmân lui-même, ce serait un
+immense plateau, de forme circulaire, se prolongeant vers le Nord, sous
+le nom de Tîfedest, en forme de promontoire, jusqu’au mont Oudân que les
+indigènes qualifient de _nez du Ahaggâr_. Ce massif s’élève par gradins
+superposés, couronnés eux-mêmes par un dernier plateau, l’Atakôr-n-
+Ahaggâr (_faîte du Ahaggâr_), au centre duquel se dressent deux pics
+jumeaux, Ouâtellen et Hîkena, que je n’hésite pas à considérer ainsi que
+l’Oudân comme des puys volcaniques analogues à ceux de l’Auvergne.
+D’autres puys ou pics isolés, volcaniques ou non, existeraient aux
+étages inférieurs de la montagne, ceux d’Aheggar, d’Ilamân, de Tahât,
+sur le gradin intermédiaire ; ceux de Tasnao, de Téhé-n-Akeli, de
+Tâhela-Ohât, de Serkout, sur le gradin inférieur.
+
+_Tasîli du Nord_ : Ce tasîli, généralement connu sous le nom de Tasîli
+des Azdjer, pour le distinguer d’un autre tasîli sis au Sud du Ahaggâr,
+est un grand plateau, ainsi que l’indique son nom, mais très-accidenté,
+car de nombreuses vallées, étroites et encaissées, le découpent en caps
+allongés, surtout sur son rebord Nord. Son rebord Sud, plus élevé que le
+précédent, est comme le Ahaggâr couronné d’un plateau supérieur,
+l’Adrâr, dominé lui-même par le pic d’In-Esôkal, certainement un puy
+volcanique. Divers plateaux secondaires ou pitons isolés marquent le
+relief de ce massif. Je cite entre autres : Takarâhet, Asâdjen,
+Tâfelâmin, Atafeyfagh, Tinaorherh, Têlout, Eselî, Aderedj, Mezzerîren,
+Tahônt-Terohet, Eguelé, Adjer. A l’aval de ces points culminants et dans
+les lignes de fond des ouâdi sont de nombreux lacs persistants dont
+l’existence, en pareil lieu, ne s’explique que par la transformation
+d’anciens cratères en réservoirs d’eau.
+
+La forme du Tasîli du Nord est celle d’un grand carré long, isolé, dont
+les murailles s’élèvent presque verticalement à pic au-dessus du milieu
+environnant.
+
+_Chaîne d’Anhef_ : Cette chaîne, entièrement isolée aussi, semble un
+coin jeté entre le Ahaggâr et le Tasîli du Nord. M. le docteur Barth,
+qui a traversé son faîte entre les origines du Tâfasâsset, la représente
+couronnée de pics, comme le Tasîli et le Ahaggâr. Sans doute, cette
+chaîne est aussi due à la même formation volcanique. Ce qu’on dit de la
+localité de Tâdent, campement renommé pour l’abondance de ses eaux et la
+richesse de sa végétation, l’assimile encore davantage au Tasîli et au
+Ahaggâr.
+
+_Plateau d’Eguéré_ : Plus encore que l’Anhef, le petit plateau d’Eguéré
+ressemble à un coin, interposé entre le Tasîli, le Mouydîr et le
+Ahaggâr, comme pour les séparer. On le prendrait volontiers pour un
+fragment détaché de l’un de ces trois massifs, au moment de la
+dislocation, par l’action souterraine du feu, du grand plateau central
+du Sahara.
+
+_Chaîne de l’Akâkoûs_ : Presque parallèle au rebord oriental du Tasîli
+dont la gorge d’Ouarâret la sépare, la chaîne de l’Akâkoûs, peu large,
+mais étendue du Nord au Sud, est un massif de rochers infranchissable et
+peu connu, même des indigènes, car ils redoutent de s’y égarer. Ils
+citent cependant la localité de Tâderart comme ayant dû être un ancien
+centre d’habitation, car on y remarque des myrtes, nécessairement
+introduits par la culture, et des sculptures rupestres importantes,
+indices d’une civilisation disparue.
+
+_Chaîne de l’Amsâk_ : Je donne ce nom, en cela d’accord avec les
+indigènes, au rebord rocheux du grand plateau de Mourzouk, parce que sa
+traversée, dans certaines parties, offre les difficultés d’une véritable
+chaîne de montagnes. L’Amsâk nous est connue dans sa partie Ouest par le
+voyage de M. le docteur Barth et dans sa partie Nord par mes
+reconnaissances, entre le désert de Tâyta et l’Ouâdi-ech-Chergui. Ses
+prolongements au Sud et à l’Est sont encore inconnus.
+
+_Hamâda de Mourzouk_ : Quoique de nombreux voyageurs aient traversé ce
+plateau dans toutes les directions, ses limites orientales et
+méridionales sont vaguement indiquées, sans doute parce qu’il se
+continue sans ligne de démarcation tranchée jusqu’au Hâroûdj-el-Abiodh
+dans l’Est, et vers le Sud jusque dans une partie du Sahara encore
+inexplorée.
+
+Le caractère de ce plateau est d’être uniformément plat, sauf quelques
+dépressions, bas-fonds d’anciens lacs desséchés, dans lesquelles sont
+les oasis de l’Ouâdi-’Otba, de la Hofra et de la Cherguîya.
+
+On pourrait à la rigueur considérer cette hamâda comme une prolongation
+orientale du plateau du Tasîli des Azdjer.
+
+_Hamâda-el-Homra_ : Partie seulement de cette hamâda, nommée le _plateau
+rouge_ à cause de sa couleur, appartient aux Touâreg, mais,
+géographiquement, elle ne saurait en être distraite, car elle sert
+d’assise inférieure aux massifs du Sud et les relie aux formations
+volcaniques du Hâroûdj-el-Asoued, de la Sôda, de la Syrte et du Djebel-
+Nefoûsa.
+
+Rien ne donne l’idée du désert, dans sa monotone nudité, comme cette
+hamâda : ni une goutte d’eau, ni une plante, ni un insecte ne s’y
+rencontrent. La puce elle-même ne peut y vivre, et la limite Nord de ce
+plateau est la limite méridionale de ce parasite. A la place de tout ce
+qui réjouit la vue du voyageur en d’autres pays, on a là la roche nue,
+une chaleur réfractée accablante, des vents que rien ne brise, pas même
+d’horizon, tant la hamâda est grande, de sorte que l’uniformité de la
+désolation est absolue.
+
+_Hamâda de Tînghert_ : Tînghert signifie _pierre à chaux_. Cette hamâda,
+sur laquelle est assise la ville de Ghadâmès, n’est, en réalité, qu’une
+continuation à l’Ouest de la Hamâda-el-Homra, sous un nom différent,
+l’un arabe, l’autre berbère, à cause de la nature différente de la roche
+de sa base. Au Nord-Est, ce plateau commence au pied du Djebel-Nefoûsa,
+pour finir au Sud à la dépression d’Ohânet, tête des eaux de Timâssanîn.
+Dans l’Ouest comme dans l’Est ses limites sont indéterminables, car tout
+indique qu’il se continue sous les sables de l’’Erg jusqu’aux plateaux
+de Tâdemâyt, des Cha’anba et des Benî-Mezâb, dans le Sahara algérien.
+
+_Plateau de Tâdemâyt_ : Ce bas plateau, compris entre l’’Erg, le Touât
+et les étages supérieurs du massif des Touâreg, joue un certain rôle
+dans l’hydrographie de cette partie du Sahara. Par son rebord
+occidental, qui porte le nom de Bâten, et par sa tête (Râs Tâdemâyt),
+sise à l’angle Sud-Ouest du vaste quadrilatère qu’il forme, il donne au
+Touât les eaux qui alimentent ses trois cents villages et arrosent les
+forêts de palmiers qui les environnent ; par l’éventail de son versant
+Nord-Est, il fournit à l’Ouâd-Mîya, _la rivière des cent sources_, les
+nombreuses origines qui lui ont valu ce nom.
+
+Un rebord nettement accentué limite ce plateau sur ses quatre faces et
+protége la partie du Touât qu’il abrite contre l’invasion des sables de
+l’’Erg.
+
+_Plateau du Mouydîr_ : Ce plateau, qui semble former dans le Nord-Ouest
+le pendant de la chaîne d’Anhef dans le Sud-Ouest, est remarquable par
+sa forme oblongue, concave sur un de ses rebords, convexe sur l’autre,
+et surtout par le pic d’Ifettesen qui en occupe le centre, probablement
+un puy volcanique aussi[17], et d’où partent, dans trois directions
+opposées, l’Ouâdi-Rharîs, affluent de l’Igharghar, l’Ouâdi-Tîrhehêrt et
+l’Ouâdi-Akâraba, qui vont se perdre dans les sables de l’Ouest.
+
+_Bâten Ahenet_ : Bâten est une expression technique de géographie
+saharienne, comme hamâda, tasîli, adrâr ; elle indique un relief du sol,
+allongé et peu considérable. Celui d’Ahenet, orienté Sud-Est et Nord-
+Ouest, occupe le centre d’une hamâda entre le Ahaggâr, le Mouydîr, le
+Touât, les dunes d’Iguîdi, le Tânezroûft et le Tasîli du Sud.
+
+_Tasîli du Sud_ : Le Tasîli du Sud, qu’on désigne aussi sous le nom de
+Tasîli des Ahaggâr, pour le distinguer de celui des Azdjer, est un
+plateau rocheux, sans eau, sans végétation, presque inconnu des
+indigènes eux-mêmes, tant il est inhospitalier. Les chameaux qui s’y
+égarent, disent les Touâreg, ou périssent ou deviennent sauvages, car
+personne ne veut exposer sa vie pour aller les rechercher.
+
+Ce tasîli sépare le Ahaggâr de l’Adghagh des Aouélimmiden.
+
+De ces détails, je passe à l’examen de la cause qui a déterminé ces
+reliefs.
+
+J’ai attribué à un soulèvement volcanique la formation isolée de chacun
+de ces plateaux ; mon opinion à cet égard est basée, pour les points les
+plus remarquables, sur des témoignages géologiques.
+
+La présence certaine de roches pyrogènes[18] dans les massifs du Ahaggâr
+et du Tasîli, ainsi que dans les montagnes de la Sôda au Sud de Sôkna et
+du Hâroûdj à l’Est d’El-Fogha ; la situation de ces quatre massifs, sur
+une même ligne courbe, me portent à penser que le soulèvement de ces
+montagnes peut très-bien être dû au même effet volcanique, quoiqu’elles
+soient à de grandes distances les unes des autres. Cette appréciation,
+si elle était confirmée, s’accorderait parfaitement avec les nouvelles
+découvertes sur l’action circulaire des tremblements de terre.
+
+La distribution géographique des roches volcaniques dans cette partie du
+continent africain nous montre l’action du feu souterrain commençant à
+la grande Syrte où l’on connaît des mines de soufre, se continuant à
+Ghariân où percent quelques roches de basaltes et se prolongeant jusqu’à
+la Sôda et au Hâroûdj, pour reparaître dans le Tasîli et le Ahaggâr chez
+les Touâreg.
+
+La zone de ces formations est d’autant plus large qu’elle s’avance plus
+vers le Sud-Ouest.
+
+Telle est la charpente du pays des Touâreg du Nord, je devrais dire son
+squelette, car les plateaux et les montagnes sont presque toujours
+décharnés.
+
+Entre ces montagnes et au pied de leurs versants, se trouvent des
+plaines et des vallées qui complètent l’ensemble du territoire.
+
+Ces plaines sont : Amadghôr, Admar, Ouarâret, Tâyta, Ouâdi-Lajâl,
+Igharghâren et Adjemôr.
+
+_Plaine d’Amadghôr_ : Cette plaine, connue sous le nom de _Reg_ (la
+plaine), est un long couloir entre le Ahaggâr, la chaîne d’Anhef et le
+Tasîli du Nord ; elle appelle l’attention à plus d’un titre.
+
+Au centre est une sebkha ou lac salin desséché qui donne, en grande
+abondance, un sel excellent, jadis utilisé, mais dont l’exploitation est
+aujourd’hui abandonnée, par suite de l’insécurité qui règne dans la
+contrée.
+
+Jadis aussi une foire annuelle, remplacée depuis par celle de Rhât, se
+tenait sur les bords de la saline, et une grande voie de communication
+directe entre Ouarglâ, Agadez et le Soûdân, très-fréquentée par les
+caravanes, la traversait dans toute sa longueur.
+
+Comme il n’y a, dans le Sahara occidental, que quatre salines pour
+alimenter de sel cinquante millions de nègres qui en ont le plus grand
+besoin, il y a lieu d’espérer la réouverture prochaine du marché
+d’Amadghôr, car, au dire des indigènes, le sel de cette contrée est
+aussi beau que celui de la sebkha d’Idjîl, et supérieur à ceux de
+Taodenni et de Bilma. C’est au gouvernement de l’Algérie, qui a le plus
+grand intérêt à rétablir des relations directes avec le Soûdân, à hâter
+le moment où la paix permettra de reprendre l’exploitation abandonnée.
+Les quatre confédérations des Touâreg le désirent vivement ; déjà les
+Kêl-Ouï de l’Aïr, dont les caravanes ont souvent été pillées à Bilma,
+sont entrés en pourparlers avec les Azdjer et les Ahaggâr à cet effet.
+
+La plaine d’Amadghôr doit être très-élevée au-dessus du niveau de la
+mer, car elle est, avec le Ahaggâr et le Tasîli des Azdjer, un des
+points de partage d’eau entre le bassin du Niger et celui de la
+Méditerranée. La ligne séparative des deux bassins est jalonnée par une
+série de petits monts isolés qui semblent relier le pic ahaggârien du
+Serkoût au mont tasîlien d’Ounân et servir de trait d’union entre les
+volcans éteints du Ahaggâr, ceux du Tasîli et même de l’Anhef.
+
+La sebkha d’Amadghôr ne paraît plus communiquer aujourd’hui avec le lit
+de l’Igharghar, mais, si elle ne lui fournit plus d’eau, elle donne
+encore à tout le bassin les principes salins qui sont un des caractères
+communs des puits et des chott échelonnés sur tout le parcours de
+l’ouâdi.
+
+_Plaine d’Admar_ : Resserrée entre le Tasîli et la chaîne d’Anhef, la
+plaine d’Admar aboutit, par son extrémité occidentale, à celle
+d’Amadghôr et, par son extrémité orientale, elle va se confondre avec un
+désert sans nom, une hamâda, qui sépare le pays des Touâreg de celui des
+Teboû.
+
+_Vallée d’Ouarâret_ : Une partie porte le nom d’Aghelad-wân-Azârif,
+_défilé de l’alun_, parce qu’on y trouve des affleurements de ce sel.
+Cette vallée n’est en réalité qu’une large gorge qui sépare le Tasîli de
+l’Akâkoûs et par laquelle passe la route de Ghadâmès à Rhât. En raison
+de cette grande voie de communication, elle a une importance réelle dans
+la géographie physique du pays.
+
+_Plaine de Tâyta_ : Aride, sans aucune végétation, couverte de cailloux,
+elle est plutôt un désert séparatif, participant de la nature des hamâd,
+qu’une plaine proprement dite, car les indigènes ne réservent ce nom
+qu’aux parties abritées de leur territoire et dans lesquelles les
+alluvions des plateaux environnants permettent à la végétation de s’y
+développer. J’ai considéré ce désert comme une plaine parce qu’il est
+dominé par l’Akâkoûs et l’Amsâk entre lesquels il est situé.
+
+_Vallée de l’Ouâdi-Lajâl_ : Cette vallée, comprise entre l’Amsâk et les
+dunes d’Edeyen, est couverte d’oasis, de forêts de palmiers et de
+gommiers. Dans sa partie occidentale, par laquelle elle communique avec
+la plaine de Tâyta, elle prend le nom d’Ouâdi-el-Gharbi, et, dans sa
+partie orientale, celui d’Ouâdi-ech-Chergui. La nature de son sol
+rappelle celle des terres alluvionnaires de l’Ouâd-Rîgh, terres légères,
+un peu salines, parfaitement propres à la culture.
+
+Au Nord et au Sud de cette vallée principale on trouve deux petites
+vallées isolées, de même nature, l’Ouâdi-ech-Chiati et l’Ouâdi-’Otba.
+
+La Hofra (dépression) de Mourzouk et les oasis de la Cherguiya rentrent
+aussi dans le même système de formation.
+
+_Plaine des Igharghâren_ : Igharghâren[19], _les rivières_, est le
+pluriel d’_Igharghar_, nom que porte la grande vallée d’écoulement des
+eaux de tout le versant méditerranéen du massif des Touâreg. On a appelé
+ainsi la vaste plaine qui longe le pied Nord du Tasîli, de Tîterhsîn à
+Timâssanîn, parce qu’elle reçoit toutes les rivières qui descendent du
+plateau et forment la tête orientale de l’artère principale du pays.
+
+Cette plaine basse, abritée des vents du Sud, riche en alluvions et en
+eaux à peu de profondeur, est le refuge des Touâreg Azdjer dans les
+années calamiteuses, c’est-à-dire dans les périodes de longues
+sécheresses.
+
+Sa pente générale est du Sud-Est au Nord-Ouest, mais cette pente semble
+ne plus être continue aujourd’hui ; dans le haut, des amas d’alluvions,
+arrêtés à mi-chemin de leur course, ont transformé cette vallée en
+plusieurs bassins ; dans le bas, des dunes de sables la barrent et
+l’empêchent de communiquer à ciel ouvert avec le lit de l’Igharghar,
+mais la communication souterraine des eaux a toujours lieu comme dans
+les temps anciens.
+
+La nature de son sol est une terre sablonneuse, micacée.
+
+_Plaine d’Adjemôr_ : La plaine d’Adjemôr, orientée Est et Ouest, avec
+pente à l’Ouest, est comprise entre les plateaux de Tâdemâyt au Nord et
+du Mouydîr au Sud. Par son extrémité occidentale, elle aboutit au
+Tidîkelt, l’une des confédérations du Touât.
+
+Cette plaine est, dans l’Ouest, pour les Ahaggâr ce que celle des
+Igharghâren, dans l’Est, est pour les Azdjer, c’est-à-dire un lieu de
+refuge dans les années de sécheresse, car l’Ouâdi-Akâraba, avec ses
+nombreux affluents du Sud et du Nord, est réputé pour l’abondance de ses
+eaux souterraines. On dirait que, dans le Sahara, la Providence ait
+voulu soustraire les eaux à l’action dévorante du soleil en remplaçant
+les rivières à ciel ouvert de nos climats par des rivières souterraines.
+Cette particularité, bien connue des indigènes, est appelée par eux
+_Bahar-taht-el-Ardh_, mer sous terre. Le géographe doit tenir compte de
+cette particularité dans la détermination des lits de ces rivières.
+
+
+[Note 14 : Caillié écrit _Helk_, mais, par la description de la contrée
+à laquelle il donne ce nom, il est facile de reconnaître qu’il a mal
+entendu le mot _’Erg_.]
+
+[Note 15 : Hamâd-el-’Atchân est situé près de Tîn-Fedjaouîn ; c’est un
+point très-facile à trouver, car on y signale des peupliers blancs
+(_safsaf_), arbres exceptionnels à cette latitude.]
+
+[Note 16 : _Tasîli_ signifie _plateau élevé et accidenté_ ; _hamâda_
+désigne un _plateau large, plat et bas_ ; _bâten_ est une expression
+géographique propre au Sahara, qui correspond au mot _colline_.]
+
+[Note 17 : Je suis d’autant plus disposé à croire à la formation
+volcanique du pic d’Ifettesen, que dans la plaine d’Adjemôr, au pied du
+plateau, se trouve une source sulfureuse, Dhâyâ-el-Kâhela.]
+
+[Note 18 : Le massif d’Aïr aussi renferme des roches pyrogènes.]
+
+[Note 19 : Le radical _ghar_, _ghor_, _ghir_, _gher_, signifie _eau qui
+ruisselle_. Dans le mot Igharghar on a répété deux fois le radical pour
+produire le son imitatif de l’eau quand elle coule avec rapidité.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE III.
+
+ HYDROGRAPHIE.
+
+
+Du Ahaggâr et du Tasîli descendent trois longues vallées : l’une au
+Nord, l’Ouâdi-Igharghar ; l’autre au Sud, l’Ouâdi-Tâfassâset ; la
+troisième à l’Ouest, l’Ouâdi-Tîrhehêrt. Elles méritent une attention
+particulière comme principales gouttières d’écoulement des eaux de cette
+partie du Sahara. Les lits de ces ouâdi, aujourd’hui à sec, ont dû être
+autrefois des rivières importantes.
+
+_Ouâdi-Igharghar_ : L’Ouâdi-Igharghar, sorti d’un des points culminants
+du Ahaggâr, reçoit une grande partie des eaux de ce massif et de celui
+du Tasîli du Nord ; à son issue des montagnes, il traverse, du Nord au
+Sud, l’extrémité occidentale du plateau de Tînghert, la région des dunes
+de l’’Erg, passe un peu à l’Est d’Ouarglâ et vient se perdre à Goûg,
+village le plus méridional de l’Ouâd-Rîgh, après un cours de 1,000
+kilomètres au moins.
+
+A l’endroit où le lit de l’Igharghar se perd dans la dépression de
+l’Ouâd-Rîgh, qui, en somme, n’en est que la prolongation, il existait
+jadis un petit hameau, celui de Sîdi-Boû-Hânia, aujourd’hui ruiné, près
+duquel on trouve encore une Ghâba (forêt) de palmiers dans le bas-fond
+d’une sebkha et la Goubba où est enterré le marabout qui a donné son nom
+à la localité.
+
+Sur tout le cours de cette longue vallée, les puits creusés dans son lit
+ne fournissent qu’une eau salée et amère comme celle de la sebkha de
+Sîdi-Boû-Hânia et d’une partie des puits artésiens de l’Ouâd-Rîgh,
+tandis que les puits creusés en dehors du lit, sur les berges de la
+vallée, en donnent de bonne qualité.
+
+La direction générale du bassin de l’Igharghar, du Sud au Nord, la
+cessation de son lit à l’entrée de la dépression de l’Ouâd-Rîgh, la
+nature similaire des eaux des puits creusés dans son lit avec celles des
+eaux souterraines de Tougourt permettent de conclure que la nappe
+artésienne constatée dans la ligne de bas-fonds de l’Ouâd-Rîgh est
+alimentée par les eaux du Ahaggâr et du Tasîli.
+
+Cette nappe artésienne, qu’on croyait, jusqu’à ce jour, limitée aux
+bassins des oasis de l’Ouâd-Rîgh et d’Ouarglâ, paraît se prolonger plus
+au Sud au delà de la zone de l’’Erg ; car, à Timâssanîn, à l’extrémité
+occidentale de la dépression d’El-Djoua, existe un puits artésien,
+aujourd’hui très-mal entretenu et à peu près comblé, mais dont M.
+Isma’yl-Boû-Derba a constaté l’existence en se rendant à Rhât. C’est
+avec les eaux de ce puits que les serviteurs de la Zaouiya de Timâssanîn
+arrosent leurs cultures.
+
+Ce fait, confirmatif d’ailleurs d’autres indications, me porte à croire
+que des forages artésiens pourraient être tentés, non sans chance de
+succès, au delà de l’’Erg, notamment dans la dépression d’El-Djoua, vers
+Ohânet, et sur toute la ligne de la grande vallée des Igharghâren, entre
+Timâssanîn et Rhât, au pied des versants du Tasîli.
+
+Dans la vallée d’Ouarâret, à Ihanâren, et au delà de l’Akâkoûs, à
+Serdélès, à la tête même des eaux du bassin, des puits artésiens
+existent ; on peut donc, sans trop de présomption, espérer le succès de
+semblables puits en contre-bas.
+
+L’intérêt géographique qui s’attache au passage de l’Ouâdi-Igharghar à
+travers les dunes de l’’Erg m’a engagé à recueillir le plus de
+renseignements possibles sur le cours de cette rivière dans cette
+région. Voici ceux qui m’ont été fournis par le Cheïkh-’Othmân,
+propriétaire et chef de la Zaouiya de Timâssanîn :
+
+A une grande journée de marche de Timâssanîn, droit au Nord, un puits a
+été creusé sur la rive droite de l’Igharghar, par El-hâdj-el-Bekri, père
+du Cheïkh-’Othmân. Ce puits porte le nom de Tânezroûft, du nom de la
+localité.
+
+A six journées au Nord de ce puits, dans le lit de la rivière, se trouve
+la source salée d’’Aïn-El-Mokhanza.
+
+En aval, en un point où l’ouâdi prend le nom arabe d’Ouâdi-es-Sâoudy,
+est un second puits, celui de Meggarîn.
+
+A six kilomètres en descendant le cours de l’ouâdi, est le puits d’El-
+Khadrâya.
+
+A trois kilomètres, dans le thalweg même, se trouve la source d’El-
+Khadra ; là encore, la rivière change de nom et devient l’Ouâd-Chegga.
+
+A El-Metekki, à douze kilomètres d’’Aïn-El-Khadra, est un quatrième
+puits.
+
+A égale distance, un cinquième se nomme Bey-Sâlah.
+
+Entre ce point et Sîdi-Boû-Hânia, se trouve un dernier puits, celui de
+Matmata.
+
+En allant d’El-Ouâd à Ouarglâ, j’ai traversé le bas-Igharghar, au puits
+de Bey-Sâlah, et je lui ai trouvé un lit large et profond, sur la nature
+duquel il n’est pas permis de se tromper, car on y reconnaît facilement
+des alluvions provenant de contrées autres que celles de l’’Erg.
+
+Un intérêt géographique, non moins grand, s’attache à la détermination
+précise des origines de cet immense bassin. Ma confiance dans les
+renseignements que m’ont fournis les Touâreg à ce sujet est égale à
+celle en mes observations personnelles, car tous les Sahariens sont
+d’excellents hydrographes.
+
+Voici les déterminations que je considère comme exactes :
+
+La source la plus méridionale de l’Igharghar, celle qui fournit des eaux
+à la ville d’Idèles, sort de l’Atakôr-n-Ahaggâr.
+
+Du flanc Nord-Est de cette montagne naissent d’autres affluents qui,
+après avoir longé ou traversé la plaine d’Amadghôr[20], viennent se
+réunir au lit principal.
+
+Le Mouydîr et le rebord occidental du Tasîli, entre lesquels l’Igharghar
+marche dans une vallée encaissée, y déversent les eaux de leurs nombreux
+ravins.
+
+A la hauteur d’El-Bîr, au Sud-Ouest de Timâssanîn, on reconnaît l’amorce
+de la tête orientale, celle alimentée par les nombreux Igharghâren qui
+descendent des points les plus élevés du Tasîli et donnent leur nom à la
+plaine qu’ils traversent.
+
+Cette tête se prolonge dans l’Est au delà du Tasîli, car la vallée
+d’Ouarâret, celle du Tânezzoûft, celle de l’Ouâdi-Serdélès et la partie
+occidentale du désert de Tâyta, appartiennent aussi au même bassin, bien
+que des barrages d’alluvions et de dunes en fassent autant de bassins
+secondaires fermés aujourd’hui.
+
+Indépendamment de ces deux têtes principales, l’Igharghar reçoit : sur
+sa rive droite, à travers les sables, toutes les gouttières du plateau
+de Tînghert et de l’immense bassin de l’’Erg ; sur sa rive gauche, les
+eaux du Tâdemâyt par l’Ouâd-Miya, celles du plateau des Chaa’nba par de
+nombreux ravins, celles du plateau des Benî-Mezâb par l’Ouâd-Mezâb,
+celles de la chaîne atlantique même par l’Ouâd-Djedi. Il est vrai que
+tous ces ouâd, aujourd’hui envahis par des sables ou des alluvions,
+n’envoient plus leurs eaux au lit principal du bassin que par des
+filtrations souterraines qui ont transformé un grand fleuve en nappes
+artésiennes, alimentant ou des puits jaillissants ou des lacs vaseux
+successivement échelonnés jusqu’à la mer sur le parcours de l’ancien
+lit.
+
+Nous verrons plus loin que cette situation ne date pas d’hier.
+
+_Ouâdi-Tâfasâsset_ : A quelques kilomètres au Sud des points où
+l’Igharghar prend ses nombreuses sources, on est à peu près certain de
+trouver autant d’origines du Tâfasâsset.
+
+Ses affluents supérieurs partent, les uns du Ahaggâr, les autres du
+Tasîli, et voyagent isolément dans deux lits séparés jusqu’en un désert,
+au Sud-Ouest des puits d’Asiou, où ils se réunissent.
+
+La branche orientale, après avoir reçu tous les ouâdi qui descendent du
+plateau de Tasîli et de la chaîne d’Anhef, en longeant le pied de cette
+chaîne, change de direction à partir du puits de Falezlez pour prendre
+celle du Sud ; à la hauteur des puits d’Asiou, elle se détourne vers le
+Sud-Ouest pour se joindre à la branche occidentale, l’Ouâdi-Tin-Tarâbin,
+dont la direction générale est Nord et Sud, et gagner l’Ahaouagh, au
+centre du pays des Aouélimmiden.
+
+D’après le Cheïkh-’Othmân, l’Ouâdi-Tâfasâsset, dans son cours inférieur,
+recevrait sur ses deux rives de nombreux affluents venant des montagnes
+de l’Adghagh dans l’Ouest et de celles d’Azben dans l’Est.
+
+Je n’ai pu savoir de mes informateurs si cette rivière atteignait le
+Niger, dont le pays d’Ahaouagh est limitrophe. Cela est très-probable,
+même dans l’état actuel, quoique, faute d’un courant d’eau qui
+l’entretienne, le lit des rivières sahariennes ne soit pas toujours
+nettement marqué. M. le docteur Barth indique au Sud et à l’Est de Saï
+des ouâdi dont l’un pourrait bien être le confluent du Tâfasâsset dans
+le Niger. Une étude spéciale du pays des Touâreg du Sud pourra seule
+nous apprendre si la communication existe d’une manière continue.
+
+Quoi qu’il en soit, un fait important est désormais acquis à la
+géographie physique du Sahara : c’est que les massifs du Ahaggâr et du
+Tasîli ont formé jadis un partage d’eau entre la Méditerranée, par le
+golfe de Gâbès, et l’Océan Atlantique, par le Niger et le golfe de
+Benin.
+
+_Ouâdi-Tîrhehêrt_ : Selon toute probabilité, une troisième grande vallée
+formée à son origine des bassins de l’Ouâdi-Tîrhehêrt et de l’Ouâdi-
+Akâraba, partirait du Mouydîr pour aller, dans l’Ouest, aboutir au lac
+Debaya et, de là, déverser les eaux du versant occidental du massif du
+Ahaggâr dans l’Océan Atlantique par le canal de l’Ouâd-Dráa.
+
+Mais, pour arriver à l’Ouâd-Dráa, ces eaux auraient à traverser les
+dunes d’Iguîdi, et le bassin même de la vallée disparaîtrait sous des
+masses de sables.
+
+Dans cette hypothèse, les eaux qui descendent de l’Atlas marocain par
+les lits de l’Ouâd-Messaoura, de l’Ouâd-Guîr, de l’Ouâd-Tafilelt, et qui
+se perdent aujourd’hui dans les sables, se réuniraient souterrainement à
+celles de l’Akâraba et du Tîrhehêrt pour aller alimenter le grand lac du
+Sahara marocain, comme celles de l’Igharghar, après de nombreuses
+disparitions et réapparitions, se retrouvent dans le Rîgh, le Melghîgh
+et les chott du Sud de la Tunisie.
+
+Malheureusement, les déserts compris entre le pays des Touâreg et le
+grand lac de l’Ouâd-Dráa n’ont été explorés par aucun européen et sont
+même très-peu connus des indigènes, et à défaut d’indications plus
+précises, je ne dois pas aller au delà des informations des hommes qui
+connaissent le mieux la géographie de cette partie du Sahara.
+
+D’après le Cheïkh-’Othmân, « l’Ouâdi-Tîrhehêrt, que les Touâreg du
+Ahaggâr appellent Tîrhejîrt et les Aouélimmiden nomment Teghâzert,
+prendrait sa source au point culminant du Mouydîr, dans la grande
+montagne d’Ifettesen qui donne aussi naissance à l’Ouâdi-Akâraba et à
+l’Ouâdi-Rharis ; puis, dès sa sortie de la montagne, il se dirigerait
+droit à l’Ouest, pour aller passer entre In-Zîza et Ouâllen en coupant
+le Bâten Ahenet. Il entrerait dans le Tânezroûft en un endroit appelé
+Sedjendjânet et de là tournerait au Nord pour aller se perdre dans les
+dunes d’Iguîdi en se dirigeant vers le bassin de l’Ouâd-Dráa où les
+sables l’empêchent d’arriver.
+
+« Au delà de Sedjendjânet, le cours de cet ouâdi est peu connu, car il
+traverse alors des terrains inhabités et parcourus seulement par les
+voleurs de grands chemins. »
+
+_Ouâdi-Akâraba_ : Parallèle à l’Ouâdi-Tîrhehêrt, l’Ouâdi-Akâraba naît
+comme lui dans le Mouydîr et comme lui se perd dans les sables d’Iguîdi.
+
+Le point du pic d’Ifettesen, où se trouve sa source, se nomme Immahegh.
+
+D’après les indigènes, cet ouâdi apporte souterrainement aux oasis du
+Tidîkelt et d’Aqabli les eaux d’alimentation de leurs puits à galeries,
+comme l’Igharghar fournit à l’Ouâd-Rîgh celles de ses puits artésiens.
+
+Ainsi, quoique le nom d’ouâdi, dans le Sahara, soit à peu près synonyme
+de _lit de rivière sans eau_, les lignes de bas-fonds qui les
+caractérisent n’en ont pas moins d’importance, car leurs eaux
+d’infiltration y alimentent, ou des puits ordinaires, ou des puits à
+galeries, ou des puits artésiens, quelquefois des lacs temporaires,
+Rhedîr ou Abankôr, même des lacs permanents, Adjelmâm, et enfin des
+sources assez communes dans les montagnes.
+
+L’eau ne manque donc pas d’une manière absolue sur le plateau central du
+Sahara, ainsi qu’on le croit généralement ; cependant elle y est rare,
+parce que les habitants de cette contrée, ou faute de temps ou faute de
+moyens industriels suffisants, n’exécutent pas les travaux qui la leur
+donneraient en plus grande abondance.
+
+Quelques mots sur ces divers compléments de l’hydrographie saharienne.
+
+_Puits ordinaires_ : Permanents, on leur donne, suivant leur profondeur,
+les noms de _Mouï_, _’Ogla_, _Bîr_ ou _Hâsi_ ; temporaires, ils portent
+celui de _Themed_.
+
+Rarement, les puits sahariens atteignent une grande profondeur, car on
+s’abstient d’en creuser là où le forage et le puisage de l’eau
+demanderaient trop de travail.
+
+On s’abstient également d’en ouvrir partout où ils pourraient devenir
+des points de station et de refuge pour des maraudeurs. Souvent le
+besoin de sécurité pour les voyageurs ou pour les tribus les a fait
+combler sur des routes qui en étaient abondamment pourvues.
+
+Sur tout le plateau central, les puits sont encore moins profonds que
+dans les plaines et dans les hamâd : ainsi dans le bas des vallées, ils
+n’ont guère plus de quatre à cinq mètres, et, dans les parties
+supérieures, on trouve l’eau presque à fleur de terre. L’eau de ces
+puits est généralement bonne.
+
+_Fogâr_ ou _puits à galeries_ : Près des centres d’habitation ou de
+culture, quand, à l’amont des terrains susceptibles d’être arrosés, on a
+reconnu, au moyen de puits verticaux, l’abondance d’une couche aquifère,
+on les réunit entre eux par des galeries horizontales, à pente réglée et
+inclinée vers le terrain à arroser, de manière à avoir un courant
+continu.
+
+Ce procédé ingénieux pourrait recevoir plus d’une application utile en
+Algérie, et même dans certaines contrées de la France.
+
+Ainsi sont arrosées la plupart des oasis du Touât, et quelques-unes de
+celles du Fezzân.
+
+_Puits artésiens_ : Des puits artésiens ont été creusés avec succès sur
+cinq points différents du versant méditerranéen du Sahara.
+
+On en compte 335 dans l’Ouâd-Rîgh ; un grand nombre, dont le chiffre est
+inconnu, dans l’oasis d’Ouarglâ ; un à Timâssanîn ; une dizaine à
+Ihanâren ; deux à Serdélès.
+
+Les indigènes donnent le nom d’_’Aïn_ (fontaine) à ces eaux
+jaillissantes.
+
+Avant l’occupation française, ces puits artésiens étaient creusés à main
+d’homme, comme les puits ordinaires, et, quelquefois, les puisatiers
+payaient de leur vie la richesse donnée à leur pays ; autrefois aussi
+des éboulements les comblaient et rendaient inutile un travail très-
+pénible ; aujourd’hui notre industrie a introduit dans le Sahara des
+appareils de forage et de coffrage qui simplifient beaucoup l’opération,
+et il ne paraît pas douteux (si les tremblements de terre ne viennent
+pas rompre les tuyaux en fonte dont nous nous servons) qu’avec le temps,
+le nombre des puits artésiens ne soit considérablement augmenté dans
+tout le Sahara.
+
+_Rhedîr_ ou _Abankôr_ : On donne, dans le Sahara, le nom de rhedîr soit
+à des puits, à fleur de sol, creusés dans le lit d’un ouâdi et alimentés
+par des eaux d’infiltration, soit à des flaques d’eaux pluviales
+persistantes, ici dans les dépressions des plaines ou des plateaux, là
+dans les trous des lits desséchés des ouâdi.
+
+En langue temâhaq, les rhedîr des Arabes se nomment abankôr.
+
+Ils sont nombreux ; je me borne à signaler les importants :
+
+Ceux de Tirhorwîn, de Toursêl, sur les sommets du Tasîli ;
+
+Ceux de Sâghen, dans la plaine des Igharghâren ;
+
+Celui de l’Ouâdi-Ohânet, sur le plateau de Tînghert ;
+
+Celui de Meniyet, sur la tête de l’Ouâdi-Tîrhejîrt.
+
+Toujours un fond d’argile est nécessaire pour la conservation des eaux.
+
+_Lacs_ (_Adjelmâm_ en langue temâhaq) : De véritables lacs existent en
+assez grand nombre sur deux points différents de mon exploration : les
+uns sur le plateau du Tasîli des Azdjer, les autres dans les dunes
+d’Edeyen, au Nord du Fezzân.
+
+D’après les Touâreg, il y aurait une quarantaine de lacs dans le Tasîli,
+sur le parcours de l’Ouâdi-Tikhâmmalt, mais il est probable que, dans ce
+nombre, ils doivent comprendre quelques rhedîr. Les plus importants sont
+ceux de Mîherô, dont le principal porte le nom de Sebbarhbârhet. Un
+autre lac, également considérable, se trouve sur le versant Sud du
+Tasîli, à la tête de l’Ouâdi-Tanârh, affluent du Tâfasâsset.
+
+Ces lacs, très-profonds, sont probablement alimentés par des sources
+assez fortes, car ils ne dessèchent jamais, et des crocodiles y vivent,
+ce qui implique que le cube de la superficie aquifère est considérable.
+
+Les débordements de l’Ouâdi-Tikhâmmalt, au moment de mon passage dans le
+Tasîli, m’ont empêché d’aller reconnaître ces lacs et de constater à
+quelles causes était due leur formation. Plus heureux, j’ai pu visiter
+un certain nombre de ceux du Fezzân et apprendre, _de visu_, ce que j’ai
+à en dire.
+
+Ils sont au nombre de dix, savoir :
+
+ Le lac de Mandara,
+
+ — de Oumm-el-Mâ,
+
+ — de Tâzeroûfa,
+
+ — de Mâfou,
+
+ — de Bahar-ed-Doûd ou Gabra’oûn,
+
+ — de Bahar-et-Trounîa,
+
+ — de Oumm-el-hasan,
+
+ — de Nechnoûcha,
+
+ — de Ferêdrha,
+
+ — de Tademka.
+
+Le Bahar-et-Trounîa ayant été visité par le docteur Vogel, qui avait
+dans son bagage une petite barque, je me suis abstenu de renouveler une
+exploration faite par un voyageur plus compétent ; mais j’ai reconnu
+avec soin ceux dont je vais parler.
+
+Le lac de Mandara peut avoir environ de deux à trois cents mètres de
+large ; sa forme est circulaire ; il est peu profond. A l’époque où je
+le visitai (28 mai 1861), il était presque entièrement desséché et les
+riverains étaient occupés à exploiter le sel qu’il produit. Toute sa
+circonférence est enveloppée par une ceinture de palmiers à l’ombre
+desquels on cultive un sorgho appelé _gueçob_ et quelques légumes. En
+hiver, il y a dans le lac de Mandara des vers comestibles comme ceux que
+l’on pêche dans le Bahar-ed-Doûd.
+
+Le lac d’Oumm-el-Mâ est intarissable et ses eaux sont vives, ainsi que
+l’indique son nom ; il a la forme d’une nappe étroite, serpentant au
+fond d’une vallée ombragée par de très-grands palmiers.
+
+Le lac de Tazeroûfa n’est guère qu’une grande mare qui se dessèche au
+commencement des chaleurs ; il est entouré d’une double ceinture de
+palmiers et de tamarix ethel.
+
+Le lac de Mâfou est également petit, mais il ne dessèche jamais et il
+est très-profond. Sa nappe d’eau bleue, qui miroite à travers le
+feuillage des palmiers, engage au repos sur ses rives. On pêche dans ce
+lac des vers de qualité inférieure et des fucus comestibles.
+
+Le Bahar-ed-Doûd est circulaire ; il a environ 300 mètres de largeur ;
+le sondage en a été fait par le docteur Vogel. Son eau est très-amère et
+très-salée, tellement saturée de sel, qu’elle a presque l’aspect du
+sirop. Les fiévreux de tout le Fezzân viennent demander à sa vertu la
+guérison de leurs maladies. Voulant apprécier par moi-même l’efficacité
+de cette pratique, je me suis baigné dans le lac et je m’en suis bien
+trouvé. A deux ou trois mètres de son bord Sud, existent de petits
+puisards d’eau douce dans lesquels les baigneurs se plongent pour
+dissoudre la couche de sel qui recouvre leur peau.
+
+Les étoffes de coton, trempées dans l’eau de ce lac, si on ne les a pas
+débarrassées des matières salines qu’elles contiennent, en les lavant
+dans l’eau douce avant de les laisser sécher, se brisent et se déchirent
+sous le moindre effort ; elles ont la propriété de s’enflammer comme de
+l’amadou ; aussi les emploie-t-on à cet usage.
+
+De même que les lacs précédents, le Bahar-ed-Doûd est entouré de
+palmiers et de dunes de sables.
+
+Pendant que je prenais un dessin de la vue du lac, j’entendis sous
+l’eau, et dans la direction de l’Est, une détonation semblable à un coup
+de tonnerre lointain. Un des indigènes présents ayant entendu comme moi
+ce bruit, s’emporta en injures contre le lac. Je lui demandai ce que
+c’était. Il me dit que ce phénomène se reproduisait souvent et que le
+bruit souterrain venait presque toujours du côté Est ou Sud-Est du lac,
+c’est-à-dire du côté où les hautes dunes s’élèvent à pic au-dessus des
+eaux. Je compris alors que le roulement entendu ne pouvait provenir que
+de l’éboulement des dunes de sables dans le fond du lac. Pendant les
+détonations, il ne paraît cependant aucun signe d’ébranlement extérieur,
+soit à la superficie des eaux, soit dans les dunes.
+
+On donne à ce lac le nom de Bahar-ed-Doûd (la mer des vers), et aux
+riverains celui de Douwâda (hommes des vers), parce qu’on y fait une
+pêche de vers et de fucus comestibles dont j’aurai à m’occuper dans le
+chapitre III du Livre suivant.
+
+Les lacs de Nechnoûcha et de Ferêdrha, le premier au Nord-Est, le second
+au Nord-Ouest du Bahar-et-Trounîa, contiennent du natron comme celui qui
+en porte le nom.
+
+L’eau d’Oumm-el-Hasan est amère et ne nourrit pas de vers.
+
+Le lac de Tademka, autrefois producteur de vers, n’en donne plus depuis
+quelque temps.
+
+Tous ces lacs, situés au milieu d’un dédale de dunes de sables, sont
+alimentés d’eaux par elles.
+
+M. Isma’yl-Boû-Derba a constaté le même mode d’alimentation pour la mare
+d’’Aïn-et-Taïba, dans l’’Erg, à l’Ouest de l’Igharghar.
+
+_Sources_ : Les sources les plus considérables sont celles de
+Ghadâmès[21], de Rhât, de Ganderma, d’Idélès, de Djânet, de Temâssînt,
+de Tît-en-Afara, d’Aherêr, de Tânout, de Tidîdji, d’Aharhar, de
+Tâzeroûk, de Dhâyet-el-Kâhela, d’Ahêr, de Tadjenoût, etc.
+
+Il est bien entendu que je néglige d’énumérer toutes celles qui n’ont
+pas une importance réelle.
+
+Les abords de celles citées ci-dessus sont occupés ou par des villes, ou
+par des villages, ou par des campements permanents. Partout où les eaux
+sont abondantes, on les emploie à l’arrosage des plantations de
+palmiers.
+
+Les eaux de la source de Ghadâmès sont thermales[22] ; elles ont 29° 6
+dans le vaste bassin qui les reçoit (observation du 9 décembre 1860) ;
+celles de Sebbarhbârhet, à Mîherô, ont aussi une température élevée, du
+moins, l’eau sort en bouillonnant et en soulevant des sables. Cependant
+les Touâreg s’y baignent malgré sa chaleur.
+
+La source de Dhâyet-el-Kâhela, au Nord de l’Ouâdi-Akâraba, est également
+thermale et probablement sulfureuse, ainsi que l’indique son nom. Les
+Ahaggâr, qui en font usage, ont reconnu son efficacité contre les
+fièvres intermittentes contractées au Touât.
+
+
+[Note 20 : _Ama_, en _temâhaq_, indique la possession. _Ghôr_ est
+synonyme de ghar, _rivière_. Amadghôr ne serait-il pas un mot technique
+équivalent de _tête de la rivière_ ?]
+
+[Note 21 : M. Lefranc, pharmacien militaire, a analysé 1 kilogramme de
+l’eau de Ghadâmès rapporté par M. le capitaine de Bonnemain. Voici le
+résultat de son opération (année 1858, _Nouvelles Annales des
+Voyages_) :
+
+ Gr. milligr.
+
+ Chlorure de sodium » 800
+
+ Sulfate de soude » 250
+
+ — chaux » 750
+
+ Carbonate de chaux » 200
+
+ — magnésie » 100
+
+ Chlorure de magnésium » 250
+ ---------
+ 2 350]
+
+[Note 22 : Une seconde analyse de l’eau de Ghadâmès, faite en 1863, au
+laboratoire des mines d’Alger (_Mission de Ghadâmès, Alger, 1863_, p.
+260), a donné par 1000 grammes les résultats suivants :
+
+ Grammes.
+
+ Chlorure de sodium 0,6210
+
+ — potassium 0,0200
+
+ Sulfate de chaux 0,9000
+
+ — magnésie 0,3860
+
+ — soude 0,3424
+
+ Acide azotique _traces_ »
+
+ Carbonate de chaux 0,1013
+
+ — magnésie 0,0975
+
+ Silice 0,0060
+
+ Oxyde de fer 0,0050
+ ---------
+ 2gr.,4792
+]
+
+
+
+
+ CHAPITRE IV.
+
+ GÉOLOGIE.
+
+
+Ce chapitre comprendra cinq sections :
+
+
+1o Ma route d’El-Ouâd à Ghadâmès, du Nord-Ouest au Sud-Est ;
+
+2o Ma route de Ghadâmès à Rhât, du Nord au Sud ;
+
+3o Ma route de Tîterhsîn à Zouîla, de l’Ouest à l’Est ;
+
+4o Ma route de Mourzouk à Bondjêm, du Sud au Nord ;
+
+5o Divers renseignements sur le Tasîli et le Ahaggâr, de l’Est à
+l’Ouest.
+
+
+ PREMIÈRE SECTION.
+
+ D’EL-OUÂD À GHADÂMÈS.
+
+
+Toute cette section, sur un parcours de trente-sept myriamètres, est un
+amas de dunes de sable, qui, à très-peu d’exceptions près, couvrent la
+surface du sol primitif et laissent peu de place à aucune observation
+géologique autre que celle de la formation des dunes elles-mêmes.
+
+Le sable de ces dunes, fin, jaunâtre, varie dans ses caractères
+physiques, comme aussi probablement dans ses caractères chimiques,
+suivant les localités.
+
+J’ai rapporté plusieurs échantillons de ces sables ; je regrette de
+n’avoir pu en faire l’analyse. Ils figureront dans ma collection
+géologique sous les numéros 1, 2, 3 et 4.
+
+On s’est livré à beaucoup d’hypothèses pour expliquer l’accumulation
+d’une aussi grande masse de sables sur une aussi immense étendue ; je ne
+crois pas que, dans la limite des observations exactes, incontestables,
+faites dans les dunes sahariennes, il soit encore permis de déduire la
+loi générale d’un fait géologique aussi considérable.
+
+M. le docteur Marès a vu dans l’Ouest, autour de la Dhâya-Hâbessa, des
+dunes qui contenaient des coquilles fossiles du terrain sur lequel elles
+reposaient, et, avec raison, il a conclu de son observation personnelle
+que ces dunes avaient été formées sur place.
+
+M. F. Vatonne, ingénieur des mines, qui, comme moi, a traversé l’’Erg
+entre El-Ouâd et Ghadâmès, mais à petites marches et de jour, et qui a
+pu étudier cette région avec plus de temps et de compétence, termine son
+excellent mémoire[23] en émettant l’opinion qu’il ne peut exister aucun
+doute sur la formation des dunes sur place, formation due à la
+destruction des éléments constitutifs de la roche primitive.
+
+« Cette destruction, dit-il, est due à la dilatabilité des roches, à la
+présence du gypse, à l’action des agents atmosphériques, notamment de
+l’eau, qui a amené à l’état farineux, c’est-à-dire à un état de
+désagrégation complet, les roches de carbonate de chaux et de gypse ;
+cette désagrégation de la roche amène un foisonnement, développe une
+pression intérieure sous laquelle les couches dures des plateaux sont
+complétement brisées, etc. »
+
+M. Vatonne, convaincu que la formation des dunes est due à cette cause
+unique, conclut de leur fixité, de l’absence de sables dans certaines
+cuvettes, de l’inégalité même de la surface des sables, que l’action des
+vents n’a d’autre effet que de déterminer les formes de quelques dunes,
+et ne peut être invoquée comme cause générale de formation.
+
+Comme M. Vatonne, et quoique voyageant dans les dunes, à grande vitesse,
+nuit et jour, j’ai constaté des goûr rocheuses à côté de ghourd
+exclusivement composés de sables ; comme lui, j’ai aussi été frappé du
+grand nombre de roches à l’état de décomposition. Toutefois ce fait de
+désagrégation des roches n’est pas une exception limitée à la région de
+l’’Erg, mais l’effet d’une loi générale, commune à toutes les parties du
+Sahara que j’ai visitées.
+
+Dans l’ensemble de mes études, j’ai été beaucoup plus frappé de la
+dénudation complète des hamâd et des montagnes à l’amont des bassins des
+dunes.
+
+Pl. II. Page 35. Fig. 2, 3, 4, 5, 6.
+
+[Illustration : Fig. 1. — GÂRA DE TÎSFÎN.]
+
+[Illustration : Fig. 2. — PROFIL DU MONT IDÎNEN.]
+
+[Illustration : Fig. 3. — BLOCS DE TAKARÂHET.]
+
+[Illustration : Fig. 4. — BERGES D’INGHER ET ASOUÎTAR.]
+
+[Illustration : Fig. 5. — AGHELÂD DE TARÂT.]
+
+J’ai été beaucoup plus surpris de l’élévation de ces témoins géologiques
+de l’ancien niveau du sol, que les indigènes appellent _gâra_ (pl.
+_goûr_) et qu’on trouve, de distance en distance, dans chaque hamâda.
+
+(Voir figure no 1 de la planche ci-contre.)
+
+J’ai été non moins étonné, dans les massifs montagneux, de rencontrer,
+indépendamment de roches entièrement dénudées, ici, à Idînen, par
+exemple, une sorte de squelette décharné affectant les formes et les
+découpures les plus bizarres ; là, à Takarâhet dans le Tasîli, des blocs
+titaniens, supportés sur une base étroite et représentant l’action
+érosive des eaux sur les parties les plus tendres de la roche ;
+ailleurs, dans la presque totalité des ouâdi, des berges de soixante à
+cent mètres de hauteur, taillées à pic comme des murailles, tantôt assez
+étroites pour qu’un chameau avec sa charge y passe difficilement, tantôt
+larges de plusieurs kilomètres, disposition géographique que les Touâreg
+désignent sous le nom spécial d’_aghelâd_, correspondant au _khanga_ des
+Arabes.
+
+(Voir figures nos 2, 3, 4 et 5 de la planche ci-contre.)
+
+Quand, par la pensée ou la plume à la main, j’additionne une à une la
+superficie des espaces dénudés autour de chaque groupe de dunes, quand
+j’établis le cube du vide que laissent entre eux tous les témoins
+géologiques du niveau de l’ancien sol et quand je compare la masse des
+matériaux enlevés ici et apportés là, soit par les pluies, soit par les
+vents, je me demande ce qu’est devenu le cube du vide, si les dunes sont
+formées sur place, car je ne retrouve pas le total des déblais dans
+l’ensemble des remblais, si considérable qu’il soit.
+
+La carte qui accompagne le deuxième volume de cette étude comprend la
+totalité des divers groupes de dunes du Sahara occidental, entre le
+golfe de Gâbès dans la Méditerranée et le Sénégal sur la côte de l’Océan
+Atlantique.
+
+Ces groupes sont au nombre de sept :
+
+
+Celui d’Edeyen, du 27° au 28° latitude N. et du 6° au 12° longitude E. ;
+
+Celui de l’’Erg, du 29° au 34° latitude N. et du 7° longitude E. au 3°
+longitude O. ;
+
+Celui d’Iguîdi, du 24° au 30° latitude N. et du 3° au 5° longitude O. ;
+
+Celui de Maghtîr, du 22° au 27° latitude N. et du 5° au 14° longitude
+O. ;
+
+Celui d’Adâfer, du 20° au 23° latitude N. et du 4° au 13° longitude O. ;
+
+Celui d’Akchar, du 19° au 23° latitude N. et du 16° au 18° longitude
+O. ;
+
+Celui d’Iguîdi des Trârza, du 16° au 18° latitude N. et du 17° au 19°
+longitude O.
+
+
+La superficie des espaces que ces groupes de dunes couvrent (superficie
+très-approximative, bien entendu, hypothétique même dans beaucoup de
+cas), est de 45,000,000 d’hectares, savoir :
+
+ Nomb. d’hect.
+
+ Édeyen 2,000,000
+
+ ’Erg 12,000,000
+
+ Iguîdi 8,000,000
+
+ Maghtîr 12,000,000
+
+ Adâfer 10,000,000
+
+ Akchar 500,000
+
+ Iguîdi des Trârza 500,000
+ ----------
+ Ensemble 45,000,000
+
+A chacun de ces groupes de dunes correspondent des plateaux
+alimentateurs dont la superficie est triple environ, savoir :
+
+ Nomb. d’hect.
+
+ { Le Hâroûdj 3,000,000
+ {
+ { Le plateau de Mourzouk 6,000,000
+ POUR EDEYEN {
+ { Le désert de Tâyta 2,000,000
+ {
+ { L’Akâkoûs 1,000,000
+ ----------
+ TOTAL 12,000,000
+
+ { Le plateau de la Syrte 6,000,000
+ {
+ { La Hamâda-el-Homra 8,000,000
+ {
+ { Le plateau de Tînghert 2,000,000
+ {
+ { Le Tasîli du Nord 4,000,000
+ {
+ POUR L’’ERG { Les versants N. et E. du Ahaggâr 4,000,000
+ {
+ { La chebka du Mezâb 2,000,000
+ {
+ { Le plateau des Cha’anba 3,000,000
+ {
+ { Le plateau des O.-S. Cheïkh 2,000,000
+ {
+ { Le plateau de Tâdemâyt 2,000,000
+ ----------
+ TOTAL 33,000,000
+
+ { Le plateau de Groûz 2,000,000
+ {
+ { La plaine d’Adjemôr 1,000,000
+ {
+ POUR IGUÎDI { Le plateau du Mouydîr 1,000,000
+ {
+ { Le versant O. du Ahaggâr 8,000,000
+ {
+ { Le Bâten Ahenet 6,000,000
+ ----------
+ TOTAL 18,000,000
+
+ { Le versant S. du Ahaggâr 2,000,000
+ {
+ { Le Tasîli du Sud 4,000,000
+ {
+ { Le désert de Tânezroûft 4,000,000
+ POUR MAGHTÎR {
+ { Le désert d’Ouarân 4,000,000
+ {
+ { Le plateau des ’Arîb 2,000,000
+ {
+ { Le plateau de l’Ouâd-Dráa 4,000,000
+ ----------
+ TOTAL 20,000,000
+
+ { L’Adghagh de Kîdal 8,000,000
+ {
+ POUR ADÂFER { L’Azaouad 6,000,000
+ {
+ { Le désert d’Oualâta 6,000,000
+ ----------
+ TOTAL 20,000,000
+
+ { Le plateau des O. Delîm 6,000,000
+ POUR AKCHAR {
+ { L’Adrâr de Bafour 2,000,000
+ ----------
+ TOTAL 8,000,000
+
+ { Le plateau de Tâgant 2,000,000
+ POUR IGUÎDI DES {
+ TRÂRZA { Le désert d’Aftot 6,000,000
+ ----------
+ TOTAL 8,000,000
+
+
+L’ensemble général de ces plateaux, dont la superficie a été plutôt
+diminuée qu’augmentée, donne un total de 119,000,000 d’hectares.
+
+Bien entendu, ces chiffres ne représentent ni la superficie réelle des
+bassins des dunes ni celle des plateaux qui les alimentent, mais
+seulement les surfaces que je suppose couvertes de sable d’un côté et
+celles dénudées de l’autre.
+
+L’observation de la totalité des dunes sahariennes nous les montre
+suivant une direction générale, du Nord-Est au Sud-Ouest : elle nous les
+montre sur une ligne plus étroite dans le vaste couloir entre le relief
+atlantique et le plateau central du Sahara, puis s’élargissant et
+s’étendant vers le Sud dès que les assises du Ahaggâr s’abaissent.
+
+La disposition réciproque des montagnes du Nord et des montagnes du Sud
+ne permet pas d’assigner une autre direction générale aux vents, du
+moins à celle de leurs couches qui se rapproche le plus de terre.
+
+De là, une première indication qui permet, sans trop sortir du domaine
+de l’observation scientifique, d’attribuer à l’action dominante des
+vents combinée avec l’action secondaire des eaux, la distribution
+générale des masses de sable telle que nous la constatons dans la partie
+occidentale du Sahara.
+
+Examinons maintenant la question de production.
+
+En tout pays, la source de production des sables la plus considérable,
+si ce n’est l’unique, est la désagrégation des roches.
+
+Dès que cet itinéraire géologique atteindra les parties rocheuses de mon
+exploration, j’aurai soin de signaler les matériaux en décomposition
+spontanée, et on verra qu’ils sont relativement nombreux.
+
+Toutefois, il est une cause générale et permanente de désagrégation de
+la partie superficielle des roches, qui me paraît avoir une grande part
+dans la production des sables ; je veux parler de l’action
+atmosphérique.
+
+En général, la surface rocheuse des hamâd, des tasîli, des adrâr, en un
+mot de toutes les parties relevées du relief saharien, est à nu et n’est
+garantie contre les influences atmosphériques extérieures, ni par des
+terres, ni par des produits végétaux.
+
+Par suite, la lumière, la chaleur, le froid, les pluies torrentielles,
+l’électricité agissent directement sur la surface extérieure des roches.
+
+Il est difficile d’apprécier l’action de la lumière, mais la plaque
+photographique nous révèle que la lumière solaire modifie les points par
+elle atteints en raison de son intensité ; or, dans le Sahara la lumière
+est intense, et nous avons la preuve de son action directe par la
+coloration bronzée, noirâtre, brûlée, de la superficie de la presque
+totalité des roches.
+
+La lumière lunaire, dont l’influence sur la décomposition de certaines
+pierres est démontrée, agit dans le Sahara encore plus qu’ailleurs, car
+les nuits y sont d’une pureté admirable.
+
+Les extrêmes de la température, atteignant souvent au soleil de 65 à 70
+degrés dans le jour et descendant quelquefois à 5 degrés au-dessous de
+zéro pendant la nuit, amènent inévitablement à la superficie des roches
+des dilatations et des condensations dont l’effet immédiat est la
+désagrégation de la partie la plus friable de leurs éléments.
+
+L’électricité, assez abondante souvent pour que le moindre frottement
+dégage des étincelles des vêtements, a bien aussi sa petite action
+perturbatrice, action inconnue, inappréciable, mais qu’on n’oserait
+nier.
+
+Adviennent, pour compléter la série de ces agents de décomposition,
+l’action dissolvante et la force impétueuse des pluies torrentielles, et
+l’on comprendra que la production quotidienne des sables dans le Sahara
+a dû, avec le temps, donner des masses aussi considérables que celles
+des dunes, quel que soit le cube qu’elles représentent.
+
+J’ai eu l’occasion, le 30 janvier 1861, étant à Oursêl, au pied du
+Tasîli, d’observer le débordement d’un des nombreux torrents qui
+descendent de cette montagne. La rapidité du courant était d’un mètre à
+la seconde et les eaux charriaient des alluvions dans des proportions
+telles que je regrette de ne pas en avoir constaté la quantité.
+Toutefois, on en aura une idée par ce fait, qu’après leur dépôt les
+Touâreg ont pu ensemencer des céréales là où la veille il n’y avait pas
+de terre végétale.
+
+Ajouterai-je que, dans les temps antérieurs à l’histoire, l’action
+volcanique attestée dans le Djebel-Nefoûsa, la Sôda, le Hâroûdj, le
+Tasîli et le Ahaggâr, a dû contribuer, dans des proportions
+considérables, à la dislocation des roches et à la désagrégation de
+leurs éléments constitutifs ?
+
+Le Sahara, en son entier, est donc un foyer de grande production de
+sables, et ces sables, s’ils ne restent pas sur place, doivent se
+retrouver ailleurs.
+
+De la production des sables, je passe à leur circulation.
+
+Les deux grands moteurs de la circulation des sables sont les courants
+atmosphériques et les torrents.
+
+Pour les sables charriés par les courants atmosphériques, voici ce qui
+est démontré :
+
+M. Ehrenberg a eu l’occasion d’analyser des sables et des terres de
+divers points du bassin du lac Tsâd qui lui avaient été envoyés par les
+docteurs Barth et Vogel, et dans ces sables et terres il a reconnu cent
+trente-trois formes d’animaux infusoires qu’il a déterminés.
+
+Le savant professeur a fait aussi recueillir sur la côte occidentale
+d’Afrique, en pleine mer, à bord des navires, les matières charriées par
+les pluies de sable qui y sont communes, et, en analysant ces matières,
+il y a retrouvé quelques infusoires des sables du bassin du lac Tsâd.
+
+Or, entre le lac Tsâd et la côte occidentale d’Afrique, il n’y a pas
+moins de 30 degrés de longitude.
+
+M. Ehrenberg explique ces transports de sables à de si grandes distances
+par la grande raréfaction de l’air échauffé dans le Sahara.
+
+Pendant mon voyage, j’ai pu constater, plusieurs fois, des faits de
+circulation de grandes masses de sables par des courants atmosphériques.
+Je cite, entre autres, les observations suivantes extraites de mon
+journal :
+
+20 FÉVRIER 1861. — Campement de Tîterhsîn. — _Observations de 9 heures
+15 minutes du matin_ : Bar. aner. 713.50. — Therm. fr. 25°8. — Ciel
+voilé. — Vent du Sud modéré.
+
+_Observation de 1 heure 30 du soir_ : A 1,500 mètres dans le N.-E.
+trombe de sable, haute de 50 mètres au moins, chassée par un vent du
+S.-E.
+
+_Observations de 3 heures du soir_ : Bar. aner. 704.10. — Therm. fr.
+30°75. — Ciel nuageux. — Vent du Sud assez fort.
+
+28 AVRIL 1861. — Même campement. — _Observations de 6 heures du matin_ :
+Bar. aner. 704.65. — Therm. fr. 22°3. — Ciel couvert. — Vent E. faible.
+
+_Observation de 1 heure 30 du soir_ : Pluie par intervalle ; un immense
+nuage de sable, rougeâtre, semblable à l’aspect d’un vaste incendie,
+passe à l’E., à fleur de terre, en s’élevant vers le ciel. Sa marche, du
+S.-O. au N.-E., est rapide comme celle d’un vent violent.
+
+_Observations de 3 heures du soir_ : Bar. aner. 699.50. — Therm. fr.
+31°4. — Ciel couvert. — Vent du S.-O. fort. — Pluie froide.
+
+30 AVRIL 1861. — En route d’Iferdjan à In-Lêlen. — _Observations de 6
+heures 30 du matin_ : Bar. aner. 704.60. — Therm. fr. 21°8. — Ciel
+couvert. — Vent E. presque nul.
+
+_Observation de 3 heures du soir_ : Un coup de vent terrible du S. amène
+un nuage de sable, rouge, comme s’il était chargé de flammes. Il se rue
+sur notre caravane, accompagné de grosses gouttes qui ressemblent à de
+la neige fondue.
+
+_Observations de 7 heures du soir_ : Bar. aner. 697.10. — Therm. fr.
+31°7. — Ciel couvert. — Vent du Sud modéré.
+
+3 MAI 1861. — Campement de Serdélès. — _Observation de 2 heures du
+soir_ : Coups de tonnerre prolongés, lointains, au S. magnétique.
+
+_Observations de 3 heures_ : Bar. aner. 694.40. — Therm. fr. 34°. — Ciel
+couvert. — Vent O. faible.
+
+_Observation de 3 heures 45_ : Une trombe de sable importante, rouge
+comme les précédentes, passe au S.-E. Sa marche est vers l’E. Quelques
+gouttes de pluie.
+
+_Observations de 7 heures 30_ : Bar. aner. 700.00. — Therm. fr. 27°5. —
+Ciel couvert. — Vent du S.-S.-O. modéré. — Quelques gouttes de pluie.
+
+D’où provenaient les sables dont ces trombes étaient chargées ? où sont-
+ils allés se fixer ? Je l’ignore. En reproduisant ces observations, j’ai
+voulu constater leur fréquence et préciser les conditions dans
+lesquelles elles se produisent.
+
+J’ai choisi à dessein la période de février à mai, parce qu’alors je me
+trouvais à la ligne de partage des bassins méditerranéen et océanien, et
+sous le vent des plateaux alimentateurs des dunes.
+
+Si les vents soulèvent les sables sur les plateaux, les réunissent en
+trombes pour les transporter à de grandes distances, ce sont
+incontestablement les courants d’eau qui les fixent dans les bassins où
+nous les trouvons. Du moins, cela est exact pour le bassin de l’’Erg que
+j’ai plus particulièrement observé et étudié. L’hydrographie de cette
+immense cuvette nous la représente, en effet, comme l’aboutissant des
+eaux de toutes les montagnes environnantes.
+
+En est-il de même ailleurs ? C’est probable, mais je ne puis l’affirmer.
+
+On jugera de l’action des eaux par les faits suivants :
+
+Au printemps de 1862, une pluie d’orage tombée sur le versant Ouest du
+Ahaggâr amena de telles quantités d’eau dans les vallées d’Idjeloûdjâl
+et de Tarhît qu’elles entraînèrent une partie de la montagne. L’action
+des eaux fut assez prompte pour qu’une nezla (tribu) entière, campée au
+débouché des deux vallées, pérît corps et biens. Trente-quatre personnes
+et un grand nombre de chameaux furent noyés. Une chamelle qui paissait
+tranquillement sur la portion de la montagne emportée par les eaux, fut
+retrouvée saine et sauve, trois jours après l’événement, à une très-
+grande distance, sur le terrain même où elle avait été surprise et qui,
+après une longue navigation, était venu échouer sur une des berges de
+l’ouâdi.
+
+Avant 1856, sur la rive gauche de l’Ouâdi-Tîterhsîn, existait une ligne
+de dunes, du nom d’Azekka-n-Bôdelkha, assez hautes pour que les chameaux
+ne pussent les franchir. Advint alors une crue accidentelle dans
+l’ouâdi, et elle eut la puissance de faire disparaître toute la masse de
+sable qui composait ces dunes.
+
+La force motrice des eaux, dans le Sahara, n’est pas seulement démontrée
+par les déblais qu’elles produisent sur certains points ; elle l’est
+aussi par les immenses barrages que leurs alluvions créent sur d’autres
+et qui, de siècle en siècle, modifient les cours des ouâdi.
+
+Le bassin de l’Igharghar offre de nombreux exemples de ces barrages.
+Jadis il communiquait avec la mer par le golfe de Gâbès et y portait les
+sables qu’il charriait. Aujourd’hui une barre de terre et de sable de
+dix-huit kilomètres sépare le Chott du Nefzâoua de la mer. C’est à peine
+si on reconnaît dans la ligne de bas-fonds de l’Ouâdi-Akarît l’amorce de
+l’ancienne communication.
+
+Jadis, à l’époque de Ptolémée, le Chott-el-Kebîr du Nefzâoua, sous le
+nom de _lac Triton_, le Chott-el-Djerîd, sous celui de _Pallas_, le
+Chott-Melghîgh, sous celui de _Libye_, communiquaient entre eux, ou ne
+formaient, comme à l’époque d’Hérodote, qu’un seul lac, sous le nom de
+_Triton_ ; aujourd’hui ces anciens lacs, sans affluents, ne sont même
+plus des lacs, mais des bas-fonds de chott, submergés en hiver,
+desséchés en été. Toutefois, il ne serait pas prudent de s’aventurer à
+les parcourir sans guide, car sur certains points, notamment dans le
+Chott-Melghîgh, on disparaîtrait sans laisser trace de son passage.
+
+Jadis, la tête orientale de l’Igharghar, formée de l’Ouâdi-Serdélès, de
+l’Ouâdi-Tânezzoûft, de l’Ouâdi-Ouarâret, de l’Ouâdi-Tîterhsîn et de
+l’Ouâdi-Tikhâmmalt qui les réunissait tous, communiquait avec la tête
+occidentale venant du Ahaggâr ; aujourd’hui, chaque affluent de la tête
+orientale forme un ouâdi distinct, aboutissant à des sables qui
+absorbent leurs eaux et les rendent souterrainement à l’ancien lit.
+
+La fantaisie de l’Igharghar de couler, tantôt à ciel ouvert en rompant
+les barres qu’il s’était formées, tantôt souterrainement en se creusant
+un lit sous les sables, ne date ni d’aujourd’hui ni d’hier, car déjà, du
+temps du roi Juba, au commencement de notre ère, le grand fleuve
+saharien avait de pareils caprices, à ce qu’il paraît.
+
+D’après les _Libyques_ du roi Juba citées par Pline, le grand fleuve de
+la Libye, « indigné de couler à travers des sables et des lieux
+immondes, se cache l’espace de quelques journées. Absorbé de nouveau par
+les sables, il se cache encore une fois dans un espace de vingt journées
+de désert. »
+
+Cette citation, que j’emprunte au grand ouvrage de M. Vivien de Saint-
+Martin, _le Nord de l’Afrique dans l’antiquité_, me permet de constater,
+tout d’abord, combien le savant géographe a été heureusement inspiré en
+assimilant le Niger de Juba et de Pline avec l’Igharghar[24] moderne des
+Touâreg, le Ouâdi-es-Sâoudy des Arabes.
+
+Au fur et à mesure que cette étude se complétera, on retrouvera les
+poissons du Nil et les crocodiles dont l’existence faisait croire au roi
+Juba que le grand fleuve d’Égypte avait une de ses origines dans ses
+états.
+
+Quoi qu’il en soit, par ce témoignage de Juba, confirmé par Pline et par
+d’autres encore, il devient évident que la partie du Sahara dont je
+m’occupe était déjà, il y a dix-huit cents ans, sinon sous le rapport de
+la quantité des eaux, du moins sous le rapport des sables et de leur
+circulation, telle qu’elle s’est présentée à mon observation.
+
+Si, depuis cette époque, une partie du Sahara a pu être protégée contre
+les influences atmosphériques qui désagrégent les roches même les plus
+solides, c’est incontestablement celle qui est abritée contre le froid,
+la chaleur, la lumière, l’électricité, par une couche épaisse de sables.
+
+Sans doute, dans l’’Erg, avant l’invasion des sables, quelle que soit la
+date éloignée du commencement, les parties solides de cette contrée
+avaient, comme celles de l’universalité du plateau central du Sahara,
+subi les influences destructives de l’atmosphère, et tout indique qu’il
+y avait de nombreuses goûr en décomposition comme partout ailleurs. Ces
+goûr, plus ou moins nombreuses, sont restées en place, devenant le noyau
+de dunes, à côté de ghourd exclusivement composés de sable de la base au
+sommet. Mais ces noyaux solides de quelques dunes, constatés par M.
+Vatonne, n’infirment pas la loi générale de l’amoncellement des débris
+des roches des plateaux supérieurs dans les bassins qui leur servent de
+réceptacle. Partout, sur la surface du globe, les alluvions, qu’elles
+soient de sables ou de terres, qu’elles soient charriées par les vents
+ou par les eaux, obéissent aux lois de la pesanteur.
+
+Si les alluvions sablonneuses des dunes n’ont pas obéi à la loi
+ordinaire des nivellements des autres alluvions, la cause très-complexe
+de ce phénomène n’est pas encore sur le point de recevoir sa solution,
+car ce n’est pas en Afrique seulement que la circulation et la fixation
+des sables déjouent la sagacité des plus habiles ingénieurs.
+
+Quoi qu’il en soit, les excellentes et minutieuses observations de M.
+Vatonne conservent toute leur valeur et contribueront, avec celles qui
+pourront être faites ultérieurement, à la solution du problème.
+
+Dans ma collection géologique sont indiqués comme étant de la provenance
+de l’’Erg :
+
+1o Un échantillon de sulfate de chaux très-pur[25] ;
+
+2o Un échantillon de terre blanche, fine, calcaire, donnant une très-
+forte effervescence à l’acide chlorhydrique[26].
+
+Cette terre, trouvée sous les sables à Ghourd-Maámmer, contient, en
+grande quantité, une espèce de coquille fossile nouvelle[27], que M.
+Deshayes a décrite et à laquelle il a bien voulu donner mon nom.
+
+« M. Duveyrier, écrit M. Deshayes, mérite bien l’honneur d’être signalé
+à la reconnaissance des naturalistes, car pendant toute la durée d’un
+périlleux voyage dans une région de l’Afrique que personne n’avait
+visitée avant lui, il n’a cessé de recueillir des matériaux propres à
+enrichir les diverses branches de l’histoire naturelle. Il nous a donc
+paru équitable d’attacher le nom de l’intrépide et savant explorateur à
+une espèce de mollusque qui nous paraît entièrement nouvelle. »
+
+Pl. III. Page 45. Fig. 7 et 8.
+
+[Illustration : Fig. 1. — PLANORBIS DUVEYRIERI.
+
+Dessiné d’après nature, par M. Delahaye, sur les coquilles rapportées
+par M. H. Duveyrier.]
+
+[Illustration : Fig. 2. — DUNES DANS L’’ERG.
+
+D’après un croquis de M. H. Duveyrier.]
+
+Voici la description de cette coquille, telle que M. Deshayes a bien
+voulu la rédiger :
+
+
+ PLANORBIS DUVEYRIERI. (_Desh._)
+
+Pl. testa orbiculato-discoidea, crassiuscula, utroque latere inæqualiter
+umbilicata, supra profundiore ; anfractibus quaternis, rapide
+crescentibus, convexis, involventibus, sutura profunda junctis, interne,
+ad peripheriam umbilici obtusissime angulatis, tenue et irregulariter
+striatis ; ultimo anfractu majore, cylindraceo, crasso, ad aperturam
+dilatato ; apertura magna, dilatata, lunari, paulo obliqua ; marginibus
+tenuibus, acutis disjunctis.
+
+
+« Le planorbe de Duveyrier est d’une taille médiocre, discoïde assez
+épais et rapproché par sa taille et l’ensemble de ses caractères d’une
+variété petite du _planorbis Dufourii_ de Graels. Discoïde
+suborbiculaire assez épaisse, elle est ombiliquée de chaque côté, mais
+plus profondément en dessus qu’en dessous. Elle est formée de quatre
+tours de spire, dont les deux premiers sont fort étroits, les deux
+autres s’élargissent rapidement. Ils sont en partie enveloppés les uns
+par les autres, mais le dernier est très-grand, épais et s’accroît
+rapidement, il est même un peu dilaté vers l’ouverture. Les tours sont
+convexes de chaque côté et réunis par une suture simple et assez
+profonde ; du côté inférieur, l’ombilic est circonscrit par un angle
+très-obtus. Toute la surface est chargée de fines stries irrégulières
+d’accroissement, et l’on remarque, de plus, à des distances inégales des
+temps d’arrêt dans l’accroissement qui ont produit des angles obtus.
+L’ouverture est assez grande, dilatée, peu oblique et suborbiculaire,
+modifiée par l’avant-dernier tour dont elle embrasse le diamètre.
+
+« Le plus grand échantillon a 7 millimètres de diamètre et 3
+d’épaisseur. » (Voir la planche ci-contre.)
+
+
+ IIe SECTION.
+
+ DE GHADÂMÈS À RHÂT[28].
+
+
+Cette section comprendra :
+
+
+_A._ — Le plateau de Tînghert, de Ghadâmès à Ohânet ;
+
+_B._ — La traversée des dunes d’Edeyen, entre Ohânet et la Hamâda
+d’Eguélé ;
+
+_C._ — La Hamâda d’Eguélé, des dunes d’Edeyen à la plaine des
+Igharghâren ;
+
+_D._ — La plaine des Igharghâren, de Sâghen à Tâdjenoût ;
+
+_E._ — Le Tasîli des Azdjer, de Tâdjenoût à Tîterhsîn ;
+
+_F._ — La vallée d’Ouarâret, de Tîterhsîn à Rhât.
+
+
+ A. — _Plateau de Tînghert._
+
+
+Le plateau de Tînghert commence vers le Nord-Est au Djebel-Nefoûsa ;
+dans le Sud-Est il vient se confondre avec la grande Hamâda-el-Homra,
+dont il n’est séparé par aucun relief apparent ; dans le Sud, sa limite
+est marquée par un rebord sous lequel sont les points d’El-Hesî, de
+Tambalout et d’Ohânet qui le séparent des dunes d’Edeyen ; dans l’Ouest,
+un rebord, assez caractérisé en quelques endroits, le sépare de la
+région de l’’Erg. La ville de Ghadâmès est bâtie sur ce rebord.
+
+Ce plateau a 185 kilomètres du Nord au Sud ; son étendue de l’Ouest à
+l’Est ne peut être précisée, car nul ne connaît le point de séparation
+entre la Hamâda de Tînghert et celle d’El-Homra. On sait seulement
+qu’entre l’’Erg à l’Ouest et le Djebel-es-Sôda à l’Est, il y a 600
+kilomètres sans eau et sans végétation ; ce qui interdit à qui que ce
+soit d’aller faire la reconnaissance de cette immense solitude. Entre
+Ghadâmès et Ohânet, ce plateau s’appelle Hamâda de Tînghert ; entre
+Ghariân et El-Hesî, il s’appelle Hamâda-el-Homra, noms différents, l’un
+berbère, l’autre arabe.
+
+Les Sahariens appellent Hamâda tout plateau élevé, uni, pierreux, sans
+végétation, sans eau, quelle que soit sa formation géologique.
+
+Du Djebel-Nefoûsa aux environs de Ghadâmès, le calcaire est de couleur
+grise ; aux environs de Ghadâmès, la coloration, du moins à la surface
+du sol, devient plus uniformément sombre ; au delà de Ghadâmès, les
+dolomies prennent les différentes couleurs des minéraux qui se trouvent
+dans le voisinage.
+
+Les environs immédiats de Ghadâmès offrent à l’observation du géologue :
+
+Le sol même de l’oasis, léger, sablonneux et calcaire, fécondé par les
+nombreux engrais de sa propre végétation ;
+
+Les eaux de la source, dont j’ai fait connaître la température et
+l’analyse au chapitre précédent, et sur laquelle je reviendrai au
+paragraphe spécial à Ghadâmès, du Livre IIIe ;
+
+Une carrière de plâtre exploitée près du cimetière du Dhâhara et qui
+fournit un sulfate de chaux cristallisé, blanc, presque pur, quoique
+mélangé à un peu de sable[29] ;
+
+La roche du plateau qui entoure la ville ;
+
+Enfin la gâra (témoin) de Tîsfîn, à sept kilomètres E. de la ville.
+
+La roche du plateau de Ghadâmès[30], est un calcaire crétacé, de
+formation marine, jaunâtre, avec grands fragments d’_inocerames_ et
+quelques petites bivalves indéterminables, identiques comme aspect aux
+calcaires jaunâtres coquilliers de la Chebka du Mezâb. Ce calcaire donne
+une effervescence bien marquée à l’acide chlorhydrique, mais paraît
+contenir une quantité assez notable de magnésie, comme la plupart des
+roches du Mezâb.
+
+La gâra de Tîsfîn a 90 mètres de hauteur environ.
+
+Elle repose sur une roche siliceuse, grisâtre, homogène, ne donnant
+aucune trace d’effervescence à l’acide[31].
+
+Elle est couronnée, à son sommet, par une roche superficielle, calcaire,
+rougeâtre, composée de fragments très-brisés de coquilles, dans
+lesquelles on distingue quelques petites _limnées_ et des traces
+nombreuses de _zoophytes_. Cette roche, très-compacte, rend un son
+semblable à celui de la poterie cuite[32].
+
+Entre les deux, l’intérieur de la gâra est formé d’un calcaire tendre,
+jaune, blanc, marneux, d’une pâte très-homogène[33].
+
+Ce dernier calcaire apparaît aussi dans les ravins des environs de la
+gâra.
+
+La gâra de Tîsfîn est entièrement isolée, mais à peu de distance on
+voit, dans différentes directions, des goûr d’une élévation beaucoup
+moindre et qui doivent appartenir à la même formation.
+
+A 4 kilomètres au Sud de Ghadâmès, on entre dans la petite dépression de
+Kaboû, formée par un lit d’alluvions sablonneuses et terreuses, au
+milieu duquel on trouve des sables et du carbonate de chaux agrégés à la
+façon des grès de Fontainebleau. Ces agrégations sont évidemment une
+création des eaux.
+
+Les bords de cette basse dépression sont d’un calcaire spathique,
+rougeâtre, très-compact[34], dans lequel on trouve accidentellement de
+la chaux cristallisée ; dans le lit même sont des concrétions composées
+d’éléments calcaires en mélange avec le sable.
+
+A 15 kilomètres de Kaboû, on traverse l’Ouâdi-Mâreksân dont la direction
+est Est-Ouest. Son lit est de sable, graveleux à la surface, caillouteux
+au fond. Sous le sable apparaissent des couches de sable marneux,
+contenant de petits fragments de plâtre[35]. Les berges latérales, qui
+ont 8 mètres de hauteur au-dessus de l’ouâdi, sont d’un calcaire
+semblable à la roche du plateau de Ghadâmès.
+
+Entre l’Ouâdi-Mâreksân et la dépression d’El-Gafgâf (48 kilom.), le
+plateau se présente sous forme d’un chaos monotone de pierres calcaires
+anguleuses, tantôt amoncelées sur le roc calcaire, tantôt enchâssées
+dans des filons de terre sablonneuse.
+
+De distance en distance, apparaissent dans l’Ouest, à 16 kilomètres
+environ, les rebords d’un gradin plus élevé sur lequel se dressent des
+goûrs calcaires indiquant l’ancien niveau du sol primitif ; eu égard à
+leur distance, ces goûr doivent atteindre à une altitude assez grande.
+
+Avant d’arriver à El-Gafgâf, pendant toute une journée de marche, le sol
+est couvert de petites pierres noires qui donnent au paysage une teinte
+funèbre.
+
+Entre Mâreksân et El-Gafgâf on rencontre les lits des Ouâdi-Amâli et
+Imoûlay qui vont se perdre dans l’’Erg.
+
+El-Gafgâf est une petite dépression circulaire, à fond alluvionnaire,
+d’un kilomètre environ. Du côté du Sud, ce bas-fond reçoit les petites
+ravines d’Imozzelaouen (c’est-à-dire, _petites ravines étroites_) qui
+traversent un sol calcaire à affleurements plus ou moins détériorés.
+
+Au delà de ces ravines, la surface du plateau se nivelle et présente une
+formation de graviers et de petites pierres.
+
+Entre El-Gafgâf et Tifôchayen, la distance est de 34 kilomètres ; peu
+avant ce dernier point, le plateau est couvert de pierres détachées.
+
+Tifôchayen est une large vallée dont la direction générale est du Sud-
+Est au Nord-Ouest. Le sol de cette vallée est sablonneux ; il provient
+des sables de l’’Erg que les vents y ont apportés.
+
+Entre Tifôchayen et Timelloûlen (12 kilomètres), le plateau reprend son
+caractère précédent. La vallée de Timelloûlen consiste en un large ouâdi
+dont le sol, comme celui de Tifôchayen, est formé de sables de l’’Erg
+apportés par les vents. On y trouve l’eau à 1m 50 de profondeur.
+
+Le plateau reparaît sur une étendue de 12 kilomètres et se montre
+couvert d’affleurements de calcaire décomposé ; après quoi on arrive à
+la dépression circulaire de Tahâla, qui a 5 kilomètres de diamètre et
+est bordée de hautes berges à pic très-déchirées.
+
+Du bas de la dépression, sur une épaisseur de 1m 50 à 2 mètres, la berge
+consiste en assises marneuses d’un blanc légèrement verdâtre[36], avec
+des veines et des noyaux de gypse blanc, pur, compact et excessivement
+fin[37]. Cette roche ne contient pas de fossiles.
+
+Le sommet de la berge est un calcaire rougeâtre, identique à celui qui
+couronne la gâra de Tîsfîn.
+
+Au centre de la dépression est une gâra à formes bizarres.
+
+De Tahâla à Ahêdjren (20 kilomètres), le sol est alternativement un fond
+de sable ou un fond de gravier solide, recouvert de petites pierres et
+d’affleurements calcaires mêlés à des marnes vertes décomposées.
+
+Avant l’arrivée à Ahêdjren, le flanc des hauteurs qui bordent la route à
+l’Est est d’un calcaire blanc, exactement semblable à la craie de
+Meudon, solide par endroits, friable dans d’autres.
+
+Dans la partie friable, je détache facilement cinq échantillons de
+coquilles moyennes[38] qui ont été reconnus être l’_ostrea columba_
+(Desh) et appartenir au terrain _cénomanien_ de d’Orbigny et aux grès
+verts supérieurs ainsi qu’à la craie chloritée du terrain crétacé.
+
+Dans la partie compacte de la base de la roche sont d’autres coquilles
+qui, à la vue, me paraissent de la même espèce que les précédentes, mais
+grandes comme le creux de la main. La dureté de la gangue ne me permet
+pas d’en prendre de spécimens.
+
+Quoique le fond de cette roche soit blanc, elle est teinte de taches
+brunes ou roussâtres en plusieurs endroits.
+
+Sur toute la route, j’ai commencé à trouver des débris informes
+d’ammonites au milieu des graviers.
+
+Ahêdjren est un ouâdi à direction Sud-Est et Nord-Ouest et à lit
+sablonneux. Ici, comme dans les vallées précédentes, la présence du
+sable s’explique par le voisinage de l’’Erg.
+
+De Ahêdjren à Ohânet, le plateau de Tînghert continue avec ses mêmes
+caractères généraux sur une étendue de 25 kilomètres. Là, il finit et
+contribue par son flanc méridional à former, avec le rebord
+septentrional des dunes d’Edeyen, la longue dépression d’Ohânet dont la
+direction générale est Est et Ouest.
+
+Cette dépression d’Ohânet est appelée par les Arabes El-Djoua (le
+fourreau), parce qu’elle ressemble à un couloir par lequel les eaux,
+conservées comme dans un réservoir au milieu des dunes, s’écoulent dans
+un lit pour aller rejoindre l’Igharghar au Sud de Timâssanîn.
+
+La largeur de la vallée est de 12 kilomètres ; son fond est
+alluvionnaire : sables et graviers mêlés.
+
+Au centre est un _abankôr_ ou rhedîr, bassin argileux, qui, d’après les
+Touâreg, conserve quelquefois l’eau pendant 2 ou 3 ans après les pluies.
+
+Entre Ahêdjren et Ohânet, sur tout le parcours du trajet, les ammonites
+continuent au milieu des pierres parsemées à la surface de ce désert.
+Elles sont nombreuses, brisées en fragments. C’est avec grande peine que
+je puis en trouver deux entières.
+
+Les géologues à l’examen desquels ces ammonites ont été soumises, les
+ont trouvées trop frustes pour pouvoir être sûrement déterminées[39].
+Ils les croiraient volontiers nouvelles, mais se rapprochant de
+l’_ammonites Mantellii_ du terrain _cénomanien_ de d’Orbigny ou des grès
+verts supérieurs, de la craie tuffeau ou de la craie chloritée.
+
+La pâte de ce fossile est un calcaire d’un blanc jaunâtre, compact,
+légèrement saccharoïde, parsemé de quelques mouchetures de manganèse.
+
+
+ B. — _Dunes d’Édeyen._
+
+
+Entre Ohânet et Abrîha, sur un parcours de 75 kilomètres, s’étend une
+région de sables, continuation occidentale des dunes d’Edeyen, groupe
+séparé de celui de l’’Erg par un prolongement du plateau de Tînghert.
+
+A peu près à égale distance des points extrêmes de cette zone
+sablonneuse, on trouve dans l’Est la ligne des goûr noires d’Ayderdjân,
+au Nord de laquelle est un puits comblé, tandis qu’au Sud on trouve
+accidentellement des flaques d’eau dans une dépression peu profonde à
+fond d’argile.
+
+Sur toute l’étendue de ces 75 kilomètres, les sables recouvrent le sol
+qui apparaît de temps en temps, soit sous forme d’un calcaire noirâtre
+ou violet, compact et solide, soit sous forme de graviers quartzeux
+arrondis ; quelquefois ces graviers ont été cimentés avec le sable par
+les pluies au moyen d’une substance calcaire agrégeable, et alors ils
+forment un poudingue.
+
+On rencontre aussi parfois dans ce parcours des places couvertes d’une
+argile violette solide et lisse, mais fendillée par l’action du soleil ;
+ces couches d’argile représentent les lits de mares desséchées, et
+expliquent jusqu’à un certain point comment les graviers et le sable ont
+pu se souder ensemble de manière à former la roche dont je viens de
+parler.
+
+
+ C. — _Plateau d’Éguélé._
+
+
+Je donne le nom de plateau d’Eguélé à une région mouvementée, partie
+hamâda, partie dunes, qui sépare la région des dunes d’Edeyen de la
+vallée des Igharghâren. Ce plateau bas a 106 kilomètres du Nord au Sud
+dans la partie où je l’ai traversée. Sa longueur, de l’Est à l’Ouest,
+est encore inconnue.
+
+Entre Abrîha, point où les sables cessent, et Tâdjentoûrt, est une
+hamâda plate, couverte de petites pierres.
+
+Tâdjentoûrt, qu’il ne faut pas confondre avec l’ouâdi de ce nom situé
+plus au Sud, est une dépression circulaire comme on en remarque si
+souvent dans les régions sahariennes.
+
+Au delà, sur une étendue de 9 kilomètres, ma route parcourt la
+continuation du plateau au milieu de pierres calcaires et
+d’affleurements de même nature. Çà et là apparaissent des sables mêlés à
+du gravier et formant un terrain solide.
+
+Eguélé est une chaîne de hauteurs de pierres calcaires noires, d’où leur
+nom Eguélé (le coléoptère[40]), et dont la direction générale est du
+Nord-Est au Sud-Ouest. Cette chaîne coupe la route et marque le point
+culminant de cette section ; c’est pourquoi, à défaut d’un nom indigène
+applicable à l’ensemble du plateau, je donne au tout le nom de sa partie
+la plus remarquable.
+
+Au Sud du point où je traverse la chaîne d’Eguélé, on rencontre l’Ouâdi-
+Tâdjentoûrt, ravin sans eau qui a ses origines dans une ligne de
+hauteurs que la route suit sur une étendue de 35 kilomètres ; ligne
+qu’on laisse dans l’Est, et qui est la prolongation Sud de la chaîne
+d’Eguélé.
+
+Le trajet s’effectue au milieu des rochers, et on arrive à la dépression
+d’Aseqqîfâf, réceptacle des eaux pluviales de la chaîne, mais à sec,
+hors les temps de pluie.
+
+Entre Aseqqîfâf et Isaouan (35 kilomètres) est le plateau calcaire de
+Timozzoudjên, recouvert dans sa partie Nord, sur un parcours de 12
+kilomètres, de petites dunes de sables auxquelles on donne le nom
+d’Isoûlan-n-Emôhagh et vis-à-vis desquelles on voit dans l’Ouest les
+sables de Tedjoûdjelt.
+
+Ce plateau, dans son entier, est de même formation que celui de
+Tînghert ; sa pente générale est légèrement inclinée vers le Sud.
+
+Isaouan est le nom donné à la partie de la plaine des Igharghâren dans
+laquelle se trouvent les grands rhedîr de Sâghen, alimentés par l’Ouâdi
+Tikhâmmalt.
+
+Le rebord méridional du plateau de Timozzoudjên termine la série des
+calcaires sur lesquels est assise la route de ce point à Ghadâmès.
+
+
+ D. — _Plaine des Igharghâren._
+
+
+La plaine des Igharghâren est une grande vallée de 320 kilomètres de
+l’Est à l’Ouest, et d’une largeur moyenne de 35, formée au Nord par le
+rebord méridional du plateau de Timozzoudjên et au Sud par les versants
+septentrionaux des montagnes du Tasîli. Sa principale largeur est dans
+l’Est.
+
+Cette grande vallée d’alluvions sablonneuses est découpée du Sud au Nord
+en forme de larges plates-bandes par les nombreux ouâdi du Tasîli, qui
+tous viennent se réunir au pied du plateau d’Eguélé en un lit unique
+prenant le nom de son principal affluent, l’Ouâdi-Tikhâmmalt, et qui,
+après avoir suivi une direction générale Sud et Nord, du sommet du
+Tasîli à Sâghen, tourne brusquement à l’Ouest pour aller se jeter dans
+l’Ouâdi-Igharghar à El-Bîr, au Sud-Ouest de Timâssanîn.
+
+Cette grande vallée, couverte d’arbres dans toutes ses lignes de bas-
+fonds, fait un contraste très-remarquable entre l’aspect monotone des
+plateaux du Nord et de ceux du Sud.
+
+Elle pourrait être facilement transformée en une série d’oasis, avec des
+eaux courantes, si les forages artésiens y réussissent, ainsi que tout
+l’indique. Dans tous les cas, avec des puits ordinaires, on y aurait
+l’eau à peu de profondeur, surtout dans les lits des principaux ouâdi.
+
+Je reviens à mon itinéraire.
+
+Les rhedîr de Sâghen ne sont ordinairement pleins qu’après les grandes
+pluies, mais à environ un mètre du sol on trouve toujours l’eau
+nécessaire à tous les besoins.
+
+Au milieu des alluvions qui entourent les rhedîr, on remarque des
+laves[41] noires, poreuses et légères, charriées, du sommet de l’Adrâr,
+point le plus élevé du Tasîli, par les eaux de débordement de l’Ouâdi-
+Tikhâmmalt.
+
+Les Touâreg trempent quelquefois ces laves dans l’huile, qu’elles
+absorbent comme le ferait une éponge ; après quoi ils y mettent le feu ;
+l’huile brûle. Ce fait mal expliqué a fait croire à l’existence de la
+houille dans les montagnes des Touâreg. Lorsqu’on leur demandait :
+« Avez-vous dans votre pays des pierres noires qui brûlent ? » ils
+répondaient : « Oui, nous en avons, » mais sans ajouter : « Nous les
+imprégnons d’huile pour qu’elles puissent brûler. »
+
+Déjà M. Isma’yl-Boû-Derba avait trouvé dans l’Ouâdi-Igharghar, mais
+provenant du Ahaggâr, des laves de même nature.
+
+Ces deux constatations, confirmatives d’autres indications données par
+les Touâreg, ne laissent aucun doute sur la formation volcanique des
+points culminants du Ahaggâr et du Tasîli.
+
+Plus loin, j’aurai l’occasion de constater la présence de pierres de
+même nature dans le Djebel-es-Sôda (la montagne noire) que j’ai pu
+étudier avec plus de soin, mon itinéraire traversant ce massif de
+montagnes.
+
+Le fond du sol de Sâghen est un composé de sables et d’argile apportés
+par les eaux d’inondations ; dans les sables, on trouve une grande
+quantité de mica. Les pierres roulées par les eaux sont des grès ou des
+détritus de roches plus grossières, formés de grains de quartz
+agglomérés.
+
+De Sâghen à Tâdjenoût, la route suit la vallée de l’Ouâdi-Tikhâmmalt,
+tantôt sur une rive, tantôt sur une autre. En remontant le lit de cette
+rivière, on remarque sur le sol des affleurements d’un grès grisâtre,
+noirci à la surface.
+
+A Tâdjenoût, pour la première fois depuis mon départ de Ghadâmès, je
+rencontre des sources d’eau vive et je dois faire observer que, des
+puits de Timelloûlen jusqu’à Tâdjenoût, sur un parcours de 310
+kilomètres, l’eau ne se trouve qu’accidentellement dans les rhedîr ; ce
+qui rend cette route difficile en dehors des années de grandes pluies.
+
+La route orientale, celle des caravanes, est plus riche en eau, car en
+tout temps on est certain d’en trouver dans les puits sur six points
+différents.
+
+De Ghadâmès à Tâdjenoût, mon itinéraire avait suivi une direction
+générale Nord et Sud. Tout à coup, il tourne à l’Est et longe le versant
+Nord du Tasîli jusqu’à l’Ouâdi-Izêkra.
+
+Entre Tâdjenoût et l’Ouâdi-Izêkra, la distance est de 46 kilomètres. Au
+Nord de la route, le terrain conserve les caractères généraux de la
+plaine des Igharghâren ; au Sud, apparaissent en affleurements les grès
+siliceux, fins, très-durs, gris jaunâtres du Tasîli[42].
+
+Au point où l’Ouâdi-Izêkra sort du Tasîli pour déboucher dans la plaine,
+le sol est recouvert par une couche de sable, en mélange avec de la
+terre végétale.
+
+Il n’y a d’eau dans cette rivière qu’après les grandes pluies. En temps
+ordinaire il faut aller s’abreuver au puits d’In-Hemoûl, à 4 kilomètres
+en aval dans le lit de l’ouâdi.
+
+De l’Ouâdi-Izêkra à l’Ouâdi-Târat (30 kilomètres), la route continue,
+comme la précédente, à suivre le pied du Tasîli en conservant les mêmes
+caractères.
+
+La vallée de Târat forme une large coupure dans la montagne ; à l’Est et
+à l’Ouest, elle est bordée de pics de grès noir. La largeur de l’ouâdi
+est de 800 mètres environ ; la hauteur des berges est de 90 à 100
+mètres. Cette sorte de col porte le nom d’_Aghelâd_ (passage).
+
+Dans l’Est, sur la rive droite de l’ouâdi, apparaît le haut pic de
+Mârhet, qui domine le niveau moyen du plateau du Tasîli dans lequel on
+va entrer. Dans le bas de la vallée, est une ligne de hautes dunes de
+sables qui se prolongent dans l’Est jusqu’à Tânit-Mellet.
+
+Sur la rive gauche de Târat, on trouve un énorme tamarix appelé Azhel-
+en-Bangou.
+
+Près de ce point, dans le fond de la vallée, je remarque des grès
+ferrugineux sensibles à l’aimant[43], pierres détachées provenant de la
+partie supérieure de l’ouâdi. Plusieurs de ces pierres me paraissent
+avoir été soumises à l’action du feu ; j’en demande l’explication aux
+Touâreg qui me répondent avoir l’habitude de les faire rougir et de les
+jeter ensuite dans le lait afin d’en assurer la conservation.
+
+Sans s’en douter, les Touâreg préparent ainsi un lait ferrugineux et
+devancent, sous ce rapport, les peuples civilisés qui, jusqu’à ce jour,
+se sont bornés à l’usage de l’eau ferrugineuse.
+
+
+ E. — _Tasîli des Azdjer._
+
+
+Le Tasîli du Nord ou des Azdjer, dont il est ici question, est un
+immense gradin de 500 kilomètres de longueur et de 130 kilomètres de
+largeur moyenne, orienté du Sud-Est au Nord-Ouest, et dont le point le
+plus élevé porte le nom d’Adrâr.
+
+Ce plateau, à l’exception des vallées, est complétement dénudé ; on n’y
+trouve pas même d’herbe.
+
+A partir de Târat, pendant l’ascension, ma boussole perd momentanément
+sa direction vers le Nord. Ne pouvant attribuer cet affolement aux grès
+ferrugineux d’Azhel-en-Bangou, j’interroge les Touâreg sur l’importance
+et l’étendue des gisements de fer dans leurs montagnes, et j’apprends
+que je devais en trouver sur plusieurs points de mon itinéraire jusqu’à
+Rhât.
+
+Le ravin de l’Ouâdi-Alloûn me conduit sur les hauteurs du Tasîli.
+
+Les berges de cet ouâdi constituent de chaque côté des murailles de
+grès, noircis à la surface, dont la hauteur augmente à mesure qu’on
+monte.
+
+L’assise inférieure de ces murailles présente, au niveau du lit, un
+sable jaune grisâtre, légèrement concret[44], au milieu duquel je trouve
+des veines spathtiques[45] qui se prolongent en affleurements dans le
+lit. La masse, jusqu’au sommet de la berge, est un grès siliceux[46],
+compact, très-dur, dont la couleur varie suivant les minéraux dont il
+est imprégné.
+
+Sur la rive droite de l’Ouâdi-Alloûn, au fond d’un ravin affluent,
+jaillit la source de Ahêr, dans un bassin à fleur de sol, d’un mètre
+carré à peu près, mais dont le réservoir est couvert par un rocher sous
+lequel résonne l’écho quand on plonge les seaux dans la source.
+
+Sa température est de 19° 8, celle de l’air étant de 26°.
+
+Le sol, autour de la source, porte des traces de dépôts salins.
+
+Les rochers des environs forment des blocs anguleux détachés, des
+grottes ou abris sous lesquels vivent des pigeons et autres oiseaux.
+
+Dans une de ces grottes, et sur un des rochers voisins, je trouve douze
+inscriptions en langue temâhaq que je copie.
+
+A la sortie du ravin par lequel la source d’Ahêr débouche dans le lit de
+l’Ouâdi-Alloûn, je rencontre, sur la route, des traces de constructions
+régulières dont je lève le plan et qui me paraissent appartenir à la
+civilisation berbère. Les Touâreg, que j’interroge sur l’origine de ces
+constructions, me disent que ce sont les tombeaux des gens d’autrefois
+qu’on appelait _Jabbâren_ ou géants. Il existe dans le pays un certain
+nombre de ces tombeaux.
+
+Après le ravin desséché de l’Ouâdi-Alloûn, le plateau est hérissé de
+rocs énormes, séparés les uns des autres par de grandes crevasses. Ces
+rocs ont souvent une forme curieuse qui rappelle les pierres levées des
+anciens Druides ; mais, ici, l’origine de ces pierres étranges est toute
+géologique.
+
+Ce sont d’immenses blocs aplatis[47] dans leur partie supérieure et
+tenus en équilibre sur une base étroite comme le pied d’une coupe, mais
+assez haute pour qu’un cheval et son cavalier puissent circuler sous le
+plateau supérieur. (Voir page 35.)
+
+Ces formations bizarres sont dues à l’action des eaux diluviennes qui,
+en respectant la partie supérieure et la plus dure de la roche, ont
+rongé la partie la plus tendre du piédestal.
+
+Le point du plateau qui supporte ces témoins géologiques, en nombre
+assez considérable, s’appelle Takarâhet. Plus loin, dans l’Est, le même
+plateau prend le nom significatif de Teroûrit (le dos), parce qu’il
+devient le point de partage des eaux qui se rendent du côté de l’Ouest
+dans le bassin de l’Igharghar, et dans l’Est, vers Tîterhsîn, d’où elles
+vont se perdre dans le bassin des dunes d’Edeyen.
+
+Entre Takarâhet et Teroûrit, la route traverse successivement trois
+basses dépressions : celle de l’Ouâdi-Tîn-Array, de l’Ouâdi-Tîn-Têrdja,
+de Tîn-Tâkelît, qui portent les eaux du plateau aux sables de Tânit-
+Mellet, d’où elles vont rejoindre l’Ouâdi-Târat.
+
+Les rochers nus qui séparent ces trois dépressions sont tellement
+hérissés et distribués sans ordre, qu’un excellent guide est nécessaire
+pour ne pas perdre la route. Ces rochers sont toujours de grès siliceux,
+dur, compact, noir à la surface, gris cendré à l’intérieur[48].
+
+Après de nombreux détours au milieu de ces rochers, le chemin atteint la
+tête de l’Ouâdi-In-Ezzân, affluent du bassin de Tîterhsîn.
+
+Le ravin assez large de cet ouâdi est bordé de chaque côté de hautes
+murailles formées de deux assises bien distinctes : la supérieure,
+composée d’un grès-quartzite[49], compact, blanchâtre à l’intérieur,
+avec coloration brune ferrugineuse à la surface ; l’inférieure, composée
+d’un grès grossier, siliceux, de couleur jaune sale[50].
+
+Ce ravin conduit directement à Titerhsîn. Dans sa partie haute, il porte
+le nom d’In-Akhkh ; dans sa partie basse, celui de Timsennanîn.
+
+Au confluent de l’Ouâdi-Tiferghasîn dans Timsennanîn, je trouve une
+pierre roulée[51], noire, à grain très-fin, lourde, qui, à l’examen, a
+été reconnue être du fer oligiste de la plus grande richesse.
+
+Timsennanîn est séparé du bas de la vallée par une dépression du nom de
+Takhôba, au delà de laquelle on entre sur un terrain plus élevé, couvert
+de blocs de grès de formes accidentées ; après quoi on descend par une
+pente insensible dans le fond de la vallée.
+
+Sur la rive gauche de l’ouâdi, à peu de distance de la route, est une
+petite ligne de sable, encore appelée Azekka-n-Bôdelkha, dernier vestige
+d’une chaîne de dunes dont j’ai déjà parlé (voir page 42) et qui tend à
+se reconstituer.
+
+La vallée de Tîterhsîn, à fond alluvionnaire, est à l’extrémité
+orientale du Tasîli ce que la vallée des Igharghâren est à son versant
+Nord, c’est-à-dire le réceptacle des eaux pluviales qui, avec celles
+venant de l’Ouest de la plaine de Tâyta, vont se perdre dans les dunes
+d’Edeyen. Avant l’obstacle apporté par les sables, toutes ces eaux se
+réunissaient à celles des Igharghâren pour aller grossir l’Igharghar.
+Elles doivent s’y rendre encore, mais souterrainement.
+
+La vallée de Tîterhsîn cesse d’avoir un bassin tracé à partir de sa
+sortie des montagnes ; de là jusqu’aux dunes, elle offre l’aspect d’une
+vaste plaine de sable.
+
+Malgré le rôle hydraulique qu’elle joue, on n’y trouve de puits qu’à
+Tâdjenoût, au pied des dunes et à Tarz-Oûlli, dans la vallée. Ce dernier
+est comblé. Après les grandes pluies, il est vrai, il existe dans le lit
+de la rivière un endroit appelé Amezzien, où l’eau s’accumule et forme
+un rhedîr qui persiste pendant deux ans.
+
+En tout temps, les sources de Tihôbar, dans l’Ouâdi-Taouezzak, affluent
+de Tîterhsîn, suffisent aux besoins des voyageurs.
+
+Près de ces sources sont des cultures de blé.
+
+Sur les rives desséchées du rhedîr d’Amezzien, je trouve des coquilles
+d’eau stagnante, mortes depuis longtemps, et qui ont été reconnues par
+M. Deshayes pour être la _physa contorta_ (Michaud) et la _bithinia
+dupotetiana_ (Forbes).
+
+
+ F. — _Vallée d’Ouarâret._
+
+
+Cette vallée porte communément et indistinctement les deux noms
+d’Ouarâret et d’Aghelâd.
+
+Ouarâret est le nom particulier du principal ouâdi de la vallée.
+
+_Aghelâd_ signifie _passage_. En effet, la vallée est un vaste couloir
+entre le Tasîli et l’Idînen, par lequel passe la grande route de
+Ghadâmès à Rhât.
+
+A 7 kilomètres de Tarz-Oûllî, on remarque sur le rebord rocheux du
+Tasîli le mont Têlout, entièrement isolé aujourd’hui, mais dont la
+constitution est tout à fait semblable à celle du Tasîli dont il semble
+détaché.
+
+A quelques kilomètres, à gauche, en entrant dans la vallée, au sortir de
+Tîterhsîn, on aperçoit un petit plateau allant de l’Ouest à l’Est, du
+nom de Tizoûl (même racine que _tazôli_, fer). La couleur de la roche me
+paraît, de loin, noirâtre avec des nuances jaunes. Je ne tarde pas à
+être fixé sur la nature de sa formation.
+
+En effet, à 20 kilomètres de Tarz-Oûllî, je trouve les puits artésiens
+d’Ihanâren, nouvellement curés, et, autour de ces puits, provenant des
+déblais, des dépôts de sables ocreux, contenant des débris végétaux,
+mais surtout remarquables par la quantité de fer qu’ils renferment[52].
+
+Ces puits, au nombre d’une dizaine environ, ont été creusés à la façon
+de ceux de l’Ouâd-Rîgh et, comme eux, donnent des eaux jaillissantes
+servant à l’irrigation des terres voisines, au moyen de canaux et de
+réservoirs en maçonnerie.
+
+Le 12 mars 1861, jour où je rencontrai ces puits, la température des
+eaux était de 24° 4 au fond des bassins, celle de l’air extérieur étant
+de 8°. Je dois ajouter que les outres contenant nos provisions d’eau
+avaient gelé dans la nuit du 11 au 12 et dans les deux précédentes.
+
+La profondeur moyenne des puits est de 1m 50 à 2 mètres environ. Leurs
+orifices sont entourés de branchages pour éviter que les animaux y
+puissent tomber ; c’est pourquoi, sans doute, les déblais provenant du
+curage contiennent des matières végétales.
+
+La vallée qui conduit à Rhât a 44 kilomètres de longueur, sur une
+largeur moyenne de 7. Sa direction générale est Nord et Sud.
+
+Dans la vallée est une source, celle de Tinoûhaouen, appartenant à une
+dame de Rhât et exploitée pour l’irrigation.
+
+Cette source, connue des anciens Touâreg, avait depuis longtemps disparu
+sous des masses de sables ; on l’avait déblayée en 1858.
+
+Le sol de cette vallée, là où il n’est pas recouvert par des sables, est
+composé d’argiles roses, micacées, tantôt terreuses[53], tantôt
+schisteuses[54], qui se montrent sous forme de veines.
+
+Les parties les plus basses de ces veines sont sillonnées
+d’affleurements d’alun qu’on exploite[55].
+
+Sous les grès quartzites des berges de la vallée, sont des grès
+micacés[56], rougeâtres, très-fins et très-compacts, lamellés, se
+détachant en couches de 8 à 9 millimètres d’épaisseur.
+
+Le mont Idînen, qui marque le côté oriental de la vallée d’Ouarâret, est
+réputé par les indigènes être le séjour mystérieux d’esprits
+surnaturels, _Idînen_, d’où lui est venu son nom.
+
+La forme d’Idînen est celle d’un fer à cheval, du centre duquel part un
+ravin aboutissant au Tanezzoûft. M. le docteur Barth, qui a visité ce
+mont, s’exprime ainsi sur sa nature : « J’atteignis enfin la crête qui
+s’élève semblable à une muraille au sommet de la côte. Je constatai que
+ce massif se composait généralement de couches horizontales de marne
+reposant sur un lit de pierres calcaires ; sur le versant, je découvris
+un vaste chaos de blocs de rochers tombés du haut de la montagne. »
+
+Rhât est adossée à une chaîne de collines peu importantes qui portent le
+nom de Koukkoûmen.
+
+Autour de Rhât, on retrouve la terre végétale des oasis, légèrement
+sablonneuse et arrosée par de nombreuses sources qui sourdent de tous
+les points.
+
+
+ IIIe SECTION.
+
+ DE TÎTERHSÎN A ZOUÎLA.
+
+
+Cet itinéraire géologique comprendra les divisions suivantes :
+
+
+_A._ — Passage de l’Akâkoûs, entre Tîterhsîn et Serdélès ;
+
+_B._ — Désert de Tâyta, entre Serdélès et Oubâri ;
+
+_C._ — Parcours de l’Ouâdi-Lajâl, entre Oubâri et le plateau de
+Mourzouk ;
+
+_D._ — Dunes d’Edeyen ;
+
+_E._ — Hamâda de Mourzouk ;
+
+_F._ — Dépression d’El-Hofra ;
+
+_G._ — Cherguîya ;
+
+_H._ — Massif du Hâroûdj.
+
+
+ A. — _De Tîterhsîn à Serdélès._
+
+
+La distance entre ces deux points est de 80 kilomètres.
+
+Jusqu’à l’Ouâdi-Tanezzoûft, qui vient de Rhât et dont la vallée sépare
+le plateau d’Idînen de la chaîne de l’Akâkoûs, la route ne traverse
+guère que des sables et quelques petits plateaux pierreux entre des
+dunes de sables.
+
+A Amarhîdet, je retrouve les argiles schisteuses[57] de la vallée
+d’Ouarâret, avec des colorations qui varient du rouge lie de vin au
+blanc pur en passant par les nuances intermédiaires du violet, du rose
+et du jaune, suivant les diverses stratifications.
+
+Au delà du Tanezzoûft est le passage de l’Akâkoûs, d’abord par un
+plateau inégal, ensuite par un dédale de collines, de pitons et de
+ravins successivement échelonnés dans le plus grand désordre.
+
+Sur un parcours de 4 kilomètres, la roche est nue, sans végétation et
+composée d’un grès fin, micacé, de couleur rosée, stratifié, très-
+solide[58].
+
+La chaîne de l’Akâkoûs est tellement abrupte, dressée en forme de
+muraille, que c’est à peine si, une fois en dix années, il se rencontre
+parmi les Touâreg un homme assez adroit pour pouvoir en opérer
+l’ascension, par un unique escalier très-étroit, Abarqa-wân-dârren
+(chemin des piétons), et qui va chaque jour en se dégradant. On cite
+dans le pays les rares individus qui ont gravi ce rempart de roches
+dénudées, dont les pointes, dressées vers le ciel, présentent l’aspect
+le plus bizarre.
+
+Le versant méridional de la montagne conduit, par une pente insensible,
+à Serdélès.
+
+Ce point, que les Arabes appellent aussi El-’Aouïnât, est certainement
+l’un des plus remarquables du Sahara.
+
+Si l’artiste peut, dans un seul coup d’œil, embrasser trois des grandes
+horreurs de la nature : le squelette dénudé de la chaîne de l’Akâkoûs,
+le désert de Tâyta, les dunes d’Edeyen ; si l’archéologue trouve dans
+les ruines du château d’Aghrem matière à exercer sa sagacité ; si
+l’attention du botaniste est appelée par un arbre gigantesque, l’_acacia
+albida_ de Delille, unique de son espèce dans tout le pays d’Azdjer,
+celle du géologue est bien plus surexcitée encore par la constatation
+d’une série de faits, tous nouveaux pour lui.
+
+D’abord, il est au point de partage des eaux entre le bassin de la
+Méditerranée et celui de l’Océan ; ensuite, au lieu d’une nature aride,
+sans eaux, comme celle des contrées environnantes, il trouve dans
+l’enceinte du château une source remarquable par son volume et, à côté,
+deux puits artésiens, alimentant de leur jet continu divers bassins
+aménagés pour l’irrigation des terres ; enfin, il est là sur le terrain
+le plus ancien connu sur tout le continent africain, le terrain
+dévonien, immédiatement inférieur aux dépôts houillers, et ce terrain
+apparaît dans des conditions qui ne laissent aucun doute sur son
+identification.
+
+M. de Verneuil, celui de nos professeurs le plus versé dans l’étude des
+terrains anciens, a bien voulu déterminer la nature des échantillons de
+roches que j’ai rapportés de cette contrée. Voici textuellement les
+notes qu’il a bien voulu rédiger à ce sujet.
+
+« Il y a dans les échantillons de grès argileux de Serdélès soumis à mon
+observation deux espèces de coquilles fossiles reconnaissables : un
+_spirifer_ et le _chonotes crenulata_.
+
+« La plus abondante des deux espèces est un _spirifer_ strié, à sillon
+lisse, appartenant au groupe des _ostiolati_ de de Buch. C’est peut-être
+même le _spirifer ostiolatus_ (Schlotheim) qu’on réunit aujourd’hui
+généralement au _spirifer lævicosta_ (Valencienne).
+
+« Il y en a deux variétés, l’une plus courte, l’autre plus transverse.
+Ces deux variétés s’observent dans le _spirifer lævicosta_ tel que l’a
+figuré M. Schur. (_Brachiopoden von der Eifel_, pl. 32 _bis_, fig. 3
+a-h.)
+
+« Un des échantillons de Serdélès représente un _area_ assez élevé qui
+pourrait le rapprocher du _spirifer subcuspidatus_ (Schnur) de
+l’_Eifel_.
+
+« Enfin on peut aussi comparer cette espèce au _spirifer medialis_
+(Hall), qui est abondant dans le _Hamilton Group_ ou terrain dévonien de
+l’État de New-York.
+
+« Quelle que soit l’espèce à laquelle on rattache le _spirifer_ de
+Serdélès, c’est toujours avec une espèce caractéristique du terrain
+dévonien qu’il sera identifié, et c’est là le point capital.
+
+« L’autre brachiopode que je distingue dans les deux échantillons qui
+m’ont été soumis est le _chonotes crenulata_ (Römer). C’est une coquille
+exclusivement dévonienne et caractéristique surtout de l’étage moyen
+ainsi que la précédente. Elle a beaucoup de ressemblance avec le
+_chonotes striatella_ du système silurien, mais elle a l’_area_ un peu
+moins développé et sa plus grande largeur est au milieu des deux valves,
+ce qui lui donne une forme légèrement arrondie.
+
+« Le terrain dévonien est aujourd’hui connu dans le Nord de l’Afrique
+sur trois points :
+
+« 1o Dans le Maroc, où il a été découvert et décrit par M. Coquand,
+professeur à Marseille (voir le _Bulletin de la Société géologique_,
+vol. IV, page 1204) ;
+
+« 2o Dans le Fezzân, où le docteur Overweg l’a trouvé en traversant
+l’Amsâk à 80 kilomètres environ à l’Est de Serdélès (voir _Zeitschrift
+der deutschen geologischen Gesellschaft_, IV Band. — Berlin, 1852) ;
+
+« 3o Enfin, à Serdélès, d’où proviennent les deux échantillons soumis à
+mon examen par M. Henry Duveyrier[59].
+
+« Dans le Sud de l’Afrique, ce même terrain dévonien se représente près
+du cap de Bonne-Espérance, dans la montagne de la Table.
+
+« Le terrain silurien et le terrain carbonifère, le premier au-dessous,
+le second au-dessus du dévonien, n’ont pas encore été signalés en
+Afrique, que je sache au moins.
+
+« Cependant, au Maroc, M. Coquand croit pouvoir rapporter au terrain
+silurien les calcaires à _bronteus_ et à _orthoceras_ qui sont au-
+dessous des grès dévoniens. (Voir le _Bulletin_, vol. IV. p. 1204.)
+
+« Des grès argileux, assez semblables à ceux de Serdélès, se trouvent
+aussi à Almaden, en Espagne, dans le terrain dévonien. Ils abondent
+également en moules de _spirifer_ dont quelques-uns sont voisins de
+l’espèce que nous venons de mentionner. »
+
+Les échantillons soumis à l’examen de M. de Verneuil figurent dans ma
+collection sous les nos 37 et 38. Ils proviennent d’une roche près du
+château.
+
+La même localité me fournit encore un grès ferrugineux[60] présentant
+quelques traces de coquilles indéterminables paraissant se rapporter aux
+grès précédents.
+
+Mais, chose curieuse, près de la source, je retrouve le calcaire
+crétacé[61], jaunâtre, avec _inocerames_ et bivalves, du plateau sur
+lequel est bâti Ghadâmès.
+
+La source du château sort d’un bassin de 3 à 4 mètres de long, sur 1
+mètre 50 de large. De là, les eaux s’écoulent, par un canal profond
+creusé dans la butte sur laquelle est bâti le château, pour aller
+arroser des cultures de céréales dans les environs.
+
+A Serdélès, pour atteindre la nappe d’eau jaillissante, il faut creuser
+à la profondeur de trois hauteurs d’homme ; mais, disent les habitants,
+pour y arriver on a à percer une couche de roche très-dure, difficulté
+devant laquelle on recule pour augmenter le nombre des puits. D’ailleurs
+à quoi bon ? La nature du sol environnant, imprégné d’alun et de sel,
+n’est pas favorable à la culture, et son infertilité ne sollicite pas à
+entreprendre des travaux pénibles pour le féconder.
+
+L’eau de la source, comme celle des puits, est excellente. L’une et
+l’autre sont employées aux irrigations. Les puits son particulièrement
+affectés à l’arrosage des palmiers.
+
+A 4 kilomètres au Nord-Ouest, avant d’arriver au château de Serdélès, on
+trouve la source de l’alun, _Tîn-Azârif_, près de laquelle, en effet, de
+beaux affleurements d’alun blanc[62] me permettent d’en faire provision.
+
+
+ B. — _Désert de Tâyta._
+
+
+Dès la sortie du bassin de l’Ouâdi-Serdélès, on entre sur un terrain
+plus élevé, à gradins successifs, le tout de la plus grande aridité et
+recouvert de grès noirâtres. Bientôt on atteint une plaine unie, de
+gravier solide ; c’est le commencement du désert de Tâyta qui présente
+une formation géologique nouvelle ; ici, de grandes parties calcaires
+qui m’ont paru dolomitiques, sur et dans une pâte de grès avec laquelle
+elles forment corps ; là, des pierres détachées, d’un calcaire gris
+compact à grain très-fin[63] ; ailleurs, des rognons d’un conglomérat
+composé de grains quartzeux blancs réunis par une pâte rouge
+complétement siliceuse[64] ; à droite, du gravier pur ; à gauche, une
+terre rougeâtre tendre, avec ou sans gravier ; enfin, une roche composée
+de divers éléments : dolomies, quartz, silex, agglomérés ou plutôt
+fondus les uns dans les autres.
+
+Le désert de Tâyta occupe l’espace compris entre les chaînes de
+l’Akâkoûs et de l’Amsâk, les oasis de l’Ouâdi-Lajâl, les dunes d’Edeyen
+et la plaine des Igharghâren.
+
+Sur toute son étendue la végétation est nulle.
+
+Sa largeur, entre l’Akâkoûs et l’Amsâk, c’est-à-dire de l’Ouest à l’Est,
+est de 65 kilomètres, et sa longueur, du Nord au Sud, est de 160.
+
+Ma route coupe ce désert dans sa plus grande largeur, en me rapprochant
+du coude de l’Amsâk et en m’éloignant des dunes d’Edeyen.
+
+J’aperçois de loin, dans le Sud-Est, la coupure de l’Amsâk, que M. le
+docteur Barth a traversée pour passer de l’Ouâdi-Aberdjoûch dans le
+désert de Tâyta. Elle est appelée _Aghelâd_ par les Arabes et _Alfao_
+par les Touâreg[65].
+
+« Des deux côtés de l’étroit passage, dit le célèbre voyageur,
+s’élevaient à une hauteur de cent pieds, des murailles de rochers à pic,
+composées d’énormes couches de marne et de grès, qui se rapprochaient
+quelquefois au point de ne plus laisser entre elles qu’un espace de six
+pieds. »
+
+A sa sortie du défilé, M. le docteur Barth a trouvé le sol du désert
+aride, couvert de grès et de pierres calcaires.
+
+Sous le même méridien, à 33 kilomètres dans le Nord, le sol se présenta
+à moi sous forme d’une terre rougeâtre et tendre, mais toujours
+recouvert de graviers et de pierres.
+
+Plus on se rapproche de l’Amsâk, plus le plateau, tout en conservant ses
+caractères généraux, est jonché de pierres détachées, de grès ordinaire.
+
+Au pied d’un des nombreux caps de l’Amsâk, apparaît une profonde
+caverne, avec une ouverture assez large pour donner passage à un
+chameau ; cette caverne est une ancienne carrière de pierres meulières,
+appelée _Ouiderêren_ (les meules).
+
+Sur un autre point, nommé Tîn-Aboûnda, surgissent des affleurements de
+calcaire blanc détérioré.
+
+Avant l’arrivée à Tîn-Aboûnda, le désert perd son aspect désolé : à un
+sol nu, aride, sans végétation, sans eau, succède une forêt de gommiers,
+celle dite d’Oubâri, qui sépare le désert de Tâyta des nombreuses oasis
+de l’Ouâdi-Lajâl.
+
+Deux puits, celui d’Essâniet et d’In-Tafarat, peu éloignés l’un de
+l’autre, témoignent aussi que la nature du sol a changé.
+
+Le puits d’In-Tafarat, d’une profondeur de 4m 50, est creusé dans une
+terre ocreuse.
+
+La pente générale du désert de Tâyta est du Sud-Est au Nord-Ouest.
+Toutes les eaux des versants de l’Amsâk, après avoir traversé la plaine
+de Tâyta dans des dépressions à peine marquées, vont se perdre dans les
+dunes d’Edeyen.
+
+Le plateau sur lequel s’élève la forêt de gommiers est le point de
+partage des eaux entre le bassin de Tâyta et celui de l’Ouâdi-Lajâl.
+
+
+ C. — _Ouâdi-Lajâl._
+
+
+On donne le nom commun d’Ouâdi-Lajâl à une vallée de 190 kilomètres de
+longueur dans sa partie habitée et cultivée, et d’une largeur moyenne de
+8 kilomètres.
+
+Cette longue vallée, dont la direction et la pente générale sont de
+l’Ouest à l’Est, est bornée au Nord par le bourrelet méridional des
+dunes d’Edeyen et au Sud par la prolongation de la chaîne de l’Amsâk.
+
+Au Nord, les dunes forment une ligne à peu près droite, tandis qu’au Sud
+la chaîne de l’Amsâk offre de nombreux caps et de nombreux golfes,
+sortants et rentrants, qui découpent inégalement ce côté de l’ouâdi.
+
+La partie Ouest de cette vallée porte le nom de Ouâdi-el-Gharbi (vallée
+de l’Ouest) ; la partie Est, celui de Ouâdi-ech-Chergui (vallée de
+l’Est) ; elles sont séparées l’une de l’autre par deux promontoires :
+l’un de dunes, du côté du Nord ; l’autre de rochers, du côté du Sud.
+Mais géologiquement, ces deux vallées n’en font qu’une ; car elles ont
+la même pente à l’Est, la même nature d’eau et de sol.
+
+Le sol, à la superficie, est un terrain de _heycha_, c’est-à-dire une
+terre alluvionnaire, légère, saturée de sel et boursouflée par l’action
+combinée des eaux et de la chaleur.
+
+Ce terrain de heycha, on le retrouvera, plus au Sud, dans l’Ouâdi-’Otba,
+dans la Hofra ou dépression de Mourzouk, et dans la Cherguîya, autour de
+Zouîla.
+
+Cette nature de terrain est aussi celle des oasis septentrionales du
+Nefzâoua, d’El-Faïdh, de l’Ouâd-Rîgh, du bassin de Ouarglâ et même du
+Touât.
+
+Le sous-sol est un terrain d’alluvion jaunâtre, calcaire, mélangé de
+petits grains quartzeux très-roulés[66].
+
+Dans cette grande vallée de l’Ouâdi-Lajâl, il n’y a pas de lit de
+rivière proprement dit ; mais, sur toute l’étendue de la vallée, on
+trouve, à une profondeur moyenne de 3m 60, une couche aquifère dont
+l’eau est amenée à la surface du sol au moyen de puits et d’appareils
+en charpente qui ne sont pas sans quelque analogie avec ceux usités
+en Égypte pour l’arrosage des terres. J’en donne un dessin ci-contre.
+
+Toute la vallée est couverte de villages et de forêts de palmiers, à
+l’ombre desquels on cultive des plantes maraîchères et des arbres à
+fruits de diverses espèces.
+
+J’ai à signaler comme dérogeant à l’uniformité générale de la vallée les
+objets suivants :
+
+1o Une carrière d’argile à poterie, encore exploitée aujourd’hui, au
+pied du Djebel-Tîndé, l’un des caps de l’Amsâk qui dominent Oubâri ;
+
+2o A Djerma, les grandes pierres de taille du monument romain, extraites
+des carrières de l’Amsâk, en grès rose, analogue à ceux des édifices de
+l’ancienne Égypte ;
+
+3o Une mine de sel, de qualité inférieure à cause de son mélange avec
+une terre rousse, et située au milieu de l’Ouâdi-El-Gharbi, entre la
+chaîne de l’Amsâk et les dunes ;
+
+Un système de puits à galeries, _fogârât_, creusé sur le flanc du
+versant Sud de l’Amsâk dans un golfe vis-à-vis l’ancienne Garama.
+
+Me trouvant à Djerma, je ne pus m’empêcher de penser aux émeraudes
+garamantiques jadis si célèbres à Rome. Sur les lieux, on ne m’a donné
+que des renseignements négatifs ; mais les Arabes nomades de l’Ouâdi-
+ech-Chiati, à 120 kilomètres au Nord de Djerma, m’assurèrent que l’on
+trouvait chez eux de ces émeraudes enchâssées dans des bagues provenant
+des fouilles des anciens tombeaux. D’autre part, on sait que des
+émeraudes ont été découvertes dans le Touât, qui devait être compris
+dans le pays des Garamantes, dont la domination s’étendait dans l’Ouest
+jusqu’à l’oasis du Tafilelt, l’ancienne Sedjelmâssa. Il est donc
+possible que les émeraudes de l’antiquité aient été trouvées ailleurs
+qu’aux environs de Djerma.
+
+Le nombre des villages de l’Ouâdi-El-Gharbi est de onze, savoir :
+
+Oubâri, Ghoreyfa, Touech, Djerma, Teouîoua, Berêg, El-Fogâr, Tekertîba,
+El-Kharâig, Garâgara, El-Fejîj.
+
+Je ne puis indiquer ceux de l’Ouâdi-Ech-Chergui, n’ayant pas visité
+cette partie de la vallée.
+
+Pl. IV. Page 68. Fig. 9.
+
+[Illustration : APPAREIL A ÉLEVER L’EAU DANS LES OASIS DU FEZZÂN.
+
+D’après un dessin de M. H. Duveyrier.]
+
+
+ D. — _Dunes d’Édeyen._
+
+
+_Edeyen_, en langue temâhaq, signifie _dunes_. Je donne ce nom à toute
+une région de sables, courant de l’Ouest à l’Est, que j’ai traversée
+entre les plateaux de Tînghert et d’Eguélé, puis longée dans la
+traversée du désert de Tâyta, et que je retrouve au Nord de l’Ouâdi-el-
+Gharbi en visitant les lacs de Gabráoûn et de Mandara. M. le docteur
+Barth l’a parcourue dans sa plus grande largeur entre l’Ouâdi-ech-Chiati
+et l’Ouâdi-el-Gharbi, en se rendant directement de Tripoli à Mourzouk.
+
+La longueur de cette zone de sables, de l’Est à l’Ouest, est de 800
+kilomètres environ.
+
+Sa largeur moyenne est de 80.
+
+Dans mon itinéraire géologique de Ghadâmès à Rhât, j’ai indiqué la
+nature de cette zone entre Ohânet et Abrîha.
+
+Un itinéraire de Ghadâmès à Rhât, recueilli par renseignements, me donne
+sa largeur entre Tâghma et Tidjedakkannin, avec un puits au milieu,
+celui d’El-Mîsla.
+
+J’extrais de l’itinéraire du docteur Barth, entre l’Ouâdi-ech-Chiati et
+l’Ouâdi-el-Gharbi, les renseignements suivants :
+
+« Notre route, extrêmement pénible, nous conduisit presque sans cesse
+entre de hautes et roides collines de sable. Il s’élevait encore dans
+certains endroits des groupes de palmiers. Le plus important est
+l’Ouâdi-ech-Chiouch, enseveli entre deux hautes dunes de sable blanc
+mouvant.
+
+« Dans notre seconde journée de marche, les collines de sable étaient si
+escarpées qu’il nous fallait, de nos mains, en aplanir les côtés pour
+que nos chameaux pussent y avoir pied ; l’un de nos chameliers me dit
+que cette zone de sable s’étendait, du Sud-Ouest au Nord-Est, depuis
+Douessa jusqu’à Foukka. »
+
+J’ignore quelle est la position de Douessa, mais je connais celle de
+Fogha, à l’Est de ma route de retour par Sôkna, et je crois devoir ne
+pas prolonger jusque-là la zone de ces dunes, bien qu’en effet les
+sables s’y montrent encore, mais non plus sous la forme de dunes
+compactes et pressées les unes sur les autres.
+
+« Notre troisième journée de marche, ajoute M. le docteur Barth,
+continua à travers des collines de sable. Après avoir traversé l’Ouâdi-
+Djemmal, nous arrivâmes à la pente la plus escarpée de ce désert de
+sable.
+
+« Nous campâmes dans l’Ouâdi-Tiguidéfa, près de deux palmiers plantés
+l’un à côté de l’autre et d’une source abondamment pourvue de fort bonne
+eau.
+
+« Après douze heures de marche dans les dunes de sable, nous arrivâmes,
+le quatrième jour, dans l’Ouâdi-el-Gharbi. »
+
+En allant visiter les lacs de Mandara, de Gabráoûn, de Bahar-ed-Doûd et
+autres, situés dans ces dunes, au Nord de l’Ouâdi-el-Gharbi, j’eus
+l’occasion de les reconnaître de nouveau. Je les trouvai dépourvues de
+végétation, d’un accès difficile, tantôt formant des chaînes, tantôt
+s’élevant, à de grandes hauteurs, en pitons isolés taillés presque à
+pic.
+
+Un des caractères distinctifs de cette région est d’être abondamment
+pourvue d’eau, car indépendamment des dix lacs salés ou d’eau douce dont
+il a été question au chapitre précédent, il en est encore d’autres que
+je n’ai pas cru utile d’aller visiter, parce qu’ils m’ont paru tous de
+même nature.
+
+M. le docteur Barth constate aussi la présence de l’eau en plusieurs
+points.
+
+On dirait donc que cette immense région de sable a pour mission de
+conserver les eaux des hauteurs qui les bordent.
+
+
+ E. — _Hamâda de Mourzouk._
+
+
+Entre l’Ouâdi-el-Gharbi et Mourzouk s’étend un plateau que les indigènes
+appellent hamâda, sans le différencier par un nom particulier des autres
+hamâd, mais auquel je donne le nom de la capitale du Fezzân, afin de le
+distinguer de ses homonymes.
+
+En sortant de l’Ouâdi-el-Gharbi, on doit traverser la chaîne de l’Amsâk
+par un col étroit, difficile à gravir, à cause des pierres glissantes
+qui obstruent le passage ; puis on entre dans la hamâda, dont le sol,
+dépourvu de végétation, est couvert d’un gravier mélangé de terre
+formant un tout solide. Cette contrée me rappelle, malgré moi, la hamâda
+entre Laghouât et le pays des Beni-Mezâb, avec cette différence que les
+pistachiers du Sahara algérien sont remplacés dans le Fezzân par des
+gommiers.
+
+On me signale à peu de distance, dans l’Ouest de la route, un puits de
+45 mètres de profondeur ; plus loin, je trouve dans le lit de l’Ouâdi-
+er-Resiou un autre puits qui n’a plus que 18 mètres ; il s’appelle
+Bîr-’Amrân. La hamâda conserve toujours l’aspect d’un désert sec et
+aride jusqu’à l’Ouâdi-’Otba.
+
+L’Ouâdi-’Otba est une longue vallée qui prend son origine dans la chaîne
+de l’Amsâk et se prolonge dans l’Est jusqu’au delà de la route de
+Mourzouk à Sôkna. Il ne forme oasis que dans sa partie centrale, là où
+des alluvions sablonneuses permettent la culture des palmiers et des
+autres arbres.
+
+On y compte cinq villages, savoir :
+
+Tessâoua, Agâr, Tiggerourtîn, Marhaba, Doûjâl, tous rapprochés les uns
+des autres et réunis ensemble par des plantations de palmiers.
+
+Grâce à l’altitude du plateau, on trouve dans cette oasis des végétaux
+des zones les plus différentes, entre autres l’olivier à côté du
+palmier, le pommier et le pêcher à côté du gommier et d’autres arbres de
+l’Afrique centrale.
+
+L’Ouâdi-’Otba, comme l’Ouâdi-el-Gharbi, n’est alimenté d’eau que par des
+puits. La nature du sol est la même, mais moins saline.
+
+Entre l’Ouâdi-’Otba et la dépression de Mourzouk, on traverse la suite
+de la hamâda, couverte de gravier en tout semblable à celui qu’on a
+rencontré dans la partie Nord ; quelques petites dunes de sable viennent
+de temps en temps atténuer la monotonie du paysage.
+
+La distance entre l’Ouâdi-el-Gharbi et l’Ouâdi-’Otba est de 55
+kilomètres, celle de l’Ouâdi-’Otba à Mourzouk est de 45 ; ensemble 100
+kilomètres.
+
+Ce plateau, que j’ai traversé obliquement, est limité au Nord et dans
+l’Ouest par la chaîne de l’Amsâk ; mais dans le Sud et dans l’Est, il se
+prolonge indéfiniment jusque dans le pays des Teboû ; ce qui rend les
+routes méridionales de ce côté si pauvres en eau.
+
+
+ F. — _Dépression de la Hofra._
+
+
+La dépression dans laquelle se trouve Mourzouk, et que les indigènes
+appellent Hofra (bas-fond), est une surface unie de 110 kilomètres de
+long sur 15 de large environ, divisée en deux parties inégales, l’une de
+30 kilomètres à l’Ouest, l’autre de 80 à l’Est de la capitale du Fezzân.
+
+Son fond est par excellence une terre de heycha, c’est-à-dire un terrain
+alluvionnaire salin, à couches aquifères à peu de profondeur.
+
+Les alluvions de la Hofra sont de sable mêlé d’argile, formant un tout
+assez solide, mais facile à travailler.
+
+La terre est tellement saline que les briques, avec lesquelles la ville
+de Mourzouk est construite, se fondent à la pluie comme le sel lui-même.
+
+La profondeur moyenne des puits est de quelques mètres ; l’eau qu’ils
+fournissent est un peu saline comme le sol et d’une digestion difficile.
+
+Aux environs de Trâghen, existe une source, celle de Ganderma, l’une des
+plus belles qu’on puisse trouver dans la région saharienne.
+
+La fontaine est entourée d’une muraille d’enceinte assez vaste, mais
+très-mal conservée. Cette construction est défendue, sur toute sa
+circonférence, par un fossé qui porte le nom de _gandô_. Il servait
+autrefois de réservoir, d’où les eaux se rendaient par trois canaux aux
+plantations de palmiers jusqu’à Ghoddoua, à 2 kilomètres de la source.
+Ces canaux, dont on peut encore suivre le tracé, avaient de 0m 70 à 1
+mètre de largeur ; ce qui témoigne d’un débit considérable.
+
+Au moment de la conquête arabe, la source fut, dit-on, bouchée avec des
+coins en pierre ; seul moyen que trouvèrent les conquérants pour réduire
+à leur discrétion la ville païenne de Trâghen. Depuis cette époque, la
+plus grande partie des eaux se perd dans le sol.
+
+Toute l’étendue de la dépression de la Hofra est couverte, de l’Ouest à
+l’Est, de villages, de plantations de palmiers et de cultures de toute
+nature.
+
+Au Sud-Ouest de Trâghen, à 2 kilomètres environ, s’étend une sebkha
+autour de laquelle on rencontre des pierres bizarres appelées _merch_ ou
+_fordogh_.
+
+Ces pierres, de nature calcaire, ont subi une sorte de cristallisation,
+mais, au lieu de prendre des facettes régulières comme celles des
+cristaux, elles montrent les formes les plus étranges, cependant
+toujours terminées par des lignes courbes ; ce sont probablement des
+concrétions accidentelles des particules calcaires dont les terrains
+voisins des sebkha sont comme imprégnés. Les produits naturels auxquels
+on peut le mieux les comparer sont les stalactites.
+
+Touîla est dans l’Est le dernier village de la Hofra ; il est bâti au
+pied d’un petit plateau pierreux qui forme la limite orientale du
+bassin. Sur l’un de ses versants, on a construit un puits à galerie ou
+fogâr, qui amène l’eau dans les réservoirs échelonnés servant à
+l’arrosage.
+
+
+ G. — _La Cherguîya._
+
+
+La Cherguîya est séparée de la Hofra par une petite hamâda, continuation
+probable de celle de Mourzouk et entrecoupée de dépressions
+alluvionnaires salines de même nature que la Hofra elle-même.
+
+En quittant Touîla pour aller dans la Cherguîya, on gravit immédiatement
+le petit plateau pierreux auquel cette ville est adossée.
+
+Ce plateau est composé d’un grès[67] quartzeux, brun lie de vin,
+probablement chauffé par les anciens volcans, et d’un grès grossier,
+très-siliceux, blanchâtre[68] dans certaines parties, jaunâtre[69] dans
+d’autres.
+
+A l’extrémité orientale de ce plateau, on trouve Maghoua, petit village
+bâti dans une dépression saline dont l’eau a un goût de sel très-
+prononcé.
+
+En continuant la route dans l’Est, le sol est recouvert de buttes de
+terre couronnées de tamarix ethel qui portent à croire que ces arbres
+auraient protégé de leurs racines la partie d’un terrain autrefois plus
+élevé. Une inondation formidable et récente aura probablement ravagé
+celles de ces terres que les tamarix ne couvraient pas.
+
+Dès qu’on quitte ce sol végétal, on rentre dans la hamâda avec son fond
+pierreux. Au milieu est bâti le petit et misérable village de Tha’aleb.
+Au delà, la hamâda recommence, d’abord avec un sol de sable et de
+gravier, puis avec un sol pierreux. Enfin elle finit, et on arrive à
+Oumm-el-Arâneb, village encore bâti sur le plateau.
+
+Sur la droite de la route, on a laissé une dépression légère appelée El-
+Guerâra, et plus loin une haute gâra ou témoin isolé.
+
+En quittant Oumm-el-Arâneb, une longue colline rocheuse, de 20
+kilomètres environ, reste dans le Nord ; le sol devient sablonneux sans
+être mouvant jusqu’au village d’El-Bedîr ; au delà on continue à voyager
+sur un fond de sable mélangé à de la chaux ; après quoi on traverse un
+petit plateau pour descendre dans une dépression riche de végétation
+dont le village d’Oumm-es-Sougouîn occupe le centre.
+
+Après cette dépression, couverte de palmiers sur une étendue de
+plusieurs kilomètres, reparaît une hamâda sablonneuse plus élevée que
+l’oasis.
+
+Je dois faire remarquer ici que, depuis l’entrée dans la hamâda
+séparative de la Hofra, des sables se montrent toujours dans le Sud,
+parallèlement à la route suivie. Au delà de la hamâda d’Oumm-es-
+Sougouîn, les dunes se prolongent à 2 kilomètres de la route avec une
+bordure de palmiers, puis on monte un nouvel échelon de la hamâda
+redevenue pierreuse, et sur ce gradin, qui permet de dominer les dunes
+de droite, on aperçoit une longue ligne de hauteurs bleues à 14
+kilomètres environ. Je suppose que c’est le rebord du plateau sur lequel
+on trouve Gatrôn et Wao.
+
+Le village de Medjdoûl, qui fait partie de la Cherguîya, est situé entre
+la ligne des sables et celle des hauteurs bleues.
+
+Des points élevés de la hamâda d’où je plonge mes regards vers le Sud,
+on descend par une pente douce dans les terres de culture et les
+plantations de Zouîla.
+
+De Touîla à Zouîla, la distance est de 70 kilomètres. Je n’ai pu ni
+entrer ni séjourner dans cette dernière ville, et j’ai dû la quitter
+quelques heures après avoir atteint ses jardins.
+
+Tout ce que j’en sais, c’est que l’oasis de ce nom est considérable
+comme étendue et couvre le bas-fond d’une dépression entre une ligne de
+dunes de sables au Sud et une ligne de collines rocheuses au Nord. L’eau
+qui alimente la ville est fournie par des puits.
+
+Ici se termine ma reconnaissance à l’Est des montagnes occupées par les
+Touâreg.
+
+Je m’étais proposé, en m’avançant dans l’Est du Fezzân, d’aller jusqu’au
+massif du Hâroûdj, sur la route de l’Égypte, pour embrasser dans son
+ensemble le mouvement géologique auquel est due la formation des
+montagnes de cette partie du Sahara ; mais, à la résistance que je
+rencontrai à Zouîla, malgré l’appui du gouvernement turc, je reconnus
+que je ne serais pas mieux accueilli chez les fanatiques des villes de
+Fogha et de Zella et chez les Arabes nomades de la montagne ; je me
+bornai donc à recueillir des renseignements qui, complétés par ceux du
+voyageur Hornemann et de M. de Beurmann, ne laissent aucun doute ni sur
+la nature volcanique de ce massif, ni sur sa position.
+
+
+ H. — _Massif du Hâroûdj._
+
+
+Construit d’après mes renseignements combinés avec ceux du voyageur
+Hornemann, le massif volcanique du Hâroûdj constitue un grand système de
+montagnes entièrement isolé, de 224 kilomètres du Nord au Sud, sur une
+largeur moyenne de 170 de l’Ouest à l’Est, traversé obliquement par la
+route des caravanes du Fezzân en Égypte, entre Zouîla et Aoudjela, route
+que Hornemann a parcourue à grandes marches en 5 jours 1/4.
+
+Sa principale altitude, de 800 mètres environ au-dessus du niveau de la
+mer, est indiquée à l’angle Nord-Est, à peu de distance de Zella ; de ce
+point, la montagne s’incline graduellement vers le Sud-Ouest, de manière
+à venir se confondre avec les collines de la hamâda calcaire qui
+l’enveloppe, de Zella à Fogha, de Fogha à Temessa, de Temessa à Wao, ce
+qui a fait distinguer un Hâroûdj noir (_el-Asoued_) au Nord et un
+Hâroûdj blanc (_el-Abiod_) au Sud.
+
+J’estime à 600 mètres l’altitude moyenne du plateau sur lequel se
+développe le Hâroûdj.
+
+D’après Hornemann, la surface générale du pays présenterait des chaînes
+continues de collines courant dans diverses directions, de 8 à 12 pieds
+seulement au-dessus du niveau intermédiaire, et entre ces coteaux (sur
+une surface parfaitement unie) s’élèveraient des montagnes isolées à
+rampes extrêmement escarpées ; l’une d’elles, le _Stres_, était fendue
+depuis le haut jusqu’au milieu ; une autre, depuis le pied jusqu’au
+sommet, était couverte de pierres détachées de même nature que les
+collines.
+
+Entre les collines basses et les pics surélevés, il y a de petites
+vallées couvertes de sables et de végétation, dont quelques-unes de 4
+kilomètres de largeur. Au milieu de ces parties planes seraient épars
+des blocs de pierre, de même nature que celle des pics des montagnes.
+
+La roche du Hâroûdj est moitié rouge, moitié noirâtre ; la partie rouge,
+plus poreuse, plus spongieuse, plus légère, est moins dense que la
+noire. Dans ces scories, Hornemann n’a pu découvrir aucune matière ou
+substance étrangère.
+
+La couche de terre servant d’assise à ces masses de verrues rocheuses
+lui a paru des cendres sorties d’un volcan.
+
+La stratification des pierres est horizontale, mais souvent dérangée :
+une partie du premier lit s’enfonçant et se mêlant avec celles du second
+et celles du second avec celles du troisième.
+
+Quelquefois, ajoute le voyageur, il ne paraît pas du tout de _strata_ et
+une suite de collines basses est formée d’une masse solide de rochers,
+avec des crevasses dans la direction du Nord.
+
+Hornemann rencontra une caverne de 9 pieds de profondeur et de 5 pieds
+de largeur ; il éprouva, dit-il, des sensations telles que s’il avait vu
+l’entrée des enfers.
+
+Son interprète, Frendenburgh, en vit une autre dont les escaliers
+étaient noirs jusqu’à une profondeur considérable et dont le _stratum_
+était de pierre blanche.
+
+Pour Hornemann, il n’y a pas de doute, la formation du Hâroûdj est due à
+un soulèvement volcanique.
+
+Dans sa partie occidentale, à une journée de marche dans l’intérieur du
+massif, le cheïkh de Fogha indique une source sulfureuse, nouveau
+témoignage de l’action volcanique.
+
+A part cette source, impropre à l’alimentation, mes indicateurs ne me
+signalent aucune eau dans toute cette région.
+
+Après les pluies, on en trouve dans des rhedîr ; c’est là que
+s’abreuvent les bergers et les troupeaux des tribus nomades des Riah,
+des Oulâd-Khérîs et de la Cherguîya, qui, seuls, dans la saison des
+pâturages, fréquentent cette contrée désolée.
+
+Ce que Hornemann appelle le Hâroûdj blanc n’est qu’une partie de la
+hamâda de la Cherguîya soulevée, mais non atteinte par l’action du feu
+souterrain.
+
+Dans les roches blanches et calcaires de cette contrée, dit-il, on
+trouve des squelettes entiers de gros animaux marins pétrifiés, des
+têtes de poissons qu’un homme pourrait à peine porter, des coquillages,
+des conques variées et en grand nombre.
+
+Il est regrettable que le fanatisme des habitants de la ville de Zouîla
+ne permette pas à un géologue expérimenté d’aller explorer librement les
+deux Hâroûdj ; car on pourrait y faire une ample collection de grands
+fossiles. Le meilleur moyen de pénétrer avec sécurité dans cette contrée
+est de se placer sous la protection des Riah, Arabes nomades des
+environs de Sôkna, habitués aux relations avec les Européens et qui vont
+chaque année faire paître leurs troupeaux dans le Hâroûdj.
+
+J’aurai l’occasion de signaler un gisement de grand fossile dans le
+Ahaggâr.
+
+D’ailleurs, les fossiles ne paraissent pas rares dans certaines parties
+de l’Afrique centrale ; car un de mes informateurs qui a fait de
+fréquents voyages au Kânem m’indique de grands animaux fossiles dans les
+roches des ravins du Bahar-el-Ghozâl.
+
+
+ IVe SECTION.
+
+ DE MOURZOUK À LA MER PAR LE MASSIF VOLCANIQUE DE LA SÔDA.
+
+
+Dans cet itinéraire géologique, accessoire à l’objet principal de ce
+travail, je me bornerai à décrire à grands traits ma route, en
+n’appelant l’attention que sur les points justificatifs de ma carte et
+sur ceux dans lesquels l’action du feu souterrain se révèle.
+
+De Mourzouk à la Sôda, on ne quitte guère qu’accidentellement les
+terrains pierreux des hamâd, d’abord celle à laquelle j’ai donné le nom
+de Hamâda de Mourzouk, puis la grande Hamâda-el-Homra, comprise entre
+Ghadâmès et Sôkna de l’Ouest à l’Est, et entre El-Hesî et Gueria du Sud
+au Nord.
+
+Je me limiterai donc aux constatations suivantes :
+
+Traversée de la Hofra, au Nord de Mourzouk ;
+
+Rencontre successive d’une petite sebkha, produisant un peu de sel, à la
+hauteur de Cheggoua ; d’un second bas-fond couvert de palmiers
+broussailles ; d’une dépression à sol de sebkha humide ; du lit de
+l’Ouâdi-’Otba qui se prolonge encore dans le Nord-Est ;
+
+Entre ces bas-fonds, terrains couverts tantôt de pierres de grès-
+quartzite grossier[70], tantôt d’un simple gravier, alternant entre
+eux ;
+
+Entre le puits de Néchoûà et le village de Delêm, un fragment roulé de
+lave[71] dont la couleur varie du vert au noir ;
+
+De ces points à Ghoddoua, gravier solide, semé de pierres noirâtres ;
+
+Au Nord de Ghoddoua, terrain sablonneux couvert de tamarix ethel et de
+palmiers broussailles qui indiquent la présence de l’eau à peu de
+profondeur ;
+
+Dans l’Ouâdi-Néchoûà, Bîr-el-Wouchka (puits entouré de palmiers
+broussailles) au fond d’une petite grotte creusée dans l’argile ;
+
+Gravier solide, avec affleurement de pierres ;
+
+Fin des collines rocheuses signalées au Nord de ma route de Mourzouk à
+la Cherguîya ;
+
+Dépression d’El-Mehyâf, à sol nu, à bords déchiquetés et hérissés de
+pitons ;
+
+El-Bîbân (les portes), petit col entre le dernier contre-fort oriental
+de la chaîne de l’Amsâk et les hauteurs rocheuses du Nord de la
+Cherguîya qui n’en sont que la continuation atténuée ;
+
+Terrain sablonneux, prolongement des dunes d’Edeyen, dans lequel des
+palmiers à haute tige et en broussailles se succèdent d’El-Gordha à la
+ville de Sebhâ ;
+
+Au Nord de Sebhâ, continuation des sables avec palmiers ; hauteurs de 20
+mètres composées de grès noir ; dépression pierreuse de Hadjâra (les
+pierres), avec palmiers ; plaine de Ouâsâà-Khanga (large défilé), à sol
+de gravier et de pierres et bordée à l’Est et à l’Ouest par des hauteurs
+qui se prolongent jusqu’à Hotîyet-el-Ghazi (la plaine des maraudeurs),
+où les sables reparaissent ;
+
+A la sortie des sables, puits de Sâlah-ber-Rekheyyis, avec une eau
+puante impossible à boire ; sol de gravier avec sables, devenant
+argileux à l’approche des palmiers de Temenhent.
+
+Les eaux de cette oasis sont douces ou salées, suivant les puits d’où on
+les tire.
+
+En continuant la route au Nord de Temenhent : d’abord terre argileuse et
+palmiers avec dunes à 2 kilomètres au Nord ; ensuite sol couvert de
+pierres noires et d’affleurements de calcaire blanc ; puis dépression
+riche en végétation et dans laquelle se trouve le puits de Gourmêda.
+
+Après Gourmêda, sol pierreux, ligne de petites montagnes coupant la
+route. A l’Est apparaissent les plantations de Semnou et celles de
+l’oasis de Zîghen.
+
+A la sortie des palmiers de Zîghen, le sol s’élève par gradins
+superposés ; à 10 kilomètres au Nord, les sables réapparaissent, et plus
+loin, de leur milieu, se dressent des hauteurs noires ; entre les sables
+et le plateau est la source d’’Aouînet-Tittaouîn. Toujours le voisinage
+des sables donne de l’eau. On en retrouve encore au puits d’Oumm-
+el-’Abîd et à un fogâr, ou puits à galerie horizontale situé sur la
+route, et creusé dans le rebord occidental d’une petite dépression,
+lequel rebord est composé d’argile feuilletée, recouverte de pierres de
+grès noir et gris.
+
+Entre ces puits et la montagne volcanique de la Sôda, la route est tout
+entière dans une hamâda qui d’abord porte le nom de Serîr-ben-’Afîn,
+puis celui de Boû-Hogfa.
+
+Serîr est synonyme de hamâda.
+
+Mais cette hamâda n’est pas un plateau uni : d’abord elle est coupée par
+la ligne de collines de Mehyâf, de 10 mètres de hauteur environ,
+composée d’une roche blanche analogue au plâtre sablonneux ; puis
+viennent deux petites lignes de sable et une dépression, El-Hofer ; et
+enfin la ligne des collines blanches du Gâf que la route traverse entre
+deux mamelons symétriques.
+
+A l’Ouest de Mehyâf se dresse la gâra ou témoin d’’Ameyma qui en est
+détachée.
+
+A l’Est de la route, mais entre El-Hofer et le Gâf, sont les hautes
+dunes de Remla-el-Kebîra.
+
+Au delà du Gâf, on aperçoit les hauteurs de la Sôda, et le sol, composé
+d’un gravier rougeâtre, commence à être parsemé de pierres basaltiques
+que l’on trouvera en plus grandes quantités dans le ravin de Máitbât, au
+pied même de la Sôda.
+
+Le Djebel-es-Sôda, ou montagne noire, est un massif volcanique comme le
+Hâroûdj, isolé comme lui, au milieu d’une hamâda de calcaire blanc.
+
+Sa longueur est de 110 kilomètres environ de l’Est à l’Ouest, et de 55
+environ du Sud au Nord. Une sorte de col formé par une série successive
+de ravins le traverse dans cette dernière direction, et le divise en
+deux sections, la Sôda-Gharbîya et la Sôda-Cherguîya. C’est dans ce col
+que passe la route.
+
+L’altitude moyenne de la Sôda est de 736 mètres au dessus du niveau de
+la mer ; les sommets les plus élevés sont le Dhâharet-es-Sôda dans
+l’Ouest, et la Gâret-Tefîrmi dans l’Est.
+
+A partir du ravin d’El-Máitbât, en continuant la route, on commence à
+gravir les pentes méridionales du massif, au milieu d’amas de grosses
+pierres basaltiques.
+
+Dans l’Ouest, au loin, est une montagne importante, Gâra-el-Kohela (le
+témoin noir), isolée comme toutes les goûr, mais, par sa nature noire,
+appartenant au massif de la Sôda.
+
+Les échantillons des roches que j’ai rapportés de cette contrée ont été
+déterminés par M. Des Cloizeaux, ainsi qu’il suit :
+
+_Échantillon no_ 50. « Roche volcanique amygdaloïde basaltique,
+remarquablement lourde, contenant probablement du fer et du péridot.
+Cette roche indique presque certainement un épanchement volcanique sous-
+marin. »
+
+_Échantillon no_ 51. « Amygdaloïde basaltique avec géodes remplies de
+calcaire et d’une substance brune paraissant analogue à l’hyalosidérite.
+Cette roche se retrouve dans les volcans éteints de l’Islande et de
+l’Auvergne. »
+
+Les Arabes qui m’accompagnent, et qui sont des Riah de Sôkna, dont les
+troupeaux, après avoir consommé les pacages de la Sôda, vont dans le
+Hâroûdj, m’affirment que les pierres de ce dernier massif sont de même
+nature que celles de la Sôda.
+
+Hornemann, qui traversa la Sôda après avoir reconnu le Hâroûdj, fit la
+même constatation.
+
+Le point culminant de la route, celui qui forme le partage des eaux, est
+Dhâharet-Moûmen (_le dos de Moûmen_), plateau uni, très-vaste, couvert
+de grosses pierres.
+
+Au centre de ce plateau est une légère dépression à sol de gravier ;
+elle se nomme El-Mejnah.
+
+De Dhâharet-Moûmen, la route continue par une succession de ravins et de
+vallées jusqu’à Sôkna, au pied du versant Nord de la montagne.
+
+Dans cette seconde partie de la route, la nature des roches s’est
+modifiée : les pierres basaltiques n’occupent plus que le haut des
+berges ; celles qu’on trouve dans le lit de l’ouâdi ont toutes été
+roulées ; le fond des roches est un calcaire coquillier, de couleur
+rougeâtre, qui repose lui-même sur des argiles.
+
+Les ravins successivement suivis ou traversés sont :
+
+
+Au Sud de Dhâharet-Moûmen,
+
+L’Ouâdi-Temechchîn, très-étroit, qui se dirige vers l’Est ;
+
+L’Ouâdi-Fonguer ;
+
+L’Ouâdi-Ouiddegânen (les lits de ces deux ouâdi se creusent de plus en
+plus et ont des berges très-marquées) ;
+
+Megrîz-es-Sâmeha ;
+
+Megrîz-el-Ghârega ;
+
+L’Ouâdi-Tîn-Guezzîn, assez vaste et profond ;
+
+L’Ouâdi-Boû-l’Hâchem ;
+
+L’Ouâdi-Boû-l’Ferêa’a ;
+
+Au Nord de Dhâharet-Moûmen :
+
+L’Ouâdi-Tefîrmi, profond ;
+
+L’Ouâdi-Zeggâr, qui se dirige dans l’Est ;
+
+L’Ouâdi-el-Wouchka ;
+
+L’Ouâdi-Boû-Souwân ;
+
+L’Ouâdi-el-Afenât.
+
+
+Le nombre considérable d’ouâdi rencontrés ou traversés indique combien
+la Sôda est ravinée et accidentée, et, bien certainement, la route la
+parcourt dans sa partie la plus accessible.
+
+Une argile verdâtre[72], imprégnée de sel marin, et parsemée de cristaux
+de gypse lamellaire, sert de base au calcaire de l’Ouâdi-el-Wouchka.
+
+Ce calcaire, crétacé[73], gris, jaunâtre, saccharoïde, contient des
+moules de _cardium_ et de _turritella_ indéterminables.
+
+L’Ouâdi-Tîn-Guezzîn a des puits-citernes (_themed_) dans le haut ; mais
+le seul puits réel de la route est celui de Gottefa, dans la vallée de
+Boû-Souwân.
+
+Un pacha du Fezzân, Moukkeni, avait entrepris d’en faire creuser dans le
+ravin de l’Ouâdi-Temechchîn ; il a dû abandonner cette entreprise ;
+depuis, les travaux ont été continués par un riche marchand de Sôkna,
+Makersou, mais sans plus de succès, malgré la grande profondeur du
+forage.
+
+Sur la périphérie du massif, on me signale huit puits, savoir :
+Wenzeref, Oumm-es-Slâg, Meguettem, ’Açîla, ’Aâfia, Zâkem, Ferdjân,
+Zemâmîya.
+
+J’ignore quelle est la qualité des eaux de ces puits, mais celles de
+Sôkna se troublent beaucoup par l’addition du nitrate d’argent, qui ne
+s’y dissout pas complétement, ce que j’ai pu constater en cherchant à
+préparer un collyre. Celle de la petite ville de Hôn, à 12 kilomètres
+Est de Sôkna, est amère et encore plus désagréable au goût ; enfin celle
+de Zemâmîya, que j’ai eu l’occasion de goûter, en allant de Sôkna à
+Bondjêm, est aussi amère et mauvaise, comme celles de toute cette
+région.
+
+Je ne continuerai pas cet itinéraire dans les détails qu’il comporte
+jusqu’à la mer. Je me bornerai à dire qu’au Nord de Zemâmîya, les sables
+disparaissent, le sol devient calcaire, et toutes les montagnes sont de
+calcaire blanc compact. La seule exception à cette loi générale est à
+quatre journées de marche de Tripoli, dans les berges de l’Ouâdi-Nefîd :
+on y retrouve la même structure géologique que sur le flanc Nord de la
+Sôda, notamment dans le Chaa’bt-es-Sôda, où des pierres basaltiques sont
+éparses sur une assez grande étendue de terrains calcaires[74].
+
+
+Toutefois, je ne puis m’abstenir de parler de la grande Hamâda-el-Homra
+(la rouge), dont les quatre points cardinaux sont marqués par Ghadâmès à
+l’Ouest, Gueria-el-Gharbîya au Nord, Sôkna à l’Est et El-Hesî au Sud.
+
+M. le docteur Barth l’a parcourue du Nord au Sud sur une étendue de 215
+kilomètres. De l’Est à l’Ouest, elle en a 690. Dans cette dernière
+direction, aucune route ne la traverse, parce qu’aucun animal ne peut
+supporter la faim et la soif assez longtemps pour entreprendre un pareil
+voyage.
+
+D’après le savant voyageur, l’altitude moyenne du plateau est de 451 à
+486 mètres. A son point le plus élevé, Redjem-el-Erha (_le tas de
+pierres meulières_), il atteint 511 mètres.
+
+Le caractère général de cette hamâda est d’être totalement dépourvue
+d’eau et presque totalement de végétation et d’animaux. Les oiseaux eux-
+mêmes n’entreprennent pas sa traversée sans danger ; aussi, comme en
+mer, leur présence signale-t-elle le voisinage d’une terre habitable.
+
+Une tranchée, profondément creusée dans le roc, permit à MM. Barth et
+Overweg de constater la formation géologique de ce plateau.
+
+« La masse générale des pierres de l’escarpement, dit le docteur Barth,
+se compose de grès que l’on prendrait, au premier abord, pour du
+basalte, à cause de la surface complétement noire qu’elles offrent,
+ainsi que des blocs détachés qui gisent à leur pied.
+
+« Au dessus de cet immense lit de grès, recouvert à certains endroits
+d’une couche d’argile mêlée de gypse, reposait une autre couche de marne
+au-dessus de laquelle se trouvait une croûte supérieure de calcaire et
+de silice. »
+
+Les renseignements particuliers qui m’ont été donnés par les indigènes
+me permettent d’ajouter que le niveau uniformément plat de la hamâda
+n’est interrompu que par quelques dunes, des goûr et de légères
+dépressions.
+
+M. Francesco Busettil, officier de santé de la garnison de Mourzouk, qui
+a parcouru la hamâda, m’a remis plusieurs fossiles trouvés sur sa route,
+entre autres :
+
+
+1o L’_ostrea larva_[75] (Lamk), de l’étage sénonien de d’Orbigny, de la
+craie blanche à silex, de la craie de Maëstricht ;
+
+2o Une _ostrea_[76], du groupe de l’_ostrea frons_, du terrain crétacé
+sénonien, dont une identique a été trouvée par M. Hébert, à Aubeterre
+(Charente), mais qui n’est pas encore décrite ;
+
+3o Des baguettes d’oursins[77] qui devaient être énormes ;
+
+4o Plusieurs coquilles univalves[78] indéterminables ;
+
+5o Enfin une concrétion curieuse[79] qui ressemble à l’agate.
+
+Quand on constate l’état actuel de ce désert, nu, aride, sans eau, on se
+demande comment les armées romaines ont pu le traverser à une époque où
+le chameau n’était pas encore introduit dans le pays ; car l’assiette
+des ruines romaines sur cette route, à l’exclusion de celle par Sôkna,
+ne laisse aucun doute sur la voie suivie pour aller d’Œea (Tripoli) à
+Garama (Djerma). D’ailleurs le passage suivant de Pline ne laisse aucune
+incertitude sur la préférence donnée à la voie directe : « Jusqu’à ce
+jour, le tracé de la route des Garamantes fut inexplicable. Dans la
+dernière guerre que les Romains entreprirent avec le concours des
+Œensiens, sous les auspices de l’empereur Vespasien, le total de la
+route fut diminué de quatre jours. Ce chemin est appelé : _par la tête
+de la montagne_, PRÆTER CAPUT SAXI. » (Liv. V, 5.)
+
+Aujourd’hui, avec le concours du chameau, les caravanes traversent
+péniblement la hamâda ; une armée, fût-elle exclusivement indigène, ne
+le pourrait pas.
+
+
+ Ve SECTION.
+
+ DE RHÂT À IN-SÂLAH.
+
+
+La présence de Mohammed-ben-’Abd-Allah au Touât, avec des contingents
+qui devaient bientôt arborer l’étendard de la guerre sainte et envahir
+le Sahara algérien, m’a empêché d’aller de Rhât à In-Sâlah par les
+montagnes d’Azdjer et du Ahaggâr, et de prolonger dans l’Ouest, comme je
+l’ai fait dans l’Est, de Tîterhsîn à la Cherguîya, l’étude géologique du
+plateau central du Sahara, mais de nombreux renseignements me permettent
+de suppléer à l’exploration personnelle.
+
+Cette section comprendra, de l’Est à l’Ouest :
+
+
+_A._ — Le plateau du Tasîli des Azdjer ;
+
+_B._ — Le plateau d’Éguéré ;
+
+_C._ — Le plateau du Mouydîr ;
+
+_D._ — Le massif du Ahaggâr.
+
+
+ A. — _Plateau du Tasîli._
+
+
+Je résume succinctement les indications géologiques sur le Tasîli que me
+fournissent mes observations et mes itinéraires par renseignements.
+
+La masse du plateau est de grès, noir à la surface, mais semblable aux
+échantillons de ma collection pris entre l’Ouâdi-Târât et l’Ouâdi-
+Tîterhsîn. — Le nom d’Éguélé (le coléoptère), donné à un pic isolé du
+rebord Sud du Tasîli, indique que cette roche se retrouve dans le Sud-
+Ouest comme dans la partie Nord-Est du plateau que j’ai traversée.
+
+Sur plusieurs points, des roches blanches, probablement des calcaires
+crayeux, sont signalées, notamment à Tâfelâmt-Tamellet et à Tiôkasîn.
+L’informateur qualifie ce dernier point de hamâda à sol blanc.
+
+Après les grès, les roches de formation volcanique, semblables à celles
+que j’ai trouvées à Sâghen et dans la Sôda, les unes poreuses et
+légères, les autres compactes et pesantes, semblent être fréquentes,
+notamment dans l’Adrâr, dont la longueur est de quatre jours de marche
+et la largeur de deux.
+
+Le point culminant d’In-Esôkal est-il le seul volcan éteint d’où sont
+sorties toutes ces roches volcaniques ? Je l’ignore, mais je suis tenté
+de lui assigner ce rôle en commun avec d’autres pics isolés qui me sont
+signalés sur toute l’étendue du plateau, car la dissémination des laves
+démontre que le feu souterrain a dû se faire jour en plus d’un endroit.
+
+Un long ravin, tellement profond et encaissé que le soleil y pénètre à
+peine quelques heures par jour, coupe le Tasîli par son milieu, du Sud
+au Nord, du pic d’In-Esôkal à la vallée des Igharghâren. Ce ravin, qui
+porte le nom d’Ouâdi-Afara dans sa partie supérieure et d’Ouâdi-Sâmon
+dans sa partie inférieure, peut être considéré comme une fracture du
+plateau, contemporaine sans doute de l’action volcanique.
+
+La force du feu épuisée pour soulever la portion orientale du Tasîli a
+laissé en contre-bas la portion occidentale ; de là la brisure, de là le
+niveau différent des deux parties du plateau, l’une surélevée, l’autre
+plus basse et s’inclinant en pente douce vers le bassin de l’Igharghar.
+
+Après ces indications générales, mes renseignements me donnent comme
+détails les faits géologiques suivants :
+
+Carrière de serpentine dans le ravin de Tehôdayt-tân-Hebdjân, ainsi
+appelé parce qu’on en tire la pierre dont on fait les anneaux de bras
+que portent les Touâreg ;
+
+Débris d’un grand mammifère fossile[80] dans le ravin de Tehôdayt-tân-
+Tamzerdja ;
+
+Sebkha ou saline à laquelle aboutit ce dernier ravin ;
+
+Mine de bon alun à Tifernîn sur la route d’’Aïn-el-Hadjâdj à ’Aouînet-
+Tîn-Abderkeli ;
+
+Fer oligiste semblable à l’échantillon no 29, et grès ferrugineux sur
+plusieurs points du plateau ;
+
+Roches bouleversées en un grand nombre d’endroits.
+
+D’après les remarques et les échantillons de M. Isma’yl-Boû-Derba, les
+grès et la craie blanche du Tasîli reposeraient sur le terrain dévonien.
+
+Indépendamment des lacs de Mîherô, assez riches en eaux pour nourrir des
+poissons, mes informateurs me signalent dans Amguîd, sur le rebord
+occidental du Tasîli, une source du nom de Tîn-Selmakin, dont le bassin
+est assez grand pour que de gros poissons y vivent aussi.
+
+
+ B. — _Plateau d’Éguéré._
+
+
+Le petit plateau d’Éguéré semble être une seconde fracture du Tasîli,
+mais la fracture, au lieu de s’étendre sur toute sa largeur comme celle
+d’Afara, est restreinte à l’angle Sud-Ouest du plateau. La séparation,
+au lieu d’une ravine profonde et étroite, forme ici une plaine ou large
+vallée parcourue par l’Ouâdi-Têdjert, prolongement Nord de la plaine
+d’Amadghôr.
+
+Je n’ai aucune indication sur la nature de la roche d’Éguéré, mais tout
+me porte à croire que la masse est de grès.
+
+
+ C. — _Plateau du Mouydîr._
+
+
+La forme particulière du Mouydîr, la situation du point dominant,
+l’Ifettesen, par rapport aux trois points culminants du Ahaggâr, le
+prolongement de ses assises caractérisé dans l’Est par des pitons
+isolés : Tisellêlin, Afisfés, Sakkâya, le voisinage de la source
+sulfureuse de Dhâyet-el-Kâhela, tout semble indiquer que la formation de
+ce plateau est due à l’action volcanique. Cependant, je dois le dire,
+aucune indication précise de mon journal de voyage ne justifie cette
+opinion ; j’ai négligé d’interroger les indigènes à ce sujet.
+
+Mes notes se bornent à signaler la présence du fer à Tiwonkenîn, appelé
+par les Arabes Kheng-el-Hadîd.
+
+L’abondance relative des eaux dans le Mouydîr est aussi un fait confirmé
+par tous les informateurs.
+
+
+ D. — _Massif du Ahaggâr._
+
+
+Le soulèvement du massif du Ahaggâr par l’action du feu souterrain n’est
+pas seulement attesté par la forme de son relief et par les témoignages
+nombreux des indigènes, il est encore affirmé par les laves roulées que
+M. Isma’yl-Boû-Derba a trouvées dans le lit de l’Igharghar à son
+débouché des montagnes, dans un endroit où les sables ne sont pas venus
+cacher la nature des alluvions.
+
+Voici ce que dit ce voyageur :
+
+_5 Septembre._ « Vers les quatre heures du matin, nous gagnâmes l’Ouâdi-
+Igharghar. Une grande vallée unie venant du Sud-Ouest et se dirigeant
+vers le Nord-Est forme le lit de la rivière. De gros cailloux roulés, en
+pierre ponce, semblent indiquer l’origine de cet ouâdi.
+
+« Les Touâreg, en me montrant cette pierre, me dirent qu’elle est tout à
+fait semblable à celle dont est formé le pâté de montagnes du Ahaggâr.
+Elle est très-légère, celluleuse, d’une couleur noirâtre, et affecte
+l’apparence d’une éponge. »
+
+M. le docteur Marès, qui a vu les échantillons de M. Isma’yl-Boû-Derba,
+les a trouvés identiques à ceux que j’ai rapportés de Sâghen et que M.
+Des Cloizeaux a reconnus être de la lave de volcan éteint.
+
+Ces laves ne peuvent provenir du même point, car les sables de la plaine
+des Igharghâren empêchent aujourd’hui et depuis longtemps la
+communication de l’Ouâdi-Tikhâmmalt avec l’Igharghar. Ainsi la certitude
+scientifique est absolue.
+
+Voici maintenant les indications particulières que me donnent mes
+renseignements.
+
+Tout l’Atakôr-en-Ahaggâr est en pierres noires. Du côté du Touât, elles
+s’étendent jusqu’à l’Ouâdi-Idjeloûdjâl. De ce point à Menîyet, la roche
+est blanche, mais elle redevient noire lorsque l’on monte le Mouydîr.
+
+Le promontoire du Tîfedest est aussi noir : tout indique qu’il a dû être
+couvert par les laves du puy d’Oûdân, comme l’Atakôr par celles des puys
+de Ouâtellen et Hîkena.
+
+Quoi qu’il en soit, si l’identification des trois monts ci-dessus nommés
+avec d’anciens volcans est permise, celle des cônes des gradins
+inférieurs, quoique possible, est moins probable.
+
+Le Ahaggâr doit à son altitude et à sa constitution géologique une
+richesse de sources d’un débit assez abondant, car elles suffisent aux
+besoins de l’irrigation. On y cite des ruisseaux à eaux courantes, ceux
+d’Idélès, de Tâzeroûk et de Tazoûlt, très-grande rareté dans le Sahara.
+On parle même de la cascade d’un ouâdi du nom d’Adjellal, descendant du
+Tîfedest ; ce serait la seule peut-être entre la vallée du Nil et
+l’Océan Atlantique.
+
+
+ CONCLUSION GÉOLOGIQUE.
+
+
+J’ai donné à ce chapitre un développement considérable, sans craindre
+même de suppléer à l’investigation personnelle par de nombreux
+renseignements glanés çà et là auprès des indigènes ou dans les travaux
+de mes devanciers, parce qu’il m’a semblé important de fixer d’une
+manière plus nette l’opinion sur la constitution géologique de la partie
+centrale du Sahara, la moins connue jusqu’à ce jour.
+
+Désormais des faits importants me paraissent acquis à la science :
+
+Jusqu’au versant Nord des montagnes des Touâreg, la nature du sol reste
+la même, sans changements appréciables, et nous présente toujours le
+terrain crétacé comme au Sud de l’Algérie, de la Tunisie et dans la
+Tripolitaine.
+
+Dans la montagne apparaissent des terrains paléozoïques reconnus d’abord
+par le docteur Overweg sous le versant occidental du plateau de
+Mourzouk, puis par M. Isma’yl-Boû-Derba dans le Tasîli du Nord, et enfin
+par moi, au pied de l’Akâkoûs, en un point intermédiaire aux gisements
+précédents.
+
+Désormais, la production, la circulation, l’amoncellement des sables
+sont circonscrits dans les limites que la nature leur a assignées, et la
+comparaison du Sahara à une peau de panthère, faite par Strabon, cesse
+d’être le dernier mot de nos connaissances sur des oasis disséminées
+dans un désert de sables.
+
+Enfin nous savons que le soulèvement du Tasîli et du Ahaggâr, et
+probablement des plateaux secondaires qui en dépendent, est dû à une
+action volcanique définie, comme le Djebel-Nefoûsa, la Sôda, le Hâroûdj
+et le massif d’Aïr.
+
+Ces connaissances sommaires ont besoin d’être complétées, cela est
+certain ; mais en attendant, nous avons la satisfaction d’être arrivé à
+un résultat qui nous permet de contrôler les récits fort obscurs des
+anciens sur une contrée qui a excité la curiosité du monde depuis
+l’antiquité.
+
+
+[Note 23 : _Mission de Ghadâmès_. Alger, 1863. — _Études sur les
+terrains et sur les eaux des pays traversés_, par M. F. Vatonne,
+ingénieur des mines.]
+
+[Note 24 : Avant de posséder des notions certaines et complètes sur le
+désert de Libye, incomplétement connu des anciens, on ne pouvait que
+commettre des erreurs en cherchant à faire l’application de leurs
+récits. Et la plus grande erreur des géographes modernes était de leur
+attribuer une valeur scientifique réelle. Au contraire, en les réduisant
+au seul mérite qu’ils ont, celui de renseignements puisés à toutes les
+sources et non contrôlés, on arrive à de meilleurs résultats.]
+
+[Note 25 : Échantillon no 5.]
+
+[Note 26 : Échantillon no 6.]
+
+[Note 27 : Échantillon no 7.]
+
+[Note 28 : La route que j’ai suivie pour aller de Ghadâmès à Rhât, du
+moins jusqu’à Tîterhsîn, n’est pas celle que prennent les caravanes,
+beaucoup plus directe et sise dans l’Est. J’eus l’heureuse chance de
+trouver la tribu de l’émir Ikhenoûkhen près de Ghadâmès, et je la suivis
+dans ses pérégrinations, ce qui m’a permis de beaucoup mieux connaître
+le pays.]
+
+[Note 29 : Échantillon no 8.]
+
+[Note 30 : Échantillon no 9.]
+
+[Note 31 : Échantillon no 10.]
+
+[Note 32 : Échantillon no 11.]
+
+[Note 33 : Échantillon no 12.]
+
+[Note 34 : Échantillon no 13.]
+
+[Note 35 : Échantillon no 14.]
+
+[Note 36 : Échantillon no 16.]
+
+[Note 37 : Échantillon no 17.]
+
+[Note 38 : Échantillon no 18.]
+
+[Note 39 : Échantillon no 19.]
+
+[Note 40 : Presque tous les coléoptères du Sahara sont de couleur
+noire.]
+
+[Note 41 : Échantillon no 20, déterminé, ainsi que tous ceux ayant une
+origine pyrogène, par M. Des Cloizeaux ; conséquemment on ne peut
+craindre d’erreur.]
+
+[Note 42 : Échantillon no 21.]
+
+[Note 43 : Échantillon no 22.]
+
+[Note 44 : Échantillon no 23.]
+
+[Note 45 : Échantillon no 24.]
+
+[Note 46 : Échantillon no 25.]
+
+[Note 47 : Voir la page 35.]
+
+[Note 48 : Échantillon no 26.]
+
+[Note 49 : Échantillon no 27.]
+
+[Note 50 : Échantillon no 28.]
+
+[Note 51 : Échantillon no 29.]
+
+[Note 52 : Échantillon no 30.]
+
+[Note 53 : Échantillon no 31.]
+
+[Note 54 : Échantillon no 32.]
+
+[Note 55 : Échantillon no 33.]
+
+[Note 56 : Échantillon no 34.]
+
+[Note 57 : Échantillon no 35.]
+
+[Note 58 : Échantillon no 36.]
+
+[Note 59 : M. Vatonne, dans le Mémoire géologique dont j’ai déjà parlé,
+nous apprend que M. Isma’yl-Boû-Derba a également trouvé le terrain
+dévonien, au pied du Tasîli, non loin de Timâssanîn, près de la source
+de Touskirin, et de nombreuses empreintes de _spirifer_ dans les
+quartzites du ravin de l’Ouâdi-Ilêzi. Les échantillons de M. Boû-Derba
+ont été déterminés par M. le professeur Coquand.]
+
+[Note 60 : Échantillon no 39.]
+
+[Note 61 : Échantillon no 40.]
+
+[Note 62 : Échantillon no 41.]
+
+[Note 63 : Échantillon no 42.]
+
+[Note 64 : Échantillon no 43.]
+
+[Note 65 : Mais ces deux noms sont de la langue temâhaq.]
+
+[Note 66 : Échantillon no 44.]
+
+[Note 67 : Échantillon no 45.]
+
+[Note 68 : Échantillon no 46.]
+
+[Note 69 : Échantillon no 47.]
+
+[Note 70 : Échantillon no 48.]
+
+[Note 71 : Échantillon no 49. Cet échantillon, déterminé par M. Des
+Cloizeaux, porte la mention suivante : _lave d’un volcan qui a fait
+irruption, mais qui peut être éteint aujourd’hui_.]
+
+[Note 72 : Échantillon no 52.]
+
+[Note 73 : Échantillon no 53.]
+
+[Note 74 : Échantillon no 54.]
+
+[Note 75 : Échantillon no 55.]
+
+[Note 76 : Échantillon no 56.]
+
+[Note 77 : Échantillon no 57.]
+
+[Note 78 : Échantillon no 58.]
+
+[Note 79 : Échantillon no 59.]
+
+[Note 80 : D’après les Touâreg, une femme peut s’asseoir à l’aise dans
+la cavité]
+
+
+
+
+ CHAPITRE V.
+
+ MÉTÉOROLOGIE.
+
+
+Hérodote nous fait connaître (livre IV, §§ 173, 184 et 185) ce qu’était,
+il y a deux mille trois cents ans, le climat du pays qu’embrasse mon
+exploration. Voici ce qu’il en dit :
+
+
+_Température_ : « Les Atarantes maudissent le soleil qui passe au-dessus
+de leur tête et lui adressent toutes sortes d’outrages, parce que sa
+chaleur consume les hommes et la contrée.
+
+_Vents_ : « Le souffle de _Notus_ (S.-E.) dessécha tout ce qui contenait
+de l’eau. D’après les Libyens, les Psylles marchèrent en armes contre
+Notus. Or, quand ils arrivèrent au désert de sable, Notus souffla de
+plus belle et les ensevelit tous.
+
+_Eaux, pluies_ : « Le pays est désert, sans eau, sans bêtes fauves, sans
+pluies, sans arbres ; on n’y trouve nulle humidité. »
+
+
+Les observations que j’ai faites pendant les trois cent dix jours
+consacrés à l’étude de la région qu’Hérodote appelle le désert de Libye
+permettront d’apprécier quelles modifications le temps a apportées au
+climat de ce pays.
+
+Pour ne pas abuser de la patience du lecteur, je limite le tableau ci-
+après au pays des Touâreg et à une observation quotidienne ou locale
+(total : 330 observ.), me réservant de publier dans un recueil spécial
+l’ensemble de toutes celles faites pendant les vingt-neuf mois de mon
+voyage.
+
+Quant aux diverses séries d’observations qui n’ont pu trouver place dans
+ce tableau, je les résume à la suite.
+
+
+ Observations météorologiques[81].
+
+
+ [ALT : ALTITUDES
+ DT : DATES. 1860
+ HEU : HEURES.
+ BARO : BAROMÈTRE réduit à 0° et corrigé.
+ THER : THERMOMÈTRE fronde.]
+
+ +------------------+-----+--+-----+------+----+--------------+-----------+
+ | LOCALITÉS. | ALT |DT| HEU | BARO |THER| ÉTAT DU CIEL.| VENTS[82].|
+ +------------------+-----+--+-----+------+----+--------------+-----------+
+ | | m |Jl| | | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |El-Ouâd (Soûf) | 135 |26| 7.45|749.05|35,3|Couvert, |? |
+ | | | | s.| | |légers cumulus| |
+ | | | | | | | | |
+ |’Amich | 193 |27| 5.30|744.58|23,0|Pur |E. — 5. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Drá-el-Khezîn | 169 |28| 4.55|748.73|23,5|Voilé |O.-N.-O. — |
+ | | | | m.| | | |3 |
+ | | | | | | | | |
+ |Choûchet-el- | 150 | »| 3.30|749.77|42,0| Id. |O.-N.-O. — |
+ |Guedhâm | | | s.| | | |1. |
+ | | | | | | | | |
+ |Mouï-er-Rebaáya | 147 |29| 5.15|750.34|24,6|Couvert |E. 1/4 N. —|
+ | | | | s.| | | |1. |
+ | | | | | | | | |
+ |Mâleh-ben-’Aoûn | 144 |30| 5.»|751.82|25,1|Nuageux |E. — 4. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Mouï-Rebah | 152 | »| 2.30|750.78|39,7|Pommelé |E. — 3. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |El-’Ogla | 107 |31|10.55|754.57|25,0|Nuageux |E. 1/4 N. —|
+ | | | | s.| | | |4. |
+ | | | | | | | | |
+ | | |At| | | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |El-’Ogla | | 1| 5.10|756.75|22,2|Pommelé |E. 1/4 N. —|
+ | | | | m.| | | |3. |
+ | | | | | | | | |
+ |Er-Reguíáât | 181 | »| 2.»|748.10|34,5|Couvert |E. 1/4 N. —|
+ | | | | s.| | | |4. |
+ | | | | | | | | |
+ |Berreçof | 177 | 2| 3.30|740.20|36,0|Quelques |E. — 4. |
+ | | | | s.| | |nuages | |
+ | | | | | | |pommelés | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 3| 8.30|752.59|30,7|Légèrement |E. — 4. |
+ | | | | m.| | |nuageux | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 4| 4.»|750.11|38,1|Presque |N.-N.-O. — |
+ | | | | s.| | |serein, |3. |
+ | | | | | | |cumulus | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 5| 3.30|756.30|36,3|Pur |E. — 2. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |_En route_, Sieste| 168 | 6| 4.30|745.96|38,3|Légèrement |S.-S.-E. — |
+ | | | | s.| | |voilé |3 — |
+ | | | | | | | |sirocco. |
+ | | | | | | | | |
+ |Ouidiân-el-Halma | 213 | 7| 4.30|746.55|39,0|Pur |S.-S.-E. — |
+ | | | | s.| | | |3 — id. |
+ | | | | | | | | |
+ |Dhahar-el-’Erg | 355 | 8| 4.30|735.85|41,6|Pur |S.-S.-E. — |
+ | | | | s.| | | |3 — id. |
+ | | | | | | | | |
+ |Haoudh-el-hâdj- | 365 | 9| 4.30|733.43|40,0|Pur |S.-E. — 3 —|
+ |Sa’id | | | s.| | | | Id. |
+ | | | | | | | | |
+ |_En route_, Sieste| 393 |10| 4.30|731.11|40,1|Pur |S.-E. — 3 —|
+ | | | | s.| | | | Id. |
+ | | | | | | | | |
+ |Ghâba de Ghadâmès | 359 |11| 3.50|733.99|40,2|Pur |S.-E. — 6 —|
+ | | | | s.| | | |sirocco. |
+ | | | | | | | | |
+ |Ghadâmès[83] | 351 |12| 8.30|733.80|35,1|Pur |S.-E. — 4 —|
+ | | | | m.| | | | Id. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |13| 8.»|731.58|34,0|Légèrement |Nul. |
+ | | | | s.| | |couvert | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |14| 9.45|730.21|32.8|Pur |Nul. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |15| 8.»|734.11|32,9|Pur |Insensible.|
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |16| 6.»|733.45|23,8|Pur |S.-S.-E. — |
+ | | | | m.| | | |insensible.|
+ | | | | | | | |— 1. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |17| 8.»|730.49|34,2|Presque pur, |Nul. |
+ | | | | s.| | |cumulus | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |18| 2.»|734.41|38,1|Pur |S.-S.-E. — |
+ | | | | s.| | | |2. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |19| 2.»|741.30|36,6|Un peu voilé |S.-S.-E. — |
+ | | | | s.| | | |6. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |20| 3.»|741.17|38,8|Pur |S.-S.-E. — |
+ | | | | s.| | | |2. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |21| 6.»|732.58|24,3|Pur |Nul. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |22| 2.30|734.86|38,3|Pur |S.-S.-O. — |
+ | | | | s.| | | |2. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |23| 8.30|734.98|31,0|Pur |S.-E. — 1 —|
+ | | | | s.| | | |par |
+ | | | | | | | |bouffées. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |24| 9.»|737.30|31,1|Pur |S.-S.-E. — |
+ | | | | s.| | | |1 — sirocco|
+ | | | | | | | |par bouff. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |25| 2.»|743.22|38,8|Presque pur, |S. — 1. |
+ | | | | s.| | |petits cumulus| |
+ | | | | | | |ronds | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |26| 8.»|733.57|31,2|Pur |S.-S.-E. — |
+ | | | | s.| | | |2. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |27| 3.»|729.64|36,2|Pur |E. — 2. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |28| 2.»|736.45|34,7|Pur |S.-S.-O. — |
+ | | | | s.| | | |3. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |29| 2.»|733.48|36,4|Pur |S. — 1. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |30| 6.»|734.18|21,0|Pur |Insensible.|
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |31| 2.»|736.96|38,1|Pur |S.-S.-O. — |
+ | | | | s.| | | |1. |
+ | | | | | | | | |
+ | | |Se| | | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 1| 2.»|736.21|38,2|Pur |Nul. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 2| 6.»|730.08|23,1|Pur |Nul. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 3| 6.»|731.33|24,4|Pur |E. — 1. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 4| 3.30|735.30|40,4|Quelques |E. — 2. |
+ | | | | s.| | |cumulus | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 5| 8.30|732.42|32,2|Pur |Nul. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 6| 6.»|730.88|23,1|Pur |E. — 1. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 7| 6.»|737.28|20,8|Pur |E. — 2. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 8| 2.30|737.48|37,7|Pur |Nul. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 9| 6.»|730.17|25,1|Pur |N.-E. — 3. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |10| 6.»|727.92|22,8|Cumulus |E. — 2. |
+ | | | | m.| | |irréguliers à | |
+ | | | | | | |l’O. | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |11| 7.»|734.13|32,9|Pur |E. — 1. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |12| 2.»|731.59|36,2|Pur |E. — 3. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |13| 2.30|737.90|37,1|Pur |N.-E. — 4. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |14| 2.»|738.96|38,1|Pur |E. — 3. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |15| 6.»|734.92|38,9|Pur |E. — 4. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | | |De| | | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |10| 10.5|735.77|17,7|Pur |S.-O. — 4 —|
+ | | | | m.| | | |sirocco. |
+ | | | | | | | | |
+ |Mâreksân | 348 |11| 7.30|735.04|9,7 |Pur |S.-O.— 3. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |12| 8.»|727.94|10,4|Pur |S.-O. — 2. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Ouâdi-Timîsit | 347 |13| 9.»|731.74|10,9|Pur |S.-S.-O. — |
+ | | | | m.| | | |4. |
+ | | | | | | | | |
+ |Imozzelâouen | 337 |14| 9.30|727.79|12,1|Presque pur, |S.-S.-E. — |
+ | | | | m.| | |stratus à |4. |
+ | | | | | | |l’horizon N. | |
+ | | | | | | | | |
+ |Tifôchayen | 415 |15| 8.50|719.95|13,9|Presque pur, |S. — 3. |
+ | | | | m.| | |légers nuages | |
+ | | | | | | | | |
+ |Timelloûlen | 421 |16| 7.15|718.68|10,5|Pur |O. — 1. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |17| 7.15|721.46|5,9 |Nuages légers,|Nul. |
+ | | | | s.| | |plumeux | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |18| 8.30|721.75|2,2 |Nuages plumeux|Nul. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |19| 9.20|727.93|10,5|Petits nuages |O.-S.-O. — |
+ | | | | m.| | | |2. |
+ | | | | | | | | |
+ |Tahâla | 416 |20| 8.»|729.66|9,1 |Couvert |E. — 1. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Ahêdjren | 505 |21| 8.30|720.11|9,3 |Couvert. — |Nul. |
+ | | | | m.| | |Petite pluie | |
+ | | | | | | | | |
+ |Adehi-n-Ouarân | 456 |22| 8.»|715.94|4,9 |Nuages à |E.-S.-E. — |
+ | | | | m.| | |l’horizon |2. |
+ | | | | | | | | |
+ |Tidjedakannîn | 454 |23| 9.30|717.68|6,9 |Pur |Nul. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |24| 8.30|721.30|6,6 |Pur. — Rosée |Nul. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |25| 2.»|723.38|24,4|Légers nuages |Nul. |
+ | | | | s.| | |blancs à | |
+ | | | | | | |l’horizon | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |26| 7.45|722.66|10,2|Légers nuages |E.-N.-E. — |
+ | | | | m.| | |plumeux |1. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |27| 7.30|722.53|7,1 |Pur |N.-E. — 1. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Sâghen | 534 |28| 6.45|719.53|1,9 |Pur |E.-N.-E. — |
+ | | | | m.| | | |1. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |29| 8.30|718.89|4,9 |Pur |Nul. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |30| 8.30|721.22|8,5 |Pur |Insensible.|
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |31| 9.15|719.68|10,8|Pur |E. — 1. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | 1861 | | | | | |
+ | | |Jr| | | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 1| 8.30|718.51|7,0 |Pur |Nul. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 2| 9.»|719.05|9,5 |Pur |Nul. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 3| 7.30|715.73|14,8|Pur. - Lueur |Nul |
+ | | | | s.| | |blanche à | |
+ | | | | | | |l’horizon O. | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 4| 8.»|716.88|16,4|Couvert |Nul. |
+ | | | | s.| | |partout | |
+ | | | | | | | | |
+ |Tikhâmmalt (1er | » | 5| 10.»|716.96|18,7|Pur |Nul. |
+ |camp) | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Afara-n- | 543 | 6|11.30|714.05|24,8|Pur |S. — 1. |
+ |Wechcheran | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 7| 1.30|703.24|28,9|Presque |S.-E. — 3 —|
+ | | | | s.| | |serein, petits|sirocco. |
+ | | | | | | |nuages rares | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 8| 6.45|710.00|14,0|Pur |N. — 3. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 9|10.30|710.80|12,2|Presque pur, |Nul. |
+ | | | | m.| | |quelques | |
+ | | | | | | |petits nuages | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |10| 3.»|711.96|16,6|Pur |N. — 2. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |11| 3.20|712.34|19,6|Pur |N.-N.-E. — |
+ | | | | s.| | | |2-3. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |12| 3.»|709.01|22,9|Presque pur, |N.-O. — 4. |
+ | | | | s.| | |petits nuages | |
+ | | | | | | |horiz. N. | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |13| 9.»|712.01|13,1|Pur |S.-E. - |
+ | | | | m.| | | |2-3. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |14| 10.»|715.78|14,7|Pur |S.-S.-E. — |
+ | | | | m.| | | |1. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |15| 11.»|715.99|18,9|Pur |S.-S.-O. — |
+ | | | | m.| | | |2. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |16| 9.»|715.21|10,0|Un cinquième |S.-E. — |
+ | | | | m.| | |nuages blancs |1-2. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |17| 5.30|711.79|18,9|Couvert horiz.|O. — 6. |
+ | | | | s.| | |N. | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |18| 3.»|711.12|17,8|Légers nuages |N.-O. — 3. |
+ | | | | s.| | |blancs | |
+ | | | | | | |transparents | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |19|10.30|716.17|11,0|Nuages plumeux|E.-S.-E. — |
+ | | | | m.| | |au N. |3. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |20| 1.30|715.32|17,2|Pur |N.-O. — |
+ | | | | s.| | | |2-3. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |21|11.30|721.32|15,2|Pur |O.-N.-O. — |
+ | | | | m.| | | |2-3. |
+ | | | | | | | | |
+ |Inghar et Asouîtar| 611 |22| 3.»|718.16|16,6|Nuages ronds |N.-E. — 1. |
+ | | | | s.| | |blancs | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |23| 3.30|717.32|19,7|Nuages blancs |N.-E. — 3. |
+ | | | | s.| | |S.-E | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |24| 9.»|718.92|9,2 |Cinq sixièmes |E.-N.-E. — |
+ | | | | m.| | |couvert |5. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |25| 8.»|722.34|13,6|Pur |N.-E. — 3. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |26| 3.»|722.16|16,6|Pur |N.-E. — 5. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |27| 9.»|719.20|10,3|Petits nuages,|E.-N.-E. — |
+ | | | | m.| | |horiz. S. |4. |
+ | | | | | | |voilé | |
+ | | | | | | | | |
+ |In-Tafersin | 627 | »| 6.30|716.50|14,1|Couvert, pluie|E. — 3. |
+ | | | | s.| | |moitié de la | |
+ | | | | | | |nuit | |
+ | | | | | | | | |
+ |Tâdjenoût | 594 |28|10.30|717.99|15,5|Couvert |Nul. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Oursêl | 624 |29| 7.»|712.33|12,9|Pur |N.-N.-E. — |
+ | | | | s.| | | |1. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |30| 7.»|716.91|12,0|Pur |N.-E. — 3. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |31| 3.»|718.49|15,8|Couvert |E. — 2. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | | |Fr| | | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 1| 3.»|727.46|17,3|Presque tout |E. — 3. |
+ | | | | s.| | |couvert | |
+ | | | | | | | | |
+ |Id. (autre camp) | » | 2| 10.»|719.63|14,8|Pur |S. — 2. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 3| 10.»|718.73|14,3|Presque pur, |Nul. |
+ | | | | m.| | |un petit nuage| |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 4| 8.30|716.52|11,5|Pur |E. — 1. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Près d’In-Hemoûl | 593 | 5|11.30|714.56|20,5|Petits nuages |E.-S.-E. — |
+ | | | | m.| | |dispersés |1. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 6| 9.»|715.96|16,7|Couvert |Nul. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Tamioutin | 553 | 7| 9.»|717.67|19,3|Voilé |S.-E. — 1. |
+ |(Aghelâd) | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Târat (Aghelâd) | 549 | »| 8.»|714.61|21,3|Voilé |E.-S.-E. — |
+ | | | | s.| | | |1. |
+ | | | | | | | | |
+ |Targhaghît | 542 | 8| 9.»|711.21|21,3|Quelques |Nul. |
+ | | | | s.| | |nuages | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 9| 9.»|713.22|17,2|Pommelé au S. |S.-S.-E. — |
+ | | | | m.| | | |1. |
+ | | | | | | | | |
+ |Près de Mârhet | 478 |10| 9.20|708.69|19,6|Pur |Nul. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Azhel-en-Bangou |655,5|11| 8.»|705.85|22,2|Pas très-pur |S. — 1. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |12| 11.»|713.68|23,5|Légèrement |E.-S.-E. — |
+ | | | | m.| | |voilé |1. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |13| 9.»|714.82|17,6|Couvert |S.-E. — |
+ | | | | m.| | | |0-1. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |14| 10.»|714.04|15,7|Pur |Nul. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |15| 8.»|713.50|12,3|Légèrement |Nul. |
+ | | | | m.| | |voilé à | |
+ | | | | | | |l’horizon | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |16| 9.»|712.06|18,6|Petits nuages |N. — 1. |
+ | | | | m.| | |plumeux | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |17| 10.»|711.59|24,5|Quelques |S.-O. — 1. |
+ | | | | m.| | |petits nuages | |
+ | | | | | | |plumeux | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |18| 3.»|705.57|26,0|Pur |N. — 2. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |19| 8.45|709.97|21,7|Voilé. Halo à |S.-S.-O. — |
+ | | | | s.| | |20° 1/2 du |1. |
+ | | | | | | |bord de la | |
+ | | | | | | |lune | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |20| 3.»|704.98|31,2|Un tiers |S. — 5. |
+ | | | | s.| | |nuageux | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |21| 2.30|703.82|29,1|Couvert, voilé|E. — 4. |
+ | | | | s.| | |; nuages de | |
+ | | | | | | |poussière | |
+ | | | | | | | | |
+ |In-Tâfaraout | 631 |22| 2.30|708.25|24,7|Neuf dixièmes |E. — 1. |
+ | | | | s.| | |couvert | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |23| 3.»|707.89|26,5|Voilé |O.-S.-O. — |
+ | | | | s.| | | |0-1. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |24| 3.»|705.96|22,8|Voilé |N.-N.-O. — |
+ | | | | s.| | | |4. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |25| 7.30|710.83|16,3|Voilé |O. — 2. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |26| 8.»|711.41|9,6 |Pur |S.-O. — |
+ | | | | m.| | | |0-1. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |27| 9.»|711.56|15,3|Presque pur, |S.-O. — 2. |
+ | | | | m.| | |nuages plumeux| |
+ | | | | | | |rares | |
+ | | | | | | | | |
+ |Ouâdi-Alloûn | » | »| 6.»|702.13|24,2|Pur |E.-N.-E. — |
+ | | | | s.| | | |2. |
+ | | | | | | | | |
+ |Ahêr (source) | 745 |28| 11.»|704.80|23,9|Ciel demi- |N.-N.-O. — |
+ | | | | m.| | |couvert, |2. |
+ | | | | | | |nuages alignés| |
+ | | | | | | |S.-N. | |
+ | | | | | | | | |
+ |Ouâdi-Takarâhet | 820 | »| 6.15|698.65|20,8|Couvert au N. |N. — 2. |
+ | | | | s.| | |à l’horizon | |
+ | | | | | | | | |
+ | | |Ms| | | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | | 1| 3.»|702.53|19,5|Petits nuages |N.-N.-O. — |
+ | | | | s.| | |plumeux au S. |2. |
+ | | | | | | | | |
+ |Tîn-Arrây | 975 | 2| 6.»|689.59|15,5|Pur |N.-E. — 2. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Tîn-Têrdja |10..2| 3| 3.»|688.17|18,2|Pur |N.-E. — 2. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Tîn-Tâkelît | 870 | 4| 3.15|695.82|19,2|Pur |E. — 3. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |In-Ezzân | 945 | 5| 9.»|697.63|14,7|Pur |E. — 1. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |In-Akhkh | 865 | 6| 6.»|695.41|10,0|Pur |S. — 2. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Tiferghasîn | 864 | »| 9.»|697.91|16,6|Pur |S. — 1. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Tîterhsîn | 784 | »| 6.30|703.90|19,0|Pur |N.-O. — 2. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Tarz-Oûlli | 766 | 7| 9.»|696.69|13,7|Pur |E. — 0-1. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 8| 9.»|707.71|12,6|Gris uniforme,|N.-N.-E. — |
+ | | | | m.| | |air trouble |2. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |10| 9.»|709.37|11,2|Pur |N.-E. — 2. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Ouâdi- | 667 |11|midi.|710.82|19,4|Pur |N.-E. — 2. |
+ |Tînselmadjîn | | | | | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |12| 7.30|706.67|8,5 |Pur |E. — 1. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Tinoûhaouen | 772 |13| 9.»|692.31|14,7|Pur |O. — 0-1. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Toûnîn (Rhât) | 726 |14|11.58|702.23|29,3|Pur |S.-O. |
+ | | | | m.| | | |violent. — |
+ | | | | | | | |6. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |15| 9.30|706.67|14,9|Pur |N.-O. — 2. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |16| 3.»|700.93|23,2|Pur |N.-O. — 2. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |17| 9.30|703.27|16,5|Pur |S.-E. — 1. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |18| 6.»|698.68|6,8 |Pur |Nul. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |19| 3.»|700.47|23,6|Pur |N.-O. — 1. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |20| 9.»|704.42|18,3|Pur |N. — 1. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |21|midi.|706.37|25,1|Pur |N.-E. — 1. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |22| 9.»|703.86|18,5|Presque tout |Nul. |
+ | | | | s.| | |couvert | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |23|midi.|700.48|33,5|Cirrho-cumulus|S.-S.-E. — |
+ | | | | | | | |2. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |24| 3.»|696.01|32,2|Cirrho-cumulus|S.-S.-E. — |
+ | | | | s.| | | |2. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |25| 9.»|702.87|26,9|Cirrho-cumulus|S. — 3. |
+ | | | | m.| | |et cirrho- | |
+ | | | | | | |stratus çà et | |
+ | | | | | | |là | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |26| 3.»|692.05|34,5|Voilé |S.-E. et |
+ | | | | s.| | | |S.-S.-E., |
+ | | | | | | | |tr.-violent|
+ | | | | | | | |dans la |
+ | | | | | | | |soirée et |
+ | | | | | | | |dans la |
+ | | | | | | | |nuit. — 7. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |27| 3.»|692.47|28,6|Légèrement |E.-N.-E. — |
+ | | | | s.| | |voilé |2-3. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |28| 9.»|703.42|20,6|Pur |Nul. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Tinoûhaouen | 772 |29| 3.»|693.35|31,5|Pur, horizon |O. — 3. |
+ | | | | s.| | |voilé | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |30| 7.»|699.13|14,2|Bleu, |Nul. |
+ | | | | m.| | |légèrement | |
+ | | | | | | |voilé | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |31| 3.»|697.71|26,6|Cirrho-cumulus|N.-O. — 2. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | | |Al| | | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Tarz-Oûlli | 766 | 1| 8.30|704.31|21,8|Nuageux à |E.-N.-E. — |
+ | | | | s.| | |l’horizon E. |3. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 2| 9.»|704.05|22,3|Un tiers |E.-S.-E. — |
+ | | | | s.| | |couvert |2. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 3| 11.»|699.53|18,5|Pur |S. — 1. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 4| 9.»|701.36|27,5|Sept dixièmes |S. — 3. |
+ | | | | m.| | |couvert | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 5|10.30|701.30|22,3|Pur, horiz. S.|N.-O. — 1. |
+ | | | | s.| | |voilé | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 6| 3.»|695.30|33,9|Demi-cumulus |S. — 2. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 7| 3.»|696.80|33,7|Pur |N.-E. — 2. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 8| 6.»|693.84|30,0|Pur, horizon |S.-E. — 2. |
+ | | | | s.| | |O. voilé | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |10| 3.»|693.17|31,7|Voilé |N.-O. — 4. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |11|midi.|700.22|28,6|Pur |S.-S.-E. — |
+ | | | | | | | |2. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |12| 7.30|699.17|24,6|Pur |N. — 1. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |13| 6.»|693.77|28,6|Pur, horizon |N. — 2. |
+ | | | | s.| | |N. couvert | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |14| 9.»|703.75|20,8|Pur |N.-E. — 2. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |15| 8.15|700.37|24,6|Pur |E. — 2. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |16| 3.»|702.66|31,3|Pur |N.-N.-O. — |
+ | | | | s.| | | |2. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |17| 3.45|697.22|34,5|Légèrement |O. — 4. |
+ | | | | s.| | |voilé à | |
+ | | | | | | |l’horizon, | |
+ | | | | | | |poussière et | |
+ | | | | | | |sables | |
+ | | | | | | |soulevés | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |18| 9.»|702.21|22,8|Pur |N.-E. — 4. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |19| 3.»|696.06|32,9|Légèrement |E. — 2. |
+ | | | | s.| | |mais | |
+ | | | | | | |entièrement | |
+ | | | | | | |couvert | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |20| 8.»|702.23|30,3|Deux tiers |E. — 1. |
+ | | | | s.| | |couvert | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |21| 7.30|700.77|32,1|Presque pur |S. chaud. —|
+ | | | | s.| | | |2. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |22| 9.»|702.88|37,3|Voilé |S.-S.-O. — |
+ | | | | m.| | | |7 — |
+ | | | | | | | |sirocco. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |23| 3.»|691.94|32,2|Un peu voilé à|N.-O. — 2. |
+ | | | | s.| | |l’horizon | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |24| 3.»|693.06|37,8|Cirrho-cumulus|S.-O. — 2. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |25| 3.»|692.49|38,3|Quelques |S.-S.-O. — |
+ | | | | s.| | |petits cumulus|6 — |
+ | | | | | | | |sirocco. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |26| 3.»|693.87|34,3|Voilé |E. — 5. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |27| 3.»|698.98|32,4|Cumulus aux |S.-E. — 1. |
+ | | | | s.| | |deux tiers | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |28| 3.»|699.38|31,9|Couvert, pluie|S.-O. — 5. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |29| 6.»|701.80|22,1|Presque |N. — 2. |
+ | | | | m.| | |entièrement | |
+ | | | | | | |couvert | |
+ | | | | | | | | |
+ |Iferdjân | 769 |30| 6.30|701.25|22,3|Couvert |E. — 1. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | | |Mi| | | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Serdélès | 709 | 2| 9.»|708.16|29,5|Pur |N.-E. — 2. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 3| 6.»|702.66|19,5|Pur |S.-S.-E. — |
+ | | | | m.| | | |3. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 4| 6.»|701.88|21,4|Demi-couvert |S.-E. — 4. |
+ | | | | m.| | |de cumulus | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 5| 9.»|702.85|29,3|Un quart |N.-O. —2. |
+ | | | | m.| | |cumulus et | |
+ | | | | | | |cirrho-cumulus| |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 6| 9.»|701.58|33,4|Presque tout |N. — 3. |
+ | | | | m.| | |couvert | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 7| 9.»|701.73|25,0|Légers cumulus|E. — 3. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 8| 3.»|699.44|32,5|Cumulus |Insensible.|
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 9| 6.»|703.21|24,2|Couvert, |Insensible.|
+ | | | | m.| | |gouttes de | |
+ | | | | | | |pluie | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |10| 6.»|702.37|30,2|Pur |N. — 2. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |11| 4.50|703.89|14,2|Pur |E.-N.-E. — |
+ | | | | m.| | | |1. |
+ | | | | | | | | |
+ |Eraouen | 594 |13| 5.45|712.03|29,5|Pur |O. — 4. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |14| 4.30|717.18|15,0|Cumulus à l’O.|Nul. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Tîn-Aboûnda | 559 |15| 4.50|718.09|14,4|Pur |Insensible.|
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |In-Tâfarat | 572 | »|12.30|718.97|28,6|Légèrement |N.-E. — 1. |
+ | | | | s.| | |voilé, pur au | |
+ | | | | | | |zénith | |
+ | | | | | | | | |
+ |Hotiya-Cheikh-el- | 552 | »| 7.45|719.17|23,4|Pur |Nul. |
+ |Hoseyni. | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Oubâri | 515 |16| 2.30|717.24|34,7|Couvert |N.-O. — 1. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |17| 6.»|718.66|25,5|Couvert |N. — 2. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |18| 7.20|725.09|25,6|Pur |N. — 1. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Taguelelt | 517 | »| 1.20|720.21|34,4|Pur |Insensible.|
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Djerma | 485 |19| 8.45|722.20|32,6|Pur |Insensible.|
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Brêg | 551 |20| 4.35|719.39|36,3|Cumulus |S.-E. — 2. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |El-Fogâr | 515 |21| 2.15|719.22|39,0|Pur |S.-E. par |
+ | | | | s.| | | |bouffées. —|
+ | | | | | | | |2. |
+ | | | | | | | | |
+ |Tekertîba | 529 |22| 6.45|719.31|31,9|Pur |S.-E. — 3. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |23| 6.50|718.43|33,2|Pur |E.-S.-E. — |
+ | | | | m.| | | |2. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | 529 |24| 4.30|717.38|24,6|Pur |S.-E. — 1. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |25| 2.»|714.00|40,3|Moitié gros |O. — 1. |
+ | | | | s.| | |cumulus | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |26| 8.15|718.92|27,5|Pur |N.-E. — 3. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |27| 4.20|721.34|19,0|Pur |E. — 2. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Lac de Mandara | 527 |28| 4.50|721.14|29,5|Petits cirrho-|N.-N.-E. — |
+ | | | | s.| | |cumulus |2. |
+ | | | | | | | | |
+ |Goloûb-es-Soltân | 474 |29| 2.20|721.26|31,5|Moitié cumulus|N.-N.-E. — |
+ | | | | s.| | |et cirrho- |1. |
+ | | | | | | |cumulus | |
+ | | | | | | | | |
+ |Gabráoûn | 459 | »| 5.10|721.74|29,0|Cirrho-cumulus|N. — 1. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Ouâdi-Gabráoûn | 542 |30| 5.40|716.76|29,7|Légers cumulus|N.-N.-E. — |
+ | | | | s.| | | |2. |
+ | | | | | | | | |
+ |Tekertîba | 529 |31| 1.30|719.03|34,1|Pur |E. 1/8 S. —|
+ | | | | s.| | | |5. |
+ | | | | | | | | |
+ | | |Jn| | | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |El-Fejîj | 579 | 1| 4.»|717.81|33,9|Pur |E. — 2. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Indjârren | 623 | 2| 1.30|714.66|35,1|Pur, un peu |E. — 3. |
+ | | | | s.| | |voilé à | |
+ | | | | | | |l’horizon | |
+ | | | | | | | | |
+ |Bîr-’Amrân | 569 | »| 6.35|717.50|27,5|Pur |Nul. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Tessâoua | 528 | 3| 1.30|720.40|36,7|Pur |Insensible.|
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 4| 7.15|718.44|25,2|Pur |Nul. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Agâr | 586 | 5| 8.40|717.88|23,7|Pur |Nul. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Oumm-el-Hamâm | 543 | 6| 1.50|717.05|39,2|Pur |S. — 2. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Mourzouk | 559 | 7| 2.»|719.26|38,5|Pur |E. — 3. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 8| 1.30|720.15|39,1|Pur |N.-E. — 5. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 9| 4.15|721.57|22,7|Pur |Nul. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |10| 1.30|719.63|41,0|Légèrement |S.-E. — 5. |
+ | | | | s.| | |voilé | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |11| 7.»|719.48|32,7|Pur |S.-E. — 2. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |12| 1.30|717.38|38,4|Voilé |O. — 2. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |14| 1.30|720.31|35,9|Voilé |S. — 1. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |16| 2.30|719.16|36,5|Pur |E. — 1. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |17| 2.30|718.61|37,8|Pur |Insensible.|
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |18| 5.10|720.48|24,2|Pur |E. — 2. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |19| 1.30|719.96|36,5|Pur |E. — 1. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |20| 2.»|720.78|36,5|Pur |E. — 3. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |21| 1.30|720.29|34,5|Pur |E. — 3. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |22| 1.30|719.04|33,1|Pur, légers |E. — 3 par |
+ | | | | s.| | |nuages à 45° |bouffées. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |23| 2.40|718.06|34,3|Pur |E. — 1. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |25| 1.30|720.39|35,6|Pur |E. — 2. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |26| 2.»|718.94|36,3|Pur |E. — 1. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |27| 4.45|719.65|20,2|Pur |N.-O. — 1 |
+ | | | | s.| | | |faible. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |29| 1.30|718.10|38,3|Pur |N. — 3. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |30| 1.30|720.73|36,2|Pur |E. — 5. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | | |Jl| | | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 1| 3.30|720.34|37,7|Pur |E. — 5. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 2|1.» s|720.36|39,9|Un quart |E. — 1 |
+ | | | | | | |cumulus à l’E.|faible. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 3| 1.30|718.96|40,8|Cumulus à l’E.|S.-E. — 2. |
+ | | | | s.| | |et au N. | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 4| 2.»|717.20|40,6|Gros cumulus |N.-N.-E. — |
+ | | | | s.| | |épars |1. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 5| 3.»|716.83|41,7|Petits cumulus|S.-S.-E. — |
+ | | | | s.| | |blancs N. et |1. |
+ | | | | | | |E. | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 6| 1.»|718.78|41,5|Pur |Nul. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 7| 3.»|718.89|22,7|Pur |Nul. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Mokhâten | 565 | 8| 3.10|720.37|21,9|Pur |Nul. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Trâghen | 520 | 9| 6.»|721.08|27,3|Pur |Nul. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |11| 3.45|721.35|24,4|Pur |E. — 1 |
+ | | | | m.| | | |faible. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |12| 1.30|720.88|39,9|Pur |E. ou N.-E.|
+ | | | | s.| | | |— 5. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |14| 2.30|720.01|36,5|Pur |E. — 5. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |15| 4.»|722.06|22,2|Pur |Insensible.|
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Touîla | 589 |16| 1.30|719.70|40,5|Pur |S.-O. — |
+ | | | | s.| | | |Insensible.|
+ | | | | | | | |1. |
+ | | | | | | | | |
+ |Maghoua | 577 |17| 1.30|719.69|40,4|Pur |N.-E. — 6. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Tha’aleb | 595 |18| 1.45|717.48|41,6|Pur |N. — 2. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Oumm-el-Arâneb | 546 |19| 4.»|718.60|38,5|Pur |N.-O. — 4. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |El-Bedîr | 546 |20| 1.30|719.58|40,0|Pur |? |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Oumm-es-Sougouîn | 506 |21| 3.»|722.24|22,3|Pur |E. — 2. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Zouîla | 539 | »| 1.»|721.20|36,6|Pur |N.-O. — 2. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Hammîra | 446 |22| 1.»|728.70|37,5|Pur |N.-E. — 4. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Trâghen | 520 |23| 4.»|720.17|36,5|Pur |N.-E. — 2. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Mourzouk | 559 |27| 9.40|711.67|38,8|Pur |? |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |29| 3.»|701.21|38,5|Pur |E. — 1. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | | |At| | | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 5| 6.»|719.16|23,1|Pur |E.-N.-E. — |
+ | | | | m.| | | |2. |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 6| 4.»|722.10|33,5|Pur |N. — 2. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 7| 2.30|725.39|36,4|Quelques |N. — 2. |
+ | | | | s.| | |petits cumulus| |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 8| 3.»|726.13|37,4|Pur |N.-E. — 2. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 9| 2.»|722.68|35,7|Pur |N. — 2. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |10| 3.30|719.32|35,9|Pur |N.-E. — 2. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |11| 7.»|718.96|28,6|Pur |Nul. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Menzelet-el-Guefel| 545 |12| 2.30|721.12|36,6|Pur |E. — 6. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Néchoûa’ | 608 |13| 3.45|717.68|35,7|Pur |E.-N.-E. — |
+ | | | | s.| | | |2. |
+ | | | | | | | | |
+ |Ghoddoua | 574 |14| 2.45|721.68|38,2|Petits cumulus|Nul. |
+ | | | | s.| | |isolés | |
+ | | | | | | | | |
+ |Bîr-el-Moukkeni | 569 |15| 4. 5|719.10|23,8|Pur |N.-E. — 2. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Et-Tolh | 592 | »| 2.20|717.60|36,3|Pur |N.-N.-O. — |
+ | | | | s.| | | |4 très- |
+ | | | | | | | |chaud. |
+ | | | | | | | | |
+ |Sebhâ | 501 |16| 5.25|721.63|22,8|Pur |E. — 2. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Temenhent | 503 |17| 7.10|727.68|29,4|Pur |S.-E. — 4. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |18| 1.45|722.87|36,6|Pur |N. — 2. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Gourmêda (puits) | 482 |19| 4.10|724.76|20,5|Pur |S. — 1. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Zîghen | 531 | »| 7.55|720.08|26,9|Pur |S.-E. — 1. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |20| 4.30|722.44|22,5|Pur |E. — 2. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Oumm-el-’Abîd | 473 | »| 3.»|724.13|37,3|Couvert de |N.-O. — 3 |
+ | | | | s.| | |cumulus à |chaud. |
+ | | | | | | |moitié | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |21| 2.»|728.44|36,5|Petits cumulus|N.-O. — 2. |
+ | | | | s.| | |épars | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |22| 5.»|730.70|24,8|Horizon O. |E.-S.-E. |
+ | | | | m.| | |couvert |puis S.-E. |
+ | | | | | | | |— 5. |
+ | | | | | | | | |
+ |El-Hafor-el-Homer | 552 |23| 4.»|722.98|21,5|Horizon E. |N.-E. — 1. |
+ | | | | m.| | |couvert | |
+ | | | | | | | | |
+ |Ouâdi-Tîn-Guezzîn | 690 |25| 3.30|709.10|21,2|Deux tiers |Nul. |
+ | | | | m.| | |cumulus | |
+ | | | | | | | | |
+ |El-Mejnah | 736 | »| 6.55|705.48|23,6| |? |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Gottefa | 573 | »| 3.40|719.07|25,5|Couvert, pluie|S.-E. — 2. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |26| 6.30|720.98|23,4|Pur |S. — 1 |
+ | | | | m.| | | |faible. |
+ | | | | | | | | |
+ |Bir-Ferdjân | 397 |27| 5.»|735.97|20,8|Pur, nuages au|N. — 1 |
+ | | | | m.| | |S. |faible. |
+ | | | | | | | | |
+ |Sokna | 352 |28| 5.»|737.52|20,6|Pur |Nul. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » |30| 5.45|738.32|18,2|Pur |E. — 1 |
+ | | | | m.| | | |faible. |
+ | | | | | | | | |
+ | | |Se| | | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 1| 5.45|738.02|20,6|Cumulus à l’E.|E. — 1. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 2| 5.15|737.46|19,8|Pur |Insensible.|
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |O. Talha-boû-Tobol| 322 | 3| 7.»|740.49|28,0|Pur |N.-E. — 3. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | 322 | 4| 4.30|741.60|20,3|Pur |S.-O. — 2. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Ouâdi Zemam | 309 | 5| 4.30|743.77|20,9|Pur |O. — 2. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Ouâdi-Nina | 291 | 6| 4.30|743.11|18,3|Pur |Nul. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Bondjêm | 138 | 7| 2.30|756.17|32,5|Pur |N.-E. — 3. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ | Id. | » | 8| 6.30|755.50|27,7|Pur |N.-E. — 5. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Oumm-el-Ghorbâl | 113 |10| 4.20|754.64|16,9|Pur |Insensible.|
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Ouâdi-Mbellem | 90 |11| 4.30|756.10|16,3|Pur |Nul. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Loummouileh | 109 |12| 4.20|753.83|18,5|Pur |Nul. |
+ | | | | m.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |Ouâdi-Mîmoûn | 234 |13| 4.»|749.54|16,0|Quelques |Nul. |
+ | | | | m.| | |nimbus N.-O. | |
+ | | | | | | | | |
+ |Plateau au Nord de| 235 |14| 6.10|740.13|22,8|Horizon N. |N.-E. — 2. |
+ |Chaábet-el-Halma | | | m.| | |nuageux | |
+ | | | | | | | | |
+ |Melgha | 372 |15| 6.»|733.49|24,4|Pur |E. — 1. |
+ | | | | s.| | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |El-Menchîya | 31 |19| 1.45|766.39|26,4|Petits cirrhus|Insensible.|
+ |(Tripoli), villa | | | | | | | |
+ |de M. Botta | | | | | | | |
+ | | | | | | | | |
+ |El-Menchîya | » |20| 1.10|764.63|26,9|Petits cirrho-|N. — 2. |
+ |(Tripoli), villa | | | | | |cumulus à | |
+ |de M. Botta | | | | | |l’horizon | |
+ +------------------+-----+--+-----+------+----+--------------+-----------+
+
+NOTA. — Cette série de tableaux a été dressée principalement en vue de
+mettre sous les yeux du lecteur les éléments d’après lesquels les
+altitudes ont été déterminées.
+
+M. O. Mac Carthy, dont la précision comme météorologue est justement
+appréciée, a bien voulu mettre à ma disposition ses observations
+correspondantes au niveau de la mer à Alger. On peut donc considérer
+l’ensemble des altitudes comme aussi exactes que possible, au moyen
+d’observations barométriques.
+
+Quant aux détails qui vont suivre sur la température, l’hygrométrie, la
+pression atmosphérique, les vents, la lumière, l’electricité, ils ont
+été empruntés à l’ensemble de mes observations météorologiques.
+
+En général, excepté dans les marches ou dans le cas de maladie, j’ai
+fait quatre observations, souvent cinq, par jour : une avant le lever du
+soleil, une après son coucher, et deux ou trois dans la journée.
+
+J’ai toujours veillé au bon fonctionnement de mes instruments, et toutes
+les observations que je livre à la publicité sont ramenées à zéro et
+corrigées des erreurs des instruments.
+
+
+ _Températures._
+
+
+_Instruments employés_ : Les divers thermomètres dont j’ai fait usage
+sont :
+
+
+Des thermomètres Baudin : no 204, no 329, no 660, no 663 ; no 665 pour
+les _minima_, et no 662 pour les _maxima_ ;
+
+Des thermomètres Salleron : nos 300 et 302 ;
+
+Un thermomètre Fastré, qui m’a été envoyé par M. Mac Carthy avec la note
+_très-bon_.
+
+En voyage, le 18 décembre 1860, à Timelloûlen, j’ai pu contrôler la
+marche de ces divers instruments au moyen de la glace fondante. De plus,
+j’ai comparé tous mes thermomètres avec l’étalon Baudin, une première
+fois à Tougourt, le 29 février 1860, et une seconde fois à Serdélès, le
+2 mai 1861.
+
+
+TEMPÉRATURE DE L’AIR : L’ensemble de mes observations sur la température
+de l’air donne les constatations suivantes :
+
+
+_Marche diurne_ : Dans la journée, le plus grand abaissement de la
+température a lieu le matin avant le lever du soleil, et la plus grande
+élévation entre deux et trois heures de l’après-midi.
+
+Un tableau, ci-après (voir le § _Pression atmosphérique_, page 121),
+indique la marche des différents thermomètres, de 15 en 15 minutes,
+entre le lever et le coucher du soleil. Il peut être considéré comme
+donnant approximativement la marche diurne moyenne.
+
+
+_Variations suivant les saisons_ : Quelles que soient la latitude et
+l’altitude, dans tout le Sahara, du moins sur le versant Nord du plateau
+central, les températures les plus basses sont obtenues de décembre à
+mars, et les plus hautes de juin à septembre. C’est ce que démontre le
+journal météorologique de mon voyage, complété par celui que tient M. J.
+Auer à Tougourt.
+
+
+_Influences_ : L’altitude et l’éloignement de la mer, bien plus que la
+latitude, exercent une influence sur le thermomètre.
+
+Si l’on compare la température du plateau du Tasîli des Azdjer, d’un
+degré et quart au Nord du tropique du Cancer, avec celle de Tougourt,
+ville située à huit degrés plus au Nord, et sous l’influence probable de
+la Méditerranée, on trouve rarement chez les Azdjer les fortes chaleurs
+de l’Ouâd-Rîgh, mais, en revanche, on constate même dans les vallées
+abritées du Tasîli des gelées inconnues ou exceptionnelles dans l’Ouâd-
+Rîgh.
+
+Chez les Touâreg même, suivant l’altitude des lieux, il y a de grandes
+différences : entre la température du Ahaggâr, où les neiges persistent
+pendant trois mois de l’année, et celle du Tasîli, où elles durent à
+peine quelques jours ; entre les plateaux élevés, où l’on retrouve la
+végétation de la côte européenne de la Méditerranée, et les basses
+dépressions des plaines, en contre-bas des montagnes, où la végétation
+désertique s’allie à celle des tropiques.
+
+
+_Extrêmes de température_ : Ils sont fournis par les deux chiffres
+suivants :
+
+ _Maximum_ + 44°,6, à Mourzouk, les 5 et 26 juillet 1861 ;
+
+ _Minimum_ − 2°,1, à Timelloûlen, le 18 décembre 1860.
+
+La plus grande amplitude des oscillations thermométriques constatée dans
+mon voyage chez les Touâreg a donc été de 46°,7.
+
+
+_Maxima_ (saison d’été) : Les observations comprises entre les dates du
+7 juin au 7 juillet et du 27 juillet au 11 août 1861 ont été faites à
+Mourzouk, les autres en route sur divers points. (Voir, pour les
+stations correspondantes, le tableau général qui précède.)
+
+ 1860.
+
+ 8 août 42°,2
+
+ 9 » 40 ,6
+
+ 10 » 40 ,7
+
+ 11 » 40 ,8
+
+ 12 » 41 ,6
+
+ 13 » 42 ,3
+
+ 14 » 41 ,8
+
+ 15 » 40 ,1
+
+ 16 » 40 ,2
+
+ 4 septembre 40 ,4
+
+ 1861.
+
+ 24 mai 40 ,5
+
+ 25 » 40 ,3
+
+ 10 juin 41 ,0
+
+ 19 » 37 ,8
+
+ 20 » 38 ,2
+
+ 21 » 37 ,8
+
+ 22 » 37 ,6
+
+ 23 » 36 ,1
+
+ 25 » 38 ,1
+
+ 26 » 38 ,8
+
+ 28 » 42 ,5
+
+ 29 » 39 ,4
+
+ 30 » 39 ,0
+
+ 1 juillet 40 ,0
+
+ 2 » 41 ,3
+
+ 3 » 42 ,4
+
+ 4 » 44 ,3
+
+ 5 » 44 ,6
+
+ 16 » 40 ,6
+
+ 17 » 40 ,5
+
+ 18 » 41 ,7
+
+ 26 » 44 ,6
+
+ 27 » 42 ,6
+
+ 28 » 42 ,6
+
+
+_Maxima_ (saison d’hiver) : Je regrette de ne pas avoir de série
+d’observations maxima pour la saison d’hiver. Il sera facile d’y
+suppléer approximativement par les indications du thermomètre fronde,
+dans les observations générales quotidiennes.
+
+
+_Minima_ (saison d’hiver) : Je n’ai que peu d’observations de minima de
+la température en hiver. Je donne ci-dessous le nombre des jours où j’ai
+observé la congélation de l’eau.
+
+ 1860.
+
+ 17 décembre − 2°,0
+
+ 18 » − 2 ,1
+
+ 28 » + 1 ,9
+
+ 1861.
+
+ 11 janvier Eau gelée.
+
+ 12 » Id.
+
+ 13 » Id.
+
+ 14 » Id.
+
+ 15 » Id.
+
+ 16 » Id.
+
+ 20 » Id.
+
+ 22 » Id.
+
+ 10 mars Id.
+
+ 11 » Id.
+
+ 12 » Id.
+
+
+_Minima_ (saison d’été) : Ces observations appartiennent toutes à
+l’année 1861, savoir :
+
+ 20 juin 18°,6
+
+ 21 » 19 ,7
+
+ 22 » 20 ,9
+
+ 23 » 19 ,2
+
+ 24 » 17 ,5
+
+ 26 » 16 ,6
+
+ 27 » 17 ,6
+
+ 30 » 22 ,4
+
+ 2 juillet 23 ,6
+
+ 3 » 28 ,6
+
+ 4 » 23 ,4
+
+ 5 » 24 ,4
+
+ 25 » 21 ,6
+
+ 26 » 25 ,2
+
+ 30 » 23 ,1
+
+ 7 août 20 ,6
+
+ 8 » 22 ,4
+
+ 9 » 20 ,6
+
+ 10 » 21 ,2
+
+Si, pour la saison d’été, je compare le chiffre le plus bas de la
+température de l’air, 16°,6, obtenu le 26 juin à Mourzouk, avec le
+chiffre le plus élevé, 44°,6, constaté dans la même localité et dans la
+même année, les 5 et 26 juillet, je trouve une différence de 28° à
+quelques jours d’intervalle.
+
+
+TEMPÉRATURE DU SOL : Les observations relatives à la température du sol
+ont été prises à l’ombre et au soleil, en hiver et en été.
+
+
+_Maxima à l’ombre_ : Pendant le jour, pas d’observations faute de temps,
+mes instants étant pris par d’autres études.
+
+
+_Minima à l’ombre_ : Toutes les observations qui suivent ont été faites,
+le thermomètre étant recouvert d’une légère couche de sable ou de terre.
+
+ _Saison d’hiver._
+
+ 1860.
+
+ 14 décembre − 3°,0
+
+ 28 » − 1 ,4
+
+ 1861.
+
+ 10 janvier − 1 ,4
+
+ 11 » − 0 ,4
+
+ 12 » − 0 ,4
+
+ 16 » − 2 ,4
+
+ 19 » − 2 ,2
+
+ 22 » − 4 ,7
+
+ 25 » − 3 ,2
+
+ 26 » − 3 ,2
+
+ 27 » + 1 ,3
+
+ 30 » + 1 ,1
+
+ _Saison d’été._ — 1861
+
+ 12 août 20°,8
+
+ 13 » 18 ,3
+
+ 14 » 18 ,9
+
+ 15 » 23 ,3
+
+ 16 » 21 ,5
+
+ 19 » 19 ,6
+
+ 20 » 23 ,6
+
+ 21 » 20 ,6
+
+ 22 » 24 ,6
+
+ 24 » 18 ,6
+
+ 25 » 20 ,6
+
+ 26 » 18 ,1
+
+ 27 » 20 ,8
+
+ 28 » 19 ,6
+
+ 30 » 19 ,9
+
+ 1 septembre 18 ,7
+
+ 2 » 19 ,1
+
+ 3 » 16 ,6
+
+ 4 » 19 ,8
+
+ 5 » 18 ,6
+
+ 7 » 14 ,2
+
+ 8 » 15 ,1
+
+ 9 » 21 ,6
+
+ 10 » 15 ,3
+
+ 11 » 14 ,0
+
+ 12 » 18 ,1
+
+ 13 » 16 ,3
+
+ 15 » 19 ,8
+
+
+_Maxima au soleil_ : L’ombre n’existant pas dans le Sahara, ni pour le
+sol ni pour les plantes qu’il nourrit, ni pour les hommes ni pour les
+animaux qui l’habitent, il était important de déterminer, dans les
+différentes saisons, la température du milieu au soleil.
+
+C’est à ce besoin que correspondent les deux séries d’observations qui
+suivent :
+
+ _Saison d’hiver._ — 1861.
+
+ 18 janvier. 29°,00, la température de l’air à l’ombre étant 17°,8
+
+ 19 » 26 ,05 » » » 17 ,35
+
+ 22 » 30 ,15 » » » 16 ,6
+
+ 31 » 19 ,8 » » » 14 ,0
+
+ 14 février. 39 ,65 » » » 29 ,35
+
+ _Saison d’été._ — 1860 et 1861.
+
+ 13 avril. 42°,55, la température de l’air à l’ombre étant 31°,85
+
+ 20 juin. 58 ,22 » » » 42 ,52
+
+ 28 » 65 ,12 » » » 38 ,62
+
+ 20 juillet. 65 ,12 » » » 37 ,50
+
+ » » 66 ,42 » » » 38 ,32
+
+La moyenne de la différence des températures est de 9°,89 pour la saison
+d’hiver et de 23°,1 pour la saison d’été.
+
+Si, à défaut d’observations quotidiennes de la température du sol au
+soleil, j’ajoute la moyenne différentielle de 23°,1 aux températures de
+l’air pendant les journées des 5 et 26 juillet 1861, soit 44°,6, =
+67°,7 ; si j’augmente ce dernier chiffre de − 4°,7, minimum du sol le 22
+janvier, j’obtiens un total de 72°,4 représentant l’écart annuel entre
+les extrêmes de la température du sol, et cet écart ne saurait être un
+maximum.
+
+On s’étonne moins alors si la flore et la faune d’un pareil climat sont
+limitées à des espèces créées pour lui ; on comprend comment Hérodote a
+pu dire que la chaleur consume les hommes et _le fonds même de la
+contrée_. Il faut, en effet, des roches très-dures et très-compactes
+pour résister à des dilatations de − 5° à + 67°,7. Bien certainement,
+les extrêmes constatés dans une seule année ne représentent pas les
+extrêmes absolus d’une période centenaire. Probablement l’écart est
+souvent de 75° et peut-être de 80°.
+
+
+TEMPÉRATURE DES PUITS ORDINAIRES : J’ai apporté le plus grand soin à la
+constatation de la température des puits et de leur profondeur, en vue
+d’aider à la détermination de la moyenne de la température annuelle de
+chaque contrée.
+
+Voici, pour chaque région, les résultats constatés :
+
+
+ _Dunes de l’’Erg._
+
+ Tempé Profon
+ -rature. -deur.
+
+ { Bîr-es-Soûk 23°,5 12m,5
+ {
+ { Bîr-el-Djâma’ 23 ,2 10 ,2
+ El-Ouâd (16 juin) {
+ { Bîr-Oulâd-Khalîfa 23 ,5 12 ,1
+ {
+ { Bîr-el-Azâzla 23 ,4 14 ,6
+
+ { Bîr-djâma’-el-Gharbî 21 ,9 7 ,3
+ {
+ { Bîr-djâma’-el-Akhouân 21 ,7 6 ,2
+ Gomâr (19 juin) {
+ { Bîr-sîdi-’Abd-er-Rahman 22 ,2 6 ,5
+ {
+ { Bîr-tâbet-Cheria’a 21 ,6 6 ,6
+
+ { Premier puits (14 juillet) 22 ,7 3 ,9
+ {
+ Mouï-el-Ferdjân { Deuxième puits (_id._) 22 ,6 3 ,4
+ {
+ { Premier puits (21 juin) 21 ,7 3 ,9
+
+ Mouïet-el-Kâid (15 juillet) 22 ,3 6 ,5
+
+ Choûchet-el-Guedhâm (28 juillet) 23 ,1 13 ,7
+
+ Bîr-ez-Zouâit (29 juillet) 23 ,5 14 ,8
+
+ Mâleh-ben-’Aoûn (30 juillet) 22 ,7 13 ,3
+
+ Moûï-er-Rebah (31 juillet) 21 ,8 8 ,8
+
+ El-’Ogla (_id._) 22 ,8 10 ,4
+
+ Ma’atîg (1er août) 23 ,7 20 ,6
+
+ Berreçof (2 août) 23 ,2 23 ,0
+
+
+ _Plateau de Tînghert._
+
+ { Premier puits (16 décembre) 17 ,7 1 ,3
+ Timelloûlen {
+ { Deuxième puits (20 décembre) 17 ,3 3 ,3
+
+
+ _Vallée des Igharghâren._
+
+ Asouîtar (26 janvier) 11 ,4 4 ,0
+
+
+ _Vallée de l’Ouâdi-el-Gharbi._
+
+ In-Tafarat (15 mai) 22 ,7 4 ,2
+
+ Oubâri (18 mai) 20 ,3 2 ,5
+
+ Brêg (20 mai) 24 ,2 1 ,2
+
+ { 21 mai 23 ,4 }
+ { }
+ Takertîba { 22 mai 25 ,7 } 10 ,0
+ { }
+ { 27 mai 23 ,8 }
+
+
+ _Dunes d’Edeyen._
+
+ Mandara (28 mai) 23 ,5 ?
+
+ { 29 mai 22 ,4 4 ,0
+ Gabr’aoûn {
+ { 30 mai 22 ,5 1 ,8
+
+ Bîr-en-Nechoûa’ 22 ,4 2 ,4
+
+ Bîr-el-Wouchka 23 ,7 2 ,5
+
+ Bîr-Sâlah-ber-Rekheyyis (16 août) 25 ,5 2 ,9
+
+ Gourmêda (19 août) 22 ,0 2 ,8
+
+ Oumm-el-’Abîd (21 août) 24 ,9 1 ,2
+
+ Gottefa (26 août) 24 ,7 3 ,7
+
+ ’Aïn-el-Hamâm (2 septembre) 24 ,2 1 ,5
+
+TEMPÉRATURE DES SOURCES : Je donne comparativement la température de
+l’air au moment de l’observation.
+
+ Ghadâmès (9 décembre) 30°,15, la température de l’air étant 17°,7
+
+ Tâdjenoût (29 janvier) 11 ,95 » » » 13 ,1
+
+ Ahêr (23 février) 20 ,35 » » » 26 ,6
+
+ Serdélès (4 mai) 25 ,55 » » » 21 ,4
+
+ Ganderma (11 juillet) 22 ,55 » » » 24 ,4
+
+ Ayâl-Slîmân (_id._) 25 ,05 » » » 24 ,4
+
+ Bel-Hasan (13 juillet) 23 ,95 » » » 37 ,0
+
+M. Isma’yl-Boû-Derba avait antérieurement constaté les températures de
+trois autres sources, au pied N. du Tasîli, que je n’ai pas visitées,
+savoir :
+
+ ’Aïn-Tabelbâlet (10 septembre) 23°,0, l’air étant 30°,0
+
+ ’Aïn-el-Hadjâdj (12 _id._ ) 24 ,0 » 35 ,0
+
+ Tihoûbar (24 _id._ ) 26 ,0 » 35 ,0
+
+La source de Ghadâmès est thermale ; il y en a d’autres d’ailleurs dans
+le pays.
+
+
+TEMPÉRATURE DES PUITS ARTÉSIENS : Dans le voisinage des dunes les puits
+artésiens sont très-nombreux, car dans le seul district de l’Ouâd-Rîgh,
+il y en a 335 qui arrosent 600,000 palmiers ; dans l’oasis d’Ouarglâ, il
+y en a aussi en quantité. Pour le groupe de l’Ouâd-Rîgh, je me bornerai
+à donner la température de quelques puits seulement.
+
+ Tempé Profon
+ -rature. -deur.
+
+ { { Premier puits 24°,71 57m,0
+ { ’Aïn-Bâ-Mendîl {
+ { { Deuxième puits 24 ,75 58 ,10
+ {
+ { ’Aïn-el-Amîra 24 ,83 57 ,95
+ {
+ { { Premier Puits 24 ,40 54 ,0
+ Tougourt { ’Aïn-Boû-’Alem {
+ { { Deuxième puits 24 ,82 52 ,0
+ {
+ { ’Aïn-Azaz 24 ,75 53 ,0
+ {
+ { ’Aïn-el-Bîr 23 ,85 64 ,0
+ {
+ { ’Aîn-es-Soûk 24 ,65 55 ,0
+
+ { ’Aïn-Mellâha 24 ,85 39 ,0
+ Merhayyer {
+ { ’Aïn-Battâh 24 ,91 39 ,0
+
+ Ouarglâ (nombreux puits, pas d’observations).
+
+ Ihanâren (l’un des puits) 24 ,95 1 ,25
+
+ { Un puits 26 ,42 5 ,50
+ Serdélès {
+ { Un autre puits 26 ,52 5 ,50
+
+M. Isma’yl-Boû-Derba a trouvé, le 25 septembre, une température de 26°
+pour le puits d’Ihanâren et le même chiffre pour le puits artésien de
+Timâssanîn (6 septembre) ; mais j’ignore s’il a tenu compte des
+corrections à faire à son thermomètre.
+
+
+TEMPÉRATURE DES EAUX PLUVIALES : Le 25 août 1861, à Gottefa, la pluie
+qui tombait me paraissant aussi chaude que celle des bains ordinaires,
+j’en déterminai la température, qui se trouva être à 29°,4, celle de
+l’air étant seulement de 25°,52.
+
+
+TEMPÉRATURE DES RHEDÎR OU FLAQUES D’EAU : Le 3 juin, la température de
+l’air étant 29°,95, le thermomètre plongé dans l’eau du Rhedîr de Setîl
+marqua 21°,8.
+
+
+TEMPÉRATURE MOYENNE MENSUELLE DE L’AIR A TOUGOURT. — M. le lieutenant J.
+Auer, commandant supérieur de la garnison indigène de Tougourt, fait des
+observations thermométriques depuis son installation dans la capitale de
+l’Ouâd-Rîgh. A mon arrivée dans le Sahara, j’ai calculé les moyennes de
+42 mois de ses observations, et je crois utile de les publier pour
+permettre la comparaison entre un climat encore sous l’influence
+maritime de la Méditerranée et celui tout continental des hauts plateaux
+qu’habitent les Touâreg.
+
+Le thermomètre à alcool de M. Auer était exposé au Nord, à l’ombre, dans
+un courant d’air. M. Renou, secrétaire de la Société météorologique,
+craint qu’un thermomètre à alcool, exposé dans une embrasure de fenêtre,
+ne donne des chiffres trop élevés de plusieurs degrés.
+
+ +-------+---------+-------+-------------+-------+---------------+
+ | | | Un | | | |
+ | | | quart | | | |
+ | | |d’heure| |SOLEIL.|ATMOSPHÉRIQUES.|
+ | | | avant | 2 heures 30 |COUCHER| PRINCIPAUX |
+ |ANNÉES.| MOIS. | le | m. de | du | PHÉNOMÈNES |
+ | | | lever |l’après-midi.|SOLEIL.|ATMOSPHÉRIQUES.|
+ | | | du | | | |
+ | | |soleil.| | | |
+ +-------+---------+-------+-------------+-------+---------------+
+ | {Septembre| 26,7 | 41,6 | 35,8 |4 siroccos, 2 |
+ | { | | | |petites pluies.|
+ | { | | | | |
+ | {Octobre | 20,1 | 32,7 | 28,8 |4 siroccos. |
+ | 1855. { | | | | |
+ | {Novembre | 10,3 | 20,2 | 17,7 |3 pluies. |
+ | { | | | | |
+ | {Décembre | 7,8 | 15,6 | 12,5 |5 pluies, 1 |
+ | | | | | |tonnerre. |
+ | | | | | | |
+ | {Janvier | 9,3 | 18,8 | 15,9 |1 pluie. |
+ | { | | | | |
+ | {Février | 10,1 | 19,4 | 16,5 |3 pluies. |
+ | { | | | | |
+ | {Mars | 11,8 | 23,3 | 18,9 |7 pluies, 1 |
+ | { | | | |orage, 1 |
+ | { | | | |sirocco. |
+ | { | | | | |
+ | {Avril | 16,3 | 29,6 | 25,4 |1 petite pluie,|
+ | { | | | |6 siroccos. |
+ | { | | | | |
+ | {Mai | 21,7 | 36,7 | 31,9 |2 orages, 1 |
+ | { | | | |pluie, 8 |
+ | { | | | |siroccos. |
+ | { | | | | |
+ | {Juin | 25,8 | 39,3 | 33,7 |1 petite pluie,|
+ | { | | | |7 siroccos. |
+ | 1856. { | | | | |
+ | {Juillet | 27,3 | 46,6 | 27,9 |1 tempête avec |
+ | { | | | |pluie, 10 sir. |
+ | { | | | | |
+ | {Août | 23,3 | 41,3 | 35,5 |1 tempête, 2 |
+ | { | | | |orages, 2 |
+ | { | | | |petites pluies,|
+ | { | | | |7 siroccos. |
+ | { | | | | |
+ | {Septembre| 24,8 | 38,2 | 34,1 |1 orage avec |
+ | { | | | |petite pluie, 7|
+ | { | | | |sir. |
+ | { | | | | |
+ | {Octobre | 16,7 | 27,1 | 23,1 |6 siroccos. |
+ | | | | | | |
+ | {Janvier | 8,6 | 18,2 | 13,8 |2 petites |
+ | { | | | |pluies, 1 avec |
+ | { | | | |orage. |
+ | { | | | | |
+ | {Février | 8,6 | 18,2 | 13,7 |1 orage. |
+ | { | | | | |
+ | {Mars | 12,5 | 21,4 | 16,0 |1 orage. |
+ | { | | | | |
+ | {Avril | 17,8 | 28,4 | 23,2 | |
+ | { | | | | |
+ | {Mai | 19,0 | 38,2 | 25,7 |3 orages, 1 |
+ | { | | | |tempête, 1 |
+ | { | | | |sirocco. |
+ | { | | | | |
+ | {Juin | 24,0 | 41,3 | 36,3 | |
+ | 1857. { | | | | |
+ | {Juillet | 27,8 | 45,2 | 39,2 |2 pluies, 1 |
+ | { | | | |orage, 10 |
+ | { | | | |siroccos. |
+ | { | | | | |
+ | {Août | 28,8 | 45,9 | 40,6 |18 siroccos. |
+ | { | | | | |
+ | {Septembre| 24,2 | 40,0 | 36,0 |1 petite pluie,|
+ | { | | | |3 siroccos. |
+ | { | | | | |
+ | {Octobre | 18,5 | 32,5 | 26,1 |3 pluies. |
+ | { | | | | |
+ | {Novembre | 13,3 | 24,9 | 21,4 |4 pluies. |
+ | { | | | | |
+ | {Décembre | 7,4 | 14,6 | 11,6 |4 petites |
+ | | | | | |pluies. |
+ | | | | | | |
+ | {Janvier | 4,3 | 12,3 | 9,2 |9 pluies. |
+ | { | | | | |
+ | {Février | 8,7 | 19,6 | 14,7 |4 pluies. |
+ | { | | | | |
+ | {Mars | 11,0 | 24,4 | 19,8 |1 pluie, 1 |
+ | { | | | |orage. |
+ | { | | | | |
+ | {Avril | 17,7 | 32,1 | 23,7 |3 pluies, 1 |
+ | { | | | |orage. |
+ | { | | | | |
+ | {Mai | 22,4 | 29,8 | 27,7 |1 sirocco. |
+ | { | | | | |
+ | {Juin | 26,6 | 34,8 | 32,7 |1 pluie avec |
+ | { | | | |tempête, 3 |
+ | 1858. { | | | |orages, 5 |
+ | { | | | |siroccos. |
+ | { | | | | |
+ | {Juillet | 29,1 | 39,1 | 35,4 |1 pluie, 2 |
+ | { | | | |orages, 4 |
+ | { | | | |siroccos. |
+ | { | | | | |
+ | {Août | 29,2 | 38,2 | 35,0 |5 siroccos avec|
+ | { | | | |4 orages. |
+ | { | | | | |
+ | {Septembre| 23,5 | 32,8 | 29,6 |1 petite pluie.|
+ | { | | | | |
+ | {Octobre | 20,2 | 29,4 | 26,5 |1 pluie. |
+ | { | | | | |
+ | {Novembre | 14,1 | 21,9 | 18,7 |2 pluies. |
+ | { | | | | |
+ | {Décembre | 8,9 | 14,7 | 12,0 |4 pluies. |
+ | | | | | | |
+ | {Janvier | 5,9 | 12,2 | 8,8 |6 pluies. |
+ | { | | | | |
+ | {Février | 8,0 | 14,5 | 14,6 |9 pluies. |
+ | 1859. { | | | | |
+ | {Mars | 12,3 | 20,8 | 16,1 |3 pluies. |
+ | { | | | | |
+ | {Avril | 18,3 | 28,3 | 23,7 |3 pluies, 6 |
+ | | | | | |siroccos. |
+ +-------+---------+-------+-------------+-------+---------------+
+
+Les deux extrêmes constatés ont été : _minimum_ + 2, _maximum_ + 51 =
+49, chiffre supérieur de 2° 3 à celui que j’ai trouvé sur le plateau
+central du Sahara.
+
+Les variations, suivant les saisons, diffèrent peu : les plus basses
+températures, sur le plateau central, ont lieu de décembre à mars ; la
+même période, dans les bas fonds de l’Ouâd-Rîgh, est limitée à décembre,
+janvier et février. Les hautes températures, sur le plateau central, se
+répartissent sur quatre mois : juin, juillet, août et septembre ; dans
+l’Ouâd-Rîgh, juin et juillet sont les deux mois les plus chauds.
+
+Mais quelles différences dans les extrêmes : ici + 2° 3, là − 2° pour
+_minimum_ ; ici 51° 9, là 44° 6 pour _maximum_.
+
+Ajoutons l’influence d’une quantité de journées de pluies, dans toutes
+les saisons, sur un sol alluvionnaire empreigné de divers sels, pendant
+que la même période ne compte pas une seule pluie sur le plateau
+central, et on comprendra comment les hommes de race noire peuvent seuls
+supporter le climat de l’Ouâd-Rîgh, pendant que les blancs jouissent
+d’une santé florissante dans le Sud.
+
+
+ _Hygrométrie._
+
+
+Au moment de mon arrivée chez les Touâreg, il y avait neuf années
+qu’aucune pluie sérieuse n’était tombée sur leur territoire ; mais à
+peine étais-je entré dans leur pays (décembre 1860), que les pluies
+commencèrent : conséquemment, la série de celles de mes observations
+destinées à faire apprécier la sécheresse ou l’humidité du climat peut
+être considérée comme représentant une période relativement humide.
+
+_Vapeur d’eau de l’atmosphère._ — Les observations ont été faites au
+moyen de deux thermomètres stables : l’un mouillé, l’autre sec ; elles
+embrassent deux périodes : l’une du 16 août au 15 septembre 1860,
+l’autre du 26 juin au 5 juillet 1861. A mon grand regret, j’ai dû
+négliger ce genre d’observation en route, faute de temps suffisant.
+
+A défaut de tables de réduction s’appliquant au climat saharien, je ne
+puis calculer ni la force élastique de la vapeur d’eau ni l’humidité
+relative pour quelques-unes de mes observations : je me borne donc à
+livrer les expériences elles-mêmes, en indiquant les différences entre
+les deux thermomètres.
+
+
+ PREMIÈRE PÉRIODE (GHADÂMÈS).
+
+ +----------+-----------------------------+-----------------------------+
+ | | OBSERVATIONS DE 6 A 7 | OBSERVATIONS DE 2 A 3 |
+ | DATES. | HEURES DU MATIN. | HEURES DU SOIR. |
+ | |Thermom.|Thermom.|Différence.|Thermom.|Thermom.|Différence.|
+ | | sec. |mouillé.| | sec. |mouillé.| |
+ +----------+--------+--------+-----------+--------+--------+-----------+
+ | Août. | | | | | | |
+ | | | | | | | |
+ | 16 | 23°77 | 16°64 | 7°13 | 40°57 | 24°64 | 15°93 |
+ | | | | | | | |
+ | 17 | 27,47 | 19,94 | 7,43 | » | » | » |
+ | | | | | | | |
+ | 18 | 24,47 | 18,84 | 5,63 | 39,77 | 29,14 | 10,63 |
+ | | | | | | | |
+ | 19 | 23,67 | 19,04 | 4,63 | 37,97 | 24,54 | 13,43 |
+ | | | | | | | |
+ | 20 | 24,07 | 19,14 | 4,93 | 39,37 | 26,34 | 13,03 |
+ | | | | | | | |
+ | 21 | 24,07 | 19,34 | 4,73 | 39,47 | 27,14 | 12,33 |
+ | | | | | | | |
+ | 22 | 22,67 | 16,94 | 4,73 | 38,97 | 25,54 | 13,43 |
+ | | | | | | | |
+ | 23 | 23,27 | 16,94 | 6,33 | 38,07 | 25,14 | 12,93 |
+ | | | | | | | |
+ | 24 | 23,67 | 18,24 | 5,43 | 40,47 | 26,34 | 14,13 |
+ | | | | | | | |
+ | 25 | 22,87 | 17,04 | 5,83 | 37,37 | 26,04 | 11,33 |
+ | | | | | | | |
+ | 26 | » | » | » | 39,07 | 28,54 | 10,53 |
+ | | | | | | | |
+ | 27 | 22,47 | 18,64 | 3,83 | 36,87 | 28,14 | 8,73 |
+ | | | | | | | |
+ | 28 | » | » | » | 35,77 | 23,84 | 11,93 |
+ | | | | | | | |
+ | 29 | 20,17 | 15,34 | 4,73 | 36,77 | 25,74 | 11,03 |
+ | | | | | | | |
+ | 30 | 20,17 | 15,24 | 4,93 | 37,87 | 23,24 | 14,63 |
+ | | | | | | | |
+ | 31 | 22,07 | 15,44 | 6,63 | 38,37 | 22,94 | 15,43 |
+ | | | | | | | |
+ |Septembre.| | | | | | |
+ | | | | | | | |
+ | 1 | 23,97 | 17,14 | 6,83 | 39,17 | 24,84 | 14,33 |
+ | | | | | | | |
+ | 2 | » | » | » | 38,87 | 20,84 | 18,03 |
+ | | | | | | | |
+ | 3 | 24,47 | 18,94 | 5,53 | 38,77 | 21,84 | 16,93 |
+ | | | | | | | |
+ | 4 | 23,07 | 14,54 | 8,43 | 39,67 | 22,34 | 17,33 |
+ | | | | | | | |
+ | 5 | 22,87 | 14,74 | 8,13 | 37,97 | 22,14 | 15,83 |
+ | | | | | | | |
+ | 6 | 23,47 | 17,84 | 5,63 | 37,77 | 21,54 | 16,23 |
+ | | | | | | | |
+ | 7 | 20,97 | 17,14 | 3,83 | » | » | » |
+ | | | | | | | |
+ | 8 | » | » | » | 36,87 | 21,94 | 14,93 |
+ | | | | | | | |
+ | 9 | 24,57 | 15,04 | 9,53 | 38,67 | 21,34 | 17,33 |
+ | | | | | | | |
+ | 10 | 24,07 | 21,14 | 2,93 | 37,47 | 21,74 | 15,73 |
+ | | | | | | | |
+ | 11 | 23,87 | 18,74 | 5,13 | 35,17 | 24,64 | 10,53 |
+ | | | | | | | |
+ | 12 | 21,07 | 17,14 | 3,93 | 36,07 | 20,14 | 15,93 |
+ | | | | | | | |
+ | 13 | 19,37 | 13,64 | 5,73 | 37,57 | 22,14 | 15,43 |
+ | | | | | | | |
+ | 14 | 22,17 | 15,14 | 7,03 | 39,27 | 22,84 | 16,43 |
+ | | | | | | | |
+ | 15 | 22,77 | 15,44 | 7,33 | 39,07 | 22,84 | 16,23 |
+ +----------+--------+--------+-----------+--------+--------+-----------+
+
+Je ne dois pas négliger de faire remarquer que l’oasis de Ghadâmès est
+une des plus riches en eaux de tout le Sahara, et qu’elles y circulent
+en ville et dans les jardins, la nuit et le jour, dans des conditions
+qui, sous une température élevée, permettent une grande évaporation.
+
+
+ DEUXIÈME PÉRIODE (MOURZOUK).
+
+ +----------+-----------------------------+-----------------------------+
+ | | OBSERVATIONS DE 6 | OBSERVATIONS DE 2 A 3 |
+ | DATES. | HEURES DU MATIN. | HEURES DU SOIR. |
+ | |Thermom.|Thermom.|Différence.|Thermom.|Thermom.|Différence.|
+ | | sec. |mouillé.| | sec. |mouillé.| |
+ +----------+--------+--------+-----------+--------+--------+-----------+
+ | Juin. | | | | | | |
+ | | | | | | | |
+ | 26 | 36°32 | 16°02 | 20°30 | » | » | » |
+ | | | | | | | |
+ | 27 | 37,32 | 17,22 | 20,10 | 20,22 | 9,22 | 11,00 |
+ | | | | | | | |
+ | 29 | 38,32 | 17,52 | 20,80 | » | » | » |
+ | | | | | | | |
+ | 30 | 36,22 | 17,22 | 19,00 | » | » | » |
+ | | | | | | | |
+ | Juillet. | | | | | | |
+ | | | | | | | |
+ | 1 | 37,72 | 16,82 | 20,90 | » | » | » |
+ | | | | | | | |
+ | 2 | 39,92 | 18,52 | 21,40 | » | » | » |
+ | | | | | | | |
+ | 3 | 40,77 | 18,82 | 21,95 | 30,12 | 14,57 | 15,55 |
+ | | | | | | | |
+ | 4 | 40,62 | 17,92 | 22,70 | 28,47 | 14,52 | 13,95 |
+ | | | | | | | |
+ | 5 | 41,72 | 18,52 | 23,20 | » | » | » |
+ +----------+--------+--------+-----------+--------+--------+-----------+
+
+L’altitude et la latitude de Mourzouk expliquent seules la différence
+hygrométrique des observations de cette dernière station comparées à
+celles de Ghadâmès, car Mourzouk comme Ghadâmès est assise au milieu de
+plantations de palmiers arrosées deux fois par mois, au moins. Il est
+vrai que l’eau est moins abondante à Mourzouk.
+
+Par comparaison, je donne les différences constatées sur d’autres points
+du Sahara, mais plus au Nord.
+
+A Mouï-el-Ferdjân, près de l’Ouâd-Rîgh, par un violent vent du Sud, j’ai
+constaté, les 20 et 21 juin 1860, des différences de 19° 4 et 21° 5.
+
+A Tougourt, dans l’Ouâd-Rîgh, du 22 juin au 1er juillet inclus, même
+année, j’ai constaté les différences suivantes : 6° 7, 6° 9, 7° 5, 7° 7,
+10° 8, 10° 9, 12° 5 et 13° 15.
+
+Antérieurement, en juillet et août 1859, j’avais obtenu sur le plateau
+des Benî-Mezâb des différences de 16° 20, 16° 99, 17° 68, 18° 28, 19°
+05, 19° 56 et 19° 71.
+
+Malheureusement, mes observations n’embrassent que la saison d’été et ne
+comprennent pas les parties les plus arides du Sahara, celles où la
+sécheresse de l’atmosphère est la plus grande.
+
+
+_Rosée._ — Dans la série de 310 jours d’observations applicables au pays
+des Touâreg, je n’ai constaté de rosée que les jours suivants : 22 et 23
+décembre 1860, 23, 24, 26 août, et 1er, 3, 4, 7, 8, 9, 10, 11, 12
+septembre 1861. En tout 14 rosées sur 310 jours. Les cinq premières
+suivaient des journées de pluie ; les autres coïncidaient avec un
+abaissement notable de la température du sol, sous l’influence des
+vents.
+
+
+_Gelée blanche._ — Quoique la température de l’air ou du sol, du 14
+décembre au 12 mars, soit descendue 26 fois au-dessous de zéro, je n’ai
+jamais constaté ni gelée blanche, ni rien qui pût y ressembler, et je
+m’autorise de cette observation négative pour conclure que l’air
+atmosphérique, sur les grands plateaux sahariens, ne contient pas plus
+d’humidité en hiver qu’en été.
+
+
+_Brouillard._ — Deux fois seulement j’ai vu le brouillard se produire :
+d’abord le 30 août 1860, dans les jardins de Ghadâmès, mais limité aux
+jardins ; puis dans les sables d’Eguélé, après deux jours de pluie, le
+matin du 30 décembre de la même année. Cette fois le brouillard était
+épais et paraissait embrasser tout le pays. Une heure après le lever du
+soleil, il était dissipé.
+
+
+_Pluie._ — Depuis longtemps, les pluies semblent être devenues plus
+rares dans la partie centrale du Sahara habitée par les Touâreg. La
+dernière période de sécheresse, qui a cessé vers le milieu de l’été
+1860, avait duré neuf ans. Elle avait été précédée de plusieurs autres
+de dix à douze années. A In-Sâlah, au pied du Ahaggâr, on avait même,
+dit-on, traversé une série de vingt années sans qu’une seule pluie y eût
+été constatée.
+
+Mon journal de voyage, d’El-Ouâd à Tripoli, signale comme journées dans
+lesquelles il est tombé plus ou moins de pluie celles des 31 juillet, 20
+et 21 décembre 1860, 27 et 30 janvier, 28 et 29 avril, 6, 7, 9 et 25
+mai, 21 et 25 août 1861.
+
+Au dire des Touâreg, la quantité d’eau tombée dans les montagnes, en
+1860 et 1861, avait été considérable et, depuis mon retour, j’ai appris
+que les pluies avaient continué jusqu’au printemps de 1862.
+
+Je dois faire remarquer que l’ouverture de cette période de pluies a
+coïncidé avec une humidité excessive en France, et avec les crues
+extraordinaires du Nil en 1860 ; ce qui implique que le Sahara central
+n’est pas complétement en dehors de l’action des grands mouvements
+atmosphériques qui ont lieu dans les autres contrées et particulièrement
+dans les régions tropicales.
+
+La coïncidence des pluies sur le plateau central du Sahara avec les
+grands débordements du Nil d’Égypte a été constatée par d’autres et ne
+paraît pas dater de nos jours seulement, car Pline, qui vivait au
+commencement de l’ère chrétienne, en fait mention dans deux passages de
+son _Histoire naturelle_.
+
+« La crue du Nigris (l’Igharghar moderne) se fait aux mêmes époques que
+celles du Nil : _iisdem temporibus augescit_. » (L. V, 8.)
+
+« En outre, on a observé que la crue du Nil correspond à l’abondance des
+neiges et des pluies en Mauritanie. _Præterea observatum est, prout in
+Mauritania nives imbresve satiaverint, ita Nilum increscere_. » (L. V,
+10.)
+
+Probablement, nous ne tarderons pas à apprendre que les pluies tombées
+chez les Touâreg en 1860, en 1861, en 1862, se sont prolongées jusqu’en
+1863 sous l’influence des pluies tropicales qui viennent de produire un
+nouveau grand débordement du Nil.
+
+Les orages qui amènent les pluies, disent les indigènes, se produisent
+dans toutes les saisons et viennent indistinctement de tous les points
+de l’horizon ; mais, d’après eux, ceux qui donnent de l’eau en plus
+grande abondance sont toujours le résultat du choc de nuages de l’Est
+contre d’autres venant de l’Ouest.
+
+D’après mes observations personnelles, la pluie du 31 juillet a été
+amenée par le vent du N., celles des 21 et 22 décembre par le vent d’E.,
+celles des 27 et 30 janvier par le N.-E., celles des 28 et 29 avril, des
+6, 7 et 9 mai, par une lutte entre les vents de l’E. et du N.-E. contre
+le S.-O., celle du 25 mai par le S.-E. et celle du 21 août par le N.-O.
+
+Quand les pluies sont générales et abondantes, les rivières débordent,
+couvrant de leurs inondations les vallées dans lesquelles elles déposent
+leurs alluvions, seules terres de culture que les Touâreg connaissent.
+
+Presque toutes les rivières des montagnes agissent à la façon des
+torrents, ravageant et dévastant tout sur leur passage. Malheur à ceux
+que ces avalanches liquides surprennent dans leur chute désordonnée !
+
+Il ne m’a pas été permis d’apprécier les quantités variables d’eau que
+donne chaque pluie ; mais, d’après les indigènes, je dois croire que,
+dans certains cas, les pluies sahariennes sont de véritables déluges.
+
+
+_Neige._ — Non-seulement il tombe de la neige chez les Touâreg, mais
+encore elle s’y conserve pendant trois mois de l’année, du mois de
+décembre au mois de mars. Les sommets du Ahaggâr, il est vrai, jouissent
+seuls de ce privilége. J’ignore si ce bienfait est annuel ou s’il est
+limité aux seules années de pluie.
+
+J’ai estimé l’altitude de Ahaggâr à 2,000 mètres au-dessus du niveau de
+la mer, amené à cette détermination par la comparaison avec l’Adrâr du
+Tasîli et avec l’Anhef qui ne conservent pas les neiges, bien
+qu’atteignant des hauteurs de 1,500 et 1,800 mètres.
+
+
+ _Pression atmosphérique._
+
+
+_Observations barométriques._ — Pendant les 29 mois de mon exploration
+dans le Sahara, j’ai fait chaque jour plusieurs observations
+barométriques, principalement en vue de déterminer les altitudes des
+points visités.
+
+Les baromètres dont je me suis servi successivement et quelquefois
+concurremment, pendant toute la durée de mon voyage chez les Touâreg,
+sont l’anéroïde et un baromètre Fortin, qui m’a été envoyé en route par
+M. O. Mac Carthy.
+
+Ces deux instruments ont été contrôlés, à mon retour à Alger, par M. O.
+Mac Carthy, et les observations que je publie sont corrigées de toutes
+les erreurs constatées.
+
+Quoique des marches et des déplacements journaliers soient peu
+favorables pour tirer quelques conclusions sur les variations diurnes,
+mensuelles ou annuelles du baromètre dans le Sahara, je trouve cependant
+dans mon journal météorologique quelques détails utiles à publier.
+
+
+_Oscillations diurnes._ — A Ghardâya, le 22 août 1859, à la suite d’un
+violent orage qui avait duré une partie de la nuit, j’ai consacré toute
+la journée, du lever au coucher du soleil, à constater les oscillations
+barométriques de 15 en 15 minutes.
+
+Pour cette observation spéciale, je me suis servi du baromètre Fortin no
+892, construit par M. Tonnelot.
+
+Les résultats de cette étude sont consignés dans le tableau qui suit.
+
+ +-------+---------+----------+----------+----------+-----------------+
+ | |BAROMÈTRE|THERMOMÈT.|THERMOMÈT.|THERMOMÈT.|ÉTAT DU CIEL ET |
+ |HEURES.| FORTIN à| sec. | mouillé. | fronde. | VENTS. |
+ | | zéro. | | | | |
+ +-------+---------+----------+----------+----------+-----------------+
+ | h. m. | | | | | |
+ | | | | | | |
+ | 6.40 | 719.38 | | | 26°,1 |Cumulus pommelés |
+ | | | | | |au zénith |
+ | | | | | |N.-N.-E. et au |
+ | | | | | |N.-O. sur un |
+ | | | | | |quart du ciel. |
+ | | | | | | |
+ | 7.30 | 719.43 | 29°,5 | 18°,9 | 28 ,5 |Vent N. frais |
+ | | | | | |(force 1) ; |
+ | 7.45 | 719.60 | | | |cumulus pommelés |
+ | | | | | |au zénith ; bande|
+ | 8.» | 719.62 | 30 ,2 | 18 ,8 | |de cumulus au |
+ | | | | | |S.-S.-E ; cumulus|
+ | 8.15 | 719.69 | | | |en bande du N. |
+ | | | | | |(du N.-O. au |
+ | | | | | |S.-E.). |
+ | | | | | | |
+ | 8.30 | 719.65 | 31 ,0 | 18 ,2 | 31 ,8 | |
+ | | | | | | |
+ | 8.45 | 719.66 | | | | |
+ | | | | | | |
+ | 9.» | 719.76 | 31 ,6 | 18 ,1 | | |
+ | | | | | | |
+ | 9.15 | 719.69 | | | | |
+ | | | | | | |
+ | 9.30 | 719.68 | 32 ,7 | 18 ,4 | 32 ,8 | |
+ | | | | | | |
+ | 9.45 | 719.90 | | | | |
+ | | | | | | |
+ | 10.» | 719.77 | 33 ,1 | 18 ,4 | | |
+ | | | | | | |
+ | 10.15 | 719.65 | | | | |
+ | | | | | | |
+ | 10.45 | 719.46 | | | | |
+ | | | | | | |
+ | 11.» | 719.31 | 34 ,0 | 18 ,6 | 34 ,3 | |
+ | | | | | | |
+ | 11.15 | 719.49 | | | | |
+ | | | | | | |
+ | 11.30 | 719.36 | 34 ,5 | 19 ,4 | | |
+ | | | | | | |
+ | 11.45 | 719.13 | | | | |
+ | | | | | | |
+ | 12.» | 718.84 | 35 ,1 | 19 ,2 | 35 ,3 |Vent N. faible ; |
+ | | | | | |cumulus légers |
+ | | | | | |sur la moitié du |
+ | | | | | |ciel. |
+ | | | | | | |
+ | 12.15 | 718.92 | | | | |
+ | | | | | | |
+ | 12.30 | 718.93 | 35 ,9 | 19 ,8 | | |
+ | | | | | | |
+ | 12.45 | 718.91 | | | | |
+ | | | | | | |
+ | 1. s. | 718.77 | 35 ,5 | 19 ,0 | 34 ,9 | |
+ | | | | | | |
+ | 1.15 | 718.71 | | | | |
+ | | | | | | |
+ | 1.30 | 718.62 | | | | |
+ | | | | | | |
+ | 1.45 | 718.52 | | | | |
+ | | | | | | |
+ | 2.» | 718.08 | | | | |
+ | | | | | | |
+ | 2.30 | 717.73 | 35 ,3 | 18 ,9 | 34 ,9 |Cumulus couvrant |
+ | | | | | |les 2/3 du ciel. |
+ | | | | | |Vent N. toujours |
+ | | | | | |très-faible. |
+ | | | | | | |
+ | 2.45 | 717.72 | | | | |
+ | | | | | | |
+ | 3.» | 717.69 | 35 ,8 | 18 ,9 | 35 ,0 | |
+ | | | | | | |
+ | 3.15 | 717.50 | | | | |
+ | | | | | | |
+ | 3.30 | 717.47 | 36 ,0 | 18 ,7 | | |
+ | | | | | | |
+ | 3.45 | 717.31 | | | | |
+ | | | | | | |
+ | 4.» | 717.18 | 36 ,7 | 19 ,8 | 36 ,3 | |
+ | | | | | | |
+ | 4.15 | 716.92 | | | | |
+ | | | | | | |
+ | 4.30 | 717.03 | 36 ,2 | 18 ,5 | | |
+ | | | | | | |
+ | 4.45 | 716.89 | | | | |
+ | | | | | | |
+ | 5.» | 716.87 | 36 ,3 | 18 ,7 | 36 ,0 | |
+ | | | | | | |
+ | 5.15 | 716.50 | | | | |
+ | | | | | | |
+ | 5.30 | 716.75 | 36 ,0 | 19 ,1 | | |
+ | | | | | | |
+ | 5.45 | 716.46 | | | | |
+ | | | | | | |
+ | 6.» | 716.51 | 35 ,5 | 19 ,0 | 35 ,0 |Vent très-faible,|
+ | | | | | |toujours N. ; |
+ | 6.15 | 716.60 | | | |horizon S. |
+ | | | | | |nuageux ; petits |
+ | | | | | |cumulus au N. et |
+ | | | | | |au N.-E. |
+ +-------+---------+----------+----------+----------+-----------------+
+
+
+Dans cette journée, le baromètre atteint son maximum d’amplitude 719,90
+à 9 heures 45 minutes du matin, et son minimum 716,46 à 5 heures 45
+minutes du soir.
+
+L’oscillation diurne du 22 août 1859 a donc été, à Ghardâya, de 3mm 44.
+
+A Tougourt, une période de 21 jours d’observation, du 23 juin au 13
+juillet 1860, donne pour maximum des oscillations diurnes 12m m22, le 27
+juin, et une moyenne de 2mm 78.
+
+A Ghadâmès, une seconde période de 33 jours d’observation, du 12 août au
+15 septembre 1861, donne un maximum de 20mm 41, le 3 septembre, et une
+moyenne de 5mm 84.
+
+Une troisième période de 16 jours, à Afara-n-Wechcheran, du 6 au 21
+janvier 1861, donne un maximum d’oscillation de 12mm 19 pour la journée
+du 9 janvier, et une moyenne de 5mm 26.
+
+Une quatrième période de 15 jours, à Toûnîn, faubourg de Rhât, du 14 au
+28 mars, donne un maximum de 10mm 78, le 28 mars, et une moyenne de
+7mm 04.
+
+Une cinquième période de 31 jours, à Tarz-Oûlli, du 8 mars au 29 avril
+1861, donne un maximum de 9mm 75, le 25 avril, et une moyenne de 4mm 87.
+
+Enfin, une sixième période de 34 jours, à Mourzouk, du 7 juin au 11
+juillet 1861, donne un maximum de 3mm 77 et une moyenne de 1mm 73.
+
+La moyenne de ces six séries d’observations est de 4mm 59 ; mais, si on
+défalque de chaque série les chiffres accidentels et exceptionnels
+donnés par les _maxima_, on arrive à une moyenne d’oscillations diurnes
+qui se rapproche beaucoup de celle de la journée du 26 août 1859 à
+Ghardâya.
+
+
+_Extrêmes pour chaque période d’observation._ — Je prends pour termes de
+comparaison les observations du matin, au lever du soleil ; celles du
+milieu de la journée, à l’heure où le thermomètre est le plus haut ; et
+celles du soir, au coucher du soleil.
+
+Les plus grands abaissements de la colonne mercurielle sont indiqués,
+dans le tableau qui suit, pour chaque heure d’observation en regard des
+plus hautes élévations : la colonne de gauche représentant les _minima_,
+celle de droite les _maxima_.
+
+ +----------------------+-------------+-------------+-------------+
+ | STATIONS. | MATIN. | 2h. 1/2 SOIR| SOIR. |
+ +----------------------+------+------+------+------+------+------+
+ | Période de Tougourt |753,63|761,66|749,22|765,82|750,82|761,35|
+ | | | | | | | |
+ | — de Ghadâmès |730,08|737,92|731,29|748,55|728,14|738,85|
+ | | | | | | | |
+ | — d’Afara |710,71|716,93|698,61|715,32|705,10|716,25|
+ | | | | | | | |
+ | — de Toûnîn |698,36|706,90|692,05|706,37|695,91|706,67|
+ | | | | | | | |
+ | — de Tarz-Oûlli|696,69|709,37|691,72|707,11|693,77|707,68|
+ | | | | | | | |
+ | — de Mourzouk |711,67|721,97|701,21|725,39|718,96|720,19|
+ +----------------------+------+------+------+------+------+------+
+
+
+
+_Moyennes pour chaque période._ — A défaut d’autres observations
+barométriques connues pour la région saharienne, j’ai pensé qu’il
+n’était peut-être pas sans intérêt d’établir la moyenne, à diverses
+altitudes, des 150 jours de stations que comprennent les six périodes.
+Voici ces moyennes :
+
+ +----------------------+---------+---------+------------+----------+
+ | STATIONS. |ALTITUDE.| MATIN. |2h. 1/2 SOIR| SOIR. |
+ +----------------------+---------+---------+------------+----------+
+ | Période de Tougourt | 89[84] | 757,15 | 756,06 | 755,49 |
+ | | | | | |
+ | — de Ghadâmès | 351 | 733,13 | 737,43 | 733,53 |
+ | | | | | |
+ | — d’Afara | 543 | 715,04 | 710,34 | 711,36 |
+ | | | | | |
+ | — de Toûnîn | 726 | 702,55 | 697,70 | 702,22 |
+ | | | | | |
+ | — de Tarz-Oûlli| 766 | 703,18 | 696,99 | 700,94 |
+ | | | | | |
+ | — de Mourzouk | 559 | 720,11 | 719,36 | 719,47 |
+ +----------------------+---------+---------+------------+----------+
+
+
+_Instruments._ — Quoique je me sois servi le plus souvent du baromètre
+anéroïde exclusivement, on peut cependant avoir confiance aux chiffres
+qu’il a fournis, parce que j’ai pu en faire usage concurremment avec
+trois baromètres Fortin, et pendant assez de temps, avant que ces
+derniers aient été brisés, pour bien étudier les dilatations de
+l’anéroïde et le corriger de ses erreurs.
+
+A dater de Serdélès jusqu’à Tripoli, je me suis servi du baromètre
+Fortin que j’ai reçu en route.
+
+La marche de cet instrument avait été contrôlée avant son expédition par
+M. Mac Carthy, qui a eu la généreuse obligeance de me l’envoyer pour
+remplacer ceux que des accidents de voyage avaient mis hors de service.
+
+
+ _Vents._
+
+
+Le tableau suivant, résumé du tableau général placé en tête de ce
+chapitre, indique la direction principale des vents, suivant les
+saisons, et leur force moyenne. Quoique restreint aux observations qui
+ont servi à déterminer les altitudes, il n’en représente pas moins la
+moyenne de l’état de l’atmosphère.
+
+
+ DIRECTION MENSUELLE ET FORCE MOYENNE DES VENTS.
+
+ +--------+---+---+---+---+---+---+---+---+---+---+---+---+------+-----+
+ | | | | | | | | | | | | | |TOTAL | |
+ | | | | | | | | | | | | | | par | |
+ | VENTS. |Jan|Fév|Mar|Avr|Mai|Jun|Jul|Aoû|Sep|Oct|Nov|Déc|nature|FORCE|
+ | | | | | | | | | | | | | | de |MOYN.|
+ | | | | | | | | | | | | | |vents.| |
+ +--------+---+---+---+---+---+---+---+---+---+---+---+---+------+-----+
+ |Calme | 8 | 6 | 4 | » | 7 | 6 | 8 | 11| » | » | » | 8 | 58 | 0,0 |
+ | | | | | | | | | | | | | | | |
+ |N. | 2 | 4 | » | 3 | 5 | 1 | 1 | 5 | 1 | » | » | » | 22 | 1,8 |
+ | | | | | | | | | | | | | | | |
+ |N.-N.-E.| 2 | » | 1 | » | 3 | » | 1 | 1 | » | » | » | » | 8 | 3,0 |
+ | | | | | | | | | | | | | | | |
+ |N.-E. | 5 | » | 5 | 3 | 3 | 1 | 4 | 4 | 7 | » | » | 1 | 33 | 2,7 |
+ | | | | | | | | | | | | | | | |
+ |E.-N.-E.| 2 | 1 | 1 | 1 | 1 | 4 | 4 | » | » | » | » | 2 | 16 | 2,4 |
+ | | | | | | | | | | | | | | | |
+ |E. | 2 | 4 | 4 | 4 | 3 | 13| 9 | 8 | 7 | » | » | 2 | 56 | 2,3 |
+ | | | | | | | | | | | | | | | |
+ |E.-S.-E.| 1 | 3 | 1 | 1 | 1 | » | » | 2 | » | » | » | 1 | 10 | 2,2 |
+ | | | | | | | | | | | | | | | |
+ |S.-E. | 3 | 2 | 2 | 2 | 5 | 2 | 1 | 8 | » | » | » | » | 25 | 2,7 |
+ | | | | | | | | | | | | | | | |
+ |S.-S.-E.| 1 | 1 | 3 | 1 | 1 | » | 1 | 9 | » | » | » | 1 | 18 | 2,6 |
+ | | | | | | | | | | | | | | | |
+ |S. | 1 | 3 | 3 | 4 | » | 2 | » | 4 | » | » | » | 1 | 18 | 1,7 |
+ | | | | | | | | | | | | | | | |
+ |S.-S.-O.| 1 | 1 | » | 2 | » | » | » | 3 | » | » | » | 1 | 8 | 3,2 |
+ | | | | | | | | | | | | | | | |
+ |S.-O. | » | 3 | 1 | 2 | » | » | 1 | » | 1 | » | » | 3 | 11 | 2,5 |
+ | | | | | | | | | | | | | | | |
+ |O.-S.-O.| » | 1 | » | » | » | » | » | » | 1 | » | » | 2 | 4 | 1,5 |
+ | | | | | | | | | | | | | | | |
+ |O. | 1 | 1 | 2 | 3 | 1 | 1 | » | » | » | » | » | » | 9 | 2,4 |
+ | | | | | | | | | | | | | | | |
+ |O.-N.-O.| 1 | » | » | » | » | » | 2 | » | » | » | » | » | 3 | 2,3 |
+ | | | | | | | | | | | | | | | |
+ |N.-O. | 3 | » | 5 | 3 | 2 | 1 | 2 | 2 | » | » | » | » | 18 | 2,2 |
+ | | | | | | | | | | | | | | | |
+ |N.-N.-O.| » | 2 | 1 | 1 | » | » | » | 2 | » | » | » | » | 6 | 2,8 |
+ | +---+---+---+---+---+---+---+---+---+---+---+---+------+-----+
+ | TOTAUX | | | | | | | | | | | | | | |
+ | mens. | 33| 32| 33| 30| 32| 31| 34| 59| 17| » | » | 22| 323 | |
+ +--------+---+---+---+---+---+---+---+---+---+---+---+---+------+-----+
+
+La période de mes observations, modifiée par des pluies exceptionnelles,
+ne représente peut-être pas l’année moyenne, car, d’après les Touâreg,
+les vents de la partie E., en temps ordinaire, souffleraient, pendant la
+saison d’été, avec la constance de vents alisés.
+
+Cependant, je remarque que les observations faites par M. Boû-Derba, du
+1er août au 3 octobre 1858, c’est-à-dire au milieu de la dernière
+période de sécheresse, ne modifient pas sensiblement le résultat de mes
+observations personnelles, car sur 94 observations il constate :
+
+
+(Calme/46 f.) (N/8 f.) (NE/8 f.) (E/12 f.) (SE/5 f.) (S/13 f.) (O/3 f.)
+ (NO/4 f.).
+
+Il est vrai que ces observations s’appliquent à l’automne, et non à
+l’été.
+
+
+_Variations suivant les saisons._ — D’après les indigènes, le vent d’E.
+serait le vent dominant de l’année. Pendant la saison des chaleurs, il
+inclinerait au S. ; pendant la saison tempérée, au N. Les vents du N. et
+de l’O., ceux qui amènent le plus souvent la pluie, ne souffleraient
+guère, d’une manière un peu continue, que dans la saison froide.
+
+
+_Variations diurnes._ — En général, dans tout le Sahara, le temps est
+calme le matin, dans la proportion de 12 à 15 jours sur 30, et dès que
+le soleil baisse, le soir, le vent mollit, s’il n’arrive au calme
+parfait.
+
+Par exception, à Bondjêm, dans la Tripolitaine, une brise du N.-E.,
+venant de la mer, s’élèverait tous les soirs. J’ai constaté cette brise
+à mon passage, les 7 et 8 septembre 1861, mais je n’oserais affirmer
+qu’elle est quotidienne, ainsi que le prétendent les indigènes.
+
+
+_Vitesse du vent._ — L’échelle que j’ai adoptée pour mesurer la vitesse
+du vent est celle de 0 à 10, ce dernier chiffre correspondant aux vents
+qui renversent tout sur leur passage.
+
+A défaut d’anémomètre, j’ai estimé toutes les vitesses au jugé.
+
+Sur 310 jours, 8 fois seulement la force du vent a dépassé 5, que
+j’assimile à la brise fraîche des marins : 2 fois en août, 2 fois en
+janvier, 2 fois en mars, 2 fois en avril ; 3 fois par le S.-E., 1 fois
+par le S.-S.-E., 1 fois par le S.-O., 2 fois par le S.-S.-O., 1 fois par
+le vent d’O.
+
+Nos tentes ont toujours été renversées par les vents arrivant à la
+puissance de 7. C’est probablement parce que les Touâreg ont constaté la
+difficulté de lutter contre pareille force, qu’ils ont généralement
+renoncé à avoir des tentes en voyage, préférant coucher à la belle
+étoile, sous l’abri des ballots qui composent le chargement de leurs
+chameaux. D’ailleurs, dans le Sahara, on ne trouve pas toujours un sol
+favorable à la tenue des piquets de tente.
+
+Quoi qu’il en soit, à part ces exceptions généralement dues au sirocco,
+le pays des Touâreg du Nord peut être réputé tempéré, sous le rapport
+des vents.
+
+
+_Pluies et trombes de sable._ — Les trombes de sable constituent un des
+phénomènes caractéristiques de la climatologie saharienne.
+
+Ces trombes sont produites par des vents venant de toutes les
+directions, mais principalement par le sirocco.
+
+Le sirocco est un phénomène atmosphérique complexe, qui toujours a pour
+origine un vent de la partie Sud, une température élevée et un
+soulèvement souvent considérable des parties les plus tenues des masses
+de sable.
+
+Les siroccos directs venant du Sud sont les plus fréquents, mais il y a
+aussi des siroccos en retour, repoussés par les vents du Nord, de l’Est
+et de l’Ouest, quand la force de ces derniers domine la puissance des
+vents du Sud.
+
+Pendant la durée du sirocco, l’atmosphère est comme embrasée, rougeâtre,
+desséchante, obscurcie partiellement par les matières terreuses ou
+siliceuses qu’elle tient en suspension.
+
+Sous son influence, la respiration de l’homme est haletante, la peau,
+les muqueuses de la bouche et du nez sont sèches et arides, et, pour peu
+que pareil état dure, le cerveau ne tarde pas à manifester des symptômes
+de prostration.
+
+Les animaux, même les mieux acclimatés, souffrent comme les hommes :
+quelquefois les chevaux refusent de marcher et tournent le dos au vent.
+
+Les plantes herbacées, au lendemain d’un sirocco, sont flétries comme le
+sont dans nos climats des herbes coupées depuis quarante-huit heures.
+Beaucoup de feuilles et de jeunes tiges sont, pour jamais, privées de
+vie. Quant aux plantes ligneuses persistantes, organisées pour vivre
+sous une température élevée, elles résistent même aux siroccos les plus
+violents.
+
+Les trombes de sables m’ont toujours apparu sous forme de gros nuages de
+couleur rouge, embrasés, d’une épaisseur de 50 à 60 mètres, marchant à
+la vitesse des grands coups de vent, tantôt à fleur de terre, tantôt à
+une certaine hauteur du sol, s’abaissant ici, s’élevant là, mais
+s’avançant dans l’atmosphère à la façon d’un corps étranger, entièrement
+isolé.
+
+Du mois de février au mois de mai 1861, j’ai observé, à peu de distance,
+quatre de ces trombes, et une cinquième a enveloppé de toutes parts
+notre caravane sans que nous ayons pu l’éviter.
+
+La première, celle du 19 février, chassée par un vent de S.-O., a passé
+à 2 kilomètres N.-E. de notre campement. Elle n’a pas même eu d’action
+sur la température de notre milieu, car le thermomètre est resté à 29°
+95, température ordinaire à pareille heure.
+
+La seconde, du jour suivant, 20 février, et de la même localité, s’est
+présentée dans la même direction, mais à 1 kilomètre 1/2 seulement et
+poussée par un vent du S.-E. Comme celle de la veille, elle n’a exercé
+aucune influence sur mes instruments.
+
+La troisième, du 28 avril, passa à notre E. comme un immense nuage
+rougeâtre et tellement semblable au foyer d’un vaste incendie, qu’on
+aurait pu s’y tromper, s’il ne s’était successivement élevé et abaissé
+au-dessus de l’horizon, en suivant une marche du S.-O. au N.-O., avec la
+rapidité d’un ouragan.
+
+La quatrième, du 3 mai, annoncée par des coups de tonnerre lointains
+dans le S. et par une baisse du baromètre, de 15mm 20 en 3 heures, passa
+à notre S.-E., embrassant comme la précédente un immense espace, rouge,
+enflammé comme elle, et se dirigeant vers l’E.
+
+Le passage très-rapproché de cette masse de sables nous valut quelques
+gouttes de pluie et une élévation du thermomètre à 43°.
+
+Le 30 avril, en route, nous avions fait connaissance plus intime avec
+pareille avalanche de sables arrivant du S., toujours sous la forme d’un
+nuage rouge, et qui se rua sur nous comme un torrent dévastateur
+accompagné de grosses gouttes de pluie froide que je trouvai semblables
+à de la neige fondue.
+
+Le désordre qui s’était mis dans notre caravane m’empêcha de constater
+l’effet de cette trombe sur mes instruments qui n’étaient pas sous ma
+main.
+
+Voilà ce fameux _Notus_ d’Hérodote contre lequel marchèrent les Psylles
+et qui les ensevelit tous.
+
+Inutile de dire, je crois, que, pendant la durée des grands vents, du
+sirocco particulièrement, la marche est très-pénible, surtout dans la
+région des dunes. On a parlé de caravanes englouties corps et biens sous
+des avalanches de sables ; je ne crois pas ce fait bien constaté. En
+traversant l’’Erg, dans la saison la plus chaude de l’année et pendant
+une période constante des vents du Sud, notre caravane, fatiguée par des
+tourbillons de sables qui obscurcissaient l’atmosphère et empêchaient
+les guides de diriger la marche, a dû s’arrêter plusieurs fois. Alors
+les hommes se couchaient pour dormir, tournant le dos au vent et offrant
+par conséquent un certain obstacle aux sables. Jamais aucun de nous,
+quoique enveloppé de toutes parts, n’a éprouvé, au réveil, aucune
+difficulté pour secouer son linceul.
+
+Par les vents desséchants du Sud, les provisions d’eau diminuent
+rapidement, et quand elles sont épuisées sans pouvoir les renouveler,
+les caravanes périssent de soif. Les indigènes ont conservé le souvenir
+de pareilles catastrophes, même sur des parcours de peu d’étendue et
+loin des zones sablonneuses. A distance, on a imputé à l’ensevelissement
+des sables un sinistre qui ne devait être attribué qu’au manque d’eau.
+
+
+_Influence des vents sur le thermomètre et le baromètre._ — Je n’ai
+jamais constaté, sous l’influence des vents du Sud, une élévation des
+thermomètres proportionnelle à l’action de la chaleur sur la peau ; de
+même, par les vents du Nord, l’abaissement de la température est peu
+sensible, parce que ces vents ont le temps de s’échauffer avant
+d’arriver sur le plateau central du Sahara.
+
+Le baromètre subit davantage l’action des vents ; presque toujours il
+annonce l’approche du sirocco par une baisse remarquable.
+
+
+ _Électricité._
+
+
+Je n’étais muni d’aucun instrument pour mesurer l’électricité de
+l’atmosphère : conséquemment toutes mes observations reposent sur des
+faits appréciables à l’œil ou à l’oreille. Toutefois, je n’ai jamais
+négligé de consigner même les plus petits phénomènes que je pouvais
+attribuer au fluide électrique. Voici, à ce sujet, les notes que je
+trouve dans mon journal de voyage :
+
+
+_Étincelles électriques._ — (13 janvier 1861. Vent violent du O.-S.-O.
+Température du sable — 1° le matin, celle de l’air = + 12°2 à 9 heures.)
+— Vers le milieu de la journée et dans la nuit, décharges d’étincelles
+électriques dans les vêtements de laine qu’on secoue.
+
+(30 mars 1861. Vent nul. Température, 13°7 le matin.) — Le soir, ma
+jument fait jaillir des étincelles électriques de sa queue en fouettant
+les mouches.
+
+(13 avril. Vent épouvantable de l’O. 1/8 S.) — Toute la journée et toute
+la nuit, ciel couvert, sables soulevés. Le soir, électricité dans les
+étoffes de soie et de coton.
+
+
+_Éclairs._ — (31 juillet 1860. Températ. max. de la journée, 33° 8.) —
+Dans la nuit des nuages apportés par un vent violent du Nord lancent des
+éclairs non interrompus.
+
+(7 mai 1861. Vent fort de S.-O. Pluie d’averse, ciel couvert ;
+température, 29°25.) — Au coucher du soleil, éclairs au S.-O. et à l’O.
+
+(8 mai. Vent nul, ciel couvert.) — A 6 heures 10m du soir, éclairs à
+l’horizon S.-O., puis à l’E.
+
+
+_Tonnerre._ — (25 avril 1861. Journée orageuse, vent fort du S.-S.-O. ;
+températ., 37°8.) — Vers 7 heures du soir, un coup de tonnerre très-
+lointain.
+
+(2 mai. Vent O., ciel couvert ; températ., 34°.) — A 2 heures de
+l’après-midi, coups de tonnerre prolongés, mais lointains, au Sud
+magnétique.
+
+(8 mai. Vent S.-O., orages la veille, petite pluie le soir.) — Tonnerre
+lointain avant le coucher du soleil.
+
+
+_Orages._ — Si, par orage, on doit entendre un grand trouble
+atmosphérique, principalement dû à l’électricité et se manifestant par
+une grosse pluie, avec grand vent, éclairs, tonnerre, grêle, etc., je
+dois dire que je n’ai rien vu de semblable pendant les 230 jours
+consacrés à l’exploration des hauts plateaux habités par les Touâreg, et
+d’après mes conversations avec les indigènes, je dois croire que ces
+bouleversements de l’atmosphère, très-fréquents au delà du tropique,
+assez communs dans les parties septentrionales du Sahara encore soumises
+à l’action du climat de la Méditerranée, doivent être assez rares dans
+les parties élevées du Sahara central. Des orages secs, dus
+exclusivement à l’action des vents et sans le concours de l’électricité,
+me semblent plus caractéristiques du climat de ce pays.
+
+
+ _Lumière._
+
+
+_Intensité, couleur, transparence._ — La lumière, dans tout le Sahara,
+mais particulièrement dans les lieux élevés, est tellement intense, que
+son action, soit directe, soit réfléchie, ne peut être, ni pendant
+longtemps ni impunément, supportée par l’œil : aussi tous les habitants
+du plateau central, à peu près sans exception, sont obligés de porter le
+voile, s’ils veulent conserver la vue, et encore, malgré cette
+précaution, la plupart des hommes de 40 à 50 ans sont atteints d’opacité
+de la cornée transparente et d’une sorte de paralysie du cercle
+ciliaire ; beaucoup sont borgnes ou aveugles, et les vieillards
+atteignent difficilement le terme de leur existence sans que leur vue
+soit beaucoup affaiblie. Les appareils photographiques construits pour
+nos climats tempérés ne donnent que des épreuves brûlées.
+
+La couleur bleue de l’air, mais d’un beau bleu indigo clair, est le fait
+qui frappe le plus l’Européen dans le Sahara. Cette splendide coloration
+s’alliant à une extrême transparence de l’atmosphère fait qu’on ne peut
+plus cesser de regretter le ciel du Sahara dès qu’on l’a connu.
+
+On aura une idée de la transparence de l’air par le fait suivant : Le 28
+décembre, sur le sommet du plateau de Timozzoudjên, j’ai pu distinguer
+nettement les découpures du Tasîli des Azdjer ; cependant le pied de ces
+montagnes est, en ligne droite, à 80 kilomètres de Timozzoudjên. Bien
+souvent, pour dresser la carte de mes itinéraires, j’ai déterminé, à la
+boussole et avec certitude, des points à des distances de 30 à 60
+kilomètres.
+
+Les indigènes, dont la vue a reçu l’éducation du milieu atmosphérique,
+distinguent les objets à de bien plus grandes distances encore, car
+souvent, à mon grand étonnement, ils m’ont annoncé la venue de voyageurs
+qu’ils avaient reconnus plusieurs heures avant leur arrivée.
+
+Plus on s’élève dans les montagnes, plus le ciel devient bleu, plus
+l’atmosphère est transparente et l’air pur.
+
+En parlant du Ahaggâr, point le plus élevé de leur pays, les Touâreg
+disent : « La quantité de nourriture nécessaire pour nourrir trois
+hommes dans la plaine suffit pour en rassasier cinq dans le Ahaggâr,
+tant l’air et l’eau y sont fortifiants. »
+
+
+_Mirage._ — Le mirage est un phénomène si commun, sur les hamâd, dans
+les plaines et vallées, que nécessairement je ne l’ai pas mentionné dans
+mon journal de voyage. J’aurais dû écrire ce mot aussi souvent que le
+ciel était pur et la température un peu élevée. Comme tous les voyageurs
+en Orient, quoique prévenu, j’ai été victime de ses illusions. Comment
+ne pas l’être dans un pays où l’on désire toujours l’eau et où, chaque
+jour, une fée, fille de Tantale, vient mettre sous votre regard les lacs
+les plus merveilleux qu’on puisse imaginer ? Souvent le mirage ne se
+borne pas à tromper, il fatigue beaucoup la vue et l’esprit par
+l’oscillation continuelle et le changement de forme des objets bizarres
+qu’il représente.
+
+Dans le Sahara, comme ailleurs, le mirage cesse dès que le sol devient
+accidenté ou dès que le vent entraîne l’atmosphère dans un courant
+continu.
+
+
+_Aurore et crépuscule._ — Plus on avance dans le Sud et moins est grand
+l’intervalle qui sépare la nuit du lever et du coucher du soleil. Sous
+ce rapport, le Sahara obéit à la loi générale, car l’aurore et le
+crépuscule y ont si peu de durée qu’on n’en tient pas compte. Lever du
+jour et lever du soleil sont à peu près synonymes.
+
+Au crépuscule, l’horizon O. prend une teinte rose ou rougeâtre, que
+l’horizon général a presque toute la journée, à un degré moindre.
+
+
+_Lueur crépusculaire._ — Au campement de Sâghen, le 3 janvier, à 7 h. 30
+m. du soir, je remarquai à gauche de la voie lactée, dans l’Ouest,
+environ au point où le soleil s’était couché, une lueur blanche, partant
+de l’horizon, et se répandant comme une colonne de fumée.
+
+A Tarz-Oûlli, le 8 mars, à 7 h. 21 m. du soir, j’ai encore observé dans
+l’Ouest la même colonne de lumière, mais, cette fois, elle était séparée
+de l’horizon par une bande obscure.
+
+Serait-ce la lueur crépusculaire de Humboldt ?
+
+
+_Arc-en-ciel._ — Les arcs-en-ciel sont aussi rares que les pluies dans
+le Sahara ; cependant, j’ai pu en observer deux : l’un le 8 mai 1861,
+consécutif à deux jours de pluie ; l’autre le 20 août, précédant la
+pluie du lendemain. Le premier se montra vers 5 heures du soir ; ses
+deux bases seules furent visibles. Le second parut à 4 h. 50 m. du soir.
+
+
+_Halo lunaire._ — Le 19 août 1859, à Ghardâya, par un ciel couvert de
+stratus, la lune, au moment où elle approchait du méridien, était
+entourée d’un superbe halo.
+
+Le 19 février 1861, à Azhel-n-Bangou, à 8 h. 45 m. du soir, le ciel
+étant couvert de cirrho-stratus, je constatai un halo autour de la lune.
+Sa distance du bord de la lune, mesurée au sextant, s’est trouvée être
+de 20° 30′.
+
+
+_Lune rouge sang._ — Le 21 août 1861, à Oumm-el-’Abîd, vers 8 h. 15 m.
+du soir, la lune, à son lever, se présenta avec une couleur rouge sang,
+tirant un peu sur le brun. Les indigènes prétendent que cet aspect de la
+lune présage le sirocco. En effet, le lendemain 22, le vent souffla
+d’abord E.-S.-E., puis S.-E.
+
+
+_Étoiles filantes._ — On signale la nuit du 10 au 11 août comme l’une de
+celles dans lesquelles on observe le plus d’étoiles filantes, et parmi
+elles on a cru en reconnaître de périodiques.
+
+Me trouvant le 10 août 1859 à Ghardâya, par une belle nuit, je la
+consacrai à observer ces météores ignés. Voici les résultats constatés
+dans mon journal :
+
+Vers 8 h. 30 m., à une demi-minute d’intervalle, deux belles étoiles
+filantes tombent vers 10° du méridien, au-dessous de la lune, à une
+dizaine de degrés au-dessus de l’horizon.
+
+A 10 h. 25 m., une grosse étoile rouge tombe de haut en bas, à l’Ouest,
+à peu d’élévation au-dessus de l’horizon ;
+
+A 12 h. 22 m., une belle étoile bleue se montre dans l’Est, allant du
+Sud au Nord.
+
+Je dors de minuit 30 m. à 2 h. 30 m., après quoi, jusqu’au matin, je
+compte de nombreuses étoiles filantes, se dirigeant pour la plupart de
+haut en bas dans la direction de Methlîli, c’est-à-dire au Sud.
+
+Antérieurement, dans la nuit du 23 au 24 juillet, à Methlîli, j’avais
+constaté de nombreuses étoiles filantes, entre autres une superbe.
+
+Ces météores apparaissent en si grande quantité dans les belles nuits du
+Sahara, qu’un voyageur ne peut les noter toutes.
+
+
+_Globe lumineux._ — Dans le grand nombre de mes observations nocturnes,
+je dois une mention spéciale à un globe enflammé observé le 21 juillet
+1859, vers 9 heures du soir. Ce globe, dès qu’il m’apparut, s’éleva à
+quelques degrés au-dessus de l’horizon et retomba en augmentant d’éclat.
+Je ne puis mieux comparer ce phénomène qu’à une bombe d’artifice très-
+brillante et très-forte.
+
+
+ CONCLUSION.
+
+
+Le climat du pays des Touâreg du Nord est essentiellement continental et
+parfaitement distinct de celui du bassin de la Méditerranée, ainsi que
+de celui du bassin du Niger. Au Nord comme au Sud, des pluies
+périodiques divisent l’année en deux saisons : l’une sèche, l’autre
+humide. Chez les Touâreg, il y a des périodes d’années, de 6 à 12, sans
+aucunes pluies, et des périodes d’années, de 1 à 3, dans lesquelles il
+pleut en toutes saisons : conséquemment, il n’y a chez les Touâreg que
+des saisons chaudes et des saisons froides.
+
+Dans les unes, comme dans les autres, mêmes vents, même sécheresse de
+l’air, même électricité, mêmes effets de la lumière.
+
+En somme, le climat du Sahara est très-exceptionnel sur la surface du
+globe, et c’est à ce climat que le Sahara doit d’être le Sahara.
+
+
+[Note 81 : Dans la suite de ce chapitre, je ferai connaître les
+instruments dont je me suis servi et les corrections qu’ils ont dû
+subir.]
+
+[Note 82 : La force du vent est estimée sur une échelle de 0, calme
+parfait, à 10, ouragan.]
+
+[Note 83 : Faute d’observations correspondantes au niveau de la mer,
+l’altitude de Ghadâmès n’a pu être calculée que sur une moyenne de cinq
+journées : celles des 12, 13, 14, 15 août et 10 décembre 1860.]
+
+[Note 84 : Altitude donnée par M. P. Marès pour le premier étage de la
+Qaçba.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE VI.
+
+ OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES.
+
+
+Le but de ce chapitre est de faire connaître les principaux éléments
+d’observations astronomiques d’après lesquels a été dressée la carte qui
+accompagne ce volume.
+
+Je ne publie pas les observations elles-mêmes. Je me borne à les tenir à
+la disposition des personnes qui auraient besoin de les contrôler.
+
+Le matériel de mon observatoire ambulant se composait de chronomètres,
+d’un sextant, d’une lunette astronomique, d’une boussole avec lunette,
+c’est-à-dire des instruments les plus simples et les plus facilement
+portatifs à dos de chameau.
+
+Le plus grand nombre de mes observations a été calculé, par moi, pendant
+mon voyage et depuis mon retour ; d’autres, les plus compliquées, l’ont
+été par MM. Yvon-Villarceau, Bruhns et Radau, qui ont bien voulu me
+prêter le concours de leur longue pratique.
+
+Aucune de ces observations ne donne lieu à des remarques particulières
+qui méritent d’être consignées ici. Le seul côté par lequel le Sahara
+diffère des autres points du globe pour l’étude des phénomènes célestes,
+est que le ciel y est presque toujours pur, d’une transparence
+exceptionnelle, et qu’on y peut presque continuellement suivre la marche
+des astres dès que l’obscurité se fait : aussi est-il à regretter
+qu’aucun observatoire sédentaire ne soit pas établi dans cette région.
+
+Voici, par ordre de dates, le relevé des observations faites pendant mon
+voyage qui ont servi à établir la latitude et la longitude des
+principaux points de la carte :
+
+ +------------------+----------+-----------+----------+-----------------+
+ | LOCALITÉS. | DATES. | LATITUDE. |LONGITUDE | OBSERVATIONS. |
+ | | | |ORIENTALE.| |
+ +------------------+----------+-----------+----------+-----------------+
+ |Ghardâya |du 8 août |32° 28′ 36″|1° 33′ 54″|Hauteurs du |
+ | | au 7 | | |Soleil, de la |
+ | | octobre | | |Lune et de la |
+ | | 1859. | | |Polaire au |
+ | | | | |méridien. |
+ | | | | |Hauteurs du |
+ | | | | |Soleil et de la |
+ | | | | |Lune, d’Arcturus,|
+ | | | | |de Véga et d’α |
+ | | | | |d’Ophiucus à |
+ | | | | |l’Est ou à |
+ | | | | |l’Ouest. |
+ | | | | |Distances de la |
+ | | | | |Lune au Soleil. |
+ | | | | |Visées de |
+ | | | | |boussole sur le |
+ | | | | |Soleil et sur la |
+ | | | | |Lune. |
+ | | | | | |
+ |Methlîli |du 28 août|32° 14′ 30″| |Hauteurs du |
+ | | au 13 | | |Soleil, de la |
+ | |septembre.| | |Lune et de la |
+ | | | | |Polaire au |
+ | | | | |méridien ; |
+ | | | | |d’Arcturus et de |
+ | | | | |Véga à l’Est ou à|
+ | | | | |l’Ouest. |
+ | | | | |Distances |
+ | | | | |d’Antarès à la |
+ | | | | |Lune. Apozénithes|
+ | | | | |lunaires. Visées |
+ | | | | |de boussole sur |
+ | | | | |le Soleil. |
+ | | | | | |
+ |El-Golêa’a | 4 |30° 32′ 12″|0° 47′ 31″|Hauteur du Soleil|
+ | |septembre.| | |au méridien, du |
+ | | | | |Soleil à l’Ouest.|
+ | | | | |Distances de la |
+ | | | | |Lune au Soleil. |
+ | | | | |Visées de |
+ | | | | |boussole sur la |
+ | | | | |Lune. |
+ | | | | | |
+ |Tougourt[85] |29 novemb.| 33° 6′ 35″| |Hauteur du Soleil|
+ | | 1859, 7 | | |au méridien. |
+ | |juin 1869.| | | |
+ | | | | | |
+ |Ouarglâ | 18 |31° 57′ 20″| |Hauteur du Soleil|
+ | | février. | | |au méridien. |
+ | | | | | |
+ |Nafta | 9 mars. |33° 52′ 21″| |Hauteur du Soleil|
+ | | | | |au méridien. |
+ | | | | | |
+ |Tôzer | du 11 au |33° 54′ 48″| |Hauteurs du |
+ | | 31 mars. | | |Soleil et de la |
+ | | | | |Polaire au |
+ | | | | |méridien ; du |
+ | | | | |Soleil, |
+ | | | | |d’Arcturus et de |
+ | | | | |Sirius à l’Est ou|
+ | | | | |à l’Ouest. |
+ | | | | |Distances de la |
+ | | | | |Lune au Soleil et|
+ | | | | |à Régulus. Visées|
+ | | | | |de boussole. |
+ | | | | | |
+ |El-Bordj | 15 mars. | | |Hauteurs de |
+ |(Nefzâoua) | | | |Régulus et |
+ | | | | |hauteurs |
+ | | | | |circumméridiennes|
+ | | | | |de Sirius. |
+ | | | | | |
+ |Gâbès[86] | 18 et 19 | | |Hauteurs de |
+ | | mars. | | |Régulus et de |
+ | | | | |Procyon à l’Est |
+ | | | | |ou à l’Ouest ; du|
+ | | | | |Soleil au |
+ | | | | |méridien. |
+ | | | | | |
+ |El-Ouâd[87] | du 10 |33° 21′ 40″|4° 57′ 20″|Hauteurs du |
+ | |février au| | |Soleil et de la |
+ | | 24 | | |Polaire au |
+ | | juillet. | | |méridien ; du |
+ | | | | |Soleil et de Véga|
+ | | | | |à l’Est et à |
+ | | | | |l’Ouest. |
+ | | | | |Observation du |
+ | | | | |dernier contact |
+ | | | | |de l’éclipse du |
+ | | | | |Soleil. |
+ | | | | | |
+ |Berreçof |du 3 au 5 |32° 31′ 51″| |Hauteurs de la |
+ | | août. | | |Polaire et de |
+ | | | | |Mars au méridien |
+ | | | | |; du Soleil et |
+ | | | | |d’Arcturus à |
+ | | | | |l’Est et à |
+ | | | | |l’Ouest. |
+ | | | | |Distances de |
+ | | | | |Mars, du Soleil |
+ | | | | |et d’Antarès à la|
+ | | | | |Lune. Visées de |
+ | | | | |boussole sur |
+ | | | | |Mars. |
+ | | | | | |
+ |Ghadâmès |du 15 août| 30° 7′ 48″|6° 43′ 15″|Hauteurs de Mars,|
+ | | au 8 | | |de la Polaire et |
+ | |décembre. | | |du Soleil au |
+ | | | | |méridien. |
+ | | | | |Hauteurs du |
+ | | | | |Soleil, d’α de |
+ | | | | |Persée et d’α du |
+ | | | | |Cygne à l’Est et |
+ | | | | |à l’Ouest. |
+ | | | | |Occultations des |
+ | | | | |étoiles 7202 (B. |
+ | | | | |astr. Cat.) et |
+ | | | | |1165 (B. astr. |
+ | | | | |Cat.). Visées de |
+ | | | | |boussole sur la |
+ | | | | |Polaire, |
+ | | | | |Fomalhaut, Véga |
+ | | | | |et Rigel. |
+ | | | | | |
+ |Tagotta | 18 |30° 12′ 11″| |Hauteur de Mars |
+ | |septembre.| | |au méridien. |
+ | | | | | |
+ |Djâdo | du 24 |31° 58′ 28″| |Hauteurs du |
+ | |octobre au| | |Soleil, de Mars |
+ | | 11 | | |et de la Polaire |
+ | |novembre. | | |au méridien. |
+ | | | | |Hauteurs du |
+ | | | | |Soleil et de Véga|
+ | | | | |à l’Est et à |
+ | | | | |l’Ouest. |
+ | | | | |Distances de la |
+ | | | | |Lune au Soleil. |
+ | | | | |Occultation de |
+ | | | | |l’étoile _q_ de |
+ | | | | |la Vierge. Visées|
+ | | | | |de boussole sur |
+ | | | | |la Polaire, Mars,|
+ | | | | |α de la Chèvre et|
+ | | | | |Véga. |
+ | | | | | |
+ |Nâloût | 18 et 19 |31° 52′ 56″|8° 45′ 10″|Hauteurs du |
+ | |novembre. | | |Soleil et de Mars|
+ | | | | |au méridien ; du |
+ | | | | |Soleil, d’α de |
+ | | | | |l’Aigle, d’α de |
+ | | | | |Pégase et de la |
+ | | | | |Lune à l’Est et à|
+ | | | | |l’Ouest. |
+ | | | | | |
+ |Sinâoun | 22 | 31° 1′ 40″| |Hauteurs de |
+ | |novembre. | | |Fomalhaut au |
+ | | | | |méridien, de la |
+ | | | | |Chèvre à l’Est. |
+ | | | | |Visées de |
+ | | | | |boussole sur la |
+ | | | | |Polaire, |
+ | | | | |Fomalhaut, Véga |
+ | | | | |et la Chèvre. |
+ | | | | | |
+ |Timelloûlen | 16 et 19 | | |Hauteurs de β de |
+ | |décembre. | | |la Balance et du |
+ | | | | |Soleil au |
+ | | | | |méridien. |
+ | | | | | |
+ |Sâghen | 30 |26° 59′ 33″| |Hauteur du Soleil|
+ | |décembre. | | |au méridien. |
+ | | | | | |
+ |Oursêl |30 janvier|26° 25′ 25″| |Hauteur du Soleil|
+ | | 1861. | | |au méridien. |
+ | | | | | |
+ |Azhel-en-Bangou |14 février| 26° 11′ 2″| |Hauteurs du |
+ |[88] | au 10 | | |Soleil, de Sirius|
+ | | mars. | | |et de la Polaire |
+ | | | | |au méridien ; du |
+ | | | | |Soleil à l’Est et|
+ | | | | |à l’Ouest. |
+ | | | | |Éclipse du |
+ | | | | |premier satellite|
+ | | | | |de Jupiter. |
+ | | | | | |
+ |Tinoûhaouen | 14 et 28 |24° 58′ 38″|7° 53′ 40″|Hauteurs du |
+ | | mars. | | |Soleil et de la |
+ | | | | |Polaire au |
+ | | | | |méridien. |
+ | | | | |Hauteurs |
+ | | | | |d’Arcturus et de |
+ | | | | |γ Geminorum à |
+ | | | | |l’Est et à |
+ | | | | |l’Ouest. Éclipse |
+ | | | | |du premier |
+ | | | | |satellite de |
+ | | | | |Jupiter. Visées |
+ | | | | |avec la boussole |
+ | | | | |sur Sirius. |
+ | | | | | |
+ |Toûnîn (Rhât) | 27 et 28 |24° 57′ 14”| |Hauteurs du |
+ | | mars. | | |Soleil au |
+ | | | | |méridien, à l’Est|
+ | | | | |et à l’Ouest. |
+ | | | | | |
+ |Serdélès | 4 et 10 |25° 46′ 20″| |Hauteurs du |
+ | | mai. | | |Soleil à l’Est, |
+ | | | | |d’α de la grande |
+ | | | | |Ourse au |
+ | | | | |méridien. |
+ | | | | | |
+ |Oubâri | 17 mai. | | |Hauteurs du |
+ | | | | |Soleil à l’Ouest,|
+ | | | | |de β du Corbeau |
+ | | | | |au méridien. |
+ | | | | | |
+ |Djerma[89] | 18 et 19 |26° 32′ 52″| |Hauteurs de l’Épi|
+ | | mai. | | |de la Vierge au |
+ | | | | |méridien ; du |
+ | | | | |Soleil à l’est et|
+ | | | | |à l’Ouest. |
+ | | | | | |
+ |El-Fogâr | 20 et 21 | | |Hauteurs de la |
+ | | mai. | | |Lune, d’ε et d’η |
+ | | | | |de la grande |
+ | | | | |Ourse au méridien|
+ | | | | |; d’Arcturus, de |
+ | | | | |Jupiter et du |
+ | | | | |Soleil à l’Est et|
+ | | | | |à l’Ouest. |
+ | | | | |Distances de la |
+ | | | | |Lune à Antarès et|
+ | | | | |à Jupiter. |
+ | | | | | |
+ |Tekertîba | du 22 au | | |Hauteurs d’ε et |
+ | | 27 mai. | | |d’η de la grande |
+ | | | | |Ourse, de δ du |
+ | | | | |Corbeau, de π de |
+ | | | | |l’Hydre femelle |
+ | | | | |au méridien. |
+ | | | | |Hauteurs du |
+ | | | | |Soleil et de la |
+ | | | | |Lune à l’Est et à|
+ | | | | |l’Ouest. |
+ | | | | | |
+ |Lac Mandara | 28 mai. |26° 40′ 57″| |Hauteur d’ε de la|
+ | | | | |grande Ourse au |
+ | | | | |méridien. |
+ | | | | | |
+ |Lac Gabr’aoûn | 29 mai. | | |Hauteurs d’ε de |
+ | | | | |la grande Ourse |
+ | | | | |et de l’Épi de la|
+ | | | | |Vierge au |
+ | | | | |méridien. |
+ | | | | | |
+ |El-Fejîj | 31 mai. | | |Hauteur d’ε de la|
+ | | | | |grande Ourse au |
+ | | | | |méridien. |
+ | | | | | |
+ |Tessâoua | 4 juin. | 20° 5′ 50″| |Hauteurs de ζ de |
+ | | | | |η de la grande |
+ | | | | |Ourse et de β de |
+ | | | | |la Balance au |
+ | | | | |méridien. |
+ | | | | | |
+ |Oumm-el-Arâneb | 19 | 26° 8′ 4″ | |Hauteur du Soleil|
+ | | juillet. | | |au méridien. |
+ | | | | | |
+ |Delêm | 12 août. | | |Hauteur de σ du |
+ | | | | |Sagittaire au |
+ | | | | |méridien. |
+ | | | | | |
+ |Bîr-en-Nechoûa’ | 13 août. | | |Hauteur de λ du |
+ | | | | |Scorpion au |
+ | | | | |méridien. |
+ | | | | | |
+ |Gourmêda | 18 août. | | |Hauteurs de la |
+ | | | | |Polaire et de |
+ | | | | |l’Épi de la |
+ | | | | |Vierge. |
+ | | | | | |
+ |Zîghen | 19 août. | | |Hauteur de μ du |
+ | | | | |Sagittaire au |
+ | | | | |méridien. |
+ | | | | | |
+ |O. Tîn-Guezzîn | 21 août. | | |Hauteurs |
+ | | | | |d’Arcturus et de |
+ | | | | |la Polaire. |
+ +------------------+----------+-----------+----------+-----------------+
+
+Ne sont pas comprises dans ce tableau toutes les observations faites sur
+les points intermédiaires. Le détail en eût été trop long. Je me borne à
+indiquer les latitudes que j’ai calculées en voyage pour un certain
+nombre de ces points secondaires.
+
+ +--------------------------------+-----------------+
+ | LOCALITÉS. | LATITUDES NORD. |
+ +--------------------------------+-----------------+
+ | | |
+ | Hâssi-Djedîd | 32° 12′ 8″ |
+ | | |
+ | Hâssi-Dhomrân | 31° 51′ 48″ |
+ | | |
+ | Hâssi-Berghâoui | 31° 32′ 47″ |
+ | | |
+ | Hâssi-Zirâra | 31° 15′ 18″ |
+ | | |
+ | El-Guerâra | 32° 47′ 25″ |
+ | | |
+ | Chegga (puits artésien) | 34° 9′ 39″ |
+ | | |
+ | Gomâr | 33° 29′ 20″ |
+ | | |
+ | Hâssi-Sîdi-el-Bâchîr | 32° 45′ 36″ |
+ | | |
+ | Hâssi-Oulâd-Miloûd | 32° 29′ 56″ |
+ | | |
+ | Sedâda (Djérîd tunisien) | 34° 0′ 37″ |
+ | | |
+ | Gafça (id.) | 34° 26′ 32″ |
+ | | |
+ | Nemlât (id.) | 33° 58′ 33″ |
+ | | |
+ | Sîdi-Râched (O. Rîgh) | 33° 19′ 29″ |
+ | | |
+ | Mouï-er-Roba’âya-el-Gueblâoui | 33° 0′ 2″ |
+ | | |
+ | Mâleh-ben-’Aoûn | 32° 51′ 1″ |
+ | | |
+ | Mâtrès | 30° 11′ 53″ |
+ | | |
+ | Bîr-’Allâg | 31° 4′ 27″ |
+ | | |
+ | Târedié | 32° 8′ 27″ |
+ | | |
+ | Kherbet-Dzîra | 31° 59′ 0″ |
+ | | |
+ | Kaçar-Yêfren | 32° 3′ 43″ |
+ | | |
+ | Bîr-Terrîn | 32° 39′ 32″ |
+ | | |
+ | Zâouiya-el-Gharbîya (le Bordj) | 32° 46′ 35″ |
+ | | |
+ | Tînzeght | 31° 54′ 2″ |
+ | | |
+ | Kâbâo | 31° 51′ 39″ |
+ | | |
+ | Ch’aouâ | 30° 58′ 49″ |
+ | | |
+ | Tarz-Oûlli | 25° 32′ 53″ |
+ +--------------------------------+-----------------+
+
+Les emprunts de positions astronomiques qui ont été faits, pour la
+construction de la carte, aux travaux des autres explorateurs, sont :
+
+Le tracé de la côte, d’après le capitaine Smith, de la marine anglaise ;
+
+Les positions du docteur Vogel entre Tripoli et le Bornou ;
+
+Les latitudes de M. de Beurmann, d’après la carte de M. le docteur
+Petermann, entre Ben-Ghâzi et Zouîla ;
+
+Quelques points du Sahara algérien, antérieurement déterminés
+astronomiquement par M. le capitaine Vuillemot, et adoptés par le Dépôt
+de la Guerre ;
+
+Enfin la position d’In-Sâlah du major Laing.
+
+
+Deux mots sur l’éclipse du 18 juillet 1860 et sur une comète du 1er
+juillet 1861. Je copie mon journal :
+
+J’étais au lit, atteint d’une violente fièvre contractée dans l’Ouâd-
+Rîgh, quand je sortis pour aller observer l’éclipse. J’avais calculé
+l’heure à laquelle elle devait se produire, comme si elle devait être
+totale à El-Ouâd ; elle ne le fut pas complétement ; aussi, quand
+j’arrivai à ma lunette, comptant sur dix minutes d’avance, je trouvai le
+disque solaire entamé. Je ne puis donc indiquer le moment exact du
+premier contact.
+
+Le ciel était pur.
+
+A l’observation, je vis la lune couvrir successivement le soleil, comme
+le ferait une tache ; à un moment je crus voir certaines montagnes faire
+éclipse totale, mais à peine mon œil avait-il quitté la lunette pour
+prendre l’heure, que l’éclipse commença à diminuer lentement.
+
+Le dernier contact eut lieu à 4 h. 55 m. 18 s. de mon chronomètre, qui
+marquait encore le temps de Paris.
+
+La lumière la plus faible a été celle qui, dans cette saison, succède au
+coucher du soleil.
+
+Les Arabes me dirent avoir vu des étoiles.
+
+Mieux portant, j’aurais pu apporter une plus grande attention aux
+détails de cette éclipse ; mais la maladie paralyse les forces de
+l’esprit comme celles du corps. Quand je fus me remettre au lit, la
+fièvre s’était aggravée et je fus pris de vomissements très-pénibles.
+
+A 2 h. 30 m., le baromètre marquait 749,05, le thermomètre 45° 5 ; le
+vent soufflait du Sud.
+
+A 5 heures, le baromètre était à 740,95 et le thermomètre à 41° 8, le
+vent restant le même.
+
+
+Je me portais heureusement mieux quand, à Mourzouk, le 1er juillet, à 7
+h. 15 m. du soir, on vint m’annoncer un phénomène astronomique qui
+remplissait de terreur toute la population.
+
+C’était une comète ; on ne l’avait pas vue la veille, elle devait
+disparaître le surlendemain.
+
+D’après les habitants, elle avait apparu, à leurs yeux, rouge et très-
+belle, un peu après le coucher du soleil, vers le méridien Nord.
+
+Quand je l’observai à la lunette, elle était à 5 degrés environ au-
+dessus de l’horizon, en ligne à peu près droite sous α de la grande
+Ourse ; sa queue, de lumière blanchâtre, se prolongeait jusqu’à β et γ
+de la petite Ourse ; continuée en arc de cercle, elle eût coupé la voie
+lactée par son milieu. Le noyau, très-distinct à la lunette,
+apparaissait comme une étoile de 3e ou de 4e grandeur.
+
+Le lendemain, à la même heure, ou un peu avant, la comète était plus
+haut dans le ciel, mais, probablement à cause des nuages qui le
+voilaient en cet endroit, elle paraissait sans queue et sous la forme de
+deux disques lumineux juxtaposés. Du moins, c’est l’effet qu’elle
+produisait à l’œil.
+
+Depuis je n’ai plus entendu parler de cet objet d’effroi et je ne l’ai
+plus vu.
+
+
+[Note 85 : Pour les longitudes de Tougourt et d’Ouarglâ, j’ai adopté
+celles du Dépôt de la Guerre établies d’après les observations de M. le
+capitaine Vuillemot.]
+
+[Note 86 : Position du capitaine Smith.]
+
+[Note 87 : Pour El-Ouâd, j’ai cru devoir donner la préférence à la
+longitude du capitaine Vuillemot. Malade au moment de mon observation,
+je ne puis y avoir une confiance absolue.]
+
+[Note 88 : J’ai rejeté la longitude d’Azhel-en-Bangou parce qu’elle ne
+concordait pas avec le relevé de ma route.]
+
+[Note 89 : Pour les points relevés astronomiquement par Vogel, qui était
+astronome de profession et mieux outillé que moi, j’ai toujours donné la
+préférence aux résultats de ses observations de longitude.]
+
+
+
+
+ LIVRE II.
+
+ PRODUCTION.
+
+ * * * * *
+
+Les productions minérales, végétales et animales d’un pays aussi peu
+favorisé sous le double rapport de la constitution du sol et du climat,
+ne peuvent être qu’en petit nombre ; cependant elles ne sont pas
+complétement nulles, et je vais les passer successivement en revue.
+
+ * * * * *
+
+ CHAPITRE PREMIER.
+
+ MINÉRAUX.
+
+
+Mon exploration n’a pas été assez complète, surtout dans la partie
+montagneuse du pays, pour que je puisse prétendre connaître toute sa
+richesse minérale ; d’un autre côté, les Touâreg ne sont pas un peuple
+assez industriel pour que j’aie pu suppléer à l’insuffisance de mes
+recherches personnelles par une enquête sur les produits minéraux qu’ils
+exploitent. Les besoins des peuples nomades ne sont pas ceux des nations
+civilisées et sédentaires : aussi n’est-on pas autorisé à conclure de
+l’absence d’exploitations au manque de minéraux exploitables. Au
+contraire, en constatant que les Touâreg ont trouvé chez eux tout ce qui
+est nécessaire à leur existence, on peut croire qu’il y a beaucoup plus.
+Quoi qu’il en soit, je signalerai ce que j’ai vu et ce qui m’a été
+indiqué par les indigènes.
+
+
+ _Métaux et pierres précieuses._
+
+
+_Fer._ (Tazhôli). — J’ai constaté la présence du fer en plusieurs
+endroits : notamment à Azhel-en-Bangou, dans les environs du mont
+Têlout, sur le rebord Nord du Tasîli, dans le ravin d’In-Akhkh, autour
+des puits artésiens d’Ihanâren, dans la vallée d’Ouarâret. Les
+renseignements des indigènes signalent aussi ce minerai sur d’autres
+points du Tasîli et du Ahaggâr, en massifs plus ou moins considérables.
+Mais à quoi bon ? Le fer fût-il plus riche et plus abondant encore,
+comment l’exploiterait-on sans combustible ?
+
+Tout le fer employé par les Touâreg leur est apporté par le commerce.
+
+_Cuivre._ (Dârogh). — Les Touâreg ne connaissent aucun minerai de cuivre
+dans leur pays. Tous les cuivres qu’ils emploient à l’ornementation de
+leurs armes viennent d’Europe ; jadis, quand Mourzouk entretenait encore
+des relations commerciales avec le Waday, ils pouvaient en recevoir de
+cette contrée.
+
+_Plomb._ (Alloûn). — Le nom d’Ouâdi-Alloûn (rivière du plomb) donné à
+l’un des torrents qui descendent du versant Nord du Tasîli rappelle-t-il
+la découverte de minerai de plomb dans le lit de l’ouàdi ? Je l’ignore.
+
+Les Touâreg ne faisant généralement pas usage des armes à feu, l’emploi
+du plomb est assez restreint chez eux pour qu’ils n’aient jamais songé à
+utiliser les galènes de leur pays, fussent-elles même riches.
+
+_Étain._ (?) — Un gisement de ce minerai ou d’un métal analogue m’a été
+signalé dans l’Ouâdi-ech-Chiâti (Fezzân). Cette indication est-elle
+fondée ou non ? L’avenir l’apprendra.
+
+_Sulfure d’antimoine._ (Tazôlt). — Le sulfure d’antimoine est récolté
+aux environs d’El-Barakat, près de Rhât, mais dans la proportion des
+besoins locaux, limités à l’application du _kohel_ sur les cils et les
+sourcils.
+
+_Kohel_, en Arabe, signifie _tout ce qui noircit_. Donc, sous ce nom, on
+emploie indistinctement ou le sulfure de plomb, ou le sulfure
+d’antimoine, suivant la facilité de se les procurer.
+
+L’emploi du kohel est des plus anciens chez les peuples orientaux.
+Jérémie dit, chap. IV, vers. 30 : « _Cum stibio pinxeris oculos tuos._ »
+Le prophète Mohammed, copiant Jérémie, répète : « Employez l’antimoine,
+il fortifie la vue et fait pousser les cils. »
+
+Sur la foi de ces autorités, l’habitude du kohel est passée dans les
+mœurs, surtout dans le Sahara, où la réverbération du soleil affaiblit
+si promptement la vue et cause si souvent des ophthalmies.
+
+Le docteur Bertherand, dans son ouvrage sur la _Médecine des indigènes
+de l’Algérie_, dit que l’emploi du kohel, dans toute espèce
+d’ophthalmies, lui a toujours rendu les plus grands services.
+
+_Pierres précieuses._ — Les Touâreg modernes font usage d’une espèce de
+serpentine dont ils fabriquent leurs anneaux de bras. On trouve cette
+pierre dans le ravin de Tahôdayt-tân-Hebdjân (rebord méridional du
+Tasîli), sur la route directe de Rhât à In-Sâlah, non loin du ravin de
+Tahôdayt-tân-Tâmzerdja, où sont les restes fossiles d’un grand mammifère
+antédiluvien.
+
+Mais il est hors de doute que les peuples anciens de cette contrée
+connaissaient et faisaient usage d’autres pierres précieuses, car on en
+trouve dans tous les tombeaux des _Jabbâren_ (géants), nom que les
+Touâreg donnent à la génération qui les a précédés dans le pays. Ces
+pierres sont enchâssées dans les bagues ou dans les boucles d’oreilles.
+
+J’ai déjà dit qu’on avait trouvé des émeraudes dans le Touât ; moi-même
+j’ai rapporté de mon excursion à El-Golêa’a des cristaux qui y
+ressemblent. Il est probable qu’une exploration complète des montagnes
+des Touâreg et des bassins qui en dépendent ferait retrouver l’ancienne
+émeraude garamantique des musées.
+
+
+ _Sels divers._
+
+
+_Sel commun._ (Tîsemt.) — Une belle mine de sel, longtemps exploitée et
+abandonnée pour cause d’insécurité, existe dans la Sebkha d’Amadghôr,
+sur l’ancienne route des caravanes d’Ouarglâ à Agadez, au pied d’un des
+contre-forts orientaux du Ahaggâr. D’après les indigènes, cette mine
+serait la plus belle connue dans tout le Sahara. Elle sera
+ultérieurement l’objet d’une attention toute spéciale.
+
+Une mine de sel m’est aussi signalée dans la montagne au Sud de
+Tikhâmmalt.
+
+Sur beaucoup d’autres points, on trouve du sel de qualité inférieure,
+mélangé de terre : aux environs de Rhât et à Tekertîba, ou provenant de
+l’évaporation des eaux salines de sebkha desséchées, notamment sur le
+cours inférieur de l’Igharghar, à Menkebet-Izîman et à Sîdi-Boû-Hânia.
+
+Les puits salés, indiquant la nature saline des terres traversées par
+les eaux, sont communs. Je citerai entre autres celui de Tînessedj sur
+la route septentrionale de Tebalbâlet à In-Sâlah ; celui de Harhé, dans
+une sebkha, sur la route de Tikhâmmalt à Oubâri.
+
+Je citerai aussi, comme sources salines, celle de Tânout sur la
+précédente route, et d’’Aïn-el-Mokhanza (la fontaine pourrie, puante),
+sur l’Igharghar, sans compter celles que j’ai signalées précédemment
+dans mes itinéraires géologiques.
+
+_Alun._ (Azârîf.) — Après le sel, l’alun est la production minérale la
+plus commune du pays des Touâreg. On en trouve des dépôts, entre autres,
+dans la vallée d’Ouarâret, au Nord du Rhât ; à Serdélès ; à In-Hâs, dans
+la plaine d’Adjemôr ; sur l’Ouâdi-Tetch-Oûlli, affluent de l’Ouâdi-
+Akâraba. Ces deux dernières mines sont situées au Nord de Mouydîr, et
+non loin d’In-Sâlah, marché sur lequel on vend leurs produits.
+
+J’ai rapporté un échantillon des dépôts d’alun de la vallée de Serdelès.
+Il est pur et de bonne qualité.
+
+_Salpêtre._ (Tîsemt-n-elbaroûd.) — Tout le salpêtre consommé par les
+Touâreg vient du Touât, où cette matière paraît très-abondante. Il n’est
+pas douteux qu’on en trouve également et en quantité importante dans les
+contrées similaires du pays des Touâreg, car ces derniers m’en signalent
+un dépôt assez important dans la vallée de Tikhâmmalt et d’autres dans
+les ouâdis aux environs de Rhât. N’employant pour ainsi dire pas la
+poudre, ne sachant pas la préparer, ils négligent ce produit et n’y font
+aucune attention ; mais, si le commerce français demandait du salpêtre
+au Touât, les Touâreg ne tarderaient probablement pas à lui faire
+concurrence.
+
+_Natron._ (Elatroûn et Oksem.) — Le natron est récolté en assez grande
+abondance dans le Bahar-et-Trounîa au Nord-Ouest de Mourzouk. Il est
+employé par les Touâreg en mélange avec la feuille du tabac, soit pour
+la prise, soit pour la chique ; il est aussi d’un usage journalier comme
+mordant dans les préparations tinctoriales. Inutile d’ajouter qu’il
+entre dans la matière médicale des indigènes, car, à défaut de produits
+européens, ils utilisent tout ce qu’ils ont sous la main.
+
+J’aurai l’occasion de faire connaître ultérieurement l’importance
+commerciale de ce sel.
+
+_Soufre_ (Tazzefrît et Aouodhîs). — Quoique le Ahaggâr, le Tasîli, le
+Hâroûdj et la Sôda, soient le produit de soulèvements volcaniques ;
+quoique le soufre se montre, au Nord, en assez grande quantité dans la
+Syrte, il est à peu près certain qu’il n’existe pas dans le pays des
+Touâreg, car, s’ils y connaissaient des soufrières, elles seraient
+exploitées pour les besoins des chameaux, atteints fréquemment de la
+gale, que le soufre seul guérit d’une manière radicale. Je conclus donc
+de ce que le soufre n’est pas exploité par les Touâreg qu’il n’y en a
+pas chez eux.
+
+
+ MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION.
+
+ _Pierres et terres._
+
+
+Bien que des nomades ne tirent aucun parti des matériaux de construction
+dont leur pays est doté, je ne crois pas devoir omettre cette partie
+importante de la richesse minérale du Sahara.
+
+_Pierre calcaire_ (Tahônt-n-Tîngher). — Tous les plateaux dits hamâd
+sont généralement recouverts d’une couche calcaire qui donne
+d’excellents moellons pour les constructions urbaines. Cette pierre
+domine dans celles de Ghadâmès.
+
+_Grès_ (Tîlellît, _la pierre noble_). — Le grès est la pierre la plus
+abondante, surtout dans le Tasîli du Nord. On trouve dans la chaîne de
+l’Amsâk le beau grès rose des ruines romaines de Djerma.
+
+_Gypse_ (Têhemaq). — Commun au Nord et autour de Ghadâmès, où on
+l’exploite pour les enduits de la ville, il est peut-être plus rare sur
+tous les autres points du pays, mais il est hors de doute qu’on n’a pas
+dû aller le chercher au loin pour les constructions des autres villes.
+
+_Chaux_ (Ezzebch). — La pierre propre à la chaux est commune partout ;
+autour de Ghadâmès, on ramasse les calcaires du plateau de Tînghert et,
+de leur grillage, on obtient une chaux excellente.
+
+_Argile_ (Tabâriq et Telaq). — Tous les enfants des Touâreg ont des
+poupées et des bonshommes en argile ; dans tous les ménages on trouve
+des vases en poterie qui doivent être fabriqués sur les lieux, ce qui
+prouve que la terre à poterie ne manque pas. Quant à l’argile propre à
+la préparation des tuiles et des briques, elle existe dans plusieurs
+ravins. J’ai déjà dit que les auges dans lesquelles on abreuvait les
+chameaux autour des puits étaient en argile provenant des déblais de ces
+puits.
+
+_Terre à ciment._ — Les canaux d’irrigation de Ghadâmès sont cimentés
+et, d’après les renseignements qui m’ont été donnés, ce ciment était
+obtenu au moyen d’un mortier fait avec la chaux des ammonites et les
+argiles rouges ferrugineuses des goûr.
+
+J’ai rapporté de Ghadâmès et de Djerma des ciments de l’époque
+garamantique ; ils sont de la plus grande solidité.
+
+_Pierre meulière_ (Tasîrt et Tahônt-n-Ezhîd). — L’usage du moulin à
+bras, ustensile obligatoire pour chaque ménage, rend la pierre meulière
+de première nécessité chez tous les nomades. Heureusement, les carrières
+qui la fournissent ne sont pas rares. J’en ai déjà cité une, abandonnée,
+à l’entrée de l’Ouâdi-el-Gharbî ; on en indique d’autres au Nord et au
+Sud du Tasîli.
+
+_Ocre_ (Tamâdjohît). — L’ocre est exploitée aux environs de Djânet pour
+les besoins de la teinturerie, mais surtout pour être employée avec
+l’indigo comme cosmétique tinctorial et hygiénique de la peau, en vue de
+la préserver, par l’interposition d’un corps étranger, des influences
+atmosphériques extérieures.
+
+
+ _Combustibles minéraux._
+
+
+Pendant longtemps, à Alger, on a cru à l’existence de la houille dans le
+Ahaggâr, par suite de réponses faites, de bonne foi, par des Touâreg
+venus en Algérie, qu’il y avait dans leur pays des pierres noires qui
+brûlaient.
+
+J’ai déjà fait connaître comment les Touâreg, interrogés à ce sujet,
+avaient pu nous induire en erreur sans manquer à la vérité.
+
+Toutefois, la découverte de terrains très-anciens dans la vallée de Rhât
+et du terrain dévonien, inférieur aux terrains houilliers, sur plusieurs
+points, permet d’espérer le succès de recherches de gisements de
+combustibles minéraux, dans le centre du Sahara, ou tout au moins dans
+les parties que mon exploration recommande à l’attention des ingénieurs.
+
+Là se borne, à ma connaissance, la liste des produits minéraux
+utilisables dans le pays des Touâreg ; mais il n’est pas douteux que des
+recherches plus complètes en augmenteraient le nombre.
+
+
+
+
+ CHAPITRE II.
+
+ VÉGÉTAUX.
+
+
+Le règne végétal est un peu plus riche que le règne minéral, car,
+quoique les sommets des montagnes, leurs versants, ainsi qu’une partie
+des plateaux, soient dénudés et entièrement stériles, on trouve, dans
+les nombreuses vallées du pays, des points plus favorisés où la
+végétation saharienne s’allie avec quelque représentants de celle des
+tropiques et du bassin de la Méditerranée.
+
+Les végétaux domestiques sont en très-petit nombre. Si je devais ne
+citer que ceux cultivés par les Touâreg eux-mêmes, la liste serait close
+quand j’aurais nommé le dattier, le figuier, le blé, l’orge, le sorgho,
+le millet : en tout six végétaux.
+
+Mais, dans le territoire même des Touâreg, sont les oasis de Ghadâmès,
+de Rhât, de l’Ouâdi-Lajâl, de l’Ouâdi-’Otba, de Djânet, d’Idélès,
+habitées par des sédentaires dont les cultures sont un peu plus variées.
+
+Voyageur et non botaniste, j’ai recueilli à peu près toutes les plantes
+que j’ai vues et tous les renseignements que pouvaient me donner les
+indigènes sur la végétation de leur pays ; mais je n’ai pas la
+prétention d’avoir rapporté de mon voyage toute la richesse végétale des
+contrées traversées, comme eût pu le faire un explorateur exclusivement
+chargé d’étendre le domaine de nos connaissances en histoire naturelle
+au Sud de l’Algérie.
+
+J’ai scrupuleusement recueilli les noms indigènes, en langue arabe et en
+langue temâhaq, parce que je crois la connaissance de cette double
+synonymie nécessaire aux personnes auxquelles l’avenir réserve de
+voyager avec les caravanes. Cette synonymie n’a pas les défauts de celle
+des noms vulgaires assignés aux plantes par nos paysans en Europe ; chez
+les peuples pasteurs, chacun connaît exactement le nom, les stations et
+les propriétés de chaque plante, et les noms, quand les caractères
+distinctifs sont bien tranchés, ne varient pas d’une localité à une
+autre, mais se conservent tant que la même langue est parlée. Or, comme
+la langue arabe est connue dans tout le monde musulman, et la langue
+berbère, dont le temâhaq est un des dialectes, dans tout le Nord du
+continent africain, il y a presque certitude d’être compris des
+indigènes en leur nommant une plante dans l’une de ces deux langues.
+
+Dans la classification des plantes, objet de cet examen, j’ai adopté
+l’ordre naturel des familles.
+
+Je dois à l’extrême obligeance de M. le docteur Cosson, président de la
+Société botanique de France et chargé par le gouvernement de la
+publication de la _Flore de l’Algérie_, la détermination exacte de
+toutes les plantes de mon herbier et même de quelques-unes de celles
+dont je me suis borné à mentionner le nom dans mon journal de voyage,
+sachant par les comptes-rendus des explorations du savant botaniste
+qu’il les avait déjà déterminées.
+
+Je mentionne cet utile concours, autant par reconnaissance que pour
+assurer à cette partie de mon travail le caractère sérieux que lui donne
+la collaboration de M. le docteur Cosson.
+
+
+ RENONCULACÉES.
+
+
+ ADONIS MICROCARPA DC. ?
+
+Boû-garoûna (_arabe_).
+
+Récolté le 13 mars 1860, dans les environs du Chott-Melghîgh.
+
+Sans emploi connu.
+
+
+ RANUNCULUS MURICATUS L.
+
+Kosberbîr (_arabe_).
+
+Récolté le 13 mars 1860, dans les environs du Chott-Melghîgh.
+
+Sans emploi connu. Croît dans les terrains humides.
+
+
+ NIGELLA SATIVA L.
+
+Sahnoudj, Habbet-es-soûda (_arabe_).
+
+Cultivé dans quelques jardins des oasis.
+
+« Procurez-vous de la graine noire (mot à mot, _habbet-es-soûda_), a dit
+le prophète Mohammed : c’est un préservatif contre toutes les
+maladies. »
+
+En exécution de cette prescription, les bons musulmans prennent
+volontiers, le matin, une pincée de graine de nigelle dans une cuillerée
+de miel, à l’effet de préparer les voies digestives et d’ouvrir
+l’appétit.
+
+
+ FUMARIACÉES.
+
+
+ FUMARIA CAPREOLATA L.
+
+Guerîn-djedey, Sibân (_arabe_).
+
+Récolté le 13 mars 1860, dans les environs du Chott-Melghîgh.
+
+Cette plante est employée par les indigènes en lotion contre les
+démangeaisons et en fumigations contre les douleurs.
+
+
+ CRUCIFÈRES.
+
+
+ MATTHIOLA LIVIDA DC.
+
+Guelguelân (_arabe_) d’après M. le docteur Cosson ; Tamadé (_temâhaq_).
+
+Récolté le 2 mars 1861, à Tîn-Arrây.
+
+Cette plante vient dans les sables.
+
+
+ MATTHIOLA OXYCERAS DC.
+
+Hârra (_arabe_) ; Tânekfâït (_temâhaq_).
+
+Récolté le 7 mars 1860, au S.-O. de Nafta, entre Guettâra-Ahmed-
+Ben-’Amâra et Gâret-Djâb-Allah.
+
+Affectionne les terres de heycha.
+
+
+ ANASTATICA HIEROCHUNTICA L.
+
+Akarba (_temâhaq_) ; Kômecht-en-Nebî (_arabe fezzanien_) ; Kerchoûd (_au
+Bergou_).
+
+Reconnu entre Ghadâmès et Rhât.
+
+Cette plante est vulgairement connue sous le nom de _rose de Jéricho_.
+
+
+ MALCOLMIA ÆGYPTIACA Spreng.
+
+El-Maroûdjé, El-Hamâ (_arabe_) ; Almaroûdjet (_temâhaq_).
+
+Récolté le 2 janvier, les 8, 21 et 29 février 1861, sur l’Ouâdi-Alloûn
+et à Aghelâd. Reconnu en huit stations entre Ghadâmès et Rhât.
+
+Cette plante donne un excellent fourrage que tous les animaux
+recherchent. Elle vient dans les sables.
+
+
+ SENEBIERA LEPIDIOIDES Coss. et DR. in _Bull. Soc. bot._
+
+Harharha (_arabe_ et _temâhaq_).
+
+Récolté à Sâghen, le 1er janvier 1861.
+
+Peu commun, comestible.
+
+
+ MORICANDIA SUFFRUTICOSA Coss. et DR. _Brassica suffruticosa_ Desf.
+
+Foûl-el-djemel, Foûl-el-ibel (_arabe_) ; Afarfar (_temâhaq_).
+
+Récolté aux environs de Ghadâmès et sur l’Ouâdi-Tînzeght, les 12 et 13
+novembre 1860. Peu commun. Plus abondant dans les montagnes du Ahaggâr,
+entre Rhât et In-Sâlah.
+
+Plante recherchée par les chameaux, ainsi que l’indique son nom
+indigène : _fève du chameau_.
+
+
+ HENOPHYTON DESERTI Coss. et DR. in _Bull. Soc. bot._
+
+Alga, Allegommo (_arabe_).
+
+Récolté dans les dunes de l’’Erg, entre ’Erg Boû-Delîl et Medhaheb-ech-
+Cherguîya ; sur la route de Merhayyer à Gomâr, le 5 février 1860, et
+entre El-Ouâd et Ouarglâ, sur l’Ouâdi-Çîdah, le 16 février 1860.
+
+Cette plante recherche les sables.
+
+
+ DIPLOTAXIS DUVEYRIERANA Coss. _sp. nova._
+
+Hârra (_arabe_) ; Tânekfâït (_temâhaq_).
+
+Récolté les 9 et 18 février 1861, sur l’Ouâdi-Alloûn et l’Ouâdi-Târât.
+Rencontré en onze stations entre Ghadâmès et Rhât.
+
+Cette espèce nouvelle, désormais destinée à rappeler le souvenir de mon
+voyage, grâce à l’extrême bienveillance de M. le docteur Cosson, est une
+de ces nombreuses plantes de la famille des Crucifères dont les Touâreg
+font usage pour leur alimentation. A défaut d’autres provisions, j’ai
+été souvent heureux de la mettre à contribution pour l’approvisionnement
+de ma table et de celle de mes serviteurs. Son usage délassait mon
+estomac fatigué des légumes secs, les seuls à la disposition des
+caravanes. Je ne me doutais pas alors que je mangeais un plante qui plus
+tard porterait mon nom.
+
+
+ DIPLOTAXIS PENDULA DC.
+
+Récolté le 12 mars 1860, dans les montagnes de Kerîz.
+
+Comestible comme la précédente.
+
+
+ ERUCA SATIVA Lmk. _E. stenocarpa_ Boiss. et Reut.
+
+Hârra (_arabe_) ; Tânekfâït (_temâhaq_).
+
+Récolté à Sâghen et sur l’Ouâdi-Alloûn, les 1er janvier et 29 février
+1861. Commun.
+
+Cette plante est également comestible et mangée par les Touâreg.
+
+La graine et le suc de cet _Eruca_, concurremment avec les mêmes parties
+des deux _Diplotaxis_ ci-dessus, sont employés comme remède contre la
+gale des chameaux.
+
+
+ SCHOUWIA ARABICA DC.
+
+Alouâs (_temâhaq_).
+
+Trouvé et récolté à Tikhâmmalt, le 27 janvier, et à Tîn-Têrdja, le 2
+mars 1861.
+
+Plante rare, spéciale aux déserts d’Arabie et non encore trouvée en
+Berbérie.
+
+
+ ZILLA MACROPTERA Coss. in _Bull. Soc. bot._
+
+Chobrom, dans l’Est ; Chebreg, dans l’Ouest (_arabe_) ; Oftozzon
+(_temâhaq_).
+
+Récolté à Aghelâd, le 8 février, et sur l’Ouâdi-Alloûn, les 28 et 29
+février 1861, entre Ghadâmès et Rhât ; signalé sur le plateau de
+Tâdemâyt, entre le Touât et le pays des Benî-Mezâb.
+
+Cette plante épineuse, qui croît en touffes larges, est avidement mangée
+par les chameaux.
+
+
+ BRASSICA NAPUS L. ?
+
+Left (_arabe_) ; Afrân (_temâhaq_).
+
+Le navet est cultivé dans les jardins de toutes les oasis, où il vient
+très-bien.
+
+Sa racine, crue ou cuite, sert à l’alimentation.
+
+Sa graine est employée comme médicament.
+
+
+ BRASSICA OLERACEA L. ?
+
+Kronb (_arabe_).
+
+Le chou ne paraît pas très-bien réussir dans les oasis, à moins que la
+variété qui y est cultivée ne soit inférieure à celle de nos jardins
+d’Europe.
+
+
+ CAPPARIDÉES.
+
+
+ CLEOME ARABICA L.
+
+Mekhînza, Oumm-el-djelâdjel (_arabe_) : le premier usité à Ghadâmès, le
+second au Fezzân ; Ahôyyarh, Wôyyarh (_temâhaq_).
+
+Récolté le 26 août 1859, dans l’Ouâd-Mezâb ; le 6 septembre 1860, aux
+environs de Ghadâmès ; le 7 février 1861, à Aghelâd ; le 2 mars 1861, à
+Tîn-Têrdja.
+
+Cette plante croît dans les sables et dans les pierres.
+
+
+ MÆRUA RIGIDA R. Br.
+
+Sarah (_arabe_) ; Adjâr (_temâhaq_).
+
+Récolté le 1er avril 1861, à Ouarâret.
+
+Cet arbre, assez rare, vit toujours isolé.
+
+Son tronc a de 3 à 4 mètres de hauteur et de 0m 70 à 1m de
+circonférence en moyenne.
+
+Ses branches, noueuses, peu nombreuses, ne retombent pas comme dans les
+autres arbres, mais se dressent verticalement vers le ciel. Elles
+partent de terre et donnent à l’arbre l’aspect d’une grande broussaille.
+
+Ses feuilles sont petites.
+
+Il était en fleur le 1er avril.
+
+Par son port et sa taille cet arbre rappelle le _Balanites Ægyptiaca_,
+mais il n’a pas d’épines et ses feuilles sont différentes.
+
+
+ CAPPARIS SPINOSA L. _var._ CORIACEA.
+
+Kebbâr (_arabe_).
+
+Récolté le 24 août 1859, dans une ravine aride montant au Qaçar-Sîdi-
+Saád. Reconnu dans les vallées de l’Ouâd-Mezâb et entre Methlîli et El-
+Golêa’a, où il est commun.
+
+Les belles fleurs roses de cet arbrisseau rampant et épineux distraient
+agréablement la vue de la monotonie des solitudes désertiques.
+
+Les médecins arabes font un grand usage du bois de câprier dans les
+maladies chroniques et notamment dans la dyssenterie.
+
+
+ CISTINÉES.
+
+
+ HELIANTHEMUM SESSILIFLORUM Pers.
+
+Semhari, Reguîg (_arabe_) ; Tahaouat, Tahesouet (_temâhaq_).
+
+Reconnu en cinq stations dans la région de l’’Erg, entre El-Ouâd et
+Ghadâmès ; commun aux environs de Ghadâmès, dans les plaines au pied du
+Ahaggâr et entre El-Golêa’a et Methlîli.
+
+Récolté dans la Hamâda de Tînghert, près de la Gâra de Tîsfîn, le 16
+septembre 1860.
+
+Plante de sables, mangée par les chameaux.
+
+
+ HELIANTHEMUM CAHIRICUM Delile.
+
+Rega (_arabe_) ; Aheo (_temâhaq_).
+
+Récolté dans l’Ouâd-Mezâb. Commun dans les environs de Ghadâmès.
+
+Plante sans importance.
+
+ HELIANTHEMUM TUNETANUM Coss. et Kral. in _Bull. Soc. bot._
+
+Récolté le 18 mars 1860, entre El-Hâmma et Gâbès, dans un pays aride et
+rocheux.
+
+Cette plante est sans importance pour l’alimentation des animaux.
+
+
+ RÉSÉDACÉES.
+
+
+ RESEDA STRICTA Pers.
+
+Récolté dans les montagnes de Kerîz, le 12 mars 1860.
+
+Plante sans importance.
+
+
+ FRANKÉNIACÉES.
+
+
+ FRANKENIA PULVERULENTA L.
+
+Guenoûna, Melêfa (_arabe_).
+
+Récolté autour des mares des dattiers, dans les jardins de Ghardâya, en
+1859, et dans ceux de Sîdi-Khelîl, le 5 juin 1860.
+
+Cette plante aime l’ombre et les endroits humides. Sans importance.
+
+
+ FRANKENIA PALLIDA Boiss. et Reut.
+
+Melêfa (_arabe_).
+
+Récolté sous les dattiers de Sîdi-Khelîl, le 5 juin 1860.
+
+Même observation que ci-dessus.
+
+
+ MALVACÉES.
+
+
+ MALVA PARVIFLORA L.
+
+Khoubbîz (_arabe_).
+
+Récolté en 1859, dans les jardins de Ghardâya.
+
+Plante émolliente, employée comme médicament par les indigènes.
+
+
+ HIBISCUS ESCULENTUS L.
+
+Meloûkhîa (_arabe_).
+
+Le meloûkhîa (_gombo_ des Européens) est le légume favori des Orientaux,
+aussi le cultive-t-on dans tous les jardins potagers des oasis. C’est un
+fruit très-mucilagineux, sain et d’une digestion facile.
+
+On le mange en ragoût avec la viande.
+
+On l’emploie également cru en salade.
+
+
+ GOSSYPIUM VITIFOLIUM Lmk.
+
+Koton-bernâoui (_arabe_) ; Tâbdoûq (_temâhaq_).
+
+Récolté le 24 juin 1861, à Mourzouk, où ce cotonnier est cultivé.
+
+Ce cotonnier, cultivé dans tout le Fezzân, a été importé du Bornou
+(Afrique centrale), ainsi que l’indique son nom arabe. Il est à courte
+soie. Dans les graines que j’en ai rapportées, M. Hardy, directeur du
+jardin d’acclimatation d’Alger, a reconnu deux variétés : l’une blanche
+et l’autre nankin.
+
+
+ GOSSYPIUM HERBACEUM L.
+
+Koton-fezzâni (_arabe_) ; Tâbdoûq (_temâhaq_).
+
+Récolté le 22 mai, à Tekertîba, oasis de l’Ouâdi-el-Gharbî, et à
+Mourzouk, le 24 juin 1861, où il est cultivé.
+
+Le cotonnier du Sahara ne peut figurer ici que pour mémoire, en raison
+du peu d’importance de sa production. Cependant, il y est cultivé et à
+très-bas prix ; c’est là un point important, car le bas prix résulte de
+l’abondance de la main-d’œuvre et des conditions climatériques qui
+rendent cette culture certaine, sans exiger aucun travail sérieux autre
+que celui de la cueillette, conditions qui ne peuvent être modifiées.
+
+Au Fezzân, j’ai trouvé le cotonnier en fleur au mois de juin, c’est-à-
+dire à l’époque où il commence à sortir de terre sur le littoral
+algérien.
+
+Il en est de même au Touât.
+
+Dans ces deux archipels d’oasis, rien ne sollicite la production,
+limitée aux besoins des ménages ; car on y reçoit de l’Europe et de
+l’Afrique centrale des étoffes qu’il est plus commode d’acheter. Mais,
+dans ces deux districts, il y a un excédant de population qui est forcé
+d’émigrer pour aller demander des moyens d’existence à d’autres
+contrées, et il préférerait trouver sur place l’emploi de ses bras. Il
+s’adonnerait donc volontiers à la culture du coton, si ce produit avait
+un débouché régulier et assuré.
+
+L’espace non plus ne manque pas, car avec des puits on peut créer des
+oasis partout où la terre végétale recouvre la roche et les sables.
+
+Si le Touât et le Fezzân paraissaient trop éloignés des ports de
+l’Algérie, ou si leur situation en dehors de notre colonie devait être
+un obstacle à des encouragements directs à une culture développée, il y
+a, dans le Sahara algérien même, la zone des puits artésiens, qui peut
+produire le coton courte soie dans des conditions climatériques et de
+main-d’œuvre analogues à celle du Fezzân et du Touât.
+
+Là, le nègre est dans son climat de prédilection, et dès qu’il saura
+qu’un gouvernement capable de le faire respecter y creuse des puits pour
+cultiver le coton, il y viendra, et il suffira de lui donner de bonnes
+graines et de lui enseigner les meilleures méthodes de culture.
+
+J’ai rapporté des graines du cotonnier fezzanien et du cotonnier
+soudanien, pour être ensemencées au jardin d’acclimatation d’Alger. On
+ne tardera pas à être fixé sur leur valeur comme semences à propager en
+Algérie.
+
+Pl. V. Page 155. Fig. 10 et 11.
+
+[Illustration : Fig. 1. — VUE DE LA ZÂOUIYA DU CHEÏKH-EL-HOSEYNI, A
+OUBÂRI.
+
+D’après un dessin de M. H. Duveyrier.]
+
+[Illustration : Fig. 2. — VUE DU VILLAGE DE TEKERTÎBA.
+
+D’après un dessin de M. H. Duveyrier.]
+
+
+ AURANTIACÉES.
+
+
+ CITRUS MEDICA L.
+
+Chedjret-el-Lîm (_arabe_).
+
+Un seul citronnier existe dans l’oasis de Ghadâmès. Je ne pense pas
+qu’il y en ait à Rhât. Au Fezzân, on en compte quelques-uns. Au Touât,
+ils doivent être rares aussi.
+
+Si un arbre, dont le fruit est si précieux dans la saison des grandes
+chaleurs, n’est pas plus répandu dans les oasis, c’est que probablement
+il y résiste à l’acclimatation.
+
+
+ CITRUS AURANTIUM L.
+
+Chemmâm (_arabe_).
+
+L’oranger réussit un peu mieux que le citronnier et il y est un peu plus
+commun, sans cesser d’être rare cependant.
+
+Les oranges des oasis, même celles du Zibân, sont loin de valoir celles
+du littoral méditerranéen.
+
+
+ AMPÉLIDÉES.
+
+
+ VITIS VINIFERA L.
+
+Dâlia (_arabe_).
+
+La vigne est cultivée dans toutes les oasis. Le 12 juillet 1861, les
+raisins étaient mûrs à Trâghen, au moment de mon passage.
+
+Le raisin frais, _’aneb_, qui en provient, de qualité inférieure, est
+mangé en fruit. Le raisin sec, _zebîb_, qui entre comme condiment dans
+le couscoussou, est tiré du Nord.
+
+D’après les renseignements qui me sont fournis, il existerait dans les
+montagnes du Ahaggâr trois variétés de vignes sauvages auxquelles les
+Touâreg donnent les noms de _tezzebibt_, de _tâlekat_ et _telôkat_.
+
+Le raisin des vignes sauvages, toujours petit, est de qualité
+inférieure.
+
+Le Touât paraît posséder quelques bonnes variétés de raisin.
+
+Les musulmans ne font jamais de vin, mais ils conservent des raisins
+cuits et confits dans le sucre ; ils donnent à cette préparation le nom
+de _robb-el-’aneb_.
+
+
+ GÉRANIACÉES.
+
+
+ ERODIUM GLAUCOPHYLLUM Ait.
+
+Sa’adân (_arabe_).
+
+Récolté le 7 mars, entre Guettâra-Ahmed-ben-’Amâra et Nafta, et le 12
+mars dans les montagnes de Kerîz.
+
+Cette petite plante affectionne les terres de heycha.
+
+
+ ZYGOPHYLLÉES.
+
+
+ TRIBULUS MEGISTOPTERUS Kral. in _Ann. sc. nat._ _var._ MACROCARPUS.
+
+Bôriel (_temâhaq_).
+
+Trouvé et récolté dans une station unique, le 5 mars 1861, à
+Tiferghasîn, entre Ghadâmès et Rhât.
+
+Sans importance.
+
+
+ ZYGOPHYLLUM GESLINI Coss. in _Bull. Soc. bot._
+
+Bou-grîba, Agga (_arabe_).
+
+Récolté le 13 mars 1860 sur les bords de la Sebkha de Sedâda.
+
+Affectionne les terres salines des sebkha.
+
+
+ FAGONIA SINAICA Boiss.
+
+Choreïka (_arabe_).
+
+Récolté le 12 mars 1860, dans les montagnes de Kerîz et près de la Gâra
+de Tisfîn, aux environs de Ghadâmès. Abondant dans les dunes.
+
+Malgré ses épines, les chameaux ne dédaignent pas cette plante.
+
+
+ FAGONIA FRUTICANS Coss. in _Bull. Soc. bot._
+
+Chega’a, Reguîg (_arabe_).
+
+Récolté en septembre 1859, entre Hâssi-Dhomrân et Chaábet-Timedaqsîn,
+sur la route de Methlîli à El-Golêa’a, et sur la hamâda, près de la
+Gâra-Tîfsîn, aux environs de Ghadâmès, le 16 septembre 1860.
+
+Assez commun, quoique rare dans le Sahara algérien.
+
+
+ BALANITES ÆGYPTIACA Delile.
+
+Hadjilidj (_arabe local_), Heglig (_arabe d’Égypte_), Tebôraq
+(_temâhaq_), Tchaïchot (au _Touât_), Addaoua (au _Haoussa_).
+
+Trouvé, chargé de fleurs et de fruits, le 3 mars à In-Ezzân, et le 4 mai
+1861 à Tîterhsîn.
+
+Sa limite Nord est au pied des montagnes du Tasîli. On le trouve aussi
+dans le Ahaggâr et au Touât, mais à l’état isolé, sans être rare.
+
+Son tronc, d’une circonférence de 1m à 1m 50 environ, s’élève à 5 mètres
+de hauteur sous branches. Dans les pays où cet arbre est le plus commun,
+son bois est employé à faire des planchettes, des colliers, ce qui
+indique qu’il est fin et très-dur. Chez les anciens Égyptiens, on en
+faisait des statues. On dit aussi qu’il sert à l’éclairage à la façon du
+bois résineux.
+
+Ses feuilles, persistantes, sont petites et charnues ; quand elles sont
+nouvelles, on les cueille pour en assaisonner les aliments, surtout dans
+les contrées où le sel manque. Elles sont aussi employées pour déterger
+les plaies de mauvaise nature.
+
+Des épines formidables défendent les feuilles et les branches contre les
+attaques de la dent des animaux.
+
+Son fruit, _iborâghen_, qui a la grosseur d’une forte jujube allongée,
+est enveloppé dans une écorce jaune, mince, qu’il faut enlever pour
+arriver au noyau.
+
+Le noyau, de nature cornée, très-dense, jaunâtre, est recouvert d’une
+pulpe brune qui s’enlève facilement avec l’ongle et se délaye dans
+l’eau.
+
+L’amande que contient le noyau, de la grosseur d’une arachide ordinaire,
+d’un jaune verdâtre, a un goût d’amertume légère.
+
+Avec la pulpe, d’une amertume plus prononcée encore, on prépare une pâte
+à laquelle on attribue la propriété de guérir les maladies de la rate et
+de tuer le ver de Guinée (_vena medensis_).
+
+Avec le fruit, débarrassé de son amertume par la macération, on prépare
+une pâte, sucrée avec du miel.
+
+
+ RUTACÉES.
+
+
+ RUTA BRACTEOSA DC.
+
+Djell, Jell, Fîdjel (_arabe_) ; Issîn (_temâhaq_).
+
+Récolté le 7 novembre 1860, sur l’Ouâdi-Tîji, près de Djâdo.
+
+Dans les oasis, on attribue à l’odeur de cette plante la propriété
+d’éloigner les scorpions des habitations.
+
+Ses feuilles et ses graines sont employées comme médicaments.
+
+
+ HAPLOPHYLLUM TUBERCULATUM Adr. de Juss.
+
+Chedjret-er-rîh (_arabe_).
+
+Récolté le 17 septembre 1860 sur l’Ouâdi-Aouâl, au Nord-Est de Ghadâmès.
+
+Cette plante, ainsi que l’indique son nom arabe, l’_arbre au vent_, est
+employée contre les douleurs causées par les refroidissements.
+
+
+ PEGANUM HARMALA L.
+
+Harmel (_arabe_) ; Bender-tifîn (_temâhaq_).
+
+Très-commun dans l’Ouâd-Mezâb, où je l’ai récolté. Signalé en plusieurs
+stations, dans les montagnes, entre Rhât et In-Sâlah.
+
+Cette plante, dont « chaque racine, chaque feuille, dit le Prophète, est
+gardée par un ange, en attendant qu’un homme y vienne chercher sa
+guérison, » est très-employée par les indigènes dans tout le Sahara.
+
+Avec sa graine on fait une huile, _zît-el-harmel_, qui s’exporte au
+loin.
+
+J’aurai l’occasion de revenir sur les propriétés de cette plante.
+
+
+ RHAMNÉES.
+
+
+ ZIZYPHUS SPINA-CHRISTI Willd.
+
+Zegzeg (_arabe_), même racine que _zizyphus_ ; Korna (_au Fezzân_) ;
+Abaka (_temâhaq_) ; Nabq (_en Égypte_) ; Sidr (_traducteurs et
+commentateurs du Coran_).
+
+Cet arbre est cultivé dans le Fezzân, et particulièrement dans l’Ouâdi-
+el-Gharbî, près de Djerma. C’est de Tekertîba, dans la même oasis, que
+provient l’échantillon de mon herbier. Je l’ai également récolté à
+Nafta, le 9 mars 1860.
+
+Ainsi que l’indique son nom scientifique, cet arbre passe pour avoir
+fourni la couronne d’épines qui ensanglanta la tête de Jésus. Pour ce
+motif et malgré le triste souvenir qu’il rappelle, ce jujubier est
+l’objet d’un certain culte chez les chrétiens d’Orient.
+
+Chez les musulmans, il est non moins vénéré, car, d’après le prophète
+Mohammed, le _sidr_ est un arbre du paradis, et il y en a même un dont
+la tête est assez considérable pour qu’un cavalier, en un siècle, ne
+puisse traverser l’ombre qu’il projette.
+
+Au chapitre 66, verset 17 du Coran, il est dit :
+
+« Le sidr est un arbre sous lequel les élus du paradis feront leur
+séjour. »
+
+Ainsi, à des titres bien différents, cet arbre se recommande à la
+mémoire des hommes religieux de l’Orient et de l’Occident. Les pèlerins
+de Jérusalem en rapportent des branches pour orner leurs oratoires, les
+musulmans en récoltent les feuilles, dont ils font une décoction pour
+lotionner les morts, afin de donner à leurs dépouilles terrestres un
+avant-goût des jouissances du paradis.
+
+Indépendamment du culte dont il est l’objet, ce jujubier forme un bel et
+grand arbre qui contribue à l’embellissement des oasis.
+
+Son fruit est d’un goût assez savoureux quand il est frais. Il est
+recherché comme aliment.
+
+Ses feuilles sont employées comme anthelminthiques.
+
+Le jujubier couronne du Christ est aussi cultivé dans la Tunisie et même
+en Algérie, dans le Zibân. En cette dernière contrée, il atteint des
+proportions assez considérables pour être remarqué.
+
+
+ ZIZYPHUS LOTUS L.
+
+Sedra (_arabe_) ; Tâbakat (_temâhaq_).
+
+Ce jujubier nain, si commun dans le Tell de l’Algérie et dont les épines
+sont si redoutables pour les vêtements, apparaît de temps à autre,
+jusqu’au pied des montagnes du Tasîli. Près de Djerma, dans le Fezzân,
+j’en ai retrouvé un pied unique, vers la même latitude que sur la route
+de Ghadâmès à Rhât. Je l’avais également rencontré dans le Mezâb et
+entre Methlîli et El-Golêa’a.
+
+Mes itinéraires par renseignements le signalent sur le versant Nord du
+Ahaggâr, mais pas au delà.
+
+Son fruit est comestible, il a un goût sucré légèrement acidule,
+agréable pendant la saison des chaleurs, mais pas assez pour faire
+perdre aux étrangers le souvenir de leur patrie, ainsi que le dit
+Homère.
+
+Ce fruit est-il bien le même que celui qui a donné son nom aux
+Lotophages ? Il est permis d’en douter, car la description de l’arbre et
+du fruit que nous donnent Polybe et Hérodote se rapporte peu à la baie
+que les Arabes appellent _nabqa_ et les Touâreg _ibakâten_.
+
+Mohammed (le prophète), qui devait se connaître en botanique désertique,
+autant que les savants qui ont assimilé le _nabqa_ au _Lotus_ des
+anciens, ne se trompe pas quand il qualifie le saveur du fruit du
+_sedra_.
+
+Les habitants de Saba s’étant rendus coupables de pacte avec l’erreur,
+il les punit en convertissant leurs jardins, couverts de fruits
+délicieux, en d’autres jardins produisant des fruits amers, et au nombre
+de ces fruits figure celui du _sedra_.
+
+
+ TÉRÉBINTHACÉES.
+
+
+ RHUS DIOICA Willd.
+
+Djedârîa, Djedâri (_arabe_) ; Dezougguert (_berbère-nefoûsien_) ;
+Tehônaq (_temâhaq_).
+
+Récolté le 18 novembre 1860, sur l’Ouâdi-Tirhît ; le 3 mars 1861, à In-
+Ezzân, affluent du bassin de Tîterhsîn ; trouvé en trois stations entre
+Ghadâmès et Rhât ; signalé dans les montagnes entre Rhât et In-Sâlah,
+ainsi que sur le plateau de Tâdemâyt, entre In-Sâlah et Methlîli.
+
+Antérieurement, j’avais constaté la présence de cet arbuste dans les
+vallées du Djebel tripolitain, dans le Sud de la Tunisie et même autour
+de quelques rhedîr du Sahara algérien.
+
+L’écorce des racines et de la tige de ce sumac est recherchée pour le
+tannage des peaux de moutons. On en fait un commerce assez important par
+Gâbès. Les Touâreg l’emploient aussi aux mêmes usages. Ils l’appellent
+_aoufar_.
+
+
+ LÉGUMINEUSES.
+
+
+ CROTALARIA SAHARÆ Coss. _sp. nova._
+
+Observé en une station unique, sur la Hamâda de Tînghert, près Ghadâmès,
+et récolté le 13 septembre 1860.
+
+Cette espèce nouvelle, dénommée par M. le docteur Cosson, n’a encore été
+ni décrite ni publiée.
+
+
+ RETAMA RÆTAM Webb in _Ann. sc. nat._
+
+Retem (_arabe_) ; Telit (_temâhaq_).
+
+Récolté dans le Sahara algérien ; reconnu sur onze points de ma route,
+entre Ghadâmès et Rhât, où, avec le _Calligonum comosum_, il fournit le
+seul bois de chauffage à l’usage des caravanes ; signalé comme étant
+commun dans les montagnes du Ahaggâr.
+
+Cet arbrisseau atteint de 1 à 2 mètres de hauteur, rarement 3.
+
+Les branches du retem, nous apprend M. le docteur Cosson, ont été
+utilisées à Géryville par le Génie militaire pour remplacer les lattes
+dans la construction des plafonds et des terrasses.
+
+Ses feuilles recherchées par les chèvres et les chamelles communiquent à
+leur lait un goût d’amertume prononcé.
+
+Ses racines sont employées en décoction comme vermifuges.
+
+
+ GENISTA SAHARÆ Coss. et DR. in _Bull. Soc. bot._
+
+Merkh (_arabe_).
+
+Récolté dans le Sahara algérien, le 20 février 1860.
+
+Cet arbuste ne paraît pas s’étendre dans le Sud. Dans le Nord, il forme
+de gros buissons.
+
+
+ GENISTA ?
+
+Hana (_arabe_) ; Asabay (_temâhaq_).
+
+Sur ma route, de Ghadâmès à Rhât, de Rhât à Mourzouk, j’ai rencontré, en
+trois stations, notamment le 3 mars 1861, à In-Ezzân, un genêt très-
+connu des indigènes, sous ses noms arabe et temâhaq. Je ne l’ai pas
+récolté, parce qu’il n’avait ni fleurs ni fruits. On le signale comme
+étant plus commun dans les montagnes entre Rhât et In-Sâlah.
+
+J’appelle l’attention des voyageurs sur cette espèce ligneuse, si, plus
+heureux que moi, ils peuvent la récolter dans des conditions qui
+permettent de la déterminer.
+
+Par sa forme, cet arbuste rappelle celles du _Retama Rætam_ et des
+_Ephedra_.
+
+Le 3 mars, les gousses vides tenaient encore à la plante.
+
+
+ ONONIS ANGUSTISSIMA Lmk.
+
+Récolté le 12 mars 1860, dans les montagnes de Kerîz.
+
+Plante sans importance.
+
+
+ TRIGONELLA ANGUINA Delile.
+
+Nefel (_arabe_) ; Ahazès (_temâhaq_).
+
+Trouvé en sept stations, entre Ghadâmès et Rhât ; récolté le 9 février
+1861, dans l’Ouâdi-Târat.
+
+Bon fourrage. Quelquefois cette Légumineuse forme des prairies dans
+lesquelles les caravanes font des provisions de route.
+
+
+ TRIGONELLA LACINIATA L. _var._ ?
+
+Handegoûg (_arabe_) ; Ahazès (_temâhaq_).
+
+Récolté à Sâghen, en fleurs, mais sans fruits, le 3 janvier 1861 ;
+reconnu en dix stations, entre Ghadâmès et Rhât ; signalé sur quelques
+points, entre Rhât et In-Sâlah.
+
+Cette plante, qui croît volontiers dans les lits des ouâdi après les
+pluies, est très-recherchée par les animaux.
+
+
+ LOTUS CRETICUS L.
+
+Récolté les 17 et 21 mars 1860, aux environs de Gâbès.
+
+Petite plante.
+
+
+ LOTUS CORNICULATUS L.
+
+Nedjem (_arabe_).
+
+Récolté dans la Ghâba de Sedâda, aux environs du Chott-el-Djérîd, le 13
+mars 1860.
+
+Petite plante fourragère.
+
+
+ INDIGOFERA ARGENTEA L.
+
+Nîla (_arabe_) ; Bâbba (_temâhaq_).
+
+Récolté le 4 juin 1861, dans les jardins de Tessâoua. Cultivé dans le
+Fezzân et au Touât.
+
+La culture de l’indigotier n’est pas très-développée dans les oasis, non
+qu’elle n’y réussisse, mais parce que les Oasiens, se procurant
+facilement l’indigo par les caravanes du Soûdân, préfèrent réserver
+leurs terres pour des céréales.
+
+On prépare l’indigo par la macération de la plante et par l’évaporation
+à l’air de sa partie aqueuse qui surnage au-dessus du résidu.
+
+On verra plus loin quel usage particulier en font les Touâreg.
+
+
+ ASTRAGALUS GOMBO Coss. et DR. in _Bull. Soc. bot._
+
+Foggoûs-el-Hamîr (_arabe_).
+
+Récolté dans l’Ouâd-Mezâb où il est assez commun.
+
+Sans usage.
+
+
+ ASTRAGALUS PROLIXUS Sieber.
+
+Adreylal (_temâhaq_).
+
+Récolté à Tîn-Têrdja, le 2 mars 1861, sur la route de Ghadâmès à Rhât,
+reconnu aussi sur deux autres points.
+
+Petite plante fourragère rampante.
+
+
+ ASTRAGALUS HAUARENSIS Boiss.
+
+Tâmerazraz (_temâhaq_).
+
+Récolté à Tîn-Têrdja, le 3 mars 1861. Station unique.
+
+
+ HIPPOCREPIS ELEGANTULA Hochst. in _Schimp. Pl. Arab. exsicc._
+
+Têskart (_temâhaq_).
+
+Récolté à Tîn-Têrdja, le 3 mars 1861. Station unique.
+
+
+ ALHAGI MAURORUM DC.
+
+’Agoûl (_arabe_).
+
+Reconnue en six stations, dans la Cherguîya, entre Mourzouk et Zouîla,
+où cette plante est assez abondante pour qu’elle couvre, sur plusieurs
+lieues d’étendue, tous les espaces que la culture ne lui dispute pas.
+
+Elle ne figure pas dans mon herbier. J’ai cru inutile de recueillir une
+espèce dont les caractères sont tellement reconnaissables, qu’elle porte
+le même nom indigène dans toutes ses stations, de la Perse au Sénégal.
+Je ne crois pas, d’ailleurs, être le premier voyageur qui signale son
+existence dans l’Est du Fezzân, car l’’agoûl y constitue un fait de
+peuplement si exceptionnel, qu’il a dû appeler l’attention de tous ceux
+de mes devanciers qui ont reconnu, exploré ou simplement traversé la
+Cherguîya.
+
+Les indigènes du Fezzân mangent les longues racines de cette plante. A
+cet effet, ils les font sécher ; après quoi, ils les réduisent en farine
+par la mouture.
+
+Tous les ruminants domestiques et même les sauvages, chameaux, chèvres,
+moutons, gazelles, mangent les sommités de l’’agoûl malgré les épines
+qui les défendent. L’âne lui-même ne les dédaigne pas.
+
+Il ne paraît pas que cette plante fournisse aux Fezzaniens la sécrétion
+qu’on a appelée dans l’Orient _la manne des pèlerins_ ; car cette
+production ne m’a pas été signalée au nombre des produits utiles de cet
+arbuste.
+
+Il était en fleur en juillet.
+
+
+ LUPINUS VARIUS L.
+
+Djezey-Fôk, regarde soleil (_temâhaq_).
+
+Récolté le 5 mars 1861 à Tîterhsîn. Reconnu seulement en deux stations
+entre Ghadâmès et Rhât.
+
+
+ ACACIA ALBIDA Delile ?
+
+Ahadès, Ahatès (_temâhaq_) ; Agawô (_en haoussa_).
+
+Récolté le 4 mai 1861 près des ruines du château de Serdélès, sur un
+arbre gigantesque, mais unique dans le pays des Touâreg Azdjer.
+
+Signalé comme étant plus commun, mais toujours à l’état isolé, dans les
+montagnes du Ahaggâr.
+
+La cime de cet acacia atteint 15 mètres au moins de hauteur. Son tronc
+colossal, duquel s’élèvent cinq grands rejetons remarquables par leurs
+énormes dimensions, semble avoir été couché par les vents depuis fort
+longtemps. (Voir la planche ci-contre.)
+
+D’après la tradition, il y a un trésor enfoui là où s’arrête l’ombre de
+l’arbre à l’_’aser_ (3 heures du soir) ; mais on ne l’a pas encore
+trouvé.
+
+
+ ACACIA ARABICA Willd. ; Benth.
+
+Talha (_arabe_) ; Absaq (_temâhaq_) ; Guerodh (_au Fezzân_).
+
+Récolté le 7 mars 1861 dans les jardins du Fezzân, mais il croît aussi
+spontanément en forêts, car j’ai constaté qu’il constitue seize massifs
+entre Ghadâmès et Rhât, et vingt-deux entre Rhât et Mourzouk, et j’ai
+déterminé sur mes cartes itinéraires l’étendue de chacun des trente-huit
+bois qu’il forme.
+
+J’ai acquis aussi la certitude que le talha existe en forêts dans le
+Tasîli des Azdjer, dans les montagnes du Ahaggâr, sur le plateau de
+Tâdemâyt et dans tout le Touât, ce qui est confirmé, pour cette dernière
+station, par M. le commandant Colonieu, qui l’a trouvé dans les oasis du
+Gourâra.
+
+Plus au Nord, M. Pélissier avait antérieurement constaté son existence
+au Boû-Heudma, dans le Sud de la régence de Tunis, où il constitue une
+forêt de plus de 30 kilomètres de longueur.
+
+Ce n’est pas d’aujourd’hui que le _talha_ est signalé dans les mêmes
+contrées. Voici ce qu’en disait Léon l’Africain il y a trois siècles :
+
+« Et-talche est un grand arbre épineux, ayant les feuilles comme le
+genèvre, et jette une gomme semblable au mastic, lequel est pour les
+apothicaires africains sophistiqué avec cette gomme, pour ce qu’elle est
+de semblable couleur et odeur. _Il s’en trouve au désert de la Numidie,
+de la Libye_, et au pays des noirs : mais les arbres qui croissent en la
+Numidie estant ouverts apparaissent de telle blancheur au dedans que les
+autres arbres et ceux de Libye sont violets et très-noirs : mais ceux de
+la terre des noirs sont très-noirs, et du cœur d’iceus (que les Italiens
+appellent _sangu_) l’on fait de très-beaux et gentils instruments de
+musique. Le bois violet est aujourd’huy en usage entre les médecins pour
+guérir le mal de Naples, au moyen de quoy le bois prend son nom de
+l’effet : _bois guérissant de la vérole_. »
+
+Pl. VI. Page 164. Fig. 12 et 13.
+
+[Illustration : Fig. 1. — VUE DES RUINES DU CHÂTEAU D’AGHREM, A
+SERDÉLÈS(PRISE DU CÔTÉ OUEST).
+
+D’après un dessin de M. H. Duveyrier.]
+
+[Illustration : Fig. 2. — AHATÈS (ACACIA ALBIDA).(ARBRE GIGANTESQUE PRÈS
+DU CHÂTEAU RUINÉ DE SERDÉLÈS.)
+
+D’après un dessin de M. H. Duveyrier.]
+
+L’arbre de la Numidie et de la Libye auquel Jean Léon attribue tant de
+propriétés est bien le talha rencontré par moi dans mon voyage, mais il
+ne jouit plus de la même réputation qu’autrefois, car on se borne à
+récolter sa gomme, sans exploiter son bois.
+
+L’_Acacia Arabica_ des forêts du pays des Touâreg atteint les
+proportions des plus grands amandiers dans le Nord de l’Afrique et en
+Provence : 3 mètres environ d’élévation sous branches et 1 mètre de
+circonférence. D’après M. Pélissier, ceux de Boû-Heudma seraient non
+moins remarquables par leur grosseur et leur grandeur.
+
+La gomme que j’ai récoltée à Oubâri est aussi belle que celle de la côte
+de l’Océan. L’échantillon de la forêt du Boû-Heudma, que M. Pélissier
+avait envoyé à Marseille, y a été reconnu, par le commerce de cette
+ville, d’aussi bonne qualité que la gomme du Sénégal.
+
+La gomme, on le sait, est une production maladive de l’arbre, provoquée
+par une haute température et sous l’influence souvent renouvelée des
+vents du Sud. Elle sort spontanément des gerçures que la chaleur
+détermine sur l’écorce de l’arbre ; du moins c’est ce que j’ai constaté
+dans mon voyage.
+
+On a écrit que la gomme était obtenue par incision ; il est possible
+que, pour avoir une plus grande production de gomme, on se livre à cette
+opération, mais elle est inusitée dans les contrées que j’ai parcourues.
+D’ailleurs, chez les Touâreg, qui manquent souvent de vivres, la gomme
+est presque toujours mangée dès qu’elle est produite, et on ne la
+récolte, pour le commerce, que dans les oasis du Fezzân, où l’homme
+trouve facilement une nourriture plus substantielle.
+
+J’ai cherché à préciser d’une manière certaine les stations de l’_Acacia
+Arabica_ dans les parties les plus rapprochées du Sahara algérien, parce
+que cet arbre est un de ceux que nous avons le plus d’intérêt à y
+acclimater.
+
+Avant moi, M. le docteur Cosson, juge beaucoup plus compétent, a déjà
+appelé l’attention du gouvernement sur le choix à faire de cette essence
+pour le reboisement des solitudes sahariennes.
+
+D’après les points où sa présence a été constatée ou signalée, il semble
+que l’altitude et la qualité du sol lui sont à peu près indifférentes.
+La seule condition que réclame cet acacia pour prospérer et produire de
+la gomme est d’avoir beaucoup d’air et de lumière. Dans tous les bois
+que j’ai parcourus, les arbres sont très-espacés, ce qui avait déjà été
+remarqué au Sénégal et au Sud du Maroc.
+
+L’_Acacia Arabica_ ne croît pas toujours en arbre : sur la circonférence
+des forêts et à l’exposition Nord, il ne forme guère que des buissons.
+
+Les Fezzaniens et les Touâreg considèrent l’acacia broussaille comme
+constituant une espèce différente de l’acacia arbre et lui donnent des
+noms différents : ’Ankîch (_arabe_), Tamât (_temâhaq_) ; mais après
+comparaison des échantillons de l’_’ankîch_ récoltés à Ouarâret avec
+ceux du _guerodh_ de provenance fezzanienne, les deux ont été reconnus
+appartenir à la même espèce.
+
+Les gousses de l’’ankîch, plus faciles à récolter, sont employées à la
+préparation des cuirs.
+
+La broussaille, comme l’arbre, donne de la gomme.
+
+Les fleurs de l’_Acacia Arabica_ m’ont paru répandre un parfum suave qui
+aurait quelque succès, s’il pouvait être fixé.
+
+Dans l’inventaire des arbres cultivés au Touât figure un acacia du nom
+d’_aggâra_ dont les gousses sont aussi récoltées pour la tannerie.
+
+Cet arbre croît spontanément dans le Ahaggâr où il est connu sous le nom
+de Tâdjdjart. Il m’est indiqué avec la note suivante : « Arbre épineux,
+à graines amères, dont les gousses sont employées comme tannin.
+Semblable au talha ou _Acacia Arabica_, mais distinct cependant. »
+
+Est-ce, sous un nom différent, une variété de l’_Acacia Arabica_ ? Est-
+ce une autre espèce ? Je l’ignore.
+
+Je consigne ici ce détail pour mémoire et à titre de simple
+renseignement.
+
+
+ CASSIA OBOVATA Coll.
+
+Senâ, Hachîcha, Senâ-el-Mekki (_arabe_) ; Adjerdjer (_temâhaq_).
+
+Récolté à Oubâri le 17 mai 1861 ; trouvé sur deux points de ma route
+entre Ghadâmès et Rhât, sur quatre points différents du Fezzân, sur un
+point entre Methlîli et El-Golêa’a ; signalé comme couvrant de grands
+espaces à Wahellidjen et à Arhafra dans les montagnes du Ahaggâr ; très-
+commun dans le pays d’Aïr.
+
+Le séné pullule partout où les vents portent sa graine. Jadis on le
+récoltait en abondance pour le vendre sur les marchés de Tripoli, mais
+la concurrence a tellement fait baisser les prix qu’ils ne couvrent plus
+les frais de transport.
+
+Les Touâreg distinguent deux variétés de séné : l’_adjerjer-afelâmi_ ou
+séné des autruches, qui est le plus commun, et l’_adjerjer-ouân-Anhef_,
+que produisent les montagnes d’Anhef et qui est le séné noble des
+Arabes.
+
+Celui du Ahaggâr, qui croît en montagne, est réputé plus actif que celui
+des autres contrées.
+
+Les indigènes des pays de production, sur la foi de cette parole du
+Prophète : « Procurez-vous du séné ; vous y trouverez des remèdes contre
+toutes les maladies, excepté la mort, » en font usage dès qu’ils
+éprouvent le moindre mal.
+
+
+ PISUM SATIVUM L. ?
+
+Hammîz, Hommoz, Djeldjelân (_arabe_).
+
+Cultivé dans les oasis. Près de la source de Tinoûhaouen, entre Rhât et
+le village de Fêouet, j’en ai trouvé un grand champ à maturité le 13
+mars 1861. Le propriétaire consentit à m’en vendre. Ce pois me parut
+délicieux.
+
+Les indigènes mangent toujours les pois secs et non verts. Les ménagères
+aiment à décorer les plats de couscoussou de guirlandes de pois.
+
+Indépendamment du _Pisum sativum_, les Oasiens cultivent aussi, pour le
+même usage, le _Cicer arietinum_ L., sous le nom de _djelbâna_.
+
+
+ LATHYRUS OCHRUS DC.
+
+Garfâla (_arabe_).
+
+Ce lathyrus est cultivé au Fezzân comme plante fourragère.
+
+
+ FABA VULGARIS Mœnch.
+
+Foûla (_arabe_).
+
+La fève de marais est également cultivée dans les oasis. On la mange
+crue ou cuite. Au printemps, les citadins s’en nourrissent presque
+exclusivement.
+
+
+ DOLICHOS... ?
+
+Loûbia (_arabe_).
+
+Le haricot dolichos est plus rare dans les oasis ; cependant il doit
+figurer au nombre des plantes potagères qui y sont cultivées.
+
+
+ MEDICAGO ?
+
+Guedhob (_arabe_ et _temâhaq_).
+
+Sous ce nom, on cultive au Fezzân, comme plante fourragère, une luzerne
+qui croît spontanément dans le pays et que j’ai trouvée en six stations
+entre Oubâri et Zouîla.
+
+Ne l’ayant rencontrée ni en fleurs, ni en fruits, elle ne figure pas
+dans mon herbier.
+
+Cette plante serait-elle le _Medicago pentacycla_ DC. que Prax a trouvée
+dans les cultures tunisiennes ?
+
+
+ TRIFOLIUM ?
+
+Foçça (_arabe_).
+
+Cultivé au Fezzân et au Touât comme plante fourragère, principalement
+pour l’usage des chevaux.
+
+D’après M. le commandant Colonieu, au Touât, on faucherait cette
+Légumineuse tous les vingt jours pour en nourrir les moutons.
+
+Au Fezzân, on vend également cette plante sur tous les marchés.
+
+
+ ROSACÉES.
+
+
+ NEURADA PROCUMBENS L.
+
+Saàdân, Kofeïza (_arabe_) syn. Coss. ; Nefel, Anefel (ânefel)
+(_temâhaq_).
+
+Récolté le 2 mars 1861 à Tîn-Têrdja. Reconnu en huit stations de
+Ghadâmès à Rhât. Indiqué comme étant commun dans les montagnes entre
+Rhât et In-Sâlah.
+
+Bonne plante fourragère.
+
+
+ AMYGDALÉES.
+
+
+ AMYGDALUS COMMUNIS L.
+
+Chedjret-el-Loûz (_arabe_) ; Ibaobaoen (_temâhaq_).
+
+L’amandier, dans le Sahara, rencontre les conditions qui lui conviennent
+le mieux, bien qu’il n’existe pas dans les oasis du Nord ; on le trouve
+à Ghadâmès, à Tessâoua et dans les jardins du Fezzân.
+
+Son fruit frais, _frek_, est très-recherché.
+
+Son fruit sec, _loûz_, est quelquefois employé en boisson émulsive. On
+en extrait une huile, _zît-el-loûz_, consacrée aux mêmes usages que chez
+nous.
+
+L’arbre donne une gomme, _’alk-el-loûz_, qui est mangée.
+
+
+ AMYGDALUS PERSICA L.
+
+Chedjret-el-Khoûkh (_arabe_).
+
+Le pêcher réussit mal dans les oasis. Il est rare, ses fruits sont de
+qualité médiocre.
+
+La station la plus méridionale de cet arbre est à Tessâoua.
+
+
+ PRUNUS ARMENIACA L.
+
+Chedjret-el-Berkoûk (_arabe_).
+
+L’abricotier atteint souvent dans les oasis, notamment à Ghadâmès, le
+développement des plus grands arbres, mais ses fruits perdent de leur
+qualité au fur et à mesure qu’on avance dans le Sud.
+
+A Tunis et à Biskra, on prépare des abricots secs qui sont vendus dans
+le commerce sous le nom de _mechmâch_.
+
+
+ PRUNUS DOMESTICA L.
+
+Chedjret-el-’Aïn (_arabe_).
+
+Le prunier à fruits oblongs, cultivé dans les oasis du Nord, se retrouve
+encore dans les oasis du Sud, mais plus rarement.
+
+
+ POMACÉES.
+
+
+ MALUS COMMUNIS L.
+
+Chedjret-et-Teffâh (_arabe_).
+
+Le pommier, quoique rare, est aussi acclimaté dans les oasis, mais ses
+fruits sont sans goût et mauvais.
+
+Les pommes étaient en pleine maturité à mon passage à Tessâoua, le 5
+juin.
+
+Tous ces arbres importés d’autres climats ne sont pas là dans leur
+élément. Sans l’ombre protectrice des dattiers, ils ne pourraient pas
+même vivre.
+
+
+ CYDONIA VULGARIS Pers.
+
+Seferdjel (_arabe_).
+
+Le coignassier est aussi un des arbres fruitiers cultivés dans les oasis
+où il acquiert un développement considérable.
+
+
+ LYTHRARIÉES.
+
+
+ LAWSONIA INERMIS L.
+
+Henna (_arabe_) ; Anella (_temâhaq_).
+
+Cultivé dans toutes les oasis, mais particulièrement au Touât, car on
+donne souvent au district qui la produit le nom de Touât-el-Henna.
+
+Le henné affectionne les terres basses, chaudes, humides des lignes de
+fonds du Sahara, comme celles de Gâbès, du Nefzâoua, du Belâd-el-Djerîd,
+de l’Ouâd-Rîgh, d’Ouarglâ et du Touât, qui constituent une zone de même
+formation et de même climat, également riche en eau et en chaleur,
+conditions que réclame impérieusement la culture de cette plante
+tinctoriale pour atteindre les développements que désire l’industrie.
+
+Si je suis bien renseigné, le henné peut être cultivé comme plante
+herbacée et annuelle, à la façon des plantes fourragères, semé comme
+elles, fauché comme elles, et séché comme elles.
+
+S’il en était ainsi, le Sahara pourrait produire le henné en grande
+quantité et aux conditions de prix fixées par le commerce, qui sont en
+moyenne de 1 fr. par kilo.
+
+Au Nord de la ligne des bas-fonds ci-dessus énumérés, le henné ne vient
+qu’exceptionnellement à maturité. Aussi, pour toutes les cultures du
+Tell algérien, il faut demander des graines au Sahara ; dès lors c’est
+dans le Sahara et non le Tell que le commerce doit aller chercher le
+henné dont il a besoin.
+
+Ce que j’aurai à dire du henné dans le deuxième volume de cet ouvrage,
+au chapitre consacré à la _matière commerciale saharienne_, me dispense
+d’entrer ici dans de plus grands détails sur les divers emplois de cette
+plante.
+
+
+ GRANATÉES.
+
+
+ PUNICA GRANATUM L.
+
+Roummâna (_arabe_) ; Tarroummant (_temâhaq_).
+
+Le grenadier est cultivé avec succès dans toutes les oasis.
+
+Son fruit aigrelet convient particulièrement au climat : aussi est-il
+très-estimé.
+
+Les écorces du tronc et de la racine sont employées comme vermifuges et
+les feuilles comme hémostatiques.
+
+
+ CUCURBITACÉES.
+
+
+ CUCUMIS MELO L.
+
+Bettîkha (_arabe_).
+
+De nombreuses variétés de melons sont cultivées par les Sahariens.
+Celles préférées sont les melons à chair aqueuse, particulièrement les
+melons verts d’Espagne.
+
+
+ CUCUMIS SATIVUS L.
+
+Foggoûs (_arabe_) ; Itekel (_temâhaq_).
+
+Le concombre entre pour une part très-considérable dans l’alimentation
+des Oasiens. On le mange généralement avec des dattes, à l’imitation du
+Prophète, qui disait : « Le froid des concombres compense la chaleur des
+dattes, et la chaleur des dattes compense le froid des concombres. »
+
+
+ CUCUMIS COLOCYNTHIS L.
+
+Handhal (_arabe_) ; Alkat (_temâhaq_) ; Tajellet (_mezabite_).
+
+Récolté le 18 janvier 1859 dans l’Ouâd-Mezâb et le 24 août 1861 dans les
+montagnes de la Sôda.
+
+Croît spontanément partout. Rencontré en cinq stations entre Ghadâmès et
+Rhât ; en deux de Tîterhsîn à la Cherguîya ; indiqué dans les montagnes
+entre Rhât et In-Sâlah. Assez commun dans le pays des Teboû pour que la
+vente de ses graines, _aguellet_, soit l’objet d’un commerce.
+
+Les auteurs grecs et romains ont signalé, comme une très-grande
+aberration du goût, l’usage que les Troglodites (Teboû modernes)
+faisaient de la graine de la coloquinte. Cet usage s’est perpétué
+jusqu’à nos jours. Les graines de coloquinte, débarrassées de leur
+principe amer par l’ébullition et torréfiées, sont encore vendues
+aujourd’hui sous le nom de _taberka_ par les Teboû sur les marchés et
+recherchées comme aliment de luxe.
+
+A l’imitation de mes compagnons de route, j’ai mangé des graines de
+coloquinte et je n’ai pas trouvé qu’elles fussent dignes de la
+réprobation des anciens. J’avoue cependant qu’il faut habiter le pays de
+la famine pour avoir l’idée de chercher un aliment dans la graine d’une
+pareille plante.
+
+La graine de coloquinte, non débarrassée de son principe amer, est
+donnée comme boisson, en mélange avec de l’ail, contre les morsures de
+vipères.
+
+
+ CUCURBITA MAXIMA Duch.
+
+Guera’a (_arabe_) ; Takasâïm (_temâhaq_).
+
+Le potiron, qui atteint dans les oasis des proportions gigantesques, est
+un aliment très-prisé dans le Sahara, comme tous les fruits de la
+famille des Cucurbitacées.
+
+
+ CUCURBITA PEPO Seringe.
+
+Kâboûïa (_arabe_) ; Kabêoua (_temâhaq_).
+
+La citrouille est cultivée concurremment avec le potiron et est
+recherchée comme lui.
+
+
+ CUCUMIS CITRULLUS Seringe.
+
+Della’a (_arabe_) ; Tiledjest (_temâhaq_).
+
+Dans les pays chauds, la pastèque est le sorbet le plus agréable qu’on
+puisse trouver. On en cultive, dans tout le Sahara, de nombreuses
+variétés à chair rouge, à chair blanche et à chair jaune. Toutes sont
+sucrées et très-rafraîchissantes.
+
+
+ LAGENARIA VULGARIS Seringe.
+
+Guera’a (_arabe_).
+
+Cette courge bouteille est principalement cultivée pour son écorce
+solide. On en fait des vases, mais surtout des instruments de musique à
+cordes, compagnons obligés de toutes les femmes et de tous les nègres
+qui se vengent de l’infériorité de leur position sociale, en chantant et
+en dansant, dès que leurs maîtres leur laissent un instant de liberté.
+
+
+ TAMARISCINÉES.
+
+
+ TAMARIX ARTICULATA Vahl.
+
+Ethel (_arabe_) ; Tabarkat (_temâhaq_).
+
+Échantillon récolté à El-Bedîr le 20 juillet 1861.
+
+La carte itinéraire de mon voyage indique 65 bois de tamarix, dont 58
+entre Ghadâmès et Rhât et 7 entre Tîterhsîn et la Cherguîya.
+
+Chez les Touâreg, le tamarix éthel est l’arbre le plus important par son
+nombre, par les proportions qu’il atteint et par les services qu’il
+rend.
+
+Sur la ligne de Rhât à Ghadâmès, la limite Nord de cet arbre est à
+Tahâla par le 29e degré de latitude ; à partir de ce point, on le trouve
+dans tous les bas-fonds des vallées, où il forme quelquefois, soit seul,
+soit mélangé à d’autres tamarix, d’importantes forêts qui rompent la
+monotonie saharienne.
+
+Au Sud de l’Algérie, l’éthel se montre pour la première fois sur l’Ouâd-
+Nesâ inférieur.
+
+Cet arbre, à moins de mutilation dans son jeune âge, pousse en un tronc
+unique, qui s’élève à plusieurs mètres de hauteur et porte généralement
+de 1m 50 à 2m de circonférence.
+
+A Azhel-n-Bangou, un éthel, celui sous lequel le forgeron Bangou avait
+établi son atelier, d’où lui est venu ce nom, mesure à sa base 5m 40 de
+circonférence. C’est un véritable géant pour la région saharienne ; mais
+il n’est pas le seul, car j’en ai remarqué d’autres qui m’ont paru
+presque aussi gros.
+
+Souvent cet arbre pousse en groupes de quatre à cinq pieds, mais
+toujours distincts les uns des autres.
+
+Souvent aussi il se ramifie à partir de terre et projette des branches
+tortueuses dans toutes les directions.
+
+Son feuillage, composé de fils articulés, retombe gracieusement comme
+des plumes. Il est d’un beau vert bleuâtre.
+
+Le bois de l’éthel, de couleur jaune rosé, léger, tendre, cependant
+solide, fournit à l’industrie locale des planches, des poutres, mais
+surtout du bois de tour avec lequel on confectionne des plats, des vases
+et même des selles de dromadaire.
+
+Son fruit, nommé par les Arabes _adabeh_, paraît jouir de propriétés
+astringentes et tannantes très-marquées, car on l’emploie concurremment
+avec la galle de cet arbre et celles des autres tamarix sahariens à la
+préparation des cuirs.
+
+La galle des tamarix, nommée _takaout_, est un des meilleurs tannins
+connus. J’aurai l’occasion de revenir sur ce produit dans le deuxième
+volume de cet ouvrage.
+
+L’éthel n’est pas partout apprécié comme il l’est dans le pays des
+Touâreg, car on lit dans le Coran, chapitre XXIV, verset 15 :
+
+« Dieu, pour se venger des habitants de Saba, rompit les digues qui les
+préservaient de l’inondation, et leurs jardins furent envahis par
+l’éthel. »
+
+Arbre de malédiction à Saba, l’éthel est souvent béni dans le Sahara
+pour l’ombre qu’il donne aux voyageurs après des marches pénibles.
+
+
+ TAMARIX GALLICA L.
+
+Tarfa, Ethel (_arabe_) ; Tabarkat (_temâhaq_).
+
+Échantillons rapportés de la Heycha de Chegga, le 25 novembre 1859 ;
+d’El-Faïdh le 31 mai ; de l’Ouâdi-’l-Ethel, le 17 octobre ; de l’Ouâdi-
+Tirhît, le 18 novembre 1860 ; de Tekertîba, le 28 mai 1861.
+
+Les indigènes confondent souvent cette espèce avec la précédente, parce
+qu’elles peuplent les mêmes forêts, donnent les mêmes produits et
+servent aux mêmes usages. J’ai pu constater cette confusion par le nom
+d’Ouâdi-’l-Ethel, qu’ils donnent à des vallées dont les lits sont
+couverts des deux espèces et quelquefois même du _T. Gallica_ seul, à
+l’exclusion de l’_articulata_.
+
+Le _Tamarix Gallica_, qui est l’espèce dominante dans le Tell, paraît
+s’étendre très-loin au Sud dans le Sahara.
+
+Le bois de cet arbre, presque toujours atteint par la pourriture, dans
+le Nord, ce qui le rend impropre à tout usage, paraît conserver toutes
+les qualités d’un bois d’œuvre dans le Sud.
+
+
+ TAMARIX PAUCIOVULATA J. Gay.
+
+Tarfa, Ethel, Azaoua (_arabe_) ; Tâzaouat, Tabarkat (_temâhaq_).
+
+Récolté le 11 décembre 1860, sur l’Ouâdi-Sodof, et le 1er janvier 1861,
+à Sâghen. Paraît commun dans les vallées du Ahaggâr.
+
+Mélangé dans les vallées avec les précédents, il est souvent confondu
+avec eux.
+
+
+ TAMARIX AFRICANA Poir ?
+
+Tarfa (_arabe_).
+
+Récolté à ’Aïn-ed-Dowîra le 4 février 1860.
+
+
+ TAMARIX AFRICANA _var._ LAXIFLORA J. Gay.
+
+Tarfa (_arabe_).
+
+Récolté aux environs de Nafta le 8 mars 1860.
+
+Ces deux dernières espèces, communes sur le littoral, semblent
+affectionner des stations septentrionales, car je ne les ai pas trouvées
+au delà de la zone de l’’Erg.
+
+
+ PARONYCHIÉES.
+
+
+ SCLEROCEPHALUS ARABICUS Boiss.
+
+Tasakkaroût (_temâhaq_).
+
+Récolté à Tiferghasîn, entre Ghadâmès et Rhât, le 5 mars 1861.
+
+Cette plante, ainsi que l’indiquent son nom botanique et la station dans
+laquelle elle a été trouvée, appartient aux régions chaudes du Sahara.
+
+
+ PORTULACÉES.
+
+
+ PORTULACA OLERACEA L.
+
+Ridjla (_arabe_) ; Benderâkech (_temâhaq_).
+
+Le pourpier est une des cultures des oasis et une de celles qui
+réussissent le mieux.
+
+Indépendamment du ridjla, on trouve encore deux autres variétés de
+pourpier : le _tafrîta_ et le _boguel_, ce dernier connu aussi sous le
+nom de _bortoulâkech_, probablement parce qu’il a été importé du
+Portugal.
+
+
+ FICOIDÉES.
+
+
+ AIZOON CANARIENSE L.
+
+Taouit (_temâhaq_).
+
+Trouvé et récolté dans une station unique, à Tîn-Arrây, le 1er mars
+1861.
+
+Cette plante est mangée par les Touâreg, ce qui implique qu’elle est
+assez commune dans d’autres contrées de leur pays.
+
+
+ NITRARIA TRIDENTATA Desf.
+
+Ghardek (_arabe_) ; Atarzîm (_temâhaq_).
+
+Échantillon du Sahara algérien, récolté entre ’Oglat-Setîl et Merhayyer,
+le 3 juin 1860. Reconnu en six stations entre Tîterhsîn et le Cherguîya,
+principalement entre Mourzouk et Zouïla, où il dispute le sol à
+l’_Alhagi Maurorum_.
+
+« Le fruit de cet arbrisseau, _damouch_, est une baie rougeâtre, dit M.
+le consul Pélissier, d’un goût exquis, mélange de ceux de la fraise, de
+la framboise et de la groseille. L’effet de ce fruit sur l’organisme,
+ajoute-t-il, est une fraîcheur vivifiante, disposant l’esprit à la
+gaieté et laissant dans la mémoire de l’estomac une forte appétence pour
+cet aliment suave et presque aérien. »
+
+M. Pélissier, auquel j’emprunte cette appréciation, estime que c’est là
+le véritable _Lotus_ des anciens, attendu qu’il croît en abondance dans
+l’île de Djerba, l’ancienne _Lotophagitis_.
+
+_Adhuc sub judice lis est._
+
+
+ OMBELLIFÈRES.
+
+
+ APIUM GRAVEOLENS L.
+
+Kerâfes (_arabe_).
+
+Récolté sous les palmiers de Sîdi-Khelîl.
+
+Plante sans importance.
+
+ DEVERRA SCOPARIA Coss. et DR. in _Bull. Soc. bot._
+
+Gouzzah (_arabe_).
+
+Trouvé et récolté le 14 novembre 1860, dans l’Ouâdi-Tirhît, du plateau
+de Tînghert. Reconnu sur la Chebka des Benî-Mezâb. Signalé sur le
+plateau de Tâdemâyt.
+
+Petite plante, très-odorante, très-commune dans les stations qu’elle
+affectionne.
+
+
+ SCANDIX PECTEN-VENERIS L.
+
+Sennârt-el-Behâïm (_arabe_).
+
+Récolté dans les environs du Chott-Melghîgh.
+
+Plante sans importance.
+
+
+ DAUCUS CAROTA L.
+
+Zeroûdïa (_arabe_) ; Ezzeroûdîet (_temâhaq_).
+
+La carotte est cultivée dans les oasis, mais en très-petite quantité.
+
+
+ CUMINUM CYMINUM L.
+
+Kerouïa (_arabe_).
+
+Cultivé dans les jardins des oasis comme épice. On mêle sa graine avec
+le sel et le poivre pour saupoudrer les aliments.
+
+Dans les embarras gastriques, on en avale une pincée matin et soir.
+
+Dans quelques villes du littoral méditerranéen, on distille la graine et
+on en obtient une liqueur, _mâ-kerouïa_, qui est considérée comme un
+spécifique des douleurs intestinales.
+
+
+ CORIANDRUM SATIVUM L.
+
+Gouzbîr (_arabe_).
+
+Cette Ombellifère aromatique est cultivée dans les jardins pour sa
+graine connue sous le nom de _tabel_.
+
+Le tabel est employé avec le sel et le poivre pour conserver les viandes
+sèches à l’usage des caravanes. On s’en sert aussi dans les ragoûts.
+
+La médecine indigène préconise un sirop de graine de coriandre dans les
+affections chroniques de poitrine.
+
+
+ COMPOSÉES (CORYMBIFÈRES).
+
+
+ FRANCŒURIA CRISPA Cass.
+
+Récolté le 20 septembre 1860 à la Gueráa de Ben-’Aggiou.
+
+
+ PULICARIA UNDULATA DC.
+
+Ameo (_temâhaq_).
+
+Trouvé et récolté en une station unique sur l’Ouâdi-Alloûn le 29 février
+1861.
+
+
+ ASTERICUS GRAVEOLENS DC.
+
+Nogued (_arabe_) ; Akatkat (_temâhaq_).
+
+Récolté sur le sommet de la Gâra de Tisfîn le 16 septembre 1860 et à
+Aghelâd le 8 février 1861.
+
+Reconnu dans les environs de Ghadâmès, en sept stations entre Ghadâmès
+et Rhât. Signalé dans les montagnes entre Rhât et In-Sâlah, ainsi que
+sur le plateau de Tâdemâyt.
+
+Plante sans importance, au point de vue de l’utilité.
+
+ ANVILLEA RADIATA Coss. et DR. in _Bull. Soc. bot._
+
+Chedjret-edh-dhobb, ’Arfej (_arabe_) ; Tehetit (_temâhaq_).
+
+Reconnu dans l’’Erg, à Tîterhsîn, et à Serdelès.
+
+Récolté le 20 septembre entre Gueráa-ben-’Aggiou et l’Ouâdi-Gober-Sâlah.
+
+Signalé comme étant commun entre Rhât et In-Sâlah.
+
+Cette plante frutescente, qui croît en vastes touffes blanchâtres,
+couvertes de fleurs jaunes au printemps, embrasse souvent de grands
+espaces auxquels elle donne un aspect tout particulier.
+
+
+ CYRTOLEPIS ALEXANDRINA DC.
+
+Récolté dans des lieux incultes à Gâbès, les 17 et 21 mars 1860.
+
+Sans utilité.
+
+
+ ARTEMISIA HERBA-ALBA Asso.
+
+Chîh (_arabe_) ; Azezzeré (_temâhaq_).
+
+Reconnu de Methlîli à El-Golêa’a.
+
+Signalé commun entre Rhât et In-Sâlah.
+
+Les sommités fleuries de cette plante sont récoltées, séchées, réduites
+en poudre et prises comme digestives.
+
+Quand les Touâreg sont venus en France, ils avaient leur provision de
+cette poudre et en faisaient souvent usage.
+
+Une décoction de feuilles et de fleurs est donnée aux enfants atteints
+de vers intestinaux.
+
+
+ ARTEMISIA CAMPESTRIS L.
+
+Chîh (_arabe_) ; Tiheredjdjelé (_temâhaq_).
+
+Commun dans le Ahaggâr.
+
+Cette espèce, plus grande que la précédente, sert aux mêmes usages.
+
+
+ TANACETUM CINEREUM DC.
+
+Robîta (_arabe_) ; Tâkkilt (_temâhaq_).
+
+Récolté le 9 février 1861 sur l’Ouâdi-Tarât. Reconnu en six stations
+entre Ghadâmès et Rhât.
+
+ CHLAMYDOPHORA PUBESCENS Coss. et DR. _Cotula pubescens_ Desf.
+
+Gartoûfa (_arabe_), syn. Coss.
+
+Récolté le 7 mars 1860 entre Guettâra-Ahmed-ben-’Amâra et Gâret-Djâb-
+Allah et le 8 février 1861 à Aghelâd.
+
+Affectionne les terres alluvionnaires salines de heycha. Plante sans
+importance.
+
+
+ SENECIO CORONOPIFOLIUS Desf.
+
+Beddâna (_arabe_) ; Temasâsoui (_temâhaq_).
+
+Récolté entre Guettâra-Ahmed-ben-’Amâra et Gâret-Djâb-Allah le 7 mars
+1860 et à Sâghen le 1er janvier 1861.
+
+Croît dans les terrains de heycha.
+
+
+ COMPOSÉES (CHICORACÉES).
+
+
+ SPITZELIA SAHARÆ Coss. et Kral.
+
+Tasoûyé (_temâhaq_).
+
+Récolté sur l’Ouâdi-Alloûn le 29 février 1861.
+
+
+ LOMATOLEPIS GLOMERATA Cass.
+
+Harchâïa (_arabe_), syn. Coss. ; Rhardélé (_temâhaq_).
+
+Récolté le 29 février 1861 sur l’Ouâdi-Alloûn.
+
+
+ SONCHUS MARITIMUS L.
+
+Sîf-el-Ghorâb (_arabe_).
+
+Récolté aux environs de Nafta le 8 mars 1860.
+
+Sans importance.
+
+
+ TOURNEUXIA VARIIFOLIA Coss. in _Bull. Soc. bot._
+
+Récolté entre Hâssi-Dhomrân et Cháabet-Timedaqsin le 9 septembre 1859.
+
+
+ ZOLLIKOFERIA QUERCIFOLIA Coss. et Kral. _Sonchus quercifolius_ Desf.
+
+Récolté le 12 mars 1860 dans les montagnes de Kerîz.
+
+Petite plante sans importance.
+
+
+ ZOLLIKOFERIA ANGUSTIFOLIA Coss. et DR. _Sonchus angustifolius_ Desf.
+
+Récolté sur la Hamâda de Tînghert près de la Gâra de Tîsfîn (environs de
+Ghadâmès), le 16 septembre 1860.
+
+
+ ZOLLIKOFERIA RESEDIFOLIA Coss. _Sonchus chondrilloides_ Desf.
+
+’Adhîdh (_arabe_).
+
+Récolté sur l’Ouâd-Mezâb le 18 juillet 1859 et sur le rivage de la mer à
+Gâbès les 17 et 21 mars 1860. Commun dans la partie septentrionale du
+Sahara algérien et tunisien.
+
+Recherché par les chameaux.
+
+
+ PRIMULACÉES.
+
+
+ ANAGALLIS ARVENSIS L.
+
+Récolté, le 13 mars 1860, dans les terrains humides aux environs du
+Chott-Melghîgh.
+
+Aime les terrains humides.
+
+
+ SAMOLUS VALERANDI L.
+
+Récolté à Tânout-Tîrekîn, près de Djâdo, le 7 novembre 1860.
+
+
+ OLÉACÉES.
+
+
+ OLEA EUROPÆA L.
+
+Zitoûna (_arabe_) ; Tahatimt (_temâhaq_).
+
+L’olivier croît spontanément dans toutes les parties de la péninsule
+atlantique réputées appartenir au Tell (_Tellus_ des Romains), mais,
+dans le Sahara, il est toujours une conquête de la culture.
+
+A Tessâoua, capitale de l’Ouâdi-’Otba, ancien centre de civilisation
+nègre et l’une des premières villes conquises par les Arabes, on en
+trouve d’énormes, à gros fruits, aussi remarquables par leur
+développement que les plus beaux sujets de la même espèce sur le
+littoral méditerranéen.
+
+Tant à Tessâoua que dans le reste du Fezzân, on en compte une vingtaine
+de pieds, tous cultivés pour olives de table. Que je sache, ces oliviers
+doivent être les plus méridionaux de ceux connus sur le continent
+africain.
+
+On constate facilement, dans cette localité, qu’on est sur le terrain
+d’une zone de transition, car, à côté de cultures soudaniennes, coton et
+indigo, croissent l’olivier, le pêcher, le pommier et le citronnier, qui
+appartiennent aux zones plus tempérées du Nord.
+
+
+ ASCLÉPIADÉES.
+
+
+ PERIPLOCA ANGUSTIFOLIA Labill.
+
+Hallâb (_arabe_).
+
+Récolté dans les ouâdi de la Djefâra, près de Tripoli, les 18 octobre et
+12 novembre 1860.
+
+En 1859, j’avais rencontré cette plante sur l’Ouâd-Mâssek, entre
+Methlîli et El-Golêa’a.
+
+Cette broussaille est mangée par les chameaux.
+
+
+ CALOTROPIS PROCERA R. Br.
+
+Korounka (_arabe_) ; Tôreha (_temâhaq_).
+
+Récolté à Methlîli en juillet et août 1859. Déjà trouvé, en 1858, sur le
+même point, par M. le docteur Cosson. Reconnu en quatre stations entre
+Ghadâmès et Rhât. Signalé au Touât.
+
+La limite Nord de cette plante tropicale est à Methlîli, au Sud de
+l’Algérie, et dans la Djefâra, plaine au Sud de Tripoli.
+
+La forme et la couleur de cet arbuste rappellent celles du chou
+domestique. Sa fleur est blanche à la base et violette au sommet. Sa
+tige atteint 2m de hauteur.
+
+Les graines que j’avais envoyées, en 1859, au Jardin d’acclimatation
+d’Alger, n’ont pas levé, probablement parce qu’elles n’étaient pas en
+parfaite mâturité. Depuis, je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer cette
+espèce en graine.
+
+Les Touâreg utilisent la tige de cette plante dans la confection des
+selles et des cages de voyage pour les femmes. Au Touât, on l’emploie
+exclusivement, convertie en charbon, pour la préparation de la poudre.
+
+Pl. VII. Page 180. Fig. 14 et 15.
+
+[Illustration : Fig. 1. — VUE DE TESSÂOUA, PRISE DU CÔTÉ NORD.
+
+D’après un dessin de M. H. Duveyrier.]
+
+[Illustration : Fig. 2. — INSCRIPTION COUFIQUE SUR UNE TOMBE DE L’ANCIEN
+CIMETIÈRE DE TESSÂOUA.
+
+D’après un estampage de M. H. Duveyrier.]
+
+Les Arabes de la Tripolitaine, dit-on, s’en servent comme purgatif.
+
+
+ DÆMIA CORDATA R. Br.
+
+Oumm-el-leben (_arabe_) ; Tellâkh (_temâhaq_).
+
+Récolté le 24 août 1861 sur l’Ouâdi-Tîn-Guezzîn dans la Sôda. Reconnu en
+deux points de ma route entre Ghadâmès et Rhât.
+
+
+ GENTIANÉES.
+
+
+ ERYTHRÆA PULCHELLA Fries _var._ ?
+
+Tifechkan (_temâhaq_).
+
+Récolté près de la source de Serdélès, le 3 mai 1861.
+
+
+ CONVOLVULACÉES.
+
+
+ CRESSA CRETICA L.
+
+’Achbet-el-mâ (_arabe_).
+
+Récolté sur l’Ouâdi-Aouâl le 17 septembre 1860.
+
+
+ BORRAGINÉES.
+
+
+ HELIOTROPIUM EUROPÆUM L.
+
+Dhaharet-ech-chems (_arabe_).
+
+Récolté dans l’Ouâd-Mezâb, pendant l’été 1859.
+
+
+ ECHIOCHILON FRUTICOSUM Desf.
+
+Ras-hamrâ (_arabe_).
+
+Récolté le 7 mars 1860, entre El-Ouâd et Nafta.
+
+Commun dans les terres de heycha.
+
+Sans importance.
+
+
+ LITHOSPERMUM CALLOSUM Vahl.
+
+Ralma (_arabe_).
+
+Récolté dans la plaine d’El-Bâla entre Methlîli et El-Golêa’a le 8
+septembre 1859.
+
+Plante des sables, sans importance.
+
+
+ TRICHODESMA AFRICANUM R. Br.
+
+Tâlkaït (_temâhaq_).
+
+Récolté le 1er mars 1861 à Tîn-Arrây.
+
+
+ SOLANÉES.
+
+
+ PHYSALIS SOMNIFERA L.
+
+Farhaorhao (_temâhaq_).
+
+Récolté le 17 mai et le 24 juin à Oubâri et à Mourzouk. Commun dans
+toutes les oasis du Fezzân.
+
+Grande plante ; narcotique comme les autres Solanées vireuses.
+
+
+ LYCIUM MEDITERRANEUM Dunal.
+
+Aoused (_arabe_).
+
+Récolté dans les rochers de Djâdo, le 28 octobre 1860, et à Qaçar-el-
+Hâdj, le 18 octobre 1861.
+
+Les Arabes font avec une décoction concentrée de _Lycium_ et le blanc
+d’Espagne (_Biodh-el-Ouedj_) une pâte dont on couvre les yeux, dans la
+petite-vérole, pour éviter qu’ils soient atteints.
+
+La même pâte est employée dans les ophtalmies graves.
+
+
+ HYOSCYAMUS FALEZLEZ Coss. sp. nova.
+
+Goungot (_arabe tripolitain_) ; Falezlez (_arabe saharien_) ; Afahlêhlé
+(_temâhaq_).
+
+Récolté sur l’Ouâdi-Aouâl, le 17 septembre, et sur la Gueráa-
+ben-’Aggiou, le 20 septembre 1860 ; commun entre Ghadâmès et Rhât, dans
+tout le pays des Touâreg ainsi qu’au Fezzân.
+
+Plusieurs localités, sur le versant nigritien du plateau central du
+Sahara, portent le nom de cette plante, _Falezlez_ ou _In-Afahlêhlé_,
+notamment sur les routes de Rhât à Agadez et d’In-Sâlah à Timbouktou.
+
+Le désert de Tânezroûft en est aussi empoisonné, mais elle ne croît plus
+au Sud. Cette plante nouvelle paraît exclusivement saharienne.
+
+Le falezlez est un poison très-actif pour tous les animaux autres que
+les ruminants. Il engraisse les chameaux, les chèvres et les moutons, et
+donne la mort, en quelques heures, à l’homme, au cheval, à l’âne et au
+chien.
+
+J’ai apprécié les qualités vénéneuses de cette plante dans des
+circonstances qui doivent être relatées.
+
+Un jour, mon cheval qui, pour la première fois dans le Sahara,
+rencontrait des feuilles vertes et tendres, se jeta avec avidité sur cet
+_Hyoscyamus_. Les Touâreg témoins de son inexpérience m’annoncèrent la
+mort très-prochaine de la pauvre bête.
+
+Comme on exagérait toujours à mes yeux les dangers du voyage d’un
+chrétien dans le Sahara, je ne voulus pas m’en rapporter au pronostic de
+mes compagnons indigènes, et, malgré leurs prières de m’abstenir, je
+goûtai une feuille de cette maudite herbe et je reconnus bientôt que les
+Touâreg avaient raison.
+
+Mon cheval mourut en peu de temps et je fus assez gravement indisposé.
+
+Peu après l’expérience, je fus pris d’un engourdissement et d’un froid
+général, avec la vue voilée, tendance et disposition au sommeil. Je me
+remis d’abord en prenant quelques gouttes de rhum, mais, pendant
+plusieurs jours, je ressentis les effets de mon imprudence.
+
+Mon cheval, qui avait été moins réservé que moi, commença à se coucher
+sur le flanc et à donner, de temps à autre, des ruades et des coups de
+tête convulsifs. L’œil devint terne tout de suite.
+
+En vain je lui administrai de l’ammoniaque et de l’alcool étendu d’eau,
+puis, sur le conseil des Touâreg, une boisson faite avec du poivre rouge
+et des dattes : rien n’y fit. En quelques heures, l’animal était
+ballonné, il n’ouvrait plus les yeux et respirait difficilement. Dans la
+nuit il mourut gonflé comme une outre.
+
+Qui le croirait ? malgré les dangers de l’usage de cette plante, les
+indigènes l’emploient comme aliment et comme médicament ! Ses feuilles
+récoltées sont transportées, vendues et recherchées sur le marché de
+Timbouktou.
+
+Je ferai connaître le mode d’emploi du falezlez en passant en revue les
+pratiques médicales des Touâreg.
+
+D’après les indigènes, les propriétés toxiques de cette Solanée, comme
+celles de beaucoup de plantes, seraient en raison directe de l’altitude
+des lieux où elle croît. Presque inoffensive aux environs de Tripoli,
+déjà dangereuse sur les plateaux du Fezzân, elle devient poison actif
+dans les montagnes des Touâreg. J’ignore si mes informateurs ne
+confondent pas des espèces voisines, mais jouissant de propriétés
+différentes.
+
+Quoi qu’il en soit, dans les cas où cette plante vireuse agit avec le
+moins de gravité, elle détermine des accidents cérébraux qui sont
+qualifiés de folie par les gens du pays.
+
+L’_Hyoscyamus Falezlez_ s’élève à 1/2 mètre de hauteur et met deux
+années pour atteindre tout son développement. Il vit pendant 5 ou 6 ans,
+montrant ses grandes feuilles vertes au-dessus des herbes sèches de la
+végétation annuelle.
+
+En attendant la description de cette plante par M. le docteur Cosson,
+voici comment elle est définie dans mon journal de voyage :
+
+Racine simple, s’enfonçant verticalement à une certaine profondeur.
+
+Feuilles larges, charnues, succulentes, d’un vert peu foncé, avec larges
+nervures presque blanches ;
+
+Calice grand, vert, charnu, à cinq sépales ou échancrures au sommet ;
+
+Fleur violette ;
+
+
+ SOLANUM MELONGENA L.
+
+Badindjâl (_arabe_).
+
+L’aubergine est encore un des fruits cultivés et estimés dans les oasis.
+
+
+ LYCOPERSICUM ESCULENTUM Dunal.
+
+Tomâtich (_arabe_).
+
+La tomate, plus encore que l’aubergine, est commune dans les jardins des
+oasis.
+
+
+ CAPSICUM ANNUUM L.
+
+Felfel-el-ahmar (_arabe_) ; Chitta (_temâhaq_).
+
+Le piment est le condiment de la plupart des mets africains. On en
+cultive plusieurs variétés et en grande quantité, non-seulement pour
+l’approvisionnement des citadins, mais encore pour celui des nomades.
+
+
+ NICOTIANA RUSTICA L.
+
+Doukhkhân (_arabe_) ; Tâba, Tâberha (_temâhaq_).
+
+La seule variété cultivée dans les oasis est le tabac rustique, qui est
+très-fort et dont l’odeur est très-piquante.
+
+C’est au Soûf et au Touât que les cultures sont les plus étendues.
+
+L’usage du tabac est plus général parmi les indigènes du Sahara que dans
+le Tell, et on le prend sous toutes les formes, _per fas et nefas_.
+
+Chez les Touâreg, hommes et femmes fument, et, quoique la fumée du tabac
+rustique soit très-âcre, hommes et femmes la rendent par le nez.
+
+Le tabac en poudre est pilé très-fin et mêlé à un huitième de natron
+pour lui donner plus de montant. En cet état on le prend par le nez et
+par la bouche.
+
+Les femmes arabes, mariées à onze ans, mères à douze, vieilles à vingt,
+employent le tabac comme aphrodisiaque en s’en saupoudrant certain
+organe.
+
+Pour l’honneur de l’humanité, je m’empresse de dire que cet usage
+exceptionnel et impudique, inconnu des Touâreg, est circonscrit dans le
+Sud-Est du Sahara algérien, de Laghouât au Soûf, particulièrement chez
+les arabes Nemêmcha. Là, ce mode d’emploi semble si naturel que la femme
+n’attend pas, dit-on, d’être hors de la vue de l’homme pour utiliser la
+prise qui lui a été offerte.
+
+En raison de ces nombreux usages, le tabac est l’objet d’un grand
+commerce dans le Sud.
+
+
+ SCROFULARINÉES.
+
+
+ LINARIA FRUTICOSA Desf.
+
+Tâzeret (_temâhaq_).
+
+Récolté le 1er mars 1861, à Tîn-Arrây.
+
+Plante presque ligneuse.
+
+
+ LINARIA LAXIFLORA Desf.
+
+Récolté le 1er mars 1860 à Mouï-el-Ferdjân, entre l’Ouâd-Rîgh et le
+Soûf.
+
+Commun dans les terres de heycha.
+
+Petite plante sans importance.
+
+
+ OROBANCHACÉES.
+
+
+ PHELIPÆA VIOLACEA Desf.
+
+Dhânoûn (_arabe_) ; Ahêliwen, Timzhellitîn, Fetekchên (_temâhaq_).
+
+Récolté sur le littoral de Gâbès, les 17 et 21 mars 1860. Signalé en
+plusieurs stations, dans les montagnes, entre Rhât et In-Sâlah.
+
+Cette plante remarquable, à tige unique, sans branches ni feuilles,
+haute de 60 centimètres, n’apparaissant que dans les sables, est mangée
+dans les temps de disette. A cet effet, disent les indigènes, on la fait
+bouillir, puis sécher au soleil, afin de pouvoir la réduire en farine.
+La fécule ainsi obtenue est mélangée à d’autres substances alimentaires.
+
+
+ LABIÉES.
+
+
+ LAVANDULA MULTIFIDA L.
+
+Kammoûn-el-djemel, Kerouïet-el-djemel (_arabe_) ; Djey (_temâhaq_).
+
+Récolté sur l’Ouâdi-Arhlân, près de Djâdo, le 28 octobre 1860 ; dans le
+pays des Harâba, le 12 novembre 1860 ; à Tîn-Arrây, le 1er mars 1861.
+Signalé comme étant commun dans les montagnes du Ahaggâr.
+
+Cette plante est recherchée par les chameaux à raison de ses propriétés
+aromatiques.
+
+
+ THYMUS HIRTUS Willd.
+
+Za’ater (_arabe_).
+
+Récolté entre Hâmma et Gâbès, le 18 mars 1860.
+
+Tous les thyms auxquels les indigènes donnent le nom de _za’ater_ sont
+récoltés et employés pour aromatiser les aliments. Les habitants des
+pays où ils croissent les échangent dans les oasis contre des dattes.
+
+Dans la médecine arabe, les thyms sont employés comme stomachiques.
+
+
+ THYMUS CAPITATUS Link et Hoffm.
+
+Za’ater (_arabe_).
+
+Récolté sur l’Ouâdi-Tirhît, le 18 novembre 1860.
+
+En général, dans le Sahara, les thyms marquent les lignes des bas-fonds
+par lesquelles s’écoulent les eaux pluviales.
+
+
+ SALVIA ÆGYPTIACA L.
+
+Récolté sur les berges de l’Ouâd-Mezâb, le 18 juillet 1859.
+
+Les feuilles et les sommités fleuries de toutes les sauges sont
+employées par les indigènes en infusion théiforme, comme excitant
+digestif.
+
+Beaucoup d’entre eux mettent volontiers des feuilles de sauge dans leurs
+fosses nasales pour y maintenir la fraîcheur.
+
+
+ ROSMARINUS OFFICINALIS L.
+
+Kelîl (_arabe_) ; Ouzbîr (_berbère_).
+
+Récolté dans le pays des Harâba, le 12, et sur l’Ouâdi-Tirhît, le 18
+novembre 1860.
+
+Les feuilles de romarin, récoltées dans le Sahara, sont transportées par
+les caravanes dans l’Afrique centrale comme article d’échange.
+
+On s’en sert pour aromatiser les aliments.
+
+La médecine arabe leur attribue des propriétés vulnéraires : aussi
+toutes les plaies récentes sont-elles couvertes de poudre de romarin.
+
+
+ GLOBULARIÉES.
+
+
+ GLOBULARIA ALYPUM L.
+
+Tâselrha (_arabe_ et _temâhaq_).
+
+Reconnu entre Ghadâmès et Rhât.
+
+Dans toutes les contrées où pousse cette plante, ses branches et ses
+feuilles sont employées en tisane concentrée, et avec succès, contre les
+fièvres intermittentes et les éruptions furonculeuses.
+
+
+ PLOMBAGINÉES.
+
+
+ STATICE BONDUELLII Lestib.
+
+Châchîet-edh-dhobb (_arabe_).
+
+Récolté sur l’Ouâd-Mezâb, dans l’été 1859.
+
+
+ STATICE GLOBULARIÆFOLIA Desf.
+
+Messâs (_arabe_).
+
+Récolté dans l’Ouâdi-Tagotta, le 18 novembre 1860.
+
+
+ STATICE PRUINOSA L.
+
+Guedhâm-el-ghozâl (_arabe_).
+
+Récolté dans la heycha de Chegga, le 25 novembre 1859.
+
+En général, toutes les _Statice_ sont recherchées par les animaux comme
+plantes salées.
+
+
+ LIMONIASTRUM GUYONIANUM DR.
+
+Zeïta (_arabe_) ; Tafonfela (_temâhaq_).
+
+Récolté dans la heycha de Chegga, le 25 novembre 1859 ; à El-Faïdh, le
+31 mai 1860 ; signalé comme étant commun dans les oasis du Touât et dans
+les montagnes du Ahaggâr.
+
+Cet arbuste atteint quelquefois les proportions d’un petit arbre et
+couvre d’assez grands espaces pour former des bosquets.
+
+
+ BUBANIA FEEI de Girard.
+
+Melhafet-el-khâdem, Râs-el-khâdem (_arabe_).
+
+Reconnu en 1859, entre Methlîli et El-Golêa’a.
+
+L’herbier de cette course, ainsi que d’autres parties de mon bagage, a
+été confisqué par les habitants de la ville alors inhospitalière d’El-
+Golêa’a.
+
+
+ PLANTAGINÉES.
+
+
+ PLANTAGO OVATA Forsk.
+
+Halma (_arabe_).
+
+Reconnu en quatre stations de ma route, entre El-Ouâd et Ghadâmès, du 26
+juillet au 12 août 1860.
+
+
+ PLANTAGO ALBICANS L.
+
+Inem (_arabe_).
+
+Récolté le 7 mars 1860, aux environs de Nakhlet-el-Mengoûb.
+
+Affectionne les terrains de heycha.
+
+
+ PLANTAGO PSYLLIUM L.
+
+Récolté le 13 mars 1860, aux environs du Chott-Melghîgh.
+
+La poudre de tous les plantains est employée comme astringent pour
+cicatriser les ulcères.
+
+
+ SALSOLACÉES.
+
+
+ BETA VULGARIS L. _var._ CICLA.
+
+Selk (_arabe_).
+
+Cultivé comme plante alimentaire dans les oasis.
+
+
+ ATRIPLEX MOLLIS Desf.
+
+Jell, Djell (_arabe_).
+
+Récolté dans la heycha de Chegga, le 25 novembre 1859 ; reconnu en six
+stations, de Tîterhsîn à la Cherguîya.
+
+Les Arabes attribuent au suc de cette plante la propriété d’amener la
+stérilité : aussi les femmes trop fécondes en font-elles souvent usage.
+
+
+ ATRIPLEX HALIMUS L.
+
+Guetof (_arabe_) ; Aramâs (_temâhaq_).
+
+Récolté en mai et en octobre 1860, à El-Faîdh et à Djâdo. Reconnu en
+quatre stations, entre Ghadâmès et Rhât. Signalé dans les montagnes,
+entre Rhât et In-Sâlah, ainsi que sur le plateau de Tâdemâyt.
+
+Cette plante est recherchée par tous les animaux à cause de la saveur
+saline de ses jeunes pousses. L’homme lui-même ne la dédaigne pas comme
+aliment. De plus, les Touâreg récoltent ses graines qu’ils mangent en
+bouillie.
+
+Le bois de sa racine sert de brosse à dent ; on lui attribue des vertus
+antiscorbutiques.
+
+On extrait de sa tige une soude que les indigènes appellent _melh-el-
+guetof_. Cette soude, quelquefois employée en médecine, sert
+principalement à la saponification de l’huile.
+
+Cette plante frutescente, qui forme d’énormes buissons, déjà commune sur
+les côtes de Provence, s’étend sur le continent africain du littoral aux
+confins les plus reculés de mon exploration. Partout où le sol est un
+peu salin, on est à peu près certain de la retrouver.
+
+
+ CHENOPODIUM MURALE L.
+
+Lessîg (_arabe_) ; Tîbbi (_mezabite_).
+
+Récolté à Ghardâya, en 1859, sur la lisière des jardins et sur les murs
+d’enceinte.
+
+
+ CHENOPODINA VERA Moq.-Tand. ?
+
+Souïd (_arabe_) ; Tirbâr (_temâhaq_).
+
+Récolté sur l’Ouâdi-Tagotta, le 18 septembre 1860.
+
+
+ SUÆDA VERMICULATA Forsk.
+
+Souïd (_arabe_) ; Tirbâr (_temâhaq_).
+
+Récolté dans les dunes d’El-’Arefdji, près de Negoûsa, le 20 février
+1860. Reconnu aux environs de Ghadâmès.
+
+
+ TRAGANUM NUDATUM Delile.
+
+Dhomrân, Souïd-Ahmar (_arabe_) ; Tirehît (_temâhaq_) ; Tâsra
+(_mezabite_).
+
+Échantillons de l’Ouâdi-Saádâna (19 août 1859), entre Methlîli et El-
+Golêa’a ; reconnu depuis en deux stations, autour de Ghadâmès ; en cinq,
+entre Ghadâmès et Rhât ; en trois, entre Tîterhsîn et la Cherguîya.
+Signalé dans le Ahaggâr, plaine et montagne, ainsi qu’au Touât.
+
+Cette plante frutescente est recherchée avec avidité par les chameaux.
+
+
+ CAROXYLON ARTICULATUM Moq.-Tand.
+
+Remeth (_arabe_) ; Ouân-Ihedân (_temâhaq_).
+
+Récolté, en 1859 et 1860, dans le Sahara algérien et tripolitain, où il
+est très-commun. Reconnu en six stations, plus au Sud, entre Ghadâmès et
+Rhât.
+
+
+ SALSOLA VERMICULATA L. _var._ MICROPHYLLA. _S. brevifolia_ Desf.
+
+Guedhâm (_arabe_) ; Adjerwâhi (_temâhaq_).
+
+Récolté dans les sables de Mouî-er-Robáâya, le 29 juillet 1860. Signalé
+comme étant commun dans les montagnes des Touâreg et dans l’oasis du
+Touât.
+
+
+ SALSOLA LONGIFOLIA Forsk.
+
+Semommed (_arabe_).
+
+Récolté, le 12 novembre 1860, sur l’Ouâdi-Tînzeght.
+
+Par l’incinération, cette plante, comme la précédente, donne une soude
+employée dans la fabrication du savon.
+
+
+ ANABASIS ARTICULATA Moq.-Tand. _var._ GRACILIS.
+
+Bâguel, Belbâl, Belbâla (_arabe_) ; Abelbâl, Tâza (_temâhaq_).
+
+Récolté, le 20 novembre 1860, à Dhâhar-el-Djebel, et le 23 novembre
+1859, à El-Mogherreb, au N.-O. d’El-’Alîya. Reconnu en cinq stations,
+dans la région de l’’Erg, entre El-Ouâd et Ghadâmès. Commun aux environs
+de Ghadâmès.
+
+Cette plante ligneuse, quoique peu riche en matière alimentaire, est
+mangée par les chameaux.
+
+Les Sahariens prétendent qu’on peut creuser des puits avec sécurité
+partout où croît le _belbâl_, parce qu’on est certain de trouver l’eau à
+peu de profondeur.
+
+Ainsi, entre El-Ouâd et Ghadâmès, au milieu des dunes de l’’Erg, mes
+guides et le Cheïkh-’Othmân ont été unanimes à me signaler Haoudh-el-
+Belbâlât comme un point d’élection pour doter cette route de l’eau qui
+lui manque.
+
+La disposition de la localité m’a paru correspondre aux indications des
+khebîr.
+
+
+ CORNULACA MONACANTHA Delile.
+
+El-Hâdh (_arabe_) ; Tâhara (_temâhaq_).
+
+Récolté à Chaábet-Lekkâz, le 21 novembre 1859. Reconnu en cinq stations,
+entre El-Ouâd et Ghadâmès ; en trois stations, de Ghadâmès à Rhât ; en
+deux, de Tîterhsîn à la Cherguîya. Indiqué comme étant commun dans les
+plaines au pied du Ahaggâr.
+
+Cette plante sous-frutescente couvre de très-grands espaces sur les
+versants Sud des montagnes des Touâreg. Elle constitue un des fourrages
+recherchés des chameaux, malgré ses épines.
+
+
+ AMARANTACÉES.
+
+
+ AERVA JAVANICA L.
+
+Tamakerkaït, Timekerkest (_temâhaq_).
+
+Récolté à Aghelâd, le 8 février 1861. Signalé dans les montagnes entre
+Rhât et In-Sâlah.
+
+
+ SALVADORACÉES.
+
+
+ SALVADORA PERSICA L.
+
+Siouâk (_arabe vulgaire_) ; Irâk (_arabe littéral_) ; Têhaq (_temâhaq du
+Nord_) ; Abezgui (_dialecte d’Aïr_) ; Teguî, Tijat (_dialecte de
+Timbouktou_).
+
+Récolté en fleurs et en fruits à Afara-n-Wechcherân, le 1er janvier
+1861. Commun partout au delà de la région de l’’Erg.
+
+Cet arbre de la région tropicale, très-répandu dans le bassin du Niger,
+vient cependant en troisième ligne comme importance de la végétation
+ligneuse de la partie du territoire des Touâreg que j’ai visitée.
+Toutefois on ne l’y trouve que dans les vallées abritées et de
+préférence dans celles où les alluvions sablonneuses abondent.
+
+C’est un bel arbre, de deuxième grandeur, dont le feuillage d’un beau
+vert tendre repose agréablement la vue fatiguée de la couleur sombre du
+pays.
+
+Son fruit, d’un goût délectable, est employé comme aliment et comme
+médicament.
+
+Ce fruit consiste en petites baies, semblables aux raisins de Corinthe,
+dit M. le docteur Barth, lesquels offrent un léger supplément au frugal
+menu du désert ; frais, il a un goût de poivre assez prononcé.
+
+Comme l’illustre voyageur, j’ai mangé ce fruit, et mes impressions sur
+son mérite sont les mêmes.
+
+Son bois odorant et solide, susceptible de se diviser en fibres très-
+fines, fournit les cure-dents et les brosses à dents si recherchés par
+les musulmans pour l’entretien de leur bouche. On sait que pour tous les
+peuples d’Orient la question du cure-dents est une grave affaire pour
+laquelle il est fait d’importantes recommandations dans les ouvrages de
+religion et de jurisprudence.
+
+L’écorce de l’arbre, légèrement épispastique, est appliquée par les
+indigènes sur les blessures d’animaux venimeux.
+
+Les chameaux mangent volontiers les feuilles fraîches de cet arbre, mais
+mélangées avec celles d’autres plantes à cause de leur goût d’amertume
+prononcé.
+
+Dans toute la région où croît ce _Salvadora_, ses feuilles sont
+employées comme antisiphylitiques. A cet effet, on les réduit en poudre
+avec les épices connues sous le nom de _râs-el-hânout_ (tête de la
+boutique), et chaque matin on en prend une dose en breuvage.
+
+
+ CALLIGONUM COMOSUM L’Hérit.
+
+Arta, Resoû, Ezâl (_arabe_) ; Aresoû, Isaredj (_temâhaq_).
+
+Récolté dans l’Ouâdi-Sa’adâna, le 21 août 1859 ; sur l’Ouâdi-Izêkra, le
+5 février ; à Tîn-Têrdja, le 2 mars ; à Ouarâret, le 11 mars 1861.
+Reconnu en treize stations dans l’’Erg, entre El-Ouâd et Ghadâmès ; en
+onze stations, de Ghadâmès à Rhât ; en trois, de Tîterhsîn à la
+Cherguîya ; en plusieurs stations, de Methlîli à El-Golêa’a. Signalé
+dans les montagnes entre Rhât et In-Sâlah, ainsi que dans tout le Touât.
+
+Le _Calligonum comosum_ forme d’épais buissons auxquels les chameaux
+donnent toujours un coup de dent en passant. Le bois de cette
+broussaille est souvent la seule ressource des caravanes pour cuire les
+aliments. Dans l’’Erg, cet arbuste devient un véritable arbre.
+
+
+ POLYGONÉES.
+
+
+ POLYGONUM EQUISETIFORME Sibth. et Sm.
+
+Récolté dans la Djefâra, 16 octobre 1860.
+
+
+ RUMEX VESICARIUS L.
+
+El-Hommîz (_arabe_) ; Tânesmîm (_temâhaq_).
+
+Récolté au Rhedîr de Sâghen, dans l’Ouâdi-Tikhâmmalt, le 3 janvier, et
+dans l’Ouâdi-Alloûn, le 19 février 1861.
+
+Plante comestible dont le goût rappelle celui de l’oseille.
+
+
+ THYMÉLÉACÉES.
+
+
+ THYMELÆA HIRSUTA Endl. _Passerina hirsuta_. L.
+
+Methenân (_arabe_).
+
+Récolté dans l’Ouâd-Biskra, en janvier 1860.
+
+Croît dans les sables. Commune sur le littoral de la Syrte.
+
+
+ EUPHORBIACÉES.
+
+
+ EUPHORBIA CALYPTRATA Coss. et DR. in _Bull. Soc. bot._
+
+Oumm-el-leben (_arabe_) ; Tellâkh (_temâhaq_).
+
+Récolté le 3 janvier 1861, à Sâghen.
+
+
+ EUPHORBIA GUYONIANA Boiss. et Reut.
+
+Lebbîn (_arabe_).
+
+Récolté dans les sables du Soûf, entre El-Ouâd et Sahên, le 5 mars 1860.
+
+
+ EUPHORBIA PARALIAS L.
+
+Lebbîn, Lebeïna (_arabe_).
+
+Récolté près de Gâbès, les 17 et 21 mars 1860.
+
+Le suc de ces diverses Euphorbiacées est employé contre les morsures des
+vipères.
+
+
+ CANNABINÉES.
+
+
+ CANNABIS SATIVA L.
+
+Kerneb, Tekroûri, Hachîcha (_arabe_).
+
+Cultivé dans quelques oasis, notamment dans le Fezzân, à Trâghen.
+
+Les sommités fleuries de ce chanvre sont fumées dans des pipes ou
+mangées en confitures en vue de déterminer une sorte d’extase que les
+amateurs de hachîch (_hachchâchîn_) appellent _kîf_.
+
+L’hébétude résulte souvent de ces pratiques qui heureusement ne sortent
+guère du cercle des fainéants ou de ceux qui ont voyagé en Orient. Les
+Touâreg entre autres ne font jamais usage du hachîch.
+
+
+ MORÉES.
+
+
+ FICUS CARICA L.
+
+Kerma (_arabe_) ; Ahar, Tâhart (_temâhaq_).
+
+Après le dattier, le figuier est l’arbre le plus cultivé chez les
+Touâreg. Non-seulement on en trouve quelques pieds dans chaque jardin
+des oasis, mais encore on compte çà et là, dans les montagnes, quelques
+vergers exclusivement peuplés de figuiers.
+
+Les figues provenant de ces cultures sont généralement mangées fraîches.
+Les figues sèches sont principalement tirées du littoral : cependant, on
+m’en a donné provenant de Mîherô.
+
+
+ SALICINÉES.
+
+
+ POPULUS ALBA L.
+
+Safsaf (_arabe_).
+
+Signalé sur un point du plateau de Tâdemâyt, à Hamâd-el-’Atchân, près de
+Tîn-Fedjaouîn.
+
+Le peuplier blanc, très-commun dans le Tell, est une exception unique à
+cette latitude.
+
+
+ CONIFÈRES.
+
+
+ EPHEDRA ALATA Dcne.
+
+’Alenda (_arabe_) ; Tîmatart (_temâhaq_).
+
+Reconnu en douze stations, entre El-Ouâd et Ghadâmès.
+
+Les chameaux mangent ses jeunes pousses, à défaut d’autre nourriture.
+
+Ses tiges et ses sommités, douées de propriétés astringentes, sont
+employées dans la matière médicale indigène.
+
+Ses fruits sont comestibles.
+
+Les branches de cet arbuste atteignent quelquefois trois mètres de
+hauteur. Près d’El-Arba-Tahtanîya, M. le docteur Cosson en a découvert
+« un magnifique pied dont le tronc, jusqu’aux ramifications principales,
+mesurait au-dessus du sol près d’un demi-mètre et dont la circonférence,
+prise au niveau du sol, atteignait 48 centimètres. »
+
+Il y en a de plus grands encore sur l’Ouâd-el-’Alenda, dans le Soûf.
+
+
+ POTAMÉES.
+
+
+ POTAMOGETON PECTINATUS L.
+
+Récolté dans la source de Tagotta.
+
+Plante aquatique submergée.
+
+
+ PALMIERS.
+
+
+ PHŒNIX DACTYLIFERA L.
+
+Nakhla (_arabe_) ; Tâzzeït (_temâhaq_).
+
+Le palmier dattier est, sans contredit, le roi de la végétation
+saharienne, non-seulement par le nombre des _ghâbâ_ qu’il constitue,
+mais encore par l’importance des services directs ou indirects qu’il
+rend à l’habitant de la région désertique.
+
+On donne, dans tout le Sahara, le nom de _ghâbâ_ ou forêt à toute
+plantation de dattiers, quel que soit le nombre des arbres.
+
+Généralement, les plantations sont agglomérées, autour ou à peu de
+distance des habitations. Leur ensemble forme ce qu’on appelle une
+oasis.
+
+Dans la partie du Sahara, objet de cette étude, quatre principaux
+groupes d’oasis appellent l’attention : celui de Ghadâmès, celui de
+Rhât, celui du Fezzân, celui du Touât.
+
+A Ghadâmès, on compte, m’a-t-on dit, 63,000 palmiers ; à Rhât, y compris
+les plantations des villages voisins, le nombre de ces arbres n’est pas
+moins considérable ; quant à ceux innombrés et presque innombrables du
+Fezzân et du Touât, ils atteignent peut-être le chiffre de deux millions
+de pieds, car, dans ces contrées favorisées, les oasis se succèdent les
+unes aux autres sur d’immenses étendues : cent lieues du Nord au Sud
+pour le Touât, quarante lieues de l’Est à l’Ouest pour le Fezzân.
+
+En dehors de ces massifs principaux, il y a encore une dizaine de
+petites oasis dans les montagnes des Touâreg : à Djânet, à Idelès, et
+autres points arrosés par des sources, mais elles ne peuvent pas être
+comparées aux premières, car toutes ces plantations ne donneraient peut-
+être pas un total de 6,000 palmiers.
+
+Les produits directs du dattier sont les suivants :
+
+La datte, _themer_ des Arabes, _teïni_ des Touâreg, aliment farineux et
+sucré, d’une conservation et d’un transport faciles, immense ressource
+pour des populations nomades et voyageuses ;
+
+La palme, _djerîda_ en arabe, _taratta_ en temâhaq, comprenant le
+pétiole, _ahebêr_, et la feuille, _takôla_ des Touâreg, employés, l’un
+sous forme de lattes, dans les constructions et les clayonnages, l’autre
+comme matière textile, à la fabrication de nattes, de paniers, de sacs,
+de cordes, en un mot, à la confection de ces mille petits riens connus
+sous le nom d’articles de sparterie exécutés ailleurs avec le palmier
+nain et le halfâ ;
+
+La bourre, _sa’af_, provenant des feuilles radicales ou du tronc, et
+avec laquelle on fait des tissus, des rembourrages de bâts, etc. ;
+
+Le noyau de la datte, _a’lef_, que l’on écrase et que l’on donne à
+manger aux animaux : chameaux, chèvres et moutons ;
+
+La sève, _lâgmi_, obtenue par incision et de laquelle on retire :
+
+A l’état frais, le _lait_ de palmier, boisson fade, quoique sucrée ;
+
+Fermentée, le _vin_ de palmier, dont le goût rappelle celui d’une jeune
+bière ;
+
+Distillée, un _alcool_ très-inférieur ;
+
+Les fleurs, _nouâr_, réputées aphrodisiaques ;
+
+L’involucre des fleurs, _kemmamîn_, aussi employé en médecine ;
+
+Enfin, la tige du palmier, _khechba_, débitée comme le bois des autres
+arbres, et qu’à raison de ses services on a appelée _sapin du Sahara_.
+On l’emploie dans les constructions, dans les coffrages des puits, sous
+forme de planches, de poutres ou de madriers. Dans la région saharienne,
+le dattier est la seule essence qui donne des bois droits et de
+longueur.
+
+En présence de tant de produits fournis par le dattier, on ne peut
+s’empêcher de reconnaître que, si la Providence a été avare envers les
+Sahariens, en limitant à un petit nombre les arbres utiles de leur pays,
+elle a tellement prodigué ses faveurs au dattier, qu’à lui seul il peut
+remplacer tous les autres arbres.
+
+Mais le dattier n’est pas seulement utile par les produits directs dont
+il comble l’habitant des oasis, il l’est encore, au même degré, par les
+produits indirects qu’il permet d’obtenir à l’ombre de sa cime
+parasolaire qu’on peut comparer, contre la chaleur, à l’effet des serres
+contre le froid.
+
+Les extrêmes se touchent en tout : dans nos climats tempérés, les
+plantes tropicales ne peuvent germer, croître, fructifier, qu’à l’aide
+d’une chaleur factice ; dans le Sahara, les plantes des climats tempérés
+ne peuvent prospérer qu’à l’abri d’une chaleur excessive et d’une
+lumière intense ; et cet abri, le dattier le donne en permettant à l’air
+de circuler, à la lumière et à la chaleur de pénétrer dans les
+proportions réclamées par la végétation sous-palméenne.
+
+Que, dans les oasis, les palmiers soient décapités, le sol qu’ils
+couvrent de leur ombre rentre dans les conditions climatériques des
+terres voisines frappées de mort, de juin à septembre, par l’excès de la
+chaleur, comme ailleurs, de novembre à mars, par l’excès du froid.
+
+Sous l’abri protecteur des palmiers, l’Oasien peut cultiver une
+cinquantaine de plantes alimentaires ou industrielles dont il serait
+complétement privé sans l’auxiliaire que la Providence a mis si
+libéralement à sa disposition : j’ai donc raison de dire que le dattier
+rend à l’habitant du Sahara autant de services par ses produits
+indirects que par ses produits directs, si nombreux qu’ils soient.
+
+On ne sera donc pas étonné d’apprendre que le dattier, dans le Sahara,
+soit l’objet de soins qui ne sont donnés à aucun arbre, dans aucun autre
+pays du monde.
+
+J’estime à l’égal des plus grandes conquêtes de l’homme sur la nature
+les travaux exécutés par les Sahariens pour assurer à cet arbre les
+conditions nécessaires à son existence.
+
+Dans l’Ouâd-Rîgh et le bassin d’Ouarglâ, des puits artésiens creusés à
+bras d’homme jusqu’à la couche d’eau jaillissante ; dans l’Ouâd-Mezâb,
+d’immenses barrages jetés en travers des torrents ; dans le Fezzân et
+dans le Touât, des puits à galeries souterraines pour créer des rivières
+artificielles ; dans le Soûf et dans les autres oasis de l’’Erg, la
+lutte de tous les instants contre les envahissements des sables,
+constituent des efforts de géants que tout homme impartial compare, avec
+la différence des moyens, aux plus beaux résultats obtenus par la
+science et l’industrie dans nos États civilisés.
+
+Le dattier, disent les Sahariens, doit, pour produire de bons fruits,
+avoir la tête dans le feu et les pieds dans l’eau.
+
+Le soleil africain pourvoit suffisamment aux besoins de sa cime ;
+l’homme doit procurer à ses racines l’eau qu’elles réclament. Ce n’est
+pas toujours facile, mais, partout où il y a des dattiers, on leur sert,
+d’une manière ou de l’autre, l’eau nécessaire.
+
+Dans les oasis pourvues de puits artésiens, de puits à galeries, de
+fontaines aménagées, l’irrigation est facile et se pratique à eau
+courante ; mais là où il n’y a que des puits ordinaires, l’eau doit être
+élevée par des machines ou à bras d’hommes, et l’arrosage, dans ce cas,
+impose des peines considérables.
+
+Dans l’oasis du Soûf, où l’eau se trouve au-dessous du sol à des
+profondeurs variables de 0m 85 à 2m 55 et 4m 10, on plante le dattier de
+manière à ce que ses racines plongent dans l’eau. Là, du moins, le
+planteur est exonéré de l’obligation d’irriguer, mais cet avantage est
+chèrement acheté par la nécessité de lutter continuellement contre
+l’envahissement des sables et de féconder ces sables par de nombreux
+engrais.
+
+La charge d’engrais de crottin de chameaux (150 kilos) coûte, dans le
+Soûf, 10 francs, et on n’hésite pas à donner, à un seul palmier, douze
+charges d’engrais, d’une valeur de 120 francs, ce qui, à raison d’une
+fumure tous les huit ou dix ans, porte à 12 et à 15 fr. par an la
+dépense d’engrais de chaque palmier. Mais, il faut le dire, les dattes
+de cette oasis sont de qualité très-supérieure.
+
+Généralement, dans tout le Sahara, on préfère les plantations par
+boutures à celles par noyaux, parce que la bouture produit le même fruit
+que le pied de l’arbre d’où elle a été extraite, tandis qu’avec le noyau
+on n’est jamais certain de la qualité du fruit.
+
+Cependant, c’est par les semis de noyaux qu’on a obtenu les nombreuses
+variétés de dattes du Sahara. On n’en compte guère moins de quarante. Il
+est vrai de dire qu’elles ne sont pas toutes également bonnes.
+
+Les boutures provenant d’arbres faibles et maladifs paraissent mieux
+reprendre ; on leur donne le nom de _arhedd_.
+
+On a remarqué aussi que les boutures tirées de pays lointains acquièrent
+en voyage plus d’aptitude à la reprise. Il suffit, pour les conserver en
+bon état, de leur enlever leurs feuilles.
+
+Certaines boutures sont obtenues du tronc mère avec des racines ; elles
+portent le nom de _zalloûch_. On se borne à éviter de blesser les
+racines en les détachant du tronc. De même, pour les boutures sans
+racines, on a soin de faire des incisions nettes, sans mâchures ni
+déchirures.
+
+On plante les boutures à l’automne, et, pour cette opération, on
+reconnaît plusieurs procédés.
+
+Le plus sûr est celui appelé _mechtoûla_ : il consiste à planter les
+boutures auprès d’un puits qui en permet l’arrosage. Au bout de six
+mois, elles ont pris racine et on les transporte dans des terrains
+défoncés, nommés _toloûa’_.
+
+Au Soûf, on emploie un procédé appelé _hachchâna_ : à cet effet, on met
+de suite en place les boutures dans les trous qui leur sont destinés et
+qu’on a préalablement creusés jusqu’à apparition de l’eau. La bouture
+est plantée de manière à ce qu’elle ait le pied dans l’humidité. Quand
+elle a réussi, au bout de six mois, elle a poussé trois petites
+branches, _djerîdât_, et, au bout de trois ans, l’arbre est assez
+développé pour qu’il puisse être fécondé. Alors on creuse la terre tout
+autour pour mettre du fumier de chèvre sous ses racines.
+
+Au Soûf, on a aussi, pour rajeunir les vieux dattiers, un procédé qui
+n’est pas usité dans les autres oasis.
+
+Quand un sujet, atteint de vieillesse, ne produit plus, on creuse le sol
+sous ses racines, on supporte le tronc pendant l’opération et, sans le
+faire changer de place, on lui donne un nouveau lit de sable, de fumier
+et d’eau, qui ne tarde pas à lui faire recouvrer sa jeunesse. Les
+palmiers ainsi restaurés sont appelés _meseggueta_.
+
+En toute plantation, on distingue les dattiers mâles, _dhokkâra_, des
+dattiers femelles, _nakhla_. Il suffit de quelques mâles pour féconder
+une plantation entière de femelles.
+
+On distingue deux sortes de dattiers mâles : le _sersâr_, dont les
+spathes renferment une semence peu abondante, peu active et qui tombe
+dès qu’on la touche ; cette espèce ne féconde pas toujours et
+quelquefois même, après la fécondation, on ne récolte que des dattes
+avortées, _sîch_. L’autre espèce, appelée _khowwâr_, produit des spathes
+d’une farine abondante, tenace et conservant ses propriétés fécondantes
+pendant deux années. Cette variété est, de beaucoup, la préférée.
+
+Inutile d’ajouter que les Oasiens aident à la fécondation de leurs
+dattiers par la caprification.
+
+Dans le Fezzân, on trouve souvent des forêts de palmiers dattiers qui se
+sont créées spontanément de graines. Venus sans culture, ne recevant
+aucun soin de l’homme, au lieu de s’élever en un tronc élancé, comme le
+dattier cultivé, ils se développent en broussailles, à la façon des
+palmiers nains (_Chamærops humilis_) du Tell. On donne à ces palmiers le
+nom de _hachchâna_. Ils produisent des fruits maigres et peu savoureux
+qui sont cependant récoltés par les pauvres, quand la concurrence des
+gazelles laisse les régimes intacts.
+
+
+ CUCIFERA THEBAICA Delile.
+
+Doûm (_arabe_) ; Tâgaït (_temâhaq_).
+
+Ce palmier, dont la véritable région est beaucoup plus au Sud, est
+représenté par quelques pieds dans une des oasis méridionales du Fezzân,
+celle de Tedjerri.
+
+
+ LILIACÉES.
+
+
+ ASPHODELUS TENUIFOLIUS Cav.
+
+Tâzia (_arabe_) ; Iziân (_temâhaq_).
+
+Récolté, le 9 février 1860, dans la vallée de l’Ouâdi-Târât, seule
+station où je l’aie rencontré.
+
+
+ ALLIUM CEPA L.
+
+Boçla (_arabe_) ; Efelêli (_temâhaq_).
+
+Cultivé dans les oasis.
+
+L’oignon est non moins nécessaire dans la cuisine monotone des Sahariens
+que dans celle plus variée des Européens. Ici, il n’est qu’un auxiliaire
+dont on se passe facilement ; là, il est souvent l’unique élément de la
+digestion.
+
+
+ ALLIUM SATIVUM L.
+
+Thoûm (_arabe_) ; Têskart (_temâhaq_).
+
+Je n’ai pas pris le soin de constater si l’ail, vendu sur tous les
+marchés, était cultivé dans toutes les oasis ou provenait du Nord ;
+cependant je crois, sans en être certain, qu’il est le produit des
+cultures locales. Pour l’oasis de Ghadâmès, je puis l’affirmer.
+
+Toute la matière médicale, à l’usage du chameau, comme application
+interne, se résume dans l’unique emploi de l’ail.
+
+
+ MÉLANTHACÉES.
+
+
+ ERYTHROSTICTUS PUNCTATUS Schlecht.
+
+Kaïkoût (_arabe_) ; Afahlêhlé-n-ehedan (_temâhaq_).
+
+Récolté entre les dunes d’El-’Arefdji et Hassi-Ma’ammer, le 21 février,
+et dans la plaine d’Ihanâren, au pied des montagnes du Tasîli, le 1er
+avril 1851.
+
+L’oignon de cette plante répand une odeur aromatique agréable. Les ânes
+fuient cette odeur, d’où son nom, _poison des ânes_, en _temâhaq_.
+
+La fécule de cet oignon est quelquefois introduite dans le pain ou dans
+le couscoussou pour l’aromatiser.
+
+
+ JONCÉES.
+
+
+ JUNCUS MARITIMUS Link.
+
+Semâr (_arabe_) ; Talegguît (_temâhaq_).
+
+Récolté, le 18 septembre 1860, près la source de Tagotta, et le 8 mai
+1861, près de la source de Serdélès.
+
+Commun autour des sources, mais rare comme elles.
+
+
+ TYPHACÉES.
+
+
+ TYPHA... ?
+
+Berdi (_arabe_) ; Tahelé (_temâhaq_).
+
+Reconnu en beaucoup de points, à peu près partout où il y a de l’eau
+permanente. Commun dans les montagnes, autour des lacs et des sources.
+
+Les chaumières des serfs des Touâreg sont presque toutes couvertes avec
+la feuille de cette plante.
+
+
+ CYPÉRACÉES.
+
+
+ CYPERUS CONGLOMERATUS Rottb.
+
+Sa’ad, Se’ad (_arabe_).
+
+Récolté, le 29 juillet 1860, dans les sables de l’’Erg, autour du puits
+de Mâleh-ben-’Aoûn, entre El-Ouâd et Berreçof ; reconnu sur d’autres
+points de ma route, entre El-Ouâd et Ghadâmès et autour de Ghadâmès.
+
+
+ CYPERUS ROTUNDUS L.
+
+Azejmîr (_mezabite_).
+
+Récolté à Ghardâya, dans les mares d’irrigation des dattiers (août
+1859).
+
+
+ CYPERUS LÆVIGATUS L.
+
+Récolté autour de la source de Tagotta, le 18 septembre 1860.
+
+
+ CYPERUS LÆVIGATUS L. _var._ DISTACHYUS. _Cyperus junciformis_ Cav.
+
+Merga, _le plongeur_ (_arabe_).
+
+Récolté dans les sources de l’Ouâd-Nafta, le 8 mars 1861.
+
+
+ SCIRPUS HOLOSCHŒNUS L.
+
+Sommîd (_arabe_) ; Iregga, Ilegga (_temâhaq_).
+
+Récolté près de la source d’Ahêr, le 28 février, et près de celle de
+Serdélès, le 3 mai 1861.
+
+
+ SCIRPUS MARITIMUS L.
+
+Leoulîoua (_arabe_ et _temâhaq_).
+
+Récolté, le 1er janvier 1861, autour du Rhedîr de Sâghen. Reconnu en
+trois autres stations, entre Ghadâmès et Rhât.
+
+
+ GRAMINÉES.
+
+
+ LYGEUM SPARTUM Lœfl.
+
+Senrha, dans l’Ouest ; Halfâ, dans l’Est (_arabe_).
+
+Récolté dans le Djebel-Nefoûsa et entre Chefî et Djâdo,le 1er novembre
+1860.
+
+Au Sud de l’Algérie, le senrha croît dans les mêmes régions que le halfâ
+(_Stipa tenacissima_), et, à première vue, quand les deux plantes n’ont
+pas atteint tout leur développement, on peut les confondre ; mais dès
+que l’épi se montre, les deux espèces apparaissent bien distinctes.
+
+En Algérie, on préfère le halfâ au senrha pour les travaux de sparterie,
+parce que le chaume du premier est trois fois aussi long que celui du
+second. En Tunisie, le senhra est plus estimé, parce qu’on le croit plus
+solide.
+
+Les chameliers, conducteurs des caravanes, qui font grand usage de
+cordes en sparterie pour l’arrimage de leurs chargements, ne règlent
+leur choix entre le halfâ et le senrha que par le prix de vente. La
+préférence est toujours acquise au meilleur marché.
+
+
+ PHALARIS MINOR Retz.
+
+Seboûs (_arabe_) ; Tanâla (_temâhaq_).
+
+Trouvé et récolté en une station unique à Sâghen.
+
+
+ PANICUM TURGIDUM Forsk.
+
+Boû-rekoûba (_arabe_) ; Afezô (_temâhaq_).
+
+Échantillons récoltés sur l’Ouâdi-Tîn-Guezzîn et à Ouarâret, le 1er
+avril 1851. Reconnu en huit stations, entre Ghadâmès et Rhât, et en six
+stations, entre Tîterhsîn et la Cherguîya.
+
+Plante commune dans tout le Sahara central, où elle concourt à la
+nourriture des chameaux. Ses graines sont récoltées par les Touâreg et
+mangées comme celle du drîn (_Arthratherum pungens_).
+
+
+ SETARIA VERTICILLATA P.B.
+
+Oulâffa (_mezabite_).
+
+Récolté dans les jardins de Ghardâya (août 1859), autour des mares
+formées par les canaux d’irrigation.
+
+
+ PENNISETUM DICHOTOMUM Delile.
+
+Boû-roukeba (_arabe_) ; Tehaoua (_temâhaq_).
+
+Récolté à Sâghen, le 2 janvier 1861. Reconnu entre El-Ouâd et Ghadâmès,
+entre Ghadâmès et Rhât, entre Tîterhsîn et la Cherguîya.
+
+Plante fourragère, mais en général peu recherchée par les animaux.
+
+
+ IMPERATA CYLINDRICA P.B.
+
+Dîs (_arabe_) ; Bastô, Taïsest (_temâhaq_).
+
+Récolté dans la plaine d’Ihanâren, le 1er avril 1861. Reconnu en quatre
+stations, entre Ghadâmès et Rhât ; en six stations, de Tîterhsîn à la
+Cherguîya. Signalé comme étant commun entre Rhât et In-Sâlah, dans la
+montagne et sur le plateau de Tâdemâyt.
+
+Comme le gueçob du Tell (_Phragmites communis_ Trin.), celui du Sahara
+croît en touffes épaisses et couvre souvent de grands espaces. Ses
+feuilles droites, vertes, servent également à la nourriture des
+troupeaux.
+
+
+ ANDROPOGON LANIGER Desf.
+
+Lemmâd (_arabe_) ; Tiberrimt (_temâhaq_).
+
+Récolté, le 24 août 1859, sur le plateau des Benî-Mezâb, et le 1er mars
+1861, à Tîn-Arrây.
+
+Cette Graminée a une odeur aromatique prononcée.
+
+
+ PIPTATHERUM MILIACEUM Coss. _Agrostis miliacea_ L.
+
+Récolté le 27 octobre 1860 dans les rochers de Djâdo.
+
+
+ STIPA TENACISSIMA L.
+
+Halfâ, en Algérie ; Gueddîm, Bechna, en Tripolitaine (_arabe_).
+
+Récolté entre Zintân et Riâyna, le 27 septembre 1860, et dans les
+montagnes de Guettâr, le 23 mars 1861.
+
+La solidité des fibres de cette plante textile, avec laquelle on fait
+tous les travaux de sparterie dans le Sud de l’Algérie, a
+l’inconvénient, comme plante fourragère, de ne pas se prêter facilement
+à la digestion. Son usage, chez les animaux, amène des constipations qui
+réclament l’emploi d’eaux laxatives. Ces eaux se trouvent heureusement
+être assez communes dans les parties du Sahara algérien où croît le
+halfâ. Aussi, tous les quatre ou cinq jours, les bergers de chameaux et
+ceux de moutons conduisent-ils leur troupeaux à ces sources pour
+combattre les effets constipants du halfâ.
+
+La limite méridionale de cette plante, qui couvre de si grands espaces
+dans la région des steppes, me paraît être : au Sud de l’Algérie, au
+point de partage des eaux du bassin de l’Ouâd-Djédi et de celui de
+l’Ouâd-Miya ; au Sud de la Tunisie, la limite de l’’Erg ; au Sud de la
+Tripolitaine, un point mitoyen entre Chefî et Djâdo.
+
+La connaissance de cette limite a son importance, car souvent les
+caravanes qui doivent la franchir sont forcées de changer de relais de
+chameaux. La loi de la circulation dans le Sahara, subordonnée à celle
+de la végétation, sera l’objet d’un examen particulier dans le deuxième
+volume de cette étude, spécialement consacré au commerce.
+
+
+ ARISTIDA ADSCENSIONIS L.
+
+Neçi-oueddân (_arabe_) ; Arhemmoûd-ouân-ihedân (_temâhaq_).
+
+Récolté dans l’Ouâdi-Alloûn, le 29 février 1861. Reconnu entre El-Ouâd
+et Ghadâmès et entre Ghadâmès et Rhât.
+
+
+ ARTHRATHERUM PUNGENS P.B.
+
+Drîn, en Algérie, Sebot en Tripolitaine (_arabe_) ; Toûlloult
+(_temâhaq_).
+
+Récolté sur l’Ouâdi-Alloûn, le 29 février 1861. Reconnu dix-neuf fois
+entre El-Ouâd et Ghadâmès, quarante-trois fois entre Ghadâmès et Rhât,
+deux fois entre Tîterhsîn et la Cherguîya, en de nombreuses stations
+entre Golêa’a et Methlîli. Signalé comme étant commun entre Rhât et In-
+Sâlah, ainsi qu’au Touât.
+
+C’est incontestablement la plante la plus répandue et celle qui couvre
+le plus d’espace dans la partie du Sahara au Nord des montagnes des
+Touâreg, car dès qu’il y a un peu de terre végétale sur le sol, on est
+assuré de la voir paraître.
+
+C’est incontestablement aussi la Graminée qui rend le plus de services
+aux Sahariens, car, si son chaume nourrit les troupeaux, son grain est
+souvent le seul aliment de l’homme.
+
+Le grain de l’_Arthratherum pungens_ se nomme _loûl_. Chez les Touâreg,
+comme dans tout le reste du Sahara, on le récolte, et après l’avoir
+réduit en farine, on le mange, soit en bouillie, soit en galette. Je me
+suis trouvé moi-même, faute d’autres provisions, dans la nécessité d’en
+faire usage, et je reconnais volontiers, la faim aidant, que ce n’est
+pas un aliment à dédaigner.
+
+Le loûl se vend comme les autres céréales, mais son prix est toujours
+inférieur. Dans le Sahara algérien, trois mesures de loûl sont échangées
+contre une mesure d’orge.
+
+Quand on se préoccupera d’améliorer les voies de communication dans le
+Sahara, en y creusant des puits et en créant autour de ces puits des
+pacages pour les caravanes, on fera bien certainement des semis de loûl,
+car on ne peut trouver une plante qui convienne mieux au climat du
+Sahara que l’_Arthratherum pungens_.
+
+
+ ARTHRATHERUM PLUMOSUM Nees _var._ FLOCCOSUM.
+
+Neçi (_arabe_) ; Arhemmoûd (_temâhaq_).
+
+Récolté le 24 août 1861 sur l’Ouâdi-Tîn-Guezzîn, dans les montagnes de
+la Sôda. Reconnu en huit stations, entre Ghadâmès et Rhât, en deux entre
+Tîterhsîn et la Cherguîya. Signalé en quelques stations, dans les
+montagnes, entre Rhât et In-Sâlah.
+
+Plante fourragère, basse, croissant en touffes, recherchée par les
+animaux.
+
+
+ ARTHRATHERUM OBTUSUM Nees.
+
+Récolté, le 24 août 1859, sur le plateau des Benî-Mezâb.
+
+
+ ARTHRATHERUM BRACHYATHERUM Coss. et Balansa ?
+
+Seffâr (_arabe_) ; Imateli (_temâhaq_).
+
+J’ai reconnu cette plante en cinq stations, dans les dunes de l’’Erg,
+entre El-Ouâd et Ghadâmès, mais je ne l’ai pas récoltée, de sorte que sa
+détermination exacte reste douteuse.
+
+Cette Graminée est mangée par les animaux comme fourrage.
+
+
+ AGROSTIS VERTICILLATA Vill.
+
+Récolté dans l’Ouâd-Mezâb (août 1859).
+
+
+ POLYPOGON MONSPELIENSIS Desf.
+
+Seboûl-el-fâr, Dheïl-el-fâr (_arabe_), syn. Coss. ; Tamatasast
+(_temâhaq_).
+
+Récolté près de la source de Serdélès, le 4 mai 1861.
+
+
+ POLYPOGON MARITIMUS Willd.
+
+Seboûl-el-fâr (_arabe_).
+
+Récolté, le 5 juin 1860, sous les dattiers de Sîdi-Khelîl.
+
+
+ PHRAGMITES COMMUNIS Trin.
+
+Gueçob (_arabe_).
+
+Récolté à Hassi-’Arefdji, le 20 février 1861, et dans l’Ouâdi-Tagotta,
+le 18 septembre 1861.
+
+
+ CYNODON DACTYLON Rich.
+
+En-nedjem (_arabe_) ; Ajezmîr (_mezabite_) ; Aoukeraz (_temâhaq_).
+
+Récolté à Ghardâya, autour des dattiers et des petites mares formées par
+les canaux d’irrigation. Commun autour des sources, dans les montagnes
+des Touâreg.
+
+Cette plante toujours verte, parce qu’elle choisit toujours des endroits
+humides, est d’une grande ressource pour les troupeaux, quand tout le
+reste de la végétation est desséché par le soleil.
+
+Plus d’une fois, les troupeaux de l’Algérie, comme ceux du Sahara, lui
+ont dû leur salut dans les mauvaises années.
+
+On en fait des tisanes diurétiques.
+
+
+ DANTHONIA FORSKALII Trin.
+
+Aharay (_temâhaq_).
+
+Récolté à Tîterhsîn le 5 mars 1861.
+
+
+ HORDEUM MURINUM L.
+
+Zer’a-el-boû-’Aoud (_arabe_) ; Imendi-n-boû-’Aoud (_mezabite_).
+
+Récolté dans l’Ouâd-Mezâb (août 1859).
+
+
+ HORDEUM VULGARE L.
+
+Ch’aïr (_arabe_) ; Tîmzin (_temâhaq_).
+
+Cultivé dans toutes les oasis, alternativement avec le blé, de manière à
+ne pas épuiser les terres.
+
+
+ HORDEUM VULGARE _var._
+
+Ch’aïr-hamra (_arabe_) ; Tarîda (_temâhaq_).
+
+Spécialement cultivé au Fezzân.
+
+On donne la préférence à l’orge noire parce qu’elle craint moins
+l’action du soleil.
+
+
+ TRITICUM DURUM Desf. ?
+
+Guemh (_arabe_) ; Tîmzîn (_temâhaq_).
+
+Le blé est cultivé dans toutes les oasis, mais sa culture exige le
+concours des irrigations, ce qui en restreint nécessairement l’étendue.
+
+La récolte se fait ordinairement au mois de mai.
+
+En 1861, le cheïkh du Ahaggâr, El-Hâdj-Ahmed, a fait entreprendre des
+cultures assez importantes à Tâzeroûk, au Sud-Est d’Idélès. Elles
+paraissent y avoir parfaitement réussi, puisque le cheïkh, pour sa part
+de dîme, a reçu trente-deux charges de chameaux de grains.
+
+Cet exemple a engagé le Cheïkh-’Othmân à acheter à Alger un chargement
+de pioches, en vue de donner plus d’extension à la culture, car chez les
+Touâreg les céréales sont cultivées à la pioche.
+
+A Rhât, où l’espace cultivable est grand, on compte quelques attelages
+de zébus pour les labours ; mais les Touâreg n’ont aucune bête de
+travail qui puisse leur venir en aide, si ce n’est l’âne, qui est
+heureusement de première force. On rendrait un immense service à ces
+peuplades en introduisant parmi elles des charrues légères avec des
+colliers d’ânes, le tout confectionné de manière à ce que leurs ouvriers
+puissent en copier les modèles.
+
+
+ PENICILLARIA SPICATA Willd.
+
+Bechna (_arabe_) ; Abôra (_temâhaq_).
+
+Cultivé dans toutes les oasis, surtout par les nègres, qui affectionnent
+cette céréale.
+
+
+ SORGHUM VULGARE Pers. _Holcus sorghum_ L.
+
+Gafoûli (_arabe_) ; Gafoûli (_temâhaq_).
+
+La graine de cette plante entre pour une part considérable dans
+l’alimentation de ceux des Sahariens assez éloignés pour ne pas recevoir
+le blé du Tell méditerranéen.
+
+On la cultive dans les oasis, mais en quantité inférieure aux besoins.
+On tire généralement cette graine de l’Afrique centrale.
+
+Les Touâreg distinguent trois variétés de sorgho : le _gafoûli_,
+l’_abôra_, le _tâbsout_.
+
+
+ PANICUM MILIACEUM L.
+
+Gueçob-el-abiodh, Gueçob-hamra (_arabe_) ; Enelî (_temâhaq_).
+
+Le millet blanc et le millet noir sont également cultivés dans les
+oasis, mais la plus grande partie de celles de ces graines que consomme
+le Sahara vient du Soûdân.
+
+Dans les oasis, on sème le gueçob en août et on le récolte en octobre et
+novembre.
+
+
+ LOLIUM ITALICUM A. Br. ?
+
+Khortân (_arabe_).
+
+Pendant mon séjour à Rhât, ma jument a été nourrie avec le chaume vert
+d’une Graminée cultivée dans l’oasis et que j’assimile, à raison de
+l’identité du nom indigène, au _Lolium Italicum_ récolté aussi dans le
+Soûf.
+
+
+ BALANOPHORÉES.
+
+
+ CYNOMORIUM COCCINEUM L.
+
+Tertoûth (_arabe_) ; Aoukal (_temâhaq_).
+
+Reconnu, mais non récolté, en trois stations, entre Ghadâmès et Rhât.
+
+La fécule fournie par la racine de cette plante est souvent mêlée aux
+aliments pour en relever le goût.
+
+Chez les Touâreg, quand le tertoûth se dessèche et devient noir, signe
+de maturité, on le réduit en farine et on en fait une galette au beurre.
+Ce mets est considéré comme un spécifique contre les engorgements de la
+rate.
+
+
+ FOUGÈRES.
+
+
+ ADIANTUM CAPILLUS-VENERIS L.
+
+Rafraf (_arabe_).
+
+Récolté sur l’Ouâdi-Arhlân le 28 octobre 1860. Croît sur les racines des
+dattiers et sur les pierres qui bordent les rigoles des canaux
+d’irrigation.
+
+Les médecins arabes emploient les feuilles de cette plante en
+fumigations.
+
+
+ CHARACÉES.
+
+
+ CHARA GYMNOPHYLLA A. Br.
+
+Récolté le 4 février à ’Aïn-ed-Dowwîra, et le 7 novembre 1860 à Tânout-
+Tirekîn.
+
+Cette petite plante affectionne le voisinage des sources.
+
+
+ CHAMPIGNONS.
+
+
+ CHEIROMYCES LEONIS L.R. Tul. _Tuber niveum_ Desf.
+
+Terfâs (_arabe_) ; Tirfâsen (_temâhaq_).
+
+Commun après les pluies dans tous les terrains sablonneux du Sahara,
+surtout dans les environs de Ghadâmès.
+
+Ben-’Abd-en-Noûri-el-Hamîri-et-Toûnsi, auteur d’un traité de géographie
+saharienne, prétend qu’autour de Ghadâmès les terfâs deviennent assez
+grosses pour que des gerboises et des lièvres puissent y aller faire
+leurs nids.
+
+Pline indique comme originaire de la Cyrénaïque une truffe blanche,
+probablement le terfâs, d’un goût et d’un parfum exquis, qui était très-
+renommée dans l’antiquité sous le nom indigène de _misy_.
+
+J’avoue n’avoir jamais trouvé dans le Sahara des terfâs ni aussi grosses
+que celles de Ben-’Abd-en-Noûri, ni aussi parfumées que celles de Pline.
+Celles que j’ai mangées avaient un goût intermédiaire entre la truffe et
+le champignon, goût agréable, sans doute, mais perdant beaucoup de sa
+valeur par le sable qui pénètre dans la chair du tubercule et qui craque
+désagréablement sous la dent.
+
+Quoi qu’il en soit, des tribus entières font une grande consommation de
+ce champignon, dès qu’il devient abondant.
+
+
+ ALGUES.
+
+
+ DANGA (_arabe fezzanien_).
+
+Parmi les produits rencontrés dans mon voyage, je ne dois pas oublier
+une plante Cryptogame qui croît dans les lacs producteurs de vers
+comestibles du Fezzân et que les indigènes appellent danga.
+
+On récolte ce fucus, soit seul, soit en mélange avec les vers. Quand ces
+derniers sont nombreux, le danga est rare, et _vice versâ_. Les
+riverains disent que les vers en font leur pâture. A l’époque de ma
+visite aux lacs, la plupart de ces insectes étant formés en chrysalides,
+le danga était plus abondant.
+
+Le danga, pêché avec les vers, entre dans la conserve alimentaire
+préparée avec ces larves. Quand il est récolté seul, on en fait des
+petits pains qui, desséchés, ont la couleur brune de l’aloès, une
+cassure vitreuse, et sont employés comme condiment. (Voir page 244.)
+
+
+ PLANTES INDÉTERMINÉES.
+
+
+Aucun échantillon des plantes suivantes n’a été rapporté : par
+conséquent, la détermination scientifique de ces espèces n’a pu être
+faite.
+
+
+ _PLANTES DE HAMADA._
+
+
+ GOÇEYBA (_arabe_) ; TIKAMAYT (_temâhaq_).
+
+Entre El-Ouâd et Ghadâmès ; indiquée aussi dans le Ahaggâr.
+
+Cette plante fourragère est incontestablement une Graminée.
+
+
+ BERESMOUN (_arabe_).
+
+Entre Ghadâmès et Rhât.
+
+Probablement un _Hypericum_. Beresmoun est, en effet, le nom que les
+indigènes du Tell donnent au _Millepertuis officinal_.
+
+
+ ’AGGÂYA (_arabe_) ; TABELKOST (_temâhaq_).
+
+Trouvé dans le Fezzân. Indiqué aussi dans le Ahaggâr et au Touât.
+
+
+ TECHT-EDH-DHEBA’ (_arabe_).
+
+L’échantillon de mon herbier, après trois années de voyage, est arrivé
+dans un état qui n’a pas permis de le déterminer. Heureusement, c’est le
+seul.
+
+
+ KHORÎDH (_arabe_).
+
+Reconnu entre Ghadâmès et Rhât.
+
+
+ SEDNA (_arabe_).
+
+Reconnu entre Ghadâmès et Rhât.
+
+
+ GUEÇOB (_arabe_) ; TISENDJELT (_temâhaq_).
+
+Roseau à canne trouvé autour des sources.
+
+Commun au Fezzân, au Soûdân et dans les montagnes des Touâreg.
+
+Probablement le _Phragmites communis_ Trin. ou une espèce voisine.
+
+
+ GUEÇOB (_arabe_) ; ALEMÈS (_temâhaq_).
+
+Trouvé comme le précédent autour des sources.
+
+Plus grand et plus fort que le tisenguelt, probablement l’_Arundo
+donax_.
+
+Ces deux roseaux me sont indiqués comme existant sur plusieurs points du
+territoire des Touâreg.
+
+Comme dans le Tell, ils servent à dresser les murailles et les toitures
+des cabanes. Les serfs en font des manches de ligne ; les nègres et les
+bergers, des chalumeaux.
+
+La tabatière à priser des Touâreg consiste en un tube de ces roseaux,
+plus ou moins couvert de dessins ou d’inscriptions en langue temâhaq.
+
+
+ FERS (_arabe_ et _temâhaq_).
+
+Reconnu en plusieurs points de ma route.
+
+Assimilé à une _Anabasis_.
+
+_Nota_ : Les neuf plantes indéterminées qui précèdent ont été reconnues
+par moi, et leurs stations sont indiquées dans mon journal de voyage ;
+celles qui suivent me sont connues seulement par les renseignements des
+indigènes.
+
+
+ _PLANTES DE MONTAGNES._
+
+
+ TAROÛT (_temâhaq_).
+
+Thuya articulé ? _Thuya articulata_ Desf. ?
+
+Forêt sur le versant Sud du Tasîli, entre Rhât et Djânet.
+
+Échantillon de planche rapporté.
+
+La forêt qui produit cette essence paraît considérable, car tous les
+bois employés dans les constructions de Rhât et de Djânet en
+proviennent.
+
+Les dimensions des planches, la couleur, la finesse et la solidité du
+bois, rappellent celles du thuya.
+
+Le nom de taroût, forme berbérisée du mot _’ar’ar_, employé dans le Tell
+pour désigner le _Thuya articulata_, m’engage à identifier,
+provisoirement, le taroût des Touâreg avec l’_’ar’ar_ des Arabes.
+
+Cet arbre fournit une résine, du nom de _tighanghert_, qui est employée
+pour rendre sonores les cordes des rebâza ou violons du pays.
+
+On en extrait du goudron.
+
+Ces deux faits viennent à l’appui de l’identification du taroût avec le
+_Thuya articulata_.
+
+D’après les indigènes, quelques sujets atteignent 24 coudées de
+circonférence.
+
+Cet arbre commence à se montrer à Tarharha, dans le haut de l’Ouâdi-
+Tarât, et à Eriey, dans le haut de l’Ouâdi de Rhât.
+
+
+ YÂBNOÛS (_temâhaq_).
+
+Grand arbre, probablement l’_ébénier_, auquel on assigne comme station
+plusieurs points du mont Ahaggâr.
+
+Jusqu’à ce jour, le bois d’ébène n’avait été fourni au commerce que par
+des plaqueminiers originaires de l’Inde et de l’Amérique du Sud. D’après
+M. le docteur Barth, l’ébénier aurait été rencontré par lui sur son
+parcours de Kanô à Timbouktou, dans le bassin du Niger, mais il
+n’indique pas le nom botanique de l’espèce.
+
+Le Cheïkh Mohammed-et-Toûnsi, dans son _Voyage au Darfour_, dit que les
+Fôriens reçoivent l’ébène du Dâr-Fertît.
+
+« Ce qu’on appelle l’ébène, dit-il, est le bois d’un arbre de grandeur
+moyenne, dont l’écorce est d’un vert foncé. Lorsqu’on l’enlève, on met à
+découvert un bois noirâtre qui, par la dessiccation, acquiert une nuance
+plus franche et plus noire. La plus belle ébène, ajoute-t-il, est celle
+qu’on retire des racines. »
+
+Mohammed-et-Toûnsi, si scrupuleux pour indiquer le nom indigène de
+toutes les plantes signalées par lui, ne donne pas celui de l’ébénier,
+ou plutôt le traducteur n’aura pas jugé nécessaire de mettre _yabnoûs_ à
+côté du mot ébénier, ces deux noms étant les mêmes.
+
+La synonymie du nom, la découverte de l’ébénier plus au Sud, la
+coloration en noir du bois, sa dureté et sa finesse, l’emploi qui en est
+fait, permettent de penser que le _yabnoûs_ du mont Oudân (prolongement
+Nord du Ahaggâr) est l’ébénier.
+
+Le bois de cet arbre est principalement employé pour faire des hampes de
+lance et des manches de poignards.
+
+Le yabnoûs n’existerait pas seulement dans le Ahaggâr ; on le trouverait
+encore sur le Tasîli, mais toujours isolé et jamais en massifs.
+
+
+ ALEO (_temâhaq_).
+
+Grand arbre, dit-on, en tout semblable à l’olivier, à l’exception que
+son fruit n’est pas une olive. Il se montre par petits groupes dans
+quelques stations du Ahaggâr.
+
+Je suis d’autant plus disposé à identifier l’aleo au _Phylliræa_, que,
+d’après le rapport de Valentin Ferdinand, le phylliræa existerait dans
+une île au Sud de celle d’Arguin sur la côte de l’Océan.
+
+Rien d’étonnant, d’ailleurs, de trouver cet arbre là où vivent le thuya
+et le laurier rose. L’altitude explique la présence de ces arbres dans
+ces stations méridionales.
+
+
+ NERION OLEANDER L.
+
+Defla (_arabe_) ; Elel (_temâhaq_).
+
+En quelques points, sur les rives des ouâdi.
+
+Le delfa est trop facile à reconnaître pour que des Touâreg, ayant
+beaucoup voyagé, puissent se tromper en assimilant l’_elel_ de leur pays
+au _Nerion_ si caractéristique des berges des ouâdi du Tell.
+
+
+ EL-IATÎM (_arabe_) ; ADJÂR (_temâhaq_).
+
+Grand arbre, sans épines, unisexuel, à fruits petits qui n’appellent pas
+l’attention. L’arbre mâle se dit _adjâr_ ; l’arbre femelle se dit
+_tâdjart_ ; ce dernier est toujours moins développé que le mâle.
+
+Les Touâreg recommandent de ne pas le confondre avec l’_agâr_ du Tasîli
+dont j’ai récolté un échantillon et qui a été reconnu être le _Mærua
+rigida_.
+
+Les deux noms s’écrivent d’ailleurs avec une orthographe différente.
+
+Cet arbre est commun dans le Ahaggâr ; il se montre quelquefois sur les
+points les plus élevés du Tasîli.
+
+On l’exploite comme l’ébénier pour la monture des armes. Son bois est
+couleur marron, fin, léger et souple.
+
+
+ ISARHÊR (_temâhaq_).
+
+L’isarhêr, disent les Touâreg, appartient à la même famille que le tamât
+et le talha (_Acacia Arabica_), mais il ne peut pas être confondu avec
+cette espèce, parce que, vivant ensemble sur les flancs du Ahaggâr,
+leurs caractères distinctifs sont trop faciles à constater.
+
+Les Arabes donnent à l’isarhêr le nom de _talha_.
+
+
+ KÎNBA (_temâhaq_).
+
+D’après les Touâreg, le kînba est une variété d’acacia (_talha_) qui
+croît plutôt en gaulis qu’en arbre, très-commun dans le pays d’Aïr, mais
+qu’on trouve aussi dans le Tasîli et le Ahaggâr et dont les gaules sont
+employées, concurremment avec les branches du _Mærua rigida_, à faire
+les hampes des javelots et des lances.
+
+
+ EL-BERGOU (_arabe_) ; EKAYWOD (_temâhaq_).
+
+Roseau, le même que celui du Niger, produisant une sorte de miel. Il
+croît autour des sources et des mares.
+
+
+ AMATELTEL (_temâhaq_).
+
+Plante grasse grimpante.
+
+
+ KERMÂYET-EDH-DHÎB (_arabe_) ; TÂHERT-N-ABEGGUI (_temâhaq_).
+
+Plante à fruits en forme de grappe de raisin.
+
+Les Arabes de l’Algérie donnent le nom de kermâyet-edh-dhîb (petites
+figues de chakal) au _Solanum nigrum_.
+
+
+ MYRTUS COMMUNIS.
+
+Rehân (_arabe_).
+
+D’après les Touâreg, le myrte existe en assez grande quantité sur le
+plateau de Tâderart dans l’Akâkoûs.
+
+
+ GAOTA (_fezzanien_).
+
+A Trâghen, les indigènes cultivent sous le nom de gaota un fruit
+légumineux, de la grosseur d’une tomate. On le mange cru. J’en ai goûté.
+Il est sucré et légèrement amer. On le dit très-digestif.
+
+
+ WORTEMÈS (_temâhaq_).
+
+Broussaille, peu commune dans les montagnes des Touâreg, mais abondante
+au Touât où elle porte le nom de _chaliât_.
+
+
+ AHARADJ (_temâhaq_).
+
+Plante herbacée, grimpante, venant mêler ses feuilles jaunes à la
+verdure foncée des bois de tamarix, d’où lui est venu son nom arabe
+d’_es-soffâr-el-ahrech_, le _jaunissant les arbres verts_. Probablement
+une clématite.
+
+
+ ADAL (_temâhaq_) ; EL-KHOZZ (_arabe_).
+
+Mousse aquatique.
+
+
+ TÂNEDFERT (_temâhaq_) ; EL-’ATTÂSA (_arabe_).
+
+Commune. Pas de renseignements.
+
+
+ FARSÎGA (_arabe_ et _temâhaq_).
+
+Commune dans les montagnes du Ahaggâr et au Touât.
+
+
+ AKERFAL (_temâhaq_) ; EL-IADHÎDH (_arabe_).
+
+Quelques stations.
+
+
+ _PLANTES DE PLAINES._
+
+
+ TASSAK (_temâhaq_) ; ASKÂF (_arabe_).
+
+Commune. S’élève quelquefois dans la montagne.
+
+
+ AFESSÔR (_temâhaq_) ; ET-TOLÎHA (_arabe_).
+
+Commune.
+
+
+ TAMEDDOÛNET (_temâhaq_) ; OUMM-ES-SÎMA (_arabe_).
+
+Commune.
+
+
+ TAHENNA (_temâhaq_) ; ET-TEHENNA (_arabe_).
+
+Herbe toujours verte. Commune.
+
+
+ AFARFAR (_temâhaq_) ; EL-FOÛLA (_arabe_).
+
+Légumineuse.
+
+
+ RHASSÂL (_arabe_).
+
+Commune sur le plateau de Tâdemâyt.
+
+
+ CONCLUSION.
+
+
+Je le répète, si, dans cet inventaire, figure le plus grand nombre des
+plantes qui composent la végétation persistante du pays, celle sur
+laquelle comptent ses habitants pour la nourriture de leurs troupeaux,
+il est hors de doute que la végétation annuelle, celle qui naît, vit et
+meurt dans une courte saison, n’y est représentée que pour une très-
+minime partie. Mon exploration directe ou indirecte ne comprend
+d’ailleurs que le versant méditerranéen des montagnes des Touâreg ;
+quand on pourra explorer le versant nigritien de ces montagnes, quand
+surtout on pourra pénétrer dans le massif du Ahaggâr, plus élevé que le
+Tasîli, plus riche en eau, mieux boisé, il est probable que la flore du
+plateau central comprendra presque autant de plantes que celle du Sahara
+algérien aujourd’hui parfaitement connue par les voyages botaniques de
+M. le docteur Cosson et de ses collaborateurs.
+
+Plus on avance dans l’étude de la région désertique, et plus le désert,
+tel que notre imagination l’avait créé, disparaît pour faire place à une
+région exceptionnelle, sans doute, mais plus aride par le fait de
+l’homme que par l’abandon du Créateur.
+
+Tous les voyageurs chargés d’explorer le Sahara ont constaté que la
+morte-saison des végétaux correspondait aux mois des plus grandes
+chaleurs, et qu’après chaque pluie le sol se couvrait presque
+instantanément de plantes qu’on n’aurait pas soupçonnées s’y trouver en
+germe. Mon témoignage doit confirmer le leur. J’ai eu l’occasion de me
+trouver chez les Touâreg au moment où, après neuf années de sécheresse
+absolue, des pluies abondantes venaient d’arroser la terre, et j’ai vu
+se produire sous mes yeux le miracle de vastes espaces, nus la veille,
+transformés instantanément en pacages de la plus belle verdure. Sept
+jours suffisent pour que l’herbe nouvelle puisse nourrir les troupeaux.
+On donne à cette production spontanée le nom d’_’acheb_ ou celui de
+_rebîàa_, printemps.
+
+Mon exploration confirme aussi une loi bien connue de la géographie
+botanique : celle qui subordonne les stations des plantes bien plus à
+l’altitude des lieux qu’à leur latitude. Ainsi, alors que dans les
+vallées au Nord du Tasîli je trouvais des représentants de la flore
+intertropicale, au sommet de la montagne, au Sud, les plantes des
+environs de Montpellier n’étaient pas rares.
+
+Le lecteur comprendra pourquoi j’ai donné autant de développement à
+cette étude :
+
+Le pays, objet de mon exploration, est réputé un désert sans
+végétation ; j’ai tenu à constater que la Providence avait, même pour
+les lieux les plus arides, des ressources spéciales.
+
+Les botanistes qui avaient exploré le Sahara algérien avaient prévu, par
+la comparaison de leurs herbiers avec ceux du Sénégal, de la haute
+Égypte et de l’Arabie, qu’à partir de la zone reconnue par eux jusqu’à
+la limite des pluies tropicales, la végétation saharienne ne pouvait pas
+se modifier sensiblement ; j’avais à démontrer cette vérité.
+
+Enfin la marche des caravanes est souvent subordonnée aux lois
+naturelles du développement des plantes qui alimentent les chameaux ;
+j’avais à mettre sous les yeux du lecteur les éléments d’appréciation
+des causes qui règlent les départs et obligent à avoir des relais
+d’animaux.
+
+J’ose espérer que ces motifs feront excuser l’aridité d’une nomenclature
+très-étendue.
+
+
+
+
+ CHAPITRE III.
+
+ ANIMAUX.
+
+
+La faune du pays des Touâreg est en rapport avec sa flore. En général,
+les animaux y sont relativement plus rares que dans les parties du
+Sahara rapprochées du littoral. Cette remarque s’applique aussi bien aux
+animaux domestiques qu’aux animaux sauvages.
+
+
+ § Ier. — ANIMAUX DOMESTIQUES.
+
+
+Les animaux domestiques que possèdent les Touâreg sont :
+
+ Le chameau, _Amadjoûr_[90] ;
+
+ Le cheval, _Aïs_ ;
+
+ Le zébu, _Esoû_ ;
+
+ L’âne, _Eyhad_ ;
+
+ Le mouton, _Akerêr_ ;
+
+ La chèvre, _Tîrhsi_, plur. _Oûlli_ ;
+
+ Le chien, _Eydi_.
+
+On trouve, dans les villes seulement :
+
+ Le chat, _Akârouch_ ;
+
+ Le pigeon, _Tidebîrt_, plur. _Idebîren_ ;
+
+ Le coq, _Ikahi_ ; la poule, _Tîkahit_.
+
+Inutile de dire que le porc est exclu pour des motifs religieux.
+
+Les Touâreg n’ont aucun oiseau domestique, par la raison qu’ils n’en
+mangent pas.
+
+
+ _Chameau._
+
+
+La vie des Touâreg, plus encore que celle des autres Sahariens, est
+intimement liée à celle du chameau ; car ce noble animal est non-
+seulement sa monture de guerre, la locomotive de ses trains de caravane,
+l’_express_ qui fait disparaître l’espace, ce grand ennemi de l’habitant
+du désert, mais encore il est le pourvoyeur de ses principaux besoins.
+
+Son lait est presque l’unique aliment de la famille dans la saison des
+pâturages ;
+
+Sa viande est le _nec plus ultra_ de l’hospitalité offerte à l’hôte de
+distinction ;
+
+Son cuir, l’un des meilleurs qui existe, donne le tissu de la tente, la
+matière première des selles, des bâts, des chaussures et de la plupart
+des ustensiles de ménage ;
+
+Son poil fournit la matière textile des cordes d’arrimage des convois ;
+
+Sa fiente, récoltée, sert, ici, d’engrais fécondant pour les palmiers ;
+là, dans les grands espaces sans aucune végétation, de combustible avec
+lequel on fait cuire les aliments ;
+
+Enfin, sa trace, interrogée dans toutes les marches, fournit au voyageur
+des indications précieuses dont il est toujours tenu compte, soit
+qu’elle annonce le voisinage pacifique d’un troupeau au pacage, soit
+qu’elle signale le passage d’individus, isolés ou en caravanes, chargés
+ou non, amis ou ennemis ; car la largeur du pied, la longueur des
+ongles, la nature des déjections, révèlent à l’homme expérimenté tout ce
+qu’il a besoin de savoir sur les dispositions de ceux qui suivent la
+même route ou la traversent.
+
+La nécessité de pourvoir à la nourriture d’un animal si utile, on le
+comprendra sans peine, a obligé les Touâreg à adopter la vie nomade pour
+aller, suivant les saisons, suivant les pluies, chercher, ici l’eau, là
+les pacages que le chameau réclame.
+
+On distingue le chameau de selle du chameau de bât, qui diffèrent l’un
+de l’autre comme le cheval de course du cheval de trait :
+
+Le chameau de bât (_taouti_, plus communément _âmis_, fém. _tâlamt_,
+plur. _imenâs_, hongre, _indân_) constitue la base des troupeaux,
+l’élément des transports par caravanes ;
+
+Le dromadaire de selle (_arhelâm_, fém. _tarhelâmt_, hongre _aredjdjân_)
+est un animal presque de luxe, que les riches seuls possèdent.
+
+A son défaut, les pauvres montent souvent dans leurs courses des
+chameaux de bât dressés pour la marche accélérée auxquels on donne le
+nom spécial de _imenâs-wân-terîk_.
+
+La chamelle laitière, _tasaghârt_, providence des ménages, et l’étalon,
+_amâli_, objet de soins particuliers, représentent encore des
+individualités distinctes, ainsi que le chameau ayant la moitié de la
+tête blanche et l’autre moitié noire, _azerghâf_, considéré avec raison
+comme appartenant à une race en dégénérescence.
+
+Tandis que, pour les différents âges de l’homme, on ne connaît que
+l’enfance, la virilité, l’âge mur et la vieillesse, pour le chameau et
+la chamelle, il y a une série de périodes qui n’en finissent pas.
+
+Voici, par sexes, cette nomenclature :
+
+ Mâle. Femelle.
+
+ A la naissance _Aoura_, _Taouraït_.
+
+ Avant un an _Asâka_, _Tesâkaït_.
+
+ A un an _Aledjôd_ (_âledjôd_), _Tâledjot_.
+
+ A deux ans _Aleggès_ (_âleggès_), _Tâleggest_.
+
+ A trois ans _Akkanafoûd_, _Takkanafoûd_.
+
+ A quatre ans _Arhâir_, _Tarhâirt_.
+
+ A cinq ans _Egg-essîn_, _Ouelt-essîn_.
+
+ A six ans _Egg-ekkôz_, _Ouelt-ekkôz_.
+
+ A sept ans _Ameçadîs_ (_âmeçadîs_), _Tâmeçadîst_.
+
+ A huit ans _Ouân-tahelât_, _Tahelât_.
+
+Ces distinctions ont leur importance pour la détermination des charges à
+mettre sur le dos des animaux. Des proverbes qui, dans le Sahara comme
+ailleurs, formulent les préceptes de l’expérience, règlent les questions
+de poids à porter suivant l’âge des animaux.
+
+Mon intention n’est pas de faire ici une monographie du chameau, quoique
+l’importance du rôle de cet animal dans la vie saharienne exigerait
+quelques développements ; je me bornerai à dire que le chameau des
+Touâreg, de selle ou de bât, comparé à celui du Nord, a généralement les
+formes délicates, le poil ras, la robe d’un ton clair, se rapprochant de
+la couleur des sables ou des plaines jaunâtres au milieu desquels il
+vit.
+
+Sa sobriété aussi est plus grande, il endure mieux la faim et la soif ;
+cependant sept journées sont la plus grande limite d’abstinence qu’il
+puisse supporter en été, lorsqu’il est en marche et chargé. En hiver,
+quand les herbes sont aqueuses, il peut rester au pâturage un et deux
+mois, même plus, sans avoir besoin d’être abreuvé.
+
+Par les immenses quantités de chameaux que possèdent les tribus du
+Sahara algérien, on serait tenté de croire que ces animaux doivent être
+plus nombreux encore chez les Touâreg ; il n’en est pas ainsi. Le plus
+riche propriétaire de chameaux, dans tout le pays d’Azdjer, n’en a
+qu’une soixantaine environ. Il y a lieu d’ajouter que la sécheresse et
+le manque de pâturages, dans les neuf dernières années, y ont beaucoup
+diminué la richesse cameline.
+
+Le chameau, chez les Touâreg, est abattu comme bête de boucherie, et sa
+viande, avec celle du mouton et de la chèvre, est à peu près la seule
+qu’ils mangent, soit fraîche, soit salée, soit séchée. J’ai dû m’en
+nourrir souvent dans mon voyage et je lui ai reconnu de bonnes qualités.
+
+Quoique le lait des chamelles soit la principale nourriture des familles
+pendant la saison des pâturages, il est toujours rare dans les tribus,
+parce que les bonnes laitières, sans pacages suffisants, sont difficiles
+à trouver dans l’espèce cameline comme dans toutes les autres races
+d’animaux : aussi les Touâreg croyaient-ils me faire un grand cadeau en
+m’envoyant un litre de lait.
+
+
+ _Cheval._
+
+
+Le cheval est aujourd’hui très-rare chez les Touâreg, la période de
+sécheresse que le pays vient de traverser en ayant réduit beaucoup le
+nombre. Jadis quelques chefs avaient des juments poulinières et
+faisaient des élèves, maintenant ceux qui veulent avoir des chevaux les
+tirent du Touât où l’espèce chevaline paraît être belle.
+
+En temâhaq, le cheval se dit _aïs_, la jument _tâbedjoût_, _tâbedjooût_,
+le poulain _ahoûdj_, la pouliche _tahôk_.
+
+Quoique les chevaux soient rares dans le Sahara, et quoiqu’il soit très-
+difficile de les y nourrir et de les y abreuver, j’ai acquis, par
+expérience personnelle, la preuve qu’un voyageur, avec des provisions
+d’eau et d’orge suffisantes, n’est pas obligé d’adopter exclusivement la
+monture incommode du chameau, même dans les régions sablonneuses.
+
+Si je dois en croire le marabout Sîdi-el-Bakkây et le Cheïkh-’Othmân,
+deux autorités indiscutables dans les questions sahariennes, les Arabes
+nomades des rives de l’Océan viennent avec des chevaux, jusque sur la
+route d’In-Sâlah à Timbouktou, pour y piller les caravanes. Des
+chameaux, chargés d’eau et de suif, accompagnent ces expéditions. On
+nourrit d’abord les chevaux avec le suif, et dès qu’un chameau est
+déchargé, on le tue, et sa viande est employée à nourrir hommes et
+chevaux. Ainsi approvisionnés, ces pillards peuvent attendre, pendant
+des mois entiers, dans les solitudes les plus arides.
+
+Des expéditions de cavalerie ont été entreprises par les sultans de
+Mourzouk contre le Kânem, dans l’Afrique centrale, et elles ont surmonté
+les difficultés de la nourriture des chevaux.
+
+Le cheval s’habitue très-bien à ne boire que tous les deux jours.
+
+
+ _Zébu_.
+
+
+Le zébu ou bœuf à bosse, très-commun dans le Soûdân, est représenté,
+chez les Touâreg, par quelques individus dont les habitants de Rhât font
+usage pour leurs labours.
+
+On lui donne, dans le pays, le nom d’_esoû_, pl. _tisita_. La vache
+s’appelle _têsout_, le veau _tahârhôlt_, le veau qui tette _alôki_.
+
+Cet animal doux, intelligent, sobre, facile à manier, sert maintenant
+comme bête de somme ; autrefois on l’employait comme bête de trait.
+
+Avant l’importation du chameau dans le Sahara, à une époque incertaine,
+mais qu’on peut fixer approximativement du IIIe au IVe siècle de notre
+ère, tous les transports entre le Nord et le centre de l’Afrique étaient
+faits par des zébus, non pas à dos, ainsi que cela se pratique
+aujourd’hui encore dans la zone des pluies tropicales et à l’exclusion
+du chameau, qui n’est même plus connu au delà du Niger, mais au moyen de
+chariots que les zébus traînaient.
+
+Sur la route que suivaient les Garamantes, de Djerma au pays d’Aïr,
+route encore parfaitement tracée, comme sont les anciennes voies
+romaines, on trouve, à la station d’Anaï[91], de grandes sculptures sur
+le rocher, qui représentent très-distinctement des chariots avec roues,
+traînés par des bœufs à bosse.
+
+Je n’ai pas pu visiter cette contrée, mais d’après les renseignements
+qui m’ont été donnés, je ne puis douter de la signification de ces
+sculptures.
+
+En traversant la vallée de Telizzarhên, sur la route directe de Mourzouk
+à Rhât, M. le docteur Barth a trouvé plusieurs sculptures analogues à
+celles d’Anaï, dans lesquelles le bœuf à bosse joue le principal rôle.
+Il est à remarquer qu’aucune des sculptures de l’époque garamantique
+trouvées jusqu’à ce jour ne rappelle le chameau, et que cet animal
+n’apparaît, à l’exclusion du bœuf, que dans les épigraphies grossières
+des Touâreg modernes.
+
+L’emploi exclusif du bœuf pour les transports, dans les temps anciens,
+implique une richesse en eaux et en pâturages beaucoup plus grande que
+celle de l’époque actuelle. J’aurai l’occasion de faire remarquer, dans
+le cours de ce chapitre, qu’il a dû en être ainsi.
+
+
+ _Ane._
+
+
+En temâhaq, l’âne s’appelle _eyhad_, l’ânesse _têihêt_, l’ânon
+_amâïnou_.
+
+Après le chameau, l’âne est l’animal domestique qui rend le plus de
+services aux Touâreg, surtout aux serfs, dont le plus grand nombre est
+réduit à cette unique bête de somme.
+
+Les ânes du pays des Touâreg sont remarquables par leur taille élevée et
+leur sobriété, presque égale à celle du chameau. Ils ont le pelage gris
+cendré sur le dos, blanc sous le ventre, avec une croix très-marquée,
+d’un beau noir, sur les épaules.
+
+L’âne existant encore à l’état sauvage, dans quelques contrées du pays,
+il en est beaucoup, parmi ceux domestiqués aujourd’hui, qui ont été
+arrachés à la liberté depuis peu de temps : aussi sont-ils généralement
+peu dociles et se ressentent-ils de l’état sauvage dans lequel ils ont
+vécu.
+
+
+ _Mouton._
+
+
+Les seuls troupeaux de bétail de rente, chez les Touâreg, se composent
+de chèvres et de moutons à poils comme ceux du Soûdân.
+
+Le mouton, en général, s’appelle _akerêr_ en langue temâhaq. Les Touâreg
+distinguent le _mouton à laine_ des Arabes du Nord du _mouton à poil_ de
+leur pays, en donnant au premier le nom d’_akerêr-âjelbi_ ou _ouân-
+tedoûft_, et au second celui de _akerêr-Emmôhagh_ ou mouton des Imôhagh.
+
+Cette variété de la race ovine se distingue surtout de ses congénères
+par la hauteur de ses membres : c’est pourquoi les zoologistes lui ont
+donné le nom d’_Ovis longipes_, ou mouton à longues jambes.
+
+A la taille il joint un développement considérable de toutes les parties
+de son corps.
+
+La tête est allongée, le nez arqué, les oreilles pendantes, la queue
+longue et fine.
+
+Sa toison, blanche et noire ou de couleur fauve, à poil long et rude, ne
+rappelle nullement celle des moutons à laine.
+
+Le mâle seul a des cornes, et il en a souvent quatre.
+
+La brebis se dit _tâheli_, l’agneau _âbedjoûdj_, le petit qui vient de
+naître, _âkarouât_, le mouton bistourné, _adjoûr_.
+
+Ce mouton supporte la marche du cheval, sans doute par suite de
+l’habitude qu’il a contractée de parcourir de grands espaces pour
+trouver sa nourriture.
+
+Les Touâreg n’élèvent le mouton que pour sa viande et son cuir ; sous ce
+double rapport, l’animal ne laisse rien à désirer, car il donne autant
+de viande et un cuir aussi grand que deux moutons de l’Algérie. J’ai
+trouvé sa viande bonne : il est vrai que je n’ai pu la juger
+comparativement.
+
+
+ _Chèvres._
+
+
+Les Touâreg distinguent deux espèces de chèvres : celle à poils ras,
+_tîrhsi_, pl. _oûlli_, et celle à longs poils, _tâjelbît_. Ils nomment
+le bouc _ahôlagh_, le chevreau _aboûledj_, le petit _erheïd_ ou
+_tirheïdet_, suivant son sexe.
+
+Les troupeaux de chèvres sont beaucoup plus nombreux que ceux de
+moutons, parce que leur aptitude à aller dans tous les terrains et à
+vivre de broussailles leur permet de trouver plus facilement leur
+nourriture.
+
+Les chèvres du pays des Touâreg n’ont rien qui les différencie
+sérieusement de celles de l’espèce commune du Nord de l’Afrique ; elles
+sont d’une grande ressource pour les serfs auxquels elles donnent
+viande, lait, poil et cuir, qu’ils utilisent.
+
+
+ _Chiens._
+
+
+Les Touâreg possèdent trois sortes de chiens : le lévrier, _ôska_, le
+chien arabe, à long poil, _âbar-hoûh_, très-rare, et un bâtard de ces
+deux espèces, à poil ras, qui porte le nom commun de l’espèce, _eydi
+teydît_, suivant les sexes. Ce dernier, de beaucoup le plus nombreux,
+sert à la fois de chien de garde et de chien de chasse.
+
+Quand j’aurai ajouté à cette liste le chat ordinaire, quelques poules et
+des pigeons, mais seulement dans les villes, j’aurai énuméré tous les
+animaux domestiques qui se trouvent dans le pays.
+
+Sans aucun doute le nombre des espèces, et, dans chaque espèce, le
+nombre des individus, pourraient être plus considérables malgré
+l’aridité générale du sol ; mais le servage est un obstacle presque
+insurmontable à l’accroissement des animaux domestiques. Le serf n’a
+aucun intérêt à accroître les troupeaux de son seigneur ; car leur
+augmentation doublerait son travail de garde. Quant à ceux qui lui
+appartiennent en propre, il aurait un bénéfice réel à les multiplier, si
+le seigneur n’était là, prélevant une sorte de dîme et quelquefois plus
+que la dîme, puisqu’il peut prendre tout ce que possède et produit
+l’homme attaché à la glèbe.
+
+
+ § II. — ANIMAUX SAUVAGES.
+
+
+Si la nomenclature des animaux domestiques laisse à désirer, celle des
+bêtes fauves, quoique plus riche, dénonce également un pays pauvre.
+
+
+ _Mammifères._
+
+
+Parmi les mammifères on compte :
+
+
+La chauve-souris, _watwat_, _thîr-el-lîl_ (ar.) ;
+
+La hyène, _irkenî_, _bêtfen_ (tem.), _dhebaá_ (ar.) ;
+
+Un carnivore ? _tahoûri_ (tem.) ;
+
+Le chacal, _âbaggui_ (tem.), _dhîb_ (ar.) ;
+
+Le loup ? _adjoûlé_ (le mâle en temâhaq) ;
+
+_Id._ _tarhsît_ (la femelle), pl. _tirhés_ ;
+
+Le fennec (Fennecus Brucei), _akhôr-hi_, _akôzhekkal_, _khônchekki_,
+_arhôleh_ (tem.), _el-fenek_ (ar.) ;
+
+Le renard, _abârrân_ (tem.), _thaáleb_ (ar.) ;
+
+Le guépard (Felis jubata) _amayâs_ (tem.), _fehed_ (ar.) ;
+
+Le chat sauvage (Felis catus) _târhda_ (tem.) ;
+
+_Id._ _bârheda_ (tem.) ;
+
+_Id._ _el-gatt_ (tem.) ;
+
+Le rat rayé (Mus barbarus) _akoûnder_ (tem.), _djird_ (ar.) ;
+
+Le rat ordinaire, _akôteh_ (tem.), _fâr_ (ar.) ;
+
+Le Ctenodactyle de Masson, _têlout_ (tem.), _goundi_ (ar.) ;
+
+La gerboise, _idhaoui_ (tem.), _djerbouá_ (ar.) ;
+
+Le lièvre isabelin, _tîmerouelt_ (tem.), _arneb_ (ar.) ;
+
+L’onagre, _ahoûlil_ ( tem.) ;
+
+Le hérisson, _tikanêsit_ (tem.), _ganfoûd_ (ar.) ;
+
+L’antilope addax, _amellâl_ (m.), _tamellâlt_ (fém. tem.), _el-
+meha_(ar.) ;
+
+L’antilope mohor, _êner_ (tem.), _el-mohor_ (ar.) ;
+
+L’Alcelaphe bubale (ant. orix) _tiderît_ (tem.), _beguer-el-ouahch_
+(ar.) ;
+
+Le mouflon à manchettes, _oûdad_ (tem.), _laroui_ (ar.) ;
+
+La gazelle commune, _akankôd_, pl. _ihinkâd_ (tem.), _ghozâl_ (ar.) ;
+
+La gazelle des dunes, _tedemît_ (tem.), _er-rîm_ (ar.) ;
+
+Un petit mammifère ? _akaokao_ (tem.) ;
+
+Un rat des champs (au Fezzân), _koroumbâko_.
+
+
+Le lion _âhar_ ; la panthère, _anâba_, _dâmesâ_ ; le sanglier,
+_azhîbara_ (appelé _adaouiydaouay_ dans l’Aïr et _aganguera_ dans le
+Ahaggâr) ; l’éléphant, _êlou_, le buffle, _tahâlmous_, ainsi que le
+rhinocéros et l’hippopotame, quoique connus des Touâreg du Nord, dans
+leurs voyages au Nord et au Sud, ne sont pas des animaux propres à leur
+pays, trop pauvre en eaux, en végétaux ou en gibier, pour qu’ils
+viennent s’y aventurer.
+
+Quelquefois les Touâreg rapportent du Soûdân, soit comme articles de
+commerce, soit comme objets de curiosité, des singes, _adâguel_ (tem.),
+_guerd_ (ar.), connus sous le nom de Guenon patas (_Cercopithecus
+ruber_) ; j’en ai acheté deux qui sont au _Muséum d’histoire naturelle_
+de Paris.
+
+
+ _Oiseaux_ (_îguedâd_).
+
+
+Parmi les oiseaux figurent :
+
+
+Un aigle noir et blanc, _îhadar_ (tem.) ;
+
+Un aigle à tête blanche, _azhîzh_ (tem.) ;
+
+Le néophron, _tarhâldji_ (tem.) ;
+
+Le gypaète, _tamîdda_ ( tem.) ;
+
+Le faucon, _imestarh_ (tem.) ;
+
+La chouette, _taouîk_ (tem.) ;
+
+Le hibou, _bôinhên_ (tem.) ;
+
+Le corbeau, _arhâlidj_, _arhâla_ (tem.) ;
+
+Le moineau des arbres, _çiden-n-izelán_ (tem.) ;
+
+Un motteux, _belrhô_ (tem.), _boû-bechîr_ (ar.) ;
+
+Une bergeronnette, _meçîçi_ (ar.) ;
+
+L’hirondelle, _amêstarh_ (tem.), _khotteïfa_ (ar.) ;
+
+Le pigeon ramier, _tîdebîrt_ (tem.) ;
+
+Le flamant, _adjâïs_ (tem.) ;
+
+Le Pteroclurus alchata, _erak_ (tem.) ;
+
+Le ganga, _tîkedouin_ (tem.), _gatâ_ (ar.) ;
+
+La bécassine, _tenêq_ (tem.) ;
+
+Le canard sauvage, _tenêq-en-âman_ (tem.) ;
+
+La demoiselle de Numidie, _arhellendjoûm_ (tem.) ;
+
+L’autruche, _ânhil_ (m.), _tânhîlt_ (fém.), plur. _tînhâl_ (tem.).
+
+
+Tels sont, sauf quelques omissions, les seuls oiseaux que nourrit et que
+peut nourrir le pays, oiseaux voraces pour la plupart, et qui
+trouveraient à vivre là où il n’y a rien.
+
+Quant aux autres espèces, celles qui aiment l’ombrage, les fleurs, les
+eaux, le voisinage de l’homme, la vie et le mouvement, que feraient-
+elles au milieu d’une nature désolée, aride, où la mort règne sur
+d’immenses espaces ?
+
+Un des caractères du désert, celui qui surprend le plus les voyageurs
+européens, est l’absence d’oiseaux. On peut voyager une semaine, dans
+certaines contrées, sans en rencontrer un seul.
+
+Souvent les caravanes rapportent aussi du Soûdân des perroquets, _akoû_
+(tem.).
+
+
+ _Reptiles._
+
+
+La série des reptiles est plus complète, quoique la famille des
+chéloniens manque entièrement.
+
+Parmi les sauriens, on compte :
+
+
+Le crocodile, _arhôchchâf_ (tem.) ;
+
+Le gecko des murailles, _amazregga_ (tem.) ;
+
+Le gecko des sables, _timakouert_ (tem.), _boû-kechâch_ (ar.) ;
+
+Un lézard vert et rouge, _ametarhtarh_ (tem.) ;
+
+Un lézard jaune, _tîmekelkelt_ (tem.) ;
+
+Le scinque, _tân-ahâlmouit_ (tem.), _zelgâg_ (ar.) ;
+
+Le même (jeune), _imechellerh_ (tem.) ;
+
+Le fouette-queue (Uromastix), _aguezzarâm_ (tem.), _dhobb_ (ar.) ;
+
+Le varanus, _arhâta_ (tem.), _el-ourân_ (ar.).
+
+
+Les batraciens n’ont que deux représentants : la grenouille, _âdjeroû_,
+autour des sources et des lacs, et le crapaud des joncs, autour des
+oasis.
+
+Les ophidiens venimeux sont très-connus, et même au delà du chiffre de
+leur nombre réel, car la nomenclature locale comprend deux espèces dont
+l’existence est au moins douteuse.
+
+Voici cette nomenclature :
+
+
+Vipère cornue, _tâchchelt_ (tem.), _lefa’a_ (ar.) ;
+
+Vipère des jongleurs, _seffeltès_ (tem.) ;
+
+Vipère minute, _zorreïg_ (ar.) ;
+
+Serpent fabuleux, _âchchel_ (tem.) ;
+
+Autre serpent fabuleux, _tânerhouet_ (tem.).
+
+
+Les ophidiens non venimeux, probablement plus nombreux que les
+précédents, sont tous confondus sous deux noms communs : _âchchel_ et
+_emedjel_ (tem.).
+
+
+ _Poissons._
+
+
+Dans un pays où l’eau manque, les poissons doivent être rares ;
+cependant on en distingue trois espèces :
+
+Le Clarias lazera, _asoûlmeh_ (tem.) ;
+
+Une autre espèce, _isâttafen_ (tem.) ;
+
+_Id._ _imanân_ (tem.).
+
+
+ _Arachnides._
+
+
+Deux familles de cette classe sont représentées dans le pays par les
+scorpions, _tâzherdâmt_, et les araignées, _sârâs_, dont l’une, très-
+grande, _tîn-aghrân_, est réputée venimeuse par les indigènes.
+
+
+ _Insectes._
+
+
+L’entomologie intéresse assez peu les Touâreg pour qu’ils ne s’amusent
+pas à donner des noms particuliers aux myriades de petits êtres qui
+composent cette classe d’animaux ; ils se bornent à distinguer par des
+noms particuliers les grandes familles qui ont des caractères bien
+tranchés. Leur classification peut être résumée ainsi qu’il suit :
+
+
+Coléoptères, _éguélê_ (gros), _téguéleyt_ (petits) ;
+
+Orthoptères (sauterelles), _tâhouâlt_ ;
+
+Névroptères (libellules), _tâtel-oûlarhet_ (mot-à-mot, qui vole bien).
+
+Hyménoptères (abeilles), _tîhenkêkert-en-toûraout_ ;
+
+_Id._ _id._ _tîhenkêkert-en-tâment_ ;
+
+Hémyptères (punaises du chameau), _tachelloûft_ ;
+
+_Id._ (_id._ sa larve), _adjôrmel_ ;
+
+_Id._ (punaises des maisons), _bîzbîz_ ;
+
+Lépidoptères (papillons), _ehellêloû_ ;
+
+Diptères (moustiques), _tadast_ ;
+
+_Id._ (mouches du chameau), _aheb_ ;
+
+_Id._ (mouches de l’homme), _ehi_, pl. _ehân_ ;
+
+_Id._ (_Arthemia Oudneii_, larve), _ed-doûda_.
+
+
+ _Myriapodes._
+
+
+Cette classe très-nombreuse d’animaux inférieurs n’est représentée que
+par un seul type, la scolopendre, _téouânt_ des Touâreg, _sott-el-kheïl_
+des Arabes.
+
+
+ _Annélides._
+
+
+Un seul genre de cette famille, les sangsues, _tâdelît_, appelle
+l’attention par les accidents qu’elle détermine sur les animaux qui vont
+boire avec avidité dans les eaux troubles.
+
+Le ver de terre se dit _tâoukki_.
+
+
+ _Mollusques._
+
+
+Toutes les coquilles sont confondues sous le nom général d’_issînen-
+tafoûk_ (tem.).
+
+Cependant les Touâreg donnent le nom d’_izhabi_ à une volute venant de
+la côte de Guinée, et qui est employée comme pendant d’oreille ; de
+_tâmguelloût_ à la _Cyprea moneta_, qui sert de monnaie au Soûdân ; de
+_ifarghas_ aux coquilles d’eau douce et particulièrement à celles du
+genre _Melania_.
+
+Parmi les coquilles fluviales ou palustres que j’ai recueillies dans mon
+voyage se trouvent :
+
+Une _Planorbis_ nouvelle et la _Physa contorta_ récoltées à Bîr-ez-
+Zouâït, région des dunes ;
+
+La _Melania fasciolata_, commune dans les environs de Ghadâmès et de
+Titerhsîn ;
+
+La _Melanopsis Dufouri_ de l’Ouâd-Biskra ;
+
+Une _Paludine_ à déterminer, provenant d’Aïn-Temôguet (environs de
+Djâdo).
+
+
+ _Parasites._
+
+
+L’un est spécial au pays, le ver de Guinée, _arhân_ ; l’autre, le pou,
+_tillik_, commun à toute la partie de l’espèce humaine qui vit dans la
+malpropreté.
+
+Les vers intestinaux, fréquents chez les enfants, se nomment
+_achchellen_ (serpents).
+
+Un parasite des végétaux, donnant un miel de qualité inférieure, porte
+le nom de _kharnît_.
+
+
+ _ESPÈCES REMARQUABLES._
+
+Cette nomenclature aride exige, comme complément, quelques lignes sur
+les espèces qui appellent l’attention.
+
+
+ _Tahoûri._
+
+
+Sous ce nom, les Touâreg connaissent un grand carnivore, de la taille de
+la hyène, commun dans toute l’Afrique centrale et qui porte les noms
+suivants dans les pays qu’il habite :
+
+ Au Haoussa, _Kora_ ;
+
+ A Timbouktou, _Kourou_ ;
+
+ Au Touât, _Gabou_.
+
+D’après les Touâreg venus à Paris, il y aurait au Jardin des plantes un
+tahoûri originaire du Sénégal.
+
+D’après M. le commandant Hanoteau, il en existerait dans le Ahaggâr deux
+variétés : l’une noire, l’autre blanche. Cette dernière serait très-
+craintive.
+
+
+ _Loup. — Adjoûlé._
+
+
+Je donne le nom de loup à une espèce très-féroce qui vit dans le haut du
+Tasîli et dans les montagnes du Ahaggâr. Je n’ai pas vu cet animal et je
+n’ose pas affirmer qu’il soit réellement un loup ; cependant, par les
+renseignements qui m’ont été donnés, je ne puis que l’assimiler à cet
+animal.
+
+« Il ressemble à un grand chien fauve, disent les Touâreg, et il est le
+seul carnivore de notre pays qui attaque l’homme sans même être provoqué
+à la défense. »
+
+Les anciens auteurs avaient signalé la présence du loup dans le Nord de
+l’Afrique : il n’est donc pas étonnant qu’il s’y retrouve là où la
+présence de l’homme ne lui dispute pas le terrain.
+
+Cette espèce semble d’ailleurs tendre à disparaître des montagnes des
+Touâreg, comme elle a disparu du Tell, car aujourd’hui, si l’on en croit
+les indigènes, elle serait déjà assez rare.
+
+
+ _Guépard._
+
+
+Le guépard est assez commun dans toute la région de l’’Erg, au Sud de la
+Tunisie, de l’Algérie et du Maroc ; il entre peu dans les montagnes des
+Touâreg.
+
+Les Souâfa le chassent pour sa peau, plus petite, mais aussi belle que
+celle de la panthère.
+
+Dans l’Asie méridionale, où cet animal existe, on le dresse pour la
+chasse : d’où lui est venu le nom vulgaire de _tigre-chasseur_. Dans les
+contrées de l’Afrique septentrionale, où on le rencontre, le guépard
+chasse pour son compte seulement.
+
+
+ _Onagre._
+
+
+L’onagre ou âne sauvage vit en troupeaux dans le Tasîli du Nord, dès la
+plus haute antiquité, car Pline le signale à peu près dans les mêmes
+lieux. C’est un bel animal, assez grand, très-rapide, mais d’une
+domestication difficile.
+
+Les Touâreg ont renoncé à le poursuivre ; ils lui tendent des piéges.
+Les jeunes seuls, susceptibles d’être dressés, sont conservés vivants.
+On tue les vieux pour avoir leur peau.
+
+
+ _Antilope mohor._
+
+
+Ce ruminant, si remarquable par ses cornes recourbées en avant, par la
+blancheur de son pelage, par la gracieuseté de sa démarche, vit en grand
+nombre dans la plaine d’Admar. On commence à le trouver dans les dunes
+de l’’Erg. Il est très-commun dans le pays d’Aïr. Les Touâreg le
+chassent pour sa viande et pour sa peau dont ils font leurs boucliers.
+
+Le cuir de l’antilope mohor est épais et assez résistant pour parer
+utilement les coups de flèche, de sabre, de javelot et de lance. Il peut
+dévier la balle, l’amortir, mais non la repousser.
+
+
+ _Antilope oryx._
+
+
+La viande de cet animal, appelé _bœuf sauvage_ par les indigènes, sert
+en grande partie à l’alimentation des Sahariens et des caravanes.
+
+Les Cha’anba et les Souâfa lui font de grandes chasses dans l’’Erg et
+viennent vendre à Ghadâmès la chair salée et séchée qui en est le
+produit.
+
+Pendant mon séjour dans cette ville, j’ai souvent fait usage de cette
+viande.
+
+
+ _Akaokao._
+
+
+Les Touâreg donnent ce nom à un petit mammifère noir, à peau
+excessivement dure, qu’on trouve dans les ouâdi de l’Akâkoûs et du
+Tasîli, et qui vit sur les arbres dont il mange les feuilles.
+
+Cet animal est très-craintif et fuit dans les fentes des rochers dès
+qu’il entend venir quelqu’un.
+
+
+ _Autruche._
+
+
+L’autruche est rare dans le pays des Touâreg et on ne chasse même pas
+celles qui y sont, parce que les habitants de cette contrée, n’utilisant
+pas, comme les Arabes, sa graisse et sa chair, ne trouvent pas d’intérêt
+sérieux à la poursuivre. Quant aux plumes, déchirées par les rochers,
+elles n’ont aucune valeur.
+
+Celles de la région sablonneuse de l’’Erg sont, au contraire, très-
+renommées pour leur belle conservation. Les Souâfa obtiennent des
+dépouilles de ces oiseaux des prix plus élevés que de celles de toute
+autre provenance.
+
+Le 7 mars 1861, au puits de Tarz-Oûlli, sur la route de Rhât, j’ai
+rencontré un marchand de Ghadâmès, El-Hâdj-Mohammed-ben-Deloû, qui
+suivait une caravane lui appartenant. Il était accompagné dans son
+voyage par une autruche femelle privée. On lui mettait des entraves
+comme aux chameaux qui vont au pacage. Ce fait ne parut pas
+extraordinaire à mes compagnons de route.
+
+
+ _Gypaète._
+
+
+Les Touâreg tirent cet oiseau, d’ailleurs commun, pour en avoir la
+graisse et la viande. L’une et l’autre sont préconisées contre les
+piqûres et les morsures d’animaux venimeux.
+
+
+ _Crocodile._
+
+
+Je signale la présence du crocodile dans les lacs de Mîherô, et aussi à
+la tête de l’Ouâdi-Tedjoûdjelt, en un endroit appelé Tadjeradjeré, sur
+le rebord Sud du Tasîli du Nord.
+
+Les grandes inondations qui ont eu lieu à l’époque de mon passage à
+Tikhâmmalt m’ont empêché d’aller moi-même constater l’identité de cet
+animal amphibie avec ceux du Nil ou du Niger, mais les renseignements
+précis et certains qui m’ont été donnés par des personnes ayant vu le
+crocodile en Égypte et dans le Soûdân, l’effroi qu’il inspire aux serfs
+riverains, la dîme qu’il prélève sur les troupeaux qui vont boire aux
+lacs, enfin les blessures dont quelques Touâreg portent la cicatrice, ne
+me laissent aucun doute à cet égard.
+
+D’après les Touâreg, ce reptile reste caché dans des grottes sous-
+aquatiques pendant l’hiver et il vient à partir du printemps sur le
+rivage.
+
+A la saison des amours, disent-ils, les femelles poussent des cris
+semblables à ceux des chameaux en rut.
+
+Toutefois, l’existence d’un aussi grand animal dans de petits lacs de
+quelques hectares à peine et dans un pays où les pluies sont rares
+semble d’abord improbable. Cependant l’histoire et la constatation
+récente de l’existence du crocodile dans des régions similaires
+m’autorisent à maintenir ce saurien dans la nomenclature de la faune du
+pays des Touâreg du Nord.
+
+Pline nous apprend que le fleuve Nigris (l’Igharghar moderne) était
+habité par des crocodiles ; que l’éléphant se trouvait à l’état sauvage
+sur les bords du Guîr, rivière saharienne qui aboutit au Touât, et même
+dans les belles vallées de Ghariân, au pied des montagnes de la
+Tripolitaine, au Nord des lacs de Mîherô.
+
+Les historiens, d’accord avec les géographes et les naturalistes, nous
+enseignent en outre que les Carthaginois se servaient d’éléphants
+domestiques dans leurs guerres.
+
+Pour que des éléphants aient pu vivre en liberté dans le Nord de
+l’Afrique, il a fallu que le pays fût alors plus boisé et mieux arrosé
+qu’aujourd’hui.
+
+Là où il y a assez d’eau pour l’éléphant, il y en a assez pour le
+crocodile, car l’un et l’autre se rencontrent à peu près partout dans
+les mêmes localités.
+
+On a été aussi surpris en apprenant, par les explorations de MM. V.
+Guérin et Roth, que le crocodile se trouvait encore en Palestine dans
+l’Ouâdi-Timsah, torrent analogue à ceux du Sahara. Désormais ce fait est
+accepté par la géographie zoologique.
+
+D’ailleurs, l’existence du crocodile dans les lacs du Tasîli du Nord ne
+serait pas une exception dans la région saharienne, car, s’il faut en
+croire les Teboû, plusieurs lacs de leurs pays, notamment celui de
+Domor, sur la frontière du Borgou, seraient aussi peuplés de crocodiles.
+
+L’étonnement du lecteur sera moins grand, s’il se rappelle que les lacs
+à crocodiles de Mîherô sont une des têtes de l’Igharghar ; que, dans les
+temps anciens, l’Igharghar était, d’après Hérodote, un grand fleuve
+« ποταμός μέγας, » qui, sous le nom de _Triton_, se jetait dans la mer
+après avoir traversé trois grands lacs.
+
+Si le grand fleuve, dont le lit, à sec, n’a pas moins de 6 kilomètres de
+largeur au point où je l’ai traversé, roulait encore de grandes eaux,
+personne ne serait surpris que le crocodile fut un de ses hôtes ; par la
+même raison, on doit accepter comme vraisemblable, l’eau à ciel ouvert
+ayant manqué dans la partie inférieure du fleuve, que les animaux
+auxquels il donnait la vie soient remontés jusqu’à ses sources.
+
+Si le ποταμός μέγας d’Hérodote explique la présence des crocodiles dans
+les eaux des petits lacs de Mîherô, au besoin, ces crocodiles justifient
+l’identification de l’Igharghar moderne avec l’ancien fleuve Triton.
+
+Avec le temps tout a changé : faute d’eau, le chameau a remplacé le
+zébu ; faute d’eau, l’Igharghar est devenu un grand ouâdi au lieu d’être
+un grand fleuve, et de même qu’il y a encore quelques zébus dans
+l’oasis, riche en eau, de Rhât, de même il y a encore des crocodiles
+dans les lacs de Mîherô.
+
+La zoologie, dans ces cas, vient confirmer les traditions de l’histoire.
+
+
+ _Gecko des sables._
+
+
+Les Touâreg et les Arabes sont unanimes pour proclamer le gecko
+venimeux. Dans le midi de la France aussi le gecko des murailles est
+réputé dangereux. Tout au plus peut-on admettre que les plaies contuses
+résultant de la morsure de ce lézard ne guérissent pas comme des plaies
+simples.
+
+
+ _Ametarhtarh._
+
+
+Ce lézard, que j’ai rapporté du pays des Touâreg dans de l’alcool, a été
+reconnu, au Muséum d’histoire naturelle, n’être autre que l’_Agama
+colonorum_.
+
+Les Touâreg le disent venimeux et prétendent que son virus tue les
+chiens et rend les hommes malades.
+
+Ce saurien, comme beaucoup d’autres Agames, inspire de l’effroi quand on
+le voit, pour sa défense, dresser sa tête et son cou armé de piquants,
+mais il n’est certainement pas venimeux.
+
+
+ _Autres lézards._
+
+
+Parmi les lézards dont mon exploration constate de nouveau l’existence
+dans le Sud de l’Algérie se trouvent :
+
+ L’_Acanthodactylus Savignyi_, }
+ } _timekelkelt_ des Touâreg.
+ L’_Acanthodactylus vulgaris_, }
+
+ L’_Agama agilis_.
+
+Toutes ces déterminations, ainsi que celles des poissons, m’ont été
+données par M. le professeur Duméril.
+
+
+ _Vipère cornue._
+
+
+La vipère cornue ou _Cerastes Ægyptiaca_ se trouve dans tout le Sahara :
+commune dans les bas-fonds et les vallées, rare dans les lieux élevés,
+recherchant les points où le sol est blanc, fuyant ceux où il est noir.
+
+Plus encore que les autres vipères, ce reptile a besoin d’une grande
+chaleur pour être dangereux. En hiver, engourdi, il reste enfoui sous
+les sables ; en été, il se tient volontiers dans son trou pendant tout
+le temps que le soleil n’échauffe pas la terre de ses rayons.
+D’ailleurs, craintif, il fuit avec la rapidité de l’éclair au moindre
+bruit, de sorte qu’une double surprise est nécessaire pour qu’un
+accident ait lieu.
+
+Quoique plus rare chez les Touâreg que dans les autres parties du
+Sahara, cette vipère n’en est pas moins redoutée à cause de la gravité
+de sa morsure, et on prend des précautions pour s’en préserver.
+
+
+ _Vipère des jongleurs._
+
+
+La vipère des jongleurs, si remarquable par sa marche, la tête relevée
+et le cou étalé, en signe de menace, lorsqu’elle voit quelqu’un, est
+rare chez les Touâreg ; on la trouve plus communément au pied du versant
+Sud de l’Aurès à El-Faïdh et à Chegga, points les plus chauds et les
+mieux abrités du Sahara algérien.
+
+Les Arabes de ces deux contrées appellent le mâle _tha’abân_ et la
+femelle _na’adja_, nom conforme à celui sous lequel cette vipère est
+connue en zoologie : _Naja haje_.
+
+Ce serpent, m’a-t-on dit, atteint la grosseur de la cuisse de l’homme et
+une longueur de deux à quatre mètres. Il est noir, et, quand il devient
+vieux, il porterait sur le cou une touffe de poils !
+
+Il est de remarque générale que l’effroi causé par la vue des reptiles
+leur fait attribuer des dimensions en longueur et en grosseur qu’ils
+n’ont pas : il y a donc lieu de se tenir en garde contre l’appréciation
+et les descriptions des gens d’El-Faïdh et de Chegga.
+
+On sait que cette vipère est venimeuse, mais on ne se souvient pas que
+quelqu’un ait été atteint par son poison.
+
+
+ _Zorreïg._
+
+
+Le _zorreïg_ est la vipère vulgairement connue en Algérie sous le nom de
+_Vipère minute_, par une fausse identification avec la vipère du cap de
+Bonne-Espérance, rapportée par Levaillant. Son nom scientifique est
+_Échis carinata_ ou _Vipère des Pyramides_ de Geoffroy.
+
+On l’a trouvée aux environs d’Oran, mais elle est plus commune dans le
+Sud, sans y être très-fréquente. Elle n’existe pas chez les Touâreg.
+
+Desfontaines, qui, le premier, a signalé l’existence du zorreïg dans le
+Sud de l’Algérie, mais sans l’assimiler à aucune vipère connue, n’ayant
+pu se la procurer, lui attribue, d’après les indigènes, la faculté de
+s’élancer comme une flèche contre l’animal ou l’homme qu’elle veut
+atteindre. Sans avoir cette faculté au degré que la peur a peut-être
+amplifiée, il est incontestable que le zorreïg se dresse et se lance
+contre son ennemi, mais toujours à très-faible distance.
+
+L’identification de l’_Échis carinata_ avec le zorreïg des indigènes
+n’est pas douteuse, car, à Biskra, M. le capitaine Pigalle en possède un
+exemplaire trouvé dans la contrée, et les Arabes ne lui donnent pas
+d’autre nom.
+
+
+ _Psammophis punctatus._
+
+
+Parmi les reptiles que j’ai rapportés du pays des Touâreg et qu’ils
+confondent avec d’autres sous le nom général d’_âchchel_, s’en trouve un
+petit que j’ai capturé sur un arbre et qui a été reconnu être le
+_Psammophis punctatus_.
+
+En l’examinant, on lui a trouvé à la mâchoire supérieure des dents
+cannelées, à venin, et à la base des dents une glande produisant
+nécessairement une sécrétion sur les propriétés toxiques de laquelle la
+science n’est pas bien fixée.
+
+Ce reptile est rangé dans la classe des _Opisthoglyphes_.
+
+
+ _Cœlopeltis insignitus._
+
+
+Je signale ici, pour mémoire seulement, une couleuvre trouvée dans le
+Sahara algérien, qui a été reconnue être le _Cœlopeltis insignitus_.
+
+
+ _Serpents fabuleux._
+
+
+Ils sont au nombre de deux.
+
+Le plus petit, quoique ayant quatre fois la longueur de l’homme, porte
+une robe grise argentée avec des taches jaunes rougeâtres.
+
+On l’appelle _âchchel_.
+
+Cet animal sort peu l’hiver, il craint le froid.
+
+Le plus grand s’appelle _tânerhouet_ ; il est rare.
+
+Sa peau est tachetée, sa tête est couronnée de cornes, il crie comme un
+chevreau.
+
+Quand ce serpent marche, il laisse sur le sol des traces profondes de
+son passage.
+
+Voilà ce que disent les Touâreg.
+
+Mais, leur demande-t-on s’ils ont vu ces serpents, de leurs yeux vu,
+tous reconnaissent qu’ils en ont seulement entendu parler.
+
+Rien d’étonnant à ces créations imaginaires. Les ancêtres des Touâreg
+ont probablement, eux aussi, entendu parler de ce fameux serpent de
+Régulus qui anéantit une armée romaine près de Carthage.
+
+
+ _Poissons._
+
+
+J’ai déjà dit que les Touâreg avaient trois espèces de poissons dans
+leur pays : les _imanân_ qui vivent dans quelques rivières, l’_asoûlmeh_
+et l’_isattâfen_ qui se tiennent dans les lacs.
+
+Pendant que je séjournais à Tikhâmmalt, les eaux de débordement venues
+du Tasîli, en traversant les lacs, emmenèrent dans la plaine quelques
+poissons. Le seul que je pus me procurer est le _Clarias lazera_,
+l’asoûlmeh des Touâreg, armé de longues barbes, comme ceux de la même
+espèce trouvés dans le Nil et dans le Niger[92]. (Voir la planche ci-
+contre.)
+
+D’après les Touâreg, les isattâfen atteindraient la grosseur de la
+cuisse de l’homme et auraient une longueur de deux à trois coudées.
+
+Les poissons des lacs de Mîhero donnent lieu à une pêche qui contribue à
+l’alimentation des serfs riverains. A cet effet, ils creusent sur les
+bords des lacs de petits canaux étroits, aboutissant à des réservoirs
+dans lesquels les poissons viennent pour y chercher une nourriture
+qu’ils ne trouvent pas dans les profondeurs des lacs. Quand ils y sont
+entrés, on referme les conduits et on les prend.
+
+La présence des crocodiles dans ces lacs rend ce mode de pêche difficile
+et en interdit tout autre.
+
+J’ai rapporté de mon voyage, mais non du pays des Touâreg, d’autres
+poissons qui ont été reconnus être :
+
+L’un, trouvé dans les fossés de Tougourt, le _Glyphisodon Zillii_.
+Val. ;
+
+Deux autres, fournis par les eaux artésiennes de l’Ouâd-Rîgh, le
+_Cyprinodon doliatus_ et le _Cyprinodon cyanogaster_.
+
+Enfin, un quatrième, un _Chromis_, encore indéterminé, commun dans les
+eaux du Belâd-el-Djérîd, oasis de la Tunisie.
+
+Pl. VIII. Page 238. Fig. 16.
+
+[Illustration : CLARIAS LAZERA (POISSON DE L’OUADI-TIKHAMMALT).
+
+Dessiné d’après nature, par M. Bocourt, sur le sujet rapporté par M. H.
+Duveyrier et déposé au Muséum d’histoire naturelle de Paris.]
+
+
+ _Scorpion._
+
+
+Le scorpion est généralement plus commun que la vipère, mais, comme ce
+reptile, il préfère les bas-fonds chauds et humides aux terrains élevés,
+froids et secs.
+
+On en distingue deux variétés : le noir et le jaune. On dit le venin du
+noir plus dangereux. C’est à vérifier.
+
+Cette arachnide est relativement plus rare chez les Touâreg que dans les
+autres parties du Sahara, et sa piqûre y est moins dangereuse, car on
+dit qu’elle ne détermine pas des accidents graves. Dans les maisons des
+oasis, les piqûres sont plus fréquentes, le scorpion trouvant un refuge
+dans les interstices des briques crues des murailles, et l’obscurité
+favorisant ses attaques. A El-Ouâd, j’ai été piqué ainsi, dans mon lit,
+en dormant ; heureusement, une légère cautérisation avec l’ammoniaque
+liquide a aussitôt neutralisé les effets du virus.
+
+
+ _Araignée venimeuse._
+
+
+Cette araignée du genre _Galeodes_, dont l’Algérie possède plusieurs
+espèces, paraît affecter les plateaux élevés, car, dans mon exploration
+du Sahara, je ne l’ai trouvée que chez les Beni-Mezâb et chez les
+Touâreg.
+
+L’exemplaire de cette espèce que j’ai rapporté n’a pu être, faute de
+temps, déterminé par M. Lucas, professeur au Muséum d’histoire
+naturelle. (Voir _Mémoires de l’Académie des sciences_ : Galeodes.)
+
+Le venin de cette araignée ne produit jamais d’accidents sérieux.
+
+
+ _Coléoptères._
+
+
+D’autant moins nombreux et moins variés qu’on s’avance dans le Sahara,
+les coléoptères n’offrent guère à l’entomologiste que les genres
+suivants : cicindèles, graphiptères, carabes, scarites, buprestes,
+ateuchus, bouziers, blaps, pimelies.
+
+A peu près tous les insectes du pays des Touâreg sont noirs.
+
+Les sujets que j’ai rapportés de mon voyage sont :
+
+
+Des _Cicindèles_, indéterminables par suite d’avaries ;
+
+L’_Anthia venatrix_ ;
+
+L’_Anthia sexmaculata_ ;
+
+Le _Scarites heros_ ;
+
+La _Pimelia senegalensis_ ;
+
+Une _Adesmia_, voisine de la _montana_ de Klug ;
+
+Le _Trachiderma hispida_ ;
+
+Le _Scaurus carinatus_ ;
+
+Une _Akis_ indéterminée ;
+
+L’_Agryporus notodenta_ ;
+
+L’_Ateuchus sacer_.
+
+
+ _Sauterelles._
+
+
+Lors de mon séjour chez les Touâreg, il y avait plusieurs années que la
+sauterelle voyageuse n’avait paru : aussi n’en avaient-ils plus en
+provision. Je sais toutefois que l’apparition de ces orthoptères,
+calamité pour les habitants du Tell, est pour eux, comme pour tous les
+autres Sahariens, une bonne fortune, car elle leur assure des
+subsistances pour quelque temps.
+
+On conserve les sauterelles, soit confites dans l’huile, soit desséchées
+ou réduites en poudre.
+
+D’après la loi musulmane, ces animaux doivent être privés de la vie par
+un procédé quelconque, l’asphyxie ou l’ébullition, avant d’être
+conservés pour la nourriture de l’homme, car, si on les laissait mourir
+de leur belle mort, ils seraient réputés _djîfa_ et défendus ; mais il
+est douteux que cette prescription religieuse soit observée.
+
+Depuis mon retour, on m’a fait part de la bonne nouvelle de l’arrivée de
+cette manne du désert.
+
+Il faut avoir vu des invasions de sauterelles pour se faire une idée de
+l’étendue qu’elles embrassent et des ravages qu’elles causent.
+
+Quelquefois leurs essaims, aussi épais que des nuages, obscurcissent le
+soleil à plusieurs kilomètres à la ronde et font en volant un bruit
+sourd qui s’entend à de très-grandes distances.
+
+Malheur aux contrées sur lesquelles ils s’abattent, car ils y détruisent
+toute la végétation et dévorent les champs les plus riches, comme si le
+feu y avait tout consumé !
+
+
+ _Libellules._
+
+
+Elles n’existent qu’autour des sources, les unes rares comme les autres.
+C’est à peine si j’en ai vu quelques-unes pendant toute la durée de mon
+voyage.
+
+
+ _Abeilles._
+
+
+L’apiculture est très-restreinte chez les Touâreg : l’état nomade des
+populations et la pauvreté de la flore la rendent difficile ; néanmoins,
+dans les établissements fixes, quelques ruches donnent, dit-on,
+d’excellent miel.
+
+Des abeilles sauvages, plus communes que les abeilles domestiques,
+déposent leurs gâteaux dans les rochers, dans les trous des arbres.
+Quand on les découvre, on les récolte avec soin.
+
+Il semblerait que cette abeille, domestique ou sauvage, a été importée
+chez les Touâreg, soit de Tunis, soit du Soûdân, car ils assimilent
+l’espèce productive du véritable miel à celle de ces contrées, et ils
+l’appellent _tîhenkêkert-en-toûrâout_ (mouche du miel), pour la
+distinguer d’une autre mouche indigène à laquelle ils donnent le nom de
+_tîhenkêkert-en-tâment_ (mouche du _tâment_).
+
+Les Touâreg appellent _tâment_ des gouttes de miel ou de résine
+mielleuse qu’on trouve adhérente aux feuilles du tamarix éthel.
+
+Cette liqueur, douce, sucrée, que j’ai souvent goûtée, et à laquelle
+j’ai trouvé beaucoup des qualités du miel, est-elle produite par l’arbre
+ou par une mouche mellifère ? Je l’ignore.
+
+Quoi qu’il en soit, jusqu’à ce que le doute ait disparu, je constate
+qu’il y a chez les Touâreg une mouche spéciale, abeille ou non, à
+laquelle ils donnent le nom de mouche d’un miel particulier, autre que
+celui de l’abeille ordinaire.
+
+Un troisième miel, fourni par un insecte ou par une larve que les
+Touâreg appellent _kharnît_, est de qualité inférieure.
+
+
+Dans la XXVIe surate du Coran, le Prophète s’exprime ainsi sur le miel :
+
+Verset 70. « Ton Seigneur a fait cette révélation à l’abeille : Cherche-
+toi des maisons dans les montagnes, dans les arbres, dans les
+constructions des hommes. »
+
+Verset 71. « Nourris-toi de tous les fruits et voltige dans les chemins
+frayés par ton Seigneur. De tes entrailles sort une liqueur de
+différentes espèces, et elle contient un remède pour les hommes. »
+
+Commentant lui-même la parole de Dieu révélée par l’ange Gabriel, le
+Prophète ajoute dans ses _Hadîth_ :
+
+« Deux choses sont salutaires et nécessaires : le Coran et le miel. »
+
+Et ailleurs, il complète sa pensée en disant : « Quiconque en mourant
+aura du miel dans le ventre ne verra pas le feu de l’enfer. »
+
+Es-Sioûti, qui a recueilli en un livre toutes les pratiques médicales du
+Prophète, enseigne que le miel détruit la pituite, chasse la trop grande
+humidité du corps, déterge les ulcères de mauvaise nature et guérit les
+affections dépendantes de l’atrabile.
+
+« Mêlez, dit-il, du sel avec du miel, frictionnez avec ce mélange la
+langue d’un enfant qui n’a pas encore parlé : non-seulement cette
+opération lui donne la parole, mais elle développe extraordinairement
+son organe vocal. » Avis aux chanteurs qui voudront faire usage de la
+recette ; je la leur livre telle qu’elle se trouve dans Es-Sioûti.
+
+
+Recommandé par le Prophète, le miel est le remède par excellence de tous
+les musulmans ; il joue un rôle d’autant plus grand dans la vie des
+Touâreg que le sucre leur manque.
+
+Les riches font usage du _toûrâout_, les moins riches du _tâment_ et les
+pauvres du _kharnît_, mais cet usage est très-limité.
+
+
+ _Lépidoptères._
+
+
+Je n’ouvre ici un compte aux papillons du Sahara que pour constater leur
+rareté et leur infériorité sur tous les papillons connus.
+
+A quoi bon des animaux si brillants et si délicats au milieu du désert
+et d’une nature désolée ?
+
+
+ _Mouches et moustiques._
+
+
+Si les papillons n’embellissent pas le désert, par contre les mouches et
+les moustiques contribuent à y rendre l’existence de l’homme très-
+pénible, surtout dans les parties habitées.
+
+Pendant le jour les mouches, pendant la nuit les moustiques : c’est à
+n’y pas tenir. Il faut cependant s’habituer à leurs persécutions.
+
+Les moustiques au moins restent dans les oasis, dans les campements où
+il y a de l’eau ; mais les mouches suivent les caravanes au milieu des
+déserts les plus arides.
+
+Plus d’une fois, dans les villes, pour pouvoir écrire, je me suis vu
+dans la nécessité de faire la nuit autour de moi et d’allumer la bougie
+en plein jour.
+
+
+ _Scolopendre._
+
+
+Ce myriapode, généralement connu sous le nom vulgaire de _mille-pieds_,
+se trouve dans le Sahara, particulièrement dans les endroits pierreux.
+
+Ses fourches caudines contiennent un venin subtil assez puissant pour
+renverser l’homme, comme pourrait le faire une forte décharge
+d’électricité ; mais, ce premier effet passé, les traces du virus
+disparaissent promptement. Cependant il détermine parfois des
+vomissements et une sorte d’engourdissement général.
+
+
+ _Vers comestibles._
+
+
+Ces vers, que l’on pêche dans les lacs du Fezzân, ne sont autres que les
+larves d’une diptère à laquelle on a donné le nom de _Arthemia Oudneii_,
+en souvenir de l’exploration qui coûta la vie au docteur Oudney.
+
+Mouches et larves se trouvent par myriades : les premières sur les rives
+des lacs et sur les eaux assez denses pour les porter ; les secondes
+dans les vases d’où elles sortent à des époques périodiques,
+correspondant, pour le printemps, à la maturité de l’orge, et pour
+l’automne, à la maturité des premières dattes ; époques auxquelles les
+lacs sont agités et bouleversés par les tempêtes équinoxiales.
+
+On distingue deux sortes de vers : l’un, rouge-carmin, la _doûda_
+proprement dite, de qualité supérieure ; l’autre, brun-jaunâtre, la
+_tâkeroûka_, de qualité inférieure.
+
+Le corps de ces petits animaux a quelques millimètres de longueur à
+peine, de la tête à la queue, entre lesquelles est un petit canal
+intestinal tracé en noir. La tête supporte deux antennes terminées par
+des points noirs qui sont les yeux ; la queue et les flancs sont armés
+de petites rames ou nageoires en éventail. Ces vers nagent
+indistinctement sur le ventre et sur le dos.
+
+La pêche se fait au moyen d’un sac allongé, tenu ouvert par un cercle et
+supporté par un long manche.
+
+Dans le sac de pêche se trouvent aussi, avec les vers, des fucus dont
+j’ai déjà parlé. (Voir page 209.) Vers et fucus sont laissés ensemble.
+
+La pêche et la préparation des vers sont dévolues aux femmes.
+
+Après chaque pêche, les vers sont pétris en pains et exposés au soleil
+pour être séchés, puis on les met dans des petites bourriches pour les
+conserver en silos.
+
+Cette denrée alimentaire se vend dans tout le Fezzân ; on la mange
+quelquefois seule, bouillie, mais le plus souvent en sauce, avec
+d’autres aliments. Le goût de ces vers rappelle celui de crevettes un
+peu faisandées ou mal préparées ; nonobstant, les indigènes en font
+grand cas.
+
+Les vers de première qualité ne se trouvent que dans le Bahar-ed-Doûd ;
+ceux de seconde qualité sont pêchés dans le lac de Mâfou ; on en trouve
+aussi dans le premier lac. (Voir la planche ci-contre.)
+
+Pl. IX. Page 244. Fig. 17 et 18.
+
+[Illustration : Fig. 1. — VUE DU BAHAR-ED-DOÛD.
+
+D’après un dessin de M. H. Duveyrier.]
+
+[Illustration : LARVE. NYMPHE. MOUCHE.
+
+(La taille de l’insecte sous chaque forme est indiquée par un petit
+trait.)
+
+Fig. 2. — ARTHEMIA OUDNEII.
+
+Dessinée d’après nature, par M. Bocourt, sur les insectes rapportés par
+M. H. Duveyrier et déposés au Muséum d’histoire naturelle.]
+
+
+ _Parasites de l’homme._
+
+
+Le ver de Guinée est trop connu pour que je le décrive. Je constaterai
+seulement qu’il atteint presque tous les Touâreg qui vont au Soûdân, et
+que cet animal, dont on se débarrasse difficilement, laisse après lui
+des traces de cicatrices considérables.
+
+Les Européens qui iront dans l’Afrique centrale doivent s’attendre à
+subir, sous ce rapport, la loi commune.
+
+
+ _Puce._
+
+
+Je dois constater ici un fait important : la puce n’existe pas sur le
+plateau central du Sahara. Elle accompagne le voyageur jusqu’aux points
+où l’humidité de l’air lui permet de vivre, mais elle disparaît dès
+qu’on entre dans le pays sec.
+
+
+ NOTE.
+
+
+Tous les échantillons de roches, de minéraux, de plantes, d’animaux,
+rapportés de mon voyage et classés dans l’ordre de cet ouvrage, vont
+être prochainement remis au _Muséum d’histoire naturelle_ de Paris, où
+chaque personne intéressée à consulter ces collections pourra en prendre
+connaissance.
+
+Mon registre d’observations météorologiques sera également remis au
+Bureau de la _Société météorologique_ de France, qui, je l’espère, le
+publiera dans son _Bulletin_.
+
+Quant à l’Atlas original de mes itinéraires, comprenant quatre-vingt
+feuilles, il sera déposé soit au _Dépôt des cartes de la Guerre_, soit à
+la _Bibliothèque de la Société de géographie_ de Paris, dès que le
+dessin et la gravure des diverses cartes de mon exploration me
+permettront d’en disposer.
+
+
+[Note 90 : Nom général de l’espèce.]
+
+[Note 91 : Ne pas confondre cette localité avec celle du même nom, sur
+la route de Mourzouk à Koûka.]
+
+[Note 92 : Voici la description de ce poisson, d’après un extrait de
+l’_Histoire naturelle des Poissons_, par M. le baron Cuvier et M. A.
+Valenciennes, tome XV, page 372 :
+
+ _Le Harmouth lazera_ (_Clarias lazera_, Nob.).
+
+Nous trouvons une figure parfaitement reconnaissable de l’un d’eux dans
+les dessins faits dans la haute Égypte par M. Riffaud.
+
+Les caractères tirés de la disposition des dents vomériennes sont très-
+sensibles. Le crâne est un peu plus large en avant, surtout parce que le
+grand sous-orbiculaire postérieur est plus large ; il est un peu convexe
+transversalement, et sa pointe mitoyenne, due à la proéminence
+interpariétale, est un peu plus obtuse ; ses barbillons beaucoup plus
+longs. Le maxillaire dépasse la pectorale, et atteindrait à la naissance
+de la dorsale ; le nasal a moitié de sa longueur, le sous-mandibulaire
+externe en a les trois quarts, et touche le milieu de la pectorale ;
+l’interne est de moitié plus court que l’externe. Une autre différence
+bien marquée, c’est que les dents vomériennes sont mousses, ou comme de
+petits pavés ronds, serrés, disposés sur un croissant plus large dans le
+milieu...
+
+Le dessus de ce poisson paraît cendré, et le dessous blanchâtre. Les
+nageoires sont d’un cendré brun. Sur le dos sont de chaque côté des
+séries verticales de points blancs, au milieu de chacun desquels paraît
+un petit pore, elles ne dépassent pas la ligne latérale, et l’on en
+compte neuf ou dix depuis la nuque jusqu’au milieu de la longueur où
+elles s’effacent par degrés.
+
+Le cabinet du roi en a un long de trois pieds.]
+
+
+
+
+ LIVRE III.
+
+ CENTRES DE RAYONNEMENT.
+
+
+Dans tout le Sahara, l’existence matérielle et morale des nomades n’est
+assurée qu’au moyen d’annexes sédentaires, assises dans des lieux
+d’élection, au centre de leurs pérégrinations ou sur la périphérie de
+leurs terres de parcours.
+
+Ces annexes, organes essentiels de la vie intérieure et des relations
+extérieures des tribus, appellent tout d’abord l’attention.
+
+Parmi ces centres, les uns sont exclusivement commerciaux, les autres
+exclusivement religieux.
+
+Les centres commerciaux sont des villes : Ghadâmès et Rhât, en
+territoire târgui ; Mourzouk, Ouarglâ et In-Sâlah, sur les frontières de
+leurs parcours, mais dans le rayon des relations journalières des
+Touâreg.
+
+Les centres religieux, au nombre de quatre, sont ou des confréries
+organisées en vastes associations ou des familles princières de
+marabouts exerçant une sorte de pouvoir spirituel sur leurs clients.
+
+Les confréries sont : celle des Tedjâdjna, dont le siége principal est à
+Temâssîn, dans l’Ouâd-Rîgh (Algérie), et celle des Senoûsi, dont la
+métropole est à Jerhâjîb, dans un désert situé entre la Tripolitaine et
+l’Égypte.
+
+Les familles princières de marabouts sont les Bakkây, à Timbouktou, et
+les Oulâd-Sîdi-Cheïkh, à El-Abiodh, dans le cercle de Géryville
+(Algérie).
+
+Dans les confréries, les chefs sont des _cheïkh_, vénérables, des
+_moqaddem_, gardiens ; les disciples sont des _khouân_, frères.
+
+Dans les familles de marabouts, l’autorité souveraine est exercée par
+l’aîné, _cheïkh_, vénérable, mais avec le concours des autres membres de
+sa famille, marabouts comme lui ; les clients sont des _khoddâm_,
+serviteurs.
+
+Ces quatre centres religieux embrassent dans leurs juridictions, à peu
+près sans exception, toutes les populations des villes et des campagnes
+du Sahara central.
+
+Leur action s’exerce, dans chaque groupe, soit par des _zâouiya_,
+sanctuaires fixes, à la fois églises ou lieux de réunion et écoles ou
+académies d’enseignement, vers lesquelles convergent les disciples et
+les serviteurs, soit par des missionnaires ambulants qui vont, de tribu
+en tribu, pour diriger les consciences et rappeler aux nomades les liens
+qui les rattachent à leurs chefs spirituels.
+
+Ce livre sera donc divisé en deux chapitres : les centres commerciaux et
+les centres religieux ; et chaque chapitre subdivisé en autant de
+paragraphes qu’il y a de centres d’attraction.
+
+
+
+
+ CHAPITRE PREMIER.
+
+ CENTRES COMMERCIAUX.
+
+
+Je range dans cette catégorie les points d’arrivée et de départ des
+grandes caravanes, des caravanes de long cours, à l’exclusion des points
+secondaires, dont les opérations peuvent être comparées à celles du
+cabotage, parce que, si les Touâreg ont des rapports journaliers avec
+les grands centres, ils n’en ont presque aucun avec les petits.
+
+Je n’embrasse dans ce chapitre que l’étude des rapports sociaux des
+Touâreg avec ces centres, et non la question commerciale, réservée pour
+un second volume, dont la publication ne se fera pas attendre.
+
+
+ § Ier. — GHADÂMÈS.
+
+
+La ville de Ghadâmès, quoique située dans les terres de parcours des
+Touâreg Azdjer et quoique relevant socialement de cette peuplade
+indépendante, est aujourd’hui incorporée politiquement dans la
+Tripolitaine, conséquemment dans l’Empire Ottoman.
+
+Les nécessités de son commerce l’ont obligée à subir la double loi du
+maître du port maritime avec lequel elle opère, et des maîtres de toutes
+les routes par lesquelles elle importe ou exporte ses marchandises.
+
+
+Ghadâmès est une ville fort ancienne : la tradition et l’histoire
+l’affirment ; les ruines de différentes époques et de différentes
+civilisations trouvées dans son enceinte confirment, en les complétant,
+les renseignements que nous ont transmis à ce sujet les auteurs grecs et
+latins.
+
+Le choix de l’emplacement de cette ville fut déterminé par la présence
+d’une source d’eau douce des plus abondantes presque à égale distance de
+quatre points que nous trouvons être des centres d’habitation fixe de
+l’homme, dès les premiers âges de l’histoire :
+
+Djerma (_Garama_), dans le Sud-Est ;
+
+Ouarglâ, dans l’Ouest-Nord-Ouest ;
+
+Gâbès (_Tacape_) et Tripoli (_Oea_), dans le Nord, sur le littoral
+méditerranéen.
+
+De plus, cette source placée entre deux barrières que les sables
+opposent à la circulation : les dunes de l’’Erg, dans l’Ouest, les dunes
+d’Édeyen dans le Sud-Est, était située sur la grande voie commerciale de
+la Méditerranée à la région mystérieuse de la Nigritie, voie dont la
+fréquentation était consacrée par le temps et sur laquelle circulaient
+des produits alors fort recherchés.
+
+Il fallait tous ces avantages de position pour décider des hommes
+entreprenants à venir s’établir au milieu de la plus aride des
+solitudes, loin des points plus favorisés auxquels ils ont dû, doivent
+et devront toujours demander les denrées nécessaires à leur
+consommation.
+
+
+D’après les habitants de Ghadâmès, l’origine de leur ville remonte au
+temps d’Abraham.
+
+L’Égypte était en pleine prospérité à l’époque des patriarches bibliques
+et Ghadâmès a conservé jusqu’à nos jours un bas-relief que j’y ai
+découvert et qui ressemble trop aux productions si caractérisées des
+anciens Égyptiens pour qu’on puisse lui assigner une autre origine. On
+en jugera par la planche ci-contre. (Fig. no 1.)
+
+Ce fragment, ainsi que d’autres objets que l’on met à nu, de temps à
+autre, en creusant les fondations de nouvelles maisons, semble être la
+preuve qu’il florissait là, dès la plus haute antiquité, une
+civilisation sœur de celle des rives du Nil, quoique moins avancée et
+moins parfaite.
+
+Pline nous apprend qu’au commencement de l’ère chrétienne et dans la
+contrée où se trouve aujourd’hui Ghadâmès vivaient des _Liby-
+Égyptiens_[93], c’est-à-dire des Libyens d’origine égyptienne.
+
+Le témoignage de Pline, confirmé par le bas-relief libyco-égyptien dont
+je reproduis le dessin exact, semble donner quelque valeur à la
+tradition locale : car, pour que des colons égyptiens soient devenus
+Libyens au commencement de notre ère, plusieurs générations avaient dû
+se succéder dans le pays.
+
+Pl. X. Page 250. Fig. 19 et 20.
+
+[Illustration : Fig. 1. — BAS-RELIEF LIBYCO-ÉGYPTIEN
+
+(TROUVÉ AU BORDJ-TASKÔ, EN CREUSANT LES FONDATIONS D’UNE MAISON).
+
+D’après un dessin de M. H. Duveyrier.]
+
+[Illustration : Fig. 2. — COLONNES ET CHAPITEAUX DE LA PLACE
+D’EL-’AOUÎNA, A GHADÂMÈS.
+
+D’après un dessin de M. H. Duveyrier.]
+
+
+Mais à Ghadâmès il n’y a pas que des ruines libyco-égyptiennes : à 250
+mètres environ, au Sud-Ouest de l’oasis, sur le plateau d’El-Esnâmen
+(les idoles), on remarque des ruines _sui generis_, postérieures à
+l’époque égyptienne et antérieures à l’époque romaine et auxquelles je
+n’ai pu assigner de caractère, avant d’avoir visité en détail les ruines
+de l’ancienne capitale des Garamantes. Aujourd’hui le doute n’est plus
+permis pour moi : les débris auxquels les indigènes donnent le nom
+d’idoles, parce que leur construction est due à des peuples idolâtres,
+ces débris, dis-je, composés des mêmes matériaux, liés entre eux par un
+même ciment, appartiennent à l’époque garamantique, époque d’une
+civilisation indigène qui a laissé plus d’une trace dans le Sahara.
+
+M. Vatonne, membre de la mission de Ghadâmès (1862), dans son
+remarquable Mémoire déjà cité, nous fait connaître un autre monument de
+la même origine.
+
+« Une autre construction analogue, dit-il, est assez éloignée des six
+idoles ; elle se trouve à un des angles du rempart de Ghadâmès, du côté
+Nord-Ouest. C’est une tour carrée, en matériaux du pays, grès, gypse et
+dolomie ; les pierres ont été choisies de forme plate ; on y a fait
+entrer quelques briques. L’une de ces pierres plates, en grès rouge,
+nous a été apportée par un indigène et donnée comme provenant de cette
+tour. Quelques caractères étaient tracés dessus ; _nous les reproduisons
+sans savoir quels ils sont ni l’intérêt qu’ils peuvent avoir_. A la
+partie inférieure, il y a une chambre dans laquelle on pénètre par une
+porte basse. Dans le fond, il y a une saillie de mur formant banquette
+sur laquelle on peut s’asseoir ou s’étendre ; au-dessus est un
+emplacement qui a dû être voûté. La voûte est aujourd’hui détruite ; il
+y a une ouverture ou sorte de fenêtre par laquelle nous avons pu
+pénétrer. La destination de cette tour, dont la construction doit
+remonter à une époque très-reculée, est complétement inconnue des
+indigènes. A côté de celle encore debout, il y a les ruines d’une autre
+petite tour dont les débris sont épars sur le sol. D’autres inscriptions
+ont-elles été trouvées en ce point ? Nous l’ignorons, mais il nous a été
+dit que le vice-consul anglais se rendait très-souvent à cette tour ;
+peut-être y a-t-il trouvé quelque chose de plus intéressant que la dalle
+qui nous a été donnée. »
+
+Je cite ce passage du Mémoire de M. Vatonne parce que sa description me
+rappelle celle du Qeçîr-el-Watwat ou _châtelet des chauves-souris_ de
+Djerma-el-Kedîma, et constate l’origine commune des deux monuments et de
+leurs similaires. (Voir la planche d’El-Esnâmen, ci-contre, et celle du
+Qeçir-el-Watwat, page 279.)
+
+Pl. XI. Page 252. Fig. 21 et 22.
+
+[Illustration : Fig. 1. — VUE DE L’OASIS DE GHADÂMÈS
+
+(PRISE DU DHAHARA).
+
+D’après un dessin de M. H. Duveyrier.]
+
+[Illustration : Fig. 2. — VUE DES RUINES DES ESNÂMEN, A GHADÂMÈS.
+
+D’après un dessin de M. H. Duveyrier.]
+
+Quant à l’inscription trouvée dans la tour décrite par M. Vatonne, elle
+est bilingue : moitié en caractères grecs, moitié en caractères
+inconnus, peut-être ceux de la langue garamantique. Dans la partie
+grecque de l’inscription on lit distinctement les mots suivants :
+
+
+ ΕΛΚΑΡΕΔΙ
+
+ ΕΝΖΥΛΝ[Caractères]ΕΥ,
+
+
+soit _elkaredi enzulnuchen_, qui n’ont aucune signification en grec,
+mais qui peuvent être la transcription de mots étrangers en caractères
+grecs.
+
+Ce petit détail offre beaucoup d’intérêt à l’archéologue, car il
+témoigne d’un certain contact, à Ghadâmès, entre la civilisation grecque
+et une civilisation indigène inconnue de nous. A quoi eût servi une
+inscription grecque dans une ville où nul Grec n’aurait pu la lire ?
+
+Mais les Égyptiens, les Garamantes et les Grecs ne sont pas les seuls
+parmi les grands peuples de l’antiquité qui aient laissé à Ghadâmès des
+indices certains de leur passage.
+
+
+Par Pline, nous savions qu’au nombre des lieux subjugués par les armes
+romaines, sous la conduite de Cornelius Balbus, figuraient les villes
+importantes de Cydamus et de Garama ; par un passage des _Fastes
+capitolins_, nous savions que cette expédition avait été entreprise en
+l’an de Rome DCCXXXIV (19 avant J.-C.), mais nous ignorions si la ville
+de Cydamus avait été occupée par les conquérants, si leur occupation
+avait été temporaire ou durable.
+
+Une inscription romaine[94], enfouie jusqu’au moment de la découverte
+que j’en fis en 1860, à la porte des jardins, en venant de la Zâouiya de
+Sîdi-Maábed, et probablement placée à l’entrée du camp fortifié qui
+protégeait la ville, non-seulement assigne une longue durée à
+l’occupation de Cydame par les Romains, mais encore nous révèle des
+détails importants sur cette occupation.
+
+Bien que cette inscription ait déjà été publiée dans l’_Annuaire de la
+Société archéologique de Constantine_ (1860-1861), je la reproduis ici.
+(Voir sur la planche ci-contre.)
+
+Pl. XII. Page 253. Fig. 23.
+
+[Illustration : INSCRIPTION ROMAINE TROUVÉE A GHADÂMÈS.
+
+D’après un estampage pris par M. H. Duveyrier.
+
+Hauteur de la pierre 0m 52.
+
+Largeur 0m 26.
+
+Les lettres des deux premières lignes ont 1 centimètre de plus que les
+autres.
+
+Le trait de la gravure est brisé partout où il y a eu de martelage.]
+
+M. Léon Régnier, membre de l’Institut, auquel des connaissances
+spéciales assurent une incontestable autorité dans toutes les questions
+d’archéologie africaine, a bien voulu, sur ma demande, contrôler
+l’interprétation de cette inscription telle qu’elle a été faite à
+Constantine par M. Cherbonneau. Voici son avis à ce sujet :
+
+« L’inscription latine trouvée à Ghadâmès par M. Henri Duveyrier n’est
+pas du règne de Caracalla, mais de celui d’Alexandre Sevère (221-235).
+Les noms qui ont été effacés avec intention dans l’antiquité sont ceux
+de ce prince et de sa mère _Julia Mammæa_. Le nom de Julia Domna n’a
+jamais été effacé sur les monuments.
+
+« Le monument a été élevé, non par un _vexillaire_, mais par une
+_vexillatio_, c’est-à-dire par un détachement de la Légion _IIIe
+Augusta_ commandé par un centurion dont le nom a disparu, mais dont le
+titre subsiste dans les sigles :
+
+
+ . > . LEG. EIVSDEM
+
+
+c’est-à-dire :
+
+
+ _Centurio Legionis ejusdem._
+
+
+« Cette inscription est très-importante, parce qu’elle prouve que le
+territoire de la province de Numidie s’étendait alors jusqu’à
+Ghadâmès. »
+
+D’après la nouvelle interprétation de M. Léon Régnier, l’occupation de
+Cydamus par les Romains aurait eu une durée minimum de 250 ans, et comme
+il n’est pas probable que le monument orné de cette inscription ait été
+élevé au moment de l’évacuation de la ville, on est autorisé à donner à
+l’occupation une limite beaucoup plus considérable.
+
+La rectification de l’honorable membre de l’Institut, indépendamment du
+fait considérable qu’elle constate, — l’extension de la province de
+Numidie au delà de la zone des sables de l’’Erg, — apporte une nouvelle
+preuve matérielle à l’appui de l’opinion unanime des indigènes, qui fait
+arriver la frontière actuelle de la province de Constantine jusqu’aux
+portes même de Ghadâmès.
+
+De plus, elle fait pressentir que les Romains, pour leurs relations
+commerciales avec l’intérieur du continent, avaient considéré la voie
+indirecte par Cirta, Lambesse et Cydame, préférable à la voie directe
+par Sabrata ou Oea, car ce n’est pas sans motif sérieux que, maîtres de
+tout le littoral, ils ont rattaché l’administration de Cydame à celle de
+Lambesse et non à celle de toute autre métropole plus rapprochée soit de
+la Province d’Afrique, soit de la Tripolitaine. La question de
+production ne doit pas être étrangère à ce choix.
+
+Enfin, la subalternisation de Cydame à Lambesse implique que les Romains
+avaient pu surmonter les difficultés de la communication, car un
+détachement de la IIIe Légion Auguste, dont le dépôt était en deçà de
+l’obstacle des sables et de la chaîne de l’Aurès, ne pouvait pas être
+isolé de son quartier-général, des magasins et du siége administratif de
+la Légion.
+
+Mes études personnelles sur l’’Erg, ainsi que celles plus complètes de
+la mission qui avait pour chef M. le lieutenant colonel Mircher,
+démontrent que, sur le parcours des différentes routes entre El-Ouâd et
+Ghadâmès, on pourra, avec des moyens plus puissants que ceux dont
+disposent les indigènes, multiplier les puits autant qu’on voudra.
+
+D’autres traces de l’occupation romaine se retrouvent encore à
+Ghadâmès : ainsi, sur la place d’El-’Aouïna, j’ai vu des débris de
+chapiteaux et de colonnes, témoignage d’un luxe d’une autre nature.
+(Voir page 250, figure 2 de la planche.)
+
+Si je suis bien informé, la charpente de la principale mosquée de la
+ville est supportée par des colonnes romaines et les murs de l’edifice
+sont en matériaux de même origine. On comprendra que je me sois abstenu
+de chercher à constater ce fait.
+
+Dans l’immense nécropole, dite le cimetière des Benî-Ouazît, on remarque
+des tombes de tous les âges, depuis l’époque païenne anté-islamique
+jusqu’à nos jours. Il est possible qu’on y retrouverait des inscriptions
+tumulaires romaines, si on pouvait fouiller les tombes les plus
+anciennes.
+
+Ghadâmès est donc autorisée à revendiquer une origine antérieure à
+l’histoire, et tout porte à croire qu’elle n’a cessé d’être habitée
+depuis sa fondation.
+
+
+Le général arabe ’Amrou-ben-el-’Aâçi, qui fit la conquête du Sud de la
+Tripolitaine sur les Romains[95], obligea, dit la tradition, les
+habitants de Ghadâmès à embrasser l’islamisme, et cette conversion
+forcée ne paraît pas s’être réalisée sans difficulté, car il y a encore
+aujourd’hui dans la ville une rue, celle d’El-Wahchi, appelée aussi la
+_rue du NON_, c’est-à-dire _de ceux qui refusèrent d’accepter tout
+d’abord la religion de Mohammed_.
+
+Avant la conquête musulmane, quelle religion professaient les
+Ghadâmèsiens : païenne ou chrétienne ? On n’a malheureusement aucun
+renseignement précis sur la population de Ghadâmès dans ces temps
+reculés.
+
+Au moyen âge, les doctrines hérésiarques de la secte des Ouahabites, qui
+paraissent avoir été embrassées avec tant d’ardeur par les Berbères,
+firent à Ghadâmès de nombreux prosélytes, et, pour les docteurs
+musulmans des rites orthodoxes, les Ghadâmèsiens ne sont pas encore
+aujourd’hui purs de l’accusation d’hérésie.
+
+Sîdi-Mohammed-el-Bakkây, de Timbouktou, qui était à Ghadâmès, de
+passage, en même temps que moi, avait résumé ses impressions sur
+l’orthodoxie des modernes habitants de cette ville dans le quatrain
+suivant :
+
+
+لا رَيت الى لحڧ من العباد
+
+ڢى ڧلّة العروض غدامس
+
+ولانى ڧالع منها زاد
+
+يعودوا ڢى الدين خوامس
+
+
+
+ _Traduction mot à mot :_
+
+« Je n’ai pas vu parmi les hommes qui surpassent, en manque
+d’hospitalité, (ceux de) Ghadâmès : aussi je n’emporte de chez eux que
+la certitude qu’en fait de religion ils sont schismatiques. »
+
+
+Les Ghadâmèsiens font partie de la section des Berbères que les
+géographes arabes appellent _molâthemîn_, c’est-à-dire _les voilés_,
+parce que, comme les Touâreg, ils portent un voile sur la figure.
+
+Mais, quoique voilés, quoique Berbères, ils ne sont pas Touâreg, car ils
+diffèrent d’eux par leur origine, par leur dialecte, par leurs
+vêtements, par leurs habitudes urbaines, enfin par leur aptitude
+spéciale à l’industrie et au grand commerce.
+
+
+Quatre groupes distincts d’habitants constituent la population de
+Ghadâmès :
+
+Les _Benî-Ouazît_, Berbères, se prétendant nobles et descendants des
+fondateurs de la ville ;
+
+Les _Benî-Oulîd_, également Berbères, également nobles, également
+anciens habitants de la ville ;
+
+Les _Oulâd-Bellîl_, Arabes, nobles, originaires de Sinâoun, ville
+voisine ;
+
+Les _’Atrîya_, mélange de nègres affranchis et des enfants de sang mêlé
+que les Ghadâmèsiens ont eus de leurs rapports avec des négresses.
+
+Pendant longtemps, les Benî-Ouazît et les Benî-Oulîd ont été en guerre
+entre eux, et les quartiers qu’ils habitaient étaient isolés les uns des
+autres ; aujourd’hui, quoique en meilleur intelligence, ils évitent
+réciproquement de prendre demeure en dehors du quartier de leurs tribus.
+
+Les Oulâd-Bellîl n’ont qu’un rang secondaire dans une ville
+principalement berbère.
+
+Les ’Atrîya, attachés en qualité de clients aux familles de leurs
+anciens maîtres, comme autrefois les affranchis chez les Romains, n’ont
+aucune influence, malgré leur grand nombre, car il leur est interdit,
+par les coutumes locales, de franchir l’échelon social qui les sépare de
+la classe noble.
+
+Au Sud-Ouest de Ghadâmès est un plateau, celui de _Dhâhara_, où campent
+les Touâreg qui viennent en ville. Quelques-uns même y sont à résidence
+fixe. C’est une sorte de faubourg târgui.
+
+
+Bien que les Ghadâmèsiens parlent l’_arabe_ avec les Arabes qui
+fréquentent leur ville, le _temâhaq_ avec les Touâreg, le _haoussa_ avec
+leurs esclaves, ils font usage entre eux d’un _dialecte berbère
+particulier_ qui tient le milieu entre celui des Nefoûsa et celui des
+Touâreg. L’isolement absolu de leur ville explique la conservation d’un
+idiome propre.
+
+Les femmes n’ayant aucune relation avec les étrangers, ne parlent que le
+dialecte ghadâmèsien.
+
+Elles sont rigoureusement cloîtrées. Il ne leur est permis de sortir
+dans les rues que voilées et le soir seulement, pour aller chercher de
+l’eau à la fontaine, pendant que les hommes sont à la mosquée. Mais,
+pendant le jour, les terrasses des maisons leur sont exclusivement
+abandonnées, et comme ces toitures communiquent toutes ensemble, elles
+peuvent se visiter entre elles, aller faire leurs emplettes, sans
+affronter des regards indiscrets. Cependant presque toutes sont
+instruites dans leurs devoirs de religion, prient aux heures prescrites
+et vont même à la mosquée, qui reste ouverte pour elles seules après la
+prière du Maghreb.
+
+Le voile des habitants de Ghadâmès est toujours blanc ; presque tous
+leurs vêtements viennent du Soûdân, et ils choisissent de préférence
+ceux d’une couleur claire.
+
+Le costume des femmes consiste en une longue gandoûra, dalmatique
+orientale, qui couvre tout le corps, et leur coiffure en une sorte de
+diadème qui donne un air de grandeur à leur physionomie. Les femmes
+d’origine noble sont toujours voilées ; les ’Atrîyât seules sortent au
+dehors le visage découvert.
+
+Comme les nomades Touâreg, les Ghadâmèsiens sont souvent sur les routes
+pour leurs affaires : mais rencontre-t-on une ville, ces derniers
+saisissent, en vrais citadins, l’occasion qui leur est offerte d’aller
+chercher un abri sous un toit protecteur, tandis que les Touâreg
+semblent tenir à honneur de ne jamais accepter l’hospitalité dans
+l’enceinte d’une ville, dans l’intérieur d’une maison. On dirait qu’ils
+craignent de ne pas avoir assez d’air à respirer ou assez d’espace pour
+se mouvoir, s’ils interposent quelque obstacle entre eux et l’immensité
+du ciel et de la terre.
+
+Le caractère des Ghadâmèsiens est grave et réservé ; il se ressent de la
+position exceptionnelle de leur ville au milieu d’un désert improductif
+qui les oblige à ne voir de la vie que le côté sérieux, et à s’ingénier
+à remédier par le commerce et l’industrie à l’extrême pauvreté et à
+l’isolement du milieu qui les a vus naître.
+
+Leur aptitude au grand commerce est surtout digne de remarque. Il n’est
+par rare de trouver à Ghadâmès des maisons ayant des succursales à Kanô,
+à Katsena dans le Soûdân, à Timbouktou sur le Niger, à Rhât et à In-
+Sâlah dans le centre du Sahara, à Tripoli et à Tunis sur le littoral de
+la Méditerranée.
+
+En voyant, au milieu d’un désert, dans une ville sans gouvernement
+sérieux, sans autres lois que celles du Coran, sans garanties pour les
+personnes et pour les marchandises, sans routes autres que des sentiers
+dont la trace, comme celle du sillage du navire, se perd à l’instant du
+passage ; en voyant, dans de semblables conditions, des maisons de
+commerce embrasser des marchés si nombreux et si différents, et à des
+distances aussi considérables, on se demande si le mirage saharien ne
+grossit pas un peu trop les objets et ne multiplie pas les relations.
+Cependant le doute ne peut être permis, car le contrôle le plus sévère
+démontre que le commerce du littoral méditerranéen avec l’Afrique
+centrale et les villes intermédiaires, sauf la portion dévolue au Maroc,
+est en presque totalité aux mains des Ghadâmèsiens ou de leurs
+correspondants.
+
+La priorité et la fidélité des relations, le génie commercial, de
+grandes richesses acquises et multipliées par la plus sévère économie,
+une prudence consommée, des alliances solides avec les Touâreg, ne
+suffisent pas pour expliquer comment une bourgade, isolée de l’univers
+par la solitude des déserts, a pu perpétuer, à travers tant de siècles
+et au milieu de tant de révolutions, des entreprises aussi
+considérables ; il a fallu encore que le besoin de rapports entre le
+Nord et le Sud fût une nécessité impérieuse, et que le commerce, objet
+de ces rapports, fût lucratif, respecté et non soumis aux avanies et aux
+risques de perte qui ont valu aux pirates du Sahara la réputation dont
+ils jouissent parmi nous.
+
+Je n’anticiperai pas, pour démontrer qu’il en est ainsi, sur une matière
+qui ne peut être traitée incidemment ; cependant je crois utile de
+prouver immédiatement, par des faits authentiques, que les bénéfices du
+commerce saharien sont énormes, et que les risques sont à peu près nuls,
+si le commerçant se soumet aux coutumes respectées du pays.
+
+Peu de temps après mon arrivée à Ghadâmès, je reçus la visite d’un
+marchand qui, à Kanô, avait prêté à M. le docteur Barth, lors de son
+retour de Timbouktou, de l’argent au taux fabuleux de 100 pour % pour
+quatre mois. L’ayant dérisoirement complimenté sur sa libéralité, il me
+répondit : « Mais, je ne lui ai demandé que ce que m’eût rapporté, dans
+le même laps de temps, pareille somme employée en achat d’ivoire et sans
+courir l’ombre de chance de perte. »
+
+Il est d’ailleurs accepté par tous les Sahariens, comme axiome
+proverbial, que, pour s’enrichir, il suffit de faire un voyage au
+Soûdân.
+
+Mais voici d’autres faits qui éclairent encore mieux la question :
+
+M. le capitaine de Bonnemain, dans le compte rendu de son voyage à
+Ghadâmès en 1856, dit : « La plupart des caravanes qui arrivent à
+Ghourd-Taferiest (environ moitié chemin entre El-Ouâd et Ghadâmès) ont
+l’habitude d’y déposer, à ciel ouvert, une partie des provisions qui
+doivent leur servir pour le retour ; il n’y a pas à craindre que
+d’autres voyageurs songent à s’en emparer.
+
+« Au retour, ajoute M. de Bonnemain, la caravane reprit les vivres
+qu’elle avait déposés à son passage. »
+
+Sur la même ligne, mais par un chemin différent, en 1860, j’ai aussi
+trouvé des marchandises ainsi confiées à la garde de Dieu.
+
+M. Isma’yl-Boû-Derba, entre Ouarglâ et Rhât, a, comme M. de Bonnemain,
+déposé et retrouvé des provisions de retour à mi-chemin ; comme moi, il
+a remarqué en route des ballots abandonnés par d’autres caravanes.
+
+Sur les routes de Mourzouk et de Rhât au Soûdân, tous les voyageurs
+européens ont rencontré sur leur passage des charges de marchandises
+attendant le retour de leur propriétaire pour être rendues à
+destination.
+
+Dans les caravanes, disent tous les indigènes, il n’y a pas de bêtes de
+somme de rechange. Quand un chameau vient à périr ou se trouve dans
+l’impossibilité de continuer à porter son fardeau, on laisse sa charge
+sur la route, avec la certitude de la retrouver intacte, attendît-on une
+année pour venir la chercher.
+
+Je ne cite pas ces faits pour en tirer la conclusion que toutes les
+routes sahariennes offrent plus de sécurité que les routes européennes.
+Non. Il y a dans le Sahara des routes protégées par des populations
+auxquelles les caravanes paient un faible droit de passage pour prix de
+leurs services. Ces routes, généralement suivies par les caravanes,
+offrent les exemples de sécurité que je viens de rapporter. D’autres,
+celles qui traversent des territoires en proie à l’anarchie, ne sont
+plus dans les mêmes conditions ; les caravanes fortes et armées, seules,
+peuvent les parcourir, comme les navires pourvus de moyens de défense
+peuvent, seuls, fréquenter certaines mers.
+
+L’industrie, ai-je dit, est aussi un des éléments d’activité de
+Ghadâmès. En effet, on y trouve tous les corps de métiers qu’exige
+l’isolement de la ville : tailleurs, tisserands, cordonniers, tanneurs,
+forgerons, selliers, bijoutiers, menuisiers, maçons, et ces professions
+sont généralement exercées de père en fils dans la même famille. Déjà,
+au XIe siècle, Ghadâmès était renommée pour le travail des cuirs[96] et
+elle a conservé cette réputation justement méritée, car nulle part, en
+Afrique, on ne fait d’aussi bonnes chaussures.
+
+L’industrie agricole, quoique limitée à la culture des jardins compris
+dans le mur d’enceinte de l’oasis, occupe un certain nombre de bras,
+l’isolement de la ville obligeant ses habitants à y pratiquer la culture
+la plus intensive possible. Les engrais et les irrigations n’y sont pas
+négligés.
+
+Les eaux d’irrigation sont fournies par des puits et par la source qui
+donne des eaux alimentaires à la population.
+
+Le débit total de la source est divisé, sur une rotation de treize
+jours, en 925 _dermîsa_, subdivisées elles-mêmes en 6,475 _qâdoûs_,
+qu’un fonctionnaire répartiteur distribue à tous les ayant droits
+d’après un règlement municipal religieusement observé.
+
+Le qâdoûs étant la 500e partie du volume des eaux fourni par la source
+dans les 24 heures, correspond à une part journalière de 2m 53s du débit
+total, soit, en nombre rond, _trois minutes_.
+
+La dermîsa se composant de sept qâdoûs, représente 20m 11s du volume
+total fourni en treize jours, soit 20m 11s répartis sur 18,720m.
+
+La dermîsa arrose, en moyenne, une superficie indéterminée couverte de
+64 dattiers[97], à l’ombre desquels sont cultivés d’autres arbres et
+toutes les plantes maraîchères que consomment les habitants de l’oasis.
+
+Toutes les eaux d’irrigation appartiennent au gouvernement, qui en
+aliène la jouissance perpétuelle aux familles propriétaires des jardins.
+La dermîsa est louée 80 riâl sebîli par an, soit 55 fr. 20. L’ensemble
+des eaux rapporte donc à l’État environ 50,000 fr. par an[98].
+
+L’usufruitier d’une dermîsa ainsi que ses héritiers en disposent comme
+s’ils en étaient propriétaires, sous la réserve qu’à l’extinction de la
+famille du tenancier le droit de libre disposition fait retour à l’État.
+
+Cette sage mesure, conforme aux règles de l’islamisme sur
+l’appropriation des eaux, a pour but de prévenir l’accaparement d’un
+produit naturel indispensable à tous et inséparable de la terre qu’il
+doit féconder.
+
+Les eaux de la source sont recueillies dans un vaste bassin, de
+construction ancienne, assez étendu et assez profond pour qu’on y puisse
+nager à l’aise ; de ce bassin, elles sont réparties dans l’oasis par
+cinq canaux également de construction ancienne.
+
+En langue temâhaq, cette source porte le nom d’_arhechchoûf_, mot dont
+la racine est la même que celle de _arhôchchâf_, crocodile ; non que le
+crocodile y ait jamais existé, mais parce que le nom temâhaq du
+crocodile signifierait l’_animal des sources_ ou _des eaux vives_.
+
+L’étude des terrains environnants et des puits de l’oasis, ainsi que la
+température[99] élevée des eaux de la source, paraissent à M. Vatonne
+des indications suffisantes pour faire espérer qu’avec un sondage de 120
+mètres on pourrait atteindre la nappe qui alimente la source actuelle et
+augmenter dans des proportions considérables le volume des eaux de
+Ghadâmès et des environs.
+
+Je m’associe volontiers à ces espérances, non-seulement pour Ghadâmès,
+mais encore pour beaucoup d’autres points du Sahara.
+
+Pour Ghadâmès en particulier, la question des relations commerciales
+avec l’Algérie serait bien simplifiée, si, à la limite de notre
+frontière, des forages artésiens permettaient d’y établir une colonie de
+Souâfa, succursale d’El-Ouâd, le plus avancé de nos marchés dans le Sud-
+Est.
+
+Un entrepôt de marchandises françaises, installé dans cette colonie,
+offrirait au commerce de Ghadâmès beaucoup de produits qui lui manquent
+aujourd’hui, et entre autres ceux d’Alger et de l’industrie orientale
+des Maures d’Alger.
+
+En attendant que l’avenir réalise ou démente ces espérances, je reviens
+à l’état actuel du principal centre commercial de la Tripolitaine.
+
+La physionomie de la ville de Ghadâmès répond très-bien au degré de
+développement industriel et commercial de ses habitants, à leur
+richesse, à leur intelligence et à leur moralité.
+
+Les maisons vastes, bien aérées, blanchies à la chaux, sont souvent à
+plusieurs étages.
+
+Les rues sont presque toutes couvertes, pour leur conserver le plus de
+fraîcheur possible.
+
+Dans les rues principales, des boutiques de détail, boutiques à la façon
+de Berbèrie, bien entendu, consistant en un étal et un siége pour le
+débitant, pourvoyent aux besoins journaliers des citadins.
+
+Un marché hebdomadaire, qui se tient tous les vendredis sur la place
+d’El-’Aouîna, supplée, par des apports étrangers, aux approvisionnements
+quotidiens des boutiquiers ordinaires. Là, comme sur la plupart des
+marchés de consommation de l’intérieur, les denrées sont vendues à
+l’encan. L’importance de ce marché varie suivant les saisons, les
+arrivées ou les départs des caravanes. Pendant mon séjour, on y vendait,
+par marché, environ 300 moutons destinés à la boucherie.
+
+Des boucheries, des boulangeries et des biscuiteries, à l’usage de la
+population flottante, remplacent pour les étrangers les abatages et la
+fabrication de pain qui, pour les habitants sédentaires, s’effectuent
+dans l’intérieur de chaque famille.
+
+Des fontaines, dans chaque quartier, donnent abondamment l’eau à tous.
+
+Enfin, ce qui ne se voit dans aucune autre partie du Sahara, l’ensemble
+des plantations de palmiers est entouré d’un mur de défense, en ruines,
+il est vrai, sur plusieurs points, quoiqu’il porte des traces de
+différentes reconstructions. (Voir la pl. XI, fig. 1, page 252)
+
+Sans doute, Ghadâmès, ville souvent réédifiée, n’offre ni la régularité
+ni le confortable des cités européennes modernes ; mais dans le jugement
+que je porte sur son assiette, je ne puis raisonnablement que la
+comparer aux autres centres sahariens, et je n’hésite pas à lui accorder
+un rang distingué entre toutes ses rivales.
+
+Les principaux quartiers de la ville sont : In-Djoûra, Taskô, Tîn-
+Guezzîn, Taferfar, El-’Aouîna ou Benî-Mâzigh, Amaendj, Aydrâr, Djer-
+Essân et Oulâd-Bellîl.
+
+7,000 habitants environ peuplent ces divers quartiers.
+
+La population flottante varie avec les départs et les arrivées des
+caravanes.
+
+Une seule grande porte donne accès dans la ville, ce qui rend la
+surveillance des entrées et des sorties plus facile.
+
+A l’époque de mon séjour à Ghadâmès (1860), l’autorité politique et
+administrative des Turcs y était représentée par un moûdîr, assisté d’un
+kaououâs.
+
+La fonction de moûdîr correspond à celle de kaïd des tribus algériennes.
+
+La force publique mise à la disposition de cette autorité supérieure
+consistait en quelques Arabes du Djebel-Nefoûsa, quelquefois au nombre
+de quatre seulement, envoyés en corvée pour trois mois, par le kâïmakâm
+du Djebel, duquel Ghadâmès dépendait. Pour empêcher cette garnison
+temporaire de rentrer dans ses foyers avant l’expiration du délai fixé,
+le moûdîr était obligé de prendre en gage ses fusils.
+
+La mission de ce simulacre de gendarmerie, _sans armes_, était de garder
+la porte de la ville, de prêter main-forte au chef de la douane, pour
+l’acquittement des droits, et de servir de chaouch ou agents de police
+au moûdîr.
+
+A la fin de 1862, quand une mission française s’est rendue à Ghadâmès
+pour y conclure un traité de paix avec les Touâreg, cette ville ayant
+été, par un édit de la Porte Ottomane, placée sous le régime de la
+liberté commerciale, la garde protectrice de la douane avait été
+supprimée avec elle, et Ghadâmès offrait le spectacle, peut-être unique
+dans le monde, d’une ville relevant d’une autorité étrangère représentée
+par un seul agent, le moûdîr.
+
+Mais, depuis, cet âge d’heureuse quiétude a disparu. Le kaïd algérien,
+’Aly-Bey, ayant franchi les dunes de l’’Erg avec une troupe (_goûm_) de
+cavaliers Souâfa et Rouâgha, pour venir faire escorte aux missionnaires
+officiels à leur retour, la paisible population de Ghadâmès s’est crue
+menacée de conquête et a obligé le gouvernement de Tripoli à prendre des
+mesures pour la défendre au cas de nécessité.
+
+Au moûdîr a succédé un pacha ; une garnison de Turcs (_redîf_), envoyée
+d’Europe et renforcée de cavaliers du Sâhel (_bachi-bouzouk_), est venue
+occuper la place.
+
+Désormais Ghadâmès est devenue le chef-lieu d’un kâïmakâmlik saharien
+relevant de Tripoli, et embrassant, dans sa circonscription, une partie
+du Fezzân.
+
+Cette organisation, fondée sur la peur, n’est-elle que transitoire ?
+
+Je l’ignore. Quoi qu’il en soit de craintes sans motifs[100], je ne puis
+que me réjouir de voir un nouvel élément d’ordre introduit dans le pays.
+
+De 1850 à 1858, le gouvernement anglais a entretenu à Ghadâmès un vice-
+consul, probablement en vue de surveiller le commerce des nègres. Ce
+consulat est aujourd’hui supprimé, ainsi que celui de Mourzouk.
+
+La création d’une agence consulaire de France, beaucoup plus nécessaire,
+est à l’état de projet depuis plusieurs années. Elle ne tardera pas,
+sans doute, à être installée, car les intérêts des Touâreg, devenus
+aujourd’hui nos alliés, ainsi que ceux de notre commerce, réclament
+cette institution.
+
+La cité est administrée par un _cheïkh_, avec le concours d’une
+assemblée libre des notables (_djema’a_), suivant les anciennes coutumes
+municipales des Berbères.
+
+Ce fonctionnaire, nommé par l’autorité politique locale, est le
+véritable magistrat de la ville.
+
+La justice est rendue, au nom du sultan de Constantinople, par un
+_qâdhi_, qui reçoit son investiture de l’autorité judiciaire de Tripoli.
+
+Un _imâm_ est le chef de la religion, en même temps que le suppléant du
+qâdhi.
+
+L’instruction publique est représentée par un _mouderrîs_ ou maître
+d’école.
+
+En 1860, le moûdîr seul recevait un traitement de l’État.
+
+La garde n’était ni payée ni nourrie.
+
+Le cheïkh, le qâdhi et l’imâm n’avaient d’autres honoraires que ceux
+inhérents à leurs fonctions et payés directement par les administrés.
+
+Le maître d’école et les amîn des corporations avaient, pour toute
+rétribution, la jouissance d’une portion d’eau.
+
+Dans ces conditions, le budget des dépenses s’élevait à 3,500 fr.,
+chiffre du traitement du moûdîr.
+
+Le budget des recettes, non compris les produits de la douane et des
+locations d’eau, s’élevait à 2,500 mitkhal d’or, soit 30,937 fr. 50 c.,
+au taux du change de l’époque.
+
+Il paraît que, nonobstant la levée des droits de douane, l’impôt
+mobilier et immobilier a aussi subi une réduction, car, d’après M. le
+lieutenant-colonel Mircher, en 1862, il avait été fixé à 21,000 francs
+seulement.
+
+L’érection du moûdîrît en kâïmakâmlik, avec des charges inconnues
+jusque-là, aura probablement fait augmenter la part d’impôt de Ghadâmès,
+car les Turcs ont pour habitude de mettre au compte des populations les
+dépenses que leur protection occasionne.
+
+Quel que soit l’avenir réservé au nouvel ordre de choses, la force de
+l’habitude, comme celle de la nécessité, maintiendra l’administration
+intérieure de la ville aux mains des notables commerçants du pays et le
+gouvernement des relations extérieures au pouvoir des chefs Touâreg,
+car, sans une alliance intime des maîtres des routes et des
+propriétaires des marchandises qui alimentent le commerce de la place,
+Ghadâmès, déjà en décadence depuis l’abolition de la traite, ne
+tarderait pas à devenir une ville morte, inhabitable même pour ses
+habitants, en raison du haut prix de toutes les denrées de consommation.
+
+En vain le drapeau de la Porte Ottomane, dans les circonstances
+solennelles, est hissé à Ghadâmès, sur une maison à loyer qu’y occupe un
+gouverneur turc ; en vain l’acquittement volontaire d’un faible impôt,
+tribut religieux autant que politique, semble sanctionner la
+reconnaissance d’une autorité étrangère : Ghadâmèsiens et Touâreg
+Azdjer, unis entre eux par les liens du sang et de l’intérêt, se
+considèrent réciproquement comme faisant partie de la même
+confédération. En frères associés à la même entreprise, les uns, maîtres
+de l’espace, forts, actifs, protégent sur les routes les convois de
+leurs clients ; les autres, maîtres de la fortune et des relations qui
+permettent d’acheter des vivres et des vêtements au dehors, donnent
+libéralement à leurs protecteurs ce qui est nécessaire à leur existence.
+
+La sollicitude et les égards des commerçants de Ghadâmès pour les
+Touâreg, grands et petits, révèlent combien est intime l’union des deux
+populations.
+
+Que chaque maison de commerce pourvoie aux besoins de la famille de son
+protecteur particulier et prévienne même ses désirs : rien de plus
+naturel que la réciprocité des services rendus.
+
+Mais là ne se bornent pas les bons offices des citadins envers les
+nomades.
+
+Un chef târgui tombe-t-il dans la misère, la corporation des marchands
+l’invite à venir habiter la ville, l’entretient et le nourrit.
+
+L’un des Touâreg, homme libre ou serf, vient-il en ville pour ses
+affaires, le repas de l’hospitalité lui est donné pendant toute la durée
+de son séjour.
+
+Des mendiants se permettent-ils d’enfoncer les portes d’une maison qui
+ne s’ouvrent pas assez vite, on s’excuse de n’avoir pas deviné qu’ils
+étaient Touâreg.
+
+Par extraordinaire, des Touâreg ont-ils quelques démêlés avec l’autorité
+turque, aussitôt les notables habitants interviennent pour éviter tout
+conflit en prenant à leur charge la responsabilité des fautes commises,
+et l’autorité s’associe à la prudence des habitants.
+
+Ghadâmès, nominalement vassale de la Porte Ottomane, obligatoirement
+tributaire de Tripoli pour ses besoins commerciaux, est donc bien plus
+une ville neutre qu’une ville d’État, et si elle était mise en demeure
+d’arborer le drapeau d’une nationalité, tout l’obligerait à adopter
+celui des Touâreg.
+
+De cette situation, je conclus que la convention commerciale signée à
+Ghadâmès le 26 novembre 1862, par les principaux chefs des Touâreg
+Azdjer et les délégués du gouvernement général de l’Algérie, engage
+aussi bien la corporation des commerçants de Ghadâmès que les Touâreg
+eux-mêmes, quoique la convention n’en fasse pas une mention speciale,
+mais les deux parties contractantes l’ont explicitement compris ainsi.
+
+
+ § II. — RHÂT.
+
+
+Rhât est une ville berbère, indépendante des Touâreg, quoiqu’elle soit
+assise au milieu de leurs campements et quoiqu’elle relève de leur
+protectorat.
+
+Sa position, au débouché de la gorge d’Ouarâret et de la vallée du
+Tânezzoûft, sur la grande voie commerciale de Tripoli au Soûdân, en un
+point riche en eaux de sources et en terres susceptibles de culture,
+semble l’avoir prédestinée au rôle qu’elle joue au milieu de populations
+nomades.
+
+D’après la tradition locale, la fondation de Rhât daterait de quatre ou
+cinq siècles au plus, ce qui explique le silence des auteurs arabes du
+moyen âge à son sujet.
+
+Mais la même tradition lui donne pour fondateurs une tribu berbère
+noble, les Ihâdjenen, avec le concours des Kêl-Rhâfsa, des Kêl-Tarât,
+des Têl-Telaq et des Ibakammazên, également Berbères, mais d’origine
+moins noble que les Ihâdjenen.
+
+La coopération des Kêl-Rhâfsa à la restauration de la ville moderne
+permet de lui assigner une origine ancienne et de retrouver
+l’emplacement d’un des centres de population vaincus par les armées
+romaines dans l’expédition de la Phazanie.
+
+En effet, Pline (_Hist. natur._, Lib. V, c. 5) nous apprend, d’après les
+auteurs du temps, que parmi les peuples, les villes et les lieux dont la
+conquête a valu les honneurs du triomphe à Cornelius Balbus, figure le
+nom de RAPSA, qualifiée _oppidum_.
+
+L’_oppidum_ des Romains était une ville, avec enceinte fortifiée, dans
+une position stratégique.
+
+Sans doute, cet _oppidum_ commandait le Φάραγξ Γαραμαντικὴ de Ptolémée,
+comme Rhât moderne commande l’_Aghelâd d’Ouarâret_.
+
+Les noms ont changé, mais les hommes et les choses sont restés les
+mêmes. Les gens de l’antique Rapsa, les Kêl-Rhâfsa de l’époque moderne,
+trop faibles pour défendre par leurs seules forces une position qui peut
+à juste titre être considérée comme une des clefs du plateau central du
+Sahara, auront dû s’associer avec les seigneurs Ihâdjenen et leurs
+serviteurs, pour restaurer leur ville sous un nom dont l’étymologie nous
+échappe, Kêl-Rhât, _gens de Rhât_, mais qui doit être emprunté à des
+circonstances locales, car trois des portes de la ville, contre
+l’habitude, portent le nom commun de _Tamelrhât_, et une quatrième celui
+de _Tafelrhât_.
+
+Une exploration spéciale permettrait peut-être de retrouver dans les
+constructions modernes de Rhât des traces de l’ancienne Rapsa ; il est
+regrettable que la jalousie superstitieuse de ses habitants n’ait pas
+encore permis de rechercher si l’emplacement de l’_oppidum_ des Romains
+était là, ou dans quelque autre ville du voisinage habitée jadis par les
+Kêl-Rhâfsa.
+
+La petite confédération à laquelle la Rapsa des anciens dut sa
+résurrection porta d’abord le nom de Kêl-Rhât, qu’elle conserva jusqu’à
+ce jour, concurremment avec le nom arabe de Rhâtïa. Mais ce n’est pas le
+seul changement à noter dans l’histoire de cette petite agglomération.
+
+Les Ihâdjenen, frères consanguins des Touâreg, liés d’une étroite amitié
+avec eux, ont longtemps conservé leur autonomie sous le protectorat
+dévoué de leurs puissants alliés. La bonne harmonie entre deux pouvoirs
+indépendants l’un de l’autre s’explique, d’un côté, par la répulsion
+instinctive des Touâreg pour l’habitation dans les villes, par le besoin
+qu’ils avaient d’un centre commun d’intérêts, et, de l’autre côté, par
+la nécessité qu’il y avait pour les Ihâdjenen d’être en relations
+amicales avec des peuplades les environnant de toutes parts et pouvant
+ouvrir ou fermer les routes aboutissant à leur ville.
+
+Dès le début, la cité de Rhât s’est d’ailleurs signalée par une
+constitution administrative et gouvernementale fort simple, mais très-
+bien entendue :
+
+Pour les affaires intérieures, une municipalité élective, issue de la
+tradition berbère, administrait sans contrôle ;
+
+Pour les affaires extérieures, un cheïkh héréditaire, sorte de sultan,
+comme ceux de Tougourt, d’Ouarglâ et d’Agadez, gouvernait, sous le titre
+d’_amghâr_, et défendait l’indépendance des Ihâdjenen.
+
+La tradition a conservé les noms de ces anciens sultans ; les voici dans
+l’ordre chronologique :
+
+
+Khammadi,
+
+Ahmâdou,
+
+El-Hâdj-Mohammed-Settaqa,
+
+El-Hâdj-Arhdâl,
+
+Arhdâl,
+
+El-Hâdj-Khatîta,
+
+El-Hâdj-Bel-Qâsem, qui régnait au commencement de ce siècle,
+
+Enfin, Mohammed-Ould-Arhdâl.
+
+
+Mohammed-ould-Arhdâl devait clore la série des sultans d’origine
+Ihâdjenen pure, par application d’une loi locale sur les successions à
+laquelle les Ihâdjenen doivent la fondation d’une dynastie et Rhât le
+développement de sa prospérité, mais qui, par un retour des choses
+d’ici-bas, pourra bien faire perdre à cette ville son indépendance, si
+ce n’est sa fortune.
+
+Dans le Sahara, les tribus d’origine berbère, suivant l’ordre de
+succession en usage, sont ou EBNA-SÎD (_fils de leur père_) ou BENÎ-
+OUMMÏA (_fils de leur mère_).
+
+Les Ihâdjenen étaient Benî-Oummïa et, à Rhât, comme chez les Touâreg,
+comme dans d’autres tribus berbères, la transmission du pouvoir n’a pas
+lieu, ni d’après la loi musulmane, ni d’après la coutume générale des
+autres peuples, en ligne directe, du père au fils, mais par voie
+indirecte, _du défunt au fils aîné de sa sœur aînée_.
+
+Dans le Livre suivant, exclusivement consacré aux Touâreg, cette loi
+sera l’objet d’un examen tout particulier ; toutefois, je dois dire,
+avant de passer outre, que, par ce mode de succession, les Berbères
+Benî-Oummïa croient mieux assurer la transmission du sang. En effet, la
+sœur, fille d’une mère consanguine, transmet certainement à son fils une
+parcelle du sang de son frère, quel que soit le père, tandis que
+l’épouse infidèle introduit un sang étranger dans la famille.
+
+Comme complément de cette loi, les mariages avec des étrangers sont
+interdits, mais quand les familles s’éteignent, résultat presque
+inévitable des alliances trop rapprochées ; quand les seuls survivants
+sont des femmes, il faut bien que ces femmes aillent chercher des époux
+en dehors de la famille.
+
+C’est ce qui est advenu aux princes Ihâdjenen. La sœur de Mohammed-Ould-
+Arhdâl a du se marier avec un riche négociant du Touât, et de ce mariage
+est né un fils, El-Hâdj-Ahmed-Ould-es-Saddîq, et à la mort du dernier
+amghâr, le fils du touâti s’est trouvé, par droit de naissance, cheïkh
+héréditaire de Rhât.
+
+Depuis longtemps, les descendants des fondateurs de Rhât étaient en
+minorité — tant il est vrai que des nomades se perpétuent difficilement
+dans l’enceinte d’une ville — et ils avaient été remplacés par une
+nouvelle génération d’enfants issus du mariage des Rhâtiennes avec les
+nombreux marchands de Ghadâmès, du Touât, de Sôkna et de Djâlo, venus à
+Rhât pour profiter des avantages de son commerce.
+
+Quand s’est produit le fait nouveau d’un fils de touâti arrivant au
+pouvoir, les nombreux étrangers, composant aujourd’hui la grande
+majorité de la population de la ville, ont trouvé tout naturel qu’un
+étranger comme eux fût le souverain du pays, et El-Hâdj-Ahmed fut
+accueilli avec faveur. Toutefois, il ne prit que le titre de cheïkh et
+non celui d’amghâr.
+
+Mais cette substitution d’un Arabe touâti à un Berbère ihâdjeni blessait
+l’amour-propre berbère des Touâreg, et, depuis lors, à de bons rapports
+entre les Rhâtiens et les Azdjer a succédé une rivalité dont les causes
+sont nombreuses.
+
+L’avénement du fils d’un Arabe à l’autorité souveraine dans une ville
+berbère devait surtout blesser les chefs des Orâghen, véritables sultans
+du pays.
+
+Il y a deux siècles environ, les Imanân, rois des Touâreg du Nord,
+avaient à peu près usurpé le pouvoir des amghâr Ihâdjenen dans la ville
+de Rhât et tenaient ses habitants sous le joug de leur oppression.
+
+Une révolution, dont les détails seront racontés ci-après, mais faite
+par les Orâghen, détrôna les Imanân et permit à la ville de Rhât de
+recouvrer son ancienne indépendance sous la protection de ses
+libérateurs.
+
+De plus, il y a cinquante ans environ, sous le règne de l’amghâr Bel-
+Qâsem, Rhât fut inopinément attaquée par une armée du sultan du Fezzân,
+qui, déjà alors, convoitait la domination ou la destruction de la rivale
+du commerce de Mourzouk.
+
+Rhât, réduite aux seules forces de ses habitants, eût peut-être
+succombé, mais les chefs des Orâghen vinrent à son secours et, sous leur
+bannière, les Fezzaniens, battus par les Adzjer, laissèrent entre les
+mains de leurs vainqueurs 2,000 chevaux chargés de bagages, ce qui ne
+les engagea pas à renouveler leur audacieuse entreprise.
+
+Après cette victoire, comme après celle qui avait mis en leurs mains le
+pouvoir des Imanân, les Orâghen auraient pu s’emparer de Rhât et y
+commander en souverains. Ils ne l’ont pas fait, par respect des droits
+héréditaires des Ihâdjenen.
+
+Il ne pouvait donc pas leur convenir de voir les destinées d’une ville
+affranchie par eux, défendue par eux, et de la prospérité de laquelle
+dépend la leur, passer aux mains d’étrangers, fils d’Arabes, c’est-à-
+dire d’hommes auxquels les Berbères reprochent d’être toujours prêts à
+accepter toutes les dominations, pourvu qu’on leur donne un beau burnous
+d’investiture.
+
+
+Rhât est loin d’avoir comme ville l’importance qu’elle a comme marché,
+car elle compte à peine 600 maisons et 4,000 habitants ; mais elle
+s’agrandit tous les jours, par la création de villages voisins qui, par
+leur accroissement successif, pourront devenir de nouveaux quartiers de
+la ville primitive. L’un deux, Tâderâmt, est à 600 mètres du mur
+d’enceinte de Rhât ; l’autre, Toûnîn, est à 800 mètres environ. Toûnîn,
+de fondation toute récente (douze ans), compte déjà 500 habitants :
+c’est là qu’est le château particulier d’El-Hâdj-Ahmed-Ould-es-Saddîq.
+
+Pl. XIII. Page 271. Fig. 24 et 25.
+
+[Illustration : Fig. 1. — VUE DE RHÂT.
+
+D’après un dessin de M. H. Duveyrier.]
+
+[Illustration : Fig. 2. — VUE DU PIC DE TÊLOUT DANS LA VALLÉE DE
+TÎTERHSÎN
+
+(VOIR PAGE 58).
+
+D’après un dessin de M. H. Duveyrier.]
+
+Rhât, Tâderâmt, Toûnîn, marquent trois côtés d’un vaste espace sur
+lequel se tient le grand marché annuel, source de la fortune de cette
+contrée.
+
+La ville a une forme circulaire. Au centre se trouve une petite place
+nommée _Eseli_, de laquelle rayonnent six rues qui divisent la cité en
+six massifs de maisons et vont aboutir à six portes ouvertes dans le mur
+irrégulier qui sert d’enceinte.
+
+Trois des portes sont désignées sous le nom de Tâmelrhât, qui est celui
+d’un quartier, une quatrième s’appelle Tafelrhât, la cinquième est Bâb-
+Kelâla, la sixième est Bâb-el-Kheïr.
+
+La construction dominante de la ville est le _Mesid_ ou école ; l’unique
+mosquée a un minaret assez élevé.
+
+Les maisons sont à deux étages comme celles de Ghadâmès, mais dans des
+dimensions moins vastes.
+
+Vue du dehors, Rhât semble et est en effet bâtie sur un petit mamelon
+qui domine le pays circonvoisin du Sud-Sud-Est au Nord-Nord-Ouest. Elle
+est elle-même dominée, à peu de distance du mur d’enceinte, par les
+derniers contreforts de Koukkoûmen, petite ligne de collines, entre le
+Tasîli et l’Akâkoûs, qui sépare la vallée d’Ouarâret de celle du
+Tânezzoûft. (Voir la planche ci-contre.)
+
+L’eau abonde autour de Rhât, et c’est à cette circonstance, comme à sa
+position au débouché d’un large col, que cette localité doit l’avantage
+d’avoir toujours été recherchée par des populations sédentaires.
+
+Les plantations de dattiers forment au Sud des bois ou des groupes de
+jardins isolés, dont quelques-uns, ceux d’Iberkân et de Temattîn, sont à
+2 et 3 kilomètres.
+
+Plus au Sud encore se trouve la petite ville târguie d’El-Barkat, qui a
+une existence indépendante.
+
+La population de Rhât est aujourd’hui un mélange de toutes les
+populations qui, depuis sa fondation, s’y sont donné rendez-vous dans un
+intérêt commercial : blancs, noirs, métis, hommes libres, esclaves,
+Arabes, Berbères, gens du Sud, gens du Nord, gens de l’Est, gens de
+l’Ouest.
+
+Les femmes seules représentent la tribu primitive des Ihâdjenen, et
+comme le droit berbère leur réserve, même dans le mariage,
+l’administration de tout ce qu’elles possèdent, elles seules disposent,
+en qualité de propriétaires, des maisons, des sources, des jardins, en
+un mot, de toute la richesse foncière du pays. Ce fait a contribué à
+conserver à Rhât sa physionomie propre, ses mœurs, son idiome
+particulier.
+
+Il en est résulté aussi, au profit des femmes, un développement
+d’intelligence et un esprit d’initiative qui étonnent au milieu d’une
+société musulmane.
+
+Le costume des Rhâtiens est, en général, celui des Touâreg : voile,
+blouse, longs pantalons, vêtements de couleur provenant du Soûdân.
+
+La langue de Rhât, quoique parente de celle des Touâreg, constitue
+cependant un dialecte à part.
+
+Comme chez les Touâreg, la femme est respectée.
+
+Comme chez tous les Berbères, l’esprit municipal est développé au plus
+haut point.
+
+Tout en conservant des traces aussi importantes de leur origine berbère,
+les Rhâtiens ont largement emprunté aux nègres leurs superstitions ; ils
+croient aux sorciers, _amâ-sahhâr_, et leur attribuent le pouvoir de
+préserver des balles, du fer, des maladies, de la dent des bêtes
+fauves ; mieux encore, de métamorphoser un homme en une bête quelconque.
+
+Beaucoup de Rhâtiens, ennemis des chrétiens, ennemis surtout des
+Français, coupables d’avoir conquis une terre de l’Islâm, avaient crié,
+tempêté, juré, avant mon arrivée, que, si je foulais le sol de leur
+territoire, ils me feraient regretter mon imprudence.
+
+Parmi eux, quelques-uns, les plus audacieux, voulurent voir de leurs
+yeux ce chrétien tant redouté, tant maudit.
+
+Grand fut leur désappointement : le chrétien était un jeune homme,
+parlant une langue qui leur est familière, causant de tout, s’enquérant
+de tout, passant son temps à écrire, à dessiner, à observer les étoiles.
+
+A leur rentrée en ville, ces visiteurs avaient de l’infidèle, cause de
+tant d’agitation, une opinion toute différente.
+
+Il n’en fallut pas davantage pour me transformer en sorcier aux yeux des
+plus récalcitrants. N’avais-je pas, d’ailleurs, guidé par mes
+observations météorologiques, prédit des changements de temps ? Aussi
+El-Hâdj-el-Amîn, cheïkh actuel de la ville, l’homme le plus opposé à ma
+venue à Rhât, prit-il toutes les précautions pour éviter mon regard : il
+craignait que je ne l’ensorcelasse.
+
+Rhât a tenu à poser vis-à-vis de moi, chrétien, en ville musulmane,
+fanatique de sa religion. On serait dans une grande erreur, si l’on
+imputait cette attitude à une ferveur religieuse exceptionnelle. Il n’en
+est rien. La religion n’est qu’un masque, l’intérêt est le seul mobile
+de cette conduite.
+
+Le Cheïkh-el-Hâdj-el-Amîn, dévoré d’ambition, pétri d’intrigues, a forcé
+son frère aîné, El-Hâdj-Ahmed-Ould-es-Saddîq, le successeur du dernier
+amghâr, à lui abandonner la souveraineté de la ville. Cela ne lui suffit
+pas. Il voudrait qu’une investiture de la Porte Ottomane vînt ratifier,
+en sa personne, la substitution, sur le trône de Rhât, d’un Arabe à un
+Berbère, d’un touâti à un ihâdjeni, d’un frère cadet à un frère aîné
+encore vivant, et, dans ce but, depuis qu’il est au pouvoir, il
+travaille à amener les Turcs à Rhât, d’abord pour faire consacrer son
+usurpation, ensuite pour n’avoir plus à compter avec les Orâghen, ses
+voisins.
+
+L’éventualité possible de l’occupation de Rhât par les Turcs est
+envisagée par les Touâreg comme un des plus grands malheurs qui puissent
+leur arriver : nobles et serfs y perdraient le plus net de leurs moyens
+d’existence, car le monopole du protectorat du marché de Rhât donne aux
+premiers une partie des revenus qui les font vivre, et aux seconds des
+transports pour leurs chameaux. Puis, il n’est pas de târgui, petit ou
+grand, qui n’ait, en quelque sorte, le droit d’exiger, de temps à autre,
+des Rhâtiens, soit un déjeuner, soit un dîner, soit quelque bagatelle,
+et dans un pays où tout manque, c’est là une ressource _in extremis_ qui
+n’est pas dédaignée.
+
+Il est vrai que les rapports fraternels qui existaient autrefois entre
+les Ihâdjenen et les Touâreg ont cessé, et que les Rhâtiens ont souvent
+aujourd’hui de légitimes motifs de se plaindre des avanies et des
+exigences de leurs voisins, mais l’appel fait aux Turcs[101] par le
+cheïkh actuel de la ville ne me paraît pas une solution heureuse, car
+leur arrivée à Rhât, fût-elle possible devant la résistance des Touâreg,
+aurait pour résultat immédiat de ruiner le commerce local.
+
+On comprend dès lors pourquoi les chefs des Touâreg, bénéficiaires de ce
+commerce, se sont montrés aussi favorables à une alliance française. Ils
+ont le sentiment instinctif que, de tous les gouvernements avec lesquels
+ils peuvent être en relations, celui de l’Algérie est le seul assez
+éclairé et assez puissant pour sauvegarder leurs intérêts menacés.
+
+Ainsi, à Rhât, il y a deux partis en présence : celui des Turcs et celui
+des Français, représentant tous deux des intérêts rivaux ; le parti
+français, composé de la grande majorité des Azdjer et de quelques
+marchands de la ville, est le plus puissant. Grâce à son appui, j’ai pu
+arriver sous les murs de Rhât[102], y séjourner quinze jours, lever une
+esquisse du plan extérieur de la ville et de ses environs, recueillir
+tous les renseignements dont j’avais besoin, faire toutes mes
+observations, malgré les imprécations du parti adverse.
+
+Inutile de dire, je crois, que les gouvernements d’Alger et de Tripoli
+sont étrangers à la création de ces deux partis nés des circonstances et
+d’intérêts en conflit. J’en ai trouvé la preuve dans l’accueil qui m’a
+été fait à Mourzouk, ainsi qu’aux Touâreg qui m’accompagnaient, et dans
+une lettre que le pacha de Tripoli a écrite aux Rhâtiens pour les
+engager à m’accueillir convenablement.
+
+Peut-être les deux gouvernements amis devront-ils intervenir de leur
+influence réciproque pour faire cesser pacifiquement les rivalités qui
+divisent les Rhâtiens et les Touâreg. La France, puissance chrétienne,
+aurait un beau rôle à jouer, en prenant l’initiative au Maroc, à Tunis,
+à Tripoli, à Timbouktou même, d’une sorte de médiation générale, à
+l’effet de résoudre toutes les difficultés qui tiennent en conflit
+toutes les peuplades du Sahara, les unes vis-à-vis des autres.
+
+
+Le commerce en gros pour les riches, en détail pour les pauvres, est la
+principale source de richesse des Rhâtiens ; cependant l’industrie y a
+quelque importance, quoique limitée aux besoins de la localité. On y
+fait des pelleteries, des vases en bois, des montures ou des étuis pour
+armes : poignards, sabres, fusils, etc., etc.
+
+Les principaux commerçants de Rhât sont : El-Hâdj-el-Amîn, cheïkh de la
+ville, dont la richesse paraît considérable ; El-Hâdj-Ahmed, frère aîné
+et prédécesseur du cheïkh actuel, fondateur de Toûnîn, qui peut devenir
+une rivale de Rhât ; un jeune marchand, originaire de Djerba, nommé
+Yoûnis, fort entreprenant.
+
+El-Hâdj-el-Amîn, protecteur avoué de la zâouiya de la confrérie d’Es-
+Senoûsi, contiguë à la ville, et foyer d’un fanatisme exalté, est le
+chef du parti hostile à l’extension de l’influence française.
+
+El-Hâdj-Ahmed conserve une sage neutralité entre les partis.
+
+Yoûnis, dévoué à notre cause, aurait déjà tenté d’ouvrir des relations
+entre Rhât et Alger, si le Cheïkh-el-Hâdj-el-Amîn ne menaçait de
+l’expulser de la ville.
+
+
+ § III. — MOURZOUK.
+
+
+Mourzouk est la capitale du Fezzân, groupe d’oasis au Sud de la
+Tripolitaine, érigé, depuis 1841, en kâïmakâmlik de l’Empire Ottoman.
+
+Je n’aurais à m’occuper ni de Mourzouk, ni du Fezzân, si tout ne se
+liait dans la vie saharienne, si d’importantes fractions des Touâreg
+Azdjer, quoique indépendantes des Turcs, n’étaient comprises dans le
+kâïmakâmlik du Fezzân, notamment celles qui habitent l’Ouâdi-el-Gharbi
+et l’Ouâdi-’Otba, aux portes mêmes de Mourzouk ; si je n’avais à appeler
+l’attention sur Djerma, la _Garama_ des anciens, et sur une civilisation
+antérieure à la conquête romaine, dont le type se trouve à Djerma ; si,
+enfin, je n’avais à constater, par l’exemple du Fezzân, que le Sahara
+n’est pas un pays à exploiter comme source de revenus gouvernementaux,
+mais à féconder par l’ordre, la paix et des institutions libérales.
+
+
+Le Fezzân actuel comprend des oasis et des terres de parcours.
+
+Dans les oasis, on distingue les groupes du Sud qui représentent
+l’ancienne _Phazania_, et un groupe au Nord, celui d’El-Jofra, qui a
+pour capitale Sôkna, sous la dépendance de laquelle se trouvent deux
+villes isolées : Fogha et Zella.
+
+Le groupe des oasis du Sud a eu successivement pour capitale :
+
+Djerma, sous les Garamantes ;
+
+Garama, sous les Romains ;
+
+Trâghen, sous la dynastie des Nesoûr ;
+
+Zouîla, sous les conquérants arabes ;
+
+Mourzouk, sous les dynasties des Oulâd-Mehammed et des Karamanli, sous
+’Abd-el-Djelîl et sous les Turcs.
+
+Les Oasiens, tous sédentaires, habitent des villes et des villages au
+milieu de forêts de dattiers ; ils appartiennent, en très-grande
+majorité, à un type nègre que j’appelle _sub-éthiopien_ ; quelques-uns
+sont Teboû, également nègres ; d’autres sont Touâreg, blancs ou de sang
+mélangé.
+
+Les terres de parcours sises entre les oasis sont occupées par trois
+grandes tribus arabes, savoir :
+
+Les Hotmân et les Megâr-ha, qui rayonnent autour de l’Ouâdi-ech-Chiâti,
+dans les dunes d’Edeyen, la Hamâda de Mourzouk et une partie de la
+Hamâda-el-Homrâ ;
+
+Les Rîah, qui campent alternativement dans la Hamâda-el-Homrâ et dans
+les massifs volcaniques de la Sôda et du Hâroûdj.
+
+
+La capitale des Garamantes se retrouve, sous le nom de Djerma-el-Qedîma,
+au Sud de la Djerma moderne, dans une sorte de baie que forme la
+montagne de l’Amsâk. Le principal caractère de ces ruines nous est
+transmis par le _Qeçîr-el-Watwat_ ou _châtelet des chauves-souris_.
+
+La capitale des Nesoûr est représentée par les ruines de l’_ancien
+château de Trâghen_, qui ont quelque rapport avec celles de Djerma-el-
+Qedîma.
+
+De la Garama des Romains, il ne reste plus aujourd’hui qu’un monument
+carré, très-bien conservé, au milieu de pierres de taille, couvrant une
+superficie de 60 mètres environ, ainsi qu’un amas de pierres de taille
+très-étendu au Sud de la Djerma moderne. (Voir la planche ci-contre).
+
+Zouïla, ville de Chorfâ, est le chef-lieu de la Cherguîya.
+
+Mourzouk, capitale actuelle, est le siége du kâïmakâmlik.
+
+
+La tradition, d’accord d’ailleurs avec l’histoire, nous apprend ce qui
+suit :
+
+Les plus anciens habitants des oasis étaient des Berâouna, nom sous
+lequel les Arabes confondent tous les nègres du Bornou, aussi bien que
+les Teboû.
+
+La dynastie la plus ancienne qui ait gouverné les Berâouna est celle des
+Nesoûr, originaire du Soûdân. Elle régnait à Trâghen. On y voit encore
+les ruines du château des sultans et le tombeau de l’un d’eux,
+_Maï-’Ali_ (le sultan ’Ali).
+
+Pl. XIV. Page 276. Fig. 26.
+
+[Illustration : MONUMENT ROMAIN DE L’ANCIENNE GARAMA.
+
+D’après un dessin de M. H. Duveyrier.]
+
+Les Nesoûr régnèrent longtemps, mais ils furent vaincus et détrônés par
+une tribu arabe, les Khormân, qui réduisirent les Fezzaniens à l’état
+d’esclaves et les accablèrent d’injustices.
+
+Sous le gouvernement des Arabes Khormân, Zouîla était la capitale du
+Fezzân.
+
+Pendant que le peuple opprimé souffrait, passa un chérîf du Maroc,
+allant au pèlerinage de la Mekke. On lui raconta tous les malheurs du
+pays et on le supplia de venir le délivrer. Ce chérîf, au retour de la
+ville sainte, obtint de son père l’autorisation de secourir les
+malheureux Fezzaniens, ce qu’il fit avec le concours d’hommes dévoués
+qui le suivirent.
+
+Ce chérîf s’appelait Sîd-el-Monteser-ould-Mehammed.
+
+Il ne tarda pas à vaincre les Khormân et à les expulser.
+
+Par reconnaissance, les Fezzaniens élurent sultan leur libérateur. Ainsi
+fut fondée la dynastie des Oulâd-Mehammed.
+
+Si l’on s’en rapporte aux souvenirs des indigènes, cette dynastie, qui
+régna 550 ans environ, fit le bonheur du pays et agrandit le Fezzân, peu
+à peu, par de sages conquêtes, jusqu’à Sôkna, vers le Nord.
+
+Voici les noms de quelques-uns des successeurs de Sîd-el-Monteser :
+
+
+Sultan Djeheïm ;
+
+ — Mehammed ;
+
+ — Mehammed ;
+
+ — Ahmed, qui régnait en 1747 ;
+
+ — Mehammed ;
+
+ — El-Monteser.
+
+
+Le dernier de ces sultans fut tué aux environs de Trâghen, où l’on voit
+son tombeau, en 1811, par El-Moukkeni, l’un des lieutenants de Youçef-
+Pacha, le dernier souverain de la dynastie indépendante des Karamanli de
+Tripoli.
+
+El-Moukkeni, devenu sultan du Fezzân, se rendit célèbre par les
+expéditions qu’il fit en Nigritie, et dans lesquelles il emmena, non-
+seulement beaucoup de chevaux, mais encore de petits canons. Dans ses
+courses, il s’avança jusqu’au centre du Borgou, du Bahar-el-Ghozâl et du
+Baguirmi. La capture des esclaves était le but principal de ses
+expéditions, qui ne furent pas toujours couronnées d’un succès
+incontesté.
+
+En 1831, après vingt ans de règne des lieutenants des Karamanli, ’Abd-
+el-Djelîl, le célèbre chef de la tribu arabe des Oulâd-Slîmân,
+s’emparait du pouvoir qu’il conserva dix années, au milieu d’une lutte
+qui ensanglanta tout le Fezzân.
+
+En 1841, la Tripolitaine ayant été érigée en province de l’Empire
+Ottoman, Bakir-Bey fut envoyé, avec une colonne, pour soumettre le
+Fezzân. Une rencontre eut lieu à El-Bagla, non loin de la mer. ’Abd-el-
+Djelîl battu trouva la mort en se défendant.
+
+De 1811 à nos jours, il n’y a pas de doute sur l’exactitude des
+renseignements ci-dessus donnés.
+
+Antérieurement à 1811, des documents conservés par les marabouts de
+Trâghen démontrent que la dynastie des Oulâd-Mehammed a occupé le trône
+du Fezzân pendant de longs siècles, mais la date de son avénement, en
+1261, est peut-être contestable.
+
+Quoi qu’il en soit, si la période postérieure à la conquête arabe peut
+être réputée appartenir à l’histoire positive, la période antérieure
+appartient à l’histoire hypothétique.
+
+Cependant le champ de l’hypothèse est fort restreint, car l’histoire
+romaine confirmée par la triple découverte de la Djerma païenne, de la
+Garama romaine et de la Djerma actuelle, confirme ce fait, qu’avant
+l’ère chrétienne vivait au Fezzân un peuple du nom de Garamantes.
+
+Mais de ce peuple nous ne connaissons que le nom et l’espace qu’il
+occupait, sans savoir à quelle race, blanche ou noire, il appartenait.
+
+Cependant, si les anciens Garamantes étaient d’origine nigritienne,
+Berâouna ou Teboû, la tradition serait d’accord avec l’histoire, et les
+Berâouna du Fezzân seraient identifiés avec les Garamantes.
+
+Si l’on tient compte du peu de distance entre Djerma et Trâghen (130
+kilomètres) ; si l’on compare les ruines des deux villes capitales, les
+matériaux qui les composent, leurs formes, leur caractère ; si on
+examine attentivement les tombeaux anciens des deux localités, surtout
+si on constate qu’à Trâghen, comme à Djerma, comme dans toutes les oasis
+du Fezzân, le sang noir domine, comme aussi plus au Nord, dans les
+villes habitées par la même race, le doute n’est plus permis, et l’on
+est porté à admettre que Garamantes, Berâouna et les sujets des sultans
+Nesoûr appartiennent à cette race noire qui existe encore aujourd’hui
+sur les lieux.
+
+Pl. XV. Page 279. Fig. 27, 28 et 29.
+
+[Illustration : Fig. 1. — RUINES DU QEÇÎR-EL-WATWAT.
+
+D’après un dessin de M. H. Duveyrier.]
+
+[Illustration : Fig. 2. — TOMBES DE L’ANCIENNE NÉCROPOLE DE QEÇÎRÂT-ER-
+ROÛM.
+
+D’après un dessin de M. H. Duveyrier.]
+
+[Illustration : Fig. 3. — TOMBES DES JABBÂREN, DANS L’OUÂDI-ALLOÛN.
+
+D’après un croquis de M. H. Duveyrier.]
+
+Dans le Fezzân méridional, d’ailleurs, on retrouve, à chaque pas, des
+noms de lieux appartenant à la langue du Bornou (le _kanôri_) :
+_Ngouroutou_, _Karakoura_, _Kerekerimi_, _Kangaroua_, tous noms de puits
+anciens de l’oasis de Trâghen.
+
+Ainsi, il est désormais à peu près certain qu’à une époque très-ancienne
+a régné dans tout le Sahara une civilisation nègre très-avancée pour
+l’époque, et que cette civilisation a doté le pays de travaux
+hydrauliques remarquables, de constructions distinctes de toutes les
+autres, de tombeaux qui ont partout le même caractère, de sculptures sur
+les rochers qui rappellent les faits principaux de leur histoire.
+
+A cette civilisation appartiennent :
+
+
+1o Les forages des puits artésiens de l’Ouâd-Rîgh et d’Ouarglâ ;
+
+2o L’aménagement des eaux de Ghadâmès et de Ganderma ;
+
+3o Les puits à galeries, _fogârât_, communs au Fezzân et au Touât ;
+
+4o Le châtelet des _chauves-souris_ (Qeçîr-el-Watwat), de Djerma-el-
+Qedîma ;
+
+5o Les ruines de Serdélès et de l’Ouâdi-Takarâhet ;
+
+6o Les Esnâmen de Ghadâmès ;
+
+7o Les chapiteaux de la place du marché de la même ville, s’ils ne sont
+pas d’origine romaine ;
+
+8o La nécropole de Qeçîrât-er-Roûm à Djerma ;
+
+9o La grande nécropole isolée, entre Garâgara et Kharâig, à l’Est de
+Djerma ;
+
+10o Les anciennes tombes du cimetière de Ghadâmès ;
+
+11o Celles des _Jabbâren_, que j’ai trouvées sur ma route, en allant à
+Rhât ;
+
+12o Celles de Djelfa (Algérie) et d’El-Fogâr (Fezzân), qui ont des liens
+de parenté ;
+
+13o Les sculptures de Bordj-Taskô à Ghadâmès ;
+
+14o Les sculptures d’Anaï ;
+
+15o Les sculptures trouvées par M. le docteur Barth dans la vallée de
+Telizzarhên ;
+
+16o Les sculptures de Moghar et d’’Asla, dans le cercle de Géryville ;
+
+Enfin, tant d’autres monuments d’origine incertaine, mais très-ancienne,
+qu’on retrouve dans le Sud de l’Algérie, de la Tunisie et de la
+Tripolitaine.
+
+La description, la filiation de tous ces débris de la civilisation
+garamantique, ne peuvent trouver place ici, mais, pour qu’on en puisse
+saisir les caractères généraux, je reproduis les dessins de ceux de ces
+types qui m’ont paru les plus remarquables.
+
+Mon but principal est de constater que des nègres, dont quelques-uns
+sont encore sur place, mais dont la masse a été refoulée, ont occupé le
+Sahara avant toute autre race, et qu’ils y ont atteint un degré de
+civilisation qui n’a jamais été dépassé depuis par leurs successeurs. La
+constatation de ce fait a une grande importance pour la colonisation
+ultérieure du Sahara, si la France croit devoir s’en occuper.
+
+A Djerma, à Trâghen, dans toutes les parties du Fezzân où j’ai été admis
+à rendre visite aux _djema’a_, ou assemblées municipales de notables, je
+me suis informé si l’on possédait des archives relatives à l’histoire
+ancienne.
+
+A Djerma, les vieillards disent que leurs chroniques ont été perdues,
+mais qu’elles assignaient aux Teboû la possession originaire de leur
+pays et même la fondation de leur ville ; leur langue primitive était le
+_tedâ_.
+
+A Trâghen, de vieux titres conservés par la famille des Thâmer donnent
+le Bornou pour origine aux habitants de cette ville.
+
+Interrogé sur le même sujet, Boû-Beker-Effendi, l’un des principaux
+officiers civils du gouvernement turc à Mourzouk, répond : « Du temps
+des Oulâd-Mehammed, tout était à la mode du pays des nègres. Le sultan
+avait une _ganga_, une garde-noire ; la langue était presque le
+_kanôri_, et tous les noms donnés aux lieux et aux choses étaient de
+cette langue : ainsi le boulevard commercial de la ville s’appelait le
+_dendal_, comme dans les villes de la Nigritie. »
+
+Abba-Serki, le dernier descendant des Oulâd-Mehammed, ajoute à ces
+renseignements un témoignage très-remarquable : « Sous ses ancêtres, il
+était permis aux marchands de race blanche de rester à Mourzouk, pour
+leurs affaires, pendant les trois mois de l’hiver seulement. Dès que les
+chaleurs commençaient, le sultan faisait annoncer par un héraut que les
+blancs eussent à se retirer, sous peine d’amende et d’expulsion, parce
+que les blancs étaient toujours malades et communiquaient leurs maladies
+aux autres habitants. » Donc, l’expérience avait démontré qu’il fallait
+être noir pour supporter impunément l’insalubrité du climat pendant les
+grandes chaleurs.
+
+Serait-ce cette insalubrité qui aurait conservé au pouvoir de la race
+primitive les contrées insalubres du Fezzân, du Nefzâoua, de l’Ouâd-
+Rîgh, d’Ouarglâ et du Touât ? Il est permis de le croire, car on
+remarque que les populations blanches intercalées entre ces contrées
+insalubres habitent toutes des territoires plus sains. Encore un fait
+d’observation pratique à noter pour la colonisation du Sahara.
+
+Je résume le résultat de toutes ces informations : Les Fezzaniens sont
+unanimes à attribuer le premier peuplement de leurs oasis à des nègres
+païens, _djohâla_.
+
+
+De ces préliminaires je passe à la ville de Mourzouk.
+
+Elle fut fondée par les Oulâd-Mehammed, il y a environ cinq cents ans,
+vers 1310. Le chérîf, qui devint plus tard sultan, trouva là quelques
+_zerâïb_ ou chaumières en palmes. Il en fit sa demeure, et, comme
+c’était un saint homme, il ouvrit une école, laquelle attira beaucoup de
+gens autour de lui.
+
+Une des premières constructions fut celle de la Qaçba, dans la partie
+Ouest de la ville. Les Turcs l’ont restaurée, ainsi que le mur
+d’enceinte de la ville, qui a la forme d’un carré presque parfait, avec
+de petits bastions en saillie.
+
+Les constructions particulières de Mourzouk ont un type uniforme :
+toutes sont en briques d’une terre crue, tellement riche en sel et
+tellement pauvre en argile, que les pluies, heureusement fort rares, les
+dégradent beaucoup. Les habitations ordinaires n’ont qu’un rez-de-
+chaussée ; celles des riches marchands de Sôkna et d’Aoudjela ont un
+étage ; ces dernières sont vastes et bien aménagées pour le climat et
+pour les besoins des habitants.
+
+La ville est coupée en deux par une sorte de large boulevard, le
+_dendal_, garni de boutiques de chaque côté et aboutissant par ses deux
+extrémités aux deux portes principales : celle de l’Ouest, près de la
+Qaçba, celle de l’Est, entre un corps-de-garde et le poste de la douane.
+
+Au _dendal_ arrivent toutes les rues latérales, qui divisent la ville en
+quartiers.
+
+Contrairement à ce qu’on observe dans les villes arabes et berbères, les
+rues sont larges, droites et découvertes, comme dans les villes nègres,
+ce qui n’est pas le plus agréable, car la chaleur y est accablante.
+
+La ville est alimentée par des puits dont l’eau est lourde.
+
+La salubrité locale laisse à désirer, surtout pour les individus
+originaires des climats tempérés. Jusqu’à ce jour, tous les gouverneurs,
+d’origine turque, envoyés au Fezzân, y sont morts, à l’exception de
+Mehemed-Bey, qui gouvernait le pays à mon arrivée et qui était tout
+nouvellement installé.
+
+L’insalubrité doit être attribuée à ce que Mourzouk est bâtie dans le
+bas-fond d’une sebkha, saline desséchée.
+
+La langue aujourd’hui parlée à Mourzouk et même dans la plus grande
+partie du Fezzân est l’arabe.
+
+L’esprit religieux est celui des centres dans lesquels des
+fonctionnaires, une garnison et des commerçants étrangers dominent.
+Cependant il y a une mosquée à la Qaçba et une autre dans la ville.
+
+Mourzouk est assez bien approvisonnée en viande, légumes, fruits, car
+les environs sont productifs.
+
+Pendant longtemps, les gouverneurs turcs ont craint d’habiter la Qaçba,
+parce qu’elle avait la réputation d’être hantée par de mauvais esprits.
+Cependant le kâïmakâm militaire actuel, Moustafa-Agha, y est établi.
+
+Autour de la citadelle sont des casernes et des magasins, récemment
+construits à l’européenne.
+
+
+L’établissement militaire et administratif de Mourzouk comprend :
+
+1o Une garnison de 250 hommes environ de troupes régulières (_redîf_),
+presque tous indigènes du Fezzân ou nègres ;
+
+2o Quatre pièces d’artillerie de campagne avec une vingtaine de chevaux
+pour les traîner ;
+
+3o Des magasins réputés approvisionnés pour une année ;
+
+4o Un hôpital dirigé par un médecin européen ;
+
+5o Environ 50 cavaliers arabes irréguliers (_bachi-bouzouk_) que les
+tribus de la côte, Mesrâta et Mesellâta, sont tenues de renouveler tous
+les ans. Les irréguliers sont commandés par un bâch-agha arabe.
+
+Jusqu’au moment de mon arrivée à Mourzouk et depuis l’érection du Fezzân
+en kâïmakâmlik, le gouvernement avait été confié à deux chefs,
+indépendants l’un de l’autre, le kâïmakâm civil (bey ou pacha), le
+kâïmakâm militaire (agha ou bey), suivant le grade du titulaire. Le chef
+civil gouvernait et administrait toutes les populations du kâïmakâmlik,
+le chef militaire s’occupait exclusivement de la force publique. Mais,
+pendant que j’étais à Mourzouk, tous les pouvoirs ont été concentrés
+entre les mains du chef militaire, et le chef civil lui a été
+subalternisé. Ces deux fonctionnaires supérieurs nommés par le
+gouvernement de la Porte-Ottomane ne peuvent être changés que par un
+ordre de Constantinople. A part cela, ils sont les subordonnés du
+moûchîr, pacha de Tripoli.
+
+Les autorités secondaires du pays sont :
+
+Pour le civil : le _kâteb-el-mâl_, administrateur des finances ; le
+_bach-cheïkh_, chef de la ville de Mourzouk ; les _kaïd_ et _cheïkh_ des
+différentes oasis, qui demeurent au milieu de leurs administrés.
+
+Pour le militaire : les officiers des redîf et des bachi-bouzouk, dont
+les titres varient suivant leurs grades.
+
+De tous ces fonctionnaires, civils ou militaires, huit à peine sont
+d’origine turque.
+
+Je serai sobre de remarques sur l’administration du Fezzân. En ce qui
+concerne les impôts et accessoires de l’impôt, je me bornerai à
+constater que le sultan ’Abd-el-Medjîd, avant sa mort, après avoir
+apprécié les raisons de la dépopulation du Fezzân et de l’anéantissement
+de son commerce, a cru devoir abolir les droits de douane et réduire
+l’impôt du quart, soit de 175,000 piastres.
+
+Pendant longtemps, l’occupation du Fezzân a coûté des sommes importantes
+à l’Empire Ottoman ; on m’a assuré que les recettes couvrent aujourd’hui
+les dépenses.
+
+
+Les personnes qui, par expérience, savent combien on s’était trompé, au
+début de la conquête de l’Algérie, en voulant estimer en bloc le chiffre
+de sa population indigène avant que des recensements réguliers et
+généraux eussent éclairé la question, comprendront pourquoi je
+m’abstiens de dire quel est, même approximativement, le chiffre de la
+population de Mourzouk et du Fezzân.
+
+L’infortuné Vogel, qui séjourna à Mourzouk, du 5 août au 19 octobre
+1853, donne à cette ville un chiffre de 2,800 habitants, et au Fezzân
+une population totale de 54,000 âmes. J’accepte ces chiffres sans les
+approuver, sans les infirmer, jusqu’à plus ample informé d’un
+recensement réel.
+
+Ce que je sais, pour l’avoir vu et constaté, c’est que le Fezzân est en
+grande voie de décadence. Les travaux de culture sont délaissés, les
+villages tombent en ruines, la partie mâle adulte de la population
+émigre vers le Soûdân ou vers le littoral, partout où elle espère
+trouver des conditions meilleures d’existence. Il y en a même en
+Algérie, entre autres à Guelma, où l’on paraît très-content d’eux,
+puisqu’on provoque de nouvelles immigrations. Les femmes seules restent,
+et il est facile de prévoir que, si cet état de choses continue, le
+Fezzân changera totalement d’aspect.
+
+Dans un village où j’ai vu cent personnes au moins, il n’y avait qu’une
+dizaine d’hommes ; dans tout l’Ouâdi-el-Gharbî, vaste agglomération de
+villages et de forêts de dattiers, il n’y a que cent dix hommes adultes.
+
+Cependant la fécondité du Fezzân est incontestable. J’y ai vu la moisson
+mûre et récoltée en mai, les cotons en fleur en juin ; j’y ai mangé, à
+la même époque, presque tous les fruits de l’Europe méridionale. A côté
+de dattiers cultivés, d’autres poussent en broussailles, sans soins, et
+donnent encore des fruits ; l’olivier lui-même, cet arbre du littoral,
+s’y trouve. Dans toutes les oasis, à côté des légumes des climats
+tempérés, on voit les légumes et les céréales de l’Afrique centrale. Une
+population, sobre d’ailleurs, devrait être heureuse dans un tel pays.
+
+Faut-il imputer à l’abolition du commerce des esclaves la ruine d’une
+contrée naguère si prospère ? Sans doute, ce sacrifice fait aux grandes
+puissances de l’Europe occidentale y a une grande part, car il n’entrait
+pas moins de 2,500 à 3,000 esclaves par an à Mourzouk : mais est-ce là
+la seule et unique cause du mal ? L’examen de la situation commerciale
+de Mourzouk dans le second volume de ce travail éclairera la question.
+
+
+ § IV. — OUARGLÂ.
+
+
+Ouarglâ est bien certainement l’une des villes les plus anciennes du
+Sahara algérien, sans qu’il soit possible d’assigner à son origine une
+date certaine.
+
+On n’y trouve aucune trace de l’occupation romaine, et il y a peu de
+chance pour qu’on en découvre, car cette occupation paraît s’être
+arrêtée beaucoup plus au Nord, aux versants méridionaux du Djebel-’Amoûr
+et de l’Aurâs.
+
+Cependant cette ville semble avoir été connue d’Hérodote, car il décrit
+exactement son site (l. II, 32) comme point extrême de la reconnaissance
+des Nasamons au delà des sables de l’’Erg.
+
+Les Romains, qui tenaient à la vie autant que nous, ont évité avec le
+plus grand soin la ligne des bas-fonds insalubres du Touât, d’Ouarglâ et
+de l’Ouâd-Rîgh.
+
+Alors cette ligne, tout l’indique, était occupée par la race sub-
+éthiopienne, dont le type se retrouve sur les lieux et à laquelle on
+doit ce remarquable aménagement des eaux souterraines qui est un des
+caractères généraux de cette contrée.
+
+Ultérieurement, environ vers le IXe siècle de notre ère, toute cette
+région fut envahie par la race berbère, et c’est de cette époque que
+date ou la restauration ou la prise de possession d’Ouarglâ par les
+Benî-Ouarglâ, de la grande famille des Zenâta.
+
+Ebn-Khaldoûn nous apprend que les Benî-Ouarglâ n’étaient primitivement
+qu’une faible peuplade qui, d’abord, habita plusieurs bourgades voisines
+les unes des autres et qu’ils réunirent pour former une ville
+considérable.
+
+En 325 de l’hégire, les Benî-Ouarglâ étaient assez forts, d’après le
+même historien, pour donner refuge au sectaire khâredjite, Abou-Yezîd,
+dont le père visitait souvent le pays des noirs pour y faire le
+commerce.
+
+Bientôt après, les Benî-Ouarglâ fortifièrent leur ville, et quand l’émîr
+Aboû-Zekerîya (de 1319 à 1346 de J.-C.) fut devenu souverain de
+l’Ifrikïa, il fut si émerveillé de l’importance d’Ouarglâ, que pour
+ajouter à sa splendeur il y fit bâtir une mosquée.
+
+« De nos jours, dit Ebn-Khaldoûn, Ouarglâ est la porte du désert par
+laquelle doivent passer les voyageurs qui veulent se rendre au Soûdân.
+Son chef porte le titre de sultan. Il descend d’Abou-Thaboul, de la
+famille des Benî-Ouagguîn, personnage dont la postérité, en ligne
+directe, a toujours exercé la souveraineté. »
+
+En 1353, Ebn-Khaldoûn vit à Biskra un ambassadeur du seigneur de
+Takedda, ville importante de l’Afrique centrale, avec laquelle Ouarglâ
+faisait un grand commerce.
+
+A l’époque de Jean Léon (XVIe siècle), il y avait à Ouarglâ « des
+marchands étrangers, même de Tunis et de Constantine, qui faisaient
+arriver en la cité la marchandise de Barbarie, laquelle ils troquaient
+avec le produit de la terre des noirs. »
+
+Takedda ayant alors disparu comme place commerciale, Ouarglâ commerçait
+avec Agadez.
+
+Elle avait un roi avec 2,000 chevaux de garde et 150,000 ducats de
+revenu.
+
+De l’époque de Jean Léon à nos jours, les documents historiques manquent
+sur Ouarglâ. Pour suppléer à leur absence, on pouvait compter sur les
+chroniques de la ville, conservées précieusement par la municipalité,
+mais, quand j’ai visité Ouarglâ en 1860, elles avaient été enlevées
+quelques années auparavant par Mohammed-ben-’Abd-Allah, alors que cette
+cité est tombée en son pouvoir.
+
+Aujourd’hui on est réduit à consulter les souvenirs des vieillards pour
+combler cette lacune.
+
+Voici ce que j’ai appris :
+
+Ouarglâ a toujours conservé, jusqu’en ces derniers temps, et ses sultans
+et sa municipalité. J’ai même pu connaître et interroger le fils du
+dernier sultan.
+
+Depuis longtemps des rivalités de pouvoir entre les sultans et la
+djema’a avaient amené le désordre dans l’administration des intérêts
+publics.
+
+A une époque que nul ne peut préciser et pour des causes multiples, mais
+toutes rapportées à la décadence du pouvoir local, le grand commerce
+avec l’Afrique centrale avait cessé ; la ville s’était dépeuplée ; les
+maisons, la Qaçba, le mur d’enceinte, étaient tombés en ruines ; les
+eaux n’avaient plus été aménagées, et l’insalubrité, avec la maladie,
+était venue substituer la désolation à une situation jadis prospère.
+
+A Ghadâmès et à Rhât, j’ai pu compléter, par des renseignements plus
+précis, ce que la notoriété publique et la vue des lieux m’avaient
+appris à Ouarglâ.
+
+Entre Ouarglâ et Agadez existe une grande voie dont les traces sont
+parfaitement conservées, et que de vieux Kêl-Ouï, Touâreg d’Aïr, se
+rappellent avoir parcourue.
+
+Je donne le tracé de cette route sur mes cartes, et des détails
+complémentaires dans la partie commerciale de cette étude.
+
+Les sultans d’Agadez, ceux des Touâreg du Nord et d’Ouarglâ, souverains
+jadis puissants, assuraient la sécurité de cette route, et elle était le
+passage d’un très-grand commerce.
+
+Agadez a commencé par tomber en décadence par des causes qui seront
+indiquées ailleurs.
+
+Le commerce, dont cette ville était le point de départ au Sud, ne
+donnant plus de revenus aux sultans des Touâreg et d’Ouarglâ, ceux-ci
+n’en continuèrent pas moins à vivre dans le luxe aux dépens de leurs
+sujets qui, eux-mêmes, souffraient de la cessation du négoce. Les
+exactions amenèrent la révolte, et rois d’Agadez, rois des Touâreg, rois
+d’Ouarglâ, disparurent les uns après les autres, entraînant dans leur
+ruine commune un commerce dont ils étaient les créateurs, les soutiens
+et presque les maîtres.
+
+Le principe d’autorité avait créé l’ordre et, à sa suite, de grandes
+relations commerciales : l’anarchie a amené le désordre et, à sa suite,
+la situation que nous constatons aujourd’hui :
+
+Le commerce d’Agadez s’est réfugié à Katsena et à Kanô dans le Soûdân ;
+
+Celui d’Ouarglâ, qui s’opérait par la route directe de la Sebkha
+d’Amadghôr, s’est détourné sur Rhât, sur Ghadâmès et sur El-Ouâd ;
+
+Le pouvoir du roi des Touâreg du Nord a été remplacé par celui du cheïkh
+des Azdjer, en laissant la confédération du Ahaggâr dans l’anarchie ;
+
+Dans cette révolution, Ouarglâ a sombré, corps et biens, ne laissant à
+El-Ouâd que quelques bribes de son grand commerce ;
+
+Ghadâmès a tout absorbé, même le commerce qui s’opère par les routes
+aboutissant à In-Sâlah.
+
+
+On se demande si, avec le rétablissement de l’ordre au Sud de nos
+possessions, Ouarglâ peut recouvrer son ancienne splendeur.
+
+L’état présent de cette ville, hommes et choses, répondra à cette
+question.
+
+Quatre groupes d’habitants composent la population d’Ouarglâ :
+
+Les Benî-Ouagguîn,
+
+Les Benî-Brahîm,
+
+Les Benî-Sisîn,
+
+Des Benî-Mezâb qui, d’après un document que j’ai trouvé à Ghardâya,
+confirmé d’ailleurs par Ebn-Khaldoûn, sont probablement les
+contemporains des Benî-Ouarglâ dans l’oasis à laquelle ces derniers ont
+imposé leur nom.
+
+Les Benî-Mezâb confondus aujourd’hui avec les Benî-Sisîn habitent le
+même quartier.
+
+En réalité, les quatre groupes d’habitants d’Ouarglâ n’en font que
+trois, et, par suite de leurs prétentions réciproques, ils ne sont
+jamais d’accord ; ce qui fait que, quoique constituant un chiffre total
+de 4 à 5,000 habitants, ils ont souvent succombé dans leurs luttes
+contre la petite ville voisine de Negoûsa (1,000 âmes environ) et contre
+les Arabes qui les enveloppent.
+
+Les rivalités qui divisent les habitants d’Ouarglâ sont déjà une
+première cause de faiblesse.
+
+De plus, quoique les membres des quatre groupes berbères composant la
+population d’Ouarglâ soient autorisés à revendiquer une origine blanche,
+tous, à peu près sans exception, appartiennent au type sub-éthiopien du
+Tafîlelt, du Touât, de l’Ouâd-Rîgh, du Nefzâoua et du Fezzân. Par leurs
+traits, ils se rapprochent des Caucasiens ; par la coloration de la
+peau, ce sont des noirs.
+
+Les Ouargliens attribuent leur teint noir au mélange de leur sang avec
+celui des nombreuses esclaves que leurs ancêtres ont achetées aux
+caravanes du Soûdân.
+
+Il est possible aussi que les Berbères Benî-Ouarglâ, très-peu nombreux à
+leur origine, ainsi que le constate Ebn-Khaldoûn, et rencontrant de
+grandes difficultés d’acclimatation dans le bas-fond de la cuvette de
+l’Ouâd-Mîya, aient cherché dans une fusion de leur sang avec celui des
+noirs de la race garamantique, qui s’étendaient jusque dans ces parages,
+l’unique chance qu’ils avaient de se reproduire dans une contrée où la
+race blanche ne peut vivre.
+
+Une étude complète du Sahara nous montre toutes les régions basses des
+lits des anciennes sebkha habitées par des noirs et toutes les régions
+élevées et sèches environnant ces bas-fonds, peuplées de blancs. Il y a
+dans ce cantonnement général autre chose que le fait de l’importation
+d’esclaves noirs, car les tribus des hauts plateaux ont reçu autant
+d’esclaves que celles des bas-fonds. Je ne puis m’empêcher d’y voir
+l’application d’une des lois les plus simples de la nature. Le sang
+nègre a vaincu le sang blanc dans les lieux où le climat se rapproche de
+celui de la Nigritie ; le sang blanc a dominé le sang nègre partout où
+la race blanche a retrouvé les conditions du climat originel.
+
+Pl. XVI. Page 288. Fig. 30.
+
+[Illustration : TYPES FÉMININS DE LA RACE SUB-ÉTHIOPIENNE OU
+GARAMANTIQUE
+
+(OUAD-RÎGH).
+
+D’après des photographies de M. H. Duveyrier et de M. Puig.]
+
+Les plantes ne se conduisent pas autrement. La plus vivace étouffe la
+plus faible.
+
+L’impossibilité, pour les blancs, de vivre et de se reproduire à
+Ouarglâ, crée donc une seconde cause de faiblesse pour cette ville.
+
+Enfin, tout est en ruine à Ouarglâ : habitations, habitants, moral même.
+
+La Qaçba que j’ai visitée en détail et qui était une petite ville
+fortifiée au milieu de la grande est aujourd’hui inhabitable : à peine
+pourrait-on en dresser le plan.
+
+Les maisons de la ville, quoique bien bâties, à plusieurs étages, avec
+des portes encadrées et décorées d’arabesques, sont mal entretenues ou
+en ruines. On voit cependant qu’elles ont été construites par des
+propriétaires riches, car elles offrent le luxe de passages voûtés qui
+donnent, pour l’été, d’agréables lieux de repos pendant la chaleur du
+jour.
+
+Les mosquées sont à peine en meilleur état que la Qaçba et les maisons.
+
+Le fossé, large de douze mètres environ, qui enveloppe extérieurement le
+mur d’enceinte de la ville et qui sert d’exutoire à toutes les
+immondices et à l’excédant des irrigations des jardins, est aujourd’hui
+un immense cloaque infect, sans issue, dont les émanations
+empoisonneraient l’air le plus pur.
+
+Aussi, au printemps et à l’automne, la fièvre paludéenne atteint-elle
+tous les habitants.
+
+Déjà bon nombre d’entre eux ont émigré à Tunis ; ce qui reste ne sait
+que se plaindre et accuser.
+
+Aujourd’hui, à Ouarglâ, il n’y a plus un riche négociant, mais des
+propriétaires mal aisés et des _khammâs_[103], qui vivent du cinquième
+des produits des jardins qu’ils cultivent.
+
+On dit qu’il y vient encore quelques caravanes de Rhât, d’El-Golêa’a,
+d’In-Sâlah, mais, évidemment, ce ne peut être que pour échanger des
+marchandises sans valeur contre des dattes, seule production sérieuse de
+l’oasis.
+
+Aujourd’hui Ouarglâ est une ville morte, et nul ne la ressuscitera, je
+le crains ; cependant la belle ceinture de 60,000 palmiers qui
+l’environne, ses eaux artésiennes, sa situation à l’embranchement d’une
+route sur Timbouktou par In-Sâlah, et sur le Soûdân par les mines de sel
+d’Amadghôr, les nombreux Cha’anba avec leurs chameaux qui peuplent sa
+banlieue, lui donnent une grande valeur comme station de caravanes,
+entre le plateau rocheux des Benî-Mezâb et la zone des dunes qui la
+séparent des montagnes des Touâreg.
+
+Conservons à Ouarglâ ce rôle dans l’avenir et cherchons au Nord un
+endroit plus salubre pour servir d’entrepôt à notre commerce. Methlîli,
+Ghardâya et Laghouât ne laissent que l’embarras du choix.
+
+Ouarglâ a encore un autre rôle à jouer : c’est le point de nos
+possessions le plus rapproché des Touâreg du Nord, notamment des Ifôghas
+qui viennent quelquefois camper à très-peu de distance de cette ville.
+De bons rapports entre un centre soumis à notre domination et des
+peuplades indépendantes peuvent être un excellent trait d’union. Mais,
+pour cette mission spéciale, il faudrait que le chef d’Ouarglâ fût en
+même temps le représentant des intérêts de la France près des Touâreg et
+non un personnage exclusivement préoccupé d’intérêts personnels ou
+locaux.
+
+
+ § V. — IN-SÂLAH ET LE TOUÂT.
+
+
+Cinq groupes d’oasis constituent l’archipel auquel on donne le nom
+collectif de Touât, forme berbère du mot _Oasis_.
+
+Le Tidîkelt est le plus méridional de ces groupes. In-Sâlah[104] en est
+le chef-lieu. En même temps, cette ville est le principal centre de
+commerce de la contrée, dans ses rapports avec l’Afrique centrale,
+l’Algérie, la Tunisie et la Tripolitaine.
+
+In-Sâlah est, à vol d’oiseau, à peu près à une égale distance de
+Timbouktou, de Mogador, de Tanger, d’Alger et de Tripoli. Par sa
+position centrale, cette ville devait devenir et est devenue un centre
+commercial important, l’une des clefs du commerce du Nord avec
+Timbouktou.
+
+Pl. XVII. Page 290. Fig. 31.
+
+[Illustration : TYPE MASCULIN DE LA RACE SUB-ÉTHIOPIENNE OU
+GARAMANTIQUE.
+
+(OUAD-RÎGH).
+
+D’après une photographie de M. H. Duveyrier.]
+
+
+Le Touât est une confédération indépendante de trois cents à quatre
+cents petites villes ou villages, à quelques journées de marche au Sud
+de nos possessions, et qui embrasse, du Nord au Sud, une longueur de 300
+kilomètres et, de l’Est à l’Ouest, une largeur de 160 kilomètres, entre
+les méridiens d’Alger et d’Oran, sur la route directe de l’Algérie au
+Niger moyen.
+
+Par sa situation, cette confédération se trouve dans le rayon naturel
+d’attraction de notre colonie.
+
+Elle est, en outre, dans notre dépendance immédiate pour ses besoins de
+première nécessité : la viande et le blé dont elle se nourrit, la laine
+dont elle fait une partie de ses vêtements. Ces denrées sont portées
+annuellement par nos tribus algériennes du Sahara occidental dans les
+divers oasis du Touât qui ne pourraient se les procurer ailleurs, car
+l’anarchie, qui est l’état normal du Maroc, ne leur permet pas de
+compter, pour leurs approvisionnements, sur la production, d’ailleurs
+très-restreinte, de cet Empire.
+
+Le Touât reconnaît la souveraineté religieuse des _chorfâ_, empereurs du
+Maroc, et, à ce titre, lui envoie des présents en argent, quelque chose
+comme le denier de saint Pierre de l’Europe catholique ; mais là se
+bornent ses rapports avec les souverains de Fez. Au même titre, le Touât
+fait des dons aux marabouts de Timbouktou, les Bakkây, et les Touâtiens
+ont bien le soin de faire remarquer que ces témoignages de déférence
+religieuse ne s’adressent pas au pouvoir temporel, mais au pouvoir
+spirituel dont ces marabouts sont revêtus.
+
+Jaloux de leur indépendance politique, même vis-à-vis des souverains
+musulmans, les Touâtiens le sont, à plus forte raison, vis-à-vis de la
+France, puissance chrétienne.
+
+Instinctivement, appréciant mieux leur position que nous ne l’avons fait
+nous-mêmes, ils ont le pressentiment que tôt ou tard ils tomberont sous
+notre influence, si ce n’est sous notre domination.
+
+L’occupation de Laghouât et de Géryville, l’extension donnée à nos
+possessions du Sénégal, ont répandu chez eux de grandes craintes :
+aussi, quand simultanément, en 1861, M. le commandant Colonieu et le
+khalîfa Sîdi-Hamza se sont avancés, le premier jusqu’à Timmîmoun avec
+une caravane d’essai, le second jusqu’à El-Golêa’a, où il a des
+propriétés, a-t-on vu tous les Touâtiens trembler comme si leur
+indépendance politique avait été menacée et songer à fuir dans les
+montagnes des Touâreg Ahaggâr.
+
+Alors, en quelques jours, le prix des chameaux s’est élevé de 200 à 500
+francs.
+
+Une ambassade a été envoyée à l’empereur du Maroc pour le prier
+d’intervenir, probablement par la voie officieuse de la diplomatie ; des
+supplications ont été adressées au marabout de Timbouktou à l’effet de
+rendre favorable à la cause du Touât l’influence qu’il peut exercer à
+Londres et à Constantinople.
+
+Avant d’implorer l’intervention de leurs chefs religieux, les Touâtiens
+s’étaient jetés dans les bras d’El-Hâdj-Ahmed, le moqaddem de la
+confrérie hostile des Senoûsi, et dans ceux de Mohammed-ben-’Abd-Allah,
+qu’on a vu, les armes à la main, nous disputer la domination du Sahara
+algérien.
+
+Ainsi, pendant qu’on s’occupe peu du Touât en Algérie, on ne pense qu’à
+nous, on ne parle que de nous au Touât, et, je le répète, cette
+agitation est due à la conviction que cette contrée est naturellement
+destinée à subir la loi du maître d’Alger.
+
+Convaincus de leur impuissance à nous résister, ces Oasiens ont adopté
+contre nous la politique de l’isolement et de l’abstention de tout
+rapport, dans l’espoir que l’ignorance de leur position favorisée les
+protégera mieux que la lumière.
+
+Cependant tous les hommes intelligents comprennent le côté faible de
+cette tactique et le danger que court l’indépendance de leur
+confédération en accueillant les prédications des Senoûsi, en donnant
+asile à des Mohammed-ben-’Abd-Allah, en refusant toute relation de
+commerce avec nous.
+
+Les principaux propriétaires, les riches commerçants, les capitalistes,
+en un mot, tous ceux qui ont voyagé, devinent qu’une puissance comme la
+France ne peut pas permettre au commerce de Timbouktou de longer toute
+la limite Sud de ses possessions, pour aller gagner le port de Tripoli,
+sans être tentée d’y prendre une part quelconque.
+
+Il est vrai qu’à côté de ces hommes sensés il y a la classe turbulente
+et inquiète des _tolba_ ou gens lettrés vivant aux dépens de la
+crédulité publique et exploitant l’ignorance des Sahariens. Cette classe
+a le sentiment instinctif que son règne cessera le jour où notre
+influence se fera sentir au Touât.
+
+En attendant, elle va partout semant les plus grandes absurdités sur
+notre compte et recrutant des auxiliaires aux Senoûsi et aux agitateurs
+comme Mohammed-ben-’Abd-Allah.
+
+Néanmoins, la lumière se fait, et, peu à peu, les préventions
+disparaîtront.
+
+Au nombre de ces préventions, il en est une que le gouvernement doit
+dissiper : c’est qu’il n’a aucun intérêt à grever son budget des
+dépenses de l’occupation du Touât, si de bons rapports avec ses
+habitants permettent au commerce de l’Algérie, comme à celui de Malte et
+de Gibraltar, de prendre part aux échanges avec l’Afrique centrale, mais
+que, si les Touâtiens continuent à vouloir fermer aux marchandises
+françaises la route de l’Algérie à Timbouktou, au profit exclusif des
+marchandises anglaises, il se verra contraint ou de conquérir le Touât,
+ce qui n’est pas difficile, ou de rouvrir l’ancienne route rivale par
+Ouarglâ, El-Beyyodh, Aghelâchchem, Timîssao et Mabroûk, entreprise
+réalisable, qui enlèverait au Touât et à In-Sâlah tout le commerce qui
+les enrichit.
+
+Malheureusement, la république touâtienne n’a, ni un pouvoir central
+pour la totalité de la confédération, ni un pouvoir local pour chaque
+groupe. Au contraire, chaque centre a son autorité distincte : ici, dans
+les villages berbères, la municipalité démocratique ; là, dans les
+villages arabes, le pouvoir héréditaire de familles nobles ou
+religieuses ; ailleurs, dans les villages où le sang noir domine, la
+municipalité aristocratique, et partout pour couronnement de l’édifice
+anarchique deux partis politiques : les _Sefiân_ et les _Ihâmed_ ; deux
+partis religieux : les _Senoûsi_ et les _Tedjâdjna_, qui achèvent de
+diviser les populations.
+
+Sans cette division à l’infini du pouvoir et des partis, le Touât, placé
+comme il l’est sur une grande route commerciale, favorisé d’un
+territoire fertile et bien arrosé, serait un pays très-riche.
+
+Comme ancre de salut apparaît dans le lointain l’intervention efficace
+du marabout Sîdi-Ahmed-el-Bakkây de Timbouktou, qui, sollicité par son
+intérêt personnel de propriétaire de plusieurs zâouiya au Touât et de
+maître du marché alimentateur de celui d’In-Sâlah, semble aujourd’hui
+disposé à entrer en rapports avec le gouvernement de l’Algérie.
+
+Le désir du marabout de Timbouktou est le même que le nôtre : développer
+les relations commerciales de l’Afrique centrale avec l’Europe, sans que
+l’occupation du Touât par des chrétiens soit nécessaire.
+
+L’intérêt des commerçants de l’Afrique centrale dans la question est
+encore plus grand que celui des Algériens, car, si l’Europe peut, à la
+rigueur, se passer des produits de la Nigritie, la Nigritie ne peut
+guère rester privée des produits de l’Europe.
+
+Le gouvernement marocain pourrait aussi être sollicité, par
+l’intermédiaire de notre consul général de Tanger, à éclairer le Touât
+sur ses véritables intérêts, et ce gouvernement peut le faire : car la
+route du Maroc à Timbouktou est indépendante de celle d’In-Sâlah, et il
+importe peu au souverain de Fez que les marchands du Touât soient les
+intermédiaires du commerce d’Alger ou de celui de Tripoli.
+
+Trois races distinctes peuplent le Touât : les Noirs, les Berbères et
+les Arabes.
+
+Les Noirs sont les plus nombreux et les plus anciens habitants du pays.
+Le Gourâra et l’Aougueroût paraissent ne pas en avoir d’autres.
+
+Les auteurs grecs et latins indiquent le Tafilelt (la Sédjelmâssa du
+moyen âge) comme limite Ouest au territoire des Garamantes. Les Noirs du
+Touât, d’après cette indication, auraient la même origine que leurs
+frères du Fezzân. L’usage commun des puits à galerie (fogârât des
+Garamantes) confirme cette assimilation.
+
+Plus au Nord, à Moghâr et à ’Asla, les rochers portent des sculptures
+_sui generis_ rappelant la civilisation garamantique.
+
+On est donc autorisé à considérer les Noirs du type sub-éthiopien du
+Touât comme ayant appartenu primitivement au groupe garamantique.
+
+L’historien Ebn-Khaldoûn nous fait connaître quelles tribus berbères
+sont venues envahir le Touât : les Benî-Yaleddès, fraction des Ouemmanou
+avec des Benî-Ourtatghîr, des Benî-Mezâb, des Benî-Abd-el-Ouâd et des
+Benî-Merîn.
+
+On comptait à cette époque, au Touât, deux cents bourgades, plus cent
+dans le Gourâra, ce qui correspond assez exactement au nombre actuel des
+Qeçoûr.
+
+Tementît et Boûda étaient alors les centres commerciaux, points
+d’arrivée et de départ des caravanes de l’Afrique centrale.
+
+Avant l’invasion de ces Berbères dans le Touât, les Touâreg du Ahaggâr
+auraient étendu leur domination sur les oasis méridionales de
+l’archipel, mais Ebn-Khaldoûn n’en fait pas mention.
+
+Depuis, des tribus arabes nomades, dont quelques essaims se sont
+stabilisés en élevant de nouveaux villages, sont venues ajouter un
+nouvel élément de population, sinon de discorde, aux éléments berbères
+et noirs qui, jusque-là, semblent avoir vécu en assez bonne
+intelligence.
+
+Cependant le _berbère_ est resté la langue nationale du Gourâra, de
+l’Aougueroût et du Tîmmi, quoique l’_arabe_ soit devenu la langue
+écrite, commerciale et religieuse de tout le Touât.
+
+
+Si de l’origine des habitants je passe aux détails de leur assiette sur
+le territoire qu’ils occupent, je trouve chaque groupe d’oasis installé
+sur le versant Ouest, à pente douce, du plateau du Tâdemâyt, et tirant
+de ce plateau ses eaux d’alimentation et d’irrigation, au moyen de
+travaux hydrauliques particuliers, inconnus des Berbères et des Arabes,
+mais communs partout où j’ai constaté la préexistence du type sub-
+éthiopien. Ces travaux étaient nécessaires pour que le Touât fût
+habitable, car il y pleut rarement, et souvent, à l’époque actuelle, on
+y traverse des périodes de vingt-cinq années sans pluies.
+
+Quoique sur le versant d’un plateau, le territoire du Touât peut être
+considéré comme se rapprochant beaucoup de la nature des bas-fonds de
+sebkha d’Ouarglâ, de l’Ouâd-Rîgh, du Nefzâoua et du Fezzân, occupés par
+leurs frères noirs de même race. On dirait que ces enfants de l’Afrique
+centrale ont partout recherché, dans le Nord du continent, les régions
+dont le climat ressemblait le plus à celui de leur patrie originelle. Il
+est vrai qu’ailleurs ils s’acclimatent et se reproduisent difficilement.
+
+La population surabonde au Touât, aussi a-t-elle dû recourir à
+l’émigration pour faire cesser le trop-plein. On rencontre des Touâtiens
+partout : à Timbouktou, à Agadez, à Rhât, à Ghadâmès, à Tripoli, à
+Tunis, à Tlemsen, dans toute la partie occidentale du Sahara algérien et
+dans les principales villes du Maroc. Dans les centres commerciaux, ils
+s’adonnent au commerce ; dans les tribus, ils sont instituteurs. Comme
+les Benî-Mezâb et les Biskri, dès qu’ils ont gagné un petit pécule, ils
+rentrent dans leur patrie.
+
+Bien que la fertilité du Touât soit grande, sa production est inférieure
+à ses besoins : aussi est-il tributaire des provinces d’Alger et d’Oran,
+pour la partie de sa consommation qui ne consiste pas en dattes et en
+légumes frais.
+
+Les vêtements, la plus grosse affaire après l’alimentation, sont par
+moitié en coton venant de Timbouktou ou du Soûdân, par moitié en laine
+dont la matière première vient de l’Algérie.
+
+Plusieurs villes de la confédération touâtienne ont une certaine
+importance commerciale, les unes comme centres d’un commerce local :
+Tîmmi, Timmîmoun, Tabalkosa ; les autres comme centres d’échange entre
+les produits de l’Europe et ceux de l’Afrique centrale : In-Sâlah et
+Aqabli. Ces deux dernières villes doivent aux relations journalières
+qu’elles entretiennent avec les Touâreg d’avoir monopolisé en leurs
+mains un commerce qui exige de bons rapports avec les maîtres des
+routes. Jadis Aqabli avait la prédominance, aujourd’hui c’est In-Sâlah.
+
+
+In-Sâlah est une des villes les moins anciennes du Touât, car aucun
+document ne la mentionne avant le XVe siècle, et ses habitants ne font
+remonter sa fondation qu’à deux cents ans. Néanmoins elle est
+aujourd’hui l’une des plus grandes, des plus peuplées et
+incontestablement la plus riche.
+
+Il faut, toutefois, s’entendre sur ce qu’on est convenu d’appeler la
+ville d’In-Sâlah.
+
+In-Sâlah est un nom collectif donné à quatre qeçoûr ou centres
+d’habitation qui se touchent et sont échelonnés à l’Orient l’un de
+l’autre.
+
+Ces quatre qeçoûr sont :
+
+Qaçar-el-’Arab ou Qaçar-el-Kebir ;
+
+Qaçar-Bel-Qâsem ;
+
+Qaçar-Oulâd-el-Hâdj ;
+
+Qaçar-ed-Derhâmcha.
+
+De ces quatre qeçoûr le plus important, celui auquel pourrait
+s’appliquer le titre de ville portant le nom d’In-Sâlah, est Qaçar-el-
+Kebîr (le grand centre) ou Qaçar-el-’Arab (le centre des Arabes) : mais,
+je le répète, In-Sâlah n’est pas une ville dans le sens que nous
+attachons à ce mot : c’est une collection de quatre bourgades
+fortifiées, ayant chacune leur vie propre.
+
+Autour de ce point central, capitale du Tidîkelt, convergent d’autres
+qeçoûr : Ej-Jedîd, Ez-Zâouiya, Es-Souâhel, Meliâna, Hâss-el-Hadjâr,
+Igueston, Qaçbet-Oulâd-Zommît, Fogâret-ez-Zouâ, Ez-Zâouiyet-Mouley-
+Heyba, Sillâfen, Fogâret-Oulâd-el-Hâdj-Badjoûda, Fogâret-Oulâd-el-
+Hâdj-’Ali, Fogâret-Oulâd-el-Hâdj-Mohammed, Sâhel, El-Barka. Ces quinze
+villages fortifiés peuvent être considérés comme formant une grande
+banlieue autour des quatres qeçoûr constituant In-Sâlah.
+
+La portion la plus active de la population d’In-Sâlah est arabe ;
+quelques étrangers, particulièrement les Ghadâmèsiens, y ont des
+établissements. Plusieurs des chefs Touâreg y tiennent en dépôt tout ce
+qu’ils possèdent : ainsi le Cheïkh-’Othmân y a maison, magasins, jardins
+de dattiers. C’est là qu’il emmagasine tout ce qu’il a de précieux, et
+il se considère autant habitant d’In-Sâlah que de Timâssanîn.
+
+En cela, In-Sâlah, quoique centre d’un grand commerce, conserve le rôle
+dévolu à tout qaçar, celui de servir de lieu de dépôt à la partie de la
+fortune des nomades qu’ils n’emportent pas avec eux dans leurs
+pérégrinations.
+
+Une municipalité ou djema’a gouverne la ville.
+
+Les familles les plus influentes sont les Oulâd-Badjoûda et les Oulâd-
+el-Mokhtâr.
+
+Ce qui assure la prospérité d’In-Sâlah est la solidarité d’intérêts qui
+existe entre les commerçants de cette ville, d’un côté avec les chefs
+des Touâreg Ahaggâr, de l’autre, avec les marabouts de Timbouktou ;
+solidarité que le courage de ses habitants, appuyé sur le concours de la
+tribu belliqueuse des Oulâd-Bâ-Hammou, a toujours su maintenir.
+
+In-Sâlah est aux Touâreg Ahaggâr ce que Rhât et Ghadâmès sont aux
+Azdjer, c’est-à-dire un marché sur lequel ils peuvent, à peu près sans
+bourse délier, s’approvisionner de tout ce qui leur manque dans leurs
+montagnes.
+
+Sans les coutumes, les présents, les victuailles que les gens d’In-Sâlah
+donnent aux Ahaggâr, ces derniers seraient souvent exposés à mourir de
+faim ; sans la protection que les Ahaggâr donnent aux caravanes d’In-
+Sâlah sur les routes, le commerce qui fait la richesse de la ville ne
+serait pas possible.
+
+La même solidarité existe entre les marabouts de Timbouktou et les
+commerçants d’In-Sâlah. Sur le Niger, les marabouts appuient de leur
+toute-puissance les commerçants du Touât, et les commerçants d’In-Sâlah
+font respecter et entretiennent au Touât les trois zâouiya des marabouts
+El-Bakkây.
+
+Les gens d’In-Sâlah sont réputés excellents guerriers : montés sur des
+chevaux, armés de fusils et de pistolets, ils ont sur leurs ennemis
+l’avantage de ne pas fuir devant les armes à feu.
+
+Les Oulâd-Bâ-Hammou, leurs parents et leurs alliés, sont aussi très-
+braves et très-redoutés.
+
+
+Un mot sur cette tribu qui pèse d’un si grand poids dans les destinées
+d’In-Sâlah, car elle lui permet de faire respecter ses caravanes et même
+de réduire les exigences des Touâreg Ahaggâr à de légitimes proportions.
+
+Les Oulâd-Bâ-Hammou sont d’origine arabe, ils parlent l’arabe et vivent
+de la vie des nomades ; mais, depuis longtemps, ils ont adopté toutes
+les coutumes des Touâreg.
+
+Comme eux, ils portent des vêtements bleus en coton du Soûdân, le voile,
+le poignard de bras et la lance.
+
+Comme eux, ils ont des imrhâd (serfs), Arabes ou Touâreg, et les uns et
+les autres, propriétaires de chèvres et de chameaux, habitent avec les
+tribus imrhâd des Touâreg dans les montagnes du Ahaggâr et même de
+l’Adzjer les plus rapprochées du Touât.
+
+Cette similitude de vie les a souvent fait appeler Touâreg blancs,
+_Touâreg-el-biodh_, parce qu’ils portent généralement le voile blanc.
+
+D’ailleurs, les Touâreg, sans les considérer comme des frères, ne les
+tiennent pas pour étrangers, car ils regardent le territoire de leurs
+parcours comme faisant partie du domaine national de leurs
+confédérations.
+
+A une époque, difficile à préciser, les Touâreg auraient abandonné aux
+Touâtiens et aux Oulâd-Bâ-Hammou le territoire qu’ils occupent
+aujourd’hui, mais sans renoncer aux droits que la conquête leur avait
+conférés.
+
+Les Oulâd-Bâ-Hammou ont un village leur appartenant dans la banlieue
+d’In-Sâlah, celui d’Igueston, où ils tiennent leurs approvisionnements
+sous la garde de quelques-uns d’entre eux ; mais la tribu mène la vie
+nomade sur le grand plateau de Tâdemâyt, entre les dunes de l’’Erg, les
+oasis de la confédération touâtienne et les montagnes des Ahaggâr.
+
+Les Oulâd-Bâ-Hammou sont assez forts pour se faire respecter des
+Touâreg. En 1860, ils sont même venus faire un rhezî sur les Azdjer à
+Tikhâmmalt : mais généralement ils préfèrent vivre en bons rapports avec
+eux, parce qu’ils ont à défendre les caravanes d’In-Sâlah contre
+d’autres ennemis, notamment contre les Berâber, les Douï-Menîa’ du Maroc
+et les Oulâd-Moûlât des rives de l’Océan.
+
+Ainsi que je l’ai déjà dit, les Douï-Menîa’ et les Oulâd-Moûlât viennent
+à cheval, de deux cents à trois cents lieues, enlever les chameaux des
+Touâtiens jusque dans les pâturages de leurs oasis.
+
+Pour résister à des adversaires aussi audacieux, le commerce d’In-Sâlah
+avait besoin de trouver dans la tribu des Oulâd-Bâ-Hammou une force qui
+ne le laissât pas complétement à la discrétion des Touâreg Ahaggâr. Là
+est peut-être le secret de la puissance d’In-Sâlah et de sa supériorité
+sur Aqabli, Tementît et Boûda.
+
+
+Un petit district du Tidîkelt, celui d’Ingher, est habité, partie par
+des Arabes, partie par des Touâreg.
+
+Deux villages du district d’Aqabli : El-Mançoûr et Arrekâch, sont
+occupés par une tribu târguie, les Iouînhédjen, qui antérieurement
+habitait les environs d’El-Barkat, au Sud de Rhât, mais qui a été forcée
+d’émigrer par les anciens sultans des Touâreg. Les Arabes donnent le nom
+de _sattâf_[105] à ces Touâreg.
+
+Ces deux groupes, devenus Touâtiens, servent de trait d’union entre les
+oasis et les Touâreg Ahaggâr et Adzjer.
+
+
+[Note 93 : Dans l’intérieur de l’Afrique, dit Pline, du côté du Midi,
+au-dessus des Gétules, et après avoir traversé des déserts, on trouve
+d’abord des Liby-Égyptiens, puis les Leuc-Éthiopiens ; plus loin des
+nations éthiopiennes... Tous ces peuples sont bornés du côté de l’Orient
+par de vastes solitudes, jusqu’aux Garamantes, aux Augyles et aux
+Troglodytes.]
+
+[Note 94 : Cette inscription a été envoyée à Tougourt, pour de là être
+expédiée au Muséum d’Alger, mais elle ne paraît pas être encore arrivée
+à destination.]
+
+[Note 95 : J’ai rapporté de mon voyage la copie d’un livre d’histoire
+sur ces contrées au moment de la conquête musulmane. Il a été écrit par
+Aboû’l ’Abbâs-ben-Sa’ïd ech-Chemâkhi, et a pour titre _Kitâb fi Sahâïb-
+el-Gholoûb_, ou _Livre sur les conquérants_. Je n’ai eu, jusqu’à
+présent, ni le temps ni la santé nécessaires pour le traduire, mais un
+jour viendra, je l’espère, où je pourrai extraire de cet ouvrage tout ce
+qu’il contient d’important.]
+
+[Note 96 : Voir : _Description de l’Afrique_, par un anonyme, texte
+arabe publié à Vienne, par M. A. de Kremer, 1854.]
+
+[Note 97 : D’après les habitants, le nombre des palmiers de l’oasis
+s’élèverait à 63,000, mais j’ignore si cette estimation est le résultat
+d’un dénombrement régulier, ancien ou moderne.]
+
+[Note 98 : Ces chiffres sont ceux qui m’ont été donnés en 1860. Ceux
+fournis, en 1862, à M. le lieutenant-colonel Mircher, sont plus élevés.]
+
+[Note 99 : Voir, pour la température et l’analyse des eaux de la source,
+liv. I, chap. III, pages 31 et 32.]
+
+[Note 100 : Pendant quinze jours, les Turcs de Tripoli ont cru qu’’Aly-
+Bey s’était emparé de Ghadâmès, et on affirmait que des Français
+déguisés, venus avec lui, construisaient un fort près du bassin de la
+source.]
+
+[Note 101 : Depuis la conclusion d’un traité de commerce entre la France
+et les chefs Touâreg, le cheïkh de Rhât, appuyé par une partie des
+habitants de la ville, a renouvelé avec plus d’ardeur ses instances près
+des Turcs pour l’annexion de Rhât à la Tripolitaine.]
+
+[Note 102 : Malgré mon grand désir d’entrer dans Rhât pour visiter la
+ville, j’ai dû m’abstenir par respect pour l’émir des Touâreg,
+Ikhenoûkhen, qui, pour rien au monde, n’aurait consenti à exposer son
+hôte aux avanies d’un fanatique. Campé avec lui sur le marché même de la
+ville, dont la police appartient aux Touâreg, je n’avais à redouter
+aucun danger.]
+
+[Note 103 : Le khammâs, c’est-à-dire _cultivateur au cinquième_, est un
+engagé à la disposition duquel les propriétaires mettent tout ce qui est
+nécessaire à la culture : sol, plantations, semences, eaux, instruments,
+et qui donne gratuitement sa main-d’œuvre, moyennant le cinquième de la
+récolte.]
+
+[Note 104 : In-Sâlah doit être écrit en deux mots et non en un seul
+comme on le fait ordinairement. Ce nom est composé du pronom
+démonstratif temâhaq, _In_, celui de, et du nom propre arabe _Sâlah_,
+c’est-à-dire l’endroit, la ville de Sâlah.]
+
+[Note 105 : Corruption du mot temâhaq _isattafenîn_, les noirs, c’est-à-
+dire ceux qui portent le voile noir. Les habitants du Tidîkelt ont
+ordinairement des voiles blancs.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE II.
+
+ CENTRES RELIGIEUX.
+
+
+Je l’ai déjà dit, deux grandes confréries et deux grandes familles de
+marabouts tiennent sous leur dépendance religieuse la presque totalité
+des populations du Sahara.
+
+L’une des confréries, celle des Tedjâdjna, la plus ancienne, constituée,
+il y a un siècle environ, en dehors de toute influence de l’antagonisme
+de la religion chrétienne et de la religion musulmane et basée sur les
+vraies lumières de l’Islâm, semble avoir été créée par son fondateur
+dans un but de rapprochement et de lien entre toutes les peuplades
+divisées du Sahara et de l’Afrique centrale.
+
+L’autre, celle des Senoûsi, organisée depuis la conquête de l’Algérie,
+depuis que la question d’Orient est devenue l’objet permanent des
+préoccupations des puissances chrétiennes, s’est, au contraire, proposée
+pour but spécial de lutter contre l’influence toujours croissante de la
+politique européenne sur les États musulmans et de préserver les
+populations du Sahara et de l’Afrique centrale de tout rapport avec les
+Européens.
+
+La première, par ses actes, par son exemple, prêche la tolérance ; la
+seconde enseigne le fanatisme le plus exalté et, dans sa carrière active
+et militante, cherche à opposer une barrière matérielle à une fusion
+d’intérêts entre des peuples qui ne peuvent vivre séparés les uns des
+autres.
+
+Les représentants de la première, pendant toute la durée de ma mission,
+ont été mes protecteurs dévoués ; ceux de la seconde, inférieurs en
+nombre et en puissance, ont été partout mes adversaires les plus
+redoutables.
+
+Je dois à la reconnaissance de signaler la conduite tolérante des
+Tedjâdjna, et à la vérité d’éclairer le gouvernement sur l’hostilité des
+Senoûsi et sur les obstacles qu’ils peuvent opposer à l’extension de nos
+rapports avec le Sahara et l’Afrique centrale.
+
+Les deux familles de marabouts que je considère comme des centres
+religieux sahariens doivent être aussi connues, car celle des Bakkây,
+toute-puissante à Timbouktou et chez les Touâreg Aouélimmiden, peut
+exercer une grande influence sur l’avenir de nos relations avec les
+populations du Niger, et celle d’Oulâd-Sîdi-Cheïkh doit encore nous
+rendre d’importants services au Touât.
+
+La face politique des deux congrégations étant la seule qui doive
+m’occuper, je m’abstiendrai d’aborder le côté religieux de ces deux
+institutions.
+
+L’ordre méthodique de ce travail m’impose l’obligation de mettre d’abord
+en scène les Senoûsi, nos ennemis, avant de m’occuper de nos amis, les
+Tedjâdjna, les Bakkây et les Oulâd-Sîdi-Cheïkh, afin de mieux démontrer
+que, si le fanatisme aveugle peut nous créer des embarras, la raison
+éclairée est assez puissante pour nous aider à les surmonter.
+
+
+ § Ier. — CONFRÉRIE DES SENOÛSI.
+
+
+Es-Senoûsi, originaire de Djâlo (Tripolitaine), disent les uns, de la
+tribu algérienne des Benî-Senoûs, au Sud-Ouest de Tlemcen, disent les
+autres, était un savant et pieux musulman qui a longtemps séjourné dans
+les villes saintes de la Mekke et de Médine et qui, dans l’Orient
+asiatique comme dans l’Orient africain, notamment en Égypte, a toujours
+recherché la société des champions les plus exaltés de l’islamisme, de
+ceux surtout dont l’orgueil était blessé de voir les gouvernements de
+Constantinople et du Caire adopter toutes nos coutumes, copier toutes
+nos institutions, subir notre influence.
+
+En homme éclairé, il avait pu constater dans ses voyages, avec la
+décadence toujours progressive de la puissance politique de l’Islâm, des
+injustices nombreuses, des exactions fréquentes, plaie fort ancienne des
+gouvernements de l’Orient, et naturellement il avait attribué tous ces
+vices à l’abandon de la morale islamique et à l’invasion de l’esprit
+nouveau de progrès venu de l’Occident.
+
+De là au projet de former un rempart derrière lequel pourrait se
+réfugier l’indépendance politique et religieuse des vrais musulmans il
+n’y avait qu’un pas. Ce pas, il le franchit en instituant la confrérie à
+laquelle il donna son nom.
+
+La pensée fondamentale de cette association est donc une triple
+protestation : contre les concessions faites à la civilisation de
+l’Occident ; contre les innovations, conséquences du progrès,
+introduites dans divers États de l’Orient par les derniers souverains ;
+enfin, contre de nouvelles tentatives d’extension d’influence dans les
+pays encore préservés par la grâce divine.
+
+Mais, dans l’état des rapports qui existent aujourd’hui entre tous les
+gouvernements, il était difficile de trouver, à l’abri de la
+surveillance des chancelleries, un point où un tel projet pût être mis
+en pratique.
+
+Entre le Nil et l’Océan, entre l’Afrique septentrionale et l’Afrique
+centrale, s’étend un vaste désert où, jusqu’à ce jour, de rares
+voyageurs, à la discrétion des populations qui l’habitent, ont seuls pu
+pénétrer, où même plus d’un point reculé a été à l’abri de la souillure
+des pas de l’infidèle : c’est ce désert qu’Es-Senoûsi choisira pour
+champ d’application de ses projets ; c’est ce désert sans eau, dévoré
+par un soleil ardent, qu’il opposera comme un cordon sanitaire à la
+contagion européenne.
+
+Donc, pendant que d’autres fanatiques préparent les massacres de Djedda
+et de Damas, protestation directe, mais impuissante, Es-Senoûsi dresse
+le plan de la conquête du Sahara par une propagande active, y fonde des
+zâouiya successivement échelonnées de manière à ce que la dernière, la
+plus isolée, la plus éloignée, puisse encore servir de refuge, _in
+extremis_, aux derniers éléments d’une foi déjà atteinte par
+l’indifférence religieuse.
+
+Le Djebel-el-Akhdar, situé à environ 20 kilomètres à l’Est de Ben-Ghâzi
+et se prolongeant jusqu’à Derna, habité d’ailleurs par des tribus arabes
+turbulentes qui causent souvent des difficultés au gouvernement de
+Tripoli, devient d’abord le berceau et le siége central de l’institution
+nouvelle.
+
+Bientôt l’ordre d’Es-Senoûsi est accueilli avec faveur dans tout le
+Sahara, où il recrute de nombreux khouân. Une circonstance, née en
+Algérie de la lutte soutenue contre l’émir ’Abd-el-Kâder, doit
+contribuer à lui donner une certaine importance.
+
+Mohammed-ben-’Abd-Allah, aujourd’hui interné à Bône, avait été notre
+khalîfa dans la subdivision de Tlemsen. Compromis, destitué et exilé à
+la Mekke, il avait eu occasion de rencontrer Es-Senoûsi dans l’Orient ;
+et comme les projets du novateur s’alliaient aux vues de haine et de
+vengeance de notre ancien serviteur, une sorte d’alliance s’établit
+entre eux.
+
+Peu de temps après, Mohammed-ben-’Abd-Allah, qui avait emporté de
+l’Algérie une grande fortune (500,000 francs environ), était de retour à
+Ouarglâ et au Touât où il prenait le titre de _cherîf_ et arborait un
+drapeau hostile dans le Sud de nos possessions.
+
+Alors vivait au Tidîkelt, dans la plus profonde obscurité, un _tâleb_ de
+troisième ordre sous le rapport de l’intelligence et de l’instruction,
+mais animé d’un fanatisme aveugle et d’une ambition sans bornes. Homme
+actif d’ailleurs, audacieux et entreprenant. Son nom est El-Hâdj-Ahmed-
+et-Touâti, plus connu aujourd’hui sous le surnom d’El-’Aâlem (le
+savant), qu’il s’est donné et que ses partisans illettrés lui conservent
+respectueusement.
+
+Par Mohammed-ben-’Abd-Allah, ce _tâleb_ est adressé à Es-Senoûsi et, sur
+sa recommandation, il est investi du titre de _moqaddem_, ou vicaire
+général de l’ordre pour la région à l’Ouest du Djebel-el-Akhdar, c’est-
+à-dire le Fezzân, le pays des Touâreg et le Touât.
+
+A partir de ce moment, le cherîf Mohammed-ben-’Abd-Allah et le moqaddem
+El-Hâdj-Ahmed ne poursuivent qu’un même but. L’un recrute des khouân,
+l’autre les enrôle sous sa bannière pour la guerre sainte. On sait
+comment Mohammed-ben-’Abd-Allah paie de sa liberté ses tentatives contre
+notre domination.
+
+Cependant la propagande mettait de grandes ressources à la disposition
+du chef de l’ordre, de nouvelles zâouiya s’élevaient à Sôkna, à Zouîla,
+à Mourzouk, à Ghadâmès et à Rhât.
+
+Quand M. le capitaine de Bonnemain vint à Ghadâmès, il n’y avait qu’une
+zâouiya de marabouts, celle de Sîdi Ma’abed, fort ancienne, inoffensive,
+à laquelle le gouvernement turc a conservé son indépendance.
+Aujourd’hui, à côté, une nouvelle zâouiya, plus grande et plus belle, a
+surgi sous la baguette miraculeuse d’Es-Senoûsi.
+
+Quand M. Isma’yl-Boû-Derba visita Rhât, il n’y avait pas de zâouiya ;
+aujourd’hui, à la sollicitation et avec l’appui du cheïkh de la ville,
+El-Hâdj-el-Amîn, un autre fanatique, le moqaddem de l’ordre, en a
+construit une sous les murs de la ville. On y travaillait activement
+pendant mon séjour à Rhât (avril 1861).
+
+Cependant Es-Senoûsi, sentant la mort venir et trouvant le Djebel-el-
+Akhdar encore trop rapproché des Turcs de Ben-Ghâzi et des consuls qui y
+résident, ordonna la création d’une nouvelle zâouiya à Jerhâjîb, dans un
+désert, un peu au Nord de la route de Sîoua à Aoudjela.
+
+A Jerhâjîb, il n’y avait qu’un seul puits d’eau amère, dans une vallée,
+au milieu du vide ; de nouveaux puits y ont été creusés, et la zâouiya
+s’est élevée comme par enchantement. Au printemps 1861, on y plantait
+des dattiers.
+
+Aujourd’hui la zâouiya de Jerhâjîb est la métropolitaine de l’ordre.
+
+En même temps on bâtissait une autre zâouiya, en plein désert, à Wao,
+ancienne plantation de palmiers, abandonnée sur la frontière du pays des
+Teboû, à 208 kilomètres au Sud-Est de Zouîla.
+
+Ainsi, dans une période fort courte, moins de quinze années, voilà huit
+centres de fanatisme créés, organisés et pourvus de moyens d’existence
+par les tributs volontaires des khouân.
+
+Mais, en 1859, l’homme qui avait conçu et improvisé de si grandes choses
+meurt ; son fils lui succède comme chef de l’ordre : le remplacera-t-il
+comme continuateur de son œuvre ?
+
+A la mort d’un homme comme Es-Senoûsi, surtout quand cette mort arrive
+avant que l’institution dont il est le fondateur ait jeté de profondes
+racines, il est rare que la pensée mère du créateur soit adoptée sans
+modification par ses héritiers ou ses lieutenants. Au respect pour les
+lois du maître succède l’esprit d’innovation chez les uns, de
+relâchement chez les autres. Ce double effet me semble s’être produit.
+
+Au rôle passif et purement défensif de l’institution ; à la création de
+zâouiya, à la fois refuges et centres d’un enseignement réputé plus
+orthodoxe, les plus ardents ont tout d’abord cherché à substituer
+l’action offensive. El-Hâdj-Ahmed-et-Touâti, le moqaddem de l’Ouest,
+devait naturellement se trouver à leur tête.
+
+En effet, dès que la mort du chef de l’ordre lui permet de prendre une
+plus grande initiative, on le voit aller, de ville en ville, prêchant la
+guerre sainte, ordonnant à ses partisans d’acheter des armes et des
+munitions, poussant Mohammed-ben-’Abd-Allah à entrer en campagne, enfin,
+organisant ce mouvement qui a agité et troublé tout le Sahara algérien
+dans le cours de l’été 1861 et auquel la capture de Mohammed-ben-’Abd-
+Allah a mis fin.
+
+Pendant ce temps, le jeune fils d’Es-Senoûsi semblait se borner à jouir,
+dans la zâouiya de Jerhâjîb, de l’héritage de fortune, d’honneurs et de
+respect que lui avait laissé son père : aussi voit-on les quatre
+premières années de son règne s’écouler sans que la création d’aucune
+nouvelle zâouiya soit entreprise.
+
+Un fait plus significatif démontrerait que le chef actuel de l’ordre
+serait disposé à se contenter des résultats acquis. Si mes informations
+sont exactes, il aurait, en 1861, mandé près de lui le moqaddem de
+l’Ouest pour le rappeler aux principes expectants du fondateur.
+
+Sur toute ma route, à Rhât, à Mourzouk, à Trâghen, à Zouîla, j’ai
+rencontré cet homme, suivant lentement mes pas, me créant des embarras
+partout où il le pouvait.
+
+Il se rendait à Jerhâjîb, pour comparaître devant le grand maître, mais
+il cheminait comme un coupable qui n’est pas pressé d’arriver,
+prétextant de la nécessité de me surveiller, de faire obstacle à mes
+desseins, pour retarder le moment des explications. Peut-être attendait-
+il, avant de recevoir l’ordre de remettre l’épée dans le fourreau, que
+Mohammed-ben-’Abd-Allah eût jeté dans la balance le poids d’un fait
+accompli.
+
+Une circonstance imprévue, la mort du sultan ’Abd-el-Medjîd, auquel les
+musulmans reprochent trop de condescendance pour les chrétiens, et son
+remplacement par le sultan ’Abd-el-’Azîz, paraissaient à El-Hâdj-Ahmed-
+et-Touâti un signe providentiel justificatif de ses menées et de
+l’initiative belliqueuse qu’il avait prise.
+
+Dans tout le Nord de l’Afrique, l’avénement du nouveau sultan de
+Constantinople a été l’occasion d’une grande agitation.
+
+Quoi qu’il en soit des dispositions respectives du chef de la confrérie
+et du moqaddem de l’Ouest, du désaccord qui a pu exister entre eux sur
+l’attitude expectante ou militante à prendre, il est certain que dans
+l’état actuel des choses les zâouiya de Sôkna, de Zouîla, de Rhât et de
+Ghadâmès, forment déjà les quatre points cardinaux d’un immense
+quadrilatère élevé pour la défense du fanatisme dans cette partie de
+l’Afrique.
+
+Je n’ai pas à apprécier, au point de vue théologique musulman,
+l’orthodoxie des enseignements de cette confrérie ; néanmoins je ne puis
+omettre de signaler la lutte qui s’est engagée à mon sujet, pendant mon
+séjour à Rhât, entre le moqaddem d’Es-Senoûsi et le marabout très-pieux,
+très-instruit, très-éclairé de Timbouktou, Sîdi-Mohammed-el-Bakkây. Le
+moqaddem, sur l’autorité d’un livre dont il m’a été impossible de
+connaître même le titre, enseignait qu’il était non-seulement permis,
+mais encore louable, de me voler et d’assassiner moi et mes serviteurs
+musulmans. A ces prédications fanatiques Sîdi-el-Bakkây opposait
+l’autorité des principaux docteurs de l’Islâm et la correspondance que
+son oncle, le grand marabout de Timbouktou, avait adressée au roi
+fanatique des Fellâta, qui voulait s’opposer au séjour de M. le docteur
+Barth dans son Empire. La copie de cette correspondance si remarquable,
+véritable manifeste de tolérance, a été laissée aux habitants de Rhât
+pour qu’ils puissent la méditer.
+
+Grâce à l’appui moral de Sîdi-el-Bakkây et à l’autorité toute-puissante
+de l’émîr Ikhenoûkhen, j’ai pu braver, pendant quinze jours, sur le
+marché _extra muros_ de Rhât, la colère des khouân d’Es-Senoûsi, mais je
+n’ai pu pénétrer en ville, et ceux de mes serviteurs musulmans qui y
+sont allés pour faire des provisions de bouche y ont été maltraités.
+
+L’opposition que M. Isma’yl-Boû-Derba, quoique musulman, a rencontrée à
+Rhât, n’a eu d’autre cause que la résistance des sectateurs d’Es-
+Senoûsi.
+
+Tout voyageur européen qui parcourra les mêmes contrées, surtout s’il
+est Français, doit s’attendre à rencontrer le même obstacle.
+
+La conclusion de ce qui précède est qu’il est nécessaire de surveiller
+cette confrérie religieuse et de s’opposer à son développement partout
+où on le pourra.
+
+
+ § II. — CONFRÉRIE DES TEDJÂDJNA.
+
+
+Cette confrérie fut fondée, vers 1775, par Sîdi-Ahmed-et-Tidjâni, de la
+famille des marabouts d’’Aïn-Mâdhi.
+
+Par les exemples de vertu et de piété de son père, par les leçons de ses
+professeurs, par les connaissances acquises dans des voyages à Fez et à
+la Mekke, et de longs séjours auprès des savants les plus renommés de
+l’islamisme, Sîdi-Ahmed était l’homme de son époque et de son pays le
+mieux préparé à fonder une confrérie religieuse sur la double base du
+_triomphe du droit par le droit et de la tolérance dans la voie de
+Dieu_[106].
+
+La réputation de sainteté de Sîdi-Ahmed, le libéralisme de ses
+doctrines, attirèrent autour du marabout beaucoup de disciples, autour
+du fondateur d’une confrérie beaucoup d’adeptes. De son vivant, il ne
+recueillit que des témoignages éclatants d’un souverain respect, tant de
+la part des rois que de la part des peuples. Les cours de Fez, de Tunis,
+avaient prodigué toutes leurs faveurs à l’apôtre des nouvelles idées ;
+seule, l’oligarchie des janissaires d’Alger lui gardait ses rancunes. On
+comprend pourquoi : _le triomphe du droit par le droit_ devait amener
+l’abolition de la piraterie à l’intérieur et à l’extérieur, seul mode de
+gouvernement que connaissaient les pachas d’Alger.
+
+Aussi était-il réservé aux deux fils du fondateur de l’ordre d’assister
+à de grands événements.
+
+Ces fils avaient tous deux le même nom : _Mohammed_. Pour les
+distinguer, on appela : l’aîné _Mohammed-el-Kebîr_ (le grand), et le
+cadet _Mohammed-es-Seghîr_ (le petit).
+
+Mais à la mort de leur père, ces deux fils étant trop jeunes pour
+administrer les intérêts de la confrérie, Sîd-el-Hâdj-’Ali-ben-el-
+Hâdj-’Aïssa, marabout de Temâssîn, fut, par testament, institué grand
+maître des khouân. Peut-être le fondateur de la confrérie naissante,
+prévoyant l’avenir et connaissant la jalousie des Turcs, espérait-il, en
+se donnant pour successeur un marabout qui ne fût pas en même temps
+héritier de son nom, détourner de la tête de ses fils les coups dont ils
+étaient menacés.
+
+Mais _la voie de Dieu est impénétrable aux hommes_, et pendant que le
+marabout de Temâssîn gouvernait la confrérie, Mohammed-el-Kebîr, le fils
+aîné, était appelé, en 1822, à défendre ’Aïn-Mâdhi contre les Turcs et
+périssait en 1827, dans la plaine d’Eghréis, sous Ma’askara, trahi par
+les Hâchem, en prenant lui-même l’offensive contre le pouvoir que nous
+devions détrôner trois ans plus tard.
+
+Le sang versé alors séparait à jamais les Tedjâdjna de la cause des
+Turcs et de celle des Hâchem, tribu qui, en 1808, avait donné le jour à
+’Abd-el-Kâder, également fils d’un chef de zâouiya.
+
+Bientôt après la chute des Turcs, en 1832, les Hâchem avaient élu sultan
+l’un d’eux, ’Abd-el-Kâder, fils de Mahi-ed-Dîn, et le premier acte du
+nouvel _Emîr-el-Moûmenîn_ avait été de proclamer la guerre sainte contre
+les Français nouvellement débarqués à Oran.
+
+Si alors ’Abd-el-Kâder avait appelé le cadet des fils de Sîdi-Ahmed-et-
+Tidjâni à lui prêter son appui dans la lutte qu’il allait soutenir
+contre les chrétiens, peut-être eût-on vu Mohammed-es-Seghîr oublier la
+trahison des Hâchem et renouveler la tentative audacieuse de son frère,
+en venant, avec ’Abd-el-Kâder, mettre le siége devant Oran.
+
+Alors du sang eût été mis entre nous et les Tedjâdjna, comme il y en
+avait entre eux et les Turcs.
+
+Mais _dans la voie de Dieu tout est impénétrable_, répéterai-je avec
+l’auteur du _Kounnâch_, le guide des khouân Tedjâdjna. Non-seulement
+’Abd-el-Kâder, le commandeur des croyants, ne réclame pas le concours de
+Mohammed-es-Seghîr contre les chrétiens, mais encore, en 1838, après
+avoir fait la paix avec eux, il va mettre le siége devant ’Ain-Mâdhi, où
+il tient bloqué, pendant neuf mois, mais sans résultat, l’héritier d’un
+nom vénéré.
+
+Dans cette lutte impie et que rien ne justifiait, ’Abd-el-Kâder
+compromet son titre de marabout, ses finances et tout le prestige de ses
+réguliers.
+
+De plus, il met de nouveau du sang entre les Tedjâdjna et les Hâchem.
+
+Pendant que ces faits s’accomplissent dans l’Ouest, El-Hâdj-’Ali, le
+marabout de Temâssîn, le chef de la confrérie, est attaqué dans l’Est
+par les frères d’une autre confrérie, les Mouley-Tayyeb, nos ennemis
+acharnés, sous la conduite de Ben-Djellâb, sultan de Tougourt, autre
+ennemi de notre drapeau.
+
+Dans l’Est comme dans l’Ouest, les Tedjâdjna avaient donc été amenés à
+mettre du sang entre eux et tous nos adversaires, sans le moindre
+conflit avec nous. A notre insu, nous étions devenus amis les uns des
+autres, par l’audacieuse imprudence des mêmes ennemis que nous avions
+eus à combattre.
+
+Ce qui précède explique la réponse du chef des Tedjâdjna, El-Hâdj-’Ali,
+aux gens du Zibân, de l’Ouâd-Rîgh et du Soûf, qui vinrent en 1844 lui
+signaler notre marche sur Biskra et lui demander quelle conduite il
+fallait tenir.
+
+Voici cette très-remarquable réponse :
+
+« C’est Dieu qui a donné aux Français l’Algérie et toutes les provinces
+qui en dépendent ; c’est Lui qui veut les y voir dominer. Restez donc en
+paix et ne faites pas parler la poudre contre eux. Dieu a changé ceux
+qui, jadis nos maîtres, n’avaient d’autre loi que l’oppression, d’autre
+règle que la violence, qui sans cesse faisaient le mal et portaient le
+trouble avec eux. Laissez donc faire aux Français ce qu’ils veulent, car
+ils paraissent avoir pris un chemin juste et sage, qui doit faire
+fructifier le bien de tous. »
+
+Pl. XVIII. Page 309. Fig. 32.
+
+[Illustration : SÎDI-MOHAMMED-EL-’AÏD,
+
+GRAND-MAÎTRE DE LA CONFRÉRIE DES TEDJÂDJNA.
+
+D’après une photographie de M. Puig.]
+
+M. le colonel de Neveu, auteur des _Khouân_, livre auquel j’emprunte
+cette réponse, en garantit l’exactitude.
+
+Elle doit être authentique, en effet, car elle n’est que la paraphrase
+du mot de passe de la confrérie : _triomphe du droit par le droit,
+tolérance dans la voie de Dieu_.
+
+Un an après cette réponse, qui nous livrait sans résistance tout le Sud
+de la province de Constantine, le marabout de Temâssîn mourait et la
+grande maîtrise de la confrérie passait aux mains du fils cadet du
+fondateur de l’ordre, Sîdi-Mohammed-es-Seghîr-ould-Sîdi-Ahmed-et-
+Tidjâni, l’adversaire d’’Abd-el-Kâder.
+
+Ce grand marabout, notre ami comme son prédécesseur, laissa prendre
+Laghouât, ville voisine d’’Aïn-Mâdhi où il résidait, d’abord, en 1846,
+par M. le général Marey-Monge, puis en 1851 par M. le général Pélissier,
+sans sortir des limites assignées aux khouân de l’ordre par la réponse
+antérieure du marabout de Temâssîn.
+
+A la mort de Mohammed-es-Seghîr, advenue peu de temps après la dernière
+prise de Laghouât, le gouvernement de la confrérie retourna aux mains du
+marabout de Temâssîn, Sîdi-Mohammed-el-’Aïd, fils d’El-Hâdj-’Ali, encore
+en possession aujourd’hui du titre d’_ouâli_.
+
+C’est à lui que je fus recommandé par M. le général Desvaux, commandant
+supérieur de la province de Constantine ; c’est à l’aide de son concours
+que j’ai pu pénétrer, avec sécurité, chez les Touâreg, malgré
+l’opposition des khouân et du moqaddem des Senoûsi.
+
+Sîdi-Mohammed-el-’Aïd, fidèle à la tradition de la confrérie, est un
+excellent homme, instruit, bienveillant, charitable et conséquemment
+très-vénéré. (Voir son portrait ci-contre.)
+
+Pour mieux me protéger à distance, par un signe visible émanant de lui,
+il me conféra le titre de _frère_ et me revêtit du chapelet de l’ordre.
+
+Ainsi, quoique chrétien, quoique Français, titre aggravant pour tous
+ceux qui croient leur indépendance menacée, j’ai voyagé comme frère de
+l’ordre des Tedjâdjna, et j’ai été accueilli comme tel par tous les
+khouân.
+
+Il est de croyance dans la confrérie que les prières de Sîd-el-
+Hadj-’Ali, père de Sîdi-Mohammed-el-’Aïd, ont fait tomber Alger au
+pouvoir des Français pour punir les Turcs, coupables d’avoir tué son
+fils.
+
+La zâouiya de Temâssîn est probablement la plus importante de toute
+l’Algérie. En y entrant, on sent qu’on est là au siége d’une importante
+institution, d’un grand gouvernement : mosquée pour le culte ; nombreux
+logements pour les disciples et les serviteurs ; palais somptueux pour
+le maître, avec glaces de Venise et fauteuils dorés à l’européenne, le
+tout d’un luxe qu’on ne soupçonnerait pas dans une ville saharienne.
+(Voir la planche ci-contre.)
+
+C’est qu’en effet cette zâouiya est un grand centre : protégée par les
+souverains de Fez, de Tunis, dans les meilleurs rapports avec l’autorité
+française, elle étend ses ramifications jusqu’à Timbouktou, jusqu’au
+Soûdân, jusqu’en Égypte et à la Mekke. Des rois nègres, affiliés à la
+confrérie des Tedjâdjna, font une active propagande contre le paganisme
+dans l’Afrique centrale.
+
+Une zâouiya secondaire de l’ordre, celle de Timâssanîn, dont le marabout
+Si-’Othmân est le moqaddem, assise entre les Touâreg Azdjer et les
+Touâreg Ahaggâr, exerce son influence conciliatrice sur ces deux
+peuplades.
+
+Accompagné jusqu’à Ghadâmès par le moqaddem des Tedjâdjna, confié par
+lui à la vigilance d’Ikhenoûkhen, remis par ce dernier au gouverneur de
+Mourzouk, j’étais donc en mesure de faire face à la malveillance des
+Senoûsi.
+
+La zâouiya de Timâssanîn a été fondée par El-Hâdj-el-Faqqi, ancêtre de
+Si-’Othmân, il y a environ 160 ans. Depuis sa fondation, la zâouiya n’a
+eu que trois moqaddem : El-Hâdj-el-Faqqi, El-Hâdj-el-Bekrî et
+Si-’Othmân. Il est vrai qu’El-Hâdj-el-Bekrî, mort en 1831, était âgé de
+108 années lunaires.
+
+Une autre zâouiya secondaire de la confrérie existe au Gourâra, dans le
+Touât. El-Hâdj-Mohammed-el-Feguîgui en est le moqaddem.
+
+Il y a des khouân Tedjâdjna dans toute l’Afrique centrale, au Bornou, à
+Timbouktou, dans le fond du Foûta ; mais là où l’ordre compte le plus de
+frères, c’est à El-Ouâd, à Temâssîn et à Chinguît dans l’Adrâr, entre
+Timbouktou et l’Océan Atlantique.
+
+Pl. XIX. Page 310. Fig. 33.
+
+[Illustration : VUE DE TEMÂSSÎN.
+
+D’après une photographie de M. Puig.]
+
+
+ § III. — ZÂOUIYA DES BAKKÂY.
+
+
+Avec les Senoûsi, avec les Tedjâdjna, une troisième grande influence,
+plus grande peut-être que celle de ses rivales, règne dans tout le
+Sahara et dans toutes les parties de l’Afrique centrale où le nom de
+Timbouktou est connu. Cette troisième autorité est celle des Bakkây.
+
+D’après son arbre généalogique, cette famille descendrait de ’Oqba-ebn-
+Nâfa’-el-Fahri, le conquérant de l’Afrique occidentale, ce général arabe
+qui n’arrêta ses conquêtes que dans les flots de l’Océan Atlantique.
+
+’Oqba, dans sa première incursion, s’était avancé jusqu’à Djaouân, au
+centre du pays des Teboû ; dans la seconde, jusqu’au grand désert habité
+par les Lemtoûna, entre le Maroc et le Niger. Par la renommée que ses
+succès lui avaient acquise dans des contrées inabordées jusque-là, il
+avait préparé à ses héritiers le chemin de l’Afrique centrale.
+
+L’arrivée des Bakkây à Timbouktou date de cette époque de prosélytisme
+religieux qui amena les Almoravides jusqu’au centre de la Nigritie,
+apostolat glorieux, qui fit de Timbouktou un foyer de lumières et de
+lettres, dont les ouvrages historiques du Cheïkh-Ahmed-Bâba, le
+Timbouktien, analysés par M. le docteur Barth et M. le professeur
+Cherbonneau, nous ont dernièrement révélé l’existence.
+
+Les Bakkây ont perpétué ce mouvement à travers les générations depuis le
+XIIe siècle jusqu’à nos jours, bravant toutes les révolutions qui ont
+alternativement mis le pouvoir aux mains des Berbères, des Arabes ou des
+Nègres.
+
+Aujourd’hui encore la zâouiya des Bakkây à Timbouktou reçoit de nombreux
+disciples, _telâmîd_, qui, du Maroc, du Touât, du Sénégal et des divers
+États nègres, viennent y puiser tous les genres d’instruction de la
+civilisation musulmane : l’étude de l’arabe ancien et moderne, la
+grammaire, la rhétorique, la versification, l’histoire, la jurisprudence
+et surtout la théologie.
+
+Souverains religieux, indépendants de l’empire des Fellâta et des autres
+États nègres qui les enveloppent, les Bakkây représentent encore
+aujourd’hui la plus grande puissance morale de tout le continent
+africain.
+
+Alliés des souverains du Maroc, dont ils reconnaissent la suprématie
+religieuse et pour lesquels ils font la prière officielle ; amis des
+rois de Sokkoto et du Bornou, ils n’ont d’autres adversaires que le chef
+de Hamd-Allâhi, capitale du nouvel Empire des Fellâta.
+
+Mais, sans armée, sans autre appui que l’autorité qu’ils exercent comme
+marabouts sur les tribus arabes de l’Azaouad, sur les Trârza[107], les
+Brâkna et autres Maures du Sénégal, ainsi que sur les Touâreg
+Aouélimmiden, sur les Ahaggâr, sur les Azdjer et le Touât, ils tiennent
+tête aux Fellâta et les empêchent de soumettre toute l’Afrique centrale
+à leurs lois.
+
+Les revenus de ces marabouts sont considérables : d’abord, ils possèdent
+de grands troupeaux de chameaux, de zébus, de moutons et des chevaux que
+gardent de nombreux esclaves et leurs serviteurs, les Machrhoûfa, l’une
+des tribus arabes de l’Azaouad ; ensuite, toutes les caravanes et toutes
+les populations de leur dépendance religieuse leur paient volontairement
+tribut.
+
+Les Bakkây ont aussi des zâouiya importantes et de grandes propriétés au
+Touât[108] ; ce qui fait qu’ils sont autant Touâtiens que Timbouktiens.
+Cette circonstance nous explique pourquoi ils tiennent à l’indépendance
+politique de cette confédération.
+
+Les représentants de cette grande famille sont au nombre de huit.
+
+Sîdi-Ahmed est leur chef.
+
+Sîdi-Mohammed, son fils et successeur ; Sîdi-Mohammed, son neveu, celui
+que j’ai rencontré dans mon voyage, et Sîdi-Alaouété, sont, après le
+cheïkh souverain, les personnages les plus influents.
+
+Jusqu’à ce jour, ces marabouts ne nous sont connus que par leur
+tolérance envers les chrétiens.
+
+Ils avaient bien accueilli le major Laing et ils n’ont pas encore voulu
+accorder le pardon aux Berâbîch qui l’ont assassiné.
+
+Grâce à eux, M. le docteur Barth a pu rester sept mois à Timbouktou,
+malgré l’opposition des chefs politiques du pays.
+
+Sîdi-Mohammed, le neveu, a été pour moi plus qu’un protecteur, un
+véritable ami. Mon cheval étant mort, il m’a imposé, avec une extrême
+délicatesse, l’obligation d’accepter la jument qu’il montait ; service
+énorme, car, dans tout le pays d’Azdjer où je me trouvais, il était
+impossible de me procurer un nouveau cheval.
+
+Les Bakkây seraient entrés plus tôt en relations avec nous, s’ils ne
+s’étaient crus engagés par l’alliance que M. le docteur Barth a négociée
+avec eux au nom de l’Angleterre, et s’ils n’avaient supposé, à tort, la
+France, sinon en hostilité, du moins en continuelle rivalité avec le
+gouvernement de la Grande-Bretagne : mais la lettre de pressante
+recommandation que M. le docteur Barth m’avait donnée pour le Cheïkh-
+Ahmed, et que je lui ai transmise par son neveu, a dû faire disparaître
+l’erreur, accréditée d’ailleurs dans tout le Sahara et dans toute
+l’Afrique centrale, que, pour conserver de bonnes relations avec les
+Anglais, il faut refuser tous rapports avec les Français.
+
+La seule pierre d’achoppement entre les Bakkây et le gouvernement de
+l’Algérie est le Touât. Les fanatiques de cet archipel d’oasis nous
+représentent comme convoitant l’occupation de ce point, bien que notre
+conduite témoigne que nous ne voulons pas avancer notre ligne
+d’occupation au delà de Laghouât et de Géryville. Mais Timbouktou est
+loin de nous et la vérité y arrive difficilement, surtout par la bouche
+des indigènes. Pour mettre fin à l’incertitude, donnons aux Bakkây toute
+sécurité de ce côté, et immédiatement les résistances tomberont entre
+l’Algérie et Timbouktou, et Timbouktou et le Sénégal.
+
+Sîdi-Mohammed m’avait offert de me conduire près de son oncle, en me
+faisant traverser le Touât ; je n’ai pu accepter cette proposition parce
+qu’après un voyage de deux ans j’étais démuni de tout ce qu’il faut à un
+explorateur pour entreprendre utilement une semblable course, et parce
+que le marabout, retenu par des affaires de famille, n’était pas libre
+de reprendre tout de suite le chemin de son pays : mais, si le
+gouvernement daigne agréer la continuation de mes services, j’espère
+pouvoir mettre à profit les bonnes dispositions de Sîdi-Mohammed pour
+moi.
+
+
+ § IV. — ZÂOUIYA DES OULÂD-SÎDI-CHEÏKH.
+
+
+S’il faut en croire la tradition, la partie de l’Algérie sise sur la
+frontière du Maroc, et connue aujourd’hui sous le nom de Sahara des
+Oulâd-Sîdi-Cheïkh, était, il y a environ 500 ans, un véritable désert,
+théâtre des incursions des nomades du voisinage.
+
+Un marabout, de la descendance du Prophète par les femmes, homme sage,
+instruit, tolérant, chassé de Tunis par des discordes de famille,
+choisit cette solitude pour y vivre en paix. Sa réputation de sainteté
+commença par attirer quelques serviteurs à la zâouiya qu’il avait fondée
+à El-Abiodh.
+
+Ses enfants, héritiers de ses vertus, avaient déjà conquis une grande
+influence, lorsque la prise de possession d’Oran par les Espagnols, la
+destruction du pouvoir des Benî-Ziân de Tlemsen par les Turcs,
+l’établissement à main armée d’une domination nouvelle, vinrent jeter la
+plus grande perturbation au milieu des tribus de la province de l’Ouest.
+
+Alors la famille des marabouts d’El-Abiodh avait pour chef l’homme dont
+la réputation, surpassant celle de ses ancêtres, donne encore
+aujourd’hui du prestige à ses descendants. La commune renommée lui avait
+décerné le titre de Sîdi-Cheïkh, _Monseigneur le vénérable_.
+
+Tous les malheureux, victimes des discordes politiques qui agitaient
+alors le pays, vinrent chercher un refuge près de lui, et il fut
+charitable, consolateur pour tous. Sa zâouiya devint l’asile de la
+proscription.
+
+La clientèle formée par l’émigration s’accrut encore de celle des gens
+généreux dont l’obole est toujours à la disposition des mains appelées à
+centraliser l’assistance dans les malheurs publics.
+
+Les aumônes, d’abord temporaires, que des circonstances exceptionnelles
+rendaient nécessaires, devinrent, en se renouvelant, définitives, et
+aujourd’hui elles sont transformées en redevances religieuses,
+volontairement acquittées entre les mains des successeurs du marabout
+par les fils des contemporains de Sîdi-Cheïkh.
+
+M. le colonel de Colomb, ancien commandant supérieur du cercle de
+Géryville, n’estime pas à moins de 80,000 francs l’impôt annuel versé
+par les clients de Sîdi-Cheïkh au moqaddem de sa zâouiya.
+
+Quand un établissement religieux dispose, pendant des siècles, d’un
+pareil revenu ; quand, d’ailleurs, la famille qui dirige cet
+établissement possède de grandes richesses personnelles, ils peuvent
+produire beaucoup de bien ; malheureusement, les Oulâd-Sîdi-Cheïkh sont
+devenus depuis longtemps des administrateurs temporels, laissant à leurs
+esclaves affranchis les devoirs de la zâouiya, et l’institution
+religieuse est un peu en décadence.
+
+Cependant Sîdi-Hamza, chef de cette famille, élevé, sous notre
+gouvernement, à la dignité de khalîfa du Sud de la province d’Oran, a
+contribué puissamment à la soumission des tribus de sa dépendance
+religieuse, embrassant tout le pays compris entre la frontière du Maroc
+à l’Ouest, Ouarglâ et El-Golêa’a au Sud-Est. Son fils, Sîdi-Boû-Beker,
+nous a rendu un plus grand service encore en capturant le perturbateur
+Mohammed-ben-’Abd-Allah, qui agita si profondément le Sahara, au nom de
+la confrérie des Senoûsi.
+
+Quand, en 1859, au début de mon exploration, je partis pour El-Golêa’a
+(la _Tâorert_ des Berbères), le khalîfa Sîdi-Hamza m’avait envoyé une
+lettre de recommandation pour la djema’a ou assemblée des notables de
+cette ville. El-Golêa’a, quoique appartenant aux Cha’anba, administrés
+de Sîdi-Hamza, élevait la prétention de ne pas dépendre de l’Algérie et
+de ne relever que de sa municipalité ; l’hospitalité m’y fut refusée,
+avec accompagnement de beaucoup de menaces, qui auraient été suivies
+d’exécution, si je n’avais pris le parti prudent de la retraite. El-
+Golêa’a a payé sa conduite de son indépendance, car Sîdi-Hamza a reçu
+l’ordre, en 1861, de prendre possession de cette ville au nom de la
+France, et aujourd’hui le gouverneur général de l’Algérie nomme
+directement les chefs de cette petite cité.
+
+Parmi les clients des Oulâd-Sîdi-Cheïkh, on compte, indépendamment de la
+plupart des tribus du cercle de Géryville et des Cha’anba d’Ouarglâ, de
+Methlîly et d’El-Golêa’a, les Oulâd-el-Mokhtâr, d’origine arabe, qui
+constituent la population active d’In-Sâlah. Quelques autres groupes
+arabes du Touât relèvent aussi de l’autorité religieuse de la zâouiya
+d’El-Abiodh.
+
+Ainsi, aux services que la famille de Sîdi-Hamza nous a déjà rendus elle
+peut encore joindre celui d’établir de bons rapports entre nous et le
+Touât. Cette tâche lui est facile, car les Oulâd-Sîdi-Cheïkh commandent
+toutes les routes par lesquelles le Touât tire ses approvisionnements de
+l’Algérie.
+
+
+En terminant ce paragraphe sur les centres religieux sahariens, je ne
+puis m’empêcher de constater que quatre marabouts m’ont prêté le plus
+grand appui dans mon voyage : Sîdi-Hamza, Sîdi Mohammed-el-’Aïd, le
+Cheïkh-’Othmân et Sîdi-Mohammed-el-Bakkây. Il est vrai que ces marabouts
+sont des hommes éclairés, et non des ignorants obligés d’abriter la
+pauvreté de leur esprit et de leur cœur sous le manteau si facile à
+porter du fanatisme.
+
+
+[Note 106 : Mot à mot : _le droit suit le droit ; tout ce qui vient de
+Dieu doit être respecté_. Telle est la formule de la profession de foi
+des Tedjâdjna.]
+
+[Note 107 : Les Trârza, d’après Sîdi-Mohammed-el-Bakkây, enverraient
+annuellement à la zâouiya de sa famille, à Timbouktou, à titre d’impôt
+religieux, cent pièces d’indienne et neuf fusils.
+
+Le roi Mohammed-el-Habîb et autres chefs des Trârza seraient des
+_telâmid_ des Bakkây.]
+
+[Note 108 : Les Bakkây prétendent être propriétaires d’Aqabli, de
+Zâouiyet-Kounta et de Djedîd, dans le Tidîkelt.]
+
+
+
+
+ LIVRE IV.
+
+ TOUÂREG PROPREMENT DITS.
+
+
+Sans aucun doute, plus d’un des nombreux détails qu’embrasse ce Livre
+peut s’appliquer à l’ensemble des quatre confédérations berbères connues
+sous le nom général de Touâreg, mais je tiens à avertir de nouveau le
+lecteur que mes observations et mes recherches ont été limitées aux
+Touâreg du Nord, Azdjer et Ahaggâr, et que si, accidentellement, je
+parle des Touâreg d’Aïr et des Aouélimmiden, je n’entends pas les
+comprendre dans cette étude.
+
+ * * * * *
+
+ CHAPITRE PREMIER.
+
+ ORIGINE DES TOUÂREG.
+
+
+A quel peuple primitif, à quelle langue primordiale rattacher les
+Touâreg et le dialecte qu’ils parlent ? Comment établir leur filiation ?
+
+
+L’opinion des Touâreg sur ces diverses questions a l’avantage d’être
+unanime.
+
+« Nous sommes _Imôhagh_, disent les Azdjer ; _Imôcharh_, disent les
+Ahaggâr et les Aouélimmiden ; _Imâjirhen_, disent les Touâreg d’Aïr.
+
+« La langue que nous parlons s’appelle _temâhaq_ ou _temâcheq_, suivant
+les dialectes.
+
+« Les Arabes ont donné à nos tribus le nom de _Touâreg_ et à notre
+langue celui de _târguïa_, du participe arabe _târek_, au pluriel
+_touâreg_, qui signifie les _abandonnés_ « de Dieu, » sous-entendu,
+parce que nous avons, pendant longtemps, refusé d’adopter la religion
+que les Arabes nous apportaient, et parce que, après l’avoir embrassée,
+nos pères ont souvent renié la foi nouvelle. Mais ce nom, qui rappelle
+une situation ancienne dont le souvenir est aujourd’hui injurieux pour
+nous, n’a jamais été celui de notre race.
+
+« Les cinq mots, Imôhagh, Imôcharh, Imajirhen, temâhaq, temâcheq, qui
+sont les noms de notre race et de notre langue, dérivent de la même
+racine, le verbe _iôhagh_, qui signifie : il est _libre_, il est
+_franc_, il est _indépendant_, il _pille_. »
+
+La signification historique de cette racine sera ultérieurement
+précisée.
+
+
+Quant à la filiation des Touâreg du Nord, elle a été dressée, pour
+chaque tribu noble, par le Cheïkh-Brahîm-Ould-Sîdi, réputé l’homme le
+plus instruit parmi les Touâreg, ses contemporains, dans une _Note_
+adressée à Sîdi-Mohammed-el-’Aïd, le grand maître de la confrérie des
+Tedjâdjna, note qui m’a été remise en original et qui est acceptée par
+les Touâreg comme étant l’expression de leurs communes opinions.
+
+Voici l’analyse de cette pièce :
+
+« Tu nous demandes des renseignements sur notre origine. Je réponds :
+Notre descendance la plus générale est celle des Édrisides de Fez ;
+quelques-uns viennent d’Ech-Chinguît, entre Timbouktou et l’Océan ;
+d’autres sont des gens de l’Adghagh, entre le Niger et nos montagnes.
+
+« Nous descendons des Édrisides par un chérîf qui fut tué par le roi
+Ourmîn, et ce chérîf est à la fois l’ancêtre commun des chorfâ d’Azdjer,
+des chorfâ de Kerzâz[109] et des chorfâ d’Ouazzân[110].
+
+« Ainsi nos chorfâ Ifôghas et Imanân sont de la même lignée que les plus
+grandes familles du Maghreb.
+
+« Si tu nous demandes de mieux caractériser les origines de chaque tribu
+et de distinguer les nobles des serfs, nous te dirons que notre ensemble
+est mélangé et entrelacé comme le tissu d’une tente dans lequel entre le
+poil du chameau avec la laine du mouton. Il faut être habile pour
+établir une distinction entre le poil et la laine. Cependant nous savons
+que chacune de nos nombreuses tribus est sortie d’un pays différent. »
+
+Après ces considérations générales, le Cheïkh-Brahîm-Ould-Sîdi passe en
+revue chaque tribu d’origine noble, en commençant par les Azdjer et en
+finissant par les Ahaggâr. Il continue en ces termes :
+
+
+ _Origine des tribus du pays d’Azdjer._
+
+
+_Imanân_ : « Les Imanân ou _Es-Solatîn_ (les sultans) sont de vrais
+chorfâ, moitié Édrisiens de la famille régnante de Fez, moitié
+’Alouyiens, descendant de Sîdna-’Aly, petit-fils du Prophète. »
+
+_Orâghen_ : « Ils sont fils de sultans par leurs pères, mais vilains par
+leurs mères, car elles ne sont pas toutes de noble origine. »
+
+_Imanghasâten_ : « Ils sont issus des Arabes de l’Est (’Arab-ech-Cherg).
+Ni leur roture, ni leur noblesse n’est bien démontrée. S’il y a parmi
+eux des fils de sultans, ils ne sont pas bien nombreux. »
+
+_Ifôghas_ : « Dans l’origine, les Ifôghas ne faisaient qu’une seule
+tribu avec les Iouadâlen, les Igaouaddâren, les Idaoura’a et les Ahel-
+es-Soûki et toutes ces fractions constituaient la population de la ville
+d’Es-Soûk. »
+
+« Es-Soûk, ajoute un commentateur, était une ville très-grande et très-
+peuplée, située à moitié chemin entre In-Sâlah et Gôgo, sur la route qui
+relie ces deux points, à peu près à l’ancienne limite de la race blanche
+et de la race noire.
+
+« Les Noirs ont bâti Es-Soûk ;
+
+« Les Touâreg l’ont conquise, occupée, agrandie, embellie ;
+
+« Elle a été détruite à trois reprises différentes :
+
+« Une première fois par l’envie ;
+
+« Une seconde fois par des plantes épineuses, tellement épaisses qu’on
+ne pouvait trouver une place pour prier Dieu (probablement l’hérésie) ;
+
+« Une troisième fois par l’ennemi ;
+
+« Enfin elle a été anéantie par les Noirs de l’armée du roi de Gôgo. »
+
+L’auteur de la _Note_, n’osant pas avouer que les habitants d’Es-Soûk
+ont beaucoup mélangé leur sang avec celui des Noirs, raconte une longue
+histoire dans laquelle il met alternativement en scène quarante jeunes
+vierges blanches et quarante jeunes vierges noires données annuellement
+en tribut : les premières par les Touâreg d’Es-Soûk à un sultan
+infidèle, du nom de Djebbâr, probablement un Noir idolâtre ; les
+secondes, par le roi de Gôgo, au sultan berbère d’Es-Soûk, suivant que
+le succès des armes donnait la victoire aux blancs ou aux noirs.
+
+Cette histoire établit en même temps que la conquête de l’Adghagh,
+depuis des siècles définitivement consommée par les Touâreg
+Aouélimmiden, a été longtemps disputée par la race noire à la race
+blanche et n’a pas été réalisée sans de nombreuses alternatives de
+revers et de succès.
+
+Toutefois, l’auteur de la _Note_ fait remarquer que les familles des
+hommes religieux ont toujours été préservées, par la protection divine,
+de tout contact avec les païens, et que leur sang est resté pur de tout
+mélange.
+
+Il ajoute « qu’à la dispersion des habitants d’Es-Soûk, les Iouadâlen et
+les Idaoura’a se sont réfugiés dans le pays d’Adrâr[111] ; les
+Igaouaddâren aux environs de Timbouktou où ils sont encore sous les
+ordres du Cheïkh-Eg-el-Khenna ; que les Ifôghas, parmi lesquels on
+compte les plus grands marabouts et les plus grands brigands, sont chez
+les Touâreg du Nord ; enfin, qu’après les épreuves de l’ennemi, de la
+faim et de la soif, il est resté à Es-Soûk un seul homme, le savant
+Mohammed-ben-Eddâni, avec quarante femmes, lequel a reconstitué une
+tribu nouvelle des Ahel-es-Soûk, en donnant en mariage, avec quarante
+chamelles pour dot, les femmes survivantes à autant d’hommes de la tribu
+d’El-Abâker, de la descendance des Ansâr. »
+
+Le commentateur et l’auteur de la _Note_ prient le lecteur de ne pas
+confondre les Ahel-es-Soûk émigrés après la destruction de la ville avec
+ceux qui ont conservé le nom et la résidence des tribus primitives.
+
+D’après les habitants de Timbouktou, Es-Soûk serait l’ancienne Tademekka
+ou Takedda, avec laquelle Ouarglâ entretenait jadis de grandes relations
+commerciales ; d’après le Cheïkh-’Othmân, les ruines de cette ville
+seraient situées dans l’Est, mais il ignore où elles sont.
+
+On trouve encore à Es-Soûk les traces du mur d’enceinte et un cimetière
+dont l’étendue est d’une demi-journée de marche selon les uns, d’une
+journée selon les autres. Là seraient enterrés des _sohâba_, ou
+compagnons du Prophète, envoyés pour convertir les nègres à l’islamisme.
+
+Au centre de l’ancienne ville était un puits de bonne eau et très-
+abondant, puisqu’il suffisait à tous les besoins. On devait le déblayer
+en 1861.
+
+Non loin de ces ruines, ou sur leur emplacement, s’élevait le petit
+qaçar de Gounhân habité par la fraction des Aouélimmiden, qui a conservé
+le nom de Ahel-es-Soûk.
+
+
+Brahîm-Ould-Sîdi continue :
+
+_Kêl-Izhabân_ : « Ils proviennent de la fraction des habitants d’Es-
+Soûk, qui, avant la dispersion, s’appelaient Ahel-es-Soûk. »
+
+_Imettrilâlen_ : « On ne sait pas bien d’où sort leur tribu. »
+
+_Ihadhanâren_ : Ici, c’est le commentateur qui parle : « Les
+Ihadhanâren-es-Soûda sortent d’Es-Soûk, et sont nobles ; les Ihadhanâren
+proprement dits sont de basse extraction par leurs pères et par leurs
+mères. »
+
+_Ihêhaouen_ : « Il est écrit dans le _Livre_ d’Es-Soûk que leurs mères
+furent achetées et que leurs pères sont El-Yezîd et ’Abd-er-Rahmân,
+meurtriers de Hasen-ben-’Ali-ben-Tâleb, arrière petit-fils du Prophète.
+Que Dieu leur fasse miséricorde ! »
+
+Le commentateur, pour l’honneur de sa race, ajoute que Yezîd et ’Abd-er-
+Rahmân, quoique devenus Touâreg Benî-Oummïa, sont Arabes, et que leurs
+descendants ont conservé l’usage de la langue arabe.
+
+_Ilemtîn_ : « Cette tribu est issue des Lemtoûna, à l’Ouest de
+Timbouktou. On ne voit pas bien s’ils sont nobles ou roturiers. »
+
+
+ _Origine des Tribus du Ahaggâr._
+
+
+« Les nobles du Ahaggâr sont généralement des Oulâd-Sîd-Ben-Sîd-Mâlek
+qui avaient pour ancêtre un chérîf du nom d’Aggâg, l’émîr, qui était un
+soûki. »
+
+_Tâïtoq_ : « Partie de cette tribu est de la race des Imanân d’Azdjer,
+c’est-à-dire de la descendance des Édrisiens ; partie est originaire des
+Ahel-Fadây, du pays d’Aïr, où la souche de leur tribu existe encore. »
+(Ce sont les Kêl-Fadây de M. le docteur Barth.)
+
+« Mais tous sont d’origine noble ; on le reconnaît à leur science et à
+leur manière de vivre.
+
+« Cependant, parmi eux, à côté des _Ahel-Bît-el-Bîdh_ (gens de maison
+blanche ou de sang blanc), il y a des _Ahel-Bît-es-Soûd_ (gens de maison
+noire ou de sang noir). »
+
+_Kêl-Rhelâ_ : « Ce sont des Ebna-Sîd, c’est-à-dire des _fils de leurs
+pères_, qui tous avaient pour aïeul le sultan El-’Alouï.
+
+« Parmi eux sont des fils de Hatîta ;
+
+« D’autres sont des fils d’El-Mahoûk, târgui, ayant du sang de chorfâ. »
+
+_Ikadéen_ : « Ils sont originaires d’Es-Soûk, mais de familles
+blanches. »
+
+_Irhechchoûmen_ : « Aussi originaires d’Es-Soûk.
+
+« Une partie de la tribu descend des Édrisiens et une autre partie a
+pour pères des Ikadéen.
+
+« Je ne sais si cette dernière partie est un essaim détaché de la tribu
+paternelle ou bien si elle est née de la prostitution de leurs mères. »
+
+_Tédjéhé-n-oû-Sîdi_ : « Ceux qui restent des Oulâd-Aoused ont des pères
+sultans, et ils ne font qu’une même tribu avec les Imanân des Azdjer.
+Leur séparation n’indique qu’une bifurcation du même arbre. »
+
+_Tédjéhé-Mellen_ ou _Oulâd-Meça’oûd_ : « Ce sont des nobles ; huit
+d’entre eux, les Ouggoûg, ont trace du sang de chorfâ. »
+
+Le commentateur ajoute : « Ils sont très-forts et très-hauts de
+stature[112]. »
+
+_Autres tribus_ : « Elles sont originaires de Es-Soûk, mais de familles
+_Bît-es-Soûd_, c’est-à-dire mulâtres. »
+
+Cette _Note_, que j’ai analysée, pour ne pas fatiguer le lecteur, avoue
+un grand mélange de sang, et assigne comme dernière station à la presque
+totalité des Azdjer et des Ahaggâr, avant leur fixation dans les
+montagnes dont ils ont pris le nom, une ligne circulaire de l’Ouest au
+Sud, jalonnée par les points de Fez, capitale du Maroc, de Chinguît,
+ville de l’Adrâr, et d’Es-Soûk, ville de l’Adghagh. Cette ligne est
+aussi celle assignée par tous les historiens du moyen âge au mouvement
+de migration des Berbères Lemtoûna et Sanhâdja, vers le pays des Noirs.
+Une expansion politique les avait portés du Nord au Sud, une réaction
+les refoula du Sud au Nord.
+
+La prétention à une descendance édriside qui donnerait aux principales
+familles des Touâreg une origine arabe et leur conférerait le titre de
+chorfâ est à peu près celle de toutes les grandes familles berbères, et
+elle serait presque justifiée par les nombreuses alliances matrimoniales
+que les souverains de Fez ont contractées avec les familles des chefs
+dont ils ne pouvaient obtenir la soumission par la force des armes.
+
+Aujourd’hui encore, au Maroc, les unions de l’empereur avec les filles
+des chefs de Berbères indépendants du trône temporel sont érigées à
+l’état de système gouvernemental. Quand, dans une province rebelle, un
+Berbère peut faire échec au pouvoir du souverain nominal, on fait tomber
+sa résistance en offrant à l’une de ses filles une place au harem. Cet
+honneur est toujours accepté, parce qu’il confère le titre de chérîf aux
+enfants qui naîtront de cette union, et la répudiation presque immédiate
+qui réintègre femme et enfant dans la famille maternelle, loin d’être
+considérée comme un affront, est acceptée comme un titre autorisant à
+faire souche.
+
+Les deux derniers souverains du Maroc, Mouley-’Abd-er-Rahmân et Mouley-
+Slîmân, pendant la durée de leurs longs règnes, ont autorisé, par ces
+sortes d’unions, plus de cinq cents familles berbères à revendiquer pour
+leurs héritiers la descendance édriside ; et si leurs prédécesseurs,
+depuis le IXe siècle de notre ère, ont procédé de même à l’égard des
+grandes familles berbères du Maghreb, — ce que l’histoire semble
+démontrer, — il devient très-probable que les nobles Touâreg d’Azdjer et
+du Ahaggâr, soit par des alliances directes, soit par des alliances
+indirectes avec les chorfâ de Kerzâz et d’Ouazzân, sont aussi autorisés
+à revendiquer la même descendance.
+
+Quoi qu’il en soit, les Touâreg, malgré le mélange de leur sang avec
+celui des Édrisiens arabes, sont restés Berbères, et, comme fraction du
+peuple berbère, leur origine est loin d’être incertaine.
+
+
+La tradition populaire, chez les Azdjer, ajoute à la _Note_ de Brahîm-
+Ould-Sîdi quelques détails sur la formation de la confédération et sur
+le partage des terres entre les différentes tribus.
+
+D’après cette tradition, les premiers Touâreg qui prirent possession du
+pays d’Azdjer furent les chorfâ Imanân et Ifôghas ; puis,
+successivement, d’autres tribus vinrent se ranger autour d’eux.
+
+Un beau jour, le chef des Imanân invita à sa cour les femmes douairières
+des autres tribus, c’est-à-dire celles des dames nobles dont le ventre
+avait le privilége de donner naissance aux chefs, et, mu par un généreux
+sentiment de galanterie, il affecta à chacune d’elles un douaire
+foncier.
+
+La dame douairière des Orâghen reçut en apanage la plaine des
+Igharghâren ;
+
+La dame douairière des Imanghasâten eut pour lot la vallée de
+Tikhâmmalt ;
+
+Chaque tribu fut dotée de la même manière.
+
+Ce qui frappe dans cette tradition, comme dans toutes celles relatives
+aux origines des coutumes exceptionnelles des Touâreg, c’est le rôle
+principal qu’y joue la femme.
+
+
+A Ghadâmès, cherchant la lumière sur cette question d’origine, je
+m’adressai au qâdhi, l’homme le plus instruit de la ville ; il me
+répondit en ouvrant un livre qui fait autorité dans le Sahara.
+
+Il a pour titre : _Roûdh-el-mo’attâr, fi akhbâr-el-aqtâr_ (ou Le Jardin
+parfumé par les nouvelles des pays), et pour auteur : Ebn-’Abd-en-Nour-
+el-Hamîri, de Tunis.
+
+Ce livre assigne pour origine aux Berbères musulmans voilés qui habitent
+l’espace compris entre Ghadâmès et Tademekka (espace de quarante jours
+de marche) les tribus de Lemtoûna, Massoûfa et autres.
+
+
+Ebn-Khaldoûn est plus explicite encore.
+
+Les Molâthemîn ou les _voilés_, dit-il, qui habitent la région stérile
+au Midi du désert sablonneux, entre Barka, Ghadâmès, à l’Orient, et
+l’Océan Atlantique, à l’Occident, proviennent des tribus de Guedâla, de
+Lemtoûna, de Outzila, de _Târga_, de Zegâoua et de Lemta, tous
+descendants des Sanhâdja de seconde race.
+
+Ainsi les Târga ou Touâreg modernes sont Sanhâdja, c’est-à-dire de la
+race de ces Almoravides Lemtouniens qui, selon l’expression d’Ebn-
+Khaldoûn, « après avoir soumis le désert et forcé les nègres à devenir
+musulmans, fonda un Empire en Espagne et dans le Nord de l’Afrique, et,
+épuisée à force de dominer, consumée dans de lointaines expéditions et
+ruinée par le luxe, disparut exterminée par les Almohades, » sauf les
+fractions restées dans le désert et représentées aujourd’hui par les
+Touâreg, dans le Sahara central, par les Maures de la côte de l’Océan
+Atlantique, débris de ces Sanhâdja qui ont donné leur nom au Sénégal.
+
+Ebn-Khaldoûn nous éclaire encore sur beaucoup d’autres points.
+
+« Les Sanhâdja, d’après lui, forment la majeure partie de la population
+de l’Afrique occidentale, au point que bien des personnes les regardent
+comme formant le tiers de toute la race berbère.
+
+« Primitivement ils occupaient la presque totalité du littoral
+méditerranéen.
+
+« De temps immémorial, — bien des siècles avant l’islamisme, — les
+voilés parcouraient la région qui sépare le pays des Berbères de celui
+des Noirs, » c’est-à-dire le plateau central du Sahara, entre le bassin
+de la Méditerranée et celui du Niger.
+
+« Ils ne cessèrent de se tenir dans ce pays et de le parcourir avec
+leurs troupeaux qu’après la conquête de l’Espagne par les Arabes, moment
+où ils abandonnèrent le magisme pour embrasser l’islamisme. » C’était
+dans le troisième siècle de l’hégire.
+
+« D’abord les Sanhâdja se rangèrent parmi les clients de la famille
+d’’Ali-ben-Abî-Tâleb, gendre de Mohammed, mais leur conversion fut
+suivie de retours fréquents au paganisme.
+
+« Ce fut un missionnaire de Sédjelmâssa, envoyé par Aggâg, de la tribu
+de Lemta, » — probablement celui dont les nobles des Ahaggâr prétendent
+descendre, — « qui les ramena dans la bonne voie en leur enseignant la
+vraie religion.
+
+« Au IVe siècle de l’hégire, un des plus illustres de leurs rois,
+Tinezwa, étendait sa domination sur une région longue de deux mois de
+marche et large d’autant. Vingt rois nègres reconnaissaient son
+autorité, mais, sous ses fils, l’unité de la nation sanhâdjienne se
+brisa, et chaque tribu, chaque fraction de tribu eut un roi. »
+
+Dans le milieu du VIIIe siècle de l’hégire, à l’époque où Ebn-Khaldoûn
+écrivait son _Histoire des Berbères_, « les Sanhâdjiens porteurs du
+voile, soumis à l’autorité du roi des Noirs (Mâlek-es-Soûdân), lui
+payaient l’impôt et fournissaient des contingents à ses armées. »
+
+Ce roi des Noirs doit être le sultan de Gôgo qui détruisit la ville
+d’Es-Soûk et détermina la migration d’une partie des habitants de cette
+ville dans le pays d’Azdjer et du Ahaggâr.
+
+A cette époque, dit encore Ebn-Khaldoûn, « les Lemta se trouvaient en
+face des Arabes Riâh, au Sud de la province de Constantine, » tribu dont
+nous retrouvons aujourd’hui une grande fraction aux environs de Sôkna
+dans le Fezzân, « et les Târga se tenaient vis-à-vis des Soleïm, tribu
+arabe de l’Ifrikïa, c’est-à-dire de la Tunisie. »
+
+Depuis cette époque, les Târga paraissent avoir absorbé les Lemta, ce
+qui explique comment la tribu des Ilemtîn, descendant des Lemta, occupe
+un rang secondaire dans la société târguie.
+
+
+Par la _Note_ moderne de Brahîm-Ould-Sîdi, nous connaissons
+approximativement l’origine de chaque fraction noble des Azdjer et des
+Ahaggâr.
+
+Par le _Livre_ de Ben-’Abd-en-Noûr-el-Hamîri, nous savons à quelles
+tribus d’origine berbère il faut rattacher les musulmans voilés au Sud
+de Ghadâmès.
+
+Par l’_Histoire des Berbères_ d’Ebn-Khaldoûn, nous savons que les Târga
+(Touâreg des Arabes modernes) sont d’origine sanhâdjienne ; que,
+primitivement, les Sanhâdja étaient répandus sur le littoral
+méditerranéen, du désert de Barka au Maghreb-el-Aqsa ; qu’avant l’époque
+islamique les fractions sanhâdjiennes, auxquelles appartenaient les
+Târga, habitaient le désert ; qu’après y avoir fondé un grand royaume
+embrassant la partie centrale et occidentale du Sahara, ils se sont
+dispersés ; enfin que, vers le VIIIe siècle de l’hégire, les Târga,
+chassés par un roi nègre, sont venus chercher un refuge au Sud de
+l’Algérie, de la Tunisie et de la Tripolitaine, c’est-à-dire dans le
+pays que les Touâreg occupent aujourd’hui.
+
+Par les études récentes de M. le docteur Barth, par les renseignements
+recueillis en Algérie et au Sénégal, par mon exploration personnelle, il
+est démontré que les Târga, simple fraction d’une grande nation au VIIIe
+siècle de l’hégire (XIIIe de J.-C.), sont devenus aujourd’hui, par
+l’absorption des tribus consanguines des Sanhâdja, le peuple le plus
+considérable du Sahara central.
+
+Cela étant, pouvons-nous rattacher les Touâreg modernes aux peuples
+autochthones de l’époque grecque et romaine ?
+
+
+Rien n’est plus facile.
+
+Rappelons-nous d’abord que les hommes auxquels les Arabes ont donné le
+nom de Touâreg, les _délaissés_, les _abandonnés_, n’acceptent d’autres
+noms patronymiques que ceux d’Imôhagh, d’Imôcharh, d’Imâjirhen, et que
+leur langue s’appelle temâhaq et temâcheq ; ensuite interrogeons les
+auteurs, tant modernes qu’anciens, dont les écrits ont pour objet
+l’étude des peuples de l’Afrique septentrionale.
+
+Les modernes nous apprennent que les Berbères du Maroc donnent à leur
+langue le nom de tamâzigh ou tamâzirht et à leur race celui d’Amâzigh
+(pl. Imâzighen), qui signifierait _libre_.
+
+Les généalogistes du moyen âge, consultés par Ebn-Khaldoûn, pour la
+rédaction de son _Histoire des Berbères_, assignent : les uns _Mâzigh_,
+fils de Canaan, fils de Cham ; les autres _Tâmzigh_, fille de Medjdel,
+ceux-ci pour mère, ceux-là pour père, sinon à la totalité, du moins à
+une grande partie des Berbères.
+
+Du temps de Jean Léon, en 1556, le seul nom général donné par les
+Berbères à leur race et à leur langue était celui d’Amâzigh.
+
+Or, Hérodote appelait Libye l’Afrique septentrionale et Libyens les
+peuples qui l’habitaient, mais il distinguait parmi eux les sédentaires
+des nomades, les agriculteurs des pasteurs. Deux noms indigènes
+correspondent à cette distinction : les _Mazyes_ et les _Auses_.
+
+Sous la plume des écrivains grecs et latins, le nom de Mazyes se
+transforme en celui de Maziques, qui est identique à ceux de Mâzigh,
+d’Amâzigh, d’Imôhagh, d’Imôcharh et d’Imâjirhen.
+
+Un nom qui se transmet à travers tant de siècles, presque sans
+altération, est bien celui qu’un peuple a le droit de porter et de
+revendiquer.
+
+Laissons donc de côté, comme nom de race, celui de Berbères, qui ne
+s’applique qu’à une fraction de cette race, les Berâber du Maroc ;
+laissons de côté, comme nom de peuple, celui de Touâreg, que repoussent
+ceux auxquels on le donne, et appelons du nom général d’Imâzighen ou
+d’Imôhagh toutes les peuplades de race berbère et du nom de temâhaq ou
+temâcheq la langue qu’elles parlent.
+
+Conservons à toutes les peuplades de cette race et à leurs différents
+dialectes les noms particuliers sous lesquels ils sont connus, et alors
+nous pourrons comprendre les indigènes, et ils pourront nous comprendre.
+
+
+Maintenant, si on me demande à quelle souche primitive je rattache les
+Imôhagh descendants des Imâzighen du moyen âge, des Mâzigh des
+généalogistes et des Mazyes ou Maziques de l’antiquité, je dirai que
+désormais l’étude de la langue temâhaq, comparée aux autres langues
+africaines et asiatiques, peut seule jeter quelque lumière dans la
+question.
+
+En vue de fournir mon faible contingent à ces recherches, j’ai
+recueilli, avec le soin le plus scrupuleux, toutes les inscriptions,
+tant anciennes que nouvelles, en caractères _tefînagh_, que j’ai
+trouvées sur les rochers, et j’ai réuni, en un vocabulaire, environ
+1,500 mots de la langue temâhaq, surtout de ceux dont j’ai pu contrôler
+la véritable signification, et j’ose espérer que ce travail ne sera pas
+sans quelque utilité pour établir la filiation anté-historique des
+Touâreg modernes.
+
+D’un autre côté, M. le docteur Barth, qui a longtemps vécu parmi les
+Touâreg du Sud, a recueilli un riche vocabulaire du dialecte _temâcheq_,
+dialecte aussi étudié par M. le chef de bataillon Hanoteau[113].
+
+Avec ces éléments modernes, comparés avec les éléments anciens de
+l’inscription bilingue de Thugga, dont la partie gauche reproduit la
+presque totalité de l’alphabet _temâhaq_ ou _temâcheq_, il est
+impossible qu’on n’arrive pas prochainement à rattacher les Imôhagh et
+leur langue à l’une des souches primitives de l’antiquité.
+
+
+[Note 109 : Les chorfâ de Kerzâz existent encore à Tabalbâlet, entre le
+Touât et le Tafîlelt. Ils y possèdent une zâouiya qui jouit de la plus
+grande réputation.
+
+Ceux qui y entrent ignorants, malades, affamés, nus, attristés, en
+sortent instruits, guéris, rassasiés, habillés, consolés. Du moins,
+c’est ce qu’en disent les indigènes.]
+
+[Note 110 : Les chorfâ d’Ouazzân habitent une ville du Maroc, entre Fez
+et Tanger. Ils sont les chefs de la grande confrérie des Mouley-Tayyeb,
+et, à ce titre, ils consacrent l’investiture des empereurs du Maroc à
+chaque changement de règne.]
+
+[Note 111 : L’Adrâr dont il est ici question est un groupe d’oasis plus
+rapprochées des rives de l’Océan Atlantique, dont Chinguît est la
+capitale.]
+
+[Note 112 : Les Chorfâ du Tafîlelt (Maroc) sont aussi remarquables par
+leur taille élevée.]
+
+[Note 113 : _Essai de grammaire de la langue temâchek’_, par M. A.
+Hanoteau, chef de bataillon du génie. (Paris, Imprimerie impériale,
+1860.)
+
+M. Hanoteau écrit temâchek’ par un _k_ suivi d’un accent ; j’ai préféré
+représenter la même lettre de l’écriture _tefînagh_ par un _q_. Voilà la
+raison des différences de transcription, l’orthographe du mot restant la
+même.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE II.
+
+ DIVISIONS ET CONSTITUTION SOCIALE.
+
+
+Les Touâreg du Nord se divisent en deux grandes sections : les Azdjer à
+l’Est, les Ahaggâr à l’Ouest.
+
+Les Ahaggâr, je l’ai déjà dit, sont les Hoggâr des Arabes et des
+Européens.
+
+Chacune des deux sections se subdivise en tribus.
+
+Les unes sont nobles et prennent le titre de _ihaggâren_ ; les autres
+sont serves et placées dans la dépendance absolue des nobles ; on les
+appelle _imrhâd_. Quelques-unes ne sont ni nobles ni serves, mais
+rayonnent dans le cercle d’action d’une tribu noble à laquelle elles
+payent impôt ; d’autres, enfin, sont des tribus de marabouts remplissant
+le rôle de modérateurs, de conciliateurs et d’instructeurs, rôle
+important au milieu d’une société qui n’est soumise à aucune forme de
+gouvernement régulier, mais qui, grâce à une certaine force de cohésion,
+traverse la série des siècles, sans subir de modifications sérieuses,
+malgré ses nombreuses pérégrinations, ses guerres intestines et les
+luttes qu’elle a dû soutenir pour conserver son indépendance.
+
+
+Dans la section des Azdjer, les tribus nobles sont :
+
+ Les Imanân,
+
+ Les Orâghen,
+
+ Les Imanghasâten,
+
+ Les Kêl-Izhabân,
+
+ Les Imettrilâlen,
+
+ Les Ihadhanâren.
+
+
+Les tribus de marabouts sont :
+
+ Les Ifôghas,
+
+ Les Ihêhaouen.
+
+
+Les tribus mixtes sont :
+
+ Les Ilemtîn,
+
+ Les Kêl-Tîn-Alkoum.
+
+
+J’indiquerai les noms des tribus serves au chapitre suivant en faisant
+l’historique des tribus nobles auxquelles elles appartiennent.
+
+
+Dans la section des Ahaggâr, il n’y a que des nobles et des serfs. On
+pourrait considérer comme tribus mixtes celles qui habitent les villages
+du Touât, mais elles ne sont plus considérées par les Touâreg comme
+faisant partie de leurs confédérations.
+
+Primitivement, les Ahaggâr ne constituaient qu’une seule tribu, celle
+des Kêl-Ahamellen, divisée en un grand nombre de fractions : mais
+l’accroissement de la population, l’obligation de se disperser sur
+d’immenses espaces pour assurer la subsistance des troupeaux,
+probablement aussi la rivalité de familles à familles, ont amené les
+fractions de la tribu mère à se constituer en tribus indépendantes, et
+aujourd’hui, au lieu d’une seule tribu, on en compte quatorze, savoir :
+
+Les Tédjéhé-Mellen,
+
+ Les Tédjéhé-n-oû-Sîdi,
+
+ Les Ennîtra,
+
+ Les Tâïtoq,
+
+ Les Tédjéhé-n-Eggali,
+
+ Les Inembâ, }
+ } Kêl-Émoghrî,
+ Kêl-Tahât, }
+
+ Les Kêl-Rhelâ,
+
+ Les Irhechchoûmen,
+
+ Les Tédjéhé-n-Esakkal,
+
+ Les Kêl-Ahamellen,
+
+ Les Ikadéen,
+
+ Les Ibôguelân,
+
+ Les Ikerremôïn.
+
+
+Comme pour les Azdjer, je ferai connaître, au chapitre suivant, les
+tribus serves de la dépendance de chaque tribu noble.
+
+De la division des tribus je passe à quelques considérations générales
+sur chacun des organes constitutifs de cette société.
+
+
+ _Du Pouvoir souverain. — Amanôkal et Amghâr._
+
+
+Il y a environ deux siècles, une famille, réunissant à la noblesse de
+race la noblesse religieuse des chorfâ, celle des Imanân, dominait au
+dessus des Azdjer et des Ahaggâr, nobles, marabouts et serfs, et son
+chef, sous le titre d’_amanôkal_[114], nom berbère synonyme de _sultan_,
+représentait le roi d’une monarchie féodale.
+
+Par suite d’une révolution, les Imanân, vaincus par leurs sujets, avec
+le concours d’un élément étranger, les Ioûrâghen, sont, depuis, réduits
+à l’état de simple tribu noble, et les deux groupes des Azdjer et des
+Ahaggâr, constitués en confédérations aristocratiques, reconnaissent
+l’autorité supérieure de cheïkh héréditaires, sous le nom d’_amghâr_,
+synonyme de _cheïkh_.
+
+Malgré sa déchéance, l’héritier du titre d’amanôkal continue à le
+porter, et on le lui accorde par déférence pour sa qualité de chérîf,
+mais ce titre est purement nominal. Aujourd’hui, les deux amghâr
+exercent dans chacune des deux confédérations les pouvoirs autrefois
+dévolus à l’unique souverain.
+
+Ces pouvoirs, on le comprend, ne sont définis par aucune charte, et ils
+varient, dans les limites de la loi musulmane, suivant l’autorité ou le
+crédit personnel dont jouit l’_amghâr_.
+
+
+ _Des Nobles._
+
+
+Les nobles, _ihaggâren_, sont seuls en possession des droits politiques
+dans la confédération et seuls ils exercent le pouvoir dans la tribu.
+
+Tous, dès qu’ils ont atteint leur grande majorité, sont appelés à faire
+partie des _mia’âd_, ou assemblées, dans lesquelles se discutent les
+intérêts communs.
+
+Un seul, dans la tribu, par une sorte de droit d’aînesse spécial,
+gouverne et administre, avec ou sans le concours des autres membres de
+sa famille.
+
+L’occupation ordinaire des nobles est de faire la police du territoire
+de la tribu, d’assurer la sécurité des routes, de protéger les caravanes
+de leurs clients, de veiller sur l’ennemi, de le combattre au besoin,
+et, au cas d’une guerre qui appelle tout le monde sous les armes, nobles
+et serfs, de prendre le commandement des serfs.
+
+Tout travail manuel est considéré par les nobles comme indigne de leurs
+seigneuries ; ils seraient même disposés, en leur qualité de
+gentilshommes, à n’apprendre ni à lire ni à écrire, si l’obligation de
+suppléer par la correspondance aux relations orales, que l’espace à
+parcourir rend souvent impossibles, n’imposait au plus grand nombre,
+nobles ou serfs, hommes ou femmes, la nécessité de la lecture et de
+l’écriture.
+
+D’ailleurs, la vie des nobles est loin d’être inactive, car, pour
+remplir les devoirs qui leur incombent, ils sont toujours par voies et
+par chemins, par monts et par vaux. L’espace que chacun d’eux parcourt
+dans une année dépasse tout ce que l’imagination la plus féconde peut
+supposer. Chez les Touâreg, une femme franchit à mehari 100 kilomètres
+pour aller à une soirée, et un homme sera quelquefois dans la nécessité
+de voyager vingt jours pour aller à un marché. L’immensité du désert
+dévore la vie des nobles.
+
+
+ _Des Marabouts._
+
+
+Les marabouts, _inislimîn_, sont des nobles qui ont abdiqué tout rôle
+politique dans la gestion des affaires des confédérations pour conquérir
+une plus grande autorité religieuse, autorité nécessaire dans une
+société où la justice n’est représentée par aucun pouvoir et où la loi
+de la force est souvent la seule invoquée, où enfin l’instruction
+publique, civile ou religieuse, serait délaissée sans leur puissante
+intervention.
+
+Les marabouts, chez les Touâreg, sont donc à la fois ministres de la
+religion, ministres de la justice et ministres de l’instruction
+publique.
+
+Prêtres, ils veillent au maintien de l’orthodoxie musulmane et prêchent
+la vertu et la morale par l’exemple de leur vie autant que par leurs
+paroles, car, chez les nomades, il n’y a ni mosquées ni lieux de réunion
+pour la prédication.
+
+Juges, ils interviennent, comme amiables compositeurs, dans toutes les
+querelles d’individu à individu, de tribu à tribu, de confédération à
+confédération, de Touâreg à étrangers. Souvent ils sont assez heureux
+pour faire entendre le langage de la saine raison, mais ils n’ont
+d’autre pouvoir que celui d’hommes à l’estime desquels on tient
+généralement.
+
+Professeurs, ils enseignent, suivant le degré de leur instruction, tout
+ce qu’ils savent eux-mêmes : la lecture, l’écriture, le Coran, aux
+enfants ; l’histoire, le droit, la théologie, l’astronomie, le calcul, à
+ceux qui se constituent leurs disciples, _telâmîd_, et, par ces
+disciples, marabouts comme eux de naissance, ils font pénétrer
+l’enseignement dans toutes les classes de la société.
+
+A la différence des marabouts arabes, qui attendent leurs clients à
+domicile, les marabouts des Touâreg, pour peu qu’ils veuillent exercer
+de l’influence sur leurs contribules[115], sont obligés, comme des
+missionnaires, de se rendre partout où leur intervention est nécessaire.
+Un marabout, le Cheïkh-’Othmân entre autres, est souvent forcé d’être,
+pendant des mois, des années entières, absent de sa zâouiya.
+
+Ne l’a-t-on pas vu venir en France chercher à établir de bons rapports
+entre nous et les peuplades dont il est le chef religieux !
+
+Dans une société comme celle des Touâreg, sans l’intervention des
+marabouts dans tous les actes de la vie privée et publique, le désordre
+et l’anarchie n’auraient plus de limites. Des hommes qui remplissent la
+mission si difficile de maintenir dans les bornes du devoir un élément
+aussi mobile et aussi passionné méritent, au plus haut degré, la
+considération de toutes les personnes de cœur de toutes les religions et
+de toutes les civilisations. Aussi le gouvernement français doit-il être
+félicité d’avoir accueilli le Cheïkh-’Othmân et ses deux disciples, avec
+la distinction dont il les a entourés pendant leur voyage en France, et
+je ne doute pas que la bienveillance dont ces marabouts ont été l’objet
+ne produise les meilleurs effets chez les Touâreg.
+
+Une leçon du Cheïkh-’Othmân à ses disciples, à sa sortie des Tuileries,
+mérite d’être consignée ici :
+
+« Chacune des religions révélées, leur dit-il, peut élever la prétention
+d’être la meilleure : ainsi, nous, musulmans, nous pouvons soutenir que
+le Coran est le complément de l’Évangile et de la Bible, mais nous ne
+pouvons contester que Dieu ait réservé pour les chrétiens toutes les
+qualités physiques et morales avec lesquelles on fait les grands peuples
+et les grands gouvernements. »
+
+Cette remarque, dans la bouche d’un marabout musulman, révèle une haute
+philosophie en même temps qu’une instruction solide : car les fanatiques
+n’admettent, pour les chrétiens, de supériorité que par l’intervention
+du diable, et seulement pour égarer les musulmans.
+
+
+ _Des Tribus mixtes._
+
+
+Je donne ce nom, à défaut d’autre, à des tribus qui ne sont ni nobles,
+ni serves, mais qui achètent cependant la liberté en payant un impôt aux
+nobles.
+
+Cet impôt est celui de la _gharâma_, qui existait autrefois en Algérie
+sous la domination des Turcs.
+
+Cette classe correspond à celle des _ra’aya_ de l’Orient.
+
+
+ _Des Serfs._
+
+
+J’ai longtemps hésité à traduire le mot _amrhîd_, pl. _imrhâd_, par le
+mot français _serf_, par la raison que les Touâreg, à défaut d’un mot
+spécial, traduisent le mot temâhaq _amrhîd_ par celui de _ra’aya_ en
+arabe, lequel correspond au mot _sujet_ de notre langue : mais
+l’hésitation a cessé à partir du moment où j’ai su que les tribus mixtes
+représentaient les vrais ra’aya et que la religion musulmane défendait
+aux marabouts d’avoir des imrhâd.
+
+Le ra’aya des Arabes et des Turcs est _un sujet_, plus ou moins
+corvéable, plus ou moins contribuable, mais ce n’est qu’un ra’aya
+politique, tandis que l’amrhîd est un ra’aya social, c’est-à-dire un
+_serf_ dans la pire acception du mot, serf duquel on peut exiger non-
+seulement des corvées et des contributions, mais encore l’abandon absolu
+de tout ce qu’il possède.
+
+En droit, l’amrhîd plaidant devant un qâdhi contre son maître ne lui
+doit rien, parce que la loi musulmane, qui admet l’esclavage, repousse
+l’inféodation de l’homme à l’homme : mais, en fait, chez les Touâreg,
+l’amrhîd doit tout, parce que, dans ce pays, l’autorité du sabre
+remplace souvent celle de la loi.
+
+Cependant, avec le droit de la force, comme avec tous les autres droits,
+il y a des accommodements.
+
+Dans la pratique ordinaire, le droit du maître restant absolu sur les
+biens du serf, le maître aime que le serf soit riche en argent, en
+troupeaux, en esclaves, en mobilier, et il lui laisse toute liberté pour
+arriver à la fortune, parce qu’il sait devoir trouver là, en cas de
+besoin, des ressources qui ne lui seront pas refusées, mais dont il
+n’usera qu’avec discrétion pour ne pas décourager le serf, pour ne pas
+tuer la poule aux œufs d’or.
+
+Le noble, je l’ai déjà dit, ne se livre à aucun travail manuel ; sa
+grande occupation est d’assurer la sécurité des routes au profit du
+commerce.
+
+A l’époque des récoltes, il se rapproche des oasis habitées par les
+commerçants dont il protége les intérêts ; là, ses clients lui font une
+part sur les produits de leurs jardins, et il vit temporairement de
+cette dîme.
+
+A l’époque où les caravanes marchent, il campe sur les routes et il se
+nourrit des _dhîfa_ que lui offrent les voyageurs.
+
+Entre temps, il vient s’installer chez ses serfs, et ceux-ci
+l’alimentent.
+
+Pour ces derniers, exclusivement occupés de pourvoir à leurs propres
+besoins, et d’ailleurs beaucoup plus nombreux que les nobles, la charge
+est lourde, sans doute, car le pays est pauvre, mais elle n’excède pas
+leurs forces.
+
+Parfois, quand le noble a perdu ses chameaux, soit par excès de fatigue,
+soit par manque de nourriture, il se remontera chez ses serfs, et ces
+derniers trouveront cet impôt presque légitime : car, si les nobles
+usent des chameaux pour assurer la sécurité du pays, les serfs n’ont
+guère d’autre besogne sérieuse que d’en élever, et, pour cela, l’espace
+leur est abandonné en pacage, et ils savent toujours choisir, pour y
+conduire leurs troupeaux, les vallées les plus plantureuses.
+
+Les redevances ordinaires des imrhâd envers leurs maîtres consistent à
+leur donner annuellement un chameau, une _botta_ ou pot de beurre, à
+leur réserver le lait de dix brebis ou chèvres et à garder leurs
+troupeaux. De cette fonction spéciale leur est venu le surnom de _kêl-
+oûlli_, gens de bétail.
+
+Il faut bien que les nobles n’abusent pas trop de leurs serfs, car il en
+est quelque-uns plus riches que leurs maîtres. De ce nombre est un nommé
+El-Hâdj-Mohammed, de la tribu des Iworworen, serf de l’émîr Ikhenoûkhen,
+dont la fortune est égale à celle de son maître, incontestablement le
+plus riche des Touâreg du Nord. Ce Hâdj-Mohammed, qui doit sa position à
+son intelligence, est très-considéré, et il n’est pas rare de voir
+Ikhenoûkhen prendre ses conseils.
+
+Le serf se transmet par héritage ou donation, mais ne se vend pas,
+condition qui le distingue de l’esclave.
+
+
+Quelle est l’origine de l’asservissement des imrhâd ?
+
+Plusieurs réponses sont faites à cette question.
+
+Chaque noble possède, suivant sa fortune, un nombre plus ou moins
+considérable d’esclaves noirs qui souvent, à la mort de leurs
+propriétaires, sont affranchis. C’est une œuvre pie chez les musulmans.
+Dans la société târguie, l’esclave affranchi ne peut trouver à louer ses
+bras pour vivre ; fatalement il est amené à transformer son
+affranchissement en servage, car souvent son retour dans sa patrie est
+impossible. Ainsi se recrutent journellement les tribus d’imrhâd noirs
+désignés sous le nom d’_ikelân_.
+
+Les imrhâd blancs sont de même origine que les autres Touâreg et
+proviennent de tribus congénères asservies par la force des armes, ou
+qui ont réclamé le protectorat des nobles.
+
+Quelques-uns attribuent le servage à la position exceptionnelle de la
+femme chez les Touâreg. Les extrêmes se touchent, et souvent, comme dit
+le proverbe, le mieux est l’ennemi du bien.
+
+Chez les Berbères sahariens, la femme dispose de la plus grande partie
+de la richesse. Or, il s’est trouvé, dans les temps anciens, dit la
+tradition, des femmes non mariées possédant de nombreux troupeaux, et
+qui, dans l’impossibilité de les défendre par elles-mêmes contre le vol
+et le pillage, ont réclamé le protectorat de familles princières et ont
+consenti à leur payer tribut. Plus tard, ces femmes se sont mariées et
+leurs enfants ont constitué le noyau des premières tribus serves.
+
+Mais ce ne peut être qu’une des origines nombreuses du servage.
+
+Dans l’_Histoire des Berbères_ d’Ebn-Khaldoûn, l’exemple de
+l’asservissement des vaincus ou de leur réduction en servage est souvent
+mentionné. Si le servage ne s’est pas maintenu comme fait plus général
+dans l’Afrique septentrionale, c’est qu’il a été aboli, comme chez les
+marabouts Touâreg, au nom de la morale islamique.
+
+Mais les Touâreg ne sont pas les seuls à avoir des serfs : les Oulâd-Bâ-
+Hammou, Arabes nomades du Touât, ont aussi des imrhâd, les uns Arabes,
+les autres Berbères. Il est vrai de dire que les Oulâd-Bâ-Hammou, comme
+les Touâreg, appartiennent à une confédération indépendante de tout
+gouvernement régulier.
+
+Au Nord du Sénégal aussi, plusieurs tribus arabes ou berbères tiennent
+sous leur dépendance d’autres tribus dont l’état social me paraît
+correspondre à celui des imrhâd chez les Touâreg.
+
+D’après les hommes les plus éclairés dont j’ai pris l’avis, le servage,
+pour quelques tribus imrhâd des Imanân, daterait du règne du dernier
+amanôkal, Gôma, qui tuait impitoyablement ceux qui résistaient à ses
+volontés, et qui, pour ses méfaits, fut tué lui-même par Bîska, l’un des
+principaux chefs des Azdjer.
+
+Déjà, à cette époque, la réduction des faibles en servage paraissait un
+fait tellement monstrueux, tellement contraire à la morale du Coran,
+qu’un homme de haute lignée n’a pas craint de se dévouer pour
+débarrasser son pays d’un tel monstre.
+
+Quant aux autres imrhâd, leur asservissement est antérieur à la
+conversion des Touâreg à l’islamisme, ou doit dater de la dispersion des
+Kêl-es-Soûk par le roi de Gôgo.
+
+On comprend qu’alors des familles faibles, étrangères au métier des
+armes, et voulant échapper à la mort ou à l’esclavage qui les attendait
+en tombant au pouvoir du roi noir et païen, aient acheté la protection
+des nobles en se constituant leurs serfs.
+
+D’ailleurs, font remarquer les nobles, la plupart des imrhâd ont eu pour
+mères des esclaves noires ; s’ils fussent restés dans la condition que
+leur créait le ventre de leurs mères, d’après la coutume târguie, ils
+auraient dû être esclaves. En devenant serfs, ils ont conquis la liberté
+personnelle et ont pu épouser des femmes blanches, ce qui est à la fois
+un grand avantage et un grand honneur pour eux.
+
+
+L’enfant, chez les Touâreg, suit le sang de sa mère ;
+
+Le fils d’un père esclave ou serf et d’une femme noble est noble ;
+
+Le fils d’un père noble et d’une femme serve est serf ;
+
+Le fils d’un noble et d’une esclave est esclave.
+
+« C’est le ventre qui teint l’enfant, » disent-ils dans leur langage
+primitif.
+
+Et, ajoutent-ils, « l’amrhîd, quels que soient son intelligence, son
+instruction, son courage, sa force, sa richesse, ne peut s’affranchir du
+servage.
+
+« Il ne peut ni se racheter, ni fuir, car son maître a sur lui un droit
+imprescriptible. »
+
+Cependant, quand il y a mélange successif et prolongé de sang noble avec
+le sang serf dans la même famille, on admet que l’amrhîd puisse devenir
+un demi-noble. On en cite quelques rares exemples.
+
+
+En général, les imrhâd sont aussi fiers d’être Touâreg que les nobles,
+et, pour défendre l’honneur de leur nom, ils font merveille quand ils
+sont appelés au combat, surtout quand ils se battent contre les Arabes,
+ces grands mangeurs, qu’ils accuseraient volontiers d’affamer la terre,
+tant ils envient même leurs plus modestes repas.
+
+On a écrit que les imrhâd, par mesure de prudence, n’étaient pas armés,
+et que jamais ils n’étaient appelés à combattre, dans la crainte qu’ils
+n’apprissent à tourner leurs armes contre leurs maîtres.
+
+C’est le contraire qui est presque la vérité, car tous les imrhâd ont le
+sabre, la lance, le poignard, le bouclier, et quelques-uns même des
+fusils achetés, quand les nobles n’ont que des fusils donnés.
+
+Dans toutes les guerres, les imrhâd sont les premiers en avant, et ils
+se croiraient déshonorés si on ne les appelait à défendre la cause de
+leurs maîtres.
+
+Souvent ils entreprennent des _rhezî_ pour leur compte ou avec le
+concours des nobles, et, dans ces expéditions périlleuses, ils se
+montrent audacieux comme des hommes qui ont à racheter leur infériorité
+sociale par une supériorité dans la profession qui a ennobli leurs
+maîtres.
+
+Quand des contestations s’élèvent entre des tribus imrhâd, elles les
+vident les armes à la main.
+
+M. le commandant Hanoteau, dans son _Essai de grammaire temâchek’_,
+raconte longuement une querelle entre les Isaqqamâren et les Kêl-Ouhât,
+deux tribus serves du Ahaggâr.
+
+La tradition n’a transmis la mémoire d’aucun fait ressemblant à une
+coalition des serfs contre leurs maîtres, quoiqu’il y ait parfois des
+actes de rébellion d’individus assistés des membres actifs de leurs
+familles. Mais le respect du maître est si grand que, par l’intervention
+des autres imrhâd, tout rentre bientôt dans l’ordre.
+
+On cite le cas d’un amrhîd, maltraité par son maître, qui alla se
+plaindre à Tripoli. Il y a longtemps de cela. Le sultan de cette ville,
+croyant à une révolte des serfs qui lui permettrait d’avoir raison des
+nobles Touâreg, envoya contre eux une armée, laquelle arriva jusqu’à
+Djânet. On lui permit de mettre à mort le coupable, et l’armée rentra à
+Tripoli. Les descendants du noble et de l’amrhîd, acteurs dans ce petit
+drame, existent encore aujourd’hui et vivent dans de bons rapports.
+
+
+ _Des Esclaves._
+
+
+Presque tous les Touâreg nobles et riches ont des esclaves nègres du
+Soûdân amenés par les caravanes, et aujourd’hui vendus à vil prix dans
+le pays. Quelques serfs en possèdent aussi.
+
+Les nègres servent de domestiques, gardent les troupeaux, font des
+convois ; les négresses, quand elles sont des concubines, accompagnent
+leurs maîtres dans leurs longs voyages ; autrement, elles remplissent le
+rôle de servantes dans les ménages et permettent aux dames de bonne
+famille de vaquer à leurs plaisirs avec une liberté que ne connaissent
+pas les femmes arabes.
+
+L’esclavage, chez les Touâreg comme chez tous les peuples musulmans, est
+très-doux et n’a rien de commun avec le travail forcé des colonies. Dans
+la famille musulmane, l’esclave est traité par ses maîtres avec les plus
+grands égards, et il n’est pas rare de voir l’esclave se considérer
+comme un des enfants de la maison.
+
+
+ _De la Femme._
+
+
+S’il est un point par lequel la société târguie diffère de la société
+arabe, c’est par le contraste de la position élevée qu’y occupe la femme
+comparée à l’état d’infériorité de la femme arabe.
+
+Chez les Touâreg, la femme est l’égale de l’homme, si même, par certains
+côtés, elle n’est dans une condition meilleure.
+
+Jeune fille, elle reçoit de l’éducation.
+
+Jeune femme, elle dispose de sa main, et l’autorité paternelle
+n’intervient que pour prévenir des mésalliances.
+
+Dans la communauté conjugale, elle gère sa fortune personnelle sans être
+jamais forcée de contribuer aux dépenses du ménage, si elle n’y consent
+pas : aussi arrive-t-il que, par le cumul des produits, la plus grande
+partie de la fortune est entre les mains des femmes. A Rhât, la presque
+totalité de la propriété foncière leur appartient. Nous l’avons déjà vu.
+
+Dans la famille, la femme s’occupe exclusivement des enfants, dirige
+leur éducation.
+
+Les enfants sont bien plus à elle qu’à son mari, puisque c’est son sang
+et non celui de l’époux qui leur confère le rang à prendre dans la
+société, dans la tribu, dans la famille.
+
+En dehors de la famille, quand la femme s’est acquise, par la rectitude
+de son jugement, par l’influence qu’elle exerce sur l’opinion, une sorte
+de réputation, on l’admet volontiers, quoique exceptionnellement, à
+prendre part aux conseils de la tribu. Libre de ses actes, elle va où
+elle veut, sans avoir à rendre compte de sa conduite, pourvu que ses
+devoirs d’épouse et de mère de famille ne soient pas négligés.
+
+Son autorité est telle que, bien que la loi musulmane permette la
+polygamie, elle a pu imposer à l’homme l’obligation de rester monogame,
+et cette obligation est respectée sans aucune exception.
+
+Pour que la femme târguie ait pu se placer ainsi au-dessus de la loi, de
+la religion et des passions, il lui a fallu plus que la puissance
+attractive du sexe féminin sur le sexe masculin.
+
+Cette puissance, quelle qu’elle soit, elle l’a exercée, et les résultats
+attestent son heureuse influence, car, dans le même milieu, quelle
+différence entre la famille arabe polygame et la famille târguie
+monogame !
+
+Dans cette dernière, malgré de grands éléments de dissolution, la
+monogamie a retenu autour du foyer domestique de très-beaux restes de
+ces vertus qui ont fait jadis la gloire de la race berbère. Dans la
+famille arabe, au contraire, du moins dans certaines tribus du Sahara,
+malgré de meilleures conditions matérielles d’existence, la polygamie a
+fait descendre assez bas le niveau de la morale publique pour que le
+père, avant de marier sa fille, puisse exiger d’elle le remboursement,
+prélevé sur son corps, de ce qu’elle a coûté à sa famille, et pour que
+la fille, déshonorée selon nous, rachetée suivant les idées locales,
+soit d’autant plus recherchée en mariage, qu’elle aura eu plus de succès
+dans le commerce de ses attraits. La conséquence de ces prémices est que
+la femme arabe, tombée dans la décrépitude à l’âge où la femme monogame
+brille de tout son éclat, descend au rang des bêtes de somme pour servir
+son père, son mari, ses enfants, voire même la femme qui l’a remplacée
+dans les faveurs de l’époux et qui partagera bientôt avec elle le
+fardeau de la domesticité.
+
+Que d’enseignements découlent de ces constatations !
+
+Dans la société târguie, le rôle du marabout et celui de la femme
+semblent plutôt procéder de la civilisation chrétienne que des
+institutions musulmanes. Faut-il voir dans ces deux exceptions un reste
+d’une tradition ancienne ? Rappelons-nous que les Touâreg portent ce nom
+pour avoir longtemps repoussé et renié l’islamisme. Parmi eux il y a eu
+lutte et lutte prolongée entre une foi antérieure et la religion
+nouvelle. Mais, quelles que soient les causes de la résistance des
+Touâreg à l’islamisme, il est hors de doute que leur société
+exceptionnelle, au milieu de tant d’éléments de destruction, s’est
+maintenue, telle que nous la retrouvons, par la femme et par le
+marabout.
+
+La civilisation française, dont nous sommes fiers à si juste titre,
+n’est-elle pas aussi l’œuvre de la femme chrétienne et des évêques
+éclairés du moyen âge ?
+
+
+[Note 114 : Mot à mot : _ama_ possesseur, _n_ du, _akal_ pays.]
+
+[Note 115 : _Contribule_, de la même tribu. Ce mot a pour les tribus la
+même valeur que le mot _concitoyen_ pour les habitants de la même
+ville.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE III.
+
+ HISTORIQUE DES TRIBUS.
+
+
+Le but de ce chapitre est de faire connaître l’importance relative de
+chaque tribu, ses chefs, sa force, ses ressources, ses principaux lieux
+de campement, en un mot, le rôle qu’elle joue dans chaque confédération.
+
+On ne s’attend pas, sans doute, à ce que je donne ici la monographie des
+diverses tribus ; pareille tâche ne pourrait être remplie, même par
+l’amghâr de chaque confédération, tant l’espace occupé par les Touâreg
+du Nord est considérable, tant il existe de divisions dans les
+différentes confédérations, tant le caractère particulier de chaque
+tribu diffère, tant il est difficile, enfin, de suivre, dans leurs
+pérégrinations, des tribus qui se mêlent à tout instant ou se dispersent
+de manière à ne jamais se rencontrer. Puis, chacun des groupes se divise
+en plusieurs partis, et les renseignements qu’on obtient de chaque parti
+rival sont souvent contradictoires. Démêler l’erreur de la vérité
+dépasse les forces d’un étranger auquel on ne confie pas tous les
+secrets de la vie intérieure des tribus.
+
+Ainsi, quel chiffre donner à la population, quand jamais aucun
+recensement n’a été fait ? Quelle richesse lui attribuer, quand aucun
+impôt n’est prélevé ? Quel territoire assigner à chaque tribu, quand
+chaque saison, chaque querelle amène des déplacements ; quand, surtout,
+après les pluies qui ont fécondé un territoire, toutes les tribus s’y
+rendent avec leur bétail, et se mélangent entre elles comme leurs
+troupeaux ?
+
+Sous la réserve de ces difficultés à surmonter, j’entre en matière, avec
+la conviction cependant d’apporter quelques lumières dans des questions
+jusque-là fort obscures.
+
+
+ § Ier. — CONFÉDÉRATION DES AZDJER.
+
+
+Dans l’ordre hiérarchique des confédérations des Touâreg, celle des
+Azdjer me paraît occuper le premier rang, non par sa force numérique,
+car elle est une des plus faibles ; non par sa richesse, car elle est
+une des plus pauvres, mais par le degré de civilisation qu’elle a
+atteint, par l’ordre qui y règne, par la réputation dont elle jouit au
+dehors, par l’influence légitime qu’elle exerce sur les autres
+confédérations, par la part qu’elle prend au commerce du Sahara avec
+l’Afrique centrale, enfin, par le caractère éclairé, conciliateur et
+ferme en même temps des hommes qui la dirigent.
+
+C’est par le pays des Azdjer et avec le concours de leurs chefs que les
+Européens ont pu, jusqu’à ce jour, pénétrer dans l’Afrique centrale et
+l’explorer ; c’est dans le pays des Azdjer que les routes commerciales
+sont les plus sûres et les plus suivies ; c’est sous le protectorat des
+Azdjer que Ghadâmès, comme entrepôt, Rhât, comme marché, ont pu
+atteindre le degré de prospérité que leur envient les autres villes
+commerciales du Sahara ; enfin, c’est par les Azdjer seuls que l’Europe,
+les États du Nord de l’Afrique, communiquent avec les autres Touâreg et
+une partie des peuplades nègres de l’Afrique centrale.
+
+Cette puissance morale est le résultat, du moins dans ces deux derniers
+siècles, de la prépondérance politique des Orâghen dans la
+confédération, et aussi de l’influence religieuse des marabouts Ifôghas
+sur tout ce qui les environne. Le voisinage des populations sédentaires
+de Mourzouk, de Rhât, de Ghadâmès, de cette dernière ville, surtout,
+l’un des plus anciens foyers de civilisation dans le Sahara, a contribué
+puissamment à préparer la facilité des relations, qui est le caractère
+dominant des Azdjer.
+
+Dans cette confédération, il y a lieu aussi à signaler une tendance à la
+stabilisation : ainsi les Touâreg Fezzaniens sont tous sédentaires,
+vivant de la vie des Oasiens, dans des villages entourés de forêts de
+dattiers ; les habitants de Rhât sont d’anciens nomades, de même ceux
+d’El-Barkat et de Djânet, petites villes situées au Sud de Rhât ; à
+Ghadâmès, les Touâreg ont, _extra muros_, un faubourg qui leur
+appartient. La seule zâouiya bâtie dans l’immensité des parcours des
+Touâreg, celle de Timâssanîn, est sur le territoire des Azdjer, et il ne
+faudrait pas faire beaucoup d’efforts pour décider le Cheïkh-’Othmân à
+donner plus d’importance à ses constructions.
+
+Parmi les nomades mêmes, on remarque que leurs tribus tendent à se
+renfermer dans des limites définies de territoire, ce qui n’a pas lieu,
+au même degré, dans les autres confédérations, car déjà les imrhâd des
+Azdjer semblent rechercher des résidences fixes qui leur permettent de
+donner plus de développement à la culture.
+
+Le maintien de la paix, l’appui moral que le gouvernement de l’Algérie
+donne aux principaux chefs des Azdjer, l’introduction de quelques
+appareils de sondage artésien, contribueront puissamment à développer,
+dans les limites du possible, ces tendances à la stabilisation.
+
+
+ _Tribu des Imanân._
+
+
+Imanân signifie _sultans_. En effet, jadis la famille des Imanân tenait
+sous son autorité souveraine tous les Touâreg du Nord.
+
+Rhât était le lieu ordinaire de la résidence du sultan, et la tribu des
+Imanghasâten formait la garde et la force armée de cette famille.
+
+
+Il y a deux cents ans environ régnait l’amanôkal Gôma. Ses prédécesseurs
+avaient désolé le pays par des guerres intestines et ruiné le commerce
+de Rhât par des avanies faites aux caravanes qui fréquentaient son
+marché.
+
+Gôma, plus injuste que ses devanciers, voulut, à leur imitation,
+anéantir ou réduire en servage ceux de ses sujets qui n’acceptaient pas
+son despotisme sans protestation.
+
+De ce nombre, entre autres, était un petit essaim des Orâghen[116],
+venant du Niger et depuis peu arrivé dans le pays.
+
+En leur qualité d’étrangers, ces Orâghen étaient principalement l’objet
+des persécutions de Gôma, mais ils étaient braves et pouvaient, au
+besoin, compter sur l’appui de leurs contribules, voisins de Timbouktou.
+Ils ne se laissèrent pas entamer.
+
+Cependant la mesure de l’iniquité fut bientôt à son comble et la mort de
+Gôma résolue par ses malheureux sujets.
+
+Bîska, l’un des nobles des Azdjer outragés par le roi, le tua, aux
+applaudissements de ses victimes.
+
+Sur ces entrefaites arriva un chef des Ioûrâghen du Niger, du nom de
+Mohammed-eg-Tînekerbâs, homme de guerre, juste et estimé, qui venait à
+Rhât demander réparation de dommages causés à ses frères, devenus
+Azdjer, et à d’autres Ioûrâghen du Sud, appelés sur le marché du Rhât
+pour affaires de commerce.
+
+Dieu aidant, il acheva de renverser la dynastie des Imanân, fort
+compromise par l’assassinat de Gôma et généralement détestée de tous les
+Touâreg.
+
+Cette révolution sera racontée, ci-après, dans ses détails légendaires.
+
+De cette époque date la séparation des Ahaggâr et des Azdjer en deux
+confédérations indépendantes.
+
+Cependant les Imanân continuèrent à donner à leur doyen d’âge le vain
+titre d’amanôkal.
+
+
+Les successeurs de Gôma furent :
+
+ Mahâoua, réputé un géant[117],
+
+ Ouân-Alla,
+
+ Hamma,
+
+ Jebboûr,
+
+ Mohammed-eg-Jebboûr, l’amanôkal actuel.
+
+
+Chez les Imanân, pour hériter du titre d’amanôkal, il faut être issu de
+père et de mère originaires de la tribu.
+
+Les Imanân ont la prétention d’être chérîfs : mais quelle est la famille
+africaine un peu puissante et un peu ancienne qui ne revendique pas
+l’honneur de descendre du Prophète ?
+
+La _Note_ de Brahîm-Ould-Sîdi sur l’origine des Touâreg, analysée au
+chapitre Ier de ce livre, leur accorde cette descendance ; tous les
+Touâreg sont unanimes pour la leur reconnaître, et c’est à cette
+considération que les anciens sujets des Imanân leur portent encore
+quelque respect. Je ne leur contesterai donc pas le seul mérite qui leur
+reste.
+
+Aujourd’hui il n’y a plus que cinq hommes Imanân, mais beaucoup de
+femmes.
+
+Ennemis naturels d’Ikhenoûkhen, coupable, à leurs yeux, d’avoir usurpé
+un pouvoir qu’ils ont laissé tomber de leurs mains impuissantes, les
+Imanân sont le centre de toutes les intrigues contre ce grand chef, et
+conséquemment contre l’influence française. Heureusement, ils ne
+jouissent pas de grand crédit dans le pays, quoiqu’ils aient encore
+conservé le tambour, _tobol_, symbole de leur ancienne royauté.
+
+Rois fainéants, les cinq représentants de cette race déchue mènent la
+vie sédentaire des Arabes, comme s’ils n’étaient pas Touâreg, habitant
+tantôt à Rhât, où ils négocient avec El-Hâdj-el-Amîn la cession du pays
+aux Turcs, tantôt à Djânet, où ils se trouvent au milieu de leurs serfs.
+
+Comme moyens d’existence, les Imanân ont les redevances de leurs serfs
+et les coutumes de leurs clients étrangers.
+
+
+Leurs serfs sont :
+
+ Les Ibattanâten,
+
+ Les Ikourkoumen,
+
+ Les Ikendemân,
+
+ Les Kêl-el-Mîhân,
+
+ Les Kêl-Ahérêr.
+
+
+A l’exception des Kêl-Ahérêr qui habitent d’une manière fixe le village
+d’Ahérêr, à la tête de l’Ouâdi-Tikhâmmalt, les autres serfs des Imanân
+cultivent et parcourent, partie dans le Tasîli, chez les Azdjer, partie
+chez les Kêl-Ahamellen, dans le Mouydîr.
+
+Leurs ikelân, serfs noirs, sont également répandus sur les territoires
+des deux grandes sections des Touâreg du Nord, mais surtout dans le
+Ahaggâr, témoignage de leur ancienne autorité sur les Ihaggâren aussi
+bien que sur les Azdjer.
+
+
+Les Imanân ont encore en commun avec les Orâghen les tribus serves
+suivantes :
+
+ Izedjazâten,
+
+ Kêl-Djânet,
+
+ Kêl-Farhî,
+
+ Kêl-Tamelrhik,
+
+ Kêl-Tazoûlt.
+
+
+Djânet est un village important, au pied du versant Sud du Tasîli, sur
+l’Ouâdi-Titsîn, affluent du Tâfassâset, à 125 kilomètres Sud-Ouest de
+Rhât. Des sources y arrosent quelques cultures et des plantations de
+dattiers.
+
+Farhî, Tamelrhik et Tazoûlt sont des points de résidences fixes
+d’imrhâd, où ils ont des _zerâïb_ ou chaumières. Je ne connais pas la
+position exacte de ces campements.
+
+En leur qualité de rois déchus, les Imanân n’ont pas le droit
+d’entraîner leurs serfs à la guerre, mais, si les nobles des autres
+tribus les appellent sous les armes, ces derniers doivent obéir, même
+malgré l’opposition de leurs maîtres.
+
+La galanterie târguie a conservé aux femmes des Imanân le titre de
+_timanôkalîn_, femmes royales, à cause de leur beauté et de leur
+supériorité dans l’art musical. Souvent elles donnent des soirées où les
+hommes viennent de très-loin et parés comme des mâles d’autruche,
+_delîm_. Dans ces soirées, les femmes chantent en s’accompagnant du
+tambour (_tobol_) et d’une sorte de violon (_rebâza_).
+
+Le sang des Imanân, par leurs femmes, est très-répandu chez les
+Touâreg ; on les recherche volontiers en mariage, en raison du titre de
+chérîf qu’elles confèrent à leurs enfants.
+
+
+ _Tribu des Orâghen._
+
+
+Elle s’appelait autrefois Ioûrâghen.
+
+D’après la tradition, cette tribu est originaire des environs de Sôkna.
+Avant de se fixer là où nous la trouvons aujourd’hui, elle habita
+successivement le Fezzân, le pays de Rhât et l’Ahâouagh, territoire
+situé sur la rive gauche du Niger, à l’Est de Timbouktou.
+
+A cette dernière station, la tribu se divisa : une fraction, celle dont
+il est ici question, revint aux environs de Rhât ; l’autre, la plus
+nombreuse, resta dans l’Ahâouagh, où elle compte, dit-on, 1,200
+combattants réputés pour leur valeur guerrière.
+
+Autour de Rhât, les Orâghen eurent à conquérir l’autorité dont ils
+jouissent aujourd’hui.
+
+Voici comment la légende raconte les hauts faits auxquels ils doivent la
+suprématie dans le pays :
+
+
+« Il y a deux cents ans environ, vivait Mohammed-eg-Tînekerbâs, grand
+seigneur des Ioûrâghen.
+
+« Son père était originaire de l’Ahâouagh et sa mère était née dans le
+pays des Azdjer.
+
+« Eg-Tînekerbâs eut l’idée de venir visiter le pays maternel, et comme
+un noble Amôhagh ne voyage jamais seul, il emmena avec lui des
+compagnons.
+
+« En passant à Djânet, petit village appartenant aux Imanân, Eg-
+Tînekerbâs y trouva une pauvre femme en pleurs, à laquelle les sultans
+venaient de prendre son maigre dîner, et, dans ses lamentations, elle
+invoquait le nom de Mohammed-eg-Tînekerbâs, comme étant le seul assez
+vaillant pour venger tous les affronts subis par les Azdjer.
+
+« Étonné que son nom fût connu si loin de sa patrie, Eg-Tînekerbâs
+s’approcha de la femme, lui demanda la cause de son chagrin. Celle-ci
+lui raconta en détail tous les malheurs de ses frères maternels. Eg-
+Tînekerbâs la consola.
+
+« Les plaintes de la bonne femme rappelèrent à la mémoire du voyageur
+quelques avanies dont les Ioûrâghen, ses contribules, avaient été
+l’objet de la part des Imanân, sur le marché de Rhât qu’ils
+fréquentaient, et des plaintes récentes adressées à la tribu métropole
+par une petite colonie d’Orâghen établie depuis peu chez les Azdjer.
+
+« Tel était alors le despotisme des Imanân, qu’un nommé Bîska venait de
+tuer le sultan Gôma, et cet événement n’était pas étranger aux motifs
+qui avaient déterminé Eg-Tînekerbâs à venir dans le pays de sa mère.
+
+« En ce temps-là, Kôtika était le chef des Imanghasâten. Jeune, il avait
+joui d’une grande réputation de bravoure et était très-considéré. Alors
+il était vieux et aveugle.
+
+« Pour lui permettre d’aller faire ses ablutions, une corde avait été
+tendue entre sa maison de Rhât et son jardin, voisin de la ville, où il
+y avait un puits appelé Tânout-Imanân.
+
+« L’aveugle, guidé par la corde, se rendait à son jardin, lorsque les
+Ioûrâghen, qui de Rhât allaient au village de Fêouet, le virent, et,
+sans autre motif que celui de chercher une querelle aux Imanghasâten,
+amis et complices des Imanân, le jetèrent dans le puits.
+
+« Une chienne, qui était dans le jardin, se mit à aboyer. Un des
+Ioûrâghen la perça d’une lance, mais elle ne fut pas tuée sur le coup et
+se sauva dans Rhât, emportant, accrochée dans son ventre, l’arme qui
+l’avait blessée, pièce de conviction qui devait révéler aux Imanghasâten
+les noms des auteurs du crime commis.
+
+« La ville fut bientôt en émoi, et chacun de dire : « _Yoûdjer âdjen
+Orâghen tenerhîn en teydit_ — ce sont les Orâghen armés qui ont tué la
+chienne. » On ignorait encore la mort de Kôtika.
+
+« Le lendemain, un homme très-redouté parmi les Imanghasâten, et qui se
+nommait Edôkân, sortit de la ville et trouva la trace des meurtriers de
+la chienne. Il la suivit jusqu’au village de Fêouet.
+
+« Les Ioûrâghen, venus des environs de Timbouktou, faisaient route pour
+rentrer chez eux.
+
+« Edôkân, qui avait reconnu les voyageurs, avertit ses frères les
+Imanghasâten et les Imanân, qui se mirent à leur poursuite.
+
+« Une rencontre eut lieu. Eg-Tînekerbâs tua de sa main Edôkân, au pied
+de l’arbre, _azhel_, encore appelé aujourd’hui _Azhel-n-Edôkân_. C’est
+un _Acacia Arabica_ situé près de Fêouet.
+
+« La mort d’Edôkân jeta la terreur parmi les Imanghasâten ; ils prirent
+la fuite. Quant aux Imanân, ils furent battus à plate coutur »
+
+
+La défaite des forces réunies des Imanân et des Imanghasâten par une
+poignée d’hommes est due à ce que les Ioûrâghen, comme tous les Touâreg
+du Sud, avaient quelques chevaux et des dromadaires de race supérieure à
+ceux de leurs ennemis.
+
+Et puis, sans aucun doute aussi, les Orâghen d’Azdjer n’avaient pas
+ignoré la visite d’Eg-Tînekerbâs et ses projets de vengeance, et, en
+bons frères, ils étaient là, embusqués dans quelque petit ravin, pour
+lui prêter appui en cas de besoin.
+
+La légende n’entre pas dans ces détails, mais ils sont faciles à
+deviner.
+
+L’effroi causé dans le pays par une pareille victoire fut si grand que
+le vide ne tarda pas à se faire.
+
+Les Imanân, parents et alliés des souverains d’Agadez, allèrent se
+placer sous leur protection.
+
+Les Imanghasâten se réfugièrent chez les Arabes Megâr-ha, leurs cousins,
+dont j’ai déjà fait connaître la station autour de l’Ouâdi-ech-Chiati.
+(Voir page 276.)
+
+Les Ihadhanâren se sauvèrent dans le pays d’Aïr, chez les Kêl-Fadây.
+
+D’autres Touâreg se rendirent au Fezzân, où ils habitent encore
+aujourd’hui.
+
+Les Kêl-Tîn-Alkoum, dont le berceau est voisin d’El-Barkat, les y
+avaient précédés, fuyant les injustices des Imanân : aussi ont-ils été
+les premiers et sont restés les plus fidèles alliés des Orâghen.
+
+Seuls, les habitants de Rhât, fixés au sol par le lien de la propriété
+et ennemis des Imanân, restèrent dans le pays ; ils s’empressèrent de
+faire leur soumission à Eg-Tînekerbâs.
+
+Ce chef, pour utiliser sa victoire et se mettre à l’abri des retours
+offensifs, fit venir près de lui les membres de sa famille restés sur le
+Niger, et quand son pouvoir fut bien assis, il autorisa les fugitifs à
+rentrer dans leurs anciens campements.
+
+C’est ainsi que les Orâghen conquérirent le premier rang chez les
+Azdjer, en réduisant les Imanân au rôle de rois sans sujets, en
+subalternisant les Imanghasâten et en s’emparant des campements qui
+commandent les positions de Rhât et de Ghadâmès, les deux clefs de voûte
+de la contrée. Ils complètent aujourd’hui leur mission en cherchant de
+nouvelles destinées pour leur patrie adoptive.
+
+Je l’ai déjà dit, il y a deux cents ans environ que cette révolution eut
+lieu.
+
+
+La reconnaissance a conservé les noms des successeurs de Mohammed-eg-
+Tînekerbâs ; ce sont :
+
+ Alghoûd,
+
+ Sîd-el-Hâdj-Saddîq,
+
+ Ilbak,
+
+ Mohammed-eg-Amîdi,
+
+ Integga,
+
+ Eg-es-Saghâda, père de la mère d’Ikhenoûkhen,
+
+ Akkeya,
+
+ Et-Tafrîs,
+
+ Mohammed-Châffao,
+
+ Mohammed-eg-Khatîta, chef actuel des Orâghen.
+
+
+A la mort de Châffao, il y a environ quarante ans, Ikhenoûkhen, fils de
+la sœur aînée de Châffao, devait, d’après la coutume des Touâreg,
+hériter du titre d’amghâr, mais il renonça à ce droit en faveur de son
+cousin, Mohammed-eg-Khatîta, époux de sa sœur, ne voulant pas se
+soumettre à l’obligation de rester sédentaire comme il convient à un
+amghâr des Azdjer.
+
+Eg-Khatîta est donc le chef couvert de l’investiture, mais El-Hâdj-
+Mohammed-Ikhenoûkhen a la puissance de fait, comme il l’avait par droit
+de naissance.
+
+Ikhenoûkhen est fils d’’Osmân,
+
+Petit-fils de Dembalou,
+
+Arrière-petit-fils de Koûsa, qui quitta les rives du Niger avec Eg-
+Tînekerbâs pour conquérir le pays d’Azdjer.
+
+Ikhenoûkhen a pour frères Edegoum et ’Omar-el-Hâdj ; la seule de ses
+sœurs actuellement existante est Zahra, mariée à Mohammed-Eg-Khatîta.
+
+Ses fils sont : Es-Senoûsi, ’Omar-el-Hâdj, Mohammed.
+
+Il a pour filles : Fadhimâta, mariée à Sîdi-Mohammed-El-Bakkây ;
+Toûraout et Khadîdjet, encore demoiselles.
+
+Le fils de sa sœur, héritier de sa puissance, en vertu du droit berbère
+local, est Ouitîti.
+
+
+Les fils d’’Osmân ont été chantés par un poëte indigène, et les vers
+consacrés à leur louange ont été cités à titre d’exemple par M. le
+commandant Hanoteau, dans sa _Grammaire temâchek’_. J’en extrais les
+passages suivants qui reproduisent fidèlement l’opinion des Orâghen et
+de leurs alliés sur Ikhenoûkhen et sa famille :
+
+« Les fils d’’Osmân[118] sont des hommes forts et braves, qui ne se
+souillent pas du sang de leurs parents et ne mesurent pas le grain à
+leurs hôtes, à petite mesure ou par poignée.
+
+« Si un homme vient les chercher, ils lui font tâter du combat.
+
+« Leurs chamelles de race ne viennent ni d’Adher, ni d’Aïr, ni de chez
+les Arabes, _qui paient l’impôt !!!_ et si l’une d’elles s’égare, ne
+croyez pas que ce soit pour s’enfuir et retourner dans son pays.
+
+« Leurs chameaux de charge ont le pied aussi large qu’un tambour, et les
+fardeaux qu’ils portent sont comme des sommets de montagnes.
+
+« Ils ont des juments, avec une belle crinière, dont les reins sont
+larges comme des dalles : nuit et jour elles sont sellées.
+
+« Dieu a réuni dans leurs méharis les qualités nécessaires pour la
+course et la marche du voyage.
+
+« Ce n’est pas d’aujourd’hui que les fils d’’Osmân brillent de cet
+éclat ; tout l’Ahaggâr et l’Azdjer le savent. »
+
+
+D’après ses contribules, Ikhenoûkhen est arrivé au degré de puissance
+qu’il a atteint parce qu’il est de tous les Touâreg celui qui manie le
+plus habilement le glaive et le bouclier. Ainsi doivent raisonner des
+hommes pour lesquels la force matérielle est tout. Quant à moi, qui,
+pendant près de sept mois, ai vécu avec Ikhenoûkhen, l’observant
+attentivement, je suis convaincu que les qualités de son cœur et de son
+esprit, la générosité et la droiture de son caractère, ont autant
+contribué à son élévation que son habileté à manier les armes.
+Ikhenoûkhen a aujourd’hui soixante-seize ans, mais il supporte encore
+les fatigues de la vie nomade comme le plus jeune de ses fils. Tout,
+dans ses allures, dans sa voix, dans sa manière de commander, révèle
+l’homme d’une civilisation encore barbare, mais, au milieu des défauts
+inhérents à sa race, on ne tarde pas à reconnaître en lui une grande
+solidité de principes, un dévouement sans bornes à ce qu’il croit son
+devoir, et un respect inaltérable pour la foi jurée.
+
+Après l’émîr Ikhenoûkhen et l’amghâr, Mohammed-eg-Khatîta, les
+principaux chefs des Orâghen sont : Djebboûr, Kelâla et Elegoui,
+également Orâghen, mais d’une autre souche.
+
+En effet, on distingue les Orâghen en _grands_, Oui-Idjdjeroûtenîn, et
+en _petits_, Oui-Djezzoûlenîn.
+
+Les fils d’’Osmân sont les grands ; les autres chefs appartiennent à la
+fraction des petits.
+
+
+Les tribus serves des Orâghen sont :
+
+ Les Idjerâdjrîwen avec les Kêl-Tândjet,
+
+ Les Kêl-Tôberen avec les Oui-Ihaggârhenîn,
+
+ Les Iworworen avec les Kêl-Abâda,
+
+ Les Ifilâlen,
+
+ Les Kêl-Intoûnên,
+
+ Les Kêl-Arâs,
+
+ Les Kêl-Aharhar,
+
+ Les Kêl-Errekhmet,
+
+ Les Kêl-Djahîl,
+
+ Les Kêl-Fadhnoûn,
+
+ Les Kêl-Medak,
+
+ Les Imekkerasen,
+
+ Les Chêt-Ihemma,
+
+ Les Kêl-Kelouaz.
+
+
+A cette liste il faut ajouter les tribus serves qui appartiennent en
+commun aux Imanân et aux Orâghen, savoir :
+
+ Les Izedjazâten,
+
+ Les Kêl-Djânet,
+
+ Les Kêl-Farhî,
+
+ Les Kêl-Tamelrhik,
+
+ Les Kêl-Tazoûlt.
+
+
+Les nobles Orâghen parcourent les vallées des Igharghâren, de
+Tikhâmmalt, le pays de Mîherô et les environs de Djânet.
+
+Leurs serfs habitent le Tasîli.
+
+Parmi les chefs Orâghen, celui qui a le plus de serfs est Kelâla,
+quoiqu’il n’appartienne pas à la famille la plus puissante.
+
+Ikhenoûkhen abandonne aux autres membres de sa famille les redevances
+des serfs, remplaçant, par le droit général qu’il s’est attribué sur les
+Azdjer et sur les voyageurs, le droit personnel que sa naissance lui
+donnait sur les serfs.
+
+
+J’ai cherché, par tous les moyens possibles, à me rendre compte de la
+force et de la richesse des Touâreg, et je dois avouer n’être pas arrivé
+à un résultat très-satisfaisant.
+
+Cependant je suis à peu près certain des chiffres suivants :
+
+Ikhenoûkhen, avec tous les nobles de sa famille, les Oui-Idjdjeroûtenîn,
+et leurs serfs, peut avoir à sa disposition une force de 100 combattants
+à dromadaire.
+
+Les chefs des Oui-Djezzoûlenîn, ayant ensemble une force à peu près
+égale, la tribu en son entier, et la plus puissante des Azdjer, aurait
+environ 200 guerriers.
+
+Pour des Européens, 200 hommes armés sont un bien faible contingent.
+Pour le désert, c’est beaucoup, car il est peu de puits qui puissent
+abreuver rapidement 200 chameaux, et, entre une étape de puits et une
+autre, il y a quelquefois 200 et 300 kilomètres d’intervalle.
+
+La force des Orâghen est donc en harmonie avec les difficultés
+militaires du pays.
+
+Ikhenoûkhen est l’un des plus riches des Azdjer, si même il n’est le
+plus riche, et sa richesse consiste principalement en chameaux. Il en a
+une soixantaine environ, sans compter les chamelles.
+
+Après Ikhenoûkhen, le plus puissant personnage est l’amghâr. Pendant que
+j’étais là, il eut une mission de pacification à aller remplir à une
+certaine distance. Eh bien ! un étranger au pays dut lui prêter un
+chameau de selle, le seul que l’amghâr possédait devant être affecté à
+porter ses provisions.
+
+Voilà un exemple de la force et de la richesse des Touâreg.
+
+Ils sont tellement pauvres, les malheureux, que souvent, quand ils ont
+des courses à faire, ils doivent, pour avoir des montures, arracher avec
+la main les fœtus du ventre de leurs chamelles, mutilation qu’ils ne
+pratiqueraient pas, s’ils avaient des montures de rechange.
+
+Et cependant, telle est la valeur des Touâreg, que deux grandes tribus
+tunisiennes du Nefzâoua : les Ghorîb et les Merâzig, payent tribut, _la
+gharâma_, les premiers à Ikhenoûkhen, les seconds au Cheïkh-’Othmân,
+pour n’avoir pas à redouter leurs attaques.
+
+
+ _Tribu des Imanghasâten._
+
+
+Les Touâreg tiennent pour un fait de notoriété publique que les
+Imanghasâten descendent des Arabes Megâr-ha, qui habitent aujourd’hui
+l’Ouâdi-ech-Chiati, dans le pachalik du Fezzân.
+
+Brahîm-Ould-Sîdi, dans sa _Note_ sur les origines, d’accord avec
+l’opinion générale, les dit issus des Arabes de l’Est.
+
+Eux-mêmes avouent leurs liens de parenté avec ces Arabes et se réfugient
+sur leur territoire, comme on l’a vu, dans les mauvais jours.
+
+Comment des Arabes ont-ils pu devenir Touâreg ?
+
+La réponse à cette question est bien simple. Les Imanghasâten
+constituaient le makhzen, ou force armée, des Imanân, et, pour ces
+fonctions, les anciens sultans ont préféré des étrangers, et les
+étrangers ont accepté cette position en raison des avantages attachés à
+la qualité de défenseurs du pouvoir.
+
+Comme noblesse, comme puissance et comme importance numérique, les
+Imanghasâten contre-balancent la suprématie des Orâghen.
+
+Eg-ech-Chîkh est leur chef. C’est un homme âgé, de haute stature et
+très-influent.
+
+Dans toutes les affaires où l’esprit de parti est en jeu, les
+Imanghasâten sont de l’opinion des Imanân contre les Orâghen, mais à
+part les questions qui réveillent d’anciennes rivalités, leurs chefs se
+mettent facilement d’accord avec ceux des Orâghen.
+
+L’un des chefs des Imanghasâten, du nom de Hatîta, aujourd’hui décédé, a
+accompagné le docteur Oudney et le capitaine Clapperton dans leur voyage
+de Mourzouk à Rhât, et de plus il a protégé la mission dont M. le
+docteur Barth faisait partie. Par ces précédents, les Imanghasâten se
+considèrent les alliés des Anglais, de même que les Orâghen et les
+Ifôghas, pour m’avoir protégé ainsi que M. Isma’yl-Boû-Derba, sont
+désignés par tous comme les amis des Français[119]. Il est probable que,
+si la route de Rhât était ouverte au commerce européen, ces tribus
+prétendraient au droit respectif de prélever l’impôt de protection sur
+les voyageurs de ces deux nationalités. Cependant M. le docteur Barth
+constate, dans son grand ouvrage, que le chef de la mission anglaise,
+pour avoir pris au sérieux le titre d’amanôkal du doyen des Imanân et
+réclamé l’appui de son parti dont les Imanghasâten sont les principaux
+soutiens, n’a pas trouvé chez les Touâreg les facilités d’exploration
+qu’ils eussent eus, s’ils avaient demandé le protectorat des nobles
+Orâghen.
+
+
+Les Imanghasâten se divisent en trois fractions :
+
+ Les Tédjéhé-n-Abbâr,
+
+ Les Inannakâten,
+
+ Les Tédjéhé-n-Bedden.
+
+
+Leurs serfs sont :
+
+ Les Isesmodân,
+
+ Les Ikêlezhzhân,
+
+ Les Kêl-Touan.
+
+
+De plus ils ont encore, comme les Imanân et les Orâghen, une partie des
+Kêl-Tamelrhik.
+
+Les nobles habitent alternativement la vallée de Tikhâmmalt et le
+Fezzân.
+
+Les serfs ont pour campement les vallées du Tasîli, dans le pays
+d’Azdjer, et l’Ouâdi-el-Gharbi dans le Fezzân.
+
+Pendant mon séjour chez les Touâreg, quelques Imanghasâten avaient pris
+dans un rhezî vingt chameaux aux Oulâd-Bâ-Hammou d’In-Sâlah. Ces
+derniers vinrent les réclamer. Ikhenoûkhen, Sîdi-Mohammed, l’amghâr, le
+marabout Si-’Othmân et Eg-ech-Chîkh, chef des détenteurs des chameaux,
+intervinrent pour faire restituer cette prise, mais tous leurs efforts
+furent impuissants.
+
+La résistance des capteurs était fondée sur ce que le propriétaire des
+chameaux volés avait autrefois tué l’oncle de l’un d’eux, et qu’à ce
+crime il avait ajouté l’immense injustice de payer ses coutumes, non à
+l’aîné des neveux, selon l’usage târgui, mais à son frère cadet. Le
+détenteur des chameaux pardonnait bien l’assassinat de son oncle, crime
+un peu oublié, mais il ne voulait pas entendre raison sur la violation
+des règles relatives aux coutumes.
+
+Ikhenoûkhen se fâcha, renonça à maintenir l’ordre et la paix dans le
+pays, et menaça d’abandonner les Azdjer à leur mauvais génie.
+
+Le marabout Si-’Othmân jura que, si je n’étais pas là, et s’il n’avait
+pris l’engagement d’être à ma disposition, il serait déjà parti pour ne
+jamais revenir chez les Azdjer.
+
+Eg-ech-Chîkh était résolu à se séparer de pillards incorrigibles, et à
+les abandonner à la vengeance de leurs ennemis.
+
+Tous les grands des Imanghasâten témoignèrent de leur désir de rendre
+les chameaux à tout prix.
+
+Un _mia’âd_ fut tenu. Nobles Orâghen et nobles Imanghasâten y
+assistèrent. Il dura toute la journée, sans solution.
+
+Les Oulâd-Bâ-Hammou offrirent de racheter leurs chameaux à un prix
+double de leur valeur ; leur proposition fut repoussée.
+
+Ikhenoûkhen passa la nuit en conciliabule, parlant de manière à être
+entendu de tout le camp.
+
+Au point du jour, furieux de voir son autorité méconnue, il sella son
+dromadaire et partit pour Rhât.
+
+Effrayés du départ de leur émîr, les Imanghasâten se décidèrent enfin à
+rendre aux Oulâd-Bâ-Hammou deux chameaux et un chamillon (_hâchi_).
+
+Ainsi se termina cette grande querelle, dont j’ai reproduit toutes les
+péripéties afin de permettre de mieux apprécier ce qu’est la vie au
+désert.
+
+
+ _Tribu des Kêl-Izhabân._
+
+
+Satellite des Orâghen, cette tribu n’a pas d’importance. Ses serfs sont
+les Ikelzen.
+
+Nobles et serfs vivent sur les mêmes territoires que les Orâghen.
+
+
+ _Tribu des Imettrilâlen._
+
+
+Cette tribu est un composé de petits groupes, ayant pour ainsi dire
+renoncé à la vie politique des Touâreg et vivant entre Rhât et Mourzouk
+dans le Fezzân, à la manière des Fezzaniens, c’est-à-dire plus adonnés à
+l’agriculture et à l’horticulture qu’à l’art pastoral.
+
+Quoique habitant un territoire nominalement rattaché au pachalik du
+Fezzân, les Imettrilâlen, comme les autres Touâreg de la même contrée,
+ne relèvent pas du gouvernement turc.
+
+Dans des vues politiques que je n’ai pas à apprécier ici, les Turcs
+tolèrent cette situation pour n’avoir pas à lutter contre les Touâreg.
+
+
+ _Tribu des Ihadhanâren._
+
+
+Cette tribu est à la fois la plus turbulente et la plus nomade des
+Azdjer. Heureusement elle est peu forte, très-pauvre, mais son audace
+supplée au nombre de ses guerriers.
+
+Tantôt les Ihadhanâren campent dans la plaine d’Admar sur le territoire
+des Azdjer ; tantôt ils vivent avec les Kêl-Ahamellen, chez les Ahaggâr,
+suivant que leur conduite leur a valu l’amitié ou l’inimitié des uns ou
+des autres.
+
+Dans toutes les guerres entre les Azdjer et les Ahaggâr, ils ont
+toujours trahi les premiers au profit des seconds.
+
+
+En 1860, dix hommes de cette tribu sont allés dans l’Azaouad, près de
+Timbouktou, à 1,200 kilomètres de Djânet, d’où ils étaient partis, pour
+opérer une rhezî sur les serviteurs de la zâouiya des marabouts El-
+Bakkây. Leur entreprise réussit : trois cents chameaux, disent les
+victimes, deux cents, disent les capteurs, sont devenus leur proie.
+
+C’est cet acte de piraterie qui avait amené le marabout Sîdi-Mohammed-
+El-Bakkây chez les Azdjer pendant mon voyage.
+
+D’abord il s’était rendu personnellement chez les Ihadhanâren, espérant
+que sa qualité de marabout et de bonnes paroles les engageraient à une
+restitution.
+
+A l’acte coupable qu’ils avaient déjà commis les Ihadhanâren joignirent
+l’insulte en offrant au marabout, pour _dhîfa_, la viande d’une de ses
+chamelles. Cette _dhîfa_, ou repas de l’hospitalité, fut refusée, la
+viande d’un animal volé ne pouvant pas être _halâl_, c’est-à-dire
+permise, suivant la loi musulmane. Tout ce que put obtenir le marabout
+fut la restitution de sept chameaux.
+
+Mécontent de l’insuccès de sa démarche pacifique, Sîdi-Mohammed-el-
+Bakkây vint demander justice à l’amghâr des Azdjer.
+
+Celui-ci, accompagné d’autres nobles, se rendit chez les Ihadhanâren,
+pour convoquer un _mia’âd_ et obtenir une solution amiable à cette
+affaire. Les délégués furent aussi repoussés.
+
+Un recours aux armes étant devenu nécessaire, Sîdi-Mohammed, l’amghâr,
+envoya l’ordre à tous ses sujets, Ikhenoûkhen compris, de se rendre à
+Rhât, pour de là aller reprendre aux Ihadhanâren le butin capturé.
+
+Mais, pendant que les Azdjer se préparaient à entrer en campagne, les
+Ihadhanâren se dispersaient dans le Sahara, emmenant avec eux tout leur
+butin.
+
+Cette circonstance m’a permis de connaître exactement la force des
+Ihadhanâren, qui est de quarante hommes pouvant entrer en ligne de
+combat.
+
+Sîdi-Mohammed-el-Bakkây, quoique marabout, quoique appuyé par tous les
+chefs des Azdjer, dut, comme les Oulâd-Bâ-Hammou du Touât, renoncer à
+obtenir justice.
+
+
+Les Ihadhanâren n’ont pas de serfs. Avant le rhezî dont il est ici
+question, ils n’avaient que très-peu de chameaux et peu ou pas de
+troupeaux de chèvres ou de moutons.
+
+Nobles, sans serfs, sans coutumes, ne pouvant travailler pour vivre,
+leurs titres de noblesse le leur défendant, ils devaient naturellement
+demander au vol et au pillage les moyens d’existence qu’ils n’avaient
+pas autrement. En tout pays, la faim chasse le loup hors du bois. Puisse
+la richesse qu’ils viennent d’acquérir si illicitement les rendre
+meilleurs !
+
+
+La tribu des Ihadhanâren comprend trois fractions :
+
+ Les Oui-Sattafenîn,
+
+ Les Oui-Temoûlat,
+
+ Les Dergou.
+
+
+Quoique la qualification adjective de _Sattafenîn_, noirs, soit
+appliquée à l’une de ces fractions, tous les Ihadhanâren sont blancs.
+Cette épithète doit se rapporter à la couleur du voile qu’ils portent.
+
+
+ _Tribu des Ifôghas._
+
+
+Les Ifôghas comprennent trois fractions :
+
+ Les N-Ouqqirân,
+
+ Les N-Iguedhâdh,
+
+ Les N-et-Tobol.
+
+
+Les deux premières sont des marabouts, de descendance de chorfâ ; la
+dernière se compose de gentilshommes, jadis au service des rois Imanân,
+près desquels ils remplissaient le rôle d’officiers du palais et de
+tambours, en battant la marche sur le passage de leurs maîtres : d’où
+leur est venu le surnom d’_Et-Tobol_, Ifôghas du tambour.
+
+Les trois fractions sont originaires de la ville d’Es-Soûk, dernière
+station de la plupart des tribus Touâreg, avant leur installation dans
+les lieux qu’elles occupent aujourd’hui.
+
+Les Touâreg contestent aux Ifôghas le titre de nobles ou Ihaggâren, tout
+en leur reconnaissant celui de marabouts. Cependant, quand un Fâghîs
+(singulier d’Ifôghas) des fractions de N-Ouqqirân ou de N-Iguedhâdh se
+présentait devant les anciens sultans, ceux-ci se levaient et allaient
+eux-mêmes dresser le tapis et la natte sur lesquels le visiteur était
+invité à s’asseoir. Cet honneur exceptionnel n’était jamais rendu aux
+ihaggâren, quels que fussent leur rang et leur puissance. Le sultan
+restait assis à leur entrée et les laissait s’installer où ils
+voulaient.
+
+Les N-Ouqqirân sont répandus :
+
+_Chez les Azdjer_, dans le Tasîli, à Mîherô et dans le Bas-Igharghar ;
+
+_Chez les Ahaggâr_, dans le Haut-Igharghar ;
+
+_Au Touât_, dans les oasis méridionales de cette confédération ;
+
+_En Algérie_ même, dans la région des dunes, au Sud d’Ouarglâ et de
+l’Ouâd-Rîgh.
+
+La zâouiya de Timâssanîn, établissement secondaire de la confrérie des
+Tedjâdjna, dont Si-’Othmân est le _moqaddem_, est le centre de réunion
+de toutes les familles de la fraction.
+
+Rapprochés des Arabes Cha’anba, les N-Ouqqirân ont été souvent exposés à
+leurs coups, avant l’incorporation de ces tribus dans le cercle d’action
+de l’administration française et leur soumission à un régime
+gouvernemental.
+
+Si-’Othmân raconte que sa zâouiya, malgré le caractère religieux qui la
+protége, a été pillée par les Cha’anba, en l’absence de ses défenseurs,
+et que sa mère, tombée au pouvoir des profanateurs d’un lieu sacré, a
+subi de leur part les plus mauvais traitements.
+
+Les marabouts N-Ouqqirân, et particulièrement ceux qui habitent la
+zâouiya de Timâssanîn, ont donc beaucoup gagné à la soumission des
+Cha’anba à notre domination. Depuis cette époque, ils peuvent s’adonner
+plus librement au commerce.
+
+La route si fréquentée de Ghadâmès à In-Sâlah est placée sous leur
+protectorat et leurs chefs y perçoivent les droits de protection en
+usage dans le pays.
+
+Toutes les matières précieuses qui sont expédiées sur cette route,
+notamment l’or en poudre et en lingots, sont confiées exclusivement aux
+marabouts et aux chameliers de la zâouiya de Timâssanîn.
+
+Chaque caravane allant d’In-Sâlah à Ghadâmès, à destination de l’Europe,
+compte, m’a-t-on dit, dans sa cargaison, deux, trois, quatre et même
+quelquefois cinq charges d’or.
+
+La charge étant de 150 kilos, en supposant une moyenne de deux convois
+par an et de trois charges par convois, In-Sâlah opérerait annuellement,
+d’après le Cheïkh-’Othmân, sur une moyenne de 900 à 1,000 kilogrammes
+d’or, qui, au cours actuel de Paris (août 1863), représentent une somme
+de 3,265,100 francs.
+
+Si-’Othmân fait remarquer que les convois d’or entre In-Sâlah et
+Ghadâmès sont moins fréquents depuis que M. le gouverneur Faidherbe a
+donné aux routes du Sénégal une sécurité qu’elles n’avaient jamais
+connue jusque-là, et il craint que la concurrence de nos possessions
+sénégaliennes n’achève de priver les routes du Nord de ce riche produit.
+
+Les marabouts N-Ouqqirân vivent en grande partie, soit comme négociants,
+soit comme convoyeurs, du trafic des routes qui traversent leurs
+territoires.
+
+C’est par eux que le gouvernement français a pu entrer en relations avec
+le reste des Touâreg ; c’est encore par eux qu’il maintiendra de bons
+rapports, car ils se distinguent par leur loyauté, par leur tolérance et
+par l’exercice professionnel de la conciliation.
+
+
+Les Ifôghas-n-Iguedhâdh sont ainsi appelés parce que, comme des oiseaux
+(_Iguedhâdh_), ils voyagent continuellement, ne se fixant nulle part.
+Dans leurs courses, ils s’étendent du Tasîli du Nord au Soûdân, campant
+tantôt au milieu des Touâreg Azdjer, tantôt au milieu des Touâreg d’Aïr,
+suivant que les pluies ont fait pousser l’herbe nécessaire à la
+nourriture de leurs troupeaux.
+
+Marabouts ambulants, parcourant des parages tous situés au Sud des
+points occupés par leurs frères N-Ouqqirân, les N-Iguedhâdh sont un
+trait d’union entre les Touâreg du Sud et ceux du Nord, comme les
+N-Ouqqirân sont un lien entre les Azdjer et les Ahaggâr et entre ces
+deux confédérations et les Algériens.
+
+Les N-Iguedhâdh, protégés contre les dangers de la piraterie par leur
+caractère religieux, autorisés à user des meilleurs pâturages pour leurs
+troupeaux, trouvent dans la production pastorale les ressources
+nécessaires à leur existence.
+
+En pays târgui, les amulettes sont très-recherchées, car tous en sont
+couverts, et ce sont les marabouts qui les rédigent. Ils ne les vendent
+pas, moyen d’en tirer un prix plus élevé, car chaque amulette augmente
+au moins d’une chèvre ou d’un mouton le troupeau de celui qui la
+délivre.
+
+
+Les Ifôghas-n-et-Tobol, restés fidèles à leurs anciens maîtres, les
+Imanân, et à la tradition qui les a pourvus de tambours, continuent à
+constituer la cour et le corps de musique des sultans déchus. Ils vivent
+avec ces derniers entre Rhât et Djânet, partageant leurs revenus et
+aussi leur haine contre les Orâghen et leurs amis. Les revenus sont-ils
+insuffisants pour subvenir aux besoins de tous, l’exaction y supplée.
+
+Le rôle des Ifôghas-n-et-Tobol se borne donc à faire du bruit.
+
+Quant aux marabouts N-Iguedhâdh et N-Ouqqirân, franchement dévoués aux
+Orâghen, ils suivent en toutes choses la bannière d’Ikhenoûkhen ; mais
+il y a lieu d’ajouter que le chef des Azdjer croirait manquer à ses
+devoirs en ne prenant pas leurs conseils dans toutes les affaires de
+quelque importance. Ainsi, Ikhenoûkhen est notre ami parce que les
+Ifôghas lui ont conseillé de rechercher notre alliance.
+
+
+Les Ifôghas constituent une tribu très-importante, non par leur valeur
+militaire, car les marabouts ne portent les armes que pour leur défense
+personnelle, mais par leur caractère religieux, qui les rend arbitres de
+toutes les contestations, par leur aptitude au commerce, par leur
+dispersion, qui les met en contact avec les différentes confédérations,
+sauf celle des Aouélimmiden des environs de Timbouktou, qui
+reconnaissent les Bakkây pour leurs marabouts.
+
+Le chiffre de la population des trois fractions réunies est, assure-t-
+on, égal à celui des autres tribus d’Azdjer. Leur dispersion et leur
+qualité de marabouts font qu’on n’en tient pas compte dans l’évaluation
+des forces du pays ; autrement, si tous les Ifôghas étaient réunis sous
+la main d’un chef militaire, ils pourraient, à eux seuls, constituer une
+confédération égale, en force et en nombre, à celles de leurs voisins de
+l’Est et de l’Ouest : car, quoique marabouts, quand la nécessité les
+oblige à armer en guerre, ils se battent bravement. Le Cheïkh-’Othmân
+est même réputé pour sa valeur militaire à l’égal des premiers guerriers
+de sa nation.
+
+Les Ifôghas n’ont pas de serfs, par la raison qu’ils sont marabouts et
+que la religion musulmane ne permet pas le servage ; mais, comme tous
+les marabouts, ils ont des _serviteurs_ attachés librement à leurs
+personnes et qui, de père en fils, tiennent à honneur d’être leurs
+_khoddâm_. Des esclaves nombreux, sous la direction de ces serviteurs,
+sont chargés des troupeaux et des travaux domestiques.
+
+Les dames Ifôghas sont renommées pour leur savoir-vivre et leur habileté
+en toutes choses. Mieux que les femmes des autres clans târguis, elles
+savent jouer de la _rebâza_, sorte de violon avec lequel elles
+accompagnent leurs chants improvisés. Dans l’art musical, elles ne sont
+surpassées que par les princesses Imanân. Mieux que toutes leurs
+rivales, elles savent monter à mehari. Huchées dans leurs cages, elles
+soutiennent la course des plus intrépides cavaliers, — si on peut donner
+ce nom aux chevaucheurs de dromadaire : — aussi, pour conserver
+l’habitude de ce genre d’équitation, se réunissent-elles pour faire de
+petits voyages, allant où bon leur semble, sans être accompagnées
+d’aucun homme. La liberté dont elles jouissent est grande, et elles ne
+paraissent pas en abuser.
+
+
+Si-’Othmân est le chef des trois fractions des Ifôghas. Ce marabout est,
+avec l’émir Ikhenoûkhen, la plus grande figure des Touâreg du Nord.
+
+Son père, El-Hâdj-el-Bekrî-ben-el-Hâdj-el-Faqqi a vécu cent huit années
+lunaires, entouré de la vénération publique. On lui doit la construction
+de plusieurs puits sur les principales routes du pays.
+
+Yamîna, frère d’El-Hâdj-el-Bekrî et oncle d’’Othmân, jouissait d’une
+réputation de sainteté dans tout le Sahara et du plus grand crédit, même
+chez les Cha’anba, ennemis nés des Touâreg. Par sa pieuse intervention
+bien des effusions de sang ont été prévenues.
+
+Héritier de l’auréole de réputation de ses ancêtres, ’Othmân, dès son
+enfance, s’est fait remarquer par sa perspicacité.
+
+Jeune encore, à l’époque des grandes guerres du premier Empire français,
+il était à Ghadâmès au milieu d’une réunion d’hommes graves, lorsqu’on
+apporta la nouvelle d’une reprise d’hostilités entre les chrétiens.
+
+« Tant mieux ! dit un vieux marchand, puissent-ils s’entre-tuer jusqu’au
+dernier !
+
+« Tant pis ! dit l’imberbe ’Othmân, au grand étonnement de tous, car, si
+les chrétiens se font la guerre, le commerce en souffrira. »
+
+Le lendemain, une caravane, chargée de produits soudaniens, partait pour
+Tripoli et devait, en retour, prendre des marchandises d’Europe.
+
+A Tripoli, la caravane ne trouva ni acheteur ni vendeur.
+
+On se souvient encore à Ghadâmès de la prédiction du jeune ’Othmân.
+
+Pourquoi, à cet âge, un jeune târgui se préoccupait-il, instinctivement,
+des affaires des chrétiens ? La suite de sa vie va nous révéler sa
+prédestination providentielle.
+
+De 1826 à 1827, arrive à Ghadâmès un chrétien recommandé par le consul
+général d’Angleterre à Tripoli. C’est le major Alexandre Gordon Laing.
+Il veut se rendre à In-Sâlah et de là tenter d’arriver à Timbouktou.
+
+Mais In-Sâlah est encore plus inabordable aux chrétiens que Timbouktou.
+Qui l’y conduira ?
+
+’Othmân.
+
+Seul entre tous ses coreligionnaires, il a assez de crédit pour faire
+accepter un chrétien dans une ville où nul autre n’a pu pénétrer depuis.
+
+Pendant le voyage, ’Othmân apprend quelques mots d’anglais que sa
+mémoire avait fidèlement conservés jusqu’en 1862.
+
+A son retour de Timbouktou, le major Laing est assassiné. L’Angleterre
+et sa famille ont intérêt à retrouver ceux de ses papiers qui n’ont pas
+été détruits.
+
+Mais qui osera aller, sur la trace d’assassins, s’intéresser aux notes
+d’une infidèle victime du fanatisme musulman ?
+
+Encore ’Othmân.
+
+Par ses soins, le consul général d’Angleterre à Tripoli recevra
+religieusement tout ce que des recherches de plusieurs années peuvent
+reconquérir sur la cupidité de barbares.
+
+Enfin, l’heure est venue où les Touâreg et les Français ont besoin de se
+connaître.
+
+’Othmân fait d’abord trois voyages en Algérie et, entre chacun de ces
+trois voyages, il conduit des explorateurs français dans son pays ;
+enfin, pour couronner ses efforts, tendant à des ouvertures de
+relations, il vient, en 1862, à Paris, ville où jamais un târgui n’avait
+mis les pieds et à près de trois mille kilomètres de son pays.
+
+Homme d’une haute intelligence et d’un grand sens pratique, ’Othmân a
+surtout remarqué en France ce qui contraste avec le désert : le nombre
+considérable des habitants, l’abondance des eaux, la richesse et la
+variété de la végétation, la rapidité et la sécurité des communications,
+enfin la généreuse hospitalité qu’il y a reçue.
+
+Au milieu de toutes les merveilles qui ont captivé son attention, il a
+choisi, pour les reporter dans son pays, les choses les plus utiles :
+une collection de médicaments, un choix de livres arabes sur la
+religion, le droit, l’histoire et la littérature, un assortiment
+d’outils de professions les plus ordinaires et spécialement des
+instruments agricoles, des pelles et des pioches pour creuser des puits
+et des poulies pour en tirer l’eau.
+
+Le Cheïkh-’Othmân n’a pas d’enfants. Son ambition, avant de mourir,
+après avoir accompli le pèlerinage de la Mekke, est de consacrer sa
+fortune à poursuivre l’œuvre commencée par son père : doter les routes
+de son pays de puits utiles aux voyageurs.
+
+En tout lieu, le Cheïkh-’Othmân serait un homme remarquable par son
+instruction, par la douceur de ses mœurs, par sa bonté et sa franchise ;
+mais quand on rencontre un tel ensemble de qualités chez un enfant du
+désert, on ne peut se défendre d’un certain étonnement.
+
+J’aime le Cheïkh-’Othmân, par reconnaissance des services qu’il m’a
+rendus pendant mon voyage, mais je l’aime surtout parce qu’il sait se
+faire aimer.
+
+Son nom complet est : ’Othmân-ben-el-Hâdj-el-Bekrî-ben-el-Hâdj-el-Faqqi-
+ben-Mohammed-Boûya-ben-Si-Mohammed-ben-si-Ahmed-es-Soûki-ben-Mahmoûd.
+
+
+ _Tribu des Ihêhaouen._
+
+
+Les Ihêhaouen sont les marabouts des Touâreg Fezzaniens. Excellentes
+gens, hospitaliers, communicatifs, ils n’ont d’autres défauts que celui
+d’être un peu mendiants. En cela ils ressemblent à tous ceux de leur
+caste qui répudient le sacerdoce du marabout pour exploiter le titre
+qu’ils portent.
+
+Les Ihêhaouen habitent entre Rhât et Mourzouk dans les oasis, notamment
+à El-Fogâr où je les ai rencontrés.
+
+Par une particularité caractéristique de la position exceptionnelle de
+la femme chez les Touâreg, les marabouts Ihêhaouen d’El-Fogâr ont pour
+chef une _cheïkha_ qui a la réputation d’être fort belle. En son
+honneur, Ikhenoûkhen, mon compagnon de voyage, revêtit ses plus beaux
+habits, témoignage d’un très-grand respect.
+
+Les Ihêhaouen sont peu nombreux, mais ils jouissent d’une certaine
+aisance.
+
+Quoique marabouts, ils ont des serfs, les Isourekkien, qui, comme tous
+les autres Fezzaniens, se livrent à la petite culture dans les oasis.
+
+Je dois dire que la tribu des Isourekkien n’est pas considérée par tous
+les Touâreg comme étant serve, mais comme une tribu de serviteurs
+(_khoddâm_), des marabouts Ihêhaouen.
+
+
+ _Tribu des Kêl-Tîn-Alkoum._
+
+
+Il y a deux siècles, avant la révolution qui enleva aux Imanân le
+pouvoir souverain, les Kêl-Tîn-Alkoum habitaient le qaçar Tîn-Alkem,
+dont on voit encore aujourd’hui les ruines au Sud d’El-Barkat, sur la
+route de Rhât à Djânet. Après de longues luttes contre des maîtres trop
+avides, ils prirent le parti d’émigrer au Fezzân où ils habitent des
+oasis dont ils sont propriétaires et qu’ils cultivent. Ces Touâreg sont
+donc sédentaires et cultivateurs quand les autres sont nomades et
+pasteurs.
+
+Les Kêl-Tîn-Alkoum se distinguent encore des autres Azdjer en ce qu’ils
+ne sont ni nobles ni serfs, mais libres comme on l’est dans les tribus
+arabes ou dans l’intérieur des villes : cependant ils reconnaissent la
+souveraineté des nobles Orâghen, leur payent tribut, les traitent en
+sultans quand ils passent sur leur territoire.
+
+Comme tous les Oasiens, les Kêl-Tîn-Alkoum sont aussi commerçants,
+entrepreneurs de transports, industriels même. Les plus pauvres vont
+vendre des légumes, des fruits, du beurre, de la viande, du bois à
+brûler, à Mourzouk et à Rhât. Les plus riches font pour leur compte le
+commerce avec le Soûdân. D’autres louent leurs chameaux aux caravanes et
+les accompagnent. Les explorateurs anglais, qui ont voyagé dans
+l’intérieur, du moins ceux qui ont choisi le Fezzân pour point de départ
+de leurs explorations, ont toujours pris des Tîn-Alkoum comme
+chameliers. D’autres se livrent au tannage des peaux et à la préparation
+des outres, industrie importante dans un pays où tout voyageur doit
+emporter avec lui sa provision d’eau.
+
+Par suite de leurs rapports avec de nombreux étrangers, les Tîn-Alkoum
+sont devenus des hommes presque civilisés. Beaucoup d’entre eux savent
+lire et écrire ; tous parlent l’arabe en même temps que le temâhaq ;
+quelques-uns même comprennent le haoussa.
+
+Leurs habitations, construites en branches de palmiers, ressemblent à
+nos chaumières ordinaires. Assez vastes pour loger une famille, avec
+tout son mobilier, elles abritent bien contre le froid, le chaud et même
+la pluie.
+
+Pour arroser leurs cultures, généralement entourées de haies sèches en
+_djerîd_ ou palmes, ils ont au-dessus des puits un appareil en
+charpente, dont la hauteur est égale à la profondeur des puits et qui
+supporte un système de cordages et de poulies, au moyen duquel, par un
+simple va-et-vient, l’eau est amenée à fleur de terre, d’où elle est
+conduite dans les cultures. (Voir la planche, page 68.)
+
+Le travail a donné aux Kêl-Tîn-Alkoum une aisance relative ;
+malheureusement, le pays qu’ils habitent, s’il est productif, n’est pas
+très-sain : aussi ont-ils toujours beaucoup de malades. Les ophthalmies
+règnent endémiquement chez eux ; moi-même, j’en ai été atteint en
+traversant leur territoire.
+
+La tribu des Kêl-Tîn-Alkoum est très-nombreuse ; elle est généralement
+armée de fusils qui servent plus à la chasse qu’à la guerre.
+
+Bien que Touâreg Azdjer, et sous la dépendance des Orâghen, les Kêl-Tîn-
+Alkoum, comme les autres Touâreg Fezzaniens, prennent une part très-
+minime à l’agitation des Touâreg nomades. Leurs intérêts et leur genre
+de vie sont trop distincts pour que l’assimilation soit complète entre
+eux.
+
+
+ _Tribu des Ilemtîn._
+
+
+Les Ilemtîn habitent la petite ville d’El-Barkat, à 10 kilomètres de
+Rhât, et le village de Fêouet, dans la vallée d’Ouarâret.
+
+Leur chef est El-Khabîd.
+
+Ils ont pour serfs la tribu des Ifarqanen, qui réside hors la ville,
+dans des cases en palmes, au milieu des cultures.
+
+Les Ilemtîn sont des citadins, cultivateurs, commerçants, conséquemment
+gens paisibles, qui n’auraient de commun avec les Touâreg nomades qu’une
+même origine, s’ils ne payaient tribut, la gharâma, aux chefs Orâghen.
+
+Assise au milieu d’une belle oasis, El-Barkat est une jolie petite
+ville, de 200 maisons à plusieurs étages, entourée d’un mur d’enceinte
+et construite, comme toutes les villes de cette contrée, en briques
+d’argile cuites au soleil.
+
+Les plantations de dattiers et les cultures de plantes alimentaires, aux
+produits desquels ils trouvent un débouché certain sur le marché de
+Rhât, à l’époque de la foire, constituent la principale richesse de la
+tribu des Ilemtîn et de leurs serfs, les Ifarqanen.
+
+
+ § II. — CONFÉDÉRATION DES AHAGGÂR.
+
+
+Dans le classement des quatre confédérations des Touâreg, j’ai donné le
+premier rang aux Azdjer, mais je suis forcé d’assigner le dernier aux
+Ahaggâr.
+
+Depuis la révolution, qui a réduit à néant le pouvoir des anciens rois
+Imanân et permis aux deux groupes des Touâreg du Nord de se gouverner
+eux-mêmes, la plus grande anarchie règne chez les Ahaggâr.
+
+A l’autorité de l’amghâr, souvent contestée, s’est substitué un
+gouvernement à quatorze têtes, représenté par les quatorze chefs des
+tribus nobles, qui, dans toutes les contestations, ont pour habitude de
+recourir à la force des armes.
+
+La tribu des Kêl-Rhelâ, la plus importante de la confédération, a le
+droit, comme celle des Orâghen chez les Azdjer, de conférer le titre
+d’amghâr à son chef héréditaire : mais autant vaut l’homme, autant vaut
+la chose.
+
+Malheureusement, le chef actuel des Kêl-Rhelâ, par droit de naissance,
+est Guemâma, le doyen des centenaires du Sahara, depuis longtemps
+aveugle et depuis longtemps dans l’impuissance de gouverner.
+
+Cependant le besoin d’une autorité supérieure se faisait sentir, non-
+seulement chez les Ahaggâr, mais encore à In-Sâlah, à Timbouktou, pour
+la sécurité des routes, et dans les autres confédérations Touâreg, pour
+les rapports de bon voisinage.
+
+Que faire ? Ouvrir la succession de Guemâma, de son vivant, était
+contraire à la loi du pays. L’héritier d’aujourd’hui transmet le pouvoir
+dans une branche de la famille, tandis que l’héritier de demain pourra
+le transmettre dans une autre, le droit de succéder étant réservé au
+fils de la sœur. Quand l’oncle est vieux comme Guemâma, les neveux
+utérins doivent être bien près de la tombe.
+
+Donner à Guemâma un successeur, par droit de naissance, la mort n’ayant
+pas saisi le vif, n’était pas une solution, car c’était allumer le feu
+de la guerre civile entre toutes les familles des Kêl-Rhelâ et autres
+ayant épousé des sœurs, peut-être des nièces ou des petites-nièces de
+l’amghâr vivant.
+
+On tourna cette difficulté en trouvant miraculeusement réunies sur la
+tête d’un homme trois conditions importantes :
+
+Le titre de marabout, qui imposait le respect ;
+
+La qualité d’étranger, qui anéantissait toutes les rivalités locales ;
+
+La condition de fils d’une sœur de Guemâma.
+
+Cet homme est le marabout El-Hâdj-Ahmed, frère du Cheïkh-’Othmân, de la
+tribu des Ifôghas, de la confédération des Azdjer, mais appartenant aux
+Ahaggâr et aux Kêl-Rhelâ par sa mère.
+
+Ce choix, dicté par la sagesse, fut au moins une solution provisoire.
+Pour la faire accepter, le marabout Sîdi-el-Bakkây, de Timbouktou, dut
+envoyer un de ses frères sur les lieux : mais Dieu seul sait quelles
+prétentions rivales vont surgir à la mort de Guemâma.
+
+En attendant, le nouvel amghâr, par l’intermédiaire de son frère
+Si-’Othmân, a donné aux Ahaggâr une sorte de sécurité du côté des
+Cha’anba, leurs plus redoutables ennemis.
+
+De même, le voyage d’’Othmân à Paris, les présents qu’il en a emportés
+pour El-Hâdj-Ahmed, contribueront à consolider son autorité, et peut-
+être à amener pacifiquement dans la confédération des Ahaggâr une
+révolution analogue à celle qui, chez les Azdjer, a transporté le
+pouvoir des anciens sultans aux mains des Orâghen. L’appui d’un
+gouvernement fort exerce un grand prestige sur des populations comme les
+Touâreg.
+
+Par son esprit conciliateur, par l’autorité que lui donnent son âge et
+son titre de marabout, El-Hâdj-Ahmed, s’il n’est pas encore parvenu à
+rétablir la paix, l’ordre et l’harmonie entre toutes les tribus, a au
+moins conjuré la guerre civile et établi de meilleurs rapports entre les
+Ahaggâr et leurs voisins. Déjà même quelques heureux symptômes de
+progrès matériel, fruits de la sécurité pour les biens et les personnes,
+commencent à se manifester. Ainsi, le village d’Idélès, situé dans le
+Haut-Igharghar, et qui date d’une vingtaine d’années à peine, voit
+chaque jour augmenter ses constructions et tend à devenir une petite
+ville. Au Sud-Est de cet établissement se trouve un autre village, celui
+de Tâzeroûk, où il a été entrepris, en 1861, des cultures de céréales
+assez importantes pour donner, à la récolte, environ 350 charges de
+grains.
+
+
+Les Touâreg Ahaggâr jouissent, généralement, de la réputation d’avoir un
+caractère indépendant, irascible et emporté, qui rend les relations
+très-difficiles avec eux, et ils avouent mériter cette réputation, même
+dans leurs rapports entre eux, et ils s’en vantent de manière à laisser
+croire qu’ils tiennent à honneur de se montrer intraitables en toutes
+choses.
+
+Ce caractère indompté, qui fait des Ahaggâr des hommes redoutés dans le
+Sahara, est, en dehors de la situation anarchique du pays, le résultat
+de nombreuses causes matérielles, parmi lesquelles je signale en
+première ligne : l’habitation dans un pâté de montagnes déchirées,
+dénudées et d’une sauvagerie exceptionnelle, ou dans des déserts arides
+dont presque toutes les plantes sont épineuses ; l’impossibilité de
+vivre des produits de leur sol, à moins d’avoir la sobriété du chameau ;
+enfin l’abandon des routes commerciales qui longent ou traversent leur
+territoire et qui, jadis, suppléaient, par les bénéfices retirés du
+passage des caravanes, à l’improductivité de leurs montagnes ou de leurs
+déserts. En tout pays, le caractère et la nature de l’homme subissent
+l’influence du milieu qu’il habite. Les autres peuplades Touâreg,
+quoique de même race, ont un caractère plus souple et plus docile, parce
+que le pays habité par elles est moins sauvage et plus clément. Sans
+aucun doute, l’introduction possible de quelques cultures dans les
+vallées et le rétablissement des routes abandonnées, en améliorant
+l’existence matérielle des Ahaggâr, contribueront aussi à adoucir leurs
+mœurs.
+
+Probablement ils valent mieux que leur réputation. Partout on m’a dit et
+répété qu’ils n’avaient jamais permis à un étranger, même musulman, de
+visiter leurs montagnes, parce qu’ils voulaient réserver pour eux seuls
+le secret du dédale de leurs repaires. Cependant tous mes rapports avec
+eux protestent contre cette assertion.
+
+Ils m’ont donné, sans réserve, tous les itinéraires à l’aide desquels
+j’ai dressé la carte de leur pays.
+
+Afinguenân, l’un de leurs chefs, que je rencontrai à Methlîli, en 1859,
+à l’époque de la plus grande puissance de notre ennemi Mohammed-
+ben-’Abd-Allah, accepta, si je voulais me confier à lui et payer,
+suivant la coutume, sa protection la somme de 1,000 francs, de me
+conduire au sein de leurs tribus et de me mettre en rapport avec tous
+les chefs.
+
+Le Cheïkh-’Othmân, auquel je demandai, en 1861, si, avec sa protection
+et celle de son frère El-Hâdj-Ahmed, je pourrais visiter le Ahaggâr avec
+la même sécurité que le pays des Azdjer, me répondit comme Afinguenân :
+« Tout Français qui voudra explorer le Ahaggâr sera bien accueilli, s’il
+se conforme aux usages. »
+
+Donc, si je n’ai pas traversé ce pâté de montagnes, par la route de Rhât
+à In-Sâlah, comme j’en avais le désir, ce n’est pas que les Ahaggâr s’y
+soient opposés, mais parce que les gens sages qui avaient répondu de ma
+sécurité au gouvernement français, connaissant les intentions de
+Mohammed-ben-’Abd-Allah de tenter un coup de main contre nos
+établissements, ne voulurent pas m’exposer à être capturé par lui en
+arrivant à In-Sâlah, où cet agitateur avait établi son quartier général.
+
+Les Ahaggâr ont aussi la réputation d’être batailleurs, querelleurs, par
+un amour particulier de la guerre, du sang et du carnage. Ils avaient
+une magnifique occasion de satisfaire cette passion en s’enrôlant sous
+le drapeau de Mohammed-ben-’Abd-Allah. Ils y ont été vivement sollicités
+et par les promesses de riches captures et par l’exemple des Touâreg à
+voiles blancs du Touât, mais pas un d’entre eux n’a succombé à la
+tentation. Le _veto_ des marabouts Ifôghas a suffi pour maintenir leur
+neutralité.
+
+Il est cependant vrai qu’ils ont à peu près pour ennemis tous leurs
+voisins : ainsi, ils ne peuvent se rencontrer, ni avec les Berâber du
+Sud du Maroc, ni avec les Berâbîch du Nord de Timbouktou, sans que du
+sang soit versé. Avec les Touâreg Aouélimmiden, les Kêl-Ouï et les
+Azdjer, il y a, en ce moment, trève d’hostilités, parce que les intérêts
+de chacune des confédérations se meuvent dans des cercles distincts,
+mais il y a abstention presque complète de rapports et plutôt tendance à
+l’antipathie qu’à la réconciliation.
+
+Par unique exception, les Ahaggâr sont les alliés des Touâtiens et les
+amis des commerçants d’In-Salâh, et cette exception donne la raison de
+leur attitude hostile vis-à-vis de leurs autres voisins. In-Sâlah a
+aujourd’hui le monopole du commerce de Timbouktou avec le Nord ; ses
+caravanes ont besoin de la protection et du concours des Ahaggâr, et In-
+Sâlah, ainsi que les autres villes du Touât, les fait vivre par les
+coutumes qu’elle paye aux chefs et les transports qu’elle procure aux
+serfs.
+
+Le commerce, en donnant d’une main, reprend de l’autre, car les Touâreg
+du Ahaggâr, en raison de leur isolement, sont forcés d’acheter au Touât,
+au poids de l’or, tout ce dont ils ont besoin, et d’y vendre, à vil
+prix, tout ce qu’ils produisent.
+
+En dehors de l’influence de celui qui remplit leurs ventres, pour me
+servir d’une expression consacrée, les Ahaggâr en subissent peu
+d’autres, même quand elles se présentent au nom des principes de la
+religion. Le grand marabout de Timbouktou, El-Bakkây, qui a passé une
+partie de sa jeunesse dans leurs tribus, est bien un peu écouté quand il
+fait entendre de sages conseils ; le chef de la confrérie des Tedjâdjna,
+qui compte beaucoup de khouân chez les Ahaggâr, jouit bien aussi d’un
+peu de crédit, mais il ne faut pas que la faim, cette mauvaise
+conseillère de tous les peuples, ferme les oreilles et empêche
+d’entendre le langage de la raison. Le Cheïkh-’Othmân seul est apprécié
+des Ahaggâr, non parce qu’il est marabout, chef d’une tribu puissante et
+frère de leur amghâr, mais parce qu’il a contribué, par ses relations
+avec les Français, à rendre la sécurité à la route de Ghadâmès et à
+faire arriver à In-Sâlah plus de marchandises.
+
+A donneur donnant. Les Ahaggâr ne connaissent pas d’autre politique, et
+c’est la seule à suivre avec eux.
+
+A nombre égal, les Ahaggâr, habitués à une lutte constante, triomphent
+toujours de leurs ennemis, mais leurs forces collectives sont de
+beaucoup inférieures à celles de leurs voisins. En bloc, le chiffre de
+leur population est d’un tiers inférieur à celui des tribus des Azdjer ;
+du moins, c’est l’opinion générale.
+
+Mais, protégés par leurs montagnes, inaccessibles aux chameaux habitués
+à vivre dans les plaines, ils n’ont pas à redouter, dans une guerre
+offensive, l’enlèvement de leurs familles ou de leurs troupeaux. Dans la
+guerre offensive, au contraire, ils sont redoutables, parce que, sans
+inquiétude pour ceux des leurs qu’ils abandonnent, ils peuvent aller au
+loin porter la ruine et la désolation.
+
+
+A part quelques jardins autour d’In-Sâlah, d’Idélès et de Tâzeroûk,
+quelques champs ensemencés exceptionnellement au débouché des vallées,
+après les inondations, les Ahaggâr ne cultivent pas.
+
+Les seules industries qu’ils connaissent sont celles de la fabrication
+des armes et de la préparation des vêtements de peaux, le tout à leur
+usage.
+
+Exclusivement pasteurs, ils pratiquent l’art pastoral dans les
+conditions les plus défavorables du monde : au sein de leurs montagnes
+abruptes, où il y a des eaux et de la sécurité, l’herbe manque ; dans
+les plaines où les pâturages sont plus abondants, l’eau et la sécurité
+font souvent défaut.
+
+Cette obligation de sortir des montagnes pour nourrir les troupeaux
+entraîne les Ahaggâr à errer dans les plaines et à changer de campements
+chaque fois que les eaux et les pâturages sont épuisés. La famille est
+obligée de suivre le bétail, d’abord parce que le bétail la nourrit de
+son lait, ensuite parce que des bras sont nécessaires pour abreuver les
+bêtes et repousser les attaques de l’ennemi.
+
+Il résulte de l’état continuellement nomade dans lequel vivent quelques-
+unes des tribus de cette confédération qu’on ne peut leur assigner de
+territoires. Toutes ont, dans la montagne, des asiles pour le cas de
+nécessité, mais, dans les terres de parcours, elles vont là où une pluie
+accidentelle peut leur assurer de l’eau et de l’herbe pendant quelque
+temps.
+
+Dans un pays où l’on a vu des périodes de douze ans sans pluies, les
+habitants sont quelquefois amenés à mettre fin à toutes leurs discordes
+et à se grouper, amis et ennemis, autour du seul point où les puits
+donnent encore un peu d’eau. Ainsi, pendant la période contemporaine,
+Azdjer et Ahaggâr ont dû abandonner complétement leur pays et venir
+partager, avec les Touâtiens, le peu d’eau qui restait dans les bas-
+fonds de leurs oasis, et si la sécheresse eût continué, les Touâreg
+eussent dû émigrer, soit vers le littoral méditerranéen, soit vers le
+bassin du Niger.
+
+Dans le climat où nous vivons, nous ne saurions nous rendre compte de ce
+que peut être un pays, sous le tropique, après une sécheresse de douze
+ans. Faute d’eau, les plantes meurent ; faute de plantes, les animaux
+meurent, et l’homme, malgré son intelligence, a besoin d’être fabriqué
+avec du bronze pour résister aux causes qui détruisent tout autour de
+lui.
+
+En de telles conditions on ne vit pas, on ne peut pas vivre, et, pour ne
+pas périr, il faut nécessairement, faute d’autre moyen d’existence,
+piller ceux que le ciel a plus favorisés.
+
+Je ne me sens pas le courage de jeter la pierre à des gens qui, s’ils
+n’existaient pas, devraient être inventés : car, sans eux, les déserts
+qu’ils habitent et qui séparent la race blanche de la race noire
+seraient infranchissables.
+
+
+Chez les Touâreg du Ahaggâr, il n’y a que des tribus nobles et des
+tribus serves. Quand les conditions de l’existence sont aussi
+difficiles, on est fatalement sollicité à asservir, si on n’est pas soi-
+même asservi. Inutile d’ajouter que les serfs sont beaucoup plus
+nombreux que les nobles. Si, chez les Azdjer, quatre serfs sont
+nécessaires pour nourrir un noble, il en faut au moins huit chez les
+Ahaggâr.
+
+
+Pendant la durée de mon exploration, j’ai toujours espéré pouvoir
+visiter les Ahaggâr et prendre sur place les renseignements
+indispensables à l’établissement de l’historique de chacune de leurs
+tribus. On sait pourquoi j’ai dû m’abstenir : on ne sera donc pas étonné
+si je n’entre pas dans de plus grands détails sur chaque tribu, mais on
+peut considérer comme exact ce qui va suivre.
+
+A l’origine, tous les Ahaggâr ne formaient qu’une seule tribu, celle des
+Kêl-Ahamellen, divisée en quatorze fractions, mais, par suite de
+l’impossibilité de vivre réunies, chacune des divisions a dû se séparer
+de la souche mère et se constituer à l’état de tribu indépendante, avec
+son autonomie spéciale. Les fractions qui avaient des imrhâd se sont
+réservé pour leurs besoins des territoires particuliers dans les parties
+protégées de la montagne ; celles qui ne possédaient pas de serfs ont
+adopté la vie errante des nomades dans les déserts qui les séparent de
+leurs voisins.
+
+De ces généralités je passe aux détails.
+
+
+ _Tribu des Kêl-Ahamellen proprement dits._
+
+
+Cette tribu, qui a d’abord embrassé quatorze fractions, en comprendrait
+encore trois aujourd’hui, d’après quelques Touâreg, savoir :
+
+Les Tédjéhé-n-Esakkal,
+
+ Les Tédjéhé-n-Eggali,
+
+ Les Kêl-Ahamellen-wân-Taghert.
+
+
+Selon cette version, la confédération des Ahaggâr ne comprendrait que
+douze divisions.
+
+D’après d’autres Touâreg, les Essakal et les Eggali constitueraient des
+tribus ayant une vie propre, et les Kêl-Ahamellen-wân-Taghert seraient
+aujourd’hui les seuls représentant la tribu mère. J’adopte cette
+dernière version.
+
+Cette tribu vit dans le Mouydîr, entre In-Sâlah et le Ahaggâr. De tous
+les Touâreg de l’Ouest, elle est la plus rapprochée de l’Algérie et
+celle qui fréquente le plus souvent nos marchés.
+
+Elle n’a pas de serfs.
+
+Le voisinage d’In-Sâlah, la fertilité relative de son territoire, assez
+abondamment pourvu d’eau, permettent à cette tribu de vivre dans de
+meilleures conditions d’aisance que les autres.
+
+On est généralement d’accord pour donner le titre d’hommes sages à tous
+ses membres, première preuve à l’appui de l’opinion que tous les Ahaggâr
+abandonneraient la carrière des aventures, si, comme les Kêl-Ahamellen,
+il pouvaient ajouter aux produits de leurs troupeaux quelques bénéfices
+réalisés par le commerce.
+
+
+ _Tribu des Tédjéhé-Mellen._
+
+
+Son chef est Mohammed-eg-Brahîm.
+
+Cette tribu, faible par le petit nombre de ses nobles, a une importance
+réelle par les serfs dont elle dispose et par la position qu’elle occupe
+sur la frontière du territoire des Azdjer, dans la partie occidentale du
+plateau de Tasîli.
+
+
+Les serfs des Tédjéhé-Mellen sont :
+
+ Les Kêl-Ouhât (fraction des Isaqqamâren),
+
+ Les Aït-Lôahen (une partie),
+
+ Les Kêl-Taroûrit.
+
+
+On accorde aux Tédjéhé-Mellen un esprit de conciliation utile aux bons
+rapports entre les deux branches de la grande famille des Touâreg du
+Nord.
+
+
+ _Tribu des Kêl-Rhelâ._
+
+
+La plus puissante de la confédération par le nombre de ses hommes
+nobles, de ses serfs et des tribus satellites qui gravitent autour
+d’elle, la tribu des Kêl-Rhelâ est aux Ahaggâr ce que celle des Orâghen
+est aux Azdjer. La position qu’elle occupe à la tête et au centre du
+plateau, citadelle de la confédération, lui assigne aussi le rang de
+tribu capitale. On sait déjà, par la _Note_ de Brahîm-Ould-Sîdi, que
+l’aïeul des Kêl-Rhelâ est un sultan du nom d’El-’Alouï.
+
+A tous ces titres, cette tribu donne à la confédération son amghâr ou
+chef des chefs.
+
+J’ai dit que le centenaire Guemâma était en possession de cette dignité,
+par droit de naissance, mais que, par suite de nécessité majeure, on
+avait dû en conférer les fonctions à El-Hâdj-Ahmed, de la tribu des
+Ifôghas, et frère du Cheïkh-’Othmân. Je ne reviendrai pas sur cette
+transaction.
+
+Ahitârhen est le chef particulier de la tribu.
+
+
+Les serfs des Kêl-Rhelâ sont :
+
+ Les Imesselîten (un tiers),
+
+ Les Kêl-Rhâfsa (la moitié),
+
+ Les Isaqqamâren (une partie),
+
+ Les Kêl-Ingher,
+
+ Les Kêl-Rhârîs,
+
+ Les Kêl-Tesôka,
+
+ Les Kêl-Adenek,
+
+ Les Kêl-Tîfedest,
+
+ Les Kêl-Tâzhôlet,
+
+ Les Kêl-Tahât,
+
+ Les Isândaten,
+
+ Les Martamaq,
+
+ Les Dag-wân-Taouât.
+
+
+J’ai à faire ici plus d’une remarque sur le rôle, l’importance et la
+position des tribus imrhâd de la dépendance des Kêl-Rhelâ.
+
+In-Sâlah est le marché des Ahaggâr ; les Kêl-Ingher habitent le petit
+village de ce nom dans le Tidîkelt et servent de point d’appui aux
+nobles quand ils se rendent au marché.
+
+La route de Rhât à In-Sâlah est la principale artère qui traverse les
+montagnes ; les Isaqqamâren dans le Tasîli et les Kêl-Rhârîs dans le
+Mouydîr en commandent les principaux passages.
+
+Sur cette route s’effectuent de nombreux transports ; les Isaqqamâren,
+riches en chameaux, en ont le monopole.
+
+La seule production de quelque valeur commerciale dans le Ahaggâr est
+celle du séné ; les Kêl-Rhâfsa occupent les territoires de Wahellidjen
+et d’Arhafra qui le produisent.
+
+Les nobles seigneurs peuvent redouter des surprises dans leur citadelle
+du Ahaggâr ; quatre tribus serves, sédentaires, veilleront, sentinelles
+vigilantes, aux quatre points cardinaux de leur territoire : les Kêl-
+Tahât au Sud-Ouest, les Kêl-Tazhôlet au Sud-Est, les Kêl-Tîfedest et les
+Kêl-Adenek au Nord. Par ces deux dernières tribus, les Kêl-Rhelâ
+commandent les deux routes d’Idélès à In-Sâlah, et d’Idélès à Ouarglâ.
+
+A ces signes, on reconnaît une tribu qui domine et qui veut conserver sa
+prépondérance.
+
+
+M. le commandant Hanoteau, dans sa _Grammaire temâchek’_, donne quelques
+détails sur les Isaqqamâren ; je les consigne ici :
+
+« Les Isaqqamâren comptent deux douârs de quarante tentes chacun. Ils
+ont beaucoup de chameaux.
+
+« Leur territoire est compris entre Tiferkan du côté du Touât, Tîn-
+Zaouâten du côté de Rhât et Tîn-Gharest du côté du Ahaggâr. »
+
+L’esclave duquel M. le commandant Hanoteau a obtenu ces renseignements
+se souvenait encore d’un chant sur les Isaqqamâren ; il le cite comme
+exemple de poésie temâchek’. Je le copie, car il reproduit l’opinion des
+Touâreg sur eux-mêmes :
+
+« Les Isaqqamâren, dit-il, ne sont pas des hommes, car ils n’ont ni
+lances en fer, ni lances à hampe de bois, ni harnachements, ni selles,
+ni boucliers, rien, en un mot, de ce qui rend l’homme joyeux, pas même
+de chameaux gras et bien portants.
+
+« Cependant ne portez pas sur eux un jugement trop absolu, car ils sont
+très-mélangés, et l’on trouve chez eux des gens de toute condition.
+
+« Quelques-uns n’ont que leur bâton pour tout bien ; d’autres sont
+pauvres, mais à l’abri du besoin ; d’autres sont possédés du démon.
+
+« Il y en a qui font le pèlerinage de la Mekke et le renouvellent ; il y
+en a qui savent lire le Coran et qui l’apprennent par cœur.
+
+« Il y en a, enfin, qui ont aux pâturages des chamelles avec leurs
+petits et des lingots d’or bien enveloppés dans des chiffons.
+
+« Quant aux armées, ils ne se joignent pas à elles : c’est pourquoi les
+pointes de leurs lances sont aussi aiguës et leurs boucliers si beaux. »
+
+Nonobstant le dire du poëte, les Isaqqamâren passent pour des convoyeurs
+de caravanes très-braves, et même on les accuse d’aimer un peu trop les
+querelles.
+
+
+ _Tribu des Irhechchoûmen._
+
+
+Petite tribu, satellite des Kêl-Rhelâ, vivant comme ces derniers sur les
+plateaux les plus élevés du Ahaggâr.
+
+Son chef est Ouân-Sella.
+
+
+ _Tribu des Ibôguelân._
+
+
+Le nom d’Ibôguelân est un objet d’effroi dans tout le Sahara, car cette
+tribu ne vit que du produit de ses courses.
+
+Nomade, elle n’a pas de territoire, si ce n’est un centre de réunion
+entre le Tîfedest et les sommets du Ahaggâr, chez les Kêl-Rhelâ, leurs
+parents et alliés.
+
+Assurée de sa retraite et certaine d’être protégée au besoin, en cas de
+revers, elle ne craint pas de s’aventurer au loin, et même d’aller en
+course jusque dans l’Azaouad, au Nord de Timbouktou.
+
+Les autres indigènes, Arabes ou Touâreg, ne pouvant s’expliquer comment
+les Ibôguelân ne succombent pas au rude métier qu’ils font, prétendent
+très-sérieusement qu’ils sont fils d’un _djinn_ ou génie et d’une fille
+d’Ève. Le généalogiste Brahîm-Ould-Sîdi s’abstient même de les
+mentionner.
+
+Leur chef est Akourzelli.
+
+Leurs serfs sont les Imesselîten (un tiers) et les Iberbêren.
+
+Ce dernier nom, comme celui des Iworworen, tribu serve des Orâghen,
+rappelle celui de _Berbères_ que nous donnons à toute la race.
+
+
+ _Tribu des Tâïtoq._
+
+
+Cette tribu, à peu près égale en forces à celle des Kêl-Rhelâ, leur sert
+de contre-poids, dans le Ahaggâr, comme les Imanghasâten contre-
+balancent la puissance des Orâghen chez les Azdjer.
+
+Elle occupe le versant Ouest du massif du Ahaggâr, position qui la
+rapproche de la route d’In-Sâlah à Timbouktou.
+
+Son chef est Si-Mohammed.
+
+
+Leurs serfs sont :
+
+Les Kêl-Ahenet, placés en sentinelle avancée entre la route de
+Timbouktou et la montagne ;
+
+Les Kêl-Rhâfsa (par moitié avec les serfs des Kêl-Rhelâ), dans la
+contrée productrice du séné ;
+
+Les Imesselîten (un tiers) ;
+
+Les Ikelân, tirant leur origine de nègres affranchis ;
+
+Les Tédjéhé-n-Afîs.
+
+
+Ces deux dernières tribus serves sont nomades et chargées de la garde
+des troupeaux.
+
+Les principales familles des Tâïtoq passent pour avoir conservé des
+traces de leur noble origine et pour mener une existence moins
+matérielle que celle des autres tribus.
+
+
+ _Tribu des Tédjéhé-n-Eggali._
+
+
+Tribu nomade, satellite des Kêl-Ahamellen.
+
+Pas de territoire propre, pas de serfs.
+
+Son chef est El-Ouahâb.
+
+
+ _Tribu des Ikadéen._
+
+
+Autre satellite des Tâïtoq, habitant le versant occidental du Ahaggâr.
+
+Cette tribu a pour serfs les Eharhân.
+
+Son chef est Mohammed-Eg-Semâna, sorte de géant, redouté à cause de sa
+bravoure.
+
+
+ _Tribu des Inembâ-Kêl-Tahât._
+
+
+Le mont Tahât, que cette tribu habite, est un des points les plus élevés
+du Ahaggâr.
+
+Ces montagnards ont peu d’importance ; un tiers de la tribu serve des
+Imesselîten leur appartient.
+
+Leur chef est Ourzîg.
+
+
+ _Tribu des Inembâ-Kêl-Émoghrî._
+
+
+Les vallées d’Ouâdinki et d’Emoghrî, qui descendent du versant Nord-Est
+du Ahaggâr, pour aboutir à la Sebkha d’Amadghôr, sont les lieux de
+résidence de cette tribu, peu importante d’ailleurs.
+
+
+Ses serfs sont :
+
+ Les Aït-Loâhen (une partie),
+
+ Les Ehen-n-Ehôlagh,
+
+ Les Aït-Loâhen-kêl-Tazhôlet.
+
+
+Son chef se nomme Oû-Rhalla.
+
+
+ _Tribu des Ikerremôïn._
+
+
+Petite tribu sans importance, n’ayant pas de serfs vivant à Tazhoûlt.
+
+Elle a pour chef El-Kounti-eg-Findeguema.
+
+
+ _Tribu des Tédjéhé-n-oû-Sîdi._
+
+
+La tribu qui porte ce nom n’a aucun point de résidence fixe ; elle erre
+dans le désert, sous la conduite de Mettoûk.
+
+
+ _Tribu des Ennîtra._
+
+
+Autre tribu nomade qui, de même que la précédente, parcourt l’immensité
+du Sahara.
+
+Son chef, Eg-Antéouen, a la réputation d’être un brigand.
+
+
+ _Tribu des Tédjéhé-n-Esakkal._
+
+
+Encore une tribu, annexe des Kêl-Ahamellen, qui a pour chef Afinguenân,
+et sur laquelle, comme pour les trois précédentes, il m’a été impossible
+d’avoir des renseignements.
+
+On les connaît de nom, on sait quels sont leurs chefs. Que peut-on
+savoir de plus de tribus n’ayant ni feu ni lieu, et dont toute
+l’existence se consume à suivre des troupeaux et à disputer des puits et
+des pâturages à leurs voisins ?
+
+Sans aucun doute, ces tribus trouvent beaucoup de charmes dans leur vie
+vagabonde, mais il faudrait se faire nomade comme elles pour pouvoir les
+apprécier.
+
+
+[Note 116 : Le nom de la partie de cette tribu restée sur les rives du
+Niger est grammaticalement un peu différent : il s’écrit et se prononce
+_Ioûrâghen_.]
+
+[Note 117 : A Ghadâmès, dans le quartier de Tîn-Guezzîn, un clou planté
+dans le mur indique à quelle hauteur arrivait la tête de Mahâoua quand
+il se tenait debout.]
+
+[Note 118 : Les Touâreg prononcent souvent ce nom comme s’il était écrit
+_Rhosmân_, parce qu’ils n’ont pas dans leur langue les sons de l’_’aïn_
+et du _tha_ arabe.]
+
+[Note 119 : Le traité de Ghadâmès confère à la famille d’Ikhenoûkhen la
+protection des voyageurs français, à charge par eux d’acquitter des
+droits qui ne sont pas encore déterminés.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE IV.
+
+ CARACTÈRES DISTINCTIFS DES TOUÂREG.
+
+
+Le mouvement de migration des Touâreg, du Nord au Sud, s’est opéré avant
+les grandes conquêtes qui ont amené tant de peuples différents dans le
+Nord de l’Afrique.
+
+Refoulant une race inférieure, beaucoup d’entre eux, les nobles surtout,
+paraissent avoir mis un point d’honneur à s’abstenir de toute union avec
+les vaincus.
+
+Préservés, depuis leur implantation au centre du Sahara, de toute
+invasion : du côté du Nord, par la zone défensive des dunes de l’’Erg ;
+du côté du Sud, par la barrière que leurs frères d’Aïr et les
+Aouélimmiden ont opposée à la réaction de la race noire contre la race
+blanche, les Touâreg du Nord semblent devoir, au plus haut degré,
+représenter le type primitif de la race berbère, si ce type peut être
+retrouvé en toute pureté.
+
+Seuls, du haut de leurs montagnes, ils ont pu contempler toutes les
+révolutions qui ont tant de fois bouleversé l’Afrique occidentale, sans
+jamais être atteints par elles.
+
+On ne sera donc pas étonné que je consacre un chapitre spécial à l’étude
+des caractères qui distinguent les Touâreg du Nord des autres peuplades
+qui les environnent.
+
+
+ _Caractères physiques._
+
+
+En général, les Touâreg sont de haute taille, quelques-uns même
+paraissent de vrais géants.
+
+Tous sont maigres, secs, nerveux ; leurs muscles semblent des ressorts
+d’acier.
+
+Blanche est leur peau, dans l’enfance ; mais le soleil ne tarde pas à
+lui donner la teinte bronzée spéciale aux habitants des tropiques.
+
+Chez les serfs, une teinte plus foncée de la peau est souvent due au
+mélange du sang noir avec le sang blanc.
+
+Le type caucasique est celui de leur figure : face ovale et allongée
+chez les uns, ronde chez les autres ; front large, yeux noirs, nez
+petit, pommettes saillantes, bouche moyenne, lèvres fines, dents
+blanches et belles, quand elles n’ont pas été cariées par l’usage du
+natron, barbe noire et rare, cheveux lisses et noirs. Quelques-uns ont
+des yeux bleus, mais cette nuance se rencontre peu fréquemment.
+
+Les yeux, chez toutes les personnes qui ont dépassé quarante ans,
+paraissent voilés et obscurs. Cet effet est dû à l’intensité de la
+lumière et à l’action de la réverbération solaire. Beaucoup deviennent
+borgnes ou aveugles avant l’âge de la vieillesse.
+
+Le tronc, aussi bien chez l’homme que chez la femme, est largement
+développé.
+
+Les membres supérieurs et inférieurs, allongés, musculeux, se terminent
+par des mains petites et bien faites et par des pieds qui seraient
+également beaux, si le gros orteil, effet ou cause de la chaussure
+employée, ne faisait une saillie désagréable à l’œil.
+
+Les hommes sont généralement forts, robustes, infatigables, quoique leur
+alimentation moyenne soit de beaucoup inférieure à celle de l’Européen ;
+chez eux, pas d’individus chétifs, rachitiques. Le climat fait
+rapidement justice de tout ce qui est mal constitué.
+
+Les femmes, grandes aussi, au port altier, sont généralement belles,
+mais de cette beauté à laquelle l’éducation ne donne pas de distinction.
+Leur physionomie les rapproche cependant beaucoup plus des femmes
+européennes que des femmes arabes.
+
+Un des caractères physiques auxquels un târgui peut se reconnaître entre
+mille, est l’attitude de sa démarche grave, lente, saccadée, à grandes
+enjambées, la tête haute, attitude qui rappelle un peu celle de
+l’autruche ou du chameau en marche, mais qui est due principalement au
+port habituel de la lance.
+
+Cette démarche a été remarquée par tous les Algériens, chaque fois que
+des Touâreg sont venus dans la colonie.
+
+Pour l’ensemble, voir la planche ci-contre.
+
+Pl. XX. Page 382. Fig. 34.
+
+[Illustration : TYPES TOUÂREG.
+
+D’après des photographies de M. Crémière.]
+
+
+ _Caractères moraux._
+
+
+Ebn-Khaldoûn, dans son _Histoire des Berbères_[120], trace, en ces
+termes, les caractères moraux de cette race :
+
+
+« Citons, dit-il, les vertus qui font honneur à l’homme et qui étaient
+devenues, pour les Berbères, une seconde nature : leur empressement à
+s’acquérir des qualités louables, la noblesse d’âme qui les porta au
+premier rang parmi les nations, les actions par lesquelles ils
+méritèrent les louanges de l’univers : _bravoure et promptitude à
+défendre leurs hôtes et clients ; fidélité aux promesses, aux
+engagements et aux traités ; patience dans l’adversité, fermeté dans les
+grandes afflictions, douceur de caractère, indulgence pour les défauts
+d’autrui, éloignement pour la vengeance, bonté pour les malheureux,
+respect pour les vieillards et les hommes pieux, empressement à soulager
+les infortunés, industrie, hospitalité, charité, magnanimité, haine de
+l’oppression, valeur déployée contre les empires qui les menaçaient_,
+victoires remportées sur les princes de la terre, dévouement à la cause
+de Dieu et de sa religion : voilà, pour les Berbères, une foule de
+titres à une haute illustration, titres hérités de leurs pères et dont
+l’exposition, mise par écrit, aurait pu servir d’exemple aux nations à
+venir. »
+
+
+Les Touâreg ont encore, au plus haut degré, quelques-unes des belles
+vertus assignées à leur race, il y aura bientôt six siècles, par un
+historien impartial, car il était Arabe.
+
+La bravoure des Touâreg est proverbiale. Quoi qu’on en ait dit, ils
+n’empoisonnent jamais leurs flèches ni leurs lances ; entre eux ils
+dédaignent l’emploi des armes à feu, qu’ils appellent _armes de la
+traîtrise_, parce qu’un homme embusqué derrière une broussaille peut
+tuer son adversaire sans courir aucun danger.
+
+La défense de leurs hôtes et de leur clients est encore la vertu par
+excellence des Touâreg, et, si elle n’était érigée chez eux à l’état de
+religion, le commerce à travers les déserts du Sahara serait impossible.
+
+La fidélité aux promesses, aux traités, est poussée si loin par les
+Touâreg, qu’il est difficile d’obtenir d’eux des engagements et
+dangereux d’en prendre, parce que, s’ils se font scrupule de manquer à
+leur parole, ils exigent l’accomplissement rigoureux des promesses qui
+leur sont faites. Il est de maxime chez les Touâreg, en matière de
+contrat, de ne s’engager que pour la moitié de ce qu’on peut tenir, afin
+de ne pas s’exposer au reproche d’infidélité. Comme tous les autres
+musulmans, ils subordonnent bien leur exactitude à la volonté de Dieu,
+mais ils ne spéculent pas sur cette réserve.
+
+Quand un târgui quitte sa famille pour aller en voyage, il confie à son
+voisin l’honneur de sa maison, et le voisin venge les affronts faits à
+l’absent avec plus de rigueur que s’il s’agissait de lui-même.
+
+La patience, la résignation et la fermeté des Touâreg dans la misère,
+peuvent être égalées, mais non surpassées : car, sans ces vertus,
+comment pourraient-ils vivre au milieu de déserts où l’on ne voit
+souvent ni une plante, ni le plus petit des animaux ?
+
+Je n’ose pas affirmer les qualités du cœur des Touâreg, dans les termes
+qu’Ebn-Khaldoûn employait en parlant des Berbères, au temps de la plus
+grande puissance de cette race, parce que, dans plus d’une circonstance,
+je les ai vus emportés, vindicatifs, indifférents aux souffrances des
+autres. Cependant, au fond, il faut que les nobles soient bons envers
+leurs serfs et leurs esclaves, pour que ceux-ci ne se révoltent pas, ne
+les abandonnent pas. Et puis, là où il n’y a rien, la charité, comme le
+roi, perd ses droits. Chez les Touâreg, nobles et serfs, riches et
+pauvres, se serrent le ventre avec une ceinture quand il n’y a plus de
+vivres au logis, et vont dans les champs disputer aux troupeaux les
+quelques plantes qui peuvent entretenir leur existence. La générosité,
+dans ce cas, serait une vertu plus qu’humaine.
+
+Les capacités industrielles des Touâreg sont encore à la hauteur de
+celles des autres Berbères. Ils ne sont pas riches en matières
+premières, mais ils approprient à leurs besoins tout ce qu’ils ont sous
+la main.
+
+Quant à la haine de l’oppression, elle est encore aussi vivace chez eux
+qu’aux plus beaux jours de la puissance des Berbères, car c’est leur
+amour de l’indépendance qui les a conduits et les maintient au désert.
+
+Il est une qualité, spéciale aux Touâreg, qu’Ebn-Khaldoûn ne mentionne
+pas et qui a une valeur réelle pour des hommes perdus dans l’immensité
+des déserts ; je veux parler de leur aptitude aux grands voyages, au
+milieu de dangers de toute nature. Essentiellement cosmopolite, le
+târgui passe sans transition du climat sain de ses montagnes dans les
+marécages de l’Afrique centrale, d’une température quelquefois au-
+dessous de zéro à celle de la zone torride, d’un pays où il pleut
+rarement dans des contrées où les pluies tropicales amènent des déluges
+d’eau. Dans ces pérégrinations, il résiste à des épreuves qui tuent les
+animaux les plus robustes.
+
+J’ajouterai encore que le mensonge, le vol domestique et l’abus de
+confiance sont inconnus des Touâreg.
+
+Un târgui a-t-il commis un crime, il fuira ; mais, s’il est pris, il
+l’avouera, dût sa vie dépendre de son aveu.
+
+Un târgui arme-t-il en course et fait-il huit cents kilomètres pour
+aller enlever au pâturage du bétail appartenant à une tribu ennemie ;
+s’il rencontre en chemin des marchandises ou des vivres déposés par une
+caravane, il les respectera. Jamais il ne pénétrera dans une tente ou
+dans un bivac pour y prendre quoi que ce soit.
+
+Confie-t-on à un târgui des marchandises, de l’argent, pour les porter
+d’une ville dans une autre, il aura beau, à mi-chemin, séjourner dans sa
+tente ; ni lui, ni sa femme, ni ses enfants, fussent-ils dans le plus
+grand dénûment, n’y toucheront.
+
+Prête-t-on sur parole, même sans témoin, de l’argent à un târgui, il le
+rendra, fût-ce vingt ans après, s’il lui a fallu ce temps pour réaliser
+la somme empruntée, et il passera trois mois sur les routes pour aller
+la restituer. Si le prêteur est mort, la dette est remboursée à ses
+héritiers, et si l’emprunteur meurt insolvable, ses enfants tiennent à
+honneur de payer dès qu’ils pourront.
+
+Il est bien entendu qu’il ne s’agit pas ici de ces dons, déguisés sous
+le nom de prêts, que les Touâreg sollicitent souvent de leurs clients,
+voyageurs ou commerçants, en sus du prix de protection stipulé.
+
+Un târgui meurt-il en voyage, ses compagnons de caravane acceptent,
+_ipso facto_, le mandat de gérer ses affaires au mieux de ses intérêts,
+et, au retour, ils rendent un compte fidèle de leurs opérations à ses
+héritiers.
+
+Un peuple qui a de telles qualités, au milieu de quelques défauts
+inséparables de l’humanité, ne mérite pas la réputation que lui ont
+faite des écrivains renseignés par ses ennemis.
+
+
+ _Conservation de l’écriture berbère._
+
+ (Tefînagh.)
+
+
+Depuis longtemps on savait que les plus anciens habitants de l’Afrique
+septentrionale se servaient de différents dialectes d’une langue à
+laquelle, sans la connaître, on avait donné le nom de _langue berbère_,
+comme on avait appelé _Berbères_ ceux qui la parlaient. Des vocabulaires
+de divers dialectes avaient même été publiés, avant et depuis
+l’occupation de l’Algérie, par Venture, MM. Delaporte et Brosselard.
+
+On savait aussi par Ebn-Khaldoûn que le Coran avait été traduit, au
+Maroc, de l’arabe en berbère, mais que cette traduction, écrite
+d’ailleurs avec les lettres de l’alphabet arabe, avait été détruite, la
+parole de Dieu ne pouvant, sans profanation, être exposée à être altérée
+par des traducteurs.
+
+On savait, enfin, par la narration du voyage de Denham et Clapperton
+dans l’Afrique centrale, que le docteur Oudney, leur compagnon
+d’exploration, qui succomba dans le Soûdân, avait recueilli, en 1822, un
+alphabet de dix-neuf lettres, au moyen duquel les Touâreg représentaient
+les mots de la langue de leur pays.
+
+Depuis, nos découvertes en cette matière ont beaucoup progressé.
+Aujourd’hui nous possédons une _Grammaire de la langue temâchek’_, par
+M. le chef de bataillon du génie, A. Hanoteau, avec un recueil de
+fables, d’histoires, de poésies, de conversations et de _fac-simile_
+d’écriture _tefînagh_ et, de plus, les caractères typographiques qui ont
+été fondus pour composer ce remarquable ouvrage. Aussi quand, l’année
+dernière, les marabouts Touâreg furent conduits à l’Imprimerie
+impériale, ont-ils été émerveillés de voir sortir des presses un
+magnifique tableau commémoratif de leur visite, imprimé en français et
+en tefînagh.
+
+Plus récemment (1862), l’imprimeur Harrison, de Londres, a publié une
+seconde grammaire du même dialecte, _Grammatical sketch of the temâhuq_,
+par M. Stanhope Freeman, gouverneur de Lagos, ancien vice-consul
+britannique à Ghadâmès.
+
+Antérieurement, la Société biblique de Londres avait aussi publié dans
+la même langue quelques fragments des Écritures, d’après James
+Richardson, mort depuis dans l’exploration dont M. le docteur Barth est
+le seul survivant.
+
+
+Par quelle exception les Touâreg, ces enfants perdus dans le désert,
+avaient-ils conservé l’écriture de leur langue, quand toutes les autres
+peuplades berbères du littoral méditerranéen avaient même perdu le
+souvenir de son ancienne existence ?
+
+L’invasion par les Arabes de tous les pays berbères, la conversion
+forcée à l’islamisme, la substitution de la langue du Coran à toute
+autre, la destruction même des traductions berbères du Livre saint,
+l’ardeur avec laquelle quelques-uns des nouveaux convertis se mirent à
+la tête du prosélytisme religieux, expliquent comment la langue arabe a
+partout remplacé, comme langue écrite, toutes celles antérieurement en
+usage dans le Nord du continent africain.
+
+Carthage aussi avait vu de même sa langue et son écriture nationales,
+qui étaient celles des Phéniciens, effacées par le fanatisme politique,
+terribles exemples de ce que peut l’homme en matière de destruction
+quand la passion l’anime. Toutefois, au centre du Sahara, dans un de ces
+lieux arides où des hommes simples abritent leur indépendance et où
+l’ambition des conquérants ne pénètre pas, il y avait des peuplades de
+la race vaincue, mais non asservie, qui purent conserver et transmettre
+à la postérité ce qui avait été anéanti avec tant de soin partout
+ailleurs.
+
+Au nombre de quatre, ces peuplades, représentant les quatre fractions
+des Touâreg, ont conservé la même écriture malgré la divergence de leurs
+dialectes parlés. Il y a bien quelques différences dans la forme donnée
+à certaines lettres, suivant les contrées ; mais ces variantes n’ont
+rien d’étonnant. Dans toute langue écrite, quand l’imprimerie n’est pas
+là pour rappeler au type primitif, la forme des lettres varie à
+l’infini, suivant le caprice des maîtres et des copistes. Sous ce
+rapport, le tefînagh offre moins de types différents que les écritures
+de nos anciennes chartes, car les lettres modernes, à quelques
+exceptions près, sont les mêmes que celles de l’inscription de Tugga,
+contemporaine de l’époque carthaginoise.
+
+Tout est exceptionnel dans la conservation de cette écriture ; car c’est
+principalement aux dames târguies que nous sommes redevables de ce
+miracle.
+
+Miracle en effet ! dans tout le continent africain, les femmes lettrées
+se comptent par unités, tandis que chez les Touâreg presque toutes les
+femmes savent lire et écrire, dans une proportion plus grande même que
+les hommes.
+
+Dès mon arrivée au milieu de leurs tribus, je manifestai le désir
+d’apprendre le temâhaq, et je demandai qui pourrait m’enseigner la
+lecture et l’écriture de cette langue. A mon grand étonnement, on
+m’apprit que l’enseignement du tefînagh était réservé exclusivement aux
+femmes, et quelques-unes s’offrirent pour me donner des leçons.
+
+Pour me guider dans mes études, j’avais un exemplaire de la _Grammaire
+temâchek’_ de M. Hanoteau. Cette circonstance me fit trouver, en station
+comme en voyage, autant de professeurs que je pouvais le désirer ; car
+toutes les dames târguies voulaient voir, examiner, contrôler cette
+œuvre merveilleuse. Jamais livre en Europe n’a eu plus de succès.
+D’abord, il flattait l’amour-propre national ; puis, il témoignait du
+grand intérêt que nous portons à tout ce qui concerne les peuples
+conservateurs de la langue temâhaq ; il était imprimé sur beau papier,
+avec le luxe typographique de l’Imprimerie impériale ; enfin, il
+contenait un recueil de fables, de poésies, d’histoires qui n’étaient
+pas toutes connues dans le pays et qui apportaient une grande
+distraction dans la vie monotone du désert.
+
+J’ai lu la _Grammaire_ de M. Hanoteau avec les Touâreg, et je dois dire
+que le contrôle des linguistes du pays est tout en faveur de ce travail.
+Le seul reproche qu’on puisse lui adresser est d’avoir été fait loin des
+lieux où l’on parle le temâhaq, ce qui n’a pas permis à l’auteur de
+distinguer les différences propres à chaque dialecte. D’ailleurs le nom
+de _temâchek’_ qu’il donne à l’idiome objet de ses études témoigne que
+M. Hanoteau a puisé principalement ses connaissances dans le dialecte du
+Sud ; car celui du Nord porte le nom de _temâhaq_.
+
+Chez les Azdjer, presque toutes les femmes savent lire et écrire, tandis
+qu’un tiers des hommes à peine est arrivé à ce degré d’instruction. La
+majorité sait mal, et il est facile, même à un Européen, de constater
+beaucoup de fautes ; mais quelques-unes écrivent correctement et
+paraissent être guidées par de véritables règles.
+
+On a publié plusieurs alphabets tefînagh plus ou moins complets. Les
+plus corrects sont ceux de MM. Richardson, Hanoteau et Freeman.
+Nonobstant, je crois utile de donner ici celui que j’ai recueilli dans
+mon voyage, en faisant remarquer toutefois que les différences les plus
+importantes tiennent à la forme variable de quelques lettres.
+
+Pl. XXI. Page 388. Fig. 35.
+
+[Illustration : ALPHABET TEFÎNAGH.]
+
+
+J’ajouterai à ce qu’ont dit mes devanciers, savoir :
+
+1o Que le tefînagh s’écrit à volonté, horizontalement ou verticalement ;
+
+2o Que, dans l’écriture horizontale ou verticale, les caractères sont
+tracés indistinctement de droite à gauche, de gauche à droite, de haut
+en bas, de bas en haut, bien que la manière arabe ou hébraïque, de
+droite à gauche, soit la plus généralement adoptée ;
+
+3o Que les lettres n’ont pas, comme dans nos caractères, d’une manière
+absolue, un haut, un bas, un côté droit et un côté gauche, mais
+s’emploient à volonté dans tous les sens ; ainsi, la lettre _iedh_,
+correspondant à notre _dh_, s’emploie indistinctement comme il suit :
+[Variants d’ⴹ].
+
+
+D’après le Cheïkh-’Othmân, guide excellent dans toutes les recherches
+spéciales à l’étude de son pays, il existerait un livre de droit,
+traduit en bon temâhaq, mais écrit en lettres arabes. Un exemplaire de
+ce livre existe à Aqabli, et un autre entre les mains de Brahîm-Ould-
+Sîdi, le savant des Ifôghas. Le brave cheïkh m’a promis d’en faire
+prendre une copie.
+
+Autrement, on ne trouve écrits en tefînagh que des inscriptions sur les
+rochers, sur les armes, sur les anneaux de bras, les bracelets, les
+instruments de musique, les lanières de cuir, les boucliers ou des
+broderies sur les vêtements. Tous les écrits sérieux, les livres, les
+chroniques, la correspondance, les amulettes sont en arabe, langue que
+beaucoup parlent, mais que les lettrés seuls savent écrire.
+
+Les inscriptions sur les rochers sont les unes anciennes, les autres
+modernes ; les unes gravées en creux au burin, les autres en relief et
+exécutées au moyen d’un mastic auquel le goudron sert de base et qui a
+la double propriété, comme l’encre des transpositions lithographiques,
+de faire corps avec la pierre et de se conserver plus ou moins
+longtemps.
+
+Sur les rochers aussi, on trouve souvent, soit isolées, soit
+rapprochées, des sculptures, des gravures, informes bien entendu, mais
+qui, quelquefois, ont la prétention de représenter des scènes
+allégoriques.
+
+M. le docteur Barth a déjà livré à la publicité quelques _fac-simile_ de
+tableaux rupestres qu’il a rencontrés sur sa route. Moins heureux que
+lui, je n’ai pas eu la chance d’en trouver d’assez importants pour
+mériter la reproduction ; mais, par contre, ma collection d’inscriptions
+est plus riche, et j’en donne, dans la planche ci-contre, quelques-unes,
+principalement celles qui ne me paraissent pas se borner à de simples
+noms d’hommes[121].
+
+Tôt ou tard, l’examen comparé des sculptures et des inscriptions
+rapportées par les divers voyageurs pourra donner lieu à d’importantes
+remarques ethnographiques.
+
+En général, les lettres des inscriptions sur les rochers ont environ 6
+centimètres de hauteur ; le trait se ressent de l’inhabileté des
+graveurs. Quelques-unes sont frustes et d’une lecture difficile.
+
+Les Touâreg disent que les inscriptions en creux sont anciennes, car les
+modernes se bornent aux inscriptions en relief, en noir avec le charbon,
+ou en rouge avec l’ocre.
+
+Pl. XXII. Page 390. Fig. 36.
+
+[Illustration : INSCRIPTIONS TEFÎNAGH.]
+
+
+ _Usage du voile._
+
+
+Si, pour les hommes de science, la conservation de l’écriture, d’une
+écriture perdue, et qui fut jadis celle exclusivement en usage dans tout
+le Nord du continent africain, est un fait capital qui permettrait de
+donner aux Touâreg le surnom de _Conservateurs du tefînagh_, l’usage du
+voile est pour le vulgaire un signe plus caractéristique encore ; car,
+dès leur arrivée en Afrique, les Arabes ont immédiatement appelé ces
+peuples : _Molâthemîn_, les voilés, ou _Ahel-el-lithâm_, les gens du
+voile ; et les historiens arabes leur ont depuis conservé ce surnom.
+
+Le voile, en effet, est d’usage général chez les Touâreg, et ils ne le
+quittent jamais, ni en voyage, ni au repos, pas même pour manger, encore
+moins pour dormir ; de là, grande difficulté pour voir le visage d’un
+târgui.
+
+Quoique, par imitation, les chefs arabes de Timbouktou, les princes
+Fellâta, les gens d’In-Sâlah, de Ghadâmès, de Rhât, les Arabes nomades
+du Touât, et les Teboû, aient aussi la figure voilée ou couverte, les
+Touâreg sont réellement les seuls chez qui l’usage du voile est général
+et passé dans les mœurs.
+
+
+Il est difficile de remonter à l’origine de cette coutume et de lui
+assigner une cause.
+
+L’usage du voile est hygiénique, dit-on. Il préserve les yeux de
+l’action trop intense du soleil, le nez et la bouche de la poussière
+fine des sables et il entretient l’humidité à l’entrée des deux
+principales voies respiratoires, ce qui est important sous un climat où
+l’air est excessivement sec.
+
+Mais, si une raison exclusivement hygiénique a fait adopter le voile,
+pourquoi les femmes ne le portent-elles pas ? pourquoi les hommes ne se
+débarrassent-ils pas la nuit, au repos, quand il n’y a ni soleil, ni
+sables, ni air chaud et sec, d’un vêtement toujours gênant, malgré la
+grande habitude de le porter ?
+
+Un târgui, quel qu’il soit, croirait manquer aux convenances en se
+dévoilant devant quelqu’un, à moins que ce ne soit dans l’extrême
+intimité ou pour satisfaire à la demande d’un médecin à l’effet de
+constater la nature d’une maladie. A part ces cas exceptionnels, le
+voile doit toujours couvrir le visage.
+
+A Paris, j’ai vainement sollicité le Cheïkh-’Othmân et ses deux
+disciples de laisser tomber leur voile devant l’appareil photographique,
+en leur affirmant que ce n’était à autre fin que d’avoir une image
+fidèle des traits d’hommes aimés ; je ne pus obtenir cette faveur.
+
+Ce n’était pas affaire de religion, car le Cheïkh-’Othmân avait sous les
+yeux les photographies d’’Abd-el-Kâder et du chef de la confrérie dont
+il est un des principaux dignitaires, et il ne les blâmait pas de leur
+condescendance ; mais sa qualité de târgui lui faisait considérer comme
+une sorte de profanation de se dévoiler, en dehors de tout regard, même
+devant le miroir d’un appareil.
+
+On a cru, d’après des informations inexactes, que les Touâreg portaient
+le voile parce qu’ils ne voulaient pas être reconnus comme auteurs des
+cruautés qu’ils exercent sur leurs ennemis.
+
+Cette interprétation est fausse pour trois motifs : d’abord les Touâreg
+ne sont pas cruels ; puis, malgré leur voile, ils se reconnaissent entre
+eux comme s’ils n’étaient pas voilés ; enfin, ils repoussent les armes à
+feu, qu’ils appellent armes de traîtrise, considérant comme seul
+honorable le combat à l’arme blanche, corps à corps, face à face.
+
+
+Parmi les porteurs de voile, on distingue ceux qui font usage du voile
+blanc de ceux qui ont le voile noir.
+
+Par un contraste fréquent dans la nature, les Touâreg à figure blanche,
+aux traits caucasiques, les nobles en particulier, ont adopté
+exclusivement le voile noir ; au contraire, les hommes de race
+inférieure, ceux chez lesquels le sang du nègre se manifeste, ont donné
+la préférence au voile blanc. Ce dernier, plus facile à laver, d’un prix
+inférieur, est aussi préféré par un grand nombre des habitants des
+villes de Rhât, de Ghadâmès et d’In-Sâlah.
+
+De là, deux classes de Lithâmiens : les blancs et les noirs.
+
+Dans le langage vulgaire, et par abréviation, les Arabes disent
+quelquefois aussi Touâreg blancs pour Touâreg serfs et Touâreg noirs
+pour Touâreg nobles.
+
+Ceux qui ont fait de cette division en blancs et en noirs, d’après la
+couleur du voile, une division basée sur la couleur de la peau, ont donc
+commis une erreur.
+
+
+ _Anneau de pierre au bras._
+
+
+Tous les Touâreg, dès que leur âge leur permet de prendre les armes,
+portent au bras droit, entre le ventre du biceps et l’attache inférieure
+du deltoïde, un anneau en pierre qui, une fois mis en place, n’est
+jamais enlevé.
+
+Le but de cet usage, disent les Touâreg, est de donner plus de force au
+bras pour assener un coup de sabre.
+
+Dans les combats corps à corps, quand deux champions se tiennent enlacés
+de manière à ne pouvoir plus faire usage de leurs armes, chaque
+combattant cherche à écraser les tempes de son adversaire sous l’anneau
+de son bras.
+
+Ces anneaux, en serpentine, de couleur verte, avec des raies d’un vert
+plus foncé, sont larges et arrondis, de manière à ne pas blesser celui
+qui les porte. On les fabrique dans les contrées où se trouve la
+serpentine, chez les Aouélimmiden et chez les Azdjer.
+
+Quoique chaque târgui, à l’exception des marabouts, ait un anneau à son
+bras, cet article est assez rare dans le pays pour que je n’aie pas eu
+l’occasion d’en acheter un pour mes collections.
+
+Seuls, au milieu de tous les peuples qui les environnent, les Touâreg
+portent l’anneau de pierre au bras droit.
+
+
+ _Poignard d’avant-bras._
+
+
+Il est une arme aussi dont un târgui ne se sépare jamais ; c’est un
+poignard plat, de la longueur d’une coudée, fixé par un large bracelet
+en cuir à la face interne de l’avant-bras gauche, de manière que la
+poignée soit toujours à la disposition de la main droite, sans gêner
+aucun mouvement.
+
+Cette arme exceptionnelle, portée d’une manière si exceptionnelle,
+n’appartient encore qu’aux Touâreg seuls.
+
+
+_Succession maternelle. — Droit d’aînesse politique au profit du fils de
+ la sœur aînée._
+
+
+ (Benî-Oummïa.)
+
+Déjà, la _Note_ de Brahîm-Ould-Sîdi sur leurs origines a fait connaître
+que les Touâreg attachent un aussi grand prix à la filiation maternelle
+qu’à la descendance paternelle, et qu’entre eux ils distinguent les
+tribus qui suivent l’ordre de succession maternelle, par le nom de
+_Benî-Oummïa_, de celles qui, exceptionnellement, et depuis
+l’introduction de l’islamisme, ont adopté la succession paternelle, et
+qu’ils appellent _Ebna-Sîd_.
+
+Déjà, dans le paragraphe consacré à Rhât, j’ai été amené à constater
+chez les Berbères Ihâdjenen, fondateurs de cette ville, une constitution
+de la famille et une loi d’hérédité différentes de celles des autres
+peuples de religion juive, chrétienne ou musulmane.
+
+Déjà aussi le lecteur a pu pressentir qu’une sorte de droit d’aînesse,
+comme dans les familles patriarcales, sanctionnait l’hérédité de pouvoir
+aux mains d’un aîné, à l’exclusion de ses cadets.
+
+Enfin, l’étude de la constitution sociale de la famille et de la tribu
+chez les Touâreg a signalé, au profit de la femme, des priviléges dont
+on ne retrouve aucun exemple, ni chez les autres peuples musulmans, ni
+même dans les autres tribus berbères de l’Afrique occidentale.
+
+Mais, jusque-là, l’observation ne constate pas un droit _sui generis_,
+caractéristique d’une civilisation spéciale et dont on ne retrouve la
+trace ni dans le présent, ni dans le passé.
+
+Le droit d’aînesse, aussi ancien que l’histoire, a été et est encore de
+droit commun dans la législation des sociétés aristocratiques.
+
+Dans tous les temps et dans tous les lieux, la loi et les mœurs ont
+consacré des priviléges en faveur de la femme.
+
+La formule romaine : « _Partus sequitur ventrem_, » ne diffère pas de la
+coutume târguie : « _Le ventre teint l’enfant_. »
+
+Dans l’ancienne Égypte, d’après Diodore de Sicile (liv. Ier, chapitre
+XX), la femme pouvait, par contrat de mariage, se réserver l’autorité
+sur son mari, même entre reine et roi.
+
+Aux îles Maldives, d’après Fr. Picard, non-seulement les femmes
+transmettent aux enfants leur condition sociale, mais encore elles
+exercent dans la famille des droits supérieurs à l’autorité du mari.
+
+La transmission du pouvoir par les fils de la sœur n’est même pas sans
+précédents dans l’histoire :
+
+Montesquieu (_Esprit des lois_, liv. XXVI, chap. VI) dit, d’après
+l’autorité de documents de la Compagnie anglaise des Indes :
+
+« Dans les pays où la polygamie est établie, le prince a beaucoup
+d’enfants. Il y a des États où l’entretien des enfants du roi serait
+impossible au peuple ; on a pu y établir que les enfants du roi ne lui
+succéderaient pas, mais ceux de sa sœur.
+
+« Un nombre prodigieux d’enfants, ajoute-t-il, exposerait l’État à
+d’affreuses guerres civiles. L’ordre de succession qui donne la couronne
+aux enfants de la sœur, dont le nombre n’est pas plus grand que ne
+serait celui des enfants d’un prince qui n’aurait qu’une seule femme,
+prévient ces inconvénients. »
+
+Tacite (_Mœurs des Germains_, liv. XX), avant de constater que chez les
+Germains le fils hérite du père, dit : « Le fils d’une sœur est aussi
+cher à son oncle qu’à son père ; _quelques-uns pensent même que le
+premier de ces liens est le plus saint et le plus étroit_, et, en
+recevant des otages, ils préfèrent des neveux comme inspirant un
+attachement plus fort et intéressant la famille par plus d’endroits. »
+
+Guillaume Bosman, dans son _Voyage de Guinée_ (un vol. in-18, Utrecht,
+1705), donne aux nègres de toute la côte des lois et des coutumes sur
+lesquelles j’appelle l’attention.
+
+Il dit, _Lettre onzième_, page 197 et 198 : « On marie beaucoup de
+princesses étant fort jeunes, et on ne regarde point au bien ni à la
+naissance comme parmi nous ; car il n’y a pas la moindre différence
+entre les enfants des rois et ceux de leurs sujets. Chacun se choisit
+une femme comme il veut, sans que les mariages soient pour cela inégaux,
+quand même la fille d’un roi épouserait un esclave, ce qui arrive tous
+les jours, et cela s’accorde mieux que si le fils du roi épousait une
+fille esclave ; car, comme _les enfants suivent la mère_ dans ce pays,
+les enfants de la fille du roi mariée avec un esclave sont libres, au
+lieu que les enfants du fils du roi, qui a épousé une esclave, sont
+aussi esclaves. »
+
+Dans sa _Douziéme lettre_, page 207, Bosman ajoute : « L’hérédité est
+ici réglée d’une assez plaisante manière, et, autant que je l’ai pu
+comprendre, voici comme cela va. _Les enfants du frère ou de la sœur
+sont les véritables et légitimes héritiers_ ; en sorte qu’un garçon, qui
+est l’aîné de la famille hérite des biens du frère de sa mère et de ceux
+de son fils s’il en a un, et la fille aînée hérite des biens de la sœur
+de sa mère ou de ceux de sa fille si elle en a une.
+
+« Les nègres ne nous en peuvent point dire la raison, mais je crois que
+cet usage a été introduit à l’occasion de la débauche des femmes. Comme
+ceux qui ont voyagé dans les Indes orientales rapportent qu’il y a des
+rois qui déclarent pour leur successeur le fils de leur sœur au lieu de
+leur propre fils ; car ils se peuvent assurer que le fils de leur sœur
+est de leur propre sang, au lieu qu’ils n’ont pas la même certitude de
+leurs propres enfants. Ces rois en usent ainsi pour empêcher que leur
+couronne ne passe dans une autre famille ; et les nègres, afin que leurs
+biens ne tombent pas entre les mains des étrangers. »
+
+Bosman constate cependant que toutes les tribus nègres ne suivent pas la
+succession maternelle, et que chez quelques-unes l’héritage direct du
+père au fils est la règle.
+
+M. Paul du Chaillu (_Voyages et aventures dans l’Afrique équatoriale_,
+Paris, 1863), retrouve la même loi de succession en usage dans quelques
+peuplades nègres qu’il a visitées. Il dit, chap. XVI, page 282 : « Ce
+qu’il y a de particulier chez ce peuple, c’est que la filiation et les
+successions proviennent du chef de la mère. Le fils d’un Commi et d’une
+femme étrangère n’est pas réputé Commi. D’après ce principe appliqué aux
+familles, pour être un véritable Abouya (citoyen de Goumbi), il faut
+être né d’une femme Abouya. Si le père seul est Abouya, les enfants sont
+regardés comme de _demi-sang_. »
+
+Mais toutes ces coutumes anciennes et modernes, romaines, féodales,
+orientales et nigritiennes, diffèrent de la loi _Benî-Oummïa_ des
+Touâreg, par leur origine, leur esprit et leur caractère.
+
+
+Voici, autant qu’il est permis à un étranger de les formuler, les
+principales dispositions de cette loi.
+
+Les Touâreg Benî-Oummïa distinguent deux sortes de biens transmissibles
+par héritage :
+
+
+Les biens _légitimes_,
+
+Les biens _illégitimes_.
+
+
+Je me sers des mots légitimes et illégitimes à défaut d’autres, dans
+notre langue, pour remplacer l’expression technique de la langue
+temâhaq.
+
+Les premiers sont ceux acquis par le travail individuel et dont la
+possession est sacrée : l’argent, les armes, les esclaves achetés, les
+troupeaux, les récoltes et les provisions ;
+
+Les seconds, _éhéré-n-boûtelma_, mot à mot : _biens d’injustice_, sont
+ceux conquis les armes à la main, et dont la possession ne repose que
+sur le droit de la force, biens conquis collectivement par tous les
+membres actifs de la famille et conservés par leur concours, savoir :
+
+
+Les _rhefer_ ou droits coutumiers, perçus sur les caravanes et les
+voyageurs ;
+
+La _gharâma_ ou tribut de protection, payé par les _ra’aya_ ;
+
+Les _imrhâd_ ou droits sur les personnes et sur les biens des tribus
+réduites en servage ;
+
+Les _melâk_ ou droits territoriaux, tant sur les terres de parcours que
+sur les terres de culture, les eaux, etc. ;
+
+Enfin le _soltna_ ou droit de commander et d’être obéi.
+
+A la mort d’un chef de famille, quand l’héritage s’ouvre, tous les biens
+légitimes sont divisés, par parts égales, entre tous les enfants, sans
+distinction de primogéniture ou de sexe.
+
+Cette pratique est observée dans toutes les classes de la société
+târguie : nobles, marabouts, tributaires ou serfs.
+
+Quant aux biens de la seconde catégorie, les illégitimes, apanage
+exclusif de la noblesse, ils reviennent, par droit d’aînesse, sans
+division ni partage, au fils aîné de la sœur aînée :
+
+_Sans division_, sur une tête unique, mais sans possibilité d’aliéner,
+afin de conserver au chef de la famille, et à la famille elle-même, les
+moyens matériels de maintenir son influence et sa prépondérance ;
+
+_Au fils aîné de la sœur aînée_, pour assurer, contre toute éventualité,
+la transmission du sang, la conservation de la tradition familiale, à la
+tête des tribus.
+
+
+On serait dans l’erreur si on attribuait exclusivement à la crainte
+d’infidélités de la part de l’épouse d’aussi grandes précautions pour
+éviter l’avénement d’un homme de sang étranger à la tête de la famille,
+car, en général, la femme târguie, sévère sur ses droits, l’est aussi
+sur ses devoirs.
+
+Les inconvénients de la polygamie, aussi, doivent rester étrangers aux
+motifs qui ont fait préférer l’aîné des neveux utérins au fils aîné du
+chef de famille, car si la monogamie a pu lutter contre le polygamisme
+musulman, c’est qu’elle devait être d’institution très-ancienne chez les
+Touâreg.
+
+D’autres motifs, puisés dans les superstitions du paganisme, doivent
+avoir contribué plus puissamment à faire adopter la loi Benî-Oummïa.
+
+Rappelons-nous avoir déjà lu au chapitre consacré aux tribus du Ahaggâr
+que, d’après la croyance générale et inébranlable de tous les Touâreg,
+les Ibôguelân passent pour être les fils d’un esprit surnaturel et d’une
+fille d’Ève.
+
+Nous verrons plus loin qu’en fait d’idées superstitieuses les Touâreg
+dépassent tout ce que l’imagination la plus féconde peut inventer.
+
+En attendant, voici ce que racontent les Touâreg sur les causes qui leur
+ont fait adopter la loi de succession en usage chez les Benî-Oummïa.
+
+Dans les temps très-anciens, dit la tradition, un de leurs sultans se
+trouva atteint par le mauvais œil.
+
+Le mauvais œil, quelque chose comme la _jettatura_ des Italiens !
+
+L’effet du mauvais œil fut que la première femme du sultan conçut de lui
+un _djinn_ ou _génie_ qui, aussitôt entré dans ce monde, alla rejoindre
+ses frères dans le royaume des esprits.
+
+Le sultan, comme il arrive toujours en pareil cas, accusa sa femme et la
+répudia.
+
+Il prit une seconde femme. Même résultat, avec cette différence que le
+produit de leurs amours fut un _inn_, autre être surnaturel, au lieu
+d’être un _djinn_.
+
+Nouveau divorce, nouveau mariage, renouvelé une troisième, une
+quatrième, une cinquième fois.
+
+On dit même que le sultan eut la vertu d’aller jusqu’au chiffre de
+soixante femmes sans pouvoir obtenir, pour héritier de son royaume,
+autre chose que des _inn_ ou des _djinn_ qui, tous, à leur naissance,
+disparaissaient, laissant en deuil père et mère et tous ceux intéressés
+à leur malheureux sort.
+
+Pendant toute cette série d’épreuves, le sultan était devenu vieux et,
+le chagrin aidant, il ne pouvait songer à convoler à de nouvelles noces.
+
+Quel parti prendre en telle occurrence ?
+
+En homme sage, désireux d’épargner à ses sujets les malheurs de la
+guerre civile, inévitable à sa mort, pour le partage de ses biens et de
+son pouvoir, le sultan réunit, de son vivant, une assemblée générale de
+tous ses sujets, masculins et féminins, et leur demanda leur opinion sur
+les mesures à adopter pour assurer la paisible transmission de son
+héritage : grave question, souvent agitée dans le monde.
+
+Beaucoup d’avis furent ouverts. Chaque opinant, voulant être sultan,
+présentait une solution favorable à ses prétentions. Après de longs et
+vifs débats, les concurrents au trône allaient en appeler à la force des
+armes, lorsqu’un des assistants, silencieux jusque-là, parce qu’il ne
+voulait pas changer sa modeste condition contre un trône, demanda et
+obtint la parole.
+
+Ce sage était un savant marabout, très-versé dans les sciences
+occultes : la magie, l’astrologie, la sorcellerie et la connaissance des
+génies.
+
+Il rappela à l’assemblée les malheurs advenus à un homme aussi
+respectable que le sultan régnant et à ses soixante femmes, toutes
+choisies parmi l’élite des plus nobles familles ; il disculpa ces
+dernières, une à une, des soupçons qui avaient injustement pesé sur
+elles, — tactique habile pour se rendre favorable la plus belle moitié
+de l’assemblée et tous ceux de l’autre moitié qui, en galants
+chevaliers, avaient pris les couleurs de leurs belles, pour assister à
+la délibération.
+
+Après l’exposé d’une infortune sans précédents dans l’histoire, il
+démontra que le Grand-Maître des hommes et des choses, celui par la
+volonté duquel tout arrive, n’avait pas voulu, sans motifs, soumettre le
+peuple des Imôhagh à une pareille épreuve, et qu’au lieu de se disputer
+la succession d’un trône qui, grâce à Dieu, n’était pas encore vacant,
+il était bien plus conforme à la raison de rechercher le motif pour
+lequel le Grand-Maître avait refusé au sultan un fils, héritier de son
+sang et de son pouvoir.
+
+C’est ce que fit le marabout en interrogeant successivement toutes les
+probabilités des secrets desseins de la Divinité.
+
+L’énumération des causes possibles ou probables fut longue ; la critique
+de ces hypothèses fut plus longue encore. Pendant ce temps la passion
+des prétendants s’était calmée, et l’assemblée, subjuguée par
+l’éloquence d’un homme qui savait se taire, quand il savait si bien
+parler, attendait avec impatience la conclusion d’un discours qui
+révélait une si grande connaissance de choses mystérieuses pour tout le
+monde.
+
+La conclusion tant attendue arriva.
+
+Dans le cas particulier, Dieu n’avait pas voulu que la transmission du
+pouvoir s’effectuât par le ventre des épouses ; c’était incontestable.
+
+Cependant, un peuple ne pouvait rester sans sultan, et sans sultan de
+sang royal ; c’était incontestable encore.
+
+Alors, il fallait chercher ce sang dans le ventre où on était assuré de
+le trouver, avec le plus de garanties de consanguinité.
+
+La sœur du sultan se trouvait naturellement indiquée, non pour régner,
+mais pour donner la couronne à son fils aîné.
+
+On le croira sans peine, les femmes applaudirent à une solution qui
+donnait tant d’importance à leur sexe ; les chevaliers Imôhagh saisirent
+avec empressement l’occasion de donner une nouvelle preuve de leur
+galanterie, et la loi Benî-Oummïa, proposée par un saint marabout,
+approuvée avec bonheur par le sultan, aux malheurs duquel elle mettait
+fin, fut acclamée avec enthousiasme par l’assemblée générale.
+
+Depuis cette époque, le fils aîné de la sœur aînée du sultan est
+l’héritier légitime du trône, et, par extension du même principe, le
+droit d’aînesse suit le même ordre de succession dans la famille, dans
+la tribu.
+
+
+Quoi qu’il en soit des circonstances qui ont pu déterminer les ancêtres
+des Touâreg à adopter une pareille coutume, il est hors de doute que son
+origine est antérieure à l’islamisme, car les marabouts Ifôghas et les
+Aouélimmiden, serviteurs des marabouts de Timbouktou, y ont renoncé pour
+adopter les lois du Coran sur les héritages.
+
+D’après les Touâreg, les Kounta et les Tadjakânt, tribus berbères de la
+côte de l’Océan Atlantique, et d’origine sanhâdjienne comme eux, sont
+aussi Benî-Oummïa.
+
+Le géographe arabe Ebn-Batoûta, qui a voyagé dans tous les pays
+musulmans de son époque et dont les écrits sont justement appréciés, a
+constaté la même loi de succession chez les Massoûfa, sis alors à
+l’Ouest de Timbouktou et aussi frères consanguins des Touâreg, en tant
+que membres de la grande famille des Sanhâdja de la seconde race.
+
+Il est donc probable que, dans le principe et avant la conquête de
+l’Afrique par les musulmans, toutes les tribus Sanhâdja suivaient la
+même loi.
+
+Ebn-Batoûta ajoute à ce qu’il dit des Massoûfa que nulle part, ni en
+Afrique ni en Asie, il n’a trouvé semblable coutume, si ce n’est chez
+les Malabares idolâtres de la côte occidentale de l’Inde.
+
+Assurément les Berbères Sanhâdja ne viennent pas de l’Inde. Cependant, à
+l’appui de l’observation d’Ebn-Batoûta, j’ajouterai que M. P. E. Botta
+m’a donné quelques médailles fort anciennes, trouvées à Ben-Ghâzi, dont
+une est incontestablement indienne.
+
+
+Avant de clore ce paragraphe, je ferai remarquer à nouveau que, dans les
+légendes historiques des Touâreg, les femmes jouent toujours le
+principal rôle.
+
+Une révolution doit-elle détrôner la famille des Imanân, la plainte
+d’une vieille femme armera le bras vengeur d’Eg-Tînekerbâs ;
+
+Le territoire doit-il être distribué entre les tribus, il est donné aux
+dames douairières de chaque tribu noble.
+
+L’islamisme est-il assez difficilement accepté par les Touâreg pour que
+leurs convertisseurs les surnomment les _renégats_, la faute en est à la
+nouvelle religion qui subalternise la femme à l’homme.
+
+Les Touâreg sont-ils forcés de constater l’existence du sang noir dans
+quelques-unes de leurs familles, la nécessité politique est invoquée :
+la victoire ou la défaite les a contraints de recevoir ou de donner un
+tribut annuel de jeunes vierges.
+
+Enfin, ont-ils à remonter à l’origine d’un ordre de succession qui
+semble mettre en suspicion la régularité de la vie de leurs épouses, la
+puissance surnaturelle des djinn vient les venger de tout soupçon
+d’infidélité.
+
+
+ _Abstinence de la chair de poissons et d’oiseaux._
+
+
+Encore un caractère distinctif des Touâreg, et l’un des plus
+remarquables !
+
+Le Sahara est le pays de la famine, et, en général, tous les Sahariens,
+non Touâreg, mangent tout ce qui tombe sous leur main, même les viandes
+qui répugnent aux peuples civilisés : entre autres celles du chien, du
+lézard, etc., etc. Le poisson, la chair et les œufs des oiseaux sont
+pour eux pain bénit.
+
+Plus pauvres que leurs voisins arabes, les Touâreg devraient être moins
+difficiles encore sur le choix de leurs aliments. Loin de là, les
+ihaggâren (les nobles) n’admettent guère dans leurs repas que les
+viandes de chameau, de mouton et de chèvre, et repoussent, comme
+immondes, les poissons, les oiseaux et leurs œufs.
+
+Non-seulement ils ont une répugnance instinctive pour la chair de ces
+animaux, mais encore ils n’aiment pas à en voir faire usage. Ainsi,
+quand les esclaves nègres, qui n’ont pas les mêmes scrupules de
+conscience pour s’abstenir, ont mangé du poisson, il leur est interdit,
+pendant un temps plus ou moins long, de boire dans les vases servant à
+l’usage commun.
+
+Interroge-t-on les Touâreg sur les motifs de cette abstinence
+exceptionnelle, ils répondent ne pas savoir quelles raisons leurs pères
+ont eues pour proscrire de leur nourriture le poisson et les oiseaux,
+mais qu’ils s’en abstiennent comme tous les bons musulmans, eux compris,
+s’interdisent l’usage de la viande de porc.
+
+Cependant, tous les Touâreg ne partagent pas la répugnance commune ;
+ainsi, les marabouts, qui ont le plus complétement rompu avec les
+anciennes traditions du paganisme, mangent-ils du poisson, de la
+volaille, des œufs, comme de tous les autres aliments que le Coran
+n’interdit pas.
+
+Les serfs et les esclaves aussi, à l’imitation des marabouts, mangent
+les poissons qu’ils pêchent dans les lacs de leurs montagnes. Mais,
+malgré ces exemples, les nobles des Azdjer et des Ahaggâr, chez lesquels
+la tradition des cultes antérieurs à l’islamisme est plus vivace,
+s’abstiennent et croiraient faillir à leurs quartiers de noblesse en ne
+se conformant pas à la tradition.
+
+
+ CONCLUSION DE CE CHAPITRE.
+
+
+Sans doute, ces caractères ne suffisent pas encore pour autoriser le
+classement des Touâreg dans l’une ou l’autre des races de la grande
+famille humaine, mais déjà ils fournissent à l’observation des éléments
+de comparaison assez nombreux pour guider les recherches ultérieures.
+
+J’ai attaché une grande importance à l’étude de ces caractères
+distinctifs, parce que les Touâreg, surtout ceux du Nord, me paraissent
+avoir le mieux conservé, à travers les âges, les coutumes, les mœurs et
+les habitudes des anciens Berbères ; parce que la connaissance du type
+le plus pur me semble un commencement sérieux de conquête sur l’inconnu.
+
+
+[Note 120 : Traduction française par M. le baron de Slane. Alger, 1852.
+Tome I, p. 199 et 200.]
+
+[Note 121 :
+
+ NOTES EXPLICATIVES DE LA PLANCHE CI-CONTRE.
+
+Les inscriptions du no 1 au no 12 inclusivement ont été copiées sur des
+blocs de grès détachés de la berge de l’Ouâdi-Tamioutîn. Elles doivent
+être anciennes et sont peut-être incomplètes, car il est facile de
+reconnaître des brisures dans les pierres. Les quatre premières
+appartiennent à un bloc, et les huit dernières à un second bloc. Les
+lettres ont 6 centimètres de hauteur en moyenne, le trait en est large
+et peu profond. Le dessin de chameau qui figure au bas de la planche a
+été copié sur un bloc voisin des inscriptions.
+
+Les inscriptions du no 13 au no 24 sont de la source d’Ahêr ou des
+grottes et des rochers environnants. Parmi un très-grand nombre, j’ai
+choisi les moins frustes, et je doute encore qu’elles soient toutes
+complètes. L’une d’elles, le no 15, _Ouinek anislim_ (moi, musulman),
+semble révéler une origine ancienne, car il y a longtemps déjà que les
+Touâreg n’ont plus besoin d’attester leur foi par des témoignages
+extérieurs. Des sujets, représentant des autruches et des chameaux,
+appellent mon attention ici comme dans l’Ouâdi-Tamioutîn.
+
+Les inscriptions du no 25 au no 28 et celles du no 29 au no 32
+proviennent : les premières de l’Ouâdi-Alloûn, les secondes du monument
+romain de Djerma.
+
+Ces sortes d’inscriptions sont tellement communes dans certaines parties
+du pays des Touâreg que, si on allait à leur recherche, on en trouverait
+en très-grand nombre, surtout dans les lieux qui sont d’anciens centres
+d’habitation.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE V.
+
+ TOUÂREG DANS LEUR VIE INTÉRIEURE.
+
+
+Les Touâreg étant nomades, pasteurs, musulmans, et habitant le désert,
+leur vie intérieure a beaucoup d’analogie avec celle des Arabes nomades
+de la même région. La manière de vivre de ces derniers étant connue, je
+la prendrai pour terme de comparaison.
+
+J’entrerai peut-être dans des détails qui, au premier abord, peuvent
+paraître surabondants. J’ai eu l’heureuse chance de voyager en tribu, de
+voir, d’observer la vie du peuple târgui ; je puis donc essayer de la
+raconter, ce qui n’a pas encore été fait.
+
+
+ _Campements. — Habitations._
+
+
+Les Touâreg ont des campements de station et des campements de marche.
+
+Dans leurs campements de station, toujours choisis près des points les
+plus riches en eaux et en pacages, les nobles habitent la tente, les
+serfs la chaumière.
+
+Un grand camp de tentes est un _âmezzâgh_ ; un petit camp, un
+_êrhêouen_.
+
+L’habitation, qu’on appelle tente, comprend :
+
+Un _velum_ ou abri contre les intempéries des saisons, tantôt en tissu
+de chaume, _êhen_, tantôt en peau, _ehakît_, tantôt en laine,
+_abêrdjen_ ;
+
+Un pilier, support de la couverture, _têmankaït_ ;
+
+Des piquets, _âmateïté_.
+
+Un groupe de chaumières, au nombre de six à douze environ, dans lequel
+les familles consanguines se concentrent pour se protéger en cas
+d’attaque, mais pas assez pour se gêner, constitue une _taousit_ ou
+tribu.
+
+Généralement, les réunions de tentes sont disposées en rond, comme les
+_douâr_ des Arabes ; l’espace circulaire qu’elles laissent entre elles,
+la cour, dans laquelle on réunit les troupeaux pour la nuit, porte le
+nom de _tasaguîft_.
+
+La tente a la forme de la _kheïma_ arabe ; mais elle est beaucoup plus
+petite.
+
+Les peaux de l’_ehakît_ sont tannées, peintes en rouge et bien cousues.
+
+La chaumière, _tîkabert_, dont les murailles sont en branchages et les
+toits en roseaux et en paille de marais, ressemble assez au _gourbi_ des
+indigènes de l’Algérie, quoique généralement plus grande.
+
+Pour le climat du Sahara, ces deux habitations sont d’assez médiocres
+abris.
+
+Dans les campements fixes des serfs, chaque habitation a souvent son
+petit jardinet, avec une haie sèche en palmes, dans lequel on cultive
+quelques légumes. Ce petit potager porte le nom d’_âfaradj_.
+
+En marche, à l’exception des nobles et des riches, qui ont des tentes,
+la masse campe en plein air, sans ordre, au milieu des bagages, en se
+servant de ces bagages, _kâya_, comme abri contre le vent.
+
+Quoique voyageant avec les chefs, et pendant huit mois, je n’ai peut-
+être pas vu dix tentes.
+
+
+ _Mobilier. — Ustensiles._
+
+
+Le mobilier d’un ménage târgui comprend :
+
+Des nattes en sparterie, _êhen_, tenant lieu de plancher ;
+
+Des nattes paravent, _âsalâ_ ;
+
+Des tapis en laine, de diverses couleurs, _tâhouârt_, très-rares ;
+
+Des tapis en laine, rouges, _tâgdoûmfest_, également rares ;
+
+Des peaux de bœuf tannées, _îserkow_, servant de table à manger ;
+
+Des matelas, _ettorâh_ ; des oreillers, _âsâmou_ ; des couvertures,
+_elbottânîet_ ; des lits, _tâftaq_ ; mais ces objets de luxe sont à
+peine connus même des chefs, la plèbe se contentant de l’_âdebên_ ou lit
+creusé dans le sable avec la main ;
+
+Des coussins en cuir, _âdafôr_ ;
+
+Des corbeilles en sparterie, _tarhéennat_ ;
+
+Des sacs en peaux, _âdjerâ_ ou _ârheredj_, tenant lieu d’armoires et
+fermés à l’aide d’une clef, _asârou_, au moyen d’un cadenas, _tenâst_ ;
+
+Des cages à dromadaire, _takhâouit_, avec leur couverture, _âhenneka_,
+pour abriter les dames en voyage ;
+
+Des bâts d’âne, _eroûkkou_ ;
+
+Des outres, _abeôq_, pour les provisions d’eau ;
+
+Des seaux en cuir, _adjâ_, et des cordes, _erhorêfi_, pour puiser
+l’eau ;
+
+Des outres, _tânouart_, pour le lait ;
+
+Des gourdes, _titakalt_, tenant lieu de vases ;
+
+Des cruches en terre, _îmekî_ ;
+
+Des cruches en bois, _tahattint_, pour le beurre ;
+
+Des vases en bois, _akoûs_, pour boire ;
+
+Des tasses, _têbênt_ ;
+
+Des plats en bois, _târhelâlt_ : grands, _ârhelâl_ ; petits,
+_târhehoût_ ;
+
+Des vases en fer battu, _êrhêr_ : ceux pour manger, _êrhêr-wân-efoûs_ ;
+ceux pour se laver, _êrhêr-wân-emoûd_ ;
+
+Des cuillers en bois, _tesôkalt_ ;
+
+Un mortier en bois, _âkabar_, pour remplacer le moulin à bras des
+Arabes, avec un pilon en pierre, _tîndi_, pour écraser les grains dans
+le mortier ;
+
+Une lampe, _tâftîlt_ ;
+
+Des miroirs, _tîsit_ ;
+
+Des violons, _amzhâd_ (la _rebâza_ des Arabes), avec leur archet,
+_tadjegnhé_ ;
+
+Si, à ces principaux ustensiles, on joint quelques menus objets, on aura
+l’inventaire de tout le mobilier d’une famille târguie ; cependant il ne
+faut pas que j’oublie l’écuelle, _êbedjî_, du chien, ce fidèle gardien
+de la maison.
+
+
+ _Vêtements. — Coiffures. — Chaussures. — Parures._
+
+
+Les Touâreg, nobles et serfs, portent les mêmes vêtements, plus ou moins
+beaux, plus ou moins nombreux, suivant leur richesse respective.
+
+Presque tous ont une chemise longue, _tikamist_, à manches,
+_îhenfâssen_, le tout en toile de coton blanc.
+
+Ceux qui n’ont pas la chemise portent une blouse large, _refîrha_,
+également en toile de coton blanc, mais très-forte.
+
+Un long pantalon large, _karteba_, à la façon de ceux des anciens
+Gaulois, en toile de coton bleue, lustrée, provenant du Soûdân, couvre
+la partie inférieure du corps, de la ceinture à la cheville du pied.
+
+Une longue blouse, _tikamist-koré_ (le _tob_ des Arabes), en toile de
+coton bleue, teinte à l’indigo, lustrée, sert de pardessus.
+
+Des broderies, _êzhiren_, décorent ce vêtement ; des poches, _alhîb_, le
+rendent utile pour serrer le mouchoir, _elmakharmet_, la tabatière, la
+pipe et ses accessoires.
+
+Une ceinture en coton bleu, _tâmentika_, ou _tachêrbit_ quand elle est
+en laine rouge, fixe ce pardessus au niveau de la taille et donne de la
+tournure à ce vêtement.
+
+Quelques-uns ont le pardessus en peau ; c’est même un vêtement estimé.
+
+Ceux des Touâreg qui ont des relations avec les Arabes portent
+quelquefois, par fantaisie, différentes pièces de leurs vêtements : la
+_gandoura_, qui est une longue robe, _akhbay_ ; le _haïk_, longue pièce
+d’étoffe de laine, _elhaouli_, ordinairement blanche, mais quelquefois
+teinte en bleu ; alors elle prend son nom de sa couleur, _ennîl_.
+
+
+Une longue calotte rouge de Tunis, _tekoûmbout_, avec un gland en soie,
+sert de coiffure.
+
+Le voile, _tiguêlmoust_, couvre la tête, le front, la nuque, la figure
+et le cou. C’est une longue pièce de toile de coton, peu large, teinte à
+l’indigo et lustrée d’un côté, qu’on arrange de façon que les yeux seuls
+soient visibles, et encore sont-ils masqués par un large pli qui forme
+en avant une sorte de visière. Le _tiguêlmoust_ est fabriqué au Soûdân.
+
+La partie du voile qui recouvre la tête s’appelle _îtelli_.
+
+Ceux trop pauvres pour acheter cette pièce se voilent avec de la gaze
+blanche d’Europe, _achchâch_, qu’ils roulent autour de la tête en forme
+de turban.
+
+Pendant la saison des grandes chaleurs, les voyageurs sahariens portent
+volontiers un grand chapeau de paille parasol, _têli_, mais cette
+coiffure est rarement adoptée par les Touâreg.
+
+
+La chaussure consiste en une forte et large semelle composée de quatre
+épaisseurs de cuir de chameau, habilement cousues avec des lanières de
+cuir, et en une bride à trois attaches, posée sur la semelle, sous forme
+de trépied ; deux des attaches, plates, posées latéralement comme les
+brides de nos sabots découverts, servent à maintenir le cou-de-pied ; la
+troisième, arrondie, de la grosseur du petit doigt, est fixée sur la
+ligne médiane de la semelle, en un point central, à peu près à égale
+distance de son rebord circulaire. Cette troisième attache, introduite
+entre le gros orteil et le premier doigt, sert à asseoir l’ensemble du
+pied sur la semelle. Le dessus de la semelle et les brides sont en peau
+de chèvre maroquinée, de couleur rouge, avec des dessins variés. (Voir
+planche XXV, fig. 9.)
+
+Les chaussures ou sandales faites à Kanô (Soûdân) sont appelées
+_irhâtimen_, celles fabriquées dans le pays, _îmerkeden_.
+
+Les chefs ont quelquefois des bottes molles en maroquin, _ibôhadjen_.
+
+La chaleur du sol, sa nature pierreuse et sablonneuse empêchent les
+Touâreg de marcher pieds nus comme les Arabes.
+
+Les pauvres seuls n’ont pas de chaussure.
+
+Tel est, avec un chapelet, _îçedhenen_, autour du cou, le costume
+national.
+
+Les chefs y ajoutent quelquefois, à la manière arabe, un gilet, une
+veste à manches, un burnous en drap de couleur rouge ou bleu clair. Le
+rouge est préféré.
+
+
+Le costume des femmes est plus simple encore.
+
+Il comprend une, deux ou trois longues blouses de coton, _tikamist-
+koré_, serrées autour de la taille par une ceinture de laine rouge,
+_tachêrbit_.
+
+Par-dessus ces blouses, une longue pièce de laine, tantôt blanche,
+_alhaouli_, tantôt rouge, _tabarrakamt_, tantôt à bandes rouges et
+blanches, _tâbrogh_, dans laquelle elles se drapent à la façon
+orientale, achève de couvrir leur corps.
+
+La coiffure consiste en bandeaux faits avec les cheveux, qu’elles
+recouvrent d’une pièce d’étoffe, _îkar-hay_, plus ou moins riche, en
+laine ou en coton, et dont elles encadrent leur face.
+
+La chaussure est la même que celle des hommes, mais plus légère et plus
+ornementée.
+
+
+Les seuls objets de parure à leur usage sont :
+
+Des bagues, _tîsak_ ;
+
+Des bracelets en verre, _tihokaouîn_, ou en argent, _îouoki_ ;
+
+Quelques grains de verroterie, _tâserhâlt_.
+
+Avec d’aussi minces éléments de toilette, les femmes trouvent cependant
+le moyen de rappeler la pose altière des déesses de l’antiquité. Le
+mariage de couleurs tranchantes se prête à de nombreuses combinaisons
+qui sont étudiées avec soin.
+
+
+ _Aliments. — Boissons. — Thé. — Café. — Tabac._
+
+
+Jamais peuple ne fut plus pauvre en ressources alimentaires ; aussi, à
+l’exception d’une bouillie, _asînk_, ne trouve-t-on pas chez les
+Touâreg, comme ailleurs, un mets national, base de leur nourriture.
+Chacun mange ce qu’il trouve ou ce qu’il peut se procurer au plus bas
+prix possible, généralement en petite quantité et tout juste ce qu’il
+faut pour ne pas mourir, excepté dans le cas où l’occasion se présente
+de manger gratuitement ; car alors l’appétit, surexcité par la
+gourmandise, ne connaît pas de limites.
+
+Les Touâreg, comme tous les animaux de leur pays, supportent
+admirablement la faim et la soif. Il est de notoriété publique parmi eux
+qu’un homme, contraint par la nécessité, peut voyager sans boire ni
+manger pendant plusieurs jours. Alors, pour supporter plus facilement la
+privation, on se serre le ventre avec une courroie ou avec une ceinture.
+
+En voyage, les Touâreg ne mangent qu’une fois, quand la marche de la
+journée est terminée. L’unique repas se dit _azhebri_.
+
+En station, ils font deux repas : le déjeuner, _âmeklî_ ; le dîner,
+_amedjîn_.
+
+
+Par le nombre des matières premières qui entrent dans l’alimentation, il
+est facile de se convaincre que le pays ne suffit pas aux besoins de ses
+habitants.
+
+Je les énumère ici par ordre de nature :
+
+_Graines_ : blé, orge, sorgho, millet, _toûlloûlt_ (graine de
+l’_arthratherum pungens_) ;
+
+_Fruits_ : dattes, figues, raisin sec, jujube sauvage, fruits du
+_Salvadora Persica_ ;
+
+_Légumes domestiques_ : oignons, tomates, aubergines, melons, pastèques,
+concombres, courges, citrouilles, potirons ;
+
+_Légumes sauvages_ : les principaux sont connus sous les noms indigènes
+de _tânekfâït_, _harharha_, _tanesmîm_, _inekkân_, _azezzedja_ ; ils
+sont principalement fournis par la grande famille botanique des
+Crucifères ;
+
+_Viande d’animaux domestiques_ : chameau, mouton, chèvre ;
+
+_Viande d’animaux sauvages_ : mouflon, antilope, gazelle, gerboise, rat
+des champs, sauterelles, vers ;
+
+_Condiments_ : lait, beurre, huile, graisse, suif, miel, cassonade,
+gomme, ail, poivre, poivron, sel et un piment du Soûdân, la _chitta_ ;
+
+Des fromages, importés du pays d’Aïr, complètent la liste des ressources
+alimentaires des Touâreg.
+
+Le riz, _tâfarhat_, abondant dans tout le Soûdân occidental, est
+quelquefois acheté par les caravanes comme provisions de retour ; on le
+mange cuit et assaisonné comme le pilau dans le Levant.
+
+
+Avec les farines du blé, de l’orge et du _toûlloûlt_, soit prises
+isolément, soit mélangées, on fait quelques galettes, mais
+principalement une bouillie cuite, grossière et épaisse, qui rappelle le
+brouet des anciens Spartiates.
+
+Cette bouillie, qui est la base de la nourriture des Sahariens, porte,
+suivant les contrées, les noms d’_asînk_, _táraouit_, en temâhaq, et
+d’_’açîda_, en arabe.
+
+La même bouillie, non cuite, la _mohamsa_ des Arabes, est appelée
+_tikhammazîn_ par les Touâreg.
+
+Le _kouskousou_, mets national des Arabes, apparaît quelquefois, mais en
+de rares circonstances, sur la table des nobles et des marabouts ; on
+lui a conservé son nom, _kaskasoû_, ce qui constate son origine
+étrangère.
+
+Dans les jours de fête aussi, on prépare une pâtisserie, _alkâk_, sorte
+de gâteau à base de farine, lait, beurre et miel.
+
+Avec les farines du gâfoûli et du gueçob, on fait aussi des bouillies,
+mais principalement des crêpes, _elfêtât_, que les Arabes appellent
+_cherchîch_.
+
+Dans les villes seules on fabrique du pain :
+
+Frais, on le nomme _takeïa_ et _tadjella_ ;
+
+Biscuité, pour l’usage des caravanes, _takeïa-taqqôret_.
+
+La datte (_âheggarh_ pl. _îheggarhen_), la figue et la jujube sont
+souvent mangées en nature ; le raisin sec est mis dans les ragoûts.
+
+La datte, pilée dans de l’eau et du beurre, constitue le _târekît_ ;
+
+Pétrie avec la farine du gueçob et du piment, et mise en gâteaux crus,
+sous forme de petits bondons, elle constitue le _takodart_, conserve que
+l’on mange ensuite en la délayant dans de l’eau.
+
+Les légumes de jardins ne se trouvent que près des villes ou des
+campements fixes des serfs ; ils sont assez peu abondants pour qu’on ne
+les mange jamais secs ; les légumes sauvages constituent souvent la
+principale ressource des malheureux.
+
+On les cuit à l’eau et au sel, avec ou sans beurre ou graisse.
+
+Ordinairement, on ne tue d’animaux domestiques que pour célébrer la
+bienvenue d’un hôte.
+
+Le repas de l’hospitalité, _âmadjârou_, doit toujours être assez copieux
+pour rassasier trois ordres de convives : l’hôte, _âmadjâr_ ; le voisin,
+_anâradj_, qui, sous prétexte d’honorer l’étranger, ne manque jamais
+l’occasion de remplir son ventre ; et le mendiant, _dadâla_, auquel
+reviennent de droit les miettes du festin.
+
+Suivant le rang du visiteur et la fortune du visité, c’est tel ou tel
+animal qui est égorgé : la jeune chamelle grasse est le grand extra de
+l’hospitalité ; viennent ensuite, par ordre de mérite, le chamillon, le
+chameau, le mouton, la brebis, le chevreau et la chèvre.
+
+Les viandes de ces animaux sont mangées en rôti ou en ragoût.
+
+Les Sahariens excellent dans l’art du rôtisseur, quoiqu’ils n’aient pour
+tout appareil qu’une broche en bois, deux piquets fourchus, plantés au-
+dessus de tisons ardents.
+
+Bien que les viandes des animaux nourris avec les plantes odorantes du
+Sahara aient généralement du goût, on augmente encore leur fumet en les
+garnissant des mêmes espèces odorantes.
+
+Les viandes en ragoût sont ou pilées dans du beurre, ou découpées en
+petits morceaux et cuites, avec assaisonnements, dans des vases en terre
+ou en fer étamé. Les ragoûts de la première espèce sont des
+_tâlebadjdjat_, les seconds des _ikerrâyen_.
+
+Quoique cette cuisine ne ressemble pas à la nôtre et se recommande
+surtout par les épices, elle est cependant bonne, et ceux qui sont admis
+à la goûter la trouvent délicieuse.
+
+Mais voici le revers de la médaille !
+
+Pendant que le grand seigneur, _âhaggar_, le maître, _mess_, se régalent
+d’une manière aussi somptueuse, il n’est pas rare de voir la plèbe des
+pauvres, _talekki_, prendre leur part de la fête en mangeant la peau de
+l’animal sacrifié, si cet animal est un mouton ou une chèvre. A cet
+effet, après avoir ébouillanté la peau pour en détacher le poil, on la
+découpe en petites lanières, sous forme de vermicelle, puis on la fait
+cuire ou frire, suivant qu’elle est supposée dure ou tendre.
+
+J’ai été initié à ce détail de mœurs d’une assez singulière façon. En
+route, à l’occasion, j’achetais quelquefois une chèvre ou un mouton pour
+ma nourriture et celle de mes serviteurs. D’après l’usage, la peau de
+ces animaux revient de droit à celui qui a eu la peine de le tuer, le
+nettoyer et le dépecer. Un beau jour, une bête ayant été abattue, un de
+mes serviteurs, qui n’avait pas droit au pourboire de la peau, vint me
+la demander, au détriment d’un de ses camarades. A ma question :
+« Pourquoi il voulait me faire commettre une injustice ? » il me
+répondit : « J’ai une femme et des enfants qui souffrent peut-être de la
+faim, moi absent, et je la leur enverrai pour la manger. » Je me fis
+expliquer comment on faisait du vermicelle avec la peau d’un mouton, et,
+en homme qui n’avait jamais été réduit à un tel mets, je payai la leçon
+le prix d’un mouton, pour que la pauvre femme et les pauvres enfants
+pussent au moins en goûter la viande, ce qui leur était arrivé bien peu
+souvent. Probablement ma charité n’a pas reçu sa destination, car mon
+malheureux serviteur aura englouti mon argent dans son escarcelle, et
+j’en suis à me demander si je n’ai pas commis une mauvaise action, en
+refusant à une pauvre famille le régal d’une peau de mouton.
+
+La viande des mouflons, des antilopes et des gazelles, chassés dans les
+dunes pour les besoins de la boucherie, est séchée et gardée
+précieusement pour les voyages. Cet article est l’objet d’un commerce
+assez important à Ghadâmès.
+
+La chair de ces animaux sauvages est excellente, et serait très-
+appréciée si elle pouvait arriver sur nos marchés.
+
+Les sauterelles, considérées comme un fléau dans le Tell, sont une
+bénédiction de Dieu dans le Sahara. On les sale, ou on les confit dans
+l’huile pour les conserver.
+
+Le poisson, fourni par les lacs du plateau du Tasîli, est mangé frais,
+mais par les serfs et les nègres seulement.
+
+Avec les vers des lacs du Fezzân, on fait une pâte alimentaire dont le
+goût rappelle celui des crevettes ; c’est presque une friandise dans un
+pays si dépourvu, mais les Fezzaniens seuls en font usage, en délayant
+cette pâte dans leurs sauces.
+
+Le lait est la base essentielle de la nourriture des Touâreg ; dans la
+saison des pâturages, ils ne consomment guère autre chose. En toute
+saison, il fournit le principal condiment de l’alimentation.
+
+Le lait pur se dit _akh_ ou _akh-wâkafâyen_, le lait aigre _akh-wân-
+tenouârt_, le lait caillé et écrémé _aoulîs_.
+
+On fait peu de beurre, _oûdi_, le lait étant presque tout consommé en
+nature.
+
+Par la même raison, le _caseum_ manque pour les fromages. Ceux que l’on
+consomme chez les Touâreg du Nord, fromages secs, _tikammârin_, viennent
+du pays d’Aïr et du Soûdân.
+
+L’huile, _ahatîm_, le suif, _tâdent_, et la graisse (suif fondu),
+_îsîm_, viennent du Nord.
+
+Avec le beurre, ces trois matières grasses, toujours rares, sont les
+seuls assaisonnements de la nourriture.
+
+Les Touâreg ont, pour remplacer le sucre, trois sortes de miel : le
+_toûraout_, de qualité supérieure, le _tâment_ et le _kharnît_, de
+qualité inférieure. (Voir liv. II, chap. III, page 241.)
+
+La gomme, _tahaha_, produite par l’_Acacia Arabica_, est souvent mangée,
+à défaut d’autre aliment, avant qu’elle soit concrète.
+
+Tout le sel, _tîsemt_, employé dans les aliments, vient de la sebkha
+d’Amadghôr, ou des salines du Fezzân.
+
+
+Les boissons en usage chez les Touâreg sont :
+
+L’eau, le lait pur, le lait coupé, le lait aigre et le lait caillé.
+
+Ils font une boisson rafraîchissante avec de la farine de sorgho, du
+fromage du Soûdân, du poivre et des dattes ; elle se nomme _aghâhara_.
+
+Dans les oasis, à l’occasion, ils font usage de la séve de palmier, le
+_lâgmi_ des Arabes, qu’ils appellent _ilâjbi_ ; mais ils ne la boivent
+pas fermentée.
+
+
+Le thé en infusion, le café en décoction sont des boissons de luxe que
+les chefs seuls connaissent. Ces articles, de provenance étrangère, sont
+à un prix si élevé que la masse, trop pauvre, ne peut s’en procurer.
+
+L’usage du tabac, _tâberha_, _tâba_, est presque général chez les
+Touâreg, car, à l’exception des marabouts, hommes et femmes fument et
+prisent ou chiquent, les femmes moins que les hommes cependant.
+
+Le tabac employé vient du Fezzân, de Tripoli, du Soûf ou du Touât,
+contrées où on le cultive en assez grande quantité. Il est d’une qualité
+très-inférieure.
+
+L’arsenal du fumeur se compose d’une blague en peau, _abelboûdh_, et
+d’une pipe composée d’un fourneau, _tekoûgna_, et d’un tuyau, _annefêr_.
+Un chapeau en cuivre, fixé au tuyau par une chaînette, couvre le
+fourneau, précaution très-utile pour éviter les incendies et qui devrait
+bien être imitée en Algérie.
+
+La tabatière consiste en un segment de roseau. Le tabac prisé est en
+poudre très-fine.
+
+Le tabac de chique est toujours mélangé avec du natron, pour atténuer
+les effets de l’âcreté du tabac, mais le correctif est loin d’être
+innocent, car son usage gâte promptement les dents.
+
+
+ _Religion. — Superstitions._
+
+
+Les Touâreg sont musulmans, mais à l’exception des marabouts et de
+quelques hommes pieux, ils ne pratiquent pas.
+
+L’islamisme impose aux vrais croyants de nombreuses obligations : la
+prière, précédée d’ablutions, le jeûne du ramadhân, le pèlerinage à la
+Mekke, l’aumône, etc.
+
+Comment les Touâreg pourraient-ils s’acquitter de ces prescriptions ?
+
+La prière et le pèlerinage exigent du temps, le jeûne et l’aumône
+supposent le superflu, et ils n’ont ni l’un ni l’autre.
+
+A peine compterait-on chez les Touâreg du Nord une trentaine d’individus
+ayant visité le tombeau du prophète, quoique le titre de _hâdj_ soit
+très-considéré chez eux ; c’est que, pour aller à la Mekke, il faut être
+riche et avoir quelqu’un qui, en l’absence du chef de la famille,
+réponde de sa sécurité.
+
+L’aumône ne saurait être pratiquée dans un pays qui semble avoir pour
+loi générale de vivre aux dépens d’autrui.
+
+Ainsi, les principales prescriptions de l’islamisme ne sont pas
+observées.
+
+D’ailleurs, rien au milieu d’eux qui rappelle aux devoirs religieux :
+pas d’imâm, pas de mufti, pas de mosquées, pas de chapelles. La zâouiya
+de Timâssanîn est une exception comme le marabout Si-’Othmân, qui en est
+le chef ; aussi les Arabes disent-ils des Touâreg : « _ma’andhoum-ed-
+dîn_, ils n’ont pas de religion. »
+
+Le reproche d’impiété que les Arabes formalistes adressent aux Touâreg
+n’est cependant pas complétement fondé, car si, comme tous les hommes
+aux prises avec les difficultés matérielles de l’existence, ils sont
+forcés de négliger la forme, ils pratiquent la morale mieux que les
+Arabes.
+
+Néanmoins, les Azdjer reconnaissent l’autorité spirituelle du sultan de
+Constantinople, et les Ahaggâr, comme les Touâtiens, celle de l’empereur
+du Maroc, pour lesquels ils font la prière officielle dans les grandes
+solennités.
+
+
+Si on interroge les croyances, les superstitions des Touâreg, on
+retrouve vivantes encore dans leurs âmes les traces des diverses
+religions qu’ils ont professées.
+
+Leur Dieu est _Amanaï_ (l’Adonaï de la Bible) ; il est unique ;
+
+Le ciel, _adjenna_, le paradis, _idjennaouen_, où l’homme reçoit la
+récompense de ses bonnes actions après la mort, est habité par les
+anges, _andjeloûs_ pl. _andjeloûsen_ (ἄγγελος, _angelus_) ;
+
+L’enfer est _tîmsi-tân-elâkhart_, le dernier feu ;
+
+Le diable, _iblîs_, y règne.
+
+La croix se trouve partout : dans leur alphabet, sur leurs armes, sur
+leurs boucliers, dans les ornements de leurs vêtements. Le seul tatouage
+qu’ils portent sur le front, sur le dos de la main, est une croix à
+quatre branches égales ; le pommeau de leurs selles, les poignées de
+leurs sabres, de leurs poignards, sont en croix.
+
+Les selles des chameaux sont garnies de clochettes, quoique partout
+l’islamisme ait détruit et repoussé la cloche comme une sorte de cachet
+du christianisme.
+
+Dans les mœurs, les traces du christianisme sont encore plus évidentes :
+la monogamie, le respect de la femme, l’horreur du vol, du mensonge,
+l’accomplissement de la parole donnée, etc., etc.
+
+Quoique musulman, le târgui n’a jamais qu’une femme ; quoique musulmane,
+la femme est l’égale de son mari en toutes choses.
+
+Ebn-Khaldoûn semble douter que les Sanhâdja Lithâmiens aient jamais été
+chrétiens, et il affirme même qu’ils professaient le magisme quand ils
+ont été si difficilement convertis à l’islamisme ; car, d’après les
+historiens du temps, ils ont renié quatorze fois leur nouvelle religion.
+
+Probablement, ils n’ont pas été meilleurs chrétiens qu’ils ne sont
+aujourd’hui bons musulmans. Les traditions païennes devaient, à cette
+époque, comme de nos jours, dominer dans leurs croyances.
+
+
+Souvent, soit pour le commerce, soit pour le pillage, les Touâreg vont
+en expéditions lointaines et, pendant ces longues absences, leurs
+familles sont privées de leurs nouvelles. Pour se mettre en
+communication avec ceux qui leurs sont chers, les femmes, parées de
+leurs vêtements et ornements les plus riches, vont se coucher sur les
+anciennes tombes, où elles évoquent l’âme de celui qui les renseignera.
+A leur appel, _Idebni_, un esprit, se présente sous la forme d’un homme.
+Si l’évocatrice a su plaire à l’esprit, Idebni lui raconte tout ce qui
+s’est passé dans l’expédition ; dans le cas contraire, il l’étrangle. Il
+va sans dire que les femmes, connaissant les exigences d’Idebni, font si
+bien qu’elles reviennent toujours avec des nouvelles qui, dit-on, sont
+confirmées par les voyageurs à leur retour.
+
+Pomponius Mela (_Afrique intérieure_, ch. IX) constate la haute
+antiquité de cette superstition : « Les Augiliens, dit-il, ne
+reconnaissent d’autres divinités que les âmes des morts. Ils ne jurent
+que par elles et ils les consultent comme des oracles ; à cet effet,
+après avoir expliqué leur demande, ils se couchent sur quelque tombeau
+et reçoivent la réponse en songe. »
+
+_Augilæ manes tantum Deos putant ; per eos dejurant ; eos ut oracula
+consulunt : precatique quæ volunt, ubi tumulis incubuere, pro responsis
+ferunt somnia_.
+
+L’oasis d’Aôudjela, où les mânes étaient consultés comme des oracles,
+est la première station que l’histoire et la tradition assignent aux
+peuples objet de cette étude.
+
+La perpétuité de cette superstition est d’autant plus étrange, qu’à part
+cette évocation exceptionnelle des âmes les Touâreg ont horreur de tout
+ce qui leur rappelle le souvenir des morts. Ils n’en parlent jamais, ne
+veulent pas qu’on en parle devant eux, qu’on prononce leurs noms, et,
+quand une tombe se rencontre sur leur route, ils l’évitent avec le plus
+grand soin.
+
+
+Mais rien n’est comparable à la croyance aux génies, _âlhîn_, _âlhînen_,
+êtres surnaturels, auxquels l’imagination donne la forme humaine, avec
+des cornes, une queue et du poil pour vêtements.
+
+D’après la tradition orientale, les génies sont partout, mais chez les
+Touâreg Azdjer, les _âlhînen_ occupent un pâté de montagnes isolées qui
+leur est entièrement abandonné et où nul n’oserait pénétrer.
+
+Cette montagne est située sur la route des caravanes de Ghadâmès à Rhât,
+près la chaîne de l’_Akâkoûs_, à 30 kilomètres au Nord de Rhât. Les
+Arabes l’appellent _Qaçar-el-Djenoûn_, les Touâreg _Idînen_.
+
+Ce palais enchanté, dont on distingue tous les détails de la route, est
+composé d’une série d’énormes blocs de pierres lavées par les eaux et
+représentant les formes les plus bizarres. Pour peu que l’imagination
+vienne vivifier ces masses inertes, on y voit des temples, des
+fortifications, des tours, des châteaux, tout ce que l’on veut. (Voir la
+planche ci-contre.)
+
+On raconte qu’un individu ayant cherché à y entrer par la gouttière
+d’écoulement des eaux, y trouva, au centre, un cimetière de grands
+tombeaux de païens, _djohâla_, qui lui inspira une frayeur à le faire
+rebrousser chemin.
+
+Une plantation de palmiers, affirme-t-on, existerait dans l’intérieur de
+ces montagnes qui ont la forme d’un fer à cheval. On aurait la preuve de
+ce fait par les troncs de palmiers trouvés, à l’époque des grandes
+pluies, dans les eaux qui descendent d’Idînen dans le lit du
+_Tânezzoûft_.
+
+M. le docteur Barth a entrepris d’explorer la montagne d’_Idînen_, mais
+nul târgui n’a voulu l’y accompagner. Sans guide, il s’est perdu, et,
+sans eau, sans vivres, sous un ciel ardent, il a failli périr de soif et
+de faim, à ce point qu’il a dû ouvrir une de ses veines pour en boire le
+sang. Bien qu’il n’y eût rien que de naturel dans le grave danger couru
+par l’intrépide voyageur, les Touâreg y voient une preuve de plus de
+l’impossibilité de pénétrer impunément dans le domaine des génies.
+
+Quand j’ai témoigné à Ikhenoûkhen le désir de visiter la montagne
+d’Idînen, il en fut aussi effrayé que s’il s’était agi de la chose la
+plus difficile du monde. Je n’insistai pas.
+
+Inutile de dire que M. le docteur Barth, qui a parcouru en détail les
+monts Idînen, n’y a trouvé ni cimetière, ni palmiers.
+
+Chez les Ahaggâr, le mont Oudân est aussi abandonné aux âlhînen et nul
+n’y pénètre. Les génies qui l’habitent auraient, dit-on, l’humeur
+batailleuse, car on raconte qu’ils viennent attaquer leurs frères, chez
+les Azdjer, et qu’on entend parfois le bruit de leurs combats.
+
+Pl. XXIII. Page 416. Fig. 37 et 38.
+
+[Illustration : Fig. 1. — VUE ISOLÉE DE L’IDÎNEN OU QAÇAR-EL-DJENOÛN,
+
+Réputé la demeure des esprits chez les Azdjer.]
+
+[Illustration : Fig. 2. — VUE DE L’IDÎNEN ET DE L’AKÂKOÛS.
+
+D’après les profils relevés à la boussole par M. H. Duveyrier.]
+
+Chez les Touâreg d’Aïr, les génies occupent une oasis enchantée que
+personne ne connaissait lorsque la découverte en fut faite de la manière
+suivante :
+
+Un târgui de la vallée de l’Ouâdi-Tâfasâsset, après avoir abreuvé ses
+chameaux aux puits de son campement, les conduisit au pâturage dans un
+désert du côté du pays des Teboû, où il les abandonna, selon l’habitude,
+les chameaux revenant toujours vers les puits quand ils ont soif. Cette
+fois, les chameaux furent très-longtemps à reparaître, et quand ils
+rentrèrent leurs crottins étaient pleins de noyaux de dattes.
+
+D’où venaient-ils donc ? on ne connaissait pas de dattiers dans le pays.
+
+Intrigué de cette découverte, le propriétaire des chameaux suivit leurs
+traces. Elles le conduisirent au milieu des sables, à une plantation de
+dattiers arrosés par des sources. Il mangea des dattes, en remplit une
+outre, après quoi il monta un de ses chameaux pour regagner sa demeure.
+
+Quel ne fut pas son étonnement, quand, après avoir voyagé toute la nuit,
+il se retrouva, au point du jour, à la source qu’il avait quittée la
+veille !
+
+Peut-être l’obscurité l’a-t-elle empêché de reconnaître sa route ?
+
+Il se remet en marche et voyage tout le jour. Au soir, il est encore au
+même point.
+
+A bon entendeur, salut ! Notre târgui a compris que le génie
+conservateur de la plantation ne veut pas qu’il emporte des dattes. Il
+vide donc son outre et repart ; mais, après une longue marche, la source
+fatale est encore là. Alors le târgui fouille son bagage, et il y trouve
+une datte oubliée. C’est là la cause de l’enchantement. Il la jette, se
+remet en route et arrive enfin pour raconter à ses contribules
+l’histoire de ses mésaventures.
+
+Personne n’a mis en doute son récit, mais nul n’est allé à la recherche
+de l’oasis enchantée.
+
+Il y a probablement aussi un territoire réservé aux alhînen chez les
+Aouélimmiden, de sorte qu’il y aurait, dans chaque grande fraction
+târguie, une tribu de génies correspondant à chacune d’elles.
+
+En voyant, au XIXe siècle, les Touâreg assigner, au milieu de leurs
+campements, un territoire aux génies, et respecter ce territoire comme
+inviolable, on est tout étonné de retrouver une tradition qui remonte
+aux premiers âges de l’histoire.
+
+Pomponius Mela place dans les montagnes, aujourd’hui occupées par les
+Touâreg, « des peuples plus qu’à demi sauvages, qui méritent à peine
+qu’on les mette au rang des hommes et qu’on nomme les Égipanes, les
+Blemyens, les Gamphasantes et les Satyres, qui, n’ayant ni feu ni lieu,
+ne font qu’errer d’un endroit à l’autre sans s’arrêter nulle part.
+
+« Les Gamphasantes sont nus ; les Blemyens n’ont pas de tête, leur
+visage étant placé sur leur poitrine ; les Satyres n’ont rien de l’homme
+que la figure. Les Égipanes sont faits comme on le dit communément. »
+
+Depuis l’antiquité jusqu’à nos jours, la somme des connaissances sur ces
+êtres surnaturels s’est beaucoup agrandie, car on ne serait pas
+embarrassé de trouver aujourd’hui dans les bibliothèques des zâouiya
+bien des volumes, œuvres d’hommes graves, qui donnent les détails les
+plus intimes sur la vie des génies, leurs divisions en nations, en
+tribus, leurs mœurs, leurs coutumes, etc., etc. L’imagination de l’homme
+ne recule devant rien, quand il s’agit de mystères.
+
+Dans toute l’Afrique, il n’y a pas un individu, éclairé ou ignare,
+instruit ou illettré, qui n’attribue aux génies tout ce qui arrive
+d’extraordinaire sur la terre.
+
+Chez les Touâreg, cette croyance est tellement puissante qu’ils ne
+veulent jamais passer la nuit sous un toit, dans la crainte de s’y
+trouver emprisonné par les alhînen : aussi, mettre un târgui en prison
+est presque le condamner à mourir de peur.
+
+Toute maladie nerveuse : épilepsie, catalepsie, convulsion, etc., est
+réputée prise de possession par les génies ; pour les conjurer d’évacuer
+la place, on a recours aux exorcismes les plus étranges.
+
+
+Les Touâreg croient aussi aux sorciers, aux enchanteurs, auxquels ils
+attribuent le pouvoir de métamorphoser les hommes en bêtes. Tout
+voyageur européen, par le seul fait qu’il ose aborder des pays inconnus,
+est réputé quelque peu sorcier. Aussi El-Hâdj-el-Amîn, le cheïkh de
+Rhât, évitait-il mes regards avec le plus grand soin, dans la crainte de
+tous les dangers possibles.
+
+L’ignorance des peuples barbares, qui transforme les voyageurs européens
+en êtres surnaturels et les fait apparaître comme dangereux, a souvent
+créé de grands dangers à de nobles martyrs de la science. Peut-être la
+mort de Vogel est-elle due à cette cause. C’est pourquoi les voyageurs
+agiront toujours prudemment en ne s’avançant dans des contrées où ils
+sont inconnus que sous la caution des hommes qu’ils viennent de quitter
+et qui ont eux-mêmes expérimenté la limite tout humaine de la puissance
+de l’étranger.
+
+
+En raison de ces terreurs et superstitions, l’amulette joue un grand
+rôle chez les Touâreg, car on lui attribue la propriété de pouvoir
+préserver de tout, excepté de la mort. Et comme les Touâreg craignent
+beaucoup de choses, ils ont la tête, le cou et la poitrine couverts
+d’amulettes.
+
+Les amulettes des Touâreg ressemblent à celles de tous les autres
+musulmans : elles consistent en petits sachets de cuir, plus ou moins
+ornementés, ajustés sur une lanière également en cuir, de manière à
+former des colliers. Dans ces sachets sont enfermées des feuilles de
+papier couvertes de versets du Coran ou de signes cabalistiques.
+
+Il y a deux classes bien distinctes d’amulettes : celles destinées à
+appeler sur la personne qui les porte toute la série des biens que
+l’homme peut désirer ; celles appelées à éloigner toute la série des
+maux qu’il peut redouter.
+
+Les marabouts qui les fabriquent ont chacun leur spécialité.
+L’Islamisme, en son entier, est mis à contribution pour constituer la
+collection de chaque croyant.
+
+
+ _Instruction._
+
+
+La langue parlée dans chaque confédération constitue un dialecte propre.
+
+Bien que les Touâreg des quatre confédérations se comprennent entre eux,
+il y a cependant des différences notables dans chaque dialecte, surtout
+dans ceux du Sud qui ont donné l’hospitalité à beaucoup de mots des
+diverses langues nègres de l’Afrique centrale. Ceux du Nord paraissent
+plus purs de mélange. Si on y trouve quelques mots arabes,
+nécessairement importés avec la religion musulmane, du moins, les mots
+d’origine nègre ne les ont pas envahis.
+
+Pour la prononciation des mots, la principale différence entre les
+dialectes du Nord et ceux du Sud est que, dans les premiers, l’_h_ est
+aspirée, et que, dans les seconds, cette lettre est remplacée par un
+_ch_ ou par un _z_, ce qui rend la prononciation plus douce[122].
+
+En général, hommes et femmes savent lire et écrire, mais les femmes plus
+que les hommes, surtout dans la classe des nobles.
+
+La lecture et l’écriture du tefînagh sont enseignées dans la famille par
+les femmes : c’est pourquoi, sous ce rapport, le degré de leur
+instruction est supérieur à celui des hommes.
+
+La connaissance de la langue arabe écrite est restreinte à une minorité
+d’élite. Un plus grand nombre se sert de la langue arabe parlée.
+
+La langue arabe est enseignée par des tolba du Touât, qui entreprennent
+l’éducation de toute une famille, filles et garçons. Les familles un peu
+aisées, celles des chefs, ont un maître qui les accompagne partout où
+elles vont, tant qu’il y a un enfant à instruire. Comme les filles sont
+moins distraites de leurs travaux que les garçons, elles profitent mieux
+qu’eux des leçons de leur instituteur.
+
+Les livres arabes qu’on trouve chez les Touâreg sont le Coran et ses
+commentaires. Ils sont rares.
+
+Ceux des Touâreg qui parlent la langue arabe s’expriment en termes bien
+plus corrects que les Arabes de l’Algérie, mais au bout de cinq mots on
+reconnaît qu’ils sont Touâreg, car ils ne peuvent prononcer l’_h_ dur,
+et remplacent cette lettre par un _kh_ : ainsi ils ne disent pas
+_hânoût_, _halîb_, mais _khânoût_, _khalîb_.
+
+Parmi les femmes, il en est de véritablement instruites et qui feraient
+honte aux femmes des Arabes de l’Algérie. Aussi, quand on constate quel
+degré d’influence l’éducation a donné à la femme târguie dans la
+famille, on regrette d’apprendre que, sur la proposition de quelques
+membres musulmans des conseils généraux de l’Algérie, on ait renoncé à
+enseigner la lecture et l’écriture aux jeunes filles mauresques qui
+fréquentent les écoles d’Alger, surtout quand on avait surmonté les
+premières difficultés du professorat.
+
+Dans cette circonstance, on a trop subi l’influence d’hommes habitués à
+considérer la femme comme un être inférieur qui doit, en toutes choses,
+être subordonnée aux caprices de l’homme.
+
+
+Les connaissances en calcul sont à peu près nulles, si ce n’est chez les
+marchands des villes de Ghadâmès, de Rhât et d’In-Sâlah.
+
+Quant aux Touâreg nomades, ils comptent sur les grains de leurs
+chapelets, ou au moyen de points marqués sur le sable.
+
+Cependant, à la différence des Arabes, la plupart des Touâreg savent
+leur âge, en années lunaires.
+
+
+La division de l’année est la même que chez les Arabes.
+
+
+Voici, en temâhaq, les noms des mois :
+
+ Azhoûm (âzhoûm) correspondant à _Ramadhân_.
+
+ Tesesî — à _El-fotor_.
+
+ Djer-moûhadan — à _El-fotor-eth-thâni_.
+
+ Tafâski — à _El-’aïd_.
+
+ Tâmessadaq — à _’Achoûra_.
+
+ Tâllit-sattafet — à _Sefer_.
+
+ Tâllit-ârarhet — à _El-mouloûd_.
+
+ Aouhêm-iezzâren — à _Teba’at-mouloûd-el-oouel_.
+
+ Aouhêm-ilkemen — à _Teba’at-mouloûd-eth-thâni_.
+
+ Saret — à _Chaa’bân-el-oouel_.
+
+ Tîn-tenslemîn — à _Chaa’ban-eth-thâni_.
+
+ Tîn-tenslemîn-imezzehêl — à _Chaa’ban-eth-thâleth_.
+
+
+Les noms des jours de la semaine sont :
+
+ Vendredi _El-djemet_,
+
+ Samedi _Es-sebet_,
+
+ Dimanche _El-hâd_,
+
+ Lundi _El-îtni_,
+
+ Mardi _El-tenâta_,
+
+ Mercredi _Enârda_,
+
+ Jeudi _El-rhamîs_,
+
+tous empruntés à la langue arabe et dénaturés.
+
+
+En dehors de la géographie de la partie de l’Afrique comprise entre le
+Niger et la Méditerranée, de celle des pays de l’Orient sur la route de
+la Mekke, qu’ils connaissent bien, les Touâreg savent tout au plus qu’il
+y a des pays qui s’appellent l’Angleterre, la France, la Russie, et que
+le premier de ces pays est séparé des deux autres par des mers. A cela
+se borne la science géographique du peuple le plus voyageur du monde.
+
+Mais on peut dire que le dernier d’entre eux connaît son pays, dans ses
+détails, comme peu d’entre nous connaissent le leur.
+
+
+A l’exception de quelques faits conservés par les légendes et la
+tradition, l’histoire est un livre clos pour eux.
+
+Cependant, par la _Note_ de Brâhîm-Ould-Sîdi, par les listes de sultans,
+de cheïkh, qui m’ont été données et qui embrassent plusieurs siècles, on
+voit que les Touâreg, comme tous les Orientaux, tiennent à la
+conservation de leurs généalogies.
+
+
+En botanique, les Touâreg défieraient les plus érudits : ils savent le
+nom de toutes les plantes du Sahara, leurs propriétés utiles ou
+nuisibles, les terrains qu’elles préfèrent, les époques de leur
+floraison et de leur fructification. On reconnaît en cela qu’ils sont
+essentiellement pasteurs.
+
+
+En zoologie, ils sont moins instruits, mais tous connaissent les grands
+animaux de leur pays, leurs mœurs et leurs habitudes. Quelques-uns
+possèdent traditionnellement, en médecine et en art vétérinaire, des
+connaissances qui suffisent à leurs besoins.
+
+
+En minéralogie, leur science se borne à distinguer entre elles les
+substances minérales qu’ils emploient.
+
+Ils savent aussi discerner, par l’observation, les terrains dans
+lesquels il y a chance de trouver de l’eau pour le forage des puits.
+
+Dans le forage des puits, ils tiennent compte des couches traversées,
+leur donnent des noms et attachent la plus grande attention à bien
+reconnaître celle qui précède immédiatement l’eau.
+
+Sur tous les points du Sahara, on trouve des mineurs et des puisatiers
+qui ont une certaine expérience. Quelques-uns même prétendent être
+hydroscopes et reconnaître les couches d’eau souterraines que les Arabes
+appellent _Bahar-taht-el-ardh_, mer sous la terre.
+
+
+Les marabouts ont des notions de théologie et de droit. Malheureusement
+les marabouts instruits sont rares chez les Touâreg : obligés d’être
+continuellement sur les routes pour les devoirs de leur ministère, ils
+ne peuvent consacrer aux études sérieuses le temps qu’elles réclament.
+
+Les controverses religieuses ont pour thèmes, d’un côté, le fanatisme le
+plus exalté prêché dans les zâouiya de la confrérie des Senoûsi, de
+l’autre, la tolérance et la conciliation recommandées par les zâouiya
+des Tedjâdjna et des Bakkây.
+
+
+Pour l’enseignement du droit, on suit les préceptes du _Traité de
+jurisprudence de Sîdi Khelîl_, modifiés par les _Coutumes de Fez_. Dans
+la pratique, chez les Touâreg, les coutumes locales ont la préférence
+sur les décisions des plus savants jurisconsultes.
+
+
+Le _maximum_ de la science, pour ceux qui ont des prétentions à
+l’érudition, est de se proclamer savants en sorcellerie et en alchimie.
+Mais, quand on les interroge sur ces sujets, ils évitent habilement
+toute discussion. Les sciences occultes aiment le secret.
+
+
+Mais là où excellent incontestablement les Touâreg, c’est dans
+l’astronomie.
+
+Un peuple qui voyage toujours dans des déserts, et qui, pour éviter la
+chaleur, préfère les marches de nuit à celles du jour ; ce peuple, s’il
+n’a pas de boussole, est obligé de guider sa marche sur celle des
+étoiles. L’esprit d’observation a dû bientôt suppléer chez lui à
+l’enseignement méthodique, et si ce peuple, comme tout l’indique, a des
+liens de parenté avec les anciens Égyptiens, la tradition vient en aide
+à l’observation.
+
+Je n’ai pas la prétention de donner ici une situation des connaissances
+des Touâreg en astronomie : il eût fallu, pour cela, consulter un grand
+nombre de guides des caravanes et contrôler les unes par les autres
+leurs informations : je me borne donc à constater ce que j’ai appris, en
+conservant autant que possible à la poésie saharienne tout son
+caractère.
+
+Le Firmament est _Erher_.
+
+Le Soleil est _Tafoûk_, et la Lune _Ayôr_.
+
+Quand il y a éclipse, c’est une rhazia que l’un des deux astres opère
+sur l’autre.
+
+L’éclipse de Soleil ou la rhazia de la Lune sur le Soleil est _Tafoûk-
+temêhagh_.
+
+L’éclipse de Lune est _Ayôr-ïemêhagh_.
+
+La nouvelle Lune s’appelle _Tâllit_ ;
+
+La pleine Lune, _Afaneôr_ ;
+
+La Lune avec halo, _Ayôr-ieffrâdj_ ;
+
+Les Étoiles, en général, _Itrân_, au sing. _âtri_ ;
+
+La Voie lactée, _Mâhellaou_.
+
+Vénus est _Tâtrit-tan-toûfat_ (l’_étoile du matin_), comme l’appellent
+aussi nos bergers.
+
+Orion est _Amanâr_ (_celui qui ouvre_), étymologie qui rappelle celle du
+nom classique.
+
+Le Baudrier d’Orion, _Tâdjebest-en-Amanâr_ (mot à mot _ceinture de celui
+qui ouvre_), est une traduction plus complète encore.
+
+Rigel est _Adâr-n-elâkou_ ou _le Pied dans la vase_.
+
+Sirius est _Eydi_, le Chien, c’est-à-dire _le chien du chasseur Amanâr_.
+
+D’après les uns, Orion (Amanâr) sort d’un puits vaseux, et Rigel (Adâr-
+n-elâkou) est le dernier pied qu’il sort de la vase, c’est-à-dire la
+dernière étoile qui apparaît lorsque la constellation monte dans l’Est.
+
+D’après d’autres, Amanâr est un Chasseur ceint de sa Ceinture ; il est
+suivi par un Chien, _Eydi_ (Sirius), et précédé par des Gazelles,
+_Ihenkâdh_, qui sont les étoiles de la constellation du Lièvre.
+
+A l’époque où Adâr-n-elâkou (Rigel) paraît au firmament, les fruits du
+_Zizyphus Lotus_, arrivés à maturité, sont déjà tombés à terre.
+L’apparition de cette étoile est donc à la fois une époque astronomique
+et botanique.
+
+La grande et la petite Ourse est une Chamelle avec son Chamillon,
+_Tâlemt-de-rôris_.
+
+Le Chamillon, sans sa mère (la petite Ourse), s’appelle _Aourâ_.
+
+L’Étoile Polaire est dite _Lemkechen_, mot à mot, _tiens_, c’est-à-dire
+qu’une Négresse est supposée recevoir l’ordre de tenir le Chamillon
+_Aourâ_, pour qu’on puisse traire sa mère, _Tâlemt_, la Chamelle (c’est-
+à-dire la grande Ourse).
+
+Les étoiles de la même constellation ψ, λ, μ, ν, ξ, qui forment un
+triangle, figureraient une Assemblée, _El-Djema’at_, qui délibérerait
+pour tuer _Lemkechen_ (la Négresse) ; c’est pourquoi cette dernière,
+saisie d’effroi, ne bouge pas et cherche à se cacher.
+
+Les Pléiades sont les Filles de la Nuit, _Chêt-Ahadh_ ; chacune des six
+principales étoiles de cette constellation a son nom propre ; la
+septième est l’œil d’un garçon, qui, après avoir quitté l’orbite
+oculaire de son propriétaire terrestre, est allé se fixer au ciel.
+
+Cela est expliqué dans les cinq vers suivants :
+
+
+ Chêt-Ahadh essa hetîsenet
+
+ Mâteredjrê d-Erredjeâot,
+
+ Mâteseksek d-Essekâot,
+
+ Mâtelarhlarh d-Ellerhâot,
+
+ Ettâs djenen, barâd, tît-ennît abâtet.
+
+
+Ce qui mot à mot signifie :
+
+
+ « Les Filles de la Nuit sont sept :
+
+ « _Mâteredjrê_ et _Erredjeâot_,
+
+ « _Mâteseksek_ et _Essekâot_,
+
+ « _Mâtelarhlarh_ et _Ellerhâot_,
+
+ « La septième est un garçon dont un œil s’est envolé. »
+
+
+Le Scorpion est tantôt désigné sous le nom de _Tâzherdamt_ (scorpion),
+tantôt sous celui de _Tâzzeït_ (palmier). Cette dernière désignation
+convient très-bien à la figure de cette constellation.
+
+Un jeune homme, du nom d’_Amrôt_ (_Antarès_), disent les astrologues
+Touâreg, veut monter sur le Palmier, _Tâzzeït_, mais arrivé à mi-hauteur
+de l’arbre, il aperçoit de belles jeunes Filles, _Tibaradîn_, revêtues
+de haoulis rouges, venant de la Mare, appelée _Tesâhak_, et se dirigeant
+vers lui ; il reste alors à mi-hauteur du Palmier pour les contempler.
+Sans doute cette image peut s’expliquer, mais je ne veux pas me risquer
+à appliquer ces dénominations à telles ou telles étoiles voisines de la
+constellation du Scorpion.
+
+La constellation du Lièvre est désignée sous le nom d’_Ihenkâdh_, les
+Gazelles.
+
+La constellation du grand Chien (ε δ et η) est appelée _Ifarakfarâken_,
+mot qui sert ordinairement à indiquer le bruit que fait un éventail
+agité dans l’air, ou le vol d’un oiseau à son passage, parce qu’à
+l’époque où paraît cette constellation des vents violents agitent
+toujours l’atmosphère.
+
+β du grand Chien est _Aouhêm_, le petit de la Gazelle.
+
+Les étoiles de la constellation du Navire sont désignées : δ, sous le
+nom de _Tenâfelit_, la Richesse, l’Opulence ; ο, sous celui de
+_Tôzzert_, la Misère, le Besoin, la Pauvreté.
+
+Quand on traverse le désert de Tânezroûft, de Ouâllen à Am-Rhannân, ces
+deux étoiles servent à indiquer la direction en prenant le point central
+entre celui de leur lever et celui de leur coucher, c’est-à-dire droit
+au Sud. Ces étoiles étant près de l’horizon, il est toujours facile de
+se guider sur leur passage au méridien. Entre leur coucher et leur
+lever, les guides disent qu’il y a la longueur de l’emplacement de la
+ville d’Araouân.
+
+Aldébaran est _Kôkoyyodh_.
+
+Canopus est _Ouâdet_.
+
+Une Comète se dit _Aharôdh_. Comme chez tous les peuples, l’apparition
+inattendue de ces corps lumineux étonne et effraie.
+
+Le Soleil et les Étoiles servent aux Touâreg à distinguer les quatre
+points cardinaux :
+
+ Le Nord se dit : _Fôy_,
+
+ Le Sud _Anehôl_,
+
+ L’Est _Leqqâblet_,
+
+ L’Ouest _Idjedel-en-Tafoûk_.
+
+Les divisions du jour, _Ahel_, sont :
+
+ Le matin _Toûfat_,
+
+ Le midi _Imoghri_,
+
+ L’après-midi (trois heures) _Takkâst_,
+
+ Le soir _Tadeggat_,
+
+ La nuit _Ehadh_.
+
+Tout le temps de la grande chaleur, la _Gaïla_ des Arabes, celui pendant
+lequel les caravanes se reposent, se dit _Taroût_.
+
+Les Touâreg, comme tous les Arabes du Sahara, pour avoir l’heure du
+midi, plantent un piquet dans le sable et calculent la projection de
+l’ombre suivant la saison.
+
+
+La boussole, aussi utile dans les voyages sahariens que dans la
+navigation maritime, était entièrement inconnue, non-seulement chez les
+Touâreg, mais encore dans toute l’Afrique centrale. On n’en savait même
+pas le nom.
+
+Par mes soins, les Touâreg la connaissent désormais. Le marabout Sîdi-
+el-Bakkây attachait le plus grand prix à en avoir une ; j’ai pu
+satisfaire ce désir. Ikhenoûkhen aussi en désirait une, mais il a dû
+attendre. Le Cheïkh-’Othmân en a fait ample provision à Paris.
+
+J’estime donc que la boussole est un des présents les plus utiles qu’on
+puisse faire aux chefs du Sahara, à la condition que l’instrument sera
+portatif et leur sera remis par une personne qui leur indiquera la
+manière de s’en servir.
+
+
+A Ghadâmès, on m’a parlé de deux _Traités d’astronomie_, en langue
+arabe, qui existeraient dans la bibliothèque de la mosquée, preuve
+incontestable de l’importance que les Sahariens attachent à la
+connaissance de la marche des astres.
+
+
+Je ne puis terminer ce que je viens de dire sur l’instruction des
+Touâreg sans faire remarquer que la somme de leur savoir se transmet,
+traditionnellement, de père en fils et avec le concours d’une seule
+famille : celle des marabouts de Timâssanîn.
+
+
+ _Droit. — Justice. — Police._
+
+
+Le droit écrit n’est invoqué qu’à défaut du droit coutumier, pour les
+contestations exceptionnelles. Alors, on ouvre le _Traité de
+jurisprudence_ du grand légiste Sîdi-Khelîl.
+
+Le droit coutumier, _’Aâda_, conservé traditionnellement dans la mémoire
+des anciens, doit être une émanation de l’ancien droit berbère. Pour en
+avoir une idée nette, il faudrait vivre pendant plusieurs années chez
+les Touâreg, tenir note des solutions données à tous les litiges et
+demander aux juges la raison de leurs jugements. Un voyageur ne peut
+entrer dans de pareils détails.
+
+Les Touâreg n’ont pas de qâdhi dans leurs tribus, et on n’a recours à
+ceux de Rhât, de Ghadâmès et d’In-Sâlah, que très-exceptionnellement.
+
+Le chef de famille supplée à leur absence dans la famille, comme les
+chefs de tribus dans les tribus. Quand il y a lieu, les marabouts
+interviennent.
+
+La police intérieure est faite par les chefs de tribus. Les peines
+qu’ils appliquent sont l’amende, _isekkeser_, la bastonnade, _tiboûren_,
+et la mise aux fers.
+
+La peine de la prison, _tekôrmit_, et la peine de mort, _tâmattant_, ne
+sont jamais appliquées. La punition des crimes, assez graves pour
+emporter l’une ou l’autre de ces deux peines, d’après nos lois, est
+réservée aux représailles des parents des victimes.
+
+Cependant, quand, pour un crime particulier, on a recours à
+l’intervention de l’_amghâr_, en vue d’éviter des guerres de tribu à
+tribu, il prononce la peine du talion, conformément aux prescriptions du
+Coran : _œil pour œil, dent pour dent, coup pour coup_.
+
+Dans ce cas, les plus proches parents de la victime décident du sort du
+criminel : ils peuvent accepter le rachat du sang, moyennant une somme
+d’argent, ou désigner celui d’entre eux qui remplira les fonctions
+d’exécuteur des hautes œuvres de la justice.
+
+Si le prix du sang n’est pas accordé, malheur, malheur au coupable ! Il
+subira, en présence de témoins, de sa propre famille et de celle de sa
+victime, le plus terrible des supplices, car l’enivrement de la
+vengeance ne se contente pas d’un œil pour un œil, d’une dent pour une
+dent.
+
+Quel affreux spectacle que celui de cette justice patriarcale !
+
+Dans toutes les sociétés musulmanes, l’absence d’une justice officielle
+est une des principales causes qui entretiennent les haines et les
+divisions entre les familles et entre les tribus.
+
+Cependant, les crimes ayant un caractère individuel sont rares :
+l’infanticide, à la suite des grossesses illicites, est assez commun.
+Dans ce cas, le père de la coupable est juge de l’offense faite à sa
+maison et généralement il cache sa honte.
+
+
+ _Naissances. — Mariages. — Décès._
+
+
+A ma connaissance, les naissances, chez les Touâreg, appellent peu
+l’attention. Un fils est toujours le bienvenu parce qu’il augmente le
+nombre des défenseurs de la tribu. A l’âge ordinaire, il est circoncis,
+suivant la coutume musulmane.
+
+Chez les Touâreg, à la différence des Arabes, les jeunes gens ne sont
+pas admis à prendre part à la gestion des affaires publiques. La grande
+majorité pour eux ne commence pas avant quarante ans ; jusque-là, on est
+admis à l’action, pas au conseil.
+
+La longévité des Touâreg explique cette longue durée de la minorité
+comme aussi le retard apporté au mariage, car les centenaires n’y sont
+pas très-rares. On cite même des individus qui ont atteint cent trente
+et cent cinquante ans ; entre autres celui qui m’a conduit à la
+sculpture Lybico-égyptienne de Bordj-Taskô, à Ghadâmès, auquel on donne
+plus de cent cinquante ans. Il est vrai qu’il est actuellement en
+enfance. Les auteurs arabes du moyen âge avaient déjà constaté ce fait
+exceptionnel. Ebn-Khaldoûn, entre autres, dans sa notice sur les
+_Molâthemîn_, dit : « Dans le pays habité par ce peuple, on vivait
+ordinairement jusqu’à l’âge de quatre-vingts ans. » J’ai constaté qu’il
+en est encore de même aujourd’hui.
+
+Les mariages donnent lieu aux remarques suivantes : la femme se marie
+rarement avant vingt ans, l’homme avant trente. Un târgui n’a jamais
+qu’une femme. Il peut divorcer, mais il n’introduira pas une nouvelle
+épouse au foyer conjugal avant d’avoir réglé le sort de la femme
+répudiée.
+
+La femme mariée jouit d’autant plus de considération qu’elle compte plus
+d’amis parmi les hommes, mais, pour conserver sa réputation, elle ne
+doit en préférer aucun. Une femme qui n’aurait qu’un ami ou qui
+témoignerait plus d’affection pour l’un de ses adorateurs serait
+considérée comme pervertie et montrée au doigt.
+
+Les mœurs permettent, entre hommes et femmes, en dehors de l’époux et de
+l’épouse, des rapports qui rappellent la chevalerie du moyen âge : ainsi
+la femme pourra broder sur le voile ou écrire sur le bouclier de son
+chevalier des vers à sa louange, des souhaits de prospérité ; le
+chevalier pourra graver sur les rochers le nom de sa belle, chanter ses
+vertus, et personne n’y voit rien de mal. « L’ami et l’amie, disent les
+Touâreg, sont pour les yeux, pour le cœur, et non pour le lit seulement,
+comme chez les Arabes. »
+
+Presque tous les soirs, les femmes chantent en s’accompagnant de la
+_rebâza_ ; elles improvisent généralement leurs chants, à la façon des
+anciens trouvères. Les hommes font cercle, accroupis autour des
+chanteuses, et, pour honorer la réunion, ils revêtent leurs plus beaux
+habits.
+
+Au milieu de ces mœurs patriarcales, la femme demanderait immédiatement
+le divorce, si elle avait une rivale, et l’homme aurait le droit de tuer
+sa femme, sans avoir à rendre compte de sa vie à sa famille, si elle
+commettait une infidélité.
+
+Est-ce à dire pour cela que les mœurs soient d’une pureté
+irréprochable ? Je ne le crois pas. Il y a près de Ghadâmès un campement
+de târguies qui rappelle les Nâylîyât de Biskra et de Tougourt, et plus
+d’une jeune fille est accusée d’être devenue mère avant le mariage.
+
+Dans les rapports de l’homme avec la femme, en mariage, la formule du
+Code Napoléon est la règle : « La femme doit obéissance au mari et le
+mari doit pourvoir aux besoins de la femme dans la limite de ses
+ressources. » La délaisser même est un motif à reproche.
+
+Les Touâreg mangent en compagnie de leurs épouses : ce qui est contraire
+à l’usage des autres musulmans ; la meilleure part du repas leur est
+donnée. Toutefois, il est, dans les aliments, des parties exclusivement
+réservées à l’un ou à l’autre : le cœur, les intestins des animaux, ne
+sont mangés que par l’homme ; le foie et les rognons reviennent aux
+femmes. Le café et le thé ne peuvent être bus que par les hommes.
+
+La tenue des dames Touâreg est toujours décente et convenable. Une sorte
+d’étiquette préside à tous leurs mouvements quand elles sont en société.
+Une grande marque de leur respect pour l’homme auquel elles parlent est
+de lui cacher leur figure, quoiqu’elles ne portent jamais le voile, et,
+à cette fin, elles tournent le dos à leur interlocuteur, ou bien elles
+ramènent un coin de leur par-dessus sur leur figure.
+
+Le sentiment de la pudeur, inconnu et impossible au milieu des familles
+polygames, recouvre tous ses droits dans les ménages monogames des
+Touâreg.
+
+Plus heureuse que la femme arabe, la femme târguie n’est obligée ni à
+moudre le blé, ni à aller chercher sur son dos l’eau et le bois, ni à
+faire la cuisine ; les esclaves pourvoient à tous ces besoins, de sorte
+que, comme les dames des contrées civilisées, elles peuvent consacrer du
+temps à la lecture, à l’écriture, à la musique et à la broderie. Ce
+n’est pas sans quelque émotion, qu’après avoir traversé quatre cents
+lieues de pays dans lesquels la femme est réduite à l’état de bête de
+somme, on constate, en plein désert, une civilisation qui a tant
+d’analogie avec celle de l’Europe chrétienne au moyen âge.
+
+La célébration du mariage, chez les Touâreg, ressemble beaucoup à celle
+des autres pays musulmans, avec cette différence que, les armes à feu
+étant inconnues ou à peu près chez les nomades, on n’y fait pas parler
+la poudre. Chez les nobles, la _fantazia_ à dromadaire remplace la
+_fantazia_ à cheval ; on chante, on joue de la rebâza ; chez les serfs
+et chez les esclaves, on danse à la mode de Nigritie, au son de la
+derboûka.
+
+Un marabout préside à la bénédiction nuptiale et rédige les conventions
+particulières des époux, quand il y a lieu à contrat.
+
+Les morts sont enterrés conformément aux prescriptions de la religion
+musulmane ; lavage du corps à l’eau chaude, linceul neuf, prières pour
+tous, aromates pour les riches. Mais on ne les pleure pas, et dès qu’on
+leur a rendu les derniers devoirs de la sépulture, après un repas
+propitiatoire, on évite tout ce qui pourra ressusciter leur souvenir.
+Ainsi, on change de campement, on ne prononce jamais leur nom, et, afin
+qu’ils disparaissent du milieu des vivants, on n’appellera pas leurs
+enfants, comme chez les Arabes, _tel fils d’un tel_, on leur donnera un
+nom qui vivra et mourra avec eux. Il n’y a d’exception à cette règle que
+dans les familles des marabouts, ou dans les familles princières dont le
+nom est intimement lié à l’histoire de la tribu[123]. Cet oubli apparent
+ou réel des morts a sa cause dans la crainte des revenants, crainte
+générale et qui fait éviter tout ce qui pourrait être considéré comme
+une évocation.
+
+
+ _Pratiques hygiéniques._
+
+
+L’hygiène est en grand honneur chez les Touâreg, et ses préceptes, plus
+ou moins orthodoxes, plus ou moins rationnels, sont religieusement
+suivis.
+
+Jamais un târgui, à moins d’une circonstance exceptionnelle, ne se lave
+ni la figure, ni les mains, ni les pieds, à plus forte raison les autres
+parties du corps, parce que l’eau est réputée rendre la peau plus
+impressionnable au froid et au chaud. Les ablutions prescrites par la
+religion sont faites avec du sable ou avec un caillou.
+
+Toujours en vue de soustraire la peau aux influences extérieures, les
+Touâreg se teignent les mains, les bras et la figure, avec de l’indigo
+en poudre. Le reste de leur corps, également couvert d’indigo par la
+déteinte continuelle de leurs vêtements, est soumis aux mêmes effets.
+
+Les femmes emploient souvent, mais sur leur visage seulement, l’ocre au
+lieu de l’indigo.
+
+Ainsi, quoique blancs, les Touâreg paraissent bleus, et leurs femmes
+jaunes, ce qui contribue à leur donner un aspect si étrange.
+
+Il va sans dire que jamais on ne lave les vêtements teints à l’indigo,
+attendu que, par le lavage, ils perdraient leur propriété essentielle,
+qui est de déteindre sur le corps.
+
+La conséquence de pareilles habitudes est que ceux des Touâreg qui n’ont
+pas une garde-robe de rechange sont largement pourvus de parasites.
+
+Comme les Arabes, les Touâreg se rasent la tête, mais, au lieu de se
+borner à laisser une simple mêche de cheveux, _tahoqqôt_, pour que
+l’ange puisse les enlever de terre au ciel, le jour du jugement dernier,
+et les faire comparaître convenablement devant le Grand Maître, ils
+conservent, du front à la nuque, une sorte de crête de cheveux,
+_ahoqqôt_, qui ressemble assez à celle de certains casques, et, en
+attendant que ces cheveux servent à l’usage commun après la mort, ils en
+tirent un parti hygiénique dans cette vie. A cet effet, cette crête est
+tressée en petites mêches, réunies les unes aux autres, de manière à
+former une charpente pour supporter la calotte et permettre à l’air de
+circuler entre le cuir chevelu et le tissu de laine qui recouvre la
+tête.
+
+Les enfants et les jeunes gens portent à une oreille un grand anneau,
+tantôt en métal, tantôt en corne, tantôt en bois. Est-ce là aussi une
+pratique hygiénique pour préserver, pendant le jeune âge, par un
+dérivatif continuel, des nombreuses maladies auxquelles les yeux sont
+exposés ?
+
+L’usage du sulfure d’antimoine, le _kohel_ des Arabes, sur le bord libre
+des paupières, a incontestablement ce but. Cette poudre est appliquée
+avec délicatesse au moyen d’un stylet en bois, _tâfendit_.
+
+Mais la pratique hygiénique par excellence des Touâreg est la religion
+du voile, pour préserver leurs organes extérieurs les plus délicats,
+yeux, oreilles, fosses nasales et bouche, de l’action des sables, du
+soleil, des vents et de la sécheresse extrême de l’air ; jamais coutume
+ne fut mieux appropriée au climat, aussi tous les étrangers qui voyagent
+dans leur pays s’empressent-ils de l’adopter. Moi-même j’ai suivi la
+mode générale et je n’ai qu’à m’en féliciter.
+
+
+ _Maladies et pratiques médicales._
+
+
+Le genre de vie menée par les Touâreg est promptement fatal aux
+constitutions faibles, et la sélection opérée par la mortalité ne laisse
+dans la population que des sujets forts et robustes.
+
+D’un autre côté, le climat est sain, et la sobriété, commandée par
+l’aridité du sol, contribue puissamment à maintenir la santé.
+
+Les maladies sont donc rares, quoique les voyageurs étrangers soient
+assaillis par des demandes de médicaments ; mais ces demandes ne font
+que révéler l’impuissance des pratiques médicales en usage dans le pays.
+
+Les maladies les plus graves et les plus générales sont les ophtalmies,
+les rhumatismes, les fièvres intermittentes, les engorgements des
+viscères consécutifs aux fièvres, la variole, les affections cutanées,
+les maladies de la vessie, le ver de Guinée, enfin le boûri chez les
+nègres.
+
+Il est peu de Touâreg dont les yeux n’aient été le siége d’ophtalmies
+les plus graves, probablement d’ophtalmies purulentes si communes en
+Égypte, sous l’influence des mêmes causes ; car, chez un grand nombre,
+la cornée transparente est devenue opaque ; beaucoup sont aveugles ou ne
+voient que pour se conduire.
+
+La réverbération solaire, les sables charriés par les vents ; les
+variations extrêmes de température, entre la nuit et le jour ; la
+sécheresse de l’air ; les effluves salines qui se dégagent du fond des
+lacs desséchés ; la contagion elle-même, sont les causes de ces
+ophtalmies endémiques. Au Fezzân, j’ai trouvé une grande partie de la
+population atteinte de maux d’yeux.
+
+Les remèdes empiriques qu’emploient les indigènes sont plutôt de nature
+à aggraver qu’à guérir.
+
+Un des plus grands services qui puisse être rendu aux Touâreg, serait
+d’introduire chez eux, à titre de complément de l’usage du voile, la
+coutume de conserves à verres bleus avec œillères. Il suffit pour cela
+d’en donner en cadeau aux principaux chefs, — c’est ce qui a été fait, —
+et d’introduire cet article dans les pacotilles des caravanes à des
+conditions de prix qui le rendent abordable à toutes les bourses.
+
+Les Anglais ont bien opéré un plus grand miracle, en remplaçant l’usage
+du café par celui du thé. Ils ont commencé par en faire présent aux
+chefs, et, par esprit d’imitation, tout le monde a voulu en goûter.
+Aujourd’hui le Maroc, presque tout le Sahara et une partie de l’Afrique
+centrale sont tributaires de l’Angleterre pour le thé.
+
+Au-dessus de trente ans, peu d’hommes ou de femmes sont exempts de
+rhumatismes ; quelques-uns en sont perclus. Le coucher sur le sable
+refroidi pendant la nuit, et l’usage exclusif des vêtements de coton
+expliquent la multiplicité et la gravité de ces affections. Parvenons à
+livrer aux Touâreg des vêtements de laine, chemises, blouses et
+pantalons, à des prix peu supérieurs à ceux de coton, et nous verrons le
+coton abandonné pour la laine ; car déjà les chefs recherchent les
+tissus en laine des Arabes. Mais le prix élevé de ces derniers est un
+obstacle réel à leur adoption, tant le peuple est pauvre.
+
+A l’exception de quelques liniments et du feu appliqué à la manière
+arabe, par la cautérisation transcurrente, les Touâreg n’ont aucun moyen
+curatif ou palliatif rationnel contre les rhumatismes. Ceux qui en sont
+atteints souffrent jusqu’à leur mort.
+
+Les fièvres intermittentes, _tâzzaq_, contractées dans le pays, sont
+rares, mais comme les Touâreg voyagent beaucoup et sortent souvent des
+régions saines de leurs montagnes, ils rapportent de leurs voyages des
+fièvres persistantes auxquelles le changement de climat met quelquefois
+fin, mais qui souvent se transforment en engorgements chroniques et
+incurables du foie et de la rate.
+
+Les seuls remèdes connus sont des tisanes laxatives ou purgatives
+préparées avec des plantes du pays ou des médicaments tirés du Soûdân.
+Notre commerce pourrait substituer à ces préparations, sans valeur
+sérieuse, les principaux fébrifuges, les purgatifs et les vomitifs de
+notre matière médicale, dont l’emploi deviendrait bientôt général, si la
+vente de ces médicaments était accompagnée de notices simples rédigées
+en langue arabe.
+
+La variole, _âchek_ ou _bedî_, vient périodiquement décimer ces
+malheureuses populations ; à mon passage à Ghadâmès, une épidémie y
+régnait et n’épargnait ni jeunes ni vieux. Elle avait antérieurement, au
+printemps 1860, exercé ses ravages sur les Ifôghas du Cheïkh-’Othmân.
+Contre ce terrible fléau on ne connaît ni la vaccine ni même
+l’inoculation du virus variolique, en usage chez les Arabes.
+
+Sans doute, un jour, grâces aux relations que nous sommes appelés à
+entretenir avec les peuplades du Sahara et de l’Afrique centrale, elles
+nous seront redevables de l’introduction de la vaccine, et de ce moment
+datera pour elles une ère nouvelle qui fera époque dans leurs souvenirs
+historiques ; jusque-là, nous sommes impuissants à leur venir en aide.
+
+La rougeole, _loûmet_, ainsi que les autres maladies de l’enfance,
+n’épargnent pas plus les Touâreg que les autres peuples.
+
+On comprendra facilement que les maladies de la peau, du cuir chevelu,
+de la paume des mains et de la plante des pieds, soient fréquentes et
+presque incurables chez un peuple dévoré de vermine et qui redoute de se
+laver avec de l’eau, dans la crainte de rendre la peau plus
+impressionnable au froid et au chaud. L’importation par le commerce des
+préparations sulfureuses et mercurielles peut donc, en attendant mieux,
+devenir un objet d’échange utile et lucratif.
+
+Les dartres, _ânerhoû_, sont communes.
+
+Les voyages fréquents, l’allure fatigante du chameau, la dureté des
+selles, en vue de prévenir le sommeil, déterminent souvent des maladies
+chroniques de la vessie, dites _tezhaggâlt_, qui, d’après les symptômes
+indiqués, pourraient bien être la pierre.
+
+Contre cette maladie les Touâreg n’ont aucun remède.
+
+Les hernies, _âmokketes_, suites de longues marches, sont aussi
+fréquentes. Des bandages, plus ou moins grossiers, les maintiennent
+réduites.
+
+Généralement, les Touâreg qui vont au Soûdân en rapportent le ver de
+Guinée, _farentît_, parasite qui vit entre cuir et chair, cause
+d’atroces souffrances, et revient pendant longtemps, tous les ans, à la
+même époque.
+
+En langue temâhaq, la maladie que donne le ver de Guinée est appelée
+_âtleb_.
+
+Les Européens, comme les indigènes, paient le tribut au farentît. M. le
+docteur Barth en a été atteint et ne s’en est débarrassé qu’avec peine.
+
+Le suc laiteux du _Calotropis procera_ (voir page 180) est le seul
+remède connu à ce mal.
+
+Probablement, notre matière médicale, si riche en toxiques, aura à
+donner aux habitants de l’Afrique centrale un spécifique plus puissant
+que le suc de ce _Calotropis_. Un débouché certain est assuré à ce
+médicament, dès qu’il sera trouvé.
+
+Le _boûri_ est une affection vertigineuse du cerveau, qui atteint
+spécialement les nègres dans la période d’acclimatation, et les rend
+fous à lier. Cette maladie se présente sous forme d’accès. On se borne,
+pour tout traitement, à séquestrer les malades.
+
+La syphilis, _tâlaouaït_, héréditaire ou acquise, vient couronner la
+série des maladies qui atteignent les Touâreg, quoique ce mal soit moins
+commun que dans les populations sahariennes du Sud de l’Algérie et de la
+Tunisie. La sévérité des mœurs explique la préservation plus générale et
+aussi la gravité moins grande des accidents.
+
+Les symptômes les plus ordinaires de cette affection sont des ulcères,
+_amahâr_.
+
+Des tisanes et des poudres de diverses plantes sont d’abord employées à
+l’intérieur et à l’extérieur contre les premiers symptômes de cette
+maladie, et quand elles n’ont pas amené la guérison, on a recours au
+traitement traditionnel par la salsepareille, _el-’acheba_, qui est
+très-compliqué.
+
+La salsepareille, qui vient d’Europe, est l’objet d’un commerce
+important dans le Sahara. Les préparations mercurielles, employées avant
+tant de succès par nos médecins sur les indigènes de l’Algérie, peuvent
+très-bien prendre place avec la salsepareille dans les pacotilles à
+destination de l’intérieur.
+
+Les Touâreg se plaignent souvent d’ulcères, dans les fosses nasales,
+déterminés probablement par les sables ou l’excessive chaleur ; ils
+donnent à cette maladie spéciale le nom de _fandhefîr_.
+
+Les bronches elles-mêmes ne paraissent pas toujours à l’abri de la
+pénétration des sables, malgré l’usage du voile ; ils provoquent la
+toux, _tîsoût_, mais ne déterminent pas d’autres accidents.
+
+Dans les cas de piqûre d’animaux venimeux, vipères ou scorpions, les
+Touâreg étranglent par une ligature le membre ou la partie atteinte,
+pour faire obstacle à la transmission du venin par la circulation ;
+après quoi, ou ils appliquent le feu, ou ils font des lotions
+oléagineuses, ou ils mettent en contact avec la plaie la chair sanglante
+et encore vivante d’un animal quelconque, poulet, mouton ou chèvre, en
+attribuant aux chairs vivantes la propriété d’absorber le virus.
+
+La seule chose rationnelle dans ces pratiques est la destruction des
+parties atteintes par le cautère incandescent ; mais on pourra utilement
+substituer à cette méthode douloureuse l’emploi de l’ammoniaque liquide
+à l’intérieur et à l’extérieur.
+
+Est-il nécessaire de constater que les ’Aïssâoua, qui prétendent charmer
+les vipères et affronter impunément leur morsure, ne vont jamais dans la
+contrée où leur prétendue exemption anti-septique pourrait être mise à
+l’épreuve ? Ils sont même inconnus chez les Touâreg.
+
+Dans quelques tribus du Sud de la province d’Oran, quand la gale du
+cheval ou du chameau a résisté au traitement par le goudron, on détruit
+l’_Acarus_ ou insecte de la gale par le virus du scorpion ; à cet effet,
+on fait piquer l’animal galeux au-dessous de la croupe, et on affirme
+que les _Acarus_ sont bientôt tués. Cette pratique n’est pas en usage
+chez les Touâreg, quoique la gale du chameau y soit fréquente et
+difficile à guérir.
+
+Dans le Tell algérien et tunisien, on fait quelquefois aussi, dit-on, un
+coupable usage de viandes présentées à la dent des vipères et
+empoisonnées par leur venin. Je dois dire que les Touâreg sont trop
+honnêtes et trop loyaux, même vis-à-vis de leurs ennemis, pour employer
+de tels moyens.
+
+La seule plante vénéneuse que produise le pays des Touâreg est
+l’_Hyoscyamus Falezlez_ (Voir page 182). On ne s’en sert pas comme
+poison, mais comme aliment et comme médicament.
+
+L’observation a appris aux Touâreg que l’_afahlêhlé_ engraissait les
+chameaux, les moutons et les chèvres (tous ruminants), et ballonnait,
+avant de les tuer, les chevaux et les ânes qui en avaient mangé.
+
+Leurs femmes, pour lesquelles l’embonpoint est le suprême de la beauté,
+ont voulu savoir si la susdite plante agirait sur elles, soit en les
+engraissant, soit en les ballonnant, et, en vraies filles d’Ève, elles
+ont touché au fruit défendu, sans qu’il leur soit advenu trop grand mal,
+en prenant certaines précautions, toutefois.
+
+Donc, les femmes maigres qui veulent devenir grasses mangent de la
+viande assaisonnée avec une petite quantité d’_afahlêhlé_, puis elles se
+couchent en ayant soin de se couvrir de manière à appeler à la peau une
+abondante transpiration. Pour la provoquer, elles boivent, par gorgées,
+de grandes quantités de lait aigre. Si la médication réussit, la peau se
+dilate, et, après quelque temps de ce régime, l’embonpoint se développe.
+Dans le cas où, au lieu de la chaleur, survient le froid, alors il y a
+folie momentanée, quand des accidents plus graves ne se manifestent pas.
+
+Comme médicament, l’extrait d’_afahlêhlé_, incorporé à du beurre fondu,
+est employé en frictions dans les douleurs rhumatismales.
+
+Dans les maladies de l’utérus, les femmes font usage de tampons en coton
+recouverts de beurre chargé de la même substance. Cette pratique
+rappelle l’usage que les dames romaines faisaient de la belladone, dans
+les mêmes cas.
+
+
+Je suis entré, à dessein, dans ces détails, pour faire comprendre quelle
+importance le commerce des médicaments, _asafar_, avec le Sahara et
+l’Afrique centrale peut acquérir un jour. Quoique fatalistes, les
+musulmans n’hésitent pas à acheter des drogues pour calmer leurs
+souffrances et prolonger leur existence.
+
+Un médecin, _âdhabîb_, qui accepterait avec dévouement la mission
+d’aller passer quelques années au milieu des Touâreg, non-seulement
+serait considéré par eux comme un personnage sacré, mais encore y
+exercerait la plus heureuse influence pour l’avenir de nos relations
+commerciales ou politiques.
+
+Quand la France aura un agent consulaire à Ghadâmès ou à Rhât, on pourra
+utilement confier cette glorieuse mission à l’un de ces nombreux
+officiers de santé de l’armée pour lesquels l’occasion de rendre des
+services est toujours une bonne fortune. Si ce médecin parlait l’arabe
+et avait le goût des voyages, le Sahara n’aurait bientôt plus de secrets
+pour nous.
+
+
+ _Travail._
+
+
+Le Touâreg n’ont pas d’habitation, ils ne produisent ni les vêtements
+qu’ils portent ni les aliments qu’ils consomment ; à les juger par leur
+impuissance à suffire à leurs premiers besoins, surtout quand on sait
+qu’ils ont des vallées où la terre est profonde et l’eau presque à la
+superficie du sol, on est, à première vue, disposé à les classer parmi
+les peuples paresseux, dignes de toutes les misères qui les atteignent.
+
+Il n’en est rien cependant, car le târgui est un homme actif, toujours
+occupé ; mais l’immensité de l’espace dévore son temps et ne lui laisse,
+après chaque course, que trop peu d’intervalle pour vaquer à d’autres
+soins.
+
+On se rendra compte de la lutte de l’homme contre l’espace en
+rapprochant deux chiffres : celui de la population, environ 30,000 âmes,
+pour la totalité des Touâreg du Nord ; et celui de la superficie
+occupée, 100 millions d’hectares environ, probablement plus, dont ils
+doivent faire la police, soit pour protéger les caravanes de leurs
+clients, soit pour surveiller les mouvements de leurs ennemis.
+
+Pour aller à un marché, vendre ou acheter, ce qui, partout ailleurs,
+n’exige qu’un jour au plus, demande souvent un mois à un târgui, et
+ainsi de tout.
+
+Dans cette situation, les Touâreg ne peuvent être ni agriculteurs, ni
+industriels, mais seulement pasteurs des très-maigres et des très-petits
+troupeaux indispensables à leur existence, à leurs courses, à leurs
+transports. Néanmoins la surveillance de leur territoire, la garde de
+leurs troupeaux, les voyages, les déplacements fréquents que la
+transhumance impose, obligent les Touâreg à un travail continu qu’une
+race forte et robuste peut seule supporter.
+
+A part les oasis de Ghadâmès, de Rhât, du Fezzân, de Djânet et d’Idélès,
+qui ne produisent même pas tout ce que leurs habitants consomment, on ne
+trouverait peut-être pas 1000 hectares cultivés dans les 100 millions
+occupés par les nomades. Du moins, je suis autorisé à tirer cette
+conclusion de ce que j’ai vu et des renseignements qui m’ont été donnés.
+On cite, chez les Azdjer, trois groupes de dattiers et deux groupes de
+figuiers, et à peine un plus grand nombre chez les Ahaggâr.
+
+D’ailleurs, les Touâreg n’ont ni bœufs, ni chevaux, ni charrues pour
+abréger le travail de la terre ; ils sont donc fatalement condamnés à ne
+cultiver que les rares petits jardinets qu’ils peuvent piocher avec
+leurs bras.
+
+On cite cependant un fait exceptionnel de culture que je dois
+mentionner. Sur l’un des points culminants du Tasîli, à Harêr, il n’y
+avait qu’un plateau dont la roche était à nu. Les serfs y ont apporté de
+la terre végétale à dos d’hommes et d’animaux, et ils y cultivent
+aujourd’hui des dattiers, des vignes et des céréales.
+
+Ce point est assez élevé au-dessus du niveau général du plateau pour
+que, du pied de la montagne, un homme placé à son sommet ne paraisse pas
+plus grand qu’un corbeau.
+
+L’industrie est un peu moins bornée que l’agriculture, sans cependant
+dépasser les limites imposées par la stricte nécessité.
+
+Des forgerons, _inat_, réparent les armes ; après les nobles, ces
+artisans sont les principaux personnages de la tribu.
+
+Des tanneurs, _sefel_, préparent les peaux de tous les animaux tués :
+chameaux, moutons, chèvres, mouflons, antilopes.
+
+Des selliers, des cordonniers mettent ces peaux en œuvre.
+
+Quelques-uns font des travaux de sparterie et de poterie en argile.
+
+D’autres travaillent le bois, tournent des plats et des sebiles,
+préparent des arcs et des flèches, des hampes de lance, des manches de
+sabre et de poignard.
+
+D’autres sont vétérinaires, saignent, bistournent les animaux, leur
+appliquent le feu.
+
+Enfin quelques-uns se hasardent à faire du goudron, matière
+indispensable au chameau.
+
+Je dois dire que les ouvriers de ces professions ne manquent pas
+d’adresse. J’avais perdu la clef de mon chronomètre ; un forgeron târgui
+d’El-Fogâr, où cet accident est arrivé, a pu m’en faire une. Le travail
+de la pelleterie, de la cordonnerie et de la sellerie a atteint,
+notamment à Ghadâmès, un assez haut degré de perfection pour pouvoir
+rivaliser avec les produits des mêmes industries du Maroc, qui n’ont pas
+encore été surpassés pour la force, la souplesse et la couleur des
+cuirs, par les imitateurs européens. Quelques échantillons de fine
+sparterie témoignent d’une supériorité réelle sur les produits
+similaires du Sud de l’Algérie et de la Tunisie.
+
+L’intelligence qui distingue le peuple târgui ne saurait lui faire
+défaut en industrie ; malheureusement il n’a ni le temps, ni les
+ressources suffisantes pour l’appliquer.
+
+Les professions autres que celles ci-dessus dénommées sont celles de
+marchand, _anesbarhôr_ ; guide, _âkhabîr_ ; chamelier, _âmakâri_ ;
+voyageur, _amesôkal_ ; chasseur, _amadjedâl_ ; berger de chameaux,
+_amadân_ ; berger de moutons, _amaouâl_.
+
+La garde des troupeaux et les soins à leur donner occupent beaucoup de
+bras, car l’eau qu’ils consomment doit souvent être tirée de puits
+profonds.
+
+
+[Note 122 : M. le docteur Henri Barth, qui a étudié surtout les Touâreg
+du Sud, écrit le nom de ce peuple _Imôcharh_ d’après le dialecte des
+Aouélimmiden. J’ai adopté dans cet ouvrage la forme _Imôhagh_, qui est
+celle usitée dans le Nord. Le même changement de lettres se trouve dans
+un grand nombre de mots de nos deux vocabulaires.]
+
+[Note 123 : Les auteurs de l’antiquité grecque et romaine parlent
+d’hommes habitant le pays actuel des Touâreg qui ne portaient pas de
+noms propres. Sans doute il est question de noms patronymiques et d’un
+usage analogue à celui que je constate, car il est douteux que des
+hommes aient jamais pu vivre en société sans avoir un nom personnel.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE VI.
+
+ TOUÂREG DANS LEUR VIE EXTÉRIEURE.
+
+
+La conservation de leur indépendance au milieu de voisins de races
+différentes, leurs ennemis ou leurs rivaux, a exigé des Touâreg, souvent
+affaiblis par leurs divisions intestines, toujours à la discrétion
+d’étrangers pour les besoins de leur consommation, un grand déploiement
+de vitalité extérieure, ici pour conserver de bonnes relations, là pour
+défendre leur territoire. L’examen des procédés par lesquels ils font
+face aux besoins de leur politique n’est donc pas sans intérêt.
+
+Ces procédés sont ceux des nations civilisées : les négociations
+amiables ou la lutte à main armée. A l’exception de rares moments de
+trève, la vie des nobles se passe ou à prendre part à des assemblées,
+_mia’âd_, ou à faire la guerre, _âmdjer_, sous la forme de course,
+_êdjen_.
+
+
+ § Ier. — ASSEMBLÉES OU MIA’ÂD.
+
+
+Je suppose le cas, journalier d’ailleurs, où s’élèvent des
+contestations, soit entre Touâreg, soit entre Touâreg et étrangers. On
+essaie d’abord les voies de la conciliation. A cet effet, un _mia’âd_
+est proposé et presque toujours accepté, parce que si les Touâreg
+tiennent à leur réputation d’hommes de guerre, ils aiment aussi à faire
+preuve d’habileté diplomatique, à se montrer éloquents, mais surtout à
+prendre leur large part des repas homériques qui ouvrent et terminent
+les assemblées publiques.
+
+Le choix du lieu de la réunion est toujours une affaire importante, car
+chaque parti élève ordinairement la prétention de placer son adversaire
+dans des conditions défavorables pour sa défense, si le démon de la
+traîtrise venait à s’introduire dans l’assemblée.
+
+Quand les circonstances sont délicates, on choisit ordinairement un
+terrain neutre et on détermine à l’avance le nombre d’hommes armés qui
+pourront, de part et d’autre, assister à la réunion.
+
+Une fois les préliminaires réglés et le lieu de la réunion fixé d’un
+commun accord, les chefs, les hommes graves, s’y rendent avec l’escorte
+convenue.
+
+La politesse la plus exquise préside à la rencontre. Les salutations,
+les compliments durent le temps nécessaire à la cuisson d’un chameau et
+de plusieurs moutons.
+
+« Quand le ventre est satisfait, dit un proverbe local, le cerveau est
+bien près de l’être aussi. »
+
+Conformément aux habitudes musulmanes, la première entrevue s’effectue
+sans qu’il soit question de l’objet de la réunion.
+
+En attendant, chaque parti scrute les regards de l’autre, sonde les
+dispositions hostiles ou favorables des hommes influents et demande à la
+nuit quelque bon conseil.
+
+Le lendemain, la conférence s’ouvre.
+
+Ces congrès, inutile de le dire, ont toujours lieu en plein air et en
+présence de toute l’assistance.
+
+Deux arcs de cercle concentriques, formés vis-à-vis l’un de l’autre par
+les plénipotentiaires, gravement assis à la façon orientale et roulant
+leurs chapelets dans leurs doigts, marquent la limite de l’enceinte
+réservée aux orateurs.
+
+Autour, deux autres arcs de cercle réunissent la foule des auditeurs,
+debout ou assis, qui écoutent, dans le plus grand respect, toutes les
+raisons pour ou contre, afin d’en rendre un compte exact aux absents.
+
+Toujours le silence est rompu par une imprécation contre le démon :
+
+« Que Dieu éloigne ses mauvais conseils ! »
+
+« _Amîn_, ainsi soit-il, » répondent tous les assistants.
+
+Chacun prend la parole, à tour de rôle, les chefs des chefs, ceux qui
+doivent tirer la conclusion, se réservant de parler les derniers.
+
+L’habitude, dans ces réunions, est de parler lentement, distinctement,
+sobrement, après avoir pesé, avec une grande réserve, les arguments de
+la partie adverse.
+
+Aucun secrétaire ne dresse procès-verbal de la séance, mais personne n’a
+d’effort de mémoire à faire pour se rappeler tout ce qui a été dit, tant
+il y a de calme dans toute la délibération.
+
+Rien n’est simple, mais rien n’est majestueux comme ces assemblées
+d’hommes voilés, aux vêtements noirs, désarmés pour délibérer, mais dont
+les lances et les javelots, plantés en terre, se dressent en faisceaux
+derrière eux.
+
+Enfin le moment solennel de la conclusion est arrivé.
+
+
+La conclusion ordinaire d’Ikhenoûkhen peut se résumer en ces quelques
+mots :
+
+« Tout ce que vous venez de dire n’a pas le sens commun. Voilà ce qui
+sera, _quia ego nominor leo_. »
+
+Chez les Touâreg, comme ailleurs, la raison du plus fort est souvent la
+meilleure.
+
+Cependant, comme la diplomatie saharienne ne se tient pas pour battue
+après un insuccès, elle en appelle d’un premier mia’âd à un second, même
+à un troisième. Souvent, dans l’intervalle, les passions s’appaisent, la
+réflexion l’emporte sur la colère et un marabout arrive à point pour
+tout concilier.
+
+Dans ces cas heureux, on ne se sépare pas sans sceller l’alliance
+nouvelle en mangeant le même pain et le même sel, avec l’accompagnement
+obligatoire de chamelles et de moutons rôtis, et, souvent, pour
+perpétuer la mémoire d’un aussi heureux résultat, on dresse une pyramide
+en pierres sèches sur le point où le mia’âd a été tenu.
+
+Mais quand, de chaque côté, il y a un Ikhenoûkhen, malgré les efforts
+des marabouts, malgré l’intérêt général qui réclame la paix, il faut
+avoir recours à la force des armes.
+
+
+ § II. — GUERRE.
+
+
+Les Touâreg distinguent la guerre, _âmdjer_, de la course, _êdjen_ (le
+_rhezî_ des Arabes), quoique le plus souvent la course soit l’unique
+manifestation d’un état hostile après une déclaration de guerre.
+
+La guerre offensive et défensive n’est qu’exceptionnellement possible de
+nomade à nomade. La surprise ou la fuite constitue la seule tactique
+dans le Sahara, aussi les Touâreg doivent-ils toujours veiller et être
+prêts à lever leurs camps.
+
+Mais avant d’arriver sur le champ de la lutte, il y a lieu de faire
+connaître, de pied en cap, le chevalier târgui, son armement, son
+équipement, sa monture, en un mot tous les détails d’une guerre
+exceptionnelle.
+
+
+ _Armement._
+
+
+L’armement complet d’un târgui comprend un sabre, un poignard, une
+lance, un javelot, un arc, des flèches, un anneau de pierre, un
+bouclier, quelquefois un fusil et des pistolets.
+
+Le sabre, _takôba_, est un glaive droit et long, tranchant des deux
+bords ; les plus estimés sont fabriqués dans le pays ; le plus grand
+nombre vient de Solingen en Allemagne. (Voir planche XXV, fig. 2.)
+
+Le fourreau du sabre, partie en fer ou cuivre et partie en cuir,
+s’appelle _tedoummân_. Il est toujours un produit de l’industrie locale.
+
+Le poignard, _têlaq_, porté sur la face interne de l’avant-bras gauche,
+est tantôt un long couteau de chasse droit, tantôt un large poignard qui
+représente en petit le sabre actuel de notre infanterie.
+
+Cette arme, que le târgui ne quitte jamais, comprend une poignée, une
+lame, un fourreau et un bracelet.
+
+La poignée est en bois d’ébène, avec des incrustations en cuivre ;
+
+La lame est en acier à trempe douce ;
+
+Le fourreau, en cuir rouge avec des garnitures en cuivre festonnées à
+l’emporte-pièce, peut être considéré comme un ornement ;
+
+Le bracelet, en maroquin rouge avec des broderies de soie ou de cuir
+jaune, permet tous les mouvements sans les gêner. Il fait corps avec le
+fourreau.
+
+Le tout, sauf la lame, est de fabrication locale. (Voir fig. 8.)
+
+La lance, _âllârh_, de 2m 70 centimètres à 3 mètres de hauteur environ,
+est une verge en fer, de quatre centimètres de circonférence, fabriquée
+dans le pays avec du fer tendre de première qualité. Latéralement, sur
+ses quatre faces, au-dessous du fer tranchant destiné à ouvrir la voie,
+elle est armée de crochets comme les harpons, de sorte qu’en la retirant
+du ventre ou de la poitrine de l’ennemi, on ramène au dehors une partie
+des intestins ou des poumons. (Voir fig. 1.)
+
+Le javelot est une arme de jet, sous forme de lance, avec hampe en bois
+et pointe en fer à crochets. Un petit javelot se dit _târhda_, un grand,
+_âdjedel_. Cette arme ne peut être lancée qu’à une distance très-
+rapprochée. (Voir fig. 1 _bis_.)
+
+Pl. XXIV. Page 444. Fig. 39.
+
+[Illustration : ÉQUIPEMENT DE MARCHE DES TOUÂREG.
+
+D’après une photographie de M. Puig.]
+
+L’arc, _tanâchchabt_, faite avec un bois léger nommé _kînba_, est plus
+en usage chez les Touâreg du Sud que chez les Touâreg du Nord. (Voir
+fig. 3.)
+
+Les flèches, _enderbâ_, sont en roseau ou en bois léger avec pointes
+ailées en fer. (Voir fig. 4.) Jamais elles ne sont empoisonnées.
+
+L’anneau de bras, _âhabedj_, a un double but : donner plus de force pour
+porter le coup de sabre ; offrir un point d’appui solide pour écraser la
+tête de son ennemi, en cas de prise de corps. Cette manière de tuer
+prend le nom de _temârhaît_.
+
+Cette arme, je l’ai déjà dit, est portée au bras droit, entre l’attache
+inférieure du deltoïde et le ventre du biceps.
+
+Le bouclier, _ârhar_, est la seule arme défensive des Touâreg. C’est un
+grand disque, en peau épaisse, qui couvre tout le corps, moins la tête
+et les pieds.
+
+La peau adoptée pour la confection des boucliers est celle de
+l’_antilope mohor_, très-commun dans le pays d’Aïr.
+
+Impuissant contre la balle, le bouclier résiste aux flèches, amortit les
+coups de sabre et de lance. On voit qu’ils sont utiles, car beaucoup
+sont couverts d’honorables cicatrices.
+
+Les armes à feu, très-rares chez les Touâreg nomades, sont plus communes
+chez les serfs pacifiques du Fezzân, qui s’en servent principalement
+pour la chasse ; cependant quelques chefs ont des fusils et des
+pistolets à pierre, du même modèle que ceux des Arabes du Sud de
+l’Algérie.
+
+Les noms donnés à ces armes témoignent du peu d’habitude de s’en
+servir :
+
+On appelle : un fusil _albârôd_, du mot arabe qui signifie _poudre_ ; un
+pistolet _elrhodrîyet_, d’un mot également arabe qui signifie
+_traîtrise_ ; la poudre, _etoû_ ; la balle, _tabellâlt_ ; la pierre à
+fusil, _tafarâst_ ; la corne à poudre, _attelkhîg_.
+
+A la joie qu’Ikhenoûken a éprouvée en recevant de moi une paire de
+pistolets, et de M. le gouverneur général de l’Algérie un magnifique
+fusil, je dois croire que les Touâreg apprécient à leur valeur les armes
+à feu, et que, s’ils n’en sont pas tous pourvus, il faut l’imputer à la
+difficulté de s’en procurer.
+
+Cependant, la substitution des armes à feu aux armes blanches mettra le
+pouvoir aux mains du premier groupe qui pourra faire entendre la poudre.
+S’il entrait jamais dans la politique française de constituer un
+_makhzen_ târgui, pour la protection de notre commerce et la sécurité
+des routes, ainsi que l’a proposé M. le commandant Hanoteau, la
+délivrance de quelques centaines de fusils à ces auxiliaires les aurait
+bientôt rendu les arbitres des destinées du pays.
+
+En l’état de l’armement, les rencontres ont lieu de très-près, presque
+corps à corps, mais, en somme, elles sont très-peu meurtrières. Le
+combat cesse dès qu’il y a quelques hommes tués ou blessés de part ou
+d’autre.
+
+En 1860, les Azdjer et les Ahaggâr en sont venus aux prises ensemble ;
+les premiers ont eu quatre hommes tués.
+
+Antérieurement, les Cha’anba avaient opéré une grande rhazia sur les
+Azdjer, au pied du Tasîli ; la perte a été de quelques hommes seulement.
+
+Dans leurs rencontres avec les Teboû, les Touâreg sont exposés aux
+blessures très-dangereuses du _changuermanguer_, à la fois arme de jet
+et d’escrime. (Voir planche XXV, fig. 5.)
+
+
+ _Équipement._
+
+
+Le méhari, _aredjdjân_, est, par excellence, l’animal de guerre, car on
+n’en connaît pas d’autre. C’est à peine si, dans la totalité des tribus
+des Azdjer, on trouverait une dizaine de chevaux de selle.
+
+Le méhari est au chameau porteur ce que, chez nous, le cheval de selle
+est au cheval de trait. Autant l’un est lourd et lent, autant l’autre
+est léger et vif.
+
+Le méhari marche, trotte et galope, mais ses allures accélérées sont
+très-dures. Généralement, on le tient au pas.
+
+Comparé au cheval, il peut faire une plus longue marche sans boire ni
+manger ; il peut porter un poids plus lourd, mais il a moins de vitesse,
+il est moins docile ; quand le méhari est en fureur, ce qui arrive
+souvent, c’est un animal terrible. Parfois il jette à terre celui qui le
+monte, et les chutes sont suivies d’accidents graves.
+
+Pour monter un méhari ou pour en descendre, il faut qu’il se soit mis à
+genoux, et un long dressage est nécessaire pour qu’il se prête à cette
+manœuvre. Par précaution, les chefs sont assistés d’un homme à pied
+chaque fois qu’ils veulent monter ou descendre.
+
+Pl. XXV. Page 447. Fig. 40 à 54.
+
+[Illustration : ARMEMENT ET HARNACHEMENT.
+
+No 7, fouet. — No 9, sandale. — No 11, coussin. — No 15, boîte en cuir.]
+
+L’équipement du méhari est à peu près celui du cheval.
+
+La selle ordinaire, _ârhazer_ (_rihla_ des Arabes), la selle de luxe des
+chefs, _âtarâm_, sont construites sur le modèle de celles de nos spahis.
+Le dossier en est moins large et moins élevé, le pommeau est en croix au
+lieu d’être rond. En somme, ce serait un bon siége de marche s’il était
+rembourré. (Voir planche XXV, fig. 6 et planche XXIV.)
+
+A la différence de la selle du cheval, la selle du dromadaire n’a pas
+d’étriers, _îlekif_, support inutile, les pieds du cavalier à
+dromadaire, _eg-emîs_, étant croisés sur le cou de la bête. Mais, en
+revanche, elle est ornée d’une masse de lanières en cuir, de toutes
+couleurs, qui tombent sur les jambes de l’animal et le sollicitent à la
+marche.
+
+Des groupes de clochettes, _anaïna_, en cuivre et étain, fixées à
+l’avant et à l’arrière de la selle, servent de parure et tiennent
+continuellement le dromadaire en éveil.
+
+La selle est posée sur le garot, à l’endroit où le cou s’attache au
+corps, en avant de la bosse. Elle est fixée au moyen d’une sangle en
+fines lanières de cuir tressées à plat. Ce genre de sangle, à la fois
+souple et solide, doit avoir une très-grande durée.
+
+Entre la selle et le dos de l’animal, un feutre épais, _isâtfâr_,
+prévient les blessures.
+
+La bride, _tîrhounîn_, est aussi une corde tressée, en cuir, qui
+s’attache à un anneau en métal fixé au nez de l’animal, et qui le fait
+obéir à la main du cavalier. (Voir planche XXV, fig. 10.)
+
+Les accessoires de la selle sont considérables, car ils doivent contenir
+tout ce que l’homme de guerre emporte avec lui. Ils consistent :
+
+1o En un grand sac de cuir, _ârheredj_, orné de lanières, de franges et
+de dessins, dans les divers compartiments duquel entre tout l’arsenal du
+cavalier : sabre, fusil, javelot, arc, flèches, pistolets, quand on ne
+les porte pas à la ceinture ; en un mot, les armes et les munitions. Ce
+sac est à droite, pour être toujours à la disposition de la main. Il est
+recouvert et protégé par le bouclier. (Voir planche XXV, fig. 12.)
+
+2o En un second sac en cuir, servant de pendant à l’_ârheredj_, et
+contenant les provisions de bouche : farine de gafoûli, farine de
+gueçob, tabac à fumer, tabac à chiquer, natron, pipes, etc., etc., le
+tout dans des compartiments séparés. (Voir planche XXV, fig. 14.)
+
+3o En une ou plusieurs outres, _abeôq_, ou peaux tannées, dans
+lesquelles est la provision d’eau.
+
+Les chefs ont quelquefois la _djebîra_ des Arabes, pour y serrer leurs
+objets les plus précieux. (Voir planche XXV, fig. 13.)
+
+A part ce qui est sur le méhari, les guerriers Touâreg n’ont pas
+d’autres bagages, ni tentes, ni vivres, ni bêtes de somme.
+
+Si l’expédition est heureuse, les chameaux conquis sur l’ennemi
+porteront les prises. En cas de revers, on ne veut pas d’embarras.
+
+
+ _Rencontres._
+
+
+Les éclaireurs, _amârhelâi_, jouent un grand rôle dans les guerres de
+surprise ; c’est par eux que la proie est signalée, guettée, livrée aux
+capteurs. Si tous les Touâreg, en général, ont la vue et l’ouïe d’une
+délicatesse qui les fait voir et entendre à des distances incroyables,
+les éclaireurs ont ces qualités au suprême degré. Devançant la troupe au
+loin, pour observer, ils savent toujours où ils retrouveront leurs amis.
+La subtilité de leurs sens est pour eux un guide certain.
+
+Les interrogatoires que les Touâreg font subir à tous les étrangers
+traversant leurs territoires sont aussi un moyen de savoir ce qui se
+passe autour d’eux, car on s’expose peu à les tromper.
+
+La rapidité de la transmission des nouvelles par les voyageurs est
+quelque chose d’incroyable. Pendant mon séjour dans le Sahara, j’ai
+toujours appris les événements importants longtemps avant d’en avoir été
+avisé par ma correspondance ; ainsi l’entrée de notre khalîfa Sîdi-Hamza
+à El-Golêa’a, la marche de M. le commandant Colonieu sur Timmîmoun, la
+mort du sultan ’Abd-el-Medjîd, ont été connues très-rapidement.
+
+L’ennemi découvert, on cherche toujours à l’aborder en le surprenant.
+
+Les hommes montés se battent du haut de leurs chameaux ; les serfs, qui
+n’ont pas de méharis, se battent à pied.
+
+L’armement exige qu’on s’aborde de très-près, à la distance d’un fer de
+lance.
+
+Chaque târgui, dit M. le commandant Hanoteau, tient le bouclier de la
+main gauche et le javelot de la droite ; le sabre est suspendu au côté.
+Le combat commence en lançant le javelot, dont on pare les coups avec le
+bouclier, puis on s’aborde au sabre.
+
+L’agilité des Touâreg, leur habileté à manier le bouclier, le long
+apprentissage qu’ils ont fait de l’escrime, font qu’ils peuvent se
+battre longtemps sans résultat. Tant que l’un des deux partis ne tourne
+pas le dos, il n’y a pas d’action décisive. Mais, malheur à celui qui
+est obligé de battre en retraite, car il est poursuivi, la lance dans
+les reins. Quoique les combats, _akennâs_, cessent dès que l’honneur
+peut être réputé satisfait et dès qu’il y a un certain nombre de tués ou
+de blessés, on cite cependant des batailles qui ont été très-meurtrières
+et dans lesquelles la destruction du parti vaincu a été la conséquence
+de la victoire.
+
+Mais, généralement, on préfère la surprise à la rencontre. Voici ce qui
+a lieu dans ce cas. Les tribus enveloppées n’opposent pas de résistance
+et fuient, abandonnant tout ce qu’elles possèdent. De leur côté, les
+assaillants, plus préoccupés de piller que de poursuivre leur ennemi, se
+hâtent de s’emparer au plus tôt du butin, dans la crainte d’un retour
+offensif, qui est à redouter, même après quatre et cinq jours de
+capture.
+
+C’est dans les retours offensifs que les Touâreg paraissent redoutables.
+
+Les pillés, _imîhaghen_, (sing. _amîhagh_), réunissent leurs méharis,
+font appel à leurs amis et alliés, et quelle que soit la célérité que
+les pilleurs, _imôhagh_, apportent à la retraite, on se met à leur
+poursuite.
+
+On tâchera de les devancer aux premiers puits où ils doivent abreuver
+leurs montures et leurs bêtes de somme, et là, on est sur que le besoin
+de boire amènera toutes les bêtes de prise au pouvoir de leurs anciens
+maîtres.
+
+Les capteurs, chargés de butin, traînant à leur remorque des bêtes de
+somme, au pas lent, et obéissant mal à la voix de nouveaux conducteurs,
+n’ont d’autre expédient, pour échapper à la poursuite d’ennemis légers
+et résolus à reconquérir leurs biens, qu’en dérobant leur marche de
+retraite, ce qui n’est pas facile avec des rôdeurs comme les Touâreg.
+
+On cite un retour offensif d’Ikhenoûkhen contre les Cha’anba, où après
+quatre grands jours de marche forcée ces derniers ont été obligés
+d’abandonner toutes leurs prises, en perdant beaucoup de monde.
+
+Par nature, par tempérament, les Touâreg sont constitués pour être de
+braves guerriers, et ils le sont, sans quoi ils eussent déjà été dévorés
+par leurs voisins, bien plus nombreux, bien mieux armés qu’eux, surtout
+ceux du Nord, les Cha’anba et autres. Mais indépendamment de leurs
+dispositions naturelles à la bravoure chevaleresque, les Touâreg sont
+encore sollicités à l’héroïsme par leurs femmes qui, dans leurs chants,
+dans leurs improvisations poétiques, flétrissent la lâcheté et
+glorifient le courage. Un târgui qui lâcherait pied devant l’ennemi et
+qui, par sa défection, compromettrait le succès de ses contribules, ne
+pourrait plus reparaître au milieu des siens. Aussi est-ce sans exemple.
+
+Entre Touâreg, quand deux partis en sont venus aux mains, et que l’un
+des deux est battu, les vainqueurs crient aux vaincus, de ce cri sauvage
+particulier aux Touâreg :
+
+
+ Hia hia ! hia hia !
+
+ Il n’y aura donc pas de rebâza !
+
+
+Le rebâza est le violon sur lequel les femmes chantent la valeur de
+leurs chevaliers.
+
+A la menace du silence des rebâza, les vaincus reviennent à la charge,
+tant est grande la crainte du jugement défavorable des femmes.
+
+
+ _Chants de guerre._
+
+
+Comme tous les peuples guerriers, les Touâreg ont leur chants de guerre.
+
+Les Arabes, ces grands mangeurs, qui vivent dans une abondance enviée et
+enviable, ont surtout excité la verve de poëtes affamés. Voici leur
+_Marseillaise_ contre les Cha’anba, jadis leurs plus intimes ennemis :
+
+
+ Abâ mak, Ma’talla, alhîn, keïhân !
+
+ Mîdden dîh souort arhêledh iyyân
+
+ Ezzâin asîkel aked aoudân
+
+ Ezzâin înnen înhâyen ôdouân
+
+ Ezzâin iddâsin âles insân
+
+ Nanesberhôr sâdhittes telâ djân
+
+ Tekenâs atiti âberdjen îkenân
+
+ Tekenâs tâftaq imêzhen îmedân
+
+ Ietkâr derhêred idemânen ingngân
+
+ Dakh-an-tlemîn sîkid izzedj edsân
+
+ Sarhtîn des âllarh ioulân desennân
+
+ Ieqqân isîfef âttedjmodan mân
+
+ Nellilouet ournoûye oualâmân
+
+ Ietkît tekhamkhâm iôkây ezegzân.
+
+
+Voici la traduction, mot à mot, de ce chant. Les mots en italiques sont
+sous-entendus dans le texte original.
+
+
+ « Que _Dieu_ maudisse ta mère, Ma’talla[124], _car_ le diable est en
+ ton corps !
+
+ « Ces hommes, _les Touâreg_, tu les prends pour des lâches ;
+
+ « _Cependant_, ils savent voyager, et même guerroyer ;
+
+ « Ils savent partir de bon matin et marcher le soir ;
+
+ « Ils savent surprendre, dans son lit, tel homme couché ;
+
+ « _Surtout_ le riche qui dort, au milieu de ses troupeaux
+ agenouillés ;
+
+ « Celui qui a orgueilleusement étendu sa large tente ;
+
+ « Celui qui a déployé, en leur entier, et ses tapis et ses doux
+ lainages ;
+
+ « Celui _dont le ventre_ est plein de blé cuit avec de la viande,
+
+ « Et arrosé de beurre fondu et de lait chaud sortant du pis des
+ chamelles ;
+
+ « Ils le clouent de leur lance, pointue comme une épine,
+
+ « Et lui se met à crier, jusqu’à ce que son âme s’envole.
+
+ « Nous le laverons _de son bien_, sans même lui laisser d’eau ;
+
+ « Sa gourmande de femme[125] ne pourra plus supporter son
+ désespoir[126]. »
+
+
+La traduction est impuissante à rendre et l’harmonie imitative et le
+laconisme de cette poésie sauvage.
+
+Que de choses en peu de mots !
+
+La guerre est sainte, car Ma’talla est un suppôt de Satan.
+
+Elle est juste, car Ma’talla traite de lâches des hommes qui sont les
+plus braves de la terre.
+
+Puis vient l’appel à toutes les passions qui remuent le cœur d’un
+târgui :
+
+
+ Ma’talla dort,
+
+ Sur de moelleux tapis,
+
+ Dans une large tente,
+
+ Entourée de gras troupeaux !
+
+ Ma’talla a le ventre plein :
+
+ De blé cuit,
+
+ Avec de la viande.
+
+
+Et cet assaisonnement n’a pas suffi à sa gourmandise ; il a encore
+arrosé son blé et sa viande de beurre fondu et de lait chaud.
+
+
+ La femme de Ma’talla,
+
+ Celle qui fait _tekhamkhâm_ en mangeant,
+
+ Elle est là aussi,
+
+ Avec le ventre plein.
+
+
+Toutes ces jouissances, inconnues des Touâreg, car ils n’ont ni lits, ni
+tapis, ni tentes ; car leurs troupeaux maigres ne donnent pas assez de
+lait pour faire du beurre ;
+
+Toutes ces richesses, dont leurs femmes, à l’estomac vide, sont toujours
+privées ;
+
+
+ Un coup de lance les leur donnera.
+
+
+Quel bonheur pour un târgui d’aller sonder un ventre si bien plein, avec
+une épine bien pointue et armée de harpons !
+
+Et ce coup de lance lui donnera, non-seulement la vie de Ma’talla, mais
+encore tous ses biens.
+
+
+ Et on emportera tout, même l’eau.
+
+
+Quant à la tekhamkhâm, en lui épargnant la douleur de la lance, on lui
+réserve un supplice bien plus cruel : celui de vivre avec rien, comme
+les femmes des Touâreg. Mais elle ne résistera pas, parce qu’elle n’est
+pas habituée aux privations.
+
+D’où la conclusion, sous forme de morale, que les femmes târguies
+doivent apprécier le mérite de leur misère habituelle, puisqu’elle les
+préserve du sort de la tekhamkhâm.
+
+
+Mais, quelles que soient les chances diverses de la lutte, quel que soit
+le parti qui entonne les chants de victoire, il y aura toujours lieu à
+traiter de la paix. Alors recommence la série des mia’ad. S’ils sont
+vainqueurs, les Touâreg se montrent de bonne composition, car ils sont
+généreux dès que leur amour-propre est satisfait. D’ailleurs, il est à
+remarquer, quoiqu’ils soient souvent en guerre, qu’ils font tout leur
+possible pour l’éviter.
+
+
+ CONCLUSION.
+
+
+Dans leurs rapports avec les Français, les Touâreg se sont montrés,
+jusqu’à ce jour, fort dociles. On leur a demandé de venir à Alger ; ils
+y sont venus. On m’a envoyé au milieu d’eux, ils m’ont bien accueilli.
+On a invité leur principal marabout à visiter la France ; malgré
+l’imprévu de la demande, malgré l’inconvénient d’abandonner sa famille,
+pendant plusieurs mois, sans avoir pourvu à tous ses besoins, le
+Cheïkh-’Othmân s’est rendu à nos désirs. En vain Mohammed-ben-’Abd-Allah
+a sollicité le concours des Touâreg dans la prise d’armes qui l’a fait
+tomber en nos mains, les Touâreg se sont abstenus.
+
+Espérons qu’il en sera toujours ainsi. D’ailleurs, en terminant, je
+constate un fait capital : jusqu’à ce jour, aucun des voyageurs
+européens qui ont exploré l’intérieur de l’Afrique n’a été victime d’un
+acte de brutalité ou de fanatisme, ni sur le territoire des Touâreg, ni
+de la main d’un târgui.
+
+Cette honorable exception répond à toutes les calomnies que les Arabes,
+leurs ennemis, avaient propagées sur leur caractère indomptable.
+
+
+[Note 124 : Ma’talla est le nom d’un chef arabe.]
+
+[Note 125 : Je traduis le mot _tekhamkhâm_, par _sa gourmande de femme_,
+à défaut d’un mot dans notre langue pour signifier _celle qui, devant un
+bon mets, fait hen, hen, hen, comme le cheval auquel on apporte sa
+musette pleine d’orge_.]
+
+[Note 126 : M. Hanoteau, dans son _Essai de Grammaire tamâchek’_, donne,
+livre VI, pages 209, 210, 211, une variante de ce chant.
+
+J’ai tout lieu de croire que l’auteur doit mieux se rappeler son œuvre
+que ceux qui récitent un chant, en le modifiant au gré de leurs
+caprices ; c’est pourquoi j’en donne ici une seconde édition conforme à
+l’original.]
+
+
+
+
+ APPENDICE.
+
+ * * * * *
+
+ GÉOGRAPHIE ANCIENNE.
+
+
+La partie aujourd’hui explorée du Sahara était comprise dans la Libye
+intérieure des géographes grecs et romains.
+
+Les documents anciens sur cette contrée sont vagues et, jusqu’au moment
+de la publication du dernier ouvrage de M. Vivien de Saint-Martin : _le
+Nord de l’Afrique dans l’antiquité grecque et romaine_, leur
+interprétation prématurée est venu jeter la confusion au milieu
+d’erreurs originelles, inévitables pour des compilateurs qui n’avaient
+pas vu le pays, qui ne connaissaient ni les langues ni la technologie
+géographique locales et qui, pour la plupart, se sont faits les échos
+des dires des indigènes, sans pouvoir les contrôler. On ne sera donc pas
+étonné que je ne laisse pas à d’autres, beaucoup plus érudits, sans
+doute, mais qui ne peuvent s’inspirer de mes appréciations personnelles,
+le soin de comparer les éléments de la géographie moderne avec ceux de
+la géographie ancienne que le hasard a fait arriver jusqu’à nous.
+
+
+Dans l’état actuel de nos informations sur le Sahara, je me crois
+autorisé à conclure :
+
+1o Qu’à l’exception de l’oasis, jadis éthiopienne, d’Aïr,
+identifiée[127] avec raison à l’_Agisymba regio_ des expéditions de
+Septimius Flaccus et de Julius Maternus, les anciens n’ont pas connu le
+plateau central du Sahara au delà du tropique du Cancer qui correspond,
+à peu près, à la limite de la Libye intérieure avec l’Éthiopie
+intérieure ;
+
+2o Que, restreintes à cette limite méridionale, leurs connaissances se
+bornent :
+
+A la topographie des masses montagneuses qui séparaient la Libye
+intérieure des autres contrées au Nord et au Sud ;
+
+A la division de l’espace intermédiaire en deux grands bassins ;
+
+A la présence d’immenses masses de sables dans les bas-fonds de ces
+bassins ;
+
+3o Que les détails donnés par Pline, Ptolémée et autres, détails résumés
+en des noms de lieux, de peuples, quelques distances et orientations — à
+supposer que, primitivement, ils fussent tous exempts d’erreurs et de
+confusions, ce qui n’est pas, — ne peuvent être vraisemblablement
+retrouvés aujourd’hui, après les changements survenus depuis dix-huit
+cents ans, à l’exception, toutefois, des centres les plus importants qui
+semblent être restés comme des points géodésiques pour guider et diriger
+les recherches.
+
+Cet Appendice n’a d’autre but que de démontrer ces trois propositions.
+
+ _Agisymba regio._
+
+L’_Agisymba regio_ est le point le plus méridional du Sahara que les
+anciens puissent revendiquer à leur avoir géographique. Voici, en
+résumé, à quoi se borne ce qu’ils nous apprennent sur cette contrée.
+
+
+« Septimius Flaccus faisant une expédition contre les Éthiopiens était
+arrivé chez ceux-ci, _en trois mois_, à partir du pays des Garamantes,
+_en se portant dans la direction du Sud_.
+
+« Julius Maternus qui avait rejoint, à Garama, le Roi des Garamantes
+pour opérer avec lui contre les Éthiopiens, _avait mis quatre mois, en
+marchant constamment au Sud_, pour atteindre le pays éthiopien
+d’_Agisymba_. »
+
+C’est Marin de Tyr qui nous révèle ces faits.
+
+Ptolémée, en reproduisant ces extraits, critique les appréciations de
+son informateur quant à la latitude donnée à _Agisymba_, mais y ajoute
+deux détails importants.
+
+« Les Éthiopiens contre lesquels l’expédition de Maternus est dirigée
+sont, dit-il, les propres sujets du Roi des Garamantes. »
+
+L’_Agisymba regio_, d’après le géographe grec, est une région de
+montagnes, dans laquelle il place « les monts _Mesche_, _Zipha_ et
+_Bardetus_. »
+
+
+La distance de Garama à Agisymba, l’orientation de la marche, la nature
+montagneuse de la contrée, but de l’expédition, ont paru à M. Vivien de
+Saint-Martin des motifs suffisants pour identifier l’_Agisymba regio_ de
+Ptolémée au pays d’Aïr ou Azben, patrie des Touâreg Kêl-Ouï.
+
+Mes recherches personnelles me permettent d’appuyer ces déductions de
+l’autorité d’un fait matériel important dans la question.
+
+Ce fait matériel est celui de la route de Garama à Agisymba, car des
+armées romaines, à une époque où le chameau n’était pas encore introduit
+en Afrique, ne se portaient pas en avant, à trois et quatre mois de leur
+point de départ, sans avoir des masses de bagages, attendu que, dans le
+désert, les besoins du retour doivent être prévus à l’avance, et, sans
+que ces masses de bagages eussent une route carrossable pour y circuler,
+car, à défaut d’animaux porteurs, des voitures étaient indispensables.
+
+La date probable des expéditions de Flaccus et de Maternus est de la fin
+du Ier siècle de l’ère chrétienne.
+
+A cette époque vivait Pline, mort en 81 de J.-C.
+
+Or, Pline qui énumère tous les animaux de l’Afrique ne mentionne pas le
+chameau, mais parle des bœufs des Garamantes qui paissent à reculons
+(Liv. VIII, 70), reproduisant en cela une notion tirée d’Hérodote (Liv.
+IV, 183).
+
+Le même Pline nous révèle en outre (Liv. V, 5) une préoccupation de son
+temps, au sujet du parcours entre Œa (Tripoli) et le pays des Garamantes
+(Fezzân), et nous apprend que, dans la dernière guerre, on a enfin
+trouvé une route, celle qu’on appelle : par la tête du rocher. « _Hoc
+iter vocatur_ : PRÆTER CAPUT SAXI[128]. »
+
+Pourquoi cette préoccupation ?
+
+C’est qu’à l’époque de Pline, comme à l’époque d’Hérodote, les
+transports, dans le pays des Garamantes, se faisaient en chars qui
+exigent des routes, et non à dos de bêtes de somme qui passent partout.
+
+« Les Garamantes chassent en chars à quatre chevaux, » dit Hérodote.
+(Liv. IV, 183.)
+
+La seule différence, entre l’époque d’Hérodote et celle de Pline,
+consiste en ce que les chevaux ont été remplacés par des bœufs à bosse,
+zébus.
+
+Une route était donc nécessaire aux armées romaines pour le passage de
+leurs trains de chars, non-seulement entre Œa et Garama, mais encore
+pour aller de Garama à Agisymba.
+
+Cette route, carrossable, si son tracé existe encore, nous apprendra où
+était Agisymba.
+
+Or, ce tracé existe, très-reconnaissable sur plusieurs points de son
+parcours.
+
+Comme l’_iter præter caput saxi_ du Nord, et pour éviter les reliefs des
+montagnes qui eussent barré le passage, il traversait la hamâda plate
+qui sépare le pays des Touâreg de celui des Teboû, à peu près à égale
+distance des deux routes modernes suivies par les dernières missions
+anglaises.
+
+Cette route passait par Anaï et Tîn-Telloust.
+
+A Anaï, — point qu’il ne faut pas confondre avec l’Anaï au Nord de
+Bilma, — la voie, _avec ses anciennes ornières_, est encore assez
+caractérisée pour que des Teboû, mes informateurs, qui en arrivaient,
+n’aient laissé dans mon esprit aucun doute à ce sujet.
+
+D’ailleurs, ajoutaient-ils, pour qu’on ne puisse se tromper sur la
+destination de cette artère, les anciens ont pris la peine de buriner,
+dans le roc, sur une des berges de la voie, des tableaux représentant un
+convoi de chars, avec des roues, traînés par des bœufs à bosse et
+conduits par des hommes.
+
+Ce tableau rupestre, très-lisible encore aujourd’hui, même pour des
+Teboû, est interprété unanimement par eux dans le sens que je viens de
+dire, car je traduis ici leur paroles presque textuellement.
+
+A Telizzarhên d’ailleurs, M. le Dr Barth a vu lui-même sur le rocher des
+sculptures analogues à celles d’Anaï ; il en donne la description et le
+dessin au chap. IX, tome Ier de son grand ouvrage[129].
+
+On y reconnaît facilement les bœufs à bosse, dont parlent les Teboû.
+
+Cette voie, qui serait peut-être encore accessible aux voitures, est
+abandonnée aujourd’hui faute d’eau. Sans doute, à une époque ancienne
+déjà, on aura dû en combler les puits, pour des motifs de sécurité. Dans
+tout le Sahara, dans les temps de trouble, des routes, avec puits, sur
+la frontière de deux peuplades, sont un danger pour chacune d’elles.
+Mieux vaut une hamâda déserte.
+
+Déjà, du temps de Pline, les Garamantes eux-mêmes, pour éviter la
+conquête de leur pays par les Romains, avaient comblé les puits des
+routes qui y conduisaient. On en trouve la preuve dans les lignes
+suivantes : « _Ad Garamantas iter inexplicabile adhuc fuit, latronibus
+gentis ejus puteos (qui sunt non alte fodiendi, si locorum notitia
+adsit), arenis operientibus_. »
+
+Ainsi, plus de doute, une route carrossable ouverte par les anciens
+Garamantes unissait l’ancienne Phazanie à Agisymba, et cette route
+conduisait directement à l’oasis d’Aïr ou Azben.
+
+ _Limite séparative de la Libye et de l’Éthiopie._
+
+La Libye des Grecs était l’Afrique des Romains : _Africam Græci Libyam
+appellavere_ (Pline, Liv. V, 1).
+
+La limite méridionale de la Libye sera donc celle de l’Afrique.
+
+Quelques lignes des documents anciens résument toutes nos connaissances
+sur cette limite :
+
+« Le fleuve NIGRIS sépare l’Afrique de l’Éthiopie. » (Pline, Liv. V,
+10.)
+
+« La Libye intérieure a pour limite méridionale la région inconnue,
+désignée sous le nom d’Éthiopie intérieure, dans laquelle est le pays
+d’Agisymba. » (Ptolémée, Liv. IV, 4.)
+
+« Au Midi de la Mauritanie de Sétif sont les montagnes Uzzar, au delà
+desquelles on ne trouve plus que des nations d’Éthiopiens. » (Paul
+Orosius.)
+
+« Au Midi de la Mauritanie de Sétif se trouve le mont SUGGAR, au delà
+duquel il n’y a plus que des Éthiopiens. » (Éthicus.)
+
+Un nom de fleuve, le _Nigris_ ; un nom de montagne, écrit _Suggar_ et
+_Uzzar_ ; une direction, le _Sud_ de la Mauritanie de Sétif : tels sont
+les seuls éléments qui doivent guider les recherches.
+
+Heureusement le relief du plateau central du Sahara étant aujourd’hui
+mieux connu, il n’est pas nécessaire d’un bien grand effort pour trouver
+la synonymie moderne des noms anciens.
+
+Si Pline, Orose et Éthicus nous ont transmis des indications
+concordantes entre elles, la montagne servant de limite doit également
+donner naissance au fleuve séparatif des Libyens et des Éthiopiens. La
+raison l’indique.
+
+Ce premier point établi, vérifions la valeur de la direction conforme
+donnée par Éthicus et Orose.
+
+Droit au Sud de Sétif, _au delà de la Mauritanie_, le premier nom de
+montagne rencontré sur ma carte, nom de notoriété publique et
+correspondant à un relief qui appelle l’attention, est celui du
+_Ahaggâr_ des Touâreg ou _Hoggâr_ des Arabes, identique à ceux de
+_Suggar_ et _Uzzar_.
+
+_Sétif_ et l’_Atakôr-n-Ahaggâr_ sont exactement sur le même méridien.
+
+Cette première constatation nous conduit à une seconde qui la confirme.
+
+Le Ahaggâr donne naissance au plus grand fleuve du Nord de l’Afrique,
+après le Nil, à l’Igharghar (_le courant en murmurant_) des Touâreg,
+l’Ouâdi-es-Sâoudy (_la rivière noire_) des Arabes.
+
+Ce fleuve serait-il le _Nigris_, de Pline, le fameux _Africam ab
+Æthiopia dispescens_ ?
+
+Le doute n’est pas possible, quelque soit le radical, latin ou libyque,
+adopté comme origine du mot _Nigris_, car, en libyen, _Nigris_ et
+_Igharghar_ sont identiques, — ce qui va être bientôt démontré — et en
+latin, _Flumen Nigrum_ est exactement traduit par _Ouâdi-es-Sâoudy_.
+
+Bientôt aussi il sera démontré que les expressions géographiques de
+Γείρ, Νίγειρ des Grecs, _Niger_, _Nigris_ des Romains, doivent être
+entendues, non dans un sens appellatif, restreint à la désignation
+spéciale d’un fleuve ou d’une rivière, mais dans un sens qualificatif
+plus général correspondant au _bassin_ d’un fleuve, d’une rivière.
+
+Pris dans cette dernière acception, le _Nigris dispescens Africam ab
+Æthiopia_ a un sens, tandis que dans l’autre il n’en a pas.
+
+En effet, les origines du bassin du Nigris (l’Igharghar) embrassant
+quinze degrés, de l’Ouest à l’Est, séparent très-bien les Libyens au
+Nord, des Éthiopiens au Sud, tandis que le cours principal du Nigris, à
+direction Sud et Nord, pourrait tout au plus séparer la Libye en
+occidentale et en orientale.
+
+De ces faits acquis, je tire la conclusion que la limite séparative de
+la Libye et de l’Éthiopie était au point de partage des eaux de la
+Méditerranée avec celles de l’Océan, limite naturelle, si jamais il en
+fut.
+
+Si ma conclusion est rigoureuse, les anciens ont dû connaître le versant
+méditerranéen du massif aujourd’hui habité par les Touâreg du Nord.
+L’occupation de Cydamus, de Garama, ne pouvait laisser aucune
+incertitude à cet égard.
+
+Voyons quelle était l’étendue de leurs connaissances, restreintes dans
+ces limites.
+
+ _Mons ater ou Massif des Touâreg._
+
+Pline dit : (Liv. V, 5.)
+
+« De la Phazanie s’étend, sur un long espace, du Levant au Couchant, une
+_montagne noire_ que les NOTRES ont appelée _Mons ater_, soit que
+naturellement elle semble brûlée, soit qu’elle doive cette apparence à
+l’action du soleil.
+
+« Au delà de cette montagne sont des déserts. »
+
+L’orientation, l’étendue, la couleur de la montagne, partie brûlée par
+le soleil, partie vulcanisée par le feu, sa situation par rapport aux
+vrais déserts, ne permettent pas l’hésitation. Le massif des Touâreg du
+Nord, Tasîli et Ahaggâr compris, avec leurs dépendances, est bien le
+_Mons ater_ de Pline.
+
+Antérieurement et successivement, ce _Mons ater_ avait été identifié au
+Djebel-Nefoûsa, à la Sôda, au Hâroûdj-el-Asoued, en raison de la nature
+volcanique de ces montagnes, parce qu’on ne connaissait pas les contrées
+au Couchant de la Phazanie ; mais, aujourd’hui, tous les géographes
+seront unanimes pour reconnaître que le massif des Touâreg, seul, répond
+à toutes les exigences du texte de l’encyclopédiste latin.
+
+Mais répétons-le : _Mons ater_ est un nom romain, et Pline ne paraît pas
+connaître le nom indigène, unique ou multiple, que ce massif portait
+alors.
+
+Toutefois, Pline ne se borne pas à constater l’existence du _Mons ater_
+et des déserts qui l’environnent ; il ajoute :
+
+« Toutes ces contrées ont été subjuguées par les armées romaines ;
+Cornelius Balbus en a triomphé. »
+
+Pour ces conquêtes, Balbus a obtenu les honneurs du char triomphal, et,
+à son triomphe, — qui eut lieu en l’an 44 de J.-C., — il fit porter les
+noms et les images de toutes les nations et villes qu’il avait soumises.
+
+Pline donne, d’après les auteurs du temps, l’ordre dans lequel ces
+trophées suivaient le char triomphal. Cet ordre n’ayant rien de
+géographique, il n’y a pas à en tenir compte. J’aime mieux les classer
+suivant leur désignation.
+
+
+_Villes_ : Cydamus, Garama, Tabidium, Negligemela, Thuben, Nitibrum,
+Rapsa, Debris, Thapsagum, Boin, Pège, Baracum, Buluba, Alasi, Balsa,
+Galla, Maxala, Zizama ;
+
+_Nations_ : Niteris, Bubéium, Enipi, Discera, Nannagi ;
+
+_Montagnes_ : Niger, Gyri, — cette dernière, avec une inscription
+portant qu’_on y trouve des pierres précieuses_.
+
+_Rivières_ (flumina) : Nathabur, Dasibari.
+
+
+Indépendamment de cette nomenclature décorative, riche en noms de lieux,
+mais pauvre en détails, Pline cite encore, comme appartenant à la
+contrée conquise par les armes romaines, des noms de peuples et de
+villes, sur lesquels il possède des renseignements personnels, dont il
+fait usage pour déterminer, aussi approximativement que possible, leurs
+stations ou leurs emplacements.
+
+Voici ces noms, avec les renseignements qui les accompagnent :
+
+_Peuples_ : Les Nasamons, sur la côte de la Syrte, appelés auparavant
+par les Grecs, Mesammons, à cause de leur situation au milieu des
+sables ;
+
+ Les Asbystes, }
+ } après les Nasamons ;
+ Les Maces, }
+
+Les Hammanientes, au-delà des Asbystes et des Maces, à douze journées de
+marche de la grande Syrte, vers l’Occident, et entourés eux-mêmes de
+sables de tous les côtés ;
+
+Les Troglodytes, à quatre journées de marche des Hammanientes, du côté
+du Couchant d’hiver ;
+
+Les Phazaniens, du côté des déserts d’Afrique, au-dessus de la petite
+Syrte ;
+
+Les Garamantes, dont la ville célèbre de Garama est la capitale.
+
+_Villes_ : Alele et Cillaba, villes des Phazaniens ; Matelgæ, ville des
+Garamantes ; Debris, où est une fontaine dont les eaux sont bouillantes,
+de midi à minuit, et glaciales, de minuit à midi.
+
+
+Cette double nomenclature, en partie étrangère à la région montagneuse
+du _Mons ater_, mais s’en rapprochant cependant, laisse à désirer, car,
+à l’exception de Cydamus, de Garama, de Rapsa, de Boin, qu’on retrouve
+dans les villes modernes de Ghadâmès, de Djerma, de Rhât (Kêl-
+Rhâfsa[130]) et de Bondjêm, quatre des points les plus importants du
+pays, il est vrai, le reste a moins de valeur[131] ; on en jugera par
+les noms de montagnes.
+
+_Niger_, sous sa forme latine, synonyme de _ater_, est aussi, sous sa
+forme libyque, identique au nom _Nigris_, donné au fleuve qui a ses
+sources dans le _Mons ater_.
+
+_Gyri_[132], autre mont, est en double emploi, car la racine des mots
+_Niger_, _Nigris_ et _Gyri_ est la même ; mais ce double emploi est
+justifié par le besoin de compter au nombre des conquêtes du
+triomphateur les pierres précieuses du susdit mont.
+
+
+Sans doute, les pages de Pline sur les conquêtes des Romains, dans le
+Sud de la Tripolitaine, ont leur valeur, mais ce n’est que dans Ptolémée
+qu’on trouve, au milieu de nombreuses confusions, des détails relatifs
+au massif des Touâreg du Nord, ou _Mons ater_ des Romains, détails que
+la géographie moderne confirme.
+
+Orose, Éthicus, Corippus, de beaucoup inférieurs en mérite et en savoir,
+donnent aussi cependant quelques indications utiles.
+
+
+Ptolémée connaît aux deux extrémités du massif deux points importants,
+car ils sont deux têtes de bassins :
+
+La Gorge Garamantique, Φάραγξ Γαραμαντίκη, dans l’Est, origine du grand
+fleuve oriental de la Libye, le Γείρ ;
+
+Le Mont Thala, Θαλα, dans l’Ouest, origine d’un fleuve occidental, le
+Νίγειρ, qui, avec le précédent, constituent les deux seules grandes
+rivières qui coulent dans l’intérieur du pays (Liv. IV, 5).
+
+Le premier de ces points, que M. Vivien de Saint-Martin a identifié
+d’une manière certaine avec l’Aghelâd (gorge) d’Ouarâret ou vallée de
+Rhât, et le second, qui a conservé son nom ancien : Tâhela-Ohât, mont
+d’où sort l’Ouâdi-In-Amedjel, nous serviront de jalons principaux.
+
+Entre ces deux repères est un troisième point, le lac Nouba, Νούβα
+λίμνη, situé à la tête des eaux du Gir (Liv. IV, chap. VI), à l’Ouest de
+la montagne appelée _la Gorge_, τῆς Φαραγγος ὄρος, et au Sud du mont
+Girgyris, dans la direction des Garamantes (même Liv., même chap.).
+
+Il m’est bien difficile de ne pas identifier le lac Nouba, si bien
+caractérisé par Ptolémée, avec la plaine d’Amadghôr, l’une des origines
+de l’Igharghar, sise à l’Ouest de la gorge de Rhât et au Sud du Tasîli
+des Azdjer, et dans laquelle est une sebkha ou lac desséché qui doit
+être connue de toute antiquité. (Voir Liv. Ier, chap. II, pages 18 et
+19 ; et chap. III, page 24.)
+
+Ptolémée connaît encore, dans la même contrée, un mont Girgyris,
+Γίργυρις ou Γίργιρι, sis au Sud de Lynxama, ville sur la rivière du Gir,
+et au Nord du lac Nouba.
+
+Il m’est encore impossible, en tenant compte de la position absolue que
+Ptolémée donne à son Girgyris, et de sa position relative par rapport au
+lac Nouba et à la ville de Lynxama, de ne pas assimiler le plateau riche
+en eaux du géographe alexandrin avec le plateau que les Touâreg nomment
+simplement _tasîli_, plateau, mais qui donne naissance aux nombreux
+_igharghâren_ (les ruisseaux ruisselants) qui, avant les barrages des
+dunes, formaient autrefois la tête orientale de l’Igharghar.
+
+J’ai déjà dit pourquoi je n’acceptais pas l’identification du mont
+Girgyris avec le Djebel-Ghariân, mais je conserve comme étant hors de
+contestation la remarque de M. Vivien de Saint-Martin, à savoir que
+Girgyris, Djerdjera ou Djurjura, sont absolument identiques, et j’ajoute
+que les noms d’Igharghar, d’Igharghâren, ont aussi la même signification
+dans la nomenclature géographique des Berbères.
+
+Le radical de tous ces noms indique une contrée riche en eaux, mais
+s’applique aussi bien aux rivières par lesquelles elles s’écoulent
+qu’aux montagnes dans lesquelles elles prennent naissance.
+
+Les Berbères de la grande Kabylie algérienne ont donné au massif des
+montagnes qu’ils habitent le nom général de Djerdjera, parce que l’eau y
+_idjerdjère_ sur toute son étendue, et parce que, sous ce rapport, il
+est le point le plus favorisé du Tell. De même, les Berbères Touâreg ont
+donné le nom d’Igharghar à la principale gouttière d’écoulement des eaux
+de leur pays, et d’Igharghâren à la plaine, au plateau et aux ravins,
+tête du bassin, parce que les eaux y _ighargharent_, et parce que, dans
+tout le Sahara, il n’y a pas un autre point aussi riche en eau.
+
+Le Girgyris de Ptolémée est aussi un mot imitatif qui doit avoir la même
+signification.
+
+On me pardonnera, je l’espère, la création des verbes _idjerdjerer_ et
+_ighargharer_. Pour bien faire comprendre des choses nouvelles, le plus
+simple souvent est de créer des mots nouveaux.
+
+La signification réelle du radical ne tardera pas à être précisée.
+
+En attendant, je considère comme exactes les identifications suivantes :
+
+
+Celle de l’Aghelâd d’Ouarâret, avec le Φάραγξ Γαραμαντικη ;
+
+Celle du Tâhela-Ohât avec le Θαλα ;
+
+Celle de la Sebkha d’Amadghôr avec le Νούβα λίμνη ;
+
+Celle du Tasîli des Azdjer ou plateau des Igharghâren, avec le Γίργυρις
+ou Γίργιρι.
+
+Mais avant de demander aux documents grecs et romains plus qu’on ne doit
+attendre d’eux, je tiens à faire une autre constatation importante, en
+remontant du présent au passé.
+
+Aujourd’hui, deux confédérations politiques, composées de tribus
+diverses, occupent le _Mons ater_ des Romains, et, entre les deux, est
+une grande tribu de marabouts, aussi nombreuse, et occupant autant
+d’espace que leurs voisins de l’Est et de l’Ouest.
+
+Nous savons par Ebn-Khaldoûn et par la _Note sur les origines_ de
+Brahîm-Ould-Sîdi que ces trois grandes fractions des Touâreg du Nord
+n’occupaient pas le _Mons ater_ à l’époque romaine, et qu’avant leur
+dernier mouvement de migration elles portaient d’autres noms qu’elles
+ont échangés contre celui des contrées nouvelles qu’elles ont
+définitivement adoptées pour leur patrie.
+
+Ainsi, les Kêl-Ahamellen se sont transfigurés en _Kêl-Ahaggâr_, gens du
+Ahaggâr, comme leurs devanciers, de l’époque romaine, s’étaient appelés
+_Æzaræ_, _Uzzaræ_, _Suggaræ_[133], suivant les époques et la manière de
+prononcer les noms d’une langue étrangère, et aussi suivant la pureté ou
+la corruption des textes.
+
+De même les _Ioûrâghen_, des environs de Timbouktou, sont devenus les
+_Kêl-Azdjer_, pour perpétuer jusqu’à nous le souvenir des _Astacuri_,
+Αστακοῦροι, de la Gorge Garamantique ;
+
+De même encore les marabouts d’Es-Soûk, anciennement _Kêl-es-Soûk_, ont
+pris le nom d’_Ifôghas_, afin qu’on ne perde pas le souvenir des
+_Ifuraces_ de Corippus.
+
+Maintenant, étant connu le massif occupé par les Touâreg du Nord, est il
+nécessaire de torturer les textes pour retrouver les noms des anciens et
+faire justice des doubles emplois de leurs nomenclatures ?
+
+Non.
+
+S’agit-il de noms généraux de races ?
+
+On n’est pas étonné de voir, pêle-mêle, des Libyens, des Mélano-Gétules,
+des Éthiopiens rouges et noirs, en un point de contact, alors contesté
+et disputé, entre les descendants de Sem et de Cham. Suivant les chances
+heureuses ou malheureuses de la fortune, on trouvera les uns ou les
+autres tantôt au Sud, tantôt au Nord du tropique du Cancer, mais on peut
+être assuré que, dans les moments d’armistice, les hommes de race noire
+prendront position dans les bas fonds, où la fertilité est plus grande,
+et les hommes de race blanche sur les hauteurs, là où la salubrité
+convient mieux à leur tempérament.
+
+S’agit-il de noms particuliers de tribus, que les anciens appelaient des
+Nations ?
+
+D’abord, pour retrouver leurs anciens campements, on a désormais une
+base géodésique : naturellement les _Thalæ_, qui avaient pris le nom de
+leur montagne, se mettront au lieu et place des _Kêl-Ohât_, tribu serve
+du versant Ouest du Ahaggâr qui, eux, par un retour des choses d’ici-
+bas, ont ajouté leur nom propre à celui de la montagne pour en faire
+_Tâhela-Ohât_. De même les _Noubæ_, les _Nigritæ_, les _Asaracæ_,
+reprendront leur ancienne position, les premiers autour de la saline
+d’Amadghôr, les seconds sur les rives de l’Igharghar, les troisièmes
+dans la Gorge d’Ouarâret.
+
+Puis, autour des territoires de ces anciennes tribus, aujourd’hui
+retrouvés, viendront se ranger comme autant de satellites, et dans
+l’orientation donnée par Ptolémée, toutes les autres tribus dont il nous
+transmet les noms.
+
+On préviendra toute erreur en assignant comme campements probables à ces
+dernières tribus les points du territoire actuel des Touâreg les plus
+riches en eau et en pâturages, car, dans tout le Sahara, hier comme
+aujourd’hui, ces points exceptionnels ont toujours été des lieux
+d’élection pour l’habitation de l’homme.
+
+Maintenant, si, ce placement de détail opéré, nous voulons constituer
+des groupes généraux, d’après la circonscription territoriale habitée,
+nous aurons des _Uzzaræ_, des _Suggaræ_, dans lesquels seront compris
+les _Thalæ et leurs voisins_ ; des _Ifuracæ_ qui engloberont les
+_Nigritæ_, les _Noubæ et autres_ ; enfin des _Astacuræ_, avec leurs
+subdivisions, comme nous avons aujourd’hui des _Kêl-Ahaggâr_, des
+_Ifôghas_, des _Kêl-Azdjer_ embrassant, sous ces dénominations
+générales, des tribus nobles et serves, des tribus à sang blanc et à
+sang noir, sans compter les mélanges, et des tribus de race arabe, de
+race berbère et de race éthiopienne.
+
+Dans les circonscriptions territoriales modernes, nous retrouvons donc,
+comme dans les anciennes, des _Mélano-Gétules_, des _Libyens_, des
+_Libo-Égyptiens_, des _Éthiopiens blancs, rouges et autres_, suivant
+l’origine éthnographique des populations ou la variété des langues
+qu’elles parlaient, mais dont la nomenclature fait double emploi avec
+celle qui a pour base la division du territoire ou les confédérations
+politiques de groupes.
+
+S’agit-il de noms de lieux ?
+
+L’identification d’un grand nombre est certaine, notamment pour les
+montagnes et les fleuves.
+
+Si je sors de la limite de mon exploration, le Daradus et le Rufus-
+Campus, dont on retrouve les noms anciens dans la synonymie moderne,
+viennent, comme de nouveaux jalons, servir de guide dans le placement
+des tribus.
+
+Les nouvelles conquêtes de la géographie nous ont donc, enfin, affranchi
+des erreurs de longitude et de latitude de Ptolémée. C’est là un point
+capital.
+
+
+De l’orographie je passe à l’hydrographie.
+
+
+ _Des Niger de la Libye._
+
+
+Je dois rappeler au lecteur qu’en langue libyque, berbère ou temâhaq, le
+radical _ghar_, _gher_, _ghir_, _ghor_, signifie _eau qui coule_, sans
+distinction entre l’eau superficielle ou souterraine, et par extension
+BASSIN HYDROGRAPHIQUE.
+
+Je dois ajouter aussi que, dans tout le Nord du continent africain, le
+mot _Nîl_ est employé pour désigner tous les grands fleuves ; enfin que,
+depuis la plus haute antiquité, les indigènes ont toujours considéré les
+grandes rivières de leur pays comme étant autant de sources du Nîl
+d’Égypte.
+
+La description des Niger de la Libye, par Pline et Ptolémée, n’étant que
+la reproduction des dires des indigènes de leur époque, on doit tenir
+compte de ces manières de voir les choses, si l’on veut comprendre leurs
+récits.
+
+Pline connaît deux grandes rivières dans la Libye :
+
+Le _Nigris_ ou _Niger_, dans l’Est ; le _Ger_ ou _Gir_ dans l’Ouest.
+
+Sa description du Niger est empruntée aux _Libyques_ du roi Juba, celle
+du Ger aux _Mémoires_ de Suetonius Paulinus, ouvrages aujourd’hui
+perdus.
+
+Ptolémée est plus explicite : il n’y a, dit-il, que deux grandes
+rivières dans l’intérieur du pays : le Ghèr (Γείρ) et le Nighèr
+(Νίγειρ)[134] ;
+
+Le Ghèr, à l’Est, aboutissant d’un côté au Mont Usargala et de l’autre à
+la Gorge Garamantique ;
+
+Le Nighèr, à l’Ouest, aboutissant d’un côté au Mont Mandrus et de
+l’autre au Mont Thala.
+
+En apparence, Pline et Ptolémée ne sont d’accord ni sur les noms ni sur
+la situation respective de chacune de leurs deux rivières, mais, si on
+fait abstraction de la différence des noms, identiques d’ailleurs entre
+eux, pour ne tenir compte que des détails de leurs descriptions, on
+reconnaît que l’un et l’autre ont voulu parler des mêmes bassins.
+
+Le Nigris ou Niger de Pline, comme le Ghèr de Ptolémée, prend sa source,
+au Nord, dans la région orientale de l’Atlas, et se dirige au Sud, vers
+la partie orientale du _Mons ater_, pour aller séparer la Libye de
+l’Éthiopie ;
+
+Tous deux traversent deux lacs dont les noms sont différents, il est
+vrai, mais tous deux placés aux mêmes étages du bassin :
+
+Les premiers, _Nilis_ de l’un, Τας χελωνιδας de l’autre, dans les bas-
+fonds de l’Ouâd-Rîgh ;
+
+Les seconds, _Nigris_ dans Pline, Νούβα dans Ptolémée, sur la ligne de
+partage des eaux de l’Océan et de la Méditerranée ;
+
+L’un comme l’autre, absorbés par les sables qu’ils traversent,
+disparaissent pour réapparaître et disparaître encore.
+
+Je ne poursuivrai pas plus loin ces comparaisons, j’aime mieux expliquer
+comment le radical libyque _gher_, qui suivant les dialectes s’écrit et
+se prononce aussi _ger_, _guir_, _djir_, _rîgh_, s’est transformé sous
+la plume de Pline, de Ptolémée ou de leurs copistes, en _Niger_ ou
+Νίγειρ.
+
+La démonstration est facile.
+
+Dans certains dialectes libyques, un i préfixe est souvent ajouté au
+radical ; exemples : _i Gharghar_, _i Ahaggâren_. Ainsi _ger_ et γείρ
+sont d’abord devenus _i Ger_ et ί Γειρ.
+
+Puis, souvent une N, conjonction, lie le mot qui précède au mot qui
+suit ; exemples : _Atakôr-N-Ahaggâr_, _Adehî-N-Ouaran_, _Afara-N-
+Wechcheran_. Ainsi _i Ger_ et ί Γειρ sont devenus _N-Iger_ et Ν-Ιγειρ,
+et par abréviation on aura écrit _Niger_ et Νίγειρ, en retranchant le
+trait d’union.
+
+Enfin, dans la langue berbère, beaucoup de noms géographiques sont
+précédés du technique _In_, qui signifie _endroit de_ ; exemple : _In-
+Gher_ ou _In-Ghar_, _endroit de l’eau_, noms que portent un point de la
+vallée des Igharghâren et un village du Touât. Souvent, même
+aujourd’hui, et c’est ce que j’ai fait, on écrit _Ingher_ et _Inghar_,
+sans trait séparatif. Entre _Ingher_ et Νίγειρ ou _Niger_, la seule
+différence consiste dans le déplacement d’une lettre, faute _qu’un
+copiste_ aura bien pu commettre.
+
+La signification latine du mot _Niger_, correspondant à la couleur des
+habitants, a dû contribuer à la propagation de l’erreur.
+
+En Algérie, nous inventons aujourd’hui encore de semblables
+assimilations.
+
+Quelle que soit la version adoptée, on se rend compte désormais comment
+les Grecs ont donné indistinctement les noms de ποταμος-ν-ίΓειρ ou
+ποταμος Γείρ, ou ποταμος Νίγειρ, et les Romains ceux de _flumen-n-iGer_
+ou _flumen Ger_ ou _flumen Niger_ à tout endroit du territoire libyque
+où il y avait de l’eau, sans faire attention que ποταμος et _flumen_
+étaient synonymes de _Niger_ ou _Ger_.
+
+Comment les Grecs et les Romains auraient-ils évité ces erreurs, quand
+nous, Français, éclairés sur toutes ces questions beaucoup mieux qu’on
+ne pouvait l’être dans l’antiquité, nous sommes forcés, pour être
+compris, d’écrire chaque jour : le bassin de l’Ouâd-Rîgh, la rivière de
+l’Ouâd-Igharghar, le plateau du Tasîli, la montagne du Djebel-Adrâr, la
+fontaine d’’Aïn-Thâla ?
+
+Les Arabes et les Turcs se rendent aussi coupables de pareils pléonasmes
+dans leurs nomenclatures géographiques. La responsabilité en incombe à
+l’ignorance des masses.
+
+Sans doute, les hommes de science ont tort de ne pas s’affranchir des
+lois que leur imposent ceux qui ne savent pas. Mais quel but se propose-
+t-on en écrivant ? Éclairer. Et pour éclairer, il faut d’abord être
+compris.
+
+M. le commandant Hanoteau a pu intituler _Grammaire temâchek’_ son étude
+sur la langue que parlent les Touâreg et donner le nom d’Imôcharh aux
+peuples qui la parlent, parce que tous ceux qui doivent lire son livre
+savent préalablement quelle est la valeur des termes dont il se sert. Si
+j’avais intitulé ce livre : _Imôhagh_, au lieu de _Touâreg du Nord_,
+aucun de ceux auxquels il est destiné n’aurait su de qui je veux parler.
+
+Mais je dois revenir aux Niger.
+
+Les géographes du moyen âge n’ont donc pas commis une erreur en donnant
+le nom berbère de Niger au grand fleuve du Soûdân occidental, en tant
+que la signification de ce nom est restreinte à celle de : _eau qui
+coule, fleuve_, cette désignation n’ayant pas plus de valeur que celle
+de : _Nîl des noirs_. Mais ils se sont grossièrement trompés, si,
+induits en erreur par la latitude de Ptolémée, ainsi que l’a
+victorieusement démontré M. Vivien de Saint-Martin, ils ont cru
+retrouver dans le fleuve de Timbouktou l’un des Niger de la Libye.
+
+Ce point acquis aux débats, j’ai à démontrer que, pour les anciens, les
+mots _Niger_ ou _Ger_ signifiaient moins un fleuve qu’un bassin
+hydrographique.
+
+J’en trouve la preuve dans les textes mêmes de Pline et de Ptolémée.
+
+Pline (L. V, 10) nous donne, d’après le roi Juba, un exemple bien
+remarquable du peu de respect des indigènes de son temps pour les lois
+physiques de la circulation des eaux. Son Niger naît dans une montagne
+de la Mauritanie, probablement le Djebel-’Amoûr des modernes ; de là, il
+descend dans un bas-fonds, où il forme le lac Nilis, comme l’Ouâd-Djedî,
+auquel il est assimilé dans cette partie de son cours, va se perdre dans
+le Chott-Melghîgh. Mais, du lac Nilis, au lieu d’aller déverser ses eaux
+à la mer, au golfe de Gâbès, comme l’exige le sens attaché au mot
+_flumen_, son fleuve, devenu, dans son imagination, une des têtes du Nil
+d’Égypte, va gravir des pentes de 1,000 à 1,500 mètres environ, à
+l’inverse du cours de l’Igharghar, mais, comme lui, à travers de
+nouvelles lagunes et des masses de sables qui se succèdent et
+l’absorbent, pour arriver au sommet du massif des Touâreg, où il sépare
+l’Afrique de l’Éthiopie. « _Là, sans doute_, ajoute Pline, d’après le
+roi Juba, _jaillissant de cette source qu’on a nommée Nigris, il
+s’élance..._, » probablement au-dessus du point de partage des eaux !!!
+Pline n’ose pas l’écrire, mais il le laisse deviner, car son fleuve,
+jusque-là renfermé dans le bassin libyen de la Méditerranée, va passer
+dans le bassin éthiopien de l’Océan, « sous le nom d’_Astapus_, pour
+séparer, par le milieu, le pays des Éthiopiens. _Astapus medios Æthiopas
+secat_. »
+
+Cette description, contraire aux lois naturelles, si le mot _Niger_ est
+restreint à la signification de _fleuve_, devient, au contraire, d’une
+exactitude remarquable, si l’on généralise le sens de ce mot en le
+considérant comme l’équivalent du mot _bassin_ dans nos langues
+modernes.
+
+En effet, non-seulement la description du Niger de Pline est conforme à
+celle de l’Igharghar, que j’ai faite dans le livre Ier de cet ouvrage ;
+non-seulement la communauté des origines de l’Igharghar et du
+Tâfasâsset, symbolisée dans la source que Pline nomme _Nigris_, est une
+réalité incontestable, mais encore l’_Astapus_[135] sépare par le milieu
+les peuplades éthiopiennes, comme le Tâfasâsset isole les Touâreg d’Aïr
+des Touâreg Aouélimmiden.
+
+Le Niger de Pline est donc un bassin et non un fleuve.
+
+Ptolémée appuie d’une autorité indiscutable la nouvelle interprétation
+donnée au mot Niger.
+
+Ses deux Niger, celui de l’Est comme celui de l’Ouest, marchent du Nord
+au Sud, à la façon des siphons. Nés tous deux dans l’Atlas, par des
+altitudes de 700 à 1,000 mètres, ils descendent dans des bas-fonds de 90
+à 200 mètres, au maximum, et viennent aboutir, en remontant dans le
+massif des Touâreg, à une altitude de plus de 700 mètres pour la Gorge
+Garamantique, et de 1,000 à 1,200 pour le Mont Thala.
+
+Cette constitution n’est pas celle des rivières ou des fleuves, dans le
+sens ordinaire des mots _flumen_ et ποταμος, mais celle des _bassins_ de
+tous les cours d’eau.
+
+Pline et Ptolémée, en traduisant les récits des indigènes, par
+l’intermédiaire d’interprètes illettrés, n’ont pas compris le sens du
+mot libyque _Niger_ ; nous, nous devons lui restituer sa véritable
+signification, autrement, il est impossible de faire l’application des
+récits des anciens auteurs aux lieux tels que nous les retrouvons
+aujourd’hui.
+
+Maintenant abordons la délimitation des bassins des deux Niger de la
+Libye et indiquons les noms de la nomenclature grecque et romaine, qu’on
+peut, avec autorité, identifier avec ceux de la nomenclature moderne.
+
+
+ _Niger oriental._
+
+
+Dans l’état actuel de nos connaissances géographiques, les limites du
+bassin du Niger oriental de la Libye peuvent être déterminées, sinon
+mathématiquement, du moins très-approximativement.
+
+Au Sud, les points culminants du Ahaggâr, de la plaine d’Amadghôr, du
+plateau dit le Tasîli des Azdjer, de l’Akâkoûs, de l’Amsâk et de la
+forêt de gommiers séparative du désert de Tâyta et de l’Ouâdi-Lajâl,
+jalonnent une longue ligne de partage d’eau entre le bassin éthiopien de
+l’Astapus (Tâfasâsset moderne) et le bassin libyen du Niger oriental
+(l’Igharghar des Touâreg).
+
+A l’Est, une ligne droite, de la tête occidentale de l’Ouâdi-Lajâl à
+Gâbès, par le _caput saxi_ de la Hamâda-el-Homra et les sommets du
+Djebel-Douîrât, marque aussi exactement que possible un second partage
+d’eau, peu caractérisé, il est vrai, sur sa plus grande étendue, entre
+la Hamâda-el-Homra et les dunes de l’’Erg, sorte d’éponge qui rend
+souterrainement au principal thalweg du bassin, l’Igharghar, les eaux
+qu’elles ont absorbées.
+
+Au Nord, le versant méridional de la chaîne atlantique, de Gâbès au
+Djebel-’Amoûr, l’Aurès compris, ferme le bassin de ce côté, d’une
+manière plus accentuée, à raison de son imposant relief.
+
+A l’Ouest, la limite séparative du Niger oriental avec le Niger
+occidental, peu caractérisée dans le Sahara algérien, où elle est
+d’ailleurs bien connue, se relève dans le Sud, où le Bâten de Tâdemâyt,
+l’Ifettesen du Mouydîr ainsi que le Tîfedest et l’Atakôr du Ahaggâr, lui
+donnent des points de partage d’eau nettement définis.
+
+Dans ces limites, l’étendue du bassin oriental embrasse près de 20
+degrés, du Nord au Sud, et 16 de l’Est à l’Ouest, et comprend,
+indépendamment de l’Igharghar, aboutissant de tous les affluents :
+d’abord les _igharghâren_ de sa tête orientale, puis les _ouâdi_ de sa
+tête occidentale, qui descendent du Ahaggâr, du Mouydîr et de la plaine
+d’Amadghôr, enfin l’Ouâd-Mîya, l’Ouâd-Mezâb, l’Ouâd-Nesâ, l’Ouâd-Djedî,
+plus les nombreux torrents du versant Sud de l’Aurès.
+
+De cet immense réseau de gouttières d’écoulement des eaux qui, toutes,
+venaient aboutir aux lagunes du Rîgh, d’Ouarglâ et du Melghîgh, et, de
+là, déversaient leur trop-plein dans le golfe de Gâbès par les Chott du
+Djerîd et du Nefzâoua, les anciens ne connaissaient, en réalité, que
+fort peu de chose ; du moins, ce qu’ils nous en ont transmis laisse
+beaucoup à désirer :
+
+Une dizaine de noms de centres d’habitation fixe de l’homme pour
+représenter les districts formés par huit groupes d’oasis : les Qeçoûr
+de l’’Amoûr, le Mezâb, les Zibân, Ouarglâ avec son annexe d’El-Golêa’a,
+le Rîgh, le Soûf, le Djerîd et le Nefzâoua, districts qui alors devaient
+être très-peuplés, car l’occupation romaine, étendue jusqu’à la limite
+de ces oasis, n’aurait pas eu sa raison d’être sans de nombreux
+indigènes à dominer au Sud ;
+
+Quelques noms de tribus nomades, parmi lesquels des doubles emplois,
+pour occuper l’espace que les Larba’a, les Cha’anba, les Oulâd-Bâ-
+Hammou, les Kêl-Ahaggâr, les Ifôghas, les Kêl-Azdjer, les Rouâgha, les
+’Arab du Zibân, les Souâfa, les Ourghamma et autres, couvrent de leurs
+campements ;
+
+Quelques noms généraux ou particuliers de montagnes, au lieu de milliers
+que nous connaissons aujourd’hui d’une manière certaine ;
+
+Quelques détails sur les bas-fonds, sur les sables, sur le cours
+souterrain des eaux, sur les plantes et les animaux exceptionnels de
+cette contrée qui, heureusement, sont très-exacts, quoique leur mention
+repose sur l’erreur qui attribuait à cette partie de la Libye l’honneur
+d’appartenir au bassin du Nîl d’Égypte ;
+
+Enfin des noms de lacs et celui du bassin dans son ensemble complètent
+tout ce que les anciens, Grecs et Romains, y compris le très-savant roi
+Juba, nous ont transmis sur une contrée d’autant plus intéressante pour
+eux, qu’ils lui attribuaient un rôle fabuleux.
+
+
+La comparaison des noms de villes, de montagnes, de rivières, de lacs,
+de tribus, donnés par les nomenclatures anciennes, avec ceux beaucoup
+plus considérables de la nomenclature moderne, autorise, d’une manière
+certaine, les identifications suivantes :
+
+La ville de _Cydamus_ avec Ghadâmès ;
+
+L’_Oppidum Rapsa_ avec Rhât, reconstruite par les Kêl-Rhâfsa ;
+
+_Agar Selnepte_ avec Nafta ;
+
+_Tysurus_ avec Tôzer ;
+
+_Capsa_ avec Gafça ;
+
+_Tacape_ avec Gâbès ;
+
+Le _Mons ater_ avec le massif des Touâreg, Tasîli et Ahaggâr compris ;
+
+Le Φαραγξ Γαραμαντικη avec l’Aghelâd d’Ouarâret ;
+
+Le pays des _Astacuri_ avec celui des Azdjer ;
+
+Celui des _Ifuraces_ avec le territoire des Ifôghas ;
+
+Le mont des _Suggar_, des _Uzzar_, des _Æzar_, avec la patrie actuelle
+des Ahaggâr ou Hoggâr ;
+
+Le mont Γίργιρι avec le Tasîli du Nord, dans lequel naissent de nombreux
+_igharghâren_ ;
+
+L’_Aurasius_ avec la chaîne de l’Aurès ;
+
+Le _Niger_ avec l’Igharghar ;
+
+L’_Astapus_ avec le Tâfasâsset ;
+
+Le lac _Nigris_ avec les lacs de Mîherô ;
+
+Le lac _Nouba_ avec la Sebkha ou saline d’Amadghôr ;
+
+Le _lac de Libye_ ou _Palus Chelonides_ avec le Chott-Melghîgh ;
+
+Le _lac Pallas_ avec le Chott-el-Djerîd ;
+
+Le _lac Triton_ avec le Chott du Nefzâoua ;
+
+L’_ile de Phla_ avec l’oasis du Nefzâoua.
+
+
+Toutes ces identifications sont justifiées ou par la similitude des
+noms, ou par des rapports de position, ou par des détails qui excluent
+toute incertitude.
+
+
+Ptolémée cite dix noms de villes dans le bassin du Gir, savoir :
+
+ Au Sud, Gira, métropole, Γείρα μητρόπλις,
+
+ Au Nord, Thykimath, Θυκιμαθ,
+
+ — Ghéoua, Γηούα,
+
+ — Badiath, Βαδιάθ,
+
+ — Iskhérî, Ισχερεῖ,
+
+ — Toucroumouda, Τσυκρούμουδα,
+
+ — Thoûspa, Θοῦσπα,
+
+ — Artaghîra, Αρτάγειρα,
+
+ — Rhoubounê, Ρουβούνη,
+
+ — Lynxama, Δύγξαμα.
+
+Je néglige les longitudes et les latitudes, qui ne peuvent qu’induire en
+erreur.
+
+M. Vivien de Saint-Martin constate avec raison que Thykimath, Ghéoua,
+Iskhérî, s’échelonnent sur la rive Nord du Gir, comme Tadjemout,
+Laghouât et Biskra sur la rive gauche de l’Ouâd-Djedî.
+
+L’assimilation de Gira, métropole, avec Guerâra, admise sous réserve par
+M. Vivien de Saint-Martin, me paraîtrait plus heureuse avec Tougourt,
+car cette ville est encore la ville principale de la contrée, tandis que
+Guerâra située hors centre, dans un pays aride, sans voies de
+communication, n’a jamais pu être une métropole.
+
+D’ailleurs, d’après les chroniques de cette ville qui m’ont été
+communiquées, Guerâra a été fondée par les Benî-Mezâb, en l’année 1589
+de notre ère.
+
+Les détails que Pline (Liv. V, 10) donne d’après Juba, sur les
+intermittences du cours de son Niger, sur les animaux qu’il nourrit, sur
+les plantes spontanées de ses rives, sur ses débordements correspondant
+avec les crues du Nîl, non-seulement sont plus exacts, mais suffiraient
+à eux seuls pour justifier son identification avec l’Igharghar.
+
+« Sorti du lac Nilis, dit Pline, le fleuve s’indigne de couler à travers
+des lieux sablonneux et arides et il se cache pendant un trajet de
+quelques jours de marche ; puis traversant un plus grand lac dans la
+Massæsylie, portion de la Mauritanie Césaréenne, il s’élance et jette
+pour ainsi dire un regard sur les sociétés humaines ; la présence des
+mêmes animaux prouve que c’est toujours le même fleuve. Reçu de nouveau
+dans les sables, il se dérobe encore une fois dans des déserts de vingt
+journées de marche, jusqu’aux confins de l’Éthiopie, et lorsqu’il a
+reconnu derechef la présence de l’homme, il s’élance, sans doute
+jaillissant de cette source qu’on a nommée le Nigris. Là, séparant
+l’Afrique de l’Éthiopie, les rives en sont peuplées, sinon d’hommes, du
+moins de bêtes et de monstres : créant des forêts dans son cours, il
+traverse l’Éthiopie sous le nom d’Astapus. »
+
+Tout cela est encore exact aujourd’hui ; pour le constater ouvrons la
+Carte qui accompagne ce volume, et suivons le cours de l’Igharghar, de
+l’aval à l’amont, comme le fait Pline.
+
+Du lac Melghîgh, où le Djedî s’est perdu et d’où il est réputé sortir,
+il traverse souterrainement les bas-fonds sablonneux du Rîgh (150 kilom.
+environ) ; puis, traversant la Sebkha de Sîdi-boû-Hâniya, probablement
+réunie autrefois aux sebkha voisines de Negoûsa pour former le grand lac
+de la Massæsylie, il s’élance de nouveau sur la Hamâda des Cha’anba et,
+après avoir attesté qu’il est toujours le même fleuve, se dérobe de
+nouveau dans les dunes de l’’Erg et sans doute aussi sous les sables de
+la vallée des Igharghâren (ensemble 380 kilomètres, correspondant à
+vingt journées de marche dans les sables). Après quoi, dans la montagne,
+sont les sources d’eau vive.
+
+Dans ce fleuve et dans les lacs qu’il alimente, ajoute Pline, « on
+trouve, en fait de poissons, des alabètes, _alabetæ_[136], des coracins,
+_coracini_[137], des silures, _siluri_[138] ; un crocodile,
+_crocodilus_, en a été rapporté et consacré par Juba même, — preuve que
+c’est bien le Nîl — dans le temple d’Isis à Césarée (la moderne
+Cherchel), où on le voit encore aujourd’hui. »
+
+Chose curieuse, les Touâreg connaissent encore trois espèces de poissons
+dans les lacs et sources de leurs montagnes, savoir : les _imanân_,
+l’_asoûlmeh_ et les _isattâfen_.
+
+J’ai rapporté de leur pays, comme pièce justificative, le _Clarias
+lazera_, l’asoûlmeh des Touâreg, aussi un poisson du Nîl. (Voir Liv. II,
+chap. III, page 238.)
+
+Quant au crocodile, il s’est perpétué, depuis 2,000 ans, dans les lacs
+de Mîherô et de Tanârh. (Voir page 232.)
+
+« En outre, ajoute Pline, on a observé que la crue du Nîl correspond à
+l’abondance des neiges et des pluies en Mauritanie. »
+
+Moi-même j’ai constaté la même coïncidence, en 1861 et 1862, après neuf
+années de sécheresse absolue. (Voir Liv. Ier. chap. V, page 119.)
+
+Avant (même Liv. V, 8), Pline avait dit :
+
+« Le Nigris a la même nature que le Nîl ; il produit le roseau, le
+papyrus, _calamus et papyrus_, et les mêmes animaux ; la crue s’en fait
+aux mêmes époques ; il a sa source entre les Éthiopiens Tareléens et les
+Œcaliques. »
+
+Encore aujourd’hui on trouve dans les lieux humides du pays des roseaux
+et des _typha_, voisins, sinon identiques au roseau et au _papyrus_
+d’Égypte.
+
+Cette dernière citation me permet, en terminant ce que j’ai à dire du
+Niger oriental, de constater que Pline savait exactement où le Nigris
+avait sa source dans le massif des Touâreg, ce qui ne l’a pas empêché,
+dans la description générale de ce fleuve, d’intervertir l’ordre naturel
+de son cours, par respect pour les idées des indigènes, tant il est vrai
+que son Niger n’était pas seulement un fleuve, mais un bassin.
+
+ _Niger occidental._
+
+Le bassin du Niger occidental, séparé du Niger oriental comme il a été
+dit ci-dessus, est délimité au Nord par la chaîne atlantique, à l’Ouest
+par l’Océan, au Sud par les reliefs du Sâguiet-el-Hamrâ, du Djebel-Azour
+et du plateau du Tânezroûft. Sauf la partie du littoral océanien, sur
+laquelle les documents abondent, ce bassin a été connu des anciens d’une
+manière plus vague encore que celui de l’Est.
+
+Bien qu’aucun explorateur moderne n’ait encore étudié le Sahara marocain
+comme nous pourrions le désirer, nous le connaissons assez cependant par
+les voyages de René-Caillié, de Robert Adams, de Davidson, qui y a été
+assassiné, de MM. Léopold Panet, Si-Boû-l’Moghdad et Gerhard Rohlfs, par
+les écrits des Arabes, par les renseignements verbaux des indigènes, par
+les travaux de M. Renou, de M. le capitaine Beaudouin et de M. le
+général Faidherbe, pour ne pas commettre de grandes erreurs en comparant
+les connaissances des anciens avec l’état actuel du pays. Le champ
+possible des erreurs est d’ailleurs très-rétréci depuis la publication
+_du Nord de l’Afrique dans l’antiquité_, par M. Vivien de Saint-Martin.
+
+
+La critique de ce savant géographe resterait complète, si je n’avais à
+apporter à l’appui de son exposé des éléments nouveaux qu’il a
+soupçonnés, mais qu’il ne pouvait inventer. Ces éléments sont :
+
+D’abord, une portion entièrement inconnue de la tête du bassin, celle du
+versant océanien du Ahaggâr, dont un des contreforts, le Tâhela-Ohât,
+perpétue jusqu’à nos jours le nom du Mont Thala de Ptolémée et d’où
+descendent des ouâdi dont le principal m’est indiqué comme se dirigeant
+vers l’Ouâdi-Dra’a. (Voir Liv. Ier, chap. III, page 26.)
+
+Ensuite, entre le Haut-Niger occidental et la vallée du Daradus, les
+masses de dunes d’Iguîdi qui, comme celles de l’’Erg pour le Niger
+oriental, absorbent les eaux des affluents supérieurs et ne les
+restituent que souterrainement à la vallée exutoire. (Voir Liv. Ier,
+chap. II, pages 5 et 6, et chap. IV, pages 35, 36 et 37.)
+
+Ces éléments nouveaux permettent de mieux apprécier les connaissances
+des anciens sur cet immense bassin.
+
+Topographiquement, les dunes de l’Iguîdi le divisent en deux sections,
+l’une supérieure, l’autre inférieure, mais hydrographiquement la
+capillarité des éléments constitutifs des dunes permet aux eaux des
+affluents supérieurs de se rendre au lit inférieur, surtout quand elles
+sont abondantes, ce qui a toujours lieu après les grandes pluies
+périodiques.
+
+
+Des affluents supérieurs du Niger occidental, les anciens n’ont connu
+que la branche du _Ger_ de Suetonius Paulinius ou Νίγειρ de Ptolémée,
+qui prend sa source dans la partie de l’Atlas marocain où naît aussi le
+_Malua flumen_ ; mais à la manière dont Ptolémée constitue son Νίγειρ,
+on voit qu’il réunit les eaux du versant saharien de l’Atlas à celles du
+versant océanien du massif des Touâreg.
+
+Voici sa description :
+
+« Le fleuve Nigir (Νίγειρ) aboutit d’un côté au mont _Mandrus_ et de
+l’autre au mont _Thala_, et forme le lac _Nigris_.
+
+« Deux embranchements qui descendent du Nord, l’un du mont _Sagapola_,
+l’autre du mont _Usargala_, viennent se réunir au Nigir ; ce dernier
+forme un détour à l’Est pour aller se terminer au lac _Libya_.
+
+« Au Sud, _dans la direction du Daradus_, le Nigir reçoit un
+embranchement. »
+
+Sauf les latitudes et les longitudes, dont je ne tiens pas compte, parce
+qu’elles sont erronées, toutes ces indications, quoique très-vagues,
+sont conformes à la vérité.
+
+
+Au Mandrus et au Thala correspondent :
+
+Le Djebel-Aït-’Aïach de l’Atlas marocain ;
+
+Le Tâhela-Ohât du versant occidental du Ahaggâr.
+
+Le lac Nigris auquel aboutissaient les eaux des monts Mandrus et Thala,
+assis vis-à-vis l’un de l’autre, mais à 15 degrés de distance, est le
+bas-fonds desséché du Touât, aujourd’hui couvert d’oasis ;
+
+Le lac Libya, dans lequel allait se perdre l’affluent de l’Usargala, se
+retrouve dans la Sebkha du Gourâra, encore aujourd’hui le réceptacle des
+eaux de l’Ouâd-Seggeur, malgré le barrage des dunes de l’’Erg ;
+
+Le Nigir est cet ouâd qui porte actuellement le nom de Guîr, dans sa
+partie supérieure, et de Messâoura, dans son cours inférieur ;
+
+Nous connaissons déjà son affluent de l’Est, l’Ouâd-Seggeur, qui vient
+du Djebel-’Amoûr, l’ancien Usargala ;
+
+L’affluent oriental correspond à l’Ouâdi-Tafîlelt, comme le mont
+Sagapola, d’où il sort, nous représente ce point de l’Atlas marocain,
+d’où descendent les principales rivières du bassin océanien du Maroc ;
+
+La tête des eaux venant du Sud et se dirigeant vers le Daradus est
+encore plus facile à déterminer, car, grâce à la loyale franchise des
+Touâreg, nous sommes mieux renseignés sur les détails du Ahaggâr que sur
+ceux de l’Atlas marocain ;
+
+L’identification du Tâhela des Ohât avec le Thala des Thalæ de Ptolémée
+ne laisse que l’embarras du choix entre les nombreux ouâdi fournis par
+l’Ifettesen, le Tîfedest et le Ahaggâr, pour avoir un embranchement dans
+la direction du Daradus ;
+
+L’Ouâdi-Tîrhehêrt, par son importance, par la notoriété dont il jouit,
+semble le mieux répondre aux indications de Ptolémée.
+
+En analysant la description du géographe grec, je ne puis m’empêcher de
+faire une remarque qui révèle une connaissance complète de la limite des
+bassins des deux Niger : entre l’Usargala et le Thala, quoique
+l’intervalle soit de 16 degrés, Ptolémée ne fait arriver aucun affluent
+à son Niger occidental. Il savait donc que toutes les eaux de la région
+intermédiaire se déversaient dans le Niger oriental.
+
+
+Malgré l’exactitude des informations topographiques de Ptolémée, il
+était probablement moins bien renseigné sur le nombre des centres de
+populations situés sur son Niger, car il ne cite que dix-sept noms de
+villes ou villages là où nous en comptons plus de quatre cents
+aujourd’hui.
+
+Faut-il admettre que le pays n’avait alors que de rares habitants ?
+
+Pline l’affirme. Voici ce qu’il dit :
+
+« Suetonius Paulinus, le premier des généraux romains qui ait dépassé
+l’Atlas, rapporte qu’au delà, jusqu’à un fleuve qui porterait le nom de
+Ger, on traverse des déserts couverts d’un sable noir, au milieu duquel
+s’élèvent, d’intervalle en intervalle, des rochers comme brûlés ; _que
+ces lieux sont inhabitables à cause de la chaleur, même en hiver, et
+qu’il l’a éprouvé_. » (Pline, Liv. V, 1.)
+
+Puis, si le lac Nigris occupait, comme tout l’indique, l’emplacement
+actuel du Touât, les 300 centres de population qui constituent cette
+agglomération d’oasis ne pouvaient alors exister.
+
+La tradition locale, d’accord avec le rapport de Suétonius Paulinus,
+nous représente la première population du Touât réduite à quelques
+colonies de nègres, asservies postérieurement et successivement par les
+Berbères et les Arabes. (Voir Liv. III, chap. V, page 294.)
+
+Quoi qu’il en soit, des dix-sept noms de villes donnés par Ptolémée deux
+seulement peuvent être identifiés avec les noms modernes :
+
+Taloubath, Ταλουβαθ, avec l’oasis de Tabelbâlet ;
+
+Toukabat, Τουκαβαθ, avec la ville de Teçâbit.
+
+Cependant, je serais tenté de croire que, dans le dénombrement et la
+dénomination des villes du Niger occidental, Ptolémée aurait été mal
+informé, car il lui donne, pour métropole, Νίγειρα Μητρόπολις, nom
+identique à celui de la capitale du Niger oriental, Γείρα Μητρόπολις. Il
+est douteux que deux centres, devant avoir des relations entre eux,
+aient porté le même nom, bien que l’un et l’autre ne signifient que
+ceci : _métropole du bassin_.
+
+D’autre part, les noms des lacs Nigris et de Libye, donnés aux
+principaux réceptacles du bassin, noms identiques à ceux d’autres lacs
+du Niger oriental, attestent une confusion très-grande dans les éléments
+dont Ptolémée s’est servi pour dresser sa carte de la Libye.
+
+Je ne poursuivrai pas l’étude critique de ce bassin jusqu’à la mer ; ce
+serait sortir du domaine de mes investigations personnelles.
+
+
+Mais avant de clore cet examen sur les deux Niger de la Libye, je ne
+puis me défendre de le résumer en constatant que, si, jusqu’à ce jour,
+les documents anciens sur la Libye nous ont paru obscurs, la faute n’en
+est pas seulement imputable à leurs auteurs, mais encore et bien plus à
+ce que nous manquions nous-même du premier élément de critique : la
+connaissance des lieux, des hommes et des choses de ce pays. Sans doute,
+ni les Grecs ni les Romains n’ont possédé des détails très-
+circonstanciés sur la topographie de cette contrée, mais, du moins,
+leurs idées sur ses principaux caractères ont été nettes et exactes :
+montagnes au Nord et au Sud ; bassin oriental et occidental, aboutissant
+tous deux à la mer ; sables dans les bas-fonds intermédiaires ; oasis
+disséminées çà et là, mais principalement sur le versant méridional de
+l’Atlas, les dites oasis ressemblant, par l’éclat de leur verdure, sur
+un fond jaunâtre, aux maculatures d’une peau de panthère ; populations
+sédentaires dans les oasis, nomades dans les déserts ; voire même
+quelques fables pour que la comparaison avec la situation actuelle soit
+plus complète.
+
+Toutefois, on reste étonné que les Romains, qui ont possédé tant
+d’établissements sur les limites de cette région, se soient contentés de
+documents aussi sommaires sur sa constitution, sur ses productions et
+sur sa population si variée.
+
+ _Peuples de la Libye._
+
+Les anciens donnaient le nom de _peuples_ ou _nations_ à ce que nous
+appelons _tribus_.
+
+
+Voici d’abord la liste la plus moderne, celle du géographe d’Alexandrie.
+
+Les peuples les plus considérables de la Libye et les positions qu’ils
+occupent sont, dit-il :
+
+Les Garamantes, du Bagradas au lac Nouba ;
+
+Les Mélano-Gétules, entre les monts Sagapola et Usargala ;
+
+Les Éthiopiens-Rouges, au Sud du Gir ;
+
+Les Éthiopiens-Nigrites, au Nord du Nigir ;
+
+Les Daradæ, sur le Daradus ;
+
+Les Perorses, écartés de la mer, à l’Orient de Theôn Okhêma ;
+
+Les Éthiopiens-Odrangides, entre les monts Caphas et Thala ;
+
+Les Mimak, au Sud du Thala ;
+
+Les Noubæ, entre le lac Nouba et la Gorge Garamantique ;
+
+* Les Derbik, à l’Ouest du mont Aranga,
+
+
+Viennent ensuite d’autres petits peuples, savoir :
+
+ Les Autololes, }
+ }
+ Les Sirangæ, } au Sud de la Gétulie, entre la mer et le mont
+ } Mandrus ;
+ Les Mausoli, }
+
+ Les Rhabii, }
+ }
+ Les Malcoæ, } entre le mont Mandrus et le fleuve Daradus ;
+ }
+ Les Mandori, }
+
+Les Sophucæi, après ces derniers ;
+
+Les Leucæthiopiens, séparés des Pérorses par le Rufus-Campus ;
+
+Les Pharusii, entre le Rufus-Campus et le mont Sagapola ;
+
+Les Natembes, au Nord du mont Usargala ;
+
+ Les Lynxamatæ, }
+ } au Nord du Girgyris ;
+ Les Samamycii, }
+
+ Les Salthi, }
+ } entre les monts Mandrus et Sagapola ;
+ Les Daphnitæ, }
+
+ Les Zamazii, }
+ }
+ Les Aroccæ, } entre ces monts et le fleuve Nigir ;
+ }
+ Les Cetiani, }
+
+Les Suburpores, au Sud du mont Usargala ;
+
+ Les Maccoi, }
+ }
+ Les Dauchitæ, } au Sud du mont Girgyris, entre les Garamantes et le
+ } lac Nouba ;
+ Les Caletæ, }
+
+Les Macchurebi, à l’Est des Daradæ ;
+
+Les Soloëntii, à l’Est des Sophucæi ;
+
+ Les Anticoli, }
+ }
+ Les Churitæ, } à l’Est des deux précédents jusqu’au mont Caphas ;
+ }
+ Les Stachiræ, }
+
+* Les Orpheis, entre le Caphas et le Theôn Okhêma ;
+
+ * Les Tarvaltæ, }
+ }
+ * Les Maltitæ, } au Sud des Orpheis ;
+ }
+ * Les Africerones, }
+
+Les Achæmæ, au Sud des Éthiopiens-Odrangides ;
+
+ Les Gongalæ, }
+ } au Sud des Mimak ;
+ Les Nanosbeis, }
+
+* Les Nabathræ, entre le mont Thala et le mont Arvaltes ;
+
+ Les Alitambi, }
+ } entre le mont Thala et le lac Libyque ;
+ Les Maurali, }
+
+ Les Harmiæ, }
+ }
+ Les Thalæ, }
+ } entre le lac Libyque, le lac Nouba et la Gorge
+ Les Dolopes, } Garamantique ;
+ }
+ Les Astacuri ; }
+
+* Les Aroccæ, au Nord du mont Aranga ;
+
+* Les Asaracæ, à l’Est du susdit mont ;
+
+* Les Dermonenses, entre le mont Aranga et le mont Arvaltes ;
+
+* Les Éthiopiens-Aganginæ, entre le mont Arvaltes et le mont Aranga, au
+Sud-Ouest des Africerones ;
+
+ * Les Éthiopiens-Xyliccenses, }
+ } au Sud du mont Arvaltes, à l’Est des
+ * Les Éthiopiens-Uchaliccenses, } Agangines.
+
+
+Pline nous transmet aussi sa nomenclature des peuples ; la voici avec
+les positions données par le naturaliste :
+
+Les Marmarides, au cap Chersonèse ;
+
+Les Araraucèles, sur la côte de la Grande Syrte ;
+
+Les Nasamons ou Mésammons, au milieu des sables, sur la côte de la
+Petite Syrte ;
+
+Les Asbystes et les Maces, après les Nasamons ;
+
+Les Hammanientes, au delà des Asbystes et des Maces, à douze journées de
+marche de la Grande Syrte, vers l’Occident, et entourés eux-mêmes de
+sables de tous les côtés ;
+
+Les Troglodytes, à quatre journées de marche des Hammanientes, du côté
+du Couchant d’hiver ;
+
+Les Phazaniens, sur la route de l’Éthiopie ;
+
+ * Les Niteris ou Nitiebres, }
+ }
+ * Les Bubéium, nation ou ville, }
+ }
+ * Les Enipi, } sans désignation d’habitat ;
+ }
+ * Les Discera, }
+ }
+ * Les Nannagi, }
+
+ Les Éthiopiens-Taréléens, }
+ } sur la source du Nigris ;
+ Les Œcaliques, }
+
+Les Éthiopiens-Nigrites, sur le Nigris ;
+
+ Les Liby-Égyptiens, }
+ } au-dessus des Gétules, par delà les déserts ;
+ Les Leucéthiopiens, }
+
+Enfin, les Garamantes, séparés des précédents, du côté de l’Occident,
+par de vastes solitudes.
+
+
+Je renonce à énumérer les noms de peuples ou de nations des autres
+auteurs grecs ou romains, les nomenclatures de Pline et de Ptolémée les
+comprenant à peu près tous avec plus de précision. Je préfère constater
+qu’à l’exception des noms de peuples précédés du signe * dans les deux
+listes ci-dessus, tous peuvent être rationnellement placés sur une carte
+moderne, grâce aux nombreuses identifications de noms de lieux qui ne
+peuvent plus être contestées.
+
+Je remarque également que, le placement fait, suivant les indications de
+Pline et de Ptolémée, toutes les populations indiquées comme étant de
+sang noir ou occupent les lignes de bas-fonds du Sahara ou sont
+transférées au delà de la limite de la Libye avec l’Éthiopie.
+
+Quant à l’assimilation des noms des peuples anciens avec ceux des tribus
+modernes, il faut être très-prudent, car les tribus berbères ont bien
+souvent changé de noms depuis l’antiquité, les unes ayant entièrement
+disparu, les autres ayant été complétement transformées.
+
+D’ailleurs, tous les noms grecs et romains reproduisent très-
+inexactement l’ethnique indigène. Pour les noms dont l’identification
+est la plus certaine, ne constatons-nous pas des différences trop
+grandes, entre les uns et les autres, pour ne pas reculer devant une
+assimilation impossible ?
+
+Mieux vaut terminer cette étude comparée en la complétant par l’exposé
+des renseignements, non écrits dans les livres, mais nettement tracés
+sur le sol, que nous fournissent les ruines de l’occupation romaine sur
+la frontière de la Libye.
+
+
+ _Limites méridionales de l’occupation romaine._
+
+
+Les reconnaissances de MM. les officiers d’état-major et de M. Victor
+Guérin, complétées par les miennes, assignent comme limite à
+l’occupation romaine au Sud des Mauritanies, de la Numidie, de la
+Province d’Afrique et de la Cyrénaïque, savoir : une ligne suivant le
+bassin de l’Ouâd-Djedî, de Laghouât à Biskra ; le versant saharien de la
+chaîne aurasique, de Biskra à Mîdâs ; le rebord méridional des Chott-el-
+Djerîd et Chott-el-Nefzâoua, de Mîdâs à Gâbès ; le versant occidental du
+Djebel-Douîrât, de Gâbès à Nâloût ; enfin, Ghadâmès et Djerma, de Nâloût
+au Fezzân.
+
+A l’exception des bas-fonds, au Sud de la Tunisie, les Romains semblent
+avoir arrêté leur ligne d’occupation à la limite des terres habitables
+pour des hommes d’origine européenne.
+
+Les ruines de leurs établissements-frontières sont indiquées sur la
+Carte dressée pour l’intelligence de cet ouvrage par le signe ordinaire
+(R. R.) des ruines romaines.
+
+Ces ruines, autant que j’ai pu en juger par l’espace qu’elles couvrent,
+sont celles de petits postes d’observation, de centres de commandement,
+peut-être de comptoirs-entrepôts pour les relations commerciales avec
+les populations indépendantes du Sud.
+
+Rien n’indique que les Romains aient tenté par eux-mêmes des entreprises
+de commerce au delà de la limite que j’assigne à leur occupation, car,
+au Sud de cette ligne, aucun monument ne révèle leur présence, et leurs
+écrits attestent que leurs connaissances géographiques elles-mêmes
+avaient pour limite le versant méditerranéen du _Mons ater_.
+
+A l’Ouest du Djebel-’Amoûr, sur tout le versant de l’Atlas marocain, les
+ruines romaines paraissent fort rares, car aucun de mes informateurs
+indigènes ne m’en a signalé. Peut-être, dans les ruines de Sedjelmâssa,
+dont la position m’a été bien précisée au centre des qeçour du Tafîlelt,
+retrouverait-on quelques débris de la grandeur romaine, mais c’est
+encore très-douteux.
+
+Les Touâreg, que j’ai souvent interrogés sur les ruines de constructions
+qui pouvaient se trouver dans leur pays, se sont bornés à me signaler
+les vestiges des tombeaux des Jabbâren, comme ceux que j’ai trouvés près
+de la source d’Ahêr (voir Livre Ier, chap. 4, pages 56 et 57) et qui
+m’ont paru destinés à des hommes qu’on enterrait assis ; plus, les
+ruines d’un monument religieux, probablement une mosquée, dont la
+construction est attribuée aux Sohâba ou compagnons du prophète
+Mohammed, qui s’étaient avancés en conquérants dans le pays pour le
+convertir à l’islamisme et qui ont perpétué jusqu’à nos jours le
+souvenir de leur passage à Timissao, au moyen d’inscriptions, en arabe
+coufique, encore très-lisibles aujourd’hui, dit-on.
+
+Ainsi, au delà de la ligne que j’ai tracée, les indigènes eux-mêmes ne
+connaissent aucune ruine de l’occupation romaine.
+
+
+ CONCLUSION DE L’APPENDICE.
+
+
+Dans ce travail de géographie comparée, je ne me suis pas proposé une
+étude critique des textes, œuvre délicate qui exige une expérience que
+je n’ai pas ; j’ai seulement voulu exposer comment j’interprétais les
+récits des anciens, en procédant de la connaissance des lieux à
+l’inconnu des origines et des sources des textes parvenus jusqu’à nous ;
+je me suis principalement proposé pour but de démontrer que la dernière
+exploration du Sahara confirmait dans son ensemble et dans ses
+principaux détails le dernier exposé de nos connaissances sur la Libye
+des Grecs et des Romains, d’après M. Vivien de Saint-Martin, dont
+l’ouvrage si remarquable, _Le Nord de l’Afrique dans l’antiquité_, a été
+couronné par l’Académie des inscriptions et belles-lettres.
+
+Sans doute, dans les détails secondaires, quelques identifications ne
+sont pas les mêmes, mais il était inévitable qu’il n’en fût pas ainsi.
+L’honorable géographe ne pouvait pas connaître le massif des Touâreg
+avant qu’il eût été étudié, exploré, reconnu.
+
+Pour mon compte personnel, je m’estimerai heureux, si, par les preuves
+nouvelles que j’apporte à l’appui de ses déductions, je contribue à
+accroître l’autorité dont le livre de M. Vivien de Saint-Martin doit
+jouir.
+
+Si je n’avais eu pour guide une critique aussi sûre, cet Appendice,
+rédigé pendant l’impression de ce volume, n’aurait probablement pas vu
+le jour.
+
+
+ FIN DU TOME PREMIER.
+
+
+[Note 127 : M. Vivien de Saint-Martin est le premier, et peut-être le
+seul encore aujourd’hui, qui ait établi cette correspondance dont
+l’importance est fondamentale, car elle marque, sur ce point, la limite
+extrême de la mappemonde ancienne.]
+
+[Note 128 : Traduisons l’_iter præter caput saxi_ de Pline, par le mot à
+mot arabe : _terîq-’ala Râs-el-Hamâda_ et nous aurons le nom de la route
+directe de Tripoli à Mourzouk par Djerma, celle suivie par M. le docteur
+Barth.]
+
+[Note 129 : Voir _Reisen und Entdeckungen in Nord und Central-Afrika_,
+von doctor H. Barth. T. 1, p. 207-217. Gotha. Justus Perthes, 1857.]
+
+[Note 130 : Voir Livre III, _Centres commerciaux_, page 267 et
+suivantes.]
+
+[Note 131 : M. Vivien de Saint-Martin, convaincu qu’après les
+reconnaissances de MM. Barth, Overweg, Richardson et Vogel, on pouvait
+ajouter quelque chose aux identifications déjà constatées, n’a pas
+hésité, dans ce but, à se livrer à un long et pénible travail dont voici
+le résultat :
+
+ Matelgæ Assimilé à Ouâdi-Talha,
+
+ Debris — à Éderi,
+
+ Tabidium — à Tabounîyé,
+
+ Thapsagum — à Tessâoua,
+
+ Nannagi — à Denhadja,
+
+ Maxala — à Mechaal,
+
+ Zizama — à Ouâdi-Zemzem,
+
+ Gyri, Girgyris — à Djebel-Ghariân,
+
+ Cillaba — à Zouîla ou Zeila,
+
+ Alele — à Hall ou Holl,
+
+ Mons Ater et Niger — au Djebel-Nefoûsa.
+
+
+Sans contester la valeur critique des motifs sur lesquels s’appuie M.
+Vivien de Saint-Martin, je ne puis m’empêcher de constater que Talha
+(Acacia Arabica, Zemzem (nom d’un puits très-vénéré de la Mekke) et
+Ghariân (cavernes), sont trois dénominations arabes, introduites dans la
+nomenclature géographique moderne, seulement depuis la conquête arabe,
+et, que, pour les autres points, aucune raison réellement déterminante
+ne légitime l’assimilation.
+
+On conteste, il est vrai, au Djebel-Ghariân sa signification arabe,
+parce que les Berbères de la contrée prononcent plus ou moins
+correctement le nom que les Arabes ont donné à leur montagne ; mais ce
+point n’est pas le seul dans le Nord de l’Afrique où des cavernes
+servent de refuge aux populations, et partout le même nom arabe est
+employé pour caractériser ce mode d’habitation. En Algérie, au Nord de
+Frenda, dans le pays de Sedama, il y a des tribus qui habitent des
+cavernes et les Arabes les ont appelées Ahel-el-Ghîrân (les gens des
+cavernes), comme ils ont appelé la montagne des cavernes, au Sud de
+Tripoli, Djebel-Ghariân.]
+
+[Note 132 : M. Vivien de Saint-Martin, assimile les _Gyri montes_ du
+triomphe de Balbus au Γίργυρις ou Γίργιρι de Ptolémée et les place dans
+les montagnes de Ghariân ; dans ce cas, il n’y aurait pas double emploi.
+
+Mais M. Vivien de Saint-Martin a été amené à cette détermination parce
+que Ptolémée place la source du fleuve Cinyps dans le Γίργυρις et parce
+que l’embouchure de ce fleuve étant bien connue, d’après les indications
+d’Hérodote et de Scylax, sa source ne peut être, en effet, que dans la
+chaîne de montagne du littoral tripolitain.
+
+Toutefois, si Ptolémée (Liv. IV, chap, VI) place la source du Cinyps
+dans le Girgyris, il la fait sortir aussi (Liv. IV, chap. III) du mont
+Zuchabari ou Chusambari.
+
+Entre ces deux indications contradictoires, laquelle choisir ?
+
+Ptolémée ne laisse aucune incertitude à cet égard. La position qu’il
+donne au Zuchabari correspond aux sommets du versant maritime du Djebel
+tripolitain, tandis que celle du Girgyris, dans le Sud-Ouest de Garama,
+correspond au massif des Touâreg.
+
+D’ailleurs, la position vraie du Girgyris, au Sud de Lynxama, sur le
+Gir, est encore mieux fixée par celle de Lynxama elle-même.
+
+En identifiant le Girgyris à une partie du Djebel tripolitain, il
+devient impossible de placer le Gir, Lynxama et les Lynxamatæ comme ils
+doivent l’être.
+
+L’analogie de nom entre Girgyris et Ghariân a doublement trompé M.
+Vivien de Saint-Martin, car le nom de Ghariân lui-même, limité à la
+partie de la chaîne dans laquelle existent des cavernes, n’est pas celui
+de la chaîne et ne donne naissance à aucun fleuve qui puisse être le
+Cynips.]
+
+[Note 133 : Je sais que les monts Uzzaræ et Suggaræ d’Orose et d’Éthicus
+sont considérés comme représentant les monts Usargala et Buzara de
+Ptolémée, monts qui donnent naissance à l’Ouâd-Seggeur des modernes, ce
+qui semble confirmer leur identification avec la partie occidentale du
+Djebel-’Amoûr.
+
+Je me garde de contester le mérite de cette identification, mais je
+pense qu’on peut, sans audace, faire appel à un plus ample informé.
+
+L’identification ancienne repose, d’abord sur une ressemblance de noms,
+puis sur une limite.
+
+Ressemblance pour ressemblance, j’aime mieux celle qui compare Uzzaræ et
+Suggaræ à Hoggâr et à Ahaggâr que celle qui transforme, sans preuves,
+Uzzaræ et Suggaræ en Usargala et Buzara, pour les identifier à une
+portion du Djebel-’Amoûr.
+
+La limite donnée par Orose et Éthicus est celle de la race blanche avec
+la race noire, et non celle de la Mauritanie ou de la Numidie avec la
+Libye, et tout le monde est d’accord aujourd’hui que, si quelques
+infiltrations de noirs ont pénétré dans quelques parties du Sahara, en
+deçà des points culminants du massif des Touâreg, la limite vraie a été
+au point de partage des eaux entre le bassin méditerranéen, occupé par
+la race blanche, et le bassin nigritien, occupé par la race noire.
+
+Enfin, il faut lire les textes tels qu’ils sont : c’est au Midi de la
+Mauritanie de Sétif et non au Midi de la Mauritanie Césaréenne que sont
+les monts dont parlent Orose et Éthicus.
+
+Donc, jusqu’à preuve contraire, je maintiens, provisoirement,
+l’identification des monts Uzzaræ et Suggaræ avec le Hoggâr ou Ahaggâr.]
+
+[Note 134 : Les Grecs modernes prononceraient ces mots _Ghîr_ et
+_Nighîr_.]
+
+[Note 135 : Pour les anciens Africains, la plupart des grandes rivières
+de l’intérieur du continent africain étaient des embranchements du Nîl
+d’Égypte qui y allaient déverser leurs eaux sous le nom d’Astapus, qui
+est, en effet, le nom ancien d’une des branches supérieures du Nîl.
+
+Cette erreur, née chez les indigènes, est acceptée sans contradiction
+par Hérodote et par Pline, qui nous transmettent leurs traditions.]
+
+[Note 136 : On ne sait pas au juste ce qu’est ce poisson. D’ordinaire on
+le prend, soit pour un _gadus lota_ L., soit pour un _petromyzon
+fluviatilis_ L. (Note de M. E. Littré, traducteur de l’_Histoire
+naturelle_ de Pline. Paris, 1859.)]
+
+[Note 137 : Le coracinus de Pline est le _labrus niloticus_ L.]
+
+[Note 138 : Le silurus de Pline est le _silurus glanis_ L., poisson
+très-gros qui habite le Nîl.]
+
+
+
+
+ TABLE.
+
+ * * * * *
+
+
+ AVANT-PROPOS.
+
+ Pages.
+
+ But de l’expédition. — Patronage gouvernemental et
+ scientifique. — Les diverses reconnaissances exécutées.
+ — Difficultés surmontées et résultats acquis. — Maladie
+ grave à Alger. — Concours obtenu pour la rédaction de mes
+ travaux I
+
+ INTRODUCTION.
+
+ Division de l’ouvrage. — Sa raison. — Transcription des noms
+ indigènes. — Des gravures. — De la carte. — Sur quelles bases
+ elle a été établie XI
+
+ LIVRE PREMIER.
+
+ DIVISIONS NATURELLES ET POLITIQUES. — GÉOGRAPHIE PHYSIQUE,
+ SOL ET CLIMAT. 1
+
+ CHAPITRE PREMIER. — Divisions et limites générales des
+ confédérations Touâreg 1
+
+ Divisions en quatre confédérations 1
+
+ Patrimoine de chaque confédération 2
+
+ Limites générales 3
+
+ Limites particulières 3
+
+ CHAP. II. — Géographie physique 5
+
+ § 1er. — _Zone des dunes_ 5
+
+ Étendue de cette zone 6
+
+ Variétés de dunes 7
+
+ Voyages dans les dunes 9
+
+ Puits dans les dunes 10
+
+ Limite de l’Algérie dans les dunes 11
+
+ § 2. — _Massif des Touâreg_ 13
+
+ Tasîli du Nord. — Chaîne d’Anhef. — Plateau d’Eguéré 14
+
+ Chaîne de l’Akâkoûs. — Chaîne de l’Amsâk. — Hamâda de
+ Mourzouk — Hamâda-el-Homra 15
+
+ Hamâda de Tînghert. — Plateau de Tâdemâyt. — Plateau du
+ Mouydîr 16
+
+ Bâten Ahenet. — Tasîli du Sud 17
+
+ Plaine d’Amadghôr 18
+
+ Plaine d’Admar. — Vallée d’Ouarâret. — Plaine de Tâyta.
+ — Vallée de l’Ouâdi-Lajâl 19
+
+ Plaine des Igharghâren. — Plaine d’Adjemôr 20
+
+ CHAP. III. — Hydrographie 22
+
+ Ouâdi-Igharghar 22
+
+ Ouâdi-Tâfasâsset 25
+
+ Ouâdi-Tirhehêrt 26
+
+ Ouâdi-Akâraba. — Puits ordinaires 27
+
+ Puits à galeries. — Puits artésiens. — Rhedîr 28
+
+ Lacs 29
+
+ Sources 31
+
+ CHAP. IV. — Géologie 33
+
+ 1re section. — _D’El-Ouâd à Ghadâmès_ 33
+
+ Formation des dunes 33
+
+ Dénudation des plateaux et des montagnes en amont des
+ dunes 35
+
+ Groupes de dunes entre la Méditerranée et le Sénégal 35
+
+ Superficie des plateaux alimentateurs 37
+
+ Influences atmosphériques sur les roches. — Production
+ des sables 38
+
+ Circulation des sables 39
+
+ Trombes de sables 40
+
+ Fixation des sables par les eaux 41
+
+ Formation des dunes sur place et formation par
+ amoncellement des sables étrangers 43
+
+ _Planorbis Duveyrieri_ 44
+
+ 2e section. — _De Ghadâmès à Rhât_ 45
+
+ _A._ Plateau de Tînghert 46
+
+ _B._ Dunes d’Édeyen 51
+
+ _C._ Plateau d’Eguélé 51
+
+ _D._ Plaine des Igharghâren 52
+
+ _E._ Tasîli des Azdjer 55
+
+ _F._ Vallée d’Ouarâret 59
+
+ 3e section. — _De Tîterhsîn à Zouîla_ 61
+
+ _A._ De Tîterhsîn à Serdélès 61
+
+ _B._ Désert de Tâyta 65
+
+ _C._ Ouâdi-Lajâl 67
+
+ _D._ Dunes d’Édeyen 69
+
+ _E._ Hamâda de Mourzouk 70
+
+ _F._ Dépression de la Hofra 71
+
+ _G._ La Cherguîya 73
+
+ _H._ Massif du Hâroûdj 75
+
+ 4e section. — _De Mourzouk à la mer_ 77
+
+ Djebel-es-Sôda 79
+
+ Hamâda-el-Homra 82
+
+ 5e section. — _De Rhât à In-Sâlah_ 84
+
+ _A._ Plateau du Tasîli 84
+
+ _B._ Plateau d’Éguéré 86
+
+ _C._ Plateau du Mouydîr 86
+
+ _D._ Massif du Ahaggâr 87
+
+ _Conclusion géologique_ 88
+
+ CHAP. V. — Météorologie 90
+
+ _Tableau résumé des observations météorologiques_ faites
+ du 26 juillet 1860 au 20 septembre 1861, à l’effet de
+ déterminer les altitudes de chaque station 91
+
+ _Température_ de l’air 106
+
+ — du sol 109
+
+ — des puits ordinaires 110
+
+ — des puits artésiens 112
+
+ — des eaux pluviales et des flaques d’eau 113
+
+ Température moyenne mensuelle de l’air à Tougourt (série
+ comprenant tout ou partie des années 1855, 1856, 1857,
+ 1858 et 1859) 113
+
+ _Hygrométrie._ — Vapeur d’eau de l’atmosphère 115
+
+ Rosée. — Gelée blanche. — Brouillard. — Pluie 118
+
+ Neige 120
+
+ _Pression atmosphérique._ — Observations barométriques 120
+
+ Oscillations diurnes 120
+
+ Extrêmes des oscillations 122
+
+ Moyennes des oscillations 123
+
+ _Vents._ — Direction mensuelle et force moyenne 124
+
+ Variations diurnes et suivant les saisons 125
+
+ Vitesse du vent 125
+
+ Pluies et trombes de sable 126
+
+ Influence des vents sur le thermomètre et sur le baromètre 128
+
+ _Électricité._ — Étincelles électriques 128
+
+ Éclairs. — Tonnerre. — Orages 129
+
+ _Lumière._ — Intensité. — Couleur. — Transparence 130
+
+ Mirage. — Aurore et crépuscule. — Lueur crépusculaire.
+ — Arc-en-ciel 131
+
+ Halo lunaire. — Lune rouge sang. — Étoiles filantes. —
+ Globe lumineux 132
+
+ _Conclusion météorologique_ 133
+
+ CHAP. VI. — Observations astronomiques 134
+
+ _Tableau résumé_ des observations faites pour établir la
+ latitude et la longitude des principaux points de la carte 135
+
+ Éclipse de soleil du 18 juillet 1860 à El-Ouâd 138
+
+ Comète à Mourzouk le 1er juillet 1861 139
+
+ LIVRE II.
+
+ PRODUCTION 141
+
+ CHAPITRE PREMIER. — Minéraux 141
+
+ Métaux et matières précieuses 142
+
+ Sels divers 143
+
+ Matériaux de constructions. — Pierres et terres 145
+
+ Combustibles minéraux 146
+
+ CHAP. II. — Végétaux 147
+
+ Renonculacées 148
+
+ Fumariacées 149
+
+ Crucifères 149
+
+ Capparidées 152
+
+ Cistinées 153
+
+ Résédacées 153
+
+ Frankéniacées 153
+
+ Malvacées 154
+
+ Aurantiacées 155
+
+ Ampélidées 156
+
+ Géraniacées 156
+
+ Zygophyllées 156
+
+ Rutacées 158
+
+ Rhamnées 159
+
+ Térébintbacées 160
+
+ Légumineuses 161
+
+ Rosacées 168
+
+ Amygdalées 168
+
+ Pomacées 169
+
+ Lythrariées 170
+
+ Granatées 171
+
+ Cucurbitacées 171
+
+ Tamariscinées 172
+
+ Paronychiées 174
+
+ Portulacées 175
+
+ Ficoidées 175
+
+ Composées (corymbifères) 177
+
+ Composées (chicoracées) 178
+
+ Primulacées 179
+
+ Oléacées 179
+
+ Asclépiadées 180
+
+ Gentianées 181
+
+ Convolvulacées 181
+
+ Borraginées 181
+
+ Solanées 182
+
+ Scrophularinées 185
+
+ Orobanchacées 185
+
+ Labiées 186
+
+ Globulariées 187
+
+ Plombaginées 187
+
+ Plantaginées 188
+
+ Salsolacées 188
+
+ Amarantacées 191
+
+ Salvadoracées 191
+
+ Polygonées 192
+
+ Thyméléacées 192
+
+ Euphorbiacées 193
+
+ Cannabinées 193
+
+ Morées 193
+
+ Salicinées 194
+
+ Conifères 194
+
+ Potamées 194
+
+ Palmiers 194
+
+ Liliacées 199
+
+ Mélanthacées 200
+
+ Joncées 200
+
+ Typhacées 201
+
+ Cypéracées 201
+
+ Graminées 201
+
+ Balanophorées 207
+
+ Fougères 208
+
+ Characées 208
+
+ Champignons 208
+
+ Algues 209
+
+ Plantes indéterminées 209
+
+ Conclusion botanique 215
+
+ CHAP. III. — Animaux 217
+
+ § 1er. — _Animaux domestiques_ 217
+
+ Chameau 218
+
+ Cheval 220
+
+ Zébu 221
+
+ Ane 222
+
+ Mouton 222
+
+ Chèvre 223
+
+ Chien 224
+
+ § 2. — _Animaux sauvages_ 224
+
+ Mammifères (_nomenclature_) 224
+
+ Oiseaux — 225
+
+ Reptiles — 226
+
+ Poissons — 227
+
+ Arachnides — 227
+
+ Insectes — 228
+
+ Myriapodes — 228
+
+ Annelides — 228
+
+ Mollusques — 229
+
+ Parasites — 229
+
+ _Espèces remarquables_ : Tahoûri 229
+
+ Loup 230
+
+ Guépard 230
+
+ Onagre 231
+
+ Antilope mohor 231
+
+ Antilope oryx 231
+
+ Akaokao 231
+
+ Autruche 232
+
+ Gypaète 232
+
+ Crocodile 232
+
+ Gecko des sables 234
+
+ _Agama colonorum_ 234
+
+ _Acanthodactylus Savignyi_ 235
+
+ _Acanthodactylus vulgaris_ 235
+
+ _Agama agilis_ 235
+
+ Vipère cornue 235
+
+ Vipère des jongleurs 235
+
+ Vipère des Pyramides 236
+
+ _Psammophis punctatus_ 237
+
+ _Cœlopeltis insignitus_ 237
+
+ Serpents fabuleux 237
+
+ Poissons, (_Clarias lazera_) 237
+
+ Scorpion 239
+
+ Araignée venimeuse 239
+
+ Coléoptères 240
+
+ Sauterelles 240
+
+ Libellules 241
+
+ Abeilles 241
+
+ Lépidoptères 243
+
+ Mouches et moustiques 243
+
+ Scolopendre 243
+
+ Vers comestibles 243
+
+ Parasites de l’homme 244
+
+ Puce 245
+
+ _Dépôt des collections_ minéralogiques, géologiques,
+ botaniques, zoologiques, ainsi que des cartes itinéraires 245
+
+ LIVRE III.
+
+ CENTRES DE RAYONNEMENT 247
+
+ CHAPITRE PREMIER. — Centres commerciaux 249
+
+ § 1er. — _Ghadâmès_ 249
+
+ Motifs du choix de cet emplacement 249
+
+ Ruines liby-égyptiennes 250
+
+ Ruines garamantiques 251
+
+ Ruines grecques 252
+
+ Ruines romaines 253
+
+ Conquête arabe 254
+
+ Population de la ville 256
+
+ Dialecte particulier 256
+
+ Costume. — Mœurs 257
+
+ Commerce. — Ses bénéfices 258
+
+ Industrie. — Horticulture 260
+
+ Eaux d’irrigation 260
+
+ Habitations. — Quartiers. — Marchés 262
+
+ Gouvernement et administration 263
+
+ Rapports avec les Touâreg 265
+
+ § 2. — _Rhât_ 256
+
+ Ancienne Rapsa des Romains 267
+
+ Sa restauration par les Ihâdjenen et les Kêl-Rhâfsa 268
+
+ Sultans Ihâdjenen 268
+
+ Loi particulière de succession 269
+
+ Substitution d’un Arabe touâti à un Berbère ihâdjeni dans
+ le gouvernement de la ville 269
+
+ Motifs de mécontentement des chefs Touâreg 270
+
+ Détails sur la ville de Rhât 271
+
+ Pourquoi l’entrée de la ville m’a été refusée 272
+
+ Parti des Turcs. — Parti des Français 274
+
+ § 3. — _Mourzouk_ 275
+
+ Le Fezzân moderne 275
+
+ Le Fezzân ancien 276
+
+ Civilisation garamantique 279
+
+ Ville de Mourzouk 281
+
+ Gouvernement. — Administration. — Garnison 282
+
+ Décadence du Fezzân 284
+
+ § 4. — _Ouarglâ_ 284
+
+ Ce qu’on sait de sa fondation, de son histoire, de son
+ ancienne prospérité, des causes de sa décadence 285
+
+ Cette ville peut-elle recouvrer son ancienne splendeur ? 287
+
+ Rôle que lui assignent les circonstances 290
+
+ § 5. — _In-Sâlah et le Touât_ 290
+
+ Le Touât, confédération politique indépendante, mais
+ dépendant de l’Algérie pour ses besoins matériels 291
+
+ Du pouvoir et des partis au Touât 293
+
+ Noirs. — Berbères. — Arabes du Touât 294
+
+ Assiette de ces populations 295
+
+ In-Sâlah. — Ce que ce nom comprend 296
+
+ Causes de la prospérité de ce point 297
+
+ Tribu des Oulâd-Bâ-Hammou 298
+
+ CHAP. II. — Centres religieux 300
+
+ § 1er. — _Confrérie des Senoûsi_ 301
+
+ Es-Senoûsi. — Le but qu’il s’est proposé en instituant
+ une confrérie 301
+
+ Pourquoi il choisit le désert 302
+
+ Moqaddem de l’Ouest et Mohammed-ben-’Abd-Allah 303
+
+ Jerhâjîb, métropolitaine de l’ordre 304
+
+ Avénement du fils d’Es-Senoûsi 305
+
+ Opposition de cette confrérie à ma mission 306
+
+ § 2. — _Confrérie des Tedjâdjna_ 306
+
+ Profession de foi tolérante 306
+
+ Luttes contre les Turcs, contre ’Abd-el-Kâder et
+ les Mouley-Tayyeb 307
+
+ Rapports de bonne amitié avec les Français 308
+
+ Protection que m’a donnée cette confrérie 309
+
+ Son influence dans le Sahara et l’Afrique centrale 310
+
+ § 3. — _Zâouiya des Bakkây_ 310
+
+ Les Bakkây descendent du conquérant ’Oqba 311
+
+ Leur puissance morale 311
+
+ Composition de cette famille 312
+
+ Sîdi-Mohammed offre de me conduire à Timbouktou 313
+
+ § 4. — _Zâouiya des Oulâd-Sîdi-Cheïkh_ 313
+
+ Fondée pour devenir l’asile de la proscription 314
+
+ Son chef me recommande aux habitants d’El-Golêa’a 315
+
+ Services que nous a rendus et que peut nous rendre encore
+ la famille des Oulâd-Sîdi-Cheïkh 315
+
+ LIVRE IV.
+
+ TOUÂREG PROPREMENT DITS 317
+
+ CHAPITRE PREMIER. — Origine des Touâreg 317
+
+ Opinion des Touâreg sur leur origine 317
+
+ Analyse d’une _Note_ sur les origines des diverses tribus
+ Touâreg, par le Cheïkh-Brahîm-Ould-Sîdi 318
+
+ Origine des tribus du pays d’Azdjer 319
+
+ Origine des tribus du Ahaggâr 321
+
+ Justification des prétentions de la _Note_ 323
+
+ Partage des terres chez les Azdjer 324
+
+ Opinion d’Ebn-’Abd-en-Nour-el-Hamîri sur la question
+ des origines 324
+
+ Opinion émise, sur le même sujet, par Ebn-Khaldoûn dans
+ son _Histoire des Berbères_ 325
+
+ Résumé de ces opinions 326
+
+ Les Touâreg sont les Mazyes d’Hérodote 327
+
+ L’étude de la langue _temâhaq_ peut seule éclairer
+ l’ethnologie des Touâreg 328
+
+ CHAP. II. — Divisions et constitution sociale 329
+
+ Divisions des Azdjer 329
+
+ Divisions des Ahaggâr 330
+
+ Du pouvoir souverain 331
+
+ Des Nobles 331
+
+ Des Marabouts 332
+
+ Des Tribus mixtes 334
+
+ Des Serfs 334
+
+ Des Esclaves 339
+
+ De la Femme 339
+
+ CHAP. III. — Historique des tribus 342
+
+ § 1er. — _Confédération des Azdjer_ 343
+
+ Tribu des Imanân 344
+
+ Tribu des Orâghen 347
+
+ Tribu des Imanghasâten 354
+
+ Tribu des Kêl-Izhabân 357
+
+ Tribu des Imettrilâlen 357
+
+ Tribu des Ihadhanâren 357
+
+ Tribu des Ifôghas 359
+
+ N-Ouqqirân 360
+
+ N-Iguedhâdh 361
+
+ N-et-Tobol 361
+
+ Le Cheïkh-’Othmân 363
+
+ Tribu des Ihêhaouen 365
+
+ Tribu des Kêl-Tîn-Alkoum 366
+
+ Tribu des Ilemtîn 367
+
+ § 2. — _Confédération des Ahaggâr_ 368
+
+ Tribu des Kêl-Ahamellen 374
+
+ Tribu des Tédjéhé-Mellen 375
+
+ Tribu des Kêl-Rhelâ 375
+
+ Tribu des Irhechchoûmen 377
+
+ Tribu des Ibôguelân 378
+
+ Tribu des Taîtoq 378
+
+ Tribu des Tédjéhé-n-Eggali 379
+
+ Tribu des Ikadéen 379
+
+ Tribu des Inembâ-Kêl-Tahât 379
+
+ Tribu des Inembâ-Kêl-Emoghrî 379
+
+ Tribu des Ikerremôïn 380
+
+ Tribu des Tédjéhé-n-oû-Sîdi 380
+
+ Tribu des Ennîtra 380
+
+ Tribu des Tédjéhé-n-Esakkal 380
+
+ CHAP. IV. — Caractères distinctifs des Touâreg 381
+
+ _Caractères physiques_ 381
+
+ _Caractères moraux_ 383
+
+ _Conservation de l’écriture berbère_ 386
+
+ Alphabet tefînagh 388
+
+ Inscriptions rupestres 389
+
+ _Usage du voile_ 390
+
+ _Anneau de pierre au bras_ 392
+
+ _Poignard d’avant-bras_ 393
+
+ _Succession maternelle._ — Benî-Oummïa 393
+
+ Exemples de ce mode de succession chez d’autres peuples 394
+
+ Loi spéciale aux Touâreg 396
+
+ Origine de cette loi 398
+
+ Part faite à la femme dans toutes les institutions
+ des Touâreg 400
+
+ _Abstinence de la chair de poissons et d’oiseaux_ 401
+
+ _Conclusion_ du chapitre IV 402
+
+ CHAP. V. — Touâreg dans leur vie intérieure 403
+
+ _Campements. — Habitations_ 403
+
+ _Mobilier. — Ustensiles_ 404
+
+ _Vêtements. — Coiffures. — Chaussures. — Parures_ 405
+
+ _Aliments. — Boissons. — Thé. — Café. — Tabac_ 408
+
+ _Religion. — Superstitions_ 413
+
+ Traces du christianisme 414
+
+ Évocation des âmes 415
+
+ Croyances aux génies 416
+
+ Préjugés sur la sorcellerie 418
+
+ Amulettes 419
+
+ _Instruction_ 419
+
+ Lecture. — Écriture 420
+
+ Connaissances en calcul 421
+
+ — en géographie 421
+
+ — en histoire 422
+
+ — en botanique 422
+
+ — en zoologie 422
+
+ — en minéralogie 422
+
+ — en théologie 423
+
+ — en droit 423
+
+ — en astronomie 423
+
+ _Droit. — Justice. — Police_ 427
+
+ Droit écrit et coutumier 427
+
+ Police intérieure. — Peines 427
+
+ Peine du talion 428
+
+ _Naissance. — Mariages. — Décès_ 428
+
+ Circoncision. — Majorité. — Longévité 428
+
+ Position de la femme dans le mariage 429
+
+ Célébration du mariage 430
+
+ Morts. — Enterrement. — Noms personnels 431
+
+ _Pratiques hygiéniques_ 431
+
+ Peinture du corps à l’indigo 431
+
+ — — à l’ocre 432
+
+ Coupe des cheveux 432
+
+ Boucles d’oreilles hygiéniques 432
+
+ Usage du sulfure d’antimoine 432
+
+ Voile 432
+
+ _Maladies et pratiques médicales_ 433
+
+ Ophthalmies 433
+
+ Rhumatismes 434
+
+ Fièvres intermittentes 434
+
+ Variole 434
+
+ Rougeole 435
+
+ Maladies de la peau 435
+
+ Ver de Guinée 435
+
+ Boûri des nègres 435
+
+ Syphilis 436
+
+ Piqûres et morsures d’animaux venimeux 436
+
+ Emploi médical de l’_Hyoscyamus Falezlez_ 437
+
+ _Travail_ 438
+
+ Agriculture et horticulture 439
+
+ Industries professionnelles 440
+
+ CHAP. VI. — Touâreg dans leur vie extérieure 441
+
+ _Assemblées politiques_ 441
+
+ Convocation. — Réunion 441
+
+ Tenue de ces assemblées 442
+
+ Conclusions ordinaires 443
+
+ _Guerre_ 443
+
+ Armement 444
+
+ Équipement 446
+
+ Rencontres 448
+
+ Chants de guerre 450
+
+ _Conclusion_ du chapitre VI 452
+
+ APPENDICE.
+
+ GÉOGRAPHIE ANCIENNE 455
+
+ Objet de l’Appendice 455
+
+ _Agisymba regio_ 456
+
+ Identification avec l’oasis d’Aïr 457
+
+ Route qui y conduisait 458
+
+ _Limite séparative de la Libye et de l’Éthiopie_ 459
+
+ Concordance des documents anciens avec les
+ connaissances modernes 460
+
+ _Mons ater_ 461
+
+ Identification avec le massif des Touâreg 461
+
+ Connaissances des anciens sur cette région 462
+
+ Pline 462
+
+ Ptolémée 464
+
+ Identification de la Gorge Garamantique avec l’Aghelâd
+ d’Ouarâret, du mont Thala avec le Tâhela, du lac Nouba
+ avec la Sebkha d’Amadghôr, du Girgyris avec le Tasîli
+ des Azdjer 465
+
+ Identification des Uzzar ou Suggar aux Ahaggâr, des
+ Astacuri aux Azdjer, des Ifuraces aux Ifôghas 466
+
+ _Des Niger de la Libye_ 469
+
+ Deux Niger 470
+
+ Éthymologie du mot Niger 471
+
+ Sa signification : _bassin_ et non _fleuve_ 472
+
+ _Niger oriental_ 474
+
+ Ses limites 474
+
+ Ce qu’en connaissaient les anciens 475
+
+ Identifications possibles 475
+
+ _Niger occidental_ 479
+
+ Ses limites 479
+
+ Nouveaux éléments de critique 479
+
+ Description de Ptolémée. — Assimilation des points
+ connus du géographe grec 480
+
+ Le Niger occidental était à peu près un désert à
+ l’époque de Ptolémée 481
+
+ Résumé des connaissances des anciens sur les deux
+ bassins de la Libye 482
+
+ _Peuples de la Libye_ 483
+
+ D’après Ptolémée 483
+
+ D’après Pline 485
+
+ Assimilation des peuples anciens aux tribus modernes 486
+
+ _Limites méridionales de l’occupation romaine_ 486
+
+ Ruines romaines 486
+
+ Ruines indigènes 487
+
+ _Conclusion de l’appendice_ 489
+
+
+ FIN DE LA TABLE.
+
+
+
+
+ TABLE DES PLANCHES.
+
+ * * * * *
+
+
+ Pages.
+
+ PLANCHE I, M. Henri Duveyrier I
+
+ — II, fig. 1, Gâra de Tîsfîn ; fig. 2, Profil du mont
+ Idînen ; fig. 3, Blocs de Takarâhet ; fig. 4, Berges d’Ingher
+ et Asouîtar ; fig. 5, Aghelâd de Tarât 35
+
+ — III, fig. 1, _Planorbis Duveyrieri_ ; fig. 2,
+ Dunes dans l’’Erg 45
+
+ — IV, Appareil à élever l’eau 68
+
+ — V, fig. 1, Zâouiya du Cheïkh-el-Hoseyni, à Oubâri ;
+ fig. 2, Tekertîba 155
+
+ — VI, fig. 1, Château d’Aghrem, à Serdélès ; fig. 2,
+ Ahatès (_Acacia albida_) 164
+
+ — VII, fig. 1, Tessâoua ; fig. 2, Inscription coufique 180
+
+ — VIII, _Clarias lazera_ 238
+
+ — IX, fig. 1, Bahar-ed-Doûd ; fig. 2, _Arthemia Oudneii_ 244
+
+ — X, fig. 1, Bas-relief libyco-égyptien ; fig. 2,
+ Colonnes et chapiteaux d’El-’Aouîna 250
+
+ — XI, fig. 1, Oasis de Ghadâmès ; fig. 2, Ruines
+ des Esnâmen 252
+
+ — XII, Inscription romaine trouvée à Ghadâmès 253
+
+ — XIII, fig. 1, Ville de Rhât ; fig. 2, Pic de Têlout 271
+
+ — XIV, Monument romain de l’ancienne Garama 270
+
+ — XV, fig. 1, Ruines du Qeçir-el-Watwat ; fig. 2,
+ Tombes de Qeçirat-er-Roûm ; fig. 3, Tombes des Jabbâren 279
+
+ — XVI, Types féminins de la race subéthiopienne 288
+
+ — XVII, Types masculins de la race subéthiopienne 288
+
+ — XVIII, Sîdi-Mohammed-el-’Aïd 309
+
+ — XIX, Temâssîn 310
+
+ — XX, Types Touâreg 382
+
+ — XXI, Alphabet Tefînagh 388
+
+ — XXII, Inscriptions Tefînagh 390
+
+ — XXIII, fig. 1, Vue isolée de l’Idînen ; fig. 2,
+ Vue de l’Idînen et de l’Akâkoûs 416
+
+ — XXIV, Équipement de marche des Touâreg 444
+
+ — XXV, Armement et harnachement 447
+
+
+ PARIS. — IMPRIMERIE DE J. CLAYE, RUE SA1NT-BENOIT, 7.
+
+
+
+
+ SUPPLÉMENT
+ AUX
+ TOUAREG DU NORD
+
+
+ MOLLUSQUES
+ TERRESTRES ET FLUVIATILES
+ RECUEILLIS PAR M. HENRI DUVEYRIER
+ DANS LE SAHARA
+ ET DÉCRITS PAR M. J.-R. BOURGUIGNAT
+
+[Décoration]
+
+
+ 1o — ESPÈCES VIVANTES.
+
+
+ ZONITES CANDIDISSIMUS.
+
+
+ Helix candidissima, _Draparnaud_, Tabl. moll., p. 75. 1801. — Et Hist.
+ moll. France, p. 89, pl. V, f. 19. 1805.
+
+Zonites candidissimus, _Moquin-Tandon_, Observ. mach. Hel. in Mém. acad.
+ Toulouse (3e série), t. IV, p. 374. 1848.
+
+Espèce abondante à Biskra, Laghouât, Tougourt, Ghardâya, etc... dans le
+Sahara algérien.
+
+Environs de Tripoli, sur les vieux murs.
+
+
+ HELIX APERTA.
+
+
+Helix aperta, _Born_, Ind. mus. Cæs. Vindob. test., p. 399, tabl. XV, f.
+ 19-20. 1778.
+
+ Helix neritoides, _Chemnitz_, Conch. cab. IX (2e partie), p. 150, pl.
+ CXXXIII. f. 1204-1205. 1786.
+
+ Helix naticoides, _Draparnaud_, Tabl. moll., p. 78. 1801.
+
+ Cantareus naticoides, _Risso_, Hist. nat. Eur. mérid., t. IV, p. 64.
+ 1826.
+
+ Pomatia aperta, _Beck_, Ind. moll., p. 44. 1837.
+
+ Cænatoria naticoides, _Held_, in Isis, p. 911. 1837.
+
+Sous les pierres. Oasis d’El-Kantara. Environs de Biskra.
+
+Cette espèce s’enfonce sous terre pour résister aux chaleurs.
+
+
+ HELIX WARNIERIANA.
+
+
+Testa perforata, carinata, globoso-conica, solidula, cretacea, passim
+subpellucida, albido-lutescente, maculis corneis subtranslucidis
+irregulariter variegata, ac striata obscureque passim malleata ; spira
+parum elata, conica ; apice minuto, levigato, nitidissimo, fulvo ; —
+anfractibus 6 1/2 vix subconvexiusculis, carinatis (carina ad
+peripheriam evanescens), regulariter crescentibus, sutura paululum
+impressa separatis ; ultimo majore, basi rotundato, ad insertionem labri
+externi paululum descendente ; — apertura obliqua, lunato-rotundata ;
+peristomate acuto, recto, intus remote albo-incrassato præsertim ad
+basin ; margine columellari ad partem superiorem reflexo ; marginibus
+callo tenui junctis.
+
+Coquille perforée, carénée, de forme globuleuse-conoïdale. Test solide,
+crétacé, d’une teinte jaune blanchâtre parsemé çà et là par de petites
+taches cornées un peu translucides, et orné de striations grossières,
+interrompues par des malléations plus ou moins prononcées. Spire peu
+élancée, conique, à sommet petit, lisse, fauve, très-brillant. Six tours
+et demi à peine convexes, s’accroissant avec régularité, munis d’une
+carène qui disparaît vers l’ouverture et séparés par une suture peu
+profonde. Dernier tour plus grand, bien arrondi à sa base, offrant vers
+l’insertion du bord externe une direction descendante régulière.
+Ouverture oblique, échancrée, arrondie. Péristome droit, aigu, encrassé
+à l’intérieur, surtout vers la base de l’ouverture, par un léger
+bourrelet blanchâtre peu saillant, assez enfoncé. Bord columellaire
+réfléchi surtout à sa partie supérieure. Bords marginaux réunis par une
+callosité délicate.
+
+ Hauteur 8 millimètres.
+
+ Diamètre 10 —
+
+Espèce abondante dans le Sud de la Tunisie, surtout aux alentours du
+petit village de Kerîz, près du Chott-el-Djérîd.
+
+Cette hélice, que nous dédions au docteur A. Warnier, se rencontre
+également dans les briques de _toûb_, dont les habitants se servent pour
+construire leurs demeures.
+
+
+ HELIX AGRIOICA.
+
+
+Helix agrioica, _Bourguignat_, Malac. Alg., t. I, p. 201, pl. XXII, fig.
+ 1-6. 1863.
+
+Testa anguste umbilicata, depressa, cretacea, albida, maculis corneis
+translucidis irregulariter (supra vel subtus) passim sparsis, munita,
+supra costulis distantibus sulcata, subtus crebre obscureque
+subcostulata ; — spira convexa ; apice minuto, levigato, corneo ; —
+anfractibus sex convexis, regulariter crescentibus, sutura impressa
+separatis ; ultimo paululum majore, obscure subcarinato (carina ad
+peripheriam evanescens), ad aperturam subito deflexo ; — apertura
+obliqua, lunata, oblonga ; peristomate recto, acuto, intus valide
+albido-labiato ; margine columellari paululum patulo.
+
+Coquille étroitement ombiliquée, déprimée, subcarénée, à test crétacé,
+solide, blanchâtre, moucheté, en dessus ou en dessous, par quelques
+petites taches cornées, translucides, d’inégale grandeur et
+irrégulièrement espacées les unes des autres. Côtes émoussées (surtout
+sur le dernier tour), espacées en dessus et devenant en dessous beaucoup
+plus petites, plus serrées et moins saillantes. Spire convexe, à sommet
+petit, lisse et corné. Six tours convexes, à croissance régulière,
+séparés par une suture prononcée. Dernier tour proportionnellement plus
+dilaté, subcaréné (la carène disparaît vers le péristome), et offrant à
+l’insertion du bord externe une petite déflexion subite. Ouverture
+oblique, échancrée, oblongue. Péristome droit, tranchant, intérieurement
+épaissi par un fort bourrelet blanchâtre. Bord columellaire légèrement
+évasé.
+
+ Hauteur 4 millimètres.
+
+ Diamètre 7 —
+
+Au pied des arbrisseaux, sous les touffes d’herbes, dans les endroits
+arides, à Methlîli.
+
+
+ HELIX REBOUDIANA.
+
+
+ Helix Reboudiana, _Bourguignat_, Malac. Alg., t. I, p. 212, pl. XXI,
+ fig. 19-30. 1863.
+
+Testa anguste umbilicata, depressa, solida, cretacea, griseo-albida,
+fulvo-flammulata, præsertim supra ; eleganter irregulariterque costulata
+(costis albidis) ; — spira depresso-convexa ; apice fulvo, levigato,
+obtusissimo ; — anfractibus sex convexiusculis, celeriter crescentibus,
+sutura impressa separatis ; ultimo majore, dilatato, subrotundato, supra
+convexiusculo, subtus exacte convexo, ad aperturam regulariter valde
+descendente ; — apertura obliqua, vix lunata, rotundata ; peristomate
+recto, acuto, intus paululum labiato ; marginibus (_columellari_
+reflexo, _basali_ subpatulo) approximatis.
+
+Coquille étroitement ombiliquée, déprimée, à test solide, crétacé,
+opaque, terne, d’un blanc grisâtre, flammulé, surtout en dessus, par de
+petites taches fauves peu prononcées. Striations en forme de côtes
+élégantes, irrégulières, assez espacées et se détachant en blanc plus
+vif sur le fond de la coquille. Spire convexe, peu élevée, à sommet
+fauve, lisse et très-obtus. Six tours peu convexes, à croissance rapide,
+séparés par une suture assez profonde. Dernier tour dilaté,
+proportionnellement beaucoup plus grand, faiblement convexe en dessus,
+bien arrondi en dessous, présentant, vers l’insertion du bord externe,
+une déclivité régulière, assez forte. Ouverture oblique, à peine
+échancrée, arrondie, à péristome droit, aigu, épaissi par un faible
+bourrelet blanchâtre. Bord columellaire réfléchi. Bord basal légèrement
+évasé. Bords marginaux assez rapprochés.
+
+ Hauteur 6 millimètres.
+
+ Diamètre 10 —
+
+VAR. B. — _Zonata._ Coquille bien costulée, de petite taille, ornée de
+cinq zonules, dont deux en dessus (une suit la suture) et trois en
+dessous (celle du milieu est la plus large et la mieux colorée).
+Mechoûnêch.
+
+VAR. C. — _Subcostulata._ Coquille à stries émoussées en dessus, d’un
+blanc sale, avec une zone noire interrompue sur le milieu du dernier
+tour. El-Kantara.
+
+VAR. D. — _Subcarinata._ Coquille plus déprimée, à carène obsolète peu
+sensible, ornée, en dessus, d’une série de flammules grisâtres également
+espacées, et ceinte, sur le milieu du dernier tour, d’une bande noire
+assez large, interrompue par des fascies blanchâtres. Mechoûnêch.
+
+Au pied des touffes d’herbes, sous les pierres dans l’oasis de
+Mechoûnêch, sur l’Ouâd-el-Abiadh à 24 kilomètres de Biskra, ainsi qu’à
+El-Kantara... Espèce abondante.
+
+
+ HELIX RUFOLABRIS.
+
+
+ Helix rufolabris, _Benoit_, mss.
+
+ Helix rufolabris, _L. Pfeiffer_, in Malak. Blätt., p. 184. 1856. — Et
+ Monogr. Hel. viv., t. IV, p. 132. 1859.
+
+ Helix rufolabris, _Bourguignat_, Malac. Alg., t. I, p. 210, pl. XXIV,
+ fig. 11-16. 1863.
+
+Espèce abondante dans la partie Sud de la Tunisie, à Gâbès, sur les
+herbages du littoral ; à Kerîz, à Nafta, sur le bord du Chott-el-Djérîd.
+
+Cette hélice se trouve fréquemment dans la terre qui sert à fabriquer
+les briques de _toûb_, employées dans les constructions.
+
+
+ HELIX LINEATA.
+
+
+ Helix lineata, _Olivi_, Zool. Adriat., p. 177. 1792.
+
+Helix maritima, _Draparnaud_, Hist. moll. France, p. 85, pl. V, f. 9-10.
+ 1805.
+
+ Theba maritima, _Beck_, Ind. moll., p. 12. 1837.
+
+Espèce commune sur toute la côte méditerranéenne. Environs de Tripoli ;
+alentours de Gâbès, de Kerîz, de Nafta, au Sud de la Tunisie.
+
+
+ HELIX LAUTA.
+
+
+Helix lauta[139], _Lowe_, Primit. faunæ Mader., p. 53, no 43, pl. V, f.
+ 9. 1831.
+
+Helix submaritima, _Desmoulins_, in _Rossmässler_, iconogr. IX et X, pl.
+ XLIII, f. 575 (optima). 1839.
+
+ Helix variabilis, _varietas_, plur. auct., etc.
+
+Se rencontre avec la _lineata_ sur les plantes du littoral, sur les
+murs, etc., à Tripoli, à Gâbès, à Kerîz, etc... Espèce très-abondante.
+
+
+ HELIX PISANA.
+
+
+ Helix Pisana, _Müller_, Verm. hist. II, p. 60. 1774.
+
+Helix zonaria, _Pennant_, Brit. zool., p. 137, pl. LXXXV, f. 133. 1777.
+
+ Helix petholata, _Olivi_, Zool. Adriat., p. 178. 1792.
+
+ Helix rhodostoma, _Draparnaud_, Tabl. moll., p. 74. 1801.
+
+ Theba Pisana, _Risso_, Hist. nat. Europ. mérid., t. IV, p. 73. 1826.
+
+ Xerophila Pisana, _Held_, in Isis, p. 913. 1837.
+
+ Euparypha rhodostoma, _Hartmann_, Gasterop. Schw. I, p. 204, pl. LXXIX
+ et LXXX. 1840.
+
+Hélice commune à Tripoli, à Gâbès, à Kerîz, à Nafta, etc...
+
+
+ HELIX TERVERI.
+
+
+Helix Terveri, _Michaud_, Compl. Drap., p. 26, pl. XIV, f. 20-21. 1831.
+
+ Helix Terveri, _Bourguignat_, Malac. Alg., t. I, p. 249, f. XXIX, fig.
+ 1-5. 1863.
+
+Voici les caractères de cette hélice peu connue, qui jusqu’à présent a
+été confondue par presque tous les auteurs avec une quantité d’autres
+espèces voisines :
+
+Testa mediocriter umbilicata, globoso-depressa, vel depressa, solida,
+subopaca, subnitida, albida, sæpius fulvo-vel-nigro-purpurascente,
+multifasciata et sæpe quasi maculata aut tæniata, regulariter
+striatula ; — spira convexa ; apice minuto, levigato, nitido, corneo ; —
+anfractibus 6 convexis, primo lente, deinde celeriter crescentibus,
+sutura impressa separatis ; ultimo maximo, globoso-rotundato, antice non
+descendente ; — apertura obliqua, lunato-rotundata ; peristomate recto,
+acuto, intus albo-vel-fulvo-labiato ; margine columellari vix
+reflexiusculo.
+
+Coquille déprimée, ordinairement assez globuleuse, solide, légèrement
+transparente, assez brillante, finement striée avec régularité et
+pourvue d’une perforation ombilicale profonde, étroite et non évasée.
+Test blanchâtre, orné, le plus souvent, de zonules fauves ou d’un
+pourpre noirâtre, interrompues et flammulées. Spire convexe, à sommet
+petit, lisse, brillant et corné. Six tours assez convexes, à croissance
+d’abord lente, ensuite plus rapide, séparés par une suture prononcée.
+Dernier tour proportionnellement bien dilaté, globuleux, arrondi et
+rectiligne vers l’insertion du bord externe. Ouverture oblique,
+échancrée, arrondie. Péristome droit, aigu, intérieurement bordé par un
+renflement blanchâtre ou fauve. Bord columellaire peu réfléchi.
+
+ Hauteur 9-12 millimètres.
+
+ Diamètre 13-18 —
+
+Environs de Methlîli, au Sud de la province d’Alger.
+
+
+ HELIX ERICETORUM.
+
+
+ Helix ericetorum, _Müller_, Verm. hist. II, p. 33. 1774.
+
+ Zonites ericetorum, _Leach_, Brit. moll., p. 101. 1818. (Teste,
+ _Turton_, 1831.)
+
+ Oxychilus ericetorum, _Fitzinger_, Syst. Verzeichn, p. 100. 1833.
+
+ Theba ericetorum, _Beck_, Ind. moll., p. 13. 1837.
+
+ Xerophila ericetorum, _Held_, in Isis, p. 913. 1837.
+
+Environs de Methlîli. — L’on rencontre également dans cette localité une
+variété zonulée, dont le dernier tour est légèrement subcaréné.
+
+
+ HELIX PYRAMIDATA.
+
+
+ Helix pyramidata, _Draparnaud_, Hist. moll. France, p. 80, pl. V, f.
+ 5-6. 1805.
+
+Theba pyramidata, _Risso_, Hist. nat. Europ. mérid., t. IV, p. 74. 1826.
+
+ Xerophila pyramidata, _Beck_, Ind. moll., p. 11. 1837.
+
+Espèce commune sur les plantes du littoral, sur les rochers, etc. —
+Tripoli ; Gâbès ; Kerîz, près du Chott-el-Djérîd.
+
+On trouve dans cette dernière localité une petite variété dont le test
+est élégamment sillonné par des costulations serrées, assez saillantes,
+surtout sur le milieu du dernier tour.
+
+
+ HELIX DUVEYRIERIANA.
+
+
+Helix Duveyrieriana, _Bourguignat_, Malac. Alg., t. I, p. 265, pl. XIX,
+ fig. 30-35. 1863.
+
+Testa aperte perspectiveque umbilicata, lenticulari-depressa, supra
+subtusque convexa, subcarinata, parvula, solidiuscula, cretacea,
+subopaca, griseo-albida, irregulariter corneo-marmorata, crebre
+costulata ; — spira convexiuscula ; apice obtuso, levigato, nitido,
+corneo ; — anfractibus 5 convexiusculis, regulariter crescentibus,
+sutura impressa separatis ; — ultimo vix majore, compresso, subcarinato
+(carina ad peripheriam evanescens), antice recto ; — apertura obliqua,
+parum lunata, transverse subangulato-oblonga ; peristomate recto, acuto,
+intus non labiato ; margine columellari superne reflexiusculo ;
+marginibus approximatis.
+
+Coquille petite, déprimée, de forme lenticulaire, convexe en dessus et
+en dessous, subcarénée, assez solide, crétacée, un peu transparente,
+d’un gris blanchâtre et irrégulièrement mouchetée, surtout en dessus, de
+petites taches cornées peu foncées. Test sillonné de côtes serrées,
+régulières, saillantes, surtout sur la carène, et pourvu d’un ombilic
+très-évasé, en entonnoir, laissant voir facilement l’enroulement
+intérieur des tours. Spire peu élevée, convexe, à sommet obtus, lisse,
+brillant et corné. Cinq tours, faiblement convexes, à croissance lente,
+régulière, et séparés par une suture très-prononcée. Dernier tour à
+peine plus développé que l’avant-dernier, comprimé dans le sens de la
+hauteur, rectiligne vers l’insertion du bord externe et subcaréné (la
+carène disparaît vers le péristome). Ouverture oblique, peu échancrée,
+transversalement oblongue, subanguleuse, convexe à la base. Péristome
+droit, aigu, non épaissi à l’intérieur. Bord columellaire court,
+légèrement réfléchi à sa partie supérieure. Bords marginaux rapprochés.
+
+ Hauteur 3 1/2 millimètres.
+
+ Diamètre 6 —
+
+Oasis de Mechoûnêch, près de Biskra, sous les pierres, au pied des
+arbrisseaux sur les coteaux arides.
+
+
+ HELIX ACUTA.
+
+
+ Helix acuta, _Müller_, Verm. hist. II, p. 100. 1774.
+
+ Bulimus acutus, _Bruguière_, in Encycl. méth., t. VI (1re partie), p.
+ 323. 1789.
+
+Très-abondante aux environs de Tripoli, de Gâbès, de Kerîz, etc.
+
+
+ BULIMUS DECOLLATUS.
+
+
+ Helix decollata, _Linnæus_, Sys. nat. (ed. x), 1, p. 773. 1758.
+
+ Bulimus decollatus, _Bruguière_, in Encycl. méth., t. VI (1re partie),
+ p. 326. 1789.
+
+Rumina decollata, _Risso_, Hist. nat. Europ. mérid., t. IV, p. 79. 1826.
+
+ Obeliscus decollatus, _Beck_, Ind. moll., p. 61. 1837.
+
+Alentours de Laghouât, de Biskra, de Tougourt, de Ghardâya, dans le
+Sahara algérien.
+
+Environs de Tripoli.
+
+
+ FERUSSACIA CHAROPIA.
+
+
+ Ferussacia charopia, _Bourguignat_, Malac. Alg., t. II, p. 54, pl. IV,
+ f. 8-10. (Janvier.) 1864.
+
+Testa cylindrico-lanceolata, sat solidula, pellucida, nitida, polita,
+levigata vel sub lente obsolete striatula, pallide cornea ; — spira
+elongata ; apice pallidiore, obtuso ; — anfractibus septem vix
+subconvexiusculis, gradatim crescentibus, sutura pallidiore, obscure
+superficiali, duplicata, separatis ; ultimo 1/3 altitudinis paululum
+superante ; — apertura oblonga, intus albidula, in medio ventre
+penultimi lamellifera (lamella valida, crassa, albida) ; columella alba,
+valida, contorta, callosa ; peristomate recto, leviter crassiusculo ;
+margine externo regulariter antice arcuato ; marginibus callo albidulo
+junctis.
+
+Coquille cylindrique-lancéolée, assez solide, transparente, brillante,
+polie, d’une teinte cornée, lisse ou paraissant, au foyer d’une loupe,
+ornée de petites striations émoussées. Spire allongée, à sommet plus
+pâle et obtus. Sept tours à peine convexes, s’accroissant peu à peu,
+avec régularité, et séparés par une suture superficielle, ceinte
+inférieurement par une seconde ligne ressemblant à une rainure suturale.
+Dernier tour dépassant un peu le tiers de la hauteur. Ouverture
+oblongue, blanchâtre à l’intérieur et offrant, vers le milieu de la
+convexité de l’avant-dernier tour, une forte lamelle épaisse, blanche,
+saillante et plongeant à l’intérieur. Columelle blanche, forte,
+contournée et calleuse. Bord externe arqué en avant avec régularité.
+Bords marginaux réunis par une callosité blanchâtre.
+
+ Hauteur 10 millimètres.
+
+ Diamètre 3 —
+
+ Hauteur de l’ouverture 3 1/2 —
+
+Sous les pierres et les touffes d’herbes dans l’oasis d’El-Kantara et
+aux environs de Biskra.
+
+
+ PUPA GRANUM.
+
+
+ Pupa granum, _Draparnaud_, Tabl. moll., p. 59. 1801. — Et Hist. moll.
+ France, p. 63, pl. III, fig. 45-46. 1805.
+
+ Torquilla granum, _Studer_, Kurz. verzeichn., p. 89. 1820.
+
+ Chondrus granum, _Hartmann_, in Neue-Alpin., p. 219. 1821.
+
+ Helix granum, _Ferussac_, Tabl. system., p. 64. 1821.
+
+ Jaminia granum, _Risso_, Hist. nat. Europ. mérid., t. IV, p. 90. 1826.
+
+ Stomodonta granum, _Mermet_, Hist. moll., Pyr.-occid., p. 52. 1843.
+
+Testa rimata, subcylindrica, sat tenui, subpellucida, cornea, ac
+subtilissime costulato-striata ; — spira attenuata, plus minusve
+acuminata ; apice obtusiusculo ; — anfractibus 7-8 convexiusculis, lente
+regulariterque crescentibus, sutura impressa separatis ; ultimo paululum
+majore, basi rotundato, ac ad aperturam ascendente ; — apertura semi-
+ovata, septemplicata ; plica parietali unica, valida ; duabus plicis
+columellaribus, approximatis, dentiformibus ; plicis palatalibus 4 valde
+immersis (tertia plica validior) ; — peristomate expansiusculo,
+acutiusculo ; marginibus conniventibus, valde approximatis, tenui callo
+junctis.
+
+Coquille presque cylindrique, allongée, assez fragile, faiblement
+transparente, légèrement brillante, d’une teinte cornée uniforme,
+sillonnée par de petites côtes délicates, fines, serrées, régulières, et
+pourvue d’une fente ombilicale assez prononcée. Spire atténuée, plus ou
+moins acuminée, suivant les échantillons. Sommet assez obtus, lisse et
+d’une nuance généralement plus pâle. Sept à huit tours assez convexes, à
+croissance lente et régulière, séparés par une suture bien marquée.
+Dernier tour un peu plus grand, arrondi à sa base et offrant vers
+l’insertion du bord externe une direction ascendante. Ouverture
+échancrée, semi-ovale, ornée de sept plis ainsi placés : un pli
+pariétal, fort, saillant, sur la convexité de l’avant-dernier tour ;
+deux plis columellaires, rapprochés, dentiformes, dont l’inférieur est
+le plus petit ; quatre plis palataux n’atteignant pas le péristome, dont
+le troisième est le plus grand. Péristome légèrement évasé, mince,
+tranchant. Bords marginaux convergents, très-rapprochés, réunis par une
+faible callosité.
+
+ Hauteur 4-5 millimètres.
+
+ Diamètre 1 3/4-2 —
+
+ Hauteur de l’ouverture 1 1/2 —
+
+Oasis d’El-Kantara, de Mechoûnêch près de Biskra, ainsi qu’aux alentours
+de cette ville au pied des arbres, dans les anfractuosités des rochers
+ou sous les pierres.
+
+
+ LIMNÆA TRUNCATULA.
+
+
+ Buccinum truncatulum, _Müller_, Verm. hist. II, p. 130. 1774.
+
+ Helix truncatula, _Gmelin_, Syst. nat., p. 3659. 1788.
+
+Bulimus truncatus, _Bruguière_, Encycl. méthod., vers. 1, p. 310. 1789.
+
+ Limneus minutus, _Draparnaud_, Tabl. moll., p. 51. 1801.
+
+ Lymnæa minuta, _Lamarck_, An. s. vert., t. VI, (2e partie), p. 162.
+ 1822.
+
+Limnæus truncatulus, _Jeffreyss_, Syn. test. in trans. Linn., t. XVI (2e
+ partie), p. 377. 1830.
+
+ Limnæa truncatula, _Beck_, Ind. moll., p. 112. 1837.
+
+Abondante dans l’Ouâd-Mezî, près de Laghouât. Se rencontre dans presque
+tous les fossés d’irrigation pratiqués pour l’arrosement des palmiers
+dans les oasis du Sahara.
+
+
+ HYDROBIA PERAUDIERI.
+
+
+Hydrobia Peraudieri, _Bourguignat_, in Spicil. malac., p. 108. 1862. Et
+ Paléont. Alg., p. 94, pl. V, f. 12-15. 1862.
+
+Testa rimata, elongatissima, turriculato-conica, pallide cornea,
+striatula, ac sæpe passim spiraliter paululum lineolata ; — spira
+lanceolata ; apice obtusiusculo ; — anfractibus 7 1/2 convexis, superne
+paululum subangulatis, regulariter crescentibus, sutura profunda
+separatis ; — ultimo rotundato ; — apertura recta, rotundata ;
+peristomate acuto, recto ; margine columellari reflexiusculo ;
+marginibus subcontinuis.
+
+Coquille pourvue d’une fente ombilicale assez ouverte. Test très-
+allongé, turriculé, conique, d’une teinte pâle cornée, un peu
+transparent, strié et quelquefois sillonné çà et là par de petites
+stries spirales. Spire lancéolée, à sommet un peu obtus. Sept tours et
+demi convexes, un peu subanguleux vers la suture, qui paraît, par cela
+même, profonde. Accroissement spiral des plus réguliers. Dernier tour
+parfaitement arrondi. Ouverture droite, presque ronde, à péristome aigu
+et droit. Bord columellaire légèrement réfléchi. Bords marginaux presque
+continus. Callosité blanchâtre. Opercule d’un brun rouge.
+
+ Hauteur 6-7 millimètres.
+
+ Diamètre 1 1/2 —
+
+ Hauteur de l’ouverture 2 —
+
+Cette magnifique espèce habite dans le gouffre froid à Biskra[140].
+
+
+ HYDROBIA BRONDELI.
+
+
+ Paludina acuta[141], _Forbes_, On the land and freshw. moll. Alg. in
+ Ann. nat. Hist. or Magaz. zool., etc., p. 254. 1838.
+
+ Paludina acuta, _Terver_, Cat. moll., Nord de l’Afrique, p. 37. 1839.
+
+ Paludina acuta, _Rossmässler_, in _Wagner_, Reise in der Regentsch.
+ Alg., p. 251. 1841.
+
+ Paludina acuta, _Morelet_, in Journ. conch., t. IV, p. 296. 1853.
+
+ Hydrobia Brondeli, _Bourguignat_, in Spicil. malac., p. 110. 1862. Et
+ Paléont. Alg., p. 96. 1862.
+
+Testa rimata, obeso-conoidea, nitidula, sat solidula, cornea vel fusco-
+luteola, fere lævigata ; — spira obesa ; apice obtuso ; — anfractibus 5
+convexiusculis, celeriter crescentibus ; — penultimo ultimoque magnis,
+rotundatis, sutura profunda separatis ; — apertura oblonga ; peristomate
+recto, continuo, ad columellam paululum reflexiusculo ac incrassato ;
+margine externo antrorsum paululum arcuato.
+
+Coquille pourvue d’une faible fente ombilicale. Test obèse, conoïde,
+assez solide, un peu brillant, tant soit peu transparent, presque lisse,
+d’une teinte cornée ou d’un brun jaunâtre. Spire courte, trapue, à
+sommet obtus. Cinq tours convexes, s’accroissant avec rapidité ; les
+deux derniers sont grands, arrondis, plus convexes, par conséquent
+séparés par une suture plus profonde. Ouverture oblongue, à péristome
+droit, continu, un peu réfléchi et épaissi à l’endroit de la columelle.
+Bord externe légèrement arqué en avant.
+
+ Hauteur 4 millimètres.
+
+ Diamètre 2 —
+
+ Hauteur de l’ouverture 1 3/4 —
+
+Dans le gouffre froid à Biskra.
+
+L’Hydrobia Brondeli diffère de l’_Hydrobia Peraudieri_, par sa taille
+plus petite, plus trapue ; par son test presque lisse ; par son sommet
+obtus ; par ses tours qui sont moins convexes et qui ne s’accroissent
+point avec régularité ; par son ouverture plus grande ; par son bord
+externe arqué en avant et non droit.
+
+
+ HYDROBIA ARENARIA.
+
+
+ Hydrobia arenaria, _Bourguignat_, in Spicil. malac., p. 111. 1862. Et
+ Paléont. Alg., p. 97. 1862.
+
+Testa oblongo-pyramidali, corneo-viridescente, lævigata ; — spira
+conica ; apice obtuso ; — anfractibus 6 fere planulatis vel paululum
+convexiusculis, celeriter crescentibus, sutura marginata parum impressa
+separatis ; — penultimo ultimoque magnis ; — apertura oblongo
+piriformi ; peristomate acuto, recto ; margine externo antrorsum
+arcuato ; marginibus callo junctis.
+
+Coquille oblongue, pyramidale, lisse, d’une teinte cornée verdâtre.
+Spire conique, à sommet obtus. Six tours presque plans ou à peine
+convexes, s’accroissant avec rapidité, séparés par une suture marginée,
+peu profonde ; les deux derniers sont grands et un peu plus convexes.
+Ouverture oblongue, piriforme, à péristome droit et aigu, seulement
+réfléchi au bord columellaire. Bord externe arqué en avant. Bords
+marginaux réunis par une callosité.
+
+ Hauteur 4 1/4 millimètres.
+
+ Diamètre 2 —
+
+ Hauteur de l’ouverture 2 —
+
+Habite à Tougourt, dans les eaux des sources artésiennes.
+
+L’Hydrobia arenaria diffère de l’_Hyd. Brondeli_, par sa forme plus
+pyramidale, moins obèse ; par ses tours moins convexes ; par sa suture
+moins profonde ; par ses deux derniers tours proportionnellement plus
+forts et surtout ventrus à leur partie inférieure, ce qui est l’inverse
+chez la _Brondeli_ ; par son ouverture plus oblongue ; enfin, par son
+péristome non continu, mais dont les bords sont réunis par une
+callosité.
+
+
+ HYDROBIA DUVEYRIERI.
+
+
+Testa lanceolato-turrita, solida, subpellucida, cornea, vel corneo-
+viridescente, argutissime sub lente striatula ; — spira elato-
+acuminata ; apice minuto, obtusiusculo ; — anfractibus 7 convexiusculis
+(prope suturam planiusculis), paulatim crescentibus, sutura lineari
+separatis ; — ultimo rotundato, sat ventroso, 1/3 altitudinis paululum
+superante ; — apertura ovata, superne angulata, inferne rotundata ;
+peristomate acuto, intus albido-incrassato ; margine columellari leviter
+expansiusculo ; margine externo præsertim ad partem exteriorem valde
+antrorsum arcuato ; marginibus callo valido junctis.
+
+Coquille lancéolée, turriculée, à test solide, bien qu’un peu
+transparent, d’une teinte cornée uniforme, passant quelquefois à une
+nuance cornée-verdâtre. Striations excessivement délicates, visibles
+seulement à la loupe. Spire allongée, diminuant peu à peu et terminée
+par un sommet petit, un peu obtus. Sept tours faiblement convexes,
+légèrement aplatis vers la suture qui est linéaire, et s’accroissant peu
+à peu. Dernier tour arrondi, assez ventru, dépassant le tiers de la
+hauteur. Ouverture ovale, anguleuse à sa partie supérieure, bien
+arrondie à sa partie inférieure. Péristome droit, tranchant, muni à
+l’intérieur d’un bourrelet blanchâtre. Bord columellaire légèrement
+évasé. Bord externe arqué en avant, surtout à sa partie inférieure.
+Bords marginaux réunis par une callosité assez épaisse.
+
+ Hauteur 5 millimètres.
+
+ Diamètre 2 —
+
+Dans la rivière d’eau tiède de Kerîz (Djérîd), au Nord du Chott-el-
+Djérîd (Sud de la régence de Tunis).
+
+
+ BYTHINIA SIMILIS.
+
+
+ Cyclostoma simile, _Draparnaud_, Hist. moll. France, p. 34, pl. 1, f.
+ 15. 1805.
+
+ Valvata similis, _Hartmann_, Syst. Gasterop., p. 57. 1821.
+
+ Paludina similis, _Michaud_, Compl. Drap., p. 93. 1831.
+
+ Bithinia similis, _Dupuy_, Cat. extram. Galliæ, etc., no 48. 1849.
+
+ Bythinia similis, _Stein_, Schneck. Berl., p. 93. 1850.
+
+ Hydrobia similis, _Dupuy_, Hist. moll. France (5e fasc.), p. 552, pl.
+ XXVII, f. 9. 1851.
+
+Dans les eaux à Laghouât.
+
+
+ BYTHINIA DUPOTETIANA.
+
+
+Paludina Dupotetiana, _Forbes_, On the land and freshw. moll. of Algiers
+and Bougia, in Ann. nat. Hist., or magaz. zool., etc., p. 254, pl. XII,
+ f. 3. 1838.
+
+ Bythinia Dupotetiana, _Bourguignat_, in Spicil. malac., p. 116. 1862.
+
+Ruisseau de la fontaine chaude de Biskra, où cette espèce est très-
+abondante.
+
+M. H. Duveyrier a encore recueilli cette bythinie en très-grand nombre
+dans la vase des rigoles de la source d’’Aïn-Temôguet, près de Djâdo,
+dans l’Ouâdi-Arhlân (Djebel-Nefoûsa).
+
+
+ BYTHINIA PYCNOCHEILA.
+
+
+ Bythinia pycnocheila, _Bourguignat_, in Spicil. malac., p. 117. 1862.
+
+Testa vix rimata, ventricosa, solida, crassa, levigata, viridescente ; —
+spira brevi, acutiuscula ac apice obtusiusculo ; — anfractibus 5
+convexis, celeriter crescentibus, sutura bene impressa separatis ; —
+penultimo ultimoque maximis, rotundatis ; — apertura parum obliqua,
+ovata, intus albidula ; peristomate continuo, acuto, intus undique valde
+incrassato.
+
+Coquille à peine pourvue d’une fente ombilicale, ventrue, à test solide,
+épais, lisse et verdâtre. Spire courte, conoïde, à sommet un peu obtus.
+Cinq tours convexes, séparés par une suture bien marquée et
+s’accroissant avec rapidité ; les deux derniers tours sont arrondis et
+proportionnellement très-grands. Ouverture à peine oblique, ovale,
+intérieurement blanchâtre, ornée d’un péristome continu, aigu et
+fortement épaissi à l’intérieur. Opercule d’un rouge orangé.
+
+ Hauteur 4 millimètres.
+
+ Diamètre 3 —
+
+ Hauteur de l’ouverture 2 1/4 —
+
+Espèce abondante à Temâssîn, près de Tougourt.
+
+
+ BYTHINIA SEMINIUM.
+
+
+Paludina seminium, _Morelet_, Append. conch. Alg., in journ. conch., t.
+ VI, p. 376, pl. XII, f. 10. 1857.
+
+ Bythinia seminium, _Bourguignat_, in Spicil. malac., p. 121. 1862.
+
+Cette charmante espèce microscopique est très-commune dans l’oasis d’El-
+Outâya, près de Biskra.
+
+
+ MELANIA TUBERCULATA.
+
+
+ Nerita tuberculata, _Müller_, Verm. hist. II, p. 191. 1774.
+
+ Strombus costatus, _Schröter_, Flussconchyl., p. 373, pl. VIII, f. 14.
+ 1779.
+
+ Melanoides fasciolata, _Olivier_, Voy. emp. Ott., vol. II, p. 10, pl.
+ XXXI, f. 7. 1804.
+
+ Melania fasciolata, _Lamarck_, An. s. vert., vol. VI (2e partie), p.
+ 167, no 16. 1822.
+
+ Melania tuberculata, _Bourguignat_, Cat. rais. moll. Or., p. 65. 1853.
+
+Testa conico-oblongoque-turrita, tenui, plus minusve diaphana, corneo-
+fusca ac sæpe flammulis luteolis vel castaneis longitudinalibus aut
+interruptis, ornata ; elegantissime spiraliter costulis numerosis
+sulcata, vel tenuissime decussata, aut sæpe transverse tuberculoso-
+costata ; — spira acuta ; apice acuto ; — anfractibus 10-12 vel 14
+convexiusculis, sat regulariter crescentibus, sutura bene impressa
+separatis ; — apertura elliptica, basi fere rotundata ; peristomate
+recto, acuto ; columella albidula, ad basin paululum effusa ; margine
+externo antrorsum arcuato ; marginibus callo junctis.
+
+Coquille allongée, conique-turriculée, assez fragile, plus ou moins
+transparente, d’une teinte fauve cornée, quelquefois ornée de petites
+flammules jaunes ou d’un brun-marron, longitudinales et la plupart du
+temps interrompues. Test sillonné, d’une manière délicate et élégante,
+par une foule de stries spirales plus ou moins fortes et saillantes.
+Quelquefois ces stries sont interrompues par d’autres transversales, ce
+qui donne au test une apparence treillissée, ou, lorsque les stries sont
+fortes, une apparence tuberculeuse. Spire aiguë, à sommet petit et aigu.
+10 à 12, quelquefois jusqu’à 14 tours plus ou moins convexes,
+s’accroissant assez régulièrement, et séparés par une suture bien
+marquée. Ouverture elliptique, à base presque arrondie. Péristome simple
+et aigu. Columelle blanchâtre, un peu réfléchie vers la base. Bord
+externe arqué en avant. Bords marginaux réunis par une callosité.
+
+ Hauteur 15-35 millimètres.
+
+ Diamètre 6-10 —
+
+Espèce des plus communes dans presque toutes les eaux du Sahara. M.
+Henri Duveyrier l’a notamment recueillie dans la fontaine chaude de
+Chetma et dans l’Ouâd-Melîly, près de Biskra ; — aux environs
+d’Ouarglâ ; — dans les eaux de l’oasis de Merhayyer, près de
+Tougourt[142] ; enfin dans les eaux tièdes de Djérîd, au Nord du Chott-
+el-Djérîd (Sud de la Tunisie), ainsi qu’au fond du Désert dans l’Ouâdi-
+Tîlerhsîn, au Nord de Rhât.
+
+
+ MELANOPSIS MAROCCANA.
+
+
+Buccinum Maroccanum, _Chemnitz_, Conch. cab. (ed. 1), t. XI, p. 285, pl.
+ CCX, fig. 2080-2081. 1795.
+
+Melanopsis Dufouri, _Ferussac_, Monogr. Mel. in. Mem. soc. d’Hist. nat.
+ Paris, 1, p. 153, pl. VII, f. 16. 1823.
+
+Melanopsis Dufourei, _Deshayes_, in _Lamarck_, An. s. vert. (2e ed.), t.
+ VIII, p. 493. 1838.
+
+ Melanopsis Buccinoidea[143], _Michaud_, Cat. test. viv. Alg., p. 11.
+ 1833.
+
+ Melanopsis Maroccana, _Morelet_, Cat. moll. Alg., in Journ. conch., t.
+ IV, p. 297. 1853.
+
+Espèce abondante dans la fontaine chaude de Chetma, près de Biskra ;
+dans les eaux d’Ouarglâ et de Tougourt (Ouâd-Rîgh) ; enfin, dans les
+petits ruisseaux d’eau tiède de Nafta et de Kerîz (Djérîd), au Nord du
+Chott-el-Djérîd.
+
+
+ MELANOPSIS PRÆMORSA.
+
+
+ Buccinum præmorsum, _Linnæus_, Syst. nat. (ed. Halæ), p. 740. 1760.
+
+ Buccinum prærosum, _Linnæus_, Syst. nat. (ed. XII), p. 1203. 1767.
+
+Melania buccinoidea, _Olivier_, Voy. emp. Ott., t. I, p. 297, pl. XVII,
+ f. 8. 1801.
+
+ Melanopsis buccinoidea, _Ferussac_, in Mém. géol., p. 54. 1814.
+
+ Melanopsis prærosa, _Rossmässler_, Iconogr. IX et X, pl. L, f. 677.
+ 1839.
+
+ Melanopsis præmorsa, _Dupuy_, Hist. nat. moll. France (5e fasc.), p.
+ 450. 1851.
+
+Cette mélanopside a été recueillie dans les eaux, aux alentours de
+Biskra et d’Ouarglâ.
+
+
+ MELANOPSIS MARESI.
+
+
+ Melanopsis Maresi, _Bourguignat_. Paléontol. Alg., p. 106, pl. VI, f.
+ 1-4. 1862.
+
+Testa ovato-conica, solida, opaca, corneo-viridula, vel fusco-cornea,
+costis crassis (sub sutura nodosis) numerosisque sulcata ; — spira
+acuto-acuminata ; apice levigato, acuto ; — anfractibus 7 subplanulatis,
+gradatis, sutura lineari separatis ; ultimo maximo, ad partem superiorem
+impresso, ac dimidiam altitudinis paululum superante ; — apertura ovato-
+lanceolata ; columella recta, truncata ; sinu columellari e margine
+exteriore valde retroflexo ; — margine exteriore in medio antrorsum
+paululum arcuato ; callo sat valido.
+
+Coquille de forme ovalaire-conique, aiguë, solide, opaque, d’une teinte
+cornée-verdâtre, ou brune-cornée, et munie de grosses côtes transverses,
+assez espacées les unes des autres, présentant vers la suture un
+renflement tuberculeux. Spire aiguë-acuminée, terminée par un sommet
+lisse et aigu. Sept tours presque plans, comme étagés les uns sur les
+autres, séparés par une suture linéaire. Dernier tour très-grand,
+offrant vers sa partie supérieure une inflexion prononcée et dépassant
+la moitié de la hauteur. Ouverture ovale-lancéolée, très-rétrécie à sa
+partie supérieure, très-dilatée à sa base. Columelle forte, droite,
+nettement tronquée, dont la base se trouve un peu infléchie en avant et
+séparée du bord extérieur par un sinus profond, parfaitement arrondi.
+Bord droit, légèrement arqué en avant. Bords marginaux réunis par une
+callosité assez forte.
+
+ Hauteur 15-20 millimètres.
+
+ Diamètre 8-9 —
+
+Cette mélanopside, recueillie à l’état fossile par M. Marès, dans la
+Dhâya de Hâbessa[144], a été retrouvée vivante dans le petit ruisseau de
+Kerîz, qui se perd dans le Chott-el-Djérîd (Sud de la Tunisie). Il est à
+présumer que cette espèce doit vivre dans tous les cours d’eau du Nord
+du Sahara.
+
+La Melanopsis Maresi est très-voisine, par sa forme et l’apparence de
+ses costulations, des _Melanopsis costata_ du Jourdain[145] et _cariosa_
+d’Espagne[146] ; mais notre espèce diffère complétement de ces
+mollusques par sa columelle droite (et non courbe), plus allongée et
+infléchie en avant ; ce qui est le contraire chez les _costata_ et
+_cariosa_ ; enfin, par son sinus columellaire plus profond, plus arrondi
+et presque fermé, tandis que chez les _costata_ et _cariosa_ le sinus,
+comparativement plus profond, est très-ouvert.
+
+
+ 2o — ESPÈCES FOSSILES.
+
+
+
+ PLANORBIS AUCAPITAINIANUS.
+
+
+Testa sat inflata, supra profunde umbilicata, subtus concava, fragili,
+striatula ac irregulariter sulcis incrementi subdeformata ; —
+anfractibus 5 convexis (supra rotundatis, subtus ad umbilicum obscure
+subangulatis), celeriter crescentibus, sutura (in prioribus lineari, in
+ultimis impressa) separatis ; ultimo maximo, dilatato, rotundato-
+subcompressiusculo, supra antice descendente ; — apertura valde obliqua,
+parum lunata, subrotunda ; peristomate recto, expansiusculo ; margine
+supero dilatato, arcuato ; marginibus callo junctis.
+
+Coquille assez renflée, discoïde, profondément ombiliquée en dessus,
+concave en dessous, fragile, finement striée et la plupart du temps
+déformée par quelques bourrelets dus au temps d’arrêt de
+l’accroissement. Cinq tours convexes, arrondis en dessus, subanguleux en
+dessous vers l’ombilic, à croissance rapide et séparés par une suture,
+d’abord linéaire vers le sommet, puis devenant de plus en plus
+prononcée. Dernier tour très-grand, dilaté, arrondi tout en étant
+légèrement comprimé dans le sens de la hauteur, et offrant en dessus
+vers l’insertion du bord externe une direction descendante très-marquée.
+Ouverture oblique, peu échancrée, presque arrondie. Péristome droit,
+aigu, légèrement évasé. Bord supérieur dilaté, projeté en avant et
+arqué. Bords marginaux peu écartés, réunis par une callosité.
+
+ Diamètre 11 millimètres.
+
+ Hauteur 4 —
+
+Cette nouvelle espèce se trouve à l’état fossile dans un dépôt de terre
+blanche savonneuse, près de Ghoûrd-Ma’ammer, grande dune, sur la route
+d’El-Ouâd à Ghadâmès, sur la section de cette artère, à laquelle
+aboutissent tous les chemins venant du Nord-Ouest.
+
+
+ PLANORBIS DUVEYRIERI.
+
+
+ Planorbis Duveyrieri, _Deshayes_, in _Duveyrier_, _Touâreg du Nord_.
+ (Voy. p. 45, pl. III, f. 1.)
+
+Testa supra profunde infundibuliformi, subtus late umbilicata,
+crassiuscula, eleganter arguteque striatula ; — anfractibus 4 1/2
+convexis, supra rotundatis, paululum involventibus, subtus ad
+peripheriam umbilicalem subangulatis, celeriter crescentibus, sutura
+impressa separatis ; ultimo maximo, dilatato præsertim ad aperturam,
+convexo-rotundato, supra antice recto ; — apertura obliqua, maxima,
+dilatata, lunata, semi-rotundata, superne convexa, interne subangulata ;
+peristomate recto, acuto, intus remote labiato ; marginibus tenui callo
+junctis.
+
+Coquille discoïde, de taille médiocre, infondibuliforme en dessus,
+largement ombiliquée en dessous, à test assez épais et élégamment
+sillonné de striations fines et régulières. Quatre tours et demi
+convexes, arrondis, s’enroulant légèrement les uns sur les autres en
+dessus, et présentant en dessous, vers le pourtour ombilical, une partie
+anguleuse, imitant une carêne obsolète. Accroissement très-rapide.
+Suture prononcée. Dernier tour très-grand, développé surtout vers
+l’ouverture, convexe-arrondi et offrant en dessus, vers l’insertion du
+bord externe, une direction rectiligne. Ouverture oblique, très-grande,
+dilatée, échancrée, semi-arrondie, bien convexe à sa partie supérieure,
+anguleuse à sa partie inférieure. Péristome droit, aigu, épaissi
+intérieurement par un bourrelet assez enfoncé. Bords marginaux écartés,
+réunis par une callosité délicate.
+
+ Diamètre 7 1/2 millimètres.
+
+ Hauteur 3 1/2 —
+
+Ce planorbe a été récolté avec l’espèce précédente dans les couches de
+terre blanche savonneuse près de Ghoûrd-Ma’ammer, sur la route d’El-Ouâd
+à Ghadâmès.
+
+Le Planorbis Duveyrieri diffère de l’_Aucapitainianus_ par son test plus
+petit, plus délicatement strié, plus fortement ombiliqué en dessus et en
+dessous ; par ses tours plus convexes, plus arrondis en dessus et plus
+anguleux en dessous vers la concavité ombilicale ; par son dernier tour
+rectiligne vers l’insertion du bord externe, et non descendant comme
+celui de l’_Aucapitainianus_ ; par son ouverture plus oblique, anguleuse
+à sa partie inférieure, plus haute que large ; par son péristome
+intérieurement bordé ; enfin par son bord externe non arqué et ne se
+projetant pas en avant à sa partie supérieure comme celui de
+l’_Aucapitainianus_.
+
+
+ PLANORBIS MARESIANUS.
+
+
+Testa utrinque umbilicata (umbilicus inferus profundior, pervior),
+fragili, translucida, argute striatula ; — anfractibus 5 convexo-
+rotundatis, utrinque prope umbilicum subangulatis, celeriter
+crescentibus, sutura impressa separatis ; ultimo paululum majore,
+rotundato, ad aperturam supra non subangulato, ac antice lente
+descendent ; — apertura obliqua, leviter lunata, oblonga ; peristomate
+recto, acuto ; marginibus callo junctis.
+
+Coquille fragile, transparente, finement striée, pourvue en dessus et en
+dessous d’une dépression ombilicale très-prononcée. L’ombilic inférieur
+est plus profond et plus en forme d’entonnoir. Cinq tours convexes
+arrondis, présentant en dessus et en dessous vers le pourtour de
+l’ombilic une partie anguleuse. Croissance rapide. Suture bien marquée.
+Dernier tour un peu plus grand, bien arrondi, surtout en dessus (la
+partie anguleuse disparaît vers l’ouverture), et, offrant une direction
+descendante lente, et si prononcée que l’avant-dernier tour paraît plus
+proéminent que le dernier. Ouverture oblique, faiblement échancrée,
+oblongue. Péristome droit, aigu. Bords marginaux réunis par une
+callosité délicate.
+
+ Diamètre 11 millimètres.
+
+ Hauteur 4 —
+
+Cette espèce a été recueillie à l’état fossile dans une couche
+sablonneuse près du puits de Bîr-Ez-Zouâit entre El-Ouâd et Berreçof.
+
+
+ PHYSA CONTORTA.
+
+
+Physa contorta, _Michaud_, Desc. coq. viv. in Act. soc. Linn. Bordeaux,
+ III, p. 268. 1829.
+
+Fossile dans les sables d’un bas-fond, près du puits de Bîr-Ez-Zouâit,
+entre El-Ouâd et Berreçof.
+
+
+ PHYSA BROCCHII.
+
+
+ Isidora Brocchii, _Ehrenberg_, Symb. phys. moll. 1831.
+
+ Physa Brocchii, _Bourguignat_, in Amén. malac., t. I, p. 169. 1856.
+
+ Et Paléont. Alg., p. 84, pl. V, f. 20. 1862.
+
+Dans les mêmes sables que l’espèce précédente.
+
+
+ PHYSA TRUNCATA.
+
+
+ Physa truncata, _Ferussac_, mss.
+
+ Physa truncata, _Bourguignat_, in Amén. malac., t. I, p. 170, pl. XXI,
+ f. 5-7. 1856.
+
+ Et Paléont. Alg., p. 85, pl. V, fig. 19. 1862.
+
+Dans les sables de Bîr-Ez-Zouâit, avec les précédentes.
+
+
+Toutes ces espèces fossiles, que nous venons de signaler, des sables de
+Bîr-Ez-Zouâit, ou des terres savonneuses de Ghoûrd-Ma’ammer près de
+Ghadâmès, sont des espèces de l’époque contemporaine. Les couches où ces
+mollusques ont été recueillis sont également de formation moderne.
+
+Ces fossiles sont une preuve nouvelle que la région de l’’Erg du Sahara,
+qui était, il y a quelques mille ans, une vaste et profonde mer, s’est,
+depuis l’apparition de l’homme, élevée lentement, graduellement, puisque
+les fossiles de ses dépôts sont tous des espèces de l’époque
+contemporaine.
+
+ * * * * *
+
+[Illustration : PL. XXVII. Mollusques, Page 29. Fig. 79 à 104.
+
+ _Arnoul del et lith._
+
+_Imp. Becquet, Paris._]
+
+[Illustration : PL. XXVI. Mollusques, Page 29. Fig. 55 à 78.
+
+ _Arnoul del et lith._
+
+_Imp. Becquet, Paris._]
+
+
+ EXPLICATION DES PLANCHES
+
+
+ * * * * *
+
+
+ PLANCHE XXVI.
+
+
+1. HELIX AGRIOICA. Coq. grossie vue en dessus. — 2. La même, de grand.
+nat., vue de face. — 3. La même grossie, vue de face. — 4. La même, de
+grand. nat., vue en dessous. — 5. La même grossie, vue en dessous.
+
+6. HELIX DUVEYRIERIANA. Coq. grossie vue en dessus. — 7. La même, de
+grand. nat., vue de face. — 8. La même grossie, vue de face. — 9. La
+même, de grand. nat., vue en dessous. — 10. La même grossie, vue en
+dessous.
+
+11. HELIX REBOUDIANA. Coq. de grand. nat., vue de face. — 12. La même,
+vue en dessus. — 13. La même, vue en dessous. — 14. Variété
+« _subcostulata_, » coq. vue de face. — 15. Variété « _subcarinata_, »
+coq. vue de face. — 16. Variété « _zonata_, » coq. vue de face. — 17.
+Même variété, vue en dessous.
+
+18. HELIX WARNIERIANA. Coq. de grand. nat., vue de face. — 19. La même,
+vue en dessous. — 20. La même, vue en dessus.
+
+21. HELIX TERVERI (type). Coq. de grand. nat., vue de face. — 22. La
+même, vue en dessous. — 23. La même, vue en dessus. — 24. Variété, vue
+en dessus.
+
+
+ PLANCHE XXVII.
+
+
+1. HELIX ERICETORUM. Coq. de grand. nat., vue de face. — 2. La même, vue
+en dessous. — 3. La même, vue en dessus. — 4. Variété « _subcarinata_, »
+de Methlîli, vue de face.
+
+5. FERUSSACIA CHAROPIA. Coq. grossie vue de face. — 6. La même, au
+trait, vue de face, de grand. nat. — 7. Dernier tour grossi, vu de
+profil.
+
+8. PUPA GRANUM. Ouverture très-grossie vue de face. — 9. Coq. au trait,
+vue de face, de grand. nat. — 10. Dernier tour grossi, vu de profil. —
+11. Coq. grossie, vue de face.
+
+12. HYDROBIA BRONDELI. Coq. grossie vue de face. — 13. La même, au
+trait, vue de face, de grand. nat. — 14. Dernier tour grossi, vu de
+profil.
+
+15. HYDROBIA PERAUDIERI. Coq. au trait, vue de face, de grand. nat. —
+16. La même grossie, vue de face. — 17. La même, au trait, de grand.
+nat., vue de profil.
+
+18. HYDROBIA DUVEYRIERI. Coq. au trait, de grand. nat., vue de face. —
+19. Dernier tour grossi, vu de profil. — 20. Coq. grossie, vue de face.
+
+21. HYDROBIA ARENARIA. Coq. grossie, vue de face. — 22. La même, de
+grand. nat., vue de face.
+
+23. BYTHINIA DUPOTETIANA. Coq. grossie, vue de face. — 24. La même, de
+grand. nat., vue de face.
+
+25. BYTHINIA PYCNOCHEILA. Coq. de grand. nat., vue de face. — 26. Coq.
+grossie, vue de face.
+
+
+ PLANCHE XXVIII.
+
+
+1. PLANORBIS AUCAPITAINIANUS. Coq. grossie, vue en dessus. — 2. La même,
+de grand. nat., vue en dessus. — 3. La même, vue de face. — 4. La même,
+vue en dessous. — 5. La même grossie, vue en dessous.
+
+6. PLANORBIS DUVEYRIERI. Coq. grossie, vue en dessus. — 7. La même, de
+grand. nat., vue en dessus. — 8. La même, vue de face. — 9. La même, vue
+en dessous. — 10. La même, grossie, vue en dessous.
+
+11. PLANORBIS MARESIANUS. Coq. grossie, vue en dessus. — 12. La même, de
+grand. nat., vue en dessus. — 13. La même, vue de face. — 14. La même
+grossie, vue en dessous. — 15. La même, de grand. nat., vue en dessous.
+
+16. MELANIA TUBERCULATA. Variété _maxima_ (d’après un échantillon de
+l’oasis de Merhayyer). Coq. de grand. nat., vue de face. — 17. (d’après
+un autre échantillon du Djérîd). Coq. de grand. nat., vue de face.
+
+18. MELANOPSIS MARESI. Coq. de grand. nat., vue de face. — 19. Dernier
+tour vu en dessous. — 20. Dernier tour grossi, vu de face. — 21. Coq. de
+grand. nat., vue par le dos.
+
+[Illustration : PL. XXVIII. Mollusques, Page 30. Fig. 105 à 125.
+
+_Arnoul del et lith._
+
+_Imp. Becquet, Paris._]
+
+
+[Note 139 : Non Helix lauta de _Lovell Reeve_, Conch. icon., t. CXL, f.
+891, qui est une autre espèce.]
+
+[Note 140 : Le _gouffre froid_ de Biskra est un bassin, appelé El-Bourma
+par les Arabes, et ainsi dénommé par les Européens pour le distinguer de
+la source thermale de Hammâm-Sâlahîn, qui est dans le voisinage.]
+
+[Note 141 : Non _Paludina acuta_, des auteurs français.]
+
+[Note 142 : Où se trouvent des échantillons magnifiques qui atteignent
+55 millimètres de hauteur sur 15 de diamètre.]
+
+[Note 143 : Non Melanopsis buccinoidea, de _Ferussac_. 1814 (Melania
+buccinoidea, d’_Olivier_. 1804), qui est la Melanopsis præmorsa de
+_Dupuy_. 1851.]
+
+[Note 144 : Ancien lac desséché dans la région de l’’Erg, au Sud de la
+province d’Oran.]
+
+[Note 145 : Melanopsis costata, _Ferussac_, in Monogr. mélan., p. 28, no
+6, pl. I, f. 14-15. 1823. — Melania costata, _Olivier_, Voy. emp.
+Ottom., t. II, p. 294, pl. XXXI, f. 2. 1804.]
+
+[Note 146 : _Rossmässler_, iconogr. IX et X, pl. 42, f. 680. 1839. —
+(Murex cariosus, de _Linnæus_, Syst. nat., p. 1220. — Et Melania
+Sevillensis de _Grateloup_.)]
+
+
+
+
+ DESCRIPTION
+
+ DES
+
+ PLANTES NOUVELLES DÉCOUVERTES PAR M. HENRI DUVEYRIER
+
+ PAR M. E. COSSON
+
+[Décoration]
+
+ DIPLOTAXIS DUVEYRIERANA Coss. _sp. nov._
+
+Planta _annua_. Radix indurata, fusiformis, fibras paucas emittens.
+Caulis erectus, robustus, subangulatus, in specimine completo suppetente
+circiter 5 decim. longus et subsimplex, pilis longis rigidulis albidis
+patentibus præsertim in parte inferiore hispidus. _Folia_ alterna,
+oblonga vel obovato-oblonga, _inæqualiter et grosse sinuato-lobulata_
+vel inferne pinnatifida, inferiora in petiolum elongatum attenuata,
+superiora sæpius subsessilia, præsertim in petiolo et in pagina
+inferiore ad nervos densius pilis rigidulis longis hispida. _Flores
+magni_, 17-27 millim. longi, in racemum aphyllum primum confertum dein
+laxiusculum dispositi, siliquas juniores superantes. _Pedicelli_ sub
+anthesi 15-20 dein 25-35 millim. longi, ut et petioli _patenter longeque
+hispidi_, erecto-patuli. Calyx dense patenterque hispido-villosus,
+sepalis oblongis erectis lateralibus basi subsaccatis. _Petala lilacina_
+interdum alba venis saturatioribus picta, limbo obovato integro, in
+unguem calycem subæquantem attenuata, calycem duplum subæquantia.
+Glandulæ hypogynæ 4, 2 trapezoideæ staminum lateralium insertionem
+circumvallantes, 2 ovato-lanceolatæ intra staminum longiorum
+insertionem. Stamina tetradynama, filamentis linearibus, membranaceo-
+complanatis, edentulis, liberis. _Siliquæ in pedicellis ascendentes_,
+glabræ, circiter 65-68 millim. longæ, 2-3 millim. latæ, pedicellum
+subduplum longæ, elongato-lineares, _compressæ_, stipitatæ stipite
+circiter 2 1/2 millim. longo, valvis membranaceis tenuibus uninerviis
+subtorulosis venulis lateralibus obsoletis ; septo membranaceo ;
+_stigmate subsessili_, tereti-compresso, obscure bilobo. _Semina_
+plurima, minima, _biseriata_, pallide fuscescentia, ovato-subglobosa,
+_compressa_, immarginata, lævia. _Cotyledones_ obovato-suborbiculatæ,
+transverse latiores, _conduplicatæ_, radiculam in plicatura foventes. —
+Mense Februario florifera et jam fructifera lecta.
+
+In Sahara per 26° lat. sept., ad septentrionem urbis _Rhât_ in planitie
+excelsa _Tasîli_ ad alveos _Ouâdi-Târat_ et _Ouâdi-Alloûn_, ubi ab
+indigenis _Azezzedja_ et _Tânekfâït_ nuncupatur, a clarissimo
+peregrinatore et indefesso Saharæ scrutatore H. Duveyrier lecta cui
+lubentissimo animo dicatam voluimus. Locis alteris undenis inter
+_Ghadâmès_ et _Rhât_ visa (H. Duveyrier).
+
+
+ EXPLICATION DES FIGURES DE LA PLANCHE XXIX.
+
+
+ 1. Partie supérieure de la plante, de grandeur naturelle.
+
+ 2. Fragment de la grappe fructifère, de grandeur naturelle ; l’une des
+ siliques est figurée après la chute des valves.
+
+ 3. Fleur de grandeur naturelle.
+
+ 4. Pétale vu de face, grossi.
+
+ 5. Fleur grossie et dont les sépales et les pétales ont été enlevés
+ pour montrer les étamines et l’ovaire.
+
+ 6. Embryon fortement grossi.
+
+ 7. Le même, les cotylédons étant écartés artificiellement.
+
+ * * * * *
+
+Pl. XXIX. _Plantes nouvelles_, Page 32. Fig. 126 à 132.
+
+[Illustration : DIPLOTAXIS DUVEYRIERANA _Coss._
+
+_Riocreux del_
+
+_Imp. Lemercier r. de Seine 57 Paris_]
+
+ CROTALARIA SAHARÆ Coss. _sp. nov._
+
+_Planta_ dumosa, erecta, _indurato-frutescens_, divaricato-ramosa,
+_ramis_ elongatis teretibus haud striatis _pube densa_ brevi patente
+_incano-tomentosis_. _Folia petiolata, palmatim composita, 4-5_-rarius
+abortu _3-foliolata_, foliolis cum petiolo articulatis, oblongis,
+obtusis, petiolo multo longioribus, utrinque pube sericea canescentibus
+vel pagina superiore minus pubescente virentibus. _Stipulæ minutæ_,
+lineares vel subulatæ. _Racemi pluriflori_ (sub-10-flori), caules
+terminantes vel oppositifolii, _laxiusculi_. _Bracteæ_ anguste lineares
+_pedicello paulo longiores_, demum deflexæ. Flores mediocres, circiter 1
+centim. longi, nutantes, breviter pedicellati, pedicello tubo calycis
+breviore, bibracteolati, bracteolis calyci adpressis minimis linearibus.
+_Calyx dense sericeo-villosus_, tubo campanulato, limbo bilabiato, labio
+superiore bipartito, inferiore tripartito, _laciniis lanceolatis_
+subæquilongis vel inferiore paulo longiore, tubi longitudinem
+subæquantibus. _Corolla flava_, vexilli dorso excepto glabra, calyce
+subdimidio longior. Vexillum venis fuscescentibus saturatioribus pictum,
+magnum, alas et carinam subæquilongas subæquans, late obovato-
+subcuneatum, ascendens et inde limbi basis quasi cordata, in unguem
+latum intus incrassato-callosum callo villoso calycis tubum subæquantem
+contractum. Alæ liberæ, oblongo-obovatæ, obtusæ, plurinerviæ, extus in
+parte inferiore inter nervos corrugatæ, in unguem abrupte contractæ,
+demum ascendentes et carinam nudantes. _Carina_ e petalis in dimidia
+longitudine superiore adnatis formata, ovato-inæquilatera dorso arcuato
+margine superiore recto, _acutiuscula_, petalis abrupte in unguem
+contractis et supra unguem late emarginatis. Stamina 10, alternatim
+inæqualia longiora antheris minoribus suborbiculatis breviora antheris
+majoribus ovato-oblongis, filamentis elongatis filiformibus, in
+longitudine dimidia inferiore complanatis et in tubum superne fissum
+coadunatis. _Ovarium_ dense sericeo-villosum, stipitatum, oblongo-
+inæquilaterum ventre convexo, a lateribus compressum, in stylum sensim
+attenuatum, stylo tereti arcuato-ascendente ovarium subæquante apice et
+in latere superiore usque ad mediam longitudinem barbato,
+_sub-6-ovulatum_, ovulis ad basim suturæ ventralis insertis. _Legumen_
+nutans, brevissime stipitatum, _dense sericeo-tomentosum, calycem_ plus
+quam _duplum superans, oblongo-obovatum turgidum dorso gibbum_, sutura
+ventrali basi styli mucronata obtusissime carinata, _valvis_ valde
+inflato-ventricosis _indurato-cartilagineis_ intus lana destitutis,
+abortu _subdispermum_. Semina (immature) suborbiculato-reniformia,
+compressa, lævia.
+
+
+In Sahara per 27° lat. sept. inter _Ouarglâ_ et _Rhât_ loco dicto _’Aïn-
+el-Hadjâdj_ a cl. Ism’ayl Boû-Derba 26a die octobris 1858 florifera
+inventa, per 30° haud procul a _Ghadâmès_ in planitie excelsa _Hamâda-
+Tînghert_ 13a die septembris 1860 a cl. H. Duveyrier florifera et
+fructifera lecta.
+
+
+Le _C. Saharæ_ dans l’ordre artificiel adopté par De Candolle dans le
+_Prodromus_ doit être placé à côté du _C. quinquefolia_ (L. _Sp._ 1006 ;
+DC. _Prodr._ II, 135. — _C. heterophylla_ L. f. _Suppl._ 323 et DC.
+_Prodr._ II, 131 sec. Benth.) dont il est très-différent par le calice
+velu-soyeux, par les légumes tomenteux, etc. Dans la classification plus
+rationnelle adoptée par M. Bentham (Benth. in Hook. _Lond. journ._ II,
+472, et in Walp. _Repert._ V, 435), il doit être rapporté à la sous-
+section des _Polyphyllæ_, caractérisée par les feuilles toutes ou la
+plupart à 5-7 folioles articulées au sommet du pétiole, par la tige
+souvent frutescente à rameaux divergents, par les stipules très-petites
+ou indistinctes, par les fleurs en grappes lâchement pluri-multiflores,
+par le calice ord. profondément fendu à divisions lancéolées.
+
+
+ EXPLICATION DES FIGURES DE LA PLANCHE XXX.
+
+
+ 1. Rameau de la plante de grandeur naturelle.
+
+ 2. Fleur grossie, vue de profil.
+
+ 3. Étendard étalé artificiellement, vu de face, grossi.
+
+ 4. Aile vue par la face extérieure, grossie.
+
+ 5. Carène grossie.
+
+ 6. Étamines grossies ; le tube résultant de la soudure de la partie
+ inférieure des filets a été fendu en dessus et étalé artificiellement.
+
+ 7. Ovaire grossi.
+
+ 8. Le même, coupé longitudinalement, vu à un plus fort grossissement.
+
+ 9. Graine imparfaitement mûre, grossie.
+
+ * * * * *
+
+Pl. XXX. _Plantes nouvelles_, Page 34. Fig. 133 à 141.
+
+[Illustration : CROTALARIA SAHARÆ _Coss._
+
+_Riocreux del_]
+
+ HYOSCYAMUS FALEZLEZ Coss. _sp. nov._
+
+Planta indurato-perennans, plus minus pubescenti-viscidula, pallide et
+sordide virens. Radix fusiformis elongata, indurato-sublignosa. Caulis
+herbaceus crassus demum induratus, fistulosus, albidus, teres, erectus,
+in speciminibus junioribus vix florigeris sæpe 1 decim. non superans,
+demum sæpius 1 metr. et ultra longus, subsimplex vel superne ramosus.
+_Folia_ crassiuscula ; infima rosulata, 6-20 centim. longa, 13-35
+millim. lata, oblonga vel ovato-acuminata, in petiolum longiusculum
+marginatum attenuata vel contracta, integra, sinuato-repanda vel
+utrinque grosse angulato-dentata dentibus 2-3, petiolo cum nervo medio
+et primariis albidis ; caulina media ovato- vel oblongo-lanceolata,
+brevius petiolata ; _bractealia_ multo minora, _sessilia, oblongo-
+lanceolata vel oblongo-linearia, integra_, basi apiceque attenuata,
+pleraque calycibus fructiferis breviora. _Flores_ extra-axillares,
+singuli folio bracteali lateraliter suffulti, sub anthesi in racemum
+scorpioideum spiciformem secundum densum primum circinatum dein erecto-
+arcuatum dispositi, inferiores interdum longe _superiores breviter
+pedicellati_. _Calyx_ pubescenti-viscidulus, 10-costatus, campanulatus,
+irregulariter ad tertiam partem 5-fidus, _dentibus late ovato-
+triangularibus acutis_ sæpe mucronatis inferiore minore, sub anthesi
+viridulus, post anthesin accrescens, _fructifer_ 20-28 millim. longus
+indurato-coriaceus et costis venisque prominentibus _reticulato-
+venosus_, marcescenti-persistens demum albidus _tubo vix inflato
+campanulatus_ limbo ampliato erectiusculo hiante. _Corolla sub anthesi
+calyce_ non latior et _vix longior_, infundibuliformi-subcampanulata a
+basi ad apicem sensim ampliata, ad quartam partem superiorem inæqualiter
+5-loba, inter lobos 2 inferiores minores profunde fissa, lobis late
+ovato-triangularibus obtusis, extus pubescenti-viscidula et albido-
+virens, _intus superne atro-violaceus absque venis purpureis_, demum
+marcescens albida intus apice tantum violacea ovario crescente soluta et
+calycem longius superans. Stamina declinata, superiora subinclusa,
+inferiora exserta, filamentis albis filiformibus inferne complanatis
+ibique pubescenti-viscidis, antheris violaceis oblongis paulo infra
+medium in filamento insertis lobis infra insertionem discretis. Stylus
+longe exsertus, arcuato-declinatus, stamina inferiora subæquans vel
+superans. _Capsula_ calyce abscondita, ejusque tubo brevior, ovato-
+oblonga basi haud ventricosa, chartacea, bilocularis, _paulo supra
+medium circumscissa_, operculo mucronato incomplete biloculari. Semina
+numerosa, subreniformia vel suborbiculata, contacta mutuo angulata,
+luteolo-fuscescentia, crebre reticulato-punctata.
+
+
+In Sahara australi et australiore, ubi ab indigenis _Goungot_,
+_Falezlez_ et _Afahlêhlé_ nuncupatur, late ut videtur dispersa : per 30°
+lat. sept. in provincia Tripolitana ad orientem urbis _Ghadâmès_ loco
+dicto _Guera’a-ben-’Aggiou_ et ad alveum _Ouâdi Aouâl_ (H. Duveyrier) ;
+per 27° inter _Ouarglâ_ et _Rhât_ ad septentrionem planitiei excelsæ
+_Tasîli_, ad fontem _Touskirîn_ (Ism’ayl Boû-Derba). Inter _Ghadâmès_ et
+_Rhât_ nec non in ditione _Fezzân_ vulgaris (sec. H. Duveyrier). Loci
+plures in declivitate Saharæ australioris ad regionem nigritarum versa a
+planta nomen _Falezlez_ aut _In-Afahlêhlé_ mutuantur, præsertim inter
+_Rhât_ et _Agadez_ et inter _In-Sâlah_ et _Timbouktou_ (confer supra p.
+182).
+
+
+Bien que notre plante soit surtout voisine, par la forme de son calice
+et de sa capsule et par la plupart de ses caractères, des _H. muticus_
+L. et _Datora_ Forsk., rapportés par Dunal à sa section _Datora_ du
+genre _Scopolia_, je crois devoir la rattacher au genre _Hyoscyamus_. En
+effet, notre espèce et celles qui composent la section _Datora_ de Dunal
+me paraissent être de véritables _Hyoscyamus_ ; elles en présentent le
+calice et la corolle irréguliers et n’en diffèrent que par la forme de
+la capsule et la hauteur à laquelle a lieu sa déhiscence. — Le _H.
+Falezlez_ diffère du _H. muticus_ (L. _Mant._ 45 ; Jaub. et Spach
+_Illustr. pl. Or._ V, t. 415. — _H. betæfolius_ Lmk _Encycl. méth._ III,
+329 excl. var. β. — _H. Datora_ Delile _Ég. Illustr._ n. 242 non Forsk.
+— _Scopolia mutica_ Dun. in DC. _Prodr._ XIII pars I, 552) par le port
+moins robuste, par les grappes fructifères plus serrées, par le calice
+fructifère plus brièvement pédicellé, de moitié plus petit, à limbe
+beaucoup moins ample à réticulations plus prononcées, par la corolle
+moins ample et par la capsule plus petite et plus courte. Le _H.
+muticus_ n’a encore été observé que dans l’Égypte inférieure aux
+environs du Caire, où il est abondant, et dans l’Égypte supérieure
+(Lippi ! in herb. Mus. Par., Delile !, Olivier et Bruguière !, Wiest !
+_Pl. Æg. exsicc._ un. it. [1835] n. 518 sub nomine _H. muticus_, Aucher-
+Éloy ! _Pl. exsicc._ [1837] n. 2471 in herb. Mus. Par., Boissier !,
+Kralik !). Les échantillons recueillis, dans la Perse méridionale, à
+Géré entre Abouchir et Chiraz, par M. Kotschy (_Pl. Pers. Austr.
+exsicc._ ed. 1845, n. 38) paraissent appartenir à une espèce nouvelle
+distincte des _H. muticus_ et _Datora_, ainsi que l’ont fait remarquer
+MM. Jaubert et Spach (loc. cit.). A cette même espèce devraient être
+rapportés les échantillons recueillis par Aucher-Éloy en Perse (Aucher-
+Éloy ! _Pl. exsicc._ n. 5040 in herb. Mus. Par.) et en Cappadoce
+(Aucher-Éloy ! _Pl. exsicc._ n. 2478 in herb. Mus. Par.). — Le _H.
+Falezlez_ diffère du _H. Datora_ Forsk. (_Descr. pl. Æg.-Arab._ p. 45,
+loco natali forsan excludendo ? ; Jaub et Spach. loc. cit. in adnot. —
+_Scopolia Datora_ Dun. in DC. _Prodr._ XIII pars I, 553. — _Sc. Boveana_
+Dun., loc. cit., discrimine certo nullo distinguenda sec. Jaub. et
+Spach, loc. cit.) par les fleurs plus brièvement pédicellées, par le
+calice beaucoup moins grand à limbe moins dilaté, par la corolle
+dépassant à peine le calice lors de la floraison, et non pas longue de
+plus de 5 centimètres et environ deux fois aussi longue que le calice.
+Tous les échantillons de l’_H. Datora_ que j’ai pu observer dans
+l’herbier du Muséum proviennent de la péninsule du Sinaï (Bové ! _Pl.
+exsicc._ n. 78 sub nom. _H. muticus_ ; Botta ! ; Aucher-Éloy ! _Pl.
+exsicc._ [1837] n. 2472). — Consulter sur les propriétés vénéneuses de
+l’_H. Falezlez_ l’article publié dans ce volume p. 182 par M. H.
+Duveyrier.
+
+
+ EXPLICATION DES FIGURES DE LA PLANCHE XXXI.
+
+
+ 1. Plante jeune, de grandeur naturelle.
+
+ 2. Fleur vue de profil, un peu grossie.
+
+ 3. Corolle fendue par le côté inférieur, et étalée artificiellement
+ pour montrer la forme des lobes et l’insertion des étamines, un peu
+ grossie.
+
+ 4. Calice fructifère, de grandeur naturelle.
+
+ 5. Le même, coupé longitudinalement, pour montrer la capsule.
+
+ 6. Graine fortement grossie.
+
+[Décoration]
+
+Pl. XXXI. _Plantes nouvelles_, Page 37. Fig. 142 à 147.
+
+[Illustration : HYOSCYAMUS FALEZLEZ _Coss._
+
+_Riocreux del_]
+
+
+
+
+ TABLE DU SUPPLÉMENT
+
+ * * * * *
+
+
+ MOLLUSQUES.
+
+ * * * * *
+
+ 1o — ESPÈCES VIVANTES.
+
+ Pages.
+
+ Zonites candidissimus 3
+
+ Helix aperta 4
+
+ — Warnieriana 4
+
+ — agrioica 5
+
+ — Reboudiana 6
+
+ — rufolabris 7
+
+ — lineata 8
+
+ — lauta 8
+
+ — Pisana 8
+
+ — Terveri 9
+
+ — ericetorum 10
+
+ — pyramidata 10
+
+ — Duveyrieriana 10
+
+ — acuta 11
+
+ Bulimus decollatus 12
+
+ Ferussacia charopia 12
+
+ Pupa granum 13
+
+ Limnæa truncatula 14
+
+ Hydrobia Peraudieri 15
+
+ — Brondeli 16
+
+ — arenaria 17
+
+ — Duveyrieri 17
+
+ Bythinia similis 18
+
+ — Dupotetiana 19
+
+ — pycnocheila 19
+
+ — seminium 20
+
+ Melania tuberculata 20
+
+ Melanopsis Maroccana 21
+
+ — præmorsa 22
+
+ — Maresi 22
+
+ 2o — ESPÈCES FOSSILES.
+
+ Planorbis Aucapitainianus 24
+
+ — Duveyrieri 25
+
+ — maresianus 26
+
+ Physa contorta 27
+
+ — Brocchii 27
+
+ — truncata 27
+
+ Explication des planches XXVI, XXVII, XXVIII 29
+
+ * * * * *
+
+ PLANTES NOUVELLES.
+
+ * * * * *
+
+ Diplotaxis Duveyrierana 31
+
+ Explication des fig. de la XXIXe pl. 32
+
+ Crotalaria Saharæ 33
+
+ Explication des fig. de la XXXe pl. 34
+
+ Hyoscyamus Falezlez 35
+
+ Explication des fig. de la XXXIe pl. 37
+
+
+ PARIS. — J. CLAYE, IMPRIMEUR, RUE SAINT-BENOIT, 7.
+
+
+[Illustration : EXPLORATION DU SAHARA — ANNÉES 1859, 1860, 1861.
+CARTE DU PLATEAU CENTRAL DU SAHARA comprenant LE PAYS DES TOUÂREG DU
+NORD LE SAHARA ALGÉRIEN, TUNISIEN ET TRIPOLITAIN par HENRI DUVEYRIER.
+
+GÉOGRAPHIE ANCIENNE.
+
+Gravé chez Erhard, 12 r. Duguay-Trouin.
+
+DESSINÉ PAR E. DESBUISSONS.
+
+Paris. Imp. Lemercier, r. de Seine 57.]
+
+
+
+
+Note du transcripteur :
+
+
+ Les changements dans l’ERRATA ont été apportés, ainsi qu'aux pages
+ non citées.
+
+ Quelques CORRECTIONS GÉNÉRALES n'ont pas été effectuées en faveur de
+ l'orthographe originale : " ’Abd-el-Kâder ", " Fez ", " In-Sâlah ",
+ " Sahara ", " Sanhâdja " et " Tlemsen ".
+
+ " Golêá " et " Golêà " ont été aussi changés en " Golêa’a ".
+
+ Autrement :
+
+ Page xx, " près de trois c nts lieues " a été remplacé par " cents "
+
+ Page xxi, note 4, ajouté " « " avant " Auster "
+
+ Page 18, " directe entre Ouraglâ, Agadez " a été remplacé par "
+ Ouarglâ "
+
+ Page 23, " par le Ckeikh-’Othmân " a été remplacé par
+ " Cheikh-’Othmân "
+
+ Page 26, " le golfe de Gabès " a été remplacé par " Gâbès "
+
+ Page 37, " Le Tasîlí du Sud " a été remplacé par " Tasîli "
+
+ Page 42, " aussi par les immenses barages " a été remplacé par "
+ barrages "
+
+ Page 42, " le Chott du Nefzaoua " a été remplacé par " Nefzâoua "
+
+ Page 44, " sur la surface du globle " a été remplacé par " globe "
+
+ Page 47 et suivants (notes), dans L. 1er, ch. IV., les traits " — "
+ indiquant " Échantillon " ont été remplacées par " Échantillon " lui-
+ même.
+
+ Page 54, " De Ghadâmês à Tâdjenoût " a été remplacé par " Ghadâmès "
+
+ Page 55, " Le Tâsîli du Nord ou des " a été remplacé par " Tasîli "
+
+ Page 70, " la hamâda entre Laghouat et " a été remplacé par
+ " Laghouât "
+
+ Page 77, " comprise entre Ghâdamès et Sôkna " a été remplacé par "
+ Ghadâmès "
+
+ Page 138, " El-Guerâra | 32° 47° 25″ " a été remplacé par " 32° 47′
+ 25″ "
+
+ Page 143, " Tadôhayt-tân-Tâmzerdja " a été remplacé par " Tahôdayt "
+
+ Page 185, " de Lahgouât au Soûf " a été remplacé par " Laghouât "
+
+ Page 189, " lui atttribue des vertus " a été remplacé par " attribue "
+
+ Page 235, " rare chez les Toûareg " a été remplacé par " Touâreg "
+
+ Page 239, " piqûres sont plus féquentes " a été remplacé par "
+ fréquentes "
+
+ Page 241, " toute la dnrée de mon voyage " a été remplacé par
+ " durée "
+
+ Page 242, ajouté " » " après " constructions des hommes "
+
+ Page 243, " vu dans la néccessité " a été remplacé par " nécessité "
+
+ pl. XII., " TROUVÉE A GHADAMÈS. " a été remplacé par " GHADÂMÈS "
+
+ Page 268, " Mohammed-ould-Ardhâl devait clore " a été remplacé par "
+ Mohammed-Ould-Arhdâl "
+
+ Page 294, " l’occcupation du Touât " a été remplacé par
+ " l’occupation "
+
+ Page 309, " Sîdi-Mohammed-es-Seghîr-ould-Sîdi-Admed-et-Tidjâni " a été
+ remplacé par " Ahmed "
+
+ pl. XVIII., " CONFRÉRIE DES TEDJADJNA " a été remplacé par
+ " TEDJÂDJNA "
+
+ Page 310, " a des khouân Tedjâdna " a été remplacé par " Tedjâdjna "
+
+ Page 351, " chantés par par un poëte " a été remplacé par " chantés
+ par un poëte "
+
+ Page 363, " sa vie va nous révé- er " a été remplacé par " révéler "
+
+ Page 365, " des marabouts Ihêhaoune " a été remplacé par " Ihêhaouen "
+
+ Page 371, " des commerçants d’In-Salâh " a été remplacé par " d’In-
+ Sâlah "
+
+ Page 407, " (Voir planche XXIV, fig. 9.) " a été remplacé par "
+ planche XXV "
+
+ Page 416, " des caravanes de Ghadamès " a été remplacé par
+ " Ghadâmès "
+
+ Page 425, " du Palmier pour les comtempler " a été remplacé par "
+ contempler "
+
+ Page 441, " TOUAREG DANS LEUR VIE EXTÉRIEURE " a été remplacé par "
+ TOUÂREG "
+
+ Pages 444-448 (plusieurs), " planche XXIV " remplacé par " XXV " et "
+ planche XXV " remplacé par " XXIV "
+
+ Page 458, " chevaux, » dit Héro-rodote " a été remplacé par
+ " Hérodote "
+
+ Page 458, " destination de cete artère " a été remplacé par " cette "
+
+ Page 466, " les indentifications suivantes " a été remplacé par "
+ identifications "
+
+ Page 490, " Ouâdî-Akâraba " a été remplacé par " Ouâdi-Akâraba "
+
+ Page 498, " la Gorge Garamantîque " a été remplacé par
+ " Garamantique "
+
+ Page 499, " à l’époque de Ptolémée. — 181 " a été remplacé par " 481 "
+
+ De plus, quelques changements mineurs de ponctuation et d’orthographe
+ ont été apportés.
+
+ Quelques abréviations ont été utilisées dans certains tableaux
+ larges.
+
+
+
+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 76587 ***