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+ <title>Des postes | Project Gutenberg</title>
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+
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+<body>
+<div style='text-align:center'>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 75801 ***</div>
+<div class="x-ebookmaker-drop c"><img src="images/cover.jpg" alt=""></div>
+<div class="x-ebookmaker-drop break"></div>
+
+<h1 class="top2em">DES POSTES</h1>
+
+<p class="c">EN GÉNÉRAL,<br>
+<span class="xsmall">ET</span><br>
+<span class="large b">PARTICULIÈREMENT EN FRANCE,</span></p>
+
+<p class="c large">PAR CHARLES BERNEDE.</p>
+
+<p class="c gap"><img src="images/decursio.jpg" class="w15" alt=""><br>
+<span class="xsmall" lang="la" xml:lang="la">QUI PEDIBUS VOLUCRES ANTE IRENT CURCIBUS AURAS.<br>
+DECURSIO.</span></p>
+
+
+<p class="c gap"><span class="large b">PARIS,</span><br>
+A LA LIBRAIRIE DE RAYNAL,<br>
+<span class="xsmall">RUE PAVÉE SAINT-ANDRÉ-DES-ARCS</span>, <span class="xsmall">N</span>.<sup>o</sup> 13.</p>
+
+<p class="c">1826.</p>
+
+<div class="break"></div>
+
+<p class="c top4em">IMPRIMERIE DE MELLINET-MALASSIS,
+<span class="small">A NANTES</span>.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+<p><span id="pi" class="pagenum">-i-</span></p>
+
+<h2 class="nobreak">AVANT-PROPOS.</h2>
+
+
+<p>Les postes, créées dans l’intérêt général, n’ont point
+cessé, depuis leur fondation, de faire partie des institutions
+sur lesquelles la société est établie. Toujours
+dirigées vers un but unique, invariables dans leur marche,
+constantes dans leurs résultats, l’expérience n’a
+fait qu’ajouter aux avantages qu’elles promettaient aux
+peuples chez lesquels elles se sont successivement introduites.
+C’est par elles encore, comme à leur origine, que
+les princes veillent au maintien de leur puissance, les
+individus à la conservation de leurs droits, et les nations
+à l’accroissement de leur prospérité. Tout ce qui
+se passe sur les points les plus opposés du globe ne peut
+échapper à la connaissance des monarques, aux vastes
+conceptions de l’homme d’état, et aux combinaisons
+multipliées du négociant : la pensée franchit en peu de
+tems des espaces immenses ; et, rapportée avec la même
+vîtesse des extrémités de la terre, elle vient instruire les
+rois au sein de leurs cours, éclairer les ministres dans
+le silence du cabinet, enflammer le génie dans la paix
+de la retraite, et seconder les entreprises hardies que
+dirige, de son comptoir, l’actif et habile spéculateur.</p>
+
+<p>Il n’est plus un seul lieu où l’on ne puisse former et
+entretenir des relations. A peine voyons-nous paraître
+une société, ou s’élever une colonie, que des correspondances
+aussitôt entamées, se répandent avec une
+<span id="pii" class="pagenum">-ii-</span> étonnante rapidité. L’intérêt qui d’abord lie les individus,
+fait naître ensuite des sentimens d’amitié, de
+famille, d’affections et de convenances, dont l’absence
+semble accroître la force et présager la durée.</p>
+
+<p>L’amour de la patrie, si touchant chez tous les êtres,
+nous rend le bienfait des postes encore plus précieux.
+Nous résoudrions-nous à quitter le sol natal et les objets
+si chers que nous y laissons, sans l’espoir si consolant
+d’adoucir, par un commerce réciproque de pensées,
+cet exil commandé par la nécessité.</p>
+
+<p><i>Je sçais</i>, a dit Montaigne, <i>que l’amitié a les bras
+assez longs pour se tenir et se joindre d’un coing de
+monde à l’aultre</i>. C’est aussi par le charme que nous
+inspire ce sentiment, que nous nous livrons à l’illusion
+qui nous rapproche de ceux dont nous sommes séparés
+par des distances incommensurables.</p>
+
+<p>Mais, si l’action des postes, momentanément suspendue
+par l’effet de ces crises politiques qui agitent les
+nations, a suffi pour jeter parfois l’épouvante, de quelle
+stupeur les peuples ne seraient-ils pas frappés si cet
+état se prolongeait, si, enfin, les relations arrêtées tout-à-coup,
+cessaient pour ne plus exister ?</p>
+
+<p>Le renversement d’une institution qui facilite si admirablement
+les moyens de correspondre comme par enchantement,
+ne tarderait pas long-tems à faire disparaître
+toutes les traces de prospérité dont elle est une
+des sources les plus fécondes, et à rompre l’harmonie
+qu’elle établit entre les états et qu’elle entretient entre
+les individus. Le corps social, menacé d’une entière dissolution,
+rentrerait bientôt dans les ténèbres de la barbarie
+commune à l’origine du plus grand nombre des
+nations.</p>
+
+<p><span id="piii" class="pagenum">-iii-</span> Heureusement que cette marche rétrograde de l’esprit
+humain est désormais impossible par l’état actuel de la
+civilisation, et les moyens continuels que les postes
+fournissent de la reproduire et de la répandre. Les
+empires, fatigués des grandes secousses qu’ils ont éprouvées,
+sentent de plus en plus le besoin de consolider les
+institutions bienfaisantes qui assurent leur stabilité, et
+les hommes, celui de se communiquer leurs pensées pour
+s’éclairer et chercher à se rendre réciproquement plus
+heureux.</p>
+
+<p>Ces considérations générales, qui nous démontrent et
+l’utilité des postes dans l’intérêt privé, et leur importance
+dans l’ordre moral et politique, nécessitaient
+néanmoins quelques développemens pour prouver l’influence
+directe que cette institution exerce sur nos besoins,
+nos mœurs et nos affections. C’est ce que nous nous
+sommes proposé dans l’aperçu rapide des faits qui s’y
+rattachent.</p>
+
+<p>Découvrir l’origine des postes dans l’antiquité ; indiquer
+l’époque de leur introduction chez les modernes,
+et particulièrement en France ; exposer les diverses
+modifications qu’elles ont subies chez tous les peuples ;
+enfin, chercher à en rendre la pratique plus utile par
+la connaissance des règles générales auxquelles elles sont
+assujetties : tel est le plan que nous nous sommes tracé.
+Si nous ne l’avons pas embrassé avec un égal succès dans
+toutes ses parties, nous pensons qu’on nous saura du
+moins quelque gré d’en avoir tenté l’exécution, après
+nous être livré à de longues recherches pour donner à
+notre travail l’ordre, la clarté et l’intérêt dont il est
+susceptible.</p>
+
+<p>En conséquence, la division en quatre parties, que
+<span id="piv" class="pagenum">-iv-</span> nous établissons, nous a paru la plus naturelle, et en
+même tems la plus favorable pour soulager la mémoire
+dans une succession de faits dont la multiplicité n’est
+peut-être pas rachetée par tous les charmes de la variété.</p>
+
+<p>La première partie traite de l’origine des postes ; la
+deuxième des postes en France ; la troisième, des postes
+chez tous les peuples ; la quatrième, enfin, de la pratique
+des postes.</p>
+
+<p>Nous nous sommes abstenu de citer minutieusement
+les sources auxquelles nous avons été obligé de recourir
+en composant cet essai ; mais, en le dégageant de tout
+appareil scientifique, nous avons pensé, néanmoins, que
+nous devions indiquer les principales autorités sur lesquelles
+nous nous appuyons, afin que l’authenticité des
+faits que nous rapportons ne pût être rangée au nombre
+de ces assertions vagues et dénuées de vérité qu’enfante
+malheureusement trop souvent l’esprit de système.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+<p><span id="p1" class="pagenum">-1-</span></p>
+
+<p class="c"><span class="xlarge b">DES POSTES</span><br>
+<span class="small">EN GÉNÉRAL,</span><br>
+ET PARTICULIÈREMENT EN FRANCE.</p>
+
+
+
+
+<h2 class="nobreak">PREMIÈRE PARTIE.<br>
+ORIGINE DES POSTES.</h2>
+
+
+<p>Il faut remonter à l’antiquité la plus reculée pour découvrir
+l’origine des postes. Que de recherches inutiles,
+d’expériences insuffisantes, de tentatives infructueuses ont
+dû être employées avant que d’en rendre l’usage général ?
+Il serait difficile d’indiquer, parmi ces premiers
+essais, celui auquel il faudrait accorder la priorité. De
+vaines conjectures ne peuvent ici tenir lieu de la vérité.
+Cependant, au milieu de tant d’incertitudes, nous remarquerons
+les moyens dont on s’est servi primitivement
+pour transmettre la pensée par le langage des signes,
+et quels sont ceux qui l’ont fait triompher des distances.</p>
+
+<p>Les premières familles, en se dispersant, formèrent
+autant de sociétés indépendantes les unes des autres.
+Occupées du soin de leur propre conservation, elles se
+suffirent pendant long-tems, parce que leurs goûts
+simples rendaient leurs besoins extrêmement bornés.
+Partout où les mœurs patriarcales régnèrent dans toute
+leur plénitude, les hommes ne pensèrent pas à établir
+de communications avec les peuplades étrangères. Ce
+n’est donc point chez ces nations pacifiques que nous devons
+<span id="p2" class="pagenum">-2-</span> espérer de trouver les premières traces des postes,
+ou, pour mieux dire, des moyens qui y suppléèrent
+jusqu’à leur organisation régulière. Nous pensons que
+ceux, sans doute très-imparfaits, qui l’ont précédée,
+n’ont pu être imaginés que par les tribus dont le caractère
+belliqueux des sujets servait les projets d’usurpation
+des chefs.</p>
+
+<p>On conçoit qu’il n’était pas besoin pour cela que la
+civilisation eût fait de grands progrès ; car, dès qu’on
+eût commencé à envahir, il fallut chercher à connaître
+tout ce qui pouvait assurer ou compromettre la
+puissance du vainqueur.</p>
+
+<p>L’ambition rendit soupçonneux ; et, de la défiance,
+compagne inséparable de la tyrannie, naquit cette impatiente
+curiosité de tout savoir, soit pour prévenir
+des revers, former de nouveaux projets de conquêtes,
+comprimer des soulèvemens, déjouer les conspirations ;
+soit, enfin, pour consolider une domination à peine
+établie.</p>
+
+<p>Les obstacles disparurent devant la volonté d’un
+maître. Bientôt la pensée se communiqua rapidement et
+fut transmise au loin par des interprètes fidèles. Un état
+continuel de contrainte dut exercer l’imagination active
+des peuples de l’Orient, chez lesquels les postes ont pris
+naissance. De là, ces ruses ingénieuses par lesquelles ils
+cherchaient à s’entendre sans être compris de ceux dont
+ils voulaient mettre la surveillance en défaut. Tout prenait
+pour eux un langage à volonté ; et, changeant sans
+cesse de signes, ils préparaient de loin, par d’heureuses
+tentatives, ces résultats dont on devait apprécier
+plus tard les avantages.</p>
+
+<p>Sous le ciel si pur de l’Asie, les couleurs et les
+fleurs<a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a>, variées à l’infini, ont été sans doute les
+premiers interprètes de la pensée. Attachant à chacune
+une idée, un sentiment, on formait, par la réunion de
+<span id="p3" class="pagenum">-3-</span> ces divers emblêmes, une correspondance oculaire où
+l’ame trouvait un langage énergique comme les passions,
+et multiplié comme elles. <i>La langue épistolaire des Salams<a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a></i>,
+dit Rousseau, <i>transmettait, sans crainte des
+jaloux, les secrets de la galanterie orientale à travers
+les harems<a id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a> les mieux gardés</i>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> Les femmes de l’Orient trouvent dans leurs jardins de quoi exprimer
+toutes leurs passions avec des roses, des soucis, des tulipes au cœur
+brûlé… En effet, les fleurs sont une des analogies avec les caractères ;
+les unes étant gaies, d’autres mélancoliques ; il y en a même qui en
+ont avec les traits du visage : les bluets avec les yeux ; les roses
+avec la bouche ; la rose de Gueldres avec le sein ; la digitale avec
+les doigts, etc… [<i>Harmonies de la Nature.</i>]</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> Une multitude de choses les plus communes, comme une
+orange, du charbon, un ruban dont l’envoi forme un sens connu de
+tous les amans où cette langue est en usage.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_3" href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a> Les muets du grand seigneur s’entendent entr’eux, et entendent
+ce qu’on leur dit par signes, tout aussi bien qu’on pourrait
+l’exprimer par les discours. Chardin dit qu’aux Indes les facteurs se
+prenant la main, et modifiant, leurs attouchemens d’une manière que
+personne ne peut apercevoir, traitent ainsi publiquement, mais en
+secret, toutes leurs affaires, sans avoir proféré un seul mot.</p>
+</div>
+<p>Mais ces moyens, appliqués avec succès à certaines
+localités, ne pouvaient triompher des distances.</p>
+
+<p>Parmi les signaux<a id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a> primitifs employés à la transmission
+au loin d’avis importans, les feux et la fumée
+tenaient le premier rang. Les lieux élevés, où la vue,
+embrassant un horizon immense, ne trouvait point
+d’obstacles, étaient très-favorables à cette manière de
+correspondre. Des branches de bois résineux enflammées
+que des hommes, commis à ce soin et placés
+à des distances convenables, agitaient diversement dans
+l’air ; des feux, dont ils augmentaient ou diminuaient
+la clarté, et dont ils variaient la disposition ; des
+flambeaux et des fanaux entretenus sur des tours<a id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a> très-élevées,
+<span id="p4" class="pagenum">-4-</span> dont la lueur vacillante était modifiée avec
+un art qu’on a si bien perfectionné de nos jours ; la
+fumée qui, s’élevant tantôt comme une vapeur légère,
+se changeait tout-à-coup en un nuage épais, pour se
+dissiper et reparaître sous un autre aspect ; tant d’autres
+moyens, diversifiés à l’infini, ne pouvaient avoir
+qu’une signification extrêmement bornée. La nécessité
+de multiplier les relations entraînait celle de multiplier
+les pensées, ou, pour mieux dire, les signes qui
+en sont l’expression.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_4" href="#FNanchor_4"><span class="label">[4]</span></a> Dans l’antiquité, Hérodote, Homère, Eschyle, Pausanias,
+Jules Africain, Enée le Tacticien, etc. ; et, dans les tems modernes,
+Porta, Kircher, Robert, Hooke, Schot, Guyot, Amontons,
+Linguet, Chappe, etc., ont fait mention de moyens que nos télégraphes
+ont remplacés. L’usage des feux paraît commun même aux
+nations les plus sauvages. César dit que les Gaulois étaient très-experts
+dans l’art de les disposer. Les Grecs modernes l’ont renouvelé
+en établissant encore de nos jours, sur des lieux élevés, de
+ces sortes de signaux, pour s’avertir, en cas de besoin, des dispositions
+de leurs ennemis. D’autres moyens étaient également employés
+dans le but de correspondre. Du tems de nos discordes
+civiles, les moulins dont les ailes se plaçaient dans certaines directions,
+servaient à entretenir des relations très-actives. On profitait,
+dans d’autres circonstances, des avantages qu’offraient les
+localités pour parvenir à ce but. On conçoit jusqu’à quel point on
+pouvait multiplier ces ressources.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_5" href="#FNanchor_5"><span class="label">[5]</span></a> On trouve par escrit, dit Bergier, que la tour du phare, que
+Ptolémée fit construire sur la mer d’Egypte, coûta 800 talens.
+Le Père F. Baugrand, <i>dans son voyage en Syrie, rapporte que
+Sainte-Hélène avoit fait bâtir, sur le bord de la mer, des tours, que
+l’on voit encore, depuis Constantinople jusqu’à Jérusalem, par le
+moyen desquelles, avec un nombre et différentes dispositions de flambeaux
+ardens, elle faisoit savoir ou recevoit des nouvelles, en moins
+de vingt-quatre heures, de ce qui se passoit dans l’une ou l’autre
+de ces deux villes. Ces tours sont presque encore toutes entières : on les
+voit sur le bord de la mer</i>.</p>
+</div>
+<p>La correspondance par le langage articulé remplaça
+cette poste oculaire. Mais une première expérience ne
+devait pas être sans fruit : on avait établi des lieux
+fixes pour les feux, et l’on construisit également des
+édifices très-élevés et disposés convenablement pour
+que la voix<a id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a> d’individus forts et vigoureux, placés
+sur ces points apparens, pût se communiquer facilement
+de l’un à l’autre, en transmettant ainsi réciproquement,
+et avec une promptitude dont on ne peut
+se faire d’idée, les avis qu’ils recevaient.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_6" href="#FNanchor_6"><span class="label">[6]</span></a> <i>Les anciens Gaulois</i>, dit Mezeray, <i>envoyoient leurs commandemens
+par des cris, qui estant receus en un lieu, se portoient en
+l’autre, avec telle disposition et diligence, que ce qui fut sceu à
+Genève à soleil levant, fut sceu en Auvergne à soleil couchant</i>.</p>
+</div>
+<p>On ne tarda pas à sentir les inconvéniens d’une
+correspondance orale, dont le moindre était de faire
+connaître les projets que les gouvernemens ont toujours
+soin de couvrir du mystère le plus impénétrable.
+Il fallait trouver les moyens de rendre l’agent
+lui-même étranger à la correspondance, afin de pouvoir
+s’entendre, à des distances illimitées, aussi secrétement
+qu’un ami peut le faire en parlant à l’oreille
+d’un ami.</p>
+
+<p>C’est alors que s’introduisit l’usage d’envoyer des
+<span id="p5" class="pagenum">-5-</span> messagers pris parmi les personnages les plus importans
+de l’état : ils étaient chargés par les princes de
+porter les ordres aux gouverneurs des provinces, et
+de rendre compte, à leur retour, des opérations dont
+ils surveillaient en même tems l’exécution. L’histoire
+fournit de nombreux exemples à l’appui de cette assertion.
+Homère dit que Bellérophon porta des lettres
+de Prœtus à Jobatès. L’Ecriture Sainte nous apprend
+que David en envoya à Joab ; que Jézabel en fit parvenir
+à Acham ; et que Rapsacès vint près d’Ezéchias,
+de la part de Sennachérib, remplir un semblable
+message.</p>
+
+<p>Ce mode, convenable dans des tems ordinaires,
+devenait insuffisant et même impraticable, lorsque des
+circonstances impérieuses contrariaient l’ordre établi
+dans l’état. Les correspondances devaient être, en ce
+cas, non-seulement plus multipliées, mais recevoir
+encore un nouveau degré d’accélération. Les monarques,
+qui d’ailleurs ne pouvaient se priver des conseils de
+leurs favoris, sentirent la nécessité de les remplacer,
+dans ces fonctions, par des officiers, sous le nom de
+coureurs, dignes aussi de toute leur confiance. L’expérience
+qui avait fait rejeter l’usage de communiquer
+par la voix, conduisit à envoyer des messagers exercés
+aux plus rudes fatigues : ils fournirent d’abord la course
+entière ; et bientôt, établis de station en station, ils
+portaient à la plus voisine et en rapportaient les ordres,
+et par suite les missives, avec une rapidité telle, qu’elles
+parvenaient ainsi du point de départ au point de destination
+comme par enchantement.</p>
+
+<p>Le nombre des coureurs fut très-étendu sous Salomon :
+ils habitaient son palais ; et le lieu qui leur
+était destiné sous ses successeurs, s’appelait salle des
+coureurs.</p>
+
+<p>Les dispositions de plusieurs courriers, placés à des
+distances égales et à des points fixes, indique assez
+une amélioration due à l’expérience. En effet, s’il avait
+paru plus simple d’abord qu’un message fût rempli par
+le même individu, on remarqua que, quelque diligence
+qu’on y eût apportée, ce moyen entraînait non-seulement
+trop de tems, mais nécessitait encore l’expédition
+d’autant de courriers que les circonstances
+exigeaient qu’on renouvelât les ordres.</p>
+
+<p><span id="p6" class="pagenum">-6-</span> La promptitude avec laquelle on correspondait de
+cette manière n’était rien encore comparée à la vitesse
+du vol des oiseaux<a id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a>, qu’on devait employer dans le
+même but.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_7" href="#FNanchor_7"><span class="label">[7]</span></a> Les plus gros, selon Buffon, parcourent plus de 700 toises par
+minute, et peuvent se transporter à 20 lieues dans une heure. On
+sait l’histoire du Faucon de Henri II, qui s’étant emporté après une
+canepetière à Fontainebleau, fut pris le lendemain à Malte, et reconnu
+à l’anneau qu’il portait.</p>
+
+<p>Adanson a vu et tenu à la côte du Sénégal des hirondelles arrivées
+en moins de neuf jours d’Europe.</p>
+</div>
+<p>Un peuple observateur avait dû remarquer les habitudes
+de certains volatiles à revenir aux lieux qui les
+ont vus naître, et où ils laissent leurs petits ; celles des
+hirondelles et des pigeons, qui fourmillent dans l’orient,
+ne purent lui échapper. Parmi ces derniers on distingua
+le pigeon<a id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a> connu depuis sous le nom de pigeon-messager.
+Il était plus fréquemment employé que l’hirondelle<a id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">[9]</a>, dont
+les anciens peignaient le plumage, en donnant à chaque
+couleur une signification particulière. L’oiseau, lâché d’un
+lieu élevé, ne mettait à profit sa liberté que pour remplir
+<span id="p7" class="pagenum">-7-</span> son message, en regagnant avec une vîtesse incroyable
+l’endroit où, retrouvant ses petits, il était reçu
+par les personnes intéressées à veiller l’époque de son
+retour, qui s’effectuait toujours avec une grande régularité.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_8" href="#FNanchor_8"><span class="label">[8]</span></a> Selon Villughby, <span lang="la" xml:lang="la">Columba-Tabellaria</span>, il ressemble beaucoup
+au pigeon turc, tant par son plumage que par ses yeux entourés d’une
+peau nue, et les narines couvertes d’une membrane épaisse. On s’est
+servi de ces pigeons pour porter les nouvelles au loin, ce qui leur a fait
+donner le nom de messager.</p>
+
+<p>Ces pigeons, dit Valmont de Bomare, font leurs nids dans de vieilles
+tours ; ils sont très-timides, et volent avec une rapidité extraordinaire.
+Ils s’attachent aux lieux qui les ont vus naître. Ils est difficile de les
+dépayser en les laissant libres ; ils aiment à retourner dans les contrées
+où ils ont été nourris, élevés et bien traités.</p>
+
+<p>Pietro della Valle rapporte qu’en Perse, le pigeon-messager fait, en
+un jour, plus de chemin qu’un homme de pied n’en peut faire en six.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_9" href="#FNanchor_9"><span class="label">[9]</span></a> Cœcina Volaterranus, chevalier romain et intendant des chariots
+du Cirque, avait coutume de porter à Rome des hirondelles
+prises dans les maisons de ses amis où elles faisaient des nids, et quand
+les chevaux des personnes qui l’intéressaient avaient remporté le prix
+de la course, il peignait les hirondelles de la couleur du parti victorieux,
+et les laissait aller, sachant que chacune retournerait à son
+nid, et que, par ce moyen, ses amis seraient instruits de leur victoire.</p>
+
+<p>Fabius Pictor raconte, dans ses annales, que lorsque les Liguriens
+assiégeaient un fort où était une garnison romaine, on lui apporta une
+hirondelle prise sur ses petits, afin que, lui attachant un fil à la
+patte et faisant à ce fil un certain nombre de nœuds, il pût donner
+à connaître, par ce moyen, aux assiégés, quel jour il leur enverrait
+des secours, pour que ce jour même ils puissent faire une sortie
+sur l’ennemi.</p>
+</div>
+<p>Les pigeons<a id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">[10]</a> servaient au même usage. On les expédiait
+par bandes, en leur attachant, au cou ou sous
+les ailes, la missive qu’ils devaient rendre à sa destination,
+ou un fil dont les nœuds et les contextures
+avaient une signification convenue entre ceux qui correspondaient
+ainsi.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_10" href="#FNanchor_10"><span class="label">[10]</span></a> <i>Au théâtre, à Rome, les maistres de famille avoient</i>, dit Montaigne,
+<i>des pigeons dans leur sein, auxquels ils attachoient des lettres quand ils
+vouloient mander quelque chose à leurs gents au logis ; ils estoient dressés
+à en rapporter les responses. D. Brutus en usa assiégé à Modène, et aultres,
+ailleurs</i>.</p>
+
+<p>Ces faits, renouvelés de nos jours, ont cessé de paraître merveilleux.
+Le prince d’Orange employa ces messagers volans, en 1774 et 1775,
+aux siéges d’Harlem et de Leyde ; et, pour reconnaître les services de
+ces oiseaux, le prince voulut qu’ils fussent nourris aux dépens de
+l’état, dans une volière faite exprès, et que, lorsqu’ils seraient morts,
+on les embaumât pour être gardés à l’hôtel de ville.</p>
+
+<p>En 1803, on établit à Liége une poste aux pigeons : 22 de ces oiseaux
+revinrent de Paris dans cette ville, ayant fait 72 lieues en 4 heures,
+ce qui donne 18 lieues par heure. D’autres furent expédiés de Francfort
+à Liége avec le même succès. Un troisième essai fut fait en même
+tems à Coblentz, pour renvoyer à Liége un grand nombre de ces messagers ;
+deux d’entre eux y arrivèrent en deux heures et demie : ce
+trajet est de 30 lieues.</p>
+
+<p>En juillet, 1824, on lança sur le pont neuf, à Paris, 32 pigeons envoyés
+de Maestricht. L’heure du départ avait été marquée sur une
+plume de leur aile. La même année un convoi de 100 pigeons avait été
+expédié de Liége à Lyon : 40 furent lâchés, de cette dernière ville, à
+6 heures du matin. L’un d’eux était de retour à Liége, le même jour,
+à 11 heures aussi du matin : ainsi, en 5 heures de tems, il avait fait un
+trajet de 125 lieues. Le retour de ce pigeon devait faire gagner un pari
+de cent mille francs à son maître.</p>
+
+<p>Une semblable expérience a eu lieu avec le même succès, en 1825,
+de Liége à Valenciennes, où le maire de cette dernière ville, après
+avoir contre-marqué les pigeons, leur fit donner la volée : ils étaient
+au nombre de 115.</p>
+
+<p>Ce sont ordinairement des sociétés qui font élever des pigeons à cet
+exercice en leur plaçant des marques distinctives à l’aile, afin d’éviter
+toute méprise. On les transporte ordinairement, à dos d’homme, dans des
+hottes. C’est toujours par un acte de notoriété publique, que l’on constate
+leur départ des villes. Ces exemples, qu’il serait facile de multiplier,
+ne laissent pas de doute et sur l’instinct des pigeons et sur la
+rapidité de leur vol.</p>
+</div>
+<p><span id="p8" class="pagenum">-8-</span> Lorsqu’anciennement on évaluait le terme moyen de
+la vitesse de leur vol à dix lieues par heure, c’est qu’on
+avait égard aux lieux qui opposaient plus ou moins d’obstacles.
+Un pays découvert et coupé par des rivières ne
+laissait aucune incertitude à l’oiseau pour le retour,
+tandis que des forêts, un sol inégal, multipliant les
+remarques qu’il était obligé de faire, l’embarrassaient
+lorsqu’il fallait parcourir la même route. Nous croyons
+expliquer par là les raisons du retard qu’éprouvent les
+pigeons expédiés par bandes. Il est rare qu’ils arrivent
+tous en même tems à leur destination, leur instinct ne
+les servant pas tous également. Quoi qu’il en soit, ce
+moyen ne peut rien offrir de régulier, tant à cause des
+fatigues auxquelles l’oiseau succombe quelquefois, que
+des dangers auxquels l’exposent, et la flèche du chasseur
+et les serres des animaux de proie.</p>
+
+<p>Cet usage, qui s’est conservé en Asie<a id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">[11]</a>, n’a pu ni s’y
+répandre, ni même s’y maintenir d’une manière utile à
+la correspondance régulière.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_11" href="#FNanchor_11"><span class="label">[11]</span></a> Prokoke dit que les pigeons d’Alep servent de courriers pour
+Alexandrette et Bagdad : ce fait, qui n’est point une fable, cesse
+d’avoir lieu moins fréquemment, depuis que les voleurs kurdis se sont
+avisés de tuer les pigeons. On prend pour cette espèce de poste des
+couples qui ont des petits, et on les porte à cheval au lieu d’où l’on
+veut qu’ils reviennent, avec l’attention de leur laisser la vue libre.
+Lorsque les nouvelles arrivent, le correspondant attache un billet à
+la patte des pigeons, et il les lâche. L’oiseau, impatient de revoir ses
+petits, part comme l’éclair, et arrive en 10 heures d’Alexandrette et
+en deux jours de Bagdad : le retour est d’autant plus facile qu’il
+peut découvrir Alep à une très-grande distance.</p>
+</div>
+<p>Tels sont sans doute les principaux essais qu’on a dû
+tenter pour s’entendre malgré les distances, se parler
+sans le secours de la voix, et transmettre la pensée sous
+des formes si diversifiées.</p>
+
+<p>Tous les signes conventionnels, qu’on peut considérer
+comme autant de langues particulières, ont précédé, avec
+succès, pour correspondre, l’invention de l’écriture. La
+découverte de cet art a donné naissance aux lettres, aux
+épîtres, aux missives, aux dépêches enfin, qui, selon
+Cicéron, servaient à marquer à la personne à laquelle
+on les adressait, les choses qu’elle ignorait. D’après cette
+définition, on doit regarder comme lettres, les tablettes
+<span id="p9" class="pagenum">-9-</span> ou ais enduites de cire, sur lesquelles on écrivait, avec des
+stylets de fer, de cuivre ou d’os, dont l’un des bouts
+était pointu pour graver les caractères et l’autre plat
+pour les effacer. Ces tablettes, rassemblées et attachées
+ensemble pour former un livre<a id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">[12]</a>, avaient beaucoup de
+ressemblance à un tronc d’arbre scié en plusieurs planches.
+Les lettres que les particuliers s’écrivaient étaient
+sur ces tablettes, qu’on enveloppait de lin, et qu’on cachetait
+ensuite d’une espèce de craie ou cire d’asie. On
+les remplaça par les feuilles de palmier, et, plus tard, par
+l’écorce la plus mince de certains arbres (tels que le
+frêne, le tilleul, le peuplier blanc et l’orme) appelée
+<i lang="la" xml:lang="la">liber</i>, en latin, d’ou vient le mot livre. On se servait,
+pour écrire dessus, de roseaux imbibés d’encre<a id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">[13]</a>,
+<span id="p10" class="pagenum">-10-</span> comme on le pratique encore en Orient. Diverses compositions,
+entre autres la peau préparée et le papyrus,
+précédèrent l’invention du papier en usage aujourd’hui<a id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">[14]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_12" href="#FNanchor_12"><span class="label">[12]</span></a> Quand les anciens avaient des sujets un peu étendus à traiter,
+ils se servaient plus commodément de feuilles ou de peaux cousues les
+unes au bout des autres, qu’on nommait rouleaux ; coutume que les
+Juifs, les Grecs, les Romains, les Perses, et même les Indiens ont
+suivie, et qui a continué quelques siècles après Jésus-Christ. Ces livres
+en rouleaux étaient fixés sur un bâton qu’on nommait <span lang="la" xml:lang="la">umbilicus</span>,
+lequel servait de centre à la colonne ou cylindre. Le côté extérieur
+des feuilles s’appelait frons, les extrémités du bâton se nommaient
+cornes, et étaient ordinairement décorées de petits morceaux d’ivoire,
+d’argent, d’or et même de pierres précieuses. Dans l’origine, on se
+servait de différentes matières pour faire les livres. Les caractères
+furent d’abord tracés sur de la pierre, témoins les tables de la loi
+donnée par Moyse, qui sont le plus ancien livre que l’on connaisse.</p>
+
+<p>La forme actuelle des livres a été inventée par Attale, roi de Pergame.
+On employait des préparations aromatiques pour les préserver
+de toute destruction.</p>
+
+<p>Avant l’invention de l’imprimerie, les livres étaient d’un prix sans
+bornes. Cette découverte a eu lieu vers l’an 1440, à Mayence. On la
+doit à Jean Guttemberg, qui s’associa Faust et Schoëffer. Le premier
+livre imprimé est la cité de Dieu, de Saint-Augustin.</p>
+
+<p>En 1471, Louis XI, désirant avoir dans sa bibliothèque une copie
+du livre du médecin Rasi, emprunta l’original de la faculté de médecine
+de Paris, et donna pour sûreté de ce manuscrit 12 marcs
+d’argent, 20 livres sterlings, l’obligation d’un bourgeois pour la somme
+de cent écus d’or.</p>
+
+<p>On prétend que vingt mille personnes en France, vivaient de la
+vente des livres qu’elles copiaient.</p>
+
+<p>Jean Faust, qui s’établit à Paris en 1470, dédia, à Louis XI, le
+premier livre qu’il y imprima.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_13" href="#FNanchor_13"><span class="label">[13]</span></a> La première encre dont on s’est servi fut tiré d’un poisson nommé
+zibius ; le suc des mûres sauvages le remplaça ; ensuite, la suie ;
+puis, le cinabre, le vert de gris et enfin les compositions actuelles.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_14" href="#FNanchor_14"><span class="label">[14]</span></a> Vers le commencement du VIII.<sup>e</sup> siècle on se servit du papier fait
+de coton, et ce ne fut que 600 ans après qu’on employa les chiffons
+pour sa fabrication.</p>
+</div>
+<p>Si les tribus d’Israël communiquaient entr’elles par
+le moyen des messagers, comme nous l’apprend l’Ecriture ;
+si d’autres nations de l’Asie entretenaient des
+relations en suivant le même usage, nous serions tenté
+de croire que l’origine des postes, telles que nous les
+concevons, remonte très-haut. Des traces de cet utile
+établissement semblent se découvrir plus positivement
+sous le règne d’Assuérus<a id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">[15]</a>, roi des Mèdes, qui fit
+expédier des courriers pour porter l’édit<a id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">[16]</a> de proscription
+des Juifs aux gouverneurs et aux magistrats des cent
+vingt-sept provinces qui s’étendaient depuis l’Inde jusqu’à
+l’Ethiopie. Deux mois après l’expédition des premiers
+courriers, de nouveaux reçurent l’ordre de faire
+une extrême diligence pour prévenir, par de nouvelles
+dispositions dont ils étaient chargés, l’effet des mesures
+qu’Aman avait prises précédemment. Les courriers eurent
+de plus commission expresse, de la part du roi, d’aller
+trouver les Juifs dans toutes les villes et de leur ordonner
+de se rassembler. Les lettres dont ils étaient porteurs,
+envoyées au nom d’Assuérus, étaient scellées de
+son sceau.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_15" href="#FNanchor_15"><span class="label">[15]</span></a> Nom que les Hébreux donnaient à Artaxerxès, grand-oncle
+de Cyrus.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_16" href="#FNanchor_16"><span class="label">[16]</span></a> Il fut traduit dans toutes les langues que parlaient les peuples
+répandus dans tout l’empire. Lysimaque le traduisit à Jérusalem, et
+Doristhée en Egypte.</p>
+</div>
+<p>Le même moyen fut employé par Esther et Mardochée,
+pour inviter les juifs, répandus sur ce vaste état,
+à célébrer le jour solennel de leur délivrance.</p>
+
+<p>Ainsi, nous voyons des courriers expédiés, à diverses
+reprises, sur tous les points d’un grand empire, sans
+pouvoir connaître s’il existait un service régulier de
+poste, et quel pouvait être son mode d’organisation.
+L’incertitude qui nous reste, malgré ces exemples, ne
+peut encore nous en faire attribuer l’établissement à
+<span id="p11" class="pagenum">-11-</span> Assuérus. Le témoignage d’Hérodote, de Xénophon et
+de tous les historiens, ne permet plus de douter que
+Cyrus n’en soit le véritable fondateur.</p>
+
+<p><i>Ce fut</i>, dit Bergier, <i>en l’expédition que Cyrus entreprit
+à l’encontre des Schytes, qu’il établit les postes
+de son royaume, environ 500 ans avant la naissance
+de J.-C. ; afin que les messagers, comme ravis par l’air,
+pussent porter sa volonté aux gouverneurs de ses provinces,
+en cas d’affaires précipitées, et qui ne pussent
+souffrir de délais</i>.</p>
+
+<p>Ce prince, dont les expéditions ont été si mémorables
+et si multipliées, reconnut bientôt que les moyens de
+correspondre, employés avant lui, devenaient insuffisans
+par la nécessité dans laquelle il se trouvait d’entretenir
+de fréquentes relations avec les satrapes ou
+gouverneurs de ses nombreuses provinces.</p>
+
+<p>Des signaux, des ordres transmis par la voix, des
+courriers sans cesse en mouvement, établis de station
+en station, ne remplissant qu’imparfaitement ce but,
+avaient préparé néanmoins l’heureuse révolution qu’il
+devait opérer dans l’art de correspondre.</p>
+
+<p>En perfectionnant les chars<a id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">[17]</a>, auxquels les Phrygiens
+étaient parvenus à atteler deux chevaux, et Erectonius<a id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">[18]</a>
+quatre, Cyrus avait pu apprécier, de nouveau,
+l’agilité et la force de ces animaux ; mais ce n’était
+que dans les courses dont les peuples anciens se montraient
+si admirateurs. Ce prince chercha bientôt à déterminer
+l’espace qu’ils pourraient parcourir, en galopant
+sans fatigue, pendant un certain laps de tems. Il
+expédia, à cet effet, des courriers de sa capitale aux
+confins de son empire, avec ordre de lui rendre au
+retour un compte exact de leur course. La comparaison
+de ces divers rapports paraît l’avoir conduit à une connaissance
+positive de la rapidité de la marche du cheval,
+qui fut jugée égale à celle du vol de l’oiseau ; et, <i>disent
+<span id="p12" class="pagenum">-12-</span> aulcuns que cette vîtesse d’aller vient à la mesure du vol
+des grues</i><a id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">[19]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_17" href="#FNanchor_17"><span class="label">[17]</span></a> Les Gaulois étaient également renommés pour la conduite des
+chars et l’art avec lequel ils dressaient les chevaux, qu’ils arrêtaient
+tout à coup dans les descentes les plus rudes et les pentes les plus
+difficiles.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_18" href="#FNanchor_18"><span class="label">[18]</span></a> Il était fils de Vulcain, et se servait d’un char à cause de la
+difformité de ses jambes qu’il y tenait cachées.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_19" href="#FNanchor_19"><span class="label">[19]</span></a> Montaigne.</p>
+</div>
+<p>Nous n’examinons pas s’il peut exister quelque parité
+entre ces deux vîtesses<a id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor">[20]</a>, et jusqu’à quel point on a
+porté la rigueur de ce calcul ; pour que la durée de
+chaque course, lorsqu’elle était d’une certaine étendue,
+fût toujours, non-seulement égale, mais toujours parcourue
+avec la même promptitude, il fallait connaître,
+par des expériences répétées et par une longue suite
+d’observations, tout ce que la nature opposerait de
+difficultés ou offrirait d’avantages, afin de fixer les distances
+à parcourir par les chevaux, en raison du sol et
+de l’état des routes. C’est en quoi la sagacité de Cyrus
+est remarquable ; car il s’agissait moins ici de se rendre
+en diligence d’un point à un autre, lorsque quelques
+circonstances impérieuses l’exigeraient, que d’assurer en
+tout tems la régularité et la célérité du service par les
+soins et les ménagemens qu’on prendrait des chevaux,
+<span id="p13" class="pagenum">-13-</span> en évitant de les fatiguer par des marches trop prolongées.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_20" href="#FNanchor_20"><span class="label">[20]</span></a> On a vu des chevaux faire 60 lieues en 12 heures et d’une
+seule traite. En 1754, on dit que milord Poscool fit la gageure de se
+rendre de Fontainebleau à Paris en 2 heures : il y a 14 lieues de
+distance. Le roi ordonna à la maréchaussée de lever sur la route les
+obstacles qui pourraient opposer au courrier le moindre inconvénient.
+Milord Poscool ne se servit point de jockey ; il partit de Fontainebleau
+à 7 heures du matin, et arriva à Paris à 8 heures 48 minutes.</p>
+
+<p>Le fameux <span lang="pt" xml:lang="pt">Filho-da-puta</span>, cheval de course anglais, égale presqu’en
+vîtesse celle de Childers, le plus rapide des coursiers connus.
+Ce dernier parcourut une fois, en 7 minutes, l’espace de New-Market
+[4320 toises]. Il n’y a pas long-tems qu’en Russie deux chevaux
+anglais ont remporté le prix de la course sur deux chevaux cosaques.
+L’espace à parcourir sur la route de Moscou était de 70
+werstes. L’étalon anglais arriva le 1.<sup>er</sup> au but, et ne mit, pour y parvenir,
+que 2 heures 8 minutes 4 secondes.</p>
+
+<p>Les chevaux de course anglais embrassent, à chaque élan, une
+étendue de terrain de près de 20 pieds.</p>
+
+<p>Les chevaux de course français franchissent communément 4000
+mètres en 4 minutes 13 secondes. Ils parcourent la circonférence du
+Champ-de-Mars en 2 minutes 30 secondes, et deux fois le même espace
+en 5 minutes 32 secondes, deux cinquièmes. La double circonférence
+est à peu près d’une lieue de poste ; la circonférence intérieure
+de 1026 toises ; ce qui donne, dans les proportions ci-dessus
+41 pieds par seconde, ou par minute 2462 pieds 5 pouces.
+On remarque que les jumens ont toujours la supériorité dans les courses,
+les jockeys qui montent les chevaux ont 300 francs par course. Il en
+coûte 500 francs pour faire dresser les chevaux qu’on y destine.</p>
+</div>
+<p>On ne peut donc méconnaître, dans cette expérience
+mémorable faite par Cyrus, l’idée primitive et fondamentale
+des postes. Il a donc tout l’avantage de cette invention
+qu’on fait remonter à son expédition contre les Scythes.</p>
+
+<p>Ce prince ne s’arrêta pas à cet essai, et il perfectionna
+l’institution des postes, en faisant construire sur
+les grands chemins, à des distances égales, des bâtimens
+sous la dénomination de stations, pour les courriers
+et les chevaux qui y étaient entretenus en nombre
+suffisant, et soignés par des individus qui n’avaient que
+cet unique emploi. <i>De la mer Grecque ou Egée</i>, dit
+Bergier, <i>jusqu’à la ville de Suze, capitale du royaume,
+des Perses, il y avoit pour cent onze gistes ou mansions
+de distances ; de l’une desquelles à l’autre, il y
+avoit une journée de chemin</i>.</p>
+
+<p>Ces édifices étaient tellement vastes, commodes et
+magnifiques, que le prince ne logeait presque jamais
+ailleurs lorsqu’il voyageait avec sa suite. Les courriers
+transportaient de l’un à l’autre, le jour, la nuit et à
+toute heure, les dépêches qui intéressaient le service
+public. Leur exactitude et leur discrétion<a id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor">[21]</a> étaient si
+grandes, qu’on n’eut jamais à se repentir de la confiance
+que de pareilles missions commandent.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_21" href="#FNanchor_21"><span class="label">[21]</span></a> Il faut dire aussi, que, de leur côté, les peuples anciens
+conservaient un respect religieux pour la correspondance. L’histoire
+rapporte que les Athéniens on donnèrent un exemple en laissant
+parvenir les lettres que Philippe écrivait à Olympie. Après
+une grande fermentation dans sa patrie et une guerre civile, Pompée
+eut la générosité et la magnanimité de livrer au feu toutes les lettres
+qui auraient pu entretenir le souvenir d’événemens si funestes. Quand
+on voit les nations modernes les imiter si scrupuleusement, on ne
+sait ce qui surprend le plus, ou de la discrétion des courriers, ou
+de la confiance de ceux qui les rendent dépositaires de leurs secrets,
+en n’opposant à la curiosité que d’aussi faibles obstacles.
+Cette réserve d’un côté, et cet abandon de l’autre, ne nous étonnent
+plus. L’habitude a pu seule nous familiariser avec une semblable
+merveille. Mais l’inviolabilité des lettres, à laquelle les postes doivent
+leur prospérité, est la base inébranlable sur laquelle elles reposent.
+Fondées sur le mystère, maintenues par le respect pour la pensée,
+elles ne sont point au nombre de ces institutions éphémères, dont
+la durée est si fragile : leur existence n’a de bornes que celles
+de la société.</p>
+</div>
+<p><span id="p14" class="pagenum">-14-</span> Il paraît, néanmoins, que, dès le commencement, on
+cachetait les lettres en les fermant avec différens nœuds.
+Cette coutume avait lieu du tems de la guerre de Troie.
+Isaïe dit aux Juifs que ses prophéties seront à leur égard
+comme des lettres cachetées. Ces exemples prouveraient,
+s’il en était besoin, que, dès qu’on écrivit des missives,
+on reconnut l’avantage de pouvoir en laisser ignorer
+le contenu aux agens intermédiaires, chargés de les
+transmettre par les moyens usités dans tous les tems.</p>
+
+<p>On juge par les soins que Cyrus mit à consolider
+cette institution politique, de l’importance qu’il y attachait.
+Ses conquêtes, en étendant les bornes de sa
+puissance, exigeaient qu’il s’occupât de donner toute la
+perfection désirable à cet établissement naissant.</p>
+
+<p>Parmi ses successeurs, Xerxès fut un de ceux qui
+profitèrent le plus de cette découverte. On dit, qu’après
+avoir été défait par Thémistocle, il se sauva au moyen
+des relais, qu’il avait fait préparer au cas que la fortune
+lui devînt contraire.</p>
+
+<p>Les révolutions que les empires de l’Asie éprouvèrent,
+firent disparaître les traces de cette utile institution.
+Nous ne les retrouvons que chez les Romains, auxquels
+rien de ce qui était grand ne pouvait échapper. Ils
+jugèrent que le seul moyen de faire revivre les postes,
+était de tracer des routes, de les paver et de les entretenir
+avec soin ; de construire des chaussées et d’élever
+des ponts. Imitateurs des Grecs, qui, les premiers, ouvrirent
+des grands chemins, et des Carthaginois<a id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor">[22]</a>, qui,
+les premiers, imaginèrent de les paver : ils les surpassèrent
+bientôt dans ces travaux importons.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_22" href="#FNanchor_22"><span class="label">[22]</span></a> Isidore, dit Bergier, <i>nous apprend que les Carthaginois ont
+esté les premiers qui se sont advisez de munir, affermir, et consolider
+les chemins de pierres et cailloux alliez avec sable, et comme
+maçonnez sur la superficie de la terre, ce que nous appelons paver,
+et que c’est à leur imitation que les Romains se sont mis à paver
+les grands chemins quasi partout le monde</i>.</p>
+</div>
+<p>La première route dont il soit fait mention, est la
+voie Appiène, regardée comme le plus bel ouvrage en
+ce genre : deux chariots pouvaient y rouler de front.
+La voie Auréliène fut la seconde. La voie Flaminiène la
+troisième. Puis, l’on vit successivement les voies Domitiène,
+Emiliène, Trajane, etc.</p>
+
+<p><span id="p15" class="pagenum">-15-</span> <i>Soit<a id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor">[23]</a> que l’on porte les yeux à la magnificence
+qui les continuoit</i> (les chemins), <i>du port qui les finissoit,
+aux bastiments des postes et des gistes qui les
+accompagnoient, aux colonnes inscrites qui les mesuroient,
+à la façon qui les affermissoit contre les siècles,
+et les rendoit durables contre les efforts du charroy de
+quinze à seize cents ans ; soit que l’on regarde l’utilité
+publique en la conduite des armées et des armes, au
+charroy des marchandises, à la facilité d’envoyer des
+nouvelles en peu de tems de la ville de Rome jusques
+aux confins de l’empire, et d’en recevoir avec même
+commodité par le moyen des postes établies sur iceux ;
+à la police excellente qui régloit ces postes, à la dignité
+des auteurs des grands chemins, et des commissaires
+établis pour leur entretenement et réparation ; aux
+sommes d’argent sans nombre, et à la multitude des
+hommes qui ont esté employez aux ouvrages d’iceux ;
+certes, on trouvera que l’esprit humain ne conçut et la
+main n’acheva jamais une plus grande œuvre ; de laquelle
+entreprise le seul empire romain estoit capable ;
+et à laquelle il a fait paraître l’extrémité de sa puissance.</i></p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_23" href="#FNanchor_23"><span class="label">[23]</span></a> Bergier, auteur cité.</p>
+</div>
+<p>On s’accorde généralement<a id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor">[24]</a> à dire que c’est sous
+Auguste que les Romains ont connu les postes. L’exemple
+qu’on cite, du tems de la république, du consul Gracchus
+qui, étant en Grèce, pour se rendre d’Amphise
+à Pella, parcourut près de 40 lieues en un jour, n’est
+qu’un fait isolé qui ne peut prouver l’établissement de ce
+service dans une contrée où, au rapport de Socrate
+l’historien, on ne s’occupa pendant long-tems que des
+courses en char, seulement pour les jeux publics.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_24" href="#FNanchor_24"><span class="label">[24]</span></a> Suétone.</p>
+</div>
+<p>Il est des époques tellement remarquables dans l’histoire,
+qu’il ne peut rester d’incertitude, lorsqu’il est
+question de leur attribuer quelques institutions qui
+tendent encore à les illustrer. Les postes étaient dignes
+d’être comptées au nombre de celles qu’on doit au grand
+siècle d’Auguste.</p>
+
+<p>Les principales villes de l’empire communiquaient
+<span id="p16" class="pagenum">-16-</span> déjà avec la capitale par des chemins pavés. Les routes
+commençaient à s’étendre dans les provinces conquises.
+Auguste perfectionna ces entreprises. Il fit aussi percer
+des grands chemins dans les Alpes, et en ordonna une
+infinité d’autres en Espagne. Ce fut à Lyon qu’il fit
+travailler à la distribution des grands chemins dans les
+Gaules. <i>Là où<a id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor">[25]</a> il parle de son passages de la rivière
+de Rhône, vers l’Allemaigne, il veit qu’il estoit indigne
+de l’honneur du peuple romain, qu’il passast son
+armée à navire, il fit dresser un pont, afin qu’il
+passast à pied ferme. Ce fut là qu’il bastit ce pont
+admirable de quoi il déchiffre particulièrement la fabrique ;
+car il ne s’arrête si volontiers en nul endroict
+de ces faicts, qu’à nous représenter la subtilité de ses
+inventions en telles sortes d’ouvrages.</i></p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_25" href="#FNanchor_25"><span class="label">[25]</span></a> Montaigne.</p>
+</div>
+<p>Il divisa aussi les routes en espaces uniformes appelés
+milles, et indiqués sur des colonnes de pierres<a id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor">[26]</a> qui
+portaient le nom de milliaires. On commençait à compter
+de celle connue sous la dénomination de milliaire dorée,
+qu’Auguste fit élever au milieu du marché de Rome,
+près le temple de Saturne. <i>Sa figure est ronde, et si
+grossière</i>, dit Bergier, <i>qu’elle ne touche en pas un
+ordre d’architecture. Elle est assise sur un piédestal
+corinthien ; et porte une boule au-dessus de son chapiteau,
+comme pour représenter le rond de la terre,
+sur laquelle les Romains ont estendu leur seigneurie
+et leur puissance</i>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_26" href="#FNanchor_26"><span class="label">[26]</span></a> Il y avait aussi d’autres pierres plantées de distance en distance
+pour suppléer aux étriers, lesquelles aidaient le cavalier à
+monter à cheval. Jusqu’au règne de Théodose, on ne se servit ni
+d’étriers ni de selle. Cette dernière était remplacée par une simple
+housse. Il fut également défendu en tout tems de se servir de bâton
+pour exciter les chevaux ; le fouet, employé à cet usage, a toujours
+été maintenu. On ne s’est servi d’éperons que très-tard.</p>
+</div>
+<p>Auguste ne négligea donc aucun moyen d’accroître
+la prospérité des postes, soit comme nous l’avons remarqué,
+par les grands chemins qu’il fit faire, les
+bâtimens qu’il y éleva sous la dénomination de stations
+ou positions, origine sans doute du nom qu’elles
+portent ; soit par les mesures qu’il ordonna d’employer
+pour qu’aucune prérogative n’exemptât de fournir des chevaux
+<span id="p17" class="pagenum">-17-</span> pour ce service, appelé course publique ; soit enfin
+par les dépenses considérables dans lesquelles il s’engagea,
+et qui furent à la charge des peuples.</p>
+
+<p><i>Il nous<a id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor">[27]</a> faut parler des moyens que les empereurs
+avaient d’envoyer de Rome leurs lettres si promptement
+jusques aux confins de leur empire, et d’avoir la
+réponse avec pareille promptitude et célérité. Cela se
+faisoit par la voie des postes assises sur les routes militaires,
+si bien réglées et policées, qu’il n’estoit déjà
+besoin au prince souverain de courir avec peine et travail
+par les parties de son empire, pour sçavoir ce qui
+s’y passoit ; veu que, sans partir de la ville de Rome,
+il pouvoit gouverner la terre par ses lettres missives,
+édits, ordonnances et mandements, lesquels n’estoient
+plus tost écrits, qu’ils estoient par la voie des postes,
+portées aussi promptement</i>, que si quelques oiseaux en
+<i>eussent esté les messagers</i>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_27" href="#FNanchor_27"><span class="label">[27]</span></a> Bergier, auteur cité.</p>
+</div>
+<p>Des courriers et ensuite des voitures furent disposées
+sur toutes les grandes routes et à peu de distance l’une
+de l’autre, afin que l’on eût des nouvelles plus promptes
+de ce qui se passait dans les provinces ; et les courriers<a id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor">[28]</a>
+auxquels on confiait les missives étaient
+appelés <i lang="la" xml:lang="la">viatores</i> ou <i lang="la" xml:lang="la">veredarii</i> sous les empereurs d’Occident,
+et, sous les empereurs d’Orient, <i lang="la" xml:lang="la">cursores</i>, mot
+d’où ils tirent leurs noms. Ils ne marchaient jamais
+sans être munis d’un diplôme ou lettre d’évection. Elle
+différait de la missive en ce que celle-ci était scellée et
+pliée de plusieurs façons, et que l’autre n’avait qu’un
+simple pli uniforme<a id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor">[29]</a>. Le sceau<a id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor">[30]</a> qu’Auguste appliquait
+<span id="p18" class="pagenum">-18-</span> sur ses lettres et sur ses actes, fut d’abord un
+sphinx, ensuite la tête d’Alexandre, et, enfin, son
+propre portrait, gravé par Dioscoïde. Ce dernier fut
+celui en usage sous ses successeurs. Il marquait toujours
+sur ses lettres l’heure à laquelle il les écrivait, soit le
+jour, soit la nuit<a id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor">[31]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_28" href="#FNanchor_28"><span class="label">[28]</span></a> Le cheval de poste Veredus.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_29" href="#FNanchor_29"><span class="label">[29]</span></a> <i>Depuis la première institution des postes romaines jusqu’au siècle
+de Constantin, les lettres de poste se donnoient en papier ou parchemin ;
+et on les appeloit <span lang="la" xml:lang="la">diplomata</span>. Et quoique Servius escrive que
+sous ce nom sont comprises toutes les écritures envoyées à quelqu’un :
+c’est ce qu’il appartient proprement à celles qui ne sont pliées qu’en
+double. Quelques-uns assurent que ces lettres estoient semblables aux
+patentes de nos rois, qui n’ont qu’un simple ply, que nous appellons
+reply, et non plusieurs plys</i>, comme les missives que l’on appelle
+lettres closes ou de cachet. [<span class="sc">Bergier.</span>]</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_30" href="#FNanchor_30"><span class="label">[30]</span></a> Sceau doit être pris ici dans une signification différente de
+cachet qui, pour nous, dérive de cacher. Ce cachet que nous
+appliquons sur nos lettres sert à empêcher que le contenu n’en soit
+connu de tout autre individu que celui auquel on l’adresse. Le
+sceau, chez les anciens, dont l’écriture cursive n’était pas aussi
+variée que la nôtre, devenait la marque authentique à laquelle
+on reconnaissait celui qui nous communiquait sa pensée, et non
+la main qui la traçait ; car le nom n’y était pas apposé à la fin,
+comme nous le pratiquons.</p>
+
+<p>L’usage introduit autrefois d’écrire au nom d’une personne absente
+ne peut étonner, puisqu’il ne s’agissait que d’être muni de son
+sceau. On en trouve mille exemples, soit dans Cicéron et d’autres
+auteurs, soit même dans les pères de l’église qui, employant la
+main de leurs amis ou de leurs secrétaires, ne manquaient jamais,
+quand ils voulaient ajouter quelque chose eux-mêmes à leurs lettres,
+de dire : Ceci est de ma main.</p>
+
+<p>Le signe ou sceau était seul reconnu, puisque la loi romaine
+refusait d’accepter un écrit autographe comme pièce de comparaison,
+si le témoignage de personnes présentes à la rédaction n’en
+attestait l’authenticité.</p>
+
+<p>Au reste, cette empreinte ou sceau était d’une telle importance,
+que le fabricateur d’un cachet faux ne pouvait échapper à la punition
+prononcée par la loi Cornélia.</p>
+
+<p>Ainsi, lorsque anciennement on disait : J’ai signé cette lettre, on
+exprimait par là qu’on y avait apposé son sceau. La même expression
+aujourd’hui signifie littéralement qu’on y a mis son nom,
+ce qui lui donne le caractère d’authenticité. Elle est distinguée
+par là d’une autre espèce de lettres appelées anonymes qui, quoique
+cachetées, ne portent pas de signatures.</p>
+
+<p>Chardin dit qu’en Orient on appose seulement son sceau et celui
+des témoins sur les contrats.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_31" href="#FNanchor_31"><span class="label">[31]</span></a> Suétone.</p>
+</div>
+<p>La surveillance des postes romaines était confiée
+aux premiers personnages de l’empire. Aucune personne,
+quel que fût son rang, ne pouvait voyager sans
+être muni d’une permission de se servir des chevaux
+de la course publique. <i>Conformément à cette loi</i>, dit
+Bergier, <i>nous lisons dans l’histoire de Capitolinus
+que Publius Helvius Pertinax, qui fut empereur
+romain sur ses vieux jours, estant pourvu en son âge
+florissoit de la charge de sergent de bandes, qu’ils
+appelloient <span lang="la" xml:lang="la">Præfectum Cohortiis</span>, sous l’empire de
+Titus, fut condamné par le président de Syrie à aller
+<span id="p19" class="pagenum">-19-</span> à pied à Antioche jusqu’à certain lieu où il estoit envoyé
+en qualité de légat, en punition de ce qu’il s’estoit
+servi des chevaux publics, sans avoir de lettres de poste.</i></p>
+
+<p>Les postes établies sur tous les points où s’étendait
+la puissance romaine, malgré les revenus qu’elles rendaient
+aux empereurs, étaient loin de les dédommager
+des frais énormes qu’elles occasionnaient. Tant de sacrifices
+et de précautions, par suite de mesures extraordinaires,
+ne les mirent pas à l’abri d’une destruction,
+totale. Il n’est pas inutile de remarquer que
+toute innovation ou tentative brusque a toujours nui
+à la prospérité des postes, et qu’on ne doit procéder
+qu’avec prudence dans tous les changemens que les
+circonstances permettent d’y introduire. Nous aurons
+occasion plus d’une fois de nous en convaincre.</p>
+
+<p>Lorsque Constantin fit assembler un concile à Rimini,
+il exigea tant de célérité des prélats qu’il y appelait
+des points les plus éloignés, qu’ayant ordonné à cet
+effet de leur procurer tous les moyens de voyager
+avec diligence, la plus grande partie des chevaux succomba
+aux fatigues de ce service.</p>
+
+<p>Le soin que l’on mettait à cette époque à l’entretien
+des routes, explique la promptitude avec laquelle on
+franchissait les plus grandes distances dans les chars
+légers que nos voitures ont remplacés.</p>
+
+<p>Auguste se rendait avec une grande rapidité, par
+le moyen des postes, dans les lieux les plus éloignés
+où il ne pouvait être attendu, afin de connaître par
+lui-même tout ce qui s’y passait. On rapporte qu’il
+faisait alors plus de cent milles par jour<a id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor">[32]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_32" href="#FNanchor_32"><span class="label">[32]</span></a> A peu près 25 lieues.</p>
+</div>
+<p><i>La première fois<a id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor">[33]</a> qu’il sortit de Rome avecques
+charges publiques, il arriva en huit jours à la rivière
+de Rhône, ayant dans son coche, devant lui,
+un secrétaire ou deux qui écrivoient sans cesse, et
+derrière luy, celuy qui portait son épée.</i></p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_33" href="#FNanchor_33"><span class="label">[33]</span></a> Montaigne.</p>
+</div>
+<p>Rufus, envoyé vers Pompée, marcha nuit et jour
+avec la même vitesse, en changeant de chevaux à chaque
+poste. Constantin-le-Grand, retenu prisonnier à Nicomédie,
+se sauva en Angleterre par le moyen de relais,
+<span id="p20" class="pagenum">-20-</span> et s’y fit proclamer empereur. Pour mieux assurer sa
+fuite, il faisait couper les jarrets aux chevaux qu’il
+laissait après lui, afin que ceux qui le poursuivaient
+sur la route ne pussent faire la même diligence. Tibère,
+dans une circonstance pressante, fit, dit-on, 200 milles
+en 24 heures, et ne changea que trois fois de voiture.
+Dioclétien et Maximien, suivant les historiens, parcouraient
+de très-grandes distances avec la même célérité.
+Il serait facile de multiplier les exemples de ce
+genre, qui ne sont remarquables que par l’époque à
+laquelle ils nous reportent.</p>
+
+<p><i>C’est encore ainsi</i>, dit Bergier, <i>que les empereurs se
+faisoient porter le long des fleuves navigables, avec une
+merveilleuse promptitude et célérité. Ce qu’ils exécutoient
+à l’aide de certains vaisseaux faits exprès comme pour
+servir de chevaux de poste sur les eaux. Car les anciens
+avoient deux sortes de vaisseaux pour naviger, tant
+sur la mer que sur les fleuves navigables. Ils appeloient
+les uns <span lang="la" class="rm">onerarias naves</span>,
+qui servoient à porter toutes
+sortes de fardeaux et marchandises ; et les autres
+<span lang="la" class="rm">fugaces
+sive cursorias</span>, et d’un mot grec
+<span class="rm">dromones</span>, comme qui
+diroit des courriers, à cause de la vîtesse de leur course</i>.</p>
+
+<p>Les chevaux n’étaient pas seuls employés, soit pour
+établir des correspondances entre tous les points d’un
+état et les nations entr’elles, soit pour voyager avec plus
+de sûreté, de commodité et même d’agrément.</p>
+
+<p>Les Romains avaient dressé divers animaux à traîner
+leurs chars. Celui de Marc-Antoine était conduit par des
+lions. Héliogabale l’imita, et y substitua des tigres, qu’il
+remplaça par des cerfs et des chiens. L’empereur Firmus
+se servit d’autruches<a id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor">[34]</a> dans le même but. Elles étaient,
+dit-on, d’une grandeur remarquable.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_34" href="#FNanchor_34"><span class="label">[34]</span></a> Les Arabes appellent l’autruche l’oiseau-chameau.</p>
+</div>
+<p>Ces éclaircissemens suffisent pour donner une juste
+idée des moyens employés primitivement pour correspondre,
+et du grand degré de perfection auquel les
+Romains avaient porté l’institution des postes. En les
+élevant au premier rang, ils en avaient assuré la prospérité
+par la considération, et la confiance, sur laquelle
+ils les faisaient reposer, était devenue pour eux le seul
+garant de leur stabilité.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+<p><span id="p21" class="pagenum">-21-</span></p>
+
+<h2 class="nobreak">DEUXIÈME PARTIE.<br>
+DES POSTES EN FRANCE.</h2>
+
+
+<p>La décadence de la puissance romaine fit négliger une
+institution qui ne reparaît qu’en France, sous Charlemagne,
+digne héritier des conquêtes de cette nation
+célèbre. La domination de ce prince, qui s’étendait en
+Allemagne, en Italie et en Espagne, lui rendait l’usage
+des postes d’une grande nécessité ; mais, si elles ne
+paraissent avoir servi d’abord qu’aux affaires publiques,
+les Français, dit Mezeray, les employèrent bientôt à
+satisfaire l’impatience curiosité qui leur était si naturelle.
+César, qui l’avait observée comme un trait distinctif
+de leur caractère, dit encore qu’ils aimaient si fort
+les nouvelles, qu’ils se tenaient sur les grands chemins
+pour arrêter les passans et surtout les étrangers, afin de
+savoir ce qu’il y avait de nouveau hors de leur pays.</p>
+
+<p>On donnait aux courriers le nom de Veredarii, comme
+sous les empereurs Romains. La même considération avait
+été conservée aux officiers commis à la direction de
+cette importante branche administrative, toujours sous
+la surveillance des premiers dignitaires ou des hommes
+les plus recommandables de l’état.</p>
+
+<p>Ce fut encore Charlemagne qui, le premier de nos
+rois, fit travailler aux grands chemins. Il releva
+d’abord les voies militaires romaines ; et, à l’exemple
+d’Auguste, il employa à ce travail, et ses troupes et
+ses sujets.</p>
+
+<p>Louis-le-Débonnaire et quelques-uns de ses successeurs
+rendirent aussi des ordonnances sur cette matière ;
+mais les troubles des X.<sup>e</sup> et XI.<sup>e</sup> siècles firent perdre
+de vue la police des grands chemins. On s’en tint
+à quelques réparations de ponts, de chaussées et de
+cours d’eau, qui pouvaient offrir des obstacles à l’entrée
+des villes.</p>
+
+<p><span id="p22" class="pagenum">-22-</span> Philippe-Auguste s’occupa aussi des grands chemins,
+et fut le premier qui entreprit de paver la capitale. Il
+était très-jeune lorsqu’il fit exécuter ce projet. L’odeur
+des boues qui encombraient les rues de Paris, parvenant
+jusqu’à son palais, le déterminèrent à une opération
+qui joignait l’agrément à la salubrité.</p>
+
+<p>Un financier, nommé Gérard de Boissy, fit à cette
+occasion, une action bien rare, et qui a prouvé l’amour
+qu’il portait à son pays. Ce citoyen, en voyant que son
+roi n’épargnait ni soins, ni dépenses, pour embellir
+Paris, contribua de la moitié de son bien, évaluée
+11,000 marcs d’argent<a id="FNanchor_35" href="#Footnote_35" class="fnanchor">[35]</a>, pour en faire paver les rues.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_35" href="#FNanchor_35"><span class="label">[35]</span></a> Ce qui équivaut à peu près à 559,000 fr.
+de notre monnaie actuelle.</p>
+</div>
+<p>Philippe-Auguste confia l’inspection des routes,
+comme du tems de Charlemagne, à des commissaires-généraux
+appelés Missi : ils ne dépendaient que du Roi.
+Henri II et Henri IV rendirent des édits à ce sujet.
+Henri IV créa, en 1579, un office de grand-voyer,
+auquel il attribua la surintendance des grands chemins.
+Louis XIII supprima cette charge et en fit rentrer les
+attributions dans celles des trésoriers de France. Il en
+reconnut bientôt l’importance, et la rétablit sous la dénomination
+de direction générale des ponts-et-chaussées,
+à laquelle il attacha des inspecteurs et des ingénieurs.
+Cette administration, à quelques modifications près, est
+restée la même depuis cette époque<a id="FNanchor_36" href="#Footnote_36" class="fnanchor">[36]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_36" href="#FNanchor_36"><span class="label">[36]</span></a> Ces courtes observations, quoique interrompant la suite des
+faits, ne nous ont point semblé déplacées ici. Nous aurons encore
+l’occasion de présenter diverses considérations qui se rattachent,
+d’une manière plus ou moins directe, au sujet que nous traitons.
+Nous croyons cette méthode plus convenable : elle a l’avantage de
+réunir des faits, qui n’offriraient pas le même intérêt, isolés et
+classés d’après l’ordre des dates que nous cherchons à suivre, avec
+exactitude, dans cet ouvrage.</p>
+</div>
+<p>Nous n’entrerons pas dans les considérations qui ont
+retardé, pendant si long-tems, l’établissement régulier
+des postes en France ; mais nous arriverons à cette
+heureuse époque après avoir cherché à saisir quelques-unes
+des traces légères qu’elles ont laissées de loin en loin.</p>
+
+<p>Charlemagne, dont le nom est attaché aux entreprises
+les plus remarquables de la monarchie, acquit, en
+fondant l’Université, de nouveaux droits à l’immortalité.
+<span id="p23" class="pagenum">-23-</span> Cette institution, destinée à conserver le germe des
+sciences, ne pouvait se propager qu’à l’aide d’une autre
+non moins importante ; aussi les Postes, qui ne servaient
+qu’aux affaires du Roi, prirent-elles un grand degré
+d’intérêt par la nouvelle direction qu’elles reçurent.
+C’est donc avec raison qu’un des premiers génies du
+siècle<a id="FNanchor_37" href="#Footnote_37" class="fnanchor">[37]</a> a dit que les postes et messageries, perfectionnées
+par Louis XI, furent d’abord établies par
+l’Université de Paris.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_37" href="#FNanchor_37"><span class="label">[37]</span></a> M. le vicomte de Châteaubriand.</p>
+</div>
+<p>Ce fut, en effet, le moyen que le public employa
+pour la correspondance, et le seul même dont il se
+servit, pendant long-tems. Les nombreux élèves, que
+l’Université attirait des provinces pour les former à
+l’étude des belles-lettres, multipliaient de plus en plus
+les relations qu’elle y entretenait, en expédiant, à des
+époques indéterminées à la vérité, pour les principales
+villes de France, des messagers qui marchaient à ses
+frais.</p>
+
+<p>C’est ainsi qu’à son exemple, sous le titre de messagers-royaux,
+des courriers portèrent, plus tard, les
+dépêches, des principaux fonctionnaires de l’état, relatives
+au service du Roi, dont les grands courriers
+du royaume ne pouvaient être chargés.</p>
+
+<p>Quoique les communications ne fussent pas encore
+très-fréquentes entre les particuliers, parmi lesquels
+l’écriture était fort peu répandue et dont les liaisons
+d’intérêt ou de famille, avec les diverses provinces,
+ne devaient pas être multipliées, on profita des facilités
+qui se présentaient de les entretenir ou de les étendre.
+Les messagers durent les favoriser de tout leur pouvoir
+par les avantages qu’ils en retiraient.</p>
+
+<p>Mais combien cette ressource était insuffisante. D’abord
+il fallait connaître l’époque de leur passage, toujours
+indéterminée ; borner ensuite sa correspondance aux
+lieux seuls qu’ils fréquentaient ; enfin, compter sur les
+lenteurs incalculables qu’entraînait ce mode de relations.
+Ainsi, pour une lettre qu’on écrit aujourd’hui et dont
+on reçoit une réponse en quatre jours, on mettait alors
+plus de deux mois. Que de raisons, d’un autre côté,
+<span id="p24" class="pagenum">-24-</span> s’opposaient à ce que ces divers services eussent un
+mouvement régulier, et à ce qu’ils prissent un accroissement
+rapide. La France était divisée en petites souverainetés
+dont les princes, souvent en opposition d’intérêt,
+ne devaient multiplier les communications entr’elles que
+lorsque leur sûreté le commandait. Il y avait, en général,
+peu de grandes routes dans toute l’étendue du royaume,
+et la plupart encore mal entretenues. Les guerres civiles,
+les invasions retenaient les citoyens dans les villes : les
+relations commerciales étaient sans activité ; elles se
+bornaient, le plus ordinairement, aux localités : un
+voyage d’une province à une autre présentait tant de
+difficultés, qu’il fallait des circonstances impérieuses pour
+le réaliser. On remonterait très-loin dans les siècles
+passés pour voir combien ces déplacemens offraient
+d’obstacles. Les historiens rapportent qu’on faisait des
+vœux avant de les entreprendre, et qu’on prenait les
+mêmes dispositions que pour les voyages d’outre-mer.</p>
+
+<p>Il est donc incontestable que l’Université avait acquis
+le droit exclusif de transporter les lettres des particuliers ;
+et qu’un service, établi primitivement dans
+ses intérêts privés et indépendant de celui de l’état,
+devint, presqu’en même tems, aussi avantageux pour
+la société.</p>
+
+<p>Voilà, du moins le pensons-nous, les seuls élémens
+de correspondance que présente une suite de plusieurs
+siècles. On se contentait d’un mode que l’instruction
+bornée de ces tems-là ne forçait pas à perfectionner ;
+mais la découverte de l’imprimerie et les lumières que
+l’université avait répandues peu à peu, en firent connaître
+l’insuffisance.</p>
+
+<p>Nos rois, en maintenant les postes dans l’état où
+Charlemagne les avait laissées, les négligeaient ou les
+rétablissaient sur le même pied, selon que les circonstances
+l’exigeaient ; mais ils conservaient toujours,
+près de leur personne, un grand maître des postes,
+titre qu’on voit reproduit sous tous les règnes, entr’autres
+sous celui de Louis VI.</p>
+
+<p>Cependant, tout incomplets que sont ces documens,
+ils nous prouvent non-seulement l’utilité des postes à
+toutes les époques, mais encore l’importance qu’on y
+attachait, en les entourant d’une grande considération.</p>
+
+<p><span id="p25" class="pagenum">-25-</span> Louis XI est regardé, à juste titre, comme le fondateur
+des postes en France<a id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor">[38]</a> : l’histoire est là pour
+appuyer un fait de cette importance. Quant à la cause
+qui y donna lieu, il serait difficile de se rendre au
+témoignage de quelques auteurs qui prétendent l’attribuer
+à la sollicitude paternelle. Louis XI, disent-ils,
+inquiet de la maladie grave du Dauphin, duquel il
+était éloigné, établit les postes afin de connaître,
+presqu’à chaque instant, l’espoir ou la crainte que son
+état pouvait inspirer. Cette assertion est d’un bien faible
+poids, lorsqu’il s’agit d’un prince de ce caractère. Habitué
+à la dissimulation, Louis XI fit naître ce
+bruit ou l’accrédita, afin de détourner l’attention du
+but qu’il se proposait. Ce ne serait pas la première
+fois que le prétexte le plus respectable eût servi à
+déguiser la vérité.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_38" href="#FNanchor_38"><span class="label">[38]</span></a> Les postes, disent MM. Saur et Saint-Geniès, dans leur ouvrage
+sur les aventures de Faust et sa descente aux enfers, la
+machine pneumatique, d’autres inventions non moins importantes
+et dont la première idée appartient à Faust, attestent la fécondité
+inépuisable de son imagination : il a surtout consacré son nom à
+l’immortalité par la découverte de l’imprimerie. Les mêmes auteurs
+prétendent qu’un jeune Suisse, à qui il avait communiqué ses idées
+sur les moyens de rétablir en France les postes telles qu’elles étaient
+du tems des Romains, en fit part à Louis XI, qui les suivit et l’en
+récompensa. Ils ajoutent que Faust, dans l’entretien qu’il eut avec
+le monarque, auquel il fut présenté comme inventeur de l’imprimerie,
+n’était pas moins frappé de la supériorité de son esprit,
+de l’étendue de ses connaissances, que touché de son langage doux,
+caressant et presque flatteur. Louis XI, en instituant les postes,
+dut s’entourer de tous les moyens propres à faire réussir son entreprise ;
+et, parmi les nombreux projets qui sans doute lui furent
+soumis, il est possible que celui de Faust ait eu l’avantage d’être
+préféré.</p>
+
+<p>Nous ne doutons point que les auteurs cités n’aient eu de fortes
+raisons pour adopter ce sentiment, et pour attribuer également
+à Faust des faits que les biographes modernes regardent comme
+devant concerner deux individus, Faust et Fust.</p>
+</div>
+<p>La vie agitée de ce monarque ; ses démêlés avec
+les grands vassaux de la couronne, et particulièrement
+avec le duc de Bourgogne ; ses intrigues dans les
+principales cours de l’Europe ; tout explique assez le
+besoin qu’il avait d’un moyen qui pût satisfaire à la
+fois, et son esprit ombrageux et rusé, et ses vues
+ambitieuses et perfides.</p>
+
+<p><span id="p26" class="pagenum">-26-</span> Mais écoutons les historiens sur l’origine de cette
+institution. <i>Le Roi</i>, dit Commines<a id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor">[39]</a>, <i>qui avoit jà ordonné
+postes en ce royaume, et par n’y en avoit
+jamais eu, fut bientôt adverty de cette déconfiture du
+duc de Bourgogne, et à chaque heure en attendoit des
+nouvelles, pour les advertissements qu’il avoit eu par
+avant de l’arrivée des Allemands, et de toute autre
+choses qui en dépendoient ; et y avait beaucoup de
+gens qui avoient les oreilles bien ouvertes pour les ouïr
+le premier et les luy aller dire ; car il donnoit volontiers
+quelque chose à celuy qui le premier luy apportoit
+quelques grandes nouvelles, sans oublier les messagers ;
+et si prenoit plaisir à en parler, avant qu’elles
+fussent venues, disant : je donneray à celui qui m’apportera
+des nouvelles. M. Dubouchage et moy eusmes
+(estant ensemble) le premier message de la bataille
+de Morat, et ensemble le dismes au Roy, lequel nous
+donna à chacun 200 marcs d’argent. Monseigneur du
+Lude, qui couchoit hors du plessis, sceut le premier
+l’arrivée du chevaucheur qui apporta les lettres de cette
+bataille de Nancy, dont j’ai parlé ; il demanda au
+chevaucheur qui apporta les lettres, qui ne lui osa
+refuser, pourquoi il estoit en grande autorité avec le
+Roy. Ledit seigneur du Lude vint fort matin (il estoit
+à grande peine jour) heurter à l’huis plus prochain du
+Roy : on lui ouvrit ; il bailla les dites lettres qu’envoyoit
+monseigneur de Craon et autres ; mais aucuns disoient
+qu’on l’avait veu fuir, et qu’ils s’estoit sauvé.</i></p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_39" href="#FNanchor_39"><span class="label">[39]</span></a> Dans ses Mémoires.</p>
+</div>
+<p>Varillas<a id="FNanchor_40" href="#Footnote_40" class="fnanchor">[40]</a> ajoute : <i>Les intrigues du duc de Bretagne
+n’auraient pu être découvertes à point nommé, si
+Louis XI ne se fut avisé d’une invention qui dure encore,
+tant elle a été trouvée convenable à la commodité
+du public. Comme il changeoit souvent les ordres qu’il
+avoit donnés, et qu’il prétendoit qu’on les exécutât avec
+une extrême promptitude, il se trouvoit sujet à des
+inconvéniens où ses prédécesseurs n’avoient point été
+exposés. Il n’avoit point un assez grand nombre de
+courriers, et ses courriers ne faisoient point assez de
+<span id="p27" class="pagenum">-27-</span> diligence, et ils ne trouvoient point à propos les hôtelleries
+et les choses propres à leur rafraîchissement. On
+n’y pouvoit remédier par les voies ordinaires sans qu’il
+en coûtât beaucoup ; et Louis entreprenait tant d’affaires
+en même tems, que, s’il n’eût ménagé sa bourse,
+elle n’aurait pas suffi pour toutes. Il lui vint en pensée
+d’établir des postes dans son royaume, et les règlements
+qu’il fit là-dessus les garantirent à l’avenir de la meilleure
+partie des frais qu’il faisait auparavant, et lui
+attirèrent de plus un avantage qu’il n’avait pas prévu,
+et qui consistait à ce que ses intriques s’acheminoient
+avec plus de secret.</i></p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_40" href="#FNanchor_40"><span class="label">[40]</span></a> Histoire de Louis XI.</p>
+</div>
+<p><i>Son activité</i>, dit Lenguet<a id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor">[41]</a>, <i>alloit au-delà de
+tout ce qu’on peut dire : on voit par ses lettres écrites
+de presque tous les endroits du royaume, qu’il doit
+en avoir fait le tour deux ou trois fois. Il vouloit,
+avance encore le même auteur, tout connoître par lui-même,
+et il exigeoit souvent que les particuliers lui
+écrivissent ; c’est le moyen qu’il avoit trouvé pour éviter
+les tromperies que lui auroient pu faire ses ministres.
+Malgré ses précautions, il ne laissoit pas d’être quelque
+fois trompé</i>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_41" href="#FNanchor_41"><span class="label">[41]</span></a> Préface des Mémoires de Commines.</p>
+</div>
+<p><i>Il employa</i>, suivant Varillas<a id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor">[42]</a>, <i>la plupart des
+quatre millions sept cent mille livres qu’il exigeoit
+tous les ans de ses sujets, à acheter des espions et
+des créatures dans les états voisins du sien, et dans
+les cours de ses principaux feudataires</i>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_42" href="#FNanchor_42"><span class="label">[42]</span></a> Histoire citée.</p>
+</div>
+<p><i>Le duc de Lorraine</i>, dit Hainaut<a id="FNanchor_43" href="#Footnote_43" class="fnanchor">[43]</a>, <i>accompagné
+des Suisses, vint au secours de la place (Nancy), le
+5 janvier, attaque et défait le duc Charles qui y perdit
+la vie, ayant été trahi par Campobosso, Napolitain.
+Il ne laissa d’autre héritier que Marie, sa
+fille unique. En lui finit la deuxième maison de Bourgogne,
+qui avoit duré cent vingt ans sous quatre
+princes. Le roi Louis XI qui, le premier, avoit établi
+l’usage des postes, jusqu’alors inconnu en France, est
+bientôt informé de cet événement, et en profite pour
+<span id="p28" class="pagenum">-28-</span> reprendre plusieurs villes en Picardie, en Artois et en
+Bourgogne</i>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_43" href="#FNanchor_43"><span class="label">[43]</span></a> Histoire chronologique de France.</p>
+</div>
+<p>Ainsi que dans l’antiquité, la guerre, fruit si funeste
+de l’ambition de quelques souverains, devint la cause
+d’une institution tellement utile aux peuples, qu’ils
+n’ont pas cessé depuis de la faire tourner au profit de
+la société.</p>
+
+<p>Pour perpétuer le souvenir d’un événement si remarquable,
+on frappa une médaille destinée à le rappeler<a id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor">[44]</a>.
+Nous voyons, dans Mezeray, qu’elle était
+en bronze. Cet établissement de la poste <i lang="la" xml:lang="la">Decursio</i><a id="FNanchor_45" href="#Footnote_45" class="fnanchor">[45]</a>,
+dit-il, <i>est désigné par deux courriers bien montés
+(dont l’un porte une malle en croupe) avec cette legende :
+<span class="rm" lang="la" xml:lang="la">qui pedibus volucres ante irent cursibus auras</span>,
+afin que, pour ainsi dire, ils passent les oiseaux et les
+vents à la course</i>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_44" href="#FNanchor_44"><span class="label">[44]</span></a> Ce n’est pas la seule fois qu’on ait consacré des médailles à
+rappeler des événemens remarquables dans les postes. Nous voyons
+entr’autres exemples, dans une histoire d’Ecosse, que lorsque
+Wallace combattait pour conserver ses anciens souverains à son pays,
+Bruce ayant reçu de lui un avis important apporté par un messager
+fidèle, donna à l’envoyé une médaille où l’on voyait une colombe
+avec cette légende, <i>fidèle comme ce premier messager</i>, faisant allusion
+à la colombe envoyée par Noë hors de l’arche.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_45" href="#FNanchor_45"><span class="label">[45]</span></a> Au bas de l’exergue.</p>
+</div>
+<p>Louis XI rendit cette institution authentique par
+son édit en date du 19 juin 1464<a id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor">[46]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_46" href="#FNanchor_46"><span class="label">[46]</span></a> Nous le rapportons <a href="#edit">à la fin de cet essai</a>.</p>
+</div>
+<p>C’est dans cette pièce importante que nous trouvons
+la preuve évidente que les postes ont été établies pour
+servir à la politique de Louis XI, et que leur usage,
+étendu presqu’en même tems aux besoins de la société,
+n’en étant que la conséquence, n’a pas eu pour but d’accroître
+les revenus de l’état en imposant la pensée,
+comme on semble le croire dans ce siècle calculateur.</p>
+
+<p>Ce prince était si loin d’en considérer la création
+comme une ressource que, pour la consolider, il se
+vit dans l’impérieuse nécessité d’augmenter les charges
+qui pesaient sur ses peuples, et d’accorder des <i>gages</i>
+et de grands priviléges aux maîtres de poste auxquels
+il confiait ce service.</p>
+
+<p>Il paraît que son édit fut mis de suite à exécution,
+<span id="p29" class="pagenum">-29-</span> puisqu’on comptait déjà jusqu’à deux cent trente courriers
+à ses gages qui portaient ses ordres sur tous les
+points du royaume, ainsi que les lettres des particuliers,
+quoiqu’il n’en fut pas fait mention lors de la création
+des postes.</p>
+
+<p>Ces messagers couraient à cheval et changeaient de
+chevaux à chaque relais, à l’instar des anciens, qui employaient
+aussi des courriers à pied comme nous le pratiquons<a id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor">[47]</a>.
+Ces derniers étaient appelés hémérodromes
+par les Grecs, c’est-à-dire, courriers de jour.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_47" href="#FNanchor_47"><span class="label">[47]</span></a> En France, partout où il n’y a pas de bureau de poste, il se
+trouve des courriers sous diverses dénominations ; les uns desservent
+les communes dépendantes de chaque bureau de poste, les autres
+sont employés à la correspondance réciproque des préfets et des
+maires. Ces messagers font régulièrement deux courses par semaine
+dans leurs arrondissemens respectifs. On peut évaluer le nombre de
+lieues qu’ils parcourent ainsi pendant la durée de l’année à plus de
+2500 ; ce qui équivaut à une marche moyenne de 7 lieues par jour.
+Il est à remarquer que ces individus résistent long-tems à un exercice
+aussi soutenu, qui n’est interrompu ni par les obstacles qu’opposent
+les localités, ni par l’intempérie des saisons.</p>
+
+<p>On pourrait citer beaucoup d’exemples de courses extraordinaires.
+Il est même certaines provinces du royaume dont les habitans se distinguent
+par leur agilité à la marche.</p>
+
+<p>La mode des coureurs était très en usage autrefois, surtout à Paris.
+Ils précédaient ordinairement les coursiers de la voiture des personnes
+de distinction. On a renoncé à ce luxe dangereux, en employant
+à leur place des postillons à cheval.</p>
+
+<p>Les coureurs, chez les anciens, faisaient 20, à 30 lieues par jour,
+et même 40 dans le cirque pour remporter les prix. On lit dans
+Pline, qu’Autiste et Félonide, coureurs d’Alexandre, parcoururent
+un espace de 1200 stades, à peu près 44 lieues, en 24 heures. Il
+ajoute qu’un jeune homme, nommé Mathias-Athas, fit 75 milles,
+25 lieues, de midi jusqu’à la nuit. Plutarque dit qu’un certain Anchide
+fit 1000 stades, 37 lieues de 2000 toises, en un jour.</p>
+
+<p>On a vu, de nos jours, des courses aussi remarquables. En 1767,
+un coureur de la duchesse de Weymar fit 76 lieues en 24 heures, et
+ne se reposa que le tems nécessaire à la réponse des dépêches dont il
+était porteur.</p>
+
+<p>M.<sup>r</sup> Cochrane, capitaine de la marine anglaise, exécute une entreprise
+des plus périlleuses et des plus étonnantes, celle de traverser à
+pied toute l’Asie. Il se propose ensuite de parcourir ainsi l’Amérique.</p>
+
+<p>Un anglais, nommé Aberthemy, vient de faire tout récemment
+à pied, malgré un tems constamment mauvais, 560 milles en 8 jours,
+ce qui fait 37 lieues par jour.</p>
+
+<p>Il existe en Irlande un homme âgé de 142 ans qui, après avoir
+voyagé dans toutes les parties du monde, a continué de s’exercer à
+faire de longues marches en parcourant régulièrement chaque jour un
+espace de 10 lieues.</p>
+
+<p>Un autre individu, nommé Wert, a parcouru, en 4 jours et 4
+heures, pour un pari de 7200 fr., 320 milles, environ 150 lieues de
+France.</p>
+
+<p>Le coureur Charles Quize vient de faire, en 7 quarts d’heure, le
+trajet de Bruxelles à Volvurde, sans paraître fatigué ni même échauffé.
+Il est maigre et de petite stature. Sa manière accoutumée de courir
+est de tenir d’une main un mouchoir dont un des coins est dans ses
+dents, et de l’autre il agite sans cesse un petit fouet.</p>
+
+<p>Le nommé Rumel, âgé de 16 ans, est remarquable par sa force et
+son agilité. Il a fait à pied le chemin de Francfort à Hanau et retour,
+qui est de 8 lieues, en 2 heures 15 minutes : des cavaliers qui le
+suivaient ne purent faire la même diligence et restèrent en arrière.</p>
+
+<p>M.<sup>r</sup> Danwers paria dernièrement 5000 fr. de se rendre de Chettenham
+à Bayswaters, 94 milles, en 22 heures. Il mit 10 minutes de
+moins que le tems convenu, et fit sa course avec des souliers très-épais.</p>
+
+<p>Aux courses de Montrose, qui ont eu lieu il y a peu de tems, après
+que les chevaux eurent fourni leurs courses, il se présenta deux coureurs
+à pied, l’un appartenant à lord Kennedey, et l’autre au major
+Hay. L’espace à parcourir était d’un demi-mille. Le premier atteignit
+le but en 2 minutes 5 secondes ; l’autre en une minute de plus.
+Un montagnard écossais, dans le costume de son pays, et quoique
+revêtu de ses armes et de tout son équipage, arriva au terme de la
+course en même tems que le vainqueur.</p>
+
+<p>Nous bornerons là ces exemples, qu’il serait facile de multiplier.</p>
+</div>
+<p><span id="p30" class="pagenum">-30-</span> Louis XI, disent les historiens, fit payer bien chèrement
+le bienfait des postes, en augmentant considérablement
+les tailles.</p>
+
+<p>La dépense était le moindre des obstacles<a id="FNanchor_48" href="#Footnote_48" class="fnanchor">[48]</a> à surmonter
+dans une entreprise de cette nature ; mais on prévoit
+tout ce que pouvait la volonté ferme d’un monarque
+qui avait <i>mis tous les rois hors de page</i>, et <i>dont tout
+le conseil</i>, suivant Commines, <i>était dans sa tête</i>. Le
+code qu’on lui doit sur l’institution des postes, montre
+assez combien cette vaste conception avait été l’objet de
+ses profondes méditations, par l’éclat dont elles brillèrent
+dès leur origine.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_48" href="#FNanchor_48"><span class="label">[48]</span></a> Delandine rapporte qu’un prédicateur, nommé Maillard, ayant
+avancé quelque chose de choquant contre Louis XI, ce monarque lui
+fit dire qu’il le ferait jeter dans la rivière. Le roi est le maître,
+reprit-il, mais dites-lui que je serai plutôt en paradis par eau, qu’il
+n’y arrivera par ses chevaux de poste.</p>
+</div>
+<p>C’est de cette époque, ainsi que le porte l’édit déjà
+cité, que date la création de la charge de conseiller, grand-maître
+des coureurs du Roi. Elle fut donnée à l’un des
+<span id="p31" class="pagenum">-31-</span> conseillers de la cour. Il se tenait près de la personne
+du monarque, comme investi de toute sa confiance. Les
+officiers qui dépendaient de lui, étaient appelés chevaucheurs
+de l’écurie du Roi : leur emploi était de surveiller
+ce service naissant. Des agens, sous le titre de maîtres
+coureurs, furent établis de traite en traite sur les grandes
+routes, désignées par les édits. Ils conduisaient, ou faisaient
+conduire par leurs chevaux et leurs postillons, les
+voyageurs et les dépêches du roi.</p>
+
+<p>La distance d’une traite à l’autre, dénomination remplacée
+plus tard par celle de relais ou poste, était de
+quatre lieues ou environ, suivant les localités. Le prix de
+chaque cheval<a id="FNanchor_49" href="#Footnote_49" class="fnanchor">[49]</a>, fourni et entretenu par le maître de la
+traite, ne s’élevait qu’à 10 sous, y compris le guide.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_49" href="#FNanchor_49"><span class="label">[49]</span></a> Le nombre en était fixé ; mais il ne pouvait pas être moindre de
+quatre.</p>
+</div>
+<p>Les maîtres coureurs et les autres agens des postes
+jouissaient de priviléges, dont nous parlerons plus tard.</p>
+
+<p>Louis XI, pour donner à cette organisation plus
+de force et de régularité, créa, en 1479, une charge
+de contrôleur des chevaucheurs, cette mesure était devenue
+nécessaire par les abus qui s’introduisaient dans
+ce service, et auxquels les chevaucheurs du Roi n’avaient
+pu remédier autant par négligence que par
+ignorance de leurs attributions.</p>
+
+<p>L’intermédiaire d’un agent spécial fut déjà reconnue
+indispensable entre l’administration supérieure et les
+nombreux emplois qui en complétaient le système :
+on l’a maintenue comme la seule mesure conservatrice
+de toute bonne institution.</p>
+
+<p>On s’occupa, pendant tout le règne de Louis XI,
+des moyens propres à régulariser un établissement qui
+prospérait au-delà des espérances de son fondateur.</p>
+
+<p>Les bases en étaient jetées, il ne s’agissait plus que
+de les modifier suivant les tems, les besoins et les
+lieux.</p>
+
+<p>Charles VIII consolida l’ouvrage de son père. La
+correspondance paraissait déjà si bien établie, que les
+lettres mêmes de l’étranger parvenaient par la voie des
+Postes. Il est vrai de dire que l’édit autorisait le Pape
+<span id="p32" class="pagenum">-32-</span> et les princes avec lesquels Louis XI était en bonne
+intelligence d’expédier des courriers, à la condition de
+se servir des chevaux de la poste. Mais, dans la crainte
+que quelques lettres ne continssent des principes
+contraires à la pragmatique sanction, que Charles
+VIII soutenait de tout son pouvoir, il fut défendu
+aux courriers, pendant quelque tems, sous peine de
+la hart, de se charger des missives que les particuliers
+leur confiaient sans doute, puisque les postes n’avaient
+été créées originairement que pour le service d’un Roi qui
+n’avait pas cru que l’état de la société en réclamât
+en même tems les avantages.</p>
+
+<p>Depuis cette époque et pendant près d’un demi-siècle
+les postes n’offrent rien de remarquable. Louis
+XII, François I.<sup>er</sup>, Henri II et François II les maintinrent
+telles que Louis XI les avait créées.</p>
+
+<p>L’agitation qui se manifesta sous ces derniers
+règnes, fut un obstacle à l’introduction de toute mesure
+utile ; car nous ne considérerons pas comme
+améliorations quelques arrêts rendus en faveur des
+maîtres de poste, auxquels on contestait des droits si
+bien établis.</p>
+
+<p>Charles IX, dès 1563, remit en vigueur l’édit de
+Louis XI, et défendit surtout de fournir des chevaux
+pour les routes de traverse. Les peines<a id="FNanchor_50" href="#Footnote_50" class="fnanchor">[50]</a> les plus
+graves étaient portées contre les agens des postes qui
+changeraient les directions des dépêches, lesquelles ne
+pourraient être transportées que sur les routes où les
+postes étaient en activité.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_50" href="#FNanchor_50"><span class="label">[50]</span></a> Entr’autres une amende de 100 livres tournois et la dépossession
+des charges.</p>
+</div>
+<p>On sentait que, pour conserver à ce service toute
+sa prééminence et sa sécurité, il fallait repousser,
+dès leur naissance, les mesures arbitraires introduites
+sans doute par un zèle très-louable, mais que l’expérience
+n’éclairait pas encore.</p>
+
+<p>Les noms des conseillers grands-maîtres des courriers
+de France et des contrôleurs généraux, depuis Robert
+Paon, qui le premier porta ce titre, jusqu’à Jean
+Dumas, qui remplit cette charge en 1565, ont échappé
+à nos recherches. Ces deux emplois, d’abord distincts,
+<span id="p33" class="pagenum">-33-</span> ne tardèrent pas à être réunis en un seul. La dénomination
+de contrôleur général des Postes, qui prévalut,
+varia bientôt après comme nous aurons occasion
+de le remarquer.</p>
+
+<p>La juridiction des contrôleurs généraux, quoique bien
+établie par les édits, devenait l’objet de contestations
+sans cesse renaissantes : le Roi rendit divers arrêts à
+ce sujet, qui tous maintenaient l’indépendance des postes,
+dont les contrôleurs généraux plaidaient la cause
+avec autant de force que de succès.</p>
+
+<p>Les routes sur lesquelles les postes n’étaient pas établies
+se trouvant privées des avantages de correspondre avec
+régularité, il fut décidé, en 1576, qu’on emploierait des
+messagers-royaux, à l’instar de ceux de l’université.
+Le nombre en fut successivement étendu à toutes les
+villes où il y avait un parlement. Ils faisaient le service
+des dépêches dont les entrepreneurs des routes
+d’embranchement sont chargés aujourd’hui.</p>
+
+<p>Hugues Dumas, qui succéda en 1585, à son frère,
+est confirmé dans les mêmes prérogatives par Henri
+III. Il fut remplacé, en 1595, par Guillaume Fouquet<a id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor">[51]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_51" href="#FNanchor_51"><span class="label">[51]</span></a> Sieur de la Varenne, commissaire ordinaire des guerres et
+capitaine de la ville et du château de la Flèche.</p>
+</div>
+<p>Henri IV, toujours guidé par l’amour du bien public,
+ordonna, en 1597, l’établissement des chevaux de
+louage de traite en traite sur les grands chemins, traverses
+et bords de rivières, comme un nouveau moyen
+d’adoucissement à la misère de son peuple. <i>Considérant</i>,
+disait-il, <i>la pauvreté et nécessité à laquelle tous nos
+sujets sont réduits à l’accroissement des troubles passés,
+que la plupart d’iceux sont destituez de chevaux, non-seulement
+pour le labourage, mais aussi pour voyager
+et vacquer à leurs négoces accoutumez, n’ayant moyen
+d’en achepter, ni de supporter la despense nécessaire
+pour la nourriture et entretien d’iceux ; pour raison de
+quoi, et pour la crainte que nos dits sujets ont des
+courses et ravages de gens de guerre, comme aussi les
+commerces accoustumez cessent et sont discontinuez en
+beaucoup d’endroicts, et ne peuvent nos dits sujets librement
+vacquer à leurs affaires, sinon en prenant la
+<span id="p34" class="pagenum">-34-</span> poste, qui leur vient en grande cherté et excessive despense
+etc. A quoi désirant pourvoir, et donner moyen
+à nos dits sujets de voyager, et commodément continuer
+le labourage, etc., avons ordonné et ordonnons que par
+toutes les villes, bourgs et bourgades de ce dit royaume,
+et lieux qui seront jugez nécessaires seront establis des
+maistres particuliers pour chacune traite et journée.
+Déclarant</i>, ajoute ce prince, <i>n’avoir entendu préjudicier
+aux droits, priviléges et immunitez des postes</i>.</p>
+
+<p>Ce nouveau service donna lieu à la création de deux
+offices de généraux des chevaux de relais et de louage.</p>
+
+<p>La distance entre chaque relais fut calculée sur la journée
+commune de 15 à 16 lieues, et portée à 7 ou 8 lieues. Le
+prix de ferme fut basé sur le nombre de chevaux de
+chaque relais et fixé à 10 francs par tête. On arrêta
+celui de la journée de chaque cheval, tant pour l’aller
+que le retour, à 20 sous tournois et 25 sous pour chaque
+bête d’amble, malliers et chevaux de courbes, c’est-à-dire,
+employés au tirage des voitures par eau.</p>
+
+<p>Le Roi, pour soutenir cet établissement et prévenir
+tous les abus, ordonna en outre que les chevaux des
+relais seraient considérés comme lui appartenant et marqués
+à cet effet sur la cuisse droite d’un H surmonté
+d’une fleur de lys ; et sur la cuisse gauche, de la lettre
+initiale du lieu où ils seraient entretenus.</p>
+
+<p>Les voyageurs ne pouvaient faire galoper les chevaux
+sous peine de dix écus d’amende ; <i>Ains, était-il ordonné,
+d’en user et s’en servir ainsi que l’on a accoustumé
+de faire des chevaux louez à la journée<a id="FNanchor_52" href="#Footnote_52" class="fnanchor">[52]</a>.</i></p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_52" href="#FNanchor_52"><span class="label">[52]</span></a> M. de la Varenne, dit Sully, ne voulait pas introduire de chevaux
+de louage au préjudice des relais et des postes.</p>
+</div>
+<p>Telles sont à peu près les dispositions fondamentales
+d’un établissement que Henri IV crut utile à ses sujets.
+Mais les postes ne tardèrent pas à se ressentir des funestes
+effets que leur causait une semblable concurrence.
+Menacées d’une destruction prochaine, elles n’échappèrent
+à leur ruine totale que par une mesure qui concilia
+à la fois, et la sollicitude paternelle du prince, et l’intérêt
+public.</p>
+
+<p>Les relais furent réunis aux postes, et firent dès lors
+<span id="p35" class="pagenum">-35-</span> partie des attributions du contrôleur général des postes.
+Le roi releva par là une institution dont il aurait entraîné
+la perte par des vues de bienfaisance, et satisfit
+aussi son cœur en conservant à son peuple une plus
+grande facilité de voyager, quoique forcé, par un sentiment
+de justice, de la restreindre. A cet effet, le contrôleur
+général des postes fut tenu de fournir des chevaux
+de relais à ceux qui ne voudraient pas courir la
+poste, en ne payant que demi-poste par chaque cheval,
+et se conformant à ce qui avait été ordonné pour les relais,
+entr’autres obligations, de ne mener les chevaux
+qu’au pas ou au trot.</p>
+
+<p>Henri IV, en élevant les postes au rang des institutions
+les plus notables de son royaume, crut y ajouter un nouvel
+éclat par le titre de général qui remplaça, en 1603,
+celui de conseiller contrôleur général des Postes. <i>Le soin</i>,
+dit ce Prince, <i>que nous avons voulu prendre depuis un
+certain tems de savoir bien au vrai en quoy consiste la
+charge de contrôleur des postes de nostre royaume,
+nous a fait entrer dans une fort particulière connaissance
+du mérite d’icelle, et juger de quelle façon elle importe au
+bien de nos affaires. Et aprez avoir mûrement considéré
+jusqu’où elle s’estend, combien elle est honorable et avec
+quelle authorité elle se peut dignement exercer par un
+homme qui s’en acquittera fidellement, comme nous avons
+toute occasion de recevoir un entier contentement de
+nostre ami féal sieur de la Varenne, conseiller en
+nostre conseil d’estat, sans qu’au changement que nous
+n’apportions autre prix qu’une marque d’honneur que
+nous entendons être faite à la dite charge.</i></p>
+
+<p>Sully dit <i>qu’il fut fait, en 1608, un règlement général,
+adressé aux trésoriers de l’épargne des menus,
+des lignes suisses, de l’artillerie, de l’extraordinaire des
+guerres, de l’extraordinaire de deçà les monts, et
+autres, qui leur prescrivait une forme plus exacte pour
+leurs comptes</i>.</p>
+
+<p>Il ajoute <i>que, parmi d’autres règlemens généraux, il
+en avait proposé un sur les postes, dans lequel étaient
+compris les maîtres et contrôleurs des postes, les chevaucheurs
+d’écurie du Roi, les courtiers et banquiers,
+et leurs commis, les coches, les messagers à pied et à
+cheval, et tous chariots et voitures par eau et par terre.
+<span id="p36" class="pagenum">-36-</span> Lorsque je lisais cet article au Roi, il me dit : je vous
+recommande à la Varenne et à tous les chevaucheurs ;
+je vous les enverrai tous</i>.</p>
+
+<p>Ce ministre, toujours occupé du bien public, sous un
+Roi qui lui accordait une confiance si entière, dit encore
+dans ses mémoires : <i>Je médite sur la manière de
+rétablir et de recommencer les ouvrages publics comme
+chemins<a id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor">[53]</a>, ponts, levées et autres bâtimens qui ne
+font pas moins d’honneur au souverain que la magnificence
+de ses propres maisons, et qui sont d’une utilité
+générale.</i></p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_53" href="#FNanchor_53"><span class="label">[53]</span></a> Une somme de 4,855,000 y fut destinée.</p>
+</div>
+<p>Si tous les actes qui ont signalé le règne de Henri
+IV, sont empreints, en quelque sorte, de l’amour que
+son peuple lui inspirait, on ne peut s’empêcher d’y reconnaître
+aussi cet esprit de justice et cette sagacité qui
+le portaient à élever ce qui était grand et à honorer tout
+ce qui était digne d’être respecté. Nos rois ont toujours
+reconnu l’importance des postes ; mais il est un de
+ceux qui ont le plus contribué à les affermir.</p>
+
+<p>Le règne de Louis XIII apporta de nouvelles améliorations
+à cette institution. La vigueur avec laquelle les
+prérogatives en furent encore maintenues, et les heureux
+changemens qui s’y opérèrent, en rendirent l’organisation
+plus fixe et plus régulière.</p>
+
+<p>Pierre d’Alméras<a id="FNanchor_54" href="#Footnote_54" class="fnanchor">[54]</a>, nouveau général des postes,
+soutient la cause des maîtres des courriers envers lesquels,
+dans ces tems de guerre civile et de désordre, on avait
+exercé de grandes violences.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_54" href="#FNanchor_54"><span class="label">[54]</span></a> Seigneur de St-Remy et de Saussaye, conseiller du Roi en ses
+conseils.</p>
+</div>
+<p>C’est dans cette vue que divers arrêts sont rendus, en
+1612, pour les mettre à l’abri du retour de pareils excès,
+et que le prix de la ferme des relais porté à 10
+francs par cheval et par an, est réduit à 6 francs.</p>
+
+<p>Nos Rois, en abandonnant au général des postes les
+produits de la taxe des lettres pour le dédommager des
+frais qu’entraînait ce transport et le droit exigé pour
+en exercer le privilége exclusif, n’avaient pris aucune
+mesure propre à régler les bases sur lesquelles le port devait
+en être perçu, en raison du poids et des distances à
+<span id="p37" class="pagenum">-37-</span> parcourir. Les généraux eux-mêmes, trop occupés d’une
+organisation qui réclamait toute leur surveillance, négligeaient
+de porter leur attention sur un point qui touchait
+de si près à leurs intérêts. Les particuliers, profitant
+de la facilité qu’on leur laissait, s’étaient attribués
+seuls le droit de taxer leurs lettres. Il est à croire que, primitivement,
+un grand esprit de justice présidait à cette
+opération, puisqu’on ne leur en avait pas contesté la
+liberté. Mais ils le firent plus tard avec si peu de réserve,
+que le général des postes s’en plaignit en <i>les engageant
+à le faire plus libéralement et n’abusant pas d’une facilité
+qui les portoit à ne mettre que demi-port de ce
+qu’ils souloient faire ci-devant</i>.</p>
+
+<p>La plainte était d’autant plus juste, que les dépenses
+augmentaient en raison de la régularité qui avait lieu
+dans le service des postes. Les courriers arrivaient et
+partaient à des jours fixes de la semaine ; et le public
+comptait déjà assez sur l’exactitude de leur marche
+pour entretenir des relations suivies, dont il faisait dépendre
+les intérêts de sa fortune.</p>
+
+<p>Afin de mettre un terme à des mesures arbitraires,
+tout-à-fait contraire à la prospérité des postes, le général
+avait autorisé les commis à surtaxer les lettres et
+paquets pour les remettre au taux originel. Mais, craignant
+de faire naître d’injustes réclamations qui eussent porté
+atteinte à l’honneur des officiers des postes, il établit un
+tarif qui fut rendu public et qui servit de base à la taxe
+des lettres, <i>sauf que le plus grand port y fut volontairement
+apposé par ceux qui les enverraient, est-il
+dit à cette occasion</i>. Ce furent ces raisons de délicatesse
+et de justice qui, en 1627, 163 ans après l’établissement
+des postes, donnèrent lieu au premier tarif connu.</p>
+
+<p>A cette époque où la police intérieure du royaume ne
+pouvait remédier à tous les brigandages qu’enfantent
+toujours les dissentions intestines, les routes étaient
+peu sûres. La poste, comme tenant au service du Roi,
+semblait être à l’abri des tentatives les plus coupables.
+La sécurité que le public trouvait à correspondre par
+cette voie, le porta à l’étendre à l’envoi de l’argent,
+des bijoux, des pierreries et aux autres objets précieux,
+en les insérant dans les lettres. Ces abus éveillèrent l’attention
+du général des Postes : comme ils tendaient à
+<span id="p38" class="pagenum">-38-</span> compromettre la sûreté des dépêches en servant d’appât
+aux malfaiteurs, il fut fait défense expresse de rien introduire
+de semblable dans les missives. L’argent monnoyé,
+par un sentiment de bienveillance, fut seul excepté
+de cette mesure, soit pour en favoriser la circulation,
+soit afin de soustraire le peuple à la dépendance
+d’individus qui se chargeaient de ces transports à un taux
+usuraire. On permit de recevoir l’argent ayant cours à
+<i>découvert</i> jusqu’à la concurrence de cent francs, moyennant
+un prix calculé sur les distances à parcourir. Le
+montant de ces sommes était inscrit sur des livres tenus
+à cet effet dans chaque bureau de poste.</p>
+
+<p>Telle fut l’origine des articles d’argent déposés, connus
+encore aujourd’hui sous ce titre.</p>
+
+<p>L’expérience avait assez fait connaître la confiance que
+les postes devaient inspirer, tant par la célérité que par
+la sécurité qu’elles offraient. L’époque était venue de
+faire cesser les expéditions extraordinaires de courriers
+que multipliaient les gouverneurs des provinces ou autres
+personnages titrés, afin de correspondre d’une manière
+plus éclatante avec la cour. Cet usage, non-seulement
+onéreux pour la poste, par les frais qu’il occasionnait,
+pouvait nuire à la sécurité qu’elle inspirait. Le général,
+pour remédier aux abus que ces exceptions n’auraient pas
+manqué d’entraîner par la suite, obtint du Roi, qu’à
+dater de 1629, tous les paquets adressés à sa majesté,
+au chancelier et au surintendant des finances, ne parviendraient
+plus que par son intermédiaire, et seraient
+remis aux officiers des postes qui les enregistreraient
+sur des livres destinés à cet effet, en marquant toujours
+sur l’enveloppe le jour et l’heure du départ des courriers,
+afin d’établir leur responsabilité. Cette formalité reçut
+le nom de chargement de lettres de service. On l’a étendue
+depuis aux particuliers, mais à des conditions dont nous
+parlerons plus tard.</p>
+
+<p>Ou reconnut cependant qu’il était des circonstances
+où la gravité des affaires ne permettrait pas d’attendre
+le départ plus ou moins prochain des courriers ; dans
+ce cas seulement, les frais qu’occasionnait l’envoi de
+ces dépêches tombaient à la charge des ministres auxquels
+elles étaient destinées. Ces expéditions instantanées ont
+été appelées estafettes. Elles conservent encore ce nom,
+et on y a souvent recours dans le même but.</p>
+
+<p><span id="p39" class="pagenum">-39-</span> René d’Alméras, frère du précédent, occupe le dernier
+la charge de général des postes, que Louis XIII
+supprima ; celle de surintendant-général des postes la
+remplaça en 1630. Nous voyons dans cette nouvelle
+dénomination, sinon de plus grandes prérogatives attachées
+aux postes, du moins une organisation particulière
+qui tendait dès-lors à leur donner une forme
+plus régulière, et qui a servi de base au système administratif
+adopté généralement de nos jours. En effet,
+cette charge, exercée annuellement par chacun des trois
+conseillers<a id="FNanchor_55" href="#Footnote_55" class="fnanchor">[55]</a> nommés par le Roi, rentre absolument dans
+les attributions actuelles des directeurs-généraux, dont
+les fonctions sont partagées par les administrateurs qui
+forment leur conseil. Les modifications apportées par
+la suite, dans le nom ou dans le nombre de ces emplois
+supérieurs, sont subordonnées à des causes accidentelles
+qui n’ont rien changé au principe.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_55" href="#FNanchor_55"><span class="label">[55]</span></a> Il en était ainsi, dit Sully, des offices des finances possédés
+par trois personnes, sous le titre d’ancien, d’alternatif et de triennal.</p>
+</div>
+<p>On étendit l’utilité de cette mesure en établissant en
+même tems des charges de conseillers, maîtres des courriers,
+contrôleurs provinciaux des postes. L’activité et
+la surveillance directe et continue de ces nouveaux
+agens, sur toutes les parties de ce service, devaient en hâter
+l’amélioration. Elle fut rapide : leurs attributions
+étaient très-étendues. Ils présentaient les sujets pour les
+places dont le surintendant disposait seul, et dans lesquelles
+ils n’étaient confirmés qu’après avoir prêté le serment
+de fidélité au roi. Ils indiquaient aussi les changemens
+à opérer, soit dans le départ ou la marche des
+courriers. Ainsi, ceux de Paris partirent plus régulièrement
+deux fois la semaine ; et il fut réglé qu’ils feraient
+nuit et jour, pendant les sept mois de la belle saison,
+une poste par heure ; et, pendant les cinq mois d’hiver,
+il leur fut accordé une heure et demie, pour parcourir
+la même distance.</p>
+
+<p>Les contrôleurs provinciaux jouissaient encore du revenu
+de la taxe des lettres. Tant d’avantages firent
+craindre que leur influence ne détruisît en partie celle
+du surintendant-général, et ne les rendît indépendans.
+<span id="p40" class="pagenum">-40-</span> Louis XIII mit des bornes à leur pouvoir en faisant
+rentrer dans les attributions de celui-ci une partie des
+prérogatives qu’il avait accordées aux premiers, sans
+diminuer l’heureuse impulsion qu’ils avaient communiquée
+et qui devait produire les résultats les plus satisfaisans.
+Les priviléges qu’avait déjà M. de Nouveau<a id="FNanchor_56" href="#Footnote_56" class="fnanchor">[56]</a>,
+surintendant-général des postes, s’accrurent de tous
+les droits dont les contrôleurs furent privés. « <i>Confirmons</i>,
+dit le roi, <i>aux surintendans-généraux, tous les gages,
+les appointemens, plats et ordinaires en notre cour et
+suite, logement près de notre personne, extraordinaire
+gratification, récompenses, estrennes, revenus desdits
+relais et chevaux de louage, avec pouvoir de changer,
+augmenter et diminuer lesdites postes, contraindre les
+maistres d’icelle, d’observer les édits, ordonnances et
+règlemens cy-devant faits, et ceux qui seront ou pourront
+être à l’avenir ; ensemble muleter lesdits maistres
+de poste par retranchement de leur charge, etc. ; disposer
+d’icelles et de toutes les autres qui dépendent d’eux,
+desquelles choses ils ne seront responsables qu’à notre
+personne</i>. »</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_56" href="#FNanchor_56"><span class="label">[56]</span></a> Conseiller, commandeur, grand trésorier des ordres, revêtu des
+trois charges d’ancien, alternatif et triennal.</p>
+</div>
+<p>Certes, c’était une charge éminente que celle qui donnait
+de telles prérogatives. Nouvelle preuve de l’importance
+que nos rois attachaient aux postes, en élevant
+ceux auxquels ils en confiaient le soin au rang de ministres
+de leur maison.</p>
+
+<p>Les contrôleurs, rendus plus dépendans du surintendant-général,
+n’en contribuèrent pas moins à la prospérité
+d’un établissement auquel ils devaient apporter de
+si utiles et de si nombreuses améliorations.</p>
+
+<p>Le public continuait d’introduire dans les missives,
+malgré toutes les défenses faites à ce sujet, des objets
+étrangers à la correspondance. Le surintendant-général
+représenta au Roi l’impossibilité de s’opposer aux transports
+de ce genre. Il fut décidé, d’après cela, que les
+envois auraient lieu suivant le mode établi pour l’argent
+monnoyé. Cette nouvelle partie du service reçut la dénomination
+de <i>valeurs cotées</i>, parce qu’on en percevait
+<span id="p41" class="pagenum">-41-</span> le port sur le prix que l’envoyeur était obligé de déclarer
+aux officiers des postes, en leur présentant l’objet à découvert,
+afin d’en justifier l’estimation.</p>
+
+<p>Les particuliers trouvèrent dans cette mesure un moyen de
+faire parvenir, sur tous les points de la France, les matières
+d’un grand prix dont la circulation n’aurait pu s’étendre
+par le peu de relations établies encore entre les provinces.
+Le commerce et l’industrie durent en recevoir
+une nouvelle activité. Aujourd’hui, par les raisons contraires,
+ce mode est loin d’être aussi productif pour les
+postes. C’est une facilité dont le public n’use que rarement.</p>
+
+<p>Les intérêts des maîtres des relais furent un instant
+compromis par la concurrence des messagers royaux. Les
+avantages apparens qu’elle semblait offrir aux particuliers
+pouvaient entraîner des résultats funestes au bien de
+l’état. Dès 1634, les remontrances du surintendant-général
+des postes furent accueillies, et les messagers
+royaux furent forcés de s’en tenir à l’édit de leur création,
+qui les obligeait à marquer leurs chevaux d’un
+signe particulier, à ne conduire par leurs voitures les
+voyageurs d’une ville à l’autre du royaume qu’avec les
+mêmes chevaux, et à n’employer, en cas d’insuffisance,
+que ceux des maîtres de poste ; il leur était interdit en
+outre de recevoir les étrangers, ainsi que les personnes
+qui partaient de la cour, soit pour voyager dans l’intérieur
+du royaume, soit même pour en sortir.</p>
+
+<p>La politique de ces tems n’était pas parvenue au point
+de mettre obstacle à la correspondance entre les individus,
+lorsque les grands débats qui s’élevaient entre
+les puissances étaient reglés par les chances de la guerre :
+le Roi ne voulut pas que les intérêts privés en souffrissent,
+et que les relations fussent interrompues. En
+conséquence, les courriers, pendant la guerre qui eut
+lieu en 1637 transportèrent les lettres comme à l’ordinaire.</p>
+
+<p>Ce principe généreux n’a pas été toujours reconnu ; et
+nous verrons, dans la suite, qu’on a souvent usé d’une
+grande rigueur à cet égard.</p>
+
+<p>Le droit de franchise ou d’exemption de taxe, qui
+n’avait pas reçu d’extension, et qu’on avait accordé par
+une faveur toute spéciale, aux ambassadeurs, leur fut
+<span id="p42" class="pagenum">-42-</span> bientôt retiré. L’abus qui s’était introduit, sans doute
+à leur insçu, de faire parvenir la correspondance des
+particuliers sous leur couvert, avait causé une diminution
+considérable sur la recette des lettres provenant
+de l’étranger. Il cessa en partie par cette mesure ; mais
+il paraît difficile de remédier à un pareil inconvénient,
+qui s’est renouvelé tant de fois depuis.</p>
+
+<p>Le service des postes prenant de plus en plus de l’accroissement,
+la surveillance active des contrôleurs provinciaux
+ne pouvait s’exercer avec le même succès sur
+tous les points. Les relais et les bureaux de poste se
+multipliaient chaque jour ; le nombre des fermiers et
+des messagers, tant royaux que de l’université, augmentait
+en proportion ; il fallait aussi que celui des
+commis s’accrût pour le travail des lettres. Les contrôleurs
+provinciaux jugèrent donc convenable d’établir
+un nouvel agent, dont les attributions, en opposition
+avec celle des fermiers et des employés, concourussent
+néanmoins à faciliter tant d’opérations, avec la même
+régularité. Le roi créa, à cet effet, en 1643, des offices
+de contrôleurs, <i>taxeurs</i> et <i>peseurs</i> de lettres et paquets.
+L’emploi de ces contrôleurs était de taxer les lettres à
+l’arrivée des courriers, en suivant les poids en usage
+dans les villes ; de tenir des registres de celles qu’ils expédiaient ;
+de recevoir les plaintes relatives au service ;
+enfin de faire observer les réglemens. L’achat de ces
+charges leur donnait aussi l’avantage de jouir du quart
+en sus de tous les ports des lettres et paquets allant par
+la voie des postes.</p>
+
+<p>Ces charges furent supprimées en 1655. On les remplaça
+par celles d’intendans (au nombre de quatre), dont
+les attributions furent plus étendues, et on leur adjoignit
+toutefois des commis pour remplir les fonctions des
+contrôleurs.</p>
+
+<p>Il est facile de voir que, si le gouvernement trouvait
+quelque profit dans les fréquentes mutations des charges,
+il y était également porté par l’accroissement que les postes
+prenaient chaque jour. La nécessité de multiplier les
+moyens de surveillance entraînait la création de nouveaux
+emplois, parmi lesquels la hiérarchie, observée déjà
+avec rigueur, établissait les droits réels à l’avancement.</p>
+
+<p>Les messagers de l’université, à l’exemple des messagers
+<span id="p43" class="pagenum">-43-</span> royaux, ayant empiété sur les droits des postes,
+échouèrent également, en 1661, dans leurs prétentions
+exagérées. Ils ne partirent plus que, comme par le passé à
+certains jours, des villes où ils étaient établis, en ne
+marchant qu’à journées réglées entre deux soleils,
+sans pouvoir aller en poste, ni se servir de courriers
+pendant la nuit, ni même de chevaux de relais
+de traite en traite sur les routes. La contravention à ces
+défenses emportait la confiscation des chevaux, une
+amende de 1000 fr., et la prison à l’égard des courriers.</p>
+
+<p>Les postes fixèrent l’attention de Louis XIV, qui devait
+leur communiquer, comme à toutes les institutions
+de son règne, ce caractère de grandeur et de stabilité
+qui l’a immortalisé.</p>
+
+<p>Elles furent cependant encore menacées d’une ruine
+totale. Plusieurs voyages de la cour, dans les provinces,
+causèrent la perte de plus d’un quart des chevaux. La
+rareté qui s’en suivit, et, par conséquent, le prix
+auquel on portait ces animaux, joints à la disette des
+fourrages, laissait peu d’espoir de remonter cet établissement.
+Le découragement était à son comble ; et les
+maîtres de poste, dont les relais n’étaient pas entièrement
+démontés, menaçaient de les abandonner.</p>
+
+<p>Le roi, vivement touché de leur sort, s’empressa
+de remettre en vigueur les arrêts qui leur accordaient
+les priviléges qu’on n’avait cessé de leur contester, et
+qu’ils tenaient de Louis XI et de ses successeurs. Ils
+consistaient dans l’exemption de la taille sur 60 arpens
+de terre (non compris les héritages qui leur appartenaient) ;
+de milice pour l’aîné de leurs enfans et le
+premier de leurs postillons ; de logement de gens de
+guerre ; de contributions au guet, garde, subsistances
+et autres impositions ; des charges de ville, de tutelle,
+curatelle, établissemens de séquestres et saisies réelles,
+etc. ; enfin, de droits aussi onéreux qu’assujettissans, dont
+on ne les déchargeait que pour les distinguer plus spécialement,
+en raison de l’utilité et du genre de leur
+service. Ils étaient, en outre, commensaux de la maison
+du roi, et jouissaient des <i>gages</i> attachés à leurs titres.
+Leurs brevets étaient signés par le prince.</p>
+
+<p>Louis XIV ne se contenta pas de cet acte de justice :
+il ordonna qu’aucune charge du royaume ne serait acquittée
+<span id="p44" class="pagenum">-44-</span> avant celles dues pour indemniser les maîtres
+de poste de leurs pertes, voulant réparer, par une
+mesure prompte et préservatrice, un mal dont les suites
+pouvaient devenir si funestes à l’état.</p>
+
+<p>L’exemple de ces révolutions désastreuses dans les
+postes, tant chez les anciens que chez les modernes,
+aurait dû mettre en garde contre de pareils retours,
+si le flambeau de l’expérience servait de guide aux
+novateurs.</p>
+
+<p>La seule protection de nos rois a soutenu cet établissement
+contre leurs mesures inconsidérées : elle est
+encore la cause de leur prospérité. Mais n’est-il donc
+aucun moyen de consolider cette institution, en l’asseyant
+sur des bases solides et à l’abri de tout ébranlement ?
+L’agriculture, sur laquelle les maîtres de poste devraient
+porter toutes leurs vues, nous semble celui qui y
+conduirait le plus infailliblement, surtout s’il était
+soutenu par les encouragemens qui font naître l’émulation,
+sans laquelle tout languit. Ils serviraient doublement
+leurs intérêts et ceux de l’état, en y rattachant
+leur industrie qui s’y lie si étroitement. L’exploitation
+d’une grande ferme ferait la sécurité du gouvernement,
+et la richesse du maître de poste. En effet, ce dernier redouterait-il
+le ravage des épizooties, la disette des fourrages,
+la rareté des chevaux<a id="FNanchor_57" href="#Footnote_57" class="fnanchor">[57]</a>, la cherté qui s’en suit,
+lorsque les siens, forts et vigoureux, seraient entretenus
+avec soin, nourris sainement et exercés avec discernement.
+En les élevant sur son domaine, il en améliorerait
+la race et l’approprierait au besoin de son relais ;
+leur nombre, toujours en raison de l’importance de sa
+culture et de la nature des produits de sa terre, ne
+serait pas limité à celui des réglemens. Verrait-il,
+d’après cela, la cause de sa ruine dans un événement
+passager, la forme d’une voiture, son poids, sa surcharge ;
+des voyages multipliés ; des guerres, des invasions,
+où des circonstances imprévues ne pourraient
+mettre sa prévoyance en défaut ; et, toujours prêt à
+<span id="p45" class="pagenum">-45-</span> seconder les vues du gouvernement auquel il devrait
+sa considération, il trouverait dans ses propres ressources
+les moyens d’assurer, en tout tems, un service que des
+sacrifices incalculables ne pourraient souvent préserver
+d’une entière destruction.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_57" href="#FNanchor_57"><span class="label">[57]</span></a> Les chevaux français sont très-estimés, surtout ceux que
+fournit la Normandie, qui sont préférés pour l’attelage. On porte à
+1,650,000 le nombre de ceux de toute espèce qu’on élève en France.
+L’Angleterre en compte à peu près le même nombre.</p>
+</div>
+<p>C’est surtout par l’entretien des routes royales<a id="FNanchor_58" href="#Footnote_58" class="fnanchor">[58]</a> que
+l’on concourrait efficacement à soutenir les maîtres
+de poste. Celles qui traversent la France, dans tous les
+sens, sont bien coupées et parfaitement alignées. Les
+ponts, les chaussées et toutes les constructions en ce
+genre, fixent, par leur perfection, l’attention des
+étrangers. Sous le règne de Louis XV, un nombre
+considérable de routes ont été ouvertes des portes de
+la capitale aux extrémités du royaume. Quelques entreprises
+semblables ont eu lieu depuis ; mais ce n’est
+pas assez de créer, il faut entretenir. Tous les états de
+l’Europe sentent aujourd’hui la nécessité de tracer des
+grands chemins ou de les réparer. L’Angleterre nous en
+donne l’exemple en les multipliant au point d’en compter
+trois fois plus qu’en France<a id="FNanchor_59" href="#Footnote_59" class="fnanchor">[59]</a>, et plusieurs autres nations
+rivalisent d’émulation à cet égard. Il y aurait peu
+à faire si l’attention du gouvernement se portait sur ce
+point. Déjà, quelques heureux essais font pressentir le
+désir qu’il aurait d’améliorer une partie si importante de
+l’administration intérieure de l’état. Des compagnies entreprennent
+d’établir une route en fer, de Lyon à Saint-Etienne,
+et proposent d’en exécuter une semblable de
+Paris au Hâvre. Un pont suspendu à des chaînes de
+fer s’achève sur le Rhône. On en construit un de ce
+genre, à Paris, entre l’esplanade des Invalides et les
+Champs-Elysées ; et bientôt, sans doute, tous les passages
+où l’on n’avait pu vaincre, jusqu’à ce jour, les difficultés
+que la nature oppose, deviendront praticables,
+ou cesseront d’être un objet continuel de crainte pour
+les voyageurs qui traverseront, en tout tems et avec
+<span id="p46" class="pagenum">-46-</span> sécurité, ces gorges profondes et ces fleuves rapides
+auxquels l’obscurité des nuits et l’inclémence des saisons
+ajoutent de nouveaux dangers.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_58" href="#FNanchor_58"><span class="label">[58]</span></a> Quant aux routes départementales et vicinales, elles sont en
+général fort dégradées.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_59" href="#FNanchor_59"><span class="label">[59]</span></a> La longueur des routes en France n’excède pas 10,000 lieues
+tandis que l’étendue des chemins de la Grande-Bretagne dépasse une
+longueur de 30,000 lieues.</p>
+</div>
+<p>Nous n’aurions pas la moindre incertitude sur le sort
+des grandes routes, en France, si on assignait sur les
+revenus des postes, un fonds suffisant à leur entretien ;
+car, tout en admirant les ouvrages des anciens, nous
+nous condamnons à ne pas les imiter, en réprouvant
+les moyens qu’ils employaient pour en assurer la durée.
+Charlemagne, à l’exemple des Romains, faisait travailler
+ses troupes<a id="FNanchor_60" href="#Footnote_60" class="fnanchor">[60]</a> et ses sujets aux grandes entreprises
+de l’empire, parmi lesquelles la construction des routes
+tenait un rang si important. Nous ne pensons pas qu’en
+suivant le système actuel il y fût parvenu.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_60" href="#FNanchor_60"><span class="label">[60]</span></a> Le roi de Suède a fait faire par ses troupes près des six septièmes
+des grands travaux effectués en canaux et en routes.</p>
+</div>
+<p>Il n’est pas douteux que le mauvais état des routes
+n’ait été pendant long-tems le motif du peu de perfection
+qu’on remarquait dans nos voitures. C’étaient
+des chariots attelés de bœufs dont se servaient les rois
+de la première race. On ne fait pas remonter l’invention
+des voitures, qui est due aux Français, au-delà du
+règne de Charles VII. <i>Malgré le luxe et l’extravagance
+de ces tems-là</i>, dit Millot, <i>on ignoroit tellement
+las commodités de la vie, que, durant l’hiver rigoureux
+de 1457, les seigneurs et les dames de qualité, n’osant
+monter à cheval, se faisoient traîner dans des tonneaux
+en guise de carrosses</i>. Le char<a id="FNanchor_61" href="#Footnote_61" class="fnanchor">[61]</a> suspendu que Ladislas,
+roi de Bohême, envoya à la reine mère, Marie d’Anjou,
+surpassa bientôt tous les essais en ce genre. <i>Il estoit</i>,
+disent les chroniques, <i>branlant et moult riche</i>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_61" href="#FNanchor_61"><span class="label">[61]</span></a> 1475.</p>
+</div>
+<p>Avant cette époque les reines, comme toutes les
+dames de la cour, allaient en litière ou à cheval. Sous
+François I.<sup>er</sup>, les princesses parurent, à diverses cérémonies,
+montées sur des haquenées blanches.</p>
+
+<p>Il n’y eut d’abord, en France, que le carrosse de
+la reine Eléonore, celui de la duchesse d’Angoulême,
+mère de François I.<sup>er</sup>, et celui de Diane, fille de
+Henri II. Ces voitures, rondes et petites, ne pouvaient
+<span id="p47" class="pagenum">-47-</span> contenir que deux personnes. Elles furent agrandies, et
+devinrent si incommodes, que le parlement pria
+Charles IX d’en défendre l’usage dans Paris : il ne fut
+plus maintenu que pour les voyages. Le bon Henri n’avait
+cependant qu’une seule voiture, et elle était de cette
+espèce. <i>Je ne pourrai vous aller trouver d’aujourd’hui</i>,
+écrivait-il à Sully, <i>ma femme m’ayant pris mon
+coche</i>. Le défaut de glaces à sa voiture, disent les historiens,
+a peut-être été la cause de sa mort.</p>
+
+<p>Les courtisans allaient au Louvre à cheval, et les
+dames montaient en croupe ou en litière. Les conseillers
+se rendaient au palais sur des mules.</p>
+
+<p>Un seigneur de la cour, nommé Jean de Laval
+de Bois-Dauphin, paraît être le premier qui se soit servi
+de voitures à l’exemple des princes. Sa grosseur excessive,
+qui l’empêchait de marcher et de monter à cheval, en
+devint le motif. On remarqua ensuite celle du président
+de Thou. Bassompière, sous le règne de Louis XIII,
+essaya, le premier, de faire placer des glaces à son
+carrosse. Ce ne fut qu’en 1515 qu’il parut des voitures
+à Vienne, et en 1580 à Londres.</p>
+
+<p>On conçoit, d’après cela, que cette invention, attribuée
+aux Français, n’est point une assertion vague
+et dénuée de preuves. Mais il est juste d’avouer aussi
+que les imitateurs les ont surpassés pendant long-tems
+dans la construction élégante et commode des voitures.</p>
+
+<p>Jusqu’en 1650, l’usage ne s’en était répandu que
+parmi les particuliers très-riches. Elles se multiplièrent
+tellement depuis, que, vers la fin du règne de Louis XV,
+on comptait plus de 15,000 voitures de toute espèce à
+Paris seulement.</p>
+
+<p>C’est à un nommé Sauvage qu’on doit, vers le milieu
+du XVII.<sup>e</sup> siècle, l’établissement des voitures publiques.
+Messieurs de Villermé et de Givry obtinrent le privilége
+exclusif de louer, à Paris, les carrosses, les grandes et
+petites carrioles, dans lesquelles on ne payait que cinq
+sous ; d’où leur vient le nom de carrosses à cinq sous.
+Ceux à un prix déterminé par heure ou par course leur
+succédèrent en 1662. Le carrabas ou char-à-banc, et
+les voitures connues sous une dénomination si triviale,
+allaient de Paris à Versailles. Le carrabas était d’osier,
+d’une forme longue et propre à contenir vingt personnes ;
+<span id="p48" class="pagenum">-48-</span> attelé de huit chevaux, il mettait six heures pour faire
+quatre lieues et demie. Les autres carrosses paraissaient
+moins incommodes quoique ouverts à tous les vents.</p>
+
+<p>Plus tard, en 1766, le nombre des coches avait beaucoup
+augmenté ; il en partait chaque jour 27 de Paris,
+contenant 270 personnes. Aujourd’hui, il part habituellement
+de la capitale 300 voitures et 3000 voyageurs.
+A la même époque on comptait 14 établissemens de
+roulage : ce nombre s’élève à présent à 70.</p>
+
+<p>Quant au nombre des voitures, il s’est considérablement
+accru, tant dans les provinces qu’à Paris où
+on en remarque de toutes les formes. Celui des fiacres<a id="FNanchor_62" href="#Footnote_62" class="fnanchor">[62]</a>
+ou voitures de place est de 3000, et l’on porte à 2000
+celui de cabriolets. Il serait inutile de détailler ici les
+facilités offertes au public pour voyager sur tous les
+points du royaume. Paris est le centre où viennent
+aboutir les entreprises multipliées qui s’élèvent chaque
+jour dans toutes les villes des provinces. Les voitures
+qu’on emploie à ces divers services, rivalisent entr’elles
+de goût et de commodité : elles contiennent assez ordinairement
+18 ou 20 voyageurs. Quant à leur marche,
+elle acquiert chaque jour plus d’accélération. Les prix
+varient en raison de la concurrence.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_62" href="#FNanchor_62"><span class="label">[62]</span></a> Ce mot vient du nom d’un moine du couvent des Petits-Pères,
+qui s’appelait Fiacre, mort en odeur de sainteté. La vénération
+qu’on lui portait allait si loin, que chacun voulait avoir son effigie
+et qu’on la peignait même sur les portières des carrosses de place,
+d’où leur est venu le nom du fiacre.</p>
+</div>
+<p>Les malles-postes et les messageries<a id="FNanchor_63" href="#Footnote_63" class="fnanchor">[63]</a> royales se distinguent
+particulièrement entre toutes ces entreprises.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_63" href="#FNanchor_63"><span class="label">[63]</span></a> On appelle aussi, dans la capitale, messagerie à cheval, les
+chevaux qu’on fournit aux voyageurs, et que le messager en chef
+de la cavalcade, suit dans un chariot chargé de leur bagage, en leur
+indiquant les lieux de la dînée et de la couchée. On fait à peu près
+16 ou 18 lieues par jour, en trouvant à chaque lieu de repos les
+repas préparés. Cette manière de voyager est peu dispendieuse.</p>
+</div>
+<p>La première chaise de poste parut en 1664. On en
+attribue l’invention à un nommé Grugère. Le privilége
+exclusif en fut accordé au marquis de Crenan, dont le
+nom, pour cette raison, fut donné à ces sortes de
+voitures. Elles ne furent pas long-tems en usage à
+cause de leur pesanteur, et on les remplaça par celles
+construites sur le modèle des chaises allemandes.</p>
+
+<p><span id="p49" class="pagenum">-49-</span> Jusqu’en 1663, la poste n’avait rapporté aucun revenu
+au roi, car on ne pouvait considérer comme tel la vente
+des charges et du privilége accordé depuis peu d’années
+aux officiers des postes, de percevoir les ports de lettres
+à leur bénéfice. Cet avantage s’était considérablement
+accru par les améliorations successives qu’on ne cessait
+d’introduire dans un service si favorable aux intérêts des
+particuliers. Le marquis de Louvois, ministre de la
+guerre dès 1654, venait d’être élevé<a id="FNanchor_64" href="#Footnote_64" class="fnanchor">[64]</a> à la charge de
+surintendant général des postes. Ce ministre jugea qu’il
+était tems de faire tourner, au profit du Roi, les produits
+d’une institution entretenue à ses dépens, sans,
+pour cela, en changer la nature. Et parce que les postes
+augmenteraient les revenus du trésor royal, il n’entra
+pas dans les vues d’un ministre de Louis XIV, appelé
+à les diriger, de les considérer à l’avenir comme créées
+dans ce but.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_64" href="#FNanchor_64"><span class="label">[64]</span></a> 1668.</p>
+</div>
+<p>Loin de subir les suites funestes d’un pareil systême,
+nous voyons les postes au contraire s’élever davantage,
+s’il est possible, par le caractère de stabilité et d’indépendance
+que leur imprime le marquis de Louvois,
+sous la direction duquel tous les élémens qui les constituaient,
+liés avec plus d’ordre, en ont formé cette
+administration importante, l’objet encore de l’admiration
+de toute l’Europe.</p>
+
+<p>Le nouveau mode introduit dans les postes s’opéra
+sans secousse par l’esprit de justice qui en prépara la
+transition ; et les intérêts des titulaires furent réglés
+avec sagesse et discernement. Comme on ne pouvait encore
+subir les chances d’une gestion compliquée, le
+marquis de Louvois pensa que l’expérience était le seul
+moyen de s’éclairer dans ces grandes mesures que le
+tems amène ; et, pour y parvenir, il proposa au Roi
+de mettre les postes en ferme<a id="FNanchor_65" href="#Footnote_65" class="fnanchor">[65]</a> : ce projet ayant été
+<span id="p50" class="pagenum">-50-</span> approuvé, Lazare Patin fut reconnu, par le premier
+bail de 11 ans montant à 1,200,000 fr., fermier général
+des postes de France.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_65" href="#FNanchor_65"><span class="label">[65]</span></a> Le systême des fermes, tant décrié de nos jours, ne devait
+cependant diminuer en rien la confiance dont les postes jouissaient.
+Elles tenaient ce précieux avantage de l’esprit de paternité avec lequel
+elles étaient constamment dirigées. Ce régime attachait tellement
+les officiers des postes à leurs emplois, qu’ils semblaient les regarder
+comme un héritage de famille. On en trouverait encore qui
+pourraient puiser, dans de vieux souvenirs, de nouveaux titres à
+l’estime générale. Certes, l’intérêt n’était pas le seul mobile qui faisait
+tenir à ces places, la plupart peu lucratives : la considération
+qui ne manque jamais d’être la récompense d’une conduite honorable,
+explique assez le prix que mettaient même des personnes de distinction
+à gérer un bureau de poste qui rendait à peine trois cents
+francs, ou un relais de peu de valeur.</p>
+</div>
+<p><i>Les courriers n’étoient chargés</i>, dit Mezeray<a id="FNanchor_66" href="#Footnote_66" class="fnanchor">[66]</a>, <i>que
+des affaires du Roi, aussi couroient-ils à ses dépends</i>.
+On ne prétendait, et cela est positif, retirer d’autre
+avantage des postes que celui de correspondre avec
+célérité, et de voyager rapidement.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_66" href="#FNanchor_66"><span class="label">[66]</span></a> Histoire de France.</p>
+</div>
+<p><i>Maintenant</i>, ajoute le même auteur, <i>les courriers
+portent aussi les paquets des particuliers, si bien que,
+par l’impatience et la curiosité des François, il s’en est
+fait un avantage encore plus grand pour les coffres du
+prince que pour la commodité publique</i>.</p>
+
+<p>Une telle conséquence, maigre l’erreur évidente
+qu’elle renferme, serait encore loin de porter la moindre
+atteinte au principe qui régit les postes ! La société réclamait
+une institution ; elle est établie et mise en harmonie
+avec ses besoins. Tout s’anime par elle : les relations
+se multiplient ; le commerce est vivifié ; les sciences
+et les arts sont répandus ; et bientôt l’agriculture, qui
+ne fructifierait que sur quelques points favorisés par
+leur position géographique, porte, dans les lieux destinés
+peut-être à n’en jouir que tardivement, les procédés
+les plus utiles éprouvés par l’expérience.</p>
+
+<p>Semblables à ces sources bienfaisantes qui donnent
+naissance aux fleuves auxquels le sol doit sa fécondité,
+les postes sont ce germe précieux de prospérité qui, en
+se développant, multiplie ses trésors avec une étonnante
+profusion. Leur influence est telle qu’on ne pourrait
+la comprimer sans danger. Elles existaient en entraînant
+de grandes dépenses : elles existeraient encore indépendamment
+des produits qu’on en retire, et que
+les bienfaits qu’elles répandent depuis leur existence
+ont successivement accrus. On ne reconnaît point un
+<span id="p51" class="pagenum">-51-</span> impôt à ce caractère ; quoique créé, annulé ou modifié
+sous une dénomination quelconque, son but est de
+produire : son action cesse dès que cette seule condition
+n’est pas remplie ; tandis que les postes, dont les attributions
+n’ont d’analogie avec aucune autre institution,
+privées de ce résultat, continuent d’imprimer le même
+mouvement au corps social. Il est naturel de faire retourner
+à l’avantage du trésor l’excédant des recettes
+qu’elles produisent, après avoir épuisé toutefois les
+moyens d’améliorations directs ou indirects qui s’y rattachent :
+il était juste même que le fisc fût à l’abri de
+toute malversation. Mais où est la garantie de la société,
+en admettant comme possible la soustraction de quelques
+missives ? L’argent remplace l’argent ; les marchandises
+et tous les objets industriels en circulation dans le commerce,
+ont une valeur appréciable ! quelle compensation
+offrirait-on pour la perte de titres importans, de
+pièces dont dépendent l’honneur et la fortune des individus ;
+pour la violation du secret des familles, de l’état
+même ? Les postes ont donc un caractère moral qui
+constitue leur indépendance. Elles semblent être une
+exception dans l’ensemble du grand système social. Ce
+principe reconnu par le prince qui les a instituées, et
+consacré par nos rois qui les ont conservées sous leur
+protection, en communiquant sans intermédiaire avec
+les hommes d’état auxquels ils en confient spécialement
+la direction, a seul contribué à leur maintien et
+les préservera de toute décadence.</p>
+
+<p>A peine le fermier fut-il en jouissance de son privilége
+que le transport frauduleux des lettres et paquets qui
+avait lieu par l’entremise des personnes étrangères aux
+postes, le contraignit de demander la résiliation de son
+bail ou la répression d’abus qui le mettaient dans l’impossibilité
+de remplir les engagemens qu’il avait contractés.
+On fit droit, en 1673, à une si juste réclamation
+dans les termes suivans, qui rappelaient ceux de l’édit
+de 1630 :</p>
+
+<p><i>Très expresses inhibitions et défenses à tous maistres
+et fermiers de carrosses, cochers, muletiers, rouliers,
+voituriers, cocquetiers, poullailliers, beurriers, piétons
+et autres, tant par eau que par terre, de porter
+aucunes lettres de quelque sorte et nature que ce soit,
+<span id="p52" class="pagenum">-52-</span> à l’exception seulement des lettres de voiture, des marchandises
+et hardes dont ils seront chargés, malles non
+fermées, ni cachetées ; et à tous messagers d’avoir
+aucuns bureaux, tenir aucune boëte, recevoir, porter
+aucunes lettres et paquets etc. ; contre chacun des contrevenants
+de 1500 livres d’amende payables franc de
+port, en vertu du présent arrest, sans qu’il en soit
+besoin d’autre, et confiscation des chevaux, mulets et
+équipages, dépens, dommages et intérêts.</i></p>
+
+<p>On apporte, en 1676, quelques modifications au tarif
+établi pour la taxe des lettres.</p>
+
+<p>Le 2.<sup>e</sup> bail<a id="FNanchor_67" href="#Footnote_67" class="fnanchor">[67]</a> des postes est porté à 1,800,000 fr.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_67" href="#FNanchor_67"><span class="label">[67]</span></a> 1683.</p>
+</div>
+<p>Le 3.<sup>e</sup> bail<a id="FNanchor_68" href="#Footnote_68" class="fnanchor">[68]</a> des postes est porté à 1,400,000 fr.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_68" href="#FNanchor_68"><span class="label">[68]</span></a> 1688.</p>
+</div>
+<p>L’ordre que le marquis de Louvois avait établi dans
+les postes, fit réduire, à sa mort<a id="FNanchor_69" href="#Footnote_69" class="fnanchor">[69]</a>, l’office de la
+surintendance générale des Postes à une simple commission.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_69" href="#FNanchor_69"><span class="label">[69]</span></a> 1699.</p>
+</div>
+<p>M. le Pelletier, conseiller d’état, lui succède.</p>
+
+<p>Le 4.<sup>e</sup> bail<a id="FNanchor_70" href="#Footnote_70" class="fnanchor">[70]</a> des Postes s’élève à 2,820,000 fr. Cette
+augmentation provient des adjudications faites partiellement,
+et de la ferme des messageries étrangères qu’avait
+possédées le marquis de Louvois.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_70" href="#FNanchor_70"><span class="label">[70]</span></a> 1695.</p>
+</div>
+<p>M. Arnaud de Pompone, ministre secrétaire d’état,
+remplace, en 1698, M. le Pelletier.</p>
+
+<p>Le 5.<sup>e</sup> bail des Postes est au même prix que le précédent.</p>
+
+<p>En 1699, M. de Colbert, marquis de Torcy<a id="FNanchor_71" href="#Footnote_71" class="fnanchor">[71]</a>, secrétaire
+<span id="p53" class="pagenum">-53-</span> d’état au département de la guerre, est nommé
+surintendant-général des Postes. Il devait en conserver
+pendant long-tems la direction ; aussi reçurent-elles sous
+lui de nombreuses améliorations. Il continuait le systême
+de M. de Louvois ; il faisait plus, il le consolidait, en se
+montrant digne d’occuper une place aussi importante.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_71" href="#FNanchor_71"><span class="label">[71]</span></a> Commandeur et grand trésorier des ordres. C’est de lui dont
+parle Duclos, lorsqu’il rapporte la réponse pleine de fermeté qui fut
+faite à lord Stairs, ambassadeur d’Angleterre à la cour de France. <i>Le
+Roi (Louis XIV), dit-il, refusa de donner audience à ce dernier et
+le renvoya, pour les affaires, au marquis de Torcy, dont Stairs</i> reçut
+une leçon assez vive.</p>
+
+<p><i>Croyant pouvoir abuser du caractère doux et poli du ministre, il s’échappa
+un jour devant lui en propos sur le Roi. Torcy lui dit froidement :
+M. l’ambassadeur, tant que vos insolences n’ont regardé que moi, je les
+ai passées pour le bien de la paix ; mais si jamais en me parlant vous
+vous écartez du respect qui est dû au roi, je vous ferai jeter par les fenêtres.
+Stairs se tut, et de ce moment fut plus réservé.</i></p>
+</div>
+<p>Le parlement enregistra l’édit pour la surintendance
+des Postes, en faveur du marquis de Torcy, et celle
+des bâtimens en faveur du duc d’Antin, qui avait succédé
+à Mansard, surintendant-général des bâtimens, en
+qualité de directeur général. L’enregistrement souffrit
+beaucoup de difficultés, parce que l’édit de suppression
+portait qu’elles ne pourraient être rétablies ; les <i>gages</i> qui
+étaient attachés à chacune montaient à près de 50,000 fr.</p>
+
+<p>Nous avons indiqué, suivant leur ordre de création,
+toutes les parties qui entrent dans l’organisation des Postes.
+L’affranchissement des lettres, c’est-à-dire la liberté et
+souvent l’obligation d’en acquitter le port d’avance, existait
+depuis long-tems, et même avait été toujours en usage
+pour certains lieux. Cette mesure n’était pas uniforme.
+Il en résultait un préjudice notable pour les négocians
+dont les avantages réciproques ne pouvaient être balancés
+en ce cas. Les députés du commerce firent, en 1701,
+des représentations au roi, qui, en les conciliant avec
+les intérêts du fermier général des Postes, supprima
+l’affranchissement pour les lettres qui y étaient assujetties
+dans le royaume, et ordonna que les lettres et paquets
+seraient taxés d’après le dernier tarif. Cette mesure ne
+s’étendit pas à celles destinées pour l’étranger.</p>
+
+<p>Le 6.<sup>e</sup> bail<a id="FNanchor_72" href="#Footnote_72" class="fnanchor">[72]</a>, fait pour 3 ans, est de 3,200,000 fr.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_72" href="#FNanchor_72"><span class="label">[72]</span></a> 1703.</p>
+</div>
+<p>Les anciens tarifs furent supprimés, comme n’étant
+plus dans la proportion des frais qu’exigeaient les
+améliorations nouvellement introduites dans le service,
+tant à cause des distances, que du poids de l’once qui
+était égale à six lettres, lorsqu’on ne l’avait réglé que
+sur le pied de trois. Celui qu’on établit en 1703 parut
+plus conforme aux intérêts des postes, et portait, entr’autres
+articles, que les lettres et paquets seraient
+payés suivant le poids des villes où existaient les bureaux,
+<span id="p54" class="pagenum">-54-</span> et que les distances<a id="FNanchor_73" href="#Footnote_73" class="fnanchor">[73]</a> des lieux seraient comptées
+d’après le nombre des postes établies sur les routes
+que devaient suivre les courriers : la franchise n’avait
+pas reçu d’extension.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_73" href="#FNanchor_73"><span class="label">[73]</span></a> Au côté gauche de la façade de Notre-Dame, est un poteau
+triangulaire qui indique le point central d’où l’on commence à
+compter les distances sur les différentes routes qui aboutissent à Paris.</p>
+</div>
+<p>Le droit à percevoir sur les articles d’argent et les
+valeurs cotées n’était pas réglé sur une base fixe ; il
+fut porté à un sou pour livre, taux auquel il est resté
+jusqu’à ce jour.</p>
+
+<p>Le prix des chaises de poste, de Paris à Versailles,
+est fixé par les réglemens à 7 liv. 10 sous.</p>
+
+<p>L’usage de voyager en poste par les voitures dites
+berlines, inventées par Philippe Chieze, premier architecte
+de Fréderick Guillaume, électeur de Brandebourg,
+fut défendu. La pesanteur de ces lourdes voitures
+avait démonté la plus grande partie des relais.
+Cette sage mesure suspendit l’effet d’un mal que le
+tems et de grandes précautions pouvaient seuls réparer.</p>
+
+<p>Le 7.<sup>e</sup> bail<a id="FNanchor_74" href="#Footnote_74" class="fnanchor">[74]</a> a lieu pour 3 millions.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_74" href="#FNanchor_74"><span class="label">[74]</span></a> 1709.</p>
+</div>
+<p>Le 8.<sup>e</sup> bail<a id="FNanchor_75" href="#Footnote_75" class="fnanchor">[75]</a>, quatre ans après, est porté à 3,800,000 fr.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_75" href="#FNanchor_75"><span class="label">[75]</span></a> 1713.</p>
+</div>
+<p>L’état florissant auquel les postes étaient parvenues
+pendant le siècle de Louis XIV, laissait peu de changemens
+à y introduire sous celui de son successeur.
+Quoique cette époque, où l’on mit en vigueur beaucoup
+de mesures réglementaires, ne paraisse pas si féconde en
+améliorations, le comte d’Argenson, ministre et secrétaire
+d’état au département de la guerre, grand-maître et
+surintendant-général des postes et relais, ne contribua
+pas peu à les soutenir avec le même éclat que sous ses
+prédecesseurs. Il défend, par un arrêté, de donner des
+chevaux aux courriers pour les lieux où le Roi fixe sa
+résidence : il est à remarquer que, par la dénomination
+de courrier, on entend tout voyageur qui se sert de
+la poste.</p>
+
+<p>L’Université de Paris avait joui de tout tems, par
+un privilége particulier, du droit de messageries et de
+poste ; le Roi, en le lui retirant, en 1719, lui accorda
+<span id="p55" class="pagenum">-55-</span> pour indemnité le 28.<sup>e</sup> du bail général des postes,
+montant à 120,000 fr. : cette somme était destinée à subvenir
+aux frais de l’instruction que l’Université faisait
+gratuitement.</p>
+
+<p>Tant que les postes ne furent pas établies de manière
+à satisfaire tous les besoins, il était naturel de
+tolérer un moyen qui favorisait à la fois l’intérêt de
+l’Université et celui de la société. Mais il eût été impolitique
+de laisser subsister plus long-tems une entreprise
+de cette nature, en opposition avec le service
+de l’état. Il est évident que, dans ce cas, toute concurrence
+en entraverait la marche et en compromettrait
+même l’existence. Le Roi fit donc une chose utile, en
+ôtant ce privilége à l’Université, et un acte de justice,
+en l’indemnisant de la perte qu’il lui faisait éprouver.
+Etait-il convenable, d’ailleurs, qu’un corps, destiné à
+propager le goût des sciences et des belles-lettres,
+continuât une exploitation si peu en rapport avec ses
+attributions et son indépendance. Si l’Université s’était
+soutenue long-tems par ce moyen, il était de la dignité
+des successeurs de Charlemagne et de François I.<sup>er</sup> de
+la protéger et d’être leur seul appui à l’avenir.</p>
+
+<p>Le 9.<sup>e</sup> bail est renouvelé, en 1721, pour 3,446,743 liv.</p>
+
+<p>On remet en vigueur les ordonnances sur les passeports.</p>
+
+<p>Le 10.<sup>e</sup> bail est porté, en 1729, à 3,946,042.</p>
+
+<p>Le 11.<sup>e</sup> ne subit pas d’augmentation en 1735.</p>
+
+<p>Une ordonnance règle le service des courriers, leur
+marche sur les routes, et les droits et frais à leur
+charge.</p>
+
+<p>Comme il arrivait souvent que les voyageurs prétendaient
+être servis aux relais avant les courriers et
+les messageries, et que, pour y parvenir, ils employaient
+la ruse et quelquefois la force, il fut ordonné
+aux maîtres de poste de ne céder à aucune
+menace, et on leur renouvela l’assurance d’une protection
+spéciale contre toutes les prétentions qui pourraient
+s’élever à l’avenir à cet égard.</p>
+
+<p>Le 12.<sup>e</sup> bail, en 1738, fut fait en régie pour le compte
+du Roi, dans l’intention d’avoir une connaissance exacte
+des produits des postes et messageries. Des lettres patentes
+augmentèrent ce bail de 1500 fr., parce qu’on réunit
+<span id="p56" class="pagenum">-56-</span> aux postes le privilége qu’avait le prince de Lorraine,
+de fournir des litières dans toute l’étendue du royaume,
+excepté le Languedoc et la Bretagne, dont il se réserva
+la jouissance.</p>
+
+<p>Le 13.<sup>e</sup> bail est passé pour six années, à Carlier, en
+1739, moyennant la somme de 4,521,400 fr.</p>
+
+<p>La première poste, à la sortie des villes de Paris, Lyon,
+Versailles et Brest, est considérée comme poste royale et
+doublée par ce motif.</p>
+
+<p>Les maîtres de poste, en 1740, sont autorisés à ne
+conduire aux relais étrangers qu’en se faisant payer d’avance
+et sur le pied de monnaie étrangère. Ils sont également
+autorisés, plus tard, à fournir des chevaux pour les
+routes de traverse, au prix qu’il leur conviendra d’exiger,
+sans pouvoir y être contraints dans aucun cas.</p>
+
+<p>Le 14.<sup>e</sup> bail, de la durée de 10 années, est renouvelé
+en 1744, au même prix que le précédent.</p>
+
+<p>Pour remédiera l’inconvénient des lettres mal adressées,
+il fut réglé, en 1749, que toutes celles qui ne pourraient
+pas parvenir à leur destination, seraient renvoyées au
+bout de trois mois dans les villes d’où elles étaient
+parties, afin que ceux qui les auraient écrites n’en recevant
+pas de nouvelles fussent à portée de réclamer celles
+qu’ils auraient intérêt de retirer ou pussent leur donner
+une meilleure adresse.</p>
+
+<p>Le 15.<sup>e</sup> bail, en 1750, monte à 4,801,500 fr.</p>
+
+<p>La publication du premier dictionnaire des Postes
+connu, a lieu en 1754. Il est dédié par M. Guyot, son auteur<a id="FNanchor_76" href="#Footnote_76" class="fnanchor">[76]</a>,
+au comte d’Argenson, surintendant-général des
+<span id="p57" class="pagenum">-57-</span> Postes. Cet ouvrage était d’autant plus utile, qu’on n’avait
+encore recueilli, jusqu’à cette époque, aucun document
+propre à guider les officiers des Postes dans la direction
+à donner aux lettres.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_76" href="#FNanchor_76"><span class="label">[76]</span></a> Le même autour, en 1782, en fit paraître un autre en deux volumes,
+sous le titre de dictionnaire géographique et universel des
+Postes. Il en existe un plus moderne, déjà à sa deuxième édition, par
+M. Chaudouet et Lecousturier l’aîné. L’utilité de cet ouvrage est
+trop généralement reconnue pour qu’il ait besoin de nos éloges. Le
+second de ces auteurs fait paraître annuellement un petit livre pour
+le départ des courriers de Paris, qui offre des renseignemens précieux,
+et qui devient indispensable pour toute personne qui veut profiter des
+avantages de la poste, pour la correspondance journalière.</p>
+
+<p>L’état des postes en France, qui paraît annuellement, est exclusivement
+destiné à tout ce qui est relatif à la poste aux chevaux. Il
+convient de le consulter lorsqu’on voyage, par les indications précises
+et le réglement qu’il renferme.</p>
+
+<p>M. Gouin, administrateur des Postes, a publié un essai historique
+sur les Postes. Personne, mieux que lui, n’était en état de traiter un
+pareil sujet. Les services qu’il a rendus à cette administration dans la
+longue et honorable carrière qu’il a parcourue, et la noble et loyale
+conduite qu’il a tenue au milieu de nos troubles politiques, l’avaient
+mis à même de juger sainement tous les événemens et les variations
+qui s’y rattachent. L’apparition de son ouvrage à l’instant où nous
+achevions le nôtre, commencé depuis plusieurs années, nous eût imposé
+l’obligation de le suspendre, malgré le travail qu’il nous a
+coûté et les recherches longues et souvent fastidieuses auxquelles nous
+nous sommes livré, s’il fût entré dans le plan de M. Gouin, d’embrasser
+l’histoire générale des postes. Mais son essai, plus particulièrement
+destiné à faire connaître les améliorations successives survenues
+dans les produits des postes, depuis la mise à ferme de ce domaine
+royal, et l’avantage des nouvelles mesures introduites pour donner
+plus d’activité à ce service, n’ayant pas pour but celui que nous nous
+sommes proposé, nous avons dû continuer notre entreprise. Nous lui
+devons les renseignemens relatifs au prix des baux, et nous regrettons
+que M. Gouin ne se soit pas étendu davantage sur un sujet qui eût
+pris sous sa plume un si haut degré d’intérêt.</p>
+
+<p>Tels sont les ouvrages sur les postes parvenus à notre connaissance,
+au nombre desquels nous devons comprendre un recueil d’édits, dont
+nous avons extrait quelques passages pour motiver nos citations. Il
+nous a semblé, d’après cela, que nous ferions une chose utile en recueillant
+tous les matériaux possibles, tant sur les moyens de correspondre
+dans l’antiquité et chez les peuples modernes, que sur la manière
+de voyager, en usage dans toutes les contrées connues : le motif
+seul peut faire excuser la difficulté de l’entreprise.</p>
+</div>
+<p>Le 16.<sup>e</sup> bail des Postes s’élève, en 1756, à 5,001,500 fr.</p>
+
+<p>Les excès auxquels on s’était porté envers les postillons,
+provoquent une ordonnance relative aux peines
+qu’encourront ceux qui se rendront coupables, à l’avenir,
+de mauvais traitemens à leur égard.</p>
+
+<p>La déclaration du Roi, du 17 juillet 1759, remet en
+vigueur tous les édits rendus sur le service des Postes.
+On y remarque, entr’autres articles, ceux concernant
+les chargemens, les dépôts d’argent, le tarif pour la perception
+du port des lettres établi sur des bases nouvelles,
+et le réglement sur les relais. L’ordre, la célérité et la
+sécurité que la correspondance retire de ces améliorations
+rangeront cette époque au nombre de celles auxquelles
+les Postes sont redevables de quelque perfectionnement.</p>
+
+<p><span id="p58" class="pagenum">-58-</span> L’ardent amour du bien public, qui avait inspiré
+tant de projets utiles à M. Charles Humbert Pierron de
+Chamousset<a id="FNanchor_77" href="#Footnote_77" class="fnanchor">[77]</a>, lui fit naître l’idée de la petite-poste. Le
+service, devenu de jour en jour plus actif et plus régulier,
+et la multiplicité des relations dont Paris était
+le point central, exigeaient un mode nouveau et prompt
+de recevoir et d’expédier les missives de la capitale. La
+difficulté de se rencontrer dans une ville si populeuse,
+le tems perdu à de vaines recherches, tout faisait
+sentir la nécessité d’une mesure qui procurât les moyens
+d’y correspondre avec célérité. M. de Chamousset, qui
+avait mûri cette idée, fit part de ses vues. On en reconnut
+les avantages, et le projet d’un homme de bien fut accueilli
+favorablement : on fit plus, on le réalisa. La
+petite-poste fut organisée, d’après son plan, dans l’intérieur
+de Paris, où cent dix-sept facteurs<a id="FNanchor_78" href="#Footnote_78" class="fnanchor">[78]</a> faisaient
+journellement ce service. Elle fut d’abord en régie,
+et on la réunit par la suite à la ferme générale. Cette organisation,
+comme toutes les institutions naissantes,
+a dû éprouver divers changemens avantageux. Les plus
+notables ont été introduits par M. le duc de Doudeauville.
+Sept distributions ont lieu en été et six en hiver.
+Par ce moyen, si l’on observe les heures indiquées par
+les affiches, on peut obtenir la réponse et même la
+réponse de la réponse aux lettres écrites dans la journée.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_77" href="#FNanchor_77"><span class="label">[77]</span></a> Les œuvres de M. de Chamousset, maître des comptes, né
+à Limoges, ont été recueillies, en 2 volumes, par l’abbé Cotton de
+Houssays. On y distingue des mémoires intéressans sur la poste aux
+chevaux, les roulages et les messageries.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_78" href="#FNanchor_78"><span class="label">[78]</span></a> Il n’est peut-être pas hors de propos de parler de l’intelligence
+et de l’activité de ces agens, tant à Paris que dans les provinces. Le
+trait suivant en est une preuve. Un facteur de la grande poste,
+nommé Jean Gourget, dit Saint-Jean, gagea qu’il irait, les yeux
+bandés, de l’école militaire à la grande poste, rue Plâtrière. Il passa
+l’eau à la place Louis XV, dans un bateau qu’il alla chercher lui-même,
+sans le secours de la voix ni du batelier. Parvenu aux galeries
+du Louvre, il indiqua la sonnette de l’imprimerie royale ; et, dans
+la rue Froidmanteau, il s’arrêta vis-à-vis un marchand de vin dont il
+était connu et demanda à se rafraîchir. Il était suivi de ceux qui
+tenaient le pari, et en gagna le prix sans opposition.</p>
+</div>
+<p>Il existait autrefois en Italie, si l’on en croit Audibert<a id="FNanchor_79" href="#Footnote_79" class="fnanchor">[79]</a>,
+une petite-poste d’un genre différent, qui avait
+<span id="p59" class="pagenum">-59-</span> aussi ses messagers d’une espèce toute particulière et
+non moins d’activité. C’étaient les vendeurs de poulets
+qui portaient les billets doux aux femmes. Ils glissaient
+ces billets sous l’aile du plus gros, et la dame, avertie,
+ne manquait pas de le prendre, en ne donnant jamais
+le tems aux argus de se saisir du courrier innocemment
+contrebandier. Ce manége ayant été découvert, le premier
+messager d’amour qui fut pris, fut puni de l’estrapade,
+avec des poulets vivans attachés aux pieds.
+Telle est l’origine du nom de poulet donné aux billets
+doux.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_79" href="#FNanchor_79"><span class="label">[79]</span></a> Auteur des curieuses recherches sur l’Italie.</p>
+</div>
+<p>L’établissement de la petite-poste aux lettres, en
+France, a donné, dans ces derniers tems (1824), l’idée
+des petites messageries<a id="FNanchor_80" href="#Footnote_80" class="fnanchor">[80]</a> dans Paris, pour les effets et les
+marchandises. Il y a long-tems que plusieurs capitales
+de l’Europe participent à cet avantage par le moyen de
+la poste aux lettres. Ce nouveau service, quoiqu’organisé
+sur les mêmes bases, n’en est aucunement dépendant.
+Les motifs qui ont rendu l’usage de la petite-poste
+si nécessaire, ont sollicité celui des petites messageries
+dans le but d’établir un service régulier, célère, économique
+et responsable, dont l’objet est de transporter,
+d’un quartier de Paris à l’autre, les effets, articles et
+commissions de toute espèce ; et les marchandises de gros
+poids déplacées et mises en circulation par le commerce.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_80" href="#FNanchor_80"><span class="label">[80]</span></a> La direction générale est rue de Seine-Saint-Germain,
+n.<sup>o</sup> 12, Hôtel-de-la-Rochefoucauld.</p>
+</div>
+<p>Un nombre suffisant de bureaux de dépôt établis dans
+les rues et les places les plus fréquentées, ainsi que les
+boîtes pour la petite-poste, reçoivent continuellement,
+contre des récépissés imprimés et à talons, tous les
+paquets et articles, jusqu’au poids de 25 livres qui y sont
+remis avec des adresses attachées aux articles.</p>
+
+<p>Les facteurs, dans le cours de leurs tournées, reçoivent
+aussi, contre de semblables récépissés, les articles
+jusqu’à 25 livres pesant, qu’on leur donne de la
+main à la main sur leur passage, qu’ils annoncent par
+le son d’un cor, comme à Londres les bellman le font
+par le son d’une cloche.</p>
+
+<p>Les articles de poids sont recueillis à domicile.</p>
+
+<p><span id="p60" class="pagenum">-60-</span> Des voitures attelées, bien couvertes, font trois fois
+par jour la levée des dépôts et pareil nombre de distributions.
+Dans la belle saison, ce nombre est porté
+à quatre.</p>
+
+<p>Il y a en même tems un service de <i>gamionage</i> pour
+le transport des marchandises de volume et de gros
+poids.</p>
+
+<p>Chaque article, jusqu’à 25 livres, paie 35 centimes ;
+de 25 à 100, 45 centimes ; de 100 à 200, 55 centimes,
+etc. On a la facilité d’affranchir les envois.</p>
+
+<p>En cas de perte des articles dont la valeur n’aura pas
+été déclarée, la compagnie remboursera 20 francs pour
+chaque article qu’on ne pourra représenter ; elle répondra
+de la valeur entière, lorsqu’elle aura été déclarée, mais
+alors le prix de transport y sera proportionné.</p>
+
+<p>Il est facile de voir, par cet exposé, le rapport qu’il
+y a entre les petites messageries et la petite-poste. Ce
+rapprochement suffira pour motiver les raisons qui nous
+ont fait entrer dans des détails que nous ne croyons
+pas sans intérêt pour le lecteur.</p>
+
+<p>En 1761, les postes sont mises en régie pour le
+compte du roi. On règle aussi les prix que doivent
+payer les courriers de cabinets et de dépêches.</p>
+
+<p>En 1764, le 18.<sup>e</sup> bail, toujours avec les messageries
+en litière, monte à 7,113,000 francs.</p>
+
+<p>Malgré l’augmentation successive survenue dans la
+ferme des postes, depuis la cession faite par l’université,
+à raison du 28.<sup>e</sup> sur les produits qui en proviendraient,
+l’indemnité primitive n’avait point subi de changemens.
+Ce corps, en 1765, exposa, par une requête
+au roi, les droits et les priviléges sur lesquels cette
+réclamation était si justement fondée.</p>
+
+<p>Le 19.<sup>e</sup> bail, renouvelé en 1770 pour neuf ans,
+s’élève à 7,700,000. Les fermiers sont tenus de faire un
+cautionnement. Cet usage, introduit pour assurer les
+droits du gouvernement, est devenu depuis une clause
+obligatoire de tous les engagemens de ce genre.</p>
+
+<p>L’établissement d’une caisse, destinée au soulagement
+des courriers, a lieu en 1772. Elle est formée de la
+retenue du tiers du prix qui leur revient par course.
+Cette idée sage et prévoyante fut inspirée par un sentiment
+bien digne d’éloges pour cette classe d’hommes
+<span id="p61" class="pagenum">-61-</span> employés à un service toujours fatigant et souvent
+périlleux<a id="FNanchor_81" href="#Footnote_81" class="fnanchor">[81]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_81" href="#FNanchor_81"><span class="label">[81]</span></a> La vie du courrier est active, pénible même. Il voyage sans cesse
+et n’a d’autre habitation que sa voiture : c’est dans cette mobile machine
+que s’écoule son existence. Il est partout et ne se fixe nulle
+part. A peine a-t-il atteint le terme de sa course, qu’il retourne
+aussi rapidement aux lieux qu’il a quittés, pour en repartir de nouveau
+avec la même vitesse. Le sommeil l’accable-t-il, il ne peut
+s’y livrer, malgré la fatigue qui le provoque. Là, c’est un relais où
+il change de chevaux ; ici, un bureau de poste où il remet et reçoit
+des dépêches. Ces interruptions sont tellement répétées, que, dans un
+trajet de cent lieues, par exemple, qui doit être fait en moins de
+quarante heures, il trouve souvent dix bureaux de poste et vingt-cinq
+relais. Combien de circonstances encore ne contribuent-elles pas
+à multiplier ces incidens. Tout ce que la nature oppose d’obstacles
+doit être vaincu : il brave l’intempérie des saisons et les ténèbres de
+la nuit ne l’arrêtent pas dans sa marche. Sa prévoyance ne peut être
+en défaut pour remédier même aux événemens indépendans de sa
+volonté.</p>
+
+<p>Sa surveillance tient à sa responsabilité ; son activité, à la célérité
+de son service ; son extrême probité s’explique par la confiance qu’on
+lui porte, et la discrétion lui est imposée comme un devoir. Non-seulement
+il remet avec un soin scrupuleux les dépêches qu’il a reçues,
+il les défend, même au péril de sa vie, s’il est attaqué. C’est
+dans ces luttes inégales qu’il montre un courage qui le fait souvent
+triompher du nombre et sauver le dépôt sacré, confié à sa fidélité, par
+tous les moyens qui sont en son pouvoir. Que d’actions éclatantes attesteraient
+qu’il n’est aucun dévouement dont il ne soit capable, et
+que d’exemples prouveraient qu’il n’est aucun devoir dont il n’observe
+l’accomplissement avec une religieuse exactitude.</p>
+</div>
+<p>On devait, par suite de ces vues bienfaisantes, en
+étendre les avantages à tous les agens des postes auxquels
+on fait subir des retenues qui ont varie, et qui sont
+fixées aujourd’hui à cinq pour cent du montant des appointemens.</p>
+
+<p>Ainsi, par l’effet d’un léger sacrifice, l’homme laborieux
+voit sans crainte l’avenir qui l’attend au bout d’une
+carrière longue et honorable. Si elle ne lui a pas offert
+des chances de fortune, du moins, lorsque le tems du
+repos, souvent pour lui celui des infirmités, est arrivé,
+il recueille avec reconnaissance les fruits d’une mesure
+dictée par une prévoyance toute paternelle.</p>
+
+<p>La place de surintendant-général des postes, après la
+mort du marquis de Torcy (1746), qui avait sous lui un
+contrôleur-général, avait été donnée au comte de Voyer
+d’Argenson, ministre de la guerre.</p>
+
+<p><span id="p62" class="pagenum">-62-</span> Le duc de Choiseul, aussi ministre de la guerre, lui
+succéda. Il avait également sous lui un intendant-général,
+dont les attributions étaient les mêmes que celles de
+contrôleur-général. Il n’y avait de changement que dans
+la dénomination de cet emploi, qui réunissait, par le
+fait, toutes les prérogatives attachées aux postes. Il donnait
+le droit de travailler seul avec le Roi, et d’entrer
+chez Sa Majesté à toute heure du jour ou de la nuit.
+M. Jannel, qui s’était distingué dans plusieurs circonstances,
+occupait cette place sous le duc de Choiseul.
+Voici comme Duclos s’exprime à son égard : <i>M. le Duc</i>
+(c’est ainsi qu’on désignait le duc de Bourbon, ministre
+sous le régent), <i>pleinement rassuré, oublia que c’était
+aux conseils de M. Jannel qu’il devait d’avoir prévenu
+une sédition par rapport aux grains, et eut honte d’avoir
+eu et surtout montré de la peur. Il ne sut pas distinguer
+un malheur prévenu d’un malheur imaginaire. Ses
+affidés lui exagérèrent les sacrifices qu’ils avaient faits
+pour obtenir des dédommagemens, et il fit expédier une
+lettre de cachet pour le mettre à la Bastille. L’ordre en
+fut bientôt révoqué, parce qu’on en sentit l’injustice,
+et on avertit Jannel d’être plus discret, au hasard d’être
+moins utile.</i></p>
+
+<p>Au commencement du règne de Louis XVI, M. Turgot,
+ministre d’état au département des finances, devint,
+en septembre 1775, surintendant-général des postes, et
+refusa les émolumens attachés à cette place.</p>
+
+<p>Il est à remarquer que jusqu’à lui les ministres de la
+guerre avaient été seuls en possession de cette charge ;
+ce qui prouverait, s’il en était besoin, qu’on la considérait
+comme tout-à-fait étrangère aux finances, puisqu’on
+n’avait jamais songé à l’y rattacher. Mais M.
+Turgot, qui méditait de grandes réformes, sans attenter
+aux prérogatives des postes, chercha, en les
+amenant sous son influence, à les rendre favorables à
+ses projets. Il les réunit, pour cet effet, aux messageries
+royales, par les édits des 7 et 14 août 1775.</p>
+
+<p>En combinant ces deux services, il espérait pouvoir
+parvenir à faire transporter les lettres par les messageries,
+en un seul jour, au moins à 30 lieues à la ronde de
+Paris, terme où les courriers de la malle les auraient
+reçues pour les transmettre sur tous les points du royaume.
+<span id="p63" class="pagenum">-63-</span> L’économie qu’on aurait retirée de cette mesure, et que
+le ministre avait particulièrement en vue, ne compensait
+aucun des graves inconvéniens qu’elle entraînait.
+Où elle existait réellement, c’était dans les avantages
+que les messageries procureraient de conduire les fonds
+avec sûreté, rapidité et sans frais, ou des recettes particulières
+au chef-lieu, ou d’une province à l’autre, ou
+des provinces à Paris, ou même, enfin, de Paris aux
+provinces, comme cela se pratique encore aujourd’hui.</p>
+
+<p>M. Turgot, qui avait conçu de grands projets sur la
+construction et l’entretien des routes, qui se rattachent
+si essentiellement aux postes, y aurait porté, sans
+doute, cet esprit d’économie si peu en rapport avec les
+ouvrages d’une nation qui veut travailler pour la postérité.
+Tout en cédant à cette idée si louable qui le dominait,
+il favorisait les postes sur quelques points, en
+se proposant de faire observer rigoureusement les distances
+de quatre lieues entre chaque relais, soit qu’on
+les eût négligées, ou qu’elles n’eussent pu être gardées
+par des considérations locales difficiles à surmonter dans
+l’origine. Il devait, en outre, donner l’inspection des
+routes aux maîtres de poste intéressés, à leur entretien.
+Aux avantages que leur eût procuré le traitement attaché
+à cette nouvelle attribution, se seraient joints ceux
+qui résultaient nécessairement d’une surveillance qui eût
+contribué si puissamment à la prospérité des relais.</p>
+
+<p>Au reste, M. Turgot ne voyait dans la réunion des
+postes aux messageries qu’une considération secondaire,
+celle d’une augmentation de recettes, ou, plus exactement,
+une diminution dans les dépenses qu’il évaluait
+devoir être, par la suite, de quatre millions.</p>
+
+<p>Quant aux priviléges accordés précédemment pour
+droits de carrosses, de diligences et de messageries, le
+roi, en y rentrant exclusivement, ne fit qu’user de la
+faculté qu’il s’était réservée en les concédant. Les fermiers
+qui ne pouvaient l’ignorer, quoique traités avec
+justice dans tous les réglemens qu’entraînait cette mesure,
+ne la trouvèrent pas moins très-rigoureuse, par
+la privation soudaine d’avantages qu’elle leur enlevait
+et à laquelle ils étaient loin de s’attendre. Ils furent,
+pour le trésor royal, de 1,500,000 fr. auxquels on porta la
+ferme des messageries. Le soin des gouvernemens, dans
+<span id="p64" class="pagenum">-64-</span> les changemens qu’amènent les circonstances pour les
+rendre favorables à la société, doit être de les opérer
+doucement, afin de concilier tous les intérêts.</p>
+
+<p>L’établissement de voitures<a id="FNanchor_82" href="#Footnote_82" class="fnanchor">[82]</a> à 4, 6 ou 8 places,
+commodes, légères et bien suspendues, pour partir à
+jours et heures réglés, fut ordonné sur toutes les
+grandes routes du royaume. Un autre arrêt prescrivait
+la marche à suivre pour l’administration des diligences
+et messageries, et le tarif des ports à payer, soit pour
+les places dans les diligences, soit pour le transport des
+<i>hardes</i>, de l’<i>argent</i> et autres <i>effets</i>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_82" href="#FNanchor_82"><span class="label">[82]</span></a> M. Turgot ayant changé la forme des voitures, elles furent
+appelées turgotines pour cette raison. Loin d’être telles que l’édit le
+portait, elles étaient lourdes, incommodes et très-bruyantes.</p>
+</div>
+<p>Le baron d’Ogny, intendant-général des postes,
+jouissait, comme M. Jannel, son prédécesseur, des
+mêmes priviléges. M. de Clugny remplace M. Turgot
+dans la surintendance des postes.</p>
+
+<p>Le 20.<sup>e</sup> bail, pour un an, pendant 1776, monte à
+8,790,000. Cette augmentation est fondée sur la réunion
+des divers priviléges des carrosses, coches d’eau et messageries,
+à la ferme des postes.</p>
+
+<p>Le 21.<sup>e</sup> bail est en régie pour compte du roi, moyennant
+10,400,000 fr. Les six administrateurs qui en sont
+chargés fournissent un cautionnement de 4,800,000.</p>
+
+<p>Une ordonnance du roi, rendue en 1779, augmente
+la masse des retenues du produit du livre de
+poste publié, jusqu’à ce jour, au profit d’un étranger.</p>
+
+<p>Afin de prévenir la perte des lettres mal adressées,
+il fut réglé, en 1781, qu’elles seraient renvoyées dans
+les bureaux dont elles portaient le timbre, pour faciliter
+les réclamations. Cette mesure eut lieu en même-tems
+pour les lettres refusées faute d’affranchissement.
+Dans le premier cas elles devaient séjourner trois mois
+dans les bureaux, et quatre mois dans le second.</p>
+
+<p>En 1782, Dom Gauthey, religieux de l’ordre de Citeaux,
+soumit au jugement de l’Académie des Sciences un moyen
+qu’il avait imaginé pour correspondre au loin par l’emploi
+de signaux. Le rapport fait par le marquis de
+Condorcet et le comte de Milly, annonçait que <i>ce secret
+<span id="p65" class="pagenum">-65-</span> leur paraissait praticable, ingénieux et nouveau,
+qu’il ne rappelait aucun procédé connu et destiné à
+remplir le même objet ; qu’il pouvait s’étendre jusqu’à
+la distance de trente lieues, sans stations intermédiaires
+et sans préparatifs très-considérables. Quant à
+la célérité, qu’il n’y aurait que quelques secondes d’un
+signe à l’autre ; que ces signes<a id="FNanchor_83" href="#Footnote_83" class="fnanchor">[83]</a> pouvaient répondre
+du cabinet d’un prince à celui de ses ministres, et que
+l’appareil enfin ne serait ni très-cher, ni très-incommode.</i></p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_83" href="#FNanchor_83"><span class="label">[83]</span></a> Par des moyens acoustiques qu’on parle de renouveler pour
+l’établissement de télégraphes en Angleterre.</p>
+</div>
+<p>Dans la même année, M. Linguet annonça un mémoire
+dans lequel il prétendait avoir trouvé le moyen
+de transmettre les avis avec promptitude, et celui d’établir
+un idiome constant et réglé, dont la vue seule
+était l’interprète, aussi rapide que docile, supérieur à
+tous ceux connus dans cette poste oculaire, qui joignait
+à la facilité, la sûreté, la simplicité et l’économie.</p>
+
+<p>Le secret devait être impénétrable pour les agens intermédiaires,
+aussi étrangers à ce qui se passerait que
+les courriers à l’égard des dépêches qu’ils transportent.
+Ce n’était qu’aux extrémités que le mot de l’énigme
+volante aurait été connu de ceux chargés d’expédier et
+de recevoir les avis.</p>
+
+<p>L’auteur du projet proposait d’en faire l’épreuve secrète,
+de Paris à Saint-Germain, en 4 minutes.</p>
+
+<p>Vers la fin du XVII.<sup>e</sup> siècle, <i>Amontons, fameux mécanicien,
+avait inventé</i>, dit Fontenelle dans le rapport
+qu’il fut chargé de faire de ce procédé ingénieux, <i>un
+moyen de faire savoir tout ce qu’on voudrait à une
+très-grande distance ; par exemple, de Paris à Rome,
+en très-peu de tems, comme trois ou quatre heures, et
+même sans que la nouvelle fut connue dans tout l’espace
+qui sépare ces deux villes.</i></p>
+
+<p>Ces théories, qu’on regardait comme des chimères,
+devaient cependant conduire, quelques années plus tard,
+à des découvertes<a id="FNanchor_84" href="#Footnote_84" class="fnanchor">[84]</a> et des procédés de la plus haute
+<span id="p66" class="pagenum">-66-</span> importance. Quelques essais infructueux, ou qui ont
+manqué d’encouragemens, ne peuvent ôter le mérite de
+l’invention à leurs auteurs.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_84" href="#FNanchor_84"><span class="label">[84]</span></a> Dès l’année 1763, M. Cugnot essaya, avec succès, à Paris,
+de construire des voitures mises en mouvement par la vapeur.</p>
+
+<p>Le célèbre Aéronaute Blanchard fit, en 1779, devant la famille
+royale, l’expérience d’un carrosse de son invention, qui roulait très-rapidement
+sans le secours des chevaux. Il se proposait, par la suite,
+de perfectionner ces voitures, afin de les rendre propres à voyager
+sur les routes. On peut avoir une idée de leur construction par les
+détails ci-après. A la portée qu’occupe le brancard ou le timon, était
+un aigle les ailes déployées. C’est là qu’étaient attachées les guides,
+à l’aide desquelles la personne placée dans la voiture en dirigeait la
+marche. Derrière était un homme qui imprimait à la voiture un
+mouvement plus ou moins rapide, en pressant alternativement les
+deux pieds, ce qui ne lui causait aucune fatigue, et ce qui n’exigerait,
+à la rigueur, qu’un relais d’hommes. Il se tenait debout
+ou assis, les jambes en partie cachées dans une sorte de malle ou
+coffre, où les ressorts paraissaient établis.</p>
+
+<p>On faisait, presqu’en même tems, sur la Seine, l’essai d’un bateau,
+canot ou nacelle, appelé la poste par eau, qui ne mit que
+quelques minutes à faire le trajet du Pont-Neuf au Pont-Royal. Ce
+bateau avait 18 pieds de longueur sur 6 de largeur ; il allait par le
+moyen d’une grande roue que tournait un seul homme et qui donnait,
+par cette impulsion, le mouvement à d’autres, substituées intérieurement
+aux roues ordinaires. L’inventeur, M. de la Rue d’Elbeuf,
+prétendait que ce bateau remonterait le courant avec la même vitesse,
+et se proposait même de la doubler en établissant sur les
+grandes roues un engrenage.</p>
+
+<p>M. Mulotin, horloger à Dieppe, imagina aussi un phare d’une
+construction remarquable. Il avait la forme d’une horloge et le mouvement
+faisait paraître une masse de lumière de 24 réverbères, dont
+la durée était de 3 minutes, et la disparition d’une.</p>
+
+<p>Un autre moyen, de ce genre, avait pour but de donner aux feux
+un éclat particulier qui les distinguât de manière à empêcher de les
+confondre avec les autres feux.</p>
+</div>
+<p>L’année 1783, le 22.<sup>e</sup> bail en régie, de 11,600,000 fr.,
+fut confié à six régisseurs, qui donnèrent un cautionnement
+de 6 millions. Il leur fut accordé pour remise,
+droit de présence, étrennes, frais de bureaux et secrétaires,
+216,000 fr., ce qui faisait 36,000 par an pour
+chacun. Outre cela, il leur était alloué le cinquième de
+tout ce qui excéderait 11,600,000 fr. de produit net, et
+l’intérêt du cautionnement à cinq pour cent.</p>
+
+<p>En 1785, le duc de Polignac<a id="FNanchor_85" href="#Footnote_85" class="fnanchor">[85]</a> est nommé directeur-général
+<span id="p67" class="pagenum">-67-</span> des postes aux chevaux, relais et messageries.
+La place d’intendant-général est accordée à M. de
+Veymerange<a id="FNanchor_86" href="#Footnote_86" class="fnanchor">[86]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_85" href="#FNanchor_85"><span class="label">[85]</span></a> Marquis de Mancini, brigadier des armées du roi, premier
+écuyer de la reine et directeur-général des haras.</p>
+
+<p>Le marquis de Polignac ; chevalier des ordres du roi, premier écuyer
+de Monseigneur le comte d’Artois, gouverneur du château royal de
+Chambord, obtint la survivance de la place de directeur-général de
+la poste au chevaux.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_86" href="#FNanchor_86"><span class="label">[86]</span></a> Chevalier de Saint-Louis, intendant des armées du roi.</p>
+</div>
+<p>Cette même année, l’uniforme des officiers des postes
+est réglé par une ordonnance. Il n’est plus exigé aujourd’hui
+que pour les employés des postes militaires, les
+postillons et les courriers. La couleur en est bleue pour
+tous, mais avec des marques distinctives qui varient
+suivant les emplois. Les postillons, par exemple, ont
+des revers rouges, des boutons fleurdelisés et des galons
+d’argent : ils portent sur le bras gauche un écusson
+aux armes royales. Cet écusson est placé sur la poitrine
+des courriers ; l’habit de ces derniers, bordé d’un liseré
+d’argent, est orné au collet de deux fleurs de lis brodées
+également en argent.</p>
+
+<p>Les malles-postes et les messageries royales sont distinguées
+par les armoiries de la couronne.</p>
+
+<p>Le 23.<sup>e</sup> bail, porté à 10,800,000 fr. en 1786 (en 1788 à
+12,000,000), est passé, pour cinq ans, avec M. Poinsignon.</p>
+
+<p>L’année suivante, la poste aux chevaux et les relais
+sont réunis à la poste aux lettres, le duc de Polignac,
+qui en était directeur-général, ayant donné sa démission.
+La place d’intendant-général, créée en même
+tems, fut supprimée.</p>
+
+<p>L’université conservait encore, en 1789, comme un
+privilége qu’elle s’était réservé, des messagers dont les
+charges étaient à la nomination des quatre nations qui
+composent la faculté des arts. Ces charges ne se vendaient
+point ; il n’en coûtait que les frais de réception,
+montant environ à 500 francs. Les messagers étaient
+appelés aux processions du recteur, et avaient leur
+salle d’audience au collége de Louis-le-Grand.</p>
+
+<p>Le roi n’ayant pas nommé à la place de surintendant-général
+des postes, depuis M. de Clugny, le baron
+d’Ogny était resté seul chargé de la direction de cette
+importante administration, sous le titre d’intendant-général
+des courriers, postes, relais et messageries de
+<span id="p68" class="pagenum">-68-</span> France. Les administrateurs étaient MM. de Montregard,
+de la Reignière, Richard d’Aubigny, de Richebourg,
+Gauthier, de Montbreton, Mesnard, de la Ferté,
+Delaage, de Vallogué et de Longchamp.</p>
+
+<p>Il avait aussi un conseil des relais, composé de trois
+inspecteurs-généraux.</p>
+
+<p>Nous venons d’exposer rapidement, dans tout ce qui
+précède, les divers changemens survenus dans les postes
+depuis leur origine jusqu’en 1789. Objets, pendant plus
+de trois siècles d’existence, de la protection spéciale de
+nos rois, elles étaient parvenues au point d’être utiles
+à la fois au peuple dont elles multipliaient les relations,
+et à l’état dont elles augmentaient les revenus. Les recettes
+des lettres et paquets, abandonnées pendant près
+de deux cents ans aux agens des postes, à titre d’émolumens,
+devinrent si productives par la suite, entre les
+mains des fermiers-généraux, qu’elles avaient atteint un
+taux qu’on devait à peine dépasser de nos jours.</p>
+
+<p>Mais les institutions les plus sages, consacrées par le
+tems et les besoins des peuples, ne pouvaient survivre
+au renversement de la monarchie. C’est sous cette ère
+fatale, signalée par un crime inouï dans nos fastes, que
+nous allons suivre les variations que les postes ont subies
+jusqu’au rétablissement de la maison de Bourbon.</p>
+
+<p>Dès 1790, un décret supprime les priviléges des
+maîtres de poste qui avaient été créés par Louis XI,
+et rigoureusement maintenus par ses successeurs. Une
+indemnité annuelle, de 30 livres par cheval entretenu
+pour le service de la poste, les remplace. Elle ne peut
+être moindre de 250 fr., ni dépasser 450 fr., quelle que
+soit l’importance des relais.</p>
+
+<p>Les titres et traitemens de l’intendant-général, ceux
+de l’inspecteur-général, les gages des maîtres des courriers,
+etc., sont également supprimés.</p>
+
+<p>M. de Richebourg est nommé commissaire du roi
+près les postes, place qui répondait à celles de surintendant
+et d’intendant-général. Il réunit, dans ses attributions,
+la poste aux lettres, la poste aux chevaux
+et les messageries, quoique séparées pour l’exploitation.</p>
+
+<p>Le serment d’observer la foi due au secret des lettres,
+est exigé de tous les agens des postes.</p>
+
+<p>Les fonctions des inspecteurs, visiteurs et officiers du
+<span id="p69" class="pagenum">-69-</span> conseil des postes, sont remplies par deux contrôleurs-généraux,
+auxquels il est accordé un traitement de
+6000 fr.</p>
+
+<p>Le bail des postes, passé en 1788, avec M. Poinsignon,
+est maintenu.</p>
+
+<p>Les réformateurs, dans cette désorganisation totale,
+se voient forcés, pour ne pas entraver la marche d’un
+service si important, de conserver les anciens réglemens
+et le tarif de 1759. Les arrêts de 1771, 1784 et 1786,
+subissent seulement quelques changemens relatifs au
+contre-seing et au brûlement des lettres inconnues, refusées
+et non-réclamées.</p>
+
+<p>Les maîtres de poste du royaume demandent la réunion
+des messageries à la poste aux chevaux.</p>
+
+<p>Le privilége exclusif des carrosses de place et des
+voitures des environs de Paris, accordé à la compagnie
+Perreau, est résilié.</p>
+
+<p>M. Jean-François Dequeux devient, en 1791, fermier
+des messageries, coches et voitures d’eau, par
+bail de la durée de six ans neuf mois.</p>
+
+<p>Les administrateurs des postes font remise au roi du
+5.<sup>e</sup> des produits nets qui excèdent les onze millions du
+bail expiré le 31 décembre.</p>
+
+<p>A cette époque où, sous prétexte du bien public, on
+ne respectait plus rien, le désordre était à son comble.
+L’assemblée nationale<a id="FNanchor_87" href="#Footnote_87" class="fnanchor">[87]</a>, elle-même, parut effrayée des
+abus qu’entraînait le zèle des corps administratifs et
+des municipalités. La correspondance des particuliers
+n’était plus à l’abri de la plus infâme des violations ; les
+courriers qui refusaient de remettre les dépêches, dont
+ils étaient responsables, s’exposaient aux mauvais traitemens
+d’individus livrés à la licence la plus effrénée ;
+<span id="p70" class="pagenum">-70-</span> et les directeurs ne pouvaient soustraire, à leurs criminelles
+perquisitions, les lettres qu’on osait leur enlever
+par la force dans les dépôts sacrés confiés à leur garde.
+Cependant, par une concession bien digne de ces tems
+désastreux, cette même assemblée, en cherchant à réprimer
+une telle conduite, crut devoir l’excuser en
+disant qu’elle était tolérable dans un moment d’alarme
+universelle et de péril imminent.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_87" href="#FNanchor_87"><span class="label">[87]</span></a> Elle improuva la conduite de la municipalité de Saint-Aubin,
+pour avoir ouvert un paquet à M. d’Ogny, intendant-général des
+postes, et plus encore pour avoir ouvert ceux adressés au ministre
+des affaires étrangères et au ministre de la cour d’Espagne ; et
+chargea son président de se retirer de vers le roi, pour le prier de
+donner des ordres nécessaires afin que le courrier de ces paquets fût
+mis en liberté, et pour que le ministre du roi fût chargé de témoigner
+à M. l’ambassadeur d’Espagne les regrets de l’assemblée de l’ouverture
+de ses paquets.</p>
+</div>
+<p>Les postes sont administrées, en 1792, par un directoire
+composé d’un président et de cinq administrateurs.
+M. de Richebourg est nommé, à ce premier emploi,
+avec un traitement de 20,000 fr. Il leur est assigné à tous
+un logement à l’Hôtel-des-Postes<a id="FNanchor_88" href="#Footnote_88" class="fnanchor">[88]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_88" href="#FNanchor_88"><span class="label">[88]</span></a> Bâti sur les ruines de l’Hôtel-de-Flandres, qui appartenait,
+dès la fin du XIII.<sup>e</sup> siècle, aux comtes de ce nom. Le roi Charles VII
+le donna, en 1487, à Guillaume de la Trimouille. Il fut possédé par
+Jean-de-Nogaret, premier duc d’Epernon, favori de Henri III, et
+passa ensuite à Berthélemi d’Hervart, contrôleur-général des finances,
+qui le fit reconstruire en entier ; puis en suite à M. Fleuriau
+d’Armenonville, secrétaire-d’état et garde des sceaux. Cet hôtel
+portait encore son nom lorsqu’il fut acheté des héritiers du comte
+Morville, son fils, pour y placer les bureaux de la poste. Il fut
+réparé et distribué à cet effet, et l’on y construisit, du côté de la
+rue Coq-Héron, un hôtel pour l’intendant général des postes.</p>
+</div>
+<p>Pour établir les bases du nouveau tarif<a id="FNanchor_89" href="#Footnote_89" class="fnanchor">[89]</a> sur le
+prix du transport des lettres et paquets, on fixe un
+point central dans chacun des 83 départemens, et les
+distances entr’eux sont calculées d’un point central à
+un point central à vol d’oiseau, et à raison de 2283 toises
+par lieue. Le quart de l’once détermine le poids de
+la lettre, dite simple ou non pesante, dont le port, fixé
+à quatre sous dans l’intérieur de chaque département,
+augmente d’un sou hors de ce département, et jusqu’à
+vingt lieues inclusivement. Une progression d’un sou par
+dix lieues est réglée jusqu’à cent, et subit quelques modifications
+au-delà de cette distance.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_89" href="#FNanchor_89"><span class="label">[89]</span></a> Celui de 1769 était basé sur la distance réellement parcourue,
+et on ne reconnaissait pas de distance au-dessous de 20 lieues.</p>
+</div>
+<p>Le transport des dépêches qui, jusqu’alors, avait eu
+lieu sur les grandes routes et sur les petites, à cheval, en
+brouettes ou voitures non-suspendues, la plupart découvertes,
+attelées d’un seul cheval et conduites par le
+<span id="p71" class="pagenum">-71-</span> courrier, devient l’objet d’une mesure générale et uniforme.
+Des courriers de poste aux lettres sont établis
+sur quatorze routes, dites de première section, et sur
+vingt-six de deuxième section en voitures suspendues,
+couvertes, montées sur deux roues et attelées de trois
+chevaux. Le service en est fait par les maîtres de poste,
+au prix de 30 sous par cheval et par poste, au lieu de
+25 sous auquel il était précédemment fixé.</p>
+
+<p>Le droit de franchise et de contre-seing des lettres,
+étendu chaque jour dans une proposition nuisible à la
+recette des postes, est limité par un nouveau réglement.</p>
+
+<p>Il n’est encore rien changé à la remise sur les articles
+d’argent déposés, qui, de tout tems, avait été perçue
+au profit des directeurs des postes. Ce n’est que plus
+tard que le trésor s’est attribué cette recette.</p>
+
+<p>Une instruction générale, sur le service des postes,
+devenait indispensable. Elle comprend toutes les bases
+sur lesquelles repose cette institution ; mais les modifications
+qui pourraient y être apportées, seront réglées
+par des circulaires imprimées.</p>
+
+<p>On abolit le privilége de poste royale ou double,
+dont jouissaient les maîtres de poste de Versailles, de
+Paris, de Lyon et de Brest.</p>
+
+<p>Les emplois des contrôleurs provinciaux des postes,
+qui avaient échappé à la réforme totale de ce qui tenait
+à l’ancienne organisation, disparaissent à leur tour.
+On y supplée par des inspecteurs auxquels la surveillance
+générale des bureaux de poste et des relais est confiée
+dans les départemens.</p>
+
+<p>Les courriers sont élus par les sections de Paris. Les
+directeurs et les contrôleurs des postes sont nommés
+par le peuple. Les fonctions des premiers comprennent
+toutes les parties du service. Les directions sont simples
+ou composées : dans le premier cas, le directeur suffit
+à toutes les opérations ; mais, dans le second, l’importance
+des bureaux nécessite un nombre d’agens proportionné
+aux besoins des localités. Alors, il y a un contrôleur
+dont les attributions sont en opposition avec celles
+du directeur, comme exerçant sur lui une surveillance
+continue dans l’intérêt de l’administration.</p>
+
+<p>On exige des directeurs, en 1793, un cautionnement
+en biens fonds de la valeur du cinquième du produit net
+de l’année commune de chaque bureau.</p>
+
+<p><span id="p72" class="pagenum">-72-</span> Les chevaux de poste sont payés, par les voyageurs et
+les courriers extraordinaires, à raison de 40 sous
+par cheval et par poste, et 15 sous de guide au postillon.</p>
+
+<p>Le bail des messageries est résilié.</p>
+
+<p>On réunit la poste aux lettres, les messageries et la
+poste aux chevaux, sous une seule et même administration,
+spécialement chargée de la surveillance et du
+maintien de l’exécution des trois services. Elle est composée
+de neuf administrateurs<a id="FNanchor_90" href="#Footnote_90" class="fnanchor">[90]</a> élus par la convention,
+sur la présentation du directoire exécutif. Ces
+nominations n’ont lieu que pour 3 ans.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_90" href="#FNanchor_90"><span class="label">[90]</span></a> Entr’autres MM. Baudin, Catherine, Caboche, Rouvière,
+Legendre, Mouret, Ruteau.</p>
+</div>
+<p>Nous avons vu dans tous les tems divers moyens, plus
+ou moins ingénieux, de communiquer au loin, par des
+signaux, des phrases convenues. Ces procédés, tentés
+par les anciens, renouvelés par les modernes, n’avaient
+pas eu assez de succès pour être adoptés ; des pavillons,
+hissés au sommet de mâts très-élevés, servaient, seulement
+sur nos côtes, à signaler ce qui pouvait intéresser le service
+maritime. On y a substitué depuis une machine mobile,
+sous le nom de cémaphore<a id="FNanchor_91" href="#Footnote_91" class="fnanchor">[91]</a>, destinée au même usage.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_91" href="#FNanchor_91"><span class="label">[91]</span></a> Porte signe.</p>
+</div>
+<p>Les Anglais ont cherché, avec succès, à varier ces signaux.
+Le duc d’Yorck a acquis une grande célébrité en les
+perfectionnant. Dom Gauthey, Linguet, Amontons,
+semblent plus particulièrement avoir approché de la solution
+d’un problême tant de fois proposé ; mais aucune
+expérience notable n’était venue à l’appui de leur
+théorie. La question restait donc à résoudre, lorsque
+Claude Chappe, né à Brûlon, en 1763, fit connaître
+son importante découverte du télégraphe<a id="FNanchor_92" href="#Footnote_92" class="fnanchor">[92]</a>. On prétend
+que, dès 1791, cet habile physicien fut conduit à ce
+résultat par suite d’un amusement. Le désir de communiquer
+par signes avec quelques amis qui résidaient à la
+campagne, à plusieurs lieues de lui, l’engagea dans des
+recherches tellement satisfaisantes, qu’il crut devoir,
+en 1792, soumettre son projet à l’assemblée législative,
+en lui présentant sa machine à signaux<a id="FNanchor_93" href="#Footnote_93" class="fnanchor">[93]</a>. L’établissement<a id="FNanchor_94" href="#Footnote_94" class="fnanchor">[94]</a>
+<span id="p73" class="pagenum">-73-</span> d’une ligne télégraphique fut ordonné un an
+après et signala une victoire<a id="FNanchor_95" href="#Footnote_95" class="fnanchor">[95]</a>. La convention reçut
+la nouvelle de ce succès au commencement d’une de ses
+séances, rendit un décret qui déclarait que Condé<a id="FNanchor_96" href="#Footnote_96" class="fnanchor">[96]</a>
+changeait de nom, et le télégraphe annonça, pendant
+cette même séance, que le décret était déjà parvenu
+à sa destination, et que déjà aussi il circulait dans
+l’armée.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_92" href="#FNanchor_92"><span class="label">[92]</span></a> J’écris au loin.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_93" href="#FNanchor_93"><span class="label">[93]</span></a> M. Chappe fut nommé ingénieur des télégraphes avec les appointemens
+de lieutenant du génie.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_94" href="#FNanchor_94"><span class="label">[94]</span></a> De Bruxelles à Paris, le télégraphe pouvait transmettre les
+avis en 25 minutes. Il fut décidé que le comité d’instruction publique
+nommerait deux commissaires pour suivre les opérations, et
+qu’il serait alloué 6000 fr. pour les frais de cet essai. Plus tard [1797],
+MM. Breguet et Betencourt soumirent un projet de télégraphe. Les
+Anglais, qui ont une espèce de signaux de ce genre, les avaient
+déjà établis sur leurs côtes, d’où ils répondaient tous à Londres.</p>
+
+<p class="sign">[<i>Moniteur</i>.]</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_95" href="#FNanchor_95"><span class="label">[95]</span></a> La prise de Condé.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_96" href="#FNanchor_96"><span class="label">[96]</span></a> On l’appela <i>Nord-Libre</i>.</p>
+</div>
+<p>Ce résultat ne laissa rien à désirer sur l’utilité d’un
+procédé si merveilleux. Il serait même difficile de décrire
+la sensation que produisit, non-seulement en
+France, mais par toute l’Europe, la découverte d’une
+machine dont les formes sont visibles, les mouvemens
+simples et faciles, qui peut être transportée et placée
+partout, qui résiste aux plus grandes tempêtes, donne
+assez de signaux primitifs pour faire de ces signes une
+application exacte aux idées, qui les transmet dans tous
+les lieux et à quelque distance que ce soit.</p>
+
+<p><i>Elle n’exige qu’un signe par idée et jamais plus de
+deux ; ce qui est très-remarquable</i>, dit le rapport décennal
+(1810), <i>comme ayant donné naissance à une
+langue nouvelle, simple et exacte, qui rend l’expression
+d’une phrase par un seul signe</i>.</p>
+
+<p>La poste télégraphique, qui se compose de toutes les
+lignes qui, partant de Paris<a id="FNanchor_97" href="#Footnote_97" class="fnanchor">[97]</a>, vont aboutir aux
+<span id="p74" class="pagenum">-74-</span> points extrêmes du royaume, est dirigée par trois administrateurs
+qui sont : MM. le comte de Keresperts,
+Chappe Chaumont et Chappe d’Arcis. Il y a un directeur
+et un inspecteur à chaque point principal, et des
+employés à chaque station pour exécuter, sans les comprendre,
+tous les mouvemens ordonnés d’une direction
+à l’autre.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_97" href="#FNanchor_97"><span class="label">[97]</span></a> L’administration des télégraphes est rue de l’Université. Paris
+compte cinq télégraphes : l’un à l’hôtel de l’administration, l’autre
+au ministère de la marine, un troisième à l’église des Saints-Pères,
+les deux derniers sur les tours de Saint-Sulpice. Les nouvelles de
+Calais arrivent à Paris, en trois minutes, par 27 télégraphes ; de
+Lille, en deux minutes, par 22 télégraphes ; de Strasbourg,
+en 6 minutes, par 46 télégraphes ; et de Brest, en 8 minutes, par
+80 télégraphes.</p>
+</div>
+<p>Les télégraphes dépendans de la direction de Saint-Malo,
+par exemple, sont au nombre de sept<a id="FNanchor_98" href="#Footnote_98" class="fnanchor">[98]</a> du
+côté de Paris, et de trois<a id="FNanchor_99" href="#Footnote_99" class="fnanchor">[99]</a> du côté de Brest. De l’instant
+où se fait le dernier signal à Saint-Malo, jusqu’à
+l’arrivée de la réponse de Paris, il s’écoule 14 ou 15
+minutes.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_98" href="#FNanchor_98"><span class="label">[98]</span></a> Saint-Medon, Mondoc, la Masse, le Mont-Saint-Michel,
+Avranches, la Bruyère, la Rivière, la Tournerie, les Hébreux,
+la Chapelle-Riche, Landigère.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_99" href="#FNanchor_99"><span class="label">[99]</span></a> Tertre-Guérin, Saint-Caast, Villeneuve.</p>
+</div>
+<p>On sait jusqu’à quel point on a multiplié les lignes
+télégraphiques, et avec quelle facilité on applique ce
+moyen suivant les lieux et les circonstances. A toute
+heure, à toute minute, des points les plus importans du
+royaume, on peut transmettre à la capitale et en recevoir
+instantanément les avis les plus intéressans.</p>
+
+<p>La ligne télégraphique<a id="FNanchor_100" href="#Footnote_100" class="fnanchor">[100]</a> de Paris à Lille fut établie
+en 1794.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_100" href="#FNanchor_100"><span class="label">[100]</span></a> Elle fut prolongée jusqu’à Dunkerque en 1799. A cette époque,
+des travaux semblables eurent lieu sur Strasbourg et Huningue,
+Brest et Saint-Brieux. En 1803, on communiqua, par ce moyen avec
+Bruxelles ; avec Boulogne, Flessingue et Anvers, en 1809 ; et, un
+an plus tard, avec Amsterdam. En 1805 Milan correspondait avec
+Paris par le télégraphe. Cette ligne fut étendue, vers 1810, sur
+Venise et Mantoue. L’année de la restauration, Lyon fut en relation
+avec Toulon. La guerre d’Espagne, arrivée en 1823, nécessita l’établissement
+d’une ligne de télégraphes de Paris à Bayonne. [<i>Moniteur</i>.]</p>
+</div>
+<p>Le port<a id="FNanchor_101" href="#Footnote_101" class="fnanchor">[101]</a> des lettres est augmenté et porté, en 1795,
+pour celles dites simples, ne pesant pas un quart d’once,
+à cinq sous dans l’intérieur du même département ; extérieurement
+jusqu’à 20 lieues, à six sous ; et, pour les
+<span id="p75" class="pagenum">-75-</span> autres distances, dans une progression réglée par le
+tarif.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_101" href="#FNanchor_101"><span class="label">[101]</span></a> Plus tard, la taxe des lettres, dans toute l’étendue de la
+France, réglée sur les distances, est réduite à 4 sortes ; savoir :
+dix sous pour une distance de cinquante lieues, à compter du
+point de départ ; quinze sous à cent lieues, vingt sous à cent cinquante,
+vingt-cinq sous pour toute distance au-delà de 150 lieues.</p>
+</div>
+<p>Le port des lettres, pour l’intérieur des villes, est
+fixé à trois sous.</p>
+
+<p>Une administration générale<a id="FNanchor_102" href="#Footnote_102" class="fnanchor">[102]</a>, composée de douze
+membres, est établie pour remplacer les trois agences supprimées
+de la poste aux lettres, de la poste aux chevaux,
+des messageries. Elle nécessite la création d’une place
+de caissier-général des postes.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_102" href="#FNanchor_102"><span class="label">[102]</span></a> MM. Caboche, Rouvière, Gauthier, Déaddé, Baudin,
+Boulanger, Joliveau, Sompron, Tirlemont, Vernissy, Rose et
+Catherine Saint-Georges.</p>
+</div>
+<p>Les tarifs de la poste aux lettres et de la poste aux
+chevaux éprouvent des changemens provoqués par la
+dépréciation du papier-monnaie. On paie pour la lettre
+simple, par exemple, jusques et compris 50 lieues,
+deux livres dix sous. Chaque maître de poste reçoit
+cent cinquante livres en assignats par poste et par cheval,
+et chaque postillon cinquante francs.</p>
+
+<p>La taxe<a id="FNanchor_103" href="#Footnote_103" class="fnanchor">[103]</a> des lettres varie encore en 1796.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_103" href="#FNanchor_103"><span class="label">[103]</span></a> Les lettres du poids de demi-once ne paient que trois décimes
+dans la distance de cinquante lieues et au-dessous ; cinq décimes
+jusqu’à cent ; sept décimes jusqu’à cent cinquante ; et neuf décimes
+au-dessus de cent cinquante lieues de distance.</p>
+</div>
+<p><i>Afin</i>, dit le Conseil des Cinq Cents dans son arrêté,
+<i>d’encourager la libre communication des pensées entre
+les citoyens, et d’augmenter les revenus publics</i>, le
+prix des journaux présentés à l’affranchissement ne sera
+que de quatre centimes par feuilles, et celui des livres
+brochés de cinq centimes.</p>
+
+<p>Le tarif<a id="FNanchor_104" href="#Footnote_104" class="fnanchor">[104]</a> du port des lettres subit encore des modifications :
+il rappelle plusieurs articles de celui de 1759.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_104" href="#FNanchor_104"><span class="label">[104]</span></a> Le prix de la lettre dite simple, au-dessous de demi-once,
+est de deux décimes dans l’intérieur du même département ; d’un
+département à un département, de vingt-cinq centimes.</p>
+</div>
+<p>Les lettres adressées aux militaires sous les drapeaux,
+par une exception bien entendue, ne paient que quinze
+centimes, quelles que soient les distances.</p>
+
+<p>La facilité accordée aux particuliers de pouvoir charger
+leurs lettres et paquets, à la condition d’en payer le
+double du port ordinaire, imposait l’obligation à l’administration
+<span id="p76" class="pagenum">-76-</span> responsable de fixer l’indemnité due en cas
+de perte des lettres : elle était précédemment de trois
+cents francs, et se trouve réduite à cinquante.</p>
+
+<p>Un nouveau décret supprime, en 1797, le droit de
+franchise des lettres par contre-seing. Il est accordé
+une indemnité de 68 mille francs par mois au conseil
+des Anciens et à celui des Cinq-Cents pour remplacer
+ce privilége.</p>
+
+<p>Une société anonyme est formée, à Paris<a id="FNanchor_105" href="#Footnote_105" class="fnanchor">[105]</a>, pour
+l’entreprise générale des messageries.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_105" href="#FNanchor_105"><span class="label">[105]</span></a> Rue Notre-Dame-des-Victoires.</p>
+</div>
+<p>Les frais d’administration des postes pour la présente
+année s’élèvent à neuf millions, dans lesquels la taxe
+d’entretien des routes figure pour 600,000 fr.</p>
+
+<p>Le décret qui ordonne l’établissement des postes dans
+les colonies, porte que le produit de la ferme des bacs
+des passages des rivières et des postes, sera versé au
+trésor public de chaque colonie.</p>
+
+<p>Les fonctions du commissaire du directoire exécutif,
+près l’administration des postes, sont déterminées, en
+1798, par des instructions.</p>
+
+<p>Les nouveaux arrêtés sur le transport frauduleux des
+lettres reproduisent les anciens réglemens. Ce n’est pas
+la première fois qu’après avoir tout détruit on se voit
+forcé d’édifier sur les bases anciennes.</p>
+
+<p>Il était tems qu’un établissement aussi utile que celui
+de la poste aux chevaux fût authentiquement reconnu
+par une loi dans toute l’étendue de la France. Il est
+suivi, en 1799, d’un réglement sur ce service.</p>
+
+<p>La poste aux lettres, par suite de l’annulation du bail,
+est administrée par une régie intéressée, à laquelle il est
+accordé huit millions pour les dépenses d’exploitation.
+Les cinq membres qui la composent sont MM. Anson,
+Forié, Auguié, Sieyes et Bernard, près desquels M.<sup>r</sup>
+La Forêt est placé comme commissaire du gouvernement.</p>
+
+<p>M. Duvidal est nommé inspecteur général près l’administration
+des postes, au lieu des deux substituts du
+commissaire du gouvernement, qui avaient été précédemment
+établis.</p>
+
+<p><span id="p77" class="pagenum">-77-</span> Les lettres sont taxées<a id="FNanchor_106" href="#Footnote_106" class="fnanchor">[106]</a> en francs et en décimes,
+et il ne doit être fait usage que des nouveaux poids.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_106" href="#FNanchor_106"><span class="label">[106]</span></a> A cette époque, une lettre de Lyon coûtait onze sous ; de
+Grenoble, 12, et de Bayonne et Marseille, 13.</p>
+</div>
+<p>La taxe<a id="FNanchor_107" href="#Footnote_107" class="fnanchor">[107]</a> des lettres est fixée en raison des distances
+à parcourir par la voie la plus courte, d’après
+les services des postes aux lettres existans.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_107" href="#FNanchor_107"><span class="label">[107]</span></a> Pour la lettre dite simple, au-dessous du poids de 7 grammes
+jusqu’à la distance de 100 kilomètres inclusivement, deux décimes,
+etc.</p>
+</div>
+<p>Les administrateurs jouissent enfin, en 1800, du privilége
+de nommer à tous les emplois : les inspecteurs ne
+peuvent être choisis que parmi les employés des postes
+et sur la présentation du commissaire.</p>
+
+<p>Le ministre des finances arrête tous les états de dépense.</p>
+
+<p>Les abus qui s’introduisent de nouveau dans le transport
+frauduleux des lettres, provoquent encore, en
+1801, la mise en vigueur des anciens réglemens.</p>
+
+<p>On est forcé, après tant d’essais infructueux, de rentrer
+dans la voie régulière dont on n’aurait pas dû s’écarter ;
+la licence était réprimée ; et on sentait, en
+1802, le besoin de ramener l’ordre dans une partie d’où
+il semblait être banni par les changemens successifs
+qu’on y avait opérés dans l’espace de quelques années.</p>
+
+<p>Nous remarquons aussi que c’est de cette époque que
+la poste aux lettres semble avoir été dans une dépendance
+plus directe du ministère des finances.</p>
+
+<p>Le poids des lettres est modifié : elles ne sont plus considérées
+comme simples lorsqu’elles pèsent 6 grammes,
+et la progression relative est établie par des tarifs.</p>
+
+<p>M. Benezet remplace M. Duvidal dans la place d’inspecteur
+général près l’administration des postes.</p>
+
+<p>On sait qu’il existait dans toutes les villes, et particulièrement
+dans les ports de mer, des établissemens
+sous la dénomination de petite-poste destinés aux correspondances
+locales et à celles d’outre-mer. Le public y
+déposait ses lettres, et elles étaient expédiées avec soin
+par chaque bâtiment partant. Les capitaines à leur retour
+transmettaient par la même voie celles qu’ils rapportaient
+des colonies.</p>
+
+<p><span id="p78" class="pagenum">-78-</span> Cette poste maritime, si active et si utile avant les
+jours orageux de notre révolution, devait nécessairement
+rentrer dans les attributions d’une administration
+qui seule pouvait exploiter un service de cette nature
+avec la sécurité réclamée par la société. Il ne s’agissait
+pour cela que d’user exclusivement du privilége dont on
+ne pouvait contester la légitimité à une institution toute
+royale, et d’en régulariser l’organisation. On rappela de
+nouveau la défense faite de tout tems aux personnes
+étrangères aux postes de s’immiscer dans le transport des
+lettres et paquets ; et on obligea les capitaines de faire
+connaître aux directeurs des postes, dans les ports où
+leurs bâtimens seraient en chargement, au moins un
+mois à l’avance, l’époque présumée de leur départ, afin
+de ne pouvoir appareiller que munis d’un certificat de
+cet agent, qui constatât qu’ils avaient reçu les malles destinées
+pour les lieux où ils déclaraient devoir se rendre.
+Les mêmes formalités exigées au retour ont suffi pour
+donner depuis plus de garantie à cette nouvelle branche
+de correspondance. Divers articles ont réglé l’indemnité
+accordée aux capitaines qui déposent leurs dépêches aux
+bureaux de poste, et le port, toujours perçu d’avance,
+auquel le public est assujetti. On sent que la régularité
+et l’accélération d’un pareil service dépendent de l’activité
+du commerce d’une nation. Elles sont telles, en ce
+moment pour la France, que les relations des colonies
+avec la métropole n’éprouvent pas la moindre interruption ;
+et il arrive fréquemment que des distances<a id="FNanchor_108" href="#Footnote_108" class="fnanchor">[108]</a> de
+plus de 2400 lieues sont franchies en moins de trois mois.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_108" href="#FNanchor_108"><span class="label">[108]</span></a> Une des traversées les plus remarquables est celle de la frégate
+française la Méduse qui s’est rendue de France aux Indes en
+86 jours.</p>
+</div>
+<p>La correspondance par mer n’était cependant pas nouvelle.
+Elle avait eu lieu de tout tems avec l’Angleterre,
+par le moyen de paquebots<a id="FNanchor_109" href="#Footnote_109" class="fnanchor">[109]</a> destinés à transporter les
+dépêches. Les communications avec les diverses îles de
+la Méditerranée et de la Manche ne pouvaient être entretenues
+que d’après ce mode.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_109" href="#FNanchor_109"><span class="label">[109]</span></a> En anglais <span lang="en" xml:lang="en">packet boot</span> qui signifie bateau à paquets. Chacune
+des deux nations faisait le transport de ses dépêches. L’Angleterre, par
+la suite, en fut chargée exclusivement ; mais Louis XVI rétablit le
+mode de transport comme dans l’origine.</p>
+</div>
+<p><span id="p79" class="pagenum">-79-</span> Lorsque nous avons parlé d’un bateau mécanique,
+appelé poste par eau, nous ne prévoyions pas qu’on
+verrait plus tard des bâtimens, mis en mouvement par
+le feu, refouler le courant de nos fleuves les plus rapides,
+et multiplier les communications avec une régularité
+surprenante.</p>
+
+<p>Un bateau à vapeur fait le service de Douvres à Calais.
+Les entreprises de ce genre se répandent chaque jour,
+soit pour le transport des voyageurs, soit pour celui des
+marchandises sur la Garonne, la Loire, la Charente,
+l’Adour, la Gironde et la Seine. On a établi sur le canal
+des Deux Mers, des bateaux à vapeur à une seule roue
+derrière substitués aux bateaux de poste, qui feront le
+trajet de Toulouse à Agde en moins de 36 heures. Un
+service de transport pour les marchandises rendra régulièrement
+celles-ci, partant de Toulouse pour Beaucaire
+en moins de six jours. On organise également un
+service de ce genre de Lyon à Beaucaire. Bientôt on
+communiquera aussi à nos possessions d’outre-mer par
+ce moyen rapide et ingénieux. Le bateau à vapeur de
+l’état, la Caroline, primitivement le Galibi, est destiné
+à naviguer de Cayenne à Lamana.</p>
+
+<p>L’Angleterre s’attribue en vain l’honneur de cette
+découverte, <i>parce qu’un nommé Jonathas Hulls</i>, dit
+M. Marestier, auteur d’un mémoire sur les bateaux à
+vapeur, <i>prit, en 1736, un brevet pour l’application de
+ce moteur à la remorque des vaisseaux. Il paraît que
+rien n’était préparé pour un essai, et que l’inventeur
+et l’invention tombèrent dans l’oubli. Les droits des Français,
+à la même découverte, sont plus authentiques ; ce
+sont des ouvrages imprimés, des essais encore défectueux,
+mais qui mettaient sur la voie et qui promettaient
+déjà quelques succès</i>.</p>
+
+<p>James Watt en Angleterre, et Robert Fulton<a id="FNanchor_110" href="#Footnote_110" class="fnanchor">[110]</a> aux
+Etats-Unis, ont les premiers perfectionné ce procédé.
+Mais la supériorité, dont l’Angleterre est si fière de nos
+jours, est encore due à un ingénieur français, M. Brunel.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_110" href="#FNanchor_110"><span class="label">[110]</span></a> En 1803, Fulton, qui se trouvait à Paris, construisit et fit
+manœuvrer sur la Seine un bateau qui remonta la rivière avec une
+vitesse de plus de cinq quarts de lieue par heure.</p>
+</div>
+<p><span id="p80" class="pagenum">-80-</span> L’affranchissement des lettres et paquets, pour les pays
+conquis, est réglé, en 1803, par divers arrêtés.</p>
+
+<p>Les produits de l’administration des postes, jusqu’à
+la concurrence de 10 millions, seront versés directement
+à la caisse d’amortissement pour être employés aux opérations
+dont cette caisse est chargée, et l’excédant au
+trésor public.</p>
+
+<p>M. Lavalette est nommé commissaire du gouvernement
+près les postes, place que MM. La Forêt et Gaudin
+avaient remplie avant lui.</p>
+
+<p>L’uniforme des postillons et autres employés des relais,
+se distingue par une broderie ou galons or et argent,
+suivant les grades : la veste bleue, la culotte chamois et les
+boutons blancs sont exigés pour tous.</p>
+
+<p>Une loi règle les époques de l’ouverture et du brûlement
+des rebuts, ainsi que du dépôt, au trésor public,
+des objets de valeur<a id="FNanchor_111" href="#Footnote_111" class="fnanchor">[111]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_111" href="#FNanchor_111"><span class="label">[111]</span></a> Par la loi du 7 nivose, an 10, les uns seront ouverts de suite
+et les autres au bout de six mois, un an et même deux ans. Tous seront
+brûlés de suite, s’ils sont sans intérêt. Les délais de garde pour
+les objets importans, à dater du mois de leur mise à la poste, n’excéderont
+pas cinq ans. On transmettra, à cette époque, au trésor royal,
+ceux qui auront de la valeur.</p>
+</div>
+<p>Le produit des postes, en 1804, est évalué 10
+millions.</p>
+
+<p>Les postes, jusqu’à cette époque sous la surveillance
+d’un commissaire du gouvernement, prennent une forme
+nouvelle par la suppression de cette place et la création
+de celle de directeur-général, dont les attributions,
+plus étendues, rappellent davantage l’ancienne organisation
+du service des postes. C’est à M. Lavalette que cette
+importante direction est confiée.</p>
+
+<p>Les priviléges accordés aux maîtres de poste n’avaient
+eu d’autre but que de maintenir un établissement tant
+de fois compromis par des mesures inconsidérées. On
+est forcé de reconnaître la légitimité de ces droits, si
+anciens, en cherchant enfin à opposer des entraves aux
+entreprises multipliées qui s’élèvent de toutes parts.
+C’est encore d’après l’expérience qu’il est décidé, en
+1805, que tout entrepreneur de voitures publiques et
+de messageries, qui ne se servira pas des chevaux de la
+<span id="p81" class="pagenum">-81-</span> poste, sera tenu de payer, par poste et par cheval, à
+chacune de ses voitures, vingt-cinq centimes au
+maître du relais dont il n’emploiera pas les chevaux.</p>
+
+<p>Il paraît un réglement sur les relais.</p>
+
+<p>Les routes sur lesquelles les maîtres de poste sont
+chargés du transport des malles, tant à l’aller qu’au
+retour, sont déterminées par un décret.</p>
+
+<p>En 1806, il est établi une nouvelle progression pour
+la taxe des lettres et paquets, calculée par tableaux qui
+remplacent l’ancien tarif, intitulé Copie de Nomenclature
+Matrice.</p>
+
+<p>Après les désordres introduits par suite des événemens
+politiques, il n’est peut-être pas indifférent de faire
+remarquer la décision ministérielle qui attribue, en
+1807, la franchise aux mandemens que nosseigneurs
+les archevêques et évêques adressent aux ecclésiastiques
+de leurs diocèses.</p>
+
+<p>Il est défendu, en 1808, d’admettre dans les malles
+aucun voyageur, s’il ne s’est conformé au décret qui
+change le papier fabriqué spécialement pour les passeports.</p>
+
+<p>Les divers changemens survenus dans l’organisation
+des postes nécessitent de nouveaux réglemens qui donnent
+lieu à la rédaction de la deuxième instruction générale
+sur ce service<a id="FNanchor_112" href="#Footnote_112" class="fnanchor">[112]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_112" href="#FNanchor_112"><span class="label">[112]</span></a> Après une nouvelle période de seize ans, une troisième instruction
+deviendrait d’une grande utilité pour suppléer à l’interprétation
+des nombreuses circulaires qui ont modifié la deuxième. La
+stabilité qui semble attachée aux mesures récemment adoptées dans
+toutes les parties du système administratif des postes, ne laisserait plus
+la moindre incertitude sur l’application de tant d’élémens épars.</p>
+</div>
+<p>La société anonyme, formée à Paris, rue Notre-Dame-des-Victoires,
+pour l’entreprise des messageries, est
+autorisée, en 1809, à continuer d’exister jusqu’au 31
+décembre 1840. Cet établissement est spécialement
+chargé du transport des fonds du gouvernement.</p>
+
+<p>Les articles d’argent, jusqu’à la concurrence de cinquante
+francs, sont payés à vue aux militaires et autres
+personnes attachées aux armées.</p>
+
+<p>Il est accordé des remises aux directeurs sur leurs
+versemens d’espèces dans les caisses des receveurs du
+<span id="p82" class="pagenum">-82-</span> trésor, et la permission, en outre, de les faire en traites
+à deux usances.</p>
+
+<p>L’affranchissement des lettres simples destinées aux
+militaires de tous grades sous les drapeaux, porté, jusqu’à
+ce jour, à quinze centimes, est élevé, en 1810,
+à vingt-cinq centimes, et n’a lieu seulement que pour
+celles adressées aux sous-officiers et soldats.</p>
+
+<p>Aucun livre imprimé à l’étranger ne peut entrer en
+France sans la permission du directeur-général de la
+librairie et de l’imprimerie.</p>
+
+<p>Le tarif subit de nouvelles modifications.</p>
+
+<p>La correspondance entre la France et la colonie de
+Batavia, est établie régulièrement deux fois par mois.</p>
+
+<p>Toute relation avec l’Angleterre est suspendue en
+1811, et le brûlement des lettres est ordonné, tant
+pour celles qui en proviennent, que pour celles qu’on y
+expédie.</p>
+
+<p>Quelques mois plus tard, cette interdiction fut levée
+avec restriction. Cette facilité dura peu, et toute communication
+fut encore suspendue.</p>
+
+<p>L’année 1812 n’offre rien de remarquable sur les
+postes. En 1813, on établit un service régulier de postes
+françaises en Turquie.</p>
+
+<p>L’invasion du territoire français, par les puissances
+alliées de l’Europe, en 1814, nécessite la suspension des
+correspondances avec les pays conquis, et provoque des
+dispositions relatives à l’évacuation des bureaux de poste
+à leur approche.</p>
+
+<p>M. de Bourienne, ancien conseiller-d’état, succède
+à M. Lavalette dans la place de directeur-général des
+postes.</p>
+
+<p>Il règne une grande confusion dans cette administration.
+Les employés qui avaient été forcés de suspendre
+leurs fonctions, sont prévenus de les reprendre.</p>
+
+<p>Toutes les lettres restées au rebut depuis trois ans,
+par suite des événemens, sont expédiées pour leur destination.
+Le service ne souffre pas d’interruption pendant
+l’invasion de la France. Le baron de Saken,
+gouverneur-militaire de Paris, assure, au nom des
+puissances alliées, une protection spéciale aux relais et
+aux bureaux de poste.</p>
+
+<p>Tels sont les actes qui préparent le retour de l’autorité
+légitime en France.</p>
+
+<p><span id="p83" class="pagenum">-83-</span> Les relations interrompues avec les diverses nations
+reprennent peu à peu leur ancienne activité.</p>
+
+<p>M. de Bourienne, nommé directeur-général des
+postes sous le gouvernement provisoire, est remplacé
+par M. le comte Ferrand, ministre-d’état. C’est la première
+nomination faite aux postes depuis le rétablissement
+de la maison de Bourbon.</p>
+
+<p>M. le comte de la Prunarède est nommé adjoint aux
+inspecteurs des postes et relais.</p>
+
+<p>Le paiement des reconnaissances à vue, aux militaires,
+n’a plus lieu.</p>
+
+<p>Quelques mesures réglementaires signalent, en 1815,
+la courte administration de M. le comte Ferrand. Une
+catastrophe inouïe devait ramener M. Lavalette à la tête
+des postes, en même tems que le trône de nos rois était
+usurpé une seconde fois.</p>
+
+<p>Cet interrègne de cent jours jette une nouvelle confusion
+dans les postes. Mais, au retour de l’ordre, M. le
+comte Beugnot, ministre-d’état, appelé à leur tête,
+s’exprime ainsi :</p>
+
+<p><i>C’est dans son sein</i> (du souverain légitime) <i>qu’il faudrait
+se réfugier quand la providence n’y aurait pas
+placé le cœur d’un père</i>. Il parle ensuite de l’ancienne
+sagesse, de la probité, et surtout de l’attachement au
+roi qui a signalé de tout tems l’administration des
+postes. <i>Cet établissement</i>, ajoute-t-il, <i>dont la France a
+l’honneur d’avoir donné l’exemple au reste de l’Europe,
+est tout royal. C’est à la protection spéciale de nos souverains
+qu’il est redevable des développemens et de l’espèce
+de perfection qu’il semble avoir obtenue</i>.</p>
+
+<p>Tels sont les principes rassurans que professent les
+hommes d’état chargés de diriger une des branches les
+plus importantes de l’administration publique sous le
+règne doux et paternel des Bourbons.</p>
+
+<p>Les Directeurs adressaient, à la caisse générale des
+postes à Paris, les fonds provenant de leurs recettes : ce
+mode est remplacé par celui des versemens de ces produits
+aux caisses des receveurs particuliers du trésor.</p>
+
+<p>Sur la fin de 1815<a id="FNanchor_113" href="#Footnote_113" class="fnanchor">[113]</a>, M. le marquis d’Herbouville,
+<span id="p84" class="pagenum">-84-</span> pair de France, est élevé à la place de directeur-général
+des postes. Il se montre pénétré de l’importance de l’administration
+qu’il est appelé à diriger, en cherchant à
+l’entourer d’une grande considération.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_113" href="#FNanchor_113"><span class="label">[113]</span></a> Octobre.</p>
+</div>
+<p>Il avait beaucoup à réformer après les désordres causés
+par deux invasions si rapprochées ; et son premier
+soin est de régulariser toutes les mesures temporaires,
+nécessitées par des circonstances si impérieuses.</p>
+
+<p>Il établit, en 1816, une division de comptabilité
+centrale, chargée de décrire, d’une manière précise, la
+situation de tous les agens de l’administration sur toutes
+les parties du service, et de pouvoir la faire connaître
+tous les jours, ainsi que celle de l’administration elle-même.</p>
+
+<p>C’est à ses soins prévoyans qu’on doit le maintien
+de la caisse des pensions, qui avait éprouvé un déficit
+considérable par suite des désordres passés. Il y parvient
+au moyen d’une augmentation sur la retenue des appointemens,
+qui, de 3 francs 50 centimes, devait être portée
+temporairement à 5 pour cent, taux auquel elle est encore
+perçue aujourd’hui.</p>
+
+<p>Si l’établissement de la caisse des pensions fut un
+bienfait, cette mesure conservatrice inspirera une reconnaissance
+égale à celle attachée à sa création.</p>
+
+<p>Le cautionnement en immeubles, fourni jusqu’à ce
+jour par les directeurs des postes, est exigé en numéraire.</p>
+
+<p>Les résultats que M. le marquis d’Herbouville se promettait
+d’atteindre par la marche juste, ferme, et indépendante
+qu’il suivait avec persévérance, ne devaient
+pas avoir lieu sous son administration.</p>
+
+<p>M. Dupleix de Mezy est appelé à le remplacer<a id="FNanchor_114" href="#Footnote_114" class="fnanchor">[114]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_114" href="#FNanchor_114"><span class="label">[114]</span></a> Novembre 1816.</p>
+</div>
+<p>Les sommes déposées, sous le titre d’articles d’argent,
+qui circulaient de bureau à bureau pour être remises
+dans les mêmes espèces aux destinataires, sont expédiées
+directement à Paris. Cette amélioration remédiait en
+partie à un mode reconnu vicieux, dès l’origine, par
+l’inconvénient qu’il entraînait de tenter la cupidité des
+malfaiteurs. Ces paiemens sont effectuées avec les recettes
+<span id="p85" class="pagenum">-85-</span> ordinaires du produit des postes, ou, en cas
+d’insuffisance, par le moyen des fonds de subvention,
+c’est-à-dire des sommes que les directeurs sont autorisés
+à toucher chez les receveurs du trésor.</p>
+
+<p>Des bateaux à vapeur font le transport des dépêches
+et des voyageurs de Calais à Douvres. Ils sont, comme
+les anciens paquebots, pour le compte de l’administration
+des postes, et sous la surveillance du directeur des
+postes de Calais.</p>
+
+<p>Les administrateurs des postes sont supprimés. Un
+conseil, auquel on attribue les mêmes pouvoirs, les remplace.
+Il est composé de trois membres qui sont :
+MM. Gouin, Boulenger et Molière la Boulaye, chefs
+de divisions aux Postes. Il ne leur est point accordé de
+supplément de traitement. Celui du directeur-général
+est réduit à 60,000 fr.</p>
+
+<p>Les réglemens sur les franchises et contre-seings,
+que de nombreuses circulaires avaient modifiés au point
+d’en rendre l’usage nuisible aux produits des postes,
+sont rétablis, par une ordonnance royale, sur des basses
+plus conformes à l’administration actuelle du royaume.</p>
+
+<p>Les relais, dont l’exploitation à part coûtait annuellement
+800,000 fr., sont réunis aux postes. On supprime
+les inspecteurs chargés de ce service, connus anciennement
+sous la dénomination de visiteurs des relais, et les
+inspecteurs de la poste aux lettres exercent ces nouvelles
+fonctions. Leur nombre, par suite de cette réduction,
+est de trente<a id="FNanchor_115" href="#Footnote_115" class="fnanchor">[115]</a> ; ils ont chacun, à quelques
+exceptions près, trois départemens dans leurs divisions.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_115" href="#FNanchor_115"><span class="label">[115]</span></a> Les attributions des inspecteurs des postes, déjà si importantes
+par elles-mêmes, ont été étendues par là indistinctement à
+toutes les parties du service. On ne pourrait aujourd’hui, sans danger,
+apporter de suppression dans le nombre de ces agens, interposés
+entre l’administration supérieure et ses subordonnés pour
+exercer une surveillance de tous les jours, de tous les instans. La
+perfection actuelle du travail nécessiterait même qu’on l’augmentât
+pour le rendre égal à celui des départemens. L’action des inspecteurs,
+devenue alors plus directe, serait par conséquent plus rapide,
+et agirait avec plus d’efficacité sur une étendue réduite à un rayon
+dont ils pourraient atteindre les extrémités dans un court espace de
+tems. Ils n’auraient plus de raisons légitimes pour ajourner indéfiniment
+des déplacemens toujours utiles et souvent urgens. A la tournée
+annuelle, à laquelle ils sont tenus, se joindraient les vérifications
+extraordinaires propres à rectifier, à l’instant même, des erreurs qui
+peuvent se reproduire quelquefois pendant tout le cours d’une année.</p>
+
+<p>L’administration centrale imprime un mouvement continu et réciproque
+à cette multitude de bureaux répandus sur toute la France ;
+mais les inspecteurs le dirigent et rétablissent sans cesse l’harmonie
+que tant de causes accidentelles détruisent constamment. Si quelque
+désordre s’y introduisait, et que l’on fût privé de ce moyen puissant
+de répression, que d’inconvéniens prendraient un caractère de gravité
+avant que le mal fût connu et qu’il eût été possible d’y apporter un
+remède, peut-être inutile, par suite de tant de retards ? Mais l’inspecteur,
+sentinelle avancée, est là, toujours prêt à se porter sur tous
+les points où sa présence l’exige, pour constater la situation des
+caisses, suivre le travail des bureaux, examiner la tenue des écritures
+et la régularité des opérations. Les instructions sont-elles mal interprétées,
+il en éclaircit le sens, il décide les questions douteuses,
+intervient dans les plaintes et les contestations du public, dont il
+repousse ou accueille les réclamations ; justifie les employés que
+l’on taxe d’exigeance lorsqu’ils opposent leurs devoirs à des prétentions souvent
+injustes et toujours exagérées. Cette intervention donne
+un caractère plus légal à des mesures qui paraissent arbitraires, rassure
+des intérêts froissés en apparence, et conserve à l’administration
+et à ses agens la plus noble de leurs prérogatives, la confiance. L’inspecteur
+ne borne pas là sa surveillance : il doit s’étudier à connaître les
+améliorations continuelles à introduire, soit dans la multiplicité des
+communications, les changemens, la suppression d’anciennes correspondances
+que le tems a rendues inutiles ou surabondantes, ou
+l’établissement de nouvelles nécessitées par l’activité du commerce
+ou les progrès de l’industrie locale ; soit enfin dans l’entretien et la
+réparation des routes, dont aucun fonctionnaire public ne peut mieux
+que lui apprécier l’état, ni donner de renseignemens plus positifs
+pour conserver avec avantage un moyen si puissant de prospérité.</p>
+
+<p>Ses observations sur les relais ne se réduisent pas aux simples formalités
+d’un procès-verbal, servant à constater que le nombre de chevaux
+qu’on y entretient est conforme aux réglemens. Il faut qu’il
+s’assure s’ils sont appropriés aux besoins des localités ; qu’il encourage
+les maîtres de poste à d’utiles réformes, et qu’il leur soumette
+des vues que l’expérience a confirmées, afin d’attacher aux relais
+ce principe conservateur qui fait la sécurité de l’état et l’avantage du
+maître de poste. Nous sommes persuadé qu’une émulation soutenue
+suffirait pour leur donner ce caractère d’activité durable, que l’on remarque
+sur certaines lignes, et qu’on est loin de retrouver sur tant de
+points. L’inspecteur qui éclairerait constamment le maître de poste
+sur ses propres intérêts, si intimement liés avec ceux du gouvernement,
+en lui portant le fruit de ses lumières et en le guidant avec
+prudence dans l’exploitation de cette branche si féconde d’industrie,
+atteindrait ce but en peu d’années.</p>
+
+<p>Occupé à faciliter le transport des dépêches, l’inspecteur prévient
+encore les obstacles qui pourraient en suspendre la circulation ; il réprime
+les abus de la fraude. Enfin, rien ne doit échapper à ses investigations.
+Sans cesse en activité, il donne à ses rapports ce haut degré
+d’utilité et d’exactitude qui ressort de la connaissance approfondie
+des lieux et des choses propres à éclairer l’administration sur ses véritables
+intérêts, sur la conduite de ses agens et sur les vœux de la
+société.</p>
+
+<p>Cette organisation, telle que nous la concevons, loin d’entraîner
+un surcroît de dépense, produirait une économie qui pourrait s’élever
+successivement à 150,000 fr., décuplerait en outre les recettes de
+certains bureaux, donnerait plus d’activité au service, un degré de
+confiance de plus au public, et ne nuirait en rien ni aux droits ni aux
+avantages acquis des titulaires actuels, puisqu’elle s’obtiendrait par
+extinction.</p>
+
+<p>Dans toute amélioration, la première considération à observer,
+c’est d’opérer le bien sans secousse, et de ménager, avec délicatesse,
+des intérêts qu’on est forcé de froisser, en ne les sacrifiant pas
+trop facilement, par un principe plus spécieux que juste, à l’avantage
+général.</p>
+
+<p>Il est aisé de se convaincre, par ce faible exposé, de l’immensité
+des charges de l’inspecteur, et de la responsabilité morale qui pèse
+sur lui. Son travail demande autant de lumières que de conscience.
+Juge intègre, il ne peut ni céder aux sollicitations, ni s’abandonner
+à ses préventions. La justice est son guide. Le sort des employés est
+dans ses mains. Pénétré de l’importance de fonctions aussi délicates,
+on sent que l’expérience n’est pas la moindre qualité qu’on soit en
+droit d’exiger de lui.</p>
+
+<p>Si la prospérité à laquelle les postes sont parvenues est due en
+partie aux inspecteurs, la reconnaissance attachée à leurs services
+serait un titre suffisant pour les maintenir, lors même que l’impérieuse
+nécessité n’en ferait pas une loi. Cette vérité est encore consacrée
+par le tems. Un agent spécial, revêtu de semblables attributions,
+tient donc essentiellement à l’ensemble de tout bon système
+administratif ; et si, par cas fortuit, une seule raison pouvait
+être opposée à ce principe conservateur, mille s’élèveraient en leur
+faveur pour plaider leur cause et maintenir leurs droits.</p>
+</div>
+<p><span id="p86" class="pagenum">-86-</span> Il est accordé à chaque directeur une remise de sept
+huitièmes pour cent sur le deuxième net de sa recette,
+et celle de demi pour cent sur les articles d’argent acquittés
+avec les fonds de sa recette, ou par le moyen de
+ses ressources particulières. Ils jouissaient déjà de celle
+<span id="p87" class="pagenum">-87-</span> de deux et demi pour cent sur la recette des produits
+des places des voyageurs dans les malles-postes.</p>
+
+<p>La nécessité d’améliorer le sort des employés des
+postes a toujours été reconnue ; et les mesures temporaires
+qu’on a prises à diverses époques semblent faire
+espérer qu’en cherchant à parvenir à ce but, on l’atteindra.
+Le mode des remises est celui qui a prévalu jusqu’à
+ce jour pour les directeurs<a id="FNanchor_116" href="#Footnote_116" class="fnanchor">[116]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_116" href="#FNanchor_116"><span class="label">[116]</span></a> Ne pourrait-on admettre des bases plus fixes. L’importance des
+produits, celle des localités, serviraient, entr’autres considérations,
+à établir la progression convenable pour chaque direction. D’ailleurs,
+n’aurait-on pas égard à la responsabilité à laquelle est soumis l’employé
+des postes dans un travail de cette nature, et à l’assiduité
+si constante qu’il exige et qui devient telle, qu’elle ne lui laisse
+aucun jour, aucun moment même dans le jour dont il puisse
+disposer. N’est-il pas, en outre, des obligations sociales auxquelles
+assujettit naturellement une administration dont le rang élevé doit
+être soutenu dignement. Cependant, nous ne croyons pas qu’on observe
+à l’égard des agens des postes la proportion établie pour ceux des
+autres parties. Par exemple, le directeur d’un bureau placé dans
+une ville dont la population est de 80,000 ames, et celui où elle
+n’est que de 5000 habitans, qui touchent, le premier, 4000 fr.,
+et le second 1200 fr., ont-ils un traitement comparativement égal
+à celui des autres fonctionnaires. Une question de cette importance,
+que nous ne faisons qu’indiquer, nous semble de nature à donner
+lieu à d’utiles réflexions.</p>
+
+<p>Espérons qu’après les résultats importans obtenus par les diverses
+améliorations qui ont eu lieu et que nous remarquons encore, l’administration
+qui exerce une sollicitude si paternelle sur ses nombreux
+agens, remplira le vœu qu’ils forment tous de voir enfin leur traitement
+éprouver une augmentation proportionnelle.</p>
+</div>
+<p><span id="p88" class="pagenum">-88-</span> Le service du transport des dépêches et des voyageurs
+a lieu, en 1818, par le moyen de malles-postes d’une
+construction élégante et commode. Cette mesure, tout
+entière dans l’intérêt des maîtres de poste, très-coûteuse
+dans son principe, est provoquée par la diminution
+successive des voyageurs, qui préféraient aux malles
+établies en 1791 les voitures publiques perfectionnées
+de plus en plus.</p>
+
+<p>Pendant les années 1819, 1820, 1821, les changemens
+successifs opérés dans toutes les branches de l’administration
+y apportent d’heureuses améliorations. Elles sont
+tout à la fois dans l’intérêt du trésor, auquel elles offrent
+plus de garantie ; et, dans celui des comptables, dont elles
+tendent encore à accroître la sécurité.</p>
+
+<p>La poste aux lettres, par la nature de ses produits,
+avait un système de comptabilité qui n’était nullement en
+rapport avec celui des administrations financières. Les
+directeurs n’arrêtaient leurs comptes mensuels et d’années,
+qu’après la réception des dernières dépêches<a id="FNanchor_117" href="#Footnote_117" class="fnanchor">[117]</a> expédiées
+par leurs correspondans pendant le cours de la même période
+<span id="p89" class="pagenum">-89-</span> mensuelle, quoiqu’elles ne leur parvinssent le plus
+ordinairement que dans les premiers jours qui suivaient
+le mois auquel elles se rapportaient. On avait tenté infructueusement
+divers moyens pour remplacer ce mode
+peu conforme aux nouvelles mesures introduites dans
+les opérations des postes. Une transition heureuse, longtems
+cherchée, y conduisit. Elle consista à substituer
+tout simplement la date de réception des envois à celle
+d’expédition. Alors l’irrégularité apparente, qu’on ne
+considérait comme telle que parce qu’elle consistait dans
+une exception (conséquence de l’exception que forment
+elles-mêmes les postes à l’égard des autres administrations),
+disparut. Mais l’ancien mode de comptabilité, très-ingénieux
+dans son ensemble, puisqu’il avait lieu par le moyen
+du contrôle réciproque des états tenus contradictoirement
+dans chaque bureau, était également très-satisfaisant dans
+ses résultats. Il est vrai de dire que le nouveau, en offrant
+la même exactitude, a l’avantage, si c’en est un, de rendre
+l’interprétation des écritures plus facile aux personnes
+étrangères aux postes ou peu familiarisées avec leur pratique.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_117" href="#FNanchor_117"><span class="label">[117]</span></a> On conçoit qu’une dépêche expédiée le 31 du mois d’un
+bureau pour un autre éloigné de 100 lieues, ne peut y parvenir
+que le 2.<sup>e</sup> jour du mois suivant (en ne supposant aucune cause
+de retard), et qu’on ne pouvait y arrêter aucune écriture avant
+ce terme.</p>
+</div>
+<p>Il y a loin de cette théorie, que donne la science des
+chiffres, à ces connaissances positives qui sont le fruit de
+l’expérience, qui seule peut servir de guide au milieu des
+nombreux détails d’une administration si compliquée<a id="FNanchor_118" href="#Footnote_118" class="fnanchor">[118]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_118" href="#FNanchor_118"><span class="label">[118]</span></a> Telle est la raison pour laquelle toute suppression d’un agent
+spécial devient impossible. Quel que soit le système qu’on adopte
+à l’avenir, les opérations des postes seront toujours assez multipliées
+pour exiger une surveillance active et continue. La vérification
+des caisses n’est qu’une mesure de pure forme, et même
+surabondante, puisqu’à l’inconvénient d’être assujettissante pour le
+comptable, elle est sans but d’utilité pour l’administration supérieure
+qui pourrait connaître la situation journalière de ses agens par les
+contrôleurs, par prévision même, si les bordereaux mensuels ne
+l’établissaient pas avec une rigoureuse exactitude.</p>
+
+<p>Une organisation qui tendrait à changer la véritable destination des
+postes, ne pourrait prévaloir long-tems sans entraîner de funestes
+résultats.</p>
+</div>
+<p>On comptera parmi les mesures utiles introduites par
+M. de Mezy, l’établissement des malles-postes à 4 places
+<span id="p90" class="pagenum">-90-</span> (dont nous avons parlé plus haut), montées sur ressorts
+et sur 4 roues, et menées par 4 chevaux. C’est avec ces
+malles que s’exécute le service des postes sur les principales
+routes du royaume. Le public trouve à la fois les
+moyens de voyager avec rapidité et sans fatigue dans
+ces voitures de nouvelle construction, qui, sans avoir
+aucun des inconvéniens des anciennes, réunissent des
+avantages inappréciables.</p>
+
+<p>Des réglemens ont fixé l’organisation du service des
+voyageurs dans les malles-postes.</p>
+
+<p>Nous empruntons à l’ouvrage de M. Gouin, auquel
+nous avons déjà eu recours pour le prix des baux des
+postes, un des motifs qui ont amené ces heureux changemens
+dans la forme des voitures en activité aujourd’hui.</p>
+
+<p><i>Frappé</i>, dit-il<a id="FNanchor_119" href="#Footnote_119" class="fnanchor">[119]</a>, <i>des inconvéniens toujours renaissans
+de la construction vicieuse des malles, en 1791,
+l’administration des postes, dont M. de Mezy était directeur-général,
+s’occupa avec lui, en 1818, du soin de
+faire construire d’autres malles : une considération de la
+plus haute importance les y engagea : c’était le désir de
+remplir les intentions du Roi à cet égard</i>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_119" href="#FNanchor_119"><span class="label">[119]</span></a> Auteur cité.</p>
+</div>
+<p><i>Sa Majesté, à son retour en France, avait aperçu sur
+la route de Calais la malle du courrier, et la comparant
+aux malles-postes d’Angleterre, elle fut frappée du
+mauvais goût qui avait présidé à sa construction, et
+parut désirer qu’elle fût changée. Ce fut un ordre pour
+M. de Mezy, qui s’empressa de faire faire le dessin
+d’un nouveau modèle de malle, et le présenta au Roi,
+qui daigna l’approuver. Lorsque la première malle fut
+exécutée, Sa Majesté permit qu’on la lui fît voir à son
+relais de Besons, au retour de sa promenade. Sa Majesté
+en témoigna sa satisfaction, en ajoutant qu’elle la trouvait
+de meilleur goût que les malles anglaises, et surtout plus
+commode pour les voyageurs. J’étais au nombre des
+personnes qui accompagnaient la nouvelle malle, et je
+fus l’heureux témoin de ce qui s’est passé à ce sujet.</i></p>
+
+<p>La retenue proportionnelle sur les appointemens des
+employés des postes cesse d’avoir lieu.</p>
+
+<p>M. le duc de Doudeauville, ministre d’Etat, pair de
+<span id="p91" class="pagenum">-91-</span> France, succède, en 1822<a id="FNanchor_120" href="#Footnote_120" class="fnanchor">[120]</a>, à M. de Mezy, dans la
+place de directeur-général des postes.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_120" href="#FNanchor_120"><span class="label">[120]</span></a> 1.<sup>er</sup> janvier.</p>
+</div>
+<p>Les attributions de cet emploi sont définies ainsi : Le
+directeur-général dirige et surveille, sous les ordres du
+ministre des finances, toutes les opérations relatives au
+service. Il travaille, seul, avec le ministre des finances.
+Il correspond, seul, avec les autorités militaires, administratives
+et judiciaires.</p>
+
+<p>Il a, seul, le droit de recevoir et d’ouvrir la correspondance.
+Il signe, seul, les ordres généraux de service.</p>
+
+<p>Mais le privilége d’être admis à travailler seul avec Sa
+Majesté, dont ont joui de toute ancienneté les conseillers
+grands-maîtres des coureurs de France, les
+contrôleurs-généraux, les généraux, les surintendans et
+les intendans-généraux des postes, a été conservé aux
+directeurs-généraux des postes.</p>
+
+<p>Les places d’inspecteurs-généraux sont supprimées et
+remplacées par celles d’administrateurs-généraux, qu’occupent
+MM. le marquis de Bouthillier, Gouin et le
+vicomte de Rancogne.</p>
+
+<p>Le ministre des finances assigne à chacun le travail
+qu’il doit diriger sous l’autorité et la surveillance du
+directeur-général.</p>
+
+<p>Les agens supérieurs des finances sont spécialement
+chargés de vérifier la comptabilité et la caisse des directeurs
+des postes.</p>
+
+<p>L’envoi des sommes d’argent déposées dans les bureaux
+de poste, qui, après avoir eu lieu de bureau à bureau,
+avait été restreint à Paris seulement, cesse également
+d’avoir ce cours ; les directeurs restent chargés de cette
+recette, et s’en débitent journellement. L’excédant des
+produits accrus par cette mesure continue à être versé
+dans les caisses des receveurs particuliers des finances.</p>
+
+<p>Il est fait défense aux étrangers et particulièrement aux
+Anglais résidant en France, d’expédier leurs lettres par
+l’intermédiaire de leurs ambassadeurs. Nous avons déjà
+remarqué combien un abus de cette nature avait nui aux
+recettes des postes.</p>
+
+<p>Une convention est conclue, par la médiation de
+M. le duc de Doudeauville, entre les maîtres de poste
+<span id="p92" class="pagenum">-92-</span> et les entrepreneurs des messageries, rue Notre-Dame-des-Victoires,
+à Paris<a id="FNanchor_121" href="#Footnote_121" class="fnanchor">[121]</a>. Elle a pour objet de rendre ces
+derniers exempts du droit de 25 centimes envers les
+premiers, à la condition d’employer les chevaux de la
+poste à la conduite de leurs voitures.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_121" href="#FNanchor_121"><span class="label">[121]</span></a> Un semblable traité n’a pu être encouragé qu’à cause des
+avantages qui doivent en résulter pour les maîtres de poste. On
+a dû chercher à compenser la privation des priviléges qui leur
+avaient été accordés originairement, et qui leur ont été retirés
+en 1790. Les exemples passés, et celui plus récent de la perte
+de trois cents chevaux occasionnée par le poids des voitures établies
+en 1791 ; l’état des routes ; les ressources présumées des
+maîtres de poste pour conduire avec un égal succès les nouvelles
+malles et les messageries qui en diffèrent, tant par leur pesanteur
+que par leur surcharge ; la réduction (au moins d’un tiers) des
+recettes sur les voyageurs, suite naturelle d’une concurrence tout
+au désavantage de l’administration, causée par l’infériorité des prix
+des messageries ; tout, dis-je enfin, a dû être subordonné à une
+expérience de plus de trois siècles, pour assurer à ce nouveau
+mode d’organisation la stabilité qui réalisera les espérances tant
+de fois déçues des maîtres de poste.</p>
+
+<p>En établissant les malles-postes sur les principales routes du
+royaume, M. le duc de Doudeauville s’est proposé, sans doute,
+d’étendre le bienfait de cette mesure à toutes celles où le besoin
+des relais le commande si impérieusement.</p>
+
+<p>Il est aisé de prévoir les avantages qui en résulteraient pour
+les maîtres de poste, dont les chevaux seraient constamment employés
+à leur véritable destination, pour le public qui verrait plus
+de sécurité dans le transport des dépêches confiées aux seuls agens
+de l’administration ; enfin, pour les entrepreneurs mêmes de ces
+services, qui, séduits par les prix toujours réduits à chaque bail
+qu’ils en retirent, cherchent à s’opposer, par ce faible avantage,
+aux concurrences qui s’élèvent continuellement. Elles cesseraient
+dès l’instant que l’administration userait de son privilége exclusif,
+et la ruine d’un grand nombre d’individus, qui ne savent sur quelle
+branche d’industrie porter leurs capitaux, serait arrêtée par l’effet
+de cette mesure aussi politique que morale.</p>
+</div>
+<p>La guerre entreprise en 1823, pour la délivrance de
+l’Espagne, exige de nouveau que le paiement à vue des
+reconnaissances adressées aux militaires de terre et de
+mer soit rétabli.</p>
+
+<p>Elle donne lieu à une instruction réglementaire sur
+l’organisation des postes d’armée, dont le service ne
+pouvait être assujetti aux mêmes mesures que celui des
+postes civiles. De tout tems, dans des circonstances semblables,
+elles subirent diverses modifications ; mais elles
+<span id="p93" class="pagenum">-93-</span> furent toujours maintenues sous la dépendance de l’administration
+générale.</p>
+
+<p>Leur composition est réglée d’après les bases suivantes :
+Un agent supérieur, sous le titre de commissaire<a id="FNanchor_122" href="#Footnote_122" class="fnanchor">[122]</a>,
+est chargé de les diriger. Il réside au grand quartier-général,
+travaille ou correspond seul avec l’intendant-général,
+pour tout ce qui concerne le service des postes
+militaires. Il a sous ses ordres des inspecteurs, des directeurs,
+des contrôleurs, des employés et sous-employés :
+on comprend sous cette dénomination les courriers et
+les postillons.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_122" href="#FNanchor_122"><span class="label">[122]</span></a> M. le marquis de Regnon.</p>
+</div>
+<p>Il était facile de prévoir les dépenses<a id="FNanchor_123" href="#Footnote_123" class="fnanchor">[123]</a> que devait
+occasionner la création d’un service de cette importance
+dans un pays où les libérateurs faisaient eux-mêmes les
+frais de leurs victoires ; elles se sont élevées à 2,422,167 fr.
+Les estafettes journalières ont beaucoup contribué à l’augmentation
+de ces frais.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_123" href="#FNanchor_123"><span class="label">[123]</span></a> L’établissement de la ligne télégraphique de Paris à Bayonne
+a coûté 300,000 francs.</p>
+</div>
+<p>En 1824, ce service a subi des modifications qui ont
+été reglées par les conventions faites, au nom des deux
+puissances, par le marquis de Talaru, ambassadeur de
+France, et le comte Ofalia, premier secrétaire-d’état,
+surintendant-général des courriers et postes d’Espagne
+et des Indes.</p>
+
+<p>On y remarque, entr’autres articles, que toutes les
+lettres de service de l’armée française, qui seront contresignées,
+seront reçues aux bureaux ordinaires de
+poste, et remises franches de port ;</p>
+
+<p>Que les estafettes, courriers et voyageurs militaires
+paieront les chevaux et autres rétributions de poste sur
+le même pied que les courriers espagnols : ils seront,
+ainsi que les convois militaires, transports de vivres,
+équipemens et munitions, exempts des droits de chaîne
+établis pour l’entretien des routes ;</p>
+
+<p>Que pour la sûreté des communications et de la correspondance,
+le gouvernement espagnol fera placer des
+postes qui seront disposées de manière à pourvoir au
+service des escortes, pour les convois, expéditions d’effets
+<span id="p94" class="pagenum">-94-</span> ou approvisionnemens, officiers en mission et courriers
+de l’armée française ;</p>
+
+<p>Que les employés des postes de l’armée française
+seront chargés de l’expédition et de la réception de la
+correspondance française ; le transport des dépêches
+closes sera exécuté par les courriers ordinaires du service
+espagnol, sur toutes les routes où il n’y aura point
+de malle française établie. Il sera ouvert un livret d’émargement
+pour constater la remise qui sera faite des
+dépêches, tant pour le départ que pour l’arrivée, entre
+les deux offices français et espagnol ;</p>
+
+<p>Enfin, que dans les petites garnisons et cantonnemens
+où il n’y aurait pas d’employés de la poste française, la
+correspondance pour le service arrivera contresignée,
+et elle sera remise, franche de port, par le directeur
+de la poste civile.</p>
+
+<p>Plus tard, l’armée d’occupation ayant été considérablement
+réduite, le service des postes françaises en
+Espagne a été supprimé. Le transport des dépêches a
+lieu par l’entremise des postes espagnoles, et les payeurs
+de l’armée française sont chargés de les expédier et de
+les recevoir.</p>
+
+<p>M. le comte de Kerespert est nommé administrateur
+des lignes télégraphiques.</p>
+
+<p>Une nouvelle instruction pour la poste aux chevaux
+était devenue indispensable, tant pour éclairer les
+maîtres de poste sur leurs obligations, que les voyageurs
+sur leurs droits. Les nombreuses modifications
+apportées par les circulaires en rendaient l’interprétation
+sujette à des contestations sans cesse renaissantes
+et auxquelles il était tems de mettre un terme. Tous
+ces élémens rassemblés dans un nouvel ordre ne laisseront
+plus d’incertitude sur l’application des mesures
+réglementaires relatives à la poste aux chevaux.</p>
+
+<p>On voit combien les heureuses réformes introduites
+par M. le marquis d’Herbouville, continuées avec le
+même succès par M. de Mezy, ont reçu de développemens
+par les soins de M. le duc de Doudeauville<a id="FNanchor_124" href="#Footnote_124" class="fnanchor">[124]</a>,
+<span id="p95" class="pagenum">-95-</span> sous la direction duquel l’organisation des Postes a
+atteint un grand degré de perfection.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_124" href="#FNanchor_124"><span class="label">[124]</span></a> Il est juste de dire aussi qu’il a été parfaitement secondé,
+dans ces utiles améliorations, par les lumières, le zèle et l’expérience
+de MM. de Bouthillier, Gouin et de Rancogne, administrateurs
+des Postes, qui ont concouru de tout leur pouvoir à en
+assurer le succès.</p>
+</div>
+<p>Tout prouve que l’administration de M. le marquis
+de Vaulchier<a id="FNanchor_125" href="#Footnote_125" class="fnanchor">[125]</a>, appelé à succéder à M. le duc de
+Doudeauville, nommé ministre de la maison du Roi,
+dans cette charge aussi élevée qu’importante, ne sera
+pas moins remarquable que celle de ses prédécesseurs.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_125" href="#FNanchor_125"><span class="label">[125]</span></a> 18 août 1824.</p>
+</div>
+<p>M. Barthe-Labastide remplace, presqu’à la même
+époque, M. de Bouthillier, nommé directeur général
+des eaux-forêts.</p>
+
+<p>On a pu juger, au milieu des variations que les
+Postes ont subies depuis leur création, que les bases
+sur lesquelles elles reposent n’ont pu être renversées.</p>
+
+<p>D’après l’édit de leur fondation, des relais étaient
+établis de quatre lieues en quatre lieues sur les grands
+chemins, où on entretenait des chevaux propres à
+courir le galop pendant leur traite ; chaque relais était
+dirigé par un maître chargé de conduire ou faire conduire
+les courriers porteurs des dépêches et munis d’un
+ordre du grand-maître, ainsi que les voyageurs ayant
+des passeports : tous les courriers devaient suivre les
+routes où les relais étaient montés, afin de faire constater
+leur activité et leur ponctualité à remettre les paquets
+qui leur étaient confiés.</p>
+
+<p>Certes, dans ce peu de mots, il serait impossible
+de ne pas reconnaître l’organisation actuelle des postes.
+Les maîtres ont conservé leur dénomination primitive,
+les relais leurs distances, les courriers la même responsabilité
+constatée par le port d’aujourd’hui<a id="FNanchor_126" href="#Footnote_126" class="fnanchor">[126]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_126" href="#FNanchor_126"><span class="label">[126]</span></a> Feuille signée par les agens des Postes, qui indique le
+nombre des dépêches que le courrier reçoit pour les remettre sur
+les divers points de la route qu’il doit parcourir.</p>
+</div>
+<p>Que restait-il à faire pour étendre les bienfaits de
+cette institution toute politique ? Il ne fallait qu’établir
+les relais suivant les localités, et multiplier le
+nombre des bureaux de poste à mesure que les relations
+augmentaient. Les progrès furent si rapides,
+<span id="p96" class="pagenum">-96-</span> qu’en moins de deux siècles on comptait plus de mille
+relais occupés par des maîtres de Poste, qui entretenaient
+des chevaux pour le service public des dépêches
+et des voyageurs qu’ils conduisaient en voitures ; neuf
+cents bureaux, où le travail des lettres dirigées avec
+ordre sur tous les points de la France se faisait, sous
+la surveillance d’inspecteurs, par des directeurs, des
+contrôleurs, des commis, des facteurs et des distributeurs.
+Tout était déjà si bien ordonné, que des cartes
+géographiques indiquaient la position des bureaux sur
+lesquels les lettres devaient être acheminées ; que des
+tarifs en fixaient la taxe, et que la marche des courriers
+n’éprouvait aucun retard, même dans la saison la plus
+rigoureuse de l’année.</p>
+
+<p>Quels changemens remarque-t-on aujourd’hui ? Une
+augmentation dans les relais, qu’on peut porter à 1463 ;
+dans le nombre des bureaux de poste<a id="FNanchor_127" href="#Footnote_127" class="fnanchor">[127]</a>, qui est
+de 1371, non compris les distributions ; un accroissement
+dans les produits ; une activité aussi merveilleuse
+dans le travail, mais facilitée par des moyens
+plus perfectionnés. Quelques variations dans les dénominations
+attachées aux emplois supérieurs, auxquels
+les mêmes attributions étaient dévolues, constatent-elles
+une création ? Ces légères modifications ne peuvent
+en avoir le caractère. Mais tout ce qui tient à
+l’organisation des Postes se reproduit ici comme il y
+a plus d’un siècle. Les surintendans généraux et leurs
+conseils sont remplacés par les directeurs généraux et
+les administrateurs ; les inspecteurs remplissent les
+mêmes fonctions ; les directeurs chargés des mêmes opérations,
+ont la même responsabilité ; les contrôleurs
+exercent encore la même surveillance sur ce travail
+auquel les commis participent comme par le passé ; les
+facteurs, les distributeurs portent et remettent les missives
+de la même manière ; les courriers employés au
+transport des dépêches sont toujours responsables de
+celles qu’ils reçoivent ; les maîtres de Poste fournissent
+exclusivement des chevaux au terme des réglemens ; et
+<span id="p97" class="pagenum">-97-</span> les postillons conduisent, comme dans l’origine, les
+voitures, ou accompagnent les voyageurs qui courent
+à cheval.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_127" href="#FNanchor_127"><span class="label">[127]</span></a> Il était de 1541 ; mais ce nombre a été réduit depuis plusieurs
+années.</p>
+</div>
+<p>Le mouvement journalier et continu qui a lieu entre
+Paris et les provinces, peut donner une idée du travail
+et des opérations des Postes.</p>
+
+<p>Le nombre des lettres taxées, qui circulent annuellement
+par la Poste, est de 60 millions ; celles expédiées
+en franchise peuvent être portées à pareil nombre ;
+ce qui forme un total de 120 millions de lettres ou
+paquets transportés par la Poste.</p>
+
+<p>La petite Poste perçoit annuellement, à Paris seulement,
+quatre millions et demi environ<a id="FNanchor_128" href="#Footnote_128" class="fnanchor">[128]</a>, à peu près
+le sixième des produits que rendent les Postes. Le maximum
+des recettes a lieu en janvier, et le minimum,
+en septembre. On jette tous les jours dans les boîtes
+de la capitale 25 ou 30 mille lettres, dont 8 ou 10
+mille pour la petite-poste, et 35 mille feuilles périodiques
+ou prospectus. On met en rebut, chaque année,
+près de 144,000 paquets pour Paris seulement.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_128" href="#FNanchor_128"><span class="label">[128]</span></a></p>
+
+<ul><li>1815, 3,802,343.</li>
+<li>1816, 4,179,507.</li>
+<li>1817, 4,269,074.</li>
+<li>1818, 4,376,267.</li>
+<li>1819, 4,375,300.</li>
+<li>1820, 4,353,025.</li></ul></div>
+<p>Les registres, états et autres imprimés<a id="FNanchor_129" href="#Footnote_129" class="fnanchor">[129]</a> destinés
+spécialement aux opérations, soit journalières, soit
+mensuelles, sont multipliés à l’infini. Les réglemens,
+les circulaires, les ordonnances, modifiés sans cesse
+par de nouvelles instructions, sont aussi très-nombreux ;
+et, malgré tous ces détails, le travail doit être
+d’une célérité extrême et d’une exactitude rigoureuse
+dans les calculs.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_129" href="#FNanchor_129"><span class="label">[129]</span></a> Ceux qui sont employés pour toutes les opérations relatives
+aux Postes, s’élèvent à plus de 1200.</p>
+</div>
+<p>Qu’on juge, par cet exposé d’un pareil service, de
+l’ordre, du soin, de la scrupuleuse attention des agens
+des Postes à classer, taxer et diriger ces innombrables
+missives, afin de leur faire suivre la seule direction
+convenable pour éviter le moindre retard dans la réception ;
+de l’intelligence nécessaire pour interpréter
+<span id="p98" class="pagenum">-98-</span> le code si étendu qui leur sert de guide dans ces opérations
+aussi délicates que rapides. Nous ne parlerons
+point des états et des pièces qui servent à établir une
+comptabilité de cette nature, et qui leur rendent la
+science des chiffres si familière. Il y a dans tout cela
+plus qu’une simple manipulation de lettres, et moins
+que de la routine.</p>
+
+<p>L’accroissement du produit des Postes a été prompt
+dans l’espace d’un siècle ; mais on n’y remarque plus
+d’amélioration dans les époques suivantes. La comparaison
+des trois périodes des Postes, qui embrassent le
+tems où elles sont devenues profitables aux revenus du
+Roi, fera naître les réflexions de l’observateur.</p>
+
+<table>
+<tr><td class="drap">En 1663, la ferme des Postes rapporte, pour la première
+fois</td>
+<td class="bot r"><div>1,200,000</div></td> <td>fr.</td></tr>
+<tr><td class="drap">En 1788,</td>
+<td class="bot r"><div>12,000,000</div></td> <td>&nbsp;</td></tr>
+<tr><td class="drap">En 1825, <i>régies pour le compte du Roi</i></td>
+<td class="bot r"><div>12,690,000</div></td> <td><a id="FNanchor_130" href="#Footnote_130" class="fnanchor">[130]</a>.</td></tr>
+</table>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_130" href="#FNanchor_130"><span class="label">[130]</span></a> Les produits bruts des postes ont été, en 1823, de 25,350,000 fr.,
+et sont portés, par prévision, à la même somme pour 1825. La
+dépense est de 12,660,000 fr. ; la taxe fictive des paquets qui circulent
+en franchise, peut être portée à 18,000,000.</p>
+</div>
+<p>La progression de la première à la deuxième offre
+une amélioration sensible, et dans l’organisation et dans
+les produits ; mais aucune différence notable ne paraît
+exister de la deuxième à la troisième, malgré les innovations
+qu’on a introduites dans les Postes, la surveillance
+qu’on exerce sur toutes les parties qui les composent,
+le système de comptabilité opposé à la gestion
+des fermiers-généraux, enfin, l’augmentation du port
+des lettres qu’on peut évaluer à moitié.</p>
+
+<p>Si l’on voulait en chercher la cause, on la trouverait
+peut-être dans les moyens de correspondre qui
+n’ont pas multiplié les relations en les rendant plus
+fréquentes ; dans les frais pour faire parvenir les lettres
+sur les points les plus reculés du royaume, soit trois
+fois la semaine, soit même tous les jours, et avec une
+accélération telle, qu’elles mettent à peine 40 heures
+pour parcourir une distance de 100 lieues et être remises
+aux destinataires ; dans la facilité de voyager plus
+promptement et à bas prix, ce qui a porté la plupart
+des négocians et des fabricans à expédier des commis
+<span id="p99" class="pagenum">-99-</span> qui entretiennent ainsi les liaisons ou en forment de
+nouvelles. Cette facilité de se transporter rapidement
+d’un lieu à un autre est si remarquable, qu’où l’on
+mettait autrefois dix jours, il ne faut plus aujourd’hui
+que soixante-dix heures. Il en est de même des distances
+qui n’étaient parcourues qu’en trois jours et qui
+le sont actuellement en douze heures. Il y a, comme
+on le voit, économie de tems et de dépense, et par
+conséquent, diminution de correspondance. Ne doit-on
+pas aussi conclure de là que le transport frauduleux
+des lettres et paquets n’ait pris encore de l’extension par
+la fréquence des occasions moins coûteuses que la Poste.</p>
+
+<p>Mais la principale raison, n’en doutons nullement,
+est dans l’état actuel de la société dont les postes ont
+étendu successivement les relations, satisfait les besoins,
+multiplié les ressorts, et établi, par un concours
+réciproque et régulier, ce mouvement nécessaire à sa
+conservation. Tant que ce but n’a pas été atteint, les
+avantages qu’elles lui procuraient ont dû être en proportion
+de la perfection vers laquelle tendait cet établissement.
+Il y semble parvenu, et on ne doit pas
+raisonnablement espérer de voir les produits des postes
+subir d’augmentation notable.</p>
+
+<p>Ce qui appartient essentiellement à notre époque,
+c’est l’ordre introduit dans les recettes et les dépenses
+par des hommes habiles qui ont perfectionné les nouveaux
+systèmes de comptabilité ; c’est cet ensemble de
+tant de rouages et d’opérations portées à l’infini et ramenées,
+avec un art surprenant, au point central d’où
+tout émane ; ce sont, enfin, ces bases larges sur lesquelles
+repose une administration tellement importante
+que rien ne peut en entraver la marche rapide et régulière,
+ni en suspendre, sans danger pour la société,
+le mouvement continu.</p>
+
+<p>Cette institution, n’en doutons point, reprendra
+toute son influence primitive sous un Roi qui, à l’exemple
+de ses prédécesseurs, est si digne de la faire fleurir
+dans l’intérêt de la morale publique ; et les postes, enfin,
+seront moins considérées par leurs produits que par
+leurs rapports politiques et sociaux.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+<p><span id="p100" class="pagenum">-100-</span></p>
+
+<h2 class="nobreak">TROISIÈME PARTIE.<br>
+DES POSTES CHEZ TOUS LES PEUPLES.</h2>
+
+
+<p>Nous avons vu de quelle manière les postes, après
+avoir été établies en Orient, se sont répandues chez
+quelques nations de l’Occident, et plus particulièrement
+en France. Nous désirerions compléter notre travail en
+suivant leur histoire chez tous les peuples du monde.
+Mais, si elle se réduit pour le plus grand nombre à
+quelques notions générales, du moins est-elle susceptible
+d’offrir plus d’intérêt en Europe, où les Français
+ont été les premiers à introduire ce moyen rapide de
+correspondre avec régularité. A la gloire d’avoir été les
+créateurs de cette institution chez les modernes, se
+joint, pour eux, celle de l’avoir portée à un point de
+perfection auquel leurs imitateurs ont vainement cherché
+à arriver jusqu’à ce jour.</p>
+
+
+<h3>ALLEMAGNE.</h3>
+
+<p>Ce ne fut qu’un demi-siècle après l’introduction des
+postes en France, que l’Allemagne suivit, la première,
+cette heureuse impulsion, qui devait se communiquer
+insensiblement à toute l’Europe.</p>
+
+<p>Le comte François de Taxis les établit vers la fin du
+règne de Maximilien I.<sup>er</sup>, et en eut la direction générale,
+après avoir été autorisé à faire les avances qu’exigeait
+une institution de cette importance. L’empereur,
+qui avait toujours de grands intérêts à ménager avec son
+petit-fils l’archiduc Charles, souverain des Pays-Bas,
+voulut que les premières postes fussent mises en activité,
+de Bruxelles à Vienne, avec l’agrément des états dont
+cette route traversait le territoire.</p>
+
+<p>Cet établissement reçut de grandes améliorations sous
+le règne de Charles-Quint, par les soins de Jean-Baptiste
+<span id="p101" class="pagenum">-101-</span> de Taxis ; et Philippe II prolongea un embranchement
+de sa poste d’Italie, pour joindre celle des
+Pays-Bas à Augsbourg.</p>
+
+<p>L’empereur Mathias, en récompense des services
+importans que ne cessaient de lui rendre les princes
+de la maison de Taxis, dans la conduite de cette entreprise
+déjà si répandue, érigea la surintendance générale
+des postes d’Allemagne en fief de l’empire, en faveur de
+Lamoral, baron de Taxis et de ses descendans. Et, comme
+les successeurs de Charles-Quint possédaient l’Allemagne,
+l’Espagne, les Pays-Bas et une partie de l’Italie,
+le titre de grand-maître des postes de tous ces états y
+fut attaché. Elles portèrent même pendant long-tems la
+dénomination de postes espagnoles.</p>
+
+<p>Les changemens survenus dans l’empire d’Autriche
+ont restreint les priviléges accordés aux princes de la
+maison de Taxis. Ils n’ont conservé que la direction
+des postes féodales d’Autriche, de Hanovre et de
+quelques autres parties de l’empire<a id="FNanchor_131" href="#Footnote_131" class="fnanchor">[131]</a>. C’est là aussi
+qu’on remarque la régularité et la célérité qui contribuent
+à donner à ce service une supériorité que les
+princes de Taxis tiennent sans doute à honneur de
+transmettre à leurs successeurs, comme ils l’ont reçue de
+leurs ancêtres, auxquels les empires du nord doivent
+cette institution.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_131" href="#FNanchor_131"><span class="label">[131]</span></a> M. Randel a porté le nombre des officiers et commis employés
+autrefois dans leurs postes, à 20,000, et le produit net auquel elles
+s’élevaient à un million de rixdalers ; selon d’autres, à un million de
+florins.</p>
+</div>
+<p>M. le comte de Nadardy, président de la Chambre
+aulique, est directeur-général des postes et des messageries
+impériales et royales.</p>
+
+<p>L’administration des postes de chaque province est
+confiée à un directeur principal, dont dépendent des
+directeurs particuliers. Le directeur des postes à Vienne,
+par exemple, est administrateur des bureaux de toute
+la province de la Basse-Autriche.</p>
+
+<p>M. le baron de Lilsen, conseiller aulique, chambellan
+de l’empereur, intendant-général des postes étrangères,
+est chargé, conjointement avec M. le prince de Metternich,
+de tout ce qui est relatif aux offices étrangers.</p>
+
+<p><span id="p102" class="pagenum">-102-</span> Le transport des dépêches se fait, généralement, dans
+les provinces, par des charrettes<a id="FNanchor_132" href="#Footnote_132" class="fnanchor">[132]</a> ou carrioles légères,
+découvertes, à quatre roues, attelées d’un cheval ;
+et, lorsque la correspondance l’exige, et qu’on est forcé
+d’expédier deux grandes valises, placées sur le devant,
+on ajoute un autre cheval que conduit, de la voiture,
+le postillon assis dans le fond.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_132" href="#FNanchor_132"><span class="label">[132]</span></a> Dans la partie sous la dépendance des princes de Taxis, ces
+voitures offrent plus de commodité et de perfection.</p>
+</div>
+<p>Les postillons, distingués autrefois par une petite
+trompe brodée sur leur habit de drap jaune, en portaient
+une autre en argent qui servait à annoncer leur
+départ, leur arrivée, ou à faire ouvrir les portes des
+villes pendant la nuit. Ils avaient aussi un petit écusson
+sur lequel était gravé le nom du lieu d’où ils étaient
+expédiés. Ces postillons conservent encore ces divers
+attributs.</p>
+
+<p>De semblables distinctions varient suivant les états.
+En France, par exemple, les postillons se servent,
+comme dans l’antiquité, seulement d’un fouet, dont le
+bruit, habilement modifié, suffit pour faire connaître
+l’instant de leur départ, celui de leur arrivée, ou leur
+passage sur la voie publique, afin de prévenir tout retard,
+ou d’éviter tout accident.</p>
+
+<p>Les distances entre les relais n’ont aucune uniformité.
+Il arrive souvent de faire sept milles avant de trouver
+un relais ; ce qui a lieu entre Wismar et Rostock.</p>
+
+<p>Quant aux routes<a id="FNanchor_133" href="#Footnote_133" class="fnanchor">[133]</a>, il y a peu d’années encore
+qu’on se plaignait de leur état d’abandon. On trouvait
+aussi que les postillons<a id="FNanchor_134" href="#Footnote_134" class="fnanchor">[134]</a> s’occupaient plus de soigner
+leurs chevaux<a id="FNanchor_135" href="#Footnote_135" class="fnanchor">[135]</a> que de contenter les voyageurs. Il
+existait un impôt sous le nom de shimrr<a id="FNanchor_136" href="#Footnote_136" class="fnanchor">[136]</a>, qui consistait
+<span id="p103" class="pagenum">-103-</span> à graisser les roues des voitures, qu’on démontait, à
+cet effet, à chaque poste. On courait le risque de manquer
+de chevaux en cherchant à se soustraire à ce tribut
+onéreux.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_133" href="#FNanchor_133"><span class="label">[133]</span></a> M. de Meiners assure que les chemins du midi l’emportent sur
+ceux du nord. On s’occupe à établir des routes en fer en Bohême.
+Celle entre Budweer et Mauthausen est entreprise. Les travaux préparatoires
+pour celle entre Prague et Scilsen, ont déjà eu lieu.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_134" href="#FNanchor_134"><span class="label">[134]</span></a> Ils portent le nom de phwager, c’est-à-dire beau-frère, dénomination
+dont on ignore l’origine.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_135" href="#FNanchor_135"><span class="label">[135]</span></a> Les chevaux d’Allemagne sont forts et bons pour le trait ; mais
+ils le cèdent en légèreté et en vitesse à ceux d’Angleterre. La Bavière,
+la Franconie, la Poméranie et le Mecklembourg, sont les provinces
+où l’on nourrit les meilleurs chevaux.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_136" href="#FNanchor_136"><span class="label">[136]</span></a> Graisse.</p>
+</div>
+<p>S’il en est ainsi, c’est à juste titre qu’on a prétendu
+que la police, à l’égard des maîtres de poste, n’était pas
+très-sévère en Allemagne<a id="FNanchor_137" href="#Footnote_137" class="fnanchor">[137]</a>. On sait qu’en France il
+en est autrement.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_137" href="#FNanchor_137"><span class="label">[137]</span></a> Dans le pays de Brunswick on trouve affiché, à chaque bureau
+de poste, les noms des commissaires désignés par le prince pour terminer
+les différends entre les voyageurs et les maîtres de poste.</p>
+</div>
+<p>Ou y trouverait aussi très-gênante l’obligation de ne
+se servir que de la poste une fois qu’on a commencé à
+prendre cette voie, ou de ne pouvoir, dans le cas contraire,
+employer les chevaux de louage qu’avec l’autorisation
+des maîtres de poste, qui, sans doute, ne l’accordent
+que difficilement.</p>
+
+<p>Dans l’Empire (nom qu’on donne aux provinces méridionales)
+le prix des postes est d’un florin trente
+kreutzers par cheval et par mille<a id="FNanchor_138" href="#Footnote_138" class="fnanchor">[138]</a>. Mais ce prix varie
+considérablement suivant les lieux, soit à cause de la
+diversité des états, soit aussi en raison de la cherté
+des fourrages. A Lubeck, on ne trouve point de chevaux
+de poste.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_138" href="#FNanchor_138"><span class="label">[138]</span></a> En Hesse, 10 gros par mille ; en Saxe, 10 ; 12 dans le pays
+de Brunswick et le Hanovre, et 8 dans le duché de Mecklembourg. En
+1789, il en coûtait un florin par poste simple, excepté dans les
+états héréditaires où ce prix était réduit à trois quarts de florin.</p>
+</div>
+<p>Si l’on est exposé à perdre beaucoup de tems par
+le péage des barrières établies sur les routes d’Allemagne
+et du Tyrol, on peut facilement aussi éviter ces retards
+en payant d’avance aux postillons tous les droits
+auxquels on est assujetti, et qu’ils se chargent d’acquitter.</p>
+
+<p>Le service de la poste aux lettres se fait avec assez
+de régularité en Allemagne. On y a apporté dernièrement
+quelques changemens, soit dans le travail des
+lettres, soit dans la marche des courriers qui parcourent
+actuellement une poste en une heure et demie.</p>
+
+<p>Le port des lettres est réglé par des tarifs<a id="FNanchor_139" href="#Footnote_139" class="fnanchor">[139]</a> établis
+<span id="p104" class="pagenum">-104-</span> sur des bases moins fortes que celles adoptées par les
+autres nations de l’Europe, et calculé sur la population,
+les relations commerciales de l’intérieur et de l’extérieur,
+et sur le cours de l’argent.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_139" href="#FNanchor_139"><span class="label">[139]</span></a> En Bavière, dans le duché de Bade et les postes féodales, la
+lettre cesse d’être simple dès qu’elle pèse 7 grammes et demi.</p>
+</div>
+<p>A Vienne, l’établissement de la petite-poste a commencé
+en 1772. Il est dû à M. Schotten, qui suivit
+l’exemple donné en France, douze ans auparavant,
+par M. Chamousset. Le port de la lettre est d’un kreutzer,
+et de 3, 5, 17 kreutzers et plus, au-delà des lignes,
+en proportion de la distance à parcourir. Cette superbe
+capitale compte plus de 3,000 carrosses de personnes de
+marque, 500 fiacres et au moins 80 chaises à porteurs.
+Le nombre des voitures publiques y est très-considérable.
+Il y a même des points sur lesquels il en est expédié 15
+ou 20 par jour.</p>
+
+<p>On trouve à Hambourg des bureaux de poste pour
+divers états ; tels que l’Empire, le Hanovre, le duché
+de Brunswick, la Suède, le Dannemarck, le Mecklembourg-Schwerin,
+la Hollande, l’Angleterre, les Etats-Unis,
+etc. La petite-poste a son bureau particulier et
+ses messagers qui parcourent les rues six fois par jour,
+en annonçant leur présence par une sonnette.</p>
+
+<p>L’usage des télégraphes, dont les premières expériences
+remontent à 1799, est peu répandu. Ces machines
+sont loin d’être aussi perfectionnées qu’en France :
+elles ne sont employées que pour des avis maritimes,
+sur quelques points seulement.</p>
+
+<p>Les grands fleuves qui arrosent l’Allemagne, facilitent
+beaucoup les voyages par eau. Il y a sur plusieurs
+de ces fleuves un marktscheff ou coche d’eau, qui va
+à tems réglé d’un lieu à un autre. L’introduction des
+bateaux à vapeur rendra cette navigation et plus régulière
+et plus commode. Le premier a été lancé en Bavière<a id="FNanchor_140" href="#Footnote_140" class="fnanchor">[140]</a>,
+près de Frédéricshafen, sur le lac de Constance.
+Il y en a eu trois de construits dans les duchés de
+Bade et Wurtemberg<a id="FNanchor_141" href="#Footnote_141" class="fnanchor">[141]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_140" href="#FNanchor_140"><span class="label">[140]</span></a> Le Max-Joseph.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_141" href="#FNanchor_141"><span class="label">[141]</span></a> Le Guillaume entr’autres. Les rouages de ces bâtimens, destinés
+à un service continuel, ont été confectionnés à Liverpool.</p>
+</div>
+<p>On voyage sans danger sur les routes généralement
+étroites, qui coupent ces divers duchés, par l’adresse
+<span id="p105" class="pagenum">-105-</span> des cochers allemands. On ne peut aussi éprouver d’incertitude
+sur les lieux où l’on se rend, puisqu’à tous
+les carrefours des routes un poteau indique, non seulement
+le nom du canton ou du district, mais encore la
+direction des chemins et la distance de chaque point
+aux villes de quelque importance. Cet usage a lieu dans
+plusieurs autres parties de l’Allemagne, où l’on a établi
+des colonnes milliaires qui marquent, avec la même
+précision, les distances entre chaque endroit.</p>
+
+<p>L’art de dresser toute espèce d’animaux n’offre plus
+rien de surprenant depuis qu’on voit, à Munich, deux
+énormes loups traîner une calèche. Ils appartiennent à
+un ancien négociant russe qui les a trouvés très-petits
+dans un bois près de Wilna, et qui a si bien réussi à
+les apprivoiser, que loin d’avoir conservé quelque
+chose de leur instinct féroce, ils ont toute la docilité
+du cheval le mieux dompté. La police exige seulement
+qu’il soient muselés, afin de prévenir tout accident ;
+car, quoique cette calèche traverse la ville habituellement
+trois fois par jour, la foule n’en montre pas moins
+d’empressement à considérer ce singulier spectacle.</p>
+
+<p>Par arrangement conclu dès 1819, entre le roi de
+Wurtemberg et le prince de la Tour et Taxis, les postes
+de ce royaume ont été conférées de nouveau, à ce dernier,
+comme fief héréditaire et masculin de la couronne.
+Ce prince, en sa qualité de grand-maître des
+postes de l’empire, s’est fait représenter dans leur direction
+pas M. le baron Wrintz Barberick, conseiller
+privé, directeur-général des postes.</p>
+
+<p>Si cet exemple avait des imitateurs parmi les divers
+princes de l’Allemagne, il est à croire que les postes de
+l’empire, sous les descendans de celui qui les a instituées
+dans le nord de l’Europe, parviendraient à un
+plus haut point de prospérité.</p>
+
+<p>La Hongrie manque non-seulement de routes bien
+entretenues, mais aussi de canaux pour multiplier les
+communications par le moyen des rivières. Les chariots
+de poste dont on se sert sont très-mauvais, découverts,
+sans ressorts et construits de la manière la
+plus grossière. Quant aux chevaux, ils sont très-estimés,
+surtout ceux élevés par les Arméniens.</p>
+
+<p>Les postes, dont plusieurs appartiennent au prince
+<span id="p106" class="pagenum">-106-</span> Estherhazy, font partie des revenus de ce royaume ;
+et, quoiqu’elles soient assez bien entretenues, les voyageurs,
+munis d’un ordre du gouvernement, ne peuvent
+manquer ni de chevaux, ni d’aucun moyen de transport,
+que tout paysan est tenu de leur procurer.</p>
+
+<p>Les loups qui habitent les forêts qui couvrent une
+partie de la Hongrie, rendent les voyages quelquefois
+dangereux. Il n’est pas sans exemple que des courriers,
+dont plusieurs font le service à cheval, aient été dévorés
+par ces animaux. Ils y sont tellement multipliés,
+qu’en 1803 ils détruisirent plus de 1500 têtes de bétail
+dans une seule province<a id="FNanchor_142" href="#Footnote_142" class="fnanchor">[142]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_142" href="#FNanchor_142"><span class="label">[142]</span></a> Les mêmes ravages ont eu lieu en Livonie, en 1823. D’après
+le rapport de la régence, 1841 chevaux, 1243 poulains, 1807 bêtes
+à cornes, 733 veaux, 15182 moutons, 726 agneaux, 3545 chèvres,
+183 chevreaux, 4190 cochons, 701 chiens, etc., ont été dévorés. — Le
+gouvernement prend des mesures efficaces pour mettre fin à ces
+ravages.</p>
+</div>
+<p>On serait porté à croire que dans les divers états dépendans
+de l’empire, les maîtres de poste sont tous
+d’anciens militaires auxquels ces places offrent d’honorables
+retraites. Leur costume paraîtrait confirmer cette
+assertion : il consiste en un dolman bleu clair, bordé
+de fourrures et orné de boutons et de galons de soie ;
+un pantalon bleu galonné de la même manière, et des
+demi-bottes. Ils portent tous de longues moustaches.</p>
+
+<p>Parmi les édifices destinés aux postes, dans les états
+dépendans de l’empire d’Allemagne, celui de Prague
+est très-remarquable.</p>
+
+<p>On est forcé d’affranchir les lettres pour tous ces états,
+le duché de Bade excepté.</p>
+
+
+<h3>PRUSSE.</h3>
+
+<p>Le service des postes se fait régulièrement en Prusse.
+Il ne diffère pas sensiblement de celui employé dans les
+autres états du nord. Le directeur-général actuel est
+M. le baron de Nagler.</p>
+
+<p>Le tarif n’est pas dans la proportion de celui de
+France : la lettre est considérée comme simple au-dessous
+de quinze grammes ou un loth.</p>
+
+<p>Le directeur-général des postes a fixé la taxe des
+<span id="p107" class="pagenum">-107-</span> ports de lettres pour les papiers d’état ayant cours, de
+manière que, d’après le 37.<sup>e</sup> article du réglement du 18
+décembre 1824, on paie, suivant le cours du jour en
+Prusse, pour les papiers monnaie de l’étranger et de tous
+les papiers d’état ayant cours, non un quart, mais un
+sixième du port fixé pour l’argent par le 32.<sup>e</sup> article dudit
+réglement. Quant aux papiers ayant cours, ils pourront
+être envoyés par la poste à cheval, en lettres recommandées,
+moyennant le port fixé par les articles 7 et 20
+du réglement, sous la condition que le contenu des lettres
+sera déclaré exactement ; mais sans que la poste le garantisse
+en aucune manière.</p>
+
+<p>Berlin est la seule capitale de l’Allemagne où il soit
+question de poste royale ou double.</p>
+
+<p>Quant aux routes de ce royaume, elles sont moins bien
+entretenues que dans les autres parties du continent.
+Il faut croire que la nature humide du sol contribue
+seule à leur donner si peu de consistance, ou que le
+gouvernement n’a pas encore porté son attention sur
+cette branche administrative qui devient l’objet des soins
+de presque tous les potentats de l’Europe. Les relais ne
+sont établis ni à des distances rapprochées, ni même à
+des espaces égaux. Il n’est pas étonnant aussi que, vu
+l’état des routes et les haltes fréquentes des postillons pour
+reposer leurs chevaux et leur donner de l’eau, on ne
+voyage pas avec célérité. Il y a tel relais, par exemple
+de Berlin à Rhemsberg<a id="FNanchor_143" href="#Footnote_143" class="fnanchor">[143]</a>, pour lequel 24 heures suffisent
+à peine. Dans les chemins ordinaires le postillon ne
+devrait mettre tout au plus qu’une heure et quart par
+mille. On paie par cheval et par mille 10 gros.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_143" href="#FNanchor_143"><span class="label">[143]</span></a> Dix milles.</p>
+</div>
+<p>Les malles des voyageurs qui arrivent aux frontières
+de la Prusse, par la poste ou avec leurs chevaux, doivent
+être plombées par les commis de la douane, à moins
+qu’on ne veuille souffrir qu’elles soient ouvertes et visitées ;
+ce qui est constaté par un certificat.</p>
+
+<p>Les voitures construites en Prusse se sont répandues
+par toute l’Europe. On sait que celles appelées berlines
+ont été inventées par un architecte de ce royaume.</p>
+
+<p>L’Affranchissement des lettres est forcé pour la
+Prusse.</p>
+
+<p><span id="p108" class="pagenum">-108-</span></p>
+
+<h3>RUSSIE.</h3>
+
+<p>Anciennement en Russie, au lieu de se servir de
+chevaux pour les voitures, on y attelait des cerfs.
+L’usage des traîneaux était plus répandu pour courir la
+poste. Ces animaux les tiraient avec une telle rapidité,
+qu’ils faisaient plus de quatre milles par heure.</p>
+
+<p>On a regardé pendant long-tems dans ce pays, comme
+un crime capital<a id="FNanchor_144" href="#Footnote_144" class="fnanchor">[144]</a>, de prendre la voie des voitures
+publiques, sans en avoir obtenu l’autorisation.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_144" href="#FNanchor_144"><span class="label">[144]</span></a> En France, on punissait de mort celui qui se servait des chevaux
+de poste sans un ordre du grand-maître des postes.</p>
+</div>
+<p>Dans la Finlande et dans la Laponie on employait les
+cerfs avec beaucoup de succès. Un seigneur allemand,
+du tems de Charles-Quint, en avait dressé un qui surpassait
+les chevaux les plus légers en vîtesse. Il le montait
+lui-même, et en fit l’expérience dans plusieurs
+courses publiques.</p>
+
+<p>Au reste, ces exemples nous paraîtront d’autant moins
+étonnans, que nous avons eu beaucoup d’occasions de
+remarquer en France l’instinct, l’adresse, l’agilité et
+la docilité de cet animal. Mais il est très-douteux que
+dans les lieux mêmes où les cerfs sont les plus communs,
+on les assujettisse à un service régulier comme celui des
+postes.</p>
+
+<p>Les rennes et les chiens sont également dressés,
+dans ces contrées glaciales, à tirer les traîneaux destinés
+aux voyageurs et au transport des dépêches. Il serait difficile
+de donner une juste idée de la rapidité avec laquelle
+ils les conduisent.</p>
+
+<p>La poste aux lettres est administrée par un directeur-général
+ou grand-maître<a id="FNanchor_145" href="#Footnote_145" class="fnanchor">[145]</a>. Le prince Alexandre Galitzin,
+ministre des cultes étrangers et de l’instruction
+publique, est le directeur-général actuel des postes de
+l’empire Russe.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_145" href="#FNanchor_145"><span class="label">[145]</span></a> En Livonie, les postes sont sous la direction du corps de la
+noblesse, et on trouve à chaque relais un commis des postes qui a
+sous lui un autre employé.</p>
+</div>
+<p>Il y a beaucoup d’exactitude dans le service de la correspondance ;
+mais le port des lettres est très-élevé,
+quoique la lettre, d’après le tarif, ne soit considérée
+<span id="p109" class="pagenum">-109-</span> comme simple que jusqu’à 15 grammes ou un loth. Ce
+prix a même augmenté, depuis quelques années, pour
+subvenir aux frais de la construction d’un nouvel hôtel
+des postes et d’un autre destiné au grand-maître. Ces
+édifices, très-remarquables, sont terminés, et la taxe
+n’a pas encore éprouvé de diminution. Il est à remarquer
+néanmoins que les postes ne produisent de profit que
+dans quelques provinces où leur entretien ne coûte rien
+à la couronne.</p>
+
+<p>Nous pensons que l’obligation de jeter les lettres à la
+boîte au moins seize heures avant le départ du courrier,
+est toute au désavantage du public. Ce délai annoncerait
+que le travail des lettres ne serait pas aussi perfectionné
+qu’en France, où l’administration se réserve à
+peine une heure pour le même objet.</p>
+
+<p>La poste se charge des assignations de la banque, et
+en répond moyennant demi pour cent.</p>
+
+<p>A Saint Pétersbourg, le nombre des voitures de tout
+genre est plus considérable qu’il ne l’est dans les autres capitales
+de l’Europe. On distingue surtout le <i>droschky</i>
+si élégant par son vernis et ses moulures. Il n’est cependant
+formé que d’une planche sur quatre roues, ce
+qui lui donne quelque ressemblance aux chars-à-banc
+de la Suisse.</p>
+
+<p>Parmi les voitures de voyage on remarque le kibitka,
+espèce de charrette qui a rapport, pour la forme, à un
+berceau. Elle est ronde en dedans et a cinq pieds de
+large : on n’emploie pas un morceau de fer dans sa
+construction.</p>
+
+<p>Le traînage ajoute encore à la facilité de voyager : on
+fait placer et attacher sa chaise de poste sur les flasques
+du traîneau ; et, comme les fleuves sont gelés et les
+routes très-larges, ou avance sans obstacle avec une
+vîtesse extrême. Ainsi, il n’est pas rare que, sans
+être arrêté par les distances, on aille dîner à 5 ou 6
+milles (10 ou 12 lieues) de chez soi, pour revenir le
+soir à son habitation.</p>
+
+<p>On compte les distances par werstes. Des bornes
+élevées, placées d’un côté des routes et peintes de noir
+et de blanc, font connaître au voyageur la route qu’il
+parcourt : de l’autre, sont des poteaux plus petits, ordinairement
+établis deux à deux, sur lesquels se trouve
+<span id="p110" class="pagenum">-110-</span> écrit le nom des terres chargées de l’entretien des chemins
+et des bornes de chaque district. On ne paie nulle
+part de droits de route. Si l’on ne veut pas attendre aux
+postes, il faut, dit-on, se faire accompagner d’un bas
+officier, qui trouve toujours dans sa canne les moyens
+de stimuler les postillons : il est fort aisé de les obtenir
+des chefs de corps.</p>
+
+<p>Les chevaux se paient deux copecs par werste, et il
+n’est rien dû au postillon<a id="FNanchor_146" href="#Footnote_146" class="fnanchor">[146]</a>, auquel cependant on donne
+quelque rétribution. Une voiture ou un traîneau qui
+contient deux ou trois places, n’est attelé que de trois
+chevaux. On n’en paie jamais plus qu’on n’en a ; et,
+même, si l’on est peu chargé, on n’en paie que deux.
+Cela dépend du podaroschna ou permis que l’on prend
+en partant, et sur lequel est désigné le nombre de
+chevaux qu’on emploiera. Il arrive souvent que, malgré
+les ordres du grand-maître des postes, les maîtres des
+relais vous rançonnent, surtout aux environs de Saint-Pétersbourg.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_146" href="#FNanchor_146"><span class="label">[146]</span></a> Ils ne conduisent pas à cheval, mais ils ne sont pas difficiles
+sur les moyens de se faire un siége.</p>
+</div>
+<p>Mais, en général, on voyage très-rapidement en
+Russie, soit en hiver, soit en été ; surtout en Finlande,
+qui passe pour la partie de l’empire où l’on est le mieux
+servi par les postes<a id="FNanchor_147" href="#Footnote_147" class="fnanchor">[147]</a>. La vîtesse des chevaux russes est
+incroyable. Ces animaux sont communément courts ;
+leur poitrail est large, leur cou, long et maigre, et leur
+tête est ordinairement moutonnée ; ils supportent bien
+la fatigue. Les petits chevaux de Livonie sont fameux
+par leur durée et leur légèreté à la course. Parmi ces différentes
+espèces de coursiers, il en est une très-renommée
+dont la vîtesse est passée en proverbe chez les
+Mongols.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_147" href="#FNanchor_147"><span class="label">[147]</span></a> Il y a 4 ou 5 ans que les établissemens de poste ont été construits
+à neuf dans certaines parties de l’empire. On trouve dans
+chaque maison trois chambres : une pour les voyageurs, une pour
+les maîtres de postes et l’autre pour les postillons. Une cour très-propre
+et entourée de haies, est placée devant chaque maison. Il y
+a dans chaque station 10 chevaux (autrefois 15 ou 20), et 5 ou 6
+postillons russes ou tartares, suivant les lieux.</p>
+</div>
+<p>Les chemins entre les principales villes sont très-beaux,
+<span id="p111" class="pagenum">-111-</span> et il n’est pas extraordinaire de courir 250
+werstes<a id="FNanchor_148" href="#Footnote_148" class="fnanchor">[148]</a> en 24 heures. On a introduit en Russie, sur
+certaines routes, entr’autres sur celle de Kamenoi à
+Ostrow, des ornières (fahrbahoun) en bois, dans lesquelles
+les voitures roulent doucement et sans bruit.
+L’entreprise se fait aux frais de l’empereur ; mais les propriétaires
+seront chargés à l’avenir des réparations, surtout
+dans les rues des villes.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_148" href="#FNanchor_148"><span class="label">[148]</span></a> 36 milles d’Allemagne.</p>
+</div>
+<p>Si l’on voyage à bon compte en Russie par la voie des
+postes, c’est que le gouvernement supporte, en grande
+partie, les frais qu’elles occasionnent ; mais la nécessité
+dans laquelle on se trouve de porter ses provisions et ses
+équipages, diminue beaucoup cet avantage, parce que
+les aubergistes ne fournissent que le logement.</p>
+
+<p>Quelques voyageurs préfèrent se servir, au lieu de la
+poste, des jamtschtschikis ou voiturins russes, qui
+marchent avec la même diligence, en changeant quelquefois
+de chevaux de slobode en slobode, chez les voituriers
+de leur connaissance.</p>
+
+<p>La première classe des paysans serfs, ou paie l’obrok
+à l’empereur, ou est employée à divers travaux, dans
+lesquels le service de la poste est compris.</p>
+
+<p>Tout voyageur qui veut obtenir son passeport doit
+préalablement annoncer son départ, au moins trois fois,
+dans la gazette du pays. Cet usage, établi en Russie,
+est commun à plusieurs contrées, et particulièrement
+aux colonies.</p>
+
+<p>Quant à la facilité de se faire précéder par un courrier
+pour avoir des chevaux, elle n’a plus lieu.</p>
+
+<p>Les tentatives employées pour multiplier les moyens
+de correspondre par le télégraphe, se sont bornées à
+quelques essais infructueux. Il n’en est pas ainsi des
+établissemens destinés à faciliter les transports de toute
+espèce entre Moscou et Saint-Pétersbourg. Outre la
+poste ordinaire, on vient d’en organiser une accélérée
+entre ces deux villes. Un pont suspendu à des chaînes
+de fer a été construit sur le canal de la Moïka<a id="FNanchor_149" href="#Footnote_149" class="fnanchor">[149]</a>. La Russie
+participe, connue le reste de l’Europe, à l’avantage
+<span id="p112" class="pagenum">-112-</span> que procure la navigation par les bateaux à vapeur. Il y
+en a même en pleine activité jusqu’en Sibérie.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_149" href="#FNanchor_149"><span class="label">[149]</span></a> Il sera construit sur les dessins du général Dufour, de Genève.</p>
+</div>
+<p>Chez les Ostyacks, nombreuse peuplade répandue sur
+les bords de l’Oby, les chiens sont établis par relais
+comme les chevaux dans les postes.</p>
+
+<p>Les chevaux sont peu communs au Kamtchatka. Ils
+ne servent que l’été, pour le transport des marchandises
+et effets de la couronne, ainsi que pour la commodité
+des voyageurs. Les chiens, en revanche, y
+abondent, et suffisent à tous ces travaux. L’été est le
+tems de leur inaction. Ces chiens sont attelés deux à
+deux à un traîneau ; un seul est à la tête et sert de
+guide. Leur nombre est proportionné à la charge du
+traîneau ; il est ordinairement de cinq pour une personne,
+et se trouve porté quelquefois jusqu’à 45
+par suite du luxe de certains voyageurs. Ces traîneaux
+prennent divers noms, selon qu’ils servent aux voyageurs
+ou aux marchandises. Ils ont la forme d’une corbeille de
+trois pieds de long sur un pied de large. On étend
+une peau d’ours sur le siége. La légèreté de ces voitures
+est telle, qu’elles pèsent à peine six livres.</p>
+
+<p>On emploie aussi les rennes qu’on attèle deux à deux.
+Ces animaux sont dressés à courir nuit et jour pendant
+trois heures consécutives, puis on les détèle, pendant
+une heure, pour les faire reposer et les laisser paître.
+Au bout de ce tems elles repartent avec la même ardeur,
+et achèvent ainsi leur route avec une extrême
+diligence.</p>
+
+<p>Près de la Léna, les postes se comptent par stations.
+Celles-ci sont de 30, 40, 50 et même de 80 werstes.
+Les frais de poste n’en sont pas pour cela plus considérables ;
+un homme se paie comme un cheval. Qu’on juge
+de la peine des malheureux condamnés à faire le service
+de la poste, c’est-à-dire, à traîner les bateaux
+d’une station à l’autre, dans l’espace de 1200 werstes.
+Cette terrible corvée fait la punition des exilés et des
+malfaiteurs ; ils partagent ce travail avec des chevaux.
+Le seul soulagement que cet affreux métier vaille à ces
+forçats, se réduit à quelques mesures de farine que le
+gouvernement leur accorde.</p>
+
+<p>Les Russes qui voyageaient par ordre de la cour, sur
+les frontières de la Sibérie, où les maîtres de poste le
+<span id="p113" class="pagenum">-113-</span> plus souvent ne savent pas lire, étaient munis, autrefois,
+d’un passeport tout particulier. Il consistait en
+cordes passées au travers d’un sceau, auxquelles on
+faisait des nœuds, de sorte que les maîtres de poste,
+pour connaître le nombre de chevaux qu’ils devaient
+fournir, n’avaient qu’à compter les cordes et les nœuds.</p>
+
+<p>La poste ne sert en Pologne que pour les lettres et
+paquets. Elle fut établie par ordre de la république,
+sous le règne de Ladislas IV. Avant ce tems, les ordres
+du roi étaient portés par les gentilshommes de
+la cour, qui se faisaient donner des voitures par les
+Starostes.</p>
+
+<p>Il faut porter tout avec soi, quand on voyage dans
+ce pays, soit en chaises ou en chariots. C’est dans ces
+derniers que les grands seigneurs font placer leurs effets.
+La construction de routes ferrées y est achevée sur un
+espace de plus de 66 milles d’Allemagne. Celle des
+routes de Varsovie aux frontières de la Prusse le sera
+incessamment, et offrira sur cette ligne, qui traverse
+toute la largeur du royaume depuis Kalish jusqu’à Brzesc,
+60 milles d’une communication non interrompue, ce
+qui rendra les relations plus faciles et moins coûteuses,
+puisque les relais de poste et de roulage emploient déjà
+moitié moins de chevaux qu’auparavant. Il y a eu des
+constructions semblables dans les palatinats de Cracovie,
+de Lublin, de Ploclk et d’Augustow ; on remarque
+encore celle de 523 ponts, parmi lesquels celui de Z’lotorya,
+réunissant sur la Narew les limites de l’empire et
+du royaume, a été fait aux frais communs des deux
+gouvernemens.</p>
+
+<p>Les lettres pour la Russie et les provinces qui en dépendent,
+expédiées de France, peuvent être affranchies,
+mais non pas jusqu’à destination, tandis que celles de
+l’intérieur de l’empire ne peuvent y circuler sans être
+soumises à l’affranchissement.</p>
+
+
+<h3>TURQUIE D’EUROPE ET AUTRES PROVINCES
+MÉRIDIONALES.</h3>
+
+<p>Dans la Turquie d’Europe, en Valachie et en Moldavie,
+les voitures le plus en usage parmi les personnes
+riches, sont les calèches allemandes, qu’on fait venir à
+grands frais de Vienne.</p>
+
+<p><span id="p114" class="pagenum">-114-</span> La manière de voyager dans ces contrées est tellement
+expéditive, que celle d’aucune autre nation ne
+peut lui être comparée. L’organisation des postes y est
+assez bonne : ceci ne doit s’entendre que des chevaux,
+car, pour le reste, il n’y a rien de pire. Au lieu de chaises
+on ne trouve que des chariots incommodes auxquels on
+attèle avec des cordes quatre chevaux guidés par un
+postillon, lesquels partent au grand galop, et ne s’arrêtent
+ni ne ralentissent le pas qu’à la poste suivante ;
+quelque tems avant d’y arriver, le postillon s’annonce
+par les claquemens de son fouet, et aussitôt un nouveau
+chariot, conduit par d’autres chevaux, se trouve
+prêt et ne cause aucun retard aux voyageurs.</p>
+
+<p>Les préposés pour l’entretien des routes se nomment
+<i>sermiens</i> : celle de Vienne à Constantinople est bien
+ferrée.</p>
+
+<p>Les maîtres de poste fournissent les chevaux et les
+hommes assujettis à cette corvée qui leur tient lieu d’impôt.
+On trouve souvent un pandour à la tête des relais.
+Lorsque le maître de poste ne peut fournir les chevaux
+nécessaires à la course, les habitans sont tenus d’y suppléer
+à leurs frais, car on a, dans la Moldavie, la barbare
+coutume de s’emparer, pour le service public, de
+tout ce qui se rencontre, bœufs, chariots, chevaux, etc.,
+sans rien payer. On les enlève aux paysans dans les villages,
+aux voyageurs sur les grands chemins, aux
+étrangers même qui se trouvent sur la route, et on ne
+les leur rend que lorsqu’on n’en a plus besoin, en supposant
+que les voitures ne soient pas brisées et les chevaux
+crevés de fatigue.</p>
+
+<p>Sous la dénomination commune de tartares, sans distinction
+d’origine, on comprend les courriers de ces
+contrées, où le service de la poste aux lettres se fait
+assez régulièrement. Celui de la poste aux chevaux cesse
+à Andrinople. On ne peut continuer sa route jusqu’à
+Constantinople, qu’au moyen de marchés particuliers
+avec les propriétaires de chevaux ; ce qui devient arbitraire
+et coûteux. Les courriers sont ordinairement accompagnés
+de janissaires. Les postes ne se comptent
+plus aussi par milles, mais par la distance de chemin
+qu’un chameau peut parcourir en une heure.</p>
+
+<p>A Constantinople, on loue un bateau comme ailleurs
+<span id="p115" class="pagenum">-115-</span> on louerait une voiture. Ces embarcations élégantes,
+ornées de sculpture et de dorures, sont conduites avec
+une adresse remarquable par les matelots turcs.</p>
+
+<p>L’affranchissement est de rigueur pour tous ces lieux.</p>
+
+
+<h3>PAYS-BAS.</h3>
+
+<p>L’organisation des postes y a varié souvent depuis
+l’époque où ces provinces ont cessé d’être régies par les
+princes de la maison de Taxis. En 1807, la Hollande
+était divisée en cinq arrondissemens. Les cinq directeurs
+particuliers qu’on y avait placés, dépendaient d’un directeur-général
+des postes, auquel étaient adjoints trois
+conseillers et un secrétaire-général. Le tarif de France,
+qu’on avait adopté pour la taxe des lettres, y est encore
+en usage.</p>
+
+<p>Les bâtimens destinés au transport des dépêches,
+des marchandises et des voyageurs, se nomment <i>treckschuyten
+de Beurtschipen</i> : ils font quatre milles à l’heure.
+Les Hollandais calculent la route de leurs embarcations,
+non par le nombre de milles parcourus, mais par celui
+d’heures écoulées. Des chevaux les tirent le long des
+canaux, et sont conduits par des jeunes gens appelés
+chasseurs (<i>hitjagertje</i>), qui portent, au lieu d’un cornet
+de poste, une corne de bœuf pendue à l’épaule, dont
+ils se servent, soit pour donner le signal du départ,
+soit pour faire lever les ponts qui se trouvent sur les
+canaux, soit, enfin, pour avertir les bateaux qui pourraient
+se trouver sur leur passage de se tenir sur le
+côté opposé du canal. Ce moyen rend les communications
+de l’intérieur très-faciles. Le gouvernement, aux
+frais duquel ces bâtimens sont entretenus, exige qu’ils
+marchent avec une ponctualité extraordinaire.</p>
+
+<p>S’il en coûte peu pour voyager de cette manière, il
+n’en est pas ainsi des chaises de poste<a id="FNanchor_150" href="#Footnote_150" class="fnanchor">[150]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_150" href="#FNanchor_150"><span class="label">[150]</span></a> On paie ordinairement 36 florins pour sept chevaux, depuis
+Breda jusqu’à Gorcum, et trois florins et demi par cheval, de
+Gorcum à Utreck.</p>
+</div>
+<p>Cette sorte de voiture a la forme d’une calèche couverte
+et très-courte, ayant, au lieu de timon, une
+pièce de bois semblable à une corne ou à un arc, placée
+entre les roues de devant, et sur laquelle le conducteur
+s’appuie les pieds pour donner à la voiture, par cette
+<span id="p116" class="pagenum">-116-</span> pression, la direction nécessaire dans les chemins plats.
+Les chevaux ne sont attelés qu’avec des cordes, et l’on
+en met souvent trois de front. Si l’on descend un pont
+dont la pente est rapide, le voiturier place les pieds
+sur la croupe de l’un des chevaux, et retient ainsi la
+voiture tout le tems convenable.</p>
+
+<p>Les voitures, dont on fait usage à Amsterdam, sont,
+ou des carrosses de louage à 4 roues, ou des cabriolets
+à deux roues et à deux chevaux, ou, enfin, des <i>schleen</i>,
+c’est-à-dire des caisses de voitures posées sur un traîneau
+et tirées par un cheval.</p>
+
+<p>Le service des postes, qui se fait en grande partie par
+eau<a id="FNanchor_151" href="#Footnote_151" class="fnanchor">[151]</a>, ne peut que devenir plus régulier par l’établissement
+des bateaux à vapeur<a id="FNanchor_152" href="#Footnote_152" class="fnanchor">[152]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_151" href="#FNanchor_151"><span class="label">[151]</span></a> Beaucoup de maisons de campagne ont une petite boîte en
+bois, placée près des canaux, où l’on jette en passant les lettres et
+paquets adressés à ceux qui y résident.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_152" href="#FNanchor_152"><span class="label">[152]</span></a> C’est en 1824 que la société des bateaux à vapeur a été installée à
+Rotterdam. Peu de tems après, le bateau destiné à la correspondance,
+entre Amsterdam et Utreck, a commencé son service. La
+distance de l’une de ces villes à l’autre est de huit lieues, et le trajet
+se fait, dit-on, en trois heures et demie. Plusieurs bateaux ont été
+employés successivement depuis aux communications intérieures, et
+à naviguer entre la Hollande et Hambourg. Celui établi sur le Rhin,
+s’appelle le Colonais. Il est en fer ; sa force est égale à celle de cent
+chevaux, sa capacité a celle de 60 à 80 lastes, et sa profondeur dans
+l’eau est de trois pieds et demi. Il met 4 ou 5 jours pour se rendre
+à Cologne. Le Zeew, autre bateau à vapeur, est destiné pour les relations
+entre Anvers et Cologne.</p>
+
+<p>Peu de tems après, cette même société tint une assemblée générale
+d’actionnaires, et nomma l’administration qui doit régir cette nouvelle
+association. Elle a déjà donné beaucoup d’extension à son entreprise,
+et augmenté son capital d’un million de florins.</p>
+</div>
+<p>Si les canaux facilitent si utilement les moyens de
+correspondre, les routes de la Hollande n’y contribuent
+pas moins. Elles sont superbes, plantées de plusieurs
+rangées d’ormeaux et couvertes de voitures de toute espèce.
+Le produit des taxes prélevées aux barrières, qui
+y sont établies, sert à les entretenir. La surface
+plane de la Hollande contribue beaucoup à leur solidité
+et à leur propreté. Il n’en est pas ainsi des chemins vicinaux,
+à peine praticables dans la plus belle saison.</p>
+
+<p><span id="p117" class="pagenum">-117-</span> On raconte, comme un trait de la simplicité des
+mœurs des habitans de la Haye, que, lorsque Louise de
+Coligny vint épouser le prince Guillaume, les magistrats
+de la ville lui envoyèrent un chariot de poste ouvert,
+dans lequel elle fit son entrée, croyant sans doute remplacer,
+par l’accent du cœur, les vaines solennités d’une
+froide étiquette.</p>
+
+<p>Ou emploie fréquemment les chiens à traîner des
+charrettes chargées de provisions et de marchandises.
+Les chèvres, attelées à de petites voitures, transportent
+aussi de très-lourds fardeaux. On est étonné du poids
+que ces animaux font mouvoir, et de la docilité qu’ils
+montrent dans un exercice qui semble si peu approprié
+à leur force et à leur conformation.</p>
+
+<p>L’affranchissement pour ce royaume est volontaire.</p>
+
+
+<h3>DE LA SUÈDE, DE LA NORWÈGE, DU DANNEMARCK
+ET DE QUELQUES AUTRES PARTIES
+DU NORD.</h3>
+
+<p>Dans le Holstein on a un soin extrême des chevaux.
+Les voituriers et les cochers sont toujours pourvus de
+deux couvertures dont ils s’enveloppent eux-mêmes
+pendant la route, et dont ils couvrent leurs chevaux
+lorsqu’on s’arrête, quoique ce soit la partie de l’Allemagne
+où on les charge le moins.</p>
+
+<p>Le péage du Sund est une des branches du revenu du
+Dannemarck. Il y a des fanaux établis pour les endroits
+dangereux ; d’autres feux brillent en divers lieux de la
+côte pour guider les voyageurs dans les nuits obscures et
+orageuses.</p>
+
+<p>Le passage du Belt est d’un demi-mille ; on le fait en
+très-peu de tems. Il y a dans le grand Belt deux postes
+télégraphiques, et il est permis aux voyageurs de s’en
+servir, pour accélérer leur marche, en faisant préparer
+les relais d’avance. Dans ce cas, ils paient 24 schellings
+lubs pour chacun des deux inspecteurs. C’est à ce seul
+usage que s’est réduit l’emploi de ce genre de télégraphe,
+qui n’a pu être étendu à cause de son imperfection.</p>
+
+<p>En Dannemarck, comme en Prusse, les routes sont
+assez mauvaises ; il n’y a d’autre différence que celle du
+droit de barrière qui n’y est pas introduit. Mais les
+<span id="p118" class="pagenum">-118-</span> paysans ont à leur charge la réparation des chemins,
+des ponts, et doivent fournir des chevaux et des voitures
+au roi, à ses ministres ou à ses grands officiers
+lorsqu’ils voyagent.</p>
+
+<p>Il est accordé, par le réglement, une heure au maître
+de poste pour apprêter ses chevaux : on n’attend jamais
+au-delà. Les postillons sont très-actifs. Ils ont une feuille
+qu’ils doivent présenter aux maîtres de poste, lorsque
+ceux-ci l’exigent, où l’heure du départ est indiquée
+ainsi que les plaintes qu’on a pu porter contr’eux.</p>
+
+<p>Le prix des chevaux<a id="FNanchor_153" href="#Footnote_153" class="fnanchor">[153]</a> varie quelquefois. Il est communément
+de 16 schellings par mille et par cheval.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_153" href="#FNanchor_153"><span class="label">[153]</span></a> Ceux de Seeland sont très-renommés. Dans l’île de Fionie,
+en été, on ne paie que 10 shellings par cheval ; mais, en hiver, on
+donne quelques schellings de plus. Il y a en outre les droits de barrières
+de 2 schellings par mille.</p>
+</div>
+<p>Le revenu des postes qui, depuis le roi Frédéric VI,
+entre dans la caisse du roi, monte à 200,000 rixdalers
+et même au-delà.</p>
+
+<p>La poste, en Norwège, est une institution qui ne
+remonte pas plus haut que 1783. Les bureaux de poste
+étaient communément chez les pasteurs, qui ouvraient
+les paquets et prenaient les lettres appartenant à leurs
+districts : ils en tenaient note sur des registres destinés
+à cet usage.</p>
+
+<p>Les cabriolets, dans cette partie, sont dans le genre
+italien et très-jolis : les femmes les conduisent elles-mêmes
+avec beaucoup de grâce et de facilité sur les
+routes généralement très-belles.</p>
+
+<p>En Suède, tout paysan est postillon ; il n’est pas
+même un enfant qui ne soit en état de mener une voiture.
+La nécessité lui en fait une loi, puisqu’il n’existe
+pas de relais, et que, obligé de fournir les chevaux
+pour le transport des dépêches et des voyageurs, il est
+contraint, par la même raison, de les conduire.</p>
+
+<p>Quand un voyageur arrive à une station de poste, on
+prévient le paysan dont le tour est venu de marcher. Celui-ci
+le conduit à un mille ou deux milles (3 ou 6 lieues),
+d’après la distance où il se trouve lui-même de son habitation.
+Un autre le remplace ; c’est ainsi qu’il parvient
+à sa destination. Pour éviter les retards qu’entraînerait
+<span id="p119" class="pagenum">-119-</span> naturellement cette manière de voyager, il est d’usage
+de se faire précéder 5 ou 6 heures d’avance par un
+messager. En prenant cette précaution, on peut parcourir
+de grandes distances sur les routes de la Suède, comparables
+à celles de l’Angleterre par leur solidité et leur
+agrément.</p>
+
+<p>Il est peu de pays où l’on voyage à meilleur marché
+qu’en Suède. Mais, pour prévenir les inconvéniens causés
+par les cordes qui servent à attacher les chevaux, et
+qui ont besoin d’être renouvelées souvent, il faut se précautionner
+de harnois. On n’a pas d’ailleurs le choix
+des moyens de transport, puisque le royaume est encore
+privé de la ressource des voitures publiques.</p>
+
+<p>Le gouvernement est instruit très-exactement de tout
+ce qui concerne les voyageurs, qui sont tenus d’inscrire
+sur le dagbok, qu’on leur présente à chaque station,
+leurs noms, leurs professions, le lieu d’où ils viennent,
+celui où ils se rendent, le nombre de chevaux qu’ils
+prennent, et les plaintes qu’ils ont à faire du postillon.
+Ce livre est remis tous les mois aux gouverneurs de
+chaque province.</p>
+
+<p>Tous les passages des rivières sont servis, en été,
+par des bateaux courriers ; en hiver, par des traîneaux
+et des chevaux. Il y a des espèces de télégraphes établis
+pour ces divers services.</p>
+
+<p>Le service de la poste se fait aussi en Suède par deux
+bateaux à vapeur, l’un établi entre Christiana et Christiansand,
+et l’autre entre Fredericsvaern et l’île de
+Suland.</p>
+
+<p>En 1796, on augmenta le prix des chevaux. Ils coûtaient
+4 schellings : ce prix fut doublé. Du reste, il
+varie suivant les lieux<a id="FNanchor_154" href="#Footnote_154" class="fnanchor">[154]</a>. Les chevaux suédois, quoique
+petits et maigres, courent avec vîtesse et font un mille
+à l’heure.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_154" href="#FNanchor_154"><span class="label">[154]</span></a> On paie 16 schellings à Stockholm, et 12 sch. dans quelques
+autres villes.</p>
+</div>
+<p>On compte déjà plusieurs bateaux à vapeur<a id="FNanchor_155" href="#Footnote_155" class="fnanchor">[155]</a> dans
+<span id="p120" class="pagenum">-120-</span> ce royaume, où de grands travaux<a id="FNanchor_156" href="#Footnote_156" class="fnanchor">[156]</a>, entrepris dernièrement,
+ont contribué à multiplier les relations intérieures.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_155" href="#FNanchor_155"><span class="label">[155]</span></a> M. Owen vient d’inviter le public à un voyage de plaisir dans
+son bateau qui doit se rendre à Saint-Pétersbourg. Il abordera à Penlenhost
+et y restera 6 jours pour jouir des fêtes qui s’y célèbrent tous
+les ans pour l’impératrice mère. Ce voyage durera trois semaines.
+Chaque passager paiera cent écus de banque de Suède ; il pourra demeurer
+tout le tems du voyage dans le bateau.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_156" href="#FNanchor_156"><span class="label">[156]</span></a> Le total des journées pour ces divers ouvrages d’utilité publique,
+dont les six septièmes ont été faits par l’armée, s’est élevé
+à 7,758,899 journées.</p>
+</div>
+<p>Les chemins établis à travers les Fjalls (montagnes
+qui séparent la Suède de la Norwège), les routes, l’une
+par le Jutland, l’autre par la province de Daulwand,
+et la troisième par celle de Wermland, qui facilitent
+de nouvelles communications, ont été achevées en 1823 ;
+et un grand pont de bateaux a été jeté sur un bras de
+mer nommé le Semsund, situé sur les frontières de la
+Norwège et de la Suède.</p>
+
+<p>On évalue à peu près à 418,000 francs le revenu que
+les postes rendent au roi.</p>
+
+<p>Ce service recevra une grande amélioration, si le
+projet proposé par M. Kemner, négociant à Stockholm,
+et adopté par le gouvernement, d’établir une petite-poste
+à l’exemple des principales capitales de l’Europe, se
+réalise.</p>
+
+<p>L’affranchissement pour ces états est libre.</p>
+
+
+<h3>ANGLETERRE.</h3>
+
+<p>Les postes en Angleterre, en Irlande et en Ecosse, dépendent
+du roi. Un acte du parlement, par une exception
+unique, en avait attribué les produits au duc
+d’York, qui, depuis, occupa le trône sous le nom de
+Jacques II.</p>
+
+<p>Au commencement du siècle dernier elles étaient régies
+par un administrateur sous le titre de député. Il
+résidait à Londres, et avait sous lui près de quatre-vingts
+officiers, dont les fonctions étaient, ou de participer
+au travail des lettres, ou d’en avoir la surveillance.
+Il n’existait alors que cent vingt-deux bureaux de
+poste. Le bureau principal de l’Irlande était à Dublin.
+A la fin du même siècle, la même administration entretenait
+170 malles-postes, 4500 chevaux, et comptait
+3000 employés chargés de la distribution des lettres
+<span id="p121" class="pagenum">-121-</span> dans l’intérieur, outre celles qui étaient transportées
+par de nombreux paquebots expédiés pour les principaux
+points du continent.</p>
+
+<p>Comme le service extérieur ne pouvait avoir lieu
+que par mer, ce député, ou grand-maître des postes,
+entretenait six bâtimens appelés paquebots, pour les
+relations établies, deux fois la semaine, avec la France,
+la Hollande et l’Irlande.</p>
+
+<p>Les améliorations survenues dans l’état des postes de
+ce royaume, s’expliquent par l’activité du peuple le plus
+industrieux et le plus commerçant de l’Europe, et surtout
+par le bon état des routes dont cette île est parfaitement
+coupée en tous sens, quoique aucune ne soit pavée<a id="FNanchor_157" href="#Footnote_157" class="fnanchor">[157]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_157" href="#FNanchor_157"><span class="label">[157]</span></a> Les rues des grandes villes sont seules pavées ; mais les routes
+sont bien ferrées et particulièrement bien entretenues.</p>
+</div>
+<p>Il paraîtrait, d’après l’ouvrage de M. J.-L.-M.
+Adam<a id="FNanchor_158" href="#Footnote_158" class="fnanchor">[158]</a>, qu’il se serait introduit quelques abus dans
+cette partie.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_158" href="#FNanchor_158"><span class="label">[158]</span></a> Publié en France, en 1824, sous le titre de Remarques sur le
+Systême des Chemins.</p>
+</div>
+<p><i>Une des causes du mauvais état des routes</i>, dit-il,
+<i>vient du défaut de surveillance d’où résulte le mauvais
+emploi et le gaspillage des fonds destinés à les entretenir,
+la nécessité d’augmenter la taxe des péages, ce
+qui n’empêche pas que les commis aux barrières</i> (<span lang="en" xml:lang="en">turn-pikes</span>)
+<i>ne soient chargés de l’énorme dette de sept millions
+de livres sterlings<a id="FNanchor_159" href="#Footnote_159" class="fnanchor">[159]</a>, quoique le compte rendu
+annuellement au parlement présente, pour les péages,
+une somme de recette qui excède le revenu de l’administration
+des postes</i>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_159" href="#FNanchor_159"><span class="label">[159]</span></a> 170 millions environ.</p>
+</div>
+<p>Dès 1811, le même auteur avait présenté des considérations
+sur l’état de quelques routes abandonnées par
+les malles-postes. <i>L’ancienne méthode</i>, dit-il encore, <i>fut
+reconnue vicieuse par les savans, les ingénieurs, les
+hommes les plus intéressés aux succès de leurs recherches,
+tels que les entrepreneurs de roulage, de malles-postes,
+consultés sur cette matière délicate et importante</i>.</p>
+
+<p>Ces vérités, clairement démontrées, ont fixé l’attention
+du gouvernement anglais, toujours prêt à seconder efficacement
+<span id="p122" class="pagenum">-122-</span> les mesures qui offrent quelque utilité<a id="FNanchor_160" href="#Footnote_160" class="fnanchor">[160]</a>. Le
+systême de M. Adam (déjà connu en France et appliqué
+à quelques routes du Languedoc et du Simplon) a été
+adopté, et les routes<a id="FNanchor_161" href="#Footnote_161" class="fnanchor">[161]</a>, devenues plus solides, conservent
+une surface toujours unie, sur laquelle les diligences
+roulent sans obstacles et font quatre lieues à l’heure,
+même dans les montagnes de l’Ecosse et du pays de
+Galles.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_160" href="#FNanchor_160"><span class="label">[160]</span></a> M. de Chambert vient d’obtenir un brevet d’invention pour
+une nouvelle méthode propre à donner au pavé des rues et des grandes
+routes une solidité, une propreté à laquelle on n’avait pu atteindre.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_161" href="#FNanchor_161"><span class="label">[161]</span></a> Depuis le bill provoqué par M. Frenuk, celles de l’Irlande
+sont dans un état très-florissant. On croit qu’il a été dépensé en constructions
+et en réparations, en conséquence de ce bill, la somme
+énorme de plus d’un million sterling. La taxe des routes n’y est que
+la moitié de celle d’Angleterre.</p>
+</div>
+<p>C’est sous le règne de la reine Elisabeth que l’usage
+des voitures a commencé en Angleterre, et que celui des
+courses de chevaux y a été introduit. Ce goût s’y est tellement
+répandu depuis, qu’en 1767 le nombre des chevaux,
+qui était de 500 mille (Londres seulement y
+entrait pour un cinquième), peut être évalué au triple
+aujourd’hui<a id="FNanchor_162" href="#Footnote_162" class="fnanchor">[162]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_162" href="#FNanchor_162"><span class="label">[162]</span></a> On compte 148,788 personnes entretenant un cheval de luxe ;
+23,493 en entretenant deux ; 15,000 de 3 à 8 et 1168 qui en entretiennent
+plus de huit.</p>
+</div>
+<p>En Irlande, dit Arthur Young, on porte le nombre
+des chevaux jusqu’à la folie.</p>
+
+<p>Il n’est pas de contrée où les voitures publiques soient
+plus commodes, plus propres et plus multipliées qu’en
+Angleterre. Elles ne sont destinées que pour les voyageurs ;
+les marchandises et les effets étant transportés
+à part. On sait qu’en France on suit un autre usage.
+Aussi, nos diligences, dont le poids est énorme, quoique
+plus perfectionnées dans ces derniers tems, sont exposées
+à verser plus facilement, eu raison de la surcharge
+qui détruit l’équilibre qu’on tenterait vainement de maintenir
+dès que le plus léger obstacle se rencontre.</p>
+
+<p>A toute heure du jour il part de Londres, dans toutes
+les directions, pour les extrémités du royaume, deux
+cents voitures publiques, sans compter celles qui ne dépassent
+<span id="p123" class="pagenum">-123-</span> pas la distance de quinze ou vingt milles. Un
+même nombre y arrive dans le même espace de tems.
+On a été jusqu’à calculer que 1100 voitures de toute
+espèce passaient journellement par le bourg de <i>Southwark</i>,
+qu’on peut regarder comme un des faubourgs de
+Londres. La Tamise est couverte de bateaux de louage
+qui servent à communiquer plus facilement sur tous les
+points de cette capitale. On en fait monter le nombre à
+plus de mille. Celui des fiacres est aussi considérable<a id="FNanchor_163" href="#Footnote_163" class="fnanchor">[163]</a>,
+et l’on compte plus de quatre cents chaises à porteurs.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_163" href="#FNanchor_163"><span class="label">[163]</span></a> En 1765, le nombre des voitures à 4 roues était de 12,904. En
+ce moment, il est de 26,799, indépendamment de celles à deux roues,
+qui sont de 45,856. A la première de ces époques les carrossiers de
+Londres étaient au nombre de 36 et employaient 4000 ouvriers ;
+aujourd’hui, 135 emploient 14,000 ouvriers. On compte 1000 fiacres
+à Londres.</p>
+</div>
+<p>Les Anglais, toujours habiles à profiter des inventions
+des Français et à se les approprier même, parce qu’ils les
+ont perfectionnées, prétendent qu’on leur doit l’usage
+des fiacres et des chaises à porteurs ; et que ces dernières
+ont été apportées en France par un nommé Montbrun,
+bâtard du duc de Bellegarde.</p>
+
+<p>Le transport des dépêches se fait par des voitures publiques
+ou malles-postes qu’on peut regarder comme la
+première entreprise en ce genre. Elles sont formées
+d’une caisse commode à quatre places. Une caisse suspendue,
+qui fait le prolongement de la première, sert
+de siége au cocher et contient sur le devant une partie
+des lettres et paquets destinés pour les points intermédiaires
+de la route ; le reste est déposé dans une troisième
+caisse, prolongée sur le derrière et sur laquelle est
+assis un gardien-armé. Le courrier et le gardien peuvent
+placer, chacun, deux personnes à leur côté. Huit personnes
+montent sur l’impériale, ce qui, donnant un
+total de dix-huit voyageurs, ne nuit en rien à la vîtesse
+de cette voiture qui fait trois lieues par heure. Elle est
+attelée de quatre chevaux très-beaux et très-vigoureux.
+Le service a lieu avec tant de régularité, qu’on peut
+calculer, presque à la minute, l’arrivée de la malle-poste<a id="FNanchor_164" href="#Footnote_164" class="fnanchor">[164]</a>.
+A la disposition de l’impériale près, nos malles-postes
+ont beaucoup de rapport avec ces voitures.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_164" href="#FNanchor_164"><span class="label">[164]</span></a> La malle-poste de Londres à Edimbourg fait ce trajet en 36
+heures, c’est-à-dire, plus de 10 milles à l’heure. En 1712, il fallait
+13 jours pour faire ce voyage.</p>
+</div>
+<p><span id="p124" class="pagenum">-124-</span> L’organisation actuelle du service est due à M. Palmer.
+Avant lui, le transport des dépêches et des fonds, qui
+avait lieu, par le moyen de carrioles en osier, n’offrait ni
+la sécurité ni la régularité et ni l’activité qu’on y trouve
+généralement aujourd’hui.</p>
+
+<p>Les changemens qu’il proposa en 1782, et qui furent
+adoptés par le célèbre Pitt, remédièrent à tous les inconvéniens<a id="FNanchor_165" href="#Footnote_165" class="fnanchor">[165]</a>
+et n’ont point subi de modifications notables
+depuis. Il en résulta autant d’avantages pour le
+gouvernement anglais que pour M. Palmer, qui obtint
+en outre la place importante de secrétaire-général
+de l’administration à laquelle il avait donné une si heureuse
+impulsion.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_165" href="#FNanchor_165"><span class="label">[165]</span></a> <i>Il est bon d’observer, pour ne pas accuser les correspondans de
+négligence, qu’à cette époque la poste était beaucoup plus tardive qu’elle
+ne l’est depuis l’ingénieuse invention de M. Palmer. Quant à l’honnête
+Dinmont, comme il recevait à peine une lettre tous les trois mois, à
+moins qu’il n’eût quelques procès (car alors il envoyait régulièrement
+une fois par semaine à la poste), les paquets à son adresse demeuraient
+un mois ou deux sur la fenêtre du directeur de la poste, au milieu des
+pamphlets, des chansons, et des morceaux de pain d’épice, suivant
+l’état qu’il exerçait. D’ailleurs, on avait alors l’usage, et il n’est pas
+encore entièrement perdu, de faire voyager les lettres d’un bureau à
+l’autre, quelquefois à la distance de 30 ou 40 milles, avant de les délivrer,
+ce qui avait l’avantage de mettre les lettres sous les yeux des curieux,
+d’augmenter la recette des directeurs, et de mettre la patience
+des correspondans à l’épreuve. Il n’est donc pas surprenant que Brown
+attendit, et inutilement pendant plusieurs jours, une réponse ; et,
+malgré son économie, sa bourse était vide, lorsque le jeune pêcheur lui
+rendit la lettre qui suit.</i></p>
+
+<p class="sign">(Guy Mannering, Walter-Scott.)</p>
+</div>
+<p>Lord Chichester est directeur-général des postes anglaises,
+et sir Francis Ycelin secrétaire-général. L’hôtel
+où cette administration est établie à Londres, est un
+bâtiment remarquable. La petite-poste, ou <span lang="en" xml:lang="en">peny post</span>,
+fait parvenir avec célérité, dans l’étendue de la banlieue,
+tout paquet n’excédant pas le poids d’une livre, et jusqu’à
+la valeur de dix livres sterlings en argent, pour
+lesquels l’envoyeur payait un pence<a id="FNanchor_166" href="#Footnote_166" class="fnanchor">[166]</a>. C’est de là que
+venait le nom de <span lang="en" xml:lang="en">peny post</span>, ou poste d’un sou. Le
+bureau général répond de la perte des paquets. Ce service
+<span id="p125" class="pagenum">-125-</span> se fait huit fois par jour par six bureaux principaux,
+et plus de quatre cents petits qui leur sont
+subordonnés.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_166" href="#FNanchor_166"><span class="label">[166]</span></a> Aujourd’hui deux pences.</p>
+</div>
+<p>La nation est redevable de cette invention à un négociant
+nommé <i>Docwra</i>, qui, en 1680, l’exécuta à ses
+frais. Mais, lorsqu’il espérait retirer le fruit de son industrie,
+le duc d’York, à qui Charles II, comme nous
+l’avons observé, avait attribué le produit des postes,
+lui fit un procès pour avoir usurpé ses droits, et lui
+ôta le <span lang="en" xml:lang="en">peny post</span>. C’est aujourd’hui un revenu de l’état
+qui peut être porté à 40 mille livres sterlings environ.</p>
+
+<p>Une lettre est simple lorsqu’elle est composée d’une
+feuille de papier, quel qu’en soit le poids ou la dimension ;
+mais le port en est doublé par la plus légère addition<a id="FNanchor_167" href="#Footnote_167" class="fnanchor">[167]</a>.
+On ne suit plus, comme en France, de progression
+calculée, en raison du poids et de la distance,
+avec un grand esprit de justice.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_167" href="#FNanchor_167"><span class="label">[167]</span></a> Une lettre sous enveloppe, au lieu d’un schelling, en paie deux,
+ne contînt-elle qu’un quart de feuille. C’est sans doute le taux élevé
+du port des lettres qui a valu à la pairie la prérogative remarquable
+d’exempter de la taxe toute lettre revêtue sur sa suscription de la signature
+d’un pair anglais.</p>
+</div>
+<p>Un paquebot, venu dernièrement des mers du Levant
+en Angleterre, apporta quelques numéros de la gazette
+grecque de Missolunghi. Le paquet ayant été taxé aux
+bureaux des postes comme lettre, le port de ces gazettes<a id="FNanchor_168" href="#Footnote_168" class="fnanchor">[168]</a>
+s’est élevé à soixante-dix-sept livres sterlings<a id="FNanchor_169" href="#Footnote_169" class="fnanchor">[169]</a>.
+On juge, d’après cela, le revenu que le gouvernement anglais
+retire des postes. Il est d’autant plus considérable,
+que les dépenses qu’elles occasionnent sont couvertes
+par les recettes des voyageurs. Ce produit a reçu des
+améliorations importantes dans l’intervalle d’un siècle.
+En 1644<a id="FNanchor_170" href="#Footnote_170" class="fnanchor">[170]</a>, elles rapportèrent 3,000 livres sterlings ;
+<span id="p126" class="pagenum">-126-</span> et, en 1764, le parlement les afferma 432,048 livres
+sterlings. Depuis ce tems, elles ont monté successivement
+à 700,000 livres sterlings. On prétend qu’elles
+s’élèveront à 1,500,000 livres sterlings en 1825.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_168" href="#FNanchor_168"><span class="label">[168]</span></a> Un compte rendu à la chambre des communes de 1815, apprend
+qu’il se distribue chaque jour à Londres 20,000 exemplaires de
+journaux du matin ; 15 à 20 mille de ceux du soir ; 22 mille autres de
+deux jours l’un ; et 70,000 le dimanche.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_169" href="#FNanchor_169"><span class="label">[169]</span></a> 1912 francs 50 centimes environ.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_170" href="#FNanchor_170"><span class="label">[170]</span></a></p>
+
+<ul><li>1644, <span class="digit3">3</span>,000 livres sterlings.</li>
+<li>1654, <span class="digit3">10</span>,000</li>
+<li>1664, <span class="digit3">21</span>,500</li>
+<li>1674, <span class="digit3">43</span>,000</li>
+<li>1685, <span class="digit3">65</span>,000</li>
+<li>1688, <span class="digit3">76</span>,318</li>
+<li>1697, <span class="digit3">90</span>,505</li>
+<li>1710, <span class="digit3">111</span>,461</li>
+<li>1715, <span class="digit3">145</span>,227</li>
+<li>1744, <span class="digit3">295</span>,432</li>
+<li>1764, <span class="digit3">432</span>,048</li></ul></div>
+<p>La poste aux chevaux n’est pas établie, comme en
+France, à des distances marquées, et les relais ne sont
+pas tenus par des maîtres de poste spécialement chargés
+de ce service. Tout aubergiste qui a une grande maison
+est maître de poste, moyennant un droit de licence annuel
+calculé sur le nombre de chevaux et de voitures
+qui lui appartiennent. Il loge et transporte à la fois les
+voyageurs. Les postillons sont ordinairement des jeunes-gens
+de 16 à 18 ans ; leur costume est élégant, et leur
+équipage est leste et d’une propreté remarquable. Ils
+sont, dit-on, généralement polis : cette qualité les distingue
+encore de leurs semblables chez lesquels on la rencontre
+rarement ailleurs.</p>
+
+<p>Des bornes milliaires sont établies sur les routes pour
+en marquer exactement la division. Les frais de poste
+se paient selon la quantité de milles parcourus<a id="FNanchor_171" href="#Footnote_171" class="fnanchor">[171]</a>, dont
+trois font à peu près une lieue de France.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_171" href="#FNanchor_171"><span class="label">[171]</span></a> En 1755 on payait 9 sous d’Angleterre, par chaque mille, pour
+une chaise de poste et deux chevaux ; et l’on donnait 6 sous d’Angleterre
+au palefrenier qui attelait les chevaux à la chaise, et un
+schelling au postillon. Ces voitures sont légères, à 2 places, et suspendues
+sur ressorts avec des portières à glaces. Aujourd’hui, le prix
+le plus modique, pour cette manière de voyager, est d’un schelling
+par mille, par couple de chevaux, et même de 15 à 18 pences. Qu’on
+ait une voiture, ou qu’on en prenne une à la poste, cela n’influe en
+rien sur le prix. On paie communément, d’une poste à l’autre, plus
+de milles anglais que n’en porte le livre de poste. Cette différence
+provient de la colonne milliaire qui n’est pas toujours placée au relais.</p>
+</div>
+<p>Quelles ressources l’Angleterre n’a-t-elle pas retirées
+des machines à vapeur perfectionnées par James Watt,
+qui en fit la première expérience en 1790. Elles représentent
+aujourd’hui une puissance de 320,000 chevaux,
+égale à celle de 1,834,000 hommes, d’où il suit que, si
+<span id="p127" class="pagenum">-127-</span> l’on n’employait pas en Angleterre ce moteur, et que l’on
+voulût produire une quantité d’objets manufacturés égale
+à celle qu’on obtient, il faudrait non-seulement augmenter
+la population de 2 millions d’hommes environ,
+mais il faudrait encore dépenser en fabrication, outre
+les dépenses actuelles, une somme effrayante de plus de
+6 milliards. Ce procédé a été appliqué à la navigation,
+et les bâtimens qui transportent les dépêches sont des
+bateaux à vapeur. Le trajet de Douvres à Calais<a id="FNanchor_172" href="#Footnote_172" class="fnanchor">[172]</a> se
+fait ordinairement en trois heures. Les paquebots à vapeur
+sont de jolis bâtimens, du port de 60 à 80 tonneaux,
+qui abordent en France, à Calais, à Boulogne
+et à Dieppe ; en Allemagne, à Emden et Cuxhaven ; et,
+en Hollande, à Ostende<a id="FNanchor_173" href="#Footnote_173" class="fnanchor">[173]</a> et à Hellevoetsluys.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_172" href="#FNanchor_172"><span class="label">[172]</span></a> 25,633 pas géométriques.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_173" href="#FNanchor_173"><span class="label">[173]</span></a> Ce trajet se fait en 16 heures. Celui de Londres à Cuxhaven a
+été fait, par le bateau à vapeur le Hylton Joliffe, en 82 heures. La
+distance est de 160 lieues.</p>
+</div>
+<p>M. Harisson Wilkinson est auteur d’un projet qui,
+s’il réussit, promet des avantages incalculables pour la
+grande navigation, en employant la machine à vapeur
+perfectionnée par Perkins, qui n’exige qu’une très-petite
+quantité de charbon. Il pense qu’on pourrait communiquer
+facilement avec les Indes Orientales par le Cap-Bonne-Espérance,
+où l’on établirait un dépôt de combustibles.
+Mais son principal but est d’y arriver en
+trente et un jour par la Méditerranée, et de donner à ses
+paquebots la régularité du courrier. Voici le chemin
+qu’il trace et les calculs qu’il forme sur la durée du
+trajet :</p>
+
+<div class="flex">
+<table>
+<tr><td class="drap">De Falmouth à Gibraltar,</td>
+<td class="bot r"><div>1200</div></td>
+<td class="bot">milles,</td>
+<td class="bot r"><div>5</div></td>
+<td class="bot">jours.</td></tr>
+<tr><td class="drap">De Gibraltar à Rosette,</td>
+<td class="bot r"><div>2170</div></td>
+<td class="bot"> <i>id.</i>,</td>
+<td class="bot r"><div>9</div></td>
+<td class="bot"> <i>id.</i></td></tr>
+<tr><td class="drap">De Rosette à Bulac ou au Caire,</td>
+<td class="bot r"><div>110</div></td>
+<td class="bot"> <i>id.</i>,</td>
+<td class="bot r"><div>1</div></td>
+<td class="bot"> <i>id.</i></td></tr>
+<tr><td class="drap">Du Caire à Suez par terre,</td>
+<td class="bot r"><div>70</div></td>
+<td class="bot"> <i>id.</i>,</td>
+<td class="bot r"><div>2</div></td>
+<td class="bot"> <i>id.</i></td></tr>
+<tr><td class="drap">De Suez à Bombay par la mer rouge,</td>
+<td class="bot r bb"><div>3300</div></td>
+<td class="bot"> <i>id.</i>,</td>
+<td class="bot r bb"><div>14</div></td>
+<td class="bot"> <i>id.</i></td></tr>
+<tr><td>&nbsp;</td>
+<td class="r"><div>6850</div></td>
+<td> <i>id.</i>,</td>
+<td class="r"><div>31</div></td>
+<td> <i>id.</i></td></tr>
+</table>
+</div>
+<p>Cette idée a pris de nouveaux développemens, et l’on
+pense sérieusement à la réaliser<a id="FNanchor_174" href="#Footnote_174" class="fnanchor">[174]</a> pour établir, par un
+<span id="p128" class="pagenum">-128-</span> moyen si commode et si rapide, une communication
+entre l’Angleterre et ses colonies de l’Inde.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_174" href="#FNanchor_174"><span class="label">[174]</span></a> Une compagnie s’est formée à Londres dans cette vue, et fait
+déjà un fonds de 300 mille livres sterlings dans lequel les négocians
+de Calcutta participent pour 10 mille livres sterlings. Ces derniers
+sont d’autant plus intéressés à la réussite de cette entreprise,
+que leurs essais dans ce genre ont eu d’heureux résultats.</p>
+</div>
+<p>Presqu’en même tems une autre compagnie, à Londres,
+s’occupait de correspondre ainsi avec les Etats-Unis.
+On présume que le trajet pourrait avoir lieu en
+moins de quinze jours. Enfin, le service des paquebots,
+entre Buenos-Ayres et l’Angleterre, est en activité.
+Il a été autorise par un décret rendu sur la proposition
+du consul-général de sa majesté britannique.</p>
+
+<p>La voiture mécanique dont nous avons parlé dans le
+cours de cet essai, comme étant mise en mouvement
+sans le secours des chevaux, cessera d’être une merveille
+à nos yeux lorsqu’on y aura adopté le feu comme
+moteur. Ce n’est encore, comme nous l’avons vu, que
+l’imitation d’un procédé tenté en France en 1763. La
+machine à vapeur appliquée, par M. Gough, aux voitures,
+produira l’effet de ces vaisseaux qui parcourent
+les mers comme par enchantement. Cette voiture fera,
+par ce moyen, deux lieues à l’heure<a id="FNanchor_175" href="#Footnote_175" class="fnanchor">[175]</a>, et recevra
+plus de vîtesse quand on se sera assuré de la solidité
+du mécanisme. Un enfant suffira pour lui donner toutes
+les directions possibles.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_175" href="#FNanchor_175"><span class="label">[175]</span></a> Il se forme à Londres une compagnie pour la distribution du
+gaz locomotif, dont l’expérience, faite sur la diligence d’Yorck, a eu
+pour but de diminuer le poids des voitures occasionné par le charbon,
+et de donner plus d’accélération à ces voitures. M. Brown, l’inventeur,
+se regarde comme sûr de la faire rouler, tant en montant
+qu’en descendant, sur le pied de dix milles par heure, 3 lieues et
+demie. Cette méthode présente une économie de moitié sur les
+moyens employés actuellement. Il doit donc en résulter une diminution
+égale sur les places. On prétend même que chaque voyageur
+ne paiera qu’un pence [2 sous] par mille.</p>
+</div>
+<p>Dans ce siècle, si fécond en inventions de tous genres,
+on vient encore de proposer, en Angleterre, de remplacer
+l’usage des routes ordinaires par celui des chemins
+à ornières en fer, et d’employer la machine à
+vapeur au lieu de ces immenses attelages qui servent à
+transporter les hommes et les marchandises<a id="FNanchor_176" href="#Footnote_176" class="fnanchor">[176]</a>. A peine
+<span id="p129" class="pagenum">-129-</span> une idée nouvelle est-elle mise au jour, qu’elle ne tarde
+pas à subir des développemens considérables ; et l’on voit
+que cette invention, bornée d’abord à de simples voitures
+va s’étendre à celles destinées à toute espèce de
+transports<a id="FNanchor_177" href="#Footnote_177" class="fnanchor">[177]</a>. La distance de Londres, aux principales
+villes de l’Angleterre, serait réduite d’un quart et même
+d’un tiers, par des chemins en fer dans une ligne directe,
+et dégagée des nombreuses sinuosités qu’il faut
+<span id="p130" class="pagenum">-130-</span> suivre. La poste de la capitale à Manchester, Liverpool
+et Leeds, arriverait en 12 heures, et il ne lui faudrait
+pas 24 heures pour atteindre Glascow et Edimbourg.
+Combien n’abrégerait-on pas encore ces voyages par
+les ponts suspendus à des chaînes en fer, tel que celui
+de la vallée de Tewd.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_176" href="#FNanchor_176"><span class="label">[176]</span></a> On peut juger de la supériorité de ces routes sur les autres,
+par le tableau des efforts que doivent faire les chevaux, suivant la
+nature de chacune d’elles. On suppose une voiture à 4 roues, chargée
+de 8000 livres pesant, sur une route bien entretenue, que 3 chevaux
+traîneraient lorsqu’il en faudrait 25 sur une route dégradée.</p>
+
+<p>Route en fonte coulée, 1/4 de cheval.</p>
+
+<p><i>Id.</i> en pavés de dalles très-unies, 2 chevaux et 1/2.</p>
+
+<p><i>Id.</i> en pavé de grès, 3 chevaux.</p>
+
+<p><i>Id.</i> en blocaille raboteuse, 6 chevaux.</p>
+
+<p><i>Id.</i> En terrain naturel crayeux, 15 chevaux.</p>
+
+<p><i>Id.</i> en terrain argileux, 25 chevaux.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_177" href="#FNanchor_177"><span class="label">[177]</span></a> Tous les journaux [oct. 1825] s’accordent à dire que l’ouverture
+de la route en fer de Darlington à Stockton [comté de Durham] vient
+d’avoir lieu un grande pompe. Une grande quantité de chariots
+chargés, les uns de houille, les autres de farine, d’autres enfin
+d’ouvriers et de curieux, sont arrivés, traînés par des chevaux, au
+bas du plan incliné que forme la première portion de la route. Là,
+les chevaux ont été dételés. Au haut du plan incliné, dont la longueur
+est d’une demi-lieue, on a établi, à poste fixe, deux machines
+à vapeur, chacune de la force de 30 chevaux, destinées à
+faire monter les chariots. 12 chariots, chargés chacun de deux
+tonneaux [quatre milliers] de houille, et un treizième portant une
+grande quantité de sacs de farine, et tous les 13, en outre, couverts
+d’autant d’hommes qu’on avait pu en placer, atteignirent le sommet
+de la route en 8 minutes. Arrivés là, ils furent attachés, à la queue
+les uns des autres, à la machine à vapeur locomotive, qui devait les
+tirer dans la descente. D’autres chariots, montés de la même manière,
+furent attachés à la suite de ceux-ci ; et, dans le milieu de la
+file, on plaça la voiture du comité de l’entreprise, nommée l’<i>Expérience</i>,
+destinée par la suite à transporter des voyageurs ; elle est de
+l’espèce de celle qu’on appelle <span lang="en" xml:lang="en">longcoach</span>, où les voyageurs sont
+assis face à face sur les deux côtés. Elle en peut contenir 18. Le
+nombre total des voitures que devait tirer la machine à vapeur locomotive,
+était de 34, sur l’une desquelles était un corps de musiciens.
+Toutes étaient couvertes d’hommes et décorées de drapeaux portant
+diverses devises, et principalement celle de la compagnie : <i lang="la" xml:lang="la">periculum
+privatum utilitas publica</i>. A un signal donné, cette file de voitures se
+mit en mouvement aux acclamations de la multitude assemblée pour
+être témoin de ce spectacle aussi nouveau qu’étonnant, et parcourut
+d’abord la route jusqu’à Darlington, où l’on remit de la houille dans
+les fourneaux et de l’eau dans les bouilloires, et ensuite jusqu’à
+Stockton, avec une vîtesse moyenne de 10 à 12 milles [de 2 lieues
+et demie à 3 lieues] à l’heure.</p>
+
+<p>Des cavaliers, montés sur d’excellens chevaux de chasse, et courant
+par dessus haies, et fossés des deux côtés de la route, ne purent
+suivre le convoi. La charge des chariots traînés par la machine locomotive
+était d’environ 80 tonneaux [160 milliers], et l’on pense
+qu’il y avait au moins 700 personnes sur ces voitures quand elles arrivèrent
+à Stockton. Au plus fort de la descente, la vîtesse alla jusqu’à
+15 ou 16 milles [plus de 5 lieues] à l’heure. La fête se termina
+par un grand banquet.</p>
+</div>
+<p>Puisse cette nouvelle conquête de l’esprit humain dans
+l’emploi d’un moteur devenu si puissant par l’action
+du feu contenue dans de justes bornes, ne pas s’étendre
+indéfiniment à toutes les branches de l’industrie, et ne
+pas nuire à la population de certains états qui s’accroît
+dans une proportion si forte.</p>
+
+<p>Une nouvelle preuve de l’instinct des pigeons<a id="FNanchor_178" href="#Footnote_178" class="fnanchor">[178]</a>
+viendrait, s’il en était besoin, à l’appui des exemples
+que nous avons cités dans plusieurs passages de cet essai.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_178" href="#FNanchor_178"><span class="label">[178]</span></a> L’introduction clandestine des bijoux fabriqués en France,
+auxquels les Anglais accordent une préférence marquée, tant à
+cause de leur perfection que de leur prix modéré, éveillait inutilement
+la surveillance de la douane. L’usage s’en répandait de
+plus en plus, malgré une sévère prohibition. On reconnut enfin,
+dit-on, et non sans peine, que ces fraudeurs si long-tems à l’abri
+de toute recherche étaient des pigeons. On les lançait des côtes
+de France vers celles d’Angleterre ; en leur attachant au cou les
+objets destinés à être recueillis par les personnes instruites de leur
+message. Cette ruse en fit naître une nouvelle. Les commis, désespérés
+de pouvoir atteindre dans l’air ces oiseaux maraudeurs, s’avisèrent
+de dresser des faucons à les poursuivre et à s’en emparer. Une
+fauconnerie fut bientôt autorisée pour mettre fin à cette introduction
+nuisible à l’industrie anglaise, ou pour en diminuer considérablement
+les inconvéniens.</p>
+
+<p>On prétend qu’un bon fauconnier doit dresser un oiseau dans
+un mois. On y parvient en faisant veiller et jeûner le faucon,
+en lui couvrant les yeux, et en ne lui rendant le jour que lorsqu’on
+lui montre l’appât, en lui vidant l’estomac pour augmenter sa
+faim, en lui plongeant la tête dans l’eau lorsqu’il est trop revêche.</p>
+</div>
+<p>En France, comme en Angleterre et dans tous les
+<span id="p131" class="pagenum">-131-</span> pays, il est des époques de l’année où les recettes des
+postes subissent des modifications. Cela tient à des considérations
+locales. En Angleterre, par exemple, à la
+fête de Saint-Valentin, qui répond à notre premier
+de l’an, on prétend que l’administration des postes, à
+Londres, est forcée d’augmenter le nombre de ses facteurs.
+On en attribue la cause à la multitude de lettres
+qui parviennent par la petite-poste, dont les produits
+sont immenses à cette époque.</p>
+
+<p>Les Anglais se servent, pour leurs avis maritimes,
+d’une machine à signaux très-perfectionnée. C’est à
+Jacques II qu’ils doivent les améliorations les plus importantes
+qui y ont été apportées. Ce prince, par suite
+d’une longue expérience, rendit l’utilité de cette espèce
+de télégraphe incontestable. Mais cette machine ne peut
+entrer en aucune comparaison avec celle qu’on emploie
+en France.</p>
+
+<p>L’Ecosse, qui conserve toujours les traces de ses mœurs
+et de ses coutumes antiques, nous offre une nouvelle
+occasion de parler des signaux par le feu. On les emploie
+avec beaucoup d’efficacité dans ces montagnes si propres
+à favoriser cette manière de s’entendre et de communiquer
+au loin, en peu d’instans, les avis de la plus
+haute importance.</p>
+
+<p>Quand un chef voulait convoquer son clan ou tribu
+dans un pressant danger, il tuait une chèvre, et, taillant
+une croix de bois, en brûlait les extrémités pour
+les éteindre dans le sang de l’animal. C’était ce qu’on
+appelait la croix du feu, et aussi crean tarigh, ou croix
+de la honte, parce qu’on ne pouvait refuser de se rendre
+à l’invitation qu’exprimait ce symbole, sans être voué à
+l’infamie. La croix était confiée à un messager fidèle et
+agile à la course, qui la portait sans s’arrêter jusqu’au
+village voisin, où un autre courrier le remplaçait aussitôt :
+par ce moyen, elle circulait dans la contrée avec
+une célérité incroyable.</p>
+
+<p>A la vue de la croix du feu<a id="FNanchor_179" href="#Footnote_179" class="fnanchor">[179]</a>, hommes, enfans,
+vieillards, depuis l’âge de 15 ans jusqu’à celui de 60 ans,
+<span id="p132" class="pagenum">-132-</span> étaient obligés de se trouver, à l’instant, armés au lieu du
+rendez-vous : celui qui y manquait souffrait le double
+supplice du fer et du feu ; sa désobéissance était marquée
+par les signes emblématiques de la croix.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_179" href="#FNanchor_179"><span class="label">[179]</span></a> La croix du feu est un usage commun aux montagnards et
+aux anciens Scandinaves.</p>
+</div>
+<p>Pendant les guerres civiles de 1745 et 1746, la croix
+du feu parcourait fréquemment l’Ecosse, et elle traversa
+un jour, en trois heures, tout le district de Breadalbane,
+c’est-à-dire une étendue de pays de 32 milles.</p>
+
+<p><i>Feu Alexandre Stuart, écuyer, m’a raconté</i>, dit
+Walter-Scott, <i>qu’il envoya lui-même la croix du feu à
+cette époque. La côte était menacée par des frégates
+anglaises, et l’élite de notre jeunesse était en Angleterre
+avec le prince Charles Edouard. Cependant, cette convocation
+fut si efficace, qu’au bout de quelques heures
+on vit sous les armes une troupe très-nombreuse et pleine
+d’enthousiasme. Dès ce moment, le projet de faire diversion
+dans la contrée fut abandonné par les Anglais
+comme une entreprise désespérée</i>.</p>
+
+<p>Les carrosses et chaises de poste fabriqués à Edimbourg
+sont renommés ; on en exporte beaucoup pour
+Saint-Pétersbourg.</p>
+
+<p>Les lettres pour les trois royaumes et les colonies qui
+en dépendent, doivent être affranchies.</p>
+
+
+<h3>ESPAGNE.</h3>
+
+<p>L’organisation des postes espagnoles changea lorsqu’un
+petit-fils de Louis-le-Grand, Philippe V, fut appelé à
+la couronne, et le titre de grand-maître, dont jouissaient
+les princes de Taxis, fut transmis par la réunion de
+cette charge au domaine royal, au comte d’Ognate,
+qui la posséda à titre d’office. Mais les postes, mises à
+ferme à-peu-près à la même époque qu’en France,
+passèrent sous la direction du marquis de Monte-Sacro.</p>
+
+<p>Elles étaient entretenues alors avec plus de soin de
+Madrid à Bayonne, et sur tous les points qui communiquent
+avec la France, que dans tout le reste du
+royaume. On leur a donné depuis une forme plus régulière,
+et le service actuel se fait avec assez d’activité
+entre la capitale et les provinces les plus reculées.</p>
+
+<p>C’est dom Narcisse de Heredia<a id="FNanchor_180" href="#Footnote_180" class="fnanchor">[180]</a>, comte d’Ofalia,
+<span id="p133" class="pagenum">-133-</span> qui est surintendant-général des courriers et postes d’Espagne
+et des Indes, et M. Melgar directeur-général.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_180" href="#FNanchor_180"><span class="label">[180]</span></a> Regines de los Reos, chevalier grand-croix de l’ordre américain
+d’Isabelle la catholique, numéraire de l’ordre royal et distingué
+de Charles III, grand’croix de l’ordre royal de la légion-d’honneur
+de France, conseiller-d’état et premier secrétaire-d’état.</p>
+</div>
+<p>Chaque province a un directeur ou un administrateur
+particulier pour tout ce qui concerne le service des
+postes. Cet agent supérieur dépend du surintendant-général.</p>
+
+<p>La surintendance-générale<a id="FNanchor_181" href="#Footnote_181" class="fnanchor">[181]</a>, direction et tribunal des
+courriers, postes, chemins, auberges, et canaux, s’occupe
+des causes relatives à ces différentes parties. <i lang="es" xml:lang="es">La real
+y suprema junta de apelaciones de los juzgado de
+correos y postas</i><a id="FNanchor_182" href="#Footnote_182" class="fnanchor">[182]</a>, a l’attribution des mêmes objets
+en cas d’appel.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_181" href="#FNanchor_181"><span class="label">[181]</span></a> Elle est composée d’un surintendant-général, de quatre directeurs-généraux,
+de deux contadors-généraux, d’un assesseur et d’un
+fiscal. Il n’y a que les deux derniers qui soient en robe rouge.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_182" href="#FNanchor_182"><span class="label">[182]</span></a> Se compose d’un président, de neuf membres, d’un secrétaire,
+d’un contador-général et de deux fiscaux.</p>
+</div>
+<p>Les postes sont comprises dans les recettes générales,
+et leur produit entre dans des caisses particulières : elles
+doivent rapporter beaucoup, si l’on en juge par le port
+des lettres qui est très-élevé en Espagne.</p>
+
+<p><i>La Casa de Correos</i>, ou Hôtel des Postes à Madrid,
+est construite depuis très-peu de tems, à la <i lang="es" xml:lang="es">Puerta del
+sol</i>. C’est un grand édifice carré, absolument isolé,
+d’une très-belle composition, et d’un ensemble assez
+majestueux : la cour qui en dépend est entourée d’un
+portique soutenu par des colonnes. Ce bâtiment est
+très-élevé au-dessus du sol, ce qui cause une irrégularité,
+commandée sans doute par le terrain, mais d’un
+effet désagréable. Cet édifice est néanmoins le plus bel
+ornement de la place.</p>
+
+<p>Madrid n’a pas de fiacres : ils sont remplacés par
+des carrosses de remise, et par des caléches ou brouettes
+traînées par des hommes. On y trouve cependant des
+cabriolets attelés de mules ; ils contiennent deux
+personnes, que le cocher mène assis sur l’un des brancards.</p>
+
+<p>Le transport des dépêches se fait en carrioles tirées
+par quatre mules ; les paquets sont renfermés dans
+<span id="p134" class="pagenum">-134-</span> une valise : on en ajoute une seconde quand la correspondance
+l’exige.</p>
+
+<p>C’est au comte d’Aranda qu’on doit l’amélioration des
+routes et des chaussées, <i lang="es" xml:lang="es">caminos reales</i>. Les chemins
+sont superbes, bien percés, soutenus dans les ravins
+par des murs et traversés par des ponts très-beaux et très-solides :
+il y en a même qu’on peut comparer aux
+routes d’Angleterre. Sur quelques-uns, par exemple,
+en Catalogne, on voit des colonnes milliaires.</p>
+
+<p>On se sert, pour voyager en Catalogne, comme dans
+le reste de l’Espagne, de carrosses traînés par six
+mules, qu’on appelle coches <span lang="es" xml:lang="es">de calleras</span> ; de caléches,
+espèces de cabriolets traînés par deux mules, et de
+volantes, autre espèce de cabriolets un peu plus
+petits, auxquels on n’attèle qu’une mule : ces voitures
+font à-peu-près huit lieues par jour. On court la poste
+à cheval en Catalogne ; mais on n’y trouve pas de
+chevaux pour les voitures. Les chevaux espagnols sont
+très-estimés, surtout les Andalous ; ils sont plus convenables
+à la selle qu’au carrosse : aussi ne voyage-t-on
+le plus communément qu’avec des attelages de mules.
+Celles de la Catalogne sont très-belles, et dirigées avec
+une rare intelligence. Les voituriers de cette province
+l’emportent sur ceux des autres parties de l’Espagne,
+par l’adresse et l’art avec lesquels ils guident quatre
+ou cinq mules, placées à la file l’une de l’autre. Le
+royaume de Valence est aussi très-renommé pour la beauté
+et la bonté de ces animaux. Les carrosses, les calèches
+et tous les moyens de transports y sont très-multipliés.</p>
+
+<p>Il n’y a de poste pour les voitures que de Madrid à
+Cadix, et de Madrid aux différentes maisons royales,
+elles ont été établies par le comte Florida Blanca qui
+se proposait de faire participer les principales routes de
+ce royaume à ce précieux avantage<a id="FNanchor_183" href="#Footnote_183" class="fnanchor">[183]</a>. Il en est de
+même des diligences qu’il avait également établies de
+Bayonne à Madrid, dans lesquelles on payait douze
+piastres. Cette entreprise ayant entraîné des dépenses
+<span id="p135" class="pagenum">-135-</span> onéreuses pour le trésor royal, on s’en tint à cet
+essai. Mais, depuis la guerre de la délivrance, des compagnies
+ont formé des entreprises de ce genre sur plusieurs
+points. S. M. C. a fait l’acquisition d’une partie des
+malles-postes françaises employées pour faire le service
+des postes militaires. Ces voitures serviront sans doute de
+modèles à celles qu’on se propose de construire, pour rendre
+non-seulement la communication intérieure de l’Espagne
+plus facile, mais pour multiplier les relations entre les
+deux royaumes unis plus que jamais par les nœuds de
+l’amitié, plus forts encore, s’il est possible, que ceux
+de l’intérêt.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_183" href="#FNanchor_183"><span class="label">[183]</span></a> Toutes les cartes d’Espagne, entr’autres celles de M. Lapie,
+indiquent les routes de poste montées avec voitures, celles montées
+avec chevaux, et celles non montées.</p>
+</div>
+<p>Quant aux postes, elles sont passablement servies par
+des mules. Les voitures établies sur les routes de poste
+sont à deux et à quatre roues ; il y en a à une place qu’on
+appelle solitaires, ou cabriolets. Parmi ces voitures, il
+en est de plus propres sous la dénomination <i>de distinguées</i>,
+dont le prix, par conséquent, est plus élevé.</p>
+
+<p>Les postes ne sont point établies à des distances
+égales sur les routes, aussi, ne paie-t-on qu’en raison
+du nombre de <i lang="es" xml:lang="es">leguas</i> parcourues ; elles sont plus grandes
+que celles de France. Il faut une permission des directeurs
+ou administrateurs des postes pour avoir des chevaux,
+sans quoi les maîtres de poste, qui sont ordinairement
+des <i lang="es" xml:lang="es">venteros</i>, n’en fourniraient pas. Cette
+autorisation coûte 37 réaux et demi par personne. Les
+postes de deux <i lang="es" xml:lang="es">leguas</i> doivent être parcourues en trois
+heures ; les frais, selon le tarif, pour deux chevaux,
+compris le voyageur et le postillon<a id="FNanchor_184" href="#Footnote_184" class="fnanchor">[184]</a>, vont à 4 réaux
+par poste.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_184" href="#FNanchor_184"><span class="label">[184]</span></a> L’uniforme des postillons est bleu avec collet rouge.</p>
+</div>
+<p>En voiture<a id="FNanchor_185" href="#Footnote_185" class="fnanchor">[185]</a>, la poste est obligée de mener deux
+personnes dont le bagage n’excède pas deux cents livres,
+avec deux chevaux : le prix est le même que pour un
+seul cheval. On paie 4 réaux pour une chaise de poste.
+<span id="p136" class="pagenum">-136-</span> La taxe des postillons est de 2 réaux. La <i lang="es" xml:lang="es">legua</i> revient
+à 12 réaux, mais on ne va pas très-vîte, et on fait,
+par exemple, les cent milles de Madrid à Cadix dans
+4 jours et 4 nuits.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_185" href="#FNanchor_185"><span class="label">[185]</span></a> Chaque voyageur qui mène avec lui sa propre voiture, doit,
+à son entrée dans le royaume, en déposer au bureau des douanes,
+d’après une estimation d’experts, le 10.<sup>e</sup> et même les trois quarts
+de la valeur. Il reçoit un certificat, et la somme qu’il a comptée
+lui est remise à la sortie, lorsqu’il quitte l’Espagne avec la même
+voiture. Cette loi est très-ancienne.</p>
+</div>
+<p>Si la facilité de voyager en voiture par la poste est
+restreinte à quelques routes, elle a lieu à cheval sur
+toutes sans exception. Ou prend souvent de préférence
+des chemins de traverse, quand on court à franc étrier.
+La première poste se paie double en sortant de Madrid
+ou des résidences royales. Le prix des chevaux varie.
+Il est de 3 réaux 4 quartillos par lieue, pour chaque
+cheval, en Castille ; mais, dans la Navarre, la Catalogne
+et le royaume de Valence, il en coûte 5 réaux
+et demi.</p>
+
+<p>L’âne ou borico sert pour les courses de peu d’étendue :
+c’est une monture incommode.</p>
+
+<p>Les voitures généralement en usage sont les <i lang="es" xml:lang="es">volantes</i>
+ou <i lang="es" xml:lang="es">calechinas</i>, espèces de cabriolets à deux roues, et
+menées par un cheval ou une mule ; les <i lang="es" xml:lang="es">calechas</i> conduites
+par deux mules, dans lesquelles on est plus à
+l’aise, quoiqu’elles soient mal suspendues, et les coches
+de <i lang="es" xml:lang="es">calleras</i> ou carrosses à 4 places, plus solides qu’élégans.
+L’allure de ces voitures, disent les voyageurs,
+est singulière, amusante, effrayante quelquefois, mais
+toujours sans danger par l’habileté des conducteurs. Les
+mules qui en forment l’attelage ne sont retenues que
+par des traits extrêmement longs, qui leur laissent la
+facilité de s’éloigner, de se rapprocher, et de parcourir
+la route sans ordre, au point de faire craindre
+à chaque instant que la voiture ne se brise dans les
+descentes ou les endroits escarpés, ou qu’elle ne verse
+dans les précipices. La voix seule du <i lang="es" xml:lang="es">mayoral</i> suffit pour
+prévenir les accidens, et ces animaux, dociles au commandement
+du guide qui les dirige, reprennent de
+suite et avec ordre le sentier dont ils s’étaient écartés.</p>
+
+<p>L’affranchissement pour ce royaume et ses colonies
+est forcé.</p>
+
+
+<h3>PORTUGAL.</h3>
+
+<p>Philippe II abandonna la propriété des postes de Portugal
+à la maison Gomez de Mata, dont les descendans
+possédèrent la charge de grand-maître avec tous
+<span id="p137" class="pagenum">-137-</span> les priviléges qui y étaient attachés. L’organisation de
+ce service était la même qu’en Espagne. Le transport
+des lettres s’y fait encore avec la même régularité, et
+c’est par l’intermédiaire de ce royaume que le Portugal
+reçoit les dépêches du continent. On trouve à Lisbonne
+des paquebots qui partent à époques fixes pour la
+Hollande, l’Angleterre, le Brésil, les îles des Açores,
+de Madère, et les colonies dépendantes du Portugal
+où les postes sont établies sur les bases adoptées dans
+la métropole.</p>
+
+<p>On voyage en Portugal dans des chaises de postes
+assez incommodes et toujours mal entretenues. Ce sont
+des calèches attelées de deux mulets, à 2 roues et à 2
+places. On se sert à Lisbonne de ce genre de voitures ;
+mais on y remarque plus communément des équipages
+à quatre places et à quatre mulets. Il est encore une
+autre voie qu’on peut prendre, celle des messagers qui
+conduisent à dos de mulets, monture la plus ordinaire,
+les dépêches ou les marchandises.</p>
+
+<p>Il faut affranchir toutes les lettres destinées pour le
+Portugal et ses colonies.</p>
+
+
+<h3>ITALIE.</h3>
+
+<p>Les postes des états de Sa Sainteté sont régies par
+un directeur-général, et le transport des lettres se fait
+à cheval et en voiture<a id="FNanchor_186" href="#Footnote_186" class="fnanchor">[186]</a>. On a introduit depuis peu de
+tems de nouvelles améliorations dans ce service, surtout
+dans la forme des voitures, qui ont été construites en
+Allemagne, avec un soin tout particulier.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_186" href="#FNanchor_186"><span class="label">[186]</span></a> Le tarif des postes italiennes pour le port des lettres est de
+7 gram. 1/2 en 7 gram. 1/2. Où il n’y pas de bureau de poste
+on en trouve un d’estafette.</p>
+</div>
+<p>Mais les voituriers sont généralement préférés dans
+toute l’Italie, malgré les établissemens de messageries
+dont les Français avaient donné l’exemple pendant leur
+domination, et ceux de malles qui contenaient deux
+places, une pour le courrier et l’autre pour un voyageur.</p>
+
+<p>Rome, comme quelques autres capitales de l’Europe,
+n’a pas de fiacres ; ils sont remplacés par les carrosses
+de remise. Mais un usage, commun à toutes les principales
+<span id="p138" class="pagenum">-138-</span> villes de l’Italie, c’est de payer la poste de sortie,
+qui est considérée comme poste et demie.</p>
+
+<p>Le nombre des voyageurs qui parcourent l’Europe,
+contribue partout aux changemens heureux introduits,
+soit dans la forme des voitures, soit dans l’accélération
+de leur marche, soit enfin dans tout ce qui se rapporte
+à la facilité et à la commodité des moyens de transport.
+Parmi les travaux importans que Sa Sainteté fait exécuter
+en ce moment, pour y parvenir, on remarque la route de
+Rome à Naples par Valmontone, Formone, Ceprano et
+Capone. Cette route est de 25 milles plus courte que
+celle de Poste, qui traverse les marais Pontins.</p>
+
+<p>A Gênes, en Toscane et dans les états de l’Eglise, le
+prix pour deux chevaux de chaise de poste est de neuf
+livres de Gênes, et pour un cheval en courrier de trois
+livres.</p>
+
+<p>Les postillons sont généralement très-alertes en Italie ;
+leur service se rapproche beaucoup de celui des guides
+français et anglais.</p>
+
+<p>L’affranchissement est libre pour cette partie de
+l’Italie.</p>
+
+<p>Tout le pays dépendant de l’empire autrichien est
+soumis au mode de régie de l’Allemagne. Le service pour
+le transport des lettres a lieu comme en France, par
+des courriers en voiture ou à cheval. Les voitures dont
+on se sert, ressemblent à celles d’Allemagne ; elles n’ont
+que deux roues et se nomment <i lang="it" xml:lang="it">sedia</i>.</p>
+
+<p>Il y a deux manières de courir la poste en Italie, l’une
+est la poste ordinaire, plus coûteuse dans le Milanais,
+les états de Venise, le Piémont, la Lombardie, que
+dans la Toscane et l’Etat pontifical ; l’autre, la <span lang="it" xml:lang="it">cambiatura</span><a id="FNanchor_187" href="#Footnote_187" class="fnanchor">[187]</a>,
+plus économique, mais moins expéditive,
+parce qu’on ne peut voyager que pendant le jour, et
+qu’il est défendu de faire galoper les chevaux. On n’éprouvait
+jamais de grandes difficultés de la part des
+maîtres de poste, lorsqu’on voulait prendre cette voie.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_187" href="#FNanchor_187"><span class="label">[187]</span></a> <span lang="it" xml:lang="it">Cambiatura</span>, voiture à deux personnes et à prix fixe.</p>
+</div>
+<p>Dans les états de Venise, si l’on courait la <span lang="it" xml:lang="it">cambiatura</span>,
+on ne payait que cinq livres et demie par cheval d’attelage
+ou de selle. Dans le Milanais, deux chevaux de
+<span id="p139" class="pagenum">-139-</span> chaise payaient un demi-sequin par poste, et un cheval
+en courrier quatre livres.</p>
+
+<p>On compte, à Venise, 9000 gondoles en activité :
+elles ont ordinairement 25 pieds de long sur 4 de large,
+et sont toutes peintes et garnies de drap de même couleur ;
+celles des personnes riches, se distinguent par une
+plus grande dimension et des ornemens plus recherchés ;
+mais, toutes se ressemblent par la forme de leur couverture,
+qui est une espèce de toit.</p>
+
+<p>L’Italie offre en général plus d’agrément et de facilité
+pour voyager que l’Allemagne. Les routes sont excellentes,
+mais les postillons importuns.</p>
+
+<p>L’affranchissement est forcé pour le pays Lombard-Venitien.</p>
+
+
+<h3>SARDAIGNE.</h3>
+
+<p>Les postes sont régies en Sardaigne, en Savoie et en
+Piémont, à peu près comme en France, avec laquelle
+ces états correspondent trois fois par semaine. Le service
+a lieu par entreprise, et le systême décimal y a été
+adopté pour la comptabilité. C’est par la Savoie<a id="FNanchor_188" href="#Footnote_188" class="fnanchor">[188]</a> que
+parviennent presque toutes les dépêches de l’Italie, destinées
+pour la France.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_188" href="#FNanchor_188"><span class="label">[188]</span></a> Le roi de Sardaigne comptait, en 1789, en Piémont, 30
+grandes routes.</p>
+</div>
+<p>Autrefois on courait la <span lang="it" xml:lang="it">cambiatura</span> en Piémont, mais
+cette coutume est abolie, et le prix de la poste est fixé
+ainsi qu’il suit : une voiture à quatre roues, attelée de
+trois chevaux, paie six livres ; lorsqu’il y a quatre chevaux,
+huit livres ; deux chevaux de voiture, paient
+4 livres 10, et le prix pour un cheval de selle est de
+deux livres.</p>
+
+<p>Turin n’a pas de fiacres, mais des voitures de louage
+dans lesquelles même on voyage. Les conducteurs s’appellent
+voiturins ou <span lang="it" xml:lang="it">veturini</span>. La <span lang="it" xml:lang="it">carretino</span> est une espèce
+de voiture à une seule place, ou plutôt un fauteuil :
+elle est attelée d’un seul cheval. Sa forme est celle d’un
+vase, dont le pied tient à un essieu de bois. Il est rare
+qu’on puisse courir la poste partout ce pays : on se
+sert quelquefois d’une voiture à deux roues, bien légère.
+<span id="p140" class="pagenum">-140-</span> Il faut dans ce cas, consulter les maîtres de Poste.
+Avant la route du mont Cenis, les voitures étaient démontées
+et transportées à dos de mulets, et les voyageurs
+étaient portés dans des chaises ou ramassés en traîneaux.
+Aujourd’hui on trouve, au pied du mont, un grand
+nombre de petites voitures, dans lesquelles on fait ce
+trajet, sans les inconvéniens d’autrefois.</p>
+
+<p>Pour correspondre avec la Sardaigne, on emploie des
+goëlettes armées. C’est une précaution très-sage pour
+résister aux attaques des pirates. Il serait à désirer qu’une
+semblable mesure fût adoptée par toutes les nations,
+dont le transport des dépêches a lieu par mer, et surtout
+par la Méditerranée.</p>
+
+<p>L’affranchissement pour ces pays est libre.</p>
+
+
+<h3>SUISSE.</h3>
+
+<p>Le service des postes, en Suisse, soit en régie ou à
+forfait, est pour le compte de chaque canton et sous la
+dénomination générale d’office des Postes, ou sous celle
+de régie et de direction, selon les localités. Les cantons
+qui n’exploitent pas leurs services, et cela arrive quelquefois,
+en confient l’administration aux cantons voisins.
+Les voitures employées au transport des dépêches
+servent également aux voyageurs et aux marchandises.
+Le service ne s’en fait pas moins avec une grande régularité,
+et ne laisse rien à désirer sous le rapport de
+la sûreté. Le prix des postes françaises est maintenu
+jusqu’à Gênes, et sur divers autres points.</p>
+
+<p>La manière dont la duchesse de Némours voyageait
+chaque fois qu’elle partait de Paris pour se rendre en
+Suisse, dans sa principauté de Neuchatel, a eu, sans
+doute, beaucoup d’approbateurs, sans trouver un
+grand nombre d’imitateurs, par les frais que ce moyen
+entraînait. Elle se faisait porter en chaise par des porteurs
+qui, au nombre de quarante, la suivaient en
+chariots, et se relayaient alternativement. Avec cette
+précaution, elle faisait tous les jours douze à quinze
+lieues, sans fatigue, et plus agréablement que dans la
+voiture la plus douce et la plus commode. Cet usage,
+si répandu dans l’Inde, où l’on établit les hommes par
+relais, comme nous le pratiquons pour les chevaux, ne
+pourrait être aisément introduit en Europe, tant à
+<span id="p141" class="pagenum">-141-</span> cause de nos mœurs que des moyens de transports actuels,
+si économiques et si rapides. Les signaux par les
+feux se sont toujours conservés en Suisse. Il est peu de
+contrées plus propres à ce genre de correspondance.</p>
+
+<p>L’affranchissement est forcé pour cet état.</p>
+
+
+<h3>NAPLES.</h3>
+
+<p>Le royaume de Naples, tout le reste de l’Italie et les
+îles du Levant, ont à peu près le même mode de transport.</p>
+
+<p>Les postes napolitaines sont servies par les chevaux
+que les seigneurs voisins des routes fournissent de
+leurs haras, et dont ils retirent le profit. Ces chevaux,
+élevés avec soin, sont très-estimés et très-convenables
+pour ce service.</p>
+
+<p>Les bateaux à vapeur vont donner une nouvelle activité
+à la correspondance de toutes les îles de la Méditerranée.
+Ils sont employés avec succès à Venise ; et
+bientôt, tous les retards qu’on éprouvait dans les relations
+maritimes disparaîtront.</p>
+
+<p>On voyage dans le royaume de Naples, en chaises
+qui, avec deux chevaux, paient onze carolins par poste.
+Un cheval, à franc étrier, coûte cinq carolins et demi.
+La calèche napolitaine n’est qu’une espèce de coquille
+à une place, sur un piédestal, supportée par des
+brancards très-légers et très-élastiques, et traînée par
+un seul cheval. Son poids est de dix à quinze livres.
+Elle roule avec une vitesse extrême. Le voyageur dirige
+le cheval ; et, le conducteur placé derrière, tient
+le fouet. Il y a d’autres calèches, ou <i lang="it" xml:lang="it">curriculi</i>, qu’on
+loue 10 ou 12 fr. par jour. La nouvelle route<a id="FNanchor_189" href="#Footnote_189" class="fnanchor">[189]</a> qui
+a été construite pour traverser le mont Pausilippe, est
+superbe, et on peut la parcourir très-commodément
+en voiture.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_189" href="#FNanchor_189"><span class="label">[189]</span></a> Elle a coûté 30,000 ducats, et les troupes autrichiennes y ont
+travaillé sous la direction de M. Mulhlwerth, capitaine du génie
+autrichien.</p>
+</div>
+<p>Nous avons remarqué que la partie de l’Italie dépendante
+de l’Autriche était seule soumise à l’affranchissement
+forcé.</p>
+
+<p><span id="p142" class="pagenum">-142-</span></p>
+
+<h3>AFRIQUE.</h3>
+
+<p>Ce n’est pas dans cette partie du monde où nous devons
+chercher quelque régularité dans l’organisation des
+divers moyens substitués aux postes. Il y a cependant,
+dans les états de Tunis et d’Alger, des relations établies ;
+et ce sont les Maures de la campagne habitués à supporter
+les plus rudes fatigues, qui servent de messagers ; mais
+ils sont d’une stupidité sans exemple<a id="FNanchor_190" href="#Footnote_190" class="fnanchor">[190]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_190" href="#FNanchor_190"><span class="label">[190]</span></a> <i>M. de Chénier rapporte que l’un d’eux, qui attendait ses dépêches
+dans un appartement où il y avait une glace, crut, en voyant son
+image réfléchie que c’était un autre courrier qui attendait, comme lui,
+d’autres dépêches dans une chambre voisine. Il demanda où allait ce
+courrier, et on lui répondit, en plaisantant, qu’il se rendait à Mogadore.
+Et bien, dit-il, nous irons ensemble ; et il en fit aussitôt la proposition
+au camarade qui gesticulait, comme lui, dans le miroir, et ne répondait
+pas. Il était près de se fâcher, lorsqu’il vit, dans la même glace,
+une personne qui entrait dans l’appartement. Etonné de son erreur, il
+eut bien de la peine à se persuader, malgré ses yeux et ses doigts, qu’il
+pût se voir, disait-il, à travers une pierre.</i></p>
+
+<p>On pourrait citer des traits d’une pareille stupidité, au sein même
+des nations les plus civilisées, et le recueil des anas pourrait être facilement
+grossi d’exemples de ce genre.</p>
+</div>
+<p>M. Le Vaillant a remarqué que les Hottentots avaient
+un sûr moyen de s’entendre, par la manière dont ils disposaient
+des feux sur certains lieux élevés. <i>Les feux de
+nuit</i>, dit-il, <i>sont un langage particulier que connaissent
+et pratiquent la plupart des nations sauvages, mais
+aucun n’a porté cet art si loin que les Houzouanas,
+parce qu’aucun n’a autant besoin de l’étendre et de le
+perfectionner. Faut-il annoncer une victoire ou une défaite,
+une arrivée ou un départ, une maraude heureuse
+ou un besoin de secours, en un mot une nouvelle quelconque,
+ils savent, en un instant, notifier tout cela,
+soit par le nombre de leurs feux, soit par la manière
+dont ils les disposent. Ils ont même l’industrie de varier
+leurs feux de tems en tems, de peur que les nations ennemies
+venant à les reconnaître, elles ne les emploient
+par surprise et par trahison. J’ignore en quoi consiste
+cette langue si habilement inventée, tout ce que je puis
+dire, c’est que les feux allumés à vingt pas l’un de l’autre,
+de manière à former un triangle équilatéral, annoncent
+un ralliement</i>.</p>
+
+<p><span id="p143" class="pagenum">-143-</span> Nous retrouvons chez ces peuplades, les mêmes procédés
+que nous avons observés en parlant des premiers
+essais tentés avant l’institution des postes. En se reproduisant
+encore, ils seront une nouvelle preuve, que
+parmi les tribus qui n’ont fait aucun pas vers la civilisation,
+les mêmes besoins, les mêmes causes, font naître
+les mêmes pratiques. Si, chez les Hottentots, on remarque
+ce procédé porté à un plus grand degré de perfection,
+cela tient à l’organe de la vue, qui rend ces
+insulaires capables de découvrir, à des distances incroyables,
+des objets imperceptibles pour des yeux moins
+exercés que les leurs<a id="FNanchor_191" href="#Footnote_191" class="fnanchor">[191]</a>. De là cet avantage qui les distingue
+dans les dispositions multipliées de leurs feux.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_191" href="#FNanchor_191"><span class="label">[191]</span></a> Bernardin de Saint-Pierre parle d’un homme qui prétendait avoir
+trouvé le secret d’annoncer l’arrivée des vaisseaux, lorsqu’ils étaient
+à 60 ou 80 lieues des ports et même plus loin. Il en avait fait, ajoutait-il
+encore, l’expérience plusieurs fois à l’Ile de France, devant
+divers témoins, qui avaient signé le mémoire qu’il présenta au ministre
+de la marine, en France. En effet, l’expérience eut lieu à Brest,
+devant des commissaires, et elle ne réussit pas.</p>
+
+<p><i>J’ai pensé</i>, dit l’auteur des Etudes de la Nature, <i>que cet observateur
+avait pu, dans quelque circonstance favorable et commune dans le ciel des
+tropiques, avoir la vue des vaisseaux par la réflexion des nuages. Ce
+qui me confirme dans cette idée, c’est un phénomène très-singulier qui m’a
+été raconté par notre célèbre peintre Vernet, mon ami. Etant dans sa
+jeunesse en Italie, il se livrait particulièrement à l’étude du ciel, plus
+intéressante, sans doute, que celle de l’antique, puisque c’est des sources
+de la lumière que partent les couleurs et les perspectives aériennes qui
+font le charme des tableaux ainsi que de la nature. Vernet, pour en fixer
+les variations, avait imaginé de peindre sur les feuillets d’un livre toutes
+les nuances de chaque couleur principale, et de les marquer de différens
+numéros. Lorsqu’il dessinait un ciel, après avoir esquissé les plans et les
+formes des nuages, il en notait rapidement les teintes fugitives sur son
+tableau, avec des chiffres correspondant à ceux de son livre, et il les coloriait
+ensuite à loisir. Un jour, il fut bien surpris d’apercevoir dans les
+cieux la forme d’une ville renversée ; il en distinguait parfaitement les
+clochers, les tours, les maisons. Il se hâta de dessiner ce phénomène, et,
+résolu d’en connaître la cause, il s’achemine, suivant le rumb de vent,
+dans les montagnes. Mais quelle fut sa surprise de trouver, à 7 lieues de
+là, la ville dont il avait vu le spectre dans les cieux, et dont il avait le
+dessin dans son portefeuille</i>.</p>
+</div>
+<p>Au Congo, les missionnaires rapportent qu’on voyage
+dans des hamacs portés par des nègres. Quand on veut
+faire diligence, on les établit par relais, et ils avancent
+avec la rapidité des meilleurs chevaux. C’est aussi la manière
+de voyager dans d’autres contrées de l’Afrique,
+entr’autres dans le royaume d’Ardra, où les chemins
+sont très-commodes ; et, quoiqu’il y ait beaucoup de
+chevaux, les nègres, de ces contrées, ne montent que des
+bœufs pour parcourir les plus grandes distances et se
+trouvent très-bien de cette façon d’aller.</p>
+
+<p>Moore assure avoir vu un Africain qui montait une
+autruche, et se rendait ainsi, avec rapidité, d’un lieu à
+un autre très-éloigné. <i>J’ai vu des autruches apprivoisées</i>,
+dit M. de la Caille, <i>que des nègres employaient
+<span id="p144" class="pagenum">-144-</span> en place de chevaux. Elles n’avaient pas plutôt senti le
+poids du cavalier, qu’elles se mettaient à courir de
+toutes leurs forces, et leur faisaient faire le tour de
+l’habitation, sans qu’il fût possible de les arrêter,
+autrement qu’en leur barrant le chemin. La charge de
+deux hommes n’est pas disproportionnée à leur force,
+et lorsqu’on les excite, elles étendent leurs aîles, comme
+pour prendre le vent, et s’abandonnent à une telle vitesse,
+qu’elles semblent perdre terre. Je suis persuadé
+qu’elles laisseraient bien loin derrière elles les plus
+forts chevaux anglais. Elles ne fournissent pas une
+course aussi longue ; mais, à-coup-sûr, elles la feraient
+plus promptement. On voit, par-là, de quelle utilité serait
+cet animal, si l’on trouvait moyen de le maîtriser
+et de l’instruire, comme on dresse les chevaux</i>.</p>
+
+<p>Nous avons dit, au commencement de cet essai, que
+l’Egypte avait donné l’exemple de la poste aux pigeons,
+et qu’on les y employait à cet usage, depuis un tems
+immémorial. On nous pardonnera d’ajouter encore quelques
+détails à ceux que nous avons donnés, à propos
+d’un pays si fécond en cette sorte d’oiseaux.</p>
+
+<p>De Rosette au Grand-Caire, Norden dit qu’on distingue
+partout des colombiers de forme pyramidale,
+où se rassemblent d’innombrables pigeons. On prétend
+même qu’aujourd’hui les mariniers d’Egypte, de Chypre
+et de Candie, nourrissent sur leurs navires de ces sortes
+de pigeons. C’est, dit Belon, pour les lâcher quand ils
+s’approchent de terre, afin de faire annoncer chez eux
+leur arrivée. Le consul d’Alexandrie s’en sert pour envoyer
+promptement de ses nouvelles à Alep, et pour
+<span id="p145" class="pagenum">-145-</span> donner avis des bâtimens qui entrent dans le port. Ce
+trajet, qui est de trente lieues, est parcouru par les
+pigeons en moins de trois heures.</p>
+
+<p>Toutes les caravanes qui voyagent en Arabie, font
+savoir, par le même moyen, leur marche aux souverains
+arabes avec qui elles sont alliées. Au reste, il paraît
+que cet usage est très-répandu en Orient, où l’on dresse
+les pigeons à porter et à rapporter les lettres dans les
+occasions qui exigent une extrême diligence<a id="FNanchor_192" href="#Footnote_192" class="fnanchor">[192]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_192" href="#FNanchor_192"><span class="label">[192]</span></a> On remarque les mêmes habitudes chez certains oiseaux.
+Ceux du tropique annoncent, dit-on, l’arrivée des vaisseaux d’Europe,
+on les devançant de fort loin, et en venant aborder avant
+eux.</p>
+
+<p><i>O combien de marins</i>, s’écrie l’auteur des Harmonies de la Nature,
+<i>ont péri sur des écueils inconnus, qui auraient pu revoir leurs compagnons,
+s’ils avaient pensé à les instruire de leur sort par les oiseaux !
+Vous leur devriez peut-être la vie, vous et vos compagnons, ô infortuné
+la Peyrouse !</i></p>
+</div>
+<p>Mahomed-Ali, pacha d’Egypte, a fait établir, par
+M. Abro, de Smyrne, qui a habité Paris pendant long-tems,
+une ligne télégraphique d’Alexandrie au Caire,
+sur le modèle des machines en usage en France. Elle a
+dix-sept stations ; et les signaux, faits avec précision,
+transmettent les avis en 40 minutes de l’une à l’autre de
+ces villes. Cette mesure doit être commune à toute
+l’Egypte. Il y a, en outre, des relais à chacune des stations
+télégraphiques, pour correspondre d’Alexandrie au
+Caire.</p>
+
+<p>La présence des Romains se fait remarquer encore
+dans ces contrées par des restes d’antiquités, des chemins,
+des chaussées, des ponts et des bornes militaires.</p>
+
+<p>Les colonies françaises, en Afrique, ne pouvaient être
+privées de l’avantage des bateaux à vapeur. Deux de ces
+bateaux, d’une force de 32 chevaux, naviguent sur le
+Sénégal et remontent le fleuve jusqu’à 350 lieues de son
+embouchure. Ainsi, on pourra pénétrer dans des lieux
+où il eût été impossible de s’ouvrir des communications
+par terre, tant à cause des obstacles naturels, que des
+dangers auxquels on se trouve exposé en traversant le
+<span id="p146" class="pagenum">-146-</span> territoire de certaines castes africaines livrées aux habitudes
+les plus féroces et les plus sanguinaires. Peut-être
+qu’un jour l’intérieur de cette partie du monde, qui a
+échappé à toutes les investigations, sera explorée avec
+succès par le moyen de ces bâtimens qu’un moteur si
+puissant rend si propres aux navigations des grands
+fleuves.</p>
+
+
+<h3>ASIE.</h3>
+
+<p>Les messages se font en Turquie par le moyen des
+coureurs. C’est une coutume commune à tous les peuples
+dont les relations habituelles sont moins multipliées qu’en
+Europe. Si on voulait ajouter foi à certains récits, les
+individus que le Grand-Seigneur emploie à ce service
+ne devraient leur agilité qu’à l’extirpation de la rate
+qu’ils seraient forcés de subir. C’est sans doute de cette
+croyance populaire qu’est venue la façon de parler :
+courir comme un ératé. Mais, sans nous arrêter à cette
+absurde supposition, nous ajouterons que ces courriers
+du Grand-Seigneur, appelés valachi, vont avec une
+diligence incroyable. Pour éprouver moins de fatigue,
+<i>ils se serrent</i>, dit Montaigne, <i>à travers le corps, bien
+estroitement, d’une bande large, comme font assez
+d’aultres</i>. Ils ont le singulier privilége de démonter le
+premier cavalier qu’ils rencontrent, et de n’éprouver
+aucun refus dans cet acte arbitraire. Ils se servent de
+ce cheval jusqu’à ce qu’il se présente une nouvelle occasion
+d’en changer. Ils achèvent ainsi leur course, sans
+dépense pour le Sultan, sans charges pour le peuple,
+et sans fatigue pour eux-mêmes. Quelques individus,
+de tems à autre, sont victimes de cette mesure despotique ;
+car il est rare que ces messagers ne profitent
+pas de leurs droits ou manquent d’occasion d’en user.
+Mais l’empire absolu du Sultan sur ses sujets les rend
+peu sensibles à ces contre-tems.</p>
+
+<p>Les lettres qu’on expédie de Londres pour l’Inde, se
+rendent à Vienne par Hambourg en 10 jours ; la distance
+est de 806 milles ; de Vienne à Constantinople,
+dont le trajet est du 800 milles, quelquefois en 16 jours.
+Cette différence est causée par la fonte des neiges et
+<span id="p147" class="pagenum">-147-</span> l’état des routes ; enfin, de Constantinople à Bassora,
+qui en est éloignée de 1800 milles (600 lieues), par
+l’Arménie et le Diarberk. Les Tartares, qui font le
+service de courriers en Turquie, et qui jouissent du
+singulier privilége de démonter les cavaliers qu’ils rencontrent,
+font ordinairement à présent ce long voyage
+sur des chevaux entretenus par le gouvernement. Ils
+s’embarquent sur le Tigre pour faire les 400 milles qui
+restent de Bagdad à Bassora : ce trajet, qu’ils effectuent
+en 4 jours, en prend seize lorsqu’ils reviennent et
+remontent l’Euphrate, moins rapide que le Tigre.</p>
+
+<p>Le service des dépêches a lieu aussi d’Alep à Bassora
+par les Tartares, qui mettent seize jours à faire ce
+trajet sur leurs dromadaires<a id="FNanchor_193" href="#Footnote_193" class="fnanchor">[193]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_193" href="#FNanchor_193"><span class="label">[193]</span></a> Chaque journée est de 16 à 18 lieues.</p>
+</div>
+<p>On voyage dans le désert de l’Inde à cheval ou en
+mohaffa, espèce de petites voitures placées comme des
+paniers sur le dos d’un chameau, et couvertes de rideaux
+supportés par un piquet établi comme un mât sur
+la selle.</p>
+
+<p>En Tartarie, ce sont les chevaux entretenus aux dépens
+du grand cham qui font le service de la poste. Parmi ces
+chevaux aussi vigoureux qu’endurcis à la fatigue, on
+choisit les mieux exercés à la course pour les courriers
+du prince. Les clochettes que l’on place en France au
+cou des chevaux, sont attachées à la ceinture des courriers
+tartares. Le bruit qu’elles produisent d’assez loin,
+suffit pour donner le tems à celui qui doit continuer la
+course de se tenir prêt à recevoir les dépêches pour les
+transporter à son tour à la station suivante.</p>
+
+<p>Lorsque la distance à parcourir n’est pas très-considérable,
+on emploie des coureurs à ce service : cette
+coutume était usitée chez les Romains, où des messagers
+à pied transmettaient les lettres de certaines villes de
+l’empire.</p>
+
+<p>Une autre manière de voyager se remarque parmi les
+Tartares anguris : ils ne montent que des buffles<a id="FNanchor_194" href="#Footnote_194" class="fnanchor">[194]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_194" href="#FNanchor_194"><span class="label">[194]</span></a> Il en est ainsi du roi de Baly et des seigneurs de sa cour.</p>
+</div>
+<p>Pendant que le capitaine Sarris était à Moka, il reçut
+<span id="p148" class="pagenum">-148-</span> la visite du Roi de Rahaïta, sur la côte l’Abyssinie, qui
+montait une vache.</p>
+
+<p><i>Aux Indes de deçà</i>, dit Montaigne, <i>c’estoit anciennement
+le principal et royal honneur de chevaucher un
+éléphant ; le second, d’aller en coche traîné à quatre
+chevaux ; le tiers, de monter un chameau ; le dernier et
+plus vil degré, d’être porté par un cheval seul. Quelqu’un
+de nostre temps escrit avoir veu, en ce climat là,
+des pays où on chevauche les bœufs avecques bastines,
+estriers et brides, et s’estre bien trouvé de leur posture</i>.</p>
+
+<p>Mais la manière la plus usitée de voyager, c’est de se
+faire porter en palanquin, espèce de pavillon sur un
+brancard plus ou moins élégant, selon la condition des
+particuliers. Sa forme ordinaire est celle d’un coffre,
+de 6 pieds de haut, sur trois et demi de large : il
+est entouré de persiennes. On peut s’y coucher facilement
+en reposant sa tête sur une planche en pente ;
+mais il faut se tenir dans le milieu pour être bien porté.</p>
+
+<p>Le palanquin est soutenu par un bambou qui avance
+de trois ou quatre pieds de chaque bout et qui est fixé
+très-solidement dans le milieu ; c’est là que les boës
+ou porteurs y placent leurs épaules de manière à se
+croiser : ils sont toujours au nombre de six, trois sur
+le devant et autant sur le derrière. Ces boës n’ont pas
+d’autre métier. Ils font ordinairement deux lieues par
+heure, courent plus qu’ils ne marchent, et se relayent
+sans qu’on s’en aperçoive. S’ils trouvent un étang,
+ils s’y mouillent les pieds et le visage, pour reprendre
+des forces. La journée d’un boës est de douze ou quatorze
+lieues. On en prend toujours une douzaine, et on
+les établit par relais : c’est la poste du pays. Le prix
+d’un palanquin à Madras est de deux roupies et demie
+par jour.</p>
+
+<p>Les grands et les femmes de qualité, lorsqu’ils
+voyagent, choisissent de préférence des éléphans, sur le
+des desquels on dispose de larges pavillons richement
+ornés. On les emploie aussi à traîner les voitures<a id="FNanchor_195" href="#Footnote_195" class="fnanchor">[195]</a>.
+<span id="p149" class="pagenum">-149-</span> La charge d’un éléphant est de trois ou quatre mille
+livres. Ces animaux, lorsqu’on les monte, ne bronchent
+jamais ; mais, en revanche, leurs mouvemens ne sont
+pas très-doux. Ils font au pas ordinaire autant de chemin
+qu’un cheval au petit trot, et autant que les
+chevaux au galop, lorsqu’ils accélèrent leur marche. La
+journée d’un éléphant est de 20 lieues ; quand on le
+presse, il peut en faire 30 et même 40<a id="FNanchor_196" href="#Footnote_196" class="fnanchor">[196]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_195" href="#FNanchor_195"><span class="label">[195]</span></a> La voiture de cérémonie de l’empereur des Birmans, prise par
+les troupes anglaises au commencement de la campagne [1825],
+est arrivée en Angleterre. Tout est extraordinaire dans cette voiture
+dont l’or forme la base, et qui est couverte de milliers de diamans
+et des pierres les plus précieuses. Elle a 25 à 30 pieds de hauteur ;
+elle est traînée par des éléphans. C’est un chef-d’œuvre qu’il eût été
+difficile de surpasser en Europe.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_196" href="#FNanchor_196"><span class="label">[196]</span></a> Chardin prétend que l’éléphant en marchant ne fait pas plus
+de bruit qu’une souris, qu’il va fort vîte, et que, s’il vient derrière
+vous, il est sur vos talons avant que vous vous en aperceviez.
+(<i>Bernardin de Saint-Pierre.</i>)</p>
+</div>
+<p>Les routes dans l’Inde sont assez belles et formées
+d’une espèce de brique. Elles sont très-fréquentées par
+les habitans qui visitent sans cesse les pagodes qu’on
+y trouve en très-grand nombre, soit à pied, à cheval,
+ou en gadi, espèce de voiture attelée de bœufs. Les
+grandes routes, anciennement tracées, étaient divisées
+par stades de dix en dix, pour guider les voyageurs
+et marquer les distances. On avait construit des lieux
+de repos pour les caravanes, auprès desquels on creusait
+des étangs et des puits, afin de remédier, autant que
+possible, à la disette d’eau. Un passeport, toujours écrit
+en malabare, en persan, et en talinga, est indispensable
+pour parcourir ces contrées : les pions l’exigent
+strictement des voyageurs.</p>
+
+<p>A Madras, la plupart des routes sont spacieuses,
+bien entretenues et bordées, de distance en distance de
+rangées d’arbres, soit de bamboues, de cocotiers, de
+palmiers ou autres plantes élevées. La route qui conduit
+au fort Grammont, éloigné de 4 lieues de la ville,
+est surtout très-remarquable. On est étonné de la quantité
+de voitures, cabriolets, de palanquins qui circulent
+au déclin du jour ; de la beauté et de la parure des
+chevaux arabes que montent les Anglais ; et de l’attelage
+de certaines voitures indiennes conduites par des
+bœufs superbes, richement caparaçonnés et dont les
+cornes sont peintes et souvent dorées.</p>
+
+<p><span id="p150" class="pagenum">-150-</span> L’industrie et le commerce si actif de l’Inde exigeaient
+des moyens faciles de correspondre. Les Anglais
+qui en sentaient la nécessité, les établirent ou les perfectionnèrent.
+Les présidences de Calcutta, de Madras et
+de Bombay firent, à cet effet, des réglemens de poste,
+en 1793, sous la surintendance générale de Charles
+Elphinstone. Des relais de tapals furent établis à 7 ou
+8 milles de distance l’un de l’autre, et leur diligence
+surpassa toute attente.</p>
+
+<p>Cette organisation régulière a servi au Nabab d’Arcate
+pour entretenir des relations avec les provinces méridionales :
+ses lettres ont généralement parcouru cent
+milles en vingt-quatre heures<a id="FNanchor_197" href="#Footnote_197" class="fnanchor">[197]</a>. Les coureurs employés
+à ce service, toujours au nombre de deux,
+portent chacun un sac de cuir placé sur le dos comme
+le havresac d’un soldat. Ils ont aussi une torche allumée
+pendant la nuit, et le jour un bassin en cuivre, sur lequel
+ils frappent continuellement pour effrayer les animaux
+féroces, très-redoutables dans ces climats.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_197" href="#FNanchor_197"><span class="label">[197]</span></a> La facilité des communications entre les diverses parties de
+l’Inde est si grande aujourd’hui, qu’un courrier du gouvernement
+qui part de Calcutta pour Ceylan, par la voie de Madras, arrive à
+sa destination en 8 jours et 3/4 d’heure. La distance est de 1044
+milles : la poste fait ordinairement cette route en onze jours. Un
+courrier extraordinaire, expédié de Bombay à Calcutta par terre,
+se rend dans cette dernière ville en 18 jours et demi : la distance
+entre les deux villes est de 1308 milles.</p>
+</div>
+<p>Dans les provinces qui appartiennent à la Compagnie,
+le produit des lettres lui rend, comme en Angleterre,
+un bénéfice considérable. On paie, par exemple, de
+Bombay à Pouna 50 reas pour une lettre simple. Le port
+augmente en raison du poids<a id="FNanchor_198" href="#Footnote_198" class="fnanchor">[198]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_198" href="#FNanchor_198"><span class="label">[198]</span></a></p>
+
+<table>
+<tr><td>De Bombay</td>
+<td>à Tajala pour</td>
+<td>Roupies</td>
+<td>1 quartz</td>
+<td><span class="digit2">50</span> reas.</td></tr>
+<tr><td class="c"><div><i>Id.</i></div></td>
+<td>à Hyderabad,</td>
+<td class="c"><div>»</div></td>
+<td>2</td>
+<td><span class="digit2">»</span></td></tr>
+<tr><td class="c"><div><i>Id.</i></div></td>
+<td>à Mazulipatan,</td>
+<td class="c"><div>»</div></td>
+<td>3</td>
+<td><span class="digit2">»</span></td></tr>
+<tr><td class="c"><div><i>Id.</i></div></td>
+<td>à Madras,</td>
+<td class="c"><div>1</div></td>
+<td>&nbsp;</td>
+<td><span class="digit2">50</span></td></tr>
+<tr><td class="c"><div><i>Id.</i></div></td>
+<td>à Calcutta,</td>
+<td class="c"><div>1</div></td>
+<td>2</td>
+<td><span class="digit2">25</span></td></tr>
+</table></div>
+<p>Il avait été question de correspondre par terre avec
+l’Angleterre, mais les frais de cette entreprise en firent
+rejeter l’exécution. On y trouvait cependant un avantage
+réel, puisque les dépêches seraient parvenues par
+cette voie en 49 jours au Bengale, et en cinquante et un
+jour à Madras ou à Bombay, tandis qu’il faut par mer
+<span id="p151" class="pagenum">-151-</span> quatre mois pour arriver au Bengale, cent jours pour
+aller à Madras et trois mois vingt jours pour se rendre
+à Bombay.</p>
+
+<p>L’entreprise des bateaux à vapeur, qui sera bientôt
+en activité, offre des résultats autrement avantageux.
+Elle ne peut manquer de trouver auprès des capitalistes
+des colonies de l’Angleterre aux Indes, la protection
+que la métropole accorde à toutes les découvertes utiles
+à la prospérité nationale. Nous avons vu que déjà les
+négocians de Calcutta avaient répondu à cet appel par
+des souscriptions. Les tentatives qu’ils ont faites dans
+ce genre et qui ont été couronnées du plus heureux succès,
+ne laissent plus d’incertitude sur la stabilité de ce
+nouveau moyen de correspondance. Le premier bateau
+à vapeur, qui ait été construit aux Indes, se
+nomme la Diana<a id="FNanchor_199" href="#Footnote_199" class="fnanchor">[199]</a>. Il a exécuté, de la manière la plus
+satisfaisante, le trajet de Calcutta à Chinsarab.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_199" href="#FNanchor_199"><span class="label">[199]</span></a> Il a été lancé à l’eau le 12 juillet 1823, à Kidderpon, près
+de Calcutta.</p>
+</div>
+<p>Le voyage à travers l’Isthme de Suez est regardé de
+plus en plus comme un faible obstacle à tout projet de
+communication avec la Méditerranée. Dans tous les cas,
+le trajet par le cap de Bonne-Espérance deviendrait et
+moins long et plus régulier que la navigation actuelle,
+par la voie des bâtimens à vapeur, si surtout on pouvait
+en améliorer la construction, comme tout semble
+le présager<a id="FNanchor_200" href="#Footnote_200" class="fnanchor">[200]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_200" href="#FNanchor_200"><span class="label">[200]</span></a> M. Brown, anglais, se propose d’introduire, au lieu de vapeur
+dans le cylindre, du gaz hydrogène qui, étant détruit par la
+combustion, produirait un vide complet dans lequel le piston se plongerait
+avec une force irrésistible. On introduirait de nouveau du
+gaz, ce qui produirait l’effet d’élever le piston, et ensuite le gaz
+serait détruit comme la première fois. La machine ne pèserait que
+25 à 30 quintaux. Un petit fourneau tiendrait lieu de la chaudière
+à vapeur, et l’on calcule que 5 barils d’huile seraient suffisans pour
+conduire un vaisseau dans l’Inde.</p>
+</div>
+<p>Au Mogol il n’y a que les princes ou les grands personnages
+qui puissent se faire suivre par des chevaux,
+des bœufs ou des chameaux. Les palekis, voitures du
+pays, sont à deux roues, tirés par des bœufs, ayant
+une impériale en forme de toit incliné. Ces voitures
+servent pour les grands voyages.</p>
+
+<p><span id="p152" class="pagenum">-152-</span> C’est une profession assez commune au Mogol que
+celle de louer des bœufs et de les conduire pour toute espèce
+de transport. Il y a aux Indes des castes entières
+qui n’embrassent point d’autre métier.</p>
+
+
+<h3>CHINE.</h3>
+
+<p>Les postes sont établies d’une manière très-régulière
+dans tout l’empire de la Chine. L’empereur seul en fait
+les frais, et entretient à cet effet une infinité de chevaux.
+Les courriers partent de Pékin pour les capitales
+des provinces ; le vice-roi<a id="FNanchor_201" href="#Footnote_201" class="fnanchor">[201]</a> qui reçoit les dépêches de
+la cour d’un kougtou ou gouverneur, les communique
+par d’autres courriers aux villes du premier ordre,
+celles-ci aux cités d’un ordre inférieur.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_201" href="#FNanchor_201"><span class="label">[201]</span></a> Il est toujours assisté par province d’un trésorier général, d’un
+juge criminel, d’un conservateur des impôts et d’un intendant des postes.</p>
+</div>
+<p>Quoique ces postes ne soient pas entretenues pour les
+particuliers, il est rare qu’il ne s’en servent pas. Les
+missionnaires en usaient avec autant de sûreté, et
+beaucoup moins de dépense qu’ils ne faisaient en Europe.</p>
+
+<p>Comme il est très-important que les courriers arrivent
+avec régularité, les mandarins ont soin de faire tenir
+les chemins en bon état ; et l’empereur, pour les y
+obliger plus efficacement, fait souvent courir le bruit
+qu’il parcourt ses provinces. C’est ainsi qu’Auguste et
+quelques empereurs romains en agissaient. La moindre
+négligence est punie avec sévérité. Un de ces officiers
+n’ayant pas mis assez d’activité à faire réparer une
+route par laquelle l’empereur devait passer, aima
+mieux se donner la mort que de s’exposer à un châtiment
+inévitable.</p>
+
+<p>Les Chinois n’ont pu parvenir à remédier à l’inconvénient
+causé par la poussière qui couvre leurs routes<a id="FNanchor_202" href="#Footnote_202" class="fnanchor">[202]</a>.
+Les voyageurs qui les parcourent soit à pied, à
+cheval, sur des chameaux, soit en litière ou en chariot,
+se précautionnent inutilement de masques ou de
+voiles pour éviter cette incommodité ; cependant, ces
+chemins sont larges, unis et bien pavés ; dans plusieurs
+<span id="p153" class="pagenum">-153-</span> provinces on a pratiqué des passages sur les plus hautes
+montagnes, en applatissant leur sommet, en coupant
+les rochers, en comblant les vallées et les précipices,
+en établissant des ponts suspendus sur des cordages
+ainsi que sur les fleuves et les rivières et tous les endroits
+difficiles où l’on n’aurait pu parvenir sans ce
+moyen. Un des plus connus est celui de la rivière de
+Kein cha yan, dans le canton de Lolo. Il y a aussi de
+distance en distance sur les routes, tantôt des grottes,
+des hospices ou d’autres établissemens commodes et agréables,
+bâtis pour l’utilité des voyageurs : ils sont dus le plus
+ordinairement à la bienfaisance de quelques mandarins.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_202" href="#FNanchor_202"><span class="label">[202]</span></a> Bernardin de Saint-Pierre attribue aux tempêtes sablonneuses la
+poussière qui couvre les routes de la Chine et qui oblige d’aller
+toute l’année à cheval avec un voile sur les yeux.</p>
+</div>
+<p>Avec le permis ou billet de poste dont on a soin
+de se munir, on trouve tous les secours nécessaires sur la
+route. Ce permis consiste en une feuille de papier, imprimée
+en caractères tartares et chinois, et scellée par le
+tribunal souverain de la milice. Il est ordonné au bureau
+de fournir, sans délai, un certain nombre de
+chevaux ou de barques lorsqu’on est oblige de voyager par
+eau ; enfin tout ce qui est nécessaire à la vie. Le sceau
+imprimé sur ce permis a trois pouces de largeur en
+carré, sans autre figure ou caractère que le nom du
+tribunal et des principaux officiers.</p>
+
+<p>On se fait porter en chaise par des porteurs qui ont
+leur chef, auquel on s’adresse pour ce service. C’est
+d’après l’état des malles et des paquets que le prix est
+fixé et payé d’avance, et l’on reçoit autant de billets
+qu’on veut d’hommes. Rien n’égale la légèreté de ces
+porteurs, ils ne s’arrêtent que trois fois par jour et
+font deux lieues par heure.</p>
+
+<p>C’est à l’empereur Hoang-Ty que les Chinois attribuent
+l’invention des chars attelés d’animaux pour conduire
+avec rapidité les hommes et transporter les fardeaux.
+Si la nécessité de multiplier les relations dans
+un état est en raison de sa population, on doit juger
+des avantages qui en ont résulté dans cet empire, où
+15,000 mandarins lettrés sont chargés de l’administration.</p>
+
+<p>Outre leurs postes, les Chinois ont établi sur les
+routes des tours ou stations de cinq lieues en cinq lieues
+destinées aux signaux qu’ils emploient comme un autre
+moyen de communication. Il suit de là qu’aux yeux
+<span id="p154" class="pagenum">-154-</span> de quelques personnes, l’invention du télégraphe français
+serait attribuée à ce peuple. Cette supposition, injurieuse
+pour un savant de notre nation, n’a pas besoin
+d’être combattue : elle est du nombre de ces assertions
+dont le tems fait justice. D’ailleurs ce moyen si rapide
+de communiquer par signes dans une langue nouvelle,
+eût-il été négligé par les nations de l’Europe et particulièrement
+par les Anglais qui ont apporté tant d’étude
+dans l’établissement de leurs signaux. Cette correspondance
+oculaire, si imparfaite en tous lieux, n’a de perfection
+et de résultats importans qu’en France. Le profit d’une si
+précieuse découverte est donc resté seul à cette nation,
+et la gloire de l’avoir faite à un français. Nous sommes
+loin de penser que les Chinois, aussi grands calculateurs
+que profonds dans la connaissance des sciences
+exactes, n’aient pas des méthodes utiles et ingénieuses
+dans l’art de s’entendre par signes : tout porte à croire
+même qu’ils les possèdent ; mais c’est un secret qu’ils
+conservent avec tant d’autres qu’on pourrait leur envier.</p>
+
+<p>Il n’est pas rare de voyager en Chine dans des espèces
+de voitures attelées de chiens. Les missionnaires disent
+avoir vu une femme tartare qui revenait de Pékin, et
+qui avait un équipage de cent chiens à ses traînaux.</p>
+
+<p>Parmi les moyens qu’employèrent les maîtresses de
+Tien-ou-ti, empereur chinois, qui se laissait entièrement
+captiver par elles, on rapporte qu’elles avaient
+fait construire un char d’une grande magnificence, et
+d’une légèreté telle, que des moutons le traînaient
+dans un parc immense, où tout lui retraçait les goûts
+voluptueux qui lui faisaient négliger les soins de son
+empire. Cet exemple ne tarda pas à trouver des imitateurs
+parmi les courtisans qui, pour plaire à leur
+maître, ne se présentaient plus à la cour qu’avec des
+attelages de cette espèce d’animaux.</p>
+
+
+<h3>SIAM.</h3>
+
+<p>On voyage dans ce royaume sur des chevaux assez généralement
+mauvais. Les éléphans sont la monture la
+plus usitée, quoi qu’on se serve souvent de buffles
+et de bœufs. Les chaises à porteurs ne ressemblent pas
+aux nôtres. Elles sont découvertes et entourées d’une
+balustrade, dont la richesse des décorations dépend de
+<span id="p155" class="pagenum">-155-</span> la qualité des personnes. Les palanquins sont comme les
+hamacs ou filets de Goa.</p>
+
+<p>Les voitures pour voyager par terre sont moins communes
+que les barques appelées ballons, employées sur
+les fleuves, si nombreux de ce pays. Les Siamois
+sont renommés par leurs courses sur l’eau dans ces sortes
+de bateaux. A certaines époques on adjuge des prix aux
+rameurs qui les conduisent avec une vîtesse incroyable.
+Ils ont aussi des courses de bœufs et de buffles. Ces animaux,
+que les grands seigneurs font dresser pour cet
+exercice, courent avec la même rapidité que les chevaux.</p>
+
+
+<h3>BOUTAN.</h3>
+
+<p>Il y a des chemins si étroits et si difficiles dans le
+royaume de Boutan, qu’on y trouve à peine la place du
+pied. Les précipices que l’on voit à droite et à gauche
+rendent les voyages très-dangereux. Une coutume singulière
+et bizarre a lieu dans ces contrées montagneuses ;
+ce sont les femmes qu’on assujettit à la cruelle corvée
+de porter les voyageurs, au-devant desquels elles
+viennent à cet effet avec des boucs pour le transport des
+bagages.</p>
+
+<p>Le coussin sur lequel les voyageurs se placent, et
+qui sert de siége, est retenu par des courroies fixées aux
+épaules. Ces femmes sont disposées par relais de distance
+en distance, et se reposent ainsi d’un service aussi
+abject que pénible. Elles ne gagnent qu’une roupie en
+cinq jours. On donne le même prix pour un bouc,
+quelle idée peut-on concevoir d’un peuple qui s’avilit à
+ce point. Heureusement qu’un usage aussi révoltant ne
+s’est point reproduit ailleurs. N’est-ce pas déjà trop de
+ce triste exemple ?</p>
+
+
+<h3>JAPON.</h3>
+
+<p>Les postes au Japon sont appelées <i>sinka</i> ; elles sont
+placées quelquefois à un mille de distance l’une de l’autre,
+et souvent à quatre milles. Tout ce qui peut convenir à
+la commodité et à l’agrément se trouve réuni à ces
+stations, où l’on remarque toujours des cours spacieuses
+pour les chevaux. Le prix de tout ce qu’on peut se procurer
+à ces postes est réglé par tout l’empire. Il règne
+dans ces tarifs un grand esprit du justice. Les distances,
+<span id="p156" class="pagenum">-156-</span> l’état des chemins et le prix des vivres et des fourrages,
+contribuent à les modifier suivant les localités. Les ponts,
+dans cet empire, sont magnifiques ; les chemins unis et
+plantés comme nos promenades en Europe. Ils sont divisés
+en milles géométriques, qui commencent au pont
+de Jedo, placé, croit-on, au centre de l’empire. Les
+milles sont marqués par des buttes élevées l’une vis-à-vis
+de l’autre, au sommet desquelles on plante des
+arbres. Chaque canton est distingué par un pilier qui
+indique le nom du seigneur dont il dépend et les limites
+qui le circonscrivent. On a coutume de porter, lorsqu’on
+voyage, un éventail sur lequel les routes sont
+marquées, ainsi que les distances des lieux, le prix
+des postes, celui des vivres et des hôtelleries. Cette
+idée est ingénieuse, surtout dans un pays où la chaleur
+du climat rend par là l’usage de l’éventail aussi agréable
+qu’utile.</p>
+
+<p>Chaque station a un certain nombre de messagers
+chargés de porter, à la plus voisine, les lettres, les
+édits, les déclarations ; enfin tout ce qui intéresse le
+service de l’empereur. Ces dépêches sont renfermées
+dans une boîte ou coffre verni de noir, sur lequel on
+voit les armes du prince, et que les messagers portent
+sur leurs épaules, au moyen d’un bâton auquel elles
+sont fixées. On a toujours soin de faire marcher deux courriers
+ensemble, en cas d’accident. Ils portent une
+cloche à la main et l’agitent de tems en tems, afin
+d’avertir de leur approche. Cette précaution a pour but de
+prévenir tous les obstacles qui pourraient s’opposer à
+leur marche. Les voyageurs, à ce signal, s’arrêtent ou
+changent la direction de leur route. L’empereur même
+se soumettrait à cette loi, s’il se trouvait sur leur passage
+et qu’il pût les retarder dans leur course.</p>
+
+
+<h3>AMÉRIQUE.</h3>
+
+<p>Les postes sont très-bien servies au Canada, surtout
+de Québec à Montréal ; et, pour rendre praticables, en
+hiver, les routes si généralement belles dans les autres
+saisons, on y plante des perches, lorsque la neige commence
+à tomber, afin d’en conserver la direction :
+dès qu’elles ont pris assez de consistance pour être favorables
+au traînage, les communications reprennent
+<span id="p157" class="pagenum">-157-</span> avec plus d’activité et on fait, par ce moyen, 15 à
+20 milles par heure. Les traîneaux, les berlines et les
+carrioles servent l’hiver : l’été, on voyage en calèche.
+Ces voitures contiennent trois personnes et sont traînées
+le plus ordinairement par un seul cheval.</p>
+
+<p>Dépendant autrefois de l’Angleterre, les Etats-Unis
+ont dû en recevoir les institutions. Les postes aussi
+n’ont rien changé à l’organisation qu’elles lui doivent.
+Elles sont toujours remarquables par leur activité, qui
+ne peut que se conserver et même s’accroître par la prospérité
+vers laquelle ces contrées tendent de plus en plus.
+On y compte aujourd’hui plus de six mille bureaux de
+poste, qui font parvenir les lettres avec une étonnante
+célérité. Les courriers parcourent 1,500,000 milles de
+routes de plus qu’ils ne faisaient il y a cinq ans ; malgré
+tant d’améliorations, les recettes, cette année,
+égalent les dépenses. Les communications sont favorisées
+par la beauté des routes<a id="FNanchor_203" href="#Footnote_203" class="fnanchor">[203]</a>, les canaux et les ponts suspendus
+sur des chaînes de fer<a id="FNanchor_204" href="#Footnote_204" class="fnanchor">[204]</a>. Combien les voitures
+publiques ont dû se multiplier dans un pays où l’on
+voyage si fréquemment. Les fiacres y sont devenus très-communs.
+Il y a 15 ans on n’en comptait pas 25 à Philadelphie,
+il s’en trouve aujourd’hui plus de 600 ; les
+chevaux, généralement très-beaux et très-robustes,
+sont dressés à aller l’amble et font cinq milles par heure
+et 15 lieues par jour. Il est à remarquer que les postillons
+ne manquent jamais de s’arrêter, après avoir parcouru 4
+milles, pour faire abreuver leurs chevaux. Ces haltes fréquentes,
+dont ils profitent eux-mêmes pour leur compte,
+très-désagréables en hiver pour les voyageurs, ont un
+but d’utilité pour les chevaux, auxquels elles redonnent
+une nouvelle vigueur. Il serait impossible d’en agir
+autrement, vu la rapidité avec laquelle on leur fait
+parcourir la distance qui se trouve entre chaque relais.
+Du reste, les routes sont généralement commodes.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_203" href="#FNanchor_203"><span class="label">[203]</span></a> On s’occupe, aux Etats-Unis, du projet d’une grande route qui
+doit aller de Washington à Mexico pendant 3300 milles [1100]. Le
+gouvernement mexicain doit coopérer à cette dépense.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_204" href="#FNanchor_204"><span class="label">[204]</span></a> Il n’en existait que 8 en 1820, et on en compte aujourd’hui plus
+de 40.</p>
+</div>
+<p>On cite parmi les hommes remarquables qui ont dirigé
+<span id="p158" class="pagenum">-158-</span> les postes de l’Amérique septentrionale, le célèbre
+Benjamin Franklin<a id="FNanchor_205" href="#Footnote_205" class="fnanchor">[205]</a>. Il fut d’abord directeur des
+postes de la Pensylvanie, et il s’acquitta si bien de cet
+honorable emploi, que le gouvernement le nomma, en
+1753, à celui plus important et plus lucratif de directeur-général
+des postes de l’Amérique.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_205" href="#FNanchor_205"><span class="label">[205]</span></a> Il occupait encore cette place, en 1766, lorsqu’il parut à la
+chambre des communes de Londres, au sujet de la révocation de
+l’accise du timbre.</p>
+</div>
+<p>Jamais contrées ne furent plus favorablement partagées
+pour jouir pleinement de l’avantage de la navigation
+par le moyen des bâtimens à vapeur. On sait combien
+les beaux fleuves qui les traversent sont convenables
+à ces entreprises maritimes, et combien la correspondance
+a acquis de célérité et de régularité depuis cette
+découverte. En 1787, Fitch parvint à naviguer sur la
+Delaware, avec une assez grande vîtesse, mais à l’aide
+d’un mécanisme trop peu solide pour être employé
+avec un succès soutenu. C’est à Robert Fulton que les
+Etats-Unis doivent le précieux avantage d’avoir donné
+l’exemple de cette navigation aussi utile que merveilleuse.
+Le premier bateau que cet ingénieur a construit
+en Amérique, fit, en 1807, le trajet d’Albanie à New-Yorck
+(57 lieues) en 32 heures, et revint en 30 heures.
+Depuis ce tems, l’usage des bateaux à vapeur s’est répandu
+avec une étonnante rapidité. M. Marestier, déjà
+cité, estime qu’il y en a plus de 60 sur le Mississipi,
+40 au moins sur le Canal de l’île longue, le Hudson, etc.,
+outre ceux du fleuve Saint-Laurent et des grands lacs au
+nord des Etats-Unis.</p>
+
+<p>Autrefois, le trajet de la Nouvelle-Orléans à Louisville,
+qui est de 150 lieues de poste en suivant le cours des
+rivières, ne durait pas moins de trois mois ; aujourd’hui,
+quelques bateaux de la Nouvelle-Orléans se rendent
+en 14 jours jusqu’à Cincinnati, c’est-à-dire 54 lieues plus
+haut que Louisville. A la Louisiane, ces bateaux<a id="FNanchor_206" href="#Footnote_206" class="fnanchor">[206]</a> font
+la navigation du fleuve et des rivières qui y affluent et
+jaugent 40 ou 50 tonneaux. Ou en voit même de 900 tonneaux,
+qui portent un nombre considérable de passagers.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_206" href="#FNanchor_206"><span class="label">[206]</span></a> On en compte sur une seule rivière plus de 100 et plus de 50
+dans un seul port. Ils jaugent ensemble plus de 14 mille tonneaux.</p>
+</div>
+<p><span id="p159" class="pagenum">-159-</span> Nul doute que dans dix ans on ne parvienne à communiquer
+aux grands lacs du nord-ouest, à la mer
+Atlantique, de là à l’Isthme de Panama, et peut-être à
+travers cet Isthme, à la Chine et à la Nouvelle-Hollande,
+par le moyen de ces bâtimens ; ils servent actuellement
+aux voyages de New-Yorck à Pensacola, à la Nouvelle-Orléans
+et à la Havane. On y trouve les commodités,
+les avantages et les agrémens, des voitures et des hôtelleries
+les meilleures de l’Europe.</p>
+
+<p>On remarque encore chez les esquimaux de la baie
+de Baffin l’usage des attelages de chiens aux traîneaux.</p>
+
+
+<h3>PÉROU.</h3>
+
+<p>On courait la poste au Pérou sur les épaules d’hommes
+destinés à ce service. Leur diligence à parcourir une
+distance qui ne devait pas excéder un mille, était si
+étonnante, qu’elle égalait la vîtesse d’un cheval. Ce qui
+surprenait davantage, c’était leur adresse à décharger
+sans s’arrêter le voyageur qu’ils portaient, pour le jeter
+sur les épaules du courrier qui les remplaçait.</p>
+
+<p>Lors de la conquête que les Espagnols firent de cet
+empire en 1527, les chemins étaient magnifiques. Ils
+remarquèrent surtout que celui qui conduisait de Cusco à
+Quito, dans une étendue de près de cinq cents lieues, était
+aligné avec soin, pavé avec solidité, bordé d’arbres appelés
+<i>molly</i>, aux pieds desquels coulaient deux ruisseaux.
+Ce chemin était aussi revêtu de chaque côté de murailles
+parfaitement construites pour retenir les terres. L’imagination
+est surprise des travaux qu’il a fallu entreprendre
+pour venir à bout d’un projet aussi vaste, soit en perçant
+des montagnes ou comblant des précipices, d’autant
+plus que les Péruviens étaient privés de machines
+propres à transporter les pierres<a id="FNanchor_207" href="#Footnote_207" class="fnanchor">[207]</a> pour la construction
+des édifices établis de distance en distance sur les
+routes. L’étonnement redouble en considérant la hardiesse
+de ces ponts suspendus par des cordages avec lesquels
+la communication entre Lima et Quito fut rendue
+si facile. L’Europe peut imiter ces entreprises gigantesques
+avec la supériorité que donne l’industrie aux
+<span id="p160" class="pagenum">-160-</span> peuples civilisés, sans rien ôter à la gloire de ces nations
+qui, n’ayant pas les mêmes avantages, ne trouvaient
+aucun obstacle pour se frayer un passage à travers
+les montagnes les plus élevées et les plus inaccessibles du
+globe.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_207" href="#FNanchor_207"><span class="label">[207]</span></a> Les moindres avaient dix pieds carrés.</p>
+</div>
+<p>Quant aux courriers appelés chasqui, leur emploi
+consistait à porter les ordres de l’Inca aux gouverneurs
+des provinces. Placés au nombre de six dans de petites
+cabanes distantes l’une de l’autre d’un quart de lieue,
+les uns veillaient constamment pour être prêts à porter sans
+délai, à la station voisine, le message qu’ils recevaient
+de vive voix d’aussi loin qu’ils pouvaient l’entendre, afin
+de le transmettre de la même manière ; les autres, pendant
+ce tems se livraient au repos que ce service fatigant
+et continu leur rendait si nécessaire. On conçoit
+avec quelle rapidité les volontés du monarque parvenaient
+sur tous les points de l’empire.</p>
+
+<p>Quelle ressource offrait encore aux Péruviens leurs
+nœuds ou quipos. La différence des couleurs, la variété
+des contextures, avaient une signification très-multipliée,
+qui donnait les moyens de correspondre plus secrétement.
+Les quipos étaient composés de petits cordons
+de laine de toutes couleurs arrangés et contournés en
+divers sens. On attachait à chacune de ces formes, de
+ces couleurs, la signification des choses les plus essentielles.
+Ainsi, un rond fait avec de la laine blanche ou
+jaune représentait la lune ou le soleil. Les Péruviens
+correspondaient par la voix ; mais, lorsque la commission
+devait être secrète, ils se donnaient l’un l’autre une
+espèce de quipos ; c’était alors un chiffre convenu entre
+l’Inca et le gouverneur auquel il était adressé.</p>
+
+<p>La maîtresse de Pizarre trouvait les nœuds pour exprimer
+la pensée bien insuffisans auprès des caractères
+européens. <i>Ce langage</i>, disait-elle, <i>était trop borné
+pour rendre ce que je ressentais pour mon amant</i>.</p>
+
+
+<h3>MEXIQUE.</h3>
+
+<p>La nouvelle de la présence de Cortez au Mexique jeta
+l’effroi dans tout l’empire de Montezuma. Ce prince,
+qui régnait alors, ne tarda pas à en être instruit ; car,
+selon la coutume de cet état, il avait des courriers qui
+l’entretenaient de tout ce qui s’y passait. On choisissait
+<span id="p161" class="pagenum">-161-</span> les jeunes gens les plus dispos qu’on exerçait dès le premier
+âge. La principale école était le grand temple de
+la ville de Mexico. Il y avait des prix tirés du trésor public
+pour celui qui arriverait le premier au pied de
+l’idole. Dans ces courses, qu’ils faisaient d’une extrémité
+de l’empire à l’autre, ils se relevaient de distance en
+distance avec une mesure si proportionnée à leur force,
+qu’ils se succédaient avant d’être las. Les dépêches qu’ils
+apportaient à l’Empereur consistaient en des pièces de
+toiles peintes, sur lesquelles étaient représentées les différentes
+circonstances des affaires dont ils devaient être
+instruits. Les figures étaient entremêlées de caractères
+qui suppléaient à ce que la peinture n’avait pu exprimer.</p>
+
+<p>Dans les circonstances extraordinaires, les Péruviens
+et les Mexicains, comme les peuples anciens, employaient
+la fumée et les feux pour transmettre au loin les avis qui
+intéressaient le salut de l’état.</p>
+
+<p>Non-seulement on avait reconnu les chiens propres
+aux attelages, mais encore à servir de courriers. On
+leur attachait au cou les dépêches qu’on voulait qu’ils
+transportassent, et l’instinct dont ce précieux animal
+est doué, le conduisait à fournir sa course avec rapidité,
+et même encore à défendre le paquet qui lui était confié
+contre toute entreprise indiscrète. Les Portugais, dit-on,
+les ont employés à cet usage lors de leurs conquêtes aux
+Indes.</p>
+
+<p>Dans l’intérieur de l’Amérique du sud, pour les communications,
+soit du Brésil, de Buenos-Ayres, soit
+des provinces de l’ouest situées aux pieds des Andes,
+les marchandises d’un grand poids sont transportées
+quelquefois sur des chars traînés par des bœufs ; mais
+le mauvais état des routes, les ruisseaux bourbeux et
+les étangs, rendent ce mode excessivement long : on se
+sert plus communément de mules et de chevaux de bât.
+Les maisons de poste, qu’on trouve de distance en distance,
+sont de misérables chaumières presque abandonnées
+et très-incommodes par les insectes qui s’y rassemblent.</p>
+
+<p>Il n’y a que quatre passages dans la partie de la cordillière
+méridionale, dont un seul est assez large pour
+que les chars y passent avec facilité.</p>
+
+<p><span id="p162" class="pagenum">-162-</span> Nous ne porterons pas plus loin l’énumération, peut-être
+déjà trop prolongée dans un essai de ce genre, des
+moyens de correspondre et de voyager chez tous les
+peuples du monde. Nous nous bornerons à observer
+que le séjour des Européens dans leurs possessions d’outre-mer<a id="FNanchor_208" href="#Footnote_208" class="fnanchor">[208]</a>
+et les relations non interrompues que celles-ci
+entretiennent avec les métropoles, ne laissent plus d’incertitude
+sur la possibilité de communiquer avec les diverses
+contrées répandues sur tous les points du globe.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_208" href="#FNanchor_208"><span class="label">[208]</span></a> Une compagnie anglaise a déjà rassemblé de très-grands capitaux
+destinés à la construction de routes, de canaux, de bâtimens à
+vapeur, de chemins en fer et de tous les ouvrages propres à établir,
+dans l’Amérique méridionale, les moyens rapides et perfectionnés
+employés en Europe pour multiplier les communications. Parmi les
+singularités que nous avons remarquées dans le cours de cet essai sur
+la docilité de certains animaux, nous citerons encore les tigres,
+dressés à conduire le chariot de M. Carneiro, procureur à Bogota.
+Ils sont tellement apprivoisés, qu’il s’en sert habituellement pour se
+rendre au palais de justice.</p>
+</div>
+<p>Et quoiqu’il n’existe pas en France de bâtimens<a id="FNanchor_209" href="#Footnote_209" class="fnanchor">[209]</a>
+spécialement destinés au transport des lettres, le service
+des postes maritimes n’en a pas moins lieu avec toute la
+régularité qu’on remarque sur le continent. Aucun
+vaisseau n’y est attaché ; tous y coopèrent ; et le nombre
+considérable de ceux que le commerce emploie à faciliter
+ses échanges, sert aussi à multiplier ceux de la
+pensée.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_209" href="#FNanchor_209"><span class="label">[209]</span></a> Le bateau à vapeur le <i>Galibi</i>, nommé la <i>Caroline</i> depuis le
+voyage de S. A. R. Madame duchesse de Berri en Normandie, parti
+du Havre, est arrivé sur la côte de la Guyanne en 36 jours de traversée.
+Ce bâtiment est destiné à naviguer entre les divers points
+de cette intéressante colonie, coupée par de nombreuses rivières,
+qui deviendra bien plus importante, lorsqu’on aura mis à exécution
+les divers projets de canalisation.</p>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+<p><span id="p163" class="pagenum">-163-</span></p>
+
+<h2 class="nobreak">QUATRIÈME PARTIE.<br>
+PRATIQUE DES POSTES.</h2>
+
+
+<p>Les postes, après avoir éprouvé tant de variations,
+semblent établies sur des bases fixes et durables. Une
+longue expérience a fait rectifier peu à peu tout ce
+que la théorie n’offrait pas d’assez régulier dans la
+pratique.</p>
+
+<p>Il serait sans doute insuffisant d’en suivre l’histoire,
+si l’on ne cherchait dans le code qui les régit les moyens
+sûrs de profiter pleinement des avantages qui en résultent
+pour la société. En effet, quelle administration est d’un
+usage plus répandu ? Quel est l’individu, quelque puissant
+ou quelque obscur qu’il soit dans l’Etat, dont elles
+ne servent les relations d’intérêt, de famille, d’amitié
+et de bienséance. On est cependant frappé de l’insouciance
+qu’on rencontre généralement dans le monde à
+cet égard, et surpris d’y voir ignorer jusqu’aux plus
+simples notions d’un service dont le besoin se fait sentir
+presque à chaque instant.</p>
+
+<p>Nous ne croirions donc pas avoir rempli la tâche que
+nous nous sommes imposée, si, à la suite de ces considérations
+générales sur les postes, nous n’entrions pas
+dans quelques détails indispensables propres à servir
+de guide dans la pratique.</p>
+
+<p>La direction générale des postes comprend actuellement,
+sous ce titre, la poste aux lettres et la poste aux chevaux :
+elle est administrée par un directeur-général, M. le
+marquis de Vaulchier, grand-officier de la Légion-d’Honneur,
+conseiller-d’Etat et membre de la chambre
+des députés, sous l’autorité et la surveillance duquel
+le travail est réparti entre les trois administrateurs qui
+lui sont adjoints.</p>
+
+<p>M. N., administrateur de la 1.<sup>re</sup> division, est chargé
+<span id="p164" class="pagenum">-164-</span> des relais<a id="FNanchor_210" href="#Footnote_210" class="fnanchor">[210]</a>, des correspondances<a id="FNanchor_211" href="#Footnote_211" class="fnanchor">[211]</a> et du bureau<a id="FNanchor_212" href="#Footnote_212" class="fnanchor">[212]</a>
+des malles et estafettes ;</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_210" href="#FNanchor_210"><span class="label">[210]</span></a> M. Forgeot <img src="images/legion.svg" class="h1em" alt="L. H.">, chef de division. Création et suppression
+des relais, fixation des distances, gages et indemnités aux maîtres
+de poste ; secours et pensions aux postillons.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_211" href="#FNanchor_211"><span class="label">[211]</span></a> M. de Raucogne [Henri], chef de division. Etablissement
+et suppression des bureaux de poste, distribution, entrepôts,
+services de nuit, coïncidence des courriers, fixation des dépenses
+dans les départemens, inspecteurs, offices étrangers.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_212" href="#FNanchor_212"><span class="label">[212]</span></a> M. Pierrot, chef.</p>
+</div>
+<p>M. le comte de Raucogne <img src="images/legion.svg" class="h1em" alt="L. H.">, administrateur de la
+2.<sup>e</sup> division, s’occupe de ce qui est relatif à la vérification<a id="FNanchor_213" href="#Footnote_213" class="fnanchor">[213]</a>
+des droits et produits, et du personnel<a id="FNanchor_214" href="#Footnote_214" class="fnanchor">[214]</a> ;</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_213" href="#FNanchor_213"><span class="label">[213]</span></a> M. Mahon, chef de division. Vérification des bordereaux
+des droits et produits établis par les comptables. — M. Gachet,
+agent comptable. Recette et dépense faite pour le service intérieur
+à l’hôtel des postes.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_214" href="#FNanchor_214"><span class="label">[214]</span></a> M. Tenant de la Tour <img src="images/legion.svg" class="h1em" alt="L. H.">, chef de division. Notes d’informations
+et rapports sur le personnel des employés, présentation
+aux emplois vacans. — M. de Richoux, chef de division des services.</p>
+</div>
+<p>M. Barthe-la-Bastide <img src="images/legion.svg" class="h1em" alt="L. H.">, membre de la chambre des
+députés, administrateur de la 3.<sup>e</sup> division, dirige le
+départ<a id="FNanchor_215" href="#Footnote_215" class="fnanchor">[215]</a>, l’arrivée<a id="FNanchor_216" href="#Footnote_216" class="fnanchor">[216]</a>, la division<a id="FNanchor_217" href="#Footnote_217" class="fnanchor">[217]</a> de Paris,
+les articles<a id="FNanchor_218" href="#Footnote_218" class="fnanchor">[218]</a> et le bureau des voyageurs<a id="FNanchor_219" href="#Footnote_219" class="fnanchor">[219]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_215" href="#FNanchor_215"><span class="label">[215]</span></a> M. Bousquet, chef de division. Taxe des lettres, affranchissemens,
+chargemens, expédition des estafettes, courriers extraordinaires
+pour les départemens et l’étranger.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_216" href="#FNanchor_216"><span class="label">[216]</span></a> M. Jaqueson de Vauvignol, <img src="images/croix.svg" class="h1em" alt="croix"> <img src="images/legion.svg" class="h1em" alt="L. H.">, chef de division. Réception
+et vérification des dépêches, tri et remise des lettres et paquets
+pour le Roi et les ministres.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_217" href="#FNanchor_217"><span class="label">[217]</span></a> M. Ginisly <img src="images/legion.svg" class="h1em" alt="L. H.">, chef de division. Paris, bureau de distribution,
+affranch. des p. p. Paris : tri, distribution générale.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_218" href="#FNanchor_218"><span class="label">[218]</span></a> M. Itasse <img src="images/legion.svg" class="h1em" alt="L. H.">, chef de division. Mouvement, surveillance
+et comptabilité des articles d’argent et valeurs cotées qui sont déposés
+à Paris et dans les départemens.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_219" href="#FNanchor_219"><span class="label">[219]</span></a> M.    , chef.</p>
+</div>
+<p>Le secrétaire-général, M. le baron Roger (O. <img src="images/legion.svg" class="h1em" alt="L. H.">),
+membre de la chambre des députes, a dans ses attributions
+le bureau d’enregistrement des dépêches, le
+bureau d’ordre ou 1.<sup>er</sup> bureau (franchises et contre-seings),
+le bureau du budget, le bureau du matériel,
+le bureau du dépôt et des derniers rebuts, et tout ce
+qui a rapport aux transports frauduleux.</p>
+
+<p>On compte douze bureaux de poste à Paris, en y
+comprenant ceux de la cour, de la chambre des pairs
+et de la chambre des députés, desquels dépendent des
+<span id="p165" class="pagenum">-165-</span> boîtes en très-grand nombre, placées dans les lieux les
+plus apparens. Ces boîtes sont levées, deux heures
+en deux heures, sept fois en été et six en hiver. Le
+terme moyen de chaque distribution est de trois heures.
+Les distributions, pour les bureaux établis dans la banlieue
+se font deux fois par jour.</p>
+
+<p>Toutes les lettres de réclamations relatives au service
+doivent être adressées à M. le directeur-général des postes.</p>
+
+<p>Les inspecteurs des postes sont les agens supérieurs
+dans les départemens. Ils sont au nombre de trente, et
+leurs divisions comprennent, à quelques exceptions près,
+trois départemens.</p>
+
+<p>Le nombre des bureaux de poste, en France, est de
+1371<a id="FNanchor_220" href="#Footnote_220" class="fnanchor">[220]</a>, non compris les distributions. Ils sont administrés
+par des directeurs ; mais tous n’ont pas de contrôleurs,
+de commis, de distributeurs, de garçons de bureau
+et de facteurs. Cette organisation, plus ou moins
+modifiée, dépend de l’importance des localités : on distingue,
+par cette raison, les bureaux en simples et composés.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_220" href="#FNanchor_220"><span class="label">[220]</span></a> 1825.</p>
+</div>
+<p>Chaque bureau de poste a une boîte dont l’ouverture,
+placée extérieurement, est destinée à recevoir les
+lettres qu’on y jette tant le jour que la nuit. Dans les
+grandes villes, ces boîtes, appelées <i>petite-poste</i>, sont établies
+dans les divers quartiers, d’où les lettres sont
+retirées plusieurs fois dans la journée pour être transportées
+au bureau appelé <i>grande-poste</i>.</p>
+
+<p>On entend par lettre, épître ou missive, la feuille
+de papier écrite d’une dimension déterminée, dont la
+forme, après avoir été repliée sur elle-même, est celle
+d’un carré long. Le côté où les plis se rejoignent pour
+recevoir le cachet qui la clot, s’appelle le dos ; l’autre,
+qui est le dessus, est destiné à l’adresse ou suscription.</p>
+
+<p>L’adresse doit être claire, précise, lisiblement écrite
+et dégagée de toute explication surabondante.</p>
+
+<p>Il est essentiel de s’informer des heures d’ouverture
+des bureaux de poste de chaque lieu où l’on se trouve,
+de celles des levées de boîtes pour le départ des courriers
+de chaque route, ainsi que des jours où s’expédient
+ces courriers : les retards dans l’expédition, et
+par conséquent la réception des lettres proviennent toujours
+<span id="p166" class="pagenum">-166-</span> de l’incertitude du public à cet égard. Il est facile
+de le démontrer. Les courriers expédiés de Paris pour
+les provinces, et réciproquement de celles-ci pour la
+capitale et les villes du royaume, partent tous les jours
+et le plus généralement trois fois la semaine. Il est
+clair que, si, se trompant d’heure, on jette une lettre à
+la boîte, le lundi par exemple, après le départ d’un
+courrier qui ne doit plus avoir lieu que le jeudi suivant,
+elle éprouve, en séjournant dans le bureau d’expédition,
+un retard de 72 heures. Supposons la même erreur de
+la personne qui doit y répondre, et on aura la solution
+d’un problème qui étonne tout le monde, excepté
+les agens des postes qui ont tant d’occasions de gémir
+sur une insouciance si préjudiciable aux intérêts du public.</p>
+
+<p>Il n’est peut-être pas hors de propos de donner ici
+une idée générale des opérations qui ont lieu pour les lettres
+depuis l’instant où elles sont jetées à la boîte jusqu’à
+celui où elles sont remises aux destinataires.</p>
+
+<p>Les lettres retirées de la boîte sont portées sur une
+table pour être timbrées ; puis on les trie pour les placer
+dans les cases destinées à chaque correspondance ; on
+les taxe ensuite, après les avoir pesées, s’il y a lieu, en
+suivant les progressions du tarif ; on les compte, et le
+montant contenu dans chaque case est porté sur une
+lettre d’avis jointe au paquet qu’on en forme, en le ficelant,
+le couvrant de plusieurs feuilles d’un papier
+très-fort, le reficelant et fixant les bouts de la ficelle
+avec de la cire sur laquelle on applique le cachet du bureau.
+La couverture porte encore, écrit à la main, le
+nom du bureau auquel on expédie le paquet, et le timbre
+du bureau expéditeur. On inscrit aussi sur un registre
+le montant des lettres contenues dans cette dépêche ;
+et, après avoir rempli les mêmes formalités pour
+chaque correspondance (il y a des bureaux qui en ont
+jusqu’à cent), on les classe par route, et on en porte
+le nombre sur une feuille ou part qui sert à établir la responsabilité
+des courriers auxquels ces paquets sont confiés.</p>
+
+<p>Voilà pour l’expédition. Cette opération, pour laquelle
+les instructions accordent une heure, depuis la
+dernière levée de la boîte, se fait ordinairement dans
+une demi-heure, tant l’intelligence et la promptitude
+des officiers des postes sont remarquables.</p>
+
+<p><span id="p167" class="pagenum">-167-</span> A la réception des dépêches, qui a lieu immédiatement
+après l’arrivée du courrier, on en constate le
+nombre, et on en fait l’ouverture pour s’assurer si le
+montant des lettres qu’elles contiennent est conforme
+à celui indiqué sur les feuilles d’avis qui les accompagnent ;
+on les remet aux facteurs ou distributeurs,
+qui les trient, reconnaissent l’exactitude des sommes
+auxquelles elles montent, et s’acheminent, sans délai, vers
+leurs quartiers respectifs, pour en faire la distribution.</p>
+
+<p>Il est facile de juger, d’après ces diverses opérations,
+du travail auquel une lettre donne lieu, et combien
+il est minutieux, puisque nous avons vu que Paris
+en reçoit et en expédie plus de 30,000 par jour, sans
+compter 35,000 feuilles périodiques.</p>
+
+<p>La lettre est <i>simple</i>, lorsqu’elle ne pèse pas six grammes,
+et non parce qu’elle est formée d’une simple feuille
+de papier et même d’une demi-feuille. Le poids seul
+détermine cette dénomination, toujours mal interprétée
+par le public. Lettre simple, dans ce cas, est synonime
+de non <i>pesante</i>. Il faut, pour éviter toute méprise,
+n’employer que le papier dit papier à lettre
+et choisir le plus fin. On y trouvera un grand avantage,
+puisque la plus légère différence dans le poids fait
+une augmentation qui ne peut être moindre d’un décime.</p>
+
+<p>La lettre taxée est celle dont le prix exprimé en décimes
+se place sur le dessus ou suscription. Les chiffres
+dont on se sert à cet effet ont une forme particulière.
+Dès que la lettre n’est plus simple, l’application du
+tarif, qui a lieu d’après son poids, est indiquée
+par les chiffres 7, 8, 11, 15, etc., inscrits dans l’angle
+supérieur gauche de la suscription.</p>
+
+<p>La lettre est <i>surtaxée</i> lorsque diverses causes ont
+concouru à une fausse application du tarif. Dans ce
+cas, les destinataires sont toujours admis à réclamer
+la réduction de la taxe au taux légal, et, par conséquent,
+le remboursement de cet excédant, qui ne
+peut être alloué que d’après l’ordre du directeur-général
+des postes, et sur la représentation de la lettre recachetée,
+de l’enveloppe, de la suscription même (lorsqu’on peut
+l’en détacher sans inconvénient), qui lui est transmise
+par l’intermédiaire des directeurs des postes. Cette pièce
+est renvoyée de Paris avec l’autorisation de paiement.</p>
+
+<p><span id="p168" class="pagenum">-168-</span> Tout particulier a le droit de refuser les lettres qui
+lui sont présentées. Le principe de justice qui guide
+l’administration dans cette mesure, la porte à le retirer
+dès l’instant que la lettre a été reçue et à plus forte
+raison décachetée sciemment. Dans le cas de refus d’une
+lettre, elle est conservée pendant trois mois dans le
+bureau de poste ou elle est arrivée, pour être remise
+au destinataire, s’il croyait devoir la retirer dans cet
+intervalle. Passé ce délai, les réclamations n’ont plus
+lieu qu’à Paris.</p>
+
+<p>L’expéditeur de lettres <i>mal cachetées, recachetées,
+ou dont le cachet porte des traces d’altération</i>, doit
+toujours faire mention dans sa lettre, ou sur la suscription
+même, des raisons qui l’ont causée, pour
+éviter les soupçons qui pourraient être dirigés contre
+les officiers des postes.</p>
+
+<p>Il y a des lettres <i>blanches</i>, et d’autres dont l’adresse
+est vicieuse ou imparfaite : ce cas se présente fréquemment.
+On appelle blanches, celles auxquelles l’adresse
+manque entièrement. Les autres, ou portent le nom du
+lieu sans celui du destinataire, ou le nom de celui-ci,
+en ayant omis la désignation du lieu, ou sont privées
+des indications propres à fixer l’incertitude de l’agent des
+postes sur la direction qu’il doit leur faire suivre.</p>
+
+<p>Ces lettres sont immédiatement envoyées à Paris, afin
+d’obtenir les renseignemens convenables pour leur donner
+cours ; dans ce cas, celui qui reçoit la lettre qu’il a
+écrite, ne peut mettre en doute l’erreur qu’il a commise ;
+mais, le défaut de réflexion, quelquefois une injuste
+prévention, et presque toujours l’ignorance des lois,
+donnent occasion de croire que les directeurs des postes
+s’arrogent arbitrairement la faculté d’ouvrir les missives.
+Cette formalité, commandée par la nécessité, n’est
+jamais remplie que par le directeur-général et les administrateurs
+des postes, dans l’intérêt des particuliers, et
+en vertu des lois du royaume<a id="FNanchor_221" href="#Footnote_221" class="fnanchor">[221]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_221" href="#FNanchor_221"><span class="label">[221]</span></a> La loi du 7 nivose an 10 règle les époques d’ouverture, de brûlement
+et de garde : elle fixe à cinq ans la garde des objets importans
+et de valeur : ces derniers sont alors transmis au trésor royal.</p>
+</div>
+<p>Les lettres ne doivent contenir aucun objet étranger à
+la correspondance.</p>
+
+<p><span id="p169" class="pagenum">-169-</span> On peut réclamer les lettres mises à la boîte avant le
+départ du courrier, soit pour les retirer, soit pour en
+rectifier l’adresse, seulement quand on les a écrites et
+signées, et en remplissant certaines formalités exigées
+rigoureusement.</p>
+
+<p>Dans cette circonstance, et comme dans toutes celles où
+les officiers des postes opposent la sévérité des règlemens,
+le public croit voir des entraves. Mais qu’il se persuade
+bien que toutes ces mesures sont dans son intérêt et
+qu’elles ajoutent une nouvelle garantie à l’inviolabilité
+du secret des lettres.</p>
+
+<p>La similitude de noms, et la briéveté de l’adresse qui ne
+contient que le nom du destinataire et du lieu de destination,
+causent souvent des méprises sur l’ouverture
+des lettres. Dans ce cas, la personne qui a ouvert
+la lettre qu’elle reconnaît ne pas lui appartenir, doit l’attester
+sur le dos, en signant qu’elle a été, ouverte <i>par
+conformité de nom</i>. Les employés des postes font les recherches
+nécessaires pour trouver le véritable destinataire ;
+car le but n’est pas tant de placer la lettre pour en
+toucher le prix du port, que de la remettre à la personne
+à laquelle elle est véritablement destinée ; d’où il suit
+que l’intérêt du Trésor dans la perception du port n’est
+que secondaire, puisque la lettre est moins une denrée,
+une marchandise qu’on débite indifféremment, qu’une
+propriété qui ne peut être détournée des mains de son
+possesseur.</p>
+
+<p>Les lettres sous un nom supposé ne peuvent être remises
+aux personnes qui les réclameraient.</p>
+
+<p>Il n’est pas nécessaire de faire sentir les dangers que
+ce mode de correspondance entraînerait.</p>
+
+<p>On entend par <i>lettres à poste restante</i> celles qui ne
+sont remises aux destinataires que sur leur réclamation
+et qui ne peuvent être comprises dans les distributions
+faites par les facteurs.</p>
+
+<p>Les lettres <i>franches</i> sont celles qui par certaines formalités,
+telles que le contre-seing, ne sont point assujetties
+à la taxe. Elles intéressent le service du Roi, pour lequel
+l’administration des postes a été établie originairement.</p>
+
+<p>On peut s’adresser aux directeurs des postes afin de
+connaître les fonctionnaires de l’état qui jouissent de
+la franchise sans restriction.</p>
+
+<p><span id="p170" class="pagenum">-170-</span> Les lettres <i>affranchies</i> sont celles dont le port est payé
+d’avance par l’envoyeur, pour que le destinataire n’ait
+aucun prétexte de la refuser.</p>
+
+<p>Les lettres affranchies sont taxées devant la personne
+qui les présente d’après les mêmes règles que celles jetées
+à la boîte. Ce qui les distingue de celles-ci, c’est que la
+taxe est placée sur le dos, et que le timbre porte deux PP.</p>
+
+<p>L’affranchissement est volontaire ou forcé. Il est libre,
+par exemple, pour tout le royaume : on entend par ce
+mot, la faculté d’affranchir ou de ne pas affranchir. Il
+est essentiel d’affranchir toutes les lettres pour les personnes
+chargées de fonctions publiques, telles que ces
+curés, préfets, sous-préfets, juges, maires, députés,
+agens-d’affaires, etc., et même les particuliers avec lesquels
+on n’a pas de relations habituelles, parce que ces
+lettres sont ordinairement refusées, lorsque le port n’en est
+pas payé d’avance. Dans ce cas, comme dans beaucoup
+d’autres, le public chercherait en vain à rejeter sur la
+poste toute responsabilité. Les détails qui précèdent et ceux
+qui suivent, suffiront, croyons-nous, pour détruire d’injustes
+préventions, et pour prouver que les erreurs qui
+se modifient de tant de manières, ne peuvent jamais lui
+être imputées.</p>
+
+<p>Nous avons indiqué, dans la troisième partie, les principaux
+lieux pour lesquels l’affranchissement est forcé
+ou volontaire : on pourra y recourir à l’occasion. Mais
+comme les arrangemens entre l’office général de France
+et les offices étrangers peuvent subir des modifications,
+nous engageons à consulter à cet égard le livre de poste
+que nous avons cité dans le cours de cet ouvrage.</p>
+
+<p>Les lettres des colonies sont celles transportées par les
+bâtimens du commerce destinées pour les provenances
+d’outre-mer. Elles doivent être affranchies.</p>
+
+<p>Les lettres simples pour les militaires en activité,
+jusqu’au grade d’officier, jouissent, lorsqu’on les affranchit,
+d’une modération de taxe qui est fixée à vingt-cinq
+centimes.</p>
+
+<p>Les imprimés présentés sous bandes à l’affranchissement,
+qui ne contiennent aucune écriture à la main
+(excepté la date et la signature pour les circulaires),
+paient cinq centimes par feuille d’impression ; et quatre
+centimes seulement lorsque ce sont des journaux.
+<span id="p171" class="pagenum">-171-</span> Le plus grand nombre est assujetti au droit du timbre<a id="FNanchor_222" href="#Footnote_222" class="fnanchor">[222]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_222" href="#FNanchor_222"><span class="label">[222]</span></a> Les lettres de faire part de naissances, de mariages et de décès
+en sont exemptes.</p>
+</div>
+<p>Par lettres <i>chargées</i> on entend celles qui sont présentées
+au directeur et pour lesquelles il perçoit le double
+du port ordinaire de la lettre affranchie ou jetée à la
+boîte. Ces lettres doivent être sous enveloppe et cachetées
+de 3 ou 5 cachets en cire avec empreinte : elles
+sont enregistrées et frappées du timbre du bureau et
+de celui portant le mot chargé. L’administration ne répond
+que de ces sortes de missives, pour lesquelles elle
+accorde cinquante francs, lorsqu’elles ne parviennent pas
+à leur destination. Afin de faciliter les recherches, en
+cas de réclamation, il est délivré un bulletin à l’envoyeur.</p>
+
+<p>Le destinataire est toujours prévenu de l’arrivée de
+la lettre (que lui seul peut retirer), pour laquelle il
+donne son reçu sur les registres tenus à cet usage. Il
+peut néanmoins, en cas d’absence, se faire représenter
+pour remplir ces formalités. Mais une procuration
+quelque générale et quelqu’étendue qu’on pût la supposer,
+qui ne contiendrait pas la clause spéciale de
+retirer les lettres de la poste, serait sans valeur près des
+directeurs. Cette omission, qui peut entraîner de graves
+inconvéniens, devrait éveiller l’attention des hommes
+publics auxquels la rédaction de pareils actes est confiée.</p>
+
+<p>Il n’est peut-être pas inutile de rappeler ici que les
+lettres, même décachetées, destinées pour un lieu où se
+trouve un bureau de poste, ne peuvent être transportées
+que par les courriers de l’administration. Toute autre voie,
+qui constate un délit de fraude<a id="FNanchor_223" href="#Footnote_223" class="fnanchor">[223]</a>, serait d’autant moins
+excusable que les moyens de correspondre, multipliés à
+grands frais chaque jour, entretiennent une activité admirable
+dans les relations.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_223" href="#FNanchor_223"><span class="label">[223]</span></a> Dans ce cas, le destinataire qui réclame sa lettre, en paie le
+double port ; et le contrevenant est condamné à une amende qui ne
+peut être moindre de 150 francs.</p>
+</div>
+<p>On comprend sous le titre d’articles, les espèces d’or
+et d’argent, ayant cours, présentées à découvert pour
+être acquittées dans tous les bureaux de poste du royaume
+<span id="p172" class="pagenum">-172-</span> seulement, et pour lesquelles on paie un droit fixe de
+5 centimes par franc et 65 centimes pour le timbre de la
+reconnaissance<a id="FNanchor_224" href="#Footnote_224" class="fnanchor">[224]</a>. Cette pièce est détachée d’un talon
+ou lettre d’avis que le directeur envoie à son correspondant ;
+d’un bulletin qui reste aux mains de l’envoyeur
+et d’une souche envoyée à la direction générale. On voit
+par là qu’il ne faut altérer en rien la dimension de la
+reconnaissance expédiée par le déposant au destinataire,
+puisqu’à l’instant du paiement elle est rapprochée de la
+lettre d’avis. S’il restait quelqu’incertitude après cette
+comparaison, le directeur se refuserait à faire droit à
+toute réclamation jusqu’à plus ample information.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_224" href="#FNanchor_224"><span class="label">[224]</span></a> Les sommes au-dessous de 10 francs, adressées aux militaires
+en activité de service, n’y sont point assujetties.</p>
+</div>
+<p>Les articles ne sont payables qu’au destinataire ou à
+un fondé de pouvoirs spéciaux.</p>
+
+<p>Les <i>valeurs cotées</i> se composent des bijoux, pierreries
+ou autres objets précieux qui sont déposés à découvert,
+afin que le directeur puisse en apprécier la valeur, sur
+l’estimation de laquelle il perçoit le même droit que
+pour les articles d’argent, en se conformant à peu près
+aux mêmes formalités. Les objets sont renfermés, en présence
+du directeur, dans une boîte ficelée et cachetée
+en cire du cachet de l’envoyeur.</p>
+
+<p>Les malles-postes sont ces voitures élégantes, à quatre
+places, montées sur ressorts, ayant quatre roues, attelées
+de quatre chevaux et destinées au transport des dépêches
+et des voyageurs. La régularité dans les heures
+de départ et d’arrivée, et la célérité avec laquelle on
+peut parcourir l’étendue du royaume, ne sont pas
+les seuls avantages qu’offre cette manière de voyager.</p>
+
+<p>Le prix des places, sans distinction d’âge, est d’un
+franc cinquante centimes par poste.</p>
+
+<p>Les directeurs sont chargés de l’enregistrement des
+voyageurs et de la recette des places, dont le prix
+doit être acquitté avant le départ.</p>
+
+<p>Tout voyageur qui ne se serait pas muni d’un passeport
+ne pourrait être admis dans ces voitures.</p>
+
+<p>La poste<a id="FNanchor_225" href="#Footnote_225" class="fnanchor">[225]</a> aux chevaux dépend de la direction
+<span id="p173" class="pagenum">-173-</span> générale de la poste aux lettres et elle est sous la surveillance
+immédiate des inspecteurs des postes.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_225" href="#FNanchor_225"><span class="label">[225]</span></a> Le maître de la poste aux chevaux à Paris, M. Dailly,
+a son relais rue Saint-Germain-aux-Prés, n.<sup>o</sup> 10.</p>
+
+<p>M. Davrauge de Montville, préposé à la distribution des permis,
+a son bureau à la poste aux chevaux.</p>
+</div>
+<p>On compte 1463 relais, composés chacun d’un nombre
+de chevaux nécessaires<a id="FNanchor_226" href="#Footnote_226" class="fnanchor">[226]</a>, qui varie suivant
+l’importance des lieux, mais qui ne peut être moindre
+de quatre.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_226" href="#FNanchor_226"><span class="label">[226]</span></a> Dénomination donnée aux chevaux fixés par le réglement.</p>
+</div>
+<p>Ils sont fournis et entretenus par des agens, sous le
+nom de maîtres de poste, pour transporter les dépêches
+du Roi et des particuliers, et conduire les
+voyageurs d’après les réglemens. Outre le prix qu’ils
+retirent de la course des chevaux employés à ce service,
+ils reçoivent des <i>gages</i> qui ne peuvent s’élever au-dessus
+de 450 fr., ni être au-dessous de 250 fr.</p>
+
+<p>Par arrangement conclu en 1822, les maîtres de
+poste conduisent les messageries : celles-ci sont exemptes
+par là du droit de 25 centimes par cheval à leurs
+voitures, créé au profit des premiers.</p>
+
+<p>Chaque relais, à la tête duquel est un maître de
+poste, a un nombre déterminé de postillons, comme
+lui, à la nomination du directeur-général des postes.</p>
+
+<p>Chaque poste doit être parcourue dans une heure ;
+et le maître du relais est tenu de présenter son registre
+d’ordre, sur la demande de tout voyageur qui croit
+devoir y consigner ses plaintes.</p>
+
+<p>Le livre de poste qui paraît annuellement, nous dispense
+d’entrer dans d’autres détails : ils seraient encore
+insuffisans pour celui qui entreprendrait de voyager
+par la poste sans en être muni.</p>
+
+<p>On appelle estafette<a id="FNanchor_227" href="#Footnote_227" class="fnanchor">[227]</a> le courrier chargé de porter
+d’une poste à l’autre les dépêches extraordinaires
+renfermées dans un portefeuille, dont la clef reste
+aux mains des directeurs. Ce moyen est tellement
+prompt, qu’une distance de cent lieues peut être parcourue
+en moins de 25 heures.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_227" href="#FNanchor_227"><span class="label">[227]</span></a> Cette dénomination n’est pas applicable aux courriers extraordinaires
+qui transmettent avec diligence la dépêche qu’ils ont
+reçue jusqu’à sa destination. Ces sortes d’expéditions sont assujetties
+à des règles particulières.</p>
+</div>
+<p>Le gouvernement l’emploie dans les circonstances
+<span id="p174" class="pagenum">-174-</span> importantes et sur les points où il n’existe pas de
+lignes télégraphiques.</p>
+
+<p>Les particuliers ne peuvent participer à cet avantage
+qu’avec l’autorisation des directeurs de la poste aux
+lettres.</p>
+
+<p>Nous croyons qu’il n’est pas nécessaire d’entrer dans
+de nouvelles explications sur l’usage des postes, surtout
+après y avoir été conduit si naturellement par nos
+recherches sur leur origine, leur but, leur importance,
+leurs progrès et leurs résultats. La pratique vient ici
+à l’appui de la théorie.</p>
+
+<p>Il nous semble donc qu’il ne peut rester d’incertitude
+sur l’utilité d’une institution si généralement répandue
+et sur les avantages inappréciables que la société en
+retire.</p>
+
+<p>C’est une vérité prouvée par les faits, proclamée
+par l’histoire, et confirmée chaque jour par l’expérience.</p>
+
+
+<p class="c gap">FIN.</p>
+
+
+<p class="c gap">ERRATA.</p>
+
+<p>Page 12 ligne 5. Retranchez mais.</p>
+
+<p>Page 38 ligne 5. Une virgule après mesure, et ligne 8 un point
+après usuraire.</p>
+
+<p>Page 41 ligne 30. Une virgule après individus, et deux points,
+ligne 32, après guerre.</p>
+
+<p>Page 95 ligne 20. Port : lisez : part.</p>
+
+<p>Page 170 ligne 12. Ces : lisez : les.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+<p><span id="p175" class="pagenum">-175-</span></p>
+
+<h2 class="nobreak" id="edit">Note de la page 28.<br>
+ÉDIT SUR LES POSTES.</h2>
+
+
+<p>Le seigneur et Roy (Louis XI) ayant mis en délibération avec les
+seigneurs de son conseil, qu’il est moult nécessaire et important à ses
+affaires et à son estat de sçavoir diligemment nouvelles de tous costez,
+et y faire, quand bon luy semblera, sçavoir des siennes ; d’instituer
+et d’establir en toutes les villes, bourgs, bourgades, et lieux
+que besoin sera jugé plus commodes, un nombre de chevaux courants
+de traitte en traitte, par le moyen desquels ses commandements
+puissent estre promtement exécutez, et qu’il puisse avoir
+nouvelles de ses voisins quand il voudra, veut et ordonne ce qui en
+suit.</p>
+
+<p>Que sa volonté et plaisir est que dèz à présent et doresnavant, il
+soit mis et establi spécialement sur les grands chemins de son dit
+royaume, de quatre en quatre lieues, personnes séables, et qui
+feront serment de bien et loyaument servir le Roy, pour tenir
+et entretenir quatre ou cinq chevaux de légère taille, bien enharnachez
+et propres à courir le galop durant le chemin de leur traitte,
+lequel nombre se pourra augmenter, s’il est besoin.</p>
+
+<p>Le Roy nostre seigneur veut et ordonne qu’il y ait en la dite institution
+et establissement et générale observation, et pour en faire
+l’establissement un office intitulé <i>conseiller grand-maistre des coureurs
+de France</i> ; qui se tiendra près de sa personne, après qu’il aura esté
+faire le dit establissement, pour ce faire luy sera baillé bonne commission.</p>
+
+<p>Et les autres personnes qui seront ainsi par luy establies de traitte
+en traitte, seront appelées <i>maistres</i>, tenant les chevaux courans pour
+le service du Roy.</p>
+
+<p>Les dits maistres seront tenus, et leur est enjoint de monter sans
+aucun délay ni retardement, et conduire en personne, s’il leur est
+commandé, tous et chacuns les courriers et personnes envoyées de
+la part du dit seigneur ayant son passeport et attache du <i>grand-maistre
+des coureurs de France</i>, en payant le prix raisonnable, qui
+sera dit ci-après.</p>
+
+<p>Porteront aussi lesdits maistres coureurs toutes despêches et lettres
+de sa majesté qui leur seront envoyées de sa part et des gouverneurs
+et lieutenans de ses provinces et autres officiers, pourveu qu’il
+y ait certificat ou passeport dudit <i>grand-maistre des coureurs de
+France</i>, pour les choses qui partiront de la cour et hors d’icelle,
+des dits gouverneurs, lieutenans et officiers, que c’est pour le service
+du Roy, lequel certificat sera attaché au dit paquet, et envoyé avec
+un mandement du commis du dit <i>grand-maistre des coureurs de France</i>,
+qui sera par luy establi en chacune ville frontière de ce royaume, et
+<span id="p176" class="pagenum">-176-</span> autre bonnes villes de passage que besoin sera ; le dit mandement
+addressant audit <i>maistre des coureurs</i>, pour porter sans retardement
+lesdits paquets, ou monter ceux qui seront envoyés pour les affaires
+du Roy.</p>
+
+<p>Et afin qu’on puisse savoir s’il y aura eu retardement, et d’où il
+sera procédé, le dit seigneur veut et ordonne que le dit <i>grand-maistre
+des coureurs</i>, et ses dits commis cottent le jour et l’heure qu’ils auront
+délivré lesdits paquets au premier <i>maistre-coureur</i>, et le premier au
+second, et aussi semblablement pour tous les autres <i>maistres-coureurs</i>
+à peine d’estre privez de leurs charges, et des gages, priviléges et
+exemptions qui leur seront donnés par la présente institution.</p>
+
+<p>Ausquels <i>maistres coureurs</i> est prohibé et deffendu de bailler aucuns
+chevaux à qui que ce soit, et de quelque qualité qu’il puisse
+estre sans le mandement du Roy et du dit <i>grand-maistre des coureurs
+de France</i>, à peine de la vie. D’autant que le dit seigneur ne
+veut et n’entend que la commodité du dit establissement ne soit
+pour autre que pour son service, considéré les inconvéniens qui
+peuvent survenir à ses affaires, si les dits chevaux servent à toutes
+personnes indifféremment sans son sçeu, ou du dit <i>grand-maistre
+des coureurs de France</i>.</p>
+
+<p>Et afin que nostre très-saint père le pape et princes estrangers,
+avec lesquels sa majesté a amitié et alliance, par le moyen desquels
+le passage de France est libre à leurs courriers et messagers, n’ayent
+sujet de se plaindre du présent réglement, sa majesté entend leur
+conserver la liberté du passage, suivant et ainsi qu’il est porté par
+ses ordonnances, leur permettant si bon leur semble, d’user de la
+liberté du dit establissement, en payant raisonnablement et obéissant
+aux ordonnances contenues.</p>
+
+<p>Mais pour éviter les fraudes que pourraient commettre les courriers
+et messagers allants et venants en ce royaume, lesquels pour
+ne se vouloir manifester aux bureaux du dit grand-maistre des coureurs
+de France, et à ses commis qui y résideront en chacune ville
+frontière, et autres de ce royaume, passeraient par chemins obliques
+et destournez pour oster la connaissance de leur voyage et entrée
+en ce dit royaume prenant pour ce faire autres chevaux et guides.</p>
+
+<p>Sa majesté veut et leur enjoint de passer par les grands chemins
+et villes frontières pour se manifester aux bureaux dudit <i>grand-maistre
+des coureurs</i>, et prendre passeport et mandement tel que
+sera dit, à peine de confiscation de corps et de biens.</p>
+
+<p>Et d’autant que la charge du dit <i>grand-maistre des coureurs de
+France</i>, est moult d’importance, et requiert avoir fidélité, soigneuse
+discrétion et sçavoir ; et qu’au moyen du dit office et de
+sa dite charge les articles de l’institution et establissements dessus
+dit, doivent estre gardez, entretenues, et observez et estant iceluy
+establissement moult utile au service et à l’intention du Roy, il
+y requiert y avoir bien notables personnes pour le tenir.</p>
+
+<p>Veut et ordonne que celui qui sera pourveu de la dite charge,
+soit compris de ses conseillers et autres officiers ordinaires, compté
+en enrollé en l’estat de son hostel, tout ainsi que l’un de ses
+conseillers et maistres d’hostel ordinaires.</p>
+
+<p>Veut et ordonne que le dit <i>grand-maistre des coureurs de France</i>,
+ait l’entière disposition de mettre et establir par-tout où besoin
+<span id="p177" class="pagenum">-177-</span> sera les dits maistres coureurs, les déposséder si leur devoir ne
+font, et pourvoir en leur place tel que bon luy semblera, mesme
+advenant vacation par mort, résignation ou autrement de leurs
+charges, luy a donné pouvoir d’y pourvoir et instituer d’autres en
+leur place, et en délivrer <i>lettres</i>, les faisant faire serment de fidélité,
+et leur en donner acte sur les dites <i>lettres</i>.</p>
+
+<p>Veut et ordonne que le dit conseiller <i>grand-maistre des coureurs de
+France</i> pour l’entretenement de son estat, après avoir fait serment
+au Roy ès mains de son chancelier, de bien loyaument servir, ait
+pour gages ordinaires la somme de huit cents livres parisis, lesquels
+seront pris sur les plus clairs deniers et revenus du dit seigneur,
+outre et par dessus les droits et émolumens ordinaires qu’il prendra
+comme officier de l’hostel et maison du dit seigneur, qui par autres
+ses lettres lui seront ordonnez et payez.</p>
+
+<p>Et en outre il aura pension de mille livres par autres lettres du
+dit seigneur pour son dit office, qui luy sera assigné et donné
+chacune année.</p>
+
+<p>Veut et ordonne que tous maistres coureurs qui seront par le dit
+grand-maistre establis, ayent aussi pour leur entretenement en leurs
+estats, pour gages ordinaires, chacun cinquante livres tournois, et
+chacun des commis qu’il aura près de sa personne et autres lieux que
+besoin sera ; chacun cent livres pour leur entretenement, et veut que les
+uns et les autres pendant qu’ils serviront, jouissent des mesmes exemtions
+et priviléges que les officiers et commensaux de sa maison.</p>
+
+<p>Et, à ce que les maistres ayant moyen d’entretenir et nourrir leurs
+personnes et leurs chevaux, et qu’ils puissent servir commodement
+le Roy.</p>
+
+<p>Il veut et ordonne que tous ceux qui seront envoyés de sa part,
+ou autrement, avec son passeport et attache du <i>grand-maistre des
+coureurs de France</i> ou de ses commis, payent pour chacun cheval
+qu’ils auront besoin de mener, y compris celui de la guide qui les
+conduira, la somme de dix sols, pour chacune course de cheval,
+durant quatre lieues, fors et excepté ledit <i>grand-maistre des coureurs</i>,
+qu’ils seront tenus de monter sans rien prendre de luy ni de ses gens,
+qu’il menera pour son service, allant faire ses chevauchées et son
+establissement et pour les affaires de Sa Majesté ; ensemble ne prendront
+rien de ses commis qui voudront courir pour les affaires pressées
+du Roy, au moins trois ou quatre fois l’an.</p>
+
+<p>Et quant aux paquets envoyés par le dit seigneur, ou qui lui
+seront adressez, les dits <i>maistres-coureurs</i> seront tenus de les porter
+en personne, sans aucun délay, de l’un à l’autre, avec la cotte
+ci-mentionnée, sans en prétendre aucun payement, ains se contenteront
+des droits et gages qui leur seront attribuez.</p>
+
+<p>Veut et ordonne les susdits articles et institution dudit grand
+office de <i>conseiller grand-maistre des coureurs de France</i>, et autres
+choses des susdites, soient à toujours observez et gardez sans
+enfreindre.</p>
+
+<p>Fait et donné à Luxies, près de Doulens, le dix-neufviéme jour
+de juin mil quatre cent soixante et quatre.</p>
+
+<p class="offr"><i>Signé</i>, LOUIS.</p>
+
+<p class="cc">Par le Roy, en son conseil de la Loërre.</p>
+
+<p class="offl">Plus bas :</p>
+
+<p class="offr"><span class="sc">Cheveteau.</span></p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h2 class="nobreak">TABLE<br>
+DES PRINCIPALES MATIÈRES.</h2>
+
+
+<ul><li><span class="sc">Administrateurs.</span> — Leur création, <a href="#p70">70</a> ; <a href="#p72">72</a>. — Supprimés,
+<a href="#p85">85</a> ; <a href="#p91">91</a> ; <a href="#p164">164</a>.</li>
+<li>Administration. — Perfectionnée par le marquis de Louvois, <a href="#p49">49</a> ;
+<a href="#p75">75</a> ; <a href="#p76">76</a>.</li>
+<li>Amontons, inventeur d’un secret pour communiquer au loin, <a href="#p65">65</a>.</li>
+<li>Artaxerxès employait des courriers, <a href="#p10">10</a>.</li>
+<li>Affranchissement, <a href="#p53">53</a> ; <a href="#p80">80</a> ; <a href="#p82">82</a> ; <a href="#p170">170</a>.</li>
+<li>Articles d’argent, <a href="#p38">38</a> ; <a href="#p54">54</a>, <a href="#p80">80</a> ; <a href="#p171">171</a>.</li>
+<li>Auguste voyageait rapidement, <a href="#p19">19</a>.</li>
+<li>Autruches traînent un char, <a href="#p20">20</a>. — Montées par des hommes, <a href="#p143">143</a>.</li>
+<li>Bateaux à vapeur, <a href="#p79">79</a> ; <a href="#p85">85</a> ; <a href="#p104">104</a> ; <a href="#p105">105</a> ; <a href="#p112">112</a> ; <a href="#p116">116</a> ; <a href="#p119">119</a> ; <a href="#p145">145</a> ;
+<a href="#p150">150</a> ; <a href="#p158">158</a> ; <a href="#p162">162</a>.</li>
+<li>Bœufs montés par des hommes, <a href="#p143">143</a>. — Attelage de luxe dans
+l’Inde, <a href="#p149">149</a>.</li>
+<li>Buffles montés par les Tartares, <a href="#p147">147</a>.</li>
+<li>Bureaux de poste. — Leur nombre, <a href="#p164">164</a> ; <a href="#p165">165</a>. — Simples ou
+composés, <a href="#p165">165</a>.</li>
+<li>Caisse des pensions. Sa création, <a href="#p60">60</a>. — Conservée, <a href="#p84">84</a>.</li>
+<li>Cerfs. — On en fait des attelages, <a href="#p108">108</a>.</li>
+<li>Chameau. Voiture placée sur leur dos, <a href="#p147">147</a>.</li>
+<li>Chargement, <a href="#p38">38</a>.</li>
+<li>Chappe, inventeur du télégraphe, <a href="#p72">72</a>.</li>
+<li>Chevaucheurs, <a href="#p31">31</a>.</li>
+<li>Chevaux. — Employés par Cyrus, <a href="#p11">11</a>. — Leur vitesse, <a href="#p12">12</a> ; <a href="#p44">44</a> ;
+<a href="#p102">102</a> ; <a href="#p105">105</a> ; <a href="#p110">110</a> ; <a href="#p119">119</a> ; <a href="#p122">122</a> ; <a href="#p134">134</a> ; <a href="#p147">147</a>.</li>
+<li>Chèvres. — Sont attelées aux voitures, <a href="#p117">117</a>.</li>
+<li>Chiens. — Etablis par relais, <a href="#p108">108</a> ; <a href="#p112">112</a> ; <a href="#p117">117</a> ; <a href="#p154">154</a>. — Portent
+les dépêches, <a href="#p161">161</a>.</li>
+<li>Comptabilité, <a href="#p84">84</a> ; <a href="#p88">88</a> ; <a href="#p89">89</a>.</li>
+<li>Contrôleurs généraux, <a href="#p33">33</a> ; <a href="#p69">69</a>. — Provinciaux, <a href="#p39">39</a> ; <a href="#p71">71</a>. — Des
+bureaux, <a href="#p42">42</a> ; <a href="#p71">71</a> ; <a href="#p96">96</a> ; <a href="#p165">165</a>.</li>
+<li>Conseil des postes, <a href="#p85">85</a>.</li>
+<li>Commis, <a href="#p88">88</a> ; <a href="#p96">96</a> ; <a href="#p97">97</a> ; <a href="#p165">165</a>.</li>
+<li>Commissaires du Roi, <a href="#p68">68</a> ; <a href="#p80">80</a> ; <a href="#p93">93</a>. — Du directoire, <a href="#p76">76</a>. — Du
+gouvernement, <a href="#p76">76</a>.</li>
+<li>Coureurs, <a href="#p5">5</a> ; <a href="#p17">17</a>. — Traits remarquables, <a href="#p29">29</a>. — En Turquie,
+<a href="#p146">146</a> ; <a href="#p147">147</a>. — Dans l’Inde, <a href="#p150">150</a>. — Au Mexique, <a href="#p160">160</a>.</li>
+<li>Courriers. — Leur discrétion, <a href="#p13">13</a> ; <a href="#p60">60</a> ; <a href="#p61">61</a> ; <a href="#p69">69</a> ; <a href="#p71">71</a> ; <a href="#p96">96</a>. — S’emparent
+des chevaux des voyageurs, <a href="#p146">146</a>.</li>
+<li>Cyrus. — Fonde les postes dans l’antiquité, <a href="#p11">11</a>.</li>
+<li>Couleurs. — Moyen de correspondre, <a href="#p2">2</a> ; <a href="#p6">6</a>.</li>
+<li>Direction générale des postes, <a href="#p80">80</a> ; <a href="#p91">91</a> ; <a href="#p163">163</a>.</li>
+<li>Directeurs généraux, <a href="#p80">80</a> ; <a href="#p82">82</a> ; <a href="#p83">83</a> ; <a href="#p84">84</a> ; <a href="#p90">90</a> ; <a href="#p95">95</a> ; <a href="#p66">66</a> ; <a href="#p67">67</a>. — particuliers,
+<a href="#p71">71</a> ; <a href="#p96">96</a>.</li>
+<li>Directoire des postes. — Son établissement, <a href="#p70">70</a>.</li>
+<li>Distributeurs, <a href="#p96">96</a> ; <a href="#p167">167</a>.</li>
+<li>Dromadaires. — Servent au transport des dépêches, <a href="#p147">147</a>.</li>
+<li>Edit des postes, <a href="#p175">175</a>.</li>
+<li>Eléphans. — Portent les voyageurs, dans l’Inde, <a href="#p148">148</a>.</li>
+<li>Estafette, <a href="#p38">38</a> ; <a href="#p173">173</a>.</li>
+<li>Eventail. — Sert de livre de poste au Japon, <a href="#p156">156</a>.</li>
+<li>Facteurs, <a href="#p58">58</a> ; <a href="#p96">96</a> ; <a href="#p167">167</a>.</li>
+<li>Fiacre. — D’où vient ce nom donné aux voitures, <a href="#p48">48</a>.</li>
+<li>Fleurs. — Moyen de correspondre en Asie, <a href="#p2">2</a>.</li>
+<li>Franchises, <a href="#p42">42</a> ; <a href="#p71">71</a>. — Supprimées ; <a href="#p76">76</a>, <a href="#p85">85</a>.</li>
+<li>Gondoles. — Leur nombre à Venise, <a href="#p139">139</a>.</li>
+<li>Général des postes, <a href="#p35">35</a> ; <a href="#p36">36</a> ; <a href="#p39">39</a>.</li>
+<li>Grand maître des coureurs, <a href="#p30">30</a> ; <a href="#p32">32</a> ; <a href="#p33">33</a>.</li>
+<li>Hôtel des postes, <a href="#p70">70</a>.</li>
+<li>Hottentots. — Connaissant les signaux par le feu, <a href="#p142">142</a>.</li>
+<li>Imprimerie. — Sa découverte, <a href="#p9">9</a>. — Hâte les progrès des postes, <a href="#p24">24</a>.</li>
+<li>Imprimés, <a href="#p75">75</a> ; <a href="#p170">170</a>.</li>
+<li>Inspecteurs généraux, <a href="#p71">71</a> ; <a href="#p76">76</a> ; <a href="#p77">77</a>. — Supprimés, <a href="#p91">91</a>. — De
+divisions, <a href="#p77">77</a>. — Leurs attributions, <a href="#p85">85</a> ; <a href="#p96">96</a>. Leur nombre, <a href="#p165">165</a>.</li>
+<li>Intendans généraux, <a href="#p42">42</a>. — Leurs noms, <a href="#p62">62</a> ; <a href="#p64">64</a> ; <a href="#p67">67</a>.</li>
+<li>Instruction sur le service des postes aux lettres, <a href="#p71">71</a>. — Modifiée,
+<a href="#p81">81</a>. — Militaires, <a href="#p92">92</a>. — Aux chevaux, <a href="#p94">94</a>.</li>
+<li>Lettres, <a href="#p8">8</a> ; <a href="#p9">9</a>. — Cachetées dès l’origine, <a href="#p14">14</a> ; <a href="#p17">17</a>. — Anonymes,
+<a href="#p18">18</a> ; <a href="#p64">64</a>. — De réclamation, <a href="#p165">165</a>. — Opération qui les concerne,
+<a href="#p166">166</a>. — Nombre qu’on en expédie par an, <a href="#p97">97</a>. — Simple,
+<a href="#p167">167</a>. — Taxée, <i>id.</i> — Surtaxée, <i>id.</i> — Refusées, <a href="#p168">168</a>. — Altérées,
+<a href="#p168">168</a>. — Blanches, <a href="#p168">168</a>. — Ouvertes, <a href="#p169">169</a>. — Sous un nom supposé,
+<a href="#p169">169</a>. — Poste restante, <i>id.</i> — Franches, <a href="#p169">169</a>. — Affranchies,
+<a href="#p170">170</a>. — Colonies, <a href="#p170">170</a>. — Militaires, <a href="#p170">170</a>. — Chargées, <a href="#p171">171</a>.</li>
+<li>Lions attachés à une voiture, <a href="#p20">20</a>.</li>
+<li>Linguet propose d’établir une machine à signaux, <a href="#p65">65</a>.</li>
+<li>Louis XI institue les postes en France, <a href="#p30">30</a>.</li>
+<li>Loups dressés à traîner une voiture, <a href="#p105">105</a>.</li>
+<li>Maîtres des coureurs, <a href="#p31">31</a>. — Leurs priviléges, <a href="#p43">43</a> ; <a href="#p44">44</a>. — Abolition
+des priviléges, <a href="#p68">68</a>. — Droit de <a href="#p25">25</a> centimes en leur faveur,
+<a href="#p81">81</a>. — Conduisent les messageries, <a href="#p92">92</a> ; <a href="#p96">96</a> ; <a href="#p173">173</a>.</li>
+<li>Médailles sur les postes, <a href="#p28">28</a>.</li>
+<li>Milliaires. — Colonnes sur les routes, <a href="#p15">15</a> ; <a href="#p105">105</a> ; <a href="#p134">134</a>.</li>
+<li>Messagers, <a href="#p5">5</a>. — Royaux, <a href="#p33">33</a>. — Empiètemens reprimés, <a href="#p41">41</a>. — De
+l’université, <a href="#p43">43</a>. — A Alger, leur stupidité, <a href="#p142">142</a>. — Au
+Japon, <a href="#p156">156</a>.</li>
+<li>Moutons dressés à traîner un char, en Chine, <a href="#p154">154</a>.</li>
+<li>Mules. — Usage qu’on en fait en Espagne, <a href="#p134">134</a>.</li>
+<li>Oiseaux. — Vitesse de leur vol, <a href="#p6">6</a>. — Pigeons servent de courriers,
+<i>id.</i> ; <a href="#p12">12</a>. — Fraudeurs, <a href="#p130">130</a> ; <a href="#p144">144</a>. — Hirondelles portent
+les missives, <a href="#p6">6</a> ; <a href="#p7">7</a>. — Oiseaux des Tropiques annoncent l’arrivée
+des vaisseaux, <a href="#p145">145</a>.</li>
+<li>Palanquins. — Leur usage dans l’Inde, <a href="#p148">148</a>.</li>
+<li>Papier. — Sa composition, <a href="#p10">10</a>.</li>
+<li>Paquebots, <a href="#p78">78</a> ; <a href="#p121">121</a> ; <a href="#p127">127</a> ; <a href="#p172">172</a>.</li>
+<li>Passeports, <a href="#p81">81</a> ; <a href="#p111">111</a> ; <a href="#p113">113</a> ; <a href="#p149">149</a>.</li>
+<li>Phare, <a href="#p3">3</a>. — Feux d’un éclat particulier, <a href="#p66">66</a>.</li>
+<li>Ponts suspendus, <a href="#p45">45</a> ; <a href="#p111">111</a> ; <a href="#p130">130</a> ; <a href="#p153">153</a> ; <a href="#p157">157</a> ; <a href="#p159">159</a>.</li>
+<li>Poste télégraphique, <a href="#p73">73</a>.</li>
+<li>Poste (petite) établie à Paris par M. de Chamousset, <a href="#p58">58</a>. — Supprimée
+dans les provinces, <a href="#p77">77</a>. — Son produit à Paris, <a href="#p97">97</a>. — En
+Allemagne, <a href="#p104">104</a>. — En Suède, <a href="#p120">120</a>. — Appelée <span lang="en" xml:lang="en">peny post</span>
+en Angleterre, <a href="#p125">125</a> ; <a href="#p165">165</a>.</li>
+<li>Poste maritime supprimée, <a href="#p77">77</a>.</li>
+<li>Poste aux chevaux, <a href="#p16">16</a> ; <a href="#p72">72</a> ; <a href="#p76">76</a> ; <a href="#p172">172</a>.</li>
+<li>Poste aux lettres, <a href="#p164">164</a>.</li>
+<li>Postes militaires, <a href="#p93">93</a>.</li>
+<li>Postes. — Fondées par Cyrus, <a href="#p11">11</a>. — Rétablies chez les Romains par
+Auguste, <a href="#p15">15</a>. — Conservées chez les modernes par Charlemagne,
+<a href="#p21">21</a>. — Instituées en France par Louis XI, <a href="#p25">25</a>. — Améliorées par
+Charles VIII, <a href="#p31">31</a>. — Charles IX, <a href="#p32">32</a>. — Henri IV, <a href="#p33">33</a>. — Louis
+XIII, <a href="#p36">36</a>. — Louis XIV, <a href="#p43">43</a>. — Considérations sur leur
+importance, <a href="#p50">50</a> et suivantes. — Leur état sous Louis XV, <a href="#p54">54</a>. — Louis
+XVI, <a href="#p62">62</a>. — Changemens qu’elles ont éprouvés jusqu’à ce
+jour, <a href="#p68">68</a> à <a href="#p100">100</a>. — En Allemagne, <a href="#p100">100</a> à <a href="#p106">106</a>. — A Alger <a href="#p143">143</a> — En
+Amérique, <a href="#p156">156</a> ; <a href="#p159">159</a>. — En Angleterre, <a href="#p120">120</a> à <a href="#p132">132</a>. — Au
+Boutan, <a href="#p155">155</a>. — Au Congo, <a href="#p143">143</a>. — En Chine, <a href="#p153">153</a> à <a href="#p154">154</a>. — En
+Dannemarck, <a href="#p117">117</a> à <a href="#p120">120</a>. — En Espagne, <a href="#p132">132</a> à <a href="#p136">136</a>. — En
+Egypte, <a href="#p144">144</a>. — En France, <a href="#p21">21</a> à <a href="#p100">100</a>. — En Hongrie, <a href="#p106">106</a>. — Aux
+Indes, <a href="#p148">148</a> à <a href="#p152">152</a>. — En Italie, <a href="#p130">130</a> à <a href="#p139">139</a>. — Au Japon, <a href="#p155">155</a>
+à <a href="#p156">156</a>. — Au Mexique, <a href="#p160">160</a>. — A Naples, <a href="#p141">141</a>. — En Norwège,
+<a href="#p117">117</a> à <a href="#p120">120</a>. — Dans les Pays-Bas, <a href="#p115">115</a> à <a href="#p117">117</a>. — En Prusse,
+<a href="#p106">106</a> à <a href="#p107">107</a>. — Au Pérou, <a href="#p159">159</a>. — En Portugal, <a href="#p36">36</a> à <a href="#p137">137</a>. — En
+Russie, <a href="#p108">108</a> à <a href="#p113">113</a>. En Suède, <a href="#p117">117</a> à <a href="#p120">120</a>. En Sardaigne,
+<a href="#p139">139</a> à <a href="#p140">140</a>. — En Suisse, <a href="#p140">140</a> à <a href="#p141">141</a>. — Au Sénégal, <a href="#p143">143</a>. — A
+Siam, <a href="#p154">154</a> à <a href="#p155">155</a>. — En Turquie, <a href="#p114">114</a> à <a href="#p115">115</a> ; <a href="#p148">148</a>. — En Tartarie,
+<a href="#p147">147</a>.</li>
+<li>Postillons, <a href="#p96">96</a> ; <a href="#p103">103</a> ; <a href="#p138">138</a> ; <a href="#p173">173</a>.</li>
+<li>Produits, <a href="#p50">50</a> ; <a href="#p52">52</a> ; <a href="#p53">53</a> ; <a href="#p54">54</a> ; <a href="#p55">55</a> ; <a href="#p56">56</a> ; <a href="#p57">57</a> ; <a href="#p60">60</a> ; <a href="#p64">64</a> ; <a href="#p66">66</a> ; <a href="#p67">67</a> ; <a href="#p76">76</a> ;
+<a href="#p80">80</a> ; <a href="#p98">98</a>.</li>
+<li>Quipos. — Sont employés pour correspondre, <a href="#p160">160</a>.</li>
+<li>Routes. — Chez les anciens, <a href="#p14">14</a>. — Chez les modernes, <a href="#p22">22</a>. — Leur
+amélioration, <a href="#p45">45</a> ; <a href="#p104">104</a> ; <a href="#p107">107</a> ; <a href="#p111">111</a> ; <a href="#p115">115</a> ; <a href="#p119">119</a> ; <a href="#p121">121</a> ; <a href="#p128">128</a> ; <a href="#p134">134</a> ;
+<a href="#p138">138</a> ; <a href="#p141">141</a> ; <a href="#p149">149</a> ; <a href="#p152">152</a> ; <a href="#p157">157</a> ; <a href="#p161">161</a>.</li>
+<li>Relais établis par Henri IV, <a href="#p33">33</a> ; <a href="#p35">35</a>. — Réunis aux postes, <a href="#p67">67</a>. — Leur
+nombre, <a href="#p96">96</a> ; <a href="#p173">173</a>.</li>
+<li>Rennes. — Font le service des postes et des voitures, <a href="#p108">108</a> ; <a href="#p112">112</a>.</li>
+<li>Sceau, chez les anciens, <a href="#p17">17</a>.</li>
+<li>Signaux employés pour correspondre, <a href="#p3">3</a> ; <a href="#p4">4</a> ; <a href="#p131">131</a> ; <a href="#p141">141</a> ; <a href="#p142">142</a> ; <a href="#p161">161</a>.</li>
+<li>Surintendant Général. — Création de cette charge, <a href="#p39">39</a>. — Attributions,
+<a href="#p40">40</a>.</li>
+<li>Tarif. — Le public taxait ses lettres, <a href="#p37">37</a> ; <a href="#p53">53</a> ; <a href="#p57">57</a> ; <a href="#p70">70</a> ; <a href="#p72">72</a> ; <a href="#p74">74</a> ;
+<a href="#p75">75</a> ; <a href="#p77">77</a> ; <a href="#p104">104</a>.</li>
+<li>Télégraphe. — Son établissement, <a href="#p72">72</a> et suivantes ; <a href="#p104">104</a> ; <a href="#p111">111</a> ; <a href="#p117">117</a> ;
+<a href="#p119">119</a> ; <a href="#p145">145</a> ; <a href="#p154">154</a>.</li>
+<li>Tigres attelés à une voiture, <a href="#p162">162</a>.</li>
+<li>Transport frauduleux, <a href="#p51">51</a> ; <a href="#p171">171</a>.</li>
+<li>Troupes. — Travaillent aux grandes routes chez les anciens, <a href="#p46">46</a>. — chez
+les modernes, <a href="#p120">120</a> ; <a href="#p141">141</a>.</li>
+<li>Université. — Facilite les relations, <a href="#p23">23</a>. — Cession de son privilége
+de poste, <a href="#p54">54</a>. — Réclamation, <a href="#p67">67</a>.</li>
+<li>Uniforme, <a href="#p67">67</a> ; <a href="#p80">80</a> ; <a href="#p102">102</a> ; <a href="#p106">106</a>.</li>
+<li>Valeurs cotées, <a href="#p40">40</a> ; <a href="#p172">172</a>.</li>
+<li>Voix. — Moyen de correspondre, <a href="#p4">4</a> ; <a href="#p160">160</a>.</li>
+<li>Voitures. — Invention des Français, <a href="#p46">46</a> et suivantes ; <a href="#p54">54</a> ; <a href="#p64">64</a>. — A
+vapeur, <a href="#p65">65</a>. — Mécanique, <a href="#p66">66</a> ; <a href="#p71">71</a> ; <a href="#p88">88</a> ; <a href="#p90">90</a> ; <a href="#p104">104</a> ; <a href="#p105">105</a> ; <a href="#p107">107</a> ;
+<a href="#p109">109</a> ; <a href="#p115">115</a> ; <a href="#p117">117</a> ; <a href="#p122">122</a> ; <a href="#p128">128</a> ; <a href="#p133">133</a> ; <a href="#p136">136</a> ; <a href="#p139">139</a> ; <a href="#p141">141</a> ; <a href="#p148">148</a>. — Malles-postes,
+<a href="#p172">172</a>.</li></ul>
+<div class="break"></div>
+<div class="trnote">
+<h2 class="nobreak">NOTES DU TRANSCRIPTEUR</h2>
+
+
+<p>Les errata ont été corrigés. On a conservé l’orthographe de l’original,
+en rectifiant certaines erreurs manifestement dues au typographe.</p>
+
+</div>
+
+<div style='text-align:center'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 75801 ***</div>
+</body>
+</html>
+
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@@ -0,0 +1,46 @@
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+-208 84 -235 l18 -50 -23 -18 c-21 -16 -26 -16 -46 -3 -13 8 -105 44 -204 79
+-100 36 -197 72 -215 81 -19 8 -113 45 -209 81 -150 57 -182 65 -230 63 l-55
+-3 0 -505 0 -505 55 -3 c46 -2 78 6 203 53 81 30 155 60 165 65 19 11 115 47
+324 120 75 27 145 53 157 59 18 10 25 7 49 -20 l29 -32 -48 -136 c-133 -380
+-197 -551 -212 -570 -7 -8 -11 -16 -9 -18 1 -2 -5 -20 -14 -41 -22 -50 -30
+-147 -14 -167 11 -13 79 -15 494 -15 362 0 485 3 494 12 13 13 17 100 5 112
+-5 4 -8 11 -9 14 0 4 -6 18 -12 32 -6 14 -41 108 -77 210 -36 102 -84 232
+-105 290 -22 58 -53 144 -68 191 l-29 86 29 32 c22 25 32 30 46 22 17 -9 98
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